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UNITED STATES
DEPARTMENT OF AGRICULTURE
LIBRARY
448.9
sois
BOOK NUMBER
1910
4
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE EA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
rOME III - lUlO
PARIS
MASSON & ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l’aCADÉMIE DE MEDECINE
; 120, Boulevard Saint-Germain (Ge)
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BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie. Exotique
SIÈGE DE I.A SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
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U : Séance du 12 janvier 1910
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PARIS
MASSON & Gi% ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l’aCADÉMIE DE MEDECINE
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît lo fois par an
15 jours après chaque séance, qui a lieu le 2® mercredi du mois, sauf en août et
septembre. Tl forme tous les ans un volume d’environ 500 pages
Prix de l’Abonnement : France^ 14 fr. ; Union postale, 16 fr,
Années 1908 et 1909 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO i
Séance du 12 janvier 191^
Liste des membres .
Allocution du Président
Correspondance .
PRESENTATIONS
Salanoue-Ipin. — Précis de Pathologie tropicale . 6
Edm. Sergent. — Campagne antipaludique de 1908 . 6
Id. . Réglementation de la vente de la quinine en Algérie. b
Elections . 7
COMMUNICATIONS
Allain et Trautmann. — Trypanosomiase humaine et pneumonie
L. Bréaudat. — Origine alimentaire et traitement du Béribéri
Bridré. — Un p.ispharage du pigeon .
Brumpt. — Bill'ihrziôse. ipiscdssfon .
(ÎRALL. — Béribéri. L'iscuss'i&n. .
25
'3
38
29
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Page®
Jeanselme. — Béribéri, . .
Laveran. — ^ r>,Laladie du sommeil. Discussion . .
Lebceof. — Maladie du sommeil. Discussion .
G. Martin, Lebœuf et Ringenbach. — Traitement de la maladie du
sommeil par l’orpiment seul .
Mathis et Léger.- — Les porteurs d’ankylostomes au Tonkin et dans le
Nord-Annam . . .
Z. Meirelles. — Diarrhées des enfants .
Moty. — Bilharziose. Discussion . . .
Nicolas. — Accidents mortels sur- la volaille par ingestion répétée de
Lantana .
Noc. — Béribéri. Discussion .
Id. Id. . . . . .
Id. La bilharziose à la Martinique . .
Id. Un cas d’ankylostomiase maligne compliqué debilharziose rectale
Id. Lantana et volailles. Discussion .
H. PoTTEViN. — Rélation des différents bacilles dysentériques sur la
fermentation de ki mannite .
H PoTTEViN. — Béribéri. Discussion .
Prévôt. — Béribéri. Discussion .
Et. Sergent. — L’acariose due à Pediciiloïdes ventricosus en Algérie .
A. Thiroux et W. Dufougeré. — Persistance de l’infection des ménin¬
ges chez un singe guéri naturellement de spirillose .
Vincent. . — Béribéri. Discussion .
W.AGON. — La tuberculose chez les noirs en Guinée française . . ., .
Ouvrages reçus . •
8
46
47
42
47
29
19
26
30
55 ■
20
20
19
39
23
19 ,
21
59
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19*0
Triste des Membres
de la
Société de Pathologie Exotique
— II —
Colonel Sir D. Bruce, Royal army medical College, Millhank, Lon¬
dres, S. W.
W. T. CouNCiLMAN, ProL Université de Cambridge, Etats-Unis.
B. Danilewsky, ProE Fac. Médecine, Charkow, Russie.
P. Ehrlich, Directeur Institut de Thérapie expérimentale, Francfort-
sur-le-Mein.
C. Finlay, Directeur Santé publique, La Havane.
B. Grassi, ProL Anatomie comparée. Université Rome, 91, via
Agostini Depretis.
L. Guignard, M A S, M AM, Directeur de PEcole de Pharmacie,
6, rue du Val-de-Grâce, Paris, V«.
Kelsch, m a m, 5, rue du 4-Septembre, Paris, M F.
R. Koch, 52, Kurfurstendamm, Berlin; W.
Le Myre de Vilers, ancien Président de la Société de Géographie,
Président de la Sous-Commission française de la Maladie du Som¬
meil, 3, rue Cambacérès, Paris, VIIU.
Sir P. Manson, 21, Queen Anne Street, Cavendish Square, Londres, W.
F. Metchnikoff, Sous-Directeur de l’Institut Pasteur, M F.
F. Perrier, m a s, m a M, Directeur du Muséum, 57, rue Cuvier,
Paris, V®, M F.
F. Perroncito, ProF Université de Turin.
A. Raillikt, m a m, ProF Ecole vétérinaire d’Alfort.
R. Ross, ProF Université de Liverpool.
F. Roux, M A S, M A M, Directeur de l’Institut Pasteur, MA.
Th. Smith, FroF Université de Cambridge, Etats-Unis.
Vallin, M A M, 17, avenue Bosquet, Paris, M F.
MEMBRES TITULAIRES-HONORAIRES
MM.
L. Bertrand, Médecin général de U® Cl. M, 19, rue Steft'en, Asnières,
MF. '
R. Blanchard, M A M, ProF Parasitologie Fac. de Médecine, 226,
boulevard Saint-Germain, Paris, VU.
A. Chantemesse, m a m, ProF Hygiène Fac. de Médecine, 3o, rue
Boissy-d’Anglas, Paris, VIIU, MF.
.1. Chatin, m a s, m a m, ProF Sorbonne, 174, boulevard Saint-
Germain, Paris, VU.
Couteaud, Médecin en chef f® Cl. M, 106, rue de Rennes, Paris, VU,
MF.
Delrieu, Directeur Service de Santé Corps d’Armée T C, 14, rue Cer-
nuschi, Paris, M F.
Ch. Grall, Inspecteur général Service de Santé T G, Ministère des
Colonies, M F.
Jeanselme, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux, 5, quai
Malaquais, Paris, MF.
A. Kermorgant, m a m, ancien Inspecteur général Service Santé T C,
3, rue Frédéric-Bastiat, Paris, M F.
A. Laveran, m a s, m a m, 25, rue dû Montparnasse, Paris, VU,
MF.
A. Le Dentu, M A M, anc. ProF Fac. Médecine, 3i, rue de Lisbonne,
Paris, M F.
III
Lemoine, Médecin principal i'^ Cl. A T, ProL Val-de-Gràce, i, rue du
Val-de-Grâce, Paris, V', MF.
Nimier, Médecin Inspecteur A T, Directeur Service Santé '14e Corps
Lyon, MF.
H. Vallée, ProP Ecole vétérinaire d’Alfort, M F.
h. Vincent, M A M, Médecin principal 2® Cl. A T, ProP Val-de-
Gràce, 77, boulevard du Montparnasse, Paris, VI®, M F.
P. Yvon, M A M, 26, avenue de l’Observatoire, Paris, MF.
MEMBRES TITULAIRES
MM.
Achalme, Directeur labor. colon. Muséum, 55, rue de Buffon, Paris,
V®, MF.
A. Billet, Médecin principal 2® Cl. A T, Hôpital Saint-Martin, rue
des Récollets, Paris, MF.
A. Borrel, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, 60, rue Mathurin-
Régnier, Paris, XV®, M F.
E. Brempt, Agrégé Fac. Médecine, i5, rue de l’Ecole-de-Médecine,
Paris, VI® {i 2 février igoS) (i).
H. Darré. Médecin assistant Hôpital Pasteur ((S’ décembre /ryoïy).
Ch. Dassonville, Vétérinaire en i®!". Directeur-adjoint labor. des
conserves de l’armée, 8, boulevard des Invalides, Paris avril
igp8).
Ch. Dopter, Médecin major 2® Cl. A. T, Agrégé libre au Val-de-Gràce,
MF.
E. Dujardin-Beaumetz, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, M F.
L. DvÉ, Médecin colonial Université Paris, i23, avenue de Wagram,
Paris (A^ avril i<)oS).
Gran.iux, Rédacteur en chef du Caducée, 5 bis, rue Saint-Paul, Paris,
VI®, MF
F. Helm, Agrégé Fac. Médecine, Secrétaire perpétuel Ass. Agronomie
coloniale, 34, rue Hamelin, Paris, XVI®, M F.
A. Lesage, Médecin des Hôpitaux, 226, boulevard Saint-Germain,
Paris, M F.
C. Levaditi, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XV® [8 juil¬
let IC) O 8).
Llxet, Assistant au Muséum, 2, rue des Arènes, Paris, VI® 2 février
1908).
E. Marchoux, anc. Médecin principal T C, Chef de Laboratoire Ins¬
titut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XV®, M F.
L. Martin, Médecin chef Hôpital de l’Institut Pasteur, 2o5, rue de
Vaugirard, Paris, XV®, M F.
F. Mesnil, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, 21, rue Ernest-
Renan, Paris, XV®, M F.
V. Morax, Ophtalmologiste des Hôpitaux, 56, rue de Bassano, Paris,
VIH® [1 2 février if)o8).
Moty, anc. Médecin principal F® Cl. A T, Agrégé libre au Val-de-
Gràce, 20, quai de Béthune, Paris, IV® (9 décembre igo8).
L. Nattan-Larrier, anc. Chef de laboratoire Fac. Médecine, 60, rue
de Courcelles, Paris {i 2 février ic)o8).
(i) Date de l’élection à la Société.
— IV —
A. Pettit, Chef de Laboratoire Institut Pasteur {(j juin igoij).
E. PiNOY, Préparateur à l’Institut Pasteur, Paris, XV®, M F.
H. PoTTEviN, Secrétaire gén. Office international d’Hyg. publique,
II, rue Valentin-Haüy, Paris (ry décembre /ryo(V).
A. Prévôt, Vétérinaire de l’Institut Pasteur, Garches (Seine-et-Oise)
( 7 2 février i (j oH).
E. Rist, Médecin des Hôpitaux, 37, rue Galilée, Paris, MF.
J. Rouget, Médecin-major i'® Cl. A T, 6, rue du Val-de-Gràce, Paris,
N 2 février i()oS).
G. E. ScHNpiDER, Médecin-major 2® Cl. A T, Agrégé au Val-de-Gràce
{21 juillet I ryoq).
J. E. J. Schneider, Médecin-inspecteur A T, Directeur Service Santé
20® Corps, Nancy (cV avril i()0<Sj.
Edm. Sergent, Directeur-adjoint Institut Pasteur, Alger, M F.
Simonin, Médecin-major i'® Cl. A T, Prof^" Val-de-Gràce, rue Saint-
Jacques, Paris, V®, M F.
Si RcouF, Chef des Travaux de Zoologie Labor. colonial Muséum, 55,
rue de Bulîon, Paris, V® {i 2 février iqoéj.
M. Weinberg, de l’Institut Pasteur, Paris, {8 avril igoS).
R. WT'rtz, m a m. Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux,
18, rue de Grenelle, Paris, VH® {iS juillet igoS).
MEMBRES ASSOCIÉS
a) Français.
MM.
Th. Barrois, Profi' Parasitologie Fac. Médecine, Lille.
F. Borel, Médecin sanitaire maritime. Chef de la circonscription du
Havre, M F.
A. C-ALMETTE, Médeciu-iuspecteur T C (h. c.). Directeur de l’Institut
Pasteur, Lille, MF.
Clar.ac, Médecin principal F® Cl. T C, Directeur de l’Ecole d’appli¬
cation, Marseille, M F.
De Brun, Prof. Fac. Médecine, Beyrouth.
Ducloux, Chef du Service de l’Elevage, Tunis.
J. Dupuy, 168 bis., rue de la Roquette, Paris, XI®, M F.
A. Le Dantec, Ancien Médecin M, ProF Pathol, exotique, Fac.
Médecine, Bordeaux, MF".
Ch. Nicolle, Directeur Institut Pasteur, Tunis.
J. B. PiOT, Directeur Service vétérinaire des domaines de l’Etat, Le
Caire.
Prlmet, Médecin-inspecteur T C, au Ministère des Colonies, MF.
P. Remlinger, Directeur Institut impérial de Bactériologie, Constan¬
tinople.
Et. Sergent, de l’Institut Pasteur de Paris, Médecin de colonisation
(h. c.), chargé de mission en Algérie, 4, rue Michelet, Alger-Mus¬
tapha.
P. L. SiMOND, Médecin principal i'® Cl. T C, Sous-Directeur de
l’Ecole d’application, Marseille, MF.
H. Soulié, ProF Faculté de Médecine, Université Alger, Sous-Direc¬
teur honoraire Institut Pasteur.
— V
A. Thiuoux, Médecin-major Cl. T C, Directeur laboratoire de
Bacte'riologie, Saint-Louis, Sénégal, M F.
Vaillard, M a M, Médecin inspecteur général A T, Directeur du Val-
de-Gràce, rue Saint-Jacques, Paris, V®, MF.
J. J. Vassal, Médecin-major i'® Cl. T C, au 2® Colonial, Brest.
A. Yersin, Médecin principal 2® Cl. T C, Directeur des Instituts Pas¬
teur d’Indo-Chine, à Nha-Trang, Annam.
b) Etrangers.
MM.
A. Agramonte, ProP Bactériologie Université La Havane, Cuba.
A. Bettencourt, Directeur Inst, bactériol. Camara Pestana, Lis¬
bonne.
Van Campenhoet, Directeur Ecole de Médecine tropicale, qS, rue
Marie-Thérèse, Bruxelles.
A. Castellani, Directeur Institut bactériologique et Clinique maladies
tropicales, Colombo, Ceylan.
O. Cruz, Directeur Institut de Manguinhos, Rio-de-Janeiro.
Ch. Firket, ProPFac. Médecine. 8, rue Sainte-Véronique, Liège.
C. Golgi, ProP Université, Pavie.
Gorgas, Directeur Service de Santé, Ancon, Panama.
Kartelis, Hôpital gouvernement égyptien, Alexandrie, Egypte.
Kitasato, Directeur Institut pour les mal. infect., Tokio, Japon.
A. Kopke, ProP Ecole de Médecine tropicale, Lisbonne.
A. Looss, ProP Ecole de Médecine, Le Caire.
Nocht, Directeur Institut fur Schiffs u. Tropenkrankheiten, Ham¬
bourg.
E. G. Novy, ProP Université du Michigan, Ann Arbor, Mich., Etats-
U nis.
G. H. F. Nuttall, ProP Université Cambridge, Angleterre.
A. Salimbeni, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris, MF.
Shiga, ProP Institut pour les mal. infect., Tokio, Japon.
A. Theiler, Chef du service vétérin. scientif., Pretoria, Transvaal.
J. L. Todi), ProP Parasitologie Université Mc Gill, Macdonald Col¬
lege, Sainte-Anne-de-Bellevue, P. Q., Canada.
H. Ziemann, Médecin principal de la marine allemande, Duala,
Cameroun.
MEMBRES CORRESPONDANTS
a) Français.
' >
MM.
Allain, Médecin-major A® Cl. T C, à 'Madagascar.
L. d’Anfreville, médecin de l’Hygiène, Saint-Louis, Sénégal.
P. Aubert, Médecin-major 2® Cl. T C, Sous-directeur de l’Institut Pas¬
teur de Brazzaville. Congo français.
A. Auché, Pharmacien i''® Cl. M, Laboratoire central de la Marine,
quai de Billy, Paris.
Aitmau, .Vlédecin-ma)or 2® Cl. T C, Hanoï, Tonkin.
A. Bartet, Médecin f® Cl. M, 32, rue Grimaux, Rochefort.
E. Bellet, Médecin i'® Cl. M, ProP Ecole de Médecine navale, Bor¬
deaux.
— VI —
G. Bellot, Médecin-chef 2" Cl. M, Directeur Service de Santé Minis¬
tère de la Marine.
G. Blin, Médecin-major ire q[_ y (;;;^ Chef Service de Santé, Gonakry,
Guinée.
G. Bouet, Médecin-major 2^ Cl. T. G., en mission en A. O. F., au
Dahomey.
G. Bouffard, Médecin-major l'e Cl. T G, directeur du laboratoire de
Bamako, Haut-Sénégal et Niger.
G. Bourret, Médecin-major 2^ Cl. T G, en mission à l’Institut Pasteur.
L. Bréaudat, Pharmacien T G, attaché à l’Institut Pasteur de Saigon,
2(), rue de Tournon, Paris.
.1. Bridré, Chef de Laboratoire Service de l’Elevage, Tunis.
E. Brimont, Médecin aide-major l'e Cl. T G, Directeur du Labora¬
toire de Saint-Laurent du Maroni, Guyane.
V. Brochard, Médecin-major 2® Cl. T G, Médecin résident Archipel
Wallis, par la Nouvelle-Calédonie.
Ch. Broquet, Médecin-major 2*^ Cl. T C, Sous-directeur de l’Institut
Pasteur de Saigon, Cochinchine.
.LA. Bussière, Médecin-major Cl. T C, Secrétaire du Directeur
du Service de Santé du Corps d’armée T G, Paris.
Cathoire, Médecin-major 2^= Cl. AT, au Val-de-Grâce, Paris.
L. Cazalbou, Vétérinaire en au 10*= d’Artillerie, Rennes.
A. Chopari), Médecin de la 2® division à la Société de Construction
des Chemins de fer Indo-Chinois, 5, rue d’Arcole, Marseille.
Clair, Médecin sanitaire maritime, 21, rue du Coq, Marseille.
Clarenc, Président de la Société médicale, Port-Louis, Ile .Maurice.
.«J. Cognacq, Directeur Ecole de .Médecine de l’Indo-Chine, Hanoï,
Tonkin.
L. Collin, Médecin aide-major Cl. T C, au Ministère des Colo¬
nies (services pénitentiaires).
Denier, Médecin i'® Cl. M, attaché à l’Institut Pasteur de Saïgon,
Cochinchine.
R. D UMAS, Médecin principal 2“= Cl. T C, Hôpital militaire, Saïgon,
Cochinchine.
Emily, Médecin-major i'® Cl. TC, Méd. chef Hôpital colonial, Dakar,
MF.
H. Foley, Médecin-major 2® Cl. A T, Service médical des Affaires
indigènes, à Beni-Ounif de Figuig (Sud-Oranais).
L. Gaide. Médecin-major n® Cl. T C, Hanoï, Tonkin.
A. GALDUCHEAr, M édcci u-uia jo 1' 2® Cl. T C, Consulat de France,
Canton.
E. Gendre, Médecin de l’Assistance médicale indigène, Abomey,
Dahomey.
V. Gillot, Médecin Hôpital Alger-Mustapha, 21, boulevard Victor-
Hugo, Alger.
P. Gofzien, Médecin principal F® Cl. T C, Sous-Directeur du Ser¬
vice de Santé, Hanoï, Tonkin, MF.
De Goyon, Médecin aide-major i>® Cl. T C, à la Guyane.
H. Gros, .Vncien Médecin M., Médecin de colonisation, Rébeval,
département d’Alger.
Heckenroth, Médecin-major 2® Cl. T G, détaché à l’Institut Pasteur,
Paris.
G. Irr, Vétérinaire, i, boulevard de l’Industrie, Oran.
VII —
J. Kkrandkl, Médecin-major 2“= Cl. T C, Prof'' adjoint Ecole d’appli¬
cation du Service de Santé T C, Marseille.
A. Lafont, Médecin-major 2^ Cl. T C, Directeur du laboratoire de
Bactériologie de Pile Maurice.
A. Lebœuf, Médecin aide-major Cl. T C, détaché à l’Institut Pas¬
teur, Paris.
.1. Legendre, Médecin-major ir= Cl. T C, au Tonkin.
A. Leger, Médecin-major 2® Cl. T C, au i®’' Colonial, Cherbourg.
M. Leger, Médecin-major 2® Cl. T C, Directeur de l’Institut vaccino¬
gène, Hanoï, Tonkin.
J. Maille, Médecin Cl. M, Hôpital de Sidi-Abdallah, Tunisie.
Manaud, Médecin-major 2® Cl. T C, Conseiller médical au Ministère
de l’Intérieur, Bangkok, Siam.
G. Martin, Médecin-major 2® Cl. T C, Directeur de l’Institut Pasteur
de BrazzaGBe, Congo français.
C. Mathis, Médecin-major 2^ Cl. T C, Directeur de l’Institut antira¬
bique et bactériologique de Hanoï, Tonkin.
.1. Matignon, Médecin-major T C, Chef de laboratoire Pathol, e.vot.
Fac. Médecine, 7, rue Fondaudège, Bordeaux.
G. Merveilleux, Médecin-principal 2'-' Cl. T. C, Chef du Service de
Santé, Saint-Louis, Sénégal .
R. Montel, Ancien Médecin T C, Médecin de la municipalité, 109,
rue Paul Blanchy, Saïgon.
Niclot, Médecin-major Cl. A T, Hôpital maritime, Bordeaux.
Ch. Nicolas, à Oubatche, Nouvelle-Calédonie.
F. Noc, Médecin-major 2® Cl. T C, Service de Prophylaxie de la
Fièvre Jaune, Fort-de-France, Martinique.
G. Pécaud, Vétérinaire en second. Service zootechnique, Porto-Novo,
Dahomey.
A. Pressât, Médecin de la Cie de Suez, Port-Saïd, Egypte.
Raynaud, Chef du Service sanitaire maritime, 7, place de la Républi¬
que, Alger.
R OBERT, Pharmacien chef M., Hôpital Maritime, Rochefort.
A. Rodet, ProF Fac. Médecine, Directeur de l’Institut Bouisson-
Bertrand, 22, Cours Gambetta, Montpellier.
J. Roger, Vétérinaire en 2®, au 10® d’Artillerie, Rennes.
H. Rothamel, Médecin de l’Assistance de l’Indo-Chine, à Kompong-
Chhnang.
F. Roubaud, Attaché à l’Institut Pasteur, en mission scientifique au
Dahomey.
V. Rouffiandis, Médecin-major 2® Cl. T G, Chef du Service médical
des Chemins de fer du Sud-Annam, à Tourcham, par F’harang,
Annam.
F. Ruelle, Médecin-major 2® Cl. T C, au 4® régiment d’infanterie
coloniale, Toulon.
Salvat, Directeur Institut Pasteur Tananarive, Madagascar.
H. ScHEiN, Vétérinaire, Inspecteur des Epizooties de l’Indo-Chine,
attaché à l’Institut Pasteur de Nha-Trang, Annam.
F. SoREL, Médecin-major 2® Cl. T C, Directeur du Laboratoire de
bactériologie, Côte-d’Ivoire.
Stini, à Larnaca, Chypre.
Troüssaint, Médecin principal i''® Cl. A T, Directeur du Service de
santé du 12® corps, Limoges, M F.
^ VIII —
G. Vallet, Médecin-major Cl. xV T, Chef du Laboratoire mil. de
Bactériologie, Montpellier.
b) Etrangers.
MM.
L. xA.udain, Directeur du Laboratoire, Port-au-Prince, Haïti.
E. E. Austen, Conservateur British Muséum of Nat. History, Crom¬
well Road, Londres, S. W.
A. Balfour, Directeur Labor. Wellcome, Khartoum, Soudan
égyptien.
A. Breinl, Directeur Inst. Méd. tropicale, Townsville, Queensland,
Australie.
A. Broden, Directeur Labor. bactériol., Léopoldville, Congo belge.
Mamerto Cadiz, ProP Faculté Médecine et Directeur Institut d’Hy-
giène, Santiago, Chili.
J. Cantacuzène, Directeur Santé publique, ProP Université. Bucarest.
.1. Cardamatis, ProP Mal trop. Fac. Médecine, 26, rue Canaris, Athè¬
nes.
x\. Carixi, Directeur Institut Pasteur, Sao Paulo, Brésil.
C. Chagas, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
.laneiro.
M. CouTO, ProP Fac. Médecine, Rio-de-Janeiro.
S. R Christophers, King Institute of préventive Medicine, Guindy,
Madras, Inde.
W. H . D EADERicK, Mariana, Arkansas, Etats-Unis.
C. DoxNovan, ProP Univ., Médecin Hôpital, Dunduan, Nugambakam,
Madras, Inde.
M. Elmassian, xVncien directeur de l’Institut bactériologique du
Paraguay.
E. Escomel, Arequipa, Pérou.
,L W. H. Evre, Bactériologiste Guy’s Hospital, Londres, S. E.
S. Flexner, Directeur de l’Institut Rockefeller, New-York.
C. França, Chef de Service Inst, bactériol. Camara Pestana, Lis¬
bonne.
F. Fülleborn, ProP Institut für Schiffs u. Tropen-krankheiten, Ham¬
bourg.
C. M. Garcia, Médecin-inspecteur du Service contre la hèvre Jaune,
La Vera-Cruz, Mexique.
L. Gedoelst, ProP Ecole Médecine vétérinaire, Cureghem-Bruxelles.
.1. xV CiLLRUTH. ProP Pathol, vétérin. Université Melbourne, Aus¬
tralie.
O. CoEBEL, Médecin Union minière du Katanga, Congo belge.
W. M. Haffkine, Laboratory Hospital Grounds, Bhawanipur, Cal¬
cutta.
S. Kanellis, 24, rue Pinacoton, Athènes.
G. W. Kiewiet de Jonge, Kramat, Weltewreden, Indes néerlandaises.
F. Kleine, Chef de la lutte contre la Maladie du Sommeil en Afrique
orientale allemande.
Sir W. B. Leishman, ProP Royal army medical College, Millbank,
Londres, S. W.
A. Lutz, Directeur Institut bactériol., Sao Paulo, Brésil.
xT. Macdonald, La Clinica, 18, calle Guente, Huelva, Espagne.
E. Martini, Médecin principal de la Marine allemande, Bureau of
Science, Manille.
IX
E. Marzinowsky, Médecin Hôpital Paul H', Moscou.
C. Mknsk, Directeur d'Archiv fur Schiÿ's u. Tropenhvgienc\ 28, Phi-
losophenweg, Gassel, Allemagne.
E. A. Minchin, Prof' Protozoologie Univ. Londres. Lister Institute,
Londres, S. W.
R. E. Montgomkry, Government veterinarv bacteriologist, Nairobi,
British East Africa.
.1. Moreira, Directeur Hospice national des aliénés, Rio-de-Janeiro.
G. S. Motas, Prof*' Ecole vétérinaire, Bucarest.
W. E. Mesgravk, Biological Laboratory, Bureau of Science, Manille.
D. Nararro, l^roP adjoint University Gollege, 4, Albermale Man¬
sions, Heath Drive, Londres, N. W.
\\ô S. Patton, King Institute of préventive Medicine, Guindy, Ma¬
dras, Inde.
A. Plehn, Médecin à l’hôpital am Urban, 22, Kleiststrasse, Berlin
W, 62.
M me L. Rabinowitsch-Kempner, 42, Augsburgerstrasse, Berlin N.W,5o.
Golonel F. Raymond, Ghef du service vétér. civil du Bengale, Royal
Veterinary Gollege, Galcutta.
.1. Rodhain, Directeur de l’Hôpital des Noirs. Léopoldville, Gongo
belge.
E. Robi.edo, Manizales, Golombie.
L. Rogers, ProP Medical Gollege, Galcutta.
Ph. H. Ross, Government Bacteriologist, Nairobi, British East
Africa.
G. Savas, ProO' Fac. Médecine, Athènes.
ScHEEBE, Ancien Prof' Univ. Tokio. à Greiz, Allemagne.
G. Schilling, Ghef de division Institut fur Infecktionskrankheiten,
8. Platanen-Allee, Westend Berlin.
.1. W. W. Stephens, Lecturer, Liverpool School of tropical Medicine.
R. P. Strong, Directeur Biological Laboratory, Bureau of Science,
Manille.
Theobald, Wye Gourt, Wyc, Kent, Angleterre.
Th. VON Wasielewski, Ghef de la division de Parasitologie, Institut
für Krebsforschung, Heidelberg.
Zabolotny, Institut Médecine expérimentale, Saint-Pétersbourg.
Zammit, Laboratory Public Health Departm., Malte.
[.es Membres de la Société sont priés de vouloir bien informer les Secré¬
taires généraux des modifications dans leurs titres et fonctions et de leurs
changements d’adresse.
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Troisième année
1910
N° I
^BULLETIN
DK LA
Société de Pathologie exotique
SKAXCK DU 12 JANVIER I9IO.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Allocution du Président
Mes chers Collègues,
Avant de reprendre le cours de nos travaux, il me paraît utile
de jeter un regard en arrière et d’examiner si, pendant l’année
qui vient de s’écouler, notre Société a continué à se développer et
si notre programme, résumé dans l’article premier de nos Sta¬
tuts, a été bien rempli.
En tenant compte des élections de Correspondants, qui ont
lieu aujourd’hui et dont le résultat ne semble pas douteux, la So¬
ciété de pathologie exotic|ue compte :
Membres honoraires . 20
Membres titulaires honoraires . 16
Membres titulaires . 33
Associés français . 19
Associés étrangers . 20
Correspondants français . 70
Correspondants étrangers . 57
Soit en tout 235 membres ; l’an dernier, à pareille épociue, le
I
nombre des membres de la Société était de 214; il s’est donc ac¬
cru de 21.
Au cours de l’année dernière, MM. A. Pettit, G. IG Schnei¬
der et Darré ont été nommés Membres titulaires.
MM. AuDiAr, V. Brochari), J. A. Bussière, Cathoire,
n. bStEEV, H. Gendre, de (iovoN, Salv/vj' et F. Sorel ont été
nommés Gorrespondants français.
M. Mamerto Gadiz a été nommé Correspondant étranger.
Le cadre des Correspondants étrangers était rempli et cepen¬
dant nous recevions des lettres de candidature de savants étran¬
gers auxquels nous regrettions de ne pas pouvoir conférer le titre
de Correspondant ; dans ces conditions, vous avez pensé. Mes¬
sieurs, qu’il V avait lieu de modifier notre Règlement et, dans
la séance du 10 novembre dernier, vous avez décidé que le nom¬
bre des Correspondants étrangers, comme celui des français,
pourrait s’élever jusqu’à roo. C’est grâce à cette modification de
notre l-lèglement que nous pouvons faire aujourd’hui des nomi¬
nations de Correspondants étrangers. 11 importera de ne pas
remplir trop rapidement le nouveau cadre, afin que pendant les
années à venir nous puissions accueillir les candidatures des sa¬
vants étrangers Cjui nous auront adressé des travaux intéressants.
La Société a perdu, en iqoq, un de ses Correspondants les plus
distingués, M. Buffard, vétérinaire militaire ; j’ai rappelé, dans
la précédente séance, les beaux titres scientifiques de notre très
regretté Collègue.
Toutes nos séances ont été très bien remplies; le tome deu¬
xième de notre Bulletin, beau volume de 671 pages, témoigne de
l’activité scientifique de notre Société.
Un grand nombre de questions relatives à la pathologie ou à
l’hygiène des régions tropicales ont fait l’objet de communica¬
tions d’un grand intérêt. A mon grand regret, je devrai me bor¬
ner à faire une rapide énumération des titres de ces communica¬
tions qui presque toutes rentrent dans une des catégories sui¬
vantes : maladies dues à des Protozoaires ou à des Bactéries et
maladies parasitaires proprement dites ; la part des agents météo¬
riques cpie l’on croyait naguère si importante dans la pathologie
des régions tropicales se rétrécit de plus en plus au profit des
ag'ents parasitaires.
Parmi les questions concernant l’étude des maladies à Proto¬
zoaires qui ont fait l’objet des principales communications, je
citerai : la prophylaxie du paludisme ; la piroplasmose des Bo¬
vidés au Stanley-Pool ; la piroplasmose canine au Tonkin ; le
kala-azar tunisien et ses formes légères ou latentes chez le chien
ou le singe ; le bouton d’Orient, ses formes anormales et son trai¬
tement ; la toxoplasmose du lapin ; la dysenterie amibienne et son
traitement; la maladie du sommeil, sa répartition, ses symptô¬
mes, son diagnostic et son traitement; une nouvelle espèce de
tr^'panoson1iase humaine au Brésil ; les trypanosomiases anima¬
les au Congo français et au Dahomey; les infections dues au
Trypanosoma congolensc ; les Hémogrégarines de différents
Sauriens ou Chéloniens.
Les principales communications concernant les maladies dues à
des Bactéries ont eu pour objets: la fièvre typhoïde ou paraty¬
phoïde aux Indes; le typhus exanthématique en Algérie et son
traitement; la fièvre récurrente en Colombie; les spirilloses ani¬
males; la fièvre méditerranéenne en Tunisie et à Marseille; la
jDeste en Tunisie; la lièvre jaune; la lèpre dans l’Archipel des
Loyalty .
Parmi les travaux concernant les maladies parasitaires propre¬
ment dites, je citerai ceux qui se rapportent aux filarioses en Co-
chinchine, au h'onkin et à la Martinique; à l’éléphantiasis en
Océanie; à la bilharziose en Tunisie; aux lésions du foie dans
les schistosomiases humaines; à l’ankylostomiase en Cuvane
française et en Colombie; à l’helminthiase intestinale et hépati-
t[ue chez les indigènes du Tonkin et de TAnnam ; à une nouvelle
espèce d’œsophagostome chez l’iKjmme.
Plusieurs rapports importants ont été l’objet de discussions
{jui se sont terminées par le vote de propositions d’un grand inté¬
rêt pour l’hvgiène. de nos ('olonies.
Dans la séance du lo lévrier, MM. Ker.moroant et Jeaxseoie
nous ont présenté, au nom d’une Commission dont ils étalent les
rapporteurs, un remarquable travail sur la j^rophvlaxie de la lè¬
pre dans nos colonies. Les conclusions de ce Rapport ont été dis¬
cutées dans les séances de mars et avril. Les vœux émis par la
Société ont été transmis à IM. le Ministre des Colonies et à M. le
CoLiverneur général de l’Algérie.
Dans la séance du t2 mai, nous avons présenté jM. Kermor-
GAXT et moi, au nom de la Commission spéciale qui avait été
nommée par la Société, un Rapnort Sur les mesures à prendre
— 4 —
pour développer dans les Colonies françaises l'usage préventif
de la quinine eontre le paludisme.
La Société a émis le vœu que les (iouverneurs de toutes nos
C'olonies soient autorisés, comm’e l’ont été les Gouverneurs gé¬
néraux de Madagascar et de l’Indo-Chine, à prendre, par voie
d’arrêté, les dispositions nécessaires pour que les sels de c[uinine
soient mis à la disposition de tous, au plus bas prix possible.
Dans une lettre en date du 6 août 190g, M. le Ministre des Co¬
lonies, auquel le voeu de la Société avait été ti'ansmis, s’exprime
comme il suit : <( Je vous suis très reconnaissant. Monsieur le
Président, de l’intérêt que vous v(udez bien apporter à toutes les
Cjuestions qui se rapportent à la protection de la santé publique
et à la proplndaxie des maladies dans notre domaine colonial.
(( Il m’est agréable de vous donner l’assurance que le vœu émis
par la Société de Pathologie exotique sera transmis aux Gouver¬
neurs de nos différentes possessions, auxquels je ferai connaî¬
tre tout le prix que j’attache k l’étude immédiate des dispositions
à prendre en vue d’organiser la vente de la quinine dans des con¬
ditions analogues à celles ([ui ont été rendues réglementaires à
Madagascar et en Indo-Chine ».
Le vœu que vous avez émis et aucpiel M. le Ministre des C'o¬
lonies a fait si Ijon acc'ueil auixg espér(jns-le, d’heureux résidtats
au point de vue de la prophylaxie du paludisme.
Les travaux de. votre Commission de la quinine ont eu un autre
résultat fort important. A notre demande, l’Association coopéra¬
tive des Pharmaciens de France a mis en vente, à bas prix, dans
les régions palustres de la France et de nos Colonies, différen¬
tes préparations quinicpies choisies parmi celles qui conviennent
le mieux pour l’usage préventif que nous avi{)ns en vue.
Dans la séance du g juin, M. Ker.mor(;axt nous a lu un remar¬
quable travail sur l'Alcoolisme dans les Colonies françaises ; les
conclusions ont été discutées dans la séanc'e du 21 juillet et les
\aeux émis par la Société pour réprimer les progrès de l’alcoo¬
lisme dans la population indigène de nos colonies ont été trans¬
mis h M. le Ministre des Colonies avec le Rapport de M. Ker-
:\i()R(;axt.
L'n de ces vœmx concerne l’interdiction de l’importation de
l’alcool de traite dans nos Colonies: la Commission coloniale in¬
ternationale de la Ligue contre l’alcoolisme, qui s’est réunie à
Londres au mois de juillet de l’année dernière, a émis un vœu
identique.
Cette question de la protection des indio'ènes contre l'alcoolisme
(‘St une de celles qui présentent le plus d’intérêt au point de vue
de l’avenir de nos colonies et il faut féliciter M. Kerm(')Rc;ant de
l’avoir posée devant la Société de Pathologie exotique. ICspérons
([ue nos vtvux seront entendus.
Xous avions signalé à AI. le Ivésident général de la Tunisie la
nécessité de prendre des mesures pour empêcher la propagation
de la fièvre méditerranéenne en d'unisie; un décret du 22 sep¬
tembre ic)0(), <;|ui vous a été communiciué dans la séance du 13 oc¬
tobre dernier a prescrit ces mesures.
Ce sommaire de nos travaux, si court et incomplet qu’il soit,
suffit, ce me semble, à montrer que notre Scjciété a bien rempli,
|)endant l’année qui vient de s’écouler, la tâche que ses Statuts
lui imposent: étude des maladies exotiques de l’homme et des
animaux, étude de l’hygiène c(^loniale et des mesures à prendre
pour empêcher l’extension des épidémies et des épizooties d’ori¬
gine exotique.
Il m’est revenu (jue quelc|ues Confrères, supposant sans doute
(]u’une Société t[ui siège à l’Institut Pasteur ne doit s’occuper
([ue de microbiologie, hésitent à nous envoyer des travaux rela¬
tifs à des questions de clinique; je crois donc utile de rappeler
([Lie les travaux des Cliniciens ont leur place marquée dans nos
Bidletins, à caAté de ceux des Alicrobiologistes, des Naturalistes
et des I h’giénistes, à condition, bien entendu, qu’ils se ratta-
('hent à l’étude de la Pathologie exotique.
Je remercie tous ceux qui ont contribué au bon fonctionnement
de notre Société pendant l’année qui vient de s’écoider; je re¬
mercie en particulier les membres du Bureau qui se sont acqLÛt-
tés avec beaucoup de zèle de leurs fonctions et je fais des vœux
sincères pour que l’année 1910 marque encore de nouveaux pro¬
grès dans le développement de la Société de Pathologie exoti¬
que. (.4 ppla U d isst’ m e n ts.)
J’invite AI. Bertrand, nommé vice-président, à prendre place
au Bureîiu, AI. Ta-: IAentu, actuellement en vo^■age, m’a écrit pour
s’excuser de ne pouvoir pas assister à cette séance.
Correspondance
MM. Bertrand et Le Dentu, nommés vice-présidents, — Gen¬
dre, nommé membre correspondant, — Darré, nommé membre
titulaire, adressent des remerciements à la Société.
Présentations
M. Mesnil. — Notre collègue, M. Edmond Serrent, présente
à la Société ;
1° Une circulaire sur la « Réglementation de la vente du Bi-
chlorkydrate de Quinine en dragées » en Algérie, à partir du
L’’ janvier 1910. Cette réglementation est faite « dans le but de
favoriser la diffusion de la quinine en Algérie et après entente
avec l’Association générale des pharmaciens de France, les phar¬
maciens établis en Algérie ayant été appelés à donner leur avis ».
2" Ime brochure de 218 pages, du Gouvernement général d’Al¬
gérie, intitulée: « Campagne antipaludique de 1908 ».
»
* *
M. Marchoi’X. — J’ai l’honneur de présenter à la Société, au
nom de M. Salanoue-Ipin, médecin-major de 1'° classe des Troupes
coloniales, un Précis de Pathologie exotique. Dans ce petit livre,
l’auteur a su exposer dans un cadre simple et sous une forme très
claire, les diverses maladies c|ue les médecins exerçant dans la
zone tropicale sont appelés à rencontrer. Les récentes conquêtes
de la science en Pathologie exotique ont trouvé leur place dans
ce volume, qui rendra certainement de grands services.
Elections
La Société procède aux élections suivantes. Sont nommés:
Membres correspondants :
a) Français.
MM.
IIeckexroth, Médecin-major 2'' Cl. T C, détaché à l’Institut
Pasteur ;
A. Leger, Médecin-major 2® Cl. d' C, au C Colonial, Cher¬
bourg ;
Maxai'd, Médecin-major 2® Cl. T C, Conseiller médical au Minis¬
tère de l’Intérieur, Bangkok, Siam.
J. Stixi, à Larnaca, Chypre.
h) Etrangers.
MM.
L. Audaix, Directeur du Laboratoire de Port-au-Prince, Haïti ;
C. Chagas, chef de service à l’Institut Oswald Cruz, Manguinhos,
Rio de Janeiro ;
Gedoelst, professeur à l’Ecole de médecine vétérinaire, Cure-
ghem-Bruxelles ;
IvLEiXE, Chef de la Lutte contre la Maladie du Sommeil en Afri¬
que orientale allemande ;
E. Marzixowsky, Hôpital Paul-H', à Moscou.
R.-E. Montgomery, Bactériologiste-vétérinaire du Protectorat an¬
glais de l’Afrique orientale, à Nairobi ;
J. Rodhain, Directeur de l’LTôpital des Noirs, Léopoldville, Con¬
go belge.
*
* *
M. Geuraud, membre correspondant, adresse sa démission.
- 8 — •
COMMUNICATIONS
Béribéri
Par M. JEANSELME.
Quels sont les éléments cliniques du diagnostic différentiel
entre le béribéri, considéré comme une espèce morbide propre,
et les autres polynévrites?
Telle est la question que notre collègue, M. Firket, de Liège,
posait au mois de novembre dernier dans une lettre adressée à la
vSociété de pathologie exotique.
A cette occasion, M. Laveran exprimait le désir qu’une dis¬
cussion fût ouverte sur ce sujet, mais il faisait remarquer combien
il est difficile d’établir le diagnostic différentiel du béribéri dont
nous ignorons encore l’agent spécifique.
En effet, tant que cette donnée essentielle nous échappera, nous
serons incapables de définir avec précision le mot (( Béribéri ».
De grandes divergences d’opinion existent à l’heure actuelle entre
les observateurs sur le sens qu’il convient de donner à ce terme,
et certains vont jusqu’à contester l’existence même du Béribéri,
fis soutiennent que sous cette dénomination on a groupé, indûment
et artificiellement, toutes les polynévrites observées sous les tropi¬
ques, comme séquelles des maladies toxiques et infectieuses.
M. Firket est de ce nombre. (( Nous croyons, dit-il, que sous
l’appellation générale de béribéri, on a réuni à tort des affections
d’origines très différentes, dont beaucoup sont identiques à cer¬
taines polynévrites d’Europe .
(( A notre sens, il n’existe pas ux béribéri, mais bien des béri¬
béris SPÉCIFIQUEMENT DIFFÉRENTS.... »
Passant en revue les infections qui, dans les pays tempérés, peu¬
vent se compliquer de polynévrites, telles par exemple la fièvre ty¬
phoïde, la malaria, la diphtérie, il se demande si ces mêmes cau¬
ses n’engendrent pas, dans la zone tropicale, l’ensemble des dé¬
sordres nerveux connu sous le nom de béribéri, (( étiquette plus
vénérable par son âge que par sa précision ».
— 9 —
Pour ma part, j’avoue qu’il m’est impossible de souscrire à cette
opinion. Tous ceux c;[ui ont étudié sur place le bérihéii, sa^-cnt
c}ue si cette polynévrite peut succéder parfois à une ép’clérnie de
grippe, de dvsenterie, de paludisme, l’enciuête la plus sévère ne
permet pas, le plus souvent, de relever l’existence d’une maladie
antérieure ; à tel point qu’en pays tropical une polynévrite épi-
démicpie dont la cause n’est pas avérée doit toujours faire naître
l’idée du béribéri et diriger les recherches dans ce sens.
lù d’ailleurs, est-ce ciue la fièvre tvphoïde, la diphtérie, ou
n’imporle c|uelle autre maladie infectieuse de nos ('limats, a
jamais donné naissance à des épidémies de polynévrites aussi
meurtrières que celles du béribéri ,1’un des fléaux les plus redou¬
tables de la zone tropicale ?
11 n’est pas davantage possible d’accepter le rôle hypothétique
que M. Firket tend à faire jouer à l’alcool dans la genèse du bé¬
ribéri. Voici, par exemple des prisonniers internés depuis de
nombreuses années au bagne de Poulo Condor où le béribéri couve
en permanence. Ces prisonniers ne boivent rigoureusement cpie
de l’eau, et soudain éclate une épidémie formidable qui enlève en
([uelc[ues mois jusqu’à 50 % de l’effectif total (t) ! Remarquez
que le béribéri hante les pénitenciers, les prisons, les couvents,
les séminaires, bref toutes les agglomérations où l’abstinence des
boissons alcooliques existe en fait, de gré ou de force. Par contre,
le béribéri est infiniment plus rare parmi la population libre c|ui
pourrait plus aisément se livrer à l’alcoolisme.
Pour ces raisons et pour d’autres C[u’il serait trop long d’énu¬
mérer, je tiens, avec la majorité des observateurs, le béribéri pour
une maladie autonome. Je ne pense pas que cette polvnévrite re¬
lève d’ une intoxication d’origine alimentaire. L’hypothèse d’une
toxi-infection me paraît plus vraisemblable. Les foyers de béribéri
ont, en effet, une certaine mobilité, et parfois ils suivent certains
groupes humains, pour ainsi dire à la trace, dans tous leurs dé-
placemcmts. Les convois de détenus, formés à Poulo C'ondor et
destinés à la Nouvelle-Calédonie, ont été décimés par le béribéri
pendant tout le cotirs de la traversée, et jusque dans les mines
(i) En ic)o8, la morbidité par béribéri au pénitencier de Poulo Condor, a été
de 582 pour 1000 d’effectif ; la miortalité a atteint 491 sur 1000 d’effectif ; le
nombre des décès pour 1000 malades a été de 841. (Kekmokgant, Justnict.
loiicerncint les Diesiires à prendre contre les nndadies épidémiques et conta¬
gieuses.)
10
de nickel vers lesquelles ces prisonniers étaient dirigés. Certains
hôpitaux, ou même certains pavillons d’un hôpital sont des foyers
à la fois très intenses et très circonscrits de béribéri. A l’hôpital
des Pauvres de Singapore, la frécpience des cas intérieurs de béri¬
béri était si grande, il y a une dizaine d’années, qu’il était ques¬
tion de déplacer cet établissement (i). Le régime alimentaire, uni¬
forme pour tout un hôpital, ne peut pas expliquer l’existence de
ces foyers circonscrits. La nouvelle prison d’Hanoï paraît avoir
été ensemencée par les détenus qui y ont été transférés de l’an¬
cienne prison. Mais, si l’alimentation défectueuse n’est pas la
cause réelle du béribéri, elle est une cause adjuvante tellement im-
])ortante que, sans elle, une épidémie ne saurait éclater.
La lésion constante du béribéri est une polynévrite qui lèse, si¬
multanément ou séparément, les nerfs moteurs, sensitifs ou tro-
phicpies. Tous les symptômes relevés dans le cours de cette ma¬
ladie: paralysie, abolition des réflexes et amyotrophie; — anes¬
thésie cutanée et hyperesthésie musculaire ; — œdèmes, ana-
sarque et épanchements dans les séreuses, sont les expressions
variées de la névrite béribérique. Celle-ci ne diffère par aucun
de ses traits essentiels de la polvnévritc de toute autre origine et,
à vrai dire, elle ne possède aucun signe réellement pathognomoni¬
que. Cependant certaines particularités symptomatiques consti¬
tuent une forte présomption en faveur du béribéri. Ce sont: les
(edèmes, les troubles cardio-respiratoires, et l’allure endémo-épi-
démicjue c|u 'affecte cette polynévrite.
L’importance de l'œdème est très variable. Minime ou même
absent dans la forme sèche ,il devient tout à fait prépondérant
dans la forme humide. Au plus léger degré, c’est une infiltration
circonscrite, peu fixe ou même fugace, qui bouffit les régions sus-
malléolaires, les mains ou la face. Au degré le plus élevé, c’est une
anasarcjue accompagnée d’épanchements dans les séreuses, en tout
semblable à celle qui accompagne l’es néphrites suraiguës. Elle ne
s’en distingue guère, que par sa consistance plus ferme et par
sa résistance élastique. Dans ces formes humides, l’oligurie est
très marquée; l’urine est concentrée, lourde et haute en couleur.
L’absence d’albumine est un caractère négatif très important.
Celle-ci cependant existe à l’état transitoire, comme chez les car¬
diaques, quand le cœur est momentanément au-dessous de sa tâ-
(i) J 'ignore s’il a été donné suite à ce projet.
che. Dans les formes aiguës, on trouve parfois de ralbumine,
mais toujours en quantité insignifiante.
Une excellente mesure qui renseigne sur l’état sanitaire d’une
prison où l’on soupçonne l’existence du béribéri consiste à faire
peser indistinctement tous les détenus, chaque quinzaine, comme
( ela se pratique à l’établissement d’Insein, près de Rangoon (Bir¬
manie). d'out écart considérable, soit en moins, soit en plus, par
rapport au poids antérieur du prisonnier, doit éveiller les soup¬
çons du médecin dont la constante préoccupation doit être de dé¬
pister le béribéri à son début. Or si, dans la forme sèche, le corps
diminue de poids, il augmente, au contraire, notablement dans la
forme humide, en proportion de la sérosité emmagasinée dans les
tissus, et cela bien avant que l’oedème soit apparent.
Les troubles cardio-respiratoires, rares et peu accusés dans la
plupart des polynévrites, occupent dans le béribéri une place de
premier plan. Que ces désordres s’installent sournoisement, cpi’ils
se démasquent soudain ; ce sont eux qui ])resque toujours entraî¬
nent l’issue fatale! Line sensation de barre épigastrique extrême¬
ment pénible, de l’angoisse précordiale, de la dyspnée d’effort,
annoncent la forme cardio-pulmonaire du béribéri. L'^ne tachycar¬
die, constante même au repos, et surtout une instabilité cardiaque
telle cjLie le malade ne peut faire une trentaine de pas sans cjue le
pouls saute de 90 à 130 ou 140, sont des signes de haute significa¬
tion. La forme pernicieuse aiguë, que les Japonais appellent le
(( Cœur broyé » est une insuffisance soudaine du myocarde avci'
toutes ses conséquences : assourdissement des bruits du cœair, ryth¬
me pendulaire, souffle par ectasie des orifices auriculo-ventricu-
laires ; etc. L’insufflsance cardiaque peut être foudroyante :
dans ce cas, l’unique symptôme du béribéri est la mort subite par
svncope. Ayant appris que cet accident était fréquent dans plu¬
sieurs prisons de l’Indo-Chine, je cherchai la raison d’être de ce
tait. Chaejue fois qu’il m’était signalé, je trouvais en coïncidence
avec lui des cas avérés ou latents de béribéri. Poursuivant mes
recherches, je suis arrivé à cette conviction que ces cas de mort
subite relèvent de la forme foudroyante du béribéri, de celle qui
intéresse d’emblée le pneumogastrique ou le phrénique.
Il n’est pas rare que l’individu atteint de béribéri succombe à
la paralysie du diaphragme. Le moribond fait des efforts sur¬
humains pour introduire un peu d’air dans sa poitrine, mais il
n’y parvient pas car à chaque inspiration les hypocliondres se
dépriment et les organes abdominaux viennent combler le vide
thorac'ique.
Mais ce qui appartient en propre à la polynévrite béribérique,
c’est sa tendance à créer dans les lieux qu’elle à visités une pre¬
mière fois, un fover permanent, une véritable endémie ; c’est aussi
la brutalité déconcertante de ses recrudescences épidémiques, c’est
enfin effroyable mortalité qu’elle cause dans les agglomérations
([ue hantent la misère, le désespoir et la faim. Nulle autre polyné¬
vrite ne possède un tel pouvoir destructeur. C’est par milliers que
l'on compte ses victimes. Aux Indes néerlandaises le béribéri
décime les coolies des mines et des plantations. Dans les conces¬
sions de la côte occidentale de Sumatra, le pourcentage des dé¬
cès par béribéri s’élève à 40, 60 et même 70 % (i).
Dans la dernière campagne, le Japon, malgré l’excellence de
son corps de santé, a eu 75 à 80.000 hommes mis hors de combat
par le béribéri ; par cette seule cause morbide, il a été privé du
dixième de son effectif.
Je ne puis clore cette note sans signaler les polynévrites
épidémiques observées à bord des navires et dans les asiles d’alié¬
nés. Il n’est pas douteux que dans les pays où le béribéri règne à
l’état endémo-épidémique, des foyers de cette maladie déciment
les marins et la population des asiles. Mais, faut-il assimiler au
Iréribéri véritable les épidémies qui se déclarent, après plusieurs
mois de navigation, sur les voiliers qui effectuent de très longues
traversées, sous toutes les latitudes, sans pouvoir se réapprovi¬
sionner en vivres frais? Ce béribéri nautique est caractérisé par de
l’asthénie, des paralysies, de l’anesthésie et des troubles cardia-
([ues. A ces symptômes, s’associent volontiers des manifestations
telles que la gingivite hémorragique et des pétéchies qui rappel¬
lent le scorbut. On est porté à croire, sans pouvoir en fournir la
preuve, que le prétendu béribéri des voiliers est une intoxication
d’origine alimentaire.
De même, jusqu’à plus ample informé, j’estime C|u’on n’est pas
autorisé à rapporter au béribéri les épidémies de polvnévrite qui
éclatent dans les quartiers d’aliénés d’Europe. A l’asile de Sainte-
fi) Lors de l’établissement de la voie ferrée du Cong-o à Matadi, les nègres
des Barbades et les Chinois employés aux travaux de terrassement furent pres¬
que anéantis, (c Pendant 2 mois, en 1S92, la mortalité chez eux s’est élevée à
75 % P^^’' nwis, ce qui eut donné le taux inouï de qoo 0/00 par an, si ces condi¬
tions avaient persisté. » Bourguionox, Drvépo.ndt et Firkf.t, Soc. roy. de
Méd. publique, Bruxelles 1898, p. 232.
C.emmes-siir-Lüire, sur 150 malades atteints, les symptômes pa-
rah’tiques furent observés dans le 1/3 des cas ; les réflexes rotu-
liens étaient abolis et les masses musculaires, douloureuses à ia
pression, ne tardaient pas à s’atrophier. La peau, au niveau des
extrémités, était le siège d’hypéresthésie, d’anesthésie et de trou¬
bles vaso-moteurs. La mort avait pour cause l’insutfisance cardia-
t[ue ou l’asphvxie. La paralysie du diaphragme est ex]3ressément
signalée. C’est bien là le tableau SN-mptomaticiue du béribéri, d'ou-
tefois, les plaques érvthémateuses associées à des bulles, le pur¬
pura, les ecchvmoses, le pseudo-rhumatisme, mentionnés dans
l’épidémie de Sainte-Cjemmes, pourraient bien être, à luon avis,
les manifestations d’un érvtlième poh'morjjhe qui relèverait de la
même cause infectieuse ou toxic[ue C[ue la névrite.
Aussi, ne peut-on qu’approuver la prudente réserve de
MAL Chaxtemesse et Ramond qui ont intitulé leur travail: Une
épidémie de paralvsie ascendante aigtië, chez les aliénés, rappe¬
lant le béribéri (1).
Ifn résumé, l’adjonction des œdèmes et des troubles cardio¬
respiratoires à la névrite des membres, l’allure endémo-épidémi-
C|ue du béribéri : tels sont les principaux éléments dont doit faire
état le diagnostic différentiel.
Origine alimentaire et traitement du béribéri
Par L. BRIfAUDAT.
J’ai l’honneur de j^résenter à la Société de Pathologie exoti(|ue,
le résumé sma'inct d’un assez long travail sur l’origine alimen¬
taire et le traitement du béribéri.
Les détails de mon expérimentation paraîtront sous forme de
mémoire, dans les Annales de Vlnstitut Pasteur.
1° Origine du béribéri. — Niée et affirmée tour à tour, l’ori¬
gine alimentaire du béribéri a été surtout défendue sur des ter¬
rains souvent très différents, par Kvk.mann, Hébrard, Sanchiosht,
Urall, Le Dantec, Di^bruel, et plus récemment par Saltet
et Legrand, à la suite d’une épidémie à Uasablanca.
(i) Pour plus de détails, voir E. Jkansiîlmk, Le liéribéri, monog’raphie ])u-
bliée dans l’Eincyclopédie scientifique des Aides-mémoires, Masson, 1906.
— 14 —
Les recherches que je poursuis depuis le mois de mars 1907,
me permeltent de me ranger à cette opinion, et de montrer, d une
façon plus précise, l’agent initial de la maladie.
Les accidents qui constituent le béribéri m’apparaissent comme
le résultat d’un empoisonnement provoqué par la fermentation
butyro-propionique du riz ou d’autres féculents, dans le tube di¬
gestif.
Cette fermentation est due à un vibrion dont les spores résis¬
tent à la température de 98°-ioo°, vibrion très voisin du B. sepii-
cus de Pasteur, et qui pullule dans les terrains chauds, bas et
humides, les marécages, et surtout les rizières, où il est l’agent
principal de la putréfaction des chaumes.
Ferment des hydrates de carbone et des matières protéiques, il
donne naissance, aux dépens des divers amylacés, à une série de
produits, dépourvus de toute valeur alimentaire, parmi lesquels
prédominent deux acides volatils toxiques: les acides propioni-
que et butyrique (i).
Au nombre de ces produits de destruction, on trouve encore
de l’acide carbonique, une très petite quantité d’alcool, de l’acé¬
tone de l’acétylméthylcarbinol, de la leucine, de la tyrosine, etc.
Il s’ensuit que tout individu consommant habituellement un
aliment féculent contaminé, ou en faisant sa nourriture princi¬
pale, tout individu dont le tube digestif est largement infecté par
les poussières d’un sol riche en spores de vibrion ferment, peut
devenir un fover constant de fermentation acide. Il cesse, alors,
de se nourrir, malgré l’ingestion d’une quantité d’aliments, plus
que suffisante en apparence, s’empoisonne, et meurt avec les
signes, et porteur des lésions, qui caractérisent le béribéri.
Chez les animaux normaux, nourris exclusivement de riz blanc,
cuit, en excès, la mort arrive entre 20 et 40 jours pour le cobave
et la poule ; entre 40 et 50 jours, pour le singe et le chien.
Chez les animaux porteurs de parasites intestinaux, et de lé¬
sions intestinales préexistantes dues à ces parasites ou à toute
autre cause, la mort arrive parfois brusquement, à la suite d’un
repas plus copieux.
Chez les poules nourries de pain et de patates cuites, l’ingestion
directe, à la sonde, des produits stérilisés de la fermentation totale
de 3 g. de riz blanc par jour, suffit à tuer une poule de 1560 g.
(i) J’insiste sur ces deux points : production de -substances ayant perdu
toute qualité d’aliment, production de substances toxiques.
non parasitée, en 63 jours ; une poule de 1550 parasitée, en
43 jours. r ^ ^
On conçoit, dès lors, que du riz même légèrement fermenté,
puisse provoquer des accidents, chez les sujets qui se nourrissent
à peu près exclusivement de cet aliment.
Traitement. — D’après Eykmann qui avait déjà constaté l’in¬
fluence nocive du riz sur des poules, ralbumen normal contien¬
drait un poison, dont le périsperme renfermerait l’antidote.
ItYK^MAXX protégea des poules contre les accidents Iréribéricpies,
en les nourrissant de riz non décortiqué ou grossièrement décor¬
tiqué.
Mes recbercbes personnelles ne me permettent pas d’admettre
l’existence d’un poison dans l’albumen normal, mais elles confir¬
ment l’action protectrice de certaines parties des enveloppes du
riz (i). Voici, du reste, mes conclusions:
D Tous les animaux, parasités ou non, nourris de riz blanc,
cuit, contaminé par le vibrion ferment, meurent en des temps
variables avec l’espèce, l’état de fermentation du riz, la quantité
ingérée, etc. ;
2'^ Tous les animaux, parasités ou non, nourris parallèlement
avec ce même riz contaminé, additionné de son, c’est-à-dire de
l’ensemble des couches cellulaires comprises entre le péricarpe et
l’albumen du riz, résistent indéfiniment, avec augmentation no¬
table du poids ;
3° Tl y a un rapport directement proportionnel entre la quan¬
tité de son à faire ingérer et l’état de fermentation du riz;
4° Des animaux nourris de riz blanc, contaminé, et présen¬
tant des accidents identiques à ceux du béribéri, reviennent ti
la santé, par l’usage d’une quantité suffisante de son de riz, si
les lésions organiques n’ont pas dépassé certaines limites de gra¬
vité ;
5° D’autre part, le béribéri est extrêmement rare, chez les
paysans annamites qui se nourrissent de riz grossièrement dé¬
cortiqué à la main, au moment du besoin, c’est-à-dire de riz
n’ayant pas encore subi de commencement de fermentation et
contenant une forte proportion de son.
6° Des endémies ont été brusquement arrêtées, en Cochinchine,
dans les prisons de Poulo-Condore et de Saigon, dans les caser-
( I) Mes expériences ont porté sur des cobayes, des poules, des singes et des
chiens, avant d’être a])pliquées à l’homme.
nements de tirailleurs, par la substitution du riz décortiqué, cha¬
que jour, au riz blanc des usines, notamment à la suite d’un
ordre de M. le médecin-inspecteur Grall, en décembre 1904.
JG'kmanx cite le même fait pour les prisons de Java.
Ces faits précis m’ont conduit à tenter l’application à l’homme,
du traitement par le son de riz.
Depuis le mois de mars 1909, la médication suivante est en
pratique dans les trois hôpitaux indigènes de Saigon:
Dès l’arrivée, chaque malade reçoit, au moment des repas, 20 g.
de son (60 g. par jour), sous forme de boulettes ainsi préparées :
Son de riz du commerce, frais, passé au tamis n° 60, 100 g.
Sirop de sucre . 60 g.
Ah'ool d’essence de menthe du Codex . t cm-’^.
Faire une masse pilulaire et diviser en 10 boulettes pesant cha¬
cune 16 g. environ.
Rien n’est changé à l’alimentation habituelle. Aucune autre
médii'ation interne n’est administrée aux malades.
l.es résultats obtenus sont les suivants, du mars ati 2 dé-
cemltre 1909, 9 mois.
1° hlôpiUtI de Phii-My.
Guéris . 64
Sortis avant guérison complète . 4
Décès avant 8 jours de traitement . 5
Décès après 8 jours de traitement . néant
Ifvadés . 5
Ivetus de traitement . i
En traitement . 41
Total des entrées . 119
Décès, pour 100 entrées . 4,2
Avant l’application de ce traitement, le nombre moyen des
décès, pour 100 entrées, calculé sur les 3 dernières années, est de
24G-
2° Hôpital municipal de Cholon.
Du i®’’ mars au 2 décembre 1909.
Guéris . . .
Sortis avant guérison complète . 6
Décès avant 8 jours de traitement . 4
Décès après 8 jours de traitement . . . 3
Evadés . 4
En traitement . 36
Total des entrées . Tôô
17 —
Décès pour loo entrées . 7
Moyenne des décès, pour lOO entrées, pendant les quatre der¬
nières années c|ui ont précédé ce traitement: 27,4.
3° Hôpital de Choqiian.
Du H' mars au 2 décembre 19OQ (9 mois).
(Une seule salle en traitement).
Guéris . 16
Evadé incomplètement guéri . i
Décès avant 8 jours . 1
Décès après 8 jours . néant
En traitement . 17
Total des entrées . 35
Décès pour 100 entrées . . 2,8
Moyenne des décès des 4 dernières années . 23,9
4° Expérience du Cap St-Jacques.
D’autre part, au mois de juin dernier, avec l’autorisation du
haut commandement, et celle de M. le médecin-inspecteur, direc¬
teur général du service de santé en Indo-Chine, j’ai pu instituer
une double expérience de traitement curatif et prophylactique, sur
les troupes indigènes du Cap St-Jacques, où sévit le béribéri à
l’état endémique.
500 tirailleurs et 200 artilleurs ont été divisés en deux groupes.
350 hommes reçoivent par jour, en 2 fois, au moment des re¬
pas, 40 à 50 g. de son de riz, à titre préventif. 350 hommes servent
de témoins.
Rien n’a été changé à la nourriture habituelle; elle est la même
dans les deux cas.
L’expérience est suivie en mon absence par M. le D'’ Denier,
de l’Institut Pasteur de Saigon, par MM. les médecins-major Far-
GiER et Bernoud, pour le traitement préventif, par M. le médecin-
major JcjjoT, médecin chef de l’ambulance, pour le traitement
curatif.
Des rapports officiels sont adressés périodiquement au Direc¬
teur du Service de Santé.
Voici les derniers résultats récemment arrivés à Paris, extraits
d’un rapport de M. le médecin-major Jojot:
i8 —
Traitement prophylactique (du 23 juin au i"" novembre, cinq
mois).
Tirailleurs. — Groupe des témoins, ^6 cas de beri-beri.
Groupe des hommes traités par le son, 6 cas (dont 3 rechutes,
et 3 cas de i*" invasion).
Artilleurs. — Groupe des témoins, 15 cas.
Groupe des traités par le son, aucun cas.
Au total : 71 cas de béribéri chez les témoins, contre 6 cas chez
les hommes traités.
Traitfaient curatif. — Aucun décès ne s’est produit à l’ambu¬
lance.
Sur les 56 entrées, ri malades restaient en traitement le no¬
vembre. Tous les guéris, rentrés au bataillon, y sont l’objet d’une
surveillance spéciale, et continuent à prendre du son, dans les
conditions du traitement préventif.
I^’après les récentes prescriptions de M. le médecin-inspecteur,
directeur du service de santé en Indo-Chine, le traitement curatif
est appliqué dans tous les postes militaires de notre colonie, et
l’expérience du traitement prophylactique sera continuée au Cap
St-Jacques pendant une année encore.
Quelle est, ou quelles sont les substances protectrices du son y
J’ai extrait de cette matière une nucléoalbumine, en d’autres
termes une caséine végétale, un gluten, qui s’y trouve dans la
proportion de 12 à 13 % et qui, dans une récente expérience, a
permis à 3 poules sur 4, de résister à l’empoisonnement par le
riz fermenté, alors que les témoins sont morts en 38-24-28 et 32
jours.
Au bout de 4 mois et 21 jours de survie, les ingestions de nu¬
cléoalbumine ont été supprimées, et l’alimentation par le riz fer¬
menté maintenue. Les 3 poules succombèrent après 33-38 et 29 jours
de ce nouveau régime.
Je continue dans cette voie des recherches plus précises.
M. Noc. — Il y a 250 ans qu’on discute sur le béribéri, on n’est
même pas sûr de la définition qu’il faut donner de la maladie.
Quelques jours avant de quitter la Martinique, j’ai observé un
noir atteint d’anasarque, de souffles cardiaques et de diminution
des réflexes rotuliens qui a guéri à la suite de l’ingestion de 6 gr.
de thymol. Si j’avais été en Indo-Chine, j’aurais appelé ce cas un
cas de béribéri. A la Martinique, on l’appelle ankylostomiase ou
mal-cœur.
— 19 —
IM. GinALL. — Je tiens seulement à apporter deux remarques:
i" Le riz est un élément important de l’alimentation, mais il
ne la constitue pas exclusivement. Les indigènes font entrer dans
leur régime des viandes fraîches, des conserves.
2° La substitution du riz avec le son dans l’alimentation des
personnes à la prison de Saïgon et à Poulo-Condore y a supprimé
la mortalité depuis 1904 et 1905.
M. VhxcEXT. — Je demande la parole, non pour formuler mon
opinion sur le fond de la cpiestion, mais pour signaler que l’ali¬
mentation uniforme peut intervenir dans les résultats observés
soit chez l’homme nourri avec du riz, soit chez l’animal. J’ai
nourri des cobaves divisés par lots, les uns avec du riz, les autres
avec du blé concassé mélangé de farine de blé, les autres avec
de l’orge concassé, les derniers avec de l’avoine. Les animaux ne
recevaient que ces grains, avec de l’eau, et rien autre. Ils les man¬
geaient très bien et avec appétit. Or, tous sont morts dans un
délai de 25 à 35 jours, dans un état cachectique.
Peut-être faut-il, en conséquence, tenir compte de cette condi¬
tion dans l’interprétation des expériences cjui viennent d’être si¬
gnalées.
M. Prévôt. — Les cobayes ne sont pas des granivores et si les
cobayes de M. Vincent sont morts cachectiques, c’est parce que
leur tube digestif n’est sans doute pas organisé pour utiliser l’a¬
liment qui leur a été donné. Les mêmes animaux uniquement nour¬
ris d’herbe vivent et engraissent.
M. Noc. — Les très intéressantes observations de IM. Vincent
ont été confirmées à l’avance par moi, dans un travail paru dans
les Annales de V Institut Pasteur en novembre-décembre 1908, où
j’ai montré que, chez les prisonniers mangeurs de riz, le taux d’éo¬
sinophiles du sang et la résistance individuelle sont fortement
abaissés.
Il serait bon de connaître les parasites animaux qui existaient
dans l’intestin des poules ou des hommes, car chez les porteurs
d’ank^dostomes, le béribéri semble extrêmement fréquent.
vS’agit-il d’une intoxication par Necator americanus ou d’un mi¬
crobe invisible inoculé par les ankylostomes ?
On n’en sait rien. On sait seulement qu’une nourriture mono-
20
tone et pauvre en matières azotées favorise l’intoxication cpii porte
le nom de béribéri.
M. PoTTEVix. — Au point de vue du mauvais effet d’une alimen-
teuion exclusiforme, des expériences analogues à celles cpie cite
Al. Bréaudat ont été faites à propos de la Pellagre; les animaux
nourris exclusivement de maïs mouraient invariablement : avec une
alimentation variée ils survivaient.
Pn ce qui concerne les vibrions septicpies, producteurs d’acide
l)ut\'rique et propion ique, ils sont extrêmement communs dans
notre contenu intestinal et il paraît difficile de leur attribuer, sans
[U'euve bien péremptoire, une action spécifique.
Action des différents bacilles
dysentériques sur la mannite
Par H. PüTTEVlN
Je n’ai l’intention de présenter aujourd’hui qu’une note
préliminaire, mais elle peut tirer quelque intérêt du fait qu’elle
vient rectifier une donnée sinon classique, ce qui serait beaucoup
dire, tout au moins courante.
Parmi les caractères servant à différencier les bacilles dvsenté-
riques en deux tvpes (Shiga, Fi.exxer), que l’on tire de la façon
dont ils se comportent vis-à-vis des hvdrates de carl:)one, on cite
le suivant: les bacilles type Flexner font fermenter la mannite,
ceux du type Shiga ne rattacpient pas.
Cette notion n’est fondée que sur l’observation des change¬
ments de réaction qui se produisent dans les milieux de culture
(bouillons ou solutions de peptone) additionnés de mannite. Les
('ultures du B. de F'lexner deviennent rapidement très forte-'
ment acides ; celles du B. Shiga, au contraire, deviennent alca¬
lines. Dans le premier cas, on est en droit de conclure, surtout
par comparaison avec oe cpii se passe dans les cultures témoins
non mannitées, dont la réaction est alcaline ou neutre, que l’hv-
drate de carbone a été attaqué. Dans le second cas, au contraire,
le fait que la réaction demeure alcaline ne prouverait pas que la
21
mannite n’est pas attaquée, mais simplement que l’acidité pro¬
duite à ses dépens est, en tous cas, inférieure k l’alcalinité pro¬
duite par l’attaque des produits azotés du bouillon. Pour affirmer
(|ue la mannite reste intacte il est nécessaire de procéder à des
dosages: il n’est pas à ma connaissance cpi’on l’ait fait.
Ifn faisant ces dosages (le liquide de culture était déféqué par
la méthode de Patein et la mannite dosée par la méthode de
AIüi.iær) j’ai pu constater que la mannite est parfaitement atta-
(|uée par le B. de Shiga : elle l’est en proportion d’autant plus
grande cpie le milieu de culture est plus riche en peptone. A titre
d’exemple, je citerai l’expérience suivante:
Des ballc^ns (ait reçu chacun 50 cnP d’un milieu de culture constitué par
du bouillon de veau seul ou additionné de. peptone Chapotkaut, et mannité ;
ensemencés avec Shiga et mis à 37°, ils ont donné après un mois d’étuve :
Mannite totale
Témoin . 2,31
Bouillon seul . 2,10 )
B. + 2 oyo Pep . 2,00 t Réaction alcaline.
B. + 5 0/0 Pept . 1,60 ^
11 résulte de là que si l’épreuve en bouillons mannités peut être
utilisée dans la pratique, on ne saurait plus invoquer la diversité
de leur action sur la mannite comme élément d’une différentia¬
tion essentielle entre la biologie des deux tvpes de JP dysen-
téricpie.
La tuberculose chez les Noirs en Guinée française
(cercle de Kindia)
Par WA(A)N.
I.a rareté de la tuberculose chez les Noirs de ht Cote occiden¬
tale d’Afrique est généralement admise, mais nous ne possédons
guère de renseignements scientificpies à ce sujet.
Sur les conseils de AI. Calmette, j’ai soumis simultanément à
Vophtahno et à la ciiti-rcaction 100 indigènes adultes, pris au ha¬
sard parmi les infirmiers, les manœuvres, les prisonniers, les mi¬
liciens du poste de Jvindia (Guinée française) et parmi les mala¬
des cpii se pré.sentaient à ma consultation pour les affections les
])lus variées.
22
Les sujets^ étaient tous revus dès 1e lendemain et pendant qua¬
tre jours après l’instillation et l’inoculation de tuberculine.
La tuberculine employée a été, dans tous les cas, une solution
fraîchement préparée à i p. loo de tuberculine précipitée sèche,
fournie par M. Cal:\iette.
Sur cette série de lOO sujets, j’ai relevé au total 12 réactions
positives aux deux méthodes. Aucun sujet n’a réagi à l’une des
deux méthodes isolément.
Cette proportion de 12 p. 100 de sujets devant être supposés
porteurs de lésions tuberculeuses est remarquablement faible si
on la compare à celle des individus de race blanche pris égale¬
ment au hasard dans les grandes villes de France, d’Angleterre
ou d’Allemagne.
On sait en effet que, d’après M. Calmette, 35 p. 100 environ
des sujets considérés comme indemnes de tuberculose réagissent
à l’ophtalmo-diagnostic et 85 p. 100 à la cuti-réaction.
L’examen détaillé des douze sujets qui ont fourni la double
réaction positive m’a permis de déceler chez 6 d’entre eux des
signes d’adénopathie trachéo-bronchique et des troubles respira¬
toires plus ou moins accusés.
d'oiis, sauf un, sur lequel je n’ai pu obtenir de renseignements
précis (il s’agissait d’un prisonnier), étaient des dépaysés et exer¬
çaient des professions C|ui les avaient mis longtemps en contact
avec des Iruropéens ou avec des négo{'iants svriens : un élève aide-
médecin indigène, 2 infirmiers, i manœuvre né à Conakry,
avant presque constamment résidé, et d’ailleurs alcoolique, 4 mi¬
liciens, I commerçant venu de Sierra-Leone, alcoolique avéré,
3 prisonniers, dont deux anciens domestiques d’Européens et
enfin 2 consultants ayant résidé à Conakrv.
Pour c|ui sait combien la tuberculose, sous toutes ses formes,
est fréquente chez les Européens coloniaux et, plus encore, chez
les commerçants syriens, à Conakry et à Kindia, il est impos¬
sible de n’être pas frappé de ce fait que seuls les indigènes avant
vécu à leur contact ou à leur service paraissent avoir été conta¬
minés. J’ai soigné pour m£i part, à Kindia, 6 Européens et 2 Sv¬
riens tuberculeux. Sur ces 8 sujets, 4 au moins étaient porteurs
de lésions ouvertes.
Tl semblerait donc cpie, dans les villages indigènes de la Côte
occidentale d’Africpie, la d'uberculose ne s’observe actuellement
que chez les indigènes qui ont pu être contaminés par des Euro¬
péens, dans les centres habités ou fréquentés par ces derniers.
— 2:> —
Persistance de l’infection des méninges
chez un singe guéri sans médication d’une
infection sanguine à spirilles naturelle
Par A. THIROUX et W. DUFOUGERÉ.
Le cas que nous rapportons ci-après nous paraît intéressant
à plusieurs points de vue. Jusqu’à l’heure actuelle, sauf clans la
syphilis, on n’a pas signalé d’infection des méninges par les spi¬
rilles. et il est intéressant de savoir si, dans les spirilloses humai¬
nes, il ne peut se déclarer tardivement des manifestations ménin¬
gées ou cérébrales, dues à des atteintes antérieures de fièvre ré¬
currente ou de tick-fever.
D 'autre part, l’un de nous a constamment soutenu, depuis 1906,
c|ue, dans la trvpanosomiase Inimaine, le sang pouvait se débar¬
rasser lui-même, et sans aucune médication, de ses parasites,
grâce aux anticorps forn>és, tandis cpie l’infection persistait dans
les méninges, où les anticorps n’ont pas accès. Nous avions même
comparé ce cpii se passe dans la trypanosomiase humaine avec ce
cpù se passe dans les svphilis cérébrales tardives, survenant chez
des malades dont les premiers accidents ont été très bénins et
ont passé inaperçus, ou chez ceux cgii semblent guéris et vivent
sans ac'cidents depuis de nombreuses années.
Le fait de la disparition des parasites du sang, sans le secours
d’aucun médicament, grâce seulement à l’action des anticorps,
dans la trvpanosomiase humaine, a été contesté à plusieurs re¬
prises par Cîustave Martin et Lebcki f. Louis Martin et IL Dar¬
ré semblent, au contraire, l’admettre, lorsqu’ils s’expriment ainsi :
« 11 est assez rare de trouver des tiy'panosomes dans le sang ou
(( dans les ganglions des malades, cjui présentent des accidents
(( cérébraux. A cette période de la maladie, c’est dans le liquide
<( céphalo-rachidien c|u’il faudra chercher les parasites » (i).
Le cas ciue nous rapportons ci-après, nous donne une fois de
plus raison et indique cpie la théorie cpie nous avons soutenue à
(i) Louis Martin et H. Darré. In Gustave Martin, Lebœuf et Roubaud.
La Maladie du Souiuieil au Congo français, Paris, Masson, 190g.
propos de la maladie du sommeil est non seulement exa^^te, mais
qu’elle s’applique encore à certaines spirilloses ; ainsi qj^ie pou¬
vaient, d’ailleurs, le faire prévoir des faits déjà très anciennement
connus, relatifs à la svphilis cérébrale. Et nous voyons ainsi que
le passage ou Je persistance de toute une catégorie de parasites
dans le liquide céphalo-rachidien ou les centres nerveux, alors
que le sang s’en est déjà débarrassé au moyen des anticorps "ÿu’ il
forme, constitue une règle générale qui, quoique ne s’ appliqfffhit
pas à tous les malades', est cependant commune à un certain no)jx-
bre de maladies, dont rinfection relève de la même classe de pfo-
toco aires.
Observation résumée. — Chez un Cercopitheciis patas, provenant de
Kayes (Soudan français), nous avons trouvé un spirille voisin de Spirilltim
diittoni, que nous avons nommé Sp. pitheci (i). L’animal présentait des
accès de fièvre irréguliers, sans correspondance marquée avec la constatation
au microscope du spirille dans le sang. Le sang restait cependant infectant
pour les souris dans l’intervalle des crises.
Le singe présentait aussi, dès son arrivée, de l’atrophie du globe oculaire
droit avec opacité de la cornée. L’animal ayant cessé de montrer des spiril¬
les dans son sang depuis 1 1 jours présenta subitement pendant plusieurs
jours consécutifs des crises épileptoïdes à type Jacksonien, se produisant prin¬
cipalement lorsqu’on remuait sa cage pour la transporter d’un point à un
autre. Son sang, examiné tous les jours, et vérifié 8 jours après la cessation
des crises épileptoïdes, fut constaté par inoculation à la souris comme ayant
cessé d’être virulent.
L’animal fut sacrifié un mois et demi après le dernier jour où les spirilles
furent constatés dans son sang. Le sang fut de nouveau inoculé à 2 souris
qui ne s’infectèrent pas. A l’autopsie, on put constater que la cavité crânienne
renfermait environ 10 cm® de liquide céphalo-rachidien clair et transparent.
Le liquide, plus abondant à gauche, comprimait la face postérieure de l’hé¬
misphère gauche, au point que ce dernier semblait moins volumineux que
l’hémisphère droit. La compression produite par le liquide céphalo-rachi¬
dien sur l’hémisphère gauche est certainement la cause de l’atrophie de
l’œil droit, et des attaques épileptiformes observées. Quoique ces dernières
ne se soient mjontrées qu’après la disparition des spirilles du sang,, la
compression cérébrale est certainement contemporaine de l’infection san¬
guine, l’atrophie oculaire en témoignant.
Le liquide céphalo-rachidien, obtenu clair et sans mélange d’hématies, a
infecté 2 souris au bout de 6 jours, alors que 2 autres souris, inoculées en
même temps avec le sang sont restées indemnes.
(i) A. Tiiiroitx et W. Dufougeré, Acad, des Sciences, 10 janvier 1910.
Trypanosomiase humaine et pneumonie
Par ALLAIX et TRAUTMANN.
Si la trypanosomiase humaine, à ses diverses étapf^s, commence
à être bien connue, on est encore imparfaitement renseigné sur
l’action qu’exercent sur elles diverses affections intercurrentes,
b^ne des plus intéressantes à considérer est incontestablement la
pneumionie, si fréquente dans l’Afrique intertropicale. Les 2 ob¬
servations c|ue l’on trouvera ci-dessous, quelque imparfaites C{u’el-
les soient, constitueront une contribution à cette intéressante ques¬
tion.
Obscrvatiox I. — Mai.ila, femme Battkteca. Est examinée le 15 juillet
1907. Etat d’hébétude très prononcé, rit au lieu de répondre aux questions
qu’on lui pose ; se dit malade depuis 3 mois, mal à la tête, au ventre (cons¬
tipation). b'ièvre. Quand elle reste auprès du feu, s’endort immédiatement.
Troubles mentaux extrêmement prononcés, sorte de folie érotique ; elle pas¬
se son temps, moitié nue, à danser, chanter dans la cour de l’hôpital, ou
à se livrer à de véritables luttes sous les plus futiles prétextes. Appétit bon. A
maig’i'i et a perdu de ses forces. Polyadénite accusée, surtout aux aisselles ;
gang-lions nombreux, ])etits, mais ponctionnables. Peau très rugueuse ; au¬
cune éruption. Ponction des ganglions de l’aine : 2 trypan. par champ.
Le sang autoagglutine et montre des filaires à gaine et sans gaine.
Reçoit, du 25 juillet au 30 août, 5 g. 50 d’atoxyl. Le poids, de 44 kg. 600
le 25 juillet, n’était plus que de 42 kg. 600 le 30 août.
Le 30 août Mai.ii. \ quitte l’ambulance et nous n’en avons plus de nou¬
velles jusqu’au 24 octobre où elle nous revient dans un très piteux état.
Le 2g octobre, on commence un traitement à l’atoxyl et de cette date au
18 novembre on fait 5 injections de i g. C’est ])endant cette période que Ma-
1.11.A est atteinte de pneumonie grave.
Son poids de 33 kg. le 2g octobre, tombe à 32 le 3 novembre, pour com¬
mencer à remonter le S novembre (34 kg.) et arriver à 4g kg. 200 le
16 février igo8.
En janvier igog, Malila était en excellente santé.
Observation’ IL — Bant.uéré, femme de race Banziri, du Kouango. A
quitté .son pays depuis 3 mois et est venue directement à Brazzaville. Est
examinée le 3 octobre igoy ; elle ne serait malade que depuis 3 jours (?) :
coliques, constipation. Polyadénite accusée au cou. La ponction d’un gan¬
glion cervical décèle des Trypan. Le sang renferme des filaires et est en
hyperleucocytose. Le poids, le g octobre, est de 46 kg. 700.
Reçoit, du g octobre au 13 novembre, 5 g. 75 d’atoxyl.
.\ cette époque, sur\'ient une pneumonie qui occasionne de fortes tempé¬
ratures, principalement du 18 au 26 novembre.
Le 3 décembre, le poids, qui était de 48 kg. 700 le 13 novembre, n’est
— 20 —
plus que de 41 kg’. On fait une injection de i g. d’atoxyl. A partir de ce
moment, on cesse toute injection d’atoxyl et l’état général continue à s’amé¬
liorer. Le 2q janvier 1908, on note un poids de 49 kg. 600.
Kn janvier 1909, B.\Nf;uÉRÉ était en excellente santé.
\A)ici donc deux cas, surtout le premier, où il semble que la
pneumonie ait eu une influence favorable sur la marche de la
trvpanosomiase.
Jb’une note récente présentée à la Société (i) par notre cama¬
rade Thiroux, nous extrairons le pa.ssage suivant: ...<( Nous
avons observé des cas dans lesquels un traitement très incomplet
et de très petites doses d’arsenic ont réussi h amener la guérison
définitive. Nous avons vu, entre autres, un malade guérir avec un
seul traitement atoxyl-orpiment. L’orpiment était donné à des
doses qui se sont montrées depuis notoirenumt insuffisantes chez
d’autres malades (o gr. 30) et une pneumonie intercurrente a
même empêché de terminer ce traitement ».
C’est surtout en raison des faits connus d’influence des infec¬
tions microbiennes sur l’évolution des trvpanosomiases, faits que
l’un de nous a cherché à réaliser expérimentalement en se servant
du spirochète de la iick-fevcr (2), que nous avons eu l’attention
particulièrement attirée sur nos 2 observations. Nous ne songeons
nullement à généraliser (nous n’ignorons pas qu’il n’y a pas lieu
de le faire), mais nous désirons simplement, en apportant cette
mode.ste contribution à l’étude des associations dans la trypanoso¬
miase humaine, provocpier d’autres observations qui aideront à se
faire une idée d’ensemble sur la question.
{Service de Santé du Congo, à Bruche avilie.)
La bilharziose à la Martinique
Par F. NOC.
AI. I ^ETULLE a publié, en iqoq, dans les Archives de parasito¬
logie, une intére.ssante étude anatomo-pathologique sur un cas de
dysenterie bilharzienne provenant de Fort-de-France. Il v a quel-
(1) Ihill. Soc. Path. exot., t. Il, voir p. 536.
(2) Tr.\utm.\xx, An)i. List. Pasteur, t. XXI, 1907.
— 27 —
ques mois, le docteur BoitviKR, praticien distingué de la Marti-
nicpie, me signalait un cas d’ank}dostomiase grave. J’examinai
le malade et je constatai dans les selles diarrhéiques de gros cra¬
chats sanguinolents, dont l’aspect grisâtre éveilla mon attention,
A l’examen microscopique, je trouvai parmi des œufs nombreux
de Xccator amcricaniis, les œufs volumineux, à épine termino-
latérale, de Bilharcia hcematohia.
J’informai de ce cas le Chef du Service de Santé, qui chercha
et retrouva dans les Archives de l’hôpital militaire l’observation
inédite d’un troisième cas de rectite bilharzienne.
Le malade du docteur Bouvier faisait partie d’un Orphelinat
composé de 45 élèves créoles et comprenant également un directeur
européen, une religieuse, un surveillant mulâtre, et deux ou trois
femmes de service.
J’examinjii tout ce personnel. La santé générale des élèves
laisse à désirer; plusieurs sont pâles, bouffis, ce sont des ankv-
lostomiasiques, ainsi que l’a montré l’examen des matières féca¬
les. Plusieurs élèves ont des symptômes de dysenterie. Cepen¬
dant la nourriture est bonne et variée, l’eau potable est de l’eau de
pluie filtrée, le matériel de couchage est propre. Ce qui mine ce
pensionnat, c’est la bilharziose. Sur 45 élèves, 32 ont des œufs
de Bilharzia dans les selles, en nombre variable, à côté des œufs
de parasites variés : ankvlostomes, ascarides, trichocéphales, Hy-
mcnolepis dimimita et des protozoaires intestinaux. Le direc¬
teur est lui-même atteint de dysenterie bilharzienne. Il y a donc
dans cet orphelinat 33 cas de bilharziose rectale.
Je n’ai pas observé de bilharziose urinaire. Serait-ce une cons¬
tatation en faveur de l’hvpothèse de jNIansox, d’après hupielle
la bilharziose urinaire est due à un parasite différent de celui
de la billuirziose rectale? On ne peut l’affirmer. Le seul fait à
retenir, c’est que tous les œufs que j’ai examinés, et ils sont nom¬
breux, avaient une épine termino-latérale.
Comment se transmet la maladie dans cette agglomération ?
Il résulte de l’enquête très minutieuse que j’ai faite dans les lo¬
caux, cjLie ni l’eau d’alimentation, ni les latrines ne peuvent être
incriminées.
L’eau d’alimentation est de l’eau de pluie; le dépôt qu’elle
laisse sur un filtre en terre poreuse a été examiné, il ne contenait
aucun être vivant ressemblant à une forme de l’évolution d’un
Distome.
— 28 —
Les cabinets sont très mal tenus, mais tous les enfants portent
des chaussures et ne s’asseoient pas pendant la défécation. La
nuit seulement, ils ont un vase commun.
Lorsqu’on examine les œufs de BiUuirzia vivants, et j’en ai vu
souvent dans lesquels l’embryon faisait mouvoir ses entonnoirs
ciliés très rapidement, il suffit d’ajouter un peu d’eau à la pré¬
paration et d’attendre 20, 30 minutes, pour assister à la sortie
du miracidium qui se meut très vite. Mais, dans l’eau ou même
dans la solution ph vsioloqique de XaCl, cet embryon ne vit que
quelques minutes, à la température de mon laboratoire (28“), puis
il se plasmolyse et disparaît.
Sa force de pénétration paraît néanmoins très grande pendant
ces courts instants de liberté: il écarte avec force les œufs d’an-
kvlostome et d’oxyure.
Or, dans cet orphelinat, les conditions de mise en liberté des
embrvons de Bilharcia paraissent se présenter avec une singulière
fréquence. Tous les enfants prennent chaque matin une douche
fraîche dans une petite salle de bains, qui comporte également,
dans un carré de 3 m. de côté, une baignoire pour le Directeur.
Cette douche, ils la prennent, pour aller plus vite, par groupes de
cinq ou six. Pour la prendre en commun, ils se servent de cale¬
çons de bain en cotonnade, dont j’ai rapporté un exemplaire poul¬
ie Musée de notre Société, car, sur l’un de ces caleçons de bain,
encore humide et venant d’être utilisé, j’ai observé, en découpant
(juelques brindilles de tissu, cà l’examen microscopique, un mira-
('iditim de Bilharsia caractéristique, avec sa couronne de cils près
du vertex, ses entonnoirs vibratiles, ses grandes dimensions, sa
force propulsive remarquable. Cet embrvon a vécu une vingtaine
de minutes entre lame et lamelle dans l’eau qui a servi à le re¬
cueillir.
Je ne saurais tirer une conclusion ferme de ces observations qui
n’ont pas, évidemment, la valeur d’une expérience, mais je dois
ici rappeler la théorie émise par Looss, du Caire, d’après qui
Schistosomnm hæmatohium ne se transmet pas par l’intermé¬
diaire d’un mollusque, mais plutôt par pénétration directe de
l’embryon à travers la peau et surtout les muqueuses anale ou
uréthrale.
Quoi qu’il en soit, j’ai fait connaître à l’autorité sanitaire de la
Martinique qu’il y aurait lieu de déplacer cet orphelinat infecté
de bilharziose, qu’il serait bien de le placer à la campagne, dans
29 —
un endroit isolé, à proximité de la mer, pour que le tout-à-l’égout
puisse V être installé facilement, que chaque élève devrait avoir
son lavabo individuel, son vase individuel, son caleçon indivi¬
duel et se baigner isolément dans des locaux bien aménagés, en
c.onformité avec l’hegiène modiume.
■' M. Brumci'. — La très intéressante communication de AL Xoc
nous montre l’existence exclusive à la Martinique de la bilharzie
intestinale. Jointe aux observations de Le'itu.le, de PiRUju, de
Su. VA, elle confirme l’hvpothèse de AI.anson et de Sa.mhox, c’est-
à-dire l’existence d’une espèce de Bilharzie {Schisiosoniiim Man-
soni) différente de l’espèce cgii provoc[ue l’hématurie d’Kgypte
(Schisiosomiim hcematohiiim). Bien que ces deux espèces de vers
soient difficiles à distinguer à l’état adulte, on peut affirmer leur in¬
dividualité en se basant : i“ sur la forme différente de leurs œufs ;
2° sur le déterminisme qui pousse les femelles de Sch. Mansoni
vers l’intestin et celles de Sch. hœmatohiuni vers la vessie ;
3° sur les lésions produites dans les veinules de l’intestin (endo-
phlébite de Leti'lle) et l’absence de lésions correspondantes dans
la vessie; 4° sur la distribution géographique des deux para¬
sites.
Quant au mode de pénétration du parasite dans l’organisme,
les observations de M. Noc ont une valeur épidémiologic|ue de
premier ordre. Il est bien probable C|ue l’infection se fait par
la peau ainsi que Looss en a émis l’hypothèse. Idans un cas de
bilharziose vésicale contractée dans le sud tunisieti et cpie le doc¬
teur Laxgeron et moi étudions actuellement, l’infection semble
f'tien avoir lieu à la suite de bains dans des endroits frécjuentés
par les indigènes. Le nombre énorme de vers parasitant un malade
et que pour un cas moyen ou peut évaluer à des millions de femel¬
les permet de penser avec Looss qu’il se produit dans le corps
de l’homme une évolution de Aliracidium en Sporocvstes et en
Rédies identicjue à celle que montrent d’autres trématodes dans
le foie de divers molluscjues. Je crois ciiie cette évolution schizogo-
niciue seule peut permettre de concevoir l’intensité de l’infestation
que présentent des gens qui ont été peu exposés à la contamina¬
tion.
- AL AIoty. — L’examen des embryons au moment de leur éclo¬
sion pourrait donner, en effet, le moyen de les caractériser;
— 3o
ainsi les spécimens recueillis dans un cas originaire de Tunisie,
éclos dans l’eau ordinaire, y vivent plusieurs heures; leur S£ic
pulsatile si spécial, constitue également un caractère impor¬
tant. Il me paraît donc probable que la bilharziose urinaire du
Nord de rAfricj[ue diffère, en effet, de la bilharziose intestinale
américaine, dont M. Noc nous a donné une si intéressante des¬
cription.
Ifn ce qui concerne la ponte, j’ai remarqué cpie les œufs se pré¬
sentent dans les urines enrobés dans un flocon tibrineux dont
ils occupent le centre, la partie la plus grosse du flocon est rouge
et contient des globules sanguins ; le côté opposé est fibrineux,
amorphe, et s’effile de plus en plus ; chacpie masstie fibrineuse
contient 6 à lo a'ufs groupés au centre de la masse. C’est pour
cela que je pense que le mode de pénétration des œufs dans la
vessie diffère de celui de la ponte dans le tissu cellulaire rectal
où les œnifs se présentent infiltrés de tous côtés sans aucune
(Orientation.
U n cas d’ankylostomiase maligne
compliquée de bilharziose rectale
, Par F. NOC.
L’ankvlostomiase est, en général, une affection bénigne. Iflle
peut devenir très gixive lorsque les parasites intestinaux sont en
nombre considérable, lorsqu’ils inoculent des bactéries dans la
mucpieuse digestive, ou encore lorsque le terrain où évolue l’an-
kylostome est appauvri par le fait d’une nourriture insuffisante
en matière azotée, chez les mangeurs de riz, par exemple.
Dans le cas dont je rapporte l’observation, il s’agit d’un en¬
fant, soumis à une alimentation saine et variée, chez lequel l’an¬
kylostomiase est devenue grave d’abord à cause du grand nombre
des parasites qu’il hébergeait, ensuite à cause de la concomi¬
tance d’une affection redoutable, la bilharziose rectale.
Voici cette observation, que j’ai pu faire grâce à l’amabilité
de mon vénéré confrère, le docteur Bouvier, de Fort-de-France:
E. H. G., onze ans et demi, créole de couleur claire, originaire de Saint-
O
— :>i —
Joseph (Martinique). Son enfance fut misérable, il vivait à la campag’ne dans
les pires conditions d’hvg’iène. Recueilli il y a un an à l’Œuvre laïque du
Patronage Saint-Louis, à l'ort-de-France, il ])résentait déjà à son arrivée, de
l’anémie et des accès de fièvre irréguliers. Cet état n’a fait que s’aggraver
depuis.
.\ctuellement, on constate qu’il est d’une pâleur cadavérique ; ses conjonc¬
tives, sa muqueuse buccale sont exsangues ; son visage est bouffi, il est
sans force. Le réfle.xe rotulien du côté droit est absent, celui de gauche est
diminué. La marche est pénible : peut-être faut-il faire intervenir dans la
production de ce symptôme l’apparition d’une glande à l’aine, il y a
15 jours, accompagnée d’un accès de lym])hangite. Cet accès a duré plu¬
sieurs jours, la température était très élevée ; il a été suivi d’œdème de la
jambe droite, d’un œdème blanc, résistant comme l’œdème éléphantiasique.
La rate n’est pas hypertrophiée, le foie paraît normal. Du côté droit, on
observe au-dessous du rebord des fausses côtes, une circulation veineuse pé¬
riphérique, qui descend jusqu’à la base de la cuisse droite.
Le cœur révèle, à l’auscultation, un souffle anémique caractéristique.
Rien au poumon.
La température axillaire est d’en\iron pS° tous les jours. L’état des fonc¬
tions intestinales attire l’attention : il n’y a pas actuellement de perversion
du goût, mais le malade avoue avoir mangé de la terre, autrefois, à la
campagne.
Depuis plusieurs mois, la diarrhée est établie, avec 4 et 5 selles par jour ;
ce sont des selles très fétides, bilieuses, émaillées de gros crachats sangui¬
nolents et grisâtres.
L’examen micro.scopique des matières fécales donne les résultats suivants :
Œufs de Necalor atuericauits (i) ; très nombreux, forment parfois une
mosaïque dans la préparation ;
Œufs de Trichocéphale : assez nombreux ;
Œufs de Bilharzia hœuHitohia , à é])eron termino-latéral, nombreux. Ces
œufs ont les dimensions habituellement données dans les traités classiques ;
plusieurs sont vivants et renferment un miracidium cilié ;
Grains d’amidon, inattaqués ])ar les sucs intestinaux, nombreux.
Je porte le diagno.stie d’ankvlostomitise maligne compliquée
de dysenterie cà Bilhar:yia.
r>’examen du sang- va nous renseigner sur la résistance du ma¬
lade :
Hémoglobine, par le Gowers-Sahli, env. 20 ]). 100.
firaves altérations des globules ; anisocytose ; hématies nucléées nom¬
breuses.
Après coloration : polychromatoj)hilie, polynucléo.se, hématoblastes nom¬
breux, blocs de pigment ocre dans les frottis. Pas d’hématozoaire.
Formule leucocytaire :
Poly. neutro . 6S,57 P- mo.
Grands mono . 3,71 —
Moyens mono . 4,29 —
Lympho . 16,29 —
Eosinophiles bilobés . 3,71 —
Eosinophiles trilobés . 3,43 —
(i) Nous avons observé aussi à la Martinique, de nombreux adultes ; jus¬
qu’ici nous n’avons rencontré que des Necator americaniis.
Héniatimétrie
(i. R., 1.436.500 par mm'*,
(i. B., 70.000 par mm^.
L’état de ce malade était évidemment trè.s grave. Je n 'hésitai
pas, néanmoins, cà proposer an docteur B()r\’iER le traitement
radical de l’ankvlostomiase par le thymol qui, en Indo-Chine, a
donné de si bons résultats c'iu docteur Axgier et à moi. Le ma¬
lade étant ici jeune et affaibli, nous avons commencé par une
dose modérée de 2 g. de tlyymol donnés en 2 cachets après 24 h.
de régime lacté et de purgation. On recueillit dans les selles
261 ankylostomes.
Huit jours après, la médication fut repri.se aux mêmes doses
et le malade rejeta enc'ore 102 ankylostomes. I.’œdème de la face
disparut, la diarrhée diminua, mais, peut-être à la suite d’une
nouvelle poussée de hmphangite, l’éléphantiasis des jambes
s’étendit et remonta jus(|u’à mi-cuisse. La fièvre persistait. L’ap¬
pétit était bon et le malade semblait reprendre des forces.
Lbie troisième prise de thymol provoqua l’expulsion de 137 Ne-
cator amcrican us.
J. 'état général est resté stationnaire, sans aggravation jusqu’au
27 décembre dernier, date à laquelle on m’a écrit au sujet de ce
malade.
11 a pris, le ig décembre, enc'ore 2 g. de thvmol et a éliminé
ce jour-là, 54 ankx'lostomes, ce qui fait, au total, 554 ankvlosto-
mes. 11 est probable cpie de nouveaux essais de thvmol seront
nécessaires. On voit que ce médicament, ainsi manié, à doses
répétées, n’est nullement toxic|ue. Je ne puis pas dire encore
s’il a une action c|uelconque sur Schistosomum hœmatohhim.
Les porteurs d’ankylostomes au Tonkin
et dans le Nord-Annam
Par C. MATHLS et M. LEGER.
Les indigènes du Tonkin et du Nord-Annam, dans une pro¬
portion de plus de 50 pour 100, sont porteurs d’ankvlostomes.
L’examen des vers adultes expulsés à la suite de l’administration
de thymol, ou recueillis lors des nécropsies, nous a permis de
— 33 —
constater que les uncinaires de l’Indo-Chine du Nord appartien¬
nent à deux espèces: Agchylostoma diiodenalc (Dubini, 1843) et
\ccaior americanus (Stiles, 1902).
Par le seul examen des œufs dans les selles, il n’est guère
possible d’indiquer dans quelles proportions existent les deux es¬
pèces. Le volume des œuifs est, en effet, très variable. Chez Nc-
cütor americanus, les dimensions extrêmes sont, d’après Harris,
de 57 5 à 80 u comme longueur et de 35 4 à 52 u comme lar¬
geur. Stiles, et après lui Calmette, Verdun, Xeveu-Lemaire,
etc., indiquent 64 à 76 4 de long sur 36 à 40 4 de large. Les
œufs d' Agchylostoma diiodenalc sont plus petits; ils mesurent
52 4 de long sur 32 de large ; mais Braun indique des dimen¬
sions extrêmes de 55 à 65 4 pour la longueur et de 32 à 45 4
pour la largeur.
L’intestin d’un même individu peut, d’ailleurs, héberger les
deux parasites et il ii’a' a aucune raison de rapporter un œuf de
dimensions intermédiaires à une espèce plutôt ({ti’à une autre.
Ifn outre, il se peut cpi’il y ait des variétés de N^ecator, diffé¬
rentes de Xecator americanus . Stephens aurait fait cette consta¬
tation sur des spécimens recueillis en Birmanie et en Assam et
dans le même matériel, Looss aurait pu identifier au moins trois
espèces différentes (cité d’après Cote) (i).
Nous avons mesuré un certain nombre d’oeufs. Les uns, les
64 à 78 4
plus gros, et de beaucoup les plus nombreux, de - sem-
36 à 50 4’
blent devoir être rapportés à Xecator americanus. T^es autres, plus
52 à 62 4
petits, de - — appartiendraient à Agclndostoma duode-
32 à 41 4
n ale.
Notre enquête, pratiquée dans le but de déterminer la réparti¬
tion des porteurs d’ank^dostomes, suivant les régions et la pro¬
portion des parasites aux différents âges, étant basée uniquement
sur l’examen des œufs, il nous a paru préférable de ranger les
deux espèces sous le terme généricpie d’ankylostomes. C’est ce
C|ui a, d’ailleurs, été fait par Stiles (2), qui, dans une étude sta-
(1) CoLE. The Philippine J. of Science, 1907, vol. II, n® 4.
(2) W. Stif-KS et Garrison. A statistical study of the prevalence of intesti¬
nal Worms in man. Hygienic laboratory, Bulletin n® 28, 1906. Washing-ton.
3
- 34 -
tistique sur la fréquence des vers intestinaux chez l’homme dans
deux localités des Etats-Unis, a désigné tous les ank}dostomes
trouvés, quelle Cjue fût l’espèce, sous le nom de Hookworms.
Nous avons recherché les œufs d’ank}dostomes dans les selles
de 1.250 indigènes, ne souffrant d’aucun trouble dysentérique ou
diarrhéicpie. Pour chaque individu, 2 préparations d’une seule
selle ont été examinées : de ce fait nos pourcentages doivent être
notablement majorés. Pour les postes éloignés de notre laboni-
toire, le matériel nous a été envoyé par nos confrères civils et
militaires. A Hanoï, dans la zone suburbaine et dans la province
d’Hadong, il a été prélevé par nous-mêmes, en dehors des mi¬
lieux hospitaliers. Nous avons apporté tous nos soins à recueil¬
lir uniquement les selles de gens sédentaires afin de déterminer
avec précision l’aire de distribution des ankylostomes.
Les selles proviennent de 30 localités différentes du Tonkin
et du Nord-Annam, que nous avons groupées en quatre régions
en tenant compte des conditions telluriques et climatiques.
Le tableau que nous donnons ci-dessous résume nos recherches.
l>a lecture de ce tableau montre que la proportion des ankylos-
tomés est sensiblement la môme, cpielle cpie soit la région consi¬
dérée. L’infestation se fait donc aussi bien dans le Delta que dans
la Haute-Région. Si l’on considère que les indigènes de la plaine
font généralement usage des eaux stagnantes des mares, tandis
que ceux des montagnes consomment l’eau courante des ruis¬
seaux et des rivières, on peut en conclure que la voie digestive
doit jouer un moindre rôle que la voie cutanée. S’il en était au¬
trement, il n’est pas douteux que les Annamites du Delta, qui
font usage d’eaux souillées, seraient plus fortement infestés que
les habitants des Haute et Moyenne Régions.
Nous constatons aussi cpie les hommes et les femmes sont
infestés à peu près dans les mêmes proportions.
Les enfants, à l’exclusion des nourrissons, cpie nous avons vo¬
lontairement éliminés, sont manifestement moins parasités que
les adultes (27,19 %).
Au total, l’indice uncinarien dans l’Indo-Chine du Nord est
de 50.
Il est égal à celui donné par Cole pour les Philippines (52 %).
Il se rapproche de celui de Seguin (notes inédites), qui a trouvé
255 parasités sur 431 Annamites examinés (soit 59,16 %), avec
cette remarcjLie ([u’il s’agissait uniquement d’adultes.
Notre pourcentage est plus élevé cpie celui indicpié par le
!)'■ Mouzels (cité par Le Roy des Barres) (i) qui a trouvé, en
1907, 156 ankvlostomés sur 51 1 indigènes (soit 30,13 %), et en
1908, 276 sur 900 (soit 30,55 %). Les selles examinées prove¬
naient de malades atteints de troubles intestinaux pouvant faire
soupçonner des parasites, mais qui n’avaient le plus souvent ni
diarrhée ni dysenterie.
hm Cochinchine, Noc, chez 605 Chinois ou Annamites indem¬
nes de béribéri, a trouvé 64 % d’ankylostornes dans les agglomé¬
rations où sévit le béribéri ; 34 % dans les milieux où la maladie
est sporadicpie ; 18 % chez les (( individus voyageurs et les fa¬
milles où le béribéri est plus rare ».
Le nombre des porteurs d’ankylostomes, sans atteindre celui
signalé aux Indes, par exemple, par Dobson (75 %), ou à Cuba
})ar Ahsford, King et Gutierrez (ioo %), est donc relativement
élevé au Tonkin et dans le Nord-A.nnam. Cliniquement, le ver ne
manifeste pas sa présence par des symptômes caractéristiques.
Aussi dans les statistiques médicales de l’Indo-Chine, l’ankylos¬
tomiase n’avait-eîle pas été mentionnée jusqu’ici. Récemment
cependant, le D'' Le Roy des Barres (2), dans son rapport sur
le fonctionnement de l’hôpital indigène du protectorat, men¬
ti) Le Roy des Barres. Rev. Méd. de l’Indo-Chine, 1909, n° 14, p. 69,
et 1909, n® 19, p. 241.
(2) I.E Roy des Barres, Rev. Méd. Indo-Chine, 1908, n° 10, p. 299, et
1909, n° 8, p. 200.
- 36 —
tionne 43 cas d’ankylostcmiase sur 10.678 malades admis pen¬
dant l’année 1907, et, en 190S, 62 cas sur 8.821 malades. Il fait
remarquer c{ue certains sujets atteints d’anémie vermineuse grave
et souffrant depuis plus de 2 ans de vives douleurs épigastriques
étaient devenus incapables de tout travail. Il fait même mention
de 3 décès par ankylostomiase.
Il est vraisemblable que beaucoup de cas d’anémie attribués
au paludisme relèvent de cette infestation. La constatation des
œufs dans les selles chez les malades anémiés et l’amélioration
consécutive à l’expulsion des vers autoriseront à porter le dia¬
gnostic d’ankylostomiase, cpii devrait trouver sa place dans tou¬
tes les statistiques de l’Indcj-Ciiine.
En présence d’un cas d’anémie, l’examen des selles s’impose
donc comme celui du sang, et il sera possible de remettre rapide¬
ment sur pied des malades auxquels on administre intempesti¬
vement et inutilement de la quinine.
Si nos protégés annamites hébergent tant de parasites, nous
ne vivons pas impunément au milieu d’eux.
En dehors des Européens admis dans les hôpitaux, qu’on ne
peut faire figurer dans une étude de ce genre, nous avons exa¬
miné les selles de 62 Européens (i) n’ayant pas interrompu le
cours de leurs occupations: 9 étaient porteurs d’ankylostomes,
soit une proportion de 14,5 %. Deux enfants, de 6 et S ans, étaient
déjà parasités.
Notre chiffre, relativement élevé, s’oppose à celui de Noc qui,
en Cochinchine, sur 200 Européens, n’a rencontré qu’un seul
ankvlostomé.
Dans d’autres colonies françaises, les Européens ankvlostomés
ont été recherchés. Si Nattan-Larrier (2) croit que chez les
blancs ayant séjourné dans le Elaut-Congo le parasite est rare,
Rrimont (3), par contre, chez les soldats en sePidce en Guvane, a
trouvé 50 % de parasités, et chez les transportés, après 2 ou 3 ans
de séjour, jusqu’à une proportion de 90 % dans certains péni¬
tenciers.
Cette infestation parfois considérable des Européens séjournant
(1) Ces 62 Européens étaient parasités dans la proportion de 82 o/o : as¬
caris : 42 0/0 ; ankylostomes : 14,50 0/0 ; trichocéphales : 66 0/0.
(2) Nattan-Larrier. BuU. Path. exot., ipoq, p. loi.
(3) Rrimont. BiiU. Path. exot., 1909, p. 413.
— 3; —
sous les tropiques commande l’attention ; dans les pays tempérés,
en effet, les porteurs d’ankylostomes ne se trouvent que parmi
les individus de certaines professions (mineurs, et exceptionnelle¬
ment briquetiers). En France, Calmette, dans sa vaste enquête
sur l’ankvlostomiase dans les mines du nord, et Briançon, dans
son étude du bassin de Saint-Etienne, ont en vain cherché le pa¬
rasite dans les selles des ouvriers travaillant sur le carreau. Wein¬
berg et Eeger, dans leurs recherches sur la répartition de l’infes¬
tation uncinarienne dans les bassins houilliers du midi et du cen¬
tre, n’ont jamais trouvé d’ankylostomes chez les mineurs occu¬
pés à des travaux extérieurs et ne descendant pas dans les puits.
Dans les pays tropicaux, au ('ontraire, la température élevée
et la grande humidité permettent le développement à la surface
du sol des larves d’uncinaires. Aussi l’infestation par la voie
cutanée s’explique-t-elle facilement chez nos protégés qui mar¬
chent pieds nus dans les rizières et la boue et ont des principes
d’hvgiène corporelle détestables. La voie digestive sert également
de porte d’entrée au parasite, surtout chez les Européens, dont
beaucoup consomment des eaux plus ou moins souillées, sans
épuration préalable, ou ingèrent des légumes crus cultivés inten¬
sivement avec de l’engrais humain.
L’infestation se fait-elle au Tonkin à toutes les saisons de l’an¬
née ? Pendant l’hiver, où le thermomètre descend fréquemment
au-dessous de 15 degrés, y a-t-il arrêt ou ralentissement dans le
développement des larves? Il serait intéressant de pouvoir répon¬
dre à ces questions.
Depuis longtemps déjà certains auteurs, et tout particulière¬
ment Giles (1880), Erni (1886), Kynsey, ont soutenu que le bé¬
ribéri était une forme d’ankylostomiase.
En 1894, Walker a communiqué au 8® Congrès international
d’hygiène à Budapest, le résultat de l’examen des selles de
927 béribéricjLies, étudiés à Sandakaw (nord Bornéo). Il a trouvé
des porteurs d’ankylostomes dans 85,5 % des cas. Remarquant
que le parasite n’est généralement pas très fréquent parmi la po¬
pulation indigène, il en conclut que, sans être l’agent essentiel
du béribéri, l’ankylostome pourrait être une cause prédispo¬
sante d’une certaine valeur.
Récemment Noc (i), en Cochinchine, a étudié les rapports de
(i) Noc. Ann Insi. Pasteur, igo8, p. 896.
-38 —
Nccator amcricanus et du béribéri. Dans une première série de
77 béribériques, il a trouvé 74 porteurs d’ankylostomes, et dans
une seconde série de 21 1 malades, il a noté des parasites chez
197 d’entre eux. Noc conclut C|ue (( Necator americanus, dont la
(( fréc[uence remarquable chez les Asiatiques est en rapport avec
(( l’apparition des symptômes du béribéri, semble jouer, concur-
(( rernment avec la pauvreté du régime alimentaire, un rôle très
(( important dans la genèse de cette affection ».
Ayant eu l’occasion, à Hanoï, d’observer un certain nombre de
béribériques, soit à la prison indigène du Protectorat, soit à
l’hôpital de Lanessan, nous avons apporté tous nos soins à la
recherche des œufs d’ankylostomes dans les selles.
Sur 55 béribériques adultes, nous avons trouvé 31 fois des an-
kylostomes, soit 56,36 %.
Les adultes non béribériques nous ont fourni une proportion de
52,28 % de porteurs d’ankylostomes. Remarquons que dans cer¬
taines agglomérations le nombre des parasités est encore plus
elevé : ainsi, à la prison de Hadong (province limitrophe de Ha¬
noï), qui n’a jamais été un foyer de béribéri, sur 55 prisonniers,
36 étaient porteurs d’ankylostomes (soit 65,65 %).
Le D’’ SÉGUIN (notes inédites), sur 30 béribériques, avait cons¬
taté des œufs d’ankylostomes chez 18, soit 60 %. Chez 431 non
béribériques, il avait trouvé une proportion de 59,16 % de por¬
teurs d’ankylostomes.
Ainsi, contrairement à ce que Noc a constaté en Cochinchine,
la proportion' des ankvlostomés au Tonkin est la même chez les
béribériques et chez les individus indemnes de cette maladie.
(Institut antirabique et bactériologique de Hanoï,
30 novembre 1909.)
^ Un dispharage du Pigeon
Par J. BRIDRÉ.
Différents observateurs, Legros, Molin, Casali, Colucci,
Neumann, etc..., ont signalé, chez les Poules, des épizooties oc¬
casionnées par des Vers du genre Dispharagus, logés soit dans
le gésier, soit dans le ventricule succenturié.
Nous venons d’observer, à Tunis, une épizootie de même na¬
ture chez des Pigeons. La plupart des malades, profondément
anémiés, finissaient par mourir d’épuisement.
L’autopsie montrait un ventricule succenturié volumineux,
bourré de vers et de mucus. Les helminthes, très nombreux, for¬
maient avec le mucus une sorte de feutrage adhérent à la mu¬
queuse qui semblait considérablement épaissie. Des coupes histo-
logicjues pratiquées dans les parois de l’organe, montrent la des¬
truction des glandules par les parasites.
Tous ces vers appartiennent au genre IHspharagiis et répon¬
dent à la description suivante :
Corps inerme; bouche à deux petites lèvres saillantes d’où par¬
tent quatre cordons flexueux qui descendent jusqu’à un millimètre
de l’extrémité antérieure et se replient vers la bouche pour se ter¬
miner en pointe mousse dans le tiers moyen de leur premier tra¬
jet. Le male, enroulé en spirale ou en vrille, est long de 7 à
8 mm.; l’extrémité caudale est munie de deux ailes latérales;
q papilles dont 4 en avant de l’anus, assez rapprochées et 5 en
arrière, i et 2, 3 et 4 rapprochées, 5 plus petite près de la pointe
terminale ; 2 spiculés, le gauche long, incurvé, le droit beau¬
coup plus court et plus large, en lame de faux. Femelle enrou¬
lée en cercle, longue de 9 mm. ; vulve située un peu en arrière du
quart postérieur, à 2 mm. de l’extrémité caudale.
On voit, par cette description, que le parasite qui nous occupe
se rapproche beaucoup de D. spiralis (Molin). Le nombre des
papilles seul pourrait l’en différencier.
Nous l’appellerons Dispharagus spiralis colmnhae .
L'Acariose due à Vediculdides ventricosus en Algérie
Par Etienne SERGENT.
Les éruptions prurigineuses produites par le contact de cer¬
taines orges sont bien connues de la plupart des colons algériens.
Ceux qui en souffrent surtout sont les semeurs, et l’orge la plus
souvent incriminée est l’orge nouvelle (de l’année).
Etudiées depuis longtemps (v. in Bull. Soc. Path. Exot., tome
— 40 —
l, n" 3, p. 177), elles ont été reconnues dues à la présence d’Aca-
riens {Pcdiciiloïdcs ventricos'iis Newport).
Parfois ces éruptions occasionnent des troubles graves, par
suite de l’intensité de la douleur, surtout chez les enfants. Par¬
fois l’érythème produit simule l’urticaire.
Nous avons eu l’attention attirée sur des cas d’acariose à al¬
lure grave, à El Hannser, hameau de la commune mixte d’El-
Milia (département de Constantine). Sur une population euro¬
péenne de 74 personnes, 16 furent atteintes cette année par une
affection simulant l’urticaire (2 hommes, 5 femmes, 9 enfants),
l.es douleurs étaient intolérables, et chez les jeunes enfants, lors-
(pie l’éruption couvrait le corps entier, il se produisait de vio¬
lents accès de fièvre. E’éruption se localisait aux jointures des
membres, au cou, plus rarement au corps entier. Chez les indi¬
gènes voisins d’El-Hannser, cette affection est très répandue cha-
(pie année. D’après les souvenirs des anciens habitants, elle
n’avait jamais sévi chez les Européens. Quelques enfants que j’ai
vus avaient sur tout le corps un érythème avec lésions de grat¬
tage, et l’éruption, très abondante, consistait en macules rouges
entourant une petite pustule blanchâtre.
Un palefrenier indigène, atteint aux bras de cette affection,
l’avait transmise à son patron, celui-ci à sa femme, cette dernière
à ses enfants : il A" avait eu contagion d’homme à homme. Ee con¬
tact de l’orge n'est pas la seule cause de l’affection.
La durée varie de 8 à 21 jours. Les lésions de grattage et les
démangeaisons avaient fait penser à la gale, et l’institutrice d’El-
Mannser pensait refuser l’entrée de l’école aux enfants contami¬
nés. L’infestation se produisit très rapidement: un colon s’as¬
seoit sur un sac d’orge cpielques minutes: il se relève, accusant
de violentes démangeaisons au bas des jambes. Une femme arri¬
vant à El-Hannser se plaint aussitôt d’un prurit intense aux
mains: elle n’aAmit touché que les bagages qui venaient d’être
portés par des indigènes affectés de l’éruption.
L’examen de l’orge incriminée montra la présence de nom¬
breuses « nymphes, ou femelles encore vierges », de Pcdiciiloï-
des ventficosus, déterminées par ]\L le prof. Trouessart. Tou¬
tes étaient de hi même taille (o mm. 175).
Cette même année, dans un village du même département,
Sidi-Merouan, une petite épidémie d’acariose a aussi sévi sur
les trois quarts de la population européenne (300 personnes). Cette
— 41 —
épidémie a fait (( cruellement souffrir » les gens atteints. Les
m:êmes Pcdiculoïdes se retrouvaient dans l’orge de Sidi-Merouan.
Nous avons eu l’occasion d’examiner un certain nombre
d’échantillons d’orge provenant de g localités différentes (6 du dé¬
partement de Constantine, 2 du département d’Alger, r du dé¬
partement d’Oran).
Les résultats des examens sont les siuvants :
D ans deux localités où ràniption fut très répandue et eut des
manifestations parfois graves, l’orge contenait de nombreuses
nymphes vivantes de l’Acarien.
Dans 5 localités 011 les agriculteurs accusaient des démangeai¬
sons peu graves, mais assez désagréables pour les empêcher de
dormir pendant cpielcpies nuits, nous avons trouvé dans l’orge
incriminée quelcjues nvmphes de Pediculohies vivantes, et des
cadavres de ces acariens.
Dans deux localités où l’orge, longuement maniée, n'avait pas
donné lieu it des démangeaisons, nous n’avons pas trouvé
nvmphes de Pediculoïdes, mais d’autres acariens carnassiers
{Cheletes sp.), très nombreux, de o mm. 600 à o mm, 750, vi¬
vants ou à l’état de cadavres.
L'absence de Pediculoïdes dans les orges examinées est peut-
être due à la présence de ces Cheletes, qui sont friands d'autres
acariens plus petits.
l'ig-, I. Pediculoïdes ventricosus — Fig. 2. Cheletes. —
Fig. 3. Gamaside {Lœlaps).
L)e plus, dans l’orge provenant d’une des localités où les ma¬
nifestations ont été graves, nous avons vu le cadavre, dévoré par
les n\'mphes de Pediculoïdes, d’un autre acarien de o mm. 850,
une nvmphe carnassière de Gamaside, très probablement du gen¬
re Lœlaps (détermination due à M. le prof. d'iioiiESSART).
— 42 —
Je joins à cette note des croquis sommaires de l’aspect de ces
parasites de l’orge. Un caractère bien curieux des nymphes ou fe¬
melles encore vierges, de Pediciiloïdes ventricosus, est constitué
par les longs cirrhes en tire-bouchon plantés à l’extrémité des
pattes postérieures et que l’acarien laisse traîner pendant la mar¬
che, qui est assez rapide.
De la paille, du blé, des fèves et des gesses nous ont été signa¬
lés comme donnant lieu aussi à des démangeaisons; nous avons
vu des nvmphes de Pediculo'idcs dans le blé.
Des lotions vinaigrées faites au début peuvent enrayer cette
Acariose.
Sur le traitement de la maladie
du sommeil par l’orpiment seul
Par G. MARTIN, LE BŒUF et RINGENBACTI.
b"n certain nombre de malades trypanosomés ont été soumis,
au laboratoire de Brazzaville, au traitement à l’orpiment seul.
Nous recherchions la valeur d’une médication que nous voulions
rendre aussi praticpie que possible entre les mains des adminis¬
trateurs et des chefs de poste éloignés dans la brousse, en nous
plaçant dans les conditions de la vie courante au Congo, où il
est difficile de voir certains malades à la visite plus d’une fois
par semiaine. D’autre part, les indigènes donnant toutes leurs
préférences aux médicaments s’absorbant par la voie buccale, il
n’était pas sans intérêt de voir ce qu’une substance si commode
à emplover pouvait, le cas échéant, donner dans les centres médi¬
calement organisés.
A la suite de nombreux essais, nous nous étions donc arrêtés
à administrer de o g. 8o à i g. d’orpiment, en une seule fois, par
semaine, après avoir tout d’abord obtenu la disparition des Trvp.
dans le sang et les ganglions par des doses de i g. données
3 jours de suite. Ce système de traitement donna d’excellents ré¬
sultats chez deux sujets qui ne présentèrent plus jamais de para¬
sites ni dans les ganglions, ni dans le sang à l’examen direct ou
à la centrifugation, ni dans le liquide céphalo-rachidien et qui vi-
- 43 -
rent se relever progressivement leurs forc'es et leur état général.
Des résultats aussi remarquables ne furent pas obtenus chez
nos autres malades: leur état général ne s’aniéliora que peu ou
pas, et les Trvp. reparurent après des périodes variables (notons
en passant qu’ils ne revinrent dans les ganglions que chez deux
sujets: l’augmentation des doses les fit de nouveau disparaître
de la h mphe ganglionnaire et cette fois pour t(mjours). Pensant
(|ue nous donnions les doses d’orpiment à des intervalles trop
éloignés, que peut-être aussi ces doses étaient trop faibles, nous
rapprochâmes les prises, puis augmentâmes les quantités admi¬
nistrées jusqu’à I g. 50, 2 g, et même 2 g. 50 (nous sommes
ainsi arrivé à donner à un de nos sujets 57 g. d’orpiment en trois
mois).
T>es résultats n’ont malheureusement pas répondu à notre at¬
tente. Si nous éliminons les malades qui ont servi à nos pre¬
miers essais (malades qui ont reçu des doses reconnues par la
suite insuffisantes et dont les observations n’ont, de ce fait, qu’un
intérêt relatif au point de vue qui nous occupe) et si nous faisons
abstraction des individus en fuite, il nous reste ii sujets, dont
7 sont morts et 4 sont encore suivis.
Parmi les décédés, nous ferons remarquer tout d’abord que 2
d’entre eux, N’Goma TII et la femme N’Gombé, succombèrent
le premier à une j^neumonie double compliquée de variole après
avoir pris 3 g. 50 d’orpiment, la deuxième à une méningite après
avoir absorbé 5 g. 10 de trisulfure d’arsenic. Chez ces deux su¬
jets, bien que leur affection fût fort avancée (vertiges, amaigris¬
sement, obnubilation des facidtés intellectuelles, tendance au som¬
meil, etc.) les Trvp. avaient disparu des ganglions, où ils étaient
respectivement assez nombreux et très nombreux.
Un troisième malade, N’Goma IV, à une période très avancée de
l’affection (vertiges, amaigrissement, obnubilation des facultés
intellectuelles, céphalée, tremblements, forts accès de somnolen¬
ce), reçut en 30 jours 12 g. 50 d’orpiment. Une amélioration lé¬
gère parut d’abord se produire, puis le poids recommença à bais¬
ser, l’affaiblissement augmenta, une otite movenne se déclara,
la diarrhée terminale apparut et le malade finit par succomber ;
les Trvp. avaient disparu des ganglions où ils étaient nombreux.
Des 4 autres individus décédés, 3 étaient avancés ou très avancés
au début du traitement, le dernier état cliniquement suspect. Voici
un résumé de leurs observations:
— 44 —
Houëm. — Femme de 25 ans. Taille : i m. 57. Poids : 49 kg. 700. Amai¬
grissement, perte des forces, douleurs de la nuque. On trouve des Tryp.
non rares dans les ganglions le 9 décembrp 190S. On lui donna, en outre,
3 injections d’atoxyl dans les derniers temps de sa vie. Après 3 mois de
traitement la malade montra à nouveau des Tryp. dans les ganglions ; pouls
irrégulier, poids stationnaire, fièvre le soir, pas de réapparition des règles.
L’on put de nouveau faire disparaître les parasites des ganglions, mais
après 4 mois 5 de traitement, ils se montrèrent très rares dans le 3® sédiment
de centrifugation du sang' et assez nombreux dans le liquide cérébro-spi¬
nal ; état général stationnaire. Par la suite l’état général devint de plus en
plus mauvais et la malade mourut le 2 septembre 1909.
Ou.\NG,\. — Homme d’environ 25 ans. Taille ; i m. 73. Poids : 70 kg. 700.
Pixaminé le 21 décembre 1900. Lassitude généralisée sans cause apparente ;
suspect. On trouve des Tryp. très nombreux à l’examen direct du sang.
Jusqu’au 13 juillet 1909, date de sa mort, le malade absorba 75 g. 50 d’or¬
piment, dont 57 g. 50 du 12 mai au 12 juillet 1909. Dès la première dose
d’orpiment les Tryp. disparurent du sang et ne purent y être retrouvés qu’à
la centrifugation après 4 mois de traitement. A la même époque les para¬
sites se montrèrent rares dans le liquide cérébro-spinal. A aucun moment
on ne ])ut les rencontrer dans les ganglions. Le poids, après avoir d’abord
monté jusqu’à 72 kg. se mit à baisser progressivement, en même temps que
l’état général devenait de plus en plus mauvais, sans que l’augmentation des
doses du médicament pût empêcher l’issue fatale.
Bokété. -- Homme d’environ 25 ans. Taille : i m. 69. Poids : 46 kg.
E.xaminé le 23 novembre 1908. .Amaigrissement, décoloration des cheveux,
'l'ryp. très nombreux dans les ganglions. Reçoit 29 g. 70 d’orpiment du 23 no¬
vembre 08 au 2 avril 09, et du 12 mai au 10 septembre 1909, 72 g. 50 du
médicament par doses de i g., i g. 50 ou 2 g. Le 22 avril et le 31 août,
des ponctions lombaires révèlent la présence de Tryp. non rares dans le li¬
quide céphalo-rachidien. A aucun moment les parasites ne purent être re¬
trouvés dans la lymphe ganglionnaire. .Aucune amélioration ne fut consta¬
tée au cours du traitement et le malade succomba le 4 octobre 1909, bien
qu’il eût reçu 4 g. 85 d’atoxyl cjuand on vit que l’orpiment n’agissait défi¬
nitivement pas sur son état général.
Bétou. — Jeune homme d’environ 15 ans. Taille : i m. 59. Poids :
43 500. Examiné le 23 décembre 1908. Amaigrissement prononcé. Cé¬
phalée. Forts accès de somnolence. Tremblements. Trou’)les de l’équilibre.
2® période très avancée. Tryp. très rares dans le sang (examen direct) et
dans les ganglions. Le malade prit d’abord, en un peu moins de 4 mois,
21 g. d’orpiment. Pendant cette période, à 14 reprises différentes, l’examen
direct du sang et du liquide ganglionnaire (ganglions cervicaux, axillai¬
res, épitrochléens et inguinaux) resta négatif. Au bout de ce temps, le ])oids
avait légèrement monté (45 k. 300), mais l’état général ne s’était guère amé¬
lioré et on trouva des Tryp. non rares dans le 3® sédiment de centrifugation
du sang ; le liquide céphalo-rachidien renfermait également des parasites
non rares. Du 12 mai au 6 août 1909, le malade prit par doses de i gr. ou
I g. 50, 40 g. d’orpiment sans que son état s’améliorât, et, malgré 4 g. 50
d’atox3d, mourut le 28 septembre 09.
Des 4 malades actuellement suivis, Waki Emilie qui, au début
du traitement, paraissait extérieurement être en bonne santé, se
trouve en très mauvais état; EIlisabeth, très suspecte en novem-
- 4^ —
bre 1908, présente un état général assez bon; Samba Toorî-: et
Kassoxc;o, dont l’an était à la deuxième période de l’affection
et l’autre en état apparent de bonne santé, vont aussi bien que
possible,
Wari Emilie. — Femme d’environ 20 ans. Taille : i m. 65. Poids :
59 kg. E.xaminée le 9 décembre 1908. Habitus extérieur satisfaisant (a été
trouvée trypanosomée à la suite d’un examen systématique des prisonnières).
Trvp. non rares à l’examen direct du sang, assez nombreux dans les gan¬
glions. A pris en tout 44 g. 60 d’orpiment. En avril 1909 pas de Tryp. dans
les ganglions, ni à la centrifugation du sang ; parasites très rares dans le
liquide céphalo-rachidien. Le 7 août 1909 on trouve des Tryp. très rares
à la centrifugation du sang. En avril, l’état général de la malade paraissait
assez bon ; mais, actuellement, elle présente des accès de somnolence, se
plaint de céphalée ; elle a de l’obnubilation des facultés intellectuelles ; la
marche est lente. Le poids, qui était de 59 kg. 700 en avril, a baissé pro¬
gressivement, il est tombé à 50 kg. 700.
h'LisABETH. — Femme d’environ 20 ans. Taille : i m. 53. Poids :
43 kg. 400. Examinée le 18 novembre 1908. Amaigrissement, céphalée,
tremblements ; 2® période. Les T. ga^tbiense sont très nombreux dans la
lymphe des ganglions cervicaux. Jusqu’au commencement de mai 1909 la
malade a reçu 32 g. 50 d’orpiment. Après avoir pris ii g. 50 d’orpiment,
elle laissa voir des parasites dans les ganglions cervicaux, mais depuis lors,
il a été impossible d’y trouver le moindre parasite. En avril 1909, pas de
Tryp. dans les ganglions, pas de Tryp. dans le sang, ni à l’examen direct,
ni à la centrifugation, pas de Tryp. dans le liquide céphalo-rachidien, seu¬
lement des lymphos nombreux. En mai, l’examen microscopique donne les
mêmes résultats. La malade s’étant mise à se présenter irrégulièrement au
laboratoire, reçoit en mai et juin 3 injections d’atoxyl. Le 15 novembre 1909,
l’état général est assez bon ; le poids a augmenté légèrement (47 kg.). Pas
de Tryp. à la ponction lombaire, seulement de rares lymphocytes.
Kasso.xgo. — Femme d’environ 25 ans. Taille : i m. 53. Poids :
42 kg. 800. E.xaminée le ii septembre 1908. hitat apparent de bonne santé.
Elle montre des Tryp. non rares dans les ganglions axillaires. Elle absorbe
du II septembre 08 au i®*' mai 09, 25 g. 80 d’orpiment, et du 17 mai au
Il sejitembre 09, ii g. d’orpiment, soit au total 36 g. ,80 d’orpiment en un
an. Des ponctions ganglionnaires à différentes reprises, une centrifugation'
de sang en décembre 1908 ne jiermettent pas de retrouver le parasite en
cours de traitement. Le poids augmente régulièrement, atteint 52 kg. 800
le 20 avril 1909. Le 5 mai il e.xiste encore de l’auto-agglutination des héma¬
ties ; on ne voit de Tryp. ni dans le sang ajirès centrifugation, ni dans le
liquide céphalo-rachidien. Des ponctions lombaires pratiquées le i septem¬
bre et le 15 novembre 1909, restent négatives : on trouve seulement de rares
lymphos. A cette dernière date la malade est en excellent état ; elle paraît
forte et vigoureuse ; ses règles ejui, autrefois, avaient disparu, sont reve¬
nues régulièrement et mensuellement. Le poids a sui\'i une augmentation
progressive ; il est de 53 kg., 700.
.Samba Touké. — Homme de 28 ans environ. Taille : i m. 69. Poids : •
57 kg. 400. E.xaminé le 14 septembre 1908. Amaigrissement, cx'dème de la
face et des pieds, légers tremblements des membres supérieurs, assez forte
tendance au sommeil : 2® période bien caractérisée. On trouve des para-
46 -
sites très rares à l’examen direct du sang- et dans le liquide de ponction
ganglionnaire. Il prend 30 g. d’orjjiment jusqu’au 20 avril 1909 et 42 g. de
ce même médicament du 10 mai au 28 juillet 1909, soit au total 72 g. d’or¬
piment en 10 mois. Du 15 au 30 septembre 1908, les cvdèmes restent sta¬
tionnaires, le poids augmente de i kg. En octobre les œdèmes diminuent et
le 15 octobre il n’en reste plus trace. Le poids baisse de 10 k. du i au
19 octobre, puis se relève progressivement les mois suivants ; le 20 avril
1909 il atteint 63 kg, 300 : l’état général est bon, mais le sang présente
encore de l’auto-agglutination et le pouls bat dans les environs de 100. On
ne trouve pas de Tryp. dans le sang (examen direct et centrifugation), ni
dans les différents groupes ganglionnaires. La centrifugation de 10 cc. de
liquide céphalo-rachidien ne donne pas de sédiment apparent : les lympho¬
cytes sont rares ; pas de parasites. Le 28 août 1909, l’examen général des
divers liquides de l’organisme conduit aux mêmes résultats. Le 15 novem¬
bre, l’état général est excellent ; poids : 63 g.
De rensernbln des faits, il ressort pour nous qtie le trisulfure
d'arsenic est un médi('ament beaucoup moins puissant que l’ato-
xvl ; mais les trois observations qui précèdent, et surtout les deux
dernières, montrent qu’il n’en est pas moins apte à jouer dans
certains cas un rôle fort intéressant. S’il ne convient pas de le
garder comme médicament d’hôpital ou de camp de traitement,
on peut s’en servir comme médicament « de brousse », à appli¬
quer à des sujets qui ne peuvent recevoir une substance plus
cictive, soit momentanément (question cte transport), soit défini¬
tivement (pas de médecin dans le voisinage) ; commencer par
3 doses de i gr. en 3 jours, puis donner de 2 0 3 doses de i g.
par semaine (l’examen des cas qui précèdent nous montre, en
effet, que, quand le médicament doit exercer une action favora¬
ble, il le fait sans que l’on soit obligé de recourir à des quantités
plus élevées).
(Institut Pasteur de Brazzaville.)
M. L.weran. — Les auteurs du travail qui vient de nous être
communiqué concluent de leurs recherches que l’orpiment est
moins actif que l’atoxyl dans le traitement de la trypanosomiase
humaine et que par conséquent l’atoxyl doit être administrée de
préférence à l’orpiment. Je crois qu’en effet si l’on devait choisir
l’un ou l’autre de ces médicaments, il faudrait préférer l’atoxvl ;
mais la question ne se pose pas ainsi et je rappelle que c’est en
associant l’orpiment à l’atoxyl que nous avons obtenu, M. Thi-
Koux et moi, de remarquables succès dans le traitement de cer¬
taines trypanosomiases animales. Je suis convaincu que dans le
traitement des trypanosomiases en général et de la maladie du
— 47
sommeil en particulier, il faut préférer, à l’emploi d’un seul médi¬
cament, les médications associées. On peut éviter ainsi l’emploi
de très fortes doses d’un médicament unique, doses qui sont mal
supportées par l’organisme humain et qui amènent rapidement
l’accoutumance des trypanosomes au médicament. Chez les ani¬
maux, le traitement des trypanosomiases réussit d’autant mieux
qu’il n’entraîne pas l’amaigrissement et qu’il s’accompagne au
contraire d’une augmentation de poids ; je pense que chez l’homme
atteint de maladie du sommeil il faut employer de même des mé¬
dications associées qui soient bien supportées et que l’on pourra
continuer pendant longtemps. L’orpiment a le grand avantage
d’être d’une administration facile.
M. Lebœuf. — La Mission d’Etudes de la Maladie du Sommeil
a commencé depuis longtemps déjà (i) et poursuivi l’étude de l’as¬
sociation atoxyl-orpiment. Mais ce n’était pas, nous semble-t-il,
une raison de ne pas essayer de déterminer l’action thérapeutique
de l’orpiment seul, qui pouvait présenter de si précieux avantages
comme médicament de « brousse » en raison de la commodité de
son emploi et de la facilité avec laquelle il est, en général, accepté
des indigènes.
Diarrhées des enfants
Par Zefkrixo MEIRELLES.
(Rio de Janeiro).
Deux éléments cliniques essentiels servent au diagnostic et au
traitement de toutes les diarrhées chez les enfants, pendant les
deux premières années: la couleur (élément physique), et la réac¬
tion des selles (élément chimique), l^es diarrhées sont vertes ou
non.
Les diarrhées ver}es sont acides ou non (neutres ou alcalines).
Les diarrhées non vertes sont aussi acides ou non (neutres ou
alcalines).
(i) V. Bull. Soc. Path. e.xot., t. I, p. 50S ; t. II, p. 309.
- 48 -
Ainsi, sous le rapport de la couleur et de la réaction des selles
au papier de tournesol, il n’y a cjne 4 types cliniques de diarrhée
chez les enfants :
... , , Acides (au papier bleu de tournesol).
Diarrhées vertes ) ... . ,
) Aon acides (au papier rouge de tournesol).
... , , (Acides (au papier bleu de tournesol).
Diarrhées non vertes).. . , . 1
D\on acides (au papier rouge de tournesol).
Quelle que soit la maladie gastro-intestinale de l’enfant (indi¬
gestion, diarrhée infectieuse, gastro-entérite simple, cholérifor¬
me, choléra nostras, infections et intoxications digestives, enté¬
rite muqueuse, catarrhale, etc., des pathologistes), elle peut tou¬
jours être rangée dans un de ces quatre tvpes cliniques.
Pre:\iier 'hypE. Diarrhée verte et acide. — Cette diarrhée est
presque toujours bilieuse.
Sa couleur verte résulte de la présence des j^igments biliaires,
(jue l’on peut découvrir dans les selles avec les réactifs spécifi¬
ques de Gmelix, de (hAiEEix modifié par Rosemb.xch, de M.4RÉ-
CH.AL et Rosix, etc.
Le foie est toujours plus ou moins augmenté de volume.
Cette affection est j^lus fréquente pendant la première année.
Quelquefois elle est accompagnée de vomissements ou de fiè¬
vre, mais, en général, elle est bénigne.
Sa cause efficiente est la surcharge alimentaire.
Traitevient . — Avant tout, il faut réduire les rations alimen¬
taires ou les supprimer pendant 12 ou 24 heures et instituer la
diète hydrique avec de l’eau bouillie. Donner un purgatif et des
alcalins. Les purgatifs, que je préfère, sont l’huile de ricin seule
ou émulsionnée avec le sirop de fleurs d’oranger, ou le calomel.
Huile de ricin . ^ ââ
Sirop de fleurs d’oranger . ) P. E.
M. Selon l’âge.
Calomel . .
Scamnronée. . . .
Lactose .
Em. 2 paquets.
A prendre à i heure d’intervalle.
0,05 a 015 ou 0,2
q. s.
49 —
I^>au de Vichy . i f.
ou Magnésie fluide . i f.
Bi-carbonate de soude . i,o à 2,0
M. Par cuillerées à café ou à potage toutes les heures.
DKUXifyME l'vFE. Diarrhée verte non acide (neutre ou alcaline.)
■ — Cette diarrhée révèle l’existenc'e d’une toxi-infection du con¬
tenu de l’intestin.
Si la nic'dadie se prolonge les matières virulentes de ce con¬
tenu attaqueront la muquetise de l’intestin, et, en conséquence,
une entérite simple ou grave ou une vrai septicémie surviendra.
If lie est quelqtiefois le commencement du choléra infantile. D’au¬
tres fois, elle précède une hroncho-pnetimonie ou évolue avec
elle. Dans ce cas, on ne sait pas, si c’est la diarrhée qui fait la
broncho-pneumonie, ou si s’est la broncho-pneumonie qui pro¬
duit la di^trrhée verte non acide ; ce (|ue je puis affirmer, d’après
mon expérience clinique, est que le traitement, qui donne les meil¬
leurs résultats, est le traitement de la diarrhée et non pas celui
de la broncho-pneumonie, qui guérit dès que la diarrhée dispa¬
raît. Les causes de ce tvpe de diarrhée sont le lait et les autres
aliments de mauvaise qualité ou infectés.
Traitement. — A'oolir tous les aliments infectés et de mauvaise
qualité; donner le lait de femme ou de vache bien stérilisé, mais
en petite quantité, ou bien instituer la diète hydrique pendant
24 à 36 heures. L’acide lactiqtie est le médicament de choix.
Ifau stérilisée . 100,0
Acide lactique . 2,0
M. Dfinner une cuillerée à café chac[ue 15 à 30 minutes jusqu’il
l’acidité des selles. On peut ajouter le bismuth et le benzo-naph-
tol, alternant avec l’acide lactique.
'Froisième type. Diarrhée non verte acide. — Ce t^'pe de diar¬
rhée résulte d’une toxi-infection digestive ou de la dentition. If lie
coïncide quelquefois avec l’acidité de la salive. Ainsi, les selles
et la salive deviennent très acides au papier de tournesol. Elle est
fréquente pendant la dentition, et quand la salive devient acide
à cause de l’éruption d’une dent, le petit malade vomit après cha¬
que tétée. Le lait est l’aliment que les petits malades tolèrent le
moins. Cette diarrhée, est, en général, liénigne, mais elle a gran-
— 5o —
de tendance à devenir chronique, si elle n’est pas bien traitée de
bonne heure, et, dans ce cas, la maladie peut se terminer par
l’athrepsie.
Irlle est quelcpiefois accompagnée de fièvre; l’enfant a la tête
brûlante et vomit, etc. Le contenu acide de l’intestin en contact
prolongé et immédiat avec l’épithélium détermine des altérations
plus ou moins intenses dans la muqueuse intestinale, et, en con¬
séquence, il survient une entérite ou entéro-colite chronique, mu¬
queuse, muco-membraneuse ou dysentériforme, l’athrepsie, etc.
Donc', les entérites ou entéro-colites et leurs nombreuses varié¬
tés, ne sont pas types primiti\'es, protopathiques de maladie, ou
maladies autonomes, mais ce sont des étapes plus ou moins éloi¬
gnées de l’altération toxi-infectieuse du contenu de l’intestin.
Les causes de cette diarrhée sont : la dentition, cpiancl celle-ci
produit l’acidité de la salive, l’ingestion des aliments de mau¬
vaise qualité ou infectés.
Traitement. — Avant tout, il faut modifier le régime alimen¬
taire du malade.
Si la salive est acide, il faut alcaliniser la bouche de l’enfant
avant chaque tétée et donner le lait coupé d’eau de Vichy.
Si les vomissements et la diarrhée persistent, il convient de
substituer le lait, substance très sensible aux acides, par d’au¬
tres aliments, selon l’âge du malade: les bouillies au lait, prépa¬
rées avec des farines de riz, de maïs, de froment, les potages lé¬
gers au tapioca, au pain, les viandes, etc., en tâtonnant la tolé¬
rance du petit malade.
Ln général, les malades âgés de plus de 12 mois supportent
très bien le jus de viande, l’alimentation carnée même. La diète
hydrique ne convient pas aux malades de ce tvpe de diarrhée.
Le bismuth et les poudres neutres ou alcalins sont les médica¬
ments préparés.
Sirop de cannelle .
Sirop de fleurs d’oranger . .
Benzo-naphtol .
Salicylate de bismuth .
30,0
1,0... 2,0.
L5*"' 2,0... q,o.
AL A prendre une cuillerée à café d’heure en heure.
Eau de Vichy .
ou Magnésie fluide .
A prendre une cuillerée à café toutes les heures.
I f.
I f.
OrATRiK.ME TYPE. Diarrhée non verte non acide (neutre ou alca¬
line). — Cette diarrhée est plus frécpiente que le type 2 (diarrhée
verte non acide) et comme celle-ci, elle peut prendre l’allure du
choléra infantile.
hdle peut être accompagnée de vomissements et de fièvre.
Ce cpi’il V a de notable dans ce type de diarrhée est que la ma¬
ladie peut être, dans certains cas, une diarrhée simple, banale et
guérir naturellement sans médication, et, dans d’autres, elle peut
s’aggra\'er et produire le choléra infantile.
Au commencement, rien n’indique la terminaison, soit par la
guérison spontanée, soit par le choléra; il faut donc se garder
d’une surprise.
Les causes efficientes de cette diarrhée sont la surcharge ali¬
mentaire, les aliments de mauvaise cpialité et infectés, etc.
La verminose (oxyures et ascarides) est aussi une cause relati¬
vement fréquente, surtout quand cette diarrhée revient à tout
propos.
Dans ce cas elle peut être accompagnée de fièvre, de convul¬
sions, et la langue se présente pointillée, comme une fraise.
Traitement . — L’acide lactique donne les meilleurs résultats.
On peut donner aussi le bismuth et le benzo-naphtol en alter¬
nant avec l’acide lactique. Ici la diète hydrique produit de bons
résultats, si la cause n’est pas la verminose.
Ifau stérilisée . 100,0
Acide lactique . 2,0
M. A prendre une cuillerée à café tous les quarts d’heure.
Sirop de cannelle . ^ ââ
Sirop de fleur d’oranger . . . . ( 30,0
Benzo-naphtol . 1,0... 2,0.
Salicvlate de bismuth . 2,0... 4,0.
M. A prendre une cuillerée à café toutes les heures.
*
* *
Ce système de diagnostiquer et de traiter les maladies de l’ap¬
pareil digestif des enfants, si simple et si rationnel, est le résul¬
tat d’une longue pratique médicale, de plus de 25 années et de
patientes expérimentations cliniques et thérapeutiques faites sur
les malades eux-mêmes (Voir ma première publication sur ce su-
jiet parue il y a dix ans. Das diarrheas na infancia, Trihuna Me-
dica, 17 et 18 de vSetembro- de 1899, Rio de Janeiro).
Pour ne pas me tromper sur la valeur de cette pratique, j’ai
fait la contre-preuve maintes fois.
Quand on venait m’appeler pour voir un enfant qui souffrait
de l’appareil digestif avec diarrhée, je me bornais, sans même
examiner le malade, à donner à la famille les deux papiers de
tournesol, en demandant cte m’informer de la couleur et de la réac¬
tion des selles. D’après celà je prescrivais.
Les résultats obtenus, sans rien changer au régime alimen¬
taire, ont démontré l’utilité et l’efficacité de ce procédé.
Au lieu de diagnostiquer dyspepsie, embarras gastrique, indi¬
gestion, septicémie gastro-intestinale aiguë, diarrhée bénigne, en¬
térite simple, diarrhée infectieuse, chloléra nostras, gastro-entéro¬
colite, etc., des auteurs, chose trop difficile pour être faite au lit
du malade, les symptômes étant à peu près les mêmes dans tou¬
tes ces maladies, il est plus commode et plus utile pour la thé¬
rapeutique de se préoccuper de la couleur et de la réaction des sel¬
les. Le succès du traitement basé sur cet examen prouve la valeur
des signes cliniques sur lesquels j’insiste.
Accidents mortels chez la volaille
par ingestion répétée de Lantana
Par Ch. NICOLAS.
Dès l’occupation du poste d’Oubatche, un de nos premiers
soins fut d’installer un poulailler composé d’une case canaque à
claire-voies, au centre d’un terrain de 500 m^ environ pour 80 vo¬
lailles, et situé sur une éminence soigneusement débroussée.
Comme alimentation : matin et soir du maïs, chaulé de temps en
temps, et chaque jour une botte d’herbes hachées ou des débris
de légumes.
Malgré ces bonnes conditions, nous fûmes surpris de consta¬
ter, au bout de peu de mois, deux décès subits et espacés de
8 jours.
Nous cherchâmes la cause de ces morts, mais l’examen et l’au-
— 53
topsie pratiqués ne nous révélèrent ni diphtérie, ni spirillose
ou spirochætose ; d’ailleurs, aucun <( Argas » ou parasite ne put
être décelé dans le poulailler ou sur les poules.
Cherchant alors une autre origine, nous apprîmes que l’indi¬
gène chargé du soin de donner l’herbe, pour simplifier sa peine,
depuis quelque temps déjà se bornait à couper la brousse voisine.
Or, cette brousse est presque exclusivement composée de Lan-
tanas.
Nous nous souvînmes alors que le gendarme, notre voisin,
et plus loin, un colon, qui avaient en liberté dans la brousse, de
nombreuses volailles, mal nourries ou fort peu nourries, sans en¬
clos ou poulaillers, nous avaient raconté qu’il leur arrivait par¬
fois de perdre subitement une et parfois plusieurs volailles suc¬
cessivement, sans pouvoir s’en expliquer la cause.
Faute de trouver un autre motif, nous fîmes interdire l’usage
du Lantana, dont les potdes sont friandes des fruits, et il fut
remplacé par des légumes. Cependant, un troisième décès se
produisit encore peu après et voici ce que l’autopsie, dirigée dans
un autre ordre d’idées, nous révéla:
3 h. environ après la mort, à l’examen macroscopique: la tota¬
lité du tube digestif est vide ou presque vide et ne porte trace ni
d’érosions, ni d’ecchymoses. Disparition de la graisse, maigreur
des muscles. Le sang des gros vaisseaux et du cœur est fluide, de
couleur normale. Le cœur flasque et mou ne contient pas de cail¬
lots. Mais le foie attire l’attention ; son volume est plus que tri¬
plé et son aspect moucheté de brun. La vésicule biliaire consi¬
dérablement hvpertrophiée est remplie de bile verdâtre foncée.
A la coupe du foie il suinte par millel petits pertuis une bile
épaisse.
Au microscope, le sang pris dans les grosses artères montre
une altération très nette du noyau des globules: la matière du
noyau s’agglomère en un épais filament enroulé sur lui-même et
mal différencié encore.
Dans le sang du ccyur cette différenciation est plus accentuée;
les gros filaments se fragmentent ou ont fait place à des granula¬
tions, degré plus avancé de fragmentation.
Dans le foie il n’existe plus que des cellules ponctuées de gra¬
nulations sans différenciation possible du novau ; le contour des
cellules est moins net et l’hématie à une tendance à perdre la for¬
me ovoïde, à se créneler.
-M —
Dans la vésicule biliaire il n’existe plus que des débris cellu¬
laires tantôt représentés par des amas de granulations sans con¬
tours nets, tantôt avec contours crénelés ou incomplets.
A un faible grossissement, l’examen d’une coupe de foie mon¬
tre que les petits pertuis suintants, visibles à l’œil nu sont des
canaux biliaires très dilatés et gorgés de bile et de débris. De pla¬
ce en place, on voit un ou plusieurs lobules congestionnés.
Le trouble le plus important et le plus constant consiste dans
l’infiltration et l’agrandissement des espaces-portes portant sur¬
tout sur les vaisseaux-portes et plus encore sur les canal icules bi¬
liaires. Ceux-ci non seulement ne sont pas comme normalement
à l’état de vacuité, mais bourrés de débris d’hématies ou d’hé¬
maties en voie de désorganisation.
Pensant de plus en plus à un empoisonnement dû au Lantana,
nous avons alors enfermé deux volailles soumises, sauf quelques
pincées de maïs, à une nourriture presque exclusivement compo¬
sée de sommités de Lantana en graines.
Au bout de quelques jours, ces deux animaux présentèrent une
diarrhée légère, acpieuse, contenant quelcpies débris solides et des
graines in digérées.
Cette diarrhée devient abondante et fétide vers le 8® jour jus¬
qu’au 15®. Elle semble ensuite décroître tandis qu’apparaissent
des signes d’ictère d’autant plus visibles c|ue la coloration de la
volaille, plumage, et surtout pattes et bec est moins foncé.
Chez l’une de nos deux poules: pattes, bec, paupières, con¬
jonctives jaunissent très nettement. La crête et les appendices
des joues pâlissent d’abord et virent au jaune. Vers le 30® jour,
cette volaille triste, lasse, se couche souvent, n’a plus de diarrhée
et meurt.
Son autopsie et l’examen microscopic|ue révèlent identique¬
ment les mêmes lésions que nous avions déjà relevées ; le foie,
très hvpertrophié, l’était cependant sensiblement moins cpie dans
le cas précédent.
L’autre volaille sacrifiée peu après présentait les mêmes signes,
mais à un bien moindre degré, et aurait sans doute résisté plus
longtemps.
En résumé, il y avait, dans tous ces cas, ictère, hvpertrophie
du foie et des voies biliaires, et hémolvse par destruction globu¬
laire, c ’est-à-dire un véritable empoisonnement lent que nous
n’hésitons pas à attribuer au Lantana.
Cet arbuste, t^ui a envahi certains endroits de la Calédonie, au
point d’être devenu une véritable pltde, appartient à l’un des
59 genres de la famille des Wrbénacées, rattachée elle-même aux
Scrofularinées et eaux Solanées, par \"an dhEUHEM.
A l’article a principaux genres », cet auteur écrit: « Plusieurs
de ces plantes renferment des principes vénéneux », et plus loin:
(( quelques verbenacées sont recherchées pour leurs fruits comesti¬
bles, Lantana, Preruna, etc. ». Notre observation ne va donc pas
à l’encontre de ce tjue l’on sttit déjà des plantes de celte famille.
La tomate est une solanée comestible et pourtant sa cuticule verte
contient un poison analogue à la Solanine.
Ainsi, quoique le friut de Lantana soit comestible, il résulte
cependant tiue son usage prolongé, accompagné peut-être d’in¬
gestion de ((tielques feudles, détermine chez les volailles tout au
moins un empoisonnement chronique pouvant se terminer par
la mort.
Aussi les colons devraient-ils éviter de laisser errer leurs volail¬
les d’une façon habituelle dans les Lantanas, ou prendre le soin
de les débrousser autour de leurs poulaillers.
Souvent nous avons vu des enfants en grappiller le fruit à mti-
turité ; peut-être faut-il se défier de cette alimentation, m'ême mo¬
mentanée, et craindre qu’elle n’ait également sur le sang et le
foie de l’homme, une action nocive.
Oubatche (Nouvelle Calédonie), fin octobre igoq.
M. Xoc. — La diphtérie aviaire est extrêmement commune en
Nouvelle-Calédonie et fait de grands ravages dans les poulaillers.
Le Lantana est un arbuste aussi très commun en Nouvelle-Calédo¬
nie et ses graines sont disséminées par les oiseaux autour des
habitations.
— 56 —
Ouvrages reçus
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A. C. Mendks. Ea maladie du sommeil dans Pile du Prince.
J. -F. S.^NTbANNA. Boubas em. Mosambique.
The Philippine journal of science, t. IV.
N° 4. — Medical survey of the town of Taytay.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET c‘*.
13
; 1910
No 2,
Tome 111.
BULLETIN
L/IBRAi
IP FCF l vï:!
. .’\R 1 ) 191
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 9 février 1910
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. Années 1908 et igog — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO
2
Séance du 9 février 1910
CORRESPONDANCE
Pages
W. s. Patton. — Découverte d’un piroplasme nouveau chez le chacal, 57
Election d’un membre titulaire . 58
PRESENTATIONS
M. J. Brault. — Diverses publications . 5g
Cazalbou. — Notes de Pathologie exotique ... . 61
Noc. — Divers échantillons. . . 58
Perroncito. — La malattia dei minatori . .... 59
L. Raynaud. — Prophylaxie de la peste en Algérie . 59
Id Rapport sur la lèpre en Algérie . 59
COMMUNICATIONS
Antoine. — Kystes fibreux provoqués par les filaires . 88
L. Bréaudat. — Origine alimentaire et traitement du Béribéri ... 65
Brumpt. — Filaria volvuliis . Discussion . 93
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Cardamaiis. — Quelques mots sur l’étiologie et la pathogénie de la
fièvre bilieuse hémoglobinurique. Devons-nous la traiter par la
quinine ? . r .
A. Laveran. — Au sujet de Trypanosoina vivax et de Trypanosoma
Ca^alboiii .
A. Laveran. — Origine alimentaire et traitement du béribéri. Discussion
Id. Kystes fibreux et filaires. Discussion .
Lebœuf. — A propos du procès-verbal, .^u sujet de la note de MM. Tm-
Roux et Dufougeré .
A. Le Dantec. — Présence de bactéries amvlozymes dans les fèces de
béribériques .
C. Mathis et M. Leger. — Sensibilité de la souris blanche au spirochète
de la fièvre récurrente du Tonkin .
Meirelles. — Epidemiologie de la variole. 1. Etiologie et prophylaxie .
F. Mesnil — A propos du procès-verbal. Au sujet dt* la note de
MM. Tiiiroux et Dufougeré .
F. Mesnil. — Try'vanosonia vivax et Trypanosoma Caralboui . Dis¬
cussion .
- Nattan-Larrier. — Filaria volviilus. Discussion .
Railliet et Henry. — Remarques ;i l’occasion de la note de M. le Doc¬
teur Antoine . .
Railliet et Henry. — Sur quelques helminthes de Python scbœ (Gmelin)
A. Rodet, Mlle Rubinstein et Bader — Trypanosomiase et infections
bactériennes : influence réciproque ; étude expérimentale . . . .
H. ScMEiN. — Spirillose des bovidés dans le Sud-Annam .
Ouvrages reçus .
Pages
104
80
70
92,
62
63
75
98
62
82
93
91
94
83
73
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Troisième année
1910
N® 2
1BULLETIN
DE LA
Société de Patt)ologie exotique
SÉAN'CE DU 9 FÉVRIER 1910.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
M. Laveran, — Le capitaine W. S. Pattox, correspondant
de notre Société, attaché à ITnstittit roytil de Médecine préven¬
tive de Gtiindy-Madras (Inde), me demande, dtins une lettre
datée du ig janvier dernier, d’informer la Société de Pathologie
exotique, cjti’il vient de découvrir, dans le sang du chacal de
l’Inde {Canis aurcus), un notiveau Piroplasma qui a causé une
maladie mortelle chez les chiens de metite de Madras employés
dans la chasse au chacal. Le trypan bleu n’a que peu ou pas
d’action stir ce parasite.
Le capitaine Paiton s’engage a notis envoyer j^rochainement
une note sur ce nouveau Pirophisma et une préparation ; il s’oc¬
cupe en ce moment à rechercher comment la maladie est trans¬
mise natumllement.
Il propose de donner à ce Piroplasma le nom de P. Gibsoni,
en l’honneur du docteur F. Maitland Gibson, Directeur de l’Ins¬
titut royal de Médecine préventive de Gtiindy.
Tl me paraît intéressant de rappeler, à propos de cette commu-
— 58 —
nication, que Nuttall et Graham S.mith ont inoculé sans succès
1\ canis à 2 chacals de l’espèce Canis mesomclas.
«
* *
MM. Gedoelst, Heckenroth^ A. Leger et Marzinowsky,
élus membres correspondants à la dernière séance, adressent des
remerciements à la Société.
»
* *
Le Comité constitué pour l’érection à Paris, d’un monument
à nos gloires coloniales, adresse un appel aux meml:)res de notre
Société.
Election d’un membre titulaire
M. Letulle, de l’Académie de Médecine, Médecin des Hôpi¬
taux, est élu à l’unanimité de 20 votants.
Présentations
M. Xoc, membre correspondant, offre à la Société:
Un train postérieur de Macaciis cynomolgus, mort à l’Institut
Pasteur de Saïg'on (1907), avec des signes de paralysie des mem¬
bres postérieurs.
De nombreux exemplaires: 1“ de l’Ankylostome du chien;
2“ du Necator americanus, recueillis à Saigon, en 1906-1907.
Parmi ceux-ci, figurent les premiers Necator, trouvés chez des
Asiatiques.
M. Mesnil. — Parmi les pièces imprimées reçues par la So¬
ciété, je signale:
■ — ■ Deux cartes à 1/7.500.000®, éditées par le Slecping Sickness
Bureau. Toutes les deux indiciuent la distribution géographi-
— 5o —
qu€ de la maladie du sommeil. La première porte, en plus, Ta
répartition des diverses espèces de Glossines ; sur la seconde,
cette répartition est restreinte à la Glossina palpalis.
— Trois notes de JVl. J. Brault, professeur à l’Université
d’Alger: Historique de la syphilis en Algérie; — La chancrelle
ou chancre mou en Algérie ; — Les bubons dits climatériques.
— Le numéro de septembre-décembre 1909, de la Société Anti-
esclavagiste de France.
M. Dujardix-Beaumktz, — J’ai l’honneur de présenter à la So¬
ciété, au nom de notre collègue le O’’ L. Ravxaitj :
1° Un travail paru dans la Revue d' Hygiène et de Police sani¬
taire, intitulé: Prophylaxie de la Peste en Algérie. Procédés et
Résultats de la Dératisation dans les ports algériens et plus par-
ticulièrenient à Alger. Après avoir exposé dans cette étude les me¬
sures d’assainissement des ports et d’emmagasinage des mar¬
chandises, etc., les procédés et instructions pour la destruction
des rats et le fonctionnement du service de dératisation à Alger,
l’auteur a dressé la statistique des espèces de rats capturés et de
leurs ectoparasites. Ses recherches confirment celles de MM. Bil¬
let, Conseil et Niclot. Mus decumanus est très répandu et
abondant et Pulex cheopis extrêmement fréquent chez ce ron¬
geur. Cette constatation prouve que l’Algérie se trouve dans les
conditions les plus favorables à la propagation de la peste. C'’est
par l’application continue des mesures de dératisation et en étant
renseignés sur l’état sanitaire des rats par l’examen bactériolo¬
gique des organes de ces animaux qu’il sera possible de proté¬
ger l’Algérie contre une nouvelle invasion du fléau.
2° Un Rapport sur la lèpre en Algérie depuis la Conférence
de iSg^. Mesures prophylactiques, dans lequel M. Ravnait), éta¬
blissant de nouveau la fréquence relative de la lèpre dans la popu¬
lation européenne et particulièrement chez l’Espagnol, et la ra¬
reté de cette affection chez les indigènes juifs et musulmans, pré¬
sente le programme qu’il a soumis au Gouvernement général de
l’Algérie pour les mesures à prendre contre la lèpre.
M. Laveran. — J’ai l’honneur de faire hommage à la So¬
ciété, au nom de M. le Professeur Perroncito, de Turin, mem¬
bre honoraire de notre Société, d’un volume qui a pour titre:
La malattia dei rninatori (la maladie des mineurs).
\
— 6o —
M. le professeur Perroncito a eu rexcellente idée de réunir en
un volume les nombreux travaux qu’il a publiés depuis 1880 sur
la maladie des mineurs; il suffit de parcourir ce volume pour se
rendre compte de l’importance de l’œuvre accomplie par notre
éminent collèg'ue.
En 1880, Perroncito montre que l’épidémie d’anémie perni¬
cieuse observée chez les ouvriers employés au percement du Go-
thard est produite par l’helminthiase, et en particulier par VAn-
kylostomum duodenale de Dubini, et il complète sur beaucoup
de points l’histoire de cet Helminthe.
Dès 1881, il écrit que les épidémies observées chez les mineurs
de Chemnitz, en Hongrie, et l’anémie des mineurs, décrite en
France par Ozanam, sont probablement dues à la même helmin¬
thiase que la maladie des ouvriers du Gothard ; la même année,
des recherches faites aux mines de Saint-lftienne lui permettent
de vérifier cette opinion ; chez tous les mineurs atteints de l’ané¬
mie qui était attribuée jusque-là aux émanations délétères ou
aux gaz toxiques respirés dans les galeries des mines, Perron¬
cito constate la présence des ankvlostomes en grand nombre.
Ifn Autriche-Hongrie, en Allemagne (Westphalie et provinces
rhénanes), en Belgique, en Angleterrre, dans les mines du nord
de la E’rance, on vérifie bientôt l’opinion émise par Perroncito,
et l’anémie, dite des mineurs, entre définitivement dans le cadre
de l’ankylostomiase.
Dès 1875, Griesinger avait montré que la maladie connue sous
le nom de chlorose d’Eigypte était produite par l’ankylostome
duodénal et, depuis lors, on a constaté que l’ankylostomiase
était endémique dans un grand nombre de régions des pays
chauds. De fait, il s’agit d’une maladie exotique; si on l’ob¬
serve en Europe, c’est que, dans beaucoup de mines de houille,
l’ankylostome trouve des conditions de température et d’humidité
favorables à son développement. Perroncito, après avoir fait
connaître la cause de l’anémie des mineurs, a indiqué les mesu¬
res à prendre pour la prévenir, si bien que, lors du percement
du Simplon, on a pu empêcher le développement de la maladie
et que des mesures prophylactiques très efficaces ont pu être pri¬
ses dans un grand nombre de mines de houille fortement infec¬
tées.
Je suis sûr, Messieurs, d’être votre interprète en adressant à
— 6i —
notre éminent Collègue, M. le professeur Perroncito, nos féli¬
citations et nos remerciements sincères.
*
* *
— J'ai l’honneur de faire hommage à la Société, au nom d’un
de nos Correspondants, M. Cazalbou, d’un ouvrage intitulé :
Notes de Pathologie exotique. Sous ce titre mmdeste, M. Cazal¬
bou a écrit un livre qui fera époque dans l’histoire de la patholo¬
gie vétérinaire du Soudan français.
Lorscpje M. Cazalbou a commencé ses recherches, on était
fort mal renseigné sur les causes des graves épizooties qui ré¬
gnent fréquemment au Soudan français, en particulier sur les
Equidés. La plupart des observateurs admettaient encore, avec
Dupuv, B<)URGÈs et Pierre, que le paludisme était la cause ordi¬
naire de ces épizooties.
J’avais dit, dès 1898, que la maladie observée par Dupuv et
Pierre, chez les chevaux du Soudan, ne pouvait pas être
attribuée au paludisme, maladie propre à l’espèce humaine et
cpie, d’après la description des parasites donnée par Pierre, il
s’agissait vraisemblablement d’une trypanosomiase.
Les recherches de M. Cazalboit ont confirmé cette hypothèse
et démontré cpie des trypanosomes sont les véritables agents des
épizooties attribuées jusc|ue-là au paludisme.
L’histoire des trypanosomiases animales au Soudan français
est très complètement faite dans l’ouvrage de IVL Cazalbou.
L’auteur décrit, sous le nom de trvpanosomiases sahariennes, la
Mbori et le Tahaga et, sous le nom de trvpanosomiases souda¬
naises, la Sou ma, le Baléri et la Maladie des chevaux de Gam¬
bie.
A la fin du volume, un chapitre est consacré aux mouches
piquantes cpii propagent les trypanosomiases au Soudan.
Au nom de la Société je remercie M. Cazalbou de son très in¬
téressant ouvrage.
— 02 —
COMMUNICATIONS
A propos du procès-verbal
Au sujet de la note de MM. THIROUX et DUFOUGERÉ
M. Le;bœuf. — Dans la dernière séance de la Société (i),
MM. Thiroux et Dufougeré ont rapporté une intéressante ob¬
servation d’infection méningée à spirochètes chez un Cercopi-
theciis patas, consécutive à une infection sanguine avec dispari¬
tion des spirochètes du sang. Ils rapprochent ce fait de certains
cas de trypanosomiase humaine et concluent que le passage des
parasites dans le liquide céphalcerachidien ou les centres ner¬
veux, alors que le sang s’en est déjà débarrassé au moyen des
anticorps qu’il forme, constitue une règle générale. Je rappelle¬
rai, sans avoir rien à modifier aux arguments présentés par le
docteur G. Martin et moi-même dans nos précédentes commu¬
nications (2), que, chez nos malades du sommeil avancés et pré¬
sentant des Tryp. dans le liquide céphalo-rachidien, l’examen
direct et la centrifugation du sang combinés nous ont fait trou¬
ver, lors du diagnostic, les parasites dans 98,5 % des cas. Les
faits dont parlent MM. Thiroetx et Dufougeré nous paraissent
donc constituer l’exception et non pas la règle générale.
M. Mesnil. — MM. Thiroux et Di;fougeré rapprochent leur
observation des infections méningées dans la syphilis. Il y a lieu
de la rapprocher aussi, crovons-nous, de l’observation publiée en
1907, par notre collègue Soulié (3). Elle a porté sur un indigène
musulman, trouvé sans connaissance et présentant, comme phé¬
nomènes méningés, de la raideur de la nuque et le signe de Ker-
nig. m. Soulié eut l’idée de faire une ponction lombaire et il
(1) Voir Bulletin, t. III, p. 23.
(2) Rapport de la Mission d’Etudes de la Maladie du Sommeil au Congo
français, et Bull, de la Soc. de Paih. exoi., t. II, n° 8, p. 472.
(3) C. R. Soc. Biologie, séance du 27 juillet 1907, p. 149.
— 63 —
constata que le dépôt du liquide recueilli contenait de très nom¬
breux spirochètes. Dans ce cas, contrairement à celui de Thi-
Roux et Dufougeré, le sang renfermait aussi des spirochètes,
assez rares. Le malade ayant succombé dans la nuit, l’observa¬
tion dut s’arrêter là.
Présence de bactéries amylozymes
dans les fèces des béribériques
Par A. LE DAX TEC.
Lorsqu’on examine au microscope les matières fécales des bé-
ribériques, on est frappé par le grand nombre de grains d’ami¬
don qui ont traversé le tube digestif sans avoir subi les trans¬
formations ordinaires de toute substance amvlacée au contact
des sucs glandulaires de l’intestin. L’amidon resté plus ou moins
intact, est attaqué pendant son passage dans le tractus intestinal
par un grand nombre de bactéries amylophiles, comme on peut
s’en rendre compte en colorant un frottis de fèces par une goutte
de teinture d’iode.
J’ai réussi à iseder des fèces des malades atteints de béribéri,
plusieui's races de bactéries amylozymes qui produisent abondam¬
ment des substances toxiques. Mon procédé d’isolement est ba¬
sé sur une curieuse propriété biologique des bactéries amylozy¬
mes. Toutes CCS bactéries font fermenter l’amidon cru au con¬
tact de l’eau, en donnant lieu à un dégagement incessant de fines
bulles gazeuses. Quelques autres bactéries font subir à l’amidon
cru une légère fermentation, mais les bulles sont rares et pour
constater leur dégagement, il est quelquefois nécessaire d’agiter
le tube de culture. Dans le cas de bactérie amylozyme, au con¬
traire, le dégagement gazeux est incessant, de sorte que, par la
simple inspection du tube, on peut diagnostiquer si l’on est en
présence d’une fermentation par une bactérie amylozyme ou par
une bactérie banale. En cas de doute, on fait l’examen micros¬
copique de la culture. Voici comment je procède pour la prépara¬
tion des tubes et l’examen microscopique des cultures.
Préparation des tubes de culture. — Mettre dans un tube à es-
— ■ 64 —
sai un certain nombre de grains de riz blanc et sec, une douzaine
par exemple. On pourrait, bien entendu, adopter d’autres varié¬
tés de féculents, mais j’ai donné la préférence au riz blanc parce
que le grain est décortiqué et que l’amidon est à nu. De plus, les
dimensions du grain de riz le rendent facilement maniable dans
un tube à essai. Je bouche le tube avec un tampon de coton et je
stérilise à l’autoclave à ioo° pendant 5 m. et à 105-110 pendant
10 m. Je stérilise en même temps, mais séparément, un matras
rempli d’eau. Le riz a do'uc été stérilisé à la vapeur mais sans
contact avec l’eau ; c’est toujours de l’amidon cru et non de l’ami¬
don cuit. Le tube et le matras s’étant refroidis, je verse sur le
riz cru de l’eau stérilisée et refroidie du matras jusqu’à obtenir
une hauteur de 8 à 10 cm. Cette hauteur de liquide dans le tube
de riz permet de bien voir le phénomène de l’ascension des bul¬
les gazeuses. On prépare de cette façon une provision de 20 à
30 tubes de mélange de riz cru et d’eau stérilisée. On éprouve
les tubes par un séjour à l’étuve. Ce sont ces tubes-mélange qui
vont nous servir pour ensemencer les matières fécales. On ense¬
mence une anse de platine et on dissocie la matière dans l’eau du
tube-mélange. On met à l’étuve à 37° et, le lendemain, on voit
un dégagement incessant de fines bulles gazeuses dans le cas de
présence de bactérie amylozvme. Quelquefois même, des parcelles
de matières fécales ou des fragments de grains de riz sont por¬
tés en haut par une ceinture de petits ballonnets de gaz.
Examen sur laync. — Au moyen d’une pipette, on prélève un
peu de sédiment dans le fond du tube de culture, o^n fait un frot¬
tis sur lame, on sèche sur veilleuse et on laisse tomber sur le frot¬
tis une goutte de teinture d’iode. On essuie l’excès de teinture
d’iode tout autour du fr'ottis et on laisse sécher à l’air. A l’aide
de l’immersion, on constate la présence de nombreuses bactéries
colorées en jaune, mais, au milieu de celles-ci, on aperçoit des bac¬
téries en forme de cigares d’enfants, c’est-à-dire présentant une-
partie fusiforme colorée en rouge plus ou moins foncé et une au¬
tre en jaune clair, qui représente la cendre du cigare. Ce sont
les bactéries amylozymes . Je donnerai plus tard un procédé per¬
mettant de les isoler en culture pure. Toutes ces bactéries amv-
lozymes proviennent originairement soit des grains qui ont fer¬
menté, soit de la terre. Toutes donnent naissance, par dislocation
de l’amidon cuit, à des produits très toxiques : alcools supé¬
rieurs (en particulier alcool amylique, dont une goutte suffit à
— 65 —
tuer kl souris par paralysie) et acides organiques (en particulier
l’acide butyrique), k]n raison de leur absence dans l’intestin nor¬
mal et dans les diverses maladies du tube digestif, je suis porté
à les considérer comme jouant un certain rôle dans la genèse du
syndrome bér ibérique.
Origine alimentaire et traitement du béribéri
Par L. BR P AU DAT.
Les différentes remarques ou objections que MAI. Vinx'EXT et
PoTTEVix m’ont fait l’honneur de m’adresser, à la suite de ma
communication du 12 janvier, m’amènent à exposer quelques dé¬
tails de mon expérimentation.
M. VixcEXT pense cpi’il serait bon de tenir compte, dans l’in¬
terprétation des résultats de mes expériences, de l’influence nocive
exercée sur la nutrition de l’homme et des animaux, par l’uni¬
formité de l’alimentation. AI. AhxcEXï a observé, en effet, que di¬
vers lots de cobayes, nourris séparément et exclusivement de blé,
de riz, d’avoine et d’orge, ont tous succombé cachectiques, dans
un délai de 25 à 35 jours, quel que soit l’aliment consommé.
L’expérience de AL Vixcext me paraît venir à l’appui de la
thèse que je défends.
Je n’ai pas accusé le riz, exclusivement, de provoquer les acci¬
dents du Béribéri ; j’ai dénoncé comme auteurs possible de ces
désordres les divers aliments féculents (et je dois ajouter: ou
sucrés) consonimés avec excès, en état de fermentation butyro-
propionicjue, et dépourvus de leurs enveloppes, ou d’une partie
de leurs enveloppes.
Je suis, en ceki, d’accord avec la clinique, qui signale le Béri¬
béri chez certains peuples, dont la nourriture principale est le
mil, par exemple.
Des cas de Béribéri se sont produits, aux colonies, chez des
lùiropéens, obligés de se nourrir, en grande partie de féculents
ou de pâtes alimentaires. Enfin, on peut provoquer chez le singe
des accidents identiques à ceux de cette maladie, en le nourrissant
exclusivement de bananes privées de leurs enveloppes.
— 66 —
A\ ^ec M. ViNXEXT, je crois que l’uniformité de l’alimentation
est en cause, mais je crois qu’elle n’est pas seule en cause. D’une
façon plus générale, je pense qu’une alimentation, par cela seule
qu’elle est uniforme, n’amène pas forcément la cachexie et la
mort. ,Cela est vrai, mais pour certains aliments seulement, et
dans certaines conditions seulement.
Voici des faits.
1° jM. Prévôt a rappelé, avec juste raison, que des cobayes
exclusivement nourris d’herbes vivent et engraissent.
2° Si des singes ou des poules, uniformément nourris de riz
blanc, cuit ou cru, meurent rapidement, des singes ou des poules
témoins, uniformément nourris de riz non décortiqué, résistent
indéfiniment. Je citerai particulièrement un lot de 12 singes, qui
ont été maintenus à ce régime pendant i i mois, sans aucun dom¬
mage.
3"^ Le 2 ‘décembre igo8, 4 poules sont mises au régime uni¬
forme du son de riz, humecté d’eau. Elles en consomment en¬
semble, une movenne de 250 gr. par 24 heures et par sujet.
3 mois et 17 jours après, 3 poules survivent, avec des augmen¬
tations de poids comprises entre 355 g. et i kg. 070, leurs tem¬
pératures centrales se maintenant à 42°-42°2. La 4® poule, morte
subitement le 100® jour, ;sans avoir donné jusque-là le moindre
signe de malaise, partait une grande quantité de vers intesti¬
naux et une grosse ulcération à l’intestin grêle. Son poids avait
augmenté de 600 g., et sa température centrale était encore de
42® 3 moins de 12 h. avant sa mort.
Les 3 survivantes, après 5 mois de régime, étaient en parfait
état de santé.
Par conséquent, le son de riz, utilisé comme aliment unique,
entretient la vie avec augmentation de poids.
4° Le 19 novembre 1908, 2 singes sont soumis au jeûne alimen¬
taire. De l’eau seulement est à leur disposition.
Poids; n° i, 4,660; température: 39°.
Poids: n® 2, 3,500; température: 38®9.
Après 14 jours d’abstinence, le n® 2 meurt, avant perdu
700 gr. de son poids; température, i h. environ avant sa mort:
35°9. A l’autopsie: nombreux vers dans le duodénum, petites
lésions à l’estomac, ulcérations graves de l’intestin.
Le même jour, le n° i a perdu i kg. 060 de son poids, sa tem¬
pérature est de 36®2, les accidents ordinaires de l’inanition sont
— 67 —
très marqués, somnolence, affaiblissement extrême. A ce mo¬
ment, l’animal reçoit, à discrétion, du son de riz humecté d’eau,
comme aliment unique.
Les accidents disparaissent. Le poids augmente progressive¬
ment. Après 65 jours, la température est remontée à 38^9 et le
poids initial dépassé de 760 g.
Par conséquent, le son de riz, servi comme aliment uniforme,
à un singe dans un état d’inanition voisin de la mort, le ramène
à la santé, avec augmentation de poids.
5° Le 6 janvier 1909, 6 poules jeunes, divisées en 3 gimipes,
sont soumises, en même temps, au régime du riz blanc, cuit, fer¬
menté.
Le groupe n° i : reçoit 200 g. de ce riz.
Le groupe n° 2: 200 g. du même riz, additionné de 50 g. de
balles de riz pulvérisées (péricarpe).
Le groupe n° 3: 200 g. du même riz, additionné de 50 g. de
son.
L’alimentation est donc bien uniforme dans chaque groupe.
Les 2 poides n° i meurent, l’une au bout de 28 jours ; l’autre
après 39 jours, avec les accidents habituels.
Les 2 autres groupes résistent parfaitement, avec augmenta¬
tion de poids : o g. 38 par kg. d’animal et par jour, pour le n'’ 2 ;
2 g. 30 par kg. d’animal et par jour pour le n° 3.
Par conséquent, si une alimentation uniforme composée de r.is
blanc, en état de fermentation butyropropionique, tue rapide¬
ment les animaux, une alimentation imiforme, co^nposée du même
riz, dans les mêmes conditions, mars additionné de ses propres
enveloppes, ou d’une partie de ses enveloppes, entretient la vie,
avec augmentation de poids.
D’où il résulte ejue runiformité de l’alimentation n’est pas
une raison suffisante, pour expliquer chez les animaux qui la su¬
bissent, la cachexie et la mort.
J’arrive à l’objection de M. Pottevin. (( Les vibrions septiques,
producteurs d’acide butyrique et propionique, dit M. Pottevin,
sont excessivement nombreux dans notre contenu intestinal, et,
nous ne nous en trouvons pas plus mal ».
J’aimerais d’abord à voir démontrer cette proposition. Je crois,
en effet, que de jour en jour, on voit mieux, aux pays chauds
surtout, l’importance des ferments parasites du tube digestif.
Je n’en veux pour preuve, cpie ces hyperacidités, si longtemps
- 68 —
prises pour de l’hyperchlorhydrie, couramment traitées, aujour¬
d’hui, et avec succès, par l’acide chlorhydrique lui-même. (Sous
le titre Hypo.chlorhydrie tropicale, ]\I. Marchoux, dans le nu¬
méro de la Presse médicale, du i6 décembre 1908, a |publié des
notes fort intéressantes à ce sujet.) Mais cette hypochlorhydrie,
n’est-elle pas la conséquence de ces fermentations acides? et les
vibrions septiques, capables de supporter des acidités relativement
très fortes, ne prennent-ils aucune part à ces fermentations? Per¬
sonne ne l’a démontré.
Il n’est pas possible, du reste, de comparer le chimisme sto¬
macal de l’Européen à celui de l’indigène des pays chauds, par¬
ce qu’il n’est pas possible de comparer l’alimentation variée du
premier, à l’alimentation uniforme et particulièrement fermentes¬
cible du second, la flore intestinale de l’un à la flore intestinale
de l’autre.
Sous les tropiques, l’activité plus grande des agents de fer¬
mentation ; l’importance plus considérable de leur apport, la réin¬
fection répétée, à chaque repas, par les mêmes aliments ; la pro¬
portion énorme de féculents consommés, amènent tout naturel¬
lement le développement à peu près exclusif du ferment de choix
de l’aliment qui prédomine. Et si les produits de fermentation
sont toxiques, s’ils entravent simplement les fonctions normales
des glandes à sucs digestifs (acides ou alcalins), rien de surpre¬
nant à ce que surviennent des accidents de dénutrition.
Or, en ce qui concerne l’action des vibrions septiques sur le
riz, les produits de dislocatio’n que j’ai nommés, n’ont plus au¬
cune qualité d’aliments et voici des expériences qui prouvent la
toxicité de l’ensemble de ces produits et des acides volatils en
particulier.
1° 2 chiens sont mis au régime de 400 g. de riz et 400 g. de
viande cuite hachée, par 24 h. et par sujet. La nourriture de l’un
est arrosée de i cm^ d’acide butyrique, dilué dans 30 cm^ d’eau.
Les 2/3 environ de ce mélange sont co'nsommés en 24 h. Le se¬
cond chien sert de témoin. Au bout de 15 jours, vomissements et
diarrhée noire persistante chez le n° i. Le 26® jour, l’animal
meurt, .ayant perdu 6 kg. 600 de son poids sur 14 kg. A l’autop¬
sie, ulcératidns à l’estomac et au duodénum.
Le chien témoin observé pendant 6 semaines a perdu 500 g.
de son poids initial.
2° Si l’on injecte, une seule fois, sous la peau du ventre d’un
- 6 g —
coI)ave, 5 cm^ de liquide contenant tous les produits de fermen¬
tation du riz, on obtient une large escarre,, très difficile à guérir.
Si l’on injecte, une seule fois, sous la peau du ventre d’un 2® co¬
baye, 5 cm^ du mélange acide, extrait par distillation du liquide
de fermentation du riz, on produit une escarre, identique à la pre¬
mière. La destruction des tissus est donc bien le fait des acides
»
volatils, et, comme l’acidité du liquide employé était d>e 578 mg.
pour 100, exprimée en acide propionique, il s’ensuit que moins
de 28 mg. 5 du mélange acide suffisent à produire ce résultat.
100 g. de riz blanc, mélangés à i.ooo cm^ d’eau sont stéri¬
lisés 20 m. à 120° et ensemencés avec une culture âgée de
3 jours, d’un vibrion ferment très actif.
Le. ballon exactement pesé est abando'nné à la fermentation,
jusqu’à lic|uéfaction complète de tous les grains de riz.
Le départ de CO^ et une légère évaporation ayant abaissé le
poids du ballon, on ramène le poids initial par addition de cpian-
tité suffisante d’eau stérile.
Le liquide fermenté pèse donc bien i kg. 100 et contient tous
les produits de dislocation de 100 g. de riz, moins CO^.
On stérilise le ballon, muni d’un réfrigérant à reflux, dans un
bain d’huile, à 120° pendant 1/2 h., afin d’éviter toute perte de
substances volatiles.
Le ig mai igo8, 4 poules jeunes sont mises au régime suivant:
pain desséché et concassé, 100 g., patates cuites, pourvues de
leurs enveloppes, 100 g.
If lies ont de l’eau à leur disposition.
Les numiéros i et 2 reçoivent, en plus, chaque jour, et en 2 fois,
30 g. du liquide de culture ci-dessus, stérile, non filtré, qu’ôn
introduit directement dans le jabot, à l’aide d’une sonde molle
vaselinée.
Les numéros 3 et 4 servent de témoins.
Au début, chaque animal mange environ 125 g. du mélange
nutritif, mais ce poids diminue rapidement chez les n°® i et
2, alors qu’il reste à peu près constant chez les n®® 3 et 4.
Au bout de 43 jours, la poule n® i meurt avec une température
centrale de 3g® et une perte de poids de 710 g. En plus des désor¬
dres habituels, on trouve un long ver dans l’intestin grêle (4 cm.)
Au bout de 63 jours, succombe la poule n° 2, avec une tem¬
pérature de 38°5 et une perte de poids de 655 g. Les lésions sont
les mêmes cjue précédemment, mais on ne rencontre pas de para¬
sites dans l’intestin.
— 70
Les deux témoins 3 et 4 restent bien portants.
Au total, cette expérience nous montre cpi’il suffit des produits
de fermentation de 2 g. 72 de riz par jour, pour tuer en 43 jours,
une poule parasitée de 1.550 g., en 63 jours, une poule non para¬
sitée de 1.560 g.
Je me crois donc en droit de conclure, que non seulement ces
produits de fermentation attaquent et détruisent les tissus, mais
encore, qu’ils s’opposent à l’utilisation par l’organisme d’autres
aliments que le riz, aliments capables d’entretenir la vie des ani¬
maux témoins.
(Travail de rinstitiit Pasteur de Saigon.)
]\L Laveran. — L’opinion c|ui attribue le béribéri à l’emploi
du riz décortiqué n’est pas nouvelle. J’ai trouvé dans mes notes
un article bibliographique publié à ce sujet dans la Semaine mé¬
dicale, du 22 janvier i8g8 ; les travaux d’EijKMANX et de Vorder-
MAN y sont bien analysés et je crois qu’il ne sera pas superflu de
le reproduire, d’autant plus cpie le travail de Vorderman, pu¬
blié en langue hollandaise, est peu connu (i).
Rapports entre l' influe nce de ralimentation par différentes es¬
pèces de riz et le nombre de cas de béribéri observés dans les
prisons de fava et de Madura, par M. x\. G. Vorderman, in-8°.
Batavia, 1897.
« Dans cet ouvrage étendu et fort intéressant, accompagné de
planches, statistiques, etc., l’auteur publie les résultats d’une en¬
quête qu’il a instituée en sa qualité d’inspecteur du service sani¬
taire civil dans toutes les prisons de Java et de Madura.
(( Cette enc|uête a été faite par ordre du gouvernement néerlan¬
dais, à la suite des travaux de M. Eijkman, sur une singulière ma¬
ladie se développant avec une régularité surprenante chez les pou¬
les nourries avec du riz ordinaire, cru ou cuit. Au bout de trois à
quatre semaines environ, cette maladie, qui rappelle le béribéri,
se manifeste d’abord par une démarche chancelante, s’accentuant
de plus en plus. Bientôt l’animal â de la peine à se tenir debout,
finit par tomber, est incapable de se relever et reste couché sur le
(i) Ce travail est résumé dans l’excellent ouvrage sur Le Béribéri publié
par notre savant collègue M. le Jeanselme, dans l’Encyclopédie Léauté.
— 71 —
coté. Peu de jours après, la poule -est devenue tellement malade
qu’elle se trouve dans l’impossibilité de boire ou de manger. 11 se
l^roduit alors une dvspnée intense, la respiration se ralentit, la
crête et la peau prennent une teinte cyanosée, la température
s’abaisse et l’animal meurt du deuxième au cinquième jour £iprès
le début de la maladie,
« L’autopsie démontre nettement qu’il s’agit d’une affection du
système nerveux, surtout des nerfs périphériques, qui sont le siège
d’une véritable polynévrite. Celle-ci est particulièrement pronon¬
cée dans les nerfs rachidiens; parmi les nerfs crâniens, seul le
pneumogastrique s’est trouvé, dans certains cas, également af¬
fecté. D’autre part, la moelle épinière n’est pas exempte de pro¬
cessus de dégénération.
(( Sans insister davantage sur les travaux de M. Eijkman, pour¬
suivis depuis plus de six ans déjà et publiés dans les Annales de
rinstitut d’anatomie pathologique et de bactériologie de A’elte-
vreden (Indes néerlandaises), nous nous bornerons à rappeler les
constatations suivantes: les poules nourries avec du riz non ou
mal émondé ne contractent jamais la polynévrite en question ;
les poules attaquées par la maladie se rétablissent lorsqu’on rem¬
place le riz de table ordinaire par du riz non ou mal émondé ou
par du riz émondé mais additionné d’une certaine quantité de
son de riz.
« M. Eijkmann est porté à admettre que le poison qui détermine
la polynévrite ne se trouve pas dans la fécule du riz. Il est d’avis
que ce poison naît dans le tube digestif sous l’influence exercée
par les microbes de l’intestin sur cet aliment. La pellicule argentée
du riz aurait donc la propriété remarciual^le de rendre ce poison
inoffensif.
« Quoiqu’on ignore s’il existe quelque relation entre la polyné¬
vrite des poules et le béribéri, M. Eijk:mann, en trouvant dans le
son du riz un remède contre la polynévrite des gallinacés, présu¬
mait cju’il pourrait être employé avec avantage contre la polynévrite
de l’homme dite béribéri,
(( Comme aux Indes l’aliment principal, dans certaines prisons,
consiste en riz ordinaire émondé, dans d’autres en riz plus ou moins
décortiqué, il était important de rechercher si ces différences de
nourriture avaient une action quelconque sur le nombre de cas de
béribéri survenus parmi les prisonniers.
(( Ces recherches, instituées par M. Vorderman pendant le laps
de temps qui s’est écoulé entre le i'"*’ janvier 1895 période des
inspections (du 6 avril au 12 septembre 1896), ont trait à 279.623
prisonniers.
(( Le riz consommé dans les prisons de Java et de Madura est
fourni au gouvernement par divers marchands. L’auteur distingue
trois espèces de grains : la première se compose de riz à moitié
émondé, c’est-cà-dire que tous ou au moins 75 0/0 des grains sont
pourvus de leur pellicule argentée. La seconde est formée par du
riz émondé, dont tous ou au moins 75 0/0 des grains sont décorti¬
qués. La troisième espèce consiste en un mélange de ces deux
sortes de riz.
(( Dans 37 prisons on se servait de riz non émondé. Le béribéri
n’a été constaté que dans une seule de ces prisons (2.7 "/o)- Sur
10.000 prisonniers, on ne comptait qu’un seul cas de la maladie.
« Le mélange de riz non émondé et de riz décortiqué était en
usage dans 13 prisons. Le béribéri régnait dans 6 de ces prisons
(46.1 7o)- Ici, il y avait i prisonnier d’atteint sur 416 internés.
« Enfin le riz émondé seul était consommé dans 51 prisons,
dont 36 renfermaient des malades atteints de béribéri (70.6 VJ ;
on enregistrait i cas de cette affection sur 39 prisonniers.
« Les autres conditions hygiéniques, notamment la vétusté des
bâtiments, la nature du sol, la ventilation, l’agglomération, l’alti¬
tude, etc., soigneusement examinées et comparées par l’auteur,
pas plus que l’origine du riz ou son état plus ou moins avarié, ne
peuvent expliquer ces énormes différences.
(( M. Vorderman estime que l’influence de l’espèce de riz con¬
sommé sur la production du béribéri est indéniable. On a donc
quelque raison d’espérer que le riz non émondé constituera un
moyen à la fois prophylactique et curatif de cette terrible maladie.
Les investigations à ce sujet sont en bonne voie. A l’Institut pour
l’étude du béribéri qui fonctionne à Buitenzorg, on a commencé,
depuis le mois de février 1897, à se servir de riz non émondé
comme moyen de traitement de cette affection. Cet exemple ne
tardera pas à être suivi ailleurs ».
Il serait intéressant de savoir si les médecins des Indes néerlan¬
daises se sont ralliés à l’opinion de Vorderman et si les résultats
pratiques, au point de vue de la prophylaxie du béribéri, ont été
satisfaisants.
On pourrait je crois nommer une Commission c|ui serait chargée
de faire une enquête à ce sujet, enquête facile, car nous comptons
— 73 —
parmi nos Correspondants le D'' Kiewiet de Jonge, de Weltvre-
tlen, qui s’empressera certainement de fournir tous les rensei¬
gnements qui lui seront demandés.
La Commission pourra aussi proposer quelques recherches à
faire sur les moyens à employer pour prévenir ou pour guérir le
béribéri. C’est ainsi que la levûre desséchée, préconisée par le
If)'’ ScHAUMANN, comme exerçant une action tout à fait remarqua¬
ble sur le béribéri des pigeons, pourrait être essayée dans le béri¬
béri de l’homme.
Le Dr ScHAUMANN attribue les heureux effets de la levûre dessé¬
chée à ce que cette substance est très riche en nucléine.
Nous ne demanderons pas à la Commission de nous faire con¬
naître l’agent du béribéri mais de nous dire quelles mesures doivent
être prises pour prévenir l’apparition de la maladie ou pour mettre
fin aux épidémies quand on n’a pas pu les prévenir.
Nous ne savons pas encore exactement comment le scorbut se
développe et cependant nous pouvons le prévenir et le guérir ;
comme Lind l’a démontré, il suffit pour cela de faire usage d’ali¬
ments frais. Les terribles épidémies de scorbut qui sévissaient
autrefois sur les marins, dans les armées en campagne, sur les
populations des pays du nord pendant l’hiver, ont aujourd’hui
complètement disparu ; ce qui a été fait pour le scorbut, on pourra
peut-être le faire pour le béribéri, ces deux maladies paraissant
avoir des affinités au point de vue étiologique.
Plusieurs membres de la Société demandant encore la parole sur
la question, la suite de la discussion est renvoyée à la prochaine
séance.
/
'y Spirillose des Bovidés dans le Sud Annam
Par H. SCHEIN.
En examinant le sang d’un veau, n“ P. 48, mort de peste bo¬
vine inoculée, j’ai trouvé un spirille, ou plutôt un spirochète, sans *
doute le même que celui décrit par C. M. Heanley (i) chez les
buffles chinois.
(i) C. M. Heanley, A note on the presence of a spirochaeta in Chinese
buffaloes, Journ. Comp. Path. a Therap., T. XIX, Dec. 1906, p.'322.
G
— 74 -
Cet organisme, qui doit être très voisin, sinon identique au
Spirochcete TJieileri (Lax'eran), se montre, dans les préparations
colorées £m Giemsa, légèrement renflé en son milieu, parfois on
rencontre deux parasites accolés bout à bout, sans séparation
nette. La longueur, sans tenir compte des tours de spire, est de
6 à 8 U pour le parasite isolé, et de 13 à 15 3 quand deux para¬
sites sont accolés. Le- nombre des tours de spire est, pour le spi¬
rochète seul, de trois ou quatre, et de six à huit pour deux héma¬
tozoaires réunis.
Ces spirochètes se montrent très rares, je n’en ai trouvé cpie
cinq ou six par préparation.
Recherchant ce parasite sur d’autres sujets, je ne l’ai trouvé
juscju’à présent que sur le veau n° P. 4g, qui avait été inoculé de
Peste bovine le même jour cjue le précédent. Les Spirochètes
étaient aussi rares et montraient les mêmes caractères.
I>ei sang du veau P. qg, donné à la dose de 5 cm^ à:
L Un veau (n° P. 37), guéri de peste,
2° Lbi singe,
3° Deux rats,
4° l/ne chèvre, malade de peste bovine cpii guérit par la suite,
5'" Un bufflon ;
n’a pas permis de transmettre le parasite.
Il eut été désirable de renouveler cette tentative, mais, je n’ai
pas retrouvé de sujets parasités, et le veau P. 4g étant mort
cpielques jours après, je n’ai pu recommencer. On ne peut tirer
aucune conclusion de cette expérience.
P. 4g hébergeait, en outre: r" des piroplasmes en poires bigé-
minées (un pour trois champs), et 2° de rares Trypanosoma Thei-
leri (un pour quinze champs). P. 48 n’avait montré que des piro¬
plasmes en poires b i gémi nées.
Jusqu’à présent la piroplasmose avait paru évoluer en silence
chez les veaux inoculés de Peste bovine à Nha-Trang. Fait à
remarquer, les deux veaux, P. 48 et P. 4g avaient eu une très
forte kémoglobinurie, et en outre, une épistaxis intense et pro¬
longée. Pendant des heures, le sang s’écoulait goutte à goutte des
naseaux, rouge et rutilant. Je n’ai jamais vu ce svmptc)me dans les
cas de Peste bovine, et à ma connaissance, aucun auteur ne l’a
signalé dans les piroplasmoses. 11 faudrait donc rattacher ce phé¬
nomène à l’action du spirochète.
L’autopsie de ces deux animaux a montré les lésions de Peste
_ 75 —
bovine associée à la piroplasmose: ulcérations de la muqueuse di¬
gestive (duodénum et caillette principalement), congestion et lé¬
ger emphysème des poumons, suffusions sanguines du larynx,
reins congestionnés, un peu d’urine chocolat dans la vessie, foie
pâle, la\ é, jaunâtre, rate grosse, mais le tissu encore ferme ;
sang rouge, boueux, coagula'''» mal.
Mais, de plus, on trouvait une congestion intense des premières
voies respiratoires, les cornets étalent congestionnés à l’extrême,
rouge sombre, les sinus, pleins de sang, montraient, après lavage,
leur rnucpieuse rouge, congestionnée, parsemée de pétéchies, tou¬
tes lésions en rapport avec l’épistaxis.
Les préparations faites par frottis de rate ou de foie n’ont pas
laissé voir le spirochète.
Conclusions. — On trouve, mais rarement, un spirochète
dans le sang des veaux du Sud-Annam.
2° Ce spirochète paraît voisin de celui découvert par Heanley
à Mong-Ivong, et Aheiler au Trcunsvaal.
3° Sa présence semble liée à une épistaxis.
4° La piroplasmose avait jusqu’à présent évolué ici sans symp¬
tômes extérieurs. 11 semble que, aidée par d’autres influences dé¬
bilitantes (peste bovine, spirillose, etc.), elle puisse redevenir
plus virulente, et déterminer de l’hémoglobnurie grave, et peut-
être la mort.
Insiitiit Pasicur de Nha-Trang, Annam.
Novembre igocj.
Sensibilité de la souris blanche au spirochète
de la fièvre récurrente du Tonkin
Par C. MATHLS et M. LEGER.
En février 1907, ciuelques mois après que Yersin (i) à Nha-
trang (Sud-Annam) eut signalé la fièvre récurrente chez un coo¬
lie récemment arrivé du Haut-Tonkin, la maladie éclata brusque¬
ment sous forme d’épidémie meurtrière dans le Delta tonkinois.
(i) Ykrsin, C. r. Soc. hiol., t. LX, 1906, p. 1.037.
- 76 —
se manifesta presque simultanément dans la plupart des pro¬
vinces, et, depuis cette époque, après des accalmies durant les
mois d’hiver, elle fit sa réapparition les années suivantes. Ifn
iqo8, la fièvre récurrente frappa un plus grand nombre d’indivi¬
dus, mais la mortalité fut moindre ; et en 1909, la maladie dimi¬
nua manifestement d’intensité.
Au cours de ces épidémies, nous avons fait sur le spirochète
de la fièvre récurrente tonkinoise iquelques recherches dont les
premiers résultats ont été déjà brièvement exposés par l’un de
nous (1). Dans cette communication, nous n’aurons en vue que
nos expériences sur la souris hanche.
La souris blanche est sensible au virus de la fièvre récurrente
du Tonkin. On réussit à l’infecter en partant soit du sang hu¬
main soit du sang du singe préalablement infecté. Le passage en
série de souris en souris est possible, ma.is est difficile à réaliser.
Le tableau I résume nos expériences d’inoculation.
La période d’incul)ation a varié entre c|uelques heures et 3 jours.
L’infection a toujours été légère et les parasites n’ont été vus dans
le sang que pendant 4 jours au maximum. Dans la majorité des
cas, ils se sont montrés durant 2 à 3 jours.
C'hez la souris, les spirochètes ne sont jamais nombreux ; il
faut les cliercher parfois pendant plusieurs minutes sur prépa¬
rations colorées ; si on se contentait de faire l’examen du sang;
frais, l’infection riscpierait souvent de passer inaperçue.
A partir du moment de l’inoculation, nos animaux étaient exa¬
minés quotidiennement, matin et soir, durant près de deux se¬
maines. Dans aucun cas, nous n’avons observé de rechute. On sait
([ue les souris inoculées avec les virus américain ou africain ont
ries récidives, tandis que celles infectées par le virus de la fièvre
récurrente européenne n’en ont pas.
Nous avons pu réaliser les passages de. souris à souris, en par¬
tant soit du sang huniain, soit du sang de singe.
Les tableaux Tl et III donnent les détails de ces passages.
Tvors des premiers passages, nous avons eu certaines difficul¬
tés à infecter nos souris, car nous nous contentions de prélever
quelcpies gouttes de sang à la cpieue de l’animal qui nous four¬
nissait le virus. Ultérieurement, nous nous sommes décidés à sa¬
crifier une souris et à inoculer avec tout son sang, en eau citra-
(i) C. Matiiis, C. r. Soc. hioJ., t. LXIV, 1908, p. 733.
77
Tableau I. — Expériences d’inoculation avec les virus
de l’homme et du singe.
s = sacrifié. TR, R, NR, AN, N, TN = spirochètes très rares, rares, non
rares, assez nombreux, nombreux, très nombreux.
Tableau II. — Passages en série chez la sauris en partant le virus homme.
P b
-V
O
t/l
ce
22
24
TK
TR
TR
- 78 -
Tableau III. — Passages en série chez la souris en partant du virus singe.
S = sacrifiée.
+ = morte d’infection.
tée, 3 ou 4 souris au maximum. En procédant ainsi, il n’v a
plus eu d’insuccès et nous avons pu arriver au 13® passage. Mais
comme il est difficile de se procurer des souris blanches au Ton-
kin, nous avons été, faute d’animaux, dans l’obligation de perdre
notre virus.
79 —
L’infection des premières souris est toujours très légère et les
spirochètes généralement rares. Jusqu’au 8® passage, l’activité de
notre virus n’avait p£is subi d’augmentation appréciable. Mais,
brusc|uement, dès le passage suivant, il s’est produit une exalta¬
tion de virulence très marquée. Les parasites se sont montrés
très nombreux dans la circulation périphérique et la maladie ex¬
périmentale a entraîné la mort d’un certain nombre d’animaux.
Cependant, môme alors, le caractère récurrent de l’infection ne
s’est pas manifesté. Il n’est pas interdit toutefois de penser que,
si un plus grand nombre de passages avait pu être réalisé, nous
aurions obtenu un virus analogue à ceux de la tick-fever ou de la
récurrente américaine qui déterminent le plus habituellement des
rechiites.
Le tableau svnthétise les résultats de nos inoculations aux
8o souris sur lesquelles ont porté les expériences.
Tableau IV. — Résumé des expériences d'inoculation aux souris.
Sur 8o souris, 65 ont été infectées après la C® inoculation. Les
15 autres n’ont pas réagi, soit c|ue la quantité de virus fiit trop
faible, soit pour toute autre cause. Mais ces animaux n’étaient pas
réfractaires ; réinoculés dans de meilleures conditions, ils ont
pris la maladie de la même manière C|ue les témoins.
Une première atteinte, même légère, confère une immunité
qui n’est pas inférieure à 102 jours.
Ainsi, le 17 juin, la souris 3, infectée le 28 février, et la sou¬
ris 2, infectée le 3 mars, c’est-à-dire depuis 102 et 98 jours, reçu¬
rent du sang de la souris 61 à spirochètes assez nombreux. Elles
restèrent indemnes. Les souris neuves témoins, 65, 66, 29, pri¬
rent l’infection dans les délais ordinaires.
— 8o —
Dans le sang de la souris, le spirochète présente quelques par¬
ticularités dans sa morphologie. Lors des premiers passages,
les parasites sont plus grêles et plus courts que dans le sang hu¬
main. Ils ont, en moyenne, g à lo p et au maximum 13 p avec
3 à 4 ondulations. De plus, ils ont une grande tendance à s’en¬
rouler sur eux-mêmes, a s’entortiller en o, en 8.
Dans les souris des 2® et 3® passages, les spirochètes affectent
déjà des formes un peu moins enroulées et tendant à se rappro¬
cher de celles du ,'sang humain. Mais, même dans les derniers pet*-
sages, alors qu’ils peuvent être excessivement nombreux, ils de¬
meurent toujours plus minces, les spires sont moins serrées et
souvent s’agglutinent et s’enchevêtrent entre eux.
Le singe {Macacus rhésus) s’infecte facilement avec le virus
ayant passé par la souris blanche.
{Institut antirabique et bactériologique d’Hanoï.)
Au sujet de « Trypanosoma vivax » et
de « Trypanosoma Cazalboui »
Par A. LAVERAN.
Montgomery et Kinghorn, dans un travail sur les trvpanoso-
mes des Mammifères dans le nord-ouest de la Rhodésia, ont rap¬
proché Tr. vivax Zie.mann, de Tr. Cazalboui Laveran, et ils ont
insisté sur la difficulté du diagnostic de ces deux trypanoso¬
mes (i).
L’auteur d’un article paru récemment dans le Bulletin du
Sleeping sickness Bureau va plus loin et donne comme certain
qu’il s’agit d’un seul et même trypanosome (2). A l’appui de ce
dire, on trouve dans le Bulletin un court parallèle (sous forme de
tableau) entre Tr. vivax et Tr. Cazalboui ; résumé incomplet du
travail de Montgomery et Kinghorn dans lequel les caractères
morphologiques communs des deux trypanosomes sont mis en
relief, tandis que les différences morphologiques ou biologiques
qui existent entre eux sont atténuées.
(1) R. E. Montgomery et A. Kinghorn, Annats of trop nied. a. parasito-
logy, mai 1909, t. II, p. 341.
(2) Bulletin of the Sleep. Sickn. Bureau, 1910, t. II, p. 9.
— 8i —
l>es questions relatives à l’identification de certains trypanoso¬
mes sont malheureusement beaucoup trop difficiles pour cpi’on
puisse les trancher par un procédé d’une aussi grande simplicité.
Quand j’ai décrit, en 1906, le trypanosome de la Sotima comme
une espèce nouvelle, sous le nom de Tr. Cazalhoui (r), je con¬
naissais le Tr. vivüx; j’avais hi le trtivail dans lecpael le docteur
ZiEMANN a décrit ce trypanosome, j’avais même pu, grâce à l’obli¬
geance de ce savant Confrère, étudier le Tr. viva.x dans des pré¬
parations cjui m’avaient été envoyées du Kameroun ; si je n’ai
pas identifié le trypanosome de la Sotima au Tr. vivax, c’est en
parfaite connaissance de cause.
Il existe, en effet, de très notables différences entre les deux
trypanosomes au point de vue morphologicjue et au point de vue
biologicp.ie.
Comme je l’ai écrit au docteur Zie.maxn, après avoir examiné
les préparations qu’il avait bien voulu m’envoyer, Tr. vivax est
du type Tr. Evansi ; il mesure 18 à 26 |j. et parfois jusqu’à 30 u
de long, sur 2 à 2 5 de large; l’extrémité postérieure est effilee
et le centrosome est assez éloigné de la partie terminale de cette
extrémité (i).
Tr. Cazalboui mesure 21 y de long sur [ u 5 de large; il
est donc beaucoup plus petit que Tr. vivax; de plus, l’extrémité
postérieure est d’ordinaire arrondie, au lieu d’être effilée comme
chez Tr. vivax et le centrosome est très rapproché de la partie ter¬
minale (2).
Les caractères biologiques des deux trypanosomes sont égale¬
ment différents.
Le singe, le chien, le cobaye, le rat et la souris se sont mon¬
trés réfractaires au virus dont je me suis send pour mes recher¬
ches sur Tr. Cazalboui, virus provenant d’un bélier qui m’avait
été envoyé par M. Cazalboo.
Tr. vivax est, au contraire, inoculable au chien et au rat. 8 rats
gris inoculés par M. le D’’ Ziemann se sont infectés et sont morts
en 8, 9 et 1 1 jours. Dans 2 cas, il est vrai, l’inoculation de Tr.
vivax à de petits mammifères (i rat blanc, i chat) a donné des
résultats négatifs. Il est regrettable que nous ne possédions pas
un plus grand nombre de faits sur le degré de sensibilité des pe-
(1) A. Lavkrax, Comptes rendus Acad, des Sc., 9 juillet 1906, et .InnaJes
de l’Institut Pasteur, mai 1907, t. XXI, p. 336-338.
(2) H. ZiEMAXX, Centrahl. f. Bakter., Rrste .'ibt., Orig-., t. XXX\'III, p. 9.
— 82 —
tits mammifères an Tr. vivax ; dans l’état actuel de nos connais¬
sances, il me paraît logique de conclure que le rat et le chien
sont sensibles au Tr. vivax, alors Cju’ils sont réfractaires au Tr.
Cazülboui.
L’auteur de l’article du Bulletin du Slceping sickness Bureau
paraît attacher une g'rande importance à ce que Glossina palpalis
propage à la fois Tr. vivax et Tr. Cazalboui, comme cela résulte
des recherches de IL^rc'E et de ses collaborateurs d’une part (i) et
de Bouffard de l’autre (2). Mais est-il certain que le trypanosome
désigné par Bruce sous le nom de Tr. vivax, soit bien le Tr. vi-
vax de Ziemaxx ? Et, d’autre part, de ce qu’une même Glossina
propage 2 trypanosomes, faut-il conclure à leur identité? B fau¬
drait alors identifier Tr. vivax à Tr. ganibiensc, les 2 trypano¬
somes étant propagés par Gl. palpalis.
Puisciue la question du diagnostic différentiel entre Tr. vivax
et Tr. Cazalboiii se trouye posée, il y aurait une expérience inté¬
ressante à faire: Après s’être assuré qu’un animal est guéri d’une
de ces trypanosomiases et qu’il a acquis une immunité solide
pour le virus correspondant, on lui inoculerait l’autre trypanoso¬
miase. Le résultat de l’expérience permettrait de conclure soit
à l’identité, soit à la non identité.
Im attendant que cette expérience, difficile à réaliser, puisse
se faire, j’estime qu’on doit, en tenant compte des différences
morphologiques et biologiques rappelées plus haut, considérer
Tr. vivax et Tr. Cazalboui comme appartenant à des espèces
distinctes.
q M. Mesxil. — Je suis également d’avis, et j’ai déjà eu l’occa¬
sion de l’écrire, que le Trypanosoma vivax de Ziemaxx est trop
imparfaitement connu pour qu’une assimilation puisse légitime¬
ment être faite avec lui. Quant aux Trypanosomes décrits par
Moxtgomery et Ixixghorx, en Rhodésia, — par Bruce, Hamer-
TOX, Batemax et Mackie, en Ouganda, sous le nom de Tryp.
vivax, je crois qu’il eût été plus indiqué, étant donné les carac¬
tères observés par ces savants, de les rapporter au T. Cazalboiii
Laverax.
(1) Proceediugs of the R. Soc., 1909, 20 déc., pp. 63-66.
(2) Ce Bulletin, 1909, déc, n” 10, p. 599-602.
— 83 —
Trypanosomiases et infections bactériennes ;
influence réciproque; étude expérimentale
Par A. RODF/P RURIXSTFIX et BADFR.
I. RÉCEI’TIVITÉ M'X infections bactériennes au CXIl'RS
d’une infection a trypanosomes.
Dans ses expériences en collaboration avec Vaetet, l’un de
nous avait plusieurs fois observé, chez des chiens atteints de na-
gana expérimentcul, des infections bactériennes secondaires; et,
d’autre part, des recherches inspirées précisément par cette consta¬
tation leur avaient montré C[ue le pouvoir bactéricide du sang subit
un amoindrissement à certaines phases de la maladie. D’après
cela, nous nous sommes proposé de rechercher expérimentale¬
ment ce cpie devient, au cours d’une infecticjn à trvpanosomes,
la réceptivité à l’égard d’une infection bactérienne.
'Fous nos animaux (cobayes, chiens, lapins) ont été infectés
avec le Trypanosoina Brucci ; puis, à divers stades de l’infection,
on leur injectait des cultures microbiennes: bacille d’EBERTH,
charbon, stapludocoque, streptocoque.
i. Expériences avec le bacille d’EBEiurn. — Iflles ont été faites
sur le cobave; les cultures étaient injectées dans le péritoine.
Plusieurs fois, les sujets naganés ont résisté à une dose de cul¬
ture mortelle, pour les témoins ; eu égard à la période de l’affec¬
tion à trypanosomes au moment de l’épreuve, le nombre de jours
étant compté cà partir de la première constatation des parasites
dans le sang, ces cobaves étaient, respectivement : au i®'' jour
(sang pauvre en trvpanosomes): au 4® jour (sang assez riche); au
6® jour (parasites nombreux); au 13® (parasites assez nombreux).
D’ autres fois, une dose de culture insuffisante pour tuer le té¬
moin n’a pas non plus tué le cobave à trvpanosomes (peut-être
aurait-on constaté une résistance supérieure à celle des témoins
si on avait emplové une dose mortelle). Ceci a été observé deux
fois, les deux sujets étaient au 10® jour (à partir de la première
constatation des parasites dans le sang), avec un sang assez riche
en tiTpanosomes.
- 84
D’autre fois, enfin, les sujets ont succombé à l'infection éber-
thienne comme cies sujets neufs ; ils étaient : au 1 1® jour de l’infec¬
tion sanguine (sang riche en trypanosomes) : au 19® jour (sang
très riche); au 41® jour (sang assez riche). Les deux premiers de
ces trois sujets avaient déjà subi quelques jours auparavant, le
premier deux injections d’KHERTH, le second une, auxquelles ils
avaient résisté.
L)’après cela, la réceptivité du cohave infecté de nagana, à
l’égard de l’infection péritonéale par le bacille d’EuERTH, loin
d’être constamment accrue, peut être, au contraire, diminuée. La
réceptivité paraît être en rapport surtout avec l’ancienneté de
la maladie: dans une première période, elle est diminuée; plus
tard elle revient à la normale, si elle ne la dépasse pas. C’est ainsi
notamment qu’un même cobave s’est niontré deux fois (au 6® et au
13® jour) plus résistant qu’un cobave normal, tandis que, le
19® jour, il s’est comporté comme un cobaye neuf, quoique les
deux injections antécédentes d’ItBERTH eussent dû lui conférer iï*ne
certaine immunité. Peut-être, sans que nous puissions l’affirmer,
y a-t-il aussi une influence de la phase d’infection sanguine, en
ce sens que, pour un même âge de la maladie, la résistance se¬
rait plus faible dans une phase de grande richesse du sang en
parasites.
2® Expériences avec le Bacillus anthracis. — Des cobayes in¬
fectés de trypanosomes, ont reçu des cultures de charbon peu viru¬
lentes sous la peau.
Deux fois, une dose de culture insuffisante pour tuer le témoin
n’a pas non plus infecté le cobaye nagané : les sujets étaient, l’un
au 23® jour (à partir de la première constatation des parasites dans
le sang), avec un sang pauvre en trvpanosomes, l’autre au 15®
jour, avec de nombreux parasites dans le sang (ce dernier avait
subi 14 jours auparavant une première injection de charbon à
laquelle il avait également résisté).
Une fois, une dose de culture tuant le témoin a respecté le co¬
baye nagané, au début de l’infection parasitaire du sang consta¬
tée au microscope, avec un petit nombre de parasites.
L^ne fois, le sujet à trypanosomes, à une période peu avancée,
mais avec un sang très riche, en parasites, a paru plus sensible
que le témoin. Le cas de ce sujet est complexe : il avait subi aupa¬
ravant une injection de culture d’EBERTH, à laquelle il avait ré¬
sisté; n’est-ce pas celle-ci qui était responsable de la diminution
de résistance ?
83 —
Donc, en ce qui concerne le charbon, nous avons constaté au
moins une fois une diminution de réceptivité; nos expériences ne
nous permettent pas de savoir si, à une période avancée, la ré¬
ceptivité peut subir une variatio-n inverse.
3. Expériences avec Je staphylocotiue. — Mlles ont été faites,
d’une part sur le ebien, d’autre part sur le lapin. Les cultures de
staphvlocoque, d’une virulence assez élevée, ont été injectées
dans les veines.
a. Chiens. — Deux sujets ont été éprouvés au 4® jour de l’infec¬
tion sanj^uine constatée au microscope, en même temps qu’un
chien témoin, avec la même dose de culture, bien entendu. Le
témoin est mort en 7 jours, a^’ec des lésions classiques d’infection
staphvlococcie[ue, notamment dans les reins. Un des chiens na-
i^anés est mort seulement au bout de 1 1 jours, avec des lésions
mixtes à trxpanosomes et à staphylocoques, ces dernières peu
intenses; les lésions à trvpanosomes ont dû contribuer à la mort,
l.’autre sujet est mort au bout de ig jours; la mort a paru nette¬
ment causée par le nagana ; les reins présentaient des lésions ca¬
ractéristiques de l’infection staph vlococcique, mais en voie de
réparation. Chez l’un et l’autre sujet, la réceptivité à l’égard de
l’infection staphylocarccique générale était donc diminuée au
4® jour. Xous n’avons pas ici d’expériences dans une période
avancée de la maladie ni dans une phase d’infection sangidne
forte.
b. Lapins. — Deux sujets ont été éprouvés, l’un 15 jours,
l’autre i i jours après l’inoculation de trvpanosomes. Tous deux
succombèrent à l’infection staplndococcique, le premier avec un
certain retard sur son témoin (4 jours au lieu de 2) avec des lé¬
sions mixtes ; le second, dans le même délai (3 jours) que son
témoin et avec des lésions staphylococciques semblables. 11 n’y
a donc pas ici de différence bien nette.
4. Expériences avec le streptocoque. — ■ C’est une culture de
streptocoque atténué, qui a été employée (dans l’hypothèse d’une
réceptivité accrue). 2 chiens ont reçu une injection sous-cutanée
2 et 12 jours après l’inoculation de trypanosomes; 3 lapins ont
été éprouvés, aux 5® et ii® jours, par injection sous-cutanée, aux
28® et 34® jours par injection intraveineuse. Dans tous les cas, les
cultures de ce streptocoque très atténué, inoffensives pour les
témoins, sont restées sans effets appréciables ^sur les sujets na-’
ganés.
— 86 -
CoxciJ Sioxs. — Nos expériences ne mettent pas en évidence
un accroissement de réceptivité ,à l’égard des infections bacté¬
riennes chez les sujets infectés de Trypanosoma JIrucei. Bien
mieux, c’est au contraire une résistance supérieure à la normale
que nous a\'ons plusieurs fois constatée.
A en jugei'vpar nos expériences avec le iDacille d’IfnERTH, la ré¬
ceptivité, d’abord diminuée dans une assez longue période de la
maladie, pourrait subir dans une période avancée une variation
inverse, et revenir à la normale; nous ne pouvons dire si elle
peut la dépasser.
Nos expériences avec le bacille d’IfBERTH semblent indiquer
en outre une certaine influence de la richesse |du sang en para¬
sites, au nnunent de l’épreuve par la culture microbienne. De
nouvelles expériences seraient nécessaires pour préciser ce point;
mais, juscju’à plus ample informé, les variations de réceptivité
nous paraissent plus en rapport avec la période ou l’ancienneté
de la maladie, qu’avec la phase d’infection sanguine.
Dans les expériences faites par l’un de nous avec \"allet {Soc.
de pütliol. exotique, ii mars 1908), les variations du pouvoir bac¬
téricide du sang au cours du nagana expérimental s’étaient mon¬
trées plus en rapport avec les phases de pullulation ou de dispa-
l'ition des parasites dans le sang qu’avec l’ancienneté de la mala¬
die. Par suite., les oscillatif)ns de réceptivité ne sont pas absolu¬
ment parallèles à celles du jDouvoir bactéricide; elles ne s’expli¬
quent donc pas, du moins exclusivement, par les variations de
la teneur en alexinteq peut-être trouverait-on mieux leur raison
d’être dans les variations du nombre ou de l’activité des leuco¬
cytes.
11. UXE IXFECÏIOX A TRVPAXOSOMES EST-ELLE MODIFIÉE PAR l’XE
INFECTION BACTÉRIENNE ?
A diverses reprises, l’un de nous, a\TC Vallet, avait été frap¬
pé des altérations intenses et rapides que subissent les trypano¬
somes par le contact avec certaines cultures microbiennes. Ne
pouvait-on penser que cette action destructrice serait susceptible
de s’exercer in idvo, que des injections de cultures bactériennes à
des animaux atteints de trypanosomiases pourraient avoir une
action curative?
— 87 -
Or, les faits que nous avons observés ne confirment guère cette
présomption et ne sont pas en ce sens encourageants.
Cliez les cobayes auxquels nous avons injecté du bacille
d’IfBCRTH, nous n’avons pas vu le nombre des trypanosomes du
sang baisser du fait de ces injections; compté le lendemain et les
jours suivants, ce nombre, ou bien était staticmnaire, ou même
parfois augmentait ; et lorsque, très élevé le jour de l’injection,
il ti brus(|uement baissé, ce pouvait être une crise naturelle.
L’évolution de la maladie n’a été dans aucun cas arrêtée, soit par
une injection unique, soit par des injections réitérées, et n’a paru
en rien ralentie.
La mtirche du nagana n’a pas été non plus modifiée chez les
cobayes soumis à une ou deux injections de B. anthnicis ; les su¬
jets sont morts dans les délais ordinaires.
De même, les injections intra-veineuses de staphylocoque aux
chiens naganés n’ont eu aucune influence, ni sur le nombre des
parasites du sang, ni sur l’évolution de la maladie.
Ifnfin, nous n’<'ivons pas non plus observé d’influence favora¬
ble, tant chez le lapin cjue chez le ('bien, d’injections sous-cuta¬
nées de streptocociLie très atténué.
Ifn somme, dans les conditions de nos expériences, nous
n’avons pas saisi d’influence curative, même restreinte, d’injec¬
tions bactériennes tolérées, stir le nagana expérimental. D’ail¬
leurs, ces injections bactériennes n’ont pas eu non plus d’action
accélératrice sur l’infection à trypanosomes.
l^ar contre, une injection bactérienne tolérée précédant l’infec¬
tion à tryi^anosomes n’a pas paru sans influence. Chez 2 cobaves
ayant reçu une injection de bacille d’IfBERTH dans le péritoine, a
dose non mortelle, une fois 5 jours, l’autre fois 9 jours avant l’ino¬
culation du sang à trvpanosomes, le nagana a évolué avec une ra¬
pidité anormale; à en juger par ces deux cas, une infection
bactérienne antécédente pourrait momentanément accroître la ré¬
ceptivité à l’égard d’une infection à trypanosomes.
- 88 —
De
avoi r
Dantec, P. Manson, seul ce dernier mentionne l’existence de
ifbromes parasités par des filaires adultes. Toutefois, la descrip¬
tion de cet auteur diffère tellement de celle que nous nous pro¬
posons de donner au sujet d’un cas qu’il nous a été permis d’étu¬
dier, tant au point de vue clinique qu’au point de vue para-
sitologique, que nous nous croyons autorisé à apporter notre con¬
tribution à l’étude de ces tumeurs et de leurs parasites.
Obskkvation I. — Samba, tirailleur, évacué de Kiffa, se présente à l’hô-
])ital de Kayes le 15 octobre 1909. Cet homme, il y a sept mois, aurait res¬
senti d’assez vives douleurs au niveau de la fesse droite, qui, sans l’empê¬
cher de marcher, le g-ênaient dans l’exécution du service. En septembre, il
se présente à la visite du médecin de Kiffa, qui constate la présence « d’une
tumaur semblant faire corps avec le col du fémur droit ».
L’examen que nous pratiquons le ib octobre nous fait reconnaître une
augmentation manifeste du volume de la fesse droite, avec abaissement du
j)li fessier. La palpation décèle l’existence d’une tumeur arrondie, de con¬
sistance assez ferme, paraissant sous-jacente au grand fessier dont elle
suit cependant les mouvements, présentant de la fluctuation « probable ».
.Au-dessous de cette tumeur se trouve une masse dure, immobile, logée dans
la dépression interischio-trochantérienne.
Le malade n’accuse aucune douleur, soit spontanée, soit provoquée ; les
mouvements du membre inférieur ne sont en aucune façon limités. On ne
relève pas de. troubles de la sensibilité.
L’examien des différents appareils, en particulier de l’appareil pulmo¬
naire, est négatif.
Nous portons le diagnostic de bursite chronique développée au-de.ssus
d’une exostose appartenant soit au grand trochanter, soit à ri.schion.
Lhie intervention chirurgicale est décidée.
Nous pratiquons une incision longue de 12 cm. environ, parallèlement
au bord externe de la tuméfaction. Successivement la peau, le tissu grais¬
seux, les muscles fessiers sont divisés prudemment. Néanmoins, un coup
de bistouri malencontreu.x intéresse la tumeur, provoquant l’irruption d’une
véritable pelote de minces filaments blanchâtres, baignés d’une matière
gommeuse, grisâtre, peu abondante. Ces filaments, qui ont l’aspect ma¬
croscopique de filaires, sont recueillis. Le doigt introduit dans la tumeur
s’enfonce de 4 cm. environ, arrêté par des parois assez fermes. Le néoplas¬
me, enchâssé dans la face profonde du muscle, est disséqué avec peine, tant
il est adhérent, et extirpé.
Kystes fibreux provoqués par des filaires
Par A.XTOINP.
tous les précis de pathologie exotique que nous avons pu
entre les mains: Corre, Xielly, Braudt, De Brin, I.e
Kn inspectant la rég'iun, nous découvrons la présence il’une auti'e tumeur
plus volumineuse, enclavée entre l’ischion et le grand trochanter auxquels
elle adhère fortement, de consistance nettement fibromateuse. En raison
des difficultés de la dissection, nous sommes obligé de l’ouvrir. Le contenu,
analogue à celui qui a été retiré de la première tumeur, est recueilli éga¬
lement ; enfin, la masse fibromateuse, libre de ses adhérences, mais dont
les parois ont été quelque peu endommagées par respect du nerf sciatique,
est enlevée.
Les bords de la plaie opératoire, rapprochés, sont suturés, un drain est
laissé. La cicatrisation s’opère normalement en quelques jours.
Aspect macroscopique des tumeurs. — La première, vide de son contenu,
se présente sous la forme d’un ovoïde bosselé. Les dimensions sont les sui¬
vantes ; longueur, 5 cm. ; largeur, 3 cm. 5 ; épaisseur, 2 cm. 5. Les pa¬
rois, de couleur blanc-jaunâtre, donnent au toucher la sensation de tissu
myxomateux plutôt que fibromateux ; leur épaisseur varie de quelques mil¬
limètres à I cm. 5.
La deu.xième, de forme analogue, mais plus volumineuse, mesure, vide
de son contenu également ; 7 cm. en longueur, 5 en largeur et 2 en épais¬
seur. Les parois, nettement fibromateuses, crient à la coupe ; leur épais¬
seur varie de i à 3 cm. Fait à signaler pour l’une et l’autre, la face interne
des parois est congestionnée, de couleur rouge vineux, mais aucune filaire
n’y adhère, ni y est enclavée.
Obskrvation il — Sur le même individu, nous avons découvert, par ha¬
sard, dans la région para-coccygienne, deux tumeurs formant un paquet
gros comme une noix. Celles-ci, sous-cutanées, bosselées, fermes, glissent
sous la peau. Somme, toute, elles donnent l’impression de fibromes sous-
cutanés. Elles ne gênent nullement le malade qui en ignorait l’existence.
Désireux de savoir quelle était leur nature exacte, nous en pratiquons
l’extirpation le 29 novembre. Après incision de la peau, elles apparaissent
situées sur le côté droit de l’articulation sacro-coccygienne. Leur face su¬
périeure est libre, mais la face profonde est réunie aux parties osseuses par
un même pédicule assez lâche, constitué par plusieurs faisceaux fibreux. La
section du pédicule entraîne la libération des tumeurs. La plaie, suturée,
se cicatrise rapidement.
Aspect macroscopique des tumeurs. — La plus volumineuse, arrondie,
bosselée, mesure, pleine de son contenu, en longueur, 3 cm. et 3 cm. dans
les deux autres dimensions. Line coupe, pratiquée normalement à la paroi,
nous met en présence d’un paquet de filaires analogues à celles que nous
avons trouvées antérieurement. Toutefois, sauf quelques éléments mâles,
elles demeurent fixées à la paroi. L’ne coupe pratiquée parallèlement à la
face interne de cette paroi, nous permet de reconnaître qu’une partîe du
corps des filaîres est enclavée dans la substance pariétale, englobée, sans
doute, dans un travail de néoformation. On ne saurait mieu.x comparer
l’image donnée par la tranche de la coupe qu’à une muraille incrustée de
fossiles. Il ne nous a pas été possible de sav’oir si nous avions à faire à de
nombreuses filaires femelles, ou à une seule, ou à quelques-unes.
L’autre tumeur, du volume d’un gros haricot, offre les mêmes caractè¬
res de contenant et de contenu.
Description des pilaires (1). — Nous étudierons successive¬
ment les filaires mâles et les filaires femelles.
(i) Seule, la partie de la note de M. .Axtoixe, ayant trait à l’aspc'ct des
V
— 90
Les mâles, dont nous avons examiné 5 échantillons entiers, présentent
des dimensions voisines de 4 à 5 cm. comme long-ueur et de 1/5® de mm.
comme diamètre. De couleur blanc laiteux, ils se tiennent plus ou moins
infléchis sur eux-mêmes, offrant une extrémité caudale nettement enroulée
en spirale, ne décrivant pas plus d’un tour et demi de spire. Ayant eu l’oc¬
casion de voir deux mâles vivants, nous pouvons affirmer que cette disposi¬
tion est bien naturelle et ne résulte pas de dispositions post mortem. Le
plus grand diamètre se trouve vers le milieu du corps ; de là on passe par
une série de diamètres progressivement décroissants aux extrémités cau¬
dale et céphalique, qui se terminent en pointe mousse. La tête en particu¬
lier n’est pas renflée en massue. Le calibre semble cylindrique.
Femelles. — Nous tenons à dire que nous n’avons pu examiner un orga¬
nisme entier. La plupart des fragments que nous avons étudiés n’avaient ni
tête, ni queue ; deux présentaient une extrémité caudale ; un, seulement,
était pourvu d’une extrémité cé-phalique (i). A l’aide de ces morceaux nous
avons tenté de reconstituer un tout.
Les femelles sont plus volumineuses que les mâles, leur diamètre mesure
environ un 1 mm., tandis que leur longueur peut atteindre au moins
15 cm. 5. (Un des fragments avait cette dimension). Le calibre est nette¬
ment cylindrique, comme on peut s’en rendre compte en vidant l’animalcule
de ses organes pour lui conserver seulement son enveloppe chitineuse, qui
apparaît alors circonscrivant une cavité dont l’ouverture est circulaire. De
couleur blanc laiteux, elles présentent une extrémité caudale qui se termine
assez brusquement en pointe mousse tandis que l’extrémité céj)halique
s’amincit progressivement pour se terminer également en pointe mousse.
La queue, à l’encontre de ce qui se passe chez le mâle, n’est pas enroulée,
elle est légèrement incurvée.
xXous avons cherché des microfilaires dans le sang du sujet.
Des examens nombreux que nous avons pratiqués sur des pri¬
ses de sang effectuées soit par ponction veineuse suivie de centri¬
fugation, soit par simple piqûre au.ssi liien le jour que la nuit,
un seul a été positif. Nous avons rencontré dans une goutte pré¬
levée la nuit un embryon non engainé, animé de mouvements
oscillatoires rapides et dont une extrémité était très effilée. Mal¬
heureusement, un vice de préparation nous a empêché d’obser¬
ver l’autre extrémité et d’approfondir notre examen.
Le sang était riche en éosinophiles.
filairps a l’c'tat frais, ('st donnée ici. T^a des('ription précise des exemplaires
conservés fait l’objet de la note qui suit, de MM. Raiixikt et Henry.
(i) Il semble logique de conclure que le nombre des éléments femelles
devait être restreint.
— 91
/
Remarques à l’occasion de la Note
de M. le Antoine
Par A. RAILLIET et A. HENRY,
Far un heureux concours de circonstances, AL le professeur
E.wuîrax nous a confié l’examen des vers recueillis par AL le. doc¬
teur Antoixp:, au moment même où nous poursuivions l’étude du
groupe des Nématodes aucpiel ils se rattachent (i).
Nous avons eu à notre disposition deux mâles complets, un
mâle sans extrémité postérieure, et des fragments de femelle sans
extrémités.
L’étude de ces parasites nous a montré qu’il s’agissait du Fi-
lariü vohvuliis Leuckart (F. -volvulas Leuck., 1893 ; F. volvii-
xiis Leeck., 1893; F. volvnlans Raiel., 1893).
\ù)ici, du reste, les constatations (jue nous avons faites à leur
endroit :
Mâle. — Les deux mâles complets mesurent, l'un 31 mm. de long, l’au¬
tre 33 mm. [Les limites extrêmes assignées par les auteurs au mâle de F. vol-
vulus, sont 20 mm. (Parsons) et 45 mm. (X'kdy), mais il semble que les di-
m.ensions moyennes soient de 30 à 35 mm.| L’épaisseur du corps vers son
milieu est de 145 à 190 u. [Le chiffre de 100 p donné par \’hdy, nous pa¬
raît faible, d’autant jdus que cet observateur a eu affaire aux plus longs
spécimens jusqu’ici récoltés).
La cuticule est assez épaisse et présente une striation très nette, avec des
renforcements spiroïdes extérieurs {bajoues) correspondant chacun à une
strie. \’ers le milieu du corps, les stries sont écartées de 6 à 7 u ; elles
se res.serrent et deviennent moins apparentes vers les extrémités.
La bouche est nue, circulaire, de 13 p environ de diamètre ; elle nous a
paru donner entrée dans un très court vestibule cm entonnoir. Nous n’avons
rien observé de précis au sujet des papilles céphaliques. L’œsophage est
étroit et atteint chez un des exemplaires, où il est bien visible, une longueur
de 2 mm. 150.
L’extrémité postérieure du cor])s est étroitement enroulée en spirale sur
plusieurs tours. A 70 p environ de la queue, s’ouvre le cloaque, de chaque
côté duquel se trouve un groupe de 4 papilles (papilles paranales). Au mi¬
lieu de l’intervalle qui sépare le cloaque de la pointe caudale, se trouve à
gauche une papille qui ne paraît pas avoir de congénère du côté opposé.
Cependant, sur un des mâles observés, on distinguait à droite, immédiate¬
ment à la suite des papilles paranales, une cinquième papille plus petite,
(i) A. Raii.liet et A. Henry. Les Onchocerques, Nématodes parasites du
tissu conjonctif. Comptes rendus Soc. de Biol., séance du 5 février 1910.
\
- 92 —
représentant probablement la cong-énère en question. Enfin, au voisinage
de l’extrémité caudale, se montrent encore 2 paires de papilles, l’antérieure
un peu plus latérale que l’autre. Les deux spiculés sont inégaux ; le plus
grand, terminé en pointe, mesure chez l’un des exemplaires 170 u et chez
l’autre 205 u ; le plus court, terminé en massue avec un crochet latéral
rétrograde, nous a donné conime longueur les chiffres de 70 et 80 p.
Femelle. — Jusqu’ici, aucun observateur n’a pu obtenir de femelle en¬
tière, tant elle est étroitement enchâssée dans les tissus. Leuck.akt évalue
la longueur totale à bo-70 cm. L’épaisseur moyenne du corps s’est mon¬
trée de 240 P dans les vers recueillis par le docteur Antoine. [Dimensions
des autcairs : 300 p (P.aksons) ; 360 p (Prout). Comme pour le mâle nous
estimons que le diamètre de 250 u donné par Védy est inférieur à la réa¬
lité].
La cuticule n’a pas moins de 25 p d’épaisseur. Les stries sont distantes
de 30 à 35 p et les renforcements extérieurs ou bagues ne se montrent
ici que toutes les deux stries. Comme nous n’avons eu aucune extrémité
à notre disposition, il nous a été impossible de déterminer la position de
la vulve. [Nous rappellerons que Prout jdace cet orifice à 550 p de la bou¬
che, P.ARSONS â 650 p, et Brumpt (selon Penel) à 760 pj.
Les caractères cjiii viennent d’être exposés, en particulier ceux
qui ont trait à l’aspect de la cuticule, à la forme des spiculés et à
la disposition des papilles, montrent que le Filaria volvulus se
rattache étroitement au groupe de V Onchoccrca reticiilata Die-
siXG. Cette parenté n’avait, du reste, pas échappé à Fülleborx,
qui avait comparé ses exemplaires aux figurfes de Spiroptera
reticiilata (en réalité Onchoccrca ccrvicalis) données par Rail-
LiET. Kt déjà Max Braun avait noté la ressemblance du F. vol¬
vulus avec le F. flcxuosa Wedl, du tissu conjonctif sous-cutané
du Cerf, ejui semble bien appartenir également au genre Oncho¬
ccrca Dies.
Pour toutes ces raisons, le parasite en question nous paraît de¬
voir être dénom, mé Onchoccrca volvulus (Leuckart),
M. La\'ERAN. — J’ai l’honneur de présenter deux fragments des
tumeurs à filaires décrites par M. le D'' Antoine. De nom¬
breuses filaires adhèrent encore à l’un de ces fragments,
M. le D'’ A. Pettit c|ui, sur ma demande, a examiné des frag¬
ments des tumeurs, m’a remis la note suivante:
<( Ces fragments se groupent en deux catégories, faciles à dis¬
tinguer à l’cvil nu : l’une (A) est caractérisée par une consistance
ferme et deux faces nettement limitées; l’autre (B) est reconnais¬
sable, au contraire, à sa mollesse et à l’aspect anfractueux de sa
face interne.
(( J’ai examiné histologiquement ces deux catégories de frag¬
ments.
ê
— 9-'' —
(( Fragments A. — La paroi kwstique est formée essentielle¬
ment de fibres conjonctives, surtout denses au voisinage de la
périphérie; entre les fibres, on observe d’assez nombreuses cel¬
lules (mononucléaires, accessoirement plasma- et mastzellen), ainsi
que des capillaires à paroi plus ou moins sclérosée; signalons,
enfin, des amas de cellules adipeuses et des îlots de leucocytes à
noyaux polymorphes.
(( B. — Dans le second cas, la structure est essentiellement
la même ; toutefois, les fibres conjonctives sont sensiblement
moins abondantes, sauf à la périphérie, où elles dessinent une
capsule assez dense ; ailleurs, le tissu conjonctif se présente à un
stade assez jeune et les éléments cellulaires, le mêmes que pré¬
cédemment, sont très nombreux.
(( En outre, la moitié interne de la paroi est creusée de cavités
renfermant des filaires coupées en tous sens.
(( En résumé, les fragments de poches kvstiques examinés réa¬
lisent la structure du bourgeon charnu.
(( Les filaireis incluses dans les parois de la poche ne sont pas
situées dans des vaisseaux lymphatiques ».
M. L. Xattax-Larrier. — J’ai eu récemment l’occasion de faire
l’étude histologique d’un nodule à Filaria %'olviiliis. J’ai pu cons¬
tater, à mon tour, dans l’épaisseur des couches fibreuses, un
grand nombre d’embrvons de filaires.
'/^ IVI. Bri’MPT. — J’ai eu l’occasion de voir, en Afrique, en iqo2,
au cours de la mission nu Bourg de Bozas, un grand nombre de
cas de Filaria volviilus. J’ai eu l’occasion, en igoq et 1905, de pu¬
blier, à leur sujet, un certain nombre de constatations intéres¬
santes. En premier lieu, les embryons dépourvus de gaine éva¬
cués dans des cavités creusées dans les tumeurs, gagnent la péri¬
phérie de la tumeur en passant dans le tissu conjonctif et pas¬
sent vraisemblablement dans le sang périphérique où je ne les ai,
d’ailleurs, trouvés ni le jour, ni la nuit. En second lieu, j’ai mon¬
tré que l’accouplement des vers s’accomplit dans l’intérieur des
géodes creusées dans la tumeur, car c’est là que l’on rencontre
les extrémités postérieures des mâles et les extrémités des femel¬
les présentant la vulve. Les tumeurs fibreuses ne présentent plus
de structure lymphatique, bien que la tumeur débute dans un vais¬
seau lymphaticiue, comme l’ont montré Labadie-Lagrave et Dr:-
(;rv (Archives de Parasilolojn^ie, 1900).
%
- 94 —
Sur quelques helminthes du
'' Python Sebæ ’’ (Gmelin)
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
]\1]\E Laveran et Pettit nous ont remis, pour détermination,
une série de parasites intestinaux recueillis le 15 novembre 1909,
à l’autopsie d’un Python Sehæ, sacrifié à l’Tnstitut Pasteur de
Paris (i).
E’étude de ces vers nous a permis d’y reconnaître 5 espèces
différentes: i Cestode et 4 Nématodes.
l'outes ces formes sont déjà connues, mais la comparaison de
quelcpies-unes d’entre elles avec les différentes espèces décrites
par les auteurs nous a conduits à réunir plusieurs de celles-ci, d’où
une simplification toujours désirable.
E Bothridium fythonis de Blainville, 1824 (Solenophorus
me^^aJocephalus Creplin, 1839). — E’unique Cestode était repré¬
senté par une vingtaine d’exemplaifes de Bothridium pythonis
Blaixv., Dicestode de la famille des Dihothriocephalidæ Eühe.
Nous n’avons rien de particulier à relever au sujet de ce Ver, déjà
connu comme parasite du Python Sehæ; une étude très minu¬
tieuse serait nécessaire pour déterminer si les formes décrites
sous les noms de Bothridium solenophorus, etc., répondent à
une seule ou à plusieurs espèces.
TT. Trichosomia longispiculum Sonsino, 1889. — Il existait une
douzaine de Trichocephalidæ récoltés dans le tube digestif, et
répondant à la diagnose du Trichosome observé d’abord par
Sonsino, à Pise, puis par Tvowalewski, à Dublanv, chez le
Python molurus.
TTT. Dracuncidus dahomensis (Neumann, 1895). — H existait
un simple fragment de femelle, rempli d’embrvons, de cette inté¬
ressante filaire, que Neitmann a fait connaître, d’après, des exem¬
plaires recueillis dans le tissu conjonctif et les organes lymphoï¬
des de la paroi abdominale, chez un Python natalensis Smith
(i) A'oir la communication de MM. A. T>.\ver.\k et A. Pettit, sur une
hdmovi'f^^Rnrine de ce python, .Icad. des Sciences, 3 mai 1909.
— 95
récemment importé du Dahomey. Ce fragment avait été extrait
du tissu conjonctif sous-péritonéal.
IV. Ascaris filaria Dujardin, 1845. — Deux espèces différen¬
tes d’Ascarides ont été recueillies dans l’intestin.
La première, représentée par 2 mâles, 2 femelles et quelques
individus jeunes, présente les caractères ci-après:
Corps très allongé, subcylindrique, un peu plus atténué en avant qu’en
arrière.
Bouche à trois lèvres principales et trois courtes lèvres intermédiaires.
Les principales possèdent une crête dentée ; leur pulpe forme, à l’extrémité
de chacun des deux lobes, un lobule dirigé en dehors et en arrière et dé¬
coupé en une dizaine de branches qui lui donnent un aspect de corne
d’élan.
Mâle : long de ii cm., épais d’environ i mm. Extrémité caudale incur¬
vée vers la face ventrale de manière à former un seul tour de spire ; cette
extrémité présente de chaque coté et d’arrière en avant : 1° un groupe de
5 papilles, 2 internes et 3 externes, dont l’ensemble dessine presque un
cercle sur le cône terminal ; 2° une papille double immédiatement en ar¬
rière du cloaque ; 3° une série plus ou moins régulière de 25 à 30 papilles
préanales. Deux spiculés légèrement inégaux, longs respectivement de
4 mm. et 4 mm. 750, formés d’un axe solide et de deux ailes en gouttière,
l’ensemble large de 60 p ; extrémité libre arrondie.
Femelle : longue de 15 è 16 cm. 5. A'ulve en arrière du milieu du corps,
environ aux 4/7 postérieurs. Lftérus à deux branches. Œufs subglobuleux,
longs de 70 à 73 p, larges de 65 p, à coque finement alvéolée.
De cette brève description, il nous semble ressortir tout
d’abord que le parasite auquel nous avons eu affaire doit être
identifié h l’ANcurA filaria Dujardin, dont il possède, en effet,
tous les caractères. Dujardin avait établi cette espèce d’après
des exemplaires recueillis à Pondichéry par Perrotet, chez un
très gros serpent indéterminé, probablement un Python molurus.
Mais les éléments nouveaux que nous avons introduits dans la
diagnose, éléments négligés à l’époque de Dujardin, nous per¬
mettent d’étendre la comparaison à deux autres formes.
En premier lieu, notre parasite répond assez exactement à
VAscaris ruhiciinda Schneider, 1S66, du Python molurus, quant
aux dimensions du mâle, à la morphologie des lèvres et à la ré¬
partition des papilles caudales. Tl s’en sépare, au contraire, d’une
façon absolue par la disposition des organes femelles. Schneider,
en effet, indique la vulve à 30 mm. de la tête, soit vers le tiers
antérieur, et classe son espèce dans la section Polyâelphis Du¬
jardin, en lui attribuant quatre (ou trois) branches utérines (i).
(i) A. ScnvEinKR, Monographie der Nematoâen, 1866, p. 42 et 255, en
note.
— 96 —
11 \' a là una rontradiction si marquée ciue nous ne pouvons nous
rexplit{uer cpie par un mélange d’espèces. La description de
Schneider, à notre avis, repose à la fois sur des exemplaires
iVAscaris filuria Diq. et sur des spécimens d’un Ascaride de la
section Polydelphis Duj., vraisemblablement de \' Ascaris {Po-
lydclphis) pytkonis RetziI'S, comme semble l’indiquer la taille
(lo cm.).
D’autre part, von Linstow a décrit en 1903, un Ascaris infun-
dibulicola chez le Python reticulatiis du Siam. Nous relevons dans
sa description tout un ensemble de caractères qui se rapprochent
singulièrement de ceux de l’ANcurÊs' filaria, à savoir; les dimen¬
sions du corps ; la présence de lèvmes intermédiaires et d’une crête
dentée sur les lèvres principales; la longueur des spiculés
(3 mm. 750) et leur terminaison arrondie; enfin les dimensions
des œufs (78 sur 68 'P).
L^n seul caractère fait contraste dans tout cet ensemble, c’est la
position de la vulve. Linstow écrit, en effet, que cet orifice est
situé en avant du milieu et partage le corps dans le rapport de
4 à 7 (Die Vulva liegt vor der Mitte und teilt den Korper im
Verhâltnis von 4:7). A la vérité, une simple erreur de transcrip¬
tion suffirait à expliquer cette différence : 4 sur 7 au lieu de 4 à 7.
Nous aurions désiré contrôler cette supposition par l’examen
du type de l’espèce, mais ce tvpe, qui provenait de la collection
du docteur A. E. Shipley, n’a pu être retrouvé, en dépit des ef¬
forts de notre dévoué collègue, ni à Cambridge, ni à Londres, ni
à Gottingen.
Nous devons donc laisser A. infiindibiilicola Linst. comme
synonyme douteux d’A. filaria Di'J.
V. Ascaris (Polydelphis) oculata Linstow, 1907. — La seconde
espèce d’Ascaride était représentée par une seule femelle, mélan¬
gée aux Ascaris filaria Duj. En voici la description sommaire;
Corps long’ de 6 cm., progressivement aminci dans son tiers antérieur,
conservant à peu jn'ès son calibre (environ 2 mm.) sur le reste de la lon¬
gueur ; extrémité postérieure obtuse.
Trois lèvres à crête dentée ; pas de lèvres intermédiaires. Qtsophage long
de 6 mm., sans bulbe, ni appendice.
Y’ulve au tiers antérieur du corps. En partant de cet orifice, le tube géni¬
tal (vagin, utérus) se montre d’abord simple, assez frêle, flexueux, avec
une dilatation fusiforme à peu de distance de son origine, puis, à 1 1 mm.
de sa naissance, divisé dans le même plan en quatre branches cylindriques,
épaisses, dirigées en arrière, longues de 2 cm. Œufs à coque très finement
réticulée, mesurant fp à 67 u de long sur 58 à 60 u de large. Au moment
où nous les avons extraits de l’utérus, la i'eniellc était conservée depuis sept
semaines environ dans une solution formolée à 3 0/0. Ils n’en avaient pas
moins poursuivi leur évolution, et renfermaient pour la plupart un embryim
vivant ; quelques-uns de ces embryons avaient même effectué leur éclosion
et s’ag^itaient assez vivement sous le microscope. Ce fait n’a rien cjui nous
surprenne, car nous l’avons déjà constaté chez d’autres Ascaris, notamment
chez r.l.vea/'K'; equorum et r.l^euràv marginata, après plusieurs années de
conservation dans la solution phvsiolog'ique formolée à 3 0/0, que nous
utilisons pour la conservation des helminthes. Ces embryons sont long’s
de 400 à 425 IJ,.
Bien que nous n’avons pas eu de mâle à notre disposition, nous
n’hésitons pas à rattacher cette petite forme à l’clttcarâ^ ociilata
V. Lixstow, du Python rcticiilatiis, dont elle possède tous les
caractères essentiels. Mais notre étude nous autorise à faire pas¬
ser cette espèce dans le sous-genre Polydclphis Duj.ardin, en rai¬
son de la présence d’un utérus à quatre branches. Elle devra
donc s’appeler clxcarzx (Polydelphis) oculata (v. Ltnstow).
Remarques sur /'Ascaris p^Ahonis Retzits, 18^0. — Les deux
espèces que nous venons de décrire n’avaient pas encore été signa¬
lées, à notre connaissance, comme parasites du Python Sebæ;
par contre, la seule qui eût été observme précédemment chez cet
hôte ne s’est pas rencontrée dans la récolte de MM. Laver.4N et
Pettit.
Il s’agit de r.l,<rcar/x pythonis Retziits, 1830, que son créa¬
teur a reconnu en 1848 comme identique à r.-lxcarix {Polydel-
phis) anoura Dcj.ardin, 1845, les deux parasites avant du reste
été trouvés chez le même hôte, désigné sous le nom de Python
hivittatus, qui répond, non à un Boa, comme l’ont cru Diesing
et vox Lixstow, mais au Python Sebæ (Gmel.).
Quoique nous n’ayons pas une connaissance personnelle de ce
parasite, la description de Dujardix est assez précise pour nous
permettre de relever, après Stossich, la concordance de ses prin¬
cipaux caractères avec ceux de V Ascaris atteniiata Molin (du Py¬
thon mohiriis). Cette concordance devient même frappante lor.s-
qu’on examine la description de cette dernière forme .fournie ré¬
cemment (1899), Lixstow, d’après des exemplaires du
^Python molurus, d’un Python sp ? de l’Afrique orientale alle¬
mande, et même de deux autres Ophidiens: Vipera arietans et
Cohiber cobella; Lixstow, en effet, constate dans son /Lvc. atte-
nuata, la présence de cjuatre branches utérines.
Nous considérons donc vlxc. attenuata Molix et xl.vc. anoura
— 98 —
Duj. comme simples synonymes d^Ascaris (Polydelphis) pytho-
nis Retzius.
Epidémiologie de la Variole
^ Par Zeferino METRELLES.
I
Etiologie et prophylaxie.
Je serais incomplet, si je me bornais à n’avouer mon scepti¬
cisme qu’à l’égard de la thérapeutique de la petite vérole. L’ef¬
froyable épidémie cpii a ravagé cette ville en 1908, a montré, en¬
core une fois, d’une façon claire, éloc|uente, positive et sans
controverses possibles, l’insuccès complet de la prophylaxie jus-
C|u’à présent employée, et qui, com,me on sait, se compose de
trois éléments: 1° isolement des malades dans les hôpitaux;
2° désinfection des demeures infectées; 3° vaccination et revac¬
cination.
Tl A?- a au moins trente ans que j’assiste à la succession lugubre
de nombreuses épidémies de variole; il y a trente ans que je
vois être employées ces trois mêmes mesures prophvlactiques,
aA^ec la régularité d’une montre à répétition ; malheureusement,
jusqu’à ce jour, je n’ai encore vu aucune de ces épidémies rétro¬
grader dcAmnt une telle prophvlaxie, ce qui suffit pour démon¬
trer jusqu’à réAudence sinon son inutilité, au moins son insuffi¬
sance.
Tl faut donc prendre une autre voie: mieux étudier l’étiologie
de la petite A^érole, rechercher les conditions de la contagion di¬
recte, trouA^er l’intermédiaire dans les cas d’infection à distance.
T>e dogme des poussières ou des croûtes Axarioliques, dissémi¬
nées dans l’atmosphère, n’explique, ni n’éclaircit rien. Les élé¬
ments scientifiques qui nous manquent actuellem/ent, nous per¬
mettront de découvrir une prophylaxie bien établie et d’aboutir
à un résultat certain.
N’oublions pas l’exemple de la fièvre jaune, dont la prophyla¬
xie consistait à isoler les malades dans les hôpitaux et à désin-
— 99 —
fecter leur demeure. La science a montré qu’il suffisait d’isoler le
malade des moustiques pendant les trois premiers jours de la ma¬
ladie et d’exterminer systématiquement les Stegomyias dans le
lieu infecté et dans les maisons voisines.
Si l’ancienne prophylaxie de la fièvre jaune n’était pas bonne,
la prophylaxie actuelle de la variole n’est pas meilleure, c’est ma
conviction sincère. Elle n’a encore pu, que je sache, entraver la
marche d’une seule épidémie ici, à Rio de Janeiro, après bien des
dizaines d’années d’expériences. La dernière épidémie peut en
être considérée comme la preuve évidente.
Sans doute, la petite vérole se transmet par le pus des pustules
et par les croûtes, ou par les poussières varioliques, mais dans ces
cas l’infection ne peut se réaliser qu’à une haute dose, soit par
l’inoculation sous-cutanée du pus, soit par le contact prolongé
des croûtes et des poussières, avec les muqueuses, comme les
expériences au temps de la variolisation l’omt clairement démon¬
tré.
Ce mode d’infection et de propagation épidémique de la petite
vérole ne peut être invoqué comme règle 'générale pour expli¬
quer les épidémies. La pratique de la variolisation a démontré
que l’inoculation du pus et l’inhalation des poussières varioliques
donnaient presque toujours une variole atténuée, vaccinale. Dans
les hôpitaux de varioleux où se trouvent réunies toutes les chances
de contamination, atmosphère saturée de poussières et de croû¬
tes varioliques ; pus en abondance, la contagion est, cependant,
exceptionnelle, comme l’ont affirmé Léon Colin, à Paris, et le
docteur A. Ferrari, à l’hôpital S. Sebastiâo.
Qu’on ne dise pas que tous les emplovés sont vaccinés et ne
peuvent donc plus avoir la petite vérole. Ceux qui la contractent
exceptionnellement à l’hôpital, quoique vaccinés, détruisent cet
argument. Beaucoup, d’ailleurs, ne sont vaccinés qu’à l’instant
même où ils entrent au service de l’hôpital. Tl y a encore ceux
qui, étant vaccinés, ne contractent pas la vaccine. Mon infirmier
Bianchi, souvent vacciné sans résultat, n’a jamais eu la petite
vérole; l’infirmier Andrade, vacciné quatre fois sans résultat,
avant de s’emplover à l’hôpital, et vacciné encore pour la cin-
([uième fois, 12 jours avant de commencer le service dans l’infir¬
merie, a été atteint néanmoins d’une variole confluente grave.
Pour acquérir l’immunité vaccinale, il ne suffit pas d’être vac¬
ciné, il faut, il est indispensable que la vaccine ait été positive.
lOO
I{n outre, la visite des malades dans rintirmerie même était
permise aux parents, dont plusietirs étaient vaccinés pour la pre-
niière fois, ati moment même de la visite. Il n’v a pas eti un
seul cas d’infectio'U contractée à rhê)pital.
Je pense que ce sont les puces (i) cjui inoculent et propagent
la petite vérole.
Cet élément animé, dans l’obscure étiologie actuelle de la va¬
riole, éclaire complètement tout le problème, toutes les questions
inhérentes au sujet. 11 explique parfaitemient l’évolution des épi¬
démies et tous les cas d’infection, aussi bien de près que de loin.
Les épidémies de petite vérole à Rio cle Janeiro coïncident avec
l’hiver, c’est-à-dire avec le temps sec, de février ou mars à août.
L’époque de l’année où les puces (Pulex irritans) et les chiques
(Piilex penetrans) se reproduisent, est précisément la saison sèche,
parce que l’eau est le plus grand ennemi de ces insectes. Qui a
demeuré ou demeure encore dans l’intérieur du Brésil sait, par ex¬
périence, que les fléaux de la saison sèche ou de l’hiver, de fé¬
vrier ou mars à août, sont au nombre de trois : les puces, les chi¬
ques et les tiques. Ce n’est pas la température, le froid, qui, à
mon avis, influe sur la marche des épidémies de petite vérole,
comme beaucoup le croient, mais les pluies tout simplement.
Lorsqu ’en août l’épidémie, au comble de son intensité, semblait
ne pas vouloir rétrograder, j’ai affirmé que, les pluies de l’été
venues, elle commencerait à décliner; en septembre sont tombées
les premières averses et en octobre la diminution de l’épidémie
était sensible.
Les deux tableaux ci-joints, i ° de la hauteur des pluies par mois
et par année, cpii m’a été gracieusement fournie par le savant
directeur de l’Observatoire astronomique, 2° des cas de variole
observés à l’Hôpital, de 1902 à 1908, établissent un parallélisme
évident entre le commencement de l’épidémie et l’apparition du
temps sec (hiver); entre son déclin et les premières pluies de
l’été. On voit, en effet, que le temps sec et les épidémies de va¬
riole commencent toujours en mars ou en avril et finissent en
août ou en septembre.
(i) J’ai donné ailleurs les raisons qui m’ont conduit <à émettre cette hypo¬
thèse. Voir : (( De la variole hémorragique et de son traitement », dans
la Gazeia Clinica, i®"' janvier 1905, S. Paulo ; a La contagion de la va¬
riole », dans la Revista medico-ciritrgica do Brazil, mars 1907, Rio-de-
Janeiro ; (( La \’ariole. Etudes cliniques sur la contagion, épidémiologie,
pathogénie, symptomatologie, etc., de la variole », dans la Rezdsta Me-
dicn-Cirurgica do Hvazd, mai 190S, Rio de Janeiro.
101
Hauteur des pluies par mois, comparée avec les entrées mensuelles
des varioleux éi l’hôpital S. Sebastiâo, de igo2 ii iço8.
Légende. Le signe > indique une augmentation.
Le signe indique une décroissance.
Hauteur des pluies par mois comparée avec les entrées mensuelles
des varioleux, à l’hôpital S. Sebastiâo, pendant l'année iço8.
Grande épidémie de igo8.
Légende. Le signe >> indique une augmentation.
Le signe < indique une décroissance.
On remarque encore cette coïncidence dans le tableau relatif à
la dernière épidémie, ce qui fait préjuger citi’il ne s’agit pas d’un
simple hasard, mais d’une relation étiologique de cause à effet.
Les puces, aussi bien ciue les chiques, nais.sent sur le sol, sur
la terre sèche et friable, dans les fentes des planchers, dans les
soubassements des maisons, surtout dans les sous-sols des demeu¬
res et dans les lieux, abrités des pluies et du soleil. C’est là que
les œuîs et les larves se développent. Une fois insecte parfait,
la chicjuc entre dans la peau pour }• faire sa ponte, et la puce tour¬
mente l’homme et certains animaux.
L’observation clinique a établi depuis longtemps que les vête¬
ments sont un véhicule excellent de contagion, sans doute plutôt
à cause des puces infectées qui s’y logent, qu’à cause des croû¬
tes et des poussières varioliques qu’ils supportent.
Le premier employé de notre hôpital qui tomba malade, et mou¬
rut de variole, fut celui qui, dans le lavoir, recevait pour les dé¬
sinfecter, les vêtements que les malades apportaient avec eux.
Les pluies tuent les insectes et les larves qui sont sur le sol,
exposés aux injures du temps, mais respectent ceux qui habitent
dans l’intérieur des maisons, à l’abri de la pluie. Voilà pourquoi
les épidémies ne se répandent qu’au temps sec et pourquoi la va¬
riole ravage avec intensité les maisons à rez-de-chaussée, les
taudis, les quartiers pauvres et rarement les hauts édifices ayant
un bon plancher, où des lavages fréquents détruisent les puces.
11 est facile de comprendre maintenant pourquoi l’isolement d’un
varioleux, même dans la période prééruptive, et la désinfection
de sa demeure n’empêchent ptis que d’autres gens tombent égale¬
ment malades, dans la même maison ou dans les maisons voisi¬
nes. C’est qu’on a enlevé le varioleux, mais on n’a pas détruit
toutes les puces infectées, qui se sont cachées dans les vêtements,
ou sur les animaux domestiques, dans le sous-sol, dans le sou¬
bassement des maisons et qui continuent à faire d’autres victimes.
Voilà pourquoi encore, dans certaines villes, comme Paris, Lon¬
dres, S. Paulo, où le génie sanitaire est déjà une réalité, on do¬
mine , toute épidémie de petite vérole qui surgit avec le simple
enlèvement des malades et la désinfection des demeures ; le sol
de ces villes est stérilisé dans sa plus grande étendue pour les
puces et les épidémies de petite vérole; à Rio de Janeiro, ville en¬
core coloniale en grande partie, il n’y a ni enlèvement de ma¬
lades, ni désinfection rigoureuse des maisons, qui puissent arrê¬
ter les épidémies de la variole.
Il est bon de rappeler ici que la partie centrale ou commerciale
de la ville où le génie sanitaire a pu faire quelque chose, a été
épargnée par l’effroyable épidémie de cette année.
Des villes comme Rio, Nictheroy, Baliia, Campos, etc., avec
leurs constructions en désaccord avec les préceptes hygiéniques
les plus élémentaires, sont atrocement ravagées par la variole, par¬
ce que les puces y trouvent tous les éléments favorables à leur
existence et à leur reproduction.
L’hypothèse de la transmission par les puces explique aussi
le fait suivant, observé depuis longtemps : au commencement
des épidémies, les cas bénins (varioloïde et variole discrète) sont
bien plus fréquents que ceux de variole confluente et hémorra¬
gique. A mesure que l’épidémie s’étend, le nombre des cas gra¬
ves (variole confluente et hémorragique) augmente et celui des
cas bénins (varioloïde et variole discrète) diminue. C’est
cpie le nombre des puces infectées étant encore très petit, au com¬
mencement de l’épidémie, l’individu a la chance de n’être infecté
que par un petit nombre de ces insectes, et, la dose de virus ino¬
culé étant petite, la réaction est peu intense, bénigne (varioloïde
ou variole discrète) ; à mesure que les malades se multiplient, le
nombre des puces infectées augmente aussi, et l’individu, pou¬
vant naturellement être infecté par un plus grand nombre d’in¬
sectes, c’est-à-dire, pouvant recevoir une dose plus grande de
virus, sera soumis le maximum d’infection (variole confluente et
hémorragique).
On voit, par ce que nous venons d’exposer, que nous n’admet¬
tons pas la théorie cjui a fait dernièrement tant d’adeptes, quoi¬
qu’elle n’ait à son actif aucun fait expérimental ou d’observa¬
tion ; théorie qui prétend expliquer la bénignité, au commence¬
ment, et la gravité, du milieu vers la fin, des épidémies de va¬
riole, par l’accroissement de virulence du virus varioleux, en pas¬
sant de corps en corps.
S’il en était ainsi, comment comprendre le déclin des épidé¬
mies à l’instant même où le virus a la plus grande vitalité, la
plus grande virulence et, par conséquent, la plus grande résis¬
tance? A l’instant même où sa virulence doit être telle qu’aucune
immunité ne lui peut résister, pas même celle des vaccinés et des
revaccinés? S’il en était ainsi, comment explicpier l’affaiblisse¬
ment des épidémies aussitôt après les premières pluies de l’été?
Quelle influence peut avoir la pluie sur l’accroissement de viru¬
lence du germe varioleux ?
En résumé: je suis convaincu C{ue, sans puces, il n’y a, ni ne
peut y avoir d’épidémie de variole ; c{ue la prophylaxie de ce
fléau humain est surtout une question de génie sanitaire ; c’est
bâtir des maisons inaccessibles à la variole que d’en bâtir d’inac¬
cessibles aux puces et impropres à leur reproduction.
{Hôpital Sâo Sebüstiâo, Rio de Janeiro.)
Quelques mots sur Tétiologie et la pathogénie
de la fièvre bilieuse hémoglobinurique
Devons-nous la traiter par la quinine ?
Par Jean P. CARDAMAdMS.
L’été dernier nous avons adressé une circulaire à nos princi¬
paux confrères dans les provinces du royaume de Grèce, leur
posant plusieurs questions concernant l’étiologie de la fièvre bi¬
lieuse hémoglobinurique et les résultats de son traitement par la
quinine.
Etiologie. — En outre des différentes causes que nous passons
sous silence, comme étant généralement connues, il nous a été
communiqué que, sur différents points de la Grèce, on contate
souvent, et au printemps surtout, que l’hémoglobinurie provient
de la consommation de fèves fraîches mangées avec la cosse et
plus rarement de la consommation des fleurs seules. On a même
remarqué un cas de décès d’un enfant de 6 ans, trouvé mort dans
un champ de fèves en pleine floraison à la suite d’un violent ac¬
cès de fièvre bilieuse hémoglobinurique de forme urémique. Com¬
me les habitants de quelques villages de Grèce, ainsi que ceux
de l’île de Rhodes, savent que de manger des fèves dans le champ
même qui les produit engendre le vertige, la somnolence et des
troubles gastro-entériques, ils défendent à leurs enfants de man¬
ger des fèves fraîches.
Kouzis, médecin grec, a recherché, en collaboration avec Vour-
XAZOS, celui des ferments qui, dans les fèves, provoque l’hémioglo-
binurie et a découvert que les fèves contiennent, en outre de traces
d’acide cyanhydrique, un ferment particulier qu’il a appelé cva-
mose. Nous pensons, toutefois, que l’hémoglobinurie causée par
lOD
les fèves vertes est due, non pas à la consommation des graines
de cette légumineuse, mais à celle de sa cosse, sur laquelle se
trouvent quelquefois de petits champignons qui contiennent une
matière vénéneuse d'une composition analogue à la phalline.
En outre des causes ci-dessus et d’autres connues, qui provo¬
quent l’hémoglobinurie et dont il n’est pas question ici, Lambr[-
NOPOULOS nous a fait part qu’il a observé plusieurs fois chez
un homme névropathique de 35 ans, l’hémoglobinurie causée par
de violentes émotions morales. Les D''^ St Ar. et St Ag. Var-
vouzos ont observé un cas d’hémoglobinurie provoqué par l’ol¬
faction de la résine. Koukouliotis cite un accès d’hémoglobinu¬
rie chez un enfant de 8 ans, qui avait mangé une grande quan¬
tités de ficus. Talliadouros a également constaté l’hémoglobi¬
nurie après absorption d’une infusion de Quassia amara, ainsi
que d’une décoction d’absinthe.
CiHiOiMPRÉs nous dit avoir observé un cas mortel d’hémoglobi¬
nurie chez un individu qin avait mangé des escargots.
Pathogcnic. — Quelques auteurs pensent c{ue la bile contenue
dans le sérum du sang du malade atteint de fièvre bilieuse hémo-
globinurique avant un pouvoir hémolytique, prédispose à l’hé¬
morragie (i). D’autres pensent qu’en dehors de leur effet mé¬
canique, c’est-à-dire de la destruction des hématies, les hémato¬
zoaires sécrètent dans le sérum du sang des toxines hémolytiques
qui sont la cause principale de l’hémoglobinurie. Stephens et
Christophers ont exprimé l’hypothèse que la quinine qui tue les
hématozoaires amène le dégagement de ces toxines en quantité
suffisante pour provoquer l’hémoglobinurie. Pour constater dans
le sang l’existence d’une matière capable de détruire les héma¬
ties, nous avons mélangé avec le professeur Pézopoulos, à plu¬
sieurs reprises, i à 2 gouttes de sérum du sang que nous avons
pris à un malade pendant l’accès de fièvre bilieuse hémoglobinu-
rique ou un peu après, à une goutte de sang d’impaludés conte¬
nant des hématozoaires et nous avons observé que ces hémato¬
zoaires continuaient à vivre, comme le prouvaient le mouvement
des pigments, la sortie des flagelles, etc., tout comme ceux qui
(i) Laveran. Traité du paludisme, 2® édition, 1907, page 289.
8
io6 —
se trouvaient dans d’autres préparations que nous n avions pas
soumises au mélange. Nous avons remarqué, en outre, que ce
sérum n’avait aucune influence nuisible sur les hématies c[ui con¬
servaient leur forme et leurs nuances physiologiques.
Nous en concluons que la théorie de l’hémolysine dans la fiè¬
vre bilieuse hémoglobintiriqtie n’est pas exacte.
*
* *
Devons-nous employer la quinine dans le traitement de la fièvre
h i l i eus e h émo g lob i n uriq u e ?
34 cas, que nous avons observés nous-même, et les réponses de
105 de nos confrères, qui exercent dans un noml^re égal de foyers
palustres, nous permettent de donner notre opinion. Nos confrè¬
res se fondent sur 2.128 cas et nous, par conséquent, sur 2.162.
65 de nos confrères ont traité 1.906 cas par la quinine et ont eu
255 décès, soit une mortalité de 23,26 %.
Les quarante autres se sont complètement al^stenus de faire
usage de la quinine sur 1.066 cas et n’ont relevé que 80 décès,
soit une mortalité de 7,50 %.
Si nous ajoutons 309 autres cas, observés également par des
médecins grecs et que nous avons cités en 1902 (i), nous avons
un total de 2.481 cas, appartenant à l’Ecole hellénique : ils nous
donnent les résultats suivants:
1.347 cas traités par la quinine: 329 décès; mortalité, 24,42 %;
1.134 cas traités sans quinine: 83 dècès ; mortalité, 7,32 %.
D’où nous voyons que si, en dehors des résultats obtenus dans
nos cas où nous n’avons pas employé la quinine, nous considé¬
rons la conclusion fournie par l’ensemble des statistiques de
l’Ecole grecque, nous arrivons à conclure que nous devons nous
abstenir absolument d’employer la quinine dans le traitement de
la fièvre bilieuse hémo globinurique . C’est cette opinion que nous
avons soutenue depuis 1893, dans nos publications, tant dans
littérature locale que dans l’étrangère.
(i) Cardamatis. De ta fièvre bilieuse héiuoglobiiuirique observée en Grèce.
Edition Maluink. Paris, 1902, pa^e 3.
Ouvrages reçus
Lepni, t. IX.
Fasc. 2. — Marchoux et Bourret. Recherches sur la transmission de la
lèpre.
H. Akerberg, J. Almkvist et I. Jundel. Weitere Baobach-
tungen über Wassermanns Serumreaktion dei Lepra.
R. Bieiller. Jahresbericht über das stadtische Leprosorium
zu Riga pro 1908.
Uhlenhuth et K. Stefeenhagen. Ueber die Verwendung des
Antiformins als Anreichtungsmittel beim Bakterioskopis-
chen Nachweis von Leprabacillen.
O. Hamann. Lepra-litteratur für das Jahr 1909.
H. ZiEMANN. Bericht über den gegenwàrtigen Hand der Le¬
pra in Kamerun, W’cstafrika, mit Beitrag zur Nastinthe-
rapie.
Archiv für Schiffs- unci Tropcn-Hygiene, t. XIV.
N° I. — Die Pest in Daressalam, 1908/09.
FÜrth. Fine Scharlachepidemie in Schantung.
W. H. Deaderick. Hymenolopis nana in the United States with
report of two cases.
N° 2. — Dreger. Ueber durch Protozoen im Blut hervorgerufene Er-
krankungen bei Menschen und Tieren in Ægypten.
Peiper. Bericht über die Behandlung von Leprakranken mit Nas-
tin B^ und Nastin B-.
B. Eckari). L'eber therapeutische Versuche gegen die Trypano-
somiasis des Menschen.
S. Manoloff. On an uncommonbreeding place of Culex.
N° 3. — E. Peister. Ein Rückblick auf die bisherige Thérapie der Bil-
harzia- und einige ,\usblicke.
Sleeping sickness bureau^ t. II.
N° 13. — The Portuguese Sleeping Sickness commission.
The transmission of Trypanosomes.
Ehrlich on Chemotherapy.
Treatment of Trypanosome infections.
The effect of treatment on the cerebrospinal fluid.
Methods of destroving Tsetseflies.
Sleeping sickness in dogs.
Ultra inicroscopical forms of Trypanosomes.
Trypanosomiasis of animais.
Transactions of the Society of tropical Medicine and Hygiene,
t. III, n° 3.
The journal of tropical Medicine and Hygiene, 1900, 2 et 3.
io8 —
Academia nacional de Medicina. Censo Medico-farmaceutico
de Venezuela. Edition oficial, Caracas, 1910.
GeneeskunJig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indië, t. XLIX,
fasc. 6, 1909.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET d®.
Tome III.
K)IO
No 3.
BULLETIN
APR 13 1910
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE I.A SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 9 mars 1910
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Années iqo8 et 190g — Prix de chaque volume broche : 15 Irnncs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO j
Séance du 9 mars 1910
CORRESPONDANCE
Pages
Arrêté organisant ia vente de la quinine en Indo-Chine . iio
Arrêté concernant la prophylaxie de la lèpre en Indo-Chine . 112
Lettre du Dr Patton sur une nouvelle hémogrégarine . 115
Lettre du Dr Raynaud . 114
COMMUNICATIONS
Nomination d’une commission d’enquête sur le béribéri . 135
L. Bré\udat. — Origine alimentaire et traitement du béribéri . ' . . . 123
Id. Béribéri. Discussion ... . 130
V. Brüciiard. — Recherches sur une microfilaire humaine des îles Wallis. 138
H. -J. Cazeneuyi:. — L’hivernation des moustiques dans la Chine du Nord 155
A. Le Dantec. — Contribution à l’étude du béribéri expérimental. . . 118
Id. Isolement des bactéries amylozymes en cultures pures 122
.^5 W. Dufougeré. — De la contagion de la fièvre jaune bénigne .... 1O5
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Pages
Jkaxselme. — Le Béribéri. Discussion .
A. L vmoukeux. — Les conditions d’isolement des lépreux dans la région
du plateau central à Madagascar .
lÀ. Marchoux. — Le Béribéri .
I C. .MAiiiiset M. Légi;r — Distribution géographique de la filariose
; humaine dans l’indo Chine du Norcl. . . .
i Z, Meireei.es. — K|)idumiologie de la varicde .
j T. Morsey. — Nouveau traitement du ty,j)hus exanthématique par les
I abcès de fixation .... .
1 Nati ak-Larrier. — Le BériMîéri. Discussion .
î Ch. Nicolas — .Mcoolisme en Nouvelle-Calédonie .
) O’zoux — Note sur le béribéri à la Réunion. .
J Poitevin. — Origine alimentaire du Bé. ibéri. Réponse à M. Bréaudat
\ Id. Le Béribéri Discussion .
‘ . A. RAiLLETet A. Henry — Deux espèces du genre (( .Ajirocta » Linstow
[ Répin. — Un procédé de conservation du vaccin .
i ' Id. Nouveaux appareils cryogènes de laboratoire .
I ‘ i|V. RoufI'Tandis. — Note sur la filariose dans l’archipel des Comores.
! ^A. Tiieiler. — Anaplasma marginale. Un nouveau proto/uire du bétail
xME MOIRES
i6o
I I G
.42
107
172
1.)'^
'7.S
128
'5^
•59
>7.5
>45
>35
A. Billet. — Paralysie deltoïdienne d’origine palustre. — Evolution chez
le même sujet du paludisme tierce primaire en paludisme tierce
secondaire . 182
Brumpt. — Paludisme. Discussion . 194
Thiroux. De l’émétique d’aniline associé à l’atoxyl dans le traitement
de la maladie du sommeil . . 104
Thiroux. — • De l’action de l’émétique d’aniline sur la filariose. . . . 202
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Troisième année
1910
No
^BULLETIN
DE LA
Société de Patt)ologie exotique
SÉANCE DU 9 MARS I9IO.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
M. Letulle, élu membre titulaire à la dernière séance,
MM. i\i'i)Aix et Stini, élus membres correspondants à la séance
de janvier, adressent des remerciements à la Société.
*
♦ *
T.e Président. — J’ai l’honneur de communiquer à la Société
la lettre suivante de M. le Ministre des Colonies, et les deux Ar¬
rêtés qui V sont joints.
l^aris, le 15 février 1910.
Le Ministre des Colonies à Monsieur le Pré¬
sident de In Société de PathoIo(ric exo¬
tique.
J’ai l’honneur de vous adresser copie de deux arrêtés de M. le
Gouverneur général de l’Indochine, concernant l’organisation
d’un service de quinine d’Etat et la prophvlaxie de la lèpre. Ces
réglements (jnt été pris en conformité des vœux émis par la So-
9
I 10
ciété de Pathologie exotique; je suis heureux, Monsieur le Pré¬
sident, de saisir cette occasion pour vous remercier du bienveil¬
lant intérêt que vous ne cessez d’apporter à l’étude des questions
intéressant l’hygiène de nos possessions.
Veuillez agréer. Monsieur le Président, les assurances de ma
haute considération.
Pour le Ministre des Colonies et p. o.,
L’Inspecteur général
du Service de Santé des Colonies,
GRall.
Arrêté organisant un service de quinine d’état en Indochine.
Le Gouverneur général de l’Indochine, officier de la Légion
d’honneur.
Arrête :
Article pre.vIEr. — Il est créé en Indochine un service dit
de quinine d’Etat.
Art. 2. — L’Administration est autorisée à vendre de la qui¬
nine sous la forme et dans des conditions qu’il lui appartiendra de
fixer au mieux des intérêts de cette œuvre de prophylaxie sociale.
Art. 3. — L’Administration se réserve le droit d’acheter direc¬
tement la quinine et de la faire travailler elle-même, ou de recou¬
rir à l’industrie privée, soit pour l’achat des sels, soit pour leur
transformation.
Art. 4. — La quinine mise en vente par l’Administration cor¬
respondra aux données du Codex et devra offrir toute garantie
au point de vue de la pureté des produits livrés et de leur conser¬
vation.
Art. 5. — Le prix de vente de la quinine d’Etat sera déter¬
miné tous les ans et pour chaque pays de l’Indochine par arrêté
du Gouverneur général.
Art. 6. — Dans chaque pays, il sera constitué un dépôt cen¬
tral de quinine d’Etat, et dans chaque province ou circonscrip¬
tion, des dépôts secondaires, où s’approvisionneront, pour la
vente au public, les intermédiaires agréés par l’Administration.
Ces dépôts, comme les débits de vente, seront placés sous la
surveillance sanitaire du Directeur local de la Santé et des méde¬
cins chargés du service médical dans les provinces.
Art. 7. — Le service de la quinine d’Etat n’ayant de raison
1 1 1
d’être que dans les régions malarigènes, l’Administration, d’en¬
tente avec la Direction de la Santé, déterminera les territoires ou
parties de territoire où les dispositions du présent arrêté seront
applicables.
Art. 8. — Dans les territoires déclarés malariques, l’Adminis¬
tration délivrera gratuitement la quinine d’Etat à toute personne
ayant droit à l’assistance médicale gratuite. La délivrance sera
faite à dose médicinale.
Dans les foyers d’endémie, où le paludisme sévirait à l’état
d’épidémie sévère, la quinine d’Etat pourra, sur décision du
chef d’Administration locale et après avis du Directeur local de
la Santé, être distribuée à la population dans un but préventif
et thérapeutique.
Art. q, — Les Administrations publiques, services assimilés
et entreprises privées, qui auront des travaux publics à exécuter
dans une zone déclarée paludique, seront tenus à l’assistance
sanitaire de leurs ouvriers et emplo\'és en vue de la prophylaxie
du paludisme et de son traitement. La délivrance à titre gratuit
sera faite à ce personnel pendant toute la durée des travaux.
Art. io. — En zones malaricjties, la quinine d’Etat pourra
être concédée, à prix de faveur, à toutes Administrations, entre¬
prises privées, sociétés d’exploitation agricole ou industrielle
dont le personnel sera soumis ati traitement préventif et curatif
du paludisme.
Art. II. — La cjuinine d’Etat étant tout particulièrement des¬
tinée cà l’élément autochtone, toutes commodités d’achats et
d’usage seront prévues par les chefs d’Administration locale, afin
que l’habitant puisse, en territoire paludéen, se procurer aisément,
sans formalités inutiles ni déplacements excessifs, le remède spé¬
cifique.
Art. 12. — Dès la promulgation du présent arrêté, les chefs
d’Administration locale seront chargés, d’entente avec le Direc¬
teur de la Santé, d’organiser dans leurs pays respectifs le ser¬
vice de la quinine d’Etat.
Les dépenses occasionnées par ce service seront supportées
par les budgets locaux, à charge, le cas échéant, de rembourse¬
ment par les divers budgets intéressés.
Art. 13. — Le Lieutenant-Gouverneur.de la Cochinchine, les
Résidents supérieurs au Tonicin, en Annam, au C.ambodge, au
Laos, et le Médecin inspecteur, directeur général de la Santé de
1 1 2
l’Indochine sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exé¬
cution du présent arrêté.
Saigon, le 4 Décembre 1909.
A. Klobukowski.
Par le Gouverneur général :
Le Médecin inspecteur.
Directeur général de la Santé de V Indochine,
Primet,
Arrêté coxct:RNANT la prophylaxie de la lèpre ex Indochine,
Le Gouverneur général de l’Indochine, officier de la Légion
d’honneur,
Arrête :
Article premier. — La circulation des lépreux sur les voies et
lieux publics est interdite.
Art. 2. — Nul ne peut pénétrer sur le territoire de l’Indo¬
chine s’il est lépreux.
Art. 3. — Nul ne peut occuper un emploi public s’il est lé¬
preux.
Art. 4. — Sont interdites aux lépreux:
1° Toute profession dans laquelle le marchand ou l’employé
manipule des aliments, des boissons, des drogues, du tabac, etc.
(boulanger, boucher, aubergiste, cuisinier, marchand de dé¬
tail, etc.).
2° Toute profession dans laquelle le marchand ou l’employé
est en contact avec des vêtements destinés au public (blanchis¬
seur, tailleur, fripier, etc.).
3° Toute profession dans laquelle la personne peut prendre con¬
tact avec le public (domestique, barbier, écrivain public, nourrice,
conducteur de voiture ou de pousse-pousse, etc,).
Art. 5. — Tout lépreux avéré doit être isolé:
1° Exceptionnellement à domicile, s’il a les moyens d’exis¬
tence nécessaires et si les garanties d’isolement ont été reconnues
suffisantes par le service de santé.
2° Dans tous les autres cas, dans une léproserie.
Art. 6. — Les léproseries sont en nombre variable, selon les
besoins.
Elles sont organisées avec les ressources nécessaires à cette fin
en établissement ou en colonie agricole d’assistance et dans la
forme administrative la mieux adaptée aux mœurs et aux coutu¬
mes locales.
Les léproseries relèvent de l’autorité administrative et sont pla¬
cées sous le contrôle et l’action techniques du service de santé,
au même titre c|ue les autres formations sanitaires de l’assistance
médicale.
Art. 7. — Nul ne peut être interné dans une léproserie sans un
arrêté du Chef d’administration locale pris sur la proposition du
directeur local de la Santé et après examen clinique et bactériolo¬
gique détaillé dans un certificat établi par deux médecins à la
désignation du directeur local du service de Santé.
De même, nul ne peut être l’objet d’une des mesures de sécu¬
rité publique prises à l’égard des lépreux, telles la répulsion du
sol, la défense de circuler sur les voies publiques, l’interdiction
de certaines professions ou métiers, sans une décision adminis¬
trative prise au préalable et après constatation par deux méde¬
cins, à la désignation du directeur local de la Santé, de l’état de
la maladie dont il est atteint.
Art. 8. — Les léproseries sont visitées au moins deux fois par
an par un médecin à ce désigné par le directeur local du service
de Santé.
Art. 9. — Les villages de lépreux et léproseries, libres ou
appartenant soit à l’Administration, soit à des particuliers, pour¬
ront être autorisés à fonctionner comme par le passé, sous la
réserve de se conformer aux dispositions du présent arrêté rela¬
tives à l’isolement des lépreux, au caractère d’établissement ou
de colonie agricole d’assistance donné aux léproseries, à leur sur¬
veillance par un médecin et au contrôle par un médecin à ce dé¬
signé par le directeur local du service de Santé.
Art. 10. — Le Lieutenant-Gouverneur de la Cochinchine, les
Résidents supérieurs au Tonkin, en Annam, au Cambodge, au
Laos et le Médecin inspecteur Directeur général de la Santé de
l’Indochine sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exé¬
cution du présent arrêté.
Saigon, le 4 Décembre 190g.
A. Klobukowski.
Par le Gouverneur général :
Le Médecin inspecteur,
Directeur général de la Santé de V Indochine,
Primet.
J’ai remercié M. le Ministre des Colonies des importants docu¬
ments dont il a bien voulu nous envoyer copie et de l’intérêc qu’il
témoigne pour les travaux de notre Société, relatifs à l’hygiène de
nos Colonies.
»
* *
— J’ai reçu de M. le D’’ L. Raynaud, chef du service sanitaire
et de l’hvgiène de l’Algérie, la lettre suivante:
Alger, le 4 mars 1910.
Monsieur et très honoré maître.
Une expérience très intéressante va être tentée en Algérie; des
troupes noires vont y être amenées, avec leur famille, leur (c sma¬
la ». Il serait très fcâcheux que, par manque de précaution, cette
expérience se trouve donner de mauvais résultats et soit compro¬
mise. L’arrivée dans la colonie d’individus d’apparence saine,
mais porteurs d’affections jusqu’ici inconnues en Algérie, serait
un désastre.
J’ai présenté au Conseil d’Hvgiène du département d’Alger la
motion ci-jointe, qui a été adoptée à l’unanimité, mais je suis per¬
suadé qu’une délibération de la Société de Pathologie exotique,
et un vœu fortement motivé, si elle adoptait mes conclusions, au¬
rait une grande portée sur le Gouvernement.
Il me semble que le moins que l’on puisse demander, c’est un
choix judicieux des recrues et de leur smala, et cela, non seule¬
ment dans l’intérêt de l’Algérie, mais de la Métropole.
Si donc vous adoptez ma manière de voir, je vous serais très
obligé de mettre ma note en discussion et d’en envover la délibé¬
ration aux ministres compétents, en cas d’acceptation de la part
de la Société.
Recevez, mon cher maître, l’assurance de mes sentiments res¬
pectueusement dévoués.
L. Raynaud.
M. le D'’ Raynaud a joint à sa lettre la copie de la note qu’il
a présentée au Conseil d’hygiène du département d’Alger et dont
les conclusions ont été adoptées par ce Conseil. La question est
fort intéressante; je propose de renvoyer la note de AL le
D'’ Raynaud à l’examen de notre Collègue, M. le D’’ Kermor-
gant (Adopté).
— 1 1 5 -•
m
* «
— Par une lettre en date du 27 janvier 1910, notre Collègue, le
capitaine Patton, du King Institute of préventive Medicine de
Guindy-Madras, me confirme la découverte qu’il a faite d’un
nouveau Piroplasma dans le sang de Canis aureus, et me prie
d’informer la Société qu’il a trouvé dans le sang du même ani¬
mal une nouvelle hémogrégarine parasite des leucocytes. Les
formes de multiplication asexuée (schizogonie) se rencontrent
dans la moelle osseuse et dans la rate du chacal ; l’hémogrégarine
du chien, observée également aux Indes, ne se multiplie que dans
la moëlle osseuse; d’où le capitaine Patton conclut qu’il s’agit
probablement de deux espèces distinctes.
ii6 —
COMMUNICATIONS
Le Béribéri
Par E. MARCHOUX.
J’ai eu l’oc'casion de voir, à l’hôpital militaire de Rio de Ja¬
neiro, dans le service de M. le D‘‘ Is:\iael da Rocha, un grand
nombre de cas de béribéri. Les malades, au nombre de plus de
300, venaient tous de l’Amazone, où ils avaient été envoyés au
moment du différend survenu entre le Brésil et le Pérou, au sujet
du territoire de l’Acre. La plupart de ces militaires étaient des
Brésiliens de race blanche, provenant de l’Etat de Rio-Clrande do
Sul, peuplé en grande partie, comme on sait, par les Allemands
immigrés. Ils avaient contracté leur affection à Manaos, où le
béribéri avait pris les proportions d’une grave épidémie. Le déve¬
loppement de cette épidémie s’est fait de proche en proche. Les
divers casernements ont été frappés successivement. L^n bara¬
quement atteint était rapidement vidé, tous les hommes étant, les
uns après les autres, dirigés sur l’hôpital. A.u dire des malades
interrogés, ils avaient presque toujours été touchés par l’épidé¬
mie après un de leurs voisins de chambrée. Il semble qu’il v ait
eu contagion.
La plupart des malades ont eu à souffrir de troubles digestifs
avant l’apparition de leur mal. Presque tous ont eu de l’œdème
au début. Evacués sur l’hôpital, leur affection v continuait son
cours. Lbi grand nombre d’hommes v sont morts.
vSur les bateaux qui ramenaient les béribériques, il se ])roduisait
encore des décès tant que durait le voyage sur le fleuve. Dès cpie
le bâtiment prenait la mer, l’état sanitaire s’améliorait à bord.
A Rio-de-Janeiro, les décès ont été très rares. Beaucoup de ma¬
lades se sont rétablis complètement à l’hôpital militaire, les au¬
tres ont été dirigés vers des stations d’altitude. Ceux qui n’avaient
que des œdèmes étaient déjà guéris en débarquant. Les cas de
polynévrites, surtout quand l’impotence était complète, ont cédé
beaucoup plus lentement. Quelques malades ont été évacués vers,
la montagne avant d’avoir repris l’usage de leurs membres.
L’épidémie, dont je n’ai vu C{ue la fin, a été très meurtrière.
D’après les renseignements que j’ai pu rassembler, le béribéri,
ainsi cjne je l’ai dit plus haut, aurait, à Manaos, présenté un ca¬
ractère nettement contagieux.
Il convient d’ajouter que l’alimentation des troupes était à base
de riz et qu’elle a semblé jouer un rôle important. Contagion et
intoxication alimentaire ne s’excluent pas. Je serais porté à
croire avec Iùjkmaxx, que le riz et peut-être aussi d’autres fécu¬
lents, subissent dans l’intestin l’action d’un microbe spécial,
transmissible. Ce microbe fabriquerait, au dépens de l’amidon,
des produits toxiques, qui, résorbés, provoqueraient l’empoison¬
nement du système nerveux, caractéristique du béribéri.
Quel est ce microbe? Je ne puis croire que ce soit une bactérie
banale.
Je ne pense pas non plus qu’il se trouve sur les grains de riz.
Ln tous cas, il faut, pour qu’il se développe dans l’intestin, des
conditions spéciales. Les prisonniers, les personnes cpii vivent
dans des casernes, des couvents ou des hospices sont prescpie ex-
('lusivement atteintes. Dans la vie libre, les gens prennent bien
rarement le béribéri.
Avec Salimbexî, j’ai publié, en 1903 (i), l’histoire d’une épidé¬
mie survenue à Rio de Janeiro, dans une grande cage où nous
('onservions une vingtaine de singes d’espèces diverses. Ces ani¬
maux ont présenté des phénomènes de polynévrites tout à fait
comparables à ceux ({u’on observe dans le béribéri ; quelques-uns
sont morts. Ils étaient nourris de riz blanc cuit à l’eau. Ce riz
était le même cpii servait au personnel subalterne de l’hôpital
Sâo-Sebastiâo, dans lequel il ne s’est montré aucun cas de ma¬
ladie.
Ln remplaçant le riz par du maïs cuit, nous avons supprimé
la maladie. Les singes malades se sont rétablis.
Nous avons redonné du riz, le béribéri a apparu de nouveau.
L^n retour au maïs a produit les mêmes bons résultats que nous
avions observ’és la première fois.
Dans ce cas, le riz était donc bien en cause ; mais non point
parce qu’il était altéré ou qu’il portait des germes spéciaux; mais,
(i) Marchoux et Salimben'i, C. R. Soc. de biol., 31 oct. 1903.
— ii8 -
sans doute parce qu’il servait dans l’intestin de nos singes de mi¬
lieu de culture à un microbe spécial. En ajoutant du son au riz
décortiqué on le rend, sans doute, impropre à la culture du mi¬
crobe du l^éribéri.
Contribution à l’étude du béribéri expérimental
Par A. LE DANTEC.
1° Les divers éiats du ria. — Avant de relater les expériences
que nous avons faites sur les animaux en vue d’élucider le pro¬
blème du béribéri, il est nécessaire, pour éviter toute confusion,
de s’entendre sur la valeur des expressions consacrées dans le
commerce pour désigner les divers états du riz. Le terme de ris
décortiqué, par exemple, est employé par certains auteurs pour
désigner le riz blanc, par d’autres le riz rouge. Or, comme nous
le verrons dans la suite, le riz blanc et le riz rouge sont loin
d’avoir la mênie valeur alimentaire. Le riz se présente sous trois
formes : le paddv, le riz rouge, le riz blanc.
a) Paddy. — Le paddy est le grain de riz tel qu’il est récolté,
c’est-à-dire encore enfermé dans son péricarpe. Celui-ci constitue
une sorte de carapace cellulosique qui protège le grain contre
l’humidité. A l’état de paddy le riz peut être consommé par les
animaux, dont les sucs digestifs sont capables de digérer l’en¬
veloppe cellulosique du grain, mais il ne peut entrer ainsi dans
l’alimentation de l’homme. Aussi, l’indigène, tout en consenmnt
le riz à l’état de paddy, est-il obligé de le débarrasser de la cara¬
pace cellulosique avant de le consommer. Cette opération s’ap¬
pelle décortiqiiage et le grain de riz dépouillé de son enveloppe
cellulosique s’appelle le ris décortiqué, ris rouge, ris mondé.
b) Ris décortiqué, ris rouge, ris mondé. — L’indigène décor¬
tique généralement le paddy au fur et à mesure de ses besoins. A
cet effet, il y a dans tous les villages des mortiers et des pilons
en bois de plus ou moins grande dimension. La percussion répé¬
tée du pilon sur le paddy brise l’enveloppe cellulosique ou écorce,
qui est ensuite chassée par tamisation et ventilation. Le riz privé
de son enveloppe est dit décortiqué. A cet état le grain de riz est
légèrement teinté en jaune rougeâtre d’où le nom de riz rouge,
sous lequel il est encore désigné. Cette coloration particulière du
grain est, sans doute, due, comme dans le blé, à une couche de
cellules riches en éléments azotés et en phosphates. L’embryon
qui, lui aussi, a une couleur jaunâtre reste souvent adhérent au
grain. On conçoit C{ue cet aspect jaune sale rende la marchandise
peu agréable à l’œil, aussi le commerce s’est-il ingénié à enlever
cette couche jaune au moyen d’un deuxième décorticage.
c) ièL blanc. — Dans les grandes usines à vapeur griseries),
le paddy est d’abord décortictué entre deux cylindres ou entre
deux grandes meules ; puis, après ventilation pour le séparer de
ses brisures et de sa balle, il subit un deuxième décorticage plus
profond. Le grain de riz décortiqué passe entre deux plaques
tournantes qui lui enlèvent sa couche superficielle colorée. Il est
ensuite poli par rotation dans des cylindres légèrement chauffés.
Le deuxième décorticage a pour résultat d’enlever au grain de
riz sa couche superficielle de cellules riches en phosphates et en
éléments azotés. On voit donc que si le deuxième décorticage a
pour résultat de blanchir le riz, il a aussi pour conséquence de
l’appauvrir considérablement.
On conçoit, d’après ces préliminaires, combien il est important
de préciser avec quel riz on a expérimenté.
2° Les poulets nourris au ria blanc yneurent, les poulets nourris
au paddy ou au riz siniple'ment décortiqué survivent . — Lors¬
qu’on nourrit des poulets ou des pigeons au riz blanc et à l’eau
dans des cages en fer où ils ne peuvent pas se procurer d’autre
nourriture, on assiste à une déchéance progressive des animaux.
Leur poids diminue graduellement. Généralement à partir du
II® ou du 12® jour, ils ne mangent presque plus et finissent par
succomber en 4 semaines environ, dans un état de maigreur
très prononcé. Or, en faisant leur autopsie, on s’explique cette
déchéance progressive par l’état dans lequel on trouve le tube
digestif. Dans le duodénum et dans le tiers supérieur de l’intestin
grêle on voit la muqueuse dépolie et couverte d’arborisations
avec piqueté hémorrhagique par endroits. Il n’existe nulle part
du chyme jaune, comme chez le poulet normal, mais une simple
sérosité quelquefois verte, quelquefois incolore, mais toujours
très acide. A l’examen microscopique on ne découvre dans cette
sérosité que des globules blancs et peu de microbes. On voit
qu’aucun aliment n’a passé par là depuis longtemps.
Lorsqu’on nourrit des poulets ou des pigeons dans les mêmes
conditions que les premiers, mais en substituant simplement au
riz blanc du paddy grossier ou du riz rouge, on voit C|ue tous les
animaux restent bien portants.
3“ Les poulets nourris au ris; blanc meurent d' inanition et non
de béribéri. — Le hasard nous fit un jour découvrir que les pou¬
lets nourris au riz blanc mouraient en réalité d’inanition et non
de béribéri. Nous avions remarqué que les poulets nourris au
riz blanc ne présentaient jamais ou presque jamais d’œdème
(2 cas seulement sur 60), alors que, dans le béribéri humain, l’œ¬
dème est presopie toujours la règle. Désireux de provoc[uer l’ap¬
parition de cet œdème, nous donnâmes à des poulets déjà
cachectisés par leur régime au riz blanc, soit des injections de
chlorure de sodium dans le muscle pectoral, soit par ingestion des
grains de sel par le bec. Or, grande fut notre surprise de provo¬
quer ainsi la mort de tous nos animaux. La mort était d’autant
plus rapide que la dose de sel ingérée ou injectée était plus forte.
La même dose de sel administrée à des animaux normaux était
inoffensive. Laie contre-expérience nous démontra que les ani¬
maux simplement inanitiés présentent la même sensibilité à l’in¬
toxication chlorurée. Un cobaye fut laissé sans nourriture pen¬
dant 12 jours. On mit simplement dans sa cage de l’eau et un
morcèau de bois qu’il rongea pour tromper sa faim. Au bout de
12 jours, une injection sous-cutanée de o g. 15 de sel suffit à le
tuer en quelques heures. Il n’y a donc pas de doute pour nous;
ce qu’on a pris jusqu’à ce jour pour du béribéri expérimental
n’est autre chose qu’une maladie d’inanition, c’est-à-dire un faux
béribéri. Nous corroborons notre conviction par les faits suivants:
L’amaigrissement des poulets en expérience est progressif et
la mort survient au moment où les animaux ont perdu un tiers
environ de leur poids.
. Les animaux en expérience recouvrent immédiatement la santé
dès qu’on leur donne un aliment complet (blé, maïs, Katzang-
idjo). Inutile d’ajouter qu’une vraie polynévrite ne guérirait pas
en quelques jours.
Les animaux ne meurent pas si on ajoute à leur alimentation
défectueuse des substances diastasées et phosphatées analogues
à celles qu’on rencontre dans la couche corticale du grain de riz.
Ainsi, des pigeons nourris au riz blanc ne succombent plus, si
on ajoute tous les jours à leur alimentation 10 g. de levure (le-
vure séchée puis stérilisée longuement à loo degrés et, par con¬
séquent, incapable de pulluler par elle-même. La levure est, com¬
me on le sait, riche en albumines et en acide phosphorique
(SCHAUMANX),
4. Vrai béribéri expérimental. — J’ai pu, cependant, reproduire
(jLielques cas de vrai béribéri en expérimentant d’une certaine fa¬
çon sur de jeunes pigeons. Les pigeons adultes témoignent pres-
([ue toujours d’une insurmontable répugnance pour l’alimentation
orizée exclusive, aussi vaut-il mieux s’adresser aux jeunes pi¬
geons C|ui mangent assez volontiers le riz blanc. Au 5® jour de
leur régime au riz blanc on leur administre par le bec une grosse
pilule de farine de riz fermentée. Cette farine de riz fermentée est
préparée de la façon suiv’ante: <jn mouille la farine de riz avec de
l’eau ordinaire de manière à faire un pâton. On enferme ce pâton
dans un matras bouché par un bouchon de caoutchouc pour em¬
pêcher l’évapoiaition et entretenir l’humidité à l’intérieur du réci¬
pient. On met à l’étuve pendant 48 h. Lorsqu’on débouche le
matras, on sent qu’il s’en exhale une odeur soit d’alcool, soit
d’éther. \"ers le 8® ou q® jour, on donne aux pigeons en expé¬
rience une deuxième pilule. La paralysie survient du 14® au
20® jour; les pigeons marchent en chaloupant sur leurs pattes,
comme s’ils avaient reçu de la toxine diphtéritique. Ils continuent
à se nourrir, mais la paralvsie s’accentue et les animaux meurent
du 20® au 40® jour. A l’autopsie, on trouve dans le duodénum
deux éléments caractéristiques: un gros bacille gramophile et
une levure capable de donner de l’alcool.
Lorsc|u’on administre une culture pure de la levure à un pigeon
nourri au riz, on ne reproduit pas de paralysie, il faut l’associa¬
tion du bacille et de la levure telle qu’elle se trouve dans le pâton
de riz fermenté. J’ajouterai même qu’on ne réussit pas toujours
à provoquer le béribéri au moven du pâton de riz fermenté, mais
toutes les fois que l’expérience est positive on trouve des levures
en grande ([uantité dans le chyme intestinal. Ce n’est donc pas
un simple transit banal de la levure dans le tube digestif, mais
une véritable greffe ou pullulation parasitaire.
I 22
Isolement des bactéries amylozymes
en culture pure
Par A. LE DANTEC.
Les bactéries amylozymes sont loin d’être en culture pure dans
les tubes mélange riz cru et eau, il est donc nécessaire de les
séparer des autres microbes commensaux. On procède à une pre¬
mière épuration en éliminant les microbes non sporulés. Pour
cela, on laisse la culture en tube de riz cru et eau évoluer pen¬
dant quelcpies jours jusqu’à formation de spores dans les bacté¬
ries amylozymes. On prélève alors une petite quantité de culture
dans la partie effilée d’une pipette, on obture à la lampe cette
extrémité effilée et on la plonge pendant i à 2 minutes dans de
l’eau portée à la température de 80 degrés. Cette température est
suffisante pour tuer les bactéries non spondées, mais il reste en¬
core quelques bactéries spondées qui ont résisté en même temps
cjue les bactéries amylozymes à la température de 80 degrés. Il
est donc nécessaire de procéder à une deuxième élimination par
culture sur terrain solide. Nous v avons réussi au moven d’un
procédé cpie nous avons appelé procédé de la pomme de terre
sandivich. Voici en quoi il consiste : Les bactéries amvlozvmes
sont des microbes électivement anaérobies, il est donc indispen¬
sable de leur préparer un terrain amylacé anaérobique. On v réus¬
sit facilement en cuisant une pomme de terre (préalablement lavée
et épurée de ses bourgeons) dans de l’eau bouillante, pendant
12 minutes environ. On laisse refroidir la pomme de terre et, au
moyen d’un couteau stérilisé on la fend d’un coup sec en deux
parties. De cette façon la surface de section est très unie. On étale
sur la surface de section de l’une des moitiés de la pomme de
terre le liquide de la pipette et on ajuste strictement sur cette pre¬
mière moitié la deuxième moitié de la pomme de terre. Le
liquide de culture se trouve ainsi emprisonné entre les deux tran¬
ches de pomme de terre comme dans le sandwich, le jambon est
emprisonné entre les deux tranches de pain. On dépose la pom¬
me de terre dans un cristallisoir en chambre humide et on place à
l’étuve à 37°. Le lendemain, la surface de section des deux tran¬
ches de pomme de terre est recouverte de colonies. Les bactéries
amvlozymes cultivent en mamelons rappelant un peu l’aspect de
l’amidon cuit, mais quand on enlève ces mamelons, on s’aperçoit
que les colonies ont pénétré en même temps en profondeur dans
la pomme de terre. On s’assure par l’examen microscopique
qu’on est bien en présence de bactéries en cigare et on sème dans
de l’eau et de l’amidon cuit. Dans les cultures, les bactéries amy-
lozvmes affectent deux formes, la forme de bâtonnets quelque¬
fois très allongés et la forme en cigares. Tous les liquides amy¬
lacés fermentent abondamment, mais il est nécessaire de prati-
cjuer les distillations fractionnées pour recueillir les produits de
fermentation. C’est là un travail de chimiste que nous n’avons pu
accomplir. Nous avons reconnu dans les distillats de l’acide bu¬
tyrique et de l’alcool amylique.
A côté de la bactérie en cigare on trouve quelquefois dans les
cultures une autre bactérie amylozyme ,qui est allongée en forme
de pipe ou en forme d’épingle. Par la coloration à l’iode, le man¬
che de la pipe est bariolé en rouge, la tête où se forme la spore
reste incolore.
Nous n’avons jamais pu reproduire le syndrome béribérique
chez les pigeons et chez les poulets en leur faisant absorber des
cultures pures de bactéries amylozymes.
Origine alimentaire et traitement du Béribéri
Par L. BR É AU DAT.
AI. le Président ni’a fait l’honneur, à la dernière séance
de la Société, de rapprocher de ma communication du 12 janvier,
sur l’origine alimentaire et le traitement du béribéri, les observa¬
tions d’EijKMANN, sur les mêmes sujets, observations cpii concor¬
dent en certains points, avec les miennes.
Je vous demande la permission. Messieurs, de rappeler c{ue j’ai
moi-même, cité et résumé Eijkmanx, d’après Dubruel (i), et
C{ue, par suite, le but de ma communication n’était point de pré¬
senter comme nouvelle, la théorie qui attribue le béribéri à l’em¬
ploi du riz blanc. J’ai apporté les résultats d’une étude expéri-
(i) Dubruel. Le Béribéri, chez Taffard, Bordeaux, page 18.
mentale et méthodique de la (|iiestion, résultats qui m’ont con¬
duit, tout naturellement, à utiliser le son de riz comme agent
thérapeutique, et cela, dans des conditions plus précises, que celles
qui consistent à faire consommer du riz plus ou moins grossière¬
ment décortiqué.
hni effet, si les adversaires de la théorie du sitotoxisme et de
l’action protectrice du son de riz peuvent citer des observations
C[ui paraissent en contradiction formelle, avec les faits apportés
par les défenseurs de cette meme théorie, cela tient simplement
à ce cjue les observations ont été, de part et tl’autre, très superfi¬
cielles.
11 est parfaitement exact C[ue les hommes et les animaux nour¬
ris pour la plus grande partie, de ria porteur de son, peuvent
échapper au béribéri, ou revenir à la santé, s’ils sont légèrement
atteints.
Il n’est pas moins exact, que les hommes ou les animaux,
nourris pour la plus grande partie, de riz de même origine,
porteur de son dans les mêmes proportions, peuvent ne pas échap¬
per au béribéri ou ne pas revenir à la santé, s’ils sont atteints.
L’explication de cette contradiction apparente se trouve dans
l’existence d’un facteur très important, dont on ne tient aucun
compte, la réaction du riz, conséquence de son état de conserva¬
tion.
Au moment où le riz est séparé de ses enveloppes, sa réaction
est neutre. S’il est consommé régulièrement, sous cet état, por¬
teur encore de quelques parcelles de son, les hommes ou les ani¬
maux échappent au béribéri, ou reviennent lentement à la santé.
Ceci explique pourquoi des indigènes nourris de riz d'usine, en
un point A, paraissent guérir spontanément, transportés en un
point B, où le riz consommé, riz de même origine, est décortiqué
chaque jour pour la consommation du jour.
Au contraire, du riz de même provenance, décortiqué long¬
temps à l’avance, porteur de la même proportion de parcelles de
son, devient rapidement acide, sous les actions combinées du fer¬
ment qui le souille, de la chaleur et de l’humidité atmosphéri¬
ques.
T^es hommes ou les animaux, régulièrement nourris de riz dans
ces conditions, n’échappent pas au béribéri et leur état s’ag¬
grave progressivement. La proportion de son ne suffit plus 'a les
protéger, à plus forte raison à les guérir. Ceci explique pourquoi
123
les adversaires de la théorie du sitotoxisme et de la protection par
le son, peuvent nous opposer des cas bien observés sans doute,
mais insuffisamment observés, qui paraissent en contradiction for¬
melle avec les faits précédents.
D’où la conclusion énoncée dans ma première communication;
(( Il V a lin rapport directement proportionnel, entre la quantité
de son à faire ingérer, et l'état de fermentation du ri:^ ». Ce';\'î
conclusion est la base du traitement que j’ai proposé.
\"oici les expériences et les observations sur lesquelles repo¬
sent les diverses propositions que je viens d’énoncer.
1° Le sin^e, à ejui l’on sert du paddy comme aliment unique,
ne l’inp'uroite qu'après en avoir sépare soigneusement le péri¬
carpe, à l’aide des ongles et des dents. Son alimentation se com¬
pose donc bien exclusivement de riz fraîchement décorticpie et
porteur d(' son, c’est-à-dire de riz neutre. Il résiste oarfaitement.
Nous en tronçons la preuve dans l’expérienc'e déjà citée (i) des
12 singes mainfenus pendant ii mois, au régime uniforme du
paddy et restés en excellent état de santé.
2° 11 est de notoriété publicjue, en Indochine, ciue le Béribéri
est à peu près inconnu chez le paysan annamite, Cjui se nourrit
de riz grossièrement décorticjué à la main, au moment du besoin,
c’est-à-dire de riz non acide.
Il est d’un usage constant, dans l’armée, d’envoyer en permis¬
sion dans leurs villages, les troupiers indigènes atteints de béri¬
béri, et cela suffit, le plus souvent, à produire la guérison ; ils se
nourrissent alors de riz porteur de son, non acide.
3" A notre pénitencier de Poulo-Condore (2), pendant les
cinc} dernières années, cpii ont précédé l’introduction du riz
récemment décortiqué, dans l’alimentation des prisonniers, le
nombre des décès dûs au béribéri était de 30,7 par an, pour une
population moyenne de 427 individus.
Depuis l’introduction du riz fraîchement décorticpié, de 1906 à
1908, il n’y a pas eu de décès dûs au béribéri, sur une popula¬
tion moyenne de 620 individus. Le pénitencier de Poulo-Con¬
dore est situé sur un rocher, en pleine mer.
4° A la Maison centrale de Saïgon, située au centre même de la
(1) L. Brhaudat, Biilleihi de la Société de Pathologie exotique, 1910, 9 fév.,
pag-e 66.
(2) Renseignements fournis par M. le Lieutenant-Gouverneur de la Co-
chinchine.
10
ville, sur une population moyenne de 279 individus, soumis au
régime du riz blanc des usines, il se produisit, de 1899 à 1903,
une moyenne annuelle de 82 décès.
I3epuis l’in Iroduct ion du riz décortiqué à la prison, (dans des
conditions de fréquence que je ne puis préciser), pour une popu¬
lation movenne de 393 individus, la moyenne des décès est tom¬
bée à 7,2.
De ces quatre faits, je conclus: le rie jrcûchemcnt dépouillé de
son péricarpe, porteur de tout ou partie de son périsperme, non
acide, entretient la ide des homnres et des animaux, et leur per¬
met d’échapper aux accidents du béribéri.
6° Prenons un riz du ('ommerce, non acide au tournesol. Pe¬
sons exactement 50 g. de ce riz, et plaçons-le, étendu en couche
mince, dans une cuvette de porcelaine, disposée elle-même au-
dessus d’un cristallisoir à demi rempli d’eau. Recouvrons le tout
d’une grande cloche à microscope, contenant un psychromètre.
24 h. après, dans une atmosphère dont l’humidité relative
est de 97 %, pour une température de 26°8, le riz a absorbé
1,22 % d’eau et se montre faiblement acide au tournesol.
48 h. après, ü contient 1,54 % d’eau.
Or, le degré d’humidité de l’air, en Cochinchine, varie au
psychromètre, de 58 % minimum de la saison sèche, à 98 % ma¬
ximum de l’hivernage. La moyenne annuelle est de 80,9 %.
Il est donc bien établi, que même à l’air, et en couche mince,
pourvu que la chaleur et l’humidité soient suffisantes, le riz blanc
cru peut s’altérer en 24 heures. Cette acidification est plus rapide
et plus profonde, lorsc|ue le riz est cuit, selon la méthode indi¬
gène, méthode qui gonfle le grain, le rend mou, élastique, sans
le faire crever. Elle se produit d’autant plus vite que la masse du
riz est plus considérable. Par exemple, pour i kg. de riz cuit, oc¬
cupant un volume de 1.800 cm^ environ, l’acidité commence à
être sensible, au bout de 2 heures.
Dans ces conditions, on peut considérer comme une règle, que
les indigènes cfui se nourrissent presque exclusivement de riz,
ceux qui vivent en grande agglomération surtout, consomment à
peu près constamment du riz acide ou sur le point de l’être. La
fermentation est déjà commencée, avant l’arrivée de l’aliment
dans l’estomac.
7° Le 20 août 1908, 10 poules jeunes sont divisées en 3 grou¬
pes, de la façon suivante :
— 127 —
Groupe n° 1:2 poules témoins, au riz blanc, cuit, acide: 200 g.
par jour ;
Groupe n° 2:4 poules reçoivent le même riz, 400 g. par jour,
additionnés de 20 g. de balles de riz pulvérisées (i);
Groupe n° 3: 4 poules reçoivent le même riz acide, 400 g. par
jour additionnés de 70 g. de balles de riz pulvérisées.
Ce poids de 70 g. n’est pas C|uelconque. Il représente la pro¬
portion de balles, correspondant au poids de riz employé.
Les 2 poules témoins meurent après 30 et 33 jours de régime,
avec les lésions habituelles.
Les 4 poules du groupe n“ 2 meurent après 74, 90, 120 et
132 jours, avec des pertes de poids notables.
Les 4 poules du groupe n" 3 résistent après 150 jours, avec des
augmentations de poids de 60, 92, 85 et 120 g. Leur tempéra¬
ture centrale est normale.
Par conséquent, lorsque la proportion de balles ou de son est
trop faible, par rapport cà l’acidité du riz, ou à la C[uantité de riz
acide, l’empoisonnement se produit. Il ne se produit plus, en
présence d’une proportion de balles de riz, correspondante à celle
C|ue comporte le riz à l’état de paddy.
8° Dans mes essais de traitement curatif par le son, j’ai com¬
mencé à administrer aux malades, nourris de riz blanc ticide, 2 g.
de son par jour, en augmentant progressivement de 2 g., tous
les 2 jours. J’ai obtenu d’abord, et d’une façon générale, des
améliorations incontestables, mais les décès n’ont cessé de se
produire, C|u’cà la dose de 30 à 40 g. par 24 heures. A l’hôpital
de Choquan, les derniers résultats, arrêtés au 25 janvier 1910,
sont les suivants :
Guéris . 47
Evadé . I
Décès avant 8 jours de traitement . i
Décès après 8 jours de traitement . néant
En traitement . 38
Total des entrées . 87
Décès pour 100 entrées . i,i
Comme conséquence des faits que j’ai eu l’honneur d’exposer,
(i) Nous avons vu, page 67, Bulletin de la Soc. de Path. exot., du 9 fé¬
vrier 1910, que les balles de riz, comme le son, permettent aux animaux de
résister à l’empoisonnement par le riz acide.
128 —
je pense qu’une commission d’enquête, chargée de recueillir aux
Indes néerlandaises, les résidtats de l'alimentation par le riz in¬
complètement décortiqué, ne peut fournir de renseignements réel¬
lement valables, c{ue si elle précise toutes les conditions suivant
lesquelles cette alimentation a été appliquée.
Origine alimentaire du Béribéri
Réponse à la note de M. BRÉAUDAT
Par POITEVIN
Dans sa première communication, M. Bréaudat nous a dit :
(( Les accidents qui constituent le Béribéri m’apparaissent comme
le résultat d’un empoisonnement provoqué par la fermentation buty-
ro-propionique du riz ou d’autres féculents, dans le tube digestif.
Cette fermentation est due à un vibrion dont les spores résistent
à la température de 98-100®, vibrion très voisin du B. septicus de
Pasteur. »
A cela j’ai fait observer que les vibrions « voisins du vibrion
septique de Pasteur » étant extrêmement répandus dans le canal
intestinal de l’homme il faudrait regarder de très près avant de se
croire autorisé à attribuer à l’un d’entre eux une action pathogène
spécifique.
Je ne dis pas c|u’il n’y ait pas un élément infectieux dans le Béri¬
béri, ni que cet élément infectieux, s’il existe, ne soit pas à recher¬
cher dans le groupe du Vibrion septique, mais Citie les raisons
invoquées en faveur de la spécificité du vibrion de M. Bréaudat
ne sont pas probantes.
Em effet, M. Bréaudat n’apporte d’autres preuves directes que
celles-ci.
P « Il donne naissance, aux dépens des divers aliments amyla¬
cés, à une série de produits dépouio'us de toute valeur alimentaire,
parmi lesquels prédominent deux acides volatils : les acides pro-
pioniques et butyriques ». Je me bornerai à faire remarcjuer qu’il y
a beaucoup de microbes dont on en pourrait dire autant.
2“ (( Deux poules ayant reçu par jour en plus de leur alimenta¬
tion les produits stérilisés de la fermentation totale de 3 gr. de riz
blanc sont mortes, l’une au bout de 4,^ jours, l’autre au bout de
63. Comme il n’est pas dit qu’on ait observé aucun symptôme, ni
aucune lésion rappelant ceux du béribéri, l’expérience prouve que
la culture tue la poule, mais rien de plus.
M. Bréaudat a ajouté encore deux ordres d’arguments :
D’une part, dit-il, il n’est pas possible de comparer le chimisme
stomacal et la flore intestinale de l’européen à ceux de l’indigène
des pays chauds. Soit, le chimisme stomacal n’est pas en cause,
et M. Bréaudat ne nous dit pas si les vibrions voisins du B. sep¬
tique de Pasteur sont absents du contenu intestinal des indigènes
non béribériques.
D’autre part, pour établir l’action spécifique de son vibrion, il
cite, en outre de l’expérience déjà rapportée sur les poules, les sui¬
vantes :
Un chien à la nourriture duquel on ajoutait chaque jour i cc.
d’acide butyrique est mort au 26^ jour, il portait des ulcérations de
l’estomac et du duodénum.
hin injectant à des cobayes sous la peau, le liquide de culture
du vibrion ou son distillât, on détermine la production d’une
escharre.
La propriété de produire de l’acide butyrique est commun à une
infinité de microbes, il s’en produit en quantité notable dans la
fermentation panaire. Le fait qu’il peut dans les conditions de l’ex¬
périence causer chez le chien des désordres sans rapport avec ceux
du béribéri ne prouve rien en faveur de la thèse de M. Bréaudat.
L’expérience sur les cobayes ne prouve pas davantage. D’après la
description sommaire que nous en avons, il est difficile de classer
exactement le vibrion incriminé ; pourtant, d’après cette particula¬
rité qu’il est l’agent principal de la putréfaction des chaumes, on
peut inférer qu’il appartient à la classe des amylobacters ferments
de la cellulose. En tous cas, les ferments de la cellulose sont des
producteurs de cet acide butyrique qui apparaît comme si toxique
pour le cobaye. Eh bien, les cobayes, on l’a rappelé ici, sont des
herbivores ; or, les herbivores digèrent une forte proportion de la
cellulose ingérée (70 0/0 en moyenne) alors qu’aucun de leurs
-SUCS digestifs n’est capable de l’attaquer. Cette digestion, est l’œu¬
vre des amylobacters producteurs d’acide butyrique. Le cobaye
s’accomode fort bien de la symbiose et il en profite. Il peut n’être
pas indifférent pour lui d’absorber l’acide butvrique à doses filées,
par la voie intestinale ou de la recevoir à doses massives sous la
peau, mais je n’aperçois pas la relation qu’il peut y avoir entre
cette particularité et la pathogénie du Béribéri.
M. Bréaudat. — Lorsqu’on nourrit les poules avec une culture
pure de vibrion ferment sur du riz blanc, on tue rapidement ces
animaux. Lorsqu’on nourrit des témoins de la même façon, en
ajoutant une quantité suffisante de son au riz fermenté, les ani¬
maux résistent. Par conséquent, le son protège et guérit les ani¬
maux contre 1’ (( empoisonnement acide par les produits de fer¬
mentation du vibrion ferment » comme il protège et guérit les
hommes atteints de béribéri.
M. PoTïEViN. — M. Bréaudat nous dit qu’il a pu tuer des
poules en leur donnant à manger du riz ensemencé de son vibrion,
mais M. Le Dantec vient de nous dire qu’on les tue aussi sûre¬
ment en leur donnant seulement du riz sans vibrion. L’addition de
son à la ration les sauve dans un cas comme dans l’autre. Cette
fois encore l’argument ne porte pas.
M. Nattan-Larrier. — Chez des sujets, ayant résidé au Congo,
on observe un symptôme tout spécial qui en raison de la coexis¬
tence des œdèmes, des troubles cardiovasculaires et des phéno¬
mènes de névrite périphérique a été confondu, nous semble-t-il, à
tort avec le béribéri. Il nous paraît s’en distinguer par son étiolo¬
gie, par des signes de névrite radiculaire et par des symptômes
méningés (signe de Kernig, lymphocytose-céphalorachidienne) qui
l’accompagnent, nous reviendrons sur l’histoire de cette affection
dans un note ultérieure.
M. E. Jeanselme. — Je demanderai à M. Nattan-Larrier si
les malades qu’il a eu l’occasion d’observer avaient de l’exagération
des réflexes et de la trépidation épileptoïde ?
Notes sur le Béribéri à la Réunion
Par O’ZOUX.
Le béribéri est d’importation récente à la Réunion ; mais il y
est aujourd’hui endémique; de 1902 à 1904, il sévit violemment;
il avait 8 ans environ que l’on n’avait subi pareille recrudes¬
cence; vers 1905, il décrût rapidement et l’on revint aux cas iso¬
lés et rares.
Au cours de cette épidémie de 2 ans, les hommes furent deux
fois plus atteints que les femmes ; de 56 malades qui ont pu r-tre
suivis, le plus jeune avait 13 ans, le plus âgé 70, le maximum des
cas se constatant entre 40 et 50 ans, puis entre 30 et 40.
De cas familiaux il n’a été relevé qu’un seul fait. Les 56 su¬
jets se répartissent en : i Chinois, 18 noirs, 37 mulâtres.
Le mois le plus chargé est celui de décembre, mois très chaud,;
mais avant et après lui les cas se raréfient à tel point que la sai¬
son fraîche arrive en tête avec 32 cas et présente son maximum
au moins d’août, l’un des plus froids de l’année,
La forme humide fut incomparablement la plus fréquente, et
ce qui fut non moins frappant, ce furent les troubles cardiaques
qui prenaient une intensité extrême avec une rapidité déconcer¬
tante; ils s’imposèrent rapidement comme la pierre de touche du
diagnostic, et, de fait, dans aucune infection, ni néphrite, ni af¬
fection cardiaque pure, on ne peut constater cette survienne hâ¬
tive d’accidents aisfus.
En juillet 1903 on se trouvait en pleine épidémie; peu sévère en
ville, celle-ci avait été très meurtrière pour les travailleurs chi¬
nois des propriétés sucrières, récemment importés dans le pays et
leurrés sur le genre d’occupations qui allaient leur être données;
on pouvait voir plusieurs de ces anciens béribériques à l’hôpital
du Crédit foncier; il y avait parmi eux des mathématiciens, des
littérateurs, des gens délicats et soignés, et on leur avait imposé
le creusement de trous de canne-à-sucre pendant 10 heures sous
le soleil.
Quelles furent les causes du béribéri chez eux? On ne peut le
savoir exactement ; leur alimentation était suffisamment variée,
consistant en riz, légumes secs, morue salée ; la viande, néan-
moins, était rare, si les légumes verts et les fruits étaient abon¬
dants.
Les Chinois de la ville furent très peu atteints, probablement
parce qu’ils sont tous boutiquiers et qu’ils se nourrissent avec le
plus grand soin, parfois même avec luxe.
La cause précise du béribéri chez les autres malades demeure
encore impénétrable ; je rappellerai le rôle attribué par le doc¬
teur Noc au Necator americanus, et je m’arrêterai à deux étiolo¬
gies qui m’ont paru avoir une certaine évidence, celles qui accu¬
sent le poisson salé et le riz.
La première a été soutenue par M. Grall et appuvée sur des
épidémies observées en Nouvelle-Calédonie et à Poulo-Condor ;
voici des faits Cjui la corroborent:
Chaque année, quelques goélettes partent de la Réunion pour
Saint-Paul et Amsterdam, îlots déserts des mers australes, et en
rapportent des cargaisons d’un poisson salé supérieur à la morue;
en 1904, l’une d’elles fut « Le Rêve » ; mal montée, mal appro¬
visionnée, elle manqua même de sel sur les lieux de pêche; et,
au retour, cpii dure une trentaine de jours, les vivres les plus élé¬
mentaires firent défaut; l’équipage fut décimé par le béribéri, et
les rares survivants c|ui parvinrent au port d’attache, y arrivèrent
en pleine maladie pour succomber bientôt ; les rations avaient
consisté surtout en poisson salé, mais mal préparé, avarié, et
qui ne trouva pas acquéreur sur le marché bourbonnais.
Avait-on eu affaire au vrai béribéri ou à l’affection voisine
aussi du scorbut, dite bérihcri des voiliers, et dont des cas nom¬
breux ont été signalés à bord des bateaux allemands et norvé¬
giens ? Le docteur Nocht, de Hambourg, a montré que cette
dernière maladie diffère du béribéri vrai en ce qu’elle frappe plu¬
tôt les équipages blancs, qu’elle n’est jamais aiguë et guérit rapi¬
dement, en 4 ou 5 jours, dès que les sujets atteints peuvent prendre
des aliments frais; et il conclut qu’il s’agit d’une dénutrition avec
intoxication alimentaire d’origine animale (conserves), alors que
le béribéri serait d’origine végétale.
L’épidémie désastreuse qui a sévi à bord de la goélette (( Le
Rêve » me semble donc avoir été du béribéri classique imputable
au poisson salé.
Voici, d’autre part, les faits relatifs à l’origine (( riz ». Ayant
relevé chez quelques béribériques l’habitude de consommer du
riz froid, cuit la veille et même l’avant-veille, je me suis demandé
s’il n'y avait pas là une question de moisissures ou de fermenta¬
tions, et je tentai l’alimentation de poulets et de lapins au riz
aigri ; or, le riz, légèrement aigri, donné en même temps que
d’autres aliments (maïs, salade) amena une faiblesse notable des
pattes chez les poulets tenus en cage, mais ne produisit rien chez
les lapins; les poulets eux-mêmes, d’ailleurs, rendus à la liberté
guérirent très vite; mais le riz très aigri ne fut pas accepté; il
est déliquescent, visqueux ; et, donné comme unique nourriture,
il demeure intouché.
Il faut, en second lieu, remarquer que la Réunion reçoit depuis
de longues années les mêmes riz atixcjtiels tiennent les créoles et
que le béribéri ne s’v est montré que récemment; 2° que celui-ci
n’v sévit qu’avec intermittence; 3° que tous ces riz sont décorti¬
qués; 4° C|tie c’est la partie de la population qui, par nécessité et
par goût, consomme le riz le plus rouge, le moins décortiqué, qui
est la plus atteinte.
Cependant, au cours de cette épidémie de 1902-1904, la Réu¬
nion fut, à cause de l’infection des ports indiens, privée des riz
qu’elle leur demande régulièrement, et dut recourir à ceux de
Cochinchine; alors, il y eût une recrudescence de béribéri telle,
que les praticiens en furent impressionnés, interdirent le riz de
Saïgon et conseillèrent le pain et le maïs.
Qu’avait donc l’aliment ainsi mis à l’index? 11 paraît déses¬
pérément sale; ses eaux de lavage sont quasi indéfiniment char¬
gées de poussières blanches ; on le dit traité à la chaux et on
l’appelle <( riz blanc », parce qu’il est infiniment plus décortiqué
que ceux de l’Inde ou de Madagascar. Avec la réapparition des
riz indiens coïncidèrent la diminution, puis la disparition de l’épi¬
démie.
lïst-ce à dire C|ue poisson avarié et riz soient les origines direc¬
tes du béribéri ? Je ne le crois pas ; ce ne sont probablement
que des causes adjtn antes ; car on ne s’explique ni l’inexistence
antérieure du béribéri à la Réunion, ni l’importation de la mala¬
die, ni les disparitions prolongées, ni les cas aigus, subits, chez
une population qui ne change en aucune façon ses habitudes ; il
y à là, probablement, une origine microbienne.
Les résultats obtenus par Takaki au Japon, jettent un jour
singulier sur l’étiologie du béribéri ; cet inspecteur de la marine
se contenta d’augmenter à la fois les albuminoïdes, les hvdrates
de carbone et les graisses des rations ; et de 30 % environ, fit tom¬
ber le bériljéri à 0,59 %.
O
— l:)4 —
Parmi les complications peu signalées des organes des sens, j’ai
noté une fois de la surdité d’une oreille et 6 fois des troubles ocu¬
laires consistant en amblyopie et photophobie, avec demi-cercle
pigmentaire suprapapillaire une fois et papille éclatante une fois.
La mortalité fut de 12 % environ.
La médication la plus prisée de la population bourbonnaise et
cpi’elle emploie préventi\'ement, aussi bien qu’à titre curatif, est
la décoction de nervures des feuilles de 1’ (( Arbre du voyageur »
{Ravenala madagascariensis, Rausch) ; elle est très en honneur à
Madagascar aussi d’où elle nous vient probablement avec le béri¬
béri lui-même ; on pèle 20 cm. de cette nervure adulte, de façon à
n’avoir que la moèlle, on coupe en tronçons et l’on fait bouillir;
usage ad: libitum ; les résultats en sont difficiles à noter, car les
malades s’empressent de lui combiner d’autres substances telles
que les racines de vigne sauvage et les rhizomes de belle-de-nuit.
Des séquelles du béribéri à la Réunion, les deux principales fu¬
rent les cardiopathies, s’accusant et devenant, en général, mortel¬
les, 7 à 8 ans après l’atteinte du mal, et les troubles moteurs des
membres inférieurs. 4 cas de ces derniers, consistant en une para¬
plégie complète chez un Comorien du Crédit foncier, datant de
2 ans, et 3 parésies, empêchant tout travail, datant de 3 mois, de
6 ans et de 4 ans, — ce dernier chez une demoiselle de 44 ans, —
furent traités par la ponction lombaire.
Celle-ci, vraie de Quincke, fut toujours facile, révéla une pres¬
sion très vive 2 fois (jet de 20 cm., réplétion rapide du tube à
essai, extraction sans troubles de 15 et 20 cm^), montra toujours
un liquide clair, dut être renouvelée dans l’un des cas et donna
alors un peu de liquide jaune pâle dont la coloration était due à
du sang.
Les extraits furent toujours centrifugés et la partie supérieure
fut inoculée sous la peau de lapins, sans le moindre cDcnmagm
pour ces derniers ; examinés au point de vue microbien, les culots
montrèrent une fois, — cas de la paraplégie complète, — des diplo-
coques en grains de café libres ou inclus dans les mononucléaires ;
cultivé en bouillon, sur albumine coagulée, pomme de terre, gé¬
lose-sang et humeur aqueuse, ce culot microbien donna sur gélose
sang une petite culture plate, ronde, à centre plus épais, de diplo-
coque ne prenant pas le gram et dont l’inoculation sous-cutanée à
des lapins et des rats fut négative; l’injection intraveineuse et
intrarachidienne des liquides céphalo-rachidiens, aussi bien que
des cultures ciue l’on en peut obtenir n’a pu et doit être tentée.
Examinés ?u point de vue de la réaction médullaire, après la
triple coloration par le bleu de Unxa, le triacide d’EuRLiCH et
l'éosine-bleu de méthylène, les culots montrèrent une fois une
réaction légère, — car de 6 ans, 2 ou 3 lymphocytes dans quel¬
ques champs, — et une fois une réaction vive (cas de la paraplé¬
gie complète, lymphocytose 'nette, moyens mono nombreux).
l^a ponction lombaire ne modifia en aucune façon l’un des ma¬
lades; la temme , amena, après une semaine, l’amélioration nota¬
ble de i’iin des hommes, celui de la paraplégie complète, — • hô¬
pital du Crédit foncier, — qui, malheureusement, ne put être
suivi plus d’un mois, ec guérie absolument les 2 autres, — 24 et
40 ans, — qui purent reprendre leurs professions respectives de
cordonnier et de charpentier de haute futaie et qui, revus après
5 et 6 ans, demeuraient parfaitement guéris.
M. LE Président. — Pour clore la disctission sur le béribéri,
je propose à la Société de nommer une Commission cpii aura la
charge de rectieillir des renseignements dans les pays où existe
la maladie et de nous faire un rapport. Je propose, au choix de
la Société, nos Collègues dont les noms suivent:
MM. Bréaudat, Le Daxtec, Jeaxselme, Kermorgaxt, Mar¬
choux, Priâiet, Pottevix.
La Société ratifie jjar son vote la proposition du Président.
B. A. r.
Anaplasma marginale
(Genus nov. et species nov.)
U n nouveau protozoaire du bétail
Par A. TH El LE R.
S:mith et Kii.borxe, dans leur publication classic[ue sur la Te-
xaî^ever, en donnant la description du Piroplasma bigeniiniim
comme cause de cette maladie, distinguent deux formes de ce
parasite: la forme typicpie en poire comme cause de la fièvre
aiguë et la forme en coccus, placé à la périphérie du corpuscule
(pcriphcral coccuslikc body) comme cause de la fié ’re automnale
ou forme bénigne.
Leur conception du cycle du P. bigcm. est: que la forme en
coccLis représente un stade du cycle du parasite précédant la
forme tvpicpie en poire. Ils disent que, sous l’influence du climat
de la saison avancée, ces formes en coccus ne se transforment
pas en poires, mais gardent leur forme et causent la fièvre bé¬
nigne.
Knuth, qui a vu la forme en coccus dans r.Vméricpie du Sud,
la considère aussi comme appartenant au cycle du P. bigem.
Lths et Dschi’NSKOVskv, qui ont décrit les mêmes parasites
dans le Caucase, les considèrent comme une forme du cvcle de
leur P. annuhitiim et la cause de la forme cachecticpie de la piro¬
plasmose tropicale. J’ai décrit les mêmes formes, sous le nom de
marginal poinis, chez le bétail du Transvaal, depuis plusieurs
années, sans avoir été en mesure de déterminer leur nature
exacte. Aujourd’hui j’arrive à la conclusion que ces points chro¬
matiques représentent un genre de Protozoaires pour lequel je
propose le nom Anaplasma. Les raisons pour différencier ce pa¬
rasite du P. bigem. sont les suivantes:
1. lo génisses de la race de Suffolk furent injectées à Londres
par Stock:man, avec le sang d’une génisse qui avait eu aupara¬
vant le Redwater sud-africain. Toutes ces génisses montrèrent
la maladie typique avec des Piropl. bigem. dans le sang. Ces
animaux furent envoyés au Transvaal, où je les injectai à nou¬
veau avec le sang d’animaux guéris du Rechvater. Ces lo gé¬
nisses avaient bien l’immunité pour le Rechvater, mais après un
tenrps d’incubation variant de 27 à 32 jours, 9 ont contracté une
maladie très sévère, dont 5 sont mortes.
2. Cette maladie est caractérisée par la coïncidence de l’appa¬
rition du parasite situé à la périphérie des globules rouges, avec
la fièvre, sa multiplication durant la période fébrile et sa dispari¬
tion au moment de la guérison.
3. On reconnaît sa nature protozoaire par le fait qu’il montre
la coloration typicpie de la chromatine; il diffère ainsi des gra¬
nules basophiles qui peuvent être présents dans les mêmes pré¬
parations.
4. En Angleterre, les formes périphériques n’ont pas été ob¬
servées, ce qui prouve qu’elles n’appartiennent pas au cycle du
P. bigem. sud-africain. L’infection piroplasmique que j’ai en-
voyée en Angleterre par le moyen de tiques inlectées, représente-
donc une intection pure.
5. La maladie, provoquée par les jinaplasma, diffère du Red-
water par le cours de sa réaction et par l’absence d’urine rouge,
(pii n’a été observée dans aucun cas.
6. On peut séparer la piroplasmose de 1’ <( anaplasmose » pré¬
sente chez le môme animal, en injectant son sang à un animal
sensible. J.e P. hi^s^cm. apparaît le premier et l’inoculation d’une
petiO quantité de sang, pris à l’acmé de la réaction à un autre
animal sensible, ne fait apparaître que le P. bigcm.
7. Lnfin, j’ai réussi dans un cas à infecter un animal avec le
nouveau ]3rotozoaire sans complii'ation piroplasmique, en me ser¬
vant du sang d’un autre animal qui montrait une infection pure
anaplasmitpie.
S. Dans l’Afrique du Sud, on observe cette maladie à toutes
les saisons de l’année et, le plus souvent, en été, c'ontrairement
à l’observation des savants américains.
g. La forme à cix'cus n’a jamais été décrite en luirope comme
appartenant au cvcle du P. hovis, oii elle n’aurait pas échappé
à l’observation si elle avait été présente, ce qui prouve encore
qu’elle n’appartient pas au c}'cle du Piroplasma.
Cette maladie, que j’appelle ünaplasniosc, a, en commun avec
la fièvre de Texas, les points suivants:
1. L’animal guéri agit comme réservoir du virus.
2. La maladie est transmise par la môme espèce de tic[ue, Boo-
philus dccoloratus. C’est pour cette raison que les 2 maladies
ont été confondues jusc[u’à maintenant et les 2 parasites ont été
considérés comme 2 états différents dans le cx'cle du même
protozoaire. Avec l’injection du sang d’un animal malade ou
guéri, on transmet les 2 espèces en même temps et c’est na¬
turellement aussi le cas dans l’infection naturelle par les tiques.
Dans l’Afrique du Sud on connaît donc 4 différentes proto-
zooses pour lesquelles les bestiaux immuns agissent comme ré¬
servoir: P. bigem., P. miitans, SpiriUum theileri et Anaplasma
marginale. C’est pour cette raison qu’on observe souvent chez un
animal qui souffre d’une maladie quelconque, en même temps
l’apparition de ces différents parasites.
{Pretoria, Veierinary bacteriological Laboratory .)
i38 —
Recherches sur une microfilaire
des îles Wallis
humaine
Par V. BROCHARD
En examinant, au mois de novembre dernier, le produit du râ-
clage sanguinolent d’un petit ulcère phagédénique, chez un
indigène des îles Wallis, j’ai rencontré une microfilaire qui paraît
différer en plusieurs points des espèces connues. L’examen du
sang périphérique de ce malade, puis de nombreux indigènes, a
permis de retrouver le même parasite avec un degré de fréquence
notable, et confirmé la première observation. En attendant d’au¬
tres recherches, que l’abondance extrême de l’éléphantiasis dans
ces îles recommande sans doute particulièrement, voici les princi¬
pales caractéristiques de cette microfilaire.
D’abord, elle n’a pas de périodicité. On la trouve aussi commu¬
nément le jour que la nuit, et en quantité sensiblement invariable
de 6 à i8 spécimens seulement par préparation.
Dans les préparations fixées et colorées, certains exemplaires
possèdent la longueur remarquable de 370 u ; mais beaucoup d’au¬
tres sont moins longs et la majorité mesurent 220 à 250 u. Il n’a
pas été possible de les mesurer vivants, à cause de la rapidité des
mouvements. Mais en calculant d’après les proportions établies
pour les autres espèces, on obtient le chiffre de 500 p comme
dimension maxima de cette microfilaire à l’état de vie, ce que
confirme l’impression au microscope. M. hancrofti n’attein¬
drait que 300 U environ. Quant à la largeur du corps, elle est la
même chez les deux espèces, de 8 à 1 1 p, le diamètre d’un globule
rouge.
Le corps est enveloppé d’une gaine beaucoup plus longue que
lui, qui le dépasse en s’affaissant aux deux extrémités, particu¬
lièrement du côté caudal, où elle traîne parfois sur une longueur
de plus du tiers de celle du corps.
Les mouvements sont extrêmement rapides, mais pendant les
premières heures seulement. Ils diminuent ensuite progressive¬
ment, en commençant par la tête.
Nous n’avons observé ni prépuce ni languette mobiles quelcon-
— i39
ques. On distingue seulement avec peine, à l’extrémité antérieure,
une courte aréole blanche terminale, flanquée d’un point noir un
peu latéral, d’une réfringence variable, qui représente sans doute
un opercule élémentaire.
La queue s’effile en pointe fine à partir du dernier cinquième du
corps environ.
Parfois on remarque, autant que le permet la vélocité des mou¬
vements, une sorte de bordure de chaque côté de celui-ci, parais¬
sant formée d’une rangée de cellules rondes, régulières, à peine
visibles. Avec un certain éclairage, mais surtout à l’examum de
nuit, on pourrait avoir l’idée d’une espèce de striation. Mais il
n’existe pas de striation musculaire au sens histologique du mot,
car un examen attentif décèle seulement la présence sur ces bords
des plis parfaitement réguliers et rapprochés des parois flexibles
du corps. Et cette apparence est beaucoup plus sensible, comme
il est naturel, au niveau de ses parties concaves que de ses parties
convexes.
Au centre du parasite, quoique un peu plus près de l’extrémité
caudale que de la tête, on distingue une sorte de tube d’une réfrin¬
gence différente de celle du corps et ressemblant à une vessie irré¬
gulièrement gonflée. Elle est surmontée, du côté céphalique, par
une sorte d’ampoule dont la sépare un léger étranglement. Cette
ampoule se prolonge elle-même par un conduit d’une grande té¬
nuité, lequel ne paraît pas sans connexion avec un autre organe
situé au-dessus, vers le premier tiers de l’animal, et dont on ne
peut déceler la présence que par l’artifice suivant. Il s’agit sans
doute de l’organe interne ( « central viscus » de Manson »).
Coloration vitale (i). — A l’aide d’une aiguille recourbée,
(une baguette de verre risquerait d’abîmer les microfilaires), on
mélange rapidement la goutte du sang recueilli sur lame au doigt
du malade, avec une goutte ou deux de solution diluée au 1/5® de
Giemsa, d’hématéine, ou de bleu polychrome. On examine aussi¬
tôt après avoir recouvert d’une lamelle. On assiste alors à l’ab¬
sorption graduelle du colorant par la microfilaire vivante.
Le premier organe qui se teinte est précisément celui auquel
semble aboutir le fin canal précédent. Il est situé au premier tiers
de la longueur du corps. C’est une poche délicate, aux parois cons¬
tituées par trois ou quatre grandes cellules épithéliales, à proto-
(i) Voir Rodenwaldt. Arcli. /. Sch. ti. Trop. Hyg., t. XIII, 1909, p. 215.
plasma hyalin peu coloré, et à noyau central rond, petit, immé¬
diatement coloré d’une manière intense.
Presque au même moment s’imprègne un autre organe un peu
analogue situé au dernier cinquième du corps. Sa structure intime
est plus malaisée à découvrir, bien qu’on y distingue parfois une
ou deux cellules épithéliales semblables aux précédentes. Puis la
colonne centrale des noyaux du corps se teinte peu à peu, en com¬
mençant par la tête. Bientôt, elle masque en partie ces deux or¬
ganes, et c’est pourquoi on les voit mal sur les préparations de
sang desséché, où ils ne sont plus d’ailleurs représentés que par
la tache pâle des cellules épithéliales mentionnées, lesquelles sont
demeurées plus réfractaires à l’action du colorant.
La méthode de la coloration vitale met encore en évidence d’au¬
tres particularités. Lorsque les noyaux centraux sont imbibés de
la matière colorante, le parasite ne va pas tarder à succomber :
c’est généralement une affaire de dix minutes. Mais auparavant,
on voit se produire, au niveau de l’emplacement des deux organes
précédents, et sur le même bord de l’animal (celui de sa plus
grande courbure générale), deux excroissances en forme de cham¬
pignon ou de bouquet, à volume variable. Un pédicule les relie à
l’intérieur du corps. La gaine tendue, et cependant herniée au de¬
hors, les maintient comme une sangle. Manifestement, ces 2 ex¬
croissances sont remplies des mêmes granulations que celles du
corps. En examinant avec soin certaines préparations, on dis¬
tingue à l’intérieur du parasite, et à la hauteur des pédicules pré¬
cédents, une petite papille qui paraît s’aboucher au dehors, c’est-
à-di''e dans l’intervalle compris entre le corps et la gaine, par une
sorte d’embouchure extrêmement courte.
Il semble donc que cette microfilaire soit dotée de deux orifices
naturels alignés sur le même côté du parasite, lorsque celui-ci
n’est pas tordu sur son axe. Ces orifices paraissent appartenir
aux deux organes colorés en premier lieu, lesquels correspondent
d’autre part à deux des principales taches que nous rencontrerons
tout-à-l’heure.
Coloration des frottis. — Ces détails ne peuvent naturelle¬
ment pas apparaître dans les préparations de sang desséché,
puisque le parasite y est déjà mort, et qu’il ne réagit plus de la
même manière aux colorants qu’à l’état de vie. Par contre, ces
préparations mettent en évidence trois taches extrêmement net¬
tes, qui sont les suivantes :
1“ Au niveau du premier cinquième du corps, en commençant
par la tête, une tache claire en fer à cheval à convexité tournée
vers la queue, ou parfois en forme de brisure.
11° Au premier tiers, une tache ovale claire de grande dimen¬
sion, qu’on peut appeler la grande tache ovale. Elle côrrespond à
la tache en V des auteurs. On trouve souvent à son intérieur un
noyau rond, vestige sans doute d’une des cellules épithéliales de
l’organe correspondant décrit plus haut.
III ° Au dernier cinquième, une tache ovale plus petite que la
précédente et correspondant à la tache caudale des autres micro-
filaires.
Une méthode de technique qui donne de bons résultats, voire les
meilleurs peut-être, pour les préparations de sang desséché, est
l’emploi d’une solution de i cm® de Giemsa pour lo cm® d’eau. On
laisse en contact huit minutes, à la température de 28°. On peut
sans crainte colorer d’une façon intense, puis décolorer ensuite
avec l’alcool absolu jusqu’à ce que la préparation soit passée de
la teinte violet foncé à celle de rose pâle ; les microfilaires demeu¬
reront parfaitement colorées en bleu foncé, avec leurs noyaux et
leurs taches tout à fait visibles. La fixation préalable du sang à
l’alcool absolu ne gêne nullement l’examen des parasites, et donne
l’avantage de permettre en même temps l’étude de la formule leu¬
cocytaire.
En résumé, cette microfilaire présente comme caractéristiques :
P Son manque de périodicité ;
IP Une taille un peu plus considérable que celle des microfilai¬
res connues ;
IIP La présence d’une gaine ;
IV° Une tête qui nous a paru dépourvue de prépuce et de lan¬
guette mobiles ;
V° Une queue finement pointue ;
VP Trois taches claires, dont une brisure en fer à cheval au
premier cinquième, une grand tache ovale au premier tiers, et une
tache caudale ovale au dernier cinquième.
Ce parasite constitue-t-il une espèce nouvelle ? Dans un cas
analogue, ASHBURN et Craig, au Philippines (i), n’ont pas craint
de créer une espèce nouvelle Microfilaria philippinensis.
Nous préférons être plus réservé en attendant de connaître la
(i) Philippine Jomn. of Sc., t. II, mars 1907.
forme adulte dont l’étude tranchera la question d’une façon défi¬
nitive.
Des recherches ultérieures exposeront, s’il y a lieu, l’origine de
notre microfilaire et ses effets chez l’homme.
/
Distribution géographique de la Filariose
humaine dans l’Indochine du Nord
Par C. MATHIS et M. LEGER.
En vue de déterminer la répartition exacte de la Eilariose hu¬
maine dans l’Indochine du Nord, nous avons examiné le sang de
3.010 indigènes appartenant à toutes les provinces, sauf deux
du Tonkin et aux trois provinces septentrionales de l’Annam.
Les prélèvements ont été faits vers minuit. Nous nous sommes
adressés le plus souvent à des prisonniers, plus rarement à des
miliciens ou à des malades d’hôpital, tous sujets n’ayant jamais
quitté leur province d’origine. Nous avons compris dans une caté¬
gorie à part les Annamites ayant successivement habité plusieurs
provinces du Delta.
Pour chaque individu nous n’avons fait qu’un seul frottis.
Aussi nos pourcentages n’expriment-ils pas d’une façon exacte le
degré d’endémicité de la filariose : ils doivent subir une majora¬
tion très appréciable. Nous savons, en effet, que pour affirmer
l’absence de microfilaire chez un sujet, il est indispensable d’exa¬
miner plusieurs frottis de son sang et à des jours différents :
ainsi qu’à maints observateurs, il nous a été donné de constater
que les examens cpiotidiens répétés d’un filarié ne sont pas cons¬
tamment positifs.
Notre enquête commencée le 7 avril igog, a été terminée le
30 décembre de la même année. Elle confirme les premiers résul¬
tats que nous vous avons communiqués dans une note précé¬
dente (i).
Le Tonkin peut être divisé au point de vue géographique en
3 régions principales.
(i) C. Matiiis et M. Leger. Foyers endémiques de Filariose humaine au
Tonkin. Btdl. Soc. Pafh. exot., 1909, t. II, n° 8.
— 143 —
1° Le Delta, comprenant les villes de Hanoï et de Haiphong,,
les provinces de Hadong, Hiingyen, Phuly, Haiduong, Thai-
binh, Nam-Dinh, Kien-an, Quang-yen, Ninh-Binh, Bacninh,
Bacgiang.
2° La moyenne région, avec les provinces de Sontay, Vinh-yen^
Phiitho, Thai-Nguyen, Phuc-yen.
3° La Haute région, que l’on peut subdiviser en:
a) Vallée de la Rivière Noire (provinces de Hoa-Binh et Sonia);
b) Vallée du Haut Fleuve Rouge (provinces de Yen-bay ei
Lao-Ka}') ;
c) Vallée de la Rivière Claire (provinces de Tuyen-quang er
LIagiang) ;
d) Région de la frontière Nord-Est (provinces de Caobang,
rSackan, Langson et Moncay).
C’est cette division géographique que nous avons adoptée pour
l’exposé de nos résultats et le tableau ci-après donne l’ensemble
des recherches effectuées dans l’Indochine du Nord.
Deux points frappent à la lecture de notre tableau :
1° L’inégale répartition de la filariose au Tonkin ;
2° L’absence de cette endémie dans le Nord-Annam.
Dans toutes les provinces, sans exception, du Delta tonkinois
nous avons trouvé des porteurs de microfilaires nocturnes. Cer¬
tains points sont manifestement plus infestés. Ainsi, à Hanoï, la
proportion des parasités atteint 9 %. Elle est de 8,65 à Haiduong
et de 7,37 à Namdinh. Au contraire, une grande partie de la
Haute Région est absolument indemne de filariose. Nous n’avons
pas rencontré un seul filarié dans les provinces du Haut Fleuve
Rouge et de la Rivière Noire. Dans la Moyenne Région et dans
la vallée de la Rivière Claire, l’index filarien est assez faible
(2,19 et 1,46). Sur la frontière du nord-est, qui confine à la Chine,
la proportion est relativement élevée (3,34 %).
La filariose humaine n’existe pas dans le Nord-Annam. Notre
enquête a porté sur 280 sujets appartenant aux provinces de
Thanh-hoa, Vinh et Hatinh ; pas une seule microfilaire n’a été
rencontrée.
Le voisinage de la Chine explique-t-il la fréquence de la fila¬
riose chez nos protégés? Nous nous sommes rendus compte qu’il
n’y a aucune corrélation entre le nombre de parasités et le nom¬
bre de Chinois installés dans les diverses provinces de notre pos¬
session d’Extrême-Orient. Ainsi, à Haiduong, les documents of-
‘44 —
ficiels fixent à 425 sujets la population chinoise et nous avons
un index filarien égal à 8,47. A Lao-Kay, au contraire, où l’on
compte 2.300 Chinois, nous n’avons pas trouvé un seul filarié.
A Quang-yen, province où le chiffre des Chinois est particulière¬
ment élevé (5.000), l’index filarien est un des plus faibles du
Delta '(1,25). A Vinh, où il existe autant de Chinois que dans
nombre de provinces du Delta, il n’y a pas un seul porteur de
filaire de Bancroft.
Distribution géographique de la Filariose humaine au Tonkin
et au Nord-Annam
Il est à remarquer toutefois, le fait est connu depuis longtemps.
i4D -
([JC la filariose humaine existe en proportion notable dans la
Chine méridionale. Nous avons pu, nous aussi, le constater
Grâce à l’obligeance des docteurs Pouthiou-Lavielle et Louis
Mathis, nous avons examiné 112 frottis de sang de Chinois du
Kouan-Toung, province limitrophe du Tonkin. Nous avons ren¬
contré I filarié sur 12 à Packoï, et 8 parasités sur 100 à Fort-
Bayard, dans le territoire de Quang-Tchéou-Van.
En résumé, nos investigations permettent de préciser Faire de
distribution de la Filariose dans l’Indochine du Nord. Des foyers
importants existent dans certains points du Tonkin, mais nous
ne pouvons, pour l’instant, indiquer à quels facteurs est due l’en¬
démicité.
Sans atteindre les chiffres élevés trouvés dans plusieurs dis¬
tricts de l’Inde et dans certaines provinces de la Chine, l’index
filarien dans le Delta du Tonkin est suffisamment élevé pour qu’il
en soit désormais tenu compte dans la nosologie indochinoise.
L’étude des questions de prophylaxie antifilarienne s’impose.
Ainsi, la présence d’un nombre élevé de porteurs de filaires (27
parasités sur 300 détenus) à la prison de Hanoï est un sérieux
danger. La prison est en plein centre de la ville. Dans son voi¬
sinage, comme du reste dans beaucoup d’autres points de Hanoï,
des mares couvrent de vastes étendues de terrains et les Culicides,
qui abondent en toutes saisons, ont les plus grandes facilités pour
s’infester et propager la filaire de Bancroft.
{Insliiitt antirabique et bactériologique d’Hanoî,
janvier igio.)
Notes sur la Filariose dans l’archipel des Comores
Par V. ROUFFIANDIS.
Le cadre nosologique de la filariose est très vaste puisqu’on la
rencontre dans tous les pays inter-tropicaux et sus-tropicaux com¬
pris entre les deux cercles parallèles suivants: 1° un cercle nord
passant en Afrique en Algérie, en Amérique cà Charleston et en
Asie à Pékin, suivant à peu près le 40® degré de latitude nord;
2° un cercle sud, passant à Brisbane en Australie, en Afrique au
— 146 —
niveau de la pointe sud de Madagascar et à travers l’Afrique aus¬
trale anglaise, et enfin en Amérique au niveau du Brésil, suivant
à peu près le 30® degré de latitude sud.
La filariose ne se trouve pas régulièrement répartie dans tous
les pays compris entre ces deux latitudes dans beaucoup d’entre
eux elle est relativement rare ou du moins peu connue (les récents
travaux de Noc, Mathis et Leger ne nous ont-ils pas montré que
la filariose que, jusqu’à présent, on n’avait fait que soupçonner
en Indochine v est cependant assez fréquente?) tandis que, dans
d’autres, elle présente une fréquence très abondante, variant de
10 à 60 % de la population totale (district de Cochin dans l’Inde,
certaines îles de la mer du Sud, Samoa, par exemple, certai¬
nes îles d’Océanie (Tahiti), les îles de la Sonde, les Nouvel¬
les Hébrides, certaines îles des Antilles).
Ce sont surtout les îles tropicales qui possèdent des foyers de
filariose. L’archipel des Comores n’échappe pas à cette loi. For¬
mé de quatre îles (Mayotte, Anjouan, Mohéli et Grande-Comore),
cet archipel présente, au point de vue de la filariose, des parti¬
cularités intéressantes.
Répartition géographique. — Malgré leur situation très rap¬
prochée, malgré la communauté apparente des races qui les habi¬
tent, ces îles ne sont pas infestées de filariose à un même degré.
Le classement de ces îles par ordre décroissant de pourcentage
de la filariose est le suivant : Mohéli, Mayotte, Anjouan, Grande-
Comore. Il est curieux de constater que ce classement est le
même que le classement décroissant de ces îles au point de vue
fréquence du paludisme et que le classement croissant au point
de vue de la superficie : on serait presque en droit de supposer
que la filariose est dans certains pavs en raison directe du palu¬
disme et en raison inverse de la superficie. C’est un point qui,
à mon avis, devrait être l’objet d’une enquête dans toutes les îles
filariennes, car il paraît être autre chose qu’une simple coïnci¬
dence.
Appelé par mes fonctions à visiter les 4 îles de l’archipel des
Comores, j’ai pu faire une enquête méthodique sur la répartition
géographique de la filariose: les renseignements donnés par le
docteur Fauré, médecin de la Grande-Comore et le docteur Du¬
ché, médecin d’Anjouan et les archives de la Direction du ser¬
vice de santé à Mayotte ont fourni un appoint sérieux à ces re¬
cherches.
147 —
On peut dire, en résumé, que la filariose sévit à Mohéli sur
90 % de la population, à Mayotte sur 80 %, à Anjouan 30 %, et
à la Grande-Comore sur 5 %.
Répartition suivant le sexe, — Les hommes sont infiniment
plus frappés que les femmes, sur 100 filariens, on trouve à peine
10 femmes pour 90 hommes. 11 semble que la filaire ait une pré¬
dilection particulière pour les organes génitaux mâles; les fem¬
mes ne possèdent cpie les formes de filariose intéressant les mem¬
bres (éléphantiasis des membres) et le système lymphatique cen¬
tral (chylurie).
Répartition suivant l’age, — La filariose n’apparaît c[ue chez
l’adulte. Je n’ai jamais vu un enfant atteint de filariose. C’est
toujours entre 20 et 30 ans qu’apparaissent les premières mani¬
festations filariennes (on verra plus loin les conséquences néfas¬
tes de cette exclusivité).
Passé l’âge de 30 ans, si l’indigène a à cette époque évité la
filariose, il reste indemne pendant tout le reste de son existence.
Répartition suivant la race. — Chez les Européens habitant
les Comores, il n’a jamais été constaté de cas de filariose: quoi¬
que les archives de l’hôpital de Mayotte remontent à 1841, il n’a
jamais été fait mention d’un cas de filariose chez un Européen.
La majeure partie de la population blanche ou soi-disant telle
des Comores est formée de ceux que les statistiques officielles de
la Colonie appellent les (( Européens assimilés » ; ce sont des
créoles, des mulâtres, des quarterons, en somme des métis plus
ou moins colorés, originaires de Nossi-Bé, et surtout de la Réu¬
nion, qui forment le noyau le plus important de la population
(( blanche ». Chez eux, la filariose est fréquente, mais dans une
proportion infiniment moins élevée et avec des formes beaucoup
moins intenses que chez les indigènes. J’estime à 25 % la pro¬
portion de la filariose chez les « Européens assimilés ».
C’est la population noire qui est la plus frappée par la fila¬
riose, mais il y a des variantes énormes, suivant que ces noirs
appartiennent à telle ou telle race. En effet les indigènes des Co¬
mores appartiennent à bien des races différents par leurs origines
ethnographiques ; ces races sont :
1° Les (( Mahoré », qui peuplent surtout Mayotte et Mohéli :
c’est la race autochtone dont l’origine est mal connue. Elle est
de toutes la plus sensible à la filariose.
2° Les (( Sakalane », les (( Betsimisaraka », importés de Ma-
148 — ■
dagascar et habitant surtout Mayotte; ils sont très peu sensibles
à la filariose.
3° T.es « Makoi », importés comme esclaves de la côte orien¬
tale d’Afrique et habitant surtout Mohéli et Mayotte, cpii pré¬
sentent une pathologie filarienne à peu près égale à celle des
Mahoré ;
4° Les Arabes, Ciui peuplent prescpie en entier Anjouan et la
Cfrande-Comore en formant, dans chacune de ces îles, un grou¬
pe ethnographique différent. Alors c{u’à i\njouan, les Arabes
paient un tribu important à la filariose, le nombre des filariens
est proportionnellement beaucoup moins élevé à la Grande-Co-
more.
D’après ce que j’ai vu dans les 4 îles, je suis persuadé que la
répartition de la filariose tient surtout à la présence de telle ou
telle race. Quand une île est peuplée par une race très sensible
à la filariose (Mahoré, Makoi), elle présente une grande propor¬
tion de filariose ; c|uand, au contraire, elle est surtout habitée par
une race peu sensible, elle n’a qu’un nombre très restreint de
filariens.
La fréquence de la filariose dans une île ne dépend pas seule¬
ment de l’île elle-même (conditions géologicpies, fréquence des
mousticpies, etc.), mais surtout de la population qui l’habite;
cette opinion est confirmée par ce fait que les indigènes d’une
race peu sensible (les Arabes d’iVnjouan et de la Grande-Comore,
par exemple), ne sont pas atteints par la filariose dans une pro¬
portion plus grande quand ils vont s’installer dans une île très
filarienne: c’est ainsi qu’à Mayotte il existe dans la propriété de
Dzoumogné, depuis une dizaine d’années, un groupe de 300 indi¬
gènes originaires de la Grande-Comore qui, quoique vivant au
milieu des Makoi et des Mahoré, exactement dans les mêmes
conditions qu’eux, se montrent d’une façon continue réfractaires
à la filariose. Le fait inverse se produit aussi : les (( Makoi » et les
(c Mahoré » passant de Mayotte à Anjouan, continuent à être dé¬
cimés par la filariose. Il y a donc, suivant le cas, au point de
vue filariose, une sensibilité ou une immunité (conférée par la race)
qui ne disparait pas lorsque l’indigène s’éloigne de S07i pays
d’origine. Mon trop court séjour dans les Comores m’a permis
de constater ces faits, mais non de les expliquer.
149 —
Symptomatologie. P'réolîence des diverses for^^ies de la fila¬
riose. — Toutes les formes de la filariose se rencontrent aux Co¬
mores. L’enquête stir la fréquence des formes a surtout porté sur
les indigènes de Mayotte que j’ai eu l’occasion d’examiner presque
tous individuellement au cours des tournées de vaccine, des vi¬
sites sur les exploitations agricoles. La mise en vigueur d’un ar¬
rêté du Cotivernetir qui confère l'exemption d’impôt personnel à
tout adulte reconnu infirme m’a permis d’examiner tous les hom-
mes adultes de l’île, car tous prétextent une infirmité quelcon¬
que pour éviter de paver l’impêit; 3.000 indigènes ont pour ce
motif défilé devant moi et systématiquement chacun d’eux était
l’objet d’un examen approfondi au point de vue de la filariose.
Les résultats de ces examens sont les suivants: j’en ai trouvé
80 % atteints de manifestations fiiaricnnes dont la répartition est:
59 % éléphantiasis du scrotum toujours compliqué d’adéno-
lymphocèle et d’hydrocèle chyleuse.
12 % Ivmpho-scrotLim compliqué d’adéno-lymphocèle et accom¬
pagné d’éléphantiasis d’un des membres inférieurs.
5 % adéno-lymphocèle seul.
3 % éléphantiasis de l’un ou des deux membres inférieurs.
I % formes diverses (hématochvlurie, ascite chyleuse, abcès
lymphatiques).
II n’a jamais été rencontré de cas d' éléphantiasis de la verge
ou du membre supérieur. 11 résulte de ces examens que:
1“ Les formes observées se présentent toujours avec les symp¬
tômes classiques décrits par les auteurs.
2° Les formes isolées sont rares; il y a presque toujours asso¬
ciation de deux formes de filariose.
3“ La forme la plus fréquente de toutes est l’éléphantiasis du
scrotum, bien connue d’ailleurs des indigènes qui le désignent
suivant ses dimensions sous les noms pittoresques de <( gros la
grainé », « le coco u, u la bouée ».
4“ La filariose choisit de préférence comme siège le scrotum.
Cette prédilection a sur la race une influence néfaste c|ui réclame
certaines considérations: sur 100 indigènes pris au hasard, on en
trouve 71 dont le scrotum est altéré par la filariose (59 éléphan¬
tiasis du scrotum -f- 12 lympho-scrotum = 71). Or, l’altération
du scrotum s’accompagne forcément de lésions du côté des testi¬
cules et de la verge: t° les testicules sont, au bout d’un certain
temps, enfouis dans un tissu scléreux qui les enserre et les atro-
phie (faits confirmés à l’autopsie); dès que la lésion scrotale
a atteint un certain développement, les testicules perdent leur in¬
tégrité anatomique et fonctionnelle : cette altération des testicules
paraît se produire vers la 3® et 4® année après le début de la ma¬
ladie ; 2® la verge, dès que la lésion scrotale a atteint un poids
suffisant, disparaît dans une sorte de fourreau cutané produit
par la descente de la peau du pubis tirée par la tumeur scrotale.
Cette disparition de la verge se produit plus rapidement (au bout
de 4 ans environ) avec l’éléphantiasis du scrotum qu’avec l’adé-
no-lymphocèle, mais elle finit toujours par se produire dans les
deux cas.
Il résulte de ces lésions du côté des testicules et de cette dispa¬
rition de la verge C|ue tout indigène atteint d’éléphantiasis du
scrotum ou d’adéno-lvmphocète se trouvera au bout d’un temps
variable (3 à 4 ans en moyenne après le début de l’affection)
dans l’impossibilité de procréer, • soit que sa verge ait disparu,
soit que ses testicules aient perdu leur puissance spermatogène.
Or, on a vu plus haut que 71 % des indigènes se trouvent
dans ces conditions. J’ai interrogé tous les individus examinés
au ]3oint de vue des rapports sexuels: 35 % d’entre eux m’ont
avoué qu’ils ne pouvaient plus les pratiquer depuis un certain
nombre d’années, par suite de la diminution de longueur ou
de la disparition de leur verge.
Il y a donc 35 % de la population masculine qui se trouve
dans l’impossibilité de procréer? C’est là un minimum, car il
faut y ajouter une proportion élevée d’indigènes à qui il
reste encore une verge suffisante mais à qui les altérations testi¬
culaires interdisent tout résultat: j’estime cette dernière propor¬
tion à 15 %, ce qui fait donc au total 50 % de la population mas¬
culine qui ne peut pas avoir d’enfants.
Dans mes nombreuses tournées dans l’île de Mayotte, j’ai tou¬
jours a été frappé par le nombre très restreint d’enfants qu’on
rencontre dans les villages. Cette diminution de la natalité doit
être imputée en grande partie à la filariose siégeant sur le scro¬
tum, si l’on songe que c’est surtout entre 20 et 30 ans, c’est-à-dire
en pleine période procréatrice qu’apparaissent les formes de la
filariose.
Malgré les difficultés qu’il y avait à recueillir des renseigne¬
ments précis sur la natalité, puisqu’il n’y a pas à Mayotte d’état
civil régulièrement organisé, je me suis efforcé de connaître la
i5i —
courbe de la natalité dans ces dernières années: tous ceux que
j’ai interrogés (colons habitant depuis longtemps le pays, auto¬
rités indigènes, etc.) m’ont confirmé dans cette opinion que les
naissances diminuaient tous les ans, que la population de l’île sui¬
vait une marche régulièrement décroissante et que sa disparition
totale n’était plus qu’une question de temps. La filariose n’est
certainement pas la cause unique de ce triste état de choses, mois
c’est à elle qu'est réservée, a côté du paludisme et de la syphilis,
la plus grande part dans la dimimition de la natalité, puisque à
elle seule elle supprime le pouvoir procréateur de la moitié de la
populatio n mascu line .
Ces considérations résultant de mon enquête personnelle à
Mayotte peuvent s’appliquer en partie aux autres îles de l’archi¬
pel des Comores ; à Mohéli, la population masculine est atteinte
de filariose dans la proportion énorme de 90 % ; aussi, mon ca¬
marade de la marine, le docteur Dufranc, qui a visité à fond cette
île en 1907, a-t-il estimé avec raison que cette île n’aurait plus
un seul habitant dans une dizaine d’années.
A Anjouan, où la filariose est beaucoup moins fréquente
qu’à Mayotte, la population ne subit graduellement qu’une légère
décroissance, et enfin à la Grande-Comore où la filariose est rare
et le paludisme presque inconnu, la population croît régulière¬
ment tous les ans.
Thérapeutique. — La thérapeutique de la filariose est encore
bien obscure, j’ai essayé à Mayotte les traitements locaux et géné¬
raux les plus variés dont les résultats surtout négatifs m’obligent
à n’en rien dire: le seul traitement qui ait paru produire quelques
résultats est le traitement général par l’arsenic et ses dérivés (ca¬
codylates, arrhénal, etc.). Mon trop court séjour aux Comores,
en 1907, ne m’a pas permis d’arriver à des conclusions thérapeuti¬
ques basées sur des traitements longuement suivis; j’avais l’in¬
tention d’essa}'er l’atdxyl qui depuis a donné de bons résultats
(essayé à Queensland par O. Brien) (Journal of Tropical medi-
cinc, 1908, fasc. lo).
Comme tous les médecins qui ont servi dans les pays à fila¬
riose, j’ai tenté le traitement chirurgical de l’éléphantiasis du
scrotum, suivant les procédés dits d’AuiBEV, mais ce traitement
chirurgical très difficilement accepté par les indigènes n’est guère
qu’une curiosité de salle d’opérations qui, en débarrassant le ma-
îade d’une lourde tumeur, le soulage mais ne le guérit pas du tout.
i52 —
C’est par d’autres moyens encore à trouver, mais dont les tra¬
vaux de DimRUEL (traitement de l’éléphantiasis par le perchlo-
rure de fer) et de Castellani (injections de fibrolysine de Merck)
nous ont peut-être montré la voie: mais c’est surtout par une pro¬
phylaxie raisonnée encore à trouver dans tous ses détails, mais
basée sur la destruction des Culex, agents transmetteurs de la
microfilaire, Cju’il faut combattre le fléau qu’est la filariose.
Deux espèces nouvelles du genre
(( Aprocta » Linstow
Par A. RAILLIET et A. flENRY.
Dans le courant du mois de décembre dernier, M. le Rocs-
SEAC nous a remis pour détermination 3 mâles et 4 femelles
d’un Nématode recueilli par M. le D^’ Thoulox dans les sinus
préorbitaires d’une grande Outarde (Olis tarda L.) abattue, en
août 1909, sur les bords de l’Aouache (Abyssinie).
Ces Nématodes appartiennent à un genre encore assez peu
connu (Aprocta Linstow, 18S3), dont ils semblent bien repré¬
senter une espèce nouvelle. Itn voici du reste la description :
Aprocta crassa n. sp. — Le corps est épais, cylindrique, à peine atténué
tout près des extrémités, qui sont obtuses. Au premier abord, la cuticule pa¬
raît lisse, mais un fort grossissement révèle l’existence d’une très délicate
striation transversale.
La bouche est à 3 lèvres très aplaties, difficilement visibles, surtout chez
la femelle. L’œsophage, à lumière chitineuse triquêtre, est court (925 u chez
un mâle), étroit et très légèrement en massue.
Le mâle est long de 20 à 30 mm., épais do 800 à 950 u, à queue enrou¬
lée sur I ou 2 tours de spire très serrés se portant à gauche. Pas de papil¬
les ni d’ailes au voisinage du cloaque, qui s’ouvre à 180 p. de l’extrémité.
Deux spiculés courts, arqués, peu inégaux, longs respectivement de 335 et
385 p., à extrémité libre arrondie, à corps strié en travers et marqué sur toute
son étendue d’une ligne médiane longitudinale.
La femelle est longue de 35 à 50 mm., épaisse de i.ioo à 1.300 u,. La
vulve, légèrement proéminente, est située à 750 u de l’extrémité céphalique.
Le vagin forme, un peu en deçà de cet orifice, une forte ampoule remplie
d’œufs embimonnés. Ces œufs sont elliptiques, à coque épaisse de 3 u,5 ;
ils mesurent 55 à 60 u de long sur 28 à 30 de large. La coque est revêtue
à son intérieur d’une mince membrane offrant à l’un des pôles un petit
bouton semblable à celui qui s’observe chez les Ascaridia Duj.
En recherchant dans nos collections des éléments de comparai-
— i53 —
son pour l’étude de ce parasite, nous avons retrouvé des exem¬
plaires d’une autre forme du même genre, recueillie à Alfort, en
1885, dans les sinus sous-orbitaires d’une Corneille mantelée
(Corvus cornix L.). Nous en donnons également la diagnose:
Aprocta Diatroiieiisis n. sp. — Corps cylindrique, à extrémités arrondies.
'J'ég^ument lisse. Bouche munie de 3 lA’res aplaties. Gisophage long de 550 à
650 U (mâle), de calibre à peu près uniforme (100 p environ). Intestin très
dilaté à son origine, le diamètre atteignant près de 300 p ; après un court
trajet, il se rétrécit et ne tarde pas à se perdre parmi les circonvolutions des
tubes génitaux.
Le mâle est long de 21 à 24 mm., épais d’environ 600 p. Son extrémité
caudale est enroulée en une spirale très dense. A 165 p de cette extrémité
s’ouvre le cloaque, au voisinage duquel on ne remarque ni ailes, ni papilles.
2 spiculés courts, arqués, striés en travers, légèrement inégaux, l’un long
de 310 p, à extrémité libre arrondie, l’autre de 370 p, à terminaison plus
aiguë et exserte.
La seule femelle que nous ayons examinée était en fort mauvais état de
conservation, aussi n’avons-nous guère pu en étudier que les œufs : ceux-ci
sont elliptiques, à coque épaisse, présentant le bouton signalé dans l’espèce
précédente ; ils sont longs de 40 à 45 p, larges de 23 à 27 p.
Les caractères assignés au genre Aprocta (1) par von Linstow,
dans diverses publications de 1883 à 1905, peuvent se résumer
de la façon suivante :
Nématodes rappelant, par leur corps trapu, les Spinira, mais
ne se rattachant pas comme ceux-ci aux Seccrncnics ; ainsi que
les Filaria, ils appartiennent aux Resorbentes, car ils sont dé¬
pourvus de vai.sseaux et de pore excréteurs, et présentent des
champs latéraux surbaissés, occupant environ 1/6® de la circon¬
férence totale du corps. Œsophage court. Pas d’anus. Les 2 extré¬
mités du corps arrondies. Extrémité céphaliciue atténuée, sans pa¬
pilles, ni lèvres, ni dents. Extrémité caudale du mâle sans bour¬
se et sans papilles; spiculés petits, incurvés et un peu inégaux.
Vulve antérieure, située immédiatement en arrière de l’extrémité
céphalique, comme chez les Filaria. Œufs petits, à coque épais.se,
déjà embrvonnés dans l’utérus. — Habitat: orbite et cavités na¬
sales des Oiseaux.
Jusqu’à présent, six espèces seulement avaient été rapportées à
ce genre :
A. cylindrica Linstow, 1883, espèce type du genre, recueil¬
lie dans l’orbite du Petrœca cyanca ou Petrophila cyaniis, dans le
Turkestan (2);
(1) Ce nom aurait dû évidemment être latinisé sous la forme Aproctiis.
(2) Arcliiv /. Naturg., 4g. Jahrg., 1883, I, 2, p. 274.
A. orbitalis Linst., 1901, de l’orbite du Falco fuscoater ou Mil-
vus korschun; localité inconnue (i);
A. narium Linst., 1901, des cavités nasales d’un Biiteo sp.?
du gouvernement de Volhynie (2);
A. turgida Stossich, 1902, des cavités nasales du Larus argen-
tatus, en Sardaigne (3) ;
A. ophthahnophaga Stossich, 1902, derrière le globe ocu¬
laire d’un Falco sp. ? d’Abyssinie (4);
Enfin Filaria triciispis Fedtschenko, 1883, de la cavité abdo¬
minale (probablement des sacs aériens) des Corvidés et de divers
autres Passereaux. Von Linstow, en 1905, décrit cette espèce
sous le nom (FAprocta tricuspis, d’après cette considération que
l’anus fait défaut, ainsi que les papilles caudales du mâle (5).
L’étude que nous avons faite de cette espèce ne nous permet
pas de souscrire à cette manière de voir. En premier lieu, l’anus,
s’il est parfois assez difficile à reconnaître, existe bien réellement.
Et, d’autre part, l’absence de papilles caudales chez le mâle est
un caractère qui, à le supposer bien établi, n’a qu’une valeur très
relative. Par contre, le Filaria tricuspis, en raison de ses dimen¬
sions, de son double trident œsophagien, de ses spiculés iné¬
gaux, dont l’un est droit, l’autre spiralé, etc., se rattache, com¬
me nous l’avons antérieurement établi, à toute une série de Fila-
riidœ à laquelle nous avons donné le nom de Diplotriœna (6). A
nos yeux, il ne subsiste aucun doute sur les affinités réelles
de l’espèce: elle doit être exclue du genre Aprocta. et prendre
rang parmi les Diplotriœna. Il est possible, du reste, que von
Linstow ait été induit en erreur par la coexistence sur le même
hôte de formes appartenant aux deux groupes : la Corneille qui
nous a fourni V Aprocta matronensis hébergeait en effet des Di¬
plotriœna tricuspis dans ses sacs aériens abdominaux.
Mais il est une autre forme cpii nous paraît devoir être prise
en considération. En 1903, von Linstow décrivait sous le nom
de Lissoncma rotundatum n. g. n. sp. un Nématode récolté au
Siam, chez un Coucal (Centropus sinensis), dans un organe in¬
déterminé, mais autre que le tube digestif (7).
(1) Archiv f. mikrosk. Aiiat., T. 58, igoi, p. 188.
(2) Bnllet. Acad, impér. Sc. St-Fétershourg, 5® sér., XV, 1901, p. 276.
(3) Atti Soc. Ligiisi. di Sc. nai., XIII, 1902, p. 72.
(4) Ibid., p. 73.
(5) Archiv f. Naturg., 71, Jahrg., 1905, I, 3, p. 273.
(6) Ballet. Soc. Path. exot., II, 1909, p. 547.
(7) Archiv f. mikrosk. Anat., T. 62, 1905, p. 17.
I DD
Il donnait de ce nouveau genre la diagnose suivante:
Cuticule lisse. Tête et queue arrondies ; cjneue très courte.
Bouche à trois lèvres aplaties. Champs latéraux bas et larges,
sans vaisseaux. Pas de pore excréteur {Resorhcntes). Organes gé¬
nitaux remplissant tout le corps. Mâles à courts spiculés égaux;
pas de séries paires de papilles caudales. Femelles à vulve tout-à-
fait antérieure.
Or, si l’on met en parallèle cette diagnose et celle du genre
Aproctü, on ne peut manquer d’être frappé de leur similitude. Un
seul élément de quelque importance en marque la séparation : la
présence de lèvres dans le genre Lissonema. Mais on vient de
voir précisément que nous avons pu reconnaître l’existence réelle
de ces organes dans les deux espèces d'Aprocta que nous avons
étudiées. 11 est donc très vraisemblal)le qu’elle a échappé aux
observateurs (von Linstow, Stossich) cpii ont étudié les espè¬
ces précédemment décrites, et cette supposition nous semble d’au¬
tant plus justifiée, que tout d’abord nous avons pensé nous-
mêmes avoir affaire à des Nématodes sans lèvres.
De ce fait, nous nous croyons autorisés à conclure que le genre
Lissonema est identique au genre Aprocta, et que par conséquent
le premier de ces deux noms doit tomber en svnonymie.
Lissonema rotundatum devient alors Aprocta rutundata (LiNS-
Tow, 1903), et ainsi se trouve porté à S le nombre des espèces
d'Aprocta connues à l’heure actuelle.
L’hivernation des moustiques
dans la Chine du Nord
Par H. I. CAZENEUVE.
On est assez mal renseigné sur le mode de résistance des
moustiques au froid. Il est admis jusqu’ici que l’espèce se conserve,
durant les hivers rigoureux, d’une saison chaude à l’autre, par
l’hivernation des insectes adultes ou des larves.
L’hivernation des insectes adultes, dans les pays froids, est rap-
i56 —
portée par H. -F. Annett et DUTTON (i). Ces auteurs ont rencontré
des Anophèles maculipennis, durant l’hiver, en Angleterre,
dans des caves et des gardes-meubles. Ils n’ont vu que des femel¬
les toujours fécondées. Elles étaient engourdies par le froid, pas¬
saient des semaines sans prendre de nourriture. Lorsque la tem¬
pérature s’élevait, elles s’éveillaient, se nourrissaient, arrivaient à
pondre, pour mourir bientôt.
L’hivernation des larves, dans les pays froids, est décrite par
Galli ValeRIO et Narbel (2). Ces auteurs ont observé, près de
Lausanne, des larves d’^1. hifiireatiis, hivernant sous la glace,
en janvier, février et mars.
La conservation de l’espèce, par l’hivernation des œufs, est peu
connue. Il est cependant probable que c’est par ce mode, que
l’espèce se perpétue, lorsque l’abaissement de la température est
assez grand pour tuer les insectes adultes et les larves.
Les observations suivantes tendent à le montrer. Elles ont été
faites, dans des conditions particulières de température, à Chin-
van-tao, petit port de la Chine du Nord, sur la frontière du Chili et
de la Mandchourie.
La latitude de cette région (40° Nord) est celle de Naples et de
Madrid. Le climat est cependant bien différent. C’est un climat
sibérien, à 2 saisons extrêmes. Le renversement des deux saisons
se fait brusquement vers le 15 avril et le 15 octobre, sans saisons
intermédiaires, selon l’alternance rapide des vents du Nord et
du Sud.
D’octobre en avril, les vents glacés du Nord soufflent sur cette
région, qu’aucune hauteur n’abrite. C’est la saison froide, très ri¬
goureuse. La température moyenne est de -- 5° en novembre ;
de — 11° en décembre et janvier, avec des minima de — 32° ; de
- 7“ en février, de — 2° en mars. L’isotherme de janvier ( — ii°)
est celui de la partie Sud du Groenland et du Nord de Terre-
Neuve.
De mai en octobre, cette région est balayée par les vents sur¬
chauffés des pays tropicaux. C’est la saison chaude ; c’est aussi
la saison des pluies. La température moyenne est de 27° en juil¬
let ; de 28° en août, avec des maxima de 41° ; de 22° en septem-
(1) H. E. Anxett et Dutton, A prcllminary note on the hibernation of
mosquitoes, in Brit. ined. Journal, 27 avril iqoi.
(2) G.mLi V.ALLERio et N./\rbel, Etudes relatives à la Malaria, in Cent. /.
Baht., t. XXIX, 1895.
bre.. L’isotherme de juillet (27°), est celui, en juillet, d’une partie
du Sénégal et de la Guinée.
Durant l’été, les moustiques trouvent dans cette région une
tempéiature et une humidité favorables à leur pullulation, que
favorise encore la nature du sol. Une grande plaine basse, sillon¬
née de dépressions et de marais, borde le rivage. La végétation de
cette plaine est très pauvre ; elle est réduite à de grandes herbes
surtout abondantes le long des lignes d’eaux et de marais. En
septembre, la traversée de cette plaine, au lever et au coucher du
jour, est des plus pénibles. Les gens et les bêtes sont assaillis
par des tourbillons de moustiques. Dès le 15 octobre, après les der¬
nières pluies, l’eau disparaît peu à peu de ces marais. Vers le
i®’’ novembre, la terre est prise par la glace en une masse com¬
pacte et dure. Le dégel ne se produit que vers le 15 mars.
Que deviennent les moustiques ? Après le i®'' novembre, on ne
voit plus d’insectes adultes. Ils ne trouvent dans ces marais dé¬
serts aucune protection contre le froid. Les habitations sont dis¬
tantes de plus de 10 kilomètres, et séparées de ces marais par un
cordon de dunes assez élevées. Il est logique d’admettre que les
froids rigoureux tuent les insectes adultes.
On ne découvre pas de larves vivantes, hivernant dans l’eau
sous une couche de glace. Ces marais ne sont pas assez profonds,
pour qu’une couche d’eau puisse exister au-dessous de la glace.
La glace fait prise avec les herbes et le sol du marais, lui-même
gelé en surface. Dans ces régions, l’hivernation des larves sous
la glace, ne peut être qu’un fait d’exception.
On pouvait penser que les larves trouvaient un abri contre le
froid, dans l’épaisseur des premières couches de tourbe de ces
marais. La tourbe est gelée sur une hauteur de 50 cm. La recher¬
che des larves, dans cette tourbe gelée, est restée toujours néga¬
tive. On pouvait encore croire, que les larves fuyant à travers des
fissures importantes du sol, pénétraient dans les couches profon¬
des et rencontraient là une température et une humidité favora¬
bles à leur conservation. Sur les bords de ces marais, en effet, on
pouvait creuser des puits à i m. 20 de profondeur, dont l’eau
était à -1- 8°, alors que la température extérieure était à — 20°.
Nous n’avons jamais rencontré de larves dans cette eau.
Nous avons alors recherché, si les moustiques ne se perpé¬
tuaient pas, grâce à leurs œufs.
La démonstration directe de ce fait eût été la suivante : récolter,
i58 —
à la fin de l’hiver, des œufs de moustiques, à la surface de ces
marais, et les faire germer artificiellement. Cette démonstration
n’a pu être donnée sous cette forme simple. Nous ne sommes pas
parvenus à isoler des œufs de moustiques, parmi les premières
couches de tourbe au milieu de débris végétaux et de vase, que la
glace agglomère en un bloc dur et cassant.
Nous avons fait cependant les observations suivantes, qui ten¬
dent aux mêmes conclusions.
Nous avons prélevé, avant le dégel, dans la croûte glacée de
ces marais, plusieurs fragments de lO cm. d’épaisseur. Nous les
avons mis dans des ^’ases à conserves, au 3/q. remplis d’eau filtrée,
et capuchonnés de gaze à pansement, dont les mailles avaient
moins de i mm. de côté. Ces vases ont été placés dans une cham¬
bre dont la température était de 6°.
Ce n’est que i mois 1/2 après, vers le 15 avril, que des formes
animées nombreuses apparurent dans ces vases. A ce moment, la
température restait constamment au-dessus de 0°, avec des ma-
xima de 20° et de 22”. Parmi ces formes animées, il fut possible
de reconnaître 8 larves d’anophèles dans les 5 vases observés,
6 larves moururent ultérieurement ; 2 arrivèrent au stade adulte.
Nous avons suivi parallèlement l’évolution des moustiques dans
les marais. Le dégel se produisit du 15 mars au C'' avril ; l’eau
apparut peu à peu dans ces marais desséchés. Le 19 avril, on
pouvait récolter de nombreuses larves. Ces larves, placées dans
les mêmes conditions que les premières larves, mais dans de l’eau
de marais, arrivèrent pour la plupart au stade adulte. Elles ap¬
partenaient au genre Anophèles.
La durée du stade larvaire fut de 30 jours environ ; celle du
stade pupal de 8 à 10 jours. Vers le 1" juin, toutes les larves
étaient ou mortes ou transformées en insectes adultes.
En résumé, dans ces régions à hiver si rigoureux, la conserva¬
tion des moustiques par l’hivernation des insectes adultes ou des
larves, nous paraît un fait d’exception. Leur recherche est tou¬
jours restée négative. La conservation par l’hivernation des œufs,
dans l’humus glacé des marais, semble au contraire être le
fait général. Les œufs seraient dès lors le mode de résistance des
moustiques aux très grands froids.
Dans cette région le cycle annuel du paludisme est subordonné
à ce cycle annuel du moustique. Les premiers cas, survenant chez
des personnes arrivant de France, indemnes jusque-là de paludisme,
se produisent du 5 au 10 août. Leur nombre augmente lentement,
mais progressivement. Cette progression est beaucoup plus ra¬
pide en septembre ; le paludisme tend à devenir épidémique. Cette
expansion épidémique se manifeste jusque vers le 20 octobre. A
ce moment et très rapidement, on n’observe plus de nouveaux cas
de contagion ou de réinfection. Le froid fait disparaître les mous¬
tiques et arrête brusquement cette extension endémo-épidémique
du paludisme ; il est, pour ces pays, un merveilleux agent de pro¬
tection contre le paludisme.
Sur Lhivernation des mouslic|ues. Consulter:
St Cray : What becomes of the JMosquitoes during the dry
season, Journal of tropical med., II, p. 250, 1900.
V. L. Kellooo: Long life of mosquito larval. lintoinologica
ncias, X, p. 102, 1879.
J. Wrk;ht: d'iie résistance of the larva mos(|uito to cold. Bri-
iish mcd. Journal, 1, jd. S82, 1901.
R. Blancharu. Les Moustiques, p. 82.
indexed B. )«
Un procédé de conservation du vaccin
Far RitPIX
Tout le monde sait que la lymphe jennérienne perd sa virulence
d’autant plus rapidement que la température ambiante est plus
élevée et ciue c’est là, pour la pratique vaccinale, une source de
difficultés, C|ui peuvent devenir très-graves dans les pays tropicaux.
En étudiant la biologie du virus vaccin, nous avons observé un
fait qui est devenu le point de départ de la méthode que nous pro¬
posons. Si l’on enferme la pulpe vaccinale, dans une ampoule
scellée, en présence d’un réducteur convenablement choisi, on
obtient une survie qui, à température égale, est trois à cjuatre fois
plus longue que celle que procure la glycérine concentrée. Il est à
noter que la simple soustraction de l’oxygène, même aussi com¬
plète que possible, se montre entièrement inefficace dans les mê¬
mes conditions. Il faut la présence permanente d’un réducteur, et
il faut de plus que ce réducteur soit à l’état dissous, car les poudres
i6o —
de zinc ou de magnésium ne nous ont pas donné de résultats, non
plus que le platine colloïdal hydrogéné.
La liste des agents réducteurs connus en chimie, est longue,
mais quand on a écarté tous ceux qui possèdent un pouvoir anti¬
septique notable, le choix se rétrécit beaucoup. D’après nos essais,
nous pouvons recommander : i" l’apomorphine ; 2" la tyrosinase
additiorlnée de tvrosine, sur laquelle elle pt)rte l’oxygène disponible
dans le milieu, se comportant ainsi comme un réducteur.
La meilleure source de tyrosinase est offerte par les champi¬
gnons de la famille des Russules, notamment R. dclica, R. cmc-
lica, R. Quclclïi. On prépare une macération giycérinée de ces
champignons dans laquelle la tvrosinase conserve son activité au
moins un an. A trois centimètres cubes de pulpe, on ajoutera un
centimètre cube de cette macération et un centimètre cube d’une
solution concentrée de tyrosine, qui d’ailleurs se rencontre déjà
dans les sucs de certaines Russules. Il sera loon d’épuiser préala¬
blement la pulpe par de l’eau physiologic|ue pour en extraire les
matières protéiques solubles qui favoriseraient le développement
des microbes.
On peut compter qu’à la température de 38“ la virulence se main¬
tiendra pendant 12 à 16 jours, tandis que dans la glvcérine elle ne
dépasserait pas 4 à 5. Aux températures inférieures, la conserva¬
tion du vaccin sera favorisée dans la même proportion. La méthode
nous paraît donc appelée à rendre des services, non seulement dans
les pays chauds, mais meme sous les climats tempérés.
Les conditions d’isolement des lépreux dans la
région du plateau central à Madagascar (pro¬
vince de Tananarive).
Par Axdrk LAMOURLILX.
T. — Description c.Éoc.RAPHiorE so:\lmaire. Popclatiox. Lé-
l’REi'X ET LÉPROSERIES DE LA REGION. — La pi'ovince de Tananarivc,
comprise dans la partie centrale des hauts plateaux de Madagascar,
à une altitude moyenne de 1.200 m., a une superficie d’environ
ii.ooo km-. Elle compte environ 500.000 ha1)itants, dont 50.000
agglomérés dans la ville de Tananarive et le reste disséminé
dans plus de 2.000 villages ou hameaux.
Dans cette région vivaient, nominativement connus au jan-
\ ier 1909 (i), 1,221 lépreux des deux sexes.
A l’exception d’une centaine environ, tous ces lépreux sont ori¬
ginaires de la ]3r(rvince de Tananarive, ce qui représente dans
cette province environ 2,2 lépreux pour i .000 habitants.
Sur ces 1.221 lépreux, 197 sont libres et simplement soumis à
une surveillance médicale périodique ; 1.024 •'’Ont internés dans
tleux établissement spéciaux.
II. Lépreux internés. — De ces deux établissements, l’iin est
situé à 16 km. de d'ananarive sur la grande route de l’ouest;
c’est la léproserie d’Ambohidratrimo ; l’autre est situé à 25 km.
à l’est de Tananarive, c’est la léproserie de Manankavalv. La
première abrite 6r6 malades et la deuxième 408.
Les lociiiix. — Ces deux léproseries sont de véritables villages
composés de maisons et de cases entourées de champs de culture,
sans mur d’enceinte.
A Ambohidratrimo les logements sont constitués par de grands
dortoirs de 20 à 30 lits.
A Manankavalv, les maisons sont divisées en cases du type
malgache, dont chacune peut abriter une famille.
L’eau coule en abondance dans chaque village.
Les services généraux les plus indispensables ont été installés
et se composent pour chacune des deux léproseries:
1° D’une infirmerie de 15 à 20 lits où sont soignés les mala¬
des en période de pt)ussée aiguë ou atteints d’affections intercur¬
rentes ;
2" D’une salle de pansement;
3° D’une pharmacie;
4° D’une salle de bains dans laquelle on a donné pendant l’an¬
née plus de 3.000 bains chauds.
La léproserie d’Ambohidratrimo possède en outre une salle
d’autopsie, un local pour un petit laboratoire et une section dis¬
ciplinaire destinée aux lépreux condamnés de droit commun.
Une nourricerie pour l’isolement des enfants nés dans l’éta-
(i) Tous les chiffres qui seront donnés plus loin devront être rapportés à
la date du i®"' janvier 1909.
i62 -
blissement et un cimetière dans le voisinage complètent ces deux
léproseries.
Le régime intérieur. — Le cotichag'e des malades est assuré au
moyen de lits en maçonnerie de briques, sortes de socles s’élevant
à o m. 5 au-dessus du sol et recouverts d’une natte de jonc en
usage dans le pays. Une couverture complète ce lit.
Le vêtement comporte pour chac{tie malade une chemise, une
blouse et un lamba (i) de cotonnade, renouvelables au fur et à
mesure des besoins.
La nourriture fournie par l’administration se compose d’une
ration quotidienne de riz, de viande, de sel et de manioc. Les
lépreux cultivent, en outre, eux-mêmes autour de leurs habita¬
tions, les différentes sortes de légumes destinées à fournir le
complément de leur alimentation. Ils élèvent aussi dans le même
but des animaux de basse-cour.
Chaque malade est nominativement connu et identifié et donne
lieu de la part du médecin à l’établissement d’une fiche d’ob¬
servation clinique.
Dans l’intérieur des léproseries, les malades jouissent de la
plus grande liberté. La communauté s’administre elle-même,
comme les autres villages, elle a son chef et ses sous-chefs lé¬
preux.
On n’a pas opéré la ségrégation des sexes et les mariages se
font librement, sanctionnés par le Directeur de l’établissement.
Les enfants issus de ces mariages sont isolés dans une nourri-
ccrie annexée à la léproserie. La séparation des enfants et des
parents a été faite jusqu’à présent, tantôt immédiatement après
la naissance, tantôt après le sevrage seulement.
Les biens et les droits civils des malades internés sont ga¬
rantis par l’autorité administrative.
A certains jours de la semaine, les malades peuvent être au¬
torisés à recevoir la visite de leurs parents et amis. Ils peuvent
être aussi autorisés, sous certaines réservées de surveillance, à s’ab¬
senter de la léproserie pour quelque jours.
ITI. Lépreux soignés et surveillés hors des léproseries.
Sorties conditionnelles. — Grâce à l’existence dans la province
de Tananarive d’une administration de l’assistance médicale in-
(i) Sorte de grande pièce d’étoffe blanche ou de couleur voyante qui se
porte par-dessus le vêtement, un peu à la manière d’une toge. C’est le cos¬
tume national malgache.
digène solidement organisée, et grâce au concours d’un personn^
permanent de 23 médecins de colonisation indigènes, grâce aussi
au concours de l’autorité administrative, les lépreux non porteurs
de lésions ouvertes peuvent être, s’ils le demandent, rendus à leurs
familles; mais ils _\' sont astreints à des visites médicales pério-
dicpies. Ils se trouvent ainsi dans une situation assez comparable
à celle des individus soumis au régime du passe-port sanitaire ;
et leur lilterté est conditionnée au retour immédiat dans une lépro¬
serie dès qu’ils en reçoivent l’ordre du médecin chargé de les
visiter.
J’ai dit : (( s’ils le demandent ».
En effet, les lépreux, même lorsqu’ils ne sont pas porteurs de
lésions ouvertes, ne sont pas rejetés hors tles léproseries et ren¬
voyés malgré eux dans leurs familles.
l.’Autorité supérieure a pensé que tout individu atteint de lèpre
a de ce fait droit à l’assistance et à l’hospitalisation dans une
léproserie; les malades soignés dans leur famille n’avant droit à
aucun subside.
IV. Personnel, soins viÉniCAfx. — Le personnel des léprose¬
ries se compose, dans chacun des établissement précités, d’un
directeur français à Ambohidratrimo, d’une directrice et d’une
sous-directrice françaises à Manankavalv ; d’un médecin indigène
de colonisation et d’un infirmier indigène de pharmacie. En ou¬
tre, une vingtaine de lépreux des deux sexes, pris dans chaque
établissement parmi les plus valides, ont été exercés à faire des
pansements.
Chaque matin, le médecin indigène de colonisation fait, en
compagnie du directeur, la visite des maisons et des cases, et tout
en s’assurant de la propreté des locaux, il fait entrer à l’infirmerie
ou dirige sur la salle de pansements les malades qui ont besoin
de soins spéciaux ; il fait, en outre, toutes prescriptions médicales
nécessaires. Les pansements sont exécutés sous sa direction par
les infirmiers lépreux.
Examens bactériologiques . — Ifn raison de la grande quantité
de rhinites observées chez les lépreux, les médecins de colo¬
nisation ont été spécialement exercés à faire des pansements des
fosses nasales et à faire des frottis des sécrétions de celles-ci. Ces
frottis sont adressés à l’Institut Pasteur de Tananarive, pour la
recherche du bacille de Hansen. L’Institut envoie les réponses
sur des fiches spéciales. Cette partie du service a pris une grande
— 164 —
importance -et il v a entre la léproserie et l’Institut Pasteur un
échange continu de fiches et de frottis. On n’a pas fait seulement
des frottis de sécrétion nasale, mais aussi des frottis de lépromes
ulcérés, de n'itictis utérin ou vaiginal (1). Toutes ces licites sont
soigneusement conservées aux archives de l’établissement et pour¬
ront servir ultérieurement à des observations intéressantes. Ces
examens frécjuents et répétés permettent de renvoyer dans leurs
familles des lépreux qui ne sont plus porteurs de bacilles et que
l’on peut considérer comme temporairement guéris. Des instruc¬
tions de détail ont été données aux médecins de colonisation indi¬
gènes, relativement à ces examens. Ceux-ci servent aussi à con¬
firmer les diagnostics à l’entrée, car, en principe, tous les entrants
sont soumis à l’examen bactériologique.
V. Pxvois DE MALADES. Ad:\iission. SORTIES. — 1 es malades
sont envoyés de tous les points du territoire de la province par
l’autorité administrative, sur présentation d’un certificat du mé¬
decin le plus voisin (médecin indigène de colonisation ou méde¬
cin indigène lil:)re). L’admission définitive est prononcée par le
médecin indigène attaché à la léproserie. Les sorties condition¬
nelles sont prononcées par le médecin inspecteur de la province.
Celui-ci fait de fréquentes tournées dans les établissements pour
s’assurer de leur bonne tenue sous tous les rapports et de l’exé¬
cution de ses prescriptions.
. \Ajici, à titre d’indication, le mouvement des malades dans les
deux léproseries de la province de Tananarive pendant l’année
1908 :
254 entrées: 154 hommes, 76 femmes, 24 enfants;
196 lépreux ou lépreuses temporairement guéris sont sortis con¬
ditionnellement ;
98 décès ont eu lieu pendant l’année ;
loi malades ont été soignés à l’infirmerie pour affections in-
- tercLirrentes de diverse nature;
23 femmes lépreuses ont accouché de 23 enfants vivants non
lépreux, dont 5 sont morts en bas âge. Ces enfants ont été iso¬
lés à la nourricerie, les uns immédiatement après la naissance, les
autres après le sevrage.
(i) Je note en passant que sur une centaine d’examens d’org-anes génitaux
externes d’hommes et de femmes lépreux, je n’ai jamais observé de lésions
génitales imputables à la lèpre et que des frottis de mucus vaginal ou utérin
dans les cas suspects ont toujours été négatifs quant à la présence du bacille
de Hansen.
i65 —
Le nombre des journées d’hospitalisation s’élève à 353.550.
Le prix de revient d’une journée d’hospitalisation a été de
0,25 environ.
De la contagion de la fièvre jaune bénigne
Par W. DUFOUGERE.
Le remarquable rapport de la u Mission de prophylaxie de la
fièvre jaune de la Martinique », confirme en tous points le fait
que nous avons signalé à la Société de Pathologie exotique en
octobre 1908 {BiiUeiin du ii novembre 1908, page 530) à savoir
que la fièvre dénommée aux Antilles <( fièvre inflammatoire » est
une fièvre jaune atténuée c|ui, le plus souvent, est bénigne, mais
qui, dans certains cas et sous l’influence de certaines causes ac¬
tuellement connues, peut présenter une gravité inquiétante.
Pendant notre séjour à la Martinique nous avons eu l’occasion
de constater, en août 1903, une véritable épidémie de fièvre jaune
bénigne cpii a sévi sur toute la garnison de Fort-de-France et par¬
ticulièrement dans un fort où étaient logés des jeunes soldats nou¬
vellement arrivés. ^
r>e premier cas fut constaté chez un jeune caporal d’infanterie
('oloniale qui, 15 jours après son arrivée, fut pris d’un lumbago
intense accompagné de fièvre. Il fut évacué de suite sur l’hôpital
et, le lendemain de son arri^’ée dans cette formation sanitaire, il
présentait sur tout le corps une éruption généralisée rappelant un
peu la bourbouille: en même temps il avait de la photophobie,
du subictère, de l’asthénie musculaire et de l’albumine dans les
urines. I.es injections de quinine n’apportaient aucune améliora¬
tion dans son état qui dura 5 jours, après quoi la fièvre tomba
brusquement. Mais la convalescence fut longue et le malade qui
avait de l’asthénie complète ne put reprendre son service c|u’un
mois après.
Ce premier cas de fièvre jaune bénigne, qui fut, à cette épocgie,
diagnostiqué (( fièvre inflammatoire », fut suivi d'autres cas. Les
camarades de chambrée furent les premiers atteints; dans l’es¬
pace de 15 jours, tout le détachement du fort Desaix fut malade.
i66 —
personne ne fut épargné, pas même le capitaine et les lieutenants
du détachement. Les uns durent être évacués sur l’hôpital, les au¬
tres soignés à la chambre et leur indisposition ne fut que passa¬
gère.
Cette épidémie localisée dans un fort n’a rien de surprenant,
car les stegomvia abondaient dans cette caserne entourée (( d’her¬
bes de Para », plantée de manguiers et où les citernes à eau
étaient, à cette époque, constituées par de grandes cuves.
lùans le cours de cette même année, un cas de fièvre jaune se
produisit en ville. Il s’agissait d’un jeune parisien, M. R..., qui
se rendait à Haïti pour des affaires commerciales. Il eût l’idée de
s’arrêter à Fort-de-France pour visiter les ruines de Saint-Pierre
et prit pension, pour quelques jours, dans une maison bourgeoise;
8 jours après son arrivée, il fut pris de fièvre et de vomissements
accompagnés de lumbago et de photophobie. Cette fois encore
les injections de quinine ne donnèrent aucun résultat. Ce n’est
que le 14® jour de la maladie que l’ictère fit son apparition; ce
n’était pas du subictère, mais un ictère intense qui donnait aux
urines une teinte acajou foncé. Vers le 16® jour, le malade fut
pris du hoquet et il fut transporté sans connaissance à l’hôpital
civil où il mourut quelques heures après. On ne constata, à au¬
cun moment, ni vomissement noir, ni pétéchies post mortem.
Tous ses effets furent l^ridés ainsi que le matelas sur lequel il
avait couché, mais on ne prit aucune précaution d’isolement ab¬
solu. Malgré tout, ce cas mortel resta isolé et fut à peine signalé.
Nous avons tenu à publier les observations ci-dessus, qui dé¬
montrent clairement que la fièvre jaune, même lorsqu’elle est bé¬
nigne, peut prendre un caractère épidémique et présenter des cas
mortels qui ne diffèrent nullement des cas constatés au cours
d’une épidémie sérieuse.
Epidémiologie de la Variole
Par Zeferino MEIRELLES.
II
Vaccine et variole
Pendant la dernière épidémie, le grand problème de la vaccine
et de la variole a été une de mes préoccupations. Les tableaux
établis par mon interne José de Moraes Mello, d’après mes
observations, montrent les difficidtés à vaincre et l’insuccès des
résultats obtenus.
Tantôt il s’agit d’une jeune femme de 30 ans, instruite, de
bonne famille, ayant une variole discrète, c{ui finit prescjue sans
suppuration. Iflle affirme opiniâtrement n’avoir jamais été vac¬
cinée; l’examen de son bras révèle l’existence de 3 cicatrices vac¬
cinales, faites dans son enfance. Tantôt il s’agit d’un homme ho¬
norable, qui assure avoir été vacciné avec succès ; l’inspection
de son bras, tout déformé par l’éruption pustuleuse confluente,
ne laisse pas voir les cicatrices ; ce malade meurt et la vérification,
ciui devait être faite dans la convalescence, est différée à ja¬
mais. La déclaration du malade ne suffit pas, parce qu’elle n’est
pas toujours conforme à la vérité, et la vérification des cicatrices
vaccinales est souvent impossible à cause de la déformation de la
peau du bras par la petite vérole. Quelle importance scientifique
ont donc ces nombreuses statisticpies cjui remplissent les livres?
La conclusion s’impose: celui-là seul se fie à des statistiques
de vaccine et de variole ciui ne s’est jamais donné la peine d’en
faire une dans les infirmeries d’un hôpital de varioleux. Mes ta¬
bleaux ont été minutieusement établis et ne permettent cependant
pas de conclusions fermes. On y voit C|ue, parmi les vaccinés, il
V a moins de 5 ans et à cicatrices vérifiées, 2 ont contracté la
variole hémorragique, 21 la variole confluente, 21 n’ont présenté
cpi’une éruption discrète et 10 n’ont eu cpi’une varioloïde. Dans
un travail publié dans la Revisfa Mcdico-Cirurgica (i), nous
(i) Etudes cliniques sur la variole, Revisfa Medico-Ciriirgica do Brazil,
mai 1908, Rio de Janeiro.
i68 —
^'ivons démontré, avec des données d’observation clinique et par
la confrontation de l’évolution chez l’homme du vaccin et du
virus variolicjue, que la vaccine n’était, au point de vue clinique,
(pi’une infection locale de la peau, et que les phénomènes de
réaction générale se rattachaient au processus inflammatoire de
la pustule vaccinale, comme le démontraient clairement la lym-
])hangite et l’adénite concomitantes; que la variole, au contraire,
était une maladie du sang, dans sa première phase; que le virus
circulait dtins le liquide sanguin pendant les 3 ou 5 premiers
jours de la maladie, et, seulement après se fixait dans la peau,
t)ù il ac'hevait son cycle évolutif.
h'n outre de ('ela, la petite vérole est extrêmement contagieuse,
tandis ([ue la vaccine ne l’est nullement et ne se propage que
par ino;'idation directe. Si l’un des virus c'St absolument fixe et
l’autre molule; si l’un ne se développe ([ue dans la peau et l’autre
dans le sang, la conclusion à en tirer, faute de preuves contraires,
(*st (jue c'es 2 virus sont différents eau point de vue ('linicjue. Ils
sont encore différents parce que, inoc'ulés dans la ]:)eau humaine,
le vaccin reproduit la vaccine, et le virus varioleux la petite vé-
%
rôle, sans une seule exception, ce cjui constitue une preuve de la
fixité cites ioro])riétés pathogéniques, dissemblables de chacun.
Or, le seul virus Cjui c'onfère l’immunité c'ontre la petite vérole
est le virus varioleux. Donc', le grcund et obscur problème, qui
depuis un siècle peussionne tous les esprits, p.artcage les savants
de tous les pavs en vaccinistes et non-vac'c'inistes, se réduit à la
simplicité d’un dilemme: ou le vaccin est le propre virus vario¬
leux ou il ne Uest j)cas. Dans le j^remier cas, l’immunité consé¬
cutive à l’inoc'tilation vaccinale paraît scientific|uement démon¬
trée; dc'ins le c'as contredre, l’immunité devient illusoire.
Je dois consigner ici une observation qui m’a tellement frap¬
pé cjue j’c'u appelé sur elle l’attention de mes internes et même
tle quelcpies c'ollègues. L’évolution de la phase hématicjue de la
variole est semblable chez les vaccinés et chez les non-vaccinés.
T.a phase éruptive, cjui est bénigne, presque nulle ou rapide, et
peu pustuleuse chez les vaccinés, .alors même que la confluence
des macides et des papules fait prévoir une pustulation con-
flirente; elle est grave, au contraire, chez la plupart des non-
vaccinés.
Pour mieux éclaircir ma pensée, je rapporte ici l’observation
suivante :
Un Allemand àg'é de 45 ans, vacciné dans son pays lors de son entrée au
collège et revaciné plus taial au moment de faire son service militaire, fut
amené dans mon service. Il eût une fièvre élevée, 40°, avec céphalalgie et
rachialgie intenses, douleurs ;)ar tout le corj^s, vomissements, délire, etc.,
('omme tout autre variolcu.x. l.e 3® ou le 4® jour, tout son corps se couvrit
de macules et de papules variolic]ues tellement confluentes, qu’il n’y avait
guère de peau intacte, où l’on |)ût ])lacer la tète d’une épingle. Le diagnostic
de variole confluente s’imi)osait. J’invitai mon distingué collègue, le docteur
Julio Moxtkiko, à voir ce malade et il fut absolument de mon ojnnion. Kh
bien, malgré cette énorme confluence de macules et de ])ai)ules qui faisait
prévoir une |)ustidation confluente et abondante, une demi-douzaine seule¬
ment, au vis<ige et fi la ]joitrine, se ti ansformèrent en pustules de la gran¬
deur d’une tête d’éjnngle, au centre même de la j-apule ; toutes les autres
s'effacèrent ; leur couleur rouge s’assombrii progressivement jusqu’au
noir, en même temps que les macules diminuaient de diamètre, de façon quc“,
vers la fin de la maladie, l’.'vllemand avait le cor|)s couvert de points noirs
confluents (la peau pigmentée d ’héanatine).
On voit t(tie ht phase hématic[iie tle la petite vérole, chez ee ma¬
lade, vaec'iné et rewaeriné, se développa avee la même intensité,
avec les mêmes s^■mptômes que chez les non-waceinés ; la phase-
értiptive, jDtistideiise snrtotit, (pii, ('liez les non-\-ac('inés, est .sou¬
vent grave et abondamment purulente, fut nulle ou insignifiante
chez Itii. On eût dit qtie la {leau de cet homme était inaccessible"
aux atteintes dti virus varioleux. Je pourrais citer encore bien
d’autres cas, semblables à celui-là, de varioleux, tous vaccinés,
dont la phase hématique a été intense et dont la confluence d("
macules et de papules, indiepiant une infection grave, s’est ter¬
minée néanmoins par une pustulation nulle ou insignifiante.
Je ne me souviens pas d’avoir vu un seul cas semblable chez
des individus non-vaccinés ; je ne veux pourtant pas affirmer (pie
tous les varioleux vaccinés eussent présenté cette même anomalie.
Si, pour moi, il est difficile de comprendre ('omment la vaccine,
([Lie je tiens pour une maladie locale de la peau, peut empêcher
l’entrée du virus varioleux dans le ('orps humain et son dévelop-
[tement dans le sang pendant la phase hématique, je ne .sens ce¬
pendant aucune gêne à adniettre (pie l’atténuation de la phase-
éruptive, ou mieux, de la phase pustuleuse de la petite vérole,
chez les vaccinés, est énormément influencée par l’immunité vac¬
cinale de la peau.
Malheureusement, l’affluence de malades ne me permit pas
d’étudier mieux ce problème, dont je ne donne d’ailleurs ici
qu’une simple esquisse.
- 170 —
III
r’iÈVRE DE Sl’PPl'RATIOX DANS LA VARIOLE
Une autre question, qui a beaucoup attiré mon attention, a été
celle de la fièvre de suppuration dans la variole.
Dans mon étude de la Revista Medico Ciriirgïca (i), j’ai dit
que l’idée de la fièvre de suppuration était née d’une erreur d’ob¬
servation et cette td'firmation a semblé excessive.
Or, pour bien observer, en médecine, il faut partir des cas sim¬
ples pour aller vers les Ccus complexes.
Le virus varioleux est hémophile et septicémique, ce dont la
variole hémorragique donne le témoignage clinique le plus clair.
Dans la peau, ce virus développe ses propriétés pyogéniques,
comme le démontre la fin naturelle et fréquente de la variole par
l’éruption et la pustulation (variole éruptive ou pustuleuse). C’est
lui cpii fait la macule, la papule, la vésicule et la pustule moda¬
lités du même processus morbide de défense de la peau : la preuve
en est que le \-irus variolique est rencontré dans le pus des pus¬
tules. Le contenu des vésicules et le pus des pustules sont les
dépotiilles de la lutte phagocvtaire entre le virus variolique et les
éléments de défense de la peau, et non uniquement l’ouvrage des
pyogènes de la peau.
La fièvre, dans la période éruptive de la petite vérole, ne peut
absolument être provoquée par le virus variolique: d’abord parce
que, dans la peau, il est déjà atténué, et ensuite parce C[u’il v a
déjà probablement dans le sang, des anti-corps qui empêchent
toute reviviscence. Admettre le contraire reviendrait à nier l’im¬
munité dans la variole.
La fièvre, dans la période éruptive de la maladie, admet deux
causes principales: l’intoxication et la pyohémie. Dans les cas de
variole discrète, par exemple, à pustules rares (cas simples), il n’y
pas de fièvre, la période pustuleuse est apyrétique ; le malade,
parfois, ne garde même pas le lit, parce que la peau, intacte dans
sa plus grande partie, continue à fonctionner naturellement, ce
qui éloigne le danger des autointoxications. Cependant, lorsqu’il
arrive au malade d’écraser une ou plusieurs pustules, en laissant
le derme à nu et sans protection, une infection pvogénique peut
alors survenir et, avec elle, la fièvre, àlais cela n’arrive que dans
(1) Loc. cit.
— lyi --
les périodes avancées Je la suppuration, lorsque les pustules sont
déjà formées et même mûres.
Dans la variole confluente (cas complexes) la fièvre est la règle
dans la période de suppuration, parce que la peau, lésée
dans ses deux tiers, ne peut alors fonctionner, ce qui favorise les
auto-intoxications, dont périssent beaucoup de malades de variole
confluente,
11 nous paraît indéniable cpie l’auto-intoxication soit une des
causes pyrétogéniques les plus évidentes dans la variole con¬
fluente. L’éruption, dès son commencement, modifie profondé¬
ment et amplement l’intégrité de tout le tégument externe; le
contenu liquide et le pus des pustules forme une couche isolante,
qui empêche la peau de fonctionner, d’exhaler. Ces deux causes
font que les toxines ainsi retenues dans l’organisme, déterminent
une auto-intoxication. L’élévation thermique en est l’expression
synrptomatique, comme cela arrive dans les grandes brûlures.
L’autre cause fréquente de la fièvre, dans la période éruptive
de la variole confluente, est la pvolrémie.
La confluence des pustules affaiblit énormément l’élasticité
de l’épiderme ou en détermine même la gangrène en plus d’un
endroit de la surface. l>e tégument se détache au moindre con¬
tact ou tombe spontanément sphacélé en plus d’une place; l’infec¬
tion pyohémique ne se fait pas attendre et l’élévation de la tem¬
pérature en est le svmptome caractéristique.
Il n’y a donc, pas de fièvre de suppuration dans le sens où ce
facteur morbide était considéré, comme inhérent à la période érup¬
tive, comme symptôme inséparable du processus suppuratif; il
ne s’agit que de la fièvre d’auto-intoxication ou de pyohémie,
survenant dans la période éruptive de la petite vérole.
(Hôpital Sâo Schüstiao, Rio de Janeiro.)
Nouveau traitement du typhus exanthématique
par les abcès de fixation (94 ojo de guérison)
Par T. MORSLY.
Comme suite à notre eommunicati(jn élu lo octobre dernier,
nous avons l’iionneur d’adresser à la Société de Ptithologic exo¬
tique, une nouvelle série de 50 c'as de tvphus exanthématique
traités par la méthode des ahc'ès de fixation.
Nous avons soigné s}'stématic|uement, à Pexciusion de toute
autre médication, par les injc'c'tions d’essence de térébenthine tous
les cas cpu se sont présentés à nous depuis la reprise de l’épidé¬
mie tc'int au lazcuret de l’hôpital de C'onstantine que dans notre
clientèk' partic'ulièix*. Nous avons eu 47 guérisons et 4 décès, soit
44 % de succès.
Ce résultat plus favorable encore cpie celui de notre première
série paraît devoir être attribué à l’emploi plus précoce du trai-
tenient. L’injection d’essence de térébenthine a généralement été
faite dans la première semaine de la maladie. La maladie a géné¬
ralement évolué plus rapidement dans ces conditions et les phé¬
nomènes généraux ont été amendés.
C'omme d^ms notre première série, nous avons noté que les dé¬
cès étaient survenus chez les malades 011 l’al:)('ès ne s’était pas pro¬
duit, témoignant d’un organisme trop affaibli pour utiliser un
mode supplénientaire de défense.
Xous pouvons donc maintenir nos premières conclusions; sa¬
voir C|ue les abcès de fixation demeurent le traitement de choix
du t}4ohus exanthématique et soidiaitons que d’autres praticiens
nous apportent le concours de leur expérience dans cette voie.
Constantine, le 77 février igio.
— 173 -
Nouveaux appareils cryogènes de laboratoire
Par RËPIN
Le nombre toujours croissant des laboratoires qui s’installent
sous des climats chauds où il est indispensable de recourir au froid
artificiel, nous a engagé à poursuivre la réalisation d’appareils fri¬
gorifiques adaptés aux besoins de ces établissements.
Comme ces appareils doivent fonctionner d’une manière conti¬
nue, tout en n’exigeant qu'un minimum de surveillance, d’entretien
et de dépense, il n’y a pas à songer aux machines actionnées par
un moteur. Restent les machines dites à affinité. Il n’en existait
jusc|u’ici qu’un seul type, la machine à absorption d’ammoniaque
par l’eau (système Carré'. Le principal inconvénient de ce sys¬
tème est que le gaz ammoniac, quand il faut le redistiller, entraîne
une proportion de 25 0/0 d’eau, ce qui introduit de graves irrégu¬
larités dans le fonctionnement de l’appareil.
Nous avons dû faire appel à un principe nouveau, l’absorption
de l’anhvdride sulfureux parle camphre.
I.e camphre absorbe jusqu’à 30 0/0 de son poids d’acide sulfu¬
reux, en passant à l’état liquide, mais sans C|ue sa constitution
chimique soit altérée.
Il suffit ensuite de chauffer ce mélange à loo' pour faire dégager
tout l’anhydride sulfureux. Comme le camphre ne bout qu’à 204'
il n’y a pas à craindre que ses vapeurs soient entraînées en pro¬
portion sensible. La liquéfaction du gaz acide sulfureux se produit
sous une pression de 3 à 4 atmosphères suivant la température
extérieure. Avec le gaz ammoniac, la pression serait trois fois plus
élevée.
Lîn appareil frigorifère basé sur ce principe comprend trois
organes : a) une l)outeille en acier servant de réservoir d’acide
sulfureux liquide ; b) une enceinte isolée de dimensions variables,
dans laquelle le froid est produit et entretenu par l’ébullition de
SO^ ; c) un récipient clos en fer renfermant le camphre c|ui joue le
rôle d’absorbant vis-à-vis de l’acide sulfureux.
La chambre froide peut avoir les dimensions d’une armoire-
glacière ; le froid étant engendré dans un radiateur par l’ébullition
i3
174 —
de SO- qui arrive goutte à goutte du réservoir. Cet appareil ne
peut produire qu’un abaissement de température de même ordre
que celui que l’on obtient dans les armoires-glacières ordinaires.
Nous avons pensé qu’il serait plus utile, surtout pour des labo¬
ratoires de bactériologie, de posséder une chambre froide de di¬
mensions très réduites, mais oii la température se maintiendrait
constamment au-dessous de ob Nous avons donc constitué cette
chambre avec un vase cylindrique en verre semblable à ceux qui
servent au transport de l’air liquide. La partie inférieure de ce
vase est occupée par une boîte métallique qu’on remplit d’acide
sulfureux liquide et qui est reliée par un tube au condenseur.
L’isolement est tellement parfait que l’ébullition de l’acide sulfu¬
reux se prolonge pendant plusieurs jours, au bout desquels il suffit
de tourner un robinet pour recharger l’appareil. Quant à la redis¬
tillation de l’acide sulfureux, qui est aussi une opération très sim¬
ple, puisqu’il n’}' a qu’à allumer un réchaud à gaz ou à pétrole
placé sous le condenseur, elle ne se fait qu’à de longs intervalles,
un mois et plus.
Cet appareil, qui n’avait point encore son équivalent dans le
matériel des laboratoires, et que nous avons dénommé» Crvostat »
se prête notamment aux applications suivantes :
Conservation à très longue échéance des microbes, des proto¬
zoaires, des levures, en évitant les repiquages ou les passages par
animaux et en assurant mieux la constance de la virulence ; plus
spécialement, préservation de la lymphe vaccinale, des moelles
rabicjues et des vaccins vivants dont il est nécessaire d’avoir des
stocks permanents.
Conservation des substances organiques fragiles : ferments,
diastases, antitoxines, matériaux pour la déviation du complé¬
ment, etc.
Expériences de biologie mettant en jeu l’action prolongée du
froid : hibernation de divers invertébrés ou de leurs œufs, des
spores de champignons, des graines, etc.
Dans les cliniques chirurgicales : conservation de fragments de
vaisseaux, de peau, de surfaces articulaires, de nerfs, etc., en vue
de la greffe hétéroplastique.
Un Crvostat fonctionne depuis quelque temps à l’Institut
Pasteur.
173 —
L’Alcoolisme en Nouvelle-Calédonie
Par Ch. NICOLAS.
l{n prenant la moyenne des chiffres officiels des années 1907
et 1908, on peut constater qu’il est introduit annuellement en
Nouvelle-Calédonie, les cpiantités moyennes de boissons sui¬
vantes :
Sortes
de
boissons
I. VINS
Vins en cercles.
V’ins en caisses.
Champ , et inonss
Soit au total
pour les vins.
Ouanfilés Val. déclar. en Val. approxim. des
douane comme prix droits acquittés à
diverses d’achat à la prod . l’entr. de la Colonie
12. GH'! barr. ou 2.853.400 lit. 932.710 francs
2.088 caiss, ou 25.o5Gl.oub. 44.782 »
375 » ou 4. 7t>4 38.o83 »
380.4G0 francs
6.2G4 »
7 . 5oo »
2.888.210 lit . 1.015.575 »
394.224 »
2» ALCOOLS
tlhums, tafias eaux-
de-vie, whisky, etc.
liq . alcool is., alcools
en alcool pur. . 4^.178 litres 52.37,5 francs i58.3oo francs
en effet, celte quantité transformée ou ramenée au titre moyen de consommation
de 4o“. représente un débit effectif de 107.940 litres (|ui ont payé en douane
environ :
pour 1/3 à 4o" et en caisses ou 35.980 litres (à 4o“) 71 960 francs
pour 2/3 en aie. pur et cerc.oii 28.780 litres (à loo") bG.34o francs
i58.3oo francs
3» ABSINTHE
Volume effectif. . 50.G75 litres ou bout. 98.882 francs iSa.oaB francs
et si nous additionnons ;
Valeur déclarée d’acbat -(- droits aciiuittés ;
Vins . 1.015.575 francs + 394.224 francs “ 1.409.799 francs
-Alcools (sauf absint.) 52.37» » + i58.025 » — 210.675 »
Absinthe .... 98.882 » + iSa.oa» » — 251.897 »
Fret approximatif de ces 8.046.825 litres de boissons,zr: 270.000 »
Nous trouvons comme pri.x de revient de tous ces liquides sur -
quai, à Nouméa, le chiffre imposant de 2.141.871 francs
Mais si l’on veut tenir compte du coulage, de l’intérêt de
l’argent, des frais généraux du commerçant calédonien reven¬
deur au consommateur, soit au détail, soit au demi-gros, et sur¬
tout de ses aléas et de son ju.ste bénéfice, il n’est pas exagéré de
majorer ce chiffre de 20 % seulement.
— 176 —
Avec cette majoration modérée, il devient 2. 570-245 frîmes.
Ainsi, c’est pins de deux millions cinq cent mille francs que
chaque année les Calédoniens déboursent pour leur consommation
en boissons.
Cependant, cette colonie, depius 2 ou 3 ans, se débat dans une
des crises de marasme financier, industriel et commercial les
plus graves qu’elle ait encore traversées, et sa population n’at¬
teint pas un nombre élevé d’habitants.
Si nous prenons pour base le recensement de 1906 et tenons
compte du départ d’une grande partie des fonctionnaires de l’Ad¬
ministration pénitentiaire qui abandonnent peu à peu ce pays, et
des exodes de petits commerçants et colons, à peine compensés
par les naissanc'es, nous pouvons écrire sans crainte d’erreur gros¬
sière, cju’il y a actuellement en Nouvelle-Calédonie:
[2.000 blancs, hommes libres, dont moitié environ à Nouméa
et moitié dans ta brousse ;
[4.000 Canaques, dans les tribus de la Grande-Terre;
2.000 immigrants de couleur engagés chez les Européens, en¬
viron ;
4.364 libérés, anciens détenus aujourd’hui libres ou demi-li-
• b res.
Soit un total de
32.364 personnes, dont 16.000 composés de C^inaques et i;nmi-
grants de couleur ne sont que des consommateurs irréguliers,
quoique non négligeables.
(C’est intentionnellement qu’il est fait exception des îles Loyal-
ty, parce cpie ce sont des réserves indigènes peuplées de 1 1 .000 à
12.000 Canaques très sobres, clico eux, et que la consommation
des vins et spiritueux v est pour ainsi dire nulle.)
Mais en raison de la diversité même de cette population : cita¬
dine, minière, agricole, libre, pénale. Canaques, Asiatiques, il
est à peu près impossible de fixer la part exacte de boissons con¬
sommées par chacun. Mieux vaut donc examiner par qui sont
débités ces liquides et comment ils sont consommés.
Ces boissons sont débitées :
A Nouméa par 68 commerçants, dont 44 débits et 32 restau¬
rants et dans l’intérieur par 98 commerçants, dont 61 débits et
37 restaurants. Mais à ce chiffre il faut ajouter, dans Nouméa,
quelques débits clandestins, et dans la brousse la presque tota¬
lité des petits commerçants, soit environ 260 patentés qui, munis
— 177 -
lie licence ou non, vendent tant au détail qu’à emporter; et c’est
ici surtout qu’il y a lieu d’ajouter un nombre considérable de dé¬
bits clandestins.
Dans toute agglomération, comme celle d’une mine ou celle que
provoque momentanément l’exécution de quelque travail, la plu¬
part des ouvriers: blancs libres ou libérés Asiatiques, Japonais ou
autres, se mettent à vivre en popote et, de restaurateur improvisé,
le chef de popote devient immédiatement un débitant clandestin.
D’ autre part, presque tout colon se double d’un cabaretier pourvu
ou dépourvu de licence le plus souvent, et presque toute exploi¬
tation minière, à de rares exceptions près, est entourée ou enva¬
hie par une nuée de débits clandestins quand elle ne les attire
])as parfois, ou ne se transforme pas elle-même en débitante.
• Comment sont consommées ces boissons :
A Nouméa, comme dans beaucoup d’autres villes des colonies,
trop de personnes sans doute font abus ou usage de boissons al¬
cooliques. Il n’est pas ici question, bien entendu, de l’ivrognerie,
A’ice inconnu des gens de bon ton et bonne société, et même de
la majorité de la population, si l’on considère l’excessive rareté
des procès-verbaux pour ivresse contre l’élément libre.
Malheureusement, ils sont encore trop nombreux ceux qui, deux
fois par jour, croient accomplir un rite en sacrifiant à l’heure verte
ou apéritive quelconque. Mais ce mal n’est pas spécial à la colo¬
nie; trop commun en France, il est simplement plus commun en¬
core et plus excusable ici, sous un climat chaud et où à force de
dire <( l’heure de l’apéritif », on finit par croire à cette vertu apéri¬
tive, d’autant plus aisément qu’on en a davantage besoin.
Tve libéré, généralement, boit plus qu’il ne mange, dès que son
salaire le lui permet, et se grise consciencieusement à chaque
paye quand il voit, hélas! des jours de paye. C’est sa seule dis¬
traction, son seul plaisir, peut-être parfois sa seule manière d’ou¬
blier.
Le Canaque qui fréquente et imite beaucoup plus le libéré que
quiconque, ne manque pas, par imitation, une occasion de s’eni¬
vrer.
En ville, malgré la rigueur des règlements difficiles à faire
observer à certains moments par une police peu nombreuse, les
rencontres d’ivrognes ou d’indigènes seulement avinés sont fré¬
quentes. Ceux qui en douteraient seraient sans doute les premiers
à hésiter à faire, le soir, un tour sur les quais sans un bon gour-
- 178 -
clin: M. G..., pharmacien militaire, vient d’en faire la cruelle ex¬
périence. Et quand le vapeur qui assure le service mensuel des
îles Loyalty quitte l6 quai, le 15, à g heures du soir, il est parfois
scandaleux, pour peu cju’il v ait à embarcpier cpielques engagés
rentrant aux îles, leur service fini, de voir la plupart de ces gens
plus ou moins pris de vin et dont on est obligé de pousser cer¬
tains à bord à coups de poing pour en avoir raison.
C’est encore à Nouméa que, parfois, descendent mineurs ou
colons, la poche garnie pour leurs achats. Pour quelques-uns,
car, hélas, l’argent est rare, c’est une occasion de passer quelques
bonnes soirées et parfois de s’amuser. S’amuser! avec qui, et où ?
Un beuglant affreux et des bars où l’on n’obtient les faveurs fre¬
latées des filles qu’à coups de consommations! S’amuser consis¬
tera donc à vider des bouteilles.
Dans la brousse, nous avons vu déjà que tout colon qui se res¬
pectait, avec ou sans licence ou titre bien régulier, se doublait
d’un cabaretier, profession bien française. 90 % des colons tien¬
nent ainsi un magasin approvisionné de marchandises usuelles, et
surtout vin, absinthe, alcools. Leur personnel, composé de libérés,
d’Asiatiques ou de Canaques, doit, en effet, se fournir de tout ce
dont il a besoin chez son employeur; c’est ici une mode, une rè¬
gle chez le petit colon, comme dans la plupart même des plus
grandes exploitations minières: le salaire sorti de la caisse du
bureau le samedi doit être revenu à la caisse du store ou du débit
le ^dimanche soir. Tl n’y a, à cette règle, que de bien rares et
d’autant plus louables exceptions.
T.es Canaques des tribus voisines sont pour le colon-commer¬
çant des clients tout trouvés. Leurs cafés, coprahs, poules, co¬
chons, sont apportés au store, pesés (de méchantes langues disent
même que certains colons ont des poids pour l’achat, et d’autres
pour la vente), bref, pesés et payés... en marchandises, c’est-à-dire
le plus souvent en vin ou en alcool.
J’ai vu convenir du prix de 150 francs pour un cheval, réglé
avec deux caisses de vin. C’est d’ailleurs quand l’indigène est
gris que certains colons font avec lui les meilleures affaires.
Le vin ordinaire, qui revient ici à o fr. 50 le litre, lui est re¬
vendu, après mouillage, i franc. Mais, que l’acheteur soit ivre,
et le prix du litre monte à i fr. 50 et 2 francs, en même temps
que diminue la capacité de la bouteille.
Certains trafiquants iraient jusqu’à couper ces gros vins, pe-
— 179 —
sant de 12 à 14 degrés d’alcool, avec de l’infusion rouge de palé¬
tuvier. Un litre de vin additionné d’un verre de rhum se vend
5 francs aux Canaques; c’est un prix fait. Le litre d’alcool à go°,
et coûtant environ 4 francs, coupé de moitié eau est revendu à
45° 5 francs. Quelques très rares colons mêmes distilleraient peut-
être des produits et fruits de leurs récoltes.
Tels sont les prix pratiqués et les boissons couramment ven¬
dues aux indigènes.
Ce serait peu connaître l’intérieur de la colonie, la brousse, que
de s’étonner qu’il en soit ainsi, malgré la prohibition de la vente
de l’alcool aux indigènes.
. L’application de ce règlement est ici très difficile avec les
mœurs acquises, tant des colons que de beaucoup d’entreprises
minières, et la difficulté est grande pour le gendarme de sévir
contre tout le monde; il ferme les yeux tant qu’il n’a pas la main
forcée.
D’ailleurs, souvent isolé, il est tributaire parfois lui-même,,
pour ses vivres, ses transports de marchandises et objets usuels,
de son voisin, cabaretier influent, parfois maire de la circonscrip¬
tion. Quelquefois même, pour acheter son silence, ce voisin a-t-il
un soir, au cours d’une partie de cartes innocente, grisé ce brave
gendarme seul dans la brousse, loin de toutes distractions. C’est
ainsi que nous avons pu voir un domestique chargé d’une com¬
mission au store voisin, en revenir, un dimanche soir, absolu¬
ment nu, les vêtements lacérés par une bande d’indigènes ivres ;
une autre fois, nous fûmes appelé à soigner un libéré roué de
coups, ayant deux côtes cassées, par la même bande d’ivrognes,
et sans que le gendarme intervînt. Il est vrai que, pour le remer¬
cier de sa mansuétude vis-à-vis de leur cabaretier, les mêmes indi¬
gènes assaillirent le même gendarme un soir d’ivresse, à coups
de pierres et bâtons, faillirent le désarçonner et il ne dut de leur
échapper, laissant à terre sa montre et son képi, qu’en déchar¬
geant par trois fois son revolver.
Nous avons vu un colon-débitant, voisin d’une mission, aller
à la messe pour pouvoir, à la sortie, aborder ceux des indigè¬
nes qu’il sait avoir touché quelque salaire; il les invite à pren¬
dre chez lui un premier verre qu’il offre, mais qui est suivi de
nombreux autres que les Canaques, ivres de suite sous l’effet
d’un premier verre de vin additionné d’alcool, paient dès lors à
tous venants jusqu’à épuisement de leurs économies.
i8o —
Maintes fois circulant le dimanche après-midi, vers le soir, sur
les sentiers de notre circonscription médicale, nous avons été
écœurés de rencontrer à proximité de certains débits de colons
des files d’indigènes cherchant à regagner leurs tribus, titubant,
criant, se livrant à des saletés d’ivrognes; ou bien, aux alentours
même du store, des groupes d’hommes, de femmes, ivres ou à
demi-ivres, assis ou étendus, ou dansant un vague et obscène
pilou-pilou.
Et ceci est tellement entré dans les mœurs que nous avons vu
une honorable mère de famille, qui a occupé une situation à Nou¬
méa et s’est retirée sur ses terres, s’arrêter avec ses grandes filles,
de fort bonne éducation d’ailleurs, et regarder un jour, souri m-
tes, amusées, ce spectacle, sans qu’aucune d’elles eût aux plis les
lèvres ou aux veux, la moindre marque de dégoût ou de répro¬
bation.
Et après cela, colons et mineurs s’écrient que les Canaques
disparaissent, qu’ils ne fournissent plus qu’une mauvaise main-
d’œuvre, c|u’ils sont paresseux, débauchés; et ils s’étonnent!
Le remède à cette situation :
Mettre à l’entrée de la colonie des droits quasi-prohibitifs sur
tout ce c^u’il est impossible d’étiqueter du nom trompru' de
« boisson hygiénique » et, en premier lieu, sur l’absimhe ;
Elever encore les droits sur le vin, qui n’est vraiment pas de
pœmière nécessité, mais presque un luxe sous ce climat tem¬
péré ;
Exiger par une surveillance active que tous, colons ou commer¬
çants, soient imposés des patentes et licences qui leur conviennent
réellement, ce qui ne saurait être regardé par eux comme autre
chose qu’une simple mesure d’équité profitable au budget;
Obtenir de la police ou gendarmerie que tout ivrogne, blanc ou
de couleur, se voit dresser procès-verbal, sans considérations
étrangères, conformément aux lois et arrêtés existants ou à venir
sur l’ivresse;
A propos de tout cas d’ivresse s’enquérir de l’endroit où a été
consommée ou simplement acquise la boisson, pour atteindre,
quand il y aura lieu, le vendeur en même temps que l’ivrogne;
Qu’une contravention répétée entraîne suppression de toute
patente ou licence ;
Attribuer aux agents de l’autorité une prime légitime sur tou¬
tes amendes ou contraventions pour ivresse ;
Faire donner annuellement aux élèves des collèges et écoles,
par leurs professeurs ou instituteurs, une ou plusieurs conféren¬
ces sur l’alcoolisme et ses dangers; charger au besoin le service
médical de ces causeries, soit aux élèves, soit même aux profes¬
seurs et instituteurs réunis;
Donner la même éducation anti-alcool icjue aux moniteurs indi¬
gènes.
Et, malgré ces mesures, si jamais on les prend, il conviendrait
de ne se faire aucune illusion :
On ne convertira jamais à la sobriété les libérés qui, d’ailleurs,
disparaissent peu à. peu;
On ne sauvera pas davantage de l’alcoolisme la race canaque
presque anéantie; tout au plus ses derniers survivants en bénéfi'
cieront-ils ;
Mais on moralisera peut-être ainsi le colon, et ne ferait-on que
lui ouvrir les yeux dans une génération ou deux, que ce serait
une fin suffisante.
i82 —
Mémoires
1. — Paralysie deltoïdicnne de nature palustre
11. — Evolution chez le même sujet du paludisme
tierce primaire en paludisme tierce secondaire
(^avec présentation des malades)
Par A. BILLET.
1
(En collaboration avec M. Bressot.)
Le premier malade que je vous présente, le sergent Lem,.., du
régiment colonial, âgé de 31 ans, est atteint, comme vous pou¬
vez en juger, de paralvsie assez prononcée du muscle deltoïde
droit.
En effet, la fonction propre à ce muscle, l’abduction, bien que
notablement récupérée aujourd’hui, est encore très limitée. Il ne
peut guère écarter le bras du corps que de 30° environ, ce qui le
gêne considérablement pour effectuer certains mouvements, com¬
me, par exemple, celui de porter la main derrière la tête ou en¬
core d’exécuter le salut militaire. Il existe, en outre, i cm. envi¬
ron d’atrophie par comparaison avec le deltoïde gauche.
Les mouvements du Grand rond, du Petit rond et du Biceps,
autrement dit : la rotation du bras en dedans et en dehors et la
flexion de l’avant-bras sur le bras sont conservés.
En un mot, nous avons affaire à une paralysie du deltoïde,
due probablement à une névrite du circonflexe.
Quelle est l’origine de cette paralysie?
Chez notre malade, qui a pourtant effectué de nombreuses cam¬
pagnes, en Cochinchine, en Chine, au Tonkin, et finalement au
Sénégal, nous ne trouvons aucun antécédent, ni syphilitique, ni
alcoolique, ni hystérique, ni dysentérique.
Le:\i... a été traité, en Chine, pour de la balanite, accompagnée
de quelques chancres, mais le tout disparut au bout de quelques
jours. En tout cas, nous n’avons constaté aucune cicatrice de
chancre syphilitique, ni d’accidents secondaires ou tertiaires de
la syphilis.
Il n’en est pas de même du paludisme. Déjà, à Saigon, puis
en Chine et enfin au Tonkin, de 1901 à 1904, il aurait eu des
accès intermittents très nets. Mais, au retour du lonkin, pendant
les 4 années qu’il passe en France, il ne présente pas de rechute.
Cette première atteinte de paludisme semble n’avoir pas laissé
de trace chez lui.
Le 10 novembre 1908, il part pour le Sénégal. Il n’3' reste que
jusqu’au 8 novembre 1909, pour rentrer une seconde fois en
France. Pendant ce séjour au Sénégal, il aurait présenté quelques
légers accès fébriles. Peu après son débarc|uement, le 12, puis le
25 novembre 1909, surviennent deux nouveaux accès fébriles. Le
dernier s’accompagne, pour la première fois, de douleurs du bras
droit, ([ue l’on traite comme des douleurs rhumatismales.
Brusquement, le 4 janvier 1910, à la suite d’un nouvel accès
fébrile, mieux ('aractérisé cpie les précédents, il est pris de délire
ave(' agitation, incohérence du langage, difficulté de la parole
et même amnésie assez prononcée.
Ce n’est que quelcpies jours après ([u’apparaissent les signes de
la paralysie deltoïdienne actuelle C{ui ne font que s’accentuer et,
finalement forcent le malade à entrer dans notre service à l’hô¬
pital Saint-Martin. A ce moment, 15 janvier, la paralysie est com¬
plète. Le patient ne peut arriver, malgré tous ses efforts, à dé¬
tacher son bras, qui semble comme rivé au thorax. Les mouve¬
ments provoc{ués de l’épaule sont très douloureux. Il existe éga¬
lement quelques points douloureux à la pression le long du trajet
du circonflexe et de l’empreinte deltoïdienne. Pas de troubles
nets de la sensibilité au membre supérieur, sauf de l’hvpoesthésie
au point d’émergence du rameau cutané du circonflexe. Les ré¬
flexes sont conservés. Pas de Babinski, pas d’inégalité pupillaire.
Mais on note une légère déviation de la commissure labiale à
droite avec effacement appréciable du sillon naso-labial droit. Le
malade parle avec lenteur, cherche ses mots, n’achève pas ses
phrases. On constate enfin de l’amnésie partielle. Ni albumine,
ni sucre dans l’urine. La rate est très légèrement augmentée de
volume; le foie est normal. Léger emphysème pulmonaire.
Sans nous prononcer à ce moment sur la nature exacte de ces
accidents, nous inclinons cependant à les mettre sur le compte
d’une lésion syphilitique antérieure, malgré les résultats néga¬
tifs de notre investigation de ce côté.
On prescrit l’iodure à la dose de 3 g. par jour, combiné à la
faradisation et au massage du membre. Aucune amélioration
jusqu’au 21 janvier.
21 janvier. — Cette fois, le malade est pris d’un accès fébrile
a caractères paludéens bien nets, avec frissons prononcés à 4 h.
du soir; I. 39°8. Il se prolonge pendant une partie de la nuit
du 21 au 22. Délire violent avec tendance aux hallucinations. On
est oblig'é de maintenir le sergent dans son lit. Sueurs profuses
dans la matinée du 22 et calme relatif pendant le reste de la jour¬
née.
h’ examen du sang, pratiqué le 22 au matin, montre une grande
quantité d’hématozoaires annulaires, du type prœcox (Var. parva
de Laverax), autrement dit de la tierce maligne ou tropicale, la
plupart endoglobtdaires, de 2,5 4 de diamètre, avec globules
infestes présentant des granulations ou mouchetures spéciales dé¬
crites par Mai'rer, et cjtielques rares gamètes semilunaires (crois¬
sants).
On administre immédiatement i g. de bichlorhydrate de qui¬
nine (en cachets), dose que l’on renouvelle les 22 et 23 janvier
dans la matinée.
2j janvier. Nouvel accès, de même type que l’accès du 21,
mais plus accentue; F. 4®°5 5 tlu soir. Le délire est plus
i85
prononcé. Le malade se débat contre les infirmiers qui essayent
de le maintenir, en prononçant les paroles les plus incohérentes.
Cet accès ne se termine, comme le premier, cpie dans la matinée
du jour suivant.
Les hématozoaires annulaires, ne dépassant pas 2 p de diamè¬
tre, la plupart celte fois accolés aux globules, prédominent pen¬
dant la soirée du 23, pour faire place, le 24 au matin, aux formes
un peu plus volumineuses endogiobulaires décrites plus haut.
On' administre une nouvelle dose de i g. de bichlorhydrate de
quinine le 24, puis 0,50 les 25 et 26 janvier.
Les parasites actifs {schi:sontes annulaires) ne disparaissent de
la circulation c(ue le 25 janvier. Mais les gamètes semi-lunaûres
persistent pendant la période apyrétique, malgré le traitement
({uinicpie, comme c’est, du reste, la règle en pareil cas, la c[uinine
n 'avant que peu ou pas d’action sur ces formes de résistance.
Avec la chute de la fièvre, et l’administration de la C[uinine,
le malade récupère peu à peu ses facultés. Dès le 25, il n’accuse
plus d’incohérence de la parole ni d’idées délirantes, mais il per¬
siste encore un peu d’amnésie.
La paralysie deltoïdienne, par contre, s’est accentuée, et, avec
elle les douleurs de l’épaule. Non seulement le malade ne peut
plus détacher le bras du tronc, mais encore, pour saisir un objet,
il est obligé de ramener péniblement, en le traînant, son avant-
bras le long du corps. En même temps, on constate une atrophie
de 2 cm.
Dès lors, nous insistons sur la médication quinicpie, à dose dis¬
continue et décroissante, suivant le procédé de M. Laverax, légè¬
rement modifié. D’abord du 28 janvier au i®*" février, puis du
5 au 10 février et enfin du 15 au 20 février, à raison de i g.
de bichlorhydrate de quinine le premier jour de chaque série et de
0,50 les jours suivants, de façon à éviter l’intolérance gastrique.
Les schizontes annulaires ne se représentent plus, mais les ga¬
mètes semilunaires persistent en quantité variable (r tous les 4 à
5 champs oculaires).
Grâce à cette médication spécifique, les phénomènes cérébraux
finissent par disparaître complètement en quelques jours, et on
assiste, d’autre part, au retour graduel, mais très lent, des fonc¬
tions du deltoïde. On gagne ainsi un écartement de quelques de¬
grés, les forces reviennent dans le membre et l’atrophie n’est
plus que d’un centimètre. La faradisation, le massage et les
— i86 —
bains sulfureux sont pratiqués conjointement à la médication qui-
nique,
22 février. — Le malade se levait depuis le 2 février, quand, le
22, éclate dans la soirée un nouvel accès fébrile, puis un autre le
2V un troisième le 24 et enfin un dernier le 25 février, en tout
4 accès, cette fois de type quotidien. Ces accès sont moins vio¬
lents ciLie les 2 accès de type tierce des 21 et 23 janvier. Leur ma¬
ximum thermique ne dépasse guère 39°4. Peu de frissons et peu
de sueurs. Celui du 22 seul s'accompagne de délire et d’incohé¬
rence de la parole, mais à un degré bien moins prononcé que les
précédents.
De nouveau le bras s’accole au thorax et tout le bénéfice gagné
si pénil3lement se trouve j)erdu, en ce qui concerne les fonctions
deltoïdiennes.
Cette dernière constatation semble démontrer d'une manière
indiscutable la nature palustre de cette paralysie.
Les schizontes actifs reparaissent aussi nombreux que précé¬
demment et toujours du même type prœcox, accompagnés de
gamètes semilunaires. •
La quinine est donnée à la dose de i g. les 23 et 24 février, de
0,50 les 25 et 26. Les schizontes annulaires disparaissent de nou¬
veau de la circulation, mais le 26 seulement, tandis que les ga¬
mètes se maintiennent tout en diminuant très visiblement de
nombre. Le traitement spécifique est ensuite repris comme précé¬
demment.
Le deltoïde récupère pour la deuxième fois, et progressivement,
une faible partie de ses mouvements pour se présenter finalement
suivant l’aspect que vous le voyez aujourd’hui.
Les obsei'vations, soit de névrites ou de polynévrites, soit d’hé¬
miplégie ou de paraplégie, attribuées au paludisme sont nom¬
breuses dans la littérature médicale. Nous renvoyons le lecteur,
pour la bibliographie, au chapitre important que M. Laveran (i)
leur a consacré dans la 2® édition de son Traité du Paludisme.
Notre éminent président fait suivre ce chapitre des remarques
suivantes: (( Il n’est pas admissible de qualifier de palustres tou¬
tes les paralysies qui surviennent chez des malades qui sont at¬
teints ou ont été atteints de paludisme..., même dans les cas où
l’existence de l’hématozoaire a pu être constatée... Toutefois, lors¬
que l’invasion des accidents a coïncidé avec les accès graves de
(i) Laveran. Traité du paludisme (2® édition, 1907), p. 319 à 325.
- i87 -
fièvre intermittente, il y a de sérieuses présomptions en faveur
du paludisme. ))
Nous pensons que notre malade rentre dans cette categorie.
Aussi croyons-nous pouvoir affirmer la nature palustre des acci¬
dents qu’il a présentés pour les raisons suivantes:
1° Leur invasion a coïncidé avec les accès fébriles très graves,
de forme délirante, de nature véritablement pernicieuse, en rela¬
tion avec la forme d’hématozoaire la plus virulente, c’est-a-dire le
type pnecox, de la tierce maligne ou tropicale;
2° Ils se sont amendés très notablement sous l’influence de la
médication cpiinique ;
3° Ils se sont aggravés de nouveau chaque fois que les accès
fébriles reparaissaient et que de nouveau aussi, la circulation était
envahie par les mêmes hématozoaires.
II
Le second malade que j’ai l’honneur de vous présenter, Auvr...
Albert, 22 ans, est un soldat du 3® régiment de zouaves. Sa garni¬
son est Constantine, où, en 1880^ comme vous le savez, M. La-
VERAN a fait la mémorable découverte qui illustre son nom.
Mais ce n’est pas à Constantine qu’il a contracté le paludisme
dont il est atteint. Constantine est, en effet, très salubre à ce
point de vue; M. Laveran l’a écrit depuis longtemps. Bâtie sur
un rocher, on n’v trouve pas de gîtes à Anophélines, comme je
l’ai montré (i) et les cas de paludisme qu’on y observe sont des
cas exogènes.
Notre malade en est une preuve. Arrivé en Algérie en octobre
1908, il effectue sa première année de service sans un jour d’indis¬
ponibilité. Mais, du 28 août au 5 octobre 1909, il prend part aux
manœuvres, entre Bougie et Sétif. Les étapes du retour à Cons¬
tantine se fond à pied. Il stationne chaque jour dans des localités
dont quelques-unes, entre Sétif et Constantine, telles que : Saint-
Arnaud, Châteaudun du Rhummel, Oued-Athménia, Aïn-Smara
sont des plus insalubres et ont encore aujourd’hui un index en¬
démique palustre fort élevé (2).
Le 14 octobre, 8 jours après la rentrée de ces manœuvres, il pré¬
sente une première série d’accès fébriles, de type quotidien,
(1) Soc. de Biologie, 20 avril 1901.
(2) L’index endémique d’Oued-Athménia, entre autres, d’après Edm. et
Et. Sergent est de 85,1 oy’o. An. de l’Inst. Pasl., 1905, p. 130.
i88 —
accès très tenaces, puiscju’il dit en avoir en une dizaine,
et cela malgré l’administration intensive de quinine, a raison de
I g. par jour. Kn^’oyé en permission a Paris, il entie a 1 hôpital
Saint-Martin, le 17 novembre, à la suite d’une nouvelle série de
3 accès cjuotidiens, survenus les 14, 15 et ib novembre. Pn qua¬
trième accès se déclare le jour même de son entrée. T. : 3g°6 à
g h. du matin, peu de frissons, sensation de chaleur immédiate,
nausées, rate légèrement hypertrophiée; sueurs abondantes dans
la soirée. L’accès se termine dans la nuit.
L’examen du sang démontre la présence d’un grand nombre
d’héniatoaoaires annulaires, de petite forme, du type præcox
(comme pour notre premier malade), les uns accolés aux globules
les autres endoglolDulaires ; quelcpies rares gamètes en croissants.
On administre i g. de bichlorhydrate de quinine en cachets
lorsque la température commence à descendre, soit a 5 h. du soir.
Apvrexie complète le 18. Le malade se trouve mieux et ne se
plaint que de céphalée. La rate est peu augmentée de volume.
Mais les hématozoaires annulaires sont toujours nombreux. On
en compte i et quelquefois 2 par chaque champ oculaire examiné ;
O g. 60 de chlorhvdrate de quinine à 9 h. du matin.
79 novembre. — Nouvel accès, moins accentué que celui du
17; T. : 39°4 à 9 h. du matin; pas de frissons, période de cha¬
leur qui dure pendant une grande partie de la journée; l’accès se
termine vers 8 h. du soir, en sueurs profuses.
Les hématozoaires annulaires de type præcox, quoique déjà
moins abondants, persistent encore; o g. 60 de bichlorhydrate
de cjuinine à 5 h. du soir.
Notons ici que, sous l’influence probable de la quinine, le type
quotidien du début s’est transformé en type tierce.
20 novembre. — Apyrexie complète, les hématozoaires dimi¬
nuent sensiblement de nombre; on n’en trouve plus que i sur
3 ou 4 champs oculaires. Les gamètes semi-lunaires, par contre,
augmentent (i sur 5 à 6 champs). 0,50 de bichlorhydrate de Cjui-
nine à g h. du matin.
21 novembre. — Nouvel mais dernier accès de cette série, à
peine perçu du reste par le malade; T.: 38°8 à 9 h. du matin;
37° 2 à 2 h. du soir. Pas de frissons, courbature légère, sueurs
peu accentuées.
Les schizontes annulaires ont presque totalement disparu de
la circulation. Les gamètes en croissants sont nombreux. Nou¬
velle dose de 0,50 de bichlorhydrate de quinine à 5 h. du soir.
— 189 —
Apyrexie complète et retour rapide à la santé du 22 au 27 no¬
vembre. Pas d’hypertrophie de la rate; teint légèrement mélané-
micpie.
Les schizontes annulaires disparaissent complètement du sang à
dater ilu 22; mais les gamètes semilunaires persistent et même
augmentent notablement en quantité. Du 2j au 27 on peut en
compter 1 à 2 dans chaque champ oculaire observé.
Le traitement quinicpie à dose discontinue et décroissante (sur-
vant la méthode précédente) est institué.
Nouvel accès le 27 novembre dans la soirée, ptm intense, sans
frissons, céphalée et nausées; W : 3g°2 à 6 h. du soir. Chute com¬
plète de la température à 9 h. ; sueurs dans la nuit.
Réapparition des schizontes annulaires de tvpe prœcox, mais
en moins grand nombre que précédemment (r sur 2 ou 3 champs
oculaires) qui résistent déjA moins longtemps à l’influence de la
quinine, hin effet, cà la suite d’une seule dose de 1 g. de bichlor-
hydrate de quinine administrée le 28 au matin, ils disparaissent
de nouveau des le 2g; mais, les croissants se maintiennent tou¬
jours à un taux assez élevé (i sur 3 à 4 champs oculaires).
On reprend le traitement quinique à dose discontinue et dé¬
croissante.
i4
^ et 6 décembre. — 2 nouveaux accès de type tierce, très bé¬
nins; la température maxima ne dépasse pas 38°8 à 5 h. du soir.
Pas de frissons, courbature légère, sueurs assez marquées dans la
nuit.
Réapparition des schizontes petits et annulaires (i sur 2 ou
3 champs oculaires seulement).
I g. de bichlorhydrate de quinine le 5 et o g. 50 les 6 et 7 dé¬
cembre. Disparition des schizontes le 7 décembre. Dès lors, apy-
rexie complète jusqu’à la sortie de notre malade par congé de
convalescence, 28 décembre. A cette date, son état général est
excellent, pas d’hypertrophie sensible de la rate ni du foie ; teint
légèrement mélanénique.
L’examen du sang montre toujours la présence unique de ga¬
mètes semüunaircs en nombre asses élevé (i sur 5 à 6 champs
oculaires).
A 3 reprises différentes, pendant la durée de la convalescence,
Aüvr... présente des rechutes: D le 5 janvier; 2° le 25 janvier;
3° le 8 février 1910.
Chacun de ces accès est de faible intensité. Le malade, qui s’est
engagé à venir nous voir le lendemain de chaque accès, exécute
ponctuellement cette consigne. Nous pouvons ainsi constater la
réapparition des schizontes annulaires, toujours du même et uni¬
que type prœcox que ceux qui ont caractérisé les accès du début
de son infection. Mais ils sont de moins en moins nombreux. C’est
ainsi qu’après l’accès du 8 février, on n’en compte que i sur 4 à
8 champs oculaires. Les gamètes semilunaires qui les accompa¬
gnent sont également en nombre manifestement moindre que
pendant le mois de décembre (soit i sur 8 à 12 champs oculai¬
res) .
Lnfin, les schizontes résistent très peu maintenant à l’action
de la quinine, puisque les accès restent uniques et cèdent à une
dose minime du médicament (o g. 50). Il est donc évident que la
virulence de riiématoaoaire s’est considérablement atténuée et que
notre malade touche à la fin de son infection primaire.
Tl semblait, dès lors, devoir entrer dans une longue période
d’accalmie, quand le 16 février, il se fait de nouveau hospitali¬
ser. Il se sent plus fatigué depuis plusieurs jours, sans cepen¬
dant éprouver de malaise bien défini. Les conjonctives sont su-
bictériques, le teint franchement mélanémique, la rate est nota¬
blement tuméfiée.
L’examen du sang, toutefois, ne révèle pas la présence de schi-
zontes. Les gamètes en croissants eux-mêmes sont très rares
(i sur 50 champs oculaires environ).
22 février. — Très léger accès dans la soirée, avec température
maxima à 10 h. du soir; frissons à peine accusés au début
de l’accès, courbature générale, sueurs abondantes dans la nuit.
Nous pensons avoir affaire à un accès atténué de même ordre
Cjiie les derniers.
Mais l’examen du sang, pratic|ué le 23, en apyrexie, est com¬
plètement différent de celui que nous étions habitués à constater
depuis le début de cette infection.
En effet, les schizontes, petits et annulaires, avec gamètes semi-
lunaires cpii les caractérisaient, ont complètement disparu. Ils
sont remplacés par des schizontes amibo'ides, occupant la 1/2 en¬
viron des globules, émettant plusieurs prolongements pseudopo-
diqiies chargés de pigment mélanique ; les globides sont nette¬
ment augmentés de volume, déformés, décolorés et remplis de
ces fines granulations vivement colorées par le Giemsa auxquel¬
les ScHi'FFXER a attaché son nom.
Dans la soirée, le développement de ces schizontes est encore
plus avancé. La plupart ont la forme manifestement incurvée,
avec corps protoplasmique volumineux, fortement mélanicpie,
que nous avons décrite sous le nom de stade hémogrégarinien de
l’hématozoaire de la tierce.
Conjointement à cette forme de schizontes, on trouve d’autres
corps, presque régulièrement sphéricpies ceux-là, les uns à proto-
jDlasme vivement coloré en bleu et à chromatine agglomérée au
centre, les autres moins volumineux, à protoplasme moins abon¬
dant et moins colorable, à chromatine diffuse, allongée en ban¬
delette. Les globules qui les renferment sont remplis également
de granulations de Schüffner.
Ces différents caractères sont ceux des schizontes d’une part,
des gamètes (Microgamètes et Microgamétocytes) d’autre part,
de la tierce dite hénigne, autreinent dit du type vivax de la plu¬
part des auteurs (vai . magna de M. Laveran).
2q février. — La journée du 23 s’est passée en apvrexie. L’exa¬
men du sang, pratiqué le 24 au matin, confirme le diagnostic mi¬
crobiologique de la veille. La plupart des schizontes ont acquis
leur développement complet et sont en schizogonie active, quel¬
ques-uns même entièrement segmentés, se montrent sous forme
de rosaces de i6 à 20 mérozoïtes, indice certain d’un nouvel et
prochain accès fébrile.
Kn effet, l’ascension thermique se manifeste dès ii h. du matin
(37° 6) pour atteindre rapidement la température excessive de
41 “5 à 1 h., température c[ui n’avait jamais été obtenue au cours
des accès antérieurs. Le malade est secoué de larges frissons,
presque ininterrompus, qui durent plus d’une heure et qui l’an¬
goissent pia)tondémenr, car d les perçoit pour la première fois.
(Les accès précédents s’étaient, en effet, presque tous passés sans
frissons.) Tl souffre également davantage, présente de l’agitation,
des nausées incessantes et une céphalée intense. I.a crise ne com¬
mence à se dessiner cpi’à 4 h. du soir (40°2). I.a température des¬
cend dès lors progressivement mais lentement, pour ne revenir à
la normale que vers 9 h.
L’examen du sang, à 4 h. du soir, montre la disparition des
rosaces de la matinée. T^^es globules infestés renferment mainte¬
nant des schizontes jeunes, arrondis-ovalaires, de 2 u environ de
diamètre, non encore amiboïdes ni pigmentés, issus des méro-
zoïtes des précédentes rosaces; mais les globules, déjà manifeste¬
ment déformés et hvpertrophiés, sont remplis de fines granula¬
tions de ScHÜFFNER. Ils vont de nouveau accomplir leur cycle de
développement endogène pour aboutir exactement, en 48 h., à de
nouvelles rosaces et, par suite, à un nouvel accès tierce simple
que l’on peut prévoir, dès lors, pour le 26 février, entre midi et
I b.
I^a journée du 25 février se passe, comme celle du 23, en apy-
rexie totale. Comme dans cette même journée, on y observe les
formes amiboïdes de type vivax, avec ses stades successifs.
26 février. — I^’accès tierce simple prévu évolue aux heures
dites et avec les mêmes caractères que l’accès du 24. Il dé¬
bute à 9 h., présente son acmé avec frissons à midi, avec ses
formes en rosaces (40°8), et se termine à 8 h. du soir par des
sueurs alDondantes. On administre i g. de bichlorhydrate de qui¬
nine à 2 h. de l’après-midi. A 5 h. du soir on peut déjà cons¬
tater que la destruction des hématozoaires est très avancée. J’ai,
en effet, démontré ailleurs (i) qu’elle pouvait commencer dès la
2® heure de son absorption.
(i) Travail inédit dont M. Grall a bien voulu donner les conclusions dans
son récent fascicule sur le Pahidisme, en collaboration avec M. Marchoux
{Traité de Pathologie exotique, 1910, I, p. 4S4).
- 193 -
2^ février. — Le malade se ressent à peine des 3 accès tierces
([u’il vient de subir. Les hématozoaires ont presque entièrement
disparu et disparaissent complètement dans le courant de la jour¬
née. On administre o g. 50 de bichlorhydrate de quinine à 9 h.
du matin, et une nouvelle dose de o g. 50 le 28 février.
Dès lors les hématozoaires ne reparaissent plus dans la circula¬
tion.
Le malade se lève dès le 2 mars et s’alimente normalement.
Point d’hvpertrophie de rate appréciable; un peu de mélanémie
seule persiste. Jusqu’à ce jour les accès ne se sont plus repro¬
duits. L’examen du sang, pratiqué aujourd’hui même, ne décèle
pas la présence tl’une nouvelle poussée d’hématozoaires.
Le traitement quinique préventif des rechutes sera établi très
prochainement.
Cette dernière observation, que l’on peut juxtaposer presque
intégralement à celle de Jaxczo, rappelée tout récemment par
M. Marchoux (i), complète les observations déjà nombreuses
((Lie j’ai recueillies non seulement sur des paludéens d’Algérie,
mais encore des pavs tropicaux les plus variés (2), chez lesquels
j’ai pu suiA’re l’évolution du paludisme tierce du début, impro-
()rement appelé tropical à petites formes prœcox, en paludisme
à grandes formes amiboïdes du type vivax, qui caractérisent l’in¬
fection tierce invétérée ou confirmée.
Iflles sont, du reste, confirmatives des observations déjà an¬
ciennes, de M. LA\H:itAX, sur des malades retour du Sénégal, du
Dahomev, du Soudan, de Madagascar et du Tonkin (3); — de
Marchoux (4) et de Thiroux au Sénégal (5); — de J. Ewixg en
Amérique, chez des soldats provenant de Cuba; — de A. Plehn
en Allemagne, chez des malades du Cameroun, etc. (6).
Ce sont ces observations qui m’ont enfin amené à considérer
la forme prœcox comme caractéristique des accès fébriles récents,
à type tierce fondamental avec toutes ses variétés C(ui en déri¬
vent (type quotidien, rémittent, subcontinu et continu), et cela
(1) Traité de Pathologie exotique de Cîrall et Clakac, I. Paludisme,
p. 121.
(2) Annales de l’Institut Pasteur, 1902 ; Revue de Médecine, 1902, p.
1019 ; Soc. de Biologie, 25 nov. 1905 ; Congrès de Reims de l’Assoc. fran¬
çaise pour l’Avanc. d. Sciences, 1907.
(3) -Icad. des Sciences, 4 mai 1896, et Arch. de Parasitologie, 1898.
(4) Annales de l’Institut Pasteur, 1897.
(5) Annales de l’Institut Pasteur, \go6, et Acad. d. Sc., 22 oct. 1906.
(6) Cités par Lavhran. Traité du paludisme, 2® édition, 1907, p. 129.
aussi bien dans les pays tropicaux que dans les contrées à climat
plus tempéré (Algérie, Italie, Espagne, Grèce et même Europe
centrale).
Cette forme particulière, ne subsiste dans le sang que pendant
un espace de temps relativement court, même dans les pays tro¬
picaux, c’est-à-dire pendant toute la durée de la saison insalubre
ou saison endémo-épidémique.
Elle caractérise ce que j’ai appelé le paludisme primaire. Elle
se transforme ensuite en grandes formes amiboïdes, lors des re¬
chutes de la saison fraîche, sous l’influence probable de condi¬
tions à la fois météorologiques et individuelles. Ces dernières per¬
sistent ensuite pendant une période parfois indéfinie, donnant
lieu à des rechutes souvent très éloignées, de type intermittent
franc, et que l’on retrouve, à n’importe cpielle époque de l’année
chez les anciens paludéens, constituant ainsi le Paludisme secon¬
daire, acquis ou invétéré des indigènes ou des colons, ou sim¬
plement des coloniaux (i).
M. Brumpt. — Je voudrais demander à M. Billet s’il a eu,
cette fois la bonne fortune de voir un aspect morphologique des
plasmodies intermédiaires entre la forme primaire {Plasmodium
falciparum) et la forme secondaire (Plasmodium vivax), je crois
qu’on ne pourra vraiment affirmer ce passage que le jour ou
cette forme sera découverte.
De TEmétique d’ Aniline associé à l’atoxyl
dans le traitement de la maladie du sommeil
Par A. THIROUX.
Dans une communication du 27 septembre 1909, à l’Académie
des Sciences, M. le professeur Laveran rapporte les excellents
résultats qu’il a obtenus dans le traitement des Trypanosomiases
chez les cobayes par l’émétique d’aniline seul ou associé à l’acé-
(i) Ces idées ont été admises tout récemment par M. Grall, dans son
Etude classique sur le Paludistne, étude si complète et si documentée, du
nouveau Traité de Pathologie exotique, publié sous sa direction et celle de
M. Ci-ARAC (loc. cit.), p. 192.
— 195 —
tyl-atoxyl. Au mois de juillet de la même année, notre excellent
maître nous faisait adresser par M. Yvon, qui a étudié l’éméti¬
que d’aniline au point de vue chimique, une petite quantité de
ce médicament en nous demandant de l’expérimenter dans la
trypanosomiase humaine.
Comme l’émétique de potasse, l’émétique d’aniline est un sel
très irritant qui, chez l’homme, ne peut être injecté dans le tissu
conjonctif sous-cutané, où il occasionne des nécroses étendues. Il
n’est pas mieux toléré non plus par les voies digestives, et, d’ail¬
leurs, des expériences que nous avons faites sur des chevaux sur¬
rés, qui supportent de très fortes doses d’émétique de potasse
par la voie stomacale, nous donnent à penser que les émétiques
sont fort peu actifs contre les trypanosomes, lorsqu’ils sont admi¬
nistrés par cette voie. Nous avons aussi essayé de faire absorber
le médicament sous forme de pommade stibiée ; lorsque les fric¬
tions ne sont pas trop vigoureuses, l’épiderme résiste suffisam¬
ment à l’action irritante de l’émétique; mais après 6 jours de
frictions (15 m. avec 8 g. de pommade à 1/4), les trypanosomes
n’avaient pas disparu des ganglions de la malade observée.
Injecté dans les veines, l’émétique d’aniline semble présenter
quelques avantages sur l’émétique de potasse. A la dose de
O cg. 10, il fait disparaître en 24 h. les trypanosomes des gan¬
glions cervicaux et, à cette dose, il n’occasionne jamais de toux
spasmodique ni aucun autre accident. Il est évidemment moins
toxique que l’émétique de potasse et nous avons pu en injecter
15, 20 et même dans un cas 30 cg. dans les veines de nos mala¬
des. A partir de 20 cg., on observe souvent des vomissements,
aussi croyons-nous que cette dose ne devra pas être dépassée,
elle ne devra même être employée que chez des malades vigou¬
reux, chez les autres et en particulier chez les femmes, 15 cg. suf¬
firont. Chez les cachectiques, il faudra être très prudent et ne pas
dépasser 10 cg. Les accidents d’intoxication provoqués par des
doses très fortes du médicament sont analogues à ceux qu’on
observe avec l’émétique de potasse (i). Mais l’émétique d’aniline
toléré à plus haute dose est moins toxique et plus actif.
Même en l’absence d’atoxyl, l’amélioration produite par l’in-
(i) On observe fréquemment aussi avec l’émétique d’aniline une légère
stomatite analogue à la stomatite mercurielle. Cet accident, qui cède au chlo¬
rate de potasse, est beaucoup plus intense chez les malades traités par l’an¬
timoine métallique, qui peuvent présenter de la carie du maxillaire et de la
gangrène de la bouche et de la langue.
196
jection intra-veineuse d’émétique d’aniline est surprenante. Avec
une seule dose de o cg. 20, l’hypnose disparaît en 24 h. et l’état
général se relève immédiatement, c’est au point que nous avions
pensé C|ue son action se faisait sentir sur les trypanosomes jus¬
que dans le liquide cérébro-spinal. Il n’en est rien, ainsi que nous
avons pu nous en rendre compte à deux reprises différentes :
1“ Sur un malade dont le liquide céphalo-rachidien renfermait
des trypanosomes visibles après centrifugation et dont l’état est
resté le même après avoir pris trois injections intra-veineuse de
10, 15 et 20 cg. d’émétique d’aniline. Vérification faite 3 jours
après la 3® dose d’émétique d’aniline. 2“ Sur une malade dont
le liquide cérébro-spinal renfermait des parasites seulement déce¬
lables par inoculation au singe et chez laquelle l’hvpnose a dis-
]3aru 24 heures après une première injection de 15 cg. d’émétique
d’aniline. Cette malade a pris 4 injections intra-veineuses de
10 cg., 15 cg. et 2 de 20 cg. du médicament, alternées avec des
doses croissantes d’orpiment et son licpiide céphalo-rachidien est
resté infectant pour Cercopitheciis riiber. Nous pensons que si la
théorie, qui admet une relation entre le sommeil et les rétentions
d’eau interstitielles et les œdèmes (i), est exacte, l’émétique
d’aniline peut agir sur l’hypnose en abaissant la pression arté¬
rielle et en favorisant la résorption de ces œdèmes. La régulari¬
sation de la pression vasctdaire expliquerait peut-être comment,
chez la plupart des malades traités, l’hvpnose, qui aurait pour
origine des lésions des centres \'aso-moteurs, ne se reproduirait
qu’assez rarement, une fois qu’elle a disparu, alors que, cepen¬
dant, le canal rachidien est encore infecté. Le traitement a été
institué de différentes façons, des expériences préliminaires nous
ayant démontré l’insuffisance de l’émétique d’aniline seul contre
les parasites du liquide cérébro-spinal, nous avons surtout cher¬
ché à obtenir des résultats avec des médications mixtes. Les médi¬
cations orpiment-émétique d’aniline et orpiment-atoxyl-émétique
d’aniline ne nous ont pas donné de résultats satisfaisants. Seule
la médication émétique d’aniline-atoxyl nous a donné des résul¬
tats très nettement supérieurs cà ceux que nous avons obtenus
jusqu’à ce jour. Deux modes de traitement ont été essavés.
Premier mode de traitement. — Premier jour: o cg. 50 d’ato-
xyl ; 2® jour : 0,10 à o cg. 20 d’émétique d’aniline ; 3® jour : repos ;
fi) M. Dr VAUX, Relation entre le sommeil et les rétentions d’eau intersti¬
tielles. C. R. à l’Académie des Sciences, 24 mai 1909.
'97
4“ jour: o, lo à o cg. 20 d’émétique d’aniline; le 5® jour, on re¬
commence à donner o cg. 50 d’atoxyl et ainsi de suite jusqu’à
ce cju’on ait donné 5 injections d’atoxyl et 10 injections d’éméti-
(gie, 8 jours de repos et nouvelle série. Chac[ue malade, à la fin
d’un traitement de 48 jours, a donc reçu 5 grammes d’atoxyl et
2 à 4 g. d’émétique d’aniline.
Parmi les 10 malades de cette série, 3 ne présentent plus de
trypanosomes dans le sang ni dans le liquide céphalo-rachidien
5 mois après la fin de leur traitement. Chez 3 autres, nous avons
obtenu la désinfection du sang persistant encore 4 mois après la
fin du traitement et à notre avis définitive, mais le liquide cé¬
phalo-rachidien est resté infecté. Un autre malade a présenté une
rechute sanguine un mois après la fin du traitement
Chez le 8® malade les parasites avaient disparu du sang depuis
])lusieurs mois mais persistaient dans le liquide céphalo-rachidien.
Le traitement n’a pas amené de changement dans son état.
La g® malade est morte en cours de traitement ; c’était une ma¬
lade paralysée des deux jambes et axxint déjà suivi plusieurs trai¬
tements sans résultat.
Le 10® malade est en fuite. Nous savons qu’il se porte bien et
n’a pas apparemment rechuté. Son traitement est terminé depuis
4 mois.
Deuxième mode de traitement. — Sur une seconde série de ma¬
lades nous avons expérimenté l’atoxyl et l’émétique d’aniline
en séries successives d’après la méthode Louis Martin : 3 injec¬
tions de o cg. 50, 1 g. et I g. 20 à i gr. 50 d’atoxvl à jour passé
et 10 injections journalières de o cg. 10, chacune, d’émétique
d’aniline. Cette méthode nous a donné de moins bons résultats.
Sur 3 malades, qui ont été soumis à cette médication, 2 ont
présenté une rechute sanguine 2 mois après la fin du traitement.
La 3® a présenté une rechute méningée pure, sans infection du
sang, 2 mois après la fin du traitement. Soumise de nouveau à
3 injections d’atoxyl, o cg. 50, i g. à i g. 20 à jour passé, cette
malade ne présente plus, depuis 6 semaines, de parasites dans
ses méninges et son état général est excellent.
Le tableau ci-après résume les cas que nous venons de rappor¬
ter. Nous donnons plus loin les observations résumées les plus
intéressantes.
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— 199 -
Observation n° i. — Mapenda, garçon de i6 ans environ. A contracté
l’affection à Nianing, il est atteint depuis plus de 15 mois. Il est tellement
abruti que, quoique servant de domestique au Résident de Nianing et par¬
lant français, on ne peut en tirer aucun renseignement. Pas de troubles mo¬
teurs. Hypnose très accentuée. Eruption papulo-ulcéreuse généralisée. Gan¬
glions cervicaux et sous-claviculaires nombreux des deux côtés, variant de
la grosseur d’un pois à celle d’une fève avec trypanosomes très rares. Sang
ne renfermant pas de parasites visibles à l’examen direct. A. G. légère, ané¬
mie prononcée, décoloration sanguine nettement perceptible. Le malade pré¬
sente, en outre, une diarrhée très tenace ; après avoir essayé de l’orpiment
mal toléré à cause de la diarrhée, nous essayons de l’émétique de potasse
associé à l’atoxyl sans arriver à remonter l’état général. Le 2 août, le ma¬
lade est mis au traitement émétique d’aniline-atoxyl. Son état se relève
presque immédiatement et la diarrhée diminue pour disparaître au bout de
quelques jours. — 2 août : atoxyl, o,.so. — 7 : émétique-A., 0,15. — ii : ato-
xyl : 0,50. — 12-14 • émétique-A., 0,20. — 16 : atoxyl, 0,50. • — 17 : éméti-
que-.\., 0,20. — ig : diarrhée, traitement suspendu. — 23 : émétique-A,
0,20. — 24 : atoxyl, 0,50. — 25-27 : émétique-A., 0,20. — 28 : atoxyl-A.,
0,50. — 30 août-i®^ septembre : émétique-A., 0,20. — 8 jours de repos. —
g septembre ; atoxyl, 0,50. — 10-13 : émétique-A., 0,20. — 14 : atoxyl, 0,50.
— 15-17 : émétique-.\., 0,20. — 18 : atoxyl : 0,50. — 20-22 : émétique-A.,
0,20. — 24 : atoxyl, 0,50. — 25-2g : émétique-.'\. , 0,20. — 30 : atoxyl, 0,50.
— 2-4 octobre : émétique-A., 0,20.
A la fin du traitement, le malade a un peu maigri mais l’état général est
excellent ; l’éruption papulo-ulcéreuse a complètement disparu. Le 5 novem¬
bre, le 5 décembre igog et le 5 janvier igio, saignées de o cm^ 60 de sang, oui
sont inoculés à Cercopilhecus-Patas, qui ne s’infecte pas. Le 5 février, ponc¬
tion lombaire, liquide céphalo-rachidien très clair avec leucocytes en pro¬
portion normale et o Tr. après centrifugation. Ce liquide inoculé dans le pé¬
ritoine du singe ne l’infecte pas.
Observation n'' 2. — i\vvA-Diop, femme de 26 ans environ. A contracté
la trypanosomiase à Saou, atteinte depuis au moins 2 ans. Les règles sont
supprimées depuis cette époque. A beaucoup maigri et s’est mise à dormir
depuis un an. Elle présente aussi depuis le même temps une céphalée persis¬
tante et des douleurs musculaires à la pression ; elle aurait eu 2 attaques
épileptoïdes le mois précédent. Pas de troubles moteurs. Les ganglions cer¬
vicaux sont comme de gros haricots des deux côtés, ils renferment des try¬
panosomes rares. Quelques petits ganglions sus-claviculaires.
2g juillet : émétique de A., 0,10. — 30 : les tryp. ont disparu des gan¬
glions. — 2 août : atoxyl, 0,50. — 4 : émétique-A., 0,15. — 6 : atoxyl, 0,50.
— g : émétique-A., 0,20. — 12 : atoxyl, 0,50. — - 13-16 : émétique-Â., 0,20.
17 • atoxyl, 0,50. — 18 : emétique-A., 0,20. — ig : diarrhée. — 20 :
émétique-A., 0,20. — 21 : atoxyl, 0,50. — 23-25 ; émétique-A., 0,20. —
8 jours de repos.
2 septembre : atoxyl, 0,50. — 3-6 : émétique-A., 0,20. — 7 : diarrhée. —
8 : atoxyl, 0,50. — g-ii : émétique-A., 0,15. — 13 ; atoxyl, 0,50. — 14-16 :
émétique-A., 0,20. — 17 : atoxyl, 0,50. — 18 ; émétique-À., 0,20. — Le 20,
la malade s’enfuit, son traitement n’étant pas tout à fait terminé. Elle
est ramenée le 15 octobre en très bon état. Le 21 octobre, le 21 novembre,
le 21 décembre, saignées de o cm^ 60 de sang inoculés à C. Patas, qui ne
s’infecte pas. Le 24 janvier, ponction lombaire, liquide céphalo-rachidien
très clair avec leucoc\ tes en proportion normale et o Tr. après centrifuga¬
tion. Ce liquide inoculé dans le péritoine du singe ne l’infecte pas.
Observation n'» 3. — Manaba Diakra, femme de 30 ans environ, origi¬
naire de Nianing. Etant donné l’état d’abrutissement de la malade, il est
difficile d’avoir des renseignements précis sur le début de la maladie. L’en¬
gorgement des ganglions cervicaux daterait d’au moins 2 ans, l’hypnose re¬
monterait à iS mois. La malade n’accuse pas d’accès fébrile, elle aurait seu¬
lement souffert de céphalée depuis environ 3 mois.
.Vctuellement, les ganglions cervicaux sont de la grosseur de petits hari¬
cots des 2 côtés. On trouve également 3 ganglions de chaque côté un peu
au-dessus du creux sus-claviculaire. Ils sont passablement durs, ce qui indi-
ejue qu’ils sont déjà anciens. Ils renferment des Tr. non rares. A l’examen
direct, le sang présente une agglutination notable et o Tr. Abrutissement
et hypnose très prononcés. Pas de troubles moteurs. Coliques, diarrhée cons¬
tantes. Règles conservées. 4 septembre : émétique-.\. , 0,15. — 6 : émétique-
0,20. — La diarrhée augmente. — 7 : on ne trouve plus de Tr. dans les
ganglions et l’hvpnose a complètement disparu ; atoxyl, 0,50. — 8 10 :
émétique-A., 0,10. On observe encore un peu de diarrhée jusqu’au 17. —
11 : atoxyl, 0,50. — 13-16 : émétique-A., 0,15. — 17 : atoxyl, 0,50. — 18-
21 : émétique-.\., 0,20. — 22 : atoxyl., 0,50. — 23-25 : émétique-A., 0,20.
— 27 : atoxyl, 0,50. — 28-30 : émétique-A., 0,20. — A. O. encore notable.
8 jours de repos. — 8 octobre : atoxyl, 0,50. — 9-1 1 : émétique-A., 0,20. —
12 : stomatite avec diarrhée ; traitement interrompu. — La diarrhée cesse le
18. La stomatite dure jusqu’à la fin d’octobre. — 15 novembre, 15 décem¬
bre, 15 janvier, 8 février : saignées de o cm’ 60 de sang inoculé à C. Ra¬
tas, qui ne s’infecte pas. — 25 janvier : un peu d’hypnose. — i®*' février ;
l’hypnose s’accentue. Paralysie des membres inférieurs. — 9 ; ponction lom¬
baire. — Liquide céphalo-rachidien transparent avec leucocytes assez nom¬
breux et Tr. très rares.
En présence d’une rechute méningée pure et grave, la malade est sou¬
mise à un traitement intensif par l’ato.xyl. — ii : atoxyl, 0,75. — 14 : atoxyl,
I g. — 16 : atoxyl, i g. 50.
Observation n^ 4. — Müdy Sidibk, homme de 25 ans environ, originaire
de Nianing. La maladie aurait débuté l’année dernière après l’hivernage
(octobre), c’est-à-dire, il y a 6 mois par de la céphalalgie, des douleurs occu-
1 aires et de la fièvre vespérale. L’engorgement ganglionnaire daterait de la
même époque. Pas d’h_\pnose, ni de troubles moteurs. L’état général est bon,
cependant, le malade aurait eu 2 crises épileptoïdes au début de sa maladie.
.\u moment où il se présente, les ganglions cervicaux sont comme de gros
].iois, les ganglions sus-scapulaires comme de gros haricots, ils renferment
des Tr. très rares. Le sang ne renferme pas de parasites visibles à l’examen
direct. A. O. légère. 8 mars : injection intra-musculaire d’antimoine métal¬
lique : o cgr. 05 dans de l’huile d’olive. La réaction locale est très violente
et empêche de continuer cette médication, qui provoque par ailleurs, un
mois après, une stomatite grave avec nécrose du maxillaire et perte de
2 dents. Du 16 au 10 avril, le malade est soumis au traitement atoxyl-orpi-
ment qu’on doit abandonner à cause du mauvais état de la bouche et de
l’intestin (dysenterie).
Le malade est saigné le 21 mai ; o cm’ 60 de son sang n’infecte pas C.
rnher, mais le sang d’une nouvelle saignée pratiquée le 21 juin provoque
l’apparition de Tr. chez le même singe.
9 août, le malade a toujours un peu de diarrhée ; atoxyl, 0,50. — 12-14 •
émétique-.\., 0,10. — 17 : atoxyl, 0,50. — 18-23 • émétique-A., 0,10. — 24 :
atoxyl, 0,50 ; état général bien meilleur. — 27-30 : émétique-A., 0,10. —
31 : atoxyl, 0,50. — 1-3 septembre : émétique-A., 0,15. — 4 : atoxyl, 0,50.
201
— 6 : émétique-A, 0,15 ; coliques et bronchite. — 8 jours de repos. — 13 :
atoxyl, 0,50. — 14-ib : cmétique-A., 0,20. — 17 : atoxyl, 0,50. — 18-20 :
crnétique-A., 0,20. — 22 : atoxyl, 0,50. — 23-25 : émétique-A., 0,20. — 27 :
vomissements, fièvre, embarras g-astrique, fatigue générale, un peu d’œdè¬
me des 2 bases des poumons ; traitement suspendu. Sang : o Tr., A. G = 0.
octobre, les poumons se dégagent. — 3 : diarrhée durant quelques jours.
— 3 novembre, 4 décembre, 5 janvier, 5 février : saignée de o cm^ inoculés
dans le péritoine de C. Ruher, qui ne s’infecte pas. — 8 février ; ponction
lombaire ; liquide céphalo-rachidien très clair avec très peu de leucocvtes et
o Tr.
Obskrvation n” 5. — I).\MA Coulibaly, homme de 25 ans environ. Il est
impossible de fixer une date probable au début de sa maladie. Elle aurait
débuté par de la céphalalgie et de la fièvre, l’époque à laquelle s’est pro¬
duite l’hypertrophie des ganglions cervicaux reste imprécise. On constate
une hvpnose b'gère avec bâillements, de la paresse pour se relever lorsque
le malade est couché et une légère incoordination motrice, la station verti¬
cale est difficile, douleur musculaire à la pression. Xasonnement sans lé¬
sions du voile du palais, datant du début de sa maladie. Les ganglions cer¬
vicaux sont jietits des deux côtés, on trouve cependant un ganglion cervical
antérieur, gros comme une fève, à droite, avec Tr. rares. Sang avec o Tr.
à l’examen direct ; A. C. forte. — Traitement atoxyl-orpiment-émétique de
potasse du 10 avril .au 24 juin. Le 24 juillet, saignée de o cm^ 60 de sang ino¬
culés à C. ruher, qui s’infecte. 10 août : hypnose prononcée, état général peu
satisfaisant. — 12 août : atoxyl, 0,50. — • émétique-A., 0,20. — 17 :
atoxyl : 0,50. — 18-20 : émétique-A., 0,20. — 21 : atoxyl, 0,50. — 23-25 :
émétique-A., 0,20. — 20 : atoxyl, 0,50. — 27-30 : émétique-A., 0,20. — 31 ;
atoxyl : 0,50. — i*’’’ au 3 sejitembre ; émétique-.\., 0,25. — Le malade pré¬
sente toujours de l’hypnose. — 4 ; atoxyl : 0,50. — 6-8 ; émétique-A., 0,25.
— g : atoxyl, 0,50. — L’hypnose a disparu. — 10-13 : émétique-A., 0,30. —
14 : atoxyl, 0,50 ; douleurs articulaires généralisées. — '5-i7 • émétique-A.,
0,25. — 18 : atoxvl, 0,50. — 21-23 : émétique-A., 0,25. • — 8 jours de repos.
— 1®'' octobre : saig. A. G. notable ; atoxyl ; 0,50. — 4-6 : émétique-A.,
0,20. — 7 : atoxyl, 0,50. — 8-1 1 : émétique-A, 0,20. — 12 : atoxyl : 0,50.
— 13-15 : émétique-A., 0,20. — lô : atoxyl, 0,50. — 18-20 : émétique-A.,
o,2o._ — 21 : diarrhée. — 23 : atoxyl, 0,50. — 25 : émétique-A., 0,20. —
26 : une crise d’asystolie avec mouvements choréiformes. Traitement sus¬
pendu. — 27 décembre : paralysie des membres inférieurs. — 4 janvier :
saignée de o cni^ 60 inoculés à C. Ruher qui ne s’infecte pas. — 22 : ponc¬
tion lombaire ; liquide céphalo-rachidien transparent avec leucocytes en
quantité normale et Tr. non rares à la centrifugation. — 26 : atoxyl, 0,50.
— 28 : atoxyl, 0,75. — g février : état général toujours mauvais. — 11 :
atoxyl, 0,75. — 14 : atoxyl, i g. — 16 ; atoxyl, 1 g. 50.
Obslrvatiox X" 6. — Bave Li, femme de 25 ans environ. A contracté la
trypanosomiase à M’Bouro, près de Ouayembam, dans le Diander ; atteinte
depuis un an environ. Maladie ayant débuté au cours de l’hivernage par des
accès fébriles, accompagnés d’hypertrophie des ganglions cervicaux. Hvp¬
nose depuis 3 mois. Actuellement rhyjinose est très prononcée et l’abrutis¬
sement tel, que l’interrogatoire est difficile. Pas de troubles moteurs ; les
règles seraient conservées. Kc'rato-conjonctivite et iritis de l’œil droit. Ma¬
lade amaigrie, cachectisée. Temp. 38°, pouls, iio. — 2 ganglions cervicaux
de la grosseur de fèves à droite, i à gauche ; ces ganglions sont durs et ne
renferment ])as de jiarasites. Une chaîne de petits ganglions mous, de la
grosseur de pois, et d’une poussée manifestement ulti'rieure, renfermant des
202
Tryp. rares. — 4 octobre : 0,20 émétique*A. en ingestion sont rejetés au
bout de 20 m. et occasionnent une diarrhée abondante. 5-6-7-8-10-11 : fric¬
tions de 15 m. avec pommade stibiée à 1/4 (8 g.). — 12 : Tr. très rares
dans les ganglions ; ato.xyl, 0,50. — 15 : atoxyl ; 0,75. — 17 : atoxyl, 1,20.
18 : violentes coliques. — 19-20-21-22 : émétique-A., 0,10. — 23 : l’iritis a
disparu, un peu de stomatite, émétique-A., 0,10. — 25-26 : émétique-A.,
0,10. — 27 ; kératite ulcéreuse, insufflation de poudre de calomel ; éméti¬
que-A, 0,10. — 28-29 : émétique-A., 0,10. La stomatite se prolonge jusqu’au
5 novembre, la kératite ulcéreuse jusqu’au 20. — 10 décembre ; saignée de
O cm® 60 inoculés dans le péritoine de C. ruher, qui ne s’infecte pas. —
20-25 : attaques épileptoïdes, céphalalgie et marasme. — 26 : Ponction lom¬
baire. Liquide céphalo-rachidien trouble avec leucocytes nombreux et Tr. non
rares. — 30 : atoxyl, 0,50. — janvier : atoxyl, 0,75. — 3 : atoxyl, i g.
— La céphalée persiste ; état général meilleur. — 5 : la céphalée a disparu,
état général bon. — i®'' février : saignée et centrifugation, o Tr., 3 ponc¬
tions lombaires, liquide céphalo-rachidien clair, avec leucocytes en quantité
normale et o Tr., n’infecte pas le singe.
Observation n° 7. — Yoro Gave, homme de 30 ans environ, a contracté
la trypanosomiase à M’Bouro, atteint depuis un an. Céphalalgie et lombal¬
gie violentes au début ; dit n’avoir jamais eu de fièvi'e. Intelligence conser¬
vée, pas d’hypnose ni de troubles moteurs. Ganglions cervicaux un peu durs
ayant déjà subi un commencement de sclérose, nombreux des deux côtés et
de la taille de balles du fusil Lebel. Lm paquet de ganglions de la grosseur
d’une amande à droite avec Tr. non rares. Les ganglions sont douloureux,
le malade les accuse de provoquer de la céphalalgie. Pouls, 92. Sang avec
avec o Tr. à l’examen direct. A. G. notable. — 16 octobre : atoxyl, 0,50. —
18 : atoxyl, 0,75. Vomissements dans la journée et pendant la nuit. —
20 : atoxyl, i g. — 21 : coliques sèches. — 22 : huile de ricin. — Du 25 oc¬
tobre au 4 novembre : 10 injections de 0,10 émétique-A. — ii décembre :
saignée de o cm® 60 inoculés dans le péritoine de C. Rnber, qui ne s’infecte
pas. — 20 : violentes douleurs lombaires ; urines fortement albumineuses.
Régime lacté. — ii janvier : saignée de o cm® 60, inoculés dans le péritoine
de C. Riiber, qui ne s’infecte pas. — 5 février : saignée et centrifugation,
là', très rares à la 3® centrifugation.
Travail du Laboratoire de hactériolo pie et
o
du village de ségrégation de la maladie
du sommeil de Saint-Louis (Sénégal).
Dcr action de TEmétique d'Anilinesur la Filariose
Par A. THTROUX.
Au cours de nos expériences, nous avons eu incidemment l’oc¬
casion de vérifier ce fait, que l’action parasiticide de l’émétique
d’aniline était assez intense pour agir sur les nématodes. C’est
ainsi qu’au bout de 5 injections de o cg. 20, les filaires cessent
2o3 —
d’être visibles à l’examen dirent dans le sang circulant de 2 ma¬
lades qui en présentaient au début du traitement. Les filaires ne
sont pas toutes détruites et on les retrouve en très petit nombre
dans les culots de la 2® ou de la 3® centrifugation de o cm^ 10
de sang. Leur nombre est cependant diminué dans de telles pro¬
portions cpie l’action de l’émétique d’aniline est indiscutable.
Nous avons obtenu le même résultat chez un chien qui présen¬
tait également des filaires visibles à l’examen microscopique
du sang.
Le.moixe (i) a observé chez un malade la disparition des filai¬
res à la suite de deux traitements par l’atoxvl et de l’ablation de
varices lymphatiques. Pour notre part, nous avons fait sans suc¬
cès à un Européen, présentant d’une façon constante des filaires
assez nombreuses dans le sang, une série de 5 injections de
O cg. 50 d’atoxyl ; et les 2 malades, chez lescpiels nous avons vu
disparaître les filaires à la suite des injections d’émétique, avaient
été auparavant soumis à ratox}d sans que les filaires aient été
influencées par l’arsenic.
Dieky Kourouma, indigène de 30 ans environ, 4 ans de service comme
tirailleur, originaire de Kankan (Soudan), a servi 2 ans au Congo. Malade
depuis un an ; n’aurait jamais présenté de fièvre ni de céphalalgie. Hypnose
remontant à 6 mois et actuellement très accentuée ; un peu d’œdème de la
face ; hébétude ; prurit ; parésie des membres inférieurs, le malade ne peut
marcher que soutenu. Sang avec Tr. très rares à la 3® centrifugation et filai¬
res rares à l’examen direct. 21-24-28 août : atoxyl, 0,50. Evacué le sep¬
tembre de l’hôpital militaire sur le village de ségrégation. — i®*" septembre :
émétique-.û., 0,15. — 2 septembre ; orpiment, 0,15. — 3 : émétique-A.,
0,20. — 4 : orpiment, 0,30. — 6 : émétique-A., 0,20. — 7 : orpiment, 0,40.
8 ; émétique-A., 0,20. — 9 : orpiment, 0,50. — 10 : émétique-A., 0,20. —
Les filaires ont disparu du sang à l'examen direct, o sur 5 préparations. —
Il : orpiment, 0,60. — 13 : atoxyl, 0,50. Saignée de 10 cm^, o tryp. i seule
pilaire à la 3® centrifugation. — 14 : émétique-A., 0,20. — 15 : orpiment,
0,80. — 16 : émétique-A., 0,20. — 17 : orpiment, 0,90. — 18 : émétique-A.,
0,20. — 20 : orpiment, i g. — 21 : émétique-A., 0,20. — 22 : orpiment, i g.
24 : émétique-A., 0,20. — 25 : orpiment, i g. — 27 : émétique-A., 0,20. —
28 : orpiment, i g. — 29 : émétique-A., 0,20. Etat général bien meilleur ;
hypnose disparue, démarche encore difficile. — 30 : orpiment, i g. Décédé
subitement en l’absence de l’infirmier, probablement d’asystolie.
Travail du Laboratoire de bactériologie et
du village de ségrégation de la maladie
du sommeil de Saint-Loais (Sénégal).
(i) Eemoine, Traitement de la filariose par l’atoxyl. Soc. méd. des Hôpi¬
taux, 22 janvier 190g.
— 204 —
Ouvrages reçus
Sanidad y Bencjiccncia, t. II, n° 4, octobre 1909.
Guiteras. Pellagre.
Recio. Etiologie de la Lèpre.
Fernandez. Trachome.
Pazos. Moustiques de Cuba.
C'olonie de, Maurice. Anntial Report on the Medical and Health
Department for 1908.
R. P. Campbell et J. L. Todd. The action of arsenophenylglycin
upon Trypanosoma brucei. Extrait du Montreal Medical Journal,
décembre 1909.
The journal of tropical Medicine and Hygiene, 1900, n°" 4 et 5.
Archiv für Schiffs- und Tropen-Hygiene, t. XIV.
4. — H. Seifert. Ein Beitrag zur Kenntnis des Porocephalus monili-
formis.
J. Prall. Mitteilungen zu déni Aufsatz des Herrn H. Werner
« Die Massregeln gegen Einschleppung der Pest auf dem See-
wege ».
N° 5. — Ch. Firket. — Stomatite papillomateuse épizootique chez les chè¬
vres du Congo.
ScHNEE. — Durch Pflanzen verursachte Haut-verletzungen und
' Eintzündungen.
J. Tsuzuki. — Fine von Bazillentragern hervorgerufene Typhus-
epidemie in der XV® Division von Japan.
Transactions of the Society of tropical Medicine and Hygiene,
t. ITI, n° 4.
The Philippine Journal of Science, t. IV.
N® 5. — H. Marshall. — An unusual case of amœbic dysentery.
V. Heiser and F. Calderon. — Sixth international Congress on
tuberculosis.
' O. Teague. — The cutaneous reaction in leprosy.
O. Teague. — The nastin treatment of leprosy.
F. -H. Ruediger. — Filtration of immune sérums.
Y. -K. Ohno. — The reaction of culture media in relation to the
morphology of the choiera organism.
A. Mc Langhlin. — Some observations upon choiera in children.
F-H. Ruediger. ■ — Observations on cattle plague in the Philippine
islands and the methods employed on combating it.
Le Gérant : P. MASSON.
laval. — imprimerie l. barnéoud et c'«.
Tome III.
Il)10
No 4.
BULLETINibraR^
-RKClS -
. MAV 1!^ 1910
de la SOCj,^,tètm.ntofAgr.cuitu^^
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 13 avril 1910
PARIS
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît lo fois par an
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 4
Séance du 13 avril 1910
Pages
DÉCÈS de M. E. Brimont . 205
Présentation d’une filaire . 208
Rapport de M . Kermorgant sur une lettre de M, Raynaud, au sujet de
l’emploi des troupes noires du Sénégal en Algérie . 209
Discussion : MM. Granjux, Marchoux, Louis Martin, Moty .... 212
COMMUNICATIONS
A. Broden et J. Rhodain. — Action de l’émétique sur le Trypanosoma
angolense s. Ca^alboui . 233
A. Lamoureux — Les conditions d’isolement des lépreux dans la
région du plateau central à Madagascar, province d’Antsirabé . . 255
A. Laveran. — Au sujet du traitement des infections produites par Try-
panosoma Congolense et par Tr. dimorphon . 218
A. Laveran et A. Pettit. — Sur les cultures de Leishmania Dono-
vani en milieu liquide . 216
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Pages
Le Dentu. — La contagion de la lèpre. Discussion . .261
G. Martin et Ringenbach. — Premiers résultats du traitement de la try¬
panosomiase humaine par l’arsénophénylglycine . 222
G. Martin et Ringenbach. — Sur le traitement de la maladie du sommeil
par l’émétique d’aniline seul ou associé à l’atoxyl . 228
C. Mathis et M. Leger. — Douve oculaire de la poule . 245
L. Nattan-Larrier. — Sur quelques cas de névrite périphérique observés
chez des sujets ayant résidé au Congo français . 251
Ch. Nicolle et Comte. — Sur la présence fréquente d’un pouvoir agglu¬
tinant vis-à-vis du Micrococciis vielitensis dans le sang des malades
atteints de typhus exanthématique. Sa valeur diagnostique . . . 214
Rouffiandis. — Un cas d’intoxication par ingestion de fruits de Lantana 261
G. E. Schneider. — La lèpre à Madagascar. Discussion . 261
A. Thiroux. — Un petit foyer de maladie du sommeil à côté d’un gîte
de Gl . palpalis dans le delta du fleuve Sénégal . 239
MEMOIRES
W. S. Patton. — Experimental infection of the Madras bazaar fly,
Miisca nebulo. Fabr. with Herpetomonas rnuscæ do7nestica.’ (Burnett) 264
— Résumé français par F. Mesnil . 273
W. S. Patton. — Preliminary report on a new piroplasm {Piroplasvia
gibsoni sp. nov.) found in the blood of the hounds of the Madras hunt
and subsequently discoveredin the blood of the jackal Canis aureus. 274
— Résumé français par F. Mesnil . 281
Liste des échanges . 284
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TrOISIÈiME année
ly ic)
4
1BULLET1N
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU i;, AVRIL lyiO.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Décès de M. E. Briment
Le Président. — J’ai le regret d’avoir à annoncer à la Société
la mort d’un de nos Correspondants. M. le I)’' Brimont, méde¬
cin aide-major de P® classe des troupes coloniales, a succombé
le [1 mars lyfo, à Saint-Laurent du Maroni ((luvani' française).
M. le L)*' Brimont avait fait à la Société de Pathologie exoti¬
que plusieurs communications intéressantes sur l’action de l’émé¬
tique dans les trypanosomiases, sur un cas d’orchite paludéenne,
sur l’ankvlostomiase et sur les parasites intestinaux en Guyane
française. 11 avait publié, en outre, soit dans les comptes-rendus
de la Société de Biologie, soit dans les An7iales de l’Institut Pas¬
teur, une série de notes ou de Mémoires sur les trypanosomes ou
sur d’autres hématozoaires observés par lui à la Guyane. Plu¬
sieurs de ces travaux ont été faits en collaboration avec notre
Collègue, M, Mesnil.
Toutes ces publications, faites dans l’espace de deux années,
montrent que M. Brimont était un grand travailleur et c|ue sa
mort nous prive d’un précieux collaborateur.
Au nom de la Société de Pathologie exotique, j’adresse de
bien sincères condoléances à la famille éplorée d(‘ notre très re¬
gretté C’ollègue.
f->
— 2o6 —
Correspondance
MM. Chagas, Manaud, Montgomery et Rodhain envoient à la
Société des remerciements au sujet de leur élection au titre de
membres correspondants.
*
« *
Le Président. — M. de Lanessan, président, et notre Collègue
M. IIeim, secrétaire perpétuel de l’Association scientifique inter¬
nationale d’ Agronomie coloniale m’ont adressé récemment la let¬
tre suivante.
Paris, le i8 Mars 1910.
Monsieur le Président,
\'ous avez bien voulu accepter de faire partie du Comité natio¬
nal français de l’Association scientifique internationale d'Agro-
nomie coloniale.
Conformément à l’esprit des Statuts, les Comités nationaux
doivent assurer la participation de leurs pays respectifs aux Con¬
grès internationaux.
Comme vous le savez déjà par nos communications antérieures,
le prochain Congrès se tiendra à Bruxelles, du 20 au 23 mai
prochain.
Vous estimerez certainement comme nous qu’il est d’une réelle
importance pour la France de prendre une part très active à cette
manifestation scientifique internationale. Les divers pays intérêt»-
sés à l’étude des problèmes que soulève la mise en valeur scien¬
tifique des terres chaudes seront, en effet, représentés par leurs
hommes de science et agronomes les plus qualifiés ; notre pays
se doit donc à lui-même d’assurer le plus brillamment possible sa
représentation au Congrès.
En vue de rendre fructueuse la collaboration du Comité na¬
tional français à l’organisation scientifique du Congrès, sans trop
abuser de vos instants, nous vous serions reconnaissants de bien
vouloir, dans la mesure du possible :
1° Faire connaître aux personnes de votre entourage suscepti¬
bles de s’y intéresser, le but et le programme du Congrès;
207
2" Nous indiquer, sous forme d’une simple note, les noms,
qualités et adresses des personnes que vous croiriez susceptibles
de participer au Congrès, soit en y assistant pour prendre part
aux discussions, soit en nous envoyant des communications ou
contributions, môme courtes, sur les diverses questions rentrant
dans le cadre de ragronomie coloniale et tropicale.
Le Bureau international se félicite par avance de votre précieux
concours et vous en exprime ses vifs remerciements.
Nous vous prions d’agrér, Monsieur, l’assurance de nos sen¬
timents dévoués et de haute considération.
Pour le Bureau international.
Le Présideiit, ancien Ministre,
J.-L. DE Lanessan.
Le Secrétaire perpétuel,
P. Heim.
A cette lettre sont joints des programmes relatifs au 2® Con¬
grès international d’Agronomie coloniale.
Je rappelle que le programme de ce Congrès comprend beau¬
coup de questions qui intéressent les membres de notre Société:
zoologie et entomologie appliquées ; pathologie et hygiène des
animaux domestiques ; hygiène de V agriculteur aux colonies et
dans les pays tropicaux ; habitation du colon.
A ma demande, on a inscrit déjà parmi les questions qui seront
traitées: l’Alcoolisme aux Colonies, et notre éminent Collègue,
M. Kermorgant, a bien voulu se charger du rapport sur cette
question.
J’engage ceux de nos Collègues qui se proposent de prendre
part aux travaux de ce Congrès à envoyer leur adhésion en indi¬
quant le titre des communications qu’ils se proposent de faire.
208 —
Présentations
/ AI. La\ kkax. ■ J’ai l’honneur de présenter une Filaria loa
dont i 'histoire est intéressante. Les renseignements concernant
cette filaire m’ont été fournis p)ar AI. Laurent, administrateur
des Colonies, qui a hébergé pendant g ans le parasite, et par
AL le !)’■ Llin, médecin major de L” classe des colonies, Corres¬
pondant de notre Société, qtii a réussi à extraire la filaire et qui
me l’a adressée.
Ifn 1903, AL Laurent m’avait consulté au sujet de cette filaire
qui faisait de courtes apparitions sous la conjonctive de l’œil
gauche et j’avais fait à cette épocpie l’examen du sang sans réus¬
sir à y découvrir des embryons de filaire; on sait que d’après
P. AIanson, la Filaria loa serait probablement la forme adulte
de Filaria diurna. L’infection aurait eu lieu, d’après le malade, à
Campo (Congo français), pendant la Alission du Congo-Came¬
roun.
A la date du 1®’' mars dernier. Al. Laitient m’écrit de Conakrv
qu’après de nomljreuses tentatives infructueuses faites par dif¬
férents médecins pour s’emparer de la filaire, AL le D’’ Blin vient
enfin de réussir à extraire le parasite C{ui est venu bien entier; il
est long de 6 ('m., de la grosseur d’un gros fil. AL LAtutENT est
un excellent observateur et il ne paraît pas douteux qu’il ait hé¬
bergé pendant g années, comme il le dit, la filaire cjue je pré¬
sente.
AL le I)’’ Bi.in, dans une lettre datée de Conakrv, le 21 mars
dernier, me donne les renseignements suivants sur l’extraction
de la filaire, en me priant de les communiquer à la Société,
(( Ln matin, le ver manifesta sa présence en se dessinant sous
la conjonctive bulbaire de l’aul gauche, sous forme d’un mince
cordon mobile et tortueux. L’instillation de quelques gouttes
d’une solution forte de cocaïne à i p. 10 suffit à ralentir ses
mouvemements. Ifn outre, l’œil fut maintenu grand ouvert à la
vive lumière et légèrement comprimé au niveau de l’angle ex¬
terne, à l’aide d’un petit tampon de coton.
(( Le résultat de la manœuvre en question permit d’attendre
près de deux heures la venue du médecin.
2Ü()
<( La technique opératoire employée ]3our l’extraction fut la sui¬
vante: après asepsie de l’œil parasité, le cordon représenté par la
conjonctive et le parasite fut saisi et solidement fixé avec une
pince à crocs. Puis, sur le bourrelet ainsi obtenu et parallèlement
à lui, fut pratiquée, à l’aide de la pointe d’un couteau à cata¬
racte, une incision de 3 mm. de longueur à travers laquelle fit
aussitôt hernie la filaire qui se présenta sous forme d’une anse
mobile, bbie traction très légère opérée sans à coups avec mn
stylet sur lequel fut chargé le parasite suffit alors à en opérer
l’extraction totale.
(( L’hémorragie fut nulle; la plaie conjonctivale était insigni¬
fiante; néanmoins l’oeil gauche demeura protégé pendant deux
jours par un léger pansement au lint boraté. Au monocle fut subs¬
titué ensuite le port de lunettes fumées. Quatre jours après l’ex¬
traction, toute trace d’hvpérémie avait disparu, et la cicatrisa¬
tion de la plaie conjonctivale était complète.
(( La filaire qui était animée de mouvements très vifs au mtv
ment de l’extraction, ne tarda pas tà mourir après une exposition
de quelques minutes à l’air. »
Je me propose de demander à notre éminent collègue, i\L Raii.-
LiET^ d’examiner cette filaire.
Au sujet de l’emploi des troupes noires
du Sénégal en Algérie
Rapport sur la lettre du D' RAYNAUD
Par KLKMORGAXT.
Le docteur L. Raynai^), chef du service sanitaire et de l’hy¬
giène de l’Algérie, a fait parvenir à notre Société une copie
de la motion qu’il a présentée au Conseil d’Hygiène du dé¬
partement d’Alger, au sujet des troupes noires qui vont y
être amenées de la Côte ot'cidentale d’Afrique. Les conclu¬
sions présentées ayant été adoptées tà l’unanimité par le susdit
Conseil, le. docteur Raynai'I) sollicite tle la Société de Pathologie
exotique un vœu fortement motivé au sujet de ces conc'l usions,
210
persuadé, dit-il, que si nous les adoptions, notre délibération au¬
rait une grande portée sur les décisions du Gouvernement.
Notre collègue désire établir tout d’abord, d’une façon bien
nette, qu’il n’est nullement opposé au principe de l’introduction
des Soudanais en Algérie, mais il estime qu’il conviendrait de
prendre quelques précautions hvgiéniques au moment du recru¬
tement d’une part et du débarquement de l’autre, de ces troupes
nouvelles. Il semble au docteur RAYXAim que le moins que l’on
puisse demander, c’est un choix judicieux des recrues et de leur
smala, non seulement dans l’intérêt de l’Algérie, mais aussi de
la Métropole. On n’ignore pas, dit-il, que les tirailleurs noirs
sont toujours accompagné de leurs familles dans leurs déplace¬
ments, et par suite, il est à craindre que dans ces conditions, les
femmes et les enfants n’apportent avec eux des germes d’affec¬
tions encore inconnues en Algérie, ou, du moins, très rares, et
que ces affections n’y trouvent d’excellentes conditions de propa¬
gation.
Passant en revue les différentes maladies pour lesquelles les
noirs présentent des dispositions particulières, le docteur Ray¬
naud cite: la tuberculose, la lèpre, la peste. La plus terrible df'
toutes les maladies susceptibles d’être importée par ces nouveaux
émigrants serait, d’après lui, la Trypanosomiase . Viennent en¬
suite :1e béribéri, le Craav-Craw, le ver de Guinée, la Filariose avec
toutes ses déterminations (lymphano^ites, éléphantiasis, chylurie),
la Bilhharsiose, ]\4nhylostomiase, la puce Chique.
Enfin, le docteur RAm\im a appelé l’attention du Conseil
d’Hvgiène d’Alger sur un péril plus grave, peut-être imaginaire,
s’empresse-t-il d’ajouter, la fièvre jaune. Parmi les nombreuses
maladies énumérées ci-dessus et qui font l’objet des préoccupa¬
tions très justifiées d’aiheurs, de notre collègue, nous n’en retien¬
drons qTie quatre: la Filariose, la Bilharciose, V Anlzylostomiase
et la Chique. Ces affections sont, en effet, très fréquentes en
Afrique occidentale et nous avons tous encore présents à la mé¬
moire, les ravages causés par la Chique, introduite à Madagas¬
car et au Co'iTgo, i^ar nos tirailleurs sénégalais. Nous estimons,
néanmoins, que la menace éventuelle de ces maladies, ne doit pas
être de nature à faire écarter un projet de la plus haute impor¬
tance, attendu qu’il s’agit de remédier à l’insuffisance de notre
contingent militaire et que l’intégrité de notre territoire est l’en¬
jeu de cette mesure.
21 I
Tl nous semble qu’en prenant des précautions au moment du
recrutement et en soumettant à un examen des plus minutieux,
les tirailleurs, ainsi que leurs femmes et leurs enfants, il sera pos¬
sible d’écarter, non seulement les malades, mais encore les sus¬
pects. L’examen devra porter, au point de vue de la filariose, de
la trypanosomiase, de l'ankylostomiase et de la bilharziose, sur le
sang, les fèces et les urines de tous les émigrants. I>es bagages
devront être désinfectés au Sénégal avant l’embarquement.
L’examen pratiqué avant le départ au Sénégal fera nécessaire¬
ment écarter du convoi les émigrants atteints de tuberculose, de
lèpre, de peste, de crazv-crau', de béribéri, de vers de Guinée.
D’autre part, le danger de l’introduction de la Trypanosomiase
en Algérie, ne semble pas à redouter, étant donné qu’il n’existe
pas de glossines dans le pays et que, jusqu’à présent, rien n’est
venu confirmer la possibilité de la propagation de la maladie par
un insecte autre que la Glossina palpalis. D’ailleurs, s’il existait
des glossines dans les bagages, la désinfection à laquelle ils au¬
ront été soumis avant le départ, les aura détruites. introduction
de la fièvre jaune ne semble pas non plus à craindre, l’examen du
contingent avant le départ sera une garantie et si, par hasard,
des cas se glissaient dans le convoi, les gens atteints devien¬
draient très vite inoffensifs, le départ du Sénégal étant séparé de
l’arrivée en Algérie par une traversée en mer de quelques jours.
Or, il est acquis que les malades en proie à la fièvre jaune ne
sont susceptibles d’infecter les Stey^omyia, moustiques propaga¬
teurs de la maladie, que pendant les 3 ou 4 premiers jours.
Néanmoins, il sera prudent de songer à l’éventualité de Stego-
rnyia infectés transportés à bord, aussi pour se mettre à l’abri
de l’introduction sur les navires-transports de ces insectes, il se¬
rait préférable d’effectuer les convois de noirs pendant la saison
fraîche, de les faire séjourner quelques jours au lazaret de Mati-
fou à leur arrivée en Algérie, afin de désinfecter à nouveau les
bagages, s’il v a lieu et de procéder également à la désinfection
du navire, afin de détruire les Stegomyia infectés qui pourraient
s’v trouver. Tl est à peine besoin d’ajouter que les gens atteints
à leur arrivée de fièvres suspectes devront être placés dans des
locaux grillagés.
En résumé, je vous propose d’adopter les conclusions ci-après:
Les noirs du Sénégal et leur smala faisant partie des batail¬
lons destinés à être cantonnés en Algérie, étant susceptibles de
trans])(jrler des germes morbides inconnus ou très peu répandus
diuis le pays, la Société de F^athoUjgit* exotique estime qu’il v au¬
rait lieu, autant (jue possible, de |)rentlre les ntesures sui\tmtes,
lors de l’envoi de ces troupes:
Soumettre, avant le départ du Sénégal, tous les émigrants,
hommes, femmes et enfants à une visite des plus minutieuses
comprenant l’examen du sang, des fèces et des urines afin d’éli¬
miner les gens atteints de filariose, de trypanosomiase, d'anky¬
lostomiase et de hilharcdose . Eliminer tous les sujets atteints de
chiques, suspects de lèpre, de tuberculose, de béribéri et ceux
qui sont porteurs de craiv-craw et de vers de Guinée. Afin d’écar¬
ter avec, certitude les noirs porteurs de ces vers, il v aura lieu
d’éliminer les sujets atteints d’œdème des jambes, ce symptôme
étant très souvent un signe précurseur de ce parasitisme. Désin¬
fecter tous les bagages au moment de l’embarquement au Séné¬
gal. Ifffectuer de préférence les convois pendant la saison fraîche,
afin d’éviter le transport possible,^ par les navires, de Stegomyia
infectés. Interner pendant quelques jours les émigrants au lazaret
de Matifou, à leur arrivée en Algérie et les examiner de nouveau,
afin d’éliminer les suspects qui auraient pu se glisser dans le
convoi, et désinfecter le navire.
M. Moty. — Je voudrais seulement faire entendre une note ras¬
surante, car il existe depuis longtemps des villages nègres en
Algérie et ces groupements ne semblent pas avoir, jusqu’ici, sen^i
de fovers à des maladies étrangères à la pathologie algérienne.
D’autre part, la Bilharziose existe en Tunisie, et si elle ne
prend pas d’extension en Algérie, c’est, sans doute, parce que les
conditions climatériques du pavs ne lui conviennent pas.
y Al. (ÎRANji'X. — Les mesures qu’on nous propose ressortiraient,
au point de \iie de l’application, à deux autorités différentes. Au
départ, elles incomberaient au service de santé colonial, à l’arrivée
au service sanitaire de l’Algérie, l.es mesures conseillées avant
le départ me paraissent se heurter à certaines difficultés, inhé¬
rentes aux mœurs et à la religion des noirs (examen des femmes,
prélèvement des urines et des fèces). De plus, il est indispen¬
sable, av;mt de voter les propositions qui nous sont faites, de sa¬
voir si 1(^ servic(' de santé c'olonial serait en mesure d’exécute",
- 2i3 —
dans un temps relativement court, les nombreux et longs exa-
m(*ns (jui lui sont demandés.
Al. Makc hoiix. Pendant quatre années, j’ai été chargé du
service bactériologique du Sénégal, où je me trouvais au mo¬
ment de l’envoi à Madagascar de 2 régiments de tirailleurs. Ces
hommes, Cjui étaient accompagnés de femmes et d’enfants, ont
séjourné queUpie tentps à Saint-Louis. Il s’est déclaré chez eux
une épidémie de pneumonies qui a fait de nombreuses victimes.
Des cas de méningite cérébro-spinale à pneumocoque se sont
montrés non seulement à Saint-Louis, mais, tout le long dti voya¬
ge, sur le bateau qui les emmenait. Je dois reconnaître qu’il m’a
été impossible, malgré mes efforts, de les examiner tous. 11 m’eût
été a fortiori plus difficile encore de faire un examen aussi labo¬
rieux que 'Celui qu’on demande aujourd’hui. Même avec un per¬
sonnel adjoint, impossible d’ailleurs à se procurer en temps ordi¬
naire, cet examen me paraît impraticable.
M. I vOt'is AlARt'iiN. — Je demande que le rapport et les conclu¬
sions soient d’abord imprimées et votées après discussion.
La C[uestion est importante et il importe, à moins d’urgence,
de réfléchir avant de voter.
Le Président. — Le rapport et les conclusions du rapporteur
seront soumis au vote de la .Société à la prochaine séance.
COMMUNICATIONS
'' indexed B.
Sur la présence fréquente d’un pouvoir
agglutinant vis à vis du '' Micrococcus
melitensis ” dans le sang des malades atteints
de typhus exanthématique. Sa valeur diagnostique
Par M-M. C. XICOLLE et C. COMTE.
Ee sang des malades atteints de typhus exanthématique pré¬
sente fréquemment une propriété intéressante et singulière que
l’un de nous a déjà signalée (i) et sur laquelle il nous paraît
utile d’attirer plus spécialement l’attention, en raison de l’im¬
portance qu’elle peut avoir pour le diagnostic. 11 agglutine à un
taux souvent élevé le Micrococcus melitensis.
Il est évident (ju’aucune relation ne peut être établie entre la
fièvre méditerranéenne, maladie bactérienne et le t\'phus exan-
thématicjue dont l’agent pathogène est un microbe invisible. Mais
si l’explication du phénomène nous échappe, l’intérêt praticjue
de la constatation n’est pas douteux. Dans l’état actuel de nos
connaissances, nous ne possédons aucun signe certain qui per¬
mette d’affirmer le diagnostic de tvphus, surtout dans les cas
frustes et en dehors des épidémies. Bien que la réaction cjue nous
signalons n’ait pas de valeur spécifique, elle est assez fréquente
et assez nette souvent hu'squ’elle existe, pour constituer une forte
présomption en faveur du tvpîuis. D’autre part, aucune confu¬
sion n’est possible cliniquement entre cette maladie et la fièvre
méditerranéenne.
X'ous devons à l’obligeance de M. le D’’ Broc, chargé, lors de
l’épidémie de 1909, du service d’isolement de la Rabta (Tunis),
d’avoir pu examiner le sang de 68 malades indigènes atteints de
typhus aux mois de mars et avril de l’année passée. Sur ces
(i) En particulier Soc. de Path. exot., 1909, séance du 14 avril, pages
192-193.
— 2i5 —
68 malades, pour la plupart desquels le diagnostic clinique était
indiscutable, 45, soit 66 %, ont présenté un pouvoir agglutinant
du sang vis-à-vis du M. melitensis . Chez 15 d’entre eux, soit
22,5 %, ce pouvoir était de 50 ou au-dessus (100 dans un cas);
or, le chiffre de 50 est le taux auquel nous attribuons une valeur
spécifique pour le sérodiagnostic de la fièvre méditerranéenne.
De nombreux auteurs, à tort suivant nous, abaissent cette limite
à 20. 18 de nos tvphiques, soit 26,47 % agglutinaient entre 50
et 20. Ifnfin, 12 autres (17,64 %), avaient un sérum doué d’un
pouvoir plus faible (10).
Les observations qui nous ont été remises, étaient, en raison
de l’importance de l’épidémie, incomplètes. Nous n’avons donc
pu étudier, ainsi cpie nous l’aurions voidu, les relations de cette
curieuse propriété avec l’évolution clinique de la maladie. Nous
savons, seulement, qu’elle disparaît rapidement du sang des ty¬
phiques après la défervescence ; elle paraît peu développée dans
les cas mortels et semble parfois manquer chez les malades peu
atteints.
Tl y a lieu, sans doute, de la rapprocher de la lésion des glo-
bides polvnucléaires étudiée par M. Jaec:gy et l’un de nous dans
le sang des singes atteints de tvphus expérimental (t) et carac¬
téristique de la période d’état de l’infection. T^a nécrose de ces
éléments mettrait en liberté les agglutinines non spécifiques.
Nous ne savons encore si le sérum des malades jouit de pro¬
priétés analogues vis-à-vis d’autres bactéries. Dans cet ordre
d’idées, nous avons limité nos recherches au bacille tvphique et
aux bacilles paratvphiques A et B. 7 seulement des 68 malades
étudiés présentaient un pouvoir agglutinant de leur sérum vis-à-
vis du bacille tvphique (16,17 %), Dans tous les cas, ce pouvoir
était inférieur à 30, taux auquel nous attribuons une valeur spé¬
cifique pour le sérodiagnostic de la fièvre typhoïde; Il était 3 fois
de 10 et 4 fois de 20. Chez ces 7 malades, d existait concurrem¬
ment un pouvoir agglutinant plus fort vis-à-vis du M. mditen-
sis. f^a séroréaction, cherchée dans 2q cas seidement (dont 20 po¬
sitifs vis-à-vis du M. melitensis) sur les paratvphiques A et B
(SniOTTMÜLLER) n’a donné aucun résidtat appréciable.
Quoi qu’il en soit de l’extension ou non de cette propriété à
(i) Consulter le mémoire à paraître clans les Annales de Vlnstitnt Pasteur
de Paris sur l’ensemble des recherches pratiquées sur le typhus exanthéma¬
tique à l’Institut Pasteur de Tunis en iqog.
2 K)
d’autres bactéries, et l’avenir nous fixera bientôt sur ce point, la
présence d’un pouvoir agglutinant notable vis-à-vis du M. rne-
lilcnsis dans le san^ de malades atteints d’une infection aiguë et
grave doit actuellement faire penser au typhus exanthématique
et la recherche de ce pouvoir doit être pratiquée dans tous les cas
douteux.
Nous avons pu réceniment reconnaître à distance quelques cas
de typhus, en nous basant sur la présence dans le sang de cette
propriété singulière.
(Institut Pasteur de Tunis.)
/
Sur les cultures de Leishmania Donovani ”
en milieu liquide
Par A. LAVER A N et A. PETTIT.
Dans une communication présentée antérieurement à la So¬
ciété de Biologie (i), nous avons fait connaître un milieu de
culture liquide, pernrettant d’obtenir, dans des conditions avan¬
tageuses, les cpiantités relativement considérables de Leishmania
Donovani, qui sont nécessaires pour inoculer des chiens ou des
singes.
T>e milieu en cpiestion a la formide suivante;
Peptone Chapoteaut .
Chlorure de sodium .
Eau .
Sang défibriné de lapin....
I vol.
T vol .
r.a solution peptone-sel est préparée séparément, puis réparti(‘
dans des fioles dans lesquelles on v(“rse volume égal de sang dé¬
fibriné de lapin ; la quantité totale du liquide ne doit guère dé¬
passer le dixième du volume total du récipient, car les Leishma¬
nia ne se développent pas en profondeur.
Au début, nous nous servions de fioles de Roux, maintenues
à plat ; actuellement, nous avons substitué au modèle classicjue
un flacon cubique, en verre de Bohême, mesurant <S cm. de lar-
([) CoDipfcs rotdiis de lu Snciclé de tViolo^ie, t. LX^"I1T, p. 114 et 276.
217
geiir, 4 tle liaulcLir et 12 de lungiieur, et muni d’un goulot, dis¬
posé excentriquement, à la partie supérieure d’une des deux plus
petites faces (i). Ce récipient présente un dotible avantage: tout
d’tiliord, le verre dont il est formé permet le flambage du goulot,
sans crainte de rupttire; en second lieu, la hauteur du flacon et
la position dti goulot mettent le coton à l’tibri des éclaboussu¬
res (2).
Nous avons cherché, d’autre part, à simplifier la préj^aration
du milieu en remplaçant le sang de hipin par du sang de chien
ou de mouton; mais, jusqu’à présent, cette substitution nous a
paru inutilisable ; il en est de même de riiémoglobine du com¬
merce et de certaines préparations spécialisées, tirées du sang.
Ifnfin, la praticpie des cultures en milieu liquide nous a mon¬
tré cpie le développement des Lcishmania est lié à certaines con¬
ditions de concentrtition, qu’il nous est impossible de préciser
numériquement. En tous cas, comme notes l’indiquions dtms no¬
tre première note, le mélange doit être fhnde et non poisseux; il
doit présenter, en outre, un aspect laqué. Dans la plupart des cas
où ces dernières conditions ne sont pas remplies (les flacons de¬
meurent alors stériles), on peut rendre le milieu favorable au dé¬
veloppement des Lcishmania, en y ajoutant soit de l’eau phvsio-
logique, soit mjême de l’eau distillée, en proportion telle que le
mélange cesse de poisser le verre; on peut obtenir le même
résultat en congelant le milieu de culture à — 15” envi¬
ron et en le décongelant ensuite rapidement ; consécutivement à
cette opération, le mélange, qui a perdu son apparence poisseuse
et est devenu laqué, convient parfaitement à la culture des Leish-
mania.
Le flacon, que nous présentons aux membres de la Société de
Pathologie exotique, met en évidence la richesse des cultures four¬
nies par le procédé c{ue nous préconisons: il suffit d’incliner, puis
de relever rapidement le récipient pour voir ruisseler, le long de
la paroi, une multitude de particules blanches, parfaitement visi¬
bles à l’c^il nu et qui ne sont autre chose cjue des agglomérations
de Leish^nania.
(1) Ce modèle a été établi par la maison Poulenc.
(2) Comme nous l’avons indiqué antérieurement, ces fioles sont prisées a
plat dans l’étuve réglée, à + 21 ou +22 chacune d’elles contient 30 cm^
de milieu de culture, soit approximativement le dixième de la cojitenance
totale.
— 2i8 —
Au sujet du traitement des infections
produites par Trypanosoma congolense ”
et par '' Tr. dimorphon ’’
Par A. LAVE R AN.
J’ai signalé déjà que l’atoxyl et son dérivé acétvlé sont inac¬
tifs ou très peu actifs dans les infections du cobaye produites par
T;r. congolense et Tr. dimorphon, tandis que l’émétique sodique
et l’émétique d’aniline donnent, au contraire, d’excellents résul¬
tats dans ces infections (i). Les observations qui suivent confir¬
ment les premiers résultats auxquels j’étais arrivé.
1. — Infections dues au Tr. congolense.
Les observations i et 2 témoignent de l’inefficacité de l’atoxyl
et de son dérivé acétylé, les observations 3, 4 et 5 de l’efficacité
de l’ém-étique sodique et de l’émétique d’aniline.
1' Lin cobaye inoculé le 7 juillet igog avec Tr. cnigolensc, a le j6 juillet
des trypanosomes non rares ; il pèse 550 gr. Le cobaye reçoit, le 16 juillet,
3 cg. du dérivé acétylé de l’atoxyl en injection hypodermique. — 20 juil¬
let, trypan. non rares ; dérivé acétylé de l’atoxyl 3 cg. — 23, trypan. non
rares, dérivé acétylé de l’atoxyl ■ 4 cg. ; le cobaye pèse 430 g. — 25, trypan.
non rares ; dérivé acétylé 4 cg. — 28, try])an. nombreux ; dérivé acétylé
4 cg. — 31, trypan. très nombreux ; atoxyl i cg. 50. — i®*" août, trypan.
nombreux ; atoxyl i cg. 50. — 3, trypan. nombreux ; atoxyl 2 cg. —
4, trypan. nombreux. — 7, trypan. nombreux ; atoxyl 2 cg. — g, trypan.
très nombreux. Le cobaye ne pèse plus que 375 g. il est en très mauvais
état. Mort le 12 août avec trypan. très nombreux. Le cobaye ne pèse
plus que 300 g., la rate est volumineuse, elle pèse s g., c’est-à-dire que
l’hypersplénie est aussi marquée que chez beaucoup d’animaux infectés par
Tr. congolense et non traités.
2° Un cobaye inoculé avec Tr. congolense le 16 juillet igog, a le 28
juillet des trypan. nombreux ; il pèse 450 g. ; on donne atoxyl i cg. 50. —
2g, trypan. assez nombreux ; atoxyl i cg. 50. — 3 août, trypan. non
rares ; atoxyl 2 cg. — 4, trypan. très nombreux.
Mort le 5 août. Le cobaye pèse 455 g. ; sa rate est volumineuse, elle
pèse 4 g. 80.
3° Un cobaye inoculé le 22 septembre igog avec Tr. congolense, a le
6 octobre des trypan. très nombreux ; il pèse 630 g. Le cobaye reçoit, les
6, 10, 14, 18 et 22 octobre, 5 doses d’émétique sodique de i cg. 50 à , 2 cg.
(i) A. Laveran. Ce Bulletin, séance du 10 nov^nibre igog c'. A>}nales de
l’Inst. Pasteur, 25 février 1910.
219 —
Les trypanosomes qui ont disparu dès le 7 octobre, ne reparaissent pas. Le
cobaye augmente de poids ; il pèse, le i®*' novembre, 690 g. ; le décem¬
bre, 710 g. ; le 22 février 1910, 790 g.
A la date du 30 mars, les trypanosomes n’ont pas reparu, le cobaye qui
est en très bon état peut être considéré comme guéri.
4° Un cobaye inoculé le 30 octobre 1909 avec Tr. congolense a, le lo no¬
vembre, des trypan. assez nombreux ; il pese 390 g. Le cobaye reçoit, les
10, 14, 18, 22 et 27 novembre, 5 doses d’émétique d’aniline en injections
hypodermiques (1 cg., une fois ; i cg. 50, quatre fois). Les trypan. qui ont
disparu dès le 11 novembre, ne reparaissent pas. Le 15 décembre, le cobaye
pèse 500 ; le 17 janvier 1910, 570 g. ; le 21 février 650 g.
A la date du 30 mars, les trypan. n’ont pas reparu, le cobaye qui est en
très bon état peut être considéré comme guéri.
5° Un cobaye inoculé avec Tr, congolense le 10 novembre 1909, a le
22 novembre des trypan. assez nombreux ; il pèse 520 g. Le cobaye reçoit
les 22, 2b et 30 novembre, 4 et 9 décembre, 5 doses d’émétique d’aniline
(.1 <-'g., 3 fois ; I cg. 50, 2 fois). Les trypanosomes qui ont disparu dès le
23 novembre ne reparaissent pas. Le cobaye pèse, le 3 janvier 1910, 550 g. ;
le 7 février, 600 g. ; le 21 février, 655 g.
A la date du 30 mars, les trypan. n’ont pas reparu ; le cobaye qui est
en très bon état peut être considéré comme guéri.
11. ^ — Infections dues au Tr. dimorphon.
Les observations 6, 7 et 8 témoignent du peu d’activité chez
le cobaye, de l’atoxyl et de son dérivé acétylé. Des recherches
faites sur des souris et sur des rats infectés avec Tr. dimorphon
ont donné les mêmes résultats.
Les observations S, 9, 10, ii, 12, 13, 14, 15 montrent l’effi¬
cacité de l’émétique sodique et de l’émétique d’aniline dans les
infections du cobaye dues au Tr. dimorphon.
L’ob.servation 8 est celle d’un cobaye qui, traité sans succès
par de fortes doses d’atoxyl ou de son dérivé acétylé, a guéri
après avoir reçu 5 injections hypodermiques d’émétique sodique
de I cg. 50 chaque.
6° Un cobaye est inoculé avec Tr. dimorphon le ii septembre 1909. —
8 octobre, trypan. nombreux. Le cobaye pèse 405 g. : il reçoit, en injection
hypodermique, 2 cg. du dérivé acétylé de l’atoxyl. — 9 octobre, poids :
g. ; examen du sang négatif. — ii octobre, trypan. non rares. —
13 octobre, poids : 375 g. ; trypan. assez nombreux ; dérivé acétylé 2 cg. —
15 octobre, poids : 375 g. ; trypan. rares ; dérivé acétylé 2 cg.
Le cobaye meurt le 18 octobre. Poids : 340 g. La rate pèse 8 g., ce qui
atteste l’inefficacité de la médication.
7° Un cobaye est inoculé avec Tr. dimorphon, le ii septembre 1909. —
12 octobre, trypan. non rares. Le cobaye pèse 530 g. ; il reçoit 2 cg. du
dérivé acétylé de l’atoxyl. — 13 octobre , poids : 560 g. ; trypan. rares ;
dérivé acétylé 3 cg. — 15 octobre, poids : 515 g., examen du sang négatif ;
dérivé acétylé 2 cg. — 19 octobre, poids : 540 g. ; examen du sang néga¬
tif ; dérivé acétylé 2 cg. — 22 octobre, poids ; 365 g. ; trypan. non rares.
anémie très marquée ; dérivé acétylé 3 cg. — 23 octobre, poids ; 550 g. ;
trypanosomes nombreux, anémie très marquée.
Le cobaye meurt le 24 octobre. Poids : 520 g. La rate pèse 10 g., ce
qui atteste l’inefficacité de la médication. Le foie est gros.
8° Un cobaye est inoculé avec Tr. dinwrphon le 8 octobre 1909. Le
18 octobre, il a des trypanosomes nombreux ; il pèse 600 gr. Dérivé acétylé
de l’atoxyl, 3 cg. — 19 octobre, trypan. non rares. — 20, trypan. non rares ;
dérivé acétylé 3 cg. — Du 21 au 28 octobre, les examens du sang sont
négatifs. Le cobaye reçoit encore les 25 et 28 octobre deux doses du dérivé
acétylé, de 2 cg. chaque. Malgré cela les trypanosomes reparaissent rapi¬
dement. — 31 octobre, poids 520 g. ; trypan. non rares. Atoxyl 2 cg. —
novembre, trypan. rares. — 2 novembre, trypan. rares ; atoxyl, 2 cg.
— 3 et 4 novembre, trypan. non rares. Le 4 novembre le cobaye qui pèse
530 g. est mis au traitement par l’émétique sodique. Il reçoit les 4, 7, 10,
15 et 20 novembre, 5 injections hypodermiques d’émétique de 1 cg. 50
chaque. A partir du 5 novembre, tous les examens du sang sont négatiis
et le cobaye augmente de poids, il pèse, le 10 novembre, 570 g. ; le 20 dé¬
cembre, 620 g. ; le 24 janvier 1910, 650 g. A la date du 30 mars les trypa¬
nosomes n’ont pas reparu ; le cobaye qui est en excellent état peut être
considéré comme guéri.
9° ün cobaye inoculé avec Tr. dùnorphon le 12 octobre 1909, a le 23 octo¬
bre des trypan. non rares, il pèse 510 g. Les 23, 26 et 31 octobre, 5 et
10 novembre le cobaye reçoit, en injections hypodermiques, 5 doses d’émé¬
tique sodique de i cg. 50 chaque. Les trypanosomes qui ont disparu dès le
24 octobre, ne reparaissent pas. Le cobaye qui a un peu maigri au cours du
traitement, ne tarde pas à augmenter de poids. Le 10 novembre, il pèse
550 g. ; le 4 décembre, 600 g. Au mois de janvier 1910, il met bas 3 petits
qui viennent bien. A la date du 30 mars, les trypanosomes n’ont pas re¬
paru ; le cobaye qui est en très bon état peut être considéré comme guéri.
10° Un cobaye inoculé avec Tr. dirïwrphon le 12 octobre 1909 a, le 23 octo¬
bre, des trypanosomes non rares ; il pèse' 510 g. Les 23, 26, 31 octobre, 5 et
10 novembre, le cobaye reçoit, en injections hypodermiques, 5 doses d’émé¬
tique sodique de i cg. 50 chaque. Les trypanosomes qui ont disparu dès le
24 octobre ne reparaissent pas. Le cobaye augmente régulièrement de poids.
Le 5 novembre, il pèse 585 ; le 28, 640 g. ; le 10 décembre, 690 g. ; le
22, 715 g. ; le 12 janvier 755 g. ; le 26, 770 g. ^
A la date du 30 mars, les trypanosomes n’ont pas reparu ; le cobaye
qui est en très bon état peut être considéré comme guéri.
11° Un cobaye inoculé avec Tr. dimorphon le 2 novembre 1909, a le
12 novembre des trypanosomes non rares, il pèse 445 g. Le cobaye reçoit,
le 12 novembre, i cg. 50 d’émétique d’aniline en injection hypodermique et
les 17, 21, 26 et 30 quatre doses du même médicament de i cg. chaque. Les
trypan. qui ont disparu dès le 13 novembre ne reparaissent pas. Le cobaye
qui a maigri un peu au cours du traitement ne tarde pas à augmenter de
poids ; il pèse, le 10 décembre, 490 g. ; le 30 décembre, 560 g. ; le 27 janvier
1910, 590 g. ; le 13 février,63o g.
.\ la date du 30 mars 1910, les trypan. n’ont pas reparu ; le cobaye qui est
en très bon état peut être considéré comme guéri.
12“ Un cobaye inoculé le 2 novembre 1909 avec Tr. diruorphon, a îe
12 novembre des trypanosomes non rares, il pèse 455 g. Le cobaye reçoit
le 12 novembre une dose d’émétique d’aniline de i cg. 50 ; les 17, 21 et
26 novembre, 3 doses de i cg. ; enfin le 30, un(^ dernière dose du même médi¬
cament. Les trypan. qui ont disparu dès le 13 novembre ne reparaissent pas.
Le cobaye pèse, le 10 décembre, 550 g. ; le 30, 650 g. ; le 3 février 710 g.
A la date du 30 mars les trypanosomes n’ont pas reparu.
13° L’n cobaye inoculé le 12 novembre 1909 avec Jr. diDiurphon, a le 26
novembre des trypanosomes nombreux ; il pèse 520 gr. Le cobaye reçoit, les
26 et 2g novembre, 3, 7 et ii décembre, 5 doses d’émétique d’aniline de
I cg. 50 (4 fois) et de i cg. (i fois). Les trypan. qui ont disparu dès le 27
novembre, ne reparaissent pas. Le cobaye pèse le 30 décembre boo g. ; au
mois de février, il met bas 3 petits qui s’élèvent bien.
A la date du 30 mars, les tryjîanosomes n’ont pas reparu ; U* cobaye qui est
en très bon état peut être considéré comme guéri.
14° Un cobaye inoculé le 2b novembre 1909 avec l'r. dhiiorphou, a, le b dé¬
cembre des trypanosomes nombreux ; il pèse 640 g. Le cobaye reçoit les 6,
9, 13, 17 et 21 décembre 5 doses d’émétique d’aniline de i cg. 50 chaque.
Les trypan. qui ont disparu dès le 7 décembre ne reparaissent pas. Le co¬
baye augmente de poids ; au mois de février il met bas 3 petits qui s’élèvent
bien.
A la date du 30 mars les trypanosomes n’ont pas reparu ; le cobaye qui
est en très bon état peut être considéré comme guéri.
15° Un cobaye inoculé le 26 novembre avec Tr. di>norphon a, le b dé¬
cembre, des trypan. nombreux, il pèse 580 g. Le cobaye reçoit les 6, g, 13,
17 et 21 décembre 5 doses d’émétique d’aniline de i cg. 30 (4 fois) et de
I cg. (i fois). Les trypan. qui ont disparu dès le 7 décembre ne reparaissent
pas. Le cobaye pèse, le 21 décembre, 600 g.
A la date du 30 mars, les trypan. n’ont par reparu ; le cobaye qui est en
très bon état peut être considéré comme guéri.
Une conclusion s’impose, c’est que, dans le traitement des in¬
fections produites par Tr. congolcnsc et ptir Tr. dimorphüii, on
ne doit avoir recours ni à l’atoxyl, ni à son dérivé acétylé ; l’ef¬
ficacité de l’émétique sodique et de l’émétique d’aniline est, au
contraire, démontrée.
Je me suis assuré cpie le trisulfure d’arsenic' ou orpiment, déjà
emplox'é avec succès dans le trtdtement de différentes trypanoso¬
miases (i), était aussi très efficace dans les infections produites
]3ar Tr. congolensc et par Tr. dimorphon. Des cobayes de 500 g.
environ, infectés de Tr. congolensc, ont été guéris facilement
par l’emploi de l’orpiment administré en pilides ; deux de ces
cobayes n’ont reçu que 1 cg. d’orpiment. Les infections dues au
Tr. dimorphon paraissent céder de même à ce médicament mais,
pour Tr. dimorphon, mes observations concernant les effets de
l’orpiment sont moins avancées cpie pour Tr. congolense.
Ces faits montrent une fois de plus cpie l’action de l’orpiment
sur les trypanosomes est très différente de celle de l’atoxvl oiî
de son dérivé acétvlé, bien ([u’il s’agisse, dans les deux cas, de
|) réparations arsénicales.
(r) A. Lavkran et 'PiirRoiTX. Ann. de ITnsl. Pasteur, fé\rivi- 1908. - 'l'in-
Koex et 'l'i-a’iwz, même Rec., 25 mai's (,4 25 mai et 25 luar^ i()iu.
Pour le traitement des animaux domestiques, infectés par le
Tr. congolense ou par le Tr. dimorphon, on obtiendra sans doute
de très bons résultats, soit avec l’orpiment seul, soit en associant
l’emploi de l’orpiment (par les voies digestives) à celui de l’émé¬
tique sodique ou de 1 émétique d’aniline (en injections intra¬
veineuses).
Premiers résultats du traitement de la
trypanosomiase humaine par
l 'arsénophénylgly cine
Par G. MARTIN et RiNGENBAGll.
Wendelstadt, Schilling et W. Rüehl ont obtenu, dans le
traitement des trypanosomiases, dues à divers Trvpan. patho¬
gènes pour les animaux, d’excellents résultats par l’emploi
de l’arsénophénylglycine d’EHRLiCH. Ce produit expérimen¬
té sur des animaux naganés, dourinés et cadérés, même à une pé¬
riode avancée, a montré un pouvoir curatif très net; il est de
beaucoup supérieur aux autres composés atoxylicpies. 11 offre
l’avantage d’être de deux à quatre fois moins toxic|ue que l’atoxyl
et de pouvoir, en conséquence, être administré à des doses assez
élevées. 11 a, enfin, un pouvoir prophylactique remarquable (i).
Mesnil et Kérandel ont étudié son action préventive et cura¬
tive dans les trypanosomiases expérimentales et en particulier
dans les infections à T. ganibiense. Au point de vue curatif, les
résultats ont été nettement meilleurs que ceux obtenus avec l’ato¬
xyl. Quant à son action préventive, l’arsénophénylglycine a une
valeur supérieure à tous les autres médicaments (2),
Il était de fout intérêt de rechercher quelle pouvait être, vis-à-
vis de la trypanosomiase humaine, la valeur thérapeutique et pro¬
phylactique de ce produit et nous sommes très reconnaissants à
(1) Wendelstadt, Berlin-Klin. Woch., 21 déc. 1908, p. 2263. Schilling,
Arch. f. Sch. U. Trop. Hyg., t. XIII, 1909, p. i. Rœhl, Zeitsch. f. Immun,
forsch. U. exp. Ther., t. I, 1909, p. 633.
(2) F. Mesnil et J. Kerandel. Bull. Soc. Path. Exot., t. II, 21 juillet 1909,
p. 402.
M. le prof. liHKLiCH de la libéralité avec laquelle il l’a mis à notre
disposition.
Nous avons administré l’arsénopliénylglycine dissous dans de
l’eau stérilisée en injections abdominales sous-cutanées. Les solu¬
tions ont toujours été préparées extemporanément. Quel que fût
le degré de concentration des solutions, les injections ont toutes
été plus ou moins douloureuses. Un certain nombre d’entre elles,
furent assez bien supportées, c’est-à-dire ne furent suivies que
d’une très légère douleur durant quelques jours; d’autres, au
contraire, furent mal supportées, suivies de douleurs et d’indura¬
tion pendant un temps variant de lo à 50 jours; quelques-unes
enfin donnèrent lieu à des abcès.
En présence d’un premier abcès, nous nous demandâmes si cet
accident ne résultait pas d’une solution rendue septique au cours
des différentes manipulations nécessitées par sa préparation. Di¬
vers essais de stérilisation ne furent pas heureux (ébullition ; —
passage à l’autoclave à 135° une demi-heure; — passage à l’au¬
toclave à 135“ un quart d’heure, puis ébullition après filtration sur
papier Laurent). Aussi, nous abandonnâmes toute stérilisation,
faisant dissoudre l’arsénophénylglycine au moment de son em¬
ploi dans la cjuantité d’eau filtrée et stérilisée nécessaire.
Nos injections ont été faites £ivec des solutions dont le titre
variait de i/io® à 1/40®. Nous indiquons ci-dessous, en pourcen¬
tage, comment ces injections ont été supportées siuvant le titre
de la solution. Le total des injections faites jusqu’au 31 décem¬
bre 1909 est de 94.
L’emploi de solutions à i p. 20 dans de l’e^ui stérilisée est donc
indicpié comme devant donner les meilleurs résultats et le mini¬
mum de douleur.
Les doses ont varié de o g. 50 à 4 g., mais un seul malade
Momboutou (56 kg. 100), a reçu une injection massive de 4 g.,
bien supportée d’ailleurs. Les malades qui ont reçu des injections’
de 3 g., tuiiLes bien supportées, avaient un poids variant de
37 k. roo à 62 kg. 200. Ces injections ont presque toutes été don¬
nées à intervalles irréguliers, chaque injection n’étant pratiquée
qti’après disparition de toute dotdeur de l’injection précédente.
La douleur des injections et l’induration qui a suivi un certain
nombre d’entre elles ne sont pas corollaires de la quantité de sel
injectée.
Deux malades (Manouxcol' I. et Albert-CIeIvMAIN) ont montré
une éruption vésiculeuse généralisée, le premier (57 kg. 400) après
avoir reçu, en <S jours, 3 g. 50 d’arsénophénylglycine en 4 injec¬
tions (O g. 50, o g. 75, 1 g., 1 g. 25), le second (54 kg. 100)
après avoir reçu en 16 jours 6 g. d’arsénophénylglycine (2 in¬
jections de 3 g.); ces vésicules, en éclatant, ont laissé échapper
un liquide clair, l’épiderme s’est reformé assez rapidement (i).
liaisons toutefois remar(|uer que d’autres malades d’un poids
voisin de celui de jMAVOuxttou 1 et d’ Alhert-(}eiomaix, ont reçu,
dans un temps à peu près semblable, des doses aussi fortes d’ar-
sénophén\-lgl veine cpii ont été bien supportées : M’Bere
52 kg. 300) reçoit 5 g. en 17 jours: Ekodi (52 kg. 300), 4 g. en
15 jotirs ; N’Bodou (57 kg.), 6 g. en 17 jours.
33 malades ont été soumis au traitement à l’arsénophénylgly-
cine pendant l’année 1909. Les uns n’avaient antérieurement reçu
aucun traitement, les autres avaient été soumis, auparavant, à un
traitement cpii ne les avaient nullement améliorés (atoxvl-phos-
phure de zinc, solution de Loeffi.er et Ruhs). Tous étaient à la
deuxième ou à la troisième période de la maladie (2). Au 31 dé¬
cembre, Il sont décédés, 22 sont vivants. Leurs observations sont
résumées dans les tableaux I et II ci-dessous.
A l’examen de ces tableaux, on est de stnte frappé du nombre
infime de malades améliorés : sur 22 vivants, 3 seidement (Boeax-
GA, jMavouxg(31' III, Kilombe) présentent tine amélioration très
nette. Presqtie tous nos malades, loin d’avoir leur poids aug¬
menté, l’ont vu soit rester stationnaire, soit diminuer progressi-
(1) Constatons que ces malades, qui se sont trouvés à la limite de l’intoxi¬
cation, n’ont pas présenté la plus légère amélioration.
(2) 11 aurait été d’un grand intérêt d’étudier l’action de l’arsénophényl-
glycine chez des malades à la période ; mais cette catégorie de malades
nous échappe en grande partie, et lorsque incidemment nous en rencontrons,
ils viennent se faire traiter fort irrégulièrement. Ce n'est qu'avec ces mala¬
des qu'on pourra se faire une idée définitive de la valeur thérapeutiqtte de
l’arsénophétivlglycine.
223
vement. Aucun d’eux n’a accusé d’amélioration subjective. Ce-’
pendant, d’après les examens pratiqués au cours du traitement,
nous remarcpions qu’aucun de nos malades n’a montré de Tryp.
clans le sang et dans les ganglions. Et si le lic|uide cérébro-spinal
contient chez <S d’entre eux des d'rvp., chez 7 il n’en laisse pas
voir (il montre seulement des Ivmphocytes nombreux ou très
nombreux chez 2 malades, rares ou très rares chez les 5 autres).
Le liquide de ponction lombaire de M.W'orxoou III ne contient
ni 'rrx'p., ni Ivmphocvtes. M.w’oi'xoor I\", cjin est en très mau¬
vais état de santé, ne laisse voir de parasites flagellés ni dans le
sang centrifugé, ni dans le lic{uide cérébro-spinal, c[ui ne contient
que des lymphocytes très rares.
L’arsénophénylglycine possède donc une action stérilisante
énergique et prolongée, puiscj[ue aucun de nos malades n’a montré
de Tryp. dans le sang ni dans les ganglions. Il peut donc être
regardé comme un prophylactique puissant de la maladie.
L’action thérapeuticpie est malheureusement moins satisfai¬
sante. L’un de nos 8 malades cpii laissent voir des Tryp. dans le
liquide cérébro-spinal, Toumbi, a cependant reçu une assez forte
dose d’arsénophénvlglvcine : 10 g.; et ceux qui ont un licpiide
cérébro-spinal indemne de Trvp. et ne contenant que de rares*
lymphocvtes, n’ont nullement vu leur état général s’améliorer.
Il semblerait donc cpie l’arsénophénvlgh'cine, s’il détrint les
parasites, n’arrêterait nullement le développement des lésions déjà
existantes.
Il nous paraît de toute utilité de lui adjoindre un médicament,
comme l’atoxvl, capable de stimuler l’organisme et de relever
les forces du malade.
MAI.ADCS rRArrnS a idARStA’OPHKNVLCiLVl IXF: MOirrS MALGRK
[.K TRAITEMEXT.
Lobai.a (obs. 290). 3® période. Traitement antérieur : atoxyl, puis atoxyl-
sclution de Loeffler. Du 24 juin au 3 juillet 1909, 2 g. 50 d’arsénophényl-
glycine en 2 injections. Aucune amélioration. Décédé le 30 juillet.
Elaka (obs. 274). 2® période avancée. Traitement antérieur ; atoxyl-solu-
tion de Loeffler. Du i®'" au 8 juillet 1909, 3 g. d’arsénophénylglycine, en
2 injections. Du 19 juillet au 17 août 1909, 2 g. 50 d’atoxyl. Aucune amélio¬
ration. Décédé le 28 août.
loNDO (obs. 310). 2® période. Du 22 juin au 9 juillet 1909, 4 g. d’arséno-
phénvlglycine en 5 injections. Aucune amélioration. Du 2 août au 24 sep¬
tembre, 2 gr. d’atoxyl. Décédé le 28 septembre.
N’Damx. 2® période très avancée. Du 2 au 4 octobre tooq, 2 g. d’arséno-
phdnvlglycîne en 2 injections. Aucune amélioration, o g. 50 d’atoxyl, îe
24 septembre. Décédé le 13 octobre.
Mabouto (obs. 390). 2® période avancée. Le 4 octobre J909, injection de
2 g. d’arsénophénylglycine. Aucune amélioration. Décédé le 10 novembre.
Monboutou (obs. 314). 2® période avancée. Traitement antérieur : solution
de Loeffler. Le 20 octobre 1909, injection de 4 g. d’arsénophénylglycine.
Aucune amélioration. Décédé le 23 novembre.
James (obs. 388). 2® période avancée. Du 29 septembre au 12 novembre
1909, 12 g. d’arsénophénylglycine en 7 injections. Aucune amélioration.
Décédé le 27 novembre.
Mavou (obs. 352). 2® période. Traitement antérieur ; solution de Loeffler.
Du 5 au 20 octobre 1909, 2 g. d’arsénophénylglycine en 2 injections. Aucune
amélioration. Décédé le 2 décembre.
CoBANGO (obs. 30). 2® période très avancée. Traitement antérieur : atoxyl,
puis atoxyl-solution de Loeffler. Du 20 octobre au 12 novembre 1909, 8 g.
d’arsénophénylglycine en 3 injections. Aucune amélioration. Décédé le 13 dé¬
cembre.
Dilongue (obs. 430). 3® période. Le 9 décembre 1909, injection de 2 g.
d’arsénophénylglycine. Aucune amélioration. Décédée le 16 décembre.
Loutigna (obs. 245). 2® période très avancée. Traitement antérieur : atoxyl-
émétique. Du 13 octobre au 9 novembre 1909, 3 g. 50 d’arsénophénylglycine
en 3 injections. Aucune amélioration. Décédée le 31 décembre.
MALADES TRAITÉS A l’aRSÉNOPHÉNYLCxTATINE VIVANTS AU
31 DÉCEMBRE igOQ.
Mavoungou I (obs. 3 II), taille, i m. 70. Poids, 58 kg. Examiné le 21
juin 1909. 2® période avancée. Tryp. rares dans le sang (centrif.), très rares
dans les ganglions et le liquide cérébro-spinal. Du 22 juin au 30 novem¬
bre, 13 g, 50 d’Arséno, en 8 injections. Du 17 août au 24 septembre, i g. 50
d’atoxyl. Pas d’amélioration. T.e 29 juin, après 2 g. 25 d’Arséno, pas de T.
dans le sang (centrif.) et les ganglions. Le 27 décembre, ponction lombaire,
pas de T. lymphocytes très rares. Poids, le 31 décembre, 50 kg. 600.
Kitengue (obs. 318). Taille, i m. 66. Poids, 62 kg. 200. Examiné le 20
juillet 1909. 2® période. Tryp. rares dans le sang (centr.) non rares dans les
ganglions. Du 21 juillet au 8 novembre, 8 g. d’Arséno, en 3 injections. Du
6 septembre au ii octobre, 3 g. d’atoxyl. Pas d’amélioration. Le 31 août,
après 2 g. d’arséno, pas de T. dans le sang (centrif.) et les ganglions. T.
dans le liquide cérébro-spinal. Poids le 31 décembre, 62 kg. 400.
AIavoun’GOU II (obs. 342). Taille, i m. 50. Poids, 53 kg. 700. 2® période
Traitement antérieur, sans amélioration ; phosphure de zinc, puis solution
de Loeffler. Du 4 au 25 octobre 1909, 4 g. d’Arséno, en 2 injections. Le
29 décembre, pas de T. dans le sang (centrif.), ponction lombaire : OT, lym¬
phocytes très nombreux. Poids le 31 décembre, 57 kg. 300.
Ekodt (obs. 392). Taille, i m. 50. Poids, 52 kg. 100. Examinée le 4 octo¬
bre 1900. 2® période. Ponction lombaire : T. assez rares. Du 5 au 20 octobre,
4 g. d’Arséno, en 4 injections. Pas d’amélioration. Le 21 décembre, ponc¬
tion lombaire ; T. non rares Poids le 31 décembre, 51 kg. 500.
Kit.omfe (obs. 375). Taille, i m. 50. Poids, 49 kg. 700. Traitement anté¬
rieur sans amélioration : solution de Loeffler. 2® période. Du 7 au 18 octo¬
bre iqoQ, 3 gr. d’Aséno, en 3 injections, o g. 75 d’atoxyl le 30 octobre et le
8 décembre 1909. Légère amélioration. Le 21 décembre, ponction lombaire ;
— 227 “
T. rares. Le 27 décembre, pas de T. dans le sang (centrif.) Poids le 31 dé¬
cembre, 53 kg. 200.
Bouanga (obs. 398). Taille, i m. 60. Poids, 47 kg. 300. Examinée le
12 octobre 1909. 2® période. T. très rares dans le sang et les ganglions. Du
13 octobre au 26 novembre, 3 gr. 50 d’Arséno, en 3 injections. Très légère
amélioration. Le 30 décembre, pas de T. dans le sang (centrif.) ; ponction
lombaire : OT, lymphocytes rares. Poids, le 31 décembre, 46 kg. 200.
Mavoungou IV (obs. 396). Taille, i m. 69. Poids, 47 kg. Examiné le 14 oc¬
tobre 1909. 2® période avancée. Ponction lombaire. T. rares. Du 15 octo¬
bre au 8 décembre 1909, ii g. d’Arséno, en 5 injections. Le 23 décembre,
pas de T. dans le sang (centrif.), ponction lombaire : OT, lymphocytes très
rares. Le 31 décembre, très mauvais état général, poids, 39 kg. 800.
Toumbi (obs. 405). Taille, i m. 62. Poids, 42 k. 600. Examiné le 18 octobre
1909. 2® période avancée. Ponction lombaire : T. non rares. Du 20 octobre
au 16 décembre, 10 g. d’Arséno, en 5 injections. Pas d’amélioration. Le 27
décembre, OT. dans le sang et les ganglions. T. très nombreux dans le
liquide cérébro-spinal. Poids le 31 décembre, 42 k. 800.
Salali (obs. 21 1). Taille, i m. 47. Poids, 35 kg. 200. 2® période. Traitement
antérieur, sans amélioration : atoxvl. Le 23 octobre 1909 injection de 2 g.
Arséno. Le 14 décembre, pas de T. dans le sang et les ganglions. Etat géné¬
ral stationnaire. Poids le 31 décembre, 37 kg.
Lokilo (obs. 332). Taille, i m. 67. Poids, 48 k. 700. 2® période avancée.
Traitement antérieur, sans amélioration clinique ; atoxyl-orpiment. Du 23
octobre au 2 décembre T909, 7 g. d’Arséno, en 3 injections. Le 23 décembre,
pas de T. dans le sang et les ganglions, ponction lombaire : OT, lymphocy¬
tes nombreux. Etat général stationnaire. Poids le 31 décembre, 50 kg.
N’Bodou (obs. 347). Taille, i m. 71. Poids, 56 kg. 600. 2® pé¬
riode avancée. Traitement antérieur ; phosphorure de zinc, puis solution
de Loeffi.er. Examiné le 22 octobre T909. T. rares dans le liquide céphalo¬
rachidien. Du 23 octobre au 0 novembre, 6 g. d’Arséno, en 3 injections. Le
30 octobre, o g. 74 d’atoxyl. Le 7 décembre pas de T. dans le sang et les
ganglions. Poids, le 31 décembre, 53 kg. 700. Très mauvais état général,
marche impossible.
Btro (obs. 313). Taille, i m. 45. Poids, 37 kg. 800. Examiné le 25 octo¬
bre 1909. 2® période. Ponction lombaire : T. très nombreux. Le 25 octobre,
injection de i g. d’Arséno. Le 5 décembre, pas de T. dans le sang et les
ganglions. Etat général stationnaire. Poids le 31 décembre, 36 kg.
M AVOT’NGoiT IIT (obs. 343). Taille, i m. 56. Poids, 42 kg. 500, 2® période.
Traitement antérieur, sans amélioration clinique ; phosphure de zinc-atoxyl.
Du 25 octobre au 26 novembre 1909, 3 gr. d’Arséno, en 2 injections. Le
28 dérembre, pas de T. dans le sang et les ganglions ; ponction lombaire ;
07', lymphocvtes très nombreux. T>e 31 décembre, état apparent de bonne
santé. Poids, 43 kg. 600.
Kavoita (obs. 373). Taille i m. 64. Poids, 59 kg. 2® période. Traitement
antérieur, sans amélioration clinique ; atoxvl-solution de Loeffle.r. Le 24
octobre rqoo, T g. d’Arséno. en i injection. T.e 31 décembre, très mauvais état
général, n’a pu venir au laboratoire depuis le 24 octobre.
M’Bere (obs. 30t). Taille, i m. 60. Poids, <2 kg. Examiné le 24 octobre
1900. 2® période. T. assez rares dans les ganclions. Du 26 octobre au 12 no¬
vembre, 4 g. d’Arséno, en 2 injections. Du tS au 2t octobre, i g. 24 d’ato¬
xyl. Le 31 décembre, pas de T. dans le sang (centrif.) ; ponction lombaire :
OT, lymphocytes très rares ; état général stationnaire, poids, 47 kg.
Tangut (obs. 343). Taille, i m. 65. Poids, 41 k. fîoo. 2® période. Traitement
antérieur, sans amélioration : solution de Loeffler. Du 26 octobre au 13 dé¬
cembre 1909, 7 g". 80 d’Arséno, en 4 injections. Le 31 décembre, ponction
lombaire ; T. nombreux. Etat clinique stationnaire. Poids, 44 kg. 200.
Victor Vira (obs. 409). Taille, i m. 66. Poids, 56 kg. Examiné le 26 octo¬
bre 1909. 2® période. T. très nombreux dans les ganglions. Du 27 octobre au
8 décembre, 8 gr. d’Arséno, en 3 injections. Le 29 décembre, pas de T. dans
le sang et les ganglions. Etat clinique stationnaire. Poids, 34 kg. loo.
Victor (obs. 96). Taille, i m. 59. Poids, 43 kg. 600. 2® période très avan¬
cée. Traitements antérieurs : atoxyl-acide picrique. Atoxyl seul. Atoxyl-orpi-
ment. Atcxyl-solution de Loefe'ler. Du 5 novembre au 16 décembre 1909,
7 gr. d’Arséno, en 3 injections. Le 21 décembre, pas de T. dans le sang et
les ganglions. Poids le 31 décembre, 42 kg. 200. Aucune amélioration clini¬
que.
Keccssi (obs. 363). Taille, i m. 43. Poids, 36 kg. 700. 2® période. Traite¬
ment antérieur, sans amélioration clinique : atoxyl-solution de Locffler.
Du 8 novembre au 8 décembre 1909, 5 g. d’Arséno, en 2 injections. Le 22 dé¬
cembre, ponction lombaire : T. très rares. Etat clinique stationnaire. Poids
le 31 décembre, 38 k. 100.
Antoine (obs. 387). Taille, i m. 66. Poids, 59 kg. 300, 2® période. Traite¬
ment antérieur sans amélioration clinique : atoxyl, puis atoxyl-solution de
Loeffler. Le 9 novembre 1909, 2 gr. d’A.rscno, en i injection. Le 2 décem¬
bre, pas de T. dans le sang et les ganglions. Le 31 décembre, poids 60 kg. 100,
mauvais état général.
F.4TAKI (obs. 394). Taille, i m. 60. Poids, 42 kg. 600, 2® période avancée.
Traitement antérieur, sans amélioration clinique ; atoxyl-solution de Loef¬
fler. Du 9 novembre au lo décembre 1909, 4 g. d’Arséno, en 2 injections.
Le 31 décembre, pas de T. dans le sang et les ganglions ; ponction lombaire .
T. rares. Aucune amélioration. Poids, 42 kg. 200.
Albert-Germain (obs. 376). Taille, i m. 63. Poids, 54 kg. 2® période. Trai¬
tement antérieur, sans amélioration clinique : solution de Loeffler. Du
Il au 27 novembre 1909, 6 g. d’Arséno, en 2 injections. Le 30 décembre, pas
de T. dans le sang et les ganglions : ponction lomkaire : T. très rares : très
mauvais état général ; poids, 51 kg. 800.
Sur le traitement de la maladie du sommeil
par l’émétique d’aniline seul ou associé à l’atoxyl
Par G. MARTIN et RIXGEXBACH.
Le profe.sseiir L.-\ver.\n (i) a obtenu des résultats intéressants
dans le traitement des trypanosomiases expérimentales (T. evan-
si, T. gambiense, T. pecandi, T. soiidanense) avec un produit
spécialement préparé par M. Yvox, V émétique d’aniline (2), of-
(1) C. R. Acad. Sciences, t. CXLIX, 27 septembre 1909, p. 546.
(2) C. R. Acad. Sciences, t. CL, iqio, et Jotirn. Pharmacie et Chimie,
5® série, t. T, 15 février et i®^ mars 1910.
229 —
Irant sur réméti(|ue de K ou de Xa l’avanlag'e de pouvoir être
administré à des doses plus élevées.
l’ne certaine quantité de ce produit nous ayant été obligeam¬
ment adressée par AI, Vvox, nous avons été heureux de pouvoir
soumettre (|uelcjues-uns de nos malades à ce traitement et d’étu¬
dier son ac'tion thérapeutique (i).
Nous avons administré cette médication par trois voies: i" par
absorption per os; 2° en injections sous cutanées; 3° en injec¬
tions intra-veineuses.
Nous n’avons, malheureusement, pu expérimenter sur des in¬
dividus à la première période de la maladie; nous n’en rencon¬
trons c|ue très rarement, et cpiand nous en avons en traitement,
ils ne se présentent à la visite que très irrégulièrement.
hXiÉTigim d’aniline per os. — Nous nous sommes servis d’une
solution aqueuse stérilisée à i pour 100. Les doses ont été de 5,
10 et 15 cg. et administrées à peu près quotidiennement.
6 malades ont été soumis à ce mode de traitement.
Loamba (obs. 426). Taille, i m. 77. Poids, 58 kg’. 100. Examiné le 30 no¬
vembre iqog. Cliniquement atteint ; deuxième période. Tr. très rares dans
le sang (centrif.), non rares dans les ganglions, rares dans le liquide cépha¬
lo-rachidien. Du 2 au 18 décembre, absorption de 2 g. 05 émétique d’aniline,
par doses de 15 puis de 10 cg. Vomissements après absorption de chaque dose.
Le 18 décembre : T. rares dans les ganglions, poids, 57 kg. 100. Aucune
amélioration de l’état clinique.
N’Goma M.anuel (obs. 427). Taille, i m. 59. Poids, 52 kg. Examiné le
i®*" décerhbre 1909. Cliniquement atteint ; deuxième période. Tr. dans les
g’anglions. Absorption de o g. 15, émétique d’aniline le 3 décembre, de
O g. 10 le 4 décembre, de o g. 05 le 7 décembre. Vomissements après chaque
absorption. Le 9 décembre, Tr. dans les ganglions, poids 51 kg. 800.
N’Gombo (obs. 441). Taille, i m. 50. Poids, 41 kg. 300. Examinée le
16 décembre 1909. Deuxième période. Tr. non rares dans les ganglions.
.\b.sorption de o g. 05 émétique d’aniline le 17 décembre. AVmissements. La
malade prend la fuite.
ZoLiLA (obs. 420). Taille, i m. 56. Poids, 36 kg. Examinée le 24 novembre
1909. Cliniquement atteinte ; deuxième période avancée. Tr. non rares dans
le sang (centrif.), très rares dans les ganglions. Traitée antérieurement par
le tryparosane. Absorption de o g. 10 émétique d’aniline les 26 et 28 novem¬
bre, de o g. 15 le I®'’ décembre, soit un total de o g. 35. L’état général devient
de plus en plus mauvais. Poids le 7 décembre, 31 kg. 400.
Kitenguk (obs. 318). Taille, i m. 66. Poids, 66 kg. 300. Cliniquement
atteint ; deuxième période. Traité antérieurement sans amélioration clinique
à l’arsénophénylglycine et à l’atoxyl. Absorption de o g. 05, émétique d’ani¬
line le 5 décembre et de o g. 10 le 8 décembre. Inappétence après chaque
absorption.
(1) Dans la dernière séance de la Société, d'niRorx a fait connaître de son
côté ses résultats chez l’homme.
— 23o —
Agnès (obs. 410). Taille, i m. 48. Poids, 41 kg. 800. Examinée le 8 no¬
vembre 1909. Cliniquement atteinte ; deuxième période avancée. Tr. rares
dans les ganglions. Le 9 novembre, injection sous-cutanée de o gr. 15, émé¬
tique d’aniline, douloureuse pendant une semaine ; menace d’abcès ; une
incision montre un tissu dur, lardacé, sans trace de pus. Du 25 novembre
au 8 décembre, absorption de i g. 10, émétique aniline, par doses de o g. 10.
Vomissements après la deuxième dose et inappétence pendant tout le trai¬
tement. Etat général stationnaire. Le 10 décembre, OT dans les ganglions,
poids =34 kg. 800.
De ces c|uelques observations, nous pouvons conclure que l’émé¬
tique d’aniline administré per os est le plus ordinairement mal
supporté des malades chez qui il cause de l’inappétence et pro¬
voque des vomissements. Il n’a aucun action sensible, aussi bien
au point de vue prophylactique que thérapeutique.
TT. Tnjections sous-cutanées d’émétique d’aniline. — Nous
nous sommes servis, comme pour l’émétique d’aniline adminis¬
tré fer os, d’une solution aqueuse stérilisée à i p. 100. T^es injec¬
tions ont été faites au niveau de la région abdominale. Les doses
injectées ont été de 13 et 15 cg. ; elles ont été données à des inter¬
valles assez irréguliers, par suite de la douleur et de l’induration
qui ont suivi chaque injection.
6 malades ont reçu des injections sous-cutanées d’émétique
d’aniline.
N’Gourou (obs. 220). Taille, t m. 52. Poids, 34 kg. 700. Cliniquement
.atteint ; deuxième période avancée. Traitements antérieurs : atoxyl-émétique
de K, puis -atoxyl-solution de Loefflrr. Injection sous-cutanée de o g. 15
émétique d’aniline, le 3 et le ii novembre 1909. Douleur et induration pen¬
dant deux semaines environ. Etat général stationnaire, quoique le poids
atteigne 38 kg. 100 en décembre.
Olél.'v (obs. 404). Taille, t m. 83. Poids, 61 kg. 700. Cliniquement atteint ;
deuxième période avancée. Le 3 novembre 1909, injection sous-cutanée de
o g. 13, émétique d’aniline, douloureuse jusqu’au 16 novembre. Injection de
o g. 15, le II novembre, indolore. Injection de o g. 15 le 18 novembre, dou¬
loureuse pendant une semaine. Etat général stationnaire. Poids, le 25 no¬
vembre, 60 kg. 200.
SiMiTi (obs. 343). Taille, i m. 36. Poids, 45 kg. 600. Cliniquement atteint ;
deuxième période avancée. Traitement antérieur : atoxyl-solution de Loef-
Fi.ER. Injection sous-cutanée de o g. 13 d’émétique d’aniline le 5 novembre
1909, et de o g. 13 le 18 novembre. Douleur pendant deux semaines envi¬
ron après chaque injection. Etat général stationnaire. Poids, le i®’’ décem¬
bre : 39 kg. 700.
K.'IRSongo III (obs. 249). Taille, i m. 67. Poids, 58 kg. 700. Cliniquement
atteint ; deuxième période. Traitement antérieur : atoxyl-émétique de K.
Le 3 octobre 1909, ipjection sous-cutanée de o g. 15, émétique d’aniline. Dou¬
leur pendant deux semaines. Traité ensuite par des injections intraveineuses
d’émétique d’aniline.
— 23i —
OuNDA (obs. 323). Taille, i m. 63. Poids, 51 kg. 400. Cliniquement atteint ;
deuxième période avancée. Le 3 novembre 190g, injection sous-cutanée de
O g. 15, émétique d’aniline. Douleur pendant trois semaines. Traité ensuite
par des injections intraveineuses d’émétique d’aniline,
i\GNÈs (obs. 410). Voir paragraphe I.
En résumé, aucun de nos malades n’a vu Son état général
s’améliorer, et, sur 10 injections, 9 ont été très mal supportées,
suivies de douleur et d’induration..
HT. Injections intraveineuses d’émétioue d’.aniline. — Comme
pour les injections intraveineuses d’émétique de In, nous avons
fait usage d’une solution stérilisée à i pour 100 dans l’eau physio¬
logique à 7 00/00, et, comme instrumentation, d’un appareil à
soufflerie (i). Quelques malades ont été traités à l’émétique
d’aniline seul, d’autres à l’émétique d’aniline combiné à des in¬
jections d’atoxyl.
1° Emploi de V émétique seul. — Les Trvp. disparaissent très
rapidement des ganglions.
Une femme, Yembimb.a, a le 14 décembre igog des Tr. assez nombreux
dans les ganglions cervicaux. Injection de 5 cg. émétique d’aniline (soient
3 cm'^ de la solution) dans une veine du pli du coude. xAu bout d’une minute,
les Tr. sont non rares, au bout de 3 m., malgré les recherches les plus
minutieuses, la lymphe ganglionnaire ne laisse voir aucun parasite. Les Tr.
réapparaissent le 18 décembre. Une nouvelle injection de 5 cg. émétique, le
21 décembre, fait disparaître à nouveau les Tr. des ganglions jusqu’au 28
décembre.
.Akembk montre le 13 décembre igog des Tr. nombreux dans les gan-
•Tlions cervicaux (7 à 8 par champ microsconique. Stiassrie-oculaire 4, ob-
ject. 7). Injection de fo cg. émétique d’aniline dans une veine du pH-du-''oude.
Au bout d'une minute et demie, la lymphe ganglionnaire ne laisse plus voir
de parasite. Le 27 décembre, les Tr. reparaissent non rares. On l’ait une
seconde injection, de 13 cg. émétique, le 28 décembre. Les Tr. disparaissent
de nouveau, et ne reparaissent que le 13 janvier 1910.
2 malade.s ont été .soumi.s au traitement par le.s injections intra¬
veineuses d’émétique.
OuND-v (obs. 323). Taille, i m. 63. Poids, 31 kg. 400. Cliniquement atteint ;
deuxième période avancée. Traitement antérieur, sans amélioration de l’état
général : atoxvl-solution de Loeffler. Le 3 novembre mog, iigection sous-
cutanée de (J g. 43 émétique d’aniline (voir paragraphe II) Du 24 novem¬
bre au II décembre, i g. 50 émétique d’aniline en dix injections intravei¬
neuses de O g. 13 A la suite de la troisième injection, éruption au niveau du
pli du coude de petites vésicules remplies d’un liquide clair, disparaissant au
bout de 2 k 3 jours. Aucune injection n’a été suivie de réaction thermique
bien nette : quelques élévations de température insignifiantes, 203 dixiè-
(i) G. Martin, Lebœuf et Ri.ngenbacii. Rapport de la Mission d’Etndes de
la maladie du sommeil au Congo français, Paris, 1909, p. 699.
ino (le clcjji'rr. Oi'nda clil avciir |■('|)ris (k's forcc's, mais le poids qui avait
atteint 5^ kp;-. 900 le 21 novembre, tombe à qc) kg'. 500 le 27 décembre. Ponc¬
tion lombaire le 2.S décembre, 'l'r. rares.
Kassonoo 111 (obs. 249). Taille, i m. (>7. Poids, 58 kg. 700. Cliniquement
atteint, deuxiènu' ])ériode. 'Fraitement antérieur : atoxyl-émétique de K, de
janvier à juillet 1909. lÀxaminé le 1“^ novembre, ])onction lombaire : Tr. non
rares. Le 3 novembre*, injection sous-cutanée de o g. 15 émétique d’aniline
(voir paragraphe II). Du 24 novembre au 10 décembre, 2 g. émétique d’ani¬
line en dix injections intraveineuses de o g. 20. .\prés la cinquième injection,
('ruption au nive'au du pli-du-coude de ])etites vésicules remplies d’un liquide
clair, et dis|)araissant au bout de deux jours. Vomissements après la sixième
injection. Le malade s’est plaint d’inappétence, pendant toute cette série
d’injections. Aucune réaction thermique. Etat général stationnaire. Le 20 dé¬
cembre, ])as de* 1 1', dans h* sang (centril) ; |)onclioii lombaii'e : d ryp. très
raia's. Poids, 5() kg.
2" Emploi (le V emelique (r(niilinc combiné avec Vatoxyl. —
,3 ni<'ilc'Kk\s ont été traités par des injections intrtiveineiises d’émé-
ti(|ti(‘ d’c'iniline <ass()ciées à des injca'tions d’atoxyl.
Oi.ki.A (obs. 404). 'Faille, i m. 83: Poids, bo kg. 100. Cliniquement atteint,
deuxième période avancée. Du 5 au i8 novembre 1909, trois injections sous-
cutanées émétique d’aniline (voir paragraphe II). Du 26 novembre au 14 dé¬
cembre, une injection de o g. 75 atoxyl, et, i g. 20 émétique d’aniline en
injections intraveineuses de o g. 20. Après la deuxième injection intravei¬
neuse, éru])tion au iiiveau du pli du coude de petites vésicules remplies d’un
liquide clair. Aucune amélioration clinicjue, quoicpie l’aspect extérieur pa¬
raisse plus satisfaisant qu’au début du traitement. Le 31 décembre, ponc¬
tion lomliaire : Tr. très rares. Poids, 60 kg. 500.
Mom.A (obs. 255). Taille, 1 m. 64. Poids, (>5 kg. boo. Cliniquement atteint,
deuxième période. 'Fraitement antérieur : atoxyl-émétique de K, de mars
à août i90(). lÀxaminé le 13 septembre ; ponction lombaire : Tr. très rares.
Du ib septembre au 28 octobre, 3 g. atoxyl, en injections de o g. 75. Du
24 novembre au 10 décembre, 2 g. émétique d’aniline, en injections intra¬
veineuses de o g. 20. Après la quatrième injection, éruption vésiculeuse au
niveau du pli du coude. \’omissements après la si.xième injection. Pas de
réaction thermique. Le* 20 décembre, pas de Tr. dans le sang (centrif.) ;
ponction lombaire ; OT, lvm])hocvtes très nombreux.
Boloko (obs. 250). 'Faille', i m. 80. Poids, bo kg. 800. Deuxième période.
Traitenu'iit antérieur : atoxyl-émétique dc' K, de février à juilk't looQ- lÀxa¬
miné le 31 août, ])oiiction lonibaire : 'Fia nombn'ux. Du (> se|)tembre au 20
octobre, cinq injections de o g. 75 atoxyl. Du 2 au 10 décembre, t g. 20
émétique d’aniline ('n injections intraveinc'uses de o g. 20. .\près chaque
injectioii d’émétique*, quintes de* te)ux elurant quelqiu'-s minutes et ina|)pé-
te'nee. .Nueune* re'*ae'tie)n the'rmic|ue*. lÀn ele'e'e'mbre*, l’e'tat ge'*nér;il est el(*ve*nu
m;iuv;ns (somne)lence*, perte* des feercc's, eibnubikatieen intellectuelle). Le 2e) elé-
e-e'mbiA*, peHie'tiejii leembaii'e* : 'Fr. non rar'*s. Poids, (ie) kg. loe).
Itn résumé, les tK'citle*ms lex'bux se* bornant à une* éruption vési-
e'tiU'USe* S'onl bénins, (*1 ne* suspe*nele*nl ptis l;i mare'he* du traite*-
me*nl. CV'tte* értiptieen ne* résulte* p.as erune* ftuite* ele* teedinieiue* ;
te)tite*s le*s i n je*e'l ieens e)nt été faite's sans (|ti ’aue'une* igoutte* ele* set-
lutit)!! ne tombe dans les tissus. Otuint aux îiceidents généraux,
ils sont t'issez rares et peu graves: sur 41 injections, nous avons
observé 1 fois des vomissements alimentaires, et b f(jis de la toux,
2 malades sur 5 se sont plaints d’inappétence à la suite de cha-
(itie injection.
Oue l’émétique d’aniline soit administré setd ou en associa¬
tion avec l’atoxvl, les résultats thérapeutiques obtenus jusqti’à
présent ne nous paraissent pas très satisfaisants: l’état généra)
n’est pas amélioré, le poids n’a augmenté dans aucun cas, enfin,
4 malades sur 5 montrent des Trvp. dans le liqtnde de ponction
lombaire, et, le liquide céphalo-rachidien de Motu.A, qui ne laisse
pas voir de parasites, contient cependant des lymphocytes très
nombreux.
{Institut Pasteur de Brazzaville.)
Action de Témétique sur Je
Trypanosoma angolense (s. Cazalboui)
Far A. BRODFX et J. RODHAIN.
Dans une courte note présentée à la Société, en séance du
10 mars 1909 (voir ce Bulletin, t. II, n" 3), nous avons signalé
l’action de l’émétique de potasse sur Tr. angolense {s. cazalboui),
in vitro et in cor pore.
Nous avons eu l’occasion depuis d’étendre notre étude de l’ac¬
tion de ce médicament sur les bovidés infectés par ce trypano¬
some.
Quant aux caractères du trypanosome, ils ont été décrits par
l’un de nous dès 1903 (i) et phis spécialement en 1906 (2). Nous
nous bornerons à dire que les caractères morphologiques et bio¬
logiques de notre Tr. angolense sont analogties, si ])as identiques
à ceux décrits par Layerax pour Tr. Cazalboui. Nous y revien¬
drons dans une étude ultérieure.
A T.éopoldville, les infections à Tr. angolense s. Cazalboui sont
(1) Bulletin Soc. d’Etudes Coloniales, 1904, Bruxelles.
(2) Brodkn. Rapport sur les travaux du î .ahoratoire de Léopoldville, 1906.
très fréquentes tant chez les bovidés destinés à la consommation
que chez ceux des troupeaux d’élevage.
Forcés d’intervenir pour enrayer la lorte mortalité du bétail
de consommationj nous avons eu recours d’emblée à l’émétique,
vu l'inefficacité reconnue de l’atoxyl contre Tr. angolense s. Ca-
zalboui (voir ce Bulletin, t. 11, n" 3).
Ce traitement à l’émétique, d’après nos premières prévisions,
devait constituer un traitement en quelque sorte (( prophylacti¬
que ». En effet, les injections d’émétique débarrassaient les ani¬
maux des trypanosomes pendant plusieurs jours, et leur permet¬
taient de rester en vie jusqu’au jour d’abatage. Nous verrons
plus loin que ce traitement u prophylactique » peut devenir, dans
certaines circonstances, un traitement curatif.
a) Traitement « prophylactipue ».
Dose d’ émétique. — Pour nous occasionner le moins de perte
de temps et obtenir le maximum d’efficacité, nous avons cher¬
ché à déterminer dans un premier essai, la dose maximale tolérée.
Le 8/11.09, il reste dans le Kraal du bétail de consommation, 14 bêtes.
Dans le sang de 5 d’entre elles prises au hasard, nous trouvons immédiate¬
ment de très nombreux Tr. angolense s. Cazalboui.
De ces 14 bêtes, 7 reçoivent sous la peau, les unes o g. 50, les autres i g.
d’émétique. Ces doses sont bien tolérées.
Des bêtes non injectées, une meurt le iu/Ti.09, une autre mourante est
abattue le même jour.
Aucune des bêtes injectées à l’émétique ne succombe. La dernière est
abattue pour la consommation le 19/11.09 : son sang ne renfermait pas de
trypanosomes.
Cet essai préliminaire nous permettait de conclure, que i g.
d’ émétique de soude injecté sous la peau de bovidés infectés de
Tr. angolense s. Cazalboui, était bien toléré; que cette dose uni¬
que produisait une survie de plusieurs jours.
Dans nos essais ultérieurs, nous avons donc donné régulière¬
ment I g. d’émétique, en portant la concentration de la solution
à I %. Nous avons employé indifféremment l’émétique de soude
ou l’émétique de potasse, sans pouvoir remarquer de différence
d’action. Les injections ont toutes été faites sous la peau.
Le 30/11.09, 10 bêtes infectées, fortement amaigries, reçoivent chacune
I g. émétique ; 2 bêtes meurent avant de pouvoir être abattues. Nous n’avons
rnalheureusement pas pu contrôler si ces bêtes n’étaient pas atteintes de
Babésiose.
Le 15/12.09, 5 bêtes sont injectées avec i g. d’émétique. Toutes servent
ultérieurement à la consommation.
Le 15/12.09, 6 bêtes reçoivent la même dose, toutes, à l’examen direct du
— 235 —
sang, sont infectées de Tr. angolense s. Cazalboui. Elles sont abattues en¬
suite, au fur et à mesure des besoins de la consommation.
Les injections prophylactiques sont alors arrêtées et nous constatons que,
bien que le nombre des bêtes de consommation reste sensiblement le même
qu 'auparavant, il ne se présente plus de cas de mort pendant un mois, jus¬
qu’au 22^/1.1910. i\uus reviendrons plus loin sur ce fait.
En février 1910, nous l'eprenons les injections « prophylactiques ».
En trois séances, les 18, 19 et 24/2.1910, 23 bêtes reçoivent chacune i g.
d’émétique sous la peau.
Aucune de ces bêtes n’a succombé.
L’on pourrait objecter, à i'elficacité de notre traitement « pro¬
phylactique », que la virulence du trypanosome n’était pas bien
considérable. Nous répondrons à cette objection par un extrait
du tableau de mortalité du bétail de consommation à Léopold-
ville.
Du 1/9. oy au 8/9.09, il y a eu dans les Kraals de la boucherie
à Léopoldville, 110 bêtes, dont 37 sont mortes, soit jj,6 % ou
un tiers. L’examen du sang pour les unes, l’état des lésions ana¬
tomiques pour les autres, nous ont prouvé Cjue toutes, ou pres-
({des toutes, avtiient succombé au Tr. angolense s. Cazalboui.
Celte mortalité considérable prouve suffisamment la virulence
du trypanosome. Nous ajouterons, d’ailleurs, que depuis les lon¬
gues années que nous observ(jns des infections à Tr. angolense s.
Cazalboui dans le bétail de consonimation à Léopoldville, nous
n avons jamais vu de cas d’infection chronique .
Ibu 8/1 1.09, date des premières injections d’émétique, au 7/3.10,
il y a eu clans les Kraals de la boucherie à Galiéma, 150 bêtes,
dont 59 furent soumises au traitement <( prophylactique ». Des
91 bovidés non injectés, ii sont morts ou 12 % ; des 59 injectés,
2 seulement sont morts, ou à peine 3,4 %, et comme nous l’avons
dit plus haut, ces. deux derniers bovidés avaient été injectés pour
ainsi dire in extremis.
Mode d\ictio)i du traite^nent « prophylactique ». — Des chif¬
fres cités plus haut, il résulte tpi’à partir de nos premières injec¬
tions d’éméticiue, la mortalité est tombée de 33,6 % à 12 %, même
chez les bovidés non traités.
Nous croyons pouvoir attribuer cette diminution ('onsidérable
de la mortalité, à l’action du traitement <( jrrophylacticjue ». En
effet, les troupeaux destinés à la boucherie, ont constamment
occupé les mêmes pâturages, ils ont été exposés, avant comme
après le traitement, aux piqûres des Glossina palpalis, transmet-
— 2 36 —
tant Tr. angolcnsc s. Cazalboiii (i). Mais à côté de ce mode d’in¬
fection, nous croyons pouvoir admettre une transmission mécani¬
que, notamment par les Stomoxes, dans un troupeau renfermant
plusieurs bovidés infectés.
Icn diminuant, en supprimant les fot'ers d'infection, nous avons
enlevé aux .Stomoxes les sources de contagion, le moyen de faire
des inoculations mécaniques.
Icn outre de la suppression des fovers d’infection, notre traite¬
ment (( prophylactique »• à l’éméticpie doit avoir eu pour résultat
de procurer aux bovidés injectés, une immunité passagère.
b) Traitement ci ratie.
Ces bons résultats du traitement <( prophylactic[ue » nous ont
incités à employer l’émétique comme curatif des infections à Tr.
angolcnse s. Cacalboiii. Plusieurs l^ovidés des troupeaux d’éle¬
vage ont été soumis à ce traitement.
1° Taurillon, rechute de Tr. angolense après traitement énergique avec
un arsenical, le 19^12.1909, injection hypodermique de i g. émétique de
soude. Depuis lors fréquents examens de sang toujours négatifs.
2° Bœuf de traction, adulte ; Tr. angolense à l’examen direct du sang ;
un peu amaigri. Les ii et 14/12.09, chaque fois 2 g. émétique de potasse
en injection hypodermique. L’animal se rétablit rapidement et a repris le
travail.
3° Bœuf de traction, adulte ; même état que le précédent. Le 23/12.09 injec¬
tion sous la peau de 2 g. émétique de potasse. Une rechute est constatée
le 21/1.1910. Par suite de circonstances défavorables, l’animal n’a pu être
réinjecté immédiatement. Les 14 et 16/11.1910, reçoit chaque fois 2 g.
émétique de potasse en injections hypodermiques. Rechute constatée au
I®'' examen de sang, le 5/3.1910, le 17® jour après la dernière injection. Nous
trouvons dans le sang de rares Tr. angolense s. Cazalboni et de rares Tr.
congoletise.
Le bœuf a beaucoup maigri.
4® Génisse, très amaigrie ; nombreux Tr. angolense à l'examen direct
du sang.
Les 14 et 16/2.1910, injections hypodermiques de chaque fois i g. 20 émé¬
tique de potasse.
Les examens du sang de la génisse faits les 5 et 7/3. 1910, sont négatifs,
Injections cT émétique dans le sang. — Le.s injections hypoder¬
miques d’émétic|ue, soit de pota.sse, soit de soude, à 1 % dans
l’eau physiologique, faites avec les précautions aseptiques néces¬
saires, n’ont pas provoqué d’abcès chez les bovidés injectés. A
l’endroit d’injection il se produit, en général, un peu d’œdème,
plus ou moins accusé et persistant durant plusieurs jours, de l’in¬
duration de la peau, laquelle finit par se crevasser, sans pourtant
(i) Bouffard, Bull. Soc. Path. exoi., t. II, n° 10.
se nécroser. Pour éviter ces inconvénients, nous avons injecté
quelques bêtes du troupeau d’élevage avec l’émétique dans le
sang.
Le 15/1. 1910, dans un lot de 70 bêtes domestiquées, 7 sont reconnues
infectées de Tr. angoletise s. Cazalhoiii, à l’examen direct du sang ; les
parasites sont extrêmement nombreux.
Les 3 premières bêtes, bœufs adultes, reçoivent 2 g. émétique de potasse,
à I °/q dans l’eau physiologique, dans la veine d’une patte postérieure. La
4®, bouvillon, reçoit i g. dans les mêmes conditions.
A peine l’injection de la 4® bête est-elle achevée, que nous trouvons mort
dans le Kraal, le i®^ bœuf ayant reçu 2 g. En même temps le second bœmf,
injecté avec 2 g. également, tombe et succombe après quelques instants.
Les doses de 2 g. émétique, introduites dans le sang, étaient donc trop
considérables. Les 3 bêtes restantes reçoivent alors dans la veine de la
patte, respectivement i g. 20, i g. et o g. 75. Ces doses semblaient bien
sup|)ortées. Mais 2 h. apres l’injection, le bœuf ayant reçu i g. 20 d’émétique
succombe.
De 7 bêtes injectées avec l’émétique dans le sang, 2 ayant reçu chacune
2 g. sont mortes peu de minutes après l’injection et une 3® ayant reçu i g. 20
a succombé 2 h. après l’injection.
Par contre 4 bœufs ayant reçu l’un, 2 g., 2 autres, 1 g. et le 4® o g. 75
ont bien supporté l’injection, et les examens ultérieurs de sang ont été né¬
gatifs.
Ce.s morts brusques doivent s’expliquer d’un côté par l’action
toxique de la haute dose d’émétique introduite en une fois dans
la circulation, chez des bêtes notablement affaiblies par la trypa-
nose, — d’un autre côté, nous croyons pouvoir tenir compte éga¬
lement de la toxicité des produits de la trvpanolvse résultant de
l’action de l’émétique sur les très nombreux parasites.
Comparant les résultats obtenus par l’injection endo-veinetise
d’émétique chez les bovidés infectés de Tr. angolcuse s. Cazai-
boui, avec ceux obtenus par l’injection hypodermique, nous de¬
vons reconnaître que ce dernier mode semble plus avantageux.
L’avantage provient, croyon.s-notis, de l’absorption plus lente de
rémétit{ue introduite sous la peau.
Injecté dans le sang, l’émétique développe brList[uement et
en une fois tout son pouvoir toxique.
L’on serait peut-être tenté de faire un rapprochement entre ces
cas de morts de bovidés trypanosés après injection endov'cinetise
d’émétic|ue et la praticjue du même traitenTent chez l’homme. Ce
serait une erreur, car les doses données ne sont nullement les mê¬
mes. Les chiffres que nous avons sous les yeux, nous permettent
de dire cjue le poids moyen des nègres trvpanosés cjue nous
avons en traitement est d’environ 54 kg. T. a dose injectée
- 238 —
dans le sang étant d’ordinaire de o g. lo n’atteint donc pas
O g. 002 ou 2 mmg. par kilo d’animal. L’estimation que nous
avons pu taire du poids des bovidés injectés dans le sang, nous
permet de dire que ceux qui ont succombé, avaient reçu au moins
6 mg. d’émétique par kilo.
Dose d’ émétique tolérée. — Dans la pratique, il est évidem¬
ment utile de connaître les doses maximales d’émétique tolérées
par les bovidés infectés de Tr. angolense s. Cazalboui. Parmi
nos îjovidés destinés à la consommation, les doses de i g. d’émé-
tiqtie par voie hypodermique furent bien tolérées dans tous les
cas. Plusieurs d’entre eux ne dépassaient certes pas les 200 kg. ;
la dose tolérée par eux peut donc être estimée à 5 mg. par kilo.
Les bovidés soumis au traitement curatif donnent des indica¬
tions encore plus précises.
Le taurillon injecté le 9/12.1909 pesait 160 kg-, ; il a reçu i g. d’émétique
sous la peau ou 6 mg. 2 par kilo. Les 2 bœufs de traction pesaient environ
350 kg. : ils ont reçu 2 g. d’émétique sous la peau ou 5 mg. 7 par kilo. Cette
dose a pu être répétée le surlendemain.
La génisse pesait 200 kg., elle reçut i g. 20, en injection hypodermique
soit 6 mg. par kilo, l’injection fut répétée le surlendemain.
Nous pouvons en déduire que les bovidés infectés de Tr. ango¬
lense s. Cazalboui, supportent en injection hypodermique, 6 mg.
d’émétique par kilo.
Les résultats signalés plus haut pour les injections endovei-
neuses, prouvent que, par ce mode d’administration, des doses
aussi élevées d’émétique ne seront tolérées que par des bovidés
vigoureux, peu affail^lis par l’infection.
Conclusions.
C’hez les l^ovidés infectés de Tr. angolense s. Cazalboui, l’émé¬
tique de potasse ou de soude exerce une action énergique sur
ces parasites.
Les injections d’émétique constituent dans les infections à Tr.
angolense s. Cazalboui un excellent traitement prophylactique.
Ce traitement peut même, dans certaines circonstances, deve¬
nir curatif. Dans nos e.ssais après injections hypodermiques
d’émétique, 3 bêtes sur 4 paraissent guéries; après injections
endoveineuses, 4 liêtes paraissent guéries, 3 sont mortes intoxi¬
quées.
Ifn injection hypodermique, la dose d’émétique tolérée par les
bovidés, semble être de 6 mg. par kilo, dose qui a pu être don¬
née une deuxième fois. En injection endoveineuse, pareille dose
n’a été tolérée que par des animaux vigoureux, non encore affai¬
blis par l’infection.
(Laboratoire de Léopohh'ille, Congo belge.)
U n petit foyer de maladie du sommeil
à côté d’un gîte de '' Gl. palpalis ”
dans le delta du fleuve Sénégal
Par A. THIRÜÜX.
Les soucis de l’administration du village de ségrégation ins¬
tallé à Saint-Louis aussitôt après notre voyage de 1908 (i) et nos
recherches sur la thérapeutique de la trypanosomiase humaine,
nous avaient empêché de poursuivre l’étude de la répartition géo¬
graphique de cette affection au Sénégal. Nous basant sur les ré¬
sultats de notre exploration le long de la côte, nous pensions
môme être éloignés de plus de 100 kilomètres de tout foyer et
tout gîte à Glossines, lorsqu ’en juillet 1909, la réputation acquise
auprès des indigènes par le village de ségrégation de la maladie
du sommeil, nous a amené, entre beaucoup d’autres, un malade
indubitablement originaire des environs de Saint-Louis (lo km.
environ).
La création de villages de ségrégation, lorsque ces villages sont
bien tenus et appréciés des intéressés, peut donc permettre, résul¬
tat indirect et assez inattendu, de découvrir de petits centres d’en¬
démicité peu importants. Nous nous rendîmes très rapidement
compte de ce cpi’il ne pouvait être ({uestion d’un cas de conta¬
gion provenant du village de segrégation, aucini de nos malades
n’étant passé par cette localité où nous retrouvions un gîte de
Cl. palpalis.
Une autre malade amenée à Saint-Louis, provenant d’une ag-
(i) Tiiiroux, Wurtz et Teppaz. La maladie du Sommeil et les Trypano¬
somiases animales à la Petite Côte et dans la région des Niayes au Séné¬
gal, /Li//. Soc. de Palli. exotique, 13 mai 1908, p. 271 et .In;;, de. l’Institut
Pasteur, juillet igo8, p. 566.
— 240 -
gloniération voisine, a conlraeté la maladie du sommeil à Saou,
village de la région des Xiaves, que nous savons, depuis 1908*,
être décimé par la trvpanosomiase. Son mari et son frère en sont
morts il y a deux ans. On peut penser que ce sont eux (|ui ont
importé la maladie, que les indigènes ne semlrlent pas connaître
depuis bien longtemps, c’est d’ailleurs leur opinion.
La région a été visitée très soigneusement et à plusieurs re¬
prises, par voie de terre et par voie fluviale, tant pendant la sai¬
son des pluies cjue pendant la saison sèche. Nous relatons ci-après
les observations que nous avons faites au cours de ces tournées.
(ÎUELE.MBAM. — Village assez important, 56 habitants, situé
dans une île, entre deux bras du Sénégal. 20 indigènes présen¬
tent de l’hvpertophie ganglionnaire, 2 ont des trvpanosomes. Il
existe également dans le village une folle, cjui présente de la con¬
fusion mentale et une forme d’aliénation, qui se rapproche beau¬
coup de celle de la trypanosomiase ; on ne trouve pas de parasites
dans ses ganglions.
On trouve des tsétsé à 1.500 m. du village, dans les palétu¬
viers qui bordent l’île du côté Est .D’après les indigènes, elles
auraient toujours existé dans la région, elles viendraient quelque¬
fois jusque dans le village, mais elles semblent plutôt piquer les
Bambaras, qui sont les plus industrieux et vont couper du bois
et même installer des chantiers de charbonnage en pleine forêt
de palétuviers.
OtUîMKEM. — P€*tit village misérable, de 25 habitants, situé à
l’extrémité d’un marigot aux rives bordées de palétuviers, cpii va
se déverser dans le Sénégal aux environs de Guelembam. 9 in¬
digènes présentent de gros ganglions cervicaux; 2 ont des para¬
sites. Les Gl. palpalis abondent sur les bords du marigot à 200 m.
du village; elles viennent jusque dans les embarcations et infes¬
tent le marigot juscpi’à la pointe sud de l’île de Guélembam,
endroit où les palétuviers s’éclaircissent et disparaissent.
Gaina. — Petit village, 31 habitants, situé sur une petite dune
de sable, non loin du marigot infesté de tsétsé. Les habitants
connaissent bien la mouche. 12 présentent de très petits gan¬
glions; 6 sont ponctionnés sans résultat.,
Diaruer. — Grand village: 75 habitants, n’est séparé de Guem-
bem que par un grand marais desséché en sruson fraîche et ('om-
— 242 —
plètement découvert. On n’y voit pas un arbre à perte de vue.
l>es glossines viendraient dans les environs du village pendant
la saison des pluies. On observe très peu de ganglions cei'vi-
caux hypertrophiés. 7 sont ponctionnés; i seul indigène pré¬
sente des trvpanosomes (ganglions comme de petits pois). Il sem¬
ble avoir contracté l’affection dans les palétuviers des environs de
Guembem où il va travailler.
Gantour. — Grand village prospère d’environ 200 habitants,
situé sur une dune élevée d’environ 12 m., très ventilé. Toute
la région, depuis Diarher, est composée de dunes semblables sé¬
parées par des bas-fonds découverts inondés pendant l’hivernage.
Ces bas-fonds constitueraient, au dire des habitants, des gîtes
secondaires pour les glossines pendant la saison des pluies. Très
peu de gros ganglions cervicaux, deux ou trois à peine ; 9 ponc¬
tions ganglionnaires avec résultat négatif. C’est dans ce village
que sont venus habiter les 3 indigènes contaminés à Saou, dont
nous avons parlé plus haut; ils n’y ont pas importé la maladie,
probablement parce qu’il n’y a pas de tsétsé, au moins pendant
la plus grande partie de l’année, mais ils l’ont importée à Guem¬
bem et à Guelembam où il existe un gîte permanent et où ils
allaient souvent voir des parents.
Après d’autres, ces faits prouvent bien que la maladie du som¬
meil se rencontre exclusivement là où existe GL palpalis.
En somme, le petit fover, que nous avons délimité est peu
étendu et semble peu dangereux, il comprend les îles et les diver¬
ticules que forme en cet endroit le fleuve Sénégal, avant de se
jeter à la mer, et s’étend sur une longueur de 3 km. de Guelem¬
bam à Guembem. Tl est exactement superposable à un fly-helt et
Glossina palpalis s’v montre en abondance dans les palétuviers.
Quoique Zupitza (i) ait signalé qu’au Cameroun, on ne rencon¬
tre pas de tsétsé dans les palétuviers, mais seulement là où la forêt
proprement dite commence, en terrain non salé, les Glossines sont
dénommées vulgairement mouches de palétuviers en Guinée
française. Mangrove flies à Sierra-Leone (Austen). Nous avons
été cependant surpris de les rencontrer dans une région baignée
par un véritable bras de mer pendant 8 mois de l’année et où,
pendant cette période-, les indigènes vont chercher l’eau douce
(i) Zupitza. Ueber Lebensgfewohnheiten der Gl. palpalis, Berichte zuin
Arch. für Schiffs und Tropenhygiene.
^ 243 -
au moins à 6 km. J)ans le Delta du Sénégal, comme à la Petite-
Côte, on exploite d’ailleurs de nombreuses salines dans les ré¬
gions infestées de tsétsé.
La forêt de palétuviers semble devoir être assez dense pour
abriter les mouches, car si l’évaporation constitue un régulateur
qui empêche la température de s’élever, ou si, inversement, l’eau
qui se refroidit moins vite rend, pendant les périodes plus fraî¬
ches, un peu de chaleur à l’air c]u’elle tend à réchauffer, jouant
ainsi le rôle du seau d’eau que l’on place dans une étuve pour la
régler plus facilement, il est nécessaire, pour que la température
reste à peu près uniforme, que la région soit bien abritée par des
rideaux d’arbres épais et élevés. D’après les recherches, très mi¬
nutieuses, que nous avons faites, les environs de Saint-Louis,
qui sont entourés de marais saumâtres et de palétuviers, ne sont
infestés à l’heure actuelle que dans une région très limitée et assez
éloignée pour être restée longtemps à l’abri de la hache du char¬
bonnier. Dans la banlieue de la ville, les grands arbres ont été
abattus, il ne reste plus que de la petite futaie, on n’y rencontre
pas de glossines, tandis qu’entre Guelembam et Guembem, on
trouve des arbres très élevés et de la grande forêt marécageuse,
dans laciuelle sont ouverts de véritables couloirs ou galeries cou¬
vertes. Ces régions sont aussi très giboveuses. On y rencontre
particulièrement des phacochères, des singes du genre cercopi¬
thèque, des oiseaux d’eau et des canards sauvages en grande
quantité, et, dans la vase, des poissons pulmonés du genre Pe-
riophihahnus .
ZiTpiTZA prétend aussi qu’au Togo, la majorité des glossines
passe l’hiver à l’état de nvmphes. Au Sénégal, l’hiver dure
S mois, il est difficile d’admettre que, pendant toute cette période,
les tsétsé restent à l’état de pupes, alors qu’on trouve des adul¬
tes pendant toute l’année dans les gîtes permanents tels que ce¬
lui de Guelembam, où la température movenne peut s’abaisser
jusqu’à 20 degrés ainsi que le montre le relevé des moyennes
mensuelles des temipératures observées à Saint-Louis et à Dakar
et qu’on sait, d’autre part, que les insectes, nés de pupes ayant
subi l’action du froid, sont mal formés.
Nous pensons, pour notre part, que si un certain nombre de
nvmphes, placées dans de meilleures conditions, peuvent éclore
en pleine saison fraîche, à la faveur d’un relèvement momen¬
tané de la température, une grande quantité d’autres, déposées
4
I
■ — 244 -
clans des endroits moins favorables, finissent par périr avant
d’avoir pu passer à l’état adulte. Ce sont, à notre avis, les mou¬
ches, C|ui se sont trouvées dans des circonstances particulière¬
ment favorables d’é('losion pendant la saison fraîche, C|ui perpé¬
tuent respè('e.
Moyennes mensuelles des températures relevées à Saint-Louis et à Dakar,
d’après les observations météorologiques recueillies dans les hôpitaux
militaires.
D’autre part, par suite de l’abaissement de la température, les
mouches engourdies sont moins portées à se nourrir et à se re¬
produire, les pontes sont plus espacées, la multiplication se trouve
enra}'ée, mais, d’après certains auteurs, la durée de l’existence
des tsétsé peut être alors augmentée dans de très fortes propor¬
tions, ce Cjui assure la conservation de l’espèce.
La diniinution des glossines pendant la saison sèche nous sem¬
ble due à la destruction de toutes les pupes qui ont été déposées
dans des endroits devenus défavorables à leur évolution, gîtes
secondaires, à l’augmentation de la durée de la nymphose par
suite du refroidissement de l’atmosphère dans les gîtes perma¬
nents et à une diminution d’activité' sexuelle chez les adultes,
correspondant à une augmentation de longévité chez les insectes
et à une sorte de demi-hibernation dans ces mêmes gîtes per¬
manents.
Avec la chaleur et l’humidité, l’activité des tsétsé reparaît et
l’aire des endroits où elles peuvent déposer leurs larves avec
certitude d’érlosir)n s’étend d’autant plus que les grandes bri.ses
4
• — 245 —
cessant au moment de Phivernage, elles peuvent plus facilement
sortir des fourrés et affronter des régions plus découvertes.
La limite Xord de (il. palpalis se trouve reportée, par sa cons- »
tatation sui' le Sénégal, au 16® tU'gré de latitude: elle semble
moins élevé(* dans l'intéririir du continent puisc|ue le dernier
poste du Soudan, aux environs ducpH^l on ait observé des tsétsé
est Dori, c|ui se trouve situé par [4" seulement de latitude Nord,
Au point de vue prophylactique, l’administration a déjà ])ris
une très bonne mesure, en n’accordant des permis de déboiser
ciue dans la région infectée. D’autre part, les indigènes reconnus
atteints, ayant été envovés au village de ségrégation, il suffira
de surveiller un peu la région pour voir s’éteindre la maladie sur
place.
(Travail du Lahoraioire de bactériologie de Saint-Louis.)
/ A Douve oculaire de la poule
Par f. MATIHS et M. r.PGRR.
Dans les cids-de-sac' conjonctivaux de la Poule domestique au
d'onkin, nous avons rencontré assez fréquemment un parasite de
l’ordre des Trématodes, de la famille des Fasciolidcc, qin, à notre
connaissance, n’a pas encore été décrit.
Cette Douve existe chez la Poule dans une proportion assez éle¬
vée : 26 oiseaux parasités sur 422 examinés, soit 6 %. On trouve
les parasites tantôt dans un œil, tantôt dans les deux veux. Leur
nombre est de 2 ou 4 en movenne, mais nous avons pu en comp¬
ter jusqu’à I r dans un seul cx'il. Ils peuvent coexister avec la Pi¬
laire de Maxson (Oxyspirura Mansoni).
Le d'rématode est fixé par ses ventouses sur la conjonctive oiai-
laire. 11 détermine de la congestion et de petites érosions de la
muqueuse. Le liquide lacrvmal, examiné entre lame et lamelle,
contient des globules de sang, des œufs et des embryons ciliés
très mobiles.
Nous décrirons succ'essivement le Ver adulte, l’ivuf et l’em-
brvon,
La Douve o('ulaire de la Poule a l’aspect d’une petite feuille
— 246 —
lancéolée, l’extrémité antérieure étant beaucoup plus atténuée que
l’extrémité postérieure, laquelle est très obtuse, arrondie. De cou¬
leur jaunâtre, elle est transparente, sauf un peu en arrière de la
partie mo5mnne du corps, où elle présente un piqueté brunâtre.
Le Ver n’est pas absolument plat. Lorsqu’il est vu de profil,
on se rend compte nettement que sa face ventrale est concave,
tandis que sa face dorsale est convexe.
Il n’atteint jamais de grandes dimensions. Les plus grands spé¬
cimens mesurent 6 mm. avec une largeur maxima de i mm. 700.
Certains exemplaires ne mesurent pas plus de 3 mm. de long
sur O mm. goo de large.
A un faible grossissement, l’examen dans un verre de montre
contenant de l’eau physiologique permet de constater que l’adulte
comprend deux parties bien distinctes :
a) la partie antérieure relativement mince, atténuée en cône,
constituant le premier quart du corps allant de la ventouse buc¬
cale à la ventouse ventrale, est animée de mouvements inces¬
sants d’extension et de rétraction, analogues à des mouvements
de tentacules.
h) La partie postérieure, de la ventouse ventrale à l’extrémité
postérieure et comprenant la presque totalité des viscères, ne pré¬
sente que de faibles mouvements de contraction et d’extension.
Celle-ci est nettement renflée, de manière à acquérir sa largeur
maxima un peu en avant de l’ovaire.
Pour avoir un aperçu d’ensemble du ver, il est indiqué de le
soumettre à une légère compression entre lame et lamelle.
A la ventouse antérieure ou buccale, qui s’ouvre en dessous,
fait suite immédiatement un bulbe pharvngien puissant, qui se
continue par un court œsophage. Celui-ci présente une dilatation
très marquée d’où partent deux branches grêles non ramifiées,
se terminant en culs-de-sac vers l’extrémité postérieure du corps.
La ventouse ventrale, située à l’union du 1/4 antérieur et des
3/4 postérieurs, est arrondie. Elle est beaucoup plus grande que
la ventouse buccale.
Entre les deux ventouses, et à peu près à égale distance de
l’une et de l’autre, s’ouvre le pore génital.
Un peu en arrière de la ventouse ventrale, et latéralement, on
aperçoit une masse ovalaire brunâtre qui est la vésicule séminale.
La région génitale comprend tout le reste du corps. D’avant
en arrière, on distingue un lacis tortueux constitué par les cir-
— 247
convolutions de Toviducte et de l’utérus gorgés d’œufs; ensuite,
l’ovaire apparaît sur la ligne médiane comme une petite masse
arrondie claire entourée d’un piqueté brunâtre-
Pin arrière de l’appareil génital femelle sont situés les 2 tes¬
ticules, l’un en avant de l’autre. Les glandes mâles sont compac¬
tes et se présentent comme deux masses à peu près arrondies sans
ramifications ni scissures marquées.
Enfin, l’extrémité postérieure du ver montre sur la ligne mé¬
diane une petite encoche où s’ouvre le pore excréteur qui com¬
munique avec la vésicule contractile située en arrière du testi¬
cule postérieur. La cuticule ne nous a pas semblé présenter
d 'écailles à sa surface.
Nous avons pu étudier, au moven de dissections et de cou¬
pes, les organes les plus importants et tout particulièremen’ Kcs
deux ventouses, les appareils génitaux mâle et femelle.
Les mensurations que nous donnons se rapportent à un spé¬
cimen de 6 mm. de long, d’une largeur maxima de i mm. 736.
La ventouse antérieure est plus petite que la ventouse posté¬
rieure. Elle est ovalaire, à grand diamètre transversal. Elle pa¬
raît formée de deux lèvres: une supérieure et une inférieure, cel¬
le-ci présentant une échancrure à la partie médiane. Tl en résulte
que l’ouverture est triangulaire. T>e diamètre transversal mesure
3q6 u, le diamètre vertical 285 p.
T.a ventouse postérieure ou ventrale, est située à i mm. 5 de
l’extrémité antérieure. Elle est formée de fibres radiées serrées
et d’une couche externe de fibres concentriques. Elle est circu¬
laire. Son diamètre externe est de 558 *-*■ ; son diamètre interne de
155 ,u. Elle occupe la moitié de la largeur du corps.
T>’appareil mâle comprend:
a) les deux testicules et les canaux déférents ;
h) la A^ésicule séminale, la poche du cirre et le cirre.
Tœs deux testicules sont situés l’un en avant de l’autre; ils sont
à peu près ovoïdes : le testicule antérieur (h : 620 3 : 1 : 706) est
moins haut, mais plus large que le testicule postérieur (768 u
X 550 .u). Ils occupent h peu près le quart postérieur du corps et
semblent être un peu déprimés par compression réciproque.
11 est difficile de suivre les deux canaux déférents sur les cou-
oes transversales, car ils sont cachés dans les circonvolutions de
l’utérus. Tls finissent par se réunir en un canal commun qui
aborde la vésicule séminale par son pôle postérieur.
- 248
La vésicule séminale, enc'lose dans la poche du cirre, apparaît
comme une masse brunâtre, située un peu en arrière de la ven¬
touse ventrale et disposée transversalement. Du pôle antérieur
part un canal relativement ^'olumineux qui contourne le fond de
la ventouse postérieure pour aboutir au canal du cirre. Celui-ci
s’ouvre sur la lace ventrale du ver à peu près à égale distance
des deux ventouses, sous la bifurcation de l’intestin.
Le cirre ou pénis est volumineux quand on le compare à la
petitesse du Trématode. Il mesure 372 u de long sur 100 u. 11 est
à peu près cvlindrique, sauf à sa base où il s’élargit (pars pros-
tatica). Dans les périodes de repos, sur l’animal vivant, le cirre est
souvent rétracté à l’intérieur d’une petite poche et est difficle à
observer. Sur les Douves mortes depuis peu, il fait presque tou¬
jours saillie au dehors.
Tv’appareil femelle comprend les organes femelles proprement
dits, ovaire ou germigène, oviducte et utérus, des glandes anne¬
xes, glandes vitellogènes et glandes coquillières, enfin le recep-
taciihim seminis et le canal de Laiirer.
Iv’ovaire est une glande claire arrondie, de 248 u de diamètre,
situé en avant du testicule antérieur. Elle est essentiellement
constituée par une enveloppe musculo-fibreuse et par une cavité
remplie d’ovules. Ceux-ci sont sphériques, d’un diamètre de 17
à noyau central ou excentrique.
Le receptacaihim. seminis et le canal de Lai^rer ne peuvent être
étudiés qu’au moven de coupes. 11 nous a semblé voir le recep-
taculnm seminis sous l’aspect d’un petit réservoir situé en arrière
de l’ovaire et rempli de spermatozoïdes. Il s’ouvre à l’extérieur
sur la face dorsale par un court canal, canal de Lacrer.
A leur sortie de l’ovaire, les ovules arrivent au confluent géni¬
tal (ootype) où aboutissent également un canal venant du recep-
taculum seminis et les conduits excréteurs des glandes coquilliè¬
res et des vitellogènes.
La disposition des vitellogènes est assez difficile à préciser, ca¬
chés que sont ces organes par les amas d’œufs ciui remplissent
les circonvolutions utérines. On distingue seulement, en dehors
des branches intestinales, un canal sinueux de teinte grisâtre,
avec çà et là des taches plus marquées, en petit nombre, (jui
nous ont paru représenter des acini.
Du confluent génital part l’utérus, dont les circonvolutions,
disposées surtout dans le sens transversal, débordent de chaque
— 249 ^
côLé des branches intestinales. Parvenu non loin de la ventouse
ventrale, le canal utérin se dirige en avant, et sa portion termi¬
nale (vagin ou mieux metraterme) se dirige, presque parallèle¬
ment au cirre, vers le pore génital.
Dans sa première partie, Putérus se montre comme un cordon
noirâtre avec des bosselures et des étranglements. C’est un tube
à parois minces bourré d’œufs remplis de granules vitellins. A ce
niveau, les œtds ont un aspect brunâtre et mesurent 85 ;j- sur
39 |J-. Au fur et à mesure de leur développement, ils deviennent
transparents, augmentent de dimensions, mais, ccjmprimés par
les parois de l’utérus, ils ne mesurent guère plus de 120 sur
54 ;j. aux environs du pore génital. A peu de distance du pôle le
plus large, ils montrent un amas de pigment {tache oculaire) très
apparent. Quelques œufs ont un aspect jaunâtre et sont remplis ♦
de grosses granulations graisseuses réfringentes.
Pn plaçant une Dotive dans un verre de montre contenant de
l’eau physiologique, on peut assister, sous le microscope, à l’ex¬
pulsion des œufs.
Ceux-ci sont ovoïdes à grosse extrémité antérieure. Us sont
très légèrement asymétricj[ues, l’un des côtés étant plus convexe
que l’autre. Us mesurent 158 9 sur 70 ;j..
A l’intérieur, on aperçoit l’embryon qui ne tarde pas à sortir
en soulevant un opercule situé au pôle antérieur.
La coquille est transparente et extensible. Vidée de son em¬
bryon, elle est manifestement plus petite.
Le miracidium a l’aspect d’un corps allongé, couvert de cils
vibratiles, beaucoup plus large à sa partie antérieure qu’à sa par¬
tie postérieure. D’une longueur de 154 p, il atteint 66 dans
sa plus grande largeur.
La partie antérieure du corps est ('onstituée par une matière gra¬
nuleuse claire sans structure définie, tandis que dans la partie
postérieure on distingue aisément des celhdes germinatives.
Ln avant on remarc[ue une petite éminence considérée comme
un appareil perforateur, de chaque côté duquel se voit un bou-
([uet de poils rigides.
A (jiiclquc distance, et toujours l'ejetéi' latéralement, (existe la
tache noii'e irrégidièrc d(‘ 11 y, analogue à la tache oculaire de
Fasciola hepalica, t[ui ap[)araissait (-léjà très nettement à travers
la ('ocpie.
25o
Grâce à ses cils vibraüles, l’embryon nage avec une grande
agilité et peut vivre plusieurs heures dans l’eau physiologique.
rar la presence et la position de ses deux ventouses, l’une
antérieure, l’autre ventrale, ce d'rématode se range dans la fa-
iiiuie des Fasciolidae. L’ensemble de ses caractères secondaires
permet de le rapporter à la sous-iamille des Fhilophthalminœ et
au genre Fhilophtalmus, dont voici les caractéristiques :
Philo phihalniiiiae Looss, 1899. — Fasciolidæ de taille moyenne, à corps
ovoïde, plus ou moins ramassé, musculeux, à ventouses puissantes et sad-
lantes. 'legument inerine ou écailleux. Pharynx atteignant au plus la gros¬
seur de la ventouse buccale. Œsophage très court. Branches intestinales
longues, non ramifiées. Pore génital entre la ventouse ventrale et le pha¬
rynx. Poche du cirre et vagin bien développés, plus ou moins étendus dans
le sens longitudinal. Testicules rapprochés et situés obliquement l’un dei'-
rière l’autre à l’extrémité postérieure. Ovaire à peu près médian, en avant
et à peu de distance des testicules. Un canal de Laurer. Le réceptacle sémi¬
nal paraît manquer et être remplacé par une dilatation de l’origine de
l’utérus. Vitellogènes remarquablement peu développés, simplement tubu¬
leux ou présentant au plus 6 ou 7 follicules compacts de chaque côté.
Circonvolutions utérines modérément nombreuses, n’entourant pas les tes¬
ticules, mais s’avançant jusqu’à la hauteur de la ventouse ventrale. Œufs
de moyenne grosseur, à coque presque incolore, et contenant, bien avant
d’arriver au pore génital, un miracidium mûr. Habitat : régions protégées
de la surpace du corps, chez les Oiseaux.
Philophihalmus Looss, 1899. — Poche du cirre et vagin très longs, attei¬
gnant le bord postérieur de la ventouse ventrale, qui est très grande. Vitei-
logènes tubuleux ou avec quelques acini, partant du voisinage de l’ovaire
pour se diriger en avant, en dehors des branches intestinales. Entre l'ceil et
la paupière, chez les Oiseaux.
Espèce type : Ph. palpebrai'U}}i Looss, 1899.
On connaît actuellement cjuatre espèces de Fhilophtalmus, sa¬
voir :
Ph. licipetus (Rud., 1819), des Parus glaucus et L. Fiisciis (Europe).
Ph. lacrymosus Braun, 1902, du Parus uiaculipennis (Brésil).
Ph. palpehrarum Looss, 1899, de Corvus cornix, Milvus parasiticus et
Athene noctua (Egypte).
Ph. nocturnus Looss, 1907, F Athene noctua (Egypte).
Les deux dernières ont des vitellogènes simplement tubuleux ;
les deux autres montrent, au contraire, quelques acini très nets.
Faute de pouvoir affirmer la présence de ces acini dans notre
parasite, nous prendrons quelques autres points de comparaison.
La forme du corps le rapproche du Fh. lacrymosus, mais sur¬
tout du Fh. nocturnus. La région postérieure est toutefois plus
dihitée que dans celui-ci, et le maximum de largeur situé jflus en
arrière que dans celui-là. L’rvsophage est dilaté à sa bifurcation
comme chez le Fh. lucipetus.
J>es testicules ne sont pas lobés, et rappellent plutôt ceux du
Ph. palpebrarum. La poche du cirre occupe en arrière une posi¬
tion transversale qui ne s’observe dans aucune des quatre espè¬
ces connues.
Enfin, les circonvolutions utérines, contrairement à ce qu’on
remarque dans le Fh. lacrymosus, ne s’étendent pas en arrière
au-delà du testicule antérieur.
Nous nous croyons donc autorisés à regarder le parasite sous-
palpébral de la Poule du Tonkin comme une espèce nouvelle, et
nous proposons de la dénommer Philophthalmus Grallij en l’hon¬
neur de M. le Médecin-Inspecteur Grall, le premier observateur
qui ait signalé la Douve chinoise au Tonkin.
Nous exprimons, en terminant, notre vive reconnaissance à no¬
tre éminent collègue M. Railliet, professeur à l’école d’Alfort,
pour avoir bien voulu prendre la peine de revoir notre descrip¬
tion et de nous conseiller au sujet de la place à donner à notre
parasite.
(Institut antirabique et bactériologique d’Hano'i)
Février igio.
Sur quelques cas de névrite périphérique
observés chez des sujets ayant
résidé au Congo français
Par L. NATTAN-LARRIER
Nous avons, depuis quelques années, observé cinci cas de né¬
vrite périphérique chez des sujets avant séjourné au Congo fran¬
çais ; la coexistence de troubles moteurs et d’accidents cardio-pul¬
monaires aurait dû faire admettre sans hésitation le diagnostic de
béribéri, si la constatation d’autres symptômes d’allure spéciale
n’imposait quelcpie réserve. Chez quatre de nos cinq malades (i),
le début de l’affection fut précédé d’accès fébriles cpii résistèrent à
la quinine: dans les deux premiers cas, la fièvre fut élevée et dura
( i) L’origine alimentaire de l’affection ne pouvait être invoquée ; nos sujets
n’avaient consommé qu’une quantité minime de riz ;de 150 à 200 gr.) en un
an ; aucun d’eux n’était porteur d’ankylostome.
— 252
‘J-ti O 5 jours, dans le troisième et le quatrième, la fièvre fut lé¬
gère ; c’est au cours de ces s^m^ptdmes initiaux que survinrent les
troubles moteurs en même temps que des vomissements et des
vertiges. Chez un de nos sujets, pendant le deuxième mois de
l’affection, alors que les névrites périphériques étalent déjà ap¬
parues, se produisit un ptosis bilatéral qui persista pendant
quatre jours. Dans un autre cas, dès le premier mois de la maladie,
se montrèrent presque chaque jour des crampes violentes occupant
les muscles de la jambe, de la cuisse et même l'abdomen ; les
crampes abdominales persistèrent pendant plus de six mois. Les
troubles de la sensibilité ne purent être étudiés avec sc^in que chez
deux sujets : chez eux, au niveau du pied, de la jambe et de la
cuisse, la distribution des zones d’anesthésie affectait une disposi¬
tion radiculaire. Deux de nos patients présentèrent un signe de
Kernig très marqué; chez l’un d’eux, ce sj^mptôme subsistait en¬
core huit mois après le début de la maladie. L’examen du liquide
céphalo-rachidien, pratiqué dans deux cas, montra une leucocytose
mononucléaire qui, sans être intense, était très nette. Enfin, chez
un de nos sujets apparut, à plusieurs reprises, une éruption d’un
type spécial : à la face dorsale des deux mains, dans le premier
espace intermétacarpien, se groupèrent des éléments paptileux, à
bords irréguliers, colorés en un rouge violacé, ne s’effaçant pas
à la pression et possédant un diamètre de 4 à 6 mm.
Tous ces cas de névrite périphérique suivirent une évolution à
peu près analogue. Les troubles moteurs des membres inférieurs
augmentèrent rapidement dans le cours des deux premiers mois,
pour diminuer à partir de ce moment et disparaître vers le c|ua-
trième mois, les névrites des membres supérieurs, parfois absentes,
restèrent toujours peu accentuées ; les atrophies musculaires furent
peu intenses, atteignirent la région antéro-externe de la jambe,
mais furent surtout marquées à la face antérieure de la cuisse, elles
ne s’accompagnèrent pas de réaction de dégénérescence. Les ré¬
flexes rotuliens et achilléens reparurent très lentement ou n’exis¬
taient pas encore, lorsque nous perdîmes de vue les malades plus
de six mois après le début de leur affection. Les œdèmes ne furent
notés que dans deux cas, ils survinrent vers le deuxième mois de la
maladie, furent très intenses mais ne persistèrent que pendant huit
à neuf semaines ; la dilatation du cœur avec œdème pulmonaire et
dwspnée se nujntra, au contraire, très durable et existait encore
avec la tachvcardie plus de six mois après le début de la maladie.
Nous rapporterons ci-après une de nos observations les plus carac¬
téristiques.
Observation. — M. X., âgé de 27 ans, a fait un premier séjour
au Congo Français d’octobre 1904 à septembre 190b. Revenu en
France à cette époque, il y demeura jusqu’en décembre 1907, date
à laquelle il repartit pour le Congo ; il y résida dans la région de
la flaute-Sangha jusqu’en novembre 1909. Durant tout ce temps, il
s’est soumis méthodic|uement au traitement préventif par la quinine,
il n’est ptis porteur de lilaria loa, il ne présente aucun symptôme
de trypanosomiase : l’examen du sang, des ganglions et du licpii-
de céphalo-rachidien reste négatif. Ce malade n’est ni syphilitique
ni alcoolique, ni tuberculeux.
Pendant toute la durée du mois de juillet 1909, X. jusque-là
bien portant, se sent mal disposé, son appétit diminue, il est inca¬
pable de tout travail, il éprouve des vertiges, la marche devient fati¬
gante. Le malade a tous les jours dans la deuxième partie de la
journée de petits accès de hèvre pour lesquels il prend sans résultat
de la quinine. Dans la deuxième semaine du mois d’août, le malade,
chez lequel la fièvre adisparu,éprouve une sorte d’engourdissement
dans les membres inferieurs, et des fourmillements au niveau des
pieds ; chaque nuit surviennent des crampes très douloureuses qui
occupent le mollet, la région antéro-externe de la jambe et même
la paroi abdominale, la sensibilité plantaire est intacte. A la fin du
mois d’août, se produit aux membres inférieurs un volumineux
œdème qui remonte jusqu’au-dessus des genoux. Dans les pre¬
miers jours du mois de septembre, on note un ptosis bilatéral qui
se maintient pendant quatre jours. Au milieu du mois de septem¬
bre, le malade est pris de palpitations, de vomissements, de dysp¬
née intense; il éprouve une sensation de brûlure le long de la
face interne des deux bras; il constate que la lecture devient très
difficile (asthénopie) ; il est obligé enfin d’interrompre toute occu¬
pation. Aii^mois d’octobre, les membres inférieurs sont moins
tuméfiés, mais l’œdème gagne les bourses, l’abdomen et en quel-
cjues semaines atteint tout le corps, sauf les bras et les mains ;
les jambes se dérobent et le malade ne peut se tenir debout,
il ne semble exister aucun trouble de la sensibilité objective,
mais les fourmillements persistent toujours, ainsi que les cram¬
pes. X note des sensations douloureuses au niveau de l’épigastre.
Le malade rentre (m h'rance <'iu mois de novemibrc' et est soumis à
n(»tre examen, au mois de clécembn-.
— 2D4 —
Les réilexes roLuliens sont abolis ainsi que les achilléens, les
réiiexes crémastérlens et abdominaux sont normaux, pas de si¬
gne de Babinski ; réflexes pupillaires intacts ; pas de signe de
Romberg, le signe de Ivernig est très accentué. Kes troubles mo¬
teurs ont complètement disparus ; le m/alade qui, au mois de no¬
vembre, avait eu un peu de steppage, n en présente plus trace ;
il existe une atrophie musculaire peu marquée à la région antéro-
externe de la jambe et au mollet, très nette à la face antérieure
des cuisses, surtout de la droite ; la force musculaire, examinée au
dynamomètre, est inférieure à la normale; la palpation de l’ab¬
domen provoque une crampe persistante et très douloureuse de
la paroi. Les troubles de la sensibilité n’existent qu’au niveau
des membres inférieurs, pieds et jambes, et les anesthésies y af¬
fectent une disposition nettement radiculaire. On note loo pul-
,satÂo>ns, le pouls? est régulier; la pointe du cœur bat dans le
sixième espace à ii cm. de la ligne médiane; la matité trans¬
versale mesure 15 cm. ; le cœur droit dépasse la ligne médiane
de 4 cm.; il existe un faible souffle mésosystolique stisapexien.
Le sommet des deux poumons est légèrement œdématié. Le foie
déborde les fausses côtes de 2 cm. 1/2; la matité splénique me¬
sure 5 cm. Au mois de janvier, l’état du malade s’améliore, la
marche devient plus facile, mais la fatigue et l’inappétence per-
sistence ; le pouls est toujours accéléré; le volume du cœur est
moins considérable ; la base des deux poumons est congestionnée ;
aucune modification nouvelle du côté des réilexes ; le signe de
Kernig reste très net.
Au mois de février, l’amélioration s’accentue, le malade peut
faire chaque jour des marches de 3 à 4 km.; le pouls, plus fort,
bat à 76 ; le foie ne déborde plus les fausses côtes ; le signe de
Kernig est moins marqué, mais persiste encore. Dans le cours
du mois de mars, le cœur reprend son volume normal, toute trace
d’œdème pulmonaire se dissipe; les réflexes reparaissent, le signe
de Kernig ne subsiste plus, les troubles de la sensibilité s’effacent
entièrement, le malade peut faire de longues courses à bicyclette.
Quel diagnostic convient-il de porter en présence de cas de ce
genre? L’association des s^miptômes de névrite périphérique aux
signes cardio-pulmonaire semble, à première vue, imposer l’idée
d’un béribéri, mais la disposition radiculaire des troubles sensi¬
tifs et les signes d’irritation méningée s’élèvent contre ce diagnos-
/
— 255 —
tic; nous ne pouvons admettre l’idée ni d’une névrite palu¬
déenne, ni d’une névrite alcoolic[ue, ni d’une névrite tuberculeuse.
Ces observations restent donc des faits d’attente, nous les signa¬
lons sans les interpréter, espérant qu’ils retiendront l’attention
de nos collègues du Congo français, mieux placés que nous
pour en poursuivre l’étude clinique et essayer d’en préciser l’étio¬
logie.
Les conditions d’isolement des lépreux
dans la région du plateau central à
Madagascar (province d’Antsirabé)
Par André LAMOUREUX.
Située immédiatement au sud de la Province de Tananarive,
la province d’Antsirabé, avec une superficie trois fois environ
plus étendue que la première (i), et une population moitié moin¬
dre, possède 789 lépreux des deux sexes, connus et internés dans
un établissement spécial situé au chef-lieu de la province et appar¬
tenant à la Mission protestante norvégienne d’Antsirabé.
Une convention intervenue le 15 août 1900, entre l’Adminis¬
tration de la colonie de Madagascar et la Mission, confie à celle-
ci l’entretien et les soins des lépreux sous le haut contrôle du
service de santé, moyennant une subvention annuelle de 40 francs
par pensionnaire.
Appelé en août dernier à inspecter cette léproserie, j’ai exa¬
miné 822 pensionnaires de cet établissement et j’ai, pour chacun
d’eux, avec l’aide du docteur Jarlaxd, médecin aide-major de
P" classe des troupes coloniales et du médecin de colonisation de
2® classe de l’Assistance médicale de Madagascar, Andrianisa, éta¬
bli pour chacun d’eux une fiche d’identité, de parenté et d’ob¬
servation clinique. Ces documents ont été déposés aux Archives
de l’Inspection de l’Assistance médicale de la province d’Antsi¬
rabé, où ils seront le point de départ d’une série d’observations
et serviront à exercer la surveillance des lépreux de cette région.
(1) Voir page r()o de ce Bulletin, mars ipio.
— 23o —
Les observations suivantes, auxquelles ont donné lieu l’exa¬
men de ces lépreux et l’inspection de l’établissement précité,
m’ont paru mériter d’être rapportées.
Locaux. l.-a léproserie constitue une véritable bourgade de
c[uatre villages, dont l’ensemble compte environ 150 maisons du
tvpe hova a t'Mage. Les pensionnaires y vivent par groupe de 5
ou 6, autant f^tie possible en famille.
Les services généraux n’existent pas; il n’y a ni salle de pan¬
sements, ni salle de bains, ni buanderie. L’eau circule à travers
les villages dans des rigoles à ciel ouvert, creusées à même le
sol. Toutefois, dans chaque groupe de village, il existe un bâti¬
ment spécial dit (( infirmerie », destiné à recevoir les malades les
plus grtivemenl atteints.
Personnel. Soins médicaux. — üuatre dames diaconesses de
la Mission et un docteur en médecine européen, composent le
personnel. Les soins aux lépreux sont réduits au minimum ; les
pansements sont rares et les porteurs de plaies non protégées sont
nombreux dans les rues des villages et dans l’intérieur des mai¬
sons ; les infirmeries sont manifestement insuffisantes pour rece¬
voir tous ceux qui auraient besoin d’y séjourner. Les dames dia¬
conesses, en dehors des soins aux hospitalisés, veillent à l’or¬
dre et à la propreté dans les villages et s’assurent de l’exécution
des corvées et des travaux agricoles. Quant au médecin, il ne
vient à la léproserie qu’à l’occasion des loisirs que lui laisse sa
clientèle.
Pensionnaires. Logement. Nourriture. Vêtement. — Logés pa;
groupe de 5 ou 6 ou par famille, dans des maisons du type hova
pauvre, sommairement meublées de lits malgaches en jonc (fara-
fara) et de nattes, les pensionnaires de l’établissement sont in¬
suffisamment vêtus d’une sorte de chemise blouse et d’un lam-
ba (i).
Par la cidture de plantes vivrières et par l’élevage d’animaux
de basse-cour et de porcs, ils assurent eux-mêmes leur nourri¬
ture à laquelle la Mission ajoute de temps en temps une ration
de riz.
Admissions. Non lépreux. — Aux termes de la convention du
15 août igoo, les admissions sont prononcées par l’Administra¬
teur Chef de la Province sur la proposition du médecin de la lé¬
proserie. Ifn outre, depuis environ 3 ans, le bulletin d’admission
(i) \"oir pnj^e Ku de ce Bulletin, mar«; lum.
porte le visa du médecin-inspecteur de la province. Mais ce visa
n’est pas conventionnellement obligatoire; son usage est laissé à
l'arbitraire du Chef de la province. C’est ainsi que toutes les en¬
trées antérieures à c'es 3 dernières années ont été prononcées sur
la proposition du médecin de la léproserie seulement, sans que
s’exerce le moindre contrôle de la part du service de santé de la
colonie. Il en est résulté l’inconvénient sérieux de laisser admet¬
tre comme pensionnaires de l’établissement des individus cjui
n’étaient pas lépreux.
Déjà, en 1902, l’attention de l’ Adnrinistration supérieure de
la colonie avait été attirée sur la présence, dans la léproserie d’An-
tsirabé, d’un certain nombre de pensionnaires non lépreux.
Interrogée à ce sujet, la Mission protestante norvégienne ré¬
pondit qu’il s’agissait d’individus entrés volontairement à la lé¬
proserie pour y partager l’existence de parents lépreux. Arguant
de l’inhumanité qu’il y aurait à les séparer des leurs en les ren¬
voyant, la Mission demandait à les conserver, en faisant remar¬
quer, de plus, qu’ils étaient très utiles à la communauté en
raison des services cgi’ils rendaient.
L’Administration consentit à les leur conserver, mais à la con¬
dition que toute nouvelle admission de ce genre, serait formelle¬
ment interdite et que les individus non lépreux antérieurement
admis seraient considérés co^nnie contaminés et contagieux au
même titre que les lépreux et seraient astreints à séjourner à la
léproserie toute leur vie durant.
Cette mesure simpliste eut pour résultat de pousser à l’évasion
une vingtaine des individus aussi injustement incarcérés. En
août igog, quand je visitai l’établissement, il en restait 13 sur
33. Mais, malgré les prescriptions de l’Administration supé¬
rieure et à la faveur de l’absence de contrôle médical, de nou¬
veaux individus non lépreux furent admis; et, à la date précitée,
il me fut donné d’examiner 33 individus des deux sexes, non
lépreux, pensionnaires de l’établissement. Comme je l’ai dit en
commençant, j’ai examiné et interrogé chacun de ces individus et
j’ai établi pour chacun d’eux une fiche de renseignements. Les
raisons epu ont motivé l’admission de ces individus non lépreux
sont les suivantes : 16 individus sont parents de lépreux (les
13 anciens, plus 3 nouveaux); 13 ont été admis par erreur de
diagnostic, i atteint d’aliénation mentale a été admis par cha¬
rité. 3 ont été admis par force ou par intimidation.
258 —
Sorties. Rapports avec l'extérieur. — l.es pensionnaires de la
léproserie ne sortent de oet établissement que par évasion ou par
déeès. Les sorties conditionnelles n’y sont pas accordées comme
elles le sont dans les léproseries de la province de l'ananarive (i).
Cependant, j’ai constaté la présence d’un certain nombre de ma¬
lades dont la lèpre, semblant avoir cessé son évolution depuis
plusieurs années pouvait être considérée comme temporairement
guérie. Sous réserve d’un examen bactériologique de leurs muco¬
sités nasales, ces individus auraient pu être renvoyés dans leurs
fovers à la condition pour eux de consentir à être l’objet d’exa¬
mens médicaux périodiques. Tous les individus de ce genre
étaient porteurs de lèpre nerveuse pure ou de lèpre tuberculeuse
avant évolué vers le tvpe nerveux; quelques-uns avaient une
lèpre nettement arrêtée au stade maculo-éruptif seulement.
Si les malades ne sortent jamais de la léproserie, ils sont toute¬
fois autorisés à recevoir des visites. LTn emplacement spécial en
plein air et à découvert, sorte de parloir ouvert à tous les vents,
est destiné a cet usage. Le dispositif destiné à empêcher tout con¬
tact entre les malades et les visiteurs est assez curieux et mérite
d’être rapporté: les malades sont séparés de leurs visiteurs par un
espace libre en forme de couloir large de 2 m. environ et bordé,
de part et d’autre (côté des malades et côté des visiteurs) d’un
mur à hauteur d’appui. On accède directement par l’extérieur
au mur des visiteurs et par l’intérieur de la léproserie seulement,
à celui des malades, de telle sorte que malades et visiteurs peu-
cent se voir et causer entre eux à haute voix, mais ds ne peuvent
avoir aucun contact. Toutefois, dans l’espèce de couloir déterminé
par les deux murs, j’ai vu circuler des malades et des visiteurs
agiles qui avaient escaladé le mur et qui se faisaient les intermé¬
diaires des uns aux autres pour le passage de menus cadeaux.
Tl m’a semblé qu’il v avait dans cette manière d’isolement
quelque chose d’aussi inhumain qu’inutile.
"Ln raison du caractère encore mal connu du mode de transmis¬
sion de la lèpre, on peut se demander si un contact comme celui
qui se produit à l’occasion d’une visite amicale, dans un lieu pu¬
blic est susceptible de contamination et s’il ne conviendrait pas
autant de laisser les malades communiquer librement, à jours
fixés, avec leurs visiteurs.
Tl semble, en effet, que le but essentiel en matière de prophv-
(i) Voir pag-e 162, III de ce Bulletin, mars 1910.
laxie lépreuse, étant l’isolement, ou mieux le rassemblement de
tous les malades d’une région dans des léproseries, celui-là sera
d’autant mieux facilité et assuré, que le séjour dans celles-ci sera
plus agréable, plus attrayant, et ressemblera le moins à une incar¬
cération.
Si l’internement obligatoire de tous les malades est indispen¬
sable au début de la formation des léproseries, il ne devrait pas
être aggravé par la suite d’un isolement vexatoire et brutal qui
devient une entrave sérieuse au maintien des malades dans l’éta¬
blissement et au recrutement de nouveaux pensionnaires. Il y au¬
rait plutôt intérêt à faire des léproseries de véritables hôpitaux
où les malades d’une région, tous connus, et soumis à un régime
de contrôle sanitaire, recevraient des soins attentifs et d’où ils
pourraient être rendus à la vie commune pendant les périodes
plus ou moins longues d’accalmie de leur lèpre.
Régime intérieur. Mariages. — Le régime intérieur est assez
pénible aux malades qui sont astreints à de grosses corvées agri¬
coles et de propreté, et qui s’en plaignent.
Les différends entre malades sont réglés par le Directeur de
l’établissement. Quant aux contestations entre malades et gens
du dehors, elles ne se présentent jamais, ceux du dehors obtenant
facilement raison contre des adversaires malades et condamnés à
l’incarcération à vie.
Suivant les termes d’un règlement intérieur de l’établissement,
approuvé par l’Administrateur Chef de la province, le Directeur
de la léproserie a autorisé le mariage entre pensionnaires de
l’établissement. Ces mariages sont enregistrés en présence de
2 témoins et notification de chacun d’eux est adressée à l’Ad¬
ministrateur Chef de la province.
Tl est évident qu’une telle mesure est parfaitement louable et
qu’il y aurait quelque cruauté à pfiver systématiquement les
malheureux pensionnaires des léproseries des joies du mariage,
qui reste encore pour eux une consolation efficace. Toutefois,
j’ai été péniblement surpris de constater qu’à la léproserie d’An-
tsirabé, plusieurs de ces unions avaient été faites entre des indi¬
vidus malades et des individus sains et que, même le consen¬
tement d’une des parties n’avait pas toujours été respecté. J’aï
relevé 12 de ces unions entre lépreux en non lépreux, parmi les¬
quels 8 non lépreux ne demandaient qu’à rompre leur union.
Orphelinat de la léproserie. — A côté de la léproserie, il existe
— 200
un établissenienl appartenant à la Mission protestante norvé¬
gienne, désigné sous le nom d’orphelinat et destiné à recevoir
les enfants issus de parents lépreux nés à la léproserie. Ces en¬
fants sont élevés à la mamelle par des nourrices mercenaires ve¬
nues des villages environnants.
J’ai vu 93 enfants élevés de cette sorte, aucun n’était lépreux.
Au dire du Directeur de la léproserie, le docteur Ebbel, l’isole¬
ment des enfants dès la naissance n’a été institué que depuis
cinq ans environ et pas un enfant ainsi élevé n’est devenu lé¬
preux. Par contre, (pielques enfants qui avaient séjourné plus ou
ou moins longtemps avec leurs parents lépreux, ont contracté la
maladie.
Quant aux nourrices ayant allaité des enfants issus de lépreux,
j’ai eu l’occasion d’en examiner 6o. Toutes étaient parfaitement
saines. Il ne m’a pas été possible d’en examiner davantage, ntais
leurs noms et leurs villages sont connus à la léproserie; elles sont
au nombre de 274. Il sera donc possible et intéressant, après
quelques années, de vérifier si aucune d’elles n’a contracté la
lèpre.
Contrôle du ser-Tice de santé. Conclusion . — Aux termes de la
Convention du 15 août 1900, la Mission protestante norvégienne
est chargée de l’entretien et du soin des lépreux, sous le haut
contrôle du service de santé. Celui-ci l’exerce par l’intermédiaire
du m'édecin-inspecteur de l’Assistance médicale indigène de la
province d’Antsirabé. Mais, aucun règlement ultérieur à la Con¬
vention n’est intervenu pour préciser les détails de ce contrôle,
de telle sorte c^ue celui-ci est assez inefficace, comme on l’a vu
par l’exposé qui précède.
Avoir rassemblé et isolé près de 800 lépreux dans une région
infestée est une œuvre prophvlactique méritoire.
Toutefois, elle est incomplète et elle est inhumaine si les indi¬
vidus ainsi privés de leur liberté ne jouissent pas d’un bien-être
supérieur à celui de la misérable condition à laquelle leur maladie
les a condamnés quand ils restent dans leur village.
Il apparaît manifestement qu’avec la subventiont dont chaque
pensionnaire est l’objet, ceux-ci pourraient être bien mieux trai¬
tés.
Il ne faut pas comparer le prix de revient des léproseries de
la province de Tananarive avec celui de la léproserie d’Antsi¬
rabé, à cause de la différence du prix des denrées principales, tel-
les que viancle et riz, qui sont beaucoup moins chers à Antsirabe
qu’à Tnnanfirive. Kn outre, il faut observer que, clans l’estima¬
tion du prix de revient de la journée dans les léproseries de la
j^rovimv de d'ananaric'e on a fait entrer en li^ne de compte de
i^rosses dépenses effectuées pour d’importants travaux d’amé-
nag'ement.
11 apparaît enfin cpie le contrôle du service de santé sur la
léproserie en cjuestion doit être réglementé avec beaucoup de dé¬
tails, et (|ue le IMédecin-Inspecteur d’Antsirabé doit être l’ag'ent
actif d’une surveillance incessante.
C’est à cette réglementation, d’ailleurs, que s’emploie actuel¬
lement la Direction du servit'e de santé de Aladagascar.
M. G. E. vScHNEiDER. — Je prierai M. Lamoureitx de vouloir
bien nous dire si des cas de lèpre se sont déclarés chez les pa¬
rents de lépreux, dont il nous a parlé, admis à la léproserie et
indemnes au moment de leur entrée.
M. Lamoiuîei’X. — Je n’ai pas constaté et je n’ai pas appris
qu’il y ait eu des cas de contamination.
AI. Le Dextie — Le docteur Noeï., médecin de la léproserie de
la Désirade, près de la Guadeloupe, a fait sa thèse il y a c|uel-
ques années, sur les cas de lèpre qu’il a observés, surtout au
point de vue du sort des enfants nés de lépreux. Il est arrivé à
cette conclusion que ces enfants ne portent pas à leur naissance
de signes de lèpre, mais je n’ose affirmer que, laissés en con¬
tact avec leurs parents, ils ne soient jamais devenus lépreux. Je
me reporterai au travail du docteur Noël, de manière à être en
état, à notre première réunion, de vous fixer sur ce point intéres¬
sant.
U n cas d’intoxication par
ingestion de fruits de Lantana
Par V. R or F P LAN DI S.
L’intéressante communication faite à la séance du 12 janvier
TQio, par Ch. Xk'ot.as, sur les accidents mortels chez la volaille.
— 202 —
par ingestion répétée de Lantana in’a donné l’idée de rechercher
quelques notes prises dernièrement au sujet d’un cas d’intoxi¬
cation par des fruits de Lantana.
Le 12 janvier 1910, à midi, M. S..., surveillant des Travaux
publics à Phanrang (Sud-Annam), se présentait affolé à mon
domicile à Tourcham et me demandait d’aller voir aussitôt une
de ses fillettes métis, âgée de 3 ans, qu’il croyait atteinte de
choléra.
Cette enfant (cpie j’avais vue moi-même le matin du 12 janvier
en parfaite santé) avait été prise brusquement, disait son père,
vers II h. du matin de vomissements très fréquents et très abon¬
dants, en mêm'e temps que « tout son corps devenait froid ».
Arrivé vers midi et demi auprès de la malade, je constatai les
svmptômes suivants : léger coUapsiis, algidité très nette, tempé¬
rature axillaire 35°8; toute la peau du corps paraît glacée, est
très pâle et couverte d’une sueur profuse très abondante; le pouls
est peu fréquent (120 pulsations à la minute); les pupilles sont
dilatées, les globes oculaires sont enfoncés, la voix est cassée.
En ma présence se produit un vomissement très abondant, uni¬
quement formé de sérosité incolore et aqueuse (les vomissements
précédents n’avaient pas été gardés). Le ventre est rétracté; l’at¬
titude de la fillette (en chien de fusil, les mains portées sur la
région épigastrique) indique qu’elle souffre de violentes douleurs
gastro-intestinales. La mère indigène de la fillette qui est restée
à côté d’elle dès le début des accidents affirme formellement qu’il
n’v a eu aucune selle; tous ces symptômes m’obligent à conclure
qu’il ne s’agit pas d’un cas tvpique de choléra asiatique, mais
plutôt de svmptômes cholériformes dues à une intoxication ali¬
mentaire, surtout étant donné que les accidents avaient débuté
environ une heure et demie après le repas pris vers dix heures
du matin.
Un traitement SA^mptomatique (révulsion cutanée par des fric¬
tions et des enveloppements chauds, potion à l’acétate d’ammo¬
niaque et à la cannelle, ingestion abondante de boissons chau¬
des stimulantes) amène en quelques minutes une amélioration très
nette des SAmiptômes généraux, et la disparition totale des vomis¬
sements.
Vers 3 h. du soir, la fillette était complètement rétablie et ne
présentait comme svmptôme que de la lassitude générale.
Appelé pendant le reste de la journée auprès d’autres malades.
263 —
je remis au lendemain matin le soin de faire une enquête sur la
('anse précise de cette intoxication alimentaire.
Le lendemain, la fillette raconta que la veille, vers ro h. du
matin, elle avait flâné près de la maison de son père, dans la
rue, en compagnie de trois autres enfants métis ou annamites du
voisinage et que tous les C{uatre avaient cueilli et mangé des
fruits verts d’un arbuste. L’enfant nous montra elle-même les
arbustes en déclarant qu’elle avait mangé une quarantaine de
fruits, l’étude des feuilles, des fleurs et des fruits me montra qu’il
s’igissait d’une ])lante de la famille de Verbénacées. Les parents
des trois autres enfants me racontèrent que tous les trois avaient
été malades la veille vers midi et avaient eu, pendant plus d’une
heure, des vomissements très abondants, tandis qu’ils u deve¬
naient tout froids ».
En présence de ces faits, il était absolument nécessaire d’attri¬
buer à l’ingestion des fruits de cette verbénacée les accidents ob¬
servés la veille chez la fillette vS...
Désirant connaître le nom précis de cette verbénacée, j’ai mon¬
tré l’arbuste à un des infirmiers européens des chemins de fer
du Sud- An nam cpii, botaniste distingué, avait été autrefois colon
en Nouvelle Calédonie et aux Nouvelles-Hébrides. Cet infirmier
me démontra cjue c’était un T.antana qu’il connaissait parfaite¬
ment pour l’avoir vu en abondance en Océanie.
On sait que certaines verbénacées et que certaines solanées,
comme la tomate, donnent des fruits comestibles quand ils sont
murs, mais vénéneux quand ils sont verts. Or, les arbustes
sur lesquels les enfants avaient cueilli des fruits ne portaient que
des fruits verts, ce qui explique les accidents cités plus haut-
T>e Lantana, très commun en nouvelle Calédonie paraît être
très rare en Indochine; quoique avant eu l’occasion de parcourir
pendant neuf ans, presque toute l’Tndochine, je n’ai jamais vu
ailleurs qu’à Pharang (Annam) de plante analogue: le T.antana
a, avec ses branches chargées toute l’année, de jolies petites
fleurs rouges et jaunes disposées en ombelles, un aspect trop
caractéristique pour passer inaperçu.
• (Tourcham {Annavi), mars tçto.)
.1
— 264 —
Mémoires
0
Experimental infection of the Madras
bazaar fly, Musca nebulo Fabr. with
Herpetomonas muscæ domesticæ (Burnett)
By W. S. PATTOX, M. B., I. M. S.,
In several recent papers on insect flagellâtes 1 hâve pointed
ont that one of the most important problems connected with these
parasites is to ascertain the exact method by which each partic-
tilar insect becomes infected, and in more than one instance
bave described how stich parasitic infections may be acquired:
tip till the présent however no transmission experiments hâve been
carried ont. Dtiring the last three and a half vears I hâve beer
studying the flagellate of the Madras bazaar fly, and assisted by
Mr. V. GovtXDARAju Mudaliar, Junior Laboratory Assistant, I
am at présent extending m'v observations bv carrying out careful
feeding experiments with these flies bred in the laboratorv. As
the results alreadv obtained are of considérable importance, I pro¬
pose in the présent paper giving a short accotint of my obser¬
vations.
'The flv experimented with is the Madras bazaar flv Musca
nebulo Farr : and l hâve to thank Air. Ai^stex of the British Alti-
setim for his kindness in identifving it for me. Musca doviestica,
(stib species deierminata AValk), is aiso fotind in Madras and its
environs, but is not nearlv ns common as Alusca nebulo Fabr :
Musca domesiica breeds chieflv in night soil and other refuse,
whereas M. nebulo prefers to lav its eggs in horse dting, and
can be bred with great facilite ; for this reason it lias been uti¬
lisée! in the experiments. A species, Musca pattoni, Aostex, close-
Iv allied to Musca domcstica subspecies deierminata Waek.,
is common about the Tnstitute, and breeds in cow dung ; it is not
infected with a Herpetomonas. M'usca domesiica and Musca ne-
203
bulo iire nalurally inlected with a flag'ellate wliich is identical
wilh H erpctomonas muscae domcsticae, Burnett.
After examining several tliousand specimens of lhe Madras
bazaar l'iy, I foiind that practically loo % caiight in tlie méat
shops were infected with Herpetomonas miiscac domesticae, in
fact it was rümost impossible to find an iininfected fly in any of
the man\' batches examined. The flagellâtes were commonly found
in large numbers and represented many of the developmental sta¬
ges of the parasite ; adult flagellâtes exhibiting ail the varions
phases of simple longitudinal division, encysting forms, as well
as the ripe cysts, were ail to be found in the alimentary tract
of the same fly. In addition the typical long flagellâtes and the
short encysting forms (post-flagellate stage) were comimonly seen
in coLintless numbers in the fluid excreta of a large percentage
of the bazaar flies. The study of the parasite in these flies was
found however to be most unsatisfactory, as it was not possible
to say definitely what stage of the infection any particular para¬
site or group of parasites represented, and no adéquate explan-
ation could be given to account for the intense infections en-
countered. I therefore decided to breed flies and to endeavour to
infect them in the laboratory.
Eggs of the flies were daily placed in fresh horse dung so that
every day a large number of adult insects were available for use.
Each batch of pupae were placed at the bottom of glass jars to
which were attached tin f rames covered with mosquito netting
(PI. 1, fig. 1). Each jar with its cage was enclosed in a bamboo
frame also covered with mosquito netting (fig. 2), thus allowing a
space of one inch between the netting containing the flies and
that of the outer frame. This précaution was taken in order to
prcvent wild flies from coming in contact with the caged insects.
Before being used, each jar with its tin frame and mosquito net¬
ting was washed in 1-20 carbolic acid, and then dried in the sun,
so that everv précaution was taken to prevent the caged flies from
becoming infected except in the desired way.
After examining a large number of bred flies fed on clean
food and kept in the cages described above, no evidence of hered-
itarv infection was found. Ilereditary transmission in this case
must mean that the parasites pass through the varions stages of
the flv, but thev hâve never lieen found in larvae bred in horse
dung: the long flagellâtes hâve however been seen in very
young larvae fed on the dead bodies of flies, but never in tlie
mature larvae, pupae or flies bred from sucli larvae. My prelimin-
ary experim'ents bave then clearly demonstrated that Herpeto-
monas muscae domesticae in Madras is not transmitted through
the egg of Musca nebulo.
As a resuit of the examination of the digestive tracts of ba-
zaar flies (di. nebulo) it was found that they chiefly feed ou sug-
ary foods of ail kinds and méat, and that quite a number of
flies contain pure blood. Having ascertained these facts a select-
ed prece of iiver on which a large number of flies were feeding
tvas obtained from a shop. This bit of liver, which was still moisi .
was at once placed in a stérile watch glass fixed in a tin frame,
and then suspended in a jar containing a number of clean hat-
ched flies which soon fed on the juice of the liver. Next day a
number of these flies were dissected, and their alimentary tracts
examinée! in the fresh condition, and more than 70 % were found
to contain the flagellated forms of Herpetomonas miiscae do-
No further observations were made on the remaining
flies. Having made this discovery 1 decided to infect the food in
the laboratory by allowing bazaar flies to feed on it in a clean
jar. The procedure adopted was as follows : — fresh undamag-
ed goat’s spleen was obtained from a shop, it was first washed
in tap water, thoroughly dried, and then singed from three to
four minutes in a Bunsen flame so that ail surface organisms
were destroyed. It was then placed in a stérile Pétri dish, and
pièces of the pulp were removed with stérile forceps and knife,
and then placed in a stérile watch glass and suspended in a jar
containing hundreds of wild bazaar flies, which were allowed to
feed on the spleen pulp from one to three hours. The tin frame
with the watch glass containing the spleen pulp was then remov¬
ed, ail dead flies were picked off with forceps, and the \vhole
was suspended in another jar containing a number of clean hat-
ched flies. The following experiment is one of many and shews
that at least 50 % of clean bred flies may become infected with
the flagellated forms of Herpetomonas miiscae domesticae.
October 21 st. 1909, hundreds of wild bazaar dies were allowed !o feed on
a piece of sterilised spleen from i-io P. M., to 2-10 P. M. At 2-15 P. M.,
the spleen was placed in a jar containing twenty two clean bred flies, which
were allowed to feed for fifteen minutes.
2-30 P. M. — Fly No. I. No parasites of any description found.
Fly No. 2, Contained a number of adult flagellâtes.
Fly No. 3. No parasites.
Fly No. 4. No parasites.
Fly No. 5. Contained a aumber of small forms which are
characteristic of the post-flagellate stage of Hcrpetonion-
as muscae domesticae.
■ Fly No. 6. Contained a number of adult flagellatjs.
Fly No. 7. Contained a number of adult flagellâtes.
Fly No. 8. Contained a large number of adult flagellâtes.
Fly No. 9. Contained a large number of adult flagellâtes.
Fly No. 10. This fly had not fed and therefore did not contain
any parasites.
Fly No. II. No parasites.
Fly No. 12. Contained about a hundred adult flagellâtes.
Fly No. 13. Fly had not fed, not flagellâtes.
Fly No. 14. No pai'asites.
Fly No. 15. No parasites.
Fly No. ib. Contained many adult flagellâtes.
Fly No. 17. Contained many adult flagellâtes.
Fly No. 18. No parasites.
Fly No. 19. No parasites.
Fly No. 20. Contained many adult flagellâtes.
Fly No. 21. Contained many adult flagellâtes.
tly No. 22. No parasites.
Tlie last fly was clissected at 5 P. M., so that the parasites
coLild not hâve originated from cysts ; the longest interval between
the feed and the time of examination of fly 22 was two and a half
hoLirs. There can therefore be no doiil^t whatever that the paras¬
ites seen were ingested as flagellâtes. In each case the whole
alimentary tract of the fly was dissected ont in 0,6 % saline solu¬
tion and examined with a Zeiss D objective under a cover glass.
The above experiment therefore conclusively proves that at least
50 % of clean hatched flies may ingest the flagellated forms of
Herpetomonas miiscac domesticae when fed for the first time
on a piece of spleen on which infected bazaar flies had previously
fed. I need hardiy say that the goat’s spleen contained no para¬
sites of any description.
A long sériés of experiments were next carried ont w-ith clean
bred flies w'hich had been infected once as described above and
as thev were subsequently fed on clean goat’s spleen pulp I was
able to follow on each succeedmg day the varions changes iinder-
gone bv the parasites ingested at the first feed. Each experiment
was repeated several times so that beyond slight variations in
the number of parasites encountered precisely similar results were
obtained. I will first describe what happens to the long flagellâtes.
On the second day a gieat increase in the number of these para-
sites was noted, and in the fresii condition alniost every one
shewed l'.ie varions ptiases of simple longitudinal division. These
appearances werc contirined by examining a large number of
stained specimens. Up to the tenth day the flies were swarming
with these long forms tmdergoing division. A study of these par¬
asites in the fresh condition clearly demonstrated that any one of
theni just comniencing division complétés the process in from ten
to fifteen minutes. It can be easily undeistood that if a fly in-
gests twenty of these long forms they will in the course of a
fcw days mtiltipl}' to many hundreds of thousands. These facts,
\\ hi( h hâve now bcen proved by rigid experiments, at once ex¬
piait! why it is that the majority of bazaar flies contain these
dividing forms, which hâve been mistaken for parasites with two
flagella; the infections produced in mv cages however were never
so intense as those seen in wild flies. The explanation of this
différence is quite simple. It lias been proved above that clean
hatched flies ingest these long flagellated forms of Herpetomon-
as m.uscae domesticae in varying numbers when they feed on
infected food, my flies were only fed once on such food. It is
onlv necessary to visit the bazaar méat shops to see that flies
constantlv move from one piece of méat to another, and dtiring
the dav they may feed on several different pièces. At each feed
they are liable to ingest fresh flagellâtes which hâve been pas-
sed out by other flies, so that instead of ingesting a hundred
siK'h forms they may stick up thousands, and this may be repeat-
ed on each succeeding day. It has been shewn above, that these
long flagellâtes go on dividing indefinitely, and may be présent
in the mid gut of a fly up to the tenth day, so that in a wild
flv the entire alimentary tract may be one mass of long flagellâ¬
tes. This is one of the commonest appearances seen in the flies
from the bazaar méat shops, yet it is remarkable that they do
not appear to be injtired to any appréciable extent. I Iiawe how¬
ever foLind that flies with such heavy infections are never satis-
fied with one feed during the day, and that they are practically
in a starved condition. The reason for this was readilv fotind by
examinintï clean control flies fed at the same tinte as the infected
flies. In the latter the food ingested dtiring the previous twelve
hours had almost entirely disappeared, whereas in the control
flies much of it still remained. It ivas clear that the swarms of
flagellâtes, which after each feed pass up to where the food is, had
absorbée! il. iliis discovery mav liave an important bearing in
connection with those flies wliich are known to transmit trypano¬
somes to man and the lower animais. A tsetse flv for instance
Avhich bas become infected with its natural fkigelLate as well as
witn r. gainbiensc may be in the same starved condition, and
wotild then perhaps feed oftener, and be liable to transmit T.
gambiensc to a larger proportion of people than a fly tininfect-
ed with wild flagellâtes. At présent nothing whatever is known
regarding the effect wild flagellâtes may hâve on pathogenic try¬
panosomes when taken into an insect’s stomach ; my e)bservations
certainly suggest lhat they may hâve an important bearing on
these parasites.
h' rom the fourteenth day onwards the flagelkated forms of Her-
pelomonas muscac dornesticae begin to tindergo the changes pre-
paratory to encystment, thev shorten <'ind then divide more than
once, finallv' rotinding tip either in the flies’ cokm or recttim ; l
hâve not yet worked ont the time the parasites take to complété
this cliange. The cycle of events described above only takes place
in those flies which hâve had liberal feeds of' spleen, liver or
méat jtiice, and it is probc'ible that the flagellated forms may re¬
main as stich for a longer period than I hâve yet been able to
détermine as the flies only lived tip to the fifteenth day. 1 am at
présent experimenting witit a larger cage (fig. 3) and hope to
keep the flies alive for there weeks or more.
The next important point discovered was that by infecting flies
in the way described above, tind giving them two subsecpient
feeds of clean spleen and then only jam and water, the flies con-
tained cvsts from the sixth day onwaards. If in addition to the jam
the flies are given fresh horse dting the {tarasites disappear en-
tirelv from the alimentary tract of the majority of the flies; in one
stu'h experiment onh' one flv otit of a large ntimber contained
cvsts on the sixth day. Tliese experiments suggest that jam and
the jtiice obtained from fresh horse dtmg are not snitable food
for H erpetomonas muscac domesticae.
1 hâve pointed above tliat flies may also ingest the preencyst-
ing (postflagellate) stages of H. muscac domcslicac as these
forms are commonlv formel in the faeces of the bazaar flies. The
occurrence of these ])arasites in the stomai'h (mid-giit) of a fly
is verv apt to lead to the idea, that they represent stages in the
life c^’cle of another flagellate, for they are AVM'y like some cri-
270
tliidia. Sucli a mistalve can hovvever be easily avoided by studying’
tlie parasite in the way i bave describecl above. d iiese small
round or oval llagellates pass down the gut and encyst in the
colon or rectum of the fly. It niay now be asked, what is the use
ot the C}'sts, because Hcrpetoinonus nuiscae domesticae passes
Irom one fly to another without ever becoming a cyst; yet in
quite a large percentage of bazaar flies very large numbers of
these forms are found. A nuinber of experiments liave been car-
ried out to answer this question. It was first found that if hatched
flies are well infected, and are tlien lea continaously on spleen
juice, the flagellâtes persist for at least fourteen days and then
begin to encyst ; this is long after the female flies hâve laid their
first batch of eggs. If, however, well infected flies are given
only jam and water after the first three leeds of spleen the para¬
sites begin to encyst on the sixth dav. These observations shew
that the food of the fly lias a great deal to do with the after his-
tory of the flagellâtes of Herpetumonas muscac domcslicae, and
that the cysts are a spécial provision in order to enable the pa¬
rasite to escape total extinction. These encysted stages are nearly
always found in enormous numbers, and may be recovered from
the stomachs of clean flies placed in a cage with flies known to
oontain cysts. The further development of these parasites in the
stomach (mid-gut) of a clean lly is exceedingly rapid. In less
than eight hours they had ail llagellated, and this accounts for
the great difficulty in finding these stages in bazaar flies; I
hâve however seen them in a small percentage. These young
flagellâtes, which are either round or oval, are very character-
istic, and when stained hâve the same granular appearance as
the cysts.
By exact feeding experiments with bred flies 1 hâve now con-
clusively proved the following points:
1. Herpetomonas muscac domesticae may be transmitted from
one fly to another in three ways :
a) By a fly ingesting the long flagellâtes ;
h) By a fly ingesting the short encysting forms;
c) ]3y a fly ingesting the cysts.
2. If the food is suitable the long flagellâtes multiply contin-
uoLisly for al least fourteen days and then begin to encyst.
3. d'he short encysting forms if ingested pass down the alimen-
Lary LracL ut a fly, and become cysts eitlier in its colon or rec¬
tum.
4. 1 ire cysts wiien ingested deveiop in a few iiours into long
tiageliates wnuli inultipi)- as ctescribed above.
5. The food ot tlie house fly play s an important part in the life
history of Herpctumoîias miiscae domcsticae.
b. 'Ihis flagellate lias tliree different stages, prejLagelUite, jla-
gellaic and posl-jiageLluLe, and in noue of these bas it a double
ilagellum.
7. in the early stages of the infection the parasites are seen
as typical herpetomonads with the blepharoplast lying close to
the anterior end ; they then hâve the appearance described by
some authors as being characteristic of the genus Herpetomo-
nas (Kent). In a later stage they are long slender bodies with
well developed single flagella, and v\ould then belong to the ge¬
nus Leptomunas of Chatton, and in a still later stage {pro-encyst-
ing jorms) the blepharoplast moves close to the nucléus and
even passes behind it.
1 canriot too strongly emphasize the importance of this last
point, as 1 find Kleine in his most recent paper States that mam-
malian flagellâtes (trypanosomesj in the stomach of tsetse flies
can be distinguished from true insectan formis by the position
of the blepharoplast. In the case of Herpetumunas miiscac do-
mesticac we hâve a parasite which exhibits at one time the so-call-
ed characteristic appearance of an insectan flagellate, and at
another stage that of a mammalian tr}'panosome when taken into
an insect’s stomach.
In stiKhhng these flagellâtes in experimentally infected insects
it is of the utmost importance to describe in detail every morpho-
logical variation for it is only then possible to understand the
different appearances which may be seen.
By stLidying Hcrpetomonas jniiscac domcsticac, the type spe-
cies of the genus Herpetonionas in the way I hâve described
above, l hâve been able to work ont its complété life cycle, and
at the same time to ascertain exactly how it is transmitted in na¬
ture. 1 intend applying the methods in studying the life his¬
toriés of about twelve new flagellâtes 1 hâve foiind in flies, bugs,
ticks and flies. One of the flies, a Sepsid, contains a Crithidia
as well as a Herpetonionas, this insect feeds entirelv on cow
dung. Most of these parasites, however, occur in non blood stick-
ing hüSLs, but 1 ain lioping' to be able Lo carry aut an impor¬
tant experiment witli the Crithidia of a blood sucking fly, Taba-
mis slrialiis.
I htive now placed the study of these important flagelki-
tes on ti scientific basis, and l hâve little doubt that the re-
siilts obtained will be of practical value in that they will throw
light on those formx occtirring in blood -sucking insects ;
these j)tirasites hâve been a fruitful source of error in tire
past. h'or instance the study of Hcrpctomonus miiscae donics-
ticac lias suggested an important modification in further feeding
experiments with Cimex rotuniiaiiis on cases of Kala-Azar^ which
I hope to begin shortly. It will be remembered adult bugs were
fed chiefly on these cases, and it was not therefore possible to
feed them for long periods. I now propose feeding young nymphs
immediately after they. hatcli out, and to continue doing so till
they are adults. 1 will then begin to dissent them, and look for
the flagellâtes of the parasite of Kala-Azar. This idea is based
on the fact that ti few flagellâtes or cysts of H. muscae domes-
tic ae when ingested by a clean fly multiply to an enormotis ex-
tent, and that they persist in this stage (i) for a long time provid-
ed the food is of the right kind.
In my paper on Herpctomonas muscae domesticae which is
being prepared in collaboration with Mr. V. Govindaraju Muda-
LiAR, I wdll give a minute description of the morphology and life
history of the parasite based chiefly on a study of it in the fresh
condition, as well as on stained specimens and sections. 1 will
also describe a number of experimfents to shew the effect of dif¬
ferent foods and dyes on the stages of the parasite as well as the
effect of variations in the température.
In conclusion I wish to acknowledge the help 1 luave received
from Mr. V. Govinfiaraju Miuialiar, who lias not onlv assisted
me with the hundreds of dissections that were carried out, but
has devoted ail bis spare time to breeding the flies wdiich is no
small undertaking. Ahe success of each experiment depended c'd-
most entirelv on the condition of the flies, strong vigourous in-
(i) Since writing- the abi)ve pajier flies infected on November 26 th hâve
been ke])t alive in the larg-e cage for 30 days and during this time the
flagellâtes remained in the same condition. The strain of Herpetomonas
muscae do))iesticac used in this experiment was (vbtained from fly No. 91 of
a pre.viüus batch. It is now being passed through a third sériés of flies and
I hope to be able to keep it continuously for at least one year.
PATTON
PLANCHE I
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- 273 —
serts are a neeessity and these alone hâve l)een iised. The excel¬
lent photographs of the captes wen* takam bv Mr, Croninc; of
vSaint Thomas Moiint.
Résume français par I'. Mesxii..
Toutes les Musca domestica et M. nebiilo de Madras sont infec¬
tées avec Herpetomonas mnscae domcsticae.
Pour les expériences, les pupes de il/, nebulo étaient mises à
éclore dans des bocaux de verre surmontés d’une chamlîre limitée
par de la tulle à moustiquaire (fig'. i ), le tout entouré d’une autre
chambre, plus large, également garnie de tulle k moustiquaire (v.
hg. 2). Plus tard l’auteur a emplové une disposition représentée
dans la figure ^ et permettant aux mouches de vivre plus long¬
temps.
Kn opérant avec ces dispositifs, P. a d’abord reconnu que l’in¬
fection des m.ouches n’est jamais héréditaire.
Si l’on met dans un des bocaux des mouches qui viennent d’éclo¬
re et un morceau de rate de chèvre, prélevé aseptiquement, qui
a servi d’abord cà la nourriture de mouches en liberté. — on cons¬
tate que les mouches neuves renferment, dans la proportion de
50 %, de longs flagellés dans leur tube digestif, et cela de 1/4 h.
à 2 h. 1/2 après s’ètre nourries sur la rate préalablement conta¬
minée. Tl n’v a donc pas de doute (pie, dans ces cas, l’agent d’in¬
fection soit la forme flagellée et non le kvste.
En supprimant la rate contaminée des bocaux d’expérience,
P. a pu suivre l’évolution, dans le tube digestif des mouches, des
premiers flagellés ingérés. 11 insiste sur la rapidité des divisions
longitudinales et il pense qu’il faut voir là la raison de l’extrême
fréquence des individus à flagelle double, cpii a fait penser que
cette disposition est un caractère du genre Herpetomonas. Dans
ces conditions, et quand les mouches reçoivent une nourriture
appropriée (foie, rate, jus de viande), les kvstes n’apparaissent
pas avant le 24® jour; mais on en voit dès le 6® jour, quand on
supprime cette nourriture. A noter que quand on donne des ex¬
créments de vache, il v a disparition des flagellés.
On a vu que les kvstes ne sont pas indispensables à l’infec¬
tion ; ils servent à la conservation de l’espèce quand les conditions
deviennent défavorables (v. ci-dessus).
I.es stades qui précèdent l’enkvstement (stades post-flagellés
de Pattox) peuvent servir aussi à l’infection. Entre ces formes et
274 —
les longs flagellés dont il a été parlé jusqu'ici, existent des états
intermédiaires: P. pense qu’on a pu regarder ces états comme
appartenant à un flagellé d’une espèce et même d’un genre dif¬
férent de H. muscac domcsiicae.
L’auteur insite sur l’importance de ces faits pour l’interpréta¬
tion de tout ce qui concerne les rapports des Hémoflagellés avec
les insectes piqueurs.
Preliminary report on a new piroplasm
( (( Piroplasma Gibsoni » sp. nov.) found
in the blood of the hounds of the Madras
Hunt and subsequently discovered in the
blood of the jackal « Canis aureus »
By W. S. PATTOX, M. B., Edin. I. M. S.
The hounds of the Madras Hunt hâve frequentlv been attacked
by a disease which in ail probabilitv vas caused either bv Piro¬
plasma canis or the piroplasm described in the présent paper. Tn
1907, the entire pack died, and Mr. Aitchisox, Principal of the
Madras \"eterinarv College, vho examined their blood on this
occasion, kindly sent me a slide taken from one of the animais
and I found it to contain manv tvpical Piroplasma canis. On
December 8th 190g, Davdream Xo. yq, one of the présent pack,
died under suspicions circumstances ; she had l^een ill for more
tlian a week and during this time became extremelv emaciated.
Mr. Youxg, superintendent of the Kennels, made a post-mortem
examination and found her spleen much enlarged, weighing 1
Ib : 10 ozs., and her liver, 4 Ibs : 8 ozs ; the latter was congest-
ed and verv friable. -The spleen was sent up to the Tnstitute the
next dav, but as it was decomposed T could not examine it mi-
croscopically. On December 10 tii. the condition of the hounds did
not appear to be verv satisfactor^', i\Ir. Youxg therefore took ail
ti-i-.ir températures and found several to be above normal. Th^
Hon : Mr. Horxe, T. C. S., Hunt Master, at once decided to hâve
their blood examined, but as I was not at the Tnstitute at the
time D'’ Gibsox sent one of the I.aboratorv Assistants to the Txen-
nels to imake hlood films from the sick animais. On examininjj^
these préparations D'’ CîiBSOX found scveral of the animais were
infected with piroplasmata and a few with trypanosomes. Ile im-
mediately décidée! to inocidate ail the sick hounds evith trypan-
blau giving’ each animal lo c. c. of a freshlv prepared 2 % solu¬
tion of the dye. d'he next day 1 went down to the Ken nels and
made caretul blood films from the inoculated animais, and on
examining then was struck by the unusual appearancés of the piro-
plasma, as none of them shewed the typical structure of Piro-
pJasma canis ; D'' Gibson also noted this différence. It was how-
ever thought that the peculiar forms seen were due to the action of
the trypanblau injected the previous evening, for Nüttall and
IIadwex {Parasitology, Nos. i and 2, jMav 1909) hâve pointed ont
that trypanblau exerts a marked action on PiropJasma canis de-
stroying the typical pyriform parasites as thev escape from the
red cells, and causing the intracellular forms to round up and
degenerate.
On December iith blood films were made from ail the hounds
and immediatelv after thev were inoculated with a 2 % solution
of trypanblau, those treated on the previous dav were given
18 cm^ and the remai nder 10 cnr^ of the dve. In the blood of
two of the apparentlv healthv animais, Racey n°. ^and Weal-
thy No, 33, piroplasms were found, and as their blood was taken
before thev were inoculated, it was possible to study the mor-
phologv of the parasites accuratelv. The parasites seen in these
two films were in everv wav similar to those found in the animais
alreadv inoculated with trypanblau ; the piroplasma seen on the
morning after the first inoculation with the dye were therefore
not altered forms. T came to the conclusion that this piroplasm
was new to science, and conjectured that as the hounds regularly
hunted jackals, it would probablv be found in the blood of this
animal.
In order therefore to prove conclusivelv that this piroplasm
was not P. canis modified bv trypanblau, T decided to inorulate
a number of voung bazaar dogs with defibrinated blood taken
from one of the infected hounds. .
Mr. H ORNE kindlv placée! ^^>althy at my disposai and on January loth
40 cm-'* of blood was drawn from her jugular vein and at once defibrinated.
5 cm^ of this blood was then inoculated subcutaneously into each of five
dogs Nos. 5, 6, 7, 8 et 9, the last was at the same time given 5 cm^ o»f
a 2 % solution of trypanblau. .Ail ticks were carefully removeJ from the
3o lîV
270
dog-s and they were kept in iron
cages in a room in which stray ticks
could not possibly reach them.
Their blood and températures were
taken twice daily. On January i5th
a doubtful parasite was found in
a blood film from dog No. 9 and
on the i6th several piroplasms were
seen, which in every way resem-
bled those already found in the
hounds. On the iSth one parasite
was seen in a blood film from dog
No. 7 ; and on the ipth one
was found in a film from dog
No. 6 ; on the 2oth the first para¬
site was found in a blood film taken
from dog No. 8. In the case of
dogs Nos. 5, 6, 7 and 8 no increase
in the number of parasites was no-
ted, but in dog No. 9 on the 2ist
there were many parasites found in
a blood film taken in the evening
and bv the 26th the increase was
still further marked. On January
3oth an increase was also noted in
the number of parasites in the
blood of dogs Nos. 7 and 8, while in
the blood of dogs Nos. 5 and 6 they
werestill very scanty ; in dog No. 9
thev had still further increased and
now two, three and even four were
found in a single red cell. On Feb-
ruary 2nd dog No. 9 was very ill,
its température had dropped to 95°
F, it refused its food and died in
the evening, its blood contained
abondant piroplasms. On February
41 h the blood of dog No. 7 was
found to be swarming with paras¬
ites, some of the red cells containing
from twenty to twenty five paras
ites ; this State continued till the 6th
w hen the dog died suddenly at 2-30
P. M. The blood taken immédiate
Iv after death presented a remark-
able sight when stained in that
there was hardly a red cell which
did not contain a parasite, and the
majorité harboured from two to
thirtv. Smears of the spleen pulp
when stained by Romanowsky’s
stain exhibited enormous numbers
of piroplasms so that when the film
w.'is exaniined with a low [)()\ver il a})peared lu bt* dolled uvcr with cuuntU'SS
numbers of small dark dots, the nuclei of the ])arasites. The post-mortem ap-
pearances werc shortiy as follows ; Spleen and liver mu('h enlarged, blood
bluuk dark and very fluid, lungs, mucuus membranes and muscles extremelv
anaemic, the latler markedly wasted. The température chart is hero reproduc-
ed, and it will b(‘. noticed that during the course of the dis<'ase fever was not
a marked symptom, the température never having risen above 102,4“ F. ;
in the case of the hounds however it frequently went up to 105 to 106“ F.
In dog No. 6 no parasites could be found for several days and as this
dog showed some of the typical forms of Piroplasnia cavis in its blood it
was thought that this might account for the disappearance of Piroplasnia
gihsoui. It was therefore reinoculated subcutaneously with 6 cm® of heart
blood from dog No. 7 and eighteen hours later several typical P. gihsoni
were found, and on February 12 th there was a marked increase in their
number.
The above experinients hâve therefore proved that this new
piroplasm found in the blood of the hounds is inoculable subcut-
aneoLish" into bazaar dogs, and that in thent it causes the same
disease ; a dog which lias recovered from Piroplasma canis is
susceptible to Piroplasma gihsoni. One experiment has also
shewn that trvpanblau has little or no effect on P. gihsoni ; this
residt was fullv expected as repeated inoculations of the dve into
sick hounds did not check the progre.ss of the disease. Wealthy
333 received 40 cm^ of a 2 % solution of trvpanblau and vet
her blood still contains many parasites.
It now onh' remained to discover the natural source of the pa¬
rasite, and as mentioned above the jackal (Canis aureiis) was the
suspected host.
On January t6 th I was fortunate in shooting a young jackal in broad
day-light near the Institute well, it was immediately brought to the laborat-
ory, so cm '■ of blood was drawn from its heart and defibrinated. Fifteen cm®
of this was inoculated subcutaneously into each of two young bazaar dogs
Nos. 10 and tt, and 8 cm® into a third |jup No. 12. On examining a film of
blood from the splenic vein of the jackal a small number of red blood cells
were found to contain the same piroplasm as was first found in the blood
of the hounds. On January 30 th a single parasite was found in a blood film
taken from dog No. 11 ; on several occasions in this dog’s blood a small
number of P. canis was seen. On January 31 st. one parasite P. gihsoni
was seen in a blood film from a pupiiy dog No. 12 and on February 4 th
several were found in a blood film taken from dog No. 10 ; this dog had
onlv recentlv recovered from an attack of P. canis, as its blood still contai ,i-
ed many of the t\pical pvriform stages of this parasite. On February
6 th blood films from dog No. lo showed manv Piroplasnia canis and a few
Piroplasnia gihsoni, it was markedlv ill and died in the evening. The post-
morten examination clearly showed that though Piroplasnia gihsoni was
just begining to multiply in its blood, it died of a relapse due to Piroplasnia
canis which was very abondant in its spleen. On February 12 th there
was marked increase in the number of Piroplasnia gihsoni in the blood of
dogs Nos. TI et T2.
— 278 -
I hâve now shewn that the jarkal (Canis aiirciis) is naturally
infected vvith a species of piroplasm whicli is transmissable by
subcLitaneous inoculation to l)azaar dog'S. As far as T am aware
this parasite has not been previoiisly recorded, and I therefore
propose naming it Piroplasma gibsoni in honoiir of D'' F. Mait-
LAxn Gibsox who first saw the parasite. 1 hâve since foiind Piro¬
plasma gibsoni in a bazaar dog No. 25, and in four ont of five
jackals I hâve had the opportunity of examining it. The parasite
mav be shortly described as follows :
In films of peripheral blood stained by Romanowsky’s stain the rriajority
of the parasites are seen as small rings, either with one large chromatin
mass or with two, the second being much smaller and appearing as a dark
almost black dot (fig. i, 3, 4, et 5). The smaller chromatin mass is fre-
quently joined to the larger by a pink thread probably of the nature of
chromatin (fig. 3). Some of these rings are exceedingly small measuring
about I P in diameter (fig. 4). In many of the parasites the large chromatin
mass is scen to be divided into two, which may or may not be joined by a
thin chromatic filament (fig .4). When the parasites are very mimerons, as
in the case of dog No. 7, two or more are commonly seen in the same red
cell, and there is a great disparity in their sizes (fig. i et 4). In the blood of
dog No. 7 taken two days before its death many of the red cells contained
from sixteen to thirty parasites (fig. 6), these red cells stained dark blue with
Romanowsl<y ’s stain. Figure 2 shews an oval parasite with a long amoeb-
oid process, the chromatic mass is lying stretched out at one end, parasites
exhibiting these amoeboid process were commonly seen stretching across
the red cells. The mc-lhod of division appears to be a process of binarv fission,
the two chromatin masses separate and then the cell splits in its longest
diameter, as a resuit thin rod-like forms were commonly encountered (fig. 6).
This piroplasm then differs markedly in structure from Piro¬
plasma canis; it is much smaller and is chiefly seen as a délicate
ring of blue staining protoplasm ; the pairs of large pvriforni
bodies so characteristic of P. canis bave never been seen.
— 279 —
'Fhe clisease causecl by Piroplasma gihsoni is characterised by
a slow onset, chronic course followed bv anaemia, wasting, en-
largement of the spleen and liver, and by fever; haemoglobiniirie
bas not yet been seen. So far only two hounds bave died of the
disease, but many of theni are cpiite useless for hunting; Weal-
thy No 33, in whose blood Piroplasma gibsoni was first found
on December iith, is ncnv extremely emaciated, and there appears
to be little hope of her recovery. One of the characteristic sympt-
oms in the hounds was the enormous enlargement of the spleen,
whose lower extremity could frequentlv be seen projecting on the
right side.
The method bv which Piroplasma gibsoni is transmitted in
nature bas not yet been discovered. On the first jackal examined
a species of Haemaphysalis (P[. bispinosa) in ail its stages was
entremelv abundant and although larvae, nymphs and adults of
this tick were placed on dogs Nos 13, 14 and 15, they hâve not
yet developed the parasite. A species of Rhipicephahis was also
found on three of the jackals, but as the specimens were not suit-
able for experimental purposes T hâve not been able to utilise
this tick. Three voung jackals hâve been procured and as thev are
uninfected T hope later to be able to carrv ont a sériés of trans¬
mission experiments with ticks.
Tn four of the jackals examined T found a new species of mam-
malian leucqcvtogregarine which differs markedlv from that of
the dog in that it undergoes its schizogonv in the spleen as well
as in the bone marrow of the jackal.
Tn conclusion T wish to take this opportunité of recording the
discoverv of two other species of Piroplasma, one in the blood of
the Tndian Mongoose (H erpestis mungo) and the other in the
blood of the spotted deer (Cervus axis). T will reserve the com¬
plété description of these parasites for another occasion.
Posiscript . — Since writing the above there hâve been sever-
al further developments which will be best recorded in the pré¬
sent paper.
Wealthv Idound No 33 died on Februarv 23 rd after having
lingered for several davs. 1-Ter sjDleen was found to be enormous-
Iv cnlarged weighing 500 g. and it contained several infarcts: the
liver weighed T.250 g., shewed macroscopie évidences of fattv
degeneration and was verv friable. The subeutaneous tissue was
Still deeplv stained with trvpanblau. — T)og No t2 inoculated with
lhe blo(Ki of tlie jackal mentioned abcna* clied on February 28 th,
its blood was swanninc,- with Piroplusma inbsoni: no post-mortem
examination was matle. \o, 2 \\hich was inocidated on
Jannan- ist. 'v\ith one drop of blood from the ear of Dog' 1
developed Piroplasmii ^s^ibsoni on Febrnarv 22nd ; this experi-
ment rlearly denionstrates the long incubation period especiallv
when a .small quantité of virulent blood is used. — F)og Xo. i
was inoculated with blood from a hound (f'dippant) on IDecember
21 st. iQüq and it developed Piroplusma gibsoiii on December
26 th. : it wns destroyed later and its heart blood inoculated into
Dogs Xos. 3 and 4 both of which bave since died.
OuL of fifteen vouug jac'kals examined, Piroplasina gibsoni has
been found in three, two of these Xvjs. 9 and 10 are at présent in
the laboi't'.tory. One gorgefl female tick Rhipicephaliis (sp. in-
cert.) has been recovered from jackal X’^o. 10 and it is hoped lafer
that feeding experiments aiming at the discoverv of the exact
method of transmission mav be satisfactorilv carried ont. Profes
sor Xfc;u;\i.\NX informs me that this species of Rhipicephalus is
m ail probabiiitv new to science, it is related to Rhipicephalus
simus (Ixoch).
The t\vo voung jackals referred to above are both infected with
the mammalian haemogregarine alreadv noted, so that 1 hâve
been able to studv this parasite in the peripheral blood. The ob¬
servations hâve ruade it quite clear that it is distinct from the
similar one found in the dog in many parts of the world. It is
chiefh’ seen as a round bod}" surrounded with a marked cvtocvst
lying in the protoplasm of a leucocyte of uncertain tvpe, it does
not stain well with Rom'anowsky’s stain ; some of the forms are
more elongated but never as large as the dog parasite. Xo free
vermicides hâve been seen in the peripheral blood. From its
smaller size, less elongated shape, and the fact that its asexual
multiplication takes place in the spleen as well as in the bone
marrow, I consider this parasite represents a new species. I now
propose adopting for these parasites the generic name Leucocyio-
gregorina recentlv suggested bv Miss Porter (Science Progress,
No. 14, october 1909) as the name Leiicocytozoon was first ap-
plied to certain parasites of birds. As the jackal parasite is evi-
dentlv a distinct species I propose for it the spécifie name rotun-
data suggested bv the shape of the enevsted trophozoit. This par¬
asite will therefore be known as T.eucocyfngrcgarina rotundata.
Résume jra)içais par 1"'. Mesnil.
L’attention ayant été attirée sur une forte mortalité des c'hiens
de meute de Madras, l’examen du sang tut prtitiqué et l’existence
d’un piroplasme, morphologiquement distinct ou l'. canis, fut
reconnue. Le sang d’un des chiens tut inoculé à la dose de
5 cm^, sous la peau de 5 chiens de rues {bacaar dogs) qui tous
s’infectèrent; 2 d’entre eux présentèrent une infection qui devint
très intense et se termina ptir la mort. La fièvre est peu accentuée:
la température de l’un des deux chiens, dont le trac'é est reproduit
page 276, est restée au-dessous de 39°.
La guérison de la piroplasmose ordinaire ne donne pas l’im¬
munité pour ce nouveau parasite, que Pattox appelle J^ir. gib-
soni, en l’honneur du D’’ (linsoN, qui, le premier, l’a observé.
Le Trvpanbleu, actif sur P. canis, ne l’est pas sur P. gibsoni.
Patton supposa que les chiens prenaient leur maladie du cha¬
cal {Canis aiirciis). Ln fait, le sang d’un chacal tué aux environs
du laboratoire, inoculé cà 3 chiens, leur communicpia une infec¬
tion avec P. gibsoni. Depuis, P. a retrouvé le même parasite chez
un chien de rue et 4 chacals sur 5. En post-scriptum, il fait con¬
naître qu’il l’a encore rencontré chez 3 jeunes chacals sur 15.
Les figures 1 à 6, page 278, donnent une idée de la morpholo¬
gie du nouveau piroplasme, cpii est beaucoup plus petit que P.
caîiis et ne se présente jamais en poires bigéminées.
La maladie qu’il occasionne est caractérisée par un début insi¬
dieux, une marche chronique avec iinémie, abattement, hypertro¬
phie du foie et surtout de la raie; fièvre; l’hémoglobinurie n’a
pas été notée. Ln c'ertain nombre de chiens succombèrent plus
ou moins vite, mais les autres sont hors d’état de chasser.
Les chacals portent des Hœmaphy salis bispinosa et des Rlii-
piccplialus, d’espèce nouvelle, voisines de R. simiis.
Le sang' de^'es chacals renferme aussi une nouvelle hémogréga¬
rine vivant dans les leucoc\'tes et différente de H. canis en ce
qu’elle est moins volumineuse, de forme moins allongée, et que sa
schizogonie se passe aussi bien dans la rate (jue dans la moelle
des os. Pattox propose de l’aj^peler Lcucocytogrcgarina (gen.
Porter) rolundata n. sp.
l>’anleur a encor** trouvé 2 nouv(*aux piroplasmes, l’un dtî la
mangousii*, PI erpestes mungo, l’autre du Ccrviis axis.
— 282 —
Ouvrages reçus
Geneeskundig Tijdschrift voor N ed crlandsch-lndië, t. L, f. i,
19JÜ.
Bolctiji de Medicina, déc. 1909, Manizales, Colombie.
Province de Mozambique. Relatorio do Serviço de Saude, an-
no de 1908, Lourenço-Marques, 1909.
Martin Mayer. Ueber die Entwicklung von Halteridium. Kx-
tr£iit de Archiv /. Schiffs .-ii. Tropenhygiene, t. XIV, 1910.
J. SuRCouF. Note préliminaire sur la systématique du genre
Chrysoaona. Description de 2 genres nouveaux. Extrait du Bul¬
letin du Muséum dMlist. naturelle, 1909, n° 7.
Georges Dauthuile. Relation de l’épidémie de typhus exan-
thématicpie observée dans la ville de d'iemcen en 1906. Mémoire
clinique et anatomo-pathologic|ue. Lille, 1910, 174 pages.
P. Yvon. Sur l’émétique d’aniline. Extrait du Journ. de Phar¬
macie et de Chimie, i®'’ et 16 mars 1910.
Archiv jür Schiffs- und Tropen-Hygiene, t. XIV.
N° 6. — H. Foley et A. Yvernault. Un cas de neurofibromatose généra¬
lisée observé chez un Berbère marocain.
A. Rœbiger. Geisteskankheit bei einem Kamerunneger bedingt
durch Porozephaliasis.
N“ 7. ■ — Mayer. Ueber die Entwicklung von Flalteridium.
H. W’erner. Bemerkungen zu der Mitteilungen des Herrn Prall
zu meiner Abhandlung.
P. C. Elu. Einige intéressante F'alle aus der Tropenpraxis.
Broden et Rhodain. Traitement de la Trypanosomiase humaine.
Le Tryparosane.
Archivos do real Instituto Carnara Pestana, t. III, fasc. i.
The Journcd of tropical medicine and hygiene, t. XIII, 6 et 7,
15 mars et i®'’ avril 1910.
Transactions of the Society of tropical Medicine and Hygiene,
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La médecine ci bord, ]Dar le D'' Franck C[..\ir.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology, organe de
l’Ecole de médecine tropicale de Eiterpool, en échange, t. III.
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into the mechanism of production of blackwaterfever.
2. — Allan Kinghorn et R. E. AIontgomery. On the flagellâtes occur-
- 283 —
ing in the intestin of Glossina palpalis and in the intestin and
proboscis of Glossina morsitans.
Allan Klnguokn et R. E. Montcomlry. Second report on human
Trypanosoniiasis in North eastern Rhodesia and Nyasaland.
Allan Rinc.iiokn et R. E. Montgomery. A further report on trypa-
nosomiasis of doniestic stock in Northern Rhodesia.
N° 3. — John Cardamatis. Sanitai'y measures and malaria épidémies of
Athens.
fi. b. Uay et H. R. Eergusson. An account of a form of Spleno-
megaly with hepatic cirrhosis, endemic in Egypt.
Anton Breinl et M. Nierensthin. Biochemical and therapeutical
studies of trypanosoniiasis.
N'^ 4. — Rt;BERT Nevvstead. Report of the Twenty first expédition of the
Liverpoül school of tropical medicine Jamaica, 1908-1909, Sec¬
tion 1. Medical an économie entomology.
\V. T. Prout. Section II, Malaria.
N° 5. — A. Breinl et Ed. Hindle. Observations on the life history of Try-
pa)}oso»ia Leiuisi in the rat louse [Hœniatopiniis spiniiLosits).
\\ . VoRKL. On the variation of the hæmolytis complément in ex¬
perimental Trypanosomiasis.
R. H. Kennan. Acute craw-craw.
E. C. WiLLCOCKS. A preliminary note on the prevalence of mos-
quitoes in Cairo and its environs.
R. Boyge et E. C. Eewis. The effect of mosquito larvæ upon drink-
king water.
Slceping sickness bureau, t. IL
N° 14. — Glossi}ia palpalis. A résumé.
The diagnosis of human tr34ianosomiasis.
The influence of others infections on trypanosomiasis.
The mode of action of atoxifl.
Treatment of tr^'panosomes infections.
Immunity in the trypanosomiasis of rats.
Trypanosoma lewisi and the rat louse.
Trypanosomes of the dimorphon group.
New flagellâtes.
N° 15. — The transmission of trypanosomes.
lhe leucocyte formula in trypanosomiasis.
The influence of other infections.
Treatment of trypanosome infections.
Trypanosomes without Blepharoplaste Trypanosoma vivax.
Eif-histories of Trypanosomes in vertebrate blood Surra
Staining methods.
Memorias do Insiituto Oszoaldo Crue:, t. 1.
N® 2. — Von Prowazek. — Contribuçâo para o estudo do desensolvi-
mento do Spirocliœta galli}iarii>n.
A. Godoy. — Multiplicaçâo dos bacterios en cultura. — E Constante
de velocidade de multiplicaçâo.
G. DE Faria. — Echinostomum crotophagæ n. sp.
Von Prowazek. — Duplicidade morfologia nos infusorios ciliados.
A. Mosks. — l)a jiesquiza de antigeno e de anticorpo pela fixaçâo
de complemento. '•
— 284 —
A. Luxz. — Contribuçâü para o conhecimento das especies bra-
zileiras do genero Simulium.
Von Prowazek et H. de Beaurepaike-Aragao. — Estudos sobre
a variola.
C. Chagas. — Nova trypanosomiaze humana.
Liste des échanges
^Inierican Society of Tropical Mcilicine.
Annals of Tropical Medicine and J\irasifoIogy ( Liverpool).
Archiv fur Schiffs und TMpenliygicne.
Archivas de Hygiene e Fathologia Exoticos (Ivisl^onne).
Archivas da Real Instituto Bacterialagica Canuira Pestana.
BiiUetin of thc Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift vaor Nederlands-lndië .
faurned of Tropical Medicine and Hygiene.
Lcpra.
Meniorias do Instituto Osv'aldo Crua (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science {B. Medical Sciences).
R e V U e s c i e n t if i que.
Sanidad y Beneficiencia (I^a Havane).
Studies froni thc Zoological Laboratory, The Ihiiversitv of Ne¬
braska.
Transactions of tlie Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAI,.
IMPRIMERIE L. BARNÊOUD RT C>*.
r S" '
’ I o;ne 111,
1 Q I O
jÛN \ 4 1910
N'*
^ S. Oeo*f*"’*"‘
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIEGE DE LA SOCIÉTÉ : fksTITLT PASTEUR, PARIS
Séance du 11 mai 1910
PARIS
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît lo fois par an
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septembre. Il form.e tous les ans un volume d’environ 500 pages
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.Années 1908 et 1909 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
Ol
SOMMAIRE DU NUMÉRO ^
Séance du 11 mai 1910
CORRESPONDANCE
Pages
Lettre du Ministre des Colonies au sujet du riz indochinois et déclaration
de la Société . 285
Imprimés relatifs à l’enquête internationale sur l’alcoolisme . 287
PRÉSENTATIONS
Manuel de médecine tropicale de MM. Castellani et Ch\lmers . . . 288
Photographies de Bouton d’Orient en Calabre, par M Gabbi .... 288
h)iscussion et vote des conclusions du Rapport de M. Kermorgant au
sujet de l’emploi des troupes noires du Sénégal en Algérie :
MM. Ch. Nicolle, Vallin, M.vrciioux, Kermorgant, Granjux^
prennent part à la discussion . 289
COMMUNICATIONS
L. Bréaudat. — Origine alimentaire du béribéri {suite) . 317
W. Dufougeré. — Sur un cas de Filaria loa . 309
LES ETABLISSEMENTS
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LES MARQUES ET ÉTIQUETTES DE LA SOCIÉTÉ AINSI QUE LE NON
N
GRESYL-JEYES
2
• a.
Pages
J. A. Gilruth. — Protozoaire parasite de la muqueuse de la cailfette
du mouton . 297
Jeanselme. — L’enfant issu d’une lépreuse peut-il être allaité par une
nourrice ? . 326
A. Lamoureux. — Sur une variété de lépride tégumentaire observée
chez quelques lépreux à Madagascar . 328
G. Martin et Ringenbach. — Essai de traitement prophylactique de la
, trypanosomiase humaine par l’emploi du tryparosane . 330
y,. Martin et H. Darré. — Résultats éloignés du traitement dans la
! trypanosomiase humaine . 333
F. Mesnii.. — Protozoaire du mouton . Discussion . 298
F. Mesnil. — Rhynchomonas hiciliœ. Discussion . 303
jMontgomery. — Coccidiose des bovidés de l’Afrique orientale .... 293
V. Morax. — Choriorétinite et trypanosomiase humaine . 305
Ch. Nicolas. — Trois observations du bouton d’Orient en Nouvelle-
Calédonie . 323
F. Noc. — Nouvelle contribution à l’étude du béribéri en Cochinchine . 31 s
W. S. Patton. — Rhynchomonas luciliae, n.g., n. s.p . 300
A. Railliet et Henry. — Quelques helmintes nouveaux ou peu connus
du groupe des Brenostomiens . 31 1
Ulbkich. — Manifestations inflammatoires chorio-rétiniennes provo¬
quées par l’inoculation intravortiqueuse de trypanosomes .... 303
Ouvrages reçus . 342
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Professeur HAYEM
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Troisième année
191Ü
0
No
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SliAXCK DU 1 I MAI KJIO.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
Le Président, — J’ai reçu de M. le Ministre des Colonies, la
lettre suivante :
Paris, le 15 avril 1910.
Le Mi nistre des Colonies à M. le Président tle la
Société de Pathologie exotique.
Les communications faites à la Société de Pathologie exotique
au sujet de la prophylaxie et du traitement du béribéri ont eu
un écho dans nos possessions de l’Extrême-Orient, et il est à
craindre qu’il ne s’ensuive une répercussion défavorable sur le
marché de Saïgon. Cne campagne tendancieusCj représentant les
riz cochinchinois comme susceptibles de déterminer le béribéri,
pourrait être menée au profit des exportateurs de l’Inde, et por¬
ter ainsi une grave atteinte aux intérêts du commerce de notre
Colonie.
Cne expérience déjà ancienne, corroborée par des constatations
fréquentes et répétées a permis d’établir que le béribéri est moins
répandu dans nos possessions ind(x:hinoises, que dans les pays
voisins. Cette affection a frappé très sévèrement, pendant de Ion-
20
280
giies années, les équipag'es de la marine japonaise, elle a été si¬
gnalée soiu’ent en Chine, et elle a fait et fait encore l’objet des
préoccupations constantes des autorités aussi bien dans les Colo¬
nies hollandaises que dans l’Inde; en un mot, on retrouve le béri¬
béri dans tous les pays d’ Extrême-Orient et dans tous ceux ou
le riz forme la base de l’alimentation des populations indigènes.
11 serait d’autant plus inexact de vouloir en taire une maladie
spéciale à la Cochinchine, que cette Colonie est, au contraire, une
des régions où, grâce au bien-être dont jouissent les Annamites,
grâce aussi aux mesures d’hygiène prises depuis longtemps pour
assurer la protection de la santé publique, le béribéri ne s’esü
jamais montré que sous forme de poussées isolées, toujours loca¬
lisées à des milieux très étroits.
Les inconvénients de l’usage du riz usiné ou du riz altéré à la
suite d’un long séjour en magasin, dans des conditions de con¬
servation défectueuses, ont été sig'nalés dans tous les pays exoti¬
ques producteurs de cette denrée.
Dans ces conditions, je vous serais très reconnaissant. Mon¬
sieur le Président, de vouloir bien donner connaissance de cette
lettre à la Commission nommée par votre société en vue d’étudier
toutes les questions se rattachant à l’étiologie, à la prophylaxie
et au traitement du béribéri, et, dans le cas où ma demande vous
paraîtrait susceptible de comporter un accueil favorable, j’atta¬
cherais le plus grand intérêt à obtenir de la Société de Patholo¬
gie exotique une déclaration attestant que le béribéri, contraire¬
ment aux constatations qui ont été faites pour les pays voisins,
ne sévit qu’à l’état d’exception et à d’assez longs intervalles dans
notre possession d’Indochine, et c[ue, par suite, les riz en prove¬
nance de cette colonie ne peireent être l’objet d’un discrédit sur
les divers marchés d’exportation.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, les assurances de ma
haute considération.
Le M inistre des Colonies,
Trouillot.
Conformément au désir exprimé par ÙI. le Ministre des Colo¬
nies, cette lettre sera transmise à la Commission du béribéri, mais
comme cette Commission ne pourra sans doute déposer son rap¬
port que dans quelques mois, en raison de l’enquête qu’elle devra
poursuivre dans des pays étrangers et qu’il importe d’arrêter le
- 287 -
plus tôt p(.)ssible, ]a campagne entreprise pour discréditer le riz
de 1 Indocliine, je ])ropose à la Société de faire la déclaration
suivante :
(( Dans la discussion qui a eu lieu récemment à la Société de
Pathologie exotic{ue sur le béribéri, l’opinion déjà ancienne, qui
attriljue cette maladie à l’alimentation exclusive par le riz décor-
ticgié, a été soutenue par plusieurs membres de la Société, mais
aucun fait n’a été cité d’où l’on puisse induire que le riz de l’In-
d(K'hine est plus propre que les riz d’autres provenances, à provo¬
quer le béribéri. Une semblable supposition serait d’ailleurs en
contradiction avec ce fait bien connu que le béribéri est moins
commun en Indochine que dans plusieurs pays voisins. Seules
des personnes de mauvaise fi>i pourraient invoc[uer les commu¬
nications faites à la Société de Pathologie exotique pour essayer
de discréditer les riz de l’Indochine sur les marchés étrangers ».
Cette déclaration est votée à l’unanimité; elle sera transmise à
M. le Ministre des Colonies.
m m
J’ai l’honneur de déposer sur le Pureau, des imprimés relatifs
à l’empiête internationale sur l’alcoolisme dans les Colonies et
les pays trojDicaux, qui a été entreprise par i ’ Assoc'iation interna¬
tionale d’agi'onomie cadoniale.
«
* *
M. Kleixe, élu membre correspondant à la séance de janvier,
adresse des remerciements à la Société.
Présentations
M. Mesxil. — Notre collègue, le docteur A. Castellaxi, direc¬
teur de la Cdinit|ue des Maladies tropicales à Cà'vlan, et son col¬
laborateur, le docteur A. -J. ChtALMERS, offrent ii la Sot'iété le
volume qu'ils viennent de publier, sous le titre modeste de Ma-
niiül of tropical mcdicinc. Itn réalité, les i .242 pages du livre
constittient un dotible traité, ptusqtie l’étude projtrement dite des
maladies tropicales ne commence qu’à la page 631 et est précédée
d’une partie intitulée: La cause des mahidies tropicales, et que
cette partie renferme un véritable traité de Parasitologie.
Ce plan et ce mode d’exposition seront certainement les bien¬
venus, car les médecins tropicaux éprouvent de plus en plus le be¬
soin de faire usage du microscope et de la technique microbiolo¬
gique pour éclairer leurs diagnostics; ils seront hetiretix d’avoir
sous la main, à côté d’un guide clinique, un guide parasitolo-
gique.
Les figures sont nombreuses et bien choisies; on est frappé
de la nouveauté de beaticotip d’entre elles et on se rend compte
que les auteurs ont pu ptdser largement dans les notes et croquis
qu’ils ont accumulés durant leurs longs séjours sous les tropi¬
ques.
*
* *
Le Président. — M. le professeur Gabbi qui avait publié déjà
avec iM. le D'' Lacava l’observation d’un cas de Bouton d’Orient
en Calabre (i), m’a écrit à la date du 25 avril dernier, qu’il venait
d’observer, avec M. Lacava, 3 autres cas de cette affection en Ca¬
labre et en Sicile. M. Gabbi m’a envoyé les photographies que j’ai
l’honneur de présenter, en me priant d’annoncer à la Société de
Pathologie exotique, la découverte qu’il vient de faire de plusieurs
cas de Boutons d’Orient en Italie. M. Gabbi avait antérieurement
publié plusieurs travaux très intéressants sur de petits foyers de
Kala-azar de l’Italie méridionale. La Sicile et la Calabre sont si
voisines de la Tunisie et les conditions climatiques sont si analo¬
gues entre ces pays, qu’il ne faut pas s’étonner d’y rencontrer les
mêmes maladies. Comme le dit M. Gabbi dans un de ses travaux,
les médecins de la Sicile et de la Calabre sont placés aux frontières
de la pathologie africaine.
(i) R. Accad. dci L'nicei, b mars ujio.
Au sujet de l’emploi des troupes noires
du Sénégal en Algérie
Discussion du Rapport de M. KERMORGANT
Le Président. — L’ordre du jour appelle la discussion du rap¬
port de M. Kermorgant, (c Au sujet de l’emploi des troupes noi¬
res du Sénégal en Algérie », rapport imprimé dans le dernier
numéro du Bulletin de la Société.
Xotre collègue, J\L le docteur Ch. Nicolle, m’a adressé la let¬
tre suivante.
Tunis, le 4 mai 1910.
Monsieur le Président,
Permettez-moi, au sujet du rapport de M. Kermorgant, de vous
présenter les réflexions suivantes :
La bilharziose et l’ankylostomiase sont des affections déjà exis¬
tantes dans l’Afrique mineure, puiscpie mes collaborateurs et
moi-même les avons rencontrées et décrites en Tunisie: l’ankv-
lostomiase dans tout le Djerid (région des Chotts), la bilharziose
dans le Djerid, à Gafsa, à Gabès, aux Matmatas.
vSi, de ces régions, ces maladies ne se sont point répandues
dans toute la Régence, c’est cphelles sont liées à des conditions
particulières à ces régions ou aux populations ciui les habitent
(température des eaux, peut-être, pour la bilharziose ; géophagie
pour l’ankylostomiase). Il n’y a donc point lieu de penser que
l’apport de nouveaux cas de ces maladies offre un danger réel et
surtout nouveau pour l’Algérie. 11 est, d’ailleurs, infiniment pro¬
bable qu’elles s’y rencontrent déjà et que si on ne les y a pas
encore décrites, c’est qu’on ne les a pas assez recherchées.
Veuillez agréer. Monsieur le Président, l’assurance de mes sen-
tinients de haute considération,
Ch. Nicolle.
M. K ERMORGANT fait Connaître les mesures sanitaires prescrites
par l’Inspection générale du Service de Santé des Colonies, à
l’occasion de l’arrivée en Algérie, du A'' bataillon sénégalais.
M. Vallin. — Je pense qu’il y aurait lieu, à leur arrivée en
Algérie, d’isoler les troupes noires, pour examen complémentaire,
dans des camps d’observation, à défaut de lazaret. (Adopté.)
M. Marchoux. — Je ne ferai qu’une simple observation au sujet
d’une parenthèse ouverte dans les conclusions de M. Kermorgant.
Le rapporteur demande qu’on élimine tous les indigènes atteints
d’œdème des jambes. Les raisons qui motivent l’œdème des jam¬
bes sont très diverses et la dracunculose n’est pas toujours en jeu.
Les noirs marchent pieds nus, ne soignent pas les petites plaies
qu’ils portent aux extrémités et sont souvent atteints d’œdème
léger qui deviendrait une cause d’élimination. Or, si l’on veut
écarter tous les porteurs d’cTcdème, on pourra être amené à reje¬
ter quelquefois les 3/4 de l’effectif présenté.
M. Kermorgant. — Les œdèmes sont des causes fréquentes
d’indisponibilité et, si j’en crois les renseignements qu’on m’a
donnés, les candidats au départ pour l’Algérie sont nombreux. On
peut donc faire un choix assez sévère.
M. Vallin. — On pourrait peut-être ajouter le mot persistant
à oedème. (Adopté.)
M. Granjux. — Il n’y a, je crois, entre les conclusions propo¬
sées par M. Kermorgant et les instructions officielles, dont il
nous a été donné lecture, que l’indication d’exécuter l’examen du
sang, des fèces et des urines. Or, comme ces examens sont impli¬
citement compris dans la prescription d’éliminer les gens atteints
de filariose, de trypanosomiase, d’ankylostomiase et de bilharziose,
leur énumération est inutile et peut être gênante pour le service de
santé, car on peut lui en faire une obligation dans des conditions
où elle n’est pas réalisable. — Je demande donc la suppression de
ce membre de phrase : « Comprenant l’examen du sang, des fèces,
des urines ».
M. Kermor(L\nt. — J’ai, dans mon rapport, demandé qu’il fût
procédé à l’examen bactériologique du sang, des fèces et de l’urine
— 291 —
atin d’éliininer les sujets atteints de filariose, d’ankylostomiase et
de bilharziose. Je ne me dissimule pas les difficultés d’un sembla¬
ble examen, mais je ne vois pas d’autre moyen d’établir le dia¬
gnostic. 13’ailleurs, il s’^igit d’une organisation nouvelle, c’est donc
à l’administration de prendre les dispositions nécessaires pour s’as¬
surer le concours d’une commission médicale chargée plus spécia¬
lement de ces examens. 11 me paraît d’autant plus facile d’y procé¬
der que dans les mines on arrive, par l’examen des fèces de tous
les mineurs, cà se rendre maître de l’ankylostomiase.
Le Président. — je mets aux voix l’amendement de M. Gran-
jux.
L’amendement est repoussé.
Le Président. — Je mets aux voix les conc'lusions du rapport
de M. Kermoroant, avec les deux additions proposées par
M. \k\LLiN. (Adopté.)
Ifn conséquence, la Société émet le vœu suivant:
(( Les noirs du Sénégal et leur smala faisant partie des batail¬
lons destinés à être cantonnés en Algérie, étant susceptibles de
transporter des germes morbides inconnus ou très peu répandus
dans le pavs, la Société de Pathologie exotique estime cju’il y au¬
rait lieu, autant que possible, de prendre les mesures suivantes,
lors de l’envoi de ces troupes:
Soumettre, avant le départ du Sénégal, tous les émigrants,
hommes, femmes et enfants à une visite des plus minutieuses
comprenant l’examen du sang, des fèces et des urines afin d’éli¬
miner les gens atteints de filariose, de trypanosomiase, eVanky-
lostomiase et de hilharaiose. Eliminer tous les sujets atteints de
chiques, suspects de lèpre, de tuberculose, de béribéri et ceux
c[ui sont porteurs de craw-cran' et de vers de Guinée. Afin d’écar¬
ter avec certitude les noirs porteurs de ces vers, il y aura lieu
d’éliminer les sujets atteints d’œdème persistant des jambes, ce
symptôme étant très souvent un signe précurseur de ce parasi¬
tisme. Désinfecter tous les bagages au moment de l’embarque¬
ment au .Sénégal. Effectuer de préférence les convois pendant la
saison fraîche, afin d’éviter le transport possible, par les navires,
de Ste^omyia infectés. Interner pendant quelques jours les émi¬
grants au lazaret de Matifou, ou dans des camps d’observation, à
leur arrivée en Algérie et les examiner de nouveau, afin d’éliminer
- 2C)2 -
les suspects qui auraient pu se glisser dans le convoi, et désinfec¬
ter le navire. »
Le vtvu émis par la Société sera communiqué à M. le Président
du Conseil, ministre de l'intérieur, à M. le Ministre des Colo¬
nies et à M. le (ioio’crneur général de l'Algérie.
— 2ÿi —
COMMUNICATIONS
Coccidiosis of cattle in East Africa
Hv l-isTAiK MOXTCiOMI-RY.
T'owards the end of 1908 a disease whieh wa.s retj^arded as Rin-
derpest was found to he spreadinij;' Ifastwards from Lake Xdctoria
aciajss the cattle-raisinc; districts towards Xairol:)i. At LakeXakuru
a large Ouarantine camp was formed bv the Veterinary Depart¬
ment, and several hiindred animais were kept under observation.
Stordv (i) there endeavoured to infect b\' inoculation of blood and
bv contact, four half-bred (English-Afri'can) cattle. The results
were négative, as were those of the experiments (th.ree in niim-
ber) subsec|uentl V undertaken at Xairobi. Rinderpest is nol en-
demie in Ifast Africa, and the use of half-bred animais, whose
susceptibilité to this disease is maxitnal, clearlv indicated that the
new disease was not inoculable. l'rom the historv it appeared lo
hâve travelled Xorthwards from (üerman Ifasl Africa and to hâve
been carried Ifast b\' .Somalis trading cattle. Wb’thin the first six
months of 1909 most Ruropeans who owned cattle on the X'akurit
area of the Highlands suffered more or less. In many cases it was
not possible to trace contagion to the introdu'ction of sick animais
or to indirect fomites, and much contoversv ensued as to whe-
ther or no Gastro-enteritis (as it was christened) was contagions.
On me arrivai in this countrv in .September 1 proceeded Xorth
of Mount Kenva, where Ixinderpest was said to be killing of
many native cattle, and where Eland and Buffalo were reportée!
to be dving b^' the roadside. In ever\' post-mortem examination
on Cattle and in several cases dtiring life, ,1 was able to demon-
strate CTccidia in the faeces or intestinal tract.
The pathologic<al c'hanges met with in this disease, and the
SN'mptoms induced, are in pc'rfect at'i'ord with Rinderpest. Stoma-
(i) Annual R-eport of the Chief \'rterinarv Cfficor, British Kast Afric.\,
iO(;S-i()oi‘). London, i()0()
294 -
titis, with ulcération of the labial and lingual mucous membrane;
gastritis, frequently with ulcération of the abomasum ; enteritis,
and often a marked proctitis are the main lésions présent. Ex¬
cessive lachrvmation and a muco-purulent discharge from the
nostrils are usuallv pronounced clinical svmptoms, together with
a foeticl diarrhoea often containing blood and mucus.
Tn young calves the disease frequentlv runs its course in three
to five davs after malaise is first noticed bv the owner : in older
animais seven to ten davs would be an average duration. The
mortalitv is usuallv not more than lo % to 20 % of sick animais,
and it the young and the old which principally succumb. In af-
fected herds up to 90 % may be attacked, but on some farms onl)-
one or two animais bave shown visible svmptoms. Towards the
termination of the disease a drv scaly éruption appears on the
neck and shoulders, and in some cases extends over the whole
surface of the bodv and mai^ be accompanied by considérable
thickening of the epidermis and bv shedding of the hair. In
chronic cases, and these are not rare, the duration ma}^ be of
several months, with anaemia as the most common symptom.
Prior to the discoverv of Coccidia in these cases, experiments
had been instituted at Kisumu, a heavilv infected district on Lake
Victoria. Three sets, each of two animais, were employed. A ser-
ved as Controls and had full contact with the sick animais and
the infected pastures; B had co^ntact with the sick, but were muz-
zled and were fed onlv on grass imported from a clean area (Nai¬
robi), and were given onlv water which had been boiled ; C were
kept witchin a fenced Amrd in the centre of the infected pasture,
and were there given the same grass and water as were eaten and
soiled bv the sick. At no time did these C animais corne into ac-
tual contact with the sick animais or the infected pastures.
One C animal died a few davs after commencing the experi-
ment without manifesting anv svmptom of the disease; the other
remained unaffected. Ail four animais in A and B developed a
typical attack of Gastro-enteritis. On the iSth, Tgth., 20th and
24th dav after exposure the température rose to the neighbour-
hood of**'T07° F. (41 °6 C.), and remained elevated for about ten
days. Towards the end of the febrile reaction the animais mani-
fested ail symptoma of the disease-lachrvmation and nasal dis¬
charge, stomatiti'S and diarrhoea, and three showed skin lésions.
Coccidia were recovered in each animal during life, ancl in the
— 29?
two which cliecl inarked changes had occurred in the mucosa of
the large intestine (i).
Guillebeau and Hess, and Zschokke, hâve described a Coc-
cidiosis of cattle occurring at certain seasons in some cantons of
Switzerland. These aiithors do not emphasise the presence of
lachrymation and nasîd discharge, which are practicallv constant
in East Africa, nor do thev draw particidar attention to the chan¬
ges in the ahomasiim and small intestine, which are frequent in
some onthreaks here. Further they sav diagnosis is easy owing
to the large number of oocvsts expelled in the faeces. In by far
the majority of my examinations only merozoites hâve been en-
countered in the faeces and on autopsy. Oocvsts hâve been seen
in chronically affected animais and in some of those cases which
had recently recovered. It is perhaps owing to the frequent occur¬
rence of a form undescribed in the ordinar\" text-books that the
nature of this disease escaped observation for so long.
In the dysenterie excreta of an acutelv sick animal, and in the
scraping -of the inflamed rectum on autopsv, merozoites, either
free or arrangée! like the quarters of an orange within the épithél¬
ial cells, are seen in variable numbers. Usuallv thev are very num-
erous, up'wards of a hundred to a field being often présent in
a fresh coverglass préparation mounted in saline solution. When
examined in this manner the merozoites appear as comma-shaped
bodies of a pale straw colour, capable of flexion and extension,
but of verv limited progression. Tn the fresh State thev measure
about II y to iq y in length (some, however, appear as short as
6 y or 8 y), and from 1,5 y to 2,5 y at the widest part, which
lies at about 33 % of the length, the upper third is rounded at the
extremitv and the lower two-thirds taper to a hlunt point. There
appear two types of merozoites, the one longer and finer than
the other the significance of this has not vet heen ascertained
here, but thev mav represent earlv sexual dimorphism.
The oocvsts range from 14 y to 20 y in length, by 12 y to
18 y in breadth (average 17 y by 15 y): they are clear and trans¬
parent with a definite contour and finely granular protoplasmic
contents frequentlv aggregated towards the pôle opposite to the
micropyle.
(i) Some further details of these experiments appear in a short paper for
ag'riculturalists in the A g ri cuit lirai Journal of Easi Africa, Vol. TI, Part. I\',
January, 1910,
296 —
Kegarding- the life cyc'le of this ('(XX'idiiim, \vhi('h on general
grounds I associate with Eimeria sticdac Lixde.maxn, we hâve
very litlle information, ail onr experiments having been conduct-
ed in the field. It ma\', however be remarked that these experi¬
ments did not indieate a direct tninsmission through grass or
waler contaminated bv oocvsts. The first sériés ;it Kisiimu, which
has alrecady been referred to, was repeated on a larger scale on the
same ground. The results were inconclusive as the Controls did
not contract a typical clinical attcuck of the disease. Ail exposed
animais, however, with the exception of those which were kept
from contact with the infected area (C animais of first sériés) de-
A’eloped a marked température reaction commencing between the
I5th and 20th dav after exposure. A similar reaction preceeded
the other svmptoms in the A and B animais of the first sériés
which acquired the tvpical disease. After 53 davs the C animais
were libenited onto the infected land, and manifested the same
tenrperature reaction commencing on the i6th and i7th davs. No
explanation can as vet offered for this constant reaction, except
the hypothesis that an abortive invasion bv coccidia occurred :
no form of parasite could be demonstrated in the blood or gland
fluid to account for it. Further experiments are in progress, but
the importance of the disease to this part of Africa, and its mark¬
ed resemblance to Rinderpest, seem t<> warrant the suggestion
that OLir field observations are not in complété accord with the
classical transmission experiments of .Smoxm with the same par¬
asite in rabbits.
We bave now positive knowledge that Coccidiosis extends in
Rritish East Africa up to the Ab^^ssinian and Somaliland bound-
aries, and it is now prévalent in épidémie form in German Ffast
Africa, while DfCLOt’X has recorded a case from Tunis. Its prés¬
ence shotdd be energeticall \' sought for in some of the outbreaks
of doubtful Rinderpest in Egvpt and the Sudan, and its exten¬
sion Southwards should be carefullv watched bv the interested
Colonies. There is as vet no positive evidence that Flanc! and
Buffalo are attacked, but as Fhiropaans and Natives report having
seen sick and dead in districts where the cattle are affected, we
are wise to assume that thev mav plav a part in the disséminat¬
ion of the disease.
(Veterinary Patholoirisi, British East Africa.)
Notes on a protozoon parasite found in the
mucous membrane of the abomasum of a sheep
By J. A. GILRUTH.
l'iie parasite was encountered duriiig' an investigation into the
cause ot a disease of the Braxy group affecting Tasmanian sheep,
for which 1 hâve in a report to tlie Minister for Agriculture in
lhat State suggested the name <( Malignant Transudation ». This
parasite however appeared to hâve no pathogenic significance.
il was encountered in sections of a portion of stomach wall, show-
ing necrosis and ulcération, but in the ('omparativelv healthy
a rea .
lA the naked eve no evidence of its présence can be detected
even at first sight in the sections. Altliough situated in the mu-
cosa it does not cause an\" discerniljle élévation. It was therefore
encountered pureh' hv accident, and unfortunately only three
se'ctions (nit of a large number mounted show its presence.
Description. — A minute cvst composed of a very délicate
faintlv laminated cvst wall enclosing groups of sporozoites.
d'he cvst is somewhat oval, the long diameter being in the di¬
rection of the gastric glands. It measures 0,5 mm. by 0,3 mm.
The contents consist of masses of small sporozoites arranged
radiallv around a minute portion of residual protoplasm. Each
sporozoite is about 4 to 6 3 long and 0,5 4 broad. Dis-
tinctlv spindle shaped with extremities tapering to a fine point,
each is provided eith a central oval nucléus. They are readily stair-
ed bv the ordinarv stains. Flagella can not be definitely distin-
guished, although here and there certain sporozoites appear to
be flagellated.
Nature of the Parasites. — At first sight one is struck by the
similarité to colonies of I lerpetomonas and to certain stages of
the Malaria parasite in Anopheles, but there is no evidence what-
ever of a blepharoplast or centrosome.
Pr. Mesnil, of the Pasteur Institute, Paris, to \vhom 1 for-
warded a section for liis opinion agréés with this but considers
the resemblanc(* much greater to certain stages of parasites of the
298 —
intestines of sonie crustaceans, known as Aggrcgata. Indeed he
States that on comparing the two, <( the resemblance is striking ».
As lie suggests it is more than possible that the parasite in question
is a schizogonie stage in the évolution of sonie parasitic sporozoon
of the sheep. Xow as there is one sporozoon which is extreniely
conimon in niy expérience not onlv in the sheep, but in cattle and
pigs in Australia, viz, the sarcosporidium, the life history of which
is extreniely obscure, the possibility of its being a stage in its
évolution is worthy of considération. In almost every portion of
muscle which I hâve examined microscopicall v in Australia 1
hâve found sonie fibres affected with Sarcosporidia. Their fur-
ther stud\' is therefore a matter of sonie économie as well of scien-
tific importance. Lhifortunately the minute size of the stomach
cyst renders an investigation into the parasite mentioned a niat-
ter of extrenie difficulty, but it should not be unsurmountable.
{Veterinary pathological laboratory of the University
of Melbourne.)
M. Mesnil. — M. Gilruth veut bien rappeler dans sa note
qu’il m’a consulté il y a quelques mois au sujet de la nature du
très curieux protozoaire Cju’il a découvert dans les parois de l’esto¬
mac (caillette) du mouton. Il était indiqué de rechercher la présence
de ce parasite chez les moutons des abattoirs parisiens.
M. Chatton a fait cette recherche dans mon laboratoire et m’a
remis la note suivante :
(( Le kyste de Gilruth existe à Paris chez la presque totalité
des moutons que l’on tue aux abattoirs. Il se rencontre à peu près
exclusivement dans la région antérieure de la caillette.
A maturité, le kyste Cjiii mesure de o mm. 5 à o mm. 6, est
sphérique et a l’aspect d’une perle minuscule c][ui s’énuclée faci¬
lement. 11 est constitué par une enveloppe propre de 7 y environ
d’épaisseur et un contenu. L’enveloppe est une très grande cellul/
sphéricpie (cellule pariétale) avec un gros no)Tiu discoïde de 80 y
de diamètre et de 20 y d’éptiisseur. Cette cellule est creusée d’une
vaste cavité centrale. Sa face externe est revêtue d’une brosse,
appareil d’adhérence et d’absorption, comparable à la brosse de
certaines Myxosporidies et Sarcosporidies.
A la maturité du kyste (stade de Gilruth) le contenu est formé
d’un nombre considérable de petits sporozoïtes nus, arqués, grou
GILRUTH
FLANCHE H
The cyst in the mucosa.
I. — (Vue d’ensemble du kyste dans la muqueuse).
Fig. 2. — Groups of sporozoits.
-w —
pés raditiirement autour de centres de formation. Chacun de ces
s[)orozoïtes mesure lo [j. de long, sur i |j. 3 de large. Leur noyau
est ellipsoïdal et montre un petit caryosome central. A côté de ce
noyau on observe, à certains stades du développement de ces spo-
rozoïtes un corpuscule bien colorable, plus gros que le caryosome
du noyau et qui est entouré d’une auréole claire. Cette structure
rappelle l)eaucoup celle des Trypanosomides, et aussi celle des
Sj3(jres d(*s Sarcosporidies (obs. personnelle).
Aux stades jeunes, le kyste présente la même organisation fon¬
damentale. La cellule pariétale est beaucoup plus épaisse, et sa
brosse très déveiopp)ée. La cavité centrale, peu étendue, est rem¬
plie d’une masse cytoplasmique basophile semée de nombreux
noyaux.
La déhiscence du kyste mûr s’opère au sein de la muqueuse à
la surface de laquelle les sporozoïtes sont éviicués par rupture de
la paroi kystique. Celle-ci demeure dans la muqueuse où elle est
peu à peu phagocytée.
La présence des kystes ne provoque, au début, aucune réaction
du tissu stomacal. Les kvstes mûrs sont souvent, par contre, le
centre d’une infiltration leucocytaire qui n’aboutit jamais à la
constitution d’une enveloppe fibreuse.
L’existence de ce parasite si répandue chez les moutons, qui sont,
on le sait, infestés de Sarcos]3oridies dans de très fortes propor¬
tions, l’existence présumée de stades intestinaux dans le cycle de
ces protozoaires, certaines particularités morphologiques du kyste
(brosse) et des spores (corps paranucléaire) font penser qu’il
jiourrait bien représenter un stade du cycle de Sarcocystis te-'^
nclla Railliet.
Dans une note prochaine, aux Archives de Zoologie expéri¬
mentale et generale, j’étudierai et je figurerai avec détails l’orga¬
nisation et le développement du kyste de Gilrutm. »
— 3oü —
Rhynchomonas ludliæ, nov. gen ; nov. spec.
A new flagellate parasitic in the malpighian
tubes of Lucilia serenissima Walk.
lu- VV. s. PATTOX, IM. B., Pdin., I. M. S.
Up to the présent, insects are only known to be infected with
two types of parasitic flagellâtes, Herpetomonas and Crithidia, the
former of which are readily distinguished from the latter bv the
complété absence of an undidating membrane. 1 bave however
recently had the opportnnitv of studving an entirelv new flagel¬
late which was first fonnd in 1908 in the malpighian tubes of
nine specimens of Musca nehulo Fahr. caught in the bazaar
méat sho])S ; in five of the flies Herpetomonas niuscae domestieae
could not be fotind. It was at first thought that this peculiar fla¬
gellate represented some of the rare sexual stages (PttüWAZEK)
of' tire common herpetomonas of the bouse fh', a carefid study of
its structure however at once shewed that it was distinct. A more
thorough search in many thousands of bouse flies convinced nu*
that this insect was not its true host, 1 therefore décidée! to
search for it in other flies which are commonlv found feeding
with the house fly in the bazaar méat shops. Pyenosoma flavi-
ceps and Lucilia serenissima (1) are abundant in these places and
on exami ning the malpighian tubes of several specimens of these
two flies, the parasite was at once found tO' be very common in
the malpighian tubes of Lucilia serenissima.
On rupturing a malpighian tube containing the parasites thev
evere seen in masses clinging to the débris of the cells and the
majority exhibited active movements. On isolating one of the mo-
tile forms it was noted that it did not travel rapidh' but slowlv
glided ont of the field of vision, and that the movements were
limitée! entirely to one extremity. This end of the parasite which
was pointed displayed a sériés of sharp jerking movements which
slowlv propelled it forwards, the motile end being the anterior ;
the remai nder of the bodv of the parasite was dreiwn out into a
(i) I hâve to thank Mr. Austen for kindly identifying these flies for me.
DO I
long" laii-like process which swa) etl iroin side to side as the organ-
uim tiau'elled lorwards. The w hole parasite frecjuently rolled
over eohipletely so that it did not müve in anvthing like a
siraight course. Xo ij'ee flagelluin in active vibration, so charact-
eristic of herpetoinonas or crichidia, was seen. On examining
these parasites in an intact mapighian tube, their bodies and the
long tapering posterior ends were seen to be waving from side
lo side ; many were grouped together and exhibited ail the stages
ot simple longitudinal fission. The niotile ends were attached to
the cells and some appearances suggested that thev had actually
penetrated into their protoplasm. In addition to these forms there
were others which were more active, they were tadpole-shaped
and travelled with tiie tail end tirst ; small round and oval bod¬
ies were also seen but they were eniirely motionless.
A careful examination of the more pointed end in the fresh
condition and with the highest powers suggested Lhtit it contain-
ed s(tme organ of locomotion but no definite structure of the
nature of a flagellum could be made ont. The rapid jerking mov-
vements from side to side clearly pointed to the existence of a
contractile band attached by one end to the anterior extremity
tind bv the other to a point somewhere about the middle of the
bodv of the parasite. C^n staining these forms with Romanow-
skv’s stain in the usual way nothing definite could be seen w'hich
^\■ould account for the movements described above. In a few
parasites the ectoplasm appeared to be condensed at the sides and
could be seen as a distinct pink band extending from the point
to afjout the middle of the cell. These appearances suggested that
there might be a spécial thickening of the ectoplasmic layer at
this point oerhaps of the nature of the myonemes of trypanos¬
omes. These imperfect pictures were attributed to the fact that the
parasites were stained after being allow'ed to dry. They were
next fixed irt nioist films in Schaudinn’s fluid for 48 h. and then
stained \\ith an exiremely active Romanowsky’s stain for 72 h.,
passed through acetone and mounted in oil under a coverslip. In
a film prepared in this wa\' almost every parasite showed a dis¬
tinct pink band stretching from the pointed anterior end to a
large pink mass, the blepharoplast.
l’igure I siu'ws one of these long imotile forms with the point¬
ed anterior extremit\ and the long drawn oui posterior (md. Sit-
uated about the centre of its body the large circulai' blepharo
3o2
plast wliich stained deep pink almost black and jiist anterior lo it
is the equally large granular nucléus; stretcdiing from the ble-
pharoplast along the margin of the cell and terminating at the
pointed extremity is seen the pink staining contractile band. d'his
end of the parasite contained many deeplv stained chromatoid
granules especially grouped round the nucléus. The posterior
non-motile end is seen to be drawn out to a considérable length
ending bluntly ; it stained a délicate pink and suggested a loose
ectoplasmic sheath. l'igure 2 depicts a very similar parasite but
with a much more pointed anterior end and a shorter posterio'*
extremitv. Figure 3 is a stout form about to divide, both the
l^lepharoplast and the nucléus are much elongated and figure 4
represents a parasite undergoing the process of simple longitud¬
inal fission, many of these parasites also exhibited ail the stag¬
es of unecpial division. Figure 5 is another large form which
shew's the bent snout-like anterior end so characteristic of the
parasite, hdgure 6 is one of the tadpole-shaped forms, the anter¬
ior end is here shewn pointing downwards while the blepharo-
plast lies at the extreme end of the posterior extremity. These
parasites are very active wriggling along with the drawn out end
— 3ü3 —
tirst. 1^'igure 7 represents one of these parasites bent up prepar-
atory to tlie process of roiinding iip and figure 8 shews this
cliange completed but it will be noted the flagellum is still pré¬
sent. I am not able to say yet what stage this represents and this
can only be foiind ont by carrying out the methods of experi¬
mental infection wliich I hâve recorded in the case of Hcrpeto-
moncis viiiscae domesticac .
h'rom this short description it will be gathered that this para¬
site is clearly a flagellate but modified perhaps on acccjunt of its
peculiar habitat, the malpighian tube, the calibre of which is
very much smaller than that of the alimentary tract. The para¬
site at once shews that it is allied to the Crithidia and more espec-
ially to the Trypanosoma in that the blepharoplast always lies
posterior to the nucléus ; it however differs from these forms as
the flagellum is entirely limitée! in the adult stage to a small part
of the body of the parasite and has no free portion.
As far as 1 am aware this flagellate has not been previously
rex'orded and I therefore propose creating for it a new genus,
Rhynchomonas (rhynchus : a snout) a name which I think well
explains its peculiar snout-like anterior end. I he)pe sometime later
to study this parasite in Lucilïa serenissirna bred and infected in
the laboratory.
M. Mesxii.. — Je crois devoir attirer l’attention de notre collè¬
gue, M. l^ATTON, sur ce c|ue le nom de genre Rhynchomonas a
déjà été créé par Klebs, pour désigner un autre hdagellé.
Manifestations inflammatoires
choriorétiniennes provoquées par
l’inoculation intravortiqueuse de trypanosomes
Par Hermann ULPRICH (Vienne).
Si les manifestations oculaires antérieures causées par l’infec¬
tion trvpanosomiasic[ue expérimentale sont bien connues, il n’en
est pas de même des altérations des membranes profondes, des
lésions de choriorétinite.
Jusqu’ici, il n’avail pas été possible de suivre l’évolution de
lésions choiiorétiniennes chez l’animal, parce C}ue l’apparition an¬
térieure ou simultanée de lésions de la cornée, de l’iris ou du corps
ciliaire, rendait l’examen ophtalmoscopique impossible. 11 fal¬
lait trouver une technicjue qui permît de localiser en quelcpie sorte
la prolifération du parasite dans la choriorétine. L’inoculation in-
tracarotidienne, qui, ainsi que l’a montré Stock pour une série
d’infections chronicpies (tuberculose, blastomycose, etc.), permet
de réaliser des lésions choriorétiniennes semblables à celles que
l’on peut observer dans le cours des infections humaines, l’ino¬
culation intracarotidienne de trypanosomes (surra, dourine) n’a
pas fourni de résultats, la mort survenant par infection généra¬
lisée avant l’apparition des lésions oculaires.
Pour réaliser cette infection circonscrite, sans pour cela créer
un traumatisme des membranes profondes, il suffit d’injecter le
liquide virulent (sang dilué) dans une des veines vortiqueuses de
l’œil ; la veine vortiqueuse, assez facilement accessible après inci¬
sion du bord supérieur cartilagineux de l’orbite, chez le lapin,
reçoit le sang veineux de la choroïde. Le bout extrascléral est
lié et rinjectit)n d’une goutte poussée dans le bout oculaire.
Sur 15 expériences faites (6 avec le surra et 9 avec la dourine),
il y eut 4 résultats positifs intéressants, en ce sens cpie l’examen
oplîtalmoscopic|ue permit de suivre chez 4 lapins des lésions
choriorétiniennes. Les autres animaux succombèrent tous à l’in¬
fection générale, sans avoir présenté de lésions oculaires profon¬
des : chez 2 de ceux-ci, il y eut des lésions inflammatoires du seg¬
ment antérieur (kératite, iridocvclite à tio’panosomes) empêchant
tout examen du fond de l’œdl.
Chez les 4 lapins qui ont présenté des lésions profondes, celles-
ci offraient à l’ophtalmoscope l’aspect du soulèvement de la
rétine avec hémorragies, modifications pigmentaires de la cho¬
riorétine et même exsudats dans le corps vitré. Ces lésions ap¬
parurent tlu 3'" au 5® jour après l’inoculation.
L’étude anatomicpie des globes inoculés a montré la présence
de lésions inflammatoires choriorétiniennes, avec exsudât entre
l’épithélium pigmentaire de la rétine et la couche des cellules vi¬
suelles. Ih.ituK'ti n’a pu mettre en évidence les parasites dans les
lésions par les procédés microscopiques, bien que l’examen direct
du liquide sous-rétinien aussitôt après l’énucléation lui ait per¬
mis de constater la j)résence de trvpanosomes très abondants.
.''U.''
11 ne tait pas tie doute t[Lie les lésions (dioriorétiniennes olîservées
résultent de Taetion de trypanosomes, car les lapins témoins, aux¬
quels fut faite la ligature de la veine vorticjueuse et l’injection
de san_y dilué non i)arasité ne présentèrent aucune n'aî'tion sem¬
blable.
Choriorétinite et trypanosomiase humaine
Par V. MORAX.
L’infection trypanosomiasique humaine peut-elle donner lieu à
des lésions de la choriorétine se traduisant par une m(xlificati(m
d’aspect du' fond de l’œil et par la présence de taches blanches et
noires semblables à celles qui caractérisent la choriorétinite syphi¬
litique pa'- exemple? P. Manson et lf)AMi:LS ont publié un fait
de choriorétinite C|u’ils rattachaient à la trypanosomiase, sans
fournir, d’ailleurs, d’autres éléments de démonstration, que
l’argument de coïncidence. Or, nous savons combien sont fré-
C|uentes les syphilis latentes qui ne se traduisent que par des loca¬
lisations choriorétiniennes et, à propos de l’analvse de ce fait,
nous avons cru devoir formuler cjnelques réserves. lf)epuis lors,
aucune observation nouvelle n’a été publiée et nous avons dif¬
féré jusqu’à ce jour la communication d’un cas dont les lésions
oculaires présentent à plusieurs égards un très grand intérêt,
car il nous a été possible de suivre leur évolution et d’en noter
les variations pendant un an et demi.
Observation. — Trypcuiosontiase hioiiaiiic. Potissces digues de cvclite ei
choriorétinite.
M. (iaston M..., 31 ans, a été infecté le 5 mai 190S, au Congo. Il a re¬
marqué au réveil l’existence de 5 piqûres sur l’épaule droite. Un ganglion
axillaire se développa dans la suite et la ponction de ce ganglion, faite par
le docteur Lebceuf, permit de constater la ])résence de Trypanosoma gam-
hiense. Il a eu à cette époque une fièvre très intense pendant 3 jours, puis
l’état général est redevenu normal et ne s’est pas altéré depuis lors. D’ail¬
leurs, dès le 17 mai, M... a été soumis aux injections d’atoxyl, à la dose
de o cg. 50 tous les 5 jours.
\’ers le 8 juillet, il éprouve quelque gêne dans le globe oculaire et un
léger trouble de la vision de l’œil gauche. Les deux globes étaient sensibles
à la pression et il se produisait dans la région périorbitaire droite quel¬
que douleur.
— 3o6 —
Nous avions examiné ce malade en 1906, avant son départ pour les colo¬
nies et nous n’avions constaté alors qu’un léger astigmatisme bilatéral
Le malade revient nous consulter le 16 juillet 1908, préoccupé par l’idée
que c’est l’atoxyl qui provoque ses troubles oculaires.
Nous notons à cette date : Pupilles égales. Réactions normales.
OD 90° rt 2D avec 90° + 0,75 D V = 5/7.
OCt 90° zt 2D avec 90° -f i D V = 5/7.
Champ visuel normal.
Pas de lésions du fond de l’œil. Pas de troubles de la motilité oculaire. Le
malade avait égaré ses verres et ne s’en servait plus depuis quelque temps.
Nous lui represcrivons les cylindres correcteurs, pensant qu’il s’agissait seule¬
ment d’asthénopie accommodative.
22 juillet. — Malgré l’emploi des verres, le malade continue à se plaindre
et à être gêné par une impression de brouillard, surtout accusée à droite. On
note une très légère injection sclérale plus marquée à droite et dans la 1/2 in¬
férieure du limbe ; les cornées sont transparentes ; néanmoins, on constate
dans le secteur inférieur de la cornée et à sa face postérieure, quelques
précipités très discrets de cyclite. Ces précipités deviennent très manifestes
lorsqu’on fait l’examen avec la loupe binoculaire de Czapski. Ces lésions
de cyclite n’existent qu’à droite.
L’examen ophtalmoscopique révèle pour la première fois, et dans les
deux yeux, de nombreuses taches disséminées surtout à la périphérie, et de
coloration jaunâtre légère, assez mal limitées. En certains points on cons¬
tate également des amas de pigment. Ces lésions choriorétiniennes ne dif¬
fèrent guère de ce que l’on observe dans la choriorétinite svphilitique.
Interrogé à ce point de vue, M... ne se souvient pas avoir présenté un
symptôme quelconque pouvant être rattaché à une infection syphilitique :
jamais de chancre, pas d’adénopathie, ni d’éruptions cutanées ou muqueu¬
ses. Rien dans les antécédents ou chez les collatéraux, ne justifierait l’hypo¬
thèse d’une hérédo-syphilis.
On ])rescrit l’instillation de collyre au sulfate d’atropine dans les deux
yeux et le port de verres fumés. Le malade est, en outre, soumis au traite¬
ment mercuriel (injections) et il continue ses injections d’atoxvl.
23 juillet. — Les deux pupilles se sont dilatées sous l’influence de l’atro¬
pine, mais la droite beaucoup moins que la gauche.
Le trouble visuel s’est accentué à droite :
OD 90° q- 0,75 D V = 5/15.
OCi 90° 4-1 D V = 5/7.
2.f juillet. — Les précipités de cyclite ont beaucoup augmenté à droite,
donnant lieu à une opacité cornéenne qui est manifeste à l’adl nu et occupe
toute la moitié inférieure.
OD 90° + 0,75 D V = S/50.
OG 90° + I D V = 5/7.
La gêne et les douleurs périorbitaires sont assez accusée^.
Nous prions alors le docteur Pol,\ck de bien vouloir faire un dessin des
lésions ophtalmoscopiques, et le docteur J. Cîi.'MLLOUs a eu l’obligeance de
suivre l’évolution des symptômes pendant notre absence. Nous transcrivons
les notes qu’il nous a transmises.
27 juillet. — La gêne et la photophobie ont beaucoup diminué et les dou¬
leurs périorbitaires ont disparu.
3o7 -
OI) qo" + 0,75 ^ = 5/10.
0(r 90° + I 1) \' = 7/10.
JO juillet. — Lc‘ malade ne souffre plus du tout. Ix* champ visuel est nor¬
mal.
.\\ec sa correction OI) V = 7/10.
0(d V = (S/ 10.
4 août. — L’e.xamen du sang- a été négatif au point de vue de la présence
des trypanosomes
OD V = 7/10.
OG y = 9/10.
IJ août. — Depuis 2 jours, le trouble visuel de l’œil droit a reparu avec
un peu d’injection, des douleurs à la pression sur le globe, de la photopho¬
bie et des sensations de mouche volante.
OD V = 3/10.
OG V = 9/10.
L’humeur aqueuse est un peu trouble et les milieux sont difficilement
éclairables. On ne voit pas de précipités à l’éclairage oblique et l’iris réagit
à la lumière. La tension oculaire est normale.
Le malade a eu simultanément et pour la première fois, de l’œdème des
membres inférieurs.
On conseille l’atroinne et les applications chaudes.
14 août. — La gêne est moins accusée et la ]jupille s’est dilatée lai'ge-
ment. Le trouble de l’humeur aqueuse est moins accusé.
Le malade quitte Paris à cette époque et nous ne le revoyons que le
19 septembre. Il nous dit que la poussée des 13 et 14 août a cédé assez
rapidement.
ip septembre içoS — Les yeux ne présentent plus aucun symptôme irri¬
tatif et n’occasionnent aucune gêne. Les cornées sont transparentes. Il n’y
a aucune trace de précij)ités, ni de déformation de la pupille.
OD avec sa correction, \' = s/15.
OG avec sa correction, V 5/15.
Les taches de choriorétinite sont toujours nombreuses. Il ne semble pas
s’être développé de nouvelle taches, mais celles qui existaient ont conservé
leurs mêmes caractères.
JJ décembre igoS. — L’état oculaire est excellent. Aucune modification du
champ visuel.
OD V = S/io.
OG V = 5/7.
Nous avons encore revu le malade au point de vue oculaire, le 2j mars
et le 24 décembre igog.
L’acuité visuelle de l’œil droit s’est encore améliorée.
OD V = 5/7.
OG V = 5/6.
Le fond de l’anl présente le même aspect ; les zônes de pigmentation
et de dépigmentation ne sont pas modifiées et le chamj) visuel conserve son
étendue normale.
Le 24 décembre, nous avons fait un prélèvement sanguin pour la recher¬
che de la réaction de Wassermann ; celle-ci a donné un résultat négatif.
Sans entrer dans le détail du traitemenl institut'* dès le début de l’infection,
je dirai seub ment que le malade a été soumis au traitement par l’atoxyl,
puis par l'émétique. 11 avait reçu également en juillet quelques injections
mei'curielles, ainsi cjuc nous l’avons dit jtlus haut.
Voiri donc iin .sujet infecté par Trypanosoma y^amhiensc en mai
1908, chez ]e(|uel un examen antérieur des yeux (1906) avait ré¬
vélé un état normtil à part un léger degré d’astigmatisme. Un
examen pratiqué le 16 juillet 1908 ne décèle aucune modification,
alors que le 22 juillet, on voit apparaître des signes de cyclite
dans l’œil droit et l’examen ophtalmo.scopique fait reconnaître
des altérations choriorétiniennes (taches blanches et taches pig¬
mentaires), s’accompagnant d’un trouble fonctionnel assez ac¬
cusé, qui, cependant s’améliore très notablement dans l’espace de
quelques jours. 6 semaines plus tard récidive de cyclite dans
l’œil droit, ciui cède en quelques jours.
Depuis lors, l’état s’est maintenu le même quant à l’aspect du
fond de l’œil, mais il n’y a eu ni nouvelle atteinte de cyclite ou
de choriorétinite, ni réduction de la vision.
Quels sont les faits qui nous permettent de supposer que les
lésions oculaires relèvent de l’infection trvpanosomiasique ?
Tout d’abord les lésions choriorétiniennes et ciliaires sont con¬
temporaines et surviennent peu de temps après l’infection géné¬
rale. Elles ont un caractère de bénignité et une rapidité d’évolu¬
tion que nous avons presque toujours noté dans les localisations
oculaires humaines attribuables à la trypanosomiase.
D’ autre part, nous avons soigneusement recherché les antécé¬
dents syphilitiques chez notre malade. Nous n’avons relevé aucun
trouble indiquant une infection par le tréponème ; la séro-réaction
de Wassermann a été négative. Je n’attacherai aucune significa¬
tion à ces données négatives si elles ne venaient s’ajouter aux
considérations clinicjues précédentes, qui me portent à admettre
la réalité d’une choriorétinite, causée par le trypanosome. Les re¬
cherches expérimentales d’ULBRiCH corroborent, d’ailleurs, ces
déductions cliniques en nous montrant la prolifération possible
des trypanosomes dans les membranes ocidaires profondes.
— 3ü9' —
Sur un cas de « Filaria loa »
Par W. DIM'OUCI' Rfi.
Durant Le mois de mars, nous avons eu l’occasion d’examiner
un cas de Filaria loa chez un Européen.
Il s’agissait d’un adjoint des affaires indigènes qui a séjourné
pendant plusieurs années au Congo et qui est atteint de filarif)se
depuis près de 5 ans.
C’est en janvier 1904 que, pour la première fois, il sentit un
picotement à l’œil ; quelques instants après, il perçut sur le globe
oculaire les mouvements d’un parasite t[ui r<ampait à la façon
d’un ver. Cela ne dura pas longtemps, une heure après il ne sen¬
tait plus rien. Depuis cette époque, la filaire — car il s’agit d’une
Filaria loa — n’a cessé de manifester sa présence; elle apparaît
tantôt sur la paupière droite, tantôt sur le globe oculaire ; d’au¬
tres fois, elle chemine dans le tissu cellulaire du nez et se dirige
vers l’œil gauche. A plusieurs reprises, les médecins ont tenté
de l’extirper, mais son apparition a été de si courte durée qu’on
n’a pas pu la retrouver au moment voulu. Xous-même, nous
l’avons très nettement perçue sous la conjonctive de l’œu! gauche;
à ce moment, elle était déroulée et mesurait environ 30 mm.
XoLis sommes parti précipitamment chercher nos instruments ;
quand nous sommes revenu, l’animal avait disparu. Xotis gar¬
dons cependant l’espoir de l’enlever, à sa prochaine apparition
superficielle, et nos dispositions sont prises en consécjuence,
IfxAiMEX 01^ SAXG. — L’exanten du sang, pratiqué atissi bien le
jour que la nuit, permet de constater:
1° Une éosinophilie très marquée;
2° Un très grand nombre d’embryons. Dans chaque prépara¬
tion que nous avons faite, il v en avait 3 ou 4; dans l’une d’elles,
nous avons pu compter \‘j microfilaires dont voici la descrip¬
tion :
Le parasite a environ 250 à 300 u de longueur; il s’agite vive¬
ment sur plac(x mais il ne traverse pas le champ du microsci
on peut facilement observer ses mouvements. 11 est entouré d’ui
3io —
gaine peu visible au niveau de l’extrémité céphalique et autour
du corps, mais très accentuée au niveau de l’extrémité caudale.
Afin d’examiner les détails de la structure, nous avons coloré
la préparation de la façon suivante: sur une lame, nous avons mis
3 grosses gouttes de sang que nous avons écrasées de façon à
avoir une préparation très épaisse. Celle-ci a été desséchée légère¬
ment, lavée à l’eau afin de dissoudre l’hémoglobine des globules
rouges, puis fixée à l’alcool. Comme colorant, nous avons em¬
ployé le bleu azur-éo,sine et nous avons obtenu ainsi de jolies
préparations.
Ainsi colorée, la filaire se perçoit très nettemm.t au milieu
d’une gaine, qui l’enserre de tous côtés sauf à la partie posté¬
rieure. L’extrémité céphalique est arrondie; elle est souvent ter¬
minée par une sorte de petit stylet qui paraît réunir le corps du
parasite à la gaine.
Le corps est constitué par des granulations longitudinales
(novaux) qui fixent fortement le colorant. La tâche en V est très
visible à la partie postérieure du premier tiers ; deux autres petites
taches, sans être constantes, sont perçues à la partie postérieure.
Cette description correspond exactement à celle de la Microfi-
laria diurna de Manson. Elle correspond aussi à celle des em-
brvons trouvés par Penaud et T.ivon (Sociétc de Biologie, séance
du 20 novembre iqoô) dans les tubes utérins d’une Filaria loa
extraite de l’œil. Line conclusion s’impose: c’est que la Filaria
diurna est un microfilaire dont l’adulte est la Filaria loa.
Comment se transmet la Filaria loa? Jusqu’ici rien de certain
n’a été démontré. Nous nous proposons d’inoculer à des singes
et à un homme de bonne volonté, du sang renfermant des mîcro-
filaires ; nous exposerons, dans une prochaine communication, le
résultat de nos expériences.
— 3ii
/
CS Helminthes nouveaux ou
peu connus du groupe des Bunostomiens
Par A. RAILLIHT et A. tîPNRY.
Xoiis avons entrepris, il y a quelque temps déjà (i), un essai
de groupement systématique de la famille des Sirongylidæ, Les
recherches que nous avons poursuivies depuis cette époque nous
permettent de rectifier aujourd’hui, en quelques points, la classi¬
fication proposée en iqog.
C’est ainsi c|ue, au lieu de trois sous-familles, nous nous voyons
amenés à en admettre quatre, caractérisées de la façon suivante:
‘ 1° SiKONGYLiXÆ (ancien Sclerostomiuœ ou A)tkylosfoivi>iœ). — Méromyai-
res à capsule buccale bien développée. Œufs en seg-mentation au moment
de la ponte. Presque toujours embryon rhabditiforme et développement di¬
rect. — Parasites du tube digestif exceptionnellement de l’appareil respira¬
toire.
2° Tricuostroxoylixæ. — Méromyaires à capsule buccale nulle ou très
faible. Qfufs généralement en segmentation au moment de la ponte. Em¬
bryon rhabditiforme et développement direct. — Parasites du tube digestif.
g Mkt.astro.xgylixæ. — Polvmyaires à capsule buccale nulle ou très fai¬
ble. Guifs à un stade très variable au moment de la ponte. Embryon non
rhabditiforme. Evolution encore inconnue, comportant peut-être le passage
par un hôte intermédiaire. — Parasites de l’appareil respiratoire ou de l’ap¬
pareil circulatoire.
.1° PsECPALiXÆ. — Polvmvaires à bourse caudale très réduite (parfois nulle),
offrant des côtes peu nombreuses et atypiques ; bouche avec ou sans cap¬
sule buccale. X’ivipares. Embryon non rhabditiforme. Evolution inconnue. —
Parasites de l’appareil respiratoire ou de l’appareil circulatoire.
Kn raison de leur musculature, il est vraisemblable que ces
deux derniers groupes sont appelés à constituer une famille spé¬
ciale (Mctastrongylidæ).
Les quelques espèces d’Helminthes que nous avons à envisa¬
ger dans cette note se rapportent toutes à la sous-famille des
Strongylinœ, et à la tribii que nous avons désignée sous le nom
de Bunostomeæ.
Tl convient donc de préciser tout d’abord les caractères de cette
tribu.
Buxostomræ. — Côtes antérieures fendues, côtes moyennes faiblement divi-
(i) C. R. Société de biologie, séances du i6 janvier 1909, p. 85, et du
-^o janvier, p. 168,
:> 1 2
sées (leur division n’atteignant pas l’insertion de la côte antérieure externe) ;
côtes ])Ostérieures et postérieures externes naissant d'un tronc commun par¬
fois très court ; côtes postérieures bi- ou tridigitées. Vulve comprise entre la
moitié et le tiers antérieur du corj)S. Lltérus à direction opposée.
A l’heure aetiielle, nous pouvons clislino-uer dans cette tril:)u
les 7 genres: Bunostomurn, Xecator, Brachyclonus, (uùgcria,
liumonodontus, Bathmostomum et CXammocephalus .
l'outefois, nous devons faire remarquer que ces groupes ont
une valeur relative assez différente. Si les deux derniers mé’d-
tent incontestablement de ('onstituer des genres, les 5 premiers
sont si étroitement liés entre eux par un ensemble de caractères
communs, que nous ne leur aurions sans doute attribué la simple
valeur de sous-g'enres (divisions du genre Bunoslomum) si l’iin
d’eux {Necütor) n’était couramment classé aujourd’hui ('omme
un genre spécial.
I. (ienre Bunosioinitm Raill., 1902. — Extrémité céphalique relevée vers
la face dorsale. Capsule buccale offrant à son entrée deux lames chitineu-
ses ventrales réfringentes, semblables à celles des Vncinaria, et à son fond,
d’une part, une forte déni dorsale qui s’avance librement dans la cavité et
qui est creusée d’un canal donnant écoulement au produit de la glande
œsophagienne dorsale, d’autre part, deux ou quatre lancettes ventrales.
Bourse caudale asymétrique ; côtes antérieures, antérieures externes et
moyennes naissant de chaque côté sur un tronc volumineux qui forme avec
celui du côté opposé une sorte de pince à mors latéraux ; côtes postérieu¬
res externes asymétriques, naissant à des hauteurs différentes sur le tronc
commun qui est court ; côtes postérieures largement séparées et tridigitées.
Spiculés grêles. Vulve située un peu en avant du milieu du corps.
Espèces : Bunostomnm trigonocephalinn (Rud.), type ; B. phlehotomnm
Raill. ; B. longecirratnm (Einst).
II. Genre Necator Stiles, 1903. — BiinostonuDn à bourse caudale symé¬
trique ; côtes postérieures bidigitées.
Espèce type : Necator aniericanns Stiles.
III. Genre Brachyclonus n. g. — Bunostomnm k bourse caudale symétri¬
que : côtes postérieures tridigitées, séparées seulement au voisinage de leur
extrémité ; tronc commun long, donnant insertion aux côtes postérieures
externes vers le milieu de sa longueur. Vulve au tiers antérieur du corps.
Espèce tvpe : Brachyclonus indiens n. sp. — Le corps est C' -
linclroïde, légèrement fusiforme, présentant son maximum
d’épaisseur vers le tiers antérieur et s’atténuant de part et d’au¬
tre jus(|u’aux extrémités. Le tégument est finement strié en tra¬
vers ; les stries sont écartées de 5 à 6 p.
L’extrémité céphalique est recourbée vers la face dorsale. La
capsule buccale est assez semblable à celle du Bunostomnm phU’ ■
hotomurn : elle possède à son fond, outre la dent dorsale, 4 lan¬
cettes, 2 ventrales et 2 subventrales ; l’entrée de la capsule est
]:)Ourvue des 2 lames ventrales habitmdles.
Un peu en arrière du e'ollier nerveux, soit à 650 de l’extré¬
mité antérieure, s’observent 2 papilles cervicales à pulpe ob¬
tuse recouverte d’un capuchon cuticulaire conique aigu.
L’œsophage est renflé en massue; il mesure 950 à 1.200 u de
longueur sur 190 à 220 u de largeur, maxima vers le 1/6® posté¬
rieur.
Le nulle est long de 10 à 12 mm. 5, épais de 450 à 500 4. Sa
bourse caudale est formée de deux lobes latéraux, un peu plus
développés que le lobe postérieur; celui-ci est soutenu par les
côtes postérieures, qui sont unies dans presque toute leur éten¬
due et tridigitées; les côtes postérieures externes s’insèrent au
milieu du tronc commun, qui est très long. Les autres côtes sont
disposées comme chez les Biinostomum .
Les papilles prébtirsales sont ici très développées et suppor¬
tent de chaque côté un lobe prébursal assez ample. Les spiculés
sont grêles, égaux, longs de 1 .450
La femelle est longue de 12 à 15 mm., large de 550 à 600 4.
vSon extrémité pcjstérieure se rétrécit progressivement en un cône
aigu, (jui mesure 400 4 de longueur aj^rès l’anus.
La vulve est située au niveau du tiers antérieur du corps ou un
peu en avant. Dans la grande majorité des échantillons récoltés,
elle était encore recouverte par une matière agghitinative brunâ¬
tre, indic[uant une fécondation récente. Aussi nous a-t-il été assez
difficile de rencontrer quelques œufs à maturité; ceux-ci sont
ellipsoïdes, à coque mince, mesurant 52 à 57 4 de long sur 25 à
28 4 de large, et montrant déjà, dans les dernières portions des
voies génitales, 2, rarement 4 blastomères.
Nous avons récolté en abondance (environ 700 exemplaires) ce
nouveau parasite à Alfort, le 14 février iqio, dans l’intestin grêle
d’un Tapir de l’Inde (Tapirus indiens) dont les bronches conte¬
naient, d’autre part, ([uelqties spécimens de Dietyocaulus Arn-
fieldi (Cobhold), parasite habituel des Equidés.
IV. (lenre Gaigeria n. g’. — Les Gaigeria s’éloignent des Biinostonnini
par l’organisation de la bourse caudale. Les lobes latéraux sont ici
moins développés, tandis que le lobe ])ostérieur a pris un très grand
développement ; l’ensemble de la bourse représente encore une sorte de
pince, mais les mors de celle-ci, au lieu d’être latéraux comme, chez les
Bunostomes, sont, l’un antérieur (formé par les lobes latéraux), l’autre pos¬
térieur (lobe postérieur). L’importance de celui-ci tient au développement
considérable des côtes postérieures, qui sont très volumineuses, assez pro¬
fondément séparées et terminées par trois nodules, ébauche d’une tridigi-
tation. Les côtes postérieures externes naissent au voisinage de la bifurca¬
tion de.s côtes postérieures ; le tronc commun est relativement long.
— 3 14 —
La vulve est située un peu en avant du milieu du corps.
itspèce type: Gaigcria pachyscelis n. sp. — Le corps est C)’lin-
droide, épais, atténué aux deux extrémités, plus brusquement
en arrière Cj[u’en avant. Le tégument est finemient strié en travers;
l'écartement des stries varie de 8 à lo y.
extrémité céphalicpie est relevée vers la face dorsale. La cap¬
sule buccaie, tissez volumineuse, possède à son fond une courte
aent uorsaie et deux lancettes su b ventrales dont le bord anté¬
rieur porte vers le milieu un petit tubercule. D’autre part, à l’en-
noc c.e xu ^apsdie ouccale, on remarque les deux lames ventrales
leiringcntes liaüituelles. On distingue deux papilles cervicales
obtuses, à peu près au niveau du collier œsophagien et du pore
excréteur, soit à 930 p environ de l’extrémité céphalique.
L’œsophage est grêle, très peu renflé en arrière; sa longueur
varie de 2 mm. à 2 mm. 200, et son diamètre transversal atteint
200 à 225 U vers le cinquième postérieur.
Le mâle est long de 11 à 12 mm., large de 600 à 650 p; sa
bourse caudale est formée de 3 lobes ; les 2 latéraux, modérément
développés, s’opposent dans leur ensemble au grand lobe posté¬
rieur, dont ils sont assez nettement séparés par un étranglement.
Les côtes antérieures et moyennes sont fendues ; les postérieures
sont très piiissanies, très épaisses et terminées par 3 nodules.
Les spiculés sont grêles, égaux, mesurant i mm. 250.
La femelle est longue de 15 à 17 mm., large de 700 à 850 p.
Son extrémité postérieure se rétrécit brusquement en arrière de
l’anus, de manière à constituer une queue obtuse, longue de 400 p.
La vulve est située un peu en avant du milieu du corps, vers
les 4/9® antérieurs. Les œufs sont ellipsoïdes, à coque mince,
longs de 105 à ii8 p, larges de 50 à 55 p, en segmentation au
moment de la ponte.
Ce nouveau Nématode a été recueilli: 1° par M. le professeur
Gaioer, de l’Ëcole vétérinaire de Lahore, dans l’intestin d’un
Mouton et d’un Bœuf (i), dans le Punjal) (Indes anglaises);
2® par le docteur Brüden, à Léopoldville (Congo belge) dans l’in¬
testin de 3 Moutons.
V. Genre Eiiuionodontiis nov. nom. (Monodontus Molin). — La bourse
caudale est org'anisée comme chez les Gaigeria, en forme de pince dorso-
ventrale, mais les côtes postérieures, ég'alement très développées, sont bidi-
gitées. La vulve est située un peu en arrière du milieu du corps.
(1) Du moins en avons nous trouvé un exem])laire femelle j)armi de nom¬
breux exemplaires d'Œsophagostomimi columbianiim provenant d’un Bœuf.
1 ?
Espèce type : Kiit)ioiwdo)itns scDiicircidaris (Molin).
\'I. Cîenre Bath^iostouituii Raill. et Hknry, 1909. — Extrémité céphali¬
que relevée vers la face dorsale. Capsule buccale offrant son entrée deux
lames ventrales et portant à son fond des lamelles chitineuses en gradins.
Spiculés courts et épais.
Espèce type : B. Sangeri (Cobbold, non Aless.) [l'ncinaria os-papillatum
Piax.aI.
VIE Genre GraninwcephaJiis n. g. — Extrémité céphalique relevée vers
la face dorsale. Capsule buccale offrant à son entrée deu.x lames ventrales
et portant à son fond des lancettes très aiguës. Spiculés courts et épais.
Espèce type: Gr. clathratus (1x\ird). — Nous avons pu étudier
ce parasite sur des échantillons récoltés à Toulou.se, en décembre
igO(), par M. le profe.sseur Neum.wn, chez un Eléphant de l’Inde
{Elcphas indicus).
Nouvelle contribution à l’étude
du béribéri en Cochinchine
Far E. N OC.
J’ai déjà exposé, dans une note à l’Académie des Sciences, du
28 mai igo6, et dans les Annales de rinstitut Pasteur (nov.-déc.
1908), que le béribéri, maladie pol}-morphe, caractérisée par des
troubles du système nerveux périphérique et du s\'stème sanguin
(troubles de la coagulation, œdèmes, lésions pigmentaires, etc.),
est surtout, en Cochinchine, une maladie des mangeurs de riz.
prisonniers chinois ou annamites, vivant dans l’air confiné et
porteurs d’ankylostomes {Xeeator americanus). Le sérum des ma¬
lades renferme une hémolysine thermostabile.
La cause probable du béribéri est une intoxication sui'venant
chez les individus dont la nourriture est trop pauvre en matière
azotée et dans laquelle la présence des ankylostomes paraît jouer
un rôle très important.
Devant la difficulté d’expérimenter chez l’homme, car le béri¬
béri est une maladie très grave, qui tue en quekpies heures dans
certains cas, par parahsie cardiaque ou pulmonaire ou par coa¬
gulation intravasculaire, il était intéressant de rechercher si des
animaux spécifiquement voisins de l’homme, comme les singes.
étaient susceptibles de contracter le béribéri, lorscjtie leur alimen¬
tation s’apptiuvrissait en substances albuminoïdes.
Mes observations sur ce sujet datent de 1906 et ont duré près de
deux ans: elles ont porté sur un Macaque très commun en Co-
chinchine, le Macacus cynomolgiis, dont la spécification avait été
faite à Saigon, à l’aide des travaux de la Mission Pavie et de
l’ouvrage de H. O. Forbes, du Muséum de Liverpool.
vSur les nombreux Macaques que j’ai examinés, 66 seulement
ont été suivis en vue de l’étude du béribéri: 65 furent trouvés à
l’autopsie porteurs de parasites intestinaux (Ascarides, Oxyures,
Trichocéphales, Œsophagostomes, Ankylostomes, Triodontopho-
res, Ph\saloptères) dont la détermination a été faite grâce aux
bienveillants examens dé M. le professeur Th. Barrois ; un seul
ne portait pas de parasites au m'oment de l’autopsie, mais pré¬
sentai. des ulcérations intestinales.
Ces animaux se trouvaient dans les conditions les plus favora¬
bles à l’apparition du béribéri : groupés dans des cages à bar¬
reaux de fer, contiguës, dans des locaux humides et assez mal
éclairés, ils souillaient fréquemment de matières fécalvs leur nour¬
riture. Arrachés à la vie libre de la grande forêt annamite oïi ils
se nourrissent de pousses die bambous, de crevettes, de crabes ei
de vers pêchés dans la vase des arroyos (nourriture assez riche
en substances azotées), ils étaient envoyés à mon laboratoire de
Saïgon ei aussitôt soumis au régime uniforme du riz décortiqué
et cuit à l’étuvée. Ils recevaient, en outre, une demi-banane à cita-
tpie repas et de l’eau distillée comme boisson.
Observés pendant un temps assez variable (en movenne six
mois de captivité), ces Macaques n’ont pas pris le béribéri. Un
seul, dont j’ai offert le train postérieur au musée de la Société,
a succombé tivec de la paralysie du train postérieur et des ulcéra¬
tions stomacales. J’ai pensé à une polvnévrite infectieuse banale,
les autres symptômes faisant défaut.
Le Macaque ne paraît pas très susceptible de contracter le béri¬
béri, tel qu’on l’observe chez l’homme, avec ses troubles nerveux,
ses œdèmes, ses hydropisies, etc. Peut-être le Chimpanzé, moins
éloigné de l’espèce humaine et porteur de parasites intestinaux,
donnerait-il, au régime exclusif du riz, de meilleurs résultats.
Origine alimentaire du Béribéri
(Suite)
Par L. BRÉAl’OAT.
Trois h}'pothèses peuvent être invoquées pour expliquer la mort
des hommes et des animaux, mangeurs de riz,
1° Le riz blanc, cuit, non fermenté est incapable d’entretenir
la vie. Les hommes et les animaux meurent d’inanition, par insuf¬
fisance d’éléments nutritifs ingérés.
2“ Le riz blanc, sain, suffit à entretenir la vie. La fermenta¬
tion butyropropionique ne joue aucun rôle directement nocif. Le
vibrion terment, ou toute autre bactérie, envahit l’organisme par
des lésions ouvertes, sous une influence quelconque (vers intes¬
tinaux, acides de fermentation, etc...)
L’homme et les animaux meurent d’infection.
3° 11 n’y a pas d’infection. Le riz blanc cuit, ingéré sain, suf¬
fit cà entretenir la vie, mais il perd ses qualités d’aliment com¬
plet, par dislocation de ses albumines naturelles et de ses subs¬
tances ternaires, sous l’action du vibrion ferment, c|ui les trans¬
forme, dans les organes digestifs, en produits inutilisc.bles ou toxi¬
ques.
L’homme et les animaux meurent par insuffisance d’éléments
nutritifs utilisés, et par intoxication.
Premikre hypothèse. — Inanition par insuffisance tV éléments
nutritifs ingérés.
L’impossibilité d’assurer chez l’homme, ou les animaux, hi di¬
gestion normale et intégrale d’un riz sain, à l’abri de toutes fer¬
mentations parasites, ne nous permet pas d’avoir recours à l’ex¬
périence directe, pour montrer que cette hypothèse est inadmissi¬
ble, mais l’ensemble des faits qui suivent, nous autorise à la con¬
sidérer comme telle.
i" L’analyse chimique nous montre que le riz blanc cuit^ non
fermenté, contient tous les éléments d’un aliment l'omplet. Voici
la composition générale de deux échantillons de riz cuit, l’un ré¬
colté en Indochine, l’autre en Amérique:
jer ,-égiment, au cap Saint-Jacques, absorbe en 24 heures, les ali¬
ments suivants :
Riz des usines, pesé cuit . i-795 ë-
Poisson de rizières . 182 g.
Xuoc-Mam (i) . 30 g.
Soupe de crevettes, patates, sel et eau.... 590 g.
^l'otal . 2.597 g.
Un pa\'san annamite, travaillant à la rizière, consomme en
24 heures :
Riz décortiqué à la main, pesé cuit . 1.200 g.
Poisson frais de rizières et nuoc-mam.... 140 g.
Jeunes pousses de haricots ou de bambous,
et végétaux divers, en soupe ou salade.. 320 g.
Total . . . . 1 .660 g.
itau .
Protéines .
Graisses .
Uvdrates de carbone
Cendres .
La nourriture du tirailleur est donc notablement plus riche que
celle du paysan.
(i) Jus de poisson fermenté servant de condiment.
— :Ucj —
Le béribéri règne à l’état endémique chez les tirailleurs du cap
Saint-Jîiccpies.
11 n’existe pas chez les paysans.
3“ Les lésions qu’on observe chez les animaux, exclusivement
nourris de riz cuit, sont les mêmes que celles cpu caractérisent le
béribéri de l’homme, alimenté comme nous venons de le dire.
4" En l’absence de parasites intestinaux, les sujets tpi’on laisse
mourir d’inanition ne présentent pas ces lésions si caractéristiques
des nerfs périphériques, de l’estomac et du duodénum, qui sont
la règle chez nos animaux, et chez les hommes atteints de béribéri.
5° Ifnfin, si le riz était un aliment insuffisant, l’animal soumis
à ce régime exclusif, chercherait à faire augmenter la quantité de
sa nourriture, consommerait, tout au moins, celle t{u’on lui pré¬
sente. Or, c’est exactement l’inverse c^ui se produit. Les sujets
en expérience, se jettent d’abord avec avidité sur cet aliment, puis
la quantité ingérée diminue de jour en jour, et tombe, pour 24 h.,
à 15-20 g. chez la poule, 45-50 g. chez le singe, dès que les pre¬
miers accidents apparaissent.
Pour toutes ces raisons, nous ne pouvons admettre cpie les hom¬
mes ou les animaux mangeurs de riz meurent d’inanition, par
insuffisance d’éléments nutritifs laachtcs'.
Deuxième hypothèse. — Injection.
O Le 15 mai 1908, 2 poules sont mises au régime du riz cuit
fermenté.
Le 22 avril, elles entrent Unîtes deux d^ms la période qui pré¬
cède immédiatement la paralysie: tristesse, immobilité, incoor¬
dination dans la marche provoquée, steppage.
A ce moment, nous prélevons, à l’aide d’une seringue stérile,
I cm-^ de sang, dans la veine jugulaire, et nous ensemençons aus¬
sitôt :
2 tubes contenant 1 g. de riz en suspension dans 20 cm^ d’eau,
stérilisés à 120'".
2 tubes de bouillon de foie.
2 tubes de bouillon nutritif ordinaire.
De plus, une effilure de pipette, l'ontenant cjuelques gouttes
de sang, est scellée aux extrémités et tenue à l’étuve, avec les
4 premiers tubes.
Les 2 derniers sont plac'és sous une cloi'he à vide, rinc'ée à
l 'acide carbonique.
4^ heures après, les 6 tubes sont stériles et l’examen du sang
contenu dans l’effilure ne montre aucune bactérie.
2*^ Aussitôt après la prise de sang dans la jugulaire, les 2 pou¬
les ci-dessus sont sacrifiées, par section rapide du cou, l’animal
étant préalablement fixé vivant, sur un plateau à autopsie.
Les cadavres sont ouverts sans retard, et des fragmems de foie,
de rate, de moelle et de nerfs sont ensemencés, dans les mêmes
milieux que précédemment, et mis à cultiver dans les mêmes con¬
ditions.
48 heures après, un seul tube de bouillon nutritif est légère¬
ment trouble, mais aucun ne fermente.
3” La même expérience est renouvelée sur une poule dans un
état très voisin de la mort, paralysée depuis 3 jours, en pleine
période d’aspliyxie, ayant perdu 455 g. de son poids initial,
970 g-.
Le sang pris dans la jugulaire, ensemencé dans les mêmes
conditions que précédemment, ne nous a donné aucune fermen¬
tation, mais des fragments de foie et de poumons ont produit au
bout de 24 b. un dégagement gazeux actif, dans les tubes de riz
et dans le bouilloii de foie. l>es tubes additionnés de moelle, de
rate et de filets nerveux sont restés stériles.
Nous pensons que la présence du vibrion ferment dans le foie
et les poumons, au moment de la mort, ne peut être invoquée
comme preuve de l’infection.
4° l^e sang de béribériques plus ou moins gravement atteints,
ensemencé, dans les conditions ci-dessus, ne nous a donné ni
troubles, ni fermentations. Nous avons examiné 20 échantillons
de sang veineux prélevé au pli du coude de 20 malades.
Baklz et SHErur: à Java, SiAXi-EV, à Shangaï, ont fait la même
observation.
MÉ'I'in et Slmoxi), à Saigon, n’ont trouvé aucune bactérie dans
le liquide céphalo-rachidien, dans la moelle et le cerveau.
5° Nos inoculations de vibrion ferment aux animaux n’ont
donné aiu'un des accidents observés dans l’alimentation par le riz
en fermentation. Mlles ont bien amené la mort, mais avec tous les
désordres de la septicémie.
6“ [Dans nos expériences d’alimentation, nous n’avons jamais
observé que de l’hepothermie souvent très accentuée (jusqu’à
37" ('hez la poule).
7“ Lnfin, chez les animaux, une première atteinte de la mala-
die, g'Liérie par la substitiil ion dn paddv an riz blanc, ne confère
aucune immunité. Le même fait se produit pour le béribéri de
1 ’hom me.
Tous ces faits nous font également rejeter l’hv'pothèse de l’in¬
fection par le vibrion ferment, ou par toute autre bactérie capa¬
ble de cidtiver dans les conditions où nous nous sommes pbacé.
Troisik:\ie hypothèse. — Inanition par insuffisance (Vêle¬
ments nutritifs utilisés et intoxication .
Nous savons que les produits de fermentation anaérobie sont
des produits de destruction, c’est-à-dire d’un poids moléculaire
plus simple C|ue celui de la substance dont ils proviennent.
Nous devons donc nous attendre à ce que, sous l’action du
vibrion ferment, les substances azotées et hvdrocarbonées du riz,
disparaissent totalement ou partiellement, et soient remplacées
par des produits de valeur nutritive moindre ou nidle.
Dans une fermentation pure, in vitro, nous trouvons, en effet :
De l’acide carbonique.
Des acides monoaminés (leucine et tyrosine).
Des acides gras volatils (propion ique et butvrique).
De l’alcool éthylique.
De l’acétone.
De l’acétvlméthvlcarbinol,
toutes substances incapables de remplac'er dans la nutrition
l’amidon et le gluten.
Cherchons à savoir ce qui se passe dans l’estomac de nos ani¬
maux.
Le 23 avril igo8, un singe de 4 kg. 170 est mis au régime ex¬
clusif du rie; cuit à 120°, non acide, en excès.
25 jours après, perte de poids: 145 g. 2 h. après un repas, on
introduit dans l’estomac de l’animal, 100 cm'""' d’eau stérile, à
l’aide d’une sonde molle, qu’on fixe ensuite, à un récipient sté¬
rilisé, relié lui-même à une pompe à vide. On aspire tout le con¬
tenu de l’estomac. On fait, aussitôt, tous les ensemencements
nécessaires à caractériser le vibrion ferment, par ses fonctions
bio-chimiques, et on additionne le reste du liquide, de 10 à 15 cm-'^
de chloroforme, pour arrêter toute fermentation.
La même opération est renouvelée, 2 fois, à plusieurs jours
d’intervalle; et, dans les liquides réunis, on recherche et carac¬
térise les acides volatils, par la méthode de Drn.Ai^x.
Les résultats obtenus sont les suivants:
i8 mai
25 mai
4 juin
Perte Acidité Acidité Acidité
de poids totale 0/0 minérale 0/0 volatile 0/0
145 nig:- 32 mg-. 20 mg. 12 mg.
285 mg. 38 mg. 28 mg. 10 mg.
885 mg. 28 mg. 28 mg. néant.
A eette date, l’animal se tient difficilement sur ses pattes. 11
est pris de diarrhée, et mange fort peu. La mort arrive 2 jours
après.
(f)n trouve à l’autopsie:
Des chairs rouge-jambon très sèches,
Des poumons gorgés de sang,
Le cœur gros et dur, rempli de caillots de consistance ferme,
LTn foie brun-noir, avec de nombreuses taches jauncâtres.
Les reins très congestionnés.
L’estomac rempli de liquide jaune citrin, portant 2 ulcérations
près du pvlore, et toute la région voisine parsemée de piqueté
hémorragique.
La partie supérieure du duodemum, dépourvue de muqueuse
et très congestionnée.
Pas de vers dans l’intestin.
Ifn.fin, l’analvse des liquides, prélevés dans l’estomac, v décèle
un mélange d’acide acétique, propionique et butvrique.
l’ar conséquent, du ria stérile, non acide, introduit dans l’esto¬
mac du singe, v subit une fermentation acide, dans laquelle le
vibrion ferment joue le principal rôle. Cette fermentation est ca¬
ractérisée par l’existence de ce vibrion, en grande abondance,
dans le chvme, et par la présence simultanée de ses produits aci¬
des, de destruction du riz (2 d’acide propionique, pour i d’acide
butvrique, généralement).
I.a dislocation des parties nutritives du riz commence donc dans
l’estomac, va en diminuant, à mesure que l’acidité volatile aug
mente, et reprend une nouvelle activité dans l’intestin, dès que
tout ou partie des acides sont neutralisés par la bile et le suc
pancréatique.
Nous en trouvons un supplément de preuve dans ce ^ait cjue
des poules ou des singes nourris de riz cuit à 120°, addidonné
de carbonate de chaux meurent, avec tous les accidents de l’inani¬
tion :
Amaigrissement considérable.
— 323 —
Parésies et paralysies,
Accidents respi ratoi res,
Contractions musculaires,
Chute de la température,
Dépression extrême.
I^nfin, nous avons montré cjue les prodints de la fermentation
du riz sont doués de propriétés nécrosantes. Rappelons que les
lésions des animaux, comme celles de l’homme, sont localisées
aux portions du tube digestif, où séjourne le riz en fermentation
(région pylorique de l’estomac et du duodénum); que les lésions
qui intéressent celui-ci, toujours plus accentuées dans le voisinage
du pylore, vont en diminuant de nombre et de gravité, et dispa¬
raissent, le plus souvent, après l’ouverture du canal pancréatique,
c’est-à-dire à mesure que diminue l’acidité du contenu stomacal,
déversé dans l’intestin.
Signalons en dernier lieu comme possible, la formation des
caillots sanguins, dont la présence est constante dans le cœur,
par augmentation de l’acidité ou diminution de l’alcalinité du
sang.
Pour toutes ces raisons, nous pensons que la mort des hommes
et des animaux mangeurs de riz est due à une insuffisance d’éJé-
ments nutritifs utilisés et à une intoxication.
^ Trois observations de « Bouton d’ Orient »
en Nouvelle-Calédonie
Par Ch. NICOLAS.
I
Fin novembre rqog, le métis F. F..., de Diahoué, marié à une
femme canaque, nous prie de voir sa fillette qui, depins 2 ou
3 mois, dit-il, porterait à la joue droite un bouton prurigineux
assez gros et qui commencerait à suinter. 11 nous demande d’ex¬
ciser la lésion.
Il s’agit d’une fillette de 4 ans environ, dont l’observation
pourrait exactement se calcjuer sur {'elle relatée par notre con-
- 324 -
frère Cambii.lft. de Flatters (Algérie), et parue dans le Bullclin
n" 7 de jgot):
Début par une papule léi>'èrement prurigineuse, grosse comme
un pois, actuellement de 2 à 2 cm. 1/2 de diamètre, un peu sur¬
élevée, sans fluctuation, plutôt pâteuse, légèrement indurée à la
périphérie: sa couleur est légèrement violacée. Au tiers inférieur,
existe un début d’ulcération grosse comme une tête d’épingle et
à peine suintante, recouverte d’une croûtelle de sérosité jaunâtre.
La malaxation ne donne issue ni à du pus, ni même à une gout¬
telette de sérosité appréciable.
L’état général est très bon ; il n’y a pas de retentissement gan¬
glionnaire, ni cervical, ni sous-maxillaire; seul un très petit gan¬
glion pré-auriculaire roide sous l’index, gros comme un grain de
mil.
Nous incisons suivant un méridien la petite tumeur, et quelques
coups de fine curette sont donnés à droite et à gauche dans cha¬
cune des 2 tranches du nodule. On ramène ainsi quelques rares et
fins grumeaux blancs absolument comme ceux de l’observation
déjà citée, qui nous revint alors à l’esprit. On aurait pu songer à
un petit kvste sébacé s’il avait été mobile et le contenu plus
abondant, plus fluide. Dans les deux tranches curetées, un petit
tampon de coton roulé à la pointe d’un stvlet écouvillonne à la
teinture d’iode. Itncore de la teinture d’iode extérieurement et un
pansement sec.
5 à 6 jours après, la cicatrisation est faite et sans récidive
3 mois après.
Nous nous étions remémoré le cas analogue du docteur Cam-
BILLET, et nous avions examiné un débris recueilli sur la curette.
Nous v trouvâmes la confirmation du diagnostic, c’est-à-dire des
corpuscules o\’oïdes contenant deux novaux : un gros, un plus pe¬
tit, après coloration simple à la thionine phéniquée, au grossisse¬
ment de T .20(j D.
Il
î.e T 5 janvier iqio, Mme A've H.., propriétaire, nous prie
d’examiner ime ulcération qu’elle porte sur le sein gauche, au
voisinage de l’aréole. Elle nous dit qu'elle a eu, il v a 3 mois,
un bouton qu’elle a pris pour un clou, mais que ce clou ne gué¬
rit pas. En réalité, ce furoncle a été au début une élevure papu-
letise et prurigineuse à sa périphérie, Tl se serait ensuite produit
— 32 5 —
une vésicule plutôt pustuleuse, ouverte spontanément, mais sans
jrrand écoulement de pus, sans bourbillon, et qu’aurait suivie l’ul¬
cération actuelle c|ui ne se cicatrise pas malgré des applications
faites pendant deux mois de solutions de sublimé à taux divers,
et quelciues badigeonnages à la teinture d’iode.
Sur notre conseil tout traitement est interrompu et remplacé par
de simples lavages à l’eau bouillie.
Le 20, nous trouvons un sujet en excellent état général de
santé. Cette personne se tient d’ailleurs fort proprement et le mal
a été consciencieusement lavé plusieurs fois par jour. L’ulcéra¬
tion est irrégulièremc'nt arrondie ; elle a environ 3 'cm. 1/2 de dia¬
mètre. vSon fond n’est pas induré; on n’v trouve ni noyaux, ni
adliérences à la peau, l:)ref aucun des caractères d’une tumeur ma¬
ligne du sein. Il n’}' a aucun retentissement ganglionnaire. Le
revêtement cutané au pourtour de cet ub'ère est grisâtre, violacé,
et un peu plus ferme; ses bords scjnt taillés nets et ne sont pas
décollés. L’ulcération recouverte par places d’une mince squame
saigne facilement, en raison, sans doute, de son siège, et présente
de petits bourgeons.
Deux frottis sont pris par raclage sur le fond, et colorés sim¬
plement par thionine phéniquée.
Leur examen donne un résultat plus net encore que dans l’ob-
se r va t i o n p récéd e n t e .
Au grossissement de 650 D., les corpuscides avec leurs 2 noyaux
sont déjà différenciés; au grossissement r.200 on peut distinguer
les prolongements filamenteux dans quekiues-uns d’entre eux.
Nous nous bornerons à déterger l’ulcération à l’eau oxygénée
puis à V appliquer un pansement humide à l’acide picrique a
laisser en place plusieurs jours. Nous avions proposé à la malade
des applications de permanganate de potasse, mais elle les refusa
de ci'ainte cju’elles ne fussent un peu douloureuses.
Au bout d’une quinzaine de jours, cette personne nous fit dire
f|ue l’ulcération était cicatrisée et nous remerc'iait.
TII
Icnfin, en février, nous vîmes à Hienghine. sur la personne
d’une femme indigène, domestique de Mme F..., un troisième
bouton d’Orient txpique, à la jambe droit? et actuellement sou¬
mis au iraitianenî par applications de pommade au permanganate.
Conclusions. — i” Le l:)outon d’Orient existe en Nouvelle-
Calédonie. Il V a peut-être été signalé déjà, mais nous l’igno
rons : qu’on nous en excuse. Nous l’avions pour notre part ren¬
contré déjà dans l’Archipel des Loyalty (notre Mémoire à l’Aca¬
démie des Sciences, iqoq). Pour le trouver plus souvent, sans
doute, suffirait-il d’y songer et de le chercher en présence de
lésions qui s’en rapprochent.
2“ Les 2 appellations « Ldcère de Bauru » et « Clou ou Bou¬
ton d’Orient », impropres toutes deux, ont cependant leur raison
d’être en ce qu’elles correspondent toutes deux à des modalités ou
aspects différents de la même Leishmaniose.
3° L’excision, contre-indiquée le plus souvent, peut être, lors¬
que l’affection se présente sous la forme (( clou ou bouton »,
remplacée par un curetage et une cautérisation susceptibles
d’amener une guérison rapide.
4° Enfin, aux meilleurs agents médicamenteux ou topiques lo¬
caux, jusqu’ici éprouvés: permanganate, bleu de méthylène, etc.,
on pourrait ajouter, après quelques autres succès que notre obser¬
vation unique, l’acide picrique, antiseptique, cicatrisant et kéra-
toplastique.
L'enfant issu d'une lépreuse peut-il
être allaité par une nourrice ?
Par E. J h: ANSE LME.
M. A. La MOi'REi’x nous a décrit dans la séance précédente la
léproserie d’Antsirabé. Dans cet établissement, dit-il, il v a un
orphelinat destiné à recevoir les enfants, issus de parents lépreux,
nés à la léproserie. Ces enfants sont élevés à la mamelle par des
nourrices mercenaires venues des villages environnants.
Tous les contagionnistes admettent que le nouveau-né d’une
femme lépreuse doit être séparé de sa mère, et, par conséquenr,
privé du sein maternel. La légitimité de cette mesure ressort des
considérations suivantes :
1° La transmission du bacille de LIansen de la mère au foetus,
l’hérédité de graine, n’a jamais été démontrée. J’ai eu l’occasion
crexaminer le placenta et le cordon ombilical d’une femme at¬
teinte de lèpre maculo-anesthésique. Ces organes ne présentaient
aucune lésion microscopique. L’enfant, venu à terme, était débile
mais n’offrait aucun signe suspect.
2° Le rejeton d’une lépreuse, jusf[u’à preuve du contraire, doit
donc être réputé sain à sa naissance. Mais il est avéré que les su¬
jets de souche lépreuse ont une aptitude très grande à contracter
cette maladie. 11 v a des familles décimées par la lèpre, comme
il y a des faniilles décimées par la tuberculose.
3° Le nouveau-né, vraisemblablement indemne de lèpre, doit
donc, pour son salut, être éloigné de sa mère, dès sa naissance.
J’ai vu souvent, au cours des poussées tuberculeuses, des lépro-
mes infiltrer le mamelon et l’aréole du sein. On conçoit qu’il suf¬
fit, en pareil cas, de la plus légère érosion, pour que la succion
introduise des bacilles pathogènes dans la bouche de l’enfant.
(^n ignore si la mastite lépreuse est fréquente chez la femme
récemment accouchée et si le lait dans ces cas peut être virulent.
Pendant mon séjour en Indochine, il ne m’a pas été possible de
combler cette lacune, car, dans les villages de lépreux du Tonkin,
dans les léproseries de Mandalong et de Rangoon en Birmanie,
l’examen des femmes est nécessairement superficiel et fort incom¬
plet. Mais j’ai pu observer les hommes tout à loisir et, dans les
282 observations de lèpre c{ue j’ai recueillies en Extrême-Orient,
j’ai relevé 4 fois de la mastite lépreuse.
Il V a tout lieu de croire cpie cette localisation est plus fré¬
quente chez la femme et surtout à l’époque où la glande mam¬
maire entre en activité.
4° .Séparer l’enfant de sa mère est donc une mesure pleinement
justifiée. Mais, cet enfant, peut-on le confier cà une nourrice?
Sans doute, en principe, il doit être présumé sain à sa naissance.
Cependant, comme il est impossible d’affirmer qu’il n’a pas été
contaminé pendant l’accouchement, l’enfant, à mon avis, doit
être soumis à l’allaitement artificiel.
Telle est, du reste, la solution que votre Commission vous a
proposée, et que vous avez vf)tée le 14 avril tqoq. Pour ma part,
ie ne puis conseiller la praticpie suivie à la léproserie d’Antsi-
rabé et je n’oserais pas mettre au sein d’une mercenaire l’enfant
d’une lépreuse, alors que celui-ci ne porterait à sa naissance au¬
cun signe suspect.
5® En dehors des fovers endémiques, l’allaitement par la mère
peut être autorisé dans certaines conditions. Si la lèpre mater¬
nelle est du type tropho-neurotique, s’il n’v a pas de mastite
lépreuse et que le lait ne contient pas de bacilles, je pense qu’on
peut laisser la mère donner le sein à son enfant, sous la réserve
d’une SLirveillanc'e attentive et de la suppression immédiate de
l’allaitement, s’il se produit des accidents de caractère virident. La
lèpre, dans les pavs où elle n’est pas endémique, est extrême¬
ment peu contagieuse, et les risques de contamination pour l’en¬
fant sont donc fort problématiques.
Sur une variété de « lépride » tégumentaire
observée chez quelques lépreux à Madagascar
Par André LAÙlOrRLLX.
Sur des individus de race nègre, atteints de lèpre, j’ai observé
une variété de macule dépigmentaire de la peau que je considère
comme une modalité du processus lépreux, une lépride, et dont
les caractères sont les suivants :
1° Couleur. — Plie consiste en une diminution de la colora¬
tion normale de la peau. Cette décoloration va du brun au jaune
fauve, mais elle ne vu jamais jusqu’au blanc; elle n’est pas une
achromie au sens propre du mot ; elle est plutôt une hypochromie .
2° Dimensions et formes. -- Iflles varient depuis la simple ta¬
che et la moucheture circulaire, jusqu’au placard étendu à toute
une région. Cette hypochromie se généralise parfois à toute une
région, revêtant: au tronc, la forme d’un maillot: aux bras, celle
de manches: au cou, celle d’un collier; à la face, celle d’un mas¬
que, |e ne l’cai jamais vue dépassant aux membres inférieurs la
limite supérieure des cuisses (considérée dans son extension de
haut en bas).
Quand elle a pris ce caractère de généralisation, elle respecte
parfois de petites parcelles de peau à forme irrégulière, sembla¬
bles à des taches et à des mouchetures qui font autant d’îlors
placés au milieu du tégument entièrement hypochromatisé et qu’il
faut SP garder de confondre avec des taches hvperchromiques. Ces
îlots disparaissent d’ailleurs par la suite en fondant pour ainsi
dire.
3° Limites. — Quelle que soit la forme de cette hypochromie,
et quelles ejue soient ses dimensions, elle est très nettement carac¬
térisée par l’imprécision de ses limites. Sur les bords de la tache
ou du placard, pas le moindre liseré de quelcjue couleur cpie cc
soit ; pas non plus de bourrelet ; la zone frontière est simplement
marquée par un fin déchiquetage, un émiettement de la partie
saine progressivement envahie. Quelques tractus hypochromi¬
ques, envahissant le tissu sain, détern'iinent, en s’incurvant, les
îlots dont il a été parlé plus haut.
4° Livolution . — L’envahissement de la peau saine se fait len¬
tement et progressivement, d’un mouvement uniforme. L^ne tache
met des mois pour devenir un placard et celui-ci environ une an¬
née pour devenir un maillot ou une manche. Cette hypochromie
n’est le point de départ d’aucun autre phénomène morbide.
Quand la généralisation est devenue complète, l’individu a tout
simplement diminué en couleur.
5° Réactions de la peau. Au niveau de ces régions hypo-
ehromatisées, l’épiderme et le derme ne présentent aucune réac¬
tion clinitjtiemeiU appréciable. Pas la moindre desquamation,
pas le plus petit épaisissement, pas la moindre infiltration. Pas
de rougeur spontanée ou provoquée. Rien, le calme plat.
6“ Réaction de sensibilité. — La sensibilité est conservée dans
toute son intégrité; contact, douleur, chaleur. Pas de perversi au
ni d’inversion.
Ifn résumé, au point de vue clinit|ue, C(“tte manifestation est
une fonte partielle du pigment, sans aucune réaction.
C A It A( rt: It KS 1)1 1- F F R KN r I K I. s .
On ne confondra pas cette hypochromie avec:
O Le vitili^o, ejui se reconnaîtra totijours par sa bordure hy-
perchromicjLie, la pâleur et l’achromie absolue de la tache.
2° La morphée, oit les plaques blanches sont indurées et entou¬
rées d’un anneau lilas.
3° Les taches achromiques ordinaires de la lèpre, C{ui succèdent
prescpie toujours à des taches érythémateuses, et qui sont tou¬
jours anesthésiques, même si elles sont achromiques d’eml^lée.
q'’ Les lépromes en nappe, qui s’ac'compagnent toujours d’une
infiltration de la peau, toujours reconnaissable cliniquement, si
minime soit-elle.
Cette hypochromie appartient-elle en propre à la lèpre et en
est-elle caractéristique ?
Je ne l’ai jamais observée que chez des lépreux avérés, ner¬
veux, tuberculeux ou mixtes, et environ tme vingtaine de fois sur
plus d’un millier de cas de lèpre observés. Il est à remarquer
c][ue chez les tuberctdeux, l’apparition de cette hypochromie
coïncidait avec l’apparition des premiers symptômes nerveux,
c'est-à-dire avec l’époque oïi chez certc'iins individus, la lèpre
d’abord tuberctdeuse évoluait vers le tvpe nerveux. Il paraîtrait
donc C|ue cette hypochromie est un signe précursetir de la forme
nerveuse.
On observe chez les nègres sains des changements de colora¬
tion de leur peau cpd sont aussi des phénomènes de dépigmen¬
tation ; mais leur évolution et leurs formes nettement circonscri¬
tes ne permettent pas de les confondre avec cette iiypochromie
lépreuse à marche envahissante, cfui ne s’arrête que quand elle a
conciuis tout le territoire cutané à l’exception des membres infé¬
rieurs.
Ouel est le mécanisme de cette hvpochromie ? Ouelles sont les
lésions anatomo-microscopicpies auxquelles il ccmrespond ? C’est
ce cpie des biopsies ultérieures permettront peut-être d’éclaircir.
Essai de traitement prophylactique
de la trypanosomiase humaine
par remploi du tryparosane
Par G. MARTIN et RINGENBACH.
\\h Roehi. a étudié l’action sur les tr\'panosomiases animales
d’un composé de la série triphénylméthane préparé par Weix-
BER(; et appelé par hu : Tryparosane. lèxpérimenté sur des souris
naganées, il s’est montré, au point de vue curatif et préventif,
nettement supérieur à la paraftichsine dont il est un dérivé chloré.
(i) W. Rokiil, Zeitschr. /. lauiiiniitatsjorsch. , t. I, 21 décembre 1908, pp.
70-70.
~ 33 1
11 peut être donné en injections sous-eutxinées ou per us, et à des
doses deux fois plus élevées que la parafuchsine.
Une certaine quantité de trvparosane nous ayant été aimable¬
ment adressée par Al. le professeur P. Uhrlich, nous avons re¬
cherché si ce produit possédait, vis-à-vis de la trvpanosomiase
humaine cpielque action prophylactique. Son administration per
os, sous forme de cachets, pouvait rendre son emploi très facile
dans la brousse où il est assez délicat de laisser à des Européens
inexpérimentés le soin de faire des injections d’atoxyl ou d’arséno-
phénylgl}'cine.
Nous avons administré le tryparosane per os, sous forme de ca¬
chets. Les doses ont varié de i g. à 3 g. 50; elles ont été admi¬
nistrées prestpie quotidiennement. 4 malades, dont nous avons
résumé les observations ci-dessous, ont suivi ce mode de traite¬
ment. Ces malades étaient à la première ou à hi deuxième pé¬
riode.
Ils ont accepté assez volontiers cette médication ; cependant,
3 d'entre etix ont eu, au cours du traitement, une diarrhée qui a
duré de i à 5 jours, et cjtii a l'édé sous l’influence du laudanum
de Svdenham ; le quatrième, AIanzanoa, a eu des coliques non ac¬
compagnées de diarrhée. Nous avons pu, chez ce malade, consta¬
ter que le trvparosane était bien abstjrbé et pénétr<ait dans l’écono¬
mie : le liquide de ponction d’un ganglion cervical s’est montré
coloré en rouge-violet, et des amas de sel non dissous ont été
trouvés en quelques points de la préiraration.
En examinant les observtitions des malades traités, nous cons¬
tatons cpie, chez 3 d’entre eux, des doses assez élevées (de 12 g.
à 22 g. 50) ont été néc'essaires pour obtenir la disparition des
Trvp. dans le sang et les ganglions. Chez le qiuitrième malade,
Ealaka, les parasites fhigellés n’ont plus été rencontrés dans le
sang et les ganglions caprès 6 g. 50, mais ils ont reparu dans le
sang, 12 jours après la cessation du traitement (Balaka avait
c'ilors tibsorbé 2<S g. de trx parostme). Notons enfin que chez ce
mahade, le trvparosane n’a montré aiu'une action sur les d'ryj).
contenus dans le liquide céphalo-rachidien.
Au p(ùnt de vue thérapeuticpie, le d'rvparosane n’a pas montré
une acti(jn très satisf<aistmte : aucun de nr>s trois malades n’a vu
son état général s’améliorer, aucun de leurs symptômes ne s’est
iimendé.
En résumé, le tryjxirosane fait disparaître les TiAq). du sang et
(les ganglions, mais cette clispariti(m est assez lente et nécessite
l’cmiploi (_le fortes doses; elle n’est que de brève durée.
i.'action sur l’état général est à peine sensible: les phénomènes
morbides évoluent avec la même intensité.
Au point de vue curatif, il nous semble de toute nécessité d’as¬
socier au tryparosane des injections d’atoxvl. I.es malades, dont
nous a\'ons résumé les observations ci-dessous, ont été mis aux
traitements mixtes: atoxyl-t r\'parosane et atox\d-arsénophénvlglv-
(dne-tryparosane.
Kaloxga (Obs. 411). Homme d’environ 25 ans. Taille ; i m. 61. Poids :
47 kg". 600. Examiné le 10 novembre 1909, 2® période. Tryp. très rares dans
le sang (centrifug'ation), rares dans les gang'lions. Du 10 novembre au 3 dé¬
cembre, il absorbe 25 g. 50 de tryparosane. Le 20 novembre, après avoir pris
10 g. 50, il ne laisse plus voir de Tryp. dans les ganglions. Des examens
du liquide ganglionnaire les 22, 23 et 29 novembre, restent négatifs ; une
centrifugation du sang, le 29 novembre, ne laisse voir aucun parasite. Diar¬
rhée du 22 au 27 novembre. Aucune amélioration de l’état général. Le poids
a baissé progressivement ; il est de 44 kg. 200 le 3 décembre.
Balaka (Obs. 397). Homme d’environ 25 ans. Taille : i m. 76. Poids :
59 kg. Examiné le 10 novembre 1909. 2® période avancée. Tryp. rares dans le
sang (centrifugation), très rares dans les ganglions, nombreu.x dans le liqui¬
de céphalo-rachidien. Il prend 14 g. de tryparosane du ii au 22 novembre et
14 g. du 29 novembre au 3 décembre, soit un total de 28 g. Le 17 novem¬
bre, après absorption de 4 g. 50, les ganglions ne laissent plus voir de Tryp.
Des examens du sang (centrifugation) et du liquide ganglionnaire, les 19 et
27 novembre et le 9 décembre, sont négatifs. Le 21 décembre, on trouve
des Tryp. nombreux dans le 3® sédiment de centrifugation du sang. Le
liquide céphalo-rachidien examiné le 27 novembre et le 21 décembre montre
toujours des parasites nombreux.
Samba Diakkïk (Obs. 417). Homme d'environ 33 ans. Taille : i m. 62.
Poids : 51 kg. 900. Examiné le 22 novembre 1909. 2® période. Tryp. assez
rares dans le sang (centrifugation). Il absorbe, du 23 novembre au 8 décem¬
bre, 26 g. de tryparosane. Le 7 décembre seulement, après absorption de
22 g. 50 de tryparosane, les Tryp. ne sont plus rencontrés dans le 3® sédi¬
ment de centrifugation du sang. Diarrhée le 8 décembre. Aucune amélio¬
ration apijarente, quoique le poids atteigne 54 kg. 300 le 8 décembre.
Maxzanca (Obs. 406). Jeune homme d’environ 14 ans. Taille : 1 m. 55.
Poids ; 47 kg. Examiné le 23 ncn^embre 1909. P® ])ériode. Tryp. très rares
dans les ganglions. Il prend, du 23 novembre au 7 décembre, 23 g. 50 de
tryparosane. Le i®’’ décembre, après 9 g. 50, on ne rencontre plus de Tryp.
dans les ganglions. Des examens du liquide ganglionnaire, les 3, 7 et 10 dé¬
cembre, restent négatifs. Coliques non accompagnées de diarrhée les 4 et
8 décembre. Le i®’’ décembre, on remarque que le liquide de ponction gan¬
glionnaire est coloré par du tryparosane dissous, et dans quelques points de
la préparation des îlots de tryparosane non dissous. Etat général station¬
naire. Poids, le 10 décembre : 46 kg. 600.
{Institut Pasteur de BraDcaville .)
— 333 —
Résultats éloignés du traitement dans
la trypanosomiase humaine
Par Louis MARTLN et Henri DARRL,
Depuis cinq ans et demi, nous avons pu étudier à l’hôpital Pas¬
teur 26 malades atteints de trypanosomiase humaine. Il nous a
paru Intéressant d’exposer à la Société les résultats que nous
avons obtenus en employant chez ces malades les différentes
méthodes thérapeutiques préconisées contre la maladie du som¬
meil.
Voici les divers traitements que nous avons employés : tous
nos malades ont re(;u de l’atoxyl, la plupart à faible dose (o g. 50
tous les 5 jours ou o g. 50 pendant deux jours consécutifs cha¬
que semaine), quelques-uns à doses massives (i g. par semaine
pendant 3 ou 4 semaines; 3 g. en 6 jours en 3 injections pro¬
gressivement croissantes de 0,50, i et i g. 50, en surveillant soi¬
gneusement le malade et en suspendant ensuite l’atoxyl pendant
15 jours avant de reprendre le traitement par les doses faibles).
Dans la grande majorité des cas, nous avons associé aux faibles
doses d’atoxyl continuées pendant des mois, d’autres médica¬
ments, soit l’orpiment, comme l’ont recommandé MM. Lave-
RAN et Thiroux, soit surtout l’émétique donné suivant la mé¬
thode que nous avons indiquée dans uni' note précédente (i).
«
★ *
Sur nos 26 malades, 10 ont succombé. Voici un rapide résumé
de ces dix observations:
Observation I. — Jean G..., 38 ans. Début de la maladie en 1903, entre
à l’hôpital Pasteur le 19 décembre 1904, présente de la somnolence et des
symptômes cérébraux graves (confusion mentale, délire, hallucinations, gâ-
(i) Trypanosomiase chez les blancs.
•exotique, t. I, 1908, n° 9, p. 369.
IhtUetiii (te la Société àe Pathologie
tisme). Succombe en février 1905. ■ — Traitement : injections sous-cutanées
U 'acide arsénieux ; 40 mg^.
Observation II. — Paul 28 ans. Contaminé en 1903 ou en 1904,
entre à l’hôpital Pasteur le 19 septembre 1906. Etat comateux, crises épilep¬
tiformes. Meurt de broncho-pneumonie le 25 septembre 1906. Traitement :
une injection sous-cutanée de 0,25 d’atoxyl. .
Obsekv.ation III. — Aloïs J..., 31 ans. Début en 1905. Entre à l’hôpital
Pa'steuf- le 15 'avril 1906. Présente surtout des troubles d’insuffisance car¬
diaque. Amélioration rapide par l’atoxyl. Rechute en octobre 1906. Nouvelle
amélioration par l’atoxyl. Le 16 mars 1907, première crise épileptiforme. Le
15 avril 1908, hémiplégie droite avec aphasie. Meurt en juin, 1908. — Trai¬
tement : atoxyl depuis le 5 mai 190(1 ; a reçu 34 g. 40' d’atoxyl en 23 mois
(o g. 50 tous les 10 jours, puis tous les 5 jours). A reçu, en outre, 93 cg.
d’orpiment et 58 cg. de biiodure de mercure.
Obsekv.uton IV. — Joseph B..., 31 ans. Début en août 1905. Entre à
l’hôpital Pasteur le 21 mars 1906. Amélioration rapide par l’atoxyl. Première-
rechute en septembre 1906 ; amélioration par l’atoxyl (déc. 1906). ■ En juillet
1907, apparition de troujples cérébraux (céphalée, vomissements, amblyopie) ;
amélioration par l’atoxyl combiné au biiodure de H g (déc. 1907). Nouvelle
rechute en juin 1908 : troubles mentaux. Amélioration très incomplète ; per¬
sistance de troubles psychiques. En mars 1909, légères crises épileptiformes.
Le 26 mars, crises subintrantes. Meurt le 28 mars 1909 en état de mal. —
Traitement : traité d’abord sans succès par le trypanroth et l’acide arsé¬
nieux. Atoxyl depuis le 5 juin 1906 : a reçu 47 g. 90 d’atoxyl en 32 mois-
(o g. 50 tous les 15 jours, puis i g. tous les 8 jours, enfin ,0. g. 50 tous les
5 jours). Traitement par atoxyl et émétique depuis septembre, 1908 ; a reçu
3 g. 80 d’émétique en 3 séries d’injections de o g. 10, du 25 septembre 1908
au 30 janvier 1909.
Observ.\tion V. — Pierre C..., 28 ans. Début en mai 1906. Entre à l’hô-
jiital Pasteur le 12 novembre 1906. Traité par de fortes dose.s d’atoxvh il
jiaraît guéri, retourne au Congo en septembre 1907. Présente des troubles
mentaux en janvier 1908, rentre en France en juin 1908 (confusion mentale,
pseudo-paralysie générale) ; pas d’amélioration par l’atoxyl i associé à l’émé¬
tique. Première crise épileptiforme le 7 mars 1909. Me-urt en 1909. —
Traitement ; atoxyl depuis le 14 novembre 1906. A reçu 71, , g. d’atoxyl en
35 mois (17 g. par doses de i g. et i g. 50 pendant les 4 prerhiers mois,
o g. 50 tous les 5 jours ensuite). Association de l’atoxyl à l’émétique en
septembre 1908 (3 g. d’émétique en 2 séries en septembre et, en, .novembre
1908).
Observation \T. — Eugène H..., 25 ans. Début en 1906. Amélioration
spontanée après un séjour en France. Repart au Congo en avril 1907. En
décembre 1907, troubles mentaux graves. Entre à l’hôpital Pasteur le 17 mars
1908. Amélioration rapide mais incomplète par l’atoxyl. Le i®'" juillet 1908,
crise épileptiforme suivie d’hémiplégie droite avec aphasie. Meurt le 3 mai
1909 d’hémorragie cérébro-méningée, avec inondation ventriculaire. — Trai¬
tement : atoxyl depuis le 21 mars 1908. A reçu 27 g. 70 en 13 mois. .Asso-
("iation de l’émétique à l’atoxyl le 8 octobre 1908 (2 g. 80 d’émétique en
deux séries en octobre et en décembre 1908).
Observation VIL — René S..., 27 ans. Début en avril 190(3. Entre le
24 septembre 1907. Traité par l’atoxyl jusqu’en septembre 1907. Se croit
guéri et cesse le traitement. Rechute en février 1909 (erythème, fièvre,
adénopathie) : traité par l’atoxyl du 22 février au 21 avril. Vers le milieu
d’août loof), trouhlos nerveux graves (syndrome crréhelleux, puis troul)les
mentaux). Meurt le 29 décembre 1909. Traitement : atoxyl ; Jo g. 75 de
juillet (i) à décembre 1907. 16 g. de février à août 1909. N’a pu supporter
l’émétique.
Obskrvation \T1I. — Emile Louis \'..., 29 ans. Début en juin 1905.
Traité en décembre 1906 : ingestii)n de 0,2,^ d’atoxyl tous les 2 jours pen¬
dant 2 mois. Repart ati Congo fin octobre 1907. Les accidents reparaissent
immédiatement après son arrivée. Traité par l’atoxyl, il s’améliore. En juil¬
let 190.S, céphalée, somnolence, inaptitude au travail intellectuel. Entre à
''hôpital Pasteur le 13 of'tobre 1908 ; traité par l’atoxyl, puis par l’éméti¬
que. Le 28 janvier 1909, ictus apoplectique, signes d’encéphalite aiguë.
.Meurt le 29 janvier 1909. — Traitement : atoxyl depuis le 19 novembre 1907.
.'\ reçu 30 g. 50 en 14 mois (0,50 deux fois ])ar semaine, puis tous les 5 jours).
Emétique associé à l’atoxyl depuis octobre 1908 (3 g. 20 d’émétique en 3 sé¬
ries en octobre, décembre 1908 et janvier 1909).
Obskrv.atiox IX. — Pierre C..., 39 ans. Début en mars 1908. Entre à
l’hôpital Pasteur le 12 juin 1908. Rajndement amélioré j)ar l’atoxyl et sur¬
tout par l’émétique. Le 19 mars 1909, il est ])ris brusquement de paraplégie
flasque avec troubles sphinctériens. Il meurt le 26 avec les signes d’une para¬
lysie ascendante aiguë de L.axdry. .Avait contracté la sy])hilis à 19 ans. Trai¬
tement : atoxyl depuis le 14 mai 1908 (28 g. en 10 mois, injections de 0,50
tous les 5 jours), himétique associé à l’atoxyl depuis sei)tembre 1908 (4 g. 30
en 3 séries en .septembre, novembre 1908 et janvier 1909).
Ob.serv.\tk)N X. — Louis 1)..., 28 ans. Début en avril 1907. Début du
traitement par l’atoxyl en décembre 1907. Continue jusqu’en juin 1908. .Se
croit guéri. Entre à l’hôpital le 5 mars 1909 : rechute avec érythème cir¬
ciné, L 6 tombe dans le coma; meurt le 8 mars 1909, de méningite céré¬
bro-spinale à méningocoejues.
.Sur re.s 10 mal<'ule.s, 2 .sont morts sans avoir été traités (Obs. 1
et II): un autre est mort ch* méningite eérébro-spinale épidémi-
([tie (Obs. X); un autre, enfin, a siu'eombé après .avoir présenté
des accidents de parai vsie a.scendante aiguë citii ne peuvent être
rapportés avec certitude à la trvpanosomiase et ([tu sont peut-être
la conséquence de la syphilis dont ce malade avait été atteint
vingt ans atij^aravant (Obs. IX). Nous devons donc éliminer ces
4 observations de notre statistique, puisque les 2 premiers ma¬
lades n’ont pas subi tin trait(mient sid’fisamment prolongé et (jue
les 2 derniers sont morts d’affections intercurrentes.
Par conséquent, sur les 24 malades que ikaus avons pu traiter
pendant de longs mois, 6 ont été emportés par des accidents
dus à la trypanosomiase, c'e C[ui donne la forte proportion de
25 pour 100 de décès.
Analysons ces 6 observations. L’un de ces malades a com-
(i) Chez un grand nombre de nos malades, les premières injections d’ato¬
xyl ont été pratiquées au laboratoire de Rrazzaville,
— 3^6 —
menré à etre traité à un nioment où il présentait déjà de graves
accidents cérébraux, 2 ans au moins après le début de la mala¬
die ; les accidents se sont améliorés temporairement; mais mal¬
gré un traitement intensif, le malade a succombé 14 mois plus
tard (Obs. VI).
Tous les autres ont commencé le traitement par ratox}d alors
Cju’ils ne présentaient aucune manifestation cérébrale grave; mais
chez tous ces malades, l’infection avait atteint cepenclant les cen¬
tres nerveux, comme l’ont prouvé tantôt la constatation directe
des trypanosomes dans le liquide céphalo-rachidien, tantôt l’exis¬
tence dans ce liquide d’une lymphocytose généralement très dis¬
crète, mais toujours très nette, symptôme d’une très grande va¬
leur qui traduit la réaction des méninges irritées par la présence
des parasites au niveau du névraxe.
Faisons remarquer que l’un de ces 5 malades a suivi le traite¬
ment d’une façon très irrégulière et manifestement insuffisante
(Obs. Vil), que les 4 autres ont été traitées tardivement, 2 ans
(Obs. VUl), un an (Obs. III), 10 mois (Obs. IV), 6 mois (Obs.
V), après le début de la maladie. Peut-être un traitement mieux
suivi ou institué d’une façon plus précoce aurait-il pu, dans ces
cas, enrayer la marche des accidents.
D’ailleurs, chez ces divers malades, le traitement par l’atoxyl
et par l’émétique n’a pas été absolument inefficace. Nous avons
la conviction que, sous l’influence de cette thérapeutique, la du¬
rée de la maladie a été véritablement augmentée. A maintes re¬
prises nous avons pu noter des améliorations indiscutables. Tou¬
tefois, dès cpie les accidents cérébraux graves ont fait leur appa¬
rition (crises épileptiformes, hémiplégie, troubles mentaux), l’ac¬
tion du traitement est devenue très faible ou nulle.
« *
Les 16 malades qui sont vivants actuellement doivent être ran¬
gés en diverses catégories.
Un premier groupe comprend 2 malades qui sont arrivés ac¬
tuellement à une période très avancée de leur affection. Voici
leur observation très résumée:
Observation XI. — Marcel M..., 30 ans. Début de la maladie en février
1906. Entre à l’hôpital Pasteur le 26 septembre 1907. Est traité par l’atoxyl
et sort très amélioré le 6 novembre 1907. Cesse le traitement. Le 12 septem¬
bre 1908, première crise d’épilepsie jacksonnienne, avec troubles mentaux ;
traité à Besançon par l’atoxyl et l’émétique, il s’améliore ; il cesse le traî-
tement en décembre 1908. Le 2:; février 1909, deuxième crise épileptiforme ;
entre à l’hôpital Pasteur le 19 mars 1909, présente des troubles mentaux
nets mais légers. Il s’améliore considérablement par l’atoxyl, quitte l’hôpi¬
tal le 23 juin 1909, conservant des troubles mentaux légers. — Traitement :
atoxyl depuis le 24 juillet 1907 (4 g. 25 de juillet à novembre 1907 ; 10 g. 50
de février 1909 à juin 1909). A reçu également 2 séries d’injection d’éméti¬
que de septembre à novembre 1908.
Observation XII. — Léopold B..., 36 ans. Le début de la maladie, dif¬
ficile à préciser, remonte certainement à plusieurs années (1906 ou 1905). En¬
tre à l’hôpital Pasteur le 4 novembre 1908, n’ayant jamais été traité. Symp¬
tômes classiques sans manifestations nerveuses. Traité par l’émétique asso¬
cié bientôt à l’atoxyl, il s’améliore rapidement. Mais le ii décembre 1908,
17 jours après la cessation des injections d’émétique, apparaissent de nou¬
veaux accidents (fièvre, érjthème), bien que le traitement par l’atoxyl ait
été continué (o g. 50 tous les 5 jours). Ces accidents cessent rapidement
après une seconde série d’injections d’émétique. Il quitte le service le 10 mai
1909. Nous le suivons encore du 26 mai au 5 juillet ; Il ne présente aucun
accident. En septembre 1909, apparition des accidents nerveux (fourmille¬
ments, contracture du membre sup. gauche). Amélioré par une nouvelle sé¬
rie d’émétique. En janvier 1910, il est pris d’un ictus apoplectiforme qui dure
plusieurs jours. En mars 1910, nouvel ictus apoplectiforme extrêmement gra¬
ve. Amélioration considérable par une série d’injections intra-veineuses d’émé¬
tique d’aniline. Le malade conserve cependant des troubles mentaux et so¬
matiques importants. Traitement : atoxyl associé h l’émétlque : émétique :
6 g. 45, soit 1,50 en novembre 1908 ; 0,70 en décembre 1908 ; 1,50 en jan¬
vier 1909 ; 1,25 en septembre 1909. Emétique d’aniline 1,50 en mars 1910. —
Atoxyl 127 g. 50 en 16 mois, dont 22 g. de novembre 1908 à mai 1909. A
reçu, en outre, 2 g. d’arsénophénylglycine.
Nous avons donc observé chez ces deux malades des accidents
cérébraux de la plus haute n^ravité. Mais nous ferons remarcjuer
que chez le premier, le traitement a été très irrégulièrement suivi
et très insuffisant surtout pendant la première année (Obs. XI);
chez le second, le traitement a été institué tardivement, le dia¬
gnostic de trypanosomiase n’ayant été posé que 2 ou 3 ans après
le début de la maladie. Et, cependant, chez ces 2 sujets, l’évo¬
lution est beaucoup moins rapide que chez les malades dont nous
avons rapporté plus haut les observations (Obs. III, IV, V, VII).
Or, chez ces 2 sujets, nous avons emplové les injections intra¬
veineuses d’émétique concurremment avec l’atoxyl dès l’appari¬
tion ou avant l’apparition des accidents nerveux, tandis que chez
nos premiers malades, le traitement par l’émétique n’a pu être
employé ou n’a été institué que longtemps après le début des
accidents cérébraux. Bien plus, l’un de ces sujets (Obs. XII) peut
être considéré comme appartenant au groupe des malades insen¬
sibles à l’atoxyl, dont nous avons pu observer 3 exemples: mal¬
gré l’atoxyl, il a pré.senté des érythèmes et de la fièvre, qui étaient
— 338.
dus manifestement aux IrN'panosomes ; ces accidents ont rapide¬
ment cédé sous l’influence de réméticjue.
Nous devons mentionner particulièrement l’effet remarquable
de l’émétique d’aniline chez ce dernier malade. A la suite d’un
ictus apoplectique qui a failli l’emporter, il s’est remis avec une
rapidité surprenante sous l’influence de ce médicament, qui nous
a paru parfaitement toléré, et dont l’activité a été égale à celle de
l’émétique ordinaire, bien que nous l’ayons employé suivant la
même méthode et aux mêmes doses (o gr. lo par jour pendant
15 jours c(jnsécutifs).
Ces deux observations sont donc intéresstmtes et montrent bien
la grande valeur thérapeuticpie des diverses variétés d’émétique
dans la maladie du sommeil. Malheureusement, l’action de l’émé¬
tique et de l’titoxyl s’épuise ^ute dans ces formes graves, tcardive-
ment traitées; ils ne peuvent détruire les trvpanosomes : tout
porte à croire que dtins ces deux ctis, la maladie poursuivra son
évolution fatale.
Xotis rangeons dans un second groupe i(t malades, chez les¬
quels il nous est impossible actuellement d’établir le pronostic.
6 d’entre eux sont dans un état de santé en apptirence parfait.
Un de ces malades avait des accès de somnolence au moment oti
nous l’avons observé pour la première fois; un tiutre a présenté
des accidents médullaires sévères; les 4 autres n’ont eu aucune
manifestation nerveuse importante. 'Fous ont été rapidement amé¬
liorés, soit par l’atoxyl seul, S(3it pcur l’association de l’émétique
à l’atoxvl ; ntcais nous ne les avons pas suivis pendant un temps
suffisamment long pour pouvoir affirmer qu’ils sont en voie de
guérison.
A côté de ces malades, dont l’état est excellent et qui sem¬
blent devoir guérir, nous plaçons 4 autres sujets, dont la santé
est moins satisfaisante: 2 d’entre eux ont eu des rechutes fébriles
avec trypanosomes dans le sang malgré un traitement intensif
par l’atoxyl et par l’émétique; les deux autres présentent
des svniptômes ('érébraux légers (céphalée, inaptitude au travail
intellectuel, amnésie), qui indiquent l’atteinte des centres encé¬
phaliques et qui doivent faire réserver fortement le pronostic.
Mais toutes ces observations devront être suivies encore pendant
de longs mois avant c{u’on puisse en tirer des conclusions vrai¬
ment instructives.
11 n’en est pas de même pour les quatre observations que nous
avons rangées dans le troisième groupe. Nous croyons qu’on peut
considérer ces malades comme guéris, autant du moins qu’il est
actuellement possible de le faire lorsqu’il s’agit de sujets atte'nts
d’une affection comme la trypanosomiase, dont l’évolution est
parfois si capricieuse et dont les rémissions peuvent être si pro¬
longées.
Voici le résumé de ces observations:
Observation XIII. — Henri William V. d. M..., 30 ans. Début de la
maladie en mai 1906 ; en octobre 1906, somnolence, attaques de sommeil.
Entre à l’hôpital Pasteur le 17 janvier 1907 : somnolence presque conti¬
nuelle ; nombreuses attaques de sommeil. Traité par l’atoxyl à haute dose,
il se remet rapidement et quitte l’hôpital, le 17 avril 1907. En septembre
1907, il présente des troubles visuels graves dus à l’atoxyl ; ces troubles
s’améliorent lentement. Il a cessé le traitement depuis août 1907. En jan¬
vier 1908, il était en parfait état. Il s’est marié, est parti aux Indes et est
encore bien portant. — Traitement : atoxyl : a reçu 14 g. en 7 mois et demi ;
du 20 janvier au 20 février, pendant le premier mois de traitement, a reçu
7 g. 50 d’atoxyl (par doses de i g.).
Observation XIV. — Marcel S..., 22 ans. Début en avril 1906. En sep¬
tembre, symptômes de myélite diffuse avec paraplégie. Amélioration rapi¬
de par l’atoxyl, puis par un traitement mixte atoxyl-orpiment. Est actuelle¬
ment en excellent état. — Traitement : atoxyl depuis le 23 mars 1907. A
reçu 71 g. 50 d’atoxyl en 36 mois (o g. 50 tous les 5 jours) ; o g. 7 d’or¬
piment en décembre 1907.
Observation XV. — Henri B..., 28 ans. Début en juin 1907. Pas de
symptômes nerveux graves. Début du traitement le 12 novembre : atoxyl,
0,50 ; 0,75 ; I g. ; puis o g. 50 tous les 5 jours jusqu’au 9 septembre 1908.
A reçu en outre de l’orpiment en décembre 1907, janvier k)o8, mars, avril
mai, juin ic)ü8. Cesse alors tout traitement. Etat excellent depuis.
Observation X\T. — Jean K..., 35 ans. Début en avril 1907. Pas de symp¬
tômes nerveux. Début du traitement par l’atoxyl le 10 novembre 1907. Mal¬
gré un traitement régulièrement suivi, sans interruption (0,50 tous les
5 jours), poussées fébriles avec trvpanosomes dans le sang. On associe à
l’atoxyl l’émétique le 14 septembre 1908. Depuis ce moment, disparition com¬
plète des accidents. Santé excellente actuellement.
De ces 4 malades, un a présenté des troubles cérébraux gra¬
ves, puisqu’il était arrivé à la période de somnolence; un autre
a eu des accidents médullaires sévères; chez les 2 autres, on n’a
noté aucun svmptôme nerveux inquiétant. l'ous ont été très rapi¬
dement améliorés. Le premier a été traité uniquement par l’ato-
xyl ; mais il a reçu des doses fortes à intervalles très rappro¬
chés ; chez ce sujet, nous sommes arrivés aux limites de la tolé¬
rance de l’organisme, et nous avons vu survenir des accidents
oculaires très sérieux, qui ont disparu depuis (Obs. XllI). 2 au-
très ont été traités par l’atoxyl associé à l’orpiment, et malgré les
faibles doses d’orpiment employées, les résultats ont été très sa¬
tisfaisants (Obs. XIV et XV). Le dernier, enfin, était insensible
à l’atoxyl ; les accidents (érythèmes, fièvre) ont rapidement cédé
et définitivement disparu, lorsque nous avons associé l’émétique
à l’atoxyl.
Tous ces malades sont actuellement en parfaite santé; depuis
de longs mois et même des années, ils n’ont présenté aucun phé¬
nomène pathologique. 2 d’entre eux ont définitivement cessé tout
traitement, l'un depuis plus de deux ans (Obs. X\^), l’autre de¬
puis bientôt 3 ans (Obs. XIII). Ces résultats sont-ils suffisants
pour (ju’on puisse prononcer, le mot de guérison? Nous en som¬
mes con\'aincus, sans pouvoir l’affirmer d’une façon certaine.
Ouoiqu’il en soit, ces malades doivent être surveillés de très près
pendant de longues années.
*
« «
hhi résumé, les résultats que nous avons obtenus sont, somme
toute, assez satisfaisants; sur 22 malades, 6 sont morts, 2 sont
dans un état très grave; chez 4 autres le pronostic est encore
incertain mais l’affection [jeut guérir; 6 malades sont en parfait
état et tout porte à croire qu’ils guériront; 4 enfin peuvent être
considérés comme guéris. Sans doute, ces' résultats auraient été
bien meilleurs, si certains de nos malades avaient suivi le traite¬
ment d’une façon plus régulière et surtout s’ils avaient été trai¬
tés d’une façon précoce, dès les premières semaines de la ma¬
ladie.
Le traitement par l’atoxyl reste le traitement fondamental de la
trypanosomiase humaine; il peut suffire à guérir les formes légè¬
res et même certaines formes graves, mais il est souvent néces¬
saire d’employer de fortes doses (r g.), qui exposent les malades
à de sérieux accidents oculaires. Aussi nous paraît-il préférable
d’employer des doses plus faibles (o g. 50 tous les 5 jours) et de
renforcer l’action de l’atoxyl en lui associant d’autres médica¬
ments; soit l’orpiment, qui nous a donné de bons résultats dans
deux cas, soit surtout l’émétique (tartre stibié ou émétique d’ani¬
line) (i). Le traitement associé par l’atoxyl et par l’orpiment con-
(i) Nous ne pouvons encore indiquer, en nous basant sur nos propres ob¬
servations, lequel de ces deux médicaments doit être employé de préférence.
vient surtout aux formes légères ; il peut être faeilement appliqué
dans tous les milieux, ce qui le rend particulièrement précieux
pour la pratique coloniale. Le traitement associé par l’atoxyl et
par l’émétique nous paraît être à l’heure actuelle celui qui donne
les meilleurs résultats tardifs ; il est le seul applicable dans les
formes graves, dans les formes récidivantes ou chez les malades
cjui ne réagissent pas à l’atoxyl ; nous aurions tendance à l’em¬
ployer dans tous les cas de trypanosomiase, du moins chez les
Européens.
Tel est l’exposé de nos résultats. Dans cette note, nous nous
sommes bornés à les indiquer; dans une prochaine note, nous
développerons les intéressantes considérations générales qu’ils
comportent.
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treatment of the presuppurative stage with Ipecacuanha.
— A second Season’s expérience of hypertonie transfusions in cho¬
iera controlled by observations on the blood changes.
— Is seven day fever of indian ports only sporadic dengue.
— The results of ségrégation of cases and moving from infected sites.
— A common sporadic seven day fever of indian ports simulating
dengue.
— (ileanings from the Calcutta post morten records. 2 brochures.
— The early diagnosis and cure of the presuppurative stage of amœ-
bic hepatitis.
— Vaccin treatment of Kala-azar.
— l'he variations in the pressure and composition of the blood in
choiera ; and their bearing of the success of hvpertonic saline
transfusion in its treatment.
— The prévention of tropical abscess of the liver by the early dia¬
gnosis and treatment of the presuppurati\'e stage of amœbic
hepatitis.
— The treatment of choiera by injections of hypertonie saline solu¬
tions, with a simple and rapid method of intraabdominal admi¬
nistration.
The journal of Tropical medicinc and hygiène, n'' S et g,
15 avril et 2 mai igio.
Bulletin médical de Constantinople, n°' i. 2*’ année.
Transactions of the Society of tropical Medicine and Hygiene,
avril 1910, t. 111, n" 6,
Sanidad y Beneficencia, t. 111, n“ i et 2.
Sleeping sickness bureau, t. II.
16. — The human trypanosomiasis of Brazil.
Means whereby tsetse may be repelled or trapped.
Mode of action of atoxyl.
Treatment of surra.
Treatment of sleeping sickness.
Changes in virulence the resuit of passage.
Trypanosomiases of animais.
The staining of living trypanosomes.
Action of ultra-violet rays of trypanosomes.
O O
— mH-"’
Archiv für Schiffs- iind Tropen-Hygiene, t. XIV.
N° 8. — Peiper. Ueber Saug^lig'sstcrblichkeit und Sauçlingsnahrunj^ in
Bezirke Kilwa (Deutsch Ost Afrika).
N® 9. — A. Austregesilo. Ueber Infektionspsychosen in den Tropenlan-
dern. •
Peiper. Zweitér Bericht über die Behandlung von Leprakranken
mit Nastin Bj^ und B,.
Von Rômer. P'^eber ein P'all von Sparganiim ynansoni.
Amtshhiit fiir das Schiitcgcbict Togo, n° ii, 2 marS' 1910.
ZupiTZA et VON R.wen. Bericht über die Tatigkeit d'er Schlàfkrankheits-
kommission in Togo für die Zeit von i Juli be 30 september. 1909.'
A. Castellani et A. J. Chalmers. Manual of Tropical Medi-
cine. Londres, Baillière, 'l'ixnAi. et Cox, i vol. relié,
xxx-1242 pages, 373 fig., planc'hes ('olpriées.
I
Liste des échanges
American vSociety of Tropical Medicine.
A7inals of Tropical Medicine and Parasitolooy (Liverpool).
Arcliiv jür Schiffs und Tropenhygiene.
Archivos de Hygiène e Pathoogia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Real Instiiuto Bacteriologico Cainara Paslana.
Jiiilleiin of ihe Sleeping Sickiiess Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-l ndie.
Journal of Tropical Medicine and Hvgienc.
Lejjra.
Memorias do Instituto Os%valdo Cru:; (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Revue scientifique.
Sanidad y Beneficiencia (La Havane).
Studies fro7n the Zoological Lahoratory, d'iie Lniversity of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiène
(Londres).
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET C<».
'Z
Tome III.
[910
\UL 1910
No 6.
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BULLETIN
de la Société
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Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 8 juin 1910
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Années 1908 et 1909 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 6
Séance du 8 juin 1910
Pages
Au sujet du Procès-verbal de la dernière séance . 345
CORRESPONDANCE
Lettres du Ministre de l’Intérieur et du Gouverneur Général de l’Algérie
au sujet de l’envoi des troupes noires du Sénégal en Algérie . . . 346
Décès de R. Koch . 348
COMMUNICATIONS
L. Bertrand. — Contagion de la lèpre. Discussion . 415
V. Brochard. — L’Elephantiasis araburn aux îles Wallis et la théorie
filarienne . 401
Ch. Broquet. — Contagion delà lèpre. Discussion . 414
E. Brumpt. — Sur quelques particularités morphologiques et physiolo¬
giques des trypanosomes . 366
E. Chatton. — A propos de Rynchomonas luciliœ Patton. Flagellé
parasite de la Lucilie sérénissime . 363
S. T. Darling. — Equine trypanosomiasis in the canal zone . 381
(jRANJUX. — Introduction des troupes noires en Algérie. Discussion . . 411
Jeanselme. — Contagion de la lèpre. Discussion . 414
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Pages
A. Laveran. — Introduction des troupes noires en Algérie. Discussion. 411
id. Contagion de la lèpre. Discussion. Nomination d’une
commission . 415
Le Dentu. — L’hérédité et la contagion à la léproserie de la Desirade . 412
C. Levaditi et Mc Intosh. — Mécanisme de la création de races de
trypanosomes résistantes aux anticorps . : . 368
C. Levaditi et S. Mutermii.ch, en collaboration avec Comandon. —
Mécanisme de la phagocytose des trypanosomes. Démonstration ci¬
nématographique . 365
C. Levaditi et Stanesco. — Immunisation des spirilles par action des
anticorps in vitro . 353
G. Martin et Ringenbacii. — Essais de traitement de la trypanosomiase
humaine . - . 386
Louis Martin et Darré. — Remarques sur l’évolution et le pronostic de
la. trypanosomiase chez les blancs . 389
Ugo Mello. — Un cas de Toxoplasmose du chien observé à Turin . . 359
C. Mathis et M. Léger. — A propos de la présence des bactéries am}--
lozymes dans les fèces des béribériques . 352
F. Mesnil. — Sur l’identification de quelques trypanosomes pathogènes. 376
id. Résumé français de la note de Darling . 385
L. Nattan-Larrier. — Contagion de la lèpre. Discussion . 415
Niclot. — A propos d’un cas de filariose, Microjilaria bancrofti . . . 399
PoTTEViN. — Contagion delà lèpre. Discussion . 415
Teppaz. — Un cas de rage du chien au Sénégal . 351
Thiroux. — Sur l’examen des tirailleurs sénégalais envoyés en Algérie. 409
Thiroux et d’ANFREViLLE. — L’émétique d’aniline dans la filariose . . 407
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Troisième année
1910
No 6
13ULLETIN
DE LA
Société de Patt)ologie exotique
SÉANCE DU 8 JUIN igiO.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Au sujet du procès-verbal de la dernière séance
M. Granjux. — Le procès-verbal dit que mou amendement a
été repoussé. C’est le contraire qui a eu lieu, car il à été accepté
par 6 voix contre 3. Je demande donc que cette rectification soit
faite au procès-verbal.
M. Douter. — J'ai sous les yeux le brouillon qui m’a servi à
rédiger le procès-verbal. J’y vois rayé le résultat d’un premier
vote (6 voix pour, 1 voix contre). Ce vote a été annulé, sur la
proposition de AI. le Président, et un 2® vote a été décidé. C’est
ce 2® vote cpii a donné 5 voix pour et 10 voix contre l’amende¬
ment de Al. Granjux. Le procès-verbal rend donc exactement
compte de ce qui s’est passé à ce sujet à la dernière séance.
Le Président. — Il y a eu deux votes au sujet de l’amende¬
ment de AI. Granjux. Lors du jDremier vote, le nombre des abs¬
tentions a été si grand que je me suis demandé si la question
avait été bien posée et bien comprise et cjue j’ai proposé de re¬
commencer le vote. Personne n’a protesté contre cette manière
de faire et AL Granjux lui-même a paru, par son silence, adhé¬
rer à ma proposition. J’ai donc, après de nouvelles explications,
24
346 —
remis la question aux voix. Le nombre des abstentions a été pres¬
que aussi grand que la première fois et l’amendement de
AI. Granjux a été repoussé. Après ces deux épreuves et les ex¬
plications que j’avais données, il n’était pas possible de recom¬
mencer une troisième fois le vote. Contrairement à ce que sem¬
ble croire AI. Granjux, les choses se sont passées d’une façon
très régulière. Si beaucoup de nos Collègues se sont abstenus
lors des deux votes, cela tient sans doute à ce qu’ils se sont désin¬
téressés d’une question qui leur a paru être sans importance. 11
s’agissait, en effet, de savoir si, pour la recherche de l’ankjdosto-
miase et de la bilharziose, on indiquerait ou non que l’examen
des fèces et des urines devait être fait ; or, il n’v a pas d’autres
moyens de diagnostic de ces maladies.
Correspondance
Le Président. — J’ai reçu de AL le Alinistre de l’Intérieur,
Président du Conseil, et de AI. le Gouverneur général de l’Algé¬
rie les lettres suivantes :
Paris, le 7 juin igio.
Alonsieur le Président,
Par lettre du 13 mai courant, vous avez bien voulu appeler
mon attention sur le vœu exprimé par la Société de Pathologie
exotique, relativement aux précautions sanitaires à prendre à
l’occasion de l’envoi des troupes noires du Sénégal en Algérie.
J’ai l’honneur de vous faire connaître que ce vœu, qui m’avait
été déjà signalé par AL le Gouverneur général de l’Algérie, vient
de recevoir pleine satisfaction au départ du Sénégal et à l’arri¬
vée en Algérie d’un premier contingent de tirailleurs affectés à
la Division d’Oran.
Agréez, Alonsieur le Président, l’assurance de ma considéra¬
tion très distinguée.
Pour Je Président du Conseil
Ministre de l’Intérieur et des Cultes,
Le Secrétaire général .
- 347 —
Alger, le 31 mai 1910.
Le Gouverneur général de l’Algérie à Monsieur
le Docteur Laverax, Président de la Société
de Pathologie exotique.
Monsieur le Président,
J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre du
15 mai, par laquelle vous avez bien voulu appeler mon attention
sur les dangers que l’arrivée des troupes noires pourrait faire
(ourir à l’état sanitaire de l’Algérie. J’ai pris connaissance des
conclusions cpie, sur un rapport de M. le Docteur KermorG/VNT,
la Société de Pathologie exotique avait formulées dans sa séance
du ir mai.
‘ Je vous remercie bien vivement de cette communication.
Mon administration s’était préoccupée des mesures à prendre
pour empêcher l’introduction en Algérie des maladies exotiques
qu’auraient pu apporter les Sénégalais et leur famille; vous pour¬
rez lire dans le N° 103 du Bulletin sanitaire de l’Algérie, que je
vous adresse ci-joint, les rapports des médecins qui ont été char¬
gés de la visite et de l’examen des troupes noires avant leur dé¬
part, en cours de traversée et à leur arrivée à Oran.
Veuillez croire. Monsieur le Président, à mes sentiments de
haute considération.
Pour le Gouverneur général:
Le Secrétaire général du Gouvernement.
Le numéro du Bulletin sanitaire de l’Algérie, joint à la lettre
de M. le Gouverneur général, contient les Rapports de MM. les
docteurs Tardif et Thiroux, cpii ont été chargés de l’examen
médical des tirailleurs sénégalais du bataillon d’Algérie, soit à
Dakar, soit pendant la traversée de Dakar à Oran, et le rapport
du docteur Bregeat, directeur de la Santé à Oran, qui a visité
les tirailleurs, leurs femmes et leurs enfants à l’arrivée à Oran.
Tl résulte de ces documents que des mesures sanitaires ont été
prescrites, mais que ces mesures ont été très incomplètes et beau¬
coup trop tardives. L’examen des tirailleurs, de leurs femmes et
de leurs enfants, fait à Dakar, a été si imparfait que notre Col¬
lègue, M. le D’’ Thiroux, chargé de compléter cet examen pen¬
dant la traversée de Dakar à Oran, a trouvé 163 porteurs de chi¬
ques qu’il a fallu déchiquer à bord, 8 cas de filariose et 2 cas de
- 348 -
lèpre. Aucune recherche ne pouvait être faite dans ces conditions
au sujet de l’ankylostomiase ni de la bilharziose.
M. le D"" Bregeat conclut c}u’il serait indispensable à l’avenir
de faire subir 15 jours d’observation à terre avant l’embarcpie-
ment, afin de laisser le temps aux médecins de faire tous les exa¬
mens nécessaires.
Cette conclusion s’impose.
Notre Collègue, M. le D'’ Thiroux, cpii a accompagné le
bataillon sénégalais de Dakar à Oran et qui est aujourd’hui par¬
mi nous, voudra bien nous communiquer, tout à l’heure, les ob¬
servations c^u’il a pu faire au cours de cette mission.
Mort de Robert Koch
Le Président. — Le professeur Robert Koch, membre hono¬
raire de notre Société, a succombé le 27 mai, à Baden-Baden.
La mort de cet illustre Collègue est une grande perte pour la
science médicale aux progrès de laquelle il a travaillé pendant
40 ans avec une si belle activité et un si grand succès.
Robert Koch était originaire du Harz; il était né le ii dé¬
cembre 1S43 dans la petite ville de Clausthal. B avait fait ses
études médicales à Gœttingue, de 1862 à 1866.
D’abord assistant à l’hôpital général de Hambourg, puis mé¬
decin à Rackwitz, dans la province de Posen, R. Koch obtient
en 1872, à Wolstein, une place de chimiste, et c’est à Wolstein
qu’il commence les recherches bactériologiques qui devaient le
rendre célèbre. Deux mémoires sur l’étiologie du charbon et sur
les infections consécutives aux traumatismes attirent l’attention
sur le jeune savant qui, en 1880, est appelé à Berlin, comme
membre du Bureau impérial d’hygiène. Avec Lœffler et Gaff-
KV pour assistants, R. Koch entreprend des recherches sur la
désinfection et il perfectionne la technique bactériologique créée
par Pasteur, notamment en imaginant les cultures sur milieux
solides.
En 1882, R. Koch publie ses recherches sur la tuberculose, il
— ^49 -
décrit le bacille qui porte son nom; il montre que ce bacille, en
culture pure, est capable de produire la tuberculose.
En 1883, R, Koch est désigné comme chef de la mission alle¬
mande qui va étudier le choléra, en Egypte d’abord, puis aux In¬
des. Au cours de cette m,ission, il découvre et décrit (1884)
bacille virgule ou vil^rion, qui est l’agent de ces terribles épidé¬
mies cholériques, si justement redoutées; il fait connaître aus-.j
la biologie du bacille et son mode de propagation presque exclu¬
sivement hydrique; ces données serviront désormais de base à
la police sanitaire du choléra et permettront d’arrêter beaucoup
d’épidémies cholériques.
Ainsi, à deux ans d’intervalle, R. Koch découvre les agents
de ces deux fléaux de l’humanité: la tuberculose et le choléra.
A son retour en Allemagne, R. Koch reçut une dotation de
100.000 marcs qu’il avait bien méritée.
En 1885, R. Koch est nommé professeur à la Eaculté de mé¬
decine de Berlin, Conseiller médical privé et Directeur de l’Ins¬
titut d’hygiène qui vient d’être créé. *
La libéralité avec lacpielle R. Koch a toujours été aidé dans
ses recherches et récompensé, fait grand honneur au Gouverne¬
ment impérial allemand.
En 1890, R. Koch communique au dixième Congrès interna¬
tional de médecine ses premières recherches sur la tuberculine et
cette communication a un immense retentissement. Les grandes
espérances que le nouveau remède avait fait naître chez les mé¬
decins, comme chez les malades, ne se réalisent pas et la tuber¬
culine, après avoir été trop vantée, tombe dans un discrédit im¬
mérité.
La découverte du principe actif extrait des cultures du bacille
tuberculeux était, en réalité, des plus importantes ; il est aujour¬
d’hui démontré que la tuberculine, employée prudemment, fournit
un excellent moyen de diagnostic précoce de la tuberculose chez
l’homme ou chez les animaux; bon nombre de médecins pensent
même que, administrée à très petite dose, elle peut rendre de
grands services au point de vue thérapeutique.
En 1891, R. Koch est nommé Directeur du nouvel Institut
pour les maladies infectieuses, et Professeur honoraire de la Fa¬
culté de médecine de Berlin.
En 1896, R. Koch part pour l’Afrique du Sud, à la tête d’une
mission qui étudie la Peste bovine et la Piroplasmose bovire.
— 3bo —
Peu après son retour en Europe, R. Koc'H est désigné comme
chef d’une mission chargée d’étudier le Paludisme en Italie et
dans les pays tropicaux.
En 1904, R. Koch, au cours d’une nouvelle mission dans l’Est
africain allemand, étudie la Piroplasmose bovine connue sous le
nom de Fièvre de la Côte Est ou de Piroplasmose bacilliforme
et la Tick fever ou Typhus récurrent africain.
En 1905, le Prix Nobel de Physiologie et de Médecine est attri¬
bué à R. Koch, pour ses recherches et ses découvertes concer¬
nant la tuberculose.
Au printemps de 1906, R. Koch part de nouveau pour l’Est
africain à la tête d’une mission qui est chargée d’étudier les me¬
sures à prendre pour arrêter dans sa marche envahissante la ma¬
ladie du sommeil.
Ees résultats des travaux de la mission allemande de la mala¬
die du sommeil, très intéressants surtout au point de vue de l’évo¬
lution du Trypanosom a gam biens e chez la Glossina palpalis, ont
fait l’objet d’un Rapport qui a été publié en 1909.
Ea simple énumération que je viens de faire des principaux
travaux de R. Koch peut se passer de commentaires ; la gran¬
deur de l’œuvre accomplie s’impose à notre admiration. Ee nom
du bactériologiste qui a découvert le bacille de la tuberculose
et le vibrion cholérique ne tombera jamais dans l’oubli. Notre
illustre et très regretté Collègue aurait pu dire avec un grand
poète: exegi monuinentuni aere perenniiis.
— 33i —
COMMUNICATIONS
/ Un cas de rage du chien au Sénégal
Far !.. TEPPAZ.
Jusqu’à ce jour aucun cas de rage expérimentalement démontré
n’avait été constaté au Sénégal, il est même de croyance géné¬
rale que cette affection n’existe pas dans cette colonie, Cazalbou
a constaté un cas au Soudan {Notes de pathologie exotique, p. 91)
mais l’inoculation d’épreuve n’a rien indiqué, le chien inoculé
étant mort 3 jours après. Nous avons eu à examiner le cadavre
d’un chien suspect qui a donné la rage à deux lapins dans les
conditions suivantes: le 7 avril, un chien errant présentant un
aspect particulier parcourt les rues de Sakal, station et village de
la ligne du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, et mord plu¬
sieurs de ses congénères et un garde de police indigène. Celui-ci
se met à la poursuite du chien et réussit à le tuer. Le cadavre est
expédié au laboratoire de bactériologie de l’A.O.F., à Saint-
Louis, et autopsié sous la direction de M. le médecin-major Thi-
Roux, directeur du laboratoire. Le cerveau en bouillie ne permet
pas de constater de lésions intéressantes. Un fragment de bulbe
est prélevé et injecté, le 8, dans la chambre antérieure de l’œil
d’un jeune lapin. Le 25, ce lapin présente des troubles paralyti¬
ques caractéristiques et, le 27, il meurt (19 jours après l’inocula¬
tion).
Un fragment de bulbe de ce lapin est injecté le même jour à
un second lapin (adulte). Celui-ci présente des symptômes vagues
le 19 mai et meurt le 20 paralysé (24 jours après l’inoculation).
Ce chien suspect était enragé. Depuis le 7 avril, aucun nou¬
veau cas de rage du chien n’a été signalé dans la région traver¬
sée par le chien, probablement parce que tous les chiens connus
ayant été mordus ont été abattus aussitôt et aussi à cause de la
durée de l’incubation de la rage chez le chien, durée qui peut
atteindre 3 mois et plus.
352 —
A propos de la présence des bactéries
amylozymes dans les fèces des béribériques (i)
Par C. MATMIS et M. LEGER.
Très intéressés par la récente communication de M. Le Dan-
'l EC (2), nous nous sommes empressés de rechercher dans les sel¬
les de ic béribériques pris au hasard, la présence des bactéries
amvlozymes cju’il a signalées.
Bien qu’ayant suivi scrupuleusement la technique indiquée par
l’auteur pour la préparation des tubes de culture avec des grains
de riz blanc et pour leur ensemencement, nous n’avons constaté,
après 24 heures de séjour à l’étuve, aucun dégagement de fines-
bulles gazeuses. Au bout de 48 heures, il n’y avait toujours pas
de dégagement gazeux.
Nous avons toutefois procédé à l’examen sur lame, d’après la
méthode de M. Le Daxtec, et du sédiment et du liquide trouble
de culture. Nous n’avons pas aperçu les bactéries (c en forme de
cigares d’enfants ».
Les matières fécales provenaient de béribériques œdémateux ;
elles avaient été prélevées, le jour même, à la prison du Protec¬
torat de Hanoï, où règne de façon endémique le béribéri cpii a
causé depuis 6 mois un très grand nombre de décès.
Nous eussions été heureux de confirmer les résultats annon¬
cés par le savant professeur de Bordeaux. Nous ne pensons pas
c|u’un détail de technique nous ait échappé et désirerions savoir
depuis combien de temps les selles ensemencées par M. Le Dan-
TEC avaient été prélevées et sur combien de malades il a expéri¬
menté.
(Institut antirabique et bactériologique de Hanoï.)
(1) Par suite d’un retard dans le courrier d’Indo-Chine, cette note, des¬
tinée à être présentée à la séance de juin, est arrivée quelques heures après la
séance.
(2) A. Le Dantec. Bull. Soc. Pathol, exotique, igio, t. III, n° 2.
i
— 353 —
'' Immunisation des spirilles par action
des anticorps “ in vitro
Par C. LEVADITÏ et V. STAXESCO.
Levaditi et Roché (i) ont montré, en 1907, que le Spirochaeta
Diittoni, agent pathogène de la Tick-fcvcr (fièvre récurrente afri¬
caine), est susceptible de s’immuniser contre les anticorps spiril-
licides. Chez le rat, pendant la période d’accalmie cjui succède
au premier accès, une quantité appréciable d’anticorps anti-spiril¬
laires apparaît dans le sang; ces anticorps détruisent in vitro les
spirilles du sang d’un animal infecté (souris ou rat). Or, les para¬
sites c|ui pullulent dans la circulation générale, lors de la première
rechute, se montrent résistants à l’égard de l’action spirillicide
du sérum d’un rat saigné après le premier accès : ils se sont vac¬
cinés contre les anticorps. Les cjuelcpies spirilles qui persistent
dans les organes et le sang après ce premier accès, pullulent dans
un milieu riche en principes microhicides, s’habituent à ce nou¬
veau milieu, et se transforment en une nouvelle variété, epu diffère
de la première par sa résistance aux anticorps. Ces propriétés,
nouvellement acquises, sont transmissibles d’une génération de
spirilles à l’autre, comme on peut le constater en examinant la
sensibilité des parasites après plusieurs passages chez la souris
ou le rat.
Au point de vue de la facilité avec laquelle le Sp. Diittoni et
le spirille de la fièvre à rechutes d’Europe {Sp. Ohermeieri) s’im¬
munisent contre les spirillolysines, il y a une grande analogie
entre ces microorganismes, d’une part, et les trvpanosomes, d’au¬
tre part. Ces derniers, comme l’ont prouvé Franke (2) et surtout
jNIesnil et Brimont (3), se vaccinent contre les anticorps préven¬
tifs antitrvpanosomiques, et conservent (Mesnil et Brimont)
l’état réfractaire acquis pendant un très grand nombre de géné¬
rations.
Or, tout récemment, Eîhri.tch (4) et ses collaborateurs, de
(1) Levaditi et Roché, C. R. de la Société de Biologie, 1907, vol. 62,
p. 619, 815.
(2) Fraxke, Inaug. Dissertât. Giessen, Fischer, Jena.
(3) Mesnil et Brimont, Ann. de VInstitut Pasteur, 1909, vol. 23, p. 129.
(4) Eiirlicii, Roeiil et Grulbransen, Zeitschr. für Ininuinitatsforschung^
vol. III, fasc. 3, p.
— 354 "
même que Levaditi et Mutermilch (i), ont établi que cet état
réfractaire peut être créé chez les trypanosomes par le simple con¬
tact in vitro, pendant un temps très court (15 minutes), avec les
anticorps correspondants. Nous nous sommes demandés si le mê¬
me procédé, appliqué aux spirochètes, aboutit à des résultats ana¬
logues, et si kl spirillolyse, réalisée diuis Je tube à essais à l’aide
d'nn sérum spirillicide spécifique, per7net la création d’une va¬
riété de spirilles anticorps-résistante.
Nous avons entrepris nos expériences en nous servant du spi¬
rille de la fièvre récurrente russe {Spirocliaeta Obermeieri) et du
Spirilliim gallinarum de Marchoux et Salimbeni, agent provo¬
cateur de la septicémie spirillaire des oiseaux.
1°) Imonunisation du Sp. Duttoni.
Technique. — Nous avons emplové le sérum des rats avant sur¬
vécu au premier accès, sérum qui détruit in vitro les spirilles cor¬
respondants : il les immobilise, les agglutine et provoque leur
transformation moniliforme ou granulaire. Ce sérum, après titrage
préalable, était inactivé cà 56°, pendant une demi-heure. Nous le
réactivions, soit avec du complément de rat, soit, le plus souvent,
avec du complément de cobaye.
On introduit, dans une série de tubes, des quantités décrois¬
santes d’ambocepteur, et on ajoute: 1° une quantité constante
de complément et, 2° la même dose de virus (sang de rats infectés
et sacrifiés le 2® ou le 3® jour de l’infection). Les tubes sont main¬
tenus pendant un certain temps (de i à 4 h.) à la température du
thermostat, puis, après exam^en, leur contenu est injecté dans le
péritoine des rats neufs. Suivent la dose d’anticorps employée, les
animaux s'infectent plus ou moins rapidement. Dès que les spi¬
rilles apparaissent en nombre dans la circulation générale, on
saigne le rat et on apprécie la sensibilité des parasites vis-à-vis
des anticorps in vitro. En général, un premier contact avec ces
anticorps n’est pas suffisant pour créer une race résistante. Aussi,
nous avons eu soin de faire plusieurs nouveaux passages dans
le tube à essai et dans l’organisme, afin d’aboutir à un état ré¬
fractaire marqué. Dès la formation d’une variété spirillaire ma¬
nifestement résistante, nous nous en servions pour faire de
(i) Lf.vaditi et Mutkrmilch, Zeitschr. für Immunitatsforschung, 1909,
p. 702.
simples passages sur le rat, afin de préciser si les propriétés ac¬
quises se conservent indéfiniment et se transmettent d’une géné¬
ration à l’autre.
Tableau I
Infection
On se sert des spirilles du rat n° III ; on apprécie leur sensi¬
bilité in vitro, et, dans la suite, on fait deux nouveaux passages,
en disposant l’expérience de la même manière. Nous résumons,
dans le tableau suivant, la sensibilité des spirilles de ces trois pas¬
sages in vitro.
Tableau II
Cette expérience montre que, déjà après le deuxième passage in
vitro, les spirilles ont acquis un certain degre de résistance ; V état
(i) Le deuxième passage a été fait avec les spirilles ayant été en contact
avec 0,5 de la dilution au ijio^ ; le troisième avec 0,5 de la dilution au i/io®.
— 356 —
réfractaire est devenu complet après le contact avec les anti¬
corps.
L’immunité acquise des spirilles contre les anticorps peut être
mise en lumière non seulement par l’examen de l’action spirillicide
in vitro, mais aussi par l’évolution de l’infection chez les rats,
cjui reçoivent, dans le péritoine, des mélanges d’anticorps et de
spirochètes vaccinés et neufs (témoins). Kn voici un exemple:
Tableau III
Cette expérience montre que l’infection, chez les rats inoculés
avec les mélanges d’anticorps, de complément et de la variété
normale, est sensiblement retardée par rapport à celle du rat té¬
moin, infecté avec les spirilles neufs seuls. D’un autre côté, elle
prouve que la race immunisée, malgré la. présence d’anticorps,
engendre une spirillose tout aussi précoce et aussi grave que celle
de l’animal témoin.
Tl en résulte qu’après un certain nombre de passages in vitro,
suivis d’inoculations successives aux animaux neufs, les spiril¬
les acquièrent un état réfractaire accentué à l’égard des anticorps
spécifiques, état réfractaire appréciable dans le tube ci essais et
dans l’organisme vivant.
S’agit-il d’une immunisation rapide des spirilles, s’opérant au
contact des ambocepteurs in vitro, ou bien d’une vaccination se
poursuivant dans l’organisme des rats qui reçoivent les mélan¬
ges d’anticorps et de virus ? Il se peut, en effet, que ces anticorps,
injectés en meme temps que les parasites, engendrent chez l’ani¬
mal un état d’immunité passive et confèrent aux humeurs des
(jualités init'rol)icides ; les spirochètes, pullulant dans un milieu
contenant des anticorps, se vaccinent, comme ils s’immunisent
chez les aniiuaux infectés, lors de la rechute.
Afin de contrôler cette dernière hypothèse, nous avons recher¬
ché si la vaccination des spirilles s’opère de la même façon, lors-
(pi’on a soin d’enlever l’excès d’anticorps par centrifugation et
lavage du dépôt.
Kxpcricncc 111. — Des spirilles avant été en contact deux fois
avec les anticorps in vitro (Le 5/4 et le ri/4) et injectés aux rats,
après ccntrifiioation et lava^^c, montrent une sensiliilité presque
normale; ils sont soumis une dernière fois, le 19/4» à l’action
de l’immum-sérum. Après i h. 1/2 de séjour à 37°, on les cen¬
trifuge et on les lave une fois. Le dépôt est suspendu dans 0,7
d’eau salée et injecté à des rats neufs (péritoine).
On se sert des spirilles du rat n" Il et on en détermine la sen¬
sibilité.
Tableau IV
Cette expérience montre cpie la vaccination des spirilles s’opère
tout aussi facilement lorsqu’on a soin de les débarrasser de l’ex¬
cès d’anticorps par centrifugation et lavage. Il est donc certain
que cette vaccination n’est pas liée à la présence d’anticorps spi-
rillicides libres dans le sérum, des rats inocules. Elle parait dé¬
buter dans le tube à essais et se continuer dans l’organisme vi-
vant, sous V influence des traces d'ambocepteur fixées in vitro
par les parasites.
ün ne peut pas admettre non plus que les spirilles détruits sous
l’influence microbicide des anticorps, engendrent chez le rat une
immunité active, provoc{uant une production d’ambocepteurs et
une vaccination des parasites contre ces ambocepteurs. En effet,
nos expériences nous ont montré cpie les races anticorps-résis¬
tantes apparaissent dans le sang, avant cpie l’antigène ait créé
l’état réfractaire chez le rat et qu’il ait amené la genèse de prin¬
cipes spirillicides.
Ajoutons que les propriétés acquises se transmettent d’une gé¬
nération de spirilles à l’autre; nous les avons constatées après cinq
passages sur le rat.
Quoi qu’il en soit, ces recherches prouvent que les spirilles de la
récurrente sont très aptes à s’immuniser contre les anticorps et
qu’ils offrent, à ce point de vue, une plasticité biologique tout
aussi marquée que celle des trypanosomes . Cela explique la faci¬
lité avec laquelle, dans l’organisme vivant, ils réussissent à vain¬
cre l’action parasiticide des humeurs et à engendrer de fréquen¬
tes rechutes. En est-il de même des spirilles de la septicémie des
oiseaux ?
2°) Essais d’ immunisation du Sp. gallinarum.
La technique expérimentale a été la même que dans les recher¬
ches précédentes. Nous nous sommes servis de sérum de poules
guéries de la septicémie spirillaire, et nous l’avons mélangé à
des spirilles de Marchoux et Salimbexi ; après quelque temps de
contact à 37°, nous avons injecté les mélanges à des calfats. Sui¬
vant les doses employées et l’activité du sérum, les animaux se
sont infectés plus ou moins rapidement, mais les parasites, même
après lin grand nombre de passages dans le tube à essai, suivis
d’inoculations, ne se sont pas mon trés réfractaires ; leur sensibilité
à l’égard des anticorps, appréciée dans le tube à essais et in vivo,
n’a pas changé. Il en résulte que, contrairement au spirille de la
récurrente, le Spirochaeta gallinarum n’offre pas la faculté de se
vacciner contre les anticorps spécifiques, du moins dans les con¬
ditions où nous sommes placés. C’est là une constatation impor¬
tante en ce qui concerne le mécanisme des rechutes.
Conclusions. — Il résulte de nos recherches que les spirilles des
fièvres récurrentes se rapprochent des trypanosomes, en ce qui
— 339 —
('oncerne leur aplitutle de s’immuniser non seulement dans l’or¬
ganisme, mais aussi ô; vitro contre les anticorps spécificlues. Par
contre, ceux de la septicémie des poules n’offrent pas cette plas¬
ticité biologique marcpiée : placés dans les mêmes conditions,
ils n’acciuièrent pas un état réfractaire bien manifeste et restent
tout aussi sensibles qu 'auparavant à l’égard des principes micro-
bicides. Or, la différence entre les fièvres récurrentes, d’une part,
et la septicémie spirillaire des poules, d’autre part, réside préci¬
sément dans la fréquence des rechutes chez la première de ces in¬
fections, et l’absence de récidives chez la seconde. 11 s’ensuit
que cette différence doit être intimement liée au degré d’aptitude
des deux espèces de microorganismes de se vacciner contre les
anticorps. — Le spirille de March(jix et Sali.mbeni, moins plas¬
tique, à ce point de vue, cpie ceux d’OBER^UEiKR ou de Dutton,
est incapable de s’adapter au milieu bactéricide à la fin de la
crise: aussi, il n’y a pas de rechutes au cours de la septicémie qu’il
provoque.
Ces considérations nous amènent à rapprocher le Treponema
palîidiim du parasite des fièvres récurrentes, au point de vue de
l’immunisation contre les anticorps et la création de races anti-
corps-résistantes. La syphilis étant une infection à rechutes pres¬
que régulières, il y a lieu d’admettre que le spirochète de
ScHAi'DiNN et Hoffmann doit, lui aussi, se vacciner plus ou moins
facilement contre les anticorps (i). Mais ce n’est là cpi’une sim¬
ple supposition, nos connaissances sur les anticorps syphiliti-
(jues étant incomplètes et la vérification de l’hypothèse impossi¬
ble en l’état actuel de la question.
/ Un cas de toxoplasmose du chien
observé à Turin (2)
Par Ugo MLLLO.
Ce cas est celui d’une petite chienne de ciuelc{ues mois amenée
à la consultation de la clinique médico-vétérinaire de l’Iù'ole de
Turin.
(1) Cf. Levaditi, Rapport sur les spirilles pathogènes, Congrès Internat.
d’Hygiène, Berlin, 1907.
(2) Une note préliminaire sous le titre Toxoplas)niasi 0 Kala-azar ? a été
présentée à la R. Soc. é.d Accad. Vétérin. Italiana, le ii décembre 1909.
Nous n’avons pu recueillir c|ue des renseignements incer¬
tains sur l’histoire de cette chienne. Une dame qui la possédait
depuis quelques jours remarqua de l’inappétence, de la tristesse
et une grande faiblesse, symptômes qui allèrent en s’aggravant
progressivement.
L’aspect de la peau et des muqueuses indique une anémie pro¬
fonde ; l’animal est très émacié; la peau est sèche et dure, les
poils ont perdu leur aspect luisant habituel et sont devenus rudes,
hérissés, facilement cassants. Le sc|uelette est mal développé, les
masses niusculaires sont très atrophiées, l’animal est dans l’im¬
possibilité absolue de faire le plus petit mouvement. Il a les yeux
voilés, éteints ne réagissant presque plus, enfoncés dans les or¬
bites; on note une abondante sécrétion muqueuse. La tempéra¬
ture atteint 39°6 et s’accompagne de grands frissons. Le pouls
est petit, presque imperceptible, irrégulier. A l’auscultation du
thorax, on sent du frémissement cardiaque ; la respiration est
brève, saccadée, fréquente, à tvpe entièrement abdominal ; zone
de matité à la percussion ; à l’auscultation, suppression de tout
murmure vésiculaire dans quelc[ues zones, dans d’autres il est
renforcé et il s’r ajoute des râles crépitants. L’animal vomit des
mucosités et présente une diarrhée abondante avec sang dans
les selles. L’abdomen est douloureux à la pression.
L’animal meurt dans la journée et est autopsié.
Corps fortement amaigri, abdomen distendu ; exsudât séro-san-
guinolent dans la cavité du thorax; cœur légèrement hvpertro-
phié avec traces de dégénérescence granulo-graisseuse ; au pou¬
mon, quelc|ues zones œdémateuses disséminées dans tout le pa¬
renchyme pulmonaire; nodules ne dépassant guère la grosseur
d’une tête d’épingle, formés par l’agglomération de parasites et
hyperplasie du tissu conjonctif inter-lobulaire. L’intestin grêle
présente des ulcérations de grosseur variant entre un grain de
mil et une lentille, arrondies, ovalaires, à bords frangés, à fond
rose ou grisâtre suivant l’âge de la lésion ; elles existent aussi
moins nombreuses et plus petites au gros intestin ; la muqueuse
intestinale est hypérémiée. La rate est légèrement hvpertrophiée
et de consistance normale. Le foie est un peu grossi, résistant à
la coupe et marbré par la présence de petits nodules blanchâtres
analogues à ceux du poumon. Le rein est congestionné; le pan¬
créas est normal ; les ganglions mésentériques sont légèrement
hypertrophiés et rougeâtres à la coupe. La moëlle jaune des os
hjng's est transformée en moelle rouge. Le sang du cœur et des
vaisseaux est presque incoagulé ; l’oligocytémie est très mar¬
quée, 1.800.000 globules par mm-d Le taux d’hémoglobine est en
rapport avec ce nombre faible ; on observe des poichilocytes, ma¬
crocytes et microcytes et quelques jncgaloblastcs. La leucopénie
est très marcgiée ; formule leucocytaire: polynucléaires 40, mono-
niK'léaires 29, fi)rmes de transition 15, lymphocytes 16, éosino¬
philes O.
L’examen microscopicpie des frottis de rate nous révèle une
forme de nature protozoaire que nous rapprochâmes d’abord de
l’agent étiologique du kala-azar. Ces formes existent aussi dans
les humeurs et les autres organes. A l’état frais les corpuscules
sont transparents, incolores, immobiles, eie forme semi-lunaire,
ovalaire, rarement arrondis ou en poires, d’une longueur moyen¬
ne de [ ;j.. Les ('ouleurs basiques ordinaires les colorent mal. Le
Ciemsa permet de constater c|ue chaque corpuscule est consti¬
tué d’une masse protoplasmique, homogène, bleu clair, entourée
d’une enveloppe transparente et mince; à l’intérieur une ou plus
rarement deux masses chromatiques représentent le noyau rouge-
violet intense, le plus souvent arrondi, à bords tranchés, mais sou¬
vent aussi de forme irrégulière, ovalaire, linéaire, à bords frangés.
11 est généralement au centre du corpuscule, quelquefois sur le
bord, son volume très variable peut atteindre le tiers de celui du
corpuscule. Les plus gros éléments sont des ovoïdes d’un 1/2 à
2 4, les plus petits sont généralement semi-lunaires avec un dia¬
mètre de O U 5. 11 y a des corpuscules à protoplasme vacuolaire
et des corpuscules à protoplasme finement granuleux. Nous
avons observé toute la série des stades des divisions binaires
longitudinales.
Les parasites sont libres, intra-cellulaires ou groupés en nom¬
bre variable dans une substance mal définie. Les formes isolées
les plus fréquentes sont absolument libres. Les formes endo-cel-
lulaires sont généralement dans de grandes cellules mononucléai¬
res, de nature probablement endothéliale, dont le noyau, rejeté à
la périphérie, est quelquefois fragmenté. Ces macrophages con¬
tiennent des parasites (dont certains en voie de dégénérescence)
en nombre variable, de un à plus de 60; le novau n’est jamais pa¬
rasité. Des cellules plus petites (cellules de la rate, leucocytes mo¬
nonucléaires, formes de transition entre les mononucléaires et les
lymphocytes, polynucléaires) peuvent aussi renfermer des para-
25
— 362 —
sites. Un petit nombre de parasites sont renfermés dans une
substam'e vague, le plus souvent homogène, semblable à celle
(pie Lan’HRAN et Mesnil ont trouvée dans les formes parasitaires
du kala-azar et ont définie comme gangue, croyant d’abord être
une hématie {parasitée et, cpi’au contraire, Christophers a con¬
sidérée comme un bourgeon détaché des cellules parasitées; c’est
aussi l’opinion de C'h. Xicoi.le. Ces gangues présentent des ca¬
ractères et des dimensions variables, depuis des petites auréoles
à bords plus ou moins réguliers autour d’un ou de quelques pa¬
rasites jusqu’à d’immenses fragments à surface irrégulière con¬
cernant de nombreux parasites: par sa coloration et son aspect, la
gangue ressemble au protoplasme cellulaire. Sur un frottis de
moelle osseuse nous avons vu une grosse cellule fragnientée en
deux parties n’adhérant que par un petit déhris de ptajtoplasme.
Les globules rouges ne sont jamais jDarasités.
Ifn dehors des formes intra-leucocvtaires on trouve encore dans
le plastna sanguin des parasites semi-lunaires ou ovalaires. Le
Éoie est l’organe le plus atteint, les parasites sont libres, mais le
plus souvent dans des cellules mononucléaires de toute dimension
dont le novau peut se fragmenter; ils manquent dans les cellules
hépaticpies. Le poumon renferme beaucoup de parasites, la plu¬
part libres et semilunaires accompagnés d’infiltration leuco¬
cytaire intense. La rate renferme aussi beaucoup de parasites,
mais moins (|ue le foie, la plupart dans des cellules mononucléai¬
res de dimension variée; il v a aussi des corpuscules isolés; dans
la moelle osseuse et les ganglions Ivmphatiques, les parasites se
trouvent dans de grosses cellules mononucléées et dans les leuco¬
cytes, rarement libres dans le tissu. 11 v a aussi de rares para¬
sites dans le rein, le pancréas, le cerveau et la moelle épinière.
T^a muqueuse intestinale, surtout au bord et à l’intérieur des id-
cérations, renferme de nombreux parasites inclus dans les cellu¬
les endothéliales et les macrophages.
T^e tableau clinir|ue que nous avons pu tracer de la maladie
rappelle beaucoup celui du kala-azar, la ressemblance morpholo¬
gique entre le parasite que nous avons découvert et celui décrit
par Pianese comme agent étiologique de l’anémie splénique in¬
fantile nous portait à confirmer ce diagnostic. Ce fut le profes¬
seur Mesnil, que nous voulons ici remercier vivement, qui, avec
son exceptionnelle compétence, nous a fait classer le parasite en
question dans le genre Toxoplasma. C’est pourquoi nous propo-
— 363 —
sons de nommer cette nouvelle espèce de protozoaire parasite du
chien, Toxoplasma canis et Toxoplasmose la maladie qu’il pro¬
duit.
{Laboratoire de Pathologie et Clinique 'medicale de
l’Ecole vétérinaire de Turin.)
A propos de '' Rhynchomonas luciliæ Patton
flagellé parasite de la Lucilie sérénissime
Par PnouARi) CHATTOX.
Sous le nom de R hynchornonas, 1\i,khs (i) a distingué, en
1893, un Hodo primitivement rangé dans le genre H eteromita
Di’Jardix, V 1 1 eteromita nasuta Stores, flagellé commun dans
les macérations organiques et bien carac'térisé généricpiement par
la possession d’un appendice antérieur mobile, en manière de
trompe. Le nom généricjue de Rhynchomonas appliqué tout ré¬
cemment (2) par Pattox à un flagellé très différent, parasite de
la Liu'ilie sérénissime, et cjui, en fait de trompe, ne possètle
qu’une extrémité postérieure très effilée, n’est donc pas valide.
Ce nom le serait-il, que le genre nouveau lui-même ne le serait
]5as, me semble-t-il.
La nécessité de la créc'ition de ce genre nouveau pour le parasite
lies Lucilies paraîtrait, en effet, résulter tout d’abord de ce que
(( jusc|u’à présent, dit l’auteur, on ne connaît, parasitant les In¬
sectes, que deux tvpes de Flagellés H erpelornonas et Crithidia ».
Sans parler des Leptomonas C[ue Chattox et Alilaire distin¬
guent de V H crpetomonas m uscae-domesticae, je rappelle que dès
1879 Grassi a fait connaître un Bodo, B. gryllotalpac, parasite
de la Courtillière, que Bütschli, en 1S84, décrivait chez le Hanne¬
ton (Mclolontha viilgaris) un flagellé voisin des Hexamitus, dont
il faisait le tvpe du genre Polymastix. F^écer, en 1902, a appelé
Otomonas trcmula une Cercomonadine coexistant avec Leptomo¬
nas jacidum chez Nepa cincrea. On ne peut passer sous silence
(1) Zeitschrift fiir zvissenschaftliche Zoologie. TA', p. 265, pl. 13-14, 1893).
(2) Bull. Soc. Patli. exot., II, p. 300-303, 1910.
-.364 -
les parasites de la famille des Trichonymphinac, si répandus chez
les Blattes et les Termites, et dont C|uelc|Lies formes confinent de
très 23rès aux Trypaiiosomidcs. 11 est surprenant cpie Pattox n’ait
pas cru devoir menlionntu' non plus, comme parasites des Insectes,
les nombreux représentants du genre Trypanosoina proprement
dit, soit Trvpanosomes propres à ces animaux, soit Trypanoso¬
mes sanguicoles évoluant chez eux.
Parmi les formes si variées qu’accjuièrent ces derniers dans le
tube digestif des Insectes, il y en a qui ne diffèrent par aucun
caractère de valeur générique du Rynchornonas hiciliac de
P.\TTüX. Rourai’I), en 1909, a donné dans le Rapport de la
Mission d'Etude de la Maladie du Sommeil au Congo fran¬
çais, des figures de Trypanosoma congolense ('liez Glossina pal-
palis (fig. 114, texte), de T. gambiense chez Stegomyia fasciala
(fig. 116, texte), de T. ea-^alboui chez Glossina palpalis (fig. i à
12, pl. VIII), C|ui sont superposaliles cà celles du parasite de la
Lucilie sérénissime.
Chattox et Alilairk (1) ont décrit et figuré des formes de
Trypanosoma drosopliilae, (|ui sont du même t^■pe (fig. 4, 5, 6).
Dans toutes ces formes, les caractères sur lescpiels Pattox fonde
son genre nouveau sont présents: position post-nucléaire du
kinetonucleus et alisence de flagelle libre; on y trouve même
cet autre caractère, sans ^'aleur à mon sens, de l’effilure posté¬
rieure du corps.
L’absence d’un flagelle libre à laquelle Pattox attache une im¬
portance parti('u!ière est chose fort peu constante chez les Trypa-
nosomides. Alême chez les parasites du sang, dont la morphologie
est assez fixe, elle est sujette à de grandes variations. On connaît
l’exemple classique de Trypanosoma pecaudi, avec ses formes,
courtes et sans flagelle lilîre, et ses formes longues à flagelle pro¬
longé. Minchix (2) vient récemment d’attirer l’attention sur des
faits de même ordre chez Trypanosoma gambiense .
Les Protistologues s’accordent à désirer le sectionnement du
grand genre Trypanosoma en genres ou sous-genres nouveaux,
mais il faut reconnaître C[ue les bases d’une classification natu¬
relle de ces organismes ne sont pas encore établies. A moins d’en¬
treprendre une révision taxonomic[ue de l’ensemble des Trypa¬
nosomes, d’après des caractères cvtologicpies corroborés par les
(1) C. r. Soc. bioL, LXI\’, p. 1004-1(306, 1908.
(2) Parasitology , I, p. 236-237, pl. X\’II, 1908.
— 365 —
faits d’ordre cx.'Cülogique, on risque de faire œuvre vaine. Kn
attendant de notiveaux progrès dans nos connaissances, il nous
paraît préférable de s’en tenir, en cette matière, à la sage pru¬
dence que P.viTON lui-même professait il y a moins de deux
tins ( r): <( It is dangeroiis to form a definite opinion as to the
biological position of these insect flagellâtes on morphological
groLinds aloe and we cannot too stronglv draw attention to the
fact, that a knowledge of the complété life cycle of a protozoon ^
is of the greatest valtie, for it is onlv then possible to form an
adéquate conception of anv species and its relationships ».
(Laboratoire de M. Mesnil, à l'Institut Pasteur.)
Mécanisme de la phagocytose des trypanosomes
Par C. LPVADITI et S. MUTPRMILCH,
en collaboration avec M. COM AN DON.
Les auteurs font défiler sous les vetix des membres de la So- '
('iété une série d’images cinématograi^hiques montrant l’englo- •
bernent par les phagocytes du cobaye de trvpanosomes (nagana)
en présence d’un sérum trypanolyticpie spécifique, préalablement
inactivé à 56°.
(i) Parasitology, I, p. 322-346, 1908.
i
— 366 —
Sur quelques particularités morphologiques
et physiologiques des trypanosomes
(perte du flagelle et formation de
pigments
Par li. BR U M PT.
Dans une note publiée le 27 janvier igo6, à la Société de Bio¬
logie (1), je signalais en quelques lignes l’évolution de certains
trypanosomes de poissons marins dans l’intestin de diverses Hiru-
dinées: (( L’évolution des trvpanosomes marins (T. cotti, T. so-
Icœ, T. scylU, T. rajœ), est un peu particulière. Pians l’estomac
des Sangsues marines, les parasites perdent leur flagelle et se
divisent dans cet état, puis, après quelques jours, les produim
de la division se munissent d’un flagelle. Les T. solcœ et T.
cotti, évoluent exclusivement dans l’estomac de CallobdcUa piinc-
tata et ne passent jamais dans la gaine de la trompe. Les T. scyllii
et T. rajæ évoluent au début dans l’estomac de la Pontobdelle,
puis passent dans l’intestin où ils possèdent des flagelles et se
divisent un grand nombre de fois ».
Pendant le mois d’août 1909, au laboratoire de Roscoff, j’ai
eu l’occasion de voir en partie le mécanisme de la disparition du
flagelle. Kn ensemençant dans des tubes de gélose-sang ou en
conservant du sang défibriné riche en Trypanosovia rajæ, cm
constate qu’au bout de 24 h., les 3/4 des parasites présentent un
décollement plus ou moins complet du flagelle; celui-ci n’adhère
souvent que par le blépharoplaste et il semble faire des efforts
violents pour se détacher du corps du trypanosome, comme font
les microgamètes des Hémosporidies. Je n’ai pas eu l’occasion de
le voir se libérer, mais je crois pouvoir affirmer cpie sa dispari¬
tion est due à une séparation active et non pas à un phénomène de
résorption. Si on accorde au flagelle la signification morpholo¬
gique que lui attribuait Schaudinn, on peut dire cpie la segmenta¬
tion shizogonicpie de ce trypanosome est précédée d’un phéno¬
mène de réduction chromatique.
(i) Sur quelques espèces nouvelles de Trypanosomes des poissons d’eau
douce ; leur mode d’évolution. C. R. S. bioJ., t. LX, p. 160, 1906
- 367 -
En employant le milieu de gélose au sang de Ch. Nicolle,
j’ai réussi à cultiver les Trypanosoma rajœ et T. scyllii. Quelques
semaines après l’ensemencement de sang, on aperçoit des colonies
de corpuscules ovoïdes ou sphériques, réfringents, non flagellés^
(|ue l’on peut comparer à des Leislimania \ ces jeunes parasites,
([ui sont pigmentés, se multiplient activement et donnent ensuite
soit d’autres colonies identiques, soit des formes Crithidia et Lep-
iomonas, cpu présentent également du pigment noir.
Cette forme de culture non flagellée est due aux conditions am¬
biantes, mais jusqu’cà présent je n’ai pu déterminer ces dernières
d’une façon satisfaisante, même en étudiant les cultures en goutte
pendante.
D' 'autres trvpanosomes en culture ou dans le sang ont égale-
iTKent la propriété de produire un pigment noir. Dès 1906, j’aî
signalé l’existence de pigment dans le Trypanoplasma Guerneu
Depuis cette époque, j’ai eu l’occasion de voir se former du pig¬
ment dans certains tr\'panosomes, au c'ours de leur évolution na¬
turelle chez leurs hôtes intermédiaires (Sangsues) ou dans les
cultures artificielles sur milieu gélose-sang. La Trypanosoma
coiti, parasite du Cottus hubalis, évoluant chez Callohdclla punc-
tata, donne naissance, par division multiple, à des formes Lcpto-
monas et Crithidia très pigmentées. Le Trypanosoma scardinü,
évoluant chez Hemiclepsis marginaia, montre de grosses formes
chargées d’un pigment verdâtre. D’ailleurs, chez des Heniiclep-
sis capturées au bois de Boulogne et ayant piqué divers Poissons
d’eau douce, je rencontre parfois des formes évolutives chargées
de pigment noir (1).
La présence de pigment noir dans les formes évolutives de try¬
panosome offre un grand intérêt pratique, car elle peut compli¬
quer l’étude du cvcle évolutif des Hémosporidies. L’ignorance
de cette propriété biologique de certains trypanosomes pourrait
entraîner des interprétations inexactes du cycle évolutif de certains
hématozoaires hébergés par des animaux présentant simultané¬
ment dans leur sang des Flagellés et des Hémosporidies.
(i) Dans un travail publié en 1909 [Zeitschr. /. Uyg., t. LXIV), R. O.
Neuman'M a signalé que les formes évolutives de deux Trypanosomes des
Raies de Naples (T. giganteum et T. variahile) présentaient quelques grains
de pigment noir. Cet auteur a pu également infester des Raies en les fai¬
sant piquer par des Pontobdelles, fait que j’avais déjà signalé en 1906.
1
— 368 -
Mécanisme de la création de races de
trypanosomes résistantes aux anticorps
Par C. LlrVADITI et J. Mc ÏNTOSH.
L’infection tia panosomique cliez les cobaves inoculés par le
Tryp. du Nagana procède par crises à évolution assez régulière;
5 à 6 jours après l’inoculation du virus dans le péritoine, les pa¬
rasites, apparus dès le second jour, disparaissent de la circula¬
tion générale, pour réapparaître en nombre cjiuMc|ue temps après.
Le sérum des animaux sacrifiés le lendemain de la crise contient
des quantités assez ('onsidérables d'anticorps trypanolytiqucs
(RoDEr et \è\Ei-Er (i), MassA(;i,ia (2)); mélangé in vitro à des
trypanosomes du Xagana, il les détrrut au bout de quelques mi¬
nutes, à 37°. Les propriétés trypanolytiques de ce sérum sont
dues à la présence du complément et d’un ambocepteur spéci¬
fique, résistant au chauffage à 56° (le sérum inactivé par la cha¬
leur, peut être réactivé en ajoutant une trace de complément de
cobaye neuf). L)’un autre coté, les trvpanosomes qui apparais¬
sent dans la circidation générale, au moment de la récidive, sont
anticorps-résistants (Massaglia) : ils supportent inopinément le
contact de plusieurs doses trypanolytiques d’anticorps, dans le
tube à essai et à la température du thermostat.
On s’est demandé si cette résistance aux anticorps des tr}’-
panosomes pouvait être réalisée in vitro, en mettant en contact ces
flagellés avec un anticorps spécific^ue et du complément, et en
injectant le mélange à des souris. La question a été étudiée et
résolue par Ehrlich, Roehe et Gulbraxsen (3) et par Levaditi
et Mutermilch (4). Ces auteurs ont vu que, si l’on fait agir dans
le tube à essai et cà 37°, du sérum trypanolytique sur des trypa-
(1) Rodet et Vallet, Arch. de méd. expérimentale, 1906, vol. 18.
(2) Massaglia, C. R. de VAcad. des Sciences, 1907, vol. 145, p. 687.
(3) Ehrlich, Roehl et Gulbraxsen, Zeitschr. fiir Imtniinitiitsforschiing,
Ï909, fasc. 3, vol. 3, p. 296.
(4) Levaditi et Mutermilch, Zeitschr. fiir Immunitâtsforschung, 1909,
p. 702 ; C. R. de la Soc. de Biologie, 1909, vol. 68, p. 49.
— 369 ~
nosomes correspondants, ces trypanosomes paraissent se détruire
complètement; l’examen microscopique, fait sommairement, ne
montre que des parasites morts et, cependant, l’injection du mé¬
lange à des souris, engendre une infection grave, au bout d’une
incubation de 5 à 6 jours. Or, les trypanosomes qui pullulent
dans le sang de ees souris se monireni, le plus souvent, résis¬
tants aux anticorps in vitro. Ils ont acquis un état réfractaire
transmissible d’une génération à l’autre; I^'hrlich et ses colla¬
borateurs l’ont constaté même après 200 passages chez la souris,
observation cpii concorde avec celles de I.evaditi et Mutermilch.
Nous avons essayé de préciser le mécanisme de cette immuni¬
sation de trypanosomes contre les anticorps. Dans un travail an¬
térieur, LE\'Ai)rri et Metermilch ont montré que l’état réfrac¬
taire peut naître, après un temps de contact in vitro extrême¬
ment COURT (15 minutes) et ils ont conclu que la vaccination des
trypanosomes est précédée par une véritable sélection, engendrée
par les principes trypanoly tiques dans le tube a essai. Les rares
parasites doués d’une certaine immunité naturelle à l’égard des
anticorps, résistent à la trvpanolvse et engendrent l’infection chez
la souris. A cette sélection du début, succède, très probablement
une augmentation spécifique de la résistance naturelle.
De nouvelles expériences entreprises dans cette voie, nous ont
permis de serrer la cpiestion de plus près; les voici, en résumé:
Expérience I. — Création de races résistantes par action simultanée de
l’anticorps et du complément sur les trypanosomes.
Sérum spécifique de cobaye, inactivé à 56°. Complément de cobaye. Les
mélanges restent en contact 30 m. à 37°. Injection dans le péritoine.
Tableau I
Essais de la résistance :
Tableau II
Le contact in vitro, pendant jo minutes, a suffi pour créer des
races résistantes aux anticorps. D’un autre côté, lorsque la dose
d’ambocepteur est faible (1/20®), la résistence n’est que partielle.
Expérience IL — Peut-on créer une race résistante en faisant agir l’am-
bocepteur seul ? Nous nous sommes demandés si l’action du complément est
nécessaire pour la création de l’état réfractaire et nous avons disposé l’expé¬
rience de la façon suivante :
On mélange de l’immun-sérum de cobaye, préalablement inactivé, à des
trypanosomes (sang de souris) et on prolonge le contact pendant 40 m. à
37°. Après centrifugation, on recueille le dépôt et on le suspend dans i cm®
d’eau salée. Injection de o cm®, 7 dans le péritoine des souris.
Doses de sérum : 0,5, 0,5 au i/io®, 0,5 au 20®.
Dose de sa)ig trypanosomié : 3 gouttes.
Tableau III
Cette expérience montre que la création d’une race résistante
par action in vitro de l’ambocepteur seul, est possible, à la con¬
dition que la quantité d'anticorps employée soit relativement con¬
sidérable (à comparer avec les résultats fournis par l’expérience I).
11 en résulte que la présence du complément facilite la genèse
de l’état réfractaire. Il faut qu'il y ait destruction des trypanoso¬
mes dans le tube éi essai, pour que l' immunisation puisse s’opérer
(i) hijection intra-péritonéale.
jacilcmenl cl avec des doses faibles d’aniicorps. C’est cette trypa-
nolyse préalable C[ui, amenant la sélection des parasites doués
d’un certain état réfractaire naturel, assure la crétition des varié¬
tés anticorjDs-résistantes. On saisit l’importance de cette con¬
clusion, au point de vue de Vhypothèse de la sélection, formulée
j)ar l.EVADiTi et Mitermilch.
Dans une nouvelle série d’expériences, nous avons recherché
s’il était possible de réaliser l’immunité des trvpanosomes en
les inoculant aux souris après les avoir débarrassés par centrifu¬
gation de Vexcès d'anticorps.
Expérience III. — On introduit des trypanosomes du Nagana dans un
mélange d’ambocepteur trypanolytique et de complément, et on maintient les
tubes à 37° pendant 45 m. L’examen microscopique, fait sommairement,
montre des flagellés détruits (immobiles, déformés et transparents). Une
série de souris reçoivent les mélanges entiers (ambocepteur, complément et
trypanosomes) ; on injecte à d’autres souris le culot de centrifugation, sans
lavage préalable.
Tableau IV
Cette expérience, cpie nous avons répétée plusieurs fois avec le
même résultat, montre que la création de races résistantes aux
anticorps, n'exige nullement l'introduction de ces anticorps dans
r organisme de la souris. La simple fixation de V ambocepteur sur
les trypanosomes suffit. Cette fixation des trypanolysines sur les
parasites injectés, est, d'ailleurs ixdispens.\ble ; en effet, si, au
lieu d’inoculer aux animaux le dépôt de centrifugation non lavé,
on leur administre le même dépôt après un lavage préalable à
l'eau salée, on constate cpie la variété de trvpanosomes créée dans
('es conditions, est, en général, ou bien non résistante, ou bien
(i) Sang de souris dilué dans un mélange d’eau salée et de sérum inactivé
de cobaye neuf.
-- 372
moins réfractaire, que les races obtenues d’après le procédé habi¬
tuel. Nous en avons la preuve dans l’expérience suivante:
Expérikn'Ck IV. — Même disposition que dans l’expérience III, sauf que
dans la seconde série, le culot de centrifugation a été lavé.
Tableau V
Il en résulte que la création de variétés de tr\'panosomes résis¬
tantes aux anticorps par action in vitro, exige:
1° L nc destruction préalable des flagellés dans le tube éi essais,
destruction qui détermine une sélection des individus naturelle¬
ment réfractaires,
2® Une fixation de F amboeepteur sur ces flagellés.
Quel rôle joue l’organisme de la souris dans la formation des
races résistantes obtenues d’après ce procédé? Les parasites ac¬
quièrent-ils l’état réfractaire exclusivement dans le tube à essai,
ou bien la vaccination, débutant par une sélection in vitro, se
poursuit-elle dans F organisme de l'animal infecté? Plusieurs hv-
pothèses peuvent tdre formulées à ce propos. On peut admettre
que l’injection des mélanges trvpanosome.s-timbocepteur-com-
plément, engendre une immunité passive, par les traces d’anti¬
corps que les parasites fixent in vitro et qu’ils mettent en liberté
dans le péritoine de la souris. Cette hvpothèse doit être abandon¬
née ; en effet, si, au lieu d’administrer à un animal tout le dépôt
de centrifugation, on répartit ce dépôt en 5 parties (5 gouttes) et
on injecte chacune de ces portions à une souris, les variétés de
flagellés ainsi créées sont complètement résistantes aux anticorps.
Expérience V. ■ — Deux tubes a et b reçoivent 0,2 d’ambocepteur, 0,3 de
complément de cobaye et 2 gouttes de sang trypanosomié ; séjour pendant
45 m. à 37°, centrifugation. Le culot de a est suspendu dans 0,5 cm^ d’eau
salée ; le culot de b est dilué dans 5 gouttes d’eau isotonique, puis, chaque
goutte est versée dans un tube contenant 0,5 cm^ d’eau salée. On en injecte
le contenu dans le péritoine d’une souris.
Tableau VI
Races
Résis t.
Résist.
Résis t.
Résist.
Part, résist..
Résistante
Les quantités d’cunticorps injectées aux souris de la seconde sé¬
rie sont extrêmenKmt minimes, puisque, non seulement le culot
de centrifugation a été débarrassé du sérum surnageant, mais en¬
core il a été divisé lui-même en cinq portions. On ne peut don '
parler d’immunité passive, dans ces conditions, ni d’une im¬
munisation des flagellés in vivo contre les anticorps du cobaye
injectés aux souris.
La seconde hvpothèse est celle d'un état réfractaire actif créé
chez la souris par l’injection des trypanosomes morts. On peut
penser que les cadavres des flagellés résultant de la trypanolyse.
jouant le rôle d’antigènes, engendrent une immunité active chez,
la souris et provoquent l’apparition d’anticorps dans le sérum
de cet animal. T.es trvpanosomes sélectionnés étant obligés de se
développer dans un milieu contenant des anticorps, se vaccinent
et se transforment en une variété anticorps-résistante.
Nous avons donc recherché:
1“ S’il était possible de créer des races résistantes en injectant à
nos animaux simultanément des trvpanosomes vivants (en pe¬
tite quantité) et des trvpanosomes tués par la chaleur;
2° Si on peut retrouver les anticorps dans le sérum des souri.s
immunisées passivement (injection d’immun-sérum de cobaye) ;
3° Enfin, si, pendant la création des races résistantes, le sérum
des souris contient des anticorps trypanolytiques.
Infection
— ^74 —
Nous avons constaté:
1° One Vinjcction simiiUancc d’antigène {trypanosomes morts)
et de viras, retarde V injection, mais ne crée pas de variétés anti¬
corps-ré s is tan te s .
2“ Qu'il est possible de retrouver les anticorps dans le sang de
la souris, même lorsque les animaux reçoivent des quantités rela¬
tive m en t min im es d ’i mon u n-séru m .
Expérience VI. — Une série de trois souris reçoit dans le péritoine des mé¬
langes d’ambocepteur, de complément et de trypanosomes, mélanges préala-
bleni'ent maintenus pendant 30 minutes à 37° ; une autre série reçoit des
quantités correspondantes d’anticorps (sérum de cobaye inactivé à 56°). On
apprécie la résistance des trypanosomes apparus dans le sang de la première
série d’animaux ; on détermine la teneur du sérum en anticorps chez la
seconde.
Tableau VII
On retrouve les anticorps trvpanolytiques clans le sérum des
souris IV et V, ayant reçu 0,2 de sérum de cobaye et 0,2 d’une
dilution au 50® de même sérum.
3” Fénfin, à aucun moment, pendant la création de la variété ré¬
sistante dans r organisme de la souris, on ne décèle des anticorps
try panocides dans le sérum.
Expérience VIL — Une série de sept souris reçoit dans le péritoine un
mélange de 0,2 d’immum-sérum, 0,3 de complément et deux gouttes de sang
de souris trypanosomiée (séjour préalable des mélanges à 37° pendant 30 m.,
centrifugation et injection du dépôt). On sacrifie les animaux à des inter¬
valles réguliers et on recherche les anticorps dans le sérum, ainsi que la résis¬
tance des trypanosomes.
— —
Tableau VIII
11 en résulte que la création tles races résistantes aux anticorps
a lieu sans (|u’il }' ait apparition de substances trypanocides dans
le sérum de la souris. Nous avons vu que chez le cobaye trypa-
nosomié, les flagellés qui apparaissent dans la circulation, lors
de la récidive, sont insensibles à la trvpanoh’se ; ils acquièrent
l’état réfractaire spécific[ue parce qu’ils pullulent dans un milieu
riche en anticorps. Chez la souris, au contraire, le sérum ne pa¬
raît pas ('ontenir des cpiantités appréciables de trvpanolvsines ;
il s’ensuit que la création des races résistantes, dans ces condi¬
tions, n’est pas due au fait que les parasites se développent in
vivo au contact de ces trypanolysines.
Conclusions . — Ces données permettent de concevoir de la fa¬
çon suivante le mécanisme de l’immunisation des trvpanosomes
contre les anticorps :
vSous l’influence de la trypanolyse, une véritable sélection
s’opère dans le tube à essais (Levaditi et Mutermilch). Tandis
que la grande majorité des parasites, offrant une sensibilité nor¬
male aux anticorps, se détruisent, quelques rares trypanosomes
— 376 —
doués d’une certaine résistance naturelle, conservent leur mobi¬
lité et sont aptes à pulluler dans l’organisme de la souris. Ces
trvpanosoîues naturellement résistants, on peut les ’-etrouver, si
on a soin d’examiner attentivemænt le dépôt de centrifugation
d’un mélange oii la trvpanolvse paraît totale, au premier abord.
Parnii des milliers de cadavres, on distingue un flagellé mobile,
avant conservé son aspect normal, malgré la présence d’un excès
d’ anticorps dans le milieu où la trypanolyse s’est opérée.
Ce sont ces trvpîinosomes rescapés qui sont le point de départ
d’une nouvelle variété anticorps-résistante. Ils accroissent leur
résistance naturelle sous l’influence des traces d’ambocepteurs
([u’ils absorbent et qu’ils emportent avec eux dans l’organisme de
la souris (Cf. l’influence du lavage, exp. IV).
L’immunisation active, précédée par la sélection, s’opère donc,
en grande partie, dans le tube à essais, l’organisme de la souris
jouant plutôt le rôle d’un milieu inerte ; il permet la pullulation
de la nouvelle variété anticorps-résistante, mais ne semble pas
concourir directement à sa création.
Les trypanosomes nous apparaissent donc comme des êtres
doués d’une grande plasticité biologique, et l’on est frappé de la
rapidité avec laquelle ils se sélectionnent et se vaccinent, afin de
s’ accommoder à de nouvelles conditions de %^ie peu favorables à
leur développement.
Sur l’identification de quelques
Trypanosomes pathogènes
Par P. VLSNIL.
L — Nagaxa dp Togo et Surra.
Le Nagana du Togo n’a rien à faire avec le Xagana du Zou-
louland: le sérum des animaux infectés de l’un de ces virus n*a
aucune action sur l’autre virus ; des caprins guéris du Nagana
de Bruce ont succombé au Nagana du Togo, comme des té-
è
— '^11 —
moins (i). Aussi avons-nous été amenés, Brimoxt et moi, à pro¬
poser un nom nouveau, T. togolensc, pour désigner le virus de
Schilling du Togo.
Des expériences croisées d’action des Tryp. et des sérums Sur-
ra et Togo nous ayant révélé, à Brimont et à moi, une certaine
parenté entre les 2 virus, il m’a paru indiqué de rechercher, par
la méthode de l’immunité active, s’il existait quelque parenté en¬
tre les T. evansi et togolensc.
XoLis ninis sommes servi du bouc (2) qui, inoculé le 26 novem¬
bre 1907, avec le T. togolensc, a contracté une infection d’une
durée de 5 mois environ. Deux réinoculations, tentées le 31 juil¬
let et le 18 novembre 1908, n’ont pas amené de résultats.
On inocule le bouc le 30 janvier 1909, avec du Stirra de l’Inde
(virus de passage par souris), en même temps C{u’une chèvre té¬
moin. 'fous les deux contractent une infection qui dure environ
5 mois. Au début, des Tryp. très rares sont vus une fois à l’exa¬
men direct du sang de l’un et l’autre animal. Le 15 février, le
sang des deux infecte les souris inoculées; aux essais suivants
(6 et 27 mars, 6 mai), alors que le sang de la chèvre témoin
infecte toujours les 2 souris de chaque essai, celui du bouc n’in¬
fecte en tout ({u’une seule souris (une des deux du 27 mars). Les
chiens, inoculés le 6 mai avec 20 cm-^ de sang, s’infectent tous
les deux, celui fait sur le bouc après 20 jours d’incubation, celui
fait sur la chèvre en moins de 10 jours. De nouveaux chiens
inoculés le 16 juin ne s’infectent pas.
L’infection a donc duré le nceme temps chez les 2 animaux;
elle a été seulement moins intense chez le bouc ayant l’immunité
|:)Our le T. togolensc. Les affinités des T. togolensc et evansi pa¬
raissent donc assez lointaines.
IL — Le Surra (var. Mhori) existe si’r la rive droite
DU Sénégal.
Au cours de son voyage de retour en France, en 1908, le doc¬
teur Bouffard a eu l’occasion d’observer à Bakel (Sénégal), un
virus que possédait le D’’ Neveux, médecin de l’Assistance médi¬
cale indigène, et qui provenait d’un cheval de la rive droite du
Sénégal. Bouffard a ramené ce virus sur cobaye à notre labora-
(1) Laveran et Mesnil, C. R. Acad. Sciences, t. CXLII, 25 juin 1906,
p. 1482 ; Mesnil et Brimont, Ann. Inst. Pasteur, t. XXIII, février 190g.
(2) Voir Mesnil et Brimont, l. c., p. 136.
26
- 378
tüire où on a continué à le garder sur cobayes. 11 nous a paru
intéressant de l’identifier.
C'azalboi: (ig puis I'hiruux et Teppaz (2), ont bien émis la sup¬
position que la trypanosomiase de Mauritanie doit être la Mbori,
c’est-à-dire le Surra; mais le degré de probabilité de cette sup¬
position a diminué depuis que Laveran (3), en étudiant divers
virus ramenés en lùirope par Cazalbou, a démontré l’existence
à Tombouctou, à côté de la Mbori, d’une autre entité morbide,
dont l’agent, T. soudanensc La\'Eran, est identique, morpholo¬
giquement, à T. cvansi. Il n’y avait pas plus de raison de rappor¬
ter le T, de Xevei'x à l’une qu’à l’autre des 2 espèces (( saha¬
riennes ».
Morphologiquement, le T. de Bakel ressemble aux T. evansi et
soiidaneîise .
Nous avions déjà vu, avec Biti.MOXT (/. c.), que les sérums Na-
gana et logo étaient sans action sur le virus inocrdé à la souris;
le sérum Surra empêchait l’infection de la souris; mais en raison
de l’inégale activité du Trvp. pour la souris, on ne pouvait con¬
clure formellement à un rapprochement.
Nous avons d’abord cherché à utiliser une chèvre ayant une
solide immunité pour le Surra (épreuves au Surra de Mauricd
et au S. de l’Inde); mais elle a succombé, quelques jours après
son inoculation par le virus de Bakel, à une. affection intercur¬
rente (son témoin a guéri après une infection de 8 mois environ).
Nous avons heureusement pu, avec le précieux concours de
notre collègue et ami hl. Vallée, résoudre le problème en notis
servant de 2 bovidés survivants des expériences de thérapeutique
du Surra faites à Alfort, en 1907, par A. Lafoxt, actuellement di¬
recteur du laboratoire de bactériologie de l’île Maurice. Ils fai¬
saient partie d’un lot de 6 dont 4 furent traités (surtout par
l’atoxvl) ; les 2 témoins succombèrent ainsi qu’un des traités.
T.es 3 autres étaient guéris fin novembre 1907 (4). Eprouvés dans
(1) Revue gén. méd. vétér., 15 octobre 1906.
(2) Ann. Inst. Pasteur, t. XXI, 1907.
(3) Ann. Inst. Pasteur, t. XXI, mai 1907. Dans une note ultérieure (C. R.
.Icad. Sciences, t. CXLV, 1907, p. 293), Laveran a identifié le T. souda-
nense aux agents du mal de la Zousfana et du debab algériens.
(4) L’observation complète en sera donnée par Lafont ; notons simple¬
ment qu’au commencement de novembre, le sang de l’un des bovidés infec¬
tait encore le chien, bien que le traitement eût cessé depuis quelques mois.
L’organisme a donc eu une part notable dans la guérison et ceci aide à com¬
prendre l’immunité acquise par ces bœufs.
— 379 —
le courant de 1908, ils se sont montrés immuns et ont servi
à des expériences de tuberculose. L’un des bovidés a succombé
depuis; mais les 2 autres, vivants en 1909, se sont encore mon¬
trés immuns aux essais d’infection, avec le Surra de l’Inde, faits
en juin et novembre 1909.
Le 22 décembre 1909, on inocule avec le virus de Bakel rive
droite, conservé sur cobaye, l’un des bœufs immuns et un bœuf
témoin. Le 14 janvier 1910, on injecte le sang du premier bœuf
(40 cc.) dans le péritoine de 2 chiens; juscjti’au L' mars, date à
laquelle on sacrifie les 2 chiens, pas trace d’infection. En revan¬
che, le bœuf témoin s’est infecté, car 2 cobayes qui ont reçu, le
14 janvier, chacun 3 cm^ de sang, ont montré des Tryp. dès le
21 janvier ; un ('bien inoctdé le L"" mai avec 20 cm'^ de sang s’est
encore infecté.
11 n’v a donc aucun doute que le virus de Bakel rive droite est
du T. cvansi ; la Mbori, au sens scientifique dti mot, existe donc
sur la rive droite du Sénégal (1).
Xotis avons observé un Trvp., morphologic|uement idendque
au précédent, sur une lame de sang de chameau prise à Boutilimit
(Mauritanie) par le docteur CouvY, en décembre 1907.
111. — DofKixt: ET Taher.
Mesnil et RorcEr (2) ont établi, en 1906, que, contrairement
à ce cpi’on cro}'ait jus([u’alors, le d ryp. de la Dourine peut in¬
fecter les Ruminants (chèvre et bœuf) et les Singes (macaque).
Or, on avait vu là une différence tranchée entre le l'rAqo. de la
Dourine et cehn des autres Tr}43anosomiases d’Algérie, Debab
des chameaux et Taher des Ifc|uidés. Bien cjue l’étiologie de ces
maladies et leur évolution diffèrent de celles de la Dourine, il
nous a cependant semblé cpi’il n’était pas sans intérêt de se de¬
mander s’il n’existe pas ([uelcjtie parenté entre le Tryp. de la
Dourine et celui des 2 maladies algériennes. N^ous nous sommes
servi pour cela de la chèvre, inoculée avec le « virus de Rouget »,
dont nous racontons la plus grande partie de la maladie dans le
travail précité (v. p. 692).
(1) M. Bouffard a rapporté de Bakel un autre trypanosome qu’il tenait
aussi du D'" Neveux et qui avait été trouvé chez un cheval sur la rive gauche
du Sénégal ; il avait tous les caractères morphologiques du T. pecatidi.
(2) Anii. Inst. Pasteur, t. XX, septembre 1906.
1
— 38o —
Cette maladie a duré au moins 20 mois à dater du i'*'' janvier 1905. Après
6 mois d’infection assez intense, la chèvre a paru guérie ; l’état général était
excellent ; le poids avait augmenté et, à la fin de la première année, avait
dépassé de 6 kg. le chiffre initial (34 kg.) ; les souris et les rats, inoculés avec
de petites quantités de sang, ne s’infectaient plus ; mais les chiens, inoculés
avec 20 cm^ de sang, montraient des Trypan., à la vérité après une longue
incubation.
La seconde année, la chèvre, tout en continuant à avoir un sang aussi
pauvre en Trypan., a maigri à nouveau : de 40 kg., son poids est tombé, en
6 mois, à 28 kg. 500 ; à la même époque (18® mois), la chèvre a eu une pé¬
riode de cécité qui a duré environ 2 mois et a été étudiée par notre ami
V. Morax (i). Un chien, fait au cours du 19® mois, ne s’est pas infecté ; en
revanche, un autre chien, fait à la fin du 20® mois, s’est infecté. Mais le poids
de la chèvre s’élève : le 17 février 1907, il atteint même 41 kg. ; il est
encore de 37 kg. le 4 mars. Au bout de 23 mois (i®^ décembre 1906) et de
26 mois (8 mars i()07), le sang de la chèvre n’infecte plus le chien.
e'es constatations ('tablissent la guérison de la chèvre. Elle est réinocu¬
lée le 22 mars 1907 avec du sang de souris de passage. Cette inoculation
n’est ])as suivie d’infection (inoculations négatives, le 4 avril 1907 à un
chien et 2 souris).
La guérison et l’inimunité de la ('lièvre étant ainsi démontrées,
nous l’avons, avec la ('olLaboration de notre ami Itdm. Skrgknt,
inoculée, en même temps qu’une chèvre témoin, le 17 juin 1907,
en nous servant du sang d’un cobaye renfermant des d'ri'p. du
d'c'iher. Les 2 chèvres se sont comportées exactement de la même
façon : les souris, inoculées avec le sang de chacune des 2 chèvres,
les 4 juillet, U’' août et 2 septembre, se sont infectées: celles du
10 octobre n’ont rien ('ontracté ; il en a été de même de chiens
inoculés le 2 décembre, chacun avec 20 cc., et qui ont été suivis
pendant 3 mois.
Les 2 chèvres, regardées comme guéries, sont réinoculées avec
le même virus, le 18 mars 190S; elles se réinfectent (2), la chèvre
anciennement dourinée sans doute plus fortement cpie l’autre, car
les chiens qui servent à reconnaître son infection montrent plus
rapidement des Trvp. dans leur sang. Cette chèvre succombe,
d’ailleurs, le i®’’ août 190S, alors que l’autre surAut.
Cette expérience prouve manifestement cpie le Tr^'p. de la Dou¬
rine n’est pas proche parent du 'Frvp. du Taher des chevaux algé¬
riens.
1\L — Trypanosomiase di' \T:NEztTELA.
Le docteur Conzalves Rincones, à la suite de notre cours de
(t) Ann. Inst. Pasteur, t. XXI, 1907, v. p. 50.
(2) Cette absence d’immunité, qui paraît être la règle pour le debab .et
le taher algériens, évoluant chez les chèvres et les moutons, a été notée avant
nous (recherches inédites) par Edm et Ex. Sergent.
— 38i -
l’hiver 1908-1909, à l’Institut Pasteur, a attiré notre attention
sur une l'rypanosomiase des liquidés du \’enezuela, décrite en
1905 par Rafael 1-Ian(;kl (i).
Au point de vue clinique, Raxgkl distingue une anémie perni¬
cieuse progressive {peste baba), avec cedèmes {hermosura) et une
forme {)arétic[ue ou paraplégique (desrengaderu).
Les figures de l’auteur indiquaient un c'entrosome très net chez
le l'iA’p.. 'Fout en insistant sur cette disposition, Raxgel concluait
néannioins, provisoirement, à assimiler l’épizootie vénézuélienne
au Mal de Caderas, en raison des svmptômes paraplégiques.
(Irâce à l’aimable intervention du docteur Rixcoxes, quelques
lames de sang parasité ont été mises à ma disposition et j’ai pu
reconnaître l’exactitude de la description et des figures de l’au¬
teur et me convaincre que le Trvp. du Venezuela est morpholo¬
giquement différent du T. equinum, agent du Caderas. Il rap¬
pelle le T. evansi; on observe une assez grande variété de for¬
mes, surtout au point de vue des dimensions (les dimensions
moyennes sont rS à 23 u, sur i 7 ; il v a des individus de 30 u),
mais pas plus que chez des T. evansi authenticpies, comme j’ai
encore pu m’en assurer ces temps derniers, en examinant le Tryp.
de la rive droite du Sénégal (voir ci-dessus) et le Tryp. d’origine
indienne. Je propose d’appeler venezuelense le Tryp. américain,
en réservant la question de savoir si cet adjectif désignera une
nouvelle espèce ou une simple variété.
Equine trypanosomiasis in the Canal zone
Ry Samuel T. DARLIXG.
There has appeared among a number of American mules and
horses at the Commission corrals a new trypanosomal disease. Tt
was first observed nearly a year ago among a lot of mules that
had corne from the Fmited States via New-Orleans in April 1909.
The animais upon arrivai before distri’oution to Gatun, Ancon
and other points were put ont to pasture at Gatun in a place that
(i) Nota proliminar sobre la Peste Boba y la Desrcng'adera de los Equi-
deos de los Llanos de Venezuela. Labor. deJ TIosp. Vargas, Bol. n° 2,
Caracas, 1905, pp. 11-39, 2 pl.
— 382 —
lias been used as a pasture for native liorses and cattle for many
years.
The symptoms are fairly constant varying witli the progress
and stage of the disease. The first indications may be weakness,
émaciation, or pyrexia. There is a progressive anaemia, an irre-
gular pyrexia, — • the température ranging between ioo° and 105*".
Emaciation is a constant sign excepting in the very aciite cases'^;
of iinder two weeks duration. At the onset the appetite may be
poor, but later the animais will consume enormous quantities of
food, il permitted, yet in spite of this the émaciation continues.
Conjunctival ecchvmoses, particularlv in the nictitating mem¬
brane, are seen. When the anaemia is well advanced the conjunc¬
tival and nasal mucosae are pale and muddy. In a few animais
there lias been oedema of the sheath or dépendant abdominal
wall. Weakness of the loins and posterior extremities is observed
a few days before death.
The disease runs an acute, subacute or chronic course. Acute
cases hâve died one or two weeks after the appearance of émacia¬
tion, weakness or pyrexia. Most of the mules hâve been sick
two or three weeks to two months. One horse has been eniaciated
and had occasional febrile paroxysms for six months while trypa¬
nosomes hâve been présent in his blood for three months.
A nuniber of the animais hâve been sacrificed as soon as a
diagnosis had been made, but when a mule is permitted to die
of the disease, the lésions are usually characteristic. Emaciation
is always well niarked in ail save acute cases. Conjunctival ec¬
chymoses are usually seen. There are large epicardial and endo-
cardial haemorrhages. The parenchvma of the kidnevs is swol-
len,oedematous and pale, and cortical ecchymoses (i mm. in dia-
meter) are always seen commonlv just beneath the capsule.
The outer surface of the spleen general Iv is dotted over with
small brown and red ecchymoses 2 mm. in diameter confinée! to
the capsule.
There may be peritoneal or pleural ecchymoses. The rénal
lymph nodes are often swollen and red, and sonietimes contain
extensive haemorrhagic nécrosés.
Microscopically there is little to add to the anatomical diagno¬
sis save the occasional presence of minute hepatic nécrosés con-
fined to one or two hepatic cells. The hepatic cells usually con¬
tain large dark colored granules not definitely bile nor hemozoin.
— 383 —
"l'he splenic piilp is not increased in amount in mules but there
is a quantity of bloocl pigment in irregular clumps lying free in
the splenic spaces.
In one mule in the fourth week the following blood picture was
seen :
R. B. C . 2.500.000
Leucocytes . 12.500
Polymorphonuclears . 26 %
Large and small mononuclears . 73 %
Myélocytes . 1 %
100 %
In most animais there is an eosinophilia due to intestinal para¬
sites (nematodes).
Trypanosomes are found in ail tlie animais presenting the signs
and lésions outlined above. The trypanosome appears and dis-
appears with irregularity, appearing in numbers of from one to a
film to six or ten to a field for a day or two, then disappear-
ing for six or seven days to re-appear again during a febrile par-
oxysm. The trypanosome is not as long as T. le’ivisi and its acti¬
vité \ aries ; — sometimes its motion is very rapid, at other times,
verv slow and jerkv. The undulating membrane is well develop-
ed, while the free flagellum is short. The trypanosome does not
cause the commotion among the red blood corpuscles that T.
leivisi does, probably on account of the shorter length of the for¬
mer.
In stained préparations from different sources: horse, mule
and guinea pig, its length varies from 12 to 28 p, its breadth 2 to
4 p. Most specimens are 16 to 18 p in length. The trophonu-
cleus is a little posterior to the centre i :2.8-i :2.4 The kinetonu-
cleus is placed ciuite posteriorly and is of fair size about o p 5
in diameter. The posterior end is often blunt and although some
préparations contain many acutely pointed specimens it is never
attenuated to the degree that the posterior end of T. Icii.'îsi is.
There appear to be at least two types, — • a relative! v long form
and a commoner stumpv one:
Dimensions of
Longer form Shorter form
Length . 28 p 16 to 18 -a
(a few 12 to 14 p)
Breadth . ....... 2 u 2 to 4 u
(some 3 to 4 u)
Distance from 'uinetonucleus to poste¬
rior tip . . 1,75 p at tip
Distance from posterior tip to middle
of trophonucleus
10 u
7.5 p
Nearly ail the trypanosomes contain basophilie granulations,
scattered throughout the cytoplasm or arranged in lines both in
the anterior and posterior halves. The granules are coarse, about
T U in size, and as many as i6 to iS may be seen at times. The
latéral margins of the trypanosome are usually more deeply stai-
ned than the middle portion. The longer forms hâve a longer
flagellum and contain fewer granules.
The tr^’panosome T. hippicum nv. sp. seems to resemble T.
dimorphon more closely than any other one. Dr. Laveran, who
very kindly looked over my préparations is of the opinion that
the trypanosome is apparently a new species and is different from
T. equinum and T. equiperdum.
At this writing the following animais hâve been infected ex-
perimentally :
A calf from the hospital herd, Jersey grade, lias resisted infec¬
tion.
So far as I can learn at présent this trvpanosomal disease had
not been observed in the Canal Zone since the American occupa¬
tion in 1904. There hâve been a few vague accounts of losses
among native stock last vear, 1909, during the rainv season.
Columbians speak of a disease met with among native horses
frorn the interior called Derrengadera and it mav be that the
disease outlined above is Derrengadera, our mules and horses be-
coming infected while in the Gatun pasture in contact with native
horses, although there hâve been no cases of this disease appear-
ing among nati\m horses at Gatun. The blood of several native
horses upon examination lias been négative for trypanosomes.
It is interesting to note that the disease appeared here among
animais recentlv arrived from the United vStates. Tt was called
(( Swamp Fever » (the infections anaemia of equines) by the lo-
— ‘385 —
cal veterinarians and the disease does correspond closely with
recentlv published descriptions of (( Swamp Fever » from Texas,
Xevada and vSaskatchewan . Swamp Fever, however, appears to
be caused b}' a filterable virus although it resembles trypanoso-
mal diseases verv closelv. It is rather hard to put aside the im¬
pression that Swamp Fever may be a trypanosomal disease in
vhich trypanosomes are very sparse in the peripheral blood as
in dourine, but in which they may luxuriate in this tropical cli-
mate. Cultivation and inoculation experiments with susceptible
animais, monkeys and mice particularly, in the warmer tempe-
rature of a thermostat might prove interesting.
If it becomes established that Swamp Fever is not a trypano¬
somal disease then we hâve here a new and fatal form of equine
trvpanosomiasis which at présent appears to be more common
among nrules than horses. The disease is differentiated from
Surra, Mal de Caderas and Dourine bv morphologv, animal
reactions and symptomatology.
The disease is being investigated, its relation to Derrengadera
is being enquired into, and methods of transmission by bats,
flies, etc., examined.
(The Laboratory, Ancon, Canal Zone).
Résumé. — L’auteur donne des renseignements cliniques, ana¬
tomo-pathologiques, hématologiques, étiologiques (descripti<m
du Tin-p., agent de la maladie) et expérimentaux (sensibilité de
tous les mammifères, — rongeurs, singe, chat et chien, chèvre,
porc, — à l’exception d’un veau, inoculés avec' le Trvp.) sur une
épizootie de mulets, qui avaient été amenés des Ftats-Unis au ca¬
nal de Panama l’année précédente: la maladie a duré de i se¬
maine à 2 mois (anémie progressive, fièvre irrégulière, etc.).
Cliniquement, elle rappelle l’anémie infectieuse des Equidés,
c|ui, précisément, existe aux Etats-Unis; mais' D. remarque que
cette maladie est rapportée à un virus filtrable. L’auteur pense
aussi à une comparaison avec le Derrengadera des chevaux co¬
lombiens. Au point de vtie trvpanosomiase, il croit avoir affaire
à une maladie encore non classée et il propose le nom de T. hip-
picum, pour désigner l’agent.
— 386 —
Essais de traitement de la trypanosomiase humaine
Par GrsTAVE MARTIN et RIXGEXBACII.
Pilules d’acide arsénieux. — Nous avons reconnu que l’acide
arsénieux sous la forme de solution de Lœffler et Rühs pouvait
rendre de réels services dans la prophylaxie de la trypanosomiase
humaine (i). Nous avons recherché si, sous forme de pilules, l’aci¬
de arsénieux donnerîiit de semblables résultats, ce mode d’admi¬
nistration pouvant, dans la brousse, être beaucoup plus pratic|ue
que la solution de I.œffler, qui nécessite un flacon, toujours
fragile, et doit être exactement dosée.
Les pilules que nous avons employées étaient de 5 mmg. ; les
doses ont varié de une à trois pilules ; elles ont été données à peu
près quotidiennement. Elles ont été bien tolérées par nos mala¬
des, mais n’ont malheureusement pas présenté les résultats espé¬
rés: 4 malades, qui montraient des Tryp. dans le sang et les gan¬
glions, ont absorbé chacun de o g. 105 k o g. 120 d’acide arsé¬
nieux; les d'ryp. ont persisté malgré ce traitement.
Injections iniraveineuses de cyanure de mercure. — Encouragé
par les succès obtenus par Moore, Nierenstein et Todd, avec
des injections de bichlorure de mercure dans le traitement de rats
naganés déjà débarrassés de leurs trypanosomes dans le sang
circulant par une injection ou deux d’atoxvl, l’un de nous, en col¬
laboration avec Lebœuf, avait traité quelciues malades par des
injections intramusculaires de sozoïodolate de mercure, d’hermo-
phényl ou de benzoate de mercure associées à des injections d’ato-
xyl ; les résultats thérapeutiques ne furent pas les résultats atten¬
dus (2).
Truc (de Montpellier), sous l’influence d’injections intravei
neuses quotidiennes de o g. 01 et o g. 02 de evanure de mercure
a obtenu, en quelques mois, chez un lépreux, la guérison complète
de lésions cutanées et oculaires (infiltration kératique interstitielle
avec iritis concomitante) ; or, ce malade avait été soumis anté-
(1) Btdl. Soc. Path. exot., juillet 1909, p. 409.
(2) La Maladie du Sommeil au Congo français, Paris, 1909, p. 373.
— 387 —
rieurement à une médication hydrargyrique par le biiodure en
injections qui n’avait pas donné de résultats (i).
D’autre part, le docteur Ch. Abadie a employé les injections
intraveineuses de cx'anure de mercure comme mode de traite¬
ment des accidents oculaires de la syphilis, et il a obtenu de re-
marc[uables résultats dans certaines chorio-rétinites (2). Or, l’on
sait combien svphilis et trypanosomiase se rapprochent sur de
nombreux piants, et combien les lésions oculaires sont loin d’être
rares dans la Maladie du Sommeil. Un certain nombre de nos
trypanosomés jjrésentaient des troubles visuels dus à la maladie
ou au traitement atoxvlique. 11 était intéressant de se rendre
compte si des injections intraveineuses de sels de mercure n’amé¬
lioreraient pas chez ces malades les troubles oculaires et pour¬
raient contribuer à relever leur état général, tout traitement à l’ato-
x\d étant suspendu.
La préparation tpie nous ac'ons employée est le cyanure de
mercure en solution stérilisée à i p. 500 dans l’eau physiologi-
([ue à 7 oo/'o(j. Comme instrumentation, nous nous sommes ser¬
vi, comme pour les injections intrtiveineuses d’émétique de po¬
tasse, d’un appareil à soufflerie. Les injections ont été faites dans
une des veines superficielles du pli du eoude. Les doses injectées
ont été de o g. 01 et o g. 02 et administrées à peu près Cjuoti-
diennement.
Ces injections ont été relativement mal supportées des mala-
fies : la plupart d’entre eux ont eu une ging'ivite et une salivation
mercurielles assez intenses qui nous ont obligé à suspendre le
traitement.
Nous n’avons pu relever aucun résultat thérapeulic[ue appré¬
ciable.
2 malades (Mavoi xgoe I et Iondo), qui présentaient des Trçp.
dans le sang, les ganglions et le liquide céphalorachidien, en
laissèrent voir encore aussi nombreux, le premier après o g. 07
(en 4 injections), le second après o g. 10 (en 6 injections) de
cyanure de mercure.
6 malades atteints de troubles oculaires d’origine trypanoso-
miasique ou atoxylique ont reçu de o g. 04 à o g. 14 de cyanure
de mercure. Chez aucun les troubles oculaires n’ont paru dimi¬
nuer l’état général ne s’est pas amélioré; l^ien au contraire, le
(1) Truc. C. R. Académie de Médecine, 4 mai 1909.
(2) E. Emery. Traitement de la syphilis (2® édition, 1906), p. 48.
— 388 -
poids a baissé progressivement pendant toute la durée de ce trai¬
tement d’essai.
Phosphurc de z;iuc. — Beaucoup de malades du sommeil à la
deuxième et à la troisième période ont des troubles de l’équili¬
bre, des vertiges; la marche devient difficile; quelc[ues-uns sont
atteints de paraplégie. Les différentes médications employées
dans le traitement de la trvpanosomiase humaine améliorent dif¬
ficilement ces symptcimes.
Nous ntous sommes demande si le phosphore qui peut être
classé avec l’arsenic parmi les modérateurs de la désassimilation,
et qui a donné de bons résultats dans le rachitisme et dans des
cas d’ataxie locomotrice, aurait cjuelque action bienfaisante chez
nos trvpanosomés atteints de troubles locomoteurs. Le phosphore,
d’autre part, appartient au point de vue chimique au même grou¬
pement que l'arsenic et l’antimoine: il était donc intéressant aussi
de rechercher quelle pouvait être l’action du phosphore sur les
Tryp. gambiense.
Nous avons administré de l’huile phosphorée au millième en in¬
jections sous-cutanées cà des col:)aves infectés de T. gambiense;
la dose limite d’intoxication a été atteinte sans que le phosphore
introduit ait manifesté quelque action sur les Trvp.
Quelques malades ont été traités au phosphore sous forme de
phosphure de zinc en pilules de i cg.. Les doses ont varié de i à
5 cg. ; elles ont été données à peu près quotidiennement. Elles
ont toujours été l^ien tolérées par les malades.
lo nialades à la deuxième période ont été soumis à ce mode
de traitement. Tous présentaient des Tryp. dans le sang ou les
ganglions. 6 d’entre eux seulement étaient atteints de vertiges,
de troubles de l’équilibre ou de paraplégie; les q autres étaient
des malades à la deuxième période, mais sans troubles locomo¬
teurs. Malgré une absorption de lo à 40 cg. de phosphure de
zinc, les Trvp. n’ont disparu dans aucun cas du sang ou des gan¬
glions. l>es troubles de la marche et de l’équilibre sont toujours
restés aussi accusés. Les svmptdmes morbides ont continué à
évoluer avec la même intensité. Dan s tous les cas, le poids est
resté stationnaire.
(Jnstitut Paslenr de Bracaainlle.)
- ^389 -
Remarques sur l’évolution et le pronostic
de la trypanosomiase chez les blancs
Par Loris MARTIN et Henri DARRL.
Nous nous proposons de mettre en lumière dans cette note
quelques points relatifs à l’évolution et au pronostic de la tr}q3a-
nosomiase liumaine chez les blancs. Nous ferons remarquer cjue
nous n’avons nullement l’intention d’envisager dans son ensem¬
ble cette importante question, dont l’étude est encore bien incom¬
plète ; nous nous bornerons à indiquer les résultats que nous
avons pu tirer à ce point de vue de nos observations méthodic|ue-
ment suivies pendant plusieurs années. Rappelons que la plu¬
part de nos malades ont été soumis à un traitement intensif et
prolongé par l’atoxvl, généralement associé, soit à l’orpiment,
soit surtout à réméti((ue; nous n’aurons en vue, dans cet exposé,
que les malades rigoureusement traités depuis le début de leur
maladie.
*
* ♦
Chez ces malades, la trvpanosomiase peut évoluer de deux fa¬
çons bien différentes.
i
Tantôt, après avoir j^résenté pendant un temps plus ou moins
long des accidents légers ou graves, les sujets retrouvent une
santé en apparence parfaite; suivis pendant plusieurs années, ils
ne présentent aucune manifestation morbide et peuvent être con¬
sidérés comme guéris, réserves faites sur la valeur du mot guéri¬
son, étant donné l’état actuel de nos connaissances sur l’évolu¬
tion de la trypanosomiase humaine.
Tantôt, au contraire, le malade paraît triompher des premiers
accidents ; mais au bout de quelques semaines ou de quelques
mois, la maladie reprend son évolution interrompue momenta¬
nément ; de nouvelles accalmies peuvent être suivies de nouvelles
rechutes, qui deviennent de plus en plus graves et de plus en plus
prolongées; enfin, les accidents ne cèdent plus au traitement et
le malade finit par succomber.
Tels sont les deux modes d’évolution de la trypanosomiase-
— 390 —
<'liez les malades traités : dans le premier caSj elle évolue en une
seule poussée ; dans le second cas, au contraire, elle évolue en
une seule poussée ; dans le second cas, au contraire, elle évolue
en plusieurs poussées successives ; envisageons les principales
\'ariétés cliniques de ces diverses formes évolutives.
1. Formes ci rables. — I.orsque la trypanosomiase évolue en
une seule p(jussée, elle peut se traduire clinic[uement par des acci¬
dents d’intensité très variable, ce qui permet de décrire des formes
légères, movennes et gravccs.
Formes légères. — Dans les formes légères, la trvpan(3Somiase
est à peine une maladie. Une fièvre assez vive, mais de courte
durée, marque le tlébut de l’affection, qui entraîne bientôt un peu
d’asthénie, d’anémie, d’timaigrissement. Si l’on examine ces su¬
jets, qui paraissent plutôt fatigués cpie malades, on trouve la plu¬
part des svmptômes caractéristiques de la maladie du sommeil :
éiA'thèmes circinés, adénopathies, tachvcardie, hvperesthésie pro¬
fonde, légères modifications dti caractère, légère diminution de
l’aptitude au travail intellectuel, etc... ; l’examen du sang et de
la lymphe ganglionnaire révèle la présence des trvpanosomes
qui peuvent être nombreux ; on ne trouve généralement pas de
parasites dans le litjtude céphalo-rachidien ; mais il est presqiu'
constant de noter une h'mphocvtose légère, constituée unique¬
ment par de petits Ivmphocytes, qui traduisent l’irritation des
méninges et donnent une ]3reuve indirecte de la présence des pa¬
rasites au niveau du névraxe. Ces accidents persistent sans s’ag¬
graver pendant plusieurs mois (six mois et davantage dans mes
observations) ; quelques accès fébriles, irréguliers, sont les s'^^u-
les manifestations un peu pénibles qui empêchent momentané¬
ment les sujets atteints de remplir leurs fonctions habituelles. Dès
cpi’on institue le traitement par l’atoxyl, tous les accidents dispa¬
raissent en c|ue}c|ues jours ; au bout de quelques semaines de trai¬
tement, les sujets ont repris leur embompoint ordinaire et parais¬
sent jouir d’une santé parfaite; on ne trouve plus de parasites
dans le sang.
Formes moyennes. — Dans d’autres cas, les accidents sont
comparables à ceux que nous venons de décrire; mais ils sont
plus intenses et plus tenaces. Les accès fébriles sont plus fré¬
quents, plus vifs, plus prolongés; l’asthénie, l’amaigrissement,
l’anémie sont plus marqués et peuvent être tels que le malade
est incapable de 'a)ntinuer ses occupations habituelles. Les symp¬
tômes physiques ne sont pas plus accentués que dans la forme
précédente : les érythèmes ne sont pas plus étendus, les adéno¬
pathies ne sont pas plus volumineuses; les parasites ne sont pas
plus nombreux, ni dans le sang, ni dans la Ivmphe; l’état du
liquide céphalo-rachidien est identique. Mais les divers accidents
cèdent moins facilement au traitement; c’est surtout dans ces cas
({Lie le traitement {^ar l’atoxyl seul est insuffisant et qu’on voit
en plein traitement atoxylique, persister les accès fébriles, les
érythèmes, malgré une amélioration ra{Dide de l’état général ;
c’est surtout dans ces cas que les traitements associés atoxyl-
or{:)iment et surtout atoxyl-émétique donnent ra{3idement de bons
résultats en faisant disparaître en quelques jours et souvent défi¬
nitivement, U.'S parasites qui avaient résisté à l’atoxvl et qui n’au¬
raient pu être détruits qu’après un traitement atoxylique intense
et prolongé pendant plusieurs mois.
Formes ncr‘‘;'cuses précoces. — Chez d’autres malades, la try¬
panosomiase a débuté de la même façon que dans les formes pré¬
cédentes, par des accidents légers ou sévères. Mais rapidement,
dès les pnmaiers mois de son évolution, elle a frappé avec une in¬
tensité toute particulière le système nerveux central et se traduit
par de graves accidents nerveux, qui doniinent le tableau clini-
C{ue. Dans ces formes nerveuses précoces, il faut distinguer des
formes nrédullaires et des formes cérébrales.
I^es formes médullaires se caractérisent par des s}'m]3tômes de
myélite diffuse (paraplégie, atrophie musculaire, troubles de la
sensibilité à disposition radiculaire, etc...). Ces accidents s’amé¬
liorent lentement sous l’influence du traitement: déjà, au bout
d’un à deux mois, les malades peuvent recommencer à marcher
et lorsc{u’on institue un traitement électric{ue méthodic{uement
conduit, les atrophies musculaires disparaissent presque complète¬
ment, les zcônes anesthésiques diminuent peu à {oeu. Au bout de
lo à 12 mois, l’état est très satisfaisant; mais la guérison n’est
pas absolue ; les lésions nerveuses ont été trop profondes ; en
se cicatrisant, elles laissent des séquelles, qui, dans les deux cas
que nous avons observés, étaient minimes, mais indiscutables
(troubles de la sensiljilité, troubles du sens génital, troubles lé¬
gers dans le fonctionnement des muscles, impossibilité de courir).
Faisons remarquer que, dans ces formes, le traitement par l’atoxyl
et {3ar l’émétique agit aussi rapidement et aussi efficacement que
392 —
dans les formes précédentes; les parasites sont détruits en quel¬
ques jours; mais les lésions nerveuses C{u’ils ont déterminées ne
peuvent régresser que lentement: le malade cesse vite d’être un
tr\'panosomié ; il reste encore pendant de longs mois un myélitiquc
banal en voie de guérison.
Les formes cérébrales précoces se traduisent par de l’obnubila¬
tion intellectuelle, de la somnolence, des attaques de sommeil.
Ces accidents, si graves en apparence, peuvent disparaî¬
tre avec une extrême rapidité sous l’influence du traitement,
t hez les deux malades que nous avons observés, ils avaient com¬
plètement disparu au bout de quinze jours; de plus, ils ne sem¬
blaient avoir laissé aucune séqueile ; nos deux malades ont pu
reprendre leurs occ'upations antérieures et s’en acquitter très cor¬
rectement, ce (pli tend à prouver que les accidents cérébraux qu’ils
ont présentés étaient dus surtout à des lésions congestives, œdé¬
mateuses et diapédititpies respectant les cellules nerveuses. Ces
accidents cérébraux précoces disparaissent beaucoup plus vite
que les accidents médullaires, bien que dans l’un et l’autre cas, les
trypanosomes soient détruits avec la même rapidité par l’atoxvl
et par l’énmtique.
Dans ces formes nerveuses précoces, n(3us n’avons générale¬
ment pas trouvé de trx panosomes dans le liquide céphalo-rachi¬
dien ; la Ivmphocvtose céphalo-rachidienne était un peu plus mar¬
quée que dans les formes précédentes, mais elle restait très dis¬
crète et les seules cellules contenues dans le licjuide cérébro-spinal
étaient des petits hmphocytes à gros noyaux. 11 est intéressant
de faire remarquer que, malgré la grande différence symptomati¬
que, l’état du liquide céphalo-rachidien est sensiblement identi-
cpie dans toutes les formes que nous venons de décrire.
TI. l'oRMF.s y\ RECHUTES. — Nous scroits plus brefs sur les va¬
riétés cliniques des trypanosomiases qui évoluent par poussées
successives ; en effet, mialgré une symptomatologie très variable,
elles sont assez analogues par leur allure générale.
Elles débutent de la même façon que les formes précédentes ;
on observe les mêmes accidents tantôt légers, tantôt et plus sou¬
vent assez intenses et assez tenaces. L’état du sang, des gan¬
glions, du liquide céphalo-rachidien, est identique, et à cette pé¬
riode, rien ne permet de distinguer les tines des autres ces for¬
mes, si différentes quant à leur pronostic éloigné.
- 393 -
Sous l’influence tlu traitement, les manifestations morbides s’at¬
ténuent et disparaissent; en général, elles sont tenaces, mais pas
plus t(u’elles ne le sont souvent dans les formes curables cpie nous
avons étudiées })lus haut. L’amélioration est telle t{ue le malade
paraît guéri ; et, de fait, à ce moment, on ne troiu’e plus de para¬
sites ni dans le sang, ni dans les ganglions; cependant l’auto-
agglutination des hématies persiste.
La durée de cette accalmie est très variable; généralement, elle
atteint (jiieUpies mois (2 à 6 mois): mais elle peut se prolonger
betuu'oup plus longtemps; chez un de nos malades elle a été de
17 mois.
Les accidents reparaissent; génértdement, mais non toujours,
la première rechute est une rechute stingiune se traduisant pc'ir
tous les s\'mptômes constatés lors de la première atteinte (fièvre,
érvthème, etc...). Les symptômes disptiraissent encore, mais plus
lentement (pie la première fcn’s, sons l’influence d’un traitement
intensif.
La guérison complète est-elle possible citez les malades cpii oiTt
présenté* une première rechute? Si nous nous (m rapportons à
nos observtat i(tns, nous vtjvons que tous les malades cpii ont pu
être suivis pendan^: un temps suffisamment long ont eu ultérieu¬
rement de nouvih-les rechutes et que la pluptirt ont fini par stu'-
■combc'r.
(iénéralement, en effet, quelcpies mois après la première re-
(diute (P à 6 nutis en movenne), se jtroduit une réapparition des
manifestations morbides et prescpie toujours, cette deuxième re¬
chute est une rechute nerveuse. Les accidents nerveux tardifs qiiC
l’on observe alors consistent presque exclusi^’ement en symjDtiV
mes cérébraux: tant<3t c’est un svndrome méningé subaigu, tantc^t
ce sont des crises éiDileptiformes, pcarfois dtrs ictus apoplectifor-
mes, dans d’autres cas de l’héniiplégie droite avec ti|)hasie ; dans
la majorité des observations, ce sont des troubles mentaux carac¬
térisés par de la confusion mentale, du gâtisme, des hallucina¬
tions, des crises délirantes, etc... Ces divers accidents nerveux
j^euvent se succéder chez un même sujet, d'out d’abord, les symp¬
tômes nerveux s’atténuent encore sous l’influence du traitement
sans disparaître complètement toutefois : de nouvelles poussées se
produisent à intervalles de plus en plus rapprochées et finalement
le malade succombe le plus souvent au cours de crises épileptifor-
37
- 394 —
mes siibintrantes constituant un véritable état de mal ou emporté
par une complication pulmonaire intercurrente.
Pendant qu’évoluent ces accidents nerveux tardifs, on peut
trouver des trvpanosomes dans le sang; mais le plus souvent
c’est dans le liquide céphalo-rachidien seulement qu’on peut les
mettre en évidence; ils sont peu nombreux et il faut multiplier
les ponctions pour en trouver quelques-uns. A cette période, l’exa¬
men cytologique du licpiide céphalo-rachidien a une très grande
importance: on y trouve de très nombreux éléments cellulaires,
non seulement des lymphocytes, mais surtout de grosses cellules
mononucléaires dont quek|ues-unes sont en dégénérescence, l.’as-
pect est tout différent de celui que l’on observe chez les malades
atteints de formes nerveuses précoces curables. Signalons que,
dans plusieurs de nos observations, cet état du liquide céphalo¬
rachidien a pu être constaté plusieurs mois (lo mois dans un cas)
avant l’apparition des accidents nerveux.
Telle est l’évolution générale des trypanosomiases qiu évoluent
par poussées successives. Leur durée, toujours très longue, se
chiffre par années: 2, 3, 4 ans et davantage dans nos oljserva-
tions. La survie après l’apparition des accidents nerveux ne dé¬
passe guère I an et demi à 2 ans (i).
Au contraire, la durée des trypanosomiases qui évoluent en une
seule poussée vers la guérison est beaucoup plus courte: elle se
compte par mois et non par années; dans un seul cas, les acci¬
dents se sont prolongés pendant un peu plus d’un an.
*
« «
Nous voyons donc qu’au point de vue de l’évolution générale
et du pronostic, nous devons distinguer les formes de trA'panoso-
miase qui évoluent en une seule poussée et celles C[iu évoluent
par poussées successives. Dans le premier cas, sous l’influence du
traitement, l’organisme détruit les trvpanosomes et paraît s’im¬
muniser d’une façon définitive; dans le second cas, l’organisme
réagit d’une façon cojuparable, mais l’immunisation reste impar¬
faite et fléchit après un tenips plus ou moins long, généralement
(i) Dans ces formes à rechutes, on peut observer à un moment quelcon¬
que de la maladie et même avant l’apparition des accidents nerv'eux tardifs
des manifestations cérébrales à évolution aig’uë ou suraig’uë rapidement
mortels traduisent une encéphalite aiguë diffuse, qui paraît bien due aux
trvpanosomes, mais dont la pathogénie n’est pas encore nettement établie.
Nous en avons observé un bel exemple qui sera publié ultérieurement.
assez court; au fur et à mesure que les rechutes se reproduisent,
les réactions organiques s’amoindrissent et finalement le traite¬
ment n’a plus aucune action sur les parasites.
Comment peut-on expliquer ces différences d’évolution ?
Nous pensons qu’il est impossible de les expliquer en se basant
sur la notion de races de trypanosomes résistantes à l’atoxyl ou
à l’émétique. Ces notions si intéressantes au point de vue expé-
riniental ne nous paraissent pas pouvoir s’adapter aux faits de la
c!init|ue humaine, hn effet, chez tous nos malades, nous avons
obtenu des améliorations considérables sous l’influence de l’ato-
xvl ou de l’éméticpie, non seulement lors de la première poussée,
mais encore au cours des rechutes ultérieures; les trypanosomes
qui avaient causé ces rechutes étaient donc aussi sensibles à l’ato-
xyl et à rémétit[ue cpie ceux qui avaient déterminé la première
atteinte. Après l’emploi de ces médicaments, nous avons vu les
trvpanosomes disparaître du sang et des ganglions et n’v rep£i-
raître cpie plusieurs mois plus tard alors cpie nous avions sou-
\’ent suspendu le traitement depuis plusieurs semaines. Com¬
ment admettre c[ue des parasites résistant à un médicament sont
détruits par ce médicament et réapparaissent au moment même où
on en cesse l’emphji ? Dans Cjnelques cas, il est vrai, les rechutes
sont survenues en cours de traitement ; mais prescpie toujours, il
a suffi de forcer les doses pour obtenir des améliorations incon¬
testables. Enfin, on a vu des trypanosomes qui avaient résisté
à l’atoxvl et à l’émétique employés séparément disparaître dès
qu’on associait ces deux médicaments.
Toutefois, nous sommes convaincus que la virulence du trypa¬
nosome joue un rôle important dans la gravité des accidents cju’il
détermine. 11 nous paraît incontestable ciiie tous les trvpanosomes
ne sont pas également virulents. Nous avons remarqué que ceux
de nos malades cjui avaient été contaminés en certains pays (no¬
tamment en certains points du Gabon) avaient contracté une ma¬
ladie moins grave; nous avons noté que certains malades conta¬
minés dans ht môme région et à peu près au même moment, pré¬
sentaient des formes très analogues, tantôt des formes légères
ou moyennes, tantôt, au contraire, des formes graves aboutis¬
sant à la mort. Malheureusement, nos observations sont trop peu
nombreuses pour que nous puissions en tirer des conclusions
ayant une j^ortée générale. D’autre part, nous ne pouvons, ac¬
tuellement, juger si un trypanosome est virulent ou non, tel try-
— 396 —
panosome pouvant être très virulent pour l’homme et très peu vi¬
rulent pour les animaux de laboratoire et inversement.
Lhi dernier point nous paraît intéressant à signaler. Nous avons
remarqué que ceux de nos malades cpn ont présenté des formes
graves de trvpanosomiase étaient presc{ue toiq’ours des malades
épuisés par un long séjour dans la colonie, ayant presque tous
souffert de maladies antérieures, soit de fièvres paludéennes sé¬
vères, soit surtout de fièvre bilieuse hémoglobinurique, dont l’ac¬
tion déprimante sur l’organisme humain est bien connue. Le rôle
du terrain nous paraît donc considérable ; chez ces individus
affaiblis, les réactions défensives de l’organisme se font d’une
manière insuffisante, ce qui accroît singulièrement la nocivité des
agents pathogènes.
En définitive, pour la trypanosomiase comme pour la plupart
des autres maladies infectieuses et parasitaires, la gravité de la
maladie est avant tout fonction de la virulence du germe et de la
résistance du terrain.
*
* *
Nous avons vu que le pronostic de la trypanosomiase est essen¬
tiellement différent, suivant les formes que revêt la maladie. Pou¬
vons-nous établir le pronostic dans tel ou tel cas déterminé, et
sur cpiels éléments pouvons-nous baser notre jugement?
Dans l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de
porter un pronostic certain chez les malades atteints de tiTpai-
nosomiase au début. Ni les symptômes clinicjues, ni les recher¬
ches de laboratoire ne peuvent nous donner à cet égard des élé¬
ments de certitude. Tout au plus peut-on avoir des présomptions,
t|ue, bien souvent, l’évolution ultérieure de la maladie vient infir¬
mer.
11 n’\' a aucun rapport entre la gravité de la maladie et le nom¬
bre des trypanosomes rencontrés dans le sang ou dans les gan¬
glions. Bien plus, la constatation de trvpanosomes dans le liquide
céphalo-rachidien n’implique pas forcément un pronostic grave;
nous en avons trouvé chez un de nos malades, qui a été rapide¬
ment très amélioré et qui, depuis plusieurs années, n’a présenté
aucun accident. Inversement, l’absence de parasites dans le liqui¬
de cérébro-spinal ne permet pas de porter un pronostic favorable.
On ne peut tirer aucun renseignement du taux de l’autcvagglu-
tination des hématies. La constatation d’une légère Ivmphocv-
lose céplialo-rachidienne est la règle aussi bien dans les formes
légères que dans les formes graves.
De même, l’intensité de la fièvre et des phénontènes généraux,
des adénopathies, de la splénomégalie, des éipphèmes, etc., ne
t\>urnissent aucun renseignement utile pour le pronostic. On ne
peut tenir aucun compte des variations du poids corporel ; le plus
souvent dans les formes graves, le poids ne cesse d’tiugmenter
jusqu’à la mort, sous l’influence du traitement par l’atoxyl.
Seule hi résistcant'e des accidents à un traitement bien conduit a
une certaine valeur et indicpie qu’il s’agira vraisemblablement
d’une forme grave. Lorsque, malgré un traitement intensif par
ratox\d ou par réméticpie, on voit persister pendant plusieurs
semaines et même plusieurs mois comme dans un de nos cas, les
accès fébriles et les éruptions cutanées, on doit porter un pronos¬
tic très réservé, d'outefois, nous avons vu souvent des malades
tpii paraissaient atteints de formes très légères, cédant très rapi¬
dement au traitement, présenter bientôt des rechutes, malgré une
thérapeuticpie rigoureusement instituée. Inversement, dans une
de nos observations, les accidents ont été tenaces, ont persisté
pendant près d’une année, et ont disparu définitivement, sans
que le malade ait encore présenté de récidives.
Par conséquent, au début de la maladie, on doit toujours réser¬
ver le pronostic, et, seule, l’évolution permettra de savoir si l’on a
affaire à une forme légère ou grave. Il faut attendre plusieurs an¬
nées avant de prononcer le mot de guérison ; encore doit-on tou¬
jours faire quelcpies réserves et insister sur la nécessité de sur¬
veiller le sujet pendant de longues années encore.
Lorsciu’après une période d’amélioration et de guérison appa¬
rente plus ou moins longue, on voit survenir une rechute, le pro¬
nostic devient extrêmement sérieux. Certes, nous croyons que,
après une première rechute sanguine, les malades peuvent encore
guérir sous l’influence d’un traitement intensif. Mais dans pres¬
que toutes nos observations, la rechute sanguine a été suivie à
plus ou moins brève échéance de nouvelles rechutes et de l’appa¬
rition des accidents nerveux tardifs. Nous attachons donc une
importance considérable à l’apparition de ces rechutes, même lé¬
gères et nous portons toujours dans ces cas un pronostic grave.
Lorsque les accidents nerveux tardifs ont apparu, nous consi¬
dérons le pronostic comme fatal. Mais il importe de bien savoir
distinguer ces accidents nerveux tardifs qui s’observent au cours
- 398 -
des trypanosomiases à rechutes, des accidents nerveux précoces
G|ui peuvent survenir dès les premiers mois de l’affection et qui
peuvent guérir.
Au point de vue clinique, ces accidents sont assez dissembla¬
bles. Les formes médullaires appartiennent aux premières pério¬
des de la tr}q3anosomiase et ne comportent pas un pronostic sé¬
vère. Les accidents cérébraux précoces sont c'aractérisés avant
tout par la somnolence et les attaques de sommeil ; mais on n’ob¬
serve pas à cette période les troubles mentaux, les crises convul¬
sives, les paralvsies, qui caractérisent les accidents cérébraux tar¬
difs.
L’examen du lic[uide céphalo-rachidien donne à cet égard des
renseignements fort importants. Dans les formes nerveuses préco¬
ces, on trouve une Ivmphocvtose légère ; en cas d’accidents ner¬
veux tardifs, la leucocytose est extrêmement abondante, et on
trouve, à côté des Ivmphocvtes, de nombreux mononucléaires et
des plasmazellen dégénérés (i ). Il y a là un contraste saisissant,
qui nous a toujours guidé dans les cas difficiles, lorsque nous
avions affaire à des malades dont nous n’avions pas pu suivre la
maladie depuis son début. La constatation des trypanosomes
dans le liquide céphalo-rachidien a une valeur un peu moindre:
on les rencontre beaucoup plus fréquemment au cours des acci¬
dents tardifs, mais on ne les trouve pas constamment dans ces
cas.
Si l’apparition des accidents nerveux tardifs comporte un pro¬
nostic fatal, il est à peu près impossible de prévoir, même appro¬
ximativement, à quel moment se produira la terminaison mor¬
telle. On peut faire le pronostic quoad vitam, il est imprudent de
le faire qiioad tcmpus. Souvent, ces malades présentent des acci¬
dents formidables, qui paraissent devoir rapidement se terminer
par la mort ; au bout de quelques jours, ils se rétabliss^-nt et peu¬
vent vivre encore pendant des mois avant de succomber. Rappe¬
lons cependant que, d’après nos observations, la survie ne dé¬
passe guère 2 ans après l’apparition de ces accidents cérébraux
tardifs.
(t) Cet état du liquide céphalo-rachidien peut s’observer chez des malades
qui ne présentent pas d’accidents nerveux graves. Il doit toujours faire
réserver le pronostic, car il indique l’existence de lésions neix-euses qui sont
encore latentes, mais qui pourront se traduire à échéance plus ou moins
longue par des symptômes nerveux menaçants (convulsions, paralysies, etc.).
399 —
A propos d’un cas de filariose
(Microfilaria Bancrofti)
Par NI CLOT.
Lai douanier colonial, né et employé à la Guyane, en congé,
s'est présenté récemment à mon examen, porteur d’un ordre de
visite appelant l’attention sur la tuberculose pulmonaire et testi¬
culaire dant il serait atteint.
bm fait, le sujet, porteur de ganglions multiples peu volumineux
aux deux aines, de varices Ivmphatiques eu cette région et aux
bras, d’éléphantiasis scrotal droit, de lymphoscrotum bilatéral, de
douleurs lombo-abdominales, albuminurique sans hémato-chylu-
rie, mais émettant cpielques filaments parasités d’embryons fila-
riens, est la victime d’erreurs successives de diagnostic.
11 est amaigri, bien c[ue cliniquement indemne de toute lésion
thoracique. Il n’a comme passé que la lolennorrhagie et la svphi-
lis, dont il ne conserve aucune trace actuelle. En revanche, en
1895, on a incisé au titre d’un bubon inexistant son aine gauche;
en 1907, dans un grand service parisien, à propos d’une suppu¬
ration locale, cjualifiée de tuberculeuse, il a subi la castration
droite et le curage du triangle de Scarpa.
Laxcereaix (i), Moty (2), Schwartz (3), Le Dentu (4), en¬
tre autres auteurs français, nous ont informé contre semblables
confusions.
Le diagnostic précis du cas particulier était d’autant plus im¬
portant que l’étiquette bacillaire supprimait tous les droits et im¬
posait la réforme prochaine.
Il s’agit de Microfilaria bancrofti, à périodicité nocturne, véri¬
fiée dans ses caractères à l’état frais comme sur les préparations
colorés, avec éosinophilie et mononucléose modérées, même la
nuit (5).
(1) Semaine Médicale, 1888, p. 332 et 346.
(2) Rev. Chirurg., 10 janvier 1892.
(3) Bulletin de la Soc. de Chir. Séance du 27 juillet 1898.
(4) Bulletin de la Soc. de Chir. Séance du 21 décembre 1898.
(5) Lams, Eosinophilie en dermatologie, Rev. Méd., 1907, p. 451.
— 4^0 —
Si rhistoire de ce malade ne mérite pas une relation in extenso,.
il V a lieu pourtant d’en retenir certains détails:
Des accès fébriles à intermittences espacées de plusieurs se¬
maines, sans justification palustre sanguine ou viscérale, parfois,
relevés dans la littérature spéciale (6).
l’U faciès immobile, inexpressif, congestif aux pommettes; un
caractère apathirpie, quoique irritable par moments: de l’amné¬
sie notable.
Il m’a été dcmné de constater des troubles psychiques chez
d’autres fihiiriens; c’est ainsi qu’un sous-officier, observé avec
IfEi^NARD et IfATur, avait pu être suspecté de paralysie générale
au début (7).
L’éléphantiasis et le h'inpho-scrotum offrent de grandes varia¬
tions d’un jour à l’autre, sauf les points translucides et perlés
des varices Ivmphatiques. Ifn sens inverse, au bras par exemple,
l’application d’une ligature élasticjue, de la bande d’hsMARCK,
met les lésions sous-jacentes, auparavant latentes, fortement en
évidence et la recherche de cette donnée seméiologicjue semble à
préconiser.
Sur \^s ''oupes de varices lvmphatic(ues que j’ai eu l’occasion
de pratiquer à diverses reprises, on est frappé de l’épaississement
irrégulier conjonctivo-musculaire desdits vaisseaux, avec par pla¬
ces une sorte de hernie, et d’éventration latérale ou totale, tant
des muscles que du scpielette élastique, sur les préparations colo¬
rées à l’orcéine.
Un .ganglion douloureux de l’aine droite a été prélevé, à la de¬
mande du patient, par le médecin-major Viérox.__
Cette biopsie a permis de constater, outre l’état signalé plus
haut des lymphaticpies, des afférents comme des efférents, intra-
ganglionnaires, l’apparence angiomateuse du centre, la transfor¬
mation scléreuse de tout l’organe, l’hvpertrophie de la tunique
musculaire des vaisseaux sanguins, et la plupart des lésions dé¬
crites notamment par René Marie (I). Tl n’a rien été reconnu
d’imputable à la tuberculose.
Tènfin, le malade a été soumis après cette intervention, par le
chirurgien, à des injections intraveineuses répétées de solutions
(6) A. Laveran, Soc. de Biologie, ii novembre 1893 ; Lothrop et Pratt,
Ai)t. J. of. M. Sc., 1900, t. CXX ; Simond, Noc et Aubert, Bull, de la Soc. de-
Pailiol. Exot., 1909, p. 322.
U) Cenex, Lyon, Thèse, 1901-1902
(t) Bulletin de la Soc. de Chirtirg., 1898, p. 808.
d’argent colloïdal à 1/50®, thérapeutique qu’il convient d’ajouter
malheureusenient, vérification faite, à la série déjà longue des
moyens infructueux antérieurement employés.
L’éléphantiasis arabum aux îles Wallis,
et la théorie filarienne
Par V. HROCHARD.
Ifn attendant d’autres détails sur la microfilaire des îles Wal¬
lis (1), on peut enregistrer, par ordre d’observation, cjuelques au¬
tres faits intéressants dans ces îles: la fréquence notable de l’élé-
phantiasis Arabum, l’absence de maladies sûrement filariennes,
l’abondance d’abcès superficiels et d’adénites inguinales, enfin
la brièveté, un peu plus accentuée c[u’ailleurs, des attaques d’élé-
phantiasis.
La première étude de cette affection dans ces îles vient d’être
présentée par M. le D’’ \"iala, mon prédécesseur sur place (2).
Si la découverte postérieure d’une microfilaire, et d’une micro-
filaire nouvelle, semble devoir affaiblir a priori les conclusions
de l’auteur, ce que nous éluciderons plus tard, je demeure entiè¬
rement d’accord avec lui sur les données purement clinic{ues de
son exposé, image fidèle de faits positifs, quand bien même inat¬
tendus. Il n’est pas inutile de citer les plus importants:
(( Filariose. — L’unique manifestation de la filariose dans ces îles est !• élé-
« phantiasis.
« Je n’ai jamais rencontré la chylurie ni l’hématochylurie. L’hydrocèle, qui
« est très répandue, ne m’a jamais donné à la ponction que du liquide citrin,
(( et je n’ai jamais trouvé un seul cas d’hydrocèle chyleuse : j’ai interrogé
« sur ce point beaucoup d’indigènes : l’existence de la chylocèle semble com-
c( plètement ignorée des naturels, qui connaissent pourtant bien l’hydrocèle,
« et se font eux-mêmes des ponctions.
« .... L’ascite chyleuse, le chylothorax, la diarrhée chyleuse n’existent pas
(( aux Wallis ni à Futuna. Je n’ai rencontré ni adéno-lymphocèle, ni varices
<( lymphatiques... Le Ivmphoscrotum n’existe pas aux îles Wallis et Horn.
<( Je n’y ai jamais observé d’abcès lymphatiques.
(1) Cf. notre note du 9 mars 1910. L’ne microfilaire, également apériodi¬
que, a été signalée récemment aux Fidji, par A. I). Bruxwinx (Joiini. of
irop. Med., 15 déc. 1909).
(2) Cf. Annales d’FIyg. et de Méd. Coloniales, 1909, p. 422.
— ^02 —
« Par contre, l’éléphantiasis est extrêmement répandue. Dans les divers
« ouvrages de pathologie exotique que j’ai consultés à ce sujet, j’ai toujours
(( vu citer l’Inde, l’Arabie, l’Algérie, la Côte Occidentale d’Afrique, les îles
(( de la Société, les îles Samoa surtout, comme étant les domaines de prédi-
« lection de l’éléphantiasis. Mais les chiffres que donnent les auteurs m’auto-
« risent à penser que l’archipel uvéen représente à coup sûr l’un des points
« du monde où l’éléphantiasis est le plus répandue. Elle semble être un peu
(( moins fréquente à Futuna qu’à Wallis, où la moitié de la population en est
« certainement atteinte.
Ces données représentent quatre années d’observation sur une
petite population de 4.000 habitants. On se convaincra qu’elles
n’aient guère laissé place à l’erreur. Mes recherches les con¬
firment. Il semble toutefois que le cinquième seidement, au lieu
de la moitié de la population, fournisse sa part à l’éléphantia-
sis, ce qui demeure encore une proportion considérable. J’ai opéré
aussi des hvdrocèles : elles ne contenaient que du liquide citrin,
sans microlilaire. Je n’ai encore vu, ni entendu citer, aucun cas
d’hydrocèle chyleuse, d’ascite chyleuse, de diarrhée chyleuse, de
lymphoscrotum, d’adéno-lymphocèle, de varices lymphatiques, ni
d’abcès lymphatiques. Ces affections sont imconnues aux Wallis,
Par contre, une particularité sur laquelle mon prédécesseur n’a
peut-être pas suffisamment insisté, et C{ui tire une importance
nouvelle de la présence de filai res dans le pays, consiste dans
l’extrême frécpience des abcès superficiels et des adénites ingui¬
nales.
Les abcès siègent sur le tronc comme sur les membres. Fort
souvent, on ne leur trouve pas de porte d’entrée. Ils peuvent de¬
venir volumineux. Le fait à retenir est qu’ils n’entraînent cju’une
faible réaction générale, hors de proportion avec leur volume.
Parfois même, ils se résorbent tout seuls, comme je l’ai constaté.
L’incision met régulièrement à jour un pus jaune et bien lié, ren¬
fermant une sorte de diplocoque ou de diplo-bacille, qu’on re¬
trouve aux Wallis dans beaucoup de suppurations, à la surface
des ulcères, ou dans les crachats, et sur lequel je reviendrai plus
tard.
Les adénites sont inguinales dans l’immense majorité des cas.
Je mets en dehors les adénites vénériennes, d’ailleurs fort rares
ici. Celles dont je parle et qu’on peut appeler fugitives, ont tou¬
jours une allure uniforme: brusquement, une tuméfaction indu¬
rée et peu mobile apparaît dans le pli ing'uinal, ou un peu au-
dessous. Presque d’emblée, la tumeur atteint son volume maxi¬
mum, d’une noix à une orange. Une douleur assez vive peut l’ac-
compagner, ainsi (|u’une traînée rouge de lympliangite superfi¬
cielle. Fait à noter, ce stade ne dure que quelques heures. Alors
apparaît la fièvre, ([ui chasse la douleur. Parfois, cet ordre est
renversé. La fièvre le cède en aussi peu de temps, et la crise est
terminée en un jour, deux au plus. Progressivement, l’adénite
disparaît, et il ne reste, parfois, de cette alerte qu’un petit gan¬
glion dur dans l’aine.
Quelle est l’origine de ces inflammations secondaires? 11 n’v
a guère de doute que ce ne soit la malpropreté, et les excoriations
des jambes, si fréquentes ici. Ces mêmes conditions sont réunies
dans l’Inde, l’Arabie, l’Algérie, la Côte occidentale d’Afrique, les
îles de la Société, les îles Samoa, soit dans tous les pavs où sous
certaines latitudes, les habitants vont pieds et jambes nus. On re-
marc[uera que ce sont précisément les pays à éléphantiasis.
Pourtant, en Chine, l’immense majorité des habitants portent
des chaussures. Mais les « coolies », qtii fournissent les g/io® des
cas d’éléphantiasis, travaillent jambes nues, et la plupart des ha¬
bitants des rivages du Sud, où sévit surtout l’affection, peinent
pieds nus dans la vase. Quant aux femmes, leurs pieds étant ban¬
dés depuis la naissance, il serait intéressant de connaître leur
pourcentage éléphantiasique par rapport à celui des liommes. En
cinq ans de séjour en Chine, je n’ai p.as rencontré une femme chi¬
noise éléphantiasique.
Mon prédécesseur est d’accord avec moi lorsqu’il affirme
n’avoir jamais observé d’abcès filariens aux Wallis. En effet, à
plusieurs reprises, j’ai rencontré la microfilaire apériodique et à
gaine sur certains de ces sujets porteurs d’abcès (dans le sang
périphérique, le pus n’en contenant jamais). Mais, l’examen mi¬
nutieux du pus, l’exploration attentive de la poche, ne révélèrent
aucune trace de filaire ou de débris de filai re adulte. M. le D"" ViA-
i.A n’a pas rencontré de filaire adulte en quatre années de prati¬
que.
Par contre, deux faits demeurent acquis: abcès et adénites se
manifestent respectivement par des signes cliniques constants.
Ils n’entraînent qu’une réaction très faible: caractère important,
qui paraît bien plaider pour une unité d’origine. D’ailleurs, l’adé¬
nite évolue parfois en abcès. Ceci posé, on peut, je crois, avan¬
cer :
1° Que l’agent infectieux de ces inflammations superficielles
ne possède qu’une virulence peu considérable;
2° Qu’il est très répandu;
3° Qu’il existe vraisemblablement à la surface du sol (adéni¬
tes presque invariablement inguinales), et dans les vêtements (ab¬
cès du tronc). L’origine filarienne des uns et des autres doit être
après examen, définitivement écartée.
AI ais si elles n’ont aucun rapport avec la filariose, ces infec¬
tions secondaires n’ont-elles rien de commun avec l’éléphantia-
sis? Leur distribution géographique coïncide déjà avec celle de
cette affection, et d’une manière au moins aussi indiscutable
t[u’en ce cpii concerne Microfilaria noctiirna. Semblable coïnci¬
dence se vérifie aux Wallis, où nous ignorons encore le rôle de
ce parasite. Si les adénites dures, fugitives, c|u’on y rencontre,
sont sans rapport avec la masse fluctuante de l’adéno-hmipho-
cèle, par exemple, on s’aperçoit par contre, à bref délai, c{ue leur
description répond exactement à celle des adénites qui ouvrent,
presque exclusivement, aux îles Wallis, la crise initiale de l’élé-
phantiasis.
L’observation clinique le montre: cette affection débute le plus
souvent par une attaque d’adénite, dont la brièveté, un peu plus
grande ici qu’ailleurs, et les signes cliniques, semblent calqués
sur ceux des adénites fugitives. La crise primitive et les crises se¬
condaires ont la même durée movenne, un jour et demi. 11 s’agit
manifestement d’une infection tenace, cpii s’exaspère à certains
intervalles. Alais on trouve rarement les septénaires de pyrexie
dont les auteurs tirent un signe de diagnostic différentiel avec le
paludisme (i). Les autres svmptômes de l’adénite éléphantiasi-
que confirment ceux des Rclénl tes fugitives : même induration,
même immobilité, même brièveté des attaques. Si bien, qu’a
priori, rien n’interdit d’envisager celles-ci comme la première,
lointaine, parfois stérile condition de l’éléphantiasis.
Ainsi, d’une part, l’absence de manifestations lymphatiques ou
chvleuses, de l’autre, une brièveté plus prononcée des attaques,
caractérisent l’éléphantiasis des Wallis. Alais ces caractères ne
sont nullement de nature à altérer la phvsionomie générale de
la maladie, qui n’est autre que l’éléphantiasis arabum : mêmes
particularités endémiques, même marche, même aspect phvsique,
mêmes ravages. Ces deux affections ne peuvent être nosologique¬
ment distinctes, et la pensée n’en est pas venue à AL le D’' Viala.
Nous pouvons donc affirmer, c[u’au point de vue clinique (le seul
(i) Le Dantec, Traité de Pathol. Exot., 2® éd., p. 1037.
([iii, dans cette question de l’éléphantiasis, ne prête pas à dis¬
cussion), c’est l’éléphantiasis arabiim typique qui existe aux Wal¬
lis. 1mi est-il de même scjus le rapport de l’étiologie et de la pa¬
thogénie?
11 existe donc dans ces îles une infection banale peut-être, mais
endémic[ue au niême titre tjue l’éléphantiasis, et présentant avec
celle-ci des ixqjports étroits. On retrouve une infection similaire,
sinon peut-être identicpie, tlans tous les pays à éléphantiasis.
D’autre part, il n’existe pas aux Wallis de maladies sûrement
filariennes, et cependant l’éléphantiasis y sévit dans une propor¬
tion notable, sous la forme d’éléphantiasis arc'ibum.
Ces données clinicpies éclairent d’un jour nouveau la question
tle l’étiologie de cette affection, car de deux choses l’une:
Ou caïu'une filaire n’existe tiux Wallis, pavs d’éléphantitisis
arabum tx'picjue, et la théorie filtirienne succombe ipso facto ;
Ou l’on trouve F. Bancrofti, ou une autre filaire, mais douée
des mêmes propriétés pathologiques, sans quoi cette théorie suc¬
comberait encore. Il serait alors difficile d’expliquer comment
une cause, unique dans ses effets, sinon entièrement dans sa na¬
ture, engendrerait indifféremment deux processus pathogéniques
pour ainsi dire diamétralement opposés (présence ou absence de
manifestations hmiphatiques ou chvleuses), aboutissant par sur¬
croît à une entité clinique identique.
Manson édifie presque exclusivement sa théorie sur la coexis¬
tence des maladies à filaire avec l’éléphantiasis : des 7 arguments
qu’il présente à cet effet, 6 ont trait à cette coïncidence (i). Que
devient la valeur de ces 6 arguments, en présence d’une éléphan¬
tiasis arabum se développant librement, à l’exclusion de toute
maladie sûrement filarienne, notamment de varices lymphatiques
ou de lymphoscrotum, cités par l’auteur comme le plus fréquem¬
ment associés à cette affection.
Reste la coïncidence, énoncée par Manson, des distributions
géographiques de l’éléphantiasis et de F. Bancrofti. Elle se vérî
fie donc aux Wallis, toutes réserves faites sur la détermination
spécifique exacte de la filaire que nous v avons découverte. ]\Iais
cette concession, loin de fortifier la théorie de l’auteur, l’infirme
encore davantage: l’observation clinique de l’éléphantiasis ara¬
bum aux îles Wallis montre, en effet, que la coexistence d’un
parasite, pourtant si voisin de F, Bancrofti, ne permet pas de
(r) Maxsox, MnJadies des pays chauds, Kd. fr., 1908, p. 5S5.
cléc()iivrir même la trace de ces affections filariennes, ou dites
telles, auxquelles Maxson s’est appliciué avec tant d’ingéniosité à
rattacher l’étiologie de l’éléphantiasis arabum.
OBSERVATIONS
N° I. Eléphantiasis de la jambe. — Homme de 36 ans, malade depuis trois
ans. Hérédité éléphantiasique nulle.
Début de l’affection ; adénite ing’uinale dure, petite, douloureuse. Fièvre ;
irradiation de la douleur dans le membre inférieur jusqu’au pied. Lymphan¬
gite réticulaire. Durée de la crise initiale : deux jours.
L’adénite diminue vite de volume. La jambe avait subi, dès le lendemain
de la crise, un léger commencement d’hypertrophie.
Depuis trois ans, crises tous les deux mois, de un jour environ. Depuis
quelque temps, la jambe augmente plus rapidement de volume.
Aucune varice, rien de particulier par ailleurs.
Une microfilaire apériodique et à gaine par préparation.
2. Eléphantiasis double des jambes. — Homme de quarante ans, ma¬
lade depuis dix ans.
Hérédité éléphantiasique nulle.
La maladie a débuté successivement dans chaque membre par une adénite
inguinale dont il reste encore trace du côté gauche. Ces adénites devenaient
douloureuses à l’époque des crises. Elles étaient toujours dures.
Durée de la crise initiale : un jour.
Crises tous les trois ou quatre mois, principalement influencées par les tra¬
vaux pénibles.
Pas de varices ni d’autres manifestations filariennes.
Pas de microfilaires dans le sang.
N° 3. Eléphantiasis double des jambes, — Homme, 38 ans environ, malade
depuis huit ans.
Hérédité : père mort éléphantiasique des quatre membres, frère éléphan¬
tiasique avancé des deux jambes, comme lui.
Membre inférieur droit. — Le premier pris. Adénite inguinale, compli¬
quée d’abcès ultérieur. On l’incise : pus abondant. Douleur le long du mem¬
bre jusqu’au pied (face interne, ce qui est de règle). Cordon lymphatique.
Durée de la crise initiale : deux jours.
La pachydermie fut assez longue à s’établir. Au début, accès chaque se¬
maine ; maintenant, toutes les trois semaines. Circonférence au mollet :
O m. 60 cm.
Membre inférieur gauche. — Atteint cinq ans après l'autre, a .acquis en
5 ans les mêmes dimensions. Cire. : o m. 60 cm.
Deux petits ganglions subsistent, durs et mobiles, dans l’aine.
Pas de microfilaire dans le sang. Mais le frère éléphantiasique dans le
même état en présente d’abondantes.
N° 4. Eléphantiasis des quatre membres et du scrotum. — Homme, 55 ans
environ, malade depuis 14 ans.
Hérédité éléphantiasique nulle.
Les deux bras sont très volumineux : 39 et 40 cm. de tour. Les deux jam¬
bes le sont beaucoup moins. Le scrotum, qui atteignait le volume d’une tête
d’adulte, a été opéré il y a 4 ans.
Début : Membre inférieur droit. — Adénite dans l’aine droite, dure et dou-
— 407 —
loureuse. Coi'don lymphatique le long de la face interne de la cuisse, de la
jambe, et du pied. Crise initiale 2 jours.
La douleur commença par l’adénite. Elle se porta ensuite au côté interne
de l’articulation tibio-tarsienne. Puis elle remonta au genou, où elle rejoignit
la première. Le malade est très explicite sur ce point (i).
La lymphangite n’apparut qu’après les deux jours de douleurs. Durant les
crises qui apparurent ensuite, les douleurs survinrent régulièrement dans
l’ordre indiqué. Lorsque les deux douleurs de la cuisse et de la jambe s’é¬
talent réunies au genou, celle de la cuisse, et de l’adénite disparaissait, et la
fièvre survenait.
Membre i)iférieiir gauche. — Lm ganglion apparut dans l’aine du côté
gauche trois mois après le début de la maladie. Crises semblables en tous
points à celles du membre droit ; mêmes caractères de douleur, même ordre
de celles-ci. Mais les crises successives des deux membres alternaient régu¬
lièrement : jamais ils n’étaient pris en même temps. Ces crises survenaient
toutes les 3 semaines.
Scrotii}}}. — Le scrotum ne fut pris que quatre ans après. Douleurs dans
les deux aines à chaque crise, qui alternaient aussi avec celles des jambes.
Jamais le scrotum n’était pris en même temps que celles-ci.
Le malade se fit opéi'er de cette tumeur.
liras. — Aussitôt après, les deux bras furent pris simultanément tandis
que la maladie cessait dans les jambes. C’est pourquoi aujourd’hui, soit
14 ans après le début de l’affection, ces dernières ne paraissent que peu attein¬
tes en comparaison des bras.
Ceux-ci furent et sont toujours pris alternativement, un seul jour durant :
le lendemain, le bras a augmenté de volume. Les crises ont lieu tous les
2 mois. C’est donc tantôt l’un, tantôt l’autre qui paye son tribut à la mala¬
die. La fièvre ne dure chaque fois que quelques heures.
Actuellement, crises tous les 2 mois, avec douleurs aux mains et aux poi¬
gnets, ainsi qu’aux avant-bras. C’est toujours la douleur aux mains qui pré¬
cède la fièvre, de quelques heures seulement, exactement comme elle la
précédait aux jambes.
15 microfilaires apériodiques et à gaine dans les préparations.
L’Emétique d’aniline dans la filariose
Par A. Tl H ROUX et L. D' AXPR PVl LIÆ.
\oiis avons sigmalé dernièrement l’action de l’émétique d’ani¬
line sur les filai res. Dans nos précédentes observations nous
a\'ions noté, sous l’influenc'e de la médication, une diminution
des parasites, telle c[ue, chez des malades, chez lescpiels ils étaient
visibles auparavant i\ l’examen microscopicpie direct, on ne les re-
(i) Cette localisation successive des douleurs a été constatée chez d’autres
malades.
— 4^8 —
.trouvait qu’eu petit nombre après 2 ou 3 centrifugations. Cepen¬
dant, nous n’avions pas entame pu obtenir leur disparition com¬
plète. Ce résultat vient d’être atteint chez un malade du sommeil,
C[ui présentait Filaria perstans. \a\ disparition complète des filai-
res s’est opérée chez ce malade sans être accompagnée d’aucun
trouble, ni d’aucun engorgement ganglionnaire ou éléphantiasi-
que, ni d’hémato-chvlurie. Mais ce ([u’il y a de plus remarquable,
c’est t[ue les trx panosomes n’ont pas été complètement détruits et
ont fait leur réapparition dans le sang, alors que les tilaires en ont
définiti^’ement disparu, ce qui s’explique par la plus grande apti¬
tude des trvpanosomes à se reproduire directement dans le sang
et par la résistance qu’ils acquièrent contre les médications les
plus diverses.
Observation résumée.
Lavti h’ALL., Sérère, âgé d’environ 30 ans. Maladie ayant dé¬
buté, il va 2 ans, par de la céphalalgie, de la fièvre et de l’hyp¬
nose. A présenté depuis de l’aliénation mentale avec délire furieux
et folie des grandeurs et a été envové pour ces motifs à l’hôpital
civil de Saint-Louis.
A l’examen, pas de ganglions ponctionnables, œdème de la face
et des j^ieds. Le nralade, assez calme d’ordinaire, se prétend fils
Mu roi du Sine, se fâche, c[uand on parle mal de sa famille pré-
SLumée ou lorsqu’on ne le traite pas comme un membre de cette
famille.
Sang avec d'ryp. très rares et filaires nombreuses après centri¬
fugation.
Liquide céphalo-rachidien clair et transparent avec leucocytes
peu abondants et Trvp. rares.
7 novembre: atoxyl, 0,50. — 8, 9, 10: éinétique d’aniline, 0,10.
— Il : atoxyl, 0,50. — 12, 13, 14: émétique A, 0,10. — 15: ato¬
xyl, 0,50. — 16, 17, 18: émétique A, 0,10. — 19: atoxyl, 0,50. —
20, 21, 22: émétique A, 0,10. — 19: atoxyl, 0,50. — 20, 21, 22;
émétique A, 0,10. — 23: atoxvl, 0,50. Jusqu’au 19 décembre
l’état mental continue à laisser à désirer. Le 20, le malade devient
beaucoup plus calme. — 26: sang ne renfermant pas de Tryp.
ni de filaires à l’examen direct. Agglutination globulaire nota¬
ble. Liquide céphalo-rachidien clair avec leucocytes et Trvp. très
(i) Ce Bulletin, 9 mars 1910, n° 3, p. 202.
rares. — 3 janvier: le caractère devient batailleur. — 6, 7, 8 : émé¬
tique A, 0,10. — 9: atoxyl, 0,50. — ro, ii, 12: émétique A, 0,10.
Le malade est calme et en bon état. — 13 : atoxyl, 0,50. — 14,
15, 16: émétique A, 0,10. — 17: atoxyl, 0,50. — 18, 19, 20:
émétique A, 0,10. - 21 : atoxyl, 0,50. — 22: émétique A, 0,10.
— 23: atoxyl, 0,50.
Le 25 février, c’est-à-dire i mois après la fin du 2® traitement,
le sang centrifugé contient des Tryp. rares, mais aucune filaire.
Travail du laboratoire de bactériologie et de
l’Hôpital civil de Saint-Louis.
Sur Texamen des tirailleurs sénégalais
envoyés en Algérie
Par A. THIROUX.
La Société de Pathologie exotique, dans sa séance du 13 avril
1910, a entendu le rapport de M. l’Inspecteur général Kermor-
GANT, sur la question de l’examen des tirailleurs sénégalais desti¬
nés au bataillon d’Algérie. Notre collègue, le docteur Marchoux,
déclarait alors que cet examen lui semblait impraticable, et la So¬
ciété, à la demande de AL le D'" Louis Martin, ajournait ses con¬
clusions à la prochaine séance qui devait avoir lieu le 1 1 mai.
Sur ces entrefaites, le départ des tirailleurs ayant été fixé au
6 mai, le département des colonies, adoptant les conclusions de
M. Kermorgant, expédia, le 22 avril, au Gouvernement général
de l’Afrique occidentale, l’ordre ferme de pratiquer tous les exa¬
mens demandés par votre rapporteur.
Dans l’impossibilité matérielle où le laboratoire s’est trouvé de
pratiquer aucun examen avant l’embarquement, AL le Directeur
du Service de Santé de l’Afrique occidentale a chargé deux offi¬
ciers du corps de santé désignés pour convoyer les troupes, d’exa¬
miner les tirailleurs au point de vue des affections n’exigeant pas
d’examen microscopique. Un rapport concernant ces examens a
été établi et remis aux autorités avec le rapport de traversée à
l’arrivée à Oran.
Dès le 7 au matin a commencé à bord une visite aussi minu¬
tieuse que possible. Tirailleurs, femmes et enfants, ont été vus
individuellement, un examen microscopique du sang a été fait
4^0 —
]){)ur ('hariin d’eux, ainsi ([u'iine visite très soigneuse des pieds
au point de vue des puces chiques. Cette visite ayant permis de se
rendre compte de ce qu’un certain nombre d’indigènes portaient
des plaies provenant de chicpies et que d’autres hébergeaient
înême des parasites, MM. Tardif et Hermann et M. Casanove,
le médecin du bataillon, se sont mis très activement à extirper
celles qui existaient encore et à badigeonner les plaies avec de la
teinture tl’iode. Le commandant faisait, en même temps, faire des
lavages antiseptiques au crésyl dans les entreponts et très rapide¬
ment les parasites disparaissaient, au point que l’on notait une
soixantaine de cas le premier jour dans la première compagnie, et
que le nombre de ces cas diminuait tous les jours, au fur et à
mesure que les compagnies étaient visitées, pour atteindre une
quinzaine de cas seidement le quatrième jour dans la Cjuatrième
compagnie.
L’examen microscopique du sang a permis de relever 8 cas de
filariose dus à Filaria perstans.
Un certain nombre d’indigènes, présentant de l’hypertrophie
des ganglions cervicaux, ont été examinés par ponction ganglion¬
naire, au point de vue de la trypanosomiase; aucun n’a été trou¬
vé atteint. Cet examen a été forcément très sommaire, l’examen
du sang de 1.325 personnes et des puces chicj[ues ayant occupé
à bord tout le personnel pendant au moins 7 heures par jour. Ce¬
pendant, il est peu probable qu’il y ait parmi les tirailleurs, des
malades du sommeil et, y en eut-il, qu’ils ne seraient nullement
dangereux en Algérie, où il n’existe pas de mouches tsétsé.
Il a été impossible de faire aucun examen relatif à l’ankylosto¬
miase et à la bilharziose, le temps a complètement manqué, ainsi
qu’une installatio suffisante.
Je dois, enfin, signaler 2 cas de lèpre, observés chez 2 femmes.
11 est évident cpi’il eût été préférable que ces femmes eussent été
arrêtées avant l’embarquement, mais en présence du manc[ue de
temps et d’installation qu’ont dû subir les médecins chargés d’exa¬
miner r.325 personnes en g jours, dont il faut défalquer 2 jours
pour rembarc[uement, l’examen complet n’a pu être fait qu’à
bord.
Des états, comprenant les indigènes ayant présenté des chi¬
ques ou des plaies provenant de chiques, les tirailleurs atteints
de filariose ou de lèpre, ont été remis avec les rapports de tra¬
versée aux autorités.
La grande quantité de cas de puces chiques cpie nous avons
observés, et le travail énorme que nous a demandé un nettoyage,
que nous nous sommes efforcé de rendre le plus parfait possible,
impose l’obligation de s’arranger à l’avenir pour ne plus em¬
barquer d’hommes infectés de ce parasite.
C’est très facile, la ville de Dakar, et surtout ses environs im¬
médiats, sont très infectés de puces chiques, alors qu’à Saint-
Louis elles sont inconnues; aussi, malgré l’installation, déjà faite
à Dakar, des camps de concentration, des réservoirs, comme on
les appelle, j’estime qu’on doit concentrer les Sénégalais desti¬
nés à l’Algérie à Saint-Louis, où j’ai pu constater, par un service
de plus d’une année dans une consultation gratuite, qu’il n’y
avait pas de puces chiques, les tirailleurs devant séjourner le
moins possible à Dakar et y être expédiés pour s’embarquer im¬
médiatement, ou être embarqués en face de Saint-Louis.
M. Granjux. — Le bataillon noir envoyé au Maroc n’a pas,
que nous sachions, transporté la puce Chique. Je demanderai à
M. Thiroüx s’il pourrait nous dire à quoi tient cette différence
entre les deux bataillons, le second ayant une assez grande pro¬
portion de porteurs de Chiques.
M. Thiroux. — Je n’ai aucun renseignement sur l’état de santé
des hommes envoyés au Maroc ni sur l’existence ou l’ab^^enc.;
des puces Chiques parmi le contingent.
Le Président. — L’intéressante communication que vient de
nous faire M. le D"^ Thiroux, montre bien que les vœux émis par
la Société n’étaient pas superflus. Si les 163 Sénégalais porteurs
de chiques avaient été débarqués à Oran, il est probable que ces
insectes se seraient répandus dans une partie de l’Algérie, com¬
me ils se sont répandus à Madagasctir. Des cas de filariose et de
lèpre ont été aussi constatés parmi les Sénégalais ou Sénégalai¬
ses embarqués à Dc'ikar. 11 sera indispensable, à l’tivenir, de pro¬
céder à un examen médical approfondi du personnel des batail¬
lons noirs destinés à l’Algérie avant V cmbar(jucmi’nt et de don¬
ner aux médecins chargés de cet examen tout le temps nécessaire.
Rien n’a été fait cette fois pour la recherche de l’ankylostomiase
et de la bilharziose. Il est à désirer que le vœu émis par la So¬
ciété au sujet de ces deux maladies ne reste pas lettre morte. On a
412 —
dit que rank}dostomiase avait été observée déjà en Algérie; elle
y est au moins très rare et son existence dans ce pays n’est pas
un motif pour qu’on laisse se créer de nouveaux foyers ; il est pos¬
sible, d’ailleurs, que l’ankylostome du Sénégal soit le Necator
americanus, qui est plus dangereux que V Ankylostomiim diio-
denale .
L’hérédité et la contagion à la léproserie
de la Désirade
d’après la thèse de M, NOËL, médecin de cet établissement
Par A. LE DENTU.
Je n’ai rien de personnel à vous communiquer relativement à
la contagiosité de la lèpre. Aussi, me bornerai-je à faire une
courte analyse de la thèse du docteur Noël, médecin de la lépro¬
serie de la Désirade (Guadeloupe).
Cette thèse a pour titre: Douze années de pratique à V hospice
des lépreux de la Désirade. Elle a été soutenue à la Faculté de
Paris, le 17 décembre 1903.
S’appuyant sur son expérience personnelle, l’auteur n’admet
pas l’hérédité de la maladie. Tout au plus se croit-il obligé de faire
quelques réserves eu égard à la transmission héréditaire d’une
prédisposition mal définie d’ailleurs.
Pour repousser l’hérédité, il s’appuie sur l’observation plus ou
moins prolongée de 7 enfants (les naissances ne sont pas fré¬
quentes à la léproserie) nés de 5 femmes atteintes à des degrés
divers ; certaines présentaient des symptômes déjà très graves. Le
docteur Noël avait pu, jusqu’en 1902, suivre 5 de ces enfants
pendant 27 ans, 13 ans, 10 ans, 6 ans, 4 ans et demi. Il avait
perdu de vue les 2 autres à l’âge de 7 mois et tout de suite après
la naissance.
Dans tous ces cas, les grossesses avaient été régulières, les en¬
fants n’offraient aucune lésion et les pkicentas avaient des ca¬
ractères absolument normaux.
L’auteur essaye, en plus, de démontrer la contagion par 7 faits
qui se décomposent de la façon suivfinte ;
4i3 -
Dans 4 elle paraît certaine ou, du moins, infiniment probable,
dans 2 elle ne présente que quelque vraisemblance, dans i elle
ne peut être admise qu’en vertu d’une simple hypothèse.
Les mesures prophylactiques mises en pratique ou recomman¬
dées par l’auteur, en vue d’empêcher la propagation du mal en
dehors de la léproserie, ou la contagion intérieure s’exerçant sur
les gens de service, se réduisent à l’hygiène de l’habitation sur¬
veillée de près, à l’aération, au blanchiment répété des murs au
lait de chaux, aux soins de la peau des malades, indépendam¬
ment des traitements locaux et des pansements, à la désinfection
des effets avant qu’ils soient remis aux blanchisseuses.
Pour ce qui est de la prophylaxie, du côté des nouveau-nés et
des très jeunes enfants, il se montre aussi rigoureux que les cir¬
constances le lui permettent.
Comme il se fait un scrupule de confier un enfant né de pa¬
rents lépreux à une nourrice indemne de lèpre, il lui reste seu¬
lement le choix entre l’allaitement artificiel et l’allaitement ma¬
ternel. Les difficultés du premier dans les pays chauds le rejet¬
tent vers l’allaitement maternel, pendant un minimum de 3 mois,
et, si rien ne s’y oppose, pendant 6 mois.
L’enfant, gardé au dehors dès sa naissance, est présenté à la
mère toutes les 3 heures, complètement recouvert par une blouse.
Le sein a été lavé avec une solution d’acide borique ou de per¬
manganate de potasse, et le mamelon est coiffé d’un bout en
caoutchouc, aseptique. Donc aucun contact n’est possible entre la
mère et l’enfant. La nuit celui-ci prend de l’eau bouillie ou du
lait coupé.
Dès qu’il a été sevré, il est séparé absolument de sa mère et
envoyé au loin, au dehors de l’île.
En ce qui concerne le vaccin, qu’on a accusé de transmettre
la maladie, M. Noël ne fait jamais la vaccination de bras à bras.
Il se sert uniquement de tubes reçus de France.
Jusqu’ici, toutes ces précautions lui ont donné des résultats
dont il a le droit de se féliciter. Ses observations portent sur un
assez grand nombre de malades pour que ses déductions aient de
la valeur. En 1902, le nombre des lépreux de la Désirade était de
85, tandis qu’il n’était que de 56 en janvier iSgi, augmentation
d’autant plus importante que les règlements sont peut-être d’un
libéralisme exagéré, pour ce qui est du recrutement des malades.
Ceux-ci ne sont admis qu’à la condtion qu’ils aient signé une de-
— 414
mande que le commissaire de police est appelé à contrôler. Je sup¬
pose que derrière ce dernier il y a un médecin. Combien de cas
doivent ainsi rester ignorés ou se dérobent à l’internement et au
traitement méthodique !
La léproserie de la Désirade date de 1728. La recherche des
lépreux à la Guadeloupe en fit découvrir 125 sur une population
qui n’était alors que de 43.000 âmes. Il est consolant de penser
que la proportion actuelle, pour une population de 170.000 à
180.000 habitants, je crois, est notablement moindre, à moins que
les cas non internés ne fussent beaucoup plus nombreux, en 1902,
que ceux que l’administration de la léproserie avait régulière¬
ment enregistrés. Sous ce rapport, je n’ai aucune notion précise
à fournir.
Par une lettre récente, j’ai invité M. Noël à faire connaître les
résultats de ses observations depuis 1902. 11 pourra ainsi apporter
un appoint plus important à la solution de la question.
M. Broquet. — A propos de la communication de M. Le Den-
TU, je me permets de signaler à la Société que l’éloignement de
l’enfant de la mère n’est pas pratiqué dans toutes nos colonies. En
Cochinchine, à la léproserie de Culao-Ran, la Commission char¬
gée de la visite de cette léproserie, malgré les vœux qu’elle émii
à deux reprises, n’obtint pas satisfactio'n. L’Administration s’op¬
posa à la séparation de l’enfant, parce qu’elle estimait que cette
mesure était trop cruelle. La Commission de visite de la lépro¬
serie répondit, qu’au contraire, cette mesure sauvegardait les
droits de l’enfant et ceux de la famille.
M. Jeanselme. — Je rappelle que notre Commission de la lèpre
a demandé que les enfants issus de lépreux soient séparés de
leur mère, et soumis à l’allaitement artificiel, et mis en surveil¬
lance dans un orphelinat. Du reste, cette mesure est appliquée
dans plusieurs léproseries de Madagascar. 11 serait désirable
qu’elle soit étendue à nos autres colonies.
M. Broqùet. — - Tdune des raisons qui s’opposent à l’efficacité
de nos mesures prophylactiques vis-à-vis de la lèpre, c’est que l’in¬
digène n’a pas peur de la lèpre. Les miliciens de garde, dans les
léproseries n’éprouvent aucune crainte à vivre avec les malades,
jouent aux cartes avec eux, couchent même dans leurs lits.
M. Bertrand. — Simple association d’idées et simple souvenir
corrélatif: Il y a quelque six mois, j’ai rencontré, à Paris, dans
la rue, un nègre porteur d’une superbe lèpre léonine. La profes¬
sion de ce malade? Chauffeur d’automobile de place. Je ne sais
ce cju’il est devenu: hospitalisé? parti? peu importe. Je me suis
dit à ce propos que s’il est beau de poursuivre aux colonies la
prophylaxie lépreuse, il serait non moins indiqué d’empêcher de
courir les rues, dans nos pays, les gens qui sont atteints de la
maladie en question, alors surtout qu’ils exercent une profession
les mettant en relation, pour ainsi dire, incessante avec le public.
M. Xattax-Larrikr. — Il existe à Paris même un lépreux cjui
exerce la mendicité sur les voies les plus fréquentées. Son
procédé est caractéristique; il monte sur le marchepied des voitu¬
res et présente à la portière sa main mutilée et découverte jus¬
qu’à ce qu’il obtienne son obole.
M. Poitevin. — La lèpre est bien inscrite dans la liste des
maladies à déclaration obligatoire, mais cette déclaration, faite
par le médecin traitant, est dénuée de toute sanction dans le cas
ciLii nous occupe. Le Préfet de Police, prévenu qu’un lépreux se
promène dans les rues de Paris et y exerce une industrie qui le
rend excessivement dangereux, ne peut rien pour l’en empêcher.
M. CouR.MONT a récemment attiré l’attention de l’Académie de
Médecine sur l’utilité d’émettre un vœu demandant que la loi
sanitaire fût modifiée de façon à permettre à l’autorité publique
d’imposer l’isolement d’office de tout malade dangereux. Ce vœu
se rattache bien nettement à la question qui est portée en ce mo¬
ment devant la Société.
Le Président. — Le fait signalé par notre Collègue M. le
!)'■ Nattan-Larrier est scandaleux ; la Société de Pathologie exo¬
tique, qui a étudié la prophylaxie; de la lèpre dans nos colonies,
voudra sans doute rechercher aussi quelles sont les mesures à
prendre pour nous protéger chez nous contre cette terrible mala¬
die. Je propose de nommer une Commission qui étudiera cette
question et qui pourra également rechercher s’il y a lieu d’ajou¬
ter quelque chose au vœu qui a été émis précédemment par la So¬
ciété en ce qui concerne l’allaitement des enfants issus de lépreux.
— 4î6 —
(Rapport présenté clans la séance du lo février 1909 ; conclusions
votées dans la séance du 14 avril 1909).
La proposition est adoptée; MM. Kermorgant, L. Bertrand,
Jeanselme, Nattan-Larrier, Marchoux et Broquet sont dési¬
gnés pour faire partie de la nouvelle Commission.
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Prince, 1909, I vol. in-8°, 1179 pages (à Paris, chez Maloine).
Anales del Instituto medico nacional, tome XI, n° i, Mexico,
1910.
La Lanterne médicale, février et avril 1910.
Bulletin of the Manila médicinal Society, t. Il, n°® 2 et 3, fé¬
vrier et mars 1910.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlandsch-lndië, t. L, f. 2,
1910.
Elders. Leishmaniasis acuta (Kala-azar) chez un Javanais à Sumatra.
F. Hogewind, Le choléra à l’hôpital militaire de Weltewreden du 16 sep¬
tembre 1909 au 16 mars 1910.
Brug, Sur le développement de l’œuf d’ankylostome.
Archiv für Schiffs- und Tropen-Hygiene, t. XIV.
N° 10. — V. Prowazek. Parasitische Protozoen aus Japan, gesammelt von
Herrn D*' Mine in Fukuoka.
G. Maurer. Die Korpuskulâren Elemente des Blutes.
E. Furth. Ein Fall von Tœnia (Hymenalepis) nana {v. Siebold
in der Provinz Schantung (China).
The Journal of Tropical medicine and hygiene, t. XIII, 10 et
III, 16 mai et i®"' juin 1910.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÊOUD ET C>*,
Tome 111.
No 7.
1910
R[ lî ï FTIN maü(o-mirr*»
D U 1 1 1 N MC 10 ]fia.
de la
DE
Pathologie Exotique
SIEGE DE LA SOCIETE : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 13 juillet 1910
PARIS
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît lo fois par an
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septembre. Il forme tous les ans un volume d’environ 500 pages
Prix de l’Abonnement : France, 14 fr. ; Union postale, 16 fr
Années 1908 et 1909 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 7
Séance du 13 juillet 1910
CORRESPONDANCE
Paf-es
Congrès des médecins aliénistes .
PRESENTATIONS
Nattan-Larrier. — Exposé de titres .
W. Thomas. — Plaquettes de vulgarisation .
Décès de M. Edm. Rueli.e .
Nomination d’une commission d’étude de la question des eaux de Saigon.
)( COMMUNICATIONS
Ac Balfour. — Coccidiosis of African cattle (avec résumé français) .
Ch. Broquet. — Eaux de Saigon. Discussion .
E. Brumpt. — Bilharziose Discussion .
CoNOR. — Sources thermales et bilharziose en Tunisie .
A. Laveran. — Du traitement par l'orpiment des infections à Tryp.
congolense et Tryp. dimorphon . . . .
A. Laveran. - .Auto-agglutination en trypanosomiase. Discussion .
A. Laveran et A. Pettit. — Contribution à l’étude de Spirillurn Pitheci.
A. Lebœuf. - Pénétration des trypanosomes à travers les muqueuses.
Discussion .
J. Legendre. — Sur la destruction des culicines à l’aide du gîte-piège .
J. Legendre. — Sur la destruction des culicides adultes par le filet à
papillons .
E. Marchoux. — Eaux de Saigon. Discussion .
G. Martin et Ringenbach. — Pénétration de Trypanosoma gambiense
à travers les téguments et les muqueuses intactes .
417
418
418
418
464
429-/
463
448
446
443
442
419
437 /
45 5é
457
464
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Pages
C. Mathis et M. Léger. — Immunité conférée au macaque par le spiro¬
chète de la fièvre récurrente du Toiikin . 422
F’. Mesnil. — Auto-agglutination en trypanosomiase. Discussion. . . 443
R. Montel. — Mortalité des Européens à Saigon. Maladies intestinales.
Eaux de boisson . 459
Morsly. — 50 nouveaux cas de typhus exanthématique traités par les
abcès de fixation . 455
Moty. — Destruction des moustiques. Discussion . 459
Nattan-Larrier. -- L’auto-agglutination des hématies dans la spirillose
expérimentale . 425
Nattan-Larrier — Auto agglutination en trypanosomiase. Discussion. 442
Ch. Nicolle. — Quelques données nouvelles relatives au Kala-azar
infantile . 431
W. S. Fatton. — Rynchouionas lucilia’, n. g., n. sp . 433
Primet. — Eaux de Saigon. Discussion . 464
Rt. Sergent et de Mouzon. Ankylostomiase endémique dans une
Teppaz. — Essai de traitement de la lymphangite épizootique du
Sénégal . 450
A. Tiiiroux. — De la présence de Cercopithecus patas pyrrhoiiotiis au
Sénégal . 453
J. L. Todd. — A note on thc occurens of auto-agglutination of the red
cells in human trypanosomiasis (avec résumé français) . 438
MEMOIRES
C. MATiiisetM. Léger — Le paludisme au Tonkin. Index endémi¬
que pendant la saison fraîche . 465
Edm. Sergent et H. Foley. — Exploration scientifique dans les val¬
lées de l’extrême sud oranais . 471
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Troisième année
1910
N° 7
1BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SKAN'CE DU 13 JUILLET 19IO.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
Le Président. — I.e Comité organisateur du XX® Congrès
-des Médecins aliénistes et neurologistes, cjui se tiendra à Bru¬
xelles-Liège, du I®'' au 8 août prochain invite la Société à parti¬
ciper aux travaux de ce Congrès et à se faire représenter offi¬
ciellement en nommant des délégués.
Au programme du Congrès figure la Maladie du Sommeil.
Deux de nos Collègues, qui se sont occupés spécialement de cette
question, MM. Thiroi^x et G. IVIartin, prendront part aux tra¬
vaux du Congrès, je propose à la Société de les désigner comme
ses délégués.
l>a proposition est adoptée.
29
- 418 -
Présentations
iM. Marchoux. — Au nom de notre collè^'ue, M. Xattax-Lar-
RiiîR, je dépose sur le bureau de la Socdété, l’exposé de ses titres
et travaux scientifiques.
Je présente, en outre, au nom de M. W. Thomas, 3 petites pla¬
quettes de vulgarisation répandues par l’école de Liverpool, dans
l’Amazone pour v renseigner la population sur les dangers des
moustiques. Sur ces plaquettes sont figurés les moustiques c[u’il
faut redouter le plus communément dans cette région.
Décès de M. Edm. Ruelle
Le Président . — Mes chers Collègues, j’ai le regret d’avoir à
vous annoncer la mort d’un de nos Correspondants. Le D’’ Rcei,-
lÆ J médecin - major des troiqoes coloniales, a succombé le
30 avril dernier. Ruelle était un travailleur ; en dehors de sa
thèse sur le mvcétome, il avait publié plusieurs notes intéressan¬
tes au point de vue de l’anthropologie. Ifn 1906 et 1907, il avait
fait d’importantes observations sur la trypanosomiase humaine et
sur les trypanosomiases animales dans la région du Chari-Tchad.
La mort ne lui a pas permis de terminer la publication de ces
recherches.
.Vu nom de la Société de Pathologie exotique, j’adresse des
condoléances bien sincères à la famille si éprouvée de notre très
regretté Collègue.
— 419 —
COMMUNICATIONS
Contribution à l'étude de
'' Spirillum pitheci ” A. Thir. et W. Duf,
Par A. LAVERAN et A. PETT IT.
I{n janvier igio, MM. A. Thiroiux et W. DrFOi'tJERK ([) ont
fait connaître, sous le nom de Spirillmn pitheci, un spirille ob¬
servé chez un Ccrco piiheciis pains (Schreber) provenant de
Rayes (Sénég'al).
Le !)’■ A. Tuikoux a bien voulu mettre à notre disposition le virus en
question. Deux envois nous ont été faits de Saint-Louis du Sénégal à Pa¬
ris au cours de janvier dernier : le premier envoi, consistant en du sang
de rat défibriné, n’a pas permis d’infecter la souris. M. Tiiiroux, à qui
nous avons signalé ce résultat négatif, nous a fait remarquer que les pas¬
sages en série chez le rat se faisaient irrégulièrement, ce qui semblerait
indiquer une diminution de virulence.
Le second envoi comprenait 3 petits tubes, fermés à la lampe, renfermant
du sang de Cercopithèque (C. patas), infecté avec le liquide céphalii-rachi-
dien du singe origine. Ce sang nous est ])arvenu le 19 janvier 1910, en ex¬
cellent état, sans qu’il fût cependant possible d’y distinguer des spirilles
vivants ; il a été utilisé le jour même pour inoculer 3 souris blanches qui
se sont rapidement infectées et qui représentent la source du virus dont
nous nous sommes servis.
Nos observations ont porté sur les animaux suivants : i poule,
2 calfats [Padda oryaivora), 2 cobayes, 2 campagnols {Arvicola
arvalis Pall.), i lapin, i hérisson {Erinacens europœiis L.),
I chien, d’une part; — 34 souris blanches, 17 rats blancs, 2 mu¬
lots (Mus syhaticiis L.), i Cercopithècj[ue (Cercopitheciis patas
(Schreber)), d’autre part.
Les inoculations consistaient à injecter, sous la peau ou dans la cavité
péritonéale, du sang (dilué ou non) dans lequel les spirilles se montraient
nombreux à l’examen direct ; dans deux cas, cependant, il a été fait usage
de sang de souris infectées depuis quelque temps déjà.
Les résultats varient avec l’espèce animale; c’est ainsi que les
(i) Comptes i'e}idtis de l’Académie des Scioices, 10 janvier 1910, et Bul¬
letin de la Société de pathologie exotique, 12 janvier 1910.
— 420 —
animaux du premier groupe de la liste précédente sont demeu¬
ré; indemnes alors que l’inoculation du même virus a détermine,
le plus souvent, une spirillose chez ceux du second.
1° Souris. — Sur 32 souris, inoculées avec du sang de souris
riche en spirilles, 25 se sont infectées; en moyenne, les parasites
sont apparus dans le sang 3 jours après l’inoculation et y ont
persisté 3 jours. Au cours de l’infection, la rate s’hypertrophie
légèrement. Toutes les souris ont guéri.
Deux souris inoculées avec du sang de souris, inoculées elles-
mêmes 6 et 40 jours auparavant, ne se sont pas infectées.
2° Rats. — Sur 17 rats inoculés avec du sang de souris ou de
rat riche en spirilles, 14 se sont infectés; en moyenne, les pa-
* »
rasites sont apparus dans le sang 3 jours et demi après l’inocu¬
lation. Aucun rat n’est mort. Au cours de l’infection, la rate
s’hvpertrophie légèrement.
3° Mulots. — 2 mulots inoculés se sont infectés et la présence
des spirilles a été constatée dans le sang au bout de 3 jours; les
parasites ont persisté pendant i et 9 jours; les 2 mulots ont
guéri.
Ifn résumé, parmi les animaux d’usage courant dans les labo¬
ratoires, seuls le rat et la souris peuvent être infectés par Spirïl-
luvi pithcci. On remarquera, toutefois, la façon différente dont
se sont comportés les souris inoculées, d’une part, par MM. A.
Thiroi'x et \V. Dufoixîeré, à Saint-Louis, d’autre part, par
nous cà Paris ; alors que la mort était la règle au Sénégal, au¬
cune de nos souris n’est morte.
Il n’y a, d’ailleurs, là qu’une contradiction apparente ainsi
qu’il résulte des entretiens que nous avons eus à ce sujet avec
M. A. Thiroox: les cas de mort, signalés par MM. A.
1'hiroux et W. DrFOi’GERÉ, sont survenus chez des souris
inoculées avec du virus provenant du sang du Cercopithèque
origine. Or, depuis la publication de leurs notes, ces auteurs ont
inoculé des souris avec le meme virus que celui mis à notre dis¬
position, à savoir du virus de Cercopithèque infecté avec le li-
C|uide céphalo-rachidien du singe origine. Dans ces conditions,
le virus s’est montré moins actif : comme dans nos expériences,
les souris ont toutes survécu à l’infection.
4° Cercopithecus patas (Sciireber) i>esant 4.550 g-. ; 15 février iqio, re¬
çoit sous la peau i cut'’ sang (dilué par moitié) de souris riche en spirilles ;
19 février, forte mononucléose sanguine ; très rares spirilles qui ne seront
plus revus ultérieurement malgré de nombreux examens ; — 22 février,
-■ 421 —
l’animal est abattu ; l’inoculation de quelques g-outtes de son sang déter¬
mine l’apparition de spirilles chez la souris blanche ; — 5 avril, l’animal,
qui paraissait guéri, devient paresseux ; il se tient dans un coin de la cage ;
par moments, son corps est secoué par des tremblements épileptoïdes ; —
15 avril, l’état général s’améliore ; • — 22 avril, l’animal paraît normal ; il
pèse 4.650 g. : l’inoculation de son sang à deux souris ne détermine pas de
spirillose ; — 23 mai, l’animal est brusquement re])ris de tremblements
violents, qui persistent pendant 3 jours ; pas de s|)irilles dans le sang à
l’e'xamen direct ; nous montrons à ce moment l’animal au I)’’ A. Tiiiroux,
qui assimile les tremblements qu’il observe alors à ceux qu’il a décrits an¬
térieurement ; — 27 mai, l’animal paraît de nouveau guéri ; il pèse 4.350 g. ;
pas de spirille dans le sang à l’examen direct ; une ponction rachidienne
fournit une très faible quantité de liquide, extrêmement riche en mononu¬
cléaires ; i)as de s])irille à l’examen direct ; l’inoculation h la souris reste
sans résultat ; — (j juin, l’animal j^asse par des accès alternatifs de som¬
nolence et de tremblements, qui j)ersistent jusqu’au ib ; il est alors agité
de mouvcn.ents violents et désordonnés ])('ndant ])Iusieurs heures, tombe
dans le coma et meurt bientôt ai)rès.
L’autopsie est pratiquée 12 h. après la mort. L’animal pèse 3.900 g. Les
])Oumons, le tube digestif, les reins et le cœur sont normaux à l’œil nu ;
le péricarde, cei)endant, renferme un exsudât clair assez abondant. La
mœlle osseuse est rouge ; la rate, qui jjèse 4 g. est sclérosée ; le foie est
hvpertrophié, sombre, très congestionné. La dure-mère est adhérente en
plusieurs points du crâne ; les hémisphères cérébraux offrent à leur surface
quelques taches laiteuses dues à une agglomération de mononucléaires ; le
liquide céi)halo-rachidien renferme une j)roportion élevée de mononucléai¬
res (i). l’as de s|)irille dans le sang ni dans le liquide céphalo-rachidien
aussi bien à l’examen direct qu’après inoculation à la souris.
Examen histologique. — 1° Foie ; le tissu hé])atique proprement dit est
presque complètement détruit ; les cordons de Rkm.mc sont réduits à de min¬
ces travées de cyto])lasma granuleux, comi)rimées ])ar des capillaires gorgés
d’hématies ; en certains points, toute trace de cellules hépatiques fait dé¬
faut et on ne trouve plus que des hématies ; il existe, d’autre part, un cer¬
tain degré de sclérose, surtout marquée au niveau des espaces-porte ; —
2° Rate ; sclérose assez marquée et infiltration sanguine ; — 3° Système
nerveux : quelqru's fibres à mv(dine dégénérées dans i(>s nerfs de la queue
de cheval et dans le sciatique (Méthode de M.vkciii).
L’examen c'omparatif de rats et de sonri.s, infectés par Spirit-
lum pîthcci, permet de se rendre compte de l’évolution des lé¬
sions: dès que les parasites sont abondants dans le sang (3® jour
en ntoyenne), la laite s’h\'pertrophie, par suite d’un afflux con¬
sidérable de sting (jid s’infiltre dans tout le jDarenchyme ; ultérieu¬
rement, il se produit une réaction conjonctive et la laite affecte
alors l’état réalisé par notre Cercopithètjue. Les lésions hépati-
([ues sont également i:)ré('oces : au bout de 3 jours déjà, quelques
('ellides présentent de la dégénérescence granuleuse en même
(i) Chez un rat, qui présentait également de la somnolence, et qui a été
sacrifié en bonne santé apparente, le liquide céphalo-rachidien renfermait
une proportii>n élevée de mononucléaires.
— 4-2 —
temps que les capillaires se gorgent d’hématies et de mononu¬
cléaires en proportion anormale ; par suite du progrès dès altéra¬
tions cellulaires et de la congestion sanguine, le parenchyme hé-
patic|ue se détrint progressivement.
Immunité conférée au macaque par le
spirochète de la fièvre récurrente du Tonkin
Par C. MATHIS et M. LPGER.
Durant l’épidémie de fièvre récurrente, qui sévit au Tonkin
en 1908, nous avons inoculé plusieurs macac|ues dans le but de
connaître la sensibilité de ces animaux au spirochète tonki¬
nois (i). Sur 15 singes inoculés aucun ne se montra réfractaire;
tous contractèrent une maladie expérimentale typique, avec élé¬
vation de température et parasites dans le sang; 3 eurent des re¬
chutes, mais aucun ne succomba.
Deux ans après ces expériences, plusieurs macac|ues étant en¬
core en parfaite santé, 'nous avons pensé qu’il serait intéressant
de les réinoculer pour connaître la durée de l’immunité conférée
par une première atteinte remcmtant à une période relativement
éloignée.
Sur 5 animaux {Macacus rhcsus) antérieurement infectés, 3 se
sont montrés réfractaires, 2 ont contracté une nouvelle maladie
expérimentale.
(Expérience 1. — Réinoculation positive au bout de 2j rnois^
Le sing-e i, inoculé le 22 février 1908, par la voie péritonéale, avec du virus-
homme, avait présente des spirochètes après 2 jours d’incubation. Les para¬
sites furent rares et ne persistèrent que deux jours. Le maximum thermo¬
métrique atteint fut de 4o°8.
Le 29 avril 1908, c’est-à-dire 64 jours après, l’animal fut réinoculé avec
du sang humain. Il ne piésenta aucune réaction. Le singe témoin n® 5 eut
une maladie typique.
Le 14 janvier 1910, près de 23 mois après la première infection, le singe
I reçoit dans le péritoine du virus-singe. Il s’infecte après une incubation
de 48 heures ; la maladie dure 3 jours ; la température monte à 40°8 et
(i) C. Mathis et M. Legek, Bull. Soc. Méd.-Chinirg. de l’Indochine ,
1910, p. 54.
Ic-s spirochètes sont assez nombreux. La réinfection a donc été plus sévère
que la j>reniière atteinte.
Le single témoin iq, inoculé dans les mêmes conditions, après une incu¬
bation de 4<S heures, présente des s])irochètes dans la circulation périphéri¬
que durant 6 jours ; les spirochètes sont très nombreux ; mais la tempé¬
rature de l’animal n’arrive qu’à 3q°9.
bLxi’KRiKXCE II. — Rcinociilaiion ncgaHvc au bout de 22 nirfi.c.
Le. sing'e 4 reçut le iq mars iqo8 du virus-homme. Après une assez lon-
pi'ue période d’incubation (4 jours 1/2), les s])irochètes apparurent dans le
sang' et s'y montrèrent durant 4 jours. La température maxima observée
fut de 40*^8 ; les parasites à leur maximum furent assez nombreux.
.\près 6 jours d’apyrexie, l’animal eut une rechute beaucoup moins gra¬
ve. 11 n’y eut joas d’élévation de la température, et les joarasites qui ne se
montrèrent que durant 2 jours dans le sang, furent à peine non rares à leur
maximum.
Le 2q avril iqo8, 40 jours après, l’animal fut réinoculé avec du sang hu¬
main. 11 ne s’infecta pas. Le singe, témoin 5 contracta une maladie typique.
Le 24 janvier iqio, c’est-à-dire 22 mois après la joremière infection, l’ani¬
mal reçoit joar la voie péritonéale i cc. de sang de singe à spirochètes assez
nombreux ; il ne s’infecte pas.
Le singe témoin 20 contracte une maladie ex]xh'imentale légère. La pé¬
riode d’incubation est de 48 heures. L’infection dure 3 jours. Les parasites
.sont toujours rares et la tem])érature ne s’élève qu’à 3q°5.
Le 28 janvier iqio, le singe 4 est réinoculé une deuxième fois sans suc¬
cès. Le singe témoin 24 (voir ex]3érience III) contracte une infection mor¬
telle.
l{xi’ÉR!EXCE 111. — Réinociihition positive au bout de 20 uiois.
Le singe 6 fut inoculé le 31 mai iqo8 avec tout le sang d’une souris à
S])irochètes rares. ' L’animal, après une période d’incubation de 3 jours, eut
une infection typique d’une durée de 2 jours j/2. Les spirochètes furent
nombreux et la température s’éleva à 4o°6.
Le 28 janvier iqio, c’est-à-dire 20 mois après cette maladie expérimentale,
le singe reçoit dans le péritoine i cc. de sang de singe à parasites rares.
L’incubation n’est que de 24 heures ; l’infection ne dure que 2 jours, pen¬
dant lesquels les spirochètes demeurent rares ; la température ne s’élève
qu’à 39°.
Le singe témoin 24 a une infection grave à laquelle il succombe. Il avait
reçu la même quantité de virus que le singe 6. L’incubation avait été de
3 jours, et, au moment de la mort qui survint le 7° jour, les parasites
avaient été très nombreux. La température n’avait pas dépassé cependant
40°.
l^xi’ÉRiENCE IV. — Réinoeulation négative au bout de 20 mois.
Le singe 7 fut inoculé le 25 mai 1908, avec i ern'^ de sang d’un malade
annamite à parasites non rares. Les .spirochètes apjKirurent 2 jours 1/2
après l’inoculation ; à leur maximum, ils furent assez nombreux ; ils per¬
sistèrent durant 2 jours.
.Après une disparition de 5 jours, les parasites api)arurent de nouveau.
La rechute fut beaucoup jjIus grave que la première .atteinte. Elle dura
3 jours. La température s’éleva à 4i°4 et les .s])irochètes furent t.'ès nom¬
breux pendant plus de 24 heures.
— 424
Le 28 janvier 1910, c’est-à-dire 20 mois après la première infection, l’ani¬
mal est inoculé par la voie péritonéale avec du virus— singe à spirochètes
rares. Le macaque observé pendant 14 jours ne présente aucune élévation
de température, et l’e.xamen du sang, pratiqué matin et soir, est constam¬
ment négatif.
Le singe témoin 24 présente des parasites après 3 jours d’incubation et
succombe après une infection de 4 jours. Les spirochètes au moment de
la mort sont très ncmibreux.
It.XPÉiUEXCE \". — Rcinoculalion négative au bout de icj mois.
Le singe 8 fut inoculé le 14 juillet 1908, sous la peau, avec du virus-
singe à spirochètes assez nombreux. Après une incubation de 48 heures,
les parasites apparurent dans la circulation périphérique. Ils persistèrent
4 jours ; ils furent très nt)mbreux à leur maximum. La température monta
à 41°.
Le 1*='' février 1910, c’est-à-dire 18 mois et demi après cette première
infection, l’anmal est réinoculé dans le péritoine avec du sang de singe à pa¬
rasites nombreux. Le singe observé durant ii jours demeure parfaitement
indemne.
Le singe témoin 25 s’infecte après une incubation de 3 jours. La maladie
dure 6 jours. Les parasites sont assez nombreu.x et la température atteint
39°9-
itn résumé nous tivons eu:
1° 2 réinoculations positives, l’une 20 mois, Ttiutre 23 mois
tiprès la première infection expérimentale.
2“ 3 réino'culations négatives au 19®, au 20® et au 22® mois.
Nous avons déjà fait connaître qu’une première atteinte de la
maladie expérimentale avec le virus tonkinois confère une immu¬
nité pour une durée qtn n’est pas inférieure à 64 jours. Le 29 avril
1908, 3 singes infectés antérieurement furent réinoculés en même
temps Cju’un singe témoin. Celui-ci contracta une maladie tvpi-
({Lie. Les 3 autres, dont l’infection remontait à 40, 55 et 64 jours,
ne présentèrent aucune réaction.
Il y a lieu de remarcjuer que les 3 animaux qui n’ont pas réagi
avaient eu une première infection très sévère suivie de rechutes
dans 2 cas. Au contraire, les singes qui se sont montrés réceptifs
à la réinoculation avaient été frappés plus légèrement puisciue
chez l’un, les spiroi'hètes avaient toujours été rares et cpie chez
l’autre, infecté avec du sang de souris, les parasites n’avaient été
présents cjue pendant 2 jours et demi dans la circulation péri¬
phérique.
Ainsi, l’immunité s’est montrée d’autant plus durable cpie la
première infection avait été plus intense.
{Institut antirabique et bactériologique de Hanoi,
Mars iQio.)
— 425 —
L’auto-agglutination des hématies
dans la spirillose expérimentale
J3 Par L. NATTAN-LARRIER.
Xous avons étudié l’agglutination des hématies dans les infec¬
tions expérimentales provocpiées par le spirille crOHEiniEiER. Nos
inoculations ont été faites suivant divers procédés: tantôt nous
avons injecté dans le péritoine du rat blanc 6 gouttes de sang
très virulent, et nous avons obtenu une infection suraiguë; tantôt
nous n’avons fait pénétrer dans la séreuse Cju’une très faible cpian-
tité de virus, de manière à réaliser une spirillose lente et atté¬
nuée, enfin, dans c[uelc{ues cas, nous avons réalisé la maladie par
infection cutanée, conjonctivale, digestive, rectale, etc. (i): nous
avons pu ainsi déterminer des spirilloses dont l’évolution corres¬
pondait aux tvpes les plus divers.
Le nombre de nos expériences s’éleva à 76: les résultats en fu¬
rent toujours positifs.
L’agglutination des hématies est apparue dans 27 cas, en même
temps que les spirilles se montraient dans le sang; c’est dans
5 cas seulement que le phénomène a été constaté après le début
de l’infection ; enfin, 33 fois les hématies se sont montrées spon¬
tanément agglutinables avant cpie l’on ait pu noter la présence
d’aucun spirille dans le sang: le phénomène précéda ainsi le dé¬
but apparent de l’infection sept fois de 24 h., cpiatorze fois de
4S h., cincj fois de 3 jours, deux fois de 4 jours et cinc| fois de
5 jours. Ces agglutinations précoces furent faibles ou moyennes
dans la plupart des observations (30 cas sur 35) ; leur évolutiou
fut des plus variables: le phénomène s’accentua ou s’atténua pro¬
gressivement, parfois même il affecta une allure intermittente.
EvoLt'Tiox DE L’AGGLin'iXATTOX. Intensité. — L’agglutination,
au cours de l’atteinte primitive, s’est montrée 38 fois très forte
(('inquième degré), 16 fois forte (cjuatrième degré), 6 fois extrê¬
mement nette (troisième degré), 2 fois très nette (deuxième de-
r. V. Biitt. (te ta Soc. de Path. Exot., mai iqoQ. Pénétration du spirille de
la fièvre récurrente à travers les téguments et les muqueuses intacts, par
L. Nattan-Larkier.
— 4“^ —
gré), une fois nette (premier degré). Son maximum a coïncidé,
dans la plupart des cas, avec le moment où le nombre des spi¬
rilles contenus dans le sang était le plus élevé; plus rarement le
maximun'i de l’agglutination a précédé le maximum de l’infec¬
tion (six fois de i jour, une fois de 2 jours, deux fois de 3 jours,
une fois de 4 jours, une fois de 5 jours) ; la réaction sanguine s’est
alors maintenue assez souvent jusqu’à l’apparition du maximum
de l’infection.
11 existe une relation certaine entre la netteté de l’agglutination
et l’intensité de l’infection spirillaire.
l"ne agglutination du cinquième degré s’est associée avec:
Spirilles innombrables . 3 fois.
Spirilles extrêmement nombreux .... 18 fois.
Spirilles très, très nombreux . 5 fois.
Spirilles très nombreux . 4 fois.
Spirilles nombreux . 4 fois.
Spirilles assez nombreux . 2 fois.
Spirilles non rares . 2 fois.
l"ne agglutination du cgiatrième degré s’est associée avec:
Spirilles extrêmement nombreux .... 4 fois.
Spirilles très, très nombreux . r fois.
Spirilles nombreux . 7 fois.
Spirilles assez nombreux . 4 fois.
Une agglutination du troisième degré s’est associée avec:
Spirilles assez nombreux . 3 fois.
Spirilles non rares . 3 fois.
Une agglutination du deuxième degré s’est associée avec:
Spirilles non rares . i fois.
Spirilles très, très rares . i fois.
On comprend ainsi facilement que le maximum de l’ag'glu-
ti nation ne coïncide pas d’ordinaire avec l’apparition des para¬
sites dans le sang, mais en soit séparé par un délai de un à deux
jours (48 cas sur 66); le maximum de la réaction a même pu être
reculé six fois jusqu’au quatrième ou au cinquième jour, et cinq
fois jusqu’au sixième, septième ou huitième jour.
Le laps de temps qui sépare la maximum de l’agglutination du
début de la crise est variable. Nous avons noté un intervalle d’un
jour 6 fois, de deux jours 5 fois, de trois jours 4 fois, de quatre
jours 3 fois, de cinq jours 5 fois, de six jours 3 fois, de huit
jours 2 fois.
La tlurée de la réaction maxima est courte dans les formes
aiguës; elle s'est limitée à un jour (6 cas) et à deux jours (7 cas);
elle n’a atteint trois jours que dans 2 cas. Dans les formes con¬
tinues ou à rechutes subintrantes, nous avons noté la persistance
du maximum pendant deux à trois jours (13 fois), pendant qua¬
tre jours (10 fois), pendant cinq à six jours (ii fois), pendant
huit jours (3 fois).
Rapports de V agglutination avec la crise. — Trois cas peu¬
vent se présenter: a) l’agglutination ne disparaît pas, malgré la
crise (14 cas), et le phénomène devient même parfois plus net
(2 cas) : ces faits ne s’obserx’ent guère que dans les formes à re¬
chutes subintrantes, dans lesc[uelles la crise va être suivie à brève
échéance d’une récurrence, b) L’agglutination s’atténue lente¬
ment (ig cas). Cette évolution peut se produire même dans les
formes aiguës de la maladie (9 cas), elle se poursuit pendant trois
jours, en général, et aboutit à la disparition complète du phéno¬
mène ; la chute est plus retardée encore dans les formes subai¬
guës : l’agglutination n’v disparaît parfois qu’en quatre, cinq,
six et même huit jours, et l’on voit souvent persister une légère
ag'glutination qui pourra bientôt s’accentuer à nouveau, c) La
<'hute brusque se fait en un jour ou plus rarement en deux jours;
elle coïncide, dans les spirilloses aiguës, avec la crise ou survient
un jour après elle; elle aboutit le plus souvent à la disparition
complète de l’agglutination.
Lorsqu’au cours de l’infection spirillaire survient une crise
incomplète qui aboutit à la diminution du nombre des spirilles
et non à leur disparition, l’agglutination persiste dans toute son
intensité (17 cas), s’atténue (4 cas) ou plus rarement s’accentue:
dans ce dernier cas on voit intervenir une reprise de l’infection
égale ou supérieure cà l’atteinte primitive.
Intensité de V agglutination dans les rechutes. — La première
rechute, — sauf dans quatre cas (deux cas d’agglutination plus
forte, deux cas d’agglutination égale), a toujours provoqué une
agglutination moins forte cpie la première atteinte (22 cas): dans
12 cas le phénomène s’est élevé jusqu’au troisième ou au cpia-
trième degré; dans six cas, il est resté du deuxième, dans deux
cas du premier degré ; dans un cas la réaction a été nulle. La deu¬
xième rechute n’a déterminé que dans trois cas une agglutination
égale à celle observée dans la première rec'hute : huit fois le phé¬
nomène s’y est montré moins marcpié (un cas d’agglutination du
— 4^8 —
quatrième degré, deux du troisième, un du deuxième, quatre ag¬
glutinations nulles). La troisième rechute a été presque toujours
l’origine d’une agglutination très faible, qiu est toujours restée
moins nette que celle observée dans les rechutes antérieures.
l>a marche de l’agglutination, pendant les rechutes, peut se
calquer exactement sur l’évolution de la spirillose (dix cas). Dans
d’autres circonstances, la réaction évolue parallèlement à l’infec¬
tion, mais persiste après la crise (neuf cas) et se maintient pen¬
dant un, deux, trois ou même sept jours. Dans c|uelc|ues cas, l’ag¬
glutination n’apparaît que d’une manière fugace et disparaît
bientôt : c’est ainsi c|ue nous avons vu le phénomène ne se mon¬
trer que pendant un jour au cours d’une rechute d’une durée de
cinq jours. Dans c|uatre cas, enfin, la rechute ne détermina
ciu’tine agglutination retardée, qui survint 24 heures cm même
48 heures après la crise.
Dans huit cas nous avons observé des rechutes de l’aggluti¬
nation, survenant en dehors de toute constatation des spirilles dans
le sang. Ces faits se sont produits deux jours après la crise (un
cas), trois jours après la crise (un cas), six, huit et même neuf
jours après la disparition des spirilles (six cas). La durée du phe
nomène a varié de trois à six jours. Son degré, très variable, a
été parfois très élevé.
Forme générale de la courbe. — La forme continue de l’auto-
agglutination a été observée 19 fois (six fois dans les infections
spirillaires continues; trois fois dans les spirilloses aiguës très
courtes, sans rechute ou avec rechute très faible; cinq fois dans les
spirilloses à rechutes subintrantes ; cinq fois dans les spirilloses
à rechutes espacées). Dans les infections spirillaires continues,
l’intensité de l’agglutination s’est atténuée à mesure que l’on
s’éloignait davantage du début de la maladie; le phénomène a
même pu disparaître, alors cpie les spirilles persistaient en grand
nombre dans le sang: c’est ainsi qu’à une infection continue de
vingt jours n’a correspondu qu’une agglutination de treize jours.
L’intensité du phénomène, dans cette forme, ne reste d'ailleurs pas
constante et le degré de l’agglutination subit des variations pro¬
portionnelles au nombre des spirilles que l’on rencontre dans le
sang.
La forme oscillante a été observée dans 38 cas (neuf fois dans
les spirilloses aiguës très courtes; dix fois dans les spirilloses à
rechutes subintrantes, dix-neuf fois dans les spirilloses à rechutes
— 429 -
espacées). Dans 14 cas, le parallélisme a été complet entre les
rechutes de la spirillose et les reprises de l’agglutination ; dans
d'autres cas les relations entre les diverses phases de l’infection et
les réactions du sang ont été plus complexes (absence de parallé¬
lisme dans l’intensité, absence de coïncidence dans le temps).
Action nr traitement. — Dans six cas nous avons traité par
l’arsénophénylglycine des rats inoculés avec le spirille d’OBER-
MEiER : le traitement entrepris, dès le début de l’infection, en a
arrêté la marche et a fait toujours disparaître l’agglutination des
hématies.
IVTAT DU SANG DES PETITS NÉS DE MÈRES INEECTÉES. — NoUS
avons, dans sept cas, inoculé le spirille d’OBERMEiER à des femel¬
les pleines ; dans ces sept cas, nous avons sacrifié la femelle au
moment où son sang contenait de nombreux spirilles et présen¬
tait une agglutination du quatrième ou du cinquième degré. Dans
toutes ces expériences, le sang des petits ne présentait aucune
trace d’agglutination, si légère soit-elle.
X
/
Coccidiosis of African Cattle
, Bv Andrew BALFOUR.
(nd«xBd B. A. («
1 bave been much interested in the communication on the above
subject bv Mr. Montgomery in the Bulletin of May iith. Last
vear Dr. A. C. Stevenson of Lmiversity College, London while
working in these laboratories discovered that coccidiosis occurs
in goats in the Sudan. His paper on the subject will appear in
full in oLir Fourth Report but he has already made a commu¬
nication on his researches to one of the London Medical Socie-
ties.
Recentlv I visited Wau in the Bahr-Fl-Ghazal and there exa-
mined two herds of sick cattle from the Atwot country in the
South. I foLind one herd suffering from piroplasmosis (infection
with P. hi^^cminun) but the cattle examined in the other herd
showed no parasites and appeared from their history to be reco-
vering from rinderpest. I noticed they presented a scaly condi¬
tion of the skin and marked anaemia while some still exhibited
nasal discharge. At Kodok (jn the Wdiite Nile l was asked to see
some sick cattle and examined the blood of an ox dving of what
certainlv appeared lo be rinderpest. U presented ail the classical
symptoms. The blood examination was négative and 1 had to
leave before the animal died so that no post-mortem was made.
ün re-visiting Kodok I found a small herd of sick dattle which
were weak, anaemic and appeared to hâve a mild attack of rin¬
derpest. vSome of the herd had died. l examined the blood of one
of tliese animais with négative restilts. Xow it so happened that
two goats had accompanied me on m}^ journe}x They had been
put ashore for grazing purposes at several places on the White
Nile and had remained behind at Meshra-Kl-Rek while one jour-
neved overland to VVau. A few davs out from Khartoum on the
retiirn voyage one of the goats was noticed to be ill. Its most
marked svmptom was an affection of the hide, the skin becoming
sciirfv and the hair loose. Dr. Stevenson had noticed this in the
goats he examined. It had lost appetite and was getting emacia-
ted. On reaching Khartoum it was chloroformed and examined as
T suspected it was the victim of coccidiosis. On killing the com-
panion goat, which was apparentlv healthv, a similar infection
was found to be présent. In both cases the sm'all intestine was
the portion of g‘ut infected. I do not wish to forestall Dr. Ste-
venson’s paper so will not enter into further details. In the bght
of these facts, however, and the timelv warning issued bv MttXT-
GOMERV it appears to me that the cattle both at Wau and at
Kodok, which appeared to hâve rinderpest, may ver^' well hâve
been suffering from coccidiosis. T bave drawn the attention of the
Civil Secretary of the Sudan Government to the matter and hâve
suggested that a Veterinarv Officer be sent to investigate the
disease fully and, if it is found to be coccidiosis, to take such
précautions as may be necessarv. 1 am also endeavouring to ob-
tain material for examination and onlv regret I did not see Mont-
gomery’s suggestive paper before T travelled soiith.
{]]\’lï'co}nc Tropical Research Laboratories, Khartoum .
Jtine I4th., igio.)
Résumé. — A propos de la communication faite par M. Mont¬
gomery sur la coccidiose du bétail africain, M. Balfovr fait re¬
marquer que le docteur Stevenson a découvert une coccidiose
des chèvres du Soudan. Lui-même a eu l’occasion d’en obser-
O
— 4^1 —
ver 2 cas. Cette constatation et la nature des svmptômes présen¬
tés par les ciièvres atteintes l’amènent à penser que des bovidés du
Soudan, qu’il a examinés récemment et pour lesquels il avait pen¬
sé à la peste bovine, pouvaient bien être atteints de coccidiose.
Quelques données nouvelles
relatives au Kala-Azar infantile
Far Chari.ES XICOLLF.
Nous cro\ ons intéressant de présenter ici quelques faits d’ob¬
servation nouveaux et quelcpies données récemment acquises au
sujet du Kala-Azar tunisien (i).
i” Le nombre des cas découverts en 'Funisie atteint aujourd’hui
20. Nous n’avons observé la maladie que dans l’enfance. Le
20® cas concerne un enfant de Tebcjursouk (loo km. à l’ouest de
d'unis); c’est le point le plus éloigné de la capitale oii nous avons
jusqu’à présent rencontré la maladie.
2° Un des enfants atteints paraît clinic|uement guéri ; cepen¬
dant une ponction de la rate, pratiquée le 27 avril iqio, montre
encore de nombreux corps de Leish.max. Tous les autres malades,
sauf les plus récemment obsei'x^és, sont morts ou ont été perdus
de vue,
L’électromercurol Clin a été essavé sans succès chez l’en¬
fant et chez le chien.
4° L’application d’un vésicatoire et la recherc'he des Lcishma-
nia dans la sérosité a permis le diagnostic chez un enfant, non
('hez un autre.
5° Les passages (par chien) de notre virus en sont actuellement
à la cinquième génération depuis l’enfant C (7 décembre 1907).
Tl ne semble pas que la A’iridence baisse par les passages par
chiens. Mais, ainsi que MM. T>a\'ERAX et Pettit l’ont signalé,
et comme nous l’avions remarqué sans le publier depuis nos pre-
(i) Ces divers points seront l’objet de développements dans le fascicule à
paraître des Archives de VInstitiit Pasteur de Tunis, igio, III, juillet.
432 —
mières expériences, l’activité d’un même virus inoculé à même.^
eloses et de la même manière à plusieurs chiens se montre très
variable pour les différents animaux d’un même lot. De ceux-ci,
les uns contractent une infection lente, d’autres une infection ra¬
pide. La marche de la maladie, généralement insidieuse et pro¬
gressive, peut aboutir chez certains à une guérison assez précoce.
Nous n’avons observé jusqu’à présent qu’un seid chien complè¬
tement réfractaire sur plus de 50 inoculés: peut-être avait-il subi
antérieurement une atteinte naturelle de la maladie.
Il est à noter qu’un virus très riche en parasites ne détermine
pas à coup sûr une infection intense chez les chiens inoculés et
qu’on obtient parfois un Kala-Azar rapide et grave avec des virus
relativement pauvres en Lcishmania.
6° Une première atteinte de Kala-Azar expérimental donne une
immunité complète tiu singe et au chien, à condition que la gué¬
rison de ces animaux soit parfaite et remonte déjà à quelques
mois.
Au contraire, une première atteinte sensibilise l’animal vis-à-
vis d’une inoculation d’épreuve si celle-ci est pratiquée quelques
semaines seulement après la guérison apparente (résultats néga¬
tifs des ponctions hépatiques).
8° L’ablation de la rate chez le chien atteint de Kala-Azar ex¬
périmental est sans influence sur la marche de l’infection.
9° T.’inoculation sous-cutanée du virus au chien et au singe ne
leur donne point (avec notre virus) d’infection généralisée. La
réaction locale est précoce ou nulle et ne ressemble pas à celle que
produit l’inoculation sous-cutanée du virus du bouton d’Orient
chez ces deux animaux.
10° Le siège d’élection pour la ponction du foie chez le chien
est le 10® espace intercostal droit à un ou deux travers de doigt
des apoph3cses épineuses. Se seioûr, comme pour la ponction de la
rate chez l’enfant, d’une aiguille en acier non rouillée, mais un
peu plus longue et plus résistante.
Ces données et ces faits ont été acquis avec la collaboration :
pour les observations cliniques, de MM. A. Cortesi, E. Levy et
G. Triolo et pour les expériences, de MM. A. Coxor, C. Comte,
L. Manceaux.
(InstitiiL Pasteur de Tunis.)
433 -
Rhynchomonas luciliæ, nov. gen.; nov. spec.
A new flagellate parasitic in the malpighian
tubes of Lucilia serenissima. Walk.
By W. S. PATTOX.
In a recent number of this Bulletin (tome 111, n° 5, page 300)
I described a new flagellate from the malpighian tubes of Luci¬
lia screnissima naming it Ryncliomonas liiciliac, and I am now
informée! that the generic name Ryncliomonas is preoccupied bv
Klebs. I therefore propose renaming this new flagellate Rhyn-
choidonionas luciliae and in future it will be known bv this name.
Pénétration de Trypanosoma gambiense à travers
les téguments et les muqueuses intactes
Par Gustave MARTIN et RINGENBACH.
De nombreux travaux ont visé la pénétration des Trypanoso¬
mes par les muqueuses intactes.
Récemment, ManteuFEL a prouvé que X&Tryp. Lewisi est ca¬
pable de traverser la peau intacte. En déposant du sang parasité
sur la peau du ventre des rats on infecte la plupart d’entre eux.
Si la peau est préalablement rasée, le résultat est certain. Il a vu
que si le Tryp. de la Dourine traverse assez facilement la peau
intacte comme l’avaient déjà reconnu Uhlenhuth-Hubener et
WoiTHE en 1907, il ne paraît pas en être de même du Tryp. de
Nagana (i).
Mesnil et Brimont avaient essayé, lors de l’hypothèse de KoCH
sur la transmission de la maladie du sommeil par le coït, d’infecter
des lapins par la muqueuse génitale (2).
(1) MantkufI'X, Transmission de la trypanosomiase des rats dans les con¬
ditions naturelles, Arh. a d. Kais. Gestindheitsanüe , tome XXIII, f. i, nov.
ipoQ, pp. 46-83.
(2) Société Path. exotique, 12 mai 190g, p. 245.
3o
4-M —
Nous avons recherché au laboratoire de Brazzaville si l’on pou-
\ait réussir la pénétration du Tryp^ Gambiense dans l’organisme
à travers les téguments et les muqueuses intactes.
Pour nos expériences, nous nous sommes servis d’un virus très
actif provenant d’un de nos malades et inoculé à des cobayes.
Dans une première expérience, la peau de la région abdominale
fut rasée avec soin puis dégraissée avec un tampon d’ouate imbibé
d’éther. Peu de temps après, du sang infecté (Tryp. nombreux) mé¬
langé avec du sérum physiologique fut étalé goutte à goutte pen¬
dant une demi-heure sur la région abdominale et au niveau de la
muqueuse nasale.
Cette expérience a donné un résultat positif :
13, 17, 22, 26, 29 septembre
2, 4, 7, 10, 13, 15 octobre
• : Tryp. très nombreux.
Nous étions amenés à rechercher par quelle voie les Tryp. avaient
pénétré dans l’organisme ; 1° à travers la peau ; 2° à travers les
muqueuses.
I. — A) Pour éviter au moment de l’expérience toute irritation
causée par le rasoir, nos animaux furent rasés 24 h. auparavant.
La surface cutanée était seulement dégraissée au moment de
l’expérience au moyen d’un tampon d’ouate imbibé d’éther. Du
sang infecté (Tryp. très nombreux) mélangé à du sérum physiolo¬
gique fut étalé goutte à goutte sur la région abdominale pendant
une durée de une demi-heure à une heure.
6 expériences donnèrent 3 résultats positifs.
Cobaye I. — Etalement de sang infecté le 26 août 1909.
29, 31 août ; 2, 3, 5, 6, 7, 8, c) seiitembre : OT.
To septembre : Tryp. très rares.
13 septembre : Tryp. très rares.
17 septembre : Pas vu de Tryp.
20, 24, 27, 30 septembre : Tryp. très rares.
4, 6, 9, II, 12, 14, 15 octobre : Trvp. non rares.
Cobaye II. — Etalement de sang infecté, le 26 août.
29, 31 août ; — 2, 3, 5, û, 8, 9, 10, II,
13, 14, 15, iS, 20, 21, 23, 24, 25, 28,
29 septembre ; — i, 3, 5, 6, 7, 9, 11,
12, 14, 15 octobre : OT.
Cobaye III. — Etalement de sang infecté, le 2 octobre.
5, 7, 9, II, 13, 14, 15 octobre ; OT.
Cobaye I\'. — Ktalemont de san^ infecté, le 2 octobre.
5, 7, (), II, 13, 14 octobre : OT.
15 octobre : Tryp. rares.
Cobaye Y. — (V cobaye, inoculé les 22 et 23 avril ic)o(), avec du liquide
cérébro-spinal contenant des Try|). assez nombreux, avait résisté à l’infec¬
tion et n’avait |)as laissé voir de Tryp. du mai au 30 juillet. Examiné
le 30 septembre il est toujours indemne. Du sanj^;’ virulent est étalé le 2 oc¬
tobre sur la rég’ion abdominale rasée la veille et jrrésentant encore quel¬
ques très lég'ères éraillures d’ailleurs cicatrisées.
5, 7, f). 11, 13, 14, 15 octobre : OT.
Cobaye \T (1). — Ce cobaye inoculé co}}inie Je cohave T, au mois d’avril
avec du liquide cérébro-spinal conlenant des Trvp. assez nombreux
avait résisté à l 'injection . Examiné le 30 sejitembre, il est toujours indemne.
lùalement de san^^ infecté, le 2 octobre.
5, 7, () octobre : OT.
1 1 octobre : Trvp. non rares.
12, 14, 15 octobre : Tryp. non rares.
B) Dans une seconde série d’expériences (10 janvier 1910), le
sang virulent fut placé directement sur la peau du ventre parmi
les poils, et étalé pendant 1/2 heure à une heure. Aucun des cinq
cobayes mis en expérience ne s’infecta. L’un deux cependant
ayant complètement perdu les poils du ventre, se trouvait naturel¬
lement épilé. Le sixième qui portait une légère plaie du ventre
laissa voir des Tryp. dans le sang et mourut le 8 mars.
IL — Deux premières expériences, en imbibant de sang infecté
sans arrêt pendant 1/2 heure ; 1° la muqueuse nasale, occulaire et
buccale d’un cobaye ; 2° la muqueuse vaginale d’une femelle don¬
nèrent des résultats négatifs.
Cobaye E
2(1 août iqoQ
29, 31 août
2 au 2g .septembre
29 septembre au 15 octobre
Etalement de sang virulent sur
les muqueuses nasale, buccale.
OT.
OT.
OT.
Cobaye lE
2h août igoi)
29, 31 août
2 au 2S septembre
12 au 15 octobre
: Instillation
dans la
: OT.
: OT.
: OT.
de sang virulent
muqueuse vaginale.
Nous reprîmes cette dernière expérience en instillant dans la
fi) Cette dernière e.xpérience est très intéressante, car elle montre nette¬
ment la différence de virulence d’une même espèce de Trypanosome. Le co¬
bave VI qui résista à une inoculation sous-cutanée de liquide cérébro-spinal
a donc été injectéi par un simple étalement du sang virulent sur la peau.
— 436 —
muqueuse vaginale de quatre cobayes femelles du sang virulent
pendant une heure 1/2. Les quatre animaux s’infectèrent.
Fe)}ielle n° i.
Fc)}ielle n° 2.
Femelle n° 3.
Fe}>ielle n° 4.
Morte le 14 mars iCjKj.
Ainsi, d’après les résultats de nos expériences le Tryp. gambiense
passerait facilement à travers la muqueuse vaginale. La peau au
contraire lui serait une barrière infranchissable à la condition
d’être absolument intacte, car, nous l’avons montré, si elle a été
préalablement rasée, on peut obtenir des résultats positifs.
Une nouvelle expérience est venue corroborer notre façon de
voir : Le 25 février 19 10, sur quatre coba3ms dont le ventre non
rasé fut simplement savonné puis lavé à l’alcool-éther et à l’eau
physiologique nous étalâmes largement du sang virulent pendant
une heure (nombreux Tryp.). Le sang était au contact de la peau
parmi les poils.
Le 7 mars les 4 animaux ne laissèrent rien voir dans le sang, mais
le 22 mars, deux montrèrent des Tryp. assez nombreux. C’étaient
deux femelles. Les deux mâles n’avaient pas pris, mais il est cer¬
tain que le sang virulent étalé largement sur le ventre à coulé
dans le \ agin et a ainsi pu contaminer notre animal.
En conclusion, le Tryf. gambiense peut se transmettre par sim¬
ple contact direct de sang virulent sur la peau d’un cobaye rasé de
la veille et par contact du virus sur la paroi \’aginale. Une mu¬
queuse, une peau plus ou moins saine présentant quelques très lé¬
gères solutions de continuité ou des éraillures laisseront facilement
pénétrer le Tryp. gamb. dans l’organisme. Il faudrait sans doute
tenir compte de ce mode de contagion au Congo, où dans de nom¬
breux villages, tous les habitants sont tatoués et se pratiquent réci¬
proquement des scarifications au couteau. Or nous avons déjà
dit combien étaient nombreux les cas où l’on rencontrait le para¬
site dans le sang circulant. Enfin, cette habitude plus rare
cl’ « échange du sang » et qui tend à disparaître depuis l’arrivée
des Européens, consistant à se faire une entaille mutuelle et à y
verser quelques gouttes de sang l’un de l’autre, peut, chez le noir,
être une cause de contamination.
M. Lebœuf. — Il est parfois très difficile d’infecter par inges¬
tion une espèce animale avec des trypanosomes très virulents
pour cette espèce. J’ai pu constater cette année qu’une souris
neuve que j’avais placée dans un bocal renfermant constamment
deux souris infectées de nagana (variété « ferox » d’EHRLICH) et
qui dévorait régulièrement ses congénères mortes, était encore sai¬
ne 6 mois après. Devenue grosse elle fut mise à part. Une 2® souris
a mis, dans les mêmes conditions, 15 jours à s’infecter. Enfin une
3® souris, depuis 17 jours en expérience, est encore absolument
saine (la durée d’incubation de cette trypanosomiase inoculée sous
la peau est d’environ 48 heures).
- 438 —
A note on the occurrence of auto-agglutination
of the red cells in human trypanosomiasis
By John L. TODD, M. J)..
l'his note is ('oneerned with the occurrence of a plienomenon
of tr^'panosomiasis, to Avhich the term <( auto-agglutination of the
red cells » lias been applied. It ivas long ago noticed bv Kan-
THACK, Durham and Blaxdfori) (i) that the blood cells of ani¬
mais which were heavilv infected with tio'panosomes often ran
together in shapeless masses instead of forming rouleaux as they
do normalh’. d'his dumping, or auto-agglutination, of the red
cells gives a verv characteristic appearance to specimens of fresh
blood mounted between a slide and a coverslip. ddie blood seems
to be granular and the presence of auto-agglutination can be re-
cognised, oerv easiha by the naked eye. \\"e often saw this phe-
nomenon in animais experimentally inf-ected with trypanosomes
and in the ordinarv, vaseline-sealed, préparations of fresh bk>od
from cases of human trypanosomiasis. In IQ04 we wrote that:
« Although this condition is not alwaws seen in infected bloods
(( and is sometimes obseryed in préparations from cases who baye
(( neyer been infected, still it is so constantly associated with
<( the presence c)f tr_\-panosomes that bloods which « agglutinate »
« in this manner are looked upon with the greatest suspicion >>(2).
We concluded, therefore, that this appearance was by no means
an infallible test for the presence of trypanosomes, but that its
presence was sufficient to cause the patient, in whose blood it
occurred, to be looked upon \yith the greatest suspicion as a pos¬
sible case of trypanosomiasis. We did not consider it necessary to
publish the observations upon which this conclusion was based ;
the observations are recorded in the présent note because atten¬
tion lias recently been directed to the presence of auto-agglutina-
lion in human trypanosomiasis (3).
d he French Commission, sent to the French Congo to studv
Sleeping Sickness, also found that autoagglutination was verv
constantl}' présent in cases of trypanosomiasis (4).
Table I
I .
2.
Seven of these cases uilimately died of ((
Sickness ».
Four of these [versons ultimately died of «
Sickness ».
Sleeping- '] The history is
/ known of only a
Sleeping- (small percentage
1 of these cases
3. Two of these jjersons ultimately died of (i
Sickness ».
4. Ten t)f tliese jjersons died within three
« Sleeping Sickness ».
.Sleeping J The history is
( known of only a
years of Ivery small percen-
jtageof these cases
5. Trypanosomes were found in t)ne of these, an early case, in the céré¬
bro-spinal fluid onlv, after a very careful e.xamination had failed to
find them in the gland juice and blood.
(). Thirty-one of these ])ersons were Furopeans employed at Léopoldville
auto-agglutination, without trypanosomiasis, occurred in two of them.
l'able 1 .shows the incidence of anto-ago-hitination in 1406 pen¬
sons in the Con^o l'ree State who w'ere seen tind examinée! on
one occasion only. Auto-tig'^hilination was présent in 395 of these
persons ; trvjDanosome.s were onlv foimd in 183 of them. Trypa¬
nosomes were aiso found in 24 persons frttm whose blood auto-
agglutination wxis c'ibsent.
I5eCc'iu.se ot the insufficient search nic'ide for them, it is proba¬
ble that in these persons tr\4:)canosome.s were présent much more
t)ften than they wawe found.
In iof)7 of these persems only a single fresh coverslip of blood was exa-
mined, and gland puncture was done in onlv 320 persons with enlarged
glands and in yq natives, believed to be cases of « Sleeping .Sickness » be-
cause of the clinical symptoms |:)resent in them.
— 440 — .
riiis suggestion is supportée! by the faut that 13 of the 212 ca¬
ses in whom trypanosomes were not found, although auto-agglu¬
tination of the red cells was présent, ultimately died of « Slee-
ping Sickness », while ten of the persons in whom neither trypa¬
nosomes nor auto-agglutination of the red cells were seen died
within three vears of the same disease ; it was possible to keep
track of onlv a verv small percentage of the total number ot
persons examined and it is possible that very many more than
these mav hâve died of trvpanosomiasis.
But even if a correction be made for this source of error, the
différence between the number of persons found to be infected
with trypanosomes and of those v'ho were not infected makes it
very évident that tr\'panosomes may occur without accompanying
auto-agglutination and that while many ctises, in whom auto^g-
glutination is présent, may be subject to trypanosomiasis, still,
auto-agglutination mav occur without that disease.
In order to détermine the constanev with which auto-aggluti¬
nation is présent in cases of Sleeping Isickness, a sériés of 26 ca¬
ses of tr\'panosomiasis was observed for periods varving from
three weeks to four months. Coverslip préparations of the blood
were made and examined, practicallv, dailv ; from these obser¬
vations it is possible to State that auto-agglutination may be pré¬
sent in patients of either sex, of anv âge and at ail stages of the
disease.
Among those persons in Table I who were examined but once, auto-ag¬
glutination was présent in 91 0/0 of the apparently healthy individuals in
whom trypanosomes were found. It was présent in 82,5 0/0 of the infected
natives who had enlarged cervial glands and it was présent in 88 ojo of
the cases who were definite cases of clinical Sleeping Sickness.
From the records of these 26 cases, it does not appear that
auto-agglutination is especial]\" apt to be constantly présent at
any particular stage of the disease. Auto-agglutination may be
présent whether the température be high or low, whether the
puise be slow or fast, and whether the trypanosomes be présent
in, or absent from, the peripheral circulation. It existed in three
cases of trypanosomiasis in Ifuropeans ; ('onsequentlv, it is pro¬
bable that its presence does not dépend upon infection bv mala¬
ria, filaria, worms, or other parasites, which mav be assumed
to be présent in almost ail native Africans.
Although there does not seen to be anv immédiate connection
- 441
hetween the presence of trypanosomes in the finger blood and
the existence of auto-agglutination, still our records seen to show
that a high grade of auto-agglutination is more likely to be ob-
served soon after large numbers of trypanosomes bave been in
the blood. For example, although auto-agglutination was very
constantlv présent in these cases, it was more than once noticed
that it was particularly marked when large numbers of trypano¬
somes had been présent, and on the five or six occasions when
auto-agglutination was absent, it was immediatelv after the ab¬
sence of trypanosomes from the blood during a period of several
da\'S. It is especiallv interesting that auto-agglutination disap-
peared, with the trypanosomes, from the blood of one of our lùi-
ropeans cases of trypanosonriasis in whom recovery seems to
bave occurred (2).
h"or our guidance, cases in which auto-agglutination was ex-
tremely A\ell marked were recorded as « 4- 4- » ; the mere pré¬
sence of auto-agglutination was recorded as « 4- »• In onlv three
natives were trypanosomes not found where the (( -f 4- » grade of
auto-agglutination was présent : one of these was a case of
Relapsing Fever; another was a much emaciated, marasmatic
individual and the third was a case of syphilis. The blood of a
case of Beri-beri ( ?), who was constantlv examined during a
period of three months, was ah\xo’s noted to be (( 4- » ; tiy'pano-
somes were never found to be présent. These cases, together with
one seen b\' Dudgeon (5), who observed a similar change in the
blood of a West Indian negro affected with diseases other than
trvpanosomiasis. Although autolvsis was présent in one case of
Fh-emia, auto-agglutination did not occur in any one of 184 hos¬
pital patients who were observed b\' Moss (6).
It is not possible to détermine from our records whether this •
phenornenon is constantlv associated with anv qualitative or
quantitative change in the blood. Xo suggestion is offered con-
cerning the nature of the changes in the blood which lead to the
manifestation of auto-agglutination.
It is once again ccmcluded that auto-agglutination of the red
cells frecjLiently occurs in human trypanosomiasis ; but that it
nray be présent in other diseases and that trvpanosomiasis mav
exist withoLit its appearance.
— 44^ —
BIBLIOGRAPHIE.
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{Labonitory of Parasitology, Mc GUI G niversity,
Montreal, Canada).
Rcsinné. — L’tiuteiir revient sur la question de rtiuto-aggluti-
nation des hématies dans la trt'panosomiase humaine. Il donne
un tableau portant sur 1.406 personnes examinées ptir lui au
Congo belge, en 1904, et en discute les chiffres. 11 aboutit cà la
conclusion c}ue l’auto-tigglutination des hématies se présente fré¬
quemment dans la trt'panosomiase humaine: mtiis elle peut .se
présenter dans d’autres maladies et la trypanosomiase peut exister
sans qu’il v tiit auto-cagglutination des hématies.
M. Nattan-Larrier. — L’auto-agglutination est un signe de
premier ordre qui permet de dépister la trypanosomiase; je crois
donc que chez tout sujet qui a séjourné dans une région conta¬
minée on doit rechercher rauto-agglutination au même titre et
en même temps C[ue les symptômes cliniques de la maladie. Dans
les cas où l’auto-agglutination est faible, on peut l’accentuer com¬
me nous l’avons vu avec M. Levaditi, en ajoutant à une goutte
de sang une goutte d’eau phvsiologique. L’agglutination a été
retrouvée par nous chez tous nos malades, du moins chez ceux
C|ui n’avaient pas été méthodiquement traités. Nous avons, par
contre, trouvé une très forte agglutination chez un malade cpii
ne présentait, au retour du C’ongo français, aucun signe de trv-
panosomiase et chez lecpiel de nombreux examens du sang citraté,
fait par M. Lebœfe et par nous, et des ponctions ganglionnaires,
étaient restés négatifs.
%
M. I .A\'ER.\x. — L’auto-agglutination des hématies est un phé-
— 443 —
nomène très coniinun clans les trc panosomiases et très important
an point de vue du diagnostic. Idintensité du phénomène varie
avec les espèces animales, beaucoup plus c|u’avec la nature de la
trypanosomicLse. L’auto-agglutination des hématies, très marc|uée
et très précoce chez le cheval, chez le chien et chez le chat, fait
souvent défaut ou ne se produit cjue tardivement chez la souris,
chez le rat, chez la chèvre.
Chez l’homme et chez les animaux trvpanosomiés et traités,
la disparition de l’auto-agglutination des hématies à la suite du
traitement est d’un bon pronostic.
M. Mhsxil. — j’ai constaté aussi cpie l’auto-agglutination des
hématies est plutôt en rap|3ort avec l’espèce animale infectée
C[u’avec l’espèce de trvpanosomiase. Je citerai surtout le cas des
macaques sur lesquels j’ai fait de nombreuses expériences pour
établir l’efficacité de divers médicaments sur les infections à Try-
panosoma ganibieuse . Dans ces infections, j’ai toujours observé
de l’auto-agg'lutination ; après traitement efficace la disparition du
phénomène se produit peu à peu et elle peut être regardée comme
un excellent pronostic de guérison. Inversement, la réapparition
de l’auto-agglutination est un svmptôme de rechute: nous en
avons eu un exemple très net cet hiver, sur un Macaciis rlicsiis,
taisant partie de ceux cpie nous avons traités, M . Kkrandkl et
moi, par l’arsénophénvlgl veine. L’auto-agglutination des héma¬
ties avant reparu, nous avons, M. Leucecf et moi, recherché avec
un S(jin particidier des d'rvpanosomes et nous avons fini par en
trouver à 2 reprises de très rares. Ce singe a guéri spontanément.
Nous reviendrons sur le détail de cette intéressante observation.
Du traitement par l’orpiment des infections
produites par “ Trypanosoma congolense ”
et par Tr. dimorphon ’’
Par A. LAVLRAX.
Dans des notes antérieures (i), j’ai montré que l’atoxyl et son
dérivé acétylé étaient inactifs ou très peu actifs dans les infec-
(i) A. Lavkr.w, ce Bulletin, séances du 10 novembre i(}0() et du 13 avril
igio, et A)i)utles de l’Instiliii Pusteiir, 25 février igio.
— 444 ~
tiens du cobaye produites par Tr. congolensc et par Tr. dimor-
phon, tandis que l’émétique sodique et l’émétique d’aniline don¬
naient, au contraire, d’excellents résultats. J’ai signalé aussi l’ef¬
ficacité de l’orpiment en faisant des réserves au sujet des résidtats
définitifs fournis par ce médicament dans les infections dues au
Tr. dijnorphon ; la suite de mes expériences a justifié ces réser¬
ves.
l'andis que les infections dues au Tr. congolensc sont guéries,
avec une remarquable facilité, par l’orpiment, les infections dues
au Tr. dïmorphon, traitées de même, ne subissent d’ordinaire
qu’un temps d’arrêt dans leur évolution.
I. Ixi'iuTioxs i)i ES Af Tr. congolensc traitées par l’orpiment.
4 cobaves de 500 g. environ, infectés avec Tr. congolensc et
ayant des tiA^panosomes assez nombreux ou nombreux dans le
S£mg ont été traités par l’orpiment ; 3 de ces cobîives ont guéri
après avoir reçu : le premier, 2 pilules d’orpiment de i cg. cha¬
que et 3 pilides de 1/2 cg. : le second, et le troisième, une
seule pilule de 1 cg. ; le C|uatrième cobave avait reçu 5 pilules
d’orpiment de 1/2 cg. chaque et il était très probablement guéri
de la tiA'panosomiase quand il a succombé à une pleurésie hé¬
morragique : les trvpanosomes avaient disparu du sang depuis
52 jours.
Je résume les observations des 3 premiers cobaves.
cobaye inut'ulé le 4 fév'rier 1910, avec Tr. congoleuse, a, le 23 fé¬
vrier, des trypanosomes assez nombreux. Poids, 470 g. Le 23 février, le
cobaye reçoit i pilule d’orjiiment de 1 cg’. — 24 février. Try])an. très rares,
peu mobiles, t inlule d'opnment de i cg^. — Du 25 février au 13 mars,
tous les examens du sang- sont négatifs. Le poids du cobaye, qui avait dimi¬
nué, est remonté le 13 mars à 500 g. — Les 13, 17 et 30 mars, le cobaye re¬
çoit encore 3 pilules d’orpiment de 1/2 cg. chaque. — Du 30 mars au D*' juil¬
let, tous les e.xamens du sang sont négatifs. Le cobaye pèse : le 5 avril,
580 g. ; le 2 mai, 675 g. ; le 3 juin, 700 g. ^
2° Un cobaye inoculé le 18 février 1910 avec Tr. congole}ise a, le 25 fé¬
vrier, des trypanosomes assez nombreux ; il pèse 500 g. Le 25 février, le
cobaye reçoit i pilule d’oiq^iment de i cg. — Du 26 février au D'’ juillet,
tous les examens du sang sont négatifs. Le poids du cobaye qui était tombé
à 450 g. le 27 février et à 430 g. le 5 mars, remonte bientôt ; il est de
505 g. le 17 mars, de 620 g. le 8 avril, de 705 g. le 2 mai.
3° Lhi cobave inoculé le 18 février 1910, avec Tr. coiigolen.se a, le 3 mars,
des tryi^anosonies nombreu.x, il pèse 490 g. Le 3 mars, le cobaye reçoit une
pilule d’orpiment de 1 cg. — Le 4 mars, les trypanosomes ont disparu et
tous les e.xamens du sang faits du 5 mars au i®’’ juillet sont négatifs. Le
poids du cobave qui était tombé à 425 g. le 7 mars, remonte à partir du
lO mars ; il s’élève à 515 g. le 5 avril, à 625 g. le 2 mai, à 680 g. le
3 juin.
— 445 —
II, TxFErnoxs dues ai’ Tr. dimorphon traitées par l’orplmex'i .
7 cobayes infectés avec Tr. dimorphon et avant des trvpanoso-
nies assez nombreux t)u nombreux dans le sang" ont été traités
par rorpiment. i de ces cobayes ([ui avait reçu 5 pilules d’orpi¬
ment de 1/2 cg. chac[ue, a rechuté; un nouveau traitement par
l’orpiment n’a pas eu plus de succès que le premier. 5 cobaves
qui avaient reçu de 5 à 7 doses d’orpiment ont eu des rechutes
16 à iS jours après la fin du traitement, dans un cas même au
cours du traitement.
Un seul des cobayes paraissait g'uéri après avoir reçu 5 dowes
d’orpiment de 1/2 cg". chaque, cjuand il a succombé à une pneu¬
monie. Les tr\"panosomes avaient disparu dri sang depuis
73 jours.
Les 6 cobayes aN'ant eu des rechutes ont été soumis à une au¬
tre médication.
Je résume 3 de ces obser\"ations.
1° Un cobaye inoculé avec Tr. dimorphon au mois de mars iqio a, le
6 avril, des trypanosomes assez nombreux, il pèse 370 g". ; il reçoit le 6 avril
1 pilule de 1/2 cg. d’orj:)iment. — 7 avril, trypan. rares ; orpiment 1/2 cg.
— 8. Les tryj^an. ont disparu. — Le cobaye reçoit encore les 18, 22 et
27 avril 3 doses d’orpiment de 1/2 cg. chaque. Les e.xamens du sang sont
négatifs du 8 avril au 5 mai. — 6 mai, rechute, trypan. rares. Poids :
410 g. — Les b, q, 13, 17, 21, 25 mai, le cobaye reçoit b doses d’orpiment
de 1/2 cg. chaque. Les trypan. disparaissent du 7 mai au 7 juin, mais le
12 juin on note de nouveau l’existence de trypanosomes rares. Le cobaye
est soumis à un autre mode de traitement.
2° Un cobaye inoculé avec Tr. dimorphon le b avril iqio a, le 20 avril,
des trypanosomes assez nombreux ; il pèse 550 g. Le 20 avril, le cobaye
reçoit 1/2 cg. d’orpiment. — 21 avril, trypan. très rares ; orpiment 1/2 cg.
— 22. Les trvpan. ont disparu. — 25. Examen du sang négatif. Orpiment^
1/2 cg. — 30. Rechute, tryj^an. très rares ; orpiment, 1/2 cg. — 3 mai,
trvpan. non rares, orpiment 1/2 cg. — 4 mai, trypan. rares, peu mobiles ;
orpiment, 1/2 cg. — 5. Trypan. très rares ; poids 500 g. — 7. Examen du
sang négatif ; orpiment 1/2 cg. — 10. Nouvelle rechute, trypan. rares. L’or¬
piment est abandonné et le cobaye est soumis à une autre médication.
3° Un cobaye inoculé avec Tr. dimorpiion le 5 mars iqio a, le 16 avril,,
des trypanosomes assez nombreu.x ; il pèse 585 gr. ; il reçoit 1/2 cg. d’or-
l)iment. — 17. Trypan. non rares ; orpiment, 1/2 cg. — 18. Examen du
sang négatif. — Les 21, 25 avril et le 4 mai, le cobaye reçoit encore 3 do¬
ses d’orpiment de 1/2 cg. chaque. Du iq avril au ib mai, tous les examens
du sang sont négatifs, mais le 21 mai on note l’existence de trypanosomes
non rares. Le cobaye est soumis à une autre médication.
J’avais signalé déjà que le mode d’action de l’atoxyl ou de son
dérivé acétylé n’était pas exactement le même dans les infections
du cobaye par Tr. congolense et par Tr. dimorphon, mais il
— 44^ —
s'agissait de différences légères; ici, an contraire, il s’agit de
différeni'es bien marc|nées dans l’efficacité de l’orpiment, ce qui
fournit un argument de plus en faveur de la différenciation de
Tr. conjo^olcnse et de Tr. dimorphon .
Au p(;int de vue ])raticpie, on peut conclure des faits relatés
dans ('et te note, et dans mes notes antérieures, que» la médic'a-
tion par l’orpiment seul est indiquée dans les infections des ani¬
maux domestiques j^roduites par Tr. congolense, tandis cpie,
dans les infections par Tr. dimorphon, une médic'ation mixte par
l'orpiment et l’éméticjue dcn'ra être conseillée.
Sources thermales et bilharziose en Tunisie
Par A. COXOR.
Rn fait paraît constant dans la distribution de la bilharzi(3se en
d'unisie: la présence de sources d’eau chaude aux points conta¬
minés. Dans les localités atteintes ou leurs environs immédiats,
nous trouvons des sourc'es ou des piscines d’eaux thermales, fré-
cpientées par les indigènes, et dont la température est moyenne¬
ment élevée. Des eaux très chaudes (50 à 70*’) se rencontrent
dans le Xcu'd de la Régence, où la bilharziose est inconnue.
Ainsi, parmi les points oii l’affection semble la plus fréquente,
se trouvent (fafsa avec des eaux à 28-30°, (labès (42 à 45°), To-
zeur (28-30°). Ces sources sont magnésiennes, sulfatées, chloru¬
rées sodiques faibles.
Il était intéressant d’étudier, dans ces eaux, la vitalité de l’em¬
bryon de Schislosomnm hœmatohiiim. C’est ce que nous avons
fait à Gafsa, en mars 1910, dans les piscines où viennent se bai¬
gner la plupart des indigènes de la ville et des agglomérations
voisines.
Le matériel piawenait d’un jeune arabe de 20 ans, né à Gafsa,
(ju’il n’a jamais quitté et où il exerce la profession de cultivateur
dans l’oasis. Il prend des bains dans les piscines. Les premières
hématuries se sont manifestées pendant l’automne 1909; actuel¬
lement du sang est constamment émis à la fin de la miction.
L’urine contient de nombreux œufs caractéristiques ; rien dans
447
les selles. L’examen du sang' révèle une anéiuie légère (4.200.000
globules rougesj et une éosinophilie de 28 %.
I cm^ d’urine sanglante fraîchement émise est introduit dans
plusieurs bougies Cha.mhiîrland fermées ensuite à la cire, puis
immergées dans l’eau de la piscine.
Après 2 h., <m retire une bougie dont on examine le contenu
au microscope: présence d’œufs dont les embryons sont le siège
de vigoureuses contractions, nonibreux miracidia nageant avec
agilité.
Après 24 h., le contenu d’une seconde bougie est examiné:
nombreuses coques d’oeufs sans embrvon et présentant une fente
longitudinale, les uns contenant des granidations, les autres en¬
tièrement vides. Certains en-ibryons ont des mouvements inten¬
ses à l’intérieur de l’œuf, d’autres en ont provoqué la déhiscence
et sont en train de sortir; enfin, on aperçoit de nombreux mira¬
cidia évoluant avec rapidité au moyen de leur manteau cilié.
Après 48 h., une troisième bougie est retirée de la piscine. On
y trouve quelques rares miracidia vivants, au milieu de nombreux
cadavres. 11 v a, en outre, des œmfs ^'ides et des œufs contenant
des embryons mobiles et cherchant à sortir.
I^nfin, la dernière bougie, examinée après 72 h., ne contient
aucun miracidium vivant. On aperçoit des cadavres, ainsi que des
embryons immobiles à moitié sortis de l’oeuf. Certains œmfs con¬
tiennent encore leur embrvon sans mouvement.
Ces expériences niontrent (pie l’eau chaude de la piscine, qui
a reçu de l’urine d’un malade atteint de bilharziose, peut conte¬
nir des miracidia vivants après 48 heures, soit que ces organismes
aient réellement vécu libres pendant ce temps, soit cpi’ils soient
sortis de l’c^uf plus récemment. Le fait important est que cette
eau reste infectante pendant 2 jours. Ajoutons cpie la vie du mi¬
racidium est peut-être plus longue quand il est introduit direc¬
tement dans l’eau de la piscine. En effet, dans la bougie immer¬
gée 72 h., on constatait la présence de nombreuses bactéries mo¬
biles entourant les cadavres, bactéries ciui avaient pullulé en es¬
pace clos et mis les miracidia dans de mauvaises conditions de
vitalité.
Nous avons étudié plus tard l’action de la chaleur sur ces orga¬
nismes. L’urine sanglante était centrifugée et lavée plusieurs fois
à l’eau ordinaire et le culot dilué était plac'é dans une cellule de
Koch sur la platine chauffante de Schultze.
— 448 —
A partir de 30", les mouvements deviennent plus rajîides ; les
miracidia nagent avec une grande agilité et il est difficile de
les suivre dans leurs évolutions multiples. Le maximum d’agi¬
lité paraît se produire à la température de 40“, A 45°, le mira¬
cidium ne semble nullement incommodé. INJais, au-dessus, les
mouvements se ralentissent, puis le corps devient immobile; a
50°, seuls les cils remuent encore. A 52°, tout mouvement cess(
après 2 minui;es; la mort est immédiate entre 55 et 60°.
L’addition d’eau chaude (30 à 40°) à de l’urine détermine im
médiatement la mobilité de l’embryon et la sortie de l’œuf se pro¬
duit au bout de quelques instants, tandis cpi’avec l’eau froide,
les mouvements n’apparaissent cjti’après cpielques minutes et la
sortie du miracidium demande en moyenne 15 minutes.
Nous avons ('onstaté aussi l’influence néfaste et définitive d’une
dessiccation, meme de courte durée, les miracidia ne pouvant
plus être réanimés par l’addition d’eau, chaude ou froide.
Ces observations montrent l’action favorable de l’eau chaude
(30 à 40°) sur la rapidité de sortie de l’embrvon et sur sa vitalité.
Nous avons déjà fait remarc|uer (1) que, sous l’influence de cette
température, l’épiderme des baigneurs se ramollit, devient plus
]3erméable, ce qui peut être une condition favorable à la pénétra¬
tion du miracidium dans l’organisme. D’autre part, les piscines
sont très frécpientées et constituent ainsi de véritables réservoirs
de parasites.
l.a composition chimicjue de ces eaux minérales est à considé¬
rer; aussi bien que leurs propriétés phvsiques.
Pour ces raisons, il semble donc qu’il y ait lieu de tenir compte
du rôle des sources thermales dans l’étiologie de la bilharziose.
(Institut Pasteur de Tunis.)
àl. Bri':mpt. — Les intéressantes expériences de M. Conor, et
les études de M. Noc, rendent vraisemblable la pénétration par
la peau du Schistosomiim hæmatohium et du Sch. Mansoni.
Tv’étude expérimentale de ces deux espèces est difficile, puisque
LH omme est le seul hôte définitif connu: le Schistosomum hœ-
viatohium semble cependant avoir été trouvé par Cobbold chez
le Cercopithecus fuliginosus et il serait peut-être possible d’expé¬
rimenter dans de bonnes conditions avec cet animal.
(i) Enquête sur la bilharziose en Tunisie. Arch. de l'Institut Pasteur de
Tunis, 1910, fasc. i.
— 449 -
En étudiant le Scliistosomiim japonicum, espèce commune à
l’Homme, au Chien et au Chat, Katsurada et Hashegawa (i)
ont montré qu’en mettant i h. 1/2 des Chats en contact avec
l’eau souillée de certaines rizières du Japon, on obtenait une in¬
festation intense. Les animaux montrent, à l’autopsie, au bout
d’un mois, des millions de vers adultes. Les expériences de ces
auteurs ont montré que les Miracidium mourant dans l’eau légè¬
rement acidulée par l’acide chlorhvdrique ne pouvaient traverser
l'estomac normal et que, d’autre part, le grand nombre de vers
trouvés à l’autopsie indicpie une reproduction par sporocystes à
l’intérieur du corps. lueurs expériences ont été confirmées ])ar
le professeur LtqiXAMi, de Kioto, et le professeur Matsuura, ce
dernier s’étant infecté accidentellement en plongeant ses extré¬
mités dans l’eau souillée.
Ankylostomiase endémique
dans une localité d’Algérie
Par Etienne SERGENT et DE MOCZON.
Idanémie très prononcée de certains liabitants de Mdoukal ne
s’explique pas par le Paludisme, qui v est bénin : l’index endé¬
mique par les rates est: 2 sur 28. L’examen des fèces a révélé
le C juillet 1010, la présence d'œufs d’Ankvlostome, 7 fois chez
7 anémiques, 4 fois chez S autres sujets pris au hasard, non ané¬
miques, soit II cas sur 15 individus examinés en quelques heu¬
res (7 hommes, i femme. 7 enfants).
L’ankylostomiase paraît être assez répandue à Mdoukal, prin¬
cipalement chez les adultes ; elle se manifeste surtout par de
l’anémie extrêmement prononcée, de l’essoufflement, de l’œdème
prétibial, des douleurs épigastriques et parfois de légers trou¬
bles de la vue; la présence de stries de sang dans les excreta
est assez rare.
T>’oasis de Mdoukal, isolée dans la cuvette du Hodna (422 m.
d’altitude), possède i.goo habitants, tous indigènes (Berbères ara¬
bisés), vivant dans des habitations en terre battue à 3 ou 4 étages;
(i) Cctilr. fiir Bakf. orig., t. LUI, p. 519-522, 1910.
3i
— 4^0 —
le rez-de-cliaussée est souvent en contrebas du chemin d’accès;
l’obscurité pres(|ue constante est assurée dans l’intérieur des piè¬
ces par l’exiguïté des portes et des fenêtres: souvent même les
fenêtres n’existent pas. Cinq sources aux abords souillés sortent
de terre dans le village même, au pied des maisons. Le village,
est entouré de tous côtés par la palmeraie, où les puits sont nom¬
breux; la nappe souterraine est voisine du sol (3 ou 4 m.). J.es
habitants, assez misérables, s’occupent de jardinage ; les dattes
n’y arrivent pas à maturité, mais sont utilisées néanmoins pour
l’alimentation.
h'ait particulièrement intéressant: les mdoukala de 14 à 30 ans
émigrent chacjue année, au nombre de 150 environ, pour cher-
('her du travail dans les villes du littoral : surtout à Alger, cpiel-
ques-uns à Philippeville, Bône et Bougie. Ils y sont portefaix,
porteurs d’eau, débardeurs, cireurs. Ils résident ainsi dans les
villes plusieurs mois ou plusieurs années, puis retournent à
Aldoidral, après avoir amassé quelques économies.
Tous ceux chez qiu nous avons décelé, à Mdoukal, la présence
d’ceufs d’ankvlostome, et dont l’anémie datait de plusieurs avi¬
nées, venaient de faire un séjour de plusieurs mois à xVlger.
On a déjà signalé tics cas d’Ankvlostomiase en Algérie, dans
le département d’Oran (I)*' I'errier, ^{rcliives de Parasitologie,
année 1905). Les indigènes chez qui nous avons constaté une in¬
festation fréquente parcourent toute l’Algérie dans leurs vova-
ges. 11 nous a paru intéressant de noter ce fait au moment où l’on
examine la question de l’introduction possible de l’ Aîikvlosto-
.miase en Algérie par les tirailleurs sénégalais.
Essais de traitement de la lymphangite
épizootique du Sénégal
Par L. TEPPAZ.
T. a lymphangite épizootique que l’on observe sur les chevaux
au Sénégal, causée par un protozoaire découvert par Ducloux
en Tunisie et décrit par nous (Voir Annales de Vlnstiiut Pasteur,
t. XXTTT, mai 1909, p. 420), est une affection relativement grave,
pc'irce qu’elle rend impossible l’utilisation des animaux malades
pendant de longues périodes. Elle est ordinairement curable.
Ouelques cas de généralisation entraînant l’abatage des mala¬
des ou provoquant la mort par intoxication purulente ou broncho¬
pneumonie s’observent de temps en temps sur des animaux non
traités et mc-me sur des animaux traités cpielquefois, comme nous
l’avons observé au cours de nos expériences. Les indigènes du
Sénégal connaissent très bien la lymphangite épizootique C[u’ils
désignent sous le nom de (( Borkodié » ou vérole du cheval (les
ulcères leur rappelant ceux de la syphilis).
La transmission expérimentale par cxmtagion directe, soit en
surface par scarification de la peau et badigeonnage des plaies
avec du pus pris aseptiquement dans des boutons fluctuants,
mais pas encore ouverts spontanément, soit en injectant du pus
délavé dans de l’eau distillée ou stérilisée, n’a jamais pu être
obtenue par nous. Le pus injecté ou étalé ne renfermant que
des leucücytozoon ne produit ni engorgement ni abcès, le matériel
injecté s’enkvste et finit par être résorbé sans avoir provoqué
d’accident local. Le pus étalé sur les scarifications ne gêne en
rien la cicatrisation de celles-ci qui se fait par première intention.
La lymphangite épizootique du Sénég£il est absolument réfrac¬
taire à tous les traitements classicpies préconisés. Les traitements
locaux par les topiques ou par le feu sont sans effet, les ulcères
se forment et la suppuration, très faible d’ailleurs, s’établit
comnie chez les animaux non traités. Le seid avantage, C[u’on
retire du traitement local, est de réduire les traces cicatricielles
qui restent après la guérison.
Ayant constaté que certains traitements généraux produisaient
une amélioration rapide, mais aussi la plupart du temps passa¬
gère, nous avons essayé méthodiquement plusieurs médicaments
que nous indiquerons brièvement avec les résultats obtenus.
Chez un malade en ])leine activité morbide, l’amélioration se
traduit par la suppression de la siq^puration, les ulcères se des¬
sèchent, prennent une teinte rose, alors C[u’ils étaient gris rosé,
les cordes lymphatiques tuméfiées diminuent de volume, leur
sensil:)ilité diminue. Si l’état du malade laissait à désirer, ce qui
est rare, cet état devient rapidement meilleur, l’appétit revient,
lf‘ sujet est plus gai.
Ifn traitant la lymphangite, affection qui guérit presque tou¬
jours sans aucun traitement, nous nous proposons de diminuer
la durée de la maladie, qui peut atteindre 6 mois et qui n’est
— 4^2 —
jamais inférieure à 2 mois, et la période d’indisponibilité du
malade, en évitant la formation des ('ieatrices volumineuses qui
déprécient le sujet et peuvent quel({uefois en rendre l’utilisation
difficile.
I^resque tous les animaux traités l’ont été dès l’apparition des
premiers sypmtômes, quelques-uns ont suivi deux ou trois traite¬
ments, en laissant queltiues jours de repos entre deux traitements
différents.
A. Injection sous-cutanée d’atoxyl à la dose de 5 g. — 2 chevaux traités
avec 5 ta 7 do-ses ; amélioration passag'ère, jjuis le traitement reste sans
effet sur la marche de la maladie.
B. Acide arsénieux. — Un cheval traité sans succès avec 17 doses de i gr.
acide arsénieux en barbotage.
C. Emétique en électuaire. — 2 chevaux traités, l’un avec 8 doses de 4 g.
(i dose par jour), l’autre avec 5 doses de 5 à 10 g. (i dose tous les
2-3 jours). Aucune amélioration.
D. Orpiment en électuaire. — Un cheval traité sans succès avec 5 doses
de 20 g. d’or])iment (i dose tous les 3 jours).
E. Emétique en injections intra-veineuses. — Un cheval traité sans aucun
résultat.
F". CoUargol en injections intra-veineuses. — Un cheval traité avec 17 in¬
jections de 0,30 à I g. 5, a montré dès le début du traitement une amélio¬
ration notable ; la guérison définitive a été obtenue après 20 jours de trai¬
tement. Depuis le 15 février 1909, le sujet a fait un excellent service sans
un jour d’indisponibilité. La durée de la maladie a été de 30 jours (du 15 jan¬
vier au 16 février).
Le second traité avec 10 doses de 0,50 a présenté au dé’out une amélioration,
oui n’a pas duré et la maladie a repris son cours normal.
G. CoUargol et émétique en injection intra-veineuse. — Un cheval traité
avec 5 injections de i g. d’émétique, sans résultat appréciable.
H. lodure de potassium . — En injection sous-cutanée un cheval traité
avec 25 g. d’iodure de potassium, 5 injections faites.
Amélioration passagère ; diminution très notable de la suppuration même
après la su]3|)ression du traitement. Ce traitement a dû être abandonné à
cause des décollements et des abcès produits par les injections sous-cuta¬
nées des solutions d’iodure de potassium ; l’absorption de ce médicament est
très lente ; les décollements produits cicatrisent rapidement sans laisser des
traces aussi importantes qu’on pourrait le craindre en vovant les désordres
locaux produits par les injections.
I. Bichlorure de mercure en électuaire. — 3 chevaux traités avec 7 g. de
bichlorure de mercure, en 7 doses lune par jour à i cheval, une tous les
2 jours h chacun des autres) sans résultat appréciable.
J. Injections intra-veineuses d’iodure de potassium. — Lhi cheval traité
avec roo g. d’iodure de potassium en injection (injections de 5, 6, 7,
S, 10 et 12 g. au maximum).
Un avec 188 g. d’iodure en 13 injections dont 6 de 15 g.
Chez ces 2 animaux malades, atteints de lymphangite localisée, l’iodur<;
a produit une cicatrisation très rapide des ulcères (boutons ouverts depuis
longtemps ou venant de s’ouvrir) ; l’écoulement du pus est arrêté dès les
— 453 —
premières injections et des croûtes adhérentes se sont formées sur chaque
bouton.
De nouveaux boutons ont apparu pendant le traitement, mais ils ont
évolué rapidement et la cicatrisation des ulcères résultant de l’ouverture
S[)ontanée des boutons s’est faite très rapidement.
Nous ferons remarquer, au sujet de ces deu.x chevaux, l’innocuité abso¬
lue des injections de doses fortes (15 g.) répétées (6 en 6 j.), d’iodure de
potassium dans les veines du cheval.
Nous n’avons pas observé de phénomène d’iodisme ni d’accident résul¬
tant de l’introduction d’une solution concentrée d’un sel, 15 g. dans 250 g.
d’eau (60 (j/o). L’opération est des plus simples ; l’appareil emjdoyé est un
flacon à soufflerie. Nous avons toujours opéré sans le moindre appareil de
contention ; à part la légère douleur produite par la piqûre de la peau par
l’aiguille creuse, l’opération est absolument indolore.
Un 3® cheval traité au cours de l’affectic:)!! généralisée (sauf sur les mu¬
queuses) reçut les doses suivantes d’iodure de potassium à l’exclusion de
tout autre traitement.
J7 mai, 10 g. ; — j8, 12 g. ; — 19, 14 g. ; — 20, 14 g. ; 21, 16 g. ,
23, 20 g. ; — 24, 20 g. ; — 15, 20 g. Kn tc^ut 126 g. en S injections.
Dès les premières doses la suppuration diminua ; les boutons en voie
d’évolution non encore ouverts restèrent stationnaires. La cicatrisation se
fit rapidement.
Ce troisième cheval, qui reçut des doses d’iodure de ])otassium beaucoup
plus fortes que celles employées par les 2 précédents, présenta de légers trou¬
bles : conjonctivite, larmoiement, jetage, glandage sous-maxillaire, amai¬
grissement notable. Mais l’état général du sujet resta très satisfaisant.
II est inutile d’employer des do.ses trop fortes d’iodure et il
suffit d’injecter dy* 4 à 15 g. d’iodure dissous dans 250 d’eau
(4 g. le C jour, 6 le 2®, 8 le 3®, etc.).
L"ne quantité totale de 100 g. est suffisante, on pourrait au
besoin recommencer le traitement après un repos de 8 jours.
Bien cjue nous n’ayons pas essayé l’emploi de l’iodure par la
voie stomacale, nous pen.sons qu’on pourrait obtenir d’aussi
bons résultats qu’avec les injections intra-veineuses, en employant
des doses beaucoup plus fortes ou en prolongeant le traitement.
Ifn résumé, le seul traitement qui a donné des résultats appré¬
ciables e.st l’iodure de potassium injecté dans la jugulaire.
De la présence de Cercopithecus patas
pyrrhonotus ” au Sénégal
Par A. TIIIROUX.
Parmi les nombreux Cercopithecus Patas, que nous avons em¬
ployés au Sénégal comme animaux d’épreuve dans la maladie du
sommeil, un certain nombre attirèrent notre attention par diverses
particularités. La plus frappante est l’absence de la tache noire
caractéristique sur le nez, cpii reste blanc, les sourcils sont aussi
moins marqués et représentés par une ligne noire peu apparente,
quelquefois même par quelques poils noirs, clairsemés.
Nous avons rapporté du Sénégal 2 Cercopithccus, l’iin Patas
caractéristic[ue, et l’autre présentant les caractères décrits comme
propres au Pyrrhonotus. M. le P’’ Trouessart, du Muséunr
d’Histoire naturelle, a bien voulu confirmer notre opinion et nous
donner avec sa haute compétence, de précieux renseignements.
Nous tenons à le remercier de son très aimable accueil.
Cercopithenis pyrrhonotus a été pendant un ('ertain temps con¬
sidéré par les zoologistes comme une espèce distincte de Cerco-
pithecus pdfas. On pensait même qu’il constituait une espèce par¬
ticulière à rAfric|ue orientale, tendis qu’on retrouvait C. patris
dans l’Afrique occidentale.
Poc'(3Cî\, dans une revue du genre Cercopithèque, parue en
igo/ (1) et citée, à propos de l'emploi de ces singes dans la mala¬
die du sommeil, in Bulletin on the sleeping sickncss bureau,
rapproche avec juste raison les deux singes. Il fait de l’ancien
Cercopitheciis Pyrrhonotus une simple sous-espèce de Cercopi-
thecus Paias, en le désignant sous le nom de Cercopithecus Pa¬
tas Pyrrhonotus.
l^e fait nouveau que nous signalons de la présence au Sénégal
de C. Patas Pyrrhonotus à •cê)té de C. Patas-Patas (sensu Po-
cock) indique qu’il n’existe pas de démarcation géographique
entre les 2 singes, et que la classification de Pocock est la plus
exacte.
La sou.s-e.spèce Pyrrhonotus traverse entièrement le continent
africain au nord rie l’équateur. On l’observe moins frécpiem-
ment à la côte occidentale ciue la sous-espèce Patas, qui est la
plus commune, cependant elle n’v est pas rare, car nous avons
• reçu, pendant le même mois, trois pyrrhonotus et un Patas, pro¬
venant de Saldé, village situé à environ 150 km. de la côte du
Sénégal. 11 ne nous paraît pas impossible qu’il se produise des
mélanges entre les deux sous-espèces, certains pyrrhonotus pré¬
sentant sur leur nez blanc quelques poils noirs clairsemés.
(i) PococK. A monogra])hic révision of the monkeys of the genus Cerco¬
pithecus. Zoological proceediugs, 1907, pp. 667-746.
— 4^5 —
Il serait intéressant de savoir si la sous-espèce Patas s’étend
aussi jusciu’à la côte orientale d’Afrique.
C. Paias pyrrhouütiis présente, vis-à-vis de Trypanosoma
o^üuhbicusc, la même sensibilité c{ue son proche parent, C. Patas-
Palas.
Nouvelle série de 5o cas de typhus
exanthématique, traités par les abcès de fixation
Par MORSLY
Nous avons l’honneur d’adresser à la Société de Pathologie exo¬
tique, une nouvelle série de 50 cas de typhus exanthématique trai¬
tés exclusivement par les abcès de fixation. La mortalité globale
a été de 6 cas, soit 88 % de guérison. Deux décès étant survenus
chez des malades amenés au lazaret in extremis et deux tardive-,
ment avec la complication de méningite cérébro-spinale, sans que
le sérum DOPTER ait pu triompher, la mortalité rectifiée est de
deux cas, soit 96 % de guérison. Ce chiffre est encore plus en
faveur de la méthode que celui des dernières statistiques.
La simplicité de ce traitement, son économie, cadrent très bien
avec les mœurs et la mentalité des indigènes que l’incision des
abcès impressionne favorablement. Elle est actuellement toujours
réclamée par eux dans notre clientèle privée.
Sur la destruction des Culicines
à l’aide du gîte-piège
Par J. LEGENDRE.
Il est connu de tous que la destruction des œufs est le procédé
de clioix dans la lutte contre les moustiques. On l’applique gé¬
néralement en supprimant les gîtes, c’est-à-dire les collections
d’eau où les femelles vont effectuer leur ponte. Dans les villes
011 il est en vigueur, cm obtient rapidement de bons résultats
(|uand les mesures sont prises sur toute l’étendue de l’agglomé¬
ration. Ce n’est pas encore le cas à Hanoï, de .sorte que j’ai dû
456 —
borner mon effort à essayer de purger l’hôpital militaire des Cii-
licines qui le peuplent à l’aide d’un procédé que je crois nou¬
veau, sinon dans son idée, au moins dans son application.
ifn effet, depuis longtemps Stephens et Christophers, en vue
de déterminer les espèces d’Anophélines qui peuplent une loca¬
lité, ont recommandé l’installation de gîtes artificiels destinés
à attirer les femelles. C’est avec un objectif différent, car la plu¬
part des espèces d’Anophélines ne pondent pas au voisinage de
l’homme, que j’ai utilisé comme pièges les bassins de distribu¬
tion de la station d’épuration biologique, de création récente de
rilôpital de Lanessan.
Ayant remarqué que ces bassins, avant d’être grillagés, cons¬
tituaient un lieu de prédilection pour les Culicines qui venaient
y déposer leurs » bateaux » en quantité considérable, je pensai
à m’en servir dans la lutte entreprise. Tous les soirs, à 7 h.,
alors que les mouches ont disparu, le gardien de la station enlève
les cadres de toile métallique qui recouvrent les bassins dans la
journée; à 5 h. du matin ils sont remis en place après la récolte
des œufs. De cette façon sont écartés les dangers de transport
par les mouches de germes nocifs. La récolte de la nuit est ap¬
portée au laboratoire et dénombrée.
En 18 jours, ou plutôt 18 nuits, de janvier à février, il a été
capturé par ce procédé dans les trois bassins (2 m. 50, superfi-
c'ie de chacun des bassins), 9.21 1 (( bateaux », soit une moyenne
de 512 (( bateaux » par nuit. Abandonné quelque temps, repris
en avril et mai en utilisant d’abord un seul bassin, puis deux,
puis les trois, on a récolté en 47 jours 9.576 (( bateaux », soit une
movenne journalière de 203.
Les chiffres extrêmes sont très variables ; pendant la première
période (janvier-février) le maximum et le minimum du tableau
quotidien ont été de 1.778 et de 22 ; dans la seconde période avril-
mai, de S (le T’’ jour) à 1.268. Ces différences considérables s’ex¬
pliquent par le fait de coups de vent ou de fortes pluies qui em¬
pêchent les femelles de se maintenir à la surface de l’eau ou les
invitent à ne pas visiter les gîtes.
Au cours de la seconde période j’ai pu me rendre compte que
la superficie du gîte-piège (un ou plusieurs bassins) n’est pas in¬
différente, le chiffre des captures est en rapport avec le nombre
des bassins découverts.
Sans m’illusionner sur la valeur du procédé, qui n’est q-:’un
(‘xpédient à défaut de mesures générales de prophylaxie, je crois
({Lie dans des conditions analogues, qui se rencontrent le plus
souvent encore, malheureusement, il peut rendre des services im-
])ortants et méritait d’être signalé; il ne s’adresse qu’aux Culici-
nes, moins les Stégomya. Ceux-ci, en effet, n’ont pas l’habitude
de confier leurs pontes à des eaux aussi inipures, mais rien n’em-
{)êche d’établir à leur adresse des gîtes-pièges avec de l’eau à
leur convenance. Combiné avec, l’emploi des boîtes-{3ièges et
l’usage du filet précédemment décrit contre les moustiques adul¬
tes, il n’est pas interdit de penser que l’ensemble de ces mesures
restreindra l’effectif des moustiques dans les zones où on les em-
{)loiera, étant donné les habitudes sédentaires des CuUcincs.
L’effluent odorant de la fosse septique plaît aux CuUcincs.
Dans les agglomérations où on veut les combattre sans avoir
recours aux visites domiciliaires on peut tirer avantage de la {:)ré-
férence de ces moustiques pour les eaux fortement souillées en
créant des gîtes artificiels en des points convenablement choisis
ou bien en utilisant les gîtes naturels. La récolte des (( bateaux »
ne demande que quelques minutes.
Sur la destruction des moustiques adultes
à l’aide du filet à papillons
Par J. I.LGHXDRIL
Dans une note parue récemment (BuUefin de la Société médico-
chirurgicale de l'Indochine, 1910, n° 5) j’ai indiqué en quelques
lignes l’utilisation du filet à pajoillons )30ur la destruction des
Culicides adultes. Je désire aujourd’hui donner quelques ren¬
seignements complémentaires sur cet instrument, la façon de
l’emiDloyer et les résultats qu’il est capable de procurer.
L’instrument que j’ai fait ('onfectionner se compose d’un man¬
che i^liis ou moins long', continué par une raquette sur laquelle
on fixe une gaze, un tidle de moustic{uaire ou une étoffe légère
quelcon({ue. La poche est conique, profonde et allongée en {>ointe
au lieu d’être ronde comme dans le filet dit à pa]3illons. Il en
résulte cet avantage que les insectes capturés vont se loger dans
le fond du sac et n’en bougent plus; on peut, grâce cà cette dis-
— 4^^ —
position, manœuvrer l’instrument sans désemparer pendant toute
la durée de la chasse sans craindre cjue les moustiques s’envo¬
lent.
Les filets ont les dimensions suivantes, qui n’ont rien d'ab¬
solu: O m. 48 et O m. 32 respectivement pour le grand et le petit
axe de la raquette; o m. 70 à o m. 80 comme profondeur de
la poche.
Ihi fil, fixé au fond et dépassant en dedans et en dehors faci¬
lite le retournement du sac pour le vider.
L’engin se manœuivre comme le filet à papillons; il est bon
de temps à autre, d’un coup sec du poignet, de retourner le fond
de la poche sur la raquette de façon à coincer les insectes dans la
c|ueue du sac où ils restent agglomérés. Ifn; mouillant l’extrémité
du sac on lui donne encore plus de volant et de pouvoir compres¬
sif. Les fileteurs en capturent ainsi phisietirs centaines et meme
plusieurs milliers sans arrêt, en une seule séance de 10 à 15 mi¬
nutes.
C’est à l’Môpital militaire d’Hano'i cpie j’ai employé ce mode
de capture, de façon systématique; je n’ai pas connaissance qu’il
ait été antérieurement signalé par d’autres auteurs.
Pour l’usage à domicile j’ai réduit l’instrument aux dimen¬
sions d’un jouet d’enfant: o m. 15 et o m’. 10 pour la raquette;
o m. 35 comme profondeur de la poche; longueur du manche,
o m. 15 environ. Malgré ces dimensions réduites l’engin remplit
son rôle à merveille; il est indiqué également à l’extérieur, dans
les endroits où les moustiques sont gênants ; c’est un instrument
de poche auquel on peut donner un certain caractère d’élégance.
11 serait à désirer qu’il entre dans la pratique pour les vovageurs
et même pour les sédentaires. Peut-être pourrait-il rendre quel¬
ques services aux premiers pour se débarrasser des mouches dans
les régions à Gloss in es?
Tm filet à mousticjues mérite d’être essavé pour débarrasser
immédiatement des Stegomya la chambre des personnes recon¬
nues atteintes de typhus amaril, quand le transfert des malades
à l’hôpital ou dans une autre pièce est impossible. Les mousti-
cfues à fièvre jaune sont, en effet, tout à fait sédentaires. Ils ne
quittent pas la pièce où ils vivent, ils se chambrent d’eux-
mêmes.
Depuis que j’ai signalé l’usage du filet dans la lutte anticul;, -
cidienne, j’ai donné à son emploi une grande extension en raison
de sa supériorité sur les boîtes-pièges. Celles-ci ne sont qu’un
moven jDassif, tandis que le filet est un procédé actif. Pendant
le mois de mai, tn^is fileteurs ont pu prendre chaque matin, en
lo à 15 minutes, de 2.000 à 10.000 moustic|ues, selon l’abondance
de ces insectes dans l’établissement.
L’impossibilité d’en conipter un nombre aussi considérable,
obligea de recourir a la pesée pour en effectuer le dénombrement
après avoir choisi comme base le chiffre moven de 900 insectes
pour I g. de moustiques frais. Le « tableau » varie selon la durée
de la chasse et le régime des éclosions qu’il sera peut-être pos.
sible d’établir après une h^ngue observation.
M. MotY. — On réussit très bien à se débarrasser des mousti¬
ques dans une chambre à coucher en approchant d’eux par der¬
rière une bougie allumée, conduite perpendiculairement à la mu¬
raille, le moustique s’envole dans la flamme et tombe dans la cire
fondue.
Mortalité des Européens à Saigon.
Maladies intestinales. Eaux de boisson
Par L. R. MOXTlfL.
1^’influence de la qualité des eaux de boisson sur la morbidité
et la mortalité dans les agglomérations, surtout en ce qui con¬
cerne les affections intestinales, est un fait bien connu.
Tout le monde connaît aussi la mauvaise réputation de Saïgon
au point de vue des maladies de l’intestin, et en particulier de la
diarrhée dite de Cochinchine et die la dvsenterie avec toutes leurs
complications.
On sait, d’autre part, que beaucoup de cités ont vu la morbi¬
dité et la mortalité par maladies intestinales diminuer dans de
notables proportions à la suite de travaux d’adduction d’eaux
pures ou après la mise en praticjue d’un S3astème de traitement
d’eaux reconnues impropres à la consommation.
La présente étude permettra de se faire une idée de l’influence
exercée par les eaux de boisson sur la morbidité et la mortalité
— ^6o —
saïgonnaise et montrera, je l’espère, qu’il est grand temps de
porter remède à une situation des plus précaires.
Des analyses mensuelles de l’eau de Saïgon ont été pratiquées
pendant toute l’année 1908, par les soins de l’Institut Pasteur.
Les échantillons étaient recueillis par moi avec toutes les pré¬
cautions d’usage.
Voici les résultats résumés de ces analyses :
La présence du bacille coli a été constatée par toutes les
analyses. On le trouve dans l’eau de Saïgon d’une façon cons¬
tante et en quantité considérable.
Présence constante aussi du bacille pyocyanique.
Dans le courant des mois de juin, août, septembre, novembre,
décembre, la méthode de Poix het et Bo^qEAN a donné un résul¬
tat positif.
hm avril, mai, juin, juillet et août, les amibes se sont montrées
très nombreuses ainsi que des protozoaires divers, infusoires et
* flagellés.
hm juin, juillet et août, la proportion de bactéries par cm-^ n’a
pu être déterminée. Le deuxième jour, les colonies sur plaques
de gélose après ensemencement d’un cm^ d’une dilution au
i/io.ooo® ont été innombrables.
Les conclusions de toutes les analyses bactériologiques ayant
porté sur l’eau ciui alimente la ville de Saïgon sont unanimes
])our affirmer que cette eau est mauvaise, si l’on s’en rapporte
aux tables du comité consultatif d’iiygiène de France.
Ces eaux présentent d’une façon constante le signe de la pol¬
lution fécale (présence du coli). Ce sont des eaux de nappe peu
profonde captées soub la ville et en relation constante, par infil¬
tration ou par comn.unication directe, avec les eaux de surface.
Dans certains quartiers, au moment des grandes pluies, les
puits débordent et les eaux de nappe se mélangent naturelle¬
ment aux eaux de surface. Le fait est particulièrement intéres¬
sant à constater dans les environs du dépotoir (c’est là, presqu’en
pleine ville, qu’on déverse journellement les vidanges, tinettes,
les Louages et les ordures de tout Saïgon), où il est constant. On
conçoit aisément les résultats désastreux de ce voisinage et les
causes importantes de pollution qui s’exercent ainsi sur la nappe
d’eau.
J’ai pu, d’autre part, dans une enquête personnelle et dans un
C|uartier inrligène Cjui représente à peine le tiers de la ville, comp-
— 4^* —
ter plus de 300 fosses fixes formées de simples excavations creu¬
sées dans un sol meuble, et recouvertes par deux ou trois plan¬
ches percées d’un trou. Ces fosses fixes sont frappées d’interdic¬
tion en droit, mais il est bien difficile en fait de faire respecter
les arrêtés, car il n’existe pas de latrines publicpies et une grande
partie de la population est trop pauvre pour qu’on puisse exi¬
ger la construction de latrines privées établies d’après les lois de
l’hygiène.
Cette situation est aggravée encore du fait des pluies torren¬
tielles de nos régions qui balayent tous les immondices et favo¬
risent les infiltrations.
C’est l’eau de cette nappe ainsi polluée qui est distribuée telle
quelle, sans aucun traitement, aux habitants de notre cité.
Dans ces conditions, il serait fort extraordinaire, même en fai¬
sant tibstraction des autres causes de morbidité, C[ue l’état sani¬
taire de la ville soit bon.
Nous allons pouvoir en juger de suite.
La mortalité générale des Huropéens à Saigon oscille entre 26
et 29 pour i.ooü (20 p. i .ooo en France). Ce chiffre n’aurait rien
d’exagéré s’il s’appliquait à une population vivant dans des con¬
ditions sociales et familiales normales. A Saïgon, il n’en est pas
ainsi.
Les célibataires sont en grosse majorité, il n’v a pas de vieil¬
lards, presque pas d’enfants. La population est composée pres¬
que exclusivement d’adultes vigoureux entre 20 et 50 ans qui
constituent pour ainsi dire une élite de santé. Il est rare, en
effet, que des malades ou des impotents quittent la France pour
aller vivre dans des régions réputées malsaines.
Ces réserves faites, le chiffre de 29 pour i .000 donné tout à
l’heure apparaît formidable. Nous estimons qu’il correspondrait
à un chiffre de 60 pour i.ooo au moins pour un état social et
familial normal.
— 4^2 —
Il suffit de jeter un coup d’œil sur le tableau ci-dessus pour se
rendre compte de la proportion formidable des décès dus aux
affections intestinales. Si l’on retranche du nombre total des dé¬
cès ceux qui ont porté sur des Asiatiques étrangers inscrits cà
l’état-civil européen (population qui n’est pas plus sujette que les
natifs aux affections intestinales), on trouve que cette proportion
dépasse généralement 40 %.
Presque tous les décès ptir mahidies intestinales sont dus à la
dysenterie, à la diarrhée endémique et à leurs complications ptir-
mi lesquelles l’hépatite supputée se place au premier rang comme
cause de mortalité.
La mauvtiise qualité des eaux de boissons est-elle une des prin¬
cipales causes de la fréquence des «affections intestinales?
Ces dernières sont particulièrement fréquentes pendant les
mois de juin, juillet, août et septembre ; pendant les mêmes mois
l’tinalvse des eaux de boisson donne les plus mtiuvais résulttits.
C’est pendant les mêmes mois que l’Amibe, cause de la dysen¬
terie, se trouve d’une façon constante dans nos eaux.
C’est à la même épotiue que la proportion de bactéries au cm^,
dihition à i/io.(K)0® toujours très grande, devient innombrable.
C’est encore à cette époque que nous observons ces dysenteries
dites gangréneuses, épidémiques C{ui tuent si rapidement nos
malades. Il est évident que, dans ces cas, l’Amibe toujours pré¬
sente n'est plus seule en cause. De nombreux microbes associés:
coli bacille, l^acille des fermentations et de la putréfaction, ba¬
cille pyocyanique, viennent renforcer son action et aggravent
d’une façon terrible les svmptômes htibituels de la dysenterie
amibienne. Tous ces microorganismes pullulent dans notre eau.
Ln Cœliinchine les affections intestinales sont infiniment
moins fréquentes dtins l’intérieur du pavs qu’à Saigon. L’eau
des centres de l’intérieur est aussi bien moins polluée que celle
de Saigon.
Xous ne voulons pas dire que la mativaise qualité des eaux de
boisson est la cause unique de la fréquence et de la gravité des
affections intestinales. 11 apparaît cependant qu’elle joue un
grtmd rê)le. Ces affections deviennent plus fréquentes et plus gra¬
ves en même temps que la qualité des eaux de boissons devient
plus mativaise; tous les germes qui ont été accusés dans la pro¬
duction des grandes endémies intestinales se retrouvent dans
l’eau.
403 —
Il n'en faut pas plus pour faire ressortir l’obligation bien nette
(|u’il y a de |)orter remède à cette situation déplorable dans le
l)lus bref délai possible. L’épuration des etitix de Stiïgon, s<nt
physiquement, soit ('himiquement, peut faire baisser considéra¬
blement la morbidité et la mortalité européenne. Le fait a été véri-
lié potir plusieurs ('entres tirbains.
J-a question des eatix de boisson a été jîortée plusieurs fois
de\’anî l’autorité municipale. I>’inconvénient cpii résulte de l’u¬
tilisation d’une nappe souterraine captée en plein centre urbain
a été mise en lumière et un grand progrès a été récal isé récem¬
ment par Ic'i mise en service d’une nouv(‘lle caticalisation Ccaptée à
5 km. de la ville, (jui porte l.a quantité d’eau utilisable à
12.000 m-^ par jour. Mais cela ne stiffit |Das encore; il paraît cab-
solument indispensable de donner à Saigon une (juantité d’ecau
considéi'cable Ccaptée en dehors du centre urb<ain et traitée a\’<aiu
distribution.
Laie ville comme S.aïgon, dont ha poptdcation, l’étendue et ha
richesse croissent de jour en jour, doit se préoc'cuper constcam-
ment pour son avenir, ]3our sa prospérité commercicale et indus¬
trielle d’améliorer dans ha mesure du jDossible ha réputation d’in-
Scalubrité qti’elle a partout.
La purification des eaux de boisson, l’augmentation de leur
(juantité sont des movens d’arriver à ce but.
Je seiaais reconnaissant à la Société de ]:)athologie exoti(|tie de
vouloir bien émettre tin vœu dans ce sens.
AL Broquet. — Pendant les deux années que je vécus de France
à l’Institut Pasteur de Saigon, je n’ai cessé d’appeler l’attention
de la municipalité sur la nécessité d’épurer les eaux de la ville.
Nous ne savons pas encore si l’amibe de l’eau est cause de la
dysenterie, et il ne nous est pas possible de dire que les hépatites
SLippurées disparaissent au moment de l’année où disparaissent
les amibes, mais il y a une simple question de bon sens alors que
presque toutes les agglomérations de Cochinchine épurent leurs
eaux à ne pas laisser en arrière de ce mouvement la capitale de
la Cochinchine qui suit de si près les progrès de la métropole.
La loi sur la santé publique de igo2 est applicable aux colons, et le
Conseil supérieur d’hygiène de France peut mettre la ville de
Saigon dans l’obligation d’épurer ses eaux à brève échéance par
un système connu et ayant fait ses preuves. Le Gouverneur général
— 464 —
AI. Klobukowsky et les Directeurs généraux de la Santé se sont
toujours préoccupés de la question de l’épuration de l’eau de
Saigon.
M. Primet. — La question des eaux potables de Saigon n’a
cessé d’être étudiée aussi bien par la direction du Service de
Santé d’Indochine que par la municipalité de Saigon. Elle est tou¬
jours pendante, et si une solution n’est pas intervenue, c’est qu’elle
a semblé n’être pas au point à beaucoup d’égards.
Le gouvernement général s’y intéresse tout particulièrement.
AL AIüNTEL. — Répond à Al. P'RIMET qu’il connaît les efforts
constants faits dans le but d’obtenir que les eaux soient traitées,
efforts restés sans résultat, du reste; il espère que l’intervention
de la Société sera utile à l’œuvre que nous poursuivons tous, l’as¬
sainissement de Saigon.
Il ne s’agit pas seulement de doter Saigon d’une eau purifiée,
mais encore de donner cette eau en grande quantité. Il faut pré¬
voir l’avenir, la population de Saigon a triplé en ii années.
Al. AIarchoux. — Il y a liées à la question des eaux de Sai¬
gon diverses questions d’un tout autre ordre, qui ont fait ajour¬
ner la solution jusqu’à ce jour. L’autorité sera peut-être heureuse
d’avoir l’avis désintéressé de la Société.
AL le Président propose de nommer une Commission pour étu¬
dier la question. La proposition est acceptée.
Al Al. DréaI'ü.vï, Broquet, Kermorg.\xt, AIarchoux, AIontel,
PoTTEVix, Primet, sont désignés pour faire partie de la Com-
imission.
Mémoires
Le Paludisme au Tonkin
Index endémique pendant la saison fraîche
Par C. M ATH LS et M. LKGPR.
Comme suite aux recherehes (i) que nous poursuivons sur
l’étiologie du paludisme au d'onkin, nous apportons dans cette
présente note le résultat de nos investigations sur l’index endé¬
mique pendant les mois de la saison fraîche.
Nous avons examiné, du mois d’octobre 1909 au mois de mars
1910 inclus, le sang de 2.133 enfants indigènes de i mois à 15 ans,
dont 1.697 âgés de moins de 5 ans.
Malgré notre vif désir, nous n’avons pu, sauf pour la zone sub¬
urbaine de Hanoï et cjuelques autres localités, faire nos prélève¬
ments exactement dans les mêmes centres que pendant les mois
d’été. Pour prélever le sang d’un grand nombre d’enfants, ncjus
profitons des séances de vaccination. Or, dans les centres vacci¬
nés quelques mois auparavant, une nouvelle convocation n’aurait
amené qu’un nombre insignifiant de sujets. Dans ces conditions,
nous avons dû nous déi'ider à examiner les enfants de nouvelles
localités plus ou moins voisines de celles étudiées antérieure¬
ment (2). Toutefois, nos recherches avant porté sur un grand
nombre de points, le tableau où sont synthétisés les résultats sui¬
vant les régions pendant la saison fraîche, est comparable à celui
que nous avons donné précédemment pour la saison chaude.
Dans le tableau T, nous indiquons le pourcentage des enfants
parasités par localités. On voit que la sensibilité à l’infection
paludéenne est sensiblement la même chez les enfants de i mois
(1) C. M.vrnis et M. Li-X'.ek, Bull. Soc. Palh. exotique, iqog, p. 577.
(2) Nous sommes redevables d’un certain nombre de frottis de sang à
MM. Baujean, Chouquet, Ferris, Guiselin, Huillet, Plomb, Villeneuve
et ViRGiTTi auxquels nous adressons nos meilleurs remerciements.
38
— 4^6 —
Tableau I. — Pourcentage des enfants indigènes parasités.
Index endémique du paludisme.
De I mois à 5 ans
De G à i5 ans
De I mois à i5 ans
Lücali tés
Date
£
O
:2;
c -O
OJ —
o/tJ
- 4^7 —
à 5 ans, que chez ceux de 6 à 15 ans. Lors de notre enquête pen¬
dant les mois de la saison chaude, nous avions trouvé 7,33 pour
les premiers et 4,80 pour les seconds.
J^’index endémique varie dans de notables proportions pour
<ies points tissez rtipprochés d’une même province. A Bacgiang,
]5ar exemple, qui dtms l’ensemble est très peu paludéen, la pro-
j)ortion des enftmts parasités atteint 16,12 % dans le poste de
ILic-Lé.
Dans la zone suburbaine de Hanoi 011 le paludisme est excep¬
tionnel, tpielques villttges jouissent du peu agréable privilège
d’être assez fortement infestés. Ainsi, le village de Mai-Dong
nous ti montré 2 enftmts parasités sur 35 examinés (5,71 %).
Dans la province de Ltiokav, les résultats sont venus confir¬
mer ceux de l’eriquête faite pendtmt l’été. L’index endémicpie a
été, comme précédemment, trouvé élevé à Ltioktiv proprement
dit et surtout à Pho-Moi, et prescpie nul à Cocleti.
Le ttibletm II donne la répartition du paludisme suivant les
régions.
Tableau II. — Répartitiou du paludisme suivant les régions.
Enfants de i mois
à 5 ans
Enfants de G
à i5 ans
Enfants de i mois
à i5 ans
Dans le Deltti sont compris Htmoï (ville et zême subtirbtiine),
les ])rovinces de Bticgiang, Phuc-yen, Thai-nguven, Phutho ;
dans la vallée du Hatit-Fleuve-Rouge, la province de Laoktiv ;
dans kl région de la l\ivière-Xoire, les provinces de IIoa-Binli
et Sonia; dans celle de la Rivière-Claire, Tuven-Ouang et Ila-
giang. La province de Backan fait partie de la frontière du Nord-
- 468 -
et les provinces de Quangyen et de Ilaininh de la région
côtière.
Si l’on veut bien se reporter au tableau ([ue nous avons donné
dans notre première note (ce Bulletin, igog, p. 581), on verra cpie
pendant les mois de la saison chaude et durant ceux de la saison
fraîche, nous avons obtenu des nombres très voisins pour les di¬
verses régions du d'onkin.
C’est dans les régions de la Rivière-Xoire et de la Rivière-
Claire que le paludisme sévit avec le plus d’intensité. La région
côtière a présenté un index endémique presque nul.
Si la proportion des enfants parasités dans la région du Haut-
hdeuve-Rouge a été plus élevée en hiver qu’en été, c’est parce
cjue dans notre deuxième série de recherches nous ne nous som¬
mes adressés qu’à la province de Laoka-,-, tandis que pendant
la saison chaude nous avons prélevé le sang d’un grand nombre
d’enfants de la province de Yenbay, incontestablement beaucoiqa
plus saine.
Dans son ensemble, l’index endémic|ue de l’hiver au Tonkin est
de 5,83, à peine plus faible que celui de l’été: 7,33.
Dans le tableau 111, nous mentionnons le pourcentage des for¬
mes parasitaires observées aux différents âges de l’enfance.
Tableau III. — Pourcentage des formes parasitaires
aux différents âges de l’enfance.
Nous constatons (|ue les enfants au-dessous de i an sont pa-
— 469 —
rasités dans une proportion de 50 % par les formes de la tierce
et seidement dans des proportions de 16,66 % pour la cpiarte, et
o3i33 % pour la tropicale.
Ifn ce qui concerne les deux groupes d’enfants de i mois à
5 ans et de 6 à 15 ans, on remarque cpie la proportion des tierces
diminue avec l’âge (de 52,14 à 13,33 %). 1-e même fait avait été
mis en évidence dans notre note précédente: nous avions trouvé
pour les enfants du i®’' groupe 58,64 % de tierces et pour ceux
du 2® groupe 43,59 %.
Pendant les mois de la saison fraîche, la proportion des cpiar-
tes a été sensiblement la même dans les dmix catégories, 17,34
et 10 %. Celle des tropicales, au contraire, a plus c{ue doublé,
allant de 30,30 % pour les enfants au-dessous de 5 ans, à 77,66 %
pour les enfants de 6 à 15 ans. Nous avons vu que pendant l’en¬
quête menée durant la saison chaude, les enfants des 2 groupes
avaient la même proportion de tropicales (environ 30 %), tandis
c[ue celle des quartes était doublée pour les enfants au-dessus de
5 ans.
hîn résumé, le seul fait bien établi est que la proportion des
infections par les formes de la tierce diminue avec l’âge, et que
celle des tropicales augmente dans de notables proportions.
Cette constatation nous amène à indiquer les pourcentages des
fornres parasitaires chez les indigènes adultes.
Pendant les mois d’octobre à mars inclus des années 1908 et
1909, à l’hôpital de Lanessan, nous avons examiné le sang de
r20 Annamites infectés par les parasites du paludisme. Sur ce
nombre :
10 avaient des formes de la tierce, soit 8,3 % ;
15 » » quarte, soit 11,5 %;
95 » » tropicale, soit 79,1 %;
Durant les mêmes années 1908 et 1909, mais pendant les mois
d’été, sur 97 tirailleurs parasités nous avons compté:
15 avec des formes de la tierce, soit 15,4 %;
25 » » quarte, soit 25,7 %;
57 » » tropicale, soit 58,7 %;
Ainsi au Tonkin, en tout temps, tandis que la proportion des
tropicales est beaucoup plus considérable chez les adultes, celle
des tierces est plus élevée chez les enfants.
Remarquons, en outre, que chez les Indigènes adultes, de mê¬
me que chez les enfants, les formes de la tropicale sont plus fré-
— 470 —
qiientes pendant la saison fraîche cpie pendant les mois d’été
(79 % au lieu de 58,7).
C’est le contraire de ce que Marchoux (i) puis Thiroux (2)
ont observé au Sénégal, où la tropicale sévit pendant la saison
chaude, la tierce et surtout la quarte pendant la saison fraîche.
Ifn été Thiroux n’a rencontré cpie 1,5 % de grandes formes, tan¬
dis que la proportion de celles-ci s’est élevée à 39,4 % aux mois
de Mars et Avril, en pleine saison fraîche et sèche.
Conclusions. — Au Tonkin, le paludisme ne sévit avec une
forte intensité que dans certaines parties de la Haute-Région,
en particulier dans les vallées de la Rivière-Noire et de la Rivière-
Claire.
L’index paludéen moyen de notre colonie est bien inférieur à
celui du Sénégal où, d’après Thiroux, il est compris, pendant
toute l’année, entre 60 et 70.
T.’index paludéen du Tonkin ne varie pas dans de fortes pro¬
portions d’une saison à l’autre. De 7,33 pendant l’été, il tombe
seulement à 5,83 pendant l’hiver. Si, dans un grand nombre
de pavs paludéens, au cours de la saison chaude, on ne relève,
comme le veut Marchoux (3), que l’index épidémique, au Ton¬
kin le pouvoir actif de l’infection est sensiblement le même du¬
rant les deux saisons. Laveran (4) avait, d’ailleurs, déjà fait re¬
marquer que dans les régions tropicales et juxta-tropicales, il
existe bien une saison de salubrité relative, mais que la période
endémo-épidémique est mal limitée.
11 est intéressant de constater que la proportion des tierces,
aussi bien en été c|u’en hiver, diminue avec l’âge. Chez les adul¬
tes, aux deux saisons, il y a prédominance marquée des formes
de la tropicale. De nos observations, il nous paraît difficile de
tirer des arguments irréfutables en faveur de l’unicité ou de la
pluralité des hématozoaires du paludisme.
(Institut antirabique et bactériologique de Hano'i,
Mai igio.)
(t) Marchoux, Ann. âc l’Institut Pasteur, 1897.
(2) Thiroux, Le paludisme au Sénégal, 1908, p. 13, chez Baillière.
(3) Marchoux, Bull. Soc. Path. exotique, 190g, p. 583.
(4) Laveran, Traité du Paludisme, 2® édition, 1907, p. 74.
— 47*
Exploration scientifique dans les vallées
de la Zousfana, de la Saoura et du Guir
(Extrême-Sud Oranais, novembre 1908)
Par Edmond SERGENT et JE POLE Y.
A la suite de nos études poursuivies à Beni-Ounif-de-F'iguig,
dans le Sahara algérien, sur une spirillose humaine aiguë qui y
paraît endémique et qui se distingue de la fièvre récurrente d’Eu¬
rope par certains caractères ; à la suite de la découverte fortuite
que nous fîmes, au cours de ces études, de l’existence de Fïlaria
perstans, en Berbérie, nous avons pensé qu’il serait utile de diri¬
ger une exploration microbiologique vers le sud de Figuig, le
long de la voie cpii réunit l’Algérie et le Maroc aux oasis du
d'ouat et du Tidikelt et qui se prolonge plus loin, vers le Sou¬
dan. Nous désirions y étudier aussi la grande endémie: le palu¬
disme, et la grande enzootie : le debah ou trvpanosomiase des
E)romadaires et des Equidés.
Cette exploration fut autorisée par i\E le Gouverneur général
JoNNART, et elle nous fut facilitée de toutes les manières. Nous
devons adresser ici nos chaleureux remerciements à ]\E de Saint-
Ger:main, Directeur des Territoires du Sud; M. le Général Lyau-
TEY, commandant la division d’Oran, et à tous les Officiers des
postes du Sud, qui nous ont reçus et aidés de la façon la plus
obligeante.
Nous adressons également avec un vif plaisir tous nos remer¬
ciements à nos fidèles collaborateurs, les docteurs Yvernai'LT,
médecin-major de 2® classe; Cambillet, médecin^de colonisation,
et Etienne .Sergent, cjui nous ont aidés à examiner les lames de
sang rapportées du voyage.
«
* »
La carte ci-jointe montre notre itinéraire: Hammada caillou¬
teuse de Colomb-Becbar à Zaouïa-foiikania. Vallée de la Zous¬
fana, puis de la Saoura, de ce qçar jusc[u’à Kerzaz, à 315 km.
au sud de Bécbar. Cette vallée étroite est bordée à l’ouest par
la falaise rocheuse de la îlammada, à l’est par les dunes du
— 472 —
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474 —
Grand-Erg. De Iverzaz, retour au nord par la même vallée jus¬
qu’à Beni-Abbès. De ce qçar détour à l’ouest sur la Hammada,
qui se continue jusqu’au Tafilalet. Traversée de l’oued Guir à
Abadla. Et, de nouveau, Hammada jusqu’à Colomb-Béchar.
Nous rangerons nos observations dans l’ordre suivant:
Palhologie humaine; — Pathologie animale; — Recherches
aoologiques ; — Recherches botaniques.
Patholocuf: humaine.
Nous dirons de suite C|ue sur 490 indigènes, dont nous avons
examiné le sang, aucun ne nous a montré des Spirilles ou des
Ei lai res.
l>es tableaux suivants montrent les Index endémioem:s paludéens
pour chac|ue localité, calculés d’après la palpation des rates, et
d’après les examens de sang.
Ea lecture de ces tableaux fait naître les observations suivantes :
L — E’index endémique par les examens de sang est partout
plus élevé que l’index par la palpation des rates. C’est exacte¬
ment le contraire de ce que nous observons dans le reste de la
Bcrbérie, chez des Blancs de même race: Arabes, Berbères. En
rewmche, c’est un résultat analog'ue que l’on relève chez les Nè¬
gres africains. 11 semble, par consécpient, que les blancs du Tell
de Berbérie réagissent, sous le climat saharien, comme le font les
nègres au Soudan. Ea réaction splénicpie hvpertrophique serait
donc fonction du climat et non de la race.
L'ci population des Qçour que nous avons visités comprend, il
est vrai, une proportion variable, parfois élevée, de harratin, mu¬
lâtres de sang plus ou moins mêlé. Mais le pourcentage des hv-
pertrophies splénicpies est à peu près le même dans ces Oçour
pour les enfants blancs et pour les Harratins.
D’ 'ailleurs, nous constatons depins plusieurs années la même
prédominance très notable de l’index endémique par l’examen du
sang sur l’index des rates, dans des Qçour de Eiguig et sur des
groupes de Berbères qui ne comprennent pas un seid hartani (El
H ammam t ah ta ni).
TE — 11 faut remarquer que la plupart de ces Oçour sont peu
fiévreux et leur degré d’infection est visiblement en rapport avec
leur altitude au-dessus des oueds, c’est-à-dire des gîtes à Anophé-
lines.
Kergaz
4T.M.
iT.B.
1 iT.iM.
*2T.B.
29
13T.M,
42 0/0
74
29
Plasmodes en général très nombreux chez les indivic
72
us parasités
— G, 75 0/0
74
4'. M., tierce maligne ; T. B., tierce bénigne ; Qu., quarte.
(^) Un des enfants paiasités par T. B. piésente aussi des gamètes de T.M.
III. — Nous avons été frappés du grand nombre de leucocy¬
tes éosinophiles que l’on trouve dans le sang des qçouriens saha¬
riens. On sait, d’ailleurs, qu’ils sont très infestés par les Vers
intestinaux.
Les tableaux suivants donnent la numération des leucocytes
éosinophiles par Qçar, puis par âge dans Lu totalité des Qçol.î .
Numération des Leucocytes éosinophiles par qçar
La lecture de ces tableaux montre que:
1° Il y a 34 % des sangs examinés c|ui contiennent des éosino¬
philes en nombre anormal, c’est-à-dire supérieur à 4 %.
2° Cette proportion des porteurs d’éosinophiles semble être la
mênie à tous les âges.
3° Lm enfant de 8 ans avait jusqu’à 54 éosinophiles sur
100 leucocytes.
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û
Adultes
Path ologif: animai-E .
l.es tableaux suivants résument les résultats de nos recher¬
ches- en novembre i()o8, sur le Dcbab, trvpanosomiase des Dro¬
madaires et des Pcjuidés.
A la date du i®'’ janvier 1910, tous les Drom^idaires reconnus at¬
teints en novembre 1908 sont morts ou impropres au service. Les
Chevaux reconnus atteints, et dont on a eu des nouvelles, sont
morts peu de temps après l’examen.
La lecture de ce tableau sug'gère les réflexions suivantes:
1. Le pourcentage des animaux trypanosomes: 17 % pour les
Dromadaires, et 5,5 % pour les Equidés, est beaucoup plus élevé
dams ces vadlées sahariennes cpie dans la Berbérie où nous l’étu¬
dions depuis 6 ans (1), et ot'i, chez les Dromadaires, le pourcen-
(i) \’oir Edmond et Etienne Sergkxt, C. R. Soc. Biologie, 23 jan¬
vier 1904 et 4 juin 1904 ; Annales de l’Institut Pasteur, t. XIX, janvier 1905,
et t. XX, août 1906 ; Annals of tropical Medicine and Parasitology , t. II,
n° 4, 3 fév. 09.
— 479 —
tage des iafectés est de lo % environ en moyenne, et chez les
Kciuidés (dans les régions où exdstent les iJiamiadaires seulement)
de 0,17 %.
Les indigènes savent, d’ailleurs, que les vallées du Cuir, de la
Zoiisfana et de la vSaoura, sont très dangereuses durant les cjuel-
(jiies semaines 011 s’y rencontre le dcbab ( Taon) dont les frères
SERtJExr ont démontré le rôle d’agent transnietteur dans cette
trypanosomiase.
J3e fait, nous avons trouvé lieaucoup de larves de d'abanides
dans le sable mouillé du fond de r(jued Saoura, à Beni-Abbès,
aux pieds des joncs. Jamais, dans le Tell, nous n’avons pu nous
procurer en peu de temps un aussi grand nombre.de ces larves.
II. L’intensité de l’enzootie dans les vallées sahariennes étu¬
diées est mise en é\'idence par la différence des résultats des exa¬
mens dans les deux pelotons de la Compagnie saharienne de la
Saoura. Le 3" peloton a été remonté prescjue entièrement au
Touat, ses Dromadaires ne patroiullent cjue depuis 6 mois dans
les vallées du Guir et de la Saoura: nous ne trouvons que 2 in¬
fectés sur 45 (4 %). Par contre, le 2® peloton, en service depuis
4 ans dans ces vallées qu’il a pc'ircourues a maintes reprises pour
des raisons d’ordre militaire, même aux époques dangereuses du
dcbab, nous a donné le chiffre élevé de 10 infectés sur 37 exa¬
minés (27 %).
IIL Le danger particidier au point de vue du dcbab de la val¬
lée du Guir, nous paraît devoir attirer particulièrement l’atten¬
tion. Dans les opérations militaires récentes sur les confins du
Sud-Ouest algéro-marocc'iin, le ravitaillement des colonnes ou des
postes de nouvelle création a toujours été fait par des caravanes
de dromadaires: c’est ce qui a eu lieu pour le poste de Bou-
Denib, situé dans la vallée du Haut-Guir, à 150 km. à l’ouest de
Béchar. Dans ces convois de 1908, le 1/3 au moins des chameaux
ont succombé. Les pertes furent jadis beaucoup plus élevées en¬
core dans les convois de l’Extrême-vSud, et les pistes de la vallée
de la Saoura (bas-Guir), entre Igli et Beni-Abbès, sont encore
littéralement jonchées d’ossements. Or, l’Etat rembourse la va¬
leur, — ordinairement supérieure à 100 francs, — de tous les
animaux morts dans ces conditions. Et, de ce fait, les convois qui
comprennent parfois des milliers de chameaux entraînent des dé¬
penses considérables.
Les indigènes, trop intéressés en l’affaire, attribuent ces morts
— 4^0 —
de dromadaires au surmenage et à d’autres causes banales. 11
était intéressant de rechercher si le debab n’était pas une des cau¬
ses principales de la mortalité, car nous savons que les animaux
medboiib qui ne présentent que peu de signes extérieurs de leur
infection succombent facilement aux premières grosses fatigues.
XoLis nous sommes basés sur ce fait acciuis (/oc. cit.), que dans
le d'ell (Cérvville, Mecheria, etc.) le debab atteint en moyenne
10 % des Dromadaires. Nous avons donc examiné, à leur pas¬
sage à Beni-Ounif-de-Figuig, deux convois qui revenaient de
Bou-Denib, et avaient été précisément enrôlés dans les tribus de
la région de Mécheria et de Gérvville.
Si nous trouvions un pourcentage d'infectés nettement infé¬
rieur à lo %, cela pouvait évidemment être interprété en faveur
de notre hvpothèse qu’une partie des Dromadaires morts étaient
des medboub .
Le i)remier convoi, examiné le 9 juillet 190S, à Beni-Ounif, venait d’opé¬
rer, entre Colomb-Béchar et Bou-Denib, pendant 3 mois et avait perdu
28,3 0/0 de son effectif. Il était réduit à 191 têtes. Nous n’aVons trouvé
qu’au seul Dromadaire infecté, soit 0,52 0/0.
Le second convoi, examiné le 14 août igo8, à Beni-Ounif, rentrait de Bou-
Denib après un service de deux mois et avait perdu 30 0/0 de son effectif.
11 comptait 107 Dromadaires sur les 153 qui étaient partis. Sur ce nombre
4 furent reconnus trypanosomés (3,75 0/0).
Au total, sur 298 bêtes revenant de Bou-Denib, nous n’en trou
vâmes cpie 5 trypanosomées, soit r,68 %, c’est-à-dire près de
10 fois moins que dans les caravanes qui ne vont pas au Guir.
Cette très faible proportion des animaux trouvés infectés au re¬
tour des convois, rapprochée de la forte mortalité survenue au
cours des convois, et du haut pourcentage des infectés parmi les
mehara, qui ne quittent pas le Guir (voir plus haut, 2® peloton),
semble donc pouvoir s’ expliquer par la disparition, pendant cette
période de fatigues, de tous les animaux trypanosomés antérieu¬
rement.
11 y aurait donc utilité, pour l’iftat, à faire examiner les Dro¬
madaires au moment de l’embrigadement, de manière à pouvoir
éliminer tous ceux Cjui seraient atteints.
Cet examen, qui se réduit à une investigation microscopique
rapide, devrait être confié à des agents spéciaux, mis au courant
de la recherche de cette épizootie.
Tl résulterait de cette mesure très simple une économie notable
pour l’Etat.
481 —
iV. Nous signalons une maladie intestinale des Dromadaires,
<jui nous a été indiquée par les méharistes. Elle frappe les bêtes
qui boivent au printemps dans certains r’dir (collection d’eau
formée directement par la pluie dans une cuvette imperméable).
Les Dromadaires atteints sont dits mer’dour. Ils présentent de
la diarrhée, sont baveux et meurent au cours de l’été ou de l’au¬
tomne suivant. A l’autopsie, les intestins sont fortement hypé-
rémiés.
Recherches zoologiques.
Nous avons examiné le sang des Animaux suivants, provenant
tous des vallées parcourues:
Mammifères. — 2 Chiens domestiques.
Gerbillus hirtipes (Lataste),
Oiseaux. — Saxicola leucopyga (Brehm)..
Argya fulva (Desf.).
Lanius elegans (Siv.).
Hhnantopus himantopus (L.).
Hydrochelidon nigra (L.).
Alauda cristata.
2 Passer simplex (Lt:oT.), Botal
en arabe. i Haemoproteus.
™ 06 Haemoproteus.
Il Passer liispaniolensis ( iEMSiiiiCK)) .
‘ ^ ■ (i Pilaire.
Pas de parasites,
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
Les Passer simplex, ou Moineaux sahariens, à la livrée couleur
de sable, furent capturés à Reni-Abbès ; les Moineaux vrais à
Gherassa et à Qçar Abadla, c’est-à-dire plus au nord. Il faut
noter qu’au .Sahara, comme nous l’avions déjà vu à Beni-Ounif-
de-Figuig, les Passereaux ont très souvent un Haemoproteus,
mais nous n’avons jamais constaté le Plasmodium, relictum (Pro-
teosoma) si fréquent chez eux dans le Tell de Berbérie.
Batraciens. — 2 Rana esculenta (à Beni-Ikhlef). Pas de para¬
sites.
Invertébrés. Moustiques . — Nous avons constaté la présence
dans les flaques d’eau de l’oued Saoura, le 18 novembre iqo8, à
Beni-Abbès, de très nombreuses larves de Pyretoplioriis (proba¬
blement P. chaudoyei Theob.).
Au fond d’un puits de 4 à 5 m., à Merhouma (Saoura), nous
avons capturé le 13 novembre des larves et des adultes d’un
Moustique qui semble nouveau (à l’étude).
;c{
H ippoboscides. — Les Chiens sahariens sont couverts d’Hip-
poboscicles, qui n’existent pas sur leurs congénères du Tell {Hip-
pobosca equi).
Des Chèvres examinées à Guerzin n’ont pas de Mélophages.
Tabanides. — Nous avons déjà signalé l’énorme quantité de
larves de Taons que l’on rencontre dans le sable du lit de l’oued.
SaoLira.
Asilides. — Nous avons vu voler, à Aufid, de nombreuses Asi-
îides, de petite taille.
Foiirmis. — Parmi les Fourmis rapportées, M. Forel, cjue
nous remercions de son obligeance, a déterminé:
i" Myrinccocystus bombycinus Roger, la fourmi rouge ar¬
gentée du Désert;
2° Myrmecocystus'bicôlor liORKL. Grande fourmi rouge foncé.
1^’après M. Forel, il est intéressant de trouver aussi avant dans
le désert, cette espèce des oasis de Gabès, de Biskra, et de la
Tunisie en général ;
3*^ Messor barbarus L. subsp. stnaticeps André.
Faune des eadavres. — Nous avons examiné les cadavres hu¬
mains et de Dromadaires, qui gisaient sur le Hammada depuis
un mois, sur le lieu du combat de Redjem-Ba-Haddi, à 6o km.
de tout point d’eau. Les corbeaux et les vautours étaient venus
se repaître tles cadavres ainsi, semblait-il, que les hyènes et les
chacals, mais nous n’avons trouvé aucun Insecte de la faune ordi¬
naire des cadavres.
*
* »
Nous avons le plaisir d’insérer ici deux notes de MM, Maupas
et P. DE Peyerimhoff, cjui ont bien voulu examiner les récoltes
cjue nous avons rapportées.
INSECTES COLEOPTERES.
Par P. de Peyerimhoff.
Les Coléoptères récoltés par M. le D’’ Edm, Sergent, dans une
région encore si peu explorée à ce point de vue, ont un grand
intérêt. L’un d’eux, particulièrement remarquable, est un Téné-
brionide qui ne paraît rentrer dans aucun genre paléarctique
connu, et devra faire le type d’une nouvelle coupe.
Voici la liste des especes recueillies :
— 483 —
Carabidae.
Cîrapliopierus serraior Forsk., var. Valdani GuÉR. — Beni-Abbès.
Hydrophilidae.
Berostis affinis Brull. — Oued Saoura à Beni-Abbès.
Philydriis politus Kust. — Oued Saoura à Beni-Abbès.
Laccohiits Revelierei Perris. — Oued Saoura à Beni-Abbès.
Tenebrionidae.
Mesostena longicoUis Luc. — Menouarar (au Sud d’Igli).
G en. (sp.). — Menouarar. — Insecte rentrant exactement, par l’ensemble
de ses caractères, dans la tribu Tentyriini, mais différant par sa sculpture
de tous les genres qui la composent actuellement. 11 sera ultérieurement
décrit sous le nom de Cimipsa Sergenti (nov. gen., nov sp).
PimeJia angulosa Ou. — Entre Béchar et Taghit. — Espèce primitive¬
ment connue du Sénégal et de l’Egypte (cf. Sénac, Pimelidae, I, p. 34).
et nouvelle pour l’Algérie.
Ocnera hispida Forsk. — Entre Béchar et Taghit.
Prionotheca coronata Ol. — Mazer.
Scarabaeidae.
Pachvdema sp. (fem.). — Beni-Abbès. — Petite espèce (8,50 mill.), brune
à élytres flaves, probablement nouvelle, peut-être voisine de P. phylloper-
thoides Reitt., mais dont la détermination ne saurait être précisée avant
une révision du genre plus claire, et surtout plus complète, que celle ré¬
cemment publiée par Edm. Reitter (Best.-Tahell. 50 [1902], p. 107 et suiv.).
LA FAUNE PARASITE DES ANABASIS ARETIOIDES.
(de la Hammada an Sud de Colomb-Bcchar.)
Par Maupa.s.
Les .Anahasis abritent une faune réviviscente assez nombreuse
par les espèces, dont quelques-unes pullulent dans certaines toul-
ics. Il y a des Infusoires ciliés {Colpoda cucullus) assez com¬
muns, un Rotifère très répandu. Mais ce sont surtout les Néma¬
todes qui prédominent par la variété des formes et le t^rand nom¬
bre des individus. J’v ai trouvé des Rhabditis (une seule espèce
rare), des Cephalobiis (8 à 10 es]>èces très communes, presque
toutes nouvelles et inédites), des Tylinchus et des Aphelenchus
moins communs et un ^enre nouveau de Macrolairnus. Les Ce-
phalobus y sont attaqués par le Catenaria anguillulae, Chytridi-
née parasite, et un Monospora différent du Monospora des Da¬
phnies, si bien étudié par M. Metchxiküff.
Tous ces êtres vivent des débris de décomposition des feuille.s
et de l’écorce de VAnabasis.
— 4^4 —
Ouvrages reçus
Slceping sickness bureau.
How avoid infection, publication de propagande,
2“ Bulletin, t. li,
N® 17. — Trypanosomes and Tsetse-flies.
Tsetsefuges.
Mode of action of atoxyl.
Treatment of Trypanosome infections in animais.
Treatment of Sleeping sickness.
Mammalian trypanosomes and cold-blooded animais.
Trypanosomiasis of Ship-rats, and others papers.
Su lidad y Benefieeyicia, t. III, n^* 3, mars igio.
Archivas de Hygiène e Pathologia Exoticas, tome I, f. 3,
30 novembre 1907.
Bulletin de la Société Médico-Chirurgicale de V Indochine, to¬
me 1, 1910.
N° 2. — Matius et Lhgrr. Recherches sur le spirochète de la fièvre récur¬
rente du Tonkin.
Paucot. Sur un nouveau procédé simple de cure radicale de la
hernie inguinale. Procédé de Vanverts de Lille.
Degorce. Torsion de l’estomac par adhérences de la grande cour¬
bure au bord antérieur du foie.
Laide. Renseignements statistiques sur la maternité de l’hôpital
indigène du Protectorat pour l’année 1909.
N'* 3. — Mouzees. Sur un cas de teigne dépigmentante à bords circulaires.
Le Dantec. Déchirure de la face convexe du foie par balles. Laparo¬
tomie. Guérison.
Chououet. La Polyclinic|ue des indigènes d’Hanoi.
Le Dantec. Tétanos chronique tardif consécutif à une plaie arti¬
culaire par coup de feu.
Paucot. Note sur l’emploi de la gélatine pure en gelée Lumière
dans la gastro-entérite infantile.
Gaide. Considérations sur la fièvre typhoïde au Tonkin.
N® 4. — • Degorce. Estomac biloculaire traité par la résection circulaire mé-
diogastriques.
CjAUTUIER et DU Seutre. Hernie étranglée de l’estomac passé en
totalité de la cavité abdominale à travers un orifice diaphragma¬
tique traumatique.
Mathis et Léger. La faune anophélienne du Tonkin. t’’® note. Hanoï
et ses environs.
Paucot. Note sur les calculs vésicaux.
Mathis et Baujean. Un cas de bilharziose Intestinale, contractée à
la ( luadeloupe, observée au Tonkin.
Le Roy des Barres. Rapport sur la natalité, la morbidité et la
mortalité à Hanoï en 1909.
Le Gérant : P. MASSON.
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 8
Séance du 12 octobre 1910
PAGES
CORRESPONDANCE
Création de sociétés de médecine en Indochine et à Madagascar . . . 485
Congrès de la mutualité coloniale . 485
Présentation d’une brochure de MM. G. Martin et Ringenbach. —
Troubles psychiques dans la maladie du sommeil . 486
Décès de M. Rouffiandis . . . 487
Elections . 487
COMMUNICATIONS
L. d’Anfreville. — L’hygiène comparée de Bathurst et de nos villes
sénégalaises. ... .
346
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Bouffard. — Vaccin. Discussion . .
G. Bourret. — La fièvre méditerranéenne en Afrique occidentc’de
française . 490
A. CoNOR. — Quelques particularités biologiques du miracidium de
Schistosomum hœmatobium . 532
A. CoNOR et A. Bruch. — Une fièvre éruptive observée en Tunisie . . 492
E. Conseil et J. Tribaudeau. - Application du 606 au traitement de la
syphilis en pays arabe . 537
S. T. Darling. — Sarcosporidiosis in the opossum and its experimental
production in the Guinea pig, (avec résumé français) . 513
W. H. Deaderick. Récurrences in malaria; their cause and prévention
(avec résumé français) . 498
A. Gauducheau. — Pseudo-tuberculoses mycosiques observées chez des
Chinois à Canton . 488
A. Gauducheau. — Le béri-béri dans le sud de la Chine . 544
G. Lambert. — Etude d’eaux bicarbonatées sodiques du bassin de Tuy-
phong, province de Binh-Thuan (Annam) . 549
A. Laveran. — Au sujet'de T. dimorphow et de T. congolense. . . . 318
Id. 606 et maladie du sommeil. Discussion . 528
Id. Chocolatine et prophylaxie du paludisme. Discussion . 544
G. Martin et Ringenbacii. — Nouveaux documents sur la distribution
de la maladie du sommeil et des glossines au Congo français. . . 52g
C. Mathis et M. Leger. — Nouvelles recherches sur Leucocyto^oon
sabra^esi et L. caiilleryi de la poule domestique' du Tonkin . . . 504
L. E. Migone. — Le rôle des Carpinchos comme réservoirs de virus
dans la conservation du mal de Cadeiras . 524
Neveux. — L’emploi du singe comme animal de passage pour puri-
" fier le vaccin . > . 496
Id. Inoculation à l’homme de la pustule de variole du singe . 497
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IV
Troisième année
1910
N° 8
IBULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 OCTOBRE 1910.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
Le Président. — J’ai le plaisir d’avoir à signaler la création
de Sociétés de médecine dans deux de nos Colonies.
La première de ces Sociétés à été créée à LIanoï, sous le titre
de: Société rnédico-chinirgicale de V Indochine.
La deuxième a été créée à Tananarive, sous le titre de: Société
des Sciences médicales de Madagascar.
Les comptes rendus des travaux des deux Sociétés sont publiés
dans des Bulletins qui feront l’objet d’échanges avec le Bulletin
de notre Société et que, par conséquent, nous pourrons tous con¬
sulter.
Ces nouvelles Sociétés rendront certainement de grands ser¬
vices pour l’étude des maladies de l’Indochine et de Madagas¬
car : je fais des vœux sincères pour leur prospérité.
*
« «
— M. L. Gamard, secrétaire général du 3° Congrès de la Mu¬
tualité cold^iale, qui se tiendra à Constantine, au mois d’avril
24
— 486 —
iQii, SOUS la présidence de M. P. Deschanel, m’a adressé le
programme de ce Congrès en me priant de faire appel au con¬
cours de la Société de pathologie exotique.
La 5® Section du programme a pour titre: Hygiène et éduca¬
tion sociales. Parmi les questions mises à l’ordre du jour, et qui
intéressent spécialement notre Société, je note: la vaccination
aux colonies, la lutte contre la maladie du sommeil et l’alcoo¬
lisme aux colonies.
\otre Collègue, M. le D’’ Thiroux est déjà inscrit comme rap¬
porteur de la deuxième question, mais d’autres membres de la
Société peuvent également se faire inscrire pour cette (juestion ;
il n’v a pas de rapporteur pour la question de la vaccination aux
colonies. J’invite ceux de nos Collègues qui voudraient se char¬
ger d’un de ces rapports à se faire inscrire.
Présentations
M. Gustave Martin. — J’ai l’honneur de faire hommage à la
Société de Pathologie exotique d’un opuscule qui a paru dans
les numéros 6 et 8 (1910) de (( l’Encéphale ». Ce mémoire qui est
intitulé (( Troubles psychiques dans la Maladie du Sommeil »,
a été rédigé en collaboration avec le docteur Ringenbach. Il com¬
prend une étude des diverses perturbations de l’intelligence et du
caractère, des hallucinations, des impulsions et des délires, ren¬
contrés chez les indigènes trypanosomés, étude aussi détaillée et
aussi documentée qu’il nous a été possible de le faire au Congo,
avec les ressources de l’Institut Pasteur de Brazzaville.
— 487 —
Décès de M. Rouffiandis
Le Présidex'I. — Mes chers Collèg'ues, vous avez tous appris,
par les journaux, au mois de juillet dernier, la mort tragique du
!)'■ 1x01000.^X1)18, membre correspondant de notre Société.
Le !)'■ Rouffiandis a trouvé la mort dans le naufrage de la cha¬
loupe Lagnindièrc, coulée en traversant les rapides du Mékong;
le général de Beylié a été victime de la même catastrophe.
Le D'' Roi’ffiandis, cjui avait le grade de médecin-major de
2® classe, avait été appelé à diriger, d’abord le service de santé
de Mayotte et dépendances, et ensuite le service de santé du Laos.
C'était un grand travailleur. Ses publications témoignent d’un
excellent esprit scientifique. Je citerai en particidier une « Note
sur l’épidémie de peste de Fou-Tchéou », publiée, en 1904, dans
les Annales ddiygiène et de médecine coloniales, et une « Note
sur la filariose dans l’Archipel des Comores », qui a paru dans
le numéro de mars 1910, du Bulletin de notre Société.
r>a mort vient donc de nous enlever un précieux collaborateur.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j’adresse à la
famille du D'' Rouffiandis des condoléances bien sincères.
Elections
La société procède, conformément à l’article 38 du Réglement,
au renouvellement par moitié de la Commission chargée de dres¬
ser la liste de présentation aux élections de membres honoraires,
associés et correspondants. Sont nommés, sur la présentation du
Conseil: MM. Dopter, Grall et Je.ynselme, qui, avec MM. Mes¬
nil, Pettit et WuRTZ, membres restants de l’ancienne commis¬
sion, constitueront la nouvelle commission.
— 488 —
COMMUNICATIONS
Pseudo-tuberculoses mycosiques
observées chez des Chinois à Canton
Par A. GAUDUCHEAU.
J’ai en l’occasion d’observer à l’hôpital de Canton plusieurs
cas de suppurations chroniques et de bronchites avec hémoptysies
offrant d’une manière générale la symptomatologie des tubercu¬
loses locales ou pulmonaires et relevant de causes non bacillaires.
Un exemple de ces suppurations chroniques fut un cas d’acti-
nom^mose observé chez le nommé Kom-Then-Hao, cultivateur,
âgé de 30 ans, qui entra à l’hôpital le 4 avril 1910, dans un état
cachectique. Rien de particulier dans ses antécédents. Malade
depuis un an environ, il avait vu son état général s’aggraver
d’une manière progressive pendant que s’installaient des suppu¬
rations profondes de plus en plus abondantes sourdant à la
peau de l’abdomen et du thorax par trois trajets fistuleux pro¬
fonds. Le pus était blanc jaunâtre, de consistance fluide. Il s’était
formé d’abord au niveau du 8® espace intercostal gauche. Par
l’orifice extérieur de cette première collection purulente, on pou¬
vait explorer la fistule et constater qu’elle couvrait la côte voi¬
sine dont le périoste avait été atteint, mais dont la substance os¬
seuse était restée à peu près intacte. Le trajet se perdait du côté
de la face interne de la côte, à une distance de 7 à S cm. Deux
autres fistules s’ouvraient à peu près à une dizaine de centimè¬
tres à droite et à gauche de l’ombilic. Elles étaient également pro¬
fondes, servant à l’écoulement de collections occupant la partie
interne de la paroi abdominale.
Il y avait une fièvre modérée atteignant à peine 38°, le soir.
L’ophtalmo-réaction à la tuberculine donna un résultat intéres¬
sant ; pas de rougeur de la conjonctive, mais il se forma dans les
huit heures après l’instillation un dépôt fibrineux net et abon-
— 489 —
dant, de sorte que le résultat de cette épreuve fut considéré comme
positif.
Un lapin inoculé sous la peau avec le pus de ces fistules fit
un petit nodule insignifiant qui disparut en quelques jours.
Dans ces conditions, attendu que les résultats de l’ophtalmo-
réaction, d’une part, et de l’inoculation au lapin, d’autre part,
s’écartaient sensiblement des types tuberculeux habituels, je por¬
tai mon attention de plus près sur ce pus où il ne fut pas diffi¬
cile alors de trouver quelques grains actinomycosiques jaune
\’erdâ t res , ca rac té r ist i qu es ,
A l’observation microscopique, on voit que ces grains sont for¬
més de globules blancs et d’un véritable feutrage de bacilles
épais seulement de o ;j. 3 et longs de 4 à 5 4, qui, dissociés des
gros amas, présentent fréquemment une légère incurvation, rap¬
pelant le bacille de Koch, bien que plus longs et un peu
plus épais. Ils sont disposés souvent bout à bout ou en paires
comme les branches d’un très ouvert, ou par trois, ayant l’ap¬
parence d’un Y. 11 y a aussi des formes filamenteuses, qui rayon¬
nent généralement du centre à la périphérie des amas. Ces fila¬
ments sont très légèrement renflés sur leur extrémité libre, mais
il n’y a point de massues proprement dites.
Ce microbe prend le Gram, mais se décolore par Je Ziehl,
Tous les essais que j’ai faits jusqu’ici, pour cultiver ce strep-
tothrix, ont échoué.
Le malade fut mis cà l’iodure pendant deux mois et sortit no¬
tablement amélioré.
En plus de l’espèce microbienne ci-dessus qui est constitutive
des grains spécifiques et dont le rôle pathogène principal est très
probable, j’ai rencontré dans le même pus, une moisissure qui a
pu être facilement cultivée, qui est le Rhisopus nigricans, muco-
rinée saprophyte commune.
En dehors des lésions locales suppuratives dues à des cham¬
pignons pathogènes, j’ai observé fréquemment à Canton une
pseudo-tuberculose pulmonaire, qu’il est malaisé de distinguer
de la phtisie commune d’après les seules données de la clini¬
que. La maladie offre, en effet, tous les caractères de la tuber¬
culose chronique, y compris les hémoptvsies et, cependant, les
examens d<cs cradiats sont toujours négatifs au point de vue ba¬
cillaire.
— 490 -
L’expectoration de ces malades est colorée en noir par la pré¬
sence de gramdes cellules chargées de pigment. On y rencontre
aussi quelques rares spores brunes sphériciues de 3 p de diamè¬
tre, appartenant à une moisissure que j’ai pu cultiver et que
M. PiNOY a identifiée à Sterigmatocystis nigra qui a été trouvé
chez l’homme dans des otomycoses et qui existe fréquemment
dans l’air.
Cette culture a une couleur noire foncée. Injectée sous la peau
d’un lapin, elle détermina la formation d’un petit abcès à pus
gris, rappelant la pommade mercurielle et contenant de nom¬
breuses spores inattaquées. L’abcès se cicatrisa assez vite et l’ani¬
mal n’en fut pas autrement Incommodé.
Pour obtenir ces cultures, j’ensemence les crachats sur de la
gélose sucrée, sans peptone, ni bouillon. Après deux passages
sur ce milieu, les spores peuvent être transportées purement sur
un milieu plus nutritif.
Le rôle pathogène de cette dernière espèce n’est pas démontré.
On peut seulement affirmer sa présence, sans doute à titre d’in¬
fection secondaire, dans le poumon de certains malades.
L’iodure de potassium a, dans ces cas, une action générale¬
ment favorable.
Canton, le 4 aoiit içio.
La Fièvre Méditerranéenne
en Afrique Occidentale française
Par G. BOURPxEd.
Au commencement du mois de juillet dernier, le docteur Aba-
die-Bayro, médecin traitant de l’hôpital colonial de Saint-Louis,
me signalait qu’il avait, depuis une quinzaine de jours, dans son
service, un spahi sénégalais venant de Méderdra (Mauritanie) et
atteint d’une fièvre à courbe irrégulière, ne cédant pas à la qui¬
nine. Ce spahi avait séjourné à Méderdra, ou dans la région avoi¬
sinante, pendant près d’une année et était tombé malade un mois
avant son évacuation sur l’hôpital de Saint-Louis. Il maigrissait,
avait des sueurs profuses, mais ne présentait aucun symptôme
— 491 —
indiquant une lésion d’un appareil ou organe quelconque. L’hy-
pertherniie atteignait certains jours 39° et même 39°5, mais se
tenait la plupart du temjjs dans les environs de 38°. Je pratiquai
un examen du sang de cet homme et ne trouvai pas le moindre
hématozoaire; pins l’ondulance de la courbe thermicjue s’étant
accusée, je fis, le 17 juillet, un séro-diagnostic de Wright, et
je pus constater cjne le sérum du malade agglutinait le Micrococ-
ciis inclitensis au moins au 1/200®; une deuxième prise de sang,
faite le 22 jiullet, pour une détermination plus exacte du pouvoir
agglutinatif du sérum de ce malade me permettait de trouver le
séro-diagnostic positif au 1/400®. L’hémoculture tentée ces deux
mêmes jours avec 5 cm^ de sang échoua. Mais il convient de re-
marcjuer que le spahi était à ce moment malade depuis plus de
deux mois et cpie, fréquemment, dans ces conditions, l’hémoctd-
ture ne donne aucun résultat. .Vu reste, l’évolution clinicitie chez
ce malade fut tout à fait en concordance avec le séro-diagnostic.
Après une phase commencée le 10 juillet, où se montrèrent des
douleurs articulaires, notamment dans les hanches, la tempéra¬
ture et l’état général allèrent en s’améliorant peu à peu à partir
de la fin de juillet et le malade sorti guéri de l’hôpital le 26 août,
sa maladie avant duré un peu plus de trois mois.
Cette observation me permettait de conclure que la Fièvre mé¬
diterranéenne signalée déjà dans le Nord de l’Afrique (Algérie-
Tunisie), avait pénétré au moins juscpi’en Mauritanie. Tl impor¬
tait de savoir si, en réalité, ses progrès n’étaient pas plus consi¬
dérables. Je priai donc mes confrères de Saint-I.ouis de vouloir
bien me signaler dans leur clientèle de ville et d’hôpital les cas
de fièvre irrégulière ne cédant pas à la c(uinine et de m’autoriser
à pratiquer sur eux le séro-diagnostic de Wright. Après cpielques
essais infructueux, je trouvai, le 14 août, dans la clientèle du doc¬
teur l^RAissiNET, un enfant européen malade depuis un mois, dont
le sérum agglutinait le Micrococciis mclitcnsis au moins au 1/80®.
T. a difficulté de faire une ponction veineuse chez un enfant de
trois ans m’a empêché de recueillir une cpiantité de sang suffi¬
sante pour tenter l’hémoculture et même pour pousser plus loin
la détermination du pouvoir agglutinatif. Mais, au taux où l’ag¬
glutination a été observée, nous sommes bien au delà des limi¬
tes oi'i les auteurs les plus rigoureux commencent à la considérer
comme strictement spécifique. Au surplus, là encore l’évolution
clinicjue fut en rapport avec le diagnostic séro-bactériologique.
— 492 —
Le petit malade avait présenté un peu de diarrhée tout à fait au
début, puis aucun autre symptôme n’était apparu, qu’un léger
amaigrissement et de la fièvre irrégulière à exacerbations géné¬
ralement matutinales, ayant atteint deux fois 39°, mais oscillant
le plus souvent autour de 38°. Peu à peu, sans traitement, la fiè¬
vre et l’amaigrissement diminuèrent et l’enfant put être considéré
comme guéri depuis la mi-septembre, la maladie ayant duré en
viron 60 jours.
Bien qu’une enquête minutieuse ne m’ait pas permis de retrou¬
ver l’origine caprine de ces cas autochtones, il m’a paru intéres¬
sant de rechercher si les chèvres de Saint-Louis étaient infectées
et dans quelle mesure. Dans un troupeau d’une centaine de têtes,
celui de Sor, le seul que j’aie pu voir encore, j’ai examiné le sérum
de sept chèvres qui m’avaient été signalées comme mal portan¬
tes; un de ces sept sérums agglutinait le M. mclitensis au 1/50®.
Les résultats de cette enquête, encore à ses débuts, me permet¬
tent déjà d’affirmer la pénétration de la Fièvre méditerranéenne
en Mauritanie et à Saint-Louis. Je me propose de rechercher si
les autres parties du .Sénégal en sont infectées et par quelle voie
s’est faite l’invasion de cette maladie en A. O. F.
(Laboratoire de Bactériologie de Saint-Louis.)
Une fièvre éruptive observée en Tunisie
Par A. CONOR et A. BRUCH.
Nous avons eu l’occasion d’observer à Tunis et dans ses envi¬
rons immédiats une fièvre éruptive dont les caractères spéciaux
nous ont paru intéressants à relater.
Obs. I . — Mme C. P... — 45 ans (courbe i) habite à Tunis une avenue en
dehors du centre de la ville. Le 30 juillet 1910, se plaint de courbature, cé¬
phalée, embarras gastrique. La fièvre apparaît le i®'’ août et dure jusqu’au
14, irrégulière, avec rémissions matinales. Il existe de la constipation, quel¬
ques nausées et vomissements, des douleurs dans les articulations des mem¬
bres.
En même temps apparaît, sans rash prémonitoire, d’abord sur l’abdomen,
puis sur toute la surface du corps, y compris la face, une éruption aux carac¬
tères suivants : éléments dermo-épidermiques, s’effaçant en partie par la
— 493 —
pression, de couleur rose ou rouge foncd, de la grosseur d’une lentille, non
confluents, laissant entre eux des zones de peau normale. Ces lésions don¬
nent l’impression d’une surélévation qu’on ne constate pas par le toucher ;
elles ne sont ni prurigineuses, ni douloureuses, elles apparaissent par pous¬
sées successives. Il n’existe autour d’elles aucun œdème. Elles sont diffi¬
ciles à classer dans le cadre nosologique des maladies de la peau. Ce ne sont
ni des taches, ni des macules, ni des papules. Le terme qui leur convient le
mieux est celui de lésions boutonneuses qui manque peut-être de précision,
mais nous paraît plus exact. Absence d’énanthème. Formule leucocytaire
le 10® jour : Polyn. 52 ; grands et moyens monon. 13 ; lymphocytes, 31 ;
formes de transition 3 ; éosinoph. i ; Absence d’hématozoaires. Séroréaction
négative avec le b. typhique et le M. melitensis.
Pendant la période fébrile, l’état général reste très bon. Légère courba¬
ture, pas de céphalée, pas d’albumine dans les urines. On constate, pendant
quelques jours une arythmie cardiaque fugace et la persistance de douleurs
articulaires peu intenses n’ayant aucun caractère du rhumatisme.
La malade présente de la fièvre jusqu’au 14 août. La convalescence est de
courte durée, mais l’éruption persiste pendant environ une semaine après
la chute de la température.
Obs. il — Enfant de 26 mois, habitant la plaine du Mornag (17 kilom.
au sud-est de Tunis). Très bonne santé antérieure. Le 4 août 1910, ses pa¬
rents constatent qu’il est grognon, a de la fièvre, de l’inappétence, de la cons¬
tipation. Le lendemain apparaît, d’abord sur les membres supérieurs, puis
sur tout le corps, une érpution ayant les mêmes caractères que celle décrite
dans l’obs. I, m.ais plus discrète. On constate sur l’antitragus de l’oreille
gauche une piqûre de moustique, légèrement infectée. L’état général reste
bon ; pas de troubles digestifs, langue normale. La fièvre est irrégulière,
atteignant 39 le soir. Bientôt la région temporo-maxillaire devient doulou¬
reuse, sans tuméfaction, mais cette douleur ne dure pas plus de 2 ou 3 jours.
En même temps, l’enfant se plaint de douleurs dans les membres inférieurs.
— 494 —
Le i6 août, après 13 jours de maladie, l’enfant est guéri. Néanmoins pen-
dans quelque temps, il reste fatigué et sans appétit. Formule leucocytaire
au 4® jour : Polyn. 42 ; grands et moyens monon. 15 ; lymphocytes 24 ; for¬
mes de transit, ii ; éosinoph. 5.
Obs. III. — 1\P^® T... 22 ans. Très bonne santé antérieure. Habite pendant
l’été la presqu’île du cap Bon au N.-E. de Tunis. Le 14 septembre 1910,
elle dîne de bon appétit, mais pendant la nuit est prise brusquement de fris¬
sons et de sueurs. Le lendemain matin, elle se lève et se sent mieux, mais se
recouche bientôt avec frissons, fièvre et vomissements. Il existe de la courba¬
ture, de l’inappétence, de l’excitation neia^-euse, des douleurs articulaires
surtout à gauche, la malade n’osant pas faire de mouvements et se croyant
(( paralysée ». En même temps se montrent des boutons sur les bras, puis
sur tout le corps, y compris la face. La fièvre atteint 38°8 le soir. Ni cons¬
tipation, ni diarrhée, appétit conservé. Au début, énanthème fugace dans la
bouche et sous la langue.
Nous voyons la malade le 20. L’état général est très bon. L’éruption est
identique à celle des deux cas précédents, elle est assez discrète, mais existe
à la paume des mains et à la plante des pieds. Œil gauche injecté. Légère
douleur au genou gauche. La température ne dépasse pas 38°. La malade
se souvient avoir été piquée par de très petits moustiques quelques jours
avant de se sentir indisposée. La description faite permet de reconnaître le
Phlébotome. A ce moment il y avait eu, par vent d’Lst, un vol de ces insectes,
alors que dans la région il n’y a d’habitude aucun moustique. Convalescence
assez lente.
Obs. IV. — Mme C... Habite Maxula-Radès, petite ville au bord de la
mer à 10 km. Est de Tunis.
Le 19 septembre 1910, la malade est piquée par un très petit moustique à
la paupière gauche et au mamelon droit. Cette dernière piqûre, dont on voit
encore la trace, a été très douloureuse. A Raclés, il y a très peu de mousti¬
ques et les portes et fenêtres de la maison sont' protégées par des toiles mé¬
talliques.
Le 23, fatigue, fièvre la nuit. Le 24, la malade se lève puis se recouche
bientôt. soir, courbature intense, frissons, sueurs. Le 27, apparaît l’érup¬
tion qui se montre d’abord aux membres puis s’étend au reste du corps et à
la face. Il existait une légère constipation, de la céphalée, quelques vomisse¬
ments. La température prise irrégulièrement oscillait entre 38 et 39°.
Nous voyons la malade le octobre. L’éruption est très nette, généralisée,
non confluente, ayant tous les caractères de celle décrite plus haut ; elle s’é¬
tend à la paume et à la plante. Les articulations et les masses musculaires
sont légèrement douloureuses, mais les douleurs ont été violentes ; la ma¬
lade ne pouvait remuer sans souffrir et dit qu’elle était comme <( paralysée ».
Le 3 octobre, énanthème fugace sur la muqueuse buccale.
L’état général est bon. Rien au cœur. La malade a de l’appétit. Lormulé
leucocytaire le 8® jour : Polyn. 50 ; grands et moyens monon. 12 ; lympho¬
cytes 35 ; formes de transition 4. Chute de la température le 12® jour.
Antérieurement à ces cas récents constatés dans l’espace de
— 49^ —
deux mois, l’iin de nous en avait observé trois autres dont nous
résumons brièvenient les observations.
Obs. W — Mme demeurant à Chaouat (30 km. N. -O. de Tunis)
tombe malade subitement en octobre 1902. bièvre irrégulière, courbature,
douleurs articulaires ; le 3® jour, émption d’abord abdominale puis généra¬
lisée. La température oscille entre 38 et 39°. Le 12® jour, la fièvre cesse et
les sym])tômes disparaissent progressivement.
Obs. VL — Mme J. P... 50 ans (courbe 2). Excellente santé antérieure. En
avril 1909 est prise de courbature, fièvre, embarras gastrique, légère consti¬
pation, douleurs articulaires, légère arythmie cardiaque. Puis, apparition d’une
éruption en tous points semblable à celle décrite' dans l’observation 1. Cette
érpution se montre d’abord sur l’abdomen, puis se généralise par poussées.
L’état général reste bon ; pas de céphalée, pas d’albumine dans les uri¬
nes. Après 12 jours de fièvre irrégulière, la défervescence se produit brusque¬
ment. Convalescence courte. L’éruption persiste une semaine apres la chute
de la température. Cette malade habite la maison où s’est manifesté ulté¬
rieurement le cas 1.
Obs. vil — M. G... 53 ans, habite Tunis. Malade en avril 1910. Fièvre
irrégulière, langue suburrale, constipation, céphalée modérée, abattement,
douleurs articulaires, urines non albumineuses. Même éruption que dans les
cas précédents, lésions à la paume des mains. La maladie dure une douzaine
de jours. Convalescence courte. Pendant 2 mois quelques traces de 1 éruption
persistent aux pieds.
Le malade se rappelle avoir été piqué par des (c moustiques très petits )).
Ces observations sont superposables. Elles n’offrent point les
caractères des fièvres éruptives ordinaires, de l’érythème poly¬
morphe ou noueux, ni du typhus exanthématique.
Sans aborder la question du diagnostic que nous traiterons ul-
496 —
térieurement, nous ferons remarquer que cette maladie se rap¬
proche par certains côtés, mais diffère aussi notablement par
d’autres des maladies éruptives du bassin méditerranéen, telles
que la dengue, la fièvre à phlébotome de Dalmatie, de Malte et
des Indes, ainsi que de la fièvre tachetée des Montagnes Rocheu¬
ses. Nous proposons, pour cette affection, le nom de « jièvre boii-
fomieiLse de Tiinisie ».
Nous avons fait des essais de transmission au singe.
Le 8 août 1910, on prélève par ponction veineuse chez la ma¬
lade de l’obs. I, I cm^ de sang qu’on inocule sous la peau d’un
chimpanzé, guéri d’un typhus expérimental depuis 45 jours. La
température qui oscillait entre 36° 7 et 37° s’élève le 15 à 37 °6,
puis le 16 à 37°7 et le 17 à 38°6 et 38°9. L’animal est somno¬
lent, ne mange pas. Il est trouvé mort le 18 au matin. L’autopsie
montre un foie atteint de dégénérescence graisseuse généralisée^
une rate peu hypertrophiée. Pas d’éruption. Cultures et examens
négatifs avec le sang et le tissu splénique.
On prélève 2 cm^ du sang du cœur de ce chimpanzé qu’on ino¬
cule sous la peau d’un Macaciis rhésus: légère ascension ther¬
mique le 4® jour (40°), la température normale était 39° et 39°5.
Chute dès le lendemain. Aucun autre symptôme.
Le même jour, un bonnet chinois reçoit dans le péritoine i cm^
d’émulsion de pulpe de rate du chimpanzé. Aucun symptôme,
aucune élévation thermique.
(Institut Pasteur de Tunis.)
Emploi du singe comme animal
de passage pour purifier le vaccin
Par NEVEUX.
Au mois de juin 1910, à Koroko (Côte d’ivoire), notre virus
vaccinal donnait sur génisses des croûtes jaunâtres ne rappelant
plus du tout les pustules classiques.
Nous aurions désiré passer notre virus sur lapin. Mais les
indigènes ne savent pas attraper ces animaux au piège. Au con¬
traire, ils se procurent facilement des singes, et en particulier des
singes pleureurs et des singes cynocéphales.
— 497 —
Nous avons donc ensemencé un singe pleureur, Cercopithecus
patas, avec les croûtes jaunes provenant de notre génisse n° ii.
Ce singe ne nous a donné que des traînées blanchâtres, non
surélevées ; et elles ne sont apparues que vers le 5® jour. Nous
les avons reportées directement, avec le vaccinostyle, le 7® jour,
sur notre génisse n° 12; le singe est mort le lendemain.
Le virus du singe a produit sur génisse de très belles pustules
vaccinales dont l’aspect était absolument classique. Une récolte
abondante a été faite le 5® jour et la génisse a guéri très rapide¬
ment à partir du 7® jour.
Nous concluons qu’aux colonies où l’on manque de lapins
comme animaux de passage pour purifier le vaccin, on peut les
remplacer avec avantage par des singes. Les singes supérieurs
donneront sans doute de meilleurs résultats que les singes infé¬
rieurs.
M. Botu-'FARD. — Dans les régions où opère le docteur Nevei-x,
il est plus facile de régénérer son virus par passage sur enfant,
que de s’adresser au Cercopithecus patas.
Chez un enfant d’un an on obtient une très large pustule qui
permet facilement de récolter la quantité de pidpe ou de Ivmphe
suffisante pour ensemencer les plis de l’aine d’une génisse ou
d’une ânesse.
Inoculation à Thommc de la pustule
de variole du singe
Par NEVEUX.
Nous désirons signaler un nouvel essai de transport de la variole
de l’homme au singe et du singe à l’homme.
Un cynocéphale, Papio sphinx, est inoculé le 2 juillet, à la pau¬
pière supérieure, d’une pustule d’un malade atteint de variole au
commencement de la période de dessiccation.
Le 3, on aperçoit déjà très nettement une papulo-vésicule. Le
8 juillet (6® jour) la pustule est très large, le singe ne peut ouvrir
- 498 -
la paupière et il a un accès de fièvre. Le g, il commence à gué¬
rir ; le II, il rouvre la paupière.
Le 6 juillet, un enfant indigène âgé de lo ans, est inoculé au
bras gauche avec la pustule du singe précédent. Le g juillet
(3® jour) rien n’étant apparu encore et l’enfant se portant bien
on pense à un échec, et on le vaccine au bras droit.
Le II juillet, apparition d’une pustule à chaque bras. Le 12,
accès de fièvre, la température atteint 40° le soir. La pustule diie
à la vaccine est un peu plus grande que celle due à la variole,
mais le ganglion axillaire, du côté de la variole, est très gros et
très douloureux. Il y a infection secondaire des deux pustules;
celles de la vaccine guérit le 25 juillet; celle de la variole ne guérit
que 8 ou 10 jours plus tard.
Ainsi donc, la variole-singe, qui ne consiste elle-même qu’en
une seule pustule, ne donne pas chez l’homme de variole géné¬
ralisée ; mais nous ne saurions recommander la pratique de îa
variolisation en passant par le singe, à cause des maladies pos¬
sibles provenant de sa flore cutanée.
Quoique la vaccination faite avec les pustules varioliques ani¬
males ait été souvent pratiquée, nous n’avons pas l’intention
de la recommander à cause des accidents signalés autrefois par
Chauveau.
Récurrences in malaria ;
Their cause and prévention
William H. DLADLRICK, M. T).,
Chronic malaria consists of two stages, a passive or latent
stage, and an active stage or the stage of relapse.
Relapses mav occur at shorter or at longer intervals. Ivelapses
at shorter intervals occur at intervals of from five to twentv-one
J
davs. Relapses at longer intervals occur at periods of from one
to twelve months, occasionallv longer.
The pathogenesis of latent malaria and relapse lias been the
last important aspect of the subject to be cleared up. Even very
few théories hâve been advanced to explain this interesting pro-
cess, onlv three of which will be considered.
— 499 —
1. — Feeble schizogonie reproduction in the spleen and elsewhe-
re, too feeble to prodnee active symptoms, but sulficiently vigo-
roLis to prevent complété annihilation of the parasites which re¬
produce activelv when circumstances are favorable.
2. — Intracorpuscular conjugation of young parasites resulting
in a zygote stage or resting body.
3. — Parthenogenesis, or reproduction by unfertilized macroga-
metes.
According to the first theory it was believed tliat so long as the
parasites remained l^elow a certain level of asexual reproduction
the disease was latent and when the parasites exceeded in num-
ber this level a relapse occurred. Sims (i) estimated the greatest
number of adult parasites which the body can endure without
symptoms as about two billions. While it is probable that brief
periods of latencv mav be thus expiai ned, especially in persons
possessing a relative immunitv, it is évident that this is not the
common mode, particularly of relapses at long intervxals, since
the asexual cvcle is known to wear ont spontfineously after cer¬
tain periods.
Intracorpuscular conjugation, the asexual imion of young pa¬
rasites, within the red cell was first observed by Mannaberg and
in this country bv Ewing. The latter did not attach much impor¬
tance to its significance. He says (2) :
(( A further incpiirv relates to the uniformity with which
conjugation occurs and its position as an essential or as an acci¬
dentai phenomenon in the progress of malarial infection. It
would seem that a process so fundamental as the conjugation of
individuals, if it occurs at ail ought to be an invariable feature
of every active infection but there is not sufficient evidence on
which to base anv such daim. The four cases referred to as fur-
nishing numerous clear examples of conjugation were selected on
account of the abundance of the conjugating forms, but in many
other cases less numerous though ecpiallv distinct examples were
seen, indicating that the process is of verv frequent occurrence.
On the other hand it must be admitted that the majoritv of spé¬
cimens from routine cases fail to show anv distinct traces of the
process ; from which it may be concluded that conjugation is
probably not an essential feature of the growth of the parasite ».
Craig (3), who lias probably investigated intra-corpuscular
conjugation more carefully than anv one else accepts the pro-
— 5oo —
cess as entirely satisfying ail the conditions of latency and re¬
lapse. He concludes :
(( 1. — Intracorpuscular conjugation is the principal cause of the
maintenance of malarial infection in man, an its absence the
cause of spontaneous recovery.
(( 2. — It maintains malarial infection by producing a « resting »
or zygote stage of the plasmodia, which is résistent to quinine
and other injurions inlluences.
(( 3. — It is the cause of latent and récurrent malarial infections,
the zygote stage remaining dormant or u latent » until condi¬
tions are fayorable, yhen it giyes birth to seyeral young plasmo¬
dia which penetrating the red blood corpuscles, by their growth
and sporulation, cause a récurrence of the infection. »
The strongest argument in fayor of intra-corpuscular conjuga¬
tion as a preseryatiye process of the malarial parasite is the fact
that conjugation is not uncommon among the protozoa and while
it is true that it is usually a sexual conjugation there are ins¬
tances where sex in the conjugating bodies cannot be differen-
tiated. It is ordinarily obseryed in these low organisms where
reproductiye yitality is at a low ebb and seems to be merely a re-
juyenating process by which normal reproduction is inyigorated.
On the other hand intracorpuscular conjugation in malaria has
been obseryed most typically in seyere infections, where plural
infection of red cells is common, where the organisms seem viru¬
lent, and not in those cases where the parasites are scanty and the
symptoms slight.
It is my opinion that conjugation in protozoa in general has
its analogue in the conjugation of microgamete and macrogamete
in the body of anopheline mosqtiitoes, every step of whose life
history has been traced from zygote to sporozoit. That intracor¬
puscular conjugation occurs in malaria is probable but its im¬
portance in the etiology of relapses at long intervals is probable
minimal. It is in ail probabilité merely a rejuvenating process v
schizogony and thus far may hâve an indirect rôle in relapses at
short intervals. It seems probable that the product of conjugation
is not a a resting body », at least such has not been demonstra-
ted, the conjugating bodies having been traced no farther than
union. While Craig (3) refers to certain large bodies similar to
gametes, no relation is established between them and conjuga¬
tion.
DOI
In regard to the significance of intracorpuscular conjugation
üf malarial parasites Calkins (4), has this to say :
(( Craig’s view is certainly enticing but we miist not forget
that plastoganiv is a very common phenomenon throughout the
group of protozoa and occurs frequently when there is no subsé¬
quent reproduction. U happens in most of the common rhizo-
pods, for example, and has been described for cases of Arcella,
Difflugia, Centropyxis, Amœba, etc., and it has been shown that
these unions hâve nothing to do with the actual process of ferti-
lization. It is impossible to State that no stimulation whatsoever
results from such a plastogamic union, especially if it is follo-
wed by nuclear union or karyogamy, according to the account
given bv Craig; but it is difficult to believe that two widely dif¬
ferent processes of fertilizatir)n should exist in tlie same orga-
nism. »
IMixchin (5) also doubts the interprétation of this process bv
I^wiXG and Wright and regards it as devoid of reproductive si¬
gnificance.
Parthenogenesis, or reproduction by unfertilized female orga-
nisms is known in manv species as Hœmop roteus, certain ot the
rotifera, jellv-fish, worms, entomostracea, acarina, and a num-
ber of insects, as the sillc moth, moscpiito, gall-tlv, ant, bee,
wasp, chironomus, etc. Among protozoa, where the destruction
of life is enormous, and complété annihilation at times seems
imminent, it is not surprising that such a mode of reproduction
is impérative.
Ever since the discovery of the malarial parasite the gametes
hâve been fcgarded as closely allied with chronic malaria and re¬
lapses, being the most résistent forms of the organism. Golgt
plainly stated it as his belief that the crescents were the parasites
of the fevers recurring at long intervals.
Caxalis (6f in i8Sq desciibed and pictured spherical bodies de-
rived from crescents in the act of sporulation.
lu T890 Antolisei and Angelini (7) confirmed the observations
of Canaris.
Lewkowîcz (7) reported, in 1897, that he had seen sporulating
crescents some of which contained as many as thirty spores.
None of these observers, however, construed the process as
parthenogenetic.
Grassi (8), in 1901, expressed the opinion that the parasites of
35
malaria uaderwent a parthenogenetic cycle of clevelopement whe-
reby the species was perpetuatecl after the death of the schizonts.
He cued a niimber of arguments in support of the theory and re-
ferred to a similar process in other protozoa, Adclca, Trichos-
pherium and Volvox.
It was vScHAiîDiNN (9) who in 1902, first observed and correctly
mterpreted parthenogenesis of tertian macrogametes. It is unne-
cessary to recount the details of these observations here. Suffice it
to sav that everv step in the clevelopement of the parasite was
followed and definite relations between its growth and latency
and relapse established. Macrogametes were seen to sporulate
producing merozoits vrhich in turn underwent ncjrmal schizogony.
Maurer (10), in 1902, observed sporulation of estiva-autumnal
gametes, and construecJ it as parthenogenesis.
ZiE.MAVN (il) believes that he has seen parthenogenetic repro¬
duction of cpiartan gametes.
Blüml and Metz (12) observed sporulating macrogametes in
six préparations taken from five patients with tertian malaria.
1die process was identical with that described bv Schaudinn.
Young and sporulating schizonts and young gametes were pré¬
sent in these same préparations.
Karrewey is reporter! to hcuve confirmed the observations of
Schaudinn upon tertian macrogametes.
Fintdlv Neeb, 1910, has made a very interesting report upon
parthenogenetic processes in female crescent boches, obtained
from the blood of a chronic malarial subject. The specim.ens were
shown to Prowazek and to Nocht wTo confirmed the opinion that
thev were sporulating macrogametes.
A similar parthenogenetic process observed among the trvpa-
nosomes, particularly Trypanosoma gambicnse and Trypanoso-
ma Ic-2visi should be referred to.
It appears to me that parthenogenesis, first observed and cons-
trued by the most eminent protozoologist the Avorld has ever pro-
duced and whose observations hâve been repeatedly confirmed,
must be acceptée! as the true explanation of chronic malaria.
Secondary etiological influences play a much more prominent
rôle in relapses than in primary infections. Of these the most
important are changes of résidence, fatigue, abuse of alcohol,
exposure and gastro-intestinal disturbances. Ail are familiar with
the fréquence with which a change of résidence « brings the ma-
— 5o3 —
laria ont ». These influences are much conimoner factors in the
relapses at long intervals than in those at shorter intervals.
The prévention of relapses may be siimmed up in a few Avords
though its accomplishment is sometimes far from easy.
'Fhe prime rec|uisite is the radical cure of the acute attack. After
treating the attack bv cpunine in the usual manner I employ a
modification of Koch’s method and give fifteen grains of quinine
in three grain doses everv sixth and seventh davs for not less
than twelve weeks. This has rarely failed Avhere reasonable hy-
gienic restrictions can be instituted. The secondary etiological
factors mentioned above are more influential in chronic even than
in acute malaria and unless guarded against constitute a serions
obstacle to the radical cure. A tonie of iron, arsenic and strAmh-
nine is a valuable aid in the treatment, and occasionalh- a tem-
porary change of résidence is advisable.
RÉFÉRENCES
1. SiMS. Joiirii. of Trop. Med. et Hyg., jun. 15, 1902.
2. Ewing, Jonr)i. of Experimental Med., Mar. 25, 1901.
3. Cr.aig, International Clinics, 17, 3.
4. Calkins, Protozoology , N. Y. 1909.
5. Minchin, cited by Calkins (4).
6. Caxalis, cited by Mannaberg, Die Malaria Parasiten, Vienna, 1893.
7. Cited bv Rwing (2).
S. Cited by Sciiaudinn (9).
9. Sciiaudinn, Arh. a. d. Kaiserl Geshtamt , 19, 2.
10. Maurer, Centralbl. für Bakt. etc., nov. 5, 1902.
11. Ziemann, Mense’s Plandhnch der Tropenkranhheiten, Leipzig, 1906.
12. Blüml et Metz, Arch. für Schiffs-und Trop. Ilyg. XII, 249.
13. Cited by Neeb (14).
14. Neeb, joiirn. of Trop. Med. et Hyg., Apr. i, 1910.
Résxaié. — L’auteur discute les 3 raisons qin ont été données
pour expliquer les rechutes de paludisme: H Reproduction sehi-
zogonique trop faible pour provoquer des accès de fièvre, mais
as.sez forte pour maintenir la persistance des parasites dans l’or¬
ganisme; 2° Conjugaison des formes jeunes dans les globules
rouges et formation de gamètes ou de corps de repos; 3° Par-
thénogénèse. Que la première de ces raisons joue un rôle dans les
rechutes à brève échéance, c’est-à-dire survenant après 5-21 jours,
c’est possible; mais pour les rechutes tardives, se produisant après
1-12 mois et même plus, elle paraît devoir être écartée. — La con-
— 5o4 —
jugaison intraglobiilaire, si elle n’est pas une simple plastogamie
sans portée génétique comme le soutient Calkins, ne semble
en tous cas pas devoir être invoquée pour expliquer les rechutes
tardives. Celles-ci ne sont imputables qu’à la parthénogénèse
des macrogamètes. On les prévient par la cure radicale du palu¬
disme. L’auteur emploie dans ce but la méthode de Koch modi¬
fiée et donne 15 grains (i g.) de quinine, par dose de 3 grains
(20 cg.) tous les 6 ou 7 jours pendant 12 semaines.
Nouvelles recherches sur Leucocytozoon
Sabrazesi et Leucocytozoon Caulleryi ''
de la Poule domestique du Tonkin
Par C. iMATHlS et M. LlfGER.
Les Poules domesticpies au Tonkin sont parasitées dans une no¬
table proportion par deux espèces de Leucocytozoon : L. CauUc-
ryi et L. Sabrazesi .
De juillet 190g à septembre 1910, nous avons examiné 1.148
poules, 28 étaient infectées par L. Caulleryi, soit 2,44 %, et 226
par L. Sabrazesi, soit 19,68 %. En outre, nous avons constaté
dans 3 cas, très rarement par conséquent, l’infection par les deux
T.eucocytozoon .
A tous les mois de l’année, les proportions des poules parasi¬
tées par l’un ou l’autre Leucocytozoon ont été identiques. Il n’v
a donc pas de variations saisonnières. On sait cpi’au Tonkin le
thermomètre peut descendre dans le Delta à 5° en hiver pour
s’élever à 37“ en été: il n’v a jamais de basses températures.
Au cours de nos examens nous n’avons pas tardé à être frappés
par la forte proportion des chapons infectés par L. Sabrazesi. A
partir de ce moment, nous les avons comptés à part, et nous avons
pu ainsi constater que 123 sur i6ï chapons étaient parasités (76,5 %)
tandis que sur 440 poules et coqs, il y avait seulement 90 à Leii-
cocytozoon. Cette infection plus forte des chapons s’explique pro¬
bablement par l’âge; les poules et les coc|s que nous avons exa¬
minés étaient destinés à l’alimentation et, par conséquent, jeunes»
— 5o5 —
tandis que les chapons sont livrés à la consommation beaucoup
plus âgés.
L"ne preuve de la spécificité des Lcucocytozoon nous paraît
bien appuyée par ce fait qu’au Tonkin les poules sont infectées
dans une forte proportion, tandis que les oiseaux qui vivent pour¬
tant dans les mêmes basses-cours ont toujours été trouvés indem¬
nes ; nous avons examiné sans succès 196 canards, 72 oies, 23 din¬
des, 35 pintades, 253 pigeons.
I.EiH'OCVTOZOOX Caulleryi. — Comme nous l’avons déjà si¬
gnalé (i), les gamétocytes arrivés à leur complet développement
disparaissent brusquement de la circulation sanguine. Pendant un
temps très variable, l’examen quotidien du sang demeure négatif.
Puis, subitement, des formes sexuées font leur apparition dans la
circulation, s’y maintiennent de i à 5 jours, pour disparaître
ensuite d’une façon aussi brusque.
Il ne s’agit pas, ainsi que nous l’avions cru tout d’abord (2) en
nous basant sur une observation interrompue par une épidémie
de choléra des poules, d’une véritable périodicité, mais plutôt
d’une rechute analogue à celle de Splrochœta Obermeieri.
Il ne saurait être cpiestion d’une récidive cjui supposerait évi¬
demment une nouvelle infection. Bien que nous ignorions les con¬
ditions de celle-ci, nous sommes convaincus qu’elles ne sont pas
réalisées dans notre poulailler. En effet, de nombreuses poules
(une centaine), les unes saines, les autres infectées soit par L.
Caulleryi, soit par L. Sabrazesi, ont vécu ensemble pendant de
longs mois. Aucune poule saine ne s’est infectée. Les poules à L.
Caulleryi ou celles à Sabrazesi n’ont pas présenté dans leur sang
l’autre Leucocytozoon.
La rechute est-elle constante ? 11 est difficile de le dire, car
lors du premier examen positif, on ne peut savoir si l’on a affaire
à la première atteinte ou à la rechute.
Nous avons soumis à une observation prolongée 26 poules à
L. Caulleryi. Sur ce nombre, 5 ont été examinées quotidienne¬
ment pendant 4 mois, et 16 pendant au moins 2 mois.
Sur ces 21 poules suivies avec soin, 6 ont eu des rechutes à des
intervalles de temps très variables. Dans deux cas, la disparition
des Leucocytozoon s’est prolongée pendant 40 et même 53 jours.
(1) C. Mathis et M. Legkr, C. R. Soc. Biologie, 1909, t. LXVII, p. 470.
(2) C. Matuis et M. Lkger, C. R. Soc. Biologie, 1909, t. LXVII, p. 688.
— 5o6 —
Chez les autres oiseaux, les fornies parasitaires ont réapparu aux
5h S®, lo® et 21® jours. Lors des rechutes, les Leucocytoaoon sont
généralement moins nombreux et persistent moins longtemps (de
I à 3 jours) c^ue la première fois. Chez une poule, cependant, leur
présence a été constatée pendant 5 jours.
En résumé, au cours de l’infection par L. CauUeryi les formes
sexuées apparaissent vraisemblablement deux fois dans la circu¬
lation périphérique. Les apparitions et les disparitions, sponta¬
nées, se font brusc{uement en quelques heures.
Chez les poules sacrifiées en pleine infection, il nous a été im¬
possible de trouver des formes en voie de développement ou en
schizogonie. Chez celles sacrifiées dans les jours c|ui suivirent la
disparition des gamétocytes, aucune forme parasitaire ne fut trou¬
vée dans les organes profonds.
Il est à noter que, dans la majorité des cas, le noyau de la cel¬
lule-hôte de L. CauUeryi disparaît quand les gamétocytes sont ar¬
rivés à leur complet développement, tandis que le noyau de la
cellule-hôte persiste toujours chez L. Sabrazesi.
LeI'COCytozoon Sabrazesi. — Ce Leucocytozoon, morpholo¬
giquement distinct du Leucocytozoon CauUeryi, se comporte de
plus d’une façon toute différente (i). L’infection sanguine par les
formes sexuées est de très longue durée. Nous avons eu des ani¬
maux infectés suivis pendant 10 mois. Les parasites ont été trou¬
vés constamment dans le sang. L’infection s’atténue pourtant
progressivement, mais très lentement: les parasites sont devenus
peu à peu de moins en moins nombreux.
L. CauUeryi échappait à toute expérimentation. L. Sabrazesi,
au contraire, semblait se prêter très favorablement à l’étude de
l’action des diverses substances médicamenteuses.
Nous avons essayé d’agir in vivo sur L. Sabrazesi par la qui¬
nine, spécifique de l’hématozoaire de Laveran, par l’arsénophé-
nylglycine cI’Ehrlich, médicament trvpanolvtique puissant, et
par le sérum d’un lapin injecté à plusieurs reprises avec du sang
riche en Leucocytozoon.
Les Leucocytozoon se sont montrés réfractaires à l’action de
ces diverses substances et bien que nos résultats aient été négatifs,
nous donnons quelques détails de nos expériences pour montrer
les doses massives C{ue nous avons emplovées.
(i) C. Mathis et AI. Leger, C. R. Soc. Biologie, 1909, t. LXVII, p. 22.
Deux poules, 6i et 62, du poids de 600 g., reçoivent du 3 au 7 juin, une
injection sous-cutanée, quotidienne de o g'. 01 de chlorhydrate de quinine, et
du 8 au 12 juin o g. 02 du médicament, soit au total o g. 12 de sel de qui¬
nine. Aucune action ne s’est manifestée sur les parasites.
Deux poules, 56 et 57, du poids de 600 g., reçoivent le 2 juin o g. 20 de
chlorhydrate de quinine ; l’une succombe une demi-heure après l’injection,
l’autre au bout de 5 h.. Les parasites dans le sang du ccx'ur n’ont subi au¬
cune modification.
Les 2 poules, 61 et 62, reçoivent sous la peau quotidiennement du 20 au
24 juin o g. 50 d’arsénophénylglycine, soit o g. 25 d’A.p.g. L’examen quoti¬
dien du sang ne montre aucun changement dans la forme ou le nombre des
parasites.
Ln lapin est préparé avec du sang de poule à Leucocytozoon nombreux.
L’animal reçoit une première fois le 15 juin 5 cc. de sang, puis les i®'’, 8,
II, 13, 23 et 31 juillet 10 cc. de sang. Au cours de ce traitement, on prélève
du sérum au lapin. On injecte à 2 poules parasitées, 59 et 64, le 25 juillet
I cc. ; le i®’’ août i cc., le 13 août 2 cc. de sérum de lapin, par la voie sous-
cutanée. Les parasites ne subissent aucune altération ni aucune variation ap¬
préciable dans leur nombre.
Ce sérum n'a eu également aucune action fn vitro sur le sang à L. Sa-
hrazesi, il était uniquement hémolytique, d’ailleurs faiblement.
Nous avons tenté l’infection de 5 jeunes poussins.
Malgré la Cjuantité relativement énorme de parasites inoculés,
les animaux sont restés indemnes. L’un d’eux a reçu jusqu’à 5 in¬
jections de I cc. de sang à parasites nombreux et, en outre, une
injection de suc pulmonaire riche en formes jeunes ; il ne s’est pas
infecté. La nécropsie de deux poussins fut pratiquée avec soin et
on ne trouva aucune forme parasitaire dans les frottis d’organes.
L’inoculation du sang riche en formes sexuées à de jeunes pous¬
sins reste donc négative. L’hôte intermédiaire semble indispen¬
sable pour la transmission de l’infection. Nous avons recherché
les ectoparasites des poules infectées et nous n’avons trouvé que
des Mallophages (Lipeures et Ménopons) dont l’examen, comme
on pouvait s’y attendre, a été négatif. Aucune puce (Pulcx rufus)
ou ticpie (Argas) n’ont été rencontrées. I.’agent de transmission
est peut-être un animal ne vivant pas en commensal sur la Poule,
probablement un insecte ailé.
Il est indiqué de refaire les expériences de transmission aux
poussins en se servant de sucs d’organes, en particulier de pou¬
mon et de rein.
Dans ces deux organes, en effet, tandis que l’examen de la rate,
de la moelle osseuse, du foie, n’a révélé (]ue de rares gamétocvtes
adultes, nous avons trouvé, en plus des formes sexuées en abon-
— 5o8 —
dance, des formes jeunes de Leucocytozoon, qui sont à notre avis
des gamétocytes en voie de développement, cjue nous décrirons
brièvement, d’après des préparations fixées à l’alcool absolu et
colorées au Giemsa.
Leucocytozoon Sabrazesi.
Formes observées dans les frottis des reins. G =1200 D. environ.
A l’intérieur de cellules sphériques, de 10 environ de diamè¬
tre, à protoplasma peu abondant et coloré en rose pâle, à noyau
relativement \ olumineux de couleur lilas foncé, nous avons noté
des parasites arrondis, à diamètre ne dépassant pas 7 se colo¬
rant en bleu par le Giemsa, avec un noyau rose de 1^5.
Dans d’autres cellules un peu plus grandes, de 13 y- environ,
mais de même aspect, le noyau est déformé et refoulé par un pa¬
rasite plus développé que celui que nous venons de décrire.
Enfin, on trouve, dans des cellules de 16 u de long sur 13 [.i
de large, des parasites plus développés encore, ayant rejeté laté¬
ralement le novau de la cellule-hôte qui l’entoure dans sa con¬
cavité.
A côté de ces Leucocytozoon conservant une forme arrondie et
parasitant des cellules à protoplasma peu abondant, à novau vo¬
lumineux et déformable, on observe des parasites d’un aspect tout
— 5o9
différent. Ceux-ci sont allongés, mesurant 14 de long sur une
largeur maxima de 5 25, aux extrémités non effilées et à noyau
juxta-central. Ils sont logés à l’aise dans des cellules relativement
volumineuses, de forme plus ou moins ovalaire (19 y sur 15 y), à
protoplasma abondant, à noyau (9 sur 7 y) peu dense, coloré en
lilas clair, non déformé.
Nous nous contentons d’indiquer les différentes formes jeunes
examinées, sans chercher pour l’instant à établir les divers stades
de développement de L. Sahra::csi.
Pour découvrir les formes de multiplication, nous avons em¬
ployé, mais sans résultat, le nouveau procédé indiqué par Lave-
RAN et A. Pettit (i) pour la recherche des kystes des hémogréga-
rines.
Xi les divers procédés de coloration, ni l’étude des formes jeu¬
nes ne nous ont permis d’élucider la question de la nature de la
cellule-hôte. Pourtant il semble que, dans le sang périphérique,
les cellules parasitées par L. Sabraacsi et colorées au Giemsa,
après fixation à l’acide osmicjue, ou par la solution aqueuse de
bleu de méthvlène à i p. 500, d’après la méthode de Sabra-
ZÈs (2), aient des affinités colorantes les rapprochant plus des
hématoblastes cjue des leucocytes. Mais dans les frottis d’organes,
les cellules parasitées ont les plus grandes analogies avec les mo¬
nonucléaires non granuleux.
Infection :mixte. — La double infection par L. Sabra:;esi et L.
CaiiUeryi a été observée 3 fois sur 1.148 poules. Il est certain que
les infections mixtes doivent être beaucoup plus nombreuses. Si
nous ne les avons rencontrées que très rarement, c’est en raison
du fait que L. Caullcryi n’est pas constamment présent dans la
circulation périphérique.
Chez une poule, nous avons noté la proportion quotidienne des
formes parasitaires des deux Leiicocytoaoon.
Au premier examen, le 31 mai, la poule 68 avait 82 % de for¬
mes de L. CauUeryi et 18 % de formes de L. Sabra:;esi. Le 2® jour,
I®’’ juin, les L. Caullcryi avaient légèrement augmenté de nom¬
bre, 84 %. Le 3® jour, ils n’étaient plus que dans la proportion de
48 %. Le 4® jour enfin ils avaient complètement disparu.
(1) Lavkran et A. Pettit, Biill. Soc. Path. exot., 1909, p. 513.
(2) Sabrazès, Applications hématolog-iques, cvtologiques et bactériologiques
de la coloration au bleu de méthylène à i p. 500. Gaz. hebd. des Sc. niGh:.
de Bordeaux, 1909, p. 102.
— 5ro —
Durant toute la durée de l’observation, les L. Sabrazesi avaient
persisté en nombre égal.
En résumé, si l’infection sanguine par les formes sexuées de
L. Sahraacsi est durable, celle par les gamétocytes de L. Caulle-
ryi est passagère, procède par crises et ne comporte qu’un nom¬
bre très limité de rechutes.
{Institut antirabique et bactériologique de Hanoï,
ji août iQio.)
KALA-AZAR
Existence de la leishmaniose chez les chiens d’Alger
Première Note
Par Edmond SERGENT et Etienne SERGENT.
Le kala-azar infantile, si bien étudié par C. Nicolle en Tuni¬
sie, retrouvé en Sicile, dans l’Italie méridionale, à Malte, à Lis¬
bonne, n’a pas encore été signalé en Algérie.
D’autre part, C. Nicolle a découvert une leishmaniose spon¬
tanée du Chien en Tunisie et apporté plusieurs arguments en
faveur de l’identité de cette infection avec celle des enfants.
Le kala-azar infantile n’ayant pas encore été observé en Algé¬
rie, nous avons recherché svstématiquement la leishmaniose chez
les Chiens abattus à la fourrière d’Alger.
Du 15 juillet au i"' octobre igio, 125 Chiens ont été examinés:
9 se sont montrés infectés, soit 7,2 %.
Immédiatement après la mort par la strychnine le chien est autopsié, des
frottis faits sur lames avec la pulpe splénique et la moelle du fémur.
Les parasites sont le plus souvent inclus dans de grands mononucléaires,
ou bien libres. Ils sont toujours plus nombreux dans la moelle des os que
dans la rate.
I Fois ils étaient très nombreux.
I Fois ils étaient nombreux.
4 Fois ils étaient rares.
4 Fois ils étaient très rares.
La leishmaniose existe donc chez les chiens à Alger. L’infec-
non canine v est même plus fréquente qu’à Tunis, où C. Nicolle
trouve à la fourrière 4 chiens infectés sur 220 examinés (1,8 %).
Basile a fait à Rome les mêmes observations que nous à Al-
g’er : pas de kala-azar infantile constaté, mais chiens infectés dans
une proportion qui doit atteindre 40 % environ.
On peut d’abord penser aux 2 hypothèses suivantes : ou
bien les deux leishmanioses de l’enfant et du Chien n’ont rien
de commun l’une avec l’autre, ou bien, ce qui paraît plus proba¬
ble, elles sont identiques, mais dans certains pavs la leishmaniose
canine est atténuée, et pathogène pour les seuls Chiens.
Tl faut aussi penser que peut-être, simplement, le kala-azar
infantile existe, mais est resté jusqu’ici inaperçu à l\ome et à
Alger, et nous conclurons pour notre part à la nécessité d’atti¬
rer sur cette affection toute l’attention de nos confrères d’Algérie.
Sur Texistencc en Tripolitaine du
Kala-Azar et de la Fièvre méditerranéenne
lAar TASTIlàl Ibrahim.
Après un stage de deux mois à l’Institut Pasteur de Tunis et
sur les conseils du D"" C. Nicolle, j’ai recherché, à mon retour
à Tripoli, en juin dernier, l’existence dans cette ville des mala¬
dies infectieuses rencontrées dans les pays voisins, en particulier
dans la Ivégence.
lèn quelques semaines, j’ai pu observer deux cas de Ixala-Az.ar
et un de fièvre méditerranéenne prouvés par les recherches tP
laboratoire.
I. Ivala-Azar. — Ohs. I. — Iv..., Il ans, enfant israélite, né à
d’ripoli, V demeurant. Suivi pendant 3 mois pour une pleurésie
gaiK'he avec épanc'hement, perdu de vue six mois, revu au bour
de ce temps. N’a pas cessé de maigrir.
Les svmptômes actuels sont: une pâleur extrême avec bouffis¬
sure de la face, de la faiblesse, une fièvre irrégulière, de la diar¬
rhée. Le réseau veineux superficiel de l’abdomen est très déve¬
loppé, le ventre gros, et la rate hypertrophiée à l’extrême occupe
— 5i2
tout le coté gauche de l’abdomen. Il existe une gingivite hémor¬
rhagique.
Une ponction de la rate montre des corps de Leishman nom-
l^reux (résultat contrôlé par M. Nicolle).
Obs. 2. — N. O. A..., 17 ans, indigène, né à Homs, près de
Tripoli, habite dans cette dernière ville depuis 6 ans, y exerce hi
profession de garçon de bains.
Souffre d’une fièvre irrégulière depuis dix mois; entré à l’hô¬
pital civil de Tripoli depuis trois mois. Le docteur Ahmed Ali
qui le soigne a soupçonné le Kala-Azar. La quinine n’a eu au¬
cune action sur la fièvre.
Les svmptômes à l’examen sont: une faiblesse extrême, de la
pâleur de la face avec gonflement des paupières, les pieds sont
légèrement enflés, fièvre, diarrhée. La rate dépasse de deux tra¬
vers de doigt l’ombilic. Ponction positive, présence de Leishma-
nia (résultat contrôlé par M. Nicolle).
2 enfants présentant des symptômes analogues ont été obser¬
vés par nous, mais les parents ne nous ont point permis de pra¬
tiquer la ponction de la rate.
II. Fièvre méditerranéenne. — Antérieurement à nous, nos
confrères MM. Ismaïl Naki et Rechid pensent avoir observé
6 eus de fièvre méditerranéenne dans un quartier de Tripoli (Mis-
ran) en mai 1907. Ces cas n’ont fait l’objet d’aucune recherche
de laboratoire.
Le malade, dont l’observation résumée suit, nous a été signalé
par le docteur Ahmed Ali et M. l’Inspecteur sanitaire.
Obs. — J. M..., 55 ans, boulanger, né à Malte, venu à Tripoli
à l’âge de 5 ans, n’est jamais retourné dans sa patrie. Antécé¬
dents: fièvre continue à ii ans et à 30 ans. Boit habituellement
du lait de chèvre
Malade depuis 45 jours, fièvre irrégulière atteignant 39 et résis¬
tant à la quinine. Amaigrissement, nausées, aucun autre svmp-
tôme.
Pouvoir agglutinant sur le Micrococciis melitensis : 300.
Nous avons observé un autre cas, actuellement en convalescence
après 4 mois de fièvre, sur une femme israélite habitant Tripoli
depuis 8 mois et buvant habituellement de la bière ; malheureu¬
sement, cette femme s’est refusée à l’examen de son sang.
(Hôpital militaire de Tripoli de Barbarie).
Sarcosporidiosis in the opossum
and its experimental production in the Guinea pig
by the intra-muscular injection of sporozoïtes
By S. T. DARI.IXG.
'l'his SLibject is of spécial interest because of the host, Didcl-
phis, it being the first recorded instance of the presence of sarco-
sporidia in the opossum. It is of additional interest because the
fresh sporozoites in saline solution after intramuscular inocula¬
tion into the tissues of a guinea pig took on an atypical develop¬
ment and produced sporozoa not unlike those found by the writer
in man (i) and in the guinea pig (2) after feeding with sporozoites
from Sarcocysiis mûris from the rat.
A very unusual distribution of the sarcosporidia vas noted, tor
they were found in the connective tissue, smooth muscle, intesti¬
nal tract, lungs, glandular tissue, and in the heart, as well as
striated voluntary muscle, the latter being the usual location of
sarcosporidia. It should be noted here that Wasielewski (3) re¬
marks that in onlv one instance were sarcosporidia found in loca¬
tions other than muscle, and that was in the submucosa of the in¬
testine in the Kangaroo. It is of peculiar interest that sarcospori¬
dia, having this very unusual distribution in the intestinal tract,
should apparently be confinée! to the Marsupialia.
It will be recalled that Blanchard classifiée! this sporozoon ac-
coreling to the location of the parasite, i. e., striateel muscle, or
connective tissue, into the familv Micschcridae in which the pa¬
rasite was situated in the striateel muscle, and into the family Bal-
bianidae, in which the parasite is situated in the connective tis-
stie. This classification, of course, has not held, for as Braun
(1) Darling, s. T., Sarcosporidiosis with Report of a Case in Man, Arch.
of Internai Medicine, 190g, III, 183.
(2) Experimental Sarcosporidiosis in the Guinea Pig- and Its Relation to a
Case of Sarcosporidiosis in Man ; Journal of Experimental Medicine, vol.
VII, No. I, 1910.
(3) Sporozoenkunde, Jena, 1896, p. 119.
— 5i4 —
bas pointée! ont, the same speeies may occur in tlie muscles, as
well as in connective t issue.
It is customarv to interpret the sarcosporiclia founcl in the con¬
nective tissue spaces of the enelomysium as having originallv en-
terecl a striateel muscle fiber and ultimately outgrown it, leaving
no traces on its peripherv or capsule of its former muscular envi¬
ronment. When the parasites are found within a striateel muscle
tins is no eloubt the correct interprétation, but in the case repor-
teel here, the mature parasites were found verv freepiently in loca-
lities where striateel muscle never occurs ; anel as parasites of the
same âge were femnel in tliese tissues, as well as in striateel mus¬
cle, \ve must conclude that représentatives of sarcosporielia mav
develop in connective tissue anel smooth muscle, as well as in
striated muscle. For this reason the définition of sarcosporidia
must be emended to incluele représentatives of the genus which
from the very start loelge and develop in non-muscular tissue.
A male opossum, weighing about 3-1/2 kilos, was caught at
the elairv ed Ancon Hospital (Canal Zone) k"eb. 10, 1910. l'pon
removing the skin from the abelomen a number of white, slightly
oval, shottv nodules, 1-1/2 to 2 mm. in eliameter, were seen. Some
came off with the sul^cutaneous connective tissue of the pelt,
others were lodged in the muscle and fascia, and bulged up above
the surface like millet seeds. Thev were evenlv, but not thickly,
distributed, and were usuallv about i cm. apart. The parasites
coLild be seen beneath the pelt of the lower abdominal wall and on
the inner aspect of the thighs before the skin was removed. Onlv
one was seen in the tail muscles and that was near its origin. The
muscles of the fore legs and hind legs were only lightlv infected.
d'hey were evenly, but not thicklv, distributed throughout the
muscular System, usually about i cm. apart. The striated muscles
of the following' parts were infected : Cheek, jaw, tongue, dia-
phragm, intercostal, abdominal, dorsal, pharvngeal, larvngeal,
legs and tail. Parasites were also fairlv numerous in the following
situations : Heart, lungs, stomach, small intestine and its mesen-
tery, pericardium, sub-maxilkarv gland and œsophagus. Parasi¬
tes could not be detected in the kidneys, liver, spleen, pancréas,
bladder, gall bladder, external genitalia, nor the eye and its ex-
trinsic muscles.
Morphology.
The parasites were round, or oftener, slightly oval and flatte-
ned, 1-1/2 to 2 mm. in diameter, with rather tough capsules.
When compressed between glass slides the capside burstand the
contents poured ont as a turbid fluid. This fluid consisted of in-
numerable discrète mobile banana-shaped sporozoites, some of
which moved slowlv along the projected line of their curvature.
I^resh and stained specimens of sporozoites appeared to show
iipon examination two kinds : slender and stubby :
(iiemsa Fresh Saline
Leng’th of sporozoite . 10-12 ijl 8 u 10-12 p
^^’idth of sporozoite . 4P 30 2 p
In the saline suspension, the slenderer sporozoites, measuring
2 P X 10 to 12 P, are more refractile than the others. In stained
préparations no flagella were demonstrable, and, indeed, the mo-
t'on of the sporozoite is not like that produced by flagella.
jMiCROSCOPIC EXAMIXATION of TISSEE.
Omenttim: d'here is an oval parasite within a homogeneous
capside inbedded in a fibrotis envelope, rich in small, round cells.
Pericardium : There are several oval parasites in the viscéral
jjericardiurn with capsules staining homogeneotishp distended by
sporozoites, apparentlv not arranged in chambers.
Lungs : Several parasites, with hvaline non-striated capsules;
they are sidîpleural and surrounded by two or three layers of cu-
boidal endothélial cells.
(Tsophagus : Imbedded in the smooth muscle wall is a para¬
site with a non-striated hyaline capsule 16 p in thickness,
and surrounded by a few layers of connectiye tissue cells. Just
outside of these is the smooth muscle wall. Ail the sporozoites ap-
pear to be in the same stage of deyelopment.
Striated Muscle, Leg : Seyeral parasites are seen with pale hya¬
line capsules 36 p in thickness, surrounded by two or three
layers of connectiye tissue cells, fibrotis in character, and this is
in turn surrounded by normal striated muscle, in which there are
no eyidences of younger parasites.
Tongue: The tongue contains one oyal parasite, similar to that
seen in other specimens of striated muscle.
Stib-Maxillary Gland: This gland contained a parasite with a
— 5i6 —
homogeneous, non-striated, hyaline capsule, 0.024 mm. in thick-
ness.
Stomach : There is a parasite imbedded in the outer longitu¬
dinal layer of smooth muscle cells and completely surrounded by
them just beneath the peritoneum.
In smear préparations stained by Giemsa or Hastings’ stains,
these sporozoites appear to be imbedded in a fine réticulum, stai-
ning somewhat like fibrin ; but no sporoblastic chambers can be
demonstrated. Morphologically, the parasite is definitely a repré¬
sentative of the genus Sarcocystis and it is one that has invaded
a variety of tissues and organs, and has developed in voluntary
muscle and in situations where striated muscle is not found. The
parasites are apparentlv ail fully developed and of the same âge.
The feeding habits of the host suggest that the parasite might,
hâve been picked up from varions sources, very possibly birds
and poultry. The writer has dissected fowl dying here from va¬
rions causes among the following varieties :
R. I. Reds.
Brown Leg-horns.
Native Game.
White Leghorns.
Barred Plymouth Rocks and
Black Orpingtons.
One of the Black Orpingtons had a number of subcutaneous
bodies, infiltrated with lime, which in size and shape were not
unlike the sarcosporidia found in the opossum.
Inoculation experiments.
Animais hâve been successfully infected by sarcosporidia in ex¬
periments conducted by Smith (i). Nègre (2), Negri (3) and the
writer, by feeding methods.
On this occasion, however, an attempt was made at infection
bv the intra-muscular inoculation of sporozoites suspended in sa¬
line solution.
(1) Smith, Theobald, The Production of Sarcosporidiosis in the Mouse by
Feeding Infected Muscular Tissue, Journal of Experimental Medicine, 1901,
VI, I. Journal of Medical Research, 1905, XIII, 429.
(2) Nègre, L., Sarcosporidiose Experimentale, Compt. rend. Soc. de biol.,
1907, LXIII, 374.
(3) Negri, A., Beobachtungen uber Sarkosporidien, Cent. f. Bakt., Orig.,
1908, XLVII, 612.
— DI7 —
Two fresh parasites from the opossum were separated from
surrounding tissues and crushed w ith a glass rod. The turbid con¬
tents were taken iip with saline solution and after several minutes
were injectée! into the muscles of the right hind legs of two gui-
nea pigs.
One guinea pig after a period of 6o days was sacrificed. Upon
dissection there were no gross évidences of infection. Sections of
muscles of the right hind leg, examined microscopicallv, showed
here and there a few small, intramuscular sarcosporidia, the cap¬
sules of which were very thin and enclosed many small sporozoi-
tes, apparently not arranged in sporoblastic chambers. One para¬
site was i6 wide and 34 long;it contained sporozoites, the
nuclei of which were 1,5 to 1,75 y in diameter. One sarcospori¬
dia, eut obliquely, was 33 in diameter, and contained sporozoi¬
tes with nuclei at one end.
The other guinea pig was sacrificed 146 days after the inocula¬
tion of sporozoites from the opossum, but no sarcosporidia could
be detected in many sections of tissue from either the right or left
hind leg.
The sarcosporidia found in the guinea pig’s muscle, after ino¬
culation with sporozoites of Sarcocystis sp. opossum, corresponds
in morphology with the one found by the writer in the biceps of
a negro, native of Barbados, and also with the one found in two
ont of six guinea pigs, 164 and 183 davs after feeding with spo¬
rozoites of Sarcocystis mûris.
The writer believes that this small tvpe of sarcosporidium
should be regarded as an abortiv one, being found in an unusual
or unaccustomed host and having a tendency to disappear from
the tissues. In the case of the human infection, observed bv
the writer, tissue was removed from the host on three occasions,
and on the third the parasite had entirely disappeared.
{The Lahoratory, Ancon, Canal Zone).
Résumé. — Cette nouvelle Sarcosporidie, trouvée chez une
Sarigue, se rencontrait, non-seulement dans les muscles striés
volontaires, qui constituent son habitat ordinaire, mais encore
dans le tissu conjonctif, les muscles lisses, le tissu glandulaire,
le cœur. Les poumons, les parois de l’estomac, de l’intestin grêle
et de l’œsophage, le péritoine, le péricarde, la glande sotis-maxil-
3G
— 5i8 —
laire en renfermaient. Partout, on trouvait la succession des
mêmes stades. Il faut donc admettre que les Sarcosporidies sont
capables de se développer dans d’autres tissus que le tissu muscu¬
laire strié.
Les parasites atteignent 1,5 à 2 mm. et renferment de nombreux
sporozoïtes en forme de banane de 8 à 12 p sur 2 à 4 [a.
D... a inoculé une suspension de sporozoïtes dans les muscles
de 2 cobayes. L’un d’eux, sacrifié 60 jours après, a montré, dans
le muscle injecté, de petites sarcosporidies avec sporozoïdes mi¬
nuscules.
D... regarde cette infection comme abortive et la compare à
celle que l’on obtient chez les cobayes qui ont mangé des sarco¬
sporidies de souris et celle qu’il a observée récemment chez
l’homme.
^ Au sujet de T rypanosoma dimorphon
et de Trypanosoma congolense
Par A. l.AVERAN.
Dans un récent travail, notre éminent collègue. Sir David
Bruce, et ses collaborateurs, ]MM. Mamerton, Batemax et Mac-
KiE, émettent l’opinion que les trypanosomes qui ont été décrits
sous les noms de Tr. dimorphon et de Tr. congoicnsc appartien¬
nent à une seule et même espèce qu’ils proposent de désigner
sous le nom de Tr. pecoruvi (i).
D’après ces observateurs, Dutton et Todd ont confondu sous
le nom de Tr. dimorphon deux trypanosomes différents: ce nom
est par suite mauvais ; quant au nom de Tr. congolense, ils l’écar¬
tent également: ils lui reprochent d’être un nom local; on peut
adresser la même critique à quantité d’autres noms, à Tr. gam-
hiense par exemple, cela n’autorise nullement à changer ces
noms.
Que l’on ait confondu quelquefois différents trvpanosomes sous
(i) D. Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie, Proceed. of the R. Soc.
B. t. 82, p. 468, 1910.
le nom de Tr. dimorphon, cela est possible, mais ce n’est pas un
motif suffisant pour condamner tous les travaux qui ont été faits
avec le virus de la trypanosomiase des chevaux de Clambie.
Je ne vois pas sur quels arguments on pourrait se baser pour
soutenir c(ue le virus dont nous nous sommes servis, M. Mesnil
et moi, pour nos recherches sur le Tr. dimorphon, provenait d’un
animal infecté par deux trypanosomes.
L’origine de ce virus est la suivante. I^e 12 novembre 1903,
M. Annett, collaborateur de Dutton et Tonn, m’a remis un rat
inoculé avec le virus de 3® passage, par rat et souris, d’un cheval
indigène de (fambie (n° VI) infecté naturellement de la maladie
découverte par Dutton et Todd. Ce rat portait le numéro 217 A.
Le virus fourni par ce rat a servi à toutes nos recherches et, de¬
puis 7 ans, il est conservé à l’Institut Pasteur au moyen de pas¬
sages par différents animaux en particulier par souris.
Le trvpanosome que nous avons décrit (1) sous le nom de Tr.
dimorphon, proposé par Dutton et Tonn, a été retrouvé dans dif¬
férentes régions de l’Afrique, par bon nombre d’observateurs,
avec les caractères que nous lui avons assignés, ce qui rend in¬
vraisemblable l’hvpothèse d’un virus constitué par l’association
fortuite de deux trypanosomes. Le cheval n° VI de Dutton et
Tonn aurait pu assurément être infecté par deux trypanosomes,
mais (jue cette association ait persisté chez tous les animaux ino¬
culés depuis lors avec le virus provenant de ce cheval, et qu’elle
ait été rencontrée dans différentes régions de l’Afric^ue à l’état
naturel, on avouera C{ue cela est improbable. J’ajoute cpie les ex¬
périences que j’ai faites sur des animaux qui, ayant l’immunité
p(nir différentes trypanosomiases, et en particulier pour le Tr.
con^olense étaient inocidés avec le Tr. dimorphon, n’ont jamais
permis de décomposer le virus et de démontrer l’existence de deux
trypanosomes distincts. Le Tr. dimorphon n’est pas une entité
factice, son existence est réelle et, par suite, le nom de Tr. dimor¬
phon doit être conservé.
Le Tr. congolense doit-il être identifié au Tr. dimorphon ? Des
faits nombreux me paraissent être en contradiction avec l’opinion
émise à cet égard par D. Bruce et ses collaborateurs.
Au point de vue morphologique, le Tr. congolense diffère du
(i) A. Laveran et F. Mesnil, Acad, des Sciences, 21 mars ic)04 et Trypa¬
nosomes et Trypanosomiases, Paris 1904.
— b 20 —
Tr. üimorphon ; le premier de ces trypanosomes a des dimensions
très peu variables, la plupart des exemplaires mesurent lo à 13 p
de long; Tr. diniorphon présente, au contraire, à côté de petites
formes de 10 à 15 y de long, des formes plus grandes, de 22
de long en moyenne, qui sont parfois rares, mais qui ne font ja¬
mais complètement défaut.
L’action pathogène du Tr. congolense n’est pas la même que
celle du Tr. dimorphon ; les infections produites par le Tr. dimor-
phon ont, en général, une évolution plus aiguë que celles pro¬
duites par le Tr. conglensc ; c’est ainsi que sur 40 souris inocu¬
lées par moi avec Tr. congolense, la durée movenne de la maladie
a atteint 105 jours, avec des maximums de 306 et 331 jours, et
plusieurs cas de guérison ; la durée moyenne de l’infection par
Tr. dimorphon, pour 18 souris, a été de 12 jours et, à la suite
de nombreux passages par souris, elle s’est abaissée à 8 jours ; la
mort a été la terminaison constante. Chez la chèvre et chez le
mouton, les infections dues au Tr. congolense se terminent plus
souvent par guérison cpie les infections dues au Tr. dimorphon et
elles confèrent plus sûrement l’immunité que ces dernières.
Certains médicaments, l’orpiment en particulier, sont plus ac¬
tifs dans les infections dues au Tr. congolense que dans les in¬
fections dues au Tr. di7norphon.
Ifnfin, et c’est là ce me semble l’argument qui a le plus de
poids, les animaux qui ont acquis une immunité solide pour l’une
des trvpanosomiases restent sensibles à l’autre, comme le mon¬
trent les faits suivants qui sont relatés dans mes travaux anté¬
rieurs (i).
Une chèvre ayant acquis une immunité solide pour Tr. congo¬
lense, s’est infectée par Tr. dimorphon et a succombé à la maladie
produite par ce virus.
LTn bouc avant acquis une immunité solide pour Tr. congo¬
lense, s’est infecté par Tr. dimorphon. Cette infection a été de
longue durée ; inoculé avec Tr. dimorphon le 23 juin igo8, le
bouc était encore infecté le 5 avril 1909. A la date du 20 mai 1909,
le bouc était guéri. .
Un mouton ayant acquis l’immunité pour Tr. Pecaiidi d’abord
et ensuite pour Tr. dimorphon, inoculé avec Tr. congolense, a
présenté une infection bien caractérisée et de longue durée.
(i) A. Laveran, Acad, des Sciences, 21 avril 1908 et 29 mars 1909 et
Annales de ITnst. Pasteur, novembre 1908 et février 1910.
- 521 —
J’ai cité aussi l’observation d’un lapin qui, guéri d’une infec¬
tion par le Tr. congolense et, ayant acquis l’immunité pour cette
trypanosomiase, s’est infecté par le Tr. dwiorphon.
La description et les figures que D. Bruce et ses collabora¬
teurs donnent du Tr. pecoriim se rapportent au Tr. congolense,
à cela près cpie le trypanosome de l’Ouganda ne serait pas inocu¬
lable au cobave.
Déjà Theiler avait signalé, dans l’Afrique du Sud, l’existence
d’une épizootie produite par un trvpanosome avant les caractè¬
res morphologiques du Tr. congolense, mais non virulent pour
les cobaves (i).
J’ai fait remarquer que le Tr. dimorphon et le Tr. congolense
pouvaient perdre en partie leur virulence pour le cobaye après
avoir séjourné longtemps chez d’autres animaux, à la suite de
nombreux passages par souris par exemple (2).
Je crois pouvoir conclure que les noms de Tr. dimorphon et de
Tr. congolense, qui s’appliquent à deux espèces distinctes de try¬
panosomes doivent être conservés. Le nom nouveau de Tr. peco-
rum n’aurait sa raison d’être que s’il s’appliquait à une espèce
nouvelle.
Sir David Bruce et ses collaborateurs ont bien voulu m’en-
vover récemment deux rats inoculés avec le trypanosome de
l’Ouganda auquel ils ont donné le nom de Tr. pecoriim, je vais
donc pouvoir étudier ce trypanosome ; je ferai part à la Société
des résultats de mes recherches.
Trypanosomes de Poissons brésiliens
Par A. SPLENDORE.
Tr. hypostomi n. sp. (3)
J’ai -trouvé ce trvpanosome dans le sang circulant d'Hyposto-
7mis auroguttatiis Knor, pêché dans le fleuve Tieté, région d’O-
(1) Tueiler, Société <1e pathologie exotique, 21 juillet 1909.
(2) A. Laverax, Soc. de pathologie exotique, 13 octobre 1909.
(3) Communication faite à la Sociedade Scientifica de S. Paido, séance
du 7 février 1907.
— 522 —
sasoo, près de S. Paulo. De ces Poissons j’ai examiné 21 indivi¬
dus et j’en ai trouvé seulement deux d’infectés. Le parasite était
très rare (i à 2 dans ehacjue frottis); de petites dimensions, il pré¬
sentait, à l’état frais, des mouvements très actifs qui empêchaient
1 ’examen structu ral .
Tr hypo.stomi
Tr. rharndiae
Dans les préparations colorées par la méthode de Gie:msa (fip;.
2, 3, 4), on peut distinguer les caractères suivants: protoplasme
finement granuleux coloré en bleu plus ou moins foncé, avec ex¬
trémités effilées et pointues, une plus courte près de laquelle on
note le blépharoblaste en forme de petit granule d’une couleur
rouge intense, environné d’un espace clair vacuolaire ; l’autre ex¬
trémité plus longue oii l’on note, mais pas toujours visible, la
présence d’un flagelle libre. Le novau est formé par quelques
granules de chromatine. colorés en rose, enveloppés d’une auréole
claire elliptique qui occupe presque tout l’espace transversal du
— 523 —
corps parasitaire, placé entre le tiers médian et le tiers antérieur
du corps.
Le flagelle est coloré en rose prde et on voit quelquefois qu’il
prend son origine dans la région du blépharoblaste ; il borde une
étroite membrane ondulante colorée en bleu clair.
Les dimensions du parasite sont : longueur = 25 à 40 ;
largeur = 2 à 2,5 4; novau = 3 x 24; flagelle libre = 7-8 u.
Le bléphanrblaste est situé à 2 4 environ de l’extrémité posté¬
rieure; le novau est à 10-12 ;j. de l’extrémité antérieure.
Tr. rha:\idiae Bot.
J’ai trouvé un autre trypanosome, dans le sang de Rham-
dia qiicicu, pêché près de la même localité où le fut le précédent.
Dans ce cas aussi les animaux infectés étaient en très petit nom¬
bre (trois sur vingt exemplaires examinés) et le parasite était très
rare dans les préparations du sang du cœur et dans les frottis des
organes internes (foie et rate). Il présente un corps long et fin,
avec extrémités effilées et pointues: ses dimensions sont de 60-
70 4 de longueur ; 4,5-5 de largeur maxima (au niveau du
novau). Dans les préparations faites par la méthode de Giemsa,
on voit le protoplasma quelque peu granuleux et alvéolaire ; le
blépharoplaste en forme de petit granule rond, d’une couleur
rouge intense, enveloppé d’un espace clair, à 2-3 p de l’extrémité
postérieure, à 35-40 4 du noyau. Celui-ci, qui est d’une forme
arrondie, est constitué par de nombreux granules de chromatine
colorés en rose et qui occupent presque entièrement la superficie
transversale du parasite, placé entre le tiers moven et le tiers an¬
térieur du corps.
La membrane ondulante est très étroite et très peu plissée ; elle
prend son origine dans la région du blépharoblaste, et est bor¬
dée d’un petit cordon très fin qui accompagne le corps jusqu’à
l’extrémité antérieure, et devient libre sur une longueur de 15-20 4.
En dehors des formes que je viens de décrire, j’en ai trouvé d’au¬
tres très rares (fig. 4) que je considère comme des phases d’évo¬
lution du parasite et où l’on voit à peine un corps protoplasmi¬
que alvéolaire allongé (longueur 15-20 u, largeur 2-2,5 f^)? d’une
couleur bleu clair, avec un seul novau presque médian, formé
d’un groupe de granules de chromatine colorés en rose. Je crois
que ce trypanosome doit être identifié avec Tr. rhamdiae décrit
— 524 —
par C. Ijütelho (i), bien que cet observateur ait noté pour son
microorganisme des dimensions un, peu plus petites et n’ait pas
observé de flagelle libre.
Dans quelc|ues exemplaires du même poisson, j’ai aussi ren¬
contré deux espèces de Myxosporidies (genres Myxobolus et
Henneguya) avec localisation dans les branchies, et aussi une Coc-
cidie intestinale.
Je ferai ultérieurement une communication détaillée sur ces
autres parasites.
(Laboratoixe de Bactériologie de l’Hôpital S. Joaquim,
S. Paido, Brésil.)
Le rôle des carpinchos comme réservoir de
virus dans la conservation du mal de Caderas
Par L. E. MIGONE.
Après que Elmassian eut découvert le Trypanosome, agent
spécifique du Mal de Caderas, nous le recherchâmes sans succès
dans le sang d’un certain nombre d’animaux de la région, pou¬
vant servir de réservoir de virus.
Jusqu’à maintenant, il ne nous avait pas été possible d’étudier,
ac'ec toute l’attention nécessaire, un gros Rongeur, Hydrochœ-
rus capibara, vulgairement carpinclio, qui, selon une croyance
populaire, succombe fréquemment à des épizooties qui précèdent
généralement celles observées chez les Equidés des fermes voi¬
sines.
En 1904 (2), nous avons constaté la présence du Trypanosome
du Caderas dans le sang de chiens de ferme et de chasse qui,
après une battue de carpinchos, avaient dévoré les cadavres en¬
core chauds de ces animaux. Mais l’existence du Trypan. chez
le carpincho lui-même n’avait pu être constatée.
Heureusement, au mois d’avril de cette année, au cours d’une
(1) C. R. Soc. Biol., t. LXIII, 6 juillet 1907.
(2) Elmassian et Migone, /lan. Inst. Pasteur, t. XVIII, p. 587.
— 525 —
forte épizootie de carpinchos, à 7 km. d’Assomption, dans im
endroit appelé Salado, nous pûmes étudier la maladie.
Nous rencontrâmes plusieurs animaux malades, quelques-uns
sur le point de succomber. Chez tous, le symptôme prédominant
est la paralysie presque complète du train postérieur, comme chez
le cheval. Ils ne peuvent plus se tenir que sur leurs pattes de de¬
vant. Ils ne peuvent rester dans l’eau et ils se réfug^ient dans un
endroit sec ou avec peu d’eau ; c’est là qu’ils succombent. Quel¬
ques-uns présentent des œdèmes sous-cutanés ou de la kératite.
d'oLis sont couverts de tiques et sont poursuivis avec acharne¬
ment par les taons et d’énormes moustiques.
Comme lésions anatomo-patholoqiques. nous avons constaté
un engorgement de la rate et du svstème ganglionnaire. La
moelle épinière et le liquide céphalo-rachidien ne présentent ma¬
croscopiquement rien de particulier.
Dans le sang, nous avons constate la présence du Trypano--
soine.
Les chiens et les clievaux de la localité étant infectés, il nous fut
impossible d’expérimenter avec ces animaux. Nous nous servî¬
mes de singes {Nictipithecus felinus) auxquels nous injectâmes du
sang de carpinchos et nous les transportâmes à l’Assomption,
ainsi que des taons, des moustiques et des tiques gorgés de
sang.
Les singes ont présenté, à partir du 5® jour, des Trypan. à
l’examen du sang et ils ont succombé au bout de 17 jours, avec
tous les svmptômes du mal de Caderas des carpinchos.
Des chevaux inoculés avec le sang de ces mêmes singes présen¬
tent déjà des Trypanosomes; ils ont de l’œdème périphérique
sous-cutané.
L’injection du contenu broyé des tiques n’a rien produit chez
les chiens. I.es taons (qui piquent très difficilement) et les mous¬
tiques (excessivement voraces), n’ont pas infecte les chiens qu ils
ont piqués.
T. a relation entre épizooties de carpinchos et de chevaux nous
paraît établie. Mais il serait inexact de dire que l’une précède tou¬
jours l’autre, car il y a des fermes, aux alentours desquelles maré¬
cages et carpinchos manquent et où, cependant, le Mal de Cade¬
ras tue tous les chevaux.
Assomption, Paraguay, 75 juillei içio.
520 —
Action du 606 ” sur la maladie
du sommeil expérimentale
Par W. L. YAKTMOFF et Nina KOHL-YAKÎMOFF.
Si le « 606 » de M. le professeur Fhrlich est cloué d’une ac¬
tion réelle vis-cà-vis des spirochètes des poules (LIata), d’Ober-
MEiER (Hata, Iversen), de Dutton (Yakimoff et Nina Kohl-
Yakimoff), du Spirochaeta pallida (Alt, WechseljMANN, Mi-
CHAËLIS, FIOPPE et ScHREIRER, IVERSEN, PiCK, ZeTSSL, TrELPEL,
Salnion, etc.), et même vis-à-vis des parasites de la malaria
(Iversen), on peut supposer qu’il agit également contre les trypa¬
nosomes.
Notre hvpothèse est exacte en ce qui concerne le traitement de
la maladie expérimentale des rats blancs produite par le Trypano-
soma gamhiense, agent de la maladie du sommeil.
Nous avons infecté des rats blancs par la voie intrapérito¬
néale (i). Les trypanosomes ont été constatés dans le sang de 1-2
à 8 jours après l’inoculation (chez 3 rats seulement, les trypano¬
somes ont apparu dans le sang au bout de 15, 20 et 22 jours). Les
parasites augmentent dans le sang chaque jour et les animaux
meurent 5-6 jours après le début de l’infection sanguine.
Nous injections le « 606 » à raison de 0,15 g. par kilo d’ani¬
mal. Or, ces doses se sont montrées trop fortes pour certains rats.
Au bout de 12 à 18 h., les rats inoculés paraissent malades; ce¬
pendant, leur état s’améliore peu à peu. Li^n seul rat est mort em¬
poisonné (un autre, de même poids et avant reçu la même dose,
a survécu).
Nous préparions la solution de (( 606 » de la même façon que
pour notre travail sur la tick-fever (2). Après avoir dissous o g. i
de (( 606 » dans i cm^ d’alcool méthvlique, nous ajoutions une
certaine quantité d’eau distillée et ensuite de la solution normale
de NaOFT, d’abord jusqu’à l’apparition d’un précipité, puis jus¬
qu’à la dissolution de celui-ci et l’éclaircissement complet du li-
(1) Nous avons employé le virus conservé sur rats qui a servi à M. Mes-
N’iL et à ses collaborateurs dans toutes leurs expériences de chimiothérapie.
(2) Ann. Inst. Pasteur, octobre 1910.
quide. On prenait toujours garde d’ajouter même une seule
goutte d’alcali en trop. Enfin nous diluions le liquide obtenu
d’eau distillée afin d’avoir une solution à i %.
Nous avons toujours observé la nécrose de la peau au point
d’injection.
Le (( ôob » a été injecté: le jour même de l’apparition des try¬
panosomes dans le sang (chez 5 rats), 2 jours après le début de
l’infection (3 rats), 3 jours (5 rats) et 4 jours (i rat). Le sang des
animaux a été examiné tous les jours.
1° 3 rats injectés le jour même de l’apparition des trypanoso¬
mes dans le sang ont été observés pendant 80 jours, les 2 autres
pendant 72 jours ;
2° Les rats injectés 2 jours après le début de l’infection ont été
observés : i rat pendant 72 jours, i pendant 59 jours et i pendant
51 jours;
3° Les rats injectés 3 jours après le début de l’infection ont été
observés : 2 rats pendant 72 jours, i rat pendant 60 jours, i rat
pendant 52 jours et i rat pendant 49 jours ;
Lc’s trypanosomes mont réapparu chez aucun de ces animaux,
sauf chez un injecte du « 606 » au 3® jour de rinfection ; les trypa-
nosomes se sont montrés 49 jours après V injection.
L’action du <( 606 » sur les trvpanosomes est très rapide: ils
disparaissent du sang 45-65 minutes après l’injection. Le méca¬
nisme de l’action du «. 606 » sur les trvpanosomes est le même
qu’avec tous les produits trypanocides : d’abord, dissolution du
protoplasme, ensuite disparition du novau et enfin des parties les
plus résistantes, — centrosome et flagelle.
Nous avons fait également des expériences dans lesquelles nous
injections simultanément le <( 606 » sous la peau et le virus dans
le péritoine. Aucun des animaux ne s’est infecté (observation pen¬
dant 64 (i) et 80 jours) tandis que les témoins ont pris l’infection
dans le délai habituel.
L’introduction du « 606 » à 2 rats blancs, 24 h. et même 48 h.
avant l’inocidation des trypanosomes, a préservé les animaux de
l’infection (observation pendant 79 et 80 jours). Les témoins se
sont infectés.
Enfin, nous avons introduit le a 606 » chez un rat 24 h. après
(i) Ce rat a succombé au 64® jour, sans qu’on trouve de trypanosomes dans
son sangf.
— 528 —
l’inoculation des trypanosomes; 4 jours chez un autre. Aucun des
rats ne tomba malade (observation pendant 79 et 58 jours). Les
ténioins ont pris l’infection.
Nous avons étudié l’état du sang des animaux infectés par le
Trypanosorna gambiense, au cours du traitement par le « 606 ».
Ce travail sera publié prochainement. Maintenant nous pouvons
seulement dire qu’après l’injection du « 606 », apparaît de la leu-
cocytose et de la polynucléose, mais que, déjà dans les 2-3 jours
suivants, la courbe leucocvtaire revient à la normale. Lorsqu’on
injecte le « 606 » à un animal avant l’apparition des trvpanoso-
mes dans le sang, on n’observe pas de leucocytose et la courbe est
la même que si l’on avait injecté un animal indemne. On constate
alors une leucopénie qui dure quelques jours.
Il résulte de nos expériences que le a 606 » est un médicament
très actif contre l’infection expérimentale par le Trypanosorna
gambiense. On peut donc espérer que ce précieux produit se
montrera également efficace dans le traitement de la maladie du
sommeil de l’homme.
(Travail du laboratoire de M. le P"” Mesnil, à l’Institut
Pasteur de Paris.)
M. Laveran. — J’ai commencé des expériences de traitement,
par le 606, d’infections expérimentales produites chez des cobayes
par le Trypanosorna gambiense.
Deux cobayes, pesant 590 et 680 g., ont reçu, le premier 4 mg.
et, le second, 2 mg. du médicament. Les trypanosomes qui
étaient nombreux dans le sang des cobayes ont disparu rapide¬
ment, mais des rechutes se sont produites, chez le premier co¬
baye au bout de 14 jours, chez le second au bout de 17 jours.
Peut-être les doses du médicament ont-elles été trop faibles ; il y
aura lieu, bien entendu, de poursuivre ces expériences avant de
conclure.
Nouveaux documents sur la distribution
de la Maladie du sommeil et des
Glossines au Congo français
Par Gustave MARTIN et RINGENBACH.
Depuis que la carte de distribution au Congo français de la
maladie du sommeil et des mouches tsétsés a été dressée par la
Mission d’Etudes (1907-1908), la maladie du sommeil n’a pas
cessé sa marche envahissante. Pendant l’année 1909, grâce à
M. le (jouverneur du Moyen-Congo, qui a bien voulu nous
adresser en communication les extraits des rapports des Admi¬
nistrateurs de sa colonie, concernant l’état sanitaire des différen¬
tes circonscriptions, grâce aussi à plusieurs colons et hauts fonc¬
tionnaires qui à leur passage au chef-lieu ont eu l’amabilité, en
nous rendant visite, de nous fixer sur quelques points intéres¬
sants, nous avons pu recueillir sur les régions contaminées et sur
la distribution des glossines de nouveaux documents qui nous
permettent de compléter peu à peu la carte de la Mission d’Etu¬
des. Il est utile, en effet, que le laboratoire chargé d’assurer la
prophylaxie de la Maladie du Sommeil à Brazzaville, connaisse
le degré de contamination des différentes régions d’où arrivent
des individus suspects, où sont susceptibles de partir des gens
contaminés. Rien de ce cpd concerne la Trypanosomiase humaine
dans toute l’étendue de ce vaste empire africain ne doit nous
laisser indifférent, car une bonne surveillance du chef-lieu en
dépend.
M. le Gouverneur Merwart nous a communiqué les docu¬
ments suivants :
1° Pays Yakoma et Sango entre la Kotto et la rivière Bangui.
Les villag'es Yakomas et Sangos riverains de l’Oubangui sont gagnés par
la maladie du Sommeil, dont l’intensité augmente à mesure que l’on se
rapproche de la rivière Bangui. Les inondations du dernier trimestre 1908
paraissent avoir donné un regain d’acuité au terrible mal. Le dépeuplement,
en pays Sango, est très apparent ; certains villages ont perdu, durant ces
derniers mois, jusqu’au quart de leurs habitants.
— 53o —
2° Pays Bouraka entre la rivière Bangui et Moutanoti.
Mêmes constatations, mais plus alarmantes encore. Les villages sont très
décimés. Les indigènes assurent qu’il y a trois fois plus de décès que de
naissances. Ils se montrent très découragés et s’attendent à disparaître.
3° Pays Banziri, entre la Moiitanoii et Besson.
Cette intelligente race, si adroite au pagayage et à la pêche, et qui nous
a été d’un si précieux concours dans les premiers temps de notre établisse¬
ment, est menacée, elle aussi, de disparition. Elle a été recensée en septem¬
bre ; un pointage nominal des décès survenus depuis lors a fait constater
que depuis six mois lo ^ de la population banziri ont été fauches par la
Maladie du Sommeil. Si le lléau ne s’arrête pas, cette race sera à peu près
éteinte dans cinq ans. »
AI. le Gouverneur AIerwart a rencontré beaucoup de tsétsés :
1° dans les sous-bois des marigots, sous-affluents et affluents
du APBomou entre Bangassou et Zémio (en suivant la voie de
terre) ;
2“ Sur le APBomou, entre Zémio et le confluent du Chinko ;
3° Sur rOubangui, entre les rapides de l’Eléphant et le rapide
de Bangui.
Ces renseignements sont corroborés par ceux du capitaine Jacquier. Dans
le cercle de Mobaye, la Maladie du Sommeil gagne le long des fleuves à
cause du mouvement des pirogues ; la maladie est transportée par les paga¬
yeurs le long de la Kotto.
Là où il n’y a pas de mouvements de pagayeurs (le long de la rivière
Bangui par exemple), il n’y a pas de Maladie du Sommeil.
Le village d’Abélé, au confluent du Bangui et de l’Oubangui, a disparu
L’isolement des malades est pratiqué. Le chef des villages leur fait porter
la nourriture tous les deux jours.
La race autochtone du bassin du Kouango ne paraît pas encore contami¬
née, mais quelques décès d’employés indigènes appartenant à la compagnie
du Kouango français et qui ont contracté ailleurs la Trypanosomiase, mon¬
trent bien tout le danger de la pénétration d’individus contaminés en pays
indemne. »
AI. J.ACOUi, de Alongotimba, notes signale la Alaladie du Som¬
meil sur le territoire de la Lobay dans les villages de: Bikoto,
près du confluent Lobay-Oubangui, population en partie déci¬
mée; N’Gabo, les habitants ont abandonné la rive en raison des
nombreux décès causés par l’affection ; Bopi, Bossi, Bac-Bahia,
N’Golla, Kénengué-Lobay, quelques cas. Vient ensuite la région
la plus atteinte: dans la A-I’Enéré, village Aladinga, nombreux
cas: Kénengué-sur AI’Baéré, quelques survivants. Dans la Bo-
dingué, les villages de Karibembé, AIokodendé ont été abandon-
- 53i —
nés. Sur le personnel des factoreries quelcpies cas isolés, un ré¬
cent à Bakota (indigène provenant de Sekio, Congo belge).
La maladie du sommeil règne toujours envahissante, mena¬
çante, avec une extrême intensité dans la I laute-Sangha. Une
épidémie a sévi à Carnot de fin igo8 à mi-igog.
Le docteur Ouzilleai' isole les malades et demande la déli¬
vrance d’un passeport sanitaire pour tous les tiaoussas qu’il in-‘
crimine de transporter la maladie du sommeil dans les pays du
nord. Il désirerait voir l’Administration empêcher l’exportation,
vers des régions contaminées, des indigènes indemnes, suscepti¬
bles de ramener l’affection dans leurs villages à l’expiration de
leur engagement. Il demande cpi’un poste médical soit établi à
Carnot.
Dans la région N’Goko, Koudou, Sembé et du Djouah (af¬
fluent de rivindo), l’un de nous n’a pas rencontré de cas de ma¬
ladie du sommeil, mais il a vu des Glossina palpalis en grande
quantité dans les postes de N’Goïla, Sembé, Massinégala, Viel.
Le poste sanitaire d’Ouesso qui délivre des passeports sanitai¬
res a fonctionné en 1909 et il a une grande importance pour pro¬
téger toute cette région.
Dans la Likouala-aux-llerbes, la tr\-panosomiase humaine
cause de grands ravages (épidémies) dans la région de Botanga,
à E]5éna. Le village de Djékénabotolo, excessivement peuplé ja¬
dis, diminue d’une manière notable. L’indigène ne pratique pas
l’isolement des malades.
A Loukoléla, Liranga, Bonga, beaucoup de cas de maladie du
sommeil nous sont signalés par M. l’Administrateur Marchand,
(jui nous rapporte plusieurs observations d’excitation cérébrale
et d’aliénation mentale chez des gens cliniquement atteints.
Dans le district de Comba, l’Administrateur a fait opérer le dé-
broussaillement autour des cases ; il veille à la propreté des villa¬
ges. Il a fait déplacer ceux installés près des marigots pour les
reconstruire sur des hauteurs en exigeant des indigènes des cases
plus grandes et mieux aérées.
Le long du Niari la maladie du sommeil continue à faire de
nombreuses victimes.
L’Administrateur de la région de Madingou signale une ef¬
frayante mortalité chez les enfants dans le secteur de Bouenza ; la
Mission catholique a été définitivement évacuée et s’est trans¬
portée sur les hauteurs de Kimbenza.
- 532 —
<( Il est à remarquer, dit l’Administrateur dans un de ses rapports, que
•« la maladie du Sommeil sévit surtout aux endroits où les moustiques abon-
« dent et où les mouches piqueuses sans être inconnues, ne sont pas aussi
•c( nombreuses que dans d’autres régions. »
(Imtitut Pasteur de Brazc^aville .)
Quelques particularités biologiques du
miracidium de Schistosomum hœmatobium ”
Par A. CONüR.
Dans la plupart des observations suivantes, nous nous sommes
servis d’œufs de Schistosomum hœmatobium provenant de l’iiri-
ne d’un indigène originaire de Gafsa, déjà utilisée dans nos ex¬
périences sur la vitalité du miracidium dans la piscine chaude de
cette localité (i). Pour quelques autres, nous avons prélevé des
œufs chez un Arabe atteint de bilharziose urinaire depuis son
' «nfance et habitant le village de Kasseur (2 km. de Gafsa) où
nous avons signalé antérieurement l’existence de cette maladie.
I. Sortie de l’embryon. — L’examen de l’urine fraîchement
émise nous a montré des œufs à éperon polaire dans lesquels
^embr^'on présentait quelcpies mouvements intermittents: contrac¬
tions brusques ou lentes oscillations.
Au point de vue de la position dans l’œuf, nous avons trouvé
sur 210 observations, 40 fols le rostre placé vers l’extrémité poin¬
tue et 170 fois vers l’extrémité arrondie.
L’addition d’eau à l’urine détermine des mouvements chez la
plupart des embryons, plus rapidement chez ceux contenus dans
les œufs non entourés de gangues hématiques. Certains restent
néan.moins immobiles. Sous l’action de l’eau, l’œuf se gonfle,
se déforme, devient plus globuleux, l’embryon se retourne dans
tous les sens, remuant ses cils et donnant des coups de rostre dans
la paroi. La coque se rompt bientôt suivant le grand axe, le mira¬
cidium s’engage dans la fente ainsi formée et sort progressive¬
ment, l’extrémité postérieure en avant. Avec l’eau froide, la sor¬
tie s’effectue en 5-15 minutes. fVvec l’eau chaude (30-40°), les
(i) BuU. de la Soc. de patlwl. exot., 13 juillet 1910.
— 533
mouvements apparaissent de suite et on trouve presque immédia¬
tement des miracidia libres.
II. Comservatj(;n iiLîMiDE. 1° Urine sans addition d’eau. — ■
Après 24 heures d’exposition à la lumière et à la température du
laboratoire, on aperçoit des œufs dans lesquels l’embryon est mo¬
bile; pas de miracidium libre. (L’addition d’eau détermine la sor¬
tie de nombreux miracidia.) Après 72 h., dans les mêmes condi¬
tions, pas de minicidium, pas d’embiAon mobile dans l’œuf. (Par
l’addition d'eau, on ne produit ni mouvements, ni sortie des em-
I)rvons.) -- Même résultat négatif avec de l’urine conservée 72 h.
à l’obscurité. — L'rine laissée 24 h. à 37° à l’abri de la lumière:
œufs avec embrvons immobiles, quelc[ues rares miracidia sans
mouvements envahis par des bactéries.
2° Urine additionnée d’eau (parties égales). — lœs expériences
ont été faites à la lumière et à la température du laboratoire.
Après 8, 9 et 24 heures, on trouve de nombreux organismes vi¬
vants. - Après 48 h., on voit tantôt des miracidia très mobiles,
tantôt des œufs à embrvon mobile sans éléments libres ; d’autres
fois enfin, embryons et miracidia n’ont aucun mouvement. L’exa¬
men fait après 72 h. et plus (maxinmim 6 jours) ne nous a jamais
montré de parasites vivants.
3° Miracidia dans l’eau sans urine. — La technic[ue suivie (la¬
vage et centrifugation) est Indiquée plus bas au paragraphe V.
Dans la plupart de nos expériences, les miracidia conservés à la
température ordinaire sont restés vivants pendant 24 h. Après
36 h., quelques-uns présentent des mouvements ralentis et on
aperçoit de nombreux cadavres. — Après 48 h., nous n’avons
jamais trouvé d’éléments mobiles.
La conservation à l’étuve (37“) en tube cacheté pendant 24 h.,
détermine la mort de tous les organismes.
La survie paraît, en général, plus longue lorsque les miraci¬
dia se trouvent dans une grande quantité d’eau ; quand il y a peu
de liquide, on constate la présence de nombreuses bactéries dont
la pullulation joue certainement un rôle nocif.
11 L Dessiccation. — Lorsqu’on examine, entre lame et la¬
melle, de l’urine de malade additionnée d’eau, on voit l’embryon
mobile dans l’œuf et on assiste à la sortie du miracidium. Si la
préparation se dessèche, les mouvements de l’organisme libre se
ralentissent, puis s’arrêtent. De son côté, l’œuf se rétracte et l’em-
3?
brvon à moitié sorti reste étranglé dans la fente latérale de la
coque. Si l’on dépose alors une goutte d’eau à la périphérie de la
lamelle, les mouvements apparaissent de nouveau chez certains
miracidia et les embryons peuvent achever leur sortie de l’œuf-.
îvlais une dessiccation prolongée ne permet pas la réanimation
des embrvons. Ainsi, on étale sur des lames un mélange à parties
é’p-ales d’urine et d’eau, contenant de nombreux miracidia vivants.
Après 4 h., on dépose quelques gouttes d’eau sur les lames des¬
séchées et on examine au microscope: aucun miracidium ne pré¬
sente de mouvements.
Un semblable mélange est placé sur des fragments de papier
buvard ou de linge préalablement bouillis. Après 24 h. de des¬
siccation, on dilacère le papier ou le linge dans de l’eau qu’on
examine: on ne voit aucun miracidium vivant; on trouve de nom¬
breux cadavres à forme globuleuse, ainsi que des œufs vides et
d’autres dont l’embryon à moitié sorti est immobile.
Ces expériences ont été répétées sur des miracidia provenant
d’urine lavée ou centrifugée; une dessiccation de 3 à 4 h. a cons¬
tamment déterminé la mort des éléments.
IV. Action de la chaleur. — Si l’on porte à 45° (bain-marie)
pendant 5 m. un mélange d’urine et d’eau contenant des miraci¬
dia, ceux-ci restent vivants et très agiles. Une température de
55° pendant le même temps tue tous ces organismes.
Pour plus de précision, nous nous sommes servi de la platine
chauffante à circulation d’eau chaude et examen dans la cellule
de Koch. L’urine était lavée et centrifugée (technique au para¬
graphe V).
A mesure que la température s’élève, les mouvements des mi¬
racidia deviennent plus accentués; on peut à peine suivre leurs
évolutions tant ils nagent avec rapidité en traversant comme des
flèches le champ du microscope. L’optimum thermique paraît être
entre 30 et 40°. Au-dessus de 45°, les mouvements se ralentis¬
sent. A 50°, le corps est immobile, mais les cils continuent à re¬
muer rapidement. A 52°, la mobilité cesse après 2 m. ; quelques
rares éléments vivent pourtant 3 m.. A partir de 55°, la plupart
des miracidia sont morts ; cependant, dans plusieurs expériences,
nous avons constaté quelques mouvements des cils de la partie
postérieure chez des organismes soumis à la température de 57°.
A 58-60°, tout mouvement cesse et le refroidissement ne ramène
pas la motilité.
— 535 —
Nous avons vu que le miraicidium vit très l:)ien à 45°. Si l’on
maintient la lame à cette température sur la platine chauffante, là
dessiccation détermine la cessation de tout mouvement. Mais si
l’on ajoute immédiatement une goutte d’eau à 45° le miracidium
redevient mobile.
\’. Action de diverses substances. — I.a technique a été la
suivante. L’urine du malade (fin de la miction) est centrifugée;
on décante et, après avoir ajouté de l’eau ordinaire, on centrifuge
de manière à laver le culot ; cette opération est répétée trois fois.
On obtient ainsi de nombreux miracidia en quelques minutes;
les gangues contenant les œufs sont désagrégées et l’eau pénètre
rapidement jusqu’à la coque de l’œuf. De plus, le traumatisme
dû à la centrifugation accélère la sortie de l’embryon. Enfin, on
peut faire agir les diverses substances sur des miracidia nageant
dans de l’eau ne contenant pas d’urine. Nous mélangions à par¬
ties égales la substance dont nous voulions étudier l’action et la
dilution du culot contenant les parasites. L’expérience et l’exa¬
men au microscope étaient faits dans une cellule de Koch où
nous pouvions observer les organismes comme dans un véritable
petit aquarium où la dessiccation était relativement lente.
Toutes ces observations ont été répétées plusieurs fois.
Aci'ie pliéiiiqtie. — Solution à 5 0/0 : mort imm('diate.
Solut. à 2,5 0/0 : la plupart des miracidia rossent tout mouvement après
2 m. Un seul remue faiblement pendant 12 m.
Solut. à 0.5 0/0 : mobilité normale chez quelques-uns, ralentie chez la plu¬
part. .Après une demi-heure, presque tous sont morts ; quelques-uns remuent
encore après i h., mais sur jjlace seulement.
Chlorure de sodiiDU. — Solution <à i p. 10 : mort immédiate.
Solution à i p. 20 : mort immédiate.
Solution à i p. 50 : vivent 10 m.
Solution à i p. loo : après 15 m. la plupart m<‘urent, le rostre allong’é ;
quelques-uns vivent 45 m.
■Solution à 8 p. 1000 : miracidia encore vivants après 6 h.
Sulfate de magnésie. — Solut. à i p. 10 : mobilité pendant 2 m., puis im¬
mobilisation en extension.
■Solution ai p. 100 : mouvements très rapides du miracidium, qui ne sem¬
ble nullement incommodé.
Soude. — Solut. cà 4 p. 1000 ; mort immédiate ; d’abord forme en raquette,
puis globuleuse ou ovalaire.
Solut. à 2 p. 1000 : mouvements pendant 2 minutes.
Solut. a 0,4 p. Tooo : pas d’action nocive pendant i h.
Savon de Marseille. — .Solut. à i p. 1000 : mort immédiate. Cette expé¬
rience a été répétée de nombreuses fois.
536 —
Rouge neutre. — Une solution étendue (0,05 p. 1000) permet l’observation
pendant 10 m. du miracidium dont la coloration met en évidence les détails
de structure.
Acide acétique pur. — Solut. à i p. 200 : mort immédiate.
Solut. à I p. 1000 : pendant 10 m., mouvements rapides, puis ralentisse¬
ment progressif. Certains miracidia restent très mobiles pendant 40 m.
Acide chlorhydrique pur. — Solut. à i p. 100 : mort immédiate.
Solut. à I p. loco : les mouvements se ralentissent immédiatement ; immo¬
bilité complète après i m., corps très allongé.
Sérum de cheval. — Après 10 minutes, mobilité très diminuée ; mort après.
20 m.
Sérum de lapin. — Mouvements ralentis, visibles ]X?ndant au moins 30 m.
Glycérine. — Mort immédiate.
Formol du commerce. — Dilut. i p. 10 : mort immé'diate.
Dilut. à I p. 100 : mort immédiate.
Alcool éthylique. — Dilut. à i p. 10 : mort immédiate de la plupart des.
éléments ; quelques-uns vivent 5 m. ; un vit 10 m..
C'oNCLüSiONS. — Les principaux faits à retenir de ces observa¬
tions sont les suivants: l’influence nettement favorisante de la
('haleur humide (30-45°) sur la soi^ie de l’embryon et sa vitalité;
la possibilité, pour le miracidium, de vivre dans l’eau pendant
48 h. ; l’action néfaste et définitive de la dessiccation, même de
('OU rte durée.
L’humidité et une certaine température sont donc nécessaires à
la vie du parasite. Si l’on admet la théorie de l’infection par voie-
cutanée, émise par Looss et cpii nous paraît très probable, la pé¬
nétration dans l’organisme humain doit être subordonnée à ce.s.
<'ondi fions indispensables.
Dans nos expériences sur l’action de diverses substances, on
doit noter C|ue le miracidium ne paraît pas incommodé par la pré-
.sence de solutions relativement concentrées de chlorure de so¬
dium et de sulfate de magnésie, sels qui se trouvent dans les sour¬
ces thermales des régions tunisiennes où existe la bilharziose.
Comme l’ont constaté Looss ainsi que Katsukada et Hashe-
GAWA, l’acide chlorhydrique dilué tue le parasite, observation qui
vient à l’encontre de l’infection par la voie digestive.
Lnfin, au point de vue de la prophvlaxie, l’action immédiate
de l’eau savonneuse sur la destruction du miracidium est un
moyen simple à retenir pour la désinfection des urines des mala¬
des. D’autre part, il est probable que les parasites ne peuvent
vivre dans les eaux où l’on lave du linge savonné et les baigneurs
— 537 —
qui se savonnent dans les eaux contaminées diminuent ainsi les
risques de pénétration à travers la peau du miracidium bilharzien.
(Institut Pasteur de Tunis.)
Application du 606 au traitement
de la syphilis en pays arabe
Par E. CONSEIL et J. TRIBAUDEAU.
Il a paru intéressant de contrôler les propriétés curatives du
nouveau médicament d’EHRLiCH dans un pays où la svphilis
revêt souvent un caractère exceptionnel de gravité et de voir com¬
ment serait acceptée cette méthode chez les indigènes qui s’as¬
treignent difficilement à un traitement de longue durée. Quelques
doses adressées par le professeur Ehrlich à M. Ch. Nicolle,
directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, nous ont permis de ras¬
sembler les observations suivantes.
Obs. I. — Syphilis tertiaire maligne. — Français, 6i ans. Artério-sclé-
reux, antécédents pathologiques chargés (fièvre jaune, paludisme). Ne s’est
jamais aperçu de l’accident primitif. La première manifestation aurait paru
en 1878, des syphilides cutanés du pied. Traité pour syphilis dans les hôpitaux
de Paris, il reste indemne pendant 2 ans, époque à laquelle une nouvelle
poussée de syphilides se produit au cuir chevelu. Pendans 8 ans, malgré des
améliorations passagères à la suite de traitements mercuriels divers, il per¬
siste toujours quelques manifestations cutanées. En 1905, apparaît une sy-
philide serpigineuse qui envahit le pavillon de l’oreille et le cou, résistant à
tous les traitements.
Désespéré de cet état, il vient nous prier d’essayer sur lui le nouveau mé¬
dicament d’EiîRLiCH. Il existe à ce moment une syphilide suintante à forme
eczémateuse occupant toute la partie supérieure du pavillon de l’oreille et la
partie postérieure du cou ; autour de la lésion, la peau présente des troubles
trophiques et forme un bourrelet œdémateux.
Nous lui injectons, le 13 septembre, 40 cg. de 606 dans les muscles fessiers.
La réaction locale est très vive après une heure et persiste plusieurs jours.
Le 2® jour, la température s’élève à 39° et les urines contiennent une grande
quantité d’urobiline.
*Au bout de 3 jours, la lésion a: cessé de suinter ; le 6® jour, le bourrelet
œdémateux a disparu et les croûtes commencent à tomber ; elles sont rem¬
placées par une couche épidermique mince. Vingt jours après l’injection, il
ne reste plus qu’une cicatrice blanchâtre, peu souple.
— 538 —
Ôbs. il — Chancre du sein. — Indigène 40 ans. Chancre du sein depuis
3 mois, large ulcération indurée ayant fait disparaître le bout du sein. Un
ganglion énorme sous l’aiselle. Hypertrophie de tous les ganglions. Plaques
muqueuses de la bouche. Ulcérations de la verge, syphilides papuleuses sur
tout le corps.
Habitant à la campagne, loin du médecin, il ne peut se soumettre à un
traitement prolongé par piqûres, ce qui nous décide à lui injecter 30 centi¬
grammes de 606 dans les muscles fessiers. Réaction assez vive qui ne dure
que 24 heures et lui permet de se lever le 3® jour. Le 4® jour, les plaques
muqueuses et les syphilides ont presque disparu ; le 6® jour, les ulcérations
de la verge sont guéries. Le chancre n’est complètement cicatrisé que le
16® jour et les ganglions rétrocèdent lentement. Lorsqu’il regagne son
douar, 20 jours après l’injection, il ne conserve plus qu’un peu d’induration
de la région occupée par le chancre et les ganglions sont en voie de résorp¬
tion.
Obs. HL — ■ Syphilis jtialigue. ■ — Française 19 ans. Syphilis vaccinale en
novembre 1908 avec une roséole caractérisée. L’affection prend dès le début
une forme maligne. Au moment de notre examen, on constate sur tout le
corps l’existence d’une vingtaine de syphilides ulcéreuses d’allure phagédé-
nique et atteignant les dimensions d’une pièce de 5 francs.
Le traitement mercuriel intensif n’amène à plusieurs reprises aucune amé¬
lioration et doit être abandonné à la suite de l’apparition d’une stomatite.
Le 17 septembre, injection de 30 centigrammes de 606. Douleurs loca¬
les qui nécessitent le repos au lit pendant 48 heures. Après 4 jours, les lésions
ne sont point modifiées ; mais au 8® jour, toutes les ulcérations sont recou¬
vertes d’une croûte sèche et quelques-unes diminuent d’étendue. La cicatri¬
sation se poursuit ensuite rapidement ; le 5 octobre, une seule ulcération est
encore recouverte d’une petite croûtelette ; toutes les autres sont complète¬
ment cicatrisées et les tissus sous-jacents devenus soup’es.
Obs. IV. — Glossite syphilitique. — Indigène âgé de 30 ans, n’a point
souvenir de l’accident primitif, mais est soigné depuis 10 ans pour diverses
manifestations cutanées qui ont fait porter le diagnostic de syphilis et ont
cédé au traitement mercuriel. Depuis 2 ans, il souffre en mangeant des ali¬
ments acides ou épicés et la langue s’est ulcérée. La lésion a parfois rétro¬
cédé sous l’action du mercure, mais pour récidiver rapidement. A la suite
d’un nouvel échec avec l’huile grise, nous décidons d’essayer le médicament
d’EHRLICH.
Il présente à ce moment une glossite syphilitique typique ; la langue
ulcérée et oedématiée est recouverte d’une pellicule blanchâtre et vernissée ;
la face interne des commissures labiales et celle, des joues présentent l’as¬
pect leucoplasique. Les lèvres elles-mêmes sont œdématées et fissurées.
Le 29 juin, il reçoit dans les muscles fessiers, 45 cg. du 606. Au bout de
quelques heures, la douleur l’oblige à garder le lit ; mais après une mauvaise
nuit, il peut se lever et reprendre ses occupations le 3® jour. Dès le 4® jour,
l’amélioration est incontestable ; l’oedème des lèvres a diminué, les fissures
ont disparu, la langue est beaucoup moins sensible et ne conserve plus que
— 539 —
quelques ulcérations en voie de cicatrisation. Le 6 octobre, il ne reste plus
trace d’aucune lésion.
Obs. V. — Accident primitif. — Maltais, i8 ans. Ulcération indurée s’éten¬
dant du méat au sillon balano-préputial, apparue depuis 2 mois. Roséole
généralisée.
Injection de 30 centigrammes de 606 le 24 septembre ; douleurs assez vives
pendant 6 heures qui disparaissent ensuite et permettent la sortie de l’hôpital
le 2® jour. 29 septembre, roséole disparue. 2 octobre, cicatrisation complète
de l’accident primitif ; il ne reste qu’une légère induration, moins profonde
et plus souple.
Obs. VI. — Syphilis datant de l’enfance. — Femme indigène de 20 ans.
Cicatrices de gommes pendant l’enfance. Perforation très large du voile du
palais depuis un an. Grosse gomme de la région sacrée depuis 6 mois. Perte
de substance profonde de la dimension d’une paume de main.
Injection de 30 cg. de 606. Réaction locale très peu douloureuse. Pendant
5 jours, les lésions restent stationnaires, puis elles bourgeonnent et se cicatri¬
sent rapidement. Le 14® jour, la place est entièrement épidermisée.
Obs. vil — Syphilis tertiaire. — Indigène 28 ans. A eu un chancre de la
verge il y a 12 ans, suivi de laryngite et d’une éruption généralisée (papules).
Traité à l’hôpital d’Alger, il reste g ans sans aucune manifestation.
Depuis 2 ans, apparition sur le nez de lésions ressemblant à un lupus, puis
sur les joues de placards circinés. Ces lésions n’étant point douloureuses, il
n’a jamais voulu s’astreindre à un traitement prolongé. Nous le voyons avec
une syphilide tuberculeuse recouvrant la partie supérieure du nez, des pla¬
cards circinés sur la face et des plaques muqueuses buccales.
Le 28 juin, il reçoit 45 cg. de 606 dans les muscles fessiers. Une réaction
douloureuse très vive se produit dans la nuit, nécessitant une piqûre de mor¬
phine. Pendant 2 jours, il ressent dans les jambes de \’ives douleurs, qui ne
sont calmées que par des applications chaudes. Au bout de 3 jours, les lésions
ne sont point modifiées, mais un liseré rouge a apparu à leur périphérie. Le
4 octobre, on constate une amélioration considérable, toutes les syphilides
sont en voie de disparition, il ne reste plus qu’une légère rougeur sans indu¬
ration profonde. Neuf jours après l’inoculation, la peau a presque complète¬
ment repris son aspect normal.
Ces observations viennent confirmer celles déjà nombreuses
de nos prédécesseurs sur l’action extraordinairement puissante
et rapide du nouveau médicament d’P'HRLiCH, à toutes les pério¬
des de la syphilis. Cette action nous a paru d’autant plus frap¬
pante que nous nous sommes adressés souvent à des cas de svphi-
lis maligne, ayant résisté à tous les traitements mercuriels.
Mais ce n’est pas à ce point de vue cpie nous voulions nous
placer. Quelle que soit la supériorité, infirmée ou confirmée plus
tard de la nouvelle méthode sur le mercure, elle nous paraît dès
— 540 —
maintenant devoir retenir ratténtion des médecins de l’Afrique
mineure.
La syphilis est excessivement fréquente chez les Arabes; plus
que partout, elle peut être qualifiée de maladie sociale. L’indi¬
gène se soigne mal ; il confond encore le médecin avec le sorcier
et, pour lui, le toubib doit guérir avec un seul médicament ou
l’imposition des mains. S’il n’y arrive pas du premier coup, c’est
qu’il ne connaît point le bon remède, il ne reste plus qu’à changer
de médecin ou renoncer à se soigner
Dans ces conditions, il est très difficile de faire accepter aux
malades un traitement prolongé. La syphilis, généralement non
douloureuse, n’est point considérée par l’Arabe comme une affec¬
tion honteuse, il s’en soucie donc peu. Le médecin est souvent
très éloigné ; on le consulte à la ville quand la caravane passe en
T entrant de la récolte des dattes ou de la cueillette des olives, mais
il est impossible de rester plusieurs semaines pour suivre un trai¬
tement par injections. L’expérience a, en outre, appris au méde¬
cin le danger qu’il 3" aurait à confier à ces esprits simples une
dose toxique de remède ; aussi, par toute la campagne, la syphilis
marche, mutilant les adultes, diminuant les naissances, augmen¬
tant la mortinatalité et la mortalité infantile, prenant enfin sa
bonne part dans la disparition de la race.
C’est dans ces conditions qu’il était intéressant de voir com¬
ment serait accepté par eux le nouveau médicament d’EHRLiCH.
Moins sensible que l’Européen, l’indigène peut souvent suppor¬
ter l’injection sans s’astreindre à un long séjour au lit; la dou¬
leur ne l’effraye point, surtout s’il constate au bout de quelques
jours les bons résultats.
Malgré sa préparation délicate, il n’est pas douteux que ce nou¬
veau médicament puisse être employé facilement par tous les
médecins de colonisation. Il nous paraît appelé à leur rendre de
grands services en leur permettant de guérir à coup sûr beaucoup
de ceux qu’ils vo\mient sans grande confiance jadis, s’éloigner
en emportant précieusement dans leur burnous une dose d’iodure
insuffisante pour les guérir. Plus que partout ailleurs, peut-être,
cette admirable découverte aura un retentissement social considé¬
rable. Jusqu’ici on a dû laisser la syphilis évoluer en pavs arabe
comme en pays conquis; la mentalité de ce peuple avait jusqu’à
présent empêché d’entreprendre la lutte nécessaire contre cette
— 541 —
maladie ; le médicament d’EHRLiCH nous paraît appelé à en ren¬
dre possible la réalisation.
{Institut Pasteur et Hôpitaux de Tunis.)
De remploi au Sénégal du tannate
de quinine en poudre pour la prophylaxie
du paludisme chez les enfants
Par A. THIROUX.
Au cours de l’année 1909, à la suite du rapport présenté par
une commission du paludisme dans les colonies françaises, com¬
posée de MM. Bertrand, Billet, Grall, Yvon, Kermorgant
et Laveran, notre président voulut bien nous faire envoyer à titre
d’essai, par M. Vaudin, président de l’Association des pharma¬
ciens de France, un certain nombre de flacons de tannate de qui¬
nine, destiné à être administré aux enfants indigènes et à faire
de la prophvlaxie du paludisme au Sénégal.
Nous avions déjà signalé, en 1906, l’important fover de
malaria que constitue le faubourg de Sor, voisin de Saint-Louis,
où l’index endémique s’élève jusqu’à 80 % et nous avions ob¬
tenu en 1908, l’ouverture d’un dispensaire, voisin de notre village
de ségrégation de la maladie du sommeil, où nous passions tous
les jours la visite des malades du faubourg de Sor. Une collec¬
tion de fiches, sur lesquelles étaient inscrits tous les paludéens,
dont 99 % étaient des enfants, y existait depuis juin 1908, nous
étions donc dans d’excellentes conditions pour expérimenter l’ac¬
tion du tannate de quinine. Comme à tous ceux qui l’ont employé,
il nous a donné de très bons résultats.
En effet, si les enfants indigènes, à partir de 7 à 8 ans, pren¬
nent facilemnet du chlorhydrate neutre de ciuinine en solution,
au-dessous de cet âge, lorsqu’on le leur fait prendre de force, ils
le vomissent C}uelc{ues minutes après, on se trouve donc presque
désarmé en ce qui concerne les tout jeunes enfants. Le tannate de
quinine, s’il conserve encore un petit goût astringent, qui fait que
les enfants font quelquefois des difficultés pour l’absorber a tout
au moins l’avantage de n’être pas rejeté. Nous l’avons administré
à 358 enfants, à la dose de o,bo à 0,80 cg. et il nous a donné
d’aussi bons résultats que le chlorhydrate de quinine au point de
vue de la disparition des hématozoaires, des accès fébriles et des
autres svmptômes du paludisme. Malheureusement, la plupart
des indigènes, cpii se présentent à la consultation, cessent d’y
venir aussitôt que leur état s'améliore, ce qui empêche les vérifi¬
cations d’être aussi nombreuses qu’elles pourraient être, et ne per¬
met pas, dans un très grand nombre 'de cas de leur faire suivre un
traitement suffisant pour empêcher les rechutes de se produire.
Dans les cas que nous avons pu vérifier, H œmamœba malariae
a disparu de la circulation en un temps variant de 24 h. à 3 jours
après l’ingestion de 0,60 à 0,80 cg. de tannate de quinine. Dans
plusieurs cas de dysenterie paludéenne, nous avons vu aussi les
selles s’améliorer rapidement sous son influence.
Il est bon de savoir qu’au Sénégal, la plupart des enfants pa¬
ludéens sont amenés à la visite, se plaignant de coliques sèches,
sans jamais que la fièvre soit incriminée. Les coliques sèches du
Sénégal ont été autrefois le sujet de discussions interminables
de la part des médecins de la marine, elles figuraient même sur la
liste des maladies endémiques, dans les rapports médicaux du
service de santé. On les a attribuées, tour à tour, au climat, à la
qualité des eaux, au saturnisme et au paludisme. Comme les en¬
fants indigènes, cpd en sont presque tous atteints, sont en même
temps porteurs d’hématozoaires, il est vraisemblable qu’elles
constituent un de ces s^miptômes larvés, si communs dans le pa¬
ludisme, en particulier chez les enfants. Toujours est-il, que les
coliques sèches, le hir des petits, comme disent les Ouoloffs, dis¬
paraissent sous l’influence de la quinine, et que le tannate de
quinine, en particulier, nous a donné dans ces cas d’excellents ré¬
sultats.
Les indigènes du Sénégal se soumettent volontiers au traite¬
ment quinique, ils se rendent compte de son efficacité, à ce
point que l’on pourrait peut-être arriver à leur faire accepter les
injections qui sont bien plus actives que le médicament pris par la
voie stomacale. De récents travaux et, en particulier ceux de notre
camarade et ami le docteur Rigollet, prouvent que la crainte du
tétanos, consécutif aux injections de quinine, n’est pas fondée.
Elle est la conséquence désastreuse de l’observation d’un certain
nombre de cas, dans lesquels les règles de la plus élémentaire
— 543 —
antisepsie ont été négligées. En attendant que l’on arrive à faire
accepter et à généraliser ce mode d’emploi, le tannate de qui¬
nine rendra de très grands services et depuis nos essais, le dis¬
pensaire de Sor a toujours été largement pourvu de ce médica¬
ment, dont l’adjudicataire du marché des produits pharmaceuti-
([Lies, destinés à l’assistance médicale du Sénégal, a dû faire une
ample provision.
Mais là se bornait notre action personnelle, et il était néces¬
saire que l’organisation de la lutte contre le paludisme et en parti-
c'ulier la vente de la cjuinine à prix réduit dans la colonie, fût
réglementée par un décret et des arrêtés locaux, nous avons donc
adressé à àl, le Directeur du Service de Santé de l’Afrique occi¬
dentale française, un rapport sur ce sujet, inspiré de ce qui a été
fait dans l’Inde anglaise, en Algérie, à Madagascar et en Indo¬
chine et il n’est pas douteux qu’un projet ne soit à l’étude, non
seulement en ce qui concerne le Sénégal, mais aussi les autres
colonies de l’Afrique occidentale.
En attendant cette réglementation, l’introduction du tannate de
quinine dans la pratique du traitement du paludisme chez les en¬
fants indigènes dans les consultations gratuites rendra de grands
services, et cette innovation permettra cretainement de réduire
dans une proportion très notable l’importance du réservoir de
virus que constituent ces enfants indigènes.
'^M. Vallin. — Bien que le tannate de quinine n’ait qu’une
faible amertume, il semble qu’il v aurait quelque avantage à en
masquer la saveur en l’incorporant au chocolat, qui transforme
un médicament en bonbon, très goûté par les enfants et par leurs
parents. L’emploi de ces « chocolatines » est commun en Italie;
il a contribué à faire adopter la quinine, à titre cruatif et préven¬
tif chez les jeunes enfants, qui sont très souvent des foyers de pro¬
pagation de l’infection parasitaire.
M. Laveran. — Les chocolatines au tannate de quinine consti¬
tuent assurément un excellent médicament, mais, en ce qui con¬
cerne la prophvlaxie du paludisme aux colonies, elles présentent
deux graves inconvénients: elles coûtent cher et elles se con¬
servent mal dans les pavs chauds ; les pastilles se ramollissent, se
déforment, et le chocolat rancit ou se couvre de moisissures. C’est
pour cela que la Commission de la Société chargée de rédiger une
— 544 -
Instruction sur l’emploi de la cjuinine dans la prophylaxie du pa¬
ludisme, a préconisé l’emploi de la poudre de tannate de quinine,
qui est peu coûteuse et qui se conserve facilement dans les pays
chauds. L’expérience faite par notre Collègue, M. le D^' Thi-
ROi^x, prouve que ce médicament peut rendre, en effet, de grands
services dans le traitement et dans la prophylaxie du paludisme
chez les enfants indigènes.
Le Béribéri dans le sud de la Chine
Par A. GAUDUCHEAU.
Le béribéri est une maladie très répandue dans le sud de la
Chine. Elle donne une mortalité assez faible si l’on compare le
nombre des décès au nombre total des cas, mais si l’on compare
le nombre des décès béribériques à celui des décès causés par les
autres maladies il semble que cette affection soit un des facteurs
les plus importants de la mortalité, au moins d’après ce que j’ai
pu voir cette année, dans ma zone d’observation.
Au point de vue clinique, on a pu remarquer, d’après les nom¬
breux malades examinés à Canton, que l’affection débutait à peu
près six fois sur dix, par un embarras gastrique fébrile ou non,
avec une constipation, puis la névrite s’installait aussitôt. 'Ni hé¬
matozoaires, ni spirilles, ni agglutinines typhiques dans le
sang. Dans ces cas la névrite paraissait bien être la conséquence
d’une infection aiguë, mais il n’a pas paru que les svmptômes
ultérieurs de la maladie fussent différents, suivant le mode de dé¬
but aigu, fébrile ou progressif et apyrétic|ue. Ce qui diffère,
c’est la marche de la maladie. Dans le cas de début brusque, le
béribéri peut suivre une marche très rapide et amener la mort en
moins de deux jours. Parfois aussi c’est une affection à forme
chronique qui prend une allure foudroyante. Il nous a paru que
les malades avaient, dans ce cas, un faciès caractéristique, déno¬
tant de l’inquiétude et même de l’angoisse.
C’est dans ces derniers cas, particulièrement graves, qu’il con¬
vient d’essayer toutes les ressources de la thérapeutique en insri-
tuant dans le plus bref délai un traitement énergique.
— 543 —
Adoptant la théorie alimentaire, comme la plupart des hygié¬
nistes et considérant la maladie comme une intoxication .avant sa
source dans le duodénum, j’estime que l’indication la plus ur¬
gente consiste à vider absolument le tube digestif et le laisser en
cet état pendant 24 h. au moins. Ce résultat s’obtient par les pur¬
gatifs hvdragogues et la diète absolue, médications avant pour
effet de débarrasser l’intestin de toute substance alimentaire et
d’arrêter du même coup toute nouvelle élaboration toxique aux
dépens du contenu intestinal. D’une manière générale, on a alors
la satisfaction de constater que la maladie ne suit plus sa marche
ascendante et fatale, résultat fort appréciable.
Dans mes observations, le lait s’est montré tout à fait défavo¬
rable et contre-indiqué dans le béribéri, au moins pendant la pé¬
riode d’accroissement de la maladie. Le lait s’est comporté com¬
me un bon milieu de culture pour les microbes toxigènes de l’in¬
testin. Ouand j’ai donné du lait, j’ai souvent vu le béribéri conti¬
nuer à progresser sans aucun arrêt. Je ne crois pas C[u’il s’agisse
là d’une simple coïncidence.
Les résultats thérapeutiques rapportés par M. Bréai'dat sont
bons et nous portent à considérer cette méthode comme une étape
importante vers la solution du problème prophylactic|ue. [Pour
ma part, je verrais dans l’action du son de riz plutê)t un apport
de bactéries empêchantes C|u’un effet antitoxiciue.] Au point de-
vue curatif, on remarque dans ses comptes-rendus le nombre
élevé des malades restant en traitement. C’est cpie la réparation
des nerfs demande beaucoup de temps. J’ai essayé le sucre à haute
dose pour hâter cette réparation, pensant agir ainsi sur la nutri¬
tion des muscles et des terminaisons nerveuses. Le résultat ne fut
pas très appréciable. 11 m’a cependant paru avantageux de modi¬
fier les boulettes de son de riz de Bréaudat, en y mettant du su¬
cre à bon marché en C[uantité un peu plus élevée. La formule sui¬
vante est économique et recommandable.
Sucre brut indig’ène à o fr. 13 le kg- . 300 g-.
Son de riz tamisé .
Acide salicylique (contre les fermentations) .
Eau .
On en prend 50 à 100 g. par jour. Cinci à dix gouttes de teinture
de noix vomicjue par jour complètent le traitement. Malgré tout,
la guérison est souvent très lente.
Quant à l’alimentation, on utilise avantageusement le riz rouge
— 546 —
et les patates. Cette alimentation a la propriété de faire foisonner
les fèces des béribériques. 11 en résulte des selles volumineuses
qui, en traversant l’intestin, exercent une action d’excitation phy¬
siologique utile, car la paresse intestinale doit être considérée
comme un danger dans le cours du béri'oéri. De plus, ce foison¬
nement s’obtient par une certaine transsudation séreuse, qui n’est
pas non plus négligeable.
Comme purgatif, j’emploie le mélange suivamt que j’ai étudié
autrefois sous le nom de purgatif antiseptique:
Sulfate de quinine . 2 g.
Sulfate de soude . . 20 g-.
Kau . . . 200 g.
Le docteur Li’CAS a été le premier à faire de l’antisepsie intesti¬
nale par ce procédé dans le béribéri. Les résultats qu’il avait ob¬
tenus dans les formes humides en 1903-1904, à Poulo-Condore,
éttiient excellents.
L’étude du béribéri fait penser à l’ergotisme et, par conséquent,
évoque l’idée d’un empoisonnement d’origine mycélienne. De
plus, si la fermentation toxique du riz se fait bien dans l’intestin,
il faut que le champignon cherché puisse pousser dans les condi¬
tions offertes par le milieu duodénal. J’ai donc ensemencé à 37"
et en anaérohiose, dans une solution lactosée recouverte d’huile de
vaseline, deux selles de béribéri(|ue. Or, après deux mois, j’obte¬
nais en abondance une moisissure du genre Pénicillium (déter¬
miné par M. PiNOY ('omme P. di^itatum) qui pousse activement
sur le riz, mais au sujet de laquelle on ne peut affirmer qu’une
chose pour le moment : ('’est son caractère de parasite intestinal.
Canton, le 23 août igio.
L’hygiène comparée de Bathurst
et de nos vilîes sénégalaises
Par L. D’ANFREVILLE.
Au cours d’un voyage sur la Côte occidentale d’Afrique, j’ai
eu l’occasion d’étudier les conditions sanitaires et l’hygiène de
Sainte-Marie-de-Bathurst, chef-lieu de la Gambie anglaise, et de
rompariM' sous ce rapport cette ville avec les agglonieiations ur¬
baines de notre colonie du Sénégal.
Bathurst est bâtie sur une île de sable assez vaste, placée à l’en¬
trée de l’estuaire du fleuve Gambie, large en ce point d’environ
12 à 15 km. Alors que le fleuve lui-même la borne au Nord et à
l’Kst, elle est séparée d’autres îles marécageuses et du continent
par un marigot nommé Oyster Creek.
Ce marigot, d’une largeur moyenne de 100 m. et d’une pro¬
fondeur peu considérable, était naguère encore encombre sur ses
deux rives d’épais fourrés de palétuviers. Ces arbres souvent as¬
sez élevés poussent, comme on sait, dans la vase salée du litto¬
ral et des embouchures des fleuves tropicaux.
L’île elle-même était, à l’origine, en partie couverte de vastes
mar£iis à palétuviers.
La situation géographicjue de Bathurst indique que sa salu¬
brité, surtout dans les premières années de son existence, laissait
fort à désirer. Comme maladies endémiques on y a toujours re¬
douté, en premier lieu, le paludisme. Peut-être la maladie du
sommeil v causa-t-elle aussi, du moins dans les débuts, quelcjnes
pertes. La maladie épidémic|ue la plus grave y fut toujours com¬
me sur le reste de la cê)te, la fièvre jaune.
La population de Bathurst s’élève à 10.000 âmes environ, elle
équivaut donc à celle de lxufisc|ue et atteint la moitié environ hi
chiffre de la population de Dakar et de Saint-Louis. Sur ce nom¬
bre on ne compte pas 100 Ifuropéens, dont un tiers au plus sont
Anglais. Les indigènes appartenant h toutes les races de la Cê)te
sont pour une notable partie relativement civilisés.
Les comblements de marais et le dessouchement des palétuviers
des berges d’Oyster-Creek, ont notablement assaini Bathurst. La
largeur des rues et des places de la ville, toutes gazon nées et om¬
bragées de beaux arbres, présente également de nombreux avan¬
tages au point de vue cl eson hygiène générale et il faut bien con¬
venir que le plan de nos villes coloniales de la côte est rarement,
sinon jamais, aussi bien tracé, car nous affectionnons, au con¬
traire les rues étroites le long desquelles les maisons se pressent.
L’alimentation en eaux de la charmante cité anglaise laisse
beaucoup plus à désirer, au contraire, que dans nos villes séné¬
galaises. Nous avons, en effet, beaucoup dépensé, par millions,
pour l’adduction d’eauxpotables, de qualité parfois médiocre,
comme à Saint-Louis. Cette dernière villC' reçoit tous les jours
048 —
2.000 tonnes d’eau d’un marigot éloigné de 18 km. et ce service
lui revient à 280.000 francs par an. Les Anglais eux, n’ont rien
fait à Bathurst dans cet ordre d’idées. Or, comme l’eau du fleuve
(îambie est salée jusqu’à une grande distance dans l’intérieur, on
en est réduit à utiliser l’eau de puits, dont un grand nombre ont
été forés au milieu des rues de la ville. La nappe d’eaux souterrai¬
nes est, au surplus, très peu profonde, à 2 ou 3 m. environ.
Un tel état des choses donne encore plus d’importance à la
question de l’abduction des matières usées.
Chez nous, Dakar seul possède un système d’égoûts très im¬
parfaits et insuffisants. Rufisque est la plus propre de nos villes
et Saint-Louis la plus sale, à cause peut-on dire, des méfaits de la
politique locale.
Les noirs, devenus électeurs par une inconcevable aberration
mais demeurés sauvages, sont trop souvent placés à l’abri de
toute répression lorsqu’ils commettent quelque faute contre les
règlements, soit d’hygiène, soit de quelque nature que ce soit,
grâce à la protection intéressée de leurs élus.
A Bathurst, au contraire, la discipline est stricte, aussi la ville
est-elle excessivement propre. Tous les déchets sont jetés dans le
fleuve à distance. Le sol de l’île demeurant indemne de souillu¬
res, le sous-sol sablonneux risque moins d’être infecté, aussi les
eaux qu’on puise en ville sont-elles d’une qualité moins inférieure
qu’on pourrait croire.
La lutte préventive contre les maladies épidémiques causées
par les piqûres des insectes, dans le cas particulier, contre la
fièvre jaune, a été entreprise par les Anglais deux ans avant de
l’être chez nous, en 1902. Ils ont creusé dans les rues de Bathurst
tout un système de canaux pour l’écoulement des eaux, mais ils
sont loin d’être aussi bien armés que nous le sommes pour pour¬
suivre la destruction des moustiques stégomyas, vecteurs de la
fièvre jaune, jusque dans les propriétés privées. Telle est la rai¬
son pour lacjnelle les efforts accomplis par eux n’offrent aucun
intérêt.
La seule excuse, plus ou moins valable, de leur conduite, serait
que le nombre des blancs domiciliés à Bathrurst est trop infime
pour justifier la mise à exécution des règlements draconiens né¬
cessaires chez des noirs, lorsqu’on veut, par la destruction des
Stégomyas, assurer la protection d’une ville contre la fièvre jaune.
Xul doute, au surplus, que si les Anglais veulent un jour en-
— 549 —
tamer comme nous, la lutte contre les moustiques, ils n’obtien¬
nent des résultats supérieurs aux nôtres, à cause, justement, de
l’énergie avec laquelle ils sauront faire respecter toutes les lois
par leurs sujets ou leurs nationaux.
Pour compléter ce très succinct résumé, Bathurst possède un
hôpital d’environ 70 lits, en même temps qu’un dispensaire.
Trois médecins résident en ville. 11 ne semble pas cjue nous ayons
cpioi cjue ce soit à leur envier à ce sujet, soit comme organisation
matérielle de nos établissements, soit comme valeur profession¬
nelle chez nos médecins.
Etude d’eaux bicarbonatées sodiques
du bassin de Tuy-Phong,
province de Binh-Thuân(Annam)
Par G. LAMBKRT.
Dans le bassin du Tuv-Phong, province de Bing-Thuân (Au-
nam), sur le bord de la mer et près de la ligne du chemin de fer
de Saigon à Phanrang, se trouvent plusieurs sources qui émer¬
gent de terrains sablonneux, à c{uelques kilomètres du pied de la
montagne et loin de toute habitation, en donnant un dépôt assez
abondant (cat-lôï) cpie les indigènes emploient comme savon. La
plupart de ces sources ne manifestent leur présence que par le dé¬
pôt qu'elles forment à la surface du sol. Une seule a un débit assez
abondant. C’est celle c|ui est connue sous le nom de source de
Vinh-Hoa. Elle jaillit en bouillonnant dans un petit bassin de
2 m. environ de diamètre, et de 50 cm. de profondeur à la tem¬
pérature de 30°. L’eau prélevée dans de bonnes conditions, aussi¬
tôt après l’émergence, a, d’après l’analyse que nous en avons
faite, la composition suivante:
Eau limpide, incolore, inodore, ayant une saveur alcaline
agréable.
38
— 55o —
Résidu à ioo“ . . .
Résidu à i8o“ .
Acide carbornque libre .
Bicarbonate de soude .
Bicarbonate de potasse .
Bicarbonate de chaux en CaCO^.
Bicarbonate de magnésie en MgC)
Bicarbonate de lithine .
13icarbonate de fer en Fe .
Bicarbonate d’alumine en AFO^
Bicarbonate de manganèse .
Chlorure de sodium .
Silice .
M atières organicpies .
2 g. 37 par litre.
2 g* 338 »
non dosé.
2 g. y 22 »
O g. 182 »
O g. 125 »
O g. 0063 »
traces.
o g. 002 »
o g. 0018 »
traces.
o g. 0515 »
o g. 080 »
traces.
Nous n’y avons pas trouvé de sulfates, de sulfures, de phos¬
phates, d’acétates, de bore, de fluor, d’iode, de bromie, d’arsenic,
de plomb, de cuivre, de strontium, de baryum, de zinc.
Les eaux des autres sources ont une composition semblable, et
à notre avis, la même origine. Ce sont donc des eaux bicarbona¬
tées sodicpies de richesse moyenne. Convenablement captées, elles
pourraient avoir sans doute des applications médicales nombreu¬
ses. Nous les croyons, en particulier, très actives pour le foie:
car, une personne, n’avant jamais souffert de cet organe, eut de
fortes coliques hépatiques après avoir bu de l’eau de la source
de Vinh-Hoa pendant plusieurs jours. Comme ce sont les seules
eaux bicarbonatées sodiques qu’on ait encore trouvé en Indo¬
chine et dans les pays voisins, il y avait un grand intérêt à les
signaler.
{Laboratoire d’hygiène de VJndochin''^.)
Mémoires
Trypanosomiases animales du Haut-Dahomey
Far (F PÉCxVUI).
Nos précédentes notes (i) ont montré la répartition des trypa¬
nosomiases animales du Bas et du Moyen-Dahomey.
Des tournées d’inspection de l’élevag-e nous ont permis de
continuer et de terminer ces recherches dans les régions du Ilaut-
Dahomev, encore inexplorées à ce point de vue particulier.
Les régions du Haut-Dahomev font surtout partie du bassin
du Niger, dont les affluents (de l’ouest à l’est: Mekrou, Alibory,
Sota) traversent la colonie prescpie parallèlement du vSud au
Nord.
Le climat est celui du Soudan : deux saisons bien tranchées.
La saison sèche, de novembre à fin mai, et la saison des pluies
occupant le reste de l’année.
L’élevage est une des principales ressources du Haut-Daho-
mev. On y retrouve de nombreux et superbes troupeaux de la
race bovine dite du Borgou, ainsi cpie des chevaux en assez
grand nombre, provenant soit d’importations, soit des régions
Dendis (rives du Niger), où se trouve un petit élevage de che¬
vaux Djermas.
Pas de porcs (pays musulmans). T.es petits ruminants appar¬
tiennent en majorité à la race du Fouta-Djallon profondément
modifiée par des croisements avec les grandes races Peuhles dont
on retrouve des types purs un peu partout et surtout dans le pays
Dendi.
Nous reprenons nos observations à partir de Parakou, point
extrême, cà l’est, atteint dans notre tournée de l’an dernier. Les
résultats sont donnés région par région, chacune d’entre elles
formant un centre d’élevage distinct.
(i) Voir Bulletin Path. Exot., 1909, pp. 127 et 531 et /. Off. de VA. O. F.
Suppléments, 12 juin et ii décembre 1909.
- 552 —
Environs de Parakou, — Nous visitons plusieurs troupeaux à
l’ouest et au nord de la ville :
Région Sérarou-Ouénou. — Région importante d’élevage.
Nombreux marigots à rives marécageuses non couvertes formant
les pâturages de saison sèche.
Région Témé-Gucyssoii. — Analogue à la précédente. Beau¬
coup d’élevage.
Région de Nikki. — Fait partie du bassin du Niger. Région
de plateaux herbeux où croissent, de 8 en lo mètres, quelques
arbres rabougris, parfois en bosquets (gommiers, karités, ficus).
Marigots encaissés à rives couvertes ayant encore de l’eau en
saison sèche.
— 553
Région de Diinkassa. — • Au nord de Nikki. Même région.
Beaucoup d’élevage.
Région de Zougoii-Contorsi. — Belle région d’élevage, tou¬
jours verte. Marigots creux et couverts avant encore de l’eau en
saison sèche.
Région Bouay-Sinendé . — Bien que possédant d’assez nom¬
breux troupeaux, cette région semble être particulièrement mal¬
saine. Les trypanosomiases y atteignent un pourcentage fort
élevé, et les éleveurs leur attribuent une forte mortalité pendant
la saison des pluies.
— 554 —
Région Ouérc-Béroiihay . — Sur la route d’étapes. Analogue à
la précédente.
K and']. — Au milieu d’une plaine, aride pendant la saison
sèche. C’est un lieu de passage important pour les caravanes
d’ânes qui font la navette entre Kano (Nigeria) et Salaga (Gold
Coast), à chaque saison sèche ; caravanes rapportant des kolas,
et dont nous avons déjà eu l’occasion de parler dans notre pré¬
cédent travail à Djougou. Aux environs de Kandi, les troupeaux
sont superbes et nombreux.
Vs. n***
— 555 —
Eiivirons de Kandi, — L’élevage des animaux de race bovine,
comme nous l’avons dit, est très prospère aux environs de Kandi.
Sur la route de Carimama, cet élevage s’arrête au village d’An-
gora-Debou, pour ne reprendre que dans la région Dendi.
D’ Angora-Débou cà Guéné, en effet, la région semble malsaine
pour l’élevage. La brousse est forte et les marigots assez nom¬
breux. Les villages eux-mêmes sont rares et pauvres.
Région Dendi {rive droite du Niger. Carimama). — C’est la
vallée du Niger, composée surtout de marécages importants re¬
couverts par les crues du fleuve, et bordés de légères falaises de
grès recouvertes de conglomérat ferrugineux.
A la saison sèche, ces marécages forment d’excellents pâtura¬
ges. C’est là que transhument les animaux des régions de Kandi
ou les zébus des Dallols (vallées sèches de la rive gauche).
C’est une région d’élevage importante. On y élève des che¬
vaux, et les bœufs de la région de Cagou appartiennent à la
race zébu du Foga. Les moutons et les chèvres appartiennent
en grande majorité aux races Peules.
556 —
Anes : 13 o
Bœufs ; 27Ô 5 1,81 0/0
Petits Ruminants : 339 5 1,47 0/0
Chiens : 49 o
Ces résultats nous font voir que les trois mêmes trypanosomia¬
ses sont endémiques dans toute l’étendue du territoire dahoméen,
mais avec bien moins d’intensité dans les régions nord.
La relation région par région montre que cette intensité semble
diminuer au fur et à mesure que l’on s’avance vers le nord. Elle
montre aussi combien elle est variable suivant la nature du pays*
Tl est bien certain que la région Bouay-Béroubay n’est pas favo¬
rable à l’élevage: un pareil pourcentage d’infectés ne se rencon¬
tre nulle part ailleurs (certains coins des environs de Djougou
nous ont donné 20 % et Savé 12 % seulement).
- 557 -
Malgré ces trypanosomiases, on retrouve de nombreux et beaux
troupeaux d’animaux de la race bovine dite du Borgou, qui sont
assez sensibles aux trypanosomiases, et dont l’élevage est impos¬
sible dans le Bas-Dahomey.
Les Peuhls éleveurs arrivent à préserver leurs animaux dans
une certaine mesure, en mettant à profit les données d’une lon¬
gue expérience. Le campement (gâ) se trouve toujours à une cer¬
taine distance des villages et surtout des routes. Généralement,
il est installé sur un plateau aménagé par un fort débroussail-
lement.
Ln saison des pluies, les animaux ne s’éloignent pas du pla¬
teau. Ce n est cphen saison sèche que le troupeau descend paître
dans les vallées. Les Peuhls fuient les endroits où sont les tsétsés,
qu’ils connaissent fort bien.
C’est ainsi qu’on ne rencontre jamais de troupeaux dans les val¬
lées des grandes rivières qui ne se dessèchent jamais, et dont les
rives couvertes récèlent de nombreuses glossines.
La possibilité de l’élevage est donc basée sur l’existence d’une
saison sèche et sur le cantonnement des troupeaux pendant l’hi¬
vernage.
Les bœufs n’échappent pas tous aux trypanosomiases. En au¬
cune région nous n’avons trouvé les troupeaux complètement'
sains.
I.a mortalité est faible cependant, et le nombre des guérisons
naturelles doit être assez élevé sur ces animaux en bon état et en
station (i). La mortalité semble surtout accusée sur les jeunes
sujets. Les indigènes nous déclarent qu’il en disparaît chaque
année un grand nombre. Mais il ne faut pas y voir le fait exclu¬
sif des trypanosomiases, et cette mortalité est due à de nombreu¬
ses autres causes (Piroplasmose, infections ombilicales (2) ).
Sur les bœufs adultes, les trvpanosomiases prennent le plus '
souvent une forme de longue durée. Les indigènes, qui connais¬
sent bien la maladie, se débarrassent alors de leurs animaux pour
la boucherie.
(1) Nous avons souvent retrouvé, sur des animaux non malades et en bon
état, des lésions oculaires anciennes. Les renseignements fournis par les
indigènes nous permettent d’affirmer qu’il s’agit de lésions de trypanosomia¬
ses guéries.
(2) La piroplasmose due à P. mutans est fréquente au Dahomey. Nous y
reviendrons ultérieurement.
— b58 —
Sur les chevaux, la mortalité accusée est forte: 25 %.
Le cantonnement n’est pas toujours possible, et les chances de
contamination varient proportionnellement avec les services ren¬
dus. En saison des pluies, il faut renoncer à sortir à cheval, et en
saison sèche, on n’échappe pas toujours à l’infection.
Dans le pavs Dendi, les indigènes prétendent que les voyages
à Ivandi sont funestes à leurs chevaux.
Le fait est réel : ils ont à traverser toute une région dangereuse
(de Ouéné à Angora-Debou), et le séjour à Kandi n’est pas sans
danofer. Cette dernière ville est, comme nous l’avons dit, un lieu
de passage des caravanes d’ânes. Dans notre précédente note (i),
nous avons vu, à propos de lâjougou, quelle importance il fallait
attribuer à ces caravanes qui sont de véritables réservoirs ambu¬
lants pour les trvpanosomiases dont sont atteints leurs animaux.
Ce sont certainement elles c|ui véhicident le Tr. Pccaudi, que
nous retrouvons partout sur leur passage, à Sinendé, à Kandi !
Ces ânes sont infectés dans une très forte proportion au retour
(30 %), surtout si la saison des pluies est avancée et surprend les
animaux sur la route.
La mortalité est assez élevée. Cependant, la plupart des ani¬
maux arrivent à porter leur charge (80 kg.) jusqu’à destina¬
tion, grâce à la durée de la maladie. Le Eîaoussa caravanier s’in¬
quiète peu de l’état de ses animaux en cours de route, pourvu
qu’ils puissent porter la charge jusqu’au bout. En ce cas le béné¬
fice réalisé couvre la perte occasionnée par la mortalité cpii sur¬
vient après l’arrivée, et qui est, d’après eux, assez élevée.
En cours de route les animaux malades sont traités par des
cautérisations profondes en raies sur les fesses, les membres ou
le ventre.
Les Peuls désignent sous le nom de <( bodel » toutes les trv¬
panosomiases à formes cachectisantes. Le mot « albana » est em¬
ployé lorsqu’il y a de la diarrhée. (Ce mot a servi, par extension,
à désigner la peste bovine).
Les klaoLissas désignent sous le nom de <( .Sagni » les trvpano¬
somiases des chevaux et des ânes.
Les mouches piquantes sont abondantes dans les régions du
(i) Tr. du Moyen-Dahomey. (Voir Bull. Path. Ex. et J. Off. Af. occ. fran¬
çaise, loc. cit.).
— 5b9 —
Haut-Dahomey. Les tsétsés sont abondantes, mais, en saison
sèche, elles restent localisées dans les endroits encore humides,
parmi la végétation des rives des grandes rivières.
Par suite de cette localisation, il nous a été facile d’en récolter.
Xous avons trouvé GL palpalis, Gl. tachinoïdes et Gl. longiba-
lis. GL palpalis a été retrouvée sur les grands marigots du bassin
de l’Ouémé (Ocpa-Véroumarou) ainsi cpie dans la région de Nikki
(rivière Ollv), de Zougou et le long des rivières Bouly, Iranée et
leurs affluents. Au-dessus de Kandi, nous l’avons retrouvée en
abondance le long du marigot voisin de Angora-Debou.
GL tachinoides paraît être l’espèce la plus répandue dans le
bassin du Niger. Ses représentants en sont abondants sur les rives
couvertes des affluents du Niger (^JMékrou-Alibory-Sota-Olly) ou
de leurs propres affluents (Iranée-Tansinet-Bouly).
GL tachino'idcs se trouve encore en abondance, mélangée à
GL longipalpis, au confluent de ces rivières avec le Niger ainsi
que le long des marécages du pavs Dendi.
GL longipaUs existe en outre dans toute la région comprise en¬
tre la rivière Khokoï, près Gtiéné, et Angora-Débou. Malgré la
saison sèche, plusieurs sont venues se poser stir nos chevaux pen¬
dant l’étape.
Les Stomoxes sont très abondants partout {St. calcitrans, St.
Boinncri (i)), ainsi que les Lyperosia (L. longipalpis (i)).
Nous avons récolté, en outre, de nombreux spécimens du genre
Tahanus, c(ue nous avons envovés à déterminer (voir la note ci-
après).
Ahomcy, le 75 août igio.
Note sur des Diptères piqueurs
recueillis au Dahomey par M. Pécaud
Par Jacques SURCOUF et J. ARIAS.
Nous avons reçu de M. le docteur Laveran, membre de l’Ins¬
titut, président de la .Société de Pathologie exotique, divers
(i) Ces mouches nous ont été déterminées par M. Roubaud.
56o —
exemplaires de Diptères piqueurs, provenant du Dahomey et qui
avaient été recueillis par M. Pécaud,
De l’étude de ces insectes, il résulte que les espèces reçues éta¬
blissent une aire de dispersion plus considérable qu’on ne le sa¬
vait pour certaines espèces; les recherches de M. Pécaud, ap¬
portent donc ici une contribution intéressante à l’expansion des
Diptères piqueurs.
Les espèces recueillies sont les suivantes:
N° 1:4 exemplaires de Glossina tachinoides ;
N° 2 : 10 exemplaires de la même espèce.
11 est à remarquer que certains exemplaires ont le troisième
article antennaire partiellement jaunâtre, ce qui augmente leur
ressemblance avec Glossina pallicera. Bigot. Malgré cela, cette
dernière se distinguera toujours aisément par sa taille plus grande
et par les dessins confus de l’abdomen.
3:1 exemplaire de Glossina morsitans Westwood.
N° 4: 6 exemplaires de la même espèce.
X° 5: 2 exemplaires 9 de Tabamis tœniola Palisot de Beau-
vois ; espèce répandue dans toute l’Afrique tropicale et qui a été
signalée entre le 18" latitude Sud et le 18° latitude Nord, d’un
bord à l’autre de l’Afrique.
N° 6: I exemplaire de Tabamis gratiis Lcew.
Cette espèce décrite du Cap par La<:\y, a été retrouvée dans le
pays Somali par le D'’ Brumpt, en septembre 1901. La collec¬
tion du Muséum en possède deux autres exemplaires, don de
M. le D’' Laveran, recueillis à Kati (Soudan).
Le British Muséum a reçu divers specimens de Nigeria, et de
l’Ouganda.
N° 7 : I exemplaire de Tabamis ditœniatus Macouart.
Cette espèce se rencontre dans l’Afrique entière au-dessous
d'une ligne idéale réunissant le Sénégal, le Tchad et le pays so¬
mali ; le British Muséum la possède de Chine et de l’Inde, Cey-
lan, Beloutchistan, Perse. M. Coquillet la signale du Japon, le
Muséum de Paris possède des exemplaires provenant de Maurice.
Les spécimens reçus de M. le D’' Laveran se différencient du
type connu par l’absence d’une bande ou d’un trait sombre hori¬
zontal sur l’œil.
N'"' 8: 2 exemplaires de Tabamis siibangustus Ricardo.
Cette espèce semblant localisée à l’Etat de Nigeria et aux bords
du Niger.
— 56i —
.N” 9: I exemplaire de T ah anus iœniola P. B.
10: I exemplaire de Tnhanus niloticus Austkn.
Cette espèce semble être une variété assez inégalement répan¬
due de Tahamis jasciaius Fabricus ; il existe, du reste, plusieurs
variations intermédiaires provenant du Sénégal.
Prophylaxie de la maladie du sommeil
à Brazzaville et au Congo français
pendant l’année 1909
Par Gustave MARTIN et RINGENBACH.
.Vu cours de l’année 1909, l’organisation d’un service de pro¬
phylaxie contre la maladie du sommeil a été l’un de nos princi¬
paux objectifs. La Vlission d’Etudes, l’Institut Pasteur, qui lui
a fait suite, n’ont jamais perdu de vue ce but. D’ailleurs nous
nous conformions ainsi tant aux instructions écrites qui nous
avaient été données qu’aux instructions verbales de nos chefs du
Corps de Santé des colonies et de nos maîtres de l’Institut Pas¬
teur. Nous répondions aussi aux désirs du Gouvernement Géné¬
ral du Congo et de la Direction du Service de Santé de la colonie.
Nous nous proposons ici de décrire l’organisation du système
de surveillance et d’en étudier le fonctionnement.
»
« «
r° En 1907-1908 (i) (D'’® Gustave Martin et Lebœuf) et au
commencement de 1909, les individus reconnus par le laboratoire
atteints de la Maladie du Sommeil et traités par lui (prophylaxie
chimique), lui étaient envoyés, en majorité, par le Médecin-chef
de l’hôpital, auquel ils s’étaient présentés pour un mal banal quel¬
conque : plaie, adénite, brûlure, ou pour un symptôme qui les ren¬
dait suspects: céphalée, diarrhée, faiblesse généralisée, douleurs
des pieds. Le Commissariat de police nous adressait également
(i) Gustave Martin, Lebœuf et Roubaud. La maladie du Sommeil au
Congo. Rapport de la mission d’Etudes, 1906-1908, p. 647.
— 562 —
des noirs arrêtés pour excitation, coups et blessures, et que nous
reconnaissions souvent parasités. Quelques indigènes venaient
aussi à nous bénévolement parce qu’ils avaient des envies invin¬
cibles de dormir, mais ils se trouvaient le plus souvent à une pé¬
riode avancée de la maladie où il n’y avait pour eux aucune chan¬
ce* de guérison. Exceptionnellement, certains trypanosomés
étaient dirigés sur Brazzaville par les Médecins des postes ou
par les Administrateurs. Le recrutement des malades qui nous
servaient de sujets d’étude, dépendait donc surtout des condi¬
tions dans lesquelles se passait la visite à l’hôpital et du médecin
appelé le premier à examiner les noirs venus a la consultation.
Aussi, le nombre des indigènes reconnus atteints et de ceux sou¬
mis à un traitement pouvait-il être excessivement variable (i).
Cette première considération, au point de vue de la prophylaxie
de la trypanosomiase humaine à Brazzaville, a bien son impor¬
tance.
2° Parmi les hypnosicjues en traitement, les uns continuaient à
vivre en ville, les autres étaient hospitalisés. Les malades appar¬
tenant à l’une ou l’autre de ces deux catégories n’étaient pas tous
traités par nous. Le lal^oratoire en principe se réservait la direc¬
tion du traitement des individus les plus favorables à des essais
de thérapeutique. Le Médecin-chef de l’hôpital gardait également
une certaine cjuantité de malades cjui recevaient des injections
d’atoxyl. Aussi, de nombreux trypanosomés, après avoir été soi¬
gnés en ville, par le laboratoire, disparaissaient, puis venaient
demander au Médecin-chef du Moyen-Congo leur admission à
l’hôpital. D’autres échappaient à tout traitement et se représen¬
taient, après un temps plus ou moins long', sous un nouveau nom
lorsque leur état général s’était aggravé. Quelques-uns, poursui¬
vis pour tentative de vol ou d’homicide, et conduits à nous pour
être examinés au point de vue de la responsabilité de leurs actes,
étaient aussi d’anciens malades en fuite. Dans tous les cas, il était
très difficile de retrouver leurs antécédents, la date à laquelle ils
avaient laissé voir pour la première fois des parasites, le genre de
médication auquel ils avaient été soumis. Enfin, nous n’avions
(i) Ainsi en janvier 1909 le nombre des individus suspects adressés par
l’hôpital au laboratoire était de 39 (sur lesquels 12 étaient reconnus trypano¬
somés). En février, il n’était que de 21 (14 trypanosmés). En mars de 19
(il trypanosomés). En avril de 9 (5 trypanosomés).
— 563 —
jamais de renseignements officiels sur les malades venus des pos¬
tes, et il nous était impossible de donner à leur sujet notre opinion
(qui souvent nous était demandée) dans les cas fréquents où ils
n’étaient pas traités par nous. Le laboratoire ne possédait pas non
plus les observations de tirailleurs trypanosomés dont le Méde¬
cin-chef de riîôpital désirait diriger le traitement. Nous ignorons
le nom de plusieurs d’entre-eux cjui ont reçu des injections d’ato-
xyl. Nous n’avons jamais rien su de leur état de santé à la fin
du traitement, ni de la direction prise par les différents malades,
3° Les malades dirigés sur le camp de la police pour excitation
cérébrale ou folie continuaient à recevoir des soins du premier
médecin qui avait posé le diagnostic ou pris au début la direc¬
tion de leur traitement, mais aucune visite médicale régulière
n’était faite à la prison. Or, même à cette période de troubles
mentaux, les malades peuvent présenter des trypanosomes plus
ou moins nombreux dans le sang circulant et dans les ganglions.
Ils peuvent donc être une source de contamination pour leurs
voisins.
4° Le traitement a, le plus ordinairement, l’avantage de faire
disparaître les trypanosomes de la grande circulation. Chaque
nrédecin a donc le devoir de faire suivre une médication judi¬
cieuse à tous les gens atteints sans exception, mais il est néces¬
saire cjue des examens microscopiques viennent contrôler si les
doses administrées sont suffisantes pour supprimer toute cause
de contamination. C’est ainsi que chez certains malades, insensi¬
bles à l’atoxyl, des parasites peuvent persister dans le sang, mal¬
gré des injections. Ces cas sont heureusement l’exception, mais
ils doivent pouvoir être dépistés.
5° Le médecin doit toujours s’efforcer de faire le diagnostic
précoce de la maladie.
Pour toutes ces multiples raisons (i), il v avait donc intérêt,
pour combattre avec avantage la Trypanosomiase humaine à
Brazzaville, non seulement à centraliser les renseignements du
chef-lieu en une même direction, mais encore à. créer un service
(i) (( Pour la plupart des mesures de prophylaxie des médecins sachant
faire le diagnostic au microscope s’imposent, Ils sont trop rares sur la vaste
étendue du Congo. Eux seuls peuvent s’opposer à la marche envahissante
du fléau ». (Rapport sur les premiers travaux de la mission d’études de la
M. du S. février 1908, M. Mesnil, page 23).
— 564 —
spécial de surveillance de la maladie, à dresser la liste complète
des noirs atteints, à grouper ceux-ci sous une même autorité mé¬
dicale.
On évitait également, par cela même, les critiques adressées à
l'ancien état de choses, alors que le laboratoire, conservant seule¬
ment pour des essais de traitement une série d’individus aux pre¬
mières périodes, on ne voyait dans ce choix qu’un moven pour nous
d’avoir de bonnes statistiques et de nous débarrasser des gâteux,
des impotents et des aliénés.
Un simple exemple illustrera d’une façon très nette l’inconvé¬
nient de laisser à différents services le traitement des trypanoso-
més : Moussa Sidibé, tirailleur, infecté à Moutamba (région de
Sibiti), hospitalisé (2® période), avait déjà été examiné, le 6 fé¬
vrier igog et avait été reconnu atteint de trypanosomiase (Trypa¬
nosomes nombreux dans le sang circulant). Il fut laissé à la dis¬
position de l’hôpital. Il ne reçut aucune médication, nous fut
adressé de nouveau au laboratoire comme suspect de trypanoso¬
miase le 2^ avril. Il montrait toujours des Trypanosomes assez
nombreux à l’examen direct du sang! Il
Aussi, pour éviter le renouvellement de pareils faits, le labora¬
toire acceptait, après entente avec M. le Médecin-Chef du Moyen
Congo, de prendre à Brazzaville la direction du service médical
proprement dit de tous les trvpanosomés et d’assurer leur traite¬
ment, mais sans avoir à s’occuper du service administratif gé¬
néral.
Les dépenses nécessitées par l’achat de médicaments et par les
frais divers de traitement étaient remboursées par le bureau de
finances du Moyen-Congo.
*
♦ ♦
Aucune mesure sérieuse de prophylaxie contre la maladie du
sommeil n’était encore prise à Brazzaville au commencement
de 1909. Il n’y avait pas de service spécial des hypnosiques. Toute
chance de contamination, même pour les habitants du chef-lieu,
était donc loin d’être supprimée; et la grande quantité aussi bien
de malades inconnus de passage à Brazzaville, c^ue d’individus
atteints habitant le chef-lieu ne suivant aucun traitement, res¬
taient un danger permanent pour la population européenne. Le
docteur Lebœuf, dans ses rapports, a également très souvent in-
565
sisté sur ce point. 11 existait, en effet, de nombreux hypnosiques
méconnus, parmi les indigènes des différentes administrations,
parmi les tirailleurs, la garde civile, la police, la douane et sur¬
tout parmi toute cette population flottante venue de Loango, de
Bangui, de la Sangha. 11 ne faut pas oublier que Brazzaville est
un gros centre de passage vers où convergent tous les miséreux
à la recherche d’une place ; parmi eux, les chefs de factorerie re¬
crutent leur personnel, les compagnies concessionnaires leurs ma¬
nœuvres et leurs porteurs. A côté d’eux, promenant leur virus
redoutable, des individus reconnus trypanosomés échappaient
aussi à notre traitement; des bovs, des cuisiniers, des concubi¬
nes continuaient à vivre près d’Européens C{ui, les sachant mala¬
des cependant, étaient loin d’être les premiers à les encourager à
suivre une médication régulière. Ils les conservaient à leur ser¬
vice malgré leur refus absolu de recevoir tout médicament. Les
indigènes, au début de leur affection, se prétendaient non mala¬
des et ne voulaient pas se faire soigner. Si, plus dociles ou plus
faciles à persuader que les autres, quelques-uns daignaient bien
accepter quelques injections, ils se figuraient guéris dès qu’ils se
sentaient améliorés, après deux ou trois semaines de traitement.
Ils disparaissaient, ou prenaient du service auprès d’un patron
insouciant ou ignorant de leur état de santé.
A maintes et maintes reprises, le laboratoire avait demandé
cà passer l’examen des indigènes dépendant de l’Administration.
Des visites avaient même été faites à la milice, à la prison. Nous
avions provoqué des réunions du Conseil d’hvgiène, nous avions
insisté sur la nécessité de créer un service de voirie et de dé-
broussaillement chargé de la destruction des gîtes à tsétsés, sur
l’utilité d’éloigner de la ville européenne les quartiers indigènes,
d’établir une surveillance sanitaire rigoureuse, de délivrer des
passeports sanitaires, d’examiner les indigènes à leur arrivée à
Brazzaville et à leur départ. Jamais aucun service officiel n’avait
été organisé.
Une Commission nommée par le Gouverneur du Moyen-Congo
et dont nous faisions partie, se réunissait cependant les 5 et
25 mai 1909: 1° pour donner son avis sur l’utilité d’un lazarei
pour les trypanosomés, sur le choix de son emplacement, et,
2“ pour étudier les moyens pratiques de sauvegarder la santé gé¬
nérale de la population européenne et indigène de Brazzaville.
La Commission émettait le vœu :
— 566 —
I'’ Oii’un service spécial de débroussaillement fut créé;
2° Oue la maladie du sommeil fût ajoutée à la liste des mala-
dies contagieuses, dont la déclaration serait obligatoire;
3° Que les villages indigènes fussent déplacés à une certaine
distance de la ville européenne.
Mais il appartenait à M. le Gouverneur General Merlin et a
M. le Directeur du Service de Santé, le docteur Clouard, aux¬
quels nous ne saurions trop témoigner de reconnaissance pour
leur haute bienveillance, pour leur précieux et indispensable con¬
cours, de s’intéresser tout particulièrement à cette question de
prophvlaxie de la maladie du sommeil et de prendre des mesures
applicables à toute l’étendue du Congo français.
Devant les nombreuses et réelles difficultés que rencontre le
ravitaillement de Brazzaville, devant les objections de certains
commerçants, et dans un but de large tolérance, M. le Gouver¬
neur Général Merlin fit paraître à VOjficiel l’arrêté du 23 juin
igoq, qui prévoyait les points les plus urgents. Bien appliqué, il
suffisait largement pour le moment.
Arrêté instituant dans tes centres de la colonie du Congo, où il existe une
formation sanitaire régulière, un service de surveillance de la maladie du
sommeil.
Le Gouvf.rnfx'r général du Congo français,
Officier de la Légion d'honneur.
Vu les décrets des ii février 1906 et 26 juin 1908, portant réorganisation
du Congo français ;
Arrête :
Article premier. — Dans tous les centres de la colonie du Congo, où il
existe une formation sanitaire régulière, et dans tous ceux où il réside un
médecin, il est institué un service de surveillance de la maladie du sommeil.
A Brazzaville ce service est assuré par l’Institut Pasteur.
Art. 2. — Les indigènes suspects de trypanosomiase sont signalés et
adressés sans délai au médecin, chef de la formation sanitaire, par le fonc¬
tionnaire ou agent commandant la circonscription.
Art. 3 . — Sont adressés d’office à l’autorité médicale :
I Les indigènes employés, à un titre quelconque, par ses services publics
tant civil que militaire ;
2° Les indigènes appelés à louer leurs services, conformément aux dis¬
positions du décret du 28 mai 1907 ;
3° Les indigènes appelés <à élire domicile dans la localité ;
4° Les détenus à quelque titre que ce soit.
.Art. 4. — Le permis d’embarquement prévu par l’arrêté du 28 mai igoi
ne sera délivré que sur production d’un certificat médical établi par le méde-
507 —
cin qualifié constatant que le partant est indemne de toute trypanosomiase.
Art. 5. — L’autorité médicale procède dans les délais les plus brefs à
l’examen des indigènes qui lui sont adressés.
wSi l’examen révèle la présence de la trypanosomiase, l’indigène est mis
en observation ou isolé suivant l’ordre du médecin.
Art. 6. — L’indigène mis en observation est astreint à se présenter régu¬
lièrement à la visite méxlicale, aux jours et heures fixés par le médecin.
Art. 7. ■ — L’indigène isolé est interné dans les villages dits d’isolement,
dont les dispositions spéciales préciseront le fonctionnement.
Art. 8. — Sont punies des peines prévues à l’article i®'" de l’arrêté local
du avril 190S, les infractions au présent arrêté. Cette disposition est
notamment applicable aux indigènes qui, placés en observation ne se pré¬
senteront point à la visite de l’autorité médicale ou qui isolés, sortiront du
périmètre d’isolement.
.■\rt. 9. — Ives Lieutenants-Gouverneurs sont chargées de l’exécution du
présent arrêté qui sera enregistré et communiqué partout où besoin sera,
publié et inséré au Journal officiel du Congo français.
Brazzaville, le 23 juin 1909.
M. Merlin.
Le service de prophylaxie en iQog a donc fonctionné à Brazza¬
ville d’après cet arrêté. Il a été assuré par l’Institut Pasteur qin'
a traité (prophylaxie chimique) sans exception, toutes les catégo¬
ries de trypanosomés :
1° les aliénés (pavillon spécial sous la garde de la police);
2° les impotents (hospitalisés); a'’ les malades plus ou moins va¬
lides logeant en ville.
Nous avons visé le permis d’embarquement de tous les noirs
se rendant à un point ciuelconc{ue du Congo. Nous avons arrêté
ainsi des boys, des cuisiniers, des serviteurs désireux de suivre
leur maître jusqu’à Fort-Laniy. Nous avons examiné tous les in¬
digènes appelés à louer leurs services, manœuvres, porteurs, etc.,
destinés à servir à l’intérieur pour une compagnie concession¬
naire et venant réclamer à l’Administrateur-Maire le certificat
d’engagement.
Les indigènes civils et militaires emplovés par les services
publics (miliciens, douaniers, agents de police, charpentiers et
manœuvres des travaux publics) ont été examinés ainsi que les
détenus.
Dernièrement, la visite avant l’embarcjuement pour Libreville,
de noirs recrutés dans la Sangha pour servir comme miliciens
au Gabon, nous permit d’en arrêter 7 sur 70 (10 %), encore que
de nombreux individus suspects ne purent être examinés à fond,
leur passage à Brazzaville n’ayant été que de 24 heures.
— 568 -
Bref, l’application de l’arrêté nous a permis de dépister à Braz¬
zaville, dans le courant de l’année 1909, plus du tiers de nos ma¬
lades.
Cet arrêté a empêché également la fuite d’individus en cours de
traitement et non guéris qui sollicitaient des engagements dans
diverses maisons de commerce de l’intérieur du pavs.
Disons ici que certains chefs de factorerie nous ont présenté
sous de faux noms à quelques jours d’intervalle, des mêmes indi¬
vidus bien constitués et en bon état, auxcpiels nous délivrions le
permis d’engagement. Des malingres, des gens plus ou moins
suspects prenaient ensuite leur place pour s’embarquer vers des
régions lointaines.
Nous avons su également cjue des noirs se sont soumis à notre
visite moyennant un franc, à la place d’un camarade sollicitant
un certificat sanitaire.
11 sera facile de remédier dans l’avenir, par des sanctions dis¬
ciplinaires, à ces subterfuges. Nous avions songé à placer, au poi¬
gnet de chaque noir examiné, une ficelle avec un cachet spécial
délivré par le laboratoire.
Il serait certes illusoire de prétendre que l’arrêté, tel qu’il est
conçu, prévoit tous les cas et peut empêcher toute contamina¬
tion de Brazzaville, mais il permet de détruire avec avantage au
chef-lieu une certaine c[uantité de virus. Connaissant la mentalité
indigène, nous avons été les premiers à ménager les susceptibi¬
lités et les craintes des noirs.
Beaucoup d’entre-eux s’effraient certes de la moindre petite
ponction ganglionnaire cpii prend dans leur esprit les proportions
d’une véritable opération cliirurgicale. Or, l’approvisionnement
du nVarché de Brazzaville en œufs, poulets, vivres, est très diffi¬
cile ; les marchands des villages environants, dont plusieurs cer¬
tainement sont infectés, refuseraient absolument de venir au chef-
lieu s’ils devaient d’abord passer par nos mains.
L’engagement de nombreux manœuvres pour les différentes
constructions d’une capitale en voie de réorganisation deviendrait
impossible, le commerce se plaindrait vite des entraves apportées
cà la libre circulation et aux échanges, le recrutement des gens in¬
telligents appartenant aux divers corps de métier et dont le be¬
soin ici se fait si grandement sentir serait très difficile si une ré¬
glementation trop dure et trop sévère venait imposer à tous des¬
examens systématiques.
— 569 —
Certains points cependant, sur l’importance desquels il était
utile d’insister, furent à diverses reprises soumis à l’attention du
Gouvernement Général :
i" Les hommes des équipages de bateaux, les mécaniciens, les
manœuvres du bord, qui fournissent une forte proportion de try-
panosomés, échappent à notre contrôle.
2° b"n service d’arraisonnement à l’arrivée des vapeurs au
ehef-lieu serait utile. De nombreux travailleurs, en effet, partis en
bon état de Brazzaville ou des environs, reviennent après avoir
séjourné dans des régions contaminées pendant un an ou deux.
Là, ils ont pu s’infecter. Or, ils ne sont reconnus malades qu’au
moment où ils viennent se présenter à nous pour un nouvel enga¬
gement. Pendant toute une longue période ils restent dangereux
pour la population de Brazzaville.
3° La recherche des individus vagabonds porteurs de virus,
errant en ville serait indispensable. Nous avons procédé à la visite
de quelques quartiers de Brazzaville et nous avons découvert des
trvpanosomés terrés dans leur case et vivant en famille.
Il serait également d’une sage prophylaxie de donner des con¬
seils aux Européens partant dans la brousse et d’examiner les
suspects avant leur départ pour la France. Trop peu nombreux
sont ceux qui se soumettent bénévolement à notre examen. Plu¬
sieurs certainement sont rentrés en Europe contaminés, mais il
est difficile de prendre des mesures à leur égard. Seuls, les offi¬
ciers, les fonctionnaires, passant devant le Conseil de Santé,
nous sont, devant un symptôme douteux, adressés au laboratoire,
mais les colons, les employés de commerce restent absolument
libres.
hinfin, beaucoup d’individus trypanosomés proviennent du
Congo belge et réciproquement, beaucoup de nos malades se
soustraient à notre traitement en passant sur la rive opposée. On
pourrait préparer entre la Belgique et la France un arrangement
et protocole comme ceux signés à Londres, le 27 octobre 1908,
entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne (i) au sujet de la Mala¬
die du Sommeil.
Il y a un mouvement incessant et journalier de commerçants
noirs et de promeneurs indigènes entre Kinchassa, Léopoldville
(i) Bulletin officiel internat. — Hygiè^ie publique, juin 190g.
— Syo —
et Brazzaville. 11 nous est arrivé de trouver, au moment où ils
faisaient viser leur permis d’embarquement pour le retour, des
femmes habitant le territoire étranger, des employés, des fonc¬
tionnaires de l’Etat belge trypanosomés. 11 est impossible de les
garder au lazaret de Brazzaville.
L’arrêté ne semblait viser qu’une catégorie d’individus et, en
effet, les indigènes voyageant sur réquisition du Gouvernement,
c’est-à-dire les écrivains indigènes des bureaux, les employés de
la douane, de la police, des postes et télégraphes, les maçons, les
charpentiers en service aux travaux publics, les miliciens, les
tirailleurs, les indigents rapatriés dans leur pays d’origine,
n’avaient pas besoin de permis d’embarquement et pouvaient
quitter le chef-lieu, à notre insu, même si au cours d’une visite
prévue par l’article 3 de l’arrêté, ils avaient été reconnus trypa¬
nosomés et s’ils étaient en cours de traitenient. Ainsi, ces indi-
vidiis, les seuls qui très régulièrement et systématiquement pou¬
vaient être suivis et traités d’une façon assidue et permanente
pendant leur séjour à Brazzaville, les seuls dépendant d’une façon
continue de l’autorité médicale, étaient les seuls cpii pouvaient y
échapper au dernier moment.
OuAGMi, milicien, examiné le 24 novembre 1907, originaire d’un village
situé près de Damraou (Chari) traité de novembre 1907 à mars 1908 a été
autorisé à retourner dans son pays d’origine et a obtenu une réquisition en
septembre 1909 sans que nous ayons été prévenus et sans qu’il ait subi un
examen médical. Il était d’ailleurs en excellent état apparent de santé.
Samb.v T.araoré, ex-milicien, originaire de Bakel, s’est embarqué pour le
Sénégal par le paquebot français de novembre muni de tous ses papiers
parmi lesquels trois feuilles de réquisition pour le passage du Pool, pour
le chemin de fer belge et pour le paquebot. Aucune d’elles n’a été visée par
nous. Sous prétexte qu’il n’avait pas besoin de permis d’embarquement il
n’a pas eu à se présenter à nous. Or, c’est un de nos malades qui a montré
de l’excitation cérébrale : on a dû le faire enfermer au pavillon des aliénés
du i®"" septembre au 25 octobre 1909. Devenu plus calme (une ponction lom¬
baire constatait le 22 octobre 1909 qu’il n’avait pas de Trypanosomes dans
le liquide céphalo-rachidien), il avait été autorisé à habiter en ville à la condi¬
tion de venir d’autant plus sérieusement se faire soigner qu’il n’avait reçu
qu’un traitement à la solution de Lœffler et une seule injection d’atoxyl.
Il était donc particulièrement délicat de permettre à un pareil malade, qui
yieut représenter d’un jour l’autre des troubles mentaux, de rentrer au
Sénégal, après un traitement qui aurait été certes plus intensif si nous
avions pu prévoir que ce malade pouvait échapper à notre surveillance. L’un
de nous, de passage h Libreville quelques mois plus tard y rencontra Samba
Taraoré, qui avait jugé bon de débarquer dans ce port et qui avait pu le
faire sans aucun inconvénient.
Pour empêcher le renouvellement de pareils faits, les réquisi¬
tions délivrées aux indigènes emplo3^és par les services publics
furent visées par le laboratoire.
La question soulevée par le cas de Samba Taraoré n’en garde
pas moins son importance, car nombreux sont les Sénégalais
atteints de maladie du sommeil, ayant contracté cette affection au
Congo, appartenant à des services publics de la colonie et qui
ont droit au rapatriement à l’expiration de leur engagement.
Cette année: 3 tirailleurs et i femme sénégalaise, 2 douaniers,
9 miliciens et un enfant, soit 16 individus originaires du Sénégal
(Bakel, Kayes, Rufisque, Sikasso, Dakar), ont été reconnus
trvpanosomés à Brazzaville et ont contracté cette affection au
Congo.
Or, à leur sujer, il est à se demander au bout de combien de
temps on pourra permettre à un individu trypanosomé régulière¬
ment soigné et ne laissant plus voir de parasites, de retourner
dans son pavs d’origine. On ne peut, en effet, considérer Braz¬
zaville comme le centre vers lequel seront dirigés tous les trypa-
nosomés du Moven-Congo. On ne peut accumuler sur ce même
point tous les gens reconnus infectés au moment de leur départ
pour l’intérieur et grever le budget des dépenses nécessitées par
leur traitement et leur entretien. Le système de surveillance fonc¬
tionne, le camp d’isolement est créé pour protéger le chef-lieu et
uniquement le chef-lieu, mais les mêmes questions qu’il importe
déjà d’envisager ici, seront soulevées dans un avenir prochain par
les autres formations sanitaires qui auront à assurer, d’après les
mêmes principes, la prophylaxie de leur région.
Pour les habitants du Congo nous avons résolu la cpiestion
ainsi : nous accordons sur leur demande répétée et sérieusement
motivée la permission aux individus ayant reçu des injections
d’atoxyl pendant un mois ou deux et ne laissant plus voir de
trypanosomes à l’examen du sang et des ganglions, de retourner
dans leur village quand celui-ci appartient à une région indubita¬
blement contaminée (rives du Congo, Sangha, route des carava¬
nes, par exemple), ou cpiand ils regagnent un centre où se trou¬
ve un médecin. Nous adressons dans ce dernier cas à notre con¬
frère l’observation de notre malade en le priant de continuer à
le suivre et à le traiter. 11 est beaucoup plus délicat de mettre
en route un individu désirant gagner, même s’il paraît guéri, une
région indemne où le réclament ses parents, sa famille.
Quant aux indigènes d’origine sénégalaise ou soudanaise, au¬
torisés à regagner leur pays après guérison probable, ils pour¬
raient être signalés au médecin du bord où ils prendront pas¬
sage; celui-ci au moment de l’arraisonnement à Dakar, par
exemple, ou dans tout autre port, remettrait une fiche et les feuil¬
les d’ofjservation au service de sahté de l’endroit.
Il serait facile de diriger ensuite le malade sur un centre pourvu
de médecin sous la surveillance duquel il resterait placé.
Il y aurait lieu, dans ces conditions, d’établir un projet d’arrêté
entre l’Afrique Occidentale française et l’Afrique Equatoriale fran¬
çaise, où des indigènes originaires de la Guinée, du Dahomey et
de la Côte-d’Ivoire se trouvent en service.
M. le D"" Clouard a aussi envisagé pour les militaires indigè¬
nes (tirailleurs) contractant la trypanosomiase au Congo, la ques¬
tion de retraite.
Il serait également de toute humanité et de toute justice d’ac¬
corder aux familles des miliciens trypanosomés et succombant à
cette affection une petite pension alimentaire.
»
*
Le laboratoire pendant l’année igoq a toujours eu en traite¬
ment une movenne quotidienne de 150 à 160 malades trypanoso¬
més, et ce nombre aurait été de beaucoup plus élevé si l’arrêté du
23 juin avait été plus strictement appliqué et si beaucoup d’indi¬
vidus parasités n’échappaient à notre autorité médicale non seu¬
lement avant tout traitement, mais aussi en cours de traitement.
Sur 457 malades traités de 1907 à 1909, il y a eu 130 fuites.
En 1909, 59 trvpanosomés se sont enfuis:
14 anciens (en traitement depuis 1907 à 1908);
42 nouveaux (c’est-à-dire reconnus pendant l’année 1909);
21 nouveaux n’ayant suivi aucun traitement.
Beaucoup de ces indigènes continuent actuellement à créer des
foyers d’infection à Brazzaville même ou dans les villages des
environs où ils se réfugient.
Le village de ségrégation de Brazzaville doit donc tout d’abord
fonctionner de façon à pouvoir accepter cette catégorie spéciale
d’individus, à assurer leur traitement régulier et à les surveiller.
Il doit être assez important pour recevoir les malades graves et
impotents. Des établissements spéciaux doivent être prévus pour
eux. De nombreuses affections intercurrentes viennent, en effet,
trop souvent au cours de l’évolution de la trypanosomiase hu¬
maine, compliquer pendant de longues périodes le traitement.
A la dernière période, le malheureux malade du sommeil, gâ¬
teux, incapable de tout effort, a besoin également de soins parti¬
culiers.
Un bâtiment spécial d’hôpital (avec une salle ou deux) est ab¬
solument nécessaire.
Un (( pavillon des aliénés » sera réservé aux impulsifs, aux mé-
lancolic|ues, aux ambulomanes dangereux. Chacpie malade aura
sa cellule, mais jouira également de la vie au grand ad. Beau¬
coup de trvpanosomés semi-aliénés inoffensifs, ont surtout besoin
de surveillance. La proximité du village d’isolement et du pavil¬
lon où ils pourront être facilement enfermés aux périodes d’exci¬
tation permettra de les laisser vivre librement le plus possible.
Ce camp de ségrégation bien compris fonctionnera parallèlement
avec un système de surveillance en ville, assuré par des agents
sanitaires.
A proximité du chef-lieu, nous avons choisi pour le futur camp
d’isolement destiné à recevoir les trvpanosomés de Brazzaville
une plaine dénudée coupée par un ruisseau qui n’est jamais à sec.
Les rives en étaient bordées d’une brousse épaisse qui a été cou¬
pée en laissant seulement les arbres de haute futaie. Nous ferons
poursuivre méthodiquement le débroussaillement sur plusieurs
centaines de mètres, et le plus possible en amont comme en aval
du village, car quelc|ues Glossina palpalis ont été recueillies au
bord du ruisseau, et il serait à craindre que lors de l’installation
du camp il ne se crée « un gîte humain permanent », si des me¬
sures sérieuses n’ctaient prises. Parmi les trvpanosomés admis au
lazaret, ce sont les plus valides qui doivent méthodiquement et
systématiquement pratiquer ce débroussaillement.
Trente cases de 6 m. sur 2 m. ont été livrées dans les pre¬
miers mois de 1910. Chacune d’elles pouvant abriter quatre per¬
sonnes est divisée en deux compartiments de 3 m. x 2 m. ; mais
plusieurs de ces cases devant servir de salle de visite, de maga¬
sin, de logement à l’infirmier, aux gardiens et aux surveillants,
ce petit village est absolument insuffisant pour recevoir même
- 574 —
tous les trypanosomés autorisés à loger en ville. On ne pourra y
interner qu’une centaine de malades, car il faut prévoir que plu-
^ sieurs d’entre-eux seront accompagnés de leur femme et de leurs
enfants.
En attendant l’organisation définitive du camp qui, en prin¬
cipe, doit être destiné à recevoir la totalité des trypanosomés de
Brazzaville avec un nombre suffisant de surveillants, de gardiens
et d’infirmiers pour le fonctionnement, en attendant l’installa¬
tion: 1° d’un village proprement dit où les malades se livreraient
à des travaux de culture; 2° d’un pavillon spécial pour les alié¬
nés, entouré d’une enceinte ; 3° d’un bâtiment pour les impotents ;
le village accueillera, en 1910, les individus à peu près valides qui
ne nécessiteront pas de soins constants ou particuliers. Les im¬
potents et les infirmes seront traités à l’hôpital, et les aliénés
continueront à être soignés au camp de la police, où le régisseur
de la prison sera responsable de leur surveillance et de leur ravi¬
taillement. Pour toutes ces catégories d’individus, l’Institut Pas¬
teur sera chargé exclusivement de la direction médicale et dé¬
chargé de toutes questions administratives.
Au cours de l’année 190g, nous avons assuré la prophylaxie
de la maladie du sommeil et la surveillance des individus para¬
sités, par nos propres movens. El ne fois par semaine ou plus sou¬
vent, suivant les indications données par notre infirmier qui s’v
rendait deux fois par jour, matin et soir, nous allions à l’hôpital
ou à la prison examiner les trvpanosomés.
A 7 h. 1/2 tous les matins, commençait au laboratoire, la visite
des trypanosomés valides en cours de traitement. Nous exami¬
nions ensuite les nouveaux venus, les suspects adressés des dif¬
férentes directions. Trois listes comprenant, la première les trv¬
panosomés de la ville, la seconde ceux hospitalisés, la troisième
les déments, nous permettaient facilement de contrôler les absen
ces et les fuites. Sur un registre général étaient inscrits les noms
des malades, les uns à la suite des autres, avec leur observation,
leur poids, leur température, leur traitement. Cette observation
était ensuite, pour chaque malade, transcrite sur une feuille spé¬
ciale permettant de la mettre à un dossier soit de traitement, soit
de période de la maladie.
Quand un individu en traitement, habitant la ville, restait ab¬
sent trop longtemps, nous le faisions rechercher par notre infir¬
mier accompagné d’un agent de police. Depuis 1910, nous avons
obtenu qu’un agent sanitaire fût spécialement attaché à la sur¬
veillance des individus autorisés à vivre dans leur case. Le matin,
il assiste cà l’interrogatoire des malades, il repère leur physiono¬
mie, s’incpiiète de leur logement et du village indigène où ils
habitent, et l’après-midi il se met à la recherche des récalcitrants
et des mauvaises têtes. Habitué à voir défiler devant lui de nom¬
breux malades, l’agent sanitaire reconnaît les signes cliniques
de la maladie (teinte terreuse des cheveux, excitation cérébrale,
etc...), et il nous amène lui-même des individus cachés au fond de
leur demeure, errant au marché ou dans les rues, et qui sont try-
panosomés. En augmentant le nombre des agents sanitaires, on
arriverait à créer facilement un service spécial bien défini qui
se rendrait très utile en assistant à l’arrivée des vapeurs à Braz¬
zaville, en prenant les noms des individus suspects, en nous les
conduisant, en surveillant les passeports sanitaires.
Ifnfin, des infirmiers noirs pourraient être dressés non seule¬
ment à poser le diagnostic clinique de la maladie, mais aussi à
pratiquer la ponction ganglionnaire, à examiner au microscope
le suc lymphatique, le sang et à y déceler la présence du trypa¬
nosome. C’est ainsi cju’actuellement nous avons à notre service
un infirmier qui sair lui-même établir un diagnostic bactériologi-
quement, et sous notre direction, car on ne doit jamais cesser de
contrê)ler les aides indigènes, il nous rend de très appréciables
services pour viser les permis d’embarquement et d’engagement.
Des fiches de signalement pourront également faciliter la re¬
cherche des malades par la police et nous en avons fait établir
pour Brazzaville.
» *
Le plan général de la lutte contre la maladie du sommeil com¬
prenait, en iqoq:
1° Lin service de surveillance des individus trypanosomés, tel
cju’il vient d’être étudié pour Brazzaville. 11 devait fonctionner
dans chacun des postes du Congo oii résidait un médecin, avec
la création de villages d’isolement.
Les centres de Ouesso et de Bangui ont délivré des passeports
sanitaires.
Beaucoup d’Administrateurs préconisent la création de villages de concen¬
tration placés sous une autorité médicale à laquelle seraient adressés les
malades de la région. Ceux-ci seraient nourris par le village auquel ils
-- 576 —
appartiennent. Des infirmiers indigènes spécialement désignés pourraient
parcourir le pays, feraient diriger les malades, les suspects sur le camp
de refuge. Des tournées médicales auraient lieu également. On en profite¬
rait pour donner des conseils aux habitants des régions éprouvées.
2*" Le débroussaillenient des villages indigènes, l’isolement
des malades( l’évacuation des villages contaminés et leur recons¬
truction en terrain élevé, dénudé, éloigné des marigots, étaient
prescrits par la circulaire de M. le Gouverneur Général, en date
du 15 juin 1909, sur toute l’étendue de l’Afrique Equatoriale
française.
Plusieurs Administrateurs signalent les difficultés du débroussaillement
■dans certaines régions, en pays inondés et le long des grands cours d’eau,
à cause de l’exubérance rapide de la végétation qui reprend vite ses droits.
Ce travail, pour être mené à bien occuperait toute la population. « Tous les
habitants de certains villages travaillant en permanence n’y suffiraient pas ».
D’autres ne sont guère partisans de la case d’isolement construite pour cha¬
que village. (( Les malades n’y resteront pas s’ils sont encore à peu près
valides ; s’ils sont à une période avancée, les habitants continueront à ne
pas s’occuper d’eux. De plus, les malades dangereux, excités, fous, sont
impossibles à cantonner dans une case isolée à moins d’employer la force ».
De toute façon une surveillance constante serait nécessaire autour de la
case d’isolement.
(( Il y a lieu de s’étonner des petits sacrifices demandés à l’indigène et
des efforts considérables qu’il faut déployer pour les obtenir. Un travail de
15 jours sous la surveillance directe d’un Européen durera de longs mois si
les indigènes sont livrés à eux-mêmes. Les travaux de propreté, de débrous¬
saillement sont exécutés avec lenteur et exigent beaucoup trop de temps ».
3° L’itygiène de l’habitation, la séparation des centres euro¬
péens et des centres indigènes, le service de la voirie faisaient
également l’objet d’instructions spéciales de M. le D'' Clouard,
qui, mises en brochures et jointes à un résumé sur les symptômes,
la propagation et la prophylaxie générale de la maladie, parai.s-
saient ati Journal officiel de la colonie (i) et étaient distribués lar¬
gement.
Depuis le U" janvier 1910, cà Brazzaville, un Admini.strateur-
Maire a, parmi ses attribtitions, l’iivgiène générale de la ville et
de son périmètre urbain. Tl a organisé un service de voirie et de
débroussaillement, et, doit nous adresser mensuellement un
compte-rendu des différents travaux exécutés.
Déjà vers la fin de 1909, les quartiers indigènes: (c village
(i) Circulaire de M. le Ciouverneur Ciénéral du 15 juin 1909, relati\'e à
l’hygiène générale des escales indigènes.
— ^77 —
sénégalais », <( village des pêcheurs », ont été déplacés. Toutes
les cases du (( village bacongo » ont été reconstruites suivant un
plan unique, hdîes sont aérées et bien tenues ; de larges avenues
facilitent les corvées de propreté.
Les gîtes à tsétsés de « la Glacière », de (( la briqueterie » ont
disparu ; mais les mouches ont élu domicile à quelques centaines
de mètres plus loin, là où existent encore des galeries forestières.
Les glossines ont beaucoup diminué au (( gîte (îomès », a (( la
briqueterie du Tchad », où l’on a débroussaillé.
Fdles sont toujours aussi nombreuses à (( la M’Foa », à « IVFBa-
ma », au marigot de la Mission catholique où aucun débrous-
saillement n’a été opéré.
*
* ♦
Fn conclusion, l’année iqoq, a marqué un progrès incontesta¬
ble et réel poiir l’application des mesures sanitaires. Il reste en¬
core beaucoup à faire et le problème de la lutte contre le fléau
est loin d’être résolu, mais nous savons qu’au moment où on met
en valeur cette immense colonie de l’Afrique Equatoriale fran¬
çaise, cette grave question de la Maladie du sommeil continue à
être l’une des principales préoccupations de ]VL le Gouverneur
Général qui a su montrer déjà toute l’importance ciu’il attachait
aux questions sanitaires et d’hvgiène.
(Institut Pasteur de Braocaville.)
M. ThiroI’x demande à être inscrit pour la prochaine séance
pour parler des avantages que l’on peut retirer de la prophvlaxie
individuelle et de l’éducation des indigènes, au point de vue de
la connaissance de la maladie du sommeil.
L’éducation des indigènes a déjà donné des résultats dans le
paludisme et on peut compter qu’elle donnera des résultats au
moins aussi bons dans la maladie du sommeil.
M. Granjux. — Les propositions faites par les D” Martin et
Ringenbach sont éminemment pratiques et paraissent devoir être
très efficaces. Aussi, je demanderai qu’elles soient examinées par
une Commission et, si elle les approuve, présentées à qui de droit.
(i) Gustave Martin, Lebœuf et Roübaud. La maladie du sommeil au
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LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET C’®.
^ O \ i
Tome 111.
I
1910
L-IBRARY
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 9
Séance du 9 novembre 1910
PAGES
PRESENTATIONS
Brumpt. — Précis de Parasitolog-ie . • . 585
DISCUSSION DU MEMOIRE de MM. Martin et Ringenbagh
A. TiiiROUx. — L’éducation des colons et des indigènes et la prophylaxie
individuelle dans la maladie du sommeil . 586
(}. Martin. — Discussion. Proposition de vœux à émettre . 593
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GiiSilfillME^ES
II
COMMUNICATIONS
I G. Bouet et E. Roubaud. — Expériences diverses de transmission des
trypanosomes par les glossines . 599
ÿ L. Bréaudat. — Sur les urines et le sang des béribériques . 620
L. Bréaudat et Denier. — Du son de paddy dans le traitement préventif
et curatif du béribéri . 624
- V. Brochard. — L’Eosinophilie dans la filariose et l’éléphantiasis . . 609
b E. Marchoux. — Observations faites sur un cas de filariose Mf. diurna G13
G. Martin, Lebœuf et Ringenbacii. — Le mouvement des mcdades trypa-
nosomés à Brazzaville . 604
V C. Mathis et M. Léger. — Paludisme et anophélines dans la vallée de
‘ la rivière claire, de Tuyen-Quang à Hagiang . G32
i M. L. R. Montée. — Un essai de quinine préventive à Hatricka (Cochin-
•'> chine) . G2G
t, . Id. Quinine et grossesse . G29
%' Ravaut et PiNOY. — Sur un cas d’actinobacillose humaine observée à
■Z Paris chez un malade venant de l’Argentine . 598
H. PoTTEViN. — Notes sur l’épidémie cholérique des Pouilles .... G36
’ ■ \V. L. Yakimoff. — Sur la question de la décomposition de l’arséno-
g benzol 606 . . . G 16
? W. L. Yakimoef et Nina Kohl-Yakimoff. — Emploi de l’arséno-benzol
'GoG sous forme d’onguent . G18
G Voir la su’/e du sommaire page VIF
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Troisième année
1910
No
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 9 NOVEMBRE 19IO.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN.
Présentations
iVI. Marchoux. — J’ai l’Iionneur de déposer sur le bureau, de
la part de M. Brumpt, un nouveau traité de parasitologie qu’il
vient de publier chez Masson. Ce livre, très doqumenté et très
clair, a sa place marquée dans la bibliothèque de tous les méde¬
cins coloniaux.
Discussion du mémoire de
MM. MARTIN et RINGENBACH
inséré dans le dernier bulletin, page 56 1
L^éducation des colons et desindigènes
et la prophylaxie individuelle dans
la maladie du sommeil
Par A. TH I ROUX.
Si les conditions hygiéniques dans lesquelles vivent actuelle¬
ment les habitants de nos grandes villes européennes ont fait de
si remarquables progrès, nous le devons certainement à la science
et aux travaux de nos bactériologistes, de nos hygiénistes et de
nos ingénieurs. Mais n’ont-ils pas dû aussi, pour faire passer
leurs idées ou leurs découvertes dans le domaine de la pratique,
commencer par convaincre les pouvoirs publics et surtout le pu¬
blic lui-même, de la nécessité des mesures qu’ils réclamaient, car
dans les nations civilisées, comme chez les peuples primitifs, on
ne peut faire de bonne hygiène que si chacun est profondément
convaincu de l’efficacité des mesures auxquelles il est obligé de
se soumettre.
L’enseignement populaire de l’hvgiène se fait, dans les pays
civilisés, non seulement par l’instruction spéciale reçue à l’école,
mais aussi par les articles de vulgarisation. C’est certainement en
grande partie grâce à cette éducation spéciale qu’aucun Français
n’ignore aujourd’hui qu’on se préserve de la fièvre tvphoïde et
du choléra par l’ébullition de l’eau et la cuisson des fruits et des
légumes, et que la tuberculose et la diphtérie sont des maladies
contagieuses, exigeant une désinfection soigneuse des locaux ha¬
bités par les malades et des effets leur ayant servi.
Persuadés de la nécessité des mesures de désinfection, un grand
nombre de particuliers y pourvoient eux-mêmes, les complétant
dans les petits détails, et rendent plus efficace l’œuvre d’une ad-
— 587 —
niinistralion, déjà cependant fort bien organisée, et que ne peu¬
vent posséder, dans nos colonies, Cjue les grands centres.
Dans ces contrées plus primitives, où l’instruction est moins
répandue, où l’indigène, qu’il soit arabe, nègre ou indo-chinois,
parle difficilement français et lit trop péniblement pour qu’on
puisse songer à la diffusion des idées par les publications impri¬
mées, on n’a pas renoncé cependant à essayer de lui donner quel¬
ques notions d’hvgiène et d’en faire un instrument propre à lut¬
ter lui-même ccmtre les maladies endémiciues. Et, en cela, on a
eu d’autant plus raison que la bienfaisante administration y étant
moins organisée que dans la métropole, chacun doit plus songer
à pourvoir par lui-même à sa propre défense.
L’organisation de la lutte contre le paludisme nous a fourni
un exemple de ce qui peut être tenté dans cette voie. En Algérie,
comme en Italie, des cours ont été faits dans les écoles, accompa¬
gnés de projections, apprenant aux enfants le ïaMe des anophèles
dans la prop£igation du paludisme, leur montrant les moustiques,
leur indic[uant les moyens de les détruire ou de se préserver de
leurs piqûres dans des locaux protégés. Le laboratoire d'Igiene
Spcrimcnlale de Rome, dirigé par le professeur Grassi, a fourni
pendant plusieurs années à ces écoles des clichés de projections
de moustiques et de maisons protégées. Des affiches représentant
les mêmes sujets ont été placardées dans toutes nos possessions
coloniales, des cartes postales illustrées, v ont été répandues; aus¬
si, actuellement, le rôle des anophèles dans le paludisme com¬
mence-t-il à être une notion courante.
En ce cjLii concerne la maladie du sommeil, les instructions
qui ont été données à la mission française de la maladie du som¬
meil en 1906, et le rapport sur la prophvlaxie de cette affection,
présenté à la Société de Pathologie exoticpie par MM. Laveran
et KermorCiANT, en 1908, conseillent la distribution de notices
aux Européens en séjour dans les régions infectées. Il est évidem¬
ment indispensable, avant de faire des élèves indigènes, d’instrui¬
re ceux qui doivent être les éducateurs, les Européens, fonction¬
naires ou colons. Un grand nombre d’entre eux, en effet, au Sé¬
négal, des administrateurs, des médecins même, n’ont jamais re¬
marqué les mouches tsétsés et sont incapables de les reconnaître,
quoique en ayant vu ou ayant même été piqués.
Le Bulletin du Sleeping-Siclzness bureau a publié, en 1909, une
petite brochure avant pour titre: (( Maladie du Sommeil, com-
— 588 —
(( ment se garantir de l’infection, description de Gl. palpalisy
(( figures représentant ce diptère à côté d'antres nuouches piquan-
(( tes. A Tusage des voyageurs et des colons établis dans l’Afri-
(( que tropicale ». Les mouches y étaient représentées grossies
3 à 4 fois et peu reconnaissables pour des personnes étrangères
à la zoologie. Avant observé, ainsi que nous l’avions fait nous-
môme, que le grossissement apportait un obstacle très sérieux à
la reconnaissance des tsétsés par les profanes, le Sleeping-Sickness
l)ureau a fait paraître, en iqio, une nouvelle édition de sa bro¬
chure, dans laquelle Gl. palpalis est représentée sous ses dimen¬
sions réelles. Dès 1908, nous nous étions très bien rendu compte
de la difficulté qu’éprouvaient pour reconnaître des glossines, les.
personnes qui n’en avaient vu que sur des livres. Un de nos
camarades, qui n’était cependant pas sans en avoir vu de nom¬
breuses reproductions, nous envova même un jour une hippobos-
que qu’il avait prise chez lui et qu’il croyait être GL palpalis,
en nous priant de lui dire si elle n’était pas infectée.
Nous eûmes alors l’idée d’envover dans tous les cercles un
échantillon de glossine, enfermé dans une celhde de verre, sem¬
blable à celles que l’on emploie pour les gouttes pendantes. Nous
avons eu quelques difficultés à avoir des mouches se présentant
dans une position tvpique. Ces insectes meurent généralement
les ailes écartées, il faut ramener les ailes en situation normale,
les fixer sur un liège avec de petites bandelettes de papier et des
épingles, jusc|u’à ce que la mouche soit bien sèche. Sur notre de¬
mande M. le Gouverneur du Sénégal envova donc un certain
nombre de tsétsés aux commandants des cercles, pour qu’ils les
fassent voir et nous indiquent en même temps les endroits infec¬
tés. Les petites cellules en verre ont été accompagnés de la circu¬
laire suivante :
(( Monsieur l’Administrateur,
« La mouche tsétsé existe dans un certain nombre de localités
(( du Sénégal, on vient de la retrouver dans des régions où on
(( n’avait jamais soupçonné son existence. Le voisinage de cette
(( mouche, cpii transmet la maladie du sommeil et les trypano-
(( somiases animales, est dangereux, aussi importe-t-il d’être très
(( exactement fixé sur sa répartition géographique.
('. Les gravures qui représentent la mouche tsétsé ne donnent
(' souvent, à cause bu grossissement auquel elles sont exécutées^
— 589 —
•<( qu’une idée imparfaite, pour les personnes qui ne sont pas ha-
(< l^ituées à examiner des reproductions d’insectes. J’ai donc prié
<( .M. le Directeur du laboratoire de bactériologie de préparer un
(( certain nombre de mouches tsétsés, afin que vous puissiez les
<( mettre sous les yeux des indigènes, chargés de vous renseigner.
(( \h)us voudrez bien faire voir l’échantillon c[ui vous est en-
(( voeé, à vos chefs de province et de canton, au besoin les leur
U confier, et les prier de faire rechercher les mouches dans les
(( territoires c|ui sont de leur ressort. Ils devront vous en rappor-
<c ter des échantillons dans des boîtes d’allumettes, vides et gar-
'( nies d’un peu de coton. Sur ces boîtes d’allumettes vous indi-
<■' (|uerez soigneusement la provenance très exacte des mouches,
a et au !)esoin vous v joindrez une note donnant tous les détails
sur leur habitat géographique.
(( On trouve plus spécialement les mouches tsétsés dans les en¬
te droits humides et boisés, au bord des marigots, dans les palé-
a tuviers, ou les palmiers à huile. Les indigènes, cqti les connais-
(( sent le mieux, sont ceux qui fréquentent les cours d’eau, piro-
<( guiers, pêcheurs, et ceux qui vont couper du bois dans les
<( broussailles ou dans la forêt.
(( Elles se reconnaissent facilement parce ciu’elles ont les ailes
-tt repliées sur le dos et se recouvrant entièrement comme les la-
« mes d’une paire de ciseaux et la trompe toujours dirigée hori-
(( zontalement en avant.
« V’^ous ferez donc soigneusement visiter votre cercle dans tous
<( les sens au point de vue de la mouche tsétsé et vous enverrez
(( directement les insectes recueillis au laboratoire de bactériolo-
<( gie de Saint-Louis, qui est chargé de centraliser les renseigne-
« ments. Vous voudrez bien, d’autre part, me rendre compte,
(( dans un délai de deux mois, des résultats que vous aurez obte-
•(( nus dans cette recherche. »
Les administrateurs, commandant les cercles ont répondu avec
empressement à la circulaire et quelques-uns, MM. Lambinet,
commandant le cercle de la Haute-Gambie ; de Montigny, rési¬
dent à Nianing, nous ont envoyé de nombreuses tsétsés qui nous
ont permis de compléter la carte de leur répartition au Sénégal.
M. l’administrateur Brocard, commandant le cercle du Sine-Sa-
loum, nous a envoyé à lui tout seul 752 glossines provenant de
15 localités situées dans la région comprise entre la rivière Sa-
loum et la frontière de la Gambie anglaise. TI a même poussé
— 590 —
ramabilité jusqu’à nous envoyer un croquis avec l’indication des
régions où les mouches ont été prises.
Les tsétsés que nous avons reçues nous ont servi ensuite à pré¬
parer de nombreux types, que nous avons répandus dans les éco^
les avec des instructions, de manière à permettre aux indigènes
de faire de la prophylaxie individuelle et de lutter eux-mêmes con¬
tre la maladie.
Ils ont grand peur du nélavane, aussi, malgré leur paresse
et leur nonchalance, on peut compter cju’ils combattront leur en¬
nemi le jour où ils seront bien persuadés que c’est la maladie
transmise par la tsétsé qui décime leurs villages. Ils éviteront
alors de passer par les endroits qu’ils sauront infectés et de se faire
piquer. Ils feront la chasse aux insectes adultes, soit en déboi¬
sant, soit même en employant les placards enduits de glu, préco¬
nisés par les médecins belges. Ils éloigneront aussi leurs mala¬
des et les enverront dans les villages de ségrégation. Nous avons
donc fait parvenir à M. le directeur de l’Enseignement la lettre
suivante :
« Monsieur le Directeur,
(( Parmi les mesures prophylactiques employées contre les ma-
(( ladies transmissibles, il en est une particulièrement efficace,
(( qui consiste à apprendre à chacun quel est le mode de conta-
(( gion d’une affection et quelle est la façon de l’éviter. La mala-
(( die du sommeil sévit d’une façon désastreuse dans quelques ré-
(( gions du Sénégal, j’estime que les indigènes, en applicjuant
(( eux-mêmes certaines mesures de prophylaxie aideraient beau-
(( coup l’administration dans la tâche entreprise de l’assainisse-
(( ment de ces régions.
(( Dans le but d’apprendre à reconnaître et à se débarrasser
(( de la mouche tsétsé aux jeunes indigènes qui fréquentent les
(( écoles dont vous surveillez avec une si haute compétence la
(( direction, j’ai préparé une petite note sur les glossines que je
(( vous demanderai de communiquer avec les échantillons de mou-
(( ches ci-joints, à vos directeurs d’école.
(( Vos jeunes élèves, en rentrant dans leurs villages, répan-
(( dront petit à petit, les idées simples qui v sont exposées et tra¬
ct vailleront ainsi avec nous pour l’assainissement de leur pays. »
Note sur la mouche tsétsé^ destinée aux écoles du Sénégal.
La mouche tsétsé ou glossine, dont un échantillon vous est en¬
voyé, pour que vous appreniez à vos élèves à la connaître, pré¬
sente les caractères suivants :
C’est une mouche à peine plus grosse que la mouche domesti¬
que ordinaire. On la reconnaît facilement parce que, au repos, elle
a les ailes repliées Lune sur l’autre et se recouvrant entièrement
sur le dos, il semble au premier abord qu’il n’v ait qu’une aile.
De plus, la trompe piquante, très longue, que présente cette mou¬
che, est toujours dirigée directement en avant, dans le prolonge¬
ment de la tête.
On la trouve plus spécialement dans les endroits humides et
iDoisés, le long des marigots, dans les palétuviers et dans les bou¬
quets de palmiers à huile.
On distingue plusieurs espèces de mouches tsétsés. L’une d’el¬
les semble s’attacpier plus spécialement cà l’homme et c’est cette
espèce qui propage, presque à l’exclusion des autres, la Maladie
du Sommeil ou Nclavanc. La Glossina palpalis se distingue faci¬
lement des autres tsétsés, parce qu’elle a les pattes de derrière noi¬
res. Les autres mouches tsétsés s’attaquent plutôt aux animaux,
chez lesquels elles occasionnent des maladies à trypanosomes,
rendant parfois des régions entières inhabitables pour les che¬
vaux, les ânes, les chiens, les moutons, et mêmes certaines races
de bœufs.
(.)n peut, par la détermination des espèces de tsétsés, prédo¬
minantes dans un pavs, savoir si les trypanosomiases y frappent
l’homme aussi fréquemment que les animaux.
Les tsétsés vivent difficilement sans abri et le meilleur moyen
de les détruire est de déboiser dans un large rayon les endroits où
on les a observées. On ne devra jamais v manquer, lorsque les
gîtes à mouches se trouvent dans les villages ou dans les environs
des routes ou des points d’eau, en un mot, des passages fréquen¬
tés.
Lorsqu’on ne disposera pas d’autres movens, on brûlera les
bois et broussailles infectés, et cette seule mesure suffira souvent
pour amener une très notable diminution du nombre de cas de
maladie du sommeil observés.
Les indigènes se garantiront autant cpie possible de la piqûre
— :>g2 —
des mouches qu’ils doivent considérer comme dangereuse pour
eux et leurs animaux.
Ils doivent savoir aussi que les malades du sommeil, qui ne
sont pas contagieux dans les régions où il n’y a pas de tsétsés,
sont très dangereux lorsque ces mouches existent, car une mou¬
che infestée, après s’être nourrie du sang d’un malade peut, pen¬
dant plusieurs mois transmettre la maladie. Ils doivent donc éloi¬
gner les malades du sommeil des gîtes à mouches en faisant la
déclaration des cas qu’ils connaissent à l’Administrateur com¬
mandant le cercle et en demandant leur envoi au village de sé¬
grégation, où ils sont soignés et où, grâce à l’absence de tsétsé,
ils cessent d’être dangereux.
Le Directeur de l’Enseignement nous répondit la lettre sui¬
vante, dans laquelle il exprime le désir bien manifeste de faire
participer les fonctionnaires placés sous ses ordres à l’œuvre en¬
treprise.
(c Vous avez bien voulu me faire parvenir, avec i6 échantil-
(( Ions de mouches tsétsés, une notice sur les moyens de se pré-
(( server des pic|iires de cet insecte et de la maladie du sommeil
(( qui en résulte.
« je transmets les échantillons aux écoles des cercles de la
(( Casamance, du Sine-Saloum, de Tivaouane, Thiès et Bakel.
(( Je fais, en outre,, imprimer la notice pour être distribuée aux
(( directeurs des mêmes écoles et aux élèves, maîtres de l’école
« normale de Saint-Louis.
« J’invite enfin le professeur chargé de l’enseignement scienti-
(c ficjue dans ce dernier établissement à faire au moins une ou
(( deux leçons sur la matière aux élèves de 3® année. J’espère ré-
« pondre ainsi à vos intentions et donner toute la publicité possi-
(( ble à vos utiles conseils ».
Avec des concours aussi empressés que ceux que nous avons
trouvés, pour peu que la question ne soit pas perdue de vue, on
arrivera rapidement, au Sénégal, à instruire suffisamment l’indi¬
gène pour qu’il puisse faire lui-même, dans son petit centre par¬
ticulier, souvent trop éloigné du représentant de l’Administra¬
tion, un peu de prophylaxie individuelle, et ce sera un appoint
d’autant plus sérieux que l’effort sera plus multiplié et /éparti
sur une plus vaste étendue de territoire.
— 393 —
AI. Gi’stave AIartix. — Je partage d’autant plus volontiers les
idées de notre collègue Thiroux, au sujet du rôle important que
peut jouer l’éducation individuelle de l’indigène dans la prophy¬
laxie de la maladie du sommeil, qu’en 1906, à la suite d’une cam¬
pagne en Guinée française, j’écrivais dans mon rapport (i):
(( Nous insistons particulièrement sur la nécessité de faire con¬
naître à l’indigène son ennemi qu’il ignore. Il faut l’instruire du
danger des piqûres des mouches tsétsés et le mettre à même de
s’en protéger. En Guinée, d’ailleurs, il connaît la valeur de l’hv-
pertrophie ganglionnaire, etc... (2). Le rôle du médecin colonial
est des plus utiles. Il cherchera à s’adapter aux moeurs et coutu¬
mes du pays, il instruira les indigènes... » (3). Dans le rapport
de la Alission d’Etudes de la Maladie du Sommeil au Congo
français, nous disions: «. On donnera aux noirs des conseils pra¬
tiques sur l’habitation, l’hygiène et le vêtement... » (4).
Les instructions médicales de AI. Laveran pour les recherches
à effectuer par la mission conseillaient d’éclairer les populations
du Congo sur le mode de propagation de la AI. du S. (( Il y a
donc lieu de rechercher le mode de publicité qui pourrait être em¬
ployé à cet effet. Il paraît indiqué de rédiger une courte instruc¬
tion à l’usage des Européens résidant au Congo » (5). Aussi à
notre arrivée en A. E. E. en iqoô, faisions-nous imprimer: 1° une
courte instruction qui fut adressée à tous les fonctionnaires ;
2° une brochure plus détaillée, traitant des symptômes et de la
prophylaxie de la maladie, et où la partie prophylactique tenait
une place prépondérante. Ces deux documents parurent au jour¬
nal officiel de la colonie (6). En 1909, de nouveaux résumés fu¬
rent rédigés, imprimés et distribués largement (7). J’ai l’honneur
de faire hommage à la Société d’un exemplaire de ces notices
fr) Gustave Martin, Les Tryyanosomiases en Guinée française, i vol.
Maloine 1906.
(2) Id., page 114. chapitre XII.
(3) Id.. page 1 15.
(4) Gustave Martin. Lkbœuf et Roubaud. La maladie du sommeil au
Congo français 1909. Masson et C'« éditeurs, chapit. X. Prophylaxie, page
047."
i5) Id., page 17.
(6) Mesnii,. Rapport sur les premiers travaux de la mission d’Etudes de la
maladie du sommeil, février 1908
(7) Gustave Martin et Ringenbach. Prophylaxie de la maladie du som¬
meil à Brazzaville et au Congo français pendant l’année 1909. Société patli.
exotique, 12 oct. loio. page 576.
— 594 —
auxquelles je joins un modèle de fiche de signalement de nos
malades.
Nous n’avons jamais négligé l’éducation des indigènes et nous
avons dit, dans notre dernier rapport, tous les services que nous
étions en droit d’attendre d’agents sanitaires et d’infirmiers noirs
spécialement dressés pour la surveillance et la recherche des try-
panosomés (i). Ils savaient aussi reconnaître un gîte à tsétsés et
les mesures à prendre pour sa destruction. Lors des visites systé¬
matiques, soit de tirailleurs, d’écrivains ou d’employés du Gou¬
vernement, notre interprète leur donnait des conseils, des expli¬
cations sur le mode de propagation de la maladie, sur l’utilité et
la nécessité des ponctions ganglionnaires. Nous montrions même
au microscope des filaires et des trypanosomes. Cette éducation
s’adresse aux plus intelligents. En dehors des trois ou quafe
gros centres de notre vaste empire équatorial, elle est impossible
dans tout l’intérieur du pays. Il n’y a pas d’écoles. La question,
d’ailleurs, de l’enseignement aux indigènes est une grave ques¬
tion, difficile à résoudre.
« Il semble que le principe même sur lequel reposait l’enseignement lors
des premiers efforts, négligeait par trop les différences de mentalité exis¬
tant entre le jeune noir et le bambin de nos écoles primaires. N’a-t-on pas
l’impression, en étudiant les programmes des écoles de nos colonies, que
l’instruction donnée à Dakar est presque semblable à ccdle donnée à Paiis ?
La leçon de choses, par exemple, celle qui s’adresse aux yeux et à l’expé¬
rience naissante de l’enfant, devrait partir de données tout à fait différentes.
Le gamin de nos écoles, si ignorant soit-il. possède par atavisme, un sens
intuitit qui fait presque entièrement défaut au petit indigène (2). »
J’ajouterai que je ne suis guère partisan, pour l’éducation des
noirs, des tableaux et des gravures qu’on a tendance à répandre
avec tant de profusion dans les écoles primaires. Les uns repré¬
sentent des animaux domestiques ou utiles, les autres des ani¬
maux nuisibles, des plantes, etc.. Or, presque toujours, ils sont
tous à des échelles différentes. Dans une même salle d’études,
on peut voir la grenouille aussi grosse que le bœuf et sur un
même tableau un simple moustique plus grand que la maison gril¬
lagée protégée mécaniquement contre lui.
Ces derniers tableaux, je le sais, portent le grossissement et
sont destinés aux Européens. Ils rendent de précieux services et
(i) Loc. cit., page SyS.
(•-') Marcei. Annot.Ll7 dépêche coloniale 8 nov. iqio. L' Enseignenient aux
indigènes en A. O. F.
ne sauraient être distribués trop largement^ mais l’indigène ne
comprend pas la relation qui existe entre l’image qu’on lui mon¬
tre et ce qu’elle signifie. Trop souvent, lorsqu.' vous demandez
à l’un d’eux ce que représentent par exempl"- les antennes du
moustique, figurés dans certains tableaux, vous obtiendrez cette
réponse: <( Çà, c’est un petit arbre I » s’il est pourvu d’une cer¬
taine éducation ; <( Çà, c’est manière de blanc », s’il n’a jamais
fréquenté d’école.
Au point de vue de la prophylaxie de la maladie du sommeil,
l’éducation du noir n’est pas la chose banale que l’on puisse croire
très facile à réaliser, particulièrement au Congo français, mais
elle ne doit pas être négligée, surtout dans les gros centres ou
elle rendra de très grands services. ^
«
« «
Dans le rapport présenté à votre dernière séance, au sujet de la
prophvlaxie de la Maladie du Sommeil au Congo français, deux
points nous paraissent mériter d’être traduits en vœux:
1° Le mouvement des malades trypanosomés, entre la colonie
de l’Afrique équatoriale française et les différents groupes de co¬
lonies (Côte-d’Ivoire, Dahomev, Guinée, Sénégal) qui comprend
l’Afrique occidentale française;
2° Le mouvement des malades tr\qoanosomés entre le Congo
belge et le Congo français et tout particulièrement entre Léopold-
ville et Brazzaville.
Il m’a paru intéressant de vous apporter ici le texte de l’arran¬
gement et protocole signé à Londres, le 27 octobre igo8, entre la
Grande-Bretagne et l’Allemagne, au sujet de la Maladie du Som¬
meil.
Arrangement et Protocole siffiié à Londres le •2'j octobre i(joH entre la
Grande-Bretjftne et V Allemagne au sujet de la maladie du sommeil.
Arrangement
Le Gouvernement de S. M. Britannique et le Gouvernement Impérial
Allemand, dans le but de combattre aussi elfîcacement que possible dans les
possessions respectives britanniques et allemandes de l’Afrique Orientale
la maladie connue sous le nom de maladie du sommeil sont convenus de
ce qui suit.
Les dits Gouvernements s’engagent :
i) A prendre toutes les mesures pouvant être adoptées dans la pratique
— 596 -
pour empêcher l’entrée dans les possessions respectives des indigènes qui
sont atteints ou qui, pour des motifs raisonnables, seront suspects d’être
atteints de la maladie du sommeil.
2) A adopter toutes dispositions susceptibles d’être prises dans la pratique
abn que les indigènes arrivant du territoire de l’une des deux puissances
dans le territoire de l’autre et qui après examen médical seraient reconnus
atteints de la maladie du sommeil soient internés ou isolés dans le territoire
de la Puissance dans lequel leur état sanitaire aura été constaté.
3) A prendre toutes mesures pouvant être adoptées dans la pratique pour
empêcher les indigènes résidant dans leurs territoires respectifs de passer
des territoires de chacune des deux Puissances dans les zones situées sur le
territoire de l’autre Puissance et qui auront été déclarées infectées.
A notifier, sans aucune perte de temps, l’indication des zones qui seraient
ainsi déclarées infectées.
4) A établir autant que les circonstances le permettront des camps d’iso¬
lement dans leurs territoires respectifs sur des points situés des deux côtés
de leurs frontières communes, et rapprochés l’un de l’autre pour y interner
et soigner les indigènes qui seront atteints de la maladie du sommeil, ou
qui seraient suspects de l’être pour des motifs raisonnables, ou qui auraient
été exposés à l’inlection.
5) A prendre toutes les dispositions pouvant être appliquées dans la pra¬
tique pour assurer dans leurs territoires respectifs la destruction des cro¬
codiles et de tous les autres animaux migrateurs qui pourraient être raison¬
nablement soupçonnés d’être une source d’aliment pour les glossina palpalis.
6) Le présent arrangement entrera en vigueur le L'’ janvier igoq.
Le présent arrangement est conclu pour une période de trois années et il
demeurera en vigeur automatiquement pendant des périodes successives
d’une année jusqu’à ce que Lune des deux parties l’ait dénoncé six mois
avant l’expiration de l’une de ces périodes d’une année.
Fait à Londres en double exemplaire le 27 octobre 1908.
Signé : E. (}rky.
(L. S.) P. Miîttkrnich.
Protocole
Après avoir procédé à la signature de l’arrangement relatif à la lutte
contre la maladie du sommeil dans l’Afrique Orientale, les soussignés
déclarent que leurs gouvernements sont convenus d’adopter les dispositions
suivantes pour assurer l’application de l’arrangement :
I® Les autorités médicales et les fonctionnaires des deux Puissances pla¬
cés à la tête des camps d’isolement recevront pour instruction de se rendre
des visites en vue de s’entretenir de l’expérience qu'ils ont acquise en ce qui
concerne la maladie.
2® Dans tout district où sévit la maladie, des mesures sont adoptées pour
rechercher quels sont les animaux migrateurs dont le sang est recherché
par le glossina palpalis : suivant les résultats de ces recherches des mesures
locales seront concertées pour assurer l’extermination des animaux dont il
s’agit ou leur renvoi des régions infectées par la maladie. Les animaux uti¬
lisables pour les usages domestiques devront être naturellement épargnés
autant que possible.
L'ait en double exemplaire à Londres le 27 octobre 1908.
Signé : E, Grky.
(L. S.) P. Metternich.
l’]n conclusion à notre dernier rapport sur la prophylaxie de la
maladie du sommeil au Congo français, nous proposons à la So-
l'iété de pathologie exoticpie d’émettre les vœux suivants :
1“ Qu’un arrangement conclu entre le Congo belge et l’Afrique
équatoriale française engage ces deux gouvernements à prendre
toutes les mesures pouvant être adoptées, pour empêcher l’entrée
dans les possessions respectives des indigènes atteints de la ma¬
ladie du sommeil et, particulièrement, à interdire entre Brazza¬
ville et Léopoldville le mouvement des indigènes non munis de
passeports san itai res.
2° Que tout indigène originaire d’A. O. F. reconnu trypano-
somé et quittant le Congo, après traitement, pour rejoindre sa
colonie d’origine, v soit signalé à l’autorité sanitaire, qui prendra
à son égard toutes les mesures qu’elle jugera utiles ou nécessai¬
res.
Sur la proposition de M. le Président, les vœux formulés par
AI. G. AIartin sont renvovés à l’ancienne Commission de la Pro-
phvlaxie de la maladie du sommeil cà laquelle sont adjoints
MAT. Briaipt, Pottevin et Thiroux.
— 598 —
COMMUNICATIONS
Sur un cas d’actinobacillose humaine
observée à Paris chez un malade
venant de l’Argentine
Par RAVAUT et PINOY.
L’actinol)acillüse a été ren{'ontrée pour la première fois par Li-
(iXiÈRES et Spitz chez les Bovidés dans la République Argentine;
depuis, Nocard et ses élèves, l’un de nous à l’Institut Pasteur,
l’ont retrouvée en France. Jusqu’ici, ('ette maladie n’a pas été vue
en pathologie humaine.
Nous apportons le premier cas d’actinobacillose chez l’homme.
Il s’agissait d’un jeune homme présentant des phénomènes mé¬
ningés. L’ensemencement du liquide céphalorachidien a donné une
culture d’un actinobacille C|ui, par sa morphologie et ses cuit" reS:
ressemble tout à fait, d’après l’opinion de LmxiÈRES cpii a bien
voulu examiner une de nos préparations, au microbe cpi’il a décrit
avec Spitz en Républicgie Argentine.
Cette méningite survint à la suite d’une otite et d’une mastoï¬
dite purulente, dont le pus n’a pas été examiné ; car au moment où
apparut la méningite ces lésions étaient cicatrisées.
A la suite de deux ponctions lombaires, le malade a parfaite¬
ment guéri de sa méningite, mais le fait le plus intéressant est
qu’il était originaire de la République Argentine. Ce cas montre
l’intérêt qu’il aurait à examiner à ce point de vue spécial, tant
en République Argentine qu’en France, le pus et le liquide cé¬
phalo-rachidien de malades ayant présenté de semblables phéno¬
mènes.
Cette observation sera publiée en détails dans la Presse médi¬
cale, mais dès maintenant nous avons cru intéressant de signaler
ce fait à la Société de Pathologie exotique.
d99 —
Expériences diverses de transmission
des Trypanosomes par les Glossines
ni (i). — Transmission de « Trypanosoma Pecaudi »
par « Glossina longipalpis et tachinoïdes »
Par G. BOUET et E. ROÜBAÜJ).
Pendant les mois de pleine saison pluvieuse (juillet-septembre),
l’abondance des g'iossines nous a permis de multiplier les expé¬
riences et de compléter nos premiers résultats. Disons tout de
suite que les essais de transmission des virus Nas^ana du Zouloii-
land et du Togo par G/, palpniis et Ion.s;ipaIpis, et du virus hu¬
main par ces deux espèces et CI. iachinoides, sont encore restés
sans aucun résultat. Le chiffre global des mouches utilisées dans
ces diverses expériences a été de i8o pour T. Bnicei et togolense,
de 5c9o pour T. gambiense, dont J50 GI. palpalis. Le détail en est
exposé dans le tableau suivant :
Si l’on ajoute à ces chiffres ceux de nos précédentes expérien¬
ces publiées antérieurement (2), on voit que 550 G. palpalis n’ont
pu réussir à transmettre le T. gambiense, non plus cpie 100 ta¬
chinoïdes et 130 longipalpis, soit 780 mouches: que 290 mouches
n’ont de même point transmis le Nagana du Zoulouland, ni 260,
le virus du Togo.
Les expériences réalisées avec les virus locaux, T. Pecaudi, et
T. dimorplion, endémiques dans la région où nous opérons, ont,
(1) Les parties I et II de nos recherches ont paru dans les Annales de
l’Institut Pasteur, X. XXIV, août 1910, p. dSS-dhy.
(2) Idem, v. p. 663.
— 6oo —
au contraire, fourni des résultats relativement faciles. Nous résu¬
merons ici les données acquises sur la transmission de l’agent de
la Baléri, T. Pecaudi.
Des trois espèces de glossines précitées, c’est la Gl. longipal-
pis qui représente l’hote de choix pour ce virus. Les mouches cap¬
turées aux bords de l’Ouémé, aux environs d’Agouagon, sont in¬
fectées naturellement dans une proportion très forte, comme le
montrent les expériences suivantes.
I. 45 longipalpis sont nourries du 25 mai au (1 juillet sur une série de
5 cobayes neufs piqués après intervalles successifs de (> jours. Tous les
cobayes à partir du 2®, s’infectent de T. Pecaudi. Le cobaye i reste indemne.
II. 45 longipalpis sonl nourries du 27 mai au 3 juin sur un cobaye neuf, et
du 4 au 3o juin sur un autre. Les deux cobayes s’infectent de T. Pecaudi
III 55 longipalpis sont nourries du 6 juin au 10 juillet sur une sérié de
5 cobayes neufs piques successivement après intervalles de 6 jours. Tous
les cobayes à partir du 2e s’infectent de T. Pecaudi ; le cobaye i reste
indemne.
IV. 70 longipalpis sont nourries du 6 juin au 10 juillet sur une série de
5 cobayes neufs piqués successivement après intervalles de 6 jours. Tous
les cobayes à partir du 2' s’infectent de T. Pecaudi ; le cobaye i reste indemne.
V. 5o longipalpis sont nourries du i3 au 28 juin sur trois chiens se succé¬
dant après intervalle® de 3 à 6 jours, et du 29 au 7 juillet sur un cobaye.
Tous ces animaux s’infectent de T. l^ecaudi.
VL 70 longipalpis sont nourries du 29 juin au i^i' août sur une série de
b cobayes, piqués successivement après intervalles variant de i à () jours.
Tous ces animaux s’infectent de T. Pecaudi.
On remarquera que dans les expériences T, ITT, IV, les pre-
miers animaux piqués, jusqu’au 6® jour après la capture des moin
ches, ne se sont pas infectés. Il a donc fallu un certain délai d’in¬
cubation au virus. L’expérience suivante montre quelle peut être
la durée de l’incubation chez les mouches.
Exp. VH . — 45 G. longipalpis prises la veille dans la nature, sont gor¬
gées sur cobaye infecté de T. Pecaudi, les 21, 22, 23 mai.
Les mouches sont ensuite portées sur cobayes neufs dans les conditions
suivantes :
Les cobayes 41-4 et 41 5 s’infectent de T. Pecaudi ; les précédents restent
indemnes. La durée de l’incubation a été d’environ 23 jours.
Nous n’avons jamais observé l’infection spontanée à T. Pe¬
caudi chez plusieurs centaines de Gl. palpalis et tachinoides cap¬
turées dans les mêmes régions que les longipalpis précédentes. Il
— 6oi —
-est donc bien clair qu’au point de vue endémiologique, c’est cette
dernière espèce c[ui, dans ces mêmes zones, constitue le réservoir-
mouche du virus, à l’exclusion des autres.
Un nouvel essai d’infection des Gl. palpalis, au laboratoire,
a été négatif :
Exp. VIII. — 100 mouches capturées dans la nature, et nourries sur cabri
témoin, ont été portées du 20 au 22 mai sur un cobaye infecté de T. Pecaiidi,
puis du 23 mai au 3i juillet, sur une série de 9 cobayes. Ces animaux,
comme le témoin, restent indemnes.
On voit donc que l’infection des Gl. palpalis peut être considé¬
rée comme cxceptionneUe (i) dans les conditions géographicjues
où ont été réalisées les expériences (2). 11 est même possible que
le résultat positif fragmentaire obtenu dans une expérience anté¬
rieure (3), soit dû à la présence fortuite de cpielques Gl. longipal-
pis parmi le lot de glossines utilisées.
At ’ec Gl. tachinoïdes, sur deux expériences instituées, une a
fourni un résultat positif certain.
Exp. IX. — 60 G. tjchinoïdes fraîchement capturées dans la nature sont
nourries sur cabri témoin, puis portées les 2, 3, 4 juin sur cobaye infecté
de T. Pecaudi. Les mouches sont ensuite mises à piquer sur cobayes neufs
dans les conditions suivantes :
Les cobayes 44-6 et 44-7 s’infectent de T. Pecaudi , le cabri témoin et tous
les autres cobayes restent indemnes.
Une deuxième expérience qui a porté sur 50 mouches nées au
laboratoire, est restée négative.
Ces expériences montrent que les Gl. tachino'ides, qui cepen¬
dant ne sont point naturellement infectées dans les gîtes, peuvent
(1) f.e total de nos expériences palpalis-Pecaiidi donne un chiffre de
3o5 mouches pour un résultat douteux.
(2) BouFFARD..4?i«a/e.s' de l’Institut Pasteur, t. XXII, janvier 1908, attribue
à G. palpalis les résultats qu’il a obtenus dans la transmission de T. Pecaudi
à 4 chiens qui voyageaient avec lui.
(3) /. f., V. p. G()4.
43
6ü2 —
subvenir à révolution du parasite, mais toutefois, dans des con¬
ditions beaucoup moins faciles que GL longipalpis. En fait, dans
la région du Tchad, le virus se maintient dans des zones où
existe uniquement la tachinoïde (i).
Pour résumer, nous dirons que, dans la région qui nous occupe,
les chances d’infection des glossines au virus de la Baléri sont
surtout grandes pour GL longipalpis, beaucoup moindres pour
GL tachinoïdes, milles ou presque pour GL palpalis.
Ces faits démontrent qu’il est nécessaire de parler d’une adap¬
tation des virus à certaines espèces lou à certaines races de mou¬
ches et que toutes les glossines n’ont pas la même valeur comme
agents de transmission des diverses trypanosomiases.
Au point de vue morphologique, les infections constatées chez
les mouches relèvent toutes du type des infections totales, tel qu’il
a été défini pour T. congolense (2). Il y a infection continue de
tout le tube digestif depuis la région postérieure de l’intestin
moyen jusqu’à la trompe.
Les formes de l’intestin moyen sont très semblables à celles
des T. congolense et dimorphon-, elles mesurent de 14 à 25 et
davantage. Certaines présentent un flagelle libre. Les formes
rencontrées dans le liquide hyalin de l’œsophage et du pharynx
sont plus courtes, très agiles, et ressemblent davantage aux for¬
mes normales du sang; mais elles sont toutes du type large, pour¬
vu ou non d’un flagelle libre. Le tvpe long et grêle ne se rencon¬
tre pas.
Dans la trompe, on observe les deux types habituels : formes
Leptomonas fixées aux parois du labre; formes trypanosomes,
identiques à celles du sang, localisées à l’intérieur de l’hvpopha-
rynx. Dans les infections anciennes, les Leptomonas disparais¬
sent, et l’infection de la trompe se réduit à celle du tube hvpo-
pharyngien, alors que le tube digestif est totalement infecté. L’in¬
fection intestinale n’entretient donc, pas celle de la trompe, bien
que les formes de l’œsophage et du pharvnx puissent parvenir
dans cet organe.
L’inoculation de la trompe et du tube digestif infectés à des co¬
bayes à donné les résultats suivants :
(1) E. Roubaud, in La maladie du Sommeil au Congo Français; Paris,
Masson, iqoq ; page r)2q. C’est le Dr Ruelle qui a constaté l’existence du
T. Pecaiidi dans la vallée du Chari.
(2) Roubaud, toc. cit., pp. 52q-3i.
- 6o3 —
Sur une inoculation de trovipe totale, un résultat positif.
Sur deux inoculations du liquide pharyngien prélevé à l’en¬
trée de la trompe, un résultat positif. (Le 2*" cobaye est mort avant
le délai d’incubation.)
Sur deux inoculations du liejuide de l’intestin moyen, iiti résul¬
tat positif.
Lme inoculation de l’hypopharynx sectionné en plusieurs tron¬
çons n’a rien donné, mais on ne peut rien conclure de ce résul¬
tat négatif à cause des difficultés de l’expérience.
En revanche l’inoculation du liquide intestinal, dans lecjuel les
parasites se trouvent en quantités énormes, n’a donné de résul¬
tats que chez une mouche toute fraîchement gorgée de sang; il
est possible cjue dans ce cas l’infection soit due aux formes de
la trompe et du pharynx dégluties au moment de la picpire.
Enfin, en dernier lieu, nous avons infecté un chien en lui ino¬
culant la trompe d’une glossine; l’inoculation de l’intestin de la
même mouche n’a rien donné à un autre chien.
La frécpience de l’infection naturelle des Glossines au T. Pe-
caudi nous amène nécessairement à penser aux mammifères sau¬
vages pour le réservoir sanguin du virus. Aucun animal domes¬
tique ne fréquente, en effet, les gîtes de ces mouches. Les trou¬
peaux n’existent pour ainsi dire pas dans la région, ou sont can¬
tonnés à de grandes distances des zones frécjuentées par les lon-
gipalpis.
Par contre, le gros gibier abonde au sei)! même des gîtes et nul
doute que l’on ne rencontre chez certains des mammifères picpiés
journellement par les glossines, un triple réservoir pour les trois
virus qu’hébergent normalement ces mouches: T. Peeaudi, T. Ca-
salhoui, et T. dimorphon. Des recherches ont été entreprises dans
ce sens.
lhans une prochaine note, nous ferons connaître le ré^^ultat de
nos expériences sur la transmission du T. dimorphon.
Laboratoire d'.igoiiagon, Dahomey,
20 septembre igio.
— 604 —
Le mouvement des malades
trypanosomes à Brazzaville
Par Gustave MARTIN, LEBΟF et RINGENBACH.
I. Eieu d’infection et profession des malades.
En 3 ans, de fin 1906 à fin 1909, 600 indigènes reconnus trypa-
nosomés ont été examinés au laboratoire de Brazzaville et nous
avons tenté pour chacun de ces individus de connaître le lieu pro¬
bable où ils s’étalent infectés (v. tableau I). C’était un problème
très délicat, impossible à résoudre d’une façon certaine. Il est
excessivement difficile, en effet, de trouver la vérité au milieu de
toutes les histoires racontées par un noir qu’on interroge. Ignorant
le plus souvent de son câge, il n’a aucun souci ni du temps qui
s’écoula, ni du lieu où il a séjourné. L’obnubilation intellectuelle
et la torpeur cérébrale, symptômes les plus fréquents présentés
chez nos malades, s’ajoutaient encore à la difficulté de notre tâche,
et bien souvent nous n’avons obtenu que des renseignements très
vagues, sur le genre d’existence et sur les régions parcourues par
nos trypanosomés. Presque tous avaient beaucoup voyagé: ils
s’étaient installés plus ou moins longtemps en divers pays infec¬
tés. Il était donc très difficile de préciser l’endroit où ils s’étaient
contaminés, mais, même en ne considérant les chiffres suivants
que d’une façon approximative, ils ont cependant une certaine
valeur si on les compare entre eux. Ils indicjuent le mouvement
des malades à Brazzaville et montrent que les trypanosomés ap¬
partiennent, en majorité, à une population éminemment flottante,
venus de tous les points de l’intérieur. Le tableau TII vient égale¬
ment le prouver.
Nous avons recherché dans nos observations la profession de
nos divers malades (457) traités à Brazzaville et, si nous ne comp¬
tons ni les femmes, ni les enfants, nous voyons que sur 329 trv-
panosomés :
Hommes d’équipage, chauffeurs, pêcheurs, coupeurs de bois
nous donnent un chiffre de 91 infectés, porteurs, manœuvres, trai¬
tants, chasseurs, donnent un chiffre de 120 infectés, tandis que
les boys, les cuisiniers et tailleurs ne fournissent que 36 malades.
— 6o5 —
Hommes d’équipage, coupeurs de bois . gi
Manœuvres, traitants, chasseurs . 120
Boys, cuisiniers, tailleurs . 36
Tirailleurs, miliciens, douaniers . 60
Sans profession . 22
Soit .... 329
Or, cette question peut avoir une grosse importance au point
de vue de la prophylaxie de la Maladie du Sommeil. Nous l’avons
déjà dit, mais nous ne saurions trop le répéter: c’est au chef-lieu
que presque toutes les grosses compagnies concessionnaires re¬
crutent leurs manœuvres, leurs porteurs, leur travailleurs. Ceux-
ci, après avoir séjourné plus ou moins longtemps dans la brous¬
se, reviennent à Brazzaville, y séjournent un temps variant selon
leurs économies. Jusqu’à ce qu’ils trouvent un nouvel engage¬
ment, ils restent ainsi de redoutables porteurs de virus.
Tableau I. — Lieu probable d’infection des individus examines
au laboratoire
Brazzaville el environs .
Région de Kimpanzou, Madingou, Banza-Baca et roule des
Caravanes .
Congo-Oubanghi-Sangha (Personnel des vapeurs. Pêcheurs et
leur famille) . .
Congo et Oubanghi (non compris les affluents) .
Sangha et N Coko .
Lobaye .
Likouala-Mossaka .
l..ikouala-aux-Herbes .
Létini .
Ali ma . .
Gabon . . .
Congo belge .
Congo portugais .
Cameroun . .
Indéterminés ((Colonie du Moyen-Congo, Rives des fleuves ou
intérieur du pays) .
iiG
68
74
io5
70
12
[)
5
6
6
4
60
62
Total
600
Les chiffres du tableau I sont des chiffres approchés, sans
doute, mais nous avons admis comme s’étant contaminés à Braz¬
zaville et aux environs les indigènes y séjournant depuis un plus
ou moins grand nombre d’années, c’est-à-dire depuis un temps
assez long pour qu’ils aient pu y contracter leur affection arri¬
vée à la période constatée où ils se trouvaient quand ils étaient
examinés. Il n’est certainement pas douteux que des travailleurs
logés dans des cases près de l’entrepôt de la maison Gomès,
6o6 —
que des manœuvres travaillant à la briqueterie, où des gîtes à tsé-
tsés ont été reconnus par nous, que des enfants nés à Brazzaville
et n’ayant jamais quitté la capitale ont été infectés au chef-lieu
même.
Il est moins certain que des boys, des cuisiniers, aient été véri¬
tablement infectés dans les différents quartiers du périmètre ur¬
bain de Brazzaville. Ils ont pu se contaminer soit aux environs
immédiats dans les villages situés à une demi-heure, une heure
ou deux de marche, sur les rives du Djoué ou sur les rives du
Congo.
Tableau II. — Infectés à Brazzaville et environs
Plateau (ville administrative) .
Village bacongo (village noir) . . .
Village du Tchad (village noir) près le camp militaire
Village cathcdique (village noir) . Mission . . . .
Village de la Plaine (village noir). Ville commerçante.
Environs de Brazzaville .
12
Total
La répartition des ii6 trypanosomés de Brazzaville, n’en est
pas moins intéressante, car elle montre bien comment sont distri¬
bués dans les différents groupements indigènes des malades vi¬
vant depuis de longs mois et même des années au contact d’Eu¬
ropéens. Or, nous ne comprenons pas, dans cette liste, les pê¬
cheurs, ni leurs femmes, ni le personnel des vapeurs et leur
famille habitant cependant Brazzaville et dont plusieurs, sans
doute, ont pu s’infecter sur les rives immédiates du fleuve des
environs du chef-lieu. Nous les avons fait rentrer dans une caté¬
gorie spéciale (tableau I).
Les indigènes arrivés directement de la Sangha, de la Liko-
uala, etc., et trouvés trypanosomés à Brazzaville, et ceux qui fai¬
saient remonter à leur séjour dans ces pays des symptômes très
nets, tels que céphalée, somnolence, amaigrissement, perte des
forces, ont été classés comme infectés dans les régions d’où ils
provenaient.
La catégorie du Congo belge comprend surtout des indigènes
infectés tout spécialement à Wangata (Coquilhatville) et ses en¬
virons.
Enfin, parmi les indéterminés figurent surtout des noirs appar¬
tenant aux diverses tribus du Moyen-Congo, des riverains de
rOubanghi et du Congo, ou habitants de l’intérieur qui, par leur
genre de vie ont tellement voyagé ou qui étaient à une période
trop avancée de leur maladie pour poser approximativement le
lieu d’infection (v. tableau I).
Tableau III — Traités au laboratoire. Situation au 31 décembre 1909.
II. Mouvement des mal.\des pendant l’année 1909.
Pendant l’année 1909, il y a eu à l’Institut Pasteur de Braz¬
zaville, un mouvement de 309 individus trypanosomés et mis en
traitement (214 nouveaux -f 95 anciens).
214 nouveaux ont été reconnus parasités.
?> FXiropéens.
iio noirs en traitement au 3i décembre 190g.
45 en fuite après un traitement insuffisant (40 de la ville -f- 5 de l’hô¬
pital) dont 21 après une dose de Loffler ou une dose d’orpiment.
5(3 Décédés.
214
A ce dernier chiffre il faut ajouter pour cette année 1909:
39 décès d’anciens malades mis en traitement en 1907 et igo8.
14 fuites — —
42 anciens malades encore en traitement au 3i décembre 1909.
üT
— 6o8 —
Nous avons donc eu en 1909:
95 décès de Trypanosomiase (56 nouveaux -(- Bp anciens).
59 fuites — (45 — -j- 14 — ).
3 Européens ayant quitté la Colonie.
Soit lèy auxquels nous ajoutons les i52 malades en traitement au 3i décem¬
bre 190g.
Soit 07 -|- i52 “ Sog.
En 1909, sur les 309 trypanosomés nous avons eu:
18 aliénés excités dangereux ayant présenté des crises plus ou moins
fréquentes de véritable folie furieuse.
7 déments, mélancoliques ou persécutés ayant nécessité une surveil¬
lance spéciale.
25 auxquels il faut ajouter
26 semi-aliénés, ambulomanes, atteints de confusion mentale, d’idées
post-oniriques, de catatonisme léger, etc.
5i Soit le sixième de nos malades.
Ainsi, en 1909, nous avons eu 8,09 % de nos malades véritables
déments, 8,41 % semi-aliénés ambulomanes, soit 16,50 % de ma¬
lades nécessitant une surveillance spéciale.
Au 31 décembre 1909, la situation des malades en traitement
est de :
Malades logeant en ville ... 52 (nouveaux 1909) 33 anciens = 85
» hospitalises . qB » -(-*'>»= 49
)> aliénés . i5 » “b 3 « 18
Totaux . . . no nouveaux 42 anciens i52.
Deuxième semestre 1909.
Le mouvement des trypanosomés pendant le deuxième semes¬
tre 1909 a été le suivant (du i®'' juillet au 31 décembre 1909) :
139 nouveaux ont été reconnus parasités.
2 Européens (rentrés en Europe).
82 en traitement.
34 en fuite après un traitement plus ou moins sérieux.
21 décédés.
139
49 ont été envoyés au laboratoire par l'hôpital.
28 sont venus directement au laboratoire.
47 ont été reconnus au moment de la délivrance des permis d’engage¬
ment ou d’embarquement ou lors de la visite des corps organisés.
Il ont été envoyés par la police.
4 ont été adressés par le bataillon.
— 6o9 —
Pendant ce deuxième semestre, sont entrés à l’hôpital : 3g nou¬
veaux malades et 35 anciens, soit 74 trvpanosomés.
y
L'éosinophilie dans la filariose et Téléphantiasis
Par V. BROCPIARI).
L’étude de l’éosinophilie, avancée au sujet des helminthiases
intestinales et même de la dysenterie amibienne, l’est beaucoup
moins en ce cpii touche la filariose, et surtout l’éléphantiasis ara-
bum. Les rares observations qu’on trouve à ce sujet ne portent,
par surcroît, que sur des cas isolés. Citons Vaquez et Clerc (2),
SiCARi) (3), WuRTZ et Clerc (4), pour un cas d’éosinophilie avec
F. loa ; Steehexs et Christorhers (5) pour un cas similaire;
Axtoixe (6), <au sujet d’une F^. volvuliis; Simond, Xoc et Au¬
bert (7) pour un cas d’ascite et un autre de chylurie filariens.
Toutefois, les auteurs s’accordent à rei'onnaître cjue la filariose
s’accompagne de règle d’une éosinophilie notable, qui varie,
d'après eux, entre 7,5 et 70 %.
(1) Dans cette statistique du 2'-* semestre 1909 le mot ancien s'applique
non seulement aux malades de 1 007-1 90S mais aussi aux malades du
semestre kioc).
(2) Soc. de Biol., i décembre i()02.
(3) Ibid.
(4) Ibid., 2() décembre uioq.
(5) F tilde du paltidi.^me, i()o6, page qflo.
(d) Soc. de Path. exot., t. III, iqio, no 2, p. ()o.
I7) Ibid., t. II, 1909, no 6, p. 320 et 322.
— 6io
Mais on possède moins de données sur la valeur de celle-ci
dans l’éléphantiasis tropicale. Notons que les partisans de la théo¬
rie microbienne, érysipélateuse, si l’on veut, de cette affection,
semblent en exclure la présence d’une éosinophilie anormale. Le
Dantec (r), dans son Traité de Pathologie exotique, se borne
sur ce point, à une simple citation, qu’il ne désapprouve pas:
(( Dans la filariose simple, sans éléphantiasis, il y a une éosi¬
nophilie considérable qui peut atteindre 70 %. Or, dans l’éléphan-
tiasis sans filariose, le nombre des éosinophiles est à peu près
normal, 0,75 % (Tribondeau). »
Pour vérifier ces données, nous avons dressé un petit tableau
d’éosinophilie comparée dans la filariose et l’éléphantiasis aux îles
Wallis (Polvnésie), sur un nombre un peu plus élevé que d’ha¬
bitude d’observations. Semblable étude aide sans doute à com¬
bler une lacune de pathologie tropicale ; mais son intérêt prin¬
cipal est d’aborder par un autre angle le problème de l’étiologie
de l’éléphantiasis arabum : car l’éosinophilie étant de règle dans
la filariose, il serait surprenant qu’il en fût autrement dans l’élé-
phantiasis, si la théorie mansonienne est exacte.
Tableau d’éosinophilie comparée
(1) Traité de Path. exot., p. 1031.
(2) Le nombre des microfilaires est envisagé pour i goutte de sang, soit
pour I préparation ordinaire.
— 6ii —
Conclusions ;
i“ Le taux de r éosinophilie, dans la filariose simple, sans élé-
pliantiasis, est de i8,p % en moyenne aux îles Wallis.
Ce chiffre correspond aux données des auteurs.
II. Le même taux, dans V éléphantiasis avec filariose, est de
/^,5 % en moyenne.
III. Il est de IJ % dans V éléphantiasis non accompagnée de
filariose, c' est-à-dire celle où les micro filaires n’ont pu être cons¬
tatées par les moyens habituels.
IV. L’ éosinophilie se montre tout ii fait indépendante du nom¬
bre de microfilaires constaté dans la circulation, de l’âge ou de la
gravité des lésions pachydermiques.
Nous dirons donc que, dans la filariose, comme dans l’éléphan-
tiasis arabum, le taux de l’éosinophilie est sensiblement le même,
cependant un peu plus élevé dans la filariose seule; 18,7 % dans
ce cas, 14,5 et 15 % dans les autres.
Cette constatation vient à l’appui de la théorie filarienne. Elle
ne la prouve pas à elle seule, bien entendu ; mais, enfin, l’ab¬
sence complète d’éosinophiles anormaux, telle qu’elle avait été
annoncée par Tribondeau, et reproduite sans réserve par Le Dan-
TEC, eût porté, en cas de confirmation, un coup sérieux à la doc¬
trine de Manson.
Ouelle est, maintenant, la signification de cette éosinophilie,
telle qu’elle ressort du tableau précédent ? C’est ce que montrent
un résultat pratique et une déduction générale.
Puisque toute filariose s’accompagne, en effet, d’une éosino¬
philie anormale (mettons 20 %), réciproquement, la constatation
d’une éosinophilie anormale, non expliquée par ailleurs, indique-
t-elle la présence d’une infection filarienne ?
L’intérêt de cette question s’augmente de la difficulté pratique
qu’on éprouve si souvent de nier cette infection à la suite d’un,
ou même de plusieurs examens négatifs de sang frais. Bien des
auteurs, Mathis et Leger (i) entre autres, l’ont reconnu. Ils re¬
commandent des examens répétés. Mais quand ceux-ci doivent-ils
s’arrêter ?
Avec une densité du sang supposée égale à 1,055, ^^^t
quinze gouttes pour remplir un centimètre cube : à raison d’une
(i) Mathis et Leger, Bull. Soc. Path. exot., t. III, 1910, p. 142.
— 6i2 —
microfilaire par goutte, cela donne 15.000 parasites par litre de
sang, et mettons 67.500 pour toute la circulation.
Ce chiffre est souvent dépassé: nous avons trouvé 80 parasites
par goutte de sang, soit 4.500.000 pour tout le corps.
Mais il est aussi souvent abaissé, et l’on conçoit bien qu 'alors
on trouvera moins d’une microfilaire par préparation. Plus ce
chiffre sera faible, plus il faudra multiplier les examens. Il n’y a
donc pas de limite théorique au nombre de ces derniers. Mais
nous savons que le taux de l’éosinophilie n’est pas proportionnel
au nombre des parasites, et qu’il ne descend pas, d’autre part,
au-dessous d’une certaine limite facilement appréciable. Nous
avons voulu, conséquemment, vérifier si l’utilisation de cette
donnée répondait pratiquement, aussi bien que théoriquement,
à la découverte des parasites dans les cas douteux.
Or, nous pouvons répondre par l’affirmative. Par ce subter¬
fuge, nous avons décelé maintes fois un parasite, et un seul, tan¬
tôt au cinc|uième, tantôt au dizième, et dans un cas au vingt-sep¬
tième examen. Nous avons repris aussi de cette manière, et avec
succès, l’examen de sujets taxés jusque-là, par nous-même, de
(( probal^lement non filariés ». En résumé, l’épreuve de l’éosino¬
philie est valable: elle donne par surcroît le résultat désiré, sous
la forme de la découverte effective d’un parasite, toutes les fois
que la dissémination de ces derniers dans la circulation permet un
nombre d’examens abordable.
l'oute recherche de filariose doit donc se compléter, en cas d’in¬
succès préalable à l’aide d’une préparation fraîche, de l’examen
d’une préparation colorée, en vue de la recherche de l’éosinophi¬
lie.
La considération générale qui se déduit de la présente étude
concerne l’infection filarienne probable de tous les éléphantiasi-
ques.
Puisqu’il n’est pas absolument nécessaire, nous venons de le
voir, de déceler la présence d’un parasite pour affirmer l’infec¬
tion filarienne; que celle d’une éosinophilie non explicable par
ailleurs, suffit, théoriquement et pratiquement ; que, d’autre part,
tous nos éléphantiasiques, filariés ou non, présentent presque le
même nombre d’éosinophiles; que ce nombre est tout à fait voi¬
sin de celui de la filariose simple ; pour ces raisons, il est difficile
de ne pas admettre dans tous ces cas une unité d’infection fila¬
rienne. Que l’on s’y refuse, et il ne restera plus à incriminer
de cette éosinophilie anormale que cet insaisissable agent spécifi¬
que de l’éléphantiasis arabum, dont nous ne connaissons mainte¬
nant, en tout et pour tout, que cette singulière propriété, de dé¬
terminer une éosinophilie précisément comparable à celle de la
filariose.
La présence réelle de la filaire au cours de l’éléphantiasis paraît
donc ressortir de la présente étude, mais, comme on le voit, il ne
peut y être question de son rôle pathologique, et, pour être con¬
firmée, la théorie de Mansox ne l’est donc que partiellement dans
l’état de nos recherches actuelles.
Wallis, 20 juillet 1910.
Observations faites sur un cas de
filariose M. diurna ”
Par K. MARCHOUX.
Les observations prolongées de malades porteurs de Microfi-
larici diurna sont encore peu nombreuses, aussi, croyons-nous de
quelque utilité la publication de celle-ci qui se rapporte à un ma¬
lade régulièrement suivi depuis près de 2 ans.
M. R..., 45 ans, né à Paris, est allé pour la première fois aux
colonies, en octobre 1900. Toute son existence coloniale s’est
passée au Congo. Un premier séjour de 29 mois à Libreville n’a
été marqué au point de vue pathologique que par de nombreux
accès de fièvre paludéenne. Après avoir passé 9 mois en France,
M. R... est retourné au Congo. 11 y a été chargé d’une mission
télégraphique qui l’a conduit dans l’intérieur, où il a voyagé
pendant 24 mois. Au cours de sa mission il a présenté de nom¬
breux accès de fièvre, dont 3 plus particulièrement graves.
M. R... eût à supporter ultérieurement deux accidents qui ne
paraissent pas imputables à la filariose. L’un fut une tuméfac¬
tion très douloureuse siégeant à l’avant-bras gauche et ayant per¬
sisté 15 jours sans fièvre; l’autre^ un accident du même genre,
survenu à l’hypochondre gauche. Cette 2® tumeur fut ouverte; il
s’en écoula une grande quantité de pus.
Un nouveau séjour, de 1906 à 1909, s’est passé sans événc-
ment pathologique notable. Au mois de juin 190g, M. R... est
venu, à son retour du Congo, se faire examiner par mesure de
prudence. On ne trouva chez lui aucun signe de trypanosomiase,
mais on reconnut dans son sang la présence d’un grand nombre
d’embryons de filaires.
Depuis cette époque, M. R... fut examiné régulièrement cha¬
que semaine, d’abord par M. Legendre, puis par M. Bourret,
enfin par nous-même. Pendant ces 17 mois, nous avons constam¬
ment trouvé des embryons de filaires dans son sang.
Ces embryons sont des microfilaires à gaine, du volume de
l’embryon de Filaria bancrofti. M. le D'' Lebœuf, dans le labo¬
ratoire de M. Mesnil, a caractérisé ces embryons comme Mf.
diiirna, en se servant, entre autres, des procédés de coloration
vitale indiqués par h"ÜLLEBORN et Rodenwaldt.
Variations apériodiques du nombre des embryons. — On a
cherché et on a signalé des variations du nombre des embryons
contenus dans une goutte quand le sang était pris à différentes
parties du corps, au doigt et à l’oreille, à un doigt et à un autre,
à droite et à gauche. Ces variations n’ont aucune importance,
nous avons pu nous en rendre compte. Les embryons sont irré¬
gulièrement disséminés dans les vaisseaux. Il y a des différences,
non seulement entre les gros et les petits vaisseaux, mais encore
entre deux capillaires voisins et même entre deux gouttes prove¬
nant de la même piqûre. Ces variations sont parfois considéra¬
bles, en tous cas toujours assez grandes pour leur retirer toute
signification. C’est ainsi que, dans une même prise, nous avons
trouvé sur la P® lame: i embrvon ; sur la 2®, 16; une autre fois
8 sur la i''®, 22 sur la 2®; ou encore 18, 8 et 22 ; ou i, 3, 16. Tl y
a aussi des variations journalières ; par exemple, on rencontre
dans une goutte, le 27 mai, 20 et 26 embr3'ons, alors que le 13,
il y en avait, dans 3 gouttes, o, o, 5 ; que le 20 on en comptait
2 et 10, le 3 juin 5, 8, 10. Tl n’a pas été possible de reconnaître
de périodicité régulière à ces variations hebdomadaires.
T^e nombre des embryons s’est montré, en général, plus con¬
sidérable dans les fins capillaires au printemps et en été, que
pendant l’automne et l’hiver. D’octobre 1909 à mars 1910, le plus
grand nombre d’embr^'ons trouvés a été de 7 dans une goutte,
alors que de mai à octobre 1910, on en rencontrait assez souvent
de 15 à 25. Depuis le mois d’octobre, le nombre des embryons
diminue, il est de o, i, 2, 3, 4, 5 dans une goutte; il ne faut
tOLiietois pas accorder à cette observation une valeur absolue, car
un examen pratiqué le ri novembre a permis de constater dans
3 gouttes de sang la présence de 21, 16, 33 embryons.
Absence de périodicité diurne et nocturne. — Malgré la déter¬
mination de Mf. diiirna, cette microfilaire ne présente pas de pé¬
riodicité réelle. On trouve, pendant la nuit, des embryons dans
le sang périphérique et presque en même quantité que pendant
le jour. Par exemple, le 4 novembre, 3 gouttes prises le jour ren¬
fermaient, 2, 4, 5 embryons ; le 6, 2 gouttes prises pendant la
nuit contenaient encore parfaitement mobiles et vivants, le len¬
demain, 3 et r embryons. Il est difficile, puisque l’examen n’a pas
été fait immédiatement après la prise, de dire si, dans le sang
laqué qui entourait toute la partie centrale de la goutte, il ne se
trouvait pas d’embryons morts et non visibles.
hisensibilité des embryons aux médicaments. — ■ I>es embryons
de filaires n’exercent, on le sait, aucun rôle pathogène. Entourés
de leur gaine protectrice, restant dans la circulation toujours sem¬
blables à eux-mêmes, ils ne semblent pas échanger beaucoup
de substances avet' leur hôte. (,)n constate, il est vrai, chez celui-
ci, une augmentation du nombre des éosinophiles (42,5 %). En
plus de ce phénomène, notre malade présente de l’auto-agglutina-
tion très nette et ceci prouve que ce signe, quelle que soit sa va¬
leur quand il accompagne d’autres manifestations de la trypano¬
somiase. n’a cependant aucun caractère spécifique quand il est
isolé.
L’influence de l’organisme de l’hôte sur les embryons paraît
être nulle. Aucune substance antagoniste ne semble exister dans
le sang. Les médicaments absorbés par les malades sont, en gé¬
néral, dépourvus d’action sur la mobilité et le nombre des em¬
bryons.
Dernièrement, notre collègue, M. le D’’ Thiroux (i) a signalé
sur les embryons de Mf. perstans l’action de l’émétique d’aniline.
Notre malade ayant consenti à se soumettre à ce mode de traite¬
ment, entra à l’hôpital Pasteur, le 28 juin, dans le service de
M. TvOuis Martin. Il y reçut de cette date au iS juillet une di¬
zaine d’injections de o gr. 10 d’émétique d’aniline. Au moment
de son entrée on trouvait dans son sang 7, ii, 13 embryons; le
10 juillet, il y en avait S, 12 et i, le iS, 4, i et o. Un nouvel exa-
(i) A. Thiroux. De l’action de l’émétique d’aniline sur la filariose. Bull, de
la s. Path. ex., 1910, 003; p. 202.
6i6
men priitiqué le 22 juillet, permettait de constater la présence
dans 3 gouttes de sang de 18, 8, 22 embryons, toujours très mo¬
biles. L’action de l’éméticpie a donc été nulle dans ce cas. Il est
vrai qu’il s’agissait là d’une filaire à gaine et non pas de Mf.
pcrstans, qui en est dépourvue.
Ln résumé, de cette observation on peut tirer les conclusions
suivantes :
1° (àn ne peut pas, si l’on n’a fait tpi’un petit nombre d’exa¬
mens du sang d’un malade de filariose, préjuger de l’abondance
des emltrvons dans la circulation et même de leur disparition. La
variabilité si grande du nombre des microfilaires se rencontrant
dans une goutte impose une longue observation du malade avant
de se prononcer sur sa guérison.
2° il//, diurna ne semble pas accomplir régulièrement dans la
circulation de migrations diurne et nocturne.
3° Les embrvons vivent très longtemps dans le sang des mala¬
des où ils paraissent à l’abri de toute action médicamenteuse.
Sur la question de la décomposition
de l’arséno-benzol 606 ”
Par W. L. YAKIMOFF.
La nouvelle préparation cI’Ehrlich-Hata, l’arsénobenzol ou
a 606 », s’emploie chez l’homme, ou bien en solution pure et trans¬
parente, ou bien en suspension dans de l’eau ou de la paraffine
liquide. Dans la pratique du laboratoire, au cours des expérien¬
ces faites sur les animaux, on se sert la plupart du temps, sinon
exclusivement, de solutions transparentes. Nous employons pour
notre part, la solution préconisée par Alt, dont la préparation a
été décrite plus d’une fois au cours de nos travaux (i).
Mais toutes les solutions, si bien préparées qu’elles soient, com¬
mencent à se modifier dans un laps de temps très court, quelques
heures à peine. En particulier, les solutions faites d’après les indi¬
cations de Alt, commencent à brunir déjà au bout de i h. 1/2
(t) W. Yakîmoff et Nina Kohl-Yakimoff, Bull, de la Soc. de Pathol,
■e.votique, octobre iqio, et Annale.^ de l’Institut Pasteur, octobre 1910.
;i 2 h. ; plus lard, elles noircissent et donnent un précipité. A ce
moment, de telles solutions ne sont plus utilisables et il faut les
jeter.
Il va de soi (ju’il est très regrettable de jeter une substance aussi
précieuse que le <( 606 », et c’est cependant le parti auquel il faut
souvent se résoudre. Dans les expériences de laboratoire, il arrive
fréquemment qu’on n’a à injecter à des souris ou à des rats que
(juelques dixièmes de cm^ d’un solution de (( 606 >) ti i ou 2 %.
l'd comme on n’a à sa disposition ((ue des ampoules de 30 cg. au
minimum, il en résulte que l’on doit jeter la plus grande par¬
tie du médicament, puisque la solution une fois ftiite, celle-ci ne
tardera pas à s’altérer.
Nous tivons cherché un n^^eren de conserver les solutions de
(( bo6 ». Nous V sommes arrivés d'une ftiçon bien simple. Notre
procédé consiste à remplir totalement un flacon avec la solution
dont (ui dispose, justiu’à l’ouverture du flacon, puis à le boucher
hermétiquement. 11 en résulte qu’au moment où on introduit le
bouchon, ('elui-ci plonge en plein lic|uide: et, quand la fermeture
<'st bien assurée, le flacon est aussi plein c|ue possible, c'ibsolu-
ment pri\’('- d’air. P'diis de telles eondllions, le a 606 » f^arde plu¬
sieurs jours l’aspeet jaune verdâtre, caractéristique des prépara¬
tions fraîches. A la lumière du jour, ce n’est ciue vers le 6** jour
(|ue la solution |)rend la couleur orange, qui témoigne de la dé¬
composition du médicament. A l’obscurité, la décomposition est
plus ttirdive et n’a lieu que vers le 7® ou 10® jour.
11 était pf)ssible <;pie des solutions restées tùnsi tipp tremment
lionnes fussent en réalité décomposées. L’expérimentation nous a
])rouvé qu’il n’en était rien.
Ainsi, pour ce c[ui est de la toxic'ité, meme les solutions qui
avaient commencé à jaunir ne se sont pas montrées toxiques pour
les souris (o ('m'’ 24 d’un<" solution h t % par souris de 20 g.).
Pour ce qiu est de l’efficacité parasittùre, les solutions consen’ées
se sont montrées aussi actives que les solutions fraîches vis-à-vrs
de Trypanosoma togolense et de Spirochœta Duttoni.
11 est évident que, pour se conserver, les solutions doivent être
faites aseptiquement. T.es flacons et les bouchons doivent être
stérilisés, ainsi que l’eau qui sert à faire la solution. Tl y aurait
même avantage à luter la fermeture du flacon avec de la paraffine.
Notre procédé de conservation du u 606 » n’est applicable
qu’au laboratoire. Nous n’osons le recommander aux praticiens.
— 6i8 —
N^ous le croyons d’ailleurs inutile en médecine humaine, puisque
les ampoules de (( 606 » sont faites de façon telle que leur con¬
tenu doive être administré en une seule injection (0,30-0,75 g.).
Emploi de Tarsénobenzol (( 606 »
sous forme d’onguent
Par W. L. ^'AKIMOFF et Nina KOHL-YAKIMOFF.
La préparation d’EHRLiCH-FL\TA, le dioxydiamiduarscnohcnool,
s'emploie pour le traitement de différentes infections sous forme
d’injections (intraveineuses ou intramusculaires). Ce procédé a,
incontestablement, de grands avantages sur les autres ; puisque,
sous la forme d’injections, le médicament agit rapidemfent, pres¬
que immédiatement, sur les parasites en les tuant ou en les atté¬
nuant. Nous nous sommes demandés si l’on ne pourrait pas se
servir du « 606 » sous forme d'onguent, absolument comme pour
le mercure.
Les parasites que nous avons soumis à l’action du (( 606 ))-on-
gTient, sont le Spirochccta Duttoni et le Trypanosoma togolense .
Comme animaux d’expériences, nous nous sommes servis du rat
blanc et du rat blanc et noir. Nous avons préparé l’onguent arsé-
nobenzolique avec de la lanoline, ün prend la poudre de l’am¬
poule; on la met dans un mortier; on la triture toute seule
d’abord, ensuite on ajoute quelques gouttes d’alcool méthyli-
que ; puis, la quantité nécessaire de lanoline. Au commen¬
cement, nous faisions un onguent à 2 %; finalement nous nous
sommes servis d’un onguent à 6 %. Comme lieu de friction, le
ventre des animaux préalablement bien fixés sur le dos. La peau
du ventre est préalablement rasée et nettoyée à l’éther. La fric¬
tion à l’onguent a lieu pendant 20 minutes. La quantité d’on¬
guent est dosée de telle sorte qu’on l’emploie à raison de 0,15 à
o g. 30 de substance active par kg. d’animal. Pour les rats, o g. 15
de (( 606 » en injection sous-cutanée est une dose maxima et pro¬
che de la dose mortelle. Dans nos expériences par friction, o g. 30
par kg. se supporte très bien.
L’infection des animaux par les spirochètes et les trypanosomes
— 6i9 —
a été faite par la voie péritonéale. Les animaux témoins ont mon¬
tré les parasites dans le sang au bout de 2 à 4 jotirs.
1. Expériences faites avec le Sf. Dcttont.
L’onguent a été employé soit en pleine infection^ soit au mo¬
ment même où se produisait l’infection du sang.
Emploi de l'onguent en pleine infection sanguine. — • Trois
rats sont frictionnés avec l’onguent le 2® jour de l’infection san¬
guine. Le lendemain de la friction, il a été impossible de trouver
des spirochètes dans le sang.
Cependant, chez deux rats, nous avons observé des récidives.
Le rat frictionné avec l’onguent à la dose de o g. 30 par kg. a
présenté des spirochètes dans le sang 4 jours après; le 2® rat,
traité à la dose de o g. 15 par kg. a récidivé au bout de 7 jours;
enfin, le 3® rat, traité, lui aussi, à raison de o g. 15 par kg. n’a pas
récidivé au bout de 28 jours.
Emploi de l'onguent au moment même de l'infection des ani¬
maux. — Nous avons frictionné 4 rats au moment même où nous
leur faisions une injection intrapéritonéale de spirochètes. I.es
rats 41 et 44 ont été frictionnés à raison de o g. 15 par kg, et les
rats 36 et 42 à raison de o g. 30 par kg.
Trois rats sur cpiatre se sont infectés; le rat 42 en l’espace de
4 jours (en même temps que le rat témoin), le rat 44 en 9 jours,
et le rat 41 en 14 jours. Le rat 36 est resté jusiju’aujourd’hui in¬
demne (37 jours d’observation).
IL Expériences faites avec le Tr. togolense.
Si la friction d’onguent (o g. 30 par kilo) a lieu au moment
même oti l’on infecte le rat, celui-ci prend la maladie avec, cepen¬
dant, un léger retard (24 heures) sur le rat témoin. Si la friction
d’onguent a lieu (toujours à la dose de o g. 30 par kg.) i ou
2 jours après que l’infection trvpanosomi(|ue s’est déclarée, les
tr\'panosomes ne disparaissent pas définitivement du sang, bien
que leur nombre diminue. (Rappelons qu’à la suite d’injections
sous-cutanées d’arsénobenzol, les trvpanosomes disparaissent du
sang en 45 à 65 minutes).
On voit donc cpie l’arsénobenzol sous forme d’onguent, est
moins actif c{u’en injections intraveineuse, musetdaire ou sous-
cutanée. L’onguent arsénobenzolic|ue a cependant une action des
— 020 —
plus manifestes. Itmployé en une seule fois, il a chez deux rats
fait disparaître pour quelque temps les spirochètes du sang. Il
les a même fait disparaître totalement chez un rat. Il a préservé
un rat de l’infection par les spirochètes. 11 a diminué le nombre
des trypanosomes dans le sang.
Ces faits laissent espérer que des frictions multiples de cet on¬
guent donneraient peut-être un résultat plus effectif. Des expé¬
riences ultérieures sont néanmoins nécessaires pour élucider la
question. Enfin, il nous paraît préférable de se servir à l’avenir
d’un onguent plus riche en arsénobenzol que le nôtre.
(Travail du laboratoire du P*’ IMesxil.)
Sur les urines et sur le sang des béribériques
Par L. BREAUDAT.
Dans une note précédente (i), nous avons émis l’opinion que
les lésions et phénomènes n-iorbides, Cjui constituent le béribéri,
sont des accidents d’ intoxication et d’inanition par defaut d’ali-
rnents utilisés.
Nous apportons aujourd’hui de nouveaux faits qui viennent
appuyer nos idées sur ce dernier point.
Lorsqu’on examine des urines de béribériques, au début, on
observe, à peu près invariablement, ce qui suit:
1° Absence constante d’élémeijts pathologiques sérieux, en so¬
lution (nucléo-albumine, albumine, sucres, alkaptone, pigments
hématiques ou biliaires, urobiline, acétone, acide oxvbutvrique,
acétvlacétique). A peine y trouve-t-on, parfois, des peptones, et
toujours en quantité très faible.
2° Peu d’éléments anatomicjues en suspension, mais le plus
souvent, des tubes du rein, tubes hyalins avec ou sans leucocvtes.
3° Pauvreté extraordinaire en éléments phvsiologiques dissous,
surtout en matières organiques.
(i) Brkaudat. Origine alimentaire du Béribéri. Bulletin de la Société de
Pathologie exotique, ii mai loio, p. Sij. Voir aussi : Loco citato, 12, I, iqio ;
9, I, 1910 ; 9, III. 1910.
Dans certains cas graves crœdème généralisé, nous avons ren¬
contré des urines de densité 1003, donnant, par 24 heures 15 g. 74
de matières dissoutes, i g. 73 de cendres réelles, o g. 82 d’acide
phosphorique, 9 g. 50 d’urée.
Le plus souvent, dans les cas de gravité movenne, ces chiffres
sont un peu plus élevés, mais toujours très faibles, et ils se rap¬
prochent tellement de ceux que fournissent les urines normales
d’Annamites, cpie rien ne permet de les en distinguer.
\h)ici les résultats movens de 15 analvses se rapportant à 15 cas
de béribéri, bien caractérisés et comparables entre eux. 11 s’agit
de béribéri mixte, c’est-à-dire tenant du béribéri sec et du béribéri
humide (i). Voici, comparativement, la coniposition correspon¬
dante d’urines normales d’Annamites et d’Iùiropéens. Nos sujets
indigènes en bonne santé étaient âgés de 18 à 45 ans et pesaient
de 42 à 45 kg.
Nous avons également examiné le sang de 6 malades, en opé¬
rant sur 4 à 5 cm^ de ce liciuide, prélevé, à l’aide d’une seringue,
dans une veim* du pli du coude. Ces malades étaient au nombre
des 15, dont nous avons observé les urines, et les dosages ci-
dessous, ont été pratiqués, dans les 8 jours de leur entrée à l’hô-
pital. Nos résultats se rapportent à 100 g. de sang.
(i) Ces observations ont été faites dans le service de IM. le médecin-major
Fkrrandim, à l’hôpital de Choquan Nous le prions d’agreer nos biens sincè¬
res remerciements pour le précieux et savant concours qu’il a bien voulu
nous offrir.
— 022 -
Il ressort de ce tableau, que le sang des béribériques est nota¬
blement plus pauvre en matières organiques, que le sang des indi¬
vidus sains (différence en moins: 1,13 %), et, à plus forte raison,
que le sang des Kuropéens (différence en moins 2,1g %), dont la
nourriture est plus riche. Le taux des éléments minéraux variant
peu, il s’ensuit que le sang des béribériciues est notablement plus
riche en eau que le sang des individus sains.
M. Noc (i), dosant simplement l’extrait sec sur 4 échantillons
de sang de béribériques, arrive à cette même conclusion, qu’il
existe dans le béribéri, une diminution notable du poids de l’ex¬
trait sec. 11 trouve, en effet: 19,86, 16,46, 18,84, 18,27.
En résumé, chez les béribériques, comme chez les individus en
bonne santé, le sang et les urines sont d’une extrême pauvreté en
éléments solides, et cette pauvreté atteint surtout les matières or-
ganicgies, plus particulièrement les matières azotées. Toutefois,
le sang des béribériques peut se distinguer du sang des sujets
sains, par une différence notable en moins, sur ces mêmes élé¬
ments organiques (1,13 %) environ).
Ces résultats dénotent, d’une façon évidente, une alimentation
des plus pauvres, capable néanmoins d’entretenir l’équilibre nu¬
tritif, puisque nos sujets vivent et travaillent.
Mesurons la ration alimentaire de diverses catégories d’indivi¬
dus. Nous trouvons, par 24 heures:
(i) Noc. Ankylostomiase et Béribéri en Cochinchine. Ann. I. P. kjoS,
p. 959.
— 623 —
Mais, ces poids, déjà très faibles, de substances insérées, dépas¬
sent notablement les poids de ces mêmes substances utilisées,
car, normalement (en dehors de toutes les autres causes de dé¬
chets tpie nous laissons de côté à dessein), les microbes intesti¬
naux, eux aussi, vivent et travaillent. Ils travaillent en anaérobies,
aux dépens des produits de la digestion. <( Ils empruntent à des
dédoublements variés, dit Arthi’S (i), l’énergie chimicj[ue dont
ils ont besoin, et, comme ces dédoublements libèrent peu d’éner¬
gie, ils doivent porter sur une quantité considérable de matiè¬
res ».
Nous sommes donc en droit de dire, cjue la ration alimentaire
de nos indigènes, réellement utilisée, correspond à la ration
d' équilibre azoté minima, ou éi une ration très voisine.
Ceci posé, cpi’un aliment de la ration journalière, le riz, par
exemple, apporte, chaque jour, avec lui, un même ferment, en
grande abondance; ou bien, que dans l’intestin se pta)duise une
sélei'tion, au profit de ce même ferment, par suite de l’apport
continuel de son aliment de choix, le travail de destruction pren¬
dra des proportions considérables, la quantité des substances uti¬
lisées, qui assure encore l’équilibre nutritif, passera très rapide¬
ment au-dessous du taux indispensable à la vie, les accidents de
l’inanition apparaîtront.
Or, nous avons montré (2): i® cpie du riz stérile, non acide, in¬
troduit dans le tube digestif d’un singe, y subit une fermentation
acide, dans laquelle le vibrion ferment, genre septique, joue le
principal rôle; fermentation qui débute dans l’estomac, et se pour¬
suit dans le duodénum ;
(1) Arthus (Maurice). Eléments de Physiologie, chez Masson, Paris. i()04,
PP 210-212.
(2) Bréaudat. Origine alimentaire du Béribéri . Biil. Soc. path. exot. Paris,
p. 322. 1 1 mai 1910.
— 624 —
2° Que les produits de cette fermentation ne sont plus des ali¬
ments, et qu’ils contiennent des substances toxicjues et nécrosan
tes (i).
3° Que nos animaux, nourris exclusivement de riz, meurent
avec la série des accidents (|ue les physiologistes attribuent à
l’inanition, et qui sont la copie fidèle du plus grand nombre des
accidents du béribéri (2),
Par conséquent, nous affirmons à nouveau notre conviction,
que la mort des hommes et des animaux, mangeurs de riz, est
due à une insuffisance d' éléments^ nutritif s utilisés, et à une into¬
xication.
{Travail de l'Institut Pasteur de Saigon.)
Du son de paddy dans le traitement
préventif et curatif du béribéri
Par BR PAU DAT et DPN 1ER.
J’ai l’honneur de déposer sur le bureau de la Société, au nom
de IVI. Denier et au mien, un mémoire (( Sur l’emploi du son de
paddy dans le traitement préventif et curatif du Béribéri », pen¬
dant l’épidémie de 1909-1910, au cap Saint-Jacques.
Cette étude se divise en six chapitres, comprenant l’historique
de la maladie, l’étude clinique de l’épidémie, l’examen des urines
et du sang de béribériques, l’étude chimique du son de paddy,
son action préventive et son action curative. Viennent ensuite, les
conclusions et la bibliographie.
L’épidémie de 1909-10 fut une épidémie mixte (béribéri humide
et béribéri sec), de gravité moyenne, avec prédominance mar¬
quée des accidents cardiaques.
L’essai de traitement préventif dura, au 5® régiment d’artille¬
rie, du L®'' juillet 1909 au i®’’ mars 1910; aux tirailleurs, du 23 juin
T 909, à fin janvier 1910.
Au total, 290 hommes furent soumis à l’usage du son, 471 res¬
tèrent comme témoins. Ces chiffres subirent c|uelc|ues modifica-
(1) Id. Logo citato, p. 821 et g. II, igio, pp. (>8-70.
(2) Id. Logo Gttato, ii mai 1910. p. 323o.
tions, par suite de libérations, on les trouvera exposées dans le
('ours du mémoire.
Diverses doses de son furent essavées.
Du 2^^ juin au g août, les hommes prennent 20 gr. de son. Ils
fournissent 17 cas pour r.ooo. Les témoins ont 34 cas.
Du 9 a(jût au 15 septembre, les hommes prennent 30 g. de son.
Ils donnent 5 cas pour i .000, les témoins 45 cas pour 1.000.
Du 15 septembre au i'*'' février 1910, le lot des traités est réduit
cà 165 hommes, celui des témoins à 189. Les hommes prennent
40 g. de son. Il n’y a aucun cas de béribéri parmi les traités.
Il y a 174 cas parmi les témoins.
Ives expériences de traitement curatif ont duré, à l’ambulance
du cap Saint-Jacques, du 15 septembre 1909 au 5 avril 1910. 11
y eut 119 entrées pendant cette période.
Tous les malades, sans distinction, furent soumis au son, pen¬
dant le premier mois.
A partir du 15 oct. la méthode alternante fut mise en pratique.
A leur entrée, les malades furent tour à tour classés dans le lot
des témoins ou dans le lot des traités.
Les doses de son prescrites oscillèrent entre 40 et 350 g. par
24 h. (1). Les malades de cette série restèrent au régime ordinaire
du riz ,sans autre médication que le son.
I.e lot témoin fut traité suivant la théra|)eutique générale. Ré¬
gime lacté abs(jlu à l’arrivée, médication cardiacjue (caféine et
digitale), la\-ements purgatifs, eau-de-vie allemande, huile de foie
de mcjrue, iodure de potassium, cacodylate de soude, liqueur de
l'oWLEK, cpiinine. Du régime lacté £ibsohi, les malades furent ra¬
menés à l’alimentation ordinaire, en passant par les potages, les
jus de viande, le pain et la viande grillée. Dans le régime des
malades de cette série entrait une ration de viande.
Dans l’un et l’autre lot, la marche du Béribéri fut la même. Les
œdèmes disparaissent, en général, rapidement, les symptômes
nerveux rétrocèdent ensuite. Les accidents du cœur sont très te¬
naces, et persistent souvent après la sortie de l’iKÛpital. Les re¬
chutes ont été de 20,75 % t'hez les traités, et de 31,25 % chez Im"
(i) Nous ne saurions toutefois affirmer que cette dose élevée a été scrupu¬
leusement consommée. Un de nos compatriotes, dont les déclarations font foi,
suivant volontairement ce traitement, a difficilement atteint la dose de 2oogr.
par jour, sans aucun trouble digestif d’ailleurs.
— 626 —
témoins. 11 v eut i réformé et i décès chez les traités, i réforme
et 2 décès chez les témoins.
Nous concluons:
I La forme clinique du l:)éribéri observé au cap Saint-Jacques
(juin IQ09, avril 1910), participe du béribéri sec et du béribéri
humide, avec prédominance des accidents cardiaques.
2" Le son de paddv, employé même à haute dose, n’a, en gé¬
néral, provoqué aucun trouble digestif.
3° Employé préventivement, à la dose de 40 g. ]Dar jour, au
détachement des tirailleurs, notamment, il a présenté nettement
une influence protectrice.
Par contre, son action, à ccite dose, a semblé nulle chez les
hommes dont la première atteinte était antérieure aux expérien¬
ces. (Une dose plus élevée n’a pas été essavée.)
4° Au point de vue curatif, à la dose de 40 g. et au-dessus, le
son employé comme moven de traitement unique, sans rien chan¬
ger à V alimentation ordinaire des indigènes, a donné les mêmes
résultats c|ue les nombreux agents thérapeutiques préconisés jus-
(|u’à ce jour, associés au régime européen. Il présente l’avantage
d’être infiniment plus simple, moins coûteux et toujours sous la
main de l’indigène.
{Travail de l’Institut Pasteur de Saigon.)
Un essai de quinine préventive
à Hatien (Cochinchine)
Par M.-L.-R. iMONTEL.
Le poste de Hatien, situé en pleine région marécageuse, à l’em¬
bouchure du Giang-Thanh, dans le golfe de Siam est un des plus
malsains de la Cochinchine. Le paludisme est la principale cause
de cette insalubrité.
En iq02, notre regretté collègue, le docteur Brengues, signa¬
lait la présence de l’hématozoaire dans le sang des indigènes et
donnait les proportions suivantes:
2 ans et au-dessous, i®'’ pourcentage, 57 % ; 2® pourcentage,
22 %. Entre 2 et 5 ans: i®'’ pourcentage, 33 %; 2® pourcentage,
— 627 —
?,7 %• l"'ntre 5 et 15 ans: i^'*’ pourcentage, o % ; 2® pourcentage,
16 %.
l{n IQ02-1903, j’ai été chargé du service médical de la province
de Hatien. Dès les premiers jours, je fus frappé par les ravages
([u’exerçait l’endémie palustre, surtout dans la population mili¬
taire (détachement de tirailleurs annamites): au mois de novem¬
bre 1902, je constatai 28 cas de paludisme sur un effectif de
29 homntes et, en consultant les archives médicales du détache¬
ment, je pus faire le relevé suivant (j’ai pris comme exemple l’an¬
née 1895, parce que les effectifs ont été, dans cette période, à peu
près constants, c’est une statistique t}'pe).
Journées d'exemption
fectif de 40 hommes.
Je résolus alors de faire des essais de quinine préventive.
Chaque homme absorbait tous les matins une cuillerée à soupe
de vin quininé à 5 g. de sulfate de quinine par litre.
En février, le nombre de journées d’exemption pour fièvre se
réduisit à 14 pour un effectif de 45 hommes; en mars, pour le
même effectif, il n’y eût que deux journées d’exemption. Je ferai
remarquer ici, qu’à Hatien les mois de janvier, février et mars
sont les plus chargés au point de vue de la morbidité par palu¬
disme.
Pendant les mois de mai, juin, juillet, l’état sanitaire se main¬
tient meilleur qu’il ne l’avait jamais été pendant ces mois, depuis
de nombreuses années. Les tirailleurs venaient d’eux-mêmes de¬
mander le médicament quand ils n’avaient pu, pour une raison
ou pour une autre, se présenter à la distribution.
— 628 —
En août, je dus m’absenter et l’administration du vin quininé
fut interrompue pendant un mois: il y eut 49 journées d’exemp¬
tion sur un effectif de 59 hommes.
Ifn septembre je fis reprendre la quinine préventive et l’on put,
dans le cours de ce mois, employer les tirailleurs à un débrous-
saillement complet des alentours du poste sans avoir plus de
23 jours d’exemption sur 55 hommes.
Ifn octobre, novembre et décembre, sur des effectifs de 18, 18 et
19 hommes, on constate seulement 3, 3 et 2 journées d’exemption.
fectif moyen de 30 hommes. En 1903, dans le cours des mois où
la quinine préventive a été régulièrement distribuée, on constate
98 journées d’indisponibilité pour un effectif moyen de 37 hom¬
mes .
Le nombre de journées d’exemption pour paludisme diminue
aussitôt que hi quinine préventive est distribuée régulièrement.
Aussitôt que l’on cesse la quinine préventive ce nombre s’accroît
(août 1903).
Il n’est pas inutile d’insister sur l’utilité de la quinine préven¬
tive au moment où l’Indochine organise un service de quinine
d’Ivtat. Ce moyen de prophvlaxie simple et pratique serait avec
profit rendu obligatoire en Indochine, dans les agglomérations
d’hommes (casernes, prisons, chantiers), qui sont particulière¬
ment touchées par le paludisme.
— 629
Quinine et Grossesse
Par M.-L.-R. MONTER.
Très souvenl, dans le cours de notre pratique journalière, nous
avons été appelé à donner nos soins à des femmes enceintes at¬
teintes de paludisme. Les propriétés abortives de la quinine font
de cette thérapeutique une question délicate pour le praticien;
les indications et le mode d’administration du médicament dans
ces cas spéciaux ayant fait l’objet de cpielques di.scussions, nous
croyons utile d’apporter ici le résultat de nos observations sur
('e point.
Ohskrv.vi'iox I {Rcsiimcc).
Madame IL.., ('réole de la Réunion, secondipare, enceinte de
4 mois, ]:)résente au mois de mars 1903 un accès de paludisme
classique: elle atx'use, en même temps, des douleurs dans le bas-
ventre, dans les reins et une sensation de pesanteur à l’anus et au
périnée avec envies fréquentes d’uriner. Pendant trois jours la
fièvre (tvpe continu) persiste, les douleurs de ventre s’accentuent;
le palper abdominal montre un utérus globuleux, contracté, dou¬
loureux ; le toucher vap^inal permet de constater que le col, ra¬
molli, laisse assez facilement pénétrer le doigt.
Ln présence de ces menaces d’avortement, nous n’avions pas
osé donner les doses massives de quinine habituellement indi-
(jiiées. Nous avions prescrit 25 à 30 cg. de chlorhvdrate à doses
fractionnées à prendre dans la journée. Non seulement le résultat
avait été nul mais encore hésitions-nous pour savoir s’il fallait
attribuer la persistance des svmptnmes utérins h la fièvre ou à la
cjuinine. T^’influence de théories par trop prudentes nous rendait
extrêmement timide.
T.e 4® jour, l’état de la malade s’aggrava, la température attei¬
gnit 39,8: la dilatation du col allait en s’accentuant, un avorte¬
ment était imminent. Nous faisons alors une injection hvpoder-
mique de i g. de chlorhydrate de quinine. La fièvre tomba, les
symptômes utérins s’amendèrent rapidement et le 6® jour de la
63o —
maladie, après une nouvelle injection de 0,75 de chlorhydrate,
tout était rentré dans l’ordre. Par la suite la grossesse évolua sans
incident.
Observation II {Résumée).
Nguyen Thi..., Annamite, 19 ans, primipare^ impaludée depuis
son jeune âge, présente au cours de sa grossesse de nombreux
accès de paludisme; le premier éclate dans le cours du 4® mois, en
mai 1909.
A chaque accès se produisent de violentes contractions utéri¬
nes, avec douleurs irradiées dans le bassin, qui arrachent des
plaintes à la malade. L’utérus est globuleux, abaissé, presque
constamment contracté ; il v a de fréquents besoins d’uriner et
d’aller à la selle, le col est ramolli. La température ne dépasse pas
39°. La rate est grosse.
Chaque fois nous avons administré le chlorlivdrate de qui¬
nine à doses fractionnées: trois doses de o cg. 25 chacune; un
cachet toutes les 2 h. Nous recommandions à la malade d’aug¬
menter l’intervalle entre l’absorption de deux cachets si les dou¬
leurs abdominales devenaient plus vives et de ne pas continuer
si elles s’accentuaient visiblement. Elle n’a pas eu à tenir compte
de ces instructions. Chaque fois elle a pu prendre 3 cachets de
O cg. 25 de chlorlivdrate à 2 h. d’intervalle, sans ressentir autre
chose c|u’une amélioration frappante de son état. La température
baissait, les symptômes utérins s’amendaient rapidement et, après
deux jours de cette médication, tout rentrait dans l’ordre. 11 v
eut 4 rechutes identiques dans le cours des cinquième et sixième
mois, toutes furent traitées de la même façon, avec le même résul¬
tat. Après la quatrième alerte la malade se décida enfin à suivre
nos conseils et absorba quotidiennement de petites doses de c|ui-
nine préventive. Elle n’eut pas de nouvel accès et la grossesse
évolua normalement.
Nous avons clioisi ces deux observations, parmi un grand nom¬
bre d’autres aussi démonstratives. Presque toujours nous avons
vu que le paludisme donnait lieu, chez les femmes enceintes, sur¬
tout vers le 4® mois, à des menaces d’avortement, toujours aussi
nous avons vu les symptômes utérins céder en même temps que
la fièvre qui les avait produits après l’administration du chlorhy¬
drate de quinine.
— 63i —
Au point de vue de leur action sur le muscle utérin, il faut dis¬
tinguer entre les divers sels de quinine. Nous avons vu une femme
enceinte de trois mois être prise de douleurs abcLominales et de
contractions utérines après l’absorption de o g. 6o de sulfate de
t|uinine, alors qu’elle pouvait prendre, sans inconvénient, des do¬
ses égales de chlorhydrate. D’une façon générale, le sulfate nous
a paru agir plus énergiquement que le chlorhydrate sur le muscle
utérin.
L’action de la quinine sur Lutérus est indiscutable, mais dans
les cas où, chez la femme enceinte, le paludisme provoque des
])hénomènes abortifs, l’action de ce médicament sur le muscle
utérin paraît passer au second plan, s’épuiser, pour ainsi dire,
par une véritable action élective sur l’hématozoaire et, bien loin
d'aggraver les symptômes utérins, les fait disparaître en suppri¬
mant leur cause.
Dans ce cas, et si le diagnostic de paludisme est sérieusement
établi rien ne justifie l’hésitation dans l’application de la médica¬
tion quinique. Le paludisme peut causer un avortement, la qui¬
nine, dans le cas qui nous occupe n’aura aucune action fâ¬
cheuse.
Dans les cas sérieux, il faudra pratiquer immédiatement une
injection hvpodermique. Dans les cas oii la température restera
au-dessous de 39° et, si les svmptômes utérins sont peu accentués
on aura recours à la médication par les doses fractionnées: 0,25
de chlo'rh^'drate toutes les deux heures en augmentant l’interAmlle
entre les doses si le médicament paraît activer les contractions
utérines et en se tenant prêt à faire une injection si la tempéra¬
ture s’élevait brusquement. (La thérapeutique ordinaire, suppo¬
sitoires, lavements laudanisés, sera mise en œuvre pour lutter con¬
tre les svmptômes utérins). Nous ne saurions trop recommander
de se baser, pour l’appréciation des doses de quinine à employer
dans tel ou tel cas, sur la taille et le poids du malade. Pour les
Annamites, petits et peu robustes, des doses plus faibles que
pour les Européens suffisent en général.
Pour les raisons exposées plus haut, on devra donner la préfé¬
rence au chlorhydrate de quinine.
— 032 —
Paludisme et Anophélines dans
la vallée de la Rivière Claire, de
Tuyen-Quang à Hagiang
Par C. MATHIS et M. ].P('.1:R.
La vallée de la Rivière-Claire est réputée, à juste titre, comme
une des rég'ions les plus paludéennes du d'onkin ; 'ruyen-tpiang et
Hagiang, où tiennent garnison des troupes européennes, sont
considérés comme des postes très malsains.
Au cours de nos recherches sur le paludisme au 'fonkin, dont
nous vous avons soumis les premiers résultats (voir ce BiiUeitn,
tgog, p. 577, et 1910, p. 465), nous avons prouvé le bien-fondé
des constatations clinicjues. Alors cpie l’index endémicjue est nul
à Hanoï, et est en movenne de 4 dans les provinces du Delta, la
jDi'oportion des enfants au-dessous de 5 ans parasités atteint 21 %
à Tuyen-quang et dépasse 43 % à Hagiang.
Or, un certain nombre des médecins en service dans les postes
de la Rivière-Claire, ont, à maintes reprises, déclaré C{ue les ano-
]Dhélines v étaient exceptionnels ou rares, et que leur fréciuence
n’était nullement en rapport avec l’intensité du paludisme.
Salanooe (1), qui a déterminé la proportion des anophélines
femelles par rapport à l’ensemble des Cidicides dans les princt-
paux postes du Tonkin, signale que, dans les 24 lots de mousti¬
ques envovés d’Hagiang pendant l’année 1905, il n’a trouvé des
.anophèles cpi’à certaines époques de l’année, et toujours en faible
nombre. Tl ajoute: (( T.es deux graphicpies des anophèles et du
paludisme présentent une discordance frappante, qui semble met¬
tre en défaut la théorie anophélienne ». .Salanoue fait alors la
supposition que les hommes s’infectent en cours de route, en se
rendant à Hagiang, les anophèles, dit-il, étant très nombreux
dans les régions avoisinantes.
Boi’et (2), à qui l’Inspection générale du Service de Santé a
4) Salanoue, Le paludisme au Tonkin et dans le Xord-Annam, Hanoï,
i()o6.
(2) Bouet, Ann. hyg. et méd. col., 1906. p. 381.
I
I
confié la mission de faire la diagnose des moustiques recueillis au
Tonkin en 1905, n’a trouvé que très peu d’anophèles dans les lots
provenant de Hagiang. Sur 203 culicides capturés à l’ambulance
de février à juin, d n’y avait que 3 anophélines, dont le mauvais
état de conser^'ation n’a, du reste, pas permis la détermination.
Laveran (i), commentant les résultats de l’enquête faite par
SalanüI'E, relève les observations peu favorables à la doctrine ano-
phélienne. Mais, en raison de l’insuffisance des renseignements,
de l’ignorance des conditions dans lesquelles les moustiques ont
été capturés, il est d’avis que les résultats enregistrés ne peuvent
être considérés comme définitifs et C|u’un complément d’informa¬
tion s’impose. La\uîran demande que les chasses soient conduites
par des personnes compétentes, et à diverses saisons de l’année,
«avant de conclure à l’absence d’anophélines.
(Iaide (2), tout en reconnaissant que l’enquête sur les mousti¬
ques, faite en J 905 par le Laboratoire de I^actériologie de Hanoï,
a fourni des données utiles, ha considère comme totalement insuffi¬
sante pour autoriser des conclusions fermes.
»
• •
11 était donc reconnu qu’il fallait reprendre, d’une façon systé¬
matique, l’étude de la faune anophélienne du Tonkin. Nous nous
sonrmes imposé cette tâche qui devait, par ailleurs, compléter
nos observations sur le Paludisme.
Nous avons déjà fait connaître (3) les résultats de nos recher¬
ches sur les anophélines du Delta et de la Moyenne Région
(3.396 spécimens examinés).
Da ns cette présente note, nous voidons simplement prouver
C|ue, dans la vallée de la Rivière-Claire et à Hagiang en particu¬
lier, la doctrine anophélienne n’est pas en défaut, et que, tout au
contraire, on v rencontre, en très grand nombre, les anophélines
les plus dangereux.
Afin de nous procurer les nombreux anophélines nécessaires à
une détermination précise de la faune du Tonkin, nous avons dû
nous-mêmes nous rendre dans nombre de postes du Delta et de
la Movenne-Région, ou y envover un des préparateurs indigènes
(1) Laveran, Traité du paludisme, Paris, iqoj, p. 172.
(2) Ann. hyg. et méd. col., iqoq, p. 286.
(p C Matiiis et M. Léger, La faune anophélienne du Tonkin. Bull, de h
.Soc. médico-chirur. de l'Indochine, iqio, no 4 et n" 8.
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— 635 —
ciue nous avons spéciiilement dressés à la capture de ces insectes,
et cj[ui sont devenus des chasseurs émérites.
I^our les régions éloignées, et en particulier pour les postes
de la Rivière-Claire, nous avons mis à contribution l’olDligeance
de nos confrères. Malheureusement, dans les lots de moustic|ues
(|ui nous furent envovés de Tuven-quang et de Hagiang, les ano-
phélines étaient très peu nombreux (i, dans un envoi de Tuyen-
(|uang: 6, en 2 lots de Hagiang). I>es médecins de ces postes nous •
écrivaient d’ailleurs que Tuyen-quang, pavs privilégié, ne pos¬
sède pour £iinsi dire pas d’anophèles, et que, à Hagiang, pavs
foncièrement palustre, les anophèles y sont d’une excessive rareté.
11 devenait indispensable de vérifier sur place l’assertion de nos
t'onfrères. L’un de nous se rendit à Tuvenquang. En 3 soirées
S40 anophélines furent capturés, dont plus de 150 à l’ambulance
même. De Tuven-quang nous expédiâmes à Hagiang', situé à
S journées de marche, un de nos préparateurs annamites. La
chasse fut également partout très fructueuse. Nous pûmes faire la
diagnose de 595 anophélines capturés sur la ligne d’étapes Tuven-
f{uang-Hagiang et de 601 anophélines recueillis à Hagiang: 308
de ces derniers provenaient de l’ambulance même.
I>e tableau suivant indique la faune anophélienne de la vallée
de la Rivière-Claire, de Tuyenc|uang à Hagiang.
^ *
La simple énumération des lieux de capture et des espèces
d’anophélines trouvées suffit cà établir, de façon indiscutable, que
la doctrine anophélienne est, une fois de plus, d’accord avec les
faits é P i d é m i ol O g i ciu es .
LTe remarque très importante s’impose. Non seulement les ano-
])hélines sont non-ibreux dans les postes de la Rivière-Claire, mais
eiK'ore la faune anophélienne y est particulièrement variée. Nous
\' constatons la présence de 13 espèces, parmi lesquelles Myco-
myia christophcrsi, ]\[yaorhyncJius harhirostris, Nyssorhynchii-’^
fuliy^inosiis et Stephensi, dont le rôle dans la propagation du pa¬
ludisme paraît bien établi.
Dans le Delta tonkinois, région faiblement paludéenne, la fau¬
ne est infiniment moins riche: Myaomyia Rossi et Myaorhynchus
sinensis-psendopictiis, inoffensifs à notre avis, sont les espèces
formant la très grande majorité.
T.a théorie anophélienne triomphe donc une fois encore de ses
— 636 —
adversaires. 11 était iniportant de le souligner et de détruire la
légende de Ilagiang c|ui, de plus en plus, tendait à sdu'créditeia
{Institut antirabique et bact ériologique,
Hanoi. Septem bre içio.)
Note sur l’épidémie cholérique des Pouilles
Par 11. POTI'l^VlX.
Je n’ai pas l’intention de vous présenter l’histoire complète de
l’épidémie cholérique des Pouilles: je n’étais pas là ciuand elle a
commencé, je suis parti <'ivant C[u’elle ne soit finie, je serais donc
obligé d’établir ma relation d’ajDrès des documents impersonnels t
et je veux, au t'ontraire, me limiter strictement à l’exposé de ce
(jue j’ai j)ti ^•oir et contrôler sur place, pendant le temps ([ue j’ai
passé dans la région contaminée, c’est-à-dire pendant la première
qtunzaine dt^ septembre.
Réduit à ces éléments, mon exposé n’en aura pas moins, je
l’espère, C[uek(ue intérêt ]3our la Société de I^atbologie exotique,
car il apportera la preuve C[ue, étant donné une épidémie cbo-
léricpie de propagation par t'ontact, même lorsciue les conditions
locales sont telles cpie tout s’accorde pour rendre la lutte particu¬
lièrement difficile, on j)eut, grâce à la mise en œuvre de mesures
pro]^bylacticiues sim])les, n’exigeant pour être bien conduites (|ue
les compétences techniques et les mox’ens d’action qui sont au
jourd’bui d’ordre courant, arrêter son développement et l’étouffer.
vSans entrer dans une description étendue du pavs et de ses
habitants, ce qin sortirait à la fois de notre cadre et de ma com¬
pétence, il est indispensable de dire un mot de ceux de leurs ca¬
ractères qui intéressent l’épidémiologie. Les Pouilles (ou du
moins, les parties des Pouilles dans lesquelles s’est déroulée l’épi¬
démie) sont constituées par une bande de terre bordant l’Adria¬
tique, privée de tout cours d’eau superficiel.
Les fermes et les habitations isolées à la campagne n’existent
pas. La population vit entassée dans des villes surpeuplées dont
les maisons présentent souvent cette particularité d’abriter cote
à côte les animaux domestiques et les êtres humains.
- 637
Dans les villes niarilimes telles ([lie 'l'rani, 13<aiietta, etc., les
populations paysanes et les populations marinières habitent des
([uartiers séparés. Les ciuartiers des marins ne présentent pas les
causes d’insakibrité propres à ceux des paysans, mais on y re¬
trouve avec l’entassement, les caractères (pie présentent les cjtiar-
tiers populeux de toutes les villes du littoral méditerranéen.
J] n’y a d’eati potable cpie celle, rare et toujours suspecte, des
citernes et celle (|ui vient de Xaples par wagons citernes. Celle-ci
('St excellente mais se vend cher. l>es distribtitions d’eau y sont in-
('onnues, les égotits également, et l’absenc'e du tout à l’égout a
partout, ('omme conséquence inéltictable, la prati([ue du tout à La
rue.
Il n’est pas nécessaire d’insister pour faire comprendre ce c{ue
peuvent être, dans ces conditions, les habitudes de propreté d’une
population j3au\re ('ompcjsée de familles toujours extrêmement
nombreuses, entassées dans des hjgis trop étroits. Mais il faut
ajouter pour donner l’idée complète dti milieu épidémiologique,
([ue pendcunt les mois d’été la nourriture |Drincipale de t(jut le
peuple est constituée par les melons et les fruits.
De services d’hvgiène jtroplnlactique municipaux fonction¬
nant régulièrement, il n’\' en avait nulle part, pas plus Cjue d’iKV
pitatix en état de recevoir et d’isoler des choléricjties. L’esprit de
la population, fait d’un mélange d’impidsivité méridionale et de
fatalisme oriental, insouciante dev<ant le danger, mais facile à
mettre en défiance contre tout ce cpii choc|tie ses habitudes ou ses
]Dréjugés, et prompte à se porter aux manifestations excessives,
était aussi le contraire de ce qu’on peut désirer pour une action
|)r(jph vlacti(|ue ([tii doit se dérouler avec méthode et dans le calme.
J’ai dit, au commencement, (jue l’épidémie des Pouilles avait
été ex('hisivement une épidémie de contact. Ce cpie je viens de
vous exposer du pavs et des habitants prouve bien que dans les
régions atteintes on ne trouve aucune des conditions qui peuvent
donner naissance à une épidémie ou à des c'ontagions importan¬
tes d’origine hvdricjue, mais c|u’on v trouve, au contraire, réunies
au maximum toutes celles cpii doivent favoriser le développe¬
ment des contagions directes.
11 est certain cjue pour des raisons ([tie je n’ai pas à discuter
ici, puisque je ne veux parler que de ce Cjue j’ai vu, la présence du
choléra fut rec(tnnue tardivement et c|ue, (juand le service pro-
phvlactiqtie fut mis en marche, dans la 3® semaine d’août, la ma-
— 638 —
laclie était déjà largement diffusée. Pour cette semaine, le nom¬
bre de cas constatés dans les deux provinces de Foggia et de
Bari fut de ipcS.
Au moment où je suis arrivé dans les Pouilles, au commence¬
ment de septembre, j’ai trouvé les points contaminés des pro-
\'inces de Bari et de F(jggia occupés on peut dire militairement
par le service de prophvlaxie.
F)es règlements, à l’observation desquels on tenait, non sans
peine cpielquefois, une main ferme, interdisaient la consomma¬
tion et la vente des melons, des fruits suspects, des coquilla¬
ges. Comme corollaire, il fallut organiser des cuisines écono¬
miques chargées de fournir à bon compte pour tous, gratuite-
inent pour les indigents, une nourriture saine.
IFalimentation en eau potable à l’abri de toute suspicion, fut
assurée au moyen d’envois faits régulièrement de Naples et de
làirente ou d’Ofantino, par des wagons ou par des navires citer¬
nes.
Cinq laboratoires bactériologiques furent installés dans des
centres d’oii ils pouvaient assurer facilement les services d’ana¬
lyses pour toute la région atteinte.
Chacun des centres infectés fut doté:
C D’un lazaret avec local d’isolement séparé pour les malades
et pour les convalescents; ceux-ci n’étant rendus à la liberté que
C[uand deux examens bactériologiques faits à quelques jours d’in¬
tervalle avaient montré qu’il n’étaient plus porteurs de germes.
2“ D’un local pour isoler pendant une période d’observation
d’au moins cincj jours toutes les personnes suspectes, ayant eu
contact avec les malades.
3° D’une ou plusieurs équipes de désinfecteurs munies de tout
le matériel nécessaire (étuves, désinfectants, etc, etc.).
4" D’équipes de vigilance chargées de parcourir la ville avec
mission de découvrir les cas suspects.
Pour l’agencement de tous ces locaux on tira parti des ressour¬
ces du pays (utilisant ici un couvent, là une maison de campa¬
gne évacuée, etc.), et surtout du matériel (pavillons Decker et
tentes de campement) envoyé par le Ministre de l’Intérieur et par
la Croix-Rouge.
Le personnel qui, il faut le reconnaître hautement, était par¬
tout de premier ordre, fut fourni par les laboratoires de la Direc¬
tion de la Santé publique et le Corps enseignant des Universités
— 639 —
italiennes, — parmi lesquels j’ai eu le plaisir de retrouver des sa¬
vants bien connus, — par les médecins militaires et les médecins
de la Croix-Roug’e. celui-ci s’ajoutèrent de ci de là, quelques
éléments locaux, médecins sanitaires comniunaux et volontaires.
Les déclarati(jns des médecins locaux étaient, autant que j’ai
pu juger, rares, sin(jn totalement absentes. L’immense majorité
des cas étaient découverts par les brigades de vigilance ou connus
seulement après la mort.
l.e rôle des brigades de vigilance est, en la matière, des plus
délicats. Llles doivent pénétrer partout et porter partout leur in-,
discrétion sans soulever de protestation ni éveiller de résistance,
et il leur faut pour cela infiniment de tact.
Ainsi constitué, le service fonctionnait selon le thème suivant.
Un cas étant signalé, le malade était aussitôt isolé au Lazaret,
et ce résultat n’était pas toujours obtenu sans peine. La famille
et tous ceux qu’une rapide encjuête désignaient comme avant été
exposés à la contagion, étaient conduits aux locaux d’isolement.
Ici encore, les répugnances qui, paraît-il, avaient été vives les
premiers jours, se trouvaient, au moment de mon arrivée, très
atténuées sous l’action persuasive des agents et des municipalités,
et aussi parce que presque partout et en tous cas, dans la mesure
du possible, on s’était efforcé de les lever, grâce à cette double
précaution :
1° Faire des locaux d’isolement des séjours agréables n’ayant
pas l’air d’une prison, où la nourriture était bonne;
2° Payer les journées de travail perdues.
Le séjour aux locaux d’isolement était d’au moins cinq jours.
La famille isolée, le service de désinfection prenait possession
de la maison, qu’il fermait, et procédait à une désinfection com¬
plète.
I.es citernes étaient fermées et l’administration conservait la
clef des fermetures.
Tous les objets qui, en raison de leur nature et de leur faible
valeur, pouvaient être brûlés l’étaient, contre remboursement bien
entendu.
Les literies, les hardes étaient désinfectées à l’étuve à vapeur.
Les planchers, les meubles, et en général tout ce C[ui ne pou¬
vait être traité par le lait de chaux était lavé minutieusement à
la solution de sublimé à 5 p. 1000.
— 640 —
lùifin, les murs, les escaliers, les abords de la maison étaient
lavés largement au lait de chaux.
Vu les habitudes un peu vagabondes des matières fécales, et le
développement du tout à la rue, les abords de toute maison
non contaminée devaient être tenus pour suspects. Le service pro¬
phylactique agit très sagement en v prodiguant toujours de la fa¬
çon la plus large, le lait de chaux. Les ruisseaux des rues, le sol
des rues et des cours en étaient littéralement arrosés. On peut dire
([ue les quartiers envahis de toutes ces villes ont subi au cours
de l’épidémie, au moins deux blanchiments complets de toutes
les maisons et de leurs dépendances. Dans un pavs où les habi¬
tudes de la population, son entassement, font que les germes se
répandent partout, cette abondance de désinfection externe, ce
luxe, dirais-je, était certainement indiqué et n’a pas manqué
d’exercer une action utile.
Pour protéger les localités non atteintes, un service fonction¬
nait dans les conditions suivantes.
Chaque gare était munie d’une permanence, constituée sous
la direction de la Croix-Rouge et a3'ant pour mission ;
1° De recueillir, d’isoler et, le cas échéant, d’évacuer les per¬
sonnes qui pourraient se trouver malades dans les trains.
Ln vue de cette évacuation éventuelle, des wagons, spéciale¬
ment aménagés, étaient en réserve dans diverses stations, situées
])rincipalement aux points de croisement des voies ferrées.
2° D’assurer le contrôle et la surveillance des voyageurs. L’ad¬
ministration des chemins de fer ne donnant de billet cjue sur le vu
d’un passeport délivré par le service prophvlactique, et indiquant
l’endroit où devait se rendre le voyageur. La commune d’arrivée
était avisée télégraphiquement.
Tout voyageur qui se présentait à la sortie des cjuais dans une
localité quelconciue des Pouilles, contaminée ou non, devait mon¬
trer, avec son billet, lorsque celui-ci portait l’origine d’une loca¬
lité contaminée, son passeport sanitaire, il devait en outre faire
connaître le lieu de sa résidence, de façon cpie la surveillance pût
être exercée pendant son séjour.
Lorsqu’un vovageur provenant primitivement d’une localité
infectée se présentait aux guichets pour demander, sans sortir
de la gare un nouveau billet, l’Administration des chemins de fer
devait se faire présenter le passeport sanitaire, inscrire sur le nou-
veau billet la localité d’cjrigine du précédent, et faire prévenir la
nouvelle commune destinataire.
Ün peut juger des résultas obtenus ptir la mise en œuvre des
mesures que nous venons d’exposer, en rappelant que dans la
troisième semaine d’août, au montent où le service prophvlactique
})rit possession du terrain, le nombre des cas constatés dans les
provinces de Bari et de Foggia fut de 198; pour la seconde se¬
maine de septembre il était tombé à 39. Dès le 15 septembre, des
loctilités primitivement très éprouvées, comme Trani, pouvîiient
être déclarées indemnes (n’aytmt plus eu un seul cas depuis cinq
j ou rs) .
Les deux provinces de ILari et de l'oggia sont aujourd’hui com-
jtlètement indemnes.
d'outes les localités C{ui ont donné un nombre important de cas
étaient atteintes dès l’origine, c’est-à-dire dès la 3® semaine d’août
à partir du moment où le service prophylactique a fonctionné ré¬
gulièrement, les contagions qui se sont produites n’ont plus don¬
né lieu à de véritables foyers. Dans nombre de communes, le cas
d’importation est resté unique et isolé, ainsi qu’en témoignent les
données du tableau ci-dessous, ([ui résument les renseignements
]3arvenus à l’Office international d’IIxgiène publi([ue, au 31 oc¬
tobre 1910.
La population de l’ensemble des loc<alités atteintes représente
environ 450.000 habitants.
— 642 —
Mémoires
/ Un cas de trypanosomiase chez un médecin
(auto-observation)
Par J. KKRANDEL.
Avant contracté la tr^'panosomiase au Congo, nous avons eu la
bonne fortune d’en guérir et il nous a paru intéressant de pré¬
senter à notre Société l’observation détaillée de notre maladie.
Nous l’avons établie jour par jour, depuis le moment où notre
diagnostic microbiologique a été posé. La première partie a été
rédigée par le D'’ Lebœuf et par nous-même le 10 novembre 1907.
Dr J. K., âgé de 84 ans. Médecin-major des Troupes Coloniales.
Antécédents héréditaires. — Rien à signaler.
Antécédents personnels. — Rougeole dans le jeune âge. Paludisme sans
gravité contracté pendant des séjours de 3o mois à Madagascar et de 32 mois
au Gabon. Revenu en mission au Congo le i5 septembre 1906, le Dr K.,
après avoir passé une semaine à Brazzaville, gagne en bateau à vapeur le
poste d’Ouesso, où il séjourne 10 jours, puis Nola et Bania (Sangha). De ce
dernier poste, il se dirige à pied vers Carnot où il arrive le 29 novembre. 11
en repart le 20 décembre pour Laï, à pied jusqu'à Boumbabal et ensuite en
pirogue par la voie du Logone. Il y séjourne du 16 février 1907 au 23 mars,
et gagne Tort-Archambault (Chari) où il reste jusqu’au 25 avril. Alors
commence son retour sur Carnot en suivant à pied les rives du Bahr-.Sara
€t de rOuhame jusqu’au poste de Ouagga d’où il rejoint Carnot, le 29 juin,
en ligne directe par Ouanto etTedoua.
Le 22 juillet le Dr K. descend en pirogue l’Ekela jusqu’à Bania. Il y reste
5 jours, puis revient sur Carnot en effectuant la première moitié du trajet
en pirogue, et la deuxième à pied par M’Bô, Bobicondo, iVl’Beri et Bogassi,
villages très infestés de maladie du sommeil.
A Carnot le Dr K. soignait des indigènes trypanosomés et les recevait
dans sa maison d’habitation, où existaient des moustiques du genre Manso-
nia et des Phlebotorniis papatasii. Les Glossines sont très rares dans cette
localité.
Histoire de la maladie. — A part une légère entéro-colite dont les pre¬
miers symptômes s’étaient manifestés la veille de son arrivée à Laï, le D^ K.
s’était bien porté jusqu’au 2? août 1907 (Carnot). A cette date, après son
déjeùner de midi, il eut une digestion pénible et, pour réagir, il fit une
promenade de deux heures à cheval ; mais le soir il se sentit la tête lourde
et manqua d’appétit au dîner. Tn même temps se développait du côté droit
— 643 -
du cou, à la lisière du cuir chevelu et à environ deux travers de doigt de la
ligne médiane postérieure, une petite tumeur comparable à un furoncle nais¬
sant, légèrement douloureux. La nuit qui suivit fut mauvaise et troublée de
cauchemars.
■26 août. — Céphalée, courbature, bouche mauvaise. 0 m. 38®5, 0 s. Sq.
Pensant à un accès de fièvre paludéenne le malade prend i g. de sulfate
de quinine en comprimés. La petite tumeur cervicale continue à grossir,
avec l’aspect d'un furoncle ; elle est douloureuse.
-7 — Nuit mauvaise, agitée. Les symptômes sont les mêmes que
ceux de la veille mais plus accentués. Excitation nerveuse très nette. Appa¬
rition d’une douleur siégeant à la base du cou en arrière et obligeant le
malade à tenir la tête fléchie. Engorgements des ganglions voisins de la
tumeur cervicale. 0 m. Sgo, 0 s. 400.
2(S août. — Les symptômes sont toujours les mêmes mais encore plus
accentués. L’excitation nerveuse est notablement augmentée : éréthisme
cardiaque et insomnie. L absorption de 3o g. de sulfate de soude provoque
l’expulsion dans les selles des comprimés de quinine non digères. Injection
sous-cutanée de i g. de chlorhydr. de quinine. 6 m. 37®5, 0 s. 4o®s.
2(j août. — La nuit a été très mauvaise : insomnie due surtout a de très
violentes palpitations cardiaques. Excitation nerveuse intense. 0 m. 3q‘',
0 s. 410.
■ fo août. — Sédation des symptômes observés, excepté de l’excitation
nerveuse. 0 m. 38o5, O s. 39^. *
,V/ août. — L’amélioration s’accentue, ô m. 38'\ 0 s. 38“5.
septembre. — ^ La température tombe presque complètement. 0 m. 37°!,
0 s. 3705.
Le Dr K., souffrant de diarrhée dysentériforme, commence à prendre de la
lactobacilline.
Pendant quatre jours la fièvre disparaît, l’appétit revient et l’alimentation
est possible. Le pseudo-furoncle n’a pas abouti et son volume subit une
diminution parallèle à l’atténuation de la douleur de la base du cou ; il laisse
après lui un empâtement sous-cutané ayant l’étendue d’une pièce de 5 francs.
«
5 septembre. — '-a fièvre réparait. 0 m. 38°, 0 s. i g. de quinine en
injection sous-cutanée.
6 septembre. — 0 m. 38®, 0 s. 38“5. S. quinine i g.
7-(V septembre. — 0 m. 37", 0 s. 3-]°^. S. quinine i g.
lo-i I septembre. — Nouvel accès de fièvre : 0 maxima 3S"3. Traitement
quinique intensif ; injections quotidiennes de 2 g. de chlorhyd. de quinine.
Le 12 la fièvre tombe, mais jusqu’au 20, il persiste une légère hyperther¬
mie : 37° à 3702 le matin, 37"3 à 37^8 le soir.
Perte de poids depuis le début de la maladie : 9 kg. ((i8 à 39 kg. ).
L’appétit revient, mais avec une extrême lenteur ; d’ailleurs le malade est
obligé de se soumettre à un régime assez sévère en raison d’une entéro¬
colite dysentériforme assez inten‘-e traitée par la lactobacilline et des lava¬
ges, d’abord au permanganate de potasse ^mal supportés), puis à l’eau
boriquée.
Apres le 20, les températures se maintiennent entre 36®!') et 36“9 le matin
et 37®3 le soir.
■24 et 25 septembre. — Léger accès de fièvre avec 0 maxima de 38®.
Dès le 26 la température tombe le matin à 3(i®ô et ne monte guère le soir
à plus de 37®3. L’état général s’améliore, l’appétit revient, l’entéro-colite se
calme à la suite de lavages au sous-nitrate de bismuth et de l’absorption de
salicylate de bismuth par la voie buccale.
Cependant quelque temps après, la température ne descend plus au-des¬
sous de 37" le matin et monte assez souvent le soir à 37'T) ou 37®7.
2 octobre. — I.e D*' K. se met en route pour Brazzaville où il arrive
le iG Pendant ce voyage, elfectué en pirogue jusqu’à Salo et ensuite en
bateau à vapeur, l’état général continue à s’améliorer, mais très lentement.
A Brazzaville l’amélioration continue. Cependant malgré le bon appétit
et une alimentation fortifiante la vigueur primitive ne revient pas. Il y a de
la bouffissure de la face le matin et de l’œdème des jambes le soir, des dou¬
leurs rhumatoïdes passagères aux épaules et le long de la colonne verté¬
brale, le moindre choc des membres contre un plan résistant provoque une
douleur exagérée et il persiste un état subfébrile. Enfin le D'’ K. remarque
sur son tronc des taches érythémateuses qui éveillent le soupçon de trypa¬
nosomiase et le déterminent à examiner son sang : il y découvre des trypa¬
nosomes le 9 novembre
Etat du mal.adk le 10 novembre iqoy — Habitus extérieur assez satis¬
faisant; très léger amaigrissement. L’attention est immédiatement attirée
par la présence de plaques érythémateuses siégeant sur la face antérieure du
thorax, sur l’abdomen et sur la face postérieure du tronc. Ces plaques de
dimensions fort variables sont de coloration rougeâtre, légèrement vineuse,
qui disparaît à la pression ; elles sont disposées sans ordre et donnent à la
peau des régions atteintes un aspect marbré caractéristique. Elles ne font
pas saillie à la surface des tissus sains et consistent en un simple change¬
ment dans la coloration normale des téguments. C’est sur la face antérieure
du thorax qu’elles sont le plus visibles. Elles ne sont pas prurigineuses. On
note un peu d'œdème des paupières, surtout des paupières inferieures. Le
matin la face est légèrement œdématiée; le soir il y a de l’œdème des
jambes.
Système nerveux. — Pas de tremblement de la langue ; pas de nystag-
mus On n’observe pas de troubles de l'équilibre : le signe de Romberg
n’existe pas et la marche s’accomplit d’une façon normale. Les pupilles sont
égalés et réagissent normalement à la lumière et à l’accommodation. Les
réflexes tendineux sont normaux.
- <^4? -
Il n’existe pas de zones d’anesthésie ; toutes les sensibilités sont conser¬
vées On note un très léger degré d’hvperesthésie cutanée, tenant aux sen¬
sibilités profondes elles sont manifestement exagérées : le malade ne peut
se donner le moindre choc contre un objet résistant sans ressentir une dou¬
leur très vive.
Il n’y a pas de céphalée. Le sommeil est bon et de durée normale. On
note comme symptômes subjectifs une très légère torpeur intellectuelle,
quelques crampes très douloureuses dans les jambes le matin au réveil, et
des fourmillements surtout aux doigts et à la face.
S)'stcnie circulatoire. — Pouls plein et rapide : 104 pulsations à la minute
(0 370;.
Le cœur ne parait pas hypertrophié ; les bruits quoique précipités sont
normaux .
La palpation décèle des deux côtés du cou des ganglions rétro-sterno-
mastoïdiens, mais peu nombreux et de volume très faible ; seul, fait excep¬
tion un ganglion très mobile et profond, situé dans le creux sus-claviculaire
gauche, gros comme un haricot de moyenne taille.
Les ganglions axillaires sont engorgés surtout du côté droit.
Les ganglions sus-épitrochléens sont normaux. Les groupes inguinaux et
cruraux sont notablement hypertrophiés.
Les ganglions engorgés sont sensibles à la pression.
Système digestif. — L’appétit est bon ; les digestions s’opèrent bien. Très
légère hypertrophie du foie et de la rate.
Organes des sens. — Tous ces organes fonctionnent normalement. Il
existe toutefois depuis aujourd’hui une légère douleur à la pression du
globe oculaire droit, surtout à la partie supéro-externe de l’œil.
Kxamp:n Micuoscoi'iQUK. — 0 novembre. — L’examen direct du sang révèle
la présence de T. garnbiense non raie. 11 n’v a pas de microfilaires. Le phé¬
nomène de l’auto-agglutination des hématies, moyennement accusé, est
nettement visible.
10 novembre. — L’examen direct d’une goutte de sang prélevée par sca¬
rification au niveau d’une plaque érythémateuse de la face antérieure du
thorax, ne décèle pas de parasites plus nombreux que celui d’une goutte de
sang provenant de la pulpe d’un doigt.
Une ponction d’un ganglion axillaire reste blanche ; elle n’est pas répétée,
le diagnostic étant nettement établi et l’exagération des sensibilités profon¬
des rendant cette opération assez pénible. Pour la même raison on ne pra¬
tique pas la ponction lombaire, qui d’ailleurs, étant donné l’état du malade,
ne révélerait pas la présence de parasites dans le liquide céphalo-rachidien.
Numération des éléments figures, du sang.
(ilobules rouges 3.8ôo.ooo par mmL Leucocytes
Lymphocytes.
.200 .
Formule leucocytaire
Grands mononucléaires
Polynucléaires . . .
Eosinophiles ....
Formes de transition .
Mastzellen .
23.02 0/0
3,1 3 »
ô8,7(
»
J, 47 »
0,34 ))
0, 08 »
I O novembre. — A3 h. 3o de l’après-midi on pratique une première injec¬
tion sous-cutanée de o g. 30 d’atoxyl (5 cm® d’une solution fraîche à i/io).
Manque d’appétit et lassitude au moment du dîner. Réveil vers ii h. 3o s.
sous l’influence d’un frisson violent et d’un accès de fièvre : 0 38^5. Séche¬
resse de la bouche, soif ardente, respiration très accélérée.
Ln’e douleur qui s’était manifestée vers 2 h. de l’après-midi à l’œil droit
— 646 —
a progressivement augmenté dans la soirée. A ii h. 3o au moment de l’accès
de fièvre : douleur et photophobie intenses, myosis, vascularisation fine de
la sclérotique, sensation de brouillard épais.
1 1 novembre. — ■ L’accès de fièvre s’est terminé par une sudation abon¬
dante vers 2 h. du matin. 0 à 7 h. m. 37°. 0 s. 3609 ; Pouls : 82.
(Eil droit : les phénomènes douloureux et inflammatoires, la photopho¬
bie et le myosis ont à peu près disparu ; présence d’un flocon blanchâtre
mobile dans la chambre antérieure ; la sensation de brouillard persiste mais
très diminuée. Etat général bon. Pas de diarrhée.
I -J novembre. — Nuit bonne. 0 m. 3()o8 P. m. 80.
0*s. 36^g P. s. 72.
(Eil droit : ni douleur ni photophobie, ni phénomènes inflammatoires. Vue
très légèrement trouble, disparition de Lexsudat floconneux. Amélioration
de l’etat général. Appétit excellent.
Légère excitation nerveuse dans la matinée et après déjeuner. Les taches
érythémateuses du tronc ont considérablement pâli.
/A novembre. — Nuit bonne. Sommeil normal.
0 m. 36oô P. m. 70
0 s. 3Ô08 P. s. 72
Des taches érythémateuses il ne reste plus que des traces très légères.
(Eil droit : il ne persiste plus qu’un trouble visuel à peine sensible. Amé¬
lioration de l’état général. Appétit très augmenté.
14 novembre. — Nuit bonne.
0 m. 30°^ P. m. (')8
0 s. 370 P. s. 71
(Eil droit complètement revenu à l’état normal.
1 5 et i() novembre. — L’amélioration de l’état général continue.
Le i(), injection de i g. d’atoxyl à (> h. du soir. Légère lassitude dans la
soirée ; sommeil troublé par des cauchemars, pas de fièvre (i).
I - novembre. — Sensation de fatigue au réveil et pendant la journée.
18 novembre. — Départ de Brazzaville pour rentrer en Erance. Les deux
jours de voyage sur le chemin de fer belge se passent sans incident et sans
fatigue appréciable.
Arrivé à Matadi le 19 nov., nous embarquons le 20 sur le paquebot des
(.'hargeur.'s Réunis.
A bord l’appétit augmente et l’état général s’améliore nettement. Les
taches érythémateuses, l’hyperesthésie profonde et la tachycardie ont com¬
plètement disparu ; les œdèmes s’atténuent, et les ganglions diminués de
volume sont moins sensibles à la pression.
■26 novembre. — Une injection de i g. d’atoxyl prise à 4 h. 3o du soir pro¬
voque la nuit suivante un léger accès de fièvre : réveil à minuit et demi sous
l’influence d’un frisson et d’une soif ardente, 6. 38"8, P. 116, la respiration
est très accélérée et la chute de la température vers 3 h. du matin s’accom¬
pagne d’une sudation abondante.
Les deux journées suivantes sont mauvaises : courbatures, céphalalgie,
état nauséeux, inappétence et crampes d’estomac. S. quinine 0 g. 75.
2() et 3o novembre. — Ces derniers troubles s’atténuent.
S. quinine 0 g. 75.
L’état général va ensuite s’améliorant jusqu’au 5 décembre,
d décembre. — La nuit précédente a été agitée.
(i) (3ette première partie de l’observation a été prise par les Dr.-^ Ker.vn-
UEL et Lkbœuf.
Pendant la journée : courbatures, inappétence et céphalée. Nous obser¬
vons un trypanosome a l’examen direct du sang. Injection de i g. d’atoxvl
à 3 h. du soir. A 1 1 h. : frisson, soif ardente, accélération de la respiration
et dyspnée, 0 39®2, P. 104.
7 décembre. — L’accès de fièvre est terminé ; il est suivi de crampes d’es¬
tomac et de selles diarrhéiques, verdâtres.
8 décembre. — De légères crampes d’estomac persistent; mais l’état géné¬
ral est meilleur et continue à s’améliorer jusqu’à l’arrivée à Bordeaux.
Les journées du 12 et i3 décembre sont employées dans cette ville à des
courses nombreuses qui ont pour résultat de produire une légère excitation.
14 décembre. — Nous arrivons à Paris ayant passé la nuit en chemin de
fer et soulfrant d’un peu d’embarras gastrique et de céphalée.
A partir de ce moment notre traitement est dirigé à l’Hôpital Pasteur, par
.M. 1 .ouis Martin (iqqui nous prescrit o g. Su d’atoxyltous les cinq jours en
injections sous-cutanées. Ce traitement est commencé le iG décembre. La
première dose de 0 g. 5o d’atoxyl stérilisé par filtration ne provoque ni accès
de fièvre, ni malaise. L’appétit est conservé.
L’état général est bon les jours suivants. Toutefois une douleur rhuma-
toïdale persiste à se manifester le soir vers le moment du dîner au niveau
des dernières vertèbres cervicales, et de la partie postérieure des épaules.
Du 21 décembre /.boy au 11 janvier i(jo8 nous séjournons en Bretagne
sur le bord de la mer, où les injections d’atoxvl sont continuées régulière¬
ment tous les cinq jours. Elles n’occasionnent plus d’élévation thermique.
Pendant cette période qui n’est troublée par aucun incident l’état général est
meilleur, l’appétit est bon et le poids augmente jusqu’à GS kg.
Il janvier iqo8. — Nous revenons à Paris. Avant voyagé par une nuit
glaciale nous avons eu très froid dans un wagon mal chaulfé. Injection de
o g. 5o d’atoxyl à 10 h. m. A 8 h. s. éclate un accès de fièvre: frisson assez
vif, courbatures, céphalalgie et sécheresse de la bouche. 0 maxima 3802 à
Il h. s. L’état fehrile se prolonge jusqu’au lendemain soir.
13 janvier. — Légère céphalée. Pouls irrégulier.
14 au 22 janvier. — L’état général s’améliore progressivement.
Les injections d’atoxyl ne produisent aucun trouble, si ce n’est une légère
douleur à la pression localisée au point de l’inoculation ; elle se manifeste
assez régulièrement 12 à 18 h. après l’injection.
22, 23 et 24 janvier. — Malaises, sensation de fatigue surtout le soir, et
légères courbatures. Pas de trypanosomes à l’examen du sang ; auto-agglu¬
tination des hématies très légère.
2S au 3o janvier. — Etat général très satisfaisant, meilleur qu’il n’a jamais
été depuis le début de la maladie.
3o janvier au 2 février. — Lassitude et malaises.
3 au g février. — Amélioration progr^essive de l’etat général.
(J et I 0 février. — Lassitude, céphalée et courbatures.
l’ermentations intestinales, coliques, légère diarrhée et selles fétides.
1 1 et I 2 février. — Les malaises généraux ont disparu ; les coliques per¬
sistent. Subictère des conjonctives oculaires et des téguments.
i3 au 22 février. — Etat général bon.
23 février. — Lassitude.
(i) Je tiens à adresser à M. L. Martin et à son assistant M. Darré, à
M. le D- Roux, et à M. Mesnil, mes remerciements cordiaux pour les soins
dévoués, l’appui moral et la gracieuse hospitalité que j’ai reçus à l’Hôpital et
à l’Institut Pasteur au cours de ma maladie.
: * •
• •
•• • » ■
* — 648 — ’ .
24 février . — (Courbatures, état bilieux et nausées le matin ; céphalalgie
sécheresse de la bouche, frisson et fièvre le soir.
O g. 5o d’atoxyl à 6 h. s. 0 maxima 3902 à 9 h. s.
25 février. — La fièvre persiste. (Céphalée, courbatures, dépression, con¬
gestion du foie et subictère.
26 février . — La fièvre a cessé Subictère, crampes d'estomac, malaises
généraux, asthénie très prononcée et inappétence Le poids tombe de fiS kg.
à fifi kg. 5 .
27 février. — Sommeil très troublé par des cauchemars. Crampes très
violentes à la jambe au moment du réveil.
I.’asthénie se continue le 28 et le 29 février en s’atténuant.
A partir du 28 février, suivant la prescription de M. Louis Martin, l’or-
piment est pris tous les cinq jours en pilules à la dose de 3 cg. alternative¬
ment avec l’atoxvl. — Les premières doses de ce médicament provoquent
le lendemain une selle pâteuse et impérieuse.
/Cl' au (j mar.s — Amélioration progressive de l’état général.
l.e poids remonte à 68 kg.
10 mar.'i . — Malaises et céphalée.
11 et 12 mars. — Etat général satisfaisant.
13 mars. — Excitation nerveuse à 2 h. m., peut-être provoquée par l’in¬
jection d’atoxyl pratiquée la veille à 6 h. du soir.
14 mars. — Lassitude.
75 au 22 mais. — Etat général satisfaisant.
I g mars. — Nous quittons Paris pour séjourner en Bretagne au voisinage
de la mer.
22 mars — Douleur rhumatoïdale à l’épaule gauche.
2.7 mars. — Courbatures et céphalée. Eièvre : 0 maxima 38o5 à ii h. s.
Examen direct du sang : un ti'vpanosome et légère auto-agglutination des
hématies .
24 mars. — La fièvre persiste. Céphalalgie intense. Injection de o g.
d’atoxyl à 3 h. s. Excitation nerveuse entre 8 et ii h. s. Ensuite le sommeil
est bon et calme.
2.S et 2fi mars. — La fièvre a cessé, fille est suivie d’asthénie, d’ictère et
d’inappétence.
27 au 29 mars. — Etat général satisfaisant.
30 mars. — (irampes très douloureuses à la jambe au moment du réveil.
Lassitude. Douleur rhumatoïdale au niveau de l’omoplate gauche.
31 mars. — Légère diarrhée.
/eraii 5 avril. — Etat général bon.
6 avril. — Courbatures, inappétence, céphalée. Etat subfébrile et tachy¬
cardie. 0 maxima 3707 à minuit.
7 avril. — .Sommeil fréquemment interrompu et troublé par des cauche¬
mars, malaises généraux, douleur au niveau des omoplates. Etat nauséeux.
Subictère. Pouls très instable.
tV au i <S avril. — L’état général s’améliore nettement.
I )S et J g avril. — Douleurs rachidiennes et céphalée.
20 au 22 avril. — Etat général satisfaisant.
23 avril. — Courbatures, inappétence, digestion pénible.
24 avril. — Sudation abondante et crise de tachycardie vers i h. du
matin. Céphalalgie et inappétence.
25 au 3o avril. — Amélioration progressive de l’état général.
/er mai. — Courbatures.
2 au <S mai. — L’état général est nettement meilleur.
() mai. — (Courbatures et fièvre légère : 0 maxima de 8 h. s. à minuit.
«(Cet état persiste le lo mai avec de la céphalalgie très vive le matin.
/ I au /(V mai. — L’état général s’améliore.
1 (j et 2 0 mai. — Légers malaises.
2 / au 24 mai . — Ktat général satisfaisant.
25 et 26 mai. — Légers malaises. Intermittences du pouls qui se conti¬
nuent jusqu’au 18 août.
2 J mai au 4 Juin. — Amélioration de l'état général.
5 et 6 juin. — Courbatures et lassitude. Auto-agglutination très nette des
'hématies. Pas de trypanosomes à l’examen direct du sang.
7 juin. — (Céphalée et subictère .
S juin. — Ktat général bon.
4 juin. — Céphalalgie et fièvre : B maxima à 9 h. m.
10 juin. — Subictère. Asthénie
/ I au 14 juin. — FCtat général assez bon. Retour à Paris le 12.
/5 juin. — Photophobie et sensation dé brouillard à l’œil droit.
I ti juin. — Courbatures. Léger accès de fièvre: 0 maxima 38o à G h. s.
M. Morax examine l’œil droit et constate des symptômes de cyclite (i).
A cette date aussi apparaissent des contractions jibrillaires dans les divers
muscles du tronc, des membres et de la face. Klles sont fréquentes surtout
le soir après le coucher, et peuvent alors se succéder presque sans inter¬
ruption au point d’être très gênantes et de retarder le sommeil. Elles ont
persisté plus ou moins intenses suivant les périodes jusqu'à la fin de la
maladie.
ly au 22 juin. — Amélioration de l’état général et disparition progressive
et complète des troubles oculaires.
23 juin. — Lassitude.
24 et 23 juin. — Etat général assez bon.
26' juin. — Léger état fébrile. 0 m. Syo.L
27 juin au A' juillet — Etat général assez bon. Cessation du traitement à
l’orpiment dont nous ne retirons pas de bénéfice appréciable.
Le /er juillet nous allons à Londres, où nous consultons Sir P. Manson
au sujet du traitement de la trypanosomiase par l’émétique qu’il avait déjà eu
l’occasion d’administrer à deux malades. Nous recevons de notre ilustre
confrère un accueil cordial et l’émétique nous est conseillé à la dose de
i3 cg. par jour, à prendre par la bouche, dilué dans une grande quantité
d’eau.
rV juillet. — Courbatures le soir.
() juillet. — Courbatures très vives, céphalée, soif ardente et fièvre.
0 maxima 38o3 à 9 h. soir.
10 au 14 juillet. — Etat général satisfaisant.
/5 juillet. — Courbatures, céphalalgie, fièvre, nuit agitée et troublée par
des cauchemars horribles. 0 maxima 38ot à 9 h. s.
lù juillet. — Lassitude, subictère.
7 7 au 2(j juillet. — Pendant cette période nous essayons le traitement à
l’émétique conseillé par Sir P. Manson. Une première dose d’un cg. diluée
dans un grand verre d’eau est très mal supportée et suivie de vomissement.
Pour obtenir la tolérance de l'estomac nous recommençons alors par une
dose de un cg. fractionnée dans le courant de la journée. Ainsi dès le troi¬
sième jour nous avons pu absorber 4 cg.
(i) V. Morax et Kkrandei.. Bull. Soc. Path. E.vot., t. I, p. 398, 10 juin
^908 : Un cas de cyclite dans la trypanosomiase humaine.
45
Mais une irritation intestinale assez forte et Je la diarrhée nous obligent
à suspendre le traitement pendant un jour. Nous le reprenons à doses plus
faibles qui ont pu être augmentées rapidement jusqu’à 12 cg. Cette dose
a été prise pendant 4 jours.
Puis nous cessons ce traitement qui se montre insuffisant pour arrêter le
développement des trypanosomes ; le 25 juillet nous découvrons deux para¬
sites sous une même lamelle, et le 3o éclate un nouvel accès de fièvre, avec
courbatures, céphalalgie et vomissement : 9 maxima 38o3.
Le lendemain 3i, nous constations au milieu du dos la présence d’un
éryth'eme circiné très net, assez régulier, large d’environ i5 cm. Cet érv-
thème. qui avait passé inaperçu en raison de sa position, datait sans doute
de plusieurs jours ; car, ainsi que nous avons pu le constater par la suite,
nos érythèmes à cette période de la maladie débutaient par une tache rouge,
qui grandissait, s’effacait au centre et continuait à s’élargir en anneau,
1 au 7 aoiit. — Etat général satisfaisant.
8 et i) août. -- Etat subfebrile et courbatures.
Il et 14 août. — Etat général assez bon.
7 5 août. — Courbatures, céphalalgie vive et fièvre : maxima 3()‘^ à 10 h. s.
Atoxyl o gr. 5o à 1 1 h. m. Examen du sang à S h. s., c’est-à-dire (i h. apres
l'injection d' atoxyl : trypanosomes non rares, très mobiles, formes de divi¬
sion assej nombreuses .
16 août. — Examen du sang à 5 h. s. : trypanosomes non rares.
77 aoûit. — Les trypanosomes ont disparu de la circulation périphérique,
18 au 26 août. — L’état général est assez bon, excepté le 24 : courbatures,
un trypanosome à l’examen direct du sang.
Les intermittences du pouls ont cessé, après avoir subi une diminution
graduelle de fréquence, depuis le 25 mai. date de leur apparition.
2 P août. — Constatant la résistance croissante de ijps trvpanosomes vis-à-
vis de l’atoxyl, M. Louis M.4.rtin nous soumet au traitement intensif par le
dérivé acétylé de l’atoxyl (arsacetine).
Une première dose de o g. 5o prise en injection intra-musculaire à q h. m.
provoque de l’excitation nerveuse vers midi et dans la soirée de la lassi¬
tude, de légères crampes d’estomac, du pyrosis et des coliques.
La journée suivante a été bonne.
2r) août. — Une nouvelle injection intra-musculaire de i g. de dérivé acé-
tylé est encore suivie de lassitude et de coliques.
Le lendemain, apparaissent sur les cuisses et les fesses une éruption
d’urticaire à larges éléments.
3i août. — La troisième injection de dérivé acétylé. à la dose de i g.,
provoque encore de la lassitude et de l’inappétence, et le lendemain une
nouvelle éruption d’urticaire sur les cuisses et les fesses, du malaise géné¬
ral, de la céphalée, des nausées, mais pas de diarrhée. — L’urticaire dispa¬
raît les jours suivants.
Du 2 au 7 septembre, ne se manifeste aucun trouble appréciable ; mais
après cette dernière date, c’est-à-dire, après une semaine de suspension du
traitement arsenical, la courbe des températures devient nettement irrégu¬
lière, l’état général s’altère rapidement, le poids diminue et tombe à (I2 kg. 700.
8 sept. — La température monte de 3704 le matin à 38» le soir, et l’examen
du sang révèle, à 4 h. s., la présence de trypanosomes non rares. Deux rats
inoculés avec ce sang dans le péritoine meurent de trypanosomiase au bout
de 4 mois.
Enfin de nouveaux symptômes apparaissent au cours de cet accès de fièvre.
Une douleur survient assez brusquement le long du bras droit; elle semble
localisée au voisinage de l’humérus ; elle est constante, plus aiguë la nuit et
assez vive pour s’opposer au sommeil. Elle s’irradie, moins aiguë, le long
de l’avant-bras. Elle n’est pas augmentée par la pression sur les parties mol¬
les, ni les parties osseuses.
Eln même temps l’éminence thénar, le pouce et l’index droits deviennent
le siège de fourmillements incessants, particulièrement nombreux au niveau
des phalangettes. Ces symptômes douloureux et ces fourmillements persis¬
tent les jours suivants et s’accompagnent bientôt au niveau des phalangettes
d’une diminution très nette de la sensibilité.
Enfin notre état de santé devenait de plus en plus précaire et même inquié¬
tant. L’atoxyl se montrait impuissant à détruire les trypanosomes et à sou¬
tenir l’état général, et depuis le mois de juin notre poids baissait régulière¬
ment.
Vers le ler août, M. Mesnil nous signala les résultats obtenus par Broden
et Rodhain (i) avec les injections intra-veineuses d’émétique, chez les noirs
trypanosomés. 11 semblait bien résulter de leurs observations que la rechute
est d’autant plus retardée que la série des injections quotidiennes a été plus
longue. Ces auteurs n’avaient pas dépassé le nombre de lo injections succes¬
sives de O g. 10 et ils semblaient avoir obtenu un petit nombre de guérisons. Il
nous était donc permis de supposer que nous avions quelques chances d’ob¬
tenir la destruction totale de nos parasites en prolongeant davantage la série
des injections. Nous avions particulièrement le désir de nous voir injecter au
moins i5 ou ifi doses consécutives de o g. lo, ayant à tort ou à raison fait
le raisonnement suivant : on sait que dans le paludisme par exemple les
hématozoaires sont plus sensibles à la quinine à une certaine période de
leur évolution. Or en considérant la courbe de nos températures ou les
malaises que nous avons ressentis, nous y avons trouvé une certaine pério¬
dicité qui pourrait correspondre à des stades de repos ou d’activité des
trvpanosomes. Dans notre cas personnel nous avons évalué à 7 ou 8 jours
la durée moyenne de chaque période. Partant de cette hypothèse et malgré
l’incertitude de nos connaissances actuelles, nous avons cru qu’il y avait
intérêt à couvrir par le traitement émétisé au moins deux périodes c’est-à-
dire 16 jours, de manière que les trypanosomes s’ils sont moins vulnérables
à un certain moment puissent être atteints au moins deux fois pendant qu’ils
présentent leur plus grande sensibilité vis-à-vis de l’émétique. Au surplus
nous pensions qu’il était nécessaire de commencer le traitement par de fortes
doses et de le pousser jusqu’aux limites de la tolérance de l’organisme pour
éviter l’accoutumance des parasites au médicament et la création de races
résistantes. MM. Louis Martin et Darré sont d’avis de diriger dans ce sens
notre traitement et le 14 septembre nous entrons à l'hôpital Pasteur.
Le premier jour nous recevons o g. og d’émétique de potasse en solution
au millième, dans une veine du pli du coude, suivant la technique indiquée
par MM. Louis Martin et Darré (2).
Ensuite du 15 au 3o septembre nous recevons dans les veines une dose
quotidienne de o g. 10 d’émétique, soit un total de 17 injections consécuti¬
ves, Elles sont toutes bien tolérées et ne provoquent ni vomissements, ni
nausées, ni réaction thermique. Les deux premiers soirs nous avons éprouvé
une légère céphalée qui ne s’est pas reproduite . L’appétit est conservé et l’état
(1) Broden ET Roumain. Arch. f. Sch. u. Trop. Hyg. juillet igoS.
(2) Louis Martin et Darré. Bull. Soc. Path. E.xot., t. I, u nov. igo8 -
Trypanosomiase chez les blancs.
— 652
général s’améliore, puisque le poids augmente de 2 kg. 200 pendant ce trai¬
tement ; mais il y a lieu de tenir compte que nous étions au repos à l’hôpital .
L’injection dans la veine n’est pas douloureuse, mais le passage par acci¬
dent, de quelques gouttes de la solution émétisée dans le tissu cellulaire pro¬
duit rapidement une douleur cuisante, et ensuite de la rougeur et de la
tuméfaction des tissus. Immédiatement après l’injection la tension artérielle
augmente légèrement, mais après quelques minutes elle descend un peu au-
dessous de la normale. Nous avons toujours éprouvé une sensation nette
de congestion céphalique, et au bout d’une dizaine de minutes une exagé¬
ration de la secrétion salivaire. Ces phénomènes sont passagers et ne durent
guère plus de 20 à 3o minutes.
Le premier résultat de ce traitement a été de régulariser la courbe des
températures, qui ne dépassent plus ayo. Puis les érythèmes circinés du dos
et de la jambe s’effacent avec une rapidité surprenante. Dès le 3= jour ils
ont nettement pâli, le 5« jour ils sont transformés en taches bronzées peu
apparentes, et il n’en reste plus trace au bout de deux semaines. Les œdè¬
mes des malléoles et des jambes disparaissent aussi dans le même laps de
temps .
Au cours du traitemicnt et surtout après les dernières doses d’émétique
nous avons ressenti au niveau des épaules des douleurs que nous avons
d’abord considérées comme rhumatoïdales et qui en réalité doivent être mises
sur le compte de Pémétique comme nous avons dû le reconnaître plus tard.
Ces douleurs, jointes à une certaine fatigue générale causée sans doute par
un léger degré d’intoxication médicamenteuse, nous ont empêché de res¬
sentir notre amélioration réelle tant que nous avons été sous l'influence de
Lémétique ; mais dès que nous y avons été soustrait, c’est-à-dire 48 heures
environ après la dernière injection, nous avons éprouvé un bien-être indes¬
criptible, qui n’était en somme que la cessation brusque d’un long état
maladif. Cette sensation était telle que nous eûmes dès ce moment l’intui¬
tion de notre guérison complète. Tous les symptômes pénibles avaient dis¬
paru comme par enchantement ; l'hyperesthésie profonde qui avait reparu
à un très faible degré, l'asthénie nerveuse et musculaire, la difficulté à nous
lever le matin, les courbatures, les douleurs rachidiennes, les fourmillements
de la face et des doigts, les idées mélancoliques, les cauchemars, etc...
Enfin pour la première fois depuis le début de notre maladie nous cessons
d’éprouver cette sensation spéciale et indéfinissable de malaise général, qu’à
défaut d’autre terme nous qualifierons de dysphorie. L’appétit se régularise
et devient normal. La peau qui était flasque et moite donne une sensation
plus agréable au toucher ; elle a repris sa tonicité. Seules quelques contrac¬
tions fibrillaires persistent mais elles diminuent de fréquence et d’intensité.
Un phénomène assez curieux est l’insomnie qui, pendant une huitaine de
jours, succédé à la cessation de nos malaises C’est à peine si nous arrivons
à dormir quatre à cinq heures par nuit, et cependant nous n’éprouvons
guère de fatigue le lendemain. Cette insomnie est calme et accompagnée
d’une sensation de bien-être ; l’euphorie succède à la dysphorie.
On reprend l’atoxyl par doses de o g. 5o les 4. f) et 8 octobre.
Le 3 oct. on centrifuge 10 ciu^ de sang; on ne trouve pas de trypanoso¬
mes dans le sédiment.
Une ponction lombaire pratiquée le 5 oct. par M. D.\rrk donne un liquide
cérébro-spiral parfaitement limpide, qui sort sous une pression légèrement
supérieure à la normale. On y constate une faible augmentation du nombre
des leucocytes, des traces d’albumine, md.\s pas de trypano.somes.Ce.ne ponc-
%
%
— 65? -
tien malgré la position horizontale conservée pendant 24 heures provoque
de la céphalée et de la lassitude pendant les jours suivants.
Le 17 octobre on commence une deuxième série de i5 injections intra¬
veineuses de o g. 10 d’émétique, concurremment avec trois injections de
O g. 5o d’atoxyl espacées à 6 jours. Cette nouvelle série a encore été bien sup¬
portée ; cependant les dernières injections se sont accompagnées de coryza
et d\me douleur plus vive aux épaules et nettement localiséee aux deltoïdes.
La dernière dose a occasionné de la stupeur, du malaise et un léger frisson.
Tous ces troubles cessent complètement au bout de 48 heures ; mais cette
fois il n’y a pas de sensation d’euphorie ni d’insomnie consécutives.
l.’état général continue à s’améliorer et dès le i5 novembre nous pouvons
nous remettre au travail et fournir l’effort nécessaire pour suivre avec fruit
le cours de l’Institut Pasteur.
L’atoxvl est toujours pris à raison de o g. 5o tous les 6 jours.
Puis, du 3o novembre au i3 décembre, nous recevons une troisième série
de i5 injections d’émétique à o g. 10, en continuant toujours l’atoxyl. Cette
série est moins bien supportée que les deux premières. Les douleurs deltoï-
diennes apparaissent des la deuxième injection, deviennent ensuite de plus
en plus vives et rendent très douloureux les mouvements d’extension du
bras. Elles sont bilatérales ; mais il est assez curieux qu’elles soient plus
accusées du côté opposé à celui où Pinjection a été faite. La lassitude et les
malaises sont assez prononcés. La muqueuse pituitaire se congestionne et
donne un écoulement aqueux assez abondant.
Tous ces troubles cessent à nouveau 48 heures après la dernière dose
d’émétique, bien qu’il persiste une légère fatigue pendant quelques jours,
puis l’état général redevient excellent.
Les intermittences du pouls qui n’ont cessé de s’atténuer depuis les pre¬
mières injections d’émétique ont enfin complètement disparu. Le pouls
n’est plus bondissant ; il est régulier et stable même après un certain effort
physique.
On continue les injections d’atoxyl. mais l’émétique est suspendu jusqu’à
la fin de janvier à cause de la fatigue résultant du dernier traitement.
On le reprend le 26 janvier igogà la suite d’une légère diarrhée, d’asthénie
et de malaises généraux survenus les jours précédents.
Cette quatrième série d’injections d’émétique est très mal supportée, et
provoque des réactions fébriles.
26 janvier. — Injection d’émétique de o g. 10 à g h. 30 m. A 1 h. 3o :
frisson. Courbature intense pendant le reste de la journée, inappétence et
cauchemars jusqu’à 3 h. m. 0 m. 3r)“2, 0 s. 37®3.
27 janvier. — Les malaises de la veille ont disparu. Injection d’émétique
de o g. 10 à g h. 3o m Lassitude dans l’après-midi. 0 m. 3(i®g, 0 s. 3r)''8.
28 janvier. — Injection d’èmétique 0 g. 10 à () h. 3o. Frisson à midi et
demi ; courbatures, fièvre avec périodes de chaleur et de sudation. Atoxyl
o g. 5o à 6 h. s. 0 m. 3fi‘’2, 0 s. 38'’8. 0 à minuit 38®2.
2g janvier. — Sudation à partir de minuit 0 3 h. m. 37®6. Ni hématozoaires
du paludisme, ni trvpanosomes à l’examen du sang ; pas d’auto-agglutina¬
tion des hématies. Pas d’ictere consécutif à l’accès de fièvre.
Injection d’émétique de o g. 10 à g h. 3o. Il n’y a pas de réaction fébrile.
0 m. 37"!, 0 s. 370.
.Vo janvier. — Injection d’émétique de o g. 10. Pas de réaction fébrile.
81 janvier. — Pas de traitement. Rien d’anormal.
/er février. — Etat général excellent le matin. Injection d’émétique de
O g. 10 à 9 h. m. Léger frisson à i h. 3o; céphalée, courbatures et état fébrile
l’après-midi. 0 ni, 36®3, 0 s. 37*’i.
2 février. — Injection d’émétique à 9 h. 3o. A midi et demi; frisson, cour¬
bature et accès de fièvre se terminant dans la soirée par de la sudation.
6 m. 3()“4, 0 3 h. s. 3q°5, 0 6 h. s. 38®3, 0 minuit 37®5.
3 février. — Injection d’émétique de o g. 10 à 9 h. 3o. Frissons et cour¬
batures de midi à 3 h. ; sudation dans la soirée. 0 m. 36®8, 0 s. 37®3.
En même temps que ces réactions fébriles, le coryza et les douleurs del-
toïdiennes ont reparu avec plus d’intensité encore que précédemment. L’état
général lui-même est atteint : il y a une dépression et un affaiblissement
très nets.
Aussi M. Louis Martin a-t-il estimé qu’il est prudent de cesser tout trai¬
tement émetisé et d’attendre les événements, d'autant plus qu’il v a de
bonnes raisons de croire à notre guérison. Depuis le 14 septembre jusqu’à
cette dernière série d’injections d’émétique, la courbe des températures a une
régularité parfaite et ne s’est pas élevée au dessus de 37”; aucun symptôme
ne trahit plus la persistance de l’infection ; les divers examens du sang ont
été négatifs et les hématies ne s’agglutinent plus.
En effet, dès la suppression de l’emetique.les accès de fievre et les troubles
précités cessent et l’état général s’améliore rapidement.
Toutefois l’atoxyl est continué par doses de o g. 5o tous les 6 jours dans
le but de soutenir l’état général, plutôt que de prévenir la rechute ; à ce
taux il s’est déjà montré impuissant à empêcher la repullulation des trypa¬
nosomes.
Quoi qu’il en soit malgré la cessation du traitement émétisé nous n’avons
plus ressenti aucun trouble qui pût être attribué à la trypanosomiase et dès
le mois d’avril suivant nous avons l’impression d’être revenu à notre état
normal. Des malaises que nous avons éprouvés du 20 au 25 février à l’occa¬
sion d’une périostite alvéolo-dentaire et d’un coryza aigü dans les derniers
jours de mai iqog ont cessé avec leur cause réelle.
Au mois d’août de la même année, l’apparition de taches rosées sur le
tronc, localisées surtout au niveau de la ceinture aurait pu en imposer pour
des érvthémes de trypanosomiase; mais comme l’a reconnu M. Vkillon, il
s’agissait en réalité de pityriasis rose qui, suivant son évolution normale, a
disparu spontanément en deux mois sans laisser de traces.
Le traitement à l’atoxyl a été suivi jusqu’au i3 septembre i()og à raison
de o g. 3() tous les six jours. A partir de ce moment cette dose n’est plus
prise que tous les quinze jours.
Enfin depuis le i3 novembre iQog, c’est-à-dire depuis un an, nous avons
cessé tout traitement, sans que nous avions vu reparaître le moindre acci¬
dent imputable à la trypanosomiase.
Notre état de santé s’est toujours maintenu excellent.
En résumé, notre maladie a débuté en août 1907 par l’apipari-
tion d’un pseudo-furoncle au cou et par de la fièvre continue pen¬
dant six jours, accompagnée d’excitation nerveuse et d’éréthisme
cardiaque. Ensuite se sont succédés pendant un mois quelques
accès de fièvre plus légers, séparés par des rémissions de 3 à
4 jours. C’est la période d’invasion. Celle-ci est suivie d’une phase
subfél3rile au cours de laquelle, vers le deuxième mois, se mani¬
festent les symptômes caractéristiques de la trypanosomiase: a.s-
— 653 —
thénie, tachycardie, instabilité du pouls, adénopathie, œdèmes,
érythèmes, fourmillements, hyperesthésie profonde, etc.... Dès
({Lie le diagnostic microbiologic{ue est établi au début de novem-
bre 1907, on commence le traitement à l’atoxyl par des doses de
I g. en injections sous-cutanées tous les 10 jours. Les trypanoso¬
mes dis{Daraissent de la circulation périphérique, et l’état général
s’améliore. Mais l’atoxyl ne montre ({u’iine efficacité médiocre,
l)uisc{u’une rechute se produit 10 jours après la troisième dose.
Après notre arrivée en France, en décembre 1907, nous prenons
l’atoxyl à raison de o g. 50 tous les 5 jours. Il s’ensuit une amé¬
lioration notable pendant un mois et demi, puis un nouvel accès
de fièvre se re{3roduit à l’occasion d’un refroidissement. A partir
de ce moment, malgré la régularité du traitement à l’atoxyl et
malgré l’association de l’orpiment, les rechutes se reproduisent à
intervalles plus ou moins réguliers, avec une tendance à devenir
de i^lus en plus graves. I.es parasites enfin se retrouvent plus fa¬
cilement dans le sang et l’atoxyl n’amène j^lus leur disparition
dans les délais (ordinaires; l’état général s’altère, les signes clini-
({Lies de trv{Danosomiase reparaissent, et de légers troubles ner¬
veux, fourmillements et diminution de la sensibilité à l’index et
au {ooLice droits, font craindre une aggravation imminente de la
maladie. On nous traite alors par des injections intra-veineuses
d’éméti({ue, et depuis cette é{3oque, 14 septembre 1908, les parasi¬
tes n’ont ]ou être retrouvés dans le sang, si bien que nous avons
aujourd’hui de bonnes raisons de croire à notre guérison.
Notre opinion est basée, non seulement sur l’impossibilité de
retrouver des trypanosomes dans le sang depuis déjà plus de deux
ans, mais aussi sur tout un ensemble de faits :
1° La disparition brusque de tous les svmptômes suspects à la
suite des injections d’émétic{ue ;
2° La régularité {parfaite du pouls et de la température qui, de¬
puis 25 mois, n’a plus dépassé 37°, si ce n’est à l’occasion d’un
coryza et d’une bronchite d’origine grippale, au mois de mars
dernier. L'ne petite éj^idémie de grijope a sévi dans notre entoii-
rag'e à cette époque.
3° L’absence totale d’auto-agglutination des hématies, qui n’a
plus été observée malgré les examens répétés de notre sang, et
qui, semble-t-il, aurait dû se reproduire à un moment donné si
la moindre trace d’infection avait persisté.
4° La cessation complète de l’asthénie et de l’état dvsphorique
— 656 —
spécial à la trypanosomiase, A notre point de vue, c’est ià un fait
très important, C|ui ne peut naturellement être apprécié que par
nous-même.
5'" La disparition définitive des érythèmes qui avaient une ten-
cLance si marc|uée à se reformer, malgré les fortes doses d’atoxyl.
6^ La conservation et l’amélioration de l’état général, qui n’a
jamais été plus satisfaisant, malgré la cessation de l’émétique de¬
puis 2 1 mois et de tout traitement depuis un an. Or, depuis le
début de l’année nous avons assuré un service d’enseignement
assez chargé, et à la fin du mois d’août dernier notre poids a
atteint 6g kg., supérieur de i kg. à notre poids maximum ob¬
servé jusqu’à ce jour.
Un tel groupe de faits, et en particulier, la régularité de la
température et l’absence d’auto-agglutination des hématies, nous
paraît constituer une preuve suffisante de notre guérison com¬
plète.
L’évolution de cette maladie ne pouvait manquer de nous sug¬
gérer quelques considérations cliniques et thérapeutiques.
Considérations cliniques.
Nous avons d’abord été frappé par la brusquerie avec laquelle
la maladie a débuté, sans autre phénomène prémonitoire qu’une
digestion pénible, par de la courbature, de la céphalalgie et de
la fièvre continue, exactement comme dans le cas de fièvre palu¬
déenne. Ce premier accès a duré 6 jours avec des exacerbations
vespérales et de légères rémissions matinales. La courbe des tem¬
pératures, reconstituée avec une approximation très suffisante, a
atteint son maximum, 41", le 4® jour, et a ensuite baissé pour re¬
venir au voisinage de 37® le 7® jour. Mais, contrairement à ce
qui a lieu généralement après les accès de fièvre paludéenne, la
défervescence n’a pas été complète ; la température movenne s’est
maintenue un peu au-dessus de 37°.
Puis pendant un mois, de nouveaux accès de fièvre de moins en
moins forts et ne durant guère plus de 48 heures, ont reparu tous
les 5 ou 6 jours. Notre maladie a donc commencé par une pério¬
de iV invasion essentiellement fébrile.
A ce moment elle pouvait être facilement confondue avec le pa¬
ludisme et d’ailleurs, le D’’ Heckenroth et nous-même avons
d’abord commis cette erreur. Cependant, si nous avions été plus
— 657 —
prévenus, l’excitation nerveuse et l’éréthisme cardiaque qui
s’étaient manifestés pendant le premier accès avec assez d’inten¬
sité pour entraîner l’insomnie, auraient pu éveiller nos soupçons;
au cours de nos précédentes atteintes de paludisme notis n’avions
jamais éprouvé ces symptômes, surtout à un degré aussi net.
D’autre part, la cjuinine (chlorhydrate) à la dose de 2 g. par jour
en injections sous-cutanées n’avait montré aucune efficacité.
Ifnfin, le développement d’un pscudo-juroncle au cou aurait pu
nous être un indice précieux si nous avions connu les observa¬
tions uhérietires relatant la frécptence de cette sorte d’accident ini¬
tial dans la trypanosomiase humaine. Sans doute, cette petite
tumeur, rigoureusement contemporaine de l’éclosion de la fièvre,
était-elle le lieu de pénétration du virus; mais nous ne saurions
l’affirmer puisque nous n’avions pas la notion d’avoir été récem¬
ment pic|ué à cet endroit par aucun insecte.
A la suite de nos premiers accès de fièvre, la moindre prome¬
nade à pied, de 100 à 200 mètres, par exemple, provocpiait une
fatigue extrême et, au niveau de la septième vertèbre cervicale,
une douleur assez accusée c|ue nous n’avons jamais ressentie dans
le paludisme et qui nous paraît assez caractéristicjue. Cette dou¬
leur a continué à se renouveler par la suite après une marche ou
tine station debout prolongée. Elle apparaissait donc dans des
conditions déterminées et se distinguait en cela de certaines dou¬
leurs rhumatoïdales qui, à intervalles irréguliers, mais de préfé¬
rence à l’occasion des poussées fébriles, se manifestaient dans
diverses parties du corps et surtout aux épaules, au niveau des
omoplates et le long de la colonne vertébrale.
Les crampes ont été aussi un symptôme très douloureux et as¬
sez précoce ; nous les avons ressenties dès le deuxième mois. Elles
siégeaient presque toujours aux jambes et très rarement aux bras
et avant-bras. C’est de préférence le matin au réveil qu’elles se
produisaient lorscjtie nous avions le malheur de trop étendre la
jambe et, pour éviter cet inconvénient, nous avions été amené à
conserver au lit les membres inférieurs fléchis.
T.es fourmillements ont apparu au moins aussitôt que les cram¬
pes. Ils ont revêtu un caractère particulier et constitueraient un
bon svmptôme subjectif pour quiconque les aurait déjà éprou¬
vés. Ils donnaient exactement l’impression d’un animalcule qui se
serait promené à la partie superficielle du derme en un point ri¬
goureusement limité, comme autour d’une extrémité nerveuse.
— 658 —
En général, nous mettions fin à cette sensation agaçante par une
légère friction ou le grattage. Ces fourmillements^ très fréquents
à certains moments, avaient pour sièges de prédilection la faoe et
les parties latérales des doigts. Quant au signe de l’hyperesthé¬
sie profonde il a déjà été décrit dans une précédente communica¬
tion (i) et nous n’avons rien à ajouter à notre observation.
\.'asthénie nerveuse est l’un des traits les plus caractéristiques
de la maladie. Nous l’avons éprouvée dès le début, à un degré
moindre toutefois qu’à une période plus avancée. Tout effort phy¬
sique ou intellectuel nous était pénible et souvent nous avons dû
réagir pour ne pas rester des heures immobile, sans pensée, as¬
sis dans un fauteuil ou étendu sur une chaise longue. Cette as¬
thénie se traduisait encore par une extrême difficulté à nous lever
le matin, et en général à passer du repos à l’état d’activité.
Nous avons, en outre, ressenti, avec plus ou moins d’intensité,
pendant toute la durée de la maladie, une sensation spêeiale et
permanenle de malaise général, que nous avons déjà cpialifiée de
dysphorie, et qu’il nous est difficile de bien définir. 11 nous sem¬
blait cpie tout notre organisme était transformé; puis rapportant
à l’extérieur cette modification de notre état subjectif nous avions
l’impression de vivre dans un monde qui n’était plus le nôtre.
Cette sensation, c|ui avait toujours résisté au traitement par l’ato-
xvl, a cédé à la première série d’injections d’émétique, et c’est
précisément sa disparition subite c[ui nous a donné l’intuition de
notre guérison. Nous n’avons jamais eu cette impression dans le
paludisme et nous la croyons spéciale à la trypanosomiase.
Nous pensons qu’il v a lieu de rattacher aussi à la maladie le
syndrome dysentérique (diarrhée, épreintes, selles mucpieuses),
dont nous avons souffert à la période d’invasion. Ce syndrome
est souvent relaté au début de la trypanosomiase dans un pays,
comme le Congo, où les dysenteries ordinaires sont relativement
rares.
Les érythèmes ont, dans notre cas, présenté deux aspects diffé¬
rents. Au début, c’étaient des marbrures faiblement teintées en
rouge vineux et réparties sans ordre sur toute la surface du tronc ;
l’exposition au froid les rendait plus apparentes. Ces taches éry¬
thémateuses se sont effacées à la suite des premières injections
't) L. Martin et Darré. BuU.de la Soc. de Path. exot., t. T, janv. igaS
Sur les symptômes nerveux du début de la maladie du sommeil.
— 659 —
tratoxyl. Elles ont reparu dix mois plus tard avec d’autres carac¬
tères, Edles étaient alors nettement localisées, plus apparentes et
circinées. Sur le milieu du dos s’était développé un anneau rou¬
geâtre, large de 15 cm, environ, à extension centrifuge. Au cen¬
tre, la peau, d’apparence saine, était légèrement bistrée. Dans
d’autres cas de trypanosomiase non traitée, nous avons remarqué
cpi’à une période avancée, les érythèmes sont plus localisés, plus
nettement circonscrits et se compliquent d’infiltration et de vas¬
cularisation du derme. Cette tendance à la localisation ne serait
donc pas le résultat du traitement,
La fièvre, considérée comme essentiellement irrégulière dans
la trypanosomiase humaine, a montré une périodicité évidente
dans notre oliservation. D’abord pendant la période d’invasion
les accès de fièvre séparés par 3 ou 4 jours d’apvrexie se sont ma¬
nifestés à intervalles assez réguliers tous les 5 ou 6 jours, et, à
j)art le premier, ont duré chacun une moyenne de 48 h.
Plus tard, lorsque l’action de l’atoxyl vint à s’épuiser, les ac¬
cès de fiè\'re survenaient tous les 7 ou 8 jours en moyenne. Leur
évolution était la suivante: chaque accès durait i ou 2 jours et
présentait habituellement son acmé entre 8 et ii h, dans la soi¬
rée du premier jour; il était suivi d’asthénie, d’inappétence et de
subictère. Ensuite, l’état général s’améliorait peu à peu pendant
4 à 6 jours ; on eût dit que la guérison allait s’établir quand
éclatait un nouvel accès de fièvre, qui pouvait être simplement
esquissé par une élévation thermique de C[uelques dixièmes de
degré, ou par des courbatures, de la ('éphalalgie et de l’inappé¬
tence ; mais il était rare d’observer une période d’apyrexie com¬
plète supérieure à 8 ou 9 jours. D’autre part, les accès n’avaient
aucune tendance tà se rapprocher à moins de 5 jours. Leur pério¬
dicité, si elle n’est pas aussi régidière cpie dans le paludisme, est
toutefois bien évidente. N’est-elle pas un résultat du traitement
arsenical? C’est possible: mais nous remarquerons qu’elle n’est
pas en rapport avec les injections d’atoxyl, et qu’en tout cas, les
accès de la période d’invasion n’ont pas été influencés par le trai¬
tement, Ainsi, nous sommes autorisé à croire qu’il peut y avoir
dans la trypanosomiase humaine, une périodicité naturelle de la
fièvre, qui peut être mise en évidence par des observations préci¬
ses et prolongées. Et, d’ailleurs, les crises dans quelques trypa¬
nosomiases expérimentales ne se reproduisent-elles pas avec une
certaine régularité?
Les examens du sang, pratiqués parallèlement, ont montré que
les trypanosomes impossibles à découvrir à l’examen direct pen¬
dant les périodes d’apyrexie se retrouvaient plus facilement dans
le sang au moment des poussées fébriles.
l.'auto-dggliitination des hématies était également soumise à
des variations parallèles à celles de la température : elle devenait
beaucoup plus manifeste à la fin des accès et diminuait ensuite
P r o gress i ve me n t .
L’influence du refroidissement ne paraît pas négligeable chez
les trypanosomés ; elle semble bien avoir été la cause de notre ac¬
cès de fièvre, du ii janvier 1908: nous venions de voyager en
chemin de fer par une nuit glaciale et nous avions eu froid à gre¬
lotter. Le soir notre température montait à 38° 2.
La répercussion de la maladie s’exercait aussi sur Vappareil
digestif. L’appétit était capricieux, en général très augmenté pen¬
dant les périodes d’apyrexie et diminué au moment des poussées
fébriles. Les digestions étaient ordinairement bonnes ; parfois
nous avions de l’hyperacidité stomacale et du pyrosis. L’intestin
fonctionnait irrégulièrement: les accès de fièvre entraînaient le
plus souvent du relâchement ou même de la diarrhée, cjuelquefois
suivis de constipation.
Enfin, la trypanosomiase affecte Vétat mental-, soit par les
malaises qu’elle ne cesse de provoquer, soit par son action spé¬
ciale sur le svstème nerveux, elle pousse beaucoup aux idées mé¬
lancoliques, et nous ne sommes nullement surpris de trouver les
idées de suicide mentionnées dans les observations. La nuit, nous
avions des' cauchemars fréquents et souvent horribles; nous rê¬
vions de crimes si contraires à toute moralité qu’il nous restait
le lendemain une impression de profond dégoût de la vie et d;‘
n on s- même.
De l’ensemble de notre observation, il nous reste cette idé(i
générale que les substances toxiques élaborées par les trypanoso¬
mes, en supposant qu’elles existent, ont une affinité particulière
pour le système nerveux.
Considérations thérapeutiques .
1° h'atoxyl dont le seul emploi a permis d’obtenir la guérison
de quelques malades, n’a eu, dans notre cas, qu’une action très
éphémère. Les principaux symptômes ont bien cédé aux premiè-
res injections ; mais les trypanosomes ont reparu dans le sang
quatre semaines après le début du traitement, lo jours après la
troisième injection. Nous recevions alors des doses de i g. tous
les 10 jours. Peut-être cet intervalle était-il trop considérable pour
notre virus et, à ce propos, y a-t-il lieu de rappeler que la pério¬
dicité de nos poussées fébriles a été évaluée à 7 ou 8 jours?
Ifn tout cas, après notre rentrée en France, nous avons pris
l’atoxyl tous les 5 jours, à doses de o g. 50, avec des résultats
qui, sans être satisfaisants, étaient un peu meilleurs que les pré¬
cédents. Mais les rechutes n’ont pas tardé à se reproduire et à se
répéter, si bien que les parasites avaient fini par accpiérir une ré¬
sistance indéniable vis-à-vis de l’atoxyl ; nous n’avions plus à
compter sur ce médicament pour nous guérir.
La prolongation de son emploi pendant 2 ans, soit une quan¬
tité totale de 70 g. environ, n’a produit chez nous aucun trouble.
Nous avons seulement noté un peu d’excitation nerveuse, 8 à
10 h. après l’injection.
2° L'orpiment n’a été employé qu’à faible dose et n’a pas
donné de résultat appréciable.
3° ILémétiquc, pris par ingestion à doses fractionnées et à rai¬
son de O g. 12 par jour n’a pu enrpêcher la repullulation des try¬
panosomes dans le sang.
Les injections intraveineuses, au contraire, ont montré une effi¬
cacité réelle, puiscpie nous leur devons notre guérison. On s’était
proposé d’obtenir la stérilisation en poussant le traitement ju.-^-
qu’aux limites de l’intoxication. Dans ce but, quatre séries d’in¬
jections quotidiennes ont été pratiquées, respectivement compo¬
sées de 17, 15, 15 et 8 doses de o g. 10 d’émétique. Mais nous
avons la conviction que la stérilisation a été obtenue d’emblée
par les 17 premières injections ; comme nous l’avons vu, la d:s-
parition si brusque de tous les symptômes, y compris l’auto-ag-
glutination des hématies, et l’amélioration rapide de l’état géné¬
ral, tendent à le prouver. Ces faits sont parfaitement d’accord
avec l’idée que nous avons acquise au laboratoire de M. Mesnil,
concernant la thérapeutique des trypanosomiases ; on doit, avant
tout, éviter la formation de races résistantes qui, on le sait, s’ob¬
tiennent expérimentalement par l’emploi de doses trop faibles
pour entraîner l’anéantissement des parasites; ainsi l’on risque,
par une prudence inopportune, de perdre le bénéfice de médica¬
ments aussi précieux que l’atoxyl et l’émétique.
17 doses quotidiennes de o g. lo d’émétique ont pu nous être
injectées sans aucun inconvénient ; nous sommes persuadé que
nous en aurions supporté davantage, et peut-être y a-t-il intérêt
à augmenter le plus possible le nombre des injections dans la pre¬
mière série. Mais nous ne pensons pas qu’il y ait lieu de dépas¬
ser la dose de o g. lo.
I>es injections de la 4® série ont été mal supportées et l’on a dû
s’arrêter à la 8® dose. Jolies provoquaient une réaction fébrile que
nous avons dabord redouté comme une conséquence de la trypa-
nolyse. Mais la répétition des accès devait nous faire écarter cette
hvpothèse ; si la trvpanolvse s’était produite un jour, elle ne de¬
vait plus se renouveler le lendemain, faute de trypanosomes. Ces
accès de fièvre se distinguaient, en outre, de ceux de la trypano¬
somiase, par le moment de l’acmé, qui avait lieu vers 3 h. et non
après 8 h. du soir. Ils débutaient brusquement 3 ou 4 h. après
l’injection, par un frisson et des courbatures intenses; la tempé¬
rature montait tantôt de quelques dixièmes de degré, tantôt jus¬
qu’à 39°5, puis l’accès se terminait dans la soirée par une suda¬
tion abondante, sans laisser de troubles consécutifs, asthénie,
subictère ou inappétence, comme la fièvre à trypanosomes. Les
examens du sang n’avaient jamais révélé la présence d’hémato¬
zoaires du paludisme. Nous ne pouvions pas non plus incriminer
une intoxication par accumulation de médicament dans l’orga¬
nisme; il y avait un mois et demi que nous n’avions plus pris
d’émétique. Nous en avons conclu qu’il s’agissait, en réalité,
d’une réaction fébrile d’ordre anaphvlactique.
En effet, les accès de fièvre ont cessé avec la suppression de
l’émétique et notre température ne s’est plus écartée de la nor¬
male depuis cette époque. Nous sommes aujourd’hui en excel¬
lent état de santé.
lin chapitre de Thistoire du paludisme.
Bordeaux : sol marécageux ; population
palustre ; faune anophélienne.
Par NICLOT.
I^'cinivre conjuguée de dessèchement et d’assainissement né¬
cessaires s’est imposée lourdement à travers les siècles, aux préoc¬
cupations et aux destinées bordelaises.
Burdigala, à l’égal de Lutèce, est né en plein marécage. Stra-
BON, sous AuGUSTt:, voit (( ses collines en émerger, comme les îles
de la mer ». La cité a dessiné l’échelle de ses accroissements suc¬
cessifs en étendue comme en salubrité aux dépens de la ceinture
humide de ses bas-fonds bourbeux, et les plans de Bordeaux (i)
témoignent, les uns après les autres, de cette progression continue
de la (( ville tentaculaire », comme la relation nous est transmise
des efforts accumulés, depuis Matignon, D’Ornano, de Sourdis,
depuis l’appel fait par les jurats, sous Henri IV, à l’expérience
flamande, depuis le contrat de 1599, avec l’ingénieur Conrad
(tAUSSEN, depuis, en 1782, le projet d’un ('anal collecteur circu¬
laire par Dupré de Saint-Maur, jus(|u’aux réalisations contem¬
poraines.
De l’enceinte romaine aux boulevards extérieurs, frontière ad¬
ministrative actuelle et dernier élargissement, il date de 1866,
l’effort d’assimilation du sol fut en totis sens laborieux: au Sud,
de modestes « échoppes » s’alignèrent obscurément vers Palu-
date. L’Est fut longtemps le fleuve: le pont de pierre ne se ter¬
mine qu’en 1821 et la Bastide demeure indépendante jusqu’en
1862; en 1400, elle était encore submergée (2). La culture triom¬
pha, la vigne notamment, et les vins de palus de Qtievries furent
parmi les crûs réputés.
M ais l’axe des augments pointa d’abord sa flèche vers l’Occi¬
dent, ensuite vers le Septentrion: un chapitre de VApcrçii histo¬
rique municipal s’intitule: La Conc|uète des marais de l’Ouest et
(1) Bordeaux, 3 vol. et album (municipalité bordelaise). HACHF.TTr:-FÉRET
ï., (892.
(2) G. .hji.LiAN, His. de Bordeaux, 1895, p. iô8.
— 664 —
du Nord [i). A l’Ouest, la conquête a été telle que la ligne des
boulevards à ce niveau est dépassée par un bourgeon extérieur,
le quartier Saint-Augustin. Cette plaine, irriguée par le Peugue
et la Devèse se défendit néanmoins longtemps, les marais de
l’Archevêché, de la Chartreuse, furent péniblement amenés à
bien; Saint-Bruno, le Cimetière, jalonnent la main-mise péremp¬
toire et décisive.
Au contraire, vers le Nord, le long de la Caronne, entre sa rive
et la voie ferrée du Médoc, traversé par la jalle de Blanquefort,
s’ép^md un large quadrilatère, qui paraît incomplètement libéré.
Les Chartrons et Bacalan, adjacents, n’ont point été, du reste,
édifiés après un c'hoix rationnel procédant de l’opportunité des
lieux et de la discussion topographique: leur création fut fonction
de la navigation même, — emporium Burdigala, disait le géogra¬
phe hellène, — et les nécessités des échanges par le fleuve l’impo¬
sèrent. Au-delà des Piliers de Tutelle et du Château Trompette
■s’éleva au fil du courant, pour les (( retours des lies », pour les
étrangers et le commerce, hors les murs, une mince ligne de mai¬
sons, une (( façade » se risquant entre l’eau d’un sol sans écoule¬
ment et celle de la grande voie fluviale.
L’action combinée des riches armateurs et des Intendants s’em-
plova non sans efficacité: on combla le marais de l’Audège, entre
Saint-Seurin et les Chartrons; le «. chemin du Roy », sous de
Tourny, rejoignit l’allée de Boütaut ; l’estev Chabas servit d’exu¬
toire ; depuis un siècle, ces terres rebelles se sont vues soumises à
un régime sévère.
Les cartes portent encore partout : marais de Parempuyre et
Blanquefort, marais de Bruges et Bordeaux ; ce sont de grandes
plaines acquises à la culture, les produits maraîchers et les four¬
rages y occupent des champs spacieux; mais ici apparaît une fri¬
che entrecoupée de verdures limnophiles, de points d’eau, là, et
c’est la norme, les canaux d’irrigation, dont le quadrillage
trace les levés de ses graphiques géométriques, sont engorgés de
plantes at|uatiques qui appellent le faucardage. Dans l’enceinte
même de l’octroi, ou « jouxte », les boulevards extérieurs, comme
on peut en juger plus loin par l’énumération des gîtes anophé-
liens, des cuvettes stagnantes, auront à disparaître par simple
souci de voirie, et pour l’esthétique de la rue, dans une ville aussi
éprise de geste et d’élégance.
(i) Bordeaux, loc. cit., p. 57, t. I.
— 665 —
En somme, si l'on parcourt la banlieue bordelaise dans trois
des directions cardinales, cpielques marigots seuls indicpient par
places les vestiges et le témoignage reliquataire d’un passé aboli,
même bien loin du centre, dans cette palus refoulée au delà de
Bègles, qui étale ses horizons, modifiés d’ailleurs par une culture
soignt^e.
Mais, et nous venons d’v insister, une large étendue maréca¬
geuse coiffe en aval, à gauche, de son contact immédiat, large¬
ment, le Nord de l’agglomération urbaine, et la touche pour ainsi
dire dans ses cTCuvres vives.
C'ette description sommaire du marais bordelais n’est, du reste,
c(u’une rubricpie dans celle autrement compréhensive de la France
du Sud-Ouest,
Les trois départements de la Charente-Inférieure, de la Gironde
et des Landes se classent de ce chef parmi les premiers de notre
territoire: Monfai.cox (i), vers 1826, pour me restreindre à des
faits anciens, leur attribuait les chiffres respectifs de 44.700, de
37.000, de 18.900 hectares marécageux.
Un effort curateur s’est pourtant déj)ensé, presque partout vic¬
torieux. Les S à 10.000 hectares de dessèchement régional (2) ont
trouvé leur récompense: (( malacqua » et paludisme ont rétrocédé
de pair.
* %
I.e paludisme voisin, traditionnellement étudié, aux manifesta¬
tions intenses, de Rochefort (3) et des marais gâts de Brouage, a
fait passer au second plan de la notoriété épidémiologique celui
plus atténué des régions hautement cultivées comme la Gironde
ou clairsemées de population comme les Landes. La fièvre mala¬
rienne de Bordeaux a pourtant ses fastes, et le parallèle avec Pa¬
ris se peut poursuivre: si l’établissement du canal Saint-Martin,
par exemple, fut en 1812 à la tête de l’étiologie d’une grave évo¬
lution palustre, près de la Seine, là les tentatives d’amélioration
(1) Monfalcon. //Lt. des marais. Béchet jeune. Paris, 1826.
(2) Bonnet, rapport sur trav. Béringuier, paludisme, etc. 1866. Union
méd. de la Gironde, p. 286.
(3) Lucadou. Mém. sur les mal. les plus fam. à Rochefort. Paris, 1787.
Thévenot. Th. P., 1826, noit).
Godelier. Recueil de mém. de méd. et c. milit., 1841, p. i.
Gintrac. Traité de pathol. interne, tome III, p. -Mq (i853).
Laveran. Traité du pal . , p. 198. .4 maculipennis. Landes et Rochefort.
46
— 666 —
du cîmal de dérharg'e, pour le marais de la C'hartreiise, en 1805,
furent le signal d’une ('ruelle explosion épidémique: 12.000 at¬
teintes, déclare Coutanceau (i). Les terrassements que comporta
la construction des voies ferrées enregistrèrent de nouvelles pous¬
sées : la ligne de ki d'este, amorc'e de celle actuelle de Bayonne,
inaugurée en 1841, motiva de nombreuses admissions hospita-
Lières (2).
Actuellement alors, comme à Paris, on notait la fièvre intermit¬
tente, qui régnait surtout en été et en automne, par accès volon¬
tiers de tvpe tierce, avec ou sans ('aractère pernicieux.
Depuis, les deux centres urbains se peuvent creuser et terras¬
ser sans dommage: la pvrexie comme l’agent vecteur pathogène
ont disparu du milieu habité, ou s’v sont du moins singulière¬
ment raréfiés.
11 serait périlleux de tenter un historicjue serré du paludisme
p(3ur ces époques éloignées, 011 les divisions nosographiques man¬
quaient de critère solide: on sait pourtant de quels désastres
étaient accusés le Peugue et la Devèse, dont le lit exhalait des
« vapeurs malignes », génératrices de (( pestes » renouvelées. Je
rappelais à l’instant cette imposition estivo-automnale régulière,
périodicpie, exagérée parfois de contributions morbides d’une ex¬
ceptionnelle gravité.
On peut apprécier l’importance du sujet sans remonter aux âges
quasi héroïques de la médecine, par ces lignes écrites il n’y a
pas 60 ans: (( La clinicpie médicale de l’hcâpital vSaint-André a
reçu en 14 ans, de 183g à 1852, près de 16.000 malades. Sur ce
nombre il y a eu (( 3.195 fièvres périodiques, ce qui fait le cin¬
quième » (3).
Le dernier rempart du paludisme, et les deux cartes se super¬
posent, ont été ces mêmes quartiers de Bordeaux plus haut incri¬
minés.
r>e professeur Pitres a bien voulu m’affirmer qu’il y a quelque
30 ans, toute la zone comprise entre Bacalan et Parempuyre était
encore aux prises avec la fièvre intermittente.
La lecture des publications bordelaises apporte des documents
d’appoint: j’aî feuilleté, à partir de 1866, les (c prima mensis )> de
(1) Coutanceau, Notice sur la fievre pernicieuse, etc . ,à Bordeaux en i8od.
Paris, i8og.
(2) Gintrac, loc c’h.,p. 5q3.
(h Gintrac, loc. cfo, p. 55o.
-- 667 —
i'hruiue mois dans V Union médicale de lu Gironde ou le Bulletin
de la Société de médecine et de chirurgie de Bordeaux : on y cons-
tc'ite l’imporiance du ])aludisnie local. Trois ans de suite il en fut
discuté, en 1876-77-78; il fut même nommé une commission pour
étudier l’assainissement du quartier Nord; on relève à ce propos
les noms de Dorvun, Ait.MAiXGAun, Vcrgely. Une nouvelle réfé¬
rence s’inscrit en 1885 (séance du 22 Janv.).
Des observations cliniques produites pour des motifs divers
sont confirmatives, ainsi cpie des rapports du Conseil d’hygiène
publicjue et de salubrité de la (Tronde.
ne[3uis la statisticpie se tait: a-t-elle pleinement raison?
Si la Bastide, à l’Cst, j^araît bientôt assainie, — on a pu affir¬
mer sa salubrité conq^arative (i), — en revanche sur cette même
rive (( en face de Bordeaux, dit GiN'i'RAC, une ligne de coteaux
<( assez élevés srut à une petite distance les lîords de la rivière;
« au pied de ces coteaux se trouvaient il a’ a peu d’années encore,
<( des eaux stagnantes. L(\s fièvres intermittentes v régnaient an-
<( nuellement, et les habitants de la partie la plus élevée des co-
« teaux n’en étaient point exempts (2) ».
Plus récemment, le professeur T>E Daxtec note en 1898, à la
Souvs, une fièvre à type cpiotidien redoublé, autochtone, chez un
marin (3).
* ^
Ixcs indications des recherches étaient donc bien précises en ce
<;|ui concernait la persistance possible d’un anophélisme toujours
vigilant.
Deux fo^'ers de paludisme semblent encore tièdes, le j^remier
très vaste au Nord, le second très restreint à l’ifst ; il convient
d’ajouter la vérification à titre de curiosité archéologique, si j’ose
dire, de quelques gîtes comme oubliés dans les <autres points jadis
atteints eux aussi de la périphérie.
Une encpiête d’une pareille ampleur, faite par un seul, dans des
délais rapprochés, en une année défavorable, reste forcément non
complète, si tant est ciu’elle puisse jamais l’être, et devrait cons¬
tamment être revisée.
6) Soc. de méd . et de dur. de Bordeaux, oSSo, p. 2o3.
(2) (jiNTRAC, toc. cit., t. III, p. 370.
(3) Lk Dantec, Préc. depatJi. c.votiqiie, p. 525.
— 668 -
Tels quels, les résultats sont assez abondants pour mériter qu’on
les collige et qu’on en institue la synthèse: les prévisions de la
théorie devaient trouver satisfaction.
Ces recherches ont été poursuivies au cours de l’été 1910; ta
saison a été, en général, pluvieuse et froide. En voici l’exposé,
que l’on peut suivre sur la planche annexe.
Dès la gare Saint-Louis, à l’angle du cours de même nom et du cours du
Médoc. on se heurte en pleine ville à deux mares jumelles, dont une au
moins, plus végétante et plus abritée contre les souillures diverses, nourris¬
sait des larves nombreuses d'Anopheles inaciilipennis.
Mêmes constatations furent faites dans la jalle qui longe à droite la voie
ferrée, dans les trous d’eau qui parsèment le sol entre le boulevard Bran¬
denburg et l’allée de Boutant, dans les jalles qui bordent cette dernière, au-
delà des premières habitations, et dès que l’eau est devenue claire, dans tous,
les sinus herbeux accessibles. Si l’on parcourt les marais de Parempuyre, de
Bruges et de Bordeaux, on retrouve ces mêmes canaux, comme aux envi¬
rons immédiats du chef-lieu, envahis par la luxuriance des plantes aquati¬
ques. notamment de VElodéa Canadensis, et il est rare que le prélèvement
aux endroits favorables soit infructueux : l’infestation par le diptère patho¬
gène paraît donc étendue comme en nappe sur toute cette région boréale.
Sur la rive opposée de la (îaronne, des recherches positives furent faites
dans le marais qui garnit la berge, aux Collines, en face de l’ile d’Arsins ;
de même en sens opposé, à gauche de la route de Bevchac. dans un étanu
à mi-chemin entre les Gravières et les Quatre Pavillons.
Enfin à distance intermédiaire. TOrléans-St-Jean et l’Etat-Bastide déter¬
minent une aire triangulaire : un estey tortueux se dirige vers la base, qui'
est le quai ; un des coudes est peuplé de larves. Vers le sommet deux mares
occupent un pâturage ; où l'eau présente quelques lacunes dans son tapis
d'algues vertes, elle héberge la même faune spéciale.
Les cours des menus affluents de la Garonne, du Peugue, vérifié au-des¬
sous de Pessac et vers l’Aloueste. de la Devèse. à St-Augustin. au Cimetière,
de l’Estey de Bègles, de l’Estey Majou. ne, paraissaient point infestés pour
des raisons diverses : ici. encaissement, Iroid relatif, absence de végétation,,
rapidité du courant, là, blanchisseries 1 approchées, apparence cloacale ou
rejet de nuisances. Ces données négatives, qui ne valent que sous bénéfice
d’inventaire, se corrigent par la découverte de larves dans un autre étang à
l’Alouette, non loin dudit Peugue d’une part et de la ligne de Bayonne de
l’autre.
Deux groupes de gîtes intra urbains ont été repérés en dedans de la-
pointe Sud du périmètre.
Dans le bassin herbeux d’une source au milieu d’un terrain vague entre
la rue et le boulevard de Bègles. près du ruisseau d’Ars.
Dans l’amont du bras d’estey que l’on croise en prenant la rue Léon
Palières. dès que l’on a quitté le boulevard Jean-Jacques Bosc : échantil¬
lons abondants et remarquables. Il ne s’agit pas de l'Estev Majou. qui
longe plus loin la voie ferrée.
r>es larves ont toutes été reconnues comme appartenant à Ano-
phcles 7naciilipennis, caractérisées notamment par leurs soie.s.
frontales et celles en palmes de certains segments abdominaux..
— 669 —
En outre, pour ('haque provenance, ciuelcpies larves conservées
a nouveau.
Gîtes Anophéliens indiquées par O
A. Dans Bordeaux, et sa banlieue immédiate.
I. Bacalan et Chartrons. — 2. Allée de Boutaut (marais de Bordeaux).
— 3. Cours Brandenburg. — 4. Gare du Médoc, Cours Saint-Louis. — 3.
Rue b’ondaudège. — G. Saint-Seurin. — 7. Cimetière, à l’ouest quartier
Saint-Augustin — 8. Peugue. — 9. Devèse. — 10. Vers l’Alouette, et ligne
de Bayonne. — ii. Rue de Bègles et Boulevard de Bègles. — 12. Boulevard
.1. .1. Bosc et rue Pallière (Brienne). — i3. La Bastide, quai de Queyries. —
14. I.es Gravières. — i5. Vers les Collines. Arsins. La Souys.
B. Itinéraire à travers les marais du Nord de Bordeaux.
1. Station de Blanquefort. — 2. 3. Marais de Parempuyre et Blanquefort.
— 4. J aile de Blanquefort. — 5. G. Marais de Bruges et Bordeaux. — 7.
Station de Bruges. — Orientation Nord-Sud.
Je ne rappellerai pas les données taxinomiques que l’on trouve
passim dans la littérature, et qui ont le précieux avantage, au
contraire de tant d’autres précisions fournies par les techniques
empruntées aux études biologiques, de ne pas réclamer, pour être
obtenues, un outillage et des manipulations compliquées.
Ces vérifications sont suggestives : elles éclairent ce Cj[ue nous
savons de l’évolution palustre dans le passé.
Leur portée dépas.se l’intérêt local: elles confirment le parallè¬
lisme entre les facteurs palustre et anophélien qui a été jusqu’ici
— 670 —
affirmé partout où il a été cherché avec une persévérance suffi¬
sante.
hiles montrent, pour l’avenir, que la menace d’un retour of¬
fensif de l’endémie devant une étiologie efficace n’est pas sans
fondements de crainte.
y
^ L’Oxyspirure de Manson à La Réunion
Par M. L. O’ZOUX.
Histoire. — C’est en avril 1878, cpie le ver est rencontré par
jManson, pour la première fois, à Amov, en Chine, et en 1879
qu’il est nommé par Cobbold, Filaria Mansoni; mais, dix ans se
passent avant qu’il soit retrouvé par IMagalhaès, au Brésil; puis
Penning le signale, en 1894, aux Indes néerlandaises; Emmerez
et Mégnin le découvrent à l’île Maurice, en 1901 ; Carougeag
l’observe à Nha-Trang, en 1902 ; Laxg et Noc le retrouvent en
Nouvelle-Calédonie, en 1903; H. C^. Niles le signale en E'ioride,
en 1904; Mathis et LEger le rencontrent au Tonkin, en 1909; et
le voici observé par nous à la Réunion dès 1907.
Son habitat le plus ordinaire est l’œil des poulets.
Examen. — L’examen de l’un de ces oiseaux parasités est tou¬
jours compliqué; voici la technique à laquelle je me suis arrêté;
un aide tient les pattes sous son pied, les ailes relevées et réunies
d’une main, la tête de l’autre; instiller dans les yeux quelques
gouttes d’une solution de cocaïne à o g. 10 pour 10, qui ne nui¬
sent en aucune façon à la vie des Pilaires; de la main gauche,
insinuer une anse à cataracte sous la membrane nictitante et
l’écarter; s’il y a beaucoup de parasites, on les voit bientôt s’agi¬
ter; si l’on n’en aperçoit pas, de l’anse gratter un peu le fond du
cul de sac; terminer par l’exploration des sinus sous-conjoncti¬
vaux où se réfugient souvent les parasites.
L’inspection seule est illusoire; il n’v a qu’une façon d’être
sûr de l’absence de Pilaires, aussi bien que de compter ces der¬
nières, c’est d’irriguer les culs-de-sac; et l’on ramène ainsi, par¬
fois, une bonne dizaine de Nématodes alors que l’exploration à la
vue avait fait croire au non parasitisme; donc, pendant que l’anse
soulève SLiccessivenient les trois paupières, inonder avec un jet
d’eau ; puis retourner vivement le poulet et irriguer de même fa¬
çon le deuxième œil.
Recevoir les liquides dans un bassin à fond noirci sur lequel
se détachent les Pilaires, recueillir les parasites sur l’anse et,
mieux, sur une aiguille à dissocier. vSi on veut les réintroduire
dans un œil, porter l’anse ou l’aiguille au contact de la cornée;
ils se déroulent imnrédiatement et ont tôt fait de disparaître.
Un procédé rapide d’examen consiste à maintenir dans l’eau
la tête du poulet; les Pilaires se montrent sous le bord de la nicti-
tante ; mais il est barbare et infidèle.
Morphologie. — De couleur blanche jaune pâle, les Oxyspirii-
rcs ont, à la Réuniiui, de 5 à 25 mm. de long et de 0,3 à 0,5 de
large ; les plus fines sont donc parfois difficiles à voir.
Les extrémités sont plus grêles que le centre, la postérieure sur¬
tout, l’antérieure se terminant par une pointe mousse; l’extrémité
postérieure du mâle serait parfois enroulée sur la face ventrale;
je n’ai jamais vu, chez les vers qui sortent de l’ceil, cette disposi¬
tion qui, d’ailleurs, s’opjDoserait à l’agilité, mais se produit à la
mort ; on a également donné comme caractère exclusif de l’ex¬
trémité postérieure de la femelle, sa terminaison par une sorte de
renflement, de tétine: j’ai noté maintes fois et dessiné cette tétine
à l’extrémité postérieure du mâle. J’ai également vu à l’extrémité
postérieure de la femelle, au-dessus de la vulve, un groupe de
t[uatre ou cinq papilles.
La cuticule est, parfois, très transparente et laisse voir les dé¬
tails intérieurs; AP-\galhaes v a décrit des striations transversales
([ue contestent Raxsom et Mégnin; j’ai vu ces striations; il me
semble qu’elles sont des artifices de préparation.
Chez le mâle, l’anus se trouve à 320-400 3 de l’extrémité posté¬
rieure; on en voit souvent sortir un spiculé long et une gouttière
semblable à une tuile creuse, courte, se recourbant un peu vers le
ventre, à extrémité libre coupée carrément, et destinée, très vrai¬
semblablement, à s’adapter à la vulve et h. v guider le spiculé. Cet
anus, cloaque chez le mâle, est précédé et suivi de papilles au
nombre de six paires; chez la femelle il est un peu plus haut, et,
plus haut encore, se trouve la vulve, très nettement entourée d’un
rebord cuticulaire élevé et transparent ; c’est cette disposition qui
explique la présence, chez le mâle, d’une gouttière-guide pour le
spiculé.
672 —
Conservation et multiplication. — Les liquides artificiels di¬
vers que nous avons essayés, alcalins comme le mucus conjonc¬
tival, et contenant isolément ou en mélange, à doses variées, du
bicarbonate de soude, du phosphate de soude, du NaCl, de la
gomme, de l’albumine, entretiennent à peine la vie du ver, même
à l’obscurité et à la température de 36-37'^ ; et après un séjour de
48 h. dans ces bains, les cadavres commencent à se dissocier.
Dès qu’un poulet filarié périt, ses parasites s’aperçoivent du
décès ; ils quittent les culs-de-sac et se répandent sous les vraies
paupières. Si la tête du poulet est en position latérale, c’est-à-dire
si l’un des yeux appuie sur un obstacle, les parasites quittent cet
œil et émigrent dans l’œil opposé.
Les voies lacrvmales du poulet diffèrent de celles de l’homme;
celles-ci se remplissent par simple capillarité, tandis que celles du
poulet sont de véritables canaux ; l’ampleur de ces dernières, la
rapidité de l’émigration des Pilaires, ne laissent aucun doute sur
le chemin que prennent les parasites. Une fois réunies dans l’œil
supérieur, ils v demeurent; quelques-uns, cependant, quittent les
paupières elles-mêmes et s’avancent sur les régions voisines.
CEufs. — Leur constitution est bien connue; d’abord très allon¬
gés, avec les extrémités plutôt carrées, ils s’arrondissent de plus
en plus, et, au moment de leur expulsion, sont d’un ovale régu¬
lier ; ils ont d’abord 24 [j. de long sur 12 a de large; puis, gros¬
sissant en même temps que s’enfle leur centre, ils atteignent 45 à
65 4 de long sur 40 à 50 u de large.
Ils remplissent presque complètement la femelle, les moins vo¬
lumineux, qui sont en même temps les plus transparents et les
moins organisés, étant voisins de la tête, les plus gros, les plus
opaques, à dessin intérieur le plus parfait, se trouvant au voisi¬
nage du pore génital; ce n’est qu’aux approches de la ponte que
ce dessin intérieur peut se distinguer aisénrent ; chez les parasites
vivants on les voit cheminer dans les tubes ovigères, — ovaires
et utérus, — • qui décrivent de nombreuses sinuosités ; et le mou¬
vement est surtout rapide au voisinage de l’extrémité caudale,
parfois même on assiste à une abondante ponte dans la goutte
d’eau du porte-objet. Leur résistance est minime. En effet, il suf¬
fit d’inciser, dans une goutte d’eau un ver 9 €t d’examiner la
goutte au microscope pour voir, quelques instants après, un grand
nombre d’œufs éclatés ; ils s’ouvrent alors presque toujours dans
la longueur; ce n’est qu’exceptionnellement que la division porte
— 673 —
sur l’une des pointes et en détache un opercule; parfois, contre
un œuf brisé ou sortant d’un œuf, on aperçoit un filament hya¬
lin légèrement flexueux et l:)osselé, cpii est un embr\"on.
Si l’on maintient des Pilaires femelles en solution alcaline et à
3*^-37’h jnscpi’à dissociation, on obtient à peu près les mêmes
résultats ; les œufs sont cependant moins altérés ; beaucoup mon¬
trent un double contour sur les côtés, un contour unique, parfois
très effacé, aux extrémités et, dans ces derniers cas, rappellent
des tonneaux ; la masse hyaline granuleuse se retrouve à l’inté¬
rieur ou hors de l’œuf ; et l’on peut aussi nettement distinguer la
forme en anguillule de l’embrvon.
Il y a là, certainement, une éclosion artificielle, mettant en li¬
berté des embryons qui, cependant, sont morts et encore rudi¬
mentaires.
Raxsom a pu assister à l’une de ces éclosions, voir des clapets
se détacher de chaque extrémité de l’œuf, ou de l’une seulement
des pointes, examiner des embryons nés deux ou trois jours après
la ponte.
Ceux-ci mesuraient 225 à 250 v de long sur 12 u au plus de
large; l’extrémité antérieure en était arrondie, la postérieure un
peu pointue, et l’on distinguait un œsophage partant d’une petite
dépression, ébauche d’une bouche ou d’un pharynx. Malheureu¬
sement, tous ces nouveau-nés, à l’exception d’un seul, étaient
morts; et l’unique vivant ne tarda pas non plus à périr.
Le lieu de la ponte normale est encore introuvé. Est-il l’œil lui-
même ? Probablement non ; car les examens que nous avons faits
des liquides sous-nictitants d’animaux parasités vivants ont tou¬
jours été négatifs, ne montrant jamais ni œufs ni embryons; ceux
des poulets morts, portant des nématodes en putréfaction com¬
mençante, ont donné les mêmes résultats.
La filaire gorgée d’œufs meurt-elle dans le cul-de-sac, et, alors,
corps étranger qui ne peut se maintenir activement, est-elle éli¬
minée en masse? Il n’est pas probable non plus, car si la fe¬
melle est gorgée d’œufs, ces œufs sont d’inégale maturité; et la
mort de la mère amènerait la perte d’une quantité considérable
d’œufs.
La ponte doit donc être intermittente, et l’absence constante
d’œufs du cul-de-sac sous-nictitant, prouve que si elle s’y fait,
les œufs n’v séjournent pas; d’autre part, si l’on hache finement
une filaire que l’examen a montrée bien pourvue d’œufs avancés
et que l’on introduise le hachis ainsi obtenu sous une troisième
paupière, tronçons du parasite et œufs sont rapidement détruits ;
le cul-de-sac est donc un mauvais milieu de maturation, ce que
prouve aussi l’absence sans exception, d’embryons.
On peut admettre cependant que l’ceuf pondu dans le cul-de-sac
est immédiatement éliminé, soit par la voie palpébrale soit par
la voie lacrymale.
Faisons, d’un autre côté, l’expérience suivante: plaçons sur
le sol une tête de poulet aux deux yeux parasités ; 24 h. après,
l’œil qiu appuie sur la terre humide est en putréfaction et l’on
n’y retrouve pas de filaires, mais l’autre en contient encore beau¬
coup dont la moitié environ est vivante; on peut conclure de ce
fait, d’abord que les filaires en général, mâles ou femelles, n’ont
nulle hâte de gagner la terre; il leur suffirait, pour s’y rendre,
de passer par l’oeil déclive, les narines ou l’œsophage sectionné;
et l’examen microscopique nous ayant montré que l’œil déclive
contenait plusieurs femelles gorgées d’œufs, nous pouvons con¬
clure encore que ces femelles ne s’éliminent pas dès qu’elles en
ont la possibilité pour aller confier leurs œufs au sol.
Tous ces faits démontrent l’existence d’un hôte intermédiaire.
Embryons . — Les Filaires occupant le fond du cul-de-sac sous-
nictitant, très profond, la troisième paupière frottant à frottement
serré sur le globe oculaire et les conduits lacrymaux du poulet
étant très larges, il est peu probable que les œmfs suivent la voie
palpébrale pour être expidsés ; ils doivent accompagner le chemi¬
nement des liquides ocidaires, c’est-à-dire passer par le canal la¬
crymal, tomber dans le pharynx et être déglutis.
Perdent-ils leur coque dans l’un des points du tube digestif
ou en une région quelconque de l’organisme du poulet?
Il est improbable; car on n’a jamais rencontré, chez le poulet,
d’embrvons à l’état solitaire ni réunis en kvstes ; si, de plus, on
fait ingurgiter à des poulets sains des hâchis de filaires femelles
qui contiennent certainement un nombre considérable d’œufs
mûrs, et que l’on continue à isoler ces poulets, on ne trouve dans
leurs yeux nulle filaire 45 jours après, et les examens que nous
avons pratiqués des matières fécales de ces volatiles expérimen¬
talement infectés ne nous ont jamais montré de jeunes filaires.
Que les œufs perdent ou non leur coque dans le tube digestif,
admettons-les éliminés ; vont-ils achever leur évolution dans le
sol ?
— 675
Plaçons-nous dans des conditions voisines des conditions nor¬
males, c’est-à-dire emplissons des culs-de-sac sains d’œufs qui
passeront dans l’intestin, ou bien chargeons le tube digestif lui-
niême d’œufs cjui seront déféqués ; puis isolons les poulets en
expérience sous une exige, ayant pour plancher le sol d’une « ca¬
se » ou d’un jardin ; après deux mois d’isolement le poulet n’aura
pas encore de filai res. Le sol ne semble donc pas toujours pro¬
pice à révolution des embrvons.
Plaçons un lot de poulets sains parmi des porteurs de parasi¬
tes dans la meme basse-cour; les poulets sains ne tarderont pas à
être contaminés.
D’autre part, dans une cage à plancher stucké, fréc|uemment
nettoyé, enternions des poulets sains avec un poulet fortement pa¬
rasité ; après plusieurs mois les premiers ne seront pas contami¬
nés.
Dans une autre (Xige semblable, enfermons des poulets para¬
sités; peu à peu ils jDerdront leurs parasites et ceux qui s’en se¬
ront débarrassés n’en récupéreront pas; voici donc une double
expérience où l’absence de sol meuble, contenant ses habitants
ordinaires, exposé aux conditions météorologiques normales que
subissent les basses-ixairs, aux contaminations prolongées, sem¬
ble avoir amené des résultats tout à fait opposés à ceux de l’expé¬
rimentation quotidienne, et rend au facteur sol l’impfirtance qu’il
paraît réellement posséder.
Une fois nées, par quelle voie les jeunes filaires pénétreront-
elles de nouveau dans l’œil ?
Quatre voies sont possibles: la peau, le svstème circulatoire, les
\'oies aériennes, le tube digestif; or, nulle d’entre elles n’a été
juscpi’ici trouvée véhiculant des parasites; cependant, il est pos¬
sible que ce soit par les voies digestives qu’elles rentrent dans
l’organisme du poulet, une fois parvenues à un degré suffisant
de développement dans un bote intermédiaire qu’avale le poulet
et d’où elles sont libérées par les contractions ou les sucs diges¬
tifs. D’un point encore ignoré du tractus digestif elles remon¬
teraient aux culs-de-sac; l’expérience suivante donne cpielque
plausibilité à cette dernière hvpothèse : extrayons d’yeux filariés
vingt trois Filaires et faisons-les déglutir à l’aide d’un enton¬
noir de verre à un poulet bien examiné, sain, isolé depuis plu¬
sieurs jours et que nous continuons à isoler strictement; 6 jours
après, il v a dans l’œil gauche 2 filaires de grande taille, dont
— 670 —
Tune pleine d’œufs; enlevons-les ; le soir du même jour, 2 nou¬
veaux vers occupent les culs-de-sac ; expulsons-les aussi ; 2 jours
se passent et dans l’œil gauche nous retrouvons 3 filaires, tandis
que de l’œu! droit nous en extrayons 4; enfin, le lendemain on
peut retrouver encore un Nématode dans l’un des yeux; soit en
tout 12 parasites ; les premiers vers cpi remontèrent aux paupiè¬
res sont donc demeurés 6 jours dans le tube digestif et les der¬
niers g jours ; ces faits prouvent au moins que, déglutinées acci¬
dentellement, les Filaires savent regagner leur habitat, et que,
un séjour prolongé au milieu des lic{uides digestifs ne leur es-
nullement pernicieux; les microfilaires ou les jeunes filaires peu¬
vent se comporter de façon identique.
Hôte intermédiaire. — Serait-ce un insecte piqueur ou suceur?
En tous cas, il paraît improbable que ce soit un mousticpie, car
les poulets sains que j’isolais à la Réunion étaient enfermés dans
des cages en toile métallique à très larges mailles et ne prenaient
pas leur filariose spéciale: d’autre part, des poulets sains coha¬
bitant avec des congénères filariés et porteurs de nombreux Der-
manyssus demeuraient -également indemnes, que l’expérience fût
faite à la Réunion ou en France, à l’Institut Pasteur de Paris.
D’ autre part, la contagion est exceptionnelle aux altitudes de
r.250 m. où bien des insectes piqueurs et suceurs existent en¬
core.
On a fait remarquer que, jusqu’à présent, V Oxyspiriira Man-
soni, se rencontrait exclusivement dans les localités voisines de
la mer, et que l’hbte qui héberge les jeunes filaires, devait, à
cause de cette particularité, avoir des attaches plus ou moins
éloignées avec la mer elle-même ou les climats marins. Nous
avons tenté, à Paris, de réaliser la contagion de poulets euro¬
péens sains en les faisant cohabiter avec des poulets contaminés ;
et, après plus de trois mois, cette contagion n’était pas produite,
bien que le plancher de la vaste cage fût le sol naturel.
Spécificité. — Le parasite de Manson est-il commun à tous les
Gallinacés ? — On peut répondre par la négative, car, en dehors
du poulet, un seul Gallinacé, le paon, a été trouvé porteur d’un
Oxyspirtira, par Magalhaês, au Brésil, en 1888; cependant, tous
les représentants de l’ordre doivent être parasités, car j’ai signalé
chez le dindon de la Réunion (i), des parasites oculaires que mes
(i) C. R. Soc. Biologie.
l'xamens à l’étal frais et l’étude que M. Henry, chef du labora¬
toire de M. le P*" Raili.iet, en a faite sur des exemplaires rappor¬
tés par nous de la Réunion, ont démontrés identicpies aux Oxy-
spiriircs de Maxson.
Le parasite est-il encore spécial aux (lallinacés ? — Mes recher¬
ches chez les oiseaux de basse-cour de la Réunion ont été vaines,
aussi bien sur la côte que à 800 et 1.250 m., mais peuvent-ils être
infectés expérimentalement? Non plus; à voir cependant l’aisan¬
ce avec laciuelle les parasites se glissent sous les paupières, par
exemple chez le canard, il semblerait ciu’ils retrouvassent un mi¬
lieu fanrilier; mais nous n’avons pu assurer même une conser-
\’ation prolongée des vers.
Les résultats sont les mêmes chez les mammifères; l’introduc¬
tion de filaires dans les yeux de chiens adultes n’est suivie d’au¬
cun résultat positif ; et, les parasites, après 15 jours, ont disparu.
Chez le lapin, tronçons de parasites et œufs ne se retrouvent plus
après 5 jours, vers vivants après 10 jours; mais, fait c'urieux, les
exemplaires de petite taille semblent grandir dans leur demeure
inhabituelle.
Contagion naliircUc et expcrinicntale. — lôans les basses-cours
de la côte, la contagion se fait, en apparence, de poulet à poulet,*
des animaux sains mis au contact d’infectés prennent des para¬
sites en général après une semaine; mais la gravité de l’infection
est très variable, va de un parasite, par exemple, à 14. La conta¬
gion peut être également très retardée, se faire attendre plus d’un
mois; dès qu’elle s’est produite, elle a toutes chances de se
poursuivre et de s’aggraver, même si par risolement absolu, on
soustrait l’animal nouvellement infecté à une contagion plus pro¬
fonde; et cette expérience prouve, ou bien que ce dernier a fait,
en un point queîconc[ue de son organisme, provision de parasites
ou de futurs parasites, ou bien qu’un premier ver femelle à œufs
fécondés suffit pour produire l’infectation progressive; enfin la
contagion peut ne demander que quelques heures.
A mesure c[ue l’on s’élève dans l’île, la contamination apparaît
comme de plus en plus difficile ; à 800 m. elle existe encore dans
le tiers des cas; mais à 1.250 m. elle est nulle. A cette altitude,
au lieu dit u Le Brûlé », il n’y a plus de moustiques, mais il
existe des puces en abondance, et, probablement, nombre d’in¬
sectes piqueurs et suceurs ; cette cause d’infection persiste donc et,
cependant, cette dernière ne se fait pas. Les poulets parasités
— 678
(jue, de la côie, on emmène dans ces régions élevées, gardent très
longtemps leurs jxirasites ; on ne peut conclure de ce fait qu’à une
auto-infestation (et, par consétpient à tine évohition complète des
Nématodes dans l’organisme du poulet), oti Itien qu’à une très
lente désinfestation dont on retrotive les vestiges; on n’admet
guère la première hvpothèse; et comme la persistance de l’infec¬
tion atteint ptirfois jrltis de deux ans, on est amené à donner ati
moins cette dtirée à la vie de quek[ues Pilaires. lèn avril 1909,
nous avons, à la Réunion, contaminé des poulets (|ui ont été ame¬
nés à l’Institut I^asteur de Paris, en octobre 1910. Deux de ces
volatiles portent encore des Pilaires; celles-ci vivent donc depuis
au moins 17 mois, et comme elles étcuient adultes lors de la conta¬
mination, l’expérience conduit à peti près aux mêmes résultats que
précédemment.
Les conditions de l’infestation expérimentale intluent sur sa
réussite ou son insticcès; le malmenage des parasites, leur pas¬
sage d’une tem]3érattire de 38-39”, ('elle du cid-de-sac nictitant, à
une température trop h<asse, ont une réelle importance; le nombre
des germes emplovés est aussi à considérer.
Lne bonne infestation oculaire rétissit généralement ; l’infesta¬
tion par la voie digestive pourrait donner des résultats positifs;
il la faudrait mtdtipliée et variée; nous l’avons tentée quatre fois;
on connaît le premier esscui ; dans le deuxième, nous nous s(tm-
mes servi de deux I^'ilaires déjà ingérées et qui étaient remontées
aux culs-de-sac; 3 jours après, les A'eux n’étaient pas encore pa¬
rasités; alors nous avons fait ingérer au même potilet ii b^ilaires
neuves; 3 nouveaux jours se passent et nul parasite ne remonte;
6 jours s’étaient donc écoulés depuis la première ing'estion, lors¬
que nous fûmes obligé d’interrompre l’expérience. — Le cpiatriè-
me essai fut fait avec un hachis d’Oxvspirures, stir un poulet sain,
bien isolé dans une cage à fond métallique plein sur lequel les
fèces pouvaient être recueillies aux fins d’examen ; or, ces fèces,
comme celles des précédents poulets, ne montrèrent ni embrvons,
ni œufs.
Les injections intramusculaires, sous-cutanées et intra-veineti-
ses d’émulsions d’œufs, ne furent pas plus couronnées de succès.
Enfin, signalons que des poulets, fortement infectés, débarras¬
sés de leurs hôtes et laissés parmi des porteurs de vers, demeti-
rent parfois plusieurs jours indemnes.
Clinique. — Toute la côte de la Réunion est contaminée, et les
régions d’altitude moyenne où nous avons pu nous rendre le sont
également ; à partir de i .000 ou 1.200 m., la filariose semble dis¬
paraître.
Ifn réunissant toutes nos observations, nous obtenons un pour-
eentage général de 72 % d’inlection ; les coqs sont pnrasités dans
la proportion de 70 % et les poules dans celle de go % ; il ne
s’agit là que des adultes; nous n’avons pas eu suffisamment de
poussins à notre disposition pour établir une statistique à leur
endroit ; ils sont, cependant, très rarement filariés, et les Néma¬
todes ne commencent à se montrer que chez des sujets de 2 ou
3 mois : peut-être y a-t-il là une indication et pourrait-on faire
jouer, dans l’immunité relative des individus jeunes, un rôle à la
nourriture, voire à la dimension des particides idimentaires C[u’ils
absorbent.
Le nombre des parasites trouvés dans les deux yeux est très
variable, a été de i à 42.
Ivst-ce à cette discrétion des vers qu’est due rabsence de réac¬
tion locale? 11 n’en est pas de même partout; on a, en effet, si¬
gnalé chez les poulets parasités, des affections oculaires diverses
que l’on a attribuées à la toxicité des vers ou de leurs produits
d’excrétion; l’explication est admissible; mais on a aussi incri¬
miné les mouvements incessants des Nématodes; il est probable,
cependant, C[ue ces derniers agissent simplement à la façon de
corps étrangers et créent localement des moindres-résistances.
Quoi qu’il en soit, on a décrit des affections C|ui coïncidaient
au moins avec la présence de vers ; CAROtaiEAiî et Marotel ont
suivi les premiers stades de ces inflammations. (( L*es poules in¬
festées, disent-ils, agitent constamment la membrane nictitante,
secouent la tête et se grattent les yeux avec les jDattes ; souvent
aussi elles restent immobiles, les veux fermés, la tête inclinée et
cachée sous l’aile ; peu à peu elles s’attristent, perdent l’appétit,
maigrissent et finissent par mourir; sous l’influence de l’irritation
provoquée par les parasites et par les frottements répétés, les pau¬
pières se montrent le siège d’un inflammation très vive; elles sont
rouges, sensibles, tuméfiées et laissent écouler les larmes en abon¬
dance ; la cornée peut même devenir laiteuse et opaque )> ; et, con¬
tinue Neumann, « dans certains cas l’inflammation s’étend des
paupières aux tissus voisins, à toute la région oculaire et aux si¬
nus infraoculaires. Après que la cornée est devenue opaque, le
globe de l’œil est envahi tout entier; il s’tdcère, se détruit et la
— 68o —
cavité orbitaire est remplie d’une matière purulente jaune. Les
cavités nasales sont le siège d’un catarrhe dont les produits les
obstruent. ]>a mort arrive du 20® au 30® jour ».
LMMt:REZ et Méoxin parlent d’une affection oculaire particulière
aux poidets de l’île Maurice et qui serait due à ces vers; très con¬
tagieuse, elle commence comme une banale ophtalmite, puis prend
des caractères de plus en plus accusés de gravité ; des compli¬
cations à distance se produisent et l’animal meurt en 30 ou
40 jours. Prise au début, elle guérit facilement ; mais si elle est
ancienne ou se complique, elle est fatale.
Comment à la Réunion, si voisine de Maurice, n’ai-je jamais
rencontré d’affection ocidaire cliez les poulets parasités? Je ne
s<'us ? Raxsom a tenté, de son côté, de reproduire une ('onjoncti-
vité vermineuse avec des œufs embr\'onnés, mais n’v est pas par
venu ; nous-mêmes, dîins nos midtiples expériences avec des œaifs,
des tronçons de vers, des vers entiers, n’avons jamais rien causé
de fâcheux; si l’on admet que les affections oculaires signalées
étaient bien sous la dépendance des parasites, l’on est donc obli¬
gé d’admettre une différence clinique entre les Oxyspirures de la
Réunion et les autres.
Analomo-patholo^ie . — Nous n’avons jamais rencontré de lé¬
sion apparente des veux filariés ; le mucus oculaire, toujours sans
œufs ni embryons, ne diffère par sa réaction ni par sa composi¬
tion microscopic[ue du mucus des poulets sains.
Les selles m’ont paru demeurer sans changement après les in¬
festations par le tube digestif, et l’on n’v trouve ni œmfs, ni em-
lîi'vons, ni tronçons de Pilaires adultes.
Da ns le sang, à côté des globules rouges normaux, on voit
quelquefois des microcvtes ayant de i/io à 1/3 des normoblastes ;
ils sont elliptiques ou arrondis, très réfringents, abondants et gra¬
nuleux. Le rapport entre les érythrocytes et les leucocytes m’a
paru éminemment variable ; quant à la formule leucocytaire, elle
m’a constamment donné une mononucléose marquée; mais la
proportion des éosinophiles n’a pas varié. — • Le sang du chien
que nous avons parasité n’a subi nulle modification.
Traitement. — Le traitement préventif découle de ce que nous
savons sur la contagion ; celle-ci se produisant par la seule coha¬
bitation, on ne laissera pas les poulets reconnus sains au con¬
tact des porteurs de parasites qui seront, à leur tour, isolés ; mais
le mieux est, évidemment, de n’introduire dans les basses-cours
que (les sujets indemnes naturellement ou débarrassés de leurs
h()tes.
Pour les basses-cours réunionnaises, il serait très difficile de les
désinfecter: leur plancher est le sol et, en général, elles sont les
préaux des écuries dont les fumiers y sont épandus. D’ailleurs
l’ignorance en laquelle on se trouve encore de l’hôte qui héberge
l(\s embryons rend cette désinfection illusoire et inutile.
]>e traitement curatif de l’affection non complicpiée consistera
en l’expulsion des parasites.
Le traitement de la maladie aggravée de complications oculai¬
res, serait, d’après Raxsom et Nki -MANN, le lavage répété à l’eau
boriquée ordinaire ou à la solution créolinée à i %, qui devrait
devrait être étendu au nez et à la liouche si les narines étaient in-
h'ctées, puis Ponction de l’œil à l’aide d’une pommade iodoformée
à 10 % ; il faudrait aussi placer les sujets atteints dans de bon¬
nes conditions hygiéniques et leur fournir une alimentation saine
et substantielle.
Conclusions.
Nous avons rencontré \' Oxyspinira MansDui à la Réunion, dès
Kjo;.
Le meilleur mode d’extraction est l’irrigation de l’œil.
lœ cycle évolutif du parasite paraît être le suivant : ponte hors
de l’œil, expidsion des œufs par le tulîe digestif, croissance des
jeunes filaires dans un hôte intermédiaire (jui habite le sol, ren¬
trée des vers à l’état adulte dans le tractus digestif du poulet, libé¬
ration, retour aux culs-de-sac sous-nictitants.
Oxyspinira Mansoni est spéciale aux Gallinacés dont 3 espè¬
ces le possèdent : le poulet (Manscw), le paon (Magalhaês), le
dindon (O’ Zoux).
La côte de La Réunion et la montagne, jusqu’à i.ooo m. en-
AÛron, sont contaminées.
Tm durée de l’existence du parasite est au moins de deux ans.
La contagion de poulet sain à poulet parasité se fait entre quel¬
ques heures et plusieurs mois ; fatale sur la côte, elle ne se fait
plus à i.ooo ou 1.200 m.
Les poulets de La Réunion sont contaminés dans la propor¬
tion de 72 %.
Le parasitisme ne s’accompagne jamais, chez eux, d’affection
oculaire alors que dans l’île voisine, Maurice, on a signalé des
ophtalmies pouvant entraîner la mort.
47
— 682
Ouvrages reçus
PERIODIQUES.
Aîntshlatt f. das Schutzg. Togo, 5® année, n° 51, 8 septembre
191Ü.
ArcJiiv fur Schiffs iind Tropcn-Hy gienc , t. XI\".
Xo 20. — L. Külz und Tr. Zellkr. Ueber (ieophagie; auf Orund Kanieru-
ner Beobachtungen.
A. Raebiger. Ueber nikotianaseife als Heilniittel g'eg'en Ringwurm
Deutsche tropenmedizinische Gesellschaft Deutscher kolonial
congress, iqio'.
No 21. - L. SciiEBEN. Etwas über die niedizin der Eingeborenen Deutsch
sud West afrikas.
E. Feiii^mann. Das Rekurreaslieber in St-l’etersburg.
Bulletin de la Société Médico-chirurgicale d’ Indochine, t. L
N'o (i. — C. Maïiiis et M. Leger. — Au sujet d’un vœu sur le béribéri émis
par le congrès de Manille.
A. Degorce. Note sur deux cas d’œdème généralisé observé chez
des nourrissons européens.
J. Casau.x. Deu.x cas d’amaurose bilatérale transitoire à la suite
d’ingestion de sulfate de soude.
C. Matiiis et M. Leger. Lafilaiiose humaine dans l’Indochine du
N ord .
Jouveau-Duerelil Gangrène de l’extrémité du médius due à la
section par coup de feu des deux nerfs collatéraux palmaires à
la base du doigt .
Bulletin of Manila medical mcdicine, t. II, n® 9.
Malaria et Malattic dei paesi caldi, i"'® année, n° 4-5.
Sleepmg sickness bureau. Table des matières du U'' volume.
The journal of Tropical médecine, n°® 20 et 21, 15 octobre et
13 novembre 1910.
The Philippine Journal of medical Science, t. V.
No 3. — W. CuAMBERi.AiN. A statistical Study of uncinariasis among white
men in the Philippines.
R. S. Risseer et L. Gomez. The prevalcnce of intestinal parasites
in Rizal and Cavité provinces and in Cagayan valley.
De Vogel. Rossii as a malaria carrier.
A. W. Dunbar. Antimalarial prophylactic measures and their
results as the naval station, Olongapo.
F. Ik Bowman. The incidence and complications of malaria in the
— 683 —
Philippine islands with spécial reference to its treatment with
arsenophenylglycin.
G. E. Broüke. Notes on contag^ious ophtalmia.
Sir A. Perry. The présent position of the leper in view of resolu¬
tions passeci at the international conférence on leprosy at Bergen
1909.
W. E. Musgrave and A. G. Sison. Tui)erculosis among Filipines.
A study of on e thousand cases of phthisis.
W. E. Musgrave and A. G. Sison. Blood pressure in the tropics.
A preliminary report.
J. W. Brewer. Tuberculosis in the Philippine islands.
W. E. Musgrave and A. G. Sison. Malci-mali a mimic psychosis
in the Philippine islands.
— 684 -
Liste des échanges
American Society of Tropical Medicine.
Armais of Tropical Medicine and, Parasitology (Liverpool).
Archiv für Schiffs iind Tropenhygiene .
Archivas de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivas do Real Instihito Bacteriologico Camara Pastana.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale dMndochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Bulletin of the Sleeping Sickness Bureau.
Geneeskundig Tijdschrift voor N ederlands-Indic .
Journal of Tropical Medicine and, Hygiene.
Lepra.
Memorias do Instituto Oswaldo Cru:; (Rio-de-Janeiro).
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciejrces).
Revue scientifique .
Sanidad y Beneficiencia (La Havane).
Studies from the Zoological Lahoratory, The Universitv of Ne¬
braska.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene
(Londres).
Ee Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
IMPRI.MERIE L. BARNÉOUD ET C*®.
Tome Hl.
1 ^
1910
L.ÎBHARV
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
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SOMMAIRE DU NUMÉRO lo
Séance du 14 décembre 1910
PAGES
CORRESPONDANCE
Lettre du Ministre des Colonies relative à la lutte contre l’alcoolisme
dans les colonies . 685
PRESENTATION
De Brun. — Etude sur l’infantilisme palustre . 694
ELECTIONS . 694
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pour la Micrographie
la Bactériologie
et l’Histologie
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LES MARQUES ET ÉTIQUETTES DE LA SOCIÉTÉ AINSI QUE LE NOIY|
CRESYL-JEYES
11
PAGES
COMMUNICATIONS
G. Bouet et E. Roubaud. — Expériences de transmission des trypanoso¬
mes par les glossines : IV . 722
Bréaudat. — Béribéri. Discussion . 74g
Brumpt. — Béribéri et scorbut. Discussion . . 751
H. I. Cazeneuve. — Un cas de lèpre mixte chez un soldat d’infanterie
coloniale . 696
A. CoNOR et A. Hayat. — Fièvre boutonneuse de Tunisie . 759
L. CouvY. — Scorbut et béribéri à Akjoucht (Mauritanie) . 745
H. Darré et L. Géry. — Etude anatomo-pathologique des érythèmes
trypanosomiasiques . 728
Emily — Note au sujet d’un ver de Guinée enkysté . 740
E. Gobert. — Prophylaxie du typhus en milieu' indigène . 764
E. Jeanselme. — L’afflux des lépreux étrangers à Paris . 701
A. Laveran. — Au sujet de T. pecoritm. Bruce . 718
Id. .Scorbut. Discussion . 750
A. Leger. — Note au sujet d’une épidémie de béribéri à Madagascar . 751
M. Letulle et L. Nattan-Larrier. — Etude histologique du bubon cli¬
matérique . 755
Marchoux. Ver de Guinée. Dépôt au nom de M. Emily . 741
C. Mathis et M. Leger. — Sur des Hæmoproteus de quelques oiseaux
Tonkin . 704
F. Mesnil et J. Kérandel. — Action préventive et curative de l’arséno-
phénylglycine dans les trypanosomiases . 732
Moty. — Scorbut Discussion . 750
Nattan-Larrier. — Lèpre. Discussion . 704
Neveux. — Présence de l’ankylostomose à la Côte d’ivoire . 745
C. Nicolas. — Contribution à l’étude des filarioses en Calédonie . . . 737
Ch. Nicolle et A. Conor. — Application du 606 au traitement du
kala-azar. . 717
Voi?' la suite du sommaire page Vil
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Troisième année
1910
N° 10
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 14 DÉCEMBRE I9IO.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN.
Correspondance
Le Président. — En réponse aux vœux qui ont été émis par la
Société dans la séance du 21 juillet 1909, relativement à la lutte
contre l’alcoolisme aux Colonies, j’ai reçu une longue lettre de
M. le iVIinistre des Colonies. Les vœux émis par la Société ont
été transmis aux Couverneurs généraux et Gouverneurs de nos
diverses possessions, et ont donné lieu de leur part à diverses ob¬
servations cpii sont résumées dans la lettre très intéressante de
M. le Ministre, ties Colonies. Les renseignements relatifs à l’Afri¬
que occidentale française et à la Guadeloupe ne sont pas encore
parvenus.
Paris, le 26 novembre 1910.
Le Mi nistre des Colonies à Monsieur le Président
de la Société de pathologie exotique, Institut
Pasteur, Paris.
Monsieur le Président,
Par lettre du 18 août dernier, vous avez soumis à mon prédé¬
cesseur le texte d’une série de vœux émis par la Société de pa-
48
686 —
thologie exotique, dans sa séance du 21 juillet dernier, et relatits
à la lutte contre l’alcoolisme dans les Colonies françaises.
j’ai l’honneur de vous faire connaître que ces vœux, communi¬
qués par les soins de mon Département aux Gouverneurs géné¬
raux et Gouverneurs de nos diverses possessions, ont donné lieu
de leur part à diverses observations dont je vous adresse ci-des¬
sous le résumé.
ü) MARTIXiqUE.
11 n’v a pas d’importation d’alcool de traite. La taxe de con¬
sommation sur les spiritueux est de 125 francs par hectolitre d’al¬
cool pur. La vente des tafias est limitée à 49° au" minimum, celle
de l’alcool ne comporte pas de degré maximum.
L’Administration locale se préoccupe d’examiner la question de
la réglementation des débits de boissons.
d'ous les travailleurs sont payés en espèces, la monnaie de nic¬
kel répandue dans toute la Colonie permet de le faire sans dif¬
ficulté.
Le colportage des spiritueux est interdit, toute vente d’alcool
constatée sur les chantiers serait sévèrement punie.
■ b) Guyane française.
11 n’est pas importé dans la Colonie d’alcool de traite. Le ré¬
gime des spiritueux a été réglementé dans la Colonie par décret
du 10 mai 1908, lequel prévoit une taxe de consommation très
élevée, soit 205 francs p£ir hectolitre d’alcool pur; les débits de
boissons sont réglementés par des arrêtés municipaux.
Les salaires des ouvriers agricoles ou autres sont toujours payés
en totalité en monnaies françaises ayant cours légal.
Nul ne peut se livrer à la vente de boissons alcooliques sans
être assujetti au paiement d’une licence de café ou de cabaret,
sous peine de poursuites correctionnelles.
c) Saint-Pierre et Miquelon.
Les vœux reproduits sous les n°® 1,4, 5 et 6 ne semblent pas,
en ce qui concerne la Colonie, devoir être retenus, la population
des îles Saint-Pierre et Miquelon étant entièrement de race blan¬
che et comportant des indigènes uniquement de souche euro¬
péenne.
Par contre, le vœu n'’ 2, relatif tant à rétablissement cftin
droit très élevé sur les spiritueux qu’à la limitation du titre en
alcool de ces derniers, paraît nécessiter certaines remarques.
Les spiritueux actuellement importés dans la Colonie sont de
2 sortes: les uns proviennent directement de France; les autres,
de pays étrangers, principalement d’Amérique. Les premiers
sont, à leur entrée dans les Etablissements, frappés d’une taxe
de consommation et d’un droit d’octroi de mer; les seconds sont,
en outre, assujettis à un droit de douane.
Or, ces droits sont déjà très élevés et constituent la principale
recette du budget local.
Quant au titre en alcool de ces spiritueux, qui, pour la plupart,
ne sont pas consommés dans le pays, mais sont écoulés à l’étran¬
ger (Terre-Neuve et Canada) et dont la vente est courante dans
la métropole, il n’est pas limité.
Par suite, il ne serait ni avantageux pour la Colonie, ni par¬
ticulièrement favorable à ses habitants, gens relativement sobres,
de satisfaire le vœu dont il s’agit.
11 n’en est pas de meme en ce qui concerne le vœu n® 3, avant
trait à la réglementation du nombre des débits de boissons.
Ce vœu doit être pris dans ce pays en sérieuse considération.
Trop nombreux sont, en effet, à l’heure actuelle, dans la Colo¬
nie, les bars, tavernes, cabarets et cafés où les marins français,
anglais et américains viennent, durant leurs courtes escales, dis¬
siper un argent péniblement gagné.
Des mesures restrictivc*s s’imposent. Le Maire de Saint-Pierre
a été saisi de cette intéressante question et un arrêté dans ce sens
doit être incessamment élaboré.
d) COTK FRANÇAISE DES SOMALIS.
l.e trafic des alcools à la Côte française des Somalis est peu
développé. Tl y a lieu de remarquer, en effet, que la population
indigène de la Colonie est de religion musulmane, très fanad-
que d’ailleurs, et proscrivant d’une manière générale l’alcool sous
quelque forme c{u’il puisse être présenté. Par suite, en dehors
df^s quelques luiropéens demeurant à Djibouti, les seuls ache¬
teurs des boissons alcooliques sont les habitants de l’Ethiopie.
C’est ainsi que les 2/3 des alcools importés à la Côte française
des Somalis sont destinés à l’Abyssinie.
Aussi bien, la plupart des vœmx émis par la Société de patho-
688 —
logie exotique reçoivent déjà une application de fait dans la Colo¬
nie.
1° La Côte française des Somalis n’importe, en effet, aucun
alcool de traite pour la consommation de ses habitants. Ceux
qui transitent par Djibouti sont consommés sur le territoire abys¬
sin et acquittent un droit de contrôle.
2° Les spiritueux consommés dans la Colonie par les Euro¬
péens ou assimilés, sont frappés des droits suivants: pour les al¬
cools et liqueurs alcooliques, 2 francs par litre d’alcool à ioo° ;
pour les vins de liqueur, i6 fr. par hectolitre; pour les vermouth,
25 francs par hectolitre. Ces droits sont conformes aux arrange¬
ments de la convention de Bruxelles.
3° Les débits de boissons, cafés, cabarets, ont été réglementés
par 3 arrêtés des 5 novembre 1898, 3 novembre 1899 ^3
1900.
Aux termes de ces arrêtés aucun débit de boissons ne peut être
ouvert sans une autorisation du Gouverneur et les cafés, cabarets,
doivent être fermés à partir de 10 heures du soir. Enfin, les cafe¬
tiers, cabaretiers, sont frappés d’une patente assez élevée.
4° et 5° Toutes les marchandises présentées à la vente par les
indigènes sont remboursées en numéraire. Dans les transactions
commerciales, ils n’acceptent que les monnaies de l’union latine,
les roupies de l’Inde, la livre sterling et les thalers à l’effigie de
Marie-Thérèse ou de Ménélik II et leurs salaires sont payés en
monnaie exclusivement.
6° Le sixième vœu ne peut recevoir d’application dans la Colo¬
nie, les indigènes étant tous musulmans.
e) Afrique orientale française.
Les mesures prises dans la Colonie contre l’alcoolisme ont
donné déjà d’une façon générale et par avance, satisfaction aux
clesiderata que vous m’avez exprimés.
Les dispositions de l’arrêté local du 14 mai 1907 ont, en effet,
enrayé l’alcoolisme et protégé la population indigène. C’est ainsi
qu’il n’existait plus en 1909 que 432 débits contre 741 le jan¬
vier 1906.
Aucun débit ne peut être ouvert là où il n’y a pas 20 Euro¬
péens; ailleurs, il est autorisé un débit par population globale de
500 personnes et, si la population européenne dépasse le quart
de la population globale, il pourra être autorisé en sus un nom-
- 689 —
bre supplémentaire de débits (à raison de un par 200 Européens).
Les indigènes ne peuvent en aucun cas être titulaires ou gé¬
rants d’un débit de boissons.
Par ailleurs, un arrêté local du 28 mai 1909 a réglementé dans
un sens restrictif la fabrication, la vente et le transport de la bet-
sabetsa (produit du jus de canne à sucre fermenté).
/) RtX’NION.
L’importation de l’alcool n’existe pas. Les spiritueux sont frap¬
pés d’un droit très élevé (3 fr. par litre) et leur titre en alcool est
limité à 49°.
Les débits de boissons sont réglementés et sont soumis à une
patente spéciale dite de cantine.
Les salaires des indigènes ne sont jamais réglés en totalité où
en partie avec de l’alcool ; tous les habitants, à quelque nationa¬
lité ou à quelque classe de la Société qu’ils appartiennent sont
payés en monnaie ayant cours dans la Colonie.
A l’exception des billets de la Banque privilégiée de la Réu¬
nion et des bons sur le Trésor public, les monnaies en usage dans
la Colonie sont les mêmes que celles de la métropole. Il n’est
donc pas besoin d’en créer de nouvelles.
La vente des boissons alcooliques est interdite en dehors des
débits de boissons autorisés. Il n’existe aucune cantine destinée
aux travailleurs indigènes et annexée aux chantiers, exploitations
agricoles ou magasins.
g) Afrique équatoriale française.
Les dispositions de l’acte général de la conférence de Bruxel¬
les sont en vigueur au Congo français ; il y a prohibition absolue
d’introduction de l’alcool là où son usage n’existait pas avant
1890 et ailleurs des droits prohibitifs en restreignent la consom¬
mation. La taxe à l’importation atteint en effet 700 francs l’hec¬
tolitre d’alcool pur.
Un arrêté local du 28 septembre 1909 interdit la vente des spiri¬
tueux de 60° et au-dessus aux indigènes dans toute la Colonie et
la vente des boissons de traite peut également être interdite là
où il a paru nécessaire.
La réglementation des débits de boissons est inutile; il n’existe
en effet, que quelques cafés pour les Européens à Bangui, Libre¬
ville et Brazzaville. Quelques factoreries secondaires dans divers
— 690 —
œnlres sont ouvertes aux indigènes, mais il n’y est vendu que du
vin. à l’exclusion des alcools.
Les allocations des indigènes comportent un salaire fixe et une
ration hebdomadaire.
Les salaires sont payés en numéraire ou en marchandises, mais
l’alcool ne peut être compris dans ces dernières, vu ses frais de
douane et de transport (o fr. 975 le kg. sur le chemin de fer belge;.
Dans la région de Loango seule, l’alcool a été livré il y a quel¬
ques années comme salaire aux indigènes, mais cette pratique
tend à se perdre et sera d’ailleurs défendue dans le nouveau ré¬
gime en préparation pour les contrats de travail.
Quant à la ration hebdomadaire, sa composition est limitative¬
ment indiquée et ne saurait comprendre de l’alcool sans entraî¬
ner de graves pénalités pour celui qui, frauduleusement, le subs¬
tituerait aux denrées prévues.
L’alcool n’existe pas enfin en tant qu’étalon monétaire. L’éva¬
luation des salaires, aux termes du décret du 28 mai 1907, doit
être faite sur les livrets d’engagement selon le système monétaire
français.
h) Nouvelle-Calédonie.
Les abus ayant motivé les observations de la Société de patho¬
logie exotique n’existent pas en Nouvelle-Calédonie, où des me¬
sures ont déjà été prises pour protéger les indigènes contre l’al¬
coolisme. Le décret du 6 juillet 1903 interdit de donner à boire
aux indigènes des boissons alcooliques autres que les boissons
dites hygiéniques.
Un projet de refonte de la législation et des tarifs des droits de
consommation et des licences soumis au Conseil général permet¬
tra, aussitôt sa réalisation, de réprimer plus efficacement les frau¬
des sur les spiritueux et établira un régime plus sévère dans la
police des débits de boissons.
i) Etablissements erançais de l’Océanie.
La consommation des boissons est réglementée, dans la Colo¬
nie, de la manière suivante:
1° Aux Marquises, par l’arrêté du 13 octobre 1894, approuvé par
dét'ret du 25 juin 1895, interdit la consommation des boissons
alcooliciues ainsi que la fabrication de l’eau-de-vie de coco et des
boissons fermentées aux Marquisiens, Océaniens et aux Asiati¬
ques.
691 —
2° Aux Gambier, par le décret du 12 mai 1896, qui interdit
la consommation des spiritueux aux îles Gambier pour les Man-
garéviens et Océaniens de toutes provenances sous la réserve des
autorisations écrites que pourra délivrer l’Administration.
3° Aux Tuamotou, par l’arrêté du 8 janvier 1900, approuvé par
décret du 4 mai suivant, prohibant la consommation des spiri¬
tueux pour les indigènes originaires des Etablissements français
de rOcéanie et Océaniens de toutes provenances, sous la réser¬
ve des autorisations écrites que pourra délivrer l’Administration.
4° Aux îles Sous-le-Vent, par l’arrêté du 12 septembre 1899,
qui interdit, à toute personne, de fournir, à titre de don, d’échan¬
ge ou de vente, des boissons alcooliques ou fermentées aux Océa¬
niens de toutes provenances, ainsi qu’aux Asiatiques, sous la ré¬
serve des autorisations écrites que pourra fournir l’Administra¬
tion.
5° A Tahiti et Moorea par les décrets des 21 janvier 1904, qui
réglemente la vente des boissons alcooliques, et 28 octobre 1908,
interdisant dans la Colonie la fabrication de toutes boissons fer¬
mentées.
En outre, un arrêté du 5 juin 1907 réglemente le mode de con¬
cession des débits de boissons et en fixe le nombre à cinq pour
la commune de Papeete.
L’Administration de la Colonie a donc pris déjà toutes les me¬
sures préconisées par la Société de pathologie exotique. Elles ont
produit les meilleurs résultats. L’alcoolisme tend à diminuer dans
la Colonie, surtout aux Marquises, et il faut remonter très loin
pour retrouver les scènes d’orgie signalées dans le bulletin de
votre Société qui, aujourd’hui, sont entrées dans le domaine de
la légende. La vérité est que l’on boit moins actuellement aux
Marquises qu’ailleurs.
i) PÜTABLISSEMENTS FRANÇAIS DANS l’InDE.
L’alcool de traite, proprement dit, si apprécié des indigènes de
l’Afrique, est remplacé dans la Colonie par deux sortes de spiri¬
tueux distillés dans le pavs :
L’arrak dit de Colombo. Titrage 41° (Gay-Lussac).
L’arrak-patté. Titrage 37° (Gay-Tutssac).
Ces deux sortes d’alcool existent dans l’Inde anglaise et c’est
pour obéir aux exigences locales que la Colonie a dû en adopter
elle-même le régime.
— 692 —
Ces alcools sont vendus, le premier, 9 roupies la velte, le se¬
cond, 4 roupies la velte de 7,62. Le droit ressort à environ 3 rou¬
pies la velte ; la Colonie a le monopole de la fabrication et de la
vente au détail.
Le débit s’effectue exclusivement dans des boutiques soumises
à une licence spéciale et dont le nombre et l’emplacement sont
fixés par arrêtés du Gouverneur.
Les indigènes y ont accès librement, sans aucune contrainte,
l’alcool ne servant pas dans l’Inde d’étalon monétaire. Tl y a
d’ailleurs suffisamment de monnaies en cours pour que le système
du troc soit évité à tous les points de vue.
k) Indochine.
Il existe entre la métropole et l’Indochine une différence pro¬
fonde au point de vue des conséquences économiques et sociales
C|ue présente la consommation de l’alcool dans ces deux pays.
L’alcool indigène est pour l’Annamite la boisson familiale né¬
cessaire à son alimentation, composée surtout de riz, et insuffi¬
samment substantielle, et son usage, rarement abusif, est peu sus¬
ceptible de produire une intoxication. Il lui est également indis¬
pensable pour l’accomplissement de ses cérémonies rituelles.
D’ autre part, les membres du Conseil de Santé ont maintes fois
constaté que l’alcoolisme était un fléau presque inconnu de la
population annamite.
Cette opinion est corroborée par les statisticpies officielles qui
font ressortir, en ce qui concerne l’ensemble de l’Indochine, pour
une population approximative de 17 millions d’habitants, une
consommation annuelle de trente millions (30.000.000) de litres
d’alcool à 40° (29.966.000 en 1908, 27.140.000 en 1909), soit en¬
viron un litre et demi par tête.
Par ailleurs, aucune importation de cette qualité de spiritueux
n’est effectuée dans la Colonie. La consommation indigène est
exclusivement alimentée par la fabrication locale sous le contrôle
de l’Administration.
Les spiritueux à l’usage des indigènes sont frappés en Indo¬
chine d’une taxe de trente cents de piastre par litre d’alcool pur,
supérieure à leur valeur intrinsèque. Il est incontestable que ce
droit, dont la valeur en francs est environ de o fr, 75, est propor¬
tionnellement beaucoup plus considérable que celui aucpiel sont
assujettis les; spiritueux dans la métropole, si l’on considère que
le salaire journalier moyen d’un indigène est de o fr. 50 à o fr. 75,,
alors qu’il atteint en France 4 et 5 francs au minimum.
Pour le surplus, l’alcool indigène ne peut être mis en circula¬
tion que s’il titre impérativement 40°.
Le nombre des débits a été limité, en principe, à un par village
comportant moins de 300 inscrits (soit environ 1.800 habitants),
deux par agglomération de 300 à 600 inscrits (3.600 habitants)
et trois par localité possédant plus de 600 inscrits, soit plus de
3.600 habitants.
L’existence d’un grand nombre de débits, très inférieur en pro¬
portion à celui des installations similaires existant dans la métro¬
pole, ne présente pjis au surplus les mêmes inconvénients qu’en
France.
Là, en effet, tout est préparé pour retenir le consommateur;
ici rien ne différencie le débit de boissons des habitations voisi¬
nes. L’indigène achète chez le marchand d’alcool non seulement
les spiritueux, mais encore les divers produits de régie qui lui
sont nécessaires : il ne consomme pas en général sur place.
L’usage de régler avec de l’alcawl les salaires des indigènes n’a
jamais été jusqu’ici constaté en Indocliine, la vente et la cession
des spiritueux étant exclusivement réservées aux débitants d’al-
('ool. Il constituerait d’ailleurs une infraction à l’article 77 de
l’arrêté du 20 décembre 1902, ainsi conçu:
(( Nul ne peut vendre ou céder des alcools de toute nature s’il
n’est au préalable muni d’une licence délivrée par l’Adminis¬
tration des Douanes et Régies », qui rendrait son auteur passi¬
ble, aux termes de l’article 113 du même arrêté, d’une amende de
200 à 2.000 francs et d’un emprisonnement de 8 jours à un an.
L’alcool, pas plus que les autres produits de la régie, n’a ja¬
mais été utilisé comme étalon monétaire, l’indigène possédarit
des monnaies de faible valeur (sapèques et cents) permettant tou¬
tes les transactions commerciales si faibles que l’importance en
puisse être.
Fnfin, en vertu des dispositions de l’arrêté du 20 décembre
1902, la vente des spiritueux est exclusivement réservée aux dé¬
bitants autorisés.
Je ne manquerai pas de votis communiquer également, en temps
utile, les renseignements concernant les Colonies de l’Afrique occi-
- 094 —
dentale française et de la Guadeloupe qui ne me sont pas encore
parvenus.
Recevez, Monsieur le Président, les assurances de ma considé¬
ration la plus distinguée.
Pour le Ministre des Colonies et pour le Con¬
seiller d’Etat, Directeur des Affaires politi-
tiques et administratives, et p. o. Le Sous-
Directeur Adjoint au Directeur,
Présentation
M. L.W'eran. — - J’ai l’honneur de présenter, au nom de notre
collègue. Ai. le D'' de Brun, professeur à la Faculté de Médecine
de Beyrouth, un travail qui a pour titre: Etude sur rinfantilis-
me palustre.
M. DE Brun donne dans ce travail les observations de 40 mala¬
des, infectés de paludisme, chez lesquels il a constaté les signes
caractéristic|ues de l’infantilisme (arrêt du développement sexuel,
avec arrêt plus ou moins complet de la croissance).
Dans un cas, l’examen nécropsique a permis de constater la
sclérose du corps thyroïde. M. de Brun pense que cette lésion était
de nature palustre, et il arrive à cette conclusion que le paludis¬
me produit l’infantilisme quand il lèse le corps thyroïde.
Les observations recueillies par M. le D’’ de Brun, présentent
un grand intérêt.
Elections
La Société procède aux élections suivantes. Sont nommés:
Membre honoraire.
M. G. Armauer Hansen, Chef du service de la lèpre en Norvège,
Bergen.
— 695 —
M c m h re asso c i é j ra nça is .
M, Kdniond Si-zi^GiiXT, Directeur-adjoint de l’Institut Pasteur
d’Algérie.
Me m hrcs corresp on dan fs .
a) Français.
MM.
A. CONOR, Médecin-major 2® Cl. à l’ hôpital du Belvédère, Sous-
Directeur de l’Institut Pasteur de Tunis;
E. Conseil. Chef du Bureau municipal d’Hygiène, Tunis;
J. Crespin, Professeur d’Hygiène à la Faculté de Médecine, Mé¬
decin de l’Hôpital de Mustapha;
G. Ringenbach, Médecin aide-major C® Cl. T. C. ;
H. Salanoue-Ipin, Médecin-major F® Cl. T. C.
b) Etrangers.
MM.
S. T. Darling, Chef du Laboratoire de la Santé, Isthme de Pa¬
nama ;
A. Lindenberg, Médecin du Service darmatologique à l’Hôpital
Santa-Casa, S. Paul, Brésil ;
F. Percival Mackie, Capitaine du Service médical de l’Inde;
Ugo Mello, Attaché à la chaire de Pathologie et clinique médi¬
cale de l’Ecole vétérinaire de Turin ;
A. Splendore, Directeur du laboratoire de Bactériologie de l’Hô¬
pital S. Joaquim, S. Paulo, Brésil.
Wolferstan Thomas, de l’Ecole de médecine tropicale de Liver-
pool, en mission à Manaos, Brésil ;
W. L. Yakimoff, Vétérinaire du service des épizooties de l’Ins¬
titut impérial de Médecine de Saint-Pétersbourg.
-- 696
COMMUNICATIONS
Observation d’un cas de lèpre mixte,
chez un soldat d’infanterie coloniale
Disposition rubanée et segmentaire des anesthésies.
La rhinite lépreuse et son danger social.
Par H.-I. CAZENEUVE.
Je viens rapporter à la Société de Pathologie exotique l’obser¬
vation d’un cas de lèpre, contractée en Nouvelle-Calédonie, par
un soldat d’infanterie coloniale, et, à cette occasion, rappeler U
problème d’hygiène et d’assistance que ce cas soulève.
Voici d’abord l’observation très résumée.
Observation
Le malade, âgé de 30 ans, est né à Brest de parents français. Il est indemne
de toute tare lépreuse héréditaire, et de tout antécédent pathologique. II
s’engage à 20 ans dans l’infanterie coloniale, et fait différents séjours colo¬
niaux, sans présenter d’indispositions.
Le 3 décembre 1899, il part pour la Nouvelle-Calédonie, où il séjourne plus
de 2 ans. Il stationne ensuite 9 mois à Tahiti, et ne revient en France que
le 12 février 1903.
Le novembre 1903, il part pour Saigon, où il réside jusqu’au i®'' jan¬
vier 1906.
Après un an de séjour en France, il est envoyé, le 25 avril 1907 à Diégo-
Suarez, et ne revient définitivement que le 10 mai 1909.
La lèpre se déclarait, un an après son retour en France, en juin 1910.
Les dires du malade permettent seuls de déterminer Vorigine et le lieu
de la contagion. Il convient de les accepter avec réserve.
Le malade est très affirmatif : il n’a rencontré de lépreux qu’en Nouvelle-
Calédonie et c’est dans cette île qu’il prétend avoir contracté la lèpre. Voici
dans quelle circonstance. Il travaillait depuis neuf mois à l’établissement
d’une route à Lanegropo. Il vivait avec 25 soldats dans des cases en paille
sur les chantiers. — Le mai 1901 un cyclone détruit ces cases et force ces
soldats â se réfugier dans un village canaque voisin. Il coucha là, durant plus
d’une semaine, dans une même case, à proximité de lépreux. Il n’aurait
jamais eu d’autres rapports avec des lépreux.
Cinq mois après, en novembre 1901, le malade découvrait au-dessus de
sa malléole interne droite, une tache de 2 cm. de diamètre, dont le pourtour
était rouge et surélevé, dont le centre était bleuâtre et déprimé. Elle ne pro-
— 697
voquait aucune douleur, aucune gêne. Elle rappelait l’aspect d’une ecchy¬
mose traumatique ancienne. Elle persistait jusqu’en juin 1910, sans subir
de modifications.
11 semble qu’il soit maintenant possible, après que la généralisation de
l’affection a permis le diagnostic, de déterminer la nature de cette tache. Elle
correspond vraisemblablement à l’accident cutané initial de la lèpre.
La présence de cette tache, sur un point du corps exposé aux piqûres, peut
servir d’argument en faveur de l’hypothèse de la transmission de la lèpre
par un insecte piqueur.
Les signes de généralisation n’ont apparu que le 4 juin 1910, après neuf
années de latence. Ils débutèrent sans prodromes appréciables. Un œdème
dur et bronzé se montre tout d’abord au niveau des mains et des pieds. Il
envahit en quelques heures les avant-bras et les jambes. La nuit suivante il
gagne la face. Le malade se réveille bouffi, le nez étalé, les paupières tumé¬
fiées, les oreilles boursouflées et douloureuses ; la peau du front striée hori¬
zontalement par des plis et des rides ; les lèvres éversées, le menton œdéma¬
tié.
Le 8 juin la verge et le scrotum participent à cet œdème.
Dès le 10 juin, les moustaches, la barbe, les cils et les sourcils tombent en
masse au moindre frottement. lx?s joues et les paupières restent glabres.
Cette alopécie du visage contraste bientôt avec l’intégrité de la chevelure. Le
visage perd peu à peu son expression. Sa coloration est rouge cuivre. En
quelques jours, le malade prend le masque antonin, qu’il conserve depuis.
En même temps un coryza apparaît ; des épistaxis répétés se produisent ;
un jetage abondant s’installe formé de croûtes et de muco-pus.
L’affection est apyrétique ; mais l’état général se modifie. Les forces dis¬
paraissent subitement. Le malade se sent très affaibli ; le moindre effort
l’accable. Il ne peut plus soutenir son fusil, ni même en ouvrir la culasse.
Il entre le 10 juin à l’infirmerie. Bientôt l’état général s’améliore ; la lassi¬
tude disparaît ; l’œdème du visage et des extrémités tend à s’effacer. Le
coryza et le jetage persistent. La tache initiale, qui avait participé au
gonflement du membre et s’était ainsi effacée, apparaît de nouveau, avec son
fond tendu et déprimé, et son pourtout surélev'é.
Le 20 juin, le malade, qui veut conserver un poste peu actif dans un bu¬
reau, demande à reprendre son service.
Il revient ainsi au milieu de ses camarades. Mais peu à peu les symptômes
s’accusent, et le 20 août, le médecin du régiment, qui connaissait parfaite¬
ment la lèpre pour l’avoir souvent observée aux colonies, remarque son faciès
glabre et l’envoie à l’hôpital de St-Mandrier, où il occuj^e depuis une cham¬
bre d’isolement.
h’examen du malade montre qu’il présente tous les signes d’une lèpre
mixte, à manifestations cutanées discrètes, à manifestations nerveuses plus
accusées.
Deux ordres de faits méritent d’être dégagés de cet examen : les premiers
concernent l’état du rhino-])harynx ; les seconds, l’état des fonctions nerveu¬
ses.
1. Examen du ruixo-pharynx. — Le nez a sa base élargie, les ailes épais¬
sies. L’orifice nasal externe est rétréci. La respiration nasale ne peut plus
s’effectuer. Il existe un coryza, qui donne lieu à un écoulement abondant de
croûtes sanguinolentes et de mucosités.
L’examen rhinoscopique révèle des lésions de rhinite chronique ; la pi¬
tuitaire est épaissie, hypertrophiée et tuméfiée au niveau de la cloison et des
cornets. Plusieurs ulcérations siègent sur la cloison gauche.
— 698 —
Les muqueuses du pharynx et du larynx ne présentent pas d’altérations ;
leur coloration est pâle uniforme.
L’examen microscopique du mucus nasal montre de nombreux amas de
bacilles de Hansen, au milieu de débris épithéliaux et de cellules de pus. Ces
bacilles, colorés vivement par le Ziehl, sont en très grande quantité.
Ce coryza, qui s’est manifesté dès les premiers symptômes de généralisa¬
tion, a persisté depuis avec une fixité remarquable. Il y a cependant une
légère amélioration de l’état local.
IL Examen du système nerveux. — Les manifestations nerv-euses sont
d’origine névritique.
Les troubles de la motilité sont localisés aux groupes musculaires des
membres. Ils frappent davantage les muscles des bras et des mains et parti¬
culièrement les interosseux dorsaux. Ils consistent en une amyotrophie, qui
entraîne une diminution de la force de ces muscles, sans causer encore de
perturbation marquée de leurs fonctions.
Les divers modes de la sensibilité objective présentent des troubles com¬
plexes, dont voici la nature et la topographie.
Ils consistent dans la diminution plus ou moins complète des sensations
thermiques et douloureuses et dans la conservation plus ou moins grande
des sensations tactiles. Cette dissociation n’est pas absolument parfaite.
Les troubles de la sensibilité thermique sont plus étendus que les troubles
de la sensibilité douloureuse. Un même excitant thermique provoque des
sensations différentes. Selon le lieu de l’excitation, la distinction entre le
chaud et le froid est normale, affaiblie, abolie ou même petx’ertie. Lors¬
qu’elle est abolie, l’excitation thermique détermine une simple sensation de
contact ; lorsqu’elle est pervertie, le chaud donne une sensation de froid et
inversement.
Bien plus, il existe une certaine dissociation dans les sensibilités thermi¬
ques : la perception de la chaleur est plus altérée que la perception du froid.
La perception du froid est normale dans une région, alors que celle de la
chaleur est modifiée. Les aires d’anesthésie pour le chaud et le froid ne sont
pas absolument superposables.
La sensibilité tactile n’est que légèrement modifiée ; l’on constate cepen¬
dant des zones d’hyperesthésie, et d’hypoesthésie. Ces dernières correspon¬
dent à des zônes d’insensibilité à la douleur.
Il n’y a pas d’altérations marquées du sens musculaire et de la sensibilité
à la pression.
La topographie des troubles de la sensibilité thermique et douloureuse est
différente au niveau des membres supérieurs et inférieurs.
Au niveau des membres supérieurs, la topographie de l’analgésie et de la
thermo-anesthésie se présente sous forme de bandes longitudinales parallè¬
les au trajet des troncs ner\’eux. Cette disposition rubanée affecte un type
de distribution radiculaire. 11 n’y a cependant pas de superposition parfaite
du schéma de ces troubles de la sensibilité avec celui des topographies radicu¬
laires, ni avec celui de la distribution périphérique des troncs nerveux.
Le bras droit est plus frappé que le bras gauche ; le bord cubital plus que
le bord radial (signe du cubital)..
Sur le bord interne du bras droit, il existe une bande longitudinale, au ni¬
veau de laquelle les sensations de froid et de chaud sont totalement perver¬
ties, et les sensations douloureuses abolies. L’exploration digitale du tronc
du cubital, dans sa portion brachiale ne provoque pas de douleur. Il est
épaissi en masse, sans renflements, et roule sous le doigt comme un cordon
dur.
Au niveau des membres inférieurs, les troubles de la sensibilité occupent au
contraire des segments de membres perpendiculaires au grand axe et à la lon¬
gueur du membre. La topographie est segmentaire.
Cette disposition segmentaire est très marquée pour la sensibilité à la dou¬
leur ; une botte d’analgésie complète occupe la moitié inférieure des jam¬
bes et des pieds.
Le bord interne du pied paraît avoir été primitivement atteint. L’anesthé¬
sie s’est ensuite disposée en une bande et s’est élevée sur le bord externe du
membre. Cette disposition primitivement rubanée des troubles de la sensi¬
bilité au niveau du membre inférieur est encore reconnaissable dans les sché¬
mas de la sensibilité au chaud et au froid. Lhie bande, au niveau de la¬
quelle la chaleur donne une sensation de froid, occupe le bord externe de la
jambe et le bord interne du pied droit. Cette bande ne s’est pas encore élar¬
gie pour engaîner totalement le membre, former une botte, et pour trans¬
former le type rubané du début en type segmentaire.
L’étendue du territoire insensible à la piqûre n’est pas fixe. Sa limite
supérieure varie et se déplace selon le mode d’excitation. Elle peut récupérer
momentanément une partie de la sensibilité perdue, et est susceptible de
rééducations éphémères sous l’influence de sollicitations réitérées. Le terri¬
toire analgésie acquiert son étendue la plus grande, lorsque l’exploration
procède des pieds vers la racine des membres. Cette surface analgésiée dimi¬
nue au contraire, lorsque l’exploration est faite de la cuisse vers les pieds.
Les réflexes achilléens sont très diminués. Les réflexes rotuliens sont nor¬
maux. Les réflexes cutanés plantaires sont abolis ; l’excitation de la plante
du pied ne provoque aucun mouvement.
Les troubles trophiques sont encore ])eu accusés. Ils consistent en un
œdème pachydermique des membres, au niveau duquel le système pileux a
disparu ; en des épaisissemcnts surélevés et craquelés de la couche cornée,
au niveau des points d’appui du pied sur le sol ; en des altérations des ongles,
qui présentent des striations transversales, des é])aississenients irréguliers,
et des érosions du bord libre. Les secrétions sudorale et sébacée sont abolies
au niveau des membres II n’v a pas d’altérations du squelette, ni d’autres
troubles trophiques.
h'Etat gcucral est bon ; l’affection est apyrétique ; les divers ap[)areils ne
présentent aucun trouble de leurs fonctions.
L’E.vnnren de la faraiiile leucocytaire a révélé uiu' éosinophilie, marquée :
Polynucléaires 82 ^
Lymphocytes 7 %
Mononucléaires 3 ^
Eosinophiles 8
Telles sont les t^randes lignes de cette obsen-ation.
Elle montre tout d’abord que nos soldats peuvent être exposés
à contracter la lèpre, durant des séjours coloniaux relativement
courts. Elle indique combien sont nécessaires les mesures de pro¬
phylaxie que la Société de Pathologie exotique a proposé d’ap¬
pliquer aux colonies.
Elle permet de remarquer le rôle important que peut avoir le
coryza lépreux, dans la propagation de la maladie. — Ce corvza
est d’autant plus redoutable qu’il peut être précoce et rester un
— ']00 —
certain temps méconnu. Un malade peut être bacillifère, bien
avant de présenter des signes qui imposent le diagnostic. L’histoi¬
re de ce soldat en est un exemple. Les accidents de généralisation
et le coryza se sont produits, 3 mois avant son isolement à l’hô¬
pital.
Ce corx'za, qui est d’une ténacité désespérante, s’accompagne
souvent de lésions ulcéreuses, et d’un jetage nasal abondant. Ain¬
si, ce lépreux rejette chaque jour, depuis 6 mois, plusieurs gram¬
mes de sécrétion nasale, contenant des milliers de bacilles de
U ANSEN, qui se colorent vivement, comme des bacilles vivants.
Il ne paraît pas indifférent et sans danger, qu’une quantité
aussi considérable de loacilles puisse chaque jour être disséminée
à l’extérieur.
Lien cpie la lèpre paraisse actuellement peu contagieuse en
France, ne faut-il pas craindre la possibilité de sa dissémination.
Ift puisque la plus grande incertitude règne encore sur son mode
d’infection, ne doit-on pas considérer, comme un danger social
permanent, ces lépreux à lésions ulcéreuses des voies respira¬
toires supérieures.
Il semble cpi’il soit prudent de souhaiter l’isolement obligatoire
de pareils malades, jusqu’à la cicatrisation et la guérison bacté-
riologicjue de leurs lésions, source possible de contagion.
isolement obligatoire est cette mesure que M. le P*" Jules
CouR.MOXT demandait, le 26 avril iqio, à l’Académie de Médecine,
en rapportant l’observation d’un (( cas de lèpre contagieuse ».
Pour notre malade, le péril lépreux se pose avec une singulière
cruauté. Ce soldat est marié depuis un an. Un enfant est né en
septembre 1910. 11 paraît encore sain, ainsi que sa mère.
Mais que deviendront-ils, lorsque le père, réformé, quittera
l’hôpital, pour retourner définitivement auprès d’eux? Par quelles
mesures les protéger? et tous les dommages que lui et sa famille
peuvent subir du fait de cette lèpre, sont-ils réparés par les
600 francs de pension que lui attribuent les règlements?
Planchi; l
Cazeneuve
Au milieu : photog'raphie prise i an avant le début des accidents,
chaque côté : photographies prises en août 1910, deux mois avant I
début des accidents.
Planche 11
Cazeneuve
DiSTKIBUXION DES TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ
Fig. I.
Sensibilité à la chaleur
Sensibilité pervertie, co¬
lorée en noir (la cha¬
leur donne une sensa¬
tion de froid).
Sensibilité absolue, figu¬
rée en quadrillée (la
chaleur donne une sen¬
sation de simple con¬
tact).
Sensibilité diminuée, fi¬
gurée en hachures
simples.
Fig. II
Sensibilité an, froid
Sensibilté pervertie, co¬
lorée en noir (le froid
donne une sensation
de chaleur).
Sensibilité abolie, figu¬
rée en quadrillée (le
froid donne une sen¬
sation de contact).
Sensibilité diminuée, fi¬
gurée en hachure-
simples.
Fig. III
Sensibilité à la douleur
Analgésie, colorée en
noir.
Hypoesthésie, figurée en
quadrillée.
Hyperesthésie, figurée
en hachures.
L’afflux des lépreux étrangers à Paris
Par E. JEAXSELME.
(irâce à la multiplicité et h. la rapidité des moyens de transport,
qui abrègent les distances, l’affltix des lépreux étrangers vers la
Erance va toujours grandissant.
A Paris circulent environ i6o à 200 lépreux. A l’hôpital Saint-
Louis, il y en a toujours une dizaine. En moins de dix ans, j’ai
pu étudier près de 80 cas provenant tous de pavs notoirement
lépreux.
J’ai recueilli, en ville ou à l’hôpital, l’observation de 61 mala¬
des. Le lieu de la contamination a été;
Le Brésil .
La Guyane française
La République Argentine
Le Venezuela .
L’Etat de Costa-Rica ..
La Guadeloupe .
Cuba .
Haïti .
Saint-Domingue . .
La Réunion .
L’île Maurice .
La Nouvelle-Calédonie
Les Indes néerlandaises
L’Inde anglaise .
L’Indochine française .,
La Birmanie .
Jérusalem .
Constantinople .
La Syrie .
L’Algérie .
Les provinces baltiques
L’Italie .
La France
Bretagne .
Alpes-Maritimes
g fois
S —
2 —
1 —
2 —
-
J
2 —
2 —
1 —
2 —
1 —
2 ■ — •
2 — -
2 —
2 —
2 —
I —
I —
I —
1 —
2 —
I —
1 —
2 —
53 fols
En outre, S malades avaient séjourné dans plusieurs foyers d’en¬
démie lépreuse, et il n’a pas été possible d’établir dans quel pays
l’inoculation s’était produite.
Sur ces 61 malades, 38 avaient des manifestations de lèpre oti-'
4o
— 704 —
s, oit org'aiusée, afin d’exclnre les enfants contaminés des écoles
et d’interdire aux adidtes l’exercice de certaines professions.
M. Na tTAX-LAiiKiER. — J’ai eu récemment l’occasion d’exa¬
miner une fillette de 12 ans, c[ui avait contracté au Brésil une
lèpre nerveuse tvpique (placard achromique, atrophie musculaire
des membres supérieurs, etc.). La nature de cette affection avait
passé complètement inaperçue et l’enfant avait été placée dans
un pensionnat. Je pense qu’il aurait lieu de signaler la possi¬
bilité d’observations de ce genre à l’attention des médecins ins¬
pecteurs des écoles et des médecins de collèges. Tout enfant venant
d’un pays où la lèpre est fréquente devrait être examiné avec une
attention toute spéciale, et l’on devrait peut-être s’efforcer de
prendre à son égard des mesures radicales. Notre commission de
la Lèpre aura, me semble-t-il, à envisager les règles à suivre dans
les cas de ce genre.
Sur des Hæmoproteus de
quelques oiseaux du Tonkin
Par C. AÎATHTS et M. LEGER.
Au Tonkin nous avons examiné le sang d’un très grand nom¬
bre d’oiseaux. Nous avons rencontré des hématozoaires du genre
IJœmoproteus (Haltcridimn) dans les espèces suivantes :
Tiirhir humilis (en annamite Ngoi) de l’ordre des Colombiens;
Palœornis cyanocephalus (en ann. Vet) de l’ordre des Grimpeurs ;
Ardeola flavicoUis (en ann. Cohuong), Ardeola hacchus (en ann.
Co Bo) ; Leptotilus sp. ? (en ann. Già-hac) de l’ordre des Echas¬
siers ; Copsychus saiilaris (en ann. Chuytchoc) ; Muniatopela (en
ann.GiDa); Lanius Schah (en ann. Bachthanh) ; sim¬
plex (en ann. Vanh Khuven) ; Pcricrocotus elL\^ans ; Orthoinmiis
sutoriiis (en ann. Gi But) et le moineau vulgaire du Tonkin (en
ann. Chim .Se), de l’ordre des Passereaux.
nœnwproleiis de Turtur hitniüis (petite tourterelle d’Orient). — Nous
avons trouvé 4 oiseaux parasités sur 20 examinés. L'infection était toujours
très légère.
Chez les macrogamètes, le protoplasma présente des vacuoles relative-
— 'job —
ment grandes et en petit nombre. Les grains de pigment sont très gros et
très foncés ; quelques-uns sont nettement arrondis, simulant l’aspect de
corpuscules graisseux noircis par l’acide osmique.
Les formes mâles ont un noyau allongé, les grains de pigment, conden¬
sés aux deux pôles, sont beaucoup plus fins.
Les hématies parasitées ne sont pas hypertrophiées. Elles mesurent de
Il à 12 U. de long sur 6 à 7 u de large. L’hématozoaire se recourbe en
partie autour du noyau, qui peut être légèrement déplacé.
llœnwproteits de Palœornis cyanocephalus (perruche à tête bleue). — Les
llœmoproteus de cette perruche, à leur complet développement, entourent
entièrement le noyau de l’hématie parasitée. Leurs deux extrémités arrivent
même à se rabattre l’une sur l’autre. Il en résulte que le globule rouge est
déformé, bosselé, mais cependant non hvpertrophié. Le pigment est fin dans
les deu.x sexes, condensé en petits amas aux deu.x pôles chez le ^ , disséminé
dans tout le jirotoplasma chez la Ç> .
Les hématies normales ou parasitées ont environ 13 p sur 605.
I lænioproteits de Ardeola flaidcoUis (Blongios noir). — Les parasites ne se
recourbent qu’à peine autour du noyau de l’hématie. Le pigment est rare.
On observe, en même temps que les gamétocytes, des formes jeunes ova¬
laires, ne mesurant pas plus de 2 u de long sur i p 5 de large.
Les hématies infectées sont légèrement hypertrophiées et atteignent 14 p
sur 8p 5, les globules rouges normaux ayant en moyenne 12 p 5 sur 7 p.
I [æmoproteus de Ardeola hacchiis (petit blongios chinois). — Deux de ces
crabiers étaient infectés sur 16 examinés. Comme dans l’espèce précédente,
les hématies parasitées sont légèrement hypertrophiées, et l’hématozoaire
n’a qu’une faible tendance à contourner le noyau du globule rouge, qui
demeure central.
Les formes Ç , bien développées, ovalaires, à bord interne concave, me¬
surent 8 p sur 3 p. Elles restent du même côté de l’hématie, qui atteint
14 p 5 sur 8 p. Les grains de pigment sont fins et rares.
llioiioprotens de Leptotüus sp ? (marabout du Tonkin). — Sur trois mara¬
bouts nous avons trouvé deux infectés. \A II œinoprotens du marabout du
Tonkin montre de gros grains de pigment. Chez le macrogamète, les grains
excessivement nombreux sont répandus dans tout le protoplasma, de sorte
que souvent ils masquent le noyau. Dans les formes arrivées à leur com-
])let développement, les extrémités du parasite, contournant le noyau de l’hé¬
matie, arrivent presque à se rejoindre. Les formes Ç sont parfois vacuo-
1 ai res.
II n’est pas rare de trouver des hématies contenant deux ou trois jeunes
parasites; chez ceu.x-ci, le pigment est plus fin et moins foncé.
Les hématies mesurent de 13 <j. 5 à 15 p 5 de long sur 7 p de large.
Wenyox, chez le marabout-cigogne du Soudan égyptien {l.eptotilus crii-
nieniferi(s^), a signalé en 1908 un Hœawproteus qui a la forme haltéridienne
habituelle et non la forme concentrique de l’espèce que nous venons de dé¬
crire.
Iheoioproleus .de Copsychus saiilaris (Copsyque Saular). — Ce passereau
est parasité dans une notable proportion (6 fois sur 22 oiseaux examinés).
L’infection s’est montrée dans tous les cas assez intense. Dans la circulation
périphérique, comme dans les frottis d’organes, poumons, rate, foie, reins,
moelle osseuse, nous avons observé des parasites à tous les stades de déve¬
loppement, mais nous n’avons pas vu de formes de schizogonie.
Les gamètes Ç> , d’abord ovalaires, prennent ensuite la forme en haltère ;
puis leurs 2 extré^mités se recourbent et entourent le noyau presque entière¬
ment. L’accroissement se poursuivant, l’hématie éclate. Le parasite Ç , libé-
— ']oÇ) —
re, prend alors une forme sphérique de 6 p 5 de diamètre environ. Dans le
protoplasma vacuolaire, chargé de gros grains de pigment brunâtre, on dis¬
tingue un noyau triangulaire situé excentriquement. A ce stade, il ne reste
de l’hématie parasitée qu’un noyau sans altération apparente et un peu de
cytoplasma.
Les formes ^ libres sont également plus ou moins arrondies. Par le
Leishman, elles ont un aspect clair. Le protoplasma peu abondant se pré¬
sente coiiime de petites aires irrégulières, colorées en bleu, disséminées à la
périphérie. Dans la zone incolore qui occupe presque tout le parasite, on
aperçoit de grosses granulations chromatiques peu nombreuses et notable¬
ment éloignées les unes des autres. Les grains de pigment s’agglomèrent
en deux groupes situés aux deux pôles d’un même diamètre.
Les hématies ont de 13 à 14 u de longueur sur 5p5à6p5de large.
Il æriioprotens de Miinia topela (bengali commun). — Nous avons examiné
20 oiseaux de cette espèce ; 6 étaient parasités par cet hématozoaire.
Les gamètes, avant de se libérer, occupent toute l’hématie, qu’elles hyper-
trophient. Le parasite, pendant son développement, demeure du même côté
du globule ; ses extrémités ne se replient pas autour du noyau qui est re¬
foulé latéralement. Le pigment est à gros grains. Ces grains, chez les ma¬
crogamètes, sont au nombre d’une quinzaine au maximum, répartis dans
tout le protoplasma. Chez les formes mâles, on compte à chacune des extré¬
mités 6 à 7 grains de pigment.
L’un des Munia topela était infecté à un fort degré, et nous avons pu ob¬
server des petites formes ovales ne mesurant pas plus de 2 p 8 sur 2 p,
des parasites libres et des formes intermédiaires.
Les globules rouges contenant 2 ou 3 Hœmoproteus ne sont pas rares. Les
hématies normales ont en moyenne 11 p 5 sur 6 p 5; parasitées, elles peu¬
vent atteindre 14 p 3 sur 7 p.
llœmoproleus de Laniiis Schah (pie-grièche). — Un oiseau infecté sur
5 examinés. 'L’Hæmoprotens prend à peine la forme en haltère ; les extré¬
mités arrondies n’ont qu’une faible tendance à contourner le noyau du glo¬
bule rouge ; le parasite conserve par suite une forme ovalaire, trapue. Les
grains de pigment jaune ocre sont gros et si peu nombreux qu’on peut
facilement les compter.
L’hématie normale mesure 12 p sur S p S ; parasitée, elle est à peine
plus grande ; son noyau tantôt reste central, tantôt est refoulé latéralement.
Hœmoproteus de Zosterops simplex (petit œil blanc). — Nous avons exa¬
miné 4 Zosterops, i était parasité. Les hématozoaires adultes ont la forme
haltéridienne typique. Les grains de pigment sont fins et nombreux. L’hé¬
matie infectée, dont le noyau reste inaltéré et central, ne subit pas d’hy¬
pertrophie.
Les formes ^ sont beaucoup plus nombreuses que, les Ç . Dans les mi¬
crogamétocytes libres, les grains de pigment sont répartis à la périphérie.
L’hématie mesure en moyenne ii p 5 sur 5 p 5.
Hœmoproteus de PericrocoUis elegans. — Nous n’avons observé qu’un
seul oiseau infecté légèrement sur 10 examinés. Les parasites ont une forme
plutôt trapue ; ils refoulent légèrement le noyau du globule rouge, qui
s’hypertrophie un peu. Les grains de pigment sont petits et rares, surtout
chez les formes mâles.
Los hématies normales ont environ ii p 5 sur 5 p ; parasitées, elles peu¬
vent atteindre 13 u sur 6 u 5.
Hœmoproteus de VOrthotomus sutorius (fauvette, couturière). — 2 sur 10
des oi.seaux examinés étaient parasités. L’un d’eux présentait une infection
— 707 -
des plus intenses, dans laquelle il était facile de constater que les formes Ç
étaient excessivement plus nombreuses que les formes ^ . Le globule para¬
sité s’allonge au dépens de sa largeur, mais n’est pas hypertrophié et son
noyau reste central. La partie du ])rotoplasma non envahie prend très fai¬
blement la coloration.
L’hématozoaire présente la forme haltéridienne typique. Dans les 2 sexes,
le pigment est plutôt rare ; même chez les macrogamètes, il est surtout
localisé au.x deux pôles. Le noyau se colore bien dans les 2 formes. Chez le
, il occupe les 2/3 de la longueur du parasite ; chez la Ç, il est nettement
ovalaire, à grand axe longitudinal et situé ])lus près d’un pôle que de l’autre.
I la’uioprotetts du moineau du Tonkin (en annamite Chimsé). — Chez cet
Ilœmoprotciis, les grains de pigment sont gros et rares. On en compte en¬
viron 6 i'i chaque extrémité des formes mâles. Les gamètes adultes sont gé¬
néralement minces, ne dépassant pas 2 u 8 do largeur ; ils déterminent l’al¬
longement de l’hématie, qui normalement mesure 10 p. 7 et qui, parasitée,
l)eut atteindre 12 p. S;
Xou.s (Tovons utile de pré.senter en un tableau d’ensemble les
caractères principaux de ces 12 Hœmoproteus .
Il est à noter que les pigeons domestiques du Tonkin sont in¬
demnes lV IJ (cmoprotcus (263 examinés). Le fait est d’autant plus
intéres.sant à constater que cet hématozoaire a été signalé comme
existant dans une forte proportion (irez les pigeons de la Cochin-
chine et du Sud-Annam. Brenc.ues (i) a trouvé a Hatien 4 oi¬
seaux parasités sur 6, et V.\ss.\l (2), à Nhatrang, fait remartpier
(1) Brknc.i'ks, Anu. Ilyg. et Med. col., 1902, p. 200.
(2) Vass.\l, .4fn;. lusiitut Pasteur, 1907, p. 224.
708 —
que VHaltcridium existe chez un très grand nombre d’individus.
hin plus des animaux de basse-cour (poules, oies, canards, din¬
dons, pintades), nous avons également examiné sans résultat de
nombreux oiseaux appartenant aux espèces suivantes:
Turtur rupicola de l’ordre des Coloaibiens ; Turnix maciilosus,
Cothurnix cominunis, Frmicolinus sinensis, Euplocamus Ander-
soni, de l’ordre des Gallinacés; Querquedula crecca, de l’ordre
des Palaiipèdes ; Athene Whitelyi, Spilorius Chcela, de l’ordre
des Rapaces; Falœornis Lathami, de l’ordre des Griaipeltrs; Al-
cedo hengalensis, Acridotheres cristatellus, Crypsirina varians,
Entomohia smyrnensis, Eurystovius orientalis, Gracupica nigri-
collis, Garrulax perpicillatns, Ixus jocosus, Ixus chrysorrhoïdes,
Ixtis Hainanus, Parus cinereus, Fica caudata, de l’ordre des Pas¬
sereaux.
Bien qu’il soit très difficile de séparer les diverses espèces
d'FIœmoproleus les unes des autres, la spécificité de l’oiseau-hôte
et l’étude attentive des caractères morphologiques permettent de
les considérer, tout au moins provisoirement, comme des parasi¬
tes distincts.
(Institut bactériologique de Hanoi. Octobre igio.)
/
Action du 606 sur le paludisme
Par Charles NICOLLR et E. CONSEIL.
Les recherches de Werner (i) et celles cI’Iversen (2) ont prou¬
vé, par de nombreux exemples, l’action de la nouvelle prépara¬
tion d’EHRLiCH, sur le paludisme. Notre contribution à cette
étude sera moindre; nous n’apportons, en effet, c|ue six obser¬
vations. Mais, dans cinq d’entre elles, la recherche des hémato¬
zoaires a été pratiquée C|uotidiennement pendant une longue pé¬
riode, avant et après l’inoculation et généralement jusqu’à trois
fois par jour. Il sera donc commode de se rendre compte d’une
(1) H. We:kner. Das Ehrlich-Hata Mittel, 606 bei Malaria. Deutsche Med.
Wochenschrift, 1910, 29 septembre, n° 39, pp. 1792-1794.
(2) IvERSEN. 82® Versammlung Deutscher Natursforcher und Aerzte in
Konigsberg au 20 septembre 1910. Deutsche Med. Wochenschrift, 1910, 13 oc¬
tobre, n° 41, pp. 1899-1901.
façon très exacte jDar l’examen des courbes que nous publions du
mode d’action de l’arsénobenzol.
Le nombre d’hématozoaires indiqué est celui relevé sur ccnt
champs de microscope.
Malade 63. — Forme tierce.
Indigène, 25 ans, de Mateur. Entré à la Rabta le ii septembre 1910. Pa¬
ludisme ancien. Les accès actuels remontent à deux semaines ; ils reviennent
tous les 2 jours. Le malade a pris quelques dragées de quinine, mais il n’a
pas suivi de traitement régulier. Il est anémié, cependant l’état général de¬
meure assez bon ; il se lève et se promène entre les accès ; rate peu hyper¬
trophiée ; présence de schizontes.
Le 19 septembre, accès ordinaire, température 40°, 8 ; 40 schizontes par
cent champs de microscope.
Le 20 au matin, 19 schizontes, inoculation de 40 cg. de 606. Le soir même,
accès léger (39®), baisse des hématozoaires à o. Accès abortif le 22.
Les hématozoaires ont disparu du sang presque, mais non totalement du
21 au 28 septembre ; sur trois examens pratiqués par jour, deux générale¬
ment étaient négatifs, le troisième montrait de i à 3 schizontes par cent
champs.
— 71*
Le 28, reprise typique des accès et relèvement brusque à un taux consi¬
dérable du nombre des hématozoaires ; il s’agit principalement de petites
formes non pigmentées, il y a aussi pour la première fois apparition de quel¬
ques croissants.
L’état général peu atteint a suivi la marche de la température.
l')onc, dans ce cas, action très nette et très rapide, mais incom¬
plète et peu durable (une semaine).
iVLaladk 7g. — l^aludisme de première invasion. Forme quoti¬
dienne (Parasite de la tierce).
Indigène, 20 ans, de Mateur ; entré le 25 octobre. Le début de l’infection
remonte ù un mois environ. Le malade a pris quelques dragées, mais il n’a
pas suivi de traitement régulier. Cependant une amélioration a été notée, le
travail a pu être repris, puis une rechute s’est produite il y a 15 jours.
.\ccès quotidiens très violents, mettant le malade dans un état quasi co¬
mateux ; rate très hypertrophiée.
Le 26 octobre, accès grave, vomissements, température 41°, 4 ; cinquante
hématozoaire par cent champs de microscope (en majorité des schizontes,
quelques petites formes associées.
Le 27 au matin, inoculation de 40 cg. de 606. Trois heures après : frissons,
nouvel accès, mais un peu moins violent, baisse immédiate du nombre des
hématozoaires (12, 18 puis g). Les jours suivants, pendant 2 semaines, les
examens de sang ou bien sont négatifs ou bien montrent seulement de i è
3 parasites (schizontes) par cent champs, malgré le retour d’accès fébriles à
48°-3g° le 5®, 6^, 7®, 8® et 10® jours après l’inoculation. L’état général demeure
très bon pendant cette période, les accès ne s’accompagnent d’aucun symp¬
tôme sérieux.
Le 13 novembre (15® jour), accès classique, grave et poussée brusque d’hé¬
matozoaires : 30 par cent champs (ce sont des petites formes).
Donc, dans ce cas, action très rapide et très nette (amélioration
brusque d’un état général grave) mais incomplète et peu durable.
Malade 67. — Paludisme de première invasion (petites formes
endoglobulaires et croi.ssants associés).
Indigène, 22 ans, entré le 23 septembre avec des symptômes très graves qui
font penser au typhus exanthématique : pro.stration, langue rôtie, subdé¬
lire, quelques taches. Il est malade depuis un mois, n’a pas pris de quinine
Les accès d’abord irréguliers sont devenus ensuite quotidiens.
Le 24 septembre, température 39°, 4. Le 25 au matin, inoculation de
ja cg. do bob ; à ce moment, le sang présente 48 hématozoaires par cent
rhaniiis de miicroscope (40 petites formes et 8 croissants) et le malade se
trouve dans un état comateux.
Le soir même, il reprend connaissance ; le lendemain, il cause facilement
bien que la température se soit élevée de nouveau à 38,8. Bais.se rapide des
hématozoaires, sans di.sparition totale, pendant les 5 jours qui suivent l’ino¬
culation ; les’ seuls parasites qu’on rencontre sont les croissants dont le nom¬
bre ne paraît ])as avoir diminué.
T^e 2 octobre (7® jour après l’injection), accès fébrile léger et relèvement du
nombre des hc'matozoaires, constitués désormais principalement par des peti¬
tes formes. Le lendemain, accès typique.
Donc, dans ce cas, action très rapide, amélioration en quelques
heures d’un état général très grave; mais rechute au bout de peu
de jours.
Malade 78. — Paludisme de première invasion (petites for¬
mes endoglobLilaires et croissants associés).
Indig-ène, 22 ans, de Alateur ; entré le 25 octobre ; malade depuis 15 jours ;
n’a pas pris de quinine. Accès quotidiens, d’une durée de 8 h. Anémie, mais
état g-énéral assez satisfaisant, rate peu hypertrophiée. I^e 26 octobre, tempé¬
rature, 39°, 9 ; 800 puis 300 hématozoaires par cent champs de microscope
(petites formes en majorité et quelques croissants).
Le 27 au matin, inoculation de 40 cg. de 606, le nombre des hématozoaires
est alors de loo (dont 10 croissants). Quelques heures plus tard, accès fébrile,
de moindre \'iolence que d’ordinaire.
Les 2 jours qui suivent, apyrexie ; le 3® jour, léger accès (38°, 9) qui se
renouvelle le lendemain. Le 5® jour après l’inoculation, accès identique à
ceux observés avant le traitement, qui se continuent les jours suivants et ne
cèdent qu’à des injections répétées de quinine.
Il y a eu à la suite de l’inoculation du 606, baisse notable du nombre des
hématozoaires , mais de durée très courte (2 jours). L’action du médicament
— 7i3 —
ne s’est fait sentir que sur les petites formes ; le nombre des croissants est
demeuré sensiblement le même.
Donc, dans ce cas, action rapide, mais tout à fait fugace
(2 jours).
Malade 49. — Paludisme de première invasion (petites formes
endoglobulaires et croissants associés).
Indigène, 47 ans ; entré le 22 août avec des symptômes graves simulant le
typhus exanthématique, traité par la quinine (dernière inoculation le 28) et
amélioré. Apyrexie du 28 août au 1 1 septembre, se lève, marche, persistance
des hématozoaires (croissants) dans le sang.
Le II septembre, rechute ; petites formes nombreuses et croissants, mau¬
vais état général ; accès quotidiens ; pas de traitement quinique.
Le 25 septembre, inoculation de 40 cg. de 606 ; accès fébrile moins violent
le soir.
Apyrexie pendant 5 jours ; le 6® jour léger accès ; puis les accès reparais¬
sent avec leurs caractères ordinaires à partir du 7® jour.
Les examens du sang de ce malade n’ont pu être faits aussi régulièrement
que dans le cas des malades précédents. On a noté cependant une baisse
— 7‘4
nette, mais non durable, des petites formes ; le nombre des croissants n’a
pas paru changer.
Donc, action très incoinplète et peu durable.
Malade 6o. — Paludisme de première invasion (croissants).
Nous nous contenterons de donner la courbe de ce malade. L’inoculation
de, 30 cg. de 606 a coïncidé avec une baisse des croissants dont le nombre
était considérable (jusqu’à 2 par champ) dans les jours qui ont précédé l’ino¬
culation. Il n’y a eu aucune modification de la fièvre et de l’état général ;
les croissants sont demeurés rares pendant 12 jours sans disparaître, puis
de. petites formes endoglobulaires nombreuses sont apparues.
Donc, action des plus incertaines ou même nulle dans ce cas.
1 5 —
— 7*6 —
De l’examen de ces observations et des courbes qui les accom¬
pagnent, nous pouvons tirer les conclusions suivantes:
1. L’action du 606 dans le paludisme est des plus manifestes.
2. Cette action est très rapide; elle provoque une amélioration
presque immédiate des symptômes généraux, la baisse de la fiè¬
vre et celle des hématozoaires.
3. Par contre, cette action n’est point durable. Après quelques
jours d’apyrexie, les accès se montrent à nouveau d’abord légers,
puis reprenant peu à peu leur type ordinaire. Le taux des héma¬
tozoaires subit une poussée parallèle et rapide.
4. Elle n’est point non plus complète: si rares que deviennent
lc‘S hématozoaires après l’inoculation, un examen approfondi en
fait voir au moins une unité chac{ue jour sur cinq cents à mille
champs de microscope.
5. Les grandes formes pigmentées (schizontes) sont particuliè¬
rement sensibles au médicament, les petites formes endoglobu-
laires un peu moins, les corps en croissant peu ou pas.
Nous croyons que la nouvelle préparation d’EHRLiCH est ap¬
pelée à rendre de grands services dans le traitement du paludis¬
me. Sa rapidité d’action et son influence immédiatement favora¬
ble sur l’état général dans les cas très graves (malades 79 et 67)
commandent son emploi dans ces formes comme première inter¬
vention thérapeutique; le traitement classique (injections de qui¬
nine) serait ensuite institué. Il ne nous paraît pas impossible que
])ar l’association de ces deux médicaments on puisse aboutir, dans
certains cas, suivant l’espérance d’EHRLiCH, à une désinfection
rapide et complète de l’organisme.
Il est à noter c[ue les doses employées par nous ont été tou¬
jours très faibles (30 à 40 cg.) et que nous n’avons jamais noté le
moindre accident à la suite de ces inoculations.
(Institut Pasteur de Tunis.)
- 7‘7 —
Application du 606 au traitement du Kala-Azar
Premièi e Note
Par Charles NICOLLE et A. CONOR.
Nous avons essayé la nouvelle préparation cI’Ehrlîch pour le
traitement du Kala-Azar chez l’enfant et chez l’animal.
Nous nous bornerons dans cette première note à rapporter l’ob¬
servation d’un chien atteint de Kala-Azar expérimental et rapi¬
dement guéri par une seule inoculation d’arsénobenzoL
Chien 53. — Poids, 10 kg. 900. Inoculé le 4 août 1910, dans la
cavité péritonéale avec 7 cm^ d’une émulsion de virus (rate) du
chien 43 atteint d’une infection intense et sacrifié ce même jour.
Voici l’origine et la liste des passages de ce virus expérimen¬
tal ; rate de l’enfant C, mort de Kala-Azar le 7 décembre 1907.
— Chien I sacrifié le 27 février 190S. — Chien 6 mort le 20 juil¬
let 1909. — Chien 31, ablation de la rate le 22 janvier 1910. —
Chien 43 sacrifié le 4 août 1910. — Chien 53.
Il s’agit donc d’un 5® passage par chien. Les 4 premiers pas¬
sages ont déterminé des infections sévères et durables (chien 6;
durée de la maladie, 16 mois).
Le 23 août, 19 jours après l’inoculation, une ponction du foie
du chien 53 montre dans cet organe la présence de Leishmania.
Le 30 septembre (57® jour), une nouvelle ponction hépatique fait
voir de nombreux parasites. L’infection a donc été chez ce chien
à la fois précoce et intense, et, d’après ce que nous savons du
Kala-Azar expérimental du chien, s’annonçait comme devant
être grave et durable.
Le 3 octobre, nous inoculons dans les muscles de la région ex¬
terne de la cuisse de cet animal vin^t centigravimes de 606, dilués
dans 20 cnP de liquide (solution préparée suivant la technique
d’EHRLiCH); deux inoculations sont faites d’une même quantité
(soit 10 cg., en 10 cnP) de chaque côté. Le poids de l’animal est
ce jour de ii kg. 300; cela fait un peu moins de 2 cg. par kilo
d’animal. Cette dose avait été reconnue par nous comme inoffen¬
sive pour le chien dans deux essais antérieurs sur des animaux
neufs.
Les phénomènes locaux consécutifs à l’inoculation ont été peu
intenses et passagers ; le 4, l’animal reste couché, il ne mange pas ;
5o
[es régions fessières sont flouloiireiisos à la pression ; le 5j toute
douleur a disparu, l’animal mange, se lève, marche, on cons¬
tate une légère tuméfaction locale; le 7, tout symptôme de réac¬
tion locale ou générale est entièrement disparu.
Ce meme jour (7 octobre), quatre jours après V inoculation,
trois ponctions du foie effectives, ('’est-à-dir(^ riches en cellules
hépc'itiques, ne montrent aiu'une Leishniania ; même résultat néga¬
tif d’un nombre égal de ponctions tlu foie les 10 octobre (7® jour),
13 octobre (10® jour) et 17 octobre (14® jour). Le 31 octobre
(28® jour), nous pratiquons la trépanation du tibia, même absen¬
ce de Leishniania dans la moelle de cet os.
Lnfin, le 7 novemîjre (35® jour), l’animal est sacrifié. Il est
gras, pèse 1 1 kg. 200 ; tous ses organes, satif ki laate, présentent
un tispect absolument normal, le foie pèse 552 gr., les deux reins
85 gr. : la moelle osseuse est peu abondante et rose. La rate est
très hypertrophiée, sa surface tomenteuse, sa consistance un peu
molle, sa couleur rouge ; elle pèse 90 gr.
Sur les frottis de la rate et de la moelle des os, nous ne consta¬
tons la présence d’aucune Leishniania.
L’infection, intense le 30 septembre, n’a donc plus été appré¬
ciable à partir du 4® jour qui a suivi l’inoculation du 606 et la
guérison était totale le jour où nous avons sacrifié l’animal
(35 jours après l’inoculation).
Nous adressons nos remerciements au professeur Ehrlich,
qui a bien voulu mettre à notre disposition les produits utilisés
dans ces expériences et dans celles que nous rapporterons ulté¬
rieurement.
{Institut l^asteur de Tunis.)
Au sujet de '' Trypanosoma pecorum Bruce
Par A. LAVERAN.
D. Bruce, Hamerton, Bateman et Mackie ont émis l’opinion
que les trypanosomes décrits sous les noms de Tr. dimorphon et
de Tr. congolense, appartenaient à une seule et même espèce, h
laquelle ils ont rapporté aussi un trypanosome observé par eux
- 719 -
chez les Bovidés tle l'Ouganda, et ils ont proposé de substituer
aux noms anciens le nom nouveau de Tr. pccoriim (i).
Dans une note antérieure, j’ai montré cpie Tr, dimorphon et
Tr. congolcnse constituaient deux espèces bien distinctes, que ces
noms devaient, par suite, être conservés et j’ai fait observer que
le nom de Tr. pecorum n’aurait sa raison d’être que s’il s’appli-
cpiait à une espèce nouvelle (2).
Le 2 octobre dernier, le colonel Sir D. Bruce m’a envo}'^'
deux rats inoculés à Londres avec le Tr. pecorum de l’Ouganda;
grâce à l’obligeance de notre éminent collègue, j’ai donc pu étu¬
dier ce virus et le comparer aux virus que je possédais.
Les expériences sru^’antes me paraissent démontrer que le trv-
panosome (jui m’a été envové, sous le nom de Tr. pecorum, ne
peut être identifié ni à Tr. congolcnse, ni à Tr. dimorphon.
1° Expériences de séro-diagnostic faites avec le sérum d’un
bouc ayant acciuis l’immunité pour Tr. congolcnse et pour Tr.
dimorphon ; l’obsei'vxition abrégée de ce bouc sera donnée plus
loin.
Le 2 novembre i()io, 4 souris blanches sont inocuEes dans les conditions
suivantes :
i'"® souris (témoin), reçoit du sang’ dilué d’un rat infecté avec Tr. peco-
111)11 ;
2® souris, reçoit la même dose de virus que le témoin, mais a])rès mélange
à O cm^,25 du sérum du bouc ;
3® souris, reçoit la même dose de virus que le témoin mélangée à o cm'‘’,5o
du sérum ;
4® souris, reçoit la même dose de virus que les 3 ])remières mélangée à
I cm-’’ du sérum.
Les 4 souris se .sont infectées, la U® est morte en q jours, les 3 autres
sont mortes en 10 (souris 2 et 3) et 15 jours (souris 4).
Des expériences portant chacune sur 4 souris et calquées sur la précé¬
dente ont été faites avec Tr. congolense et Tr. diuiorphou.
Le témoin de l’expérience relative au Tr. cou galeuse est mort au bout de
34 jours, les trois autres souris ne se sont pas infectées.
Le témoin de l’expérience relative au Tr. diuiorphou ('St mort au bout de
10 jours, les 3 autres souris ne se sont pas infectées.
11 ressort clairement de ces expériences que le .sérum du bouc,
très actif sur Tr. congolcnse et sur Tr. dimorphon, s’est montré
inactif sur Tr. pecorum puisque, en mélange et à la dose de i cm'^,
11 n’a produit cpi’un très faible retard dans l’évolution de l’infec¬
tion, retard qin ne dépasse pas la limite des écarts cju’on observe
(1) D. Bruce, Hamertox, Baïeman et Mackie, Proceed. of the R. Soc.,
B, t. 82, p. 468, iqio.
(2) A. Laverax, .S'of. de paih. e.xoiiquc, 12 octobre mm.
— 720
chez des souris inoculées avec le même virus, dans des conditions
qui paraissent identiques.
2° Un bouc avant acquis l’immunité pour Tr. congolense et
pour Tr. dimorphon a été inoculé le 30 novembre avec Tr. pe-
coruni ; il s’est infecté dans les mêmes conditions que des chèvres
neuves et il est aujourd’hui en pleine infection. Je résume l’obser¬
vation de ce bouc.
Un jeune bouc est inoculé le 6 décembre 1906 avec Tr. congolense. Les
examens microscopiques du sang- faits du mois de décembre 1906 au mois-
d’avril 1907 permettent, à plusieurs reprises, de constater la présence de try¬
panosomes rares ou très rares ; à partir du mois de mai, ces examens sont
nég-atifs. Les animaux d’épreuve (souris, chiens) inoculés en février, juin,
juillet et août 1907 s’infectent.
Au mois d’octobre 1907, le bouc est g-uéri ; un chien inoculé (30 cm^ de
sang-) ne s’infecte pas.
Le 13 novembre 1907, le bouc est réinoculé avec Tr. congolense ; il se
réinfecte, mais très légèrement ; au mois de janvier 1908, il est définitive¬
ment guéri et il a l’immunité pour Tr. congolense.
Le 23 juin 1908, le bouc est inoculé avec Tr. dimorphon ; à la suite de cette
inoculation, on observe des ])oussées fébriles et les examens histologiques du
sang faits pendant le mois de juillet permettent de constater, à plusieurs re¬
prises, l’existence de trypanosomes très rares. Les animaux d’épreuve (sou¬
ris, chiens) inoculés du mois d’août 1908 au mois d’avril 1909 s’infectent.
Lin chien qui a reçu, le 20 mai 1909, 30 cm^ de sang dans le péritoine ne
s’infecte pas.
Le bouc réinoculé à deux reprises (le 19 juillet et le ii octobre 1909) avec
Tr. dimorpho7i ne se réinfecte pas, il a donc acquis une immunité solide
pour ce virus.
Ixî 4 avril 1910, le bouc qui est en bon état (poids 34 kg.) est inoculé avec
Tr. congolense. A la suite de cette inoculation, la température reste normale
et on ne voit pas de trvpanosomes dans le sang, mais un chien inoculé le
20 avril (30 cm^ du sang du bouc) s’infecte. Le bouc n’avait donc plus une
immunité complète pour Tr. congolense, mais la nouvelle infection par
ce virus est très légère ; dès le mois de juin, le bouc est guéri ; un chien qui
a reçu, le 20 juin, 30 cm-'’ de sang dans le péritoine ne s’infecte pas. Le boue
pèse, le i®’’ août 1910, 37 kg.
27 août 1910, le bouc est réinoculé avec Tr. congolense. Aucune réaction
consécutive à l’inoculation.
Tve 24 septembre un chien reçoit dans le péritoine 25 cm® du sang du bouc
et le octobre un autre chien reçoit 30 cm® du même sang.
Le 30 novembre, les chiens inoculés les 24 septembre et i®'’ octobre ne se
sont pas infectés. I^e bouc est inoculé avec Tr. pecorum ; on injecte sous
la peau d’une des oreilles un peu de sang de cobaye infecté par Tr. pecorum,
et sous la peau de l’autre oreille, un peu de sang de rat infecté avec le même
trvpanosome.
Le i®"" décembre le bouc pèse 41 kg.
T>e 7 décembre l’examen du sang révèle l’existence de trypanosomes très
rares.
T.e 9 décembre les trypanosomes sont moins rares que le 7.
Du 10 au 14 décembre, le bouc a une poussée fébrile bien caractérisée p
— ']2\ —
]a température se maintient entre 39°, 7 et 40°,! (température normale :
Ix's 9 et 10 décembre, on constate dans le sang du bouc l’existence de try¬
panosomes rares et, le 11 décembre, de trypanosomes non rares.
Au point de vue morphologique, Tr. pecorum a la plus grande
ressemblance avec Tr.-congolense, mais sa virulence pour diffé¬
rentes espèces animales est plus grande que celle de ce derniei
trypanosome.
La durée moyenne de l’infection chez la souris a été de 17 jours,
alors c{ue pour les infections dues à Tr. congolense, elle est de
105 jours.
La durée moyenne de l’infection chez le rat a été de 22 jours.
L^ne chèvre jeune, du poids de 30 kg., inoculée le 15 octobre
.1910, avec Tr. pecorum, a succombé le 23 novembre à la trypano¬
somiase, c’est-à-dire en 39 jours, alors que 3 caprins inoculés an¬
térieurement avec Tr. congolense avaient parfaitement résisté.
Je m’attendais à éprouver beaucoup de difficultés pour l’infec¬
tion des cobayes, en raison des résultats négatifs obtenus par
Bruce et ses collaborateurs chez ces animaux; à ma grande sur¬
prise, tous les cobayes que j’ai inoculés se sont infectés. La durée
mjoyenne de la maladie a été de 35 jours chez les 5 premiers co¬
bayes inoculés et de 12 jours seulement chez les 4 suivants, la
virulence pour le cobaye a donc rapidement augmenté.
Chez les souris, chez les rats et chez les cobayes, l’infection,
toujours mortelle, s’accompagne d’une hypertrophie souvent
énorme de la rate.
Je me propo.se de continuer ces recherches sur l’action patho¬
gène de Tr. pecorum ; pour aujourd’hui; il me suffit d’avoir mon¬
tré que ce trypanosome ne peut être identifié ni à Tr. congolense,
ni à Tr. (Umorphon et qu’il constitue vraisemiblablement une es¬
pèce nouvelle. Malgré la netteté des résultats obtenus dans les
expériences précitées, on ne peut pas rejeter d’une façon abso¬
lue, en ce qui concerne la nature de Tr. pecorum, l’hypothèse
d’une variété de Tr. congolense plus virulente que celle du Congo
belge, que je possède. Pour trancher la question, il faudra recher¬
cher si un animal ayant acquis l’immunité pour Tr. pecorum. est
susceptible ou non de s’infecter par Tr. congolense (virus du
Congo belge).
1
722
Expériences diverses de transmission
des Trypanosomes par les Glossines
IV (i). Transmission de “ Trypanosoma dimorphon ”
par “ Glossina palpalis, tachinoides et longipalpis ”
Par G. BOlJirr et IG ROUBAUD.
Dans une étude précédente (2), nous avons déjà indiqué quel¬
ques résultats de transmission du T. dimorphon obtenus avec des
(?l. palpalis spontanément infectées. Les expériences suivantes
confirment et précisent ces premières données en montrant que,
pour ce virus encore, le pouvoir infectant est durable chez les
glossines.
Expér. XXIII. — 90 mouches capturées du 16 au 17 mai sur les bords du
Zou, sont nourries les 18, 19, 20, 21, sur cabri témoin. A ce premier lot est
ajouté le 21 une cage de 30 autres mouches capturées sur les bords de l’Ouémé.
Ces 120 glossines sont nourries ensemble les 21 et 22 mai sur le cabri témoin,
puis du 23 au 28 sur un cobaye neuf.
Les 29 et 30 mai, les mouches sont soumises au repas infectant sur un
mouton porteur de T. dimorphon (tr. rares).
Les repas de transmission donnent les résultats suivants :
Du 31 au 3 juin, cobaye 43-1
4 au 8 juin, cabri 9
9 au 12 juin, chien i
13 au 16 juin, cabri 9 bis
17 au 22 juin, chien i bis
23 au 30 juin, chien 2-33
I au 6 juin, chat 29
7 au 12 juin, chat 28-50
13 au 18 juin, chat 28
19 au 22 juin, cabri 22
= T. dimorphon
— T. dimorphon
= T. cazalboui
— T. dimorphon
= T. dimorphon
= O
= O
= O
= T. cazalboui
Le cabri témoin s’infecte de T. dimorphon.
L’examen des glossines fait au cours de l’expérience a montré que certai¬
nes d’entre elles étaient infectées soit de T. dimorphon, soit de T. cazal-
boui, ce que confirment les résultats mixtes de l’expérience.
Expér. XXXIV. — 120 palpalis capturées sur les bords du Zou les 5 et 6
juin sont nourries le 10 sur cabri témoin.
(1) Les parties I et II de nos recherches on paru dans les Annales de
rinstitiit Pasteur, t. XXIV, août 1910 ; la partie III dans le Bulletin de
novembre de la Société de Pathologie exotique, 1910. p. 599.
(2) Expériences diverses de transmission par les glossines, II, l. c.
- 723 -
Les II, 12, ij, 14 juin le lot est porté aux repas infectants sur bœuf à
T. diinorphon (tr. nombreux).
Les repas de transmission donnent les résultats suivants ;
Du 15 au 19 juin, cabri i;
20 au 21 juin, chien 26 =
22 au 26 juin, cabri 12 =
27 au 2 juillet, cabri 12 bis 35 =
3 au 8 juillet, chat 26-27 =
9 au 14 juillet, chat 26 =
15 au 22 juillet, cabri 10 =
23 au 25 juillet, chat 21 =
26 au 30 juillet, cabri 18 =
Le cabri témoin ne s’infecte pas, mais l’infection du cabri 13 dès le début
de l’expérience laisse à penser que les mouches étaient déjà contaminées dans
la nature.
T. dimorphon
mort le 22 juin
T. dimorphon
T. dimorphon
O
O
O
O
T. dimorphon
Xüus avons cherché à préciser le délai d’incubation nécessaire
à rétablissement du pouvoir infectant chez les mouches.
Lin lot de 100 palpalis nées au laboratoire a été nourri sur porte-virus pen¬
dant quatre jours, puis fractionné en plusieurs lots piquant chacun un ani¬
mal différent (chien) tous les 9 jours. Une seule mouche de ces différents
lots a été reconnue infectée. Les animaux piqués par elle, l’un après 9 jours,
l’autre après 18 jours, ne se sont point infectés.
Cette expérience quoique demeurée négative, permet cependant
de penser que le délai d’incubation chez les mouches est sans doute
supérieur à 18 jours.
Les Gi. tachinoïdes capturées dans la nature se sont montrées
capables de transmi.ssion à peu près dans les mêmes conditions
cpie les G. palpalis.
Expkk. XXL — 20 tachinoïdes capturées sur les bords du Zou les 15
17 mai, sont nourries le 18 sur cabri neuf ; ce cabri s’infecte de T. dimor¬
phon.
Expér. XXXV. — 70 tachinoïdes capturées sur les bords du Zou, les 5 et
6 juin, sont nourries le 10 sur cabri témoin 14.
Les II, 12, 13, 14 les mouches sont soumises au repas infectant sur bœuf ;
ftr. nombreux et non rares). Les repas de transmission donnent les résultats
suivants :
Du 15 au 22 juin, chien 27 = T. dimorphon
23 au 26 juin, chien 5-32 = T. dimorphon
27 au 29 juin, chat 3 =0
30 au 7 juillet, chien 4=0
8 au 12 juillet, chat 6=0
14 au 26 juillet, cabri 29 = o
Le cabri témoin s’infecte de T. dimorphon.
Les G. longîpalpis sont aussi très fréquemment infectées de
T. dimorphon, comme le montrent les expériences suivantes:
Expér. XXVI IL — 50 longipalpis capturées au.x bords de l’Ouémé les 22
€t 2^ mai sont nourries du 27 mai au 3 juin sur cobaye 42-1
du 4 au 30 juin sur cobaye 42-2,
Le cobaye 42-1 s’infecte de T. pecaiidi.
Le cobaye 42-2 s’infecte de T. diniorphon.
Exfkr. , XXXIII. • — 70 longipalpis capturées aux bords de l’Ouémé le
2 juin, sont nourries.
Du 6 au II juin, sur cobaye 45-2
12 au 17 juin, sur cobaye 45-4 = T. dinwrphoii
18 au 23 juin, sur cobaye 45-6
24 au 29 juin, sur cobaye 45-8
30 juin au 10 juillet, sur cobaye 45-10.
I>e cobaye 45-4 s’infecte de T. dimorphon ; les cobayes suivants (6, 8, 10)
de T. pecaudi. Le cobaye 45-2 reste indemne.
Expér. XXXVIII. — 55 longipalpis capturées aux bords de l’Ouémé le
29 juin sont nourries.
Du 29 au 30 juin sur cobaye 46-1 T. diniorphon.
3 juillet au 10 juillet sur cobaye 46-2 T. dimorphon.
Il juillet au 16 juillet sur cobaye 46-3
17 juillet au 20 juillet sur cobaye 46-4 (mort le 21)
21 juillet au 26 juillet sur cobaye 46-4 bis
27 juillet au 31 juillet sur cobaye 46-5 T. dimorphon.
Les cobayes 46-1, 46-2, 46-5, s’infectent de T. dimorphon.
Les cobayes 46-3 et 46-4 bis, de T. pecaudi.
Expér. XXXIII. — 95 longipalpis, capturées aux bords de l’Ouémé la
semaine précédente, sont nourries du 5 au 9 juin sur porte-virus dimorphon
(cabri et bœuf : tr. a. nombreux). La série des repas de transmission donne
les résultats suivants :
Du 10 au 15 juin, chien 22-1 = T. dimorphon
16 au 21 juin, chien 22-2 = T. pecaudi
22 juin au i®*" juillet, chien 23 = T. dimorphon
2 juin au 6 juillet, chat 29 =0
Ces différentes expériences montrent que, dans les mêmes zones,
le virus de la maladie des chevaux de Gambie peut être conservé
enzootiquement et transmis par les trois espèces de glossines dans
des conditions à peu près identiques. Ce sont cependant, à tous
égards, les longipalpis cjui sont le plus fréquemment infectées,
puis les tachinoïdes . La proportion des palpalis contaminées de
dimorphon est beaucoup moindre, et ne paraît guère dépasser
I %. Ce sont les cabris, puis les chiens qui sont le plus sensibles
à l’infection par les piqûres des mouches. Les cobayes dont nous
pensions la sensibilité nulle s’infectent, mais très irrégulièrement ;
les chats, même très jeunes, se sont constamment montrés réfrac¬
taires. Les formes du parasite dans le sang sont, chez le cabri et
le chien surtout, du type court et trapu ; chez le cobaye on trouve
toujours les deux formes du T. dimorphon des laboratoires.
L’infection chez les trois espèces de glossines, se présente d’or¬
dinaire sous le type des infections totales. Les formes intestinales
sont très voisines de celles du T. congolensc, et du T. pecaudi.
Les formtes Lcptomonas fixées de la trompe se distinguent, par
contre, assez nettement, de celles de ces deux virus, par leur
allongement fréc| Lient en formes géantes très semblables à celles
du T. cazalhoui, mais en diffèrent cependant par l’aspect ru¬
bané du prolongement postérieur. Les formes sont les mêmes
aussi bien dans les infections naturelles que dans celles que nous
avons pu obtenir chez les mouches nées au laboratoire, par infec¬
tions artificielles. Dans ce dernier cas, C|uel que soit le nombre
des repas infectants et le type de l’animal porte-virus (cabri,
chien, bœuf, cobaye, antilope), la proportion des mouches (pal-
palis) qui ont contracté l’infection n’a même pas atteint i %. Nous
ne pensons pas cpie dans la nature cette proportion soit sensible¬
ment plus élevée pour l’espèce en question.
Les essais d’inoculation des formes intestinales qui se rencon¬
trent parfois en nombre prodigieux chez les mouches, sont cons¬
tamment demeurés négatifs. Sur ig inoculations de liquide intes¬
tinal de mouches diverses contenant des C[uantités énormes de pa¬
rasites du type pecaiidi-dimorphon, nous n’avons obtenu que
deux cas d’infection à T. pecaudi, cas déjà signalés dans une note
précédente.
Au contraire, sur 8 inoculations de trompes correspondant à
certains cas d’infection totale de quelques-unes de ces mouches,
nous avons obtenu deux résultats positifs à T. pecaudi et un
résultat positif à T. dimorplion.
On voit donc, malgré les échecs toujours possibles en raison
des difficultés de ce mode d’expérimentation, que ce sont bien les
formes évoluant dans le liquide salivaire de la trompe, qui cons¬
tituent les formes de transmission des parasites.
Des diverses expériences exposées ci-dessus, nous croyons pou¬
voir conclure d’une manière formelle que le T. dimorphon est
typiquement un virus à glossines (i), maintenu enzootiquement
par plusieurs espèces de ces mouches. Nous ne saurions donc
souscrire à l’opinion récemment formulée par Bruce et ses col¬
laborateurs, qui voient dans le T. dimorphon (= pecoriim de ces
auteurs) un virus transmis par les Tabanides.
Laboratoire d’ Agouagon, 20 novembre igio.
(i) L’un de nous avait obtenu, avec ce trypanosome, dans une autre ré-
g-ion de l’Afrique" Occidentale (Tiassalé, par 6° lat. Nord, Cote d’ivoire),
une infection du chien par piqûre de G/, palpalis. (Bouet, Annales de rinsti-
iiit Pasteur, juin 1907).
— 7^6 —
Le sérum humain dans le nagana des souris
/
Par Paul SALMON.
Laveran et Mesnil ont montré que le sérum humain contient
une substance active contre les trypanosomiases animales.
Ayant eu à notre disposition une certaine quantité de sérums, re¬
cueillis en vue de la réaction de Wassermann, nous avons vérifié
leur action dans l’infection naganique des souris.
Nous injections, en môme temps, le virus dans le péritoine et
le sérum sous la peau. On constate alors que plus la dose de sé¬
rum est forte, plus souvent la guérison sera prolongée ou défini¬
tive. La dose préventive moyenne peut être fixée à 1/4 de cm-^ ;
la dose minima à action perceptible, est de i/io® de cm^, et par¬
fois encore moins.
Goebel pense cpie la substance trypanocide est une globuline.
11 était donc tout naturel de rechercher si cette albumine était en
rapport avec l’albumine, la globuline révélée par la réaction de
Wassermann. S’il en était ainsi, on pourrait, par un moyen dé¬
tourné, en injectant le sérum humain aux souris naganées, dia¬
gnostiquer la syphilis, par simple dosage de cette globuline. L’ex¬
périence n’a pas confirmé cette idée; ces deux albumines, l’une
destructrice des trypanosomes, l’autre révélatrice de lésions syphi¬
litiques, sont indépendantes. Ainsi, certains sérums, ne conte¬
nant pas de substance antinaganique, donnent cependant nette¬
ment une réaction de Wassermann positive; et inversement des
sérums à réaction négative protègent la souris contre l’infection
à trypanosomes. Une autre preuve est fournie par le liquide cé¬
phalo-rachidien ‘ à réaction positive nette, donc contenant une
globuline, et cependant sans valeur antitrypanosomique.
Nous avons essayé de retrouver l’origine de cette albumine
antitrypanosomique (ce n’est évidemment pas un anticorps micro¬
bien naganique).
Ce n’est probablement pas une substance d’origine leucocy¬
taire. Nous avons injecté à des souris infectées de nagana les leu¬
cocytes de 2 sortes de pus: pus blennorrhagique avec polynucléai¬
res ; pus de bubon chancrelleux avec globules blancs altérés. Ces
- 72? —
cellules ne contenaient pas de substance antitrypanosome. De
même pour un extrait de ganglions lymphatiques humains.
Le foie d’un foetus s’est montré inactif.
ün sait quel intérêt s’attache à la filtration et au passage des
albumines à travers certaines membranes. La globuline antitry¬
panosome ne passe pas à travers les méninges ; nous avons utilisé
sans succès plusieurs échantillons de liciuide céphalo-rachidien,
syphiliticjue ou non. La globuline ne traverse pas le rein (2 cas
d’urine albumineuse provenant de malades néphrétiques).
Par contre on décèle, en grande abondance, l’albumine antitry¬
panosome dans les sérosités pathologiques. Un liquide pleural
(pleurésie tuberculeuse) était actif à moins de i/io® de cm^. De
même pour des liquides d’hvdrocèle.
Chez un malade, le sérum contenait un peu plus de substance
thérapeutique que la sérosité de l’hydrocèle, comme s’il y avait
filtration du sérum sanguin dans la cavité de la vaginale.
Les sérums d’autres animaux, cheval, lapin, ne contiennent
pas, si on les injecte à la souris en même temps (jue le sérum de
l’homme, une substance qui gêne ou contrarie l’action préven¬
tive.
D’autre part, le sérum humain n’empêche pas l’infection typhi-
([ue de la souris; il est probable que l’action du sérum humain est
spécificpie et s’exerce seulement contre les tr}'panosomiases ani¬
males. On ne s’explique pas pourcpioi l’homme possède, irré-
gidièrement du reste, un sang curateur de ces maladies infec¬
tieuses. Ce n’est pas une raison d’immunité naturelle. En effet,
le sérum des poules, soit sérum normal, soit sérum contenant des
spirilles vivants ou des anticorps spirillaires (animaux guéris), ne
préserve pas les souris contre le nagana. L’injection à la souris
naganée d’un sérum permet de conclure à l’origine humaine de
ce sérum, s’il y a retard ou guérison de la maladie. Et c’est là un
exemple de sérothérapie où le sérum contient, naturellement, des
substances transportables à un autre animal et capables d’empê¬
cher le développement d’une maladie infectieuse.
(La boratoire du Professeur Metchnikoff.)
728 —
Etude anatomo-pathologique
des érythèmes trypanosomiasiques
Par Henri DARRÉ et Louis GÉRY.
Les érythèmes trypanosomiasiques ont été peu étudiés au point
de vue histologique. J^’un de nous a déjà donné une description
des lésions qui les constituent en se basant sur une biopsie (i).
C’est, à notre connaissance, le seul travail concernant la question.
D’après Sir Patrick Manson (2), Mott aurait démontré que l’in¬
filtration périvasculaire à petites cellules « n’est pas limitée au
cerveau et à la moelle, mais peut se retrouver dans tout le corps,
dans chacpie tissu où pénètrent les lymphatiques ». En réalité,
si l’on se rapporte aux travaux de Mott (3), on constate quoi
a surtout étudié les lésions du système nerveux et des ganglions
lymphatiques; parfois, dans un compte rendu d’autopsie, il décrit
rapidement l’état des principaux viscères; nulle part on ne trouve
mention de l’histologie des lésions cutanées.
Celles-ci, cependant, sont loin d’être banales. Ayant eu l’occa¬
sion d’étudier deux nouveaux cas, — l’un par biopsie, l’autre
à l’autopsie d’un sujet mort en pleine poussée érythémateuse, —
nous avons pensé qu’il serait intéressant de donner la description
des lésions cutanées en nous basant sur ces trois observations.
Lorsqu’on examine une coupe à un faible grossissement, l’at¬
tention est tout de suite attirée par une infiltration cellulaire
très marquée du derme, autour des vaisseaux ainsi qu’autour des
glandes sébacées et surtout des sudoripares. LY oedème assez in¬
tense a rendu les faisceaux conjonctifs homogènes et les a sépa¬
rés les uns des autres; les noyaux conjonctifs sont plus distincts
(1) Darré. Les symptômes cutanés de la trypanosomiase humaine. Anna¬
les de dermatologie et de syphiligraphie , 1908, décembre, p. 673-681. Anato¬
mie pathologique, p. 685-689.
(2) Sir Patrick Manson. Lectures on tropical diseases heing the Lane lec¬
tures for igo^. Londres, 1905, chap. V, p. 107-130.
(3) On trouvera à la fin d’un article intitulé : Histoloe;ical observations
on sleeping’ sickness and other trypanosome infections {Royal Society, Re¬
ports of sleeping sickness commission, 1906, n° 7, décembre, p. 3-40), la
bibliog-raphie des travaux antérieurs de Mott concernant l’anatomie patho¬
logique de la trypanosomiase humaine.
et plus nombreux que normalement, surtout au niveau de la cou¬
che réticulaire. Un certain degré de congestion distend les vais¬
seaux. Enfin, l’épiderme, à ce grossissement, se présente tout à
fait nommai.
Nous allons étudier ces lésions avec un peu plus de détails.
Epiderme. — Au niveau de l’épiderme, quelques cellules du
corps muqueux de Malpighi présentent une vacuolisation périnu-
cléaire ; on trouve par places de très rares polvnucléaires en dia¬
pédèse intercellulaire. Pour le reste, l’épiderme nous a paru par¬
faitement normal.
Le pro'cessus pathologic[ue se passe tout entier au niveau du
derme.
Derme. — Congestion . — Comme on l’a remarqué depuis long¬
temps, par suite des modifications cpii se passent dans les vais¬
seaux au cours de la biopsie ou au mf)ment de la mort, la conges¬
tion disparaît en grande partie. Cependant, par comparaison avec
ce cpi’on voit sur les coupes de peau normale, on peut reconnaî¬
tre qu’il existe en cas d’érythème circiné trypanosomiasique, un
certain degré de réplétion vasculaire. La congestion porte surtout
sur les vaisseaux c[ui montent du plexus sous-dermique vers le
plexus sous-papillaire, sur les- vaisseaux horizontaux qui consti¬
tuent ce plexus ; elle est moins marquée au niveau de la région
papillaire, où elle existe cependant très nettement en bien des
points. Tous les vaisseaux ne sont pas également congestionnés;
dans toutes les régions du derme on en trouve un certain nombre
qui ont conservé leur calibre normal.
Infiltration périvasculaire. — - Tous les vaisseaux ne sont pas
également atteints par l’infiltration ; ceux qui présentent les plus
gros manchons inflammatoires sont les vaisseaux qui montent du
plexus sous-dermique au plexus sous-papillaire et ceux de ce der¬
nier plexus, certains des vaisseaux de ces deux systèmes pouvant
rester indemnes. Quelquefois les manchons sont incomplets et
n’entourent qu’une partie du vaisseau. Au niveau de la couche
réticulaire, les manchons sont nombreux, mais très petits, peut-
être simplement à cause du faible calibre des vaisseaux papillai¬
res. Les lésions vasculaires s’étendent beaucoup plus profondé¬
ment qu’on ne s’y attend d’inbord. Sur le fragment prélevé à l’au¬
topsie, qui seul nous a permis d’étudier l’hypoderme, nous avons
constaté une infiltration périvasculaire très nette au niveau de la
face profonde de l’hypoderme. Souvent, l’infiltration atteint l’ar-
tère seule, mais les deux vaisseaux peuvent être atteints égale¬
ment, et mêm/e parfois, la paroi de la veine est infiltrée alors que
Tartère est normale.
La zone d’infiltration dépasse largement la gaine lymphatique
périvasculaire: atteignant en dedans la tunique moyenne de l’ar¬
tère ou de la veine, l’endothélium du capillaire, elle se perd peu à
peu, en dehors, dans le tissu conjonctif dermique.
Autour des glandes sébacées, autour des bulbes des poils, mais
surtout dans le stroma conjonctif des glandes sudoripares et aussi
le long de leurs canaux excréteurs, on trouve une infiltration con¬
sidérable. Dans un cas où les lésions d’infiltration très récentes
sont légères et bien moindres que la congestion et l’cedème, elles
prédominent très nettement au niveau des glandes sudoripares.
Cette localisation tient certainement à la très riche vascularisa¬
tion de ces glandes. Cependant, ce n’est pas un fait banal, et,
dans la svphilis où pourtant les lésions sont essentiellement péri¬
vasculaires, les glandes sont beaucoup moins lésées.
Ceci offre encore un autre intérêt au point de vue de la patho¬
logie comparée. Chez le cheval douriné, les vétérinaires savent
bien que lorsqu’on fait transpirer l’animal, la plaque cutanée
reste sèche (i). L’on retrouve histologiquement des lésions gros¬
sièrement semblables à celles de la tr-^-panosomiase : (( le tissu con¬
jonctif est infiltré de cellules rondes c{ui obstruent les acini des
glandes sudoripares », disent Nocard et Leclainchp: (2).
f>es foyers inflammatoires périvasculaires sont constitués par
des cellides de diapédèse et d’assez nombreuses cellules conjonc¬
tives.
Les cellules de diapédèse sont les plus nombreuses. Pour la
plupart, elles sont du tvpe mononucléaire, comprenant des moyens
mononucléaires et des lymphocytes avec un certain avantage de
nombre pour les premiers. Les grands mononucléaires sont très
rares et ne présentent jamais de figures de macrophagie. Les
plasmazellen ne sont pas très abondantes ; si nous en jugeons par
nos coupes, elles sont loin d’avoir, dans les lésions cutanées,
l’importance que les descriptions leur donnent dans les lésions
nerveuses. Rarement, nous avons vu des cellules assez volumi¬
neuses à protoplasma basophile, irrégulier et vacuolaire, sem-
(1) ScHXEiDER et Buffard. Recueil de médecine 'vétérinaite, 1900, p. 220-
234-
(2) Maladies microbiennes des animaux, t. II, Art. Dourine, p. 612-631.
blant etre des cellules dégénérées, bdles n’avaient pas l’aspect
des moriilar cclls de Mott.
On rencontre encore cgielcgjes hématies extravasées et des po¬
lynucléaires neutrophiles. Dans un cas, les éosinophiles ne sont
pas rares; dans un autre ils sont assez fréquents; on les rencon¬
tre isolés ou par petits groupes, comprenant parfois jusqu’à
8 éléments ; du reste, le sang des vaisseaux en montre fréquem¬
ment.
Deux fois, les clasmatocytes sont abondants et présentent sou¬
vent des prolongements très marqués. Dans un troisième cas où
les lésions sont plus récentes, ils sont extrêmement rares.
Les cellules conjonctives sont du tvpe différencié, reconnais¬
sables à leur protoplasma abondant, fusiforme, plus ou moins
basophile, à leur novau oblong.
Au niveau des vaisseaux malades, les cellules endothéliales sont
presque toujours fortement tuméfiées, présentant un gros noyau
relativement clair. Leur protoplasma est faiblement basophile. El¬
les peuvent faire saillie dans la lumière du vaisseau, mais jamais
nous n’avons noté d’h\’perplasie à tendance oblitérante.
La cvtologie des fovers inflammatoires périglandulaires ne dif¬
fère pas de celle cjue nous venons de décrire.
Autour des vaisseaux profonds de l’hypoderme l’infiltration
était presque exclusivement mononucléaire, sans réaction conjonc¬
tive. Mais, comme il en était de même, dans ce cas, au niveau du
derme, il est permis de penser ([ue cette particidarité tient sur¬
tout à ce que les lésions dataient de quelques jours seulement.
Tissu conjonctif . — Les cellules conjonctives sont en état de
réaction légère, mais manifeste, surtout au voisinage des man¬
chons périvasculaires et dans la couche réticidée : elles sont tumé¬
fiées, basophiles et proliférées. Nous avons vu très exceptionnel¬
lement une cellule à deux novaux. Les clasmatocytes sont nom¬
breux, surtout dans les zones où la réaction conjonctive est le plus
marquée. Par contre, les cellules de diapédèse isolées, a essai-
mées » dans le derme, nous ont paru peu nombreuses.
T>e réseau élastique est sensiblement normal. Cependant, dans
le cas le plus ancien, les fibres élastiques nous ont paru un peu
clairsemées au niveau des papilles (i).
(i) Une planche où sont exactement fig’urées les lésions des érythèmes
circinés trypanosomiasiques a été publiée dans la thèse du D’' L. GÉry,
Paris, 1910.
En résumé, ces lésions, à part certains points de détail, ne sont
pas absolument particulières à la roséole trypanosomiasique et
sont assez analogues à celles de la roséole syphilitique. Cepen¬
dant, l’analogie ne va pas jusqu’à l’identité. La grosse différence
est l’intensité beaucoup plus considérable que présentent les lé¬
sions syphilitiques plus avancées, les lésions papuleuses, parexem-
})le. Mais, même si l’on compare des lésions d’intensité compara¬
bles, les roséoles papideuses de l’une et l’autre affection, des dis¬
semblances restent manifestes. Dans la syphilis, l’inflammation
est plus brutale, plus massive, frappe plus le tissu conjonctif et
lèse plus profondément les endothéliums vasculaires qui pren¬
nent çà et là une allure hyperplasique et une tendance oblitérante
qu’ils n’ont pas d.'ms la trypanosomiase. Dans la syphilis, les
plasmazellen sont plus nombreuses, les cellules multinucléées
moins rares. Les deux processus pathologiques sont voisins,
mais de nombreimes différences de détails font que chacun garde
un certain degré d’individualité.
Sur l’action préventive et curative
de l’arsénophénylglycine dans les
trypanosomiases expérimentales et
en particulier dans les infections à
'' Tr. gambiense ” (2^ note)
Par F. MESNIL et J. KERANDEL.
A la séance de juillet 1909 de la Société, nous avons donné
nos premiers résultats sur l’action préventive et curative de l’arsé¬
nophénylglycine dans les infections expérimentales à T. gam-
hiense. Ces résultats, les premiers publiés concernant T. gam-
hiense, étaient particulièrement favorables. Ils ont été confirmés
par Breinl et Nierenstein (i) et par Beck (2).
Nous avons eu depuis l’occasion de les compléter, tant en pour-
(1) Atm. of trop. Med. a. Parasit., t. III, nov. 190g.
(2) Arb. a. A. Kais. Gesundheitsamte , t. XXXIV, août 1910.
- 733 -
■suivant l'examen de nos animaux déjà traités, qu’en instituant
quekjLies nouvelles expériences.
Action préventive. — Nous réunissons dans un tableau toutes
nos expériences de prévention chez les singes ; les 2 dernières seu¬
les sont inédites.
L’ensemble de ces résultats corroborent ceux des expériences
déjà pu!:)liées. Ils montrent cpie, même à la faible dose de 5 cg.
par kg., l’a. ph. gl. protège encore, donné 3 jours avant le virus.
Ces faits s’harmonisent très bien avec, ceux concernant l’élimina¬
tion du médicament et en particulier avec le travail cjue Ten¬
dron, à l’hôpital Pasteur, a fait à notre demande, et cpii a paru
dans le Bulletin de la séance de décembre 1909 de la Société.
Donné 3 jours après, l’a. ph. gl. n’a pas protégé suffisamment,
puisc[ue le singe s’est infecté après une incubation de 39 jours.
Mais, dans ce dernier cas, on demandait, en réalité, au médica¬
ment d’agir comme curatif, puisque, d’après l’état du témoin, le
singe était à la veille de montrer des Trypan. à l’examen direct
du sang; il était, en somme, déjà infecté.
Au total, nous n’avons rien à changer à notre conclusion: une
dose de 5 cg. par kg., donnée tous les 5 jours, est suffisante pour
empêcher une forte infection intercurrente du macaque par T.
^am bien se.
Action curative. — Nous avons déjà donné l’histoire de 3 sin¬
ges, que nous avons traités par l’a. ph. gl., alors que la maladie
était déjà avancée. Nous la compléterons ici.
Deux d’entre eux n’ont jamais rechuté. L’un d’eux a été sacri¬
fié mourant (diarrhée sanglante) le 20 octobre 1909, soit 6 mois 1/2
5i
après la disparition des tr3'panosomes ; même après centrifugation
du sang, aucun parasite n’a pu être observé; 5 rats inoculés res¬
pectivement avec 5 cm^ de sang, des émulsions de foie, de rate,
de moelle osseuse, de substance cérébrale, ne se sont pas infec¬
tés. — L’autre singe était encore vivant et pesait 3.380 g. (au lieu
de 2.200) le 11 novembre 1910, au moment où il a été éprouvé par
une inoculation de T. gambiense : il a contracté une infection en¬
core en cours (i).
Le 3® singe avait eu une rechute au bout de 26 jours, que nous
avions traitée par une nouvelle dose d’a. ph. gl. ; depuis, il était
en bonne santé. Le 7 janvier 1910, il pèse 2.700 g. (au lieu de
2.340). 11 est tué par ses compagnons à la fin de janvier, très vrai¬
semblablement guéri .
Ainsi donc, 3 guérisons sur 3, dont 2 d’emblée.
Depuis notre i’’® publication, nous avons eu l’occasion de traiter
2 autres singes.
I. L’un d’eux {Macaciis rhésus) était infecté depuis 44 jours et était certai¬
nement à la dernière période de la maladie. Son poids était tombé de 2.900 g.
à 2.200. 11 a reçu le 19 juillet 1909 une dose d'a. ph. gl. de 12 cg. par kg.
Déjà après 2 jours, on constate une amélioration de l’état général, et au bout
d’une semaine il a repris son agilité. Les examens trihebdomadaires de sang
sont négatifs. Le poids se relève et atteint 3 kg. 350 à la fin d’octobre 1909.
Le singe paraît guéri. Mais, en janvier 1910, le poids n’est plus que de
2 kg. 950. L’animal paraît moins bien portant ; pourtant, l’examen micros¬
copique du sang est toujours négatif. Au commencement de mars, l’un de
nous et le D"" Lebœuf notent de l’autoagglutination des hématies. Nous re¬
cherchons des trypanosomes avec un nouveau zèle et finissons par en trou¬
ver de très rares, à deux reprises seulement, les 15 et 21 mars ; puis plus
rien (2). L’animal continuant à être abattu, nous songeons à une infection
localisée aux méninges. Le 18 avril, le Lebœuf réussit une ponction lom¬
baire qui donne i cm^ d’un liquide limpide, sans trace de sang ; nous ju¬
geons que le meilleur emploi à faire de ce liquide est de l’inoculer à un rat :
il ne s’infecte pas. Un autre rat fait le 30 avril avec du sang du singe, ne
s’infecte pas non plus. L’état général de l’animal se relève ; l’autoaggluti¬
nation disparaît ; il pèse 3.050 g. en juin, 3.310 g. en octobre 1910. Il a
donc guéri spontanément, fait unique dans la longue série de singes que
l’un de nous a eu l’occasion d’inoculer depuis 5 ans, avec le virus de la
même origine. Nous avons recherché si ce singe avait l’immunité. Réinoculé
le iS octobre, en même temps qu’une série de singes de même espèce, il ne
s’est pas infecté, alors que les témoins contractaient, après 4 jours d’incu¬
bation, l’infection subaiguë que nous sommes habitués à observer.
II. Chez un autre singe (Cyniomolgus fusciciilaris), traité au 23® jour de son
infection, toujours avec 12 cg. par kg., nous avons eu 2 rechutes successives.
Traité le 31 juillet 1909, il a rechuté pour la première fois le 8 septembre.
(1) Il vient d’y succomber en 39 jours.
(2) Mesnil a fait allusion à ce cas à la .séance du 13 juillet 1910 de la
Société (V. Btdleîin, t. III, p. 442).
— ']'6b —
'l'raité à nouveau à la même dose, le 13 septembre, il rechute le 8 octobre.
Il reçoit le 9 octobre une dose plus forte (14 cg. par kg.). Il meurt le
29 octobre, sans avoir montré à nouveau des Trypan. Le sang du cœur
n’est pas infectant pour le rat. Il est probable que, si ce singe n’avait pas
succombe à une affection intercurrente (? œsophagostomose de l’intestin),
il eût guéri de sa trypanosomiase comme l’ont fait plusieurs des macaques
de Mesnil, Nicolle et Aubert (i), sujets aux récidives.
Le premier de ces 2 singes nous paraît intéressant à un double
titre.
i" 11 a présenté une rechute tardive, au bout d’un temps que
l’on peut évaluer cà 6 mois, et après une période d’état qui en im¬
posait pour la guérison. Dans l’histoire des rats de Mesnil, Ni¬
colle et Aubert (i), il y a des périodes de cette durée; pour les
singes, la plus longue signalée a été de 98 jours. Mais, depuis la
publication du mémoire donnant les résultats tardifs de leurs re¬
cherches (2) et alors Cju’ils considéraient l’expérience comme ter¬
minée, ces auteurs ont eu à constater une nouvelle rechute sur
un de leurs singes (d/. cynomolgus n° 61) qui a succombé, avec
des trvpan. dans le sang, 16 mois après la dernière intervention
médicamenteuse. Le moment de la rechute n’a pu être précisé
exactement; mais on peut évaluer approximativement à 15 mois
la période C|ui l’a précédée. Ces résultats, à la vérité peu frécjuents,
montrent une fois de plus avec quelle prudence il faut affirmer
une guérison.
2° La rechute de notre singe a été bénigne, alors que l’infec¬
tion normale du singe avec notre virus est subaiguë, durant de
20 à 60 jours, et se terminant toujours par la mort. 11 n’y a nul
doute, nous semble-t-il, que la bénignité de cette rechute ait été
en rapport avec le traitement subi par le singe. Les rapports en¬
tre l’organisme et le trvpanosome ont été modifiés de ce fait et
l’organisme, — peut-être parce que sa résistance, même mani¬
feste dans les infections aiguës qui durent c|uelcj[ues jours, s’est
trouvée augmentée, — • a pu avoir le dessus. IA, en même temps,
il a acquis l’immunité. Nous nous trouvons donc en présence du
fait suivant: un animal traité, qui n’a pas été « stérilisé » com¬
plètement comme consécpience immédiate de son traitement, a pu
ensuite, par ses propres forces, vaincre une récidive et il a ac¬
quis de ce fait l’immunité.
Nous sommes ainsi amenés à considérer deux catégories parmi
les animaux traités qui guérissent: ceux qui guérissent sous l’in-
fi) Anu. Inst. Pasteur, t. XXI, jnnv. 1907.
(2) IbicL, déc. 1907.
736 —
fluence directe du médicament et qui n’ont acquis de ce fait au¬
cune immunité ; et ceux, beaucoup plus rares, au moins dans les
expériences de laboratoire, qui guérissent alors qu’ils ne sont plus
sous l’influence directe du médicament. Dans le cas que nous ci¬
tons, la guérison s’est accompagnée d’immunité. Nous croyons
C|ue pareille immunité se présentera, dans ces cas, aussi souvent
que chez les animaux c}ui guérissent naturellement.
Mesnil a déjà eu l'occasion de citer, à la séance de juin (i), le
cas des bovidés infectés de Surra et traités à Alfort, par notre col¬
lègue Lafont. 3 sur 4 de ces bovidés traités ont guéri, sans doute
par suite de l’intervention médicamenteuse, car les 2 témoins ont
succombé. Ils n’ont probablement pas guéri sous l’action directe
du médicament ; pour l’un d’entre eux, il a été établi que le sang
était encore infectieux pour le chien plusieurs mois après la ces¬
sation du traitement. Ces bovidés se sont montrés immunisés.
11 faut sans doute interpréter de même le cas des singes que
Wkndelstadt et Mlle Feliaier ont guéris soit par l’association
vert brillant-a. arsénieux, soit par celle vert brillant-atoxvl et qui
ensuite se sont montrés immuns.
Nous signalerons pour terminer quelques autres résultats de
traitements par l’a. ph. gl veine.
Nous avons traité une nouvelle série de 6 rats infectés de T.
gamhiense. Cette fois, 3 rats sur 6 ont été définitivement guéris
par une seule intervention (dose i cg. 5 par 100 g.), tardive; les
3 autres ont rechuté au bout de 35, 56 et 70 jours; les témoins
ont succombé en 13 et 15 jours.
Chez les souris infectées de la race dite <( Nagana ferox » par
Ehrlich, nous avons eu 6 guérisons sur 6 par une seule interven¬
tion : dose de 3 mg. pour 18 g., donnée 36 h. avant la mort des
témoins, survenue en 3 j. 1/2.
Avec les cobayes infectés de T. togolense, dont nous avons
déjà parlé dans notre première note, nous avons signalé que les
4 cobav'es traités paraissaient guéris, l’un après 2 interventions (la
seconde nécessitée par un rechute), les 3 autres après une seule
intervention (dose S cg. par kg.) ; l’un de ces derniers est mort
sans trypanosomes, 65 jours après l’intervention ; les 3 autres ont
été gardés vivants des mois et n’ont jamais montré de trypan. Les
témoins ont succombé en 70 et 87 jours.
(i) Ce 71 1/7?., p. 378.
— 737
Avec le Siirra de l’Inde chez le cobaye, une intervention uni-
({ue par l’a. ph. gl. (S cg. par kg.) n’a pu éviter la rechute.
Contribution à l’étude des filarioses
en Nouvelle-Calédonie
Par C. NICOLAS.
J’ai l’honneur d’adresser à la Société de Pathologie exotique,
une modeste (( Contribution à V étude des filarioses en Nouvelle-
Calédonie ».
C’est, avec cette note, un colis postal contenant :
i" Lm cœur de chien infecté de filaires adultes,
2° 'Frois préparations de microfilaires provenant de prises de
sang humain.
Le chien dont provient ce cœur a été malade un peu plus d’un
an. Pendant lo à 12 mois: tristesse, amaigrissement, essouffle-
nient rapide, inaptitude de plus en plus prononcée aux longues
courses, poil terne, diarrhée sanglante fréquente; puis, rapide¬
ment, œ'dème des membres, plaie ulcéreuse à une patte, hydropi-
sie, tachycardie arythmique et mort. Telle est sommairement son
observation qui m’avait fait porter le diagnostic de cardiopathie. A
noter, symptôme que je me suis rappelé seulement par la suite, de
la chvlurie fréquente (aspect laiteux des urines) et cela depuis
près de deux ans avec des intermittences.
La mort eut lieu et l’autopsie faite malheureusement pendant
mon absence (tournée mensuelle), par Nicolas qui, sachant le
diagnostic porté, se borna à constater de l’ascite, un foie énorme
polykystique, un abondant épanchement citrin clair dans le péri¬
carde, et enleva le cœur qu’elle eut la surprise de trouver rempli
de filaires grouillantes que l’alcool a fixées dans leur fuite et leur
enchevêtrement à travers les orifices du cœur.
Cette filaire du chien est connue depuis longtemps en Nouvelle-
Calédonie, mais il m’a semblé qu’elle différait légèrement de la
Filaria Bancrofti, au moins par sa longueur, car j’ai mesuré deux
femelles, je crois, de 15 cm. (au lieu de 10 d’après IVIanson).
Je laisse à de plus compétents le souci de dire si cette filaire
- 738 -
si fréquente ici chez le chien est bien la forme adulte des filaires
que l’on rencontre plus rarement dans le sang de l’homme.
Si la Microjilario Bancrofti ou forme embryonnaire et humaine
n’a pas encore été décrite en Nouvelle-Calédonie, cette note et les
lames ci-jointes acquerront par là un peu d’intérêt; mais nous
l’ignorons.
Les trois prises de sang ont été faites le soir, chez un homme
de couleur atteint de chvlurie. Malheureusement, cet homme se
dérobe à nos soins, ne comprend pas le français ou ne veut pas
répondre, et les préparations et colorations faites dans la brousse,
à 70 km. de notre résidence, laissent à désirer. Cependant, telles
qu’elles sont, la petite lame n° i montre nettement vers son cen¬
tre une microfilaire analogue à la Filaria nocturna.
Remarques au sujet de la note de M. Nicolas
Par A. RAILLIET et A. HENRY.
La Pilaire du cœur du chien recueillie par M. le D'’ Nicolas
n’est autre que la Pilaire cruelle (Filaria immilis Leidy), que Lang
et Noc avaient déjà rencontrée, en Nouvelle-Calédonie, non seu¬
lement dans le cœur droit et les artères pulmonaires, mais aussi
dans le cœur gauche, dans les veines caves, dans les veines pul¬
monaires, et même dans les bronches (?). (Archives de Parasiiol
VU, 1903, p. 377). C’est, du reste, une espèce cosmopolite.
Mais elle n’est nullement parasite de l’homme. Si beaucoup
d’ouvrages modernes la mentionnent à ce titre, c’est par suite
d’une erreur bibliographique. Un travail de Bowlbv sur des cas
de Bilharzia, publié dans la Lancet (vol. 1, 20 avril 1889, P* 7^6),
a été analysé par Kurth, dans le Centralblatt fiir Bakteriologie
(vol. VI, 1889, p. 190), sous le titre: (( Mittheilung über 2 Fàlle
von Filaria immitis beim Menschen », et de là est venue l’erreur
qui s’est rapidement répandue.
A la vérité, Max Braun (Die ihierischen Parasiten des Men¬
schen, 2* éd., 1895, p. 221) a rapproché des prétendues observa¬
tions de Bowlby un cas de Filaires indéterminées qu’il avait ob¬
servées à Dorpat, en 1885, dans les veines d’un sujet de dissec-
tion ; mais rien n’autorise à penser que ces vers non étudiés aient
pu se rapporter à la Pilaire cruelle.
Au surplus, celle-ci est entièrement différente de la Pilaire de
IPxNCROFT {Filaria Bancrofti Cobbold) qui, en fait, est un parasite
du système lymphatique et non du système sanguin. Par consé¬
quent, il n’y a aucun rapport à concevoir entre l’infection vermi¬
neuse cardio-vasculaire des chiens et les embrvons de Pilaires du
sang luimain.
La Microfilaire recueillie par M. Nicolas dans le sang d’un
Néo-Calédonien, est pourvue d’une gaine. Elle est peu sinueuse,
possède une queue droite et mesure 169 y de long (avec la gaîne
240 |.i), et 7 y 8 d’épaisseur. Ce sont là des caractères qui seraient
insuffisants, évidemment, à assurer une détermination précise,
si l’on ne savait que le malade était atteint de chylurie. Il faut
dire que les dimensions de la Microfilaria Bancrofti indiquées
par les auteurs, sont assez variées, mais, en général, très supé¬
rieures. Manson, par exemple, indique 292 y sur 8 y 4, ou 330 y
sur 7 à 8; d’autres donnent des chiffres plus ou moins rappro¬
chés ; mais on néglige toujours de dire si les parasites étaient
morts ou vivants au moment de la préparation, s’ils étaient colo¬
rés ou non, si l’embryon a été mesuré avec ou sans sa gaine.
CoBBOLP, qui, le premier, a décrit la Fiîaria Bancrofti, attribuait
aux embryons une longueur de 126 à 202 y, sur une épaisseur de
8 y 4 à 10 y. Dans les urines d’un sujet atteint en même temps
de bilharziose, il en a trouvé de 169 y sur 8 y 4 (i).
En somme, il semble bien que la Microfilaire observée par
M. Nicolas réponde à la forme Microfilaria nocturna, c’est-à-dire
à l’embryon de Filaria Bancrofti.
Ce n’est du reste pas la premièi*e fois C{ue ce parasite est signa¬
lé à la Nouvelle-Calédonie. Lang et Noc, dans le travail ci-des-
sus mentionné, l’ont trouvé 4 fois sur 117 examens pratiqués en
une vingtaine d’années sur des indigènes et des Européens.
(i) On trouve les mêmes chiffres (164 y sur 8) relevés par Taniguchi dans
l’hémato-chylurie du Japon, et cela tendrait déjà à rapprocher sa filaire de
celle de Bancroft ; mais la ressemblance des deux formes apparaît surtout
à la comparaison des figures de l’adulte données par Cobbold et par le mé¬
decin japonais. A notre sens, il est bien difficile d’admettre, sans plus ample
informé, l’autonomie de la Filaria Tanignchii Penel.
740 -
Note au sujet d'une petite tumeur
constituée par un « Ver de Guinée » enkysté
Par EMILY.
Le (( Ver de Guinée » a été étudié ces dernières années, et de¬
puis la découverte de Fedschenko, il semble que tout a été
dit sur son compte.
Néanmoins, la petite tumeur ci-jointe me paraît mériter de re¬
tenir quelques instants l’attention. Elle est intéressante à plus
d’un titre.
Cette tumeur est constituée par un (( Ver de Guinée » enkysté.
Elle a été trouvée au cours d’une opération pour cure radicale
de hernie pratiquée à l’hôpital de Dakar, il y a cpielques jours, sur
un spahi sénégalais provenant de Mauritanie. Elle était adhérente
au sac herniaire, et très probablement communiquait avec lui.
Au moment où elle a été détachée elle avait été prise pour un
ganglion lég'èrement ramolli. Un coup de ciseau donné discrè¬
tement a instantanément révélé sa nature tout autre. Par la
petite brèche se montrait, en effet, un véritable peloton de ficelle
de moyenne grosseur, blanc nacré, et sans mouvement. Dans
mon expérience déjà assez grande du « Ver de Guinée », il ne
m’était jamais arrivé d’en voir un d’une façon aussi nette.
Tous les auteurs ont signalé que le dragonneau femelle se dé¬
veloppe dans le tissu conjonctif, et cpi’une fois formé, il se fraie
un chemin à travers ce tissu pour arriver à la peau qu’il perce,
de façon à éjaculer au dehors les myriades d’embryons que con¬
tient son utérus. Une fois celui-ci vidé, le ver meurt et est rejeté
d’un seul coup, ou bien résorbé dans les tissus. C’est là l’évolu¬
tion complète. Mais il peut arriver, pour une raison ou pour une
autre, que la mort se produise dans les tissus mêmes, avant que
le ver ait parcouru le cycle entier de ses transformations. Il n’est
pas rare chez les noirs des régions à dragonneau, de trouver sous
la peau de petites tumeurs dures formées par un (( Ver de Gui¬
née » calcifié.
C’est un ver ainsi calcifié qui occupe le centre de la petite tu¬
meur que j’étudie. Nul doute n’est possible à cet égard. C’est un
parasite adulte, qui mesurerait bien, s’il était déroulé, près d’un
— 74^
mètre de long. Il paraît parfaitement constitué, et sa grosseur qui
est celle d’un fil de catgut très gros, semblerait indiquer qu’il ne
s’était pas vidé de ses embr3mns. Quelle cause peut l’avoir em¬
pêché d’atteindre la peau à proximité de laquelle il était pour¬
tant situé ? A-t-il été gêné par le voisinage de la hernie, com¬
primé par elle, étouffé? C’est possible.
hhi tous cas cet emplacement doit être tout à fait exception¬
nel, je ne l’avais pas encore rencontré, et ne l’ai vu signalé nulle
part. C’est là une des particularités de cette communication.
11 en est une autre plus importante et qui a trait à la thérapeuti¬
que employée contre le dragonneau.il suffit d’avoir vu ce ver en¬
kysté sans sa poche, enroulé sur lui-même comme une vraie pelote
de ficelle, pour se rendre compte de la facilité avec laciuelle, à ce
stade de son développement, il peut être atteint et détruit par le
mode de traitement que j’ai préconisé dès 1894. J’ai rapporté
alors, que de nombreux tirailleurs avaient pu être débarrassés
de leur parasite par une seule injection de bichlorure de mer-
('ure au millième faite au sein de la tumeur bosselée que formait
le ver, sous la peau. La pièce qui accompagne cette note donne
l’explication de guérisons pareilles, que d’autres médecins, d’ail¬
leurs aussi bien Français qu’étrangers, ont obtenues comme moi.
Aujourd’hui que le mode de propagation du <(Ver de Guinée »
par l’eau de boisson est admis, c{ue le rôle joué par l’hôte inter¬
médiaire, le Cyclops quadricornis, est connu, le traitement par
les injections de Van-Swieten paraît être plus que jamais le trai¬
tement de choix. En effet, en même temps qu’il tue cet impor¬
tun parasite, il tue ég'alement les innombrables germes qu’il con¬
tient, et réalise ainsi la vraie prophvlaxie du Dracunciihis medi-
iicnsis.
àl. Marchoux. — M. Emily adresse, pour prendre place dans
le musée de la Société, un flacon contenant le kvste. cpi’il a ex¬
trait et dans lequel on peut voir le ver de Guinée pelotonné.
- 742 —
Quelques notes sur une épidémie
de béribéri à la Côte d’ivoire
Par F. SOREI..
A la fin du mois de septembre, j’étais envoyé en mission dans
une partie de la colonie sans médecin (région d’Adzopé) où sévis¬
sait une épidémie assez meurtrière.
L’examen des premiers malades me fixa sur le diagnostic: les
symptômes cliniques de paralysie des extenseurs des jambes,
d’abolition du réflexe rotulien, d’affolement du cœur, de dysp¬
née intense et d’œdème généralisé laissaient peu de doute sur
la nature de la maladie. A s’en rapporter aux signes cliniques,
il s’agissait de béribéri, se présentant dans la majorité des cas
sous forme de béribéri humide. Cette maladie régnait dans la
région à l’état épidémique depuis 5 à 6 mois et, au dire des indi¬
gènes, le nombre des morts aurait atteint 900 environ (80 % des
malades).
Bien que nous ne sachions pas que le béribéri ait encore été
signalé à la Côte d’ivoire, les renseignements recueillis nous per¬
mettent de croire qu’il règne à l’état endémique, parmi ces po¬
pulations de la forêt, depuis assez longtemps déjà. Ce qui effrayait
les indigènes, ce n’était pas la maladie même qu’ils connais¬
saient, mais la diffusion inaccoutumée qu’elle avait prise.
Je signale d’abord un point intéressant: dans cette -partie de la
Côte d’ivoire l’usage du riz est totalement inconnu, les noirs se
nourrissent de bananes, de patates, d’herbes cuites, de maïs et
d’énormes escargots, que l’on trouve en grande quantité dans la
forêt; ces escargots sont mangés crus ou très légèrement grillés.
4
L^n autre point a retenu mon attention: chez les 21 malades
que j’ai examinés, un symptôme prémonitoire de la maladie a été
las troubles intestinaux et souvent une diarrhée sanguinolente. Je
l’ai attribuée à la présence d’ankylostomes chez ces malades:
chez tous, en effet, l’examen microscopique des selles montrait
des œufs de ces parasites en grande quantité. L’uncinariose rè¬
gne dans cette région d’une façon inquiétante (75 % des habi-
— 743 —
tants hébergent œs nématodes). Nous attribuons cette infec¬
tion à l’habitude déplorable qu’ont les indigènes de manger de
la terre (le géophagisme est, d’ailleurs, répandu dans toute la
Côte d’ivoire, et à Bassam, Bingerville et Moossou nous avons
trouvé, mais dans une proportion moindre, des porteurs d’an-
kylostomes).
La terre est façonnée en boulettes, en cubes, en vagues for¬
mes d’animaux, ces petits pains séchés au soleil et légèrement
grillés sont ^vendus sur les marchés; les noirs les mangent com¬
me friandises.
Le fait clinique des troubles intestinaux presque toujours cons¬
tatés (je ne parle que pour l’épidémie présente) comme symptô¬
me prémonitoire, ne peut-il pas faire penser avec Noc, que l’un-
cinariose joue un rôle dans certaines formes de béribéri ou d’af¬
fections simulant le béribéri. Le grand nombre des petits trau¬
matismes intestinaux, causés par les ankvlostomes (auxquels nous
rattachons la diarrhée de ces malades), pourrait peut-être devenir
sinon la cause déterminante, au moins une cause occasionnelle
de la maladie ?
Si la maladie régnante est devenue, cette année, une épidémie,
la guerre en est la cause. C’est en effet parmi les populations qui
ont été le plus durement éprouvées par les opérations des colon¬
nes, que l’affection a sévi le plus rigoureusement. Ces popula¬
tions sont déjà misérables; les tirailleurs, en brûlant les villages,
ont forcé les survivants fugitifs, souvent blessés, malades et man¬
quant de beaucoup de choses, à se réfugier loin dans la forêt,
dans leurs plantations.
Lfn détail donné par les indigènes mêmes, doit être noté: (( les
autres années, m’ont-ils dit, quand nous voyions un malade sem¬
blable à ceux-ci, de suite nous l’isolions; et plus personne n’était
atteint. Cette année nous avons dû les garder avec nous ».
Isoler un homme, c’était, en effet, le vouer à la mort, ou s’ex¬
poser à ce qu’un malade, découvert par des soldats en marche,
ne donnât des indications sur les endroits où les fugitifs s’étaient
réfugiés.
L’isolement des malades est pratiqué ici couramment (surtout
pour la variole). Dès qu’un sujet est atteint, on l’éloigne immé¬
diatement de la collectivité en l’envoyant à plusieurs kilomètres
dans une clairière de la forêt. Chaque jour, on apporte du, vil-
— 744 —
1
lage, à line certaine distance de sa hutte, ce qui lui est néces¬
saire : un cri le prévient cgie ses provisions sont arrivées ; les por¬
teurs s’en vont et après leur départ seulement, le malade vient
chercher ses vivres. Durant tout le cours de sa maladie il n’a donc
aucune communication avec les autres. Un semblable isolement,
pratiqué les années précédentes,^ avait contribué certainement à
empêcher la diffusion de la maladie. Cette année, au contraire,
les fatigues, les privations, un parasitisme intestinal sans doute
plus intense (puisque les indigènes pour n’ôtre point surpris al¬
lumaient rarement des feux et se nourrissaient souvent d’ali¬
ments crus), la guerre enfin empêchant l’isolement des malades,
tout a contribué au développement de l’épidémie.
J’eus de plus la preuve cpi’en beaucoup de cas, ce furent les
porteurs de plaies, blessures ou ulcères (jui, parmi les gens vi¬
vant à proximité d’un malade ont été contaminés.
lit l’on est amené à se demander si la forme de béribéri que
j’ai observée, n’est point une maladie microbienne: l’entrée du
virus dans l’organisme serait favorisée par toute solution de con¬
tinuité soit des muc|ueuses (parasites intestinaux), soit de la
peau.
Mon voyage trop court, ne m’a point permis d’approfondir ces
points.
Pour enrayer cette épidémie, je n’ai proposé à l’Administration
que des mesures d’hvgiène générale se résumant ainsi :
1° h'mpêcher par tous les moi'ens possibles les indigènes de
manger de la terre.
2° Essayer d’introduire dans leur alimentation du riz rouge
non décorticjué ou autres substances riches en phosphates. Cette
mesure s’imposait, étant donné le diagnostic porté et l’action
bienfaisante du riz mal décortiqué, signalée en Extrême-Orient,
3° Débrousser tout autour des villages pour augmenter l’aéra¬
tion et diminuer l’humidité.
4° Créer des fosses public{ues loin des points oii les indigènes
vont puiser leur eau.
5° Essayer d’améliorer graduellement l’hvgiène générale des
individus, soit en les faisant visiter par des médecins mobiles et
diriger par des moniteurs indigènes qui leur enseigneraient les
notions élémentaires de l’hygiène, soit en chargeant de ce rôle
— 74^ —
les Administrateurs, Instituteurs ou autres Ijlancs, vivant en
contact avec eux.
{Travail du Laboratoire de Grand-Bassam.)
Présence de Tankylostomose à la Côte d'ivoire
Par NEVEUX.
Nous avons observé à la Côte d’ivoire trois enfants mangeurs
de terre, l’un à Kaouara (village dvoula), cercle de Koroko, le
second à Toumiané (village baoulé), cercle du Baoulé Sud, le
troisième à Mossou (village abouré, sur la lagune). Ils avaient
d’autre part les conjonctives palpébrales absolument blanches.
Nous avons trouvé des œufs d’ankvlostomes dans leurs selles;
m.ais nous n’avons pu leur donner de thvmol et recueillir ainsi
des adultes.
Chez un quatrième enfant, à Kaouara, ne mangeant pas de
terre, mais atteint d’ascite (i), nous avons également rencontré
des œufs d’ankylostome.
AI. Rodriguez a examiné les selles de ce dernier enfant, rap¬
portées dans du formol. Selon lui, il s’agit vraisemblablement
d'Uncinaria duodenalis, car les œufs, assez bien conservés, sont
de 45 U à 6o y de long, et régulièrement ovalaires.
Scorbut et Béribéri à Akjoucht (Mauritanie)
(Mai-septembre 1908)
Par L. COUVY.
De mai à septembre 1908, une épidémie de scorbut et béribéri
a sévi sur la garnison d’Akjoucht (Mauritanie). Cette garnison
(i) Selon M. Delafosse, le Korté est un empoisonnement par de la pou¬
dre de tali {Erythrophleum guineense) placé en dessous de l’ongle et obtenu
en trempant le pouce dans la calebasse renfermant la boisson. Mais dans
la circonscription de Tombougou, les indigènes désignent des enfants atteints
d’ascite comme empoisonnés par le Korté.
Il importe également de rechercher si la maladie appelée danéïel par
les peuls du Boundou (Sénégal), ne relève pas de l’ankylostomose.
— 746 -
(il Européens et 150 indigènes) vivait dans des conditions hy¬
giéniques normales: ni entassement, ni surmenage, ni privatio'ns,
vie saine sous la tente, dans un pays sans pluie, dans un camp
d’occupation récente. Seule la qualité de l’eau laissait à désirer;
[résidu sec, i gr, 40; chlorure, i gr. 50].
gnostic ; ils présentaient tous les symptômes d’un béribéri typi¬
que à forme humide. Mais à partir du 5 juin, nous pouvons, chez
la plupart des nouveaux malades, songer, en outre, à la présence
du scorbut, et, en effet, vers le 20 juin, nous voyons, chez beau¬
coup d’entre eux, apparaître les lésions pathognomoniques de
cette affection. Et dès lors nous assisterons à l’évolution des
2 maladies côte à côte, mais le plus souvent superposées ; et,
d’une façon générale, nous verrons les symptômes du béribéri
s’installer subitement, menaçant l’existence, chez des malades
présentant déjà les signes clini(|ues du scorbut.
2^* Européens.
8 juin: 4 malades. 21 juillet: 9 malades.
15 juillet: 6 malades. 15 août: ii malades (sur ii).
Les Européens ont fous été atteints du scorbut, mais n’ont ja¬
mais présenté aucun svmptôme de béribéri.
IhÎRiBÉRi. — Dès rétablissement du diagnostic de béribéri,
23 mai, le riz fut supprimé de l’alimentation des malades, et rem¬
placé par du bisctiit. Sans aucun traitement, par cette seule me¬
sure, tous ont vu leurs symptômes régresser, puis disparaître en
quelques jours. Le 20 juin, le bisctiit étant épuisé, les 124 mala¬
des, alors en traitement, furent à nouveau alimentés en riz: dès
le 22 rechute nette, aggravation confirmée chez une trentaine,
avec syncope de plus de 12 heures chez l’un d’eux et troubles pa¬
ralytiques. L.e 23, l’aggravation se montre chez 88. Cette rechute
— 747 —
s’est produite chez des hommes en pleine convalescence. Le
23 juin, on distribuait aux malades les plus atteints le mil des¬
tiné aux chevaux du poste. L’amélioration était déjà manifeste
et générale, les 29 et 30 juin, lorsque, le i®'’ juillet, après épuise¬
ment du mil, on dut revenir à la distribution du riz: dès le 3,
17 aggravations, avec symptômes cardio-respiratoires inquiétants.
Le 6, le chiffre des rechutes atteint 66, quelques jours après 83,
Devant ces accidents, une ration de 350 gr. de farine fut substi¬
tuée au riz pour les malades les plus graves. Encore une fois, en
peu de temps, l’état général s’améliore, les troubles cardiaques
s’amendent. Mais les faibles approvisionnements n’ont jamais
permis de continuer jusqu’à guérison complète le régime appro¬
prié: dès qu’un malade, amélioré, n’était plus en danger immé¬
diat, force était de lui faire reprendre l’alimentation par le riz,
fatalement suivie d’une re('hute. I^nfin, le 23 août arrive un con¬
voi de mil et biscuit, et dès lors tous les béribériques ont pu tou-
('her, sans interruption, leur ration en biscuit à l’exclusion de riz.
A cette suppression absolue du riz a correspondu une améliora¬
tion rapide, sans à coup, sans rechute, et le 15 septembre, tous
les symptômes béribériques graves avaient disparu chez la tota¬
lité des malades.
Nous avons eu 5 décès à enregistrer: ils se sont produits les 9,
17, 22 août, c’est-à-dire pendant la période oii nous avons man¬
qué de denrées de substitution. Deux décès se sont produits le
i®‘‘ septembre; ils sont dûs à des désordres cardiaques ayant eu
leur début vers le 20 août.
La suppression du riz a toujours eu, sur les accidents cardio-
respiratoires, une influence heureuse et rapide: Cette influence
était si nette que nous pouvions dire qu’il nous était possible
d’obtenir, chez tous les béril^ériques pris au début, une atténua¬
tion rapide de tous les symptômes, même les plus graves, par la
suppression du riz pendant 2 à 6 jours. De meme, l’absorption
d’un à 2 kg. de riz en 2 à 4 jours, suffisait, dans la plupart des
cas, à amener une rechute nette, grave, h'nfin, chez des malades
également profondément atteints de béribéri et de scorbut, la sup¬
pression du riz faisait disparaître les troubles cardiaques, les
menaces d’asphyxie, l’œdème pulmonaire, l’infiltration cellulaire,
plus particulièrement imj)utables au béribéri, mais laissait sub¬
sister les lésions classiques du scorbut: altérations gingivales,
douleurs musculaires, œdème dur des membres.
- 748
I^>n dehors des faits cliniques, relatons en faveur de l’action
nocive du riz: i° scorbut et béribéri ont sévi sur l’élément indi¬
gène; le scorbut seul a été constaté chez les Européens. Or, les
Européens et indigènes se sont trouvés dans les mêmes condi¬
tions de vie, d’habitat, de fatigue, etc., et dans l’alimentation
des 2 groupes, la différence portait principalement sur les 2 den¬
rées : riz pour les indigènes, farine (à l’exclusion de riz) pour les
Jfuropéens.
2° le 23 août arrive à Akjoucht un détachement de tirailleurs
dont beaucoup présentent des signes de scorbut au début ; jus¬
qu’ici aucun svmptôme béribérique. Ces tirailleurs avaient été
alimentés en mil depius un mois environ. A leur arrivée à Ak¬
joucht, ils touchent du riz: 4 jours après, œdème généralisé,
myocardite, troubles béribéricjues chez plusieurs.
Signalons que le 6 juin arrivait au poste un petit convoi de
riz provenant du .Soudan, mal décortiqué par les méthodes indi¬
gènes, sur le lieu de production, et présentant encore quelques par¬
celles de son adhérentes. Ce riz avait quitté le Soudan depuis
3 mois environ. Il n’était protégé contre les souillures extérieu¬
res cpie par un double sac. I.a décortication avait brisé les grains,
les rendant plus attacjuables à toute fermentation. Dès son arri¬
vée, ce riz fut mis en distribution à l’exclusion de tout autre pen¬
dant 1 1 jours. Mais cette mesure semble n’avoir eu aucune action
sur la marche de l’épidémie, puisque du 8 au 17 juin, le nombre
des malades est monté de 65 à 124.
E’examen des selles, pratiqué chez 18 malades, n’a pas mon¬
tré de parasites chez i r malades. Chez les 7 autres : œufs de lom¬
brics, 5 fois ; œufs de tœnia, 3 fois ; œufs de trichocéphale, 4 fois.
Jamais d’ankylostomes.
Scorbut. — Si l’alimentation par le riz semble avoir été l’ori¬
gine du béribéri, son éclosion paraît, dans l’épidémie actuelle,
avoir été favorisée par un état scorbutique antérieur. Dans l’étio¬
logie de ce scorbut, la misère physique, l’alimentation insuffi¬
sante, ne sauraient être incriminés. Jusqu’au 13 juillet, la garni¬
son a touché régulièrement sa ration réglementaire de viande
fraîche: or, à cette date, les tirailleurs comptent 135 malades
(béribéri et scorbut), les Européens 6. Seule la mauvaise qualité
de l’eau semble devoir être mise en cause: l’épidémie a débuté
au moment de la pleine saison sèche et chaude, époque où la con-
— 749 —
‘joinmation d’eau est la plus grande, où les eaux des puits sont
basses au maximum, où la concentration en sels dissous est la
plus forte.
Les 2 faits suivants ont semblé venir confirmer cette hypo¬
thèse: L le i6 août, puis le 26, une pluie violente fait couler
l’oued voisin du poste. Quelques tonnelets d’une eau boueuse,
mais indemne de principes salins sont recueillis. A cette absorp¬
tion d’eau de pluie, par quelques Européens, se rattache une amé¬
lioration sensible dans leur état. Cette provision d’eau de l’oued
ne fut épuisée que le 14 septembre, date de l’évacuation du poste.
L’amélioration fut assez soutenue pour permettre à chacun d’as¬
surer, malgré une tendance anormale à la fatigue, son servdce
pendant la route de retour.
2° b'n détachement de 125 hommes arrive à Akjoucht, le
23 août, après un séjour de 3 semaines dans une région dont
l’eau, à cette époque, présentait une composition identique à
celle d’Akjoucht. CAtte troupe présente, à son arrivée, des signes
de scorbut chez 1/3 environ de son effectif.
Or, le 22 septembre, nous passons dans la région ; les pluies
ont à plusieurs reprises fait couler l’oued ; les puits, presque à sec
il y a un mois, sont abondants; l’eau ne donne plus que des tra¬
ces de chlorures. Lin poste provisoire occupé par des troupes neu¬
ves, y est créé, et avec cette eau complètement transformée par la
saison des pluies, 210 hommes peuvent vivre pendant 3 mois sans
aucune menace de scorbut.
Conclusions.
1° Une eau mauvaise, trop chargée en chlorures et en sels dis-
-sous, a occasionné du scorbut chez la presque totalité de la gar¬
nison Européenne et indigène.
2° Chez ces malades au cœur surmené, aux reins peu |>erméa-
bles, le béribéri devait trouver un terrain particulièrement favo¬
rable: le riz semble avoir été l’agent, la cause déterminante né¬
cessaire de cette seconde infection.
M. Rréaudat. — Je fais remarquer qu’il n’y a rien de surpre¬
nant dans le fait que du riz porteur de particules de son venant du
Soudan, n’ait amené aucune modification dans la marche de l’épi¬
démie. Dans une note précédente, j’ai exposé que du riz, dans ces
conditions, décortiqué depuis longtemps, ne possède plus aucune
02
action protectrice ; à plus forte raison, ce riz ayant voyagé et subi
de multiples causes d’altération. La quantité de son était tout à
fait insuffisante pour assurer la protection des hommes.
M. Lavekan. — Je suis un peu étonné d’entendre attribuer le
scorbut à l’usage, pour la boisson, d’eau fortement chargée de
sels. Je croyais qu’il était démontré, depuis Lind, que la véritable
cause du scorlDut était la privation de vivres frais et surtout de
végétaux frais. J’ai observé pour ma part bon nombre de faits
qui viennent à l’appui de cette doctrine étiologique classique.
C’est ainsi que j’ai vu mainte fois en Algérie le scorbut se déve¬
lopper chez des disciplinaires qui, par leur mauvaise conduite,
avaient mérité d’être mis en cellule, au régifne du pain et de l’eau.
Par contre, je n’ai pas vu le scorbut se développer chez des indi¬
gènes vivant dans de mauvaises conditions hygiéniques, buvant
de l’eau fortement chargée de sels, mais dans l’alimentation des-
Cjuels les légumes ou les fruits frais entraient pour une part. On
peut faire naître le scorbut à coup sûr chez l’homme en le privant
de légumes et de fruits frais; d’autre part, on guérit les scorbuti¬
ques en leur donnant des légumes et des fruits frais, comment ne
pas conclure que la privation de vivres frais est la véritable cause
du scorbut.
Al. Couvy. — Comme on le verra à la lecture de ma communi¬
cation, je m’appuie, pour soutenir cette étiologie du scorbut, sur
les 2 faits suivants: i° l’absorption de l’eau de pluie, à l’exclusion
de l’eau de puits, a produit une amélioration très sensible sur
l’état des Européens qui en ont fait usage, toutes conditions éga¬
les par ailleurs; — 2° un détachement de 250 hommes peut sé¬
journer 3 mois sans avoir de malades, dans une région où un
séjour de 3 semaines avait occasionné une forte proportion de
cas de scorbut chez deux détachements successifs. Les conditions
d’existence n’avaient cependant pas changé. Seule, la composi¬
tion de l’eau avait été modifiée par les pluies.
AI. AIoty. — Je ne puis qu’appuver ce que vient de dire notre
président sur la présence fréquente du scorbut en Algérie. Je l’ai
constaté à Gérîville, sur des hommes du régiment étranger, et au
Tonkin, à Langson, sur des soldats du bataillon d’Afrique. La
monotonie de la vie et de l’alimentation déterminent ces manifes-
— 75i
tâtions, qui sont légères, mais persistent assez longtemps, car j’ai
pu faire un diagnostic de scorbut tonkinois sur un ancien soldat
revenu depuis 2 mois en France et qui venait à la consultation
de Saint-Louis, pour des taches scorbutiques des jambes.
M. Brumpt, — Il aurait été intéressant de donner des vermifu¬
ges aux malades pour savoir à quels espèces de Ténias on avait
affaire. Les espèces communes, le Tœnia solium et le T. saginata,
ne pondent pas dans le corps de l’Homme et émettent des an¬
neaux entiers. Si les œufs observés étaient bien des œufs de Ces-
todes, ils pourraient peut-être appartenir au genre Hymenolepîs.
Notes au sujet d’une épidémie de béribéri
sur Jes hauts plateaux de Madagascar
Far André LEGER.
Le béribéri à Madagascar a été assez fréquemment observé
sur le littoral, dans les régions humides et basses, au voisinage
tle rembouchure des rivières ; mais son apparition sur les hauts
plateaux, à l’intérieur de la Grande lie, est un fait, sinon inob-
servé, du moins suffisamment rare pour mériter d’être noté. J’ai
eu roccasion, en décembre 1908, et janvier 190g, de suivre une
épidémie de béribéri sur les prisonniers indigènes de la Maison
d’arrêt d’Antsirabé, localité située à 180 km. environ au Sud de
'Fananarive, et en plein dans les régions du Centre, à 1.600 m.
d’altitude. Quelques faits principaux, notés à ce moment, me
semblent intéressants à signaler.
L’apparition de l’épitlémie a coïncidé avec le transfert des
prisonniers dans une maison d’arrêt nouvellement construite;
elle a coïncidé, en outre, avec la saison humide, et avec un man¬
que absolu d’exercice des détenus, qui n’étaient plus, depuis un
mois ou deux, astreints à aucun travail en dehors de la prison,
comme cela existait auparavant. De plus, cette épidémie est res¬
tée absolument limitée à la prison d’Antsirabé ; et qui plus est, tous
les cas ont éclaté dans une même salle, la plus vaste, où se trou¬
vaient enfermés environ 80 indigènes. T.a maladie n’a atteint ni
les détenus des autres locaux, ni les prisonniers en cellule, dont
le nombre moven était de 70.
L’alimentation était la même pour tous, et consistait princi¬
palement en riz, accompagné d’un peu de viande et de quelques
herbages. Le riz était distribué au jour le jour à la prison par les
soins d’un fournisseur qui approvisionnait aussi le camp de la
milice indigène, voisin immédiat de la prison, et l’hôpital. Aucun
cas de béribéri n’est apparu chez les miliciens, pas plus du reste
qu’à l’hôpital, sur les malades ou le personnel indigène.
Enfin, une dernière particularité intéressante notée chez nos
malades a été leur formule leucocytaire. Les examens de sang ont
été praticjués régulièrement le jour de l’entrée des béribériques au
pavillon d’isolement, et effectués de nouveau une ou deux fois
dans le cours de leur maladie. La formule leucocytaire a seule pu
être établie, l’instrumentation nécessaire faisant défaut pour ef¬
fectuer la numération des hématies et le dosage de l’hémoglobine.
Le tableau suivant résume nos examens hématologiques sur les
31 béribériques observés ; nous mentionnons, en outre, l’examen
microscopique des matières fécales au point de vue du parasi¬
tisme intestinal.
De l’examen de ces données, il ressort que la formule leuco¬
cytaire, dans les cas que nous avons observés au début, paraît
avoir comme caractère principal une augmentation des éléments
polynucléaires (pourcentage moyen = 76,21), alors que pendant
la convalescence ou dans les cas ayant tendance à la chronicité,
nous avons généralement noté de la lymphocytose (pourcentage
moyen = 25,47). Le taux le plus élevé atteint a été pour les poly¬
nucléaires neutrophiles de 86,21 % (Observation XXIII) et pour
les lymphocytes de 32,18 % (Observation IX).
La proportion des grands mononucléaires est restée toujours
dans les limites normales. L’éosinophilie a été inconstante et plu¬
tôt en rapport avec le parasitisme intestinal.
Enfin, les modifications qualitatives des globules rouges ont été
la règle. L’anisocytose a été, pour ainsi dire, constante, et les
hématies nucléées ont été souvent rencontrées, surtout dans les cas
Note sur les Diptères piqueurs recueillis par
le Gaillard (mission Tilho au Niger-Tchad)
Par J. R. M. SURCOUF et J. AR l AS-ENCOBET.
Les Diptères rapportés par le docteur CIaillard ont été recueil¬
lis avec le plus grand soin et sont arrivées dans un excellent état
de conservation ; les spécimens nombreux comprennent les grou¬
pes les plus divers. Parmi ceux-ci nous avons étudié de suite les
taons et les gloss in es.
Nous y relevons les espèces suivantes:
1° Tabanus FASCiATtis pABRicius variété niloticus Austen.
2 exemplaires 9- Kelbou (août iqoi).
2° Tabanus biouttatus Wiedemann, variété croceus Surcouf.
3 exemplaires 9> 2 cfj B(M (avril-mai-juin 1908).
I exemplaire 9 j Bikini-Kirtachi.
I exemplaire 9 Godebawa (mai 1907).
3^ Tabanus soeurs Walker.
3 exemplaires Q, Bôl.
4 exemplaires 9 3 Bikini-Kirtachi.
4 exemplaires 93 Gaya (janvier 1907).
4° Tabanus par Walker.
3 exemplaires 9 3 Fôl.
I exemplaire 9 5 Kotonou.
5° Tabanus diurnus Walker.
1 exemplaire 9 s Bôl.
6° Tabanus ditæniatus Macquart,
4 exemplaires 9 3 I^ôl.
2 exemplaires 9) Tchad Nord.
2 exemplaires 9 3 Bikini-Kirtachi.
7° Tabanus gr.4tus Lœw.
3 exemplaires 93 Tchad Nord.
4 exemplaires 9 3 Bikini-Kirtachi.
8° Tabanus thoka<cinus Palisot de Beauvois.
2 exemplaires 9 3 Kotonou (novembre 1907).
9^" Tabanus fasc tatus Eabricius, variété nigripes Surcouf.
T exemplaire 9 3 Bikini-Kirtachi.
— 755 —
io° (iLossiNA PALPALIS variété Wcllmani Austpzx.
6 exemplaires provenant de Avansoiiri-Aqué, lac Nokoué
(décembre 1906).
11° (jLOSSIXa tachinoides Westwooi»,
8 exemplaires de Bikini-Kirtachi (janvier 1907) et de Djim-
tilo (août 1908).
Les Stomoxvs et les I.yperosia comprennent plusieurs espèces
parmi lesquelles StomOxys glauca Gronberg, de BôL
Nous terminons en ce moment un mémoire sur les Stomoxys
qui nous permettra, au moyen de tableaux dichotomiques et de
figures, d’arriver aisément à la détermination des espèces d’Eu¬
rope et d’Afrique. Parmi les Diptères prédateurs, il a été recueilli
par le docteur Gaillard de nombreux Asilides. Les diptères para¬
sites des puits sont représentés par plusieurs exemplaires appar¬
tenant à une espèce du genre Dacus.
Les Hyménoptères comprennent plusieurs genres et parmi eux
quelques Chrysides c{ui, sur notre demande, ont été déterminés
par M. DU Bl^ysson, le spécialiste bien connu.
T>es espèces qu’il y a trouvées sont les suivantes:
Stilbum splexdidum, 5 exemplaires, Bas-Dahomev et Bol ; cet
insecte remonte jusqu’en France.
Chrysis stilboides Spin., i exemplaire de Bol.
Chrysis lyncea F., 2 exemplaires du Moyen-Niger.
Chrysis praetexta. L’unique exemplaire recueilli par le docteur
Gaillard a précieusement enrichi la collection du Muséum ; on
ne connaissait que deux spécimens de cette espèce ; ils avaient l’un
et l’autre été recueillis au Sénégal.
(Laboratoire colonial du Muséum d'Histoirc naturelle.)
Etude histologique du Bubon climatérique
Par Maurice LETULLE et L. NATTAN-LARRIER.
L'histologie pathologique de la lésion ganglionnaire, mal con¬
nue et décrite sous le terme de « Bubon climatérique », n’est pas,
à notre connaissance, encore bien précise ; elle ne repose que sur
un nombre minime d’observations.
— ’jbà —
Nous avons eu l’occasion d’étudier un ganglion de la région
inguinale extirpé chirurgicalement sur un jeune Américain de
Costa-Rica, reconnu par de nombreux médecins de son pays com¬
me atteint de Bubon climatérique caractéristique, et soigné com¬
me tel pendant de longs mois.
La pièce, recueillie avec tout le soin désirable, se compose d’un
volumineux ganglion ovoïde, entouré par une coque conjonctive
densifiée, reconnaissable à l’œil. Sur les coupes, le tissu gan¬
glionnaire, très épaissi, est parsemé d’îlots ramollis, puriformes,
mais non franchement abcédés.
L’examen microscopique a porté sur les régions non ramollies
et sur les points en voie de suppuration.
Régions tuméfiées, non suppuratives. Ce qui frappe, tout
d’abord, ce sont les bouleversements topographic{ues partiels des
follicules Ivmphatiques conglomérés, qui semblent s’être con¬
fondus en de vastes placards de tissu réticulé en désordre. Dans
les intervalles de ces îlots désordonnés, on voit encore quelques
follicules bien reconnaissables à leurs centres germinatifs clairs,
riches en éléments cellulaires en voie de division, à la couronne
de lymphocvtes abondants qui les enserrent et à leurs sinus péri-
folliculaires fournis en leucocytes, sans être surdistendus par ces
éléments de passage.
Dans les placards de lésions diffuses, au contraire, toute trace
de follicule est devenue méconnaissable ; les sinus gorgés de cel¬
lules blanches ont disparu, et l’on trouve un tissu réticulé encore
net, dans les mailles duquel on découvre une proportion excessive
de Plasmazelle volumineuses, disposées sous deux aspects, tan¬
tôt en amas nodulaires, irréguliers et inégaux, tantôt en nappes
diffuses. Ces Plasmazellen se reconnaissent (fig. i) à leur noyau
excentric|ue, à la disposition méthodique de sa chromatine, et
à l’aspect homogène de leur protoplasma cellulaire. De nombreux
lymphocytes s’intercalent toujours aux plasmazelle.
Le réticulum du tissu fondamental se montre, dans tous ces
points, disloqué, écartelé, et ses fibrilles sont tuméfiées.
Les vaisseaux sanguins et lymphatiques y sont distendus, leurs
endothéliums sont plus épais, plus nombreux peut être aussi ; la
paroi connective du vaisseau est plus massive qu’à l’état nor¬
mal; de nombreux leucocytes entourent les vaisseaux, s’infiltrent
même dans leurs couches constitutives et remplissent les lumières
vasculaires.
Planche III
Letulle
TSO
Fig. I. — Coupe du g-ang'lion climatérique dans une région désorganisée
et riche en plasmazelle.
fiX-t
Planche IV
Letulle
Fig. 2. — Un îlot de phagocytes (f.) au niveau desquels une cellule contient
un des éléments anormaux considérés comme possiblement parasitaires (m).
Fig. 3. — Un capillaire avec, inclus dans sa paroi, un des mêmes éléments
anormaux (m). Nombreuses plasmazelle (p) et cellules fixes (e).
L"ne lésion très nette, et 'que nous avons retrouvée souvent dans
ces placards d’inflammation diffuse du tissu réticulé, consiste en
la formation d'ilots de nécrose de la pulpe ganglionnaire, îlots
(pii n’ont aucun rapport avec les foyers suppuratifs que nous ver¬
rons plus loin.
Les Foyers nécrotiqiies du tissu réticulé sont caractérisés par
une transformation vitreuse ou épithélioïde des éléments cellu¬
laires : tous les éléiuents de ces zones, en certains points assez
étendues, apparaissent tuméfiés ; leur protoplasma, d’aspect sou¬
vent hyalin, est vivement coloré; le novau est en état d’atrophie
l^ycnotique, parfois aussi en carvorrhexie ; les vaisseaux interca¬
laires sont énormément distendus et, dans les espaces interstitiels,
on constate un afflux discret de leucocvtes polynucléaires, et la
présence de nombreux phagocvtes (fig. 2) d’origines diverses. On
a l’impression très nette cpie ces zones claires sont en état de
mort imminente. Aucun amas de bactéries n’v est décelable par
les diverses technicpies colorantes habituelles. Cette constatation
est, d’ailleurs, conforme aux recherches des auteurs qui, tous, ont
signalé la culture négative des licpiides extraits par ponction de
ces bubons climatériques.
Ilots suppuratifs. — L’aspect bigarré des coupes du bubon cli-
matéricpie se complète encore par la présence (dans notre cas, du
moins) de foyers de suppuration intercalés aux lésions sus-décri-
tes. Les lésions de ces îlots pyogéniques sont caractéristiques et,
pourrait-on dire, banales. Il s’agit de petits nodules infectieux,
désagrégés, surdistendus par de nombreux polynucléaires, dont
le plus grand nombre, bien cjne gorgés de granulations grais¬
seuses, ont conservé leurs noyaux colorables. Entre ces coulées de
globules blancs, encore vivants pour la plupart, le tissu réticulé
est disloqué, rompu, méconnaissable le plus souvent ; des suffu¬
sions hémorrhagic[ues y viennent encore désorganiser davantage
la pulpe ganglionnaire. De ces apoplexies sanguines ainsi accu¬
mulées en placards, les unes sont d’origine toute récente et se
rattachent, à coup sûr, au traumatisme opératoire; d’autres, plus
anciennes, plus infiltrées dans les mailles épaissies de la coc{ue
ganglionnaire, contiennent quelques granulations pigmentaires
sidérosiques et correspondent aux poussées congestives qui ont
accompagné la maladie causale.
* Tous les vaisseaux du ganglion et de sa coque d’enveloppe sont
le siège d’une hyperémie accusée. De nombreuses artères, logées
— 738 —
dans l’atmosphère péri-adéniqiie, ont leurs parois infiltrées de
mono-nucléaires qui v forment çà et là, des petits amas nodulai¬
res de péri, de méso et même d’endartérité subaiguë: il en est
de même pour les veines de l’appareil ganglionnaire soumis à
notre examen.
Enfin, il existe quelques lésions accessoires, chroniques, qui dé¬
montrent l’état pathologique antérieur du ganglion, préexistant cà
l’infection climatérique: des travées fibroïdes cloisonnent, par en¬
droits, la pulpe ganglionnaire altérée comme nous venons de le
voir. Dans ces cloisons anormales, les fibres connectives sont
épaissies, les vaisseaux sanguins ont leur lumière rétrécie; les
mailles interstitielles de ce tissu de cicatrice sont infiltrées de
colonnes de Ivmphocvtes associées à de longues fusées de plasma-
zelle.
«
0 0
En résumé donc, la caractéristique histo-pathologique de ce cas
de bubon climatérique est la suivante:
I Dislocation du tissu ganglionnaire;
2° Plasmazellose, diffuse, insulaire;
3° Nécrose insidaire du tissu réticidé.
Une telle altération diffère radicalement de toutes les adénopa¬
thies connues, tant aiguës cpie subaiguës ou chroniques, en parti¬
culier de la peste, de la svphilis et de la tuberculose ganglion¬
naire.
Ea cause de ces désordres nous échappe, car aucune des coupes
n’a permis d’y découvrir un microbe caractérisé. L’emploi des
réactifs d’élection, le Leishman, le Kernschwartz-thionine, le
Giemsa, etc., est, sans exception, demeuré négatif. Aucune figure
libre n’a pu y être soupçonnée.
Par contre, quelques figures de granulations englobées dans
les protoplasmas cellulaires nous ont apparu à maintes repri¬
ses (voir fig. 2-3) et ont attiré notre attention. L’interprétation
en est d’autant plus difficile que ces grains englobés se trouvent
presque toujours au voisinage de fovers nécrotiques, et auprès
d’éléments cellulaires, endothéliums vasculaires, cellules fixes
ou plasmazelle avant manifestement phagocyté des éléments cel-
lulair-es morts ou dégénérés.
Quelle qu’en doive être la valeur documentaire, voici l’aspect '
que nous avons trouvé et figuré. A l’intérieur de grosses cellules
(fig. 2) rappi'iant des PlasmazelLe, se trouvent de petits éléments
ovoïdes, de 4 à 5 p au maximum de long, sur 3 p environ de
large; ils sont réfringents et faciles à reconnaître. Ils contiennent
2 grains chromatiniens d’inégal volume, l’un étant notablement
plus petit que l’autre et disposés en ligne, suivant le grand dia¬
mètre de l’élément réfringent.
11 nous est, naturellement, impossible d’affirmer la nature pa¬
rasitaire de ces corps réfringents, difficiles à différencier de dé¬
bris nucléaires phagocytés.
d'outefois, la constance des dimensions, le groupement de
2 grains chromatiniens inégaux, l’aspect réfringent, la forme ré¬
gulière de ces éléments, et la possibilité de leur inclusion dans le
protoplasme des endothéliums vasculaires, par ailleurs sains
(fig. 3), constituent des arguments d’attente et sollicitent une
étude méthodic|ue ; d’autant plus que l’on connaît aujourd’hui
des affections à protozoaires susceptibles de causer des adéno¬
pathies {Trypanosoma gamhiense, T. cruzi, etc.).
En terminant, il nous est possible d’affirmer que nos consta¬
tations histologiques viennent à l’apui des auteurs, qui con¬
sidèrent le bubon climatérique comme indépendant des infec¬
tions tuberculeuses, S}q3hilitiques et pyogéniques banales, et, en
tout cas, comme absolument distinct de l’infection pesteuse, mê¬
me atténuée.
Nouveaux faits concernant
la fièvre boutonneuse de Tunisie
Par A. CONOR et A. MAYAT.
Nous avons eu l’occasion d’observer à Tunis et dans ses envi¬
rons quatre nouveaux cas de l’affection signalée précédemment
par le D’' Brith et l’un de nous vSous le nom de fièvre bouton¬
neuse de Tunisie (1). Tl nous a paru intéressant de relater oes ob¬
servations et de les faire suivre d’une esciuisse clinique et dia¬
gnostique de la maladie.
(i) A. CoN'OR et A. Bruch : Une fièvre éruptive observée en Tunisie. Soc.
de Pathologie Exotique, 12 octobre 1910.
— 7^0 ~
Obs. I (i). — H. S...., 37 ans, habitant une villa à la Marsa (17 km.
de Tunis) au bord même de la mer, a présenté au début du mois de septem¬
bre 1910 un léger mal de gorge, puis de la fièvre avec frissons, langue
saburrale ; constipation ; douleurs vagues obtuses, yeux injectés, non lar¬
moyants. Céphalée forte, gravative, surtout frontale. Insomnie. Excellent
état général.
Le 3® jour, apparait l’éruption caractéristique sans chute, même passagère,
de la température ; elle est très nette au dos et aux membres. La maladie
a évolué en 14 jours avec température de 38 à 40°.
Fait à signaler : à la suite de l’absorption d’un cachet de 0,50 cg. d’aspi¬
rine, médicament précédemment pris sans aucun inconvénient, la malade a
présenté un léger collapsus (pouls petit, temp. 35°, sueurs froides, extré¬
mités glacées).
Obs. il — J. S..., 17 ans, fille de la précédente, tombe malade deux
jours après elle. Fièvre sans frissons allant jusqu’à 40®. Céphalée très forte,
vertiges, mauvaise bouche, langue très chargée, salivation, nausées, yeux
rouges, quelques râles de grosse bronchite. Apparition de l’éruption dès le
2® jour, plus marquée aux membres. Puis des vomissements commencent et
atteignent par leur violence et leur répétition la gravité d’une sérieuse com¬
plication. La constipation est tenace et cède difficilement aux purgations et
aux lavements. Selles fétides. Légère albuminurie. Douleurs aux membres
inférieurs, surtout aux genoux. Insomnie totale pendant 8 jours. Léger dé¬
lire. Les règles devancent de 10 jours la date de leur apparition habituelle.^
Retour rapide à la santé au bout de 15 jours.
Chez cette malade devenue apyrétique, nous avons assisté à une nouvelle
poussée éruptive en même temps que disparaissaient les lésions de la pre¬
mière atteinte. Le sang agglutinait le M. melitensis à 50.
Obs. III. — Pâtissier, 53 ans, habitant la Marsa à quelques mètres de la
maison des précédents malades, diabétique depuis de longues années.
Début très brusque, en pleine santé par frissons très forts accompagnés
d’une fièvre élevée. Toux. Céphalalgie intense. Constipation marquée. Très
bon état général.
L’éruption apparaît le 4® jour, elle est excessivement profuse et donne au
malade un aspect « tigré » avec ses gros boutons plus ou moins confluents,
séparés par de petits espaces de peau saine. Chute de la fièvre au ii® jour..
Guérison rapide. Convalescence marquée par des douleurs aux membres in¬
férieurs et aux épaules.
Obs. IV. — M™® B . 57 ans, habitant la Goulette, au i®’’ étage d’une
maison située non loin de la plage, a présenté une forme prolongée de la
maladie qui nous occupe. La fièvre, en effet, a duré plus de 29 jours ; après
avoir été très élevée 39-40°, elle ne dépassait plus 38 pendant les 15 dernier^
jours. L’éruption s’est faite en deux poussées successives très nettes, la se¬
conde ayant apparu avant la disparition complète de la première. A la paroi
abdominale, les éléments éruptifs étaient plus gros que chez les malades pré¬
cédents, mais ils en avaient tous les caractères. Fait à signaler : ils avaient
totalement disparu 4 jours avant la chute définitive de la température.
Remarquons en outre que les douleurs, mal localisées et obtuses durant
la maladie, s’étaient fixées à la hanche et à l’épaule vers le 22® jour.
Le sang agglutinait le il/, melitensis à 20.
(t) Les malades des observations I et II ont été vues avec M. le D’’ Mor-
ruRGO.
- 76i
Cette malade a présenté des troubles cardiaques (crises d’angor pectoris,
avec hypotension) que nous attribuons à une légère sclérose cardio-rénale
antérieure plutôt qu’à l’infection elle-même.
(luérison progressive. Convalescence courte.
Les cas signalés jusqu’ici permettent de définir de la façon sui¬
vante la fièvre éruptive observée en Tunisie.
LcU maladie a ordinairement un début bruscjue, caractérisé par
des frissons et une élévation de la température qui surprennent
les makides en pleine santé. La céphalalgie apparaît, puis des
nausées, de la constipation et des douleurs vagues, le plus sou¬
vent supportables, mais ciuel(|uefois assez vives, prenant tout le
corps et surtout les membres inférieurs, sans localisation articu¬
laire bien nette.
La fièvre se maintient élevée, 39 k 40° avec légère rémission
matinale, les conjon('ti\'es oculaires s’injectent parfois; les veux,
rouges et brillants, attirent l’attention ; ciuelques malades présen¬
tent des vomis.sements très fréquents, des selles fétides et de
l’insomnie. C’est à ce moment c]u’apparaît l’éruption caractéris¬
tique de la maladie ciui permet au médecin d’éliminer de suite la
rougeole, et la fièvre exanthématique.
Sur la paroi abdominale, on découvre quelcpies taches rosées,
plus ou moins foncées, grosses comme un pois, paraissant sur¬
élevées, reposant sur une base intra-dermique nettement indurée
et disparaissant incomplètement par la pression. Ce n’est pas une
papule, ni une macule, ni une tache lenticulaire, ni une nodosité;
appelons-la un « bouton ». Ces boutons ne sont pas prurigineux,
ni douloureux à la pression ; ils apparaissent par poussées succes¬
sives, non précédés de rash, d’abord sur le ventre, en nombre as¬
sez discret, une vingtaine; mais le lendemain ou le jour même, on
en voit quelques-uns à la figure, beaucoup plus au dos et surtout
aux membres supérieurs et inférieurs où leur profusion, chez quel¬
ques malades, attirent fortement l’attention. Chose remarquable,
V éruption gagne chez tous les malades la paume des mains et
la plante des pieds.
L’état général reste très bon malgré la fièvre élevée et quelle
que soit l’intensité de l’éruption; on n’observe ni délire, ni albu¬
minurie, ni troubles infectieux sérieux, ni localisation viscérale
nette.
Ce tableau clinique dure, en movenne de 12 à 15 jours; la défer¬
vescence est rapide et la guérison survient en très peu de jours.
Tdappétit et les forces reprennent assez vite, mais on remarciue
— '/Ç>2 —
que, malgré la disparition complète de la fièvre et la guérison com¬
plète des malades, les boutons persistent encore plus ou moins
longtemps. On n’oiDserve pas de desquamation; les éléments pâ¬
lissent en laissant à leur place une trace légèrement pigmentée.
Dans plusieurs cas, le sang des malades a été examiné. Le
pouvoir agglutinant du sérum a toujours été nul vis-à-vis des
bac. typhique et paratvphiques A et B. Chez deux malades nous
avons observé une certaine agglutination avec le M. melitensis,
mais à un taux peu élevé; chez d’autres la séro-réaction de
Wright est restée négative. La formule leucocytaire établie chez
ces malades a constamment montré de la lymphocytose (jusqu’à
35 %)•
Nous n’avons pas observé à proprement parler de complica¬
tions. Mais, les troubles cardiac|ues cpie nous avons rapportés
dans nos observations II et IV méritent d’être soulignés et rap¬
prochés de l’arythmie, cpii a été relatée par Conor et Bruch (loc.
cit., Obs. I et VI).
La description que nous venons de faire de la fièvre bouton¬
neuse de Tunisie montre cphelle diffère des affections suivantes
avec lesquelles elle présente certains points communs.
L’exanthème peut faire songer à la rougeole à un examen su¬
perficiel ; mais dans celle-ci l’éruption n’a pas les mêmes carac¬
tères, la marche est différente, et on constate au début du catar¬
rhe oculo-nasal et bronchique.
érythème polymorphe, soit papuleux, soit vésiculeux, siège de
préférence à la face dorsale des mains, autour des coudes et des
genoux, et s’accompagne de prurit.
h' érythème noueux est constitué par des nodosités dermiques
très douloureuse au toucher ; leur aspect et leur siège sont très dif¬
férent de ce que l’on observe dans la fièvre boutonneuse.
Le typhus exanthématique diffère notablement par la gravité
des symptômes et de son évolution, par les caractères et la locali¬
sation des éléments éruptifs. Tl en est de même de la (( spotted
fever » ou fièvre tachetée des Montagnes rocheuses.
Les maladies précédentes n’ont cpie des ressemblances super¬
ficielles avec la fièvre boutonneuse. Nous voulons surtout attirer
l’attention sur les différences qui existent entre l’affection que
nous relatons et les suivantes :
La maladie décrite par Brill (i) aux Etats-Llnis présente plu-
(i) N civ-Yorlz Med. Jauni. 8 et 15 janv. 1898.
— 7^3 —
sieurs signes communs avec notre fièvre éruptive: début brus-
([Lie avec fièvre, courbature, embarras gastrique; apparition du
5® au 7® jour, sur le dos, l’abdomen, les membres et même sur la
paume des mains et à la plante des pieds d’une éruption maculo-
papuleuse, dont les éléments s’effacent par la pression ; courbe
therndque de 12 à 14 jours, pronostic bénin, convalescence rapide
et sans rechute, contagion non observée. Mais il faut noter les
différences suivantes: dans la maladie de Brill, les rémissions
matinales sont très faibles, la céphalalgie est aussi violente que
dans la méningite, la prostration est très marquée, la rate hyper¬
trophiée. D’autre piirt, la face est rouge, l’herpès labial fréquent;
l’ériq^tion n’apparaît qu’au bout d’une semaine, elle ressemble,
d’après Brili., à celle de la rougeole et devient parfois pétéchiale.
l.a fièvre à phlébotomes, si bien étudiée en Herzégovine par
Doerr, Franz et d'Ai sic, a été observée sur les rives de l’Adria¬
tique, à Malte, au Caire, dans l’Italie méridionale. Comme la
fièvre boutonneuse, elle s’observe de juin à octobre et se mani¬
feste par une invasion bruscpie, fièvre, embarras gastrique, cé-
j)halée, douleurs muscidiiires, pronostic bénin. Mais l’éruption est
polymorphe, transitoire et manque souvent; la durée n’est que de
4 jours et la convalescence est lente. Cette maladie est transmise
par la piqûre d’un insecte, le l^hlcbolonius pupatasii, et Doerr
a pu la reproduire expérimentalement. Dans les cas que nous
avons relatés, nous avons signalé fréquemment des piqûres très
douloureuses de (c petits moustiques )> peu de temps avant l’ap¬
parition des premiers symptômes.
La Dengue, observée surtout en Asie-Mineure, en Egypte et en
Tripolitaine, sévit dans la saison chaude près des fleuves et sur
le littoral maritime. Nous avons pensé à cette affection, à l’ap-
parition des premiers cas observés avec le D‘' Bruch. En effet,
('omme dans la fièvre boutonneuse, le début de la dengue est brus¬
que, avec frisson, fièvre, céphalée, c'onstipation ; il existe une
éruption, de la Ivmphocytose, le pronostic est bénin. Mais l’érup¬
tion, surtout accentuée au niveau des mains et des avant-bras,
est constituée par un grenu très fin résultant de l’agglomération
de fines papules acuminées ; elle ne dure (jue 4 à 4 jours, est pré¬
cédée d’un rash fugace localisé à la face et suivie de desquama¬
tion. Les rechutes sont fréquentes et la convalescence souvent
très longue. Les douleurs articulaires et muscidaires sont très
vives, immobilisant complètement le malade, et représentent sou-
vent le premier symptôme observé; elles sont absolument carac¬
téristiques. Irnfin, la dengue est très contagieuse et on en compte
de nombreuses épidémies. Les descriptions des auteurs diffèrent
d’ailleurs notablement, et il est possible que sous ce nom soient
comprises plusieurs affections encore non identifiées.
La maladie ejue nous avons observée dans la région de Tunis
nous paraît différente des maladies éruptives décrites jusqu’à ce
jour. Iflle nous semble mériter la dénomination spéciale sous la¬
quelle le D’' Lri'CH et l’un de nous l’avons fait connaître, de
fièvre boutonneuse de Tunisie.
(Institut Pasteur de Tunis.)
Note sur la prophylaxie du typhus
en milieu indigène
Par IL GOBKRT.
Les recherches de Ch. Nicolle et de ses collaborateurs, en
éclairant le mode de propagation du typhus ont donné à la pro-
phvlaxie rie cette maladie un objectif précis : la lutte contre le
pou du corps.
Dans un mémoire des .Ircliives de V Institut Pasteur de Tunis,
iQio, I (Le typhus exanthématique en Tunisie pendant l’année
1909), E. Conseil recommande, dans tous les cas où la désin¬
fection par le soufre n’est pas praticable, la condamnation pen-
elant un mois des locaux contaminés et l’épouillage des habitants.
Cette méthode, d’une application très simple, a permis d’en-
ra}'er en deux mois une épidémie qui régnait depuis deux ans
dans un milieu très contaminé: les gourbis (i) des ouvriers indi¬
gènes de la mine de Redevef.
Le graphique ci-joint rend compte de la marche de l’épidémie
en 1909 et 1910. En février 1910, deux cas étrangers, un soufi et
un kabyle, venus malades de leurs pays respectifs, lui ont apporté
un nouvel élément de virulence.
La fermeture sy'^stématique des gourbis, combinée à l’épouil¬
lage des individus n’a été appliquée qu’au début de mars. Le ré¬
sultat ne s’est donc pas fait attendre.
ti) Ces govirbis sont des tranchées couvertes de planches, puis de terre.
- 765
_ cLt C4X4 Mo^e/fvru de^ ù/yn^'t4/iaXu/ve4 n'yUyyù'ntoL. q Moy-e/rvrie cl£c
'yn^ciau.'ryiaL _ Mo^'C/yi'm- <£ei ù'yn^■é/[Xlù^^^é
y-£--yiy?tcj
Kn 190g, nous savonnions le malade et les cohabitants et les¬
sivions bien leurs effets, mais nous brûlions le gourbi. C’était
une faute. Le dommage matériel causé par l’incendie, quoique
compensé par une indemnité, incitait les ouvriers à dissimuler
les fiévreux.
Les températures portées sur le graphique n’ont pas de va¬
leur absolue, elles proviennent de l’observatoire météréologique
de IMetlaoui, distant de 30 km. Elles montrent seulement que les
conditions physiques du milieu étaient sensiblement les mêmes
aux printemps 1909 et 1910, l’extinction des cas semble bien due
aux mesures prjses.
Mines de phosphates de Redcyef (Sud tunisien).
53
766 —
Mémoires
C :ribution à l’étude des maladies
des Vers à soie ; Tricholyga sorbillans
Wiedm., en Cochinchine (1 )
Nous présentons à la Société de l^athologie exotique des spéci¬
mens mâles et femelles d’une ddichinaire qtii n’aratit pas encore
été signalée en Indochine et que l’im de notis a observée en Co-
chinchine, ati cours de ses fonctions de sous-directeur de l’Institut
Pasteur de Saïgon, dans la magntinerie de la plantation Stizan-
nah, cà Daii-Ciitiï, dans la province de Bien-hoa. Pette mouche
que les Annamites appellent <( Con-I.ang », dépose ses teufs sur
les vers à soie et les larves t|ui en moins de 24 heures éclosent
de ces teufs, traversent le tégtiment du ver à soie et le dévorent.
Le ver meurt sotivent avant d’avoir pu filer son cocon. S’il a
pu l’achever, la ou les larves qu’il a enfermées avec lui dans le
cocon sortent à tra^'ers la chrvsalide et le cocon devient dès lors
inutilisable.
Les spécimens tpie nous rapportons montrent mietix que toute
description et toute figure:
La mouche mâle et la mouche femelle; les œufs déposés sur les
vers à soie ; les larves issues des vers et des cocons ; les ptipes,
avant, pendant et après l’éclosion de la mouche; les vers à soie
parasités par une ou plusieurs larves; les cocons montrant l’ori¬
fice de sortie de la larve et les résidus des chrysalides et des vers
que l’on y trouve.
(i) Nous prions M. le Professeur Bouvier, du Muséum, à Paris, MM. Pi¬
card, Professeur à l’Ecole d’agriculture et Lambert, Directeur de la Station
séricole, à IMontpellier, M. Chattox, de l’Institut Pasteur, à Paris, de bien
vouloir agréer tous nos remerciements pour les renseignements qu’ils nous
ont si aimablement fournis. Nous sommes tout particulièrement reconnais¬
sant à M. le Professeur Mesnil, de l’Institut Pasteur à Paris, de nous
avoir accueilli dans son laboratoire, d’avoir dirigé nos’ recherches.
Broouet.
- 7^7 -
Cette l'achinaire est la même que celle qui a été décrite en
1830, de Ténériffe, par Wiedemanx, sous le nom de Tachina sor-
billans (i). L’un de nous a pu constater qu’aucune différence
ne sépare nos exemplaires de C'ochinchine de ceux provenant des
lies Canaries. Les offrent toujours ce détail caractéristique,
tpii à lui seul suffirait à dissiper tous les doutes s’il y avait lieu,
à savoir la présence soiis l’armature génitale d’une brosse très
apparente formée de poils courts et serrés, enchevêtrés, d’un beau
roux doré.
Cette espèt'e a les }'eux velus et appartient au genre Tricholyga
de Rondani {2). A vrai dire, la pubescence des veux ne constitue
pas une raison suffisante poiir séparer cette mouche d’avec les
Tachina proprement dites; mais cette distinction a prévalu proba¬
blement parce ([u’elle est commode pour l’étude de ce groupe dif¬
ficile. 11 était curieux de savoir quelle différence pouvait exister
entre l’espère de Wieoemanx et Tricholyga major Rond., type du
genre. M. Senxa, de la section zoologique à l'instituto di Studi
supcriori de Florence, a bien voulu examiner avec le plus grand
soin l’original de R(jndaxi, et a fait savoir à l’un de nous cpie ce
(5 tvoique avait effectivement la brosse dorée sous l’hvpopvgium.
C’est donc la même espèce. Braeer et Bergenstamm, qui font
autorité en matière de Tachinaires, avaient créé le genre Podota-
china (3) pour Tachina sorhillans. Ceci repose sur une erreur.
Leur Tricholyga, dont l’un de nous a vu le type, n’est pas l’es¬
pèce de Rom'.vNI. Le genre Podolachina est donc mort-né.
D’ailleurs Faire de dispersion de cette Tachinaire apparaît déjà
comme très étendue. Si Rondani (4) la signale en Italie, elle est
connue aussi de h" rance: Tarbes, Bordeaux (5), etc. ; d’Allemagne;
de Varsovie (6) ; de Suède même où elle a été décrite par Zetter-
STEDT avec un nom nouveau: T. grandis (7), le tvpe Cjue l’un de
(1) WiEDi'MAXN C. R. \V. — Aussereuropaische' zweiflüg'elig'e Insekten, t.
II, p. 311, n° 54. Jlanuii, 1830.
(2) Ronoani ((A). Dipterolop^iae italicae ProdromAis, t. III, p. 184. Parma,
1859.
(3) Brauer F. et V. Bercenstam.m J. Die Zweiflüg’ler des Kaiserlichen
Muséums zu Wien, t. \A ]:>. 46. IF/Va, 1891.
(4) Rondani C., loc. cil., ji. 185.
(5) Pandellé L., Etudes sur les Alusrides de P'rance, 2^ partie in Revue
d’entomologie, janvier 1896, Caen.
(6) ViLLENEiuvE J., Notes synunymiques sur quelques Diptères in Deutsche
entomologische Zeitschrift , p. 677, 5, 1909.
(7) Zetterstedt WA, Diptera Scandinaviae, t. III, p. 1088, 11° 85, Lund,
1S44.
— yôS —
nous a vil, grâce à l’obligeance de M. le D’’ Bengtssox, conser¬
vateur du Musée de l.und, ne permet pas d’en douter. Enfin, l’un
de nous connaît encore T. sorbillaus Wiedm. du Caucase et nous
pensons que T. sorbillans existe au Sitim et dans les diverses par¬
ties de notre empire indochinois, Tonkin, Annam, Laos, Cam¬
bodge.
Xotre observation de la présence de T. sorbillans en Cochin-
chine amena la découverte d’une autre synonymie intéressante..
En i88g, Becher (i) signalait une Tachinaire infestant les ma¬
gnaneries de l’inde et l’appelait Tricholyga bombycum (mieux
bombycis). Eort prolDablement ce devait être la même mouche que
la nôtre. En réalité, il en est ’oien' ainsi comme il résulte de la
description très minutieuse et des excellentes figures qui l’accom¬
pagnent. Il est dit de T. bombycum : a Genitalia, in the male, are
black with reddish brown bristles at the extremity » !
Le tableau svnoni'mique de la Tachinaire de Cochinchine est
donc ;
Tricholyga (Podotachina Br. -Berg.) sorbillans Wiedemann,
= T. major Rond. ; Pand., (nec. Br.-T^erg.).
= T. grandis Zett. ; Gtrschner.
= T. bombycum Bech. ; V. d. AA'i’lp.
Au point de vue biologique, les observations de Becher, de
Locus (2), de Cleghorn (3), de Marshall (4) et de Miucerji (5),
qui tous ont étudié l’insecte dans l’Inde, concordent avec les nô¬
tres.
A Daii-Giaï la mouche sort de la forêt et vient voleter sur les
élevages de la magnanerie. Son vol est si rapide qu’il est pres¬
que impossible de la capturer. Sa présence v est signalée durant
toute l’année, avec prédominance pendant la saison sèche du
mois d’octobre au mois de mai et dans les intervalles de séche¬
resse durant la saison des pluies.
(1) Indian Muséum notes, vol. I, n° 2, Calcutta, i88q. Notes on Indian
Economie Entomolo^y. An unpublished paper bv the late E. Becher
translated from the German by E. C. Cotes.
(2) .A few notes on sériciculture in Beng;-al by J. A. Louis (1880).
(3) Notes on the natural history of the Bengal silk-worm in the Rajshahye
district by James Cleghorn, 1887 fpublished by the Government of Bengal).
(4) A letter by C. W. Marshall, dated Berhampore, 2oth July, 1888 (Pu-
blished in the Asian).
(5) A letter by Nitya Gopal Mukerji, dated yth October 1887 (published
by the Government of Beng-al).
Report of a meeting- held in Berhampore on i2th November 1887, by Nitya
Gopal Mukerji (published by the Government of Beng-al).
Les Annamites savent qu’il y a un rapport entre la présence
de ces mouches et la perte de leurs élevages; à la porte des cases
indigènes, sales, obscures, ouvertes à toutes les mouches, on peut
voir, jetés comme des déchets inutilisables, des paniers entiers
de cocons, et tous ces cocons présentent à leur extrémité l’orifice
de sortie de la larve, stigmate de la destruction de la chrysalide
({Li’ils renfermaient et de la perte du cocon.
Nous ne pouvons fixer exactement un chiffre pour les pertes
(K'casionnées chaque année par les Tachinaires, car d’autres cau¬
ses (pébrine) interviennent pour nuire aux élevages; souvent ces
jjertes atteignent loo pour loo de la récolte, et il faut la patience,
le fatalisme et le peu de besoins de l’indigène pour qu’il n’ait pas
abandonné une industrie aussi peu rémunératrice.
Quelc|uefois, bien rarement, l’élevage est protégé par des nattes
ou de mauvaises moustiquaires, mais la Tachinaire au vol rapide
a vite fait de pénétrer jusqu’aux paniers.
Jamais les pupes parasitées ne sont détruites par les éleveurs;
aussi avons-nous pu en récolter dans les paniers, parmi les cocons,
et obtenir au laboratoire des insectes parfaits.
Dès cpie l’on introduit des vers à soie dans les cages où les
mouches sont élevées et cpielle qtie soit la provenance de ces
vers, on voit les mouches femelles fécondées voleter aussitôt et
se jeter sur les hôtes qui leur sont offerts. La mouche se tient
perpendiculairement à l’axe du ver à soie, le parcourt en restant
dans cette attitude, d’une extrémité à l’autre, avec une très gran¬
de rapidité et par moment, s’accrochant fortement par ses ongles
puissants et courbant son abdomen, elle colle à la surface du
ver et en n’importe quel point de son tégument un ou plusieurs
oitifs: nous en avons vu déposés sur la tête, à la région dorsale
des divers segments, principalement S:ur les premiers anneaux ou
dans les sillons interannulaires, sur les régions latérales, sur la
partie ventrale et jusque sur les pattes, et fausses pattes. La mou¬
che effectue ainsi sa ponte avec, une ardeur fébrile, ne s’arrêtant
pas aux vers malades, mais choisissant, au contraire, les vers les
l^lus sains et les plus robustes. En mettant en présence des mou¬
ches autant de vers du 2® âge cjue du 3® âge, nous avons vu que,
dans le même temps les derniers étaient recouverts d’une quan¬
tité d’œufs plus considérable. Le nombre d’œufs que peut pon¬
dre une de ces mouches est notable ; nous avons pu en récolter
— 77^ —
io6 déposés par la môme mouche en 48 heures sur une grosse
chenille sauvage et sur un lot de 13 vers du même âge.
I.es œufs en forme d’ellipses allongées, mesurent o m. 0007
de long sur o m. 0002 de large environ ; ils ont une coque aréolée,
de couleur blanc laiteux et adhérent fortement à la chenille.
48 heures ou trois jours après qu’ils ont été déposés, on remarc{ue
(|ue la cuticule du ver à soie sur laquelle ils reposent noircit et
prend l’aspect d’une brûlure de poudre; si on enlève alors l’œuf,
on constate qu’il est réduit à une coe{ue vide, ouverte en un point,
recouvrant une surface tégumentaire sphacélée et perforée, et en
disséquant le ver on trouve de petites larves apodes, mobiles, me¬
surant déjà de i à 2 mm. de long sur o m. 0005 à o m. 0007
de large.
Des vers du 3® âge, sur lesquels des mouches avaient pondu
jusqu’à 70 œufs, sont morts au 5® jour; mais dans la nature, les
choses ne se passent, en général, pas ainsi ; le nombre d’œufs
déposés sur chaque chenille est moins élevé et les vers parasités
dans les élevages ne renferment guère plus de 2 à 4 larves, ce
qui suffit, du reste, à les tuer rapidement.
La larve, comme l’a obseiœé Becher, paraît éclore et traverser
le tégument du ver à soie moins de 24 heures après la ponte, et
si la chenille ne met pas plus de 12 heures à muer, elle peut
échapper à la prise de possession par les lai'ves du Diptère. Nous
avons observé C|u’au moment de la mue la surface du tégument
nouveau ne présente pas les taches noires, qui apparaissent
48 heures après. .Sur des vers à soie qui avaient mué quelques ins¬
tants après l’irruption des larves, nous avons pu, à la loupe, as¬
sister à la pénétration du ver à soie par ces larves.
Remarquons que si l’on était tenté de confondre les taches du
début avec des taches de pébrine, la blancheur de l’œuf, qui tran¬
che sur ce fond noir et qui est visible à l’œil nu, ne laisserait pas
place à l’erreur.
Les larves adultes que Becher compare, lorsc^u’elles sont gor¬
gées, à de gros grains de riz bouilli, sont fusiformes, de teinte
blanc sale ; elles mesurent environ 10 mm. de long sur 3 de large ;
elles ont 12 segments bien distincts, dépourvus d’épines et présen¬
tent à leur extrémité antérieure de fines mandibules en forme de
crochets, et à leur extrémité postérieure, qui est tronquée, 2 stig¬
mates.
Les larves extraites par nous des vers morts ont donné au labo-
ratoire, en moins de 12 h., des pupes immobiles, rouges et en for¬
me de tonnelets de 8 cà 12 mm. de long sur 3 de large, dont la
couleur vira le lendemain au brun, puis au noir. De ces pupes
sont sortis en 10 ou ii jours, à la température de 28° du labora¬
toire, des insectes parfaits qui ont vécu encore environ 13 jours.
La durée de la vie entière de TricJiolyga sorhillans, depuis l’œuf
jusqu’à la mort de la mouche après sa propre ponte, a été évalué
par Becher à environ 28 jours. D’après nos observations, ce cy¬
cle serait en Cochinchine, de 24 jours environ. Il est possible
(ju’il varie avec les saisons; cependant, en Cochinchine, la tem-
])érature ne présente pas de grandes variations.
Nous n’avons pas eu le loisir de rechercher, en Cochinchine,
ciuelles pourraient être les autres chenilles parasitées par T. sor¬
hillans, mais nous crovons utile de citer les espèces parasitées
ailleurs, en dehors de Sericaria mari. Les exemplaires de Varso¬
vie (I^'' Schnabl) provenaient du Cossus (i). M. Van der
Wta.p (2) a vu, au musée de Calcutta, des individus de Triclio-
lyga hotnhycis indiqués comme parasites de Attaciis ricini Boisd.,
de Olene mcndosa Hbn., et de Dasychira th^oaitesii Moore,
Enfin, dans son catalogue, M. Bezzi (3) mentionne pour Trich.
grandis: Arctia caja L., Mamestra oleracea L., pisi L., Satiirnia
pazwnia L., pyri Schiff., spini Schiff., Sphinx ligustri L., Thaii-
metopea pityocampa Sc'FIIFF., ]\inessa io L.
Cleghorn (4), en 1887, dans son excellente biologie de la Ta-
chinaire qui fait l’objet de notre note, l’a décrite sous le nom de
Œstre du Bombyx. Comme le fait obsei*ver Becher, le nom de
Tricholyga homhycis paraît meilleur, car l’insecte n’a aucune
relation avec, un Œstride.
Il ne faut pas confondre Tricholyga homhycis avec Tachina
oîidji G'UÉrin, étudiée par Rondani (5), en 1886, sous le nom
cVUgimyia sericariae, et dont la biologie a été faite à fond par Sa-
SAKi (6) au Japon.
Cette mouche pond sur les feuilles du mûrier et les œufs qui
(t) Villeneuve J., lac. cit.
(2) Van der Wulp F. M., Parasitic muscidae from British India (Indian
Muséum Notes). Calcutta, 1894.
C) Bezzi M., Katalog- d. palaarktisrhen Dipteren, Band III, p. 354. Bu¬
dapest, 1907.
(4) Cleghorn, loc. cit.
(A Rondani C., Bull. Soc. Entorn. Ital., II (1870), p. 137 et p. 223.
(d) Sasaki, Journ. Coll. .^ci. Vniv. Tokyo (1886).
sont très petits sont ingérés par le ver à soie. L’œuf éclot dans le
tube digestif que la larve perfore pour pénétrer dans les tissus de
chenille. Il ne s’agit donc pas là d’une mvase externe comme dans
le cas de Tricholyga bombycis. D’ailleurs le cas cVUgiviyia n’est
pas isolé ; beaucoup de Tachinaires procèdent ainsi et la chose est
bien prouvée par les observations de Townsend (i) et celles plus
récentes de Pantel (2).
De plus les deux espèces peuvent être distinguées, d’après Bê¬
cher, par le fait que (diez Tricholyga bombycis les yeux sont cou¬
verts de poils très abondants et que l’abdomen est plus long et
plus svelte que dans l’espèce japonaise. Nous ajouterons que la
nervation de l’aile est bien différente.
Nous avons tenu à insister en passant sur cette différenciation
afin que l’on sache bien que la maladie de la mouche en Indo¬
chine n’est pas la maladie de l’Oudji (3) au Japon, bien connue
en France depuis les leçons de Maillot sur le ver à soie du mû¬
rier.
Prophylaxie. — Cleghorn et Marshall ont signalé dans
l’Inde une mouche qu’ils appellent (( The Midje », qui serait elle-
même parasite de la mouche du ver à soie, mais nous ne sachons
pas qu’ils aient confirmé leurs observations.
Pour le moment, nous pensons qu’il faut apprendre aux éle¬
veurs indigènes à protéger leurs élevages en garnissant les ou¬
vertures des magnaneries de treillis métalliques à mailles de i mm.
et de portes à tambours. Déjà à Tan-Chan, qui est le centre le
plus important de sériciculture de la Cochinchine, M. Bui-Quang-
Chien, à l’instigation de M. le Lieutenant-Gouverneur de la Co¬
chinchine, a construit une petite magnanerie de ce genre, sur les
indications de l’un de nous. Sur la grande plantation de Suzan-
nah dirigée par des Européens, les mêmes mesures ont été pri¬
ses et il n’est pas douteux que ces exemples ne soient suivis par
les éleveurs annamites des diverses provinces de l’Indochine.
(1) Townsend H. -T., A record of results from rearings and dissections
of Tachinidæ ; U. S. Department of Agric., Bnremc of Entomol., Miscel-
laneous Papers, W ashington, 1908.
(2) Pantel J., Recherches sur les Diptères à larves entomobies. I. Carac¬
tères parasitiques aux points de vue biolog-ique, èthologique et histologique,
Louvain, igog.
(3) Quand l’un de nous, au début de l’année 1908, vit les ravages occa¬
sionnés par la mouche, il crut tout d’abord que la maladie était l’Oudji du
Japon. V. Bull, administratif de la Cochinchine, 2 juillet igo8.
773 —
M. le l^ieutenant-Gouverneur OutreY, par une circulaire (i) du
2 juillet 1908, à laquelle il j(3ignait notre rapport, a prescrit aux
administrateurs Chefs de Provinces et aux Chefs du Service de
l’Agriculture de la Cochinchine de faire adopter les mesures (|ue
nous proposions.
La destruction des pupes qui pourraient être apportées dans les
magnaneries avec des lots de cocons sera une mesure complé¬
mentaire indispensalole, sur laquelle il n’est point besoin d’in¬
sister.
La Fièvre de Malte en Corse
Par J.-II. BOURGULT.
Aujourd’hui que les cas de Fièvre de IVlalte sont signalés de
tous côtés, même à Paris et dans le Nord de la France, on peut
s’étonner de ne point voir citée, comme fover incontesté de cette
pyrexie, la Corse, qui, cependant, de par sa situation méditerra¬
néenne et insulaire, paraît devoir, a priori, occiq^er une place pré¬
pondérante dans la répartition géographique de cette maladie (2).
C’est que les observations de F. de Malte, recueillies juscpi’ici
en Corse, n’offrent pas les caractères d’authenticité incontesta¬
ble, c’est-à-dire le contrôle de la séro-réaction de Wright, et, par
suite, ne peuvent être acceptées que sous toute réser^'e.
WÜRTZ (3) a écrit: <( La Fièvre Méditerranéenne existe en Sar¬
daigne et peut-être en Corse )>. Hayat (4) toutefois cite, d’après
Kretz, le cas d’un médecin qui a présenté à Ajaccio, une affec¬
tion bizarre qu’il garda 6 mois: après guérison, ce confrère de
retour en Autriche, présenta une séro-réaction tout à fait positive.
(1) Bulletin administratif de la Cochinchine, loc. cit.
(2) Si, en effet, la F. de Malte a été sif^nalée, à Ajaccio, notamment, par
H. Roger {Gaz. des Hôpitaux, 1910, p. 114) et par G. -F. Schneider {Bull,
médical, 1910, p. 83), la Corse n’est, par contre, mentionnée ni dans l’article
de R. WuRTz {Monde médical, 1910, p. 376), ni dans celui de Gouget {Presse
médicale, 1910, p. 73), pas plus que dans le travail de Delmer {Rec. de méde¬
cine vétérinaire d'Alfort, 1910, n° 15), ni dans celui de Ed. Sergent {Rev.
d’hyg. et de police sanitaire, 19TO, n®® 8 et 9).
(3) Traité de Médecine de Brouardel et Gilbert, 1906, t. VI, pa^e 223-
(4) Thèse de Mo)itpellier, 1903.
— 774 —
Les statistiques municipales ne citent aucun cas de Fièvre de
Malte. Les statisticpies de l’hôpital militaire d’Ajaccio ne la
mentionnent pas non plus, ce qui n’a rien de surprenant, les no¬
menclatures en usage antérieurement à 1911, n’admettant que
l’embarras gastricpie fébrile, comme unique affection dans laquelle
]>ourraient se ranger les Paratyphoïdes, les Coli-bacilloses et la
l'hèvre de Malte.
Ce n’est pas pourtant qu’elle soit inconnue des praticiens cpii,
habituellement ou temporairement, exercent en Corse. La tradi¬
tion, à Ajaccio, veut que telle femme de haut fonctionnaire dé¬
partemental et telle institutrice de la famille d’un fonctionnaire
des Finances, qui présentèrent une fièvre de longue durée et
c[uittèrent l’île avant guérison, aient été atteintes de cette maladie.
Tl n’est pas de cliniciens locaux, même parmi les moins avertis,
qui, devant une pyrexie de longue durée, évoluant sous forme
d’accès rebelles à la (piinine ou de fièvre continue, sudorale et à
rechutes, ne salue de son véritable nom cette maladie à foyer
insulaire et à tendances actuelles transméditerranéennes.
Cependant, elle ne paraît pas avoir rencontré de chroniqueurs.
Depuis trois ans que nous suivons à Ajaccio la Pyréthologie
de cette région prétropicale, rendant au Paludisme (i) ce cpii doit,
après des examens hématologiques répétés, lui revenir en propre,
nous avons eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois la Fièvre de
Malte. Nombre de ces observations, quoique des plus typiques,
au point de vue clinique, n’ont pu avoir la sanction de la séro-
réaction de Wright. Nous nous contenterons de reproduire ci-
après quatre d’entre elles cpii Font reçue et deux dans lesquelles
elle n’a pu être recherchée, mais dont l’une fut signée par une
orchite et l’autre fut compliquée d’ ac coucher}! ent prématuré.
Noirs insisterons ensuite: 1° sur le retentissement de la Fièvre
Méditerranéenne sur les organes génitaux et l’intérêt qu’il v au¬
rait à ne pas négliger les mesures prophylactic{ues destinées à
éteindre un foyer dans un département français.
Obs. I. — Le j<endarme M... de la ter de g'endarmerie, en Corse
depuis neuf ans (Porto-Novo, en iSqp, à Ajaccio depuis 1904) entre à l’hô¬
pital le 6 décembre 1908 avec le diag-nostic de (( fièvre continue )>.
Tl est pâle, anémié, amaig-ri. I.a maladie a débuté par de la fièvre qui est
survenue le 17 septembre 1908 au retour d’un voyag-e de trois jours à Mar¬
seille. La fièvre est élevée et atteint 39° le soir pour baisser le matin, mais
(i) Archives de Médecine et de Pharmacie militaires, t. p. 255. « Quel¬
ques observations de Paludisme en Corse ».
- y?-"
elle est continue. Ix; malade est soig'né à la g-endarmerie où la température
est prise toutes les 2 h. dans la journée à partir de novembre.
Etat saburral de la langue, pas de douleurs dans la fosse iliaque droite,
pas de diarrhée, constipation, pas de taches rosées, douleur splénique. Purgé
au calomel, mis à la diète liquide, le malade présente de la fièvre persistante,
sans délire, sans épistaxis. Pas d’albumine dans ses urines.
Spontanément du ii au 16 novembre, le malade a pris de la quitiine de
0,50 à 2 g. pro die à diverses heures de la journée, sa)is obtenir de modifica¬
tions dans sa fièvre si ce n’est un retard dans ses accès.
En général les accès débutent vers les 2 ou 3 h. par des frissons, suivis de
chaleur et se terminent par des sueurs abondantes qui se prolongent dans la
nuit. Le matin l’apyrexie est complète et la fièvre descend au-dessous de 37°.
Le 20 novembre, l’apyrexie persiste jusqu’au 27 et un régime libéral est ins¬
titué. A partir du 28, la fièvre reparaît et, nialgrc la quinine, persiste sa)is
)nodification. On dirait même qu’elle s’exaspère, puisque, le décembre,
on n’obtient pas de rémission matinale.
Le 16 décembre, on note de la synovite toidineuse de la malléole droite et
de l’arthralgie au gem)u droit avec gonflement articulaire.
Sort le 20 janvier par congé de convalescence de 2 mois. La maladie a duré
73 jours et la température, prise plusieurs fois par jour, montre que les accès
avaient une certaine régularité. De retour de convalescence, M..., qui d’ail¬
leurs a eu une prolongation de congé, rapporte qu’il a éprouvé encore quel¬
ques petits accès irréguliers et a remarqué une desquamation cutanée.
Au cours de cette pyrexie, la recherche des hématozoaires du paludis}}ie ,
pratiquée par nos soins, à diverses heures de la jountée, a toujours été néga¬
tive.
La séro-réaction de Wid.al, faite au laboratoire de l’hôpital de Marseille,
est restée également négative.
Un échantillon de sérum adressé le 10 décembre iqo8 à ce même laboratoire
a fourni les résultats suivants :
Bacille typhique à 1/20®, séro-réaction négative .
Bacille paratyphique .V et B à 1/20®, séro-réaction négative.
Microc. melitensis à 1/5®, séro-réaction positive.
yiicroc. nu’litensis à i/io® séro-réaction )iégative.
(.Sigia' : Coxor).
Un autre échantillon, prélevé le 18 décembre, a donné :
Microc. melitensis à 1/5® et i/io®, séro-réactio)i positive.
Microc .melitensis à 1/20®, séro-réaction douteuse.
(Signé : Coxor).
Ors. il — Madame P... 25 ans, femme d’un sous-officier de la garnison,
née à Marseille, et en Corse depuis iqo2, a habité à Bastia, Ajaccio et T>o-
|)igna (canton de Sari-d’Orcino). On relève chez elle comme antécédents
personnels : la fièvre muqueuse, la rougeole et une bronchite, toutes affec¬
tions survenues dans l’enfance.
D’une bonne santé générale, elle a eu 4 grossesses avant évolué normale¬
ment, la i*"® seule terminée par un accouchement difficile.
En décembre igoS, elle présente une fièvre quotidienne sous forme de petits
frissons qui survenaient le soir vers quatre ou cinq heures, suivis de cha¬
leur et de transpiration abondante. Ces accès de fièvre ont été de plus en
plus accusés, et le thermomètre a atteint rapidement 39® et 40® Le matin,
après des sueurs profuses, qui obligeaient la malade à changer de linge, la
— 77<^ —
l 'lèvre de Malte en Corse. Obs.
— 777
température descend à 37°, 5, 38°. Cette fièvre ne cède pas ci la quinine prise
(i la dose de 0,^0 à i g.
L’examen du sang au point de vue de la présence des hématozoaires, a
d’ailleurs toujours été négatif, même quand les échantillons étaient pris aux
moments où la fièvre atteignait son apogée.
Des rémissions de deux ou trois jours surviennent spontanément et la
malade qui n’est pas abattue, peut vaquer à ses occupations domestiques et
parfois même sortir.
Les règles manquent en décembre et une grossesse évolue concurremment
avec la fièvre. Plusieurs fois, au cours de cette grossesse, les urines sont exa¬
minées et reconnues exemptes d’albumine. Au point de vue obstétrical, on re¬
connaît une O. I. G. A. sans complication.
D’ailleurs rien d’anormal n’est noté du coté de l’utérus, en particulier au¬
cune perte rouge ou blanche. La malade accuse à diverses reprises des scia¬
tiques, des scapulalgies, des douleurs intercostales et abdominales souvent
très vives.
Elle s’alimente irrégulièrement, prenant un régime liquide dans les pério¬
des pyrétiques, libéral quand la fièvre est nulle ou modérée. La pâleur et
l’amaigrissement sont très marqués. Des ]:)hénomènes bronchitiques sont
observés, mais l’auscultation ne révèle que des sibilances banales.
Les crachats examinés à deux reprises ne décèlent pas de bacilles de Koch.
Langue saburrale, vomissements, et constipation attribués d’abord à l’état
gravidique.
Les mouvements de l’enfant sont perçus vers le milieu de mars. Le
26 avril iqoq, un accouchement prématuré survient ; l’enfant meurt une
demi-heure après.
Suite de couches normales quant à l’involution utérine. Mais la fièvre
persiste après l’accouchement avec les mêmes caractères d’accès suivis de
sueurs et des périodes d’accalmie et de reprises de durée variable. Ivos vo¬
missements sont rares, mais la constipation persiste.
Désespérant de se rétablir en restant à .\jaccio pendant la saison des cha¬
leurs, la malade part le it juillet pour Lopigna (canton de Sari-d’Orcino) et
quand elle rentre à Ajaccio, le ii novembre, la fièvre n’a cessé que depuis
une dizaine de jours. Il existe encore de la pâleur, de l’amaigrissement et
un degré prononcé de fatigue générale. En outre, la malade a perdu une
grande quantité de cheveux et présente de la desquamation cutanée.
En janvier iQoq, un échantillon de sérum adressé au laboratoire de l’hô¬
pital militaire de Marseille donne le résultat suivant : (c Agglutination posi¬
tive avec le Microc. melitensis à 1/5® et à i/io®, et encore très nettement po¬
sitive à 1/20®. (Signé : CoNOR.)
La malade avait fait usage de lait de chèvres et souvent sans ébullition
préalable.
Obs. IIL — M. R... officier d’administration d’artillerie coloniale, âgé de
44 ans a fait divers séjours aux colonies, notamment à Tahiti et k Nouméa
(de septembre 1885 à juillet 1889), en Cochinchine (de septembre 1891 k
novembre 1894), au Tonkin de janvier 1896 à mars 1899), k Madagascar (de
juin 1900 à août 1902 et de février 1904 k avril 1906), en Cochinchine (d’août
1907 <à septembre 1909).
Au cours de ces divers séjours il a été atteint de fièvres intermittentes, no¬
tamment au Tonkin en 1897, à Madagascar en 1903 et 1908 et en Cochin-
rhine où il aurait présenté de la sciatique palustre. Toutes ces atteintes ont
toujours cédé k l’ingestion de la quinine à la dose de 0,50 k i g.
Arrivé en congé de convalescence à Ota (Corse), le 20 septembre 1909 avec
un état d’anémie peu jjrononcé, malgré son passé colonial, il jouit pendant
4 mois d’une parfaite santé. U cède sotiveiit au plaisir de boire du lait bourru
provenant exclusivement des ciièvres, sans ébullition.
C’est après 4 mois de séjour à Ota qu'il est sujet à des accès de fièvre
d’abord modérés, qu’il ]:)rend pour un retour de paludisme et qu’il traite d’a¬
bord spontanément, i)uis sur le conseil de son médecin, par l’usage de la
quinine. Il devient constipé, est obligé d’avoir recours à de fréquents purga¬
tifs et se soumet sans résultat pour la fièvre à divers régimes. Pendant dix
jours consécutifs il prend i g. de quinine, puis de la poudre de quinquina
sans abaissement thermique.
Ses accès de fièvre sont quotidiens, survenant vers 3 heures de l’après-
midi et se terminant dans la nuit ou la soirée par des sueurs profuses. Le
thermomètre accuse des tem])ératures de 30° et de 40° dans l’après-midi
et redescend le matin à des degrés à peu ])rès normaux.
Le 2 mars, il entre à l'hôpital militaire d’Ajaccio accusant une série de
40 accès consécutifs, avec le diagnostic (( d’embarras gastrique avec fièvre
paludéenne et anémie coloniale ».
C’est un homme robuste, bien constitué avec tendance à l’adiposité, qui
pourtant a perdu 20 kg. dejjuis le début de sa maladie. Il est pâle, présente
une langue saburrale, un foie et une rate hv|)ertrophiés. La constipation est
la règle chez lui depuis qu’il est malade.
Les urines sont exemptes de sucre et d’albumine, mais contiennent des
urates dans une certaine nroportion. Il a peu d’appétit et est soumis au ré¬
gime liquide. La courbe des températures prises journellement à l’hôpital,
du 3 mars au 18 avril, indique un type fébrile élevé pendant 5 jours, puis
décline et le malade s’alimente d’un régime libéral tandis que la fièvre
oscille autour de 38° pendant 10 Jours. A])rès l’administration de i g. de qui¬
nine en deux fois, prescrite sur la demande du malade — bien que des exa¬
mens hématologiqiies répétés aient été négatifs en ce qui concerne les héma¬
tozoaires du paludisme, — le tracé fébrile devient plus nettement intermit¬
tent.
On note quelques frissons vers deux heures du*soir, puis de la chaleur et
des sueurs jusqu’à la nuit.
La séro-réaction de W’idal recherchée au laboratoire de l'hôpital militaire
de Marseille est négative, celle de Wrioiit positive à i/so*^ et i/ioo^
(Signé : -S. Cost.a.)
L’antipyrine, mais surtout les lavements d’eau bouillie froide modèrent
légèrement la sensation de la fièvre, ces derniers entretiennent la laxité du
ventre et rendent rare la nécessité des pui'gatifs.
Dès son entrée à l’hôpital M. R... a accusé des douleurs intercostales sur¬
tout localisées à droite, des douleurs dans l’aine et la hanche droites. L’aus¬
cultation n’a jamais révélé aucune affection des organes thoraciques et les
articulations ont toujours été d’aspect normal, bien que souvent douloureu¬
ses. Après une injection sous-cutanée d ’électrargol, le avril, on note un
abaissement thermique de 5 jours. La même injection répétée le 6 n’amène
que deux jours d’abaissement. Après une sortie, la température redevient ce
qu’elle était avant les injections : 37° le matin, 38° le soir.
M. R... quitte l’hôpital le 19 avril avec un congé de convalescence de trois
mois. Il continue de donner de ses nouvelles et écrit que la fièvre, a définiti¬
vement cessé depuis le 20 mai. Le 25 juin, la balance montre que 10 kg. ont
été récupérés.
Obs. IV. — M. P... médecin auxiliaire au 163® d’infanterie, arrive de
Bonifacio, où il vient de séjourner deux mois. Le 20 mai J910, il se présente
pâle, amaigri et accuse une douleur vive et persistante au niveau des der-
uières côtes droites dans la région thoracique postérieure. Cette douleur
serait survenue il y a une dizaine de jours au cours d’un embarras gastrique
avec fièvre irrégulière. Des températures de 39° et de 40° auraient été at¬
teintes et la fièvre aurait revêtu le caractère d'accès paludéens, débutant par
de légers frissons et se terminant par des sueurs. La quinine prise sponta-
néinent n’aniena aucune rcniission. La langue est saburrale depuis quinze
jours et la constipation a déjà nécessité plusieurs purgatifs.
M. P... entre à l’hôpital le jour même de son arrivée. L’amaigrissement
est de 8 kg. Son état fébrile et la douleur costo-diaplirag)natique qu’il ac¬
cuse à droite font craindre une lésion pleurale insidieuse. Mais l’auscultation
ne présente rien d’anormal notamment aux sommets et fait éliminer toute
idée de tuberculose latente.
La douleur s’irradiant parfois dans la région de la vésicule biliaire et les
conjonctives présentant une teinte subictérique, le diagnostic est orienté sur
un état hépatique qui ne peut être précisé, les dimensions du foie restant
normales et la douleur spontanée ne s’exagérant pas par la pression sur la
région vésiculaire.
La rate est hypertrophiée et souvent douloureuse.
Les urines sont exemptes d’albumine, de sucre et d’éléments biliaires.
Soumis au régime lacté et à l’eau de Vichy, |mis au régime des purées le
malade conserve un état fébrile plus accusé le soir, mais ne dépassant guère
38°. La constipation est combattue par les purgatifs et les lavements, la dou¬
leur par le pyramidon, sans grand succès.
Le 20 juin, un prélèvement de sang est fait et adressé au laboratoire de
l’hôpital militaire de Marseille où la .séro-réaction avec le Microc. nielitensis
est reconnue positive à 1/50® et à i/ioo® (Signé : Costa).
àl. P... quitte l’hôpital avec un congé de convalescence d’un mois. Son
état s’améliore assez vite sur le continent et après un mois de prolongation,
il revient guéri et ayant récupéré son poids initial.
Pendant sa convalescence il a fait usage de pilules de collargol.
— 780 -
Il recoiuiaît avoir fait usage à Bonijacio de lait de chèvre souvent non
bouilli.
Obs. — M. D..., 57 ans, Directeur d’Ecole laïque à Ajaccio, que je
visite en consultation avec un confrère civil, le 21 mai 1909, n’a jamais été
malade, sauf il y a 15 ans, époque où il a eu des fièvres intermittentes et
des accès de coliques néphrétiques. Il jouit d’une bonne santé g-énérale. Père
de deux enfants, dont l’un a succombé à une albuminurie, l’autre bien por¬
tant.
Homme robuste, malade depuis 40 jours. L’affection a débuté par des
doideurs dans le flanc gauche, se manifestant surtout dans la position cou¬
chée. Depuis 10 jours, ces douleurs ont cessé et la fièvre modérée au début,
s’est élevée surtout le soir et dans la nuit. La température n’a pas été prise
régulièrement, mais elle est de 37° à 37'’5 le matin, de 38°5 à 40^* le soir.
La fièvre vient par accès : frissons vers les 2 heures de l’après-midi, cha¬
leur peu a])rès suivie de sueurs ])endant la nuit. Les accès n’ont pas une
régularité d’heure invariable et surviennent ])arfois à la fin de la soirée,
vers 6 heures ou même dans la nuit.
Le malade a déjà pris de la quini)ie(\ g. et 2 g.) sans autre résultat que des
bourdonnements d’oreilles, mais il reconnaît que la fièvre n’a été influencée
en rien par cette médication, tandis que les fièvres intermittentes qu’il avait
contractées il y a 15 ans, cédaient rapidement à des doses bien moindres.
Le faciès est pâle, bien que le malade, a.ssez corpulent, présente une mus¬
culature bien nourrie. La langue est saburrale, l’appétit fait totalement dé¬
faut le .soir ; la constipation nécessite des laxatifs presque journaliers. La rate
est appréciable au palper et douloureuse. Le foie ne paraît pas hypertrophié.
Les deux flancs sont douloureux.
La perte des forces est très accusée et le malade se plaint de ce dépéris¬
sement, aussi bien physique qu’intellectuel, qui ne lui permet des occu¬
pations d’aucun ordre.
A gauche existe une orchite peu douloureuse, mais la glande est hypertro¬
phiée sans participation marquée de l’épididyme. Cette orchite rappelle
l’orchite ourlienne. Or le malade n’a jamais eu les oreillons. L’examen des
urines, négatif au point de vue de l’albumine, l’est aussi en ce qui con¬
cerne les filaments purulents. Il n’y a, d’ailleurs, jamais eu d’écoulement
par l’urèthre, ni de douleurs à la miction. L’examen du sang est négatif en
ce qui concerne les héinatozoaires. La séro-réaction avec le Microc. nieliten-
sis n’a pu être faite.
La médication a consisté dans l’usage des lavements froids au moment
des accès et de quelques antithermiques (antipvrine, pyramidon, cryogénine)
qui ont diminué l’intensité de la fièvre, mais ont accentué les sueurs. Le
régime d’abord exclusivement liquide a été ensuite moins rigoureux (purées,
pâtes, fruits cuits), sans que les accès se soient modifiés.
Dans les premiers jours de juin, l’orchite étant en voie de résolution, de
guerre lasse, le malade part pour la campagne (Vico), où l’affection a con¬
tinué son cours, laissant parfois des accalmies de 8 à 10 jours. La fièvre n’a
cessé que le 10 septembre, les douleurs persistant tantôt dans une hanche
tantôt dans un flanc, tantôt au niveau des côtes.
Le malade a continué un régime libéral, prenant beaucoup de laitage,
mais soumettant son lait à l’ébullition.
Il reconnaît qu’avant sa maladie, il avait l’habitude de boire en ville son
lait non bouilli, et, tempérant de nature, croyait ainsi satisfaire à l’hygiène.
Il prenait .son lait, aussitôt trait,, des chèvres qui circulent en ville et dont
la traite se fait sur le pas des portes.
Ce même malade, revue au cours de l’hiver 1909-igio, est bien guéri et
a repris sa vie normale. Il a encore parfois de petits accès de fièvre avec
congestion de la tête et troubles digestifs légers, mais qui ne l’arrêtent pas.
Obs. \'I. — Madame D..., 25 ans, en Corse (Ajaccio) depuis 1906 ; a eu
comme maladies antérieures : la scarlatine, la rougeole et une bronchite.
Primigeste en juillet 1907, elle est atteinte en août d’une fièvre élevée
qui procède par accès survenant vers 3 heures ou 6 heures du soir, suivis
de sueurs abondantes et cessant le matin où la température reste voisine de
la normale, quoique toujours supérieure à 37°. La quinine n’a aucune ac¬
tion sur ces sortes- d’accès qui se répètent tous les jours, jusqu’en octobre.
Une rémission de dix jours apparaît et la malade se croit guérie, quand
survient une rechute brusque en novembre. Au cours des accès quotidiens
on procède à des examens du satig qui ne contient aucune forme parasitaire.
La grossesse se poursuit cependant de façon normale, bien que la malade
se nourrisse peu et souvent d’une alimentation liquide. Jamais elle ne pré¬
sente d’abattement ; aucune tache rosée n’est observée sur l’abdomen.
Elle souffre de douleurs localisées dans le flanc droit que rien n’a pu cal¬
mer (antipyrine, frictions, cataplasmes). La constipation opiniâtre et quel¬
ques vomissements alimentaires sont attribués à la grossesse.
En décembre, la fièvre ]>ersiste, toujours plus élevée le soir, s’accompa¬
gnant de sueurs abondantes. L’antipyrine, la quinine, n’ont aucune action.
Les urines ne contiennent pas d’albumine.
Du côté de l’utérus aucune perte blanche ou rouge. La position du fœtus
est une O. 1. G. A. et l’on perçoit les battements du cœur assez faibles.
Le janvier 1908, accouchement pré)}iaturé d’un enfant vivant, qui suc¬
combe après quelques heures, malgré les précautions prises pour le tenir
réchauffé. Le placenta est normal.
Rien ne peut expliquer cet accouchement prématuré dans la constitution
de la malade, ni dans l’évolution de la grossesse pendant laquelle Mada¬
me D..., est restée couchée les deux derniers mois.
Fièvres et douleurs persistèrent encore un mois après la délivrance et on
note une chute de cheveux dans cette période.
La séro-réaction de Wright n’a pas été recherchée et ce n’est que ré¬
trospectivement, que le diagnostic clinique de F. de Malte fut porté.
Dans l’espèce humaine, les orchites, les ovarites, les mammi-
tes, les troubles de Ici menstruation et de la lactation, d’après
Cant.aloube et Scherb, contribuent à classer la F. de Malte par¬
mi les maladies à manifestations génitales.
'L’avortement, fréquent chez les animaux, devait se retrouver
en pathologie humaine; et, de fait, Willlams (i), cité par ConOR,
parle d’une femme ayant accouché prématurément à 8 mois. Cax-
TALOUBE (2) donne l’observation d’un avortement à 3 mois, avec
séro-réaction de Wright positive, de 2 autres cas, mais non con¬
firmés par la séro-réaction et de 4 accouchements prématurés de
la pratique du D‘‘ Malzac (de Lasalle), ces derniers à réaction
positive. Déjà Scherb (3) avait relaté deux observ^ations de gros-
(1) Joitrn. of the Royal Army med. Corps, juillet 1904.
(2) La Fièvre de Malte en France, Paris, 1911.
(3) Btdl. médical de l’Algérie. Fièvre de Malte et puerpéralité, 30 déc. 1908.
54
sessiis interrompues, rune à 4 mois, l’autre à 7 mois et demi,
avec séro-réactions positives à 1/100*' et à 1/500®.
Nous cro}'ons devoir rapprocher nos deux observations de par¬
tum inter nipium de ces divers documents, attendu que nous
n’avons trouvé aucune autre cause que la F. de Malte pour les
expliquer, d’autant plus que chez l’une d’elles, tout au moins, la
séro-réaction de Wright a été nettement positive.
De telles observations mériteraient d’être groupées. Elles sont
en contradiction avec l’assertion de Jeanselme et Rist (i) :
<( l’avortement ne se produit pas chez les femmes enceintes at¬
teintes de F. de Malte ». Itlles ont un regain d’actualité depuis
les expériences décisives de A. Conor (2), qui a rencontré chez
la brebis le microbe de Bruce dans le sang du cœur du fœtus
après inoculation de la mère.
Dans l’observation de Willia.ms, l’inoculation par le lait ma¬
ternel est à la rigueur possible. 11 est plus logique d’admettre
dans ce cas, dans ceux de Scherb, de Cantaloube et de Malzac.
comme dans les nôtres, l’infection du fœtus par la voie placen¬
taire. Cette infection, admise en ce cjui concerne les agglutini¬
nes par la Commission anglaise de Malte, serait plutôt le fait de la
pénétration du germe spécifique à travers le placenta, ainsi que
l’a établi A. Conor pour la brebis. L’analogie paraît s’imposer
en pathologie humaine et la cause prochaine de l’interruption de
la grossesse doit être recherchée dans la bactérihémie fœtale.
Quoi qu’il en soit, il v aurait lieu de noter en obstétrique cette
cause d’interruption de la grossesse et d’ajouter un méfait de
plus à la F. Méditerranéenne. Son pronostic, encore que sévère,
si l’on se contente d’envisager sa mortalité de 2 à 6 %, et les trou¬
bles profonds et de longue durée qu’elle produit sur la santé indi¬
viduelle, s’assombrit du fait qu’elle peut encore menacer la race
in ovo.
Aussi, sans insister sur l’ensemble des mesures prophylacti¬
ques préconisées par tous les auteurs et si bien mises en lumière
par Schneider (3), par Thibault (4) et par Ed. Sergent (5), nous
associons-nous, sans réserve, au vœu adopté tout récemment par
(1) Précis de pathol. exotique, 1909.
(2) Archives de l’Jnstiiiit Pasteur de Tunis, 1910, fasc. III, et Soc. Biol.,
t. LXVIII, 1910, p. 678.
(3) Loc. cit.
(4) Province médicale, 1910, n° 35.
(5) Op. citât.
— 783 —
l’Aradémie de Médecine (i), sur la proposition de M. Widal,
concernant la déclaration obligatoire des cas de Fièvre de Malte.
11 y a lieu également de poursuivre systématiquement la recher¬
che du Microc. melitensis chez les espèces toujours plus nom¬
breuses reconnues aptes à contracter ce virus et à le transmettre
à l’homme (2).
Enfin, au moment où l’on découvre à l<a Fièvre de Malte de
nouveaux foyers, on ne saurait négliger celui, déjà ancien et tou¬
jours actif, qui réside en Corse, II semble donc que ce départe¬
ment français soit justiciable, autant sinon plus qu’aucun autre,
des mesures prophylactiques déjà prises en Algérie et en Tuni¬
sie, à la suite du rapport de M, Itd. Sergent, dont les conclusions
avaient déjà été adoptées sous forme de vteu par la Société de
Pathologie exotique, dans sa séance du 12 février 1908.
M, A. Billet. — Je viens appuver les conclusions de M. Du
Boe'RGUET, en ce qui concerne les mesures prophvlactiques à pren¬
dre contre la Fièvre de Malte en Corse.
En conséquence, j’ai rhonneur de demander à M. le Président
si notre Société ne pourrait pas formuler pour la Corse un vœu
analogue à celui qui a été adopté ici même, le 12 février 1908, à
la suite du rapport de M, Edmond Sergent, au sujet de la pro-
phvlaxie de la Fièvre de Malte en Algérie et en Tunisie.
Tl y aurait lieu, à mon avis,, dans la rédaction de ce vœu, de de¬
mander non seulement la prohibition de toute chèvre de prove¬
nance maltaise, mais encore l’établissement, vis-à-vis des chèvres
ou brebis indigènes, d’une réglementation identic[ue, dans ses
grandes lignes, à celle qui a été édictée le 21 juin 1909, par le Gou¬
verneur même de l’île de Malte, à savoir:
1° La déclaration, obligatoire et l’immatriculation des brebis ou chèvres
laitières ;
2'’ L’examen au moins deux fois par an, par de's agents sanitaires spé¬
cialisés, du sang ©u du lait cfe ces animaux ;
3° L’installation d’étables construites dans des conditions d’hygiène sa¬
tisfaisantes ;
4° L’interdiction de vendre, dans les laiteries, hôtels ou restaurants, du
lait de chèvre non préalablement bouilli, à moins que ce lait ne soit trait,
au moment de la vente d’un animal immatriculé et visité conformément
aux articles précédents.
(1) Bull. Acad, de Médecine, séance du 15 nov. 1910.
(2) Of. cifaf. et A. Dctbois, Rev. vétérinaire , 1910, n®* 8 et 9.
- 784 —
M. H, Vincent. — On ne saurait trop attirer l’attention sur la
fréquence relative que présente la Fièvre méditerranéenne en Fran¬
ce, dans toutes les régions où l’on fait usage du lait de chèvre.
Celui-ci est, le plus souvent, consommé à l’état cru. Les cas cités
par M. Du Bourguet, observés en Corse, ne sont pas les seuls,
et j’ai vu, dans le service de M. le P’' Lemoine, lorsque j’en ai
pris la succession, un cas grave et mortel de Fièvre de Malte,
chez un homme cpii avait absorbé une grande quantité de lait de
chèvre, pendant un séjour en Corse de quelques semaines.
Ici, l’examen du sang a démontré d’une façon certaine la na¬
ture de l’infection. Il importe de faire remarquer, à cet égard, que-
le diagnostic de Fièvre de Malte ne saurait être fondé sur la
constatation d’une agglutination à i/io® et même 1/20. Dans deux
des observations de M. Du Bourguet, présentées par M. Billet,
et que j’ai lues récemment dans les Biillefins de la Société de mé¬
decine vvilitaire, je vois que le taux de l’agglutination n’a été que
de i/iob 1/20®. Or, ce taux est tout à fait insuffisant pour permet¬
tre d’affirmer le diagnostic d’infection mélitensienne. Nombre de
sujets sains ou malades, en particulier les tuberculeux chroniques,
agglutinent le microcoque de Bruce à i/io®, 1/20®, et même quel¬
quefois à 1/25® cette agglutination est complète.
J’ai constaté le même fait chez quelques malades atteints de
fièvre typhoïde. On voit combien une affirmation fondée sur cette
constatation, peut nécessiter des réseix^es sérieuses. En réalité,
la réaction agglutinante, pour être ' considérée comme positive,
doit être recherchée au taux de 1/50® ou r/60®, au moins.
M. Billet. — Je répondrai succinctement à M. Vincent, que
dans les observations de M. nu BouRGimT, en admettant que le
taux de la séro-réaction agglutinative de Wright n’ait pas été
suffisant pour lever tous les doutes, le diagnostic différentiel de
fièvre de Malte avec le paludisme, la fièvi'e typhoïde, les paraty¬
phoïdes et la tuberculose même, a été fait et que, d’autre part,
les signes cliniques étaient suffisants pour établir sans conteste-
le diagnostic de fièvre de Malte.
M. H. Vincent. — Puisqu’il est question de la prophylaxie de
la Fièvre ondulante, je ferai remarquer que les mesures très judi¬
cieuses prescrites: intei'diction d’importation des chèvres maltai¬
ses, examen de leur sang et de leur lait, désinfection des étables,
emploi du lait bouilli, etc., ne peuvent pas supprimer, cependant,
cette affection, attendu C{ue la chèvre et d’autres animaux déjà
malades peuvent infecter par leur contact ou bien par leur urine
et leurs déjections, aussi bien que par leur lait. Il paraît non
moins utile de neutraliser la source même de l’infection en pro¬
cédant, iiinsi que je l’ai recommandé {Soc. de Biologie, 3 décem¬
bre 1910), à la vaccination préventive des chèvres contre le mi¬
crobe pathogène de la Fièvre de Malte.
M. Brumpt. — Au sujet de l’étiologie de la fièvre de Malte
chez les Chèvres, je crois bon de signaler une particularité biolo¬
gique de ces anim^aux, que je n’ai vu citer nulle part. Les Boucs
et les Chèvres aiment boire l’urine de l’Homme et celle de leurs
congénères. J’ai même eu l’occasion de voir en Algérie des Boucs
uriner directement dans leur bouche, et, dans les hautes monta¬
gnes d’Abyssinie, les animaux, peut-être privés de sel, se dispu¬
tent l’urine de l’Homme. Comme les microbes de la fièvre de
Malte peuvent passer dans l’urine, je crois ciu’il y a, en dehors de
la contamination par le lait, qui ne pourrait infecter que les ani¬
maux à la mamelle, une contamination par l’intermédiaire de
l’urine, qui présente une certaine importance et qui peut compli¬
quer singulièrement la prophvlaxie.
La lutte à Bassam contre la fièvre jaune.
Améliorations apportées à Thygiène
générale de cette ville et de la Colonie
Par F. SOREL.
En mai dernier, on apprenait qu’une grave épidémie de fièvre
jaune sévissait dans deux colonies anglaises, proches de la Côte-
d’Ivoire, et en relations commerciales suivies avec elle, la Gold-
Coast et la Sierra-Leone. Après réunion d’un conseil sanitaire à
Bassam, M. le Gouverneur me désignait pour venir dans ce
port, prendre la direction des opérations nécessaires à préserv^er
la colonie.
Bassam était à ce moment, une véritable cité des moustiques :
— 786 —
ses quais le long de la lagune, les bords de la mer, étaient cou¬
verts de longues lianes à feuilles larges, voire même de buissons
épineux qui étaient le réceptacle, de quantité de boîtes vides, bou¬
teilles cassées, noix de coco ouvertes, que les indigènes passant
et les boys paresseux jetaient là, au lieu de les déposer dans les
caisses à ordures; de plus, on avait à ce moment l’habitude mau¬
vaise de jeter à la mer le long du wharf, quantité d’ordures mé¬
nagères que le flot ramenait en partie sur la plage.
Sur les quais de la lagune, se trouvaient de vieilles chaudières
et des carcasses de chalands, dont les cales pleines d’eau, conte¬
naient des milliers de larves ; les indigènes laissaient, sans s’en
préoccuper, l’eau stagner dans leurs pirogues; la ville dans ses
rues manquait de cette propreté que l’on ne peut obtenir, d’ail¬
leurs, qu’avec une main-d’œuvre suffisante. Enfin, au milieu de
la ville même était un bas-fond se transformant en nappe d’eau
à la saison des pluies, et que l’on appelait (( le marigot de la
Kong ». A l’ouest de la ville, en face de l’hôpital, se trouvaient
des terrains marécageux; à l’est, une plaine inondée par les eaux ;
au nord, une brousse épaisse, refuge des anophèles, arrivait jus¬
qu’au bord de la lagune, séparée seulement de la ville par un
bras d’eau large de 200 mètres environ. Voilà ce qu’était Bas-
sam, en mai dernier, au moment où la fièvre jaune le menaçait.
Tl fallait donc prendre au plus vite des mesures urgentes pour
sa défense.
On recruta immédiatement - des équipes de moustiquiers. Au
début, je calquai simplement pour leur organisation, ce qui avait
été fait par MM. Simond, Aubert et Noc à la Martinique, en
1909, mais je m’aperçus vite que la division de 40 hommes en
petits paquets de 3 était défectueuse ici : le noir non surveillé
ne travaille pas; de plus, je n’avais pu trouver un nombre suf¬
fisant de chefs d’équipe ayant un ascendant réel sur les hommes,
et malgré les leçons pratiques répétées chaque jour, malgré le
zèle très grand et l’infatigable surveillance du sergent infirmier
lÔAYRiÈs, que M. le Gouverneur m’avait donné pour me secon¬
der, nous n’obtenions pas aussi vite que nous l’aurions voulu le
résultat désiré. Je changeai cette organisation et je me sins arrêté
à la répartition suivante qui me donne en ce moment toute satis¬
faction.
Je divisai les 40 travailleurs en huit équipes: 1° Une équipe de
— 7^7 —
8 hommes, chargée de l’entretien du littoral depuis l’embou¬
chure du Comoé jusqu’à l’hôpital.
2° Une équipe de 8 hommes s’occupant de la propreté des
bords de la lagune (clialands, pirogues, etc.). Ces deux équipes,
un jour par semaine, nettoyaient le village de Petit-Paris, de
l'autre côté de la lagune.
3° Les 24 restants furent répartis en six équipes de 4 hommes
(3 travailleurs et un chef) et eurent à s’occuper de la ville euro¬
péenne et des groupements indigènes avoisinants.
La ville et les cases indigènes furent divisées en secteurs que
chaque équipe visitait tous les huit jours.
Une fois par semaine aussi, une équipe procède avec une
échelle au nettoyage de toutes les gouttières des maisons de la
ville européenne. Suivant son importance, on a mis à la disposi¬
tion de chaque écpiipe un nombre suffisant de brouettes, pioches,
pelles, chaque homme est muni d’une matchette, sorte de coupe-
coupe, extrêmement utile pour déraciner les lianes et défoncer
les boîtes à conserves pour leur permettre de couler à pic, etc.
Chaque équipe possède un bidon de pétrole.
Sous la surveillance du sergent, elles procèdent à l’obturation
des caisses à eau, pose des grillages métalliques, comblement des
dépressions avec du ciment, etc.
Le simple travail des mousticfuiers donna déjà un résultat
énorme; les bords de la mer débarrassés des lianes et de toutes
les immondices cjui s’y cachaient, les quais de la lagune, des car¬
casses de chalands qui l’encombraient, le nombre des moustiques
diminua d’une façon sensible.
I
Mais sur ces premiers résultats acc[uis, de nouvelles améliora¬
tions se greffaient.
Au début de juin, j’avais demandé à M. l’Administrateur de
Sainte-Marie, de vouloir bien, le plus rapidement possible, faire
poser sur les puits des pompes Lemerre, que la commune ve¬
nait de recevoir. Ce travail fut immédiatement accompli. Cette
innovation était de la plus haute importance: les indigènes, en
effet, ayant maintenant à proximité de l’eau à leur disposition,
je pus, avec l’assentiment de l’administration, faire enlever des
cases tous les tonneaux, canaris ou autres récipients qu’ils ne
consentaient pas à grillager. Cette mesure fut celle qui souleva
chez eux le plus de protestations, mais des explications souvent
répétées, et des leçons de choses mises sous leurs veux, leur fi-
— 788 —
rent comprendre pourquoi on agissait ainsi. De plus, des arrêtés
tant du Gouverneur général de l’A. O. F. que du Gouverneur de
la Côte d’ivoire permettaient d’appliquer des sanctions, et quel¬
ques amendes firent ce que la persuasion n’avait pu obtenir. Les
puits qui ne purent être protégés ou munis de pompes furent com¬
blés. En même temps, les Européens protégeaient leurs caisses
à eau, grillageaient les citernes, faisaient disparaître les récipients
inutiles.
Au mois de juillet on engageait des travailleurs et on com¬
mençait le comblement du marigot de la Kong. Il suffit de jeter
un coup d’œil sur le plan de la ville et la situation du marigot,
pour se rendre compte combien était dangereuse, en plein centre
habité, la présence de cette collection d’eau. Aujourd’hui le ma¬
rigot n’existe plus.
Le résultat fût, qu’à partir de septembre, il fallut réellement
chercher les larves de moustiques pour en trouver, alors qu’au
début de l’assainissement, toute maison en abritait.
La population européenne de Bassam, se rendant compte que
toutes ces mesures étaient, pour le commerce et la colonie, une
question vitale, s’est prêtée avec la meilleure volonté possible à
leur application. Aussi, à l’heure actuelle, on peut dire que les
Stegomyia sont rares à Bassam. Il en existe encore néanmoins :
nous avons, en effet, en plusieurs endroits de la ville, conservé des
points d’eau pour éviter que l’instinct de la conservation de l’es¬
pèce ne pousse ce moustique citadin à aller pondre dans la brous¬
se voisine, comme le fait a été constaté à Rio de Janeiro: or, cha¬
que semaine, on retire de ces caisses à eau des larves et des œufs ;
mais leur quantité diminue à chaque visite des moustiquiers.
Aussi, beaucoup d’Européens trouvent maintenant que la mous¬
tiquaire est inutile et, malgré nos conseils ne s’en servent plus.
Voilà ce qu’on pourrait appeler les mesures d’urgence prises
spécialement contre la fièvre jaune ; mais ne convenait-il pas de
viser plus haut et d’établir une prophylaxie rationnelle contre
toutes les maladies épidémiques. Cela devenait un vaste pro¬
gramme nécessitant pour son exécution des sommes considéra¬
bles. Nous en avons soumis le plan à M. le Gouverneur Angoul-
VANT, qui l’accepta immédiatement.
Ce sont ces améliorations actuellement en voie d’exécution et
— 7% —
dont l’achèvement sera complet en 1912, que nous allons main¬
tenant exposer.
vSi l’on traverse la lagune Ouladine, au nord de Bassam, on
tombe d’abord sur un terrain bas, sec à peu près à la saison
chaude, mais en partie couvert d’eau pendant l’hivernage. Il
s’étend sur 300 mètres environ de profondeur; mais au delà le sol
se relève brusquement, et l’on trouve un plateau de plusieurs
kilomètres, au sol sablonneux et léger complètement couvert de
forêt; dans le bas-fonds marécageux poussent des palétuviers,
des palmiers et des bananiers.
Nous trouvons encore à l’ouest de la ville, entre la mer et la
lagune, une collection d’eau assez profonde. Ce petit étang com¬
munique avec la lagune par un chenal vaseux abrité sous les pa¬
létuviers.
Ces endroits, véritables élevages d’anophèles, sont d’autant
plus dangereux, qu’un village indigène bâti tout à côté, forme
un trait d’union entre les marais et le centre européen.
Le même danger de la proximité des noirs existe aussi à l’est
où à été bâti leur grand village de « France ». La ville propre¬
ment dite est donc entourée de marécages, et enserrée dans des
agglomérations indigènes.
Ajouterai-je que l’hygiène de ces dernières laissait fort à dési¬
rer et que, par exemple, à la nuit tombante, les bords de la lagu¬
ne, les places où poussait l’herbe, étaient transformées en dépo¬
toirs et même en cabinets publics; or, l’eau d’alimentation étant
en partie tirée des puits, on voit combien grand était, à tous
points de vue, le danger.
Le projet d’ensemble, une fois approuvé dans ses grandes
lignes par M. le Gouverneur Angoulvant, on en commença
l’exécution.
D’abord on construisit, dans Bassam même, sur le bord de la
lagune, des W.-C. pour les indigènes.
En même temps, on attaquait le débroussement au nord de la
ville, sur une surface de 1.500 mètres carrés environ; ce travail
est, à l’heure présente, à peu près achevé. La forêt, une fois dis¬
parue, on se rendit compte de deux choses : i ° la partie basse,
dont j’ai parlé plus haut, n’était pas aussi marécageuse qu’on
le pensait ; en maint endroit, la simple action de la radiation so¬
laire suffira à faire évaporer l’eau des petites dépressions de ter¬
rain. Pour le reste, des travaux de comblement et de drainage
pourront s’opérer l’an prochain avec assez de facilité.
2° Quant à la partie surélevée, elle formait un magnifique pla¬
teau balayé par la brise de mer et qui semblait un emplacement
tout désigné pour y planter un village.
Or, les circonstances voulaient qu’une Société industrielle,
avec lé consentement et l’aide pécuniaire de l’Administration, se
préparât à faire jeter un pont sur la lagune Ouladine. La cons¬
truction de ce pont, la découverte, pour ainsi dire, de ce plateau
— 791 —
insoupçonné, firent que M. le ('louverneur AxgOulvant, désirant
assainir et aggrandir d’un même coup le Bassani européen, admit
immédiatement le principe du déplacement des groupements in¬
digènes et leur établissement sur cette plaine débroussée. Les
noirs seront ainsi séparés de la ville par une distance de 700 à
800 m. et un bras d’eau de 200 m. environ.
Lme fois les dépressions de la partie du marécage en bordure
de la lagune comblées, et le terrain drainé, le nombre des gîtes
à Anophèles aura considérablement diminué de ce côté et, s’il en
reste encore dans le voisinage, ils seront faciles à supprimer.
PLAX or: MARIGOT OK KONG A GRAND-BASSAM
Largeur moyenne du marigot .
Longueur .
Profondeur .
D'après une copie de
Partie Partie
C'® Kong extérieure
38 m. 78 m.
66 m. 73 m.
6 m. 25 O m. 40
M. Vlngénietir Michel.
Quant au déplacement des centres, ce n’est plus maintenant
qu’une affaire de semaine: la construction du pont est commen-
— 792 —
cée ; sous peu un géomètre va tracer le plan du futur village, et
immédiatement après, M. le Gouverneur donnera des ordres, pour
l’installation sur ce nouvel emplacement, d’abord du camp des
miliciens et de la prison, puis petit à petit du reste de la popula¬
tion noire.
Le plan prévoit ensuite le débroussement à l’ouest de la ville
et le comblement des marécages de cette région. L’an prochain
verra, je l’espère, tous ces travaux terminés: le Bassam européen
complètement débarrassé des marécages et de la brousse hospita¬
lière aux moustiques pourra donc s’installer et se développer sur
la bande de sable entre la mer et la lagune, aux endroits qu’oc¬
cupaient jadis les groupements indigènes qui l’enserraient.
Enfin j’ai essayé aussi d’améliorer d’une façon plus immédiate
l’état général de la population. L’index endémique était, en mai-
juin dernier, dans les villages indigènes proches de la ville, de
40 % au village de France (situé à l’Est), 58 % au village sénéga¬
lais (à l’ouest), et 54 % au village de Petit-Paris. Il est intéressant
de constater, en passant, que ces chiffres sont inférieurs à ceux
que donne M. Thiroux, qui, au Sénégal, a relevé 60 à 65 % en
toute saison. J’ai donc institué, pour lutter contre le paludisme,
des distributions de quinine à l’école pour les enfants, quatre
fois la semaine à jour et heure fixes. Ces distributions sont com¬
mencées depuis le mois de juillet.
Je n’ai pas eu le temps de faire un nouveau pourcentage par
examen du sang au microscope, mais l’instituteur m’a dit que les
manquements des enfants pour maladie, devenaient de moins en
moins nombreux.
Comme mesure d’instruction générale, une leçon, véritable
leçon de choses, est faite par moi chaque quinze jours environ, à
ces enfants, auxquels je m’efforce d’apprendre ce qu’est une larvm
de moustique, et ce qu’est un moustique: leur danger, le moven
de s’en protéger et de les détruire.
M. le Gouverneur Axgoulvant, appréciant quel bénéfice pré¬
sentait au point de vue colonisateur, ce mode d’assistance médi¬
cale indigène qui, s’attachant à la source même de la race, et di¬
minuant l’énorme mortalité infantile, vient de donner son appro¬
bation à un plan plus vaste que je lui ai soumis, pour le mettre
en action à titre d’essai dans les Cercles de Bassam et des La¬
gunes.
— 79^
A un certain nombre d’indigènes ayant reçu une instruction gé¬
nérale sommaire et une instruction plus spéciale de bon infirmier,
seront dévolues les fonctions de vaccinateur et de (( moniteur
d’hygiène )). Leur rôle, en outre de la vaccination, sera de pro¬
céder dans tous les villages où ils devront séjourner, à des distri¬
butions de quinine. De plus, on fera un choix dans chaque vil¬
lage, soit du chef, soit d’un notable, ou du féticheur (et ce der¬
nier serait peut-être le plus indiqué) pour continuer ces distri¬
butions méthodic{ues pendant que notre vaccinateur poursuivra
sa tournée dans les villages voisins; il enseignera encore aux
indigènes les principes élémentaires d’hygiène, essayera d’insti¬
tuer la lutte contre les insectes piqueurs ; il soignera les plaies
et rendra compte au médecin de tout ce qu’il aura vu ; ces moni¬
teurs seront en déplacement continuel et toujours dans les mêmes
régions. Un impôt de 25 centin-ies, prélevé sur la population
de ces cercles couvrira les dépenses d’achat de quinine, panse¬
ments et solde des vaccinateurs. Ce projet est actuellement parti
à la signature de M. le Gouverneur général. C’est un achemine¬
ment vers l’assistance médicale indigène autonome, qui ne fonc¬
tionne pas à proprement parler en A. O. F. et dont on peut tirer
si grand profit au point de vue de la pénétration pacifique. Ce
plan n’était-il pas d’ailleurs celui de mon Maître, M. Marchoux?
Parlant de l’instruction à donner aux indigènes les plus intelli¬
gents: <( ...d’autres enfin, écrivait-il, receA'raient une éducation
médicale sommaire mais suffisante, pour donner aux populations
rurales des soins mieux dirigés que ceux qu’elles trouvent actuel¬
lement près des guérisseurs » {hygiène de VA. O. F.).
Si l’essai dans les Cercles de Bassam et des Lagunes, donne
des résultats satisfaisants, M. le Gouverneur est décidé à étendre
encore en 1912 le champ d’expérience.
Ainsi s’organise à la Côte d’ivoire la prophylaxie rationnelle
des maladies épidémiques propagées par les insectes. J’ai la fer¬
me conviction que grâce à ces mesures, on aura bientôt créé à
Bassam des conditions hvgiéniques telles que la ville sera à l’abri
sinon d’un cas isolé de maladie, du moins, d’une épidémie. La
colonie tout entière bénéficiera petit à petit de ces améliorations :
tant il est vrai que les mesures d’hygiène coûteuses au début,
deviennent vite productives de ressources nouvelles qui paient
largement les sommes déboursées.
{Travail du Laboratoire d^ Hygiène de Grand-Bassam.)
— 794 —
M. Marchoux. — A la suite de la très intéressante communi¬
cation de M. SoRHL, je suis heureux de faire remarquer à la So¬
ciété que toutes les améliorations apportées à l’hygiène, de Grand-
Bassam n’ont pu l’être que grâce au concours du Gouverneur de
la Côte-d’Ivoire. M. Angoulvant a fait preuve d’un esprit d’ini¬
tiative qu’il est bon de souligner ici.
IfRRATUM
Mémoire de M. Pkcaud, séance du 12 octobre 1910, à la page
55g, lire partout Glossina morsitans au lieu de GI. longipalpis.
Ouvrages reçus
PERIODTQLŒS.
Archiv für Schiffs und Tropcn Hygiene, t. XIV.
N° 22. — SciiF.BRN. Zwei Pseudogiftthiere aus Deutsch Süd-Wcst Afrika.
Skrotzkv. Arsenophcnyglyzin bei Hémoglobinurie.
N° 23. — Bruning. Zur Frage der Helminthiasistherapie in den Tropen.
Kulz. Beitrag zu einer Cholestearintherapie des Schwazwrasser-
fiebers.
Olpp. Chinesisrhes Moskitolampschen.
Bulletin of tlie Manila medical Society, t. II, n° 10.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale de V Indochine, t. I,
n° 8.
AIontel. a propos du béribéri.
Gauducueaü. Observations sur les eaux de la ville de Canton.
Dupuy. a propos de la destruction des Culicides adultes.
Dupuy. Péri-artérite suppurée au cours de la période secondaire de la sy¬
philis.
Barbezieux. De l’épidémie cholériforme prémonitoire de la province de
Thai-binh.
M oxTHL. Note sur des cas de fièvre continue en Cochinchine.
C\ .M.vniis et M. Lkckr. La faune anophélienne du Tonkin. 2® Note. Le
Delta et la Moyenne-Région.
J<n.'\ i.;au-Dlbri-:l II.. Note sur le goitre dans le Ilaut-Tonkin (Région de
Cao-bang).
Gacetîa medica du Bahia, t. XLl, n*" 7.
('icneeskundig Tijdschrift voor Ncdcrlandsch-lndië, t. L, f. 5,
191Ü.
Lepra, t. IX.
N'° 3. — Row. Notes on Leprosy and the possibility of treating it success-
fully with bactericidal drugs.
.Maxtoux et Pai^trikr. Intradermoréaction à la léproline.
JuAX DK Azua et Jo.sE Covis.v. Séro-diagnostic de la lèpre par
l’emploi comme antigène de l’extrait alcoolique du foie syphili¬
tique.
Juan de Azu.\. d'raitement de la lèpre.
— Caractère contagieux de la lèpre.
Sadikoff. Bericht über die Bekampfung der Lepra in Kurland,
1909.
Malaria et Malatiie dei paesi caldi, t. 1, n*”* 6-7.
Sanidad y Bencficcncia, t. III, 5 et 6, t. IV, n" 4.
SIceping sickness Bureau, t. II.
N° 21. — A human trypanosome from Rhodesia.
Experimental work with trypanosoma Gaaibieiise.
Transmission of trypanosomes.
Trypanocidal properties of the organs.
Treatment of surra.
Treatment of T. ganibieiise infections.
Schizotrvpaniiai cru, zi.
Bionomies of tilossina.
Trypanosomiases of animais.
Trypanosomes résistant to antibodies.
X° 22. — The transmission of trypanosomes.
Tryp. Rhodesieuse.
Auto-agglutination.
Treatment of trypanosome infections.
The action of sérums in trypanosome infections.
Bionomies of Glossina.
Trypanosomians of animais.
Acclimatisation of T. lewisi in new vertebrates.
The Journal of Tropical mcdicine and Hygiène, t. XIII, n°® 22,
23 et 24 nov., C’' et 15 déc. 1910.
Transactions of the Society of tropical medicine and, Hygiene,
t. IV, I et 2.
— 796 —
VOLUMES ET BROCHURES.
A. Carini. a reacçao de Wassermann.
— Sobre iinia Hemogregarina da Phylodrius Schotti.
— Sobre a Hœmogregarina niuris.
— Sobre rima espirillose do rato.
Falk. Ueber <( Eubileïn », ein neues Cholagogum. Extrait de
M edisin-Klinik .
R. Feletti. Siil Kala-azar osservato a Catania.
Martin Mayer. LTber Einschlüsse der Erythrocyten bei Ver¬
ni g a peruviana.
Prowazek. Weitere Untersuchiingen liber das Vaccinavirus.
Repartiçao da Saude de Moçambique. Relatorio do Serviçio da
Saiide.
Rodenwaldt. Pneumokokkensepsis und Pneiimokokkenserum
Rœmer.
Georgina Sweet. d'he endoparasites of australian stock and
native fauna, partie I et II.
— ■ Some new and unrecorded endoparasites
from australian Chickens.
— Notes on blood parasites.
— Note on the existence of spirochætosis affec-
ting fowls in Victoria.
— Spirochætæ in lesio^ns affecting the pig.
— Notes on a protozoon parasite found in the
miicous membrane of the abomasum of a
Scheep.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. — IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET C‘®.
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS
LE BULLETIN DE LA SOCIETE DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
l‘ENDANT L’ANNÉE 1910
A
PAGES
Abcès de fixation cl typhus exanthématique . . 172, 455
Acariose en Algérie . 59
Actinobacillose hun)aine . . .59K
Alcool dans le béribéri . 9
Alcoolisme aux colonies . 175. 207, 287, 685
— en Nouvelle-Calédonie. . . 175
Algérie (troupes noires) . 114,209,289,346. 409
Alimentation et béribéri. 9, 13, 19, 65, 70. 116. 118, 123. 128, 131. 317
Allocution du Président . 1
Anaplosma marginah . . 135
Ankylostomiase . 27, 30, .59, 315, 419, 742, 745
— et béribéri . 18, 315, 742
— en Indo-Cbine. . . . 32, 315
— à la Martinique . . ... 27. 30
— en Algérie . 419
Anophélines dans le Sud Oranais . 471
— 5 bordeaux . 663
— transmettant l’inl'ection palustre au Tonkin . 632
Anticorps immunisant les spirilles î/i vitro. . , . 353
— les trypanosomes . 368
Appareil cryogène de laboratoire . . 173
Aprocta crassa . 152
— matrcnensis . 153
Arsenic dans les Trypanosomiases. . . 42,46,194, 22'2. 333, 642, 732
Arsénieux (acide) dans les trypanosomiases . 386
Arsénophénylglycine . 222, 732
Arséno-benzol (« 600 >> . 526. 537, 616, 618
Ascaris filaria . 95
— oculato . 96
Auto-agglutination des hématies dans la s[)irillose . 425
— dans la trypanosomiase humaine. 438
— 798 —
PAGES
Atoxyl dans les trypanosomiases . 45, 194, SSd, 642
— associé à l’émétique d’aniline chez les malades du sommeil. 194, 228
B
Bacille dysentérique (action sur la mannite) . . 20
Bactéries et trypanosomiases . 83
Bactéries amylozymes dans les fèces de béribériques .... 63, 352
— isolement . 118
Béribéri. 8, 13, 63, 65. 116, 118, 122, 123, 128, 131, 285. 315. 317,
352, 544, 620, 624. 742, 745, 751
— expérimental . 118
— expérimental du singe . 116
— en Mauritanie . 745
— à la Côte d’ivoire . . 742
— à Madagascar . . 751
— lettre du ministre des colonies . 285
Bilharziose à la Martinique . 26, 29, 30
— en Tunisie . 446, 532
— en Cochinchine . 315
Boophilus decoloratiÀS et anaplasmose . 137
Bothridium pythoni . 94
Bouton d’Orient . 288, 323
— en Nouvelle-Calédonie . 323
— en Calabre . 288
Bovidés atteints de spirillose dans le Sud Annam . 73
E. Brimont. Eloge . 205
Bubon climatérique . 59, 755
Bunostomiens (Helminthes du groupe des) . 3il
C
Cabiais réservoir du virus de Caderas . 524
Caderas chez les Carpinchos . 524
Canis aw'eus infecté par P . (îihsoni . 57, 115, 274
Carte de la maladie du sommeil . 58
Cercopithecus patas patas . 453
— — pyrrhonotiis . 453
Cérébraux (accidents) dans les trypanosomiases . 486
Chacal infecté par P . Gûhoai . 57, 115, 274
— de Leishmaniose en Algérie . 510
Chaleur, son action sur les miracidia de Sch. lurmatobiam .... 534
Champignons causant une pseudo-tuberculose . 488
Chancrelle en Algérie . 59
Chevaux atteints de trypanosomiase à Panama . . . 381
Chèvres et lièvre méditerranéenne . 490
Chien enragé au Sénégal . 351
— 799 —
FACES
Chien atleint de toxoplasmose . 359
Choléra dans les Pouilles . 630
Coccidiose du bétail dans l’Est-AtVicain . 293, -429
Commission du béribéri . 133
— de la lèpre . i 16
— des eaux de Saigon . 464
— des élections . 437
— de la maladie du sommeil . 597
Congrès d’agronomie coloniale . 206
— des médecins aliénistes . 418
— de la mutualité coloniale . . . 485
Conjugaisons inlraglobulaires dans le paludisme . 498
Conservation par le froid . 173
Culicines (destruction par les gîtes pièges) . 433
D
Debab . 478
Dessication, son action sur l’œuf de Sch . hæmatohiam . 333
Diarrhée des enfants à Rio de Janeiro . 47
Diptères piqueurs . 754
Discours d’ouverture . 1
Dispharagus spiralis colambæ . 38
Douve oculaire de la poule . 243
Dourine et laher . :{79
Dracunculus Dahomensis . 94
Dragonneau .
E
Eau, son action sur les œufs de Sch. hœmatithhim . 332
Eaux de boisson à Saigon . 439
— bicarbonatées sodiques en Annam . 349
Echanges (liste des) . 264, 344, 384, 684
Elections . 7, 694
— (commission des) . 487
Elephantiasis . . 401, 609
Emétique (sur l’action de 1’) dans les trypanosomiases . 1 ‘34, 233, 333, 642
— d’aniline associé à l’atoxyl pour le traitement des malades
— — avancés . 194. 228
— — dans la filariose . 202
Eosinophilie parmi les habitants du Sud Oranais . 476
— dans la filariose et l’éléphantiasis . 609
Epistaxis signe de spirillose chez les bovidés . 73
Erythème circiné dans la trypanosoniase humaine . 728
— 8oo —
F
8oi —
PAGES
Helminthes de Python Sebœ . 94
— du groupe des Runostomiens . 311
Helminthiases au Tonkin . 32
— en Mauritanie . 743, 751
Hématies agglutinées dans la spirillose . 423
— — trypanosomiase . 438
Hémocytozoaires chez les oiseaux du Tonkin . 304, 704
Hémoglobinurie et spirillose des bovidés . 73
Iferpetomonas niuscœ doniesticœ infectant les mouches de Madras . . 264
Hivernation des moustiques en Chine . 133
Hygiène comparée de Bathurst et des villes sénégalaises . 346
— de la Côte d’ivoire . 118, 317, 783, 794
I
Immunité conférée par la vaccine . 167
— — au macaque par le spirochète de la fièvre récurrente du
Tonkin . 422
Inanition et béribéri . 118, 317
Index endémique du paludisme . 474
— — dans le Sud Oranais . 474
— — au Tonkin . 463
Infantilisme palustre . 694
lodure de potassium dans la lymphangite épizootique . 433
Insectes piqueurs dans le Sud Oranais . 471
— au Dahomey . 339
— au Niger-Tchad .
Invertébrés du Sud Oranais . 481
K
Kala-azar infantile . 431
— — infections du chien à Alger . 310
— — (traitement par le 606) . 717
R. Koch. Eloge . 348
Kystes à tilaires . 88, 92
L
Lactoréaction dans la fièvre méditerranéenne .
Lantana toxique pour les volailles . 32, 261
heishmania Donovani, culture . 216
— infantuni . 431,310, 511
— tropica . . . 288, 323
Leishmanioses . 288, 323, 431, 310, 511
— du chien en Algérie . 510
— en Tripolitaine . 311
— 8o2 —
PAGES
Lèpre en Algérie . 59
— à Madagascar . 160, 255, 328
— à Paris . 701
■ — en France . ... 696
— Contagion . 326, 412, 696, 701
— aux Antilles . 412
— Arrêté du Gouverneur général de l'Indo-Chine . 112
— (Hérédité dans la) . 412
— (le'.tre du Ministre des Colonies au sujet de la) . 109
— (nomination d'une commission) . 416
Leptomonas des mouches . 363
Lettre du ministre des Colonies . 109, 285
— — de l’Intérieur . 346
— du Gouverneur général de l’Algérie . 347
— deW. S. Patton . 57, 115
— du Df Raynaud . 114
— de M. de Lanessan . 206
Leucocytaire (formule) du béribéri . 751
Leucocytozoon de la poule au ïonkin . 504
Lucilia sereyiisswia parasitée par Rhynchomoiuts luciliœ. 300, 363, 433
Lymphangyte épizootique au Sénégal . 450
M
Macaques (traitement de la trypanosomiase des) .
Macrogamètes i Parthénogenèse des) dans le paludisme chronique . . 498
Maladie du sommeil. Voyez rrypanosomiase .
— des pays chauds (manuels des) . (i, 287
Mammifères du Sud Oranais . 481
Mannite (action sur la) des bacilles dysentériques . 20
M’bori sur la rive droite du Sénégal . 377
Méditerranéenne ihèvre) . 490, 511
Membres de la Société . 1 à IX
Micrococcus melifensis . ■ . . . 214, 490, 511
— et typhus . 211
Microfrlaria hancrofti . 138, 399, 401,737, 738
■ — diurna . 309, 613
Miracidium et Schistosomum hœmatobium paiiicularilés biologiques. 532
Mortalité des Européens à Saigon . 459
Mouches parasitées par des protozoaires . 264, 300
— parasites des vers à soie . 766
Moustiques du Sud Oranais . 481
— hivernant en Chine . 155
— (lutte contre les) . 418,455, 457
— — par les gîtes pièges . 455
— — [)ar le filet à papillon . 457
Muqueuses intactes traversées par les try[)anosomes . 433
— 8o3 —
Miisca d ornes tica
— nebulo . . . .
Mycose pseudo-tuberculeuse
N
Nagana .
Naganadu Togo .
Necator americanas . 27, 30, 58,
Névrites périphériques chez des coloniaux venant du Congo .
O
Oiseaux du Sud Oranais .
Ophtalmo réaction à la tubercuiine .
Orpiment dans les trypanosomiases . 42, 333, 443,
Oxyspirnra Mansoni . 243,
Ouvrages reçus. ... 36, 107, 204. 282, 342, 416, 484, 378, 682,
P
Paludisme . 6, 182, 462, 498, 341, 626, 632, 663, 694,
— (la lutte contre le) . 6,
— ■ Index endémique au Tonkin .
— et paralysie du deltoïde . .
— (lutte contre le) en Indo-Chine .
— causes des rechutes .
— (propagande en Algérie) .
Parasitologie (Précis de) de Brumpt .
Parthénogénèse des macrogamètes dans le paludisme .
Peau intacte traversée par les trypanosomes .
Pediculoïdes ventricosus en Algérie .
Peste en Algérie .
Phagocytose des trypanosomes .
Philophthalmus (jlralli ... .
Phlebotomus papatasii et fièvre boutonneuse de Tunisie .
Pigeons porteurs de dispbarages .
Pigment chez les trypanosomes .
Piroplasma canis .
— Gibsoiii . 37, 113,
Pneumonie et trypanosomiase humaine .
Poules et lantana . , 32,
— atteintes de Acucoc///050o?i au Tonkin .
Précis de Pathologie exotique .
Prévention contre les infections à T. Gambiease .
Prophylaxie de la fièvre jaune .
— de la lèpre . 39, 109, 160, 233,
— de la maladie du sommeil . 330,386,561,
PAGES
264
264
488
726
376
313
251
481
21
661
670
794
708
110
462
182
110
498
6
383
498
433
39
39
363
231
492
38
366
37
274
23
261
304
6
732
783
326
586
— 8o4 —
PAGES-
Prophylaxie du paludisme . . . 6, 109, S41, 620.
— de la peste . 59
— des trypanosomiases . . 235
— du typhus . 765
Protozoaires parasites de l’intestin du bétail . 293
— — de l’estomac du mouton . 297, 298
— — du bétail . . 135
— — des mouches . 264
Pseudo-tuberculoses mycosiques chez les Chinois de Canton. . . . 488
Puces et variole . 98-
Q
Quinine à bon marché . 109-
— (lettre du ministre des colonies relative ci la) . 109
— en Indo-Chine . 109, 620
— Préparations diverses . 543
— (Tannate de) chez les enfants . . . 544
— et grossesse . 629
— et 606 708
— et fièvre bilieuse hémoglobinurique . 104
R
Races de trypanosomes résistantes aux anticorps . 368
Rage du chien au Sénégal . 351
Récidives de paludisme . 498
Résistance aux anticorps de certaines races de trypanosomes .... 368
Riz et béribéri, 9, 13, 19, 65, 70, 116, 118, 122, 123, 128, 285, 317, 352,
544, 624
Rhynchomonas luciliæ . . . 300, 363, 433
Rouffiandis. Eloge . 487
E. Ruelle. Eloge . 418
S
Sarcosporidiose de l’opossum . 513
Scorbut en Mauritanie . 745
Schistosomiases humaines ....... 27, 29, 30, 315, 446, 532
Sérum humain et Nagana . 726
— spirellicide . 353
Singes et vaccin . 496
Société médicale de Madagascar . . . ... 485
— médico-chirurgicale d’Indo-Chine . 485
606 (Le) en pommade . 618
— dans la trypanosomiase expérimentale . 526
— dans la syphilis des Arabes . 537
— 8o5 —
PAGES
606 (Le) sa décomposition . 616
— dans le paludisme . TOS
— dans le Kala-azar . . . 717
Son de riz et béribéri . 3, 63, 123, 544, 621
Sources thermales et bilharziose en Tunisie . 446
Souris blanche et spirochète du Tonkin . 73
Spirilles immunisés in rifro par des anticorps . 333-
— des poules . 338
— du singe . ... 23, 419
— de la fièvre récurrente . 73, 353, 422
— de la Tickfever . 333
Spirillolyse . 353
Spirilloses expérimentales . 353, 419, 422, 425
— des bovidés dans le Sud Annam . 73
Spirilliim Pitheci . . . 419
— Theileri . 73
Spirochètes au Tonkin . ... 73
Sftirochœta Gallinarum . 358
— Duttoai . 353, 616, 618
— Obermeierei . 353
— pallida . 359
.s7c9oz«///a /«sc/ff /a et fièvre jaune . 783
Sterigmatociistis nigra cause de pseudo-tuberculose . 488
Stomoxes au Daliomey . . 559
Surra et nagana du Togo . 376
— variété m’bori . 377
Syphilis en Algérie . 59, 337
T
Tabanides d’Afrique . 559
Taher et dourine . 379
Toxoplasma cants . 359
Toxoplasmose du chien . 359
Traitement du béribéri par le son de riz. ... 13, 65, 123, 544, 624
— de la diarrhée des enfants . 47
— de la trypanosomiase humaine . 42,526,561, 586
Traitement des trypanosomiases 42, 46, 194, 218. 222,228,233, 330, 333,
386, 389, 443, 561, 586, 616, 618, 641
Treponema paUidum . 359
Trichocephalns dispar . 745
Tricholyga sorbillatis . 766
Trichosoma longispiculum . 94
Trompe des glossines siège de culture des trypanosomes . . . . 364, 599
Troupes noires en Algérie . 114,209. 289, 346, 409
Trypanolyse . . 365, 368
Trypanides . 728
— 8o6 —
PAGES
Tnjpanosoma Cacalboui . 80,233,364,551,603. 722
— congolensp . 218, 233, 364, 443, 518
— dimorphon . 218,443,518,551,603, 722
— drosophile . 364
equinum . 524
equiperdum . 370
— evansi . 376
— (jambiense. . . . 58,305,364, 386,433,526,561. 732
— hippicum . 381
— hypostomi . 521
— pecorum . .... 71 S
— pecaudi . 364,551,509, 724
— rhamdiœ . 523
— iogolense . . 376, 616, 618
— Veiiezuelense . 380
— rivax . 80
Trypanosomes absents de la circulalion à la 3e période de la maladie du
sommed . 23, 62
— de la trompe des glossines . 364, 599, 722
— de poissons brésiliens . 521
— du caderas chez les carpincbios . 524
cl anticorps . 23. 368
— Identifiés . 376
— Inoculation inlravorliqueuse et lésions choriorétinienne . 303
— Particularités morphologiques et physiologiques . . . . 366
— Pénétration par les muqueuses intactes . 433
— Phagocytés . 365
— et choriorétinite . 303, 303
— et pigment . 369
— (Perle du flagelle chez des) . 366
— Races résistantes aux anlieor|)s . 368
— Transmission par les glossines . 599, 722
Trypanosomiases animales, 61, 80, 83, 218, 303. 363, 366, 368, 376.
381 , 433. 448, 551 , 599, 718, 722, 732
— au Vénézuéla . 380
— equine à Panama . 381
— humaine . 23, 25, 42, 58, 222, 228, 239, 305, 330,
333, 386, 389, 433, 438, 486, 526, 561, 586, 604, 642
— rechute . 392
— et infection bactérienne . 83
Trypanosomiase humaine et pneumonie . 25
— — évolution et pronostic . 389
— — (répartition géographique de la) au Congo . 529
— — (troubles psychiques dans la) . 486
— — (action du 606 sur la) . 526
— — auto-observation d’un médecin . 642
Tryparosane dans la prophylaxie de la maladie du sommeil .... 330
— 8oy —
PAGES
Tuberculine (ophtalmo et cuti-réaction à la) . 21
Tuberculose chez les noirs de Guinée . 21
— (pseudo) mycosique . 488
Typhus exanthématique . 172, 554, 764
— Traitement par les abcès de fixation . 172, 455
— mid'ococcus melHensis . 214
V
Vaccinateurs indigènes .
Vaccin (conservation du) dans les pays chauds . 159
— (immunité conférée par le) . 167
— et singes . 496
Variole et puces . 98
— et vaccin . 167
— du singe inoculée à l’homme . 497
Ver de Guinée . 710
Vers à soie . 76(5
Vibrion butyrique dans le béribéri . 13, 65, 128
Villes du Sénégal (Hygiène des) comparée à celle de Bathurst. . . . 546
Volailles tuées par absorption de Lantana . 52
Vote de ramendement Granjux . 345
TABLE ALPHABETIQUE PAR NOMS D’AUTEURS
A
PAGES
Allain et Trautmann. Trypanosomiase humaine et pneumonie . 25
Anfreville (L. d’). L’hygiène comparée de Bathurst et de nos villes
sénégalaises . 546
Anfreville (d’) et Tiiiroux. L’émétique d’aniline dans la filariose.. 407
.\ntoine. Kystes fibreux provoqués par les filaires . 88
Arias (J.) et Surcouf (J.). Note sur des diptères piqueurs recueillis
au Dahomey par M. Pécaud . 559
— Notes sur des diptères piqueurs du Niger-Tchad....... . 754
B
Bader, Rodeï (A.) et Rubinstein (Mlle). Trypanosomiase et infections
bactériennes : influence réciproque ; étude expérimentale. .. . 83
Balfour (A.). Coccidiosis of African cattle (avec résumé français).... 429
Bertrand (L.). Contagion de la lèpre. Discussion . 415
Billet (A.). Paralysie deltoïdienne d’origine palustre. Evolution chez
le même sujet du paludisme tierce primaire en paludisme
tierce secondaire . 182
— La fièvre de Malte en Corse (Discussion) . 773
Bouet (G.) et Roubaud (E.). Expériences diverses de transmission des
trypanosomes par les glossines. III . 599
— Expériences de transmission des tiTpanosomes par les glos¬
sines. IV . 722
Bouffard. Vaccin (Discussion) . 497
Du Bourguet. La fièvre de Malte en Corse . 773
Bourret (G.). La fièvre méditerranéenne en Afrique occidentale fran¬
çaise . 490
Brault (M.-J.). Diverses publications . 59
Bréaudat (L.). Origine alimentaire et traitement du Béribéri . 13
— Origine alimentaire et traitement du Béribéri . 65
— Origine alimentaire et traitement du béribéri . 123
— Béribéri (Discussion) . 130
— Origine alimentaire du béribéri (suite) . 317
— Sur les urines et le sang des béribériques . 620
— Béribéri (Discussion) . 75>
Bréaudat (L.) et Denier. Du son de paddy dans le traitement préven¬
tif et curatif du béribéri . 624
Bridré. Un Dispharage du pigeon . 38
Brochard (V.). Recherches sur une microfilaire humaine des îles
Wallis . 138
— L’Elephantîasis arahiim aux îles Wallis et la théorie filarienne 40T
■ — L’éosinophilie dans la filariose et l’éléphantiasis . 609
fe;
— 8io —
PAGES
Broden (A.) et Rodhain (J.). Action de l’cmétique sur le Trypano-
sonia angolense s. Cazalboni . 233
Broquet (Ch.). Contagion de la lèpre (Discussion) . 414
— Eaux de Saigon (Discussion) . 463
Broquet et Villeneuve. Contribution à l’étude des maladies des vers
à soie . 766
Bruch (A.) et CoNOR (A.). Une fièvre éruptive observée en Tunisie. 492
Brumpt. Bilharziose (Discussion) . 29
— Filaria volvitJiis (Discussion) . 93
— Paludisme (Discussion) . 194
— Sur quelques particularités morphologiques et physiologi¬
ques des tr\’panosomes . 366
— Bilharziose (Discussion) . 448
— Précis de parasitologie . 585
— Béribéri et scorbut (Discussion) . 751
— La fièvre de Malte en Corse (Discussion) . 773
De Brun. Etude sur l’infantilisme palustre . 685
c
Cardam.atis. Quelques mots sur l’étiologie et la pathogénie de la fiè¬
vre bilieuse hémoglobinurique. Devons-nous la traiter par la
quinine ? . 104
Castellani et Chalmers. Manuel de médecine tropicale . 288
Caz.albou. Notes de pathologie exotique . 61
Cazeneuve (H. -J.). L’hivemation des moustiques dans la Chine du
Nord . . . . . . . . . 155
— Un cas de lèpre mixte chez un soldat d’infanterie coloniale.. 696
Chalmers et Castellani. Manuel de médecine tropicale . 288
Chatton (E.). a propos de Rynchomonas luciliæ Patton. Flagellé
parasite de la Lucilie sérénissime . 363
CoMANDON, en collaboration avec Levaditi (C.) et Mutermilch (S.).
Mécanisme de la phagocytose des trypanosomes. Démonstra¬
tion cinématographique . 365
Comte et Nicolle (Ch.). Sur la présence fréquente d’un pouvoir ag¬
glutinant vis-à-vis du Micrococciis tnelitensis dans le sang des
malades atteints de typhus exanthématique. Sa valeur dia¬
gnostique . 214
CoNOR (A.). Sources thermales et bilharziose en Tunisie . 446
— Quelques particularités biologiques du miraciditini de Schis-
tosomum hæniatohiuni . 532
CoNOR (A.) et Bruch (A.). Une fièvre éruptive observée en Tunisie. 492
CoNOR (A.) et Hayat (.'\.). Fièvre boutonneuse de Tunisie . 759
CoNOR (A.) et Nicolle (Ch.). Application du 606 au traitement du
kala-azar . 717
Conseil (A.) et Trib.'\ude.\u (J.). Application du 606 au traitement de
la syphilis en pays arabe . 537
Conseil (E.) et Nicolle (Ch.). Action du 606 sur le paludisme . 708
CouvY (L.). Scorbut et béribéri à Akjoucht (Mauritanie) . 745
— 8ii —
D
PAGES
ÜARLiNG (S. T.). Equine trypanosomiasis in the canal zone . 381
— Sarcosporidiosis in the opossum and its experimental produc¬
tion in the Guinea pig. (avec résumé français) . 513
ÜARRÉ (H.) et Géry (L.). Etude anatomo-pathologique des erythèmes
trypanosomiasiques . 728
Darré (H.) et Martin (E,). Résultats éloignés du traitement dans la
trypanosomiase humaine . . . 333
— Remarques sur l’évolution et le pronostic de la trypanosomiase
chez les blancs . 389
Deaderick (W. h.). Récurrences in malaria, their cause and préven¬
tion (avec résumé français) . 498
Denier et Bréaudat (L.). Du son de paddy dans le traitement préven¬
tif et curatif du béribéri . 624
Dufougeré (W.) et Tiiiroux (A.). Persistance de l’infection des mé¬
ninges chez un singe guéri naturellement de spirillose . 23
— De la contagion de la fièvre jaune bénigne . 165
— Sur un cas de Filaria Joa . 309
E
Emily. Note au sujet d’un ver de Guinée enkysté . 740
F
Eoley (H.) et Sergent (Edm.). Exploi'ation scientifique dans les val¬
lées de l’extrême sud oranais . 471
G
Gabbi. Photographies de Bouton d’Orient en Calabre . 288
Gauducheau (A.). Pseudo-tuberculoses mycosiques observées chez des
Chinois à Canton . 48S
béribéri dans le sud de la Chine . 544
Géry (L.) et Darré (H.). Etude anatomo-pathologique des erythèmes
trypanosomiasiques . 728
Gilrutii (J. -A.). Protozoaire parasite de la muqueuse de la caillette
du mouton . 297
Gobert (E.). Prophylaxie du typhus en milieu indigène . 764
Grall. Béribéri (Discussion) . 19
Granjux. Troupes noires du Sénégal en Algérie (Discussion) . 212
— ■ Troupes noires du Sénégal en Algérie (Discussion) . 289
— Introduction des troupes noires en Algérie (Discussion) . 41 1
— Prophylaxie de la maladie du sommeil à Brazzaville et au
Congo français pendant l’année 1909 (Discussion) . 561
H
Hayat (A.) et CoNOR (A.)- Fièvre boutonneuse de Tunisie . 759
Henry (A.) et Railliet (A.). Remarques à l’occasion de la note de
M. le Docteur Antoine . . . . 91
— 8i2 ~
PAGES
Henry (A.) et Railliet (A.). Remarques au sujet de la note de M. Ni¬
colas . 738
— Sur quelques helminthes de Python sehœ (Gmklin) . 94
— Deux espèces du ^enre « Aprocta » Linstow . 152
I
Intosh (Mc) et Levadiïi (C.). Mécanisme de la création de races de
trypanosomes résistantes aux anticorps . 368
J
Jeanselme. Béribéri . 8
— Le Béribéri (Discussion) . 130
— L’enfant issu d’une lépreuse peut-il être allaité par une nour¬
rice ? . 326
— Contagion de. la lèpre (Discussion) . 414
— L’afflux des lépreux étrangers à Paris . 701
K
Kér.vndel (J.). Un cas de trypanosomiase chez un médecin . 642
Kérandel (J.) et Mesnil (F.). Action préventive et curative de l’arsé-
nophénylglycine dans les trypanosomiases . 732
Kermorgant. Rapport sur une lettre de M. Raynaud, au sujet de l’em¬
ploi des troupes noires du Sénégal en Algérie . 209
— Vote des conclusions du Rapport de M. Kermorgant au sujet
de l’emploi des troupes noires du Sénégal en Algérie (Discus¬
sion) . 289
Kohl-Yakimoff (Nina) et Yakimoff (W. L.). Action du 606 sur la
maladie du sommeil expérimentale . 526
— Emploi de l’arséno-bensol 606 sous forme d’onguent . 618
L
Lambert (G.). Etude d’eaux bicarbonatées sodiques du bassin de Tuy-
phong, province de Binh-Thuan (Annam)..... . 549
Lamoureux (A.). Les conditions d’isolement des lépreux dans la ré¬
gion du plateau central à Madagascar . 160
— Les conditions d’isolement des lépreux dans la région du pla¬
teau central à Madagascar, province d’Antsirabé . 328
— Sur une Y'ariété de lépride tégumentaire observ^ée chez quel¬
ques lépreux à Madagascar . 328
Laveran (A.). Maladie du sommeil (Discussion) . 46
— Origine alimentaire et traitement du béribéri (Discussion).. 70
— Au sujet de Trypanosoma vivax et de Trypanosoma Cazaïboui 8©
— Kystes fibreux et filaires (Discussion) . 92
— Au sujet du traitement des infections produites par Trypano-
soina congolense et par Tr. diniorphon . 218
— Introduction des troupes noires en Algérie (Discussion) . 41 1
— Contagion de la lèpre. Discussion. Nomination d’une commis¬
sion . 415
PAGES
Laveran (A.). Auto-agglutination en trypanosomiase (Discussion) . . 442
— Du traitement par l’orpiment des infections à Tryp. congo-
lense et Tryp. dimorpJion . 443
— Au sujet de T. dirnorphon et de T. congolense . 518
— 606 et maladie du sommeil (Discussion) . 528
— Chocolatine et prophylaxie du paludisme (Discussion) . 544
— Au sujet de T. pecornni Bruce . 718
— wScorbut (Discussion) . 750
Laveran (A.) et Pettit (A.). Sur les cultures de Leishmania Dono-
vani en milieu liquide . 216
— Contribution à l’étude de Spirillutn pitheci . 419
Lerœuf. Maladie du sommeil (Discussion) . 47
— A propos du procès-verbal. Au sujet de la note de MM. Tm-
Roux et Duf(iugkrk . 62
— Pénétration des trypanosomes à travers les muqueuses (Dis¬
cussion) . 437
Lebœuf, Ringenracii et Martin (G.). Traitement de la maladie du
sommeil par l’orpiment seul . 42
— mouvement des malades trypanosomés à Brazzaville. . . . 604
Le Dantec (A.). Présence de bactéries am3']ozymes dans les fèces de
béribériques . 63
— Contribution à l’étude du béribéri expérimental . 118
— Isolement des bactéries amylozvmes en cultures pures.... 122
Le’ Dentu. La contagion de la lèpre (Discussion) . 261
— L’hérédité et la contagion à la léproserie de la Désirade.... 412
Legendre (J.). Sur la destruction des Culicides à l’aide de gîte -piège. 455
— Sur la destruction des Culicides adultes par le filet à papil¬
lons . . . . . . •.•••;*, . 457
Leger (A.). Note au sujet d’une épidémie de béribéri à Madagascar.. 751
Leger (M.) et Mathis (C.). Les porteurs d’ank\dostomes au Tonkin
et dans le Nord-Annam . 32
— Sensibilité de la souris blanche au spirochète de la fièvre ré¬
currente du Tonkin . 75
— Distribution géographique de la filariose humaine dans l’In¬
dochine du Nord . 142
— Douve oculaire de la poule . 245
— A propos de la présence des bactéries amylozymes dans les
fèces des béribériques . 352
— Immunité conférée au macaque par le spirochète de la fièvre
récurrente du Tonkin . 422
— Le paludisme au Tonkin. Index endémique pendant la saison
fraîche . 465
— Nouvelles recherches sur Leiicocyiozoon sahraaesi et L. caiil-
leryi de la poule domestique du Tonkin . 504
— Paludisme et anophélines dans la vallée de la rivière claire,
de Tuven-Quang à Hagiang . 632
— Sur des Hœmoproteiis de auelques oiseaux du Tonkin . 704
Letulle (M.) et N.attan-Larrier ('L.). Etude histologique du bubon cli¬
matérique . 731
T.evaditi (C.) et Intosii (Mc). Mécanisme de la création de races de
trA'panosomes résistantes aux anticorps . 36S
Levaditi fC.) et Mutermit.cit (S.) en collaboration avec Com.andon,
Mécanisme de la phagocytose des trA’panosomes. Démonstra¬
tion cinématographique . 453
— 814 —
Levadiïi (C.) et Stanesco. Immunisation des spirilles par action des
anticorps in vitro .
lYI
Marchoux (E.). Le Béribéri .
— Troupes noires du Sénégal en Algérie (Discussion) .
— Troupes noires du Sénégal en Algérie (Discussion) .
— Eaux de Saigon (Discussion) .
— Observations faites sur un cas de filariose Mf. diiirna. . . .
— Ver de Guinée. Dépôt au nom de M. Emily .
— L’hygiène à Grand-Bassam (Discussion) .
Martin (G.). Proposition de vœux à émettre (Discussion) .
Martin (G.), Lebœuf et Ringenbach. Traitement de la maladie du
sommeil par l’orpiment seul .
— Le mouvement des malades trypanosomes à Brazzaville....
Martin (G.) et Ringenbach. Premiers résultats du traitement de la
trypanosomiase humaine par l’arsénophénylglycine .
— Sur le traitement de la maladie du sommeil par l’émétique
d’aniline seul ou associé à l’atoxyl .
— Essai de traitement prophylactique de la ti-ypanosomiase hu¬
maine par l’emploi du tryparosane .
— Essais de traitement de la trypanosomiase humaine .
— Pénétration de Trypanosoma gamhiense à travers les tégu¬
ments et les muqueuses intactes .
— Troubles psychiques dans la maladie du sommeil .
— Nouveaux documents sur la distribution de la maladie du som¬
meil et des glossines au Congo français .
— Prophylaxie de la maladie du sommeil à Brazzaville et au
Congo français pendant l’année 1909 .
Martin (L.). Troupes noires du Sénégal en Algérie (Discussion) .
Martin (L.) et Darré. Remarques sur l’évolution et le pronostic de
la trypanosomiase chez les blancs . . ...
— Résultats éloignés du traitement dans la trypanosomiase hu¬
maine .
Mathis (C.) et Leger (M.). Les porteurs d’ankylostomes au Tonkin
et dans le Nord-Annam .
— Sensibilité de la souris blanche au spirochète de la fièvre ré¬
currente du Tonkin .
— Distribution géographique de la filariose humaine dans l’In¬
dochine du Nord .
— Douve oculaire de la poule .
— A propos de la présence des bactéries amylozymes dans les
fèces des béribériques .
— Immunité conférée au macaque par le spirochète de la fièvre
récurrente du Tonkin .
— Le paludisme au Tonkin. Index endémique pendant la saison
fraîche .
— Nouvelles recherches sur Leucocytozoon sabrazesi et L. caul-
leryi de la poule domestique du Tonkin .
— Paludisme et anophélines dans la vallée de la rivière claire,
de Tuyen-Quang à Hagiang .
— Sur des Ilœmoproteus de quelques oiseaux du Tonkin .
r-AGF,S
353
1 16
212
289
464
613
741
785
593
42
604
222
228
330
386
433
486
529
561
212
389
75
142
245
352
422
465
504
632
704
PAGES
Mkikkllks (Z.). Diarrhées des enfants .
— Epidémiologie de la variole. I. Etiologie et prophylaxie....
— Epidémiologie de la variole .
Mello (U.). Un cas de Toxoplasmose du chien observé à Turin....
Mesnil (F.). A propos du procès-verbal. Au sujet de la note de
MM. Thiroux et Dufougeré .
— Trypaiiosonia vivax et Trypanosoma Cazalboui (Discussion)..
— Résumé français de : Experimental infection of the Ma¬
dras bazaar fly, Musca nebiilo Fabr. with Herpetomonas mus-
cæ domesticœ (Burnett), par W. S. Patton .
— Résumé français de : Preliminary report on a new piro-
plasm {Piroplasma gibsoni sp. nov.) found in the blood of the
hounds of the Madras hunt and subsequently discovered in the
blood of the jackal Canis aiireus, par W. S. Patton. .
— Protozoaire du mouton (Discussion) .
— Rynchomonas luciliæ (Discussion) . . .
— Sur l’identification de quelques trypanosomes pathogènes..
— Résumé français de la note ds Darling .
— Auto-agglutination en trypanosomiase (Discussion) .
Mesnil et J. Kérandel. Action préventive et curative de l’arsénophé-
nylglycine dans les trypanosomiases .
Migone (L. E.). Le rôle des Carpinchos comme réservoirs de virus
dans la conservation du mal de Caderas .
Monter (M. L. R.). Mortalité des Européens à Saigon. Maladies in¬
testinales. Eaux de boisson .
— Un essai de quinine préventive à Hatien (Cochinchine) .
— Quinine et ç'rossesse . . .
Montgomery. Coccidiose des bovidés de l’Afrique orientale .
Morsly (T.). Nouveau traitement du typhus exanthématique par les
abcès de fixation .
— 50 nouveaux cas de typhus exanthématique traités par les
abcès de fixation .
Morax (V.). Choriorétinite et trypanosomiase humaine .
Moty. Bilharziose (Discussion) .
— Rapport de M. Kermorgant sur une lettre de M. R.aynaud, au
sujet de l’emploi des troupes noires du Sénégal en Algérie
(Discussion) .
— Destruction des moustiques (Discussion) .
— Scorbut (Discussion) .
Mouzon (De) et Sergent (Et.). Ankylostomiase endémique dans une
localité d’Algérie .
Mutermilcii (S.) et Levaditi (C.), en collaboration avec Comandon.
Mécanisme de la phagocytose des trypanosomes. Démonstra¬
tion cinématographique .
47
98
167
359
62
82
273
281
298
303
376
38s
443
732
524
459
626
629
293
172
455
305
29
212
459
750
■44^ - J
365
N
Nattan-Larrier (L.). Filaria volvulns (Discussion) . . . . . . . . 93
— Le béribéri (Discussion) . 130
— Sur quelques cas de névrite périphérique observés chez des
sujets ayant résidé au Congo français . 251
— Contagion de la lèpre (Discussion) . 415
— 8i6 -
PAGES
N atttan-Larrier (L.). Exposé de titres . 418
— L’auto-ag-glutination des hématies dans la spirillose expéri¬
mentale . 425
— Auto-agglutination en trypanosomiase (Discussion) . 442
— Lèpre (Discussion) . 704
Xattax-Larrier (L.) et Letulle (i\I.)- Etude histologique du bubon cli¬
matérique . 751
Neveux. L’emploi du singe comme animal de passage pour purifier
le vaccin . 496
— Inoculation à l’homme de la pustule de variole du singe.... 497
— Présence de l’ankylostomose à la Côte d’ivoire . 745
Nicolas (Ch.). Accidents mortels sur la volaille par ingestion répétée
de Lantana . 52
— Alcoolisme en Nouvelle-Calédonie . 175
— Trois observations du bouton d’Orient en Nouvelle-Calédo¬
nie ^ . . ...^ . 323
— Contribution à l’étude des filarioses en Calédonie . 737
Niclot. a propos d’un cas de filariose, Microfilaria bancrofti . 399
— Un chapitre de l’histoire du paludisme. Bordeaux : sol ma¬
récageux ; population palustre ; faune anophélienne . 663
Nicolle (Ch.) et Comte. Sur la présence fréquente d’un pouvoir ag¬
glutinant vis-à-vis du Micrococciis rnelitensis dans le sang des
malades atteints de typhus e.xanthématique. Sa valeur dia¬
gnostique . 214
— Troupes noires du Sénégal en Algérie (Discussion) . 289
— Quelques données nouvelles relatives au Kala-Azar infantile 431
Nicolle (Ch.) et Conor (.4.). Application du 606 au traitement du
kala-azar . 717
Nicolle (Ch.) et Conseil (E.). Action du 606 sur le paludisme. . . . 708
Noc (F.). Béribéri (Discussion) . 18 et 19
— La bilharziose à la Martinique . 26
— Un cas d’ankylostomiase maligne compliqué de bilharziose rec¬
tale . 30
— Lantana et volailles (Discussion) . 55
— Divers échantillons . 58
— Nouvelle contribution à l’étude du béribéri en Cochinchine. . 315
0
O’Zoux (M.-L.). Note sur le béribéri à la Réunion . 13 1
— L’oxyspirure de Manson à la Réunion . 670
P
Pattox (W. s.). Experimental infection of the Madras bazaar flv,
Musca nehîilo. Fabr. with 1 [erpetonionas nmscæ domesticæ
(Burnett) . 264
— Découverte d’un piroplasme nouveau chez le chacal . 57
— Lettre sur une nouvelle hémogrégarine . 115
— Preliminary report on a new piroplasm (riroplasma gthsoni
sp. nov.) found in the blood of the hounds of the Madras
PAGES
hunt and subsequently discovered in the blood of the jackal
Ca)iis aureus . 274
Patton (V\. s.) . Rynichomonas luciliae, n. g'., n. s. p . 300
— Rhynchomonas luciliae, n. g., n. s. p . 433
Pecaud (G.). Trypanosomiases animales du Haut-Dahomey (Y. erra¬
tum, p. 796).. . 551
Perroncito. La malattia dei minatori . 59
Pettit (A.) et Laveran (A.). Sur les cultures de Leishmania Dono-
V a ni' en milieu liquide . . . 216
— Contribution à l’étude de Spirillnm pitheci . 41g
PixoY et Ravaut. Sur un cas d’actinobacillose humaine observée à
Paris chez un malade venant de l’Argentine . 598
PoTTEViN (H.). Relation des différents bacilles dysentériques sur la
fermentation de la mannite . 20
■ — Béribéri (Discussion) . 20
— Origine alimentaire du béribéri. Réponse à M. Bréaudat.... 128
— Le béribéri (Discussion) . 130
Contagion de la lèpre (Discussion) . 415
— Notes sur l’épidémie cholérique des Pouilles . 636
Pré;vôt. Béribéri ([discussion) . 19
Primet. Piaux de Saigon (Discussion) . 464
R
Railliet (A.) et Henry (A.). Remarques à l’occasion de la note de
M. le Docteur Antoine . 91
— Sur quelques helminthes de Python sehæ (Gmei.in) . 94
— Deux espèces du genre a Aprocta » Linstc:>w . 152
— Quelques helminthes nouveaux ou peu connus du groupe des
Bunostomiens . 311
— Remarques au sujet de la note de M. Nicolas . 73S
Ravaut et Pinoy. Sur un cas d’actinobacillose humaine observée à
Paris chez un malade venant de l’Argentine . 598
Raynaud (L.). Prophylaxie de la peste en Algérie . 59
— Rapport sur la lèpre en Algérie . 59
— Lettre . 114
Répin. Un procédé de conservation du vmccin . 15g
— Nouveaux appareils cryogènes de laboratoire . 173
Ringenbach, Martin (G.) et Lebœuf. Traitement de la maladie du
sommeil par l’orpiment seul . 42
— Le mouvement des malades trypanosomés à Brazzaville.... 604
Ri.ngenb.ach et Martin (G.). Premiers résultats du traitement de la
trypanosomiase humaine par 1 ’arsénophénylglycine . 222
— Sur le traitement de la maladie du sommeil par l’émétique
d’aniline seul ou associé à l’atoxyl . 228
— Essai de traitement prophvlactique de la trypanosomiase hu¬
maine par l’emploi du trvparosane . 330
— Essais de traitement de la trvpanosomiase humaine . 386
— Pénétration de Trypuyiosonia gamhiense à travers les tégu¬
ments et Ds muqueus'’s intactes . 433
— TroubDs psvchiques dans la maladie du sommeil . 486
— Nouveaux documents sur la distribution de la maladie du som¬
meil et des elossines au Congo français . 529
— Prophylaxie de la maladie du sommeil à Brazzaville et au
Cong' français pendant l’année 1909.., . . :oi
. • J.- .
- Si8 -
PAGES
Rodet (A.), Rubixstkin (Mlle) et Badek. Trypanosomiase et infections
bactériennes : influence réciproque ; étude expérimentale. ... 83
Rodiiaix (J.) et Brodex {A.). Action de l'émétique sur le Trypano-
sovia aiigolense s. C'aDalboiti . 233
Roubaud (E.) et Bouet (G.). Expériences diverses de transmission des
trypanosomes par les g'iossines. III . 599
— Expériences de transmission des tn'panosomes par les glos-
sines. IV . 722
Rouffiaxdis (V.). Note sur la filariose dans l’archipel des Comores.. T45
— Ün cas d’intoxication par ingestion de fruits de Lantana.... 261
Rubinstein (Mlle), Bader et Rodet (A.). Trypanosomiase et infections
bactériennes : influence réciproque ; étude expérimentale. ... 83
S
Salaxoue-Ipin. Précis de pathologie tropicale . 6
Salmon (P.). Le sérum humain dans le Nagana des souris . 726
Schein (H.). Spirillose des bovidés dans le Sud-Annam . 73
Schneider (G. E.). La lèpre à Madagascar (Discussion) . 261
Sergent (Edm.). Campagne antipaludique de 1908 . 6
Sergent (Edm.) et Foley (H.). Exploration scientifique dans les val¬
lées de l’extrême sud oranais . 471
— Réglementation de la vente de la quinine eh Algérie . 6
Sergent (Ed. et Et.). Kala-azar. Existence de leishmaniose chez les
chiens d’Alger . 510
.Sergent (Et.). L’acariose due à Pediciiloïdes ventricosiis en Algérie 39
Sergent (Et.) et De iMouzox. Ankylostomiase endémique dans une
localité d’Algérie . 449
Sorel (F.). Notes sur une épidémie de béribéri à la Côte d’ivoire.... 742
— L’hygiène à Grand-Bassam . 785
Splendore (A.). Timpanosomes de poissons brésiliens . 521
St.inesco et Lev.aditi (C.). Immunisation des spirilles par action des
anticorps in vitro . 353
SuRCOUF (J.) et Arias (J.). Note sur des diptères piqueurs recueillis
au Dahomey par M. Pécaüd . 559
— Notes sur des diptères piqueurs du Niger-Tchad . 754
T
Tasiiim-Ibrahim. Sur l’existence en Tripolitaine du Kala-Azar et de la
fièvre méditerranéenne . 51 1
Teppaz. Un cas de rage du chien au Sénégal . 351
— Essai de traitement de la lymphangite épizootique du Sénég'al 450
Theiler (A.). Anaplasma marginale. LTn nouveau protozoaire du bétail 135
Tiiiroux (A.). De l’émétique d’aniline associé à l’atoxyl dans le traite¬
ment de la maladie du sommeil . 194
— De l’action de l’émétique d’aniline sur la filariose . 202
— Un petit foyer de maladie du sommeil à côté d’un gîte de
Gl. palpali.'; dans le delta du fleuve Sénégal . 239
— Sur l’examen des tirailleurs sénégalais envovés en Algérie.. 409
— 8i9 — ' ■
PAGES
Thiroux (A.). De l’emploi au Sénégal du tannate de quinine en
poudre pour la prophylaxie du paludisme chez les enfants. 541
— De la présence de Cercopithecus patas pyrrhonotus au Séné¬
gal . 453
— Prophylaxie de la maladie du sommeil à Brazzaville et au
Congo français pendant l’année 1909 (Discussion) . 561
— L’éducation des colons et des indigènes et la prophylaxie indi¬
viduelle dans la maladie du sommeil . 586
Thiroi'x (A.) et Dukougeré (W.). Persistance de l’infection des mé¬
ninges chez un singe guéri naturellement de spirillose . 23
TiiiKot^x et d’Axkreville. L’émétique d’aniline dans la filariose.... 407
Thomas (W.). Plaquettes de vulgarisation . 418
Tonn (J. I^.). A note on the occurrence of auto-agglutination of the red
cells in human trypanosomiasis (avec résumé français) . 438
Trai’tmann et Ai.laix. Trypanosomiase humaine et pneumonie . 25
Triraiu)eau (J.) et Cc^xsetl (E.). Application du 606 au traitement de
la syphilis en [)ays arabe . 537
U
l'i.BRK'ii. Manifestations inflammatoires chorio-rétiniennes provoquées
par l’inoculation intravortiqueuse de trypanosomes . 303
V
\'iLi.i:xEUVE et Broqi’et. Contribution à l’étude des maladies des vers
à soie . 768
\'alijx. Chocolatine et prophylaxie du paludisme (Discussion) . 544
— Troupes noires du Sénégal en Algérie (Discussion) . 289
\hxcEXT. Béribéri (Discussion) . 19
— La fièvre de Malte en Corse (Discussion) . 773
W
Wagox. La tuberculose chez les noirs en Guinée française . 21
Y
Vakimokf (W. L.). Sur la question de la décomposition de l’arséno-
benzol 606 . 616
Yakimoff (W. L.) et Kohl-Yakimoff (Nina). Action du 606 sur la
maladie du sommeil expérimentale . 526
— Emploi de l’arséno-benzol 606 sous forme d’onguent . 618
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VI
PAGES
Ch. Nicolle et E. Conseil. — Action du 606 sur le paludisme .... 708
A. ‘-ÎAiLLiET et A. Henry. — Remarques au sujet de la note de M. Nicolas 738
P. Salmon. — Le sérum humain dans le Nag-ana des souris . 726
F. SoREL. - Notes sur une épidémie de béribéri à la Côte d’ivoire • . 742
J. SuRCOUF et J. Arias-Encobet. — Notes sur des diptères piqueurs du
Niger-Tchad . 754
MEMOIRES
Broquet et Villeneuve. — Contribution à l’étude des maladies des vers
à soie .
Du Bourguet. — La fièvre de Malte en Corse. Discussion : MM. Bil¬
let, Vincent et Brumpt .
SoREL. — L’hygiène à Grand-Bassam. Discussion : M. Marchoux .
Erratum .
Ouvrages reçus .
Table analytique des matières .
Table des matières par noms d’auteurs .
794
791
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Membre de l’Institut
et de l’Académie de Médecine
F. MESNIL
Chef de Laboratoire
à l’Institut Pasteur^
I volume grand in-8o, avec 6i fig-ures dans le texte et une planche hors texte,
en couleurs
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Littérature et Échantillons : Laboratoire GALBRUN, 18, Bue Oberkampf, PARIS.
Ne psis confondre l’Iod^ose, produit original, avec les nombreux similaires
parus depuis notre communication au Congrès international de Médecine de Paris 1900.
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U. s. Department of Agriculture
Lierary
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(20 Stat. 171, June 15, 1878.)