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BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
>
TOME X — 1917
PARIS
MASSON & Cie, ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l’aCADEMIE DE MEDECINE
120, Boulevard Saint-Germain (6e)
Tome X.
No i.
1 o 1 7
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 10 janvier 1917
PARIS
MASSON & Cie, ÉDITEURS
LIBRAIRES DE L’ACADEMIE DE MEDECINE
120, Boulevard Saint-Germain (6e)
Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît io fois par an
i5*jours après chaque séance, qui a lieu le 2e mercredi du mois, sauf en août et
septembre. 11 forme tous les ans un volume de plus de 6oo pages
Années 1908 à 1913 — Prix de chaque volume broché : 15 francs.
Le prix de PAbonnement est : France , 18 fr. ; Union postale , 20 fr .
SOMMAIRE DU NUMERO i
Séance du 10 janvier 1917
PAGES
Liste des Membres . I
CORRESPONDANCE
Déclaration obligatoire de la fièvre méditerranéenne en Tunisie . . i
M. Bouilliez. — Auto-observation d’un cas d’inoculation occidentale de
Bouton d’Orient sur la conjonctive . i
Décès de A. Lucet . 2
Allocution du Président . . 4
COMMUNICATIONS
G. Bouet et E. Roubaud. — Répartition des glossines à la Côte d’ivoire. 87
E. Escomel. — A propos du meilleur traitement actuel des amibiases
intestinale et hépatique . 23
Ch. Grall. — Amibiase hépatique à l'Armée d’Orient (Formes frustes). 17
M. 1 _ÆGER . — Observations sur quelques Leucocytozoon d’oiseaux de la
région de Reims . 28
A. da Matta. — Eméticothérapie dans la leishmaniose tégumenlaire . 34
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PAGES
Y. Morax. — Arthrites d’origine dysentérique et manifestations oculai¬
res. — Discussion . . 12
L. Moreau. — Arthrites du genou d’origine dysentérique . 10
N. H. Swellengrebkl et J. R. Schiess. — Quelques remarques sur la
morphologie de V Entamœba histoli/tica et la valeur diagnostique
de l’infection vitale des chats . i3
F. Van den Branuen. — Chéloïdes géantes chez une négresse. . . . 3q
MÉMOIRES
G. Cadet. — La Peste du Sud-An nam . . 4i
M. Bouilliez. — Recherches expérimentales sur Leishmania tropica . 66
Ouvrages reçus . * . 87
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Liste des Membres
de la Société de Pathologie exotique
en janvier 1917 (0
ABRÉVIATIONS.
MAS Membre de l’Académie des Sciences.
MAM Membre de l’Académie de Médecine.
M F Membre fondateur de la Société.
A T Armée de terre.
M Marine.
T C Troupes coloniales.
COMPOSITION DU BUREAU
Président .
Vice-Présidents .
Secrétaires généraux...
Trésorier-archiviste.. .
Secrétaires des séances.
MM.
A. Laveran.
L. Martin et H. Vincent.
E. Marchoux et F. Mesnil.
E. Tendron.
C. Joyeux et C. Levaditi.
A
Membres du Conseil. . MM. Chantemesse, Grall, Jeanselme, Wurtz.
Commission de Con¬
trôle .
Mme Phisalix, MM. Pottevin et Prévôt.
(1) Nous avons indiqué, autant qu’il nous a été possible, l’affectation
militaire actuelle de chacun des membres français de la Société.
MEMBRES HONORAIRES
MM.
E. L. Bouvier, MAS, Profr Muséum, 55, rue de Buffon, Paris. V%
MF.
Général Sir David Bruce, Royal Army medical College, Grosvenor
Road, Londres, S. W.
W. T. Councilman, Prof1' Université de Cambridge, Etats-Unis.
B. Danilewsky, Prof' Fac. Médecine, Charkow, Russie.
B. Grassi, Prof' Anatomie comparée, Université Rome, 91, via
Agostini Depretis.
L. Guignard, M A S, M A M , Directeur hon., Prof1 Ecole de Pharma¬
cie, 6, rue du Val-de-Gràce, Paris, Ve.
S. Kitasato, Directeur Inst. Kitasato pour les maladies infectieuses,
Tokio, Japon.
Le Myre de Vilers, ancien Président de la Société de Géographie,
Président de la Sous-Commission française de la Maladie du Som¬
meil, 49, avenue Victor-Hugo, Paris, XVIe.
Sir Patrick Manson, The Sheiling, Clonbur, Co. Galway, Irlande.
E. Perrier, MAS, MAM, Directeur du Muséum, 57, rue Cuvier,
Paris, Ve, MF.
E. Perroncito, Prof' Université de Turin.
A. Railliet, MAM, Profr Ecole vétérinaire d’Alfort.
Sir Ronald Ross, Profr Université de Liverpool, 3(5, Harley House,
Regent’s Park, Londres, N. W.
E. Roux, MAS, MAM, Directeur de l’Institut Pasteur, MF.
Th. Smith, Directeur Départ. Maladies animales, Institut Rockefeller,
Princeton, New-Jersey.
Vallin, MAM, anc. Médecin inspecteur AT, 17, avenue Bosquet,
Paris, MF.
A. Yersin, Médecin principal ire Cl. T C, Directeur des Instituts Pas¬
teur d’Indochine, à Nha-Trang, Annam.
MEMBRES TITULAIRES-HONORAIRES
M M .
L. Bertrand, Médecin général de ire Cl. M, 19, rue Steffen, Asnières,
MF.
R. Blanchard, MAM, Prof1 Parasitologie Fac. de Médecine, 226,
boulevard Saint-Germain, Paris, VIe.
A. Chantemesse, MAM, Prof' Hygiène Fac. de Médecine, 3o, rue
Boissy-d’Anglas, Paris, VIIIe, M F.
Delrieu, Médecin inspecteur T C de réserve, Directeur Service de
Santé A. O. F., à Dakar, Sénégal, M F.
Ch. Grall, Inspecteur général Service de Santé T C de réserve, en
mission au Service de Santé Armées d’Orient, M F.
III
Granjux, Rédacteur en chef du Caducée , 1 8, rue Bonaparte, Paris,
VI% MF.
Jeanselme, Agrégé Fac. Médecine, Médecin des Hôpitaux, 5, quai
Malaquais, Paris, Médecin-major Hôpital du Panthéon, M F.
A. Laveran, MAS, MAM, Prof1' Institut Pasteur, 25, rue du Mont¬
parnasse, Paris, VIe, MF.
A. Le Dentu, MAM, anc. Profr Fac. Médecine, 2, rue de Messine,
Paris, M F.
Lemoine, Médecin inspecteur général A T, Chef supérieur Service
Santé d’Armée, MF.
Moty, anc. Médecin principal ire Cl. A T, Agrégé libre du Val-de-
Grâce, 65, route d’Octeville, Sainte-Adresse, Seine-Inférieure.
Nimier, Médecin inspecteur général A T, Chef supérieur Service Santé
d’Armée, MF.
J. E. J. Schneider, Médecin inspecteur A T de réserve.
H. Vallée, Directeur Ecole vétérinaire d’Alfort, M F.
H. Vincent, MAM, Médecin inspecteur A T, Chef du Laboratoire de
Vaccination antityphique au Val de-Gràce, 77, boulevard du Mont¬
parnasse, Paris, VIe, MF.
R. Wurtz, MAM, Agrégé Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
18, rue de Grenelle, Paris, VIe.
MEMBRES TITULAIRES
MM.
Achalme, Directeur labor. colon. Muséum, 55, rue de Butfon, Paris,
Ve, MF.
A. Borrel, Prof1' Institut Pasteur, Paris, XVe, MF.
J. Bridré, Chef Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe, Vétérinaire
auxiliaire (mars 1914) (1).
E. Brumpt, Agrégé Fac. Médecine, i5, rue de l’Ecole-de-Médecine,
Paris, VIe, Profr Parasitologie Fac.de Médecine Saô Paulo, Brésil.
Adjoint technique Xe région (1 2 février iqo<$).
E. Chatton, Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe, Lieute¬
nant au 4e Tirailleurs indigènes, Chef Laboratoire militaire Gabès,
Tunisie ( i3 mars 1912). >
H. Darré. Médecin assistant Hôpital Pasteur (8 décembre 1909 ).
Ch. Dopter, Médecin principal 2e Cl. A T, Prof1' Val-de-Gràce, Adjoint
au Directeur du service de Santé des Armées en campagne, M F.
E. Dujardin-Beaumetz, Chef Laboratoire Institut Pasteur, M F.
L. Dyé, Médecin colonial Université Paris, 123, avenue de Wagram,
Paris, Médecin aide-major (S avril 190A).
F. Heim, Agrégé Fac. Médecine, Secrétaire perpétuel Ass. Agronomie
coloniale, 34, rue Hamelin, Paris, XVIe, M F.
A. Henry, Chef Travaux pratiques Zoologie, Ecole vétérinaire, Alfort,
Véiérinaire Dépôt chevaux malades, Contre, par Conty, Somme
(juillet igi3).
Ch. Joyeux, Préparateur Parasitologie Fac. de Médecine, Médecin
(1) Date de l’élection comme titulaire.
aide-major au Lab. antiiyphique du Val-de-Gràce ( avril igi3).
M. Langeron, Chef Travaux Parasitologie Fac. de Médecine,
Médecin aide-major au Lab. antityphique du Val-de-Grâce (février
igi3).
A. Lesage, Médecin des Hôpitaux, 226, boulevard Saint-Germain,
Paris, M F.
M. Letulle, MAM, Prof1' Fac. de Médecine, Médecin des Hôpitaux,
7, rue de Madgebourg, Paris, Médecin chef Hôpital militaire Buffon
(g février igio).
G. Levaditi, Chef Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe, Médecin
aide-major Laboratoire d’Armée (8 juillet igo8).
E. Marchoux, anc. Médecin principal T C, Chef Service Institut
Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe, Médecin chef de la Place de
Paris, M F.
L. Martin, Médecin-Directeur Hôpital de l’Institut Pasteur, 205, rue
de Vaugirard, Paris, XVe, M F.
F. Mesnil, Prof1' Institut Pasteur, 96, rue Falguière, Paris, XVe,
MF.
V. Morax, Ophtalmologiste des Hôpitaux, 28, boulevard Raspail,
Paris, VIIe (12 février igo8).
L. Nattan-Larrier, chargé de Cours Collège de France, 60, rue
de Courcelles, Paris (/ 2 février igo8).
A. Pettit, Chef Laboratoire Institut Pasteur, 26, rue Dutot, Paris,
XVe, Médecin aide-major détaché au Service sérothérapique de L Ins¬
titut Pasteur (g juin igog).
Mme M. Phisalix, Chef-adjoint Travaux de Pathologie Labor. colo¬
nial Muséum, 62, Bd St-Germain, Paris, Ve (8 février iqi 1).
E. Pinoy, Chef Laboratoire adjoint Institut Pasteur, Paris, XVe, M F.
H. Pottevin, Directeur-adjoint Office international d’Hyg. publique,
Député, 11, rue Valentin-Haiiy, Paris (ry décembre igo8).
A. Prévôt, Chef Service adjoint Institut Pasteur, Carches (Seine-et-
Ois o) (12 février iqo8).
J. Rieux, Médecin-principal 2e Cl. A T, Agrégé Val-de-Crâce, Adjoint
au Chef supérieur Service de Santé d’Armée (novembre iqi3).
E. Roubaud, Chef Laboratoire Institut Pasteur, 96, rue Falguière,
Paris, XVe, attaché au Laboratoire central de Bactériologie de l’Ar¬
mée (janvier iqi3).
J. Rouget, Médecin-inspecteur A T, Proh Val-de-Grâce, 6, rue du
Val-de-Gràce, Paris, Ve (12 février i()o8).
E. Sacquépée, Médecin-principal 20 Cl. A T, Agrégé libre Val-de-
Grâce, Médecin-chef Laboratoire IVe Armée ( janvier iqif).
Simonin, Médecin-inspecteur A T, Prof1' Val-de-Gràce,' Directeur-
adjoint Service de Santé Ministère de la Guerre, MF.
Surcoue, Chef des Travaux de Zoologie Labor. colonial Muséum, 55,
rue de Bufton, Paris, Ve, Capitaine territoriale détaché au service
des Affaires indigènes d’Algérie (1 2 février igo8).
E. Tendron, Directeur pharmaceutique Service des Sérums Institut
Pasteur (juin igi3).
H. Violle, Médecin M réserve, Préparateur Institut Pasteur, Paris,
XVe, Chef Laboratoire Hôpital St-Mandrier (juillet iqi4).
M. Weinberg, Chef Laboratoire Institut Pasteur, Paris, XVe, Médecin
aide-major (8 avril igo8).
V —
MEMBRES ASSOCIÉS
a) Français.
MM.
Th. Barrois, Profr Parasitologie Fac. Médecine, Lille.
A. Calmette, anc. Médecin inspecteur T C, Directeur de Plnstitu
Pasteur, Lille, MF.
Clarac, Médecin inspecteur T C de réserve, Directeur Service c
Santé XVIIIe Région, Bordeaux, Mi7.
De Brun, Prof. Fac. Médecine, Beyrouth.
Ducloux,. Chef du Service de l’Elevage, Tunis.
J. Dupuy, Directeur Service sanitaire maritime, Marseille, MF.
A. Le Dantec, Prof1' Pathol, exotique, Fac. Médecine, 89, cours Vic¬
tor Hugo, Bordeaux, Médecin principal réserve M, Hôpital mari¬
time, Rochefort, M F.
Ch. Nicolle, Directeur Institut Pasteur, Tunis.
J. B. Piot, Directeur Service vétérinaire des domaines de l’Etat, Le
Caire.
E. Primet, Médecin inspecteur T C de réserve, 82, Avenue de Breteuil,
Paris, M F.
P. Remlinger, Médecin-major irc Cl. A T (h. c.), Directeur Institut
Pasteur de Tanger.
Edm. Sergent, Directeur Institut Pasteur d’Algérie, Mustapha-
Alger, M F.
Et. Sergent, de l’Institut Pasteur de Paris, Médecin de colonisation
(h. c.), chargé de mission en Algérie, 4, rue Michelet, Alger-Mus¬
tapha.
P. L. Simond, Médecin inspecteur T C, MF.
H. S oulié, Profr Faculté de Médecine, Université Alger.
A. Thiroux, Médecin-principal 2e Cl. T C, Directeur Service Santé
Annam, à Hué, M F.
VaiLLARD, MAM, Médecin inspecteur général A T de réserve, 21, rue
Denfert Rochereau, Paris, Ve, MF.
J. Vassal, Médecin-principal 2e Cl. T C, Camp de Fréjus.
b) Etrangers.
MM.
A. Agramonte, Prof1' Bactériologie Université La Havane, Cuba.
A. Bettencourt, Directeur Inst, bactériol. Camara Pestana, Lis¬
bonne.
Van Campenhout, anc. Directeur, Profr Ecole de Médecine tropi¬
cale, 43, rue Marie-Thérèse, Bruxelles.
A. Castellani, Prof1' Maladies tropicales Université, Naples.
O. Cruz, Directeur Institut de Manguinhos, Rio-de-Janeiro.
Ch. Firket, Prof1' Fac. Médecine, 8, rue Sainte-Véronique, Liège.
C. Golgi, Prof1' Université, Pavie.
— VI —
W. C. Gorgas, Directeur Service de Santé, Ancon, Panama.
S. Kartulis, Hôpital gouvernement égyptien, Alexandrie, Egypte.
A. Kopke, Prof1' Ecole de Médecine tropicale, Lisbonne.
Sir William B. Leishman, Profr Royal Army Medical College, Gros-
venor Road, Londres, S. W.
A. Looss, Prof1' Ecole de Médecine, Le Caire.
B. Nocht, Directeur Institut für Schiffs u. Tropenkrankheiten, Ham¬
bourg.
F. G. Novy, Prof1' Université du Michigan, Ann Arbor, Mich., Etats-
Unis.
G. H. F. Nuttall, Profr Université Cambridge, Longfield, Madin-
gley Road, Cambridge, Angleterre.
A. Salimbeni, Chef Service adjoint Institut Pasteur, Paris, MF.
K. Shiga, Directeur Laboratoire Institut Kitasato pour les mal.
infect., Tokio, Japon.
A. Theiler, Chefdu service vétérin. scientif., Pretoria, Transvaal.
J L. Todd, Prof1' Parasitologie Université Mc Gill, Macdonald Col¬
lege, Sainte-Anne-de-Bellevue, P. Q., Canada.
H. Ziemann, Médecin principal de la marine allemande, 82, Gothe-
trasse, Berlin-Charlotten bourg.
MEMBRES CORRESPONDANTS
a) Français.
MM.
J. Allain, Médecin-principal ire Cl. T C, Médecin divisionnaire
ier corps colonial.
L. d’Anfreville, Médecin du Service de Santé à Salé, Maroc, 80, Bd de
Courcelles, Paris.
J. Arlo, Médecin-major 2e Cl. T C, Camp de Fréjus.
P. Aubert. Médecin-major ire Cl. T C, Perpignan.
A. Auché, Pharmacien en chef 2e Cl. M, chef du Service pharmaceu¬
tique, Bizerte, Tunisie.
A. Bartet, Médecin principal M, sur le Jauréguiberry.
J. Bauche, Vétérinaire inspecteur des épizooties, Hué, Annam.
E. Bellet, Médecin ire Cl. M, Navire hôpital Bien-hoa , Toulon.
G. Bellot, Médecin-général 2e Cl. M, Directeur Service de Santé,
Lorient.
P. Noël Bernard, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Laboratoire
Bactériologie Hanoï, Tonkin.
L. Blaizot, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Tunis.
G. Blanc, Chef de Laboratoire Institut Pasteur, Paris.
M. Blanchard, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire
Grand-Bassam, Côte d’ivoire.
G. Blin, Médecin-major ire Cl. T C, Chefdu Service de Santé de la
Guinée franç., à Conakry.
A. Boquet, Vétérinaire, Chef de Laboratoire Institut Pasteur d’Algérie,
G. Bouet, Administrateur en chef des Colonies, Inspecteur de l’Hy¬
giène en A. O. F., à Dakar.
VII —
G. Bouffard, Médecin-major ire Cl. T G, Chef Service de Santé,
Dahomey.
M. Bouilliez, Médecin-major 2e Cl. T C, retour du Territoire mili¬
taire du Tchad.
G. Bourret, Médecin-major ire Cl. T C., Directeur Laboratoire
Bactériologie Nouméa, Nouvelle Calédonie.
P. Brau, Médecin-major ire Cl. T. C., Médecin Chef Ambulance
ier corps colonial.
L. Bréaudat, Pharmacien T C, Chef Laboratoire Toxicologie
128e Division.
V. Brochard, Ancien Médecin T C., Administrateur ire Cl. des Colo¬
nies à Vohémar, Madagascar.
Ch. Broquet, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin-chef d’Ambulance.
J. A. Bussière, Médecin-major i>e Cl. T C, Médecin de l’Ambassade,
Pékin.
Cathoire, Médecin-major ire Cl. A T, Médecin-chef Laboratoire
IIe Armée.
L. Cazalbou, anc. Direct. Labor. Bactériologie de Ségou, A. O. F.,
Vétérinaire major ire Cl. Dépôt chevaux blessés Toul (M.-et-M.).
H. Cazeneuve, Médecin ire Cl. M, Chef du Laboratoire de Bactério¬
logie d’escadre, sur le Shamrock.
A. Chopard, Médecin de la 2e division à la Société de Construction
des Chemins de fer Indochinois, Keror, La Ciotat, Bouches-du-
Rhône.
F. Clair, anc. Médecin sanitaire maritime, 6, avenue Daubigny, Paris,
XVIIe, Médecin aide-major au 20e d’Artillerie.
Clarenc, Président de la Société médicale, Port-Louis, Ile Maurice.
M. Cognacq, Directeur Ecole de Médecine de l’Indochine, Hanoï,
Tonkin.
L. Collin, Médecin major 2e Cl. T C, Camp de Fréjus.
E. Conseil, Chef Bureau municipal Hygiène, 60, rue des Selliers,
Tunis, Médecin aide-major.
L. Couvv, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Hôpital Châlons-sur-
Marne.
J. Crespin, Prof1 Hygiène Fac. Médecine, Médecin Hôpital Mustapha,
1, rue du Soudan, Alger.
Ch. Dassonville, Vétérinaire principal 2e CL, Directeur Services
vétérinaires 32e Corps.
•• ^
P. Delanoe, Médecin Assistance méd. indigène, Mazagan, Maroc,
Aide-major de réserve.
Denier, Médecin ire Cl. M, Sous-Directeur Institut Pasteur de Saigon,
Cochinchine.
W i Dufougeré, Médecin-major 2e Cl. T C, au Maroc.
R. Dumas, Médecin principal ire Cl. T C, retour d’Indochine.
V. Dupont, Médecin principal Assistance indigène A. O. F., Dakar,
Sénégal.
Emily, Médecin principal ire Cl. T C, Directeur service de santé
2e Corps colonial.
H. Foley, Médecin-major ire Cl. A T (h. c.), attaché à l’Institut Pas¬
teur d’Algérie, Médecin Chef 159e Infanterie alpine.
Fontoynont, Directeur Ecole de Médecine, Tananarive, Madagascar.
L. Gaide, Médecin principal 2e Cl. T C, retour d’Indochine.
A. Gauducheau, Médecin-major ire Cl. T C, retour d’Indochine.
— VIII
E. Gendre, anc. Médecin de l’Assistance médicale indigène en A. O.
F., Inspecteur de l’Assistance publique à Angers, 14, rue Voltaire.
V. Gillot, Médecin Hôpital Alger-Mustapha, 21, boulevard Victor-
Hugo, Alger.
P. Gouzien, Médecin inspecteur général T C, Directeur Service de
Santé Groupement d’Armée, M F.
De Goyon, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin-chef 35e d’infanterie
coloniale.
H. Gros, Médecin de réserve M., Médecin de colonisation, Rébeval,
département d’Alger, Forges nationales de Guérigny, Nièvre.
F. Heckenroth, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin chef Brancar¬
diers divisionnaires, Armée d’Orient,
G. Irr, Vétérinaire, en Afrique occidentale française.
C. Jojot, Médecin-major ire Cl. T C, Armée d’Orient.
H. J ouveau-Dubreuil, Médecin-major 2e Cl. T C, aux Armées.
J. Kérandel, Médecin-major ire Cl. T C, chargé d’un service de vac¬
cinations an ti pneu mococciq ues.
A. Lafont, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin chef Brancardiers de
corps, Armée d’Orient.
A. Lamoureux, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin-chef Brancardiers
divisionnaires.
A. Lebœuf, Médecin-major 2e Cl. T C, désigné pour l’Institut Pasteur
de Brazzaville.
A. Lecomte, Médecin-principal 2e Cl. T C, Médecin divisionnaire
Ier Corps colonial.
A. Leger, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Laboratoire Bacté¬
riologie Dakar, Sénégal.
M. Leger, Médecin-major ireCl. T C, Chef service de santé, Guyane.
G. Lemaire, Médecin Hôpitaux d’Alger, Chef de Laboratoire Institut
Pasteur d’Algérie, 7, rue Ledru-Rollin. Médecin-major 3e brigade
marocaine.
Le Roy des Barres, Directeur Santé locale du Tonkin, Hanoï.
A. Lhéritier, Vétérinaire, Chef Laboratoire Institut Pasteur d’Al¬
gérie.
J. Maille, Médecin ire Cl. M, Directeur Lab. Bactériologie Hôpital
maritime, Cherbourg.
Manaud, Médecin-major 2e Cl. T C, Hôpital du Panthéon, Paris.
L. Manceaux, Médecin principal 2e Cl. A T, Médecin divisionnaire.
G. Martin, Médecin-major ire Cl. T C, Directeur Service Santé,
Douala, Cameroun.
C. Mathis, Médecin-major ire Cl. T C, Médecin-chef Laboratoire
d’Armée.
J. Matignon, Médecin-major T C, Directeur Adjoint Service Santé,
IVe Région .
G. Merveilleux, Médecin-inspecteur T C, Directeur Service de Santé
de l’Indochine, à Hanoï.
F. Miramond de Laroquette, Médecin-major ire Cl. A T, Hôpital
du Dey, Alger.
F. Monfort, Médecin-major 2e Cl., T C. Médecin-chef 38e Infanterie.
R. Montel, ancien Médecin TC, Médecin de la municipalité, 48 ter ,
rue Paul Blanchy, Saïgon.
L. Nègre, Chef Laboratoire Inst. Pasteur d'Algérie, Alger.
— IX
Niclot, Médecin-principal ire Cl. A T, Médecin-chef Centre hospita¬
lier Salonique.
Ch. Nicolas, à Bourail, Nouvelle-Calédonie.
F. Noc, Médecin-major ire Cl. T C, Hôpital, Saigon, Cochinchine.
Ortholan, Médecin-major ire Cl. T C, en Indochine.
F. Ouzilleau, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin-chef 57e Sénéga¬
lais, Camp de Fréjus.
G. Pécaud, Vétérinaire A. T (h. c.), Chef Service zootechnique du
Tchad, à Fort-Lamy.
A. Pressât, Médecin de la Cie de Suez, Port-Saïd, Egypte.
A. Raybaud, Médecin de la Santé, 3 <2, rue Lafayette, Marseille.
Raynaud, Chef du Service sanitaire maritime, (3, rue Joinville, Alger
J. Ringenbach, Médecin major 2e Cl. T C, en Indochine.
J. Roger, Vétérinaire en 2e, au 18e d’Artillerie, Toulon.
H. Rothamel, Médecin de l'Assistance de l’Indo-Chine, à Vinhlong,
Cochinchine.
Salvat, Directeur Institut Pasteur, Tananarive, Madagascar.
A. Sarrailhé, Médecin-major 2e Cl. T C, Adjoint technique Service
de Santé, Armée d’Orient.
H. Schein, Vétérinaire, Inspecteur des Epizooties de l’Indochine,
attaché à l’Institut Pasteur de Nha-Trang, Annam.
F. Sorel, Médecin-major ie Cl. T C, à Dakar, Sénégal.
L. Stévenel, Médecin-major 2e Cl. T C, Directeur Institut d’Hygiène,
Fort de France, Martinique.
Stini, à Larnaca, Chypre.
J. Thézé, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin d’ambulance.
R. Trautmann, Médecin-major 2e Cl. T C, Médecin d’ambulance.
Troüssaint, Médecin Inspecteur A T, Directeur Service de Santé,
Montpellier, M F.
G. Vallet, Médecin-major ire Ci. A T, Médecin-chef Brancardiers
de Corps.
b) Etrangers.
MM.
L. Audain, Directeur du Laboratoire, Port-au-Prince, Haïti.
E. E. Austen, Conservateur British Muséum of Nat. History, Crom¬
well Road, Londres, S. W. >
A. G. Bagshawe, Directeur Tropical Diseases Bureau , Impérial Ins-
titute, Londres, S. W.
A. Balfour, Directeur Wellcome Bureau of Scientific Research,
Londres, W., Woodcote, Churt, Surrev, Angleterre.
J. Bequaert, Chef de mission scientifique au Congo belge, Boulevard
Charles-le-Téméraire, Bruges, Belgique.
Vital Brazil, Directeur Institut sérothérapique de Butantan, Etat de
St-Paul, Brésil.
A. Breinl, Directeur Inst. Méd. tropicale, Townsville, Queensland,
Australie.
A. Broden, Directeur Ecole Méd. tropicale, Parc Duden, Forest-
Bruxelles.
Mamerto Cadiz, Prof1' Faculté Médecine et Directeur Institut d’Hy¬
giène, Santiago, Chili.
X —
J. Cantacuzène, anc. Directeur Santé publique, Prof1' Université, Buca¬
rest.
J. Cardamatis, Profr Mal. trop. Fac. Médecine, 26, rue Canaris, Athè¬
nes.
A. Carini, Professeur, Directeur Laboratoire Microbiologie, Sao
Paulo, Brésil.
C. Chagas, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
A. J. Chalmers, Directeur, Lab. Wellcome, Khartoum, Soudan.
S. R. Christophers, Assistant, Central Research Institute, Kasauli,
Inde.
A. CiucA, Chef des Travaux Ecole Vétérinaire, Bucarest.
M. Ciuca, Chef Laboratoire Fac. Médecine, Bucarest.
M. Couto, Profr Fac. Médecine, Rio-de-Janeiro.
C. W. Daniels, Lecturer London School of tropical Medicine et
London Hospital a. Medical College, 29, Harley Street, Lon¬
dres, W.
S. T. Darling, Chef Laboratoire Bureau sanitaire, Ancon, Panama.
W. H. Deaderick, Mariana, Arkansas, Etats-Unis.
C. D onovan, Prof1 Univ., Médecin Hôpital, Dunduan, Nugambakam,
Madras, Inde.
E. Escomel, Médecin de l’Asile Saint-Jean de Dieu, Arequipa, Pérou.
J. W. H. Eyre, Bactériologiste Guy’s Hospital, Londres, S. E.
H. B. Fantham, Parasitologiste Liverpool School of tropical Medicine.
S. Flexner, Directeur de l’Institut Rockefeller, New-York.
C. França, Naturaliste Muséum Bocage, Ecole Polytechnique Lis¬
bonne, à Collares. Portugal.
G. Franchini, Libéra docente Fac. Médecine Rome, attaché à l’Insti¬
tut Pasteur de Paris.
F. Fülleborn, Prof1' Institut für Schiffs u. Tropen-krankheiten, Ham¬
bourg.
U. Gabbi, Chef division tropicale Clinique médicale Université, Rome.
C. M. Garcia, Médecin-inspecteur du Service contre la fièvre jaune,
La Vera-Cruz, Mexique.
L. Gedoelst, Prof1 Ecole Médecine vétérinaire, Cureghem-Bruxelles.
J. A. Gilruth, Gouverneur Territoire du Nord, Australie, à Darwin.
O. Goebel, Médecin, Elisabeth ville, Congo belge, rentré en France.
E. D. W. Greig, ('entrai Research Institute, Kasauli, Inde anglaise.
W. M. Haffkine, Laboratory Hospital Grounds, Bhawanipur, Cal¬
cutta.
M. Hartmann, Professeur, Directeur laboratoire Institut Biologie,
Berlin.
S. P. James, Officier Service sanitaire Inde anglaise, à Simla.
R. Jemma, Professeur Pédiatrie Fac. Médecine, Naples.
S. Kanellis, 24, rue Pinacoton, Athènes.
G. W. Kiewiet de Jonge, Kramat, Weltewreden, Indes néerlandaises.
Allan Kinghorn, Mpika, Rhodesia septentrionale.
F. Kleine, Chef de la lutte contre la Maladie du Sommeil en Afrique
orientale allemande, Daressalam.
A. Lanfranchi, Professeur Clinique vétérinaire Univ. Bologne, Italie.
R. Leiper, Professeur Helminthologie Ecole Médecine " tropicale,
Londres.
H. P. Lie, Chef du service de la Lèpre, Bergen, Norvège.
Xï —
A. Lignos, Médecin Ile d’Hydra, Grèce.
A. Llndenberg, Médecin Service dermatologique Hôpital Santa-Casa,
S. Paulo, Brésil.
.1 . J. van Loghem, Directeur Inst. Hygiène tropicale, Tijdelijk Bureau,
Sarphatistraat, 34, Amsterdam.
George C. Low, Lecturer, London School of tropical Medecine, King’s
College et West London Hospital, 6, Bentinck Street, Manchester-
Square, Londres W.
A. Lutz, Chef de Service Institut O. Cruz, Manguinhos, Rio-de-
Janeiro.
J. Macdonald, La Clinica, 18, calle Guente, Huelva, Espagne.
F. Percival Mackie, du Service médical de l’Inde, 18, Canynge Square,
Clifton, Bristol, Angleterre.
E. Martini, Médecin principal delà Marine allemande, Wilhemshaven.
E. Marzinowsky, Médecin Hôpital Paul Ier, Moscou.
U. Mello, Agrégé Ecole vétérinaire, Turin.
C. Mense, Directeur d 'Archiv für Schiffs u. Tropenhygiene , 28, Phi-
losophenweg, Cassel, Allemagne.
L. E. Migone, Prof1' Faculté de Médecine, Assomption, Paraguay.
R. E. Montgomery, Government veterinary bacteriologist, Nairobi,
British East Africa.
J. Moreira, Directeur Hospice national des aliénés, Rio-de-Janeirp.
C. S. Motas, Profr Ecole vétérinaire, Bucarest.
W. E. Musgrave, Biological Laboratory, Bureau of Science, Manille.
D. Nabarro, Childrens Hospital, Gt. Ormonde Street, Londres, W. C.
W. S. Patton, King Institute of préventive Medicine, Guindy, Ma¬
dras, Inde.
M. Piraja da Silva, Prof1 Fac. Médecine, Bahia, Brésil.
A. Plehn, Médecin Hôpital am U rban, 22, Kleiststrasse, Berlin W. 62.
Mme L. Rabinowitsch-Kempner, 58a, Postdamerstr., Gross-Lichter-
felde, W., Berlin.
Colonel F. Raymond, Chef du service vétér. civil du Bengale, Royal
Veterinary College, Calcutta.
J. Rodhain, Directeur du Laboratoire, Léopoldville, Congo belge,
Médecin chef Corps expéditionnaire Afrique orientale.
E. Robledo, Manizales, Colombie.
Sir Leonard Rogers, Profr Medical College, Calcutta.
Ph. H. Ross, Government Bacteriologist, Nairobi, British East Africa.
R. Row, Greylands, 2 New Marine Lines, Fort, Bombay, Inde.
L. W. Sambon, Professeur Ecole Médecine tropicale, Londres.
C. Savas, Profr Fac. Médecine, Athènes.
Scheube, ancien Prof1 Univ. Tokio, à Greiz, Allemagne.
C. Schilling, Chef de division Institut für Infecktionskrankheiten,
8, Platanen-Allee, Westend-Berlin.
A. Splendore, anc. Directeur Labor. Bactériologie Hôpital S. Joa-
quim, S. Paulo, Brésil, via Andrea Vesaleo, Rome.
J. W. W. Stephens, Prof1 Ecole Médecine tropicale et Univ. Liver-
pool.
R. P. Strong, Prof1 Médecine tropicale, Univ. Harvard, Boston.
N. H. Swellengrebel, Zoologiste Institut Hygiène tropicale, 167,
P. C. Hoofstraat, Amsterdam.
Theobald, Wye Court, Wye, Kent, Angleterre.
Wolferstan Thomas, Ecole Médecine tropicale, Manaos, Brésil.
- XII —
F. Van den Branden, Médecin chef de Service, Directeur p. i. Labo¬
ratoire, Léopoldville, Congo belge.
R. Van Saceghem, Vétérinaire, Directeur Laboratoire Zambi, Congo
belge .
Th. von Wasielewski, Chef de la division de Parasitologie, Institut
fiir Krebsforschung, Heidelberg.
Creighton Wellman, Profr Université Tulane, Nouvelle Orléans,
Louisiane, Etats Unis.
C. M. Wenyon, Directeur Recherches tropicales, Wellcome Bureau
of scientihc Research, 7, Vallance Koad, Alexandra Park, N.
W. L. Yakimoff, Chef de service mal. tropicales et chimiothérapie,
Bureau hémoparasitologique. Départ, vétér. de Plntérieur, Pétro-
grade, Ordinarnaia, d, log. 6.
Warrington Yorke, Profr Parasitologie Ecole Médecine tropicale et
U niv. Liverpool.
Zabolotny, Institut Médecine expérimentale, Pétrograde.
Zammit, Laboratory Public Health Departm., Malte.
Les Membres de la Société sont priés de vouloir bien informer les Secré¬
taires généraux des modifications dans leurs titres et fonctions et de leurs
changements d’adresse.
Dixième année
r9r7
N° i.
‘BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 JANVIER 1917.
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Correspondance
Notre collègue M. C. Nicolle nous envoie un extrait du
Journal Officiel tunisien du 23 décembre dernier d’où il résulte
que la fièvre méditerranéenne a été ajoutée à la liste des mala¬
dies épidémiques dont la déclaration est obligatoire dans la
Régence, conformément aux vœux émis par la Sociélé de patho¬
logie exotique dans sa séance du \!\ avril 1909 (. Bulletin , t. Il,
p- 194)-
MM. Blanc, Boquet, Brau, Lanfranchi, Lecomte, Leiper,
Miramond de Laroquette, Ouzilleau, Van Saceghem, Yorke,
nommés membres correspondants à la séance de décembre,
adressent des remerciements à la Sociélé.
* *
Auto-observation d’un cas d’inoculation accidentelle
de Bouton d’Orient sur la conjonctive (1)
Par Marc Bouilliez.
« Le 10 mai dernier, à Fort Archambault, inoculant à certains
rongeurs du virus (2) du bouton d Orient provenant d’une sou-
(1) Extrait d’une lettre de notre collègue, datée du 1er novembre.
(2) Pour ce virus, voir ce même numéro, p. Go.
2 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ris fortement infectée, l’aiguille de la seringue se boucha et une
gouttelette, jaillissant entre cette aiguille et l’embout de la
seringue, me tomba sur l’œil gauche. Je ne ressentis rien de par¬
ticulier ni le jour de l’accident ni les suivants.
« Au mois de septembre, je remarquai par hasard la présence
d’une très petite nodosité sur la face interne de la paupière infé¬
rieure gauche, près du bord libre, indolore, non adhérente et
que je pris pour un chalazion ou un kyste. Cett^ nodosité
grossit peu à peu : à sa surface, la conjonctive se recouvrit de
quelques granulations que j’attribuai à la compression et à l'in¬
flammation locale. Mais le développement devenant anormal pour
un chalazion, je fis, le i5 septembre, un prélèvement à la pipette
de la sécrétion de la conjonctive au niveau des granulations :
les frottis colorés me révélèrent la présence de nombreuses
Leishmanies.
« Actuellement (ier novembre) je porte à l'angle externe de la
paupière inférieure gauche un bouton d’Orient de la grosseur
d’une amande, recouvert sur la face libre de la paupière de tégu¬
ments rouges, non adhérents, et présentant sur la face conjonc¬
tivale des granulations molles, facilement saignantes; une de
ces granulations atteint actuellement le bord palpébral. De plus
à la partie interne de cette même paupière et dans son épais¬
seur, une nouvelle nodosité a fait son apparition : elle est très
dure, des dimensions d’une lentille et paraît au toucher entou¬
rée de tissus plus mous d’un égal volume.
« Des premiers essais de traitements par des lavements d’arsé-
nobenzol n’ont pas donné de résultats. »
Décès de M. A. Lucet
Le Président. — Mes chers Collègues, nous avons à déplorer
la mort d’un des membres titulaires honoraires de notre Société.
M. A. Lucet, Assistant de pathologie comparée au Muséum
d’Histoire naturelle, membre de l’Académie de médecine, a
succombé le 6 décembre dernier à une longue et douloureuse
maladie; ses obsèques ont eu lieu à Courtenay.
Lucet (Désiré-Adrien) était né le 27 octobre 1 858 à Courtenay
(Loiret). A sa sortie de l’Ecole d’Alfort il s’installa dans sa ville
Séance du io Janvier 1917
3
natale, où il exerça comme vétérinaire de 1 88 r à 1907. Ses
connaissances approfondies, sa grande obligeance, son carac-
1ère affable et franc, lui valurent rapidement une nombreuse
clientèle. Notre regretté collègue ne se contenta pas de ce
succès ; il résolut, tout en vaquant à ses occupations profession¬
nelles, de consacrer une partie de son temps à des recherches
scientifiques; il s’est conformé à ce plan de travail, avec une
force de volonté peu commune, au cours des 25 années qu’il a
passées à Courtenay. Durant cette longue période, Lucet n’a
pas cessé de produire des travaux d’un grand intérêt dont plu¬
sieurs ont été récompensés par l'Académie des Sciences, par
l’Académie de médecine ou par la Société centrale de médecine
vétérinaire.
Le laboratoire de Lucet à Courtenay eut des commencements
bien modestes puisqu'il fut installé d’abord dans le cabinet de
travail qui lui servait aussi de chambre à coucher, et qu’il com¬
prenait seulement un microscope et quelques réactifs. En i88f,
Lucet fit construire, à ses frais, un laboratoire qui fut muni de
tous les appareils nécessaires aux recherches microscopiques et
bactériologiques et cette installation fut agrandie en 1894 et en
1904. Le laboratoire de Courtenay comprend alors tout un corps
de bâtiment où existe, avec une bibliothèque importante, un
matériel parfait à l’aide duquel Lucet poursuit ses propres
études et fait (gratuitement en général) les examens qui lui sont
demandés par les médecins ou les vétérinaires de la région.
Lucet entreprenait ses travaux à un moment favorable car,
en 1886, les recherches microscopiques et bactériologiques
étaient encore assez négligées par nos vétérinaires, aussi la
moisson fut-elle abondante.
Je 11e puis pas songer à énumérer ici tous les travaux de Lucet,
je me contenterai de citer ceux qui me paraissent présenter le
plus d intérêt. Je mettrai en première ligne les recherches rela¬
tives aux maladies infectieuses et parasitaires : tuberculose,
septicémies, fièvre vilulaire, mam mites infectieuses de la vache
et de la brebis, emphysème sous-cutané généralisé du fœtus
chez la vache, artérite ombilicale du veau, coryza gangréneux
des Bovidés, érysipèle chez le cheval et la vache, dysenterie
épizootique des poules et des dindons, coccidiose chez différents
animaux, helminthiase des volailles, mycoses; les recherches
sur Aspergillus fumigatus, sur l’affection peudo-tuberculeuse
4
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que produit ce champignon chez différentes espèces animales
et sur la mycose des œufs en incubation méritent une mention
particulière.
Je citerai encore parmi les meilleurs travaux de Lucet ceux
qui concernent l'hémoglobinurie paroxystique a frigore du che¬
val, la fluxion périodique phlegmoneuse du même animal,
identifiée à l’iritis de l’homme, la thyroïdite aiguë des jeunes
Bovidés, les recherches sur les empoisonnements par la ciguë,
les Lathyrus et la nielle des blés.
En 1907, Lucet céda sa clientèle de Gourtenay et résolut de
s’adonner exclusivement aux recherches scientifiques. Sa nomi¬
nation d’Assistant de pathologie comparée au Muséum, chargé
du service vétérinaire de la Ménagerie, semblait lui assurer un
vaste champ d’études au point de vue de pathologie comparée.
En 1910, Lucet avait été nommé membre de l’Académie de
médecine.
La mort prématurée de ce travailleur infatigable, frappé en
pleine force, constitue une grande perte que je déplore.
Au nom de la Société de pathologie exotique j’adresse à
Mme A. Lucet et à toute la famille de notre très regretté collègue
des condoléances bien sincères.
Allocution du Président
Mes chers Collègues,
Pendant l’année qui vient de s’écouler, notre Société a fonc¬
tionné dans des conditions aussi satisfaisantes qu’on pouvait
l’espérer dans les circonstances actuelles.
Vous avez décidé de nouveau (séance du 11 octobre) qu’il y
avait lieu de surseoir au renouvellement du Bureau et d’une
façon générale aux élections ; vous avez fait toutefois une excep¬
tion, sur la proposition du Conseil 5 vous avez jugé qu’il serait
regrettable d’ajourner plus longtemps des demandes d’admis¬
sion au titre de Correspondant dont quelques-unes dataient de
2 ans et, dans la séance de décembre, la Société a nommé 9 Cor¬
respondants français et 9 étrangers.
Séance du io Janvier 1917
5
Au cours de l’année 1916, la Société a été très éprouvée. Nous
avons perdu un de nos membres honoraires, le Professeur Elie
Metchnikoff, un de nos membres titulaires honoraires, Adrien
Lucet, deux de nos Associés français, F. Borel et le Professeur
J. Brault, enfin un de nos Correspondants étrangers, D. Boudsky,
tué glorieusement à l’ennemi. J’ai rendu hommage en son
temps à la mémoire de ces très regrettés collègues.
Les 9 Correspondants français élus dans la séance de décem¬
bre sont: MM. Blanc, Brau, Boquet, Dupont, Jojot, Lecomte,
Lhéritier, Miramond de Laroouette, Ouzilleau.
Les 9 Correspondants étrangers élus eu même temps sont :
MM. Ciuca, Franciiini, Jemma, Lanfranciii, Leiper, Sambon, Van
den Branden, Van Saceghem, Yorke.
Tous ces nouveaux collègues avaient des titres importants à
nos suffrages, la plupart nous avaient envoyé déjà des travaux
d’un grand intérêt, je souhaite à nos nouveaux collaborateurs
la bienvenue dans notre Société.
L’état de la Société, à la date du rer janvier 1917, était le
suivant :
Membres honoraires . 17
— titulaires honoraires ... 16
— titulaires . 35
Associés français . 18
— étrangers . 20
Correspondants français . 98
— étrangers . 92
296
L’an dernier, à pareille époque, le nombre des membres de
la Société était de 283, il a doirc augmenté de i3.
* *
Comme les années précédentes, ce sont les maladies produites
par des Protozoaires, les Trypanosomiases et les Leishmanioses
en particulier, qui ont donné lieu au plus grand nombre de
communications.
L’étude des trypanosomiases est représentée par les travaux
suivants : la maladie du sommeil et les trypanosomiases ani¬
males dans l’Ouellé (Congo belge) et au Moyen-Chari ; un petit
foyer de] trypanosomiase humaine à la Basse Côte d’ivoire ; la
trypanosomiase humaine au Sénégal ; la lutte contre la maladie
6
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
du sommeil au Cameroun en 191.3-1914 ; le dimorphisme du
trypanosome de Mazagan ; la diminution de virulence chez des
trypanosomes ayant subi un grand nombre de passages par ani¬
maux de même espèce ; surra, nagana ferox, nagana de l'Ou¬
ganda et infections dues au Trypanosoma rhodesierise ; contribu¬
tion à l’étude de la transmission du Tr. Cazalbom ; action com¬
parée de quelques matières colorantes et des arsenicaux dans
différentes trypanosomiases animales ; l’émétique dans le trai¬
tement des trypanosomiases ; Trypanosomes des oiseaux du Bré¬
sil ; étude des zones à glossines du Sénégal.
L’énumération des travaux suivants montre que l’élude des
Leishmanioses jouit de la même faveur que celle des Trypano¬
somiases, avec raison du reste, car il y a encore, dans cette voie,
beaucoup de découvertes à faire : chronique du kala-azar en
Tunisie, un cas de kala-azar infantile au Moyen-Chari, qua¬
trième observation algérienne de kala-azar ; deux nouveaux
cas de leishmaniose canine à Dakar ; la leishmaniose canine à
Marseille ; leishmaniose et tuberculose chez le chien ; formes et
variétés cliniques de la leishmaniose américaine ; sur les leish¬
manioses tégumentaires, classification générale des leishmanio¬
ses ; le traitement actuel de la leishmaniose américaine ; leishma¬
niose cutanée expérimentale chez les macaques et chez le chien,
conditions de l'immunité.
Le paludisme a été l’objet des communications suivantes : le
paludisme à Beni-Abbès (Sahara-Oranais) ; une épidémie de
polynévrite palustre simulant le béribéri, ou plus vraisembla¬
blement une épidémie mixte de paludisme et de béribéri ; la
résistance globulairejdans quelques cas de paludisme et de fièvre
bilieuse hémoglobi nurique ; assainissement antipaludique et
amélioration agricole simultanés et rapides d’une région infec¬
tée par un ancien lit de rivière en Algérie; présentation de
moustiquaires destinées spécialement aux soldats et aux^voya-
geurs obligés de traverser des régions palustres ou d’y séjour¬
ner; pathologie de la Guyane française. Il résulte du mémoire
consacré à celte dernière question que, dans notre 'colonie de la
Guyane, c’est-à-dire dans un des foyers palustres‘jles plus dange¬
reux qui existent au monde, les mesures indispensables n’ont
pas encore été prises pour restreindre les ravages de cette redou¬
table endémie. L’assistance médicale fait défaut, la vente de la
quinine n’a pas été réglementée, comme dans nos autres colonies
7
Séance du i o Janvier 1917
palustres, de manière à mettre à la portée de tous de la quinine
à bon marché et de bonne qualité, enfin- la protection méca¬
nique contre les moustiques est fort négligée. Il y a là une situa¬
tion regrettable qui attirera, espérons-le, l'attention des pouvoirs
publics.
Les piroplasmoses des Bovidés, des Ovidés et du chien, la
toxoplasmose du lapin et celle du cobaye, l’amibiase intestinale
et son traitement, ont été l’objet de plusieurs notes ou
mémoires, enfin un nouveau flagellé des plantes a été décrit.
Parmi les maladies bactériennes, la fièvre ondulante ou médi¬
terranéenne a donné lieu à plusieurs communications : épidémie
de fièvre ondulante dans le département d’Oran, la fièvre ondu¬
lante à Mazagan, seconde enquête sur les chèvres laitières de
Tunis au sujet de la fièvre méditerranéenne. Il ressort de cette
enquête que l’arrêté du 22 septembre 1909 du Gouvernement
tunisien, interdisant l’importation des chèvres en provenance
de Malte dans la Régence, a eu d’excellents effets. Je rappelle
que cet arrêté avait été pris en conformité avec les vœux émis
par notre Société dans les séances du 12 février 1908 et du
i4 avril 1909.
11 faut citer encore, dans ce groupe de maladies, les travaux
qui concernent la fièvre récurrente malgache, la méni ngite céré¬
bro-spinale à Kindia (Guinée française), les vaccinations contre la
peste faite pendant et après l’épidémie de Dakar (1914-1916), la
prophylaxie de la peste en Annam, le charbon bactéridien dans la
région de Gonstantine, la lèpre àla Guyane française et au Maroc,
la fréquence de la lèpre parmi les recrues coloniales et le dia¬
gnostic de Ialèpre, la dysenterie bacillaire, le traitement rapide
de l’ulcère phagédénique des pays chauds.
Le typhus exanthématique, dont l’agent est encore inconnu, a
été l’objet de plusieurs travaux : recherches sur le typhus pour¬
suivies au laboratoire de Nich en 191b; identité des virus exan¬
thématiques africain et balkanique; quelques faits d’ordre expé¬
rimental relatifs au typhus, en particulier à l’entretien du virus
par passages, sur un essai de traitement du typhus par l’injec¬
tion extemporanée du sang de typhique en convalescence.
Les maladies produites par des parasites animaux autres que
les Protozoaires, les filarioses notamment, ont fait l’objet d’une
série de communications : filarioses au Moyen-Chari, recherches
sur la Filaria volunliis , filariose à la Guyane française, Microfi-
8
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
laires du Brésil, Microfilaires des animaux du Turkestan russe,
Filaires des Batraciens et des Rapaces.
A citer encore des travaux concernant : le parasitisme intesti¬
nal en Cochinchine, les bilharzioses dans la région mi litaire delà
Guinée, quelques cas de pseudo-parasitisme ou de xéno-parasi¬
tisme, la cachexie osseuse et la cachexie vermineuse des Equidés,
le cycle évolutif de quelques Gestodes.
Les mycoses sont représentées par les travaux suivants : blas-
tomycose humaine au Pérou et en Bolivie, un cas de blaslomy-
cose à la Côte d Ivoire, traitement et évolution d'un mycétome à
grains rouges.
Parmi les communications qui ne rentrent dans aucune des
catégories précédentes, je citerai celles qui ont pour titres : la
dengue et la fièvre de trois jours, le goître au Chari, les nodosi¬
tés j uxta-articulaires, les propriétés venimeuses de la salive
parotidienne chez des Golubridés aglyphes, la quatrième campa¬
gne contre les Acridiens en Algérie au moyen du Coccobacillus
acridiorum , la lutte contre les Acridiens au Maroc en 1916 par
la méthode biologique, les Phlébotomes dans la région pari¬
sienne.
*
Cette simple énumération des travaux qui nous ont été com¬
muniqués en 1916 suffit, ce me semble, à montrer que pendant
cette année l’activité scientifique de notre Société ne s’est pas
ralentie. Le tome IX de notre Bulletin sera digne des précédents,
ce qui, dans les circonstances actuelles, est un résultat remar¬
quable.
Notre Société qui vient d’entrer dans sa dixième année peut
être fi ère de son œuvre, elle a groupé un grand nombre de
savants français et étrangers dont le labeur isolé était souvent
impuissant naguère et qui aujourd’hui travaillent de concert
aux progrès de la pathologie et de l'hygiène exotiques. Notre
Bulletin est très connu et très apprécié, comme le prouve le nom¬
bre de nos abonnés. La collection de nos travaux constitue
des Archives déjà fort riches que tous ceux qui s’occupent des
maladies exotiques doivent fréquemment consulter.
Notre dévoué trésorier vous dira, je pense, dans son prochain
compte-rendu, que la situation financière de la Société continue
à être prospère.
I
Séance du io Janvier 1917
9
L an dernier, à pareille époque, j’exprimais le vœu qu’une paix
glorieuse pour la quadruple Entente vint bientôt mettre fin à
l’abominable guerre qui a été déchaînée dans le monde par l’or¬
gueil et les convoitises germaniques, ce vœu n'a pas encore été
exaucé, je le renouvelle donc, en adressant nos souhaits les
meilleurs et les plus sincères à nos admirables soldats, et en par¬
ticulier à ceux de nos col lègues qui sont aux armées. Puisse 1917
être, pour nous et pour nos alliés, l’année de la victoire !
( Applaud issem en ts) .
10
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Arthrites du genou d’origine dysentérique
Par Laurent MOREAU,
Les arthrites du genou, apparaissant au cours ou au déclin de
la dysenterie, sont relativement rares. Elles frappent d’emblée
rarliculalion ou font suite à une crise de rhumatisme polyarti¬
culaire ayant à peine effleuré les autres jointures. Ce pseudo¬
rhumatisme infectieux dysentérique s’observerait, d’après Kelsch
et Kiener, une fois sur 38 cas environ. Dans les deux observa¬
tions que nous citerons, l’a r I h ri te s’est manifestée par un épan¬
chement abondant dans l’article, rappelant l'hydarthrose
banale avec douleurs à l’occasion des mouvements. Dans un
cas, le genou seul fut atteint ; dans l’autre, le poignet droit
était également intéressé, mais les phénomènes de ce côté cédè¬
rent rapidement pour se cantonner au genou gauche, qui pré¬
senta par la suite des lésions osseuses. Dans les deux cas, il
s’agissait cliniquement de dysenterie bacillaire, l’une ayant été
contractée aux environs de Salonique, où l’on a décrit, comme
aux Dardanelles, des dysenteries bacillaires, l’autre étant appa¬
rue à Gorfou et ayant, donné lieu, par la suite, à des recherches
négatives de l’amibe. Le premier cas fut bénin, le deuxième fut
compliqué de lésions graves de l’articulation.
Obsükvation I
J... Raoul, 20 ans, quartier-maître de timonerie.
Etant en service à Kara-Bouroun (Salonique), fut atteint en juillet 1916
de dysenterie aiguë. Pendant une quinzaine de jours, selles glaireuses
et sanguinolentes : leur nombre aurait atteint près de quarante par jour.
Fièvre, amaigrissement rapide. Après vingt jours de lit à l’infirmerie de
Kara-Bouroun, amélioration sensible: la diarrhée a presque disparu.
Essaie de se lever, mais constate que son genou droit, d’abord simplement
douloureux, augmente bientôt de volume. Pression au niveau de l’inter¬
ligne sensible, épanchement abondant dans l’articulation. Traité par
compression, pointes de feu et massages du genou. L’épanchement se
résorbe peu à peu, mais l’impotence fonctionnelle persiste pendant tout le
Séance du io Janvier 1917
11
mois d’août et jusqu'à la fin de septembre. Rapatrié alors par le navire-
hôpital « Sphinx ».
Admis à l’hôpital de Sainte-Anne à Toulon, il présente encore un genou
globuleux, avec effacement des méplats, et induration des culs-de-sac
synoviaux. Aucune douleur à la pression. Pas de craquements pendant
les mouvements de flexion et d’extension de l’article, qui contient toujours
une petite quantité de liquide. Nous ponctionnons aseptiquement la syno¬
viale : l’examen du liquide recueilli, analysé par le laboratoire de bacté¬
riologie, révèle une légère lymphocytose.
Amyotrophie du quadriceps crural.
Mensurations à 15 cm. au-dessus du bord $ à droite : 43 cm. 5
supérieur de la rotule. à gauche : 45 cm. 5
Sujet musclé, très robuste. L’auscultation des poumons ne révèle rien
d’anormal. Foie non congestionné.
Une goutte de sang étalée sur lame donne la formule leucocytaire sui¬
vante :
neutrophiles.
Polynucléaires : 74 ^ jeunes
( éosinophiles.
Mononucléaires : 26
lymphocytes
grands et moyens
68 p. 100.
2 p. 100.
4 p. 100.
20 p. 100.
6 p. 100
Donc légère polynucléose.
Une radiographie ne révèle aucune lésion osseuse visible.
Après massages et immobilisation, le malade quitte l’hôpital le 30 sep¬
tembre 1916, à peu près complètement guéri, sans épanchement, mais
avec un peu d’empâtement de la synoviale au niveau du ligament rotu-
lien. La flexion est presque totale. La marche est facile.
Observation 11
G... Joachim, 29 ans, quartier-maître canonnier, chalutier « Vulcain » .
A contracté le 22 juin 1916; à Gorfou, une dysenterie caractérisée par
des selles glaireuses et sanglantes. Au début, coliques sans fièvre ;
25 selles environ par jour. Reçoit les premiers soins sur le « Shamrock »,
puis est dirigé le 8 juillet sur l’hôpital de l’Achilléion. Après quelques
jours de traitement par les pilules de Segond, la diarrhée disparaît, mais
des douleurs très vives apparaissent au genou gauche et au poignet
droit. Gonflement des deux articulations, impotence absolue, fièvre (39°5).
Cet état aigu dure une dizaine dé bours, après quoi le malade est évacué,
le 26 août, sur Toulon par le navire-hôpital « Sphinx ». A ce moment
selles pâteuses, fièvre continue (38°-39°), région hépatique douloureuse
à la palpation. Ventre souple, langue non saburrale. L’articulation du
genou est le siège d’un épanchement assez abondant; pas de douleurs
spontanées, la flexion seule est douloureuse. Le poignet est légèrement
augmenté de volume, avec limitation des mouvements de flexion et
d'extension.
Le salicylate de soude en potion, le salicylate de méthyle en frictions et
enveloppements paraissent amender la phlegmasie articulaire. La fièvre
réapparaît par intermittences.
Rechute de dysenterie le 29 septembre : selles glaireuses, sensibilité
hépatique avec légère congestion, hyperthermie vespérale aux environs
de 38° jusqu'au 5 octobre. Le poignet n’offre plus de symptômes d’ar¬
thrite, mais le genou gauche est toujours le siège d’une hydarthrose
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
notable, que la compression et la révulsion par les pointes de feu n’arri¬
vent point à diminuer.
L’examen des selles est négatif au point de vue amibes et bacilles de
Koch .
Amyotrophie de la cuisse, mouvements de l’articulation très doulou¬
reux. On applique un appareil plâtré fenêtré sur le membre inférieur
gauche.
Le malade ne tousse pas. L'auscultation de la poitrine ne révèle aucun
signe clinique.
Aucune amélioration de l’arthrite du genou pendant le mois de
novembre.
Une radiographie met en évidence des irrégularités et une raréfaction
du tissu osseux de la face cutanée du condyle interne. Le rebord des pla¬
teaux tibiaux est flou, et la courbure d’enroulement du condyle interne
est sinueuse. L’examen de l’interligne fémoro tibial révèle un processus
d’arthrite plastique.
Vers le milieu de décembre, on supprime l’immobilisation. On fait
mouvoir progressivement l’articulation, en même temps qu’on prescrit
des massages du quadriceps crural. L’épanchement a été très notable¬
ment diminué. La forme globuleuse du genou a disparu.
A la fin du mois de décembre, le malade marche seul. La flexion de la
jambe sur la cuisse se fait presque complètement sans douleur. Très
légère sensibilité de l’interligne et du condyle interne à la pression. Etat
général bon. Rien à l’auscultation.
Mais il persiste une notable amyotrophie de la cuisse indiquée par la
mensuration.
Mensuration à 15 cm. de la base ( à droite : 43 cm.
de la rotule ( à gauche : 37 cm. 5
M. Morax. — Les observations d’arthrite au cours ou plutôt
au décours de la dysenterie deviennent plus fréquentes. A
l’occasion de la communication qui vient de nous être faite, je
voudrais signaler les manifestations oculaires qui accompagnent
parfois ces arthrites. Il s’agit de poussées de conjonctivite ayant
l’apparence de la scléro-conjonctivite ; dans un cas même j’ai
vu survenir trois poussées d’iritis léger, chez un jeune artilleur
atteint, après une dysenterie de moyenne intensité, de complica¬
tions articulaires dont l’évolution dura plusieurs mois.
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Séance du io Janvier 1917
Quelques remarques sur la morphologie
de YTzntamœba histolytica et la valeur diagnostique
de l’infection rectale des chats
Par N. H. SWELLENGREBEL et J. R. SCHIESS.
Plusieurs auteurs affirment que la cure à l’émétine de la
dysenterie amibienne de l’homme ne peut manquer de succès
parce qu’on tue les formes histolytica. 11 est vrai que les formes
minuta résistent à l'influence de l’émétine, mais cela 11e diminue
en rien l’effet de la cure, parce que les amibes minuta sont for¬
mées par les amibes histolytica ; donc en tuant les prem ières, on
détruit indirectement les dernières.
Cette affirmation n’est pas d’accord avec les expériences de
Kuenen et Svvellengrerel qui ont démon tré que les amibes
minuta se multiplient indépendamment des formes histolytica et
que les premières peuvent produire non seulement des kystes,
mais aussi bien des formes histolytica.
E11 étudiant un cas de dysenterie amibienne, nous avons pu
corroborer cette affirmation et en outre nous avons pu recueillir
quelques faits relatifs au diagnostic de l’amibiase au moyen de
l’inoculation rectale pratiquée sur de jeunes chats.
Notre patient X... a subi en 1898 une opération chirurgicale à cause
d’un abcès du foie, sans dysenterie préalable ; en 1899, en retournant en
Europe (l’opération étant laite aux Indes Néerlandaises), il souffre d’une
attaque de dysenterie, traité à l’ipécacuanha, au tannin et au bismuth.
De 1899 à 1915, le patient ne s’aperçoit d’aucun trouble intestinal. En
novembre 1915, la dysenterie s’accentue, et en juin 1916, en examinant
les selles muco-sanguinolentes, nous y trouvons d’innombrables amibes
du type histolytica. Voici ce que nous ont donné les examens successifs.
La cure à l’émétine (65 mg\ par jour), commencée dès le
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
16 juin, fit disparaître en quelques jours les formes histolytica
et les symptômes de la dysenterie. Mais l’influence sur les ami¬
bes minuta fut nulle, elles se présentèrent pour la première fois
le 28 juin et se maintinrent pendant presque 2 mois sans que
les amibes histolytica réapparurent. Ceci montre que les amibes
minuta sont indépendantes des dernières. Ce ne fut qu’après
l’administration répétée de doses de naphtaline en capsules que
les amibes minuta et les kystes disparurent et ne réapparurent
pas durant la période d’observation (1 mois), quoique, pendant
ce temps, notre patient n’ait [iris aucune précaution quant au
régime alimentaire.
Le r 5 août, apparurent les kystes du type tetrayena . En dehors
des kystes 1 - e t 4- nucléés, nous en avons observé à 8 noyaux.
On sait que Kuenen et Swellengrebel ont déjà signalé la présence
de kystes à 8 noyaux chez E. histolytica , sans qu’on pût expliquer
ce phénomène par une infection mixte à E. coli. Nous avons
observé notre patient pendant plus de 3 mois, mais jamais nous
n’avons trouvé trace de E. coli. Par conséquent, nous pouvons
affirmer avec certitude que les kystes à 8 noyaux appartenaient
à E. histolytica , présent dans les selles et non à E. coli qui ne
s’y trouvait pas.
On sait queDARLiNG fait usage de l’injection rectale de matière
suspecte aux jeunes chats pour le diagnostic de l’amibiase. En
trouvant des amibes, on restera souvent dans l’incertitude sur
l’identité de ces parasites, on n’aura de certitude qu’en exami¬
nant les kystes. Faut-il attendre l'apparition des kystes avant de
commencer la cure du cas suspect? Darling dit que non, parce
que cela pourait nuire au patient. Pour obtenir néanmoins les
kystes, il inocule les amibes suspectes aux jeunes chats en fai¬
sant des passages de chat à chat. Au cours de ces passages, il
voit les amibes vieillir, produire des formes dégénératives et
enfin des kystes. L’évolution est la même que dans l’intestin
humain, seulement elle s’effectue non pas dans un seul chat,
mais successivement dans plusieurs, parce que les chats meurent
trop vile pour permettre toute l’évolution dans un seul individu.
Les kystes apparus après le 6e passage permettent d'identifier
avec certitude l’amibe qu’on étudie.
Nous avons voulu éprouver cette méthode de diagnostic. Cela
nous a été facile parce que, d’une part, nous avons inoculé de
jeunes chats (de 3oo à 5oo g.) dès le commencement (22 juin)
Séance du io Janvier 1917 15
et parce que, d’autrepart,'dans l’intestin de notre patient, lesami-
bes, loin de disparaître au cours du traitement, évoluèrent du
type histolytica au type minuta et enfin au stade des kystes. Si
1 affirmation de Darling était exacte, il faudrait pouvoir obser-
TiJ. 3 1.
Fig-. 1 . Amibe histolytica de
Fig. 2. Amibe minuta
Fig. 3 a. Kyste à 1 noyau
Fig. 3 b. Kyste à 4 noyaux
Fig. 3 c. Kyste à 8 noyaux
Fig. 4. Amibe histolytica
l’intestin humain
» »
» »
» »
» »
» du chat
ver la même évolution dans l’intestin des chats durant les pas¬
sages successifs. Il n’en a rien été cependant, comme le montre
le résumé suivant :
16
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il n’y a donc aucun parallélisme entre l’évolution dans l’in¬
testin humain et l'évolution dans l’intestin félin ; la méthode de
DARLiNGafait défaut dans ce cas. Cependant l'inoculation rectale
de jeunes chats peut être utile pour le diagnostic. Quand l’ani¬
mal devient malade, déposant des selles muco-sanguinolenles
contenant des amibes en grandes quantités et quand, après la
mort, on trouve les ulcères typiques, localisés dans le rectum et
le colon ascendant, dans lesquels les coupes révèlent les amibes
qui pénètrent jusque dans la sous-muqueuse, alors on est sûr
que l’amibe en question est pathogène. Seulement il faut bien
se garder d’affirmer hâtivement que l'inoculation est négative,
car quelquefois nos chats de premier passage ne présentèrent
d’affection morbide que G semaines après l'inoculation.
Les amibes trouvées dans l'intestin de nos chats inoculés ne
présentaient jamais de signes de dégénérescence, quoique nous
soyons parvenus jusqu’au 16e passage. Seulement il faut avoir
bien soin d’examiner les amibes prélevées sur l’animal encore
vivant et non après la mort. Les amibes ressemblent aux formes
histolytica de l’homme par leur activité, leur ectoplasme bien
développé et par les inclusions cytoplasmiques (érythrocytes) ;
mais le noyau, à membrane chromatique épaisse, est différent du
noyau à membrane mince des amibes histolytica humaines.
Nous n’avons jamais éprouvé de difficulté à produire la dysen¬
terie amibienne des chats en passages successifs. En étudiant la
bibliographie (voir p. ex. Sellards et Baetjer), on pourrait croire
qu’il y a là quelque difficulté spéciale à surmonter, mais nous
Séance du io Janvier 1917
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avons aisément atteint le 16e passage et nous aurions pu conti¬
nuer ces passages sans le manque de jeunes chats. Les ulcères de
l'intestin des chats sont bien caractéristiques, mais l’étude d’un
grand nombre de coupes nous a appris que, dans la majorité
des cas, ces ulcères sont moins profonds que les ulcères humains:
nous n’avons jamais vu les amibes pénétrer dans la couche mus¬
culaire ; généralement elles se tiennent dans la muqueuse, quel¬
quefois elles passent la muscularis mucosæ pour se répandre
dans le tissu sous-muqueux, où peuvent se former des abcès à
amibes à la hauteur des follicules. Les entérites spontanées des
jeunes chats n’offrent rien de pareil : l’intestin grêle ou le colon
présentent u ne coloration rougeâtre diffuse, sans formation d’ul¬
cères circonscrits ; les selles 11e sont pas sanguinolentes et les
amibes font toujours défaut. Il n’y a donc pas de danger de con¬
fondre ces entérites non spécifiques avec celles causées par les
amibes histolytica.
Travail de la section d hygiène tropicalede F Institut colonial
d’ Amsterdam. Directeur: M. le professeur J. J. van Loghem.
Amibiase hépatique à l’Armée d’Orient
(Formes frustes)
Par C11 . G RA LL
Un certain nombre des fiévreux en provenance de Salonique
présentent de véritables anomalies dans 1 évolution de la courbe
thermique. Chez eux s’installe, en dehors et en outre des grands
Graphique I. — Amibiase contractée au front français.
accès, une sorte de fièvre ou de fébricule continue : elle ne
cesse qu’à de rares intervalles, elle présente des exacerbations
et des atténuations très irrégulières (Graphique 1).
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La caractéristique de ces courbes, par opposition à celles du
paludisme, est la suivante : les températures des journées inter¬
calaires aux accès en série s’inscrivent à cheval sur la normale
ou au-dessus, au lieu de se maintenir au-dessous de la normale
d’une façon à peu près constante, comme on l’observe dans le
paludisme.
Les températures vespérales oscillent autour de 38°, de 38°5,
elles peuvent atteindre dg0, tandis que celles du matin sont le
plus souvent sous-fébriles, 3 7" 4, 37°6, 37“8, 38“ (Graphique II).
Graphique II. — Amibiase hépatique.
Forme fruste. Gongestion du foie.
Ces manifestations n’appellent pas l’aUenlio.i du malade, bien
qu’elles coïncident souvent avec des transpirations profuses et
une gène douloureuse de Phypocondre droit, avec, parfois, des
crises de diarrhée muqueuse ou muco-sanguinolentes.
Les phénomènes intestinaux sont peu accusés et, le plus sou¬
vent, passagers; ils peuvent être longtemps absents et coïn¬
cident surtout avec les crises fébriles du paludisme associé
auquel il semble naturel de les rattacher (Graphique III).
Graphique III . • — Paludisme et amibiase.
On ne relève, dans les antécédents du malade, les troubles
dysentériques ou dysentérifoi mes que par un interrogatoire
précis et méthodique. Comme ces déterminations intestinales
ont pu ne pas être plus bruyantes qu’elles ne le sont à 1 heure
Séance du io Janvier 1917
19
actuelle, il faut insister pour qu’il donne précision des atteintes
et des rechutes successives dont il a, au reste, peu souffert.
Dans la grande majorité des cas, les manifestations de l’ami¬
biase intestinale se perdent de vue au milieu du fracas qu’a
déterminé l’intoxication palustre.
Cette amibiase devient cependant, à la longue, le fait le plus
important, car c’est elle qui maintient la persistance des réac¬
tions fébriles, la détérioration continue de l’économie et la
perte progressive des forces, d’autant que la cause en reste
méconnue.
Cette localisation hépatique peut devenir latente sous l’in¬
fluence du repos et de certaines médications adjuvantes que l’on
instaure contre la diarrhée, contre la dyspepsie, contre l’élément
gastro-bilieux, car il faut ajouter qu’en moyenne les hommes
présentent une teinte sub-ictérique, de la perte d’appétit, un
état nauséeux. Ce sont les seuls malaises dont ils se plaignent.
La souffrance de 1 organe hépatique 11e se décèle qu’à l’examen
direct : la pression au point phrénique à la base de l’hémithorax
et entre les scalènes, dans les espaces intercostaux, est nette¬
ment douloureuse. Le foie est augmenté de volume dans son
ensemble, l’hypertrophie pouvant porter plus particulièrement
sur sa partie inférieure ou sur son dôme. Dans ce dernier cas,
1 hypertrophie se reconnaît à la percussion profonde en avant
et à l’arrière : la matité hépatique remonte beaucoup plus haut
que normalement.
Il y a fréquemment une répercussion du côté de la plèvre et
du côté du diaphragme, entraînant la toux quinteuse, des
sudations nocturnes, des douleurs vagues, de la sonorité
skodique du sommet droit, toys indices que l’on est tenté de
rattacher à la bacillose pulmonaire.
Graphique l\ . — Amibiase hépatique. Réaction phlegrnatique et suppuration.
Au contraire, quand l’hypertrophie est accrue à la base du
20
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
thorax et à la région épigastrique, on croit volontiers à une
lésion stomacale.
En réalité, la symptomatologie est fruste : l’hépatite ne
devient apparente que si la lésion progresse et évolue vers la
phase suppurative (Graphique IV) (i).
Encore peut-elle être méconnue si on ne s enquiert pas des
antécédents en les recherchant soigneusement et si on ne pra¬
tique pas méthodiquement l'examen de l’organe.
Il n’est pas rare qu’au bout d'un certain temps de cet état de
malaise gastro-intestinal, les phénomènes de congestion subai¬
guë fassent place à ceux que détermine la réaction suppurative.
Il s’agit réellement d’une lésion nécrotique, sans suppuration
vraie, constituée par la fonte des nodules de réaction amibienne
qui se fusionnent pour former la poche en voie de mortification
ou même abcédée.
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Graphique V. — Paludisme tierce avec complication hépatique.
Action de l’émétine.
Le médecin a, dans l’emploi du médicament spécifique, la
pierre de touche de son diagnostic. Cette fièvre irrégulière,
intercalaire aux accès, ou leur ayant succédé, disparaît facile¬
ment et rapidement par l’administration de l’émétine, pourvu
que la suppuration ne se soit pas établie dans le foie (Gra¬
phique V). Il faut el il sulfit de la prescrire en dose active et en
série suffisamment prolongée pour être efficace. La dose du sel
d’émétine est de 4 à 8 cg. pro die en injection hypodermique.
Une dose de plus de 8 cg. n’est pas nécessaire ; une dose de
moins de 4 cg. est sans action (Graphique VJ).
L’émétine doit toujours être administrée en injection sous-
(i) Des examens en cours ont fourni la preuve que l’amibe végétative se
rencontre dans le plus grand nombre des cas.
Séance du io Janvier 1917 21
cutanée, par série de jours et à dose cumulée chaque jour. Pour
les cas de médiocre gravité, le traitement peut être le suivant :
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Graphique VI. - Amibiase. Traitement émétine non donné en série.
Pendant 3 jours, chaque matin, 6 cg. en injection;
Pendant les 3 jours qui suivent, 4 cg. chaque matin.
Si la réaction est réellement inflammatoire, il faut forcer les
doses et prolonger la série :
8 cg. chaque matin pendant 3 jours;
6 cg. les 3 jours suivants;
Et, enfin, du 7e au 9e jour, 3 doses de 4 cg.
Le traitement n’est pas complet du fait qu’on a coupé la fièvre
hépatique et les réactions locales. L’amibiase ne peut être guérie
que par des stérilisations successives. Il faut, au bout de 10 à
i5 jours de repos, reprendre la même cure en recourant aux
mêmes doses, en s’en tenant toutefois à celles indiquées pour les
cas de moyenne gravité.
Le malade doit être prévenu qu’il reste exposé à des reprises
de la maladie du côté de l’intestin, du foie, souvent du côté des
deux organes. Il faudra que les mois suivants et parfois plus
d’une année plus tard, il ait recours aux mêmes médications
pour peu que les phénomènes diarrhéiques ou hépatiques
reprennent. Il faudra agir dès le début et avant que la crise ne
se soit accentuée ; de la sorte, on évitera une réelle rechute.
Comment et pourquoi ces manifestations restées si longtemps
silencieuses ou tout à fait frustes prennent-elles acuité ?
Nous n’y voyons qu’une raison ; c’est que le paludisme de la
saison estivale, maladie à allures réellement épidémiques et
infectieuses, donne une très active virulence à l’infection ami¬
bienne et notamment à ses déterminations hépatiques.
Il est une autre conclusion à en tirer, c’est qu’il est bien rare
que le foie ne soit pas atteint dès qu’il y a eu du parasitisme
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
9 9
U -J
amibien bien que ces accidents n’évoluent que sous une
influence occasionnelle.
Nous avons de la sorte explication des processus nécrotiques
et suppuratifs auxquels on peut assister à très longue distance
de la contamination première, ainsi que des réveils qui peuvent
se faire du côté de l’intestin après une très longue latence.
Si nous avions ici occasion de faire l’étude des dysenteries
associées (bacillaire et amibienne), nous dirions combien la pre¬
mière affecte de gravité quand elle évolue sur un terrain para¬
sité par l’amibe. Elle prend, presque d’emblée, les allures d’une
dysenterie septicémique et hémorragique. Nous indiquerions
combien souvent cette bacillose dysentérique donne activité à
des lésions jusqu'à cette date torpides et les fait aboutir rapide¬
ment à l'abcès hépatique.
Le cas s'est présenté aux Dardanelles et à Salonique, à titre
exceptionnel. Il deviendra plus fréquent à mesure que les grou¬
pes y prolongeront leur séjour.
Ajoutons que cette étude établit la fréquence de l’amibiase
dans la pathologie de l’Année d'Orient et plus particulièrement
dans les groupes qui ont servi antérieurement aux Dardanelles.
Chez ces derniers, quand le paludisme a été grave, la réaction
d’amibiase hépatique s’est montrée chez plus d'une moitié des
malades.
Il importe, au point de vue de la médecine publique, que ces
amibiens ne rejoignent leur famille ou ne soient rendus à leur
dépôt qu'a près traitement approprié.
11 reste à formuler une dernière indication, c’est de renoncer
à prendre chez ces malades les températures rectales pour évi¬
ter la dissémination du parasite par des thermomètres dont la
stérilisation est difficile à obtenir.
Mission du Médecin-Inspecteur général des Troupes coloniales.
Séance du io Janvier 1917
23
A propos du meilleur traitement actuel
des amibiases intestinale et hépatique
Par E. ESCOMEL.
La méthode de Rogers pour le traitement des amibiases (injec¬
tions sous-cutanées de chlorhydrate d’émétine) reste, croyons-
nous, la meilleure, à la condition d’être suffisamment prolongée
et d’être aidée par une médication et un régime alimentaire
appropriés.
De même que l’arsénobenzol arrête momentanément l’évolu¬
tion des accidents syphilitiques qui reparaissent fréquemment
après l’élimination du médicament, de même la crise d’amibiase
aiguë est rapidement jugulée par l’émétine, mais cette crise
se reproduit souvent si on n’a pas prolongé suffisamment, bien
au delà des indications fournies par la clinique, l’action de
l’émétine : le critérium en ce sens ne peut être obtenu, comme
le remarquent justement Ravaut et Krolunitzki (i), que par le
contrôle microscopique de la présence des kystes d ' Entamœba
dysenteries, dont la morphologie a été très clairement exposée par
Mathis (2).
Après la première ou les premières injections d’émétine, les
amibes s’enkystent ; alors non seulement elles résistent à l’action
du médicament, mais elles peuvent séjourner assez longtemps
dans les replis de la muqueuse intestinale, ou sur les parois
dépourvues d’épithélium (lors de la crise aiguë), ou même être
transportées sous cette forme par la voie veineuse vers le foie,
où ces kystes attendent une occasion favorable pour éclore,
reproduire une génération d’amibes vivantes et actives et donner
soit une nouvelle crise dysentérique, soit une hépatite qui peut
finir par un abcès.
C’est en vue d’éviter ces rechutes et de rendre inoffensifs les
porteurs d'amibes que nous employons depuis longtemps la thé¬
rapeutique suivante dans la ville d’Aréquipa où l’Amibiase
(1) Ravaut el Krolunitzki. Presse Médicale, juillet 1916.
(2) Mathis. Bulletin (le la Société médico-chirurgicale (le /' Indo-Chine,
8 juin 1913.
24
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
règne à l’état endémique, mais tend maintenant de plus en plus
à disparaître à la suite de ce traitement prophylactique.
En règle générale, tout malade doit recevoir des injections
d’émétine, ou recevoir de l’ipéca per os jusqu’à ce que, pendant
trois jours consécutifs, on ne trouve plus de kystes dans les selles.
C’est là un minimum qu’il est toujours avantageux de dépasser
en continuant le traitement per os.
Dès le moment où la crise dysentérique amibienne est diagnosti¬
quée, nous donnons matin et soir une injection de o g. 02 de
chlorhydrate d’émétine jusqu’à disparition du sang et à partir
de ce moment une injection quotidienne d’émétine jusqu’à ce
que les kystes aient disparu des selles pendant 3 jours consécu¬
tifs. Notre pratique nous a montré qu’il faut au minimum
10 injections pour une dysenterie récente et 3o pour une dysen¬
terie chronique.
Parallèlement aux injections, nous donnons la potion sui¬
vante :
Rp. Tan al bine, 1 g.
Elixir parégorique, 8 à 12 g.
(nouveau codex).
Poudre d’ipéca
Poudre de gu ara n a
Poudre de simaroubo
Julep gommeux, 150g.
Par cuillerées toutes les deux heures.
En outre, nous administrons un ou deux lavements par jour
de la façon suivante : on donne d’abord un litre de décoction
d’eucalyptus que le malade rejette aussitôt, et ensuite un litre
de la solution de protargol à 1 poyr mille, qui est également
évacuée sans délai.
L’alimentation sera uniquement hydrocarbonée (décoction de
farines de pomme de terre, de manioc, Racahout, etc., toutes
les deux ou les trois heures).
Le malade boira abondamment de la décoction de riz, de coing
et de lin.
Des applications chaudes seront faites sur le ventre toutes les
deux ou trois heures.
Chez les jeunes enfants, même de 2 ans, nous avons donné
l’émétine à raison de o g. 02 par jour sans accidents.
Chez les vieillards et les sujets très déprimés, nous accompa¬
gnons l’injection d’émétine (o g. 02) M’une injection de spar-
téine (o g. o5).
aa' .
0,50 cg.
Séance du io Janvier 1917
9>;
Jusqu’à présent nous n'avons pas trouvé de contre-indication
au traitement mis en œuvre avec ces précautions.
Les injections d’émétine sont douloureuses : un petit panse¬
ment humide atténue la douleur. Les régions les moins sensi¬
bles sont la région deltoïdienne et la fosse iliaque externe : On
doit alterner les points d’injections pour déterminer chez les
malades le moins de souffrance possible.
En suivant ce traitement la crise disparaît bientôt et le malade
peut se lever.
Au bout de 6, 8 ou 10 jours, on diminuera progressivement
les cuillerées de la potion antidysentérique et on espacera les
lavements de protargol, en môme temps qu'on alimentera avec
du lait, du tapioca, du vermicelle, des œufs, etc.
Si les kystes tardent à disparaître, on prescrira les pilules de
Segond (calomel, ipéca, opium), six le premier jour (une toutes
les deux heures), en diminuant d'une pilule chaque jour, sans
oublier le lavement au protargol qui me paraît être le meilleur
amœbicide après le lavement au nitrate d’argent, tout en étant
moins irritant.
S’il s’établit un état diarrhéique tenace, sans amibes visibles,
et sans grands symptômes cliniques, on utilisera les lavements
journaliers à la solution de nitrate d’argent à 1/1000 (après lave¬
ment évacuateur), qui guérissent en très peu de jours.
En ce qui concerne l’examen des selles, la méthode qui donne
le plus grand pourcentage de résultats positifs consiste à préle¬
ver la substance à examiner aussitôt émise et à faire l’examen
entre lame et lamelle sans délai. Pour mieux réussir on fait
mettre le malade à genoux, la tète basse et le bassin bien élevé :
à l’aide d’un spéculum uni et d’un miroir éclairant, on examine
la surface ulcérée du rectum où se trouvent de ci de là des mor¬
ceaux de mucus sanguinolent. C’est dans ce mucus, rapidement
prélevé et examiné à frais, que l’on trouve presque toujours des
amibes vivantes avec leurs mouvements typiques.
Parfois on voit seulement des kystes; il arrive aussi qu’on ne
trouve ni kystes ni amibes : le diagnostic se fait au moyen d’une
injection sous-cutanée de o,o4 cg. d’émétine qui, en cas d’ami¬
biase, amène toujours une amélioration très sensible en quel¬
ques heures.
A la moindre rechute, il faut recommencer énergiquement le
26
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
traitement et lui donner une durée supérieure à celle du premier
traitement institué.
Amibiase hépatique. — Dans les villes comme Aréquipa, où
l’amibiase est endémique, tout individu atteint de dysenterie
peut souffrir un jour d’amibiase hépatique sous forme d’abcès
miliaires ou de grands abcès uniques ou multiples : on doit
toujours penser à cette possibilité en vue de diagnostics ulté¬
rieurs.
Il existe à Aréquipa une énorme proportion d’hépatites ami¬
biennes. Ce phénomène paraît dû à l’usage immodéré que Je
peuple fait du capsicnm (piment) comme condiment dans sa
nourriture; les gens de la campagne mangent même des piments
très forts seuls ou avec un simple morceau de pain.
L’ingestion de ces fruits dénommés picantes (ça pique) en rai¬
son de la saveur brûlante du capsicum, donne le lendemain des
selles demi-liquides, et produit une forte irritation de la der¬
nière partie de l’intestin, s’accompagnant d’ictère et de conges¬
tion du foie.
On reconnaît que certaines personnes ont absorbé des picantes
à la coloration verdâtre de la conjonctive, qui apparaît le lende¬
main .
Le rectum et le foie se congestionnent de la sorte chronique¬
ment : on conçoit dans ces conditions que la pénétration dans
les voies digestives d’un kyste amibien vivant peut déterminer
une dysenterie ou même gagner le foie par la voie du plexus
hémorroïdal, y germer et donner un abcès du foie primitif,
sans dysenterie préalable (type d’abcès très fréquent dans nos
régions).
C’est pour ces raisons que nous faisons toujours un traitement
d’épreuve à l’émétine à tout malade qui maigrit sans cause, qui
présente de l’hypertrophie du foie avec de l’ictère (urinaire ou
cutané). Nous n'avons qu’à nous louer de cette façon de procéder,
car nous avons déjà obtenu de superbes guérisons par l’émétine,
d’individus dont le mal était marqué, dont la dysenterie ne
s’était pas manifestée et chez lesquels les examens de selles les
plus minutieux n’avaient pas décelé la présence d’amibes.
L’émétine, en faisant le diagnostic, guérit des malades dont
autrefois l’autopsie seule révélait la nature exacte de l’affection
qui les avait emportés.
Si l’hépatite est consécutive à la dysenterie, nous faisons une
Séance du io Janvier 1917
27
première série ininterrompue de trente (3o) injections d'émétine
au bout desquelles en général la guérison s’établit d’une façon
d éfinitive.
Nous avons même obtenu des guérisons persistantes sans
rechute après seulement 20 injections ; on peut commencer par
20 injections et, après un intervalle de 8 à ro jours d’observation,
reprendre les injections au nombre de 10, et faire encore une
deuxième série de 10 injections après une nouvelle observation si
cela est nécessaire.
Si on soupçonne simplement l’hépatite, on commence une
série d’injections d’émétine. Si, au boutde la 4e, on ne constate
pas d 'amélioration bien nette de tous les symptômes cliniques,
c’est qu’il ne s’agit pas d’ amibiase. Il est alors inutile de conti¬
nuer dans ce sens.
Lorsque l’abcès hépatique est bien formé, nous l’avons tou¬
jours guéri sans ponction èvacuatrice. Il suffit d’injecter de
l’émétine jusqu’à ce que toutes les amibes soient mortes et les
kystes stérilisés, pour que la résorbtion naturelle se fasse spon¬
tanément et intégralement, sans complications.
Pour arriver à ce résultat, il faut faire une première série de
3o injections (avec ou sans spartéine suivant la faiblesse du
malade), puis on interrompt le traitement pour le reprendre à
la moindre menace de rechute.
Jusqu'à présent, tous les abcès hépatiques que j’ai traités
n’ont eu besoin que de 3o injections à raison d’une par jour :
très longtemps après, ces sujets ont conservé une santé parfaite.
Il m’apparaît donc que pour obtenir la stérilisation amibienne
hépatique complète il suffit de faire une série de 3o injections
sous-cutanées d’émétine.
Les mêmes résultats ont été obtenus dans le cas d’abcès du
foie ouvert dans le poumon ou dans les voies digestives.
Quoique je n’aie pas eu besoin d’y recourir, rien ne s'oppose
à donner un repos de 8 à 10 jours après la première série d’in¬
jections pour reprendre une nouvelle série d'assurance de gué¬
rison de 10 injections.
Je n’ai trouvé aucun avantage à faire la ponction èvacuatrice
à laquelle les malades refusent d’ailleurs parfois de se sou¬
mettre.
L’alimentation doit être très légère (les repas pris à la même
28
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
heure), lacto-hydro-carbonée, en associant des adjuvants de la
digestion (pepsine, pancréatine et diastase).
Repos le plus possible jusqu’à guérison complète et interdic¬
tion absolue de reprendre du piment et autres condiments.
En résumé : i° Le meilleur traitement de l’amibiase intesti-
\
nale est l’administration sous-cutanée du chlorhydrate d'émétine
dès que le diagnostic est posé.
2° Ce traitement doit être continué jusqu’à disparition des
amibes et surtout de leurs kystes.
3° Il doit être aidé par une thérapeutique appropriée buccale
et rectale, de même que par un régime alimentaire particulier.
4° Le traitement de l’amibiase hépatique doit se faire de même
par des injections de chlorhydrate d’émétine en quantité suffi¬
sante pour tuer les amibes et leurs kystes dans le foie.
6° On le commencera dès que l'hépatite se manifestera après
une attaque d’amibiase intestinale.
7° En cas de suspicion d'amibiase hépatique primitive, les
injections d’émétine serviront en même temps à régler le diag¬
nostic et le traitement.
8° Le traitement spécifique des trichomoniases, des lambliases
et des tétramitoses intestinales a été exposé précédemment ( i) et
continue à donner des résultats absolument certains et rapide¬
ment curatifs.
Observations sur quelques Leucocytozoon
d’Oiseaux de la région de Reims
Par Marcel LEGER.
Nous avons eu l’occasion, durant le premier semestre de 1916,
d’examiner le sang d’un certain nombre d’Oiseaux capturés en
Champagne, dans les environs de Reims, et d’y trouver des
parasites se rapportant au genre Leucocytozoon.
(1) Escomel. La dysenterie à Trichomonas à Arequipa. Bulletin delà Société
de Pathologie Exotique . Paris, février 1913.
Escomel. Sur un nouveau traitement de la trichomoniase intestinale. Bulle¬
tin de la Société de Pathologie Exotique. Novembre 1914.
Séance du io Janvier 1917
29
i° Leucocytozoon de Cor vus corax.
Les Corbeaux de la Champagne sont parasités par des Leuco¬
cytozoon dans une proportion très élevée. Des j5 oiseaux, que
nous avons examinés, 12 étaient porteurs de ces hématozoaires,
et l’infection était généralement intense.
Notre attention a été spécialement attirée sur les jeunes cor¬
beaux pris au nid. Comme França (r) Ta fait remarquer à propos
du L. du geai du Portugal, et comme nous l’avons nous-
même (2) déjà mentionné, l’infection paraît, en règle générale,
se faire dans les premiers jours de la vie de l’Oiseau, et, d’em¬
blée, elle est intense. De 4 jeunes Corbeaux ne sachant pas voler,
revêtus encore de duvet, et qui n’ont pu survivre, 3 étaient
porteurs de Leucocytozoon très nombreux ou nombreux. Ces
oiseaux ne devaient pas avoir une dizaine de jours d’existence.
Dans une autre série de 5 Corbeaux, âgés vraisemblablement
de 12 à i5 jours, tous les 5 étaient infectés, et tous de façon
intense.
Le Leucocytozoon de Cor vus corax de France est du type
arrondi. Il mesure de 12 à i4 p- de diamètre; son noyau, le plus
souvent ovalaire, présente à peu près toujours, à son extrémité
la plus mince, un kinetonucleus en baguette ou sphérique.
Le noyau #de l’élément parasité forme d’ordinaire un croissant
à ventre peu épais, embrassant dans sa concavité plus de la
moitié de l’hématozoaire. Il apparaît compact et a des réactions
tinctoriales très fortes. Par ce caractère, ce Leucocytozoon se
différencierait du parasite, découvert en Trancaucasie chez Cor-
vus corax par Sakharoff (3), et bien étudié par Sambon (4) sous
le nom de L. Sakharoffi : le noyau de la cellule-hôte n’est pas,
comme chez ce dernier, « raboteux ou rongé » ; il n’a pas ten¬
dance « à se transformer en réseaux nucléaires devenant de plus
en plus clairs jusqu’à la destruction complète »; en un mot, il
n’est pas « karyophage ». Le Leucocytozoon de Corvus corax de
France doit donc être rangé, d’après la classification que nous
avons donnée (5), dans la catégorie A des Leucocytozoon avec
(1) C. França. Bull. Soc. Path. eæot 1912, t. V, p. 17.
(2) M. Leger. Bull. Soc. Path. eæot., 1913, t. VI, p. 5i5.
(3) Sakharoff. Annales Institut Pasteur, 1893, p. 801.
(4) Sambon. J. of Trop. Med., 1908. p. 828.
(5) M. et A. Leger. Bull. Soc. Path. exotique, 1914, t. VII, p. 437-447-
30
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ce 1 1 il le-liô te arrondie, et non dans la catégorie B, dont L. Sakha-
roffi Sam bon 1908 est le type, et dont L. Zucarellii de Cor vus
corone se rapproche.
La cellule parasitée par ce L. de Corvus corax est un leuco¬
cyte mononucléaire : un certain nombre de constatations nous
permettent de le dire.
Dans certaines parties des préparations, sans doute mal fixées,
nous avons remarqué qu'il ne restait des hématies que le noyau,
tandis que les globules blancs conservaient intacts et bien
colorés noyau et protoplasme. Dans ces parties-là, les cellules-
hôtes des Leucociftozoon avaient elles aussi le protoplasme
coloré, et coloré de façon identique à celui des leucocytes
voisins.
Nous avons renouvelé à volonté cette observation en recevant
le sang parasité dans de l’eau légèrement acidulée. Les noyaux
seuls des hématies subsistaient. Les globules blancs et les Leu-
cocu tozoon res taie 11I intacts et même étaient rendus plus appa¬
rents; les cellules-hôtes avaient absolument les réactions colo¬
rantes des mononucléaires.
França(i) conclut de façon ferme, à la suite (Lune très inté¬
ressante étude du Leucociftozoon arrondi de Merula merula , que
la cellule-hôte est un érythrocyte : il a observé tout spéciale¬
ment les formes les plus jeunes du parasite. Nous avons repris
les recherches déjà entreprises antérieurement dans cette voie,
et avons examiné dans le sang, et particulièrement dans les
organes, les Leucociftozoon à leurs stades les plus jeunes de déve¬
loppement. Nous demeurons convaincu que l’élément parasité
est un leucocyte mononucléaire et non un globule rouge.
Dans des cellules, qui 11e peuvent être que des lymphocytes
par leur structure, leur volume, leur réaction colorante, nous
avons rencontré des petits parasites, vermiculaires ou ovalaires,
mesurant 1 à 2 p, à protoplosma bleuté et noyau rose relative¬
ment volumineux. Les frottis de poumons ou de moelle osseuse
sont les plus riches en jeunes formes. Le même élément peut
contenir 2, 3 ou 4 petits hématozoaires. Le noyau du lympho¬
cyte envahi est arrondi et absolument intact : le Leucociftozoon
ne lui est pas encore adhérent.
Au stade suivant, le parasite, qui a grossi, atteint 2 p 5 à 4 p> ;
(1) C. Frani;a. Bull. Soc. Path. e.uot., 1 9 1 5 , t. VII I, p. 229.
31
SÉANCE DU 10 JaRVIER 1 (J I 7
il s’accole au noyau de la cellule-hôte qui se laisse déprimer, et
le reçoit dans la loge ainsi formée.
La croissance du Leucocytozoon étant alors très rapide, la
masse nucléaire est refoulée à la périphérie, et l’on a l’aspect
relevé chez les hématozoaires adultes.
En recueillant le sang d’une veinule de l’aile dans partie égale
d’eau oxalatée (oxalate de potasse — 0,28; chlorure de sodium
= 0,8; eau — 100) préalablement aspirée dans la pipette, nous
avons assisté, à plusieurs reprises, à l’émission de microgamètes,
que nous n’avions jamais pu voir par l’observation, même pro¬
longée, de sang pur.
On perçoit d’abord à l’intérieur des Leucocytozoon çÿ des
petites granulations se mouvant de façon très active et ayant ten¬
dance à se grouper en amas.
Au bout de peu de temps, les hématies voisines sont agitées
d’un frétillement rapide, secouées qu’elles sont par les llagelles
encore adhérents au parasite. Puis, parfois, un globule rouge
est brusquement entraîné au loin par un flagelle qui s’est
détaché.
t
Un de ces flagelles, émis sous nos yeux, a pu être suivi pen¬
dant plus d’un quart d’heure. Lâchant le globule qu'il avait
entraîné avec lui, nous l’avons vu, par des mouvements d’une
vive activité, traverser le champ du microscope, tantôt dans un
sens, tantôt dans l’autre, bousculant sur son passage les diverses
cellules. Il était observable seulement lorsqu’il s’empêtrait dans
un amas d’hématies, contre lesquelles il s’acharnait pour se
dégager. Ce flagelle avait la longueur d’environ 1 1/2 a 2 glo¬
bules rouges; il présentait un point réfringent à l’une de ses
extrémités.
Sur frottis coloré au Giemsa, nous avons trouvé un microga¬
métocyte pourvu de quelques-uns de ses llagelles. L’élément, à
peu près arrondi, mesurait 10 à 12 pi de diamètre, et était con¬
stitué par du protoplasma vacuolaire et une masse nucléaire,
juxta-céntrale, de 4 environ. 5 granules de chromatine plus
dense et intensément colorée étaient visibles : 4 de ceux-ci bor¬
daient le noyau ; le 5e se trouvait dans le protoplasma, mais à
proximité du noyau. D’un de ces granules, se détachaient 2 fla¬
gelles, de 5 et de 8 ku, à sinuosités souples et larges.
Dans la moelle osseuse de Cornas corax , nous avons rencontré
32
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
certaines formes qui semblent se rapportera des phases de mul¬
tiplication du Leucocytozoon. Le stade le plus avancé que nous
ayons vu était celui d’un parasite libre, mais encore adhérent au
noyau de la cellule-hôte, mesurant 12 \j. de diamètre. On distin¬
guait à une extrémité une masse nucléaire de 3 p environ, teintée
en rose, et paraissant en voie d’expulsion, et, occupant le reste
de la cellule à protoplasma vacuolaire, 6 fragments nucléaires,
teinte rouge foncé, répartis sans ordre, de formes irrégulières et
de tailles différentes ; 2 de ces fragments étaient en train de se
subdiviser ( 1
20 Leucocytozoon de P ica melanoleuca.
La présence de Leucocytozoon est également très fréquente
chez les Pies communes de la Champagne (8 oiseaux parasités
sur ir). L’hématozoaire est du type arrondi, avec noyau de la
cellule-hôte refoulé à la périphérie en demi-anneau, et prenant
fortement la coloration. Le noyau du L. est arrondi ou ovalaire
et il y a, très souvent, un kineto nucléus juxta ou extra nucléaire.
Quelques Leucocytozoon présentent dans leur protoplasme un
certain nombre de granulations rouge brun ; nous avons cru
remarquer que les parasites ne possédaient pas, dans ce cas-là,
de kinetonucleus .
Le L. de Pica melanoleuca nous paraît devoir être identifié à
L. Berestnefjî Sambon 1908 de Pica pica , signalé en iSqSen Trans¬
caucasie par Sakharoff.
3° Leucocytozoon de Asio accipitrinus { 2).
Le seul oiseau que nous ayons examiné était un tout jeune,
volant à peine; il était parasité.
(1) Dans le sang d’un des Corbeaux parasités par les Leucocijiozoon, nous
avons décelé la présence d’un trypanosome, absolument différent de celui du
Corbeau de l’Inde, signalé par Hanna en iqo3. D’une longueur de 26 a (y com¬
pris un flagelle libre de 8 g 8) et d’une largeur maxima de 4 y à, ce trypano¬
some possède un proloplasma à peu près uniformément coloré, et un novau
arrondi central: la membrane ondulante est large, à replis marqués. L'extré¬
mité postérieure est obtuse, l’antérieure allongée. Le centrosome, en baguette,
est subterminal.
Ses dimensions sont : de l’extr. postérieure au centrosome == o g 20; du cen
trosome au noyau = 6 g 5o ; noyau = 3 g 20 ; du noyau à l’extr. antérieure
= 7 g 25: flagelle libre — 8g 80.
(2) Chouette ou grande chevêche ou moyen duc à huppes courtes.
Séance du 10 Janvier 1917
33
Le Leucocytozoon est ovalaire. La cellule-hôte présente des
cornes le plus souvent longues et très effilées ; son noyau,
allongé en boudin dans la partie comprimée par le parasite, se
dilate à chaque extrémité, donnant à l’ensemble l’aspect d’un
haltère. Le noyau de l’hématozoaire, fréquemment en flamme,
présente un kinetonucleus presque constant. Il y a parfois 2 Leu-
cocytozoon dans une même cellule (2 9 ou plus rarement 1 et
1 9) sans que celle-ci soit plus hypertrophiée que les éléments
envahis par un seul parasite.
Ce Leucocyte* z 0011 de la grande Chevêche de France doit être
identifié à L . Ziemanni Laveran 1902 (1).
La recherche prolongée des jeunes formes sur frottis de sang
du cœur ou de divers organes, tout particulièrement la moelle
osseuse, nous a permis de nous convaincre que le L . de la grande
Chevêche parasite un érythroblasle.
Certaines de nos préparations étaient très riches en érythro-
blastes et nous avons pu voir un nombre suffisant de stades
jeunes de l’hématozoaire.
Dans le protoplasme dépourvu d’hémoglobine de l’érythro-
blaste, nous avons noté la présence de très petits éléments, ova¬
laires ou vermiculaires, mesurant de 1 p 25 à 2 jjl 5o, constitués
par une masse protoplasmique bleu clair, et un noyau rouge vif
entouré d’une vésicule incolore. La cellule envahie est alors
absolument intacte; son noyau, normalement coloré, a tendance
à gagner une extrémité, bien qu’il n’y ait pas contact entre lui
et le parasite.
A un second stade, une extrémité de l’érythroblaste s’allonge
et s’effile ; c’est celle où est logé le Leucocytozoon.
Puis l’hématozoaire, ne mesurant guère que 3 à 4 p, s’insinue
entre le bord libre de la cellule et le noyau, se creusant une
véritable loge dans ce dernier.
A un stade ultérieur, le Leucocytozoon continuant à croître,-
l’extrémité opposée de l’érythroblaste s’effile à son tour. Et on
arrive ainsi aux formes adultes contenues dans des cellules à
prolongements fusiformes.
(1) Laveran. C. R. Soc. Biologie, 1902, t. LIV, p. 1124.
3
34
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Eméticothérapie dans la leishmaniose
tégumentaire
Par Alfr. da MATTA.
Le traitement de la leishmaniose tégumentaire au Brésil par
l’émétique est considéré comme spécifique ; il est dû à Gaspar
Vianna, de l'Institut Oswaldo Gruz. Cette heureuse application
a fait abandonner le 606, le 914, les préparations d’iode et de
mercure, le trioxyde d’antimoine (trixidine), le novotryposaprol,
et d’autres médicaments qui donnaient des résultats toujours
nuis ou insuffisants ou qui étaient d’un emploi difficile. Tous
les intéressés attendent les résultats des expériences sur l’anhy¬
dride antimonieux (Sb203), ou oxyde d’antimoine.
Au Brésil, la modification du Dr A. Machado est aussi consi¬
dérée comme spécifique; mais elle n’a pas pu remplacer les
injections endoveineuses d’émétique, qui constituent une
méthode aujourd’hui inoffensive et d’une technique très facile,
nommée chez nous : processo Gaspar Vianna ou cura pelo eme-
tico a brazileira.
Les solutions ont les titrages suivants : a) normale, ou à
1 p. 100 ; b) concentrée, ou à 4 p. 100. Elles sont préparées
dans de l’eau distillée ou redistillée, dans de l’eau physiologi
que et stérilisée, ou dans du sérum physiologique.
Je ne ferai pas ici la description bien connue du procédé à
froid (filtre Berkefeld), de la purification de l’émétique par l’em¬
ploi du chloroforme (L. Chaves) et d’autres procédés; je veux
signaler seulement la révolution que l’application larga manu
de l’émétique vient de produire dans la pharmacie çhimique de
ce médicament. Deux causes d’insuccès pourraient se produire:
la fraude de l’émétique et sa décomposition immédiate par la
chaleur.
Mais l'émétique chauffe à ioo° perd son eau de cristallisation ;
à 2000, il perd encore de l’eau et devient alors C2H206SbK, c’est-
à-dire le vrai lartrate d’antimoine et de potasse.
Quant aux impuretés et à la fraude, l’émétique peut contenir
quelquefois de l’arsenic, mais jamais il n’est falsifié.
Leishmaniose tégumentaire
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Séance du io Janvier 1917
35
Ainsi, l’émétique est un éther-sel qui peut être chauffé jus¬
qu’à 2000 sans se décomposer, mais ses solutions ne se conser¬
vent pas longtemps, il faut les employer récemment préparées.
Le malade auquel on se propose de faire une injection intra¬
veineuse doit avoir l’estomac presque vide, et l’injection ne
doit être faite que lorsqu’on est certain que l’aiguille a pénétré
dans la veine du pli du coude qui a été choisie. Lorsque l’ai¬
guille est bien placée, l’injection ne produit jamais de
douleurs.
La première dose doit être de 4 cg. de la solution à 1 p< ioo,
les doses suivantes étant de 6, 8 et 10 cg. On place ainsi le
malade dans de bonnes conditions au point de vue de la tolé¬
rance. On ne doit pas dépasser i4 à 16 Cg. d’émétique pour un
adulte.
Chez les enfants, jusqu’à 12 ans, la première dose doit être de
1 à 2 cg., et ensuite on peut aller jusqu’à 6 cg. (sol. à 1 p. 100).
Les injections doivent être prescrites en séries de 4 à 5, cha¬
que jour ou non, en augmentant proportionnellement les doses
jusqu’à la limite de la posologie, ou mieux de la tolérance
individuelle.
Les accidents généraux les plus communs produits par l’usage
de l’émétique sont : céphalée, vomissements, névralgies, toux,
douleurs musculaires ou articulaires, après des séries prolongées.
C’est pour cela que je donne la préférence à l'application en
séries de 3 à 5 injections.
Les accidents locaux ne sont dus qu’à la mauvaise introduc¬
tion de l’aiguille dans la veine ; la solution, par sa causticité,
produit toujours alors une irritation très vive dans le tissu
péri-vei neux.
Après ces considérations d’ordre général, je résume un cas
de leishmaniose tégumentaire, nommée par les seringueiros
de l’Amazone ferida brava (plaie méchante), dont la résistance
au traitement spécifique est remarquable.
SergiO Silva, 23 ans, brésilien, seringiieiro, habitant près du fleuve
Tarauacâ, Antécédents sans importance ; parents vivants. Blennorrhagie
guérie; n’a souffert ni de paludisme ni de syphilis. Il y a 18 mois, le
malade a éprouvé une vive démangeaison à ia jambe droite, près de la
malléole, suivie d’une très forte inflammation. Après un laps de temps,
dont il ne peut préciser la durée, il s’est formé une plaie qui a augmenté
d’étendue en même temps que deux autres plaies surgissaient à la même
jambe (Fig. 1).
36
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le malade obligé de cesser son travail vint à Manaos et fut interné
dans l’Hôpital de Misericordia, Le Dr Miranda Lkao soupçonna un cas
de leishmaniose, et je fus chargé de l'examen microscopique, qui confirma
le diagnostic, et du traitement par l’émétique. L’état général du malade
était bon, malgré l’anémie et l’aifaiblissement.
A la région malléolaire, à la place inféro-latérale externe et postérieure,
et au tiers moyen et supérieur de la jambe droite, il y avait trois grandes
lésions leishmaniosiques, dont la principale était longue de 9 cm. et
large de 7 (Fig. 1).
La forme de cette dernière ulcération était irrégulière, et l’aspect papil-
lomateux. Quelques-uns des papillomes étaient baignés par un liquideépais
et ichoreux ; d’autres étaient revêtus d’une croûte très adhérente; tous
saignaient facilement.
C’était un cas de leishmaniose tégumentaire hypertrophique, var.
papillomateuse. La lésion du tiers supérieure montrait dans sa partie cen¬
trale une nécrose des tissus de néo-formation due à l’application par le
malade d’une pâte caustique.
L’examen du sang donnait le résultat suivant :
Polynucléaires neutrophiles . 48.1
Polynucléaires éosinophiles . 1.4
Brands mononucléaires . 21.0
Moyens mononucléaires . 20.3
Lymphocytes . 7.2
Formes de transition . 2.0
1 00 . 0
Ces chiffres s’accordent avec les résultats obtenus dans des cas sembla¬
bles ; dans les leishmanioses des téguments, le sang présente toujours une
réaction lymphocytaire et une remarquable mononucléose, tandis que l’éo¬
sinophilie est inconstante et très légère.
Dès que le traitement par l’émétique’ en séries fut commencé, le prurit
et les douleurs disparurent ; à la deuxième série, les croûtes commencèrent
à se détacher, en même temps l’hyperémie des zones voisines dispa¬
raissait.
A la troisième série, la cicatrisation de la leishmaniose du tiers médian
commença et les pseudo-tumeurs diminuèrent sensiblement; la cicatrisa¬
tion des lésions du tiers supérieur, et enfin de la région malléolaire, se fit
ensuite. Dans cette dernière la cicatrisation s’est faite par îlots, occurrence
très intéressante (Fig. 2).
La figure 3 montre très nettement le tissu cicatriciel des trois lésions:
les cicatrices sont unies, brillantes, glabres, et d’une couleur rose ou gri¬
sâtre. Souvent la couleur revient à la normale, sauf pour les nègres, chez
lesquels la dépigmentation des cicatrices est remarquable.
Les solutions d’émétique à 1 p. 100 préparées à froid, ont été employées
en dix séries, de cinq injections endoveineuses chaque. En applications
topiques, la solution à 0,5 p. 100, avec laquelle on humectait la toile qui
recouvrait les plaies, fut employée. Cette méthode a de grands avantages :
a) elle n’est pas vésicante ; b) elle tarit la sécrétion leishmaniosique ;
c) elle évite les infections secondaires, si communes ; d) elle empêche que
la maladie se propage et se transmette.
Dans les intervalles des séries d’émétique, nous remontions l’état géné¬
ral du malade en faisant des injections sous-cutanées de cacodylate de
soude ou d’arrhénal, de 0 g. 10 à 0 g. 15.
Séance du io Janvier 1917
37
Le traitement, commencé le 17 mars, était terminé le 4 juillet, et l’exeat
était accordé au malade. La guérison qui s’est maintenue admirablement,
a donc été obtenue au moyen de cinquante injections endoveineuses d’émé¬
tique, quatre à 4, 6 et 8 cg. d’émétique et quarante-six à 10 cg.
Hôpital de Misericordia de Manaos , Amazonas.
Bibliographie. — G. Vianna, 7° Congr. Braz. Med. e Cirurg. ; Bol. Soc.
Braz. de Dermat., An. 1°, page 37 ; Arc. Braz. de Med ., An. II,
page 426, 1912 ; Arch. Paul. Med. e Cirurg., n° 6, page 167, 1914; —
d’U ru a e Silva, Tratamento da leishmaniose tegumentar, 1913; — Piraja
da Silva, Tratamento da leishmaniose cutaneo-mucosa, Arch. Braz.
de Medic. An. 4°, page 271, 1914; — Rabello, Leishmaniose papillo-
matosa, Bol. Soc. Braz. de Dermat., page 15, 1914; — F. Terra,
Leishmaniose tégumentaire au Brésil, Bol. Soc. Braz. Dermat.,
page 58. 1913 ; — O. Torrks, O tartaro emetico na leishmaniose, 1915 ; —
Borja et Amaral, Arch. Braz. Medic., nos 2 et 3, 1915; — Carini, Soc.
Path. Exol., page 277, 1914; — Laveran, Soc. Path. Exot., page 216,
1908; page 30, 1909; page 394, 1915 ; — Escomel, Leishmaniasis
curada por el emetico, Cronica Med., page 207, 1916, Lima.
Répartition des Glossines à la Côte d’ivoire
Par G. BOUET et E. ROUBAUD.
Dans des études antérieures (1), Lun de nous a déjà fourni
quelques indications sur les différentes espèces de glossines qui
se rencontrent à la Côte d’ivoire et sur leurs zones de dispersion.
Il note que la Gl. palpalis existe dans toute la zone de la Basse
Côte; que la Gl. fnsea se rencontre à peu près suivant la même
zone, mais plus rare et plus localisée; que la Gl. pal ficera s'ob¬
serve le long de la voie ferrée à Azaguié, à Tiassalé sur le Ban-
dama, et dans l’indénié suivant une zone voisine de 5°3or de
latitude Nord, où il semble que celte espèce soit cantonnée.
Enfin il constate l’existence dans le Baoulé, à Toumodi (6°3o
1 a t . ) , de la Gl. morsitans, alors que la Gl. palpalis est devenue
très rare. Dans la Haute Côte d’ivoire s’observent GL palpalis
et G. fnsea, G. morsitans et G. tachinoïdes.
C’est par erreur, ainsi que nous l'avons reconnu par une révi¬
sion attentive des échantillons recueillis, que la GL morsitans a
(1) G. Bouet, Ann. f. Pasteur, t. XXI, juin 1907, p. 47^ et décembre 1907.
38
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
été signalée par Bouet à la Côte d’ivoire. La véritable morsitans
ne paraît pas exister dans cette colonie. Il s’agit en réali té de l’es¬
pèce voisine Gl. longipa! pis ,
Plus récemment, (i), nous avons donné quelques précisions
en ce qui concerne les espèces du groupe fasca. La véritable
Gl. fasca a été rencontrée dans de nombreuses localités de
la Bsase Côte. Il faut y joindre deux autres espèces du même
groupe : Gl. nigrofasoa et Gl. medioorum , observées toutes les
deux dans la région d’Azaguié sur la ligne du chemin de fer.
Différents voyages effectués le long de cette ligne, d’Abidjan à
Bouaké, nous permettent d’apporter aujourd’hui de nouvelles
données, touchant la répartition des principales espèces de Glos¬
sines en latitude, Voici la liste des glossines capturées en
chemin de fer aux différentes stations en partant d’Abidjan.
renferme la plus grande variété d’espèces. A partir du kilo¬
mètre 162, on voit apparaître la longipalpis qui devient prédo¬
minante, en allant de plus en plus vers le Nord.
En reprenant les différentes indications que nous possédons
actuellement sur les glossines de la Côte d’ivoire, nous trace¬
rons comme suit les zones de répartition des Espèces, De la
Côte aux environs du 6° degré Lat. N., prédominance des Gl. pal-
palis et des glossines du groupe/wsea. Entre 5°3o' et 505o', zone
de répartition exclusive de la Gl. pallicera ; cette zone paraît être
également, quoique, d’une façon moins absolue, la zone de pré¬
dominance des glossines du type rnedicoram et nigro fasca.
Vers le 6°20r commence la zone de la Gl. longipalpis, qui
(\) E. Rûubaud, Bull. Soc. Path. fîæot., t. VI, 1918, p. 347.
Séance dü io Janvier 1917
39
s'étend en prédominance absolue dans tout fhinterland de la
Côte d’ivoire jusque vers le 1 o° degré, dormant, en se reliant aux
zones analogues de la Gold CoasU et du Togo, une large bande
d’invasion, intermédiaire entre la Côte (région de la grande forêt)
et la région soudanienne. Vers lej^degré apparaît la Gl. tachi -
noïdes , dont la zone de prédominance^s’étend dans tout barrière
pays de la Côte d T voire.
Du Sud au Nord, nous pouvons donc définir l’existence à la
Côte d’ivoire de 4 zones principales à Glossines, basées sur la
prédominance des espèces caractéristiques •SLa zone à palpai is
et fusca \ la zone à pallicera ; la zone à lorigipalpis et la^zone à
lachinoïdes. Bien entendu, ces zones ne doivent pas être prises
dans un sens absolu : la palpalis peut se rencontrer aussi bien
dans le Nord qu’à la Basse Côte et, suivant les saisons, la longi-
palpis et la tachinoïdes peuvent s’étendre plus ou moins vers le
Sud. Il s’agit là des zones de prédominance habituelle des
espèces.
\
Chéloïdes géantes chez une négresse
Par F. Van den BRANDEN.
Dans le courant du mois d’octobre de cette année, le Révérend
Frère Van den Bossche, auxiliaire de l’Assistance médicale indi¬
gène, nous a envoyé une négresse originaire de la région de
Kisantu (Moyen Congo Belge}, atteinte de chéloïdes géantes.
Les cas de ce genre sont rares et méritent d’être signalés. Le
Révérend Frère compare assez justement les tumeurs « ché¬
loïdes » à de grandes plaques de caoutchouc que l’on aurait
collées sur le corps avec un léger enfoncement au milieu pour
mieux les faire adhérer.
Au nombre de huit, siégeant sur le tronc et les membres supé¬
rieurs, les tumeurs ont la disposition anatomique suivante. Une
volumineuse occupant presque toute la région dorsale; elle a
une superficie de 34a cm2 et se présente sous forme de deux
lobes situés de chaque côté de la colonne lombaire et adhérents
au dos sur presque toute leur étendue. Une seconde d’une super-
40
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ficie de 98 cm2 située vers le bas du sternum et recouvrant en
partie lè sein gauche. Une troisième sise à cheval sur l'articula¬
tion huméro-claviculaire, elle a 88 cm2 de superficie. Une tumeur
d’une superficie de 190 cm2 enlaçant la partie moyenne du bras
droit. Une tumeur de l\o cm2 de superficie, siégeant dans la
région thoracique externe droite immédiatement en dessous de
faisselle. Une sixième située sur la face externe de la moitié
supérieure de l’avant-bras droit, elle a 72 cm2 de superficie. Une
petite tumeur d une superficie de 20 cm2 se trouvant sur la
partie moyenne antéro-externe du bras gauche. Enfin une
tumeur empiétant à la fois sur la partie inférieure de la région
thoracique externe droite et le flanc droit, d une superficie de
1 35 cm2.
Toutes ces tumeurs sont adhérentes sur presque toute leur
étendue à la région où elles siègent, elles ont les bords libres,
épais de un à deux travers de doigt et bosselés.
La porteuse de ces tumeurs multiples est âgée approximative¬
ment de vingt-quatre ans; elle pèse !\o kg. 5oo, et a t m. 3o de
taille. Mariée, elle a une fille de douze ans. Son état de nutrition
est excellent, elle mange bien et est très active au travail des
champs. Elle accuse, dans ses antécédents héréditaires, une infec¬
tion pianique contractée dans le tout jeune âge.
Les chéloïdes ont débuté sans cause apparente, il y a six à
sept ans, par une petite élevure de la peau de la grosseur d’une
tête d’épingle ; elles ont acquis leur volume actuel au bout de
trois à quatre mois. La petite tumeur du début cause un prurit
intense provoquant un grattage continuel ; il est probable que
l’irritation des tissus provoquée par le grattage fait augmenter
rapidement la tumeur de volume. Au fur et à mesure que la
tumeur augmente de volume, le prurit diminue en intensité.
Actuellement la femme ne se plaint de prurit que pendant la
nuit et elle n’accuse pas d’autre gêne provoquée par les diffor¬
mités.
Sur la face postérieure de la jambe gauche, un peu en dessous
du mollet, la femme porte une chéloïde de la grandeur d’une
grosse fève ; cette tumeur, d’après ses affirmations, remonte à
une semaine.
Léopoldville , 1 /j. novembre igiO.
Chéloïdes géantes
Séance du io Janvier 1917
41
Mémoires
La Peste du Sud-Annam (1)
Par G. CADET
Epidémiologie
Il est difficile d'assigner une date précise aux débuts de la
peste dans le Sud-Annam.
Sans parler ici de l’épidémie qui régna jadis à Nha-Trang, il
aurait été, dès 1907, constaté médicalement deux cas de peste
bubonique avec décès, sur deux linhs, à l’occasion d’une épi¬
démie de choléra qui nécessita l’organisation d’un cordon sani¬
taire à Cana.
C’est en mars 1908 qu elle paraît avoir débuté dans la région
de Phan-Thiêt ; on attribue son origine à une jonque infestée
venue de Saïgon et ayant contaminé d’abord Phu-Hai, petit port
voisin de Phan-Thiêt, lequel ne tarda pas à être contaminé à
son tour, ainsi que Mui-Ne. L’épidémie fit rage de mars à sep¬
tembre et emporta au moins deux mille victimes.
Il est à noter que dès ce moment, les petites agglomérations
côtières au sud de Phan-Thiêt (Lagi, Gumi) sont restées indem¬
nes et que celte immunité semble avoir persisté jusqu’ici.
Pour l’année 1909, le rapport annuel n'enregistre que dix cas
douteux à Quang-The, près Mui-Ne.
La peste attire de nouveau l’attention sur elle en octobre 1910
à Binh-Uhon ; puis elle atteint Phan-Ri en décembre 1910-
janvier 191 1 ; « le nombre de décès est impossible à connaître » ;
de là, elle passe à Duong en février, Lagau en avril, revient à
Mui-Ne en mai, repasse à Tuy-Phong en juillet, et enfin à Phu-
Hai en décembre. On lui attribue environ 2.5oo victimes au
total.
(1) Mémoire présenté par M, Simond, membre associé, à la séance du
i3 décembre 1916.
42
■' ' ; \
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En novembre iqti, nouvelle invasion de Phu-IIai, jusqu’en
mars; l’abandon du village parles habitants et le hasard d’un
incendie firent cesser les cas. « Il y a eu officiellement 77 vic¬
times, mais la voix publique accuse bien davantage. »
Le peste reparaît en mai 1912 à Phan-Ri et Phan-Thièt; elle
n'avait pas été signalée depuis deux ans dans ce dernier point,
et paraît avoir été propagée au début par les Chinois. La Haff-
kinisation, qui avait eu peu de succès à Phu-Hai, fut reprise sur
une plus large échelle (près de 1 1.000 vaccinations tant à Phan-
Thièt qu’à Phan-Ri). Il n'y eut que 22 entrées au lazaret et
7 guérisons. Mais pour l’ensemble de 1912 dans la province, on
signale 218 cas dont 1 34 décès.
En 191.3, il est fait mention de 760 décès répartis entre Phan-
Ri, Tuy-Phong, Lagau, Mui-Ne et Phan-Thièt (i3 seulement)
plus un cas erratique à Ya-Back, sur la route de Djiring. Le
Séance du io Janvier 1917 43
Huyên de Tuy-Phong fut décimé et le village de Long-Phuoc
abandonné ; à Mui-Ne, les habitants brûlèrent eux-mêmes des
quartiers entiers.
Au milieu de cette même année, la pesle, continuant son
ascension vers le Nord, atteint Phan-Rang où une épidémie
sérieuse, est signalée en décembre.
En 1914, en ce qui concerne Phan-Thiêt, il est enregistré
474 cas dont 354 décès. Phu-Hai, Tuy-Phong, Lagau, conti¬
nuent d’être frappés sévèrement.
A Phan-Rang, l’épidémie prend une grande extension,
864 cas dont 675 décès de septembre 1913 à septembre 19 r4 ; le
mois de février 1914 compte à lui seul 3 t 9 cas.
En novembre-décembre 1914? alors que Nhatrang continue à
rester indemne, la peste fait une incursion plus au Nord, dans
un petit village de 800 habitants de la côte du Phu-Yen, My-
Quan près de Tuy-Hoa (21 cas). O11 réussit heureusement à la
localiser ; l’origine en a été rapportée à une jonque venue de
Phan-Ri .
On se résolut enfin à prendre des mesures pour essayer d’ar¬
rêter l’extension du fléau.
Dès le début de 1914, la Direction du Service de Santé de l’An-
nam avait envoyé temporairement deux médecins à Phan-Rang
et Phan-Ri pour combattre l’épidémie. En septembre t 9 1 4^ un
médecin fut envoyé à demeure à Phan-Ri par l’Inspection des
Services Sanitaires de Tlndo-Chine avec mission de coordonner
avec les siens les efforts de ses collègues de Phan-Thiêt et Phan-
Rang.
Voici quelle fut la marche de la peste pendant l’année iqi5.
Aucun cas n’a été relevé dans la population européenne
depuis longtemps.
Il convient de n’accepter ces chiffres qu’avec réserve ; à Phan-
Thiêt, un infirmier prévaricateur n’hésitait pas à supprimer ou
à fausser les déclarations ; à Phan-Rang, certains villages, ceux
des Ghams particulièrement, ne se résolvaient qu’avec beaucoup
de peine à faire les leurs.
44 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nombre de cas constatés
Tel quel, ce tableau suffit à donner une idée suffisamment
nette de l’allure de la peste dans la région ; elle y est devenue
sence par des cas sporadiques et prenant parfois çà et là une
extension beaucoup plus considérable. Cet état de choses dure
au moins depuis huit ans.
Nombre de localités en Indo-Chine ont eu à souffrir d’épidé¬
mies de peste ; mais nulle part, dans l’espace et dans le temps,
elle n’a acquis autant d’importance que dans le Sud-Annam.
Ouelles en sont les raisons?
Ici comme presque partout, les épizooties murines ont été
couramment observées avant et pendant les réveils épidémiques.
A Phan-Rang les habitants, stylés par le médecin, les ont sou¬
vent déclarées ; à Phan-Ri où la recherche est faite systémati¬
quement au moment des désinfections des maisons contaminées,
les cadavres de rats sont maintes fois retrouvés ; à Phan-Thiêt,
le début de l’épidémie de 1916 a été signalé par un mouvement
insolite dans la population murine ; des immeubles Européens
qui en étaient d'ordinaire indemnes, en ont été soudain enva¬
his; un milicien, gardien du lazaret, qui a eu trois cas de peste
dans la maison de ses parents, a déclaré qu’il n’y avait pas été
trouvé moins de sept rats morts. A My-Ouan même, village de
pêcheurs, mais sans saumureries, sans autres réserves de paddy
que quelques grandes jarres, le médecin du poste (Song-Cau) a
45
Séance du io Janvier 1917
trouvé au début de l’épidémie quelques rats morts sous un filet
dans une maison contaminée. Lors d'une désinfection générale
ultérieure, il n’a pourtant été trouvé qu’un seul rat (musqué) et
les habitants, invités à dératiser, n’ont pas pu en apporter vingt
en tout. Voici quelques particularités concernant les rats trou¬
vés dans les agglomérations pesteuses :
1° Le petit rat de maison, con chuôt lac des Annamites, de beaucoup le
plus commun; il est un peu plus fort que la souris d’Europe, qui n'a pas
été trouvée ici : sa longueur totale est de 25 cm. environ; le poids du
mâle de 35 à 40 g,, celui de la femelle de 30 à 35 g. La queue est aussi
longue ou un peu plus longue que le corps, jamais plus coarte ; elle est
nettement détachée du corps, cylindrique, très doucement effilée; on
compte environ 200 anneaux, quelques-uns incomplets. Les oreilles sont
un peu plus longues que la moitié de la tète, non velues, transparentes,
grises. Il y a quatre paires de mamelles, deux au niveau des membres
antérieurs, deux au train postérieur, Tune au niveau de l’articulation
coxo-fémorale, l’autre plus en arrière. La portée est le plus sou vent de
cinq, parfois de trois ou quatre. Le pelage est gris foncé par dessus, avec
quelques poils fauves, parfois roussàtre, gris blanc en dessous. Ce petit
animal aux yeux très éveillés est vif et preste, il grimpe et court avec
agilité. On le trouve partout; sa taille exiguë lui permet de nicher dans
les bambous qui forment la charpente des cai nhâ, et d’y aller mourir en
cas d’infection. Le fait, signalé à Java, a été contrôlé à Phan -Iti; il est
d’importance dans un pays où ces constructions sommaires de pai I lot tes
et de bambous servent d’abris à la grande majorité de la population. Il
paraît très sensible au virus pesteux ; c’est avec lui que Bkoquet en 1008,
a fait à Saïgon ses recherches sur la conservation des organes pesteux ;
c'est toujours son cadavre qu’on trouve dans les maisons contaminés (1).
2° Le rat d’égout, cou chuôt công (rat de tuyau), gros rat gris, répu¬
gnant et féroce, qui fréquente les quais de madrépores, les bancs de sable,
le bord de mer où il se nourrit des détritus et immondices qu’y accumulent
les habitants de la cote ; il creuse de vrais terriers ; sa grande taille et sa
méfiance rendent sa capture difficile; il est du reste bien plus rare que le
précédent; une famille de cette espèce, atteinte de peste, a été trouvée à
Phan-Ri. II faut sans doute y voir Mus decumanus.
3° Il faut mentionner enfin le rat de rizière, con chuôt dông , le seul que
les Annamites considèrent comme comestible. Sa taille est intermédiaire
à celle des deux premiers ; la queue est conique et plus courte que le corps ;
il y a six paires de mamelles, trois thoraciques, trois abdominales; le
pelage est gris clair sur le dos, d’un blanc presque pur au ventre. Cet
animal fait des trous dans les digues de rizière et cause parfois de sérieux
dégâts aux récoltes ; il paraît très fécond (en peu de mois il en fut capturé
280.000 à Phan-Rang) et aussi très migrateur; on ne le trouve guère à
Phan-Thiêtet Phan-Ri. Suit-il, comme d’aucuns le prétendent, les récoltes
quand le paddy est mis en grenier? En tout cas, il n’est jamais pris dans
les nasses posées dans les maisons.
fi) M. Krempf, naturaliste à l’Institut Pasteur de Nha-Trang, n’a pu déter¬
miner l’espèce de ce rongeur; il a envoyé des échantillons au Muséum d’His-
toire naturelle; il s’agit probablement d’une espèce nouvelle.
46
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il faut citer encore une espèce qui n'est plus un JVluridé,
mais un Insectivore.
4° Le rat musqué, cou chuôt xa (rat h odeur mauvaise) , bien connu par
son odeur et son aspect tout particulier; museau en groin de porc, légère¬
ment bifide à l’extrémité; yeux tout petits: dentition très différente de
celle des rats proprement dits; pavillon de l’oreille garni de replis bien
marqués; une plaque glandulaire sur chaque flanc, un peu ovale dans le
sens de la longueur du corps, recouverte de poils plus ras et plus gros,
secrétant sans doute la substance à odeur particulière qui a vain son nom
â l’animal ; queue très grosse et un peu plate à sa naissance, s’effilant
brusquement, plus courte que lecorps, portant quelques longs poils clair¬
semés. Trois paires de mamelles abdominales. Ce rat se montre très
friand des déchets de poisson et fréquente beaucoup les saumureries. Il ne
quitte guère le sol et est peu agile, assez facile à capturer ; surpris, il jetteun
petit cri aigu particulier. Il paraît peu sensible au virus pesteux; son
cadavre nfa jamais été rencontré, mais on verra qu’il acquiert néanmoins
une certaine importance du fait de son parasitisme. Il s’agit sans doute du
Crocidura marina L., sur lequel Kerandel (l) a appelé l’attention comme
réservoir du virus pesteux au Cambodge.
Il importait d’organiser la dératisation ; au cours d'une visite
à la distillerie chinoise d'alcool de Phan-Rang, ne voyait*on pas
en plein jour les rats courir en foule entre les jarres, dans la
salle de fermentation, et les coolies en capturer cinq ou six en
quelques secondes? On a d’abord essayé d’intéresser la popu¬
lation à cette chasse ; et un arrêté de la Résidence Supérieure
institua une prime de un cent par cadavre de rat présenté aux
médecins, à l'exclusion du rat de rizière dont la chasse, très
fructueuse et d'une utilité contestable en matière de peste, avait
donné lieu à de véritables abus, tels que l’apport de queues de
rat de territoires éloignés de la zone contaminée ; mais ce fut
peine perdue ; les habitants se montrèrent d’une apathie décon¬
certante, le nombre d’animaux présentés fut infime.
Il fallut alors recruter des équipes permanentes de dératisa-
teurs, munies de nasses ; elles travaillent sous la direction des
médecins, aux points qu’ils indiquent et présentent chaque
malin le produit de leur chasse.
Il est à noter que ce travail se poursuit sans qu'on voie guère
diminuer le nombre des rongeurs capturés; jusqu’ici (août
1916) à Phan-Thièt, il en est encore pris mensuellement de if
à 1.200.
Voici le tableau des dératisations pour 1916 :
(1) Kerandel, Bull. Soc. Path. exot., t. VIII, 10 fév. 1916, p. 54.
Séance du io Janvier 1917
47
En ce dernier point, centre urbain important, un arrêté récent
de la Résidence Supérieure vient d’interdire, dans un certain
périmètre, les constructions en paillottes et bambous, et aussi en
briques cylindriques creuses, ainsi que l'usage des planchers
simplement posés à même le sol.
Il y a lieu d’espérer que l’exécution de ces mesures, dûment
contrôlée par un agent européen, facilitera la destruction des
rats et restreindra leur habitat. Les paillottes seront parquées
en des points désignés de la périphérie, et éloignées de quelques
mètres les unes des autres; cette dernière mesure, qui a déjà
reçu un commencement d'exécution, grâce à l’énergie de M. le
Résident Ozanon, s'est montrée d’une efficacité réelle lors de la
dernière épidémie; il y a eu des cas, certes, dans un quartier
ainsi constitué, mais à des intervalles de plusieurs jours et peu
de cai nhâ ont été au total contaminées; nul doute que si on
avait laissé la population se livrer à son goût invétéré pour
l’entassement sur le plus petit espace possible, il y aurait eu
beaucoup plus de victimes.
Les recherches de Simond ont montré le rôle important dévolu
au Pulex cheopis dans la transmission du virus pesteux du rat à
l’homme; il était donc d'un haut intérêt de voir si les faits
observés dans la région concordaient avec ces expériences.
Déjà, Pic, à Phan-Thièt, avait signalé la présence ordinaire de
P. cheopis. Krempf, à l’Institut Pasteur de Nhatrang, avait
examiné à ce point de vue quelques spécimens de rats.
Il a été tenté d’apprécier le parasitisme des diverses espèces ;
48
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
cette recherche a été poursuivie à Phan-Ri du Ier avril 1 9 1 5 au
ier avril 1916 (sous ma direction jusqu’à la mi-septembre, puis
par les soins de M. le Médecin auxiliaire Long). Le rat, saisi
dans la nasse avec une pince, était plongé dans un récipient
plein d’alcool à brûler; on le retirait une fois mort, on le dépo¬
sait sur un plateau et rien n’était plus facile, eu retournant la
fourrure avec la dite pince, que de saisir et de compter les
puces; l’alcool d’immersion était filtré sur coton, ce qui per¬
mettait de voir celles qui avaient quitté le corps de leur hôte,
chose du reste assez rare, sauf pour le rat musqué, à fourrure
à poils plus courts. La recherche, ainsi pratiquée, a porté sur un
total de i.3 12 rats de maison, 297 rats d’égout, 297 rats musqués-
Elle a permis d’établir le tableau de moyennes suivant :
Moyennes des puces recueillies sur les divers, espèces de rats
d'avril 1915 à mars 1916.
Il ressort de là que :
Le parasitisme du petit rat de maison n’est pas très intense,
mais d’une constance remarquable; il 11e faut pas oublier que
c’est l’hôte le plus intime et le plus répandu des habitations;
un seul de ces rats a fourni 20 puces ;
Séance du io Janvier 1917
49
Le parasitisme du rat d’égout est très développé; comme il
est d’autre part sensible au virus pesteux, sa présence constitue
un grand danger; un seul de ces rats nous a fourni un jour
98 puces ;
Le parasitisme du rat musqué est également marqué et c’est
un réservoir d’agents de transmission à ne pas négliger ;
Le parasitisme subit des variations saisonnières, en rapport
surtout, semble-t-il, avec la sécheresse que les puces préfèrent,
on le sait; de là, leur nombre croissant jusqu’à avril-mai, et
leur recrudescence après la petite saison sèche; cette marche ne
saurait d’ailleurs être tout à fait uniforme d’une année à l’autre,
comme aussi d’une localité à l’autre, le régime des pluies étant
loin d’avoir une rigueur absolue.
Relativement à l’espèce, on peut estimer au bas mot à
g5 p. 100 la proportion de P. cheopis. Sur 276 puces provenant
de Phan-Ri et identifiées, il a été trouvé 167 cheopis femelles,
1 1 7 mâles, 2 irrilans mâles. Le rat musqué est parasité par la
même puce que les autres espèces.
Quant à P. irritons, il 11e paraît pas d’une extraordinaire fré¬
quence ; on en voit parfois au cours des séances de vaccination
où on est littéralement submergé par un peuple en guenilles ;
le médecin auxiliaire Long a vu un soir sur la plage de Phan-Ri
des enfants se livrer à un petit jeu qui consistait à former le
cercle en mettant au centre une pièce de vêtement et une
lumière à côté et à voir qui prendrait le plus de parasites.
Quant à P. canis , on le trouve parfois en véritables essaims
sur le sable; l’abondance des chiens errants explique le fait.
Des chats, une jeune tigresse ont été vus couverts de puces,
qui n’ont pas été déterminées.
Il n’a jamais été vu de Ceratophyllus.
Pour en revenir à P. cheopis , Bacot a donné dans un des inté¬
ressants Plague suppléments du Journal of Hygiene une étude
sur l’influence de la température et de l’humidité durant les
divers stades de la vie des puces.
On peut en extraire les données suivantes en ce qui concerne
P. cheopis : pour les œufs, l’éclosion 11e se fait pas en dessous
de i2°8 G. ; et à 33°9, 73 p. 100 restent stériles ; en revanche, la
sécheresse ne semble avoir aucun effet marqué sur leur fécon¬
dité. Pour les larves en vie active (12 à 84 jours), il faut une
certaine humidité et une atmosphère tranquille; « les maisons
4
50
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
bien ventilées sont moins convenables pour l’élevage des puces
que celles mal ventilées ». Pendant la période pu pale (7 à
128 jours pour P. cheopis , suivant la température), l’animal est
très résistant ; il survit 12 heures à l’immersion complète. Enfin
l’adulte qui peut survivre 38 jours sans nourriture, a l’habitude
de vivre sur le rat plutôt que dans le lit de ce dernier; ce fait
rend P. cheopis apte à étendre la période de son existence active
à la fois dans le temps et dans l’espace, et en fait un agent beau¬
coup plus dangereux pour la dissémination de la peste.
Or, le Sud-Annam jouit en Indo-Chine d’un climat tout par¬
ticulier ; il n’y tombe que 5o cm. à 1 m. d’eau par an, d’après
Brenier (atlas); le voisinage de la mer rend la température très
uniforme; elle oscille presque toujours entre 24° et 3i°; il ne fait
donc jamais assez chaud pour porter un sérieux obstacle à
l’éclosion. Enfin, il suffit de pénétrer dans une cai nhà et sur¬
tout dans le réduit qui sert de chambre, pour constater avec
quel soin son occupant se précautionne contre le moindre cou¬
rant d'air. Tout cela constitue pour P. cheopis des conditions
biologiques à peu près idéales.
11 existe donc d’une part une population murine abondante,
grâce peut-être au grand nombre de saumureries, très abondam¬
ment parasitées par l’insecte transmetteur de virus ; de l’autre,
des agglomérations humaines très denses (villages de pêcheurs),
très sales, complètement indifférentes à la contagion.
O11 sait que les pêcheurs constituent le dernier échelon social
de la société annamite; c’est à juste titre si on considère leur
sordidité et leur ignorance. A certaines périodes de l’année, ils
descendent en foule du Nord-Annam sur les lieux de pêche du
Sud. Tout cela vit pêle-mêle, couchant parfois à même le sable
sous un simple auvent; le vêtement ne quitte pas le corps de
l’individu jusqu’à usure complète; quant aux ablutions corpo¬
relles, on s’en remet aux douches qui tombent du ciel ; et pen¬
dant plus de six mois, il ne pleut pas !
11 n’est donc pas surprenant que la peste, une fois importée
dans ces parages, s'y voit solidement implantée.
L’épidémie de Phan-Thièt de 1916 fournit un bon exemple de
la concordance entre l’acmé épidémique et la période pendant
laquelle le parasitisme par les puces est à son maximum. Cette
épidémie a éclaté brusquement au début de février 1916, alors
que les mois précédents avaient été très calmes (4 cas seulement
Séance du io Janvier 1917
51
en octobre 191b, 2 en novembre, o en décembre, 1 en janvier).
Dans les premiers jours de février, des cas sont signalés aux
quatre coins de la localité; dès lors, l’épidémie va progressant
j usqu’en j uin :
Les dernières grandes pluies étaient tombées le ier et le 2 no¬
vembre. La sécheresse s’établit durant les mois suivants, passa¬
gèrement interrompue vers le milieu de mai par deux ou trois
jours pluvieux. Enfin les pluies régulières reviennent dans les
premiers jours de juin. L’acmé de l’épidémie a donc coïncidé
avec la période d’avril-mai. Le déclin a coïncidé avec le retour
des pluies. Or c’est pendant la période sèche que les puces sont
surtout abondantes. Elles se raréfient dès le retour de la saison
pluvieuse. La marche de l’épidémie confirme donc pleinement le
rôle joué dans son évolution par P .-ckeopis.
D’après le court historique du début, l’introduction de la
peste à Phu-Hai fut attribuée à une jonque venue de Saïgon ;
en 1908, le chemin de fer ne fonctionnait pas encore, donc cette
origine est la seule plausible; les communications par terre
étaient à cette époque rares et pénibles; du reste, la voie ferrée
passe loin dans l’intérieur, à bonne distance de tous les petits
ports de la côte, c’est donc encore aux communications mari¬
times qu’est due leur contamination. Il en est de même pour
My-Quon, petit village de pécheurs des plus isolés, et où lepi-
démie a sauté brusquement alors que le foyer connu le plus
proche était à plus de 200 kilomètres de là au Sud.
Ce n’est pas à dire que la peste se soit strictement limitée au
bord de la mer; elle a fait incursion dans l’intérieur quand
l’occasion s’en est présentée; on l’a vue jadis, à Phan-Ri, remon¬
ter les berges assez peuplées du Song-Luy; ses foyers, dans la
plaine de Phan-Rang, ont parfois revêtu un caractère de grande
dissémination, elle s’y est même glissée d’une façon surprenante
dans des hameaux très petits et très isolés ; mais il est très rare
qu’on n’ait pas signalé concurremment une épizootie murine.
Il n’est donc pas question ici de ces transports à plus ou
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
moins grande distance de cas isolés qui ont été signalés à plu¬
sieurs reprises, à Ya Back jadis, à Song-Ouan récemment, ou
sur la voie ferrée. Il s’agit là d'individus partis en incubation de
peste ou se sachant malades et désireux d’échapper aux mesures
sanitaires. Ils sont évidemment susceptibles de contaminer leur
entourage immédiat, mais ne suffisent pas en général à créer un
foyer épidémique. Il n'a pas été signalé d’exemple dans la
région, de médecin, infirmier, ou gardien de lazaret contaminé;
le sont parfois des parents admis à soigner un malade et qui
n’hésitent pas, du reste, à partager son lit : mais en règle géné¬
rale, ils habitaient la même maison et c’est là qu'ils ont con¬
tracté l’infection, simultanément ou à peu près.
Ceci ne s’applique pas, évidemment, à la peste pneumonique,
mais elle est tout au moins absolument exceptionnelle ici. Mais
entre cette forme, qui dissémine des milliards de bacilles par
l’expectoration, et la peste bubonique, il y a toute la différence
d’une lésion ouverte à une lésion fermée. Cette dernière, non
traitée, cause presque toujours la mort avant l’ouverture des
lésions ganglionnaires ; traitée, elle donne' en général, au
moment de l’incision, un pus stérile. On comprend, d’après cela,
que la contamination directe doive être assez rare.
Prophylaxie
Il y a d’abord une prophylaxie indirecte, à longue portée,
dont on peut attendre les meilleurs résultats, si on l’applique
avec énergie et persévérance.
C’est la lutte contre les rats : d’abord la dératisation elle-
même, soit au moyen de pièges, soit à l’aide de toxiques. Il
faudrait pour employer ce dernier procédé, le concours actif
de la population : mais on a vu qu’il était à peu près nul.
Viennent ensuite l’amélioration des conditions d’habitation,
comme on a tenté de le faire par l’arrêté, cité plus haut, pris
pour Phan-Thiêt ; les résultats en seront intéressants à suivre;
mais cette mesure n’est applicable qu’aux centres d’une certaine
importance. Un essai du même genre fait à Du-Khan (Phan-
Rang) n’a pas été compris des habitants ; on leur a conseillé de
couper leurs bambous en deux dans le sens de la longueur,
mais presque partout, dans leurs reconstructions (faites à l’aide
d’indemnités du Protectorat), ils ont laissé un ou plusieurs bam-
53
Séance du io Janvier 1917
bous pleins, tant cet usage est invétéré et, pourrait-on dire,
rituel. Le conseil de substituer des bois pleins aux bambous n’a
pas eu plus de succès.
Les modifications dans raménagement des centres d’attrac¬
tion des rats. Ceux-ci, de même que l’homme, se montrent friands
d’alcool, ou tout au moins du riz fermenté qui en est imprégné;
les trois distilleries de la région ont eu leurs salles de fermenta¬
tion pavées et ont reçu diverses améliorations.
Il y a aussi les greniers à paddy. M. Cecconi a cité des villa¬
ges de la plaine de Phan-Rang où, au moment de la récolte,
toute la cai nhà 11’était plus qu’une réserve de grains ne laissant
disponible qu’un étroit espace pour permettre aux habitants de
dormir et de manger; il n’est pas surprenant que, dans de telles
conditions, on ait trouvé plus d une fois des rats morts et des
cas de peste humaine concomitants. Le plus souvent, les « gre¬
niers » à paddy ne sont que des cylindres plus ou moins hauts,
plus ou moins larges, formés par une superposition de solides
cài phên dans lesquels on verse le grain ; la protection contre
les rats consiste le plus souvent en un chat qu’on trouve couché
sur le tas; les meilleures sont d’énormes caisses de bois un peu
isolées du sol ; mais encore est-il rare qu’il n’y ait pas quelque
interstice suffisant pour les petits rongeurs. Conseille-t-on aux
habitants des greniers en briques, bien clos, ils objectent la
dépense, le danger de fermentation du grain, etc.
Il en est de même du coton qu’on trouve au moment de la
récolte, en vrac, en tas énormes dans les maisons et qu’on ne se
donne même pas la peine d’égrener ; si par hasard il est en sacs,
ceux-ci présentent en abondance de vastes solutions de conti¬
nuité.
Outre ces produits, les magasins des Chinois en contiennent
une foule d’autres, peaux, cardamome, farine, haricots,
sésame, etc., et un amas hétéroclite de toutes soldes d’objets,
couverts d'une poussière inviolée, au milieu desquels la gent
murine a beau jeu.
Les hangars qui abritent les immenses cuves à nuoc-mâm doi¬
vent aussi retenir l’attention ; s’il en est, de rares, tenus pro¬
prement, la plupart 11e sont jamais nettoyés et des débris de
poisson et autres appâts couvrent le sol.
Pour le gros rat d’égout, il faut citer comme particulièrement
dangereux les quais formés de madrépores simplement juxta-
1
54 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
posés (Duong, Du -Khan) et laissant entre eux de vastes alvéoles,
des galeries qui forment une retraite sûre.
Enfin la saleté des rues et du bord de meresl, dans toutes ces
agglomérations, indescriptible; le sol est parsemé d’excréments
humains et canins, de détritus de toute nature et ne forme
qu’une vaste sentine.
Ces détails donnent la mesure des difficultés qu’on rencontre
à assurer un peu de propreté au moment des épidémies.
Quand celles-ci éclatent, il reste à prendre une série de mesu¬
res codifiées dans un arrêté pris en août 1914 par M. le Gouver¬
neur Général p. i. van Vollenhoven, à l'instigation de M. le
Médecin Inspecteur Simond.
Outre la déclaration obligatoire de tout cas ou décès, une
fois celui-ci constaté, l’immeuble est désinfecté et fermé pour
un mois ou, au besoin, incendié après indemnisation. Le
malade est transporté dans un lazaret ; la famille peut V y accom¬
pagner si elle le désire ; s’il meurt, on permet l’accomplisse¬
ment des rites funéraires pourvu que le cadavre soit placé
dans un cercueil bien conditionné. La vaccination est offerte
aux habitants de la maison dès la connaissance du cas.
On a ainsi voulu concilier les exigences de la protection de la
santé publique avec les 11s et coutumes du pays.
L’application de ces mesures dans un milieu d’une mentalité
si différente de la notre suggère quelques réflexions.
Déclaration. — Il n’existe pas de registres d’étal civil en
Annam ; les notables font les déclarations de naissances et de
décès aux autorités indigènes, qui transmettent ces renseigne¬
ments à la Résidence, laquelle les communique au Service de
Santé ; on comprend tout ce qu’un tel système a de défectueux
avec la négligenceet la vénalité coutu m ières du pays. Cependant,
si les mandarins savent le vouloir, on obtient, au moins dans les
principaux centres, des renseignements assez exacts ; dans toute
la région contaminée, les villages ont reçu l'ordre d’informer
sans aucun retard directement le médecin de tout cas ou décès
avéré ou suspect ; quand des inhumations clandestines ont été
découvertes, il a été procédé à rexhumalion et prononcé des
condamnations à l’amende ou à la prison. A Phan-Thièt, un agent
sanitaire, ayant un grade mandarinal subalterne, a pour fonc¬
tions la recherche de tout cas et décès, qu’il doit annoncer de
suite au médecin. Il est certain, que, grâce à la bonne volonté
Séance du io Janvier 1917
55
générale, il a été obtenu une sérieuse amélioration dans les
déclarations, sans lesquelles on ne peut rien faire. Mais trop
souvent encore, si on n’ose dissimuler le cadavre, on cache le
malade tant qu’il est en vie : dans la dernière épidémie de Phan-
Thiêt (1916) sur 120 cas connus, plus de 5o n’ont élé que des
constatations de décès. Cela est du à l’esprit arriéré et réfrac¬
taire des habitants; ils ne s'observent pas beaucoup, à coup sûr,
et ne se tourmentent guère pour un accès de fièvre, qu’ils croient
banal, au moins au début ; mais même sans illusion sur le sort
qui les attend, il s’agit souvent autant que possible d’éviter le
lazaret, où on reçoit des piqûres désagréables, et qui est un
endroit mal famé à cause des âmes des malheureux déjà morts
là, errant désemparées tout à l’entour, devenues des ma qui
terrifiants. Là où « le bon médicament chinois » et la magie des
sorciers sont impuissants, les diableries occidentales ne feront
guère plus; dès lors, 11e vaut-il pas bien mieux attendre paisi¬
blement le trépas à côté de l'autel des ancêtres? Et si une fois
le décès survenu, la famille pouvait aussi le cacher, ce serait
une bon ne affaire ; car il est désagréable de voir sa maison, si
humble soit-elle, remuée de fond en comble, inondée de cré-
syl, et surtout fermée pour un mois. Mais si la chose est décou¬
verte, 011 risque non seulement un peu de prison, mais l’exhu¬
mation, profanation qui vient troubler tous les rites, et alors
tout de même mieux vaut se décider à déclarer ce malencon¬
treux décès, d’autant plus que les dénonciations de voisins mal¬
veillants sont bien possibles. Mais encore convient-il de duper
le crédule médecin français et, si on le peut, de suborner son
entourage. Voilà : le défunt vient de la montagne, de Malain,
où il a attrapé de mauvaises fièvres, et il est revenu hier juste
pour mourir. Oue de fois de telles histoires ont-elles été débitées,
auxquelles il ne fallait accorder la moindre créance, comme le
prouvait l’examen des faits. N’a-t-on pas vu arriver un jour au
lazaret de Duong un garçon de i5 ans, amenant sa sœur qui
en avait ir, atteinte de pesle ; il déclara d’abord être venu avec
elle de Phan-Thiêt, puis de Mui-he ; ses dires ayant été recon¬
nus faux, il finit par avouer qu’il arrivait du village le plus
voisin, à cinq minutes de là, mais que son patron lui avait bien
défendu de l’avouer. Lors de la petite épidémie de My Ouan, la
première fois que s’y rendit M. de Guermarquer, médecin de la
province, pour vérifier l’exactitude des bruits qui couraient, il
56
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ne trouva rien de suspect : les malades avaient été soigneuse¬
ment dissimulés dans la brousse. Il fallut une seconde visite à
l’improviste et l’énergie d’un mandarin intelligent pour savoir
la vérité.
Les Chams, eux, se contentent d’abord de recourir à leur pro¬
phylaxie traditionnelle qui, en l’espèce, n’est pas la plus mau¬
vaise, puisqu’elle consiste à déserter la maison infectée ; on
trouve parfois ainsi des villages entièrement vides, tout le monde
étant allé s’installer dans la foret. Ils ne se décident qu’avec
peine à prévenir les autorités françaises ; extrêmement attachés
à leurs coutumes ancestrales, et, brahmanistes ou mahométans,
aveuglément soumis à leurs prêtres, ils n’ont jamais recours
spontanément aux médications occidentales ; à la consultation
de Phan-Thiêt viennent parfois des Moïs, mais jamais des
Ghams. Il en est à peu près de même à Phan-Ri où ils sont assez
nombreux. Leur phu répond que ce serait une grave dérogation
aux coutumes, quand la raison de cette abstention lui est
demandée.
Quant aux Chinois et à leurs métis, les Minh-Huong, leur
mauvaise volonté est encore plus grande, mais pour d’autres
motifs. Commerçants, ils redoutent encore plus la fermeture de
leurs habitations-magasins. Dans leur infatuation d’étrangers et
d’hommes supérieurs, ils s’estiment un peu au-dessus des règle¬
ments faits pour le vulgaire, une fois qu’ils ont payé leurs
taxes et impôts. Il leur répugne d’entrer au lazaret commun.
Quand un casse produit dans leur personnel, ils le jettent tout
bonnement sur la voie publique, si c’est un annamite ; si c’est
un chinois, ils le mettent dans une dépendance de leurs pago¬
des et n’hésitent pas à déclarer que c’est là son vrai domicile.
Tous les médecins de la région ont eu à se plaindre de leurs
agissements. Il va sans dire que, presque tous d’origine très-
modeste, coolies venus chercher fortune aux rivages indo-chinois,
leur saleté, leur ignorance et leur superstition ne justifient en
rien leurs prétentions. De plus le rôle de chef de congrégation
n'est plus comme jadis dévolu aux membres les plus riches, les
plus influents et les difficultés administratives s’en augmentent.
Désinfections. — Elles s’adressent le plus souvent à des pail-
lottes à sol de sable ou de terre battue ; c’est dire qu’il serait
bien difficile de les réaliser d'une façon complète, sauf par l’in¬
cinération. Le mieux serait de détruire chaque fois tout le
Séance du io Janvier 1917
57
groupe de cases environnant celle reconnue contaminée, et de
prescrire un lotissement judicieux et bien espacé pour la recons¬
truction. A My-Quan, toutes les maisons contaminées, sauf une,
ont été incendiées ; les habitants, indemnisés, n’ont du reste
élevé aucune protestation.
Lazarets. — Quand la peste régnait tout le long de la côte,
on était obligé d’avoir recours à des lazarets de fortune : pago¬
des ou pai 1 lottes rudimentaires. Phan-Rangaun bon lazaret qui
est un ancien logement d’Européen désaffecté ; grâce aux soins
de M. le délégué Guillot, Phan-Ri en possède maintenant un
convenable, avec une aire cimentée et des dépendances suffi¬
santes. C'est celui de Phan-Thiêt qui laisse le plus à désirer;
c’est un bâtiment en torchis, recouvert de paillote, à sol de
terre battue, sans poste de gardien ; pour cette agglomération
importante, où une menace d’épidémie, peste ou choléra, est
toujours possible, il y aurait mieux à faire.
Le fait de pouvoir garder près d’eux un membre de leur famille
réconforte beaucoup les malades, leur assure des soins plus
constants et paraît, moyennant quelques précautions, exempt
d’inconvénients. Du fait qu’un certain nombre de malades sort
guéri, la peste perd aux yeux des indigènes son caractère
d’inexorable fatalité, et cela les encourage à recourir à nos
méthodes.
Vaccinations. — C’est un des points les plus importants de la
prophylaxie; malheureusement, c’est aussi un de ceux qui prê¬
tent le plus à la discussion.
Comme le montre le tableau ci-joint, on a largement usé de
ce procédé dans toute la région pendant l’année 1915.
Le vaccin était fourni par l’Institut Pasteur de Nhatrang (1).
Les instructions données prescrivaient une primovaccination
à un cm3 et une secondovacci nation à 2 cm3 une dizaine de
jours après; mais devant la médiocrité des résultats obtenus, on
a augmenté les doses qui ont été portées à 2 et 4 cm3 ; ou bien,
on a donné des doses triplées de nombre (trois à 3 cm j. Les
vaccinations ont été faites par les médecins européens ou les
médecins au xil iai res indigènes qui leur étaient adjoints; il en
a parfois été ainsi pratiqué 800 et 1. 000 parjour.
( 1 ) Il a été fait quelques essais avec du vaccin sec envoyé de Paris et mis
à Nhatrang en solution chloroformique-: les résultats n’ont pas été très bons;
il y a eu quelques accidents septiques.
58
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau des Vaccinations. Année 1915.
Les réactions ont été en général assez faibles; il était accusé
seulement de la douleur, un peu de fièvre et de courbature ; l’in¬
jection était poussée dans le dos entre le bord spinal de l’omo¬
plate et le rachis, à droite ou à gauche ; avec le vêtement anna¬
mite et pour ménager la pudeur féminine, c’était la meilleure
localisation. Personnellement, j’ai reçu un jour d’emblée 3 cm3
sans autre suite qu’un léger endolorissement de 24 heures.
Les accidents ont été des plus rares, un sur 10.000 peut-être :
ils ont consisté en abcès qui se sont produits presque tous sur
des individus visiblement fatigués et qu’une sélection moins
hâtive eût écartés d’avance. On peut dire que dans la pratique
ce point est absolument négligeable.
Naturellement, les doses étaient moindres pour les enfants ; si
en général on excluait les nourrissons, il en a cependant été
vacciné un certain nombre, ainsi que de femmes enceintes, sans
aucun dommage connu.
Si les vaccinations étaient au début jugées valables pour
six mois, devant la persistance de menaces épidémiques, on a
dans certains cas revacciné au bout de trois mois (Du-Khanh,
Phan-Ri).
On ne peut pas dire que la population se soit empressée d’ac¬
courir ; les femmes surtout, et les enfants, par pusillanimité,
cherchaient à s'y soustraire et parfois l’arrivée du médecin était
(1) Tonie la région de Phan-Ri avait été vaccinée dans le 4e trimestre 1914.
Séance du io Janvier 1917
59
le signal d’une fuite éperdue. Néanmoins quand les mandarins
voulaient bien s’en donner la peine, Annamites et Chams se pré¬
sentaient presque tous. Les Chinois ont été de beaucoup les
plus récalcitrants et, malgré les menaces d’expulsion, leur mau¬
vaise volonté a été presque toujours des plus caractérisées.
Il faut reconnaître d’ailleurs que cette inoculation n'a en soi
rien de bien agréable et que sa répétition, pour ainsi dire indé¬
finie, risque de lasser les meilleures volontés, joi nte à son suc¬
cès assez aléatoire. Beaucoup de populations, moins passives que
celles de l’Extrême-Orient, auraient regimbé bien davantage.
Quel a été le résultat de cette vaste expérience? Justifie-t-el le
les conclusions de la conférence de Moukden après la peste de
Manchourie ?
Conclusions proposées :
1. La vaccination contre la peste avec des cultures convena¬
blement atténuées est aussi inoffensive pour l’être humain que
la vaccination contre la variole.
2. Cette vaccination chez l’homme donne incontestablement
naissance à une immunité contre l'infection par la peste bubo¬
nique.
Conclusion adoptée :
L’évidence statistique amène à la conclusion qu’un certain
degré de protection est conféré contre la peste bubonique par
l’usage des vaccins.
Si l’art. 1 peut être considérée comme l’expression de la
vérité, il s’agirait de préciser un peu le reste et de voir com¬
ment on peut apprécier ce « certain » degré de protection.
Il n’existe pas de recensement exact des populations du Sud-
Annameten outre la population flottante de pêcheurs du Nord-
Annam entraîne dans les centres côtiers d’assez larges fluctua¬
tions : établir une proportion est donc difficile.
Mais tous les médecins de la région ont eu l’occasion de voir
des sujets vaccinés à plusieurs reprises contracter la peste et y
succomber.
A Phan-Ri, où la population plus clairsemée a permis l’éta¬
blissement de listes de vaccinations à peu près exactes, on abou¬
tissait en septembre iqi5au résultat suivant:
Sûrement vaccinés. . 22 cas 12 décès mortalité 57 0/0.
— non vaccinés 27 — 26 — — 96 0/0.
A Du-Khanh (Phan Rang) où il y a eu une épidémie assez
60
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sérieuse eu décembre 1910-janvier 1916, M. Cecconi aboutit aux
chiffres suivants :
17 vaccinés une fois .
8 — deux fois.
15 — trois fois et
33 non vaccinés . .
. . . 11 décès
... 6 —
plus . 9 —
. . . 28 —
mortalité 64 0/0.
— 70 0/0.
— 63 0/0.
— 90 0/0.
Oui se rapprochent très sensiblement de ceux cités plus haut.
D’autre part, en tablant sur un nombre approximatif de
2.600 habitants, il y aurait eu sur:
2.000 vaccinés
500 non vaccinés
2 000 vaccinés
500 non vaccinés
40 malades
33 —
26 décès
28 -
Morbidité 2 0/0.
— 6,6 0/0.
mortalité 1 ,3 0/0.
— 5,6 0/0.
Il convient de remarquer que, de l’aveu même de M. Cecconi,
5oo est un chiffre fort ; l’écart proportionnel doit donc être
encore plus grand.
Ces statistiques peu vent être prises comme base pour apprécier
les bienfaits réels, mais relatifs, des vaccinations antipesteuses;
elles démontrent qu’il n’y a pas accumulation d’immunité avec
le chiffre croissant des vaccinations. Seuls sans doute en retirent
bénéfice ceux qui ont lachance d’être contaminés peu de temps
après l'inoculation, toutefois ni trop tôt, ni trop tard car l’exis¬
tence d’une phase négative paraît à peu près démontrée parles
exemples suivants :
A Phan-Ri, le 1er mars 1915 au matin, un jonquier en bonne santé appa¬
rente est vacciné à 1 cm3. Le 3 mars, au matin, fièvre, céphalée ; le soir
il a 39°6, de la stupeur, un bubon très douloureux à l’aîné droite. Diarrhée
profuse. 11 meurt le lendemain à 2 h du soir malgré sérum et électrargol.
L’évolution a été plus rapide que la normale.
A Phan-Thièt, le 19 avril 1916, une femme de 29 ans habitant une
maison contaminée est vaccinée à 2 cm3 ; le 25 avril au matin, elle est
amenée à l’ambulance avec 41°, pas de bubon, mais une septicémie pes¬
teuse avérée (présence de B. de Yersin dans le sang périphérique) à
laquelle elle succombe une heure plus tard. Contrairement à la règle, il
n’y a pas de polynucléose (58 0/0)
A Phan-Rang, une jeune fille de 15 ans est vaccinée le 16 mai ; le len¬
demain soir, fièvre, gros ganglion carotidien gauche. Mort le 18 au
matin : donc évolution ultra-rapide.
A Phan-Ri encore, M. le médecin auxiliaire Long a enregistré les cas
suivants :
N°s
1 .
2.
3.
4.
5 .
revacciné le 1/17 —
Séance du io Janvier 1917
61
Si bien qu’on aboutit pour le moins à ce résultat paradoxal : sur
huit cas : cinq vaccinés, morts, trois non vaccinés, guéris. 11
faut aussi remarquer que les deux derniers cas se sont produits
onze et treize jours après la secondovaccination. Il a pourtant
été observé l’an dernier à Phan-Ri deux femmes, 58 ans et
16 ans, chez qui la peste bubonique s’est montrée dix jours
après la secondovaccination et qui ont eu une guérison rapide.
On peut conclure de tout cela qu’il serait imprudent de se
fier à la seule vaccination pour préserver d’une menace immi¬
nente de peste, comme l’encourent les habitants de maisons
contaminées, et qu’en dehors de menaces épidémiques, il est
tout à fait inutile de vacciner préventivement une population qui
a toute chance de perdre son immunité en un laps de temps
fort court.
Si on ajoute le prix élevé auquel revient à la longue cette
mesure (en t 9 1 5^, le Protectorat a dépensé plus de 120.000 francs
en vaccin et sérum), on sera peut-être d’avis que mieux vaut
utiliser cet argenta la dératisation et au meilleur aménagement
des points menacés.
Sérothérapie préventive. — Les résultats des vaccinations
étaient trop aléatoires pour qu’on ne prît pas un moyen plus
sûr de protéger au moins les sujets les plus directement en
danger, comme les habitants des maisons contaminées, et on a
eu alors recours à la sérothérapie.
Les bons effets en sont indiscutables; quelques exemples
précis le montreront plus loin ; malheureusement, ce procédé
n’est vraiment pas applicable sur une grande échelle.
On n’a presque jamais eu recours à la séro-vaccination simul¬
tanée ou presque ; cette méthode paraît fournir des réactions
violentes, qui étaient de nature à discréditer nos efforts auprès
de l’indigène et à le dégoûter de s’y prêter.
Dans quelle mesure les pouvoirs publics doivent ou devraient-
ils intervenir pour venir en aide à l’action du Service de Santé ?
Police sanitaire maritime. — Le cabotage par jonques a été,
comme 011 l’a vu, le principal, sinon l’unique facteur de dissé¬
mination : il convient donc de le surveiller. Ce soin est dévolu
à des sous-agents sanitaires, agents européens des Douanes et
Régies de l’Indo-Chine, échelonnés tout le long de la côte
dans chaque petit port ; l’examen de l’équipage et de la car¬
gaison est plus ou moins rigoureux suivant le zèle de l’employé.
62
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il n’existe pas de rôle nominatif d’équipage ; rien n’est donc
plus facile que de substituer un individu à un autre. Une cir¬
constance met un certain obstacle à la disparition clandestine :
c'est que l’immersion, absolument contraire aux rites, n’est
jamais pratiquée. Une jonque qui a un cadavre à son bord
atterrit en un point quelconque de la côte pour l’y déposer, ou
elle le conserve en le plongeant au besoin dans le sel, comme
le fait a été vu.
Les sous-agents sanitaires ont en général mis tout leur zèle
à envoyer à la vaccination les équipages en temps d’épidémie.
La création de rôles d’équipages pour une foule de petits
bâtiments disséminés sur une vaste étendue de côtes serait une
assez lourde lâche et pour être assuré de l’identité de chaque
individu, une photographie serait nécessaire, car autrement les
substitutions se feraient sans aucun scrupule.
L’examen minutieux du chargement est du reste encore plus
important que la visite de l’équipage.
Police sanitaire terrestre. — Elle ne peut guère s’exercer
que sur la voie ferrée dont la mise en exploitation jusqu’à
Nhatraug n'a pas jusqu’ici modifié les conditions épidémiolo¬
giques ; les conditions ne sont plus les mêmes qu’en Mand¬
chourie où la progagation de la peste pneumonique était inter¬
humaine et a emprunté le rail plus d'une fois. La ligne passe du
reste loin des centres de la côte, presque toujours en pleine
forêt et le trafic des marchandises dangereuses y est peu
i ntense.
On a parfois constaté des cas de peste, soit sur le personnel,
soit sur des voyageurs, mais rarement; ils avaient contracté la
maladie à Phan-Thièt, ou à Tour-Cham (Phan-Rang). Le per¬
sonnel a été vacciné périodiquement; on a prescrit la désinfec¬
tion bihebdomadaire des wagons; des instructions ont été don¬
nées aux gares au sujet du transport des marchandises, de leur
mise en wagon rapide, du bon état des enveloppes.
On a autrefois pendant un certain temps établi des postes de
surveillance à la frontière de Cochinchine et à la limite de la
province de Nhatrang (Karoum) ; établis dans des endroits tout
à fait déserts et sans aucune ressource, ils ne pouvaient rendre
grand service aux malades qui auraient été découverts ; ils
n’ont pas donné de résultat sérieux et n’ont été que le pré¬
texte d’abus, auxquels le public se soustrayait de son mieux.
Séance du io Janvier 1917
63
Si une épidémie prenait de nouveau une extension telle
qu’une pareille surveillance dût être reprise, elle devrait s’exer¬
cer à Muong-Man (Phan-Thiêt) et à Tour-Cliam (Phan-Rang).
Les malades seraient à proximité d’un lazaret permanent et le
trafic serait moins gêné par les arrêts en ces points.
Il n’est nullement souhaitable de voir se renouveler des mesu¬
res d’une prudence excessive, pour ne pas dire plus, qui ont par¬
fois été prises ; lors de l’épidémie de My-Quan, la circulation a
été interdite sur la route mandarine à 60 km. de là, à la limite
de Son^-Cau et de Oui-Nhon !
La question se pose de savoir s’il y a lieu de demander aux
pouvoirs publics des mesures législatives au sujet de l’obligation
de la vaccination. On peut à coup sûr objecter que, devant les
résultats inconstants de cette mesure, la plus grande liberté est
de mise. Cependant vis-à-vis de certains éléments frondeurs et
le plus souvent étrangers, comme les Chinois, un texte serait
utile. Nous devons faire la part de l’ignorance de ces popula¬
tions et des raisons de pure superstition qui les éloignent de
ce moyen préventif. Si nous les considérons comme nos proté¬
gés, c’est que nous voyons en eux des mineurs, et il nous appar¬
tient de prendre certaines décisions en leur lieu et place.
Remarques microscopiques et cliniques
Formule leucocytaire. — L’hyperleucocytose, la polynucléose
(de taux assez variable) et l’absence d’éosinophiles constituent
la règle. Presque toujours le taux des polynucléaires diminue
avec les progrès de la maladie.
La détermination de la formule leucocytaire ne paraît suscep¬
tible d’aucune utilité en ce qui concerne le pronostic.
Diagnostic ractériologique post mortern. — Un assez grand
nombre de cas (48) de la même épidémie 11’ont été connus
qu’après le décès. Leur diagnostic a été établi par l’examen du
sang prélevé par ponction du foie, puis étalé sur lame et coloré
au bleu boraté.
Cet examen méthodiquement pratiqué a permis de reconnaître
i5 cas septicémiques dans lesquels il n’y avait pas trace de
bubons. Dans quelques autres cas, les adénites étaient si peu
marquées que l’examen microscopique pouvait seul permettre
d’affirmer le diagnostic.
64
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le contrôle bactériologique par ponction du foie post mortem
a été appliqué à tous les pesteux décédés au lazaret. Nous avons
ainsi constaté que le bacille de Yersin abonde dans le sang dn
foie dans l'immense majorité des cas. Ce signe a fait défaut
dans 4 cas qui avaient reçu de grandes quantités de sérum et
où le décès s’est produit au 4oc> au 8e, au 7e et au 6e jour. Il a
manqué également dans un cas diagnostiqué pneumonie pes¬
teuse.
Dans ce pays d’Annam où les indigènes verraient d’un très
mauvais œil procéder à l’autopsie de leurs morts, la pratique
très bien acceptée de la ponction du foie nous a rendu de
grands services en nous fournissant un élément précieux d’in¬
formation. Elle nous a permis de déceler un assez grand nombre
de cas de septicémies non pesteuses qui, au point de vue cli¬
nique, avaient prêté à la confusion. Ces septicémies à allure
grippale nous ont paru relever souvent de cocci qui se ren¬
contrent dans les simples bronchites et surtout de pneumoco¬
ques. Elles s’observent fréquemment en dehors des périodes
d’épidémie pesteuse.
Formes cliniques. — La forme à bubon unique s’est montrée
la plus fréquente, puis vient la forme à bubons multiples,
ensuite la forme septicémique. Un seul cas de peste pneumo¬
nique primitive a été noté.
La septicémie a été particulièrement fréquente parmi les
enfants et les vieillards, environ un tiers des cas au-dessous de
10 ans et au-dessus de 60 ans.
Avortement. — Deux femmes enceintes, atteintes de peste et
non traitées, sont décédées à leur domicile après avortement.
Une femme enceinte de 5 mois 1/2 a été admise à l’ambulance
venant d’avorter; elle a été traitée et a guéri. Une autre malade,
au 7e moisde la grossesse, a avorté deux jours après l’apparition
de la fièvre et est décédée malgré le traitement. Une femme, au
terme de la grossesse, a- accouché d’un enfant qui est mort aussi¬
tôt ; elle-même a guéri après traitement. 11 est à noter que le
diagnostic bactériologique de ce cas n’a pas été fait. Une autre
femme atteinte de septicémie pesteuse a accouché à terme
avant de succomber et sans avoir été traitée ; l’enfant atteint
«
également de septicémie pesteuse succomba au bout de quatre
jours.
De ces quelques observations il résulte que la peste chez la
Séance du io Janvier 1917 65
femme enceinte détermine l'avortement suivi de la mort de
l’enfant.
Association de la peste et du paludisme. — Aucun cas de cette
association ne s’est présenté au cours de l’épidémie de 1916,
mais il est à remarquer que cette épidémie a évolué en dehors
de la saison où le paludisme sévit dans la région. Parcontre
l’association du parasite de Laveran et du bacille de Yersin a été
constatée dans un cas sporadique de peste survenu à la fin d’oc¬
tobre 1 9 1 5 .
Traitement et mortalité. — On peut diviser les cas de l’épidé¬
mie de 1916 en deux catégories : la première comprend tous les
cas connus seulement après le décès, ceux apportés mourants au
lazaret, ceux qui, pour une cause quelconque, 11’ont pu être trai¬
tés et ceux qui sont décédés dans les 24 heures qui ont suivi la
première application de sérum. Dans cette catégorie, aucune
guérison n’a été enregistrée.
La deuxième catégorie comprend les cas suivis et traités pen¬
dant deux jours au moins. Ces cas sont au nombre de 52,
19 hommes et 33 femmes, parmi lesquels on a relevé 24 guéri¬
sons contre 28 décès. Soit une mortalité de 53 0/0.
Mortalité relativement au sexe.
Sexe masculin . . 19 Décès. . 10 Mortalité. . 52 0/0
Sexe féminin . . 33 Décès. . 18 Mortalité. . 54 0/0
Mortalité relativement à V âge
nées, à la dose de 120 à 180 g. par jour pour les cas graves, a
constitué la base du traitement. Si l’on considère que, parmi les
cas non traités, on n'a relevé aucun cas de guérison, on est fondé
à affirmer que les résultats du traitement, soit 4& 0/0 de guéri¬
sons, ont été très favorables.
Phan-Thiêt, 10 octobre 1916.
5
66
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Recherches expérimentales sur Leishmania tropica
Par Marc BOUILLIEZ.
Origine du virus.
Le virus qui servit à ces expériences provenait de quatre
boutons d’Orient humains, trouvés chez deux indigènes venus
à la consultation du poste médical de Fort-Archambault en
août 1915 (1). Gomme ces indigènes n’avaient depuis long¬
temps quitté les environs de cette localité, que depuis cette
époque nous avons retrouvé d’autres boutons d Orient chez
différents habitants de la région, on peut affirmer que Le i:hma-
nia tropica existe dans le pays et n’a pas été importée, tout au
moins récemment.
Dans toutes les expériences, le virus a été inoculé directe¬
ment, jamais il n’a passé par culture ; pris sur l’homme ou les
animaux, il a été de suite inoculé à d’autres ; nous nous con¬
tentons tout au plus de le diluer avec de l’eau citratée physiolo¬
gique dans certains cas.
Description du parasite.
Nous n'avons guère relaté de différences avec la Leishmania
tropica décrite par les divers auteurs. A l’état frais, le parasite
nous a paru revêtir un aspect riziforme ; il est plus long que
large, avec une des extrémités légèrement plus arrondie et plus
grosse : celle où se trouve le noyau, que les différences de réfrin¬
gence permettent d'entrevoir, mais fort difficilement.
Cette forme est surtout bien visible chez les Leishmania libres,
qu’ell es le soient normalement ou qu’elles aient été libérées
par écrasement des cellules qui les renferment ordinairement.
Dans ces dernières, pressés les uns contre les autres, les para¬
sites sont beaucoup moins distincts et leurs formes doivent
épouser celles des espaces vides laissés par leurs voisins.
A p rès coloration, on trouve des formes très variables : les
Leishmania riziformes sont encore nombreuses, mais on en voit
(1) Bull. Soc. Path. exo/., t. IX, n° 3, p. i56.
/
Séance du io Janvier 1917
67
aussi un très grand nombre de rondes et d’ovalaires. Certaines
rondes sont de dimensions énormes : nous pensons qu’il faut y
voir l’effet de l’écrasement, en faisant le frottis, ou celui de la
dessiccation et de la fixation q ui, fatalement, déforment ces orga¬
nismes délicats, d’autant plus que nous avons toujours employé
la méthode de la fixation des frottis secs. Le noyau, arrondi le
plus généralement, est, avec le Giemsa, violet foncé ; sa posi¬
tion est variable dans le protoplasme, comme d’ailleurs celle du
blépharoplaste, qui prend plus vivement la coloration et qui a
la forme d’un petit bâtonnet.
8 « © 1 (à ©
Divers stades de Leishmania tropica avec rhizoplaste, chez la souris
et le Golundci campanœ.
Assez souvent, sur les frottis colorés lentement avec une solu¬
tion colorante faible, nous avons pu voir très nettement, quoi¬
que peu coloré en violet clair, un commencement de flagelle ;
rhizoplaste. Il partait perpendiculairement du milieu du blé¬
pharoplaste, dont il paraissait cependant séparé par un espace
incolore et se dirigeait vers le bord du parasite, sans jamais le
dépasser. Ces formes à flagelle, ont été vues principalement
dans le liquide d’arthrite d’une souris (voir plus loin le détail
des observations), dans le liquide extrait du museau d’un
Golunda campanœ , dans une ulcération de la queue d’un gros
rat des champs et dans le bouton d’Orient d’un « cercopithèque
patas ».
Des vacuoles existaient assez souvent dans le protoplasme des
parasites colorés : faut-il y voir un résultat de la fixation ou
sont-elles naturelles ? La première raison nous semble avoir été
la cause du plus grand nombre.
Les Leishmania se trouvent surtout à l’intérieur du proto¬
plasme de grosses cellules mononucléaires, il y en a toutefois
68
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
aussi dans certains polynucléaires, et également en liberté. Mais
nous pensons que la plupart de ces dernières n’ont été libérées
qu’à la suite de l’écrasement des cellules qui les contenaient,
lors de la préparation du frottis.
Très souvent, se trouvaient des parasites en voie de division :
une Leishmania renfermant deux noyaux et un blépharoplaste
ou même encore deux noyaux et deux blépliaroplastes avec deux
rhizoplastes, dans les formes à rhizoplastes. Nous n’en avons
jamais vu davantage dans un même parasite ; quant au nombre
de parasites dans un mononucléaire, il nous a été impossible de
le compter, ces éléments cellulaires en étant quelquefois com¬
plètement bourrés à éclater.
Inoculations a divers animaux
§ 1. — Transmission par voie intradermique
Toutes ces inoculations ont été faites soit à l’aide d’un bis¬
touri ou d’une lancette imprégnés du virus recueilli sur
l’homme ou des animaux précédemment infectés, et maniés
comme pour la vaccination jennérienne, soit au moyen d’une
pipette de verre remplie de virus qu’on déposait alors dans la
peau préalablement scaritiée.
A. Singes. — 1° Cynocéphale n° 4. — Inoculé le 10 août 1915 sur joue
gauche, avec dilution dans eau citratée de produit de grattage des bou¬
tons d’Orient de deux jeunes gens. Le 30 jaoùt, au lieu d’inoculation, pré¬
sence d’une nodosité qui, le 8 septembre, atteint la grosseur d’une lentille,
puis le 29 septembre les dimensions d’un gros pois. Elle s’ouvre et laisse
sourdre quelques gouttelettes d’un liquide séro-purulent, contenant de très
nombreuses Leishmania libres ou dans des globules mononucléaires et
même polynucléaires. La tumeur augmente encore, elle a la grosseur
d’une noisette le 19 octobre. L’ouverture s’est alors agrandie et recouverte
d’une croûte qui tombe le 28 octol re ; depuis diminution rapide de gros¬
seur et assèchement de l’ulcération. Les Leishmania Iropica sont encore
vues le 27 octobre, mais le 8 novembre le bouton paraît complètement
guéri.
2° Cercopithèque patas n° 3. — Inoculé le 3 septembre 1915 sur la joue
gauche, dans les mêmes conditions que le précédent. Le 8 septembre, à la
place de l’inoculation, existe une cicatrice bien nette, dans laquelle le
29 septembre, on sent une nodosité de la grosseur d'une lentille parais¬
sant, dès le 4 octobre, renfermer un peu de liquide, qui sort le 5, sous
forme de sérosité louche, contenant de nombreuses Leishmania ; les unes,
en très grand nombre à la fois, englobées dans de grosses cellules mono¬
nucléaires, les autres, peu nombreuses ensemble, dans des polynucléaires,
ou libres. Celles-ci sont ovales ou plus souvent presque rondes et quelque¬
fois très grosses, la plupart renfermant des vacuoles. Il s’en trouve en
Séance du io Janvier 1917
69
voie de division, avec deux noyaux et un blépharoplaste, ou avec deux
noyaux et deux blépharoplastes, encore dans la même masse proto¬
plasmique.
Le bouton, qui prend un aspect en cratère, est recouvert d’une croûte le
4 novembre, mais laisse toujours sourdre, à la pression, du liquide avec
nombreuses Lèishmania. Il en sort également par un nouvel orifice qui s’est
formé sur les côtés du bouton. Le 26 novembre une énorme croûte recouvre
le bouton, du pus est retiré et on n’y trouve plus que de gros cocci.
3° Cercopithèque callitriche n° 9. — Inoculé sur la joue, avec sérosité
provenant du bouton du cercop. patas n° 3, le 5 octobre 1915. Le
20 novembre, il ne présente aucune nodosité dans la cicatrice ; cependant
une gouttelette de sang, qui en est retirée, montre après coloration de
très rares Leishmama. Le 14 septembre, il y a un petit bouton d’Orient,
avec nombreux parasites ; il s'ulcère le 20 décembre et on y trouve encore
un grand nombre de Lèishmania. Le 7 janvier 1916, il paraît guéri.
4° Cercopithèque callitriche n° 10 — Inoculé le 5 octobre 1915, sur la
région malaire, avec virus provenant du cynocéphale n» 4. Le 18 novem¬
bre, il a au lieu de l’inoculation une nodosité de la grosseur d’un grain
de mil, dont on peut extraire à la pipette fine un peu de liquide qui ren¬
ferme d’innombrables parasites. Ce bouton augmente, il a la taille d’une
lentille le 12 décembre et est alors recouvert d’une croûte. Dans la sérosité
louche qui en est extraite, on trouve des Lèishmania et de gros cocci.
Le 1er février 191.6, ce bouton est encore gros et renferme toujours des
Lèishmania : il est utilisé le 3 pour inoculer un patas qui prend. Il n’est
plus revu par la suite.
5° Cercopithèque callitriche n° 12. — Inoculé le 21 octobre 1915 dans la
région intersourcilière avec virus provenant du bouton d’Orient du cerc.
patas n° 3. Le 16 novembre, au même endroit, présence d’un tout petit
bouton, recouvert d’une croûte et laissant sourdre une sérosité remplie de
Lèishmania. Un autre bouton plus gros (grain de mil) se trouve sur la face
gauche du nez et renferme également, dans la sérosité qu’on en retire, de
nombreux parasites Le 26 novembre, le bouton de la région inter¬
sourcilière est guéri, celui du nez contient encore des Lèishmania.
Ce singe est trouvé étranglé le 18 décembre 1915 ; il était alors guéri.
6° Cercopithèque patas n° 5. — Inoculé sur la joue avec virus du précé¬
dent, le 18 novembre 1915. Le 20 décembre, a sur cette joue un bouton
de la grosseur d’une petite lentille, qui paraît douloureux le 27. Ponction¬
né le 3 janvier 1916, on y trouve de nombreuses leishmanies. Ce singe
meurt de trypanosomiase (7V. congolense) dont il avait été également ino¬
culé le 23 janvier 1916 : le bouton d’Orient n’avait plus été suivi depuis le
7 janvier, date à laquelle il avait servi à l’inoculation de plusieurs
animaux .
7° Cercopithèque patas n° 1 . — Inoculé sur la joue le 3 février 1916 avec
virus du cercopithèque callitriche n° 10. Le 23 février il possède au même
endroit une tumeur du volume d’un pois, ramollie au centre, montrant
dans le liquide qui en est retiré à la pipette de nombreuses Leishmama.
Ces parasites sont toujours nombreux dans le bouton ulcéré le 15 mars et
le 24 mars. N’a plus été suivi par la suite.
8° Cercopithèque patas n° 2. — Très vieux, ce patas est inoculé sur la
joue le 24 mars 1916 avec virus du précédent. Le 4 mai il a un bouton
assez petit, non ulcéré. Dans le liquide qui en est extrait à la pipette, on
70
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
trouve des Leishmania tropica dont plusieurs paraissent avoir un flagelle,
réduit à sa partie intracellulaire. Le 13 mai le bouton est toujours petit et
non ulcéré. Revu le 26 juin, il est recouvert d’une croûte et renferme
encore des leishmanies.
N’est plus suivi par la suite.
B. Carnivores. Canidés. — Un chien du pays est inoculé en arrière de
l’oreille avec virus du cercopithèque patas n° 3, le 21 octobre 1916.
Le 26 novembre, il a un bouton de la grosseur d’une lentille, qui arrive à
la taille d’un pois le 13 décembre 1913.
Du liquide, retiré à la pipette du centre du bouton aux deux dates pré¬
cédentes, laisse voir de nombreuses leishmanies.
Le chien se sauve le 15 décembre et n’est plus revu dans la suite.
C. Autres animaux. — Des autres animaux inoculés sous la peau :
cabris (4), mouton (1), antilope : Tragelaphus scriptus (1), chats (2),
genette : Genelta geneltoïdes (1), poulets (4), aucun ne fut infecté, aucun
ne présenta de Leishmania au lieu d inoculation, comme dans ses viscères,
car tous furent autopsiés avec soin.
§ 2. — Transmission par voie péritonéale
Ces inoculations ont été faites en introduisant le virus dans
la cavité péritonéale h l’aide d’une pipette ou d’une seringue,
suivant la taille de l’animal en expérience.
A. Singes, a. Genre cercopithèque. — Cercopithèques callitriches
7ios 12 et 13 et cercopithèques palus nos 8 et 1 1 . — Ces animaux reçoivent
le 10 août 1913, dans la cavité péritonéale, chacun 1 cm3 de produits de
grattage, triturés et mélangés à de l’eau citratée, des boutons d’Orient de
deux jeunes gens, dont quelques gouttes sont en même temps introduites
dans le derme du cynocéphale n° 4, qui eut un superbe bouton d’Orient
(Voir plus haut).
Le cercopithèque patas n° 11 meurt accidentellement le 20 janvier 1916.
On ne remarque rien d’anormal dans les organes , des frottis de foie, rate,
moelle ne laissant voir aucun parasite. N’a jamais eu de lésion cutanée.
Le cercopithèque ca 1 1 i triche n° 12 meurt le 18 décembre 1913, il ne
présente, lui non plus, aucune lésion apparente de la peau et les frottis
d’organes sont vierges de parasites.
Le cercopithèque call itriche n° 13 est réinoculé intrapéritonéalement
avec virus provenant d’un rat (foie et rate écrasés et triturés dans l’eau
citratée) le 24 décembre 1913 et le 11 février 1916. Il ne présente jamais
aucune lésion cutanée ; tué le 5 août 1916, il ne montre dans les frottis de
foie, rate, moelle osseuse, aucun parasite. Résultat aussi négatif sur cerco¬
pithèque patas n° 8, tué le 27 mars 1916.
2° Cercopithèque callilriche n° 10. — Inoculé le 5 octobre 1915 de la
même façon que le singe suivant à cette même date. Mort le 14 février 1916.
Rien dans les organes. 11 avait eu un bouton d Orient sur la région
malaire à la suite d'une inoculation intradermique faite le 3 octobre 1915
(voir plus haut).
p. Genre Papio. — Un très jeune Cynocéphale (deux dents) est inoculé
dans le péritoine avec produits de grattage de boutons d’Orient de deux
Séance du io Janvier 1917
71
jeunes gens, le 15 septembre 1915. Réinoculation analogue le 15 octo¬
bre 1915. Troisième inoculation le 14 décembre avec virus provenant du
bouton d'Orient du chien (voir plus haut). Le sang avait été examiné
plusieurs fois pendant la vie, une ponction hépatique pratiquée le
10 février 1916 : aucune leishmanie ne put être découverte.
Tl en fut de même pour les frottis d’organes.
B. Carnivores, a. Canidés. — Un jeune chien est inoculé le 1er octo¬
bre 1915 avec virus du cynoc. n° 4. Tué le 28 décembre 1915. Rien dans
les organes; aucune lésion cutanée.
2° Un autre chien également jeune, est inoculé le 24 décembre 1915
avec virus provenant d’un rat (1 cm3) en dilution. Rien dans le sang le
25 février 1916, le 1er avril, le 12 avril. Ponction hépatique le
28 février 1916, et le 19 juin. Rien. Tué le 27 juin : rien dans les
organes.
p. Félidés. — Deux jeunes chats sont inoculés le 14 décembre 1915
avec virus provenant d’un chien et de cercopithèque call i triche. Réino¬
culés le 24 décembre avec virus d’un rat. L’un est tué le 10 février 1916,
l’autre le 6 avril : Rien dans les organes.
C. Rongeurs Sciomorphes. Ecureuils. — 1° Un rat palmiste (écureuil
fouisseur) est inoculé le 11 février 1916 avec virus provenant d’un rat.
11 meurt le 17 avril 1916 et ne présente alors rien dans les organes ou sur
la peau .
2° Un rat palmiste est inoculé le 10 mai 1916 avec virus provenant
d’une souris. II meurt le 19 juin, sans présenter aucune lésion ni laisser
voir aucun parasite.
I). Rongeurs myomorphes (1). a. Rats de case (Mus coucha). — 1° Le
1er octobre 1915, deux jeunes rats reçoivent dans le péritoine quelques
gouttes de dilution de virus provenant du cynocéphale n° 4. Tués le
25 novembre, ils ne présentent aucune lésion, ne laissent voir aucun para¬
site dans leurs organes.
2° Le 8 octobre 1915, deux jeunes rats reçoivent une goutte de produit
de grattage du bouton d’Orient du cercopithèque patas n° 3. Tués le
25 novembre 1915, l’un d’eux laissse voir dans un frottis de foie, des
Leishrnania assez rares paraissant libres. Peut-être proviennent-elles du
péritoine. Rien dans les autres orgaues. Rien dans le second rat.
3° Le 15 octobre 1915, un jeune rat reçoit du virus provenant des boutons
d’Orient d’un jeune homme et du cynocéphale n° 4. Le 23 octobre nou-
(1) Nous avons éprouvé quelques difficultés pour la détermination de ces
Rongeurs. D’après nos recherches personnelles, et une comparaison de spéci¬
mens (envoyés à M. Mesnil à l’Institut Pasteur) avec des types de la collection
de M. Roubaud, nous appelons : Mus coucha , un rat habitant surtout les cases,
— Àruicanthis niloticus richardi, un rat des champs, un peu plus gros que le
précédent, d’aspect plus robuste, possédant des poils noirs à bout fauve; —
Mas musculoïdes Tenn. un tout petit rongeur, ressemblant à Mus musculus,
mais plus petit avec, sur le dos, des poils d’un gris tirant sur le rouge, et sur
le ventre des poils blancs ; — Golunda campanœ, un rongeur à gros yeux, à dos
jaune roux, à queue longue portant de longs poils sur le dernier tiers, et
à membres postérieurs assez longs.
72 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
velle inoculation avec virus du cercopithèque patas n° 3. Tué le 24 décem¬
bre 1915. Poids 11 g. Foie et rate légèrement hypertrophiés, ne sont pas
pesés. Des frottis de ces deux viscères et de la moelle osseuse contiennent
de nombreuses Leishmania soit libres, soit incluses dans de grands mono¬
nucléaires On en trouve également dans des frottis faits avec les reins,
les capsules surrénales et les poumons.
4° Le 24 décembre 1915, quatre jeunes rats sont inoculés avec quelques
gouttes du liquide obtenu par trituration du foie et de la rate du précé¬
dent dans l’eau physiologique citratée.
L’un d’eux, qui avait du Tryp. eburneense (?) (1) en grande quantité, est
trouvé mort le 19 janvier 1916. Les organes en putréfaction ne permettent
plus aucun examen.
Le 4 janvier 1916, deux autres du sexe mâle, présentent des tumeurs
testiculaires : les bourses sont énormes et rouges. Ponctionnées à la
pipette, on trouve dans le liquide qui en est retiré d’innombrables Leish¬
mania libres ou non.
L'un d’eux, à l’agonie, est tué le 11 février 1916. Poids : 17 g. 60 ; foie
0 g. 80 ; rate 0 g. 20. Ces organes sont congestionnés et renferment de
nombreux parasites. On les trouve aussi très nombreux dans les frottis
faits avec la moelle osseuse, nombreux dans le tissu des bourses, assez
nombreux dans la capsule surrénale, très rares dans le testicule propre¬
ment dit et le tissu glandulaire du cou (corps thyroïde ?), absents dans
le sang et le poumon.
Le 12 février 1916, les deux rats restants sont sacrifiés. Rat ç? : Poids :
24 g. ; foie 1 g. ; raie 0 g. 22. Ces organes sont congestionnés, on y trouve
de nombreux parasites ; ils sont assez nombreux dans la moelle osseuse,
et le testicule, absents dans le sang et les capsules surrénales.
Rat 9 : Poids : 17 g. 50 ; foie 0 g. 60 ; rate 0 g. 05. Les parasites sont
nombreux dans le foie et la rate ; rares dans les capsules surrénales ; très
rares dans la moelle osseuse, absents dans le sang.
i
5° Le 12 février 1915, avec produits des broyages des foies et rates des
deux rats précédents dans l’eau physiologique citratée, quatorze rats sont
inoculés.
Le 21 février, deux d’entre eux sont tués : un gros et un jeune. Gros
rats : poids : 43 g. 50 ; foie 2 g. ; rate 0 g. 30. On trouve de très nombreuses
leishmanies dans la sérosité péritonéale, de très rares dans le foie, aucune
dans la rate, la moelle osseuse, les capsules surrénales et le sang.
Jeune rat : poids 16 g. 50 ; foie 0 g. 60 ; rate 0 g. 05. On trouve aussi
de très nombreuses leishmanies dans la sérosité péritonéale, elles sont
absentes dans le foie, la rate, la moelle osseuse, les capsules surrénales et le
sang.
Chez ces deux rats, les leishmanies du péritoine étaient incluses dans
des mononucléaires et paraissaient en bon état. Tl est possible que celles
trouvées très rares dans le frottis de foie du premier, provenaient du péri¬
toine.
Le 24 février, un troisième rat, de sexe mâle, est tué : il est assez
jeune. Poids : 22 g. ; foie 2 g. ; rate 0,20 cg. Nombreuses leishmanies dans
la sérosité péritonéale, assez rares dans le foie, rares dans la rate; aucune
dans la moelle osseuse, le sang, les capsules surrénales, le testicule et le
tissu péritesticulaire.
(i) Voir Delanoë, ce Bull., t. Y) II, i9i5,p. 8o.
Séance du io Janvier 1917
73
1
Le 29 février, on tue un quatrième rat, de sexe mâle. Poids : 37 g. 50 ;
foie 1 g. 95 ; rate 0,20 cg. Nombreuses leishmanies dans la sérosité péri¬
tonéale. assez rares dans le foie, absentes dans la rate, la moelle osseuse,
les capsules surrénales, les testicules et le sang.
Le 6 mars, un cinquième rat de sexe mâle est tué. Poids : 31 g. ; foie
1 g. 25 ; rate 0,15 cg. Leishmanies assez nombreuses dans la sérosité
péritonéale, assez rares dans le foie, rares dans la rate, très rares dans
les capsules surrénales, absentes dans la moelle osseuse, le testicule, le
sang et le muscle cardiaque.
Le 10 mars, deux autres rats sont sacrifiés, fun mâle, l’autre femelle.
Rat ç? • Poids : 28 g. 50; foie 1 g. 10 ; rate 0,10 cg. Assez nombreuses
leishmanies dans la sérosité péritonéale, assez rares dans le foie et la rate,
absentes dans la moelle osseuse.
Rat Ç : Poids : 25 g. 50 ; foie 0 g. 80 ; rate 0,07 cg Assez nombreuses
leishmanies dans la sérosité péritonéale, rares dans le foie, très très rares
dans la rate; absentes dans la moelle osseuse.
Le 17 mars, un huitième rat est tué, il est de sexe mâle. Poids : 32 g. ;
foie 1 g 10 ; rate 0,10 cg.
Leishmanies nombreuses dans la sérosité péritonéale, assez nombreuses
dans la rate, très rares dans le foie, plus nombreuses dans le tissu péri-
testiculaire, absentes dans la moelle osseuse, les capsules surrénales,
le sang et le muscle cardiaque.
Le 3 avril, sacrifice d’un rat ç? : Poids 44 g. ; foie 1 g. 50 ; rate 0,30 cg.
Linguatules (?) nombreuses dans le foie. Assez nombreuses leishmanies
dans la sérosité péritonéale, rares et très rares dans le foie et la rate, assez
nombreuses dans le tissu péritesticulaire, rares dans la moelle osseuse,
absentes dans le testicule, les capsules surrénales, le sang.
Le 23 avril, les cinq rats restants sont par erreur tués par un infirmier
indigène. Us ne sont examinés que plusieurs heures après la mort, alors
que la putréfaction ne permettait plus l’examen des viscères.
L’un d’eux commençait à avoir de la périarthrite tibio-tarsienne, à une
patte postérieure : on peut faire des frottis avec le liquide retiré et on y
trouva encore de nombreuses leishmanies
6° Sept jeunes rats sont inoculés le 26 novembre 1915 avec quelques
gouttelettes de virus provenant des boutons d’Orient des cercopithèques
cal li triche nos 10 et 12. Une goutte de sérosité péritonéale prise chez ces
rats le 7 décembre 1915 ne laisse voir aucune leishmanie.
Le 5 février 1916, trois de ces rats ont des tumeurs testiculaires, l’un
d’eux a même une partie des bourses gangrenée.
Le liquide qui en est retiré à la ponction renferme de nombreuses
leishmanies.
Le 7 février, un des rats, de sexe femelle, est tué. Poids : 17 g. ; foie :
0,63; rate 0,06. Nombreuses leishmanies dans ovaires, rares dans foie,
rate et moelle osseuse.
Les 6 autres sont tués le 12 février, quatre d’entre eux ont une infection
viscérale légère avec leishmanies rares dans foie et rate, avec lésions
testiculaires, bourrées de parasites chez trois.
p. Rats des champs (? Arvicanthis niloticus richardi). — Le 7 jan¬
vier 1916, un jeune rat des champs est inoculé avec une goutte de sérosité
du bouton d’Orient du cercopithèque patas n° 5. Le 4 février, on remarque
chez lui une grosse tumeur testiculaire, avec gangrène des bourses. Il
meurt dans la nuit du 5 au 6 février. Poids : 12 g. ; foie 0,44 ; rate 0,03 .
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Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
Rien d’anormal dans les divers organes ; quelques parasites dans le foie,
rien dans la rate, la moelle osseuse, le sang du cœur. Dans les bourses
complètement gangrenées, on ne voit plus que des microbes.
2° Le 12 février 1916, un rat des champs assez jeune reçoit 1 cm3
d’une dilution dans eau citratée de foies et rates très parasitées de 2 rats de
case. Dans le courant de mars, ce rat a le train postérieur paralysé à la
suite très probablement d’une contusion ; une des pattes postérieures à
laquelle il manque trois doigts est rouge et énorme. Il est tué le 9 avril
1916. Poids : 33 g. 50 ; foie 1 g. ; rate : 0,15 cg. Rares leishmanies dans
la sérosité péritonéale et dans le foie, aucune dans la rate, la moelle
osseuse ou le sang. Elles sont très nombreuses dans le pied œdématié.
3° Le 10 mai 1916, 3 rats des champs adultes sont inoculés avec virus
provenant de la patte de la souris Ç du 12 déc. 1915.
L’un de ces rats est tué le 10 août 1916, il ne présente aucune lésion
externe. Poids 110 g.; foie 3 g. ; rate 0,25. Aucun parasite dans le foie, la
rate, la moelle osseuse, le sang, le museau, les pattes et leurs articulations.
Les leishmanies existent dans le tissu testiculaire et dans la sérosité
péritonéale.
Les deux autres, vus le 6 septembre 1916, ont la queue en partie noire
et gangrenée, en partie recouverte de croûtes. Le museau est rouge et
paraît enflé. Le 14, dans du sang pris à la queue, au niveau d’une ulcéra¬
tion, leishmanie avec rhizoplaste.
Le 20 septembre, l’un d’eux, de sexe mâle, est tué. Poids : M g. ;
foie :3g ; rate : 0,30. Extérieurement il ne présente rien d’anormal, en
dehors de la queue, en grande partie noire, gangrenée ou ulcérée, le
museau légèrement œdématié, ainsi peut-être que le torse d’une patte
postérieure. Très très nombreuses leishmanies dans le testicule, sans qu’il
y en ait aucune dans les bourses d’ailleurs normales ; très nombreux
parasites également dans la queue et la patte postérieure, parasites nom¬
breux dans le poumon ; aucun dans le foie, la rate, la moelle osseuse, le
rein, la capsule surrénale, le sang, le tissu du nez, la langue et le muscle
cardiaque.
Le dernier est encore en vie le 6 octobre 1916 ; il a alors une tumeur
testiculaire ulcérée delà grosseurd’une belle cerise, les pattes sont enflées
désarticulations tibio-tarsiennes au bout des doigts, le museau est égale¬
ment œdématié et ulcéré, la queue est noire, en partie gangrenée, et
laisse voir de nombreuses leishmanies dans le liquide qu’on en peut
retirer.
y. — Souius ( Mus mus eu loi des). — 1° Le 12 décembre 1915, une
souris femelle adulte (elle allaitait 4 souriceaux) reçoit une goutte de
sérosité d’un bouton d’Orient du cercopithèque callibriche nü 10.
Les souriceaux inoculés en même temps meurent assez rapidement les
31 décembre 1915, 3 et 31 janvier 1916. Les deux premiers, qui purent
être examinés rapidement après leur mort, avaient des leishmanies dans le
foie et dans la rate, mais pas dans la moelle osseuse. Les deux autres
étaient en grande partie dévorés; la mo’elle osseuse seule put être examinée
et ne laissa voir aucun parasite.
La souris maigrit un peu : le 22 février, on s’aperçoit que la patte
postérieure gauche est rouge et enflée, son volume est triple de celui de
la patte postérieure droite, qui est alors indemne. Toutes les articulations
tibio et médio-tarsiennes sont prises. Du liquide, qui en est retiré à la
pipette, montre de très nombreuses leishmanies dont la plupart avec
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Séance du io Janvier 1917
rhizoplaste. Elles s’y retrouvent le 23, le 25 février et le 1er mars. Exami¬
nées à l'état frais, ces leishmanies sont ri zi formes, un bout étant légère¬
ment plus gros que l’autre, le noyau y apparaissant sous forme d’un
grain rond très réfringent ; après coloration, elles sont rondes ou ovales ;
le flagelle ne dépasse jamais le protoplasme.
Aux environs du 24 mars, la queue prend un aspect moniliforme et
rougit. On trouve dans le liquide qu’on peut retirer des articulations des
vertèbres enflammées, de nombreuses leishmanies sans rhizoplaste.
La queue qui s’est gangrenée tombe presque complètement le 30 mars.
Le museau est alors rouge et enflé ; les articulations médio et tibio-tar-
siennes des pattes antérieures et de la patte postérieure droite ont de l’ar¬
thrite, comme la patte postérieure gauche, plus grosse. Le 22 avril, le
museau qui a continué à grossir, est déformé : la souris devient très
maigre et respire difficilement. Le 26 avril, du liquide retiré de deux
pattes montre des leishmanies toujours nombreuses, quelques unes en pos¬
session d’un rhizoplaste, mais en proportion beaucoup moins grande qu’en
février.
La souris est trouvée morte le 10 mai au matin : la mort est récente, le
corps est encore rigide et les globules sanguins intacts. Poids 4g. 30;
foie 0,25 ; rate 15 mg. A l’autopsie, les reins paraissent noirs : rien à
signaler au sujet des autres viscères. La patte postérieure gauche est
remplie d’un liquide pu riforme extrêmement riche en leishmanies ; le périoste
des os a été détruit ; ils sont rugueux au contact. Au museau, il en est de
même des os du nez sur la face externe : à l’intérieur et au palais, on ne
peut constater de lésions. Dans les frottis d’organes, on trouve de très
très nombreuses leishmanies dans le foie, la moelle osseuse et le rein ; de
nombreuses dans la rate, la sérosité péritonéale, les capsules surrénales;
de rares dans le sang et le muscle cardiaque; il n’y en a pas dans le
cerveau .
Très nombreux parasites sur le moignon de queue.
2° Une souris mâle adulte est inoculée le 4 juillet 1916 avec sérosité de
l’articulation tibia-tarsienne d’un Golunda campanæ du 1 1 février.
Cette souris est encore en vie le 6 octobre 1916, elle a depuis quelques
semaines une tumeur testiculaire dure, actuellement de la grosseur
d’une petite noisette, avec leishmanies dans le liquide qui en est retiré à
la pipette.
La queue prend une apparence moniliforme, due à des periart li rites
des vertèbres caudales ; les articulations tibio-tarsiennes postérieures sont
légèrement enflées, ainsi que le museau.
S. — Golunda campanæ. — 1° Le 11 février 1916, inoculation de trois
Golunda campanæ avec produits de broyage dilué de la rate et du foie
d’un rat contenant beaucoup de leishmanies
L’un d’eux est tué le 3 mai 1916. Poids : 55 g. ; foie : 1,70; rate : 0,25.
Aucun parasite dans les organes, mais dans une patte postérieure
atteinte de périarthrite tibio-tiM’sienne, on trouve de très nombreuses
leish manies.
Le 16 juin, les 2 Golunda campanæ restants ont le museau rouge et
enflé; une ulcération s’y produit sur l’un d’eux. Le 18 juin : la sérosité
sanguinolente, qu’on en extrait à la pipette, contient beaucoup de
leishmanies^ dont la plupart ont un rhizoplaste. La queue, qui ne paraît
pas présenter de lésions en dehors d’une ulcération à son extrémité cou¬
pée est également remplie de parasites.
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 4 juillet, on en sacrifie un. Sexe mâle. Poids 42 g. ; foie : 1 g 70 ;
rate : 0,15. Quoique paraissant légèrement congestionnés, le foie et la
rate ne renferment pas de parasites, il en est de même des capsules surré¬
nales et du sang. On en trouve par contre de rares dans la moelle osseuse,
de nombreux dans le testicule; très nombreux parasites aussi au museau,
à l’extrémité de la queue et aux deux articulations tibio-tarsiennes posté¬
rieures, atteintes de périartbrite.
Le 7 août, le dernier est tué. Sexe Ç. Poids : 30 g., foie 1,55;
rate 0,15 cg. Aucune leishmanie dans les viscères et la moelle osseuse,
très nombreuses, au contraire, sur le museau (ulcération et œdème) à
l’extrémité de la queue (coupée et recouverte de croûtes), à une oreille
(croûte recouvrant petite ulcération), aux articulations tibio-tarsiennes
postérieures et à une antérieure, où existait de la périartbrite.
2° Le 10 mai 1916, 3 Golunda campanæ sont inoculés avec virus pro¬
venant d’une souris Ç> . Les doigts de deux d’entre elles sont sectionnés.
Le 8 août ces animaux montrent des lésions du museau (œdème, rou¬
geur et ulcérations) et des articulations tibio-tarsiennes postérieures
(périartbrite). L’un d’eux, qui avait une blessure à l’oreille, y montrait
de nombreux parasites.
Le 29 août, l’un d’eux meurt d’une infection intestinale probable
(ventre ballonné, péritoine rouge, liquide péritonéal très abondant et
sanguinolent). Poids : 50 g.; foie 2 g. ; rate 0,10. Sexe mâle. Périartbrite
tibio-tarsienne aux deux pattes postérieures avec abcès ouverts et gan¬
grènes ; museau œdématié et ulcère. Dans ces lésions, leishmanies très
nombreuses; rares dans tissu testiculaire et péritestieulaire ; très nom¬
breuses dans moelle osseuse; absentes dans foie et rate et sérosité péri¬
tonéale.
Le 1er septembre 1916, un Golunda campanæ de sexe femelle est trouvé
mort. Poids : 40 g. ; foie : 0,50; rate : 0,02. Le foie et la rate sont très
petits. Les leishmanies sont très rares dans la rate, rares dans la moelle,
absentes dans le foie, l’ovaire et le sang. Elles sont nombreuses dans les
lésions des pattes postérieures (périartbrite), du museau (œdème et ulcéra¬
tion). de la queue (ulcération au premier tiers) et au niveau du tarse
d’une patte antérieure, où on ne voyait cependant encore aucune trace de
lésion.
Le dernier, de sexe mâle, a dès le 29 août une tumeur testiculaire
énorme, avec ulcération au pourtour de l’anus et gangrène.
De petits abcès s’y montrent le 6 septembre, leur pus renferme de
nombreuses leishmanies. On la trouve morte le 18 septembre, mais en
état complet de putréfaction ne permettant plus l’examen des organes.
Certaines espèces animales, que nous allons citer ici pour n’y
plus revenir, ont donc été réfractaires à notre virus ; que l’ino¬
culation en ait été faite seulement dans le derme, comme chez
les cabris, les moutons, l'antilope {T ragelaphus scriputs ?), la
genette ( Genetta genettoïdes ), les gallinacés (poule domestique) ;
ou seulement dans le péritoine, comme les écureuils ; ou encore
des deux façons, comme chez les chats.
Les autres, au contraire, chien, singes, petits rongeurs
Séance du io Janvier 1917
77
myomorphes, ont réagi positivement, différemment il est vrai,
comme nous allons le voir.
Action pathogène de Leishmania tropica sur les Singes
et le Chien
Les trois espèces locales de singes, qui toutes trois font partie
de la famille des cercopithèques, et le chien du pays, ont eu
une affection localisée à !a peau, chaque fois qu’ils ont été ino¬
culés dans le derme ; ils n’ont paru aucunement souffrir du
parasite, quand l’inoculation a été pratiquée dans le péritoine.
En effet, dans ce dernier cas, jamais aucune trace de Leishma¬
nia n’a été retrouvée, quoique les autopsies aient toujours été
pratiquées et que certaines fois, on ait fait aussi des ponctions
péritonéales ou hépatiques pour les rechercher dans les liqui¬
des extraits.
Jamais non plus aucune lésion cutanée 11’a suivi de près ou de
loin ce genre d’inoculation, qui a porté sur six singes et deux
chiens. Le virus employé était cependant actif, puisqu’il a géné¬
ralement servi en même temps à d’autres inoculations intrader¬
miques ou péritonéales, qui ont donné des résultats positifs sur
d’autres animaux. Certains d’ailleurs avaient été inoculés plu¬
sieurs fois.
Ces résultats concordent avec ceux que d’autres observateurs
plus qualifiés ont constaté sur singes d’espèces asiatiques ou sur
chiens, qui, entre leurs mains, n’ont réagi également qu’à l’ino¬
culation intradermique.
Celle-ci nous a donné un résultat positif sur tous nos ani¬
maux : un chien et huit singesdont: un cynocéphale, trois cer¬
copithèques callitriches, quatre cercopithèques patas, prouvant
pour cette deuxième espèce animale la grande virulence de
Leishmania tropica.
La lésion eu lanée provoquée chez eux a paru ressembler au bou¬
ton d’Orient h u main . Elle n’a jamais été accompagnée de lésions
viscérales ou autres, comme les autopsies laites l’ont démontré.
Quelque temps après l’inoculation, une trentaine de jours en
moyenne chez les singes, on trouve, àl’endroit même où le virus
a été introduit, une nodosité qui, augmentant peu à peu de
volume, prend l’aspect d’une papule. Au fur et à mesure de son
agrandissement, elle tend à se ramollir au milieu, finit par
78
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
s’ulcérer et par laisser sourdre de l'orifice ainsi formé une séro¬
sité généralement louche. L’ulcération se recouvre d'une croûte
et, après une durée plus ou moins longue, finit par guérir toute
seule.
Nous avons pu toutefois noter quelques différences dans le
développement des lésions cutanées chez les diverses espèces de
singes. La maladie a paru avoir une évolution beaucoup plus
irrégulière chez les cercopithèques callitriches que chez le cyno¬
céphale et les cercopithèques patas.
Alors que la période d'inoculation a été chez ces derniers de
20, 26, 32, 20 et 40 jours, elle dura 20, 43 et 76 jours chez les
callitriches. De même, de l’apparition de la nodosité à la guéri¬
son du bouton, on a pu compter 58, 92 et même plus de
120 jours chez les callitriches, alors que, chez le cynocéphale et
les patas, on ne trouve que 88, 83, 72 et 92 jours de durée.
En même temps, il faut signaler la petitesse du bouton sur
l’espèce cercopithèque cal I i tri ch e , par rapport au volume de
celui des deux autres espèces.
Un des callitriches eut un second bouton d’Orient à une toute
petite distance du premier ; on 11e peut y voir, croyons-nous,
que le résultat d’un grattage par le singe au moment de l’inocu¬
lation ou du dépôt involontaire d’une gouttelette de virus sur
une petite plaie préexistante, car les deux boutons se dévelop¬
pèrent en même temps.
Des essais de réinocufations ont été pratiqués sur le cynocé¬
phale et le cercopithèque patas n° 3.
Le premier, réinoculé deux fois avec du virus recueilli sur lui
et pendant révolution du premier bouton d’Orient, 11e réagit
pas à cette seconde inoculation. L’opération recommencée
dix-huit jours après constatation de la guérison du bouton pri¬
mitif, après passage du virus sur cercopithèque cal I i triche n° 10,
donna au contraire un petit boulon, au bout de vingt-cinq jours
d'incubation, qui disparut en une quinzaine de jours, mais ren¬
fermait cependant d’assez nombreuses leishmanies au moment
où on en examina la sérosité.
Le cercopithèque patas, réinoculé avec son propre virus pen¬
dant l'évolution de son bouton d’Orient, fut, comme le cyno¬
céphale, indemne de toute lésion au lieu de cette seconde ino¬
culation .
Il semblerait donc y avoir une immunité durant très peu de
Séance du io Janvier 1917
79
temps après la guérison et ici notre observation paraît concorder
encore avec celle de M. le professeur Laveran (i) chez le chien,
où il trouve une. immunité peu solide et, dans les cas de réci¬
dive, des lésions plus petites et d’une durée moins longue.
Action pathogène de Leishmania tropica sur les petits Rongeurs
MYOMORPHES ET DE GENRES TRES VOISINS
A la lecture des essais de transmission par voie péritonéale,
on a pu voir que les petits rongeurs, sur lesquels nous avons fait
passer Leishmania tropica , ont été très sensibles à ce virus.
Si nous avons en effet expérimenté sur quarante-six de ces
animaux avec constatation de succès positif chez trente-cinq,
nous devons, pour avoir une proportion précise et des chiffres
nets, ne pas compter quatre des rats de f expérience n° 5 (rats de
case) et deux des souriceaux de l’expérience n° 1 (souris) qui
n’ont pu être observés par suite de la putréfaction avancée des
corps ou leur détérioration presque complète au moment de
l’autopsie.
Il reste donc trente-cinq résultats positifs sur quarante ino¬
culations.
On peut encore remarquer que trois insuccès contrôlés furent
observés chez les premiers animaux inoculés, alors que nous
n’avions peut-être pas une assez grande habitude de manier le
virus.
Toutes les non réussites eurent lieu chez des bêtes ayant reçu
du virus pris sur singe; l’exsudât de bouton d’Orient employé,
forcément en petite quantité, 11e contenait sans doute que peu
de leishmanies, et d’une virulence faible, à moins que les pas¬
sages par rongeurs n’aient augmenté cette dernière pour les rats,
en même temps que le virus inoculé contenait plus de parasites.
Les espèces employées se décomposent en rats de cases (Mus
coucha ) : 3o ; rats des champs (Aruicanthis niloticus richardi) : 5;
souris (Mus musculoïdes ) : 5; Golunda campanœ : 6. Les insuccès
n’ont porté que sur le premier groupe.
Chez ces animaux, dans les cas positifs, on a trouvé, plus ou
moins rapidement après l’inoculation, des leishmanies dans cer¬
tains viscères : d’abord dans le foie et la rate, puis parfois dans
(1) Bull. Soc. Path. exot., 1916, t. IX, n» !\, p. 275.
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les capsules surrénales, les testicules ou l’ovaire, les reins, les
poumons, le muscle cardiaque. Le sang, quoique examiné quel¬
quefois pendant la vie et toujours regardé après 1a. mort, n’en
montra qu’une fois; la moelle osseuse, par contre, en contenait
souvent et viendrait après le foie et la rate au point de vue fré¬
quence du parasite, ce qui ne peut étonner.
En outre, on eut souvent l’occasion de remarquer, en dehors
de ces preuves d’infection générale, des lésions locales coexistant
tantôt avec elles, et tantôt se trouvant seules. Elles siégeaient
de préférence dans : i° la région scrotale : tumeurs scroto-tes-
ticulaires, avec abcès et gangrène fréquents (9 cas) ; 20 aux
pattes postérieures : arthrites ou périarlhrites des articulations
tarsiennes et métatarsiennes (9 cas); 3° à la queue : arthrites
et (?) périarthrites des articulations des vertèbres caudales
(6 cas); 4° au museau : œdème inflammatoire du museau et
abcès ulcérés au-dessus du nez (6 cas). Beaucoup plus rares
furent observées des lésions aux pattes antérieures, analogues à
celles des pattes postérieures, et de simples ulcérations avec
leishmanies au bout coupé de la queue et à l’oreille.
Or si on examine attentivement les observations, on ne tarde
pas à s’apercevoir que ces lésions locales, qu’elles soient isolées
ou qu’elles aient été accompagnées d infection générale, 11e se
sont montrées le plus souvent qu’un assez long temps après
l’inoculation : temps pouvant varier suivant l’âge, la taille et la
résistance propre de l’animal, ainsi que suivant la virulence du
produit inoculé. Au contraire, chez tous les animaux tués assez
rapidement pour observer la marche de l’infection (expérience 5 ;
rats de case) ou chez ceux qui sont morts tôt pour une cause
indépendante de la leishmaniose, l'infection générale a toujours
été décelée après une période de neuf à douze jours. Dans l’ex¬
périence 5 (rats de case), 011 n’observa de lésions locales qu'après
le cinquantième jour, et si depuis le trente-quatrième on trou¬
vait des leishmanies dans le tissu péritesticulaire, il n’y parais¬
sait encore aucune trace de tumeur.
Celles-ci d’ailleurs pourraient se produire en raison d’une
disposition un peu particulière, par suite de la constitution
anatomique de la région scroto-testiculaire chez ces animaux,
où la vaginale ne paraît pas exister ou tout au moins com¬
munique librement avec le péritoine, laissant la liberté aux
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Séance du io Janvier 1917
testicules d’aller et de venir des bourses à la grande cavité
viscérale.
Les leishmanies peuvent donc, pendant les premiers jours de
rinoculation, alors qu’elles ne sont encore, au moins en quan¬
tité appréciable, que dans la séreuse péritonéale, se rendre et se
développer à leur aise dans cette sorte de cul-de-sac qu elle
forme dans le scrotum. De là, elles pénétreraient directement dans
les enveloppes du testicule, en provoqueraient l’inflammation,
et les tumeurs et autres lésions qu’on y a observées, s’ensui¬
vraient.
11 semblerait donc que la maladie, causée par l’inoculation de
Leishmania tropica dans le péritoine des rongeurs, commence par
une infection générale, entraînant à sa suite des lésions locales,
lesquelles, dans certains cas (plus grande résistance par exem¬
ple), peuvent continuer à se développer pendant que l’infection
des viscères semble disparaître, ainsi que le pensait Gonder.
Nous n’avons jamais remarqué chez nos animaux d’abcès en
dehors des lieux où existaient les lésions locales dont nous
venons de parler. Jamais de lésions aux muqueuses des fosses
nasales ou de la bouche.
Des leishmanies trouvées dans une ancienne plaie de l’oreille
(plaie accidentelle), d'au très à l’extrémité de queues coupées anté¬
rieurement pour examen du sang, nous avaientfait penser à la pos¬
sibilité des traumatismes comme origine de certaines des lésions
locales : museau, pattes et même scrotum blessés aux parois des
cages. Pour nous en rendre compte, nous avons sectionné des
oreilles et des doigts à certains de nos animaux infectés, mais à
leur mort, longtemps après, nous n’avons constaté que des
insuccès.
Les traumatismes peuvent donc favoriser la formation de
lésions à Leishmania , comme celle de l'oreille et de la queue,
que nous venons de citer, mais ils ne peuvent être mis en cause
pour toutes les autres lésions locales qui paraissent d’ailleurs
bien commencer à l’intérieur même de l’organe, comme le prou¬
verait l’observation de Golunda campanæ (G. c. 9 patte anté¬
rieure) où les Leishmania sont observées alors qu’il ne paraît y
avoir aucune trace extérieure, qui n’aurait pu manquer en cas
d’érosion ou de contusions antérieures.
Des inoculations intra et hypodermiques eussent-elles donné
lieu à des infections du même genre? Nous 11’en avons pratiqué
6
82
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
aucune, mais il nous semble que si des lésions uniquement cuta¬
nées du genre bouton d’Orient eussent été capables de se for¬
mer chez les rongeurs, nous en aurions eu quelques-unes chez
nos animaux, en particulier chez ceux inoculés à la pipette, où
immanquablement quelques gouttelettes de virus devaient être
répandues un peu partout, et dans le derme à plus forte raison,
pendant le trajet suivi de la peau au péritoine.
D’autres expérimentateurs, d’ailleurs, observèrent bien quel¬
ques abcès (i), à la suite d’inoculations sous-cutanées ou intra¬
musculaire, mais aucun bouton d’Orient proprement dit.
La réaction des petits rongeurs à la Leishmania tropica est
donc bien différente de celle des singes, du chien et de Phomme.
Elle conduit à envisager une très grande parenté entre les
diverses Leishmania décrites j usqu’ici, rapprochant davantage les
agents des leishmanioses cutanées et ceux des leishmanioses vis¬
cérales constatées chez l'homme et en faisant peut-être de simples
variétés d’une même espèce. Il serait pour cela intéressant de
comparer sur des animaux semblables et avec virus n’ayant pas
subi de passage par culture, la forme et la marche de l’infection
produites par elles. Nous aurions voulu l’essayer avec Leishmania
infantum , dont nous avons eu un cas (2), mais n’ayant pu uti¬
liser que le sang de l’enfant pour les inoculations aux animaux
nous n avons malheureusement pas réussi à en obtenir un pre¬
mier passage.
Conclusions
Les singes africains de la famille des Cercopithèques (cynocé¬
phale, cercopithèque patas, cerc. callitriche) sont sensibles à
Leishmania tropica , qui détermine chez eux au point d’inocu¬
lation, une lésion cutanée, ressemblant au bouton d’Orient
humain.
Ils ne réagissent pas à l’inoculation intrapéritonéale.
Il en est de même du chien.
Les petits rongeurs du genre rat ou genre voisin ont, à la
suite de l’inoculation intrapéritonéale, une infection générale
traduite par la présence des Leishmania tropica dans les organes
(1) Laveran, Bull. Soc. Pcith. exot., t. VIII, igi5, no g, p. 680.
(2) Bull. Soc. Path. exot. , t. IX, igi6, n<> 5, p. 2gg.
Séance du io Janvier 1917
83
hématopoiétiques et certains viscères, s'accompagnant générale¬
ment, au bout d’un certain temps, de lésions locales, pendant
révolution desquelles le parasitisme peutdisparaître des viscères
et organes atteints primitivement (1).
BIBLIOGRAPHIE
Brumpt. Précis de Parasitologie , 2e éd., 1913, p. 137.
Laveran. Bull. Soc. Path. exot., t. VU, n° 4, p. 275. Leishmaniose
cutanée généralisée chez la souris. Discussion.
Bull. Soc. Path. exot., 1914, nos 8-9, p. 663. Infections expé¬
rimentales de souris, d’un meriones, d’un rat, d’un macaque
par Leishmania trop ica.
Bull. Soc. Path. exot., t. VII, 1914, n° 10, p. 697. Présentation
d’un chien inoculé avec succès an moyen de la Leishmania tropica
sur souris.
Bull. Soc. Path. exot., t. VIII, 1915, n° 9. Nouvelle contribu¬
tion à l’étude des infections expérimentales de la souris par la
Leishmania tropica ; un cas d’infection de la gerbille.
Bull. Soc. Path. exot., t. IX, 1916, n°4, p. 265. Leishmaniose
cutanée expérimentale chez les macaques et chez le chien. Con¬
ditions de l’immunité
Row (R.). Bull. Soc. Path. exot., t. VII, 1914, n° 4, p. 272. Generalised
Leishmaniosis induced in a mouse with the culture of Leishma¬
nia tropica of oriental sore.
Sergent (Edm.). Bull . Soc. Path. exot., t. VIII, 1915, n° 10, p. 22. Infec¬
tions expérimentales de la souris par des cultures de la Leishma¬
nia tropica.
Yakimoff (W. L.). Bull. Soc. Path. exot., t. VIII, 1915, n° 1 , p. 474. Con¬
tribution à l’étude des Leishmanioses de l’homme et du chien
dans le Turkestan russe.
Travail da Laboratoire de Fort- Archambault,
le 9 octobre 1916.
A
(1) Voir pages 84-86 les annexes du mémoire : tableau des rongeurs inocu¬
lés dans le péritoine et tableau généalogique du virus.
84
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau des
Séance du io Janvier 1917
85
ins le péritoine
Observations
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Animal en putré¬
faction .
Tumeur scroto-
testiculaire
gangrenée
Encore en vie
Putréfaction
Souriceau
id.
Encore en vie
86
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau généalogique du virus
Homme
Cynocéphale n° 4
Cercopithèque callitriché
n° 10
I
Souris et souriceaux Cerc. patas
1 2 déc. 1910 n” 1
Rats de Rats des Golunda Cerc.
case champs campanœ patas
iomaii9i6 iomaiih iomaiiô n° 2
I
Cerc. patas n° 3
Rats de C. C. Chien Rats
case patas call. decase
i5 oct. i5 n°9 n°i2 8oet.i5
Rats de case Rats Cerc.
24 déc. 1915 decase patasn°5
26 nov. i5
Golunda Rats de Rats des Rats des
campanœ case champs champs
nfév.16 i2fév.i6 I2fév.i9i6 7janv.i6
Souris n° 2
4 juillet 1 9 1 G
Séance du io Janvier 1917
87
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
Aimais of Tropical Medicine and Parasitology , t. X, f. 3,
déc. 1916.
British Medical Journal, nos 2919-2923, 9 déc. 1916-6 janv. 1917*
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indië, t. LVI, f. 5,
1 9 1 6-
Indian Journal of Medical Research, t. IV, f. 2, oct. 1916.
Journal of the Royal Army Medical Corps, t. XXVII, f. 6,
déc. 1916.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene, t. XIX, n° 24,
i5 déc. 1916.
New Orléans Medical and Surgical Journal, t. LXIX, f. 6,
déc. 1916.
Pediatrici, t. XXIV, f. n et 12, nov. et déc. 1916.
Philippine Journal of Science , Tropical Medicine , t. XI, f. 3,
mai 1916.
Review of Applied Entomology , t. IV, sér. A et B, f. 12, déc.
1916.
Revue scientifique, n° 24, i6-23 déc. 1916; n° 1, 6 janv. 1917.
Tropical Diseases Bulletin, t. VIII, f. 8, i5 déc. 1916
BROCHURES
>
Report on tlie Public Health Department for 1915-1916, Malte.
A. Balfour. The Medical Entomology of Salonica.
A. J. Ciialmers et R. -G. Archibald. A Sudanese Maduromy-
cosis.
A. J. Ghalmers et J. -B. Christopherson. A Sudanese Actino-
mycosis.
David Ouiros. Biologia de la Nigua (puce-chique).
J. -J. Van Loghem. Klimaat en ziekte.
88
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive médiane
incorporé au New-Or leans Medical and Surgical Journal.
American Society oj Tropical Médiane.
Annals oj Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos de ITygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instiluto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la' Société des sciences médicales de Madagascar .
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indie.
Indian Journal of medical research.
Journal of the Royal Arnaj Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Malaria et Malattie dei Paesi Caldi.
Malariologia.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud
Revista de Veter inaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review of applied entomology.
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine end Hygicn
/'Londres).
Tropical Diseases Bidletin.
Tropical Veterinary Bulletin.
Le Gérant : P. MASSON.
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Tome X.
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de la Société
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 2
Séance du 14 février 1917
PAGES
CORRESPONDANCE . 89
COMMUNICATIONS
Clapier — Notes sut le Pian observé dans la Région Militaire de la
Guinée . . . 90
G. Greggio. — Trypanose des porcs ; relations des porcs avec la trypa-
nose humaine dans la vallée de l’Inkissi (Moyen Congo belge) . u3
A. Làveran. — Au sujet de l’évolution des infections expérimentales
des petits Rongeurs par Leishmania tropica . 110
A. Leger. — Microfilaires d’oiseaux du Sénégal . 106
M. Leger et P. Mouzels. — Plasmodium de Iguana nadicollis ... g5
P. Rbmlinger. — Un cas de Sokodu observé au Maroc. . . . i3o
F. Van den Branden et A. Dubois. — Contribution à l’étude de Pétiologie
du Béribéri . . . 128
R. Van Saceghem. — Dermatose et gale démodectique des bovidés . 117
W. L. Yakimoff. — Un cas intéressant de typhus exanthématique . . g4
— Grahamella chez les rongeurs du Caucase .... 98
— Leucocytogregavina d‘ un poisson . 99
— Prowazekia ninœ kold-ijakimovi n. sp . 101
W. L. Yakimoff et M^e R. A. Saphronowitsch. — Theileria chez le cam¬
pagnol du Caucase . . 99
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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— — et col 1 . — Microfilaires des chiens au Turkestan russe.
— — et P. M. Koselkine et coll. — Microfilaire des bovidés au
Turkestan russe .
MÉMOIRES
H. Bauvallet. — Craw-craw et dermo-épidermite microbienne. Analo-
* gies. Traitement . . .
Clapier. — Les porteurs de Kystes fi la riens ( Onchocerca volvulus ) et de
Nodosités Juxta-Articulaires en pays Toma (P^égion militaire de la
Guinée . .
Discussion de E. Jeanselme .
G. Finzi et A. Campus — Anaplasmosi su! significato dei « corpi endo-
globulari » « punti marginali » « anaplasmi » trovati nelle sangue
degli ovini délia Sardegna e del Piemonte ....
W. L. Yakimoff. — La dysenterie amibienne en Russie
Discussion de F. Mesnii .
Ouvrages reçus .
PAGES
100
io5
101
io4
,37
lOO
1 57
143
125
1 36
1 58
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Vf
Dixième année
1 9 1 7
•BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU l4 FÉVRIER HJI7.
PRESIDENCE DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
Correspondance
MM. Franchini, Jemma, Jojot, élus membres correspondants à
la séance de décembre, adressent des remercîments à la Société.
7 -
90
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Notes sur le Pian observé
dans la Région militaire de la Guinée
Par CLAPIER.
Répartition géographique. — Le Pian est une affection coin*
mu ne clans les trois parties de la Région Militaire de la Guinée :
pays Kissi à l’Ouest, pays Toma au Centre, pays Guerzé à l’Est;
nous avons trouvé des pianiques chez les Kissiens et chez les
Tomas, nous n’en avons pas vu chez les Guerzés, mais nous
savons que cette affection existe sous les même latitudes (7°3o'
au 9°) un peu plus à l’Est, en Haute Côte d’ivoire (Combes, Blan¬
chard, in Annales d'IIijg. et de Mëd. coloniales).
Nos observations se rapportent à 25 malades du pays Toma,
appartenant à des villages de la partie nord et nord-ouest du
secteur de Macenta. Nous n’avons jamais observé cette maladie
dans la partie sud et sud-est de ce même secteur, pays que
nous avons cependant souvent parcouru.
D’après nos renseignements, la maladie visite plusieurs années
de suite une même région, se manifestant simultanément dans
plusieurs villages par poussées successives ; tous les villages ne
sont pas atteints : certaines localités sont restées indemnes pen¬
dant une période de six ans, d’autres sont contaminées depuis
quatre ans; le Pian est donc endémique ou mieux endémo-épi-
démique. Dans un village contaminé, cette affection se manifeste
dans un groupe de cases ou dans des cases dont les habitants se
fréquentent; une fois nous recevons à la visite plusieurs mem¬
bres d’une famille suivis de leurs voisins également atteints;
dans un autre cas, c’est tout un petit village de culture qui est
infecté, etc.
Transmission du Pian. — Ces faits trouvent leur explication
naturelle dans le mode de transmission de la maladie par conta-
Séance du i4 Février 1917
91
gion directe de malade à individu sain ou par contagion indi¬
recte : la mouche domestique est un des agents principaux,
sinon le seul, de ce dernier mode de transmission du Pian ; il a
été démontré qu’elle peut transporter le virus pianique des
ulcères d’un malade sur la peau d’un individu sain au niveau
d’une plaie ou d’une excoriation et inoculer ainsi ce dernier.
Une preuve assez nette de ce mode d inoculation nous est donnée
par l’étude de la localisation du bouton primaire.
X * * t
Eruption du bouton d’inoculation. — Généralement l interro-
gatoire des malades nous a permis de retrouver la localisation
du prétendu chancre pianique mieux appelé bouton primitif.
A. — Bouton primaire apparu sur une plaie.
Dans 2 cas sur une plaie aux jambes.
— 1 cas — — à la ceinture.
— 1 cas — — à la cuisse droite.
B. — Bouton primaire apparu sur peau saine en apparence.
Dans 3 cas sur la face antéro-interne des cuisses.
— 3 cas aux malléoles.
— 3 cas sur la face antérieure ou le bord interne des genoux.
— 4 cas au niveau des fesses ou du sillon interfessier.
— 2 cas au niveau de la face postérieure du coude.
— 1 cas au niveau de la partie antéro-supérieure du thorax.
— 1 cas sur la face externe du bras gauche.
— 1 cas sur le bord cubital de la main gauche.
Pour les cas d’apparition du Pian au niveau d’une plaie, la
contagion par les mouches 11e peut faire aucun doute; pour les
autres cas, d’après les localisations ci-dessus, il semble que le
bouton primitif se montre sur les points du corps plus particu¬
lièrement exposés aux excoriations sur les bords desquelles les
mouches peuvent déposer le virus. Nous n’avons relevé aucun
cas d’apparition du pian primaire sur la face, région peu exposée
aux blessures, où la présence des mouches est désagréable et qui
de plus est respectée par l’acare de la gale; en effet de très nom¬
breux indigènes présentent de la gale compliquée de lésions de
grattage, qui sont autant de portes d’entrée possibles.
Nous ne pouvons donner aucune indication précise sur la
durée de la période d’incubation du Pian.
Formule leucocytaire dans le Pian. — Avant la découverte
du Spirochœta pertenuis , certains auteurs admettaient encore
92
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’identité du Pian et de la Syphilis; il est donc intéressant de
noter que la formule leucocytaire est nettement différente pour
ces deux affections.
Voici deux formules de syphilitiques avérés :
Homme adulte.
Syphilides secondaires.
Selles : Ankylostomes.
Trich océphales.
Urine : Pas de parasites.
Homme adulte.
Syphilis tertiaire.
Selles : Ankylostomes.
Ascaris.
Urine : Pas de parasites.
Voici maintenant les formules leucocytaires obtenues chez les
pianiques (comme pour les précédentes, les prises de sang1 ont
été pratiquées le matin, les malades étant à jeun ; sauf dans un
seul cas la numération a porté sur 5oo leucocytes. Nous avons
fait seulement des numérations qualitatives; au point de vue
quantitatif nous pouvons indiquer une fois pour toutes que dans
tous les cas, le nombre de leucocytes nous a paru au moins égal
sinon supérieur à la normale; mais l’hyperleucocytose serait
moins intense que dans les cas de syphilis).
Formules d'adultes pianiques.
A ge : Homme
adulte
Paras . Intx. : Asc. Ank.
Urine : ?
Eruption : Forte
Femme Femme Homme
adulte âgée âgé
Asc. Triclio. Trich. Anky. Ascaris
9 9 9
Forte Forte Moyenne
Homme
adulte
9
9
Moyenne
1 1
IOO 100 100 100
Dans les cas de syphilis, nous avions augmentation du nombre
des lymphocytes ; dans le pian, nous observons un chiffre normal
ou moyen de lymphocytes et l’augmentation de la proportion
des grandes formes de mononucléaires.
Voici les formules trouvées chez les enfants pianiques; mais
Séance du i4 Février 1917
03
pour les interpréter il faut se rappeler que l’équilibre leucocy¬
taire normal ne s’établit qu’à 12 ans; normalement on trouve
chez les jeunes enfants moins de polynucléaires que de mono¬
nucléaires: c’est l’inverse de ce qui se passe chez l’adulte ; mal¬
gré ce fait qui rapprocherait la formule leucocytaire des enfants
de celle trouvée chez nos syphilitiques, notre tableau montre
que la lymphocytose des enfants pianiques atteint rarement
le chiffre observé chez les syphilitiques; de plus, comme chez
l’adulte pianique mais d’une façon moins constante, le taux des
grandes formes de mononucléaires est augmenté.
Formule leucocytaire d’enfants pianiques
Nous dirons donc : dans le Pian, on observe d’une façon générale
l’augmentation des grands mononucléaires; dans la syphilis, la
94
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lymphocytose est beaucoup plus accentuée. L'éosinophilie très
variable nous paraît être sous la dépendance du parasitisme
intestinal ou urinaire.
Travail de la Mission d} abonnement franco-libérienne.
Capitaine Villatte, 191/1-1916.
Un cas intéressant de typhus exanthématique
Par W. L. YAKIMOFF
.Fai observé ce cas à l’hôpital du camp n° 489 à Sarakamych
au front transcaucasien de Farinée russe) grâce à M. le Dr Tal-
NOWSKY.
Soldat G. F. N., 35 ans, né dans le gouvernement de Tiflis. Le tissu sous-
cutané est bien développé. Pouls 100. La rate est hypertrophiée et dou¬
loureuse à la palpation, le bord inférieur est à 1 t/2-2 doigts des côtes.
Pétéchies nettes sur toute la surface du corps. Diagnose : Typhus exanthe
maticus.
7 novembre 1915. — T. 39°, 2-39°, 4. — P. 100. Les pétéchies, sur toute
la surface, ont des dimensions qui atteignent 5 cm. de diamètre. Sur le
côté gauche et sur le dos, l'hémorragie s’étend à toute la surface qui a
pris une couleur bleu- violet foncé. L’urine est sanglante. Les fèces renfer¬
ment une grande quantité de sang. L’état général est mauvais.
8 novembre 1915. — T. 39°, 8-39°, 7. — P. 120, faible. La respiration est
difficile. L’hémorragie s’étend sur toute la surface du corps depuis la base
du cou, sur la poitrine, sur le ventre, sur les côtés, sur le dos et sur la
partie supérieure des pieds. Sur la partie inférieure des pieds, sur les bras,
et sur la tête, hémorragies isolées d’un diamètre allant jusqu’à 2 cm.
et 2 cm. 1/2. 11 y a êtes hémorragies sur la muqueuse buccale et sur la sclé¬
rotique.
9 novembre. — Mort.
Le tableau clinique permet de soupçonner du typhus exan¬
thématique avec complication.
20-25 minutes après la mort, nous avons pris aseptiquement le sang de
la veine du coude et nous avons ensemencé des tubes de gélose.
L’autopsie (10 novembre, matin) donne le tableau des hémorragies por¬
tant : sur les séreuses, sur la surface du cœur, sur le mésentère, sur la
muqueuse vésicale, sur le lig. suspenseur du foie, sur les capsules rénales,
sur la muqueuse intestinale. La rate et le foie sont durs. Le sang ne coa¬
gule pas ; il n’y a pas de caillots.
Sur la gélose ensemencée avec le sang, ont poussé de petites colonies
grisâtres. Sur les frottis, streptocoques.
Séance du i4 Février 1917
95
Nous avons donc un cas du typhus exanthématique compli¬
qué par des streptocoques, sans doute très hémolysants (peut-
être du deuxième type morphologique de Berdnikoff : Strepto-
coccus rotundas).
Laboratoire de la Mission malarico-épidémique de
F Union des Zemstvos russes au Caucase . — Chef de
la Mission Dr Marzinowsky, Chef du laboratoire
W. L. Yakimoff.
Plasmodium de Iguana nudicollis
Par M. LEGER et P. MOUZELS.
La petite Iguane de la Guyane, Iguana nudicollis Cuvier, très
voisine de Iguana tuberculata Laurenti, est fréquemment parasitée
par un hématozoaire du genre Plasmodium. Les deux Sauriens
examinés étaient infectés. Par contre nous n’avons trouvé Hæmo-
gregarina iguanœ Laveran et Nattan-Larier ni chez eux ni chez
4 Iguana tuberculata qu'il nous a été donné d’observer.
Le globule rouge envahi, jamais déformé, est, dans la très
grosse majorité des cas, de taille normale; le noyau conserve sa
position centrale et ses réactions colorantes ; le protoplasma non
polychromatophile ne renferme aucune inclusion et ne montre
aucune altération pouvant être assimilée aux granulations de
Scluiffner ou aux mouchetures de Maurer.
Une seule hématie peut héberger 2 et même 3 parasites.
Eléments asexués. — La forme, la plus jeune, et qui est la plus
communément rencontrée, a l’aspect d’un tout petit corpuscule,
ne mesurant guère que 1 u, constitué par un mince liseré pro¬
toplasmique, qui circonscrit une vacuole nucléaire relativement
volumineuse, et enclave un karyosome, très brillant, en un point
quelconque de là périphérie.
Le parasite adolescent revêt des formes variées. Tantôt il reste
annulaire, présentant seulement un ou deux prolongements pro¬
toplasmiques en fines épines. Le noyau devient moins compact,
et la bande de protoplasme s’élargit au dépens de la vacuole.
D’autres fois F hématozoaire est piriforme : l’aspect en poire
bigéminée peut se rencontrer.
96
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
On relève aussi des figures en grains d’orge de 2 à 3 p de long,
avec chromatine encerclant le parasite, dans ses 2/3 inférieurs,
au niveau delà grosse extrémité, et des formes allongées et min¬
ces, véritablement bacillaires, incurvées, avec noyau filiforme
longeant le bord convexe.
Dans ces diverses formes, et surtout les deux dernières, il est
fréquent de rencontrer, en plus du noyau à coloration rouge
franc, un gros grain de chromatine très dense, se teintant en
grenat; ce blépharoplaste est presque toujours rejeté à l'extré¬
mité la plus effilée du parasite.
L’hématozoaire adulte devient amiboïde, avec tendance à revê¬
tir Paspect losangique. Jamais il n’envahit toute l’hématie et sa
taille ne dépasse pas 5 p. Dans le protoplasma bleuté, on ne voit
plus généralement de vacuole nucléaire. La chromatine, en
bâtonnet ou en accent circonflexe, forme un réseau diffus, avec
renforcement de distance en distance par des corpuscules
nucléolaires. Au stade le plus avancé, que nous ayons saisi dans
la circulation périphérique, la chromatine est divisée en 3 ou
4 petites masses se portant vers la périphérie.
Cet hématozoaire, dans ses formes jeunes et adolescentes,
n'est jamais pigmenté. Exceptionnellement, les formes adultes
ont du pigment, et alors il n’y a que 2, 3 ou 4 grains arrondis
ou en baguettes courtes.
Nous n’avons jamais, dans le sang circulant, décelé de schi-
zontes arrivés au terme de la segmentation . Ceux-ci se rencon¬
trent seulement dans les frottis d’organes, en particulier le pou¬
mon. Extraglobulaires, assez régulièrement arrondis, ils
mesurent de 5 à 6 ou même 7 p. Le pigment y est assez abon¬
dant, de couleur brun foncé, disposé à la périphérie en amas
irrégulier. Les noyaux, jamais plus nombreux que 4, se portent
excentriquement. Autour d’eux se condense du protoplasma et
on a une schizozonie complète à 4 mérozoïtes.
Eléments sexués. — D’une rareté extrême dans la circulation
périphérique (nous en avons rencontré un seul), les gamètes se
trouvent au contraire assez nombreux sur frottis d’organes et
spécialement de rate. 11 nous ont paru toujours extraglobulaires.
Les macrogamètes , arrondis ou légèrement ovalaires, mesurent
de 3 p 5 jusqu’à 5 et 6 p ; la chromatine forme une masse com¬
pacte à peu près centrale ; le pigment, très abondant, est en
grains gros, irréguliers, noirs, par amas de dimensions variables.
Séance du i4 Février 1917
97
Les microgamétocytes sont généralement de taille un peu
moindre. Le noyau est constitué par de la chromatine lâche pre¬
nant une faible coloration. Le pigment est en courtes baguettes
de teinte brun verdâtre.
Nous avons rencontré un élément que nous interprétons
comme une 9 en parthénogénèse. Le parasite, de près de 8 m de
diamètre, était composé de deux parties. L'une, la partie fertile,
comprenait 4 mérozoïtes ovalaires (2 étaient très distincts, les
2 autres moins), avec noyau compact à l’extrémité, et pigment
brun irrégulièrement distribué. L’autre, la partie stérile, englo¬
bait deux blocs de chromatine réunis entre eux, de couleur plus
terne que celle des mérozoïtes, entourés de grains de pigment
noir.
Dans le sang périphérique, il n’est pas rare de rencontrer des
leucocytes mononucléaires mélaniféres.
Dans un mononucléaire nous avons observé une sorte de
rosace constituée par 5 petits parasites, tous piriformes, de
1 jjl 5 à 2 {jl, à extrémité pointue contenant le noyau dirigé en
dedans.
Le sang examiné plusieurs jours de suite ne nous a pas révélé
de périodicité dans le cycle schizogonique.
Le Plasmodium de Iguana nudicollis de la Guyane est distinct
de Plasmodium minasense , décrit par Carini (i) chez Mabuia
agilis du Brésil ; par exemple, les grosses formes pigmentées
du sang périphérique, que figure Fauteur, manquent totalement.
Venyon (2) a trouvé chez Iguana sapidissima de Trinidad
un Plasmodium qu’il identifie à Pl. minasense : nous 11e connais¬
sons le travail que par l’analyse qu’en a faite F. Mesnil. Autant
que nous pouvons en décider, >le seul point commun serait la
schizogonie aboutissant à des rosaces à 4 mérozoïtes.
Le parasite de l’Iguane guyanaise est encore plus éloigné des
autres Plasmodium trouvés chez des Sauriens : PL simondi Cas-
tellani- W illey de Hcmidactylus leschenaulti. ; PL agamæ Wenyon
de Agama colonorum : Pl. mabuiœ Wenyon de Mabuia quinquetœ-
niata : PL tropiduri et PL diploglossi Aragao-Neiva de Tropi du¬
ras torquatus et Diploglossus fasciatus.
Les plus petites formes de l’hématozoaire que nous avons décrit
(1) Carini. Bull. Soc. Pal h. exotique, t. 5, 1912, p. 592.
(2) Wenyon. ,/. of trop. Med. a. Hyg. t. 28, juin 1915, p. 1 33, analysé
par F. Mesnil in Bull. Institut Pasteur, t. i3, 1916, p. 391.
98
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
ressemblent, à s’y méprendre, à ces jeunes schizontes de Plas -
modia/n prœcox, sans pigment et avec zone achromatique autour
du karyosome, trouvés fréquemment sur la Côte occidentale
d’Afrique, et sur lesquels Marchoux (i) a appelé l’attention
dès 1897.
Beaucoup de formes adolescentes pourraient être prises pour
des piroplasmes, certains parasites se rapprochant des Nuttalia ,
d’autres des Theileria , d’autres des Piroplasma [s. s.).
La comparaison s'impose aussi avec Pyrhemocyton tarentolœ ,
décrit récemment par E. Chatton et Blanc (2) chez le gecko de
Tunisie : mêmes petits corpuscules sphériques nucléés de 1 p;
mêmes formes en poires de 3 à 4 p sur 1 a 5 à 2 p ; même absence
de parasites libres dans le plasma. Mais on n’observe jamais les
inclusions très particulières élaborées par le parasite et qui ont
nécessité la création d’un genre nouveau.
Le Plasmodium de ïguana nudicollis nous paraît une espèce
nouvelle et nous proposons de le dénommer Plasmodium Carinii,
en hommage à l’actif Directeur de l’Institut Pasteur de Sao-
Paulo.
Institut d' Hygiène de Cayenne.
Parasites du sang des animaux en Transcaucasie
I
Grahamella chez les rongeurs du Caucase
Par W . L. YAKIMOFF
En septembre 19 1 5, nous avons trouvé des Grahamella dans
le gouvernement de Kars (Transcaucasie) chez un hamster (Cri-
cetus phoca) et chez un campagnol (sp?).
Sur les frottis de sang colorés par la méthode de Giemsa, les
corps bacilliformes sont bleu-violet. La quantité de ces corps
est variable et quelquefois ils sont très nombreux (tout l’érythro¬
cyte en est plein). Dimensions o p 75-1 p 5.
(1) E. Marchoux. Annales Institut Pasteur, t. XI, 1897.
(2) E. Chatton et G. Blanc. C. R. Soc. Biologie , t. 77, n° 28, octobre 191/4,
p. 496, el t. 79, £2 jauv. 1 9 1 G, p. 3p, fig-.
Séance du \f\ Février 1917 99
Chez le campagnol, les parasites sont plus nombreux que chez
le hamster.
Il semble que l’infection 11e détermine aucun trouble chez
les animaux. Dans le sang, il y a de la polychromatophilie ; il
n’y a pas de normoblastes.
Chez le campagnol, nous avons observé ainsi des anaplasmes.
Nous donnons au Grakamella de Crieetus phoca le nom Gra-
hamella ninœ kohl-yakimovi.
II
Theileria chez le campagnol
Par W. L. Y A KIM O FF et Mlle R. A. SAPHRONOWITSCH
Nous avons examiné le sang de quelques campagnols (sp ?)
dans le gouvernement de Kars.
Chez tous les animaux, polychromatophilie nette, mais ni
normoblastie ni poikilocytose.
En outre, sur le frottis d’un individu, nous avons trouvé des
petites inclusions rondes endoglobulaires avec protoplasme bleu
(après Giemsa) et noyau périphérique occupant presque le
tiers ou la moitié. Des éléments piriformes ou bacii liformes
n’ont pas été observés.
Ces corps sont identiques à ceux trouvés par Mm0 Nina Kohl-
Yakimoff et W. L. Yakimoff chez les campagnols du gouverne¬
ment de Saratovv.
Nous croyons que ces parasites appartiennent au genre Thei¬
leria et nous leur donnons le nom de Theileria rossica.
>
III
Leucocytogregarina d’un poisson
Par W. L. YAKIMOFF
Depuis la découverte de l'hémogrégarine des leucocytes chez le
chien (James, 1906), ces parasites n’ont été trouvés que chez les
mammifères.
Chez les poissons, nous connaissons de nombreuses hémogré-
garines des hématies, mais on n’a encore décrit aucune leucocy-
togrégarine.
100
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A notre laboratoire, nous avons eu plusieurs poissons de la
rivière Kars-tschaï.
Dans le sang1 d’un poisson, dans un grand mononucléaire, à
côté du noyau, existe un corps allongé coloré par le Giemsa en
bleu, avec une extrémité arrondie et l’autre un peu effilée.
Au milieu de ce corps, on observe une masse de chromatine
colorée en rouge — le noyau. Nous n'avons pas trouvé de forma¬
tion pouvant être identifiée à un blépharoplaste.
Il n'y a pas autour du corps la membrane qui existe chez les
leucocytogrégarines des mammifères.
Un bord du parasite empiète sur un côté du noyau qui se voit
par transparence à travers le protoplasme du parasite.
Dimensions :
Longueur du mononucléaire . 15 a
Largeur du mononucléaire . 12 p.
Longueur du noyau . 12 g
Largeur du noyau . 7,5 g
Longueur du parasite . 9 a
Largeur du parasite . 4,5 a
Longueur du noyau . 3 g
Largeur du noyau . 2,25 g
Nous n’avons trouvé aucun autre parasite (sauf un exemplaire
de Myxobolus) ni dans les érythrocytes, ni dans les leucocytes,
ni dans le plasma sanguin.
Nous donnons à notre parasite, en souvenir de Mme Nina Koiil-
Yakimoff, le nom Leucocytogregarina ninæ kohl-yakimovi.
Laboratoire de la Mission ma/arico épidémique de
r Union des Zemstvos russes au Caucase. — Chef de
la Mission D1 Marzinowsky. Chef du laboratoire
W. L. Y A Kl MO FF.
Leucocytogregarina musculi A. Porter à Pétrograde
Par W. L. YAKIMOFF et N. ,J. SCHOKHOR.
A. Porter (îqo8) (i) a découvert la leucocytogrégarine des
souris à Londres. Sangiorgi (1912) (2) l’a retrouvée à Turin.
(1) A. Porter, Leucoct/tozoon musculi sp. n., a parasitic protozoon fromthe
blood of white mice, Proceed. zoolog. Soc.oJ London , 1908, oct.
(2) Sangiorgi. Leucocytogregarina musculi , Pathologica, 1912, no 88.
Séance du i4 Février 1917
101
Nous avons observé ce parasite sur les frottis d’organes d’une
souris à Pétrograde.
Le parasite 11e diffère pas des autres leucocytogrégarines. Son
protoplasme se colore en bleu; le noyau est situé au milieu et
plus souvent à une extrémité ; la membrane ne se colore pas.
Dimensions 8-10 u X 4-5 p*.
Nous avons toujours vu les parasites dans les grands éléments
mononucléaires ou leurs débris, jamais libres.
Cet organisme est sans doute identique à celui qu’ont vu
A. Porter et Sangiorgi.
Service des maladies tropicales et de chimiothérapie
du Département vétérinaire de V Intérieur. — Chef
du Service W. L. Yakimoff.
1
Prowazekia ninæ kohl-yakimovi n. sp.
Par W. L. YAKIMOFF.
{Note préliminaire).
Dans l'été 1916, nous avons trouvé dans les infusions de foin
des flagellés qui, après coloration, ont montré les caractères du
genre Prowazekia Hartmann et Chagas. Ils ont un noyau prin¬
cipal, un blépharoplaste et deux flagelles, un antérieur et l’autre
postérieur, de longueur inégale, portant un ou deux grains
basaux.
Le protozoaire a une forme variable : piriforme, ovale, ronde
ou allongée; les extrémités sont arrondies. Dimensions : 3,55-
9,32 |jl x 2,i3-5,48 [a. Longueur des flagelles : antérieur, 4*26-
1 4j 20 [a; postérieur, 7, 81-21, 3o u.
Nous avons examiné i4 échantillons de foin pour les Prowa¬
zekia : 3 échantillons de Pétrograde (positifs, 2), 4 de Novgorod
(positifs, 2), et 7 de Gatschina (positifs, 2), et un échantillon de
paille (positif).
Nous avons cultivé notre Prowazekia sur les géloses de Froscii
et de Musgrave et Clegg.
Nous lui donnons le nom de Prowazekia ninæ kohl-yakimovi
n. sp.
Service des maladies tropicales et de chimiothérapie
du Département vétérinaire de V Intérieur. — Chef
du Service W. L. Yakimoff.
102
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
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Microfilaires des animaux au Turkestan russe
Par W. L. YAKIMOFF et collaborateurs.
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Dans nos notes parues dans ce Bulletin en 1914 et 1 9 t 5, nous
avons décrit les microfilaires des chevaux, des ânes, des mulets
( Micro jilaviu ninœ kohl-ijakimovi ) et des chameaux (M. came -
lensis). Dans la présente note, nous décrirons les microfilaires
des chiens, des bovidés et des grenouilles.
I
Microfdairc des chiens
Par W. L. YAKIMOFF et N. J. SCHOKHÜK, en collaboration
avec l'étudiant en méd. S. D. Weniaminoff et les étudiantes
en méd. Z. A. Kvanoff, .1. A. Kolpakoff et M. I. Korniloff.
Du 20 mars à fin août r 9 r 3 , nous avons examiné 097 chiens,
au point de vue des microfilaires, à Taschkente, Samarcande,
Boukhara, Merve, à la station Kélés et au village ( « kichlake »)
Toï-Tubé (district de Taschkente). Le nombre des animaux
infectés a été de fii = 10,21 0/0 (v. tableau 1).
Tableau 1
Les variations de l’infection à Taschkent suivant les mois,
ont été les suivantes (y. tableau IL :
r,
Séance du i4 Février 1917
Tableau II
103
La microfilaire a le même aspect que chez les autres animaux,
seulement la gaine 11e se colore jamais.
Il y a 5 (parfois 2, 3 ou 4) taches claires :
1) Céphalique. Occupe toute la largeur du parasite. Longueur
4, 26-8,52" p..
2) Transversale. Occupe toute la largeur du parasite. Lon¬
gueur 2,82-7,10 y. A 39,76-08,90 p. de l’extrémité antérieure.
3) Transversale. Occupe toute la largeur du parasite, d’un
seul côté. Longueur 2,94-9,94 p-- Situéeà 69,94-80,84 p- de l’extré¬
mité antérieure.
4) Latérale. Longueur 1,92-19,20 p. Située à i32-i8o,42 p- de
l’extrémité antérieure.
5) Latérale. Longueur 0,68-7,10 p.. Située à 210-211 p- de l’ex¬
trémité antérieure.
A la tache céphalique, 011 observe 2 noyaux divisés. L’extré¬
mité postérieure est très effilée et 11e contient pas de noyaux.
Longueur du parasite 245,44 p--333, 70 p., largeur 7, 1 6-8,52 p..
L examen du sang donne (v. tableau III):
Tableau III
104
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Notre microfilaire est identique à Micro fil aria immitis.
Quelquefois nous trouvions les filaires adultes dans le cœur
et les grands vaisseaux.
Le contenu de l’intestin des hippobosques capturés sur les
chiens renfermait des microfilaires.
II
Microfilaire des Bovidés
Par W. L. YAKIMOFF, N. J. SCHOKHOR et P. M. KOSELlvINE
(en collaboration avec les étudiantes en méd. S. A. Iwanoff,
T. A.Kolpakoff et S. .). Sakowitsch et les étudiants en méd.
A. P. Demidoff, A. K. Kakpoff, K. N. Semenoff, P. S. Nowikoff
et Mlle M. F. Korniloff).
Nous avons examiné les frottis du sang périphérique de
3 1 6 animaux aux abattoirs de Taschkente et nous n’avons pas
trouvé de microfilaires. Nous avons examiné ensuite les frottis
des organes parenchymateux, et nous avons reconnu que le
siège des microfilaires est le foie. Nous avons à nouveau exa¬
miné le sang périphérique de 1.019 animaux et deux fois nous
avons trouvé des embryons de filaires.
En somme, nous avons examiné le foie de 5 10 animaux et
chez 43, nous avons trouvé des parasites (8,4 0/0).
La gaine est très bien colorée.
Il y a 3 taches claires :
1) Céphalique.
105
Séance du i f\ Février 1917
2) Transversale. Longueur 2,84-9,94 ;ju Située à 25,56-55,28
de Fextrémité antérieure.
3) Latérale. Longueur 2,84-7,10 a. A 49,70-80,94 y- de l’extré¬
mité antérieure.
Longueur des microfdaires :
Sans la gaine : 187,58-223,92 p.
Avec la gaine : 180,18-298,92 p (moyenne 280 p).
Largeur : 8,25 p.
Quelquefois nous avons vu des parasites plus petits qui res¬
semblent au stade en saucisse de Filaria bancrofti des muscles
thoraciques du Culex fatig ans (Low).
Nous croyons que cette microfîlaire peut être identifiée à
1 embryon de Filaria labiato-papillosa.
Malheureusement nous n’avons pas pu examiner s'il existe des
fil aii 'es adultes dans le péritoine.
Nous avons examiné le sang périphérique de 1.173 moutons et
de 671 brebis et 106 foies de mouton et jamais nous n’avons vu
de microfïlaires (Ziemann a trouvé ces parasites dans le sang des
moutons en Afrique).
III
Microfilaire des grenouilles
Par VV. L. YAKIMOFFet N. J. SCHOKHOR.
Chez les grenouilles ( Ranci viridis ou espèce voisine) des
« aryeks » (canaux remplis d’eau de chaque côté des rues) à
Taschkente, nous avons vu des microfdaires.
Ces petits organismes ont 38 p de long sans la gaine et
45,44-46,74 avec la gaine sur 4,^4 p de large sans la gaine et
5,68-7,10 p avec la gaîne.
La gaîne est bien développée et se colore bien en rouge.
Les noyaux sont très ramassés.
* *
Nous avons examiné le sang de presque 10.000 hommes et
nous n’avons jamais vu de microfdaires. Mais nous croyons
qu'au Turkeslan la microfilariose existe.
8
106
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
O
Microfilaires d’oiseaux du Sénégal
Par André LEGER
4
Un nombre relativement considérable de microfilaires sangui-
coles ont déjà été signalées chez des oiseaux de toutes espèces
et de toutes les régions, en particulier en Afrique, par Annett,
Dutton et Elliott (i) en Nigéria, par Ed. et Et. Sergent (2) en
Algérie, par Balfour et Neave (3) au Soudan égyptien, par Keran-
del (4) puis Ringenbach (5) au Congo Français, par Thiroux (6)
au Sénégal, et enfin par nous-mème (7) dans le Haut-Sénégal et
Niger.
A cette liste déjà longue, il nous a paru intéressant d’ajouter
trois microfilaires à gaine, et une dépourvue de gaine, rencon¬
trées chez des oiseaux du Sénégal, en particulier de la région de
Dakar: dans l’ordre des Echassiers, Ardea Goliath Temminck, de
la famille des Ardéidés, et Gallinago nigripennis Linné, de la
famille des Charadrïïdés, sous-famille des Scopolacidés ; dans
l’ordre des Passereaux, Crateropns platycercus Swainson, de la
famille des Timélidés (8).
Ces différents hémoparasites embryonnaires, bien que leurs
adultes n’aient pas pu être observés, présentent des caractères
morphologiques qui nous ont paru suffisants pour qu’une iden¬
tification absolue avec d'autres microfilaires déjà décrites ne
semble pas s’imposer, et pour qu'on puisse de ce fait leur assi¬
gner un rang spécial.
Microfilaire du Héron Goliath ( Ardea goliath Temminck).
(1) Annett. Dutton et Ellott, Liverpool School of trop. Medicine, MemoirlV,
1901 .
(2) Ed. et Et. Sergent, C\-R.Soc. Biol. , 1904, t. LVI, p. 182, et \t\ janv. 1900,
t. LVII.
(3) Balfour et Neave, 2e Report of t lie Wellcome Res. Laboratories , Khar-
toum, 1906, p. 199.
(4) Kerandel, Ra/l. Soc. Path. Exotique , 1909, t. II, p. 208.
(5) Ringenbach, Rail. Soc. Path. Exotique , 1914, t- VII, p. 296.
(6) Thiroux, Bull. Soc. Path. Exotique, 1911,1. IV, p. 62 5.
(7) André Leger, Bull. Soc. Path. Exotique , 1913, t. VI, p. 35p.
(8) Nous devons la détermination de nos oiseaux a M. le Docteur Bouet, que
nous sommes heureux de remercier ici.
Séance du i4 Février 1917
1 07
Examinée à l’état fiais, entre lame et lamelle, la microfilaire de
Ardea goliath s agite au milieu des hématies en leur imprimant
d’assez violents déplacements ; ses mouvements consistent sur¬
tout en mouvements de torsion et de détente, auxquels font suite
des mouvements de translation relativement courts ; mais à
aucun moment l’embryon n’a tendance à vouloir sortir du champ
microscopique. De nombreux exemplaires paraissent fixés par
leur extrémité antérieure à la lame ou à un paquet de globules ;
I embryon, accomplissant alors des mouvements rétrogrades
dans le but de se dégager, laisse voir nettement une petite
partie de la gaine, dont il est pourvu.
Sur préparations colorées, particulièrement à l’hématine-éosine et au
Leishman, la microfilaire apparaît pourvue d’une gaine, relativement ser¬
rée, appliquée sur le corps à sa partie antérieure, se relâchant dans le tiers
postérieur pour dépasser d’environ 70 a en moyenne l’extrémité caudale
en une sorte de traîne. Exceptionnellement, la gaine a la même longueur
que le corps de l’embryon. Celui-ci est alors emprisonné dans un fourreau
tellement étroit qu’il semble pour ainsi dire exempt de gaine.
Le corps cylindrique de la microfilaire, qui possède une extrémité anté¬
rieure arrondie, conserve la même épaisseur sur toute son étendue pour se
rétrécir à sa partie toute postérieure, et se terminer par une extrémité
caudale obtuse, en général recourbée en crochet. La microfilaire mesure en
moyenne 150 g de longueur sur 3 a 5 de largeur ; elle atteint donc avec sa
gaine une longueur d’environ 220 u.
Le corps de l’embryon, entouré d’une cuticule très nettement striée dans
le sens transversal, se compose essentiellement d’une colonne de cellules,
très rapprochées les unes des autres, tassées h l’intérieur du cylindre cuti-
culaire, mais toujours bien distinctes. Cette colonne cellulaire n'est pas
exactementcontinue; elle laisse voirun certain nombre d’interruptions dont
les principales sont: un espace clair céphalique, d’environ 3 à 4 a de lon¬
gueur, constant, entre l’extrémité antérieure et les premiers noyaux de la
colonne cellulaire ; une tache oblique, en bandeau, située en moyenne à
45 j a de la tête; enfin une plus grande tache, de forme ovalaire, à 50 g
environ en arrière de la précédente. Il n’existe pas de tache caudale, la
colonne nucléaire aboutit à l’extrémité même de l’embryon.
La microfilaire ne présente pas de périodicité ; elle apparaît
dans le sang également à toute heure du jour et de la nuit, et
en nombre tou jours considérable.
Le héron parasité, qui a montré constamment dans le sang
des embryons nombreux depuis plus de deux ans, conserve un
parfait état de santé apparente.
Microfilaire de la bécassine ( Gallinago nigripennis Linné). —
L’embryon, excessivement rare dans le sang d'une bécassine sur
trois que nous avons examinées, apparaît à l’état frais pourvu,
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108
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
lui aussi, d’une gaine. Il se déplace peu dans le champ du
microscope, présentant seulement des mouvements lents de rep¬
tation.
Après coloration, la micro fi laire revêt un aspect trapu assez caractéris¬
tique ; elle mesure 100 de longueur sur 12 à 14 g de largeur. Son extré¬
mité antérieure, arrondie, se continue par un corps cylindrique, sur lequel
on n’aperçoit aucune striation cuticulaire, et qui se rétrécit assez brus¬
quement vers la partie postérieure pour se terminer en une pointe cau¬
dale effilée. La gaine, appliquée assez étroitement sur le corps de l’em¬
bryon, le dépasse à la portion terminale d’une longueur de 30 en
moyenne, ce qui porte la grandeur totale de la microfilaire à 130 g environ.
La colonne nucléaire, quoique assez serrée, est nettement distincte, et
remplit le corps de l’embryon jusqu’à sa pointe extrême. Elle n’est inter¬
rompue que par une tache céphalique constante, et par deux autres espaces
clairs, de forme ovalaire, irrégulièrement situés dans la moitié postérieure
du corps de l’embryon.
Malgré nos recherches minutieuses, il ne nous a pas été per¬
mis de retrouver des filaires adultes à l’autopsie de l’oiseau
parasité.
Microfilaires de la grande fauvette babillarde (Crateropus
platycercus Swainson). — Sur le spécimen de fauvette, qu'il nous
a été donné d’examiner, nous avons trouvé une infestation à
microfilaires extrêmement sévère, si l’on peut en juger par le
nombre élevé d’embryons sanguicoles vus à l’état frais (7 à 10 par
champ microscopique objectif n° 7 Stiassnie, oculaire compensa¬
teur n° 4)- Ces hémoparasites étaient en outre de deux espèces
nettement distinctes par leurs caractères morphologiques.
i° C’est tout d’abord une assez grande microfilaire, pourvue
d’une gaine, mince et élégante d’aspect, dont l’examen entre
lame et lamelle permet d’étudier les mouvements peu vifs, con¬
sistant surtout en mouvements de projection des extrémités
après une sorte de contraction de tout le corps, et un peu ana¬
logues à ceux d’une sangsue.
Sur une préparation colorée, l’embryon mesure une moyenne de 225 g
de longueur sur 5 u 5 de largeur, occupant en général une position allon¬
gée, ou à courbure très grande, avec quelques rares sinuosités de très
petite ampleur. La gaine, très strictement appliquée à la cuticule sur
toute l’étendue du corps de la microfilaire, ne le dépasse en moyenne que
d’une vingtaine de u. seulement à la partie postérieure, ce qui donne à
l’embryon une longueur totale de 250 \l environ.
La cuticule très finement striée dans le sens vertical ne laisse voir cette
striation qu’au niveau des taches claires dont l’embryon est porteur.
109
Séance du i/j Février 1917
L’extrémité antérieure est arrondie, et la caudale se termine par une
sorte de renflement en boule.
Le corps cylindrique est constitué par une colonne cellulaire très tassée,
mais toujours distincte, offrant sur son étendue un certain nombre d’in¬
terruptions : tout d’abord un grand espace clair céphalique de 6 g de
longueur en ino3^enne; puis, à l'union du tiers moyen etdu tiers postérieur,
une tache constante, très nettement apparente, globuleuse, représentant
le central viscus, suivie d'une autre régulièrement située à 25 u. en
moyenne de l’extrémité caudale et revêtant l’aspect d’une bande transver¬
sale d’environ 3 u. de long; enfin deux petites taches, inconstantes du
reste, dans le tiers moyen du corps de l’embryon.
20 La deuxième microfilaire, de taille notablement moindre
(80 4u de longueur sur 5 jjl 5 de largeur) est aussi en nombre
beaucoup moins élevé dans le sang de la fauvette; on en ren¬
contre en général une pour 25 ou 3o du type précédent.
A l'état frais, elle est excessivement mobile, se déplace avec
grande rapidité dans le champ du microscope en balayant vive¬
ment les hématies. Elle apparaît dépourvue de gaine.
Aprèscoloration, le corps, quien général présente d'élégantes sinuosités,
est constitué par une colonne nucléaire très serrée, compacte, indistincte.
Son extrémité antérieure est arrondie, la postérieure se termine d’une
fa.çon obtuse. Les interruptions de cette colonne nucléaire sont en général
au nombre de deux : un espace clair céphalique, constant, assez grand,
puis une autre tache, plus petite, de forme ovalaire, à 45 p en moyenne
de l’extrémité antérieure. Aucune striation visible au niveau du
cylindre cuticulaire.
L’autopsie de l’oiseau parasité a été pratiquée, et il 11e nous
a été permis de rencontrer aucune filaire adulte.
Pour résumer, nous pensons utile de présenter sous forme
d’un petit tableau d’ensemble les caractères morphologiques
que nous venons de décrire dans le sang du héron géant, de la
bécassine, et de la grande fauvette babillarde du Sénégal.
Laboratoire de b A. O. F. — Dakar.
HO
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Au sujet de l’évolution des infections
expérimentales des petits Rongeurs
par Leishmania tropica
Par A. LAN ER A N.
A plusieurs reprises j'ai attiré l'attention de la Société sur la
fréquence des accidents locaux chez les souris, et chez d’autres
petits Rongeurs, qui ont été inoculés, dans le péritoine ou dans
le tissu conjonctif sous-cutané, avec Leishmama tropica , sous
la forme aflagellée ou sous la forme flagellée (cultures) ; j’ai
insisté en particulier sur la fréquence, chez ces animaux, des
tumeurs que j’ai appelées testiculaires, parce qu’elles englobent
le plus souvent les testicules.
Les recherches faites par le Dr Bouilliez à Fort-Archam¬
bault (i) confirment les miennes sur beaucoup de points; je
désire présenter quelques remarques au sujet de Révolution que
notre collègue attribue, sous une forme d’ailleurs dubitative, à
l’infection produite par L. tropica chez les petits Rongeurs uti¬
lisés pour ses recherches.
M. Bouilliez suppose qu’il se produit d’abord, chez ceux de
ces animaux qui sont inoculés dans le péritoine, une infection
générale et que les localisations à la périphérie du corps sont
secondaires ; ces localisations pourraient continuer à se déve¬
lopper alors que l’infection viscérale entrerait en résolution.
Si cette opinion sur Révolution de l’infection était exacte
pour tous les petits Rongeurs, il paraît évident que, chez les ani¬
maux sacrifiés de bonne heure après l'inoculation, on devrait
trouver une infection viscérale sans lésions périphériques, et
que, chez les animaux sacrifiés tardivement, les lésions périphé¬
riques devraient être beaucoup plus marquées que les altéra¬
tions viscérales, lesquelles pourraient faire complètement défaut.
Or dans les recherches, déjà nombreuses, que j’ai faites sur des
souris, j'ai observé exactement le contraire : chez les souris
sacrifiées de bonne heure, après inoculation intra-péritonéale,
t f • * • • > , . •
(i) M. Bouilliez. Rech. cxpérim. sur Leishrnania tropica , Huit et in de notre
Société ; t. X, p. 66.
Séance du i(\ Février 1917
1H
je n ai trouvé que des lésions locales (tumeur testiculaire), et
c’est chez les souris sacrifiées tardivement ou ayant succombé
à la leishmaniose, que j’ai observé les infections généralisées
les mieux caractérisées.
£
L’expérience suivante me paraît très probante au sujet de
l’évolution de l’infection produite par L. tropica chez les souris,
et je pourrais citer beaucoup de faits qui témoigneraient dans le
même sens.
Deux souris blanches, adultes, sont inoculées à 3 reprises, les 17 et
25 mars et le 11 avril 1916, dans le péritoine, avec des cultures de L. tro¬
pica. Le 19 avril, il existe chez les 2 souris des indurations de la région
testiculaire. Le 21 avril, des ponctions faites au niveau des indurations
donnent des Leishmania très nombreuses chez l’une des souris (n° 1), non
rares chez l’autre (n° 2). Chez les 2 souris, les tumeurs testiculaires con¬
tinuent à se développer.
La souris n° 1 est sacrifiée le 27 avril ; elle pèse 26 g. ; la rate pèse
30 c g. On trouve des Leishmania nombreuses dans les 2 testicules, très
nombreuses dans le tissu conjonctif voisin qui est épaissi et induré. Les
frottis du foie, de la rate et de la moelle osseuse ne montrent aucune
Leishmania.
La souris n° 2 est sacrifiée le 27 mai 1916 ; elle pèse 28 g. ; la rate très
fortement hypertrophiée pèse 52 cg. La tumeur testiculaire a le volume
d’une noisette, elle englobe les 2 testicules qui sont méconnaissables. Leish¬
mania en très grand nombre dans les frottis obtenus avec différents lam¬
beaux de la tumeur. Leishmania non rares dans le foie ; très rares dans la
rate ; un frottis de moelle osseuse ne montre pas de Leishmania .
De ces 2 souris, inoculées dans les mêmes conditions et ayant
montré, 34 jours après la première inoculation, des tumeurs
testiculaires bien caractérisées, l une, sacrifiée l\i jours après la
première inoculation, avait une infection bien localisée, fautre,
sacrifiée au bout de 71 jours, avait une infection généralisée.
Personne, je pense, n’admettra que la souris n° 1 avait eu déjà
une infection générale, terminée par guérison, alors que, un
mois plus tard, la souris n° 2 présentait une infection générale
encore peu avancée.
M. Bouilliez cite des faits qui tendent à prouver que l’infec-
tion générale peut être très précoce chez les petits Rongeurs ino¬
culés dans le péritoine avec L. tropica. Dans l’expérience n° 5,
du 12 février 1915, i4 rats de case, Mus concha, sont inoculés,
dans le péritoine, avec le produit de broyage de foies et de rates
de rats infectés par L. tropica ; chez ceux de ces rats qui sont
sacrifiés du 21 février au 3 avril 19 1 5, on trouve en général des
Leishmania nombreuses ou très nombreuses dans le péritoine,
112
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rares dans le foie et la rate ; pas de parasites dans la moelle
osseuse. Il n’est pas question de lésions localisées à la périphérie.
Cette expérience semble témoigner en faveur de l’opinion émise
par le D1 Bouilliez puisque des infections générales, sans loca¬
lisations à la périphérie, ont été notées déjà au bout de 9, 12
et 17 jours, mais il y a une cause d’erreur. Quand 011 autopsie
un petit rongeur qui a des Leishmania nombreuses dans le péri¬
toine, et qu’on lait des frottis de la rate et du foie, il y a de
grandes chances pour qu’on trouve, dans ces frottis, des Leish¬
mania :, alors même qu’il n’y en a pas dans les parenchymes de
ces viscères, attendu que des parasites sont accolés à la surface
péritonéale et que, la petitesse des viscères étant donnée, il est
difficile de tailler un lambeau en excluant toutes les surfaces
tapissées par la séreuse; même en réussissant cette dissection,
on ne serait pas complètement à l’abri de la cause d’erreur car les
ciseaux, le scalpel ou les pinces peuvent entraîner des Leishmania.
Dans un cas, M. Bouilliez fait remarquer que les Leishmania
vues dans les frottis du foie, provenaient peut-être du péritoine,
cette remarque peut s’appliquer aussi aux autres cas.
Lorsqu’on injecte la matière virulente, non dans le péritoine,
mais dans le tissu conjonctif péritesticulaire, on évite la cause
d'erreur en question, et l'on constate, au moins chez les souris,
comme dans l’observation qui suit, que les accidents locaux se
développent avant qu’il y ait infection générale. Je n’ai jamais
observé, pour ma part, chez les souris inoculées avec L. tropica
dans le péritoine ou dans le tissu conjonctif sous-cutané, d’infec¬
tions générales aussi précoces que celles qui sont signalées par
M. Bouilliez dans quelques-unes de ses expériences (9, 12,
17 jours après l'inoculation).
Une souris blanche, adulte, est inoculée le 15 décembre 1916, dans le
tissu conjonctif sous-cutané de l’aine droite, avec le produit du broyage
de la tumeur testiculaire d’une souris infectée par L. tropica. Le 3 janvier
1917, on sent une induration très netteau point d’inoculation, cette indu¬
ration ressemble beaucoup aux indurations que l’on observe dans la région
des testicules chez les souris inoculées dans le péritoine, à cela près que
la lésion est ici limitée au coté droit, au lieu d’être bilatérale. Une ponc¬
tion, faite dans la partie indurée, donne une petite goutte d’un liquide
blanchâtre qui contient des Leishmania en énorme quantité.
La souris est sacrifiée le 4 janvier 1917 ; elle pèse 23 g. ; la rate, hyper¬
trophiée, pèse 33 cg. Le tissu conjonctif épaissi et induré au voisinage du
testicule droit contient des Leishmania en très grand nombre. Les frottis
du foie, de la rate et de la moelle osseuse ne contiennent aucune Leishmania.
Séance du i4 Février 1917
1 1 H
En résumé, avec le virus du bouton d’Orient dont je me suis
servi, et chez les souris blanches, inoculées dans le péritoine ou
dans le tissu conjonctif péritesticulaire, j’ai observé que les
accidents locaux, dont le plus ordinaire est la tumeur testicu¬
laire, précédaient l’infection générale, qui d’ailleurs faisait
souvent défaut, quand les souris étaient sacrifiées de bonne
heure.
,1e n’entends pas conclure de là, bien entendu, que l’évolu¬
tion de l’infection a du être exactement la même dans les expé¬
riences de M. Bouilliez que dans les miennes. Notre collègue
s'est servi en effet d’un virus qui était peut-être plus actif que le
mien, et ses expériences ont porté sur de petits Rongeurs de
Fort-Archambault, alors que les miennes ont porté, presque
toujours, sur des souris blanches.
Trypanose des porcs; relations des porcs
avec la trypanose humaine dans la vallée
de l’inkissi (Moyen Congo belge)
Par le R. Père G. GREGGIO
Les chiffres que je vais citer proviennent d’examens effectués
au marché de Kisantu, du mois de mai 1914 au mois de novem¬
bre de la même année ; j’ai soumis à l’examen tous les porcs
qu’on y amenait pour la vente. Deux préparations fraîches et
deux colorées constituaient l’examen. M. le docteur Rodilun a
depuis établi que le trypanosome, dont il est ici question, est le
Trijp. congolense.
I. — Région de Kisantu (Rive droite Inkissi)
Porcs
114
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
II.
Région de Tomba Ma/ii (Rive droite ïnkissi)
(16 h. de marche de Kisantu)
Porcs
Examinés
Villages
V vva .
Ivigala . .
Zuln .
Kinkondongo .
Yungu
Malele.
Kivita-Vunda
Pourcentage : 46,8 0/0.
8
3
1
8
8
3
6
Total,
32
* J
Atteints
1
1
0
5
2
2
3
TT
III. — Région à gauche de F Ïnkissi (vis-à-vis de Kisantu)
Porcs
Villages
Kindundu
Nsumba .
Ndemho .
Ngombe K in/a .
Total.
Pourcentage : 41,6 0/0.
Examinés
6
4
1
1
Atteints
2
3
0
0
12
v
Total général : porcs examinés, p4 ; atteints, 36; pourcen¬
tage, 38,3 o/o.
Remarques et conclusions. — i° L'extension de l'infection est
telle que celle-ci a envahi à peu près toute la grande vallée de
l’Inkissi, depuis le pont du chemin de fer (km. a63) jusqu'au
Congo Portugais.
2° Le pourcentage déjà élevé des bêtes trouvées atteintes doit
être considéré comme de beaucoup inférieur à la réalité (r).
Les Trypanosomes en effet sont très rares dans le sang. Pour ne
citer qu'un exemple : il a fallu dix jours d’essais répétés avant
d’en retrouver chez un porc envoyé pour expériences au labo¬
ratoire de Léopoldville, après un examen préliminaire positif
fait à Kisantu.
3° Au point de vue économique, la Trypanosomiase des porcs
(i) Par contre, sur 1S2 moulons examinés au cours de l’année iqio, nous
n’avons trouvé que y bêtes atteintes dans nos différents troupeaux de la vallée
de PInkissi.
Séance du i/j Février 1917
Mo
n’entraîne aucune perte pour les propriétaires. La reproduction
se fait normalement, et les bêtes trypanosées non seulement ne
portent aucun signe extérieur de maladie, mais peuvent être
très bien en chair.
4° Il n’existe aucune corrélation directe dans une région déter¬
minée entre l’existence de la trypanose humaine et celle du porc.
Simultanément l’une peut être très grave, et l’autre faire à peu
près défaut. En voici un exemple. La dernière tournée entre¬
prise dans les environs de Kisantu en r 9 1 5 , donna les résultats
suivants : 2.780 noirs examinés, 20 noirs atteints, soit 7 pour
1.000. Or les chiffres cités plus haut (num. 1) donnent au con¬
traire un pourcentage considérable pour la trypanose animale
dans la même région : 32 0/0.
5° Indirectement cependant, de graves dangers menacent les
régions où l'élevage du porc s’intensifie. Voici pourquoi. 11 favo¬
rise d’abord la multiplication des glossines en leur offrant une
nourriture facile et constante. De plus les meilleurs emplace¬
ments se voient infestés par la mouche. Toujours en liberté du
matin au soir, les porcs vont et viennent sans cesse du village
aux bas-fonds et de ceux-ci au village. Ils se font de la sorte les
convoyeurs par excellence des glossines de toute espèce, des
G. palpalis notamment, qui, fixées sur eux, remontent jusqu’aux
cases. *
Un jour j’en comptai lui it sur un seul porc. Et si l’on consi¬
dère que certains villages possèdent jusqu’à trente et quarante
bêles, on pourra juger de la fréquence des mouches près des
huttes et dans les huttes mêmes. Supposons un seul dormeur
dans un village : quelle occasion constante d’infection pour tous
les autres! Aussi les indigènes de certaines régions sont-ils les
principaux auteurs de leur propre ruine. L’exemple du district
de Tumba Mani (num. II), où l’élevage du porc a acquis préci¬
sément d’assez vastes proportions m'en paraît une preuve mani¬
feste. Aucune contrée comme celle-là ne réunissait autant de
conditions favorables pour résister à l’invasion de la maladie du
sommeil. La forêt, si redoutable partout ailleurs en Afrique, n’oc¬
cupe là que des surfaces quasi insignifiantes. La plus grande
partie du pays est recouverte d’une petite herbe clairsemée, qui
rend impossible le séjour de la G. palpalis. Les mamelons sur les
flancs ou sur les sommets desquels les villages sont bâtis, s’élè¬
vent très haut: la plupart atteignent ou dépassent même 700 m •
\
116 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d'altitude. Seuls les cours d’eau dans les replis des mamelons
ou dans les vallées ont leurs rives légèrement boisées. Mal¬
gré ces conditions idéales, les ravages faits par le mal ont été
considérables. Qu’on en juge. Voici pour les chefferies de Vwa,
Kigala, etc., mentionnées plus haut (num. II), les pourcentages
des contribuables décédés de trypanose au cours des années
J’ai parcouru longuement à la fin de 1913 la région de Tumba
Mani en compagnie de l’administrateur et du R. P. Hanquet,
pour rechercher les causes de cette rapide expansion de la
maladie : aucune autre explication possible n’a été trouvée —
pour l’ensemble de la contrée — que celle donnée plus haut.
Quelques indigènes (les Bambatas voyagent facilement) ont
d’abord contracté la trypanose dans les régions voisines :
ensuite, grâce à leur présence au village, les galeries forestières
au bord de l’eau, simultanément fréquentées par les palpalis et
les porcs, sont devenues des foyers intenses d’infection.
Les noirs eux-mêmes reconnaissent d ailleurs ces dangers :
mais l’élevage en question reste trop rémunérateur pour qu’ils
y renoncent. Que leur coûte-t-il en effet ? A part quelques que¬
relles pour les plantations ravagées, rien, absolument rien,
puisque les bêtes recherchent elles-mêmes leur nourriture. Or
une bête adulte vaut au marché de Kisanlu de 3o à 4o francs.
Certains blancs ont proposé de faire parquer les porcs en des
endroits déterminés, village par village ou par groupe de vil¬
lages. D’autres ont préconisé une taxe spéciale sur ces bêtes,
afin défavoriser plutôt l’élevage du mouton, de la chèvre ou des
poules ; d’autres enfin ont conseillé de supprimer les porcs.
Toutes ces mesures que je cite à titre de documentation, sont
Séance du i/f Février 1917
117
d’une application bien difficile, et il 11e convient pas présente¬
ment d’importuner les populations noires par de nouvelles lois
économiques. Elles traversent déjà de trop graves difficultés
causées par l’adaptation au régime européen assez brusque¬
ment imposé. Je ne vois pour ma part qu’un moyen : examiner
souvent ces populations au point de vue de la trypanose
humaine.
L’exemple de la région de Kisantu cité plus haut me semble
probant. 11 n'est d’ailleurs pas unique. M. Roubaud, à la séance
de décembre de la Société, a appelé l’attention sur le rôle des
Porcins en général sur la conservation des Ectoparasites
humains dans les régions chaudes et il a insisté en particulier
sur l’étroite association qui existe dans File du Prince, d’après
la mission portugaise de la maladie du sommeil (1), entre les
porcs et la Gloss ina palpai is.
Lazaret de Kisantu , icr mars 1 9 1 G .
démodectique des bovidés
Van SACEGHEM.
La dermatose, qui sévit parmi les bovidés dans les pays tropi¬
caux, et qui a comme cause étiologique le Dermatophilus congo-
lensis , a été longtemps confondue et l'est encore par un grand
nombjre d’auteurs avec la gale démodectique des bovidés. Ces
deux affections de la peau se différencient cependant aisément,
tant au point de vue bactériologique que clinique.
L e Demodex fol liculoriim variété bonis est l’agent causal de la
gale démodectique. Ce Demodex se caractérise par la longueur
du rostre et du céphalothorax, qui atteint à peu près celle de
l’abdomen.
Gros signala ce parasite en i84ô, Eaxon en 1878 en Amérique.
Grimai et Œhl Font retrouvé en Allemagne. Les lésions produites
chez les bovidés par le demodex en Europe sont bénignes ; en
Amérique du Sud, au contraire, les dégâts occasionnés par la
gale démodectique diminuent la valeur commerciale des peaux
parasitées.
(1) Acquiuos di Higiene Palhologia Eæoticos , t. V, 3o mars 1910.
Dermatose et gale
Par H.
118
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Griffiths signale chez les bovidés du Nyassaland des lésions
importantes produites par Demodex folliculorum var. bovis (i).
Personnellement j’ai observé au Congo belge un grand nombre
de cas de gale démodectique parmi les bovidés. J’ai constaté
cette gale chez des bêtes indigènes (race de l’Angola), du Daho¬
mey, des bêtes belges introduites au Congo, ainsi que chez des
zébus de l’Inde, également introduits depuis quelques années.
La gale est particulièrement facile à observer chez les zébus
dont la peau est recouverte de poils blancs très courts.
L'affection se caractérise à son premier stade par quelques
comédons; la gale progresse et s’étend principalement au pour¬
tour des oreilles, sur les côtes, à l'épaule, à la face externe de
l'avant-bras, au coude, sur la région sternale et l’espace inter¬
crural, etc. La grosseur des comédons varie de celle d'une tète
d'épingle à celle d’un œuf de poule. Exprimés ou incisés, ils
laissent échapper un magma jaunâtre dans lequel on met aisé¬
ment le demodex en évidence.
La gale progresse très lentement. Je n’ai jamais observé qu’elle
ait une répercussion bien appréciable sur l’état général des
bovidés. Les tout jeunes bovidés s infectent difficilement et
rarement.
La gale démodectique des bovidés règne avec une même inten¬
sité en saison sèche et en saison des pluies.
Je suis arrivé à limiter l’extension de la gale sur les bovidés
atteints, par l’usage régulier des bains arsenicaux (arsénile de
Na, pétrole, savon, eau).
En éloignant les veaux sevrés des troupeaux infectés, il m’a
été possible de préserver ces animaux de la gale démodectique.
Les symptômes cliniques de la gale démodectique des bovidés
sont :
i° Présence de comédons, pas de croûtes ;
2° Affection à marche chronique et lente;
3° Absence de retentissement sur l’état général;
4° Jeunes sujets non atteints ;
5° Existence en saison sèche comme en saison des pluies
dans les pays tropicaux.
La dermatose des bovidés a comme cause étiologique le Der-
(i) Üemodectic Mange of domesticated animais in Nyasaland. Journ. oj
Comp. Pat h. a. Therapeatics, mars 191”), vol. 28. n° 1, pp. 61-64.
Séance du i.4 Février 1917
119
matophilus corujolensis. Cette bactérie, qui se rattache aux formes
bactériennes filamenteuses, se présente sous deux aspects :
i° Filaments droits ou contournés, parfois ramifiés, com¬
posés d’un substratum homogène à l’intérieur duquel 011 trouve
de fines granulations.
20 Cocci isolés (1).
Cette affection se caractérise par la formation de croûtes
recouvertes de poils hérissés. En enlevant les croûtes, on met
le derme à nu ; parfois, si la lésion est en voie de cicatrisation,
sous les croûtes, on retrouve un jeune épiderme recouvert de
poils rares et courts. Ordinairement, sous les croûtes, le derme
est suintant, recouvert d’une sérosité mélangée de sang. Cette
lésion rappelle une dartre humide (2).
Les croûtes peuvent être localisés à un endroit de la peau ;
très souvent la maladie se généralise et les croûtes qui, au pre¬
mier stade, 11’atteignent que quelques millimètres, peuvent
offrir de très grandes dimensions. Le dos, l’encolure, la tête, les
membres, la queue, etc.., tout peut être entrepris. Au niveau
des plis cutanés, la peau se macère, des infections secondaires
viennent se greffer sur les lésions spécifiques, et l’animal meurt
dans le marasme, la peau érodée et putréfiée.
La dermatose contagieuse est une maladie saisonnière qui
sévit en saison des pluies dans les pays tropicaux; elle guérit ou
passe à l’état chronique en saison sèche. C’est une affection à
évolution souvent très rapide ; elle atteint les très jeunes ani¬
maux comme les adultes.
Cliniquement la dermatose des bovidés se caractérise de la
façon suivante :
i° Formation de croûtes recouvertes de poils hérissés;
20 Extension rapide sur l’animal ;
3° Complications pouvant entraîner la mort;
4° Jeunes et adultes indifféremment atteints ;
5° Affection saisonnière qui 11e sévit à l’état aigu qu’en saison
des pluies.
Le remède spécifique de cette maladie de peau est l’applica¬
tion de vaseline phéniquée à 5 à 10 0/0 (2).
(1) Van Saceghem : Etude complémentaire sur la dermatose. Hall. Soc. Path.
exot., 1916, n° 5, p. 290.
(2) Van Saceghem : La dermatose contagieuse. Bail. Soc. Path. exot., 191,0,
p. 355.
120
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La gale démodectique et la dermatose peuvent coexister sur
un même animal. C’est cette coexistence qui a fait attribuer
injustement au Demodex folliculorum des lésions produites par
Dermatoph Uns congolensis.
Un cas de Sokodu observé au Maroc
Par P. K EM LINGE II
Les cas de Sokodu récemment observés en France (i) nous
engagent à communiquer à la Société, malgré de fortes lacunes,
l’observation suivante recueillie à Tanger.
lléléna D..., 2 ans, italienne, née à Tanger, est amenée à l’Institut Pas-
Leur le 5 octobre 1914 par sa mère qui craint qu’elle ne soit atteinte de la
rage. L’enfant était en parfaite santé il y a un mois lorsqu’elle fut mordue
à la face dorsale de la main droite par un rat commun, prisonnier dans
une nasse et qu’elle avait provoqué. La morsure saigna abondamment.
Elle fut cautérisée de suite à l’alcool, une demi-heure plus tard à la tein¬
ture d’iode. Au bout d’une semaine, la cicatrisation était complète. L’inci¬
dent était presque oublié lorsqu’il y a huit jours — vingt à vingt-deux
jours par conséquent après la morsure — l’enfant présenta tout à coup
un accès de fièvre violent, précédé de frissons et suivi d’une transpiration
abondante. Cet accès était le premier d’une série d’autres accès qui, le
plus souvent avec des stades de frissons, de chaleur et de sueur moins
tranchés, devaient se reproduire par la suite à intervalles assez irrégu¬
liers, tous les deux ou trois jours en moyenne. Presque en même temps
que les accès fébriles survinrent des œdèmes fugaces localisés aux mem¬
bres supérieur et inférieur gauches et une éruption caractérisée par des
taches rouge-violacé, disséminées sur tout le corps, mais particulièrement
à la face, au membre supérieur gauche et aux membres inférieurs. Au
début, nous dit la mère, les taches allaient et venaient ; le matin, par
exemple, l'enfant n’en présentait aucune, puis brusquement elles appa¬
raissaient, duraient quelques heures et s’effaçaient. L’éruption ne serait
devenue fixe qu’il va deux jours. Parallèlement, l’état général s’est altéré.
Bien que, dans l’intervalle des accès fébriles, l’appétit soit conservé, l’en¬
fant a beaucoup maigri, beaucoup pâli ; son caractère s’est modifié ; elle est
triste, pleure pour un rien et se refuse à se tenir debout et à marcher. Ni
constipation, ni diarrhée.
Le 5 octobre, l’examen du membre mordu ne montre aucune particula¬
rité intéressante. A la face dorsale de la main droite, on constate l’exis-
(i) Fiévez. Un cas de Sokodu. Paris Médical , i5 avril 191G, pp. 388-3<)o.
Costa etTaoisiEU. Un cas de Sokodu (fièvre par morsure du rat). Bulletins
et mémoires de la Société médicale des hôpitaux de Paris , pp. 1931-1934,
séance du 24 novembre 1916.
Séance du i4 Février 1917
121
tence d’une cicatrice de morsure, mais celle-ci est indolore et n’a nulle¬
ment réagi. Outre un mauvais état général, l’enfant ne présente guère
objectivement qu'une éruption généralisée sous forme d’une cinquantaine
de papules rouge-violacé, légèrement saillantes, irrégulièrement arron¬
dies et dont les dimensions varient entre celles d'une pièce de 0 fr. oO et
celles d’une pièce de 2 francs. Ces papules disparaissent sous la pression
du doigt et ne sont le siège d’aucune douleur spontanée ni provoquée.
Elles sont séparées par de larges intervalles de peau saine et siègent à
peu près uniformément à la face, au tronc et aux membres. Le membre
supérieur droit n’est ni plus ni moins atteint que le reste du corps.
Nous ne constatons aucun œdème des extrémités. La muqueuse bucco-
pbaryngée est normale. L’enfant n’a présenté du reste ni catarrhe oculo¬
nasal, ni angine. La rate n’est pas augmentée de volume. L’urine ne
renferme pas d’albumine. Température au moment de l’examen : 36°5.
Examen du sang au point de vue du paludisme : négatif.
Séjour à la chambre. Diète lactée mitigée. Chocolatine de quinine.
Une semaine plus tard, le 13 octobre, l’enfant nous est ramenée. Les
accès fébriles ont continué de se produire irrégulièrement, tous les deux
ou trois jours, parfois tous les jours, tantôt précédés de frissons et suivis
de sueurs, tantôt réduits à de l'agitation et à de la transpiration. Presque
toujours, ils s’accompagnent d’u ne céphalée violentequi disparaîtavec eux.
L’éruption persiste avec tendance à s’effacer. L’état général est toujours
mauvais et l’asthénie très prononcée, mais l’enfant se plaint surtoutde dou¬
leurs au niveau de la morsure et dans le membre correspondant. De fait,
la cicatrice est rouge, tuméfiée, douloureuse à la pression et ëlle est le
point de départ de plusieurs grosses traînées lymphangitiques qui remon¬
tent le long du bord cubital du poignet, de l’avant-bras et du bras pour
aboutir au creux axillaire où on perd leur trace, (les traînées sont doulou¬
reuses à l’examen. Bien plus douloureux sont les ganglions épitrochléens
et axillaires dont l’augmentation de volume est considérable. Les gan¬
glions épitrochléens sont au nombre de deux; ils ont le volume d’un gros
pois et roulent sous le doigt de façon parfaite. Les ganglions axillaires
sont au nombre de six à huit ; leurs dimensions varient de celles d’un pois
à celles d’une petite noix. L’existence d’un peu de péri-adénite et la dou¬
leur provoquée par l’exploration font qu’on les délimite assez mal. Les
ganglions sous-claviculaires et cervicaux sont indemnes. Il n’existe du
reste aucune traînée lymphangitique, aucune douleur dans ces régions.
L’examen des divers organes ne montre aucune particularité intéressante.
11 n’existe toujours pas de spléno-mégâlie.
Le diagnostic de Sokodu auquel, lors du premier examen,
nous n’avions guère songé que pour l’éliminer, paraît s'imposer
aujourd’hui. Le complexus symptomatique : accès fébriles irré¬
guliers ; éruption papuleuse généralisée ; lymphangite troncu-
laire et ganglionnaire ; asthénie; le tout survenant deux à trois
semaines après une morsure de rat, se trouve réalisé au complet.
A la veille de notre départ pour l’armée, nous nous trouvons
malheureusement dans l'impossibilité de pratiquer des inocu¬
lations ou même, nos étuves étant déjà éteintes, une hémocul¬
ture et nous devons nous contenter d’examens extemporanés
9
122
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de sang. Ni l’examen à l’état frais, ni les diverses colorations
n ont réussi à mettre en évidence aucun parasite ni endo ni
extraglobulaire. Nous avons trouvé d’autre part i5.ooo globu¬
les blancs par millimètre cube, et pour cent leucocytes :
Polynucléaires . . .
Grands mononucléaires
Moyens —
Petits —
Lymphocytes
Eosinophiles. . .
50
15
18
o
2
10
W
Donc leucocytose et éosinophilie. Ces constatations sont
analogues à celles de Fragoni à Florence (i). 11 faut remarquer
toutefois qu'à Tanger, chez une enfant de deux ans, l'helmin¬
thiase a besoin d’être éliminée pour que l’éosinophilie conserve
son importance. Nous n’avons.pas eu le temps de le faire.
Par suite de notre départ, nous avons complètement perdu de
vue notre petite malade. A notre retour, elle avait quitté la ville
avec ses parents et nous n avons pu la retrouver. Nous avons
seulement appris par des voisins qu’après plusieurs semaines
de maladie elle avait complètement recouvré la santé.
Pas plus du reste que les cas antérieurement observés en
France, l'observation qui précède ne pourra fournir d’argument
en faveur de l’un ou de l’autre des parasites qui se disputent
l’honneur de causer le Sokodu (hématozoaires d’ÜGATA et de
Shikami ; spirochète de Foutaki, Takaki, Tanigouciii et Osoumi ;
streptothrix de Schottmüller et de Blake). Son principal
intérêt réside dans le fait que si, fréquent au Japon et en Chine,
le Sokodu a également été rencontré en Amérique (i observa¬
tion de Packard à Philadelphie) et en Europe, en France (i cas
de Lagriffe et Loup (i), 2 cas de Braillon et Perdu (2), 1 cas de
Fiévez(i), 1 cas de Costa cITroisier (2)), en Italie (1 observation
de Fragoni à Florence), en Angleterre (3 observations de Horder
à Londres), en Allemagne (2 observations de Schottmüller à
Hambourg), il n’avait pas encore été signalé sur le continent
(1) Cité par Gouget in « Le Sokodu ». Presse médicale, 2 mars 1912, p. 186.
Nous renvoyons à ce travail pour les indications bibliographiques.
(2) Lagriefe et Loup. Un cas de Sokodu. Presse médicale , 1914, n° 3i, p.458.
(3) Braillon et Perdu. Le Sokodu en Picardie. Société médicale d’Amiens.
4 juin 1914 et Presse médicale, 1914, no 48, p. 705.
(4) Fiévez, toc. cil.
(5) Costa et Troisier, lue. cil.
123
Séance du i 4 Février 1917
africain. Nous relèverons, comme particularité un peu anormale,
le fait que la maladie 11e paraît pas — au moins pendant le court
temps qu elle a été soumise à notre observation - avoir évolué,
comme dans la plupart des cas publiés, par poussées successives
séparées par des intervalles de guérison apparente. Peut-être
convient-il d’attribuer cette anomalie au jeune âge du sujet qui
se prête moins bien que F âge adulte à des constatations de ce
genre. O11 remarquera enfin que c’est comme chef d’un service
antirabique que nous avons été appelé à voir ce cas de Sokodu.
Le nombre de ces malades est très probablement bien supérieur
à celui que le chiffre des observations publiées permettrait de
supposer. Les Instituts Pasteur sont d’autant mieux placés pour
recueillir ces faits que, d’après un auteur étranger, le Sokodu
pourrait être réalisé par d’autres morsures que celles du rat,
par celles de l’écureuil et celles du chat en particulier.
Contribution à l’étude
de l’étiologie du Béri-Béri
Par F. Van den BRANDËN et A. DUBOIS.
L’un de nous avec feu le docteur Corin a signalé en 1914(1)
l’existence d’une petite épidémie de Béri-Béri à Bokala, poste
agricole de la rive gauche du lvasai, en insistant sur les parti¬
cularités étiologiques de cette épidémie.
La ration des travailleurs agricoles de Bokala est riche en
matières azotées et en graisse, elle a comme base le manioc fer¬
menté et cuit « shikuangui ». Le riz étant peu ou pas consommé
n’a donc pas pu, en provoquant l’inanition azotée ou l’insuf¬
fisance phosphorée, jouer un rôle semblable à celui qu’il a dans
les épidémies d Extrême-Orient.
La première épidémie de Béri-Béri sévit pendant le second
semestre 1 9 1 3 ; l’épidémie fut bénigne. Huit cas envoyés de
Bokala et hospitalisés sortirent guéris ; un malade, présentant
(1) Rapport sur une petite épidémie de Béri-Béri à Bokala (Congo Belge)
par A. Dubois et G. Corin, Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 1914
n'J 5, pp. /|02-/|o5.
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des œdèmes, de la paraplégie, des douleurs, mourut à la station
agricole.
L’année suivante, vers la même époque, éclata une seconde
épidémie; quatre cas envoyés furent hospitalisés le 19 octobre
1914. Ci-après le résumé de leur histoire clinique.
1° Yamata : état général mauvais, marche impossible, parésie des mem¬
bres inférieurs. Douleurs précordiales et tachycardie : pouls à 130. Aboli¬
tion des réflexes rotuliens. Meurt le lendemain de son arrivée.
L’autopsie pratiquée le jour même nous donne les indications suivan¬
tes : stase prononcée dans les deux poumons ; péricarde distendu renfer¬
mant un liquide citrin, cœur légèrement dilaté. Le foie présente une légère
dégénérescence graisseuse, la rate est augmentée de volume et les reins
sont normaux. Tout le tractus intestinal est congestionné, il contient des
ascaris et des ankylostomes adultes.
Le liquide céphalo-rachidien n’est pas altéré.
2° lvosi : léger œdème des jambes, abolition des réflexes rotuliens, tachy¬
cardie, douleurs spontanées et à la pression aux mollets.
Il quitte l'hôpital en guérison le 4-XII-1914.
3° I long a : œdème des membres inférieurs, douleurs rhumatoïdes. Dimi¬
nution des réflexes rotuliens et tachycardie. En guérison le 4-XII-1914.
4° Mukona : a eu des œdèmes aux membres inférieurs, ne présente plus
que de la tachycardie.
Guérit.
5° Un malade ayant présenté des symptômes identiques aux quatre mala¬
des précédents, est mort à bord du bateau pendant son transfert de Bokala
à Léopoldville.
A notre connaissance, il n’y a pas eu d’épidémie de Béri-Béri
pendant les années 1916 et 191C. L’apparition de deux épidé¬
mies de Béri-Béri dans une station où les travailleurs Noirs
reçoivent une alimentation dont la buse est constituée par le
manioc fermenté et cuit, la viande, le poisson et dans laquelle
le riz fait presque complètement défaut, nous permet de croire
que le riz n’a rien à faire dans leur genèse.
Hôpital des Noirs de Lêopoldoille , le i4 décembre 1916.
Séance du i4 Février 1917
125
Mémoires
La dysenterie amibienne en Russie
Par W. L. YAKIMOFF.
La dysenterie amibienne existe-t-elle en Russie?
Autrefois son existence n’y était point soupçonnée. Plus tard,
les travaux des auteurs tropicaux ont attiré l’attention sur ce
point, mais au commencement on niait la présence de cette
dysenterie. Même aujourd’hui, certains auteurs sont tout prêts
à contester son existence en Russie. Or, les études de ces der¬
nières années ont irréfutablement démontré l’existence de la
dysenterie amibienne dans notre pays, bien qu'il soit encore
difficile de s’orienter dans certaines questions.
Nous commencerons par énumérer les auteurs qui ont nié
l’existence de la dysenterie amibienne en Russie ou n’ont pas
trouvé d’amibes.
Janovsky (1879), ayant étudié à Varsovie 54 malades, n’a pas
trouvé d’amibes dans les excréments.
Ukké (1891-96) prétend qu’à Varsovie il a eu affaire à des cen¬
taines de cas de dysenterie aiguë sans trouver d’amibes (il est
vrai qu’il les cherchait dans la partie liquide des excréments et
non pas dans les boules muqueuses).
Rosentiial (1905) a observé à Moscou 70 cas de dysenterie et
n’a pas trouvé une seule fois des amibes, mais seulement 6 fois
le bacille de Shiga-Kruse (« les amibes ne jouent aucun rôle
dans la dysenterie à Moscou »).
Sou lima (190b) n’a point trouvé d'amibes, mais toujours le
bacille dysentérique, dans ses observations à Ischita (Sibérie).
Barykine (1905), bien qu’il n’ait point analysé les excréments
de ses malades pendant la guerre turco-russe, croit pouvoir
affirmer : « Néanmoins, l’importance des amibes dans la dysen¬
terie tropicale n’est pas nettement établie (sans parler de notre
climat, où les amibes dans les excréments des malades de la
dysenterie représentent une rare exception) ».
126
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Luntz (1908-1909) n’a pas trouvé d’amibes dans 72 cas par lui
observés à Moscou.
Molodenkoff (1910) n’en a pas vu dans 5o cas de dysenterie.
Foïnitzky (1910), malgré des recherches spécialement faites à
Kief pour découvrir des amibes, n’y a pas réussi dans l'étude
des 53 cas de dysenterie ou de formations suspectes, mais il a
trouvé des bacilles Shiga-Kruse et Flexner.
Koom et Balakoff ( 1910-191 1 ), à Kief également, ont fait l’exa¬
men bactériologique de 2t4 malades et ont trouvé que, dans
129 cas, la maladie était due au bacille Shiga-Kruse, dans
10 cas au bacille Hiss-Russel et dans 4 cas au bacille Flexner.
L’auteur ne dit pas si l’on a cherché des amibes dans les excré¬
ments.
Il est intéressant de noter que, déjà en 1880, Loukine soupçon¬
nait le rapport des abcès du foie aux lésions dysentériques de
l’intestin, bien qu’il en parle d’une façon encore tort indécise.
11 a décrit 3 cas d’abcès du foie chez un soldat et deux mate¬
lots. Chez l’un d’eux, mort de pyémie, on trouva — en plus d'une
jaunisse généralisée, — 3 ulcères assez mous sur la muqueuse
du côlon près du cæcum, à forme ronde, les bords épaissis et
le fond net. Chez le second, mort de la fièvre typhoïde, — sur la
muquçuse de l’iléon et la portion inférieure de l’intestin grêle,
se trouvaient en grand nombre des taches couleur ardoise
foncée; sur beaucoup d’entre elles, on voyait des ulcères tout à
fait cicatrisés ou bien à bords épais, renfermant un liquide épais.
Chez le troisième la muqueuse du cæcum et de la portion mon¬
tante du côlon étaient couvertes d’une fine membrane fortement
adhérente, d’aspect veloulé; plus on descend, plus on trouve
sur la muqueuse d’ulcères ronds ou ovales à bords plats et à
fond net; il y en a surtout sur la portion descendante près du
rectum.
D’autre part, nombre d’auteurs ont vu des amibes dans l'in¬
testin pendant la dysenterie et dans les abcès du foie.
Massiuttne (1889) a trouvé des amibes dans 5 cas : i° dysen¬
terie chronique ayant duré 7 années ; 20 diarrhée chronique
simple ; 3° fièvre typhoïde, les amibes avant disparu vers la fin ;
4° diarrhée aiguë, où les amibes ont disparu avec la guérison et
5° diarrhée chronique de caractère indéterminé. Vu la grande
diversité de ces cas, Massiutine doute de la pathogénéité des
amibes.
Séance du i4 Février 1917
127
Manasséine dans une note de la Rédaction accompagnant l'ar¬
ticle de Massiutine, affirme que, dans sa clinique, des amibes
ont été trouvées par Grammatschikoff etlvouRLOFF dans diverses
formes de diarrhée chronique.
Solowieff (1900), à Tomsk, a vu une grande quantité d’amibes
dans un cas de diarrhée grave ayant duré 10 ans.
Kornig et Ukké ont étudié une malade avec entérite non san¬
guinolente, où ont été trouvées des amibes ne contenant pas
de globules rouges. On n’a pas réussi à infecter des chats. Quant
au cas eu question, les auteurs trouvent « qu’il y manque la
preuve décisive que c’est aux amibes qu’était due cette originale
maladie aiguë ». Plus tard ils ont observé encore 6 cas de dysen¬
terie aiguë avec ténesme et de fréquentes selles muco-sanglantes,
où des amibes ont été trouvées; dans 3 de ces cas les auteurs
parlent de globules rouges, dans 3 autres ils n’en font pas men¬
tion. De plus Ukké a vu des amibes dans deux autres cas de
dysenterie tropicale où Fun des malades a contracté la maladie
à Singapour.
Korentschevsky en Mandchourie a étudié 65 cas de dysenterie
et à l’exception de 8, dans tous les autres cas on a trouvé des
bacilles de Shiga-Kruse. Dans 3 cas, il a vu des amibes. Dans
ces trois cas, malgré une étude soignée et répétée, on n’a pas
réussi à découvrir le bacille de Shiga-Kruse. La réaction de
Widal dans les trois cas fut négative.
Orlowsky (1905) a vu des amibes dans les selles d’un malade,
mais il n’en donne pas la description. Pour lui, l’infection par
les protozoaires (amibes, trichomonades) est en rapport avec
l’acidité de l'estomac.
Wlaéff (1906) a étudié la dysenterie chez un officier retour
de Port-Arthur. Il trouva, en dehors d’une grande quantité de
Balantidium coli et Trichomonas intestinalis , de nombreuses
amibes.
Skchiwan et Stéfansky (1906) affirment que la dysenterie ami¬
bienne est un fait assez fréquent à Odessa : sur 45 malades, chez
6 on a trouvé des amibes. Les auteurs parvinrent à infecter des
jeunes chats en leur introduisant des selles des malades dans le
rectum .
Mühlmann (1906-1909), à Bakou (Caucase), sur 65 cas de dysen¬
terie, n’a isolé dans 4o que le Bac. coli comm. ; dans 25 cas, il a
trouvé le Bac. Shiga-Kruse et une seule fois B. fæcalis alcali-
428
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
fj eues et B. co/i. Les amibes ont été trouvées 2,3 fois ; dans4i cas,
elles manquaient; dans 8 cas il y avait en même temps le bac.
de Shiga-Kruse et dans i4 le B. co/i.
Marzinovsky (1912) affirme que des cas isolés de dysenterie
amibienne d origine locale ont été observés par lui à Astrakhan.
Borokh (1912) a vu à Kazan un cas de dysenterie amibienne
chroniq ue.
Kopytko et Nagorskaïa (1914) ont observé à Odessa 5 cas de
dysenterie amibienne. Un des malades a contracté la maladie
pendant la guerre russo-japonaise à Kharbine. L'autre était
mécanicien d’un grand vapeur qui va dans les régions tropicales-
Le troisième était originaire de la ville de Beltzy (Bessarabie) où,
à ce qu'il disait, personne n'était atteint de cette maladie et il
n’avait point de parents ou amis ayant visité les pays tropicaux.
Dans le quatrième cas, la malade n’a jamais quitté Odessa,
mais son mari, étant matelot, a fait un voyage dans l'Extrême-
Orient et y a contracté la maladie; les auteurs ont trouvé des
amibes dans ses excréments. Le cinquième malade a visité la
ville de Vladivostok, où il est tombé malade. Dans quatre cas,
l’examen n’a point découvert le b. Shiga-Kruse; dans le cin¬
quième, on ne l’a pas cherché.
YVassilieff (iqi3- iqi4) a étudié à Astrakhan les excréments de
81 malades de dysenterie et chez 66, des amibes dysentériques
ont été trouvées; chez 4 elles étaient réunies à YAmœba co/i.
L'Amœba co/i seule se trouvait chez 7 malades. L’examen bac¬
tériologique a été fait dans i4 cas: dans 11 cas où des amibes
dysentériques avaient été trouvées au préalable et dans 3 cas
où il n’y en avait point. Dans 10 cas, on avait affaire à des abcès
du foie; l’injection des excréments et du pus du foie aux chats
a donné des résultats positifs.
Le même auteur affirme que la dysenterie amibienne est
répandue dans la région du Volga, non seulement à Astrakhan,
mais beaucoup plus au nord. A Saratoff’ (1914), par exemple,
on constate deux cas de dysenterie amibienne avec abcès du
foie et il n’y a aucune mention que l’infection ait pu être con¬
tractée dans quelque autre endroit, les malades n’ayant pas
quitté Saratoff' longtemps avant la maladie.
Quant aux abcès du foie et à leur rapport avec la dysenterie à
amibes, nous avons là-dessus les données suivantes :
Potéénko (1899) a décrit dans le gouvernement de Primorsk
Séance du i/j Février 1917
129
des abcès multiples clans le foie comme complication de la
dysenterie amibienne.
En rgo3 Dévitzky a vu un abcès du foie chez un malade qui
avait habité les tropiques auparavant ; dans le pus de l’abcès,
on a trouvé des amibes.
Suivant Mühlmann (rgoq), sur 17 cas d’abcès dysentériques
du foie, étudiés à Balakhany (1905-07), dans 8, on a vu des
amibes.
Onischkévitsch (igio), ayant examiné à Bakou 72 cas d’abcès
du foie, a trouvé des amibes dans 12 0/0. Les abcès suivaient la
dyse n te ri e a m i b i e n n e .
Krjnitzky (191 1) dit que, sur 517 autopsies effectuées à Odessa
dans la période entre le mois d’août 1908 et le mois d’octo¬
bre 1909, on a trouvé des lésions dysentériques dans 90 cas dont
5 avaient des abcès du foie où on a vu des amibes. Dans 4 cas
on a trouvé des amibes clans le gros intestin.
Nous allons examiner maintenant quelles amibes, pathogènes
ou non pathogènes, les auteurs russes ont vues. Nous laissons
de côté le travail de Lôscn, car nous savons que cet auteur a eu
affaire à Entamœba coli.
Dans le cas de Kôrnig et Ukké, nous n’avons pas une descrip¬
tion détaillée des amibes. Les auteurs parlent de l'absence com¬
plète des érythrocytes, tandis que chaque fois ils trouvaient des
leucocytes; à l’intérieur des amibes, il y avait des grains et des
vacuoles, mais les érythrocytes manquaient ; leurs dimensions
étaient de i5 X 25 p. pour les grandes et de 10 p. pour les petites.
On n’a pas réussi à infecter des chats. Ukké dit : « ces forma¬
tions me paraissent être des Amœba coli s. dijscnteruv . »
Pour les G cas restants : >
Dans le premier (malade dont les excréments consistaient en mucosités
et liquide sanguinolent) on a trouvé des amibes, « qui avaient le double
du diamètre des globules blancs du sang..., contenaient des noyaux,
des vacuoles et plusieurs globules rouges qui y étaient renfermés» ; dans
le deuxième (une malade de la dysenterie), les amibes étaient 2-5 fois plus
grandes que les érythrocytes, à noyau net et à vacuoles dont le nombre et
les dimensions étaient variables.
Quelquefois on distinguait nettement la limite transparente de l’ecto¬
plasme ; dans d’autres cas on voyait le mouvement moléculaire des parti¬
cules de l’entoplasme granuleux ; les contours étaient tranchés, mais sim¬
ples; chez quelques-unes, un mouvement très lent était à observer,
formation de pseudopodes tantôt obtus, tantôt aigus ; des fois on
observait un changement de forme de toute l’amibe, le transvasement du
contenu avec transport du noyau. Dans le cinquième cas (les excréments
130
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de la malade sont des flocons muqueux à liquide sanguin séreux), les
amibes avaient la forme ronde et étaient 2-5 fois plus grandes que les
érythrocytes ; en goutte pendante, elles avaient des mouvements animés
et changeaient de configuration, formant constamment, bien qu’assez
lentement, des pseudopodes et de petites protubérances ; beaucoup d’entre
elles renfermaient soit des érythrocytes soit d’autres particules.
Pour les cas 3, 4 et 6 (les excréments des malades 3 et 6 renfermaient
du sang, chez la malade 4 il n’y avait pas de sang), on mentionne simple¬
ment que des amibes ont été trouvées, sans donner leur description.
Korentsche vsky décrit de la façon suivante les amibes par lui
trouvées dans 3 cas de dysenterie grave.
Le cas 10 : sous le microscope, on trouvait dans les excréments : de l’épi¬
thélium intestinal dégénéré, des corpuscules du pus, des érythrocytes et
une telle quantité d’amibes que la boule muqueuse représentait sous le
microscope une masse grouillante de centaines d’amibes.
Les amibes avaient de 7 à 15 u de diamètre. Elles formaient plusieurs
pseudopodes à la fois. Les mouvements de ces derniers étaient fort
animés et énergiques.
La protoplasme se divisait nettement en ectoplasme uniforme et endo-
plasme granuleux. Dans fendoplasme, se trouvaient 4-8 vacuoles digesti¬
ves, remplies de bactéries et contenant en partie des érythrocytes frag¬
mentés. La forme du noyau, difficile à distinguer, était ovale. Les amibes
se développaient bien en bouillon au sang pendant un mois environ (sans
ensemencements) en conservant tous leurs caractères distinctifs.
Dans le cas 11, il y avait dans les excréments des amibes en grande
quantité, absolument de même aspect et de mêmes caractères que dans le
cas précédent.
Dans le cas 12, les amibes étaient nombreuses ; elles mesuraient
20-25 a x 9-13 a; extérieurement elles se distinguaient quelque peu des
amibes des cas précédents : celles des premiers cas forment plusieurs
pseudopodes, ayant une forme étoilée; l’amibe du dernier cas n’a qu'un
pseudopode dans lequel se transvase toute le protoplasme ; elle est un peu
allongée en forme de poire; le hyaloplasme se distingue nettement de
fendoplasme granuleux et se trouve principalement dans le pseudopode ;
fendoplasme a des vacuoles digestives, des restes d’érythrocytes et un
noyau ovoïde, difficile à distinguer.
Skschivan et Stefansky prétendent que leurs amibes ont toutes
les caractères d ’ Entamœba h i s toit/ 1 ica.
Elles ont 15-40 ;x de diamètre. L’endoplasme est à. gros grains, ren¬
ferme souvent quantité d'érythrocytes ; l’ectoplasme transparent est peu
développé et les pseudopodes en sont formés.
Les auteurs n’ont pas aperçu de noyau. Ils n’ont pas vu non plus de
vacuoles pulsatiles. L’ectoplasme formant les pseudopodes est évidemment
de consistance très liquide; au moment de la formation du pseudopode,
le contenu granuleux de l’amibe passe brusquement dans l’appendice.
Les amibes de Massiutine sont, d’après ses dires, semblables
à celles observées par Lœsch.
« A l’état de repos, elles ont ordinairement une forme arrondie, le pro-
Séance du i/j Février 1917
131
toplasme granuleux occupe la région centrale et la région périphérique,
plus ou moins développée, a un aspect homogène, transparent. Les gra¬
nules ne sont pas toujours uniformes; ils sont plus ou moins accentués, quel¬
quefois ils manquent. Dans le protoplasme granuleux, il y a un noyau
qui tranche nettement». Dans l’amibe se trouvent souvent des vacuoles
(jusqu'à 6) plus ou moins grandes. A l’intérieur du protoplasme, on obser¬
vait des microorganismes, des noyaux de cellules en cytolyse, etc., mais
dans un cas (malade dysentérique), il y avait souvent des érythrocytes
(jusqu’à 6-7).
Il décrit le mouvement des amibes de la façon suivante :
« ü sort de l’amibe dans telle ou telle direction un ou plusieurs appen¬
dices uniformes, arrondis ; cela se passe si promptement qu’on a l’impres¬
sion que l’amibe se rompt dans une région et y déverse son contenu. Les
appendices sont bientôt résorbés ou bien l’un d'eux s:allonge de plus en
plus ; le contenu granuleux y est transvasé et c’est de cette façon que les
amibes se déplacent ».
Les dimensions des amibes de Massiijtine dans le cas 1 (dysen¬
terie) étaient de io-35 y, dans les autres de 6-36 y.
Les observations de Massiutine lui ont fait tirer cette conclu¬
sion que les amibes arrivant d’une façon ou d’une autre (avec
l’eau, ce qui est le plus vraisemblable, sans doute) dans l’intes¬
tin, s’y installent et c’est de leur quantité que dépend l’irritation
qu elles causent ; si les conditions ne sont pas favorables et si
les amibes 11e se développent qu’en petite quantité, 1 irritation
n’est pas forte et s’exprime surtout par une excrétion exagérée
de mucosité.
Mühlmann qui a trouvé des amibes à Bakou en donne une
courte description :
« Les amibes que j’ai trouvées avaient tous les caractères de Amœba
hislolxjtica si cette dernière peut être caractérisée... Ses dimensions attei¬
gnaient ordinairement 30 y, elle se mouvait quelquefois avec une grande
animation; elle laissait distinguer l’ectoplasme et l’endoplasme pendant
le repos. Nous n’avons pas observé les figures de division caractéristi¬
ques pour l’amibe coli d’après Schaudinn ».
Wassilieff ne donne malheureusement pas la description des
amibes trouvées par lui en grande quantité. Il se borne à dire :
a pour distinguer les amibes pathogènes des Amœba coli , je me
basais, en dehors des caractères morphologiques généraux, sur
le fait de la présence dans le protoplasme des amibes pathogè¬
nes de globules rouges de sang ».
Kopytko et Nagorskaïa 11’ont pas donné de description des
amibes trouvées, mais elles écrivent que, dans le cas 2, il y avait
des amibes mobiles renfermant des globules rouges et se divi-
132
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sant nettement en ecto- et endoplasme; les noyaux des amibes
étaient difficiles à distinguer à cause du grand nombre de glo¬
bules rouges qui les couvraient. L'inclusion des érythrocytes
se présentait aussi dans les cas 3 et 5.
Les auteurs appellent les amibes dans tous les autres cas
A mœba h isto ly l ica .
Poteénko donne une fort courte description des amibes trou¬
vées dans le pus d'un abcès du foie. Son amibe est 2-3 fois plus
grande qu'un érythrocyte, de forme à peu près ronde, à plu¬
sieurs appendices et à gros noyau.
Les amibes de Dévitzky du pus de l'abcès du foie avaient une
forme à peu près ronde et un noyau homogène, difficile à dis¬
tinguer; le protoplasme en partie granuleux, en partie à vacuo¬
les de grandeur différente', bien visibles. Sur les préparations
colorées, le noyau se trouve à la périphérie, et, dans certains
individus, au centre des cellules riches en protoplasme dans
lequel on distingue une granulation diffuse, des vacuoles gran¬
des et petites, de petits grains, de petits corpuscules ronds, qui
par leur forme et leurs dimensions correspondent aux globules
rouges. Quelquefois on rencontrait des amibes en apparence
doubles : elles étaient en contact étroit et chacune d’elles prise à
part était plus petite qu'une amibe ordinaire; leurs noyaux
étaient au centre, leur protoplasme était granuleux.
D'après Iyrinitzky (iqi i), les amibes trouvées dans un abcès
du foie et dans ses parois avaient la forme tantôt ronde, tantôt
légèrement ovoïde ; leurs dimensions étaient variables (10-20 p).
Le noyau des amibes se colore faiblement, est disposé souvent
excentriquement, quelquefois il n'est pas visible; certains indi¬
vidus ont 2 noyaux. Chez certains amibes, on voit 1-2 vacuoles
et on rencontre de menus cristaux sombres.
Les amibes qu’a étudiées Solowieff (1900) avaient de 20 à 3a p,
mais on rencontrait aussi des individus de 35-38 p; quand
l’amibe était mobile, elle s’allongeait jusqu’à 60 p et plus. Chez la
plupart des amibes, on distinguait le hvaloplasme, périphérique,
transparent, vitreux et le protoplasme central, trouble, renfer¬
mant ordinairement des grains gros et petits. Dans la partie gra¬
nuleuse, se dispose le noyau à contours qui ne sont pas toujours
nets et 2-4 vacuoles, souvent davantage ; ces dernières semblent
tantôt vides, tantôt renferment un contenu variable. La diffé¬
renciation du corps de l’amibe devient surtout précise pendant le
Séance du i4 Février 1917
1 33
mou veinent. Les amibes renfermaient des vacuoles en nombre
variable, de différentes grandeurs et de contours divers. Le con¬
tour du noyau était facile à saisir pendant le mouvement ; lors¬
que l’amibe s’arrondit, le noyau est difficile à trouver, on le
confond facilement avec les vacuoles. La forme du noyau est
ronde, mais pendant le mouvement sa forme change ; ses
dimensions sont de 4-8 p.
L’auteur a vu sur des préparations vivantes l'amibe saisissant
des bactéries. Dans les préparations, fixées au formol à 20 0/0,
on apercevait diverses inclusions, des formations très fines, sur¬
tout des bactéries ; Fauteur n'a pas vu une seule fois des érythro¬
cytes, bien qu’il en ait toujours trouvé dans les excréments à
un état peu modifié.
L’auteur a vu les amibes s’enkyster. Avant de former les kystes,
les amibes se débarrassent des particules gênantes et dans la
plupart des cas deviennent uniformément mates, à structure
indéfinie; on y distingue un noyau de 5-6 p de diamètre. La
membrane formée par l'amibe est d'abord fine, à double contour
à peine perceptible ; plus tard, le double contour devient bien
net et la membrane s’épaissit jusqu’à 1 - 1 , 5 p. Dans le contenu
mat de certains kystes, apparaissent « on dirait des noyaux »,
souvent disposés en couronne autour du noyau principal, ou
bien dispersés d une façon irrégulière par tout le corps du kyste.
Dans d’autres kystes, tout le contenu se divise en grains plus ou
moins gros; ces kystes ont une membane plus épaisse. Le
diamètre du kyste est presque toujours le même : 20 p, 22 p au
plus. Dans les excréments recouverts d’eau stérilisée, les kystes
se conservent intacts plus de 2 mois. On a essayé d’ensemencer
des excréments frais et des kystes sur divers milieux nutritifs
(infusion de foin stérilisée, pomme de terre, navet, viande, pain,
bouillon, gélatine), on 11’a pas réussi à obtenir des cultures.
On a essayé en vain d’infecter un chat en lui introduisant
dans le rectum et l’estomac des excréments (par3o cc.) pendant
3 jours de suite, et à l'autopsie, faite i5 jours après la troisième
tentative d’infection, ou ne trouvait aucune lésion ni amibes
dans l’intestin.
L’auteur termine son article par ces mots :
« Le malade a été atteint pendant 9 années d’une diarrhée sanguino¬
lente avec ulcères de l’intestin surtout dans la portion inférieure du gros
intestin. Les amibes avaient 20-32 a et 25-38 a au maximum. Elles conte-
■134
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
naient un noyau de 4-8 u sans nucléole nettement perceptible et quelques
vacuoles non pulsatiles d’aspect variable et de diverses grandeurs. Les
appendices formés par les amibes étaient toujours arrondis, à bouts obtus ;
il n’y en avait pas de pointus, couverts de bosses ou ramifiés. Dans le pro¬
toplasme des amibes, diverses inclusions hétérogènes, le plus souvent des
bactéries, mais pas de globules rouges. Les amibes se montrèrent non
pathogènes pour les chats. Dans des conditions défavorables, les amibes
formaient des kystes dans le contenu uniformément trouble desquels,
en dehors de l’ancien noyau, on apercevait la formation des nouveaux
noyaux, phénomène qui rappelle la formation des spores dans les Amoebos-
poridies.
« Si, en se basant sur ces données, on essaie de définir l’espèce de notre
amibe, l’aspect des appendices la fera ranger, d’après Celli et Fiocca,
parmi les Amœbalobosa. Mais comme les Amœba lobosa comprennent beau¬
coup d’espèces, je crois devoir, suivant le système de lloos, appeler
l’amibe en question Amœba coli rnitis (lloos), c’est-à-dire non pathogène
pour les chats et n'ingérant pas de globules rouges. Je n’ose affirmer que
cette amibe est pathogène pour l'homme et que c’est elle qui a causé la
grave diarrhée du malade », finit l’auteur avec prudence.
Les données ci-dessus permettent de dire que Skschivan et
Stefansky avaient des amibes pathogènes (l’englobement des
érythrocytes, la différenciation de l’ecto- et de l’endoplasme
démontrent irréfutablement leur pathogénéité).
De la description de Massiutine, il est difficile de conclure s’il
a eu affaire aux memes amibes dans tous ses cas, mais il est indu¬
bitable que, dans certains cas, il a vu l'amibe pathogène (diffé¬
renciation de l’ecto- et de 1 endoplasme, noyau nettement tran¬
ché, érythrocytes à l'intérieur du protoplasme, formation rapide
des pseudopodes).
Dans le premier cas de Kôrnig et Ukké, on parle des amibes
d'une façon assez indécise : « Je ne puis pas ne pas reconnaître
Amœba coli s. dysenteriœ , ce qui exclut» l'autre. » Mais nous
croyons que l’amibe par eux observée n’était pas pathogène
(absence d’érythrocytes, infection négative des chats). En revan¬
che, dans quelques cas (le ior, le 2e, le 3e), c’étaient indubitable¬
ment des amibes (érythrocytes à l’intérieur du protoplasme, dif¬
férenciation de l’ecto- et de l’endoplasme).
Korentschevsky, dans les cas io et ii, avait probablement des
Entamœba coli (petites dimensions, 7- 1 5 u., bactéries englobées,
noyau ovale), bien qu'il soit difficile de l’affirmer, car de tels
caractères distinctifs que la différenciation nette de Fecto- et
de l’endoplasme, la présence d’érythrocytes en débris à l'intérieur
du protoplasme, les feraient ranger parmi les pathogènes.
Les amibes de Dévitzky (pus d’un abcès du foie) appartenaient
Séance du i4 Février 1917
135
sans doute à une espèce pathogène, étant données leur présence
dans un abcès du foie, où ne se trouvent que des amibes patho¬
gènes, et l’inclusion d’érythrocytes dans le protoplasme.
Ce qui fait encore reconnaître les amibes de Krinitzky pour
pathogènes, c'est leur présence dans l’abcès et la disposition
excentrique du noyau.
Mühlmann et Okinschévitsch ont également vu des amibes
pathogènes (mouvement vif et différenciation de l’ecto- et de
Pendoplasme).
Chez Kopytko et Nagorskaïa, il y avait aussi des amibes patho¬
gènes dans les cas 2, 3 et 5 (présence des érythrocytes dans le
protoplasme; différenciation nette de Fecto- et l’endoplasme).
Au contraire, les amibes de Solowieff n'étaient sans doute pas
pathogènes. La modification des contours du noyau; l englobe-
mentdes bactéries et non pas des érythrocytes, malgré leur pré¬
sence dans les excréments ; la membrane à double contour des
kystes dès le moment de leur formation ; les grandes dimensions
des kystes (20-22 y), l’infection intense des chats (3 jours de
suite par 3o cc. d excréments) restée sans effet, tout ceci fait
rapporter l’amibe en question à Entamœbci coli.
Quant aux amibes de Potéénko, il n’est pas possible de se pro¬
noncer d’une façon décisive à leur égard.
CONCLUSION
En analysant les données ci-dessus des auteurs russes, nous
devons diviser tous les cas de dysenterie et d’hépatite par eux
observés en deux groupes :
i° Les cas où l'infection a été importée des pays tropicaux
ou sub-tropicaux (Wlaeff, Dévitzky, Kopytko et Nagorskaïa,
Korentschevsky, Ukké). Potéénko a observé son cas dans le
gouvernement de Primorsk, où la dysenterie à amibes a pu
pénétrer par voie maritime.
Dans un cas (2) de Skschivan et Stefansky, le malade (conduc¬
teur de chemin de fer) est tombé malade à Odessa, mais une
année auparavant il avait fait son service militaire en Extrême-
Orient.
20 Les cas autochtones : Wassilieff, Marzinovsky, Mühlmann,
Skschivan et Stefansky, Onischkevitsch, Kôrnig et Ukké. 11 est
difficile de se prononcer d’une façon décisive sur les cas de Kri-
136
Bulletin dl la Société de Pathologie exotique
nitzky, Solo wi e ff et Qrlowsky, parce que, dans les travaux de
ces auteurs, des indications précises font défaut.
Les amibes pathogènes ont été vues dans les lieux suivants :
Mandchourie (Ivorentschevsky et Wlaeff) : cas importés;
Odessa (Skscitivan et Stefansky, Krinitzky, Kopytko et Nagors-
kaïa) : cas autochtones et cas importés;
Bakou (Mühlmann et Okinschevitsch) : cas autochtones;
Astrakhan (NVassilieff et Marzinovsky) : cas autochtones ;
SaratoJJ (Wassilieff) : cas autochtones ;
Pétrograde (Massiutine, Kôrnig et Ukké) : cas autochtones et
cas importés ;
Gouvernement Prirnorsk (Potéénko).
Ainsi, il est indubitable que la dysenterie amibienne existe à
1 état autochtone en Russie, dans le midi : Odessa, Transcaucasie,
Astrakhan, Saraloff.
Parmi les auteurs qui ont donné la description des amibes
vues, neuf (Sksciiivan et Stefansky, Korentschevsky, Dévitzky,
Mühlmann et Okinschévitsch, Wassilieff, Kopytko et Nagors-
kaÏa) ont observé des amibes pathogènes ; trois (Massiutine, Kôr¬
nig et Ukké) à la fois des amibes pathogènes et non pathogènes
et i (Soloyvieff) n'a vu qu’une amibe non pathogène.
Quant à ranger les amibes pathogènes observées dans telle
ou telle espèce, quelques-uns parmi les auteurs (Skschivan et
Stefansky, Mühlmann, Kopytko et Nagorskaïa) appellent leurs ami¬
bes histolytiea, sans motiver cette dénomination, ce qui estnéces-
sairesi l’on admet la division des amibes en Entamœha histolytica,
Ent. tetragena et Eut. brasiliensis. Mais d’autre part la des¬
cription de certains auteurs ne fournit pas de raisons pour
établir s'il s’agit de parasites du genre Entamœha ou des genres
Vahlkampfia , Chlamydophrys et autres.
M. Mesnil. — Dans sa très complète et très utile revue cri¬
tique de tout ce qui a paru sur l’amibiase en Russie, notre
collègue M. Yakimoff fait une simple allusion au travail fonda¬
mental de Lôsch (187F)) qui a été exécuté à Pétrograde d’après
un cas originaire d’Arkhangel] parce que, dit-il, cet auteur a
eu affaire à Entamœha coli (Y. veut dire à l’amibe intestinale
non pathogène). Yakimoff se rapporte évidemment à l’opinion que
Sciiaudinn a énoncée en 1908. Or Schaudinn n’a nullement été
formel. Il s’exprime ainsi : « Bezüglich der ersten Beschreibung
Séaivce du i4 Février 1917
137
von Lôscli, der den Namen Amœba coli aufgestelll liai, kann
sich vorlâufig nichl entscheiden, ob er die harmlose oder die
pathogène Art vor sicli gehabl liât. » et plus loin : « Nach meiner
Auffassung muss die Identifiezung der harmlose Amôbe mit der
von Lôsgh unsicher bleiben, aber da nur zwei Arten, um deren
Nomenklalur es sich handelt, existiren, muss eine derselben
den âltesten Namen behalten und ich bestimme hierzu die
harmlose, sodass diese nunmehr heisst : Entamœba coli (Lôscii)
crnerid. Sghaudinn _ » Ce qui paraît avoir décidé Schaudinn,
c’est que Casagrandi et Barbagallo qui, eux, ont sûrement vu
Famibe non pathogène (ils ont admirablement caractérisé ses
kystes à 8 noyaux), ont rapporté leur espèce à celle de Lôsgh.
Dans ces dernières années, plusieurs auteurs ont émis Lavis
opposé, à savoir que Lôsgii avait certainement vu Famibe
dysentérique. Pour ma part, il me reste des doutes sur la nature
de Famibe observée et décrite par Lôsch, et je considère qu’il
n’est même pas impossible que ce savant ait vu les deux ami¬
bes intestinales.
Craw-craw et dermo-épidermite
microbienne. Analogies. T raitement.
Par H. BAUVALLET.
Ce qu’on est convenu d’appeler craw-craw est une derma¬
tose mal définie (Jeanselme) de la Côte Occidentale d’Afrique,
qui sévit sur les blancs et sur les noirs. Elle est caractérisée par
des papules prurigineuses qui donnent bientôt naissance à des
vésico-pustules pour se transformer enfin en ulcérations dont les
dimensions varient du grain de mil à la pièce de cinq francs.
Localisées aux jambes, aux coudes, aux poignets, aux espaces
interdigitaux, rarement à la face, ces ulcérations sont très tena¬
ces, résistent aux traitements ordinairement mis en œuvre, et
on admet que le rapatriement est la seule chance de guérison
pour les Européens.
L’élioloerie est assez obscure.
(1) Schaudinn. A vh . a. < l . Kciiserl. Gesunclheitsamfe, t. XIX, 1908 (v. la
page 564).
10
I
138
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nielly a constaté, chez un mousse de i4 ans, n'ayant jamais
quitté la France, une dermatose parasitaire analogue comme
aspect et répartition au craw-craw. Le parasite qu'il trouva fut
déterminé par R. Blanchard et nommé Rhabdytis Nielliji.
Emily a appliqué ce terme de craw-craw à une dermatose du
Congo et du Haut-Oubangui qui paraît être plutôt Pulcère tro¬
pical.
Tout récemment, Ouzilleau m'a dit avoir observé, dans la
tématiquement, il traitait les malades par des injections de sal-
varsan ou arsenicaux analogues, n'obtenait que des succès
inconstants, en sorte qu'il est permis de soupçonner la syphilis.
Quoi qu’il en soit, il est bien certain que ce que l'on note
d’une façon constante sur les préparations de craw-craw, au
stade ulcères, ce sont les pyogènes banaux : streptocoques et
staphylocoques.
Ayant eu, personnellement, l’occasion, étant atteint d’une
dermatose chronique, classée craw-craw au Cameroun, d'être
admis, comme malade, dans le service de M. le médecin major
de 2e classe Gougerot, Professeur agrégé à la Faculté de Médecine
de Paris, chef du Centre de Dermatologie de la 9e région, nous
avons vu M. Gougerot porter sur notre cas le diagnostic de
dermo-épidermite microbienne, et nous avons été très frappé de
la ressemblance, delà presque absolue similitude qui existe entre
la dermatose dont nous étions atteint et celle de nombreux
blessés ou malades en traitement pour épidermites microbien¬
nes. Pour les épidermites et pour le craw-craw, même début,
même évolution, même morphologie, mêmes localisations et
même tendance à la chronicité.
Enfin, et c’est surtout ce point qui est intéressant, épidermi¬
tes et craw-craw — si tant est que cette dermatose constitue une
entité morbide distincte — sont justiciables de la même théra¬
peutique, dont nous avons été heureux de bénéficier nous-mème
et que nous allons exposer dans ses détails, telle qu’elle a été
réglée par M. Gougerot.
Deux conditions dominent le traitement.
i° Suppression dans le pansement de coton, de bandes de
flanelle ou de tissu laineux, de tissu imperméable. En un mot,
« pas d’étuve » : une gaze et une bande de coton.
20 Substitution de pâtes aux pommades : une pommade est
Séance du if\ Février 1917
139
une préparation médicamenteuse imperméable qui contientpeu
de poudre, une pâte est perméable et renferme beaucoup de
poudre inerte.
A cette seconde condition, s’en rattache une accessoire et très
importante : substitution comme excipient d’hiiile, d’axongeou
de lanoline à la vaseline.
Le pansement léger et perméable, particulièrement indiqué
sous les tropiques, empêche la macération de la peau, et favorise
l'aération cutanée : les malades porteront donc des vêtements
larges, des pantalons flottants, éviteront toute cause supplémen¬
taire de transpiration, feront beaucoup de chaise longue et s’abs¬
tiendront de boissons abondantes.
Les pâtes, au lieu de pommades, remplacent un isolant imper¬
méable par un endroit poreux à travers lequel l’air circule
librement et la transpiration peut se faire aisément.
Enfin, huile, axonge ou lanoline sont très bien tolérées, sur¬
tout l’axonge, tandis que la vaseline constitue un irritant.
Le traitement comprend deux étapes :
i° Traitement de début.
20 Traitement proprement dit.
Le traitement de début est constitué par :
a) Des pulvérisations.
fi) Des cautérisations.
y) L'application d’une pâte antiseptique.
Oue la dermatose présente des ulcérations suppurantes, de la
macération de la peau qui prend un aspect parcheminé sous
l’influence de pansements humides intempestifs, ou que les exco¬
riations cutanées se soient recouverte de croûtes squameuses,
enfin, si l’on constate l’existence de vésico-pustules récentes, la
première indication du traitement est de « nettoyer » soigneuse¬
ment chaque ulcération avec la pince agriffés ou la pince à épi¬
ler en grattant très légèrement la surface, de détacher les parti¬
cules épidermiques macérées ou nécrosées ainsi que les squa¬
mes sèches et les croûtes, d’inciser au scarificateur chaque
vésicule.
Lorsque ce travail de patience est terminé, faire une pulvéri¬
sation d’eau résorcinée à 1 / 100 ou 1 /200 d’une durée de io à i5 m.
La pulvérisation sera renouvelée deux fois par jour pendant
les quatre ou cinq premières journées du traitement, elle por-
uo
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tera sur toute rétendue de la région malade, mais spécialement
sur les points ulcérés.
Ces pulvérisations amènent une sédation du prurit, déconges¬
tionnent l’épiderme et sont bactéricides.
Après la pulvérisation, partout où existe une ulcération, si
minime soit-elle, pratiquer une cautérisation de la plaie d’après
la technique suivante : badigeonnage prolongé de la plaie avec
un tampon monté trempé dans une solution de nitrate d’argent
à 1/20, et, aussitôt après, attoucher au crayon mousse de zinc
pur, eu faisant pénétrer le crayon à fond dans la plaie. Il se
forme un azotate de zinc à l'état naissant, très actif par sa causti¬
cité, et très antiseptique.
Ce temps du traitement est assez douloureux, mais aisément
tolérable.
La cautérisation ne sera pratiquée qu’une fois par jour.
Enfin, et seulement pendant les quatre ou cinq premiers jours
du traitement, application, sur toute la région malade d’une
pâte avec :
( Oxyde jaune de mercure
1 Talc ....
y Oxyde de zinc
f Huile ....
A A
aa
I à 2 g.
30 g.
Cette pâte, très énergique, risquerait de devenir irritante, et
même, si son action était prolongée, elle pourrait, à la longue,
eczématiser la peau, ou même provoquer des accidents mercu¬
riels si les surfaces ulcérées d’absorption sont très étendues. Elle
contribue, avec les pulvérisations, à amener rapidement la stéri¬
lisation de l’épiderme.
Le traitement de début se poursuit, en principe, pendant
quatre à cinq jours. Il faut avoir le soin, avant chaque nouvelle
cautérisation, d'enlever, à la pince, les croûtelles de nitrate
réduit qui ont tendance à adhérer aux ulcérations. Ceci est très
important, sinon il se forme de petits clapiers plus ou moins
profonds qui, tardivement découverts, retardent sensiblement la
guérison.
Quand l’érythème a notablement diminué, que les plaies sont
en bonne voie de cicatrisation, c’est-à-dire au bout de quatre
ou cinq jours, en moyenne, on passe au traitement proprement-
dit dont la base est la « pâte réductrice ».
La formule en est ainsi conçue :
I
Séance du i/j Février 1917 141
I Menthol . 0,080
llésorcine . 0,080
Gaïacol . 0,200
Huile de cade . 0,800
Goudron . 0,800
Camphre . 2,400
Icthyol . 2,000
Acétone . 0,800
Baume de Tolu . * 0,200
Carbonate de magnésie . 0,200
I Borax . 0,440
! Glycérine . . 0,800
J Huile de ricin . 2,000
f Axonge . 5,000
| Lanoline . 5,000.
Cette pâte, d’une préparation délicate et longue — nous n’en¬
trerons pas dans la technique de cette préparation — , est due à
M. le Pharmacien Aide-Major de ire classe Duret, qui a eu l’ama¬
bilité de nous communiquer sa formule. La pâte réductrice est
aussi connue sous le nom de « Baume Duret ». Quand la tem-
pérature dépasse 25°, cette pâte perd de sa consistance qu’on lui
rend en y ajoutant de la cire.
La pâte réductrice ne s'emploie pas seule dans le traitement
des épidermites, car elle est imperméable, mais s’additionne de
pâte de zinc dont voici la formule :
C Talc . )
< Oxyde de zinc . > ââ parties égales.
( Huile d’amandes douces . . . ]
On fait ainsi des mélanges de :
t partie de pâte réductrice pour 9 de pâte de zinc,
3 » » » 7 »
5 » » » 5 »
A
que M. Gougerot nomme pâte 1/9, 3/7, 5/5, etc , mélanges qui
permettent toutes les gammes et s'adaptent à la tolérance de
l’épiderme de chaque malade.
Le plus souvent, le mélange 3/ 7 est parfaitement supporté
d’emblée.
L'application de cette pâte, ainsi, d’ailleurs, que celle à l’oxyde
jaune, nécessite une remarque. Il faut, de place en place, déposer
sur l’épiderme de petites pastilles de pâte et les « marteler »
avec un tampon de gaze, sans frotter, ce qui déterminerait du
prurit, jusqu’à ce qu'on obtienne un enduit d’épaisseur sensi¬
blement partout égale. On peut, pour favoriser l’adhérence,
1 42
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
saupoudrer de talc la surface de la carapace avant qu’elle soit
complètement sèche.
Aux points où il existe des plaies non encore cicatrisées et
qui continueront à être cautérisées au nitrate d’argent et zinc,
tous les jours, puis tous les trois ou quatre jours, poursui¬
vre localement, et juste sur la surface des ulcérations, l’appli¬
cation de pâte jaune.
A chaque pansement, il faut bien se garder d'enlever la pâte
de l’application précédente, mais en réappliquer de nouvelle,
assez pour maintenir continue la carapace poreuse et adhé¬
rente.
Quand la pâte est bien tolérée, on peut utiliser progressive¬
ment une concentration plus grande, ou, simplement, sur une
couche de 3/ 7 , par exemple, quand elle est sèche, taire une
application de baume pur qui pénètre jusqu’à la peau à travers
les particules de la pâte.
En général, au bout de i5 ou 20 jours, c’est-à-dire au bout de
5 jours de traitement de début et 10 ou i5 jours de traitement
proprement dit, les ulcérations sont toutes guéries, la peau est
redevenue partout saine, et, pour se rendre compte du degré de
consolidation de l’épiderme, on procède au « décapage ».
La carapace de pâte durcie est ramollie à l’eau bouillie chaude,
par tamponnement, sans frotter, et détachée progressivement, au
besoin en se servant d’une spatule glissée à plat sous la croûte de
pâte, ou d’une pince.
La peau, débarrassée de son enduit, peut être minutieusement
examinée, et si l’on constate la persistance d’une ou plusieurs
petites ulcérations, on les nitrate.
Le décapage est suivi d’application de baume pur dont l’adhé¬
rence parfaite est un signe de guérison.
Ainsi, en vingt jours, la guérison est obtenue dans la plupart
des cas. Il faut dire, toutefois, que s’il y a des traces de lésions
eczématiformes, le pronostic est plus réservé, et le traitement
plus long, mais le diagnostic entre la vésicule eczématique et
l’érosion microbienne est facile à faire. Sabouraud a opposé l’une
à l'autre ces lésions très différentes.
Il y a lieu, également, de prévenir le malade que son épi¬
derme est encore sensible, de le mettre en garde contre les
inconvénients du grattage, du contact de vêtements chauds, aux
Séance du i4 Février 1917
143
jambes, du port de culottes et surtout de bandes molletières, car
les récidives sont à craindre.
Quand, un mois après la guérison, il ne s’est produit aucune
nouvelle vésicule, le malade peut se considérer comme définiti¬
vement guéri.
En résumé, et en dehors de toute considération étiologique,
le traitement que M. le Professeur Gougerot applique avec tant
de succès aux épidermites et pyodermites microbiennes, réussit
parfaitement dans les cas de « cravv-craw » si l’on admet que
ces deux dermatoses ne font pas une seule et même chose, ce
qui est notre avis, et ce traitement rendra les plus grands ser¬
vices aux Colonies où nous ne pensons pas qu’il soit très
connu.
BIBLIOGRAPHIE
O’Neil. Lancet , 20 février 1875.
R. Blanchard. Traité de Zoologie médicale , 1889 ; et dans Bouchard.
Traité de Pathologie générale. Parasites animaux, t. II, pp. 649-
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et in volume de la Collection : Comment guérir ? Maloine, 1916.
Gougerot. Dermo-épidermites streptococciques, etc. développées autour
des plaies fistules. Journ. des Pratic ., 10 juin 1916.
Anaplasmosi sul significâto dei
<( corpi endoglobulari » « punti marginali »
« anaplasmi » trovati nel sangue degli
ovini délia Sardegna e del Piemonte
Par le Prof. Guino FINZI et le D' Antonio CAMPUS.
Theiler n
del F Africa
ineno gravi
el 1908, dal gruppo delle malattie febbrili dei bovini
méridionale, caratterizzate da manifestazioni pi ù o
di anémia (oligociteraia) acuta accompagnate da
1 44 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
febbre con comparsa quasi costante di una policolia e di uiia
pleicromia e con frequente illero, identifica una nuova entità
morbosa che egli cliiama « Anaplasmosi » perché sostenuta da
piccolissimi protozoi puntiformi, emo-parassiti « anaplasmi »
v che distruggono le emazie.
Ouesta spéciale malattia determinata da un parassita, da
Theiler ritenuto specifico, « anaplasma marginale » è anatomi-
camente caratterizzata da notevole pnfiltrazione sierosa del tes-
suto connettivo, aile volte da una tinta subitterica dei tegumenti
e del I e mucose, de splenomegalia acuta, ipertrofia, e degenera-
zione del fegato, da enorme raccolta di bile nella cistifelea, da
tumefazione dei gangli linfatici, da piccole emorraggie sottoepi-
cardiche e da degenerazioni del miocardio.
L' anaplasmosi nei bovini viene poi asservata da Springefeld,
Balfour, Knut e Francis, Spreull, Sieber, Carini, Marques,
Cardamatis, Garpano, Koidzumi, Shellehase, Lignières, Descazeau,
Sergent e Lhéritier.
Nel con tempo Y anaplasmosi è osservata da J. Gilrutii,
G. Swete, S. Dodd, da Balfour, da K. F. Meyer, da Jowet, da
Schilling-Torgau, da Dodd, da Schelleiiase, da Bevan, da Traut-
mann e da Basile in altre speci animali.
Tibaldi ( Pathologica , vol. VI, n° 1 33, p. 261, 1914) osserva
l anaplasmosi nel cane, nei maiali, nei cavalli, e nelle pecore
délia Sardegna.
Sono ben note le infinité discussioni sorte tra i diversi ricer-
catori circa la natura, il significato vero del le forme anaplas-
miclie.
Bicerche personali. — Per alcune ricerche sperimentali ci
siamo fatto mandare dalla Sardegna sette pecore adulte nate e
vissute in Sardegna. Gli animali, per quanto un pô denutrili,
presentavano i segni di apparente buona salute finchè,
dopo qualche mese che le pecore trovavansi nelFovile délia
nostra clinica, una comincio a presentare sintomi speciali che
attirarono l’attenzione nostra. L’animale dimagriva_, aveva per-
duta la sua vivacité, Fappetito era diminuito, la sete intensa, la
temperatura pressochè normale, la mucosa oculo-congiunti vale
edematosa, pallidissima corne le altre mucose apparenti. La
respirazione era dispnoica, il polso sottile celere, gli escremenli
Séance du i /j Février 1917
145
molli contenevano numerose nova di distoma. La pecora dopo
10-12 giorni venue a morte in 11110 stato di vero e proprio
esaurimento.
L’esame di strisci allestiti dal sangue perifero délia pecora
ammalatae colorati col Giemsaci permise mettere in evidenza un
notevolissimo numéro di emazie aventi al centro, ma pi ù fre-
quentemente alla periferia, dei corpi cocciformi, assumenti una
colorazione cromatinica intensa ora isolati, ora disposti a diplo-
cocco, perfettamente identici a quelle speciali forme protozoarie
chiamate dagli autori col nome di « punti marginal i » o « ana-
plasmi ».
Diciamo intanto che la necroscopia délia pecora morta,
secondo noi, per una forma di distomatosi, ci permise rilevare
tutte quelle speciali lesioni che completano il quadro anatomo-
patologico délia distomatosi grave.
Comunque, ricondando le osservazioni fatte dal Tibaldi in
Sardegna, noi fummo trascinati ad ammettere che eventualmente
la nostra pecora fosse anche affetta da « anaplasmosi ».
Allestimmo allora su vetrini coprioggetti numerosi strisci dal
sangue periferico delle altre pecore che fissammo seguendo la
tecnica indicata dal Sieber e Garpano, al sublimato alcoolico
caldo, e che colorammo col metodo di Giemsa. Il reperto fu
positivo ancora per due pecore e per una di queste poi i corpi
endoglobulari erano nella percentuale dei 3o 0/0 dei globuli
rossi. Ancora queste due pecore avevano le mucose apparenti
anemiche forse pi ù delle altre quattro e nelle loro materie fecali
trovavansi uova di distoma epatico.
Ci trovavamo noi di fronle ad animali affetti da « anaplas¬
mosi » oppure erano tali formazioni fasi di evoluzione di taluni
piroplasmi? oppure, contrariamente aile vedute di A. M. Luz-
ZxVto e F. Ravenna (1) e di G. Rongalio (2) tali « punti margi-
nali », tali emazie punteggiate erano anche nella pecora l es-
pressione di un frequente e spéciale reperto ematico che per
unanime consenso viene dagli autori considerato corne proprio
degli stati anemici in generale? erano emazie giovani, erano
emazie immature, erano cellule a tipo embrionale ? oppure
erano, corne già supponeva il Sangiorgi, « punti marginal]’ »
(1) M . Luzzato e F. Ravknna. Atti délia Academia delle. Science Mcdichc
e Nat ural i di Ferrara, 1911.
(2) G Rongalio. Pathologica , i5 febbraio 1 9 1 3 , n° io3.
146
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
accidentalmen te prodotti dail’aderire o dal sovrapporsi su un
punto qualunque délia periferia o delFambito del globulo rosso,
di granulazioni leu coci tarie che dai leucociti fuoriescono durante
Fatto meccanico délia pratica dello striscio?
Per quanto, à priori , avremmo già potuto rispondere negati-
vamente aile ultime domande rivolteci, pure ci riservammo di
concludere attenendosi ai risultati di una sérié di ricerche che
brevemente esporremo e riassumeremo.
F u allora nostra prima cura quella di esaminare il sangue di
pecore non sarde ma delle nostre regioni, e cosi la nostra atten-
zione fu rivolta ad un gruppo di pecore valdostane e ad un
gruppo di pecore biellesi. Saremo brevi e diremo senz’altro che
in due animali dell’uno e dell’altro gruppo ci fu dato osservare
il reperto einatico precedentemente segualato. Non vogliamo
tacere a questo punto che le diverse pecore da noi prese in
esame, in seguilo aile indagini cliniche espletate, ebbimo a rite-
nerle affette da distomatosi.
Allô scopo di stabilirc la natura dei « punti marginali » delle
c< forme anaplasmiche » da noi osservate, ci proponemmo una
sérié di speciali ricerche intese anche a controllare con procedi-
menti e con tecnica spéciale le esperienze di Dias e Arago (i)
di Laveran e Franchini (2).
Noi abbiamo tentato di provocare l anemia sperimentale con
Facqua dis ti 1 1 a ta , che sostiene Femolisi per semplice processo di
osmosi, e con un siero emolitico specifico capace di produrci
l’emolisi per Fazione del complemento e délia sua sensibiliza-
trice specifica.
Uno di noi in un lavoro pubblicato già nel iqi3 ha ampia-
mente discusso ed aiîermata l’azione emoglobulicida délia
milza. E' sulla base di taie constatazione allora che noi allar-
gammo le nostre ricerche su conigli normali e su conigli smil-
zati.
Iniezionr di aequo, distillata. — A otto conig'li, quattro nor¬
mali e quattro smilzati, operati i\2 giorni prima l’esperienza,
dojio aver al 1 est i ti strisci col sangue periferico, abbiamo iniettato
in vena Facqua distillata nella proporzione di 2,5 c. c. per chilo
di animale. Sapendo, dalle classiche esperienze del Banti, che il
(1) Dias e Arago. Me/n. do Inst. Oswaldo Craz , t. YI, f. 3. 1914» p- 23i.
(2) Laveran e Franchini. Bull, de la Soc. de Path. Eæot ., t. VII, luglio 1 9 1 l\y
p. 58o.
Séance du i4 Février 1917
1 47
processo di emolisi conseguente allé iniezioni di acqua distillala
è pressochè immediato tanto da raggiungere rapidissimamente
il suo massimo di intensità per poi diminuire graduai mente
tanto da non dare alFanemia sperimentale cosi prodotta nessun
carattere progressivo, abbiamo allestiti strisci col sangue perife-
rico, prelevato io-i5 minuli dopo l’iniezione di acqua di sti I la ta
e 3-8-12-24-48 ore dopo Finiezione.
hiiezione di sieri emolitici specifici. — t,L’esperienza viene
fatla su ire pecore sane a reperto ematico normale. Il siero anti-
pecora fu ottenuto sul coniglio, seguendo il metodo classico, per
iniezioni endovenose ed intraperitoneali di emzie di pecora
lavate. Il siero anti-pecora ottenuto e sperimentalo in vitro su
globuli rossi i pecora si è dimostrato dotato di alto potere emo-
litico. Il siero fu inietlato per via endovenosa alla dose di 1 3
di c. c. per ogni chilogramma di peso dell’animale. Il sangue per
allestire gli strisci fu raccolto attenendosi si cri te ri suggeriti dal
Banti.
Si sa che conlrariamente all anemia prodotta cou acqua distil-
lata Fanemia serica è lenta e progressive. Di più è noto che una
sola iniezione di siero produce in ogni caso un anémia che
alimenta progressivamente di intensità per raggiungere il suo
massimo dopo qualche giorno dall iniezione.
Nella evoluzione dell’anemia serica noi possiamo in ogni caso
distinguere due fasi : La prima immediata che si osserva nelle
prime ore che seguono Finiezione, e la seconda tardiva caratte-
rizzata da una notevolissima diminuzione dei globuli rossi, che
si osserva in seconda-quarta giornata dalFiniezione sperimentale
di siero emolitico. Una delle nostre pecore iniettate (Nera) è
venuta precisamente a morte in îale periodo per la gravita délia
anémia. Alla necroscopia di questo soggetto furono riscontrate
tutte le lesioni caratteristiche dell’anemia grave e tutte quelle
speciali modificazioni in rapporto alFenorme deglobulizzazione.
Il fegato era comunque leggermente colpito da distomatosi. Col
sangue di questa pecora furono allestiti strisci dopo 8-24-3o ore
dalFiniezione. Invece col sangue delle due pecore che hanno
resistito ail iniezione di siero emolitico furono fatti strisci con
sangue prelevato dopo 8-24-36-48 ore e in terza-quarta-quinta e
sesta giornata dalFiniezione fatta a scopo sperimentale.
1 48 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Rcperto ematico degli animal i di esperienza
Nei qaattvo conigli normal i sot topos ti aile iniezioni endovenose
di H~0 distiflata, lesame dei préparât i allestiti col sangue perife-
rico permette rilevare :
in quelli fatti dopo icé-iS1 fatti di emoagglutinazione ;
in quelli allestili dopo tre ore fatti di poichilocitosi, anisoci-
tosi, cou nuinerose emazie punleggiate (10 o o) ;
in quelli fatti dopo 8 e 12 ore corne nei preparati allestiti dopo
tre ore ;
in quelli allestiti dopo 24 ore emazie punteggiate con poichi¬
locitosi meno marcata ;
ed influe in quelli fatti dopo 48 ore emazie punteggiate
(3-5 0/0).
Nei guattro conigli smilzati lesame dei preparati allestiti col
sangue periferico permette rilevare :
in quelli fatti dopo 10' i5' fatti di emoagglutinazione ;
in quelli allestiti dopo tre ore anisocitosi e poichilocitosi
meno manifesta che nei caso precedente, emazie con granuli
periferici e centrali (3-5 0/0) ; in quelli allestiti dopo 8 e 12 ore
emazie punteggiate corne nei casa precedente ; in quelli allestili
dopo 24-48 ore qualche emazie con granuli periferici e centrali.
La differenza dei reperto ematico fra i conigli normali e quelli
smilzati dimoslra che nei primi l anemia sperimentale fu piu
grave che non nei secondi e che precisamente le emazie punteg¬
giate, granulari sono in stretto rapporto con la gravita delTane-
mia prodotta.
Nella pecora (liera), venu ta a morte per grave anémia conse-
cutiva all’iniezione sperimentale di siero emolitico specifîco,
l esame dei preparati allestiti col sangue periferico permette rile¬
vare ; in quelli fatti dopo 8 ore poichilocitosi, anesocilosi ed
emazie punteggiate (5 0/0); in quelli fatti dopo 24 ore nume-
rosi ammassi di emazie agglutinate, poichilocitosi, anisocitosi,
emazie con punti marginal i e centrali assumenti una colorazione
cromatinica intensa nella proporzione dei 3o 0/0; in quelli fatti
dopo 3o ore numerosi ammassi di emazie agglutinate, anisoci¬
tosi marcata, ed emazie punteggiate in altissima percentuale
(60-70 0/0).
Lesame degli strisci allestiti col sangue periferico délie altm
due pecore sper intentai mente iniettate con siero emolitico specifico
Séance du i4 Février 1917
149
ci permise constqtare : nei preparati fatti dopu otto ore, anisoci-
losi marcala, poichilocitosi, e qualclie emazia punteggiata ; i 11
quelli fatti dopo 24-36 ore quello osservato negli strisci fatti
dopo 8 ore, salvo avéré un maggior numéro di emazie punteg-
giate (ro 0/0) le quali andarono progressivarnente aumentando
nei preparati allestiti in seconda, terza e quarta giornata per poi
diminuire negli strisci fatli in quinta e sesla giornata.
CONCLUSION! :
i° Le osservazioni faite dal Tibaldi in Sardegna e le nostre
non permettono per nulla atfatlo, secondo noi, di affermare
l’esistenza dell’ « anaplasmosi » negli ovini délia Sardegna.
20 E7 facile niettere in evidenza « punti marginali e centrali »
anche nelle emazie delle pecore del Piemonte.
3° Non sempre i corpuscoli marginali e centrali sono veri e
proprii parassiti.
4° I « corpi endoglobulari marginali o centrali » sono fre¬
quente espressione di alterazioni del sangue facili ad osservarsi
negli stati anemici.
5° L’anemia accentuata secondaria a distomatosi grave sottin-
tende nella pecora la possibile comparsa in circolo di emazie
contenenti dei corpuscoli rotondi in forma di cocchi del dia-
metro o, i-o,5 u, disposti sia alla periferia sia al centro dell’emazia
stessa.
6° L’anemia che consegue alla iniezione di sieri emolitici spe-
cifici, capaci di produrre l’emolisi per Pazione del complemento
e délia sua sensibilizzatrice specifica, sottintende anche nella
pecora alterazioni particolari dçlle emazie rappresentate dalla
comparsa di punteggiature, di granulazioni centrali o peri-
feriche.
70 L’anemia che consegue alla iniezione di acqua distillata,
che sostiene l’emolisi per semplice proces^o di osmosi, sottin¬
tende nei conigli normali e smilzati alterazioni del sangue per-
fettamente paragonabili a quelle osservate nelle pecore con
anémia serica sperimentale.
8° 1 risultati delle nostre esperienze suonano piena conferma
aile conclusioni presentate da Dias e Aragao, Laveran et Fran-
CHINI .
90 Per quanlo convinli che non lutte le forme descritte corne
ISO Bulletin de é\ Société de Pathologie exotique
« anaplasmosi » siano affezioni vere e proprie , dovute ad uno
spéciale protozoo, per quanto convint! che i «< corpi endoglobu-
lari » « punti marginal! » « abbiano lui significato di grau lunga
p i Ci modesto di quello che alcuni autori haniio preteso di attri-
buire loro » pure le osservazioni di Tiieiler e Lignières e più
specialmente quelle di questo ultimo autore, esigono che
P « anaplasmosi » venga considerata fra le malattie protozoarie
a parassiti a lipo spéciale, corne malattia propria, corne entità
morbosa ben defini ta.
Torino, 1916.
Laboratoire de Clinique Médicale ci l'Ecole Supérieure
Hoyale Vétérinaire de Turin.
Les porteurs de Kystes filariens
( Onchocerca volvulus ) et de Nodosités
J uxta- Articulaires en pays Toma
Région militaire de la Guinée)
Par CLAPIER.
Dans la Région Militaire de la Guinée, c'est-à-dire dans la zone
N
frontière qui sépare notre colonie de l’hinterland libérien, les
porteurs de kystes à O. volvulus et de Nodosités Juxta-articulai-
res de Jeanselme sont nombreux; les trois principales peuplades
qui de l'Ouest à l’Est se partagent ce territoire : Kissiens, Tomas
et Guerzés, nous ont fourni chacune de nombreux exemples des
deux affections.
Ces deux sortes de nodules ont été île notre part l'objet d’une
enquête, particulièrement en pays Tomas : nous en exposons ici
les résultats.
Très souvent les auteurs ont noté la ressemblance clinique des
deux affections et il est hors de doute qu elles ont été plusieurs
fois confondues entre elles; on a pu même émettre l’hypothèse
de l'origine filarienne de certaines nodosités juxta-articulaires.
Nous avons essayé d'établir les signes cliniques communs et
différentiels des deux variétés de nodules en nous basant sur
des diagnostics établis d’après les symptômes cliniques et cou-
Séance du 1 4 Février i <) 1 7
loi
firmes dans tous les cas douteux par la ponction ou même l’ex¬
tirpation des tumeurs.
T. — Signes communs
Tumeurs sous-cutanées.
Accroissement lent.
Volume variable, depuis un grain de plomb jusqu’à une mandarine.
Consistance très ferme .
Forme plus ou moins arrondie ou ovalaire.
Généralement multiples et situés par groupes de 2, 3 ou 4 dans certai¬
nes régions d’élection.
Tendance nulle ou très faible à la suppuration et à l’ulcération.
Peu ou pas douloureuses même à la pression.
Evolution indéfinie.
Ces nombreux signes communs expliquent la facile confusion
des deux sortes de tumeurs entre
ver des signes différentiels nomh
de simples nuances.
II. — Signes
Kystes à vol vu lus
Font une légère saillie sous le
revêtement cutané ; parfois invi¬
sibles même à jour frisant et déce¬
lés uniquement par le toucher.
Aucune adhérence avec la peau,
non modifiée comme coloration et
absolument mobile sur les tu¬
meurs.
Consistance ferme mais élasti¬
que, un peu plus ferme que celle
des ganglions lymphatiques.
Formes régulières : grain de
millet, noyau de cerise, olive ;
galet roulé ovale ou réguliè¬
rement aplati ; œuf.
Tissus avoisinants non empâ¬
tés.
Localisations : sans rapports
nets avec les articulations et les
épiphyses osseuses ou les points
de friction : pli inguinal, pubis,
gril costal, omoplate.
Tendance à la symétrie peu ac¬
centuée.
Généralement mobiles sur les
plans profonds.
elles; cependant on peut trou-
reux qui sont souvent plus que
différentiels
Nodosités juxta- articulaires
La saillie est plus nette, sou¬
vent globuleuse.
Adhérences avec la peau fré¬
quentes ; peau souvent distendue
et parfois décolorée au point cul¬
minant.
Consistance très ferme, rappe¬
lant celle du bois ou du caillou.
Formes moins régulières, an¬
gles parfois assez nets : galet à
plusieurs pans ; marron, grain de
maïs.
Empâtement variable des tissus
voisins.
Localisation : de préférence sur
les épiphyses osseuses (voisines
des articulations) et sur le plan
externe des membres : olécrane,
malléole externe, acroinion, tro¬
chanter.
Tendance à la symétrie très
marquée.
Souvent plus ou moins adhé¬
rentes au périoste.
152
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dans de nombreux cas, ces signes suffiront pour poser le
diagnostic : ainsi, une tumeur localisée à l'épine de l'omoplate,
ayant les caractères ci-dessus décrits des kystes à voluulus, sera
un kyste filarien. Si l'on se trouve en présence d'un porteur de
nodules symétriques sur l'olécrane, avant les autres caractères
appartenant aux Nodosités Juxta-articulaires, on aura certaine¬
ment à diagnostiquer un cas de N. J. -A. Dans ces deux exem¬
ples, la ponction exploratrice confirmera le diagnostic. Dans
les cas douteux, cette ponction doit toujours être pratiquée ; elle
est peu douloureuse et sans danger ; elle doit être pratiquée
avec un petit trocart ou avec une aiguille de gros calibre; dans
les cas de N. J. A., l’aiguille ne ramène rien ou une infime gout¬
telette de sérosité lymphatique; dans les cas de kystes filariens,
on retire un liquide louche, visqueux, grisâtre, jaune ou orangé,
plus ou moins riche en microfilaires.
Parfois, dans les kystes à voluulus, la ponction peut être blan¬
che : l’aiguille ne ramène rien : en effet, les kystes ont des
parois épaisses de un ou plusieurs millimètres parfois et renfer¬
ment une ou plusieurs logettes ; l’aiguille devra pénétrer dans
ces loges, sinon elle pourra ne ramener ni liquide ni microfilai¬
res, d’où la nécessité de ponctions multiples.
On peut avoir une autre cause d’erreur; nous citerons un cas
curieux :
Moussa Kamara de Lassaou est un jeune homme de race Toma d’une
vingtaine d’années ; on constate au niveau du coccyx l’élargissement du
pli interfessier ; la palpation révèle une tumeur du volume et de la forme
d’une petite mandarine, noyée dans le tissu sous-cutané et mobile sur les
plans profonds ; sa consistance est bien supérieure à celle des lipomes et
elle est légèrement élastique ; elle est indolore.
Ponction : évacuation de 10 cm3 environ d’un liquide jaune orangé; exa¬
mens microscopiques répétés : pas de microfilaires ; mais après la sortie
du trocart, un paquet de filaments apparaît à l'orifice de ponction ; ce
paquet est formé par un mâle de O. v. complet, légèrement macéré mais
très reconnaissable (il a 4 cm. 5 environ avec les spires caudales), et par
des tronçons de O. v. femelle dont on mesure 43 cm. sans trouver ni
extrémité céphalique, ni extrémité caudale ; les fragments sont plus
ou moins macérés, et dans les tubes utérins, il est impossible de déceler
les œufs de microfilaires. Après cette ponction, la tumeur se trouve réduite
à un nodule fibreux des dimensions d’un noyau de pêche; le sujet avait
cette tumeur depuis deux ans environ ; il est en outre porteur d’un autre
kyste filarien sur la partie droite du front.
Extirpation. — La ponction élucidera donc le diagnostic
dans l’immense majorité des cas; si le moindre doute persiste,
Séance du i4 Février 1917
153
l’extirpation permettra toujours de résoudre le problème sans le
secours du microscope.
Les tumeurs à O. v. ont des parois épaisses limitant une ou
plusieurs logettes de formes irrégulières remplies d'un liquide
gris ou jaune orangé; les cavités sont partiellement obstruées
par des filaments enchevêtrés entre eux et cousus pour ainsi dire
avec les parois.: ces filaments sont les vers adultes mâles et
femelles ; ces dernières seules ont des rapports intimes avec les
parois, les mâles étant habituellement libres dans la cavité;
la paroi de la surface interne des kystes est souvent colorée en
jaune.
Les N. J. -A. présentent à la coupe un aspect blanchâtre et
fibreux ; en râclant ce tissu avec une aiguille, on peut parfois
détacher de minces lamelles filamenteuses ; il n’existe aucune
trace de cavité.
Les tumeurs que nous avons décrites comme N. J. -A. offrent
toutes ce même aspect ; pour nous, ce sont les seules qui doivent
garder ce nom ; elles nous paraissent absolument distinctes des
kystes filariens.
Nous résumerons les observations que nous avons faites sur
les deux sortes de tumeurs d’après l’examen de 4q4 sujets dont :
235 hommes, 193 femmes, 66 enfants.
A. Nodosités Juxta-Articulaires. — Sur les 494 examinés,
nous avons trouvé i4 porteurs de Nodosités, dont i3 hommes
adultes ou âgés et une femme adulte. Dans i3 observations,
les tumeurs étaient multiples et généralement symétriques ;
dans un seul cas, la tumeur était unique et siégeait sur la mal¬
léole externe gauche. -
Localisations : Olécrânes : 7 fois. Grands ou petits trochan¬
ters : 4 fois. Malléoles externes : 3 fois. Acromions : 2 fois. Epi¬
nes iliaques : 2 fois.
Nous n’avons pu faire de coupes; les colorations répétées de
frottis par le Ziehl, le Ziehl dilué plus cristal violet, le Gram,
le Laveran, le bleu de méthylène-éosine, ne nous ont rien
donné.
Nous n’avons aucune hypothèse à formuler sur l’étiologie ou
la pathogénie de ces tumeurs; nous dirons simplement qu elles
nous paraissent absolument distinctes des kystes à O. u.
u
154
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
B. Kystes a Onchocerca volvulus. — Sur nos 494 examinés,
nous avons observé les kystes filariens chez i4 vieillards,
26 hommes adultes, 12 femmes adultes, 3 vieilles femmes,
1 enfant (5 ans); au total 56 cas, soit 11 0/0.
La fréquence de O. v. étant très variable suivant les pays, nous
ne ferons pas de ce pourcentage de 11 0/0 l’index endémique de
toute la région militaire de la Guinée, nous dirons simplement
que les kystes filariens sont communs chez les Tomas et qu’ils
sont en particulier beaucoup plus fréquents que les N. J. -A.
Localisations :
Epine iliaque antéro-supérieure .... 36 fois
Gril costal . 11
Pli inguinal . 3
Face externe de la cuisse . 3
Fosse sous-épineuse . 1
Bord spinal de l’omoplate . 2
Région mammaire . 2
Pubis . 1
Face antérieure de la cuisse . 1
Cou (partie latérale) . 1
Creux poplité . 1
Abdomen . 1
Front . 1
Sillon interfessier (région coccygienne). . 1
Œufs. Embryons. Vers adultes. — Nous n’avons rien à ajouter
aux descriptions données par Brumpt, Ouzilleau, etc. Nous
n’avons jamais vu nettement les deux prolongements polaires
filiformes de l’enveloppe des œufs; très souvent les œufs étaient
munis d’un seul prolongement filiforme, souvent ils paraissaient
en être totalement dépourvus.
Sur le mâle, nous avons bien vu les papilles anales et post¬
anales ; quant à la femelle, il nous a toujours été impossible d’en
obtenir une entière ; celles-ci faisant pour ainsi dire corps avec
les parois, il paraît presque impossible de les isoler sans les
couper.
/
Rôle pathogène de O. volvulus . — Ouzilleau a ouvert le cha
pitre du rôle pathogène de O. volvulus et lui a donné une grande
extension ; nous avons cherché des rapprochements entre la
présence de O. volvulus et les signes morbides présentés par les
sujets infestés.
a) Sang. — Nous avons cherché très souvent par de simples
Séance du i4 Février 1917
examens de sang frais faits de jour, les Mf. voluulus dans le sang
périphéjique, sans résultats.
b) Formule leucocytaire. — O. v. ne produit pas de modifica¬
tions sensibles dans l’équilibre leucocytaire ; voici trois exem¬
ples pris sur des adultes ne présentant pas d’autre infestation
filarienne :
Lymph . . . .
Moy. Monos . . .
Gds Monos . . .
Form. de transition.
Polyn. neutroph. .
Polyn. éosin .
Selles .
Ankylostomes Ankylostomes
Ascaris nombreux. Ascaris as. rares.
L’éosinophilie peut être mise sur le compte des parasites intes¬
tinaux aussi bien que sur celui des O. volviilus.
c ) Système lymphatique. — Tous les indigènes que nous avons
examinés présentaient de la micro- ou de la macro-polyadéno¬
pathie à pathogénie sans doute très complexe, mais nous avons
constaté en général une hypertrophie plus considérable dans
le groupe lymphatique correspondant aux régions envahies
par O. v.
La ponction des ganglions des territoires lymphatiques voi¬
sins de kystes à Filaria voluulus nous a révélé plusieurs fois,
mais non d’une façon constante, la présence de Microfilaria vol-
vulus.
Microfilaria volviilus et Elephantiasis. — Ouzilleau fait de
cette présence de Mf. v. dans le système lymphatique, la pre¬
mière étape de l’éléphantiasis observé dans le M’Bomou ; la stase
lymphatique caractéristique de l’éléphantiasis serait due aux
microfilaires vivantes ; d’autres auteurs (Dubois) ont retrouvé
d’une façon très constante l’infestation par O. v. chez les élé-
phantiasiques : dans le M’Bomou, dans FOuellé, tout éléphan-
tiasique est porteur de O. v.
Ce fait étant reconnu, il faudrait pouvoir expliquer le sui¬
vant : en pays Toma, la filariose par O. v. est fréquente ; or,
l’éléphantiasis est à peu près inconnu. Aucun des 4q4 sujets de
notre enquête ne présentait de traces d’éléphantiasis ; en deux
ans de séjour au cours desquels nous avons parcouru le pays
très souventet par plusieurs itinéraires, nous n’avons observé ni
156
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans les gros villages ni dans les petits villages de cultures des
Tomas, aucun éléphantiasique ; de très rares cas qui nous
avaient été présentés comme tels par les indigènes étaient sim¬
plement des cas d’hydrocèle non chyleuse (ponction). D’après
nos renseignements, il en existerait cependant quelques cas,
mais nous n’en avons jamais vu ; ce fait est d’autant plus frap¬
pant que dans les régions voisines, chez les Kissiens et chez les
Guerzés, mais surtout chez Jes premiers, l’éléphanliasis est assez
commun : chez les Kissiens en particulier, nous avons observé
souvent des éléphantiasis du scrotum, de l’avant-bras ou de la
jambe.
Il faut donc admettre une fois de plus que la filariose, quelle
qu’elle soit, ne fait pas à elle seule l’éléphantiasis.
d) Lésions cutanées. — Ouzilleau a signalé chez les porteurs
de kystes à O. v. diverses lésions de la peau : pachydermite
généralisée, tégument parcheminé, peau de saurien. Nous
n’avons pas observé de cas net de pachydermite généralisée,
mais nous avons noté aussi spuvent les autres signes chez les
porteurs de N. J. -A. que chez les porteurs de kystes filariens.
Ces aspects de la peau se retrouvent aussi chez de vieux nègres
sans qu’il soit possible de déceler des kystes à uoluulus; nous
devons dire que nous n’avons jamais pratiqué l’examen du suc
lymphatique en dehors des cas de porteurs de kystes à uolv.
Nous avons remarqué ces aspects de la peau chez des Bilhar-
ziens.
e) Troubles oculaires (Kératites; conjonctivites; cataractes). —
Chez les porteurs de kystes à O. v., nous avons retrouvé toutes
ces lésions, surtout des cataractes chez les vieillards; l’étiologie
et la pathogénie de ces affections sont trop complexes pour nous
permettre de les rattacher à la présence de O. v.
f) Troubles généraux (Amaigrissement, courbature, cachexie).
— Dans les régions que nous avons parcourues, existent de très
nombreux facteurs de déchéance physique, — Bilharziose,
Ankylostomiase, Paludisme, etc., — mais chez les infestés par
O. u., la proportion des affaiblis ou des cachectiques ne nous a
pas paru plus considérable que dans le reste de la population.
En résumé, la Filariose à O. uolvulus nous paraît borner son
action pathogène au système lymphatique et avoir dans la genèse
Séance du i4 Février 1917
de Féléphantiasis un rôle qui n’est pas encore complètement
déterminé. Quant aux nodosités juxta-articulaires, elles parais¬
sent de nature indépendante des kystes à voluulus.
Travail de la mission d' ab orne ment franco-libérienne.
Capitaine Villatte, 1914-1916.
M. Jeanselme. — Je viens de constater un cas de nodosités
j utax-articulaires sur un tirailleur sénégalais, de race toucouleur,
originaire de Diorbival (Haut-Sénégal) .
D'après le Dr Garnier, qui a parcouru le Haut-Sénégal et Niger,
les nodosités j usta-articulaires sont communes dans la région
située à l’Est de Bamako et en particulier dans les cercles de
Sikasso et de Bougouni.
158
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
/
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
Aimais of Tropical Médecine and Parasitology , t. X, f. 4,
8 févr. 1917.
British Medical Journal, nos 2924-2928, i3 janv. -10 fév. 1917.
Cronica Medica, t. XXXIII, nos 641-642, nov. et déc. 1916.
Gaceta Medica da Bahia, t. XLV1, juill. 1 9 1 5-j u i 11 1916, nos 1-8,
10-12; t. XLV1I, nos 2-3, aout-sept. 1916.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indië, t.LVI, f. 6,
1916.
Journal of the Bogal Army Medical Corps , t. XXVIII, f. 1,
I9I?*
Malaria e malattie dei Paesi caldi, t. VII, f. 5 et 6, 21 oct. 1916.
Malariologia , t. IX, n° 6, 3i déc. 1916.
Neio Orléans Medical ancl Surgical Journal , t. LXIX, n° 7,
janv. 1917.
Nipiologia , t. II, n° 4, 3i déc. 1916.
Pediatrici , t. XXV, f. 1, janv. 1917.
Beuieiv of Applied Entomology , t. V, sér. A et B, f. 1, janv.
I0I7‘
Bevue scientifique , nos 2 et 3, i3 janv. -3 fév. 1917,
Transactions of the Society of Tropical Medicine and 11 y g ie ne,
t. X, nos 2 et 3, déc. 1916 et janv. 1917.
Tropical Diseases Bulletin, t. IX, nos 1 et 2, i5el3ojanv. 1917.
Tropical Veterinary Bulletin, t. IV, n° 4, 3o déc. 1916.
BROCHURES
H. C. de Souza Aranjo (Inst. Oswaldo Cruz). Granuloma Vene-
reo. Rio de Janeiro, 1917-
— A prophylaxia da lepra no Paranà.
Séance du i/j Février 1917
159
George G. Low. A case of amœbic abscess of the liver occur-
ring twenty years after the original attack of dysentery. — An
Interesting case of syphilitic pyrexia in an Indian native. The
value of a positive Wassermann reaction in diagnosis. — The
history of the use of intravenous injections of tarlar emetic
(antimonium tartaratum) in tropical medicine.
G. G. Low et Clifford Dobell. A note an the treatment of Lam-
blia infections.
G. G. Low et H. 13. Newham. A case of ulcerating granuloma
successfully treated by intravenous injections of Antinomy.
160
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American journal oj tropical diseases and préventive medicine.
incorporé au New-Orleans Medical and Surgical Journal.
American Society oj Tropical Medicine.
Armais oj Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archivos- de Hygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium biblio graphicum
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d’ Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar
Geneeskundig Tijdschrijt voor Nederlands-Indië.
Indian Journal oj medical research.
Journal of the Royal Army Medical Corps.
Journal oj Tropical Medicine and Hygiene.
Malaria et Malattie dei Paesi Ca/di.
Malariologia.
Memorias do Instituto Oswaldo Cruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science (B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud .
Revista de Veterinaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review of applied entomology .
Revue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine c:id Hygien
('Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veterinary Bulletin.
Le Gérant ; P. MASSON.
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Tome X.
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît io fois par an
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Le prix de PAbonnement est : France , 18 fr. ; Union postale , 20 fr
SOMMAIRE DU NUMÉRO j
Séance du 14 mars 1917
161
162
16a
PAGES
MM. Castellani et De Brun, membres associés, assistent à la séance.
PRÉSENTATIONS
G. Pittaluga. — Maladie du sommeil dans les possessions espagnoles
du golfe de Guinée .
A. Laveran. — Pièces anatomiques : nécrose d’une partie des muscles fes¬
siers à la suite d’injections hypodermiques dequinine .
NÉCROLOGIE
Professeur Oswaldo Cruz . .
COMMUNICATIONS
V. Dupont. — Spasme laryngé et Tœnia .
M. Leger. — Résistance globulaire dans l’ankylostomiase ....
M. Leger et P. Mouzels. — Piroplasme et microfilaire d’un édenté, le
Braclijpus tridactylus Linné .
C. Mathis et L. Mercier. — Existe-t-il des kystes à plus de quatre noyaux
chez Entamœba dgsenteriœ ? . i65
E. Roubaud. — Cas de paludisme autochtone contracté dans l’Aisne . 171
R. Van Saceghem. — Cas suspects d 'East coast fever au Congo . . . 172
182
180
ï77
i73
R. Van Saceghem. — Elude de tumeurs d’une génisse de. race zébu
*
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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, PAGES
A. Gàuducheau. — Recherches sur la variole-vaccine . 260
Ch. Grall. — Paludisme « épidémie » . 184
A. Laveran — ■ Sur le traitement du paludisme à propos des lièvres de
Salonique . . 208
A. Lebœuf. — Le traitement de l'amibiase intestinale par Pioduredou-
blé d’émétine et de bismuth . ..... 247
H. Velu. — La trypanosomiase des chevaux au Maroc. Etude expéri¬
mentale . . *>53
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IV
Dixième année
J9*7
N° 3.
“BULLETIN
Société de
H
DE LA
Pathologie
exotique
SÉANCE DU l4 MARS I 9 I 7 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Le Président souhaite la bienvenue au Dr Castellani, profes¬
seur à la Faculté de Médecine de Naples, et au Dr De Brun,
professeur à la Faculté de Beyrouth, poste qu’il a dû abandonner
en raison de l’état de guerre avec la Turquie, — tous deux
membres associés.
A
Présentations
M. Pittaluga, professeur à la Faculté de Médecine de Madrid,
fait hommage à la Société, entr’autres publications, de l’impor¬
tant volume intitulé « Estudios sobre la Enfennedad del Saeno
ij las condiciones sanitarias en los territorios espaholes del Golfo
de Gainea », et publié à Madrid en 1911, au retour de la Mission
dirigée par le Dr Pittaluga.
+
* *
12
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Présentation de pièces anatomiques
Par A. LAVE R AN
Nécrose d’une partie des muscles fessiers
à la suite d’injections hypodermiques de quinine
Notre collègue le D1' Violle m’a adressé les pièces anatomiques
que j’ai l'honneur de présenter, avec une note sur le malade
qui a fourni ces pièces.
Il s’agit d'un soldat de notre armée d’Orient qui a été traité
dans un hôpital de Salonique, au mois de janvier dernier, pour
paratyphoïde et paludisme, et qui a reçu, en 20 jours, 4o injec¬
tions hypodermiques de quinine dans les régions fessières. La
solution injectée a été la solution quinine-uréthane, contenue
dans des ampoules scellées, en usage dans les formations sani¬
taires de notre armée; le malade ne peut pas indiquer les doses
employées. *
A la fin du mois de janvier, le malade, en voie de convales¬
cence, a été rapatrié et dirigé sur l’hôpital de Saint-Mandrier à
Toulon.
Vers le 20 janvier, le malade a ressenti un commencement
d’induration dans les régions fessières; à la fin du mois de jan¬
vier, un empâtement considérable, et mou, de ces régions a
remplacé l’induration.
Le 2 février dernier, le malade est opéré sous le chloroforme ;
des incisions multiples, parallèles, de la fesse droite, donnent
écoulement à 2 grands verres de pus chocolat et à des lambeaux
sphacélés du grand fessier, entièrement libres dans la cavité de
l’abcès.
Des incisions multiples de la fesse gauche mettent à nu un
putrilage de tissus mortifiés; on enlève des tronçons entiers,
comme momifiés, du grand fessier. Un rameau de l’artère fes-
sière est lié.
Les plus gros lambeaux extraits des abcès m’ont seuls été
envoyés, l'un d'eux mesure 10 cm. de long, sur 3 cm. de large
et 2 cm. d’épaisseur; l’autre, 7 cm. de long sur 3 cm. de large
et 1 cm. 1/2 d’épaisseur. Le tissu musculaire était, à sa sortie
f
Séance du i4 Mars 1917 163
des foyers de nécrose, induré, grisâtre ; sa structure est restée très
apparente, on peut dissocier les faisceaux et les fibres muscu¬
laires, comme 011 ferait s’il s’agissait d’un muscle durci dans
l’alcool et, au microscope, la striation est encore visible sur
beaucoup de fibres.
Je n’avais jamais vu, pour ma part, de nécrose aussi étendue
des muscles, à la suite des injections quiniques, et il a fallu des
circonstances particulières pour donner lieu à cette grave com¬
plication; le malade a eu, paraît-il, une paratyphoïde en même
temps que le paludisme, ce qui a dû favoriser la nécrose; d’autre
part, les injections hypodermiques semblent bien avoir été
répétées trop souvent sur les mêmes points.
Le chirurgien qui traite le malade estime que la guérison
nécessitera plusieurs mois et il esta craindre que les cicatrices
gênent pendant longtemps le malade dans la position assise.
11 est à remarquer que le malade, malgré le traitement quini-
que énergique qu'il a subi à Salonique, a eu plusieurs rechutes
de fièvre palustre depuis son rapatriement.
Des accidents semblables à celui que je viens de relater ne doi¬
vent pas faire condamner la méthode des injections hypoder¬
miques de quinine qui rend de très grands services dans le
traitement du paludisme, mais ils montrent qu’il faut user avec
prudence de cette méthode, en la combinant notamment à la
méthode par ingestion, et en se servant de solutions suffisam¬
ment étendues des sels de quinine.
D écès du Professeur Oswaldo Cruz
Le Président. — J'ai le grand regret d’avoir à annoncer la mort
du Professeur Oswaldo Cruz, membre associé de notre Société.
Le Professeur Oswaldo Cruz, Directeur de l’Institut de Man-
guinhos, avait acquis au Brésil par ses travaux scientifiques, et
par les services rendus à son pays, une haute situation. La grande
part prise par notre regretté Collègue dans l’assainissement de
la ville de Rio de Janeiro restera son principal titre de gloire.
Depuis de nombreuses années la capitale du Brésil était pério¬
diquement épouvée par de graves épidémies de fièvre jaune,
grâce aux mesures énergiques prises sous l’habile direction
)
164 Bulletin de l.\ Société de Pathologie exotique
cI Oswaldo Cruz, grâce surtout à la disparition des gîtes de
Stecjomijia , la fièvre jaune a disparu de Rio de Janeiro et de
nombreuses existences ont été sauvées. Oswaldo Cruz a travaillé
activement aussi à l'assainissement de la vallée de P Amazone.
Depuis 1909, l’Institut de Manguinhos qui a pris le nom
d’institut Oswaldo Cruz publie des Mémoires d’un grand intérêt
qui font grand honneur aux collaborateurs et aux élèves
d’OswALDO Cruz.
Au nom de la Société de pathologie exotique, je m’associe aux
regrets unanimes que la mort d’OswALDO Cruz a suscités au
Brésil et j’adresse des condoléances très sincères à la famille et
aux collaborateurs de notre très regretté Collègue.
Séance du i/| Mars 1917
165
COMMUNICATIONS
Existe-t-il des kystes à plus de quatre noyaux
chez Entamœba dysenteriæ ?
Par C. MATH IS et L. MERCIER
Dans une note récente (C. Mathis et L. Mercier i 9 i 7a) sur
P identification des kystes des Entamibes intestinales de L Homme,
nous avons établi :
i° Oue les kystes mûrs typiques d' Entamœba dysenteries se
caractérisent par la présence de quatre noyaux, d’un chromidium
et par leurs diamètres qui mesurent, sur le trais, 12 p. 5 et i4 p.
Les kystes correspondant à ces deux ordres de dimensions se
rencontrent en nombres sensiblement égaux.
20 Que les kystes mûrs typiques d ’E. coli sont pourvus de huit
noyaux et n’ont jamais de chromidium. Leurs dimensions les
plus fréquentes sont, sur le frais, 16 y 5, 18 p. et 19 p. 5.
3° Que certains kystes atypiques, c'est-à-dire des kystes à qua¬
tre noyaux, sans chromidium, et dont les dimensions sont com¬
prises entre i4 p et 16 p, ne peuvent être rapportés avec certi¬
tude à Lune ou à l’autre Entamibe. De tels kystes, en effet,
peuvent être aussi bien des stades q uadrinucléés d E. coli que
des kystes mûrs d E. dysenteries sans chromidium. Mais nous
avons montré que, malgré la présence de ces kystes atypiques,
il est toujours possible de décider si, dans une selle, il existe
seulement des kystes de l’une ou de l’autre espèce ou des deux
à la fois.
Nous avons admis avec tous les auteurs, et en particulier avec
Hartmann (1912), que les kystes mûrs d 'E. dysenteries n’ont
jamais plus de quatre noyaux. Pour nous, il ne fait aucun
doute que tous les kystes à huit noyaux doivent être rapportés
à E. coli. Or, Kuenen et Syvellengrebelc (1913) et, tout
récemment encore, Swellengrebel et Schiess (1917), n’ont pas
hésité à attribuer à E. dysenteries des kystes à huit noyaux. Cette
166
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
affirmation, si elle était justifiée, supprimerait un caractère dif¬
férentiel important pour la diagnose des deux Entamibes intes¬
tinales de l'Homme. Il nous paraît donc nécessaire d’examiner
de près les arguments que ces auteurs apportent en faveur de
leur thèse.
C’est au cours de recherches sur les Entamibes, faites à Medan
(Deli-Sumatra), que Kuenen et Swellengrebel (1913) disent
avoir constaté, dans les selles d’un dysentérique, la présence de
ces kystes à huit noyaux. A l’appui de leur manière de voir, ils
indiquent : i° qu’ils n’ont jamais observé E. coli chez leur
malade ; 20 que ces kystes à huit noyaux ne présentent pas la
membrane d’enveloppe à double contour caractéristique, d’après
eux, des kystes à’ E. coli.
A notre avis, ces arguments ne nous paraissent pas suffisants
pour entraîner la conviction.
En effet, l’appréciation de l’épaisseur de la membrane kysti¬
que n’est pas toujours facile à faire et il est illusoire de vouloir
séparer les kystes des deux Entamibes intestinales de l’Homme
à l'aide de ce caractère morphologique. Il n’est d’ailleurs pas
toujours possible de constater la présence de la membrane kys¬
tique et James (1914) note que, même chez E. coli , il est difficile,
dans bien des cas, d'affirmer si l’on se trouve en présence d’un
kyste ou d’une amibe mobile multinucléée.
D'autre part, Kuenen et Swellengrebel n’ont pas prouvé d’une
façon irréfutable qu 'E. coli n’existait pas chez leur dysentérique.
On sait, en effet, la difficulté qu'il y a, dans une infection dou¬
ble, de séparer les formes amibiennes mobiles d’ E . coli de cer¬
taines formes végétatives d 'E. dysenteries du type tetragena.
Quant aux kystes à huit noyaux qu'ils rapportent à l’Amibe de
la dysenterie^ il faut remarquer qu’ils sont dépourvus de chro-
midium et plus volumineux que les kystes mûrs typiques de
cette Entamibe. Ils rentrent dans les dimensions que l’on attri¬
stes d 'E. coli. En admettant même que les diamètres
des kystes à huit noyaux vus par Kuenen et Swellengrebel
aient été dans les limites des dimensions des kystes tétragènes,
on ne serait pas encore en droit de les considérer comme n’ap¬
partenant pas à l'Amibe banale du colon.
La majorité des auteurs, en effet, qui ont étudié E. coli recon¬
naissent que certains kystes à huit noyaux de cette Entamibe sont
de même taille ou de taille plus petite que les kystes typiques
bue aux ky
107
Séance du 1 4 Mars 1917
d E. dysenteries et Wenyon (iqi3), en particulier, aurait même
observé des kystes n’ayant que 9 p de diamètre. Quant à James
(1914), qui a rencontré deux fois des kystes à huit noyaux de
11 [j. 5, il se demande, sans se prononcer, s'il faut les rapporter
à E . coli ou k E . dysenteries.
Tôut récemment, dans une communication à la Société de
Pathologie Exotique, Swellengrebel, en collaboration avec
Schiess (1917), a de nouveau affirmé l'existence de kystes à huit
noyaux chez E. dysenteries. Comme ces auteurs n’apportent
aucune nouvelle preuve à l'appui de leur observation, nous
n’ajouterons rien aux critiques que nous venons de formuler.
Toutefois, nous ferons remarquer qu’il eût été désirable que
ces auteurs fissent connaître dans quelle proportion ils ont ren¬
contré ces kystes à huit noyaux.
En ce qui nous concerne, nous avons eu l’occasion d’exami¬
ner de nombreux cas d’infections pures' à E. dysenteries et
jamais nous 11’avons vu de kystes à huit noyaux.
Nous sommes de plus en désaccord avec Kuenen et Swellen-
grebel au sujet de la taille maxima et des dimensions les plus
fréquentes qu’il convient d’attribuer aux kystes d E. dysenteries.
Si nous examinons le graphique (fig. 1) donné- par ces auteurs
Graphique correspondant à la mensuration de 100 kystes d 'E. dysenteries et
de 100 kystes d’E. coli (d’après Kuenen et Swellengrebel). — Les diamètres
des kystes sont portés en abscisses de u en u. Les nombres portés en ordon¬
nées indiquent le nombre de kystes correspondant aux différents diamètres.
E. dysenterie -
E. coli — - .
168 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
et correspondant aux dimensions de cent kystes d 'E. dysenteriœ ,
nous constatons qu'ils admettent que le diamètre maximum peut
atteindre 19 [jl et que les grandes fréquences sont 12 p, i3 jx, 1 4 p.
Or, de même que tous les observateurs, nous n’avons jamais
rencontré de kystes à quatre noyaux à' E . dysenteriœ mesurant
plus de i5 [jl de diamètre sur le frais. D’autre part, la mensura-^
tion d’un grand nombre de kystes à quatre noyaux sur prépa¬
rations fixées au sublimé alcoolo-acétique et colorées à l’héma-
toxyline ferrique et à l’éosine, nous a permis d’établir que les
plus grandes fréquences sont de 10 u. et 11 p 5, dimensions qui
correspondent, comme nous l’avons déjà indiqué, à 12 [jl 5 et à
i4 p sur le frais. Ces fréquences sont mises en évidence par le
Graphique correspondant à la mensuration de 100 kystes d E. dysenteriœ et
de 100 kystes d 'E. coli. Les diamètres des kystes sont portés de o^, 5 en
ou, 5 en abscisses. Les nombres portés en ordonnées indiquent le nombre
deskystes correspondant aux différents diamètres.
E. dysenteriæ -
E. coli .
graphique ci-contre (fig. 2) où sont portés en abscisses les diamè¬
tres des kystes de o [jl 5 en o jjl 5 et en ordonnées le nombre de
kystes correspondant aux différentes dimensions. L’expérience
169
Séance du i/j Mars 1917
nous a montré que, pour faire ressortir les grandes fréquences,
il est nécessaire de mesurer environ deux cents kystes. C’est ce
que nous avons fait, mais afin d’obtenir un tracé susceptible
d’être comparé à celui de Kuenen et Swellengrebel, nous avons
ramené à cent le nombre de kystes mesurés. Un simple coup
d’œil montre que notre graphique diffère notablement de celui
donné par ces auteurs et cela principalement par la présence
d’une vallée séparant les deux grandes fréquences.
Nous avons appliqué le même procédé biométrique à l’étude
des kystes à' E . coli et nous avons obtenu pour cent kystes à huit
noyaux, mesurés sur préparations fixées et colorées, un graphique
dont les trois sommets correspondent sur le frais à 16 p. 5, 18 u
et 19 p. 5. Ce second tracé diffère également de celui donné par
Kuenen et Swellengrebel pour la même entamibe, mais nous
11e nous expliquons pas les causes de cette divergence.
Des recherches ultérieures permettront de décider lesquels de
ce s graphiques sont exacts.
Si personne, à l’exception de Kuenen et Swellengrebel et de
Swellengrebel et Sciiiess, n’a signalé chez E. dysenteries l’exi¬
stence de kystes à plus de quatre noyaux, beaucoup d’auteurs,
au contraire, ont mentionné la présence de kystes à plus de huit
noyaux chez E. coli (1). C’est ainsi que Casagrandi et Barba-
GALLO (1897), SCHAUDINN (1908), HARTMANN et W HITMORE (1912),
James (1914), ont signalé chez cette Entamibe des kystes renfer¬
mant de neuf à seize noyaux. La proportion de ces kystes par
rapport aux kystes à huit noyaux est très variable suivant le
moment où les selles d’un individu sont examinées. Alors que,
dans certaines selles, il est impossible d’en déceler, dans d’autres
ils sont relativement fréquents. 'Sans vouloir nous prononcer ici
sur le rôle de ces kystes, nous pensons qu’il faut les considérer,
non comme des éléments atypiques, mais comme des formes
faisant partie de l’évolution normale du parasite et se rappor¬
tant à des phénomènes de schizogonie ainsi que nous le mon¬
trerons ultérieurement. Or, nous savons que ce mode de multi-
(i)Chez E. ranaru/n, Dobell (1909) n’avaii décrit que des kystes à quatre
noyaux; or, Epsteln et Ilowaisky ( r 9 1 A ) auraient observé la présence de kystes
octonucléées. Nôller (1912) dit avoir rencontré une fois un kyste à huit noyaux
chez E. aulastomi, espèce qu’ALEXEiEEF ( 1912) considère comme identique à
E. raiiarurn Nous-mêmes (Mathis et Mercier, 1 9 1 7 chez E. legeri , Entamibe
très voisine de l’amibe banale du colon, nous avons noté fréquemment la pré¬
sence de kystes à plus de huit noyaux.
170
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
plication végétative, admis pour E. coli, n'existe pas chez
E. dysenteries. Ainsi s’expliquerait la présence de kystes à plus
de huit noyaux chez l’Amibe banale du colon et l’absence de
kystes à plus de quatre noyaux chez l’amibe de la dysenterie.
En résumé, dans l’état actuel de nos connaissances, l’existence
de kystes à huit noyaux chez E. dysenteriæ n’est nullement
démontrée et les observations de Kuenen et Swellengrebel et de
Swellengrebel et Schiess sont, à notre avis, très discutables.
Elles n'ont été jusqu'ici confirmées par aucun autre auteur et
ne concordent pas avec nos propres recherches.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
1897. Casagrandi et Barbagallo. Entamœba hominis s. Amœba coli
(Losch). Studio biologico e clinico. Annali d'iqiene Sperimentale ,
t. VII, p. 103.
1909. Dobell. Researches on the intestinal Protozoa of Frogs and Toads.
Quart. Journ Micr. Sc., t. LIIl, p. 201.
1914. Epstein et Ilowaisky. Recherches sur les Amibes parasites. Journ.
de la Section Zool. de la Soc. imp. des Amis des Sc. Nat., t. II, n° t
(en russe).
1912. Hartmann. Untersuchungen über parasitische Amôben. II. E. tetra-
yena. Arch. f. Protist., t. XXIV, p. 163.
1912. Hartmann et Whitmore. Untersuchungen über parasitische Amô¬
ben. III. E. coli. Arch. f. Protist., t. XXIV, p. 182.
1914. James. A Study oftbe Entamœba ofMan in the Panama Canal Zone.
Ann. of Trop. Med. a. Parasit., t. VIII, n° 2, p. 133.
1913. Kuenen et Swellengrebel. Die Entamoben des Menschen und ihre
praktische Bedeutung. Centralbl. f. Bakt. , /., Or.igin., t. LXXI,
p. 378.
1 91 7a. Mathis et Mercier. Identification des kystes des Entamibes intesti¬
nales de l’Homme. Presse Médicale , Paris, 22 février 1917.
1 9 1 7 b . Mathis et Mercier. Affinités d Entamœba legeri et d E. coli. Arch.
Zool. exp., Notes et Revue (en voie de publication).
1912. Nôller. Entamœba aulastomi Nov. Spec. eine neue parasitische
Amôbe aus dem Pferdeegel. Arch. f. Protist., t. XXIV, p. 195.
1903. Schaudinn. Untersuchungen über die Fortpflanzung einiger Rhi-
zopoden. Arb. a. d. kaiserl. Gesundh., t. XIX, p. 547.
1917. Swellengrebel et Schiess. Quelques remarques sur la morpholo¬
gie d E. histolytica et la valeur diagnostique de l’infection rec¬
tale des Chats. Bull. Soc. pathol. exot., t. X, p. 13.
1913. Wenyon. The Morphology of the intestinal Amœba of Man. British
. med. Journ., p. 1287.
Séance du i4 Mars 1917
171
Cas de Paludisme autochtone contracté dans l'Aisne
ParE. ROUBAUD
Il s’agit d’un soldat d’infanterie, originaire du département
de l’Indre et 11’ayant aucun antécédent colonial ni paludéen. Cet
homme était au front dans le secteur de l’Aisne, à Berry-au-Bac,
depuis le 17 février 1916. Le 29 août, à Gauroy, où il cantonnait
depuis quelque temps, ont débuté des accès de fièvre qui ont
nécessité son évacuation. L’examen microscopique, pratiqué au
laboratoire d’Armée, a révélé la présence des hématozoaires et
permis d'établir le diagnostic Après traitement le malade, ayant
eu des rechutes multiples pendant le cours de sa convalescence,
s’est présenté une première fois dans notre service à l’Institut
Pasteur, le 29 novembre. Les parasites n’étaient pas visibles mais
on notait [\o 0/0 d’éléments mononucléés divers. L’état général
mauvais a nécessité l’entrée à l’Hôpital Pasteur. Le 2.3 janvier
un nouvel examen du sang ne permettait pas non plus de déceler
les hématozoaires, mais la mononucléose restait élevée. Enfin
le r4 février on notait dans le sang la présence de nombreuses
formes de PL viuax. Le traitement continue actuellement.
Comme je l’ai dit plus haut, cet homme n’a jamais été en con¬
tact direct, ni avant ni depuis la guerre, avec des éléments colo¬
niaux; toutefois, à l’époque où ont débuté les accès, des contin¬
gents marocains tenaient la gauche du secteur. Les moustiques
étaient abondants. A la même époque, le malade a eu connais¬
sance d’un deuxième cas de paludisme survenu chez un homme
du même régiment, appartenant à une autre compagnie et qui
fut évacué pour le même motif. Ce deuxième malade aurait fait
une rech ute dans le courant de septembre dernier. Je n’ai pas
eu confirmation hématologique de cet autre cas. Il serait inté¬
ressant de rechercher systématiquement le paludisme dans cette
région du front français.
172
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cas suspects cT East coast fever au Congo
Par René Van SAGEGHEM
Il est généralement admis que la cause étiologique de Y East
coast fever est Theileria par va (r). Pourtant certains auteurs,
entre autres: Robertson, Ollwig et Eûlleborn, ont émis l'opi¬
nion que l’agent spécifique pourrait être un Virus filtrant. Ils
basent leur manière de voir sur le fait que Y East coast fever ne
produit pas d’anémie, qu elle n’est pas directement transmis¬
sible et qu’après guérison l’animal acquiert une immunité sté¬
rile , ce qui est exceptionnel pour les infections à piroplasmes,
qui laissent chez les guéris un sang infectant pour les animaux
neufs.
En plus, il est impossible de différencier au point de vue mor¬
phologique la forme sanguine de Theileria parva d’avec Theile-
ria mutans et ces deux soi-disant espèces ne seraient que des
variétés d’une espèce unique.
Les recherches de Gonder, ainsi que le fait que les corpuscules
de Koch ( Theileria parva ) n'ont été retrouvés avec certitude que
dans des cas bien établis d East coast fever, ne plaident pas en
faveur de cette manière de voir.
J’ai observé au Congo (Zambi-Bas Congo) chez des bovidés
une affection qui s’est présentée avec des symptômes cliniques
et des lésions qui rappellent absolument Y East coast fever et
dans laquelle il m’a été impossible de mettre les corpuscules de
Koch en évidence.
Les malades présentaient de la fièvre, de l’inappétence, une
démarche difficile, une parésie des membres postérieurs et l hy¬
pertrophie des ganglions.
Quelques heures avant la mort, la parésie de l’arrière-train
devenait telle que les animaux se laissaient choir sur le sol
pour ne plus se relever.
Jamais je n’ai observé d’hémoglobinurie. Dans certains cas des
bêtes, qui semblaient absolument saines le matin au sortir du
(i) Van Sacisgiiem, Etude sur Y East Coast fever . Bull. Agr. du Congo Belge ,
173
Séance du i4 Mars 1917
Kraal, tombaient en route le soir au retour et mouraient sur
place durant la nuit.
Des examens très minutieux écartent absolument la trypano¬
somiase, la piroplasmose, l'anaplasmose ou un empoisonne¬
ment.
A l'autopsie on trouvait un foie hypertrophié d’une couleur
jaune serin. Tous les ganglions étaient hypertrophiés et hémor¬
ragiques. Les reins, le foie étaient parsemés d’infarcti blanc
jaunâtre. La rate n’était pas hypertrophiée. Dans l'intestin on
trouvait des lésions d’entérite hémorragique.
A l’examen microscopique du sang, j’ai retrouvé dans les
globules rouges de très rares formes en bâtonnet, identiques
aux Theileria .
Dans les organes internes, foie, rate, reins, ganglions, je n’ai
pu retrouver les corpuscules de Koch. Le manque de matériel
d’expérience ne m’a pas permis de faire des essais de trans¬
mission.
La maladie n’a sévi que dans un troupeau isolé ; tous les ani¬
maux atteints sont morts et la mortalité s’est élevée en quelques
mois à 4o 0/0.
Ce n’est qu’à YEast coast fever ou à une maladie inconnue
que je puis rattacher ces cas. Des nouvelles recherches me per¬
mettront, j espère, d’élucider cette question.
Piroplasme et microfilaire d’un Edenté,
le Bradypus îridactylus Linné
/ Par M. LEGER et P. MOUZELS
Chez les Edentés de la Guyane française, Mesnil et Bri-
mont (1) ont déjà signalé divers hématozoaires : Endotrypcirium
et trypanosome de Cholœpus didactylus , trypanosome et microfi¬
laire de Tamandua tridactyla , microfilaire de Bradypas tridac -
tylus.
(i)F. Mesnil et E. Brimont. C. II. Sur. Biologie , t. 05, 5 déc. 1908, p. 58 1 ;
t. O9. 16 juillet 1910, p. 1 48 ; I. 72, 1er juin 1912, p. 884 . — E. Brimont. C.R.
Soc..Biologie, t. 67, 17 juillet 1909, p. 1G9.
174
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ce dernier animal, vulgairement appelé « Aï », héberge aussi
dans son sang un parasite endoglobulaire, dont il convient de
faire un piroplasme.
L’Aï, capturé à St-Jean du Maroni, a vécu en captivité une
semaine sans paraître aucunement malade ; il a été sacrifié au
bout de ce temps, ne voulant prendre, spontanément, aucune
nourriture.
Les parasites étaient non rares et revêtaient des aspects variés.
La forme la plus commune est un tout petit hématozoaire de
o (ji 5 à o u 8, ovalaire, à peu près entièrement occupé par un
noyau irrégulier, franchement coloré en rouge ; le protoplasma
est toujours à peine teinté.
D’autres parasites mesurent i à 2 jjl ; ils sont ovalaires, en
poire ou en flamme courte ; le protoplasma est plus dense à la
périphérie; le noyau est représenté tantôt par un amas compact
de chromatine, tantôt par un filament grêle, renforcé de dis¬
tance en distance par des sortes de nœuds, et qui prend les
dispositions les plus variées, en arc, en hélice, en vrille, en
accent circonflexe. Dans les hématozoaires à chromatine dense et
concentrée, il apparaît souvent une seconde formation nucléaire,
de teinte plus violacée, assimilable à un blépharoplaste.
Des éléments bacilliformes existent, mais sont d'une excessive
rareté. Les uns représentent un véritable bacille de i p environ,
exclusivement formé en apparence de chromatine dense. Les
autres ont l’aspect « en allumette », pour employer la compa¬
raison fort juste de França (i). Légèrement arqués, ils mesurent
environ 2 p de largeur ; le noyau peut se trouver dans l’extrémité
dilatée et est alors arrondi, ou dans l’extrémité effilée et offre
l’apparence d’un fuseau chromatinien dense.
Les formes de division restent petites, ne dépassent guère 2 p
de diamètre; elles sont, pour la plupart, assez régulièrement
arrondies. La chromatine s’est fragmentée en petits amas irré¬
guliers au nombre de 2, 4, 5 ou 6. Les formes dites « en croix »
ou « en carrés », avec 4 grains chromatiques ne sont pas plus
fréquentes que celles avec 6 noyaux. Lorsque la segmentation
est complète, chaque noyau est entouré d’une zone de proto¬
plasma si tenue qu elle passe inaperçue au premier abord.
Nous avons rencontré 3 parasites libres, assez rapprochés l’un
(1) França. Centr. J. Bakter., t . 6 7 , 1912, no 3.
Séance du i4 Mars 1917
175
de l’autre, comme si la libération venait de se produire : petits
corps ovalaires, de o 5o à o p. 76, avec protoplasma plus dense
à Pextrémité où ne se trouve pas le noyau.
Les globules rouges parasités sont de taille normale et parais¬
sent intacts. Les autres hématies ne présentent non plus aucune
altération morphologique ou tinctoriale: pas d’anisocytose ni
de polychromatophilie, absence de granulations basophiles ou
réticulo-filamenteuses. Nous n’avons pas non plus trouvé ces
éléments endoglobulaires connus sous le nom de « marginal
points » que Theiler (i) a considéré comme un parasite spécial,
Anaplasma marginale , et que d’autres auteurs regardent comme
un stade de l’évolution des piroplasmes ou comme de nature non
parasitaire. La formule leucocytaire n’indique ni mononucléose
ni polynucléose.
Ajoutons qu’il est exceptionnel de trouver 2 parasites dans un
même globule et que lhématozoaire est au voisinage de la péri¬
phérie sans être cependant tout à fait marginal.
L’examen de frottis de divers organes ne nous a rien révélé
de particulier. Notons seulement l’absence de ces « granules
plasmatiques » que Koch a signalés dans la rate de bœufs infec¬
tés par Theileria parva et dont Gonder (2) veut faire des stades
de développement du parasite.
Ce piroplasme de Bradypus tridactylus entre dans le genre
Theileria que Bettencourt, França et Borges (3) ont créé en 1907,
pour les piroplasmes dont certains éléments sont bacilliformes,
et qui, en se divisant, donnent des formes en croix, à proto¬
plasma très pauvre, et presqu’uniquement constituées par de la
chromatine. Il constitue, à notre avis, une espèce nouvelle, et
nous proposons de l’appeler Theileria Brimonti , en hommage à
notre pauvre ami Brimont qui le premier en Guyane s’est
occupé de protistologie, et dont la mort a interrompu une car¬
rière scientifique qui s’annonçait des plus belles.
Sur l’Edenté piroplasme nous avons rencontré un Ixodidé, se
rapportant au genre Amblyomma , et, d’après la clef analytique
indiquée par H. de Beaurepairf Aragao (4), à l’espèce Amblyomma
uarium Koch.
(1) Theiler. Bail. Soc. Path. exotique , t. 3, 1910, p. 1 35.
(2) Gonder. D'après analyse de Bull. Inst. Pasteur 1911, p. 221.
(3) Bettencourt, França et Borges. Arch. I. Bact. Carnara Pestana, 1907.
(4) H. de Beaurepaire Aragao. Notes sur les ixodidés du Brésil. Mem. Inst ,
Osw. Crue, 1911, t. 3, p. i45.
176
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
* *
Dans les frottis de sang et surtout du poumon de l’Aï, nous
avons vu une microfilaire que nous identifions à Mf. Kerandeli
Brimont (i). Gomme Brimont n’a donné qu’une très courte des¬
cription, en quatre lignes, se réservant une étude ultérieure plus
complète, nous croyons bon de revenir sur cette microfilaire et
d’indiquer les caractéristiques non encore signalées.
L’embryon, sans gaine, mesure de 175^200 a; quelques spé¬
cimens, plus contractiles, n’ont que 110 g.
L’extrémité antérieure est arrondie. La postérieure s’atténue
progressivement à partir du dernier quart, mais sans devenir
filiforme.
La largeur est de 3 jj. 26 à la partie centrale; elle est de 3 p
au tiers antérieur et seulement de 1 jj. 7b au dernier cinquième
du corps.
En plus d’une tache céphalique toujours bien nette, on note
deux autres espaces clairs :
Le ier, un peu en arrière du premier quart du corps, est sous
forme d’une coupure complète à bords obliques parallèles.
Le 2e très long est, par contre, très peu large, occupant à peine
la moitié de la largeur de l’embryon ; il est manifestement en
avant du milieu du parasite.
La colonne cellulaire, en général dense, se raréfie en deux
endroits toujours les mêmes : dans la portion contiguë à la tache
céphalique, et immédiatement en arrière du deuxième espace
clair : là on distingue un canalicule qui, partant de la tache,
s’enfonce, légèrement sinueux, entre les cellules sur une lon¬
gueur de 8 à 10 jj..
Les dimensions suivantes peuvent être indiquées comme
moyennes de Microfilaria Kerandeli :
Tache céphalique . 4 jj. 50
De là à 1er espace clair . 37 jx 50
De là à 2e espace clair . 23 jx
2e espace clair . 5 jj.
De là à extrémité postérieure . 105 jj.
* t
Institut d’ Hygiène de Cayenne.
(1) BriMont. toc. cil .
et curatif de la SYPHILIS £ PALUDISME
employée dans le traitement de la SYPHILIS et du PALUDISME sous
toutes leurs formes, ainsi que «Inns les cas où le mercure et la quinine
ont échoué ou ne sont pas tolérés, et dans ceux où 1 arsenic est indiqué :
Scrofule, Rachitisme, Lymphatisme, Tuoerculc*je, Anémie, etc.
PILULES (0.10 d’Hectine par pilule). Une à. 2 pilules par jour pendant 10 à. 15 jours»
GOUTTES i20 gouttes équivalent a 0.05 d'Hectine)20â 100 goût, par Jour pendantIO ilàjoufi.
AMPOULES A (010 d'Hectine par ampoule). J Injecter une ampoule tous les Jour» ou
AMPOULES B (0.20 d'Hectine par ampoule). I t°u* les 2 Jour» pendant 10 à 15 Jour».
INJECTIONS INDOLORES
(Combinaison d'Hectine et de Mercure).
Le plus actif, le mieux toléré des sels arsenico-mercuriels
PILULES ( Par pilule: Hectine 0.10; Protoiodure Hg.0,05; Ext.Op.0,01). / Durée du
Une à deux pilules par jour. < traitement
GOUTTES (Par 20 gouttes : Hectine0,05,Hg. 0.01) 20 à 100 goût, par Jour. \ lOàlûjoura.
AMPOULES A (Par ampoule: Hectine0,10; Hg 0,01). j Uneampouletoua les jour» ou tout
AMPOULES B (Par ampoule: Hectine0.20Hg0.015) I * Jour» pendant 10 à 15 Jours.
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DIODE ET DE PEPTONE
— irwiri iiiBiiriinniiiiiiMunrannrnirn n
L'étude physico-chimique
dss peptones iodées montre qu'
il existe des différences énormes
dans leur constitution.
(Thèse de Doctorat de I Université de
Paris .19 10. G.PÉPIN _ Étude physique et chimi¬
que des peptones iodées et de quelques pep¬
tones commerciales}
Posologie
Enfants : 10a 20 Gouttes par jour
Adultes : 40 Gouttes parjour en deux fois dans un peu d'eau
et aux repas .
Syphilis: 100 à 120 Gouttes par jour
L'étude clinique
a démontré sa
grande supé¬
riorité phar¬
macodyna¬
mique.
VINGT GOUTTES CONTIENNENT 5EUIEMENTUM ££NTI6RAMME D'IODE
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LIBRE
Séance eu 1/4 Mars 1917
177
Résistance globulaire dans l’ankylostomiase
Par Marcel LEGER
La détermination de la Résistance globulaire dans l’Ankylos¬
tomiase n'a encore été effectuée, à notre connaissance, que par
Darré (i), et dans un cas unique. Gomme nos résultats sont
diamétralement opposés à celui apporté devant la Société par
notre collègue, nous croyons utile de présenter ici les recherches
que nous avons pratiquées, sur des transportés, à PHôpital
Colonial de Cayenne.
Nous avons opéré avec des hématies déplasmatisées suivant le procédé
Widal-Abrami, et une solution de NaCl fondu à 9 0/00. Le sang était pré¬
levé au pli du coude et reçu dans la solution salée.
Pour apprécier les divers degrés d’hémolyse, nous empruntons la
notation indiquée par Chauffard et Troisier (2/. Il = début de l’hémo¬
lyse (teinte jaunâtre très faible) ; J 11 = hémolyse facilement appréciable
(teinte jaune) ; H2 = hémolyse tranche (teinte rosée); 113 = hémolyse
totale (teinte rougeâtre), résistance maxima de certains auteurs. Avec
Chauffard et Troisier .nous faisons remarquer que, si 113 correspond en
théorie à la disparition macroscopique du culot, il subsiste en réalité, pour
ainsi dire toujours, un léger dépôt globulaire. H3 comporte donc une
certaine appréciation arbitraire de l’expérimentateur.
Nous avons vérifié notre technique en recherchant la résistance globu¬
laire de sujets sains ou paludéens chroniques (non en période d’infesta¬
tion sanguine), résistance globulaire que nous avons trouvée normale.
Nos recherches portent sur le sang de huit ankylostomiasi-
ques (infestation par Necator americanus) ; nous 11e retenons de
leurs observations, banales par pilleurs, que les diverses recher¬
ches hématologiques.
Observations. — 1° Il Mie 34.316. arrivé en Guyane en 1904. Pre¬
mière entrée à l’hôpital. Pas de paludisme. Hémoglobine == 22 0/0. Glo¬
bules rouges = 1.540.000 par mm1 2 3. Globules blancs = 16.000 par mm3
(Poly-neutro = 48 0/0; Lympho = 31.33 0/0 . Grands Mono = 14,33 0/0;
Eosino = 5,33 0/0 ; Mastzelle — I 0/0).
R. Gl. H = 0,46 ; 111=0,40; 112 = 0,36; 113 = 0,24.
2° II. Mie 11.552, arrivé en Guyane en 1907. Première entrée à l’hô¬
pital. Pas de paludisme
R. Gl. H = 0,44; 111=0,42; 113 = 0,36; 113 = 0,28.
(1) H. Darré. Sur un cas d’anémie ankylostomiasique avec fragilité globu¬
laire et ictère hémolylique. Bull. Soc. Pat/i. exot., 1909, t. Il, p 97.
(2) A. Chauffard et ,1. Troisier. mTrailédu sangde A. GiLBERTetM. Weinberg,
t. I, p. 227, Baillière, Paris, 1916.
i3
178
Bulletin de la Société de Pathologie exotïque
3° II. Mie 36.507, arrivé en Guyane en 1908. Plusieurs entrées anté-
rieures pour anémie. Pas d’hématozoaires du Paludisme. Hém. = 38 0/0;
Gl. r. = 1.490.000 ; Gl. bl. = 6.000 (P. n. = 39,33 0/0 ; L. = 49 ;
M. = 6,33 ; E. = 5 ; Ma = 0,33).
R. Gl. H = 0,44 ; II I = 0,38 ; 112 = 0,32 ; H3 = 0,28.
4° D. Mie 41.149, arrivé en Guyane en 1913. Fièvres palustres la
semaine précédente, avec présence de Plasmodium prœcox. Hém. = 40 0/0 ;
Gl. r. = 2.220.000; Gl. b. 4 000 (P. n. = 60,66 0/0; L. = 24 ;
M. = 5,33 ; E. =8,66 ; Ma. = 1,33).
R. Gl. H = 0,44 ; III = 0,42 ; 112 = 0 36; 113 = 0,26.
5° B. Arrivé en Guyane en 1908. Entrée antérieure pour asthme.
Hém. = 720/0; Gl. r. = 2.560.0(0 ; Gl. b. = 10.000 (P. n. = 25,60 0/0 ;
L. = 7,33; M. = 3,66; E.=63; Ma. = 0,33).
R. Gl. 11 = 0,44; 111 =0,36. 112 = 0,28; 113 = 0,24.
6° B. Mie 11.240, arrivé en Guyane en 1904. Très nombreuses entrées
antérieures pour « anémie » ou ankylostomiase. A déjà été traité trois fois
sans succès. Hém. = 30 0/0; Gl. r. = 1. 600.000 ; Gl. b. = 12.000
(P. n. = 42 0/0; L. =22 66; M. = 22 ; E = 1 1 ; Ma =2,33).
R. Gl. H. =0.44; 111=0,38; 112=0,36; 113 = 0,24.
7° D. Mie 36.923, arrivé en Guyane en 1908. Fièvres palustres la
semaine précédente, avec présence de Plasmodium prœcox. Hém. =63 0/0 ;
Gl. r. =2.930.000 ; Gl. b. = 6.000 (P. n. = 52.33; L. = 25.33; M. = 19;
E. =3; Ma. =0,33).
R. Gl. H =0,40; 111=0,34; 112 = 0,26; 113=0,22.
8° V. Mie 12.202; arrivé en Guyane en 1911. Fièvres palustres la
semaine précédente, avec Plasmodium prœcox. — Hém. = 27 0/0;
Gl. r. = I 200.000 ; Gl. b. = 7.000 ; (P. n. = 61,66 0/0 ; L. = 23,33 ;
M. = 5,66 ; E. = 9,33).
R. Gl. H. = 0,38 ; Il I = 0.34 ; 112 = 0,28 ; 113 = 0,22.
En résumé, nous avons rencontré chez nos huit ankylostomia-
siques :
Début de l'hémolyse (H.).i fois normal (o,46) : 5 fois légèrement
relardé (o,44) 5 2 fois manifestement retardé (o,4o et o,38).
Hémolyse franche (H2). 3 fois manifestement retardée (o,36);
5 fois très retardée (o,34 à 0,26).
Hémolyse complète (H3). 2 fois très retardée (0,28); 6 fois
extrêmement retardée (0,26 à 0,22).
Nous n’avons constaté aucune proportion entre l’augmenta¬
tion de la Résistance globulaire et la diminution du taux de
Fhémoglobine ou du nombre des hématies.
Il n’y a non plus aucune corrélation avec l'intensité de l’éosi¬
nophilie sanguine.
Chez beaucoup de nos ankylostomiasiques, Fbyperrésistance
constatée rappelle celle relevée par Et. May(i) après soustraction
répétée de sang ; la résistance minima reste à peu près normale ;
(1) Et. May, C. II. Soc. Biologie, 21 juin i q 1 3 .
I.
Séance bu i4 Mars 1917
179
la résistance maxima est par contre manifestement augmentée.
Dans d’autres cas il y a relèvement sensible des divers degrés
de l'hémolyse, véritable déviation de la courbe vers la droite;
analogue à celle que Itami et Pratt (r), puis Snapper (2), ont
constatée dans l’anémie consécutive à 1 injection de chlorhydrate
de phénylhydrazine.
L’Ankylostomiase se caractérise donc, dans l'ensemble, par
l’augmentation de la résistance globulaire ; de plus la courbe de
l’hémolyse présente une physionomie spéciale : elle est non seu¬
lement retardée, mais encore très prolongée. Tandis que l’éten¬
due de la Résistance est normalement mesurée par un écart de
6 tubes (o,4o à o,34), elle est, dans nos observations, mesurée
par des écarts de 8, 9, et même 10 tubes.
Pour expliquer l’hyperrésistance dans les cas d’ictère par réten¬
tion, Ribierre, après expéri mentation sur l’animal, a émis l'hypo¬
thèse que l’organisme, à la suite de l’hémolyse produite par les
sels biliaires, fabrique des hématies d’une résistance plus forte.
On pourrait admettre que, dans l’ankylostomiase, la toxine agit
à la façon des sels biliaires.
Nos résultats s’opposent, d’une façon absolue, à celui que Darré
a communiqué en février 1909.
Chez le Missionnaire, dont il rapporte l’intéressante observa¬
tion, la résistance globulaire, étudiée à plusieurs reprises, était
notablement diminuée. L’hémolyse commençait dans les solutions
contenant o,58 0/0 de NaCI. La résistance maxima 11’est pas indi¬
quée.
Le malade s’était infesté au Congo, d’où il avait été rapatrié,
8 mois auparavant, à la suite de 2 accès graves de fièvre bilieuse
hémoglobinurique. L’anémie était très marquée (hémoglobine =
20 0/0; globules rouges = 2.200.000 par mm1 2 3) ; l'auteur
reconnaît qu elle est imputable, non seulement à l'ankylosto¬
miase, mais aux autres maladies déglobulisantes antérieures. Le
sujet avait, en plus, un « ictère léger mais très net » d’origine
hémolytique.
Daus la longue discussion qui a suivi la communication de
Darré, Rertrand a posé la question de savoir si les lésions san-
(1) S. Itami et J. Pratt Biochem, Zeitsch., t. 18, 1909, p. 802, d’après Bull.
Inst. Pasteur.
(2) J. S nappes, — Biochem. Zeitsch t. 43, 1911, p. 256, d'après Bull. Inst ,
Pasteur.
180
Bulletin de ia Société de Pathologie exotique
guines observées ne devaient pas être attribuées aux accès anté¬
rieurs de fièvre bilieuse héinoglobinurique. Sans nier la possibi¬
lité de lésions globulaires dues à cette maladie, Darré maintint
son opinion que l’ankylostomiase avait joué le principal rôle
chez son malade dans la palhogénie de l’ictère et de la fragilité
globulaire.
Nos observations paraissent clore la discussion en donnant
raison à Bertrand. La fragilité globulaire relevée par Darré dans
le cas qu’il a rapporté doit, à notre avis, être imputée à la fièvre
bilieuse hémoglobinurique antérieure et non à l’infestation du
sujet par Ankylostornum daodenale.
[Institut d’ Hygiène de Cayenne).
Spasme laryngé et Tænia
Par V. DUPONT
Un petit indigène, d'environ 6 ans. Mass... N’L)..., nous est amené par
son père à l’Hôpital de Dakar, le 22 juillet 1915, dans un état d’asphyxie
extrêmement grave. Tirage sus-sternal considérable, respiration un peu
accélérée, mais surtout saccadée; la muqueuse linguale est violacée, les
pupilles dilatées ; l’enfant est sans forces, il ne se tient debout qu’à peine.
Le père raconte qu’une dizaine de jours auparavant, au cours d’un repas
composé de riz et de poisson, son fils a été pris brusquement de suffoca¬
tion, qu’il n’y a eu aucune rémission dans son état, qui est allé en s’ag¬
gravant. Il en conclut que le petit malade s’est « étranglé » avec une arête
de poisson.
Devant la gravité des accidents, on propose la trachéotomie qui est
acceptée et pratiquée d urgence.
L’enfant, à la visite du lendemain, est complètement remis ; il ne souffre
pas ; il est souriant ; il respire sans difficulté; il avale de même. L examen
de la gorge ne montre rien d’anormal ; le doigt, enfoncé jusqu’à l’entrée
du larynx ne découvre rien ; l’examen laryngoscopique, pratiqué par le
Docteur Lecomte quelques jours après, ne montre rien d’anormal. Pas de
fièvre.
Le 30 juillet et les jours suivants, on essaye de supprimer peu à peu la
canule, mais au bout de peu de temps, 15 à 30 in., l’enfant suffoque et il
faut réintroduire l’appareil.
A partir du 13 août, on prescrit 1 g. de bromure; l’enfant arrive petit
à petit à rester une heure sans canule. Mais, le 18 août, alors que nous
passions la visite dans une salle voisine, on nous appelle en toute hâte :
l’enfant, suffoquait, et l’infirmier n’avait pu remettre la canule en place.
Nous trouvons l’enfant en apnée complète, la langue bleue, les pupilles
181
Séance dij i4 Mars 1917
dilatées. Après avoir réintroduit la canule, nous pratiquons la respiration
artificielle. Au bout de quelques minutes, la respiration spontanée s’éta¬
blit régulière. L'enfant est très agité dans les heures qui suivent ; le soir,
tout rentre dans l'ordre.
Quinze jours après, on tente à nouveau de supprimer la canule; on pres¬
crit du bromure, de la belladone ; mais après une vingtaine de minutes au
plus, la suffocation réapparaît, exigeant la mise en place de la canule.
Cependant, vers le 23 septembre, l’enfant commence à parler, à chucho¬
ter plutôt.
Deux examens laryngoscopiques. pratiqués par le Docteur Dacorn, don¬
nent le même résultat que le précédent : rien d'anormal. Il s’agit vraisem¬
blablement d’un spasme laryngé, mais de quelle origine? Corps étranger,
bride cicatricielle? La réaction de Wassermann est négative, l’état général
est bon et on ne peut suspecter la tuberculose.
Le 20 décembre, on débride légèrement la fistule trachéale. A la suite de
cette petite intervention, le malade semble supporter plus facilement la
suppression de la canule. Du 20 au 23, celle-ci n’est plus mise en place
que la nuit. On tente à partir du 23 de la supprimer définitivement, mais
dans la nuit qui suit, le malade suffoque à nouveau et la canule doit être
réintroduite. El le est supprimée du 23 au 26 pendant la journée, sans acci¬
dent. Le 26, la canule, enlevée le matin, n’est pas remise le soir ; la nuit
est bonne pourtant, ainsi que la journée du lendemain ; mais dans la nuit
suivante, nous sommes appelés à l’hôpital : l’enfant suffoque et l’on n’ar¬
rive pas à réintroduire la canule.
Cette fois, les accidents, bien que dramatiques, ne sont pas graves au
point de nécessiter la remise en place de la canule. L’enfant s’agite, trépi¬
gne, porte les mains cà son cou, paraît terrifié, mais il respire; le tirage
sus-sternal est très fort, mais à la fin de l’inspiration, l'air franchit tout
d’un coup la glotte ; l’expiration est très facile. On calme l’enfant avec des
compresses chaudes autour du cou, et la nuit s'achève, pénible, mais sans
canule.
Quelques jours auparavant, examinant en série les selles de nos mala¬
des, nous avons trouvé dans celles de Mass... N’D... quelques anneaux de
tænia inerme. Rapprochant le spasme laryngé de la présence du tænia,
nous prescrivons le 28 décembre un tænifuge (extrait éthéré de fougère
mâle). L’enfant évacue un volumineux paquet de tænia. La nuit suivante
se passe tranquille.
Le petit malade quitte l’hôpital le 3 février. Depuis le 26 décembre la
canule a été supprimée ; la fistule trachéale s’est cicatrisée. Jamais, depuis
l’expulsion de son tænia, notre malade n’a présenté le moindre incident
respiratoire.
Il s’agit donc d’un spasme laryngé, grave, ayant à certains
jours provoqué des phénomènes d’asphyxie presque mortelle,
attribué faussement à l’action d’un corps étranger, paraissant
être d’origine reflexe et dû à la présence de Tænia saginata. On
peut même penser que les troubles présentés par le malade, qui
ont cessé aussitôt après l'expulsion du tænia, ont débuté en même
temps que l’infestation.
Hôpital indigène de Dakar,
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Etude de tumeurs
constatées sur une génisse de la race zébu
Par R. Van SAGEGHEM
Une génisse zébu, de l'élevage de la Station expérimentale de
Zambi, présentait depuis deux ans à la marge de l’anus et de la
vulve un grand nombre de tumeurs. A l’inspection ces tumeurs
offraient l’aspect de verrues ou papi Homes. D’abord en petit
nombre, ces verrues s’étaient multipliées; après deux ans, tout
le pourtour de l'anus et de la vulve, une grande partie de la
queue en étaient couverts. Plusieurs de ces papillomes apparu¬
rent aux trayons, aux membres et même j’ai pu en observer à
l’intérieur du conduit auditif droit. Cette dernière localisation
entraîna la mort de l’animal, en se compliquant de méningite.
Aucune médicamentalion n’a pu enrayer la marche envahis¬
sante des tumeurs. Les observations que j’ai pu faire établissent
que les tumeurs sont contagieuses pour l’animal lui-même qui
les porte, elles peuvent se greffer en d'autres régions de la peau.
Elles se fixent surtout là où la peau est fine. Je n’ai pu contrôler
si les tumeurs sont contagieuses pour d’autres animaux. Des
animaux tenus en stabulation côte à côte avec l’animal atteint
n’ont montré jusqu’ici aucune infection.
Le papillome est formé d’une base fibreuse surmontée d’une
couronne de petits papillomes, très fragiles, d’une couleur rose,
transparents, haut de 5 mm. à i cm. et large de quelques milli¬
mètres. La base de la verrue est composée de tissu fibreux qui
circonscrit des espaces dans lesquels on trouve une masse rnuco-
gélatineuse. Dans cette mase, se retrouvent des dépôts jaunâtres
de forme et de dimensions très variables. Les poils de la région
sont englobés dans la tumeur.
Les papillomes sont très vasculaires, l’ablation d’une verrue
produit une hémorragie qu’une ligature seule peut arrêter. Un
simple frottement, la moindre contusion provoquent des hémor¬
ragies en masse.
Séance du i4 Mars 1917
183
Ces papillomes se présentent souvent comme une complica¬
tion de la dermatose (i)chez les bovidés.
Sur ma demande, notre collègue A. Pettit a bien voulu exami¬
ner les papillomes en question; il m a remis les lignes suivan¬
tes :
« Les néoformations, en question, sont limitées périphérique-
ment par l’épiderme qui s’est notablement hyperplasie et qui
émet de très nombreux, très profonds et très irréguliers prolon¬
gements intra-dermiques. Les ponts inter-cellulaires sont très
développés et même certaines cellules de la couche germinative
en sont pourvues.
La couche kératinisée est épaissie et, en certains points, assez
rares, à la vérité, elle est infiltrée de leucocytes à noyaux poly¬
morphes formant de petits abcès.
Le derme est constitué par du tissu conjonctif au stade télofor-
matif, souvent très dense, creusé de larges capillaires à parois
sclérosées; certains de ces derniers renferment surtout des héma¬
ties ; d'autres, exclusivement des leucocytes. L’ensemble formé
par les fibres conjonctives et les parois des capillaires est infil¬
tré de cellules dont l’importance varie considérablement suivant
les endroits envisagés. En certains points, on n’observe que
des cellules éparses; en d’autres, au contraire, il s’agit d’amas
importants. Dans tous les cas, les éléments en question appar¬
tiennent soit à la catégorie des cellules embryonnaires, soit sur¬
tout à celles des mononucléaires ; parmi ces derniers, on observe
quelques cellules plasmatiques ».
(1) Van Saceghem, Dermatose contagieuse des bovidés. Bull. Soc. Path. Exo¬
tique, 1915, p. 355, et 1916, no 5, p. 290.
184 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Paludisme « épidémié »
Par Ch. GRALL
Le paludisme a été la maladie dominante à PArmée d’Orient
en 1916; on peut même dire que, pendant la période estivale,
juillet, août, septembre et jusqu’à la mi-octobre, la malaria
occupe à elle seule presque totalement la scène morbide.
Ce paludisme, réellement épidémié , a été celui de toutes les
armées en campagne sur le littoral oriental et occidental de la
Méditerranée.
Il a surpris les observateurs:
par la multiplicité des cas,
par leur gravité et leur ténacité,
par la faillite, au moins apparente, de la prophylaxie et de la
thérapeutique qu iniques,
tous caractères observés dans les épidémies antérieures.
Les chiffres suivants empruntés aux travaux de Cazalas (i) et
de Jacquot (2) fournissent la preuve que l’endémo-épidémie s’est
faite, en Macédoine, aux mêmes époques et dans les mêmes pro¬
portions qu’en Lombardie en 1869 et qu à Rome lors de l’expé¬
dition et de l’occupation (1849 à 1 8 5 3 ) .
Armée d' I la lie. / 85g .
« Les fiévreux ont atteint le pourcentage de 50 0/0 du contingent total
« (il s’agit de l’hospitalisation). 11 y a eu environ 100.000 malades et
« 2.500 décès, soit 2,50 0/0 entrants et 1,20 0/0 comparativement à l’ef-
« fectif ».
« Les fièvres rémittentes, la diarrhée et la dysenterie ont dominé la
« constitution médicale pendant toute la durée de la campagne. La pro-
« portion est la suivante :
(1) Cazalas .Maladies de V Armée d’ Italie.
(2) Jacquot. Lettres médicales sur l’ Italie.
Séance du i4 Mars 1917
185
57 fièvres palustres ) soit, pour l’endémo-
26 diarrhées et dysenteries, ) épidémie, 83 0/0.
Campagne et occupation de Rome.
1 849 .
« Juillet, août et septembre sont les mois les plus fiévreux au point de
« vue de la fréquence et de la gravité des accidents ».
1850. Mai . .
Juin .
Juillet.
Août .
Septembre
Octobre .
1851. Mai . .
Juin .
Juillet.
Août .
Septembre
Octobre .
1852. Mai . .
Juin .
Juillet.
Août .
Septembre
Octobre .
1853. Mai . .
Juin .
Juillet.
Août .
Septembre.
Octobre .
242 entrées.
224 —
379
1 . 250
1 . 070 —
602
240 entrées.
246 —
499 —
929 —
505
215 —
150 entrées.
180
457 —
530
723 —
295
184 entrées.
188 —
497 —
1.258
1 . 388
915 —
« La période d’augment de l’endémo-épidémie ne comprend guère que
« juillet ; la période d’état embrasse août et septembre ; la décroissance
« commence en octobre, elle est aussi lente que faugment a été rapide et
186
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« sa lenteur est rendue encore plus évidente par les rechutes et les
« cachexies (1). »
A r niée d' Or ien t.
En juillet, août et septembre, la morbidité palustre a presque
décuplé. Cette extension s’est produite très brusquement et elle
s’est maintenue en plateau pendant toute cette période estivale.
La proportion s’est faite dans les proportions comparatives
suivantes :
On le voit, en Macédoine comme en Italie, la diffusion de la
malaria et sa généralisation à l’ensemble des troupes se sont
établies dans des conditions absolument comparables et presque
identiques.
Celte morbidité de l’Armée d’Orient n’a été une surprise que
pour ceux qui avaient perdu de vue l’enseignement à retirer des
expéditions antérieures.
Elle avait été prévue; mais on avait cru pouvoir compter sur
une notable atténuation dans le nombre et la gravité des cas
grâce àuneaction prophylactique rationnelle.
Cette prévention a été basée — et elle devait l’être — sur la
prophylaxie mécanique et la prophylaxie qui nique.
Les résultats n’ont pas été aussi favorables qu'on l’avait
espéré.
La protection par la moustiquaire et les grillages métalliques
peut être effective dans des locaux permanents et dans des ins¬
tallations qui sont celles du cantonnement en temps de paix,
mais ces moyens ne sont que difficilement et très incomplète¬
ment réalisables, quand la troupe est dispersée dans des locaux
de passage ou abritée sous la tente.
Il faut ajouter que la moustiquaire réglementaire n’assure
qu’une protection très partielle du fait qu’elle n’est pas close sur
ses deux faces. Disons aussi que l’éducation de l’officier et du
malade, appelés à en bénéficier, était très incomplète et que ce
n’est qu’à la longue qu’ils ont appris à s’en servir efficacement.
Quant à la quino-prophylaxie, on lui a plus demandé qu’elle
(i) Jacquot, loco citât o ,
Séance du i/j Mars 1917
187
ne pouvait donner aux doses prescrites, doses qu’il y a, au reste,
inconvénient à dépasser.
La prise journalière ou presque journalière de quinine (25 à
5o cg.) n’est adéquate à l’influence morbigène que dans les
circonstances où l’absence de protection n’est pas absolue et où
l'hémamibe n’a pas acquis une virulence extrême par suite des
passages successifs et répétés chez des sujets neufs, comme c’est
le cas au cours de la saison estivale quand la presque totalité
de la troupe est jetée en plein milieu épidémié et qu elle pro¬
vient directement de régions où la malaria est absente.
Pendant la première période de l’endémo-épidémie (période
vernale), la prévention quinique a diminué dans une propor¬
tion notable le nombre des cas avérés; elle en a estompé la
symptomatologie et réduit notablement la gravité, de telle sorte
que les hospitalisations pour paludisme ne sont devenues nom¬
breuses que vers la mi-juin.
*
C’est à cette intervention continuée qu’est due la guérison, au
moins momentanée, des formes iniliales du paludisme au cours
des mois d’avril, de mai et de juin. Grâce à elle, les hommes ont
pu porter sur pied, ou soigner à l’infirmerie, des malaises mal
précisés et mal déterminés et qu’on 11e songeait pas à rapporter
au paludisme.
Les accidents particulièrement graves que l’on a observés à
la saison d’été, chez certains malades, ne se sont pas multipliés
et n’ont pas entraîné une mortalité élevée grâce à cette action
prophylactique.
Mais j’ajoute qu’il me semble acquis qu’à cette période, par¬
ticulièrement malsaine, la prévienlion par la quinine ne peut
donner qu’un résultat partiel chez des troupes qui fatiguent
beaucoup et à qui aucune protection 11’est assurée contre les
contaminations anophéliennes. On peut dire que, dès la fin de
juin, la presque totalité des hommes a subi l’imprégnation de
la malaria, que les manifeslations en aient été frustes ou
avérées. A cette époque, il faudrait recourir non pas à la qui¬
nine préventive, mais à la qui no-thérapie et la prescrire dans
les conditions que nous indiquerons pour la prévention des
recnhtes (dose moyenne de 1 gramme, 3 à 4 jours par semaine,
au repas du soir).
Pendant cette même période, s’impose, plus utilement encore
188
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qu’au printemps, le dépistage des accidents initiaux de l’intoxi¬
cation, de façon à intervenir dès ce moment.
Nous verrons, au reste que, manié à des doses thérapeu¬
tiques et même toxiques, ce médicament ne réalise jamais ce
qu’on a appelé la « thérapia sterilisans magna » et que tout ce
que l'on peut obtenir, même à distance des foyers d’infection,
c’est la guérison progressive par stérilisation discontinue et
prolongée.
FORMES FÉBRILES DU PALUDISME
On observe dans l’évolution du paludisme aigu (quelle que
soit l’atténuation ou l’exagération des premières atteintes et
de celles qui se succèdent) deux groupes de manifestations
fébriles.
Ce sont faits corrélatifs, mais distincts, qui présentent dès
leur phase initiale et conservent dans tout leur décours des
caractéristiques en quelque sorte opposées (Graphique I) :
i° Les déterminations conditionnées par les inoculations et
les réinoculations. Elles en sont la manifestation immédiate et
189
Séance du i4 Mars 1917
obligée ; elles évoluent sous forme de fébricules ou de fièvres
pseudo-cont in ues .
20 Les déterminations qui correspondent à révolution schizo-
gonique du parasite. Celles-ci sont la traduction de la vie endo¬
gène de l'hématozoaire qui se reproduit longuement et pério¬
diquement dans l’économie. Elles se présentent à l’observation
sous forme constante de fièvres d'accès ; elles sont à pério¬
dicité quotidienne pendant les premiers mois de l’intoxication
et représentent ce même type quand se produit, chez un
palustre déjà ancien, une rénovation active de l’infection.
Les accès sont à périodicité tierce quand le paludisme date de
l’endémo-épidémie précédente ou lui est antérieur et qu’il
n’est pas rénové ou n’est qu’in complètement rénové au cours de
l’année.
i°. — Fièvres des apports anophéliens
Ces manifestations varient beaucoup dans leurs éclats et leur
durée suivant la période de l’année et suivant la virulence des
atteintes (Graphique 11).
40
30
38
37
33
E i
T : "
Graphique II. — Fièvre continue palustre
On peut dire cependant qu'en toute occurrence, elles présen¬
tent, plus ou moins accusés et plus ou moins bruyants, les
symptômes ci-après :
a) Une courbature asthénique qui est avec la céphalée conco¬
mitante le phénomène initial et reste souvent le seul dont le
malade ait nettement conscience et souvenir.
b) Une fièvre d’allure spéciale — on pourrait dire spéci¬
fique — . Elle diffère dans sa marche et dans ses horaires de
celles que l’on observe dans les maladies sporadiques et les autres
affections infectieuses ; elle se distingue des lièvres d’accès du
190 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
paludisme schizogonique en ce qu elle ne présente pas d’inter¬
mittences vraies.
c) Un état gastrique qui s’installe tardivement et se prolonge
au-delà de la réaction fébrile.
Il est peu accusé, bien que persistant, dans les fièvres d’inva¬
sion. Il s’exagère quand il s’agit de la rénovation d’un palu¬
disme d’une certaine ancienneté. C’est 1’ « élément gastrique »
ou « gastro-bilieux » des anciens observateurs qui avaient net¬
tement reconnu et précisé que ces fièvres de réinfection palus¬
tre étaient constituées par un « élément rémittent » et par un
« élément gastro-bilieux t, ce dernier étant plus accusé dans
les fièvres d’automne que dans celles de l’été.
Ils oubliaient d’ajouter que les hommes avaient subi, sous
forme avérée ou fruste, l’imprégnation malarienne dès les pre¬
mières semaines de l’endémo-épidémie en cours, mais ils notaient
tous que le dit « élément gastro-bilieux » était le fait prédo¬
minant dans le personnel venant d'Algérie.
« Un élément gastrique avec disposition à l’intermittence
« prédominait chez les malades d’origine africaine . un état
« inflammatoire avec tendance à la putridité chez les prove-
« nants de France » (Cazalas). ♦
A. — Formes atténuées et frustes des fièvres d’invasion
et de rénovation
Dans l’Europe centrale et méridionale (l’Italie du Sud, la
Grèce et les pays balkaniques exceptés), les manifestations mor¬
bides d'apport exogène passent presque constamment inaperçues
en raison de leur peu de gravité et de leur peu de durée et
l’histoire de la maladie paraît commencer aux accès de l’évolu¬
tion schizogonique, qu'il s’agisse de la fièvre initiale ou de celle
qui se reproduit chez des palustres anciens quand se font chez
eux des réinfections actives.
Il en est souvent de même, pendant la période vernale, dans
les pays les plus notoirement insalubres. C’est ce qui s’est
produit en Macédoine, au cours des premiers mois de l’année
igUj.
Embarras gastriques fébriles. Courbatures fébriles.
Mars
Avril
225
226
m
Séance du i4 Mars 1917
Mai . 301
Juin . 1.354
On peut dire qu’à ces dates et dans ces circonstances, cette
fièvre évolue comme une simple indisposition. Ce sont malaises,
plutôt que maladie réelle, que souvent le patient porte sur
pied.
Ajoutons dès maintenant (nous aurons occasion d’y revenir)
que les palustres n’ont souvent pas impression évidente de leur
fièvre, alors même qu’elle est élevée. Combien, à plus forte
raison, est-elle ignorée d’eux et souvent du médecin, quand les
maxima excèdent à peine 38°5 à 38°8, 3g°2.
Ouand il en est fait mention dans fhitoire du malade, il n’est
parlé que dy embarras gastrique ou de courbature fébrile ; le plus
souvent, les hommes jetés en pleine action militaire ne songent
pas à consulter pour des déterminations qu’ils considèrent
comme des malaises.
Il importe cependant au plus haut point de dépister ces for¬
mes pour en instaurer le traitement dès cette période.
La triade symptomatique indiquée plus loin se retrouve même
chez les malades les plus légèrement atteints.
Il faut en poursuivre attentivement la recherche par l’inter-
. rogatoire et l’examen direct du patient, quand il est en état de
crise, dans ses souvenirs quand cette crise initiale est passée
et qu’il se présente pour fièvre d’accès.
Cette dernière circonstance est, redirons-nous, le fait habituel
quand le commandement etle service de santé 11e s’inquiètent pas
journellement des fatigues anormales que peuvent présenter les
hommes, fatigues dont ils 11e songent pas à se plaindre quand
leur attention n’est pas éveillée sur les déterminations frustes
du paludisme d invasion.
L’intoxication s’installe cependant et elle entraînera la fonte
prochaine des effectifs si, dès cette période, on n’y prend pas
garde.
Symptomatologie. — a) Pendant une période qui peut être de
moins de 7 jours et qui est moyennement d’une dizaine de
jours, les patients ont la sensation nette d’une courbature dou¬
loureuse et surtout asthénique , inexpliquée par les fatigues
subies. « Elle leur coupe bras et jambes ».
Cette asthénie courbaturale est étendue à toutes les masses
192
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
musculaires et est perçue principalement aux membres infé¬
rieurs et aux lombes; elle s’accompagne d'une céphalée grava-
tive. Courbature et céphalée se ressentent dès le matin, s’exa¬
gèrent notablement vers le milieu du jour, au point qu’à cette
heure (qui est, au reste, celle de la sieste, pendant la période
des chaleurs) l’homme devient incapable d’un réel effort . phy¬
sique ou cérébral. Elles s'atténuent très sensiblement dans la
soirée vers les 18 ou 20 heures (Graphique III).
Graphique III. — Fièvre continue palustre
Schéma des deux températures de la méridienne et de la soirée.
Temp. du milieu du jour
Temp. du soir
b) Oue l’on prenne soin d’enregistrer les températures du
malade et on constatera qu elles sont sous-fébriles dès le matin,
qu elles sont nettement fébriles vers la méridienne et pendant
les heures qui suivent et qu elles se rapprochent de la normale,
sans y revenir ,quand la nuit est venue.
Cette rémission thermique vespérale coïncide avec celle des
symptômes et il s établit, relativement aux sensations de la mati¬
née et de la journée, une véritable euphorie dont le malade garde
le souvenir.
Disons dès maintenant que celte détente se retrouvera aux
mêmes heures dans toutes les manifestations que détermine l’in¬
fection palustre, quand elle n’est pas de date ancienne; elle en
est, peut-011 dire, la caractéristique clinique .
c) Au troisième ou quatrième jour de ce malaise, s’établit, chez
les hommes venus directement de France, un état gastrique qui
se prolonge au delà de la période fébrile, mais qui, quand il
s’agit de cette catégorie du personnel, se borne à de l’inappé-
Séance t>u i4 Mars 1917
193
lence et à quelques nausées, à des saburres des premières voies.
Chez les Africains et les Coloniaux, autrement dit chez tous
ceux qui ont subi antérieurement l’imprégnation palustre, ces
accidents gastriques (vomissements répétés bilieux ou muco-
bilieux) sont la manifestation prédominante. Ils se reproduisent
presque journellement pendant les premiers jours : la bouche
est amère, la langue très chargée.
Cet état se maintient longuement à moins d’intervention thé¬
rapeutique. C’est surtout ici qu'il faut parler à' éléments gastro-
bilieux que le médecin doit combattre avant toute intervention.
Les manifestations du paludisme d’invasion et de rénovation
se limitent à cette ébauche, en dehors des périodes estivales.
Les éléments intermittent et rémittent n’apparaissent guère,
quoi qu’on en ait dit. Il 11’est pas question d’un stade de frisson.
C’est à peine si s’accuse chaque soir le stade de sueurs vers la
tombée de la nuit; bien que réel, il est très passager. La fièvre
est une fièvre chaude. Encore cette sensation de chaleur anor¬
male n’est-elle pas réellement une gêne ou une préoccupation
pour le malade. Le nouveau venu 11e s’inquiète, quand il s’en
inquiète, que de la faiblesse des jambes et des courbatures qu’il
y ressent. L’Africain et le Colonial parlent de leurs accidents
gastriques.
Nous verrons cependant que l’imprégnation palustre qui s’est
produite à cette date et sous cette forme constitue une immunité
relative ; elle est celle des races colorées et des éléments ethni¬
ques qui proviennent des pays malariens ou qui y ont vécu.
« Les corps venant d’Algérie directement ou après un court
c séjour en France ont mieux résisté que les autres aux fatigues
« du climat » (Jacquot).
B. — Formes moyennes et graves. « Fièvres coatinues palustres »
Des formes réellement et fortement fébriles sont la traduction
obligée de toute infection anophélienne importante. Ce sont les
fièvres continues et pseudo-continues du paludisme aigu.
Elles s’observent plus particulièrement dans les troupes en
campagne, dès la saison d’été et jusqu’à la fin de la période
estivo-automnale.
Ces accidents sont le corollaire obligé de la multiplication
dans la circulation générale, par bipartition directe, des héma-
194
Bulletin de la Société de Pathologie exotiqué
mibes qu’y a introduites l’anophéline. Ils ne suivent pas immé¬
diatement l’infection et surviennent moyennement après une
incubation de 12 à i5 jours.
Bien que les inoculations soient de chaque jour, le sang- de
l’impaludé, à partir de la date où s’est faite cette infection, paraît
devenir scliizoly tique pour tout nouvel apport extérieur. Cette
action qui constitue l’immunité contre les apports de l’anophé-
line n’est pas de longue durée. 11 est incontestable qu’il se pro¬
duit au cours de la même endémo-épidémie des réinfections
successives et qu’on observe de vraies récidives au cours du trai¬
tement, pour peu que se prolonge à l’hôpital le séjour du malade.
Précisons dès maintenant, sauf à y revenir plus longuement,
que, si le sérum du malade est immun contre l’apport anophélien
pendant un certain temps, il ne l est pas contre les formes de
résistance et n’empêche pas les rechutes de l’évolution endogène.
Au point de vue symptomatique , cette fièvre palustre continue
n’est que l’exagération des manifestations que nous avons étu¬
diées dans les formes de légère gravité.
On y retrouve les même traits cliniques, mais ils sont renfor¬
cés au point que, si les formes vernales sont méconnues du fait
de leur atténuation, les fièvres estivales sont souvent classées en
dehors du paludisme, en raison de leur durée et de leur, gravité
dont on considère la continuité comme étrangère à cette intoxi¬
cation.
L’apparence est celle d’une maladie typhoïde dont l'évo¬
lution serait rapide ; la prostration et les phénomènes qui
l’accompagnent s’établissent, en effet, dès les premiers jours.
L’asthénie est totale ; la courbature et la céphalée sont extrê¬
mes. Presque d’emblée, il peut y avoir du délire. Les lèvres et la
langue sont rôties. La température constamment élevée subit à
peine quelques détentes.
Ces fièvres estivales se prolongent plus longuement que celles
du printemps et leur durée est en moyenne de 12 à i3 jours.
Les atteintes massives se poursuivent jusqu’au 20e jour.
Elles se continuent, quelle qu’en ait été la durée, par des
rechutes durant chacune 4 à 5 jours et qui, pour être d’origine
schizogonique, n’en apparaissent pas moins comme la continua¬
tion évidente, de telle sorte que le malade a presque continue-
ment « les fièvres » pendant 20 à 25 jours consécutifs (Voir gra¬
phique IV p. 198).
Séance du i4 Mars 1917
195
Nous retrouvons, aux détentes journalières de la fièvre et des
symptômes, cet horaire en quelque sorte paradoxal que nous
avons signalé dans les formes légères: elles sont de la soirée ou
de la première moitié de la nuit.
Il se produit dans l’évolution de chaque cas (quand un acci¬
dent grave, comme le collapsus hyperthermique, ne vient pas
compliquer la situation), non seulement une rémission journa¬
lière vespérale, mais de véritables intermissions hebdomadaires
constituant des cassures dans la courbe thermique et une trans¬
formation favorable du tableau clinique, transformation qui pour
n’être que passagère, est facilement perçue par le malade et par
son entourage (Voir graphiques I et ii).
Elle survient à une date que l’on peut fixer à l’avance :
vers le 6e jour du premier septénaire quand la maladie ne se
poursuit pas au-delà de 10 à 12 jours,
vers le 6e jour de chacun des septénaires, quand la maladie
excède cette durée.
L’observation suivante permettra de se rendre compte, mieux
qu’une analyse détaillée des symptômes, du tableau clinique et
de la marche de la maladie dans les intoxications massives.
« Vers la mi-juin, au moment où la température commence à être into-
« lérable, le régiment est accroché aux pentes des monts B. . . Le Ier juil-
« let, nous recevons l’ordre de nous fortifier dans la plaine marécageuse
« de la B. ., au nord de la voie ferrée. C’est vraiment à partir de ce
« moment que mon régiment se trouve dans le marécage. Tl faut créer une
« ligne de défense, travail urgent et extrêmement pénible.
« Je commence à ressentir les mêmes symptômes que mes hommes :
« perte complète de l’appétit, désir de boire, toujours boire ; violent mal
« de tête, surtout derrière la nuque et dans la cornée, on ne peut rien fixer
« des yeux. La tête pèse sur les épaules : le casque colonial que nous ne
« quittons pas paraît être de plomb». J ai toujours l’impression d’avoir eu un
« coup de soleil. Les jambes refusent de vous porter. Pas de volonté, pas
« de mémoire (et cela me frappe beaucoup) ; le moindre travail vous épuise.
« Diarrhée continue, vomissements.
« C’est surtout entre 11 et 18 heures que, régulièrement, je me sens mal
« et que la fièvre me brûle. Le soir, au contraire, je vais toujours mieux
« et puis assurer mon service J’absorbe en quantité de la quinine, un
« gramme au moins chaque jour, en comprimés de 25 cg. espacés. Aucun
« résultat. Je compte pour rien ce petit morceau de gaze de taille insi-
« gnifiante que l’on décore du nom de moustiquaire, pour recouvrir la
« figure. Les mailles en sont trop larges, cela se colle sur la peau, car on
« est toujours en transpiration et les moustiques vous piquent impuné-
« ment Cette moustiquaire de protection illusoire est, d’ailleurs, tellement
« incommode que les rares fois où l’on essaie de s’en servir, on est obligé
« de l’enlever aussitôt.
196
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« Je tiens deux semaines jusqu’au soir (14 juillet) où le bataillon est
« relevé. J’ai eu deux faiblesses dans la journée. Vers trois heures du matin,
« j’ai une nouvelle faiblesse. On prend alors ma température... 41 °2. Je ne
« peux pas me tenir debout, jamais je ne me suis senti aussi fatigué, sur-
« tout à cette heure. Le matin 39u8. Evacué de force sur l’arrière pour fiô-
« vre et asthénie.... »
Il semble, en raison des éclats de cette forme morbide, que
le malade doit, dès le début, accourir à la visite et réclamer des
soins, que ses chefs et que le médecin surtout doivent avoir l’im¬
pression immédiate de la nature du cas et de sa gravité.
Il faut savoir qu’il n’en est rien et que beaucoup de fébricitants,
dont la température atteint et dépasse 4o°, restent sur pied à force
de volonté et d’énergie, cette énergie qui fait tenir debout offi¬
ciers et soldats en campagne jusqu’à ce que, littéralement, ils
succombent. « Beaucoup de militaires ont lutté contre la mala-
« die qui, déguisée temporairement, par leur énergie, a exercé
« des ravages dont on s’est aperçu seulement lors de leur entrée
« à l’hôpital » (Jacquot).
Ils mettent sur le compte du « surmènement » et de la cha¬
leur cet état de malaise qu’ils ressentent journellement.
Les hommes ne se présentent au médecin (quand ils se présen¬
tent) qu’au 4e ou 5e jour de la période d’état de la maladie et ils
ne parviennent à l’établissement hospitalier de l’arrière qu’à la
fin de la crise fébrile pseudo-continue. Dès le surlendemain,
parfois dès le lendemain, se notera celte intermission de la fin
de chaque septénaire qui, avec la rémittence journalière, est,
peut-on dire, la caractéristique très nette et très significative du
paludisme.
« Arrivé à Salonique le 18 juillet, je vais tout de suite mieux, quoi-
« qu’ayant un fort accès (40 '2) le 23 juillet, du peut-être au voyage pénible
« de l’évacuation. On me fait une prise de sang reconnue positive. . . »
La continuité de la fièvre affirmée par Colin n’est enregistrée
que 2 à 3 jours par septénaire (3e et 4e) ; encore ce fait n’est-il
observé que dans les cas d’extrême gravité. Dans la presque tota¬
lité des cas, et dans les cas graves 3 à 4 jours sur 7, la conti¬
nuité n’est qu’apparente; elle résulte de ce que la température
dite de la contre-visite est enregistrée dans l’après-midi et non pas
dans la soirée et que, d’autre part, on néglige de prendre celle
de la méridienne.
En doctrine, il est exact d’affirmer qu’il 11e s’agit que d’une
Séance du i/| Mars 1917
197
pseudo-continuité ; ce sont des accès quotidiens subintrants ,
débutant avant le jour, durant ij à id heures , dont b acmé ne se
réalise quel la 10 0 ou à la 1 2e heure de l'accès et qui ne présentent
de rémission que dans la soirée et souvent à une heure assez
avancée. C’est vers 20 heures que le malade est en transpiration
et que vient le sommeil réparateur.
11 est de la plus grande importance pour s’en rendre compte
de faire prendre journellement trois températures :
de l’acmé, elle est post-méridienne,
de la défervescence, elle est vespérale,
de la reprise de la fièvre, elle se produit aux premières heures
de la journée.
Une détente des phénomènes subjectifs coïncide avec rabais¬
sement thermique dans ces cas graves comme dans les cas légers,
mais les manifestations en sont moins perceptibles.
J’y insiste au risque de m’exposer à des redites, car cette mar¬
che de la fièvre est /’ estampille du paludisme aigu. Elle est beau¬
coup plus facile à découvrir que ne l’est l’hémamibe à l’examen
microscopique.
Il faut savoir, en effet, particulièrement quand les hommes
ont été soumis à la quino-prophylaxie à doses fortes, que les
hématozoaires sont rares dans le sang, qu’ils sont de formes
très exiguës, incluses dans le globule où elles apparaissent à
peine comme le chaton d’une bague. Encore faut-il, pour que la
réaction colorante s’établisse, que l’on dispose de réactifs de
choix et que, surtout, on ait de ces recherches une grande expé¬
rience.
Ajoutons qu’en pratique, quand il s’agit de troupes en cam¬
pagne, les frottis sont peu nombreux et qu’on ne consacre que
très peu de temps à leur examen. Par suite, il reste hâtif et
su perficiel.
On comprendra que, dans ces conditions, nombre de recher¬
ches soient négatives. On est cependant autorisé quand il s’agit
d’une véritable poussée massive dans des groupes soumis aux
mêmes influences, à conclure de quelques examens nettement
positifs à la réalité du paludisme épidémié.
Quelques jours plus tard, s’établit le cycle schizogonique. Il
coïncide habituellement avec l'arrivée des malades dans les for-
1 98 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mations de Barrière. Les formes parasitaires sont, à cette date,
moins petites et plus nettement colorables, mais il ne faudra pas
avoir attendu cette période pour poser le diagnostic et formuler
le traitement spécifique, spécifique toutefois dans une mesure
et dans des conditions que nous déterminerons quand nous
parlerons du traitement.
2°. — Fièvres d’évolution schizogonioue.
Rechutes du paludisme aigu. Fièvres d’accès (Graphique IV)
Les troubles morbides que déterminent des inoculations ano-
phéliennes ne se terminent pas avec cette réaction fébrile
pseudo-continue. En règle et quoiqii on fasse, ils se poursuivent
pendant plusieurs semaines par des accès qui sont nettement
isolables et se succèdent quotidiennement par séries, variables de
3 à 5 jours. Chaque série d’accès est d’autant plus prolongée
qu’elle est plus près de l’infection ou de la réinfection anophé-
lienne.
Ces accès isolables évoluent comme les accès subintrants de
la période pseudo-continue. Ils débutent toutefois moins tôt
dans la matinée, s’achèvent moins tard dans la soirée; l’acmé
Séance du i/| Mars 1917 109
s observe toujours deux ou trois heures après ia méridienne. Les
maxima de température peuvent être aussi élevés, et le sont
parfois plus, que ceux de la période pseudo-continue, mais
l’apyrexie est réelle ; elle doit être recherchée dans la 20° ou la
22e heure.
Les symptômes constatés sont également la reproduction de
ceux déjà signalés, mais, ici, l’intermission des souffrances est
plus accusée, elle est presque totale vers la nuit au point que
le malade se sent souvent la force de reprendre partiellement
son travail; il a recouvré pour quelques heures énergie physi¬
que et cérébrale.
Les séries se produisent à une date presque fatidique, car les
rechutes sont à périodicité biseptane. Autrement dit, entre l’ac¬
cès initial d’une série et l’accès correspondant de celle qui suit
s’interpose un intervalle de 12 à 1 3 jours.
Les premières séries sont constituées par 4 ou 5 accès se renou¬
velant quotidiennement; les séries suivantes diminuent de durée
etle nombre des accès s’abaisse progressivement à 3, à 2, puis les
accès devien- lient uniques ou presque uniques, les rechutes obéis¬
sant toujours à la même périodicité biseptane (Graphique V).
Graphique V. — Paludisme primaire : Rechutes biseptanes; accès uniques
Le traitement quinique réalise une stérilisation progressive
qui se traduit par la diminution du nombre des accès à chaque
crise et surtout par leur atténuation. Il arrive à les couper quand
on prend soin de mettre obstacle aux germinations nouvelles
(Graphique VI).
Les rechutes, au lieu d’être régulièrement et longuement
biseptanes, en conformité d’une loi à laquelle obéissent la très
grande majorité des cas, se répètent chez certains malades au
200
Bulletin de la Société de Pathologie
exotique
7e jour, mais il ne s’agit que d’une sorte de tentative qui n’a ni
l’importance ni la durée des reprises normales.
Il est important de noter que, chez les malades où le palu¬
disme seul est en cause, les températures des jours intercalaires
aux accès s’inscrivent matin et soir au-dessous de 3y° ou, en
tout cas, ne dépassent que rarement ce degré ; en cas d’épine
amibienne intestinale ou hépatique, ces températures interca¬
laires deviennent journellement et presque constamment sous-
fébriles et parfois franchement fébriles, suivant la gravité de
l’atteinte amibienne (i).
3°. — Paludisme rénové
Les observateurs placés en face du paludisme des camps ont
établi, à toute époque, distinction, au point de vue de l’évolu¬
tion de la malad ie, entre les « Algériens » et les militaires venus
directement de France.
Chez les « nouveaux », impaludés récents, les réinfections se
traduisent fréquemment (quand le malade a perdu l’immunité
passagère acquise contre les apports exogènes) :
à la période vernale et à l’automne par des fébricules,
à la période estivale par des fièvres continues.
Ces fièvres et ces fébricules sont la reproduction des détermi¬
nations qui se sont produites a la période d’invasion * elles se
poursuivent, comme elics, par des fîevres d accès, telles que
celles que nous avons décrites.
(i) Voir les graphiques de noire communication publiée dans le Bulletin de
janvier 1917, p 17.
Se ange jj g i4 Mars 1917
201
Toutefois, à cette étape du paludisme, la période d’incubation
11e reste pas silencieuse : elle se traduit par des accès qui pré¬
cèdent la fièvre continue (1) (Graphique VII).
La rénovation peut, chez eux, se réduire à ce seul fait : la
reprise des accès en séries prolongées, quand elle est peu
massive.
Les accès isolables qui avaient
suivi la fièvre ou la fébricule d’in¬
vasion s’étaient, sous l’influence du
temps et de la médication, espacés
de plus en plus longuement ; les
rechutes bi sep ta nés s’étaient écar¬
tées au point d’être constituées par
un accès unique. Survient la ré in¬
fection, elle redonne acuité à la
maladie en cours et tout le terrain
gagné est reperdu.
Le malade présente à nouveau des séries prolongées d’accès
et cela pendant de longues semaines. Les températures qui
s’étaient abaissées précédemment sont aussi élevées que lors des
crises initiales; elles peuvent même les dépasser et c’est dans
ces cas que l'on trouve ces accès hyperthermiques qui, par suite
Graphique VI 1 1 . — Paludisme rénové : les rechutes deviennent septanes
et même irrégulières
(1) C’est de ces manifestations de réinfection du paludisme primaire que
l’on peut dire, aussi bien que des rénovations du paludisme secondaire, avec
les observateurs d’Algérie, de Rome et des pays coloniaux, que ce n’est que
rarement que le type franchement rémittent ne s’observe pas dans ces fièvres
Celte observation, nous l’avons dit, ne peut s’appliquer q u’avec réserve aux
déterminations qui caractérisent l’invasion du paludisme.
Graphique VII. — Fièvre continue
de rénovation; forme légère
202
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des congestions qu ils déterminent, prennent, dans une certaine
mesure, physionomie d’accès pernicieux, bien qu'il ne s'agisse
que de déterminations de surface qui disparaissent avec l’accès
du jour, mais dont il faut éviter le retour en agissant aussi
efficacement que possible sur l’accès du lendemain (Gra¬
phique VIII).
Les « anciens », soumis aux mêmes infections, présenteront,
en dehors de la période épidémiée, la simple reviviscence de
leur paludisme antérieur, resté latent pendant de très longues
périodes. Ce n’est qu’à la période estivale que peut se produire,
chez eux, une véritable rénovation.
Ces réinfections évoluent comme suit, chez ces Africains, chez
ces Coloniaux, chez les provenants des Dardanelles :
a) Si la réinoculation est peu virulente (période vernale), elle
se résume dans un seul fait : la reviviscence du paludisme sous
la forme où il évoluait précédemment.
Le patient est repris d’accès fréquents. Ces accès sont du type
tierce quand l’intoxication remonte au-delà de la saison endé-
mo-épidémique en cours et l’examen du sang révèle la pré¬
sence du PL vivax (Graphique IX).
Graphique IX. — Paludisme : reviviscence accès tierce
Ils se répètent en séries de 3 à 4 ou 5, bien qu’à la période
de latence qui précédait, les manifestations fussent très lon¬
guement espacées et souvent réduites à des accès isolés sans
répercussion marquée sur l’état général (Paludisme type Legrain
et Treille).
b) Plus tard, à la période du paludisme épidémié, il se pro¬
duira chez ces anciens impaludés, une période de fièvre pseudo-
Séance du j4 Mars 1917
203
continue qui succédera à une série d'accès d’abord tierces puis
quotidiens. Elle évoluera comme chez les nouveaux venus, à
cette différence près toutefois que chaque accès subintrant est
plus tardif dans ses horaires, que le début en est reporté à
8 ou 9 heures, l’acmé à 18 ou 19 heures et la détente au-delà
de la 20e heure. Sauf exceptions rares., l’atteinte à l’état général
est moins importante et moins prolongée.
Ce paludisme surajouté se superposera au paludisme anté¬
rieur, non seulement au cours du septénaire ou des deux sep¬
ténaires de fièvre continue, mais au-delà. On trouvera chez tous
ces malades la reprise septane ou biseptane d’accès quotidiens
en séries.
Ces manifestations de l’infection par le PL prœcox que
décèle l’examen microbiologique à cette date disparaîtront au
bout d’un certain temps et la fièvre reviendra de nouveau au
type tierce. Le PL uiuax se retrouvera dans le sang des patients.
Les observations abondent dans les faits recueillis en Macé¬
doine de soldats venus d’Algérie ou ayant passé par les Darda¬
nelles qui, dans une même atteinte, présentent :
une série d’accès tierces au début de leur crise,
puis, bientôt une poussée de fièvre pseudo-continue, d’une
durée minima de 5 jours et maxima de 12 jours,
troisièmement, des rechutes seplanes qui se manifestent,
pendant un mois environ, par des accès quotidiens en séries de
3 à 4.
enfin, une dernière atteinte qui, cette fois, est du paludisme
tierce très net.
Le laboratoire isole chez ce,s malades à l’entrée et à la sortie
le Plasmodium uiuax et à la période intermédiaire le PI. prœcox.
c) Il peut se faire dans certains cas une substitution complète
et durable du paludisme de la saison en cours à celui de l’an¬
née ou des années précédentes.
Le patient débute par des accès tierces et du PL uiuax , mais
il ne présente plus que du PL prœcox à partir du moment où
s’est établie la poussée fébrile continue ; pendant toute la
période qui reste à courir de l’endémo-épidémie, les accès qui
se reproduisent appartiennent au type quotidien (Graphique X).
Ce n’est qu’au bout de quelques mois et particulièrement
204
duLLETlN DE La SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
à la suite de la saison d’hiver que l'hémamibe passera, comme
chez les nouveaux venus, au reste, à son type vieilli de PL
Graphique X. — Paludisme rénové
40
30
38
37
36
35
Graphique XI. — En haut, tierce doublée
d’un paludisme rénové. — A gauche,
tierce simple.
Séance du i4 Mars 1917
205
cl) Un dernier mode de rénovation du paludisme tierce se
traduit par une symptomatologie un peu différente, que l’on a
définie sous le nom de tierce doublée. Il y a fièvre chaque jour,
mais entre deux jours d’accès plus accusés, s’intercale un accès
moins violent qui, lui aussi, se représente 48 heures plus tard.
Le PL viuax persistant semble additionner son action à celle du
Pl. precox que vient d’apporter une infestation récente ; il y a
addition plus ou moins durable des deux parasites, addition
que les observateurs ont pu constater sur des frottis recueillis à
l’Armée d Orient (Graphique XI).
CACHEXIE DU PALUDISME AIGU
Les observateurs des colonies et d’Algérie avaient signalé
des anémies massives, pernicieuses presque d emblée, abou¬
tissant à des manifestations cachectiques au bout de quelques
mois de séjour dans les pays insalubres des zones tropicales et
péri tropicales. Kelscii y avait insisté. Le nom leur est resté de
cachexie h ijdroémique.
Nous avons trouvé en Extrême Orient les mêmes détermina¬
tions. Elles ont été également signalées à Madagascar par Debrie
et Sabatier.
On pourrait dire que c’est la cachexie du paludisme primaire.
Le malade se présente à (a visite avec une enflure notable des
membres inférieurs, de la face et, partiellement, du tronc, sur¬
venue en quelques jours.
C’est parfois au cours du traitement ou après rapatriment que
ces phénomèmes s’observent. Ils surviennent assez brusque¬
ment et correspondent souvent à un « surmènement » occa¬
sionnel.
Nous les avons constatés à Formose sur près de la moi¬
tié d’un contingent à qui on avait dû demander une action
militaire assez violente, bien que les hommes fussent sévèrement
impaludés... Plus de 200 d’entre eux durent être hospitalisés
pour œdème rapide et presque généralisé, au bout de deux jours
de combat.
Cette détérioration de l’économie se rencontre particulière¬
ment. chez les militaires qui ont porté sur pied leurs atteintes
successives, sans avoir eu notion de leurs fièvres. La preuve en
est que, soit à l’entrée, soit dès les jours suivants, la courbe
206 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
«
thermique subit des ascensions brusques et élevées sans que le
malade ait d’autre sensation que celle d’une exagération de sa
fatigue habituelle.
Cette cachexie du paludisme primaire nous semble être la con¬
séquence d’une maladie ignorée et qui, par suite, n’a pas été
traitée; elle évolue en dehors de toute néphrite et l’albumine
ne se retrouve pas dans Burine de ces malades.
ACCES HEMOGLOBINURIOUES
On admettait que cette forme d’accès graves ne s’observait que
dans le paludisme chronique et plus particulièrement chez tous
ceux qui avaient contracté le paludisme dès l’enface. Les Créoles,
notamment, présentent à cet égard, une susceptibilité particu¬
lière, surtout quand ils sont nés et ont vécu pendant la première
et seconde enfance dans des régions fortement malariennes.
11 est vrai que, d’autre part, il avait été établi que la médica¬
tion qui nique prolongée, et surtout poussée à des doses extrêmes,
produisait la même facilité de l’hémolyse sanguine.
C’est ce qui s’est produit en Macédoine où les accidents
hémorragiques et hémolytiques ont été plus fréquents que dans
toutes les conditions analogues. Ces accidents y ont été consta¬
tés au cours du paludisme aigu dans d’assez fortes proportions.
Deux groupes de manifestations ont été signalés :
D’une part, au cours du traitement des fièvres continues palus¬
tres, des accidents pétéchiaux, avec hémorragies stomacales,
melæna, hématurie... accidents subtyphoïdes.
D’autre part, des fièvres d’accès avec urines rouges.
A. — Ouelques-uns de ces cas ont été mortels sans qu’on
puisse affirmer que les décès sont imputables soit à la fièvre
elle-même, soit à la complication pétéchiale. Ces accidents pété¬
chiaux se sont présentés ou reproduits en France chez les mêmes
malades, notamment aux hôpitaux de Toulon où étaient con¬
servés les cas les plus graves.
L’impression des médecins traitants est que cette anomalie
dans l’évolution du paludisme épidémié, anomalie qui n’avait
pas été signalée, ni constatée antérieurement, soit dans le bassin
de la Méditerranée, soit aux Colonies, au cours du paludisme
Séance du i4 Mars 1917
207
aigu, peut, dans une grande proportion des cas, être rattachée
aux exagérations de la médication quinique.
Ces accidents coïncident en effet avec des troubles sensoriels,
avec une obtusion intellectuelle, un affaissement qui se ratta¬
chent à la même cause. A l’interrogatoire du malade, on appre¬
nait qu’il avait reçu, tant en ingestion qu’en injections, des
quantités quotidiennes de 4, 5 g. et parfois plus de quinine
pendant 10 et i5 jours consécutifs, quinine administrée concur¬
remment ou presque simultanément per os , en injections sous-
cutanées ou intra-musculaires et assez souvent en injections
intra-veineuses.
B. — Depuis que s’est établie la saison froide et que les déter¬
minations du paludisme ont diminué de fréquence et de gravité,
ces accidents hémorragiques ne se sont guère présentés, mais
les accès hémoglobin uriques ont apparu.
Il faut dire qu’une circonstance étiologique s’est ajoutée, celle
de Y action du froid.
Il n’est pas contestable que toute impression de froid brusque
détermine de l’hémoglobinhémie et consécutivement de l’hémo¬
globinurie quand elle atteint un impaludé qui a acquis une
grande fragilité de ses hématies par suite de la gravité de son
paludisme ou par suite de l’accumulation grande de quinine
dans le sang à des doses qui excèdent les exigences de la théra¬
peutique.
Tout accès qui présente cet accident est une « lièvre » grave
et il peut, par suite de l’obstruction rénale que détermine le pas¬
sage de l’hémoglobine, être une cause de mort assez brusque.
La symptomatologie se résume, en dehors de la fièvre qui est
très élevée et dont les accès deviennent subintrants, dans le
double symptôme :
i° Urines rouges , urines qui contiennent abondamment de
l’albumine et donnent nettement au speclroscope la réaction de
l’hémoglobine ;
20 Intolérance gastrique complète et prolongée aboutissant à
des vomissements vert-porracés qui se répètent presque conti¬
nuellement.
La crise hémoglobinurique débute par de la polynurie san¬
glante.
L’hémoglobine, au lieu de teinter en rouge vif les urines, peut,
208
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
par suite des réductions qu’elle subit, les teinteren noir, de sorte
qu’à des urines rouges peuvent succéder des urines mélanu-
riques. Hémoglobinurie et mélanurie peuvent se poursuivre par
de l oligurie et même par de l’anurie, amenant la complication
souvent mortelle de Purinemie.
On a considéré, mais à tort, que ces manifestations étaient
d’origine hépatique, en raison de la nature des vomissements,
de certaines colorations de l’urine et surtout de l’ictère qui s’éta¬
blit. Cet ictère n’est pas en relation avec des réactions polycho-
liques ; il est du à la transsudation dans toutes les humeurs,
comme elle se fait dans les urines, du plasma hémoglobin be¬
rnique et on ne trouve ni dans l’urine, ni dans les matières voi¬
sines, les réactions nettes et durables des pigments biliaires.
Sur le traitement du paludisme
à propos des fièvres de Salonique
Par A. LAVERAN
L’été dernier, notre armée d’Orient a été fort éprouvée par les
fièvres palustres, ce qui était à prévoir, car elle se trouvait dans
une région dont l’insalubrité est notoire, au voisinage de l’em¬
bouchure marécageuse du Vardar. Les fièvres de Salonique ont
présenté une telle gravité qu’on s’est démandé s’il ne s’agissait
pas d’une forme de paludisme autre que la forme commune ;
cette hypothèse ne s’est pas confirmée ; l’examen histologique du
sang des malades ayant contracté la fièvre aux environs de Salo¬
nique a montré que l’agent pathogène était l'hématozoaire clas¬
sique ; le parasite n’avait de remarquable que son abondance
dans le sang des malades, et la prédominance de ses formes les
plus résistai! les au traitement.
C’est un fait bien connu des épidémiologistes militaires que
le paludisme sévit avec une gravité toute particulière sur les
armées en campagne dans des pays insalubres; les exemples
d'épidémies .désastreuses observées dans ces conditions sont
nombreux, ce qui s’explique facilement.
Le soldat en campagne, obligé de passer les nuits en plein
air, ou sous des abris tout à fait insuffisants, est exposé presque
Séance du i4 Mars 1917
209
sans défense aux piqûres des nuées de moustiques fébrifères qui
lui inoculent de très fortes doses de virus; d'autre part, il est
soumis à de grandes fatigues, il doit fournir de longues mar¬
ches ou exécuter des travaux de terrassement par des temps très
chauds, comme cela est arrivé à Salonique, d'où le surmenage,
et une diminution marquée de la résistance aux agents patho¬
gènes.
Les fièvres palustres de Salonique étant du type classique,
aggravé seulement par l’intensité de l’infection et par la dimi¬
nution de résistance des sujets atteints, on peut en conclure :
i° que le spécifique du paludisme, le quinquina et son alcaloïde
le plus actif, la quinine, doivent constituer la médication fon¬
damentale de ces fièvres ; 20 qu’en raison de la gravité anormale
des infections, il est nécessaire d’augmenter les doses de qui¬
nine que l’on prescrit d’ordinaire dans le paludisme, en d’autres
termes, d’intensifier le traitement pour des infections inten¬
sifiées.
On cherche depuis longtemps un médicament qui permette de
guérir le paludisme plus sûrement encore et plus rapidement
que ne fait la quinine et, dans ces derniers temps, quelques
observateurs ont préconisé dans ce but l’arsénobenzol ou d'au¬
tres composés arsenicaux voisins. Il me paraît démontré que les
propriétés de ces médicaments, dans le paludisme, 11e sont pas
comparables à celles de la quinine et qu’il y aurait grand dan¬
ger à tenter de substituer leur emploi à celui de la quinine qui
a fait depuis longtemps ses preuves.
Les médecins qui ont eu recours à l’arsénobenzol ou à d’au¬
tres médicaments d’une efficacité très douteuse dans le pal udisme
allèguent que, dans certains cas, les fièvres de Salonique se sont
montrées rebelles à la quinine Peut-être, dans ces cas, s’agis¬
sait-il de maladies associées. A Salonique, l’amibiase hépati¬
que a compliqué souvent le paludisme et donné lieu à des accès
de fièvre qui ne cédaient pas à la quinine ; on obtenait, au con¬
traire, d’excellents résultats si l’on associait l’émétine à la qui¬
nine. Dans les cas où la quinine se montre inefficace chez un
malade présumé atteint de fièvre palustre, il y a donc lieu de
rechercher si le diagnostic ne doit pas être révisé et si, à côté du
paludisme que l’examen du sang a permis de constater, il
11’existe pas quelque complication d’autre nature.
Il faut bien savoir aussi que la fièvre palustre grave ne cède
Jilü
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pas toujours aux premières doses de quinine, surtout si ces
doses sont faibles, et que la médication quinique doit être pro¬
longée. ‘
Le sel de quinine le plus employé aujourd’hui est le chlorhy¬
drate de quinine dont il existe deux sortes : le chlorhydrate
neutre de quinine et le chlorhydrate basique moins soluble dans
l’eau que le premier, mais dont la solubilité peut être beaucoup
augmentée par l’addition de petites quantités d’antipyrine ou
d’uréthane.
La quinine guérit le paludisme en tuant l’hématozoaire qui
est l’agent de la maladie, mais si la plupart des parasites qui se
trouvent dans le sang de la grande circulation sont facilement
détruits par quelques doses du médicament, il n'en est pas de
meme de ceux qui sont cachés dans la profondeur des viscères
et en particulier de la rate; certaines formes de l’hématozoaire
connues sous le nom de croissants sont particulièrement résis¬
tantes ; on s'explique ainsi la fréquence des rechutes et la
nécessité de faire des traitements énergiques et prolongés lors¬
que l'examen du sang des malades révèle la présence de ces
corps, comme il arrive souvent dans les lièvres de Salonique.
* *
Modes d’administration de la quinine. — On peut faire prendre
la quinine par la voie gastrique, par la voie sous-cutanée ou
par la voie intra-veineuse.
La voie gastrique est la plus pratique, surtout lorsqu’on a à
traiter un grand nombre de malades. La quinine peut être pres¬
crite en solution ou sous la forme de comprimés.
Dans les hôpitaux militaires de l’Algérie, on emploie souvent
une solution de chlorhydrate de quinine qui est distribuée à la
visite et à la contre-visite; un infirmier est chargé de mesurer,
dans une éprouvette graduée, la quantité de solution qui a été
prescrite et les malades avalent le médicament devant le méde¬
cin. Ce mode de faire a l’avantage d’exclure toutes les superche¬
ries auxquelles se livrent trop souvent les malades pour ne pas
avaler la quinine. On peut donner un peu de réglisse noire pour
faire disparaître le goût amer de la quinine.
Les comprimés de chlorhydrate de quinine, de 20 cg. chaque,
en usage dans les formations sanitaires de notre armée, sont
Séance du i4 Mars 1917
21 1
d un emploi commode, mais il est indispensable de s’assurer
qu’ils ne sont pas jetés, et pour cela le meilleur procédé consiste
à les faire avaler à la visite ou à la contre-visite, devant le
médecin.
La méthode hypodermique rend de très grands services quand
la quinine est mal supportée par la voie gastrique ou bien lors¬
qu’il s’agit de fièvres compliquées d’accidents pernicieux qui
nécessitent une intervention rapide. La méthode hypodermique
peut d’ailleurs être associée avec avantage à la méthode par
ingestion .
Certains médecins ont de la tendance à abandonner presque
complètement la voie gastrique pour la voie hypodermique, ce
qui me paraît regrettable. La méthode hypodermique a ses indi¬
cations spéciales, elle ne doit pas être appliquée indifféremment
à tous les malades, d’autant qu’elle expose à des accidents,
surtout chez des hommes souvent surmenés, affaiblis et anémiés
par la fièvre. Les moindres fautes de technique peuvent avoir
pour conséquence des douleurs vives aux points d’inoculation, des
indurations parfois très persistantes, des abcès, des phlegmons,
des gangrènes, enfin on a vu trop souvent, pendant l’expédition
de Madagascar, le tétanos se développer à la suite d’injections
hypodermiques. La quinine administrée par la voie gastrique
paraît beaucoup moins dangereuse, pour les blessés, que les
injections hypodermiques du médicament.
Le médecin doit s’astreindre, pour les injections hypodermi¬
ques de quinine, à une technique impeccable et ne pas confier
à des aides inexpérimentés le soin de pratiquer ces injections.
Une rigoureuse antisepsie est de rigueur; la seringue et la solu¬
tion à injecter seront stérilisées avec grand soin ; les ampoules
contenant des solutions préparées à l'avance, et non limpides,
seront rejetées. La peau du malade, à l’endroit choisi pour la
piqûre, sera stérilisée par un badigeonnage iodé. L’injection
sera poussée, non dans le derme ni dans le tissu conjontif sous-
jacent, ce qui aurait pour effet la production d’abcès et de
gangrènes, mais dans les muscles, dans les muscles fessiers
notamment.
Lorsque les solutions injectées sont trop concentrées, elles
donnent lieu à des douleurs parfois très vives, à des indurations,
suivies ou non d’abcès, et l’absorption de la quinine se fait mal ;
il est donc indiqué de se servir de solutions suffisamment éten-
212
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dues, telles que la solution quinine-urélliane réglementaire dans
les formations sanitaires ou la solution suivante, moins altéra¬
ble que la précédente, et dont l'absorption se fait facilement :
0 g. 50
g. 30
Quinine (chlorhydrate) . .
Antipyrine . 0
Eau distillée . 4 cm3.
M. faites dissoudre pour une ampoule.
Les injections intra-veineuses ont été employées par quelques
médecins dans l’espoir que ce mode d’administration de la qui¬
nine donnerait des résultats plus rapides et plus sûrs que les
autres modes. Cet espoir a été déçu. La quinine injectée dans
la veine est rapidement éliminée par les urines, de sorte que
l’action de ce médicament, si elle est rapide, est très courte, ce
qui nuit à son efficacité ; en définitive l’activité du médicament,
en ce qui concerne la destruction des hématozoaires, est plutôt
diminuée qu’augmentée.
Comme, d’autre part, les injections intra-veineuses peuvent
donner lieu à quelques accidents locaux ou généraux : douleurs,
œdèmes, si une partie de la solution est injectée, non dans la
veine, mais dans le tissu conjonctif voisin, phlébite, syncopes,
on voit que ce mode d’administration de la quinine ne peut
être préconisé que dans des cas très particuliers, chez des mala¬
des atteints d’accès pernicieux par exemple, lorsqu’on peut
craindre que, la circulation périphérique se faisant mal, l’ab¬
sorption de la quinine par la voie intra-musculaire soit trop
lente. Quand les accidents graves se seront dissipés, on revien¬
dra aux injections hypodermiques ou bien à la voie gas-
triq ue.
La technique des injections intra-veineuses est aujourd’hui
bien connue ; je crois inutile de la rappeler ici. La solution de
quinine employée ne sera pas concentrée ; on diluera le con¬
tenu d’une ou de deux ampoules de chlorhydrate de quinine
avec de l’eau salée physiologique stérilisée, de manière à obtenir
une solution à 2 p. ioo environ, et l’injection sera poussée très
lentement dans la veine.
A QUEL MOMENT FAUT-IL DONNER LA QUININE ? - 11 a été admis
pendant longtemps qu'il fallait donner la quinine pendant les
périodes d’apyrexie aux malades atteints de fièvre palustre.
213
Séance du i/f Mars 1917
/
Cette règle qui est bonne pour les lièvres intermittentes régu¬
lières de nos pays, attendu que la quinine, surtout si elle
est donnée par la voie gastrique, est mal supportée pendant
les accès fébriles, ne doit pas s’appliquer aux fièvres graves des
pays chauds et les fièvres deSalonique sont tout à fait assimila¬
bles à ces dernières. Ces fièvres, principalement lors de la pre¬
mière invasion, affectent très souvent le type rémittent ou con¬
tinu; si on attendait un intervalle d’apyrexie pour donner la
quinine, on perdrait un temps précieux et on s’exposerait à
voir survenir les accidents redoutables connus sous le nom d’ac¬
cès pernicieux.
Il était aussi recommandé autrefois, si les signes d’embar¬
ras gastrique étaient bien marqués chez un malade atteint de
fièvre palustre, de commencer le traitement par un purgatif ou
un vomitif. Il est aujourd'hui démontré que, pour les fièvres
graves, cette pratique est dangereuse, attendu qu’elle retarde
l’administration du spécifique, et que les instants sont précieux
quand il s’agit d’empêcher une fièvre palustre de prendre le
caractère pernicieux.
La seule règle à suivre, en présence d’un malade atteint de
fièvre palustre dans un pays où l’endémie est grave, consiste à
donner de la quinine sans se préoccuper de l’état fébrile ni des
symptômes d’embarras gastrique. Si le malade est hors d’état
de prendre la quinine par la voie gastrique, on emploie la voie
hypodermique. L’embarras gastrique disparaît le plus souvent
en même temps que la fièvre, sous l’action de la quinine; s’il
persiste, alors que la fièvre est tombée, il est temps d’avoir
recours à un purgatif ou à un vomitif.
En pays palustre et pendant la saison endémo-épidémique, la
quinine doit être donnée auix fébricitants sans même attendre
que le diagnostic soit confirmé ; on aura soin seulement, avant
d’administrer le médicament, de faire quelques frottis de sang;
si l’examen de ces frottis, fait à loisir, démontre qu’il ne s’agit
pas de paludisme, on cessera le traitement; la dose de quinine
administrée n’aura, quelle que soit la maladie, aucun incon¬
vénient.
Il est important de traiter le paludisme aussitôt que possible,
les médecins des corps de troupe doivent donc s’efforcer de
dépister la maladie à ses débuts, sans attendre que l’infection
ait pris une intensité qui augmente beaucoup les difficultés dç
la cure.
21 i
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
*
A ouelles doses et pendant combien de temps faut-il prescrire
la quinine? — Il n’est pas possible de répondre d’une façon pré¬
cise à cette question, attendu que la gravité des cas de palu¬
disme est variable, et que les malades diffèrent sensiblement les
uns des autres au point de vue de la résistance à l’infection et
de la tolérance pour la quinine ; je ne pourrai donc donner ici
que des indications générales, en laissant aux médecins traitants
le soin d’apprécier, pour chaque cas particulier, dans quelle
mesure ces indications peuvent être suivies.
Il suffit de quelques doses de quinine pour couper, comme on
dit, une fièvre palustre, mais il faut bien savoir que, pour gué¬
rir le paludisme lui-même, un traitement méthodique et pro¬
longé est nécessaire. C’est un mauvais système que d’interrom¬
pre le traitement spécifique peu après qu’on a obtenu la
défervescence dans les cas de fièvre palustre, pour le reprendre
seulement lorsque des rechutes se produisent. C'est le paludisme
lui-même qu’il faut traiter, jusqu’à ce que les hématozoaires
aient disparu, et non telle ou telle de ses manifestations; il en
résulte que les indications thérapeutiques sont à peu près les
mêmes, aux doses de quinine près, quelles que soient les mani¬
festations cliniques, et en particulier quel que soit le type de la
fièvre (i).
La pratique montre qu’il est préférable de donner de fortes
doses de quinine d’une façon discontinue, que des doses faibles,
ou même moyennes, d’une façon continue.
On peut fixer à G ou 8 semaines, au minimum, la durée du
traitement pour des cas de paludisme aussi graves que ceux
observés dans l’armée de Salonique.
On prescrira, par exemple, à un homme adulte, les doses
suivantes :
Pendant les 2 premières semaines, 3 fois par semaine, 1 g. de chlorhy¬
drate de quinine, matin et soir.
Pendant les 2 semaines suivantes, 0 g. 73 de quinine matin et soir,
3 fois par semaine.
Pendant les 2 ou 4 semaines suivantes, 1 g. de quinine (en 1 ou 2 fois),
3 fois par semaine.
(i) Dans la fièvre bilieuse hémoglobinurique cependant, il ne faut donner
la quinine qu’avec beaucoup de prudence, le médicament pouvant, chez quel¬
ques malades, augmenter Phémoglobinurie.
Séance du i 4 Mars 1917 215
Le médecin traitant s’assurera toujours que la quinine pres¬
crite est prise.
Le médicament sera prescrit pendant trois jours consécutifs
chaque semaine ; s’il est mal toléré ainsi, on le fera prendre
tous les deux jours.
S’il se produit des rechutes au cours du traitement, la médi¬
cation devra être prolongée.
11 est extrêmement rare qu’il soit nécessaire de dépasser la
dose de 2 g. de chlorhydrate de quinine par jour; on pourra,
dans les cas rebelles, donner jusqu’à 3 g. (1 g. 5o matin et
soir).
Les doses de quinine à prescrire par injections hypodermiques
et par ingestion sont les mêmes. Par la voie intra-veineuse, qui
d’ailleurs ne doit être utilisée que d'une façon exceptionnelle,
les doses doivent être notablement plus faibles.
L'examen histologique du sang et celui du tracé thermométri¬
que guideront le médecin sur la durée à donner au traitement.
La quinine devra être prescrite, d’une façon intermittente, tant
que les corps en croissant se montreront dans le sang. Lorsque
le tracé thermométrique remontera au-dessus de la normale (qui
est souvent inférieure à 37° chez les convalescents de fièvre palus¬
tre), on insistera sur la médication quinique afin de prévenir
une rechute. Les anciens palustres éprouvent souvent un
malaise caractéristique annonçant la rechute.
.Dès que la fièvre a été coupée, on doit, tout en continuant la
médication quinique, s’efforcer de combattre l’anémie qui est
toujours forte à la suite des fièvres palustres, et qui diminue la
résistance de l’organisme contre les agents pathogènes. Line
bonne alimentation, en rapport avec les forces digestives, est
indispensable ; 011 prescrira le vin de quinquina qu’on pourra
renforcer avec de l’extrait de quinquina, du vin, du café noir.
Les arsenicaux (liqueur de Boudin, liqueur de Fovvler) sont
de bons reconstituants, et par suite d’utiles adjuvants de la
médication quinique. La teinture de noix vomique, les ferrugi¬
neux et l’hydrothérapie pratiquée avec prudence (en commen¬
çant par des douches chaudes ou tièdes) rendent aussi de grands
services.
Lorsque le malade paraît guéri et qu'il quitte l’hôpital, pour
aller en convalescence ou pour rentrer à son corps, il est pru¬
dent de lui conseiller de ne pas cesser brusquement l’usage de
216
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la quinine, d’autant plus que la fatigue ou l’exposition au froid
provoque facilement des rechutes. Le convalescent prendra par
exemple 2 doses de chlorhydrate de quinine de o g r. 75 chaque
semaine s’il est en pays salubre; s’il est en pays palustre, pen¬
dant la saison endémo-épidémique, il devra être soumis, d’une
façon rigoureuse, à la médication préventive par la quinine, car
une première atteinte de fièvre palustre, loin de donner l’immu¬
nité, constitue une prédisposition à de nouvelles atteintes.
*
* *
Médications adjuvantes dans les accidents pernicieux. — Chez
les malades atteints de fièvres pernicieuses, la première indica¬
tion à remplir est de donner de la quinine et, comme les mala¬
des sont généralement hors d’état d’avaler la solution quinique,
les injections intra-musculaires rendent d’immenses services.
Après avoir rempli d'urgence cette indication primordiale, le
médecin doit s’efforcer de combattre les symptômes les plus
alarmants. Dans les accès comateux, par exemple, il prescrira
les révulsifs aux extrémités, les lavements purgatifs, les applica¬
tions de glace sur la tête; dans les accès délirants, le chloral;
dans les accès algides, le réchauffement, les sinapismes, les bois¬
sons chaudes, les stimulants diffusibles (éther, camphre); dans
l'accès cholérique, le vin de Champagne, les injections hypoder¬
miques de chlorhydrate de morphine ou d’éther; dans l’accès
bilieux hémoglobi n urique, les injections hypodermiques de solu¬
tion de chlorure de sodium à 7 p. 1000 (100 à 3oo gr. par
jour), etc .
* *
Rapatriement. — Lorsque, chez un malade traité dans la région
de Salonique, les rechutes de fièvre se succèdent malgré un trai¬
tement méthodique et que l’aggravation des symptômes (anémie,
hypertrophie de la rate) font craindre la cachexie, le rapatrie¬
ment s’impose, surtout au début ou dans le cours de la période
endémo-épidémique.
Autant que possible, les malades rapatriés pour fièvre palustre
ne seront pas renvoyés, après guérison apparente du paludisme,
dans des régions insalubres; ils 11e tarderaient pas à se réinfec¬
ter, ne possédant aucune immunité contre le paludisme, prédis¬
posés qu’ils sont, au contraire, à une nouvelle atteinte.
Séance du it\ Mars 1917
217
Traitement du paludisme (>)
Par Henri SOULIÉ.
Introduction
Il s’est produit dans ces derniers temps en Algérie une recru¬
descence considérable de paludisme, au point de vue de la fré¬
quence et au point de vue de la gravité.
Les circonstances nous ont placé dans des conditions favora-
bl es pour recueillir de nombreuses observations qui sont venues
compléter et élargir celles que nous avions déjà pu faire pen¬
dant les années antérieures. Nous avons été en mesure de préci¬
ser certains points et d’en élargir plusieurs autres concernant
cette question si importante du traitement du paludisme.
Nous nous placerons volontairement sur le terrain pratique
laissant de côté toute considération théorique ou doctrinale.
Tous les auteurs qui ont écrit sur le paludisme ont formulé
des règles excellentes pour le traiter: Torti, Sydenham, Maillot,
Collin, Kelsch et Kiener, A. Laveran, Grall et Clarac, Dopter,
Henri Vincent. Leurs méthodes comptent des succès considéra¬
bles. Tous les médecins exerçant dans des régions malarigènes
se sont façonné une formule dont ilssont généralement satisfaits.
Dans les conditions ordinaires, en dehors des grandes épidé¬
mies, on peut voir quelques rares cas de cette pyrexie guérir
naturellement sans l’intervention d’aucun agent thérapeutique,
rien que par le changement d’air et de milieu. On constate
également la guérison de quelques malades soumis pendant
quelque temps à un léger traitement quinique. Nous avons
constaté, un certain nombre de faits semblables dont le diagnos¬
tic avait été établi avec certitude par l’examen au microscope.
Il arrive aussi que la fièvre disparaît pendant un certain temps,
et qu elle reparaît malgré l’administration de la quinine, laissant
le malade affaibli. On se trouve maintes fois dans des circon¬
stances plus critiques, suivies d’une issue fatale, se produisant
suivant de multiples modalités.
Entre la guérison spontanée ou quasi-spontanée rare, les
(t) Mémoire présenté à la séance de février de la Société.
218
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
formes longues et tenaces fréquentes, et les cas mortels encore
assez communs, on trouve tous les intermédiaires. Pour tirer
des conclusions valables d’une série d’observations, il faut en
réunir un faisceau assez compact pour que toutes les formes, ou
du moins le plus grand nombre de faits possible, y soient repré¬
sentés.
Cas observés. — Nous nous bornerons à rapporter ici les cas
de paludisme observés pendant les années 19 15 et 1916 dans la
deuxième Division de fiévreux de l’hôpital Maillot dont nous
avons été chargé, ainsi que dans notre service de l’hôpital civil
de Mustapha.
Classés suivant la variété du parasite ces cas se répartissent
ainsi :
T. M. T. B.
Hôpital Maillot.
Hôpital Civil .
236
40
114
24
Q.
13
9
Association
TM + TB Totaux
4
3
367
69
276
138
15
436
Nous avons divisé nos fiches en deux catégories. Dans la pre¬
mière nous avons réuni les malades qui n avaient jamais été
traités, dans la seconde ceux qui avaient été l'objet d’un trai¬
tement :
Non traités Déjà traités Totaux
Hôpital Maillot. ... 69 306 375
Hôpital Civil .... 25 36 61
94 342 436
Ces chiffres nous montrent la fréquence des tierces malignes,
la proportion plus faible des tierces bénignes, le petit nombre
enfin des quartes et des types associés (Tierce maligne — Tierce
bénigne; très rarement quarte associée à une tierce).
Ils nous font voir également combien sont fréquentes les
entrées pour paludisme déjà traité, comparativement aux cas
non traités. La proportion entre les premiers et les seconds est
de 4 pour 1 environ. Parmi ces malades ayant été soumis à
l’usage de la quinine, nous avons relevé 187 militaires ayant
été évacués de l’Armée d'Orient (1).
%
Modes d’observation. — Les effets du traitement auquel nous
(1) Le paludisme de Macédoine s’est montré, au point de vue parasitaire et
au point de vue t hérapeutique, exactement semblable au paludisme d’Aigérte.
Séance du i 4 M aus 1917
219
avons soumis nos malades ont été suivis à un triple point de
vue : action sur les plasmodes, élimination de la quinine par
les urines, résultats thérapeutiques.
Diagnostic. — Nous avons toujours procédé nous-même, ou
fait procéder par le Laboratoire de l’Hôpital Maillot à l’examen
microscopique du sang*. Le traitement quinique n’a été institué
que lorsque le résultat de l’examen a été positif. En même temps
que cet examen nous renseigne sur l'existence ou sur l’absence
des hématozoaires, il nous donne en même temps des indica¬
tions importantes sur la variété du parasite et sur son abon¬
dance dans le sang du sujet. Ainsi qu’on le verra, ces données
comportent des indications thérapeutiques précieuses.
A défaut de microscope, on peut établir un diagnostic clini¬
que par l’évolution de la fièvre, ou thérapeutique par l’admi¬
nistration de la quinine qui joue en la circonstance le rôle
d’une pierre de touche infaillible. On peut poser comme un
axiome la proposition suivante : toutes les fois qu’une fièvre
continue, rémittente ou intermittente ne cède pas à la dose
quotidienne de 2 g. quinine administrée pendant 2 ou 3
jours, on peut être certain qu’on n'est pas en présence du
paludisme.
Sels et préparations de quinine employés. — Nous avons
employé seulement trois préparations de quinine : la collobiase
de quinine gracieusement mise à notre disposition par la Mai¬
son Boulanger-Dausse ; le chlorhydrate de quinine à l’état de
chlorhydrate neutre (appelé bichlorhydrate) et le chlorhydrate
basique.
Le dernier a été le plus souvent employé, soit en cachets,
soit en solution. Ainsi qu'il sera dit plus loin, le chlorhydrate
basique de quinine a été dissous en solutions étendues (1 g. de
chlorhydrate pour 20 cm3 d’eau physiologique), et en solutions
concentrées suivant la formule suivante :
Chlorhydrate basique de quinine ... 1 g.
Uréthane . 0,50
Eau distillée . 3 g.
pour une ampoule stérilisée.
Le chlorhydrate neutre a été employé selon la formule sui¬
vante :
Chlorhydrate neutre de quinine. ... 1 g.
Eau physiologique . 10 cm3
220
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
On sait que ce sel est très soluble dans l’eau (à raison de i g.
pour o g. 66 d’eau). Nous avons employé autrefois des solutions
concentrées (i g1, de sel pour i ou 2 cm3 d’eau). Nous avons dû
y renoncer parce que ces injections sont douloureuses, qu’elles
provoquent des indurations persistantes fort pénibles et fort
gênantes, et qu’elles entraînent parfois des nécroses locales
avec suppuration, véritables abcès de fixation, demandant un
temps considérable pour se cicatriser.
Pendant l’été r 9 ï 3 , nous avons traité le paludisme par le néo-
salvarsan. Comme tous les auteurs qui ont essayé ce mode de
traitement, nous avons constaté la diminution, puis la dispari¬
tion temporaire des parasites. Nous avons pratiqué chez chaque
sujet seulement trois injections à o,3o, à o,45 et à 0,60 de néo-
salvarsan, à une semaine d’intervalle. Les accès et les parasites
n’ont pas tardé à reparaître après la cessation du traitement.
Nous avons abandonné nos tentatives en raison du prix élevé
du médicament et des résultats peu importants auxquels nous
étions parvenu.
Modes d’administration de la quinine. — Nous avons employé
la voie gastrique, la voie rectale, l’injection sous-cutanée, l’in¬
jection intra-musculaire et l’injection intra-veineuse, avec le
contrôle que nous avons indiqué (microscope, élimination uri¬
naire, courbe thermique).
La voie rectale ne nous a donné aucun résultat. Les lavements,
même réduils à un faible volume, sont mal tolérés. La présence
de la quinine n’a jamais été constatée dans l’urine; les para¬
sites et la marche de la température n’ont jamais été influencés.
L’ingestion par cachets ou en solution nous a donné de très
bons résultats. La courbe d’élimination est comparable à celle
des autres modes d’administration de la quinine, sauf le retard
d’apparition dans les urines. Nous avons observé comme nos
devanciers la présence de l’alcaloïde de 3o à 60 m. après l’ab¬
sorption.
Nous avons renoncé à la voie gastrique pour deux motifs.
Tout d’abord l’usage prolongé du sel est une cause de fatigue
pour l’estomac. D’autre part, un certain nombre de malades,
surtout dans les hôpitaux militaires, n’absorbent volontairement
pas le remède et prolongent ainsi la durée de leur séjour à
l’hôpital.
Lorsque, pour une raison ou pour une autre, nous avons dû
Séance du i4 Mars 1917
221
avoir recours à l'ingestion de la quinine, nous avons employé
la quinine en solution que nous avons fait absorber en notre
présence ou en présence de l'infirmière.
Nous avons abandonné également l’injection hypodermique
concentrée en raison des douleurs quelle provoque et des
nécroses locales dont elle est parfois suivie. La quinine diluée
à 1/20 est bien tolérée sous la peau. Nous 11e l’avons pas employée
couramment à cause de l’outillage qu elle comporte.
Nous avons employé d’une manière courante l’injection intra¬
musculaire.
L’injection intra-veineuse a été utilisée d’une manière systé¬
matique. Nous rapportons les résultats qu elle nous a fournis,
et nous essayons de préciser sa technique et ses indications.
Injections intra-musculaires de quinine
Le lieu d’élection a toujours été la région fessière. L'asepsie
de la peau a été obtenue à l’aide de la teinture d’iode, excep¬
tionnellement en se servant de l’alcool.
Nous avons employé toutes les solutions, mais nous nous
servons le plus couramment de la quinine-uréthane à 1 g.
pour 3 cm3 de liquide. Cette formule a l’avantage de n’exiger
qu’une seringue petite, permettant l’adaptation de l'aiguille
sans embout spécial, d'un maniement facile et d'un prix pas
trop élevé. Cette considération a son importance après 27 mois
de guerre, et vu les difficultés de s'approvisionner.
Nous donnons 2 g. de quinine par jour, 1 g. le matin et 1 g.
le soir. Le médicament est continué trois jours par semaine, ce
qui représente 6 g. de sel.
Lorsque le traitement est commencé au milieu de la semaine
un mercredi par exemple, il est poursuivi pendant 3 jours, soit
le mercredi, le jeudi et le vendredi. Il est repris au milieu de la
semaine suivante pendant un jour ou deux suivant la gravité
du cas; ainsi dans l’exemple précédent, nous donnons le médi¬
cament le mercredi et le jeudi, toujours à la dose quotidienne
de 2 g., nous cessons pour reprendre le lundi, le mardi et le
mercredi de chaque semaine. Cette façon de procéder permet de
grouper toutes les injections aux mêmes jours et expose moins
aux erreurs qu’en suivant les autres méthodes.
Dans la très grande majorité, ces injections ne sont pas dou-
222
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
loureuses, à condition de les pratiquer avec lenteur. Le liquide
est bien résorbé et 11e laisse aucune induration.
A l’Hôpital Maillot, dans notre Division, il a été pratiqué
environ 6.000 injections intra-musculaires. Nous avons observé
deux fois seulement des abcès amicrobiens, avec des débris de
tissu cellulaire nécrosé. Ces abcès peu volumineux ont guéri
rapidement après incision. Des réactions locales se produisent
parfois. Le lieu de la piqûre est tuméfié, rouge, chaud, doulou¬
reux. Parfois, lorsque la réaction est violente, il se produit une
élévation thermique. Cette élévation est bien due au phlegmon
local provoqué par l’injection et non à une rechute paludéenne :
l’examen microbiologique du sang montre l'absence de para¬
sites; mais il révèle une très forte polynucléose pouvant atteindre
92 0/0. Sauf dans les deux cas mentionnés plus haut, toutes ces
inflammations locales ont cédé rapidement à l’application de
compresses d'eau chaude.
Presque tous les malades acceptent les injections et les préfè¬
rent à l’absorption buccale de la quinine. Nous avons trouvé
quelque résistance parmi ceux qui avaient déjà été traités dans
d’autres formations et pour lesquels l’injection avait été très
douloureuse, suivie de suppuration ou de nécrose locale. Nous
avons soigné une cinquantaine d’officiers serbes malariques
évacués de Macédoine, réfractaires aux injections à leur entrée
et qui les acceptaient sans difficulté à la fin de leur traitement.
Certains sujets supportent mal les injections de quinine, soit
à cause des douleurs qu’elles engendrent, soit à cause des indu¬
rations persistantes qu’elles laissent après elles. Dans ces cas
assez rares nous avons recours à l’ingestion ou à la voie intra¬
veineuse.
La dose quotidienne de 2 g. de quinine pourra sembler élevée
à ceux qui ne sont pas familiarisés avec le traitement du palu¬
disme. L’expérience nous a conduit à adopter cette dose que
nous considérons comme nécessaire et suffisante. Nous avons
observé une foule de cas dans lesquels l’administration quoti¬
dienne d’un gramme ou d’un gramme et demi de quinine trois
jours de suite, suivis d’un repos d’un temps égal et répétés plu¬
sieurs fois dans les mêmes conditions n’ont pas empêché les
accès de reparaître. Ces doses insuffisantes de la quinine ont
mis en doute son efficacité. Nous avons entendu dire couram¬
ment que la quinine abîmait l’estomac et faisait gonfler la rate,
Séance du i4 Mars 1917
223
Certains médecins ont partagé cette opinion et se sont demandé
s’il n’existait pas en matière de paludisme des cas rebelles à la
thérapeutique, comme cela se rencontre quelquefois dans la
syphilis. Devant la persistance des accès, ils ont été jusqu’à
proclamer la faillite de la quinine.
En donnant les doses indiquées, nous n'avons jamais rencon¬
tré de faits semblables, et lorsque nous entendons prononcer
la condamnation de ce merveilleux médicament, nous nous
inscrivons en faux de toutes nos forces contre un tel jugement.
En cas d’insuccès de la quinine, nous estimons qu’on se trouve
en présence de l’une ou de l’autre de ces deux alternatives :
i° Le diagnostic est inexact ou incomplet : la maladie traitée
n’est pas le paludisme ; le paludisme est associé à 1111e autre
affection ; 20 L’administration du médicament est défectueuse :
la dose n’est pas assez élevée; son usage n’a pas duré assez
longtemps.
A QUEL MOMENT FAUT-IL DONNER LA QUININE ? COMBIEN DE TEMPS
faut-il l’administrer ? — Nous établissons deux catégories de
malades, les malariques menacés d’accidents graves, pernicieux ;
les malariques dont l’état est exempt de gravité.
Dans le premier cas, nous injectons aussitôt que possible la
quinine, soit dans la veine, soit dans le muscle. En même temps,
nous prélevons un frottis de sang pour l’examen microbiologi¬
que. Si cet examen est positif, le traitement est continué; s’il
est négatif, le traitement est interrompu.
Chez les malades non menacés d accidents pernicieux, nous
ne donnons la quinine qu’après avoir obtenu un diagnostic de
certitude par l’examen du sang au microscope. Nous ajouterons
que cet examen pratiqué avec soin est toujours positif dans le
paludisme en évolution soit au premier examen, soit après plu¬
sieurs examens. Une fois en possession du résultat, nous com¬
mençons de suite à injecter la quinine. Nous différons l'injec¬
tion si le malade est au stade de frisson, ou s’il est prostré par
la violence de l accès. Mais dès qu’il est en mesure de pouvoir
se retourner, nous injectons aussitôt. En d’autres termes nous
injectons la quinine aussi rapidement que l’état du malade nous
le permet, alors même que la fièvre n’est pas complètement
tombée.
Nous ne pouvons donner ici tous les arguments qui militent
en faveur d’une intervention aussi précoce que possible. E11
224 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nous appuyant sur les faits que nous avons très souvent obser¬
vés nous pouvons affirmer que l'intervention rapide du médecin
sauvera dans un grand nombre de cas la vie des malades.
Les auteurs ne donnent pas de règle précise au sujet de la
durée de la cure quinique. Nous ne possédons à l’heure actuelle
aucun critérium scientifique pour nous dévoiler le point de
stérilisation de l’organisme. La réaction de Wassermann consti¬
tue un guide très précieux en matière de syphiligraphie. Elle
éclaire le passé lointain d’un malade et permet de rattacher une
affection à sa cause originelle ; elle sert de guide au thérapeute
et lui dit à quel moment il pourra cesser sa médication.
Nous ne possédons rien de semblable pour nous permettre de
nous orienter dans le traitement spécifique du paludisme.
L’examen microscopique est un guide infidèle sur lequel on
ne peut compter. 11 suffît de donner quelques doses de quinine
pour amener la disparition des parasites du sang périphérique
sans obtenir pour cela la stérilisation de l’organisme. Les
recherches sur la déviation du complément n’ont pas encore
abouti à des résultats appréciables.
Nous en sommes donc réduits à l’observation seule. Nous con¬
sidérons un malarique comme guéri lorsque les accès ne repa¬
raissent plus après un certain temps (un ou plusieurs mois), et
lorsque son état général est redevenu satisfaisant.
En prenant ces deux signes pour guide, disparition de la fièvre,
rétablissement de l’état général, voici la ligne de conduite que
l’expérience nous a conduit à adopter.
Nous n’appliquons pas une règle uniforme au traitement du
paludisme pour en déterminer la durée. Nous nous basons sur
la variété de l’hématozoaire, sur son abondance dans le sang
périphérique et enfin sur l’état général.
C’est la tierce maligne avec croissants qui représente la forme
la plus rebelle au traitement quinique. Voici un malarique for¬
tement cachectisé, émacié, dont le teint a une coloration ter¬
reuse, dont le foie est gros, douloureux, et dont la rate dépasse
de plusieurs travers de doigts les fausses côtes. Les accès fébri¬
les sont réguliers, violents; le sang contient des formes annu¬
laires, petites, nombreuses, et des croissants également nombreux.
Nous donnons à un tel malade la quinine pendant au moins
six semaines, à raison de 2 g. de sel pendant trois jours, les
lundi, mardi et mercredi de chaque semaine. Lorsque les crois-
Séance du i/[ Mars 1917
225
sants sont rares, les formes endoglobulaires peu denses, Tétât
général défectueux, sans être trop cachectique, nous prolon¬
geons le traitement quinique cinq semaines, en suivant le même
mode d’administration. Nous le réduisons à quatre semaines
lorsque l’état général est bon et les parasites peu nombreux
(formes annulaires rares, croissants rares également, existant
ensemble ou séparément).
Ce serait une erreur dangereuse de croire que la tierce
bénigne est une forme légère de paludisme. Nous avons observé
de nombreux accès pernicieux mortels causés par la tierce
bénigne. La résistance de celte variété de parasite à l’action
spécifique de la quinine est parfois excessivement tenace. Nous
nous basons également sur le nombre de parasites et sur l’état
général pour régler la durée du traitement. Nous le fixons géné¬
ralement à quatre semaines, mais nous le prolongeons jusqu’à
cinq ou six semaines lorsque les parasites sont nombreux et
l’état général délabré.
Dans Tune et dans l’autre forme, nous conseillons aux malades
qui ont quitté l'hôpital, la continuation du traitement quinique
par ingestion pendant deux à quatre semaines.
Les éléments d’appréciation nous manquent davantage pour
la quarte. Nous lui avons généralemen t appliqué le barême de
la tierce bénigne et nous l’avons traitée pendant quatre
semaines.
En résumé, l’expérience nous a conduit à adopter une durée
minimum de quatre semaines à raison de 2 g. de quinine par
jour trois fois par semaine pour la cure du paludisme. Cette
durée est prolongée d’une, de deux semaines et même davan¬
tage, lorsque les parasites sont très nombreux et que l’orga¬
nisme est très débilité. Nous attachons une grande importance
à ce dernier facteur. L’action adjuvante des défenses naturelles
de l’économie est très considérable; dans certain cas même elle
est prépondérante et suffit seule à la guérison.
C’est pour renforcer les défenses naturelles de l’organisme
que nous associons à la cure qui nique, la médication arsenicale
et la médication martiale. Nous avons l’habitude de faire ingé¬
rer à nos malariques un composé arsenical associé à la noix
vomique ou à son alcaloïde, la strychnine.
Action sur les hématozoaires. — Nous avons suivi chez de
nombreux malades l’action de la quinine sur les parasites du
226
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sang. Cette action est excessivement rapide sur les formes endo-
globulaires. Après le premier jour de Iraitement, on observe
comme un changement à vue; les plasmodes, nombreux la
veille, ont considérablement diminué. Après le deuxième jour,
leur disparition est presque complète; on en trouve quelques
rares échantillons en parcourant minutieusement la préparation.
Leur présence après le troisième jour de traitement est excep¬
tionnelle et ne s’observe pour ainsi dire jamais.
Il n’en va pas de même pour les croissants. On les rencontre
après une, deux et même trois séries de quinine. Nous avons
maintes fois constaté leur présence après 21 jours de traitement.
Leur absence du sang circulant n’implique pas leur disparition
totale de l’organisme. Dans les rechutes, on les voit reparaître
en effet, alors que des examens répétés n avaient permis de rien
découvrir.
Lorsque les doses de quinine sont inférieures à celles que
nous avons adoptées, la persistance des croissants est beaucoup
plus prolongée. Chez un malade de l'Hôpital Civil, nous les
avons rencontrés après 60 jours de quininisation (1 g. de qui¬
nine par jour tous les 3 jours séparés par 3 jours de repos).
En même temps que le. nombre de parasites diminue, il
s’opère des transformations dans leur structure. Leur noyau se
colore différemment et leur protoplasma prend une teinte plus
pâle. D’autres échantillons se colorent à peine et d'une manière
uniforme, sans différenciation bien apparente entre leur noyau
et leur corps. Il existe des différences individuelles très appré¬
ciables parmi les parasites. Sur une même préparation on trouve
des plasmodes se colorant normalement, d’autres avec un com¬
mencement de dégénérescence, d'autres enfin totalement dégé¬
nérés.
Elimination urinaire de la quinine. — Nous avons déterminé
le début de l’élimination quinique dans les urines et nous avons
suivi celte élimination jusqu’à sa disparition complète. La
recherche de la quinine urinaire a été pratiquée par M. le Phar¬
macien Major de ire Classe Speiser, Pharmacien Chef de l’Hô¬
pital Maillot. Nous le remercions du concours éclairé qu’il
nous a prêté.
Sans procéder à un dosage chimique, M. Speiser a pu déter¬
miner la marche de l’élimination au moyen de la méthode
colorimétrique suivante.
Séance du 1/4 Mars 1917
/
227
Dans une éprouvette graduée, il verse 3 cm3, d’urine et 1 cm3, de
réactif de Tanret. Il se forme un précipité opalescent plus ou
moins abondant suivant la quantité d’alcaloïde éliminé. Il
ajoute de l’eau au précipité jusqu'à ce que la transparence
obtenue permette de lire les chiffres de la graduation de l’éprou¬
vette à travers le précipité.
Nous avons recueilli les urines 5, 10, i5 m. après l’injec¬
tion et ensuite tous les quarts d heure pendant la première
heure. La première heure écoulée, les urines sont recueillies
de quatre heures en quatre heures jusqu’à leur élimination
totale.
Nous avons construit des graphiques sur lesquels on embrasse
d’un coup d’œil le début, la marche et la fin de l’élimination.
Cette recherche a été appliquée chez 32 malades se réparlis-
sant ainsi : lavements, 2; ingestion, l\ \ injections intra-veineu¬
ses, 12 ; injections intra-musculaires, r4-
Comme il a été dit précédemment, l’usage de la quinine par
la voie rectale ne nous a donné aucun résultat. Généralement,
le médicament est rejeté peu de temps après son absorption, par
suite de l’intolérance de l’intestin terminal. Nous n’avons jamais
constaté la présence de l’alcaloïde dans les urines, même à l’état
de traces.
Par la voie gastrique, la courbe de l’élimination est très régu¬
lière. Dans nos observations, l’apparition dans les urines s’est
toujours effectuée au plus tôt une demi-heure, au plus lard une
heure après l'ingestion. La dose que nous avons donnée a tou¬
jours été de 2 g., 1 g. le matin, 1 g. le soir, les lundi, mardi et
mercredi. En partant de l’heure à laquelle la dernière dose a été
avalée, la présence du médicament a été constatée pendant des
durées comprises entre et 52 h. Une dernière dose de 1 g.
ayant été ingérée mercredi à 16 h. nous avons eu des réactions
positives jusque dans les urines émises le vendredi à 20 h.
Les doses de 2 g. par jour ont été données trois fois par
semaine en injections intra-musculaires. Nous avons appliqué
deux modes un peu différents d’administration. Dans le premier,
la quinine est injectée trois jours de suite, lundi, mardi et mer¬
credi ; dans le second, elle est donnée un jour entre autre, soit
lundi, mercredi et vendredi. Chaque journée d’injection est
suivie d’une journée de repos. Cette méthode est assez appréciée
par les malades qui la préfèrent à la première.
228
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’apparition de la quinine dans l’urine a lieu le plus souvent
10 m. après l’injection, jamais après 3o m. La marche de l’éli¬
mination présente des irrégularités curieuses, surtout au début
de l’emploi du médicament. Chez certains malades, l’élimination
est très forte à un moment donné ; 4 h. après elle tombe au
point de ne montrer que des traces pour rebondir 4 h. après au
niveau où elle était dans le précédent dosage.
Cette irrégularité n’est pas constante et ne se montre que chez
certains malades. Elle est évidemment conditionnée par l’état du
rein ; mais cet état ne s’est accompagné dans aucun cas d’un
trouble clinique appréciable, notamment d’albuminurie.
Lorsque la quinine est donnée trois jours d’affilée, nous avons
remarqué que l’élimination devient souvent plus forte le troi¬
sième jour. L’élimination se prolonge de 44 à 56 h. ; elle ne dure
parfois, mais rarement, que 82 h. L’examen des graphiques
d’élimination nous montre que la dernière injection ayant été
pratiquée mercredi à 16 h. la quinine se retrouve dans l’urine
jusqu’à des heures variables de l’après-midi du vendredi. 11
résulte de cette constatation que le samedi et le dimanche, l’éli¬
mination ayant été totale, l’organisme 11e contient plus de spéci¬
fique. Malgré cela, les parasites n’ont jamais été rencontrés dans
le sang après 3 jours de quinine.
11 semble que la stérilisation de ce milieu a été complète. Les
rechutes montrent que cette supposition est inexacte. Les héma¬
tozoaires se sont réfugiés dans les organes profonds (rate, foie,
ganglions, moelle osseuse...). Lorsqu'ils proliféreront et repa¬
raîtront dans le sang circulant, ils seront détruits par les séries
quiniques suivantes.
Les courbes de l’élimination, lorsque les injections ont lieu
les lundi, mercredi et vendredi, nous montrent la présence con¬
stante de la quinine pendant les jours intercalaires. Par suite de
l’irrégularité dans l’élimination, il arrive que la quinine est
absente à un moment donné, mais qu elle reparaît dans le pré¬
lèvement suivant, c’est-à-dire 4 h. après. La persistance du sel
dans l’organisme est un peu moindre que lorsqu’on l’injecte
trois jours de suite. Cette persistance varie de 24 à 4o h. La qui¬
nine injectée le vendredi à 16 h. a été constatée la dernière fois
dans l’urine émise le samedi à 16 h. et le dimanche à 8 h.
Dans ce mode d'administration, un seul jour de la semaine
l’organisme 11’est pas sous l’action du médicament. Il semblerait
Séance du i4 Mars 1917
229
plus logique de donner la quinine suivant ce procédé. En réalité,
nous n’avons pas observé de différence bien appréciable dans
les résultats obtenus en donnant la quinine trois jours de suite,
ou en la donnant un jour entre autre.
Si nous avons adopté la semaine pour régler notre traitement,
c’est parce que son usage nous offre des avantages considérables
dans un service où nous avons eu jusqu’à 52 malariques à trai¬
ter en même temps. C’est plus simple et moins sujet à des
erreurs, d’autant plusfacilesà commettre que le personnel auxi¬
liaire était plus inexpérimenté au début.
La raison déterminante pour laquelle nous procédons comme
nous l’avons exposé, c’est parce que les résultats obtenus sont
excellents et supérieurs à ceux que nous avaient donnés les
autres façons de procéder.
Nous traiterons dans un chapitre spécial les injectious intra¬
veineuses de quinine, leur technique, leurs résultats et leurs
indications.
On trouvera dans les tableaux ci-après les chiffres obtenus en
étudiant l’élimination de la quinine par les urines d’après la
méthode de M. Speiser que nous avons exposée précédem¬
ment.
Résultats thérapeutiques. — Il convient d’envisager les résul¬
tats immédiats qu’on observe à l’hôpital pendant le traitement,
et les résultats éloignés, c’est-à-dire survenant après la sortie de
l’hôpital.
Les résultats immédiats sont tous uniformément simples et
intéressants. Lorsque la quinine est donnée au cours d’une
période fébrile, rémittente ou intermittente, nous avons toujours
vu disparaître la fièvre le lendemain ou le surlendemain de
l’intervention. Dans toutes nos courbes thermométriques, nous
trouvons une courte phase pyrétique qui se passe avant que le
diagnostic ne soit fixé par l’examen du laboratoire. Nous con¬
statons quelquefois un accès le lendemain, très rarement le
surlendemain de la première injection ; dans ce dernier cas,
nous prolongeons l’usage de la quinine pendant un quatrième
jour. Ces premiers accès apaisés, nous n’en avons jamais vu
reparaître de nouveaux. Celle règle s’est montrée constante chez
tous les malades traités suivant notre méthode et n’a pas souf¬
fert une seule exception.
230
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Injections intra-musculaires de quinine.
2 g. par jour, lundi , mardi, mercredi.
élimination urinaire
231
Séance du i/j Mars 1917
Injections intra-musculaires de quinine.
2 g. par jour, lundi , mercredi et vendredi.
ÉLIMINATION URINAIRE
Lundi
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi
Samedi
Injection de quinine,
g., 1 g. à 8 h.,
à 1 6 h .
2
1 g
Injection de quinine,
2 g., 1 g. à 8 h.,
1 g. à 16 h.
Injection de quinine,
'2 g., 1 g. à 8 h.,
1 g. à 16 h.
Dimanche
232
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Quelques rares malades ont éprouvé un accès fébrile pendant
leur traitement. Nous avons toujours trouvé l’explication légi¬
time de cette élévation thermique, due, tantôt à une angine,
tantôt à un embarras gastrique, parfois à une inflammation
locale causée par l'injection. Des frottis de sang ont été prépa¬
rés au cours de ces poussées ; un examen minutieux n’a révélé
la présence d’aucun parasite. Nous admettons donc comme
règle absolue que tout malade régulièrement traité peut avoir
un accès le jour du traitement, quelquefois mais rarement un
autre le lendemain, exceptionnellement un troisième le surlen¬
demain, et qu’il n’en aura pas d’autre pendant son séjour à
l’ hôpital.
Beaucoup de malades ont absorbé de la quinine avant leur
entrée. Ils n’ont d’accès de fièvre qu’à des intervalles assez
espacés, quatre, six, dix jours. Leur sang n'en renferme pas
moins des parasites. Il est bien évident que chez ces malariques
traités en dehors des manifestations thermiques, il ne se produit
aucun mouvement fébrile Sous l'influence du spécifique, les
hématozoaires disparaissent rapidement s’il s’agit de formes
endoglobu laires, plus lentement si l’on se trouve en présence
de gamètes en forme de croissant.
Nous devons dire quelques mots au sujet de l'action delà qui¬
nine sur le sang et sur le volume de la rate.
Nous n’avons jamais constaté l'action hémolytique qu’on a
attribuée à la quinine. Nous avons recherché soit seul, soit avec
le concours de M. le docteur Gutmann, les modifications de la
résistance globulaire après l’emploi de la quinine. La résis¬
tance n’a pas été sensiblement modifiée, parfois même elle a été
augmentée.
Si cette action sur le globule sanguin s’était produite, nous
en aurions observé les effets dans la diurèse. Or, aucun de nos
malades n’a présenté à aucun moment de l'hémoglobinurie.
Le traitement anti malarique, outre son effet spécifique sur le
parasite, exerce une action remarquable sur l’anémie paludéenne.
Nous ne saurions donner de meilleur exemple de cette action
que celui d’un jeune militaire entré à l’hôpital Maillot au mois
de juillet pour anémie et faiblesse générale. Les rares accès
fébriles qu’il avait eus au corps avaient cédé devant l’ingestion
de quelques cachets de quinine; un frottis de sang ayant été
négatif, ce malade est envoyé à Hammam-Rhira pendant un
Séance du i4 Mars 1917
233
mois pour y effectuer une cure climatérique. L’anémie a été
plus forte au retour qu’elle ne l'était au départ. Un accès de
fièvre s’étant produit, l’examen microscopique plusieurs fois
répété a permis de déceler la présence de l’hématozoaire. Le
traitement quinique a produit des modifications rapides et le
malade a pu rejoindre sa compagnie après un mois de trai¬
tement.
Cette action reconstituante s’exerce sur l’anémie palustre en
l’absence de poussées fébriles, et alors même que l’examen du
sang est négatif. Les choses se passent comme si la présence de
parasites dans les organes entravait les fonctions de l’hémato¬
poïèse. Par son action parasiticide, la quinine vient renforcer
les défenses naturelles de l’économie.
Il arrive trop souvent que l’hématozoaire exerce une action
nocive durable sur les organes régénérateurs du sang. Dans ce cas
l’anémie survit à la disparition des microbes; les médications
adjuvantes comme l’arsenic, le fer, le changement d’air et de
régime produisent des résultats excellents.
Nous avons recherché l’état de la rate à l’entrée et à la sortie
chez tous nos malades. La moitié environ n’avait pas d’hyper¬
trophie splénique appréciable à la palpalion. L’augmentation de
volume de cet organe est fort variable. Parfois elle vient butter
contre la pulpe des doigts explorateurs dans les inspirations
profondes; la plupart du temps, elle est perceptible au palper
pendant les expirations, débordant plus ou moins les fausses
côtes. Nous n’avons rencontré de grosses rates que d’une manière
exceptionnelle. Les plus volumineuses descendaient au niveau
de l’ombilic et atteignaient la ligne médiane.
Tous les malariques traités ont éprouvé un retrait rapide de ce
viscère. Ceux qui étaient entrés avec des rates volumineuses
avaient des rates très réduites à leur sortie, parfois même non
accessibles au palper. Les seules exceptions sont celles que
nous avons rencontrées chez les anciens paludéens, presque tous
des indigènes, non traités ou incomplètement traités avant leur
incorporation.
Cette réduction rapide de la splénomégalie est due à l’action
stérilisante du traitement que nous avons employé. Il est bien
évident que l’augmentation de volume est de nature surtout
congestive; lorsqu’on se trouve en présence de néoformation de
tissus, il est beaucoup plus difficile et beaucoup plus laborieux
234
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’en obtenir le retrait. Nous avons réussi à ramener à des pro¬
portions presque normales des rates énormes, dures, descendant
parfois j usq u’au pubis, grâce à la médication quinique, au traite¬
ment arsenical, et à la radiothérapie. Nous avons guéri de la
sorte, à l’hôpital civil, un indigène profondément cachectisé,
incapable de tout travail, menacé d’une mort prochaine. Lors¬
qu'il a quitté notre service, il a pu exercer son métier et repren¬
dre son rang dans la société.
Action éloignée. — Elle échappe à l’observation directe du
médecin traitant puisqu’elle se produit après la sortie de l’hô¬
pital. Nous avons pu la mesurer pour les malades que nous avons
soignés parce que nous avons pu les suivre et revoir ceux qui
avaient des rechutes. Les chiffres que nous avons donnés au
début de ce travail nous montrent les résultats des modes
variés de traitement employés par nos confrères. Rappelons que
sur les 436 malariques admis dans nos salles, 94 n’avaient pas
pris ou avaient pris des doses insignifiantes de quinine, et 342
avaient été soumis à des cures plus ou moins prolongées.
De tous les malades que nous avons soignés, trois seulement,
à notre connaissance, ont éprouvé des rechutes. Ce sont Schreib...,
tierce bénigne, Sic..., tierce bénigne qui avaient été soumis
pendant 3 semaines seulement à l’action quinique; Goul...,
tierce bénigne, avait reçu 4 séries et avait obtenu un mois de
convalescence passé à Nancy. Malgré celte action relativement
prolongée du spécifique, malgré l’action réparatrice du climat
lorrain, Goul... a été repris parla fièvre peu de temps après son
retour au corps, à la suite d’un exercice fatiguant d'équitation .
Admis dans notre division ce militaire a présenté la même variété'
de parasite. Nous l’avons soumis à une cure de cinq séries de
quinine. Renvoyé de nouveau à son corps, Goul. . . n’a pas éprouvé
de rechute et a pu régulièrement remplir le rôle qui lui était
assigné.
Oue d’autres rechutes ignorées se soient produites chez les
malariques traités par nous, nous l’admettons sans difficulté.
Nous croyons cependant que ces rechutes ont dû se produire
dans des proportions très faibles, parce que nous avons suivi,
autant que nos moyens nous l’ont permis, nos malades après
leur sortie de l’hôpital.
Nous avons soigné en 1916 des paludéens (des gendarmes
entre autres) qui, rentrés dans leur résidence où ils avaient con-
Séance du i 4 Mars 1917
235
tracté la fièvre, ont passé 10 mois sans accès, et se sont réimpa¬
ludés au cours de l'été 1916. Nous les considérons comme
guéris. Leur nouvelle atteinte est une récidive due à une réin¬
fection.
Les paludéens entrés à la suite d'une rechute avaient été trai¬
tés dans des formations diverses. Nous avons dit que 187 avaient
été évacués de l’Armée d’Orient. Ces paludéens avaient été sou¬
mis au traitement quinique suivant les modalités les plus variées.
De leur interrogatoire, et de l'examen de la courbe de tempéra¬
ture que quelques uns avaient pu se procurer, il résulte qu’un
grand nombre avaient reçu des quantités globales de quinine
supérieures à'cellesque nous donnons suivant notre formule.
L’analyse de quelques observations serait des plus suggesti¬
ves. Elle nous entraînerait au-delà des limites que nous nous
sommes tracées et n’apporterait aucune force nouvelle aux
règles thérapeutiques auxquelles nous ont conduit l’expérience
et l’examen impartial d’un grand nombre de faits.
Nos malariques 11’ayant pas eu de rechutes, nous sommes donc
autorisés à les considérer comme guéris. Nous ne croyons pas
provoquer d’opposition en disant que la guérison du paludisme
se mesure par les résultats éloignés.
C’est en réunissant le plus grand nombre d’observations pos¬
sible de fiévreux soignés par diverses méthodes qu'on pourra
dégager la formule susceptible de procurer le maximum de
guérisons.
La méthode que nous proposons n’a pas la prétention d’être
parfaite. Elle est susceptible de retouches et d’améliorations. Elle
a eu pour but de préciser, avec les doses les plus efficaces de
quinine, la durée pendant laquelle le traitement doit être suivi,
en se basant sur un double point d’appui également solide, l’un
représenté par la variété et l’abondance des parasites, l’autre par
l’état du malade lui-même.
Notre expérience a porté uniquement sur des hommes adultes.
La posologie reste à régler pour les femmes et les enfants.
Injections intra-veineuses de quinine
Les injections intra-veineuses de quinine ont été préconisées
en 1890 par Baccelli qui a indiqué surtout leur emploi pour les
accès pernicieux.
236
Bulletin l»e la Société de Pathologie exotique
En présence des brillants résultats obtenus en portant directe¬
ment les médicaments dans le système circulatoire, il était logi¬
que de rechercher quels seraient les effets produits par l’intro¬
duction de la quinine dans la veine.
Nous nous sommes demandé, avant d’entreprendre nos recher¬
ches, si les injections intra-veineuses de quinine pouvaient être
tentées sans inconvénients. Primo non nocere. Les documents de
la littérature médicale ne nous ont pas beaucoup éclairé à ce
sujet. Pour ne pas nous livrer à des entreprises téméraires ou
dangereuses, nous avons procédé avec la plus grande prudence,
soit au point de vue des solulions, soit au point de vue des
doses.
Pendant l’été 1916, nous avons traité par les injections intra¬
veineuses 60 malades dont 35 militaires de l’Hôpital Maillot, et
25 civils de l’Hôpital Civil de Mustapha. Nous avons pratiqué en
tout 920 injections de doses variées et de sels différents. Nous
allons exposer les résullats que nous avons obtenus.
Solutions et doses. — Nous nous sommes servis des prépara¬
tions suivantes :
1° Collobiase de quinine Hausse (1).
2° Chlorhydrate de quinine
Uréthane .
Eau distillée .
3° Chlorhydrate neutre de quinine .
Sérum artificiel .
4° Chlorhydrate neutre de quinine .
Sérum artificiel .
5° Chlorhydrate basique de quinine
Sérum artificiel .
Les doses injectées ont été de :
Collobiase : 1 à 4 ampoules de quinine contenant chacune 2 mg. 5 de
quinine basique
Quinine-urétbane . 1g.
Quinine en solution dans le sérum artificiel. . 1 g., 1 g. 50
et 2 g. par jour. La dose habituellement injectée a été de 1 g.
de quinine à la fois; nous avons injecté assez souvent 1 g. 5o,
et une seule fois 2 g. de sel dans une seule injection. Il s’est
produit quelques rares incidents que nous exposerons un peu
plus loin ; ces incidents ont eu lieu avec la quinine-uréthane
(1) Cette préparation a été très gracieusement mise à notre disposition par la
Maison Boulanger-Hausse .
1 O’
0, 50
3 g-
\ cr
O *
10 tr
1 ’ r> •
1,50
10 g.
1 cr
1 O *
20 g.
Séance du i [\ Mars 1917
237
en solution concentrée, et avec le bichlorhydrate (chlorhydrate
neutre) en solution dans le sérum artificiel . La solution de 1 g.
de chlorhydrate basique de quinine dans 20 g. de sérum a tou¬
jours été bien tolérée et son emploi nous a donné toute satis¬
faction.
Technique de l’injection. — Il est un principe essentiel qu’il
ne faut pas perdre de vue en matière d’injection intra-veineuse :
il faut injecter lentement, d'autant plus lentement que la solu¬
tion est plus concentrée. Le temps nécessaire à chaque opération
est d’environ 10 m. L’injection a été faite le plus habituel¬
lement dans une des veines du pli du coude. Chez certains
sujets, le volume exigu de ces veines ne nous a pas permis de
nous en servir. Nous avons alors pratiqué l’injection dans une
des veines superficielles de l’avant-bras ou de la main.
Exceptionnellement, nous avons dû renoncer à la voie intra¬
veineuse en raison des difficultés techniques éprouvées (trop
petit volume ou trop grande mobilité de la veine).
Le matériel nécessaire est extrêmement simple et comporte,
avec une seringue en verre de capacité suffisante, les objets dont
on se sert habituellement pour pratiquer ce genre d’injections.
Nous avons pratiqué personnellement toutes les injections.
Celte circonstance explique pourquoi nous n’avons pas étendu
cette méthode de traitement à un plus grand nombre de
malades.
Nous avons étudié : i° faction sur les parasites; 20
tion de la quinine; 3° les effets physiologiques et
tiques.
l’élimina-
thérapeu-
i° Action sur les parasites. — Chez presque tous nos mala¬
des, nous avons prélevé un frottis de sang avant de commencer
le traitement, et un frottis à divers moments après l’injection.
Les résultats ont été les suivants.
La collobiase de quinine ne nous paraît pas avoir eu d’influence
appréciable sur l’évolution des parasites.
Les doses massives de 1 g., 1 g. 5o et 2 g. de quinine ont agi
d’une manière différente sur les parasites endoglobulaires et sur
les croissants. Avec 1 g. de quinine, on constate la disparition
des premiers en 24, 36, exceptionnellement 48 h. Cette dispari¬
tion est plus rapide lorsqu’on injecte 1 g. 5o et 2 g. de quinine,
soit en une seule fois, soit en deux fois, ce qui est toujours
238 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
préférable. Toutes les fois que nous avons injecté 2 g., nous
avons vu disparaître les parasites du sang circulant dans les 24 h.
(sauf les croissants). Ces derniers résistent beaucoup plus long¬
temps. Habituellement, ils disparaissent après une dizaine de
jours ; nous les avons observés pourtant, mais rarement, quinze
jours après la première injection.
Les parasites subissent les mêmes altérations que lorsqu’on
pratique des injections intra-musculaires. Ces altérations portent
sur la structure du protoplasme et du noyau. La coloration se
produit dune manière inégale. Au furet à mesure que les para¬
sites se désagrègent, ils prennent de moins en moins la cou¬
leur. Le centrosome prend une teinte plus pâle et ne se diffé¬
rencie pas du corps du parasite. Nous avons remarqué, comme
chez les malades traités par les injections intra-musculaires,
des différences considérables observées sur une même prépara¬
tion. Certains individus se colorant normalement, tandis que
d’autres réagissent de moins en moins, au point de 11e prendre
qu’une coloration à peine visible. Cette résistance inégale des
plasmodes vis-à-vis du parasiticide est probablement liée à leur
âge.
Nous avons constaté les mêmes altérations chez les croissants.
Au furet à mesure que la durée du traitement a été plus longue,
le nombre de croissants diminue en même temps que s’altère
leur structure. Au bout d’une semaine, les croissants devien¬
nent très rares et il faut les rechercher longtemps pour arriver à
les découvrir.
Les injections intra-veineuses produisent la même action sur
les parasites que les injections intra-musculaires, mais cette
action est sensiblement plus rapide.
Cette constatation est de la plus haute importance lorsqu’il
faut aller vite,, comme dans les accès pernicieux par exemple.
20 Elimination de la quinine. — Nous avons recueilli les uri¬
nes d’un grand nombre de malades dont M. le Pharmacien
Major Speiser a bien voulu faire l'analyse.
Dans une première série, nous avons injecté 1 g. de quinine
en une fois dans la veine. Les urines ont été recueillies d’une
manière rapprochée pendant la première heure, et ensuite de
quatre heures en quatre heures jusqu’à élimination totale. Les
recherches pratiquées chez 5 malades ont donné les résultats
suivants :
Seance du 1/4 Mars 1917
239
Ouïs.... Début de l’élimination 5 minutes après l’injection.
Elimination Porte pendant 24 heures.
Elimination faible pendant 8 —
Durée totale . 32 —
Mour... Début 10 minutes après l'injection.
Elimination forte pendant 24 heures.
— assez forte .12 —
— faible 36 —
Durée totale . 72 —
Villej. Début 5 minutes après l’injection.
Très forte 30 minutes après.
Elimination forte pendant 14 heures.
Faible pendant ... 10 —
Durée totale . . '. 24 —
Riv . Début 5 minutes après l’injection.
Forte 10 — —
Très forte 30 — —
Elimination forte pendant 17 heures.
— faible pendant 19 —
Durée totale . 36 —
Dauj.... Début 5 minutes après l’injection.
Elimination forte pendant 24 heures.
— faible — 12 —
Durée totale .... 36 —
Ces constatations montrent que le début de l’élimination est
rapide et que l’élimination peut être terminée en 24 h., qu elle
exigée le plus souvent 36 b., et qu’elle peut se prolonger 72 h.
Dans une autre série de recherches, nous avons injecté dans
la veine 2 g. de quinine par jour (1 g. le malin et 1 g. le soir).
Les urines recueillies dans les mêmes conditions, ont donné les
résultats que nous réunissons dans le tableau suivant.
Ainsi qu’il est facile de le voir en examinant le tableau sui¬
vant, l’élimination est continue après l’injection quotidienne
de 2 g. de quinine dans les veines pratiquée tous les deux jours,
les lundi, mercredi et vendredi; cette élimination augmente
tinue, après la dernière dose, pendant 48 h., l\o h., 28 h. Le spé¬
cifique est présent dans le corps et peut continuer son action
d’une manière ininterrompue tous les jours, sauf le dimanche
et une partie du samedi.
Nous n’avons pas trouvé trace de quinine dans les urines
après l’injection de collobiase dont nous avons abandonné
l’emploi après essai sur huit malades, réunissant à peu près tous
les types cliniques et toutes les variétés de parasites.
240
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Injections intra-veineuses de quinine.
2 g. par jour, lundi, mercredi et vendredi.
élimination urinaire.
Séance du i4 Mars 1917
241
3° Action physiologique et thérapeutique. — Effets physiolo¬
giques. Ils sont objectifs et subjectifs. Les premiers sont les sui¬
vants : Accélération du pouls, qui peut aller jusqu’à 120 et
i3o pulsations, dont la durée est très courte et ne dépasse pas
quelques minutes. Coloration de la face plus ou moins forte
suivant les sujets. Il se produit une vaso-dilatation vasculaire
comparable à celle qu’on obtient avec le nitrite d’amyle. Dimi¬
nution de la pression artérielle de 2 ou 3 cm., transitoire et
parallèle à l’accélération du pouls. Pas de modification de la
diurèse; pas d’hémoglobinurie; pas d'action nocive sur l’épi-
thélium rénal ; un malade dont les urines contenaient de l’albu¬
mine au début du traitement avait des urines normales après
quelques injections. Résistance globulaire peu modifiée, parfois
légèrement augmentée. Pas de réaction locale, même lorsqu’une
certaine quantité de solution a été injectée sous la peau par
suite d’une fausse manœuvre.
Les signes subjectifs le plus communément accusés sont les
suivants : très rapidement, avant même l’injection complète du
liquide, sensation de chaleur à la gorge, souvent même au rec¬
tum. Cette dernière sensation est constante chez les sujets
ayant eu ou ayant encore de l'entérite m uco-membraneuse. On
note en outre des bourdonnements d’oreille et quelques verti¬
ges, qui ne se produisent pas régulièrement et dont la durée
est courte. Nous avons vu des malades recevant leur injection
pendant le repas et allant le reprendre sitôt l’injection finie.
Deux fois, nous avons vu des vomissements avec rejet des ali¬
ments pris quelques instants auparavant. Quelques malades ont
vu leur appétit augmenté.
Nous avons assisté à quelques incidents que nous devons
exposer. Ces incidents se sont produits à la suite de l’injection
concentrée de 1 g. de quinine dans 3 cm3, d’eau, et à la suite de
l’injection de 1 g. 5o de sel dans 10 cm3, de sérum artificiel.
Un malade auquel nous venions d'injecter 1 g. de quinine-
uréthane s’est assis brusquement sur son lit, a présenté deux ou
trois mouvements involontaires du bras, puis s’est couché de
nouveau sans aucun autre symptôme anormal.
Deux fois, deux malades auxquels nous venions d’injecter
1 g. 5o de quinine dissous dans 10 cm3, desérum ont présenté un
état syncopal avec accélération et affaiblissement du pouls. Ces
242
Bulletin de la Société de Pathologie exotiquë
symptômes ont d’ailleurs duré quelques secondes à peine, puis
tout est rentré dans l’ordre.
La plus grande partie de nos injections ont été pratiquées
avec la solution à 1/20. La somme de liquide à injecter, la faible
lumière de l’aiguille imposent la lenteur d'une opération qui
doit être lente pour être correcte. Nous n’ayons jamais eu le
moindre incident en nous servant d’une préparation ainsi diluée,
même en injectant 2 g. de sel à la fois comme nous l'avons fait
dans un cas.
D’après nos constatations, on peut injecter sans crainte 1 g.
de quinine en solution dans 20 g. de sérum, matin et soir, dans
les veines des malariques.
Action thérapeutique. — Elle comprend les suites immédia¬
tes, survenant pendant le séjour du malade à l’hôpital, et les
suites éloignées, après sa sortie.
Les effets varient suivant le moment d’administration par rap¬
port au début de l’accès; ils varient également suivant les doses
de quinine injectées.
Nous sommes intervenu plusieurs fois au début même de
l'accès, alors que le fr isson venait de commencer. Nous n’avons
jamais arrêté ni même sensiblement influencé l’accès déclanché.
Chez d’autres malades, nous avons vu l’accès éclater 1 h., 2 h.
et même 3 h. après l’injection de 1 g. de quinine. Dans ce der¬
nier cas, il se produit une certaine atténuation portant sur
l’élévation thermique, et sur la durée de la fièvre.
Nous n’avons jamais observé d’accès lorsque notre interven¬
tion avait lieu 4 b. avant l’heure présumée de l'accès. Le nombre
de malades à périodicité régulière a été assez considérable pour
nous laisser admettre que la quinine injectée dans la veine
n'empêche pas la fièvre d’éclater lorsqu’elle est donnée 1 et 2 h.
avant le début de l'accès, qu’elle l’atténue lorsqu'elle intervient
avant 3 h. et qu elle l’empêche si son intervention a lieu 4 h.
auparavant.
Cette action antipyrétique est moins rapide par la voie intra¬
musculaire D’après nos observations, 1 g. de quinine donnée
par cette méthode est inopérant pendant 6 h. et agit seulement
sur un accès qui serait survenu 7 h. après si l’intervention
11’avait pas eu lieu.
Généralement, 1 g. de quinine produit une apyrexie de plu-
Séance du i4 Mahs 1917
m
sieurs jours. Cette règle n'est pourtant pas absolue. Chez 5 mala¬
des, nous avons enregistré un accès semblable aux précédents
le lendemain de l'injection ; chez un autre malade nous avons
noté un accès le lendemain et un autre atténué le surlendemain.
Combien de temps faut-il donner la quinine intra-veineuse et
à quelles doses ?
La réponse à cette double question ne peut être obtenue que
par des observations de malades. Voici les faits dont nous avons
été le témoin.
Chez un malade atteint de tierce bénigne et de tierce maligne
associées, nous avons vu un accès se produire après 8 injections
intra-veineuses de r g. 5o pratiquées trois fois par semaine, les
lundi, mercredi et vendredi. Un autre malade a eu un accès
après avoir reçu 2 injections faites aux mêmes doses et aux
mêmes jours. Un malade serbe a éprouvé un accès après avoir
reçu t g. de quinine tous les deux jours dans la veine pendant
un mois.
Ces exemples démontrent nettement que 1 g. et 1 g. 5o de
quinine intra-veineuse donnés tous les deux jours n’obtiennent
pas la stérilisation complète et ne mettent pas à l’abri des
rechutes ni des récidives.
Il n’en va pasde même lorsqu’on emploie une dose quotidienne
de 2 g. (r g. le matin et 1 g. le soir), trois fois par semaine.
Aucun de nos malades ainsi traités n’a vu la lièvre reparaître au
cours du traitement.
La durée de ce dernier a été de trois à quatre semaines, sui¬
vant la variété et l’abondance des parasites, et suivant l’état
général des malades. Elle a été d’une semaine environ plus
courte que dans les injections intra musculaires. Malgré cette
réduction de temps, nous n’avons jamais constaté de rechutes.
Le volume de la rate, les modifications de l’état général, se
sont comportés comme chez les malades ayant reçu le médica¬
ment dans les muscles.
Les suites éloignées ont donc été aussi favorables que possi¬
ble puisqu'aucuu des malades que nous avons soignés n’a pré¬
senté de rechute.
En raison des difficultés rencontrées pour injecter dans la
veine, nous avons appliqué parfois une méthode mixte, com¬
mençant par les injections intra-veineuses et finissant par les.
Bulletin de; la Société de Pathologie exoiique
2U
injections intra-musculaires. Généralement, les malades préfè¬
rent les premières aux secondes.
Traitement des accès pernicieux. — Nous avons eu l’occasion
de traiter 4 accès pernicieux par les injections intra-veineuses
de quinine. 3 à forme comateuse, i à forme complexe ; tous ont
guéri rapidement. Le lendemain de leur entrée les symptômes
menaçants s’étaient atténués ou avaient disparu.
Le dernier de ces accès était particulièrement grave : le délire
était accompagné de troubles circulatoires (arythmie, hypoten¬
sion artérielle), d’albuminurie et de diarrhée profuse.
L’année dernière, nous avons reçu un malade atteint d’accès
pernicieux entré dans Je coma, avec température élevée. Nous
l’avons traité, dès son arrivée, par l’injection intra-musculaire
de quinine. La mort est survenue quatre heures après, sans que
le malade eût repris connaissance.
Les faits que nous avons observés depuis nous donnent l’im¬
pression que l’injection intra-veineuse aurait été plus efficace et
aurait sauvé la vie de ce malade.
M. le Docteur Gutmann, chargé de la première Division de
fiévreux a eu l’occasion de traiter par la quinine intra-veineuse
quatre accès pernicieux.
Deux malades, arrivés dans le coma, ont reçu chacun i g.
de quinine dans les veines, puis des injections intra-musculaires.
Le soir même de l’injection intra-veineuse, ils avaient repris
connaissance.
Le troisième a reçu deux injections intra-veineuses de i g.
chacune dans la journée. Le lendemain matin, il avait repris
connaissance et son état a été régulièrement en s’améliorant.
Le quatrième malade est resté quatre jours dans le service
avant que le diagnostic ait été établi. Il avait un syndrome de
méningite tuberculeuse, avec aspect hébété, perte de connais¬
sance, position en chien de fusil, gémissements, liquide céphalo¬
rachidien claiç et hyperalbumineux sans réaction cellulaire.
Tout annonçait un pronostic grave. Le quatrième jour, un frot¬
tis positif a montré qu’il s’agissait d’une tierce maligne. Le
malade a reçu i g. de quinine le matin, i g. le soir, i g. le len¬
demain matin, intra-veineux. Puis le traitement a été continué
par les injections intra-musculaires. La parole et la connais¬
sance sont redevenues normales après la troisième injection.
Le malade est actuellement guéri.
245
Séance du if\ Mars 1917
Ce dernier cas rappelle l’observation d’un accès pernicieux
que nous avons publiée en 1912 et dans lequel les symptômes
étaient ceux d’une méningite cérébro-spinale (coma, fièvre,
raideur de la nuque, Kernig, liquide céphalo-rachidien hyper-
albumineux, trouble, amicrobien) avec poly- et mononucléaires
en quantités égales.
Le diagnostic de paludisme (tierce maligne) ayant été fait par
l’examen du sang, le traitement quinique nous a donné une
guérison de l'état méningé en l’espace d’une semaine.
Nous avons exposé plus haut la règle que nous suivons en
présence d’un accès pernicieux. Lorsque la gravité du cas est
reconnue, lorsque le diagnostic de paludisme est cliniquement
établi, nous donnons immédiatement t g. de quinine par la voie
intra-veineuse, ou à défaut par injection intra-musculaire. Un
frottis de sang est prélevé pour l’examen microbiologique. S’il
est positif, le traitement quinique est continué d’après la
méthode que nous venons d’exposer; s’il est négatif nous ne
donnons plus de quinine.
A l’Hôpital Civil, il nous est arrivé assez souvent, en été sur¬
tout, de recevoir des malades ramassés sans connaissance sur la
voie publique. Si l’examen n’indique pas la cause du coma, et
s’il y a quelque suspicion de paludisme, nous injectons sans
retard la quinine. Il nous est arrivé de traiter de la sorte des
malades atteints de typhus récurrent reconnu par l’examen
microscopique. Naturellement la quinine a été ici sans effet;
comme elle est également sans inconvénient, nous 11’avons pas
eu à regretter notre intervention.
Chez un autre malade, apporté à l’Hôpital Civil dans les
mêmes conditions, l’examen microscopique nous a montré qu’il
était atteint à la fois de paludisme et de fièvre récurrente. Dans
cette observation, que nous avons publiée en son temps, la qui-
nineade suite éliminé le plasmode malarique; le spirille récur¬
rent a continué son évolution dont l’issue a été favorable.
On sait aujourd’hui combien la guérison de la fièvre récur¬
rente est rapidement obtenue à l'aide de l’arsénobenzol.
Dans les accès pernicieux graves, il convient d’utiliser les
méthodes adjuvantes s’adressant aux symptômes prédominants:
troubles circulatoires, insuffisance surrénale, complications
nerveuses ou digestives. Les événements marchent d’une manière
rapide : il faut donc intervenir le plus vite possible et seconder
246
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Faction prépondérante du traitement spécifique à l aide des
agents thérapeutiques appropriés,
Conclusions
De l'exposé précédent, nous croyons pouvoir tirer les conclu¬
sions suivantes.
La guérison du paludisme se produisant exceptionnellement
d’une manière spontanée ou à l’aide d’une cure qu inique faible,
il y a lieu de procéder à un traitement rationnel et régulier.
Avant de commencer tout traitement, il convient d’établir un
diagnostic de certitude que donne seul l’examen du laboratoire.
A défaut, on peut se baser sur l’examen clinique confirmé par
la pierre de touche représentée par la quinine.
Une observation prolongée, jointe à l’étude de l'action de la
quinine sur les hématozoaires, à la recherche de l élimination
urinaire et aux résultats thérapeutiques immédiats et éloignés
nous a conduit à formuler les règles suivantes :
Injections intra-musculaires. — Elles représentent la méthode
de choix. Pratiquées correctement avec les solutions que nous
avons indiquées et aux lieux d’élection de la région fessière,
ces injections sont peu douloureuses, et ne provoquent ni indu¬
ration ni inflammation.
Les doses nécessaires et suffisantes ont été de 2 g. par jour,
répétées trois jours par semaine (soit trois jours consécutifs, soit
en alternant un jour d'injection et un jour de repos).
La durée du traitement, subordonnée à la variété du parasite
et à l’état général du malade, doit être de quatre semaines au
moins dans les cas légers; elle doit se prolonger jusqu’à six
semaines au moins dans les cas graves (tierce maligne avec
formes endo-globulaires et croissants nombreux avec mauvais
état général).
Injections intra-veineuses. — Nos observations prouvent que
cette méthode peut être employée d’une manière courante. Les
doses de quinine peuvent être les memes que par la voie intra¬
musculaire, soit 2 gr. par jour, à condition d’employer dés solu¬
tions étendues et de pratiquer lentement les injections.
En raison de leur rapidité d’action, elles sont surtout indi¬
quées pour le traitement des accès pernicieux. Leur innocuité
permet de les substituer, en cas de besoin, aux autres modes
Séàncé du i/j Mars 1917
d’administration de la quinine. Elles sont également suscepti¬
bles d’abréger la durée de cure qui nique.
Les malades traités suivant les règles que nous avons expo¬
sées n’ont pas eu d’accès pendant leur séjour à l’hôpital. Les
rechutes ont été exceptionnelles après leur sortie. Nous pouvons
donc les considérer comme guéris.
Il y a un grand intérêt pour la prophylaxie du paludisme à ne
pas se contenter d’un simple blanchiment, mais à traiter les
malades jusqu’à leur guérison complète. On obtient ainsi la sup¬
pression des réservoirs humains de virus qui sont la seule source
connue jusqu’ici des endo-épidémies estivales.
Travail présenté à la réunion des chefs de secteur
à l'Hôpital militaire Maillot d’Alger.
Le traitement de l'amibiase intestinale
par l'iodure double d'émétine et de bismuth
Par A. LEBŒUF
Si l’on envisage l’ensemble des travaux qui ont été publiés
sur le traitement de l’amibiase intestinale par le chlorhydrate
d’émétine en injections sous-cutanées, on voit que, si ce médi¬
cament peut donner d’assez bons résultats dans les formes actives
récentes (à la condition d’ètre donné à doses suffisantes et suffi¬
samment répétées), il se montre par contre beaucoup moins
efficace dans les cas chroniques et notamment quand il s’agit de
débarrasser de ses parasites un individu présentant dans ses sel¬
les des kystes d 'Entamœba dysenteriæ , autrement dit un porteur
de kystes dysentériques. Dans une récente revue, destinée aux
officiers du Corps de Santé britannique, le Medical Research Coin -
mittee estime que l’on ne peut guérir par les injections de chlo¬
rhydrate d’émétine plus de i/3 des porteurs ainsi traités. U11
traitement mixte par l’émétine et les sels arsenicaux par séries
bien réglées et systématiquement ordonnées (1) donnerait plus
(1) P. Ravaut et Krolunitsky. Le traitement mixte de la dysenterie ami¬
bienne par les cures émétino-arsenicales. Paris médical, n° 1,6 janvier 1917.
248
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de succès, mais est malheureusement fort long’ et d’application
délicate en pratique.
A. G. du Mez (i), frappé des insuccès nombreux observés
après l’emploi de l’émétine et estimant qu'ils étaient peut-être
dus à une trop rapide élimination de ce médicament après les
injections, proposa pour le traitement de l’amibiase intestinale
deux composés nouveaux qui, selon lui, administrés per os,
devaient mettre en liberté de l’émétine à l’état naissant dans
l’intestin. Ces deux corps sont : l’iodure double d'émétine et de
bismuth (préparé par précipitation en faisant agir le réactif de
Dragendorff sur une solution à r/3oo de chlorhydrate d’émétine
chimiquement pur) et liodure double d’émétine et de mercure
(obtenu par précipitation en faisant agir dans les mêmes con¬
ditions que ci-dessus le réactif de Mayer). Les expériences faites
sur l’animal montrèrent que ces corps étaient relativement peu
toxiques (le chien de 8 kg. supporte 6 cg. de l iodure double
d’émétine et de bismuth et 5 cg. du composé mercuriel) et pour¬
raient sans doute être utilisés sans inconvénients chez l’homme.
Les premiers essais de traitement pratiqués avec l iodure
double d’émétine et de bismuth (dont i g. correspond à o g. 366
d’émétine) furent publiés par H. H. Dale (2) ; ces résultats
furent suivis d’autres travaux de Low et Dobell(3), de Dale (4) et
de Dobell (5). Les conclusions à tirer de ces diverses publica¬
tions seraient que : i° l iodure double d’émétine et de bismuth,
donné par la bouche à raison de o g. 20 par jour pendant 12 à
i4 jours, guérit la majorité des porteurs d’ Entamœba dysenteriœ
ainsi traités; des doses inférieures sont rarement efficaces et,
dans certains cas, il peut être nécessaire d'en donner de plus
élevées ; ce traitement réussit généralement, même quand un
traitement précédent à l'émétine n’a pas eu de succès; 20 dans
(1) A. G. du Mez, Two co npounds ot‘ emeline which may be of service in
the treatment of Entamœbiasis. Philippine Journ. of Trop. Med., t. X, jan¬
vier 1915. pp. 73-79.
(2) H. H. Dale, The treatment of amœbic dysentery carriers. Lancet, 29 juil¬
let 1916.
(3) G. G Low et G. Dobell, Three cases of Entamœba histolytica infection
trealed with emetine bismuth iodide. Lancet, 19 août 1916.
(4) H- H. Dale. The treatment of amœbic dysentery carriers. Journ. Roy.
Army Med. Corps, août 1916, pp. 24i-244-
(5) G. Dobell. Incidence and treatment of Entamœba histolytica infections
at Walton Hospital. Brit. Med. Journ., l\ nov. 1916, pp. 612-616.
Séance du i4 Mars 1917
249
la dysenterie amibienne aiguë les résultats ont été très satisfai¬
sants, mais plusieurs traitements sont nécessaires parfois.
Il nous a paru des plus intéressants de vérifier l’action d’une
substance d’un emploi si commode. M. Agulhon, chimiste à
l’Institut Pasteur, voulut bien nous préparer, suivant la techni¬
que indiquée par du Mez, de l’iodure double d’émétine et de
bismuth (poudre d'un beau rouge brique, insoluble dans l’eau) ;
le Docteur L. Martin, médecin-chef de l’hôpital Pasteur, nous
mit très aimablement à meme de l’expérimenter dans les servi¬
ces des Docteurs Veillon et Darré à qui nous adressons tous
nos remerciements pour l’aide qu’ils nous ont apportée dans
notre travail et les renseignements cliniques qu'ils nous ont
fournis.
Nous avons tout d’abord utilisé le mode d’administration le
plus simple à préparer, c’est-à-dire des cachets (6 cg. d’iodure
double par cachet) qui avaient d’ailleurs été employés par
Dobell. Aucun des sujets mis en traitement (sauf deux) ne
put supporter la dose de 3 cachets par jour; chez trois d’entre
eux, qui étaient de vieux dysentériques avec une affection tou¬
jours en activité, on dut rapidement interrompre les essais (les
vomissements empêchant toute alimentation). Deux autres
malades, porteurs de kystes dysentériques et dont l’état général
était infiniment meilleur, purent (au prix de nausées assez fré¬
quentes) suivre un traitement qui, bien q u’incomplet, eut néan¬
moins d’heureux résultats; voici le résumé de ces deux obser¬
vations :
H. . . — Dysenterie amibienne contractée au Sénégal il y a dix ans.
Le 28 novembre 1916, selles pâteuses renfermant d’assez nombreux
kystes d ' Entamœba dysenteriæ.
Prend : 2 cachets de 6 cg. d’iodure double le 26 novembre ; 3 cachets
les 29, 30 novembre, 1er, 2, 3 décembre ; 1 cachet le 4 décembre 1916.
Le 29 novembre les kystes sont très rares ; ils disparaissent des selles
le 30 novembre et n’y sont plus retrouvés jusqu’au 27 décembre.
Le sujet est revu le 5 février; trois examens de selles pratiqués les 5, 6
et 7 février restent négatifs.
D. . . — Dysenterie amibienne s’étant manifestée en octobre 1916.
Le 15 novembre, après un traitement mixte émétine-néosalvarsan, les
selles renferment encore des kystes dysentériques.
Prend : 2 cachets de 6 cg. d’iodure double les 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23,
24, 25, 26, 27, 28 novembre 1916.
Les kystes disparaissent des selles le 21 novembre et ne sont plus
retrouvés jusqu’au 9 décembre. Le sujet (très affirmatif dans ses asser¬
tions) nous déclare que le traitement émétine-néosalvarsan ne lui procu-
250
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rait que peu de soulagement et qu’il n’a commencé à se mieux porter
qu'après avoir pris sa série de cachets.
Nous le revoyons les 18 et 19 janvier : les examens de selles faits à ces
dates restent complètement négatifs.
LJu sixième malade, dysentérique amibien en activité, sup¬
porta des doses plus élevées, mais son traitement ne fut pas
complet :
F... — Provient du front français; malade depuis deux mois; n’a
jamais été traité d’une façon active.
Le 28 novembre 1916, selles muco-sanglantes renfermant de rares
Entamœba dysenteriæ .
Prend : le 29 novembre I cachet de6cg. d’iodure double; le 30 novem¬
bre 2 cachets; le 1er décembre 3 cachets; le 3 décembre 2 cachets, et
3 cachets les 3, 4, 5, 6, 7. 9, 10 décembre.
Les amibes disparaissent des selles le 30 novembre et ne sont plus
retrouvées jusqu’au 9 décembre.
Le sujet est revu le 9 février : les selles sont presque moulées et con¬
tiennent quelques kystes de Giardia ( Lamblia ) inieslinalis et d’assez nom¬
breux kystes dd Enlamœba dysenteriæ.
D’ores et déjà il nous apparaissait impossible (sauf excep¬
tions) de faire prendre en cachets Piodure double d’émétine et
de bismuth aux doses considérées comme nécessaires par les
auteurs anglais, et, pour éviter l’action du médicament sur la
muqueuse gastrique, nous décidâmes de recourir à l’enrobe¬
ment du produit sous une couche de kératine (procédé recom¬
mandé par Dale). Ces pilules kératinisées (i) nous donnèrent
toute satisfaction et les malades ainsi traités purent prendre
sans inconvénients (sauf quelques vomissements dans deux cas)
18 cg. d’iodure double pendant douze jours.
LTn septième malade, dysentérique en activité, reçut un trai¬
tement composé en partie de cachets et en partie de pilules
kératinisées :
O. . . — Dysenterie contractée à Salonique au mois de juillet 1916
Le 26 décembre, selles liquides, glaireuses, brunâtres, renfermant de
nombreux globules rouges et de nombreuses amibes dysentériques
Prend : 18 cg. d’iodure double les 27, 28, 29, 30, 31 décembre 1916 et
les 1er, 2, 3, 4. 5, 6, 7,8 janvier 1917. Traitement parfaitement supporté.
Le 29 décembre on voit, dans les selles une amibe douteuse et depuis
lors les examens restent négatifs. Le 9 février, les selles sont moulées et
ne renferment ni amibes, ni kystes d’amibes. Ilevu le 8 mars, l’examen
est également négatif.
Les autres individus sur lesquels nous avons expérimenté ont
(i) Préparées par notre collègue M. Tendron, pharmacien de l’Hôpital Pasteur.
Séance du i 4 Ma rs 1917
251
subi leur traitement en prenant l’iodure double sous forme de
pilules kératinisées renfermant 6 cg. du médicament.
R. . . Oscar. — Dysenterie amibienne ayant débuté dans la Somme au
mois d’octobre 1916.
A l’entrée â l’hôpital, le 23 décembre 1916, selles glaireuses contenant
de nombreuses Entamœba dysenleriæ.
Après un traitement à l’émétine qui amène la sédation des phénomènes
aigus et la disparition des amibes mobiles, mais laisse persister les kystes,
R. . . est misa l’iodure double; il absorbe quotidiennement 3 pilules kéra¬
tinisées dosées comme il a été dit plus haut les 10, 1 1, 12, 13, 14, 15, 16,
17, 18, 19, 20, 21 janvier 1917 ; il supporte bien ce traitement.
Durant toute la série de traitement et jusqu’au 5 février il n’a pas été
possible de retrouver de kystes dysentériques ; par contre la présence de
kystes de Giardia intestinal is a été fréquemment observée.
Dans les premiers jours de février nous avons. été vivement intrigués
par la présence dans les selles de ce sujet de kystes d’environ 15 \l de dia¬
mètre, en moyenne, et qu’il nous fut impossible de caractériser à l’état
frais, n’y voyant ni noyaux, ni chromidium et leurs dimensions étant à la
limite supérieure des kystes d 'Entamœba dysenteriæ et à la limite infé¬
rieure des kystes (Y Entamœba coli ; sur préparations fixées au Hou in et
colorées à l’hématoxyline ferrique, nous constatâmes l’absence de granu¬
lations sidérophiles et la présence d’un nombre de noyaux supérieur à 4 :
il ne s’agissait donc certainement pas de kystes (Y Entamœba dysenleriæ ,
mais vraisemblablement de kystes (Y Entamœba coli , l’amibe vulgaire
non pathogène de l’intestin de l’homme.
Le M. . . — Dysenterie amibienne s’étant manifestée pour la première
fois dans la Somme au mois d’août 1916. *
A l’entrée, le 2 janvier 1917, selles liquides renfermant de très nom¬
breux kystes d’amibe dysentérique.
Prend quotidiennement 3 pilules kératinisées de 6cg. d’iodure double
les 4, 5. 6,7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15 janvier 1917. Pas de vomisse¬
ments, ni de nausées; quelques coliques ; pas d’albumine dans les urines.
Les kystes dysentériques disparaissent des selles le 5 janvier et ne sont
plus retrouvés jusqu’au 15 février; à cette date apparition dans les
matières fécales de très nombreuses Giardia intestinal is (ce qui explique
la persistance de selles diarrhéiques).
C. . . Dysenterie amibienne ayant commencé dans la Somme en septem¬
bre 1916.
Le 2 janvier 1917 selles muco-sanglantes renfermant de nombreuses
amibes dysentériques.
Prend quotidiennement 3 pilules kératinisées d’iodure double les 6, 7,
8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 10, 17 janvier 1917 : a eu quelques vomis¬
sements.
Le 6 janvier, selles diarrhéiques renfermant de très rares amibes dysen¬
tériques; les amibes disparaissent le 7, et, depuis lors, on ne les trouve
plus, ni sous la forme libre, ni sous la forme enkystée.
Le 6 février le sujet va bien, les selles sont normales, pas de parasites.
R. . . — Evacué en juillet 1916 de Salonique pour dysenterie.
Le 10 décembre (à la fin d’un congé de convalescence) présente dans ses
selles de nombreux kystes d’ Entamœba dysenteriæ.
252 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Prend quotidiennement 3 pilules de 6eg. d'iodure double les 14, 15,
16, 17. 18, 19, 20, 21 , 22, 23, 24, 25 janvier ; a eu quelques coliques.
Le 29 janvier les selles sont mi-moulées et ne renferment plus de kystes
dysentériques.
G. . . — Dysenterie ayant débuté eu novembre 1916 (Armée d’Orient).
A la fin d’un congé de convalescence, selles moulées renfermant des
kystes d 'Entamœba coli et des kystes d ' Entamæba dysenleriæ.
Prend quotidiennement 3 pilules de 6cg. d’iodure double les 25, 26, 27,
28, 29,30, 31 décembre 1916, 1er, 2, 3,4, 5 janvier 1917 ; a eu quelques
vomissements.
Les kystes d' Entamœba dysenleriæ et d1 Entamæba coli disparaissent
rapidement des selles ; les premiers ne sont plus jamais retrouvés, alors
que les seconds sont observés de nouveau le 8 février.
T... — Le 13 janvier 1917, les selles contiennent d’assez nombreux
kystes (Y Entamæba coli et de rares kystes d' Entamœba dysenteriæ.
Prend quotidiennement 3 pilules de 6 cg. d'iodure double les 16, 17,18,
19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27 janvier; traitement assez bien sup¬
porté.
Le 30 janvier les selles sont moulées, présentent des kystes d 'Entamœba
coli et pas de kystes dysentériques ; le 9 février, mêmes constatations.
Ces diverses observations nous ont amené à considérer que
tous les sujets peuvent supporter quotidiennement 3 pilules
kératinisées de 6cg. d’iodure double d’émétine et de bismuth
(i pilule à chaque repas) pendant 12 jours; la plupart du temps
tout se passe bien au point de vue stomacal (on note parfois
quelques vomissements); par contre, tous les malades (et c’est
pourquoi nous ne l’avons pas noté dans chaque observation en
particulier) présentent pendant toute la durée du traitement de
la dia rrh ée plus ou moins prononcée suivant les individus; avec
les auteurs anglais nous estimons que ce flux diarrhéique (qui
fait chasse intestinale) doit être respecté jusqu’à la fin de la
série médicamenteuse.
Au point de vue parasitaire, nous constatons que tous les dysen¬
tériques qui ont pris régulière ment iS cg . cl' iodure double par jour
pendant 1 2 jours ont vu disparaître leurs amibes ou leurs kystes.
Que deviendront-ils dans l’avenir? Nous ne pouvons le savoir;
mais, d’ores et déjà, de tels résultats sont manifestement supé¬
rieurs à ceux que l’on obtient avec l’émétine ; il convient en
outre de remarquer que, lorsque l’on doit traiter un certain
nombre de malades, il est infiniment plus commode et plus
économique d’utiliser un médicament comme l’iodure double
d’émétine et de bismuth qui se prend par la bouche, que l’émé¬
tine qui s’administre en injections sous-cutanées.
253
Séance du 1 4 Mars 1917
D’autre part il nous apparaît que l’iodure double (ainsi que
l’avaient noté les auteurs anglais) n’exerce qu'une action très
passagère ou meme nulle sur Giardia ( Lamblia ) intestinalis ainsi
que sur E. coli et, par suite, semble bien être spécifique de
l’amibe dysentérique, Entamœba dysenteriœ.
En conclusions : l’iodure double d’émétine et de bismuth peut
être pris par tous les dysentériques en pilules kératinisées (en
cachets il est fort mal toléré) à la dose de trois pilules de 6 cg.
pendant \i jours : une telle série paraît suffisante pour faire
disparaître des selles l’amibe dysentérique (mobile ou enkystée)
au moins pendant la période qu’il nous a été donnée d’obser¬
ver; son action paraît nettement supérieure à celle de l’émétine
dont l’emploi est, d’ailleurs, beaucoup moins aisé ; il semble
que ce composé soit le médicament de choix dans le traitement
des porteurs de kystes dysentériques.
Les résultats que nous avons observés nous paraissent de
nature à faire désirer que des expériences de traitement soient
poursuivies avec ce composé sur une grande échelle et pendant
plus de temps que nous n’avons pu y consacrer afin de fixer la
question des rechutes.
Travail du laboratoire de M. le Professeur Mesnil
et de l'Hôpital Pasteur.
\
La Trypanosomiase des chevaux au Maroc
(Etude expérimentalej
Par H. VELU
Dans deux notes antérieures ( 1 ), nous avons appelé l’attention
sur la Trypanosomiase des chevaux du Maroc , restée pendant
longtemps méconnue. La fréquence de cette affection et son
allure clinique tout à fait spéciale d’une part, l'identification
d’un Trypanosoma marocanum par le Docteur Sergent, Lhéritier
(1) Velu. La maladie de Fez. Trypanosomiase des chevaux du Maroc. Bull.
Soc. Path. exot., 1915, p. n5.
Velu. Ln trypanosomiase des chevaux du Maroc. Ftude clinique. Bull.
Soc. Path. exot., 1916, p 6/j 6
254 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
et Belleval d’autre part (i), nous ont incité à entreprendre
l’étude expérimentale du trypanosome causal chez différentes
espèces animales (mulet, chiens, lapins, rats, moutons, chèvres).
Nous nous sommes servi pour nos inoculations de parasites
provenant de six chevaux différents. Le tableau ci-joint indi¬
que les origines et les passages sucessifs.
I. - — Etude expérimentale sur le rat blanc
Le trypanosome s’est montré d’emblée très virulent pour le
rat blanc. Quinze rats pesant en moyenne 160 g. ont été ino¬
culés sous la peau du flanc.
La durée d' incubation a été en général de 3 à 4 jours; deux
fois elle n'a duré que 48 heures ; à virulence égale, elle varie
avec la quantité de sang inoculée et le nombre de parasites qui
y sont contenus : chez un rat qui n’avait reçu qu’une goutte de
sang renfermant de très nombreux trypanosomes, elle a été de
douze jours; chez un autre chez lequel nous avions injecté
3 cm:f de sang virulent ne renfermant pas de trypanosomes visi¬
bles au microscope, elle a été également de 12 jours.
Après leur apparition dans le sang de la circulation périphé¬
rique, les trypanosomes augmentent rapidement et progressive¬
ment en nombre jusqu’au moment de la mort.
Nous n’avons observé de crise trypanolytique que sur un seul
de nos sujets : elle a duré deux jours, puis les trypanosomes
sont réapparus en aussi grande quantité qu’auparavant.
La durée moyenne de l'infection a été de 7 à 10 jours. Elle a
atteint deux fois douze jours, une autre fois 27 jours, une qua¬
trième 33 jours. Dans un seul cas elle est descendue à trois
jours.
Les passages peu nombreux n'ont pas sensiblement modifié la
virulence : nn rat au troisième passage a présenté des trypano¬
somes à la 48e heure ; il est mort en 8 jours; un autre au troi¬
sième passage, n’a réagi que le 4e jour; il est mort en 12 jours.
(1) Sergent, Lhéritier et Belleval. Sur le Trypanosoma marocanum, n. sp.,
agent d’une épizootie équine à Casablanca en 1911. Bull. Soc. Path. exot.,
t. VIII, 21 juillet 1915, p. 453.
Voir aussi C. Fiori et M. et Mme Delanoë. Sur un cas de trypanosomiase
constaté chez un cheval à Mazagan. Ibid., pp. 5o3-5i5, et : Au sujet du
dimorphisme du Trypanosome de Mazagan. Bull. Soc. Paf/i. exot., t. IX,
mars 1916, p. i3o.
Séance du i4 Mars 1917 2 H 5
Cheval A
mort le 3e jour
Rat 7
infecté
mort le 8e jour
I
Rat 10
in fecté
mort le 8e jour
I
Lapin 12
infecté
mort le io4* jour
I
Rat 8
infecté
mort le 8- jour
; 1
Mulet 11
infecté
mort le 68e jour
Lapin g
infecté
mort le 1 20e jour
Chien i3
infecté
mort le 58e j.
Chien 1 4
infecté
mort le 36e j.
Cheval C
I
Rat nj
infecté
mort le 7e jour
I
Rat 20
infecté
mort le 27» jour
I
Rat 2/j.
infecté
mort le 12e jour-
Cheval F
I I * I ' r
Chien 66 Chien 6g Lapin 70 Lapin 71 Lapin 72 Lapin 78
infecté infecté infecté infecté infecté ne s’est pas
mort le 90e j. mort le 02e j. mort le 6o= j. mort le 76e j. mort le 80e j. réinfecté
Lapin 68
infecté
mort le 5i° j .
256
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cheval D
I
Chien 27 Rat 3o Lapin 3i Chien 3 2 Chien 33 Rat 34
infecté infecté infecté infecté infecté infecté
mort le 97’ j. mort le 12e j. mort le 87° j. mort le 57e j mort le 1 47e j • mort le 12e j.
Chèvre 4i
infectée
I
I
I J .1
Chien 44 Chien 43 Chien 3g Chien j5
infecté infecté infecté non
mort le 29° j. s’est échappé mort le 66e j. infecté
Chien 40
infecté
mort le 5oc j .
I
Chien 43
infecté
mort le 1 ie j
Chien 36
infecté
mort le 52^ j .
Chien 4 7
infecté
mort le i5e j.
Chien 64
infecté
par le lait
Chien 3o
infecté
mort le 29e j.
Chien 5i Chien 5a Cheval 53
infecté infecté infecté
mort le 3oe j. mort le 59e j. mort le 10e j.
Cheval 54
infecté
mort le 42® j-
Chien 62
infecté
mort le 42e j.
1
Rat 55
infecté
mort le 6e
j-
Rat 56
infecté
mort le 4e j-
Chien 63 |
infecté Mouton 60
mort le 54e j. infecté
. 1
Chien 67
infecté
mort le 21® j .
Lapin 5y
infecté
guéri
réinoculé
sous le n° 73
I
Lapin 58
infecté
mort le 3oe j.
Cheval E
Chien 2g
infecté
mort le 94e jour
Chien 4o
infecté
mort le 34e jour
. I
Chien 43
infecté
mort le 1 4e jour
Mouton 35
infecté
mort de strongylose
I
Rat 3g
infecté
mort le 1 ie jour
La maladie a évolué sans provoquer l’apparition de lésions
extérieures : un seul rat a eu de l’œdème des organes géni¬
taux.
A V autopsie , il n’existait qu'une seule lésion appréciable :
l’hypertrophie considérable de la rate qui pesait en moyenne
2,25 g. Le poids minima a été de 2 g. chez un rat de 160 g. II
257
Séance du i4 Mars 1917
s’est élevé à 6,80 g. sur un sujet de i^o g., mort le 33e jour d’hé¬
morragie intrapéritonéale consécutive à la déchirure de la rate.
Cet organe énormément hypertrophié, mesurait 9 cm. de long,
1 cm. de large et près de 1 cm. d’épaisseur; il occupait avec
le foie la presque totalité de la cavité abdominale.
Reporté après plusieurs passages par le rat sur des animaux
d’autres espèces, notamment sur le mulet, le trypanosome avait
conservé sa virulence.
En résumé, le trypanosome s’est montré très virulent pour le
rat blanc qui, après une incubation d’environ trois ou quatre
jours, a présenté une infection aiguë d’une durée moyenne de 7
à 10 jours. A l’autopsie, la rate s’est montrée énormément
hypertrophiée.
II. — Etude expérimentale chez le lapin
i4 lapins âgés de trois à quatre mois, d’un poids moyen de
1.200 à i.5oo g., ont été inoculés sous la peau avec des quan¬
tités variables de sang infecté.
La durée approximative de V incubation a été évaluée grâce à
l’apparition de signes cliniques, notamment de l’œdème facial.
Les trypanosomes ont toujours été très rares dans le sang.
Cependant nous en avons trouvé jusqu’à 5 ou 6 par préparation
pendant plusieurs jours. Une seule fois, ils ont été extrêmement
abondants à la période agonique.
L’examen de l’autoagglutination des hématies nous a tou¬
jours mis sur la voie et a facilité la recherche fructueuse des
parasites.
Cliniquement, tous les lapins ont réagi à l’inoculation comme
à celle de tous les autres trypanosomes pathogènes des mammifè¬
res. Ils ont fait une infection chronique, à marche irrégulière.
Les lésions extérieures ont toujours été très nettes. Nous avons
constaté d'abord l’apparition d’œdèmes de la face, de l’anus et
des organes génitaux (fourreau et vulve), bientôt suivis de la
chute des poils, par plaques, autour des yeux, à la base des
oreilles et de la queue. Les zones dépilées ou œdématiées sont
ensuite devenues le siège de lésions eczémateuses qui ont évolué
vers la guérison.
Parallèlement, nous avons observé de la blépharo-conjoncti-
vite, quelquefois purulente, avec épaississement des paupières,
et de la rhinite, parfois très intense, avec écoulement séreux, et
18
258
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
du gonflement des narines avec suintement externe et produc¬
tion de croûtes adhérentes.
Enfin, à la période préagonique, les lapins ont présenté des
troubles nerveux, avec contractions cloniques.
L'amaigrissement a toujours été très accusé.
La maladie a duré de 2 à 3 mois. Un malade est mort le
24e jour, un autre le 120e jour. Un de nos sujets a guéri de ses
lésions; réinoculé, il a, à nouveau, contracté la maladie; guéri
une deuxième fois, il a été réinoculé une troisième fois sans
succès.
A l’autopsie, l’hypertrophie de la rate a fait défaut.
En résumé , le lapin paraît peu sensible. La maladie évolue
chez lui sous une forme chronique à marche lente et irrégulière.
Les symptômes et les lésions sont ceux de toutes les trypanoso¬
miases chez ces aminaux.
III. — Etude expérimentale chez le chien .
Trente et un chiens ont été inoculés soit sur des animaux à
maladie spontanée, soit après passage par le mulet, le rat ou la
chèvre.
La période d'incubation a été très régulièrement de 7, 8 ou
9 jours quelle que fût l’origine du trypanosome et la quantité
de sang inoculée sous la peau; après inoculation intra-veineuse,
elle n’a été que de 4 jours et elle s’est abaissée à 2 jours à par¬
tir du 3e passage.
Le symptôme principal est la fièvre presque continue, avec de
courtes rémittences. Les températures maxima sont, le plus sou¬
vent, comprises entre 39° et 4o°î elles atteignent parfois 4o°5,
rarement l\i. Chez quelques sujets la fin de la maladie a été
marquée par une forte hypothermie coïncidant avec la dispari¬
tion des parasites.
Nous n’avons pas observé de symptômes externes autres que
de la kératite avec opacité complète de la cornée et abolition
totale de la vision (10 cas sur 3 1 ) .
Les trypanosomes sont presque constants dans le sang. Ils
procèdent par poussées successives qui correspondent rigoureu¬
sement aux poussées thermiques et à l’autoagglutination des
hématies. En général ils disparaissent pendant les jours qui pré¬
cèdent la mort.
Séance du il\ Mars 1917
259
Pendant l’évolution de la maladie, les chiens se sont consi¬
dérablement amaigris, ils sont devenus squelettiques. Durant
les derniers jours, ils ont montré de l’hébétude et de la somno¬
lence ; leur démarche était titubante. A la période préagonique,
tous ont présenté des contractions cloniques.
La mort est survenue en moyenne au bout d’une cinquantaine
de jours. La durée minima d'évolution au ier passage a été de
36 jours; la durée maxima de 147 jours.
Dès le 3e passage elle s’est abaissée à i5 jours et à 1 1 jours.
A l’autopsie, nous n’avons trouvé que des lésions d’anémie et
une hypertrophie accusée de la rate chez ceux morts au cours
d’une période fébrile (160, 200 et 2 10 g. chez des chiens de 8 à 9 kg.)
Chez un seul,, mort en hypothermie à 36°8, la rate ne pesait
que 4o g.
En résumé , consécutivement à l’inoculation, le chien a fait
une infection subaiguë, avec des poussées fébriles fréquentes. La
présence presque constante du trypanosome dans le sang en fait
des animaux d’expérience faciles à suivre.
IV. — Etude expérimentale chez le mulet
'Chez deux mulets , la maladie a été à marche beaucoup plus
rapide que l'affection spontanée du cheval ; elle a duré 68 et 98
jours. La durée d’incubation après inoculation intraveineuse a
été de 9 et 5 jours.
Le passage par le rat semble avoir exalté la virulence pour le
mulet. Le mulet XI, inoculé avec 1 cm3 de sang du rat X pré¬
levé au moment de la moit, a fait une infection plus rapide
que le mulet XV inoculé avec 100 cm3 de sang du cheval A.
Les tracés thermométriques diffèrent également.
Nous n’avons pas observé d’œdèmes. Mais comme les chevaux
atteints, les mulets ont présenté du larmoiement d’une façon
continue. De plus, le mulet XV a montré, vers la fin, des troubles
locomoteurs de l’arrière-main et de la paraplégie.
En résumé , chez ces deux mulets l’évolution de la maladie a
été relativement rapide comparée à celle de l’affection spontanée.
r
V. — Etude expérimentale chez le mouton et la chèvre
Deux chèvres et deux moutons ont été inoculés. Ils n’ont
jamais présenté de trypanosomes dans la circulation périphéri-
260
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
que, ni de symptômes autres que des accès fébriles et de l’amai¬
grissement. Un mouton est mort de strongylose peu après
l’inoculation. Les deux chèvres ont guéri, l’une au bout de
i3 mois, l’autre au bout de 12 mois ; l’infection n’a pu être décelée
que par l’inoculation de 5o à 100 cm3 de sang à des chiens. Les
deux chèvres viennent d’être infectées à nouveau pour servir à
des épreuves d’immunité croisée.
Travail du Laboratoire de Recherches
du Service de V Elevage , à Casablanca.
Recherches sur la variole-vaccine
Par A. GAUDUGHEAU
Ce mémoire contient les résultats des expériences que nous
avons faites sur la variole-vaccine, pendant une dizaine d’an¬
nées, à l’Institut vaccinogène du Tonkin.
Les détails de ces observations ont été exposés déjà dans plu¬
sieurs publications à la Société de Pathologie exotique et à la
Société médico-chirurgicale de l’Indochine. Nous 11’en donne¬
rons ici que les résultats et conclusions.
1. — - V ariabilité de l’exanthème et de la pustule primaire
La vaccine est une maladie restant localisée au point de son
inoculation, tandis que la variole s’accompagne d’une éruption
généralisée. Telle est la différence la plus manifeste que l’on a
l’habitude de donner de ces deux maladies.
Cette différence est cependant loin d’être absolue : les cas de
vaccine généralisée ne se comptent plus.
Nous avons constaté et décrit plusieurs cas d’exanthèmes post¬
varioliques et post-vaccinaux chez le bufflon.
Les conditions de la production de l’exanthème variolique
chez le singe ont fait l’objet d’une expérimentation sur une cen¬
taine d’animaux au moyen de virus traités de diverses façons.
Les conclusions de ces recherches sont les suivantes ;
L exanthème variolique expérimental du singe « Macacus
rhésus » est conditionné par le mode d’ inoculation, par l'age des
animaux et surtout par l’état du virus inoculé ,
Seanue du i4 Mars 1917
261
L’injection intraveineuse produit directement l’exanthème
avec prédominance des éléments éruptifs sur les extrémités des
membres, c’est-à-dire suivant le mode de distribution naturel
de la variole spontanée de l’homme.
Lorsqu’on inocule le tégument par piqûres ou scarifications,
on remarque que l’exanthème est favorisé par les trois condi¬
tions suivantes : i° la dessiccation du virus ; 20 l’inoculation
large (4 à 6 lignes de piqûres sur toute la surface du dos);
3° l’état adulte des animaux. Ainsi pour obtenir le plus sûre¬
ment un exanthème intense, il faut inoculer des animaux adul¬
tes, largement, au moyen de virus desséchés. Lorsqu’on veut au
contraire obtenir une localisation du virus, on doit employer
un produit bien purifié par l’éther et l’inoculer en quantité
modérée à de jeunes animaux.
Il existe une relation remarquable entre le développement des
exanthèmes et le mode réactionnel au point d’ inoculation. A des
pustules varioliques primaires peu développées, déprimées,
sèches, correspondent les plus fortes généralisations. Lorsqu’au
contraire, les pustules primitives sont plus volumineuses, bien
formées et fondues, ce qui se produit généralement chez les jeu¬
nes animaux traités par virus purifiés, la généralisation manque
alors le plus souvent. En somme , lorsque la pustule variolique
primaire se rapproche de li aspect vaccinal , la propriété exanthéma¬
tique tend à disparaître. D’où il est logique de conclure que le
mode réactionnel local de l’organisme exerce une influence sur la
marche ultérieure de la maladie.
Entre la variole et la vaccine, il y a une différence quantita¬
tive dans l’adaptation parasitaire. La vaccine possède le maximum
de cette adaptation, étant capable d’infecter aussi bien le bovidé,
la chèvre et le lapin, que le singe et l’homme. La multiplication
du virus vaccinal est très active dans l’épiderme de ces animaux.
La variole au contraire est moins adaptée : elle se développe
mal chez le bovidé, n’y provoque localement qu’une réaction
plus lente et moins vive, moins poussée que dans la vaccine. La
papule variolique du bovidé n’aboutit pas à l’exsudation plas¬
matique et à la fonte leucocytaire. Chez le singe, la pustule
variolique primaire constitue aussi habituellement une réaction
inflammatoire moins vive que celle de la vaccine du même
animal.
Les organismes inoculés réagissent donc à ces virus, au
262
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
moment de leur pénétration, en des formes différentes. Nous
pensons qu i! faut chercher la cause de ces différences dans ce
que les germes infectieux se multiplient plus ou moins active¬
ment au point où ils ont été déposés. A une pullulation rapide
correspond une réaction locale vive, franche et complète, soit
une pustule vaccinale normale; à une pullulation du germe
moins active, plus lente, plus difficile, correspond une produc¬
tion pathologique différente comportant un afflux leucocytaire
moins actif, plus lent, soit une papule ou un nodule chez le
bovidé et une papulo-pustule chez le singe.
Lorsque la réaction à la porte d’entrée inconnue dans la
variole spontanée de l’homme est nulle, l’exanthème et les Phé-
nomènes généraux deviennent très importants.
Dans la pustule primaire, une défense leucocytaire vivement
constituée et une immunisation rapide constituent un empêche¬
ment à la généralisation du virus.
La forme de la réaction locale n’est pas, comme nous l'avions
cru un moment, entièrement sous la dépendance de la nature
des associés pyogènes, mais est surtout inhérente à la nature
même des virus spécifiques.
Il est probable que la disposition du microcoque symbiotique
vaccinal ordinaire en grappes ou en chaînettes est sous la
dépendance de l’état du virus invisible. On constate en effet
généralement que la forme staphylococcique appartient plutôt
à la vaccine, alors que l’état streptocoque est normalement l’as¬
socié de la variole.
U addition de cultures de ces pyogènes à la variole chez le singe ,
s est montrée favorable au développement des exanthèmes , mais
sans activer chez cet animal la réaction pustulaire locale pri¬
maire. Chez le bufflon des essais semblables n’ont pas abouti à
la transformation vers l'état vaccinal.
Chez le singe, lorsque les pustules varioliques primaires sont
très infectées par des contaminations bactériennes secondaires,
comme il arrive parfois après plusieurs passages directs, lors¬
que les croûtes pustulaires recouvrent un contenu sanieux, on
constate alors de violents exanthèmes souvent mortels.
Les vieux vaccins secs produisent des pustules primaires à
évolution ralentie. D’après les considérations exposées plus
haut, ces virus doivent être plus aptes que les produits frais à
provoquer des exanthèmes. C’est en effet ce que nous avons cons-
Séance du i4 Mars 1917
263
taté aussi bien chez le bufflon que chez l’homme. Quelques cas
graves de vaccine généralisée de l'homme nous ont été signalés
en 1915. Ces accidents furent produits par l'inoculation d’un
vieux vaccin sec. Sur 5o jeunes Muongs de la haute rivière Noire
au Tonkin, que l’on avait vaccinés, il y eut 4b insuccès, 2 pus¬
tules vaccinales accompagnées d’adénites axil laires et 3 vaccines
généralisées dont une mortelle. Nous tenons donc pour dange¬
reux les vieux vaccins desséchés. Les réactions locales qu’ils pro¬
duisent ressemblent à celles provoquées par le virus variolique :
elles sont lentes et incomplètes, la phagocytose ne s’y achève pas
aussi vite et aussi complètement que dans la vaccine normale,
l’organisme ne répond pas à la pénétration du virus d’une
manière assez vive et se laisse envahir par les germes de l’exan¬
thème avant l’apparition de l'immunité.
L’enfant européen est généralement moins sensible à la vac¬
cine du bufflon que l’enfant annamite. Nous avons observé des
enfants français âgés de quelques mois, fils de parents vaccinés
plusieurs fois, qui ne donnaient aucune pustule, même après
insertion de vaccins très frais et très actifs. On constatait par¬
fois chez ces enfants de forts accès fébriles quelques jours après
la vaccination, mais il ne venait point de pustule, ni rash, ni
exanthème. Il faut considérer ces cas de maladies fébriles
comme une modalité de la variole-vaccine dans laquelle il ne se
produit aucune localisation tégumentaire.
IL — L’immunité vaccino-variolioue
Chez l’organisme normal non immunisé, l’introduction du
germe vaccino-variolique dans la peau produit une inflamma¬
tion locale ne débutant qu’aprês une certaine période d’incuba¬
tion, pendant laquelle le germe se multiplie. Puis l'organisme
réagit par l’édification d’une pustule.
Chez l’organisme récemment et fortement immunisé, l’intro¬
duction dugerme provoque immédiatement une réaction locale.
Après un temps d’incubation réduit à quelques heures, une
vive inflammation se produit et évolue rapidement; la maladie
étant réduite à une durée très brève et à des symptômes pres-
qu’imperceptibles.
Donc sous l’influence d’une première infection, un mode réac¬
tionnel défensif relativement lent est devenu rapide. C’est Lac-
264 Bulletin de la Société de Pathologie exotiquë
tivation d'une fonction normale par l’usage, le développement
d’une propriété physiologique par l’habitude.
On observe dans la variole-vaccine tous les degrés de l’im-
muniié. Suivant les quantités du virus inoculé, sa virulence, le
mode d'inoculation et le temps écoulé depuis l’infection, les
réactions aux essais sont plus ou moins accentuées, l’allergie
plus ou moins manifeste. Il est probable que toutes les souches
naturelles de variole ne sont pas égales au point de vue de leur
activité immunisante.
Il serait intéressant d’étudier les effets des inoculations intra¬
veineuses chez les immunisés. On produirait sans doute ainsi des
exanthèmes précoces et fugaces semblables à celui que nous
allons rapporter.
Deux bufflons avaient été vaccinés le 25/io 1916, largement,
suivant la technique ordinaire des instituts vaccinaux. Ils
avaient donné le 3o/io d'abondantes récoltes normales. Cette
première inoculation avait eu lieu sur le flanc gauche. Le n/11,
soit 17 jours après, on leur inocula sur le flanc droit du virus
vaccinal venant de lapin (2e passage lapin après bufflon). Après
48 heures, un de ces bufflons présenta sur le flanc droit, en
dehors des lignes d'inoculations, au moins une soixantaine de
papules ayant 3 à 4 mm. de diamètre, peu surélevées, confluentes
en certains points. Deux jours plus tard, cet exanthème papu-
leux avait disparu complètement par résorption.
Quelle était la nature de cette généralisation précoce ?
L’aspect et les dimensions des éléments éruptifs (à part la
couleur noire de la peau du bufflon) étaient ceux des jeunes pus¬
tules varioliques de généralisation du singe et semblables éga¬
lement à ce que nous avons le plus souvent observé dans les
exanthèmes vaccino-varioliq ues du bufflon.
Il est probable que si nous les avions transportées sur un ani¬
mal neuf dès leur apparition, nous aurions obtenu des pustules
vaccinales ordinaires. Nous n’avons pas fait cette épreuve. Notre
expérience est donc incomplète et nous interdit d’en tirer une
conclusion absolument ferme. Toutefois il nous paraît évident
qu’il s’agissait bien là d’un véritable exanthème spécifique, ayant
évolué suivant le type accéléré caractéristique de l’état d’aller¬
gie vaccino-variolique.
Plusieurs auteurs ont contesté que la variolisation fût capable
de produire l’immunité contre la vaccine et ont cru pouvoir con-
265
Séance du i4 Mars 1917
dure de leurs travaux à la dualité des germes de la variole et de
la vaccine.
Nous avons repris de notre côté l’étude expérimentale de ce
sujet et nous sommes arrivé à des conclusions opposées. Nous
avons vu que, dans les conditions bien définies d’une expérience
faite sur 6 singes, dont 3 variolisés et 3 témoins, cet animal s'est
complètement immunisé par la variole contre la vaccine. Donc,
aussi bien chez le singe que chez l’homme, ces deux maladies
déterminent l’immunisation réciproque et bivalente.
Lorsqu’on veut faire ces expériences, il faut naturellement
s’entourer de tous les témoignages et de toutes les précautions
nécessaires et toujours comparer les animaux dont 011 veut
apprécier l’état d'immunité avec des animaux neufs. Il faut aussi
attendre un temps suffisant pour que l’immunité ait bien le
temps de se développer complètement. 11 faut aussi prendre la
précaution d’inoculer largement le virus immunisant, afin d’éviter
les effets d’immunité trop minimes, d’appréciation délicate, qui
pourraient peut-être se produire le cas échéant, avec des souches
varioliques naturelles peu actives. Au moment des essais, pour
éviter toute difficulté dans l’interprétation des résultats, on
emploiera au besoin le vaccin éthéré, qui donne des pustules
d’une pureté parfaite.
Lorsqu’on se place dans ces conditions, opérant suivant une
bonne technique, les résultats sont de la plus grande netteté. Aux
essais, il ne vient aucune pustule vaccinale chez les singes vario¬
lisés, tandis que tous les témoins font des pustules nombreuses,
confluentes et normales.
Nous tenons donc pour parfaitement acquise la notion de V im¬
munité bivalente et réciproque et nous considérons ce phénomène
comme fondamental dans la démonstration de l'unité vaccino-
variolique.
111. — Transformation de la variole
Il est très difficile de réaliser la transformation expérimentale
de la variole en vaccine. Nous n’avons réussi qu’une seule fois
* *
en 1911 cette transformation complète. Un très grand nombre
d'essais institués depuis 1907 ne nous ont donné que des résul¬
tats nuis ou incomplets.
Pour que la transformation vaccinale soit acquise il ne suffit
pas d’enlever à un virus variolique, d’une manière plusou moins
18.
266
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
définitive, sa capacité exanthématique, il ne suffit pas de le
transformer par son passage sur le singe en un virus restant
localisé au point de son inoculation et produisant une lésion
semblable à la pustule vaccinale. Il faut encore l’adapter au
bovidé et l’amener à produire chez ces animaux la pustule vac¬
cinale typique. Lorsque la variole est arrivée à donner chez le
bufflon une pustule vaccinale normale, la transformation est
alors complète. Un pareil virus est devenu fixe et multipotent.
Il se développera désormais sous cette forme vaccinale chez
toutes les espèces sensibles, alors qu’au paravant, lorsqu’il était
variolique, il était incapable de se développer chez le bovidé ou
n’y produisait seulement qu’une culture locale difficile.
Nous avons essayé une quinzaine de souches de variole
humaine dans nos tentatives infructueuses depuis dix ans. Nous
avons insisté particulièrement sur une de ces souches récoltée
chez l’enfant à Hoang-nguyen, en 1912. Celte variole s'est mon¬
trée absolument rebelle à toute transformation chez le singe
malgré des années d’essais persévérants. Un de nos essais d’im¬
plantation chez le bufflon a fini par nous donner un commence¬
ment de transformation intéressant. En des mémoires précédents
nous avons relaté en détail ces essais. Nous avons vu que notre
virus variolique venant de l'homme, après avoir été entretenu pen¬
dant trois ans chez le singe , après avoir passé 43 fois sur set ani¬
mal , était toujours variolique , c’est-à-dire qu’aucune transforma¬
tion dans le sens du cow-pox ne s’était produite, que l’inoculation
de cette variole de singe au bufflon ne donnait jamais de pustule
vaccinale, mais bien seulement une papule variolique, produc¬
tion pathologique très différente de la pustule, ainsi que l a
démontré la Commission lyonnaise dès 1864.
Nous avons vu aussi que cette papule variolique pouvait être
transportée successivement sur plusieurs bufflons. Donc la
variole paraît bien transmissible indéfiniment à la condition de
mettre en œuvre des techniques appropriées.
Un autre fait bien établi par ces travaux est celui-ci : dans un
Institut vaccinogène , il est possible d' entretenir la variole pendant
des années sans aucune souillure par le virus vaccinal. Ce résultat
s’obtient simplement en suivant la technique pastorienne, c'est-
à-dire les mêmes procédés que l’on emploie dans les laboratoires
de bactériologie pour entretenir parallèlement et sans confusion,
des virus différents.
Séance du i4 Mars 1917
267
Enfui nous avons observé que la dessiccation développait la capa¬
cité exanthématique , aussi bien dans la variole que dans la vac¬
cine.
Nous ne donnerons pas ici le détail des passages du virus
variolique faisant suite à ceux qui ont été publiés dans notre
mémoire à la Société médico-chirurgicale de l’Indochine inti¬
tulé « Questions de Technique vaccinogène », du 12 septembre
191.5, chapitre V, pages 370 à 376. Nous rappellerons seulement
que la spécificité des productions obtenues chez le bufflon de
troisième passage fut démontrée par un essai d’immunité vacci¬
nale. Donc au troisième passage du virus variolique sur bovidé,
nous avions encore un virus spécifique authentique. D’autre part,
ce virus se rapprochait nettement de la vaccine. Poursuivant
ensuite nos passages sur bufflon, nous avons perdu notre
souche. Il est venu des papulo-pustules crouteuses n’ayant rien
de spécifique et ne donnant plus d’immunité contre la vaccine.
Entre les passages nous n’avions fait intervenir aucune purifica¬
tion glycérinée ou éthérée, ni aucun changement intercalaire
d’espèce hôte ; de sorte que des associés ont étouffé peu à peu le
moteur principal. Par conséquent , nous voyons que la variole du
bovidé, comme la variole du singe et la vaccine de tous les ani¬
maux, disparaît lorsqu'on ne prend pas la précaution de purifier
le virus de temps en temps.
Nous sommes convaincu que ce virus si réfractaire de
Hoang-nguyen était très près de sa transformation au moment de
son troisième passage sur le bufflon, au moment où nous obser¬
vions l’exanthème variolique et des pustules primaires ressem¬
blant à celles de la vaccine. Si nous avions alors purifié notre
récolte par un antiseptique ménagé ou par un passage sur jeune
singe, nous aurions évité l’apparition des infections secondaires
qui ont étouffé le germe principal.
L’adaptation de la variole au bovidé et sa transformation en
vaccine sont une question de technique (dessiccations, purifica¬
tions, inoculations abondantes, etc..) et encore plus une ques¬
tion d’origine des souches varioliques naturelles employées. La
nature fournit sans doute des varioles spontanées plus ou moins
éloignées de la vaccine, plus ou moins difficiles à adapter au
bovidé et plus ou moins aptes à s’élever à l’état fixe vaccinal.
Le degré de réceptivité des espèces est un facteur très impor¬
tant à considérer. En général, un même virus, lorsqu’il cha nge
268
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’hôte, se développe moins bien dans son premier passage ;
ensuite il s’adapte. C’est le cas habituel des passages de la vac¬
cine sur bufflon-lapin-bufflon. Le passage de retour de lapin
sur bufflon donne généralement des récoltes faibles.
Au cours d’expériences sur la transmission de la vaccine par
les mouches, nous avons réussi à faire inoculer positivement le
bufflon par piqûres de ces insectes. Par contre de nombreuses
piqûres de mouches et de moustiques infectés ne donnèrent
aucune pustule chez l’homme. Nous en concluons que le bufflon
est plus sensible que l’homme au virus du cow-pox. Du reste la
même conclusion s’impose,* lorsqu'on compare les proportions
des piqûres négatives à la lancette dans la pratique courante
chez l’homme et le bufflon. La vaccine (hormis les souches de
rétro-vaccine récentes) est donc mieux adaptée à l’organisme
du bovidé qu’à celui de l’homme.
Cependant ces différences de réceptivité sont négligeables
dans la vaccine auprès de ce qu’elles sont dans la variole.
Nos travaux n’ont pas abouti à une technique infaillible pour
transformer la variole dans tous les cas. Cependant, en tenant
compte de nos diverses observations, on pourra, croyons-nous,
arriver plus facilement et plus fréquemment à réaliser ce phé¬
nomène.
conclusions
Nos conclusions, conformes à celles de la plupart des auteurs
dits unicistes (i), sont les suivantes :
i° Il n’existe aucun symptôme qui soit absolument et cons¬
tamment différentiel entre la variole et la vaccine.
2° La variole immunise contre la vaccine et inversement.
3° Quelques essais de transformation de la variole en vaccine
ont donné des résultats positifs.
4° Les différences qui existent entre les deux états du virus
paraissent être uniquement dans le degré de l’adaptation aux
espèces sensibles et constituent deux variétés ou types d’un
même virus : le type humain ou variole et le type bovin ou vac¬
cine.
(i) Le point de vue uniciste a été exposé récemment d’une manière particu¬
lièrement autorisée par M. Carrière, au Congrès international de Pathologie
comparée.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. * - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET C1*.
Tome X.
1917
No 4.
BULLETIN
de la Société
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 11 avril 1917
PARIS
MASSON & Cie, ÉDITEURS
LIBRAIRES DE l’aCADEMIE DE MEDECINE
120, Boulevard Saint-Germain (6e)
Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît 10 fois par an
<5Üours aPfès chaque séance, qui a lieu le 2e mercredi du mois, sauf en août et
septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Le prix de l’Abonnement est : France , 18 fr. ; Union postale , 20 fr.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 4
Séance du 11 avril 1917
pages
COMMUNICATIONS
A. Boquet et L. Nègre. — Sur la culture du parasite de la lymphangite
284
287
épizootique - . 274
P. Àrmand-Delille, G. Paisseau et H. Lemaire. — Note sur les consta¬
tations positives d’hématozoaires au laboratoire de Bactériologie
de l’Armée d’Orient pendant l’année 1916 .
À. Castellani — Le traitement mixte quinine, phosphore, tartre
émétique dans quelques formes rebelles de malaria .
De Brun. — Trachome. — Discussion . 272
Ch. Grall. — Trachome. — Discussion . 272
M. Fontoymont. — Le traitement de la dysenterie amibienne par le
galyl . 277
A. Laveran. — Boutons d’Orient expérimentaux chez un Cercopithecus
mona et chez un Cercocebus fuliginosus . 291
A. Laveran — Trachome. — Discussion .
A. Léger — Sur l’existence d’une éosinophilie locale dans le larbish
ou Œrbiss des Ouoloffs .
A. Leger. — Spirochète de la musaraigne, Crocidura stampjlii Jentink.
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
272
294
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1
I
u
ï • r-v v - •
PAGES
M. Leger et P. Mouzels. — Hémogrégarine intraleucocytaire d’un Sau-
rien, Tupinambis nigropunctatus . 288
F. Mesnil. — Trachome. — Discussion . 272
V. Morax. — Le trachome des travailleurs coloniaux . 269
L. Vaillard. — Trachome. — Discussion . . * . 272
W. -L. Yakimoff. — Trichomonas de l’intestin de la sangsue du Tur-
, kestan, Limnastis turkestanicci . . . ... 298
W.-L. Yakimoff. — Les tiques des animaux domestiques au Turkestan
russe . 281
W.-L. Yakimoff et Schokhor. — Leucocytogrégarine des chiens du
Turkestan russe . 2q3
MÉMOIRES
A. Dubois. — Onchocerca volvulus et l’Eléphanliasis dans le Haut-
Ouellé (Congo belge) . 355
Ch. Grall. — Traitement du paludisme épidémie et de l’amibi ase
associée . 329
C. Mathis et L. Mercier. — La schizogonie chez les entamibes intesti¬
nales de l’homme . . . .... 3n
Niclot. — L’anophélisme macédonien dans ses rapports avec le palu¬
disme au cours de 1916 . 323
W.-L. Yakimoff et collab. — Maladies animales du Turkestan à parasi¬
tes endoglobulaires . . . . . • . 302
Ouvrages reçus . 3^2
'*BKn*ÊmmmÊmamÊmmÊmmnÊÊÊmMtÊmÊaÊiÊKmtMKmÊÈmtmÊmmÊÊÊmmmÈMmmÊmmaimÊmmmmammmÊnamaammmmmmiÊÊÊÊÊmÊÊÊammÊiËÊÊimmKmmmiÊÈÊmÊaÊÊiÊÊÊÊmÊÊmÊÊmmËMiÊÊÊc*aaiÊmÊÊtÊmÊm
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IV
Dixième année
T9T7
N° 4.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SEANCE DU II AVRIL 1 9 I 7 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
COMMUNICATIONS
Le trachome des travailleurs coloniaux
Par Y. MORAX
De toutes les nations européennes, la nôtre est une des plus
épargnées par l'infection trachomateuse et cela malgré les rela¬
tions fréquentes avec la population de nos colonies et le séjour
des troupes métropolitaines dans les différentes possessions afri¬
caines ou asiatiques où cependant le trachome est extrêmement
répandu. Les circonstances actuelles nous ont mis dans la néces¬
sité de faire appel à la main-d’œuvre coloniale et de transporter
sur notre sol et dans nos usines un nombre relativement consi¬
dérable d’Africains (Marocains, Kabyles, Tunisiens, Malgaches)
et d’Asiatiques (Indo-Chinois, Annamites, Chinois). Ces travail¬
leurs coloniaux appartenant à des populations gravement infec¬
tées par le trachome peuvent-ils constituer une menace de con¬
tamination ? C’est là le premier point que nous aurons à
envisager, nous indiquerons ensuite par quelles mesures on
peut en limiter le danger.
lfj
270
Bulletin de i.a Société de Pathologie exotique
La muqueuse oculaire atteinte de trachome en conservera
presque toujours des traces cicatricielles. En retournant la pau¬
pière supérieure d’un adulte, on reconnaîtra à la présence d’une
cicatrice nacrée l’évolution d’un trachome infantile. Ce trachome
cicatrisé n’est plus infectant, mais comme l’infection trachoma-
teuse n’immunise pas le sujet qui en est atteint, il sera toujours
possible de voir coexister des lésions cicatricielles et des granu¬
lations actives ou un pannus granuleux de la cornée. Le sujet
porteur de ces lésions sera à même de contaminer son entourage.
Il y a donc lieu d'établir une distinction importante entre le
trachome éteint et le trachome floride (avec ou sans cicatrices
conjonctivales).
Si l’on voulait faire un recrutement de travailleurs coloniaux
adultes dans une population arabe en sélectionnant les sujets
dont les conjonctives ou les cornées sont normales, cela condui¬
rait à ne recruter qu’un sujet sur dix; mais si l’on prenait les sujets
sains et ceux dont les yeux ne présentent que des lésions de
trachome éteint, on obtiendrait une proportion de 60 à 80 pour
cent de sujets.
Voici quelques indications relatives à la proportion des travail¬
leurs atteints de trachome éteint et floride d’un contingent exa¬
miné pendant le mois de janvier 1917.
A fric ai ns
Asiatiques
Il n’y a pas lieu de tirer de ces chiffres des déductions statis¬
tiques sur la morbidité trachomaleuse chez ces différentes popu¬
lations, car, pour un certain nombre de ces contingents de tra¬
vailleurs, une sélection avait déjà été pratiquée au départ (1).
(1) Noussorames relativement très mal renseignés sur la morbidité tracho-
mateuse en Extrême-Orient et j’attire l’attention de nos confrères exerçant en
Chine, en Indo Chine, sur l’intérêt que peuvent présenter des statistiques non
Séance du ii Avril 1917
271
v
On voit néanmoins que le quart environ du contingent examiné
était atteint de trachome floride ou éteint.
La proportion était infiniment plus élevée dans le contingent
africain (4o 0/0) que dans le contingent asiatique (i5 0/0).
En défalcant les cas de trachome éteints, nous sommes arrivés à
estimer qu’une proportion de 170/0 de l’effectif total des travail¬
leurs coloniaux élait infecté de trachome lloride. C’est là, on le
voit, un chiffre non négligeable en raison surtout des contamina¬
tions faciles qui peuvent se produire à l’occasion du travail en
commun en particulier dans l’industrie mécanique. Les recher¬
ches de ces 20 dernières années ont établi sur des bases scientifi¬
ques la transmissibilité du trachome sans nous en faire connaître
ni l’agent ni les moyens de propagation. Il a été établi que la
sécrétion oculaire des trachomaleux était infectante. Les débuts
de l’infection trachomaleuse passent sou vent inaperçus, et ce ri’est
qu’à l’occasion d’une complication que le médecin est consulté.
Cette invasion sournoise de la maladie constitue un de ses dan¬
gers car lorsqu’elle n’a pas été combattue dès ses débuts, il
est beaucoup plus difficile d’en débarrasser le porteur. Celui-ci
deviendra l’origine d’un foyer familial puis d’un foyer scolaire.
De toutes les entreprises hygiéniques dirigées contre le tra¬
chome, il ressort nettement qu'il est plus facile d’en préserver
une population indemne que d’en débarrasser une population
infectée. L’exemple des Etats-Unis qui, en refusant l’immigration
trachomateuse, ont réussi à se préserver contre ce fléau, a fourni
la preuve de l’efficacité des mesures préventives.
Par contre, la lutte contre le trachome entreprise en Russie,
en Hongrie, en Prusse, en Egypte 11a pas encore pu fournir la
preuve de son action sur la fréquence de l’infection trachoma¬
teuse (tout en faisant bénéficier de nombreux trachomateux
de soins ophtalmologiques qu’ils n’auraient pu obtenir sans
l’organisation de ces colonnes volantes oculistiques ou de ces
hôpitaux mobiles).
Puisqu’il n’a pas été possible de prévenir le débarquement de
nombreux trachomateux qui peuvent devenir l’origine de foyers
persistants, il y a lieu d’en éviter la dissémination. En les signa-
point générales, mais limitées à certains groupements (villages, écoles, etc.)
et portant non pas seulement sur l’ensemble des cas infectés de trachome, mais
en tenant compte de la distinction entre les cas de trachome actif et ceux de
rachome éteint.
272
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lant dès leur débarquement, en les réunissant dans des grou¬
pements particuliers, en évitant leur utilisation dans certaines
industries où les contacts manuels sont trop fréquents et en éta¬
blissant une surveillance ophtalmologiq ue de la population ou¬
vrière avec laquelle ces travailleurs trachomateux seraient appe¬
lés à coopérer, on restreindra les chances de contamination, on
pourra en outre si elles se produisent enrayer l'infection par un
traitement d’autant plus efficace qu'il est appliqué à un stade
peu avancé de la maladie.
M. Vaillard. — M. Morax a-t-il eu connaissance de faits de
contagion observés depuis l’utilisation de la main-d’œuvre colo¬
niale ?
M. Grall. — Les faits de transmission du trachome chez
l’adulte sont relativement rares, par contre les enfants se conta¬
gionnent plus facilement ; il y aurait donc lieu surtout de prendre
des mesures pour préserver les enfants contre les contamina¬
tions possibles.
M. Laveran. — M. Morax peut-il nous dire ce qu’il est advenu
du contingent de i.3oo trachomateux qui a débarqué en France
pendant le mois de janvier ? Peut-il nous dire si la proportion
des trachomateux a été la même pendant les mois de février et de
mars ? Nous le prions de communiquer à la Société de Patho¬
logie Exotique les renseignements qu’il aura pu recueillir sur
les mesures prises pour empêcher 1 envoi des trachomateux.
M. Mesnil. — La sensibilité moindre des adultes à l’égard du
trachome ne résulterait-elle pas d’une certaine immunité
acquise ?
M. De Brun. — Les mouches jouent un rôle important dans la
propagation du trachome. Si les enfants sont plus infectés que
les adultes, c’est qu?ils se défendent moins contre le contact des
mouches.
M. Laveran. — L’observation de M. De Brun est très juste et
on ne discute plus aujourd’hui le transport par la trompe ou les
pattes de mouches de microbes pathogènes, le bacille tubercu¬
leux, le bacille typhique par exemple.
Séance du i i Avril 1917
273
M. Vaillard. — En mettant en doute la sensibilité des adultes
vis-à-vis de l’infection trachomateuse, on oublie la gravité de
1 épidémie trachomateuse contractée en Egypte par l’armée de
Bonaparte et la persistance, en Belgique notamment, de foyers
trachomateux depuis le retour dans leur pays des soldats de
cette armée. H y a lieu de craindre la création de foyers sem¬
blables dans les centres où les travailleurs coloniaux trachoma¬
teux auront été utilisés. M. Morax ne pense-t-il pas que la meil¬
leure mesure eut été le renvoi dans leur pays des travailleurs
atteints de trachome actif ?
M. Morax. — Il ne fait pas de doute que dans les contrées où
le trachome est fréquent, la transmission de l’infection se pro¬
duit surtout pendant l’enfance : on observe soit la contamina¬
tion familiale dans les premières années, soit la contamination
scolaire. Je ne pense pas que cette plus grande fréquence de la
diffusion à un certain âge soit en rapport avec une réceptivité
plus grande et qu’il y ait à cet égard une différence entre l’en¬
fant et l’adulte. Pour d’autres infections à microorganismes con¬
nus, la conjonctivite à bacilles de Weeks, la conjonctivite à
gonocoques par exemple, on observe de même une diffusion
plus grande chez les enfants que chez les adultes. Ce sont uni¬
quement les conditions de transmission qui varient, l’enfant por¬
tant plus souvent ses doigts auxyeux que l’adulte et multipliant
par cela même les chances de contamination de sa muqueuse
oculaire. D’autre part la constatation fréquente de lésions actives
chez des adultes contaminés dans l’enfance ne semble pas jus¬
tifier l’hypothèse d’une immunité acquise. Il n’est d’ailleurs pas
rare d’observer la contamination de l’adulte et je pourrai citer
entr’autres nombre de médecins infectés par leurs malades.
Je ne suis pas à même d'apprécier le rôle des mouches dans la
diffusion du trachome en Egypte ou en Syrie, mais je me con¬
tenterai de faire remarquer que dans certaines contrées plus
septentrionales où les mouches sont rares et où elles 11’ont pas
l’habitude, comme les mouches égyptiennes, de se poser sur les
paupières, les transmissions familiales ou scolaires s’observent
dans des conditions analogues.
Des faits de contamination trachomateuse m’ont été signalés ;
je sais qu’ils ont fait l’objet d’un rapport mais je n’en possède
pas encore les données précises.
274
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’utilisation des contingents trachomateux danscertaines con¬
ditions ne constitue évidemment qu’un palliatif. Il ne fait pas de
doute qu’une sélection plus sévère des travailleurs par les Com¬
missions d’examen à l’embarquement constituerait la meilleure
mesure pour prévenir la création de foyers trachomateux en
France.
Sur la culture du parasite
de la lymphangite épizootique
Par A. BOQUET et L. NÈGBE
Dans trois notes précédentes, nous avons exposé le résultat
de nos observations sur la culture du parasite de la lymphangite
épizootique dont nous avions obtenu le développement sous la
forme mycélienne dans l’eau de condensation de divers milieux.
Poursuivant nos recherches, nous avons essayé de réaliser une
culture plus abondante et plus régulière avec un développe¬
ment plus complet des formes mycéliennes décrites.
Le milieu le plus favorable a la composition suivante :
/ —
Faire macérer à froid pendant 24 h., 400 g. de fumier (crottin) de
cheval, bien sec, dans deux litres d’eau ordinaire. Filtrer sur tarlatane,
exprimer et filtrer sur papier sans neutraliser. Ajouter 10 g. de peptone
et faire dissoudre 18 g. de gélose pour 1.000 cc. du liquide précédent.
Stériliser 30 m. à 120°. Filtrer. Ajouter 40 g. pour 1.000 de glucose,
répartir et stériliser 20 m. à 115°.
En ensemençant par étalement une grosse goutte de pus pré¬
levée aseptiquement dans un abcès clos des cordons lymphati¬
ques, nous avons obtenu le développement du cryptocoque à la
surface de ce milieu.
Ap rès 18-24 h. à 24*26°, les cryptocoques augmentent de
volume, s’arrondissent et deviennent granuleux. La plupart de
ceux qui étaient inclus dans les leucocytes sont libérés et subis¬
sent le même développement.
Dès la 48e h. 3 les formes rondes se chargent de gouttes d’huile
et émettent des filaments qui se cloisonnent et s’accroissent
pour atteindre une longueur totale de 75 à 100 p.
Ces filaments présentent les caractères que nous avons déjà
275
Séance du ii Avril 1917
décrits. Nous les avons également obtenus dans les milieux
liquides (bouillon de fumier peptoné à 1 0/0 et glucosé à 4 0/0)
et sur gélose de Sabouraud.
Bien qu’il n'y eût pas de culture visible, ces résultats réali¬
saient un progrès important sur nos essais antérieurs : dévelop¬
pement, en surface, du parasite, culture plus rapide et beaucoup
plus abondante. Mais les repiquages successifs, par étalement,
n'aboutirent pas à la formation de nouveaux éléments mycéliens
et, dans les tubes-souches, ce développement du mycélium
s’arrêta au bout de i5-2o jours. Peu à peu les gouttelettes
d’huile se résorbèrent, le protoplasma devint transparent, hyalin
ou se condensa et de grandes chlamydospores terminales ou
i ntermédiaires apparurent.
Cet arrêt du développement et la stérilité des repiquages des
formes mycéliennes paraissent résulter de la disparition du pus
déposé sur la gélose au moment de l’ensemencement des crypto¬
coques. Nous avons observé, en effet, que les filaments se déve¬
loppaient également dans le pus déposé sur la paroi des tubes
des milieux de culture.
Nous avons cherché à réaliser des conditions analogues en
ajoutant aux cryptocoques les éléments nutritifs qui leur étaient
apportés par le pus. Ces éléments nous ont été fournis par une
macération de ganglions lymphatiques préparée de la manière
suivante :
Hacher finement 100 g. de ganglions lymphatiques de cheval. Faire
macérer à froid pendant 24 h. dans 500 cm3 d’eau ordinaire. Filtrer sur
toile et exprimer. Faire dissoudre 20 g. de glucose. Répartir et stériliser
30 m. à 115°. Pendant la stérilisation le liquide s’éclaircit et un dépôt
abondant se forme dans les tubes.
20 gouttes de ce dépôt sont répandues à la surface des tubes de gélose
déjà ensemencés. Etuve à 25-26°. On maintient l'humidité du milieu en
l’humectant avec le liquide de condensation qu’on remplace par du bouil¬
lon de fumier peptoné glucosé, à mesure de son évaporation.
Six semaines après le premier ensemencement sur les tubes-
souches et sur un tube repiqué (2e passage), de fines et rares
colonies ont été observées. Leur volume a augmenté lentement
dans la suite, et, actuellement (3o mars 1917, quinzième jour
depuis leur apparition), elles offrent l’aspect suivant : petites
colonies sphéri ques saillantes, rugueuses, grisâtres, adhérant
de plus en plus à la surface du milieu. La plus importante a les
dimensions d’une grosse tête d’épingle.
276 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ces colonies se dissocient facilement dans l’eau entre lame et
lamelle. Elles sont constituées par des filaments mycéliens
serrés et enchevêtrés, d’aspect granuleux et souvent déformés
par des chlamydospores. Aux extrémités et sur les parois de ces
filaments, de grosses cellules rondes ou ovales se forment par
bourgeonnement. Peu à peu, le bourgeon s’étrangle à sa base,
se reliant par un court et étroit pédicule à la cellule-mère dont
il se sépare ensuite.
Les segments du mycélium sont de longueur et de largeur
très variables. Certains sont moniliformes, formés de grosses
cellules courtes et renflées; d’autres sont minces et étroits et
d’une longueur de 12 à i5
Dans les colonies, il existe également un grand nombre de
grosses cellules rondes ou ovales, libres, généralement dépour¬
vues de gouttelettes d’huile et des cellules mycéliennes, isolées,
courtes ou allongées en voie d’accroissement et de bourgeonne¬
ment.
Tous ces éléments, cellules rondes
présentent la double paroi réfringente
tocoque.
En résumé, le développement du cryptocoque sous la forme
de colonies visibles s’obtient par l’ensemencement de pus sur
la gélose au crottin de cheval, recouverte du dépôt d’une macé¬
ration de ganglions lymphatiques.
Dans ces conditions, le cryptocoque grossit et se transforme
en cellules rondes ou ovales chargées de gouttelettes d’huile,
puis en filaments mycéliens qui reproduisent des formes rondes,
par bourgeonnement latéral et terminal.
On retrouve également dans les colonies les chlamydospores
que nous avions observées dans des milieux moins favorables à
la culture.
A plusieurs reprises, nous avons rencontré, dans des cultures
en souffrance, des cellules à double paroi contenant 3 ou 4 élé¬
ments identiques aux cryptocoques du pus. Ces éléments étaient
si rares que nous n’avons pu les identifier par les méthodes de
coloration habituelles, mais, morphologiquement, elles présen¬
taient tous les caractères des asques et des ascospores.
Si les faits précédents se vérifient, le parasite de la lymphan¬
gite épizootique appartiendrait au genre Endomyces.
Institut Pasteur d'Algérie.
et filaments mycéliens,
qui caractérise le cryp-
Séance du i [ Avril 1917
277
|g&9 , - HH *
f
Le traitement de la dysenterie amibienne
par le galyl
Par M. FONTOYNONT
A la suite des communications de Milian sur le traitement de
la dysenterie amibienne par le salvarsan et le néo-salvarsan,
j’ai pensé que le galyl devait donner des résultats comparables.
J’ai donc essayé ce produit, beaucoup moins dangereux à
manier, et mon espoir n’a pas été déçu.
Dans tous les cas traités, dont un surtout extrêmement grave,
j’ai obtenu une guérison durable, puisque quelques-uns remon¬
tent à quatre et même cinq mois sans rechutes.
Tous les diagnostics, sauf celui d’un cas très grave qui ne
pouvait laisser aucun doute, ont été contrôlés au microscope et
les examens faits par moi-même ont été eux-mêmes contrôlés
à l’Institut Pasteur de Tananarive.
Observation 1. — II... ., infirmier, 50 ans. Présente le 29 septem¬
bre 1916 des signes de dysenterie.
30 septembre, 8 selles entre 5 b. et 10 h. où il reçoit une injection
intraveineuse de 0.20 cg. de galyl. Trois selles pendant le reste de la
journée. Le 1er octobre et le 2 octobre trois selles dysentériques avec
mucosités seulement. Le 3 octobre deuxième injection de galyl de 0 g. 20.
Depuis ce jour une seule selle quotidienne moulée.
Observation 2. — Ratoandro, garçon de deux ans et demi, malade
depuis une quinzaine de jours. Selles très nombreuses.
Le 11 octobre, 48 selles.
12 octobre, 48 selles, galyl 0 g. 10 en lavement.
13 octobre, 36 selles.
14 octobre, 26 selles, galyl 0 g. 10 en lavement.
1 5 octobre, 20 selles.
16 octobre, 12 selles.
17 octobre, 6 selles.
18 octobre, 2 selles.
19 octobre, 1 selle moulée, galyl 0 g. 10 en lavement.
Sort guéri.
Observation 3. — Uainizanabelo, homme 41 ans, entre le 3 octobre
pour dysenterie peu grave datant de quatre jours, n’a suivi aucun traite¬
ment.
3 octobre, 5 selles le jour, 4 la nuit. Régime lacté.
4 octobre, 3 selles le jour, 3 la nuit.
5 octobre, 2 selles le jour, 1 la nuit.
278
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
6 octobre, 2 selles le jour. 0 la nuit. Injection intraveineuse de 0 g. 25
de galyl dans la matinée.
7 octobre, 1 selle le jour, 0 la nuit.
8 octobre, 0 selle le jour, 0 la nuit.
Observation 4. — Rasoa, 25 ans. Entre le 16 octobre 1915 pour dysen¬
terie datant de 24 h.
16 octobre, 20 selles.
17 octobre, 26 selles. Première injection de galyl de 0 g. 20
18 octobre, 19 selles.
19 octobre. 6 selles. Deuxième injection de galyl de 0 g. 20.
20 octobre, 0 selle.
Observation 5. — Rakotoson, 4 ans. Entre le 16 octobre pour dysen¬
terie datant de 24 h.
16 octobre, 22 selles. Potion au sulfate de soude.
17 octobre, 20 selles. Potion au sulfate de soude.
18 octobre, 10 selles. Sulfate de soude et ipéca à la brésilienne.
19 octobre, 2 selles. Lavement de galyl 0 g. 10 administré de très bonne
heure.
20 octobre, 4 selles.
22 octobre, 6 selles.
23 octobre. 3 selles. *
24 octobre, 1 selle diarrhéique.
25 octobre, I selle moulée.
Observation 6. — Vimotrona, 36 ans. Sakalave. Entre le 21 octobre
pour dysenterie datant de la veille.
21 octobre, 10 selles. Première injection de galyl de 0 g. 25.
22 octobre, 5 selles .
23 octobre, 11 selles. Deuxième injection de galyl de 0 g. 25.
24 octobre, 4 selles.
25 octobre, 2 selles. Troisième injection de galyl de 0 g. 25.
26 octobre, 3 selles.
27 octobre, 1 selle moulée.
Observation 7. — Ramavo, 24 ans. Entre le 23 octobre pour dysenterie
datant de trois jours.
23 octobre, 7 selles.
24 octobre, 7 selles. Première injection de galyl de 0 g. 20.
25 octobre, 15 selles.
26 octobre, 17 selles.
27 octobre. 13 selles. Deuxième injection de galyl de 0 g. 20.
28 octobre, 8 selles.
29 octobre, 5 selles.
30 octobre, 5 selles.
31 octobre, 5 selles.
1er novembre, 2 selles. Troisième injection de galyl de 0 g. 20.
2 novembre, 1 selle moulée.
Observation 8. — Rajona, 17 ans. En traitement chez lui. Je suis
appelé en consultation par le médecin Raharinosy
Le 10 décembre fortes coliques et diarrhée. Le 11 décembre selles glai¬
reuses sanguinolentes toutes les cinq minutes. Même état avec coliques
presque continues jusqu’à 12.
Séance du ii Avril 1917
279
Le 13. Le médecin Rahaiunosy fait une injection de 8 cg. d’émétine.
Les coliques cessent mais les selles restent aussi fréquentes avec glaires et
sang.
Les 14, 15, 16 et 17 décembre injection d’émétine à raison de 0 g. 06 à
0 g. 08 par jour. Du 13 au 17 décembre, le malade prit 0 g. 48 d’émétine
sans amélioration appréciable des selles qui se produisaient sans arrêt
toutes les cinq minutes. 11 avait été prescrit également lavement au tannin
puis au nitrate d’argent et à l’intérieur sulfate de soude puis aniodol,
le tout sans résultats.
Le 18 décembre, après avoir vu le malade pour la première fois, je fais
faire une injection intraveineuse de 0 g. 30 de galyl à midi malgré un
état extrême de faiblesse. Dans les 24 h. suivantes, le nombre des selles
tombe à 25. Pas de coliques. Sommeil de 3 b. de suite.
Le 20, selles moins glaireuses moins sanguinolentes au nombre de 13.
Le 21, état général bien meilleur. 14 selles. Dyspeptine Hepi*.
Le 22, deuxième injection de 0 g. 30 de galyl.
Le 23, hémorragie intestinale très forte. Injection d’émétine de 0 g. 04.
Les 24 et 25, l’hémorragie continue. Nouvelle injection d’émétine et
d’ergotine.
Le 26, cessation des hémorragies. Selles jaunes, sans glaires.
Du 26 décembre au 3 janvier, 5 à 7 selles diarrhéiques par jour.
Du 3 au 7 janvier, 3 selles par jour.
Le 8, constipation.
Le 9, lavement évacuateur. Depuis guérison complète.
Ce cas de dysenterie a été d’une gravité extrême et c'est la première fois
que je vois guérir aussi vite un malade aussi profondément atteint.
Ces quelques observations ont été choisies au hasard parmi de
nombreuses. Elles ne sauraient, je crois, laisser de doute sur le
rôle curatif du galyl.
Il est toutefois une remarque importante à faire, c’est que les
injections intraveineuses et à plus forte raison les lavements
dans la dysenterie doivent être faits d’une manière assez rappro¬
chée, il ne faut pas laisser plus de deux ou trois jours d'inter¬
valle. Deux injections suffisent le plus souvent, mais trois peu¬
vent être utiles. Les injections ont un effet supérieur à celui des
lavements. *
Les lavements doivent être la règle chez les petits enfants, car
%
les injections intraveineuses sont chez eux très difficiles ou même
impossibles à faire.
Ecole de Médecine de Tananariue, le 17 février 1917.
280
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Spirochète de la musaraigne
( Crocidura Stampflii Jentink)
Par André LEGER
Dans le sang1 d’un nombre relativement élevé de mammifères
en plus de l'homme (macaques et cercopi thèques, chauve-souris,
loutre, lapin, cobaye, souris, surmulot, marmotte, gondi, élé-
ph ant, zèbre, cheval, buffle, bœuf, mouton, antilope, chameau,
porc, sarigue), il a été signalé par différents auteurs la présence
de spirochètes, dont les caractères morphologiques plus ou
moins éloignés, et le pouvoir pathogène vis-à-vis les animaux de
laboratoire ont été étudiés et bien décrits. A cette liste déjà
longue, il convient d ajouter un autre mammifère, de l’ordre des
insectivores, la musaraigne.
Sur un exemplaire, pris au piège dans les égouts de la Ville
de Dakar, il nous a été possible de trouver des spirochètes non
rares, un par quinze champs environ du microscope (oculaire 4
compensateur et objectif i / 1 5 Sliassnie).
A l’état frais, le parasite agite assez vivement sa spirale, en
bousculant les hématies avoisinanles, ou en attirant brusque¬
ment celles sur lesquelles une de ses extrémités a pu s’accoler.
Après coloration au Laveran et au Leishman, ainsi qu’après
imprégnation à l’argent d’après la méthode de Tribondeau, il
affecte en général une direction rectiligne ou légèrement incur¬
vée, se présentant sous l'aspect d’un filament, enroulé en spi¬
rale, et terminé par des extrémités effilées, sans pourtant qu’il
soit permis de trouver de cils ou de flagelles véritables.
Très fréquemment on observe deux parasites accolés par leur
extrémité, et sans séparation absolument nette, mais jamais il n’a
été vu de chaînes composées de 3, 4> 5 ou 6 spirochètes dispo¬
sés bout à bout, ou d’amas en écheveau. De rares fois, il a été
noté des formes en S, en V, ou en boucles.
La longueur moyenne du microorganisme est de r 4 à 16 jjl sur
une largeur de o p 25 environ.
Chaque individu possède en général 4 ou 5 ondulations sur le
même plan. Chez les uns, ces tours de spire sont d’une régula-
Séance du ii Avril 1917
281
rite presque parfaite, de dimension à peu près égale, mesurant
en moyenne 2 p. de largeur sur 1 jjl à r p. 5 de profondeur; chez
d’autres, plus rares, les spires sont irrégulières, plus lâches et
moins profondes.
En outre, l’examen du sang de cette musaraigne sur frottis
coloré permettait de voir un très grand nombre d ' Anaplasma
marginale, ainsi que de très rares parasites du genre Graha-
niellci (Brumpt).
La formule leucocytaire de l’animal parasité était la suivante:
Polynucléaires à granulations neutrophiles
Polynucléaires à granulations éosinophiles
Lymphocytes .
Grands mononucléaires .
32,90 0/0
1,92 »
52,09 »
13,09 »
L'étude expérimentale du pouvoir pathogène de ce spirochète
vis-à-vis les di lîérenls animaux de laboratoire a été entreprise et
fera l'objet d’un travail ultérieur.
Signalons ici qu’à notre connaissance il n’a été observé à
Dakar, ou au Sénégal, aucun cas de spirochétose sanguicole
chez l’homme. Quoi qu’il en soit, étant donné le rôle important
joué par les animaux en général comme porteurs de virus dans
les maladies parasitaires, il nous paraît intéressant de signaler
ce spirochète trouvé dans le sang de la musaraigne. Nous pro¬
posons de le dénommer S pirochæta crocidaræ.
Laboratoire de bactériologie de l'Afrique occidentale française .
Leucocytogrégarine des chiens au Turkestan russe
Par W. L. YAKIMOFF et N. J. SCHOKHOR
»
On connaît les espèces suivantes de leucocytogrégarines des
chiens :
1) Leucocgtogregarina canis James, 1906.
2) » chattoni A. Leger, 1913.
3) » rotundata canis familiaris Martoglio,
•9i3-
Les auteurs qui ont vu ces leucocytogrégarines sont :
1) Bentley (1904, Inde), James (1906, Inde), Christophers
(1906, Inde), Gerrard (1906, Etats Malais), Mathis et Leger(i909,
282
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tonkin), Kleine (1910, lac Tanganyka), Lebœuf et Ringenbagh
(1910, Congo français), Yakimoff et Mme Nina Kohl-Yakimoff(i9io,
Tunis), Wenyon ( r 9 r 1 , Bagdad), Basile (1911, Italie), Ed. et Et.
Sergent et Senevet (1912, Alger), et M. Leger (1912, Corse).
2) A. Leger (1913, Haut-Sénégal et Niger).
3) Martoglio (1913, Erythrée).
Nous avons examiné dans les diverses localités du Turkestan
russe 1 5 1 chiens et nous en avons trouvé i5 d’infectés (9,9 o o).
Les parasites se rencontrent dans le sang périphérique, dans
les organes parenchymateux et dans la moelle osseuse. Dans le
sang, ils sont toujours intracellulaires et dans les organes
presque toujours libres.
Ils ont une forme allongée-ovoïde ou sont légèrement réni-
tormes.
Dimensions: dans le sang, 7,81-9,94 p- X 4, ^6-5,68 jjl, avec un
noyau de 2,84-3,55 p.X2,48-3,55 a et membrane 0,71-1,42 p. ;
dans la rate, 8,52-9,23 p. X 4? 26 p. avec un noyau de 3,55-
4,26 p. X 2,48-3,55 p..
Le protoplasme se colore en bleu clair; il renferme parfois de
petites granulations en nombre variable. Le noyau se colore en
rouge : il est situé soit au voisinage d une extrémité, soit au
milieu; il est plus ou moins compact ou formé de petits gra¬
nules. La membrane ne se colore pas ; on distingue un périplaste.
En somme, la leucocytogrégarine des chiens du Turkestan ne
diffère en rien de la Leucocgtogregarina canis James.
Laboratoire de la Mission pour les recherches des maladies tropi¬
cales de l’homme et des animaux au Turkestan russe , envoyée
par le Georg Speyerliaus de Francfort-sur-le-Mein , V Institut
Impérial de Médecine expérimentale de Pétrograde et le Dépar¬
tement vétérinaire de V Intérieur .Chef de la Mission : W. L. Yaki¬
moff.
Séance du ii Avril 1917
283
Hémogrégarine intraleucocytaire
d'un saurien, Tupinambis nigropunctatus
ParM. LEGER et P. MOUZELS
En examinant le sang de ces gros lézards aux riches couleurs,
Tupinambis nigropunctatus Gray (i),qui abondent dans les jar¬
dins de Cayenne, nous avons observé, chez l’un d’entre eux, une
hémogrégarine présentant cette particularité d’être constam¬
ment et uniquement intraleucocytaire.
Le parasite est inclus dans un kyste ovalaire, à parois minces
étroitement appliquées contre lui, mesurant de 9 à 1 1 ;j. de long-
sur 5 à 7 p de large. Par le Leishman, le noyau se colore de
façon assez vive ; il est tantôt arrondi, tantôt ovalaire, tantôt en
forme de crochet, un de ses côtés se laissant déprimer. Le proto¬
plasme est homogène et se teinte en bleu clair; il contient, de
façon pour ainsi dire constante, des corps chromatoïdes dissé¬
minés sans ordre, dont un, à proximité du noyau et plus bril¬
lant, donne l’apparence d’un blépharoplaste.
Au premier abord, l’hématozoaire paraît ovalaire comme le
kyste qui le contient. Mais un examen approfondi montre, sur
certains exemplaires, qu’il s agit en réalité d’un vermicule qui,
déplié, aurait 16 à 18 p. et dont la queue, progressivement
amincie, se replie le long du corps sur une large étendue ; la
grosse extrémité héberge le noyau.
Des recherches longues et attentives ne nous ont permis de
rencontrer le parasite ni dans les hématies ni à l’état de
liberté.
Les leucocytes envahis sont toujours des mononucléaires,
moyens ou grands. Le noyau de la cellule-hôte est normal
comme aspect et comme réaction colorante. Il est parfois déprimé
au niveau de l’hémogrégarine, sans que celle-ci soit en contact
intime avec lui.
Ni d ans le sang, ni sur frottis d’organes, foie, rate, poumons,
reins, nous n’avons trouvé de formes de multiplication.
(1) Détermination faite au laboratoire de M. le Professeur Roule, ;iu
Muséum d’Histoire naturelle.
284
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La particularité de l’hémogrégarine de Tupinambis nigro-
punctatus d’être intraleucocytaire mérite de retenir l’attention.
On connaît, chez des Sauriens, des hémogrégarines incluses
dans des globules blancs : Hæmogregarina agamœ de Agama
colonorum , décrite par Laveran et Pettit (i) et réétudiée par
A. Leger et Husnot (2); Hæmogregarina iguanæ Laveran et Nat-
tan-Larrier (3) de Ignnna tuberculata . Mais, chez ces repli les,
les formes parasites des globules blancs ne sont jamais seules,
et sont toujours plus rares que les formes logées dans les glo¬
bules rouges.
Comme exemple d hémogrégarine parasitant uniquement les
leucocytes chez les Vertébrés à sang froid, on pourrait citer le
parasite que Carini (4), en 1907, a décrit chez Leptodactylus
ocellatus , sous le nom de Leucocglozoon ranarum , si quelques
doutes ne subsistaient pas sur sa nature exacte (5).
Pour cetle hémogrégarine de Tapiniambis nigropunctcitus qui
nous paraît une espèce nouvelle, nous proposons le nom de
Hæmogregarina Weinbergi , en hommage à l’ami de l’un de
nous, le docteur Weinberg de l’Institut Pasteur.
*
Institut d'ilygiène et Microbiologie de la Guyane.
Note sur les constatations positives d’hémato¬
zoaires au laboratoire de bactériologie de l’armée
d’Orient pendant l’année 1916,
Par P. ARMAND-DELILLE. G. PAISSEAU et H. LEMAIRE
Nous avons pensé qu’il serait intéressant de présenter à la
Société de Pathologie exotique des graphiques portant sur les
relevés mensuels de nos constatations positives d’hématozoaires
(1) Laveran et Pettit. C. R. Soc. Biologie , 1909, t. XLVIII, p. 744*
(2) A. Leger et Husnot. C. R. Soc. Biologie , 1912, t. LXXII, p. 12.
(3) Laveran et Nattan Larrier. G. R. Soc. Biologie , 1912, t. LXXII, p. 104.
(4) Carini. Rev. da Soc. Sc. de Sào Paulo , 1907, nù 8.
(5) Carini, Centr.f. Bakter., t. LXI, 1911, d’après Bail. Inst. Pasteur , 1912,
p. 671.
Séance du ii Avril 1917
285
faites au Laboratoire d'Armée pendant l’année 1916 sur les
hommes des troupes françaises.
Nous y avons fait figurer seulement les identifications faites
par nous et par nos collaborateurs directs, MM. Jean Goulden,
Boouet et Jolly, que nous remercions de leur participation à ce
travail.
Nous avons laissé de côté les relevés des constatations faites
sur les Serbes, qui avaient pu être impaludés antérieurement.
Ces graphiques montrent au début de janvier la persistance
d’un petit nombre de cas, tant des variétés vwax que falciparum ,
dûs aux contaminations de novembre 19 15, puis la disparition
presque complète de l'hématozoaire jusqu’à la lin de mai. En
juin le PL viuctx apparaît exclusivement (17 résultats positifs).
20
286
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En juillet, ascension considérable (2i3 résultats positifs dont
i5o vivax). En août et septembre, diminution relative. En octobre,
nouvelle ascension avec 167 falciparum et seulement 10 vivax.
Puis, décroissance progressive en novembre et décembre.
Le nombre des examens demandés au Laboratoire a été moins
considérable en octobre, malgré que les cas cliniques aient été
plus nombreux en septembre, parce que les médecins, plus
avertis, ont immédiatement appliqué le traitement quinique en
injections, qui a servi de pierre de touche.
Dans quelques cas seulement de formes jeunes, nous n’avons
pu établir le diagnostic de la variété, mais pour la très grande
majorité nos identifications de schizontes de vivax et de falci¬
parum sont, croyons-nous, justifiées par la constatation conco-
287
Séance du ii Avril 1917
mi tan te et concordante de plus d’un tiers de gamètes des mêmes
variétés comme 011 le voit sur les graphiques.
Nous n’avons rencontré que quatre fois le parasite de la
quarte et exclusivement sur des hommes provenant d’Algérie,
aussi croyons-nous être en droit d’affirmer que la quarte n’existe
pas en Macédoine, ou du moins ne s’y rencontre que d’une
manière exceptionnelle.
Il est intéressant de relever la forte proportion de vivax en
juillet, puis sa disparition presque complète, tandis que la
forme tierce maligne, PL falciparum (forme estivo-automale),
augmente progressivement et se substitue à lui jusqu’en octobre
où elle occupe presque exclusivement le tableau comme agent
des formes graves observées à ce moment.
Actuellement, au contraire, nous trouvons à nouveau dans les
cas de paludisme secondaire, qui sont beaucoup plus nombreux
cet hiver que l’année dernière, étant donné l’augmentation des
effectifs et la forte impaludation, une proportion de vivax beau-
V coup plus considérable que de falciparum.
Le traitement mixte
quinine-phosphore-tartre émétique
dans quelques formes rebelles de malaria
Par Aldo CASTELLANI
11 n’y a pas de doute que, en règle générale, la quinine est le
médicament le plus puissant que nous ayons contre l’infection
paludéenne : seulement il faut la donner — au moins dans les
zones où le paludisme est à forme maligne — à fortes doses :
2 à 4 g- par jour, par la bouche dans les cas ordinaires, par
injection intramusculaire dans les cas graves, par injection
intraveineuse dans les formes pernicieuses. Néanmoins il faut
bien admettre qu’il y a des cas de malaria qui répondent très
peu et très lentement à l’action de la quinine, même donnée en
doses massives et par injection. Ces cas 11e sont pas rares dans
la zone balkanique.
Depuis longtemps, dans les formes rebelles de malaria, on a
288
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
essayé, à la place de la quinine ou en association avec elle,
d’autres médicaments : le bleu de méthylène, l’acide picrique,
le fer et principalement les arsenicaux : liquide de Fowler,
arséniale de soude et plus récemment les cacodylates, l’arséno-
benzol, le galyl, etc.
dans plusieurs cas de paludisme rebelle de la zone balkanique,
a été un traitement mixte : quinine, phosphore, tartre émétique.
Voilà les détails du traitement.
A. — Le malade prend tous les jours une potion qui contient
de la quinine et du tartre émétique, selon la formule suivante :
Sulfate de quinine .
Acide sulfurique dilué .
Tartre émétique.
Codéine ...*..
Sirop .
Eau chloroformée .
q. s. pour dissoudre
0 g. 20
0 g. 20
80 g.
De cette mixture, on donne une cuillerée à soupe (i5 cc.),
diluée dans , un demi-verre d'eau, 3 à 6 fois dans les 24 h. selon
les cas. Chaque cuillerée à soupe de la potion contient o g. 76
de quinine, o g. 01 de tartre émétique, o g. 01 de codéine. La
présence de la codéine a pour objet d’empêcher l'action vomi¬
tive du tartre émétique : en plusieurs cas, on peut l’enlever de
la potion, l’eau chloroformée étant assez souvent suffisante pour
empêcher une telle action. Dans quelques cas, on peut aug¬
menter avec avanlage la dose d’émétique. Il faut toujours se
rappeler*, lorsqu’on donne le médicament au malade, qu’il faut
diluer* la dose (une cuillerée à soupe= i5 cc.) dans un de mi- verre
d’eau, pour prévenir la sensation de brûlure à l’estomac qu’elle
peut causer quelquefois si onn emploie pas cette précaution.
Si le malade préfère des poudres ou des cachets au lieu de la
potion, on peut lui donner 4 à 6 fois par jour.
Bisulfate de quinine.
Tartre émétique.
Codéeine.
0 g. 5-0 g. 75
0 g. 01
0 g. 01
01
01
Pour poudre ou cachet.
Je dois dire que la potion donne de meilleurs résultats.
B. — Le malade, tout en prenant tous les jours la potion que
j'ai indiquée, reçoit aussi tous les jours une injection : un jour
de quinine, un jour de phosphore.
Séance du ii Avril 1917
289
Injections de quinine. — Pour les injections de quinine,
j’emploie depuis 16 ans les ampoules de bichlorhydrate de qui¬
nine, préparées par Molteni. Chaque ampoule contient 1 g. de
bichlorhydrate de quinine dans 1 cm3 d’eau. 11 faut pousser
l’injection profondément dans le muscle, de préférence dans
la région glutéale, en prenant toutes les précautions antisep¬
tiques. En suivant ces règles, on n’a jamais d’accidents sérieux :
ou peut noter assez souvent un peu d’induration douloureuse
locale et qui passe vite, mais jamais d’abcès. Dans ces rares cas
où l’induration douloureuse est très marquée, les symptômes
disparaissent, en faisant des applications chaudes locales ;
naturellement dans ces cas-là, il faut suspendre les injections
pour quelques jours. Il faut prendre garde aussi de ne jamais
faire une nouvelle injection dans l’endroit infiltré et induré.
Injections de phosphore. — J’emploie l’huile phosphorée de la
Pharmacopée Britannique, contenant 1 o o de Phosphore et qui
doit être de préparation récente. J’en donne 1 à 4 gouttes, qu’on
peut diluer avec de l'huile stérilisée, par injection. L'injection
doit être hypodermique, pas intramusculaire : on la fait sous la
peau du bras de la même manière qu’une injection de morphine.
L’injection est absolument indolore au moment où on la fait;
après quelques heures, il y a souvent un peu de douleur locale, .
mais c’est une douleur tout à fait supportable etlbeaucoup
moindre par exemple qu’après une injection d’émétine. Il y a
des années, depuis 1904, que j’emploie l’huile phosphorée par
injection dans différentes maladies : rachitisme, ostéomalacie,
leucémie, etc., et je n’ai jamais remarqué de symptômes d'em¬
poisonnement si on fait le traitement avec prudence.
•¥■ ¥
J’ai employé le traitement ;nixte que j’ai décrit dans plusieurs
cas rebelles de malaria et les résultats que j’ai obtenus sont
satisfaisants. Parmi les cas que j’ai traités, je me permets d’en
citer deux :
M. T., soldat serbe, 22 ans, a été envoyé à l’hôpital où j’étais affecté,
avec le diagnostic de : anémie 'pernicieuse . 11 n’avait, jamais eu de fièvre, il
avait la pâleur caractéristique de l’anémie pernicieuse. Foie très peu
hypertrophié, rate non palpable. L’examen du sang montre de très nom¬
breux croissants de Lavekan. On commença tout de suite un traitement à
la quinine énergique, en donnant le médicament à la dose de 4 et même
6 g. par jour. Après deux semaines de ce traitement, la condition géné¬
rale du malade était la même et le nombre de parasites de Laveran dans
290
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
le sang ne semblait pas être diminué. J’ai donné alors au malade 3 injec¬
tions intraveineuses de tartre émétique, une tous les deux jours : 0 g. 15
de tartre émétique dans 5 ce. d’eau physiologique stérilisée. Le nombre
des croissants dans le sang diminue beaucoup, mais la condition générale
du malades’amélioreseulement très peu, bien qu’ilcontinue la quinine par
bouche et qu’on lui donne aussi de la liqueur arsenicale de bouder. Trois
semaines après la dernière injection de tartre émélique, j'ai commencé le
traitement phosphoré en association avec le tartre émétique et la quinine
dans la manière que j’ai décrite. La condition générale du malade s’amé¬
liora très rapidement, la pâleur profonde disparut et six semaines après
le commencement du traitement combiné, on ne trouvait plus de parasites
de Laver an dans le sang. Le patient fut renvoyé à son régiment.
C. D., soldat serbe, 35 ans, envoyé à l’hôpital où j’étais affecté, dans un
état comateux : Rate hypertrophiée et dure. Sang positif pour les héma¬
tozoaires de Laver an. On lui fait de suite une injection de quinine
intraveineuse (1 g.), et quinze minutes après une injectron intramusculaire
de la même quantité. Après quelques heures, son état s’était amélioré, il
ouvrait les yeux, il pouvait avaler et on a commencé à lui donner par la
bouche 0 g. 75 de bisulfate de quinine en potion toutes les quatre heures.
L’amélioration a continué progressivement, pendant une quinzaine de
jours, mais après l’état est resté pour ainsi dire stationnaire pour plu¬
sieurs semaines; la rate était encore très grosse et très dure et on trouvait
encore dans le sang quelques hématozoaires. On a alors commencé le
traitement mixte quinine-phosphore-tartre émétique. La condition géné¬
rale du malade s’améliora rapidement et après trois semaines on ne trou¬
vait plus d’hématozoaires. Le soldat fut renvoyé à son régiment.
-¥■ +
Dans les autres cas de paludisme rebelle que j’ai traités avec
le traitement combiné : quinine, phosphore, tartre émétique,
j’ai eu aussi des résultats très satisfaisants, c’est-à-dire que,
toujours, il y a eu disparition complète des symptômes cli¬
niques, et l’examen microscopique du sang ne montra plus
d’hématozoaires, mais je suis loin de dire que j’ai obtenu dans
tous les cas une guérison absolue. II laut faire une distinction
entre guérison clinique et guérison absolue avec stérilisation
complète de l’individu. Plus on observe de cas de paludisme,
plus on arrive à la conclusion que, dans un nombre assez consi¬
dérable de cas, c’est une guérison clinique que l’on obtient, et
non une stérilisation complète de l'organisme, quoique l’examen
du sang puisse être constamment négatif.
Chez un certain nombre de malades, même très bien soignés,
l’infection reste latente pendant des années après l’attaque
initiale et les symptômes cliniques peuvent soudainement appa¬
raître à nouveau, un an, deux ans, cinq ans, même dix ans et
plus, après la guérison apparente de la maladie, sans que l’on
Séance du ii Avril 1917
291
puisse expliquer le phénomène par une réinfeclion, puisque l’on
voit par exemple le fait se produire chez des planteurs qui ont
contracté le paludisme aux Indes et qui se sont retirés ensuite en
Ecosse et n’ont plus quitté ce pays où le paludisme 11’existe pas.
La seule conclusion, à laquelle mes recherches m’autorisent à
arriver maintenant, est que quelques formes de paludisme qui
sont très peu influencées par un traitement quinique simple,
répondent bien à un traitement combiné : quinine, phosphore,
tartre émétique. Il est bien entendu que le phosphore et l’éméti¬
que ne sont que des adjuvants.
Zone Balkanique.
Boutons cTOrient expérimentaux
chez un Cercopithecus mona et
chez un Cercocebus fuliginosus
Par A. LAVER AN
J’ai eu l’occasion récemment d’inoculer le bouton d'Orient à
un Cercopithecus mona et à un Cercocebus fuliginosus.
L’inoculation a été faite, sur une souris infectée par Leish-
mania tropica, d’après la technique que j’ai préconisée dans
une note antérieure (1); chacun des singes a reçu trois inocu¬
lations à la face externe de la cuisse droite.
Dès le septième jour après l’inoculation, on notait, au niveau
des piqûres, des nodosités de la grosseur de grains de millet et
la ponction de ces petites nodosités donnait des Leishmama
assez nombreuses. Les boutons ont ensuite grossi, chez les
2 singes, jusqu'à atteindre le volume de gros pois et meme de
noisettes, et les Leishmania sont devenues très nombreuses dans
le produit de la ponction des boutons. Le 3oe jour après l’inocu¬
lation chez un des singes, le 35e jour chez l’autre, les boutons
se sont ulcérés; ils ont alors suppuré et se sont recouverts de
croûtes, exactement comme il arrive pour le bouton d’Orient
chez l’homme; au moment où je rédige cette note, l’évolution
des boutons n’est pas terminée et l’on trouve encore, dans le pus
(1) A. Laver an, Société de pat h . exotique, 12 avril 191O.
292
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
des boutons, des Leishmania assez nombreuses mais souvent en
mauvais étal. Je résume les observations des 2 singes.
1° Un Cercopithecus mona (1), mâle, pesant 3 kg. 400, est inoculé le
jer mars 1917 sur une souris infectée par L. tropica. Je fais, par le pro¬
cédé habituel, 3 inoculations à la face externe de la cuisse droite. —
8 mars, nodules de la grosseur de grains de millet au niveau de deux des
points d’inoculation ; la ponction des nodules donne des Leishmania non
rares. — 13, les 2 boutons ont un peu grossi, la ponction donne des
Leishmania , très nombreuses pour les 2 boutons. — 16, les 2 boutons ont
encore grossi ; Leishmania très nombreuses. — 20, les 2 boutons ont pris
le volume de petits pois ; un troisième bouton, plus petit que les premiers,
s’est développé au niveau de la troisième piqûre d’inoculation, leishmania
nombreuses dans les 3 boutons. — 24, les 3 boutons ont grossi, 2 d’entre
eux ont pris le volume de très gros pois ; les boutons sont indurés à la
base, un peu ramollis au sommet. — 27, 2 des boutftfis ont pris le volume
de noisettes, ils font une forte saillie; le troisième est. un peu plus petit;
la peau a son aspect normal au niveau des boutons Leishmania très
nombreuses dans 2 boutons, moins nombreuses dans le troisième, le plus
gros, celui qui donne le plus de pus à la ponction. — 31, boutons toujours
très gros, non ulcérés. Leishmania nombreuses dans un bouton, non rares
dans les 2 autres. — 5 avril, les boutons sont toujours très gros, indurés
à la base, un peu ramollis au sommet où la peau amincie et injectée, rou¬
geâtre, est en voie d’ulcération. Leishmania nombreuses dans 2 boutons,
rares dans le troisième, souvent en mauvais état. Globules de pus nom¬
breux, microcoques. Etat général très bon. — 9 avril, les 3 boutons qui
ont encore grossi, sont ulcérés, l’une des ulcérations a l’étendue d’une
pièce de 50 centimes ; les ulcérations, couvertes de sanie, saignent facile¬
ment. Leishmania assez nombreuses dans l’exsudât (pus et sang) d’un
bouton, non rares, mais souvent en mauvais état, dans l’exsudât des
deux autres.
2° Un Cercocebus fuliginosus (2), souvent désigné sous le nom de
mangabey , est inoculé le 1er mars 1917 sur une souris infectée par L. tro¬
pica. Il s’agit d’une femelle adulte pesant 4 kg. 150. Je fais, par le procédé
habituel, 3 inoculations à la face externe de la cuisse droite. — 8 mars,
nodules indurés de la grosseur de grains de millet aux points d’inocula¬
tion ; la ponction des nodules donne un peu de sérosité louche, contenant
des Leishmania assez nombreuses. — 13, les boutons ont grossi, ils ont
pris le volume de grains de chènevis. La ponction des 3 boutons permet
de constater dans chacun d’eux l’existence de Leishmania nombreuses ou
assez nombreuses. — 18, les boutons ont le volume de petits pois; la
ponction donne pour chacun d’eux des Leishmania nombreuses. — 22, la
ponction de 2 boutons donne des Leishmania, très nombreuses dans l’un,
non rares dans l’autre. -- 26, les boutons ont le volume de gros pois;
Leishmania très nombreuses dans 2 boutons, non rares dans le troisième.
(1) Détermination due à notre collègue M. Roubaud. Le C. mona qui est
commun dans l’Afrique occidentale (Guinée, Dahomey) est souvent désigné
sous le nom de guenon mône.
(2) Ce mangabey a été mis à ma disposition très aimablement par notre
collègue M. le D' L. Martin; la détermination est due à notre collègue
M. Roubauo.
Séance du 1 1 Avril 1917
293
— 30, les boutons se sont ulcérés; la partie médiane de chaque bouton
est recouverte par une petite croûte brunâtre au dessous de laquelle on
trouve une goutte de pus. Leishmania assez nombreuses dans 2 boutons,
rares dans le troisième. — 4 avril, les 3 boutons sont encore gros, croûtes,
suppuration peu abondante ; Leishmania nombreuses dans 1 bouton, non
rares dans les 2 autres. — 9 avril, les 3 boutons sont recouverts de
croûtes brunâtres sous lesquelles on trouve un pus sanieux. L’exsudât de
2 boutons montre du pus avec des bactéries nombreuses ; Leishmania
rares et souvent en mauvais état ; l’exsudât du troisième bouton contient
du pus avec bactéries peu nombreuses et Leishmania non rares.
On voit par ces observations que le Cercopithecus mono, et le
Cercocebus fuligiriosus, inoculés avec L. tropica , ont eu de très
beaux boutons d’Orient. Chez ces deux singes, appartenant à des
espèces sur lesquelles on n’avait pas essayé encore rinoculation
de L. tropica, les résultats ont été aussi satisfaisants que chez
les singes sur lesquels j’avais expérimenté précédemment, savoir :
Macacas si niais, M. cynomolgus , M. rhésus et Cercopithecus patcis.
Il était intéressant, pour le mangabey qui paraît réfractaire au
Tr. gambiense, de rechercher si l’inoculation du bouton d’Orient
réussirait aussi bien que chez les espèces connues déjà comme
sensibles à ce virus, ainsi qu’au Tr. gambiense.
Trichomonas de l’intestin de la sangsue
du Turkestan (Limnatis turkestanica)
Par W. L. YAKIMOFF
Les Trichomonas ont été observés chez l’homme et chez divers
animaux à sang chaud, ainsi que chez quelques animaux à sang
Iroid. Brumpt en a rencontré chez les sangsues.
Au cours de nos travaux au Turkestan, nous avons fait un
frottis avec le contenu de l’intestin d’une sangsue de l’espèce
Limnatis turkestanica qui vit dans les canaux d’irrigation
(« aryks ») des rues de Taschkente.
Dans ce frottis, ont été trouvées des formes végétatives de
Trichomonas , ovoïdes, quelquefois piriformes ou presque arron¬
dies.
Les dimensions sont : 9,94-11,36 p. X 5, 68-7,81 p., le noyau
ayant 4,26-5,68 p. X 2,84 p- Les longueurs des flagelles sont :
I. 5,68 p, IL 8,52-i r, 36 p et III. 14,20-15,62 p.
294
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En dehors des formes végétatives, nous avons encore trouvé
des formations particulières que nous croyons être des kystes du
Trichomonas. Leurs dimensions sont 18-21 u.
Outre les Trichomonas , on a encore trouvé dans le même
frottis des formations que les auteurs allemands regardent
comme des formes enkystées du Trichomonas , Alexeieff et
Brumpt, au contraire, comme appartenant aux Blastomycètes
(genre Blastocystis) ; et aussi, des amibes de taille considérable.
Nous appelons ce Trichomonas , Trichomonas ninœ kohl-yaki-
inovi.
Laboratoire de la Mission pour les recherches des maladies tropi¬
cales de l'homme et des animaux, envoyée par le Geory Speyer
haus , !' Institut Impérial de Médecine expérimentale et le Dépar¬
tement vétérinaire de /' Intérieur . Chef de la Mission : W. L.
Yakimoff.
Sur l'existence d’une éosinophilie locale
dans le Larbish ou Œrbiss des Ouoloffs
Par André LEGER
Le Larbish est une affection culanée, signalée depuis de nom¬
breuses années déjà au Sénégal et assez couramment observée
chez l’européen ; il est en effet fréquent d’en rencontrer chaque
année, sans faire de recherches spéciales dans ce sens, un cer¬
tain nombre de cas, particulièrement durant la saison des pluies.
Ressemblant en tous points par son al lure 'extérieure à une
myiase rampante linéaire, cette affection a été jusqu’ici consi¬
dérée par les différents auteurs, qui se sont occupés de la ques¬
tion, comme appartenant au cadre des affections parasitaires
produites par la pénétration sous la peau d’une larve d Œstrides.
Récemment pourtant, Roubaud (i) dans un travail très docu¬
menté sur les producteurs de myiases et agents similaires chez
l’homme et les animaux, reprenant la question, et se basant sur
les données histopathologiques nouvelles qu’il apporte ainsi que
(1) Roubaud, Etudes sur la faune parasitaire de VAfrique occidentale fran¬
çaise. Mission Bouet et Roubaud (premier fascicule), iqi4- Voir aussi ce
Bulletin, t. VII, 191/1, p. 3g8.
Séance du i i Avril 1917
295
sur les constatations cliniques, arrive à la conclusion suivante,
que dans les cas de Larbish « on peut écarter complètement
l’hypothèse d une larve mobile à l’intérieur de la peau, d’un
parasite microscopique en circulation sous l’épiderme ».
Il nous a été possible d’examiner trois cas de Larbish sur des
européens à Dakar, depuis notre récente arrivée dans la Colonie,
en pleine saison d’hivernage. Nous nous sommes particulière¬
ment attaché à étudier la cytologie de la sérosité recueillie dans
les sillons cutanés, et à dégager la formule leucocytaire des
individus atteints de celte affection, sur des frottis de sang pré¬
levé en des points différents du corps, en pleine évolution de
la maladie et après guérison .
Voici du reste un résumé succinct de nos observations:
Observation 1. — X..., habitant Dakar depuis de nombreuses années;
examiné pour la première fois le 30 septembre 1916. Présente depuis
huit jours environ des sillons très nets de Larbish, à point de départ au
niveau de la face dorsale de la phalange du médius de la main gauche.
N’est atteint ni d’helminthiase, ni d’affection intestinale à protozoaires.
L’examen cytologique de la sérosité prélevée aseptiquement dans un
des sillons cutanés donne comme résultat:
Polynucléaires neutrophiles . 46 0/0
Lymphocytes . 23 0/0
Grands mononucléaires ...... 3,5 0/0
Eosinophiles . 27,6 0/0
Le tableau suivant donne les formules leucocytaires établies sur des
frottis de sang prélevé en trois endroits différents :
Revu dans les premiers jours de novembre 1916, le malade est guéri de
sa poussée de Larbish ; les sillons cutanés ont complètement disparu, il ne
subsiste que de la rougeur au niveau des anciens tracés. La formule leu¬
cocytaire, établie à cette époque à l’extrémité du médius atteint aupara¬
vant de Larbish et du médius sain, indique le pourcentage suivant :
296
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
I
Observation 2. — Y..., examiné la première fois le 25 octobre 1916.
Atteint depuis plus de quinze jours de nombreux sillons de larbish, entre¬
lacés à la partie antéro-inférieure de la jambe droite ; la partie initiale est
noirâtre, ecchymotique, ressemblant à une plaque de gangrène sèche de
la grosseur d’une piècede cinquante centimes. Rien à signaler à l’examen
des matières fécales du malade.
L’examen cytologique de la sérosité des sillons donne :
Polynucl. neutrophiles . 44>5 o/o
Lymphocytes . 20, 5 »
Grands mononucléaires . 9,5 »
Eosinophiles . . 25,5 »
D’autre part les formules leucocytaires sont les suivantes:
Le malade est revu deux mois plus tard après guérison, et la formule
établie à ce moment indique une baisse manifeste des éosinophiles :
Observation 3. — Z..., vu pour la première fois le 24 janvier 1917,
malade depuis une dizaine de jours. — Présente à la face dorsale du petit
doigt et du médius de la main droite des tracés de larbish.
Examen cytologique de la sérosité :
Séance du ii Avril 1917
297
Polyn. neutrophiles . 5i 0/0
Lymphocytes. . 12 »
Mononucléaires . 2 »
Eosinophiles . 34 »
Formules leucocytaires établies sur frottis de sang prélevé en des points
divers du corps.
Le malade est revu le 2 mars 1917, guéri de son larbish. — L'examen
du sang sur frottis, prélevé à l’extrémité du médius antérieurement malade,
donne le pourcentage suivant d’éléments blancs :
Polyn. neutrophiles . 73,5 0/0
Lymphocytes . 21 «
Grands mononucléaires . 3 »
Eosinophiles . 2,5 »
La formule leucocytaire du sang
prélevé à l’oreille reste la suivante :
Polyn. neutrophiles
Lymphocytes .
Grands mononucléaires .
Eosinophiles .
65.i 0/0
23,7 »
8,8 »
2,4 »
Ce qui frappe, à première vue, à l’examen microscopique de
la sérosité des sillons cutanés de larbish, c’est 1 absence, ou
tout au moins, le nombre relativement restreint de microbes,
comparé à l’intensité de la réaction cytologique. En outre, la
proportion des polynucléaires éosinophiles a constamment été
trouvée très élevée (en moyenne 29 0/0). Ces éléments se pré¬
sentent avec leurs caractères cytologiques normaux : un noyau
polynucléaire polymorphe, de grosses granulations éosinophiles
prenant intensément la coloration, et bourrant l’élément cellu¬
laire à tel point que fréquemment ce dernier éclate et répand à
Fentour une véritable poussière éosinophilique.
En second lieu, nous avons observé dans nos trois cas une
réaction éosinophilique locale relativement intense, atteignant
dans une de nos observations le taux de 19,5 0/0. Le pourcen-
298
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tage des polynucléaires éosinophiles sur les frottis de sang pré¬
levé aux environs immédiats de la partie atteinte de larbish est
toujours élevé (en moyenne i4,25 o/o), alors que le chiffre de
ces mêmes éléments sanguins reste normal dans un point plus
éloigné du corps du même individu. Celte éosinophilie locale
diminue en outre avec les progrès de la guérison, le chiffre des
éosinophiles redevenant normal une fois les lésions cutanées
disparues.
Cette proportion élevée de polynucléaires éosinophiles accu¬
mulés d’une part dans la sérosité des sillons cutanés, d’autre
part dans le sang aux environs des lésions produites par le lar¬
bish, par conséquent près du point vraisemblable de pénétration
du microorganisme producteur de l’affection, prouve, comme
l’ont fait remarquer récemment à un point de vue général Wein¬
berg et Séguin ( r). le rôle important joué par ces éléments blancs
dans la protection de l’organisme contre l’infection, rôle de
défense contre les toxines microbiennes ou parasitaires.
Laboratoire de bactériologie
de l' Afrique occidentale française . Dakar.
Les tiques des animaux domestiques
du Turkestan russe
Par W. L. YAKIMOFF
Nous avons recueilli les tiques des animaux domestiques dans
diverses localités du Turkestan : Taschkente, Samarcande,
Boukhara, Ashabade, Termèse et Kouschka (ces deux derniers
sur la frontière afghano-russe).
A) Chevaux
Ihyalomma œgyplium dromedarii Ivoch. — Taschkente.
Rliipicephalus simus simus Koch. — Taschkente.
B) Bovidés
Hyalomma œgyptium œgyplium L. — Taschkente, Boukhara et Kouschka.
Dermacentor reticulatns reticulcdus F. — Kouschka.
(i) M. Weinberg et P. Séguin. — Annales de V Institut Pasteur, mai 1 9 1 4 ,
t. XXVIII, p. 470 ; et juillet iqi5, t. XXIX, p. 323.
Séance du ii Avril 1917
299
Margaropus annulatus calcaratus Birula. — Taschkente.
C) Chameaux
H f/alomma œgyptium œgyptium L. — Taschkente et Ashabade.
Hyalomma syriacum Koch. — Samarcande.
Margaropus annulatus calcaratus Birula. — Taschkente et Ashabade.
D) Poules
Argus persicus persicus F.-W. — Taschkente et Termèse.
Ainsi nous avons trouvé au Turkestan six espèces de tiques.
Dans le livre de M. le Professeur G. Neumann « Ixodidæ » (dans
« Das Tierreich », 1 9 1 r ) , nous voyons que les auteurs avant
nous avaient trouvé dans le Turkestan quatre espèces :
Hyalomma œgyptium œgyptium L., Dermacentor reticulatus
reticulatus F., Rhipicephalus simus Ivocii et Argas persicus per¬
sicus F.-W.
La présence de Rhipicephalus simus simus Ivocn était douteuse
(d’après Neumann, on le rencontre en Egypte, au Sénégal, en
Chine, à Zanzibar, au Kilimandjaro, Afrique Orientale alle¬
mande, au Togo, à Sierra-Leone, dans l’Afrique Australe et
à Madagascar). Nous l’avons trouvé à Taschkente sur le cheval.
En outre des quatre espèces rencontrées par nos devanciers
nous avons encore trouvé deux espèces : Hyalomma syriacum
Koch et Margaropus annulatus calcaratus Birula.
Nous donnons deux listes : 1) des genres et des espèces de
tiques en Russie et 2) distribution des tiques dans les localités
(gouvernements, régions « oblaste »).
I. — Liste des genres et des espèces des tiques en Russie.
1X0 DI NI
lxodaria.
Genre: Jxodes Latreille.
Ixodes arclicus IIer». Osborn. — Iles Poibylevy (d’après Nuttall).
» arénicole Eichw. — Bords de la Mer Caspienne et Podolie (espèce
douteuse ; d’après Neumann, probablement Hyalomma œgyptium).
Ixodes berlesei Birula. — Bords d’Angara (d’après Neumann, la descrip¬
tion et les figures sont insuffisantes).
Ixodes cornu g er Kol. — Caucase (espèce douteuse; d’après Neumann,
probablement Hyalomma syriacum).
Ixodes andyptidis var. singnatus Birula. — Ungalaschka (Iles Aléon-
tiennes).
Jxodes hirsutus Birula. — Ungalaschka, Sibérie orientale.
» reduvis L. — Caucase, gouvern. de lview, Koursk, Nijni-Nov-
gorode, Riasan et du nord-ouest, et Finlande.
Ixodes spinocoxalis Neumann. — r Caucase.
300
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
» trianguliceps Bihula. — Bords du lac d’Onega (espèce douteuse;
d’après Neumann, probablement Jxodes tenuiroüris).
Rhipicephaloria.
Genre : Rhipicephalus G. L. Ivoch.
Rhipicephalus bursa Can. et Franz. — Caucase.
» rossicus Yakimoff et Kohl-Yakimoff. — Gouvern.
Saratow.
Rhipicephalus sanguineus Latr. — Caucase.
» simus Ivoch. — Turkestan.
Genre : Margaropus Kaksch.
Margaropus arinulatus calcaratus Birula. — Caucase, Turkestan.
Genre : Hyalomma G. L. Koch.
Hyalomma œgypiium L. — Gouvern. d’Astrakhan, Kherson et Tscher-
nomorsk, Caucase, Sibérie, Turkestan.
Hyalomma syriacum Koch. — Caucase, Turkestan.
Amblyommataria.
Genre : A ponomma Neumann.
Aponomma crassipes Neum. — Steppes des Kirghises(?)
Genre : Dermacenlor C. L. Koch.
Dermacentor reticulatus Fabr. — Gouvern. de Koursk, Mohilev, Riasan,
Saratow et Kherson, oblastes Primorsk, Caucase, Sibérie, les bords de
l’Amour, Turkestan.
Dermacentor variegalus var. Kamschadalas. — lvamchatka.
Genre : Hœmaphysalis C. L. Koch.
Hœmaphysalis ambigua Neum. — Caucase (?)
» concina concilia Koch. — Pologne.
» concina Kochi Neum. — Amour.
» flava Neum. — Caucase.
» leporis Pack. — Caucase.
» Neumanni Dünitz. — Gouv. de Primorsk.
y> papuana Thorell. — Caucase.
» punclata Can. et Franz. — Gouvern. de Kherson, Caucase.
Argatini
Genre : Argus Latr fille.
Argas persicus F.-W. — Gouvern. Saratow, Caucase, Turkestan.
» reflexus Fabr. — Ville d’Odessa.
Genre : Ornithodoros Koch.
Ornühodoros canestrini Birula. ) r
)) tholozani Lab. et Megn. ) aucase>
» talayœ Guér. — Bords du lac d’Aral.
Ainsi jusqu’à présent en Russie est enregistrée l’existence de
33 espèces de tiques : 9 Ixodes (3 douteux), 4 Rhipicephalus ,
1 Margaropus , 2 H galomma, 1 Aponomma, 2 Dermacentor , 2 Hœma¬
physalis, 2 Argas et 3 Ornithodoros.
t
301
Séance du i i Avril 1917
11. — Distribution des espèces des tiques par gouvernements , elc.
a) Bussie d’Europe
Gouv. Astrakhan : Hyalomma œgypiium L.
» Kherson : Hyalomma œgyptium L. — Dermacentor reticulatus F.
» Kiew : lxodes reduvius L.
» Ko u a sk et Mohilev : Dermacentor reticulatus F.
» Nijni-Novoorode : lxodes, reduvius L.
» Riasan : lxodes reduvius L. — Dermacentor reticulatus F.
» Saratow : Dermacentor reticulatus F. — Rliipicephalus rossicus
Yakimoff et Nina Kohl-Yakimoff. — Argas persicus F.-W.
Gouv. Tschernomorsk : Hyalomma œgyptium L.
Ville cI’Odessa : Argas reflexus F.
Nord-Ouest : lxodes reduvius L.
Caucase : lxodes reduvius L., /. spiuocoxalis Neum., — Hæmaphysalis
flava Neum., H. inermis Birula, /7. punctata Can. et Franz., H. papuana
Thor., H. ambiguü Neum., H. leporis Pack. — Margaropus annulatus Say.
— Rliipicephalus calcaratus Birula, Rk. bursa Can. et Franz., Rh. sangui -
nous Latr., — Dermacentor reticulatus Fabr. — Hyalomma œgyptium L.,
H. syriacum Koch. — Ornithodoros capestrini Lab. et Mégn.
F in lan de : lxodes reduvius L.
Pologne : Hæmaphysalis concilia Koch.
Bords de la mer Caspienne : lxodes arenicola Eichw.
» du lac d’Onega : lxodes trianguliceps Birula.
b) Russie d’Asie
Kamtschatka : Dermacentor variegatus var. Kamschadalus .
Oblaste Primorsk : Dermacentor reticulatus F. — Hæmaphysalis neumani
Dônitz.
Unalaschka (lies Aléoutiennes) : lxodes hirsutus Birula, /. sinynatus
Birula.
Sibérie (localités ?) : H yalomma œgyptium L. — Dermacentor reticulatus
Fabr.
Sibérie orientale : Ornithodoros talajœ Guér.
Turkbstan : Hyalomma œgyptium L., H. œgyptium dromedarii Koch,
H. syriacum Koch. — Dermacentor reticulatus F. — Rliipicephalus simus
Koch. - Margaropus annulatus calcaratus Birula. — Argas persicus F. W.
Bords de l’Amour : lxodes ovatus Neum., — Hæmaphysalis hirudo Koch,
//. concilia Koc/iii Neum . — Dermacentor reticulatus F.
Bords d’Angara : lxodes berlesei Birula.
Bords d’Aral : Ornithodoros talajœ Guér.
Steppes des Ivirghises : Aponomma crassipes Neum.
Laboratoire de la Mission pour les recherches des maladies tropi¬
cales des hommes fit des animaux au Turkestan russe, envoyée
par le Georcj Speyerhaus, l'Institut Impérial de Médecine expé¬
rimentale et le Département vétérinaire de V Intérieur. Chef de
la Mission : W. L. Yakimoff.
•2 1
302
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Maladies animales du Turkestan russe
à parasites endoglobulaires
Par W. L. YAKIMOFF et collaborateurs
Nous avons observé chez les animaux au Turkestan russe
les maladies à hématozoaires endoglobulaires suivantes:
A. Piroplasmoses .
Piroplasmose des bovidés.
» des chevaux.
» des moutons.
» des chèvres.
» des loups.
B. Tlteilérioses.
Theilériose des bovidés.
» des moutons.
» des chameaux.
» des renards.
C. Nutlallioses.
Nuttalliose des chevaux.
» des ânes.
D. Anaplasrnoses.
Anaplasmose des bovidés.
» des chevaux.
» des chiens.
A. Piroplasmoses
1. — Piroplasmose des bovidés
Par W.-L. Yakimoff, N. -J. Schokhor et P.-M. Koselkine
Deux auteurs, Kovalevsky et Stolnikoff, ont observé au Tur¬
kestan russe la maladie qu’ils appellent piroplasmose. Mais
le premier, sous ce nom, confond deux maladies distinctes :1a
Séance du il Avril 1917
303
piroplasmose et la theilériose ; il est probable qu’il a observé
l’association de ces deux affections et en outre l’association avec
quelques affections bactériennes, parce qu’il n’a pas toujours
fait les examens bactériologiques ni même les examens du sang.
Stolnikoff a observé l’épizootie dans un troupeau (52 animaux)
avec une mortalité de 6 r , 5 0/0.
Nous avons trou vê la piroplasmose à Taschkente et à Boukhara.
Sans doute, elle existe aussi dans d’autres localités du pays.
Le sy.mptôme principal est l'hémoglobinurie ; dans l’urine, il
y a quelquefois de l’albumine. Les muqueuses sont plus ou
moins colorées en jaune. Il y a diminution et quelquefois absence
d’appétit, absence des mouvements de l’estomac et diminution
des mouvements péristaltiques de l’intestin. La production du
lait est diminuée. Il peut y avoir diarrhée. L’état général est
mauvais. La température atteint 4i°3. Pouls accéléré jusqu’à 120 ;
respiration jusqu’à 60. Le nombre des érythrocytes est diminué ;
polychromatophilie et basophilie. Le pourcentage de l’hémoglo¬
bine est diminué.
Le Piroplasma bigeminum est morphologiquement identique
de celui des autres pays. Dimensions : des piriformes 1,42-
2,i3 u. X 1-1,42 u, des ronds 1,42-2, i3 p.
Nous avons traité les animaux malades par le trypanobleu
avec grand succès. Nous avons injecté 25 cm3 à 1 0/0 dans l’eau
physiologique. La dose de 2-3 g. est suffisante. L’effet est très
remarquable : les parasites disparaissent du sang même dans la
forme grave (en 12 h.), la température s’abaisse. La guérison est
définitive :
au 3e jour après l’injection du trypanobleu
4 e » » »
5e » » „ »
6e » » »
7e » » »
8e » » »
14e » » »
1 cas.
4 »
1 »
3 »
1 »
4 »
1 »
Jr
11. — Piroplasmose des chevaux
Par W.-L. Yakimoff, N. -J. Schokhor et P.-M. Koselkine
La piroplasmose équine existe depuis longtemps dans q uelques
localités du Turkestan. Les vétérinaires du pays ont dit aux
membres de la Mission que, chez les chevaux (principalement
304
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
militaires), on observe une maladie, caractérisée par l’ictère des
muqueuses, quelquefois par l’urine sombre, et souvent suivie
de mort.
Kovalevsky (1909), à Taschkent, a fait l’autopsie d’un cheval qui
avait eu dans le sang des parasiles en forme de petits anneaux,
tout à fait caractéristiques pour la piroplasmose. Dans un
deuxième cas compliqué d’anthrax, il a trouvé aussi les parasites
arrondis. Kopaneff (1910), dans le gouvernement Transcaspien,
a observé deux cas de piroplasmose. Enfin Belitzer a vu des
piroplasmes sur les frottis de sang envoyés par les vétérinaires
des gouvernements Syr-Daria et Tergana.
Chez les chevaux du Turkestan, nous avons vu deux parasites :
Piroplasma cciballiel Nuttcillia eqai.
Ici nous parlons de la maladie provoquée par le Piroplasma
caballi.
Symptômes cliniques. — La température s’élève jusqu’à 4i°4-
Pouls jusqu’à 100, dans les cas graves, il est filiforme. Respira¬
tion jusqu’à 4o, du type abdominal. L’appétit a disparu. L’état
général est mauvais. Les yeux sont à demi-ouverts, quelquefois
larmoyants; sur la muqueuse des yeux, il y a des pétéchies. Les
muqueuses sont plus ou moins colorées en jaune. L’urine est
dense, de couleur sombre jusqu’à rouge-brun; quelquefois, il
y a de l’albumine. Le pourcentage de l’hémoglobine peut tomber
jusqu’à 35.
Autopsie. — Le ventre est ballonné. Le tissu adipeux est pau¬
vre et coloré en jaune. Dans le péritoine, il y a une petite quan¬
tité de liquide sanguin. Le péritoine et la séreuse des intestins
sont colorés en jaune-citrin. Les intestins sont ballonnés; la
muqueuse est catarrhale. La rate est doublée de volume; sur la
surface sont de nombreuses pétéchies ; la pulpe est ramollie.
Le foie est friable. Les reins sont congestionnés, friables ; la
couche médullaire est plus colorée que la corticale. Les pou¬
mons sont œdémateux ; la plèvre q uelquefois présente une infil¬
tration gélatineuse. Dans le péricarde on trouve jusqu’à deux
verres de liq uide jaune foncé. Le cœur est hypertrophié, friable.
Dans la vessie, il y a une petite quantité d’urine brun foncé ; sur
la muqueuse, petéchies nombreuses. Sur les frottis de la rate,
piroplasmes arrondis.
Le Piroplasma caballi du Turkestan 11e diffère en rien de celui
des autres pays : poires isolées ou bigéuiinées et parasites
Séance du 1 1 Avril 1917
305
arrondis. Dimensions : éléments piriformes 2,r3-3,go y. X
0,71-1,42 p ; él. arrondis 2,i3-2,84 p
Le traitement par le trypanobleu (3-4 g.) a donné de bons
résultats.
III. — Piroplasmose des moutons
Par W.-L. Yakimoff.
Dschunkowsky et Luns (1907) sont les premiers qui aient vu
en Russie (Transcaucasie) la piroplasmose des moutons. Mais
d’après les dessins de ces auteurs russes nous voyons qu'ils ont
observé l’association de deux parasites : des piroplasmes et des
theiléries. En Transcaucasie, cette maladie fait de grands
ravages.
Au Turkestan, nous ayons vu, sur les frottis du sang des mou¬
tons tués aux abattoirs de Taschkente, des piroplasmes et des
theiléries. Les cas à piroplasmes sont plus rares que ceux à
The iler t'a.
Les piroplasmes ont la forme de grandes poires. Il n’y a
jamais qu’un parasite par érythrocyte.
IV. — Piroplasmose de chèvres
Par W.-L. Yakimoff et N. -J. Schokhor
Dschunkowsky et Luns ( 1909) ont trouvé cette maladie en Trans¬
caucasie. Ces auteurs ont vu des parasites petits, arrondis,
ovales ou ovale allongé, de dimensions moindres que chez
les moutons. Peut-être que les parasites des auteurs russes ne
sont pas des piroplasmes, mais des theiléries (rappelons que
Schellhase, en 1 9 1 3 , da ns l’ A frjq u e ori en ta I e allemande, a trouvé
chez les chèvres des parasites du type Theileria mutans).
Dans le Turkestan, nous avons vu, sur les frottis d’une chèvre
tuée aux abattoirs de Taschkente, un parasite cndoglobulaire
assez grand et ressemblant plus aux piroplasmes que ceux vus par
les auteurs cités.
V. — Piroplasmose des loups
Par W.-L. Yakimoff et N. -J. Schokhor
Nous avons examiné de nombreux frottis du sang et de la
I
806
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rate de plusieurs centaines de chiens à Taschkent, Samarcande,
Boukhara, Ashabade, Merve, Kouschka et du village(« kyschlak»)
Toï-Tubé, et jamais nous n’avons vu de piroplasmes. Mais nous
n’examinions que les chiens des villes (sauf pour le village de
Toï-Tubé) et peut être la piroplasmose des chiens existe-t-elle
dans les villages.
En revanche, la piroplasmose des loups existe dans toutes les
localités du Turkestan où nous avons travaillé.
Cette maladie est très répandue. Ainsi aux abattoirs de Tas-
chkente, sur 198 animaux, i4y (soit 75,9 0/0) sont infectés; à
Boukhara, sur 82 animaux, 20 sont infectés (soit 62,5 0/0).
Le degré de l’infection a été variable. A Taschkent, sur 1
infectés :
4- • • . •
4 peu .
4- très peu .
1 ( 0,6 0/0)
2 ( 1,3 0/0)
2 ( 1,3 0/0)
19 (12,2 0/0)
123 (82,9 0/0)
Nous voyous qu’en général l’infection était latente et les
parasites si rares qu’il était nécessaire d’examiner le frottis un
long temps pour trouver un parasite. Seulement chez les deux
animaux isolés aux abattoirs en raison de leur température très
élevée, les parasites ont été très nombreux.
La forme de ces parasites est en anneau ou en poire (petites
poires). La forme bacillaire est très rare. Toutefois nous avons vu
la division en 4 sous forme de croix. On a observé l’association
des t h e i lé ri es et des anaplasmes. La dimension moyenne des
parasites est, pour les arrondis, 1,42 p, pour les bacillaires, 2,18 p
et pour les piriformes 1 , 5 p. Dans un érythrocyte, il y a quelque¬
fois 8 parasites.
La rareté des parasites indique que l’hôte est en bonne santé
(au moins il n'est pas possible de soupçonner l'infection). En
effet nos observations nous ont amené à la conclusion que ces
theiléries produisent une maladie chronique. Mais on note des
cas intéressants.
Un loup est tué à Termèse (frontière afghano-russe). Dans
le sang périphérique, nous avons trouvé des parasites pirifor¬
mes et ovoïdes, ressemblant au Piroplasma canis. Dimensions :
des piriformes 3,55 px 2,48-2,84 p et des ovoïdes 4,26 pX 2,84p.
Le protoplasme se colore en bleu : i-3 caryosomes.
Séance du 1 1 Avril 1917
307
Dans le sang, polychromatophi lie, poïkylocytose et anisocytose.
Rappelons que Nuttall et Graham-Smith ont essayé sans
succès d’infecter deux chacals ( Canis mesomelas ) avec le Piro-
plasma canis. Patton (1910), à Madras, a trouvé chez les chiens
et chez les chacals ( Canis aurais) le Piroplasma gibsoni et
Nuttall (1910) chez un chacal d’Afrique ( Canis adustis) Piro¬
plasma rossi. Nuttall a eu l’intention d’infecter les loups avec
le Piroplasma canis , mais nous ne savons pas s’il a fait cette
expérience.
B. Theilérioses
1. — Theilériose des bovidés
Par W.-L. Yakimoff et N. -J. Schokiior
Kovalevsky (1909) et Stolnikoff (1908), dans le gouvernement
de Syr-Darïa, ont vu, dans le sang des bovidés, de petits parasites,
dimensions de i/6-i/3 du diamètre de l’érythrocyte, pirifor-
mes, ronds et bacilliformes, que ces auteurs ont regardé comme
le Piroplasma annulatum observé par Dschunkowsky et Luhs en
Transcaucasie.
Kovalevsky et Stolnikoff ont sans doute vu des Theileria ,
mais nous doutons qu’ils aient observé la « piroplasmose tropi¬
cale » de Transcaucasie.
Nous avons vu des cas aigus de theilériose des bovidés.
Nous avons vu deux animaux avec température très élevée,
abattement général, mais sans autres symptômes; dans le sang,
les parasites étaient très nombreux : 80 pour cent des érythro¬
cytes étaient infectés. Après quelques jours, la température s’est
progressivemen t abaissée, la quantité des parasites a diminué,
mais ils n’ont pas disparu.
Ainsi au Turkestan existent deux formes de la theilériose :
aiguë et chronique. Il semble que la première forme dure quel¬
ques jours et ensuite devient chronique. Dans celle-ci, les para¬
sites ne disparaissent pas définitivement du sang.
La forme bénigne de la maladie et l’existence de parasites dans
le sang des animaux sains indiquent que la Theileria du Turkes¬
tan n’est pas Theileria parva , mai&peut être Theileria mut ans ou
variété de cette espècè.-
308
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pour le démontrer expérimentalement, nous avons inoculé
avec du sang très riche en theiléries deux veaux tout à fait sains.
Après quelques jours, ont apparu des theiléries rares, mais les
jours suivants, le nombre n’a pas augmenté ; il a de plus en
plus diminué, mais il n’y a pas eu disparition définitive.
Cette expérience démontre que celte T/ieileria est Theileria
mutons (ou peut-être une variété), mais pas Theileria pnrva.
Experirnenti causa nous avons injecté, dans la veine de deux
animaux infectés, du néosalvarsan (4 g. 2) et du trypanobleu
(3 g.), mais sans résultats : les parasites n’ont pas disparu et
même n’ont pas diminué en quantité.
S’il existe au Turkestan une autre theilériose « pathogène »,
il est nécessaire de poursuivre les recherches.
II, — Theilériose des moutons
Par W.-L. Yakimoff et P. -S. Paroïsky
Nous avons trouvé des theiléries sur les frottis de sang d’ani¬
maux tués aux abattoirs de Taschkente : forme ovale ou en
poire, de i,5 jx, avec un petit bloc de chromatine. Les parasites
bacilliformes sont très rares. Nous n'avons pas vu la division
en 4-
Schellhase a vu en même temps (iqi3) des parasites sembla¬
bles en Afrique orientale allemande et plus tard Macfie (1914)
en Nigeria et Rodhain (1919) au Congo belge. Ce dernier auteur
en 1916 les a appelés Theileria ouis, mais Yakimoff leur avait
déjà donné ce nom au commencement de 1914 (V- ce Bulletin,
t. IX, 1916, n° 4)«
III. — Theilériose des chameaux
Par W.-L. Yakimoff
Trois fois nous avons trouvé dans les érythrocytes des cha¬
meaux des parasites semblables morphologiquement aux thei¬
léries : formes rondes avec chromatine légèrement colorée en
rouge. Peu de parasites; toujours 1 par hématie. Nous n’avons
pas vu de formes de division.
Nous croyons que ce parasite appartient aux Theileria et nous
le nommons provisoirement Theileria camelensis n. sp.
309
Séance du ii Avril 1917
IV. — Theilériose des renards
Par YV.-L. Yakimoff et N. -J. Schokhor
Plusieurs renards sont tués à Termèse. Sur les frottis du sang1
péri phérique d’un animal, nous avons trouvé dans les érythro¬
cytes de rares parasites du genre Theilerici , sous la forme
d’anneaux avec une masse de chromatine. L’infection des héma¬
ties était très faible.
C. Nuttallioses
1. — Nuttalliose des chevaux
Par W.-L. Yakimoff, N. -J. Schokhor et P.-M. Koselkine
Le vétérinaire Kopaneff (à Ashabade) a vu chez un cheval des
parasites qu’il a appelés piroplasmes. Mais ses dessins montrent
nettement que ces organismes ne sont pas des piroplasmes pro¬
prement dits, mais des Nuttallia (division en 4 sous la forme de
croix).
Nous avons vu dans le Turkestan plusieurs cas de nuttalliose,
pure ou associée avec la piroplasmose.
Cliniquement, il y a une température élevée (jusqu’à 4i°
et plus), un pouls accéléré (100), un état d’abattement, de l’ic¬
tère, mais il n’y a pas d’hémoglobinurie comme dans l’infection
due au Piroplasma cabnlli . Sur les frottis de sang, les parasites
sont quelquefois en 4 sous la forme de croix.
Nous avons traité un cheval avec le trypanobleu avec succès.
Theileii dit que le trypanobleu n’agit pas sur Nuttallia equi,
Pourquoi notre cheval a guéri, nous ne pouvons pas le dire. Peut"
être la nuttalliose du Turkestan diffère-t-elle de celle du Trans¬
vaal et existe-t-il plusieurs sous-espèces de Nuttallia equi. Mais
Goodal dit que le trypanobleu agit sur Nuttallia equi comme sur
Piroplasma caballi.
Nous avons encore vu les Nuttallia equi sur les frottis de sang
de chevaux tués aux abattoirs de Taschkent (2 fois sur iq4
= i»9 °/o)-
.La forme des parasites est ronde, en anneaux et rarement en
310
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
poires. Dimensions : des rondes 1,42-2,48 p, des piriformes
0,7 1-1 ,42 p X 1 ,42-2, 1 3 p.
Rappelons que Dsciiunkowsky et Luhs ont vu la nuttalliose
des chevaux en Russie (Transcaucasie).
11. — Nuttalliose des ânes
Par W.-L. Yakimoff
Nous avons vu plusieurs cas de nuttalliose chez les ânes
à Boukhara.
La forme des parasites est arrondie, ou légèrement ovoïde,
quelquefois piriforme. La chromatine est bien développée. Nous
n’avons pas vu les formes de division en quatre.
La nuttalliose des ânes existe aussi en Transcaucasie (Dschun-
kowsky et Luhs).
D. Anaplasmoscs
1. — Anaplasmosc des bovidés
Par W.-L. Yakimoff et N.-J. Schokhor
L’anaplasmose des bovidés existe au Turkestan. Probablement
Stolnikoff (1908) l'a vue, mais il l a prise pour une forme de
Piroplasma annulatum .
Nous avons examiné les frottis du sang de 193 animaux à
Taschkente et, chez 147 nous avons vu la theilériose pure, et
chez i3 anaplasmose -f- theilériose. L’anaplasmose pure n’a été
vue qu’une fois.
Nous avons vu uniquement V Anaplasma marginale ; jamais
Y Anaplasma centrale.
Les parasites ont une forme régulièrement arrondie. Dans les
hématies, on en trouve 1, rarement 2. Quelquefois, on rencontre
des formes en haltère (division). Quand existent simultanément
les piroplasmes et les anaplasmes, ceux-ci sont rares ; quand il
y a anaplasmose pure, les parasites sont assez nombreux.
Avec le Giemsa, ils se colorent en violet foncé. Diamètre :
o,5-i,25 p.
Séance du ii Avril 1917 311
II. — Anaplasmose des chevaux
Par W.-L. Yakimoff et P.-M. Ivoselkine
Nous avons observé l’anaplasmose chez deux chevaux : une
fois associée avec Nuttallia equi et l’autre fois pure.
Chez les ânes, nous n’avons pas vu ces parasites.
III. — Anaplasmose des chiens
Par W.-L. Yakimoff
La première fois nous avons vu cette anaplasmose chez un
chien qui était fortement infecté par la leishmaniose naturelle.
Nous ne donnons pas la description des symptômes ni les
résultats de l’autopsie parce qu’il est très difficile de dire ce qui
se rapporte à la leishmaniose et ce qui se rapporte à l’anaplas¬
mose.
Avec l’émulsion des organes de ce chien, nous avons infecté
deux autres chiens qui n’ont pris que la leishmaniose et ne se
sont pas infectés avec l’anaplasmose.
Après nous avons vu encore plusieurs cas d’anaplasmose de
chiens; mais jamais chez les moutons et les chèvres.
Laboratoire de la Mission pour les recherches des maladies tropi¬
cales de l’homme et des animaux au Turkestan russe, envoyée
par le Geory Speyerhaus, de Francfort-sur-le-Mein , l'Institut
Impérial de Médecine expérimentale de Pétroyrade et le Déyar-
tement vétérinaire de I Intérieur, Chef de la Mission W. L.
Yakimoff.
La schizogonie chez les entamibes
intestinales de l'homme
Par G. MATHIS et L. MERCI EK
Si la notion d’une multiplication schizogonique est unanime¬
ment acceptée pour Entamœba coli Lôsch emend. Schaudinn 1903,
elle est au contraire très fortement contestée pour Entamœba
dysenteriœ Gouncilman et Lafleur 1891 (Mathis et Mercier,
1916 a).
312
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Toutefois, s’il est exact que l’Amibe banale du colon présente
une schizogonie, nous montrerons que celle-ci s’effectue par un
processus différent de celui qui a été décrit jusqu’ici. Quant à
l’Amibe pathogène, nos observations nous permettent d’affirmer
qu elle ne se multiplie jamais par schizogonie, mais uniquement
par division simple.
La schizogonie chez E . coli.
Quand on examine les selles d’un individu porteur d ’E. coli ,
on est frappé par la diversité d’aspects (Mathis 1913 a, Mathis et
Mercier 1917 b) que présentent les kystes suivant leurs dimen¬
sions, le stade de leur développement, le nombre de leurs noyaux
et la structure de leur cytoplasme. Mais jusqu’ici on pensait
qu’il ne s’agissait que de variations d’un même type et que tous
les kystes n’appartenaient qu’à une seule catégorie. Cependant
James (1914), ayant observé notamment que la structure du cyto¬
plasme de certains kystes était très semblable à celle des amibes
végétatives, avait déjà pensé qu’il existe chez E. coli « deux,
sinon trois sortes de kystes ».
Nos observations personnelles, confirmant en partie les vues
de James et les précisant, nous permettent d'affirmer qu’il existe
chez E. coli deux catégories de kystes : des kystes gamogoniques
ou sexués et des kystes schizogoniques ou asexués. A l'état frais,
il est souvent difficile de distinguer ces kystes, mais sur prépa¬
rations fixées au sublimé aleoolo-acétique et colorées à l’hémato-
xyline ferrique et éosine, il est possible, par un examen attentif
et à la condition que la différenciation ait été poussée à un degré
convenable, de les caractériser.
Les kystes de la première catégorie possèdent une membrane
d’enveloppe épaisse, à double contour, un cytoplasme grenu,
sidérophile, très finement alvéolaire et un nombre de noyaux
jamais supérieur à huit. Les amibes donnant naissance à ces
kystes sont toujours uninucléées; elles s’arrondissent, perdent
leur motilité, expulsent complètement leurs enclaves et s’entou¬
rent d’une membrane kystique avant que se manifestent les phé¬
nomènes de multiplication nucléaire. Celle-ci s’effectue par des
processus mésomitotiques successifs et généralement synchrones,
qui aboutissent à la formation de huit noyaux sensiblement de
même diamètre. Par leurs dimensions, la majorité de ces kystes
Séance du i i Avril 1917
313
se répartissent en deux séries à peu près égales en nombre et
mesurent les uns 1 1\ p, les autres i5 p. 5 (sur préparations fixées
et colorées). Par analogie avec ce que nous avons admis pour
E. dijsenteriœ , nous considérons (Mathis et Mercier 1916 b) les
premiers comme des microkystes (fig. 1), le» seconds comme des
macrokystes (fig. 2). Ces kystes, vraisemblablement de sexualité
différente, constituent, à notre avis, des kystes gamogoniques,
car nous supposons qu’après ingestion ils donneront naissance
à de petites amibes qui copuleront deux à deux.
Les kystes de la deuxième catégorie ou kystes schizogoniques,
comparativement aux kystes gamogoniques ayant le même nom¬
bre de noyaux, ont une membrane d’enveloppe plus mince.
Cette particularité les rend plus facilement déformables, aussi
n’est-il pas rare de rencontrer dans les préparations des kystes
de forme irrégulière, analogues à celui que représente la
figure i3.
Les kystes schizogoniques possèdent un cytoplasme éosino¬
phile, à structure largement alvéolaire et montrant encore fré¬
quemment de grandes vacuoles (fig. 8) co,mme celui des amibes
végétatives. Le nombre de leurs noyaux, habituellement de huit,
peut s’élever jusqu’à seize (fig. 12 et i4) et, dans les kystes en
voie de développement, ces noyaux sont souvent de tailles iné¬
gales (fig. 8, 9, 11 et i3). Les dimensions de ces kystes varient
dans de grandes limites, de 1 4 à 26 a (sur préparations fixées et
colorées), mais les plus nombreux mesurent 17 p. Alors que
1 . Microkyste, 2. Ma¬
crokyste. (Fix. sublimé
alcoolo-acétique ; col. Hé-
m a toxy I i n e fe r r i q 11 e - éo¬
sine). 3. Amibe mobile
uninucléée, 4. Amibe mo¬
bile binucléée, 5. Schi-
zonte à quatre noyaux, 6 .
Schizonte à huit noyaux,
7. Schizonte à seize
noyaux, 8. Kyste schizo-
gonique à deux noyaux.
9. Kyste schizogonique
dont un noyau est en
voie de division, 10. Kyste
1
IOja flOp
Fig. 1 et 2. — Kystes gamogoniques d’E. colt.
T W ~ ~ ~ * » ~ J J — -v-
schizogonique h huit noyaux, 11 et 12. Kystes schizogoniques, l’un à dix,
l’autre à seize noyaux, 13. Kyste schizogonique déformé, 14. Grand kyste
schizogonique à seize noyaux, 15. Kyste dont la membrane d’enveloppe
r _
Fig. 3 à 15. — Fvolution des kystes sciiizogoxiques d’ Entamœba coli
est rompue et d’où sortent de petites amibes. (Sublimé alcoolo-acétique
hématoxyline ferrique éosine).
Séance du ii Avril 1917
315
révolution des kystes gamogoniques a pour point de départ un
stade amibien uninucléé, les kystes schizogoniques se constituent
au dépens de formes végétatives uni- ou multinucléés. En effet,
dans les préparations de selles renfermant des kystes schizogoni-
ques, on constate souvent la présence d’éléments plurinucléés
qui leur ressemblent par la structure de leur cytoplasme et de
leurs noyaux (fig. 5, 6 et 7). Ces éléments, généralement de forme
ovalaire et à contour irrégulier, mesurent de i4 à 28 u de lon¬
gueur sur 12 p 5 à 19 p 5 de largeur. Leur cytoplasme à struc¬
ture largement alvéolaire renferme de grandes vacuoles conte¬
nant fréquemment des bactéries. Les noyaux, qui possèdent la
structure caractéristique du type coli, se forment par des divi¬
sions binaires répétées, ainsi qu’en témoigne la présence d’amibes
à 3, 4, 5, ... 16 noyaux. Le fait que, dans les amibes et les kystes
schizogoniques, les noyaux sont souvent de tailles inégales, nous
permet d’admettre qu'ils prennent naissance, non par un pro¬
cessus mésomitotique comme dans les kystes gamogoniques,
mais qu’ils se forment par un processus de bourgeonnement
inégal (fig. 9) ainsi que nous l’avons observé chez E. legeri ,
Entamibe d'un Singe, très voisine d1 E . coli, et comme Collin (1918)
l’a constaté dans les schizontes d \E . rcinarum.
Ce sont les amibes schizogoniques qui, en s’entourant d’une
membrane d’enveloppe, donneront des kystes. Mais, tandis que
chez les amibes gamogoniques la membrane ne se forme qu’après
épuration complète du cytoplasme et avant toute manifestation
de division nucléaire ; chez les amibes schizogoniques elle peut
se former d’une façon précoce ou tardive, parfois avant l’expul¬
sion complète des corps étrangers hors du cytoplasme et alors
qu’il existe déjà un certain nombre de noyaux.
Les kystes schizogoniques ainsi formés peuvent arriver à
maturité complète au moment de leur expulsion dans le milieu
extérieur. Il n’est pas rare, en effet, d’observer dans les selles,
tout récemment émises, de grands kystes dont la membrane s’est
rompue et d’où s’échappent de petites amibes (fig. i5). Celles-ci
se sont formées à l’intérieur des kystes par individualisation de
petites masses cytoplasmiques autour de chacun des noyaux.
Nous avons eu l’occasion d’assister sur le vivant à la sortie de ces
petites amibes, ce qui 11e laisse aucun doute sur la réalité du
phénomène, qui d’ailleurs avait déjà été constaté par plusieurs
auteurs, notamment par Casagrandi et Barbagallo (1897). ^ nous
316
Bulletin de la Société de Patiiolouie exotique
paraît probable que ces kystes, qui diffèrent des kystes gamo-
goniques par leurs caractères morphologiques et par leur déve¬
loppement, doivent avoir un rôle particulier et nous supposons
qu’ils font partie de l’évolution asexuée du parasite. Rejetés hors
du tube digestif puis ingérés, ils doivent être susceptibles d’in¬
fecter leur hôte par la mise en liberté des petites amibes qu’ils
renferment. Ces petites amibes, qui se sont formées à la suite
d’un processus de schizogonie, évolueraient directement vers les
formes végétatives adultes sans présenter le phénomène de copu¬
lation que nous admettons pour les petites amibes issues des
kystes gamogoniques.
Mais indépendamment de cette évolution schizogonique abou¬
tissant à la formation de kystes asexués, faut-il admettre une
multiplication in situ des amibes multinucléées par plastotomie
et avant formation de la membrane kystique ? II n’est pas possi¬
ble de répondre catégoriquement à cette question, car jusqu’ici
les observations n’ont porté que sur des selles et non sur le con¬
tenu intestinal prélevé au niveau des régions du tube digestif
où vivent les amibes. Néanmoins la notion d’un tel mode de
schizogonie, admis par Casagrandi et Barbagallo (1897), Schau-
dinn (1903), Elmassjan (1909), Craig ( i 9 i i ), Werner ( 1 9 I I ),
Hartmann et Whitmore (1912), est devenue classique. Or si l’on
se reporte aux mémoires de ces auteurs, on constate que cette
conception repose uniquement sur la constatation de l’existence
d’amibes multinucléées et qu’aucun d’eux n’a prouvé qu’elles
étaient capables de donner directement dans l’intestin des
amibes-filles. En effet, s’il n’est pas douteux pour nous que Casa¬
grandi et Barbagallo ont eu sous les yeux des amibes multinu¬
cléées, ils n’ont pas vu leur division et même ils ne nous ont
donné aucun renseignement sur le mode de multiplication de
leurs noyaux. Schaudinn, qui a le plus contribué à faire accepter
la notion de ce mode de schizogonie chez E. coli , non seulement
n’a pas observé la plasmotomie, mais encore il a commis une
erreur manifeste en décrivant une division multiple du noyau. Il
admettait que le noyau augmentait de volume, puis que sa sub¬
stance chromatique se rassemblait et s'ordonnait de façon à
former huit gros blocs périphériques. Ceux-ci, après dissolution
de la membrane nucléaire, se répandaient dans le cytoplasme où,
à la suite de remaniements, ils constituaient huit noyaux-fils. La
réalité de ce processus, que Craig avait accepté, a été formelle-
Séance du i i Avril 1917
317
ment niée par Hartmann et Whitmore. Ces auteurs ayant observé
des amibes à 3, 4, b noyaux, sont d’avis, comme nous, que la
multiplication nucléaire s’effectue par divisions binaires répétées.
Mais en dehors de cette critique des vues de Schaudinn, relatives
à la multiplication nucléaire, Hartmann et Whitmore n’apportent
aucun argument en faveur d’une plasmotomie et même ils n’ont
pas insisté suffisamment sur les caractères qui leur permettaient
d’affirmer qu’ils avaient affaire à des formes mobiles et non à des
kystes. Aussi James (1914) met-il en doute l’interprétation que
ces auteurs donnent de ces éléments multinjicléés et il se
demande s’il ne faut pas plutôt les considérer comme une variété
particulière de kystes que comme des schizontes. James admet,
en effet, que chez certains kystes dont la membrane d’enveloppe
est toujours délicate, la multiplication nucléaire est déjà avancée
alors que la transformation du cytoplasme végétatif en cyto¬
plasme kystique ne s’est pas encore effectuée complètement.
Mais Whitmore, dans une communication personnelle à James,
lui a fait remarquer que les éléments à 3,4 et 6 noyaux, repré¬
sentés figures 5, 6 et 7 de son mémoire en collaboration avec
Hartmann, sont bien des formes mobiles, car ils possèdent un
cytoplasme renfermant des vacuoles nutritives et des particules
alimentaires, à divers degrés de digestion, comme celui des
amibes végétatives. La divergence d’opinion qui sépare James et
Whitmore tient à la difficulté de décider s’il y a une membrane
d’enveloppe ou non chez les éléments en question. Il est évident,
d’après ce que nous avons dit de l’évolution des formes schizo-
goniques, qu’avant la formation définitive de la membrane il
existe des stades où celle-ci est encore si délicate qu’il est
impossible de dire si l’on se trouve en présence d’une amibe
multinucléée ou d’un kyste.
Nous ne ferons que mentionner, sans nous y arrêter, les
observations de Werner et d’EuMASSiAN, car elles sont très dis¬
cutables. En ce qui concerne le premier de ces deux auteurs,
Hartmann et Whitmore (1912) mettent même en doute la nature
(iqi4) les considère comme des amibes ayant perdu leur noyau
et dans lesquelles des cocci ou d’autres microorganismes pha¬
gocytés sont représentés comme étant des noyaux. Nous sommes
d’avis qu’il est impossible de se prononcer sur la nature des élé¬
ments figurés par Werner.
22
318
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il est également difficile de donner une interprétation satis¬
faisante des amibes à quatre noyaux qu’ELMASSiAN dit avoir
observées fréquemment au cours de son étude d E. minuta et
qu’il considère comme étant des schizontes. En effet le malade,
qui a fourni à Elmassian le matériel d'étude, était infecté par
E. coli et par E. dysenteriæ , et, à notre avis, l'auteur n’a pas
toujours su rapporter à l'une ou à l’autre de ces deux espèces les
formes qu'il a dessinées. D'autre part, comme Elmassian admet
que la multiplication nucléaire se réalise par une division mito¬
tique du noyau primitif qui, en se répétant deux fois, donne
quatre noyaux, nous pensons que les éléments quadrinucléés
représentés par cet auteur ne sont pas des schizontes, mais cor¬
respondent à un stade de développement de kystes gamogoni-
ques d E. coli ayant pris une forme plus ou moins ovalaire au
cours des manipulations.
Eu résumé, on peut rencontrer dans les selles d’un individu
parasité par E. colins, coté des formes binucléées en rapport avec
la division simple et des éléments uninucléés aboutissant à la
formation des kystes gamogoniques, des amibes multinucléées
d’où dériveront des kystes schizogoniques. Signalons, sans nous
y arrêter pour l’instant, que nous avons fait des constatations
analogues chez E. legeri et chez E. mûris.
Absence de schizogonie chez E. dysenteriæ.
Si pour nous l’existence de phénomènes schizogoniques chez
E. coli ne fait aucun doute, nous croyons par contre être en
droit de nier ce mode de multiplication chez E. dysenteriæ.
Nous n’avons jamais observé chez l’Amibe pathogène des kystes
schizogoniques et pas plus q u ’ Hartmann (1912) nous n'avons
noté la présence de formes mobiles à plus de deux noyaux au
cours de révolution de ce parasite.
Cependant de très rares auteurs, Werner ( 1 908), Darling(i9i3),
James (1914), ont représenté des amibes mobiles à quatre noyaux.
Par analogie avec ce que nous savons d 'E. coli , de telles formes
étaient susceptibles d’être considérées comme des schizontes.
Mais aucune des figures ou des descriptions qui en ont été
données ne nous a convaincus qu’il s’agissait d’amibes multinu¬
cléées. En effet, Werneii ne donne qu’un mauvais dessin et se
contente de signaler d’un mot la présence de cette forme qua-
Séance du ii Avril 1917
319
drinucléée chez un sujet infecté par E. dysenteriœ au type tetra-
gena. Darling dit avoir observé dans des selles et dans le pus
d'un abcès amibien du foie des amibes à quatre noyaux qu’il
considère comme des schizontes. Il aurait même vu, dans une
préparation de selle, une amibe dont le noyau se serait divisé
sur place en quatre petits noyaux-fils. A notre avis, dans les
figures données par Darling, il est difficile de reconnaître la
structure de noyaux d’Entamibes. D’autre part, le mode de divi¬
sion du noyau sur place, qu’il indique, rappelle le processus de
division multiple admis par Schaudinn pour E. coli , mais con¬
testé avec raison, selon nous, par Hartmann et Whitmore. Aussi
nous semble-t-il nécessaire d’attendre la confirmation des obser¬
vations de Darling avant d’accepter sa manière de voir.
James a représenté une amibe à quatre noyaux qu’il considère
comme semblable aux formes vues par Darling. Mais il ne se
prononce pas sur sa nature exacte et il fait remarquer qu'il est
difficile de dire s'il s'agit d’un schizonte ou d’un kyste. Pour
nous, en raison de la disposition des noyaux accolés les uns aux
autres et de la présence de nombreuses masses sidérophiles
dans le cytoplasme, nous avons l’impression qu'il s’agit d'un
élément en voie de dégénérescence.
Ainsi, chez E. dysenteriœ , aucun auteur n’a donné d’image
représentant indiscutablement une amibe à plus de deux noyaux
et personne n’a signalé la présence de kystes comparables aux
kystes schizogoniques que nous avons décrits chez E . coli. Il
nous semble donc que les rares documents apportés jusqu’à
présent en faveur de l’existence d'un phénomène de schizogonie
chez l’Amibe pathogène sont insuffisants pour appuyer celte
conception. Pour expliquer la pullulation du parasite lors de
certaines crises de dysenterie, il n’est nullement besoin (Mathis
et Mercier, 1917 «), comme l’ont supposé certains auteurs, d’in¬
voquer une schizogonie, la division simple suffisant à assurer
la multiplication intense de l’Amibe.
* *
En résumé, nous connaissons chez E. dysenteriœ la division
simple (Mathis et Mercier, 1916 c) et la reproduction sexuée par
kystes gamogoniques ; chez E. coli , en plus des mêmes processus,
il existe une reproduction asexuée par kystes schizogoniques.
Ces kystes schizogoniques et gamogoniques de l’Amibe banale
320
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
du colon ont en général des caractères différentiels suffisants
pour permettre de les distinguer. Cependant certains kystes
asexués, provenant d’amibes qui se sont entourées de bonne
heure d’une membrane kystique et chez lesquelles le cytoplasme
est devenu plus compact, peuvent être confondus avec des kystes
sexués. Mais ces kystes, dont la dimension la plus fréquente est
de 17 p. (sur préparations fixées et colorées), pourront être mis
en évidence par la biométrie. En effet il suffit de mesurer un
assez grand nombre de kystes au stade de huit noyaux et d’éta¬
blir un graphique à l’aide des dimensions ainsi obtenues.
Tandis que, chez E. dysenteriœ , espèce ne possédant que des
kystes sexués, le graphique ne présentera, comme nous l’avons
montré (1917 c), que deux sommets sensiblement d’égale hauteur ;
chez E. coli et les espèces voisines où il existe une schizogonie, on
obtiendra un tracé à trois sommets dont les deux premiers cor¬
respondent aux kystes gamogoniques et le troisième aux kystes
schizogoniques. Nous ferons toutefois remarquer que si l’on
obtient toujours pour E. coli un graphique à trois sommets situés
sur les mêmes ordonnées, ces sommets pourront être à des hau¬
teurs variables. Cette particularité s’explique par le fait que,
suivant les selles, les kystes des deux catégories se rencontrent
en proportions variables.
Si le plus grand nombre des kystes schizogoniques ont huit
noyaux comme les kystes gamogoniques, il n’est pas rare, dans
certaines préparations, d’en rencontrer renfermant 9, 10, 12,
16 noyaux. Jusqu’ici ces kystes à nombreux noyaux avaient été
considérés comme des éléments anormaux ou comme apparte¬
nant à des variétés de l’Amibe banale du colon ; or nous avons
montré qu’ils font partie de l’évolution normale du parasite. Chez
E. dysenteriœ , où il n’existe pas de kystes schizogoniques,
Kuenen et Swellengrebel (1913), Swellengrebel et Sghiess (1917)
ont été les seuls à signaler l’existence de kystes à plus de
quatre noyaux; mais nous avons montré (1917 c) que les vues
de ces auteurs ne sauraient être acceptées. Ainsi, dans les kystes
gamogoniques, le nombre des noyaux est constant et a une
valeur spécifique : quatre pour E. dysenteriœ et huit pour
E. coli. Mais, dans les kystes schizogoniques, le nombre des
noyaux n’a pas une fixité absolue.
L’existence d’une schizogonie chez l’Amibe banale du colon et
son absence chez l’Amibe dysentérique nous permettent d’ex-
Séance du 1 1 Avril 1917
321
pliquer certaines particularités propres à chacune des deux
espèces. On sait en effet que l’aire de dispersion d 'E. coli. est
très étendue, car elle se rencontre dans toutes les contrées du
monde; on sait aussi qu’elle se propage très facilement, à tel
point qu’on peut dire que tout individu, à un moment donné de
son existence, a été parasité par cette amibe. Au contraire,
E. dysenteriœ est beaucoup moins répandue et l’infection par
l’Amibe dysentérique, même dans les pays chauds et humides
de la zone intertropicale où l’amibiase est endémique, ne se
rencontre jamais, pour l’ensemble d’une population, que dans
une proportion relativement peu élevée.
Il est de toute évidence que la dissémination d 'E. coli , par
suite de l’existence de kystes schizogoniques, se réalise beaucoup
plus facilement que celle d E. dysenteriœ. En effet, il suffit
qu’un individu ingère un seul de ces kystes pour être parasité.
Au contraire, l’infection par E. dysenteriœ nécessite l’absorp¬
tion simultanée d’au moins deux kystes de sexualité différente.
Or ceux-ci, expulsés dans les selles, courent de grandes chances
d’être séparés, pour peu qu’ils séjournent pendant un certain
temps dans le milieu extérieur. Si l’on admet, en outre, comme
certains auteurs l’ont démontré, que rejetés hors de l’organisme
les kystes perdent rapidement leur pouvoir infectant, 011 com¬
prendra que les conditions de la propagation d ’E. dysenteriœ
sont difficiles à réaliser. La dissémination ne peut se faire que
de proche en proche. L’observation a montré en effet que la
contagion s’opère surtout d'homme à homme (Matiiis ^1913 b).
D’autre part, si les amibes issues des kystes d E. dysenteriœ
peuvent évoluer pendant un certain temps dans l’intestin humain,
elles ne s’y maintiendront qu’en présence de certaines bactéries
favorisantes. Celles-ci, abondantes surtout dans la flore bacté¬
rienne intestinale des sujets séjournantdans les contrées humides
et chaudes des régions intertropicales, paraissent être rares ou
faire défaut dans l’intestin de l’homme habitant sous les climats
froids et tempérés. Ce fait nous explique que les dysentériques,
revenant de nos colonies où l’amibiase est endémique, finissent
par guérir en France au bout d’un temps plus ou moins long et
même en l’absence de tout traitement approprié. Cette guérison
spontanée est due principalement au fait que la flore bactérienne
s’est modifiée. Pour toutes ces raisons, nous pensons que, malgré
les cas relativement nombreux de dysenterie amibienne signalés
322
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
en France au cours de la présente guerre, il n’y a pas à craindre
que l’amibiase devienne endémique dans notre pays.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
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Séance du ii Avril 1917
323
L'anophélisme macédonien dans ses
rapports avec le paludisme
au cours de 1916
Par le Médecinjprincipal NICLOT
L’année 1916 demeurera mémorable dans les fastes du palu¬
disme : l'observation en Macédoine a pris une ampleur inusitée,
due à une convergence exceptionnelle des facteurs pathogènes :
abond ance des réservoirs de germes, du moustique, des élé¬
ments réceptifs, dans les conditions spéciales d’exposition créées
par la guerre.
Structure physique de la Macédoine :
Lavis clair (hauteurs au-dessous de 1000 m.), lavis foncé (haut, au-dessus dehooo m .)
Il s’agit d’un pays d’endémie historique. Les poèmes orphi¬
ques, il y a 3.ooo ans, célèbrent la tierce et la quarte. Avant ses
annexions récentes, la Grèce était encore la région la plus
impaludée d’Europe; elle l’emportait sur l’Italie, au titre de la
morbidité et de la léthalité, d’environ t/3. La ligue antipalustre
fondée en 1905 par Savas et Cardamatis signale, rien que pour
la vieille Grèce, 2.000 décès annuels et 800.000 atteintes.
Vers l’occident, une série de lacs et de marais ponctue la
route qui joint le delta du Vardar à Monastir et à la boucle de
324
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la Cerna. Au levant, une ligne analogue s’insinue entre la Chal-
cidique et le continent.
La vallée du Vardar descend du nord vers Salonique égale¬
ment environnée de lacs et de marais. Il en est de même de
celles du Spanc et du Gallico, nés des pentes du Krusabalkan.
Au septentrion s'échelonnent le lac Doiran, puis la vallée de
la Butkova qui s’écoule à l’est dans le golfe Strymonique par
les « palus » de la Strouma et du lac Tahinos.
En outre de son paludisme traditionnel, la Macédoine, à la
suite des deux guerres balkaniques et de la convention de Buca¬
rest, vit un flot d’émigration l’envahir : il s’agissait de réfugiés
de langue hellène venus de Thrace, d’Asie Mineure et même du
Caucase, la plupart chroniquement malariques et pour lesquels
le docteur Copanaris, qui établit en iqi5 une carte des index
endémiques après la répartition de cette nouvelle population
sur la région, relevait des taux pouvant atteindre q5 o/o au
point de vue clinique, 67,8 0/0 au titre hématologique.
La carte de répartition de ces réfugiés figure dans le compte¬
rendu du comité macédonien présidé par M. Pallis. Cette œuvre
méritoire n’était pas sans danger pour la dissémination sur un
terrain aussi favorable de ces réservoirs de germes paludiques.
Les nombreux effectifs amenés à parcourir la région pendant
la saison dangereuse furent soumis à la nécessité du travail du
sol, à des déplacements à toute heure du jour, à des fatigues
parfois très lourdes, à des relations — en l’absence de routes —
constantes avec la voie ferrée, qui occupe les points déclives et
traverse les villages malsains.
Ce sont les causes secondes, surtout les fatigues militaires, qui
expliquent les deux acmés de la courbe. Il existe des rapports
de médecins de troupes qui sont probants à ce propos.
La morbidité a été assez élevée, mais la correction relative
apportée par un louable effort prophylactique a eu des résultats
appréciables, surtout sur la léthalité, fort basse. Sans insister,
à côté des quelques 200.000 moustiquaires et des milliers de
litres de pétrole distribués, on peut relever environ 20 tonnes de
quinine délivrées à l’armée ou aux civils pendant cette période.
Les courbes sont conformes, toutes proportions gardées, à celles
habituelles en Grèce d’après les comptes-rendus de la Ligue
contre le paludisme publiés chaque année ( r), en ce qui concerne
(1) Sa vas. Athènes, 1907. Texte grec.
Séance du ii Avril 1917
325
la morbidité et la mortalité. On peut noter la fin traînante
pour 1916, due à un automne tiède et pluvieux. Une légère
reprise est môme notée au milieu de novembre, vers ce qu’on
appelle « l'été de la Saint-Martin », qui fut précédée en fin
octobre par une pullulation plus intense de la faune anophé-
lienne, notée dans tout le Centre Hospitalier. La fin de iqi5,
au contraire, était franchement affirmée; des froids très vifs —
ayant dépassé à Salonique — io° et en Serbie — 180 — avaient
supprimé brusquement toute inoculation possible.
Ces faits sont confirmés par les quelques renseignements
météorologiques recueillis en ville, au Laboratoire de Chimie
de r Armée d’Orient.
* *
Les espèces de moustiques trouvées par Cardamatis (t) dans
ses enquêtes, portant sur diverses régions de la Vieille Grèce,
mais surtout sur l’Eubée et les environs d’Athènes, établissent
le tableau proportionnel suivant :
Claviger . 42,59 0/0
Superpictus . 50 0/0
IJifurcatus . 5,55 0/0
Pseudopictus . 1,85 0/0
Dès janvier 1916 l’inventaire commence, par des envois de
quinzaine réclamés par la Direction du Service de Santé. Une
notice avec figures fut imprimée, expliquant les conditions d’ex¬
pédition avec indications sommaires de détermination et de
capture. La Commission d’Hygiène de l’Armée d’Orient me
chargea de ces examens, et les documents produits sont origi¬
naires de cette source.
En Macédoine — Salonique ou intérieur — c’est Anopheles
maculipennis (— claviger) qui s’-est montré le principal vecteur
morbide. Sa répartition ubiquitaire est celle même de la mala¬
ria. Il peuple tous les environs de Salonique et le delta.
Vers le Ponent, on le rencontre jalonnant la direction Saritcha,
Jenitsé, Florina, Monastir et toute la boucle de la Cerna. Il en
est venu, au Levant, de Loutra et de Sédès ; il infeste toute la
vallée du Vardar jusqu’à la frontière, la région des lacs — Ama-
tovo, Ardzan, — les vallées au sud et au nord du Krusa-Balkan,
celles de la Bulkova, de la Strouma, Sédès.
(1) Cardamatis, Le Paludisme en Grèce. Texte grec. Athènes. Volume de
1912, page 182.
326
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A côté de cette espèce dominante, dans l’intérieur se place,
très abondant en certains points, — autour de l’Axios et du
Strymon, Gumendje, Ardzan, Sérès, — mais toujours limité
dans son aire d’habitat, Anopheles super pictus [Pyrethophorus
ou Myzomy ici , suivant les auteurs). Les Hellènes — Cardamatis —
et les Anglais — Balfour — lui ont conservé ce nom, bien que
ceux des individus que j’ai examinés présentent certains carac¬
tères, les taches claires des franges alaires notamment, le rap¬
prochant de P. palestinensis. Des échantillons ont été soumis à
l’examen de notre vénéré maître Laveran.
A. pseudopictus (. Myzorhynchus ) ne s’est présenté qu’à l’état
de rares unités, Patérès, Snevce : Vardar et Spanc. De même
A. bifurcatus n’a été déterminé que par les Anglais : Balfour
à Langada ( i).
J’ai en vain recherché les diverses espèces algériennes : A. alge-
riensis , P. Chaudoyei , P. myzomyifacies , P. Seryenti , etc...
II convient d’ajouter, pour mémoire, que le Stegomyia calopus
existe à Salonique même; que les Phlébotomes y foisonnent
dans les appartements : nos formations sanitaires, surtout celles
en briques ou pisé, en sont tourmentées. Il en est venu égale¬
ment de divers points : Snevcé, Yatriluk, etc...
Quelques espèces banales ont prêté à des interprétations
erronées : Chironomas plumosus , couramment associé, Gulex
spathipalpis , assez fréquemment.
La carte des anophélines s’inscrit sur celle de l’endémie
palustre, autant que permettent d’en juger les investigations
antérieures de la « Santé » de Macédoine — carte du docteur
Copanaris — et les listes comparatives établies dans le Centre
Hospitalier, fixant la provenance des cas de première invasion.
Le facteur anophélien suit, dans le temps et dans l’espace, les
données palustres.
En ce qui concerne Salonique où, l’été, le confort est trou¬
blé par l’obsession de l’insecte piqueur et où la moustiquaire
fait partie du mobilier de location, l’anophéline est rare dans
les quartiers élevés et peuple surtout les deux extrémités de la
ville, dès que l’on a franchi les alignements citadins : pour le
paludisme, le meilleur test est offert par nos formations sani¬
taires, qui ont été atteintes très fortement dans leur personnel,
(i) The medical entomologi/ of Salonica, io, Henriett Street, London,
17 mai 1916.
Séance du ii Avril 1917
327
à ce niveau : l’Hôpital Lyonnais, les Hôpitaux temporaires 2, 5,
10, iï, dans la région orientale, mais surtout, à Zeitenlik, dans
la zone opposée, les Hôpitaux temporaires plus anciens 1 et 3
ont payé un lourd tribut. Il en va de même pour la troupe et
les infirmeries. ASalonique, le Médecin Aide-Major Mossé note :
« Où il y a beaucoup de moustiques, il y a beaucoup de malades;
où il y a peu de moustiques, il n’y en a que quelques-uns ; il
n’y en a point où le moustique fait défaut ».
Tous les postes de grande endémie, comme Ivarasouli — une
station que Ton avait surnommée « la mort des chefs de gare »
- — étaient affligés par les bestioles, à l’extrême. Je dois au Méde¬
cin-Major Rouen, Chef de l’Ambulance, la plus copieuse récolte.
Fin avril, le Médecin-Major régimentaire Réca3iier, observant
près de Vergetor, déclare (Commission d’Hygiène de l’A. O.,
séance du 5 janvier 1917) : « Dans mes séjours aux colonies ni
au cours de cette campagne, je n’ai jamais vu une telle abon¬
dance d 'Anopheles maculipennis : il y en avait chaque soir plus
d’une centaine dans les tentes d’officiers. »
Si l’on a fait disparaître ou pétrolé partout où l'on a pu les
marigots suspects, les gîtes 11’ont guère été reconnus et détruits
ou traités qu’au niveau de certaines formations sanitaires : à
Zeitenlik, le Médecin-Major Garin s’y était activement employé.
Des travaux furent même poursuivis pendant de longs mois avec
une équipe indigène commandée par un Ingénieur des Mines.
De nombreux anophélines ont été disséqués à l’état frais, mais
en quantité cependant trop restreinte pour affirmer une propor¬
tion exacte. Il a été demandé à certains postes particulièrement
intéressés, comme Karasouli, de recevoir les moustiques en
litige dans l’alcool dès leur capture, et plusieurs centaines ainsi
recueillis seront ultérieurement inclus en séries et débités en
coupes.
La faune anophélienne, en 1915, avait paru brusquement dis¬
paraître après les froids rigoureux de novembre. Jusqu’aux pre¬
miers jours de mai 1916, les femelles anophélines — Anophèles
maculipennis — n’ont jamais été reçues que par unités isolées,
mêlées à une faune d’insectes le plus souvent non piqueurs.
Elles étaient ordinairement, du reste, gorgées de sang. A partir
de mai, les envois deviennent abondants et les échantillons
nombreux indiquent la multiplication du moustique. De tel
centre, où sévit le mal avec une plus grande intensité, comme
328 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Karasouli, ils arrivent même en rafales, les ventres gonflés de
leur repas sanguin. Leur courbe évolutive précède en son ascen¬
sion de plus d’un mois celle du paludisme.
Signalons, au contraire, une fin tardive pour 1916. Décem¬
bre 1916 et janvier 1917 permettent encore de constater dans les
habitations et sous la tente, tant en ville qu’au front, en pleine
boucle de la Cerna, des anophélines survivants, volant et
piquant.
« Les fièvres palustres, dit Savas, sont irrégulièrement répar-
« lies dans le royaume; elles apparaissent plus denses dans la
« plaine, plus rares dès que l’on s’élève et disparaissent presque
« sur les hauteurs qui dépassent 800 mètres. Dans les régions
« de plaine, elles commencent vers la fin d’avril ou le commen-
« cernent] de mai. Elles conservent leur acmé en août et sep-
« tembre pour disparaître en novembre. Plus le sol est élevé,
« plus le commencement est retardé et la cessation précoce. Des
« rechutes des fièvres sont observées pendant tout l'hiver ». Il
va de soi que, comme en Algérie et autres lieux, cette immunité
des altitudes n’est que relative. Elle s’est cependant, en général,
vérifiée, pour le Krusa-Balkan par exemple, aussi bien au titre
pathologique qu’au titre entomologique.
La densité anophélienne n’augmente pas seulement en quan¬
tité la morbidité : elle l’aggrave. La sommation des doses d’ino¬
culation et la fréquence des réinfections entrent sans doute en
jeu et permettent d’expliquer qu’un même Plasmodium prœcox
soit habituellement plus sévère à Karasouli qu’à Salonique.
Le paludisme macédonien ne va pas sans raisons d'inquiétude
pour les régions, en France, d’anophélisme latent. On commence
à s’en préoccuper : Etienne, Wurtz, Garin. A maintes reprises
j’appelai jadis l’attention sur ce danger éventuel (1).
L’observation recueillie dans ce champ grandiose de l’expé¬
dition macédonienne apporte une confirmation éclatante à
l’étiologie anophélienne.
(1) Bulletin de la Société de Pathologie exotique , 9 novembre 1910.
Séance du i i Avril 1917
329
Traitement du paludisme épidémié
et de l’amibiase associée
Par Ch. GRALL
Médecin Inspecteur général des Troupes coloniales.
ï
TRAITEMENT DU PALUDISME FRANC
I
Le paludisme épidémie, il faut entendre parce mot les formes
particulièrement virulentes du paludisme, a toujours frappé les
esprits par la gravité de ses atteintes et la ténacité de ses rechu¬
tes, malgré le traitement le plus actif. On a été tenté de croire
et de dire que la quinine n'avait pas d’action sur ces formes.
On a demandé à la médication quinique plus qu’elle ne pou¬
vait donner et on a conclu, de l’insuccès constaté, à l'inefficacité
du médicament.
Les observateurs n'étaient pas prévenus que certaines formes
de l’hématozoaire sont quinino-résistantes : mérozoïtes des fiè¬
vres continues, se multipliant, 011 le sait, par bipartition dans
la circulation générale, formes en croissant du paludisme pri¬
maire, gamètes de la tierce, schizontes d’un accès en cours
depuis quelques heures.
Les déterminations qui en sont la manifestation ne peuvent,
par suite, que recevoir atténuation du traitement.
D'autre part, les modes d’administration employés n’ont pas
été ceux qui pouvaient assurer le plus complètement l'action de
la quinine.
Les praticiens ne se sont pas toujours inquiétés des horaires
de l'administration du médicament, donnée importante dans la
cure du paludisme. Ils n’ont songé qu’à forcer les quantités
prescrites jusques et au delà des doses thérapeutiques. Fort
heureusement ont-ils eu recours presque uniquement à l’injec¬
tion sous-cutanée et intra-musculaire, procédé qui, nous som¬
mes tenu de le rappeler, est le moins actif de ceux que l’on peut
prescrire pour l'emploi de la quinine.
Ils ont considéré que la quinine en injection agissait plus
330
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vite et plus massivement que par la voie digestive, contraire¬
ment aux données de l’expérimentation.
L’efficacité de la quinine est complète quand il s’agit des
rechutes , pour peu cju elles soient éloignées de tout apport exo¬
gène réellement actif, mais cette efficacité, pour être réelle, est
loin d’être aussi évidente quand il s’agit de réinfections récentes;
elle l’est moins encore quand elle s’adresse aux manifestations
de première invasion. On ne peut que les atténuer, les écourter
et mettre obstacle à la reprise imputable à la reviviscence du
paludisme endogène. L’efficacité de la quinine ne va pas au delà.
On ne coupe pas avec la quinine , quelles que soient la dose et la
formule , un accès en cours... on ne coupe pas la, série septénaire
des fièvres d infection et de réinfection ; il faut bien le savoir et ne
pas tirer de son inactivité relative la conclusion que la malaria
n’est pas en cause.
La quinine n’est immédiatement et complètement efficace,
que lorsqu’elle est appliquée au traitement des manifestations
du cycle schizogonique et quand celles-ci surviennent à longue
distance de la première infection ou de toute réinfection.
La quinine est beaucoup moins puissante quand elle est pres¬
crite contre les fièvres d’invasion ou de rénovation du paludisme
(déterminations des apports exogènes). Son action est limitée à
l'abaissement de la température et à l’atténuation des phéno¬
mènes généraux à cette phase, comme aux stades où les accès
évoluent en séries prolongées, constatation qui indique toujours
faction récente d’apports anophéliques.
La cure du paludisme d' invasion ou de rénovation récente ne peut
s obtenir que par stérilisation discontinue et longuement répétée.
Ce sont faits à mettre en évidence pour éviter l'exagération
des doses ou la négation de la valeur du médicament.
Il faut savoir en outre que, dans les manifestations du palu¬
disme récent ou récemment rénové, la quinine n’est pas toute
la médication. Il est toujours exact de dire qu’en outre de l’élé¬
ment spécifique, il entre en cause un élément associé (gastrique
ou gastro-bilieux), que nous pouvons considérer, en nous plaçant
au point de vue de la doctrine actuelle, comme étant d origine
toxinhémique ; il en faut débarrasser le terrain, en vue de pré¬
parer faction curative des sels quiniques.
« Les éléments bilieux et intermittents constituaient le fond de cette
« fièvre.... L'élément gastrique était l’élément essentiel. Il entrait tou-
Séance du ii Avril 1917 331
« jours pour une large part dans la composition de la fièvre épidé-
« mi que.
« Dans les cas, fort rares d’ailleurs où la lièvre gastrique était vierge
« de tous phénomènes intermittents, la diète, un vomitif, un purgatif
« suffisaient, mais, chez la plupart des malades ainsi guéris, les rechutes
« étaient fréquentes ou bien les accès intermittents ne tardaient pas à se
« montrer. De sorte que, pour guérir promptement et sûrement les fièvres
(c gastriques (même sans intermittence), le meilleur moyen était de les
« traiter comme la fièvre rémittente, par les évacuants et le sulfate de
« quinine, simultanément...
« Il en était de la fièvre intermittente simple, seulement traitée par le
« sulfate de quinine, comme de la fièvre gastrique traitée seulement par
« les évacuants. Sa guérison n’était que momentanée : une récidive ne
« tardait pas à se produire et, de récidive en récidive, le malade passait
« en peu de temps à un état cachectique....
« La complication gastrique n’était pas évidente dans tous les cas,
« mais, au fond, elle existait toujours et le sulfate de quinine n’exerçait
« généralement la plénitude de son action fébrifuge qu’ après remploi des
« évacuants et notamment des vomitifs » (Cazalas).
i° Fièvres d'infection et de réinfection du paludisme primaire
L'indication première, disaient nos devanciers, n'est pas d'ad¬
ministrer le médicament dit spécifique ; il importe avant tout
de préparer son action.
« L’expérience a prouvé que si, dans les fièvres franchement intermit-
« tentes, saburrales et bilieuses, le vomitif est très utile mais non indi¬
ce pensable, il y a nécessité de recourir à cette médication dans la fièvre
« rémittente » (1).
La racine d’ipéca ou sa poudre sont les agents les plus effi¬
caces pour la réalisation du résultat recherché.
Cette médication doit être prescrite à l'entrée et reprise à cha¬
que ressaut de la crise fébrile dans les formes graves des fièvres
continues palustres. L’action vomitive ou contre-stimulante de
Fipéca sera remplacée par Faction évacuante de limonades pur¬
gatives ou du calomel dans les formes moyennes et surtout atté¬
nuées.
Les formules conseillées sont les suivantes : julep gommeux
tenant en suspension 1 g. à 1 g. 26 de poudre d’ipéca, ou décoc¬
tion de racine d’ipéca obtenue en faisant bouillir dans i5o g.
de liquide 4 à 6 g. de racine d’ipéca concassée.
Ces potions se prennent dans la journée. On espace les prises
de façon à éviter les vomissements trop répétés. On en facilite la
tolérance, si besoin est, en y associant l’opium.
1 • ; 4 F *«■ ■ i
(1) Jacquot* Lettres médicales sur l’Italie.
332
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Quand l’ipéca est donné en vomitif, il doit être administré
dans la soirée au moment où se fait sentir la détente journa¬
lière.
« Le vomi-purgatif doit commencer le traitement quand il n’y a pas
« péril en la demeure et le sulfate de quinine est administré le lendemain ;
« dans les cas menaçants, le tour est renversé . La tolérance du fébri-
« fuge devient ainsi plus facile; enfin, celui-ci agit plus efficacement _
« Dès l’origine évacuants et sulfate de quinine ... et consécutivement
« toniques » (1).
Trois heures après le vomitif ou la potion à l’ipéca, vers 19
à 20 h., se prendra le sel quinique qui, à moins d’intolérance
absolue ou d’accidents pernicieux, sera ingéré par la voie buc¬
cale, en solution opiacée de préférence ou en cachet, si l’on
veut tenir compte de certaines susceptibilités.
La dose ne sera pas de moins de 1 g. 26 dans les formes
moyennes; elle devra excéder 1 g. 5o dans les formes graves.
11 11e s'agit pas de faire tourner court à la maladie (ce qu’on
n’obtiendrait que dans les cas où elle touche à sa fin), mais d'en
atténuer progressivement et lentement les phénomènes.
« Nous nous résumerons en disant que la quinine à dose suffisante, sous
« réserve que l’heure de son administration soit opportune, transforme
« une intoxication massive en une intoxication de moyenne gravité et
« peut, à ce point, atténuer les formes légères qu’elles rentrent dans les
« cas abortifs » (2).
La continuité de la fièvre résultant de la multiplication par
bi-partition des mérozoites, entraîne l’obligation de continuer
la médication quinique pendant toute la durée de cette fièvre
d’invasion ou de rénovation.
Chaque soir, le médicament spécifique devra être in géré à la
même dose et à la même heure, car c’est Yhora optima. Ou’il
s’agisse en effet d’accès subintranls ou d’accès isolables, ils
débutent dans la prime matinée; c’est vers le jour naissant et
quelquefois plus tôt que se fait la rupture des schizontes ; c’est
par suite l’heure où la quinine devra être en pleine action, or ce
résultat n’est obtenu que 8 à 10 h. après l’ingestion. En
prescrire l’administration plus tôt, et surtout plus tard, c’est
s’exposer à ne pas obtenir la sommation à l'heure favorable,
à moins de recourir à des doses exagérées.
Le malade entre rarement aux premiers jours de la maladie.
(1) Jacquot. Lettres médicales sur l’Italie.
(2) Grall. Paludisme (Traité de Pathologie exotique Grall-Clarac).
Séance du i i Avril 1917
333
Quand il s’agit de la manifestation initiale, il n’est soumis à
l’observation médicale qu’au 3° ou 4e jour au plus tôt et quelque¬
fois à la fin du septénaire. Le médecin assistera dans ce cas à ce
que j’ai appelé la « cassure » de la fin du septénaire. Il doit
être prévenu que, dès le lendemain, se produira une reprise de
fièvre et qu’il faut agir, pour l’enrayer, malgré la détente qu*il
peut constater.
2° Fièvres de rénovation.
Réiviittentes automnales. — Rémittentes bilieuses.
Les fièvres continues traitées à Phôpital sont plus souvent
celles de la rénovation du paludisme. La période d’incubation ne
se passe pas sans la reviviscence des accès antérieurs, revivi¬
scence assez bruyante. Ces malades ne s’y trompent pas ; ils
s’empressent de demander des soins à l’inverse de ceux qui en
sont à leurs premières manifestations et qui, souvent, les portent
longuement sur pieds. Chez eux, on enregistrera d’abord des
accès quotidiens ou tierces, mais bientôt s’établira la continuité
de la fièvre (5 à 6 jours en moyenne) (1).
Il faut s’y reconnaître et ne pas mettre sur le compte d’asso¬
ciations morbides cette succession de fièvres d’accès et de fièvres
continues, évolution qui peut sembler anormale quand on n’est
pas prévenu et qu’on est, par suite, tenté de classer en dehors
du paludisme. La limitation relative de leur durée à un septénaire
résulte moins de l’action du traitement que de leur évolution
obligée.
Les indications thérapeutiques sont les mêmes que dans les
fièvres d’invasion.
La poudre d’ipéca en potion; administrée à dose filée, trouve
ici sa très utile indication. Les accidents gastriques et gastro¬
bilieux sont, en effet, plus accusés que dans les fièvres d’inva¬
sion, particulièrement quand il s’agit de paludisme contracté
antérieurement à l’endémie en cours. On peut dire que, chez
ces derniers malades, il y a non seulement gastricité, mais bilio-
sité. Le traitement est celui que Colin a indiqué pour les « fièvres
rémittentes d’automne».
(1) Les observations relatées par les divers observateurs qui ont décrit les
fièvres de Macédoine nous paraissent, sauf rares exceptions, rentrer dans le
groupe, non pas des fièvres d invasion, mais des fièvres de rénovation du
paludisme primaire.
a 3
334
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Il faut savoir également que, dans ces cas, la médication qui-
nique n’agira qu’d titre palliatif ; elle n’est pas assez puissante
pour empêcher l’évolution successive de ces fièvres d'accès et de
cette fièvre continue. Mais, elle met à l’abri des accidents mor¬
tels et réduit la durée et la gravité de ces formes.
Nous avons dit et nous tenons à répéter qu’il est une asso¬
ciation qui peut prêter à la méprise ; c'est celle 'de l’hépatite
amibienne restée fruste jusqu’à cette date et qui, sous l’action
de l’hématozoaire et de ses toxines, reprend activité. Dans ces
cas complexes, il faut interroger de près la courbe thermique.
Les inscriptions ne sont pas les mêmes dans les deux maladies ;
que l’on prenne régulièrement les températures de la méri¬
dienne et de la soirée, la distinction deviendra très nette. Une
détente notable vers les 20 h. permet d’affirmer qu’il s’agit d’une
crise uniquement palustre, mais si la fièvre est irrégulière et
surtout tardive dans ses rémissions (au delà de 20 h.), il faudra
interroger le foie et rechercher le parasitisme amibien dans les
selles.
C’est dans ces cas d’association
amibienne que l’on a plus par¬
ticulièrement multiplié lesprises
et exagéré les doses de quinine
sans bénéfice aucun pour le
malade (Graphique J).
Si la médication habituelle ne
donne pas les résultats escomp¬
tés, l’émétine seule, prescrite à
fortes doses pendant une série
de 5 à 6 jours, en lieu et place
de l’ipéca, fait tomber la conti¬
nuité ou la sub-continuité de la fièvre.
3° Fièvres d’accès
On trouve dans ces fièvres de l’évolution schizogonique, quand
elles s’observent à la période estivale et automnale, la double
indication thérapeutique signalée dans les fièvres d’infection ou
de réinfection, car, à ces dates, elles les suivent de près et en
partagent la nature, comme l’indiquaient Jacquot et Cazalas.
Il faut donc agir contre l’hématozoaire et contre ses toxines.
335
Séance du ii Avril 1917
Contre l’élément gastrique ou gastro-bilieux (élément toxin-
hémique) qui accompagne si souvent ces crises, la médication
à prescrire, dès l’entrée, est la médication évacuante.
Toutefois, quand il y a danger ou menace de danger, il paraî¬
tra prudent de débuter par une injection interstitielle de sel
quinique (75 cg. à 1 g.) ; cette injection est nettement indiquée
dans ces cas, sous réserve de n'êlre pas renouvelée les jours sui¬
vants.
Quant à la quinine par la voie buccale, il faudra l’admi¬
nistrer en tenant compte de la périodicité des rechutes et de
l’horaire des accès.
Ces rechutes procèdent par séries d’une durée variable, mais
qui ne peut excéder 5 accès consécutifs quand il s’agit du palu¬
disme quotidien (1). Entre chaque série se constate une période
d’intermission qui ne peut être de moins de 6 jours dans le palu¬
disme à accès quotidiens et qui sera d’une durée de 8 à 10 jours
dans les accès tierces.
1
Accès quotidiens
II III IV
V
fièvre fièvre fièvre
VI - VII VIII IX
fièvre fièvre
X XI XII
pas d’accès
XIII XIV XV XVI.
fièvre
retour de la fièvre le 25e jour.
I
fièvre
VIII
II
IX
Accès tierces
III IV V
IV
VII
fièvre
X XI
fièvre
.XII XIII.
fièvre
pas d’accès
retour des accès vers le 18e jour.
Il en résulte qu’à moins de contre-indications ressortant de
la courbe thermique, la règle est la suivante :
(1) Il faut bien se garder de mettre sur le compte du traitement l'arrêt des
accès au 3e, 4e et surtout au 5e jour; ils s’arrêtent à ces dates (variables sui¬
vant la gravité de l’atteinte) en vertu de leur évolution spontanée. Le sang,
sans être schizolylique pour les formes de résistance, l’est devenu pour l’évo¬
lution schizogonique et restera pendant 6, 8 jours et parfois plus.
336
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A. — Accès quotidiens
Tous les soirs, vers les 8 ou 9 h., 1 g1. 25 à 1 g. 5o de sel de
quinine, pendant 5 jours. Cesser 5 jours et reprendre au
11e jour, en avance de 48 heures sur la crise à venir. Plus tard,
on rectifie, s’il y a lieu, les dates de l’administration, en
tenant compte de la loi de périodicité bi-septane et en s’inspi¬
rant de ce que les Italiens ont appelé F « accès pré-critique ».
Pour peu que les températures soient prises soigneusement et
régulièrement aux heures indiquées, 8, i4 et 20 h., on note,
en effet, la veille des accès vrais, une tentative d’accès qui est
l’avertissement que le malade va faire sa rechute. Il en rend
compte lui-même quand on fait porter son attention sur ce
point.
A mesure qu’011 s’éloigne de l’infection ou de la réinfection,
les prises de quinine seront moins prolongées (3 à 4 jours seule¬
ment avec une intermission moyenne de 7 à 8 jours), mais la mé¬
dication q u inique devra être continuée pendant deux à trois mois,
aux mêmes heures et par séries de jours (3 au moins, même dans
les cas où il est fait constatation que les accès sont uniques).
C’est la prolongation de cette stérilisation discontinue , reprise
aux dates et aux heures appropriées , qui permettra d’obtenir et
de maintenir la guérison. C’est le seul procédé qui paraisse pou¬
voir assurer ce résultat.
Si la médication est interrompue trop tôt ou irrégulièrement
suivie, le paludéen reste exposé à des rechutes interminables
qui feront perdre tout le terrain gagné et finiront par le con¬
duire à un état cachectique, alors même que le fébricitant aura
été éloigné du terrain d’infection.
Il faut, pour éviter toute surprise et pour échapper à la
cachexie hydroémique de Kelsch, apporter à la cure la même
persévérance que met Fhémamibe à se reproduire dans l’écono¬
mie et on ne se rendra bien compte des résultats que si, jour¬
nellement, on prend et on inscrit les températures, particulière¬
ment celle de i4 à i5 h. qui correspond à l’acmé des accès
frustes.
Il ne faut pas s’en tenir à cette période, non plus qu’au début
de l’infection, aux impressions du malade pour fixer la date et
la reprise des accès.
Il est souvent tenté de prendre pour de simples malaises les
Séance du ii Avril 1917
337
manifestations de la « fièvre » ; il les porte sur pied, et n’en parle
pas, mais l’atteinte à l’état général n’en est pas moins progres¬
sive et pour peu qu’à l’une ou l’autre des rechutes, il se trouve
en état de moindre résistance, les accès affecteront une gravité
qui le place en danger immédiat.
B. — Accès tierces.
Dans ces formes, comme l’ont noté tous les observateurs
d’Algérie et des Colonies, l’élément gastro-bilieux est toujours
en action, pour peu qu’il s’agisse d’accès en séries (indice d’une
reviviscence récente).
Il faut donc débuter, comme ils l’ont indiqué, par l’ipéca en
vomitif. On a, au reste, disent-ils, 24 h. de répit avant de donner
de la quinine, puisque le malade entre habituellement au cours
de l’accès et que cet accès ne se renouvelle que le second jour
de l’hospitalisation.
Les doses de quinine sont les mêmes, mais, ici, l’accès est
incontestablement retardé ; il coïncide avec les heures aux¬
quelles on est tenté toujours de le situer, en tenant compte des
données classiques. On fractionnera la dose de quinine (moyen¬
nement 1 g. 25 à 1 g. 5o) en deux moitiés : une à prendre le
soir, le plus tard possible et la seconde, le matin, le plus tôt
possible... 22 h. et 5 h.
Cette dose de quinine sera prise pendant 8 à 10 jours consé¬
cutifs. On interrompra le traitement pendant les 8 jours qui
suivent, puis on le reprendra. La quininisation se fera en séries
de 8 à 10 jours, en tenant compte de la périodicité des rechutes
vers le 18e ou le 24e jour. Plus tard, on rectifiera les dates s’il
y a lieu, d’après les constatations de la courbe et sans diminuer
les doses on limitera les prises -à 6, puis à 4 jours par quinzaine.
Il existe, dans le paludisme tierce, comme dans le paludisme
quotidien, des manifestations pré-critiques qui donnent l’alarme
en temps voulu ; il importe de les saisir en prenant la tempéra¬
ture post-méridienne, car c’est le moment de la journée où se
constate l’élévation de température de cet accès écourté.
Même à cet âge du paludisme, il ne faut pas s’en tenir à une
règle passée dans les habitudes quand il s’agit des fièvres
d’accès, celle de se rapporter au malade pour en fixer le début.
Il faut savoir que ses impressions sont toujours en retard d’une
338
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
heure à deux, quand la fièvre vient en froid. Dans les fièvres
chaudes (accès du paludisme quotidien, accès de rénovation du-
paludisme tierce), elles peuvent être en retard de 7 à 8 h. Il n’a
notion de la fièvre qu’à l’heure où elle est voisine de l’acmé.
4° Quinine en injection
A notre avis, l'administration de la quinine doit se faire par
ingestion buccale, de préférence à tout autre mode et à moins
de contre-indications précises.
Celles-ci peu nombreuses se résument :
soit dans l’intolérance gastrique, quand elle ne cède pas à
l’action vomitive comme c’est le cas habituel;
soit dans la perniciosité évidente des symptômes;
soit dans l’apparition de l’hémoglobinurie.
Rappelons d’abord certains points de doctrine qui ne sont
pas assez connus par le public médical français.
L’absorption de la quinine, quand elle est administrée par la
voie sous-cutanée ou intra-musculaire, débute quelques minutes
plus tôt que lorsqu’elle est donnée per os , mais elle n’est pas
plus importante au bout de la première heure, elle l’est moins
de la 6e à la 10e h. et l’élimination se prolonge plus longuement.
L’action est donc moins massive.
Les doses à administrer doivent être les mêmes sous la peau
que par la voie buccale. Il n’y a donc aucune économie à
employer l’injection.
Les phénomènes d’intoxication s’observent à des doses moin¬
dres quand la voie buccale est utilisée. C’est une preuve évi¬
dente qu’on obtient la saturation thérapeutique, à moindres
«
frais, par l’ingestion que par l’injection hypodermique ou intra¬
musculaire (1).
Ces conclusions sont communément acceptées par les expéri¬
mentateurs en Allemagne et en Italie; ce sont celles auxquelles
ont été conduits les cliniciens qui ont acquis une pratique
spéciale de la thérapeutique du paludisme colonial.
On a pu croire que ces conclusions ne visaient que les solu-
(1) Les doses toxiques sont sans bénéfice immédiat et pour peu qu’elles
soient renouvelées, il en résulte un véritable état anaphylactique qui diminue
notablement l’efficacité de la médication spécifique.
Séance du ii Avril 1917
339
tions concentrées et acides, mais elles trouvent pleine applica¬
tion même quand le soluté est alcalin (quinine uréthane et qui¬
nine antipyrine).
Les sels de quinine exercent une action nécrotique sur les
tissus de l’économie, qu’il s’agisse de l’hypoderme ou des
muscles, alors même que les solutés sont très dilués. On en
trouve la preuve dans les accidents que déterminent les injec¬
tions et qui surviennent, quelle que soit la formule, quelles que
soient les précautions d’antisepsie, quand elles sont renouvelées
plusieurs jours à la dose quotidienne et bi-quotidienne de 2 à
plusieurs centicuhes dans les mêmes régions ou dans le voisi¬
nage immédiat.
Ces accidents se sont multipliés chez les malades de Macédoine
comme antérieurement chez ceux de Madagascar.
Il est vrai qu’un nombre assez grand de médecins traitants
ont cru devoir recourir presque exclusivement à cette méthode
(injections pendant 8, 10 et 12 jours consécutifs et parfois davan¬
tage). Bien qu’ils prescrivissent presque simultanément des
prises par la bouche, les doses accumulées sous la peau et dans
la région fessière ont été longtemps continuées et très élevées.
Par suite des réactions de défense, la majeure partie du médica¬
ment y est restée incluse ; on retrouve chez ces malades, plu¬
sieurs semaines et plusieurs mois après le débarquement, de
véritables noyaux d’induration dans les fesses, sous la peau de
l’abdomen, sous celle de la cuisse. Les malades en souffrent
plus particulièrement lors de leurs accès. Ils ont la notion
exacte qu’il se fait de ce côté à chaque crise une véritable con¬
gestion.
On peut considérer ces indurations comme un simple accident,
mais souvent se produisent des nécroses étendues (1), qui ne
frappent pas seulement la peau et l’hypoderme, mais les muscles
sur une grande étendue. Ces lésions nécrotiques peuvent s’ac¬
compagner de lésions névritiques qui portent le plus souvent
sur le nerf sciatique ou sur une de ses branches; il s’établit de
véritables névrites (2).
a II est prudent de renoncer à faire des piqûres dans la région
« rétro -trochantéricnne. Il nous est arrivé assez fréquemment
« d’être consulté pour des névralgies ou des névrites des
(1) Moreau. La Presse médicale , 22 mars 1917.
(2) Sicard-Himbaud et Roger. Paris-Médical, 6 janvier 1917.
340 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« branches du sciatique qui étaient imputables à des injections
« de sels de quinine poussées profondément dans les muscles
« de cette région » (r).
Ces névrites peuvent évoluer sans nécrose des tissus, mais elles
aboutissent à des troubles permanents qui occasionnent une
invalidité durable.
Nous nous croyons donc autorisé à conclure que l’injection
hypodermique ou intra-musculaire des sels de quinine ne se
justifie que lorsque l'absorption par la voie digestive ne peut
être utilisée.
Les indications de la voie hypodermique ou intra-musculaire
se limitent par suite :
au traitement des accès ou accidents pernicieux,
à celui de la fièvre hémoglobinurique.
5° Perniciosité
Les accidents survenus, quels qu’ils soient, sont une menace
immédiate pour la vie du malade. Il faut courir au danger, mais
le danger n'est pas seulement dans le parasitisme, il peut tenir à
la complication intervenue. Ce peut être une question de terrain
autant , sinon plus, qu'une question de virulence de la maladie .
« On se contente trop souvent dans les accès pernicieux
« d’administrer le sel de quinine pour conjurer l’accès suivant.
« Outre le danger à venir, il y a le danger présent, auquel il
« faut courir quand la perniciosité est à craindre ou qu’elle
« existe ; l’indication est pressante et précise » (Jacquot).
Il est aussi urgent de supprimer la complication que de
détruire le parasitisme.
On doit agir comme on le ferait si on constatait cette manifes¬
tation dans toute autre maladie infectieuse.
Il faut combattre par les moyens appropriés,
l’hyperthermie, si elle existe,
le collapsus algide ou cardiaque, s’il est en cause,
les réactions méningées ou encéphaliques,
les congestions hypérémiques du poumon, du rein, si ces
organes sont en souffrance.
En même temps, et à titre de médication causale, on injectera.
(j) Gràll. Paludisme, p. 5oi.
Séance du i i Avril 1917
341
dès l’entrée, une dose active de quinine, 1 g. 5o à 2 g. 5o. Il est
admis qu’on ne peut agir sur l’accès en cours, mais il est déjà
temps de faire le nécessaire pour atténuer celui qui doit suivre
et qui peut entraîner les memes menaces.
On est autorisé dans ces circonstances à recourir non seule¬
ment aux injections interstitielles, mais également aux injec¬
tions intra-veineuses , sous réserve de ne pas dépasser la dose
médicamenteuse. Or, il semble que la présence, dans la circula¬
tion générale, de 75 à 80 cg. représente tout l’effort thérapeu¬
tique réalisable, sans accidents toxiques mais suffisant (1).
Ce dernier mode d’administration ne doit pas être adopté en
dehors d’une crise réellement pernicieuse. Les expériences ten¬
tées (elles ont été multipliées en dehors de la perniciosité)
établissent que, si elle peut agir contre la détermination
actuelle ou plutôt contre celle du lendemain, l'injection intra¬
veineuse est exposée à être prématurée. Injectée au moment
d’un accès, elle n’a que peu d’action sur la détermination en
cours et il apparaît que son élimination pourra être presque
complète à l’heure où se fera la pullulation des schizontes. En
aucune occurrence, l’injection intra-veineuse n’a mis obstacle à
la continuation de la maladie et n'a pas fait disparaître de la
circulation les formes de résistance.
Il faut en outre tenir compte des impressions que ressent le
malade; elles sont réellement angoissantes, entraînent l'idée de
mort immédiate, bien que jusqu’à cette date, cette intervention
n’ait pas, à notre connaissance, entraîné d’accidents mortels...
« La première de ces piqûres est extrêmement pénible. 3/4 d’heure
« environ après l’injection, je suis saisi de vomissements et de frissons
« très violents. Il est impossible de me réchauffer malgré force couver-
« tures en pleine saison estivale. Je ne trouve plus ma respiration ; j’ai la
« gorge serrée à étouffer et la poitrine contractée. Je reste deux heures
« environ dans cet état, puis c’est la prostration ».
Ces impressions sont celles d’un officier en cours de traite¬
ment.
< i Le sulfate de quinine ne constitue pas toute la médication. La forme
« de la maladie dicte aussi des indications spéciales. On a recours contre
« ces phénomènes à la médication des symptômes... En un mot le traite -
« ment est double : à l’aide de la quinine, il s’attaque au fond delà mala-
« die, armé de moyens très divers, il fait la guerre aux accidents et aux
« localisations ».
(1) Carnot et de Kerdrel, Paris- Médical, 6 janvier 1917.
342 Bulletin de lâ Société de Pathologie exotique
Cette phrase de Jacquot me paraît résumer les règles de la
thérapeutique à appliquer aux accidents et aux accès pernicieux.
La distinction établie entre les accidents et les localisations
trouve ici sa pleine application.
a) Il est des cas où la perniciosité ne paraît dépendre que
d'une manifestation fonctionnelle, toute de surface, syndrome
qui, s’attaquant aux fonctions vitales, place la vie du malade
en danger immédiat : ce peut être l’hyperthermie, ce peut être
la diaphorèse, ce peut être l’algidité, toutes manifestations
qu’en doctrine on considère comme l’exagération de certains
stades de l'accès. Il faut, par la quinine à doses fortes et en
injections répétées, lutter contre la virulence anormale du para¬
sitisme.
b) Dans les circonstances où les congestions qui accompa¬
gnent la fièvre s’exagèrent anormalement du côté des centres
nerveux, du côté des organes de la respiration, du côté de l’in¬
nervation cardiaque, du côté du rein ou de l'organe hépatique,
il faut insister sur la révulsion et la dérivation, recourir aux
excitants et plus particulièrement à l’éther à doses renouvelées.
L'éther et la révulsion trouvent indication plus immédiate
encore quand il s'agit de phénomènes de collapsus cardiaque
ou d’accidents comateux.
« La médication accessoire, surtout dans les cas graves et pernicieux,
« a souvent beaucoup d’importance... L’association du sel de quinine à
« l’opium et à l'éther est, pour nous, une pratique assez usuelle; l’opium
« favorise la tolérance et l’éther jouit de propriétés diffusibles précieuses
« par leur énergie et leur activité.
« Réveillez donc par tous les moyens possibles la vitalité prête à s’étein-
« dre dans falgidité ou encore débarrassez les organes parenchymateux
« fortement congestionnés sinon par des saignées, au moins quelquefois
« par des sangsues » (ou des ventouses scarifiées) « et surtout par des
« révulsifs... Dans d’autres cas, il importe d’apaiser l’excitation nerveuse
« et de modérer la violence du délire : l’indication devient tellement
« urgente qu’elle n’est plus secondaire mais capitale » (1).
6° Accès hémoglobinurioue
Nous avons dit que, contrairement à une opinion répandue,
ce n’était pas dans la lésion hépatique, ni dans le parasitisme
qu’était le danger immédiat, mais dans l'obstruction rénale.
C’est le cas de répéter avec tous les cliniciens avertis que
(i) Jacquot, loco citato.
Séance du ii Avril 1917
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l’indication essentielle est de maintenir la perméabilité du filtre
rénal. Le moyen le plus actif, celui qui a incontestablement
donné les meilleurs résultats, est de rechercher et d’obtenir
l’augmentation de la tension artérielle par les injections de
sérum physiologique. On a semblé craindre la rétention chlo¬
rurée ; pour notre part, nous ne songeons pas à nous en prému¬
nir, car, en réalité, il n’y a pas néphrite. L’accident à redouter
est l’obstruction mécanique des glomérules et surtout des tubes
rénaux par le dépôt des cristaux d’hémoglobine qui, a 11 passage,
se précipitent si l’urine est anormalement concentrée. C/est la
diurèse abondante et facile qu'il faut conserver et maintenir.
C’est la méthode que Gouzien (i) a préconisée et fait adopter en
Afrique occidentale française et dans les colonies étrangères
voisines et qui a donné pleine satisfaction à tous les cliniciens.
Il y associait certaines plantes des pays chauds qui ont une
action favorable sur la fonction rénale dès que la période d’into¬
lérance gastrique est passée (ahouandêmé, racine de kinkeli-
bah (2), produits adoptés par les indigènes de l'A. O. F.).
« L’expérience nous a conduit à proposer la formule suivante : si, au
« bout de 24 heures d’hémoglobinurie, l’urine ne tend pas à s’éclaircir et
« que la température ne dépasse pas 39°, pratiquer sous la peau du flanc
« une première injection de 100-300 g. de solution physiologique de
« sel marin à 7 p. 1000 ; elle sera renouvelée les jours suivants si la
« situation l’exige. Nous n’avons jamais dépassé le chiffre de quatre
« injections ; une seule ou deux ont suffi pour remettre le malade dans la
« bonne voie . mais il convient d’agir aussi près que possible du
« début.... ».
« Si la température dépasse 39°, il faut surseoir à l’injection et s’effor-
« cer d’abord d'amener la défervescence, par les lavements d'eau froide ,
« à la dose de 200 à 300 g., répétés toutes les heures ou toutes les deux
« heures, jusqu’à concurrence d'un litre à un litre et demi dans la journée.
« On recommandera au malade de les conserver.... »
« Dans les cas de moyenne intensité, nous avons fait un usage constant
« et toujours avantageux des petits lavements de sérum, administrés tous
« les 2 h. à la température ordinaire et à la dose de 200 à 300 g ,
« jusqu’à concurrence de 5 à 6 lavements par jour. Ces injections rectales
« qui, assez souvent, constituaient la partie essentielle du traitement,
« agissaient dans le même sens que les injections sous-cutanées, quoique
« avec moins de rapidité et de précision... »
« A côté des injections et des lavements de sérum artificiel, nous avons
« employé avec grand profit Y Ahouandêmé, nom donné par les indigènes
-a*
(1) Gouzien. Fièvre hémoglobinurique. Traité de pathologie exotique.
(2) Kinkelibah ( Combretum Raimbaultii Heckel). Il s’administre à la
manière de l’ahouandémé. L’infusion de feuilles sèches de cette plante a
donné des résultats très favorables entre les mains de plusieurs de nos col¬
lègues de la Marine et des Colonies.
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Bulletin de la Société de Pathologie exotique
« du Dahomey au Cassia occidentalis L. L’infusion de feuilles de cette
« plante, appliquée par nos collègues et par nous au traitement de l’accès
« mélanurique, nous a parfois donné de très heureux résultats. Il est des
a cas où la tisane d’Ahouandémé, prise dès l’éclosion de la maladie, a fait,
« pour ainsi dire, tous les frais du traitement. Nous formulerons comme
a suit la Tisane d’Ahouandémé :
(( Feuilles d’Ahouandémé récemment desséchées... 15 g.
« Faire infuser avec 950 g. d’eau. Filtrer et ajouter 50 g. de sirop de
« sucre et le jus d’un petit citron.
« A prendre par verrées, à la dose de 1 à 3 1. par jour, en rapprochant
« le plus possible les premières prises.
« Les injections et éther et de caféine sont des auxiliaires précieux de
« cette médication....
« A la base du traitement, figure aussi l’emploi de révulsifs. Les ven-
« touses sèches appliquées en grand nombre, 2 fois par jour, sur la région
« lombaire, sont un des meilleurs moyens de prévenir et de combattre la
« congestion rénale.... Contre l’épigastralgie et les vomissements, on
« prescrira, avec avantage, les pulvérisations d' éther au creux épigastrique
« en plusieurs séances, chacune de 2 à 3 m.... »
C’est dans cette fièvre hémoglobinurique, plus encore que
dans les autres, qu'il faut se rappeler le précepte de Jacquot
antérieurement cité et s’en inspirer : « Outre le danger à venir,
il y a le danger présent >-.
En dehors des crises, on emploiera, de préférence, chez ces
malades, le tannate de quinine que l’on prescrira aux mêmes
doses que le chlorhydrate.
Il est bon de savoir qu’en Italie une réaction se fait en faveur
des sels considérés comme peu solubles. Ce sont ceux auxquels il
faut avoir recours quand on se trouve en présence de malades
chez lesquels il a été fait abus de la médication quinique, soit
par exagération des doses, soit par continuité trop prolongée de
cette thérapeutique.
Leur usage permettra d’amoindrir les accès et d’éviter les acci¬
dents d’hémolyse sanguine qui peuvent les accompagner.
Les horaires et les périodes d’administration varieront suivant
que l’hémoglobinurie accompagne des fièvres tierces ou quoti¬
diennes, en conformité des indications qui ont été données quand
il a été traité des fièvres d’accès.
7° Séquelles du paludisme
Voici les indications posées par les médecins d’Algérie pour
la cure des séquelles du paludisme aigu. Elles trouvent dans
tous les cas que nous venons de passer en revue leur pleine
indication.
Séance du i i Avril 1917
345
« L’arsenic, n’a pas répondu à l’attente ; il ne peut être qu’un
« complément du traitement...
« Au contraire, le traitement suivant semble mériter toute
« confiance, car il donne à la grande majorité des cliniciens les
« résultats les plus favorables :
« Régime très réconfortant... amers (1)... café... quinquina en
« poudre (4 à 6 g.) » (enrobée dans du miel ou mélangée à une
tasse de café noir le matin).
« C’est la quinine sous une autre forme que nos sels alcaloï-
« diques dont l’action semble s’épuiser quand on l’administre
« journellement »... « puis, à l’époque présumée du retour de la
« fièvre, quelques doses de quinine sans discontinuer les amers
« et l’alimentation réparatrice ». On doit y ajouter, dirons-nous,
des ferrugineux, d’après une formule voisine de celle qu’avaient
adoptée les médecins de Marine et qui est connue sous le nom de
poudre de Maisonneuve :
Poudre de quinquina
Poudre de valériane.
Tartrate de fer. . .
Sulfate de quinine.
4 à 5 g. )
°’50 à 1 S* ( en cachets
0,20 à 0,30. ( e cacnets
0,20 à 0,30. )
à prendre au moment des repas, midi et soir.
Cette poudre peut être, de préférence, enrobée dans du miel,
de façon à constituer un électuaire et la poudre de valériane
remplacée par la poudre de tannin à l’alcool.
Pour traiter les états chroniques et anémiques imputables au
paludisme, il est souvent nécessaire de recourir à une cure
thermale.
Les thermes de Vichy étaient, à une époque récente, les seuls
qui fussent couramment conseillés aux coloniaux. Nous esti¬
mons, pour notre part, qu’on doit limiter l’usage de ces eaux à
des indications déterminées. En ce qui concerne le paludisme,
elles doivent être recommandées, uniquement, pour les séquelles
lointaines que laisse du côté des organes abdominaux l’intoxi¬
cation malarienne; encore faut-il que l’état général ne soit pas
trop débilité et qu’en outre, il n’existe ni lésion cardiaque, ni
lésion rénale, ni lésion amibienne.
(1) Le matin à jeun, macérations de gentiane, de Colombo ou de quassia
amara ; une demi-heure à une heure avant les repas, quelques gouttes de
teinture de noix vomique ou du mélange amer de Beaumé dans un peu d’eau.
346
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les eaux arsenicales sonl à utiliser de préférence et notamment
celles de La Bourboule, d’autant qu’à portée des sources, il est
facile d’organiser des sanatoria d’altitude.
Contre l’anémie palustre, l'emploi des thermes de Plombières,
de Vie sur Gère, de Saint-Nectaire semble indiqué. Dans les cas
de cachexie, c’est à ces eaux peu minéralisées et relativement peu
actives qu’il faudra adresser les malades.
8° Prévention des premières atteintes
La dose de quinine prescrite pour réaliser la prophylaxie est
habituellement de 26 cg. pro die ; nous avons indiqué qu'à
notre avis, le sel qu'inique devait, de préférence, être absorbé le
soir. C’est aussi l’opinion de Craig (i).
Dès que les circonstances climatériques ou locales deviennent
favorables à la multiplication des anophélines, cette dose doit
être doublée (2 comprimés de 25 cg.). Il importe, à notre avis,
en s’en référant aux indications que nous avons données sur
Dévolution horaire des fièvres continues et des fièvres d’accès,
de faire absorber cette dose en une seule prise, dans la soirée,
avant ou au cours du repas.
Nous insistons, en outre, pour que la ration de café accordée
aux hommes soit doublée ; c'est en effet le moyen assuré de
réduire très notablement les inconvénients de cette médication
et notamment les troubles sensoriels. Ajoutons que le café lu i-
même a toujours été considéré dans les pays coloniaux comme
un préservatif contre la fièvre (2).
Pour notre part, nous estimons qu’à la période estivale, cette
ingestion de 2 comprimés doit être maintenue 4 à 5 jours sur 7,
sauf à être ramenée 2 à 3 jours par semaine à un seul comprimé
(25 cg.).
90 Prévention des rechutes
i
Ces quantités deviennent insuffisantes dès que s’est faite et
surtout quand s’est renouvelée l’imprégnation palustre, cas
habituel chez tout homme qui, pendant un certain temps, reste
(1) La prophylaxie de la malaria, Bulletin de l’OJf. Int. d’Hyy. pub. ipi5
n» 7.
(2) Grall, loco citato.
Séance du i i Avril 1917
347
exposé, sans défense, pendant la saison chaude, aux piqûres
anophéliennes.
Il importe que le médecin qui a charge de la santé des grou¬
pes ou de fractions de groupes en passe régulièrement la visite
2 à 3 fois par mois, tous les 10 jours environ et que, par l'exa¬
men direct et l'interrogatoire, il fasse le tri de ceux qui ont
cessé d’être indemnes. Il faut, pour éviter toute erreur, qu’il
soit exactement renseigné sur les manifestations initiales de la
maladie, qu’il sache combien elles sont frustes et surtout com¬
bien les impressions du malade sont souvent très peu nettes,
alors même qu’il porte ou a porté la fièvre sur pied, nombre de
jours, à d’assez fréquentes reprises.
Chez ces hommes, il ne s’agit plus de qui no-prophylaxie, au
sens étroit du mot. mais de prévention des rechutes et des réno¬
vations.
Les doses et les horaires de l’administration doivent être
modifiés. Autant que possible, il faut dépister la crise en cours
ou celle qui vient de se terminer et se rendre compte de son
début qu’on doit prendre comme point de départ.
Nous conseillons pour ces cas, et pendant toute la durée des
mois où sévit le paludisme épidémié, les prescriptions sui¬
vantes :
75 cg. à 1 g. de quinine tous les soirs, de 18 à 20 h., pendant
les 4 à 5 jours qui correspondent à la crise ou à la menace de
crise.
Ces comprimés (3 à 4) seront ingérés à l’heure indiquée et en
une ou deux prises très rapprochées ; ce pourrait être au repas
du soir.
Les cinq jours suivants, on réduira leur nombre à 1 ou 2 par
jour, puis on reprendra, pendant une nouvelle durée de 4 à
5 jours, la dose initiale. On continuera de la sorte assez longue¬
ment et pendant au moins 4 à 5 semaines cette cure préventive.
Il n’est pas assuré qu’on supprime de la sorte tout accès de
fièvre, mais on en réduira notablement le nombre et ils seront
amoindris. On évitera incontestablement la faillite de l’or¬
ganisme,
Cette règle sera celle dont il faudra faire application après le
rapatriement des malades , pendant le traitement à /’ hôpital ,
pendant le séjour dans la famille et, dirons-nous, pendant le pre¬
mier mois du retour au co/ps. Toutefois, ici, la médication qui-
348 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
nique devra être discontinue, les hommes n’étant plus exposés
à des réinoculations : le palustre cessera toute ingestion de
quinineaux périodes intercalaires entre les crises. La médica¬
tion spécifique pourra toutefois être continuée dans les inter¬
valles par l’ingestion de la poudre (4 à 6 g.) ou de la décoction
de Kina.
En résumé, le palustre, à partir du jour où sa maladie est
avérée (et il faut que le médecin le dépiste quand il ne vient
pas à la visite), devra être tenu en surveillance médicale constante
et soumis, pourrait-on dire , à des stérilisations discontinues par
la quinine à doses actives (y 5 c g. à i g.).
Cette prévention des rechutes, comme au reste la cure des
paludéens en traitement dans les hôpitaux, ne peut s’obtenir
dans certains cas.
On est tenté d’en conclure que la médication est en défaut.
Cela peut être vrai chez certains malades et il est nécessaire pour
eux de forcer les doses et de recourir à d’autres modes d’adminis¬
tration ; mais, dans la majeure partie des cas, cette faillite appa¬
rente trouve sa raison d’être dans une complication que l’on
méconnaît et qui est, peut-on dire, la seconde moitié de l’endé¬
mo-épidémie... l’amibiase (i).
La quinine est sans effet contre cette association morbide.
Le seul médicament qui puisse donner un résultat est l’ipéca ou
l’émétine qui en dérive.
C’est ici que quelques graines de Ko-Sam (2 ou 3) prises par
séries de jours pourraient être conseillées à titre préventif et
même curatif des accidents amibiens initiaux.
io° Protection des hospitalisés
Ouand les malades sont en traitement dans des formations
hospitalières situées dans des zones palustres, un autre souci
doit s'imposer au médecin pendant tout le cours de la saison
endémo-épidémique, aussi impérieux que le traitement spécifi¬
que : c’est celui de réaliser par la moustiquaire, dont doivent
être garnis tous les lits, la protection des malades contre les
anophèles dans tous les locaux où le grillagement n’a pu être
efficace (et il ne peut l’être dans des locaux provisoires).
(1) Bulletin de la Société de Pathologie exotique, janvier 1917, p. 17.
Séance du i i Avril 1917
349
Plus qu un homme en santé, un alité (ou même simplement
un homme hospitalisé), placé dans des salles où sont maintenus
des porteurs de germes, est exposé à des réinfeclions massives
et virulentes. Les précautions les plus minutieuses doivent être
prises, sous une surveillance constante, pour que la mousti¬
quaire soit étroitement bordée et close sur ses deux faces comme
à ses extrémités.
Une recommandation trouve ici sa place. Toute moustiquaire
qui est ouverte sur une de ses faces ou qui est placée en dehors
des montants, ne donne que protection illusoire : elle est tou¬
jours plus ou moins béante et devient une véritable cage à
anophélines.
Dans les pays méditerranéens, la moustiquaire de tête est
d’une grande utilité pendant les heures de la sieste pour protéger
les hommes des piqûres des mouches. Elle ne peut donner que
des résultats très incomplets pendant la nuit, car le sommeil est
trop profond pour que l’homme, dans ses mouvements, ne la
déplace pas, sans s’en apercevoir.
ii° Immunité relative des contingents africains et coloniaux
Confirmation très nette a été obtenue en Macédoine de la
constatation, déjà faite dans toutes les campagnes coloniales,
de la résistance notablement plus grande à la malaria des races
colorées, des Africains du Nord et même des individus et des
groupes qui ont subi l’imprégnation palustre antérieurement,
soit dans leur pays natal, soit hors d’Europe.
Cette immunité est relative, elle n’empêche pas les récidives
et les rechutes, mais l’atteinte à l’état général est beaucoup
moindre et le rétablissement "plus rapide.
Au cours de la période vernale et à la fin de l’automne, ces
« anciens », pour employer le terme usité, renouvellent assez
fréquemment leurs accès, mais ces accès sont uniques ou pres¬
que uniques; ils sont de courte durée, bien que les températures
de l’acmé puissent être élevées. Ils sont du type tierce.
Chez eux, toutefois, particulièrement à la période automnale,
les accidents gastriques sont notoirement plus accusés; les
vomissements se produisent à chaque accès et la médication
vomitive est de la plus grande nécessité. Quand elle précède la
quinine, elle en assure la tolérance et l’efficacité.
24
350
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les observations suivies à Salonique et au retour en France
ont établi un fait plus particulièrement intéressant au point de
vue doctrinal ; c’est que nombre de provenants des Dardanelles
qui n'avaient pas eu notion réelle de leur imprégnation palustre
dans ce milieu, c’est que nombre des arrivants de l’automne
de 1915 qui n’avaient subi à cette date, comme les hommes des
Dardanelles, que des manifestations atténuées et frustes du
paludisme initial, ont réagi, l’année suivante, comme les Afri¬
cains et les paludéens avérés.
Il n’est pas contestable que si les contingents avaient été
recrutés dans ce milieu, le pourcentage des malades eut été
atténué dans de notables proportions.
Cette immunité des « anciens » fait contraste d’autant plus
accusé que les « nouveaux », ceux qui débarquent à la saison
estivale, présentent une grande fragilité. La presque totalité de
ces derniers contingents a subi, dès les premiers mois, des
formes massives et continues auxquelles ont succédé des séries
prolongées d’accès graves. Quelques semaines plus tard, les for¬
ces ont été à ce point atteintes que l’invalidité a été presque
totale et que le rapatriement a été nécessaire pour le plus grand
nombre d’entre eux. Même après le retour en Fi ance, ces mala¬
des continuent à présenter des formes rebelles, tenaces et lon¬
guement dépressives.
Ce ne sont pas là des données nouvelles. Elles se trouvent
relatées plus ou moins nettement dans les mémoires qui ont
traité de la malaria des armées, mais l’expérience, peut-on dire,
n’avait jamais été suivie sur des effectifs aussi nombreux et dans
des conditions aussi nettes pour établir comparaison entre les
différents groupes.
IL — TRAITEMENT DE L’AMIBIASE
ASSOCIÉE AU PALUDISME
Nous avons indiqué, en parlant des amibiases frustes (1), com¬
ment il fallait utiliser l’émétine comme pierre de touche du dia¬
gnostic de cette complication; il nous reste à formuler les indi¬
cations détaillées du traitement.
La thérapeutique de l’amibiase associée au paludisme a long-
(1) Bulletin de la Société de Pathologie exotique , 1917, no 1.
Séance du ii Avril 1917
351
temps bénéficié de ce fait que, souvent méconnue à ses premiers
stades, dans sa nature, elle était considérée comme une compli¬
cation d'origine palustre.
Il était de règle, quand on se trouvait en présence des réac¬
tions hypérémiques et phlegmasiques du côté de la glande hépa¬
tique, d’administrer l ipéca d’abord et de ne prescrire que le
soir ou le lendemain le sulfate de quinine ; on reprenait Faction
vomitive du premier de ces médicaments pour peu que la pous¬
sée congestive et fébrile ne rétrocédât pas. On admettait que
l’administration de l’ipéca était utile et souvent nécessaire pour
que la quinine pût exercer son action spécifique. L’explication
était erronée, mais la pratique était heureusement efficace ; elle
l’était d’autant plus qu’elle se produisait à une date plus rap¬
prochée du début de la localisation hépatique et que les doses
prescrites étaient plus actives et plusieurs fois renouvelées.
On agissait de même, quand, au cours d’une fièvre continue
ou subcontinue, les réactions intestinales s’exagéraient.
i° Crises dysentériques
Au lieu d’être prescrit comme vomitif, l’ipéca était employé à
doses fractionnées; on espaçait les prises du médicament pour
en éviter Faction nauséeuse.
Les formules ont varié. Elles rentrent toutes plus ou moins
dans celle que l’on a appelée F « ipéca à la Brésilienne » et
dont l’introduction dans la thérapeutique remonte à Pison et à
Helvétius.
A. Ipéca ci la Brésilienne. — La méthode d’fÏELvÉnus consiste à
jeter le soir i5o à 200 g. d’eau bouillante sur une quantité de 4
à 8 g. de racine d’ipéca préalablement concassée. Le lendemain,
on tire à clair cette infusion et elle se donne à jeun par petits
verres à liqueur, de quart en quart d’heure (Brésilienne n° 1). On
doit conserver le marc de cette infusion et, chaque soir, pendant
3, 4? 5 jours et davantage, verser dessus, pour le lendemain
matin, une même quantité d'eau bouillante (Brésilienne n° 2, 3...).
Levacher indique que, pour certains malades, il modifiait le
mode d’administration de la drogue:
«Je me contentais d’un seul vomissement et .je précipitais Faction de
« l’ipéca sur l’intestin, à l’aide de thé pris chaudement, de quart d’heure
« en quart d’heure. De cette façon, j’obtiens des selles fréquentes le pre-
« mier jour, rares le second et nulles le troisième ».
352
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Au lieu de la racine concassée, certains praticiens ont utilisé
la poudre sans rien changer par ailleurs aux autres détails de la
préparation. D’autres, après avoir versé l’eau bouillante sur la
racine concassée ou sur la poudre, l’ont fait bouillir pendant
quelques minutes. Delioux recommandait cette courte ébullition,
ayant reconnu à ce décocté une action irritante beaucoup
moindre. C’est lui également l’un des premiers qui a fait con¬
naître une pratique entrée dans les habitudes des médecins colo¬
niaux français : celle d’ajouter à l’infusion soit du sirop d’opium,
soit de la teinture d’opium, soit du laudanum, pour en assurer
la tolérance. Il insistait sur l’utilité de faire prendre l’infusion
par petites cuillerées très espacées de façon à éviter la révolte
de l’estomac.
Ces diverses formules, meme celles qui se sont inspirées des
indications de Delioux, en ajoutant à la drogue quantité plus
ou moins grande d’opium, avaient une action forcément nau¬
séeuse et même le plus souvent vomitive. C’est à Kogers et à ses
élèves que l'on doit d’avoir préconisé des méthodes qui la sup¬
priment et restreignent l’action purgative elle-même, effets
déplétifs qu’ils nous ontapprisàne pas considérer comme néces¬
saires, bien qu’ils fussent recherchés par les anciens.
Rogers et, à son exemple et d’après ses leçons, les médecins
anglais de l'Inde et de la Chine, ont associé à la poudre d’ipéca
de l’extrait d’opium ou ont fait précéder son ingestion de l’ab¬
sorption de V, X et même XV gouttes d’alcoolé d'opium, doses
qu’ils renouvelaient dans la journée.
A l’heure actuelle, le décocté d’ipéca est généralement préparé
et administré de la façon suivante:
Racine d’ipéca concassée : 6, 8 ou io g. Verser dessus 260 g.
d’eau bouillante et laisser en contact 24 h. Filtrer sur papier et
administrer le soluté dans la journée par cuillerée espacée
d’heure en heure. On préparera avec la même racine et dans les
mêmes conditions une seconde infusion à prendre le lendemain,
puis une troisième pour le surlendemain.
Il est nécessaire d’en assurer la tolérance. Il faut, pour cela,
suivant l’exemple du Professeur Rogers, alterner les prises frac¬
tionnées de la « potion » brésilienne avec de l’extrait d’opium.
La dose peut en être de 10 à 12 cg. pro die. On débutera, 1/2 h.
avant l’ingestion de l'ipéca, par l’administration de 2 de ces
Séance du ii Avril 1917
353
pilules. Elles seront continuées d’heure en heure, comme l’infu¬
sion elle-même, de telle sorte qu’il y ait entre les prises d’opium
et celles de l’ipéca, 1/2 h. d’intervalle.
Les doses d’opium à prescrire pour obtenir la tolérance, doi¬
vent être diminuées le second et surtout le troisième jour.
B. Simaronbas et Kho-Sam. — On peut avoir recours, dans le,
traitement des déterminations amibiennes, à deux autres médi¬
caments également recommandables: l’écorce de simarouba et
les graines de Kho-Sam.
Le simarouba ( aïlanthe ) est très employé, depuis longtemps,
en Chine et au Japon. Il a fait l’objet de nombreuses spécialités
pharmaceutiques, telles que le Vin Etienne et le remède Parreau.
Le simarouba du Pérou ( Quassia simarouba ) répond aux mêmes
indications.
On emploie l’écorce concassée de ces plantes, à la dose
moyenne de 20 à 3o g. par jour.
Les principales formules se résument comme suit :
a) Faire bouillir cette écorce dans-3oo g. d’eau, jusqu’à réduc¬
tion aux 2/3 et ajouter 3o à 4og. de sirop diacode.
b) Le remède dit de Shang Hai est préparé de la même façon,
mais avec une proportion de i/3 environ d'écorce de cannelle.
Le décocté est fortement alcoolisé avant d’être administré aux
malades.
c) Il est d’un usage courant en Extrême-Orient de faire bouillir
l’écorce de simarouba et de cannelle dans 100 à i5o g. de vin
rouge, assez astringent. On obtient ainsi une formule qui rap¬
pelle d’assez près le Vin Etienne.
Ces diverses préparations doivent être prises en 3 à 4 fois, de
préférence dans la matinée.
*
Les graines de Kho-Sam sont également utilisées en Chine et
en Indochine contre les déterminations amibiennes : intestinales
ou hépatiques.
On les administre en cachets ou sous forme de comprimés, à
la dose de 6 à 10 par jour. Lemoine emploie la poudre de graines
qu’il administre pendant 5 jours, en augmentant et en dimi¬
nuant progressivement les doses : 8, 16, 32, 16 et 8 cg.
C. Ipéca et calomel. — La médication à l’ipéca a été fréquem¬
ment réalisée par la formule dite des « pilules de Segond ».
354
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le but proposé était de réaliser, sans effet nauséeux, Faction
anti-amibienne, tout en assurant la déplétion de l’intestin ; le
moyen employé était l’association, sous forme pilulaire :
de l’ipéca . agent spécifique,
du calomel . agent purgatif,
de Popium . appelé à agir comme
calmant et à assurer la tolérance.
La formule donnée par Segond est la suivante :
Ipéca en poudre . 0.40
Calomel . 0.20
Extrait d’opium . 0.05
Sirop de nerprun . q. s. pour 6 pilules
Voici la formule modifiée de Bourgarel :
Ipéca . 1 » )
Calomel . 1 » > pour 8 pilules
Opium . 0.05 ;
Il est préférable de ne faire à la fois que très peu de ces
pilules, pour qu'elles ne durcissent pas.
Segond faisait prendre les 6 pilules pendant 2 à 3 jours consé¬
cutifs, à raison d’une toutes les 2 h. et il en diminuait les prises
les jours suivants, en abaissant progressivement les doses à 4 et,
plus tard, à 2 pilules pro die.
Bourgarel donnait les 8 pilules pendant 2 jours consécutifs,
diminuait de moitié les quantités prescrites les 2 jours suivants
et maintenait les malades sous l’influence de la médication par
l’administration prolongée de 3 à 4 pilules.
Il y a lieu de remarquer que le calomel associé à l’ipéca ne
détermine que très rarement l’intoxication mercurielle.
D. Emétine. — Un seul médicament avec l’ipéca et mieux que
lui répond aux indications du traitement rationnel de l’hépatite :
c’est Fémétine.
Son action est aussi active sur les déterminations amibiennes
du foie que sur la dysenterie de même origine. Elle réalise une
action de spécificité anti-amibienne et anti-toxique, aussi bien
sur la greffe hépatique que sur l’amibiase intestinale.
Peu de jours après la première injection, très souvent le lende¬
main, la température, quand elle est fébrile ou sous-fébrile,
s’abaisse (Graphique II). Puis s’évanouissent les symptômes : la
Séance du ii Avril 1917
355
douleur s’atténue, la matité hépatique diminue rapidement; on
peut suivre cà la radiographie le retrait de l’organe et l’abaisse¬
ment du diaphragme qui reprend sa mobilité normale. En même
temps, la leucocytose et l’éosinophilie se modifient dans le sens
de la guérison.
C’est au Professeur Rogers qu’est due l’introduction de cet
alcaloïde dans la thérapeutique des amibiases.
Ses premiers essais furent des succès bien évidents : les doses
qu’il conseillait alors étaient relativement minimes: 1/2 grain à
1 grain (3 à 6 cg.). Le sel employé était le chlorhydrate et il était
dissous dans la solution saline normale.
Le traitement doit être institué dès qu’il y a suspicion de greffe
hépatique seule ou associée. On peut considérer comme la carac¬
térisant toute poussée fébrile survenue en dehors des paroxysmes
palustres, quand elle s’accompagne d’hyperleucocytose et d’éosi¬
nophilie .
Les doses et les détails d’efnploi de l’émétine ont été précisés
dans notre précédent mémoire ; le lecteur voudra bien s’y repor¬
ter. Nous nous contentons ici de les résumer :
pour les cas de médiocre gravité , pendant 5 jours, chaque
matin, 6 cg. en injection... pendant les 5 jours qui suivent,
4 cg., chaque matin (Graphique III).
pour les cas avérés et nets , 8 à 10 cg. chaque matin, pendant
3 jours — 6 à 8 cg. les 3 jours suivants . enfin, du 7e au
10e jour, 4 doses de 4 cg.
Il faut au bout de 10 à i5 jours, reprendre la cure en recou¬
rant aux mêmes doses.
356
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les mois suivants et parfois plus d’une année plus tard, le
malade devra recourir à la même médication, à titre préventif :
l’amibiase ne peut être guérie que par des stérilisations succes¬
sives.
Il ne semble pas y avoir à cette période de la maladie aucune
contre-indication, sous réserve de ne pas dépasser les doses
indiquées et de ne pas prolonger trop longuement la cure.
Il apparaît, jusqu’à plus ample informé, que la dose totale
de i g. à i g. 20, administrée en une dizaine de jours, constitue
la dose maxima de sécurité (Dalïmier).
Les injections d’émétine sont douloureuses, au bout de quel¬
ques jours; un petit pansement humide en atténue la douleur.
Les régions les moins sensibles sont les deux hypocondres, l’ab¬
domen et la région deltoïdienne. On alternera les points d’injec¬
tion pour éviter au patient des souffrances trop vives.
A l’inverse des injections de quinine, les injections d’émétine
n’ont jamais provoqué d’accidents nécrotifs ou suppuratifs.
Ces injections sont moins douloureuses et d’absorption plus
facile quand les ampoules ont été préparées par tyndallisation.
h y aurait lieu de renoncer aux solutions stérilisées à l’auto¬
clave.
L’émétine ou l’ipéca n’est pas tout le traitement des amibiases
intestinales ou hépatiques.
Il est une indication urgente à remplir dans presque tous les
cas : c’est celle de la déplétion de l’intestin. Les apparences
Séance du ii Avril 1917
357
sont parfois (rompeuses et il peut se faire, malgré des selles
répétées, que le tube intestinal ne s’exonère pas; l’intestin pré¬
sente une véritable contracture de ses parties supérieures.
Quand il ne se produit pas une véritable diarrhée, il faut la
déterminer et l’entretenir par l’huile de ricin, médicament de
choix. Le calomel a souvent été utilisé, particulièrement par les
médecins anglais, pour répondre aux mêmes indications, mais
il est moins anodin. Les purgatifs salins, même à faible dose,
ne doivent pas être prescrits, car ils exagèrent la souffrance
abdominale.
Il est une ressource très directe pour agir sur le foie : c’est la
saignée locale au moyen de l’aiguille aspiratrice. Ce procédé est
surtout employé pour la recherche du pus, mais nombreux sont
les cas où des ponctions, sans résultat au point de vue de l’ex¬
ploration, ont déterminé (aidées du traitement interne) un véri¬
table arrêt de la poussée hépatique. On ne doit pas hésiter à les
employer, à titre de moyen médical, en dehors de toute idée
d’intervention chirurgicale.
Il faut ponctionner :
pour agir sur le foie par une saignée locale,
pour pratiquer l’aspiration quand le pus sort à l’extrémité de
l’aiguille.
On peut être tenté de conclure, en cas de ponction négative,
à une erreur de diagnostic, mais cette déduction ne peut être
soutenue que par ceux qui considèrent que l’hépatite amibienne
n’est en cause qu’à la période où la collection purulente et
nécrotique s’est formée.
Le traitement ne semble pas pouvoir sortir de celte triple
thérapeutique : purgatifs, ipéca (ou émétine) à l’intérieur, sai¬
gnées locales dans le foie ou ventouses scarifiées au niveau de
cet organe. Il y a lieu de le reprendre à chaque poussée nouvelle.
En cas de flux dysentériques concomittants, particulièrement
quand ce flux peut se rapporter à d’autres causes que l’amibiase,
il est toujours utile de compléter la médication par une dériva¬
tion du côté de l’intestin.
Chez les amibiens, il y a fréquemment évolution simultanée
de l’infection amibienne et d’un parasitisme très varié : lom¬
brics, tricocéphales, lamblies, ascaris, etc...
358
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’émétine paraît sans action sur tous ces parasites; la santo-
nine associée au calomel est le traitement par excellence. On
peut avoir recours à d’autres parasiticides, mais il faut se garder
de certains anti-helmintiques qui peuvent avoir sur le foie et
l’intestin une action d’irritation et d'inhibition (thymol, par
exemple).
Les malades amibiens doivent être conservés en traitement
jusqu’à disparition complète des parasites. Il faut savoir qu’il
s’établit, chez beaucoup de malades, des périodes prolongées de
latence du parasitisme qui peuvent faire croire à la guérison.
Il est possible de faire cesser cette latence, en ayant recours à
un lavement d’ipéca. Cette médication agit à titre d’épreuve :
elle donne, en cas de persistance de l’amibe, une diarrhée
glaireuse où elle se retrouve.
La formule peut être la suivante :
Ipéca concassé . 6 à 8 g.
Eau . 350 à 400 g.
Faire bouillir jusqu’à réduction d’un tiers. Ajouter XV gouttes
de teinture d’opium et administrer en lavement. Ce lavement
devra être conservé.
Pour répondre à la même indication, Noc a préconisé le pro¬
cédé suivant. Il consiste dans l’administration :
a) d’un lavement évacuateur de 5oo g. d’eau bouillie,
b) après effet, d’un lavage de la solution suivante :
thymol . 0 g. 50
eau . 1.000 g. (à conserver 30 m.}.
Ce lavage provoque,, dit Noc, l’issue de mucosités dans les¬
quelles se découvriront les amibes. Il constituerait en outre
l’avantage d’un traitement facile et inoffensif de la tricocépha-
lose que l'on retrouve fréquemment chez tous ces malades.
Le malade ne sera considéré comme guéri que si l’un ou l’au¬
tre des traitements d’épreuve ne rappelle pas les phénomènes
dysentériques et que si l’examen des selles, fait à cette date, reste
négatif.
2° Séquelles
Pour traiter les états chroniques et anémiques qui sont impu¬
tables à l’amibiase (torpeur du foie, dysenterie et dyspepsie
Séance du il Avril 1917
359
chroniques), on ne devra jamais négliger le traitement thermal
et les cures climatiques.
Les eaux thermales de Chatel-Guyon et de Brides-les-Bains
sont particulièrement indiquées et notamment ces dernières.
L’action des eaux de Brides sera complétée par une cure externe
aux eaux de Scilins-les-Moutiers, placées dans le voisinage. Les
malades y feront, en même temps, une cure d'altitude, dans de
très bonnes conditions.
Les localités froides et humides sont à éviter et nous conseil¬
lons, pendant l’hiver, un séjour dans le Midi méditerranéen ou
pyrénéen.
3° Prévention des rechutes
La cure des paroxysmes n’est pas dans l’amibiase, non plus que
dans le paludisme et les autres maladies à protozoaires, la guéri¬
son de la maladie. Les remèdes employés n’ont qu’action par¬
tielle sur les formes de résistance de l’entamibe et nous tenons à
répéter que, pour la dysenterie endémique comme pour le palu¬
disme, il 11e semble pas qu’il existe possibilité, au moins actuel¬
lement, d’obtenir l’arrêt immédiat de la maladie. La guérison
ne peut être obtenue à notVe sens que par des stérilisations
successives et discontinues et nous estimons qu’aucun remède
connu ne réalise la therapia stérilisons magna.
Il n’en est pas moins vrai que la cure émétinée, à condition
d'être reprise un certain nombre de fois à une périodicité qu’il
faudrait rechercher, peut donner à la longue les mêmes résul¬
tats, du fait de ses actions successives. Celte affirmation, exacte
pour les alcaloïdes retirés de l'ipéca, l’est encore plus pour
l’ipéca total qui, d’après des données anciennes, semble actif,
non seulement contre l’entamibe mobile, mais contre ses kystes.
Il existe dans l'ipéca total, des composants qui détruisent par¬
tiellement les kystes, diminuent leur facilité de reproduction
et, en toute occurence, atténuent leur virulence, sous réserve
de certaines associations médicamenteuses.
Il nous paraît acquis que certaines préparations complexes
où entrent à la fois l’ipéca et le simarouba du Pérou ou de
Chine ont, à cet égard, des effets très utiles. On a constaté,
depuis Second, que ces formules complexes sont les médica¬
ments des séquelles de l'amibiase. Or, le moyen réellement
360
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
»
efficace de guérir les séquelles est d’empêcher l’évolution endo¬
gène du parasite.
C’est à cette indication que nous paraissent répondre les
tablettes kératinisées d’ipéca de la pharmacopée anglaise qu’a
préconisées Rogers, l’association en tablettes ou en cachets de
la poudre d'ipéca et du tannin , à la dose de i à 2 grains de cha¬
cun de ces produits, tels qu’ils sont employés par les praticiens
de Hong-Kong et de l’Inde anglaise.
Rappelons que, pour éviter ou au moins atténuer les effets
déplétifs et nauséeux, on fait prendre de préférence ces remèdes
au début de la nuit et que, souvent, on fait précéder leur
ingestion de quelques gouttes de teinture d’opium.
Pour notre part, nous estimons, avec nos camarades de la
Marine et des Colonies, qu’une des meilleures préparations à
conseiller pour la prévention des rechutes de l’amibiase intes¬
tinale est la formule des pilules dites de Segond , sauf à augmenter
la dose d’extrait d’opium qui devra être de 1 cg. 5o à 2 cg. par
pilule et sauf à en interrompre l’administration 2 à 3 jours par
semaine.
Cette médication par les pilules de Second devra être prolon¬
gée pendant 2 à 3 mois; toutefois, on pourra en restreindre les
prises en cas d’amélioration progressive de l’état local et de
l’état général. On devra les renforcer si, à un moment donné,
on se trouve placé en présence d’une crise paroxystique, crise
qu’on traitera, au besoin, par des injections d’émétine. La dose
moyenne (pro die) nous semble être de 2 à 3 pilules absorbées le
soir, au moment de se mettre au lit.
Cette question de la prévention des rechutes a été surtout
envisagée au point de vue de la destruction, dans l’intestin, de
l’amibe mobile et de la disparition de ses kystes.
C’est le résultat que l’on recherchait, il y a quelques années,
par les lavements médicamenteux, mais on a renoncé à cette
action en quelque sorte topique et directement parasiticide. On
a plutôt recours à une réaction sur les milieux, réaction obtenue
par l’ingestion de produits amibicides. En présence des résul¬
tats que donnent, contre les formes amiboïdes, les alcaloïdes de
l’ipéca, c’est surtout dans la voie de leur utilisation qu’on a
poursuivi les recherches. On s’est efforcé d’obtenir des formes
médicamenteuses ou des composés qui, n’étant pas atteints par
Séance du ii Avril 1917
361
les sucs gastriques, n’entreraient en action que dans l’intestin.
C'est une conception bien étroite, mais actuellement acceptée.
C'est à ce groupe d’agents qu’appartiennent les pilules salolées
ou kératinisées d'émétine, les sels doubles d’émétine et notam¬
ment Yiodure double d’émétine et de bismuth.
Voici quelles sont, pour ce dernier produit médicamenteux,
les indications et les modes d’administration recommandés par
Dobell, dans un opuscule récent (1) :
La cure ne doit pas être de moins de 36 à 4o grains ; les doses
quotidiennes seront de 3 à 4 grains (o g. 20 à o g. 25).
D’après l’auteur, ce traitement a réussi à assurer la guérison,
dans la moyenne des cas. Des doses moindres seraient rare¬
ment efficaces; par contre, il est des cas où il faut prolonger
le traitement et forcer les doses j usqu’à 60 ou 70 grains.
Un gramme d’iodure double d’émétine et de bismuth contient
o g. 366 de chlorhydrate d’émétine.
Lebœuf a obtenu, avec cette médication, des résultats favo¬
rables (2).
Comme il s’agissait de formes de résistance d’un protozoaire,
on a cru devoir faire application pour la destruction des kystes
amibiens des produits dont on avait eu à se louer contre les
trypanosomiases, et aussi contre les tréponèmes.
On a multiplié les essais avec les arséno-benzols, l’hectine,
l’atoxyl, l’émétique...; ces médicaments ont été surtout utilisés
en injections intra-veineuses.
Les premières tentatives ont semblé donner des résultats
favorables, mais une expérience plus longtemps poursuivie a
permis de se rendre compte que, si ces diverses médications
étaient utiles pour traiter le terrain et obtenir la reconstitution
de l’état général, leur action parasiticide contre les formes
kystiques de l’amibe était très contestable (3).
Voici, à titre de documentation, quelques-unes des formules
employées :
a) Ravaut et Krolunitski préconisent le traitement suivant :
(1) Medical Research Committee. « Reports upon investigations in the
United Kingdon of Dysentery cases received from the Eastern mediterranean :
Amœbic Dysentery », p. 77.
(2) Bulletin de la Société de Pathologie exotique, mars 1917.
(3) Noc. Bulletin de la Société de Pathologie exotique , 1916, n» 5.
362
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Y arséno-benzol est administré en injections intra-veineuses pra¬
tiquées tous les trois jours, à la dose de 3o cg. Les jours inter¬
calaires, on peut avoir recours à des lavements de 200 cm3 con¬
tenant en dissolution 45 à 60 cg. du même produit (1).
b) Les mêmes auteurs ont institué, depuis, un traitement
mixte émétino-arsenical : « Nous commençons le traitement par
« une première série de 10 injections intra-veineuses de novar-
« séno-benzol de 3o cg., en mettant entre chacune d’elles un
« intervalle de 2 jours. Dans certains cas, pour intensifier le
« traitement, nous injectons, chacun de ces deux jours, de 2 à
« 4 cg. d’émétine; ces injections d’émétine peuvent être conti-
« nuées pendant toute la cure, mais, en règle générale, nous ne
« les faisions que pendant la première et la dernière semaine
« de la série de piqûres de novarséno-benzol... » (2).
c) Ravaut et Krolunitsky recommandent, en outre, l’emploi
de capsules gélatineuses de novarséno-benzol à la dose de 5 cg., à
raison de 2 par jour, au moment des repas, pendant 10 jours.
Des essais ont également été faits, par eux, avec des capsules
contenant o.o5 de novarséno-benzol et 0.02 d’émétine, mais ce
dernier produit est mal toléré par les voies digestives et pro¬
voque des nausées et même des vomissements.
4° Régime
On a pendant longtemps attaché dans le traitement des ami¬
biases la même importance au régime que dans celui des diar¬
rhées spécifiques. Depuis que l’émétine est devenue d'un usage
courant, on a appiis que l’alimentation avait besoin d’une moins
grande surveillance et que la sévérité des prescriptions alimen¬
taires n’était pas nécessaire.
Le malade devra, toutefois, être nourri à des bouillons de
légumes ou à du lait coupé pendant la durée de la crise, mais
dans l’intervalle des paroxysmes, on peut lui permettre des œufs
et des pâtes féculentes. Ce dont il faudra qu’il se défende jusqu’à
la guérison certaine, c’est de l’usage du pain et de celui du vin;
les autres aliments ne présentent pas les mêmes inconvénients.
Il ne faut pas cependant perdre de vue que, dans les amibiases
récidivées, il s’établit progressivement une insuffisance hépa-
(1) Bulletin et mémoires de la Soc. Méd. des Iiôp., i5 oct. 1 9 1 5 .
(2) Bulletin de la Société de Pathologie exotique, 1916, no 7.
Séance du ii Avril 1917
363
tique et peut-être même une dyspepsie totale et que, par suite,
les aliments gras, les viandes en sauce et les crudités doivent
être prescriles.
III. — CONCLUSIONS
L’endémo-épidémie qui a frappé l’Armée d’Orient est faite de
deux maladies j uxtaposées et souvent associées : le paludisme et
Y amibiase.
Cette dernière affection se retrouve pour l’ensemble dans un
quart des cas et pour près de la moitié dans certains groupes.
Chez les malades où elle est en activité, elle complique le palu¬
disme, le surcharge, le rend méconnaissable et il en devient par¬
ticulièrement tenace et rebelle.
La prévention du paludisme peut être efficacement réalisée par
la quinine, au printemps et à l’automne. Son action ne peut être
qu’atténuante à la saison d’été. A cette saison, il faut faire le
traitement préventif des rechutes et non plus simplement la pré¬
vention des atteintes.
Les travaux sanitaires qui pourraient réduire la fréquence et
la gravité de la malaria 11e peuvent être utilement entrepris
qu’en temps de paix. Ils n’ont d’efficacité qu’à long intervalle,
mais il existe, dans tous les pays sub-tropicaux et notamment en
Macédoine, des zones étendues qui ne sont que médiocrement
insalubres. Leur salubrité relative résulte de la perméabilité du
terrain par suite de sa composition : tous les terrains calcaires,
pour peu qu’ils soient assez vastes, peuvent être considérés
comme n’étant pas malariens ou l’étant très peu, comparati¬
vement aux terrains schisteux et imperméables.
Les travaux d’assainissement et de viabilité seront exécutés
par la main-d’œuvre indigène.
Pour éviter la dissémination des affections amibiennes, on
veillera strictement à l’hygiène des feuillées et on organisera
autour des prises d’eau une zone de protection qui les mettra
à l’abri de toute contamination fécale. Les eaux, lorsqu’elles
seront suspectes, ne devront être consommées qu’après ébul¬
lition.
Dans le paludisme franc, la quinine est efficace à condition
364
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’être donnée à doses actives (i g. 25 à 2 g1.), cumulées (prises
journalières rapprochées), à des heures déterminées (20 h. pour
le paludisme quotidien... 20 h. et 6 h. pour le paludisme tierce).
Le sel choisi devra être prescrit par série de jours. La médica¬
tion doit être interrompue pendant un temps d’une durée égale
à celui de l’administration.
Les manifestations du début de l'impaludisme sont très frustes
à la période vernale; il faut les dépister pour en instituer le
traitement précoce.
A moins de contre-indication, la quinine sera administrée par
la voie digestive. Les injections interstitielles ne seront prati¬
quées qu 'occasionnellement et ne seront pas multipliées de façon
à éviter les longues invalidations et les infirmités durables qui
ont été la conséquence fréquente de leur usage abusif.
En cas d’association amibienne, l'ipéca et plus encore l'émé¬
tine sont les seuls agents efficaces du traitement de cette compli¬
cation.
L’émétine devra, de même que la quinine, être administrée
par série de jours et à doses actives (5o cg. en 6 jours, 75 à
80 cg. en 10 jours).
L’émétine, comme la quinine, n’assure la guérison que par
stérilisation discontinue et répétée (2 à 3 cures au moins, espacées
chacune de i5 à 20 jours).
Les deux affections (paludisme et amibiase) étant juxtaposées
et même, pourrait-on dire, associées chez les provenants de
l’Armée d’Orient, comme chez les coloniaux, il est nécessaire
de mener de front la cure des deux maladies.
A la période des fièvres continues palustres, émétine et ipéca
d’une part, quinine de l’autre, devront être administrés simul¬
tanément. La première moitié de la journée étant particulière¬
ment utilisée pour la médication anti-amibienne, la soirée reste
disponible pour l’ingestion ou l’injection des sels quiniques.
Quand il s’agit de l’évolution schizogonique du paludisme
primaire (fièvres d’accès), il est indiqué de traiter l’association
amibienne pendant les jours intercalaires aux jours fébriles, de
cesser cette médication pendant la période des accès où le
médecin n’aura, par suite, qu’à se préoccuper du paludisme.
Séance du ii Avril 1917
Onchocerca volvulus et l’Eléphantiasis
dans le Haut-Ouellé (Congo Belge)
Par A. DUBOIS
Dans une note précédente (1), j’ai donné le résultat de mes
observations dans le Bas-Ouellé sur la répartition de Onchocerca
volvulus et les relations de cette filai re avec l’éléphantiasis. J’ai
depuis eu l’occasion de traverser le district du Haut-Ouellé
(Uele des cartes belges) et de recueillir de nouvelles observa¬
tions à ce sujet. Elles confirment — en général — les travaux
d’OuZILLEAU.
Eléphantiasis. — Ma première série comportait 53 cas. Quatre
d’entre eux ne m’avaient pas montré d’adulte ou larve de
O. volvulus. Dans deux cas les conditions étaient peu favorables
à l'observation (r, ancien opéré sans ganglions ponctionnables ;
2, enfant vu rapidement en route, non opéré, sans ganglions
ponctionnables). Dans deux autres cas. j’avais suspecté la valeur
de l’observation pour des raisons personnelles : je 11’avais pas
l’habitude de ces examens, ne possédais pas à cette époque le
texte d’OuziLLEAU dont il ne me restait que le souvenir vague
d’une lecture, mêlé aux vues trop schématiques des traités
classiques.
J’ai eu la bonne fortune de retrouver ces deux individus. Ils
étaient en effet porteurs de petites tumeurs parasitaires que leur
dimension ou situation m’avait fait négliger. Tous deux décla¬
raient être porteurs de ces nodules depuis plusieurs années (je
les ai revus environ un an après l’opération).
J’ai rencontré 48 nouveaux cas d’éléphantiasis génitaux :
43 étaient chez des porteurs de kystes parasitaires, 4 furent
reconnus infectés de O. volvulus par la ponction des ganglions
inguinaux, un seul ne présentait pas de kyste et quatre ponc¬
tions ganglionnaires restèrent négatives. Le sujet n’a pas été
opéré. Il est originaire et réside en une région où O. volvulus est
(1) Bull. Soc. Path. Eæot., mai 1916.
25
360
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
assez rare (Aba) mais il a, comme soldat, résidé un an dans la
région de Bambili-Bondo, zone où O. volvalns et l’éléphantiasis
abondent.
Je puis ajouter à cette série quatre cas d’éléphantiasis aty¬
pique du pied chez des porteurs de kystes. Il s’agit simplement
d’un coussin d’œdème dur, ne formant pas de godet à la pres¬
sion, siégeant au dos du pied ou déformant légèrement la jambe
qui prend une forme cylindrique.
L’addition de ces deux séries fait donc un total de io5 élé¬
phant i a s i q u e s (3 cas à la vulve, 8 aux membres inférieurs dont
un seul typique, g4 au scrotum et à la verge). Sur ce chiffre
trois observations seulement sont négatives au point de vue
O. volvulus. Les deux premières (ancien opéré et enfant, voir
plus haut) sont de faible valeur. La troisième est prise dans de
bonnes conditions. Il paraît difficile de mettre en balance une
observation négative et une centaine de positives.
La fréquence maxima des kystes de O. volvulus chez l’adulte
est de 68 o/o de la population dans nos observations (région
Amadi-Suronga). Nous savons du reste que l’infestation fila-
rienne peut s’éteindre par mort des adultes (à vrai dire le kyste
persiste) et aussi que la recherche des microfilaires est souvent
ardue, exigeant des examens multiples.
Les corrélations géographiques entre la filariose et l’éléphan-
tiasis ne sont pas moins frappantes. Pendant ma traversée du
Haut-Ouellé, j’ai remonté la rivière entre Amadi et Suronga y
examinant un certain nombre de riverains (nommés Bakongo
comme ceux du Bas-Ouellé tout en étant de langue et race diffé¬
rentes). Sur 571 adultes examinés au point de vue filariose, j’ai
noté 398 porteurs de kystes soit 68 0/0. Sur 162 enfants, 34, soit
22 0/0.
Quinze éléphantiasiques se sont présentés à moi.
Cet index d’infestation est le plus élevé que j’aie rencontré,
supérieur même à l’index de la région riveraine Bambili-Bondo.
L’éléphantiasis y est aussi très fréquent. C’est un fait bien connu
des administrateurs et même des indigènes. Autour de Nienjera,
O. volvulus est encore fort commun (chefferies Tuba et Djabis
par exemple) et cette situation persiste plus ou moins jusque
Dungu.
L’éléphantiasis est encore commun dans cette région, j’en ai
opéré plusieurs cas de la chefferie Tuba. A partir de Niangera,
Séance du ii Avril 1917
367
vers l'Est, la rapidité de mon passade ne ma plus permis d’exa¬
mens suffisamment approfondis. De Dungu à Faradje et Aba, la
proportion des filai res volvuliis m*a paru diminuer nettement,
elle ne serait plus que de quelques cas 0/0. Je n’ai plus observé
d’éléphantiasis à part le cas cité plus haut. A Faradje le chef
Kasima ne m’a présenté que deux hydrocèles.
Présence de F. Bancrofti. — J’ai seulement pu faire cinquante
examens nocturnes à Amadi, Mangera et Aba. Les deux cas où
j’ai trouvé une filaire à gaine m’ont paru devoir être rapportés à
F.loa. En effet le contre-examen diurne montrait la microfilaire
en bien plus grande abondance et dans un cas l’indigène avait
constaté une F. loa oculaire. Le bleu Azur ne m’a pas donné de
coloration, le bleu de méthylène d’insuffisantes.
Il ne me paraît pas douteux qu’il s’agisse dans ces cas de
microfilaire de loa , dont l’adulte est fréquent dans l’Ouellé
(dans l’œil ou dans des incisions opératoires). Au contraire
l’ensemble pathologique rapporté par les auteurs à F. Bancrofti
est inconnu dans la région.
Opérations. — J’ai opéré 55 éléphantiasis génitaux (deux seu¬
lement chez la femme). Quelques-uns de ces cas ont été opérés
avec le Dr Fauamnier. Sauf une fois, j’ai toujours anesthésié le
patient, soit au chloroforme soit ultérieurement par rachianes¬
thésie. Ce dernier procédé (utilisé 22 fois, o,o5 stovaïne) m’a
paru excellent. Le chirurgien y trouve une grande tranquillité
qu'il 11’a pas avec un anesthésiste indigène. Gomme inconvé¬
nient, j’ai observé des céphalalgies pendant 2 ou 3 jours et par¬
fois une courte paralysie vésicale (12 à 24 h.). Dans deux cas
de grosses hernies scrotales compliquaient l’éléphantiasis. Elles
furent opérées — rachienesthésie — immédiatement avant
l’ablation des tumeurs fort volumineuses. Un de ces opérés
mourut le jour de l’opération, l’autre guérit assez difficilement
(sujet âgé, tendance à la paralysie intestinale, sphacèle étendu
du lambeau scrotal). Je n’ai pas d’autre mort à regretter malgré
des phénomènes de choc parfois notables. Bien que ce point soit
parfois mis en discussion dans les classiques, je considère
qu’un lien élastique mince au pédicule de la tumeur est indis¬
pensable. Peu de patients (et peut-être d’opérateurs) résisteraient
aux pertes de sang des grandes incisions de recherche des
368
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
testicules et de la verge. Les nombreux vaisseaux ne seraient
pas vite aveuglés d’autant plus que la coque fibreuse de la
tumeur ne facilite pas l’usage de la pince; avec un lien bien mis,
la tranche de ces incisions ne doit pas saigner sauf un court
moment. Je commence ordinairement par esquisser la dissection
des lambeaux cutanés, puis recherche les organes par trois
incisions parallèles, ensuite les lambeaux sont disséqués com¬
plètement et la tumeur enlevée. Il est prudent de pincer les
vaisseaux au fur et à mesure de la taille des lambeaux et abla¬
tion delà tumeur, le garot ayant tendance à se défaire, la tumeur
une fois bas.
Hémostase soignée (avec la rachianesthésie, il n’y a pas de
raison de se presser), suture. Le drainage n’est pas indispen¬
sable, la suture étant assez lâche.
Au cours des opérations, j'ai constaté rarement de l'hydrocèle
(deux fois seulement et peu accusée). Le testicule paraît ordi¬
nairement normal, parfois un peu atrophié (cas ayant débuté
avant la puberté ?)
Dans 12 cas sur 23 examinés, la lymphe sanguinolente centri¬
fugée m’a montré de rares microfilaires uoloulus (centrifugation
de 20-3o cc., examen du culot en masse).
Récidive. — J’ai vu trois malades un an après l'opération, un
deux ans, quatre six ou huit ans après l’intervention. Un seul
d’entre eux portait sur la verge une tumeur allongée du volume
de trois doigts. Les autres étaient en bon état, s’attribuant par¬
fois des paternités plus ou moins nombreuses. Je n’ai jamais
été consulté par un indigène porteur d’une récidive volumi¬
neuse. Pourtant chez un de mes opérés, je vis se développer, un
mois après l’opération, au détriment d'un étroit lambeau pré¬
putial conservé, un énorme bourrelet qui dut être excisé.
Il semble donc que la récidive ne soit point courante.
Influence sur l’état général. — Les éléphantiasiques sont
ordinairement bien portants. Beaucoup de mes clients ont fait
io-i5-20 étapes pour venir me trouver. Toutefois j’ai constaté
parfois des troubles cardiaques chez les porteurs de grosse
tumeur. Je dus refuser l'intervention à un sujet qui mourut
d’asystolie, mais dont malheureusement l’autopsie ne put être
faite (hydrothorax, ascite, œdème). Les lésions cardiaques
Séance du il Avril 1917
369
vraies sont assez rares chez nos indigènes (j’en ai observé deux
cas avec autopsie). Il se pourrait que le poids et la circulation
supplémentaire de ces tumeurs jouent un rôle dans certains cas
de troubles cardiaques indéterminés.
Kératodermie. — Tout comme Ouzilleau, j'ai remarqué assez
fréquemment une affection cutanée spéciale dans la zone à
O. volvulus. Elle est caractérisée par une apparence atrophique
de la peau; les couches épidermiques superficielles, très kérati-
nisées, paraissent trop larges pour les couches profondes et
font des plis réguliers en écaille de saurien. Cette affection est
surtout remarquable aux membres inférieurs (cuisse et fesse),
au dos aussi. On la voit chez des sujets assez jeunes, parfois
chez des enfants.
Je cite seulement ici une observation, intéressante parce
qu’elle est prise dans une région où O. volviilus n’est pas
commune pas plus que la kératodermie.
Monio, adulte ç?, chefferie Ladjokule-Aba . Kératodermie notable,
jambe et cuisse. Nodule trochantérien, ponction : fragment de Ünchocerca
mort et 1 microfilaire vivante.
Les sujets affectés de cette maladie cutanée ne paraissent pas
en souffrir. Jamais au moins je n'ai été consulté à ce sujet. Les
pêcheurs l’attribuent parfois à leur mode spécial d’existence.
Nodosités juxta-articulaires. — Je 11'ai guère rencontré cette
affection dans l’Ouellé. Sans doute des kystes parasitaires symé¬
triques, à la rotule ou surtout au trochanter, ne sont pas très
rares, mais la détermination au coude, — que je considère comme
très caractéristique delà nodosité j .-articulai re, — est fort rare. J’ai
assez souvent rencontré ces nodosités (coude ou coude et rotule)
à Léopoldville, la ponction fut toujours négative, donnant très
peu de liquide ou pas du tout. Du côté de Aba (frontière N.-E.),
j’ai vu quelques cas de nodules symétriques au trochanter et au
coude, adhérents à la peau, d'une dureté spéciale, bref qui cli¬
niquement me rappelaient mal les kystes filariens. Dans un de
ces cas, deux ponctions (trochanter) ne donnèrent que peu de
liquide sans élément particulier. Par contre le sang pris au
doigt me montra, — un seul jour, — une microfilaire volviilus (je
n’ai vu que deux fois une microfilaire volviilus dans le sang et
malgré des centrifugations et examens multiples, ces apparitions
370 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
n'eurent pas de lendemain). La ponction (coude) dans un autre
cas me montra aussi, dans très peu de liquide, une seule micro-
filaire volvulus.
Je dois donc bien admettre que parfois, — peut-être plus
spécialement dans les régions qui ne conviennent plus à O. vol-
vulus , — des kystes filariens en voie de mort peuvent en imposer
pour des N. J. -A.
Clapier (i) a donné une bonne description des signes différen¬
tiels des deux affections. Il faut pourtantsavoir que les deux
premiers caractères qu’il donne du kyste filarien ne sont pas
absolus : il y a de gros kystes très saillants, très visibles, surtout
aux endroits dépourvus de graisse (face latérale thorax) ; d’au¬
tre part on trouve des petits kystes adhérents à la peau, rare¬
ment du reste. Malgré toub mes exemples montrent que, même
après avoir palpé des milliers de kystes, on peut se tromper et
que la ponction ou excision doit assurer le diagnostic.
Conclusions. — Il existe donc toute une vaste région africaine,
le bassin de l’OuelIé-Bomou, caractérisée à la fois par un index
d'infestation par O. volvulas très élevé et par la fréquence de
l’éléphantiasis. Dans l’Ouellé, les populations riveraines sont
spécialement atteintes. Cet éléphantiasis n’est pas sans présenter
quelques particularités cliniques et est, entr'autres, tout à fait
isolé de l’important complexe symptomatique rattaché dans les
classiques à F. Bancrofti.
Clapier ( loc . cit.) a constaté en Guinée une assez grande fré¬
quence de O. volvulas et la rareté ou l’absence de l’éléphantiasis.
J’attire 1 attention sur la grande fréquence des kystes chez
l’enfant dans les régions à index endémique élevé. Cette infes¬
tation précoce ne jouerait-elle pas un rôle? Il faut tenir compte
aussi de la rareté relative de l’éléphantiasis en comparaison du
nombre de porteurs de kystes. Les raisons qui déterminent
l’éléphantiasis ne sont pas encore connues.
Je sais par expérience que, dans des régions où il n’y a que
io-i5 o/o de la population adulte atteinte et notablement moins
de la population infantile, l’éléphantiasis est encore fort rare
et passe volontiers inaperçu.
Notons enfin que la théorie d’OuziLLEAu ne peut évidemment
(i) Ce Bulletin, février 1917.
Séance du ii Avril 1917
371
s’appliquer à toutes les régions où sévit Léléphantiasis. La ques¬
tion ne se pose même pas pour les contrées de l’Asie ou
l’Océanie.
Je ne puis donc qu’en revenir à la conclusion de ma première
note : la nécessité d'enquêtes approfondies en diverses régions.
Ces enquêtes doivent être minutieuses; un passage rapide — je
l’ai constaté personnellement dans l’Est de l’Ouellé — n’apprend
rien. Inutile de dire qu’il 11e faut pas accepter sans vérification
personnelle les renseignements des profanes pour qui toute
tumeur dépassant mi-cuisse est de Léléphantiasis.
Au Congo la région Upolo-Lisala est à ma connaissance un
foyer d’éléphantiasis. Je 11’ai malheureusement pas d autres ren¬
seignements sur cette région.
372
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIOUES
Archives Médicales Belges, 70e année, n°i, janv. 1917.
Br itish Medical Journal, nos 2929-2936, i7février-7 avril 1917.
Le Caducée, nos 1 et 2, i5 janv. et i5 févr. 1917.
La Crdnica Médica, nos 643 et 644> janv. -févr. 1917.
Geneeskundig Tijdschrift voor A' ederlandsch- Iridié, t. LVI, f. 7 ,
1916 et Suppléai. n° 4 an t. LV (Peste).
Journal of the Bogcil Army Medical Corps, t. XXVIII, f. 2 et 3,
février et mars 1917.
Malaria, e malattie clei Paesi caldi, t. VIII, f. 1 janv. -févr. 1917.
New-Orleans Medical and Surgical Journal, t. LXIX, nos 8 et 9,
févr. et mars 1917.
Pediatria, t. XXV, f. 2 à 4, févr. -avril 1917.
Beview of Applied Entomology, t. V, sér. A et B, nos 2 et 3,
févr. et mars 1917.
Revue scientifique , nos 4 à 7, 10 févr. -7 avril 1917.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. X, n° 4, février 1917.
Tropical Diseuses Bulletin, t. IX, n°s 3 à 5, i4 et 28 févr., i5 mars
I9I7-
Tropical Veterinary Bulletin, t. V, n° 1, mars 1917 et tables
du t. IV.
VOLUMES ET BROCHURES
E. Escomel. Travaux publiés dans la Cronica medica en 1916.
G. C. Low et H. B. Nevvham. Intravenous injections of anti-
mony in the treatment of malaria.
G. Pittaluga. Estudios sobre la Enfermedad del Sueno y las
condiciones sanitarias en Ios territorios espanoles del Golfo de
Guinea, 1 vol. in-4° de 443 p., 12 pl. et 111 fig. dans le texte.
Madrid, 1906.
— Travaux divers.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cle.
Tome X.
1917
No -5.
BULLETIN
de la Société- """ '-9l/
c-£ll • r
^ O
!V 9 V
DE
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 9 mai 1917
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît 10 fois par an
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Le prix de l’Abonnement est : France , 18 fr. ; Union postalekt20 fr.
SOMMAIRE DU NUMÉRO
5
Séance du 9 mai 1917
A PROPOS DU PROCES-VERBAL
V. Morax. — Contamination trachomateuse .
NECROLOGIE
Docteur G. Bourret
COMMUNICATIONS
G. Blanc. — Enquête sur les chèvres laitières de la Marsa (Tunisie) au
sujet de la fièvre méditerranéenne. .
G. Blanc. — Sur un cas de toxoplasmose canine observé en Tunisie
E. Escomel. — Le traitement de la leishmaniose américaine par l’oxyde
d’antimoine .
PAGES
373
374
37ô
377
38 1
378
Ch. Nicolle et G. Blanc. — Extension de la « région à bouton d’Orient »
tunisienne . .
•'**•••• •
H. Poirson. — Un cas de pseudo-parasitisme intestinal par larves de
charançon . . . 385
L. Stévenel. — Presence à la Martinique d ulcérations de la peau dues
à Leishniania americana ....
. 379
Voir la suite clu sommaire page III de la couverture
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PAGES
MÉMOIRES
L. (TAnfreville. — Projet d’organisation de Services d’Hygiène publique
dans nos colonies exotiques .
G. Greggio. — Note sur la lutte contre la trypanose à Kisanlu (Congo
belge). Résultats et espérances .
A. Laveran et J. Havet. — Contribution à l’étude de la leishmaniose
viscérale naturelle du chien .
L. Marty. — Agglutination et désagglutination des globules rouges
dans la trypanosomiase .
409
308
386
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Ouvrages reçus
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1 9 1 7
N° 5.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU Q MAI I Q I 7 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
A propos du procès-verbal
M. Morax. — Le fait de contamination trachomateuse auquel
j 1 ai fait allusion à la dernière séance concerne un soldat du génie
travaillant avec un groupe de tirailleurs annamites. Ce soldat
né à Paris n’avait jamais eu d’atfection oculaire. Les lésions
tracfiomateuses constatées et suivies par le Dr Chappé étaient
d’origine récente.
Sur les autres questions qui m'ont été posées à la dernière
séance, je ne suis pas encore en mesure de fournir des rensei¬
gnements complets.
Correspondance
M. Van den Branden, élu membre correspondant à la séance
de décembre, adresse des remerciements à la Société.
374
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Décès de M. le Dr G. Bourret
Le Président. — J’ai le grand regret d'avoir à annoncer la mort
d’un membre correspondant de notre Société. M. le Dl G. Bour¬
ret, médecin-major deire classe des Troupes coloniales, est mort
à Nouméa (Nouvelle-Calédonie), à la fin du mois dernier. D’après
les renseignements qui m’ont été communiqués, notre collègue a
succombé à une peste pneumonique contractée au laboratoire
de bactériologie dont il était le Directeur.
G. Bourret appartenait à notre Société depuis 1908. A cette
époque, il était chargé du service de la léproserie d’Acarouany à
la Guyane française, circonstance qui eut une grande influence
sur l’orientation de ses travaux. Notre regretté collègue a fait
partie de la mission danoise qui sous la direction d’EHLERS a
poursuivi une enquête sur la lèpre aux Antilles danoises; il a
dirigé ensuite le laboratoire de bactériologie de Saint-Louis et
celui de Hué. Rentré en France dans les premiers jours de 1915,
Bourret a occupé aux armées, pendant près de deux années, un
emploi de son grade et il a mérité la croix de la Légion d’honneur
et la croix de guerre ; il était à Nouméa depuis six semaines
environ quand il a succombé si malheureusement à l’infection
contractée dans son laboratoire.
Bourret était un grand travailleur, et pour notre Société un
excellent collaborateur ; de 1908 à 1914? il nous a envoyé chaque
année des notes ou des mémoires d’un grand intérêt, parmi les¬
quels il faut mettre en première ligne les travaux relatifs à la
lèpre : Recherches sur la lèpre, Valeur séméiologique de la for¬
mule leucocytaire dans la lèpre, Réaction de Wassermann dans
la lèpre (en collaboration avec Ehlers), Recherches sur le mode
de propagation et les procédés de diagnostic de la lèpre (en col¬
laboration avec With et Eiilers). Je citerai encore les travaux
ayant pour titres : La fièvre méditerranéenne en Afrique occi¬
dentale française, La dysenterie à Hué, et Sur un trypanosome
Séance du 9 Mai 1917 375
humain du Sénégal (en collaboration avec notre collègue
M. Mesnil).
Un bel avenir paraissait réservé à Bourret qui, à la Nouvelle-
Calédonie, aurait pu continuer, dans de bonnes conditions, ses
études de prédilection sur la lèpre; un incident de laboratoire,
profondément regrettable, a mis fin à ces belles espérances.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j’adresse à la
Famille de notre irès regretté collègue des condoléances bien
vives et bien sincères.
ê
376 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
Enquête sur les chèvres laitières de la Marsa
(Tunisie) au sujet de la fièvre méditerranéenne
Par Georges BLANC
La Marsa, résidence du Bey actuel et station d’été fréquentée,
est une petite ville, située au nord-est de Tunis.
Nous y avons examiné la totalité des chèvres laitières au point
de vue de l’existence chez elles de la fièvre méditerranéenne. Il
ne semble pas qu'il y ait eu, au moment de notre enquête, de
cas de cette maladie sur la population, qui compte un contin¬
gent israélite important (or les Juifs sont en Tunisie les princi¬
paux buveurs de lait de chèvre).
Notre enquête a été poursuivie du 29 août au 6 septembre
1916; elle a porté sur 119 chèvres, dont 61 de race maltaise,
56 arabes et 2 métis. Ces ani maux étaient répartis en 7 troupeaux,
dont 3 logés de façon permanente à la Marsa et 4 n’y séjour¬
nant que l’été (trois hébergés l’hiver à Tunis, un à l’Ariana
près Tunis).
Nous avons suivi la technique employée en 1915 par MM. Ch.
Nicolle et E. Goiiert dans leur enquête (1) sur les chèvres lai¬
tières de Tunis : recherche du pouvoir agglutinant du sang sur
une émulsion fluor urée de Micrococcus melitensis à r/20 et i/5o.
Chez tous les animaux examinés, le résultat a été entièrement
négatif.
Nous adressons nos remerciements à M. Guy, Maire de la
Marsa, qui nous a permis ces recherches.
Pièces justificatives.
Premier troupeau B. b. R. 18 chèvres arabes, 1 maltaise; le troupeau
loge toute l’année à la Marsa ; examiné le 29 août.
Deuxième troupeau R. F. 16 maltaises, 1 croisée; l’hiver à Tunis; le
30 août.
(1) Société de pathologie exotique , t. IX, no 2, 1916, pp. 86-q5.
Séance du 9 Mai 1917 377
Troisième troupeau M. E. C. 36 arabes, 1 croisée; toute l’année à la
Mar sa ; le 3 1 août.
Quatrième troupeau S. S. 1 1 maltaises ; l’hiver à Tunis ; le 5 septembre.
Cinquième troupeau B. M. 14 maltaises ; l’hiver à Tunis ; le 5 septembre.
Sixième troupeau M. D. 8 maltaises ; toute l’année à la Marsa ; le 6 sep¬
tembre.
Septième troupeau C. b. A. 11 maltaises; l’hiver à l’Ariana ; le 6 sep¬
tembre.
Institut Pasteur de Tunis.
Sur un cas de toxoplasmose canine
observé en Tunisie
Par Georges BLANC
Jusqu’à présent la toxoplasmose du chien n’avait pas été
observée en Tunisie. Nous avons constaté son existence dans
des conditions si obscures que, seul, le fait peut être retenu.
Le 12 octobre 1916, nous inoculons deux chiens B el C sous la
peau avec le produit de broyage de nymphes de tiques recueil¬
lies les 5, 6 et 7 octobre sur le chien A atteint de kala-azar
expérimental (virus canin).
Le 9 novembre, le chien B est malade, amaigri, il présente une
conjonctivite double et une opacité des deux cornées; sacrifié
le 20 novembre, il ne montra aucun parasite (leishmanies ou
toxoplasmes).
Le 11 novembre, le chien C meurt, sans avoir été malade; à
son autopsie, on constate la présence de toxoplasmes dans les
organes; par contre absence de Leishmania.
Le 21 novembre, le chien A, sur lequel les nymphes avaient
été infectées, est sacrifié à son tour; il montre de nombreuses
leishmanies, mais pas de toxoplasmes.
Trois hypothèses sont possibles, entre lesquelles nous 11e sau¬
rions nous prononcer :
i° Le chien G était atteint de toxoplasmose naturelle avant son
inoculation.
20 L’inoculation des nymphes, nourries sur le chien A, Ta
infecté, bien que ni ce chien, ni le chien B, inoculé dans les
mêmes conditions que C, n'aient présenté de toxoplasmes à
l’autopsie.
378
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
3° La toxoplasmose a été transmise au chien G par des larves
provenant d’un élevage de gondis, situé dans une pièce du même
bâtiment; la toxoplasmose naturelle est observée régulièrement
depuis plusieurs années sur les gondis de cet élevage en automne
et hiver.
Quoiqu’il en soit de son origine, l’existence de ce premier cas
de toxoplasmose du chien en Tunisie nous a paru devoir être
signalée. Il est à rapprocher du cas observé à Francfort-sur-le-
Mein parM. et Mme Yakimoff (i) sur un chien inoculé avec les
organes d’un chien atteint de leishmaniose canine et provenant
de l’Institut Pasteur de Tunis, où il avait vécu dans les mêmes
conditions que le nôtre, c’est-à-dire au voisinage de la pièce des
gondis.
Institut Pasteur de Tunis.
Extension de la « région
à bouton cTOrient » tunisienne
Par Ch. NICOLLE et G. BLANC
Jusqu’à présent, la « région à bouton d’Orient » tunisienne ne
dépassait pas vers le nord la petite ville de Sbeïtla, située à
200 km. environ du point le plus rapproché de la côte septen¬
trionale de la Régence (Tabarca).
Nous avons eu l’occasion de constater, le i5 juillet 1916, un
cas de leishmaniose cutanée chez un enfant de nationalité
italienne, âgé de 10 ans, né à Sakiet Sidi Youssef et y ayant
toujours habité. Cette localité minière se trouve sur la frontière
algérienne, à 35 km. à l’ouest du Kef et à 80 km. environ de la
côte septentrionale.
Les circonstances actuelles ne nous ont pas permis de diriger,
ainsi que nous l’aurions voulu, une enquête personnelle sur
place. Des renseignements demandés par nous, il semble résulter
que ce cas a été le premier observé dans la région.
Le bouton du malade siégeait à la joue gauche, mesurait 4 cm.
de di amètre et datait de 4 mois, semble-t-il. II existait un second
(1) Société de Pathologie exotique , tome IV, 191 1, p. G 1 7 .
Séance du 9 Mai 1917 379
bouton plus petit, au-dessous du premier dans la région maxil¬
laire.
L’examen microscopique a montré la présence de nombreuses
Le ls h mania dans les lésions; linoculation du virus à un single
(bonnet chinois) a déterminé chez lui la production de boutons
typiques, après une incubation de deux mois.
Cette constatation fait chevaucher, dans l’ouest de la Tunisie,
la « région à bouton d’Orient » et la « région à Kala Azar » qui,
jusqu’à présent, ne semblaient pas empiéter l’une sur l’autre.
Institut Pasteur de Tunis.
Présence à la Martinique d’ulcérations
de la peau dues à Leishmania americana
Par Léon STÉVENEL
Au début de janvier 1917, le médecin-chef de l’hôpital colo¬
nial de Fort de France nous appelait auprès d’un malade pour
nous demander notre avis sur une vaste ulcération que ce
malade présentait sur le nez.
Cette ulcération avait débuté au commencement de novembre
1916 par de petites vésicules qui s’étaient développées sur le
dos du nez, au niveau de glandes sébacées enflammées (lésions
d’acné).
Ces vésicules auraient crevé en laissant à leur place une
petite ulcération à bords taillés à pic, qui se serait d’autant
plus vite agrandie que de nouvelles vésicules apparaissent sur
son pourtour, en donnant naissance à de nouvelles ulcérations
se fusionnant à la première.
La vaste ulcération, qui atteignait les dimensions d’une pièce
de cinq francs quand nous avons examiné le malade, était à che¬
val sur le dos du nez; les bords, taillés à pic, étaient rouges,
tuméfiés; en dehors de ces bords, 011 pouvait distinguer quel¬
ques nouveaux éléments à l’état de vésicules ou déjà creusés en
cratère et sur le point de se réunir à l’ulcération principale. Le
fond de l’ulcération était recouvert d’une fausse membrane peu
adhérente, laissant voir, quand on la détachait, des bourgeons
charnus saignant facilement.
380
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cette ulcération n'avait aucune tendance à se cicatriser; le
suintement de l'ulcération était cependant moins abondant
quand elle était pansée avec des antiseptiques.
L'examen des frottis faits avec le produit de raclage du fond
de l’ulcère nous a permis, après coloration au Giemsa, de déce¬
ler la présence de Leish mania , incluses surtout dans les macro¬
phages comme dans le boulon d'Orient. Nous avons aussi trouvé
quelques gros diplocoques en grains de café analogues aux
dermocoques de Le Danteg, et quelques rares bacilles trapus
ne prenant pas le Gram ; nous y avons aussi recherché sans suc¬
cès la présence de spirilles ou de spirochètes.
Le malade était un créole de couleur claire, sans antécédents
héréditaires particuliers; il avait contracté en 1904 une syphilis
qu'il soigna très soigneusement, au mercure d’abord, puis par
quatre injections intraveineuses successives de 0,60 cg. de 606
pendant un congé à Paris, à la suite desquelles on lui aurait
trouvé une réaction de Wassermann négative.
Sur notre conseil, on lui fit le 11 janvier 1917 une première
injection intraveineuse de o,45 cg. de novarsénobenzol ; le
19 janvier, il en recevait une nouvelle de 0,60 cg.
A la suite de chaque injection, il eut des démangeaisons
assez vives au niveau de son ulcère, surtout après la deuxième.
Dès la première injection, l’ulcération se desséchait ; les bords
s’affaissaient graduellement, et moins de huit jours après la
deuxième injection, toute la surface de l’ulcère était épidermi-
sée, ne laissant qu’une cicatrice à peine visible, blanchâtre et un
peu parcheminée au centre. Le malade était su r le point de quitter
l’hôpital quand les bords de la cicatrice se tuméfièrent à nou¬
veau arrivant à former un bourrelet rouge violacé où de petites
vésicules commençaient à se former. Une nouvelle injection
intraveineuse de 90 cg.de novarsénobenzol fit complètement dis¬
paraître ces signes de récidive, et le malade revu au début de
mars semblait complètement guéri.
Le Laboratoire de l’Institut d Hygiène ayant été désorganisé,
et devant être changé de local, nous n’avons malheureusement
pas pu tenter la culture des Leishmania trouvées dans cet
ulcère.
Le malade aurait contracté son affection dans les hauteurs
boisées du nord de I Ile; il nous a signalé que beaucoup de per¬
sonnes de ces régions présentaient des ulcérations analogues
Séance du 9 Mai 1917
381
sur les parlies découvertes du corps et qu’on les désignait aussi
sous la dénomination de Pian.
Il y aurait donc à la Martinique, comme à la Guyane, des
affections ulcéreuses chroniques englobées^sous la même déno¬
mination de Pian, qui, en laissant de côté les ulcères phagédé-
niques à association fuso- spirillaire très fréquents, seraient tantôt
causées par T reponema pallidulum dans le vrai Pian, tantôt par
Leishmania tropica , variété americana , dans une variété de Pian
appelée Pian-Bois à la Guyane.
Notre observation semble indiquer que ces ulcérations à Leish¬
mania, si elles sont guérissables par le novarsénobenzol, exi¬
gent, comme la syphilis, des doses assez élevées pour que la gué¬
rison soit complète.
Institut di Hygiène et de Microbiologie de Fort de France.
Le traitement de la Leishmaniose Américaine
par l’oxyde d’antimoine
Par E. ESCOMEL
Le traitement de la Leishmaniose Américaine par le tartre
stibié a appelé l’attention des praticiens en raison des énormes
irritations qui se produisent lorsque la solution tombe dans le
tissu cellulaire sous-cutané au cours de l’injection intra-vei¬
neuse.
Les médecins anglais ont été frappés par ces lésions pseudo-
phlegmoneuses, si douloureuses pour les malades, qui parfois
ne reviennent plus chercher une nouvelle injection. Alors ils ont
demandé une solution d’un sel d’antimoine non caustique, et
le chimiste Martindale de Londres l’a préparée avec de l’oxyde
d’antimoine, dont la solution se conserve assez longtemps dans
de très bonnes conditions.
Les auteurs anglais ont obtenu de très bons résultats dans le
traitement du kala-azar, nous autres, par analogie, nous l’avons
appliqué pour guérir la Leishmaniose Américaine, et parmi les
cas déjà guéris par ce procédé, celui que je présente avec les
figures r et 2 (pi. 111) est remarquable.
382
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La solution d oxyde d antimoine de Martindale peut s’employer
par la voie sous-cutanée, intra-musculaire ou intra-veineuse
sans jamais donner de réactions comme le tartre émétique.
La voie intra-veineuse est la meilleure par la rapidité de Fac¬
tion. Si par hasard l’aiguille sort de la veine et que le liquide
tombe dans le tissu cellulaire sous-cutané, sauf une toute petite
douleur passagère, rien de remarquable ne se produit.
Les injections peuvent se faire massives et hebdomadaires (6 à
8 cm3 de la solution de Martindale), ou tous les deux jours à la
dose de i à 2 cm3 par injection. La dose fractionnée et répétée
tous les deux jours nous a donné les meilleurs résultats. Du
reste, c’est la réaction locale qui commande l’augmentation ou
la diminution de la dose.
Sauf des exceptions, aucune réaction ni générale, ni locale ne
s’est produite chez nos malades, bien que les injections soient
faites à notre salle de consultations, et que les malades retour¬
nent chez eux après un repos de i5 m.à 1 2 h. Dans ces con¬
ditions, nous n'avons vu survenir aucun accident.
Le malade des figures 1 et 2 est un leishmaniosique traité
uniquement par l'oxyde d’antimoine; il a guéri de ses lésions
cutanées et se trouve très amélioré de ses lésions muqueuses.
Ce qui est très remarquable, c'est que les lésions faciales
furent traitées localement aussi par application de l'antimoine,
tandis qu’un large ulcère du pied, inguérissable auparavant, a
guéri complètement sans autre traitement local que l'application
d'une pommade à base d’oxyde de zinc, par conséquent seule¬
ment du fait des injections.
Le malade n° 2, auquel se rapportent .les figures 3 et 4 est un
malheureux blastomycosiq ue traité depuis longtemps par voie
intra-veineuse et par applications locales de tartre émétique, sans
avoir obtenu aucune amélioration.
Ces deux malheureux qui viennent du même hôpital, se ren¬
contrent chez moi ; l’un d'eux (fig. 1 et 2) voit sa guérison venir
à grands pas, tandis que l’autre ne s'aperçoit que de l’aggrava¬
tion progressive de son mal.
Je mets côte à côte les photographies des deux malades prises
au commencement du traitement et 4 mois après, pour mettre
en évidence l’elfet curatif de l’antimoine chez l’un, et l’effet nul
sur l’autre, en même temps que la si grande ressemblance cli¬
nique entre la leishmaniose américaine (Laver an et Nattan-
Planche lil
Escomel
Fig-, i et 2. Leishmaniose américaine : i, lésions au commencement du
traitement ; 2, guérison des lésions cutanées.
Fig. 3 et 4- Blastomycose américaine : 3, cas traité par l’antimoine ;
4. le traitement n’a produit aucune amélioration.
Séance du 9 Mai 1917
383
Larrier) (fig*. 1 et 2) et la blastomycose américaine (fîg*. 3 et 4).
Cependant, trois choses séparent ces deux maladies si sembla¬
it es cliniquement.
i° Sur le premier malade, les lésions secondaires sont parties
de la peau (lèvres et pourtour du nez) pour pénétrer dans l’inté¬
rieur des muqueuses, tandis que chez le deuxième malade, on
voit de la peau saine entre la lèvre et le nez ulcérés, car la
lésion a commencé par la muqueuse nasale, a gagné successive¬
ment le voile du palais, la voûte palatine, la lèvre supérieure
du côté interne, puis du côté externe.
20 La présence de Leishmanici chez le premier malade dont les
lésions histologiques ne présentent rien de caractérislique, tan¬
dis que dans les lésions du second, on voit des Blastomyces et
des blastomycomes.
3° Enfin, l’action curative de l'antimoine sur le premier et
nulle sur le deuxième malade.
L’histoire clinique du premier malade est la suivante :
Il est venu de la région forestière péruvio-bolivienne (rivière Madré de
Dios).
Depuis deux ans, il porte un chancre inital au dos du pied droit, de la
grandeur d’une pièce de 0 francs, et qui prend le deuxième et troisième
doigt. Cet ulcère ne peut pas guérir.
Depuis six mois, il a commencé à sentir l'ulcère du nez, qui se développe
de plus en plus, et qui prend, en plus de la grande extension cutanée que
l’on voit sur la fig. 1, toute la muqueuse nasale, le cavum et le voile du
palais.
Le 10 septembre 1016, je lui fais la première injection sous-cutanée de la
solution d'oxyde d’antimoine de Martindale (bras droit) sans aucune
réaction locale ni générale (1 cm3).
Le 12 septembre : injection intramusculaire sur le grand fessier, avec
le même résultat (1 cm3).
Le 14 septembre : Id. Id. Première photographie.
Les 16, 18, 21 et 24 septembre : Id. Id. ^
Le 26 septembre, injection intraveineuse de 1 cm3 1/2 sans aucune
réaction ni locale ni générale.
Le 28 et le 30 septembre : Id. Id.
Le 3 octobre : Id. kl.
Le 5 octobre, injection sous-cutanée de 1 cm3 1/2.. Attouchement de la
muqueuse nasale avec la solution d’antimoine.
De cette date au 5 décembre, le traitement ne fut pas continué en rai¬
son de mon absence.
Le 6 décembre, injection intraveineuse de 1 cm3 1/2. On voit que la
cicatrisation commence très nette.
Le 7 décembre, deuxième attouchement local à l’antimoine. Injection
intraveineuse de 2 cm3.
Le 9 décembre, injection intraveineuse de 2 cm3. Le malade grossit visi¬
blement, il est gai et reprend ses forces.
384 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Du 9 au 24 décembre, il reçoit 12 cm:i en 7 injections intraveineuses.
Le 26 décembre, je fais la première injection massive de 6 cm3 intra¬
veineuse pour voir l’effet; il ne se produit aucune réaction, ni générale,
ni locale.
Le 2 janvier, nouvelle injection de 6 cm3. La guérison de toute la partie
cutanée faciale est terminée, et, chose remarquable, l’ulcère du pied, qui
n’avait pu guérir auparavant et qui n’avait pas été traité localement par
le tartre émétique, est absolument et totalement cicatrisé.
C’est à ce moment que je fais la présentation du malade aux élèves et
au D1 Mari ac a, médecin de Bolivie (pays où existe aussi très répandue la
maladie), et que je fais prendre la photographie n° 2, avec la cicatrisation
terminée laissant au lieu de l’ulcère un tissu dur, irrégulier, rougeâtre,
bien recouvert par l’épiderme.
Le mois de janvier, nous avons poursuivi les injections intraveineuses
pour continuer la cicatrisation des lésions muqueuses et pour que le tissu
rouge et dur des cicatrices cutanées blanchisse et que toutes les Leish •
mania finissent par périr.
Sur ce malade, de même que sur les autres que j’ai traités, j'ai
observé de l’augmentation de poids et la reprise des forces et de
la gaîté, sans alertés organiques, sans réactions fébriles, sans
actions nécrosantes ni affaiblissantes, comme le fait le tartre
émétique.
Pour toutes ces raisons, il me paraît possible d'arriver aux
conclusions suivantes :
a. L’oxyde d'antimoine, en solution dans l’eau et la glycérine,
a guéri quelques cas de leishmaniose américaine.
b. Il ne produit ni les effets généraux ni l’action locale irri¬
tante du tartre émétique.
c. La solution se conserve très bien et pendant longtemps.
d. Jusqu’à présent, cette solution n’a pas guéri les cas de blas-
to mycose.
e. En raison de ces circonstances, son emploi m’a paru bien
préférable à celui du tartre émétique dans les cas des leishma-
nioses, internes ou externes.
f. Dans les cas mixtes de leishmanio-blastomycose, les effets
thérapeutiques se font sentir seulement sur les Leishmania , et
après une amélioration bien apparente, la blastomycose conti¬
nue son œuvre. Alors la maladie devient seulement blastomy-
cosique.
Février 1917.
385
Séance du 9 Mai 1917
Un cas de pseudo-parasitisme intestinal
par larves de charançon
Par Henri POIRSON, de Medjez-el-Bab (Tunisie)
L’enfant G. G., 7 ans, rendait depuis plusieurs mois des
anneaux de tænia et présentait tous les i5 à 20 jours une
migraine d’une demi-journée de durée, caractérisée par des
vomissements alimentaires et bilieux et par un léger état
fébrile^ lorsque du i5 février au ior mars 1917, ses parents lui
firent prendre sans résultat, pour le débarrasser de son ver, des
graines de courge décortiquées, paraissant saines.
Le ier mars, nous prescrivons l’extrait éthéré de fougère mâle.
A la suite de l’administration de ce médicament, l’enfant rend,
avec le tænia, six larves d insectes qui sont reconnues par le
Docteur G. Blanc, de l’Institut Pasteur de Tunis, comme des
larves de Curculionidés (charançons).
L’alimentation de l’enfant, pendant !a période antérieure à
l’élimination des larves, n’avait rien offert de spécial.
Depuis le ier jusqu’au 20 mars, les selles, examinées tous les
jours, n’ont plus présenté ni anneaux de tænia, ni larves.
Institut Pasteur de Tunis.
386
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Contribution à l’étude de la leishmaniose
viscérale naturelle du chien
Par A. LAVERAN et J. HAVET
Le Dr G. Nicolle, directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, a
eu la grande obligeance d’envoyer à l’un de nous, au mois de
septembre 1916, un chien qui avait été inoculé à Tunis, le
18 avril 1916, sur un chien atteint de leishmaniose naturelle, et
qui s’était infecté; il s’agissait donc d’un premier passage de
chien à chien de la leishmaniose canine naturelle.
À la fin du mois de septembre 1916, le chien venant de Tunis
que nous désignerons par la lettre A est très amaigri, les côtes et
les apophyses épineuses des vertèbres font saillie sous la peau ;
il n’y a pas d’autre symptôme de la maladie mais, à Tunis, l'exa¬
men de la moelle osseuse d’un tibia a été fait et des Leishmania
ont été trouvées.
Le chien A est sacrifié le 7 octobre 1916 ; il pèse 4 kg. 180. La
rate fortement hypertrophiée pèse 71 g., sa consistance paraît
augmentée plutôt que diminuée. Les autres viscères semblent
normaux à l’examen macroscopique; on note seulement de
l’anémie. La moelle osseuse est ramollie, jaunâtre ou rosée. On
trouve des Leishmania nombreuses dans les frottis de moelle
osseuse, non rares dans ceux de la rate, très rares dans ceux du
foie. L’examen du sang est négatif au point de vue de l’existence
des parasites.
Deux jeunes chiennes, B et G, sont inoculées avec la moelle
osseuse du chien A.
La chienne B, inoculée dans le foie^ ne s’est pas infectée ; au
contraire, la chienne G, inoculée dans une des veines saphènes
externes, a présenté une infection à marche rapide, terminée par
la mort; nous résumons son observation.
387
Séance du 9 Mai 1917
La jeune chienne C, pesant 6 kg. 300, est inoculée le 7 octobre 1916,
dans la saphène externe du côté droit, avec la moelle osseuse du chien A
qui, ramollie, se dilue facilement dans un peu d’eau physiologique. On
inocule 2 cm3 de la dilution.
La chienne qui mange bien et qui grandit, augmente d’abord rapide¬
ment de poids ; le 21 novembre, elle pèse 11 kg. ; mais, à partir de cette
date, elle maigrit et s’affaiblit visiblement. Le 2 janvier 1917, le poids est
de 10 kg. 800 et, le 30 janvier, de 9 kg. 900. Les côtes et les apophyses
épineuses des vertèbres font saillie. La chienne reste presque toujours
couchée et, dans les derniers jours de janvier, elle mange très peu.
La chienne est trouvée morte le 1er février 1917 ; elle pèse 10 kg.
A l’ouverture de l’abdomen, il s’écoule du sang en assez grande quantité
qui s’était épanché dans la cavité péritonéale; autour de la rate, qui est
très volumineuse, on trouve des caillots rouges, mous. L'extrémité supé¬
rieure de la rate adhère aux parties voisines ; après avoir détaché ces
adhérences, on constate que la capsule de la rate est, à ce niveau, épaissie,
inégale, blanchâtre, qu’il existe, en un mot, de la périsplénite. La rate
qui est très ramollie est alors détachée avec précaution de manière à éviter
les déchirures ; elle pèse 345 g. A la face externe du viscère, et à l’union
du tiers supérieur avec le tiers moyen, il existe une déchirure transversale
de 3 cm. de long, assez profonde, qui explique la production de l'hémorra¬
gie intra-péritonéale. Le parenchyme splénique, ramolli, très friable, est
infiltré de sang, notamment au-dessous de la déchirure où il existe un
foyer hémorragique intra-splénique. On distingue en outredeux infarctus,
reconnaissables à leur forme caractéristique ; le parenchyme splénique a,
au niveau de ces infarctus, une teinte ocreuse qui tranche sur la couleur
d’un rouge sombre des autres parties du viscère, et il se réduit en bouillie
à la moindre pression.
Le foie est gros et pale, ce qui peut s'expliquer par l’état anémique de
tous les viscères consécutif à l’hémorragie.
Les reins paraissent normaux, il n’y a pas d’urine dans la vessie.
Rien d’anormal à l’examen des autres viscères, sauf leur état anémique.
La moelle osseuse est rouge et diffluente, on la met facilement en émul¬
sion dans un peu d’eau physiologique en l’écrasant avec une baguette de
verre.
Les Leishmania, nombreuses dans les frottis du foie, sont extrêmement
nombreuses dans les frottis de rate et de moelle osseuse. 3 frottis du sang
du cœur sont examinés; on trouve, dans un de ces frottis, un grand élé¬
ment mononuclée (probablement une cellule endothéliale tuméfiée) qui
contient une dizaine de Leishmania.
2 tubes du milieu de culture nn n sont ensemencés le Ier février avec la
moelle osseuse d’une côte, dès le sixième jour après l’ensemencement, on
trouve, dans les 2 tub'es, de J^elles cultures de llagellés typiques.
Examen histologique (I). — Des frottis de moelle osseuse et de rate,
fixés par l’alcool-éther, et colorés par un Gieinsa fabriqué en France, nous
ont donné d’excellentes préparations. Le foie et la rate, fixés parla liqueur
de Schaudinn, ont été colorés par le Gieinsa, par la toluidine, par l’héma-
toxyline au fer seule, ou suivie de la liqueur de Van Gieson.
(1) Cet examen a été fait par M. le Dr .1. Havet, Professeur à l’Université de
Louvain qui, fuyant l’invasion des barbares, s’est réfugié à Paris, et qui m’a
fait l’honneur de me demandera travailler dans mon la boratoire. A. Laveran.
388
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Moelle osseuse. — Les Leishmania sont très nombreuses ; les unes sont
situées en dehors des cellules; les autres apparaissent dans l'intérieur de
celles-ci. Toutes les cellules n’en contiennent pas. Les érythrocytes et les
érythroblastes n’en renferment jamais. Certaines cellules ont leur proto¬
plasme bourré de Leishmania : d’autres n’en présentent que quelques-unes,
réunies souvent en petits amas, dans une sorte de vésicule creusée dans le
protoplasme (fi g. 1).
Les noyaux des cellules de la moelle osseuse peuvent aussi contenir des
Leishmania souvent situées dans une vésicule creusée dans la substance
nucléaire (fig. 2).
Rate. — Presque toutes les cellules, à l’exception des érythrocytes et des
érvthroblastes, contiennent des Leishmania , en nombre plus ou moins
grand. Ce sont les leucocytes qui en renferment le plus souvent. Les cel¬
lules géantes en présentent rarement. On peut en observer dans les noyaux
des cellules. Les faisceaux de fibrilles conjonctives, et les cellules con¬
jonctives elles-mêmes en présentent.
Dans les coupes microscopiques, il n’est plus possible de distinguer net¬
tement la pulpe blanche de la pulpe rouge.
Autour des artérioles, on voit des cellules tassées les unes oontre les
autres, dans les mailles d’un réseau conjonctif. Quelques cellules géantes
apparaissent éparses.
Les cellules endothéliales des petits vaisseaux sont généralement nor¬
males. Celles des capillaires contiennent des parasites (fig. 3, a) ; mais il est
assez rare que l’on puisse en observer dans leur protoplasme sur les cou¬
pes. Cela peut provenir de ce que la coupe ne nous permet de voir qu’une
mince couche protoplasmique des cellules endothéliales; si les parasites
ne sont pas nombreux, ils échappent à l’observation.
Statham (1) attribue à ces cellules un pouvoir phagocytaire très actif,
Elles engloberaient dans leur protoplasme de nombreuses Leishmania voire
même des globules rouges et des globules blancs (fig. 4). L’étude attentive
de la rate et du foie, à ce point de vue spécial, tendrait plutôt à nous faire
croire que ce sont des globules blancs, le plus souvent des polynucléaires,
qui s’attaquent à des cellules épithéliales, envahies par des parasites, et
considérablement atrophiées.
Les petites cellules spléniques et les érythroblastes ne contiennent pas
de Leishmania.
Les globules blancs, mono et polynucléaires, qui ont d’ordinaire une
forme arrondie ou plus ou moins allongée, et un noyau souvent aplati,
refoulé à la périphérie, contiennent des Leishmania , souvent en grand
nombre.
Les petites cellules du tissu conjonctif réticulé présentent des Leishma¬
nia disséminées dans leur mince couche de protoplasme. On en observe
aussi qui sont accolées aux fibrilles conjonctives.
En dehors des éléments cellulaires, il y a peu de parasites dans les
mailles du tissu conjonctif réticulé.
La capsule contient de nombreuses Leishmania, groupées en petits amas.
Foie. — Les lobules hépatiques présentent une partie centrale atro¬
phiée. La veine centrale est entourée d’une sorte de manchon cellulaire,
plus ou moins épais. Au niveau des espaces porte, le tissu hépatique paraît
plus normal.
(i) Journal Royal Army Med. Corps, t. V, 1905, p. 373.
389
r
Séance du 9 Mai 1917
1. Cellule de la moelle osseuse. Quelques Leishmania dans une vésicule
creusée dans le protoplasme. — 2. Cellule de la moelle osseuse. Leishmcuiia
situées dans des vésicules creusées dans le noyau. — 3. Cellule endothé¬
liale et globule blanc de la rate, àvec des Leishmcuiia . — f\. Cellule endo¬
théliale déformée et leucocyte polynucléaire inclus contenant des Leishma-
nia. — 5. Coupe partielle, transversale, de la veine centrale d’un lobule
hépatique. — 0. Cellules du foie contenant des parasites et des globules
blancs. Aspect d’un capillaire sanguin et des éléments qu’on y observe. —
7. Coupe d’une paroi d’un capillaire sanguin de lobule hépatique. Cross.
1.000 D environ.
Les cellules endothéliales de la veine centrale des lobules ont un aspect
normal. La veine contient des globules rouges, des globules blancs mono-
et polynucléaires en petit nombre, avec des granulations le plus souvent
éosinophiles, ou sans granulations. On y voit aussi de très petites cellules,
à noyau arrondi, formé de gros granules, entouré d’une mince couche de
protoplasme d’aspect plus ou moins granuleux (fig. 5 a).
27
390 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Enfin, il existe dans la veine centrale une certaine quantité de cellules
assez volumineuses, ayant un noyau de forme irrégulière, dont le proto¬
plasme contient des Leishmania plus ou moins nombreuses (fig. 5 b).
Le manchon cellulaire entourant la veine centrale est formé :
1° De cellules plasmatiques très nombreuses. La fig. 5 représente une par¬
tie seulement d'une veine centrale. Les cellules plasmatiques y sont dési¬
gnées par les lettres cp. Nous étudierons ces cellules d'une manière plus
spéciale, dans un autre travail. Qu’il nous suffise de faire remarquer la
ressemblance de forme, de volume, de structure entre les cellules a situées
à l’intérieur de la veine centrale, et les cellules a’ situées dans la paroi de
celle-ci. Entre ces lymphocytes et les cellules plasmatiques cp, on observe
dans les préparations toutes les formes de transition. Cette observation
serait en faveur de l’opinion des auteurs, qui attribuent aux cellules plas¬
matiques une origine sanguine.
2° On trouve dans les parois de la veine centrale quelques cellules gra¬
nuleuses éosinophiles (c, fig. 5).
3° Des cellules et des fibrilles conjonctives (d).
4° Une certaine quantité de cellules hépatiques, plus ou moins atro¬
phiées, et contenant dans leur protoplasme de nombreuses Leishmania
(ch fig. 5).
Le lobule hépatique lui-même présente, dans sa partie centrale, des tra¬
vées glandulaires peu colorées, souvent dissociées, formant comme des
îlots, au milieu des capillaires élargis, distendus. Dans ces capillaires, on
observe un grand nombre d’éléments cellulaires. Cette partie centrale du
lobule contient de nombreuses cellules hépatiques en voie de dégénéres¬
cence graisseuse. Elle contient aussi des cellules du foie renfermant des
Leishmania ; il en est qui sont bondées de ces parasites (fig. 6 £et c), d’au¬
tres présentent dans leur protoplasme, plus ou moins atrophié, un ou deux
leucocytes souvent polyclunéaires (fig. 6 e).
La paroi des capillaires sanguins du lobule hépatique paraît formée de
deux minces feuillets. Du côté interne, bordant la lumière du capillaire, on
observe des cellules endothéliales. Du côté externe, entre les cellules endo¬
théliales et les cellules hépatiques, on observe un réseau de fibrilles con¬
jonctives, parmi lesquelles on trouve çà et là des cellules étoilées, de
même nature.
La fig. 7 représente en a la cellule endothéliale; en b , la cellule et les
fibrilles conjonctives, situées entre la cellule endothéliale et les cellules
hépatiques c. La coupe peut passer au niveau des deux noyaux, comme
dans la fig. 7, seulement par le noyau de la cellule endothéliale ou par
celui de la cellule conjonctive; enfin, il arrive qu’aucun des noyaux n’est
visible; dans ce cas, seules quelques fibrilles conjonctives séparent le
capillaire sanguin de la cellule hépatique.
Le noyau de la cellule endothéliale se distingue généralement de celui de
la cellule conjonctive. Il est d’ordinaire plus volumineux; sa structure est
celle d’un réseau chromatique très délicat, découpé comme une fine den¬
telle. Celui de la cellule conjonctive est beaucoup plus grossier. De plus,
le Giemsa donne au premier un reflet pourpre, tandis qu’il colore le second
en violet très foncé. Ces détails histologiques ont une certaine importance
pour l’étude de la structure des capillaires sanguins du foie. Ils en ont
une plus grande encore, au point de vue des lésions du foie dans les cas
de leishmanioses .
Séance du (j Mai 1917
391
Christophers (1) considère les leishmanioses comme des infections de
l'endothélium vasculaire. Les cellules, qu’il observe dans les capillaires
du foie, ne sont pour lui que des cellules endothéliales plus ou moins
modifiées, et contenant des parasites qui augmentent le volume des cel¬
lules, et les déforment.
Statham (2) exprime la meme opinion au sujet de cellules qu’il trouve
dans les capillaires du foie d’un homme mort de kala-azar : ce sont d’après
lui des cellules endothéliales modifiées, contenant des Leishmania plus ou
moins nombreuses.
Les observations que nous avons faites ne concordent pas avec les
précédentes. Dans le foie de notre chienne, la plupart des cellules atro¬
phiées et envahies par des Leishmania , sont en effet des cellules hépati¬
ques. On peut observer tous les degrés d’atrophie et d’infection de ces
cellules, à côté d’éléments glandulaires hépatiques normaux, ou peu
altérés.
La structure du protoplasme, la forme et la structure typique du noyau
des cellules hépatiques, subissent des modifications plus ou moins pro¬
fondes, suivant la quantité de parasites qu’elles contiennent.
Ce 11’est pas que l’on ne puisse observer des cellules endothéliales plus
ou moins modifiées et envahies par des Leishmania; laflg. G y, par exem¬
ple, représente une cellule qui diffère par sa forme, son volume, sa struc¬
ture, des cellules hépatiques, et qui est très probablement une cellule
endothéliale modifiée, contenant des parasites et un leucocyte polynu¬
cléaire. Mais de semblables éléments sont relativement rares .
Le pouvoir phagocytaire des cellules endothéliales vis-à-vis des Leish¬
mania paraît être bien faible.
On observe beaucoup de globules blancs polynucléaires qui se sont
introduits dans les cellules du foie, probablement aussi dans des cellules
endothéliales, préalablement envahies par des Leishmania , et qui déter¬
minent des phénomènes de cytolyse, semblables à ceux que Cajal a signa¬
lés dans les néoplasies, et auxquels il a donné le nom de traumacilosis.
En résumé, une jeune chienne inoculée le 7 octobre 1916, dans
une veine, avec la moelle osseuse d’un chien infecté de leishma¬
niose naturelle canine (ier passage de chien à chien), est morte
le ior février 1917, soit 117 jours après l’inoculation. La mort
est survenue à la suite d’une hémorragie intra-péritonéale, due à
une déchirure de la capsule de la rate, et l’autopsie a révélé des
lésions remarquables de la rate et du foie.
La rate pesait 345g., ce qui pour un chien de 10 kg. représente
17 fois environ le poids de la rate normale. Une déchirure de
la capsule existait à la face externe du viscère; le parenchyme
splénique, très ramolli, était le siège d’un foyer hémorragique
et de deux infarctus. Le foie était gros et pâle, la moelle osseuse
rouge et diffluente.
(1) Scient. Mem. bij offic . of Med. a. Sanit. Départ. ofGov.of India. New
Sériés. n°s 7 et 1 1 .
(2) Journal Royal Arrny Med . Corps, 5. iqo5. 2.
392 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L'étude histologique a montré des Leishmania en très grand
nombre dans la moelle osseuse, dans la rate et dans le foie.
Dans la moelle osseuse, les Leishmania ont été trouvées libres
ou incluses dans des éléments anatomiques, principalement
dans les cellules de la moelle osseuse, et parfois dans les noyaux
de ces cellules.
Dans la rate, les leucocytes sont le siège ordinaire des Leish-
mania ; les cellules conjonctives et les cellules endothéliales des
vaisseaux capillaires peuvent aussi être parasitées; les Leishma¬
nia se rencontrent parfois à l'intérieur des noyaux des cellules
Dans le foie, ce sont les cellules hépatiques qui ont été notées
comme étant le siège d’élection des parasites. Des Leishmania
ont été trouvées aussi dans les cellules conjonctives, dans les
cellules plasmatiques et dans les cellules endothéliales des
capillaires sanguins, mais en quantité bien moindre. Nos recher¬
ches ne concordent pas, sur ce point, avec celles de Christo-
phers et de Statham ; d’après ces observateurs, dans le kala-
azar humain le siège d’élection des Leishmania se trouve en
effet dans les cellules endothéliales des capillaires sanguins.
Nous avons constaté des altérations profondes de la structure
du foie.
/
Agglutination et désaglutination des globules
rouges dans la trypanosomiase
Par L. MARTY
Dans une goutte de sang normal, de volume moyen, les glo¬
bules rouges se disposent en piles de monnaie. Ces piles ont de
io à 5o » x de longueur. Elles sont placées côte à côte, ou sépa¬
rées par d’assez grands intervalles. Parfois, elles s’unissent par
leurs extrémités et tracent alors des figures aréolaires. Certaines,
même, s’incurvent autour d’un axe fixe et dessinent une rosette
dont le centre est marqué par un vide. Ces dispositifs divers pré¬
sentent un caractère commun : chaque élément du chaînon est à
moitié recouvert par le suivant. Les deux moitiés de globule
rouge visibles : l’une directement, l’autre par transparence, sont
393
Séance du 9 Mai 1917
égales et régulières. Il y a contact de globale à globule , sans tas¬
sement. On dirait que deux forces élastiques tirent, délicatement
en sens inverse, aux deux bouts du chaînon pour empêcher le
tassement. Dans ces préparations, les globules rouges ont tous
une même coloration, uniformément jaune verdâtre. Avec une
goutte trop grosse, tout est changé. Les piles sont transformées
en placards avec des superpositions de globules rouges, des
alternances de couleur jaune verdâtre et de couleur jaune
cuivrée.
S’il s’agit d'un sang trypanosomé, l’aspect est tout autre :
Et d’abord, par un examen macroscopique, à la lumière du
ciel, on perçoit une première différence.
Avec un sang normal, la préparation prend, par places, une
apparence finement granitée (papier verre n° 00). La coloration
générale est pâle, sauf sur le pourtour au niveau du lut. Au con¬
tact de l’air atmosphérique, le sang se coagule et forme un lut
continu ( hénio-lut ) qui s’oppose à l'évaporation par trop rapide
du sérum sanguin, et permet aux globules rouges de ne pas se
déformer instantanément.
S’il s’agit d’un sang trypanosomé, la préparation, regardée par
transparence, prend, rapidement, un aspect granité dans toute
son étendue. Les grains sont beaucoup plus gros. Dans son
ensemble, la préparation, au lieu d’être pâle, est rouge fuligi¬
neuse. Telle est l’agglutination macroscopique, nette et indiscu¬
table, des globules rouges dans la trypanosomiase. Mais on
imagine sans peine qu’entre ces deux types extrêmes, se
présentent des types intermédiaires qui prennent place dans
l’échelle de gradation depuis A jusqu’à Z. Dans les cas litigieux,
plus proches de A que de Z, l’examen microscopique, avec l'ob¬
jectif n° 7 d’abord, puis l’immersion, est indispensable. Ce n’est
pas à dire qu’il lève d’emblée toute difficulté. Le cas du méde¬
cin qui constate l’agglutination de ses propres globules rouges,
sans présenter de signes cliniques de trypanosomiase, est assez
fréquent. Il a pour résultat de faire rejeter un moyen de dia¬
gnostic précieux. Mais avant de nous servir du microscope,
poussons plus avant l’examen macroscopique.
Au bout de 5 à jo m., exerçons sur les deux préparations
(sang non trypanosomé et sang trypanosomé), exerçons, dis-je,
sur les lamelles, avec une tige de verre bien propre, ou, à la
rigueur, avec l’ongle du doigt, une pression assez forte, au centre
394
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’abord, puis vers la périphérie. Que constatons-nous? Le gra¬
nité parcellaire et très fin de la première préparation disparaît
et ne reparaît plus. Celui de la deuxième préparation reparaît.
Au bout de i5 m., recommençons l’opération et nous constatons,
une fois de plus, la persistance du granité dans* la deuxième
préparation. Au bout d’une heure, le granité s'est transformé
en un sablé rougeâtre. Ce sablé rougeâtre persiste pendant plu¬
sieurs heures.
Pourquoi cette persistance du granité dans la deuxième pré¬
paration? C’est ce que va nous dire le microscope.
Nous avons vu que les globules rouges d'un sang normal se
superposent en piles de monnaie, sans tassement Dans la trypa¬
nosomiase, les forces élastiques qui semblaient tirer en sens
inverse, aux deux bouts du chaînon, sont rompues. Les piles de
monnaie se tassent. Celles qui avaient de io à i5 p de long sont
ramenées aux dimensions d’un globule rouge. Celles qui avaient
5o [jl ont perdu plus de la moitié de leur longueur. Comme corol¬
laire de cette agglutination par tassement , apparaît une colora-
ration plus foncée, tirant sur l’acajou. Deuxième corollaire, les
globules rouges tassés (agglutinés) résistent plus longtemps à la
déformation épineuse et à la segmentation (globulides) que les
globules rouges ordinaires.
C’est cette résistance à la déformation, à la désagglutination,
que nous allons suivre sous le microscope.
Dans une préparation de sang normal, les globules rouges de
la périphérie se rapprochent les uns des autres jusqu’à se tou¬
cher. Il se forme ainsi une bande ponctuée par des globules
rouges qui ne tardent pas à subir, successivement, la déforma¬
tion épineuse et l’hémolyse. L’hémolysat joue le rôle de lut (hémo-
1 u t) ; il abrite assez bien le reste de la préparation du contact de
l’air atmosphérique. L’imperméabilité de l’hémo-lut étant toute
relative, la déformation épineuse gagne rapidement tous les glo¬
bules rouges de la préparation. Vient ensuite leur fonte dans
une déliquium informe, envahi lui-même par des bulles d’air,
au fur et à mesure que le sérum sanguin s’évapore. De temps en
temps, on rencontre des globules rouges qui résistent davantage
à la déformation épineuse. Ceux-ci se fragmentent en deux ou
trois éléments d’inégal volume (globulides) qui disparaissent les
derniers dans le déliquium général.
Séance du 9 Mai 1917
395
Dans une préparation de sang trypanosome, que constatons-
nous ?
Dans l’hémo-lut d’abord?
Les globules rouges, au lieu de subir la déformation épineuse,
s’étirent, s’aplatissent en strates qui rappellent un peu les stra¬
tes superficielles de l’épiderme cutané. Les globules rouges de
ce stratum de recouvrement conservent longtemps leur per¬
sonnalité (membrane d’enveloppe avec hémoglobine à l’inté¬
rieur). Ils donnent même les apparences d’un bois d’acajou aux
nervures assez joliment dessinées. Cet hémo-lut est beaucoup
plus isolant que celui d’un sang normal. De la face profonde
du stratum, se détachent meme certains prolongements qui rap¬
pellent les prolongements interpapillaires de la peau. Qu’une
bulle d’air s’égare dans le stratum, et aussitôt elle est entourée,
enkystée, par des globules rouges qui se disposent en bulbe
d’oignon autour d’elle (pseudo-globes épidermiques, centrés par
une bulle d’air). Plus tard, lorsque l’évaporation du sérum san¬
guin a atteint un certain stade, le stratum de recouvrement
perd de sa continuité, il se disloque en bandes souples qui flot¬
tent dans le sérum sanguin devenu jaune citron. Les plus pro¬
fondes glissent mollement au milieu des obstacles, sans se désa¬
gréger, et gagnent des régions plus centrales. Cette souplesse,
cette aptitude à se déplacer, sans perdre de globules, appartient
à l’agglutinat dans sa forme la plus parfaite. Ce sont là aussi les
agglutinats les plus volumineux, ceux qui résistent le plus
longtemps à la dèsag glutination, puis aux diverses dégénéres¬
cences que nous étudierons plus loin.
C’est derrière ce stratum de recouvrement, derrière cet agglu¬
tinât parfait, que se forment les agglutinats de moindre impor¬
tance. Ils vont diminuant de nombre et de volume de la péri-
phé rie vers le centre de la préparation. Pour avoir un aperçu
général du pouvoir agglutinant des globules rouges, il faut :
Avant toute dessiccation, parcourir la préparation d’abord en
suivant la face profonde de l’hémo-lut; ensuite selon les diago¬
nales passant par le centre.
Après une certaine dessiccation, la fragmentation de l’hémo-
lut, le glissement des boucles souples que nous avons décrites^
plus haut, donnent des renseignements utiles.
Il 11e faudrait pas s'attendre à trouver dans la trypanosomiase
des agglutinats réguliers comme avec des cultures microbiennes.
300
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous avons décrit le mécanisme d’agglutination des globules
rouges. Nous avons parlé de piles de monnaie tassées, râpe-
tissées, ramenées même au volume d’un globule rouge. Nous
aurions dû ajouter que, dans ce tassement, des enveloppes de
globules rouges se sont tellement rapprochées les unes des
autres qu elles arrivent parfois à donner l’impression de fines
scarifications parallèles. On conçoit aussi qu’un certain nombre
de piles tassées peuvent se fusionner, former ainsi un agglu¬
tinât à une ou plusieurs tubérosités.
Ecrasons ces agglutinats sous une pression passagère (avec
une baguette de verre, comme nous l’avons dit), que se passe-t-
il ? Les piles de monnaie les plus longues se partagent en deux
ou trois petites piles.
Cette première compression, cet écrasement a eu pour autre
résultat de classer les globules rouges en deux catégories :
A) Ceux qui concourent à la formation des agglutinats;
B) Ceux qui n’ayant pas un pouvoir agglutinant suffisant se
sont fragmentés [g lobai ides). Les globulides ne subissent que
lentement la déformation épineuse. Ils s’épandent dans l'inter¬
valle des agglutinats, s’accolent même aux agglutinats pour
affirmer, malgré tout, qu'ils ont, eux aussi, un certain pouvoir
agglutinant.
Quel est le sort des agglutinats ?
Après une première compression, les piles de monnaie, tas¬
sées et irrégulières, se sont fragmentées. Dès que cette action
mécanique brutale cesse, les divers morceaux se ressoudent entre
eux pour former des agglutinats plus volumineux, à contours
irréguliers, encerclés par des globulides. La partie centrale des
agglutinats est jaune foncé, quelquefois acajou; la périphérie,
moins épaisse, est d’une coloration jaune paille. L’hémo-lut a
été lui-même morcelé par celte première compression. Il se
reforme, mais en un stratum moins régulier et non continu. Il
laisse s’échapper quelques boucles vers des régions plus internes.
Une deuxième compression, exercée un quart d’heure ou une
demi-heure plus tard, répète le même travail de destruction et
de déplacement. Dès qu’elle cesse, les agglutinats se reforment
irréguliers; l’évaporation du sérum sanguin s'est accélérée.
Aussi les agglutinats prennent-ils rapidement des caractères
nouveaux. Les globules rouges, pour échapper à la dessiccation,
se resserrent, se rapetissent. Ils passent les uns par dessus les
Séance du 9 Mai 1917
397
autres et cela sur plusieurs plans. Les bords des petits aggluti¬
nais s’écliancrent comme une cote rocheuse tourmentée par les
flots.
Une troisième compression, une demi-heure plus tard, accen¬
tue le resserrement, le ratatinement des agglutinats. Il se
forme des manques qui apparaissent sur les bords en demi-lunes
claires, et, au centre, en alvéoles claires aux dimensions d’un
globule rouge. Le hasard d’un dispositif peut donner, aux man¬
ques de l’intérieur de Lagglutinat, une coloration cuivrée (cor¬
puscules cuivrésqui n’ont rien de spécifique).
Un peu plus tard, la vacuolisation de l’agglutinat s’est encore
accentuée. On dirait d’un tissu celluleux ou mieux d’un viscère
atteint de dégénérescence graisseuse.
Enfin le tassement des globules rouges, en agglutinats, dis¬
paraît.’ La force d'attraction devient nulle; l’agglutinat se
distend. 11 se présente alors sous les apparences d’une flaque
jaune soufre, quadrillée par les enveloppes des globules rouges,
non tourmentée, à contours le plus souvent stellaires.
A la dernière étape, le quadrillage n’existe plus. L’agglutinat
a subi la dégénérescence granuleuse; il est à peine reconnais¬
sable. Aussi longtemps qu’il n’est pas envahi par les bulles
d’air, il permet seulement de soupçonner la trypanosomiase.
Pour l'élude de 1 ’agglu tination-désagglutination, l’hémo-lut
est supérieur au lut à la vaseline. Ce dernier s'oppose à la for¬
mation du stratum de recouvrement et gêne la déformation que
précisément nous recherchons.
La goutte de sang la plus favorable est celle qui, après com¬
pression légère, ne recouvre que les 2/3 ou les 3/4 de la lamelle.
Une goutte qui recouvre d’emblée toute la lamelle et bave au
dehors est à rejeter; de même celle qui ne recouvre que le quart
ou la moitié de la lamelle.
Lorsque les grands symptômes : adénie à consistance déballé
de caoutchouc, tachycardie, asthénie, amaigrissement, fièvre
rémittente, etc., sont réunis, l’agglutination est très abondante.
La recherche du trypanosome dans les ganglions ou le sang (pas
toujours fructueuse d’ailleurs) n’est qu’un surcroît de précau¬
tions auquel nous ne recourons que pour vérifier la valeur de
nos recherches. Mais dans le cas d’une inoculation récente, on
n’a guère que la fièvre rémittente comme grand symptôme. La
398
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
recherche négative de l’hématozoaire de Laveran est d’un appoint
précieux. L’agglutination peut n'être qu’ébauchée.
Je n’insisterai pas sur les trypanosomiases légères, non soup¬
çonnées, des indigènes qui n’ont ni fièvre, ni adénie, ni cé pha-
lée, ni amaigrissement, ni asthénie; et qui semblent donner
l’immunité. Même dans ces formes, la tachycardie (de 84 à 9 5)
est constante. Encore ne faut-il pas la confondre avec l’excita¬
tion émotionnelle due à l’examen médical. Il nous a semblé que
les bruits du cœur ont un rythme et un timbre particuliers
dans la tachycardie de la trypanosomiase. Ces signes acoustiques
sont difficiles à traduire par une onomatopée. C’est dans ces
mêmes cas que l’agglulinalion-désagglulination des globules
rouges vient à point confirmer les soupçons soulevés par la
tachycardie. Et comme cette agglutination est à peine ébauchée,
nous recourons à X injection d'épreuve. Voici en quoi elle con¬
siste.
Nous avons remarqué qu’après une première injection d’ato-
xyl .et beaucoup mieux dans les jours qui suivent la deuxième,
l’agglutination-désagglutination des globules rouges augmen¬
taient dans de notables proportions, de 3 à 4/io environ. Il s’agit
là probablement de trypanolyse. Cette injection d'épreuve nous
a permis d étendre singulièrement l’horizon de la trypanoso¬
miase.
Nous n’avons trouvé l’agglutination-désagglutination ni dans
la syphilis, ni dans le pian, ni dans le paludisme, ni dans la
fièvre bilieuse hémoglobinurique.
Service de santé de VOabangai-Chari , Bangui, le 6 février 1917.
Note sur la lutte contre la trypanose
à Kisantu (Congo Belge).
Résultats et espérances
Par le Père G. GREGGIO
Les vides causés par la trypanose h umaine dans l’Afrique Cen¬
trale ont fait poser à maints coloniaux une question bien angois¬
sante au sujet de l’avenir de ces régions : Réussira-t-on à
Séance du 9 Mai 1917
399
arrêter le mal ? Surtout parviendra-t-on jamais à relever la race
noire, si bien qu elle se reforme et renaisse ?
Ces lignes ont pour but de répondre au moins partiellement
à ces questions, en faisant connaître les résultats obtenus autour
de la Mission de Kisantu. Si modestes soient-ils, peut-être
seront ils encourageants.
Ces résultats sont doubles : les uns ont trait à la diminution
même de la maladie du sommeil, les autres à l’augmentation de
la population.
Quelques mots d’abord sur les difficultés rencontrées, afin de
mieux établir la valeur de nos conclusions. La trypanose
humaine a fait son apparition dans la région de Kisantu en 1900.
Avant ce temps, à la différence de la variole, qui à plusieurs
reprises avait ravagé la contrée, elle y était complètement
inconnue ( 1 ).
Comme partout ailleurs, le mal fit rage dans la région, et en
moins- de 10 ans il avait emporté les deux tiers des habitants.
Dans plusieurs centres même, 011 peut dire que les neuf dixièmes
des indigènes ont disparu, et seuls quelques rares survivants
restent à témoigner de l’existence d'un village à cet endroit.
Le mab grave en lui-même, était rendu encore plus difficile à
enrayer par l’insouciance proverbiale du noir à se soumettre aux
lois les plus simples de l'hygiène. La mort avait fait de si nom¬
breuses victimes qu’elle n'effrayait plus ceux qu elle n'avait pas
encore touchés. Pour ne citer qu’un exemple, je trouvai un jour
deux familles qui construisaient leurs huttes sur les bords
mêmes d’une rivière, où les tsétsés et chrysops foisonnaient. Je
tâchai de leur persuader de bâtir ailleurs leurs demeures, en
un lieu plus élevé. « A quoi bon ? répondit le plus ancien au
nom de tous. Est-ce que là, sur la colline que tu indiques, nous
ne mourrions pas également ? Le village n’a-t-il pas à peu près
disparu ? Au moins ici, nous mourrons en paix ». Partout la
même réponse, et de l'indifférence pour la vie, le noir passait
logiquement à l’hostilité ouverte vis-à-vis du médecin, fuyant
(1) Suivant des témoignages dignes de foi et dûment contrôlés, deux foyers
de maladie du sommeil existaient — bien avant l’arrivée des blancs - sur le
terri Loire de notre Mission. L’un d’eux doit être placé sur le Kassai aux environs
de Kwamouth, l’autre sur le Kwango (rive droite) entre les chutes de Kingunsi
et Muene Dinga. Gomme on le voit, cependant, ces foyers étaient bien
loin du petit centre dont il est ici question : 3oo à 400 km. les en séparent
(Voir relation R. P. de nos « Missions Belges ». Bruxelles, igo3).
400
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans la forêt à son approche pour se soustraire à l’examen et
refusant toute offre de traitement.
Le lazaret surtout inspirait une véritable terreur aux malades.
Nous avons vu tel enfant, fort gai de caractère jusque-là, mourir
quelques jours après qu’on l avait reconnu atteint et dirigé sur
le lazaret. La peur, l'abattement, la honte avaient été tels que la
maladie avait pris rapidement le dessus.
Quelques féticheurs (nganga) hardis avaient aussi entrepris
de soigner les dormeurs dans les villages.
Superstitions, préjugés, opposition sourde ou ouverte, exten¬
sion rapide du mal, tout nous paraissait donc contraire, et
j’avouerai que parfois le découragement nous surprit. On per¬
sévéra néanmoins dans la lutte entreprise, et voici, à plusieurs
années de distance, les résultats obtenus : ils sont empruntés
aux statistiques des dernières années.
i * ,
A. L’arrêt du mal. — Les résultats à signaler sous ce chef
sont doubles : les uns concernent la marche même de la trypa-
nose, les autres marquent le progrès de la mentalité des indi¬
gènes vis-à-vis du médecin et du traitement.
I. Régression de la maladie.
En 1912, sur 680 noirs examinés, 32 reconnus atteints, soit 4,7 0/0.
En 1913, 2.508 — 74 — 2,9 0/0.
En 1914, 2.035 — 26 — 1,2 0/0.
En 1915, 2.730 — 20 — 0,7 0/0.
•' t
Ces chiffres n’ont pas besoin, me semble-t-il, d explication.
Je citerai plus tôt un fait qui me paraît tout aussi significatif :
les malades sont devenus si rares dans les derniers temps que,
désirant initier des confrères à la recherche des trypanosomes,
il a été impossible de trouver des porteurs du parasite, et on a
été obligé de recourir à des animaux infectés.
IL Revirement des noirs en faveur de l'examen médical. — Ce
progrès constitue aujourd’hui l aide la plus efficace que nous
ayons dans la région de Kisantu pour combattre le fléau. Et
tout d’abord la ponction ganglionnaire et le traitement n’ont
plus aux yeux des noirs la triste signification de jadis, mais
représentent bien plutôt une faveur que beaucoup sollicitent et
que plusieurs sont prêts éi payer. Dans certains villages même,
les habitants sont nettement portés à l’exagération dans ce sens.
401
Séance du 9 Mai 1917
Tels ces noirs — ils sont nombreux — qui, peu satisfaits d'une
première et même d'une seconde ponction dont les résultats
avaient été négatifs, me priaient de leur faire une prise de sang
au doigt, ou de leur donner quelques injections par mesure de
prudence.
Très rares sont ceux parmi les malades qui se soustraient au
traitement. Déjà à la fin de 19 13, nombre de femmes que des
raisons de famille empêchaient de résider au lazaret, s’impo¬
saient toutes les semaines cinq, voire huit heures de marche —
et autant pour le retour — dans le seul but de venir recevoir les
injections. Retenu à Kisantu par des occupations, je n’avais pu
entreprendre en temps accoutumé la visite d'une partie de la
région. Un jour je remarquai au laboratoire un fort groupe
d’enfants, près de quarante. C’étaient des enfants des écoles
rurales, que les catéchistes m’amenaient spontanément pour être
examinés. D’autres noirs manifestent ouvertement leur répu¬
gnance d’aller sans motif dans certains endroits infestés par les
« mageku » (tsétsés). .
Ces faits prouvent qu’une évolution s’est accomplie en quel¬
ques années, et permettent d’espérer mieux encore pour l’avenir.
R. Lé relèvement de la natalité. — Ce point me paraît capi¬
tal. On pourrait objecter aux chiffres cités — suivant une phrase
banale en Afrique — qu’on n’y meurt plus faute de sujets. Puis,
le ralentissement ou même la cessation d’une épidémie dans
une contrée ne renferme pas nécessairement l’assurance de
résurrection pour le peuple qui l'habite. Sa force peut être si
épuisée qu'il lui soit impossible, au moins pour longtemps, de
se reconstituer et revivre. Or, voici que, dans la région de
Ki santu, nous assistons dès maintenant à un phénomène des
plus réconfortants : le désir de l’enfant s'y fait sentir, partout
et chez tous, plus vif que jamais. Citons d’abord quelques chif¬
fres (1).
1. Dans les environs de Kisantu. — Au premier avril 19 15 les
ménages monogames ayant plus de deux enfants se répartissaient
ainsi (2) :
(1) Je suis heureux de dissiper par des données plus larges el aussi plus
rassurantes des erainles exprimées au commencement de igiJ, dans la Revue
Congolaise de Bruxelles. /
(2) Nous ne faisons pas de distinction entre ménages monogames chrétiens
402
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
60 ménages comptaient
48 —
4 —
t ménage comptait
3 enfants
4 —
3 —
6 —
Total : 113 ménages comptaient 398 enfants en vie.
En novembre de la même année 1916, j’obtenais pour les mêmes
villages les données suivantes :
62 ménages monogames comptant 3 enfants en vie.
52
14
3
1 ménage monogame comptant
4 —
5 —
6 —
7
Total 132 ménages monogames comptant 489 enfants en vie.
En avril 1916 : 1 r 3 ménages comptaient 3,5 enfants par
ménage ;
Huit mois plus tard : i32 ménages comptaient 3,7 enfants par
ménage.
Il y a donc augmentation. Elle est d’autant plus à remarquer,
qu’elle a lieu parmi une population qui varie entre 2.700-2.800
personnes ( 1).
2. En dehors de la zone immédiate de Kisantu , mais toujours
sous ses dépendances, on remarque aussi du progrès.
En novembre 1 9 1 3, j’y recensai 12 villages comptant une popu¬
lation globale de i.i46 noirs. Lorsque, à la fin de juillet 1916, je
les parcourus de nouveau, je refis le recensement et voici les
résultats. Huit villages avec une population globale de 553 noirs
accusaient, il est vrai, une diminution d'habitants : pour 12 nais¬
sances (enfants en vie), je comptai 3i décès depuis 1913. Mais
les 4 autres villages donnaient au contraire les chiffres suivants :
. Naissances
Villages en nov. 1913 Décès (enfants en vie)
dont mari et femme ont toujours vécu ensemble. Evidemment les ménages
chrétiens sont plus nombreux.
(1) Le taux absolu de natalité pour les 1 1 3 ménages serait donc de
48 enfants restés en vie, par an : soit 1 enfant par ménage tous les 28 mois.
En France vers 1902 les foyers comptant de 3 à 7 enfants étaient au nombre
de 3.783.542. En 1 9 1 3 les statistiques du Ministère du Travail donnaient le
chiffre de 3.707.824 foyers.
403
Séance du 9 Mai 1917
Soit un excédent de 37 naissances (1).
3. Ajoutons à ces chiffres une confirmation.
D’après une statistique publiée dans la Revue Missions Bel¬
les (2), dans les trois chefferies de Kisantu, Kibangu, Kinturi,
le nombre d’hommes valides en 1907 n’était plus que de 3ro
contre 2.190 hommes en 1894. Or en septembre 1916, je comptai
pour ces mêmes chefferies 56o hommes mariés. ou sur le point
de se marier : soit 25o hommes valides en plus, provenant pour
la plupart de nos missions, où nous les avions recueillis enfants.
A côté de ces données, il faudrait montrer par quelques traits
le nouvel esprit dont sont animés les parents à l’égard de leurs
enfants : les soins dont ils les entourent, la fidélité avec laquelle
ils suivent les conseils qu’on leur donne (3), la vraie et profonde
tristesse qu’ils éprouvent lorsqu’un de leurs enfants tombe
malade, et surtout les sacrifices réels et continus qu’ils s’impo¬
sent pour les élever. Il y a lieu en effet de noter, pour dissiper
tout préjugé, qu’un ménage comptant plusieurs enfants pèse
très lourdement aussi bien en Afrique que partout ailleurs. Il
pèse là surtout où, comme à Kisantu, commencent à se faire
sentir les petites exigences de la civilisation au sujet de la nour¬
riture, des habits, de l’habitation, etc. Malgré cela, le signataire
de ces lignes peut affirmer qu’aux yeux des noirs le fait d’être
privé des enfants est aujourd’hui considéré comme le plus grand
malheur, et que jamais les parents ne sont aussi fiers, que lors¬
qu’ils peuvent se présenter au visiteur entourés d’une nombreuse
famille. Quels meilleurs symptômes d’une renaissance à la vie?
Il nous reste maintenant à mentionner les principales causes
et moyens qui nous ont permis d’obtenir ces résultats.
1. L instruction d'abord. Le R. P. Van de Ryst publia sur
les insectes nuisibles une série d’articles en langue congolaise,
(1) Pour ces quatre villages, en partant de nov. 1913 à juillet iqih, le taux
des naissances (enfants en vie) a donc été de 54,8 pour 1 000 habitants et
par an.
(2) Bruxelles 1907, p. 4 1 2 3 8 .
(3) Pour ne citer qu’un trait, beaucoup demèresà présent se font un devoir,
aux jours froids, de laver leurs enfants avec de l’eau tiède; d’autres com¬
mencent à suivre les règles d’un allaitement rationnel : progrès à peine
croyables pour qui connaît les habitudes des femmes Bakongos.
404
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qui, lus aux autres noirs par nos catéchistes dans les villages,
ne manquèrent pas de produire leurs bons effets. De plus, en
classe, chaque année, nous donnions aux futurs catéchistes des
leçons pratiques d hygiène contre les helminthiases, la trypa-
nose, la filariose, etc. Il faut avoir assisté à une de ces leçons,
faites à l'ai de de gravures, pour voir l’intérêt qu’elles provoquent
chez les élèves noirs. Nul doute que, de retour au village, ils en
causaient aux compagnons et à la famille. De même, quand
l’occasion s’en présentait, on ne craignait pas de montrer aux
noirs les parasites révélés par le microscope. Les fï 1 aires sur¬
tout, par leurs mouvements de serpents, les remplissent facile¬
ment d’étonnement.
2. Les succès obtenus dans les affections pianiques par b emploi
du gi4 ont aussi aidé efficacement. Ces guérisons merveil¬
leuses, quasi subites, dont j’ai signalé quelques cas (r), ont si
fortement frappé l’esprit des indigènes que leur confiance a
été depuis absolue.
3. Pour ce qui a traita l’augmentation des naissances, la dis¬
parition meme de la maladie du sommeil en est la première cause.
J'ai montré autrefois (2) que, dans les ménages dont la femme
Lrypanosée n'est pas traitée, le taux des fausses couches s’élève
à 38,7 °/°? celni de *a mortalité infantile à 48 et 5o 0/0. Je
puis ajouter aujourd’hui de nouvelles données, qui viennent
pleinement confirmer les précédentes. Au cours d’une tournée
en 1913 dans la région de Tumba Mani (District de Kvvango),
j'avais déjà été étonné d’y rencontrer si peu d’enfants : sur
100 ménages, à peine en avais-je compté 25. Mais voici les résul¬
tats d'une enquête faite, il y a deux ans, par les RH. PP. Van
de Ryst et Gottigny dans la même région. 646 mères de famille
ont été interrogées. El les avaient eu jusq u’à cette date 1 .5 o 4 enfants.
Or de ceux-ci seuls 5/6 enfants restaient en vie, et (J28 étaient
décédés. Tous ces chiffres sont très explicables si nous les rap¬
prochons de la virulence qu'a montrée la maladie du sommeil
dans cette région (3).
Oter le mal, c'est donc favoriser les naissances.
(1) Butte/ in Soc. Pat/i. Exotique, i3 déc. njiC.
(2) Bulletin Soc. Path. Exotique, 8 déc. iqi5.
(3) Bulletin Soc. Path. Exotique, février 1917.
D’autres causes cependant ont positivement contribué à aug¬
menter la natalité dans la région de Kisantu.
4- La plus importante a été la création de T Œuvre de la Goutte
de lait dirigée avec un rare dévouement par les Sœurs de Notre-
Dame. Plus de 4o mères de famille se succédant sans cesse tour
à tour, viennent, depuis trois ans, assister tous les dimanches
aux petites leçons d’hygiène infantile, qu’on y donne.
5. La suppression de l’impôt pour les ménages monogames
comptant 4 enfants en vie. Nous faisons des vœux pour que le
Gouvernement veuille bien maintenir cette exemption. Les
sacrifices présents seront, à notre humble avis, largement com¬
pensés dans l’avenir par 'une population plus dense. Dès main¬
tenant d’ailleurs, on pourrait instituer des compensations par
des impositions plus lourdes sur les familles polygames.
En Europe n’impose-t-011 pas proportionnellement les riches¬
ses ? Au Congo le degré des richesses est manifesté surtout par
le nombre des femmes qu’un homme possède.
6. A signaler enfin l’aisance relative des indigènes à Kisantu.
Je citerai ici les paroles de M. le Professeur E. Perrot, chargé de
mission en Afrique par le Gouvernement Français (1). Après
avoir décrit comment, dans bon nombre de contrées congolaises,
l’indigène vit misérablement, se nourrissant exclusivement de
manioc ou d’autres racines tubéreuses, il ajoute : « Aussi
regarde- t-on avec complaisance les villages voisins de la Mission
où l’action de celle-ci se fait sentir, et l’on est frappé de la
différence d’aspect physique de leurs habitants qui ont appris
à élever des chèvres et des porcs et à améliorer leur nourriture
par des cultures variées ». La^ culture du riz notamment a pris
depuis quelques années une belle extension, et quand on songe
à tous les préjugés qu il a fallu vaincre pour la faire accepter
parles noirs, aux difficultés aussi très réelles quelle présente
en comparaison des cultures du manioc ou du maïs, il y a lieu
de se féliciter du double progrès accompli sur la routine et la
paresse.
Conclusion .
Je viens d’exposer les résultats obtenus dans la région de
( \) IJ Œuvre scientifique et socialedela Mission de Kisantu, p. 20. Paris, igi5.
28
406
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Kisantu, et l’ensemble de moyens et d’efforts qui nous ont per¬
mis de les atteindre. La conclusion se dégage spontanément :
le relèvement du peuple africain est sans doute une œuvre de
très longue éducation et de patience, mais il est possible. Les
Pères de Kisantu ne se trouvaient pas dans des conditions plus
spécialement favorables — nous venons de le voir — pour réus¬
sir dans la lutte. Au contraire, on sait assez que si les Bacongos
qu’ils évangélisent ont la réputation d’être des travailleurs
résistants, sobres, peu prétentieux, bien d’autres races leur sont
par contre indubitablement supérieures par leur intelligence
et culture. Ces mêmes tribus seront donc aussi plus accessibles
aux blancs, plus sensibles au dévouement de ceux qui voudront
les sauver, et de ce chef d’autres pourront plus facilement que
nous enregistrer ces mêmes progrès pour la prospérité de la
Colonie.
Projet d'organisation
de Services d Hygiène Publique
dans nos colonies exotiques
Par L. d’ANFREVILLE ^
Les diverses métropoles coloniales, et c’est un de leurs plus
purs titres de gloire, se sont souvent occupées de la Santé et de
l’Hygiène de leurs possessions autant que des leurs propres.
Toutes ont créé depuis longtemps les hôpitaux et les divers
organismes nécessaires pour assurer les soins médicaux à leurs
concitoyens et à leurs sujets. La France organisa même la pre¬
mière un service particulier d’Assistance Indigène pour les
natifs de Madagascar. Le général Galliéni attacha son nom en
1900 à cette belle création, partout imitée depuis.
Nous n’avons malheureusement pas acquis une avance ana¬
logue en ce qui concerne l’Hygiène Publique Coloniale. Cet
honneur revient aux Etats-Unis d’Amérique. Ils ont ouvert en
1899 une voie féconde en conquérant sur la fièvre jaune l’île
de Cuba dont ils venaient de déposséder les Espagnols.
La conception américaine de la défense de l’Hygiène Publi-
Séance du 9 Mai 1917
407
que à Cuba peut se traduire ainsi. Les Services de Santé, pro¬
prement dits, s’occupent de guérir les individus. Ils sont pure¬
ment médicaux. Les Services d’Hygiène Publique ont pour
fonction exclusive de préserver les collectivités de l'atteinte des
affections contagieuses. Un ensemble de mesures administratives
doit être édicté dans ce but. Leur stricte application est indis¬
pensable pour obtenir les résultats cherchés.
Les Etats-Unis ont un peu plus tard, en 1904, renouvelé leur
expérience cubaine dans des conditions encore plus difficiles,
en assainissant la région que traverse le canal de Panama racheté
par eux à la Compagnie française concessionnaire.
La section d’Hygiène Publique constitue un organe très spé¬
cial du Service de Santé qui est considéré lui-même, par la
volonté souveraine des faits, comme un des premiers de toute
l'administration isthmique. Ce service possède un budgeténorme
pour nous. Il disposait en 1907 de 18.875.000 francs de crédits
dont l’utilisation devait s’effectuer selon les indications de la
commission sanitaire de l’Isthme (1), alors dirigée par le Colonel
Gorgas.
Les Services de l’Etat Civil, de la lutte contre les Epidémies,
celui de l’Assistance Publique, constituent les plus importantes
sections de l’organisation médicale et hygiénique de Panama.
C’est à cette organisai ion, et à leur énergique constance, que
les Américains doivent d’avoir su mener à bien l’œuvre com¬
mencée par notre Ferdinand de Lesseps. On a dit en effet, très
justement, à propos de Panama, que les médecins y ont été les
premiers vainqueurs de la nature hostile.
Les autres colonies américaines, et notamment l’archipel des
Philippines, ont organisé leurs services médicaux et d’hygiène
sur un modèle analogue.
L’île de Porto-Rico, par exemple, possède un service sanitaire
simplifié placé sous les ordres d’un Directeur et d’un directeur
adjoint. Le conseil sanitaire de l’île comprend 4 médecins,
1 juriste, 1 aliéniste et 1 ingénieur.
Les Brésiliens ont employé pour lutter contre la fièvre jaune
qui dévastait leur belle capitale les procédés utilisés par les
Américains à Cuba et à Panama.
(1) Conquête sanitaire, in Revue des Deux-Mondes , L. d’À. d. 1. S., juillet
i9i4-
408
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Un décret fut promulgué le 8 mars 1904, à Rio de Janeiro,
sous l’inspiration du Dr O. G. Cruz, directeur du magnifique
Institut bactériologique auquel il a donné son nom. Ce décret
créait un service autonome d’Hygiène Publique dont le docteur
Cruz prit la direction.
L’article Ier de ce texte assurait à la Direction Générale de la
Santé Publique la charge exclusive de la lutte contre la fièvre
jaune à Rio.
L’article 3 accordait une large autonomie au Service particu¬
lier de prophylaxie créé par l’article 2.
M. O. Cruz était assisté dans son œuvre par 10 médecins,
70 auxiliaires médicaux, sans compter un très nombreux per¬
sonnel secondaire. 100 millions ont été dépensés en moins de
dix ans pour cette organisation qui obtint un succès com¬
plet (1).
Les principales nations colonisatrices de l’Europe ont très iné¬
galement suivi ces exemples.
Les colonies anglaises du West Africa dont tous les médecins
sont fonctionnaires, possèdent chacune une direction sanitaire.
Certaines d’entre elles ont institué chez elles, en 1912, des char¬
ges de « Sanitory officers » ou médecins d’Hygiène. Mais à cette
date, la Gambie par exemple n’avait pas différencié les fonc¬
tions médicales des charges purement hygiéniques.
L’ile Maurice (2) a créé en 1894-96 un département médical
de l’Hygiène, divisé en deux sections : i° Medical Branch;
20 Sanitory Branch, cette dernière section comportant la police
sanitaire et les travaux publics sanitaires. Mais il est à remar¬
quer que cet organisme est purement consultatif. Son directeur
peut édicter des mesures préventives des épidémies avec ou
sans avis du Conseil quarantenaire. Le gouverneur se réserve
toutefois le droit d’amender ou de supprimer ces mesures.
Le Transvaal possède des médecins d’Hygiène pourvus de cer¬
tains droits, celui par exemple de donner leur avis sur tous
projets de constructions publiques ou privées.
L’organisation des Services d’Hygiène Publique est très com¬
plète dans les Indes Britanniques comme permet de le supposer
(1) Article Fièvre Jaune de Marchoux in Truité cV Hygiène de Chantemesse.
(2) Ces renseignements et les suivants sont tirés du rapport du D>' Juelien
à Y Institut colonial international de Bruxelles (mai 1 9 1 3 ) .
Séance du 9 Mai 1917
409
l’importance de cet empire et la gravité des épidémies qui s’y
déclarent. L'Histoire de l’Hygiène et de la Santé Publiques dans
l’Inde ne remonte qu’au siècle dernier.
Une commission Royale instituée en 1 85g recommanda la
création de commissions sanitaires dans les diverses Présidences
en vue de combattre les Epidémies dans l’armée et de rechercher
les moyens d’améliorer l'état sanitaire de la population civile
elle-même. Lord Dufferin, en 1888, s’intéressa beaucoup égale¬
ment à la Santé Publique. Les ravages de la peste et les plus
récentes découvertes concernant cette affection amenèrent un
peu plus tard l’administration britannique à réaliser de nou¬
veaux et plus importants progrès.
LTne commission spéciale de la Peste avait été instituée dans
les premières années du xx° siècle. Ses mandataires eurent à
lutter, même contre des rebellions armées, suscitées par l’appli¬
cation des mesures de prophylaxie prises contre l’extension de
l'épidémie.
LTn peu plus tard encore, en 1910, on créa un nouveau dépar¬
tement administratif disjoint de celui de l’Intérieur et qui com¬
prit une section de l’Education et une autre de la Santé Publi-
que (1).
Une refonte complète de la section de la Santé, en ce qui con¬
cerne l’Hygiène Publique, fut entreprise un peu plus tard par
lord Curzon. mais récemment encore, on apportait de nouvelles
modifications à l'œuvre de cet homme d'Etat.
On avait précédemment créé dans les grandes villes des postes
de médecins d’hygiène chargés concurremment de diverses fonc¬
tions. On s’aperçut bientôt qu’imposer au même technicien un
service de bactériologie et des fonctions d’hygiéniste présentait
de nombreux inconvénients.
La clinique et la bactériologie ont un constant besoin de
s’appuyer l'une sur l’autre. Le Commissaire Sanitaire attaché à
son laboratoire ne pouvait, de plus, bien remplir ses fonctions
d’inspecteur.
On changea tout cela dès l’année 1912. Le Commissaire Sani-
(1) Les renseignements qui concernent les Indes Britanniques ont été pui¬
sés dans l’ensemble des rapports officiels sur la matière publiés en 191/j par
le gouvernement de l’Inde et que l’auteur doit à l’extrême obligeance de
M. Lomas, vice-consul de S. M. B. à Babat et de son frère fonctionnaire aux
Indes Britanniques.
410 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
taire de Delhi devint pour les questions d’hygiène conseiller
indépendant du Gouvernement Vice-Royal et la direction de la
Santé Publique prit dans ses attributions les diverses questions
d’administration et de bactériologie.
Les derniers principes adoptés, tels qu'ils sont inscrits dans
le rapport signé de L. C. Porter, Secrétaire du Gouvernement
de l’Inde, et daté du 23 mai ipr/J, peuvent se résumer ainsi.
L’antinomie qui existe entre l’exercice de la médecine et celui
des fonctions d’hygiéniste est de plus en plus affirmée.
Le Gouvernement Vice-Royal impose aux gouvernements
locaux la création de services d'hygiène d’après les principes
déjà adoptés dans le gouvernement de Madras où il existe dans
chaque grande ville un hygiéniste par 3o.ooo habitants. Les
fonctions d’hygiéniste sont absolument distinctes des fonctions
médicales. Celui qui les remplit est le conseiller sanitaire du
Gouvernement dans son territoire ; il a le contrôle de la vacci¬
nation (5 premiers paragraphes).
6) Le Gouvernement général qui se réserve entièrement la
haute direction des recherches scientifiques laisse dans certaines
limites, aux gouvernements locaux, le soin de diriger leur poli¬
tique hygiénique.
7) Le Conseiller sanitaire du Gouvernement général, qui est
à proprement parler un inspecteur, a donc pouvoir de conférer
avec les Gouvernements locaux, mais il ne s’immisce pas dans la
direction de leurs services particuliers d’hygiène.
8) Les pouvoirs des commissaires sanitaires des provinces
varient donc selon les gouvernements. Le Gouvernement géné¬
ral se contente d imposer sa volonté de voir leurs attributions
nettement distinctes (comme il a été dit précédemment) de
celles des pouvoirs médicaux.
9) Des commissions sanitaires consultatives existent dans
chaque province. Elles comprennent des médecins, des ingé¬
nieurs, d’autres fonctionnaires et de simples notables. Le Gou¬
vernement général désire que leurs attributions, leur autono¬
mie, même financière, et par conséquent leurs pouvoirs,
s’accroissent notablement.
10) Le Gouvernement général considère comme très impor¬
tant le recrutement de l état-major des Services d’Hygiène. Il
Séance du 9 Mai 1917
411
impose à tous ceux qui veulent s’y introduire la possession d’un
diplôme médical métropolitain. Les Indiens n) sont toutefois
admis à égalité de titres
12) Enfin le désir du Gouvernement général est que la délimi¬
tation soit de plus en plus tranchée entre les bactériologistes,
occupés dans leurs laboratoires et les hygiénistes qui doivent
être déplus en plus occupés à un travail d’inspection.
La Grande-Bretagne peut, on le voit, se déclarer satisfaite de
la réglementation sanitaire de son Empire Indien, car elle est
très complète. Une autre possession anglaise, l’Egypte, possède
un organisme de défense contre les Epidémies dont l’étude
mérite également d’être au moins esquissée.
Il se nomme le Service quarantenaire international et sa fon¬
dation remonte au milieu du siècle dernier. La Grande-Bretagne
a respecté son organisation primitive malgré la récente institu¬
tion de son protectorat sur le Khédivat égyptien et malgré la
guerre.
Le service se trouve sous les ordres d’un directeur résidant
au Caire. Un certain nombre de médecins placés sous son con¬
trôle sont disséminés dans les ports du protectorat. Ils ont pour
mission de signaler et d’isoler tous les individus atteints de
maladies épidémiques.
Le magnifique Lazaret de Tor situé dans la presqu’île du
Sinaï appartient également à ce service.
Il convient, pour achever l’enquête sur les organisations colo¬
niales étrangères d’Hygiène, de rappeler que si le Congo Belge
possède un corps médical fonctionnarisé, contrôlé par des
inspecteurs, la colonie ne possède toutefois pas encore de Ser¬
vices spéciaux d’Hygiène.
Il en était de même pour les colonies germaniques, mais
l’Afrique Occidentale Allemande avait reconnu la nécessité de
cette création et elle était sur le point d’en être pourvue lorsque
la guerre éclata.
Il
1 \ , N ,
Notre œuvre ne pourrait être, sans injustice, passée sous
silence; mais, loin de suivre l’exemple américain, nous n’avons
pas agi chez nous selon un plan uniforme. La plupart de nos
possessions, la Guyane par exemple, se sont totalement ou peu
412
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
son faut, désintéressées des questions d’Hygiène Publique.
Notre Afrique Occidentale au contraire a su créer dès l’année
1904, c’est-à-dire immédiatement après les Américains, un
système de défense administrative contre les affections épidémi¬
ques qui menacent ses populations si arriérées. Le fait qu’au¬
cune autre colonie française n’a suivi jusqu’ici son exemple
rend encore plus intéressante l’étude de cette organisation,
œuvre du gouverneur général E. Roume.
L’autorité estima, cpmme les Américains à Cuba et à Panama,
qu’il était indispensable pour sauvegarder l’Hygiène Publique :
i° D'édicter des règlements spéciaux et de prévoir des péna¬
lités contre ceux qui les violeraient.
20 De veiller à l’application de ces règlements au moyen d’un
personnel médical dégagé de toute autre préoccupation et
auquel serait interdit l’exercice de la médecine.
Voici les principaux détails de cette organisation :
Le gouvernement général possède un conseil supérieur de
Santé et d’Hygiène publique où l’élément médical se trouve
largement représenté. Ce conseil a pour mission de proposer
aux autorités administratives des mesures toujours intégrale¬
ment adoptées par celles-ci.
Des conseils analogues, particuliers aux diverses colonies du
groupe et même aux grandes villes du territoire, présentent une
composition semblable et leurs fonctions sont les mêmes.
Les agents d’exécution des arrêtés pris conformément aux
vœux de ces conseils sont les médecins d’Hygiène créés dans
les grandes villes du gouvernement général.
Ces fonctionnaires s’occupent surtout de la prévention de la
fièvre jaune. Ils ont aussi dans leurs attributions la surveillance
des immeubles à construire, comme leurs collègues du Trans¬
vaal, et l’inspection des écoles comme ceux des Provinces Cen¬
trales de l’Inde. Il arrive également, au hasard des nominations,
qu’ils soient chargés, comme dans la Province de Madras, de la
Police Sanitaire Maritime. Mais aucune règle fixe ne détermine
absolument leurs attributions. Ces médecins n’ont, de plus,
aucune possibilité naturelle de faire bénéficier l’administration
de leur expérience péniblement acquise. Certains d’entre eux
ont pu obtenir, grâce à de patients efforts et à l’appui de chefs
éclairés, gouverneurs ou directeurs de la Santé, une indépen-
Séance du 9 Mai 1917
413
dance morale et même une certaine influence administrative.
Enfin la stabilité des hygiénistes dans notre Afrique Occiden¬
tale reste tout à fait précaire, malgré son évidente utilité. Ces
praticiens, qu'ils soient militaires on pris dans les cadres de
l’Assistance Indigène, peuvent être en effet déplacés du jour au
lendemain et chargés de fonctions toutes différentes.
Mais ces défauts très sensibles de l’organisation des Services
d’Hygiène dans notre grande colonie africaine pourraient être
corrigés sans beaucoup de peine.
III
Voilà les leçons que nous pouvons tirer de l’expérience des
autres et de nous-mêmes. Convient-il de les laisser perdre et de
ne pas attacher à l’avenir plus d’importance que par le passé
aux questions d’Hygiène publique dans nos colonies? Evidem¬
ment non, pour de nombreux motifs d’intérêt et de sentiment!
Nous avons trouvé dans nos colonies, au cours de cette guerre,
une aide considérable en hommes et en ressources de toutes
sortes. Améliorer l’Hygiène Publique de nos possessions nous
permettra en même temps de payer une dette de reconnaissance
et d’accroître la valeur de notre domaine ! Il est facile de le
démontrer.
Les populations de nos colonies exotiques se divisent en deux
catégories très distinctes :
La première comprend tous les individus de race blanche,
fonctionnaires, militaires ou colons qui représentent dans ces
régions leur métropole. Tous constituent, par le fait de leur
origine et de leur spécialisation obligée, une élite particulière¬
ment précieuse. Tous ont fait preuve d’une certaine énergie en
acceptant de vivre dans un pays lointain et souvent insalubre.
Ils se sont peu à peu adaptés à leur vie nouvelle ; ils ont appris,
soit l’art souvent difficile de conduire les indigènes, soit les
modalités spéciales que présentent dans ces régions le commerce,
l’agriculture ou l’industrie.
Leur valeur intrinsèque se trouve donc accrue pour ce motif
dans des proportions considérables. La disparition d’un de ces
coloniaux sera d’autant plus regrettable qu’ils sont plus rares et
plus difficiles à remplacer dans un pays à natalité réduite. La
414
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
perte d’un grand nombre d’entre eux pourrait promptement
devenir un désastre !
Le deuxième groupe de populations des colonies comprend
la masse des races indigènes adaptées à leur climat et toutes
infiniment précieuses, par le seul fait de leur adaptation. Elles
fournissent obligatoirement toute la main-d’œuvre sans laquelle
rien ne pourrait être entrepris dans ces régions où le travail
manuel reste interdit à nos compatriotes.
La prospérité de chaque colonie est donc liée à la multiplica¬
tion de ces indigènes, tous fort ignorants des lois de l’Hygiène
et la plupart même hostiles à leur application, du fait de leur
ignorance.
Ce simple rappel de quelques unes des principales données
du problème met en lumière l’extrême importance que devrait
toujours conserver dans nos préoccupations la préservation de
l’Hygiène Publique aux colonies.
L’insalubrité de la plupart d’entre elles est grande. Elle est
naturelle en quelque sorte à peu près partout, elle s’est réalisée
pour ainsi dire artificiellement en certains points, comme à la
Réunion. Cette île, naguère aussi saine que fertile, est ravagée
par le paludisme depuis environ soixante ans. Sa richesse
maintenant compromise a peut-être plus souffert de l’introduc¬
tion et de l’extension de cette maladie dont les Pouvoirs locaux
se sont toujours désintéressés, que de la suppression déjà
ancienne de l’immigration iudoue ou de la mévente des sucres
qui soulevèrent longtemps de grandes discussions.
La contrepartie de cette histoire lamentable peut heureuse¬
ment se trouver sans qu’il soit besoin de sortir de chez nousv
La riche Mitidja algérienne, naguère inféconde et malsaine,
vit naître sa prospérité dès qu’elle fut débarrassée de ce même
fléau du paludisme. Mais trois générations de colons s’étaient
usées dans cette lutte !
Ces exemples suffisent pour prouver de quel intérêt serait
pour nos colonies la création de services d’Hygiène sur leurs ter¬
ritoires, car le paludisme sévit dans toutes, sauf à Saint-Pierre
et Miquelon et en Calédonie. Mais le choléra ravagea plusieurs
fois nos possessions d’Asie, la peste s’est récemment attaquée à
l’Afrique Occidentale comme elle fit naguère à la Réunion,
à Madagascar et à l lndo-Chine. La maladie du sommeil se
rencontre dans une notable partie de l’Afrique, la fièvre jaune
' y A/ '
", 1 ’
Séance du 9 Mai 1917
415
assiège la côte occidentale de ce continent ainsi que nos colo¬
nies d’Amérique. Mais la tuberculose, la lèpre, la typhoïde sont
universelles et de combien d’autres noms pourrait s’allonger
cette liste !....
IV
L’organisation des Services d’Hygiène qui seront naturelle¬
ment chargés de lutter contre ces divers fléaux doit se faire
selon des règles faciles à tracer, si l’on veut profiter de l’expé
rience acquise.
Les questions du recrutement et des attributions de leur per¬
sonnel présentent une importance primordiale.
L’Hygiéniste colonial doit posséder une solide instruction
médicale et bactériologique qui le mette, entre autres choses,
en mesure de dépister en cas de besoin et sans retard; tous les
cas d’affections dangereuses pour la Santé Publique.
Il doit posséder de plus, non seulement des connaissances
administratives, mais encore l’esprit administratif qui est loin
de ressembler à l’esprit médical. Le médecin se considère, par
tradition et par nécessité, comme le défenseur né de son malade,
même vis-à-vis de la société. Son individualisme n’admet pas
de tempérament. Le rôle de l’Hygiéniste dans la société est
tout différent. L’intérêt de la collectivité doit être son seul
guide.
L’Hygiéniste n’en doit pas moins posséder les qualités les
plus précieuses du médecin et notamment l’esprit de décision.
11 lui faut aussi une grande fermeté de caractère, grâce à
laquelle il saura faire appliquer, malgré l’opposition du public,
toutes les mesures nécessitées par les circonstances.
Et c’est pourquoi l’hygiéniste qui ne peut être que médecin,
ne doit pouvoir cependant exercer cette profession. Il est en
effet indispensable qu’il ne se trouve jamais placé dans l’alter¬
native de mettre en balance, vis-à-vis de l’intérêt général, les
intérêts privés de ses malades ou les siens propres. Son indé¬
pendance même morale devant être complète vis-à-vis du public
comme de lui-même, il devient indispensable que sa carrière
puisse, s’il le désire, se poursuivre tout entière dans le même
plan.
Cette carrière doit pouvoir lui assurer les satisfactions légiti¬
mes que méritent son utilité sociale et les graves difficultés
410
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
contre lesquelles il se heurtera nécessairement dans l’exercice
de ses fonctions.
Le statut futur des Services d’Hygiène coloniaux peut être,
si l’on admet ces principes, formulé de la façon suivante :
i° Des Services d’Hygiène sont créés dans chaque colonie ou
groupe de colonies. Ils sont placés sous l’autorité supérieure
du Chef du Service de Santé local, qui est leur intermédiaire
naturel auprès des pouvoirs administratifs.
2° Aucun règlement d’Hygiène Publique ne peut être édicté
par les autorités administratives des colonies, sans l’avis con¬
forme des comités spéciaux compétents.
3° Les Services d’Hygiène ont pour premier devoir de lutter
contre les épidémies ou endémies et les maladies contagieuses.
Ils appliquent toutes mesures prises sur ces sujets, concernant :
a) la recherche des cas de maladie ;
b) la surveillance des individus atteints ou suspects;
c) la désinfection des individus, habitations, mobiliers, effets
contaminés, etc. ;
d) la lutte préventive contre les épidémies.
4° Les Services d’Hygiène contrôlent les divers Services
publics et les particuliers dans les rapports que les uns et les
autres peuvent avoir avec l’Hygiène Publique (Services des Eaux,
Egouts, constructions d’immeubles, établissements insalubres,
etc., etc.).
Les Services d’élat-civil et de la police sanitaire maritime doi¬
vent être rattachés aux Services d’Hygiène, contrôlés par eux ou
tout au moins reliés à eux aussi étroitement que possible.
5° Toutes les agglomérations importantes, soit par le chiffre
de leur population, soit par leur situation géographique, poli¬
tique, économique (ports, chefs-lieux administratifs, sanato¬
riums, etc.), doivent posséder un service d’Hygiène spécial.
Le territoire entier de chaque colonie sera, dans un laps de
temps plus ou moins éloigné, divisé en un certain nombre de
circonscriptions, sièges de services d’Hygiène.
L’existence de foyers importants d’une affection particulière¬
ment dangereuse pourra donner lieu à la spécialisation de
médecins d’hygiène uniquement occupés de combattre ou
d’étudier cette affection (maladie du sommeil, fièvre jaune,
peste, etc.).
6° Les médecins d’hygiène sont nommés après concours ou
Séance du 9 Mai 1917
417
sur présentation de titres. Ils sont spécialisés dans leurs fonc¬
tions et ne peuvent passer dans d'autres services médicaux que
dans certains cas déterminés d'avance. Il leur est interdit de
faire de la clientèle.
70 Une inspection d’Hygiène est créée dans chaque colonie
possédant un certain nombre de Services d’Hygiène. Elle ne peut
être attribuée qu à un spécialiste. Sa fonction est de coordon¬
ner les efforts de tous les Services d’Hygiène de la colonie.
8° Il y aura lieu de rechercher ultérieurement s’il ne serait
pas utile de réunir en un seul corps les hygiénistes des diverses
colonies. Cette mesure présenterait l'avantage de stabiliser
davantage les médecins d’hygiène dans leurs fonctions particu¬
lières.
La communication de M. d Anfiieville sera discutée à la
prochaine séance.
418
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
Agricultural Research Institute , Rasa , Bull. n° (54-
Archives Médicales Belges , 70e année, f. 3, mars 1917.
British Medical Journal , nos 2937-2939, r4, 21 et 28 avril 1917.
Le Caducée , n° 4» i5 avril 1917.
Indian Journal of Medical Research , t. IV, f. 3, janvier 1917.
Journal of the Royal Arnig Medical Corps , t. XXVIII, f. 4>
avril 1917.
Malariologia , t. X, f. 1-2, i5 avril 1917.
New-Orleans Medical and Surgical Journal , t. LXIX, f. 10,
avril 1917.
Nipiologia , t. III, 3i mars 1917.
Review of Applied Entomology , t. V, sér. A et B, f. 4, avril 1917.
Revue scientifique , nos 8-9, i4 avril-5 mai 1917.
Tropical Diseases Bulletin, t. IX, f. 6, i5 avril 1917.
VOLUMES ET BROCHURES
A. J. Chalmers et A. Marshall. Equine and Bovine Strepto-
cocci as Causal Agents of Human Infections.
A. J. Chalmers et A. F. C. Martyn. Acnitis in an Egyptian
Soldir.
G. C. Low. Furtlier expériences with emetine bismuth iodide
in amœbic dysentery, amœbic hepatitis, and general amœbiasis.
Séance du 9 Mai 1917
419
Liste des échanges
American Journal of tropical diseases and préventive medicinc.
incorporé au New-Orleans Medical and Sargical Journal.
American Society of Tropical Medicine.
Annals of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archives Médicales Belges.
Archivos de ITygiene e Pathologia Exoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacleriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium bibliographicum
British medical Journal .
Bulletin agricole du Congo Belge .
Bulletin de la Société mé die 0 -chirurgie ale d'Indochine .
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlands-Indië .
Indian Journal of medical research.
Journal of the Royal Armg Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene.
Malaria et Malattie dei Paesi Caldi.
Malariologia.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science ( B . Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud .
Revista de Veter inaria e Zootechnia (Rio de Janeiro).
Review of appliecl entomology .
Revue scientifique .
420
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Transactions of thc Society of Tropical Medicine a;iu Hygicn
(Londres).
Tropical Diseases Bulletin.
Tropical Veterinanj Bulletin.
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Tome X.
No 6.
1917
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 6
Séance du 13 juin 1917
PAGES
PRÉSENTAI IONS
R. Legroux. — Présentation du Matériel de prophylaxie antipaludique
destiné à l’Armée d'Orient . 421
Projet d’organisation de Services d’Hygiène publique dans nos colo¬
nies exotiques . 427
COMMUNICATIONS
Bazin. — Un microlome simple et économique . 489
G. Blanc et H. Bouquet. — Un cas de mycétome à Nocardia madurœ
observé en Tunisie .... . . . 43i
Botreau-Roussel — Note sur le N’Goundou . 48o
L. Collin. — Notes sur une épidémie de dysenterie dans un cantonne¬
ment de Somme (Septembre 1916) . 442
Ch. Commes et P. Denavelle. — L’onchocercose aortique bovine dans le
Haut-Sénégal-Niger . 4^9
P. Delanoe. — De l’existence à Mazàgan et dans le cercle des Doukkala
(Maroc O.) de Trypanosoma Lewisi Kent et de Tr. Dnttoni Thiroux. 45b
P. Delanoe. — Au sujet de l’existence dans le cercle des Doukkala
(Maroc O.) de la sangsue du cheval, Limnatis nilotica .... 458
G. Finzi. — Les composés du mercure dans le traitement de la lymphan¬
gite épizootique ....... . 428
A. Laveran. — La prophylaxie du paludisme dans l’Armée d’Orient . 45o
A. Laveran. — Boutons d’Orient chez un Mandrill . 455
/ Voir la suite du sommaire page III de la couverture
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A, Leger et R. Le Gallen. — Spirochétose des poules au Sénégal. Son pages
évolution clinique . . 435
M. Leger. — Schistosomum Mansoni Sambon à la Guyane française . 464
L. Marty. — Émétine et histolyse des amibes dysentériques. . . 445
L Marty. — De la pseudo-agglu’ination des globules rouges dans
quelques affections à parasites sanguicoles . 484
F. Mesnil. — Goundou. — Discussion . 483
R. Mouchet. — Contribution à l’étude des myiases. ...... 467
L. Nègre. — Bacilles paradysentériques isolés en Algérie .... 438
M>ne M. Phisalix — Propriétés venimeuses de la sécrétion parotidienne
chez les Colubridés Aglyphes des espèces Lycodon aulicus, Dendro-
phis pictus et Zamenis mucosus . . 474
A. Railliet. — Onchocercose aortique bovine. — Discussion. . . . 4.61
E. Roubaud. — A propos de la communication de M. Mouchet sur les
myiases . ..... . . . 472
F. Sanlorenzo. — Coccidiose intestinale, « dysenterie rouge » du bœuf
au Piémont . . . 445
Edm. et Et Sergent. — Expérience de lutte antiophtalmique en milieu
indigène algérien ( 1 g 1 4) . . 486
Et. Sergent. — Sur des formes sans pigment ou à pigment très fin
apparueschez le Protcoso/na [Plasmodium relictum Grassi et Feletti)
au cours de passages par canaris . . . 448
MÉMOIRES
A. J. Chalmers et W. Pekkola. — A Sudanese Dermatitis venenata . 5 12
P. Delanoë — Contribution à l’étude du pouvoir pathogène du trypa¬
nosome de Mazagan . . . 5oi
M. Leger. — Considérations hématologiques sur deux cas d’accès per¬
nicieux à Plasmodium prœcox, traités par la quinine . 4()2
Ouvrages reçus . . 520
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Dixième année
N° 6.
RM7
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU l3 JUIN I y 1 7 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Présentation du Matériel de Prophylaxie
anti-paludique destiné à l'armée d’Orient
Par R. LEGROUX
M. le Sous-Secrétaire d’Etat du Service de sauté a jugé néces¬
saire d’envoyer à l’Armée d’Orient, pour la campagne de 1917,
une mission permanente de prophylaxie antipaludique. Cette
décision fut prise en janvier 1917, à la suite de la mission d’étu¬
des confiée à MM. Edmond et Etienne Sergent, de l’Institut Pas-
leur d’Algérie, qui furent envoyés en Macédoine par M. Justin
Godart en décembre 1916.
La Mission de prophylaxie est placée sous la direction du
Médecin principal VisBEcy, qui est sur le front d’Orient depuis
la campagne des Dardanelles et qu’un long séjour en Indo-
Chiné a familiarisé avec les questions d’organisation de lutte
épidémique.
M. le Professeur Laveran a donnéses éclairés conseils à M. Vis-
beco durant son séjour à Paris et c’est d’accord avec lui que les
points principaux de la lutte ont été établis.
M. le Médecin Inspecteur général Grall, que ses missions à
2(j
4 22
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’Armée d’Orient mettaient à même de contrôler le plan de la
Mission, a souvent aussi conseillé M. Visbeco.
Les travaux de préparation de cetteMission, la constitution de
son matériel, la réunion de ses membres ont eu lieu à l’Institut
Pasteur de Paris.
Cette Mission comprend 20 médecins, 4 officiers d’administra¬
tion, 100 quininisateurs et 3oo hommes de troupe destinés aux
travaux d’assainissement.
La partie du pays occupée par nos troupes a été divisée en
districts, à la tête dequels ont été placés les membres de la mis¬
sion ; leur rôle est d’établir l’indice endémique splénique des
localités, de diriger les mesures de prophylaxie anophélique au
voisinage immédiat des troupes, de surveiller etcontrôler la qui¬
ninisation préventive des indigènes et des soldats. Chaque mem¬
bre de la Mission étend son rayon d’action grâce à l’automo¬
bile dont il est pourvu ; sur les points du front où les troupes
sont nombreuses, un district est confié à plusieurs médecins. Les
quininisateurs des indigènes peuvent assurer leur fonction à
bicyclette.
Les mesures que la Mission met en œuvre visent la prophyla¬
xie anophélique et la prophylaxiequinique. Danscesdeux ordres
d’idées les plans de campagne de l’Institut Pasteur d’Algérie,
ceux de Sir Ronald Ross, et ceux établis par les Américains à
Panama ont été consultés avec profit : aucune mesure ayant donné
un bon résultat, même minime, 11’a été négligée parla mission de
l’Armée d’Orient. Au premier plan de ces mesures, la mission
place l’emploi de la moustiquaire et de la quinine journalière
préventive.
La prophylaxie anophélique est établie par la lutte contre les
larves de moustiques, non par de grands travaux d'assèchement
de toute une région, mais par le pétrolage ou le comblement,
suivant les cas, des petites mares voisines des camps ou des gîtes
d’étapes, parle faucardement et par l’alternance des ruisselets à
cours ralenti.
Le matériel nécessaire à ces différents travaux a été emporté
par la mission, et la troupe des 3oo hommes, véritable corps de
génie sanitaire, est chargée de leur exécution.
La lutte contre les moustiques adultes est entreprise par l’em¬
ploi de la moustiquaire.
Planche IV
Legroux
TENTE-MOUSTIQUAIIIE INDIVIDUELLE
Séance du i3 Juin 1917
423
L’an dernier, M. le Professeur Laveran a fait envoyer àl’Armée
d Orient des moustiquaires de tète ; malheureusement, ces mous¬
tiquaires, exécutées trop courtes, ne rentraient pas facilement
dans le haut du vêtement, elles 11’ont pas fait l’usage que l’on
souhaitait. Cette année, le modèle envoyé a été modifié et sera
d’un plus utile secours; le service de santé de l’A. O. a fait éta¬
blir pour ce modèle de petits arceaux qui, en l’éloignant du
visage, en rendent l’emploi plus commode, donc plus efficace.
Le Professeur Simpson de Londres nous a apporté un modèle
intéressant à la fois par sa légèreté et l’utile protection qu'il
réalise de la nuque et du visage.
La protection contre les piqûres pendant le sommeil restait à
trouver pour les troupes en cantonnement : l’Institut Pasteur a
établi un modèle de tente moustiquaire qui permet de reposer
la nuit à l’abri des moustiques. L’avantage de cette tente mous¬
tiquaire est qu’elle est individuelle, légère (2 kg. 45o, piquets
compris), imperméable; son inconvénient, impossible à pallier
semble-t-il, si l'on veut conserver les avantages précédents, est
la difficulté de l’aération par les soirées très chaudes (pi. IV).
Un petit moyen de protection contre les piqûres sera tenté par
des onctions avec une pâte contenant des huiles essentielles : ce
11e peut jamais être qu’une protection momentanée.
Dans les locaux, baraquements, hôpitaux, on évite les mous¬
tiques en grillageant les fenêtres et en plaçant aux portes des
tambours grillagés (modèle établi par M. l’Attaché d’intendance
Sue, de l’A. O.).
Les Américains, après l’expérience de Panama, estiment que
les chasses à la main sont une mesure de grande valeur dans la
prophylaxie du paludisme. , S’inspirant de ces conclusions, la
Mission conseille la capture et la destruction des moustiques
dans les intérieurs par plusieurs procédés.
La destruction en masse dans un local grillagé se fait au
moyen des vapeurs de crésyl, d’après le procédé Bouet-Rou-
baud ( 1 ) . A cet effet l’Institut Pasteur a établi un appareil simple
et peu coûteux : c’est une gamelle réglementaire placée sur un
cylindre de tôle perforée finement (trous de 4/ 10 de mm.), afin
d’éviter l’inflammation des vapeurs produites ; une lampe à alcool
sans mèche évapore le crésyl (fig. 1).
(1) Voir ce Bulletin , t. V, 1912, p. 627.
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cette mesure ne peut s’appliquer que de temps à autre dans
un local, tandis que journellement on peut, grâce à certains
appareils, capturer les moustiques.
Gamelle où se verse le
crésyl au moyen de la
mesure G.
Cylindre de tôle perforée.
Lampe à alcool que l’on
remplit au moyen de
la mesure A.
Fig-, i. -- Vaporigène à crésyl dont, les différentes pièces sont disjointes.
Les pièges à moustiques (fig. 2 et 3), conçus par Etienne Ser¬
gent d’après la publication de Blin (i), seront placés dans les
angles sombres des pièces; la chasse aux moustiques donne des
résultats très appréciables qu’elle soit faite au moyen d’un tube
à chloroforme ou au moyen du filet du Dr Jean Legendre, le
plus ancien propagateur de la citasse à la main (2).
La prophylaxie quinique est faite à l’Armée d’Orient au moyen
des comprimés de chlorhydrate de quinine qu’envoie la Phar¬
macie centrale de l’Armée. Ces comprimés sont de 20 cg., de
(>) Voir ce Bulletin , t. 1, 1908, p. 100.
(2) Voir ce Bulletin , t. III, 1910, p. 4^7.
Séance du i3 Juin 1917
423
manière à faire prendre journellement 2 ou 3 comprimés aux
hommes suivant les circonstances.
Fig. 2. — Piège à moustiques. La petite porte grillagée est ouverte pour
permettre l’entrée des moustiques; la grande porte pleine qui ferme l’autre
extrémité est abaissée.
C’est au moyen de ces comprimés que l’on fera la quininisa¬
tion préventive des indigènes adultes. Pour les enfants, le Ser-
Fig. 3. — Piège à moustiques; la petite porte est abaissée, la grande sou¬
levée; à travers les deux grillages, on se rend compte de la présence des
moustiques avant de les détruire par les fumées d’un feu de paille ou de
papier.
426
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vice de santé a envoyé en Macédoine des dragées de quinine du
type adopté par le Gouvernement général de l’Algérie ; afin d’as¬
surer la quininisation des tout jeunes enfants, il a été préparé à
l’Institut Pasteur par M. Agulhon une solution de quinine dans
l’huile qui contient 20 cg. de quinine basique par cm3, 10 gout¬
tes de cette solution suffisent pour la prévention chez les nour¬
rissons.
La quininisation préventive dans les corps de troupes doit se
faire avec grand soin.
Il est nécessaire de surveiller sans cesse et de contrôler sou¬
vent que les doses prescrites sont bien prises ; les médecins mis¬
sionnaires doivent s’en assurer, ils emportent dans leur tournée
un matériel d’analyse d’urine qui permet, avec le réactif de Tan-
ret, un contrôle rapide.
Ces deux grands éléments de la lutte antipaludique, mous¬
tiquaire et quinine préventive, sont souvent méconnus ou niés
par quantité de personnes à l'armée d’Orient. C’est pour cela
que la Mission a mis dans ses moyens d’action la propagande
par la publicité afin d’instruire les troupes du danger des
moustiques et de l’utilité de la quinine préventive. Par des
affiches, des cartes postales, des images d’Epinal, les soldats
apprendront le rôle du moustique dans la propagation de la
maladie et l’importance de la quinine préventive. Voici de ces
imprimés, les uns destinés aux officiers, les autres destinés aux
soldats; la plupart, à côté d’images, comportent un texte qui
rappelle les prescriptions que la Mission est chargée d’appliquer.
Texte d’une série de 10 cartes postales illustrées par un artiste
humoriste :
1 Des moustiques te garderas
afin de vivre longuement.
2 De pommade tu t’enduiras
te protégeant utilement.
3 Auprès de l’eau ne te tiendras
soit pour pêcher soit... autrement.
4 Sous moustiquaires dormiras
en te bordant soigneusement.
5 Avec amour l'entretiendras
comme une arme dévotement.
6 Le moindre accroc éviteras
ou répareras promptement.
7 En santé te conserveras
par la quinine sûrement.
8 Chaque jour en avaleras
de fait et volontairement.
9 Au toubib tu démontreras
que tu l’as prise sagement.
10 Pour ton pays tu le feras
et pour ton bien pareillement.
Séance du i3 Juin 1917
■427
Texte d’une des affiches apposées sur les murs :
POUR REVENIR EN BONNE SANTÉ
Ce sont certains Moustiques qui inoculent par leur piqûre le microbe du
Paludisme.
Au MOUSTIQUE
oppose la barrière de ta
MOUSTIQUAIRE
qui te permettra de bien te reposer, de dormir à l’abri des mouches et des
moustiques. Soigne la moustiquaire. Apprends à la bien monter, à la bien
border. Evite de la déchirer, répare les accrocs.
Gomme tu peux être piqué en dehors de la moustiquaire :
au MICROBE
oppose la QUININE
La quinine que tu avales va dans ton sang tuer le microbe ; elle t’évitera
la maladie ou la rendra moins grave.
Prends tous les jours
où que tu sois, quoi que tu fasses, les doses de quinine qui te seront
. données.
Projet d’organisation de Services
d’ Hygiène Publique dans nos colonies exotiques
La Société décide, après discussion, de communiquer le tra¬
vail de M. d’ANFREviLLE, paru dans le Bulletin de mai, à M. le
Ministre des Affaires Etrangères (Direction des Protectorats) et
à M. le Ministre des Colonies.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
428
COMMUNICATIONS
Les composés du mercure dans
le traitement de la lymphangite épizootique
Par Guido FINZI
Au mois de janvier 1916 nous avons eu la possibilité d’essayer
une méthode de traitement de la lymphangite épizootique qui
nous a donqé des résultats tout à fait satisfaisants.
Nous avons eu dans nos hôpitaux 5 chevaux atteints d’une
forme très grave de lymphangite épizootique. Cordes allongées,
sinueuses, ramifiées, avec nombreux ganglions intéressés, avec
des tumeurs sphéroïdales sur le trajet et plusieurs d’entre eux
ont été abcédés et donnaient issue à un pus strié de sang où
étaient nettement visibles les cryptocoques.
Un des chevaux avait des localisations très graves au cou, sur
le poitrail et sur les membres antérieurs ; un autre sur les
membres antérieurs et sur le côté du thorax; un autre sur le
côté du thorax, sur l'abdomen et sur un membre postérieur; un
autre sur l’abdomen et sur les membres postérieurs ; et un autre
enfin au cou, à la face et avec des ulcérations bilatérales de la
pituitaire à caractères typiques qui donnaient issue à un pus
crémeux caractéristique qui renfermait de nombreux crypto-
coques.
La malléinisation (intrapalpébro-réaction et ophtalmo-réaction
associées) nous a donné des résultats absolument négatifs.
Dans les cas les moins graves, M. le Prof. Pietro Ghisleni,
directeur de la Clinique Chirurgicale de l'Ecole vétérinaire de
Turin, a tout d’abord cherché à obtenir la guérison avec tous
les moyens possibles qui sont à la disposition de la chirurgie.
Mais les cas étaient déjà trop avancés, beaucoup trop graves
pour espérer obtenir la guérison.
G. Gasperini (i) nous affirme avoir guéri avec le bichlorure de
( 1 ) Malattie infettivc dell’ uomo e degli cinimcili , vol. Il, p. 1171. Ed. Vallardi,
Milano, 1 9 1 fi .
Séance du i3 Juin 1917
429
mercure « employé comme dans la syphilis » un poulain atteint
d'une forme extrêmement grave de lymphangite épizootique. Le
fait est donné sans autres renseignements.
Bien convaincu de Faction curative spécifique du mercure
dans les maladies à protozoaires, convaincus que le mercure
fournit à la thérapie une substance antiseptique de très haute
valeur, convaincu enfin que le mercure et ses composés exer¬
cent une action thérapeutique particulièrement efficace dans
nombre de maladies infectieuses, nous avons voulu expérimen¬
ter, après Gasperini, la valeur du mercure et quelques-uns de
ses composés dans le traitement de la lymphangite épizootique.
Les formules que nous avons expérimentées sont les suivantes :
— a) Salicylate de mercure .
Huile de vaseline stérilisée
— b) Calomel .
Huile de vaseline stérilisée
— c) Bichlorure de mercure .
Chlorure de sodium .
Eau distillée bouillie .
6 g.
100
100
o*
1 CT
1 ÏV
2 ‘
100
s la formule d), une asso-
Enfin nous avons expérimenté, dan:
dation arséno-hydrargyrique, connaissant les résultats du trai¬
tement mixte dans certaines maladies infectieuses.
d) Benzoate de mercure.
Chlorure de sodium .
Acide cacodylique
Eau distillée bouillie .
1 O
0,26
0,5
100
Voilà maintenant comme nous avons effectué le traitement
des cinq chevaux qui nous ont été confiés.
Solution a). — Par injections intramusculaires : lre injection 10 cm3;
2 jours d’intervalle ; 2e injection 10 cm3 : 3 jours d’intervalle; 3e injection
20 cm3 ; 3 jours d’intervalle ; 4e* injection 30 cm3 ; 3 jours d’intervalle ;
5e injection 40 cm3. On fera encore 5-7 injections à la même dose toujours
avec Je même intervalle.
\
Solution b). — Par injections intramusculaires : 1re injection 5 cm3;
2 jours d’intervalle ; 2e injection 10 cm3 ; 3 jours d’intervalle; 3e injection
15 cm3 ; 3 jours d’intervalle ; 4e injection 20 cm3. On fera encore 6-8 injec¬
tions toujours avec trois jours d’intervalle en augmentant chaque fois la
dose de 5 cm3 si on ne voit pas de manifestations d'intolérance.
Solution c). — Par injections hypodermiques ou intramusculaires. Les
injections devront être faites comme dans le cas précédent.
Solution d). — Par injections hypodermiques ou intramusculaires :
1re injection 20 cm3; 2 jours d’intervalle; 2e injection 20 cm3; 2 jours
d’intervalle; 3e injection 30 cm3; 3 jours d’intervalle; 4e injection 30 cm3;
3 jours d’intervalle; 5e injection 40 cm3.
430 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
On fera encore 5-7 injections à la meme dose toujours avec le même
intervalle.
Avec cette dernière formule, deux chevaux ont été traités et
guéris.
Naturellement le traitement, comme pour toutes les médica¬
tions hydrargyriques, doit être fait avec prudence. Les suscepti¬
bilités individuelles sont telles, et l’absorption est si souvent
fragmentaire et retardée, qu’il faut bien surveiller.
Lorsqu'on voit apparaître les symptômes du mercurialisme, il
faut suspendre toute médication, donner des purgatifs hui¬
leux, pour reprendre le traitement ou après 8-10 jours, ou lors¬
qu’on ne voit plus d’albumine dans les urines s’il y avait des
troubles rénaux.
Dans un seul cas (salicylate de mercure), nous avons dû sus¬
pendre le traitement.
Bref, nos animaux après 10-12 injections ont été rendus au
propriétaire parfaitement guéris.
Après 3-5-6 injections les cordes diminuent considérablement,
deviennent indolores à la pression, et les plaies initiales se
cicatrisent.
Pendant le traitement, on n’observe pas l'apparition de nou¬
veaux boutons tandis que se ramollissent et s’ouvrent sponta¬
nément les boutons existants.
Par nos résultats, nous croyons pouvoir affirmer que, parmi
les traitements préconisés contre la lymphangite épizootique,
les préparations mercurielles constituent le traitement de choix
même au point de vue économique.
Avec les injections des composés du mercure, nous avons
obtenu la guérison complète de cas graves de lymphangite épi¬
zootique, car jusqu’aujourd’hui nos chevaux se portent absolu¬
ment bien et n’ont pas présenté de rechutes.
D’après nos recherches les formules c) et d) sont celles qui
donnent le plus rapidement la guérison.
Ecole vétérinaire de Turin , mai 1917.
431
Séance du i3 Juin 1917
Un cas de Mycétome à
TSocardia Maduræ observé en Tunisie
Par Georges BLANC et Henry BOUOUET
OBSERVATION CLINIQUE
Hadj Mohamed ben h..., 35 ans, exerçant la profession de gardien,
entre à l’hôpital Sadiki(de Tunis) le 13 octobre 1916, pourune affection du
pied droit. Il est né à Marrakech (Maroc) ; son père est mort jeune d’affec¬
tion inconnue, sa mère est âgée et actuellement bien portante. Il dit n’avoir
jamais été malade personnellement.
Il entre à l’hôpital parce que son pied droit est augmenté de volume et
qu'il ne peut plus marcher. Il fait remonter le début de la maladie en 1913.
Etant gardien de pêcherie à Bizerte et travaillant les pieds dans l’eau de
mer, il s’est blessé au pied droit, au niveau de la région des métatarsiens.
Depuis cette époque et peu à peu, le pied a augmenté de volume. Du
16 avril au 21 mai 1915, il a déjà été hospitalisé pour des lésions sembla¬
bles à celles qu’il présente actuellement : il n’y avait pas alors de lièvre et
pas de douleur. Le traitement a consisté dans le repos au lit et des panse¬
ments. Les plaies se sont cicatrisées, le malade a pu reprendre son travail ;
il prétend qu’il était guéri à ce moment. Cependant, le pied a continué à
grossir et il est apparu à sa surface une série de plaies suintantes. La
marche est impossible à cause du volume du pied.
A l'examen clinique , le pied est uniformément gonflé, il n y a
pas d’œdème et le pied présente plutôt un aspect éléphantiasi-
que. L'affection est limitée à la région sus-malléolaire. La peau,
de couleur brun noir, est écailleuse par places et présente en
certains points des surfaces dépigmentées, blanchâtres, qui rap¬
pellent par cet aspect le vitiligo. Le pied est le siège d’une série
de plaies nombreuses : sur lé dos, sur la plante, sur les bords,
sur les orteils. Ces plaies sont de dimensions variables; elles
sont généralement situées au sommet de protubérances, en
forme de tubercules; elles suintent légèrement et laissent échap¬
per, si on les exprime, des grains jaunâtres. Lorsqu’on introduit
un stylet à travers un de ces orifices, il pénètre plus ou moins
loin dans une cavité, qui paraît limitée, et l'on n’arrive pas sur
un point osseux dénudé.
Il n’existe aucune douleur soit spontanée, soit à la pression.
La marche n’est pas douloureuse, mais elle est devenue à peu
près impossible à cause du volume du pied. Les articulations du
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
432
pied paraissent saines ; les mouvements sont seulement limités
par l’induration du tissu cellulaire.
L’état général est bon, il n’y a pas d’amaigrissement. Pas de
réactions ganglionnaires ; pas de fièvre. L’appétit est conservé;
rien d’anormal à signaler au niveau du cœur et des poumons.
Examen radiographique. — Les os du pied sont flous ; on déli¬
mite mal leurs contours. L'astragale, le calcanéum sont bien
visibles; mais les os du tarse antérieur, les métatarsiens, les
phalanges sont mal dessinés, comme estompés et semblent faire
une seule masse pâle; le contour des os est peu net; il semble
en certains points qu’il y ail des bavures osseuses. Il existe d'une
façon générale, meme sur une partie du tibia, une décalcifica¬
tion marquée.
Traitement. — Le diagnostic de mycétome ayant été porté à
l’Institut Pasteur de Tunis à la suite de l'examen microscopique
des grains et aucun traitement médical n’étant actuellement
capable de guérir des lésions aussi avancées, on propose une
exérèse qui est acceptée. Le 19 décembre 1916, le malade est
opéré : anesthésie à l’éther avec l’appareil d’OiviBREDANNE ; ampu¬
tation de la jambe droite au lieu d’élection par le procédé cir¬
culaire. Les surfaces osseuses sont bien matelassées par les cou¬
ches musculaires, qui sont suturées en avant d’elles au catgut.
Suture cutanée aux crins de Florence dans le sens antéro-pos¬
térieur. Drainage avec quelques crins. Les suites opératoires
sont excellentes; pas d'élévation thermique. Le drainage est
supprimé au bout de !\& h. Les fils sont enlevés au huitième
jour. Réunion par première intention. Le malade est complète¬
ment guéri au quinzième jo u r. Il quittera l’hôpital ultérieurement,
quand il sera muni d’un pilon.
RECHERCHES DE LABORATOIRE
r. Examen de la pièce. — Le pied et la jambe ont été portés à
l'Institut Pasteur, aussitôt après l’amputation. Une coupe longi¬
tudinale du pied et des prélèvements pratiqués dans les tissus
malades ont montré les lésions typiques du mycétome : grains
jaunâtres de volume variable, à contours irrégulièrement arron¬
dis, isolés ou agglomérés, les uns contenus dans des cavités clo¬
ses, les autres dans des cavités analogues mais en commu¬
nication avec l’extérieur par des trajets fistuleux ; ces grains
Planche V
Blanc et Bouquet
mycétome a Nocardia rnacliirœ
#
s
Séance du i3 Juin 1917
433
nagent dans un pus sanguinolent, sans odeur. L’hypoderme et
les régions musculaires sont criblées de ces lésions, qui prédomi¬
nent au dos du pied; le squelette lui-même est atteint en cer¬
tains points.
2. Examen microscopique des grains. — Ecrasés entre lame et
lamelle, les grains se montrent essentiellement formés par un
feutrage constitué de filaments non cloisonnés, ramifiés et géné¬
ralement terminés par des renflements arrondis ; c’est l’aspect
classique des Noca relia.
3. Isolement. Cultures. — Pratiquées dans des conditions
rigoureuses avec des grains prélevés dans des cavités fermées,
elles ont donné des colonies, qui ne se sont développées que
difficilement et avec une extrême lenteur. Nous avons craint
même, pendant quelque temps, un résultat négatif. La raison
de cette difficulté doit être signalée, car il est possible qu avant
nous des expérimentateurs aient abouti à un échec pour la
même cause, quia failli en occasionner un entre nos mains. Cette
cause est l’alcalinisation de nos milieux de culture. En milieux
alcalins et même neutres, notre Nocardia se développe mal ou
pas; les milieux acides lui conviennent au contraire fort bien.
Aussi, cette constatation faite, avons-nous obtenu très facilement
et très vite des repiquages abondants.
Les milieux de culture les plus favorables ont été :
La pomme de terre. Notre Nocardia y donne en moins d’une
semaine des colonies cérébriformes, dont la majorité se colorent
rapidement en rose et qui, en vieillissant, prennent un aspect
blanc, efflorescent, puis desséché.
U eaa de pommes de terre (infusion à 10 p. 1.000, non neutrali¬
sée). Ce milieu est celui de choix pour obtenir un développement
abondant. Les colonies s’y montrent très rapidement, sous forme
de petites masses blanches rayonnées, les unes flottant dans le
liquide clair, les autres accrochées sur les parois ou déposées
au fond du tube.
La gélose à l'eau de pommes de terre (non neutralisée). Colonies
blanches, très analogues à celles du milieu précédent, ne se
teintant pas ultérieurement en rose.
L'infusion de foin (à i5 p. 1.000, non neutralisée). Les colonies
y sont plus grosses, moins nombreuses et au total la récolte
moindre qu’en eau de pommes de terre.
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La gélose à V infusion do foin; très bon milieu; colonies blan¬
ches, dont certaines deviennent assez rapidement roses. L’addi¬
tion de glycérine et glucose à l’infusion de foin ne présente
aucun avantage, au contraire. De même, la pomme de terre
glycérinée ne vaut pas la pomme de terre simple.
La carotte, la pomme de terre glycérinée, la gélose de Sabou-
raud n’ont pas donné de résultats pour l’isolement ; les seuls
milieux, sur lesquels l'isolement ait réussi, ont été la pomme de
terre simple et la gélose au foin.
La Nocardia pousse sensiblement aussi bien, d'abord à 220 et
à 37°, plus vite dans les repiquages à cette dernière température.
4- Inoculations. — Des grains ont été prélevés aussitôt l’am¬
putation et inoculés à divers animaux.
Singes. — Deux bonnets chinois sont inoculés dans diverses
régions du pied. L’un meurt au bout de deux mois, sans lésions ;
l'autre, encore vivant (10 mai), ne montre aucune lésion après
cinq mois.
Pigeons. — Deux pigeons sont inoculés dans le pied (talon) et
dans la chambre antérieure d'un œil. Après cinq mois, ils sont
indemnes.
Lapins. — Deux lapins reçoivent dans la chambre antérieure
d’un œil une émulsion de grains. L’un reste indemne. L’autre
montre, après deux mois, deux petites masses blanc jaunâtre,
irrégulières, sans inflammation autour d’elles; au cinquième
mois, ces masses semblent en voie d'accroissement (Il sera
revenu ultérieurement sur ce point si ces lésions continuent à
progresser).
REMARQUES
Il s'agit d'un cas typique de mycétome à Nocardia maduræ
(Vincent). Ce cas est le premier de cette espèce découvert en
Tunisie; il n’est pas probablement le premier cas tunisien, car
l’observation originelle de Vincent concernait un malade,
découvert à Alger, mais dont l'infection semblait bien avoir été
contractée en Tunisie.
Les cas de Pied de Madura, observés jusqu’à présent dans la
Régence, appartenaient à des variétés de mycétomes différentes
par la nature de leurs agents pathogènes. Deux ont été publiés
déjà; le premier très complètement, le second de façon incom¬
plète par MM. Cdiarles Nicolle et E. Pinoy : cas à Sterigmatocgs-
Séance du i3 Juin 1917
tis nidulans , cas à Oospora indéterminée (dans ces deux cas,
l’isolement du champignon pathogène a été réalisée en culture
et la maladie reproduite chez le pigeon).
Deux autres cas ont été observés depuis par M. Ch. Nicolle et
sont demeurés inédits, en raison de l’impossibilité où s’est trouvé
l’auteur de tenter la culture. Dans ces deux cas, l’examen micros¬
copique des grains (noirs) a montré qu’il s’agissait d’un champi¬
gnon à filaments cloisonnés ; les deux malades étaient des fem¬
mes du sud tunisien (Tozeur et Gafsa).
Le nombre total des observations tunisiennes de mycétome
est donc aujourd’hui de 6 en y comprenant le cas originel de
Vincent : 2 à Nocardia rnaduræ , 4 à champignons plus élevés
(culture positive dans 2 cas, non tentée dans 2 autres).
Institut Pasteur et Hôpital Sadiki de Tunis.
t
|| ■ ■
Spirochétose des poules au Sénégal
Son évolution clinique
Par André LEGER et R. LE GALLEN
La spirochétose des poules est une affection commune au
Sénégal et faisant de gros ravages sur les poulaillers; elle sévit
d une façon intense à Dakar pendant la saison sèche, de décem¬
bre en juin en particulier, pour diminuer et disparaître même
avec l’arrivée de la saison des pluies.
L’agent causal de cette affection est Spirochœta Neueuxi,
espèce créée en 1909 par Brumpt (i) comme un spirochète à
peu près identique à Spirochœta gallinarum par ses caractères
morphologiques, mais qui diffère de ceux déjà décrits chez la
poule dans les differentes régions du globe par ses caractères
physiologiques, en ce qu’il n’y a jamais immunité croisée. Dans
notre cas, nous avons constaté, comme Brumpt, que l’on 11’obser-
vait pas de réinoculation positive, l’animai acquérant d’emblée
une immunité qui paraît définitive. Mais l’action pathogène du
spirochète rencontré chez nos poulets semble différer quelque
(1) E. Brumpt, Unit. Soc. Paih. Exotique , t. II, g juin 1909, p. 286,
436
Bulletin de lv Société de Pathologie exotique
peu de celle du spirochète étudié par Brumpt, en ce sens qu’ici la
guérison n’est point la règle, du moins quand l’on suit l’évolution
delà maladie pendant un certain temps. Si en effet le plus grand
nombre des animaux résistent à la première phase de l’affection,
phase aiguë à spirochétose sanguine, un petit nombre d’entre
eux pouvant même guérir d’une façon définitive à cette période,
chez beaucoup d'autres au contraire la maladie continue à évo¬
luer, provoquant une mortalité notable à la phase suivante,
phase secondaire ou chronique.
Dans un poulailler contaminé, nous avons placé, à des inter¬
valles espacés, 25 jeunes poulets, indemnes d’Argas, provenant
de localités diverses, et ayant au préalable subi une observation
de plus de quinze jours, sans avoir montré aucun trouble mor¬
bide. Tous ces animaux, après un temps variant entre 5 et
7 jours, ont présenté les symptômes principaux bien connus de
la maladie : diarrhée plus ou moins intense, abattement, inap¬
pétence, fièvre ; les plumes sont hérissées et perdent leur bril¬
lant, la crête est terne et ramollie. L'examen microscopique du
sang révèle alors de nombreux spirochètes. A cette première
phase, la mortalité n’est pas très importante : deux poulets seu¬
lement ont succombé, n’ayant pas pu faire les frais de leur spi¬
rochétose sanguine.
La maladie peut ensuite évoluer directement vers la guérison.
C’est ainsi que quatre de nos animaux, après avoir présenté à
l’examen microscopique du sang des spirochètes en plus ou
moins grand nombre pendant sept à huit jours en moyenne, ont
fait leur crise spirochétique, et ont guéri d’une façon définitive,
n’ayant ultérieurement rien montré d’anormal tant au point de
vue clinique qu’au point de vue de l’hématologie micros¬
copique.
Mais le plus généralement (c’est en effet ce qui s’est passé
chez dix-neuf de nos poulets), la crise spirochétique une fois
établie, l’état de l’animal se modifie en s’améliorant légèrement,
l’appétit revient quelque peu, et la diarrhée diminue d’une
façon notable. Il subsiste seulement un état d'anémie intense,
caractérisé au point de vue clinique par une pâleur extrême de
la crête et des muqueuses, et au point de vue hématologique,
par une tendance à l’état hémolytique du sang, ainsi que,
comme l’ont déjà signalé Launoy et Lévy-Bruhl (i) pour Spiro-
(i) Launoy et Lévy-Bruhl. C. R. Société Biologie , t. LXXV, 18 octobre i<)i3.
437
Séance du i3 .Juin 1917
chæta gallinaràm , une baisse considérable dans le nombre des
globules rouges, accompagnée d une très notable polychroma-
tophilie.
Cet état persiste durant une quinzaine de jours en moyenne,
au bout desquels on assiste à l'éclosion d’un certain nombre de
symptômes cliniques qui caractérisent pour ainsi dire la phase
secondaire de l’affection. A ces signes cliniques correspond tou¬
jours, au point de vue microscopique, l’apparition dans les
hématies en nombre plus ou moins grand des corps intraglobu-
laires de Balfour (i) (« cifter phase » bodies ) que cet auteur con¬
sidère du reste comme un stade endoglobulaire du spirochète.
Deux degrés différents peuvent être envisagés dans cette phase
secondaire ’de la maladie :
i° L’animal présente, en même temps que l’anémie signalée,
un étal de maigreur qui va en s accentuant, et ne paraît nulle¬
ment concorder avec l’appétit revenu pour ainsi dire à la nor¬
male. La crête, d une teinte cireuse, est progressivement et
presqu’entièrement envahie par des lésions crouteuses qui
s’étendent peu à peu sur toute la tête, avec prédominance mar¬
quée aux paupières. Ces lésions se traduisent cliniquement par
l’existence d’ulcérations chancreuses, revêtues d’une croûte
plus ou moins épaisse, assez facile à détacher, laissant à décou¬
vert une surface blême, ne saignant que peu ou pas, mais don¬
nant issue à une sérosité pâle, peu abondante, véritable rosée
séreuse. Des phénomènes parétiques ne tardent pas à survenir :
la marche est difficile, la poule oscille sur ses pattes; parfois
même cette parésie simple devient paralysie vraie : l’animal doit
rester couché. Notons toutefois qu’en général ces phénomènes
paralytiques sont transitoires e,t disparaissent au bout d’un
temps variable.
Des dix neuf poulets arrivés à ce premier stade, quatre oui
pu, au bout de cinq semaines environ, réagir, reprendre le
dessus, et acquérir un état de santé tel qu’on pouvait les con¬
sidérer comme guéris.
20 Au contraire chez les quinze poulets restants, la maladie a
continué à évoluer, les symptômes cliniques précédemment
décrits augmentant d’intensité. Les croûtes ont pris un déve 1°P-
pement considérable envahissant toule la tète et même une
(1) A. Balfouu. 3d Report of the Wellcome lies. Laboratories.
3o
438
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i
partie du cou ; d autres ulcérations semblables ont apparu sur
le métatarse et au niveau du bréchet. Le bec laissait s’écouler
un liquide pâle, visqueux, malodorant, provenant de l’arrière-
gorge, et gênant la respiration de l’animal. En outre les yeux
étaient le siège d’une lésion spéciale consistant en une occlusion
assez serrée des paupières, épaissies par la production des
croûtes, et couvrant une tuméfaction variant du volume d’un
petit pois à celui d'une noisette. Sous les paupières écartées, on
se trouvait en présence d’une masse caséeuse, blanchâtre,
épaisse, difficile à dissocier, à odeur fade, spermatique, ayant
envahi tout l’orbite, refoulant en arrière le globe oculaire, qui
lui-même avait subi une dégénérescence marquée, avec produc¬
tion de taie cornéenne, ramollissement et en dernier lieu fonte
totale de l’œil atteint. — A côté de ces lésions diverses évoluant
toujours sans fièvre, on voyait se développer chez l’animal un
état de maigreur extrême ; ce dernier devenait squelettique, et
semblait pour ainsi dire desséché, momifié. — L’appétit, quoique
diminué à cette période, ne faisait pourtant jamais défaut.
Ce deuxième stade de la maladie ne dépasse guère une durée
de plus de quatre à cinq mois, au bout desquels l’animal meurt
en général. C’est ainsi que, sur nos quinze poulets arrivés à cette
dernière période, douze ont succombé, et trois seulement ont pu
résister. Ces derniers, malgré leur état resté plutôt précaire,
semblent actuellement guéris, et l’examen microscopique de
leur sang ne révèle plus ni spirochètes, ni corps intraglobulaires
de Balfour.
Laboratoire de Bactériologie de l'Afrique Occidentale Française,
i
Bacilles paradysentériques isolés en Algérie
Par L. NÈGRE
Dans de précédentes notes (i), nous avons montré la fréquence
avec laquelle les bacilles pseudodysentériques se rencontraient
(i) Infections à Bacilles pseudodysentériques en Algérie par Nègre, C. R.
Soc . Biologie, 22 janvier 1916, t. LXXIX, p. 44-
Le rôle des bacilles pseudodysentériques dans les affections intestinales
en Algérie par L. Nègre, Ed. Sergent et H. Foley. Bull. Soc. Path. Eæot.,
12 avril 1916, t. IX, n<> 4-
Séance du i3 Juin 1917
439
en Algérie. Ces bacilles ont comme caractères principaux de
faire fermenter le lactose avec dégagement de gaz, de faire virer
le petit lait tournesolé et de coaguler le lait. Depuis un an,
date de ces dernières publications, nous avons procédé dans le
laboratoire d’analyses de l’Institut Pasteur d’Algérie à 208 ense¬
mencements de selles pour recherche du bacille dysentérique.
Nous avons , observé dans 96 cas un résultat négatif. Dans
85 cas, nous avons obtenu des cultures de bacilles pseudo-
dysentériques, Dans 27 autres cas, nous avons isolé 12 fois du
bacille dysentérique (2 Shiga et 10 Flexner) et i5 fois des races
de paradysentériques dont la description fait l’objet de cette
note.
Ces paradysentériques ont été trouvés chez 7 Algériens
(6 adultes et 1 enfant tous européens) et chez 8 Serbes.
L’agglutination par le sérum du malade, essayée dans 7 cas,
est restée négative. Elle a été positive au i/5oo dans 1 cas sur
5 avec les races Flexner, et dans 1 cas sur 16 avec les pseudo¬
dysentériques.
Ces bacilles paradysentériques ont comme caractères communs
de n’être agglutinés ni par le sérum anti-Shiga, ni par le sérum
anti-Flexner, de ne pas faire virer la gélose lactosée tourne-
solée ni le petit lait tournesolé, et de ne pas coaguler le lait.
Nous les diviserons en 2 groupes suivant qu’ils donnent ou 11e
donnent pas de dégagement de gaz dans la fermentation des
sucres.
Premier Groupe.
Ces bacilles paradysentériques ont comme caractères communs
de ne pas donner de dégage nient de gaz dans la fermentation
des sucres , de n avoir aucune action sur la gélose au rouge neutre ,
et de donner une culture discrète sur la pomme de terre. Ils 11e font
pas virer le petit lait tournesolé, ne coagulent pas le lait, et 11e
font pas noircir la gélose au plomb.
D’après leur action sur les sucres, les deux premières races se
rapprochent du bacille dysentérique atypique décrit récemment
par d'HÉRELLE (1). Elles s'en séparent par leur action négative
(1) Contribution à l’étude de la dysenterie : nouveaux bacilles dysentéri¬
ques pathogènes pour les animaux d’expériénces par F. d’HÉRELLE. Bull. A cacl.
Médecine. Séance du 28 novembre 1916.
440 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dès le début sur le galactose et par leur action négative sur le
petit lait tournesolé.
Tableau I
Paradysentériques ne donnant pas de dégagement de gaz.
La raceMarko. a la même action sur les sucres que la race de
Hiss.
Les deux races Pelle, et Stano. ne font fermenter que la glu¬
cose et le lévulose.
Deuxième Groupe.
Ces bacilles paradysentériques ont les caractères communs
suivants : ils donnent un dégagement de gaz dans la fermentation
de certains sucres , ils décolorent la gélose au rouge neutre sans
dégagement de gaz , ils donnent sur pomme de terre une culture
épaisse brunâtre.
Ils ne font pas virer le petit lait tournesolé, 11e coagulent pas
le lait, et 11e font pas noircir la gélose au plomb.
Ces 5 races se rattachent aux types de paradysentériques
décrits par Armand-Delille, Paisseau et Lemaire (i) au labora¬
toire de bactériologie de l’Armée d’Orient.
(1) Noie sur une épidémie de dysenterie bacillaire à l’Armée d’Orient par
Armand-Delille, Paisseau et Lemaire. Soc. Mèclic . des Hop. de Paris. Séance
du 28 juillet 1916.
441
Séance du i3 Juin 1917
Tableau II
\
Paradysentériques donnant un dégagement de gaz .
Les 3 premières races, isolées chez un enfant européen et chez
deux Serbes, font fermenter les glucose, mannite, maltose et
lévulose avec dégagement de gaz. Pas de fermentation avec les
lactose, galactose, saccharose.
Les races Dan. (algérienne) et Maks. (serbe) ne font fermenter
que les glucose, mannite et lévulose. Maks. dégage du gaz avec
les trois sucres. Dan. avec le glucose seulement.
Nous avons enfin isolé chez trois Serbes et deux Algériens
cinq paradysentériques mobiles du type Morgan ne faisant pas
virer la gélose laclosée tournesolée, mais faisant rougir le petit
lait tournesolé, ne coagulant pas le lait, décolorant la gélose au
rouge neutre avec dégagement de gaz, faisant noircir la gélose
au plomb et faisant fermenter les glucose, mannite, saccharose,
maltose et lévulose avec dégagement de gaz.
En résumé, nous avons retrouvé en Algérie les principaux
types de paradysentériques qui ont été décrits ces derniers
temps :
i° deux races voisines du type décrit par d’HÉRELLE à Paris.
Elles n’en diffèrent que par leur action franchement négative
sur le galactose et sur le petit lait tournesolé ;
20 quatre races présentant les caractères de celles isolées par
Armand-Delille, Paisseau et Lemaire à l’Armée d’Orient ;
3° trois races du groupe Morgan dont différents types ont été
442
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
trouvés à Toulon sur les évacués des Dardanelles par Tribondeau
et Fichet (i) à PArmée d’Orient par les auteurs précédents et à
Paris par cFHérelle (2).
Institut Pasteur d' Algérie.
Notes sur une épidémie de dysenterie
dans un cantonnement de la Somme
(Septembre 1916)
Par L. COLLIN
i° Nombre de cas. Début. Marche de l’épidémie. — Du 25 août
au 5 octobre 1916, le nombre de cas observés a été au total de
20, dont 7 cas sur des militaires (4 cas européens, 3 indigènes) et
i3 cas dont 3 décès dans la population civile (3). Des 4 euro¬
péens observés, 2 étaient porteurs d’une rectite chronique, con¬
tractée à la colonie (A. O. F.), de nature nettement amibienne à
en j uger d'après les caractères et la rapidité avec laquelle elle
céda au traitement par l’émétine.
Le 78e B. T. S. a occupé le cantonnement de B. le V. à dater
du 22 août en remplacement du 54e B. T. S.
Pendant le passage de ce dernier bataillon, il ne fut pas ques¬
tion de cas d’entérite dans la population civile, mais il reste pos¬
sible que quelques cas de dysenterie d’origine coloniale aient
été constatés chez des tirailleurs, comme il arrive dans la plu¬
part des bataillons noirs.
Toujours est-il que c’est 4 jours après l’arrivée de notre unité
que se produisent dans une maison civile, séparée d’un canton¬
nement de tirailleurs sénégalais par l’épaisseur de la route, 2 cas
(1) Note sur les dysenteries des Dardanelles par L. Tribondeau et M. Fichet.
Ann. /. P. Juillet 1916, no 7, t. XXX.
(2) Nous tenons à remercier M. le Médecin-major de ire classe Lucien Ray¬
naud, Médecin-chef de l’Hôpital temporaire du Lazaret de Matifou et M. le
Médecin aide-major de 2e classe Alliot, chargé du laboratoire de bactériolo¬
gie de lTIôpital Maillot, dont les envois de selles dysentériques nous ont per¬
mis d’isoler certaines de ces races.
(3) Voici la répartition de ces cas jusqu’au 1er octobre : 5 du 26 au Ier sep¬
tembre, 3 du 1er au 5, 3 du 5 au 10, 2 du 10 au i5, 2 du 20 au 25, 2 du 26
Séance du i3 Juin 1917
443
de dysenterie presque simultanés (fillette de 6 ans, garçon de
10 ans) éclatant dans un milieu où l’hygiène est complètement
ignorée. Puis les cas se succèdent en général disséminés, sauf
en deux points où se produisent des foyers dus à la contagion
familiale, foyers qui se développent malgré les précautions
d’isolement et de désinfection ordonnés chez des gens, malheu¬
reusement rebelles à toute habitude de propreté.
Cantonnement de B. le V. occupé par le 78e Bataillon sénégalais.
Répartition des cas d’amibiase et numéros par ordre d’apparition (observés
du 26 août au ier octobre 1916).
Malgré les mesures d’ordre général prises (nettoyage minu¬
tieux des cantonnements, désinfection journalière des feuillées)
il est à craindre que de nouveaux cas se produisent encore, après
notre départ.
Nous donnons ci-contre la carte de la marche de l’épidémie.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
\
444
2° Nature de l’affection. Gravité. — Le début insidieux par
coliques, épreintes, ténesme, l’absence en général de fièvre (38°5
parfois le soir dans les premiers jours), le caractère des selles
(glaires blanchâtres mêlées de masses membraneuses sanguino¬
lentes, raclures de boyaux); l'amélioration rapide par l’émétine;
le peu d’influence du sérum antidysentérique; la similitude des
cas observés ; l'origine coloniale possible de la contagiosité, —
font penser à une affection unique, à une dysenterie d’importa¬
tion, la dysenterie amibienne, diagnostic qu’il ne fut malheu¬
reusement pas possible d’établir alors par un examen microsco¬
pique.
Il faut noter que, dans les trois cas nos 3-9-11 survenus dans
la même famille, l'affection fut fatale. Cette issue s’explique sur¬
tout par le peu de résistance des malades atteints [fillette de
f> ans, la mère (45 ans) phthisique, la grand mère (76 ans) débile].
L’exaltation des microbes habituels du gros intestin, la pré¬
sence d’ascaris nombreux (3 expulsés par Penfant, 2 par la mère),
l'insuffisance des petits soins dont souffrirent ces malades à
demi abandonnés dans un milieu infect (je réussis pour les
nos i3 et 11 à obtenir de la municipalité une hospitalisation
trop tardive), l’absence d’un traitement énergique par l’émétine
qui fit défaut à ce moment et que je remplaçais sans grande
amélioration par des doses importantes de sérum antidysentéri¬
que (,3o cm:i, 4o cm3, 5o cm3), furent sans doute des causes adju¬
vantes de cet insuccès.
Les autres malades présentèrent en général des formes d’in¬
tensité variable, rapidement atténuées surtout lorsqu’ils furent
mis assez tôt au traitement par le chlorhydrate d'émétine, dont les
bons effets furent indéniables à la dose de 4 et jusqu’à 12 cg.
par jour suivant les cas.
Des 6 malades du Bataillon traités jusqu à présent, 2 tirail¬
leurs, dont l’état était assez grave, furent évacués; un tirailleur
fut traité à l’infirmerie, amélioré très rapidement par la méthode
brésilienne et les injections d’émétine ; les 2 autres (1 lieutenant
et 1 adjudant atteints de redite) sont guéris complètement et
ont repris leur service; le sixième (moi-même), contaminé vrai¬
semblablement dans le milieu des malades ii-g-4-3 par inspira¬
tion et ingestion de poussières, vit en huit jours, par le traite¬
ment à l’émétine (à la dose de 0,08 par jour), ses selles redevenir
à peu près normales,
Séance du i3 Juin 1917
445
3° Epidémiologie. — Il y a lieu de signaler la succession très
nette dans le meme quartier des cas 3, 4, 5 et 7, des cas i3 et 16,
17 et 20, succession qui fit se propager dans le village le bruit
d une épidémie dont la population tend à imputer la cause aux
indigènes.
En cette saison où les mouches disparaissent avec la chaleur,
il est difficile d'imaginer la dissémination des germes des déjec¬
tions des malades autrement que par le contact ou le vent vec¬
teur de poussières. L’eau d’alimentation provient ici des citer¬
nes, dont chaque habitation est pourvue. Le filtrage, l'ébullition,
la javélisation sont très peu en usage, en dehors des troupes. Il
est donc à présumer que la contagion peut se produire, en
dehors des cas de contact direct, à la suite d’ingestion d'eau de
boisson souillée par des poussières virulentes ou par un contact
impur. A titre prophylactique, des ordres ont été donnés de
redoubler de précaution dans le cantonnement en ce qui con¬
cerne la stérilisation de l’eau, la tenue des cantonnements, la
désinfection des feuillées.
A chaque cas survenant dans la population civile, des pres¬
criptions particulières, plus ou moins rigoureusement suivies,
sont édictées par nos soins à la Municipalité.
D’autres cas existant ou s’étant produits dans les villages
voisins aux alentours des cantonnements sénégalais, sont venus
depuis à notre connaissance.
1
/ ' ’ ;
Emétine et Histolyse des amibes dysentériques
Par L. MARTY
D., sergent européen, atteint, depuis plusieurs mois, d’une dysenterie
non diagnostiquée.
13 décembre 1916. Arrive à l’hôpital avec une poussée aiguë de dysen¬
terie. L’exploration externe réveille une douleur sur le trajet du gros
intestin, plus vive à l’union des colons tranverse et descendant. Quelques
vomissements, péritonisme léger avec contraction des muscles de la paroi
abdominale.
14 décembre. Selles mueo-sanglantes : très nombreuses amibes dysen¬
tériques, mobiles ; kystes d’amibes, nombreux. Emétine : 0 g. 06 en trois
fois.
446
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
15 décembre. Emétine 0 g. 04 en deux fois.
16 décembre. — 0 g. 04 —
17 décembre. Selles de la nuit, fécaloïdes. Examen direct : pas
d’amibes.
Examen après coloration :
Fixation par le formol acétique;
Lavage à l’alcool absolu;
Coloration au Giemsa (24 h.).
Très nombreuses amibes histolysées, à protoplasme mal coloré, vaeuo-
lisé. Certains noyaux sont contenus dans une logette presque vide de pro¬
toplasme.
Les noyaux sont parfaitement colorés en rouge lilas, aréolaires, non
segmentés. La plupart de ceux qui sont libres, sans protoplasme, sont au
contraire plus faiblement colorés et histolysés.
Kystes d’amibes : nombreux, mal colorés en gris bleuté et histolysés.
Les vomissements et le péritonisme ont disparu. '
Emétine : 0 g. 04.
18 décembre. Emétine : 0 g. 04.
Du 18 au 24 décembre : repos.
24 décembre. Selles fécaloïdes. Ni kystes, ni amibes. Nouvelle série
d’émétine pendant 4 jours.
Nous avons perdu de vue ce malade.
tion sur les points suivants :
i° La fixation par le formol acétique, suivie d’un bon lavage
à Falcool absolu, permet d’obtenir de belles colorations d’étude.
Elle rend facile la recherche des amibes, même dans des selles
fécaloïdes, en apparence non dysentériques;
2° Le noyau ne semble pas sensible à l’émétine ;
3° Les kystes ne sont pas insensibles à l’émétine et la méthode
n’y décèle pas de noyau diffus.
Coccidiosc intestinale
« dysenterie rouge » du bœuf en Piémont
Par F. SANLORENZO
La coccidiose intestinale des bovidés, affection parasitaire qui
frappe surtout fréquemment les animaux jeunes, a été observée
en Suisse par Pôger, Zürn, Zsciiokke, Hess et Guillebeau ; en
France et en Tunisie par Degoix et Ducloux ; en Angleterre par
Gair et Mac Fadyean ; en Allemagne par Storch, Bugge et Sach ;
Séance du i3 Juin 1917
447
en Russie par Boucek ; aux Etats-Unis par Jeryis, et dans les pays
chauds par Lichtenheld et Stordy, Montgomery, Balfour, Steven¬
son, Jowdet, Neulemann ; Schultz et Theiler, etc.
Si nos reclierches bibliographiques sont complètes, sauf l'ob¬
servation faite par Massaglia (1), aucun travail n’a encore été
publié en Italie sur la coccidiose intestinale des bovidés.
Cependant M. Perroncito (que nous remercions vivement pour
les conseils qu’il nous a donnés) nous affirme avoir déjà observé
cette maladie (constatation inédite) et MM. G. B. Moretti et
PiERONi, d’après les manifestations symptomatologiques, croient
l’avoir observée en Lombardie et en Emilie.
Dans les environs d’Alessandria (Rocchella-Tanaro), nous
avons eu l’occasion d’observer trois cas très intéressants de
dysenterie rouge des bovidés.
Symptômes : sans prodromes, diarrhée liquide, séreuse,
fétide, hémorragique, sanguinolente, coliques, grincements de
dents, température élevée (4o-4i°), appétit nul, soif ardente,
rumination suspendue.
L’examen microscopique des excréments diarrhéiques nous a
permis de constater la présence de coccidies ( Coccidium bonis ,
Eimeria Zurnï) en quantités extrêmement abondantes.
En raison de l’efficacité douteuse des traitements employés et
indiqués par les auteurs qui nous ont précédé, nous avons
essayé le thymol qui a été déjà employé par Metchnikoff
contre le trichocéphale, par Perroncito et Bozzolo contre Y An-
chylostoma duodenale et par Campi contre le ténia.
Nous l’avons administré j usqu’à la dose de i5 g. dans la jour¬
née et dans tous les cas nous avons obtenu la guérison.
CONCLUSIONS
Nous croyons que la coccidiose intestinale « dysenterie rouge »
des bovidés est, en Italie, plus répandue qu’on ne le croit.
Nous croyons pouvoir aussi affirmer que le thymol est l’un
des médicaments qui répond le mieux au traitement de la cocci¬
diose intestinale des bovidés.
Laboratoire de M . le Professeur G. Finzi
à l’Ecole Royale Vétérinaire de Turin.
(1) Bollettino delta Società Medico Chirurgien di Modena. Anno XXXVI,
2*5 février 191 1 .
448
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sur des formes sans pigment
ou à pigment très fin apparues
chez le Proteosoma (Plasmodium
relictum Grassi et Feletti) au cours
de passages par canaris
Par Etienne SERGENT
Il a été observé, au cours d’expériences sur l’immunité des
oiseaux (canaris) contre le Proteosoma , des formes particulières
de ce parasite dans les hématies (formes sans pigment ou à pig¬
ment très fin).
Ces formes particulières n’ont été observées que chez
trois canaris sur 700 (10 janvier 1915).
L’injection intrapéritonéale de ce sang infecté à 3 autres cana¬
ris neufs reproduisit les mêmes formes.
i° Parasites sans pigment. — Ce sont de jeunes formes arron¬
dies, sans aucune trace de pigment; elles peuvent atteindre un
diamètre égal au tiers de la plus grande largeur de l’hématie.
(Dans le Proteosoma ordinaire, un gros grain de pigment noir
apparaît, d’une façon presque absolue, dès que le parasite
devient visible dans l'intérieur de l’hématie).
Parasites sans pigment.
2° Parasites à pigment très fin. — Ce sont des formes plus
grandes que les précédentes, généralement allongées le long du
noyau, qui parfois n’est pas déplacé. Le pigment est sensible¬
ment plus fin que celui du Proteosoma normal. La différence se
voit nettement surtout à l’état frais.
Concurremment avec ces 2 formes, il a été vu chez ces 2 cana-
Séance du i3 Juin 1917
449
ris les formes ordinaires, à gros pigment, du Proteosoma ; les
formes sans pigment ou à pigment fin étaient toujours plus
nombreuses que les formes classiques.
Parasites à pigment tin.
L’un de ces canaris (469) n'avait reçu aucune injection de sang à Pro¬
teosoma, mais il reçut du sang de pigeon à Halleridium ( Hæmoproteus
columbæ Kruse) 7 jours avant l’apparition de son infection sanguine. Il
conserva tous les jours de nombreux parasites et eut 3 poussées d’hyper¬
parasitisme (dont la dernière mortelle) pendant six mois ,
(Le maximum de la durée de la période aiguë est de 29 jours dans le
Proteosoma normal).
Le second (531) présenta son infection sanguine seulement 20 jours
après l’injection de sang à Proteosoma (la période d’incubation normale
varie de 3 à 10 jours). Il conserva ses parasites, peu nombreux, tous les
jours pendant un mois ; ils disparurent le mois suivant, reparurent
ensuite, rares, le troisième mois.
Le troisième (637) présenta son infection sanguine seulement 12 jours
après l’injection de sang à Proteosoma. Les parasites (clairs ou à pigment
fin), extrêmement rares, ne se montrèrent qu’à intervalles rares et éloi¬
gnés (5 fois en 10 mois).
Le Proteosoma ordinaire, en 10 mois, se montra 4 fois. Le 11e mois, l’in¬
fection a Proteosoma ordinaire devint aiguë pendant 12 jours, les parasites
clairs ou à pigment fin deviennent plus nombreux. L’oiseau meurt le 12«
jour, le sang du cœur contient de nombreux Proteosoma ordinaires, clairs
et à pigment fin. Sa rate est noire et énorme.
Ces formes anormales du Proteosoma ont été transmises, par
inoculation intrapéritonéale, à 3 canaris neufs.
Le premier (508), qui avait reçu du sang de (469), présenta pendant
450 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
5 jours une infection à Proteosoma normal, puis les formes claires et à
pigment fin apparurent. Les 3 formes de parasites existèrent dans le sang
pendant 1 mois; ils en disparurent pendant 3 mois, puis la mort subite
survint; le sang du cœur contenait de très nombreuses formes sans pig¬
ment, de beaucoup moins nombreuses formes à pigment fin, et encore
moins de formes à. gros pigment.
Le deuxième (510) qui avait reçu du sang de (469) présenta pendant
7 jours une infection à Proteosoma normal, puis les formes claires et à
pigment fin apparurent. Les 3 formes de parasites existèrent dans le sang-
pendant deux mois et demi ; ils en ont disparu (29 septembre) depuis
6 mois.
Le troisième (545) qui avait reçu du sang de (469) présenta une infec¬
tion triple qui l’emporta 10 jours après l’apparition des premiers parasi¬
tes. Très nombreux parasites des 3 formes dans le sang du cœur.
Conclusion. — Il semble qu'il s'agisse de formes particulières
du Proteosoma , capables d’être reproduites par inoculation chez
l'oiseau .
Celte constatation est, par analogie, en faveur de l’unité du
parasite du paludisme humain, toujours soutenue par Laveran.
Institut Pasteur d'Algérie.
La prophylaxie du paludisme
dans l’Armée d'Orient (i)
Par A. LAVERAN
Le paludisme est endémique dans une grande partie de la
Grèce, il règne notamment dans la plaine basse et marécageuse
que parcourt le Vardar avant de se jeter dans la mer Egée, et
l’on doit craindre que notre armée d’Orient, campée aux envi¬
rons de Salonique, soit éprouvée par cette redoutable maladie.
Les exemples sont nombreux d’épidémies meurtrières de palu¬
disme qui ont régné dans des armées en campagne; il est donc
nécessaire d’arrêter un plan de lutte contre ce fléau sans
attendre que les atteintes se multiplient, ce qui se produit sou¬
vent avec une soudaineté terrifiante quand la saison favorable
au développement de la maladie est arrivée.
En Grèce, comme en Algérie, le paludisme ne règne pas toute
l'année, il se traduit, dans les localités insalubres, par une
(i) Notice rédigée au mois de janvier 1916.
Séance pu i3 Juin 1917
451
endémo-épidémie annuelle qui commence avec les premières
chaleurs de l’été, au mois de mai ou de j uin, qui a son maximum
en juillet, août et septembre et va en déclinant à partir du mois
d’octobre; les mois de novembre à mai sont salubres.
On croyait naguère que le paludisme était produit par un
miasme émané des terrains marécageux; nous savons aujour¬
d’hui qu’il s’agit d’une infection microbienne produite par un
Protozoaire, l’hématozoaire du paludisme, qui vit et se déve¬
loppe dans les globules rouges du sang de l’homme, et que les
moustiques du genre Anopheles sont les agents de propagation
de la maladie. Ces découvertes servent de base à la prophylaxie
rationnelle du paludisme qui doit se proposer, d’une part d em¬
pêcher l’infection par les moustiques, d’autre part de rendre
l’organisme humain réfractaire à la maladie.
* *
i° Mesures à prendre contre les moustiques. — La destruction
des moustiques a permis d’assainir certaines localités, c’est mal¬
heureusement une opération toujours longue et coûteuse, sou¬
vent irréalisable ; sans songer à détruire tous les moustiques de
la région de Salonique, on peut chercher à en diminuer le
nombre au voisinage immédiat des camps. Pour atteindre ce
but, il importe de savoir que les moustiques, avant de devenir
des insectes parfaits, ailés, ont une vie larvaire exclusivement
aquatique et qu’il est facile de les détruire à cet état. On sup¬
primera les collections d’eau stagnante dans les camps et dans
leur voisinage ; quand ces collections 11e pourront pas être sup¬
primées, on répandra à leur surface un peu d’huile de pétrole
ou d'huile ordinaire, opération qui entraîne rapidement la mort
des larves; il suffit d’employer 10 à i5 cm3 d’huile de pétrole
par mètre carré de surface des collections d’eau à désinfecter;
des équipes de 3 ou 4 hommes pourront être dressées à cet effet
par les médecins militaires.
Le choix de l’emplacement des camps a une très grande
importance; à proximité de localités insalubres, on peut en
trouver de salubres; les localités basses, mal ventilées, dans les¬
quelles la végétation est abondante, servent d’abris aux Ano¬
pheles et sont généralement insalubres, tandis que les lieux éle¬
vés, dénudés et bien ventilés, que fuient les Anopheles , jouis¬
sent d’une salubrité en rapport avec leur altitude.
Les marins trouvent un abri excellent contre le paludisme
452
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans leurs vaisseaux à la condition que ceux-ci soient ancrés
assez loin de la terre pour que les Anopheles ne puissent pas y
arriver.
Les soldats, obligés souvent à passer la nuit en plein air,
seront particulièrement exposés aux piqûres des Anopheles
qui ne piquent guère que le soir et pendant la nuit; il sera
nécessaire de leur donner des moustiquaires de tète et des gants.
La question difficile de la moustiquaire du soldat devra être
mise à l'étude ; des modèles réglementaires existent au Japon et
aux Etats-Unis.
Il est à désirer que des moustiquaires soient mises aussi à la
disposition des officiers.
Les baraques des ambulances situées dans des localités où
existent des Anopheles seront protégées contre l’accès des mous¬
tiques au moyen de toiles métalliques placées aux fenêtres (i)
et de tambours garnis de même, placés aux portes, ou bien cha¬
que lit sera muni d une moustiquaire; il importe, en effet,
d’éviter aux malades et blessés les souffrances que les mousti¬
ques leur imposeraient et, d’autre part, si les malades atteints
de fièvre palustre n’étaient pas protégés, les Anopheles vien¬
draient librement sucer avec leur sang le germe du paludisme,
ils se contamineraient et propageraient l’infection.
2° Mesures à prendre pour rendre F organisme réfractaire au
paludisme. — On n'a pas trouvé jusqu’ici de vaccin contre le
paludisme et il est probable qu’on n’en trouvera pas; il est à
noter, en effet, qu’une première atteinte du mal, loin de confé¬
rer l’immunité, prédispose d’ordinaire à une nouvelle atteinte.
La quinine qui est un merveilleux spécifique du paludisme,
parce qu’elle détruit les hématozoaires qui en sont les agents,
possède heureusement la propriété de prévenir l’infection
comme celle de la guérir.
Un grand nombre de médecins militaires anglais, américains,
français ou hollandais ont constaté, au cours d’expéditions
dans des pays insalubres, l’efficacité de la quinine employée
préventivement; en Algérie et dans plusieurs de nos Colonies,
en Italie, en Grèce, c’est la quininisation préventive qui joue le
principal rôle dans la lutte contre l’endémie palustre et les sta-
(0 La largeur des mailles de ces toiles ne doit pas dépasser
i mm.
Séance du i3 Juin 1917
453
tistiques démontrent que cette pratique donne partout les meil¬
leurs résultats. En Italie et en Grèce, des lois ont créé la
quinine d’Etat qui est vendue à très bas prix et distribuée gra¬
tuitement aux indigents dans les régions où sévit le paludisme.
On conçoit facilement que la quinine, donnée tous les jours
ou même tous les 2 ou 3 jours à un individu sain, à dose suffi¬
sante, rende cet individu réfractaire au paludisme; la quinine
absorbée passe dans le sang et son élimination est assez lente,
de sorte que les hématozoaires introduits dans l’économie par
les piqûres des Anopheles arrivent dans un milieu très peu favo¬
rable à leur développement et meurent ou ne produisent que
des formes atténuées du paludisme. Alors même que par la qui¬
ninisation préventive on n empêche pas l'infection de se pro¬
duire, on diminue beaucoup sa gravité, ce qui est un résultat
très appréciable ; on évite ces accidents graves, connus sous le
nom d’accès pernicieux, dont la marche est parfois si rapide
que le médecin 11 a pas le temps d intervenir bien qu il dispose
d’une médication héroïque.
La dose de quinine à prescrire aux soldats de notre armée
d’Orient pour les préserver du paludisme me paraît devoir être
de /jo cg. de chlorhydrate de quinine par homme et par jour,
sous forme de comprimés de 20 cg. chaque, à prendre un com¬
primé le matin et un comprimé le soir aux repas; si la distribu¬
tion de la quinine est difficile dans ces conditions, on pourra
faire prendre les deux comprimés au même repas. Le chlorhy¬
drate de quinine est mieux supporté par l’estomac que le sul¬
fate. La dose de 4o cg. de chlorhydrate de quinine est celle qui
est employée couramment en Italie, chez les adultes, à titre pré¬
ventif. En général, on n’observe ni troubles gastriques ni bour¬
donnements d’oreilles chez les sujets soumis pendant plusieurs
mois à cette médication, toutefois certaines personnes sont par¬
ticulièrement sensibles à la quinine et il y a lieu, chez elles, de
diminuer la dose ou de 11e la prescrire que tous les deux jours.
On ne peut pas s’en rapporter au soldat du soin de prendre la
quinine, les médecins des corps de troupe devront donc exercer
une surveillance rigoureuse pour s’assurer que la distribution
de la quinine se fait régulièrement et que les comprimés sont
avalés.
Il est à désirer que les officiers se soumettent comme les sol-
3i
454
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dais et les sous officiers à la médication préventive et qu ils
donnent ainsi le bon exemple.
L’endémo-épidémie palustre ne débute d’ordinaire en Grèce
qu’à la fin du mois de mai, il est donc probable qu’il suffira
d’instituer la quininisation à cette époque, mais il y aura lieu de
tenir compte des conditions météorologiques et de l’apparition
en plus ou moins grand nombre des Anopheles. Des médecins de
l’armée d’Orient, compétents en ces matières, seront consultés à
ce sujet. Il ne faudra pas attendre que les cas de fièvre palustre
de première invasion deviennent nombreux, à ce moment (en
tenant compte de la durée de l’incubation) le nombre des hom¬
mes infectés pourrait déjà être considérable. La quininisation
préventive sera continuée jusqu’à la fin d’octobre.
Les malades atteints de paludisme sont une source d’infection
pour les sujets sains partout où il existe des Anopheles , ils ne
seront pas conservés dans les corps; ils seront envoyés dans les
ambulances ou dans les hôpitaux où il sera possible de leur
appliquer un traitement intensif et de les évacuer sur des loca¬
lités salubres en cas de formes graves.
Lors des visites mensuelles de santé, les médecins des corps
de troupe s’efforceront de dépister les formes apyrétiques, sou¬
vent méconnues, du paludisme ; l'anémie, l’hypersplénie et, au
besoin, l'examen du sang leur fourniront les éléments du dia¬
gnostic.
La population indigène qui se trouve à proximité des campe¬
ments des troupes est souvent, pour ces dernières, une cause
d’infection dans les pays palustres; les enfants surtout, atteints
de formes plus ou moins latentes du paludisme, ont souvent des
hématozoaires en grand nombre et contaminent, par suite, les
Anopheles . Il y aura lieu d’éviter les cantonnements dans les
localités fortement infectées ’ (l'infection étant dénoncée par
l’hypertrophie de la rate des enfants) ou de faire en sorte que
les habitants de ces localités soient soumis à la quininisation
préventive, prévue d’ailleurs par la Loi, en Grèce.
3° Causes prédisposantes ou aggravantes du paludisme . —
Parmi ces causes, il faut citer en première ligne le surmenage;
par les journées chaudes de l’été, les fatigues seront évitées au
soldat autant que le permettront les nécessités de la guerre;
Séance du i3 Juin 1917
455
l'habillement sera en rapport avec la saison; le casque métalli¬
que qui prédisposerait les soldats aux insolations sera porté le
moins possible en plein soleil ; pendant les marches, on déchar¬
gera les fantassins dans la mesure du possible.
Les noirs et les indigènes d’Algérie qui résistent beaucoup
mieux que les Européens au paludisme seront employés de pré¬
férence aux travaux de terrassements.
L’eau souillée que boivent souvent les habitants des régions
marécageuses ne donne pas la fièvre palustre, mais elle produit
des troubles des voies digestives et souvent de la dysenterie, qui
prédisposent à l’infection palustre ou l’aggravent; une eau pota¬
ble de très bonne qualité devra donc être mise à la disposition
du soldat. Les boissons toniques : vin (en petite quantité), infu¬
sion de café ou de thé sont à recommander.
L’abus des boissons alcooliques constitue un grand danger;
l’alcoolisme est souvent associé au paludisme dans la produc¬
tion des accidents pernicieux; des mesures très sévères devront
être prises pour empêcher la vente de toute boisson alcoolique
au soldat.
Des conférences faites par les médecins militaires aux offi¬
ciers sur les mesures à prendre pour se préserver du paludisme
rendraient, je crois, de grands services; les officiers, dans des
causeries avec leurs hommes, pourraient ensuite insister sur le
rôle et l'importance des mesures prescrites.
/
Boutons d’Orient chez un Mandrill
Par A. LAVERAN
Dans des séances antérieures, j’ai fait connaître que j’avais
obtenu de beaux boutons d’Orient, chez différentes espèces de
singes, par inoculation sur des soumis infectées de L. tropica. A
la liste des singes qui se sont montrés sensibles au virus du
bouton d’Orient, je puis ajouter aujourd’hui le mandrill ( Mor¬
mon maimori).
Le 20 avril 1917, j’ai inoculé, par mon procédé ordinaire, un
mandrill adulte que notre collègue M. Mesnil avait bien voulu
mettre à ma disposition. Le virus a été fourni par une souris
456
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
infectée de L. tropica ; 3 piqûres ont été faites à la face externe
de la cuisse droite.
Le 26 avril, on sent aux points d’inoculation, de petites indu¬
rations qui donnent à la ponction des Leishmania nombreuses.
Les boutons augmentent de volume les jours suivants. Le
11 mai, ils ont le volume de très gros pois, et commencent à
s’ulcérer; dans le liquide puriforme qu’on obtient par la ponc¬
tion, on trouve des Leishmania non rares.
16 mai, les 3 boutons ont augmenté encore de volume, ils sont
largement ulcérés et suppurent ; dans le pus, on trouve des para¬
sites rares et en mauvais état.
20 mai, les boutons sont toujours très gros, les ulcérations se
recouvrent de croûtes; dans le pus recueilli au-dessous des
croûtes, on 11e voit plus de Leishmania.
5 juin, les boutons sont moins gros; les ulcérations, en voie
de cicatrisation, sont couvertes de croûtes.
10 juin, les ulcérations sont cicatrisées, on ne trouve plus, à
l’emplacement des boutons, que des cicatrices banchâtres et de
petites indurations intra-dermiques.
De l'existence à Mazagan et dans le Cercle
des Doukkala (Maroc Occidental)
de Trypanosoma Lewisi Kent et de
Trypanosoma Duttoni Thiroux,
Par P. DELANOË .
Les rats [Mus alexandrinus Geoffroy (i)) que nous avons cap¬
turés soit à Mazagan, soit à Azemour, soit dans divers postes du
bled Doukkala : Dar Caïd Bonchaib el Kébir, Sidi Smaïn, Sidi
Ben Nour, Dar Caïd el Kellali, Cap Blanc, on été fréquemment
parasités par T. Lewisi , si bien que l’on peut dire que ce trypa¬
nosome est communément répandu dans tout le Cercle des Douk¬
kala.
(1) Mes animaux ont été déterminés par M. le Professeur Trouessart du
Muséum. Je suis heureux de le remercier ici.
x Séance du i3 Juin 1917 457
/
A Mazagan, le pourcentage des rats infectés a été plus élevé
dans certains foundouks que dans d’autres. J’ai souvenir d’un
fonndouk où se trouvaient logésen 1 9 1 5 les chevaux des troupes
marocaines et où la presque totalité des rats était trypanosomée.
Durant le mois de décembre 1916, j’ai examiné à Mazagan
44 Mus ale xandr inus capturés par le Service Sanitaire Maritime
dans divers endroits de la Ville. Sur ce nombre, 11 étaient try-
panosomés, soit exactement 26 0/0.
Les gerbilles, Meriones Shawi Duvernoy, existent en grand
nombre dans le Cercle des Doukkala. J’ai examiné plus de
3o Meriones , toutes capturées à Dar Caïd Mohamed bel Mekki,
dans les Aounat, sans en rencontrer une seule trypanosomée.
Cependant, comme les rats d’Alexandrie, capturés aux endroits
même où ces Meriones existaient, étaient fréquemment trypano-
somés, j’ai été naturellement amené à me demander si ces ger¬
billes étaient sensibles à T . Lewisi.
J’ai pu ainsi corroborer les résultats des expériences que
Laveran et Roudsky ont les premiers faites dans ce sens.
Deux Meriones adultes inoculées dans le péritoine avec le sang
du cœur d’un Mus alexandrimis naturellement trypanosomé se
sont infectées. Mais chez l’une, l’infection a été localisée au péri¬
toine, c’est-à-dire au lieu de l’injection; la pullulation des try¬
panosomes a été peu importante et de courte durée. Chez l’autre^
les trypanosomes se sont généralisés : du péritoine, ils ont gagné
la grande circulation. Mais, même dans ce cas, l’infection a sur¬
tout été péritonéale : les trypanosomes très nombreux dans le
péritoine n’ont été qu’assez nombreux dans le sang. L’infection
du péritoine a été plus longue que celle du sang : elle dura
i4 jours. >
* *
T. Dutloni Tiiiroux est beaucoup moins répandu à Mazagan
que T. Lewisi Kent.
Au début de l’année 1915, j’ai capturé à l’ancienne Infirmerie-
Ambulance une souris grise dont le sang contenait de très rares
trypanosomes adultes. Ce virus fut perdu.
En décembre 1916 et en janvier 1917, j’ai examiné 43 souris
grises ( Mus musculus spretus Lataste, i883). Une seule était try¬
panosomée. Les trypanosomes étaient nombreux et tous au stade
458
Bulletin l>e la. Société de Pathologie exotique
Sur les préparations colorées au Pappenheim, voici les carac¬
téristiques du trypanosome: membrane ondulante étroite et peu
colorée, cytoplasme bleu sans granulations chromatiques, noyau
et flagelle roses, blépharoplasle violet foncé.
En prenant la moyenne des mensurations de 6 trypanosomes,
nous avons obtenu les dimensions suivantes :
Longueur totale du trypanosome 35 g 4.
Longueur de la partie libre du flagelle 6 g 3.
De l’extrémité postérieure au blépharoplaste 6 u 5.
Du blépharoplaste au noyau 8 u 3.
Longueur du noyau 4 u 3.
Nous avons, sans difficulté aucune, fait 3 passages consécutifs
par souris grises. Au cours de ces passages, 7 souris sur 7 se
sont infectées.
L’immunité naturelle de la souris grise paraît donc plutôt
\
exceptionnelle.
Travail du laboratoire du Groupe Sanitaire Mobile des
T) ou kkala -A b d a .
Au sujet de l'existence dans le Cercle
des Doukkala (Maroc Occidental)
de la sangsue de cheval,
Limnalis nilotica Savigny
. Par P. DELANOË
La sangsue de cheval se rencontre couramment dans le Cercle
des Doukkala.
Les norias (puits) sont, en été, souvent infestées de sangsues.
C’est en buvant l’eau de ces norias que les Arabes se contami¬
nent. Il n’est pas rare d’avoir à intervenir chez eux pour retirer
une sangsue soit du nez, soit de la bouche, soit de l’arrière-
gorge.
En octobre 191 4, j observais une algérienne de i3 ans. Cette
enfant présentait les symptômes les plus graves : une dyspnée
(1) Bulletin de ta Société de. Pathologie Exotique, t. VU, p. 628.
Séance du i 3 Juin 1917
459
intense, un cornage typique, une angoisse mortelle et une tem¬
pérature de 38°5. A l’auscultation, simplement quelques râles de
bronchite disséminés. La maladie avait débuté brusquement et
sans cause apparente. Bien que je ne constatasse pas la moindre
trace de fausse membrane, je me résolus à faire une injection de
4o cm3 de sérum anti-diphtérique. Le lendemain les phénomènes
dyspnéiques avaient brusquement cessé et les parents, à leur
grand étonnement, retiraient de la bouche de la malade une
sangsue dont ils n’avaient jamais soupçonné l’existence. La
bronchite, due sans doute au sang dégorgé par la sangsue dans
les voies aériennes, guérit en quelques jours.
Limnatis nilotica existe en abondance dans les sources du Gap
Blanc et dans les frais ruisseaux qui parcourent la belle oran¬
gerie de Mehioula.
Il est facile de comprendre que les chevaux soient fréquem¬
ment contaminés par cette sangsue.
En août 191/b 5 porcs d’un troupeau d’une quarantaine de
têtes sont morts asphyxiés par cette sangsue. Le traitement ins¬
titué par les indigènes a consisté à piler des oignons avec du
tabac et à verser prudemment ce liquide goutte à goutte dans
les narines et dans la gorge. Sous Linfluence de cette mixture
irritante, il paraîtrait que l’animal éternue et tousse violemment
et finit par rejeter les sangsues.
La meilleure façon de débarrasser les norias des sangsues,
c’est d’y mettre des anguilles. L’Oum-er-Rebia est dépourvu de
sangsues justement parce qu’il est peuplé d’anguilles.
Travail cia Groupe Sanitaire Mobile des Doukkala-Abda
>
L'Onchocercose aortique bovine
dans le Haut-Sénégal-Niger
h, • .!
Par Cu. GOMMES et P. DEVANELLE
11 y a quelques années déjà, A. Leger, dans sa communica¬
tion sur la Filariose humaine dans le Haut-Sénégal et Niger (1),
(1) A. Leger, La filariose humaine dans le Haut-Sénégal et Niger. Index
endémique de la région de Bamako. Bulletin Société Pathologie Exotique, 1912,
pp. fi i 8 à f>2 2 .
460
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
écrivait : « Les filarioses animales sont également fort répan¬
dues à Bamako. Des embryons sanguicoles ont été rencontrés
par exemple chez le veau, le chien, l’hyène et chez une forte
proportion d’oiseaux ».
Depuis l'un de nous a eu l’occasion de vérifier le fait chez le
bœuf, et de ses nombreux examens il résulte que cet animal
vient probablement en tète parmi tous les animaux filariés.
C’est en inspectant les viandes livrées à la consommation
publique que l’un de nous remarqua les faits suivants :
A l’incision destinée à découvrir le ganglion bronchique gau-
che chez les bovidés, il nous arriva plusieurs fois de sectionner
des corps d’apparence ganglionnaire, de grosseur variant de celle
d’un pois à celle d’une cerise. On reconnut rapidement qu’il
s’agissait de kystes parasitaires : à la section, le contenu appa¬
raissait caséeux, jaune, s’énucléant facilement et ayant une ten¬
dance nette à la calcification.
/
A un examen plus minutieux, il fut facile de se rendre compte
que ces nodules, bien que mobiles, avaient néanmoins des atta¬
ches conjonctives avec la tunique externe de l’aorte. Puis, sur
l’aorte elle-même, on constata la présence de bosselures corres¬
pondant à des lésions de même nature étroitement unies au vais¬
seau ou encore englobées complètement dans sa tunique externe.
A l’incision de l’artère, on retrouva des lésions analogues, mais
de moindre volume, dans l’épaisseur de la paroi, certaines
d'entre elles renfermant seulement une sorte de lymphe trans¬
parente, coagulée.
A l’examen de la face interne, on nota encore la présence de
kystes du volume d’une lentille et remplis d’un magma jaune
verdâtre. Enfin on trouva des trajets sinueux, tantôt sous l'en-
dartère, en saillie dans la lumière du vaisseau et remplis d’un
coagulum jaune brun, transparent, tantôt plus profonds et
apparaissant sous forme de sinusoïdes grisâtres, tranchant sur
la blancheur opaline du revêtement endothélial.
Ces diverses lésions se rencontrèrent sur l’aorte primitive,
l’aorte postérieure, sur une longueur de 3o cm. environ à
partir de sa naissance et sur les 10 premiers centimètres de
l’aorte antérieure. La crosse de l’aorte postérieure fut toujours
la région la plus abondamment pourvue.
Toutes ces lésions renfermaient un Nématode noyé dans le
magma des kystes ou caché dans les trajets sinueux. Il apparais-
Séance du i3 J
461
UIN I917
sait et soi lait pai tiellement au niveau des sections pratiquées
dans la paroi du vaisseau.
Kystes Filariens de l’Aorte
du Bœuf face externe (gran¬
deur naturelle).
1. Kystes Filariens.
2. Vaisseaux.
Tout semble donc se passer comme si le parasite pénétrait dans
la paroi des artères voisines du cœur et creusait une galerie
d’abord superficielle, puis de plus en plus profonde, pour arriver
à se trouver dans le tissu conjonctif périartériel.
Il s’enkysterait parfois et pour des raisons qui nous échappent
au cours des différentes phases de son travail de migration.
Systématiquement on pratiqua alors l’autopsie de tous les
cadavres de bovidés qui nous furent présentés, et il nous fut
donné de constater que, sur 198 animaux autopsiés, on retrouvait
sur 1 5 1 les lésions décrites, soit une moyenne de 76,30 0/0 des
aortes examinées.
L’examen microscopique du Nématode nous permet de le clas¬
ser parmi les Filariidés, mais les éléments de comparaison pour
une détermination exacte nous manquent ici.
M. Railliet. — L’examen des préparations jointes à la Note
de MM. Gommes et Devanelle montre que le parasite auquel ils
ont eu affaire n’est autre que l’ Onchocerca armillata Raill. et
Henry, 1909.
462
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ce parasite a été décrit et figuré pour la première fois en iqo5
par Lingard, qui Pavait trouvé dans la paroi de l'aorte des bœufs
et des buffles, dans l lnde anglaise.
Tuck (1907-1908) l'a vu également chez les bœufs des Etats
malais, alors que les buffles de cette région hébergeaient seule¬
ment Y Elæophora poelii.
Nous l'avions d’ailleurs observé déjà sur des fragments
d’aorte de zébu (et non zèbre, comme l'écrit Mason) qui nous
avaient été envoyés en 1902 par A. Vryburg, de Medan en Deli
(Sumatra).
Bernard et Bauche (1912) l’ont signalé chez les bœufs de
l’Annam, et l'étude de leurs exemplaires nous a permis, à
M. Henry et à moi, d'en préciser les caractères dans une certaine
mesure.
La Note de MM. Gommes et Devanelle élargit notablement
Paire de dispersion de ce Nématode, puisqu’elle établit sa pré¬
sence en plein centre africain.
On savait pourtant déjà qu’il existe en Afrique, car Mason l'a
signalé chez les bœufs et les buffles égyptiens, en lui attribuant
même la production des anévrismes si communs chez ces ani¬
maux, et dont Piot bey a publié de remarquables exemples.
Les lésions signalées par ces divers auteurs présentent cer¬
taines variations.
Ce qui frappe au premier abord tous les observateurs, ce sont
les lignes sinueuses très complexes et saillantes qui apparais¬
sent à la face interne de l’artère et correspondent aux vers logés
dans les tissus sous-jacents. L’endartère est d’ailleurs plissée,
parcheminée, épaissie. L’athérome et la calcification constituent
des lésions très fréquentes. Les parasites occupent la tunique
moyenne et donnent lieu à la formation de nodules pisiformes.
Tuck, qui a disti ngué cliniquement ces nodules à Onchocerques
(round blind tumo.urs) des nodules à Eléophores, écrit que la
majorité d’entre eux font saillie dans l'intérieur de l’aorte, mais
qu’il arrive éventuellement de les voir se manifester à la surface
externe de l’artère. Mason, de son côté, note qu’ils forment sou¬
vent des saillies hémisphériques dans la lumière du vaisseau.
Par contre, surl’aorte du zébu de Sumatra — où nous n’avions
trouvé que des Onchocerques femelles — nous ne les avons vus,
M. Henry et moi, qu’à la surface externe , sous la forme de petites
tumeurs globuleuses ou déprimées, du diamètre moyen de
Séance du i3 Juin 1917
463
1 cm., adhérant à la tunique externe par une surface notable¬
ment inférieure à leur diamètre (nodules en boulons). Et l’inci¬
sion de quatre de ces tumeurs nous a montré une cavité cloi¬
sonnée par de nombreux tractus, dans laquelle était enroulée
l’extrémité antérieure du parasite. Lingard a également décrit et
figuré ces nodules externes, et ces diverses observations concor¬
dent avec celles de MM. Gommes et Devanelle.
Bernard et Bauche, qui ont bien étudié leur constitution, n’ont
noté ni saillie interne, ni saillie externe.
Onchocerca arm ilia ta, Railliet et Henry
Extrémité postérieure du male X 3 00
Vue par la face veDtrale
Aorte Bœuf Haut-Sénégal et Niger
Ch. Commes et P. Devanelle, 1917.
Dans la description que nous avons donnée en 1912 de l’extré¬
mité caudale du mâle, la disposition des papilles génitales n’a
pas été indiquée d une façon tout à fait exacte. En réexaminant
nos préparations pour les comparer à celles de MM Gommes et
Devanelle, nous avons constaté notamment que plusieurs
papilles postanales avaient échappé à notre examen. A la vérité,
il semble exister, d’un individu à l’autre, des variations assez
marquées, qu’il s'agisse des parasites de l’An nam ou de ceux de
l'Afrique, de sorte qu’on ne peut fixer la formule papillaire avec
précision. Il n’est du reste pas très facile d’obtenir une prépara¬
tion parfaite, dans laquel le toutes les papilles soient bien appa¬
rentes. Aussi croyons-nous utile de donner la figure d’une extré¬
mité caudale bien étalée, trouvée dans l’une des deux prépara¬
tions de MM. Gommes et Devanelle, Des observations répétées,
464
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sur des matériaux frais, seront nécessaires pour faire connaître
les principales variations de la formule papillaire ; mais on devra
s’astreindre à noter exactement la position des papilles des
deux côtés du corps, car l’asymétrie est de règle dans ces formes.
Schislosomum Mansoni Sambon
à la Guyane Française
Par Marcel LEGEK
La Bilharziose intestinale, fréquente aux Antilles anglaises,
américaines et françaises, ainsi que dans la partie méridionale
des Etats-Unis, a été, à notre connaissance, signalée, dans
l'Amérique du Sud, au Brésil seulement (Piraja da Silva) (i).
En Guyane française, E. Brimont (2), qui s’est particulière¬
ment occupé du parasitisme intestinal chez les forçats, n’a
jamais rencontré Schistosomam Mansoni, malgré le grand nom¬
bre d’examens consciencieux qu’il a pratiqués (environ 900).
Blin (3), quia repris après Brimont la recherche méthodique
de l’ankylostomiase chez les transportés du Maroni, ne men¬
tionne pas la présence du trématode, bien qu'il ait examiné
871 sujets, ayant parfois des temps de séjour très longs dans la
Colonie.
L’infestation par Schistosomnm Mansoni a été signalée par
notre distingué confrère de Cayenne, le Docteur A. Henry (4),
actuellement mobilisé ; mais il s’agissait d’une Guadelou¬
péenne, en Guyane depuis 12 ans.
De même les trois cas, rapportés dernièrement dans son impor¬
tant mémoire sur la Pathologie de la Guyane française par
notre ami Tiiézé (5), ont trait à trois sujets, originaires des
Antill es françaises (Guadeloupe et Martinique), où cette infes¬
tation parasitaire est endémique. Nous répéterons avec Tiiézé,
(1) Piraja da Silva, Arch. Parasitologie, 1908, t. i3, p. 282.
(2) E. Brimont, Bull. Path. exotique, 1909, t. 2, p. 4*3 el p. 41 2 3 4 5^.
(3) Blin, Ann. Hgg. et Méd. col., 1914? t. 17, p. 1 49 -
(4) A. Henry, Revue Méd. et Hgg. trop , 1911
(5) Tiiézé, Bull. Path. exotique, 1916,1. 9, p 401 •
Séance du i3 Juin 1917
463
qu’il n’est pas en mesure d’affirmer que ce ne sont pas des cas
importés, bien que deux des parasités aient 6 et 12 ans de
séjour en Guyane.
Il est donc de quelque intérêt de relater les recherches que
nous avons effectuées à ce point de vue.
Depuis 8 mois, il nous a été donné de pratiquer l’examen
microscopique de 1.268 matières fécales, se rapportant à
801 sujets : militaires, malades de l’Hospice civil (1) ou de
l’Hôpital colonial, transportés en cours de peine ou libérés.
Nous avons rencontré les œufs de Schistosomum Mansoni
dans i4 cas, se divisant en 2 catégories ; Militaires : 12 ; Elément
pénal : 2. Nous n’en avons pas décelé, parmi la population
libre, chez les sujets hospitalisés à l’Hospice civil ou à l’Hôpital
colonial.
La Bilharziose intestinale existe donc à la Guyane. Le soldat
M.. , d ans les selles duquel nous avons trouvé des œufs non
rares de Schistosomum Mansoni , était né dans le pays, et ne
l’avait jamais quitté ; il a toujours habité Cayenne ou la côte,
sans jamais monter dans les placers de l’intérieur de la Colonie.
La Bilharziose intestinale existe à l’exclusion de la Bilharziose
vésicale. Jamais, dans nos examens assez nombreux d’urines
chyleuses ou hématiques, nous n’avons rencontré autre chose
que des embryons de Filaria Bancrofti.
Aucun des sujets, dont l'examen des selles était positif, ne
(1) Il nous est agréable de remercier M. le Docteur Brkmond, Directeur de
l’Hospice, qui nous a largement ouvert ses salles.
466
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
présentait de symptômes dysentériques ou diarrhéiques; aucun
d’eux ne mentionnait dans ses antécédents une affection intesti¬
nale de quelque durée. Le libéré Hu . avait, par exemple, déjà
séjourné à l’Hôpital de Cayenne 6 fois, sans que jamais il ne se
soit plaint de troubles diarrhéiques. II s’agit donc, dans nos
i4 cas, de porteurs de bilharzies, plutôt, que de bilharziens
vrais: nous avions fait remarque analogue, lors de nos recher¬
ches chez les jeunes soldats de la Guadeloupe, faites en colla¬
boration avec notre camarade Sauvet (i), glorieusement tué
depuis pour la Patrie.
Si Schistosomnm Man son i existe à la Guyane française, ce
parasite est rare, et cette rareté contraste avec sa fréquence à la
Martinique (Noc) (2) et à la Guadeloupe (M. Leger et Sauvet) ;
les relations sont pourtant incessantes entre notre Colonie con¬
tinentale et nos Colonies insulaires.
Nous pensons, en effet, que les onze autres militaires ainsi
que les deux libérés, qui figurent dans notre tableau général,
11’ont pas contracté sur place leur parasitisme. S’il en était ainsi,
il est non douteux que les Guyanais proprement dits auraient
été trouvés infestés dans une proportion plus élevée, et qu’il y
aurait un nombre considérable de sujets de l’élément pénal por¬
teurs du trématode, à cause de la promiscuité dans laquelle ils
vivent, et du peu de précautions hygiéniques qu'ils prennent.
Il est classique d’admettre qu’un individu contaminé par
Schistosomum hœniatobium qui se soustrairait à des infestations
nouvelles, en quittant par exemple la zone d’endémicité, a beau¬
coup de chances de guérir en 2 ou 3 ans. Les cas prolongés de
Bilharziose urinaire ne sont cependant pas exceptionnels. Chez
un malade de Sonsino (3), des œufs vivants étaient expulsés
avec l’urine 9 ans après que toute chance de réinfestation ait
disparu. Le garçon de laboratoire de la Faculté de Médecine de
Lyon (cas Brault, Lortet et Vialleton) (4) avait contracté la
maladie en Tunisie, i5 ans auparavant, durant son service mili¬
taire. La même longue durée a été mentionnée par Norman
Moore (5) chez 2 militaires de retour d’Afrique.
(1) M . Leger et Ch Sauvet, Hall. Pat h . exotique , 1914? t. VII, p. 71.
(2) F. Noc, Bull. Path. exotique, 1910 p. 27.
(3) P. Sonsino, Arc/i qén Médecine, 1876, vol 1, p. 662
(4) Lortet et Vialleton, Ann. Université Lyon, 1894, t. 9, p. 98.
(5) N. Moore, cité par C. Matois et M. Leger, art. Schistosomiase du Traité
Path. exotique de Grall et Clarac, t 6, p. i63.
Séance du i3 Juin 1917
467
On est beaucoup moins renseigné au sujet de la durée delà
vie de Schistosomam Mansoni. Les auteurs classiques n'en font
aucune mention. Le seul renseignement que nous possédions
est celui donné par Mathis et Baujean(i); leur malade avait
quitté la Guadeloupe, où il s’était infesté, et vivait en France
depuis 8 années.
Les 2 condamnés, que nous avons trouvés porteurs du tréma-
tode, se sont, à noire sens, infestés Fun en Algérie (Montenotte,
province d’Alger), l'autre en Tunisie (région de Gabès). L’infes¬
tation remonterait, chez le premier, à 29 ans, chez le second, à
27 ans.
On ne connaît encore aucun agent médicamenteux capable
d’agir sur le trématode adulte logé dans la veine porte et ses
branches. Les mesures de prophylaxie rationnelle doivent donc
être d’autant plus rigoureuses dans les pays où Schistosomam
Mansoni existe à l’état endémique.
Institut d' Hygiène de Cayenne.
Contribution à l’étude des Myiases
Par René MOUCHET
Pendant un séjour prolongé dans la région de la Lukuga-
Tanganika et dans le Sud-Katanga, nous avons eu l’occasion
d’observer un nombre assez considérable de cas de mviases cula-
nées sur l’homme et différents animaux. La région la plus spé¬
cialement étudiée a été celle comprise entre la côte ouest du lac
Tanganika et la rive nord de la rivière Lukuga.
La presque totalité des Européens ayant résidé dans cette
région ont été infectés de petits abcès cutanés à larves de mus-
cides. Nous avons pu en observer 11 cas.
1. P. B. (Greinerville). 3 larves : bras gauche (face post.), flanc droit,
pectoral gauche.
2. H. B. (Kangomba). 2 larves, 1 sur la face postérieure de chaque
cuisse.
3. D. V. (Mpala). Larves sur les bras.
4. D. (Voyageant sur la Lukuga). 13 larves dos et bras.
(1) Mathis et Bàujean, Bail . Soc. méd . chir, Indochine, mars 1910.
468
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
5. M. (Greinerville). 8 larves : bras, pectoral, omoplate et flanc gauche,
verge.
6. H. (Greinerville). I l larves : dos, cou, doigts.
7. B. (Greinerville) 3 larves : cuisse droite, pectoral et aisselle gauches.
8. L. (Greinerville). 5 larves : omoplate et flanc droits, épaule gauche.
9. M. D. (Greinerville) (amputé, au lit). 1 larve : avant-bras gauche.
10. L. P. (Kabwa-Lukwiba). 17 larves : dos, cuisse, bras, pénis.
11. M. M. (Greinerville). 2 larves : omoplate et flanc gauches.
ftatumbi
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Greinerville
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LugogofâO. \ q::-
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9 *fiibi Lugumbà >
Hiahdja. noo /l0° ■ \
* Mu/umba Mi tuba
HdbivadlrHwibc}
Par contre les noirs infectés sont plutôt rares. Nous n’en
avons vu que 3 cas :
1. Enfant au sein, 1 larve sur la joue.
2. Moke, infirmier, 1 larve sur la poitrine.
3. Bayo, soldat dysentérique, 2 larves : épaule gauche, flanc droit.
Les noirs connaissent parfaitement le parasite, pour l’avoir
vu fréquemment sur les chiens. Le nom indigène dans la région
est « Kiolo ». Certains d’entre eux affirment que cette larve n’at¬
taque pas l’homme.
Mais un animal sur lequel les larves sont généralement abon¬
dantes est le chien.
A Greinerville (900 m. d’altitude) où nous résidions habituel¬
lement, presque tous les chiens étaient infectés. On les trouvé
atteints de furoncles, même de petits anthrax d’où par la pres¬
sion on fait, avec le pus, jaillir la larve. Ces furoncles siègent
le plus communément aux flancs, ventre, cuisses, pattes, queue.
Séance du i3 Juin 1917
469
O11 peut néanmoins les trouver, mais beaucoup plus rarement,
en d’autres endroits : dos, nez, oreilles.
En fouillant les cases indigènes, un fait nous frappa immédia¬
tement, c’est que les rats et les souris étaient infectés d’une façon
pour ainsi dire constante (abcès aux pattes, ventre, queue,
bourses).
Mais tandis que chez le chien des larves en abondance déter¬
minent seulement un affaiblissement passager, la souris et le
rat peuvent mourir, ou parfois perdre un membre, du fait du
parasite.
Parmi les spécimens étudiés au laboratoire, nous avons eu
6 décès : 4 par gangrène d’un membre,
1 d’un vaste abcès de la parotide,
I d'un abcès du psoas et gangrène rétro-péritonéale (des
larves existaient dans les abcès).
Nous avons pu nous procurer tant dans les maisons d’Euro¬
péens que dans les cases indigènes: 19 rats et souris; 17 étaient
infectés.
Comme nombre de ces rongeurs habitent les herbes, nous
avons également recherché ceux-ci. Sur 22 rats et souris captu¬
rés dans la brousse, aucun ne s’est montré porteur de larve.
II s’ensuit donc que seuls les animaux vivant dans les maisons
en sont atteints.
Au cours d’un voyage dans la région, nous avons continué
nos observations dans différents villages :
Katumbi (920 m. d’altitude) \ ? ch,ienst ; 2 lnff'l(és-
v * ( o rats ; tous infectes.
Molumba-Kiluba (Alt. 1080 m.) Chiens i vus 9 ; atteints 8
v ’ { liq ts et souris ; vus 1 1 ; atteints 9.
Bibi-Lugumba (Alt. 1100 m.) Vu 2 chiens ; pas de larves.
Nous n’avons pu capturer aucun rat ou souris dans ce dernier village.
Un ancien du village, interrogé, déclare connaître parfaitement le para¬
site. Il nous dit spontanément qu’il y a quelques années les chiens en
étaient atteints et qu’il y avait des rats dans le village. Les Arabes, ayant
introduit des chats domestiques, les rats ont disparu et le « kiolo » n’a
plus été vu.
Kiandjà (hameau à 2 km. du même village). 2 rats infectés.
Kampunda (Alt. 1.100 m.). 2 chiens non infectés. « lviolo » inconnu.
Lugogo (Alt. 1.400 m.). 2 chiens indemnes, 23 rats infectés « lviolo »
inconnu.
Kakinga (Alt. 1.320 m.). 1 chien, 12 rats et souris indemnes. « lviolo»
inconnu.
32
470
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le parasite semble donc localisé aux environs de la rivière et
da lac. Si I on tient compte des altitudes, cela concorde avec
l’opinion émise parRoDHAiN, Pons, Van den Branden et Bequaert
dans le Rapport de la Mission scientifique du Katanga (1910-
1912). _ _ -
Cependant, à Elisabethville (Alt. environ i.4oo m.),où notam¬
ment ils n’ont relevé aucun cas, nous avons pu constater le para¬
site sur quatre Européens, deux enfants et deux adultes.
Quant à 4’animal de prédilection comme hôte, nous pensons
que le rat et la souris sont, plus habituellement que le chien, les
porteurs de la larve. L’abondance marquée des parasites chez ces
rongeurs et la disparition du « Kiolo » à Bibi Lugumba, sont
frappantes. Au surplus le mode d’infection correspond égale¬
ment bien à ces animaux.
La Mission Scientifique du Katanga croit en effet que la
mouche ne pond pas sur l’hôte directement, mais dans les
endroits où ceux-ci se couchent d’habitude et où persiste leur
odeur.
Or le chien vit, au moins tout le jour, hors de la case ; le rat et
la souris ne la quittent guère. La ponte se ferait donc de préfé¬
rence dans leurs nids.
Remarquons encore la fréquence plus marquée de l’infection
de l’Européen par rapport au noir. L'Européen, dormant dans
un lit, la mouche trouve un endroit chaud où elle pond; l’œuf,
posé sur les draps, s'y développe en une larve qui pénètre sous
la peau!
Le nègre dort généralement sur une couche de roseaux secs ou
sur une planche, conditions moins favorables à la ponte.
Ayant été infecté nous-même, nous avons pu suivre la marche et l’évo¬
lution du furoncle. Nous avons constaté d’abord (flanc gauche) une petite
rougeur avec une petite pointe et une croùtelle. La rougeur s’étend et au
centre apparaît une tâche jaunâtre. Sur un des côtés du cône vers la
pointe, se montre un petit orifice de 1 à 2 mm. par lequel on aperçoit l’extré¬
mité postérieure de la larve dont on peut même voir les stigmates L’abcès
atteint 3 à 4 cm. de diamètre, avec empâtement de la peau avoisinante,
et alors dans la tache jaune on voit une large ligne grisâtre représentant
le canal où vit la larve. La lésion produit par instants des douleurs lanci¬
nantes et on a nettement l impressiôn de sentir la larve se contracter et se
mouvoir. Le prurit est assez sensible, surtout le soir. 9 jours après, la
larve s’élimine spontanément par contraction ; on voit nettement, à travers
sa cuticule, du sang dans son tube digestif. Le furoncle guérit normale¬
ment. La larve mesurait 14 mm. de long.
Généralement la larve adulte atteint de i4 à 18 mm. Ella
Séance du i3 Juin 1917
471
présente les caractères généraux des larves de Muscides :
12 anneaux, le maximum de diamètre au 8e. Les anneaux anté¬
rieurs apparaissent pointillés de noir par la présence de fines
épines plus rares aux derniers segments. Le Ier anneau porte
2 pièces courtes et 2 crochets noirs. Le 2e anneau montre les
stigmates antérieurs, le dernier, tronqué, présente les stigmates
postérieurs, ovales, dont le pèritrème a 3 fentes ondulées, brunes,
presque parallèles.
Nous avons fait de nombreux essais de culture ij mais, à l'en¬
contre de ce que Ton observe chez les Muscides ordinaires, les
petites larves meurent rapidement en terre humide; de même
des essais sur sang, pus, cadavres d’animaux à 37°G, n’ont pas
réussi. La larve semble bien être exclusivement adaptée à la
vie sur un hôte vivant.
Mais on obtient facilement la transformation de la larve
adulte. Déposée sur terre sèche ou poussière, elle forme une
pupe en 24-28 h. De 10 à 16 jours après on obtient la mouche.
Sur fi cultures ainsi faites, nous avons fait éclore 2 variétés
de mouches :
5 essais donnèrent 12 mouches Cordylobia anthropophaga Bl.
1 essai donna 2 mouches Sarcophaga hœmorrhoïdalis Mejg.
= miras Rdi (i).
Ces dernières ont été les seules de cette espèce que nous
ayons obtenues, par élevage. Les deux espèces de mouches sont
très abondantes dans les maisons; une chasse rapide dans une
habitation en pisé nous permit d’en capturer plus de 3o.
Conclusions. — Les 2 mouches Cordylobia anthropophaga et
Sarcophaga nuras Bdi, à larves cuticoles, existent dans presque
tout le Katanga. Elles ont une prédilection pour les zones d’al¬
titude moyenne, mais peuvent néanmoins se trouver sur les
hauts plateaux.
Eli es ont comme hôtes habituels : le rat, la souris, et proba¬
blement le chien. L’homme est un hôte occasionnel fréquent.
Il existe au Congo Belge une série d’autres larves de Muscides
pouvant habiter l’homme et les animaux, mais occasionnelle¬
ment.
Nous rappellerons le cas de myiase intestinale publié dans le
(1) Déterminations de M. Roubaud.
472
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Bulletin de la Société de Pathologie Exotique , t. V, n° 7 (1912) dû
à Chrysomyia chloropyga et C. putoria.
Nous avons observé en 1912 à Léopoldville (Moyen-Congo),
sur une plaie de la tête d’un bœuf, une grande quantité de larves
de 2 espèces. Elevées elles ont donné :
Chrysomyia megacephala Fabr.
Lucilia sericata Meig. Dét. Bezzi. Turin (1).
En 1914 au Tanganika nous avons vu 2 chèvres du même
troupeau présentant aux pattes dénormes plaies grouillantes
de larves d'environ 12 mm., les os étaient mis à nu. Les bêtes
moururent. Les larves cultivées donnèrent de nombreuses mou¬
ches de même espèce : Chrysomyia bezziana Yill (2) == mega¬
cephala Fabr.
Enfin nous tenons à signaler la présence fréquente dans le
nez et les sinus nasaux de certaines grosses antilopes (plus spé¬
cialement celle désignée par les indigènes sous le nom de
u Kondji » de grosses larves d’Œstrides ayant de 25 à 3o mm.
de long. Plusieurs essais d’élevage sont restés infructueux.
Quelques larves ont donné une pupe en 2 jours mais nous
n’avons pas pu obtenir de mouche.
A propos de la communication de M. Mouchet
« Contribution à l'Etude des Myiases »
Par E. ROUBAUD
La My iase sévissant sur les rongeurs, les chiens et l’homme
que signale M. Mouchet dans son intéressante étude, n’est autre,
d'après les matériaux qui m’ont été soumis par M. Laveran, que
la myiase . furonculeuse d’Afrique à Cordylobia anthropophaga
Em. Blanchard. La larve, qui se développe dans des tumeurs
cutanées percées d’un orifice béant, largement et constamment
ouvert, a été découverte au Sénégal en 1862 par Coquerel et
(1) Chrysomyia megacephala Bezzi doit, d'après Villeneuve, porter le nom de
Ch. bezziana ( Pgcnosoma ).
(2) Dét. Boubaud.
Séance du i<3 Juin 1917
4 73
Mondière ;|el I e est habituellement désignée en Afrique Occiden¬
tale sous le nom de Ver du Cayor.
En 1905, Dônitz a décrit sous le nom de Cordylobia miirinm ,
une mouche provenant de tumeurs à larves rencontrées par
R. Koch, dans l’Afrique Orientale Allemande, sur des rats. Le
parasite avait déterminé par son abondance une épidémie meur¬
trière sur ces rongeurs, comparable à une épidémie pesteuse. J’ai
montré, dans mon étude monographique sur le Ver du Cayor (1 )
que l’espèce de Dônitz n’avait aucune raison d’être conservée
et qu’elle était identique à Cordylobia anthropophaya E. Bl.
L’infestation naturelle des rats par le Ver du Cayor signalée
par différents auteurs a été bien observée notamment à la Côte
d’ivoire par Delanoe. Sur 128 Aruicanthis, capturés à l'état sau¬
vage aux environs de Bouaké par cet observateur, i5 ont été
trouvés porteurs de larves. Il résulte de ces observations et
d’autres analogues que les petits rongeurs vivant dans le voisi¬
nage de l’homme constituent avec les chiens le réservoir natu¬
rel du parasite. J’ai insisté déjà sur ce point. Quant à la conta¬
mination de l’homme, elle ne se fait habituellement que d’une
manière, pour ainsi dire accidentelle.
Les larves primaires écloses des œufs peuvent attendre dans
la poussière du sol pendant au moins une quinzaine de jours
qu’un hôte favorable passe à leur portée. Grimpeuses et mobiles,
ces petites larves s’accrochent aux vêtements, au linge, aux
draps de lit qui effleurent le sol et peuvent ainsi parvenir j usqu’à
la peau. Les vêtements et les draps imprégnés de sueur peu¬
vent aussi, dans certains cas, recevoir la ponte de la mouche,
mais en aucun cas l’infestation ne peut se produire par des
œufs déposés directement sur la peau.
Le deuxième type de mouches obtenues par M. Mouchet par
culture des pupes de myiase, Sarcophaya nurus Rdi, = hœmor-
rhoïdalis Meig. 11’est point un agent spécifique de myiase furon-
culeuse. C’est un Muscide sarcophage banal, très répandu aussi
bien en Afrique, en Asie et en Amérique qu’en Europe, et dont
les larves vivent soit dans les excréments, soit sur la viande
pourrie, occasionnellement dans les plaies. Il s'agit certainement,
(1) Voir Etudes sur la Faune Parasitaire de l’Afrique Occidentale française.
Premier fascicule. Paris, Larose, 1914* Fer du Cayor et la Myiase furon -
culeuse, pp. 114*169.
474
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans l'observation de M. Mouchet, d’une infection secondaire
de tumeurs à Cordylobia nécrosées.
C’est là d’ailleurs un fait accidentel et l’association des deux
parasites n’est nullement obligatoire. Il ne convient donc pas
d’étendre à la larve de Sarcophaga miras le qualificatif de larve
cuticole et de généraliser à cette espèce, ubiquiste, les notions
de répartition géographique acquises pour l’agent de la myiase
fu ronculeuse.
La Myiase à Chrysomyia bezziana Vill. ( megacephala Fabr.
ap. Bezzi) est une myiase spécifique du bétail en Afrique tropi¬
cale. Son observation sur les chèvres vient étendre la liste des
hôtes actuellement connus de ce parasite (i), qui infeste de pré¬
férence les bovidés.
Propriétés venimeuses de la sécrétion
parotidienne chez les Colubridés
Aglyphes des espèces Lycodon aulicus,
Dendrophis piclus et Zamenis mucosus
Par Mme PHISALIX et le R. P. F. CAIUS
Les recherches antérieurement commencées pour saisir l’ap¬
parition de la fonction venimeuse chez les Ophidiens et l’ex¬
tension qu’elle prend dans cet ordre des Reptiles nous ont
amenés à ajouter deux espèces nouvel les, Dendrophis pictas Boié,
et Lycodon aulicus Lin., à la liste de celles dont la sécrétion
parotidienne est nettement venimeuse.
Nous avons en outre fait une étude assez complète de cette
sécrétion chez Zamenis mucosus Lin., dont, en i902,Alcock et
Rogers avaient signalé l’action convulsivante chez le rat. La
confirmation de ce fait était d’autant plus intéressante que, chez
deux espèces européennes de Zamenis ( Z . gemonensis et Z. hip-
pocrepis ), nous ne l’avons pas observée.
IO,
(i) Voir E.Roubaud el R. Van Saceghkm, Bull . Soc. Path. Exot t. IX, no
191O, p. 765.
475
Séance du i3 Juin 1917
i° Lijcodon aalicus Lin.
Cette espèce, qui vit dans des régions très différentes, est assez
commune aux Indes. D’après Aug. Duméril, elle se nourrit par¬
ticulièrement de petits animaux, Rongeurs, Insectivores, Lézards,
qu’on retrouve dans le tube digestif des sujets nouvellement
capturés.
C’est un serpent de la taille de nos Vipères de France, attei¬
gnant au plus 70 cm. de long, d’après les spécimens des col¬
lections d’Herpétologie du Muséum.
Il est remarquable par sa dentition, où non seulement les der¬
nières dents maxillaires sont plus grosses que les autres, mais
par les autres crochets pleins situés en avant du maxillaire, et
qui lui donnent l’apparence d’un Elaps.
La glande parotide est volumineuse; elle dépasse la commis¬
sure labiale en arrière, et s’étend jusqu’à l’écaille frênaie en
avant, se continuant à ce niveau par le cordon des glandes
labiales supérieures.
Cette glande et les crochets maxillaires auxquels aboutit son
canal excréteur constituent, au sillon près du crochet, un appa¬
reil venimeux aussi perfectionné que celui des Opistoglyphes, et
la couleuvre qui les possède n’est plus à sa place biologique
parmi les Couleuvres Aglyphes, qui d’ailleurs ne sont pas toutes
aussi « innocentes » que le supposait Duvernoy. Fayrer a rap¬
porté en 1874 un cas de morsure chez un coolie et les accidents
consécutifs, qu’il attribua à la peur.
Action sur les petits oiseaux : Mania malacca Blyth. — Une
seule expérience a été faite avec la sécrétion parotidienne d’un
petit sujet 5 nouvellement capturé, et dont le poids des glandes
à l’état frais ne dépassait pas 2 mg.
Le Mania d’un poids de i4 g. 5, reçoit dans le muscle pecto¬
ral 1 cm3 de l’extrait aqueux, et neutre au tournesol, correspon¬
dant aux deux glandes.
Les accidents précoces se traduisent par de la dyspnée et de
l’affaiblissement musculaire. Environ 1 h. après l’inoculation,
le sujet devient somnolent, et présente de la paralysie des mus¬
cles moteurs des ailes. En même temps, la dyspnée augmente, et
l’oiseau maintient le bec ouvert (78 inspirations à la minute).
Une heure et demie après l’inoculation, la respiration se ralen-
476 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lit. le corps s'affaisse sur les tarses, l'oiseau se raidit, et meurt
par arrêt de la respiration.
L’autopsie, faite aussitôt, montre que le cœur continue à battre
encore quelques minutes. Les poumons sont fortement conges¬
tionnés, et dans le muscle inoculé, existe un gros épanchement
hémorragique.
2° Dendrophis pictas Boié
Cette belle couleuvre appartient à la faune indo-malaise, et
peut atteindre i m. 20 de longueur.
Sa dentition ne présente rien de bien spécial : les dents maxil¬
laires sont disposées en série continue, les dernières toutefois
un peu plus fortes que les antérieures.
La glande parotide, très développée, s'étend depuis la com¬
missure labiale en arrière jusqu’à la verticale passant par le
bord antérieur de l’œil.
Action sur les petits oiseaux : Plocens baya Blyth. — Chez le
sujet de petite taille qui a servi à notre essai, les deux glandes
parotides ne pesaient à l’état frais que 3 mg. L’extrait aqueux
de ces deux glandes, neutre au tournesol, soit 1 cm3 de liquide,
a été inoculé dans le muscle pectoral d’un Plocens , petit passe¬
reau du poids de 21 g.
L’oiseau manifeste aussitôt de l’agitation : il a des mouvements
convulsifs du cou et du claquement du bec. Puis survient une
courte phase de calme relatif, pendant laquelle on observe un
peu de dyspnée.
12 m. après l'inoculation, le sujet s’affaisse sur les tarses,
incapable de marcher et de voler. En même temps la dyspnée
augmente.
Au bout de 26 m. toute excitabilité est abolie; l'oiseau a des
soubresauts, puis il tombe sur le flanc, les pattes et la queue
agitées de frémissements, et il meurt.
L’autopsie immédiate montre qu’il y a déjà de la rigidité cada¬
vérique; le cœur est arrêté en diastole ; les poumons sont forte*
ment congestionnés, mais le sang en est vermeil ; il existe de
l’œdème hémorragique au lieu d’inoculation.
Le venin de Dendrophis se comporte donc un peu différem¬
ment de celui de la plupart des C. Aglyphes jusqu’ici examinés;
il possède en effet une action légèrement et secondairement con-
Séance du i3 Juin 1917
477
vulsivante, analogue à celle du venin d ’Helicops schistosus, action
qui s'exalte, comme nous le venons, dans l’espèce suivante.
3° Zamenis macosus Lin.
Cette couleuvre du continent asiatique peut dépasser 2 m. de
longueur. Ses dents maxillaires sont disposées en série continue,
les deux dernières étant plus développées que les précédentes,
et parfois séparées d’elles par une barre.
Chez les sujets de diverses tailles qui ont servi à nos expérien¬
ces, le poids des deux glandes parotides a varié de 36 à 1 56 mg.
De ce fait, notre étude physiologique sur le venin de cette espèce
a pu être plus étendue, et se compléter de recherches chimiques
qui feront l’objet d’une publication spéciale.
Action sur les petits rongeurs : rat blanc. — Elle a été
essayée sur 4 sujets, et s’est montrée identique dans tous les cas,
avec une évolution plus ou moins rapide des symptômes.
L’extrait aqueux de l\o mg. de glande fraîche, dans 1 cm3 de
liquide, est foudroyant pour le rat blanc qui le reçoit dans le
péritoine ; la dose qui correspond à 9 mg. 5 de glande entraîne
encore la mort eu 2 h. 19 m. quand on l’inocule par la même voie.
L'envenimation chez le rat blanc alfecte l'allure suivante :
Aucun symptôme apparent dans la demi-heure qui suit l’inocu¬
lation ; puis la respiration devientdyspnéique ; le train postérieur
de l’animal s'affaisse, parésié, en même temps que se produit
de la narcose.
Il apparaît ensuite du hoquet, puis des convulsions d’abord
légères, mais qui augmentent progressivement de violence et de
fréquence jusqu’à la mort. „
A l’autopsie immédiate, on constate que le cœur continue à
battre pendant quelques minutes; les poumons sont distendus
et violacés.
Action sur les oiseaux : pigeon, Ploceus baya Blytii. — Par
inoculation intra-veineuse, la dose foudroyante pour un pigeon
du poids moyen de 200 g. correspond à l’extrait de i4 mg. de
glande fraîche. Le sujet meurt en quelques minutes dans des
convulsions généralisées.
. Cette même dose inoculée sous la peau entraîne encore la
mort en 21 m. avec les symptômes suivants ;
478
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L’inoculation est aussitôt suivie d’un affaiblissement muscu¬
laire, de dyspnée et de narcose ; i4 m., après la dyspnée augmente,
et il se produit des convulsions des pattes et de l’hypersécrétion
lacrymale.
La mort survient au cours de convulsions très violentes, le
cœur s’arrêtant 2 à 3 m. après la respiration, ventricules en dias¬
tole.
Cette symptomatologie est identiquement la même chez Plo-
cens baya.
Action sur les Batraciens : Rana tigrina Daud. — Les expé¬
riences ont porté sur une demi-douzaine de sujets qui ont
présenté les mêmes symptômes se déroulant plus ou moins rapi¬
dement suivant la dose inoculée ; nous ne rapporterons que l’une
de ces expériences.
Après l’inoculation intrapéritonéale de 1 cm* d’extrait, correspondant à
22 mg. de glande, à une Rana tigrina pesant 58 g., on n’observe pas d’action
immédiate; 15 m. après se produisent une dyspnée d’ailleurs fugace, puis
un affaiblissement musculaire qui s’accroît progressivement, laissant le
sujet dans l’immobilité.
2 h. 46 m. après l’inoculation, éclatent de soudaines convulsions des pat¬
tes postérieures, elles durent une vingtaine de minutes, au bout dequelles
la respiration pulmonaire s’arrête définitivement, le cœur continuant à
battre normalement. Après une heure de répit apparent, les convulsions
reprennent aux membres postérieurs, et de temps en temps aux pattes
antérieures. Vers la tin de l’envenimation, les battements du cœur se ralen¬
tissent, puis s’arrêtent 6 h. 40 m. après l’inoculation.
Les symptômes déterminés par le venin de Z. mucosas : dysp¬
née, affaiblissement musculaire progressif, hypersécrétion glan¬
dulaire, arrêt de la respiration avant celui du cœur, constituent
des particularités communes aux venins des trois espèces de
Zamenis que nous avons jusqu’ici essayées (2. hippocrepis ,
Z. gemonensis , et Z. mucosas). Quant aux convulsions qui se pro¬
duisent d’une façon tardive, elles se rapprochent par leur vio¬
lence, et quel qu'en soit le mécanisme, de celles que déterminent
les venins de Dryophis mycterisans Russel, de Daboia russellii
Shaw, de Salamandra maculosa Gray, et certains alcaloïdes
comme la brucine et la strychnine.
Atténuation du venin par la chaleur. — Le chauffage à 720 de
l’extrait aqueux de parotide de Zamenis n’atténue que d’une
manière très faible sa toxicité : la mort d’un Ploceus baya qui sur¬
vient en 32 m. avec l’extrait non chauffé de 11 mg. 5 de glande,
1
Séance du i3 Juin 1917
470
est seulement retardée, mais elle se produit encore en moins
de 2 h.
Il faut porter le liquide et le maintenir pendant 2 ou 3 m. à la
température d’ébullition, 101-102°, pour lui enlever son action
mortelle, encore détermine-t-il des troubles dyspnéiques qui
mettent plusieurs heures à disparaître.
Immunité naturelle. — Un autre Colubridé Aglyphe, Helicops
schistosus DAUD.,dont le venin a une action physiologique ana¬
logue, quoique beaucoup moins convulsivante, résiste, sans mani¬
fester aucun symptôme immédiat ou éloigné, à l’inoculation
sous-cutanée d’une dose d’extrait qui correspond à 18 mg. de
glande, et capable de tuer en quelques heures une Ranci tic/rina
de même poids.
Le Bufo melanost ictus Schneid. se montre encore plus résis¬
tant : un sujet pesant 27 g. n’éprouve aucun effet morbide après
l’inoculation intra-péritonéale de l’extrait de 22 mg. de glande,
dose qui tue la grenouille en 3 h. Il est vraisemblable que
les venins cutanés du crapaud, dont l’un est paralysant et l’autre
toni-cardiaque, ont quelque part dans la résistance de l'animal
au poison du Zamenis.
Nos derniers essais portent à 1 1 le nombre des espèces de Colu-
brid és Aglyphes dont la sécrétion parotidienne a jusqu’ici été
reconnue venimeuse ; ce sont :
Xenodon Boié : Xenodon severus Lin.
Tropidonotus Kuhl : T. natrix Lin., T. viperinus Latr., T. piscalor
Schneid .
Zamenis Wagler : Z. mucosus Lin., Z. yemonensis Laur., Z. hippo-
crepis Lin.
Coronella Laurenti : C. auslriaca Laur.
p
Helicops Wagler : H. schistosus Daud.
Ly codon part. B01É : L aulicus Lin.
Dendrophis Boié : Dendrophis piclus Boié.
La glande parotide existe chez tous les Colubridés Opistho-
glyphes et chez beaucoup de C. Aglyphes ; on la retrouve en
outre chez des espèces appartenant aux autres familles de Ser¬
pents; elle s’est montrée venimeuse dans les 10 espèces de C.
Aglyphes où nous avons expérimenté sa sécrétion ; mais ce nom¬
bre est encore trop restreint pour qu’on puise en tirer une con¬
clusion en ce qui concerne toutes les espèces où elle existe. Des
expériences, déjà en cours d’exécution, portant sur un plus
’ 'r
480 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
grand nombre de Serpents, nous renseigneront sur la significa¬
tion à lui donner, et nous diront si on doit considérer la paro¬
tide des Serpents comme une glande salivaire ayant secondaire¬
ment acquis des propriétés toxiques, ou bien comme une glande
primitivement venimeuse, cas auquel la venimosité appartien¬
drait à l’ordre entier des Serpents.
Laboratoire cL Herpétologie du Muséum.
Note sur le N'Goundou
Par BOTREAU-UOUSSEL
Au cours de mon séjour à la Côte d’ivoire, j’ai pu observer
jusqu’à ce jour 117 cas de n’goundou. En attendant que des
circonstances favorables me permettent défaire paraître un tra¬
vail d’ensemble sur le n’goundou, basé sur la publication in
extenso des 117 observations illustrées par la photographie, je me
propose de résumer ici, afin de prendre date, les principaux
points de mon travail.
Je suis intervenu 108 fois pour pratiquer l’ablation sous-
périostée des tumeurs paranasales. J'ai eu 107 guérisons et un
seul décès causé par une syncope chloroformique.
Pour les 9 cas non opérés : 2 ont refusé l’intervention chirur¬
gicale, 4 ont été jugés inopérables, soit à cause de l’étendue de
l’hypérostose de tout le maxillaire supérieur qui aurait rendu
nécessaire la résection du massif osseux entier de la face, soit
par suite de leur mauvais état général.
3 cas ne présentaient pas de tumeurs paranasales, mais sim¬
plement des hypérostoses diffuses de la face ou du maxillaire
inférieur.
Ces 1 1 7 cas peuvent se grouper de la manière suivante :
I. — N’goundou dont les tumeurs paranasales sont le seul
symptôme :
A. Tumeurs à croissance continue \ ?’ ^babhales . 23
( b. unilatérales .... 4
B. Tumeurs à croissance arrêtée ( a. bilatérales . 17
depuis plusieurs années. \ b. unilatérales .... 4
J
Séance du i3 Juin 1917
481
II. — N’goundou dont les tumeurs paranasales sont le
symptôme le plus frappant, mais qui présentent d’autres
hypérostoses :
A. Tumeurs à croissance continue \ a' bilatérales .
B. Tumeurs à croissance arrêtée S ?' bilatéiales * '
( 0. unilatérales . .
III. - N’goundou sans tumeur paranasale ou chez les¬
quels les tumeurs paranasales sont secondaires à côté des
autres hypérostoses :
A. Hypérostoses à croissance continue .
B. Hypérostoses à croissance arrêtée .
1 otal ........
40
2
17
3
o
2
117
Dans les cas où d’autres hypérostoses accompagnaient les
tumeurs paranasales, les os les plus fréquemment atteints
étaient :
Maxillaire supérieur en dehors des tumeurs paranasales . 14
Maxillaire inférieur . 13
Os de l’avant-bras . 4
Péroné . 4
Humérus . 2
Fémur . 2
Clavicule . 2
Os malaire . 1
Je n’ai jamais noté de lésions de l’omoplate, des os du bassin,
des côtes et de la colonne vertébrale. Le crâne m’a toujours
paru normal.
En ce qui concerne la pathogénie de cette affection, aucun
malade n’a présenté dans ses commémoratifs une phase d’infec¬
tion i ntra-nasale. Sauf un malade, qui a eu un épistaxis qui a
duré 3 h. au début d’une atteinte de pian trois mois avant l’appa¬
rition des tumeurs paranasales, aucun 11’a présenté d’écoule¬
ment d’aucune sorte par le nez.
Par contre, chez les très nombreux malades dont les commé¬
moratifs ont pu être établis d’une façon précise, j’ai toujours
noté la présence d’une maladie éruptive, appelée en agni « Dobé »
(N’goundou lui-même est un mot agni) durant de trois mois à
un an. Les premiers symptômes du n’goundou apparaissent soit
vers le dernier mois de cette éruption, soit dans les premiers
mois qui la suivent. Dans 6 ans cependant, soit que le dévelop¬
pement des tumeurs ait été insidieux au début, soit que leur
482
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
apparition ait été réellement tardive, le malade ne s’est aperçu
de leur présence que quelques années après l’éruption de Dobé.
J’ai pu me procurer plusieurs malades atteints de Dobé. Leur
seul aspect révélait le Pian. Le Dobé en présente tous les carac¬
tères cliniques : il en a la marche, la durée, la terminaison, il
est justiciable de la meme thérapeutique.
Avec la sérosité provenant des framboises, j’ai fait des frottis
traités par l’encre de Burri où j’ai trouvé de très nombreux spi¬
rochètes, ayant tous les caractères du S pirochæta pertenuis
Castellani : taille, tour de spire, nombre de spires, extrémités.
L'identification des parasites a été faite au laboratoire de Bassam
par le Docteur M. Blanchard qui a absolument confirmé mon
examen .
Ayant donc acquis la certitude que le Pian était le facteur
pathogénique du n’goundou, je me suis cru autorisé àinoculer
du virus pianique à 2 malades, les seuls qui affirmaient n'avoir
jamais présenté de dobé avant l'apparition du n’goundou. La
petite plaie d’inoculation a séché en 2 jours. Ces malades, obser¬
vés maintenant depuis trois mois et demi, n’ont présenté aucun
symptôme de pian. (J’étais prêt, bien entendu, à leur faire, si le
pian avait apparu, des injections intraveineuses de néo-arséno-
benzol.) V
Ayant trouvé très souvent tout le système ganglionnaire très
hypertrophié dans le n’goundou, j’avais espéré obtenir une nou¬
velle confirmation de mes constatations cliniques eu examinant
des frottis obtenus par la ponction des ganglions. Ces recher¬
ches, que je poursuis, sont restées négatives jusqu’à présent.
A l’autopsie du malade mort de syncope chloroformique, et
qui présentait, outre les tumeurs paranasales, des lésions de la
majeure partie du squelette, j’ai trouvé les tibias très augmen¬
tés de volume. Ils présentaient une énorme convexité antérieure.
Le tissu compact de la diaphyse avait complètement disparu et
l’os tout entier avait un aspect spongieux ou, pour mieux dire,
spongoïde suivant l’expression de Milian. Le canal médullaire
avait disparu et était remplacé par du tissu osseux à alvéoles
beaucoup plus larges cependant que celui du reste de la dia¬
physe. Ces alvéoles contenaient de la moelle rouge. Le péroné
tout entier, le cubitus, le radius, l’extrémité inférieure du fémur
et de l’humérus présentaient des lésions analogues.
Le n’goundou est donc loin d’être une maladie étroitement
m
Séance du i3 Juin 1917
localisée à la branche montante du maxillaire supérieur. C’est
une ostéite hypertrophiante systématisée, d’origine pianique.
Il ressortira encore mieux des observations que je publierai
ultérieurement, que, dans cette maladie, on peut, trouver suivant
les cas, soit les symptômes qui caractérisent le leonticisis ossea ,
soit ceux de la maladie de Paget, parfois même les symptômes
de ces deux maladies réunies. Ces deux ostéites hypertrophian-
tes étant très rares, cela donne à penser que le pian pourrait,
ainsi que toute maladie tropicale, exister au moins à l’état d’ex¬
ception en Europe, où il a pu d'autant plus facilement rester
méconnu que les lésions pianiques ressemblent à s'y méprendre
aux lésions papulo-ulcéreuses de la syphilis, maladie-sœur du
pian .
Cette hypothèse, si elle pouvait se vérifier, éclairerait d’un jour
nouveau tout le groupe encore confus des ostéites hypertro-
phiantes systématisées non encore classées.
M. Mesnil. — Dans sa très intéressante communication,
M. Botreau-Roussel établit d’une façon définitive que, dans le
goundou, l’ostéite hypertrophique 11’est pas limitée à la branche
montante du maxillaire supérieur. C’est une ostéite généralisée
comme celle que notre collègue Marchoux et moi-même (1 ) avons
décrite chez un cercopithèque callitriche et un cynocéphale
(Papio anubis ). Il y aurait pourtant une différence : alors que la
boîte crânienne de nos singes, — et Bouffard (2) avait noté le
même fait avant nous pour un cynocéphale, — avait ses parois
très-épaissies, elle ne serait pas hypertrophiée chez l’homme.
Nous nous croyons quand même autorisé à conclure à l’iden¬
tité du goundou humain et de l’ostéite hypertrophique généra¬
lisée des singes africains avec lésions rappelant le goundou.
Cette identité permettra, nous l’espérons, de résoudre expéri¬
mentalement le problème de pathogénie dont M. Botreau-Rous¬
sel préconise une solution.
(1) E. Marchoux et F. Mesnil, ce Bul/., t. IV, 1911, p. i5o.
(2) G. Bouffard, ce Bull., t. II, 1909, p. 216.
484
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
De la Pseudo-Agglutination
des globules rouges dans quelques affections
à parasites sanguicoles
Par L. MARTY
Dans la trypanosomiase, les globules rouges s’agglutinent par
tassement des piles de monnaie. Les piles en s’agglomérant
forment des amas, des taches, de couleur acajou, entourées de
globulides (i).
On observe, dans d’autres affections à parasites sanguicoles
(spirochétoses, paludisme, et, à un degré moindre, dans la fila¬
riose et dans l’amibiase intestinale), un phénomène analogue,
moins net, que, pour cette raison, nous appelons « Pseudo-
Agglutination » des globules rouges. Dans une préparation trop
mince, la pseudo-agglutination n’existe pas. Dans une prépara¬
tion épaisse, les globules rouges forment des flaques d’aspect
laqué, plus ou moins indépendantes les unes des autres. Elles
peuvent prêter à confusion avec l’agglutination de la trypanoso¬
miase. Aussi importe-t-il de n’examiner que des préparations
soigneusement faites :
Cueillir une goutte de sang de dimensions moyennes;
Déposer la lamelle sur la goutte de sang à l'aide d’une pince;
N’exercer sur la lamelle qu’une pression légère et uniformé¬
ment répartie, de façon à étaler la goutte sans F écraser.
A l’examen macroscopique, cette préparation n’offre aucun
caractère particulier. Au microscope, les piles de monnaie appa¬
raissent légèrement rapetissées, mais sans tassement par super¬
position. L’alignement des pièces dans la pile de monnaie n’est
pas parfait. Dans le voisinage de l’hémo-lut, les piles sont un
peu foncées en couleur, elles ont une tendance à se rassembler
et à prendre un aspect vernissé. C’est à peu près ce qu’on observe
dans les formes légères de la trypanosomiase et dans celles
qu’on peut considérer comme guéries par un long traitement.
Soumises à une compression passagère, les piles se disloquent,
(i) Voir le Bulletin de mai 1917, pp. 392-398.
Séance du i3 Juin 1917
485
sans se reformer, en taches de couleur acajou. Il est vrai que
même sort est réservé aux piles des trypanosomiases très légères,
d’où des difficultés d’interprétation.
Les caractères particuliers de l'hémo-lut (semis de globules
rouges très rapprochés les uns des autres) sans formation des
strates et des ondulations signalées dans la trypanosomiase»
typique 11e sont pas d'un grand secours. Car, s’il est vrai que
l’hémo-lut de la trypanosomiase type est formé de strates et de
boucles, dans les trypanosomiases légères, il est presque exclu¬
sivement formé par des globules rouges libres dans le sérum
surcoloré par l’hémoglobine.
Dans les affections parasitaires à pseudo-agglutination, la
déformation épineuse des globules rouges est plus longue à venir
que dans un sang normal.
La pseudo-agglutination que nous venons de décrire semble
relever du même mécanisme que l’agglutination de la trypano¬
somiase. La résistance à la désaggl utination, la formation de
taches de couleur acajou entourées de globulides sont des signes
de trypanosomiase. Malheureusement, ces signes de premier
ordre sont très atténués dans les trypanosomiases légères et
c’est alors que surgit la difficulté. Tout d’ailleurs concourt à
rendre l’interprétation difficile. La trypanosomiase, le palu¬
disme, la filariose, l’amibiase, les spirochétoses sont très répan¬
dues dans les régions équatoriales. Les cas de multiparasitisme
sont la règle.
Nous avons dit ailleurs qu’une, ou beaucoup mieux, plusieurs
injections d’atoxyl augmentaient l’agglutination-désagglutina-
tion dans la trypanosomiase. L’atoxyl est sans effet sur la
pseudo-agglutination des affections envisagées. Il faut, d’ail¬
leurs, prévoir le cas où le patient goûte peu les injections
d’épreuve. Elles entraînent, pour le moins, une perte de temps.
Les globulides sont concomitants des taches acajou; c’est
dire qu’ils sont rares et dispersés dans la trypanosomiase légère.
Ils manquent dans les cas de pseudo-agglutination.
Nous avons essayé de renforcer le pouvoir agglutinant des
globules rouges dans la trypanosomiase de façon à faire appa¬
raître nettement les taches acajou, même dans les formes
légères. Voici par quel procédé.
Dans une bonne préparation, le sang recouvre environ les 3/4
de la lamelle; il reste tout autour de l’hémo-lut un vide entre
33
486
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lame et lamelle. Au moyen d'un fil de platine recourbé à angle
droit, disposer sur le bord de la lamelle une goutte d une solu¬
tion à i/ooo de carbonate de potasse. Cette goutte pénètre sous
la lamelle par capillarité et vient rapidement au contact de
Thémo-lut. L’hémo-lut de la trypanosomiase résiste assez bien à
la désagrégation ; celui de la pseudo-agglutination est presque
instantanément désorganisé et entraîné par les courants. Les
agglutinats jaune citron, de caractères douteux, dans la trypano¬
somiase légère deviennent plus nets et de nuance acajou.
Les pseudo-agglutinats ne résistent pas. Dans les cas de
syphilis ou de paludisme en activité, il peut se former, au centre
de la préparation, en dehors des courants d’entraînement., de
tout petits agglutinats de 5 à 6 globules rouges, à contours irré¬
guliers, anfractueux, de couleur foncée. Il suffit d’exercer une
pression légère sur le centre de la lamelle pour les voir se
disloquer et mettre en liberté des globules rouges, déformés en
bissacs, que les courants emportent sans leur permettre de se
réagglutiner.
En résumé, la recherche de ragglutination-désagglutination
avec son cortège de globulides permet de diagnostiquer sans
difficulté la plupart des trypanosomiases. Dans les formes légères,
il faut recourir au traitement d’épreuve par l’atoxyl ou beau¬
coup plus simplement à l’imprégnation par une solution de
carbonate de potasse à i ooo. Ce sel de potasse, en augmentant
le pouvoir agglutinant des globules rouges, permet de différen¬
cier une agglutination faible de trypanosomiase, d’une pseudo¬
agglutination due à un autre parasitisme.
Expérience de lutte antiophtalmique
en milieu indigène algérien (1914)
Par Edmond SERGENT et Etienne SERGENT
En Algérie, les affections oculaires contagieuses, à allure
épidémique, extrêmement répandues, frappent particulièrement
les basses classes, les familles d’ouvriers indigènes, espagnols
ou italiens. Elles se propagent chez eux avec une étonnante
SÉANCE DU ï3 .1 U1N I <J 1 7
487
rapidité, et atteignent souvent les colons voisins, d'une classe
sociale plus élevée et d une hygiène mieux observée.
Ces maux d’yeux sont pour les classes pauvres indigènes,
pourtant si dures à la souffrance, une véritable torture. On est
saisi de pitié lorsque I on visite une tribu indigène au moment
où ces maux d’yeux sont fréquents (surtout en septembre et en
octobre). Les malades sont blottis au fond de leurs gourbis som¬
bres, la porte étant fermée, et si l’on déclare qu’on est médecin,
on voit aussitôt un vieux ou une vieille, montrant d’un index
tremblotant son œil clignotant et chassieux, demander avec
insistance le « doua el aïnin » (remède des yeux). 11 nous a été
donné d’assister dans une agglomération indigène à une épidé¬
mie meurtrière de paludisme à mortalité très élevée, coïncidant
avec une épidémie de conjonctivite aiguë contagieuse : au
milieu des mourants et des cachectiques, nous entendions sur¬
tout réclamer du « doua el aïnin ».
Les ophtalmies saisonnières en Algérie sont surtout dues au
bacille de Weeks et au diplobacil le de Morax (i).
Les soins continus , régulièrement quotidiens , sont une des prin¬
cipales conditions du traitement de ces maux d'geucc.
D'autre part , pour éviter leur extension épidémique , il est indis¬
pensable que les premiers cas qui éclatent dans une aggloméra¬
tion soient décelés et traités dès le début.
Nous avons voulu faire l’expérience suivante : voir s’il est
possible d’arrêter dès le début une épidémie saisonnière d’oph¬
talmie. Pour réaliser cette expérience, nous avons pensé à faire
appel aux agents du Service antipaludique, qui assurent tous les
jours la distribution de la quinine à domicile aux indigènes.
Nous nous sommes mis d’accord avec M. le D‘ Bertin qui assu¬
rait en 1914 le Service médical de Chéragas pour tenter cette
expérience dans le douar de Bni-Messous quininisé par le Ser¬
vice antipaludique. La même expérience a pu être organisée
aussi à Oued-el-Alleug en iqi4-
Les agents quininisateurs étaient: M. Caldero à Chéragas et
(1) H. Foley. Les ophtalmies contagieuses dans le Sahara oranais. Ann.
iV Oculistique, avril 1913.
L. Nègre et F. Gauthier Etude microscopique des conjonctivites observées
à Alger. Bull. Soc. Path. exol., t. VII, i/j janvier 1 9 1 4 -
488
Bulletin de la Société de Pathologie exoiique
M. Fiorio à Oued-el-Al leug. Par leur bienveillance, leur dévoue¬
ment. ils ont su gagner la confiance entière des indigènes; à
chacune de leurs tournées de quininisation, ils sont accueillis
avec joie par la population enfantine q ui accourt au devant deux.
Une deuxième condition primordiale était requise pour arriver
à un résultat; il nous fallait un médicament unique, aisé à
manipuler et applicable sans danger à toutes les variétés d’oph¬
talmie. Dans les conditions où nous avions à opérer, c’est-à-dire
en pleine campagne et en milieu indigène, il ne s'agissait pas
d'instituer une thérapeutique analogue à celle qui est appliquée
dans les infirmeries, dans les hôpitaux ou dans les cliniques
citadines. Il ne fallait pas songer à établir un diagnostic médi¬
cal précis pour chaque cas, et à instituer des traitements spéci-
fiq ues; en somme tonte conjonctivite devait pouvoir être traitée
par ce médicament. Nous avons employé la solution de nitrate
d'argent au centième , qui avait donné d’excellents résultats à
notre ami H. Foley dans les milieux indigènes du Sud-Oranais.
Un flacon coniple-gouttes était fourni à chaque agent, qui avait reçu les
instructions suivantes :
« Maux d’yeux avec pus, sans ulcération de la cornée.
« Une goutte de nitrate d'argent au centième chaque jour pendant 2,
3 jours. Ecarter les paupières, verser 1 seule goutte. Ne pas essuyer
ensuite » .
A Ghéragas (tribu des Bni-Messous comprenant 2i5 sujets),
les soins aux yeux, du 25 août au 3o octobre, ont été donnés à
3o personnes (2 hommes, 9 femmes, '19 enfants). La durée du
traitement a été en moyenne de 3 à 4 jours (jusqu’à guérison),
la durée maxima de i3 jours.
A Oued-el-Àlleug, dans l’agglomération indigène comprenant
au nord du village 199 individus, les soins aux yeux ont été
donnés du \l\ septembre au 26 novembre, à 36 personnes
(16 hommes, 1 1 femmes, 9 enfants). La durée du traitement a été
en moyenne de 2 jours (jusqu’à guérison) ; la durée maxima, de
4 jours.
résultats
Le bon résultat obtenu a été reconnu par les indigènes eux-
mêmes. Les cas d’ophtalmie, décelés et traités dès le début, ont
guéri très vile et 11e se sont pas étendus chez les voisins, tandis
que les années précédentes les maux d’yeux persistaient tout
Séance du i3 Juin 1917
480
l’automne et la contagion se faisait très vite. Il y a donc eu
action curative et préventive.
L'effet moral a été excellent : M. Fiorio est traité de mara¬
bout ; M. Galdero est remercié chaleureusement. Aussi il n'y a
pas eu de difficultés à faire accepter ces soins. Pour les appli¬
quer aux enfants, naturellement rebelles à une médication cui¬
sante, l’aide empressée des parents a levé les difficultés. Les
mères de famille maîtrisent et maintiennent les enfants pendant
que l'on laisse tomber sur leur conjonctive la goutte de médi¬
cament.
Ces premiers résultats sont encourageants. Cet essai de caui-
pagne antiophtalmique, interrompu en r 9 r 5 et rgifi, sera repris
en 1917.
Institut Pasteur d'Algérie.
Un microtome simple et économique
>
Par le D1’ BAZIN
Le fonctionnement des microtomes à bas prix est souvent défec¬
tueux, à cause de la fabrication peu soignée du mécanisme en
général et en particulier de celui qui règle le mouvement d'ascen¬
sion de l’objet.
Or le mouvement du tube d'un microscope quelconq ne, muni
d’une bonne vis micrométrique, est très régulier et, au moyen
d'un petit dispositif, il est facile de fixer à ce tube l’objet à
couper. '
D’autre part, il est également facile d’obtenir une bonne glis¬
sière pour le rasoir, au moyen de deux planchettes de bois
verticales et parallèles sur le bord supérieur desquelles on colle
une lame de verre.
Tel est le principe de l’appareil que je présente. Le porte-objet
(fig. 1) est constitué par 2 petitsmorceaux de bois, longsde 7 cm.,
larges de 2 cm., épais de 2 cm. : ils sont symétriques et s’adaptent
exactement l’un à l'autre par serrage d’une vis munie d’un écrou
à papillon. A leur partie postérieure, ils sont creusés chacun
d’une demi-circonférence correspondant au diamètre du tube
du microscope qu’ils embrassent étroitement lorsqu'on serre la
490
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vis par l’écrou à papillon. C’est à la partie antérieure de leur
face supérieure que l'on colle l’objet à découper, inclus dans la
paraffine ou le collodion.
La glissière (fig. 2) est constituée par une gouttière formée de
3 planchettes, une inférieure et deux latérales : les 2 planchettes
latérales, parallèles et verticales, sont vissées solidement à
angle droit sur la planchette inférieure. Selon le modèle du
microscope qu’on emploie, Leurs dimensions sont variables :
elles sont calculées de manière à ce que le bord supérieur des
planchettes latérales sur lesquelles glissera le rasoir se trouve au
niveau de l’objet à découper, fixé sur le tube du microscope, ce
dernier se trouvant élevé à la partie moyenne delà crémaillère.
Pour faciliter le glissement du rasoir, il est bon de coller sur
chacune d’elles une lame de verre taillée à la dimension conve¬
nable.
Le microscope portant l’objet à découper est placé dans la
SÉANCE DU l3 JuiN I()I 7
491
gouttière : au moyen de la crémaillère, on fait affleurer l’objet
au niveau du fil du rasoir et, en faisant glisser le rasoir à la
main sur les lames de verre, on obtient une première coupe :
Tëpaisseur des coupes suivantes s’obtient à volonté en élevant
plus ou moins, au moyen de la vie micrométrique, le tube du
microscope et par conséquent l’objet qui lui est fixé.
On peut aussi, et cela est préférable pour les coupes à la paraf¬
fine, fixer solidement le rasoir à la glissière et obtenir la section
en déplaçant le statif du microscope à la main par un mouve¬
ment alternatif d’avance et de recul. Il glisse alors sur la face
supérieure de la planchette inférieure que l’on garnit d’une
lame de verre. Dans ce cas les glissières ne seront pas munies de
lames de verre et le rasoir sera fixé par des taquets en bois, assu¬
jettis par des vis.
Tout rasoir peut être employé : le meilleur est celui des grands
microtomes. On lui donnera l’inclinaison voulue au moyen de
petites cales de bois taillées sous différents angles.
Nous pensons que l’adaptation, que nous proposons, du statif
de microscope au microtome, rendra en particulier des services
aux Colonies où, en dehors d’un certain nombre de laboratoires,
on ne dispose pas de microtomes.
492
Bulletin de la Société de Pathologie exotique-
Mémoires
Considérations hématologiques
sur deux cas d’accès pernicieux comateux
à Plasmodium præcox , traités par la quinine
Par Marcel LEGER
L’action in vivo de la quinine sur Plasmodium vivax de la
Tierce bénigne a été étudiée de façon très complète, en particu¬
lier par Craig, Billet, Rieux. On n’a encore, au contraire, que
des données imprécises et lacunaires sur les altérations de Plas¬
modium præcox de la tierce maligne à la suite d’ingestion ou
d’injection du médicament spécifique.
Pour Craig (i), la quinine déterminerait chez Plasmodium
præcox les mêmes modifications que celles qu’il a longuement
décrites chez Plasmodium vivax. Le protoplasme et la chroma¬
tine se colorent mal puis se fragmentent; la schizogonie ne s'ef¬
fectue plus de façon régulière et on observe un grand nombre
de mérozoïtes dépourvus de leur caryosome (examen de pulpe
splénique dans un cas mortel d’accès paludéen).
Marchoux (2), sans entrer dans les détails,, exprime l’idée que
la quinine aurait de l’action seulement sur les formes en divi¬
sion. La quinine dans la fièvre tropicale agit de façon moins
rapide que dans la Tierce bénigne. Il faut, par la répétition du
médicament, atteindre successivement les diverses générations
du parasite qui vivent dans le sang.
Billet (3), dans un rapport au Ministre de la guerre sur le
formiate de quinine (1907), dont Grall (4) a fait une analyse
(1) G. F. Craig. ./. of inf. Dis., 1910, I. VII, no 2, d’après Bull. Inst. Pus/.,
1 0 1 °j P- 997-
(2) E. Marchoux. .Art. Paludisme in Traité Pnth. exot. de Grali. et Clarac,
1910, t . I, p. 127.
(3) A. Billet. Bull. Sur. Pat h. exotique, 191 3, t. VI, p. 330.
(4) Gu. Grall Art. Paludisme in Traité put h. exot , de Grall et Clarac,
1910, t, I, p, 484
Séance du i3 Juin 1917
493
détaillée, et dont l’auteur lui -même a repris plus tard les points
principaux, est d’une opinion différente de celle de Marchoux.
Même à la dose unique de o g. 5o de formiate de quinine, le
Plasmodium præcox est « rapidement détruit ». Billet recon¬
naît, il est vrai, n’avoir essayé le médicament que chez un seul
malade, venu des Colonies et en traitement à l'Hôpital de Mar¬
seille. Il fait, de plus, toutes réserves, en conseillant d’expéri¬
menter dans les pays tropicaux, où l'on observe les formes les
plus graves de Paludisme à Plasmodium præcox.
D’après Le Dantec (i), l’administration de quinine par inges¬
tion ou injection doit être continuée un certain nombre de jours
avant que les schizontes disparaissent de la circulation périphé¬
rique. Sous l’influence médicamenteuse on voit les schizontes
en anneaux perdre d’abord leur protoplasme, puis leur grosse
vacuole nutritive ; réduits à leur caryosome, ils subsistent encore
quelque temps avant de disparaître.
Il nous a été donné récemment, à l'Hôpital de Cayenne, de
soigner avec notre camarade P. Ryckewaert deux cas d’accès
pernicieux comateux. Nous avons profité de l’occasion pour étu¬
dier faction de la quinine, en injections, sur Plasmodium prœ-
cox , et noter les diverses considérations hématologiques qui
nous ont paru intéressantes.
Obs. I. — Renaud J., 39 ans, transporté, en Guyane depuis 1911. A
séjourné les deux premières années à Saint-Laurent du Maroni, et depuis
à Cayenne ou environs.
Nombreux séjours antérieurs à l’hôpital de Cayenne, tous pour Palu¬
disme : en octobre 1913 ; en mai-juin 1914 ; en juillet 1914 (identification
par Dr Thézé de Plasmodium vivax ) ; en janvier 1916 (identification par
T
hézé de PI. præcox) ; en avril-juillet 1916 (identification par Dr Thézé
de PL præcox ■).
R. travaillait depuis quelques semaines à 3 km. de Cayenne dans la pro¬
priété « la Madeleine ». Tl est transporté, dans le coma, le 27 mars 1917,
à l’hôpital. Le diagnostic clinique d’accès pernicieux s’impose, confirmé
immédiatement par l’examen du sang, qui révèle la présence de nom¬
breux parasites de Tierce maligne.
Le malade reçoit immédiatement, à 16 h. 30, en injection intraveineuse,
2 cm3 de collobiase de quinine Hausse (2 mg. 5 de quinine basique), en
injection intramusculaire 1 g. de chlorhydrate de quinine, et en injec¬
tion sous-cutanée 5 cm3 d’huile camphrée. Nous passons sous silence les
autres adjuvants thérapeutiques employés ce jour-là et les jours suivants,
de même que nous ne mentionnerons pas les symptômes cliniques observés.
Le même jour, deuxième injection fessière de 1 g. chl. quinine.
(1) A. Le Dantec. Précis de Pathologie exotique , 3e édition, t- L p. 7.39, Doin,
Paris, 1911.
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494 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les 28, 29, 30, 31 mars, 1er et 2 avril, injection, tous les jours, à la visite
du matin, de 1 g. de chl. quinine.
La courbe thermique a été la suivante. Le 27 mars : 16 h. 30 = 39°6,
19 h. = 39°2, 20 h. — 38°9, 22 h. = 37°5, 23 h. == 36°8. Le 28 mars :
3 h. et 5 h. — 36°1 , 6 h. = 36°5 ; la température monte ensuite progres¬
sivement pour atteindre, comme maximum, 37°5 à 20 h. Le 29 mars : la
température se maintient toute la journée à 36°3-36°5. Le 30 mars : dans
la matinée 36°5, à 18 h. 37°2. Les jours suivants la température reste con¬
stamment inférieure à 36°8. Le malade est hors de danger.
Les prélèvements de sang ont été opérés aux jours et heures suivants :
27 mars à 16 h. 30 (frottis 7), 17 h. 30 (2), 18 h. 30 (3), 19 h. 30 ( 4 ),
20 h. 30 (5) ; 28 mars à 9 h. (6), 11 h. (7), 13 h. (3), 15 h. (9), 17 h. (10),
19 h. (11), 21 h. (12) ; 29 mars à 5 h. (13), 7 h. (14), 9 h. (15), 11 h. (16),
13 h. (17), 15 h. (18), 21 h. (19) ; 30 mars 7 h. (20), 31 mars (21); en
avril prélèvements quotidiens du 1er au 13 (nos 22 à 34).
Les schizontes de Plasmodium prœcox , nombreux dans les
frottis i, 2, 3 , étaient assez nombreux dans 4 et 5, non rares
dans 6 à io, rares dans 12, extr. rares dans i3, i4, i5. Ils
n’ont plus été retrouvés dans ceux prélevés ultérieurement.
Sur le frottis /, recueilli à l’entrée du malade, les schizontes
étaient tout à fait caractéristiques de la Tierce maligne. Parasi¬
tes annulaires de 1 p. 5 à 3 u, avec caryosome très apparent et
souvent en chaton de bague, vésicule nutritive relativement
énorme, protoplasme en mince bande bleutée. Beaucoup d’hé¬
matozoaires avec 2 caryosomes, d ordinaire aux extrémités d’un
même diamètre ; de rares éléments avec 3 caryosomes. Un cer¬
tain nombre de globules rouges multiparasités.
Les jeunes schizontes nous paraissent, pour une moitié envi¬
ron, simplement accolés aux hématies, se présentant à l’obser¬
vation tels que l’indiquent Marchoux et ceux des auteurs qui
admettent la phase épiglobulaire.
Les autres sont, par contre, nettement intragîobulaires : for¬
mes moins nettement annulaires, de 10 à 24 h. d’âge, mesurant
de 2 p. 5 à 3 a 5 ou 4 p-, à protoplasme s’élargissant du côté opposé
au caryosome ; celui-ci est souvent allongé ou en haltère ; la
vacuole nutritive est moins grosse.
Nous avons décelé certains hématozoaires étirés, identiques à
ceux signalés par les frères Sergent, Béguet et Plantier (i) chez
un enfant atteint d’accès pernicieux mortel, sans trouver les
parasites bacilliformes dont ils donnent également d’excellentes
figures.
(1) Edm. et Et. Sergent, Béguet et Plantier, But/. Soc. Path. exot., iqi3,
t. vq, p. 61 5.
91
Séance du i3 Juin 1917 495
« 1
Dans aucun schizonte, nous n'avons vu le moindre grain de
pigment.
L'observation la plus prolongée ne nous a pas permis de ren¬
contrer des croissants.
Les globules rouges parasités sont de dimensions normales et
ne sont pas décolorés. Naturellement pas de granulations de
Schüffner. Exceptionnellement présence de mouchetures de
Maurer.
Les lésions des hématies non envahies par les hématozoaires ne sont
pas très conséquentes. Il n’y a pas de poïkylocytose ni d’anisocytose
vraie ; les macrocytes, rencontrés dans des proportions i\e dépassant guère
la normale, sont pour le plus grand nombre polychromatophiles. — A
noter la présence de quelques globules rouges à ponctuations basophiles.
— Par la coloration extemporanée de Sabrazès (1) au bleu de méthylène
à 1 0/0, qui met d’ailleurs en évidence de façon très suffisante les plasmo-
des de Tierce maligne, on constate que les hématies granulo-réticulo fila¬
menteuses sont augmentées de nombre. Ces hématies, contrairement aux
observations de Sabrazès (2), hébergeaient dans une proportion assez
forte des schizontes de Plasmodium præcox. — Nous n’avons vu ni corps
en demi-lune, ni corps en pessaire, dont la fréquence est signalée dans le
Paludisme. — Nous n’avons pas non plus rencontré dans les hématies
parasitées, ces « anneaux roses à double contour», limitant exactement la
cellule ou inclus dans elle, que mentionnent Sergent et ses collaborateurs
dans l’observation précédemment citée. — Il n’y avait pas non plus les
« anneaux basophiles », dus au groupement des granulations basophiles,
dont parle Brumpt (3).
Les leucocytes mélanifères, malgré l’absence totale dans le sang péri-,
phérique d'hématozoaires pigmentés, n’étaient pas très rares. Nous avons
trouvé des amas conséquents de pigment non seulement dans les grands
mononucléaires, mais aussi dans les polynucléés neutrophiles et même les
lymphocytes, contrairement à l’opinion de Metchnikoff et Patrick Man-
son (4), qui pensent que cette dernière variété de globules blancs n’a dans
la malaria aucune action phagocytaire.
Il serait fastidieux d’examiner lame par lame, dans la longue
série des frottis, les altérations de Plasmodium præcox détermi¬
nées par les injections de quinine. Un résumé synthétique est
préférable .
Les frottis 2 , 3, 4 nous ont montré les schizontes de l’hémato¬
zoaire identiques à ceux trouvés sur /, et en nombre aussi élevé.
L’action de la quinine (1 g. chlorhydrate en injection intramus-
(1) J. Sabrazès, Gaz. hebd . Sc. méd. Bordeaux , 2 janvier 1910.
(2) J. Sabrazès, Arch Maladies Cœur, Vaisseaux et Sang , mars 1910.
(3) E. Brumpt, Bull. Soc. Path. exot., 1908, t. I, p. 201.
(4) P. Manson, Maladies des Pays chauds (traduction Guibaud, 20 édit.),
1908, p. 35.
496
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
culaire + 2 cm3 collobiase Dausse en injection intraveineuse) ne
s’était pas fait sentir au bout de 3 h.
A noter sur le frottis 4 la présence d’une rosace, paraissant
libre, mesurant 6 p, avec segmentation en 10 mérozoïtes et amas
pigmentaire central. Deux des mérozoïtes, légèrement ovalaires,
étaient en train de s’éloigner du groupement. Dans tous les
mérozoïtes on distinguait nettement protoplasme et caryosome :
l’observation de Craig n’est donc pas confirmée que, sous l’action
de la quinine, le Plasmodium se segmente de façon atypique, et,
en particulier, que beaucoup de mérozoïtes sont dépourvus de
chromatine.
La rosace, que nous avons observée, est de taille supérieure cà
celles de Plasmodium prœcox figurées par les classiques (Mar¬
choux, Brumpt ( 1 ), etc.) et mesurant la moitié à peine du diamètre
globulaire (nous avons, au Tonkin, chez 4 sujets differents, vu
dans la circulation périphérique ces rosaces de petite taille).
Chez notre malade l’élément segmenté avec ses 6 p de diamètre
répond aux formes décrites et bien représentées par Billet (2)
(fig. t 10, nos 17, 18). Ba ppelons que, dans le paludisme du Séné¬
gal, Marchoux (3) a fait la remarque que les parasites en seg¬
mentation de Plasmodium præcox , trouvés dans les organes,
contiennent du pigment, tandis que ceux de la circulation péri¬
phérique n’en possèdent pas.
Dans le frottis 5, il n'y a toujours pas de modification appré¬
ciable de Plasmodium praxox. La proportion des leucocytes
mélanifères paraît augmentée. Contentons-nous de signaler la
présence d'une forme tout à fait anormale : parasite en fuseau
de 7 p de long sur moins de 1 p de large; le protoplasme prend
franchement la coloration bleue ; le noyau est constitué par un
réseau chromatinien en zig-zag, de 1 p 7b de long, renflé en
boules à chaque extrémité. Neeb (4), dans le sang d’un enfant
atteint de fièvre tierce, a signalé, durant la période d’apyrexie,
des parasites libres en fuseau dont le nôtre se rapprocherait;
mais nous n’avons aperçu ni blépharoplaste, ni cil s’en détachant,
comme le microbiologiste de Batavia.
(1) Brumpt, Précis de Parasitologie , 2e édition, p. 88, pl. I, fig. 12, Paris,
Masson, 1913.
(2) A. Billet, art. Hématozoaires du Paludisme in Traité du sang de Gil¬
bert et Weinberg Paris, Baillière, 1913.
(3) E. Marchoux, Annales Institut Pasteur , 1897, l- XI, avec planche.
(/{) Neeb, cité d’après Bull, Inst . Pasteur, 1 y 1 B, t. XI., p. 070.
Séance du i3 Juin 1917
497
Dans les frottis 6 à 12 , recueillis de il\ à 20 h. après les
premières injections du médicament, les parasites, restés non
rares, ont subi l’action manifeste de la quinine.
La première chose qui frappe, c’est de n’apercevoir pour ainsi
dire plus de schizontes au stade épiglobulaire ; les hématozoaires
sont pour la très grosse majorité intraglobu laires.
Les jeunes formes accolées aux hématies ont-elles été simplement
détruites ? Les auteurs sont d’accord pour reconnaître que dans la Tierce
bénigne la quinine a une action plus rapide et beaucoup plus active sur
les schizontes jeunes que sur les formes amiboïdes adultes. En serait-il de
même pour Plasmodium præcox et à un degré encore plus élevé ?
Le stade épiglobulaire a-t-il simplement pris fin pour tous les jeunes
parasites qui existaient au moment de l’absorption du médicament? Nous
le pensons. Mais, comme il existait dans le sang, au premier prélèvement,
deux générations du parasite, il faudrait admettre ou qu'il n y a plus eu
émission de nouveaux mérozoïtes, ou que les jeunes parasites néoformés
ont été détruits de façon immédiate.
La première hypothèse est contraire à ce que l’on saitde la résistante toute
spéciale à la quinine des formes adultes et en voie de division de Plasmo¬
dium vieux. La seconde ramènerait à l’idée d’une action hâtive et très
précoce du médicament sur les très jeunes schizontes. Mais il faut tenir
compte de la différence entre Plasmodium vivax dont le stade épiglobu¬
laire est pour ainsi dire nul et Plasmodium præcox qui reste accolé au glo¬
bule plusieurs heures avant d’y pénétrer : ce dernier, dans ces conditions,
devrait échapper à l’action de la quinine si les recherches de Baldoni(I)
se trouvaient vérifiées ; d’après fauteur italien la quinine aurait, dans le
sang, une affinité très particulière pour les hématies; on y décèlerait le
médicament alors même qu'on ne le trouve plus dans le sérum.
Les parasites intraglobulaires, qui ont subi l’action de la qui¬
nine, apparaissent de taille supérieure à ceux qu’on trouve com¬
munément dans la fièvre tropicale, et non pas « ratatinés »
comme Billet l’indique pour l’hématozoaire de la Tierce
bénigne. Les altérations sont progressives et portent, pour ainsi
dire uniquement, sur le protoplasme.
Celui-ci apparaît diffus, à contours estompés ; d’un amiboïsme
exagéré, on y décèle des échancrures multiples et profondes que
limitent des pseudopodes étriqués et irréguliers. Ce protoplasme
se colore de façon irrégulière ; à côté de zones flou, on aperçoit
des parties foncées, comme s'il s’était produit des replis du para¬
site.
Jamais nous n’avons constaté de grains de pigment.
(1) A. Baldoni, Atli délia Societa per gli Sludi délia Malaria , 1912, cité
d'après Bail. Inst. Pasteur , 1913, t. XI, p. 808.
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Contrairement à ce que Billet a décrit pour Plasmodium vivax,
la vacuole nutritive persiste très longtemps.
Le caryosome, tantôt arrondi, tantôt en masse irrégulière,
demeure intact.
A un stade plus avancé, on assiste à un vrai déchiquetage du
protoplasme qui devient en toile d'araignée. On voit de petits
îlots, 4 ou 5, de protoplasme, disséminés au voisinage d’un caryo¬
some très net, auquel reste accolée une vacuole nutritive.
Celle-ci persiste même après disparition, ou non coloration
absolue, du protoplasme. Et si l’on trouve des cas, comme l’in¬
dique en particulier Le Danteg, où l’on ne voit plus que des
grains de chromatine, ces cas sont rares ou môme exceptionnels.
Insistons sur le fait que nous n’avons jamais rencontré sur nos frottis
de gamètes de Plasmodium præcox. En opposition avec la remarque faite
par Polettini (1), le traitement par la quinine à haute dose, prolongé après
la disparition de la lièvre, n’a pas provoqué l’apparition dans le sang péri¬
phérique de formes sexuées.
Les globules parasités ou ceux non envahis ne nous ont paru
présenter aucune altération attribuable au médicament. Il n’y a
jamais de poïkilocylose. L’anisocytose, la polychromatophilie ne
s'accentuent pas. Il n’y a pas augmentation du nombre des nor-
moblastes ou des hématies à ponctuations basophiles.
Les leucocytes mélanifères ont été trouvés dans tous les frottis;
ils nous ont paru plus nombreux dans les frottis 5 et 6. Ils per¬
sistaient plusieurs jours après la disparition des hématozoaires
de la circulation périphérique.
Quelle est la relation entre l’élévation thermique et la présence dans le
sang des hématozoaires ? A son entrée à l’hôpital, la température axillaire
du malade était de 39°6, les parasites étant nombreux. La température a
baissé rapidement dans la soirée même du 27 mars, pour devenir hypo-
normale ou normale le lendemain matin, remonter à 37°5 dans la soirée
du 28, et se tenir ensuite continuellement entre 36°3 et 36°8. Les hémato¬
zoaires sont restés non rares toute la journée du 28 et n’avaient pas dis¬
paru le 29 matin. Contrairement à ce que pensent certains auteurs, Ross
et Thomson (2) par exemple, le degré thermique n'est donc pas en rapport
avec le nombre de parasites. — La dernière injection (la 8e) de quinine a
été pratiquée le 2 avril. Il n’y a plus eu désormais ni lièvre ni parasites
dans le sang jusqu’au 13 avril, date à laquelle a pris fin notre obser¬
vation .
Nous donnons, ci-dessous, en un tableau, les formules leuco-
1) U. Polettini, Atti, p. g. s. <1. Mal., t. IX, 1908, cité d’après E. Marchoux.
2) R. Ross et D. Thomson, Ann. of trop. Med. a. Paras., 1910, t. IV, p. 267.
Séance du i3 Juin 1917
499
cytaires relevées au cours de l’accès pernicieux de notre malade.
Elles cadrent dans l’ensemble avec les travaux de H. Vincent (i)
et de A. Billet (2).
L’ « Image du Sang » a été recherchée chez notre malade aux
diverses périodes de révolution de son accès paludéen.
Rappelons, d’après les chiffres d’AnkETH, que, sur 100 polynu-
cléés neutrophiles, on trouve : 5 à noyau unique ou échamcré ;
35 à 2 noyaux ; l±i à 3 noyaux ; 1 7 à 4 noyaux ; 2 à 5 noyaux.
Nous constatons donc, à l’arrivée du malade à l’hôpital, une
déviation nette à gauche, c’est-à-dire une augmentation appré¬
ciable des neutrophiles à 1 ou 2 noyaux, et nos observations
confirment celles de Gotiiein (3) et de Macfie (4).
Mais il y a autre chose. La déviation à gauche est très passa¬
gère. Elle est rapidement influencée vraisemblablement par le
traitement quinique. Quatre heures après les injections de qui¬
nine, l’image du sang se montre normale. Il se produit ensuite
un glissement manifeste vers la droite. Le 10 avril, i5 jours
après le début de la maladie, 12 jours après la disparition des
hématozoaires de la circulation périphérique, 7 jours après la
(1) H. Vincent, Ann. Institut Pasteur, 1897, t. XI.
(2) A. Billet, De la formule hémoleucocytaire dans le Paludisme. — Con¬
grès intern. Médecine , Paris, 1900.
(3) Gothein, Folia hœmatologica , 1911.
(4) S. Macfie, Ann. of trop. Med. a. Par., iyi5, j). l\6o, cité d’après Bull .
Inst. Pasteur, 1916, p. 4^4-
500
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dernière injection de quinine, la déviation à droite est à son
maximum. La formule tend alors vers la normale.
Remarquons que Sabrazès et Dubourg (i) ont noté, dans un
cas de syphilis tertiaire, un mode d’action analogue de l’arséno-
benzol sur l’image d’ARNETH.
Übs. II. — Pergeaux E., transporté, matricule 40.955, 27 ans, à la
Guyane depuis cinq années. Une seule entrée antérieure à l’hôpital de
Cayenne en 1914 pour Paludisme (identification de Plasmodium vivax par
Dr Thézé).
Travaillait actuellement au chantier de la Pointe Macouria (rive gauche
de la rivière de Cayenne). Transporté dans le coma le 3 avril 1917 à
14 h. Symptômes cliniques d’accès pernicieux. Schizontes de Plasmo¬
dium præcox extrêmement nombreux dans le sang.
Est soumis au traitement par injections intramusculaires de I g. chlor¬
hydrate quinine : le 3 avril 15 h., une ; le 4 avril, deux (à 7 et 14 h.); les
5, 6, 7, 8 avril, une; le 9 avril, deux; le 10 avril, une.
La courbe thermique a été la suivante. 3 avril : 15 h. = 39°6, 18 h. —
38° 1, 21 h. = 38°; le 4 : 5 h. = 36°, 12 h. = 36"5, 18 h. = 38°4, 20 h.
= 39°, 21 h. = 38°9, 22 h. = 38°4, 24 h. = 37°3; le 5 : 6 h. = 36°3,
8 h. = 36°5, 10 h. = 37°5, 12 h. = 37°, 16 h. 37°3, 18 h. = 37°5; le 6 :
7 h. = 36°9, 14 h. — 36°4, 21 h. — 36°5 ; à partir de ce moment, le ther¬
momètre n'a plus marqué sous faisselle plus de 36°8.
Des frottis de sang ont été prélevés : le 3 avril à 14 h. (/), 15 h. (2),
21 h. (3) ; le 4 avril à 5 h. (4), 14 h. (5), 16 h. (6), 20 h. (7) ; le 5 avril à
5 h. ( 8 ), 9 h. (.9), 12 h. (10), 20 h. (11) ; le 6 matin ( 12); le 7 matin (13);
le 8 matin (14), le 9 matin (15), le 9 soir (16); le 10 matin (17) ; 11 ma¬
tin (18), 12 matin (19), 13 matin (20).
Les hématozoaires étaient extrêmement nombreux dans 1 et 2, très très
nombreux dans 3 et 4, très nombreux dans 5, 6*, 7, non rares dans 8 ,
rares dans 8 à 12, très rares dans 13 à 16; ils n’ont pas reparu dans les
frottis suivants.
Les remarques hématologiques, que nous avons laites à pro¬
pos de ce cas d’accès pernicieux, confirment celles de l’observa¬
tion de notre premier malade. Nous n’y reviendrons pas, men¬
tionnant seulement les points de détail qui nous paraissent
intéressants.
Le' parasitisme sanguin était particulièrement intense. Dans
le frottis /, 5oo hématies renfermaient 336 Plasmodium præcox,
soit 76* 0/0. Il y avait encore dans le frottis 4, 336 pour 5oo hé¬
maties (6 j 0/0) ; dans le frottis 5, 216 pour 5oo (43 ojo) ; dans le
frottis 7, 180 pour 5oo (36 0/0). Le 5 avril matin, il n’y avait
plus que 6 pour 5oo globules rouges (1,2 0/0).
(1) J. Sabrazès et E. Dubourg, Go-:, he'j. des Sa. méd. de Bordeaux, i5 jan¬
vier 1 9 1 1 .
Séance du i3 Juin 1917
501
Les parasites étaient tous des schizontes non pigmentés. Dans
aucun de nos examens, nous n'avons rencontré de gamètes.
Une ponction du foie, pratiquée le 4 avril à 16 h. 3o, a mon¬
tré des formes identiques à celles du sang périphérique, en
nombre un peu plus fort, avec les mêmes altérations, dues à la
quinine. Il n’y avait aucun croissant ni aucune rosace. Quelques
schizontes adolescents pigmentés. Leucocytes mélanifères non
rares et pigment libre.
Les macrocytes, non rares le premier jour, sont devenus assez
nombreux, puis nombreux, aux septième et huitième jours de la
maladie. La courbe des hématies granulo-réticulo-filamenteuses
a suivi une marche parallèle (6 à 10 0/0 au lieu de 0,26 0/0).
Les globules rouges à ponctuations basophiles, présents de
façon constante, n’ont pas varié sensiblement de nombre.
Les schizontes de Plasmodium prœcox n’ont disparu de la
circulation phériphérique que le huitième jour, après la neu¬
vième injection intrafessière de r g. de chlorhydrate de quinine,
quatre jours après la fin de Lhyperthermie. Nous avons eu déjà,
en Guyane, l’occasion de constater, à plusieurs reprises, la forte
résistance à la quinine des hématozoaires de Laveran, contrai¬
rement à ce qu’il nous avait été donné d’observer au Tonkin^
Institut d' Hygiène de Cayenne , Guyane française.
Contribution à l’étude du pouvoir
pathogène du Trypanosome de Mazagan,
Par P. DELANOË (1)
Action sur le lapin
Nous avons inoculé 7 lapins. Ils se sont tous montrés sensibles.
Les inoculations ont été faites tantôt sous la peau du liane,
tantôt dans le péritoine, avec une à deux gouttes de sang trypa-
nosomé mélangées à une quantité équivalente d'eau citratée
physiologique.
(1) Voir à ce sujet les deux Notes qui ont été publiées dans ce Bulletin en
collaboration avec C. Eioiu et Mme E. Delanoë, t. VIII, pp. 5o3-5i5 ; t. IX, pp.
i3o-i32.
502
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Gomme je n’ai pu suivre d’assez près mes animaux d’expé¬
rience, je ne peux fixer la durée exacte de Y incubation.
6 lapins sont morts de trypanosomiase respectivement au bout
de 2 mois, de 2 mois 1 2, de 5 mois 1/2, de 7 mois et d’un peu
plus de 7 mois. Le 70 lapin, après une maladie très bénigne,
n’est mort qu’au bout de onze mois ! Il se trouvait dans un état
extraordinaire d'embonpoint, ce qui avait amené une dégénéres¬
cence graisseuse typique du cœur, la cause sans doute du décès.
La durée de la maladie, comme on le voit, a été très variable.
Gela a pu tenir soit à ce que les lapins se sont montrés inégale¬
ment résistants à l’égard du virus, soit à ce que les trypanosomes
inoculés étaient d’une virulence inégale du fait qu’ils avaient
subi des passages plus ou moins répétés par animaux d’espèces
diverses, soit à ces deux causes réunies.
Quoiqu'il en soit, la trypanosomiase du lapin est bien d'allure
chronique.
Gliez un même lapin, tantôt les trypanosomes sont présents
dans la circulation, tantôt ils y sont absents. Au moment des
poussées parasitaires, les trypanosomes sont rares et même très
rares ; exceptionnellement, ils sont nombreux ou très nom¬
breux.
Il v a un signe hématologique important qui montre que le
lapin a contracté îa maladie : c'est V auto ag glutination des héma¬
ties. Celle-ci peut exister avant même que les trypanosomes aient
eu le temps d’apparaître dans le sang circulant et que les lésions
externes, dont nous parlerons plus bas, aient eu le temps de se
constituer.
La mise en amas des globules rouges est si nette que, pour la
constater, point n’est besoin d’avoir recours au microscope. Il
suffit d’examiner à l’œil nu une goutte de sang mise entre lame
et lamelle : très rapidement, en une à deux minutes, l’autoag-
glutination devient visible.
L’autoagglutination persiste tout le temps de la maladie. Mais
elle varie d’intensité. Tantôt elle est très nette, tantôt elle est
légère. Certains jours, elle peut même faire défaut. Au moment
des poussées parasitaires, elle est en générale forte.
La trypanosomiase du lapin s’accompagne de lésions externes
qui en sont la véritable signature. 6 fois sur 7 ces lésions ont été
graves. Elles ont débuté 20 à 20 jours après l’inoculation pour
s accentuer durant le cours de la maladie.
Séance du i3 Juin 1917
503
Les lésions oculo-nasales sont les premières en date et caracté¬
ristiques au premier chef.
Les paupières perdent leurs poils ; elles se tuméfient et parfois
se recouvrent de squames sèches, écailleuses. Leur œdème est
tel que l’œil peut ne plus s’ouvrir. Entre les paupières gonflées,
il y aune sécrétion jaunâtre, quelque peu consistante. En pres¬
sant sur elles, il sourd un liquide blanchâtre, comme laiteux.
L'œil lui- même est indemne et je n ai pas constaté de kératite.
Autour et au-dessus du nez, il y a des croûtes sèches, adhé¬
rentes, en même temps qu'une perte plus ou moins complète
des poils. Plus tard les narines sont obstruées par des sécrétions
muco-puru lentes qui gênent la respiration, la rendent bruyante
et obligent l’animal à respirer par la bouche. Cette rhinite est
typique.
Les oreilles sont tuméfiées à leurs bases et à cet endroit dépour¬
vues de poils. Les cornets auriculaires peuvent être littéralement
obstrués par des croûtes sèches, écailleuses, adhérentes entre
elles et formant bloc. Quand on les détache avec l'ongle, elles
laissent après elles un suintement sanguinolent. Parfois ce sont
les oreilles tout entières qui sont privées de poils, tuméfiées,
rouges et chaudes comme si elles étaient érysipélateuses.
Dans la région dorso-lombaire, il y a des plaques dénudées,
croùteuses, à contour arrondi ou ovalaire. J’ai vu des plaques
qui avaient jusqu’à 6 cm. de long. Exceptionnellement les
croûtes suppurent. D’ordinaire elles sont sèches, adhérentes,
comme de véritables croûtes d’eczéma. Ces plaques glabres et
croùteuses sont fréquemment symétriques.
La symétrie des lésions montre, à mon avis, qu’elles sont, au
moins en partie, sous la dépendance d’une altération du système
nerveux.
Il peut y avoir des zones glabres et croùteuses à la queue, aux
pattes. Les lésions des pattes sont remarquables par leur symé¬
trie. Elles siègent sur la face antérieure des membres.
O
Les lésions des organes génitaux sont les plus typiques après
celles des yeux et du nez. Le fourreau et la vulve sont enflés,
recouverts de croûtes rendant le coït impossible. La peau scro-
tale est desséchée, comme momifiée. Prise entre les doigts, elle
a perdu toute souplesse ; elle est rugueuse, sèche, croùteuse.
Certaines des manifestations cutanées de la trypanosomiase du
lapin peuvent guérir en cours de maladie ou rétrocéder de façon
504
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sensible. Mais, dans l’ensemble, les lésions externes ne font que
s’aggraver au fur et à mesure que se déroule la maladie.
L’appétit, comme de règle au cours des trypanosomiases, est
conservé jusqu'au bout.
A l’autopsie, on constate que la rate n’est pas hypertrophiée.
Tout au plus est-elle légèrement augmentée de volume. Le foie
par contre est gros, congestionné, et même atteint de dégéné¬
rescence gran u lo - graisseuse. Dans un cas,, nous avons noté une
dégénérescence du cœur tout à fait remarquable. La paroi de
l'oreillette droite avait au moins i cm. d'épaisseur; elle était
blanche, absolument exsangue, œdémateuse et comme gélati¬
neuse à la coupe. A la pression, il s’écoulait un liquide aqueux.
L’oreillette gauche était beaucoup moins dégénérée. Les parois
des ventricules paraissaient normales à l’œil nu.
Action sur le cobaye
Nous avons inoculé 4 cobayes avec le trypanosome de Maza-
gan. Les 4 animaux se sont montrés sensibles.
Nous avons pu suivre jusqu’à la mort 3 animaux sur 4-
Le 4e, inoculé depuis 4 mois, était en excellente santé appa¬
rente le 5 mai dernier au moment où nous avons quitté Mazagan.
Voici la filiation des passages subis par le virus avant d’être
inoculé aux cobayes :
Cheval naturellement infecté
Chien 1
Chien 2
i
Lapin 1
Souris
Lapin 2
Cobaye 1
250
O’
O *
Cobaye 2
250
or
Rat blanc
Cobaye 3
260
cr
S'
Les cobayes i
let 1 9 1 5 avec 2
et 2 ont été inoculés dans le péritoine le 26 juil-
gouttes de sang du lapin 2. Les trypanosomes
Séance du i3 Juin 1917 505
étaient ce jour-là assez nombreux dans le sang- du lapin.
Le cobaye 1 est mort 36 jours après l’inoculation, après avoir présenté
dans le sang une poussée de trypanosomes unique mais forte. Les trypa¬
nosomes firent leur apparition dans la circulation ( incubation ) au bout du
23e jour. Ils augmentèrent progressivement de nombre jusqu’au 30” jour
pour disparaître ensuite brusquement et ne plus réapparaître jusqu’au
moment de la mort.
La survie du cobaye 2 fut beaucoup plus considérable, et cet animal
n'est mort que dans la nuit du 2 au 3 janvier 1917, c’est-à-dire plus de
5 mois après l’inoculation. L 'icubalion fut de 22 jours, comme dans le
cas précédent. Cet animal présenta certainement plusieurs poussées de
trypanosomes dans le sang; mais, comme je n’ai pu l’examiner d’assez près,
je ne peux donner ni le nombre exact de ces poussées ni leur durée. A
l’autopsie, nous avons noté des lésions tout à fait typiques : une énorme
infiltration des tissus des plis inguinaux et telle que la dépression des
aînés avait disparu pour faire place à une légère saillie mousse. A la coupe,
la peau était épaissie, triplée d' épaisseur . Le derme, le tissu conjonctif
sous-jacent et meme les muscles de la paroi abdominale étaient infiltrés par
une abondante sérosité qui s’écoulait au moment où on sectionnait les tis¬
sus avec le bistouri. Dans le pli inguinal droit, un ganglion lymphatique
gros comme un petit haricot, translucide à la coupe. Autour de l’anus et
delà vulve, la peau était boursouflée, œdématiée; elle formait bourrelet.
Pas d’épanchement péritonéal. Rate modérément hypertrophiée. Foie con¬
gestionné. Reins gros, jaunâtres, manifestement dégénérés.
Le cobaye n° 3 fut inoculé le 12 août 1916, sous la peau de la cuisse
droite, avec 5 gouttes de sang du rat blanc. Les trypanosomes étaient à
ce moment très nombreux dans le sang du rat. Ce cobaye est mort, alors
que je me trouvais en tournée, dans la nuit du 2 au 3 décembre, c’est-à-
dire près de 4 mois après l’inoculation. 11 présenta en cours de maladie
plusieurs poussées de trypanosomes dans le sang et des lésions externes
très nettes. Dix jours avant la mort, voici ce que nous avons constaté : au
niveau de l’arrière-train, chute des poils et des croûtes sèches ; pourtour
de l’anus et paroi des testicules tuméfiés et chauds. Œdème du fourreau
tel que le pénis ne peut être dévaginé. Dans les plis inguinaux, des croûtes
sèches. Enflure des 4 pattes. Au cou, un gros abcès fluctuant; cette der¬
nière lésion n’ayant probablement aucun rapport avec la trypanosomiase.
En résumé, le cobaye est sensible au trypanosome deMazagan.
La maladie chez lui, comme chez le lapin, a une allure plutôt
chronique. Les trypanosomes ne sont présents dans la circula¬
tion qu’à certains moments. Mais lors des poussées parasitaires,
contrairement à ce qui a lieu chez le lapin, ils sont nombreux ou
très nombreux ; exceptionnellement ils sont rares. Il y a de véri¬
tables crises trypanolytiques, d’autant plus nettes qu’avant de
disparaître les trypanosomes ont été nombreux.
Les lésions externes dues à la trypanosomiase sont moins
généralisées chez le cobaye que chez le lapin, [.es lésions oculo¬
nasales, la rhinite semblent faire défaut. C’est dans les régions
506
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
inguinale et génitale externe, sous forme d’un œdème intense,
que le mal semble concentrer ses effets.
Action sur le chien
Le chien est très sensible au trypanosome de Mazagan et, sous
l’influence de ce virus, il fait une infection subaiguë. La mort
semble fatale. Elle s'est produite au bout de 2, 3 et 4 mois chez
trois chiens dont deux ont été inoculés directement sur le che¬
val malade.
h' incubation a été de 8 jours environ.
Il y a eu dans le sang des phases alternatives de présence et
d’absence de trypanosomes. Au moment des poussées parasitai¬
res, les trypanosomes sont d’ordinaire nombreux ou très nom¬
breux. Les parasites peuvent en 24 h. disparaître tout à fait de
la circulation ; les crises trypanolytiques sont très nettes.
En cours d’infection, les hématies sont agglutinées. Elles le
sont tellement parfois qu’on peut bien avec Bouet dire qu’elles
sont plaquées. L’auto-agglutination des hématies débute très
rapidement. Chez un chien, je l’ai constatée, légère il est vrai,
dès le 4e jour après l’inoculation, avant même que les trypano¬
somes aient pu être vus dans le sang.
Les trypanosomes, de leur coté, s’agglutinent entre eux. Il y
a alors, se superposant, deux sortes d’agglutination : celle des
hématies entre elles, celle des trypanosomes entre eux. C’est
quand les trypanosomes sont très nombreux que leur agglutina¬
tion est saisissante : ils se mettent en gros amas, ayant ou non
figure de rosaces.
Chez un chien sur 3, j'ai constaté une kératite double. Les
cornées étaient opaques, d’un blanc laiteux. Du côté gauche, la
cécité était complète II n’y avait ni tuméfaction des paupières,
ni inflammation des conjonctives.
Les lésions oculaires du chien diffèrent donc de celles du
lapin par ce fait que chez le lapin ce sont les annexes de l’œil
(paupières et conjonctives) qui sont atteintes, tandis que chez le
chien c’est l’organe même de la vision qui est malade.
Chez ce chien, indépendamment de la kératite, il y avait des
excoriations multiples au niveau de barrière train.
Mais chez les deux autres chiens, il n’y a eu ni kératite, ni
lésions cutanées.
Séance du i3 Juin 1917
507
Les lésions externes de la trypanosomiase sont donc incon¬
stantes chez le chien.
Ce qui par contre semble ne jamais faire défaut, encore que
jusqu’aux derniers jours l’appétit soit conservé, c’est l’amaigris¬
sement, la cachexie qui finissent par devenir extrêmes. Le chien
est efflanqué et sur la cage thoracique amaigrie les côtes sont
saillantes. La marche finit par devenir difficile. L’arrière-train,
quand l’animal se déplace, se balance de droite et de gauche.
Les pattes postérieures parésiées se déplacent difficilement.
Quand l’animal tombe, il ne se relève qu’avec difficulté ou pas
du tout. Il faut alors le prendre à pleines mains, le mettre sur
ses 4 pattes pour le faire tenir d’aplomb. Dans les derniers jours,
la station debout est impossible. Le chien est allongé tout de
son long dans sa niche, squelettique, la respiration irrégulière
et lente ou du type Cheyne-Stokes. C’est dans ce marasme que la
mort arrive.
A l’autopsie, un foie gros, dégénéré et une rate grosse. La
splénomégalie est très nette. L’un de mes chiens, frappé d’un coup
de pied, est mort prématurément. Sous l’influence du coup, la
rate, tuméfiée et friable, s’était largement rompue et le péritoine
avait été inondé de sang.
Action sur. la souris rlanciie
La souris blanche parait toujours sensible au trypanosome de
Mazagan .
Elle présente deux types bien différents d’infection : après la
phase habituelle d’incubation, ou bien il y a une multiplication
continue et progressive des trypanosomes dans le sang jusqu’au
moment de la mort ; ou bien, au contraire, il y a en cours de
maladie de véritables crises trypanolytiques.
Avec le virus pris au départ, nous avons réalisé le premier
type d’infection ; et les passages consécutifs par souris, que nous
avons faits à partir du cheval naturellement infecté, n’ont fait
qu’exalter la virulence du trypanosome, mais, durant ces pas¬
sages, le type d’infection s’est maintenu le même.
C’est évidemment par suite d’une atténuation de virulence du
trypanosome que nous avons pu obtenir le deuxième mode
d’infection sanguine. Cette atténuation s’est produite, sans que
nous l’ayons systématiquement recherchée d’ailleurs, après un
/
508 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
passage par chien et deux passages consécutifs par lapins.
Voici l’observation des deux souris chez lesquelles j’ai observé
une crise trypanolytique nette :
Souris blanche adulte n° 1 . — Inoculée le 5 mars 1916 sur un lapin.
Les trypanosomes étaient ce jour là très rares dans le sang du lapin.
L’inoculation fut faite dans le péritoine avec plusieurs gouttes de sang
infectieux diluées dans de l’eau citratée physiologique.
8, 10 mars : pas de tryp. dans le sang
12 mars : non rares tryp.
13 mars : rares tryp.
14 mars : pas de tryp.
15, 16 mars : pas de tryp.
17 mars : très rares tryp.
19 mars : rares tryp.
21, 22 mars : très nombreux tryp. Morte dans la journée du 23 mars, au
bout du 18e jour. Splénomégalie.
Souris blanche adulte n° 2. — Traitée comme la souris 1 .
8 mars : pas de trvp. dans le sang.
10 mars : rares tryp.
12 mars : nombreux tryp.
13 mars : pas de tryp. Donc crise trypanolytique nette.
14, 15, 16 mars : pas de tryp.
17 mars : très rares tryp.
19 mars : non rares tryp.
21, 22 mars : tryp . très nombreux. Tryp. agglutinés. entre eux.
23 mars : tryp. non rares. Crise trypanolytique incomplète.
24 mars : tryp. assez nombreux. Autoagglutination des hématies nette.
Agglutination des trypanosomes soit par deux, soit en plus grand nombre.
26 mars : tryp. très nombreux.
2 avril : tryp. excessivement nombreux. Très bonne santé apparente.
8 avril : Autoagglutination légère des hématies entre elles Agglutina¬
tion des tryp. entre eux. Le ventre de la souris est ballonné.
La mort survient dans la journée du 10 avril, au bout du 36e jour.
Hypertrophie considérable de la rate. Dans le foie, des vésicules hyda¬
tiques.
Suivant le degré de virulence du trypanosome, 1 incubation a
pu varier de l[S h. à 7 à 9 jours, et la durée de la maladie de
6 à 36 jours.
En faisant des passages consécutifs par souris, la virulence
du trypanosome s’est rapidement accrue : les deux premières
souris inoculées sur le cheval malade sont morles au bout de
18 à 19 jours, tandis que les deux souris de 5° passage sont
mortes le 6e jour.
Un plus grand nombre de passages eut peut être exalté davan¬
tage la virulence du trypanosome.
L’autoagglutinalion des hématies est moins nelle et moins
durable chez la souris que chez le lapin.
Séance du i3 Juin 1917
309
A l’autopsie, la rate esl toujours (rès nettement hypertrophiée,
le foie gros, congestionné, parfois atteint de dégénérescence
granulo-graisseuse,
Action sur le rat blanc
Les rats blancs sont très sensibles. Ils meurent d’infection
aigue
Deux rats blancs, pesant Go g. environ, directement inoculés
sur le cheval naturellement malade sont morts au bout de 18 et
2,3 jours. Chez ces deux rats, V incubation a été de 5 jours. Les
trypanosomes, à partir du moment où ils sont apparus, se sont
régulièrement multipliés jusqu’au moment de la mort.
A partir de l'un de ces deux rats, 3 passages consécutifs ont
eu lieu par rats blancs. Le rat du troisième passage est mort en
cinq jours avec de très nombreux trypanosomes dans le sang.
Les passages par rats ont donc exalté rapidement la virulence
du trypanosome.
Faute d’animaux, j’ai dû m'arrêterai! troisième passage.
Chez les rats blancs de passage le mode d’infection a été le
même : les trypanosomes ont été constamment présents dans la
circulation jusqu’au moment de la mort. Il esl possible et même
probable, étant donné l'exemple de la souris blanche, qu’un
virus atténué puisse donner naissance chez le rat blanc à des
crises trypanol vtiques.
On observe chez le rat blanc rautoagglutination des hématies
et le phénomène de l’agglutination des trypanosomes entre eux.
Les lésions d’autopsie sont un foie gros, congestionné, atteint
de dégénérescence granulo-graisseuse et une splénomégalie tou¬
jours très marquée. La rate peut peser jusqu’à 4 g-
Action sur le rat d’Alexandrie (Mus alexandrinus Geoffroy)
La maladie peut revêtir soit le type aigu, soit le type chro¬
nique.
3 Mus alexandrinus inoculés sur un rat blanc avec une dose
relativement forte de trypanosomes injectés dans le péritoine
sont tous les trois morts d’infection aiguë le sixième jour. >
Dès le lendemain de l’inoculation les trypanosomes étaient
510
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
présents dans la circulation. Us fourmillaient au moment de la
mort.
A l'autopsie : rate grosse, foie atteint de dégénérescence gra-
nulo-graisseusc.
Par contre un quatrième Mus alexandrinus a fait une mala¬
die chronique des plus typiques. Cela tient évidemment à ce que
la virulence du trypanosome s’était affaiblie à la suite de nom¬
breux passages par animaux d’espèces diverses.
Voici la filiation des passages subis par le virus avant d’être
inoculé à ce rat :
Cheval naturellement infecté
i
Chien n° 1
Chien n° 2
I
Lapin 1
i
Souris
Lapin 2
Cobaye 1
i '
liât blanc
I
Gerbille ( Meriones Skawi D.).
Je donne l’observation du rat :
Mus alexandrinus G., adulte, inoculé dans le péritoine le 15 janvier
1917 avec une goutte et demie de sang de la gerbille. Les trypanosomes
étaient rares dans le sang de la gerbille.
17, 20 janv. : pas de tryp.
21 janv. : tryp. rares. Pas d’autoagglutination des hématies.
23, 25, 26, 27, 29, 31 mars : Pas de tryp.
6, 10, 13, 17, 23 fév. : Pas de tryp.
16 mars : Pas de tryp. Très bien portant. Réinoculé dans le péritoine
avec 3 gouttes de sang du cobaye 2. Les tryp. étaient assez nombreux dans
le sang du cobaye.
20, 22, 26, 31 mars : Pas de tryp. Très bien portant.
4 avril : Pas de tryp. dans le sang.
7 avril : Tryp très rares.
10, 28 avril : Pas de tryp.
4 mai : Pas de tryp. Très bien portant. Pas de lésions externes de try¬
panosomiase.
Le 5 mai, au moment où je quittais Mazagan, ce rat était en excellente
santé apparente.
Séance du i3 Juin 1917
511
Action sur la gerbille (. Meriones Shawi Duvernoy) ( 1).
La gerbille est sensible au trypanosome de Mazagan, 3 ger-
billes sur 3 se sont infectées avec ce virus. L’une d’entre elles
fut inoculée sous la peau, les deux autres dans le péritoine.
L 'incubation a été très courte, 2 à 3 jours. Chez la gerbille ino¬
culée sous la peau, les trypanosomes ont été très nombreux dans
le sang dès le 4ejour. Or, dès cet instant, j’ai pu constaler que
les trypanosomes étaient agglutinés entre eux, ce qui montre la
rapidité avec laquelle les agglutinines font quelquefois leur
apparition.
Par contre, l’autoaggl u tination des hématies a pour ainsi dire
fait constamment défaut. Je ne l’ai constatée qu'une fois et
encore légère chez une gerbille à la veille de la mort.
Les trypanosomes ont été tantôt présents dans la circulation,
tantôt absents. Je n’ai pu suivre jusqu’à la mort qu'une seule
gerbille. Il s’agit d’une gerbille femelle morte au bout de
deux mois et demi et dont l’observation est intéressante à un
double titre car : i° elle mit bas en cours d’infection 7 petits
dont aucun ne devint malade bien qu’ils furent tous allaités
parleur mère (2), et 20 elle présenta en fin de maladie des lésions
externes qui, pour être discrètes , n’en étaient pas moins caracté¬
ristiques : au-dessus du nez et symétriq uement de part et d’autre,
les poils étaient tombés et on pouvait y voir deux petites croûtes
sèches, Tune à droite, l’autre à gauche.
La gerbille peut aussi s’infecter par la voie digestive. La ger¬
bille femelle, dont nous venons de parler, fut, à sa mort,
dévorée par ses petits devenus adultes : de ce fait, 2 d’entre eux
sur 7 eurent la trypanosomiase*
Au cours d’une autre expérience, une gerbille infectée fut
dévorée par deux gerbilles adultes. Les deux gerbilles se trypa-
nosomèrent.
L 'incubation est plus longue quand l’infection a lieu parla voie
digestive. Elle est alors de 8 à 1 1 jours.
(1) Cette détermination a été faite par M le Professeur Trouessait que je suis
heureux de remercier ici.
(2) Velu et Eyraud ont montré que Trypanosoma marocanum pouvait se
transmettre au jeune chien par l’allaitement. Bulletin de la Société de Patho¬
logie Exotique, n° 8, p 0O7.
512
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pour terminer, je dois mentionner que j’ai, sans succès, ino¬
culé le trypanosome de Mazagari à deux coqs et à deux oies. Ces
animaux ont résisté à des réinoculations répétées de virus faites
à doses massives.
Travail du laboratoire du Groupe Sanitaire Mobile
des Doukkala A b du.
A Sudanese Dermatitis Venenata
by
Albert J. CHALMERS, M.D., F.R.C.S., D.P.H,
Direclor, Wellcome Tropical Research Laboratories,
and W aino PEKKOLA
Wellcome Tropical Research Laboratories,
K li a r tou m
Contents : Introductory. Sudan Case. Diagnosis. Ætiology. Haplophyllum
tuberculatum. Treatinent. Summary. Aclmowledgments. lleferences.
Illustrations.
Introductory. — Until recently works upon Tropical Medicine
could be searched in vain for records of Tropical Dermatitis
Venenata and lhe reasons are firslly because t lie éruption isoften
dépendent upon tbe personal idiosyncrasy of the patient to
some plant, which may not affect otlier people, secondly because
particular regard bas not been paid to the fact that tbe patient
has been in contact with any spécial plant, and lastly because it
is so d i f fi cuit to prove beyond doubt tbat a given plant is the
cause of tbe éruption as tbe patient may hâve travelled many
miles before lie seesa doctor and, unless he iscarrying tbe plant
with him, he is generally very considerably relieved from bis
acute symptoms before any medical aid is available. Luckily we
bave been able to prove beyond doubt that tbe Rue presently
to be described was the actual causal agent of the victim’s érup¬
tion and therefore bring forward the following notes.
With regard to tbe general bistory of Dermatitis Venenata,
Write of Boston, in 1887, gathered togetber many facts while
Séance du i3 Juin 1917
Norman Walker in his Introduction to Uermatology p u b 1 i s lied
in 1916 lias given a most intëresting and vvell illustrated account
of the conditions observed by himself.
Wilh regard to Dermatitis Venenata as seen in the Tropics,
Régnault in 1902 contributed a brief reference to the éruptions
seen in Indo-China ; in 191 1 Letgher gave a good account of the
Buffalo Beau of Rhodesia and in 1914 Hornsey did the saine
with regard to the Rungusof Brilish North Bornéo. In the saine
year Cleland wrote an admirable summary of the plants posses-
sing acrid j uices, producing vésiculation and dermatitis in Aus-
tra lia. In 1915 Vadala drew attention to the rash found in per¬
so ns working with Arundo donax.
In 1913 Castellani and Chalmers attempted a brief summary of
the subject as known to lhem because, in their opinion, it requi-
» red further study in the Tropics.
With these preliminary remarks we wilf pass on to consider
our présent case.
Sudan Case. — A European résident in the Sudan noticed that
after he had examined some herbage at a certain place on the
Nile he was attacked by an erythematous swellingon the hands
and at the saine time small reddish spots appeared on the chest.
On this first occasion he w ore long boots and his stay in the
région in question being only two days the éruption disappea-
red completely in about 3-4 days after departure there from and
he could assign no cause for this skin affection.
On the i(î th. of March of this year he proceeded to Ganetti
in Dongola Province in order to attempt to control an outbreak
of locusts by means of the Goccobacillus and for this purpose he
was compelled to work among.a rue called Haplophyllum tuber-
culatiim (Forskal 1776) (Fig. 1) which was growing abundantly
in this area and was in flower.
As he was searching for the young locusts, commonly called
hoppers, he was compelled to bend down among the rue and to
separate plant from plant with his hands; at this lime he was
wearing only low shoes and not boots.
He arrived at the place at 4 P* m* on the i6lh. of March and
began work seriously 011 the morning of the 171)1. of March.
Durino- the afternoon of the 1 8 1 h . , that is to sav about 3o hours
after he began working in the rue, he was troubled with marked
514
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
irritation on his hands, and on his feet and legs just above the
shoes. The éruption on these parts of the body began as small
red papules which increased in size until neighbouring papules
coalesced and thus formed large swollen red areas. Nextmorning
his hands and legs were swollen, red and itching and he coin-
plained of headaehe and pain in his epigaslric région and had
no appetite, but there was no fever, and he was not il! enough
to stop his vvork.
On the 20th. his lips, lobules of the ears, and eyelids were
red and swollen, and the itching was now so intense t ha t relief
could only be obtained by scratching until the skin was woun-
ded and sérum exuded. About this time discrète red papules
appeared upon his chest and he noled that the éruption was
similar to that from which he had previously suffered but much
more severe.
He remained in this district and continued to work in the rue
but his legs became more and more swollen especially below the
knees, his hands remained swollen and his headaehe continued
as did his loss of appetite. His lips cracked and oozed but he
considers that his face became slightly less swollen. A t this time
the glands in both groins and under the jaw became enlarged.
On the mornînsr of the 25th. he left Ganelti havin°r worked
O CD
there for 8 days and that evening for the first time during this
period he felteasier.
Next morning he was distinctly better, the headaehe had enti-
rely disappeared and he had a good appetite for his food but his
eyelids, face, hands and legs were still swollen.
After this, despite the fact that he applied no medical treat-
ment whatever to the éruption, he gradually got well. Thus by
the 28th. the itching had gone, and by the first of April most of
the signs and symptoms had disappeared except the scratches,
the enlarged glands in the groin and some little redness and
swelling of the legs. On this morning he had to take a very long
walk and next day his feet and legs were again swollen, itching
and reddish but these symptoms rapidly disappeared and on
april 4th. he was quite well except for a slight patchy blush on
his legs which disappeared finally in another two days.
Diagnosis. — The patient arrives at Ganelti where Haplophijl-
lum tuberculatiini is growing in gréai abuudance and begins and
Séance du i3 Juin 1917 515
continues to work among thaï plant. In tliirty hours from com-
mencing to work therein his symptoms are severe enough lo
seriously attract his attention and he thinks, perhaps correctly,
that he is attacked by the same éruption as that from vvhich he
had once suffered, as mentioned above, on another part of the
Nile.
The symptoms continue and get worse during the remaining
six days of his stay at Canetti, but within a few hours of leaving
t h is place he begins to feel better and in 6 days later he is prac-
tically well, except for very slight trouble vvith his legs which
is increased temporarily by his long walk, but even this subsides
in another 6 days when he completely recovers without any
medical treatment.
Thereare onlylwo possible causes for an éruption of the nature
described above, taking place in a perfectly healthy man, and
these are firstly some exhalations from a plant or secondly the
irritation of some mite derived from the same plant or neigh-
bourhood.
The patient in the présent case being a well trained zoologist
would hardly be likely to miss observing mites on the plants
among which he was working and he failed to observe any, nor
were we able to find any 011 specimens forwarded to us and
therefore by process of exclusion we are compelled to consider
the plant ilself, for which he probably lias an idiosyncrasy as
he strongly objected to the odour arising therefrom and because
he noticed that his headache always began after working for a
short space therein, although at the time he had never heard
that plants could cause such an éruption.
Ætiology. — In order to settle the causation of the éruption,
we obtained, by the kindness of Colonel Jackson, (T B., Gover-
nor of Dongola, a quantity of the rue which, because of its long
journey, had become somewhat dry.
The patient was brought into contact with the plant about
6.3o P. M. one evening and that night he suffered from heada¬
che and next day, i. e. in about 18 hours after rubbingsome of
the leavesand llowers on his forearm for a few seconds, an érup¬
tion appeared on this région exactly similar in appearance and
with similar symptoms only less severe than that from which he
originally suffered.
51(3 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
This éruption (Fig. 4) only spread slightly because the plant
vvas partially dry and because contact was maintained only for
a few seconds.
In our opinion this proved tliat t lie plant could produce an
éruption in certain persons, but not in ail because the partially
dried plant quite failed to do so in other inembers of the labora-
torystaft. Therefore two factors are required to produce the érup¬
tion viz., the plantanda person susceptible thereto.
We were unable to Iràce any family history in our patient of
susceptibility to Rues or to other plants.
We therefore conclude that the éruption from which our sus¬
ceptible patient suffered in Dongola was a Dermatitis Venenata
caused by the rue Haploptujllum tube reniât uni (Forskal 1775)
(Fig. 1) which we will now briefly describe.
Haplopiiyllum toberculatum. — This plant is depicled in the
attached plate of photographs. The left hand illustration is a
photograph of the plant showing flowers and capsules while the
right hand illustration is a sketch of the main characters of the
saine plant kindly lent to us by Mrs. Growfoot. The lower illus¬
trations depict a flower and the experimental éruption, mentio-
ned above.
The plant was first described as Ruta tuberculata by Forskal
011 page 86 of bis Flora Ægyptiaco-Arabica, when he draws
attention to the smell in the following words : « Odor suavis,
fortis velut Rutæ hort ». Ile also mentions the tuberculated cap¬
sule, the linear-lanceolate leaves witli involuted margins. He
says that the Arabs call it Mædd jenninæ.
Adrien de Jussieu i n bis « Mémoires sur les Rutacées» published
in Mémoires du Muséum d1 Histoire naturelle , tome XII, for 1826
separated off the genus Aplophijllum from Ruta but this was alte-
red by H. Reichenbacii in i832 in bis « Flora Germanica Excur-
soria » to Haplopiiyllum and so it is called at the présent lime.
The principal points of this genus are that the leaves are gene-
rally simple, the petals entire, and the llowers almost constantly
pentamerous while the ovules are few in number in each carpel
(Bâillon IV, 682). Muschler in 1912 (page 584) gives the petals
as tive and the stamens as ten.
Définition. — Muschler defines the genus Haplopiiyllum as
follows :
Séance du i3 Juin 1917
517
« Calyx 5-parted. Petals 5, hooded entire. Stamens 10, the filaments
dilated at the base, free or somewhat monadelphous. Ovary 5-lobed
depressed. Ovules 2 in each cell side by side or 4. Stigma capitate. Capsule
glandular, 5-celled, splitting inwards at the apex, rarely indéhiscent.
Seeds transversely wrinkled, tubercled. Herbs, usually with a woody root
and trunk, erect or divaricate stems, simple or parted leaves, corymbose,
bracted inflorescence ».
He furtber describes II. tuberculatam in the following terms :
« A perennial herb 30-40 cm. high, crisp-pubescent or glabrescent,
stems ascending, much forked. Lower leaves and those of stérile branches
obovate, or oblong-spathulate, tapering into a petiole, the upper one
spathulate-linear, obtuse, ail from 5-12 mm. long, more or less crenate,
wavy-margined. P loivers scattered, subsessile, in forked cymes, calyx gla-
brous, petals somewhat clawed, oblong, obtuse. FloicersOçiobvY to IVlarch ».
The number of stamens appears to be very variable thus
Mrs. Crowfoot in the illustration which she kindly gave us and
which is reproduced iu the illustrations attached to this paper,
depicts only seven. With reference to this it is interesting to
note lhat Bentley and Trimen drew’a flover of Hata graveolens
with eight stamens.
Distribution. — The genus is found in the Mediterranean
région while //. tuberculatam is known in Morocco, Algeria,
Tunisia, Arabia-Petræa, Palestine, Persia and in Nubia i. e. in
the Dongola Province of the Anglo-Egyptian Sudan where it lias
been found by Mrs. Crowfoot and one of us.
It has also been found at Tokar by Mr. Massey, Government
Botanist, who kindly determined our specimen for us. It has also
been recorded by Mrs. Hewison as growing near the Research
Farm in Khartoum North while Muschler says thaï it is common
in sandy deserts.
Properties. — Its more important properties or assumed pro-
perties may be classifîed into.
1 . Its odour.
2. Its native use.
3. Its Dermatitis Venenata.
Most people consider that its odour is disagreeable but here
the personal équation cornes into play as some members of the
laboratory staff consider the smell to be so agreeable that they
hâve had some of the plants placed upon their writing tables.
On the olher hand other members of the staff complain that the
smell is very disagreeable and that it produces headache and
even makes them fee sick.
518 B ULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
Ils natives uses are as follows.
1. A small bundle is tied above the female flower of the date.
This is said to be doue to promote fertilisation but the more
likely reason is to keep away some noxious animal.
2. A décoction is drunk by vvomen to promote fertility and
the menstrual discharge.
Mrs. Growfoot thinks that it is probably the saine plant as
thaï referred to by Dr. Bousfield on page 275 of the 3rd. Report
of these Laboratories under the term « Haza » Arabie for « this »
(but the natives of the Sudan use a word spelt similarly but
pronounced differently something like HHaza for a purgative
ni ed ici ne) as being used to induce u te ri ne contractions. We refer¬
red to Dr. Bousfield with regard to this malter but he was una-
ble to defmitely support it.
It may be the same as the plant (Haza?) mentioned by Balfour
on page 3oo of the same report as being useful for flatulence and
dyspepsia.
Forskal and Le Maout and Decaisne say that the Egyptian
women bruise its leaves in waler and use it as a hair wash with
a view to stimulating the growth of the hair but, we think, it
was more probably used to get rid of vermin.
It is extremely interesting to compare these local uses with
those of the well known Rata graveolens Linnaeus, which lias
been reported for âges as :
1. An emmenagogue.
2. A cure for flatulent colic.
3. Of use in keeping away noxious insects.
With regard to the Dermatitis Yenenata which we believe
Baplophyllum tuberculatum to hâve caused, it is also interesting
to note that R. graveolens according to Bentley and Trimen cau¬
ses redness, swelling and even vésication if much handled,
while Le Maout and Decaisne state that R. montana , found in
Spain, produces erysipelas, and ulcerous pustules on the hands
of those who gather it. Thus in both these plants we hâve defi¬
ni te support of our belief as to the origin of the symptoms
shown in our case.
/
Treatment. — The best therapeutic remedy is to remove the
susceptible patient from the région wliere the plant is growing
and to combine with this repeated bathing of the whole body
Planche VI
(jHALMKKS et Pekkola
Fi^.3.
' ;
m
MIS
4.
A SUDANESE DERMATITIS VENENATA
Séance du i3 Juin 1917
519
with water. A soothing lotion such as Lotio Calaminæ or a very
weak solution of Carbolic Acid, to relieve the itching, is also
indicated, and were tried in the experimental dermatitis men-
tioned above.
Summary. - We believe thaï we hâve sufficient evidence that
Haplophyllum tuberculatam (Forskal 1776) vvas the forts et origo
of the cutaneous éruption from which our patient suffered.
Acknowledgments. — We beg to acknowledge with thanks the
aid given to us by Colonel Jackson, C. B. and Mr. Massey in obtai-
ning information with regard to the plant. We are especia "y
indebted to Mrs. Crowfoot for the drawing so kindly lent to us.
Khartoum, May 22nd., 1917.
REFERENCES
Arranged in Alphabetical Order
Anderson (1908). — « Third Report of the Wellcome Tropical Research
Laboratories ». 275 and 300. London.
Bâillon (1875). — « Natural Uistory of Plants », IV, 382. London.
Bentham and Hooker (1867). — « Généra Plantarum», I, 287. London.
Bentley and Trimen (1880). — « Médicinal Plants », 1, 44. London.
Bousfield (1908) — « Third Report ofthe WellcomeTropical Research
Laboratories », 275. London.
Castellani and Chalmers (1913). — < Manual of Tropical Medicine »,
2nd. édition, 1541-1547. London.
Cleland (191 4). — Australian Medical Gazette , June20th. Sydney.
Hooker and Jackson (1893). — « Index Kewensis », II, 1093. Oxford.
LeMaout and Decaisne (1873). — « System of Botany », 318. London.
Muschler (1912). — « Manual Flora of Egypt », I, 585. Berlin.
Walker (1916). — « Introduction to Dermatology », 6th. édition, 109.
Edinburgh .
Illustrations (Plate VI)
Fig. 1. — PhoLograph of a slightly dried specimen of Haplophyllum
iuberculatum (Forskal 1775). Onequarter natural size.
Fig. 2. — Photographs of a sketch made by Mrs. Crowfoot showingthe
main characters of Haplophyllum tuberculatam (Forskal 1775). Magnified.
Fig. 3. — Photograph of a sketch made by Mrs. Crowfoot of a flower
of Haplophyllum tuberculatum (Forskal 1775). Magnified.
Fig. 4. — Photograph of a portion ofthe éruption experimentally produ-
ced on the forearm in a susceptible person by rubbing, for a few seconds,
with the leaves and flowers of the plant. Reduced .
520
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
Archives Médicales Belges, 70e année, f. 4, avril 1917.
British Medical Journal, nos 2940-2945, 5 mai-9 juin 1917.
Bulletin Agricole du Congo Belge, t. VII, nos 3-4* septembre-
décembre 1916.
Caducée , n° 5, i5 mai 1917.
Journal of the Royal Arm y Medical Corps, t. XXVIII, f. 5,
mai 1917.
Journal of Tropical Medicine and Hygiene, t. XX, f. 1-11,
janvier-juin 1917.
Neiv-Orleans Medical and Surgical Journal, t. LXIX, f. 11,
mai 1917.
Pediatria , t. XXV, f. 4 et 5, mai et juin 1917.
Philippine Journal of Science, t. XI, B, f. 4* juillet 1916.
Review of Applied Entomology , t. V, sér. A et B, f. 5, mai 1917.
Revue scientifique , nos 10-11, 12 mai-9 juin 1917.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene,
t. X, f. 5, mars 1917.
Tropical Diseases Bulletin , t. VIII, tables; t. IX, f. 7 et 8,
3o avril et i5 mai 1917.
LIVRES ET BROCHURES
Commission malarique Pirogoff. Comptes-rendus des expé¬
ditions malariques de 1904 et 1905.
Brochures et affiches de propagande de la Commission Pirogoff.
Juan Iturbe. The intermediate host of Schistosomum mansoni
in Venezuela.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cle
Tome X.
1917
No 7.
1
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de la Société
DE
Pathologie Exotique
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Séance du 11 juillet 1917
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
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SOMMAIRE DU NUMERO 7
Séance du 11 juillet 1917
PAGES
COMMUNICATIONS
56o
521
N. Clapier. — Noie sur le parasitisme intestinal par les Nématodes dans
la zone frontière du Libéria et de la Guinée .
P. Delanoë. — Sur les altérations des globules parasités par les héma¬
tozoaires du paludisme . .
H. Gros. — Contribution à l’étude des conjonctivites en Algérie.
E. Escomel. — Quelques remarques à propos des trichomoniases intes¬
tinale et vaginale .
A. Laveran. — Paludisme des Oiseaux. — Discussion
M. Leger. — Parasitisme intestinal à la, Guyane française .
M. Leger, P.Mouzels et P. Ryckevaert. — Le Pian à la Guyane française
L. Marty. — Emétine et Amœbn coli .
C. Mathis et L. Mercier. — Le soi-disant chromidium des kystes des
entamibes intestinales de l’homme .
V. Morax. — Conjonctivites en Algérie. — Discussion .
Ch. Nicolle. — Cent passages successifs du virus exanthématique par
cobayes . . 5?g
Voir la suite du sommaire page III de la couverture
536
525
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Il
PAGES
L. Parrot. — Sur un nouveau Phlébotome algérien, Phlebotomus Ser¬
gent* i, sp. nov. (Note^préli rninaire) . . . 564
A. Porot. — Délire et réactions psychomotrices dans la fièvre récurrente
de l’indigène . . • 532
G. Senevet. — Note sur un procédé de coloration de l’hématozoaire du
paludisme . . 54o
Et. Sergent et Miss H. Hempl. — Sur l’immunité dans le paludisme des
oiseaux ( Proteosoma vel Plasmodium nelictum Grassi et Feletti) . . 55o
Et. Sergent. — Les enseignements d’une année d’épidémie foudroyante
de paludisme dans la Mitidja (Algérie) . 548
MÉMOIRES
P. Aubert. — Amibiase à l’armée d’Orient . Ou
R. Blanchard. — Monographie des Hémadipsines (Sangsues terrestres)
(pi. VII) . . 64o
Ch. Gommes. — Les méningites dans la région de Bamako .... 568
P Delanoë — Contribution à l'étude du paludisme au Maroc occidental 586
E. Roubaud. — Histoire d’un élevage de Glossina morsitans à l’Institut
Pasteur de Paris ... . 629
Edm. Sergent et G. Roig. — Sur l'existence de l’agalaxie contagieuse
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Dixième année
f9J7
7-
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU II JUILLET I <J I 7 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
COMMUNICATIONS
Contribution à l’étude des conjonctivites
- en Algérie
Par H. GROS
Pendant les annnées 1905-1906-1907, j’ai relevé tous les cas
de maladies des yeux traités à rinfîrmerie indigène de Rébeval.
Le nombre des malades a été de 1.475 en 1905, de 1.468 en
1906, de 1.237 en I9°7*
Du Ier novembre 1907 au 3i octobre 1908, j ait fait, de plus,
l’examen microscopique des sécrétions de tous les malades
atteints d’affections de la conjonctive. Je reviendrai en termi¬
nant sur la constatation que m’a donné cet examen.
Au cours des trois premières années, j’ai eu à traiter 1.190 cas
de conjonctivites non granuleuses, soit 22,53 0/0 du nombre
total des maladies des yeux. 964 de ces conjonctivites étaient
simples, 226 étaient compliquées d’autres lésions oculaires ou
associées avec elles.
.30
522 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Parmi les complications les plus fréquentes, il faut noter le
ptérygion 4o fois (très fréquent indépendamment de toute con¬
jonctivite, chez les Kabyles adultes du sexe masculin) ; les
ulcérations de la cornée 20 fois, les opacités de la cornée
22 fois; la cataracte 19 fois ; la blépharite 28 fois; l’atrésie des
points lacrymaux 3o fois.
Le nombre des malades traités pour conjonctivites granu¬
leuses a été plus élevé encore, puisqu’il s’élève à 1.826, soit
34,67 0/0, plus d’un tiers du nombre des consultants pour mala¬
dies des yeux.
La complication de beaucoup la plus fréquente de la conjonc¬
tivite granuleuse est Lentropion de la paupière supérieure que
j’ai rencontré 779 fois, soit dans 42,11 0/0 de tous les cas de
conjonctivite granuleuse, bien près de la moitié; puis vient le
pannus, rencontré 100 fois comme unique complication des
conjonctivites granuleuses ; 91 fois comme reliquat d'une con¬
jonctivite granuleuse cicatrisée ; 120 fois en tant que complica¬
tion de la conjonctivite granuleuse coexistant avec d’autres
lésions oculaires; bien loin après viennent les ulcérations de la
cornée 65 fois et les opacités cornéennes 91 fois.
Les tableaux graphiques ci-contre se dispenseront d’insister
longuement sur quelques données étiologiques :
Pour les conjonctivites non granuleuses, le tableau I nous
montre que rares en janvier, février et mars, les conjonctivites
augmentent de fréquence en avril, restent à peu près station¬
naires en mai, reprennent leur marche ascendante en juin,
juillet et août, atteignent leur maximum de fréquence en sep¬
tembre, diminuent déjà beaucoup en octobre pour revenir au
chiffre du mois de mars en novembre et décembre. Le maxi¬
mum de fréquence tombe en septembre qui est à la fois le mois
le plus chaud et le plus sec de l'année et il semblerait d’après
cela que les pluies d’octobre auraient pour conséquence d’en
diminuer la fréquence.
Le graphique n° II montre que le maximum de fréquence de
la conjonctivite non granuleuse tombe de trente à cinquante ans.
Les conjonctivites non granuleuses ont été observées trois fois
plus fréquemment chez les hommes que chez les femmes; mais
on ne saurait en conclure que les conjonctivites sont moins
fréquentes chez les femmes que chez les hommes, les femmes
venant moins volontiers consulter que les hommes.
Séance eu ii Juillet 1917
jO
Gr. I. — Fréquence des conjonctivites
non granuleuses, suivant les mois,
pendant les années 1900-06-07.
Gr. II. — Fréquence des conjonctivites
non granuleuses, suivant l’àge.
Qr. III. — Fréquence de la conjonctivite Gr.IV. — Répartition des conjoncti-
"•ranuleuse suivant les mois. vîtes granuleuses suivant les âges.
324 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pour les conjonctivites granuleuses, le tableau III montre
que le nombre des consultants a régulièrement augmenté depuis
le mois de mars jusqu’à juillet. En août, il y a eu une diminu¬
tion qui se maintient en septembre et en octobre. En novembre
on note une augmentation suivie d une diminution en décembre.
En ce qui concerne l’âge, la conjonctivite granuleuse a montré
une marche progressivement ascendante à partir de deux ans,
elle atteint un premier maximum de io à i5 ans, diminue de
i5 à 20, augmente à nouveau de 20 à 3o, puis diminue à
partir de 3o ans pour devenir rare de 5o à 60 ans et n’ètre
presque plus observée à partir de soixante ans. La conjonctivite
granuleuse est une maladie du jeune âge. La plupart des cas
observés au-dessous de vingt ans datent de l’enfance. Il serait
toutefois excessif de croire que les adultes et même les vieillards
soient à l’abri de la contagion. Mais il n’en est pas moins cer¬
tain que ces faits sont exceptionnels.
Quant au sexe, le tableau montre que la conjonctivite gra¬
nuleuse, au contraire des autres conjonctivites, se montre avec
une fréquence à peu près égale dans les deux sexes : 69,99 chez
les hommes, 4o,J 0/0 pour les femmes.
Pour la fréquence de la répartition de la conjonctivite granu¬
leuse suivant le mois, je 11’ai tenu compte que des cas de con¬
jonctivite exempts de toute complication, présentant par consé¬
quent toute chance d’être des plus récents.
Je ne veux pas reproduire ici des tableaux graphiques de la
répartition du pannus et de l’entropion suivant les mois; ils
sont exactement superposables à ceux de la conjonctivite granu¬
leuse et ils nous apprennent en outre que ces deux complica¬
tions ont été fournis en nombre égal par les deux sexes.
S’il fallait déduire des chiffres ci-dessus indiqués quel¬
ques données épidémiologiques, il y aurait lieu peut-être d'op¬
poser les conjonctivites aiguës aux conjonctivites granuleuses
et conclure que les agents de transmission des deux maladies,
de même que les causes qui les favorisent, sont tout à fait diffé¬
rents*
Le tableau V nous montre l’énorme différence entre les con¬
jonctivites dans le sexe masculin et le sexe féminin, tandis que
les conjonctivites granuleuses s’observent presque à égalité.
La conjonctivite granuleuse est plus spéciale au jeune âge;
elle est également répartie dans les deux sexes, dont elle parait
Séance du ii Juillet 1917
avoir pour agent de propagation, en raison
indigènes, un agent intérieur, commun aux deux sexes, vrai¬
semblablement, comme on l a déjà
accusée, la mouche domestique.
Au contraire le rôle de ce moyen
de transport doit-il être moindre pour
les conjonctivites ordinaires plus spé¬
ciales à l’âge adulte et à la saison la
plus chaude de l’année, maximum de
fréquence août-septembre.
Enfin du 17 novembre au 3i octo¬
bre 1908, j’ai fait l’examen systémati¬
que des sécrétions conjonctivales de
tous les indigènes qui m’ont consulté
pour inflammations de la conjoncti ve, Gr. V.
quelle que soit leur nature.
Le nombre total des examens pratiqués a été de 85o, j’ai
trouvé :
Pas de bacilles . 267 fois
Bacilles de Morax . 366 —
B. de Weeks . 52 —
Petits cocci . 143 —
Pneumocoques . 20 —
Gonocoques . 2 —
Dans les 267 cas où je n’ai pas trouvé de bacilles, il s’agissait
de conjonctivites granuleuses nettement caractérisées.
Au contraire de M. Vialatte(i), j’ai rencontré le bacille de
Morax avec une très grande prédominance : puis viennent des
petits cocci que j'ai rencontrés dans les sécrétions blanches de
l’angle caroncuiaire dans de très vieilles conjonctivites; je 11e
sais vraiment si ces petits microorganismes doivent être consi¬
dérés comme des bacilles de Weeks modifiés ou comme des
microbes particuliers; puis viennent les bacilles de Weeks et
avec une infinie rareté, en rapport avec la rareté même de la
blennorrhagie, le gonocoque.
Des remarques qui ont été faites sur l’influence de l’âge et du
sexe dans la fréquence de la conjonctivite granuleuse, peut-être
est-il permis de conclure que la simple ségrégation des travail-
525
des mœurs des
(1) Gli. V ialatte, Rapport sur le fonctionnement du laboratoire de micros¬
copie de Beni-Ab^ès en 1 9 r /f , Bull, de la Soc. pcith. ex., t, VIH, p. 66,
526
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
leurs kabyles réduirait au minimum les chances de diffusion
du trachome en France.
M. Morax. — Les courbes de fréquence des conjonctivites
aiguës par rapport aux différentes époques de l’année cadrent
assez bien avec celles qui ont été établies autrefois à mon insti¬
gation par MM. Lakah et Khouri et à celles que plus récemment
le D1 Mac Gallan a fait connaître dans le Bulletin de la Société
d' Ophtalmologie d'Egypte. Cette augmentation de fréquence,
qu’on avait attribuée autrefois à la crue du Nil, n’a évidemment
rien à faire avec ce phénomène. Son explication n’est pas encore
donnée. On aurait pu croire que cet accroissement de fréquence
apparaissant en avril -mai et se terminant en septembre-octobre
était lié à la diffusion des infections par les mouches, mais cette
hypothèse trouve une objection sérieuse dans le fait que l’aug¬
mentation de fréquence n’est pas rigoureusement simultanée
pour l’infection weeksienne, gonococcique et diplobacillaire.
Cent passages successifs
du virus exanthématique par cobayes
Par Charles NICOLLE
Poursuivant la conservation dans notre laboratoire de deux
virus exanthématiques, nous sommes parvenus pour l’un d’eux
à cent passages successifs par cobayes (i).
Ce virus, désigné par nous sous le nom de virus marocain ou
Virus II, avait été prélevé le 25 mai 1914 sur un malade conta¬
miné au Maroc. A son centième passage, il compte donc exac¬
tement trois ans de conservation dans le laboratoire ; sauf un
premier passage de l’homme au singe, il n’a passé que sur
cobayes.
Nous n’avons rien à ajouter aux observations que nous pré¬
sentions à la séance du 12 juillet 1916 de cette Société (2), alors
que ce virus avait réalisé déjà plus de 60 passages par cobayes,
(1) Exactement io3 passages, au moment où nous rédigeons cette note.
(2) Tome IX, pp. 487-/194.
527
Séance du ii Juillet 1917
non plus qu’à celles contenues dans noire mémoire des Archives
de F Institut Pasteur de Tunis sur le même sujet, quand le virus
en était à son 66e passage sur la même espèce (1).
La maladie expérimentale du cobaye reste identique; elle se
résume en une simple fièvre d'une durée de quelques jours,
qui survient ordinairement du huitième au onzième jour de
l’inoculation.
La virulence du sang des cobayes infectés pour le singe est la
même au centième passage qu'au jour du prélèvement du virus
sur l’homme, ainsi que le démontre l’examen de la courbe ci-
jointe, que nous donnons en même temps que celle du cobaye
de centième passage, utilisé pour l’inoculation de ce singe.
Nous rappelons que le virus du cobaye est employé pour la
(1) Tome IX, pp. 234-237.
528
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
préparation du sérum curatif du typhus exanthématique, sous
forme d’émulsions fines de capsules surrénales, de rate et de
reins, que l’on inocule dans la jugulaire du cheval.
Le virus exanthématique est un des trois virus pathogènes (i)
pour l’homme, à microbes invisibles ou inconnus, dont la con¬
servation indéfinie a été jusqu’à présent réalisée dans les labo¬
ratoires; son entretien comme celui du virus de la rage répond
à une nécessité pratique.
Institut Pasteur de Tunis.
Le Pian à la Guyane Française
Par M. LEGER, P. MOUZELS et P. RYCKEWAERT
Le Pian, d’origine africaine, aurait été importé en Amérique
du Sud par les esclaves recrutés sur la côte occidentale d’Afrique.
La présence de cette affection en Guyane française a été signalée
presque dès le début de notre Colonisation et on la trouve
déjà décrite dans les Mémoires pour servir à /’ histoire de Cayenne
de M. Bajon (1777). Mais il est hors de conteste que la majorité
des auteurs ont fait entrer dans leurs descriptions du Pian de
nombreuses autres affections cutanées de nature syphilitique,
tuberculeuse, lépreuse, mycosique et surtout leishmanien ne.
Il appartenait aux recherches microbiologiques d’apporter de
la clarté dans le chaos des ulcères exotiques et de fournir un
argument irréfutable à ceux des cliniciens qui faisaient du Pian
une entité morbide spéciale.
Il est certain que, dans toute l’Amérique Méridionale, les
ulcères dus au Spirochœta pertenuis Castellani sont nombreux,
comme sont encore plus nombreux ceux dont l’agent pathogène
est la Leishmania tropica Wright, variété arnericana Laveran et
Nattan-Larrier. La distinction entre ces deux affections cuta¬
nées n’est devenue possible que du jour où les cliniciens se sont
fait aider dans leurs diagnostics par le microscope, et l’ère de
(i) Rage, poliomyélite, typhus exanthématique; on peut y ajouter le virus
vaccinal.
Séance du ii Juillet 1917
529
distribution respective de la leishmaniose et de la spirochétose
cutanées dans l'Amérique du 3ud se complète peu à peu.
Au Brésil, Castellani, Nattan-Larrier, Lindenberg ont montré
la présence du spirochète spécifique dans la « Bouba », tandis
que Lindenberg, Carini, Splendore et de nombreux autres ont
établi que les affections ulcéreuses, cutanées ou muqueuses,
communes dans les divers Etats et en particulier dans la zone
de Bauru, sont de nature leishmanienne.
Au Pérou, Escomel identifie la « espundia » c’est-à-dire l’ulcé¬
ration progressive de la muqueuse rhino-bucco-pharyngée, à une
leishmaniose, tout en démontrant par ailleurs la présence du
vrai Pian.
En Colombie (Robledo), au Vénézuéla (Sivas), les deux affec¬
tions coexistent. Il en est de même en Guyane hollandaise, où
Elu a reconnu que les « yaws » sont dus à Spirochœta per tennis,
tandis que les « boshyaws » sont imputables à Leishmania tro-
pica.
Seuls les ulcères à Leishmania ont été jusqu’ici signalés au
Paraguay (Migone), en Bolivie (Sagarnaga), en Equateur (d’après
Escomel), dans la zone du canal de Panama (Darling), en
Guyane anglaise (Minett et Field).
De même, en Guyane française, tandis que l’on sait que le
« pian-bois » est une leishmaniose, grâce aux deux observations
de Nattan-Larrier, Touin et Heckenroth d’une part, de notre
ami Thézé d’autre part, la démonstration microbiologique des
lésions pianiques dues à Spirochœta pertenais , n’a pas encore
été apportée.
Il nous a été donné récemment d’observer à l’Hôpital de
Cayenne, un cas dans lequel le diagnostic clinique hésitait entre
Pian proprement dit et « Pia-n-bois », et d’établir notre dia¬
gnostic par la présence en grand nombre du spirochète de
Castellani.
X. soldat d’infanterie Coloniale, 40 ans, originaire de la Guadeloupe,
établi en Guyane depuis 18 ans.
L’origine de son affection remonte à plus de 10 ans ; se trouvant dans
les placers de la Haute-Mana, il contracta un ulcère de la grandeur d’une
pièce de cent sous à la jambe droite, accompagné d’œdème de la région
voisine, sans retentissement ganglionnaire. La lésion guérit en quelques
mois par le simple repos. Les années suivantes, des ulcères analogues
apparurent en d’autres parties du corps. Ils se cicatrisèrent d’eux-mêmes
comme le premier.
La lésion, qui a nécessité son entrée à l’hôpital, a débuté il y a 3 mois,
530
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
environ 4 semaines avant son incorporation. X... se trouvait alors dans
les bois de l’Approuague. Sur la lèvre supérieure, à l’orifice de la narine
gauche, apparut, sans aucun prodrome, un petit bouton d’aspect furoncu-
leux, cerclé d’un liseré érythémateux et surmonté d’un point nécrotique.
Cinq semaines plus tard, quand nous l’observons, l’élément est tout à fait
caractéristique du pian, tel que nous l’avons nombre de fois observé en
Indo-Chine. Il est formé d’une croûte ambrée, stratifiée, à surface plane,
à bords à pic, couvrant une zone facilement saignante et d’aspect papil-
leux, nettement séparé des régions saines avoisinantes par un bord bien
limité. Cette surface papilleuse est légèrement arrondie en dôme et de
consistance élastique. Elle laisse facilement exsuder, après une hémorragie
notable mais fugace, une sérosité très abondante etcitrine. Pas de fièvre,
pas de céphalée, absence d’adénopathie, aucune douleur rhumatoïde.
L’état général du malade est bon.
L’examen de la sérosité révèle la présence de nombreux Spirochètes de
Castellani. Pas de Leishmania , ni dans la sérosité ni dans les produits de
curetage des parois.
Notre observation permet d’affirmer la présence du Pian à la
Guyane française et d étendre ainsi Père de distribution géogra¬
phique certaine de la maladie dans l’Amérique du Sud.
Elle tire un intérêt spécial de ce fait, que les affections à
Spirochètes de Castellani paraissent être en décroissance mar¬
quée dans le Nouveau-Continent.
Ainsi, à en croire Daniels, le Pian a totalement disparu de
la Guyane anglaise.
Au Brésil, en 1 844? d’après Sigaud, la maladie, « véritable
fléau des esclaves, sévissait avec fureur ». En 1909 au contraire,
Lindenberg, qui a eu le mérite de rencontrer le Spirochœta per-
tenuis chez un malade de la clinique dermatologique de Rio,
mentionne l’extrême rareté actuelle de l’aflection, et dit n'avoir
pu trouver aucun autre cas parmi les 3.3oo malades de Sao-
Paulo, atteints d’affections cutanées et provenant pour un grand
nombre des campagnes.
A la Martinique, Noc et Stévenel pensent que la maladie tend
à disparaître. Très commune jadis, lors de l’immigration des
coolies indiens, et ayant même nécessité l’installation, sur cer¬
taines propriétés, de « cases à pian », elle n’existe plus guère
que dans certaines communes. Une quarantaine de cas leur ont
été signalés en tout. Les auteurs ne disent pas le nombre chez
lequel la microbiologie a confirmé le diagnostic, mais il s’agit
probablement des 4i cas qu’ils ont traités.
Il est certain que, à la Guadeloupe, la Spirochétose de Gastel-
lani est maintenant rare, alors qu’elle était très répandue en
531
Séance du il Juillet 1917
1891, en particulier dans les communes de Pointe-Noire, Bouil¬
lante, Gapesterre et Pigeon. Honoré Lacaze, Directeur de la
Léproserie de la Désirade, nous rapporte en détails les observa¬
tions faites au cours de la Mission dont il fut chargé. Dans
certaines localités, le nombre des malades « épouvantait la popu¬
lation et la municipalité » ; dans d’autres il avait fallu reléguer
les Pianiques dans des cases placées sous le vent des habita¬
tions et « dont l’approche était redoutée ».
Dans une des Antilles anglaises, La Barbades Sambon a récem¬
ment recherché en vain la maladie, alors qu elle y avait été
signalée, très fréquente, il y a un siècle, par le Dr H end y (cité
par Sigaud).
Il importait donc de s’assurer si notre colonie américaine
comptait encore le Pian dans sa nosologie.
Enfin dans notre observation la réaction de Wassermann était
négative. Il est acquis que Syphilis et Pian sont deux spiroché¬
toses différentes, mais il n’en reste pas moins que, par une
coïncidence curieuse, les divers expérimentateurs qui ont
cherché la réaction de Wassermann chez les pianiques l’ont
trouvée positive (Schüffner à Java, Flu en Guyane hollandaise,
Heckenroth et Blanchard à Brazzaville, Degorce au Tonkin).
Notre observation démontre que la réaction positive en présence
d’antigène syphilitique n’est pas, dans le Pian, une règle
absolue.
Renseignements bibliographiques .
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Guyane Française. Paris, 1877.
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Institut d' Hygiène et Hôpital colonial de Cayenne.
Délire et réactions psychomotrices
dans la fièvre récurrente de l'indigène.
Par A. PO ROT
La fièvre récurrente, plus ou moins endémique dans l’Afrique
du Nord, y frappe surtout les indigènes. Si son allure fébrile est
soudaine et violente, les manifestations viscérales y sont l’ex¬
ception.
Deux ou trois ondes fébriles de durée décroissante, séparées
par une rémission complète, c’est à peu près à quoi se résume
toute la symptomatologie de la maladie.
Pour des médecins non avertis ou qui ne pensent pas d’emblée
à rechercher le spirochète dans le sang, beaucoup de cas sont
méconnus ou diagnostiqués seulement au second accès. Un cer¬
tain nombre sont confondus avec le paludisme.
11 y a pourtant une particularité qui nous a paru assez fré¬
quente et assez propre à cette infection — en milieu indigène du
moins — c’est la fréquence , la brutalité et la violence du délire.
Chez des sujets jeunes et sobres observés par nous, le délire se
présenta quatre fois sur sept avec une acuité et une intensité
dont bien peu de pyrexies nous ont donné l’exemple.
Il s’agit toujours, bien entendu, d’un délire onirique dans son
essence, comme celui de toutes les toxi-infections, tendant spé¬
cialement aux réactions psycho-motrices , comme tous les délires
aigus symptomatiques.
Mais ce qui nous a paru appartenir en propre aux réactions
psycho-motrices du délire récurrent, c’est leur soudaineté ou
leur brutalité, poussant le sujet à de grands accès propulsifs
Séance du ii Juillet 1917
533
[fugues) ou déclanchant des attitudes et des explosions mimigues
d'une intensité saisissante.
Dans les deux premières observations, la nature delà maladie
ne fut identifiée qu’après coup, par la notion d'un petit foyer
épidémique et l’évolution clinique.
Dans les deux autres, le contrôle hématologique fut fait à
temps.
Obs. 1. — Ali H. Moh. . tombe brusquement malade le 18 mars 1915,
en rentrant de permission de son « bled » : fièvre, céphalée, insomnie.
11 rentre à l’Hôpital militaire le 20. Température : 39°5.
II soliloque, a une légère agitation ; le 23 au soir, il crie, se lève, quitte
sa chambre d’isolement, traverse en courant le pavillon, court en chemise
dans les jardins de l’Hôpital. On le rejoint. Il déclare qu’il s’est sauvé
parce qu’un homme voulait 1 étrangler. Ramené, il montre sa cravate pen¬
due à la tête de son lit, disant que c’est avec cela qu’on voulait l’étrangler,
Le lendemain (24), la température est tombée. Malade prostré et épuisé.
Désorientation complète, ne sait pas depuis combien de jours il est à l’Hô¬
pital. A perdu le souvenir de sa fugue de la veille.
Le 28, convalescent, passe devant le cabinet où il a été isolé. On l’inter¬
roge sur ses souvenirs. Il a un vague souvenir « comme dans un rêve »,
dit-il, d’avoir été dans cette chambre.
Le 3 avril, nouvel accès fébrile de 3 jours (après 9 jours d’apyrexie).
Reprise d’un léger délire passager.
Obs. IL -- Aiimed B. S..., de la même caserne que le précédent entre le
12 avril 1915 à l’Hôpital militaire pour « fièvre continue ».
Malade depuis 5 à 6 jours. Température : 39°4.
Abattement et légère désorientation.
Le 13 , fièvre persistante en plateau, quelques vomissements. La veille
au soir, a fait une fugue ; ouvrant la fenêtre de sa chambre, s’est sauvé ;
tout le reste de la nuit, il supplie les infirmiers de 11e pas raconter son
escapade au médecin. Toujours désorienté.
Le 14, persistance de la fièvre avec troubles délirants. A des hallucina¬
tions, croit voir des voleurs sous le lit voisin, se lève, rôde autour de son
lit. Préoccupations tristes. Raconte en gémissant que son père est mort.
A un autre moment, raconte qu’il a acheté 4 femmes et que son père lui en
a pris 2. Prend par instant des attitudes catatoniques très caractéristiques
qui durent quelques minutes.
Le 15 , le malade a réussi à s’évader dans la nuit vers / h. du matin.
A 1 h. moins 1/4, la garde l’avait vu dormant tranquillement. 11 est parti
en chemise, emportant une couverture et brisant les cordes avei lesquelles
on avait attaché les persiennes.
Battues infructueuses dans les jardins et autour de l’hôpital.
Les gendarmes le ramènent le 17 à midi couvert de contusions, les jam¬
bes lacérées par les épines des buissons. 11 pleure et demande pardon à
tout le monde de ce qu’il a fait. L’interrogatoire montre un souvenir très
confus de la fugue. Il se rappelle avoir sauté le mur, avoir été assailli par
des chiens ; il s’est blotti la tète sous sa couverture : à ce moment, amnésie
totale ; un vieux berger indigène l’a tiré de son sommeil et remis aux spa¬
his qui le recherchaient; il était à 2 ou 3 km. de l’Hôpital.
534
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La fièvre est tombée au moment du retour.
Convalescence normale.
Obs. III. — Le Tirailleur Khelifa ben Dji.... entre à l’Hôpital Militaire
le 8 avril 1915 à 7 h. du soir. Il vient jusqu’à son lit, demande de l’eau
qu’il boit avec avidité (température 40°).
Ne peut fournir aucun renseignement. A la fois prostré et halluciné,
paraît dans un état d'automatisme onirique.
Il prend par instants des attitudes terrifiées, pousse des cris rauques
quand on lui parle. Prend la veilleuse qui est à la tête de son lit, la met
sur sa table de nuit et l’éteint; on la rallume; il jette sur elle son mou¬
choir et sa capote.
La nuit, s’est levé souvent, a cherché à sortir par la porte et par la
fenêtre.
Le 9 au matin (température : 39°4) se présente dans des attitudes cata-
toniques extraordinaires, dont la plupart sont des attitudes nègativistes
très actives. Il est dans son lit, la tête renversée en arrière, les deux mains
rejointes derrière la tête, fortement raidies; impossible de les disjoindre.
Les yeux sont fixes, les conjonctives injectées ; les mâchoires sont serrées,
la lèvre inférieure fortement mordue entre les dents. Au bout de quelques
minutes, détente brusque de cette contracture, puis après quelques secon¬
des, reprise intense. Grimaces variables, contracte violemment ses orbi-
culaires des paupières, raidit le tronc, contracture en flexion des membres
inférieurs. Se refuse violemment à boire et se raidit contre toute tentative
d’examen .
Parfois, il a de grandes décharges motrices; il bondit comme un fauve
au pied de son lit et s’y pelotonne en contracture ; à d’autres moments se
raidit comme une barre, et se roule jusqu’au bord du lit et tombe en masse
sur le sol.
On finit par réussir une ponction lombaire qui montre un liquide céphalo¬
rachidien normal.
— Le lendemain, 10 avril, a perdu ses attitudes en contracture. La nuit
a été agitée ; il a parlé, crié et a insulté tout le monde; il s’est levé et a
cherché à plusieurs reprises à se sauver.
L’examen du sang ayant montré des spirilles, on lui fait une injection
intraveineuse de néosalvarsan.
— La défervescence se fait le lendemain. Calme et prostré
— Le réveil post-onirique se fait le surlendemain. Amnésie lacunaire ;
il se rappelle simplement avoir été malade 4 jours à son Corps et plus con¬
fusément avoir été embarqué dans le train avec un zouave. Là s’arrêtent
ses souvenirs.
— Convalescence normale.
Enfin, dans un cas tout récent, j’ai pu faire rétrospectivement
un diagnostic de fièvre récurrente chez un jeune indigène envoyé
pour troubles mentaux à début brusque, bien que la fièvre fût
terminée. Le second accès se produisit quelques jours après,
confirmé dans sa nature par la présence de spirochètes dans le
sang avec léger retour des troubles confusionnels :
Obs. IV. — Le jeune Artilleur indigène Zer.... est envoyé au Centre
Séance du ii Juillet 1917 535
Neuro-Psychiàtrique d’Alger le 26 février 1917 «en observation pour trou¬
bles mentaux ».
Nous le voyons le lendemain de son entrée un peu prostré, ahuri, légè¬
rement égaré, la langue saburrale et la peau encore chaude (mais la tem¬
pérature n’a pas été prise malheureusement).
Le 3e jour, il est calme, prostré ; on a l’impression d’assister à la con¬
valescence d’un léger état confusionnel.
Pendant une semaine, reprise progressive de l’état général et d’une acti¬
vité mentale normale.
Les renseignements recueillis au Corps et de la bouche du malade nous
apprennent son histoire : Insoumis, il était gardé à Batna depuis quelques
semaines avec d’autres indigènes, lorsque le 23 mars, le jour même où on
le dirigeait sur Alger, il fut pris brusquement d’un violent mal de tête et
de fièvre; après une nuit dans le train il arrivait le lendemain au Corps,
où l’on s’aperçoit qu’il restait abattu et ne mangeait pas.
Le 25, mené à la douche, il mange le savon qu’on venait de lui donner
pour sa toilette. Même prostration et refus d’alimentation tout le jour.
Dans la nuit du 25 au 26, à la suite d’une impulsion violente , il se jette
sur un des hommes de garde couchant dans la même pièce.
C’est à la suite de cet accès de violence qu’on le présente à la visite et
qu’on décide de son envoi à l’hôpital.
En somme, accès fébrile aigu, à début brusque, ayant duré 4 à 5 jours,
au cours desquels se manifesta un délire aigu avec phénomènes impulsifs.
Nous considérons ce malade comme guéri de cet épisode, lorsque brus¬
quement le 8 avril, il se plaint de la tête ; le thermomètre indique une
température de 39°. Il est maussade, un peu prostré.
La notion d’un premier accès fébrile délirant survenu 8 jours aupara¬
vant nous fait de suite penser à la possibilité de la fièvre récurrente. Un
examen de sang montre en effet des spirochètes.
0, 30 gr. de galyl intraveineux ne suffisent pas à faire tomber la tempéra¬
ture qui atteint 40° le lendemain ; le sang contient toujours des spirochètes ;
nous injectons alors 0, 60 gr. de galyl . Défervescence brusque et disparition
des spirochètes le lendemain.
Ce second accès ne s’accompagna que de légers troubles nerveux.
%
Rien de surprenant à rencontrer dans la fièvre récurrente ces
désordres nerveux psychomoteurs.
Mais si on les compare à ceux observés dans des affections
cliniquement voisines (commede typhus exanthématique par
exemple au cours duquel nous avons eu l'occasion de les
décrire) (1) ils montrent dans la spirillose une intensité et des
réactions plus violentes.
Dans ces pyrexies sans détermination viscérale élective, l’élé¬
ment nerveux — corollaire de la toxi-infection — prend parfois
une place prépondérante dans la symptomatologie.
Les cas précédents montrent que la connaissance de tels sym-
tômes peut éclairer le diagnostic.
(1) Symptômes nerveux du typhus exanthématique. XIXe Congrès des Méd.
Aliénistes et Neurologistes, Nantes, 1909. Tunisie Médicale, févr.-mars 1911.
536 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i
Chez un indigène (l'alcoolisme n’étant presque jamais en
cause) un brusque tableau de délire aigu, coïncidant avec une
température élevée, doit toujours faire penser à la fièvre récur¬
rente et s’accompagner d’une recherche des spirochètes.
Centre Neuro- Psychiatrique d’Alger.
Le soi-disant chromidium des kystes
des entamibes intestinales de l’homme
Par C. MATH 1 S et L. MERCIER
Avec un grand nombre d'auteurs, nous avons admis que la
présence de bâtonnets sidérophiles ( chromidium des auteurs
allemands, cristalloïdes de Ghatton) à l’intérieur des kystes
d’j E. dijsenteriœ constitue l'un des caractères différentiels per¬
mettant de séparer l’Amibe dysentérique de l’Amibe banale du
colon. Nous savons en effet que si, dans la majorité des kystes
d ’ E . dijsenteriœ , il existe des bâtonnets sidérophiles, par contre
les kystes d 'E. coli en sont totalement dépourvus. Mais comme
on constate parfois dans les kystes de cette dernière espèce la
présence d’une substance colorable aussi par la laque ferrique,
certains auteurs ont été d’avis qu’il s’agissait là d’une formation
semblable à celle que l’on observe dans les kystes d 'E. dijsen¬
teriœ. Ils en ont conclu que le caractère fourni par la présence
ou l'absence d'un chromidium n'avait qu'une valeur secondaire
dans la diagnose des Entamibes intestinales de l’Homme.
Or, à notre avis, on ne saurait assimiler les bâtonnets sidéro¬
philes des kystes d'E. dijsenteriœ aux amas sidérophiles des
kystes d ’E. coli. Les uns et les autres, bien qu’ayant les mêmes
affinités colorantes vis-à-vis de la laque ferrique, diffèrent nette¬
ment par leur aspect et par leur mode de formation.
Chez E. dijsenteriœ , les bâtonnets sidérophiles se forment
par un processus tout spécial que nous avons déjà indiqué
(1916) (1). Au moment où les amibes du type tetragenci sont
devenues sphériques et vont s’enkyster, il se forme dans leur
(i)C. Mathis et L. Mercier (1916). Les kystes d ' Entamœba dijsenteriœ
Cornpt. Rend. Soc. Biol., Paris, t. LXXIX, p. 980.
Séance du i i Juillet 1917
537
cytoplasme des vacuoles. Celles ci grandissent en même temps
que de petites granulations sidérophiles apparaissent à leur
périphérie. Ces granulations augmentent de nombre, puis se
fusionnent pour donner de petits éléments en forme d’aiguilles
qui, se rassemblant à leur tour, donnent finalement un, deux ou
trois bâtonnets. A ce moment les vacuoles ont disparu. Ces
bâtonnets, de forme oblongue, à contour nettement défini, à
extrémités mousses, possèdent une structure homogène et com¬
pacte.
Chez E. coli , les amas sidérophiles qui existent dans certains
kystes se constituent aux dépens de granulations qui sont appa¬
rues dans le cytoplasme sans qu’il y ait eu formation de vacuo¬
les. Ces granulations se fusionnent et finissent par donner un
ou plusieurs amas à contours irréguliers et non uniformément
colorés par la laque ferrique. Lorsque la différenciation a été
suffisamment poussée, 011 constate que la partie centrale est
fortement colorée en noir alors que les bords n’ont qu’une teinte
grisâtre, la coloration s’atténuant du centre à la périphérie. Il
est difficile de définir la forme de ces amas dont l’aspect suggère
celui de copeaux comme nous l’a fait remarquer M. le Profes¬
seur Mesnil.
Du reste leur aspect est si peu caractéristique qu’on a souvent
confondu avec ces amas des artifices de préparation. Hart¬
mann et Whitmore(i9I2) (i) ont considéré comme tels des dépôts
de laque ferrique retenus dans les plis de la membrane kystique
et se présentant sous la forme de filaments flexueux, aciculés
ou d’amas irréguliers. Enfin dans certains cas des aspects
analogues peuvent résulter d’une imprégnation irrégulière du
cytoplasme ayant résisté à une différenciation insuffisante
comme nous l’avons déjà noté (1917) (2). Ainsi les amas sidéro¬
philes des kystes àE. coli ne sauraient être confondus avec
les bâtonnets sidérophiles des kystes d 'E. dysenteriœ dont ils
n’ont ni le mode de formation, ni la forme presque géométrique,
ni la structure compacte. C’est donc à tort qu’on leur applique
le même nom, d’ailleurs impropre, de chromidium.
(1) Hartmann et Whitmohe (1912). — Unlersuchungen über parasitische .
Amoben, III, Entamœba coli , Lôsch em. Schaudinn ( Arch . f. Protist ., i. XXlYr,
p. 182).
(2) C. Mathis et L. Mercier (1917). — Identification des kystes des Enta-
mibes intestinales de l’homme {Presse médicale , n° 12, du 22 lévrier 1917).
37
538
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le mol chromidium en effet ne doit pas être appliqué aux for¬
mations, colorables par la laque ferrique, des kystes de l’Amibe
pathogène et de l’Amibe banale du colon. Richard Hertwig a
créé le terme chromidies , d’où est dérivé celui de chromidium ,
pour désigner une substance expulsée du noyau dans le cyto¬
plasme. Or comme nous l’avons vu, et contrairement à ce qu’ad¬
mettent Hartmann (1912) (1) et d’autres auteurs, les bâtonnets
si dé rop hiles d E. dysenteries , comme les amas d ' E . coli , ont une
origine exclusivement cytoplasmique et ne sont nullement des
formations chromidiales.
Chatton (1912) (2) qui a déjà mis en doute l’origine nucléaire
des éléments sidérophiles des kystes des Entamibes, les a
considérés comme des cristalloïdes et les a désignés d’une façon
globale sous ce nom.
En ce qui nous concerne, nous rejetons définitivement le terme
chromidium et nous préférons donner des appellations différentes
aux formations colorables par la laque ferrique des kystes des
Entamibes intestinales de l'Homme. Nous appliquons le terme
de plages sidérophiles aux éléments des kystes d 'E. coli et celui
de bâtonnets sidérophiles aux éléments des kystes d’E. dysen-
teriæ.
En résumé, il existe dans les kystes typiques de l’Amibe patho¬
gène des bâtonnets sidérophiles qui font défaut dans les kystes
de l’Amibe banale du colon. La présence de ces bâtonnets con-
stitute l’un des éléments de diagnose des kystes des deux Enta¬
mibes de l’Homme (3) au même litre que leurs dimensions et le
nombre de leurs noyaux.
(1) Hartmann (1912). — Untersuchungen über parasitische Amôben, II,
Entamœba teiragena Viereck (Arch. f. Protist t. XXIV, p. 1 63) .
(2) E. Chatton (1912). — Entamibe (Loschia sp.) et myxomycète (Dictyos-
telium mucoroïdes Brefeld) d’un singe (Bull. Soc. Path. Exot., t. V, p. 180).
(3) II aétédécrit récemment par les auteurs anglais (Wenyon, Dobell, etc.)
sous le nom à' Entamœba nana un nouveau parasite intestinal de l’Homme.
Nous n’acceptons qu’avec réserve la place dans le genre Entamœba de ce
Protiste dont l’étude est encore très incomplète.
Séance du il Juillet 1917
531»
Emétine et A mœba coli
Observation
1
Par L. MARTY
X
V *
B. est au Congo depuis i5 ans, traîne depuis longtemps une
affection intestinale mal caractérisée.
27 avril. A son entrée à l'hôpital, 10 selles liquides, bilieuses, avec du
mucus sanguinolent.
Examen direct . Amibes hématopliages, nombreuses, par nids ;
Amibes non hématophages, avec gros noyau, assez nombreuses;
Flagellés, très nombreux;
Véritable grouillement de spirochètes.
28 avril. Emétine : 0 gr. 06, en injection sous-cutanée.
29 avril. Emétine : 0 gr. 04.
30 avril. Emétine : 0 gr. 04, 5 selles liquides.
Examen de selles du malin :
Amibes non hématophages, assez nombreuses et mobiles;
Flagellés, très nombreux ;
Sp irochètes, très nombreux.
Lavement avec :
Thymol .... 2 gr.
Huile . 6 gr.
Gomme arabique . . 2 gr.
Eau . 300 gr.
Est vendu au bout de huit heures.
Examen direct. Pas d’amibes mobiles ;
Flagellés mobiles, rares ;
1er mai. Emétine : 0 gr. 02. Lavement ut supra.
2 mai. Examen de la selle du matin . Fixation par le formol acétique ;
lavage à l’alcool absolu ; coloration au Giemsa.
Pas d’amibes dysentériques ;
Amæba coli, non rares, avec grosse masse chromatique, division endo¬
gène en 8, toutes, y compris les kystes, bien colorées, sans trace d’histolyse.
Lamblia, bien colorés, sans trace d’histolyse ; quelques uns en voie de
division ; 6 mérozoïtes alignés en une ou deux rangées, naviformes, ayant
chacun de 4 à 5 microns de long, avec 2 masses chromatiques: un centro¬
some tout petit situé vers une extrémité et un noyau gros situé vers le
centre.
Spirochètes, flore très riche.
Emétine : 0 gr. 02.
3 mai. Une selle moulée ; plus de douleurs intestinales.
A la même époque, nous voyons un fonctionnaire atteint de
540 Bulletin dé la Société de Pathologie exotique
dysenterie dont le parasitisme est en tous points identique à
celui de B.
Conclusion. — L’émétine en injection sous-cutanée a été sans
action sur VA/nœba coli, le Lamblia intestinalis et les spirochètes.
Gela pourrait s’expliquer par leur vie extratissulaire. Peut-être
pourrait-on y voir un argument en faveur du saprophytisme.
Note sur un procédé de coloration
de Thématozoaire du paludisme
Par G. SENE VET
Ayant à colorer, chaque jour, au laboratoire de Zeilenlik
(Armée d’Orient), un assez grand nombre de lames, et étant donné
la difficulté des réapprovisionnements en colorants, nous avons
cherché à fixer une technique n’utilisant que des produits cou¬
rants (éosine, bleu de méthylène) et qui permît une coloration à
la fois pratique, industrielle, en même temps qu’élective pour
l’hématozoaire.
Nous croyons l’avoir réalisée de la façon suivante :
On prépare deux solutions, l’une de bleu de méthylène :
Bleu de méthylène /. . . . 1 gr.
Borate de soude . 3 »
Eau distillée . 100 »
qu’on laisse mûrir de 8 à 15 jours à l’étuve à 37° ou un mois à la tempé¬
rature du laboratoire, pour permettre la transformation, en azur de
méthylène, d’une partie du bleu.
L’autre solution est à base d’éosine :
Eosine à l’eau . . . , 1 gr.
Eau distillée . 100 »
prête à servir
Les frottis sont fixés à l’alcool à 90 (ou mieux à l’alcool absolu)
pendant 5 minutes, puis, après évaporation complète de l’alcool,
sont disposés, face en dessus, sur des supports horizontaux quel¬
conques (boîtes de Pétri, verres à expériences, etc.).
On prépare alors le mélange colorant suivant :
Eau distillée neutre . 20 ce.
Solution d’éosine . 1 goutte
541
Séance du ii Juillet 1917
Oa mélange intimement puis on ajoute :
Solution de bleu : une à deux gouttes.
On mélange de nouveau, puis on verse sur les lames à colorer.
Il faut 1 à 2 cc. par lame.
Laisser colorer 2 à 3 h., puis laver rapidement à Peau , sécher,
examiner.
Di vers petits détails doivent être précisés :
i° Avoir toujours une ou plusieurs solutions de bleu plus
récentes dans le cas où celle en service manquerait ou serait
moins active.
20 Ne jamais transvaser dans un autre flacon une solution de
bleu en service, la remuer le moins possible.
3° Se servir toujours des mêmes pipettes pour avoir des gout¬
tes identiques.
4° On a souvent avantage, surtout quand les bleus commen¬
cent à être moins intenses, à associer par parties égales deux
solutions, une ancienne et une plus récente.
5° L’eau distillée doit être neutre. Si l’on a des doutes sur sa
neutralité, alcaliniser en ajoutant à chaque mélange colorant
une à deux gouttes de la solution suivante :
Borate de Na! . 5 gr.
Eau distillée . 1 00 »
Cette alcalinisation donne une intensité remarquable aux gra¬
nulations de Schüffner. Toutefois, un excès d’alcali est nuisible,
surtout pour la coloration des globules blancs.
En prenant ces précautions, on obtiendra des teintes com¬
parables aux colorations panoptiques : des globules rouges
variant du rose au gris, — des polynucléaires dont les granula¬
tions, neutrophiles, acidophiles, ou basophiles, sont colorées
chacune d’une façon spéciale, — des mononucléaires dont le
protoplasme coloré en bleu est souvent parsemé de granula¬
tions azurophiles.
Mais les éléments les mieux colorés par cette méthode sont les
hématozoaires, dont le nucléole d’un rouge violacé est toujours
visible même sur les préparations les moins bien réussies. Le
protoplasme est d’un bleu plus ou moins intense suivant les for¬
mes, mais tranchant d’autant mieux sur le globule rouge que
celui-ci est plus gris.
Ces teintes grises s’obtiennentsurtout avec les mélanges riches
542
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
en bleu (2 gouttes) qui ont une teinte bleu violacé. C’est la teinte
que l’on doit rechercher pour un diagnostic facile et sûr de
paludisme.
La durée de la coloration n’est pas un ennui sérieux, elle est
largement compensée par la facilité de la méthode qui permet de
colorer simultanément un grand nombre de lames (nous procé¬
dons couramment par 5o ou 60 à la fois). De plus un oubli de
plusieurs heures dans le liquide colorant n’entraîne nullement
une surcoloration gênante.
On peut d’ailleurs réduire le temps nécessaire en concentrant
la solution (les mêmes proportions pour 5 à 10 cc. d’eau). Mais
dans ce cas la coloration est moins fine et demande une surveil¬
lance plus grande si l'on veut éviter la surcoloration.
Ce procédé n’a rien d’essentiellement original. Mais comme,
appliqué avec les détails que nous venons d’indiquer, il nous a
permis de colorer plus de 5. 000 lames avec des résultats satis¬
faisants, nous croyons intéressant de le faire connaître à ceux
qui se trouveraient dans une situation semblable à la nôtre.
Sur les altérations des globules parasités
par les hématozoaires du paludisme
Par P. DELANOË
J’ai résumé dans ce travail une série de constatations que j’ai
faites au cours de l’étude microbiologique d’une récente épidé¬
mie palustre.
J’étudie successivement : la valeur comparative de la méthode
de Pappeniieim et de la méthode de Giemsa pour la manifestation
des granulations de Schüffner et des mouchetures de Maurer,
les granulations de Schüffner, la décoloration des hématies par
P . vwax , les mouchetures de Maurer, l’action déshémoglobini-
sante des croissants.
A. — Valeur comparative de la méthode de Pappenheim et de la
MÉTHODE DE GlEMSA POUR LA MANIFESTATION DES GRANULATIONS DE
Schüffner et des mouchetures de Maurer. — Méthode de
Pappeniieim. — Sur 48 frottis, où il n’y avait que des formes de
Séance du ii Juillet 1917 543
P. vwax , [\\ fois les granulations de Schüffner étaient colorées,
et 7 fois elles faisaient défaut. Donc résultats positifs dans
85,4 o o des cas
Sur 29 frottis, où il n'y avait que des formes de P .falciparum ,
et où il y avait à la fois des croissants et des schizontes, 22 fois
les mouchetures étaient apparentes et 7 fois elles ne l’étaient
pas. Donc résultats positifs dans 75,8 o o des cas.
Sur 19 frottis, où il y avait à la fois des formes de P. vivax et
de P. falciparum, où nous avons rencontré des schizontes de
P. vivax et de P. falciparum et parfois aussi des gamètes de ces
deux sortes de parasites, 19 fois les granulations de Schüffnkr
étaient colorées, alors que 12 fois seulement les mouchetures de
Maurer Tétaient.
Par la méthode de Pappenheim, les mouchetures de Maurer
sont donc plus difficilement colorables que les granulations de
Schüffner.
Méthode de Giemsa. — Les colorations furent faites avec des
solutions de Giemsa au 10e.
Sur 23 frottis, où il n’y avait que des formes de P. vwax, i5 fois,
soit dans 65,2 0/0 des cas, les granulations de Schüffner furent
colorées. Encore faut-il faire remarquer que 5 fois sur i5, bien
qu’il s’agissait de parasites avancés en âge, les granulations
n’étaient que très faiblement colorées.
Sur 11 frottis, ou il 11’y avait que des formes de P. falciparum,
croissants et schizontes, 11 fois les mouchetures de Maurer ont
fait défaut.
Sur 5 frottis où nous avons noté à la fois P. vivax et P. falci¬
parum, 5 fois les mouchetures de Maurer faisaient défaut alors
que 5 fois les granulations de Schüffner étaient présentes.
La méthode de Pappenheim est donc nettement supérieure à la
méthode de Giemsa pour la manifestation des altérations globu¬
laires . J’ai d’ailleurs, à plusieurs reprises, eu l’occasion de cons¬
tater, en colorant les frottis de sang d’un même malade les uns
par le Giemsa, les autres par le Pappenheim, que les granulations
de Schüffner ou les mouchetures de Maurer faisaient défaut
sur les préparations colorées au Giemsa alors qu elles étaient pré¬
sentes sur les préparations colorées au Pappenheim.
Je ne saurais pour ma part trop recommander la méthode de
Pappenheim, J’ai déjà insisté sur l’excellence de cette méthode
544
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pour la coloration des trypanosomes (i) et montré que, dans
ce cas, les résultats sont toujours bons à condition de faire les
colorations très peu de temps après la mise en frottis.
B. Les granulations de Schüffner. — Les granulations de
Schüffner se forment très rapidement après la pénétration du
schizonte de la tierce dans l’hématie.
Chez un malade européen, dont les hématies étaient parasi¬
tées par une double génération de schizontes de Plasmodium
vivax, trois quarts d’heure après le début d’un accès de fièvre,
les globules rouges, parasités par les jeunes schizontes qui
s’étaient libérés au cours de l’accès, présentaient déjà, sous
l’aspect d’une très fine ponctuation, les granulations débutantes
de Schüffner.
Les granulations de Schüffner font parfois leur apparition
avant l’hypertrophie du globule et avant sa décoloration. Dans
certains cas, elles sont manifestement les premières altérations
en date des hématies.
Les granulations de Schüffner subissent une véritable évolu¬
tion. Elles grossissent au fur et à mesure que les schizontes se
développent. Elles atteignent leur maximum de grandeur ou
mieux de netteté justement quand les schizontes sont arrivés à
maturité. Elles constituent alors sur le globule rouge un poin¬
tillé d’une extrême netteté.
Celte évolution des granulations de Schüffner ne peut se
constater qu’avec de bons colorants. Pour la manifester, la
méthode de Pappenheim est particulièrement recommandable.
Les granulations de Schüffner ne sont jamais visibles entre
lame et lamelle. Elles n apparaissent gu après coloration.
Nous avons vu que, dans i4,5 o/o des cas avec le Pappenheim,
et dans 34,7 °/° des cas avec le Giemsa, les granulations de
Schüffner n’étaient point colorées. Sans doute il faut quelque¬
fois incriminer la mauvaise qualité des colorants, mais dans
certains cas l’impossibilité de colorer ces granulations est bien
réelle. J’ai observé à cet égard un exemple frappant. Il s’agissait
des frottis de sang d’un des infirmiers indigènes démon service.
Les granulations de Schüffner des globules de cet infirmier
n’étaient décelables ni par le Pappenheim , ni par le Giemsa au
(i) Bulletin de la Société de Pathologie Exotique , t. VIII, n° 7.
I
Séance du ii Juillet 1917
545
dixième. Cinq échantillons de Giemsa furent essayés. Et cepen¬
dant j’étais fixé sur la bonne qualité des colorants que j’em¬
ployais. Finalement, par hasard d’ailleurs, j’arrivais à très bien
colorer ces granulations. Voici comment : je colorais au Giemsa
un frottis qui n’avait pas été au préalable fixé par l’alcool-éther.
L’eau de pluie dans laquelle avait été diluée le Giemsa dissol¬
vait l’hémoglobine des hématies, mais par contre, du même coup,
permettait aux granulations de Schüffner d’apparaître. Ce qui
prouve , entre parenthèses , que les granulations de Schüffner résis¬
tent à Faction dissolvante de l'eau distillée (1).
Dans cette expérience tout s'est passé comme si F hémoglobine
contenue dans les globules rouges était un obstacle à la coloration
des granulations de Schüffner.
G. Mathis et M. Leger (2) ont déjà attiré l’attention sur la
difficulté que l’on rencontre à colorer parfois les granulations
de Schüffner. « Ces gran ulalions, disent-i Is, ne sont pas toujours
« décelées. Le nombre considérable de frottis que nous avons
« colorés nous permet d’affirmer que la mise en évidence de
« cette altération du globule rouge tient surtout au colorant
« employé. Avec le Leishman, nous avons souvent obtenu le
« pointillé; d’autres fois nous avons échoué à le rendre mani-
« feste sans que nous puissions préciser la cause de ces insuccès,
« Avec nos échantillons de Giemsa, additionnés ou non de car-
« bonate de potasse ou de bleu d’azur, nous n’avons jamais
« coloré les grains de Schüflfner. »
G. De la décoloration des globules rouges par P. vivax. —
La décoloration des hématies provoquée par P. vivax est
toujours extrêmement nette entre lame et lamelle. II suffit que les
parasites soient suffisamment âgés pour avoir eu le temps d’en¬
traîner la perte de l’hémoglobine.
A la coloration , il n’en est plus de même. J’ai observé quelque¬
fois, bien que me servant de bons colorants, que la décoloration
faisait défaut et que les hématies parasitées se coloraient tout
comme les globules rouges normaux. Plus fréquemment encore,
(1) Dans une communication récente ( Comptes Rendus de la Société de
Biologie , 19 mai 1917), Tribondeau et Dubreuil ont constaté que l’action déshé-
moglobinisante de l’alcool au tiers ne s’exerce pas sur les granulations de
Schüffner.
(2) Plasmodium des Macaques du Tonkin, Annales de F Institut Pasteur ,
n° 8, août 1911, p. 533.
546
Bulletin de la Société de Pathologie exotique '
surtout quand il s'agissait de gamètes ou de schizontes murs, les
hématies parasitées prenaient une teinte rouge vif, acidophile,
très marquée. Dans ces cas, il n’y avait pas décoloration, mais
bien une coloration différente de la coloration normale. A pro¬
prement parler, il y avait coloration métachromatique. Cette
acidophilie globulaire n’empêchait d’ailleurs pas la mise en évi¬
dence des granulations de Schiiffner.
D. Des mouchetures de Maurer. — Les mouchetures de Maurer
sont sensiblement plus grosses que les granulations de Schiiffner.
J’ai observé un globule rouge porteur de 4 mouchetures de Mau¬
rer qui avaient l’aspect de taches rondes et sombres et qui avaient
respectivement, 2 de ces taches un diamètre de 1 p, et les 2 autres
un diamètre de 1 p 2. Généralement ces mouchetures sont de
plus faibles dimensions.
Ainsi que nous l'avons vu, les mouchetures de Maurer font
plus fréquemment défaut que les granulations de Schiiffner : le
fait est classiq ue.
Pas plus que les granulations de Schiiffner , les mouchetures de
Maurer ne sont apparentes entre lame et lamelle.
Dans un frottis, il est de règle que seules certaines hématies
parasitées portent des mouchetures de Maurer. Il s’agit généra¬
lement d’hématies parasitées par des schizontes âgés, gros comme
le cinquième, le quart ou même le tiers d’un globule rouge nor¬
mal. Et c'est une preuve que les grains de Maurer 11e se déve¬
loppent que tardivement puisqu’ils ue coexistent qu’avec des
schizontes âgés et qu’ils font régulièrement défaut avec les jeunes
formes annulaires dites en bague à chaton. Comme tous les schi¬
zontes âgés ne sont pas à même de déterminer les mouchetures
de Maurer, il s’ensuit, qu’avant d’affirmer que ces mouchetures
font défaut, il faut s’astreindre à examiner toute la préparation.
Les granulations de Schiiffner sont autrement constantes et, sur
les préparations où elles étaient bien colorées, à moins de schi¬
zontes trop jeunes, elles se rencontraient régulièrement sur
tous les globules parasités.
Il nous a été impossible de constater pour les mouchetures de
Maurer une évolution analogue à celle des granulations de
Schiiffner. Toutes les fois que ces mouchetures existaient, elles
semblaient avoir d'emblée leur grandeur définitive.
547
Séance du ii Juillet 1917
E. Action déshémoglobinisante des croissants. — Je n’ai nulle
part trouvé indiqué de façon formelle l'action déshémoglobini¬
sante des gamètes de P .falciparum. Les livres classiques se con¬
tentent de mentionner que, sur les préparations colorées, l’hé-
matie-hôte n’est le plus souvent représentée que par une fine
ligne courbe allant d’une extrémité à l’autre du croissant. Ce
fait implique évidemment que l’hématie-hôte a perdu son hémo¬
globine.
La perte cle V hémoglobine des hématies sous l influence des crois¬
sants est constante et des plus nettes. C’est surtout dans les prépa¬
rations entre lame et lamelle qu’elle est apparente. Les hématies
parasitées par les croissants sont vitreuses, transparentes, tout
comme les hématies parasitées par les gamètes ou les schizontes
âgés de P. viua.x.
Il y a donc lieu , eu égard au pouvoir déshémoglobinisante d’op¬
poser les schizontes de P. falciparum aux gamètes. Non seule¬
ment les schizontes, même les plus avancés en âge, n ont aucun
pouvoir décolorant, mais encore, sur les préparations colorées,
les hématies qu’ils parasitent peuvent revêtir l’aspect de « corps
d’airain » (hématies plus colorées que normalement).
Conclusions. — Pour manifester les altérations globulaires, la
méthode de Pappenheim est préférable à la méthode de Giemsa.
Les mouchetures de Maurer font plus fréquemment défaut que
les granulations de Sciiüffner.
Les granulations de Sciiüffner subissent une véritable évolu¬
tion. Les mouchetures de Maurer non.
Ni les unes, ni les autres 11e sont apparentes entre lame et
lamelle. Elles 11e sont visibles qu’après coloration.
Les granulations de Schüffner, qu’il faut à mon avis considé¬
rer comme le résultat de l’altération de l’hémoglobine des glo¬
bules rouges, résistent ci l'action dissolvante de Veau distillée.
La décoloration des hématies parasitées par P. vivax n’est pas
toujours visible sur les préparations colorées.
Travail du Laboratoire du Groupe Sanitaire Mobile
des Doukkala- Abdci .
548
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les enseignements d’une année
d’épidémie foudroyante de paludisme
dans la Mitidja (Algérie)
Par Etienne SERGENT
i
Le Service antipaludique algérien a organisé, depuis 1906, la
quininisation des indigènes, réservoir de virus, au moyen d'agents
quininisatenrs. Celte quininisation est à la fois curative et pré¬
ventive.
Un agent européen se rend à domicile chez les indigènes d une
localité fiévreuse (en principe, dans un périmètre de 2 km. de
rayon autour d’un centre européen). Les instructions suivantes
lui sont données :
U Tenue du Registre :
Inscrire sur le registre, par ordre . les nom, prénoms
et âge de . (hommes, femmes et enfants). Marquer au
moment même de chaque quininisation individuelle, dans la colonne de
chaque jour, à la suite du nom de chacun, les signes suivants : une croix
si la quinine a été avalée devant vous, ou un zéro dans le cas contraire
(en cas d’absence de la personne, de refus ou autre cause).
2° Façon de quininiser.
Tous les jours, faire avaler deux dragées de quinine à chaque grande
personne, une aux enfants au-dessus de 10 ans, une chocolatine aux
enfants de moins de 10 ans. Faire avaler la dragée devant vous, puis faire
ouvrir la bouche pour s’assurer que la dragée est bien avalée. Ne jamais
quitter une personne sans être assuré que la dragée a bien été avalée. Ne
jamais laisser de la quinine en provision pour les jours suivants ou pour les
absents.
3° Le quininisateur devra montrer la plus grande bienveillance aux
personnes à quininiser. Il ne devra jamais distribuer de doses de quinine
plus fortes que celles qui sont indiquées ci-dessus; s’il constate des cas de
fièvre, il devra en référer au docteur.
t
La dragée contient 0,20 c g. de chlorhydrate de quinine, enro¬
bés dans 3o cg. de sucre, la chocolatine o,o5 cg. de sulfate de
quinine ou o,i5 cg. de tannate de quinine mêlés à 3 gr. de cho
colat.
La quininisation dure, en général, dans le Tell, 7 mois, du
Ier mai au 3o novembre.
Comme moyen de contrôle, la palpation des rates, avant et
après la période de quininisation, renseigne sur l’efficacité de la
Séance du ii Juillet 1917
549
quininisation (Les profils des rates sont dessinés d’un trait de
crayon pour chaque individu, sur les schémas ci-contre). On
cLl. ^<yrrvrv\ji
onA. ^vAxv\XcAiaj,v6
Index endémiques de la Mitidja
dans les localités à quininisation
bi- ou tri-hebdomadaire.
J)Kêr\\e rcu te
à. Ç OjuXoyr\yY\&
Index endémiques de la Mitidja
dans les localités à quininisation
journalière
voit les rates fondre peu à peu. Les index spléniques, reflets
550
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
du paludisme, diminuent progressivement, et les cas de palu¬
disme chez les Européens voisins deviennent de plus en plus
rares.
Les tableaux suivants représentent les variations des index
spléniques dans la Mitidja, située à proximité d'Alger.
i° Les index, élevés au début, ont diminué au bout de quel¬
ques années.
2° A la suite d’une épidémie froudroyante en 1916 dans la
Mitidja, les index se relèvent, sauf en deux points (Beni-Messous
et Oued-el-Alleug).
Or , c’est justement en ces deux points fjue la quininisation avait
été effectuée tous les jours.
Dans les autres localités, elle n’avait pu être effectuée que
tous les 3 ou 4 jours.
conclusions
Les observations faites depuis 1906 permettent de tirer les con¬
clusions suivantes :
i° En temps ordinaire, la quininisation des indigènes, au
moyen d’agents européens, même lorsqu’elle n’est faite que tous
les 2 ou même 4 jours, peut avoir un bon résultat sur le réser¬
voir de virus.
20 En temps d’épidémie, elle est insuffisante.
3° En temps d’épidémie, la quininisation quotidienne commen¬
cée à temps est efficace.
Institut Pasteur d' Algérie.
Sur l’immunité dans le paludisme
des oiseaux ( Vroleosoma vel
Plasmodium relictum Grassi et Feletti)
Par Etienne SERGENT et Miss H. HEM PL
O11 sait déjà (1) que, dans le paludisme des oiseaux du au
Proteosoma ( vel Plasmodium relictum Grassi et Feletti), après
(1) Sur le paludisme des Oisea-ux, dù au Plasmodium relictum (vel Proteo¬
soma) par Ed. Sergent et Et. Sergent. Annales (le V Institut Pasteur (sous
presse).
Séance du ii Juillet 1917
551
l infeclion aiguë du début, survient une période d’immunité
relative : une inoculation d'épreuve (injection intrapéritonéale
de sang parasité qui infecte sûrement les oiseaux témoins) ne
fait pas apparaître de parasites dans le sang périphérique. Quel¬
quefois seulement, survient une rechute brève et bénigne, avec
parfois une période d'incubation très courte (1 ou 2 jours). C’est
« l’acclimatement » des anciens habitants d’un pays fiévreux.
Cette immunité est acquise dès le 6e jour après le début de l’in¬
fection sanguine.
Combien de temps cette immunité relative peut-elle durer ?
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*-^lomJrt.e de fLa/Laàiteé Cicu/uéc en, 5 7ruruUe4 d dca/men, .
Nous avons eu l’occasion d’expérimenter, en mars 1917, sur
5 canaris, qui avaient été infectés de Proteosoma avant la guerre,
c’est-à-dire qui avaient terminé leur infection aigüe depuis au
moins deux ans et demi .
552 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
- i
Ces 5 canaris reçurent l’inoculation d’épreuve, en même temps
que 2 témoins.
Le sang de ces 7 oiseaux a été examiné tous les jours pendant un mois
et demi, chaque préparation était examinée pendant au moins 5 minutes
en faisant passer le plus possible de champs microscopiques sous l’œil
pendant ce laps de temps.
*
Les 2 témoins ont subi une infection normale, tous les 2,
après 6 jours d incubation, et ont montré, au bout du 4e jour,
une forte infection (ioo, puis 200 parasites en 5 minutes chez
Lun ; ioo, puis 4oo et 5oo parasites chez l’autre) ; ensuite l'infec¬
tion sanguine s'atténue progressivement et paraît éteinte chez
le ier au bout du 19e jour, chez l’autre au bout du 11e jour.
Au contraire, le n° 1 des anciens infectés n’a montré aucun
parasite pendant 1 mois et demi ; le n° 2 a présenté une seule
fois, le 7e jour après l’inoculation d’épreuve, 1 seul Proteo-
soma ; le n° 3, 1 Proteosoma le 4e jour, 2 le 5e et 1 le 6e ; le n° 4
a montré 1 parasite le 12e, 1 le 18e et r le 24e jour.
Quant au n° 5, il a présenté une infection suraigüe beaucoup
plus forte que celles des 2 témoins ; débutant le 6e jour, en
même temps que celles des témoins, cette infection s’est mainte¬
nue très forte (de 100 à 4oo parasites en 5 minutes) pendant
8 jours, et n’a paru éteinte que 3o jours après le début. Une
rechute (1 en 5 minutes) survint ensuite quelques jours après.
RÉSUMÉ
Chez 5 canaris ayant subi une infection à Proteosoma au moins
deux ans et demi auparavant, l’immunité relative a subsisté au
bout de ce temps pour 4 d’entre eux; le cinquième a présenté à
la suite de l’inoculation d’épreuve une très forte infection.
1 Institut Pasteur d'Algérie.
4 . . ; ' '
M. Layeran. — La maladie des oiseaux étudiée par
M. Et. Sergent et Miss H . Hempl n’a rien à voir avec le paludisme,
il me paraît donc regrettable qu’on la désigne sous le nom de
paludisme des oiseaux.
Séance du ii Juillet 1917
Quelques remarques à propos des
trichomoniases intestinale et vaginale
Par E. ESCOMEL
Nous connaissons bien aujourd’hui les diarrhées plus ou moins
longues el tenaces produites par le Trichomonas intestinalis et
qui disparaissent en même temps que le protozoaire.
Très rarement, nous avons trouvé le Trichomonas en hôte
inoffensif du tube intestinal. Du reste le fait n’étonne pas, car
le saprophytisme des parasites pathogènes végétaux ou ani¬
maux est un fait très courant en médecine.
Le Trichomonas vaginalis est plus fréquemment saprophyte
du vagin, mais, j’ai déjà trouvé des vaginites dans lesquelles le
nombre des parasites était tel qu’un catarrhe vaginal, des fleurs
blanches surtout chez les jeunes hiles, devaient leur existence à
cette cause, et que le parasite, aussitôt disparu par un traitement
approprié, la vaginite était guérie de même.
Les phénomènes réactionnels in vitro, vis-à-vis des agents thé¬
rapeutiques, du Trichomonas vaginalis sont les mêmes que pour
le Tr. intestinalis.
En présence d'une goutte d'essence de térébenthine entre lame
et lamelle, les Trichomonas commencent par présenter des mou¬
vements moins lents, à tel point que dix minutes après tous
sont morts, même si la térébenthine, comme c'est la règle, ne
s’émulsionne pas avec la sécrétion du vagin. Si on fait agir la
solution fraîchement préparée àl’iode métallique bi-sublimé à
1/1000, les Trichomonas meurent instantanément.
Dès lors, nous faisons de parti pris l’examen à l’état frais de
toutes les sécrétions vaginales des malades el lorsque nous trou¬
vons le Trichomonas, meme en petit nombre, nous faisons des
lavages avec la solution iodée à 1/1000, à raison de deux litres
matin et soir.
» * '
Ces lavages doivent être faits avec méthode, c’est-à-dire qu’il
faut bien irriguer la cavité vaginale et tous les replis, dans les
fonds desquels s’abritent les Trichomonas el autres parasites qui
prolongent et font récidiver la maladie.
38
554
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A près ccs lavages, on fait ou bien une injection vaginale de
glycérine iodée à 1/2000 qu’on maintient le mieux possible à
l’aide d'un tampon de coton, ou bien on met un ovule à l’iode,
ou encore mieux on fait un attouchement méthodique et soigné
de toute la muqueuse et de ses plis à l’aide d’un tampon bien
imbibé de glycérine iodée.
Trois jours de traitement, pratiqué matin et soir, suffisent pour
guérir des trichomoniases vaginales qui durent parfois des
années, surtout dans les pays tropicaux.
Il y a des auteurs qui n’ont pas obtenu de résultats immédiats
par le traitement térébenthiné des trichomoniases intestinales,
et on a parlé de races de Trichomonas ; le fait est bien certain,
mais il dépend de plusieurs causes.
Il est des malades chez lesquels, malgré l’application du trai¬
tement par la térébenthine, les diarrhées à Trichomonas revien¬
nent, tandis que chez d’autres elles sont définitivement guéries
en trois jours, alors qu’elles auraient pu durer plusieurs années.
J’ai observé un malade qui vivait près d'un cours d’eau, dans
lequel les voisins jetaient leurs ordures de tout genre. L’indi¬
vidu, guéri une première fois, récidiva. Guéri une deuxième fois,
il lui fut interdit de boire cette eau polluée, de s’en servir pour
arroser des fraises, et de l’employer pour le lavage de la vaisselle.
Malgré cela, il récidiva une trosième fois, guérit encore très faci¬
lement et cette fois définitivement, mais seulement après avoir
changé de maison. 11 travaillait avec l’eau polluée et oubliait de
se laver les mains pour prendre ses repas.
Maintenant il est tout à fait guéri, mais il nous a montré une
réceptivité personnelle très grande, bien différente de celle du
reste de sa famille et il a fallu des précautions extrêmes pour le
débarrasser du protozoaire.
D’autres malades ne guérissent pas vite, parce que les flagel¬
lés ont remonté très haut dans l'intestin et que les lavements
ne les atteignent pas. Alors il faut prolonger le traitement,
augmenter la dose de térébenthine par la bouche et l’adminis¬
trer surtout en pilules kératinisées qui ne s'ouvrent qu’en pré¬
sence du liquide intestinal.
11 en est d’autres chez lesquels les parasites meurent par l’ac¬
tion de l’essence de térébenthine, mais les kystes résistent seuls.
Il faut alors prolonger les lavements de térébenthine et en aug¬
menter la dose d’après la tolérance du malade.
Séance du ii Juillet 1917
»• v **
DOD
Enfin, il en est d’autres qui, résistants à l’action de la térében¬
thine, guérissent en trois jours d’application du traitement iodé.
C’est uniquement en raison de ces faits que nous avons séparé
les Trichomonas intestinalis en deux variétés ou races : résistante
à la térébenthine et non résistante.
En tout cas une maladie qui faisait auparavant des victimes
et par sa gravité et par sa ténacité (1) est maintenant guérie en
trois jours par le traitement térébenthine, et en trois jours de
plus par la thérapeutique iodée s’il s’agit des trichomonas résis¬
tants à la térébenthine.
Le mieux est de se guider par l’examen microscopique des
parasites vivants ou de leurs kystes, jusqu’à disparition com¬
plète, pour déclarer guéri un malade atteint de trichomoniase
intestinale.
Nous avons pu observer maintes fois une gravité extraordinaire
en rapport avec un gros spirille — de 2 à 3 tours de spires, à
bouts épais, à mouvements rapides, mais conservant la rigidité
du corps, qui se colore très bien, qui dégage une odeur très
forte et désagréable à la fois dans les selles et sur les cultures,
— lorsqu’il s'associe au trichomonas ou à l’amibe dans les dysen¬
teries.
J’ai vu des cas de diarrhées cholériformes avec vomissements,
algidité, face grippée, lipothymie, sueur froide dénotant un
état très grave; dans les selles du malade on trouvait, en plus
d’une quantité énorme de trichomonas, ce spirille très abondant.
Dans quelques cas de dysenterie amibienne très grave, avec le
même tableau symptomatique, sauf les vomissements, avec ten¬
dance gangréneuse desselles d’une odeur fétide repoussante, ce
spirille était toujours présent, très vivace et très abondant, asso¬
cié à l’amibe et parfois aussi nu trichomonas.
Dans certaines diarrhées, tenaces et fétides, sans protozoaires,
nous l’avons encore rencontré associé à plusieurs races de bacil¬
les coli.
Heureusement toute cette flore intestinale meurt immédiate¬
ment au contact de l'essence de térébenthine ou de la solution iodée
ci 1 / 1 .000 in vitro sous le microscope , et nous avons obtenu des
^(1) Nous avons guéri dernièrement en trois jours un ingénieur qui venait
d’une des grandes exploitations sucrières du nord du Pérou, désespéré par
une diarrhée qui durait depuis plus de trois ans, et qui n’était due qu’aux
Trichomonas.
556
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
guérisons remarquables, dans tous ces cas, par l’application du
lavement térébenthiné conservé dans le rectum, associé au trai¬
tement buccal approprié à chaque parasite en cause dans la
lésion intestinale.
Ces lavements térébenlhinés montrent leurs bienfaits dans
toutes les maladies microbiennes de l'intestin et du rectum et
aujourd’hui ils sont très usités dans les typhoïdes, les paraty¬
phoïdes et les colibacilloses.
La flore microbienne et la faune protozoaire qui descend du
gros intestin vers ce réceptacle constitué par PS iliaque et le
rectum, rencontre le traitement térébenthiné, et au lieu de vivre,
de se multiplier, de donner des toxines, de léser la muqueuse,
ils meurent et le malade se trouve soulagé.
Etant donné d'une part ces multiples applications, de l’autre
l’extension mondiale de mieux en mieux connue des trichomo-
niases, je vais exposer le traitement dans toute sa simplicité.
Traitement de la trichomoniase intestinale. — Les trois pre¬
miers jours, le malade prendra la potion suivante, par cuille¬
rées toutes les deux heures :
Rp. E ssence de térébenthine . 2 à 4 gr.
Elixir parégorique . 8 à 12 gr.
Julep gommeux . 120 gr.
Sirop gommeux . 30 gr.
M. s. a.
Matin et soir il prendra :
1° un grand lavement d’un litre de décoction d’eucalyptus qui sera rejeté
en entier.
2° Un 2e lavement de 4 cuillerées d’eau bouillie, un jaune d’œuf battu,
15 à 30 gouttes d’essence de térébenthine et 5 à 20 gouttes de laudanum,
qui sera conservé le plus longtemps possible, si possible 12 heures.
Si après trois jours il n’y a plus que des kystes, les lavements
seront continués jusqu’à disparition de ces kystes.
Si par contre on trouve des Trichomonas résistants à la téré¬
benthine, on substitue au 2e petit lavement un nouveau lavement
d’un litre d’eau dans laquelle on dissout i gr. d’iode bisublimé
et qu’on rejette de suite. Si la guérison ne vient pas ou s’il y a
récidive, chercher minutieusement les causes de réinfection.
Le malade sera soumis au régime lacté, avec ou sans eau de
chaux, suivant la tolérance individuelle, et prendra des panades
de farine lactée ou de fécule de pomme de terre.
Traitement de la trichomoniase vaginale. — Lavage bi-journa-
Séance du ii Juillet 1917
557
lier méthodique et soigneux de la cavité vaginale, en s’attaquant
surtout aux culs de sac et aux replis vaginaux, avec 2 litres de
la solution iodée à 1/1.000. Attouchement de la muqueuse avec
un tampon imbibé de glycérine iodée à \ ji. 000, j usqu’à dispa¬
rition des Trichomonas.
Trois jours de traitement bien fait suffisent en général pour
obtenir la guérison dans ce genre de vaginites.
Conclusions : i° Le Trichomonas vaginalis , très fréquemment
saprophyte dans le vagin humain, devient parfois pathogène,
donnant des vaginites à prédominance trichomonadienne.
20 Les réactions du Trichomonas vaginalis vis-à-vis des agents
thérapeutiques sont les mêmes que celles du Trichomonas intes¬
tinal is.
3° Il existe de très rares Trichomonas résistants à la téré¬
benthine.
4° Le traitement par l’essence de térébenthine ou par la solu¬
tion iodée guérissent à coup sur tous les malades, si longue
qu’ait été la durée de la maladie.
5° Le lavement térébenthiné à demeure est un très puissant et
inofïensif moyen thérapeutique en face des infections intesti¬
nales microbiennes ou protozoaires.
6° Il constitue un moyen précieux pour entraver ou suppri¬
mer la vie parasitaire dans le réservoir recto-intestinal.
70 II est donc très usité dans les dysenteries simples ou com¬
pliquées, dans les diarrhées à spirochètes, etc., dans les coliba¬
cilloses, les fièvres typhoïdes et paratyphoïdes, dans lesquelles
ces infections secondaires jouent un grand rôle toxigène.
Parasitisme intestinal à la Guyane française
dans la population locale et dans l'élément pénal
Par Marcel LEGEH
Nous possédons, grâce à E. Brimont (i) et à G. Blin (2), des
renseignements précis sur la fréquence de l’ankylostomiase
(1) E. Brimont. Bull. Path. exot., 1909, t. II, p. P- 41 2^.
(2) G. Blin. Ann. Hyg. et Méd. Col., 1914? t. XVII, p. 1 49 -
558
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans l'élément pénal de la Guyane. Mais, dans leurs intéressants
travaux, nous ne relevons que des documents tout à fait lacu¬
naires sur le parasitisme intestinal de la population locale.
Brimont mentionne avoir trouvé 19 porteurs d’ankylostomes sur
53 guyanais examinés. D’après Blin, qui ne publie aucun chif¬
fre, les travailleurs libres des placersou des forêts paient à l’an¬
kylostomiase un tribut plussévère que les pensionnaires du bagne.
Thézé (i), notre prédécesseur à l’Institut d’Hygiène, a établi
un relevé des examens coprologiques pratiqués en iqi4 et 1915,
avant d’étudier, avec compétence, la question delà prophylaxie et
du traitement de l’ankylostomiase en Guyane. Des 1.282 selles
examinées, 794 étaient parasitées, soit : 62 0/0. Thézé englobe,
dans sa statistique unique, élément pénal et élément libre de la
colonie; il est donc impossible de connaître le degré de conta¬
mination des originaires de la Guyane. Il dit seulement que
57 0/0 des malades, pris au hasard, de l’hospice civil étaient
porteurs de vers, que les habitants des centres sont moins para¬
sités que les transportés, et enfin que « les soldats créoles n’ont
pas compté une seule entrée à l’hôpital pour anémie vermi¬
neuse ».
Il nous a donc paru utile d’établir l'index helminthologique
des autochtones de la Guyane et nous avons profité de la pré¬
sence à Cayenne des jeunes recrues sur le point de rallier la
France. D’ailleurs, nous nous conformions aux justes et sages
prescriptions du Sous-secrétaire d’Etat au Service de Santé,
M. Justin Godart, demandant le traitement systématique, avant
le départ de la colonie, de tous les porteurs d’ankylostomes.
Les selles de 24^ soldats, âgés de 18 à 34 ans, ont été exami¬
nées. 200, soit 82,7 0/0, étaient porteurs d’helminthes : Ascaris
lumbricoïdes , T richocephalus dispar o u Necator americanus (2).
Nous ne tenons pas compte de l’infestation par Schistosomum
Mansoni , dont nous avons parlé dans une note récente (3).
Chez 90 soldats, les matières fécales contenaient des œufs
d’une seule espèce de vers. An kylostomes, 5G ; Ascaris, 18 ; Tri-
chocéphales, 16.
(1) J. Thézé. Bull. Path. exotique , 1916, t. IX, p. 397.
(2) La mensuration de nombreux œufs permet de rattacher les ankylosto-
mes observés à Necator americanus ; confirmation de cette diagnose a été faite
dans les deux cas où nous avons examiné les vers expulsés.
(3) M. Leger Bull , Path. exotique, 1917, t. x, p. 464-
Séance du ii Juillet 1917
559
Le parasitisme était double 76 fois. Ankylostomes et Trichocé-
phales, 35; Ankylostomes et Ascaris, 2.5 ; Ascaris et Trichocé-
p h aies, i5.
Les 3 parasites coexistaient dans 34 cas.
Au total, l’infestation parasitaire, chez les 242 soldats exami¬
nés, peut ainsi s’inscrire: Ankylostomes, 1 53, soit 62 0/0; Tri-
chocéphales, 102, soit 4i 0/0 ; Ascaris, 94, soit 38 0/0, donnant
une infestation totale de 1 44 0/0 (349 parasites chez 242 soldats).
Cette forte infestation des soldats guyanais ne répond pas du
tout à l’opinion de Thézé basée sur ce qu’aucun soldat du con¬
tingent local n’était rentré à l'hôpital dans l'année pour anémie
vermineuse.
Il importait de comparer ce parasitisme élevé d’adultes en
bonne santé apparente à celui qui existe parmi l’élément pénal
de la colonie.
Brimont, en 1909, a trouvé dans les divers pénitenciers une
infestation totale de 85 0/0 (761 parasites chez 891 bagnards) qui,
pour ne mentionner que les 3 nématodes principaux, se décom¬
pose ainsi : Ankylostomes, 69 0/0 ; Trichocéphales, 7 0/0; Asca¬
ris, 2 0/0.
Blin relate avoir trouvé 74 0/0 de porteurs d’ankylostomes et
dit que le nématode est associé aux autres vers dans une pro¬
portion de 22 0/0.
Les chiffres donnés par Thézé, d’après les 1.282 selles exami¬
nées dans son laboratoire sans distinction de provenance, indi¬
quent une infestation totale de 82 0/0. L’ankylostome existait
chez 47 0/0, le trichocéphale et l’ascaris chez 17 0/0 des sujets.
Du ier septembre 1916 au Ier mai 1917, nous avons examiné les
selles de 266 transportés ou libérés différents, dès leur entrée à
l’hôpital et avant tout traitement.
Nous avons trouvé 253 porteurs d helminthes, soit un index
helminthologique de 95 0/0 ; l’infestation totale est de 1 45
(338 parasites chez 266 individus).
Les ankylostomes ont été rencontrés 246 fois (92,5 0/0), les tri¬
chocéphales 96 fois (3o 0/0), les ascaris 4b fois (17 0/0). Nous ne
tenons pas compte des oxyures (2 cas), des Schistosomam Man-
soni (2 cas) et d’un œuf indéterminé (3 cas) sur la nature duquel
nous ne sommes pas exactement encore fixé.
L'infestation totale est donc sensiblement la même dans les
560
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
deux catégories de sujets dont nous avons examiné les selles :
population guyanaise libre et élément pénal.
Chez les premiers, les Trichocé Ph aies et surtout les Ascaris
sont plus fréquents. L’ankylostomiase, au contraire, sévit de
façon bien plus intense chez les transportés (92 0/0 au lieu de
62 0/0), ce qui détermine un index helmin Biologique bien plus
fort (95 0/0) que chez les soldats (82 0/0).
Le parasitisme intestinal, chez les habitants de la Guyane fran¬
çaise, atteint donc un degré important, intermédiaire entre celui
relevé à la Martinique par Noc (1) (119 0/0 d’infestation totale)
et celui trouvé chez les recrues guadeloupéennes par Sauvet et
nous-même (190 0/0) (2).
La proportion des porteurs d’Ascaris est sensiblement la même
dans nos trois colonies américaines. La Guadeloupe l’emporte de
beaucoup par les T richocéphales. L'ankylostomiase est d’une fré¬
quence égale à la Guadeloupe et à la Guyane française et est plus
rare à la Martinique.
Institut d' Hygiène de Cayenne .
Notes sur le Parasitisme Intestinal
par les Nématodes dans la zone frontière
du Liberia et de la Guinée
Par N. CLAPIER
i° Observations sür les enfants. — Nous avons pratiqué l'exa¬
men microscopique des selles de i54 enfants de 5 à i5 ans, les
sujets ont été pris parmi les écoliers des divers centres de la
Région militaire de la Guinée ou dans des villages très distants
les uns des autres et échelonnés sur toute l’étendue de la fron¬
tière guinéenne du Libéria (région comprise entre io°3o et
i3°de longitude Ouest et 7°i5 et 90 de latitude Nord).
Quelques observations seulement se rapportent à des fillettes.
A. Mode d' Examen. — Examen d’une seule selle; pour éviter
de grossières erreurs, contrôle direct de la défécation et du pré-
(1) Noc. liu/t. Pat h. exotique, iqii, t. IV, p. 3qo.
(2) M. Léger et C. Sauvet, Pu//. Path. exotique, 19G, t. Vil, p. 77.
Séance du ii Juillet 1917
561
lèvement. Préparation sur trois lames, par dilution dans l’eau
bouillie et filtrée ou dans l’eau distillée, de trois parcelles prises
en des points différents de la selle ; examen méthodique sous
lamelle. Si la présence d’œufs est observée, notation du résultat;
sinon, nouvelle série de 3 préparations : le sujet est considéré
comme non parasité si ce deuxième examen est négatif. Ce pro¬
cédé est un peu rudimentaire et les pou rcentages obtenus doivent
être considérés comme étant légèrement en deçà de la vérité.
Nos recherches ont été faites durant la période la plus sèche
de Tannée (fin octobre 1916 à fin mars 1916).
Les deux tableaux ci-contre résument nos observations.
t
Œufs de Nématodes trouvés dans i54 selles.
Parasitisme total par Nématode — 100 =r 147.
Nombre de selles non parasitées — 12 sur 1 54 d’où :
Index helminthiasiq ue = ^5: 100 — 92,2.
n 154 v
Associations parasitaires rencontrées [Nématodes].
B. Résultats. — Sur 1 54 selles examinées, nous n’avons jamais
trouvé l’oxyure vermiculaire,
562
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nos tableaux ne mentionnent pas l’anguillule stercorale ;
cependant, nous en avons plusieurs fois (10 fois au maximum)
observé les larves rhabditoïdes dans des selles tout fraîchement
émises. Dans un cas elles étaient en quantité innombrable ; le
sujet avait une diarrhée aiguë avec selles sanglantes : la maladie
et les larves disparurent en quelques jours par un traitement
mixte au thymol et au calomel.
Sur nos 1 54 sujets, 12 seulement ont été trouvés non parasités
par les nématodes; d’où un index helminthiasique de 92 0/0.
Le nombre de parasites trouvés s’élève à 227, soit une infesta¬
tion totale égale à 147 pour 100, chiffre très élevé pour l’Afrique
si Ton songe surtout qu’il ne s’applique qu’à une seule classe
de parasites intestinaux.
On observe autant de cas de parasitisme associé que de para¬
sitisme simple (72 contre 70).
Le Trichocéphale et l’Ascaris se retrouvent une fois sur trois
au moins (35 et 370/0) ; ils paraissent plus fréquents qu’en Côte
d’ivoire tandis que la fréquence de l’Ankylostome est identique
dans les deux pays : 75 0/0 dans la région militaire de la Guinée
et 75 0/0 en Côte d’ivoire (Sorel, cité in Grall et Glarac. Traité
de Pathologie Exotique).
En réalité, les œufs que nous avons comptés comme œufs
d’Ankylostomes se rapportent aux deux espèces : Necator ameri-
canus et Ankylostomum duodenale ; une première preuve nous
en a été fournie par la différence de longueur des œufs souvent
observée ; de plus, par la filtration des matières après absorption
de thymol, nous avons obtenu Necator am. et en avons fait la
diagnose.
Nous n’avons pas trouvé Ank. duod. dans les selles exami¬
nées, mais nous avons observé ce ver en grande quantité dans
l’intestin d'un chat cachectique ; les œufs avaient la dimension
de la petite forme observée chez l'homme: aussi, rapportons-
nous ces œufs à Ank. duod. Nous ne pouvons pas déterminer
la proportion des deux espèces.
A première vue, les enfants ne paraissent pas souffrir de l’an¬
kylostomiase simple ou associée: nous pensons cependant qu’un
grand nombre de phénomènes gastro-intestinaux tels que coli¬
ques, ballonnement, crises de diarrhée ou de constipation, si
souvent observés chez les nègres et disparaissant à la suite de
l’ingestion de quelques grammes de thymol, dépendent en grande
Séance du ii .Juillet 1917
563
partie de cette Verminose. Nous avons en outre observé chez
l’adulte quelques cas d’anémie où l’ankylostomiase paraissait
prépondérante, rapidement améliorés par les vermifuges.
20 Observations chez les Adultes. — Elles sont trop peu nom¬
breuses pour faire ressortir nettement les différences pouvant
exister entre l’infestation des adultes ou des vieillards et celle
des enfants.
Sur 16 cas (8 adultes hommes; 5 vieillards; 3 femmes adultes)
nous avons :
Selles non parasitées .
Selles parasitées .
1 par Ankylostomes
» Ascaris .
ri Trichocéphale
Parasites
trouvés
2
14
10 fois
9 »
8 »
27 »
Gela nous donne un index helminthiasique égal à 87 0/0 et
un parasitisme total de 168.
La proportion pour cent des divers parasites est de :
50 pour l’Ankyl.
56 pour l’Ascaris.
68 pour le Trichocéphale.
Les Ankylostomes restent les parasites dominants; les autres
paraissent plus fréquents que chez les enfants.
3° Observations sur les Européens. — Nous avons pratiqué
l’examen des selles de 11 Européens adultes habitant la région
depuis au moins un an ; le seul nématode trouvé est le Tricho¬
céphale et dans 3 cas seulement. Le peu d’intensité du parasi¬
tisme intestinal chez ces européens est frappante; on doit
l’attribuer aux habitudes générales d’hygiène corporelle (con¬
tacts peu fréquents avec la terre humide, tub chaud, usage per¬
manent du savon, etc.) et à l’usage presque exclusif pour beau¬
coup d’entre eux d’eau stérilisée et filtrée et de légumes cuits.
Travail de la Mission Villatte.
M iss ion dé abonnement F ranco- Libérienne 1914-1916.
»
564
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sur un nouveau Phlébotome algérien
Phlebotomus Sergenti, sp. nov.
r
(Note préliminaire )
Par L. PAR ROT
Trois espèces de Phlébotomes ont été signalées jusqu’ici en
Algérie (i ), savoir :
Phlebotomus papatasii Scopoli,
Phlebotomus minutas var. africanus Newstead,
Phlebotomus perniciosus Newstead.
Nous avons pu capturer à Mac-Mahon (Constantine) (2), fin
juin 1917, plusieurs exemplaires mâles d’un phlébotome qui
nous paraît nouveau et pour lequel nous proposons, sauf syno¬
nymie, le nom de Phlebotomus Sergenti, en hommage à nos maî¬
tres, les docteurs Edmond et Etienne Sergent. Nous résumons
comme suit ses principaux caractères morphologiques :
çÿ. — Taille = 2 mm. 3-2 mm. 5 ; Aile , longueur = 2 mm. 3;
largeur = o mm. 5.
Couleur à l'état frais : Tête, thorax et abdomen fauve pâle;
aile gris clair; frange de l’aile gris fumé; pattes gris d'argent
pâle, presque blanches. Poils de la tête (front, vertex et nuque),
du thorax et de la face dorsale de l’abdomen fauves; poils du
clypeus, des palpes, des parties latérales et inférieure de l’abdo¬
men et des appendices génitaux, brunâtres. Les poils sont dres¬
sés en touffes distinctes sur la face dorsale de l’abdomen, cou¬
chés sur les parties latérales et la face ventrale.
Tête. — Yeux séparés et noirs. Proboscis long. Clypeus sensi¬
blement égal en longueur à la moitié du proboscis (v. fig. 7).
Antennes avec le 3e segment long, fort, égal à la somme des seg¬
ments 4 et 5 et atteignant presque la pointe du proboscis ;
épines géniculées présentes sur les articles 3 à i5 inclus, courtes
(v. fig. 8). Palpes : formule =1, (4,2), 3,5; segment 3 plus long
(1) Cf. Edm. Sergent, Première note sur les Phlébotomes algériens, in
Bull, de la Soc. de Pathologie exot., tome VII, nos 8-9, 1914.
(2) Altitude 900 m., à la limite des Hauts-Plateaux et du steppe.
565
Séance du ii Juillet 1917
que segments 2 et 4 d’un cinquième environ (v. tig. 9), segment 4 ;
tantôt égal à 2, tantôt un peu plus court.
s
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
EXPLICATION DES FIGURES
Fig’, i. — Appendices g’énitaux de Phlebotomus Sergenli côté droit.
a, segment basal (ou proximal), du crochet supérieur,
b segment distal du crochet supérieur,
c , crochet inférieur,
<1, appendice intermédiaire,
e, organe d’intromission,
filaments génitaux,
g , houppe du segment basal du crochet supérieur.
Fig. 2. — Segment distal du crochet supérieur, face externe.
Fig. 3. — Segment distal du crochet supérieur, face interne.
Fig. 4* — Houppe du segment basal et son apophyse d’insertion.
Fig. 5. — Extrémité distale du crochet inférieur.
Fig. 6. — Organe d intromission.
Fig. 7. — Tête (profil). — e, clypeus ; — p , proboscis.
Fig. 8. — Antenne (ci nq premiers segments).
Fig. 9. — Palpe.
Fig. 10. — Aile.
Fig. 11. — Segments delà patte postérieure (schématique, X i3).
Aile. — Bord postérieur un peu plus arqué que le bord anté¬
rieur. La irc nervure longitudinale recouvre la branche anté¬
rieure de la 2e (AB, fig. to) sur le tiers de sa longueur. Branche
antérieure (AB) de la 2e nervure longitudinale plus longue que
la distance (BG) entre les deux fourchesde la même nervure et à
peu près égale à la distance (CD) qui sépare la nervure trans¬
verse de la fourche proximale.
Patte postérieure. — Longueur = 4 mm. 2 (coxa et trochanter
non compris). Tibia un tiers plus long que le fémur; tarses plus
longs que le tibia, d’un sixième environ ; ongles simples
(v. fl£. I 1).
Appareil génital externe (1). Segment basal du crochet supérieur
court et trapu (un cinquième environ de l’abdomen proprement
dit). Il porte à sa face interne et à l’union de son tiers antérieur
avec son tiers moyen une houppe de poils courbes et brun foncé
(v. fig. 1 et 4)* Ges poils, au nombre d’une douzaine, semble-t-il,
s’insèrent sur une apophyse particulière, à extrémité distale
%
arrondie. Segment distal du crochet supérieur court, globuleux,
presque piriforme. Sa longueur égale à peu près la moitié du
segment basal. Il porte une longue soie rectiligne , insérée vers le
milieu de son bord antérieur, et trois épines courbes : une externe
la
(1) Pour désigner les différentes pièces de l’appareil génital, nous employons
terminologie anglaise.
Séance du ii Juillet 1917
567
submédiane , une interne subapicale et une apicale (v. fig. 1, 2 et 3).
Crochet inférieur inerme, pourvu seulement cle longs poils sou¬
ples et plus long d’un quart que le segment basal du crochet
supérieur (v. fig. 1 et 5). Appendice intermédiaire égal en longueur
à ce segment basal. Valves de l'organe d’ intromission coniques
et courtes (v. fig. 1 et 6).
$ encore inconnue.
Institut Pasteur d'Algérie
(Mac-Mahon, 29-6-1917).
568
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Les Méningites dans la région de Bamako
(Soudan Français)
par Ch. GOMMES
De nombreux cas de méningite oui été signalés ces temps
derniers dans différents cercles du Haut-Sénégal-Niger. Nous
avons eu l’occasion d’en soigner un certain nombre à Bamako.
Grâce au laboratoire, nous avons pu préciser chaque fois la
nature de ces méningites, aussi nous croyons intéressant de les
signaler en raison de leurs diverses étiologies.
Avant de communiquer quelques-unes de nos observations,
nous tenons à dire que nous n’avons pas encore rencontré de
cas de méningite cérébro-spinale, malgré les épidémies signa¬
lées çà et là par les Administrateur». Nous avons consulté quel¬
ques uns de nos camarades au sujet de cette affection ; tous nous
ont affirmé qu’ils ne croyaient pas à l’existence de la ménin¬
gite cérébro-spinale et que tous les cas de méningite qu'ils
avaient eu à soigner étaient concomitants ou consécutifs à la
pneumonie ou à la grippe. Aussi jusqu’à nouvel ordre nous
considérerons comme suspects les cas de méningite cérébro-
spinale signalés par des personnes n’ayant aucune compétence
médicale. Nous croyons qu’il faut se mettre en garde contre
un diagnostic de méningite cérébro-spinale porté sans examen
microbiologique. L’association du qualificatif cérébro-spinal
au mot méningite est trop souvent faite à la légère, nous nous
élevons particulièrement contre cet abus.
Nous communiquerons quelques observations de nos malades.
1. — Méningite à pneumocoques
Observation type : Moussa Taraoré, 26 ans environ, laptot, se plaint le
Séance du ii .Juillet i
9*7
o69
lOavril 1917de violentes douleurs au côté droit. L’examen clinique nous
fait porter le diagnostic de pneumo¬
nie à droite.
Le lendemain l’état du malade s’ag¬
grave, il est couché en chien de fusil
quand nous venons le voir. Il ne peut
remuer la tète sans éprouver une
vive douleur, il présente de la raideur
au niveau des articulations, le signe
de Ivernig est positif.
On fait une ponction lombaire et on
retire quelques centimètres cubes
d’un liquide assez louche. L’examen
microscopique nous montre de nom¬
breux microbes d’aspect lancéolé, eu-
capsules, prenant le Gram (pneumo¬
coques). Nous faisons une inoculation
sous-cutanée à une souris, l'animal
meurt en 20 heures, les pneumoco¬
ques pullulent dans le sang.
Deux jours après le malade succombe.
II. — Méningite paludéenne
Nous avons observé deux cas de méningite à évolution anor¬
male. Ces deux cas sont superposables, nous communiquerons
le premier que nous avons eu à soigner.
Observation Sounkalo Keïta : élève de l’école professionnelle de Bamako,
14 ans.
, malade est dirigé sur le dispensaire avec le diagnostic de méningite
cérébro-spinale. Immédiatement toutes les mesures prophylactiques sont
39
570
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
prises sous notre direction et Sounkalo KeÏta reste le seul cas dans une
agglomération de plus de cent élèves.
L’examen clinique du malade confirme le diagnostic de méningite, il a
tous les symptômes de cette affection : raideur de la nuque, céphalée
intense, rétrécissement pupillaire, attitude en chien de fusil, contractures
musculaires, signe de Kernig positif, température à 40°. Rien du côté des
poumons.
On pratique une ponction lombaire qui donne un liquide très clair.
Ap rès centrifugation l’examen microbiologique du liquide ne nous révèle
rien de particulier.
Par contre l’examen du sang nous montre de nombreux hématozoaires
{Plasmodium præcox) avec une mononucléose intense.
On fait au malade des injections intra-musculaires de chlorhydrate de
quinine (1 gramme en 4 injections) et d’or colloïdal (collobiase Dausse
4 cm3).
Le lendemain matin la température est à 37°, elle remonte à 37°5 dans
l’après-midi. Il semble que la contracture des membres soit moins accen¬
tuée. L’état général reste le même.
Le 8 avril au matin température : 39»9, signe de Ivernig très positif,
le malade délire, nouvelles injections de quinine (1 g.) et d’or colloïdal
(4 cm3).
Le 9 avril, le malade va mieux, la température est le matin 37°5,
' l’après-midi 37o8. On fait prendre au malade 1 g. de quinine par la
bouche.
Le 10 avril, nouvelle rechute, température 39o8 le matin; le pouls est
petit, on fait des injections d’huile camphrée, de quinine et d’or colloïdal.
Du 11 avril au 30 avril, l’état du malade s’améliore, progressivement les
symptômes de méningite disparaissent sauf une légère hébétude et la
raideur articulaire, la température ne dépasse jamais 37°5.
Le 1er mai subitement la température remonte à 40°2, le signe de Kernig
est positif, la douleur au niveau de la nuque violente.
Un nouvel examen du sang montre de nombreux hématozoaires.
On pratique une ponction lombaire, rien de particulier à l’examen
microbiologique du liquide céphalo-rachidien.
On fait suivre un traitement énergique au malade, l g. de chlorhydrate
de quinine en injection pendant trois jours, 1 g. en solution les quatre
jours suivants et une. série d’injections de cacodylate de sonde. Les jours
suivants le malade est remis à la dose journalière de 0,25 cg. de quinine.
Le 25 mai le malade sort guéri du dispensaire.
Nous portons le diagnostic de méningite paludéenne après
avoir considéré la courbe thermique et les résultats obtenus par
le traitement quinique. Le 2e cas observé semble confirmer ce
diagnostic ; après le 2e accès, le malade a été guéri par une série
d'injections de quinine.
III. — Méningite tuberculeuse
Nous n’avons observé que le cas suivant ;
Observation Moiuba üiallo, télégraphiste, 30 ans environ.
Rien avant son entrée au dispensaire, Moriba Diallo avait eu de violents
Séance du ii Juillet 1917
571
maux de tète et avait été traité à diverses reprises pour angine et laryn¬
gite. Le 15 avril 1917, souffrant plus violemment et marchant avec diffi¬
culté, nous l'hospitalisons au dispensaire.
Sa température est de 38°9, il présente de la raideur de la nuque, il a
quelques vomissements et une constipation opiniâtre. Le signe de Kernig
est positif.
Nous portons le diagnostic de méningite et pratiquons une ponction
lombaire qui ramène un iiq° ide clair. L’examen du liquide montre de la
lymphocytose, pas de microbes. Nous inoculons une cobaye du poids de
285 g.
Les symptômes présentés par le malade persistent malgré un traite¬
ment à la quinine et à Tor colloïdal. La température s’abaisse régulière¬
ment chaque matin de 0°5, mais la malade dépérit de jour en jour.
Le 30 avril, le cobaye inoculé présente au niveau de la racine de la
cuisse droite un ganglion légèrement fluctuant; on le ponctionne à la
pipette. L’examen au microscope montre de nombreux polynucléaires
dégénérés, après coloration par la méthode de Ziehl on constate la pré¬
sence de nombreux bacilles tuberculeux.
Le 15 mai, après plusieurs heures de délire, Moriba Diallo succombe.
IV. — Méningite toxique d’origine parasitaire
Mamadou Diakité, âgé de 20 ans environ, vient à la consultation du dis¬
pensaire parce qu'il a de la lièvre, des maux de tête et marche pénible¬
ment. 11 déclare que sa santé a toujours été bonne. On l’hospital ise.
• Sa température est de 39°5, il présente de la raideur de la nuque, de la
photophobie. Le signe de Kernig est positif.
Le malade se plaint de douleurs abdominales que la moindre palpation
exacerbe. Il évacue des selles enrobées de mucosités sanguinolentes. L’exa¬
men microscopique nous montre des œufs d ' Ankxjlostomum duodenale et
d’Ascaris en grande abondance. On pratique une ponction lombaire, le
liq uide s’écoule très limpide. Son examen ne révèle rien de particulier.
L’examen du sang montre une éosinophilie assez élevée : 12,75 0/0. Les
572 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
symptômes de méningite persistant, nous faisons suivre au malade le trai¬
tement au thymol. Le malade évacue 17 ascaris et 9 ankylostomes. La
fièvre persiste après une purge à l’huile de ricin, mais dès le lendemain
elle s’abaisse. Deux jours après, M amadou Diakité est en bonne voie de
guérison et en peu de temps il quitte le dispensaire.
Les divers cas de méningite — 17 — que nous avons observés
en un temps assez court — 2 mois — se répartissent delà façon
suivante :
Méningite à pneumocoques .
— paludéenne .
— tuberculeuse .
— toxique d’origine parasitaire.
13 cas,
2 cas,
1 cas,
1 cas.
Méningite a pneumocoques. — Les méningites à pneumocoques
sont les plus fréquentes. Ce sont elles qui revêtent parfois un
caractère épidémique tant la virulence du pneumocoque est
grande sur la race noire. Un interrogatoire et un examen minu¬
tieux du malade permettent de dépister presque toujours un
point de départ pulmonaire, et la recherche microscopique du
pneumocoque dans le liquide céphalo-rachidien confirme tou¬
jours le diagnostic.
Le plus souvent Dévolution de l'affection est rapide et suivie
d’issue fatale.
Celte virulence du pneumocoque pour la race noire est une
indication pour la prophylaxie. Aussi chaque fois qu’un cas de
Séance du ii Juillet 1917
573
méningite nous a été signalé nous avons pris les mesures pro¬
phylactiques suivantes : badigeonnage à la chaux de la case
occupée par le malade et lavage à une solution de bichlorure de
mercure à 1 p. r.000 des objets lui ayant appartenu. Quant à
l’entourage du malade, nous l'avons soumis aux mesures préco¬
nisées dans la méningite cérébro-spinale par le médecin Ins¬
pecteur Vincent (i), que nous avons légèrement modifiées en
substituant aux gargarismes à l’eau oxygénée les gargarismes à
l’hypochlorite de chaux (3o gr. p. 1.000 d’eau). Aucun des indi¬
gènes soumis à cette méthode n’a contracté la méningite, certains
qui présentaient de l’amygdalite ou de l’angine ont été radicale¬
ment guéris.
Méningite paludéenne. — Les deux cas de méningite que nous
avons classés sous la rubrique méningite paludéenne sont iden¬
tiques.
Les deux sujets atteints étaient fortement impaludés comme
l’indiquaient leur rate volumineuse, leur formule leucocytaire
(mononucléose) et la présence de nombreux hématozoaires dans
leur sang ( Plasmodium prœcox). Dans ces deux cas l’examen du
liquide céphalo-rachidien ne nous a rien révélé. Seules, la courbe
thermique et le traitement pierre de touche à la quinine faisant
rétrocéder rapidement tous les symptômes nous ont permis de
considérer ces méningites comme des manifestations du palu¬
disme. Il nous semble que les réactions méningées sont plus
considérables dans ces deux cas que dans les fièvres comitées
cérébrales de Kelsch ou céphaliques de Grall (2). Nous n’avons
pas rencontré, comme ces auteurs, d’accès délirants, convulsifs
ou comateux. Aussi pourrait-on en faire un chapitre des fièvres
comitées, les comitées méningîtiques, ou bien les classer sous le
nom plus général de méningo-paludisme, comparable à celui de
typho paludisme, les symptômes de méningite prédominant au
point de faire oublier leur origine paludéenne.
Gomme traitement, nous avons appliqué pendant la maladie
le traitement classique des injections de quinine, associé à
(1) Méthode de Vincent : Prophylaxie de la méningite cérébro-spinale, de
la grippe, des lièvres éruptives et des oreillons par la méthode de Vincent,
Lefas, Presse médicale, 1916, n° 30.
(2) Grall et Glarac. Traité de Pathologie exotique , lome t, Paludisme,
p. 338 à 358.
574
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
divers toniques, et l’arsenic sous forme d’arrhénal pendant la
convalescence.
Ce méningo-pal udisme est peut-être moins rare que nous ne
l’avons constaté dans un pays où le paludisme sévit à l’état
endémique comme dans la région de Bamako. D’après
A. Leger (i), l’index endémique est fort élevé à Bamako, 91, 36 0/0
pendant l’hivernage et 62,84 0/0 pendant la saison sèche. Des
mesures prophylactiques générales s’imposeraient, nous les
avons proposées avec insistance comme nos prédécesseurs dans
notre rapport annuel d’hygiène ; c’est aux autorités administra¬
tives qu incombe maintenant le devoir de les faire appliquer.
Méningite tuberculeuse. — La tuberculose est loin d’être rare
dans nos colonies d'Afrique et particulièrement dans le Haut-
Sénégal-Niger. Aussi n'y a-t-il rien d étonnant que nous ayons
observé un cas de méningite tuberculeuse. Ce cas a évolué d’une
façon typique, l’issue a été fatale. Aucun des traitements suivis
par le malade n’a amélioré son état.
Quant aux mesures prophylactiques, nous croyons qu’ici
comme en France les pouvoirs publics seront amenés à prendre
des dispositions énergiques pour enrayer une affection qui ne
fait que naître à la colonie. Comme le dit A. Leger « C’est
encore là un danger dont il faudra prendre garde bien qu’il ne
soit pas encore très menaçant ».
Méningite toxique d'origine parasitaire. — L’helminthiase
intestinale peut parfois intoxiquer profondément le sujet atteint
au point de simuler des affections telles que la méningite. Ce
sont des faits connus que notre observation ne fait que confir¬
mer. Ici encore c’est au microscope que nous devons d’avoir fait
un diagnostic aussi précis. Si l’examen du sang nous a d’abord
révélé une éosinophilie notable, l’examen des fèces nous a per¬
mis de préciser le degré de l’infection par le nombre considéra¬
ble d'œufs d’ascaris et d’ankylostomes qu elles contenaient.
L’association d’ascaris et d’ankylostomes est fréquente dans un
pays où toutes les eaux sont souillées. A diverses reprises, nous
(1) A. Leger. Recherches au laboratoire de Bamako (Soudan français) sur
l’index paludéen, l’index filarien, la tuberculose et la trypanosomiase
humaine. Annales d'hygiène et de médecine coloniales, tome VIII, année 190 !\,
p. 77 à 81 .
Séance du ii Juillet 1917
575
avons pratiqué des examens de l’eau du Niger et nous y avons
trouvé tous les représentants de la faune parasitaire. Les nom¬
breux examens de fèces de Bambaras que nous avons pratiqués,
soit à Bamako soit à Marseille à l’Hôpital des Tirailleurs Séné¬
galais, nous ont donné de semblables résultats. Mais jamais jus¬
qu’ici nous n’avions observé personnellement de cas de ménin¬
gite produit par l’helminthiase intestinale. Nous nous sommes
donc trouvé en présence d une intoxication profonde qu’il fau¬
dra prévenir chaque fois que nous aurons à traiter des malades
atteints d’helminthiase.
Le traitement au thymol associé à des purgatifs, calomel
d’abord, huile de ricin ensuite, nous a donné d excellents
résultats.
Gomme prophylaxie, la mesure à préconiser — la stérilisation
de l eau de boisson — ne peut s’appliquer qu’à l’élément euro¬
péen, les indigènes ne pouvant s’empêcher de boire de l’eau où
qu’elle se trouve et de quelque qualité qu’elle soit.
Travail du Laboratoire de Bamako [Fl aut-Sënégal-Niger) .
Sur l'existence de Tagalaxie contagieuse
des chèvres en Algérie, et sur
une infection surajoutée
Par Edm. SERGENT et G. ROIG
Une épizootie d’agalaxie contagieuse dans un troupeau de
chèvres des environs d’Alger nous fournit l’occasion, en 1908,
d’une étude expérimentale que les circonstances ont interrom¬
pue (1). Depuis 10 ans nous n’avons pas vu d’épizootie qui nous
permît de reprendre ces expériences. Nous avions observé des
infections graves, au cours desquelles était apparu dans le lait,
à l’état de pureté, dans chaque prélèvement, un microbe dont
(1) M. Bauguil, ancien chef du Service vétérinaire sanitaire de l'Algérie, veut
bien nous dire qu’il a observé de l’agalaxie sur des chèvres, il y a une dizaine
d’années, dans les communes du Guergour et de Kerrata. MM. les Vétérinai¬
res délégués Emery, Fleury, Gorce , Trouette, ont bien voulu nous faire con¬
naître qu’ils n’ont jamais vu en Algérie d’épizootie d’agalaxie contagieuse.
576
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
les cultures inoculées ne reproduisirent aucun des symptômes
de la maladie. C’était donc un simple témoin du virus spécifique
invisible et filtrant que Gelli et de Blasi avaient découvert en
1906. Il n’était pas pathogène comme le pyobacille décrit par
Carré en 1912. Ce microbe se rattache par ses caractères au
groupe hétérogène du Preisz-Nocard. Des microbes du même
groupe sont trouvas dans diverses autres infections graves du
mouton. Leur rôle pathogène est mal élucidé. Il nous a semblé
intéressant de rapporter nos observations, pour permettre des
com parai sons.
Nous avions été appelés à visiter le 23 avril 1908 un troupeau
de 4bo caprins environ, sur lequel, en une semaine, une soixan¬
taine de mères et quelques boucs élaient atteints d’agalaxie con¬
tagieuse. Trois ou quatre chevreaux mouraient chaque jour. Le
i5 juillet 19 chèvres et io5 chevreaux avaient succombé.
Description de l’épizootie : i° sur les chevreaux,
2° SUR LES ADULTES
i° Chevreaux. — Les chevreaux de lait, laissés sous le hangar,
situé dans la montagne, sur le versant nord du Sahel, restent le
plus souvent couchés; à la rentrée des mères, ils ne se précipi¬
tent plus sur la mamelle pour prendre leur nourriture ; l’appétit
est presque nul. Debout, ces animaux présentent un aspect par¬
ticulier : les membres sont ramassés sous le corps, la tête est
légèrement tendue, le cou paraît enfoncé dans la poitrine, le
poil est piqué, hérissé même ; quelquefois le chevreau tombe et
présente des convulsions ; la mort en général arrive le 2e, le 3e
ou le 4e jour; la température monte rarement au-dessus de 4o°.
Tels sont le plus souvent les seuls symptômes constatés.
Quelquefois aussi, pendant l’évolution des symptômes précités,
les animaux boitent brusquement. Au niveau du carpe ou au
niveau de l’articulation fémoro-tibiale, on trouve une grande
tuméfaction douloureuse à la palpation, légèrement chaude et
sans traces cutanées d’inflammation ; on 11a pas non plus la sen¬
sation de points fluctuants indiquant la formation d’abcès. La
boilerie est si prononcée, la douleur si forte que l’appui du
membre ne peut avoir lieu, aussi les animaux restent-ils long¬
temps couchés. Nous n’avons toujours trouvé qu’une seule loca¬
lisation articulaire sur les animaux examinés, soit au carpe soit
Séance du ii Juillet 1917
577
à l’articulation fémoro-tibiale ; jamais les chevreaux atteints
n’ont présenté des lésions oculaires. Nous n’avons point trouvé
d'abcès au niveau des articulations atteintes.
Les chevreaux de lait sont le plus fréquemment atteints, mais
certains animaux très jeunes et déjà sevrés meurent aussi ; d’ail¬
leurs ces derniers, tout en prenant aux champs toute leur nour¬
riture, n'ont pas encore perdu l’habitude de téter et on les voit
toutes les fois que l’occasion s’en présente sucer la mamelle
d’une ou plusieurs mères.
De nombreuses autopsies pratiquées sur des animaux (de
i5 jours à 4 ou 5 mois) à toutes les périodes de la maladie ont
toujours donné des résultats négatifs. Tous les organes sont
sains; la viande elle-même a gardé tous les signes extérieurs de
la bonne viande; seuls les ganglions mésentériques paraissent
légèrement hypertrophiés, mais à la coupe ils sont sains.
Au niveau des tuméfactions, le tissu péri-articulaire est le siège
d'une légère inflammation ; la synoviale est un peu hyperhé-
miée, la synovie, plus abondante, moins claire, est rarement et
légèrement teintée en rouge. La mort est si rapide qu’on ne
peut trouver des lésions sur les têtes et sur les cartilages arti¬
culaires.
20 Adultes. — Chez les mères, la mortalité était nulle au début.
Un mois après l’apparition de la maladie, on enregistrait la mort
de 19 chèvres âgées; dans notre écurie deux inoculées et une
chèvre infectée naturellement sont aussi mortes en peu de temps.
Sur les chèvres et sur les boucs adultes les symptômes géné¬
raux sont plus vagues; la maladie se présente toujours sous la
forme chronique. L’appétit en général est bien conservé au
début; il diminue légèrement' au cours de l’évolution de la
maladie. Les symptômes généraux étaient si vagues que les ber¬
gers ne reconnaissaient pas les malades à distance et devaient
examiner la mamelle avant d’isoler les animaux atteints. La tem¬
pérature oscille entre 38°9 et 39°2. On peut mieux dire qu’au
début de la maladie, c’est la mortalité sur les chevreaux et la
boiterie sur les chèvres qui ont donné l’éveil pour l’examen des
adultes.
Les lésions atteignent toujours la mamelle ; quelquefois la
mamelle et une articulation seulement sont atteintes à la fois;
nous n’avons point trouvé deux localisations articulaires sur un
578
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
même individu. Pas de localisations articulaires sans localisa¬
tion mammaire, mais nous avons constaté une localisation sur
l’articulation fémoro-tibiale d’un bouc.
La mamelle est le plus souvent le siège d’une inflammation.
Légèrement chaude. Un peu hypertrophiée au début, elle donne
les jours suivants l’impression d’une masse flasque avec quelques
noyaux d’induration isolés à la base. La mulsion se fait difficile-
ment mais sans douleur; la secrétion lactée diminue beaucoup;
le lait recueilli dans un flacon se divise en deux parties bien dis¬
tinctes : l’une plus lourde reste au fond du vase et forme le
tiers, la moitié et même les deux tiers du volume du liquide;
elle est formée par un dépôt blanc sale, grisâtre même, ne res¬
semblant pas à du pus, mais bien au lait caillé coupé en petits
morceaux, au lait tourné des ménagères. L’autre partie d’un
blanc sale, rougeâtre quelquefois, occupe le plus souvent les
deux tiers du volume. Le lait de chèvre malade possède une
réaction alcaline. Porté à ioo°, la partie liquide se coagule. Si on
le mêle à du lait normal, le mélange chauffé à ioo° se coagule
entièrement. Filtré à travers une bougie Chamberland F, le lait
des malades conserve la propriété de se coaguler à ioo° et de faire
coaguler dans les mêmes conditions du lait normal. Au bout
d’une quinzaine de jours, la sécrétion lactée est presque complè¬
tement tarie. Par la mulsion rendue très difficile, mais non dou¬
loureuse, sortent des trayons des grumeaux grisâtres à consis¬
tance pâteuse. Nous n’avons jamais trouvé de localisations
oculaires sur les chèvres et sur les boucs. A trois reprises, sur
des animaux examinés à l’écurie, nous avons constaté l’avorte¬
ment des chèvres.
Pendant qu’évoluent les lésions de la mamelle, on rencontre
souvent des localisations articulaires, l'articulation du carpe et
l’articulation fémoro-tibiale sont seules atteintes. L’articulation
est le siège d’une tuméfaction très douloureuse à la palpation ;
la boiterie est toujours très prononcée, au début l’appui du
membre est presque impossible, l'animal reste le plus souvent
couché. La boiterie persiste à l’état suraigu pendant une dizaine
de jours ; elle s’atténue insensiblement ensuite, mais peut encore
persister deux mois après. Nous n’avons jamais vu la formation
d’abcès au niveau des articulations. A l’autopsie les examens
restent négatifs. Tous les organes sont sains, à peine remar-
que-t-on une légère hypertrophie des ganglions mésentériques.
Séance du ii Juillet 1917
579
Les lésions articulaires et péri-articulaires rappellent en tous
points les lésions constatées sur les chevreaux. Une chèvre
atteinte d’agalaxie contagieuse avec localisation à l’articulation
fémoro-tibiale est morte un mois après l'apparition des premiers
symptômes et a présenté des lésions discrètes des têtes articu¬
laires et des cartilages articulaires.
Etude expérimentale
Nous avons essayé d’obtenir la reproduction expérimentale
de la maladie chez des caprins par l’inoculation de lait, l’inges¬
tion de lait, l’inoculation de sang, la vie en contact.
{ »
Nous avons inoculé le lait infecté au cobaye et au rat.
i° Inoculation de lait dans la mamelle, dans le péritoine,
SOUS LA PEAU
/. Chèvre Ortegude. — Le 21 mai 1908 la chèvre Zoé du Jlaouch Kan-
douri estatteinted’agalaxie contagieuse depuis 4 jours. Localisation mam¬
maire et localisation fémoro-tibiale. Ortegude, chèvre saine, prise dans le
JIU
2/
\n s
ko°_
581
37L
n
Infection expérimentale de la chèvr efirtegude.
territoire de lvoléa où la maladie est inconnue, est inoculée a la pipette
dans l’intérieur des mamelles avec du lait deZoé. Dès le 23 mai la mamelle
gauche tarit, le lait est remplacé par un liquide rougeâtre, par du sang
580
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
presque pur. Jusqu’à la mort de l’animal, la mamelle gauche donne du
sang pur.
Le26 mai le lait delà mamelle droite contientde petits grumeaux. Le 28
le lait de la mamelle droite est caractéristique. Lait d’agalaxie, lait tourné
des ménagères. La partie solide .prend les deux tiers du volume du liquide.
Symptômes généraux assez prononcés. Appétit très diminué.
Le 29 au matin boiterie très prononcée au membre postérieur gauche
avec localisation à l’articulation fémoro-tibiale. Léger larmoiement à
l’œil gauche ce même jour mais pas de lésions oculaires. La boiterie aug¬
mente, articulation fémoro-tibiale très douloureuse. Appui du membre nul.
L’animal reste couché presque toute la journée. Appétit presque nul. Poil
hérissé. Amaigrissement et apparition d’une forte diarrhée dès le 30 mai.
4 juin, mort de l’animal le matin .
A l’autopsie, mêmes constatations que dans la maladie naturelle.
II. Agneau A. — 21 mai 1908 un agneau inoculé dans le péritoine avec
du lait de Zoé a présenté 5 jours après l’inoculation 40° de température
avec quelques symptômes généraux assez vagues. Appétit capricieux.
L’animal restait longtemps couché. Amaigrissement en 15 jours malgré la
nourriture abondante mise à sa disposition. Pas délocalisations articu¬
laires. Pas de localisations aux testicules. Animal encore maigre reprend
les apparences de la santé.
lit. Chevreau Bich.
30 avril 1908. Inoculation dans le péritoine de 60 cm3 de sang d’un che¬
vreau atteint delà maladie naturelle, dont toutes les articulations sont pri¬
ses (surtout le carpe), qui ne peut pas se tenir debout mais mange bien,
et qui est mort le 19 mai 1908. Inoculation dans le péritoine de 20 cm3
lait caractéristique d’une chèvre R atteinte de la maladie naturelle (rien
aux yeux ni aux articulations) qui a avorté le 2 juin.
Boit 50 cm3 du même lait.
1er mai 1908. Boit 100 cm3 du même lait.
12 mai. Température 40°, boite beaucoup, ne peut pas marcher, patte anté¬
rieure gauche surtout douloureuse, un peu de diarrhée. Mêmes symptômes
pendant tout le mois de mai.
8 juin. Va mieux, mais bute, ne peut pas courir et a de la peine à se
relever. Reste parésié.
13 août 1908. Mort.
IV . Inoculations en série de lait infecté .
1er passage Chèvre N. D.
1er mai 1908. Inoculée sous la peau de la mamelle gauche avec 10 cm3
du lait d’une chèvre atteinte de la maladie naturelle.
6 mai 1908. Quelques grumeaux dans le lait. Boiterie du membre anté¬
rieur droit.
16 mai 1908. Le lait diminue, devientjaune, épais, toujours un peu de
caillé.
18 mai 1908. Plus de lait. Abcès (liquide inodore) au point d’inocula¬
tion. Ne se tient plus que difficilement debout.
30 mai 1908. Abattue, amaigrie, couchée, ne peut plus se lever. La
traite donna un liquide sale avec quelques grumeaux comme du vermi¬
celle.
Mort.
2e passage. Chèvre Z.
Séance du ii Juillet 1917
12 mai 1908. Inoculée dans une glande mammaire avec le lait de N. D.
14 mai 1908. Lait très diminuéà cette glande mammaire. Normal à l’au¬
tre glande.
18 mai 1908. Du côté inoculé lait caractéristique : liquide sale avec
grumeaux à mauvaise odeur. Du côté non inoculé le lait tarit.
20 mai 1908. Conjonctivite, joue droite entlée.
23 mai 1908. Grand abattement. Lésions caractéristiques du lait aux
2 mamelles Rien aux articulations.
26 mai 1908. Les deux yeux chassieux. Vive congestion de la conjonc¬
tive bulbaire. Vaisseaux envahissant la cornée. Les 2 joues sont enflées.
Amaigrissement . Diarrhée.
30 mai 1908. Mort.
3e passage. Chèvre S. O .
21 mai 1908. Inoculation sous la peau de la mamelle avec quelques
gouttes du lait de chèvre /.
23 mait 1908. Lait du côté inoculé prend consistance à demi solide.
30 mai 1908 Lait du côté inoculé aspect caractéristique vermicelle. Du
côté non inoculé aspect fromage mou très blanc.
2 juin 1908. Couchée 33°, ne peut pas se relever. Conjonctivite. Diar¬
rhée .
8 juin 1908. Mort. Le pis du côté non inoculé contient du lait à aspect de
vermicelle.
4e passage. Chèvre A. C.
2 juin 1908. Inoculation sous la peau de la mamelle gauche avec lait de
chèvre S. O.
3 juin 1908. Lait commence à avoir l'aspect d’un fromage mou.
8 juin 1908. Du côté inoculé, le lait a l’aspect caractéristique de vermi¬
celle dans l’eau . De l’autre côté, début de l’aspect de fromage.
12 juin 1908. Les 2 mamelles sont prises, mais au trayon gauche (côté
inoculé) le lait a une mauvaise odeur.
23 juin 1908. Diarrhée commençante.
Ü à I
14 juillet. Diarrhée terminée.
5e passage. Chèvre Bl.
23 juin 1908. Inoculation sous la peau de la mamelle droite avec quel¬
ques gouttes du laitdu pis droit dechèvre A. C.
Ier juillet 1908. Le lait diminue de quantité.
0 juillet 1908. Le lait a l’aspect caractéristique.
14 juillet 1908. La chèvre ne peut pas se relever. Si on la met debout,
elle ne peut pas s’appuyer sur le membre postérieur droit. Pas d’enflure.
Pas de diarrhée.
18 juillet 1908. Mort.
5e passage. Chevrau Fr.
12 juin 1908. Inoculation dans le péritoine avec 20 cm3 du lait de chè¬
vre A. C.
29 juin 1908. Le chevrau marche sur les genoux.
30 juin 1908. Mort.
5e passage. Chèvre J . S.
29 juin 1908. Inoculation sous la peau avec du lait de la Chèvre A. C.
4 juillet 1908. Le lait tarit brusquement.
14 juillet 1908. Reste couchée. Ne peut pas se relever.
18 juillet 1908. Mort.
6e passage. Chèvre N. O.
382
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
14 juillet 1908 Inoculation sous la peau de la mamelle droite avec quel¬
ques gouttes de lait de chèvre Bl.
20 juillet 1908. Mamelle droite: caillots dans le lait. Mamelle gauche
rien .
24 juillet 1908. Lait en fromage, presque tari .
28 août 1908. Mort.
7e passage Chèvre O. P.
25 juillet 1908. Inoculation sonslapeau avec du lait de la chèvre N. O.
28 juillet 1908. Lait caractéristique. Boiterie intense de l’antérieur gau¬
che surtout.
14 août 1908. Lait tari. Boiterie disparue.
7e passage. Chèvre NoD.
25 juillet 1908. Inoculation sous la peau de la mamelle droite avec
1 goutte de lait de chèvre NO.
27 j uillet 1908. Lait caractéristique.
12 août 1908. Boiterie intense.
Cette chèvre a guéri.
O
Le plus souvent la maladie naturelle n était pas mortelle pour
les adultes. Expérimentalement, l’infection a été mortelle dans
9 cas sur i3 pour les adultes. Sa virulence n'avait pas diminué
dans la série des passages comme cela était arrivé à Celli et
Dante de Blasi. Les passages n’ont élé interrompus que par suite
de notre départ.
L’infection expérimentale reproduit le tableau de la maladie
naturelle avec, dans 2 cas sur i3, des symptômes oculaires non
constatés dans l’épizootie observée. Certaines chèvres ont eu de
la diarrhée, mais ce symptôme n’est apparu que chez quelques
animaux de la série des passages, il est sans doute dû aune
maladie intercurrente. Deux fois sur i3 cas d’infection expéri¬
mentale, le lait a présenté une mauvaise odeur.
20 Ingestion de lait infecté
.
Chevreau P. N.
1er mai 1908. Tète sa mère ND (malade a partir du I I mai).
18 mai 1908. Boit 50 cm15 de lait infecté de Z.
20 mai 1908. Boit 100 cm3 de lait de B (infectée naturellement).
21 mai 1908. Idem.
23 mai 1908. Idem. • • • *
Séance eu 1 1 Juillet' 1917
583
l°r juillet 1908. Idem.
N’a jamais rien présenté.
Chevreau S. O.
2 juin 1908. Ingestion du lait de sa mère Chèvre S. O. (qui a de la diar¬
rhée) .
30 juin 1908. Diarrhée. Mort.
Le lait infecté ne communique pas aux chevreaux la maladie
par ingestion dans les conditions normales. L’ingestion du lait
d’une chèvre atteinte d une diarrhée intercurrente a donné à un
chevreau une diarrhée mortelle.
3° Inoculation du sang d’animaux infectés
Chevreau Fr.
1er mai 1908. Inoculation dans le péritoine de 10 cm3 et sous la peau de
10 cm3 de sang d’un agneau atteint de la maladie naturelle.
15 mai 1908. Inoculation dans le péritoine de 15 cm3 sang de Bich.
Pas infecté (Un abcès au point d’inoculation sous cutanée).
Ce chevreau inoculé le 12 juin dans le péritoine avec du lait de la chèvre
A. C. prend la maladie et meurt le 30 juin.
Chevrette S. O.
1 et 2 mai 1908. Inoculation dans le péritoine 5 cm3 de sang agneau
atteint de maladie naturelle, filtré h travers une bougie Chamberland F.
Pas infecté.
12 juin. Inoculation dans le péritoine de 20 cm3 de sangdela Chèvre A. C.
24 juin. Diarrhée.
26 juin. Mort sans avoir présenté d’autre symptôme que de la diarrhée.
L’inoculation de sang ne donne pas la maladie et ne vaccine
pas. Elle paraît avoir dans un cas transmis une autre maladie
intercurrente. L'examen microscopique du sang des animaux
infectés ne montre rien d’anormal.
4° Contagion par contact
Chèvre M. B. sans lait.
Depuis avril 1908, a été mise en contact successif avec différentes chè¬
vres infectées.
13 juin 1908. Diarrhée qui dure 2 jours. Apparition d’une paralysie du
train postérieur qui va s’aggravant.
17 juin 1908. Ne peut plus se tenir debout.
2.3 juin 1908. Mort.
Une chèvre adulte, après 6 semaines de contact avec des ani¬
maux infectés, se contamine et meurt avec les symptômes arti¬
culaires.
» 1 ,
5° Inoculation au cobaye, et au rat. — L/inoculation intrapéri¬
tonéale de 1 cm3 de lait infecté de chèvre OP à un cobaye et de
1 cm3 à un rat blanc ne produit aucun effet.
584
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Résultats des ensemencements
L’ensemencement du sang- d’animaux infectés ne donna jamais
de culture.
L’ensemencement du lait, soit de chèvres atteintes de la mala¬
die naturelle (chèvre R), soit de chèvres i nfectées expérimentale¬
ment (chèvre D), permit de cultiver chaque fois une bactérie
pouvant être rattachée au groupe Preisz-Nocard. Cette bactérie
a toujours été trouvée à Létal de pureté dans le lait des malades,
à la phase caractéristique de ce lait (grumeaux comme des frag¬
ments de vermicelle blanc, dans un liquide gris sale). Cette bac¬
térie est extrêmement polymorphe, depuis la forme de cocci de
dimensions très variées, jusqu’à des formes bacillaires. Dans le
liquide d’exsudation de la gélose, on voit souvent les bacilles
s’égrener en un chapelet de très petits grains. Les formes ren¬
flées en massue ne sont pas rares. Sur la gélose elle-même, on
trouve des bâtonnets larges, trapus, transparents, parfois en chaî¬
nettes. Ce microbe est immobile, prend le Gram.
Sur gélose ordinaire, sur gélose sucrée, sur sérum coagulé, la
culture est très lente et reste toujours discrète. Les colonies sont
très fines, transparentes, à bords clairs. Leur centre est parfois
un peu roux. La culture se fait assez bien dans l’eau d’exsuda¬
tion, qui prend un aspect trouble. Les repiquages sont possibles,
mais se font toujours avec la même lenteur.
Le sérum coagulé n’est pas liquéfié.
Sur pomme de terre, pas de culture.
En bouillon, léger trouble, appréciable surtout par comparai¬
son avec un tube neuf.
Séance du i i j uilleï 1917
58 o
Le lait est coagulé eu quelques jours, avec séparation d'un
sérum clair. 11 ressemble au lait des chèvres malades. Formes
bacillaires.
L’inoculation de cultures en bouillon de 48 h. à une chèvre
laitière (12 juin 1908) ne produisit aucun résultat.
Conclusions
L’agalaxie contagieuse des chèvres existe en Algérie. Nous
avons assisté en 1908 à une épizootie remarquable par sa soudai¬
neté et sa violence. Elle tua, en 3 mois, 124 bêtes sur 45o caprins
(27,5 0/0), frappant surtout les jeunes.
Dans la maladie naturelle, les lésions mammaires sont cons¬
tantes, les lésions articulaires fréquentes, les lésions oculaires
n’ont pas été constatées. Les animaux non lactifères ne présen¬
taient donc que des symptômes articulaires.
Dans la maladie expérimentale, les lésions mammaires et arti¬
culaires sont constantes, des lésions oculaires ont été observées
dans 2 cas sur i3.
L’inoculation de sang d’animaux infectés n’a pas transmis la
maladie. Elle n'a pas été vaccinante.
L inoculation de lait (sous la peau ou dans le péritoine) donne
à coup sur la maladie à des caprins. L’inoculation intrapérito¬
néale n’infecte pas le cobaye ni le rat.
Le virus ne s’est pas atténué par les passages.
L’ingestion de lait infecté n'a pas donné la maladie.
La cohabitation a contaminé une chèvre.
Dans l'épizootie étudiée, un microbe polymorphe se rattachant
au groupe de Preisz-Nocard a été trouvé constamment dans le lait,
non dans le san»-.
CD
L’inoculation de cultures de ce microbe n’a pas été pathogène
Cette bactérie est sans doute un « témoin » du virus invisible
découvert par Gelli et Dante de Blasi. Elle ne semble même pas
jouer le rôle rempli par le pyobacille de Carré dans le mal de
Lure. Elle semble être le simple témoin de l’infection réalisée par
le virus spécifique.
Institut Pasteur (T Algérie.
ko
586
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Contribution à f Etude du Paludisme
au Maroc Occidental
1. L’Epidémie palustre des Oulad Hassoun
Par P. DELANOË
.J'ai eu l’occasion d’observer, dans le Cercle des Doukkala,
une épidémie de paludisme qui a sévi en 191b aux Oulad Has-
soun , fraction de tribu des Oulad Bou Aziz. J’étudie dans ce
travail cette épidémie.
1. L’Epidémie palustre des Oulad Hassoun (août-septembre 1916)
A. Situation géographique. — M. Jeannin (i), colon à Maza-
gan, dans l'opuscule consacré à la Région des Doukkala qu’il
a fait paraître en hji5 au moment de l’exposition Franco-Maro¬
caine de Casablanca, avec les Auteurs, divise les Doukkala en
trois zones distinctes :
i° L’Ouldja , « longue et étroite bande de terrains cultivés
située immédiatement en arrière des dunes côtières et d’une
longueur variant entre 1.200 et i.5oo m. »;
20 Le Sahel , constitué par les collines de la zone côtière et
par les premiers contreforts de l’Atlas situés à la limite sud du
Cercle des Doukkala;
3° La plaine intérieure qui s’étend immense entre les collines
de la Côte et les zones montagneuses des limites des Doukkala.
Les Oulad Hassoun sont situés dans la partie côtière du Sahel.
Et, comme tout le reste du Sahel, ils sont constitués par une
série de collines à crêtes plus ou moins arrondies, courant dans
les directions les plus diverses et séparées les unes des autres
par des dépressions : creux en entonnoir ou vallées sans issue.
Le sol est rocailleux et, de ce fait, difficile à parcourir.
Cette disposition du terrain se prête à la formation des daïas
(étangs). En août 1916, je ne comptais pas moins de onze daïas
dans la seule Région des Oulad Hassoun ! Fort heureusement,
(1) Les Doukkala et Mazagan, par P. Jeannin, Colon.
Séance du ii Juillet 1917
587
Croquis à 1 : 200.000 de la région des Oulad Hassoun.
1. Ancienne daïa aux eaux pures du Gap Blanc (Gîte à Anophèles).
2. Dépression de terrain où se trouvait en 1916 une daïa aux eaux douces
mais boueuses. Cette daïa était entièrement desséchée en 191G.
3. Emplacement de la source. A côté un point noir indiquant l’emplacement
d’une llaque d’eau boueuse provoquée par l’écoulement des eaux de la source.
Le petit pavillon avec une croix indique l’emplacement du Groupe mobile,
sur la colline de Douar Màâchat. »
pour la Santé Publique, 9 d’entre elles avaient des eaux aussi
salées que celles de la mer (1) si bien qu’elles étaient impropres
(1) Cette salure des eaux des daïas est secondaire. Elle provient de la disso¬
lution par les eaux de pluie des couches salifères contenues dans la partie
superficielle du sol.
588
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
absolument à la culture de VA. maculipennis , la seule espèce
d’Anophèle que j’ai rencontrée dans la Région. Deux daïas seu¬
lement avaient des eaux douces, mais, comme elles étaient cons¬
tamment piétinées par les animaux, leurs eaux étaient devenues
si boueuses qu elles étaient également impropres à la culture
des larves d Anophèles. La preuve en est que celles-ci y faisaient
totalement défaut.
Photographie de la Colline de Douar Mâûchat. La source se trouve à côté
de la double I ou fie de roseaux.
Le Douar M (lâchât, qui fait partie des Oulad Hassoun, et qui
a été le centre de l’épidémie palustre, se trouve sur une colline
qui peut bien avoir une quarantaine de mètres de haut. Ce
douar se trouve indiqué sur les caries au 100.000e et au 200.000°
du Maroc. Il est à une vingtaine de kilomètres environ de Maza-
gan. La plus grande partie des gourbis se trouve bâtie soit sur
la crête arrondie, soit sur la pente est de la colline. Sur la pente
sud, il J a un marabout. Sur la pente ouest, il y a aussi quel¬
ques gourbis. Enfin, sur la pente nord-ouest, il n’y a pas d’habi¬
tations. Mais, à peu près au bas de celte pente, dans une petite
propriété privée entourée de roseaux, il y a une source, peu
importante par son débit, mais qui a joué, au cours de l’épidé¬
mie de r g 1 5, un rôle prédominant puisqu elle a été le seul gîte ci
Anophèles de la Région.
Les Oulad llassoun , d’après ce que m’ont dit les indigènes,
Séance du ii Juillet 1917
589
sont constitués par les habitants de la Zaouïa Kouanin , et des
Douars Oulad Hassoun , Beni-Fou , Clierja , Oulad ben H ad je , et
Mu achat.
Le Douar Mââchat comprendrait, en outre des Oulad Hassoun,
des Mââchat proprement dits : il y aurait dans ce douar mélange
de deux fractions de tribu.
Les Oulad Hassoun occupent donc un bled très limité.
Or, l'épidémie palustre de 1915 a sévi avec plus ou moins
d’intensité non seulement à Douar Mââchat meme, mais encore
dans les douars environnants : Douar Oulad ben Hadje , Zaouïa.
Kouanin, Douar Oulad bon Anan, Douar Cher fa , Douars Beni-
Fou et Oulad Hassoun (proches l’un de l’autre), Douars Jenadra
et Srapta (confondus). J’ai aussi rencontré quelques cas de palu¬
disme isolés aux douars Hadj Kaddour et Ben Moussa , situés
dans les environs immédiats du Souk-es-Sebt des Oulad Douib,
et aux douars Houaoura, Laknimien, Oulad S maïn, Srapta et
Laaneate situés à mi-chemin environ de Dur Caïd Kaddour el
Kellali et du Souk-es-Sebt des Oulad Douib.
Les douars impaludés que je viens de citer, ainsi qu’on peut
s’en rendre compte sur la carte, sont répartis tout autour de
Douar Mââchat (ce douar est situé sur la colline au-dessous du
chiffre 3 de la carte). H semble (jue le mal ait rayonné de Dour
Mââchat pour se répandre dans les environs.
L'épidémie palustre de 1915, qui mérite de s’appeler épidé¬
mie palustre des Oulad Hassoun puisqu’elle a sévi avec une
particulière intensité dans cette fraction de tribu, a donc en
réalité dépassé les limites des Oulad Hassoun.
De la colline de Douar Mââchat, on voit la zaouïa Kouanin ,
le douar Oulad Bon Anan , le douar Cherfa, les douars Beni-Fou
et Oulad Hassoun, enfin les douars Jenadra et Srapta. Aux
jours de Souk, le Souk-es-Sebt est visible et les tentes dans le
lointain paraissent éclatantes de blancheur.
Le Douar Oulad ben Hadje n’est pas visible de la colline de
douar Mâûchat : il se trouve caché par un petit monticule que
j’ai dessiné sur le croquis et qui porte un marabout sur son
versant Nord-Est.
Quoi qu’il en soit, on peut, de la Colline de Douar Mââchat,
embrasser du regard la presque totalité de la zone où la malaria
a sévi avec intensité pendant l’année 1910.
Le drapeau avec une croix, placé sur la colline de Douar
590
Bulletin ue la Société de Pathologie exotique
Mââchat , indique remplacement de la tente du Médecin du
Groupe Sanitaire Mobile. J’ai à dessein placé ma tente juste
au-dessus de la pente qui mène droit à la source. Ce qui m’a
permis de me rendre compte que les Anophèles pouvaient,
grâce à la chute du vent pendant les nuits, voler en masse de la
source vers ma tente où ils étaient attirés tant par ma présence
que par la vive lueur de ma lampe à acétylène.
La colline de Douar Mââchat est presque régulièrement
balayée chaque jour par un vent violent. Aussi, pendant le jour,
les Anophèles faisaient-ils défaut. Ceux qui prenaient naissance
dans la source restaient tapis sous les feuilles des roseaux.
Quand venait la nuit, les vents une fois apaisés, ils pouvaient
librement prendre leur vol et monter vers les habitations de leurs
victimes.
B. L’épidémie de Douar Maachat. — En faisant la somme de
tous les paludéens de Douar Mââchat qui sont venus me con¬
sulter soit au Sou k-es-Sebt des Oulad Douib, soit à diverses
reprises à Douar Mââchat même, j’arrive au chiffre rond de
ioo malades, ou du moins de ioo indigènes se déclarant mala¬
des du paludisme.
S’il est exact, ainsi que les cheikhs me l’ont affirmé, que la
population de Douar Mââchat est de 2Ùo personnes environ, on
se rend compte du grand nombre de malades.
J’ai mis en frottis le sang de 91 indigènes (hommes, femmes
et enfants). J’ai rencontré des hématozoaires du paludisme chez
83 d’entre eux, ce qui fait une proportion d’impaludés d’un peu
plus de 91 0/0 parmi les personnes venues à, la visite.
Chez 8 personnes sur 91, je n’ai pas rencontré de parasites de
la malaria. Trois d’entre elles avaient, il est vrai, pris de la
quinine.
Par contre, j’ai trouvé des hématozoaires chez 3 Arabes qui
n’avaient jamais souffert des atteintes du paludisme. Il m a donc
été possible de rencontrer, en pleine saison estivo-autumnale ,
des porteurs latents de virus. Il m’a paru intéressant de donner
ici les observations sommaires de ces trois impaludés latents.
1. Saïd (1). 40 ans environ. N’a jamais eu de fièvre. Reste constamment
(1) Contrairement à l’habitude, je donne ici les noms des malades et cela
afin de permettre à mon successeur de retrouver la trace des indigènes que
je désigne.
591
Séance du ii Juillet 1917
à Douar Mââchat. Toutes ses forces sont conservées. Travaille comme à
l’ordinaire. N’a jamais pris de quinine.
Résultats de l'examen microscopique: Infection globulaire par R . vieux
seulement. Assez nombreux parasites. Double génération de sebizontes de
P. vivax. Gamètes rares.
2. Moktar bent Labdia. 40 ans environ. Habitait jadis en pays Abda.
N’a jamais eu la fièvre. Excellent état général.
Résultats de l'examen microscopique : Infection globulaire par une géné¬
ration simple de sebizontes de P. vivax. Sebizontes rares. Pas de gamètes.
3. Mohamed ben Mohamed. 30 ans environ. N’a jamais eu la fièvre.
Etat général très bon. Travaille comme à l’ordinaire. Cependant les con¬
jonctives sont pâles et le teint est ictérique.
Résultats de l'examen microscopique : Infection globulaire par P. falçi-
parum seulement. Rares sebizontes. Non rares croissants.
Pour connaître tous les paludéens de Douar Mââchat , il eût
donc fallu mettre en frottis le sang de tous les habitants du Douar,
malades et non malades : nous n'avons pas eu le temps d'entre¬
prendre ce travail.
Résultats des examens microscopiques. — Les résultats des
examens microscopiques obtenus chez les 83 porteurs d’héma¬
tozoaires de Douar Mââchat se décomposent ainsi qu’il suit :
34 fois il s’agissait de P. vivax , 24 fois il s’agissait de P. falci-
parum, 19 fois il s’agissait de l’association P. vivax et P. falci-
parum ; 1 fois il s’agissait de P. malariœ var. quartanœ ; 2 fois
il s’agissait probablement de P. falciparum et 2 fois le diagnostic
de l’espèce parasitaire fut impossible.
Infections dues à P. vivax seulement. — Sur 32 infections pro¬
voquées par P. vivax , 22 fois les hématies étaient parasitées par
une double génération de sebizontes et 8 fois elles bêlaient par
une génération simple. Les sebizontes de P. vivax étaient nom¬
breux et même très nombreux . J’ai rencontré, sur certains frottis,
jusqu'à 5, 6, 10 et 11 schizontes*par champ microscopique ! (ocu¬
laire 4, objectif à immers. 1/12. Microscope Reichert). Deux fois
seulement je n’ai rencontré dans le sang que de très rares gamè¬
tes à l’exclusion de tout schizonle. Par contre, sur les 3o frottis
où nous avons rencontré des sebizontes, 4 fois seulement les
gamètes manquaient. Ce qui revient à dire que les formes sexuées
ont été présentes au moins dans g3 frottis sur cent. Le plus sou¬
vent les gamètes ont été ou nombreux, ou assez nombreux, ou
non rares. Exceptionnellement ils étaient rares ou très rares.
Les microgamétocytes ont toujours été plus rares que les macro¬
gamètes. J’ai eu affaire à des frottis où, presque à chaque champ,
592
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
je rencontrais i, quelquefois 2 et même 3 gamètes de P. vivax.
On comprend sans peine le danger que font courir à leur entou¬
rage de tels paludéens puisque leur sang est si riche en gamètes
qui! est à même , dès la première piqûre , d’infecter les Anophèles.
Sur 3o cas de fièvres de première invasion dues uniquejnent à
P. vivax , les gamètes ont été présents 27 fois. Or 3 fois les fiè¬
vres remontaient à 2 mois, 3 fois à 20 ou 3o jours, et 24 fois à
i5 ou 18 jours au maximum. Les gamètes ont fait défaut 3 fois
chez des impaludés dont les fièvres remontaient à 6, 7 et 8 jours.
Quoi qui l en soit , chez 2tf tout récents impaludés , nous avons
constaté des gamètes chez 21 d'entre eux , soit une proportion
d'un peu plus de Sj 0/0.
Chez F indigène donc , les fièvres de première invasion dues à
P. vivax s'accompagnent de bonne heure de F apparition de gamètes
dans le sang.
G. Bouffard (i) a déjà insisté sur l’importance épidémiologi¬
que de cette gamétogonie précoce. Et il a montré q u elle suffisait
à elle seule pour expliquer la brusque importance de certaines épi¬
démies palustres.
Infections dues à P. falciparum seulement. — Sur 24 frottis où
nous avons eu affaire à une infection simple par P . falciparum,
17 fois nous avons trouvé des croissants et i4 fois des croissants
et des schizontes. Trois fois donc nous n’avons trouvé sur les
frottis que des croissants.
Les schizontes. — Les hématies ont été fréquemment parasi¬
tées par plusieurs générations de schizontes. Il est facile de se
rendre compte que l’on a affaire à des schizontes d’âges divers
puisque ceux-ci sont d’inégale grosseur. Les schizontes les plus
jeunes ont surtout la forme classique en bague à chaton, les
schizontes les plus gros occupent le quart et même le tiers des
globules qu’ils parasitent. Je n’ai jamais vu, dans le sang pris au
doigt, de rosaces de division schizogonique de P . falciparum (2).
Et mes observations en cela confirment les remarques des Clas¬
siques qui déclarent que les rosaces de P . falciparum font défaut
dans le sang circulant ou du moins ne s’y trouvent que d’une
(1) De quelques considérations d'ordre épidémiologique sur le paludisme.
Bulletin de la Société de Pathologie Exotique , séance du i/j janvier 1914, p- 2 5.
(2) D’après Abkami {Presse Médicale du 22 mars 1917, no 17) les rosaces de
P. falciparum seraient fréquentes dans le sang des impaludés de l’Armée
d’Orient,
Séance du ii Juillet 1917
593
façon tout à fait exceptionnelle. Par contre, j’ai quelquefois cons¬
taté des schizontes arrivés à maturité avec 2 et même 3 blocs
chromatiques mais jamais davantage. Il m’a semblé que le début
de la multiplication nucléaire, première manifestation de la divi¬
sion schizogonique, pouvait en quelque sorte s’amorcer dans la
grande circulation.
Les croissants. — Les croissants ont été nombreux ou non
rares. Exceptionnellement ils ont été très rares. Leur constata¬
tion est d’autant plus intéressante qu’ils ont été observés chez
des impaludés tout récents, dont les accès palustres remontaient
an maximum à un mois. A cet elfet il est bon de rappeler que
G. Bouffard ( 1 ), à l’Hôpital Militaire de Marseille, a constaté de
nombreux croissants chez des militaires, rapatriés du Maroc,
dont le paludisme remontait à 2 mois. Donc, au Maroc, aussi bien
chez l’européen que chez l’indigène, l’infection sanguine par
P. falciparum est suivie d'une gamétogonie précoce et de bonne
heure on rencontre dans la grande circulation des gamètes en
croissant.
Certaines formes sexuées de lJ. falciparum étaient ovalaires et
même rondes. Marchoux (2) a depuis longtemps signalé ces for¬
mes ovalaires à la Côte Occidentale d’Afriq ue, et Bouilliez (3) les
a dernièrement vues au Moyeu-Chari.
Fièvres dues à l’association P. vivax et P. falciparum. — Sur
18 frottis où nous avons noté l'association P. vivax et P. falcipa¬
rum, 12 fois les croissants étaient présents, et 10 fois nous avons
noté l’existence des gamètes arrondis de P. vivax.
5 fois nous avons constaté sur les mêmes frottis et les crois¬
sants et les gamètes de P. vivax.
Sur 10 fois où nous avons noté la fréquence relative des
formes vivax et falciparum, une fois les formes parasitaires des
2 espèces étaient également nombreuses, 5 fois c’était P. vivax
qui prédominait nettement, et 4 lois c’était P. falciparum qui
avait le dessus. On n est donc pas autorisé à penser que ces deux
parasites se livrent concurrence dans F économie, puisque c'est tan¬
tôt l'un , tantôt l'autre d'entre eux qui prédomine (4).
( 1 ) Loc. cil .
(2) Grall et Glarac. Traité de Pathologie Exotique . Paludisme.
(3) Bulletin de la Société de Pathologie Exotique , n" 3, 8 mars 1916.
(4) « Fréquemment un individu présente une infection intense de P . falcipa-
« ru/n dont il guérit. Quelques semaines plus tard, ou au déclin de sa pre-
» mière infection, apparaît dans le sang le P, vivax (Billet). Il est probable
594 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Age des malades. — Sur les 100 paludéens de Douar Mââchat ,
9 avaient plus de 4o ans ; 35 avaient entre 20 et l\o ans ; 23 avaient
entre 10 et 20 ans ; 33 avaient entre un an 1/2 et 10 ans.
Les malades les plus jeunes avaient un an 1/2 ; le malade le
plus âgé était, paraît-il, centenaire.
Ce sont surtout les personnes jeunes qui ont payé un lourd
tribut à l’épidémie, et cela va de soi si l’on pense que les per¬
sonnes âgées sont plus résistantes au virus de la malaria tant du
fait de leur âge que du fait d’atteintes antérieures. J’ai trouvé
des hématozoaires dans le sang du centenaire et 4 fois sur 5
dans le sang de personnes ayant entre 5o et 60 ans. Le grand
âge de ces malades fait l’intérêt de ces observations micros¬
copiques. Il est en effet possible et même probable qu’un
ou plusieurs de ces vieillards aient été impaludés pendant leur
jeune âge et qu’avec le temps l’immunité acquise à la suite de
cette première infection se soit perdue au point qu’ils se sont
infectés à nouveau. Quoi qu'il en soit , la constatation d'accès palus¬
tres francs chez des indigènes aussi âgés n est pas faite pour étayer
la théorie du maintien de /’ immunité acquise dans le paludisme.
Marche de l'épidémie. — Sur 83 porteurs d’hématozoaires,
/j seulement sont d’anciens paludéens et ont fait ce que nous
appelons du paludisme de rechute. Tous les autres ont été frappés
par la malaria pour la première fois, faisant par conséquent du
paludisme de première invasion.
Tous ces nouveaux paludéens, à une ou deux exceptions près,
sont tombés malades en juillet et en août.
Le terme d' Epidémie Palustre n'est donc pas trop gros pour
désigner cet ensemble de y g nouveaux cas de malaria, éclos seule¬
ment en deux mois chez une population d'environ z5o habitants.
L’épidémie de Douar Mââchat ne s’est pas faite par progres¬
sion régulière et comme insensible; mais elle n’a pas non plus
explosé tout d’un coup. Le premier malade en date, à s’en tenir
aux renseignements fournis par les Indigènes, a été Ali ben
Mohamed, fils de Mohamed ben Hadje, l’ancien cheik du Caïd el
a que le premier, étant plus virulent que le second, a évolué d’abord, le
« second restant latent et ne pouvant que difficilement entrer en concurrence
« vitale avec P. falcipariim. Les microbes nous donnent des exemples fré-
« quents de ce phénomène ». Brumpt. Précis de Parasitologie, 1910. Masson
et C'e, Editeurs, p. 82.
595
Séance du ii Juillet 1917
Kellali. Cet adolescent de i3 ans environ aurait subi, pour la
première fois de sa vie, les atteintes du paludisme dans la deu¬
xième quinzaine du mois de j uin. Puis, se fiant à la date d'appa¬
rition des fièvres, on aurait :
Première quinzaine de juillet : 5 malades, atteints de palu¬
disme pour la première fois.
Deuxième quinzaine de juillet : 6 malades.
Enfin pendant le mois d’août, tout le reste des malades.
La gamétogonie précoce que nous avons signalée dans le sang des
néoimpaludés explique bien cette brusque explosion palustre du mois
d'août. Dans la seule deuxième quinzaine du mois d aout, 62 nou¬
veaux malades ! Je suis arrivé à Douar Mââchat le 25 août; ma
présence a coïncidé juste avec le moment où l’épidémie battait
son plein.
L’épidémie de Douar Mââchat est donc bien une épidémie
de la fin de la saison chaude, en marge de la saison froide. A
rigoureusement parler, elle mérite le nom d’épidémie estivo-
automnale.
Dans les autres douars, nous aurons le même spectacle : le gros
des malades n’arrive qu’après coup. Au début la maladie est dis¬
crète. Elle ne frappe que quelques personnes seulement.
Epidémies de Famille. — J ’ai constaté à Douar Mââchat de belles
épidémies de famille.
Premier exemple. — Ainsi Moktar ben Labdia a sa femme et
5 enfants sur b impaludés.
1. Moklar , père de famille, 42 ans. Porteur latent de virus. Infecté par
une génération simple de P. vivax.
2. Pamou, sa femme, 42 ans environ. Infectée par P. falciparum seu¬
lement. Nombreux croissants.
3. Bouchaib, son fils, âgé de 22 ans. Infecté par P. vivax.
4. Mohamed , son fils, 17 ans environ. Infecté par P. vivax.
5. liadidja , sa fille, 10 ans environ. Infectée à la fois par P. vivax et
P. falciparum.
6. Brahim , son fils, âgé de 8 à 10 ans. Infecté par P. vivax.
7. Aïcha, sa fille, âgée de5 ans environ. Infectée à la fois par P. vivax
et P. falciparum.
Deuxième exemple. — Mohamed ben Ameida, lui-même atteint
de paludisme, a ses deux jeunes enfants malades. Sa femme serait
morte de paludisme il y a deux mois environ.
1. Mohamed ben Ameida, 60 ans. Malade depuis 15 jours. (L’observation
596
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de cette familleest prisekla date du 27 août). Fièvre de première invasion.
P. falciparum.
2. M'bark . son fils, âgé de 8 ans A 39°4 au moment de la visite. Malade
depuis 15 jours. Fièvre de première invasion. P. falciparum.
3. El Haouni, son fils, âgé de 4 ans. Malade depuis 15 jours. Fièvre de
première invasion. A 39°2 au moment de la visite. P. vivax.
Il est à remarquer que les membres dune même famille peuvent
être in fectés par des parasites d'espèces différentes.
Mortalités. — D’après les indigènes, onze personnes seraient
mortes de paludisme à Douar Mââchat. 7 d’entre elles avaient de
75 à 80 ans, 3 avaient de 3o à 45 ans, et une 18 ans environ. Ces
décès remonteraient à 45 jours environ et se seraient produits
dans un laps de temps relativement court.
A cette liste, il faut ajouter le décès de El Fadla, âgée de
4o ans environ, porteuse de nombreux schizontes de P. falcipa¬
rum et morte brusquement, en bonne santé apparente, d’accès
pernicieux comateux, pendant mon séjour à Douar Mââchat ,
dans la nuit du 2 au 3 septembre 191.5.
Cette dernière mort est la seule que je puisse avec certitude
attribuer au paludisme, .le tiens simplement à faire remarquer
qu’il 11'est pas impossible que des personnes très âgées aient pu
mourir de malaria, puisque j'ai été à même de trouver des héma¬
tozoaires dans le sang de 5 vieillards.
C. L’Epidémie de Douar Cherfa. — Ce Douar estsitué à 2 km.5oo
environ de Douar Mââchat. Il fut visité pour la première fois le
Ier septembre 191b. II y a 90 habitants environ.
A la visite, 80 paludéens. La plupart ont leur maladie en pleine
évolution.
Nous avons pris les observations de 27 malades, tous atteints
de paludisme primaire. Sur ce nombre, 19 avaient contracté la
maladie en août; 4 dans la première quinzaine de juillet et 3
dans la deuxième quinzaine de ce mois. Un cas enfin (indigène
de i5 à 16 ans) remontait à 3 mois et datait par conséquent des
premiers jours de juin.
A Douar Cherfa , comme à Douar Mââchat, c’est surtout en
août que les cas de paludisme se sont produits.
Le paludéen le plus âgé que j’ai visité à Douar Cherfa, avait
60 ans environ, Nom : Mohamed ben Hamon. Fièvre de première
Séance du ii Juillet 1917
597
invasion. Infection globulaire par P. falciparum seulement: rares
schizontes et rares croissants dans le sang pris au doigt.
Résultats des examens microscopiques. — Sur 36 frottis que
nous avons soigneusement examinés, i5 fois il s’agissait d’une
infection globulaire due uniquement à P . falciparum, i3 fois il
s’agissait de P. vivax seulement, 5 fois il s’agissait de l’associa¬
tion P. falciparum et P. oiuax , une fois il s’agissait probablement
de P . falciparum, une fois le diagnostic de l’espèce parasitaire
fut impossible, une fois enfin nous ne vîmes pas de parasites
sur la lame de sang.
A Douar Cherfa les jièvres occasionnées par P. falciparum ont
été plus nombreuses <jue les fièvres dues à P. vivax.
Infections dues à P. vivax. — Nous avons observé 5 fois des
infections globulaires dues à une seule génération de schizontes
de P. vivax, 6 fois des infections globulaires dues à une généra¬
tion double et une fois une infection globulaire due à une géné¬
ration triple.
La certitude d’avoir affaire à une triple génération des schizon¬
tes de P. vivax a été pour moi une rareté. Aussi me paraît il
intéressant de donner en même temps q ue l’observation sommaire
du malade les résultats de l’examen microscopique :
OBSERVATION PRISE A DOUAR ChEREA LE Ier SEPT. 1915, N° 20
Abdesslame ben Mohamed, 14 ans environ. A été malade pour la pre¬
mière fois, pendant 12 jours, il y a de cela près de 2 mois. A eu des accès
de fièvre, tous les jours, le matin vers six heures. A pris alors 0,50 de qui¬
nine en comprimés : ce qui a coupé net la fièvre.. A eu à nouveau hier et
aujourd’hui 2 accès de fièvre, vers 10 heures. Cette fois n'a pas encore pris
de quinine. Mange bien. Bon état général.
Examen microscopique’. La coloration est faite par le Giemsa au 10e.
Infection des hématies par P. vivax uniquement. Très nombreux parasites.
Jusqu’à 4 parasites par champ microscopique. De très nombreux gamètes.
De très nombreux schizontes. Triple génération de schizontes : 1° de jeu¬
nes schizontes qui ont déjà nettement hypertrophié le globule rouge;
2° des schizontes nettement plus âgées; 3° des schizontes en voie de divi¬
sion nucléaire multiple (1).
Desgrains de Schüffner très nets.
De très rares globules rouges nucléés.
Les gamètes de P. vivax ont été présents i3 fois sur i3, soit
dans ioo o/o des cas. Ce résultat est d’autant plus remarquable
que, comme pour les malades de Douar Mââchat, il s’agit de
9 T
(i) On remarquera le peu d'importance des symptômes cliniques en regard
de l’importance de l’infection globulaire.
598 Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
néo-impaludés dont les accès de fièvre remontent pour quelques-
uns à deux mois et pour la plupart à moins d’un mois. Le plus
souvent les gamètes ont été nombreux ou non rares; exception¬
nellement ils étaient rares ou très rares.
Nous avons toujours observé sur les frottis à la fois des schi-
zontes et des gamètes de P. vivax.
Infections dues à P. falciparam. — i5 fois sur 1 5, soit dans
ioo o./o des cas , nous avons noté la présence des croissants
(gamétogonie précoce).
3 fois nous n’avons rencontrésur les frottis que des gamètes de
P .falciparam, à l’exclusion de tout schizonte.
Les croissants ont été ou nombreux, ou non rares, ou rares.
Exceptionnellement très rares.
Infections dues à P. vivax et à P .falciparam. — Sur 5 fois où
nous avons noté Fassociation P. falciparam et P. vivax, nous
avons rencontré 3 fois à la fois des gamètes de vivax et des
gamètes de falciparam, une fois seulement des gamètes de vivax
et une fois seulement des gamètes de falciparam.
Mortalités. — 8 décès auraient été dus au paludisme, la mort
la plus ancienne remontant à un mois, la plus récente à 8 à io
jours.
D. L'épidémie de la Zaouïa Kouanin. — Cette zaouïa est située à
plus de 3 km. de Douar Maâchat.
Visitée pour la première fois le 3 sept. 1915.80 habitants envi¬
ron. 74 se présentent à la visite comme paludéens. On peut dire
que la quasi totalité de la population a été impaludée. Presque
tous les malades sont atteints de paludisme primaire.
Le cas de malaria le plus ancien remonte d deux mois et demi.
Il s'est produit le 10 juin. Il s'agit d’an paludisme de rechute (1),
le malade (1) ayant eu des fièvres il y a deux ans.
32 malades ont été atteints de paludisme il y a 2 mois, au
début de juillet. Vers la fin de juillet, 4 nouveaux malades seule¬
ment.
Enfin, durant le mois d’août, 18 nouveaux cas de paludisme.
Le cas le plus récent datait de trois jours.
(1) Nom du malade: Mohamed ben si Mohamed. i5 ans. Malade depuis plus de
2 mois 1/2. Les lièvres n’ont pas eu lieu tout le temps mais seulement par
intermittences. Accès tierces, se produisant vers 6 h.
Séance du ii Juillet 1917
599
L’épidémie de la zaouïa Kouctnin battait donc son plein au
mois de juillet. Le mois d’août a fourni néanmoins un important
contingent de malades.
Les paludéens de la première heure ne sont d’ailleurs pas
guéris et c’est pour ce motif qu’ils viennent à la visite.
Examens microscopiques . — Nous avons examiné 7 frottis pro¬
venant de malades de la zaouïa Kouanin. Deux fois il s’agissait de
P. vivax ; 3 fois il s’agissait de P. falciparum ; une fois de
P. vivax et P. falciparum ; une fois enfin il n’y avait pas de
parasites.
Mortalités. — A Douar Kouanin, 8 à 10 personnes serai eut mortes
de paludisme.
E. L’épidémie du Douar Oulad Bou Anan. — Ce Douar est en
bordure des Oulad Aïssa. Il est à près de 4 km. de Douar Mâa-
chat.
Visité pour la première fois le 3 sept. i5 au soir. Ce Douar pos¬
séderait 5o personnes environ, non compris les travailleurs
Chleuhs considérés par les indigènes comme des étrangers. A la
visite médicale, 45 paludéens. On peut donc dire que la presque
totalité de la population a été atteinte par le paludisme.
Sur 36 malades que nous avons suffisamment interrogés, nous
comptons 12 malades pour juillet dont 5 pour le début du mois,
et 24 pour le mois d’août. Le cas de paludisme le plus récent
que j’ai constaté datait de 24 h.
Je suis arrivé au Douar Oulad Bou Anan au moment où l’épi¬
démie palustre battait son plein. Il s'agissait presque toujours
de paludisme de première invasion. J’ai compté un cas de palu¬
disme de rechute (la première atteinte remontant à 2 ans) pour
16 cas de malaria contractés au cours de cette année.
Mortalités : 16 décès seraient dus au paludisme, dont
12 Chleuhs (1) et 4 personnes du Douar.
F. Douar Oulad Ben Hadje. — A 1 km. 5oo environ du Douar
Mààchat , ce Douar compte 26 personnes environ. Il fut visité le
(1) Les Chleuhs, éprouvés par la malaria en iqi5, ne sont pas revenus au
Douar Oulad Bou Anan en 1916. D’où, pour ce Douar, une pén urie de la main-
d’œuvre.
F*
600 BULLETIN DK LA SOCIÉTÉ DK PATHOLOGIE EXOTIQUE
3 septembre 1916. 9 personnes ont été malades du paludisme il
y a un mois environ et plus. Tous ces malades sont guéris.
Aucune mortalité due au paludisme.
G. Douar Oulad Hassoun. — A 1 km. environ de Douar Mâà-
chat. Visité le 3 septembre 1915. Ce Douar compte 80 personnes
environ. A la visite médicale, 74 paludéens. La quasi totalité de
la population a été atteinte par le paludisme.
11 s’agit presqu’uniquemenl de paludisme de première inva¬
sion : je compte une fièvre de rechute pour ü3 fièvres de pre¬
mière invasion.
Sur 67 malades dont nous connaissons les dates d apparition
des fièvres intermittentes, 3o ont eu leurs premiers accès il y a
deux mois environ, c’est-à-dire tout à fait à la fin de juin et au
début de juillet ; 19 oui été malades dans le courant de juillet
tant dans la première que dans la deuxième quinzaine, et 16
n’ont eu des fièvres que dans le mois d’août. La deuxième quin¬
zaine du mois d’août a à son actif 3 malades au maximum.
Au total, nous avons pour le seul mois de juillet 49 malades
sur 67.
Il y auiait eu i3 décès dus au paludisme.
H. Douar Srapta. — A 1. km. 5oo environ de Douar Mââchat.
Ne fait pas partie des Oulad Hassoun. Une trentaine de tentes.
60 personnes environ. 5 cas de paludisme, le plus ancien remon¬
tant à deux mois. Aucun décès.
IL — Etude clinique. Paludisme rénin.
Nous étudierons successivement le paludisme chez l’adulte,
chez l’enfant, chez le vieillard.
A. Le paludisme chez l’adulte. — 11 s’agit généralement, je
peux même dire toujours, d’un paludisme bénin (1). Je ne peux
me décider à appeler autrement un paludisme qui cède dès les
premières prises de quinine, un paludisme qui respecte presque
toujours les voies digestives et qui permet à la plupart des indi-
(1) Gomme moi, J. Kieux et P. Hornus (/oc. cit.) ont insisté sur l’allure
bénigne du paludisme qu’ils ont observé à Casablanca, en 1 9 1 1 et i<ji2, chez
les troupes françaises.
Séance du ii Juillet 1917 f>Ot
gènes de se livrer quelque peu à leurs travaux clans l’intervalle
des accès. Si l’Arabe se couche, c’est à l’ordinaire pour quelques
jours seulement, tout au début. Alors l’organisme fouetté pour
la première fois semble ployer : il lui faut du repos en position
allongée. Au bout de 8 à jo jours, bien (/ne porteur de nombreux
hématozoaires , — nous avons en effet vu que ce paludisme pri¬
maire s est caractérisé par la présence d'un grand nombre de para¬
sites dans le sang, — l'indigène quitte sa tente. Il ne la gagnera
désormais plus qu’au moment des accès. Dans l’intervalle, il se
promènera dans le douar, un long bâton à la main, la démarche
traînante et le corps affaissé, ou bien il ira à son travail comme
si rien n’était, les forces simplement amoindries.
L’intégrité habituelle des voies digestives a fait que j’ai pres¬
que toujours administré la quinine par la voie buccale. Sur
388 personnes se disant atteintes de paludisme, je n’ai fait que
9 injections i ntra-musculaires de quinine-uréthane.
La quinine, prise par la bouche, à la dose quotidienne de 1 gr.,
a toujours fait merveille. En 5 à bjours, cet incomparable médi¬
cament avait en quelque sorte levé toutes les fièvres de Douar
Mâôichat, qu’il s agisse de P. vivax , de P. Jalciparum ou des
deux parasites à la fois.
Les fièvres dues à P. falciparum n’ont pas été plus réfractaires
<{ue les fièvres dues à P. vivax et je pourrais citer de nombreux
V
exemples de « porteurs de croissants » chez lesquels les fièvres
ont cédé dès les premières prises de quinine.
Quelquefois même, sans le secours de la quinine, les accès finis¬
saient par guérir deux-mêmes. L’indigène, après 4 à 5 poussées
fébriles, devenait apyrétique spontanément tolérant, un vérita¬
ble porteur latent de virus.
Les accès ont rarement revêtu le type classique avec les trois
stades de frisson, de chaleur et de sueur. Parfois ils se rédui¬
saient à un simple malaise. Presque dans tous les cas ils ont
affecté soit le type quotidien, soit le type tierce. Le type quoti¬
dien a été le plus fréquent. A cet égard mes constatations con¬
cordent avec celles de mon confrère italien, M. Betti, qui, au
cours de plusieurs années de pratique médicale à Mazagan, a
pu se rendre compte que les accès palustres étaient surtout du
type quotidien.
Pour connaître le type fébrile, je me suis rapporté à ce que
602
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
m’on dit les indigènes, .le n’ai pas pris moi-même la température
des malades.
Les accès, qu’ils fussent quotidiens ou tierces, ont eu lieu
généralement aux mêmes heures. Ils se sont produits le plus
souvent à la fin de la matinée, dans les environs de midi.
Chez 12 malades de Douar Mââchat infectés uniquement par
P. Jalciparum, les accès ont été quotidiens n fois, et du type
tierce une seule fois.
Chez i3 malades de Douar Maâchat infectés à la fois par
P . falcipartim et P . vivax, les accès ont été quotidiens n fois,
et tierces deux fois.
Chez fi malades de Douar Mââchat, dont les hématies étaient
parasitées par une seule génération de schizontes de P. vivax ,
les accès ont été quotidiens 5 fois et du type tierce une seule fois.
Chez ifi malades de Douar Mââchat infectés par une double géné¬
ration de schizontes de P. vivax , les accès ont été du type quo¬
tidien 8 fois, du type tierce 9 fois, et enfin du type quarte une
fois. Il ri y a donc pas ea corrélation étroite entre le cycle évolutif
de P. vivax et les accès de fièvre, si tant esl que les renseigne¬
ments fournis par les indigènes ont été exacts. Si les accès
avaient été sous la dépendance unique du parasite, dans le cas
d’une infection globulaire par une génération simple de schi¬
zontes de P. vivax , ils auraient du affecter le type tierce; et ils
auraient dû avoir le type quotidien dans le cas d’une infection
globulaire par une double génération de schizontes.
Les signes cliniques de la maladie ont été parfois très atté¬
nués. Les malades avaient 3 ou 4 accès de fièvre, puis, parfois
même sans le secours de la quinine , tout semblait rentrer dans
»
l’ordre. Chez 3 indigènes, dont je donne ici les observations som¬
maires, la maladie, monosymptomatique, revêtait une forme
fruste et se limitait à une simple céphalée. Aussi, depuis que j’ai
eu l’occasion de faire cette constatation, ai-je l’habitude de pen¬
ser au paludisme toutes les fois que sur un Souk, notamment
en saison chaude, un indigène vient à moi se plaindre d’un mal
de tête persistant. Il y a naturellement une autre maladie à
laquelle il faut penser : c'est la syphilis.
N° 58. Lahbi ben Bonnaim. Agé de 25 ans. Habite Douar Mââchat
(Üulad Hassoum).
N’a pas de fièvre. N’a jamais eu la fièvre. A simplement mal à la tête
depuis 20 jours. Cette céphalée est surtout accentuée vers midi. N’a
jamais eu froid. N’a jamais transpiré. N’a jamais pris de quinine.
Séance du ii Juillet 1917
603
Mange bien. N’a pas de forces.
Teint ictériqae. Globes oculaires jaunes.
Examen microscopique : Infection simple par P. falciparum. Nombreux
croissants.
N° 62. Mohamk ben Bouchaib. Agé de 40 ans. Habite Douar Mââchat
(Oulad llassoun).
N’a jamais eu la fièvre. N’a jamais eu froid, n’a jamais eu cbaud, n’a
jamais transpiré. N’a jamais pris de quinine. A simplement mal à la tète
depuis quelques jours.
Mange bien. Travaille comme à l’ordinaire.
O
Habite constamment Douar Mââchat.
N’a jamais pris de quinine.
Examen microscopique : Infection globulaire par une double génération
de schizontes de P. vieux. Nombreux gamètes.
N° 64. Fatna bent M'Hamed. 45 ans environ. Habite constamment
Douar Mââchat.
N’a jamais souffert du paludisme. N’a pas eu froid, n’a pas transpiré,
n’a pas sué.
N’a jamais pris de quinine.
Souffre simplement de la tête depuis 11 jours. Céphalée persistante,
ayant lieu aussi bien la nuit que le jour.
Examen microscopique. Infection globulaire par P. falciparum seule¬
ment. Rares schizontes. Nombreux croissants (1).
La céphalée palustre doit d’autant plus être prise en considé¬
ration qu elle peut être le signe prémonitoire d’un accès per¬
nicieux.
Fin août 1916, à une année de distance, je revoyais les palu¬
déens de Douar Maâchat. Or pas un seul d’entre eux, bien
qu’ayant épuisé depuis au moins six mois les quantités de qui¬
nine que je leur avais délivrées l’année précédente, n’avait eu le
moindre accès. Et cependant 22 pour cent de ces anciens mala¬
des avaient encore des hématozoaires dans le sang circulant.
Peut-on vraiment appeler autrement que paludisme bénin un
paludisme qui ne se manifeste par aucun signe clinique des mois
durant , qui vous donne le répit pendant presque toute une saison
chaude , et cela malgré F absence de toute thérapeutique quinique ?
J’entends d’ailleurs ne point généraliser mes observations et
les étendre à tout le Maroc. Il se peut que, dans certaines régions
de ce Protectorat, le paludisme soit grave; mais aux Oulad
Hassoun il a été bénin.
La bénignité de l’épidémie des Oulad Hassoun a pu tenir à
plusieurs causes :
(1) Ces Irois observations ont été prises fin août 1916.
604
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i<j Elle peut être due à un manque réel de virulence des para¬
sites de la malaria ;
2° L'indigène ne prenant qu’exceptionnellement la quinine, il
se peut que, par manque d’accoutumance, il ait été particulier
ment sensible à ce médicament;
3° Les récolles en 1 9 1 5 et en 1 9 1 G furent abondantes el bien
vendues. Par suite l'indigène a pu non seulement bien se nour¬
rir mais encore convenablement se vêtir. Il s'est trouvé dans
d'excellentes conditions physiologiques pour résistera l’infec¬
tion malarique ;
4° En dernier lieu, et c’est à mon avis une raison importante,
la présence d'anophèles à Douar Màdchat a été un fait accidentel
puisque la presque totalité des malades n’avait jamais eude fièvre
avant l’épidémie de 1916 et que les anophèles nombreux en 1916
ont totalement fait défaut en 1916.
Au cas où i épidémie malarique des Oulad H assoun aurait effec¬
tivement tué beaucoup d' indigènes, ainsi (jue le laisseraient croire
les renseignements qui m'ont été fournis , il faut penser <jue ces
mortalités ont été dues au manque de soins , à l'absence de tout
tra itemeri l q u in ique.
Il y a un décès dont j'ai déjà parlé et que j’ai pu avec certi¬
tude mettre sur le compte du paludisme : c’est celui de El Fadla,
âgée de 4^> ans environ, morte à Douar Mddchat d’accès perni¬
cieux comateux dans la nuit du 2 au 3 septembre 1915. Or, cette
indigène, qui avait pourtant dans le sang de nombreux schizon-
tes de P. Jd/cipamm, avait si peu souffert de la malaria qu’elle
avait négligé de prendre la quinine que je lui avais distribuée
quelq ues jours avant sa mort. Elle avait réservé sa provision de
médicament pour les jours où elle aurait été réellement malade.
B. Le paludisme chez l’enfant. — Les tout jeunes enfants,
encore au sein ou âgés de moins de deux ans, m’ont paru vrai¬
ment être en état d’infériorité vis-à vis de la maladie. Outre la
splénomégalie, j’ai noté chez eux de l’œdème des jambes et une
légère bouffissure de la face. A n’en pas douter, il s’agissait d’un
certain degré d ’hydroémie, de cachexie palustre aiguë. Le sang
était aqueux, rosé, témoignant d’une anémie profonde.
Chez les enfants plus âgés, au-dessus de 3 à 4 ans, le fait cli¬
nique saillant a été l’existence d'une splénomégalie constante et
marquée. Exceptionnellement cette splénomégalie a été compli-
Séance du ii Juillet 1917
005
qué d’ascite, mais, comme il n’y avait en même temps ni œdème
des jambes, ni bouffissure de la face, je n’ai pas cru devoir con¬
sidérer cette ascite comme une manifestation d’ hijdroémie.
Malgré la splénomégalie, le paludisme de l'enfant n’a pas été
grave. Il a cédé facilement à l’action de la quinine administrée
par la bouche.
La splénomégalie de l’enfant a été à ce point saillante qu’à
plusieurs reprises les parents m’ont amené leurs enfants, non
parce qu’ils avaient de la fièvre, mais parce que leur ventre
avait grossi. Il m a été facile de reconnaître, au palper, le bord
antéro-supérieur de la rate. Parfois l’encoche, propre aux
tumeurs spléniques, était aussi perceptible. J’ai vu des rates tel¬
lement grosses quelles prenaient en écharpe tout l’abdomen au
point d’aller, par leur bout inférieur, plonger dans la fosse ilia¬
que droite. Dans certains cas, quand la paroi musculaire du
ventre était maigre, on pouvait, à jour frisant, simplement par
le regard, lire les limites de la rate.
Le malheur est que cette splénomégalie des enfants marocains
n’est nullement pathognomonique. J’ai, jusqu'ici, pour ma part,
rencontré 2 jeunes enfants de un an r/2 et 3 ans chez lesquels
la splénomégalie énorme, l’anémie, le teint ictérique n'étaient
point dus à la malaria : dans le liquide de ponction de la rate,
je n’ai trouvé ni Plasmodium , ni Leishmania. Peut-être fallait-il
incriminer l’hérédo-syphilis.
Aussi, lorsqu’on se trouve en présence d’une splénomégalie,
avant que d’affirmer que l’on a affaire à du paludisme, faut-il
nécessairement corroborer son diagnostic, à moins que l’on ne
fasse ses observations en pleine épidémie palustre, soit par l’exa¬
men microscopique du sang, soit par l'épreuve thérapeutique :
la rate fondant comme à vue d’œil sous l’influence de la quinine.
G. Le paludisme chez les vieillards. — J’ai observé, aux Oulad
Hassoun , 5 paludéens dont les trois moins âgés avaient 5o ans
environ. Les fièvres ont été chez eux bénignes et intermittentes.
Elles ont facilement cédé à l’action de la quinine, bien que l\ fois
sur 5 il s’agissait de P. falciparum.
III. — La source de Douar Maachat, gîte a larves
d'Anophèles
Je n’ai rencontré à Douar Maachat que des Anopheles maculi-
pennis .
606
Bulletin de la Société de Pathologie exotiqlte
Dans la nuit du 26 au 27 août 1915., je capturais à Douar Mââchat ,
sous ma tente, 25 Anopheles maculipennis dont 3 mâles.
Dans la nuit du 28 au 29 août, je capturais tant dans ma tente que dans
celle des infirmiers du Groupe 145 Anopheles maculipennis. Enfin dans la
nuit du 29 au 30 août, je capturais 110 Anopheles maculipennis (1).
Ainsi se confirme que Y Anopheles maculipennis est un mousti¬
que de campagne.
Faute de binoculaire, je n’ai pu faire aucune dissection et il
m’est impossible de donner le pourcentage, qui devait cer¬
tainement être élevé, des moustiques infectés. Il est certain que
les Anophèles n’existaient pas seulement qu’à Douar Mââchat.
Pour m’en rendre compte, il m’aurait fallu camper dans les dif¬
férents douars impaludés. Il est impossible en effet de se fier
aux dires des indigènes pour savoir s’il existe ou non des Ano¬
phèles. Ces moustiques étant q uasi-silencieux lejour, les Arabes
ne peuvent se rendre compte de leur présence que la nuit. Or la
nuit les indigènes dorment et se soucient fort peu de savoir si
des moustiques les piquent ou non.
La présence à Douar Mââchat de nombreux Anophèles et la
gamétogonie précoce sur laquelle nous avons tant insisté expli¬
quent le plus simplement du monde l’épidémie palustre des
Oulad lïassoun et notamment l’explosion malarique du mois
d’août.
La source aux eaux pures que la colline du Douar Mââchat
porte dans ses flancs est le gîte à larves. J’y ai capturé moi-
même des larves d’A. maculipennis. Celles-ci étaient peu nom¬
breuses à la vérité. Mais j’ai visité la source à la fin du mois
d’août, c’est-à-dire à la fin de la saison chaude, à un moment où
la reproduction des moustiques se ralentit.
Les indigènes se sont parfaitement rendus compte de la noci¬
vité de la source de Douar Mââchat. Ils ont compris que c’était
elle qui les rendait malades. Ils ont noté que les fièvres augmen¬
taient quand la source coulait plus abondamment que d’habi¬
tude.
\
La source de Douar Mââchat a été le seul gîte ci Anophèles de
la Région. Logiquement, j’ai été amené à conclure que les mous¬
tiques qui avaient répandu la malaria chez les Oulad lïassoun
(i) Des larves A Anopheles maculipennis et des Anophèles adultes ont figuré
à l’exposition Franco-Marocaine de Casablanca, à la demande de M. le méde¬
cin inspecteur Bhaijn, alors médecin-chef de 1$ subdivision de Casablanca.
Séance du ii Juillet 1917 607
venaient du Douar Màâchat , car ils ne pouvaient venir que de là.
Il a donc fallu que certains de ces moustiques parcourent des
distances de plusieurs kilomètres pour se rendre de Douar
Màâchat aux douars les plus éloignés.
Je donne ici les distances soit approximatives, soit réelles que
les Anophèles ont dû franchir :
De Màâchat à Douars Beni-Fou et O. Hassoun, 1 km. env.
» » Jenadra et Srapta, 1 km. 500 env.
» » Cherfa, 2 km. 500 env.
» » O. Bou Anan, près de 4 km.
» Zaouia Kouanin, plus de 3 km.
» Souk es-Sebt O. Douib, plus de 3 km.
» Üulad ben Hadje, 1 km. 500 env.
Si l'on admet avec les auteurs classiques que les Anophèles ne
parcourent guère, d'une traite, dans le sens horizontal, une dis¬
tance supérieure à 4oo ou 5oo m. (1), il peut sembler au pre¬
mier abord excessif d’affirmer que les Anophèles de Douar Màâ¬
chat ont suffi pour faire l’épidémie palustre des O. Hassoun.
Mais si l’on pense à ce fait que d’une part les moustiques peu¬
vent être transportés passivement à des distances très grandes (2),
que de l’autre rien ne s’oppose à ce que par étapes successives ils
franchissent des distances bien supérieures à 5oo m., on com¬
prend immédiatement ce qu’il y a de plausible dans mon affir¬
mation. Ce ne sont certes pas les abris qui ont manqué aux
Anophèles pour faire étape : feuilles de cactus, feuilles de pal¬
miers nains, bottes de paille, anfractuosités de roches entassées
et formant obstacle, figuiers ou encore gourbis isolés placés
entre les différents Douars.
Ainsi, à mon avis, s’explique que les Anophèles ont pu se
répandre dans toute la région des Oulad Hassoun.
J’ai trouvé en 1916 une preuve de plus de ce que je viens
d’écrire. Je n’ai constaté cette année qu’un seul cas de palu¬
disme de première invasion dans toute la région impaludée des
Oulad Hassoun : c’est à Douar Oulad Bou Anan, en bordure des
Oulad Aïssa. Et si le paludisme de première invasion, hormis
cette exception, a fait défaut, c’est bien parce que le moustique
(1) D’après Laveran {Traité du Paludisme, 2e édition, p. 194)5 les Anophèles
se transportent rarement par leurs propres moyens à plus de 5oo m. de
leurs gîtes d’origine.
(2) Grassi a cité le fait d’une voiture publique sur l'impériale de laquelle il
y avait plus de 200 anophèles (in Laveran, toc, cil.).
608
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
manquait, car le réservoir de virus était abondant, les paludéens
de 191b étant pour beaucoup encore porteurs d’hématozoaires
dans le sang. Et pourquoi donc les Anophèles auraient-ils man¬
qué s’ils ne venaient de Douar Mââchat où justement ils n’ont
pu prendre naissance puisque la source celte année était pres¬
que à sec ?
Il en résulte que capter la source de Douar Mââchat ou
la mettre hors d’état de nuire par des travaux dont il m’est
impossible d’indiquer la nature exacte, c'est en réalité assainir
toute la région des Oulad Hassoun et faire que le paludisme ne
puisse plus être contracté dans ces parages.
IY\ — Considérations diverses
A. Résultats comparatifs obtenus en examinant les frottis de
SANG DE PALUDÉENS DE DoUAR MAACHAT A UNE ANNEE DE DISTANCE. -
Nous avons en 1916 examiné le sang de 22 indigènes dont 20
avaient été reconnus impaludés en 1916.
Ces 22 personnes se portaient aussi bien que possible lorsque
nous les revîmes en août 1916; depuis de longs mois, malgré
l'absence de toute thérapeutùjue guinigue , ils n'avaient plus eu
d’accès palustres.
Aussi n’y a-t-il rien d étonnant que les examens du sang du
doigt aient pu être négatifs chez 5 personnes qui, l’année précé¬
dente, avaient dans la circulation soit des parasites nombreux,
soit des parasites non rares.
Inversement, chez une jeune indigène de 7 ans, nous avons
constaté en 1916 une infection double par P. vivax et P . falcipa-
rum , alors qu’en 1916 le sang de cette enfant ne contenait pas
d’hématozoaires : il est certain que cette indigène s’est infectée
en 191 5 après mon départ de Douar Mââchat.
Chez 5 malades nous avons en 1915 et 1916 rencontré un seul
et même parasite : P. vivax. A un an d’intervalle, les résultats
microscopiq ues ont été concordants. La seule différence est que
les parasites étaient nombreux ou très nombreux en 1910, et
rares ou très rares en 1916.
Deux fois les hématozoaires rencontrés en 1916 appartenaient
à l’espèce P. falciparum, alors que les hématozoaires rencontrés
en 19 if> appartenaient à l'espèce P. vivax. Chez un troisième
malade, en 191.5, le diagnostic probable fut P . falciparum, alors
/
609
Séance du ii Juillet 1917
qu’eu 1916 le diagnostic certain fut P. vivax. Cette triple cons¬
tatation concorde avec l’observation de Billet qui a insisté sur
ce fait que P. vivax se rencontre fréquemment chez des individus
en convalescence de paludisme occasionné d’abord par P.falci-
parum (1).
Chez 2 malades, nous avons en 1915 constaté l’association
parasitaire P. vivax et P. falciparum. En 1916, nous n'avons
constaté chez ces deux malades qu’une infection parasitaire sim¬
ple due chez l’un à P. vivax et chez l’autre à P . falciparum.
Chez 4 paludéens nous n’avons en 1916 rencontré que de
jeunes schizonteset comme les globules rouges 11e présentaient
ni granulations de Schiiffner, ni mouchetures de Maurer, le dia¬
gnostic de l’espèce parasitaire fut impossible.
Enfin une indigène ne fut trouvée parasitée ni en r 9 1 5 , ni en
1 9 1 6.
Au total, en 191b, chez 22 indigènes, 20 dans le sang desquels
il y a des hématozoaires ; et, en 1916, chez ces mêmes indigènes,
seulement 16 qui se montrent parasités. En t 9 1 5 , les gamètes
ont été présents 16 fois sur 20, soit dans 80 0/0 des cas; et, en
1916, ils ont été constatés 7 fois sur 16, soit dans 43 0/0 des cas.
Le fait saillant qui ressort de ces recherches est que les parasites
ont été beaucoup plus rares , quand ils existaient , un an après le
début de la maladie que tout au début des accès. Non seulement les
gamètes ont été moins fréquemment constatés chez ces paludéens à
paludisme vieilli d'une année , mais encore quand ils existaient ils
ont été infiniment plus rares (fue chez ces mêmes indigènes au
début de la maladie.
Ces constatations sont de nature à montrer V importance sociale
du paludisme primaire. Nous devons en être d'autant plus prévenus
que , dans certaines villes du Maroc (2), il est possible d'y contrac¬
ter la malaria.
B. Pourcentage des différentes espèces parasitaires rencontrées
(1) In Brumpt. Précis de Parasitologie. Librairie Masson, 1910, p. 80.
(2) La malaria ne peut être contractée à Mazagan même, du moins dans La
Mazagan actuelle. Mazagan est une ville propre, coquette, où de grands tra¬
vaux d’Hygiène publique, exécutés par M. l’ingénieur |en chef Bonnet et
M l’administrateur Toupenay, sous la direction administrative de MM. les
commandants Chari.es-PiOux et Rey, ont certainement contribué à l’assainisse¬
ment de la ville. Aucun enfant d’Européen n'a, que je sache, contracté le palu¬
disme dans ces dernières années à Mazagan
610
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
au Maroc Occidental, dans la région des Doukkala. — J’ai jus¬
qu’ici examiné en tout les frottis de sang1 de 1 54 indigènes :
1 3 1 d’entre eux habitaient les Oulad Hassoun, et 23 d’entre eux
ont été examinés dans divers postes du cercle des Doukkala.
67 fois, il s'agissait de P. uiuax ; 5i fois, il s’agissait de P.falci-
parum ; 29 fois, il s’agissait de l’association P. uiuax et P.falci-
parurn ; 1 fois seulement, il s'agissait de P. malariœ var. quar-
tanœ ; 3 fois, il s'agissait probablement de P. falciparam ; et
3 fois le diagnostic de l’espèce parasitaire fut impossible.
Pour cent cas, le pourcentage est donc le suivant :
P. vivax, 43,5 0/0.
P. falciparum , 33,1 0/0.
P. malariæ, v. quartanæ , 0,6 0/0.
P. vivax et P. falciparum, 18,8 0/0.
P. malariæ , var. quartanæ , s’il ne fait pas défaut au Maroc
occidental, y est donc très rare. Mes recherches en cela confirment
celles de J. Rieux et P. Hornus (i).
La proportion des fièvres à croissants est au contraire très éle¬
vée. Heureusement qu’elles ont cédé facilement à l'action de la
quinine.
1 ■ /
Conclusions générales
Il y a eu chez les Oulad Hassoun en iqi5 une épidémie palus"
tre qui débuta vers le mois de juin pour avoir de plus en plus
d’ampleur en juillet et en août.
La présence à Douar Maâchat , centre de l’épidémie, de nom¬
breux Anopheles maculipennis et de quelques anciens paludéens
justifie le début de l’épidémie. Celle-ci a pu prendre une brusque
ampleur au mois d’août grâce à la gamétogonie précoce que nous
avons observée dans le sang des néo-impaludés.
Le paludisme primaire que nous avons observé chez l’indigène
s’est caractérisé, au point de vue microbiologique, par la pré¬
sence dans la grande circulation de nombreux parasites (schi-
zontes et gamètes) et, au point de vue clinique, par une réelle
bénignité des accès palustres.
J’ai observé dans le sang des indigènes, impaludés depuis très
peu de temps, un grand nombre de gamètes. Cette gamétogonie
précoce est delà plus haute importance, car elle montre que le palu-
(1) Loc. cil.
I
Séance du 11 Juillet 1917
611
disme primaire doit être sévèrement soigné dans les villes du
Maroc , en particulier dans celles où il est possible de contracter la
malaria.
Les fièvres ont revêtu soit le type intermittent, soit le type
continu. Elles avaient lieu tous les jours ou tous les deux jours.
Le type quotidien a prédominé.
La quinine, administrée principalement par la bouche, fut sou¬
veraine, quel que fût le parasite : P. vivax , P. falciparum ou les
deux parasites à la fois.
Le paludisme fut bénin, sans doute du fait que les indigènes,
qui avaient bien vendu leurs récoltes, ont pu jouir d’un réel
confort. Se nourrissant bien, sevêtissant bien, ils se sont trouvés
dans d’excellentes conditions de résistance.
P . malaria*, v. quartanœ , est très rare au Maroc occidental. Il
existe dans la proportion de 0,6 0/0.
P. vivax existe dans la proportion de 43 0/0.
P. falciparum dans la proportion de 33, 1 0/0.
L’association vivax cl falciparum dans la proportion de 18,8 0/0.
Travail du Groupe sanitaire mobile des Doukkala-Abda.
Amibiase à l’Armée d’Orient
\ *
Par P. AUBERT
Médecin Major de Première Classe des Troupes Coloniales
Ancien Directeur de l’Institut Pasteur de Brazzaville.
Le docteur Grall, Médecin Inspecteur Général des Troupes
coloniales, a signalé la place importante qu’il y avait lieu de
réserver à l'amibiase parmi les affections contagieuses qui sévis¬
sent sur nos effectifs de l’Armée d’Orient ( 1).
Au cours de conférences, par des démonstrations cliniques
faites au lit des malades, tant à Salonique que dans les hôpi¬
taux de la XVe Région, il s’est efforcé de mettre en relief la
réalité et la fréquence des affections amibiennes. Il a établi com¬
bien était numériquement important le chiffre des malades qui,
après des atteintes intestinales le plus souvent légères, étiquetées
/
\
(1) Bull. Soc. Pat h. Exot., 1917, nos iy 3, t\.
612
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
diarrhées ou dysenteries, présentaient, à intervalles parfois éloi¬
gnés, des phlegmasies plus ou moins intensives de la glande hépa¬
tique, phlegmasies dont certaines avaient comme aboutissant un
processus suppuratif de l’organe.
ii y avait intérêt à rechercher, chez les malades de cette caté¬
gorie signalés comme amibiens, l’agent pathogène de l’amibiase,
l'amibe dysentériq ue, pour confirmer, par des recherches micro¬
biologiques, l'exactitude du diagnostic clinique.
1. — Hôpitaux dans lesouels s'est effectuée l’enouête
II. — Catégories des malades examinés
Dans ces divers hôpitaux, nos examens ontporté exclusivement
sur les malades provenant de l'Armée d’Or.ient et qui, de plus,
appartenaient à l’une des catégories que nous allons spécifier:
A) Malades ayant eu, en Orient, des troubles gastro-intesti¬
naux (dysenteries, diarrhées, diarrhées chroniques, diarrhées
dysentériformes, entérites, etc.. ), soit que ces antécédents fus¬
sent notés dans la fiche d’évacuation du malade, soit qu’ils
aient été notés par nous-mème lors de l’interrogatoire du
malade.
B) Malades qui présentaient, au moment de notre examen, des
symptômes de dysenterie ou de diarrhée.
C) Malades chez lesquels on notait des manifestations thermi¬
ques, fièvres continues ou sub-continues d’intensité variable,
mais de durée assez longue, manifestations qui ne pouvaient, en
aucune façon, être rattachées soit au paludisme, s'oit à toute
autre cause morbide,
Séance dü ii Juillet 1917
613
III. — Protocole oe l’enquête bactériologique
Nous avons recherché dans les selles de tous les malades l’amibe
pathogène ou les kystes de ce parasite. A cet effet, nous avons
fait recueillir la selle totale du malade afin d’avoir la liberté de
procéder nous-mème aux prélèvements nécessaires. Les examens
étaient pratiqués soit immédiatement après l’émission de la selle,
soit dans un délai qui n’a jamais excédé 2 à 3 heures.
Nous avons fait, en moyenne, 3 à 4 examens par selle, en variant
les prélèvements.
La recherche des amibes ou de leurs kystes, la différenciation
de l'espèce pathogène d’avec l’amibe du colon ont élé effectuées
avec la technique habituelle, en tenant compte des indications
récemment formulées dans les publications de Mathis et Mercier,
Ravaut et Krolunitsky.
Tous nos résultats d’examen des selles sont des résultats pro¬
venant d’examens à l’état frais; pour des raisons diverses (temps
limité), nous n’avons procédé à aucune coloration de frottis «le
selles.
Dans les cas douteux, lorsque la rareté des parasites, leur
mauvais état de conservation, 11e nous ont pas permis d'en pré¬
ciser l’espèce (pathogène ou non), nous avons coté l’espèce comme
indéterminée.
IV. — Résultats généraux de l’examen des selles
- • » - i • -
Nous avons examiné les selles de 212 malades, faisant partie
de l’une des trois catégories que nous avons établies au début
de ce rapport.
Nous donnons dans le lableâu I ci-après les résultats détaillés
de ces examens.
Sur 212 malades examinés, nous avons observé :
14 fois. Amibe dysentérique mobile ou immobile.
1 fois. Am. dys. -h Kystes Am. dys. -h Kystes Am. coli .
18 fois. Kystes Am. dysentérique.
2 fois. Kystes Am. dys. -|- Kystes Am. coli .
12 fois. Kystes Am. dys. 4- Kystes Lamblia.
1 fois. Kystes Am. dys. + Kystes Lamblia -h Gercomonas.
1 fois. Kystes Am.'dys. -h Kystes Am. coli -f Kystes Lamblia 4- Spi¬
rochètes .
2 fois. Kystes Am. dys. 4- Kystes Am. coli 4- Kystes Lamblia.
I fois. Kystes Am. dys. 4- Kystes Lamblia 4- œufs Tricocéphales.
614
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
i *
4 fois. Kystes Am. coli.
2 fois. Kystes Am. coli -f- Kystes Lamblia.
16 fois. Kystes Lamblia.
1 fois. Kystes Lamblia + Anguillules .
2 fois. Kystes Lamblia + Cercomonas.
3 fois. Cercomonas et autres protozoaires.
2 fois. OEufs de Tricocéphales.
13 fois. Kystes Amibes indéterminées.
Ainsi donc, l’amibe de la dysenterie (forme végétative ou
enkystée), associée ou non à d’autres protozoaires a, été observée
dans les selles de 52 malades sur 212, soit dans une proportion
de 2/i,5 0/0 des cas.
V. — Comparaison des résultats obtenus dans le groupe
Marseille-Aix et dans le groupe Toulon
L’exposé des résultats des examens pratiqués d’une part dans
les hôpitaux de Marseille et d’Aix et, d’autre part, à l’hôpital
maritime Sainl-Mandrier à Toulon, nousconduit à des déductions
intéressantes. Nous les envisagerons séparément dans les tableaux
qui suivent (Tableaux 2 et 3).
Tableau 2. — Résultats comparatifs des examens microbiologiques.
Les résultats inscrits dans ces tableaux 2 et 3 montrent que la
flore intestinale des malades examinés dans les hôpitaux de
Marseille-Aix est infiniment plus riche en parasites que celle des
Séance du ii Juillet 1917
m
malades examinés à Saint-Mandrier. Nous avons cherché à en
déterminer les causes.
Tableau 3. — Pourcentages
A leur arrivée à Toulon, les malades « fiévreux » rapatriés de
Salonique subissent un triage à la suite duquel les plus grave¬
ment atteints sont conservés dans les hôpitaux de Toulon. L'Hô¬
pital Saint-Mandrier, affecté spécialement aux maladies conta¬
gieuses, hospitalise dysentériques, paludéens et typhiques. Il
semble donc paradoxal^ de prime abord, que, dans les services
de dysentériques de l’Hôpital de Saint-Mandrier, où 11e sont
admis, comme nous venons de le dire, que les malades chez les¬
quels la dysenterie a sévi avec intensité, on trouve une propor¬
tion moins élevée d’amibiens (8,7 0/0) que dans les hôpitaux de
Marseille et Aix qui ne recueillent que les malades légers de
cette catégorie (34 0/0).
Le triage des malades, qui se fait à l’arrivée en rade de Toulon
des navires hôpitaux, aurait-il pour effet de concentrer à l’Hô¬
pital Saint-Mandrier, parmi les dysentériques, un chiffre plus
élevé de dysentériques bacillaires? On pourrait ainsi expliquer
d’une certaine façon, chez les malades de cette formation, la
rareté relative de ceux chez lesquels nos examens ont permis de
déceler une infection d'origine amibienne. Nous ne pensons pas
que cette interprétation puisse être admise : la majeure partie
des malades que nous avons examinés à Saint-Mandrier avaient
été, soit à Salonique, soit à l’Hôpital Sainte-Anne à Toulon,
l’objet d’examens microbiologiques répétés ayant pour but de
déceler dans leurs selles la présence soit des bacilles dysentéri¬
ques, soit de l’amibe dysentérique. Les examens ont été généra-
616
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lemenl négatifs, au point de vue bacillaire, tant à feutrée qu’à
la sortie du malade.
La dysenterie bacillaire laisse rarement après elle des séquelles
comme on a l’habitude d’en observer après des atteintes de
dysenterie amibienne. Cette dernière est essentiellement une
maladie à rechutes, chronique donc par excellence et les longues
périodes d’hospilalisalion effectuées par les malades examinés à
Saint-Mandrier nous paraissent limiter à quelques cas douteux
seulement la proportion de ceux qui peuvent être rapportés à la
dysenterie bacillaire.
Les pourcentages restreints des cas positifs (malades porteurs
d’amibes dysentériques) à Saint-Mandrier, par rapport à ceux
élevés observés à Marseille et Aix, sont, pour nous, liés aux deux
causes suivantes :
A. A l’Armée d’Ürienl, le diagnostic de dysenterie amibienne
il a été porté que dans les cas graves de cette affection. Le traite¬
ment spécifique (traitement émétiné et traitements associés) n’a
été institué, tant en Orient qu’en France, que dans ces formes
graves. Ce sont ces malades que nous trouvons à l’Hôpital Saint-
Mandrier.
Les formes frustes, les plus nombreuses , ont été généralement
méconnues et, par conséquent, non soumises au traitement spéci¬
fique. Dans les rares cas où ce traitement a été institué, il a été
le plus souvent insuffisant, tant par les doses initiales que par la
durée du traitement lui-mème. Ces malades légèrement atteints
ont été répartis dans les hôpitaux de la XVe Région (Marseille,
Aix, Nîmes, Nice, etc...).
B. Les traitements à l’émétine, les traitements associés (émé¬
tine, ipéca, pilules de Segond, etc...) ont eu pour résultat, en
même temps qu'une action manifeste sur dévolution delà maladie,
une raréfaction des parasites dans les selles (amibes ou kystes
amibiens).
Dans les tableaux qui suivent sont présentées les observations
résumées d'un certain nombre de malades chez lesquels il a pu
être constitué un dossier médical à peu près complet (groupe
Marseille-Aix... 87 malades, groupe Toulon .. . 69 malades).
Nous avons noté, pour chacun de ces malades,
a) Le diagnostic porté sur la fiche d’évacuation (Tableau 4)*
b) Les symptômes intestinaux présentés par ces malades tels
Séance du ii Juillet 1917
617
qu'ils ressortent de l’interrogatoire que nous leur avons Fait subir
(Tableau 5).
c) Le traitement de ces symptômes intestinaux en Orient, puis
en France (Tableau 6).
d) Des renseignements cliniques concernant l’état du foie, la
température et divers autres symptômes qui ont pu être notés
à la date de l’examen bactériologique (Tableau 7).
Il y a lieu de faire remarquer que, dans le tableau 5, la men¬
tion « dysenterie » a été inscrite uniquement pour les malades
dans les antécédents desquels il nous a été possible de retrouver
le « syndrome dysentérique ». Au tableau 7 (températures), nous
n’avons considéré et noté que les malades chez lesquels exis¬
taient des manifestations pyrétiques continues ou sub-continues
qui, en dehors de toute autre cause morbide, ne pouvaient être
rapportées qu’à l’amibiase hépatique.
Tableau 4. — Diagnostic porté sur les fiches d' évacuation des malades
018
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau 5. — Indications relatives aux troubles intestinaux présentés en
Orient par les malades examinés, ainsi que cela résulte de l'interrogatoire
que nous leur avons fait subir .
Tableau 0. — Traitement spécifique des dysenteries institué en Orient
et en France
Tableau 7. — Foie. Température et symptômes divers
Séance du îi Juillet 1917 619
VI. — Discussion des documents statistiques précédents
i° Fréquence de l’amibiase. — Le tableau u° 1 où soul inscrits
les résultats généraux de l’examen des selles pratiqué dans les
hôpitaux de Marseille, Aix et Toulon, nous montre que X ami¬
biase est une affection qai a sévi avec une certaine intensité sur
nos troupes de L' Année dé Orient.
Dans l’ensemble des malades examinés, nous trouvons, en
effet, une proportion de 24, 5 0/0 d’entre eux chez lesquels l’exa¬
men microbiologique a permis de déceler la présence de l’agent
pathogène de cette affection, l’amibe dysentérique.
Les pourcentages des malades parasités par l’amibe dysenté¬
rique sont sensiblement plus élevés si, faisant abstraction des
résultats notés à l’hôpital Saint-Mandrier, nous considérons uni¬
quement ceux fournis par le groupe des malades examinés dans
les formations sanitaires de Marseille et d’Aix : ils atteignent 34
(voir tableau 3).
Les résultats de cette enquête microbiologique, considérés
tels quels, sans majoration (1), nous paraissent confirmer plei¬
nement l’opinion émise au début de ce paragraphe et les appré¬
ciations cliniques que nous avions formulées antérieurement
dans les conclusions de notre mission : « L’endémo-épidémie
« qui a frappé l’Armée d’Orient est faite de deux maladies
« juxtaposées et souvent associées : le paludisme et l’amibiase.
« Cette dernière affection se retrouve pour l’ensemble dans
« un quart des cas et pour près de la moitié dans certains
« groupes » (2).
20 Formes frustes de l'amibiase. — Formes méconnues. — L1 ami¬
biase intestinale et /’ amibiase hépatique ont été fréquemment
méconnues, a) L’amibiase intestinale, la dysenterie amibienne,
ainsi que Ravaut l’a montré sur le front français, s’est mani¬
festée souvent en Orient par des flux diarrhéiques plus ou
(1) « Médirai Research Connnittee ». Rapport de Dobell. Dans ce travail,
Dobell estime qu’il y a lieu, pour dépister tous les cas de porteurs d’Amibes,
de recourir à un nombre d'examens élevé (6 en moyenne) et de renouveler ces
examens pendant plusieurs jours. Avec un seul examen, on ne dépisterait
que 4o 0/0 des cas infectés... avec 3 [examens, les 2/ 3 environ des cas. Pour
avoir, dans notre enquête, une évaluation plus exacte des malades parasités
parmi ceux que nous avons examinés, il y aurait lieu de tenir compte de
cette rectification.
(2) Rapport de Mission à l’Armée d’Orient.
620
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
moins abondants, plus ou moins persistants, accompagnés ou
non de glaires et de sang. Le syndrome dysentérique ne fut pas
toujours présent et l’on s’explique dès lors comment et pour¬
quoi la dysenterie amibienne, à sa période de début, est demeu¬
rée insoupçonnée du malade et du médecin.
Le relevé des fiches d’évacuation des malades rapatriés de
l'Armée d Orient (tableau 4) nous montre que, sur 37 malades
(groupe Marseille-Aix) reconnus par nous porteurs d’amibes,
7 seulement, soit 19 0/0 des cas, étaient signalés comme atteints
de dysenterie (associée ou non au paludisme), sans spécification
aucune, d’ailleurs, de la variété de celte dysenterie (bacillaire
ou amibienne
b) Les manifestations cliniques de l’amibiase liépatiq ue (hyper¬
trophie du foie, hypocondre droit douloureux, transpirations,
fièvre continue ou sub-conli nue) qui sont en quelque sorte la
signature de l'infection amibienne de la glande hépatique, ont
été, dans bien des cas, rapportées au paludisme et traitées
comme telles, bien entendu sans succès.
Dans le tableau 7, au groupe des malades Marseille-Aix, nous
trouvons un pourcentage de 62 0/0 d’entre eux qui présentaient
une hypertrophie notable du foie, s’accompagnant ou non de
douleurs spontanées ou provoquées à la pression et 76 0/0 dont
la courbe de température (fièvre continue ou sub-continue pro¬
longée) ne pouvant, en aucune façon, être rapportée au palu¬
disme ou à toute autre affection morbide pyrétique, doit être
considérée comme étant due nettement à une phlegmasie para¬
sitaire du foie.
3° Traitement. — Le traitement spécifique de V amibiase na été
institué chez les malades , tant en Orient quen France , <jue dans
les cas où les atteintes de cette affection ont été sévères , dans les
seuls cas d une façon générale où la constatation du syndrome
dysentérique complet a pu être faite par les médecins traitants,
ainsi que cela ressort très nettement de la lecture simultanée
des chiffres inscrits aux tableaux 4 et 6.
Le tableau 8 résume les documents cliniques et thérapeutiques
de ces malades.
Séance du ii Juillet 1917
Tableau 8
621
Résultat de F examen bactériologique des selles pratiqué à F hôpital
Saint-Mandrier (Toulon) chez les malades provenant de l'armée
d'Orient. Observations médicales , traitements institués chez ces
malades en Orient et à F hôpital Saint-Mandrier.
Abréviations :
Dys. . . . Dysenterie. ( N. . , Normal.
Diarr. . . Diarrhée. Foie < H. . . Hypertrophié.
Diarr. chr. Diarrhée chronique. ( H. D. Hypertrophié et douloureux.
Diarr. dys. Diarrhée dysentériforme. Température : A. Température d’amibiase.
Pal. . . . Paludisme.
Le chiffre placé entre parenthèses après le médicament administré (émétine, ipéca,
pilules de Segond) indique le nombre de séries de ce médicament.
622
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Séance du ii Juillet 1917
624
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Séance du ii Juillet 1917
626
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous avons exposé au § 5 les raisons diverses (chronicité de la
maladie, examens microsçopiques généralement négatifs au point
de vue bacillaire) pour lesquelles il nous semblait logique d’ad¬
mettre, chez la majeure partie des dysentériques examinés à
l’hôpital Saint-Mandrier, l’origine amibienne de cette affection.
Ce fait étant admis, on ne peut qu’être frappé par le nombre
restreint des examens de selles pratiqués dans ce groupe, qui
nous ont permis de déceler la présence de l'amibe pathogène. Si
l’on veut bien se reporter au tableau 6 (colonne « Malades de
l’oulon »), on verra que les malades en question ont reçu, tant à
l’Armée d’Orient qu’à Saint-Mandrier même et en plusieurs
séries successives, des traitements soit à l’émétine seule, soit à
l’émétine associée à l'Ipéca à la Brésilienne ou aux pilules de
Segond.
Les traitements du genre de ceux qui figurent au tableu 8
nous paraissent avoir exercé une influence manifeste, non seu~
lement sur les symptômes de l’amibiase intestinale proprement
dite, mais encore sur ceux de l’amibiase hépatique. On a cons¬
taté des modifications rapides sur le nombre et la nature des
selles, sur la disparition de ces crises fébriles continues ou sub¬
continues aussi désespérantes pour le médecin que pour le
malade, une action marquée sur le foie dont la régression à son
volume normal se fait parfois dans un temps restreint et la sup¬
pression, enfin, des douleurs perçues au niveau de cet organe.
Si nous nous rapportons à nos observations personnelles
résumées dans les tableaux 6, 7 et 8, nous voyons que, sur les
69 malades dysentériques, 29 en Orient, 58 en France ont reçu
un traitement spécifique intensif en général, non seulement par
les doses administrées, mais encore par la répétition en série
de ces doses.
Les complications hépatiques, les manifestations pyrétiques
qui en sont la conséquence directe, ont été rares chez ces mala¬
des ; on ne les observe, en effet, que dans les 8,7 0/0 et les 4 0/0
des cas.
Les malades de ce groupe sont ceux chez lesquels l’examen
microbiologique des selles nous montre la flore intestinale la
plus pauvre ; nous 11e trouvons que les 8,7 0/0 d’entre eux para¬
sités par l’amibe dysentérique.
Nous ne croyons pas utile de reproduire en un tableau iden¬
tique au précédent les constatations faites dans le groupe des
Séance du ii Juillet 1917
627
malades Marseille-Aix ; nous résumerons seulement les Indica¬
tions que nous avons recueillies chez eux.
Dans ce groupe de 37 malades, 7 seulement sont indiqués
comme « dysentériques » sur les fiches d’évacuation de Saloni-
que. 5 d’entre eux en Orient, 19 en France ont reçu un traite¬
ment spécifique de la dysenterie. Notons que ces traitements,
institués tant en Orient qu’en France, ont été le plus souvent des
traitements brefs, utilisant des doses moyennes de 4 à 6 cg.
d'émétine et que le chiffre de 2 séries a été rarement dépassé.
Par comparaison avec les traitement précédents, on voit donc
que les malades du groupe Marseille-Aix n’ont pas été traités
d’une façon aussi intense que ceux du groupe Saint-Mandrier.
Chez ces malades (Marseille-Aix), les complications hépatiques
sont nombreuses : dans 62 0/0 des cas, on constate de l’hyper¬
trophie notable du foie associée ou non à des douleurs localisées
de l'organe. Les manifestations pyrétiques (fièvres continues
prolongées) existent dans 76 0/0 des cas; enfin, l’Amibe dysen¬
térique s’observe dans 34 0/0 des cas.
CONCLUSIONS
Les recherches bactériologiques entreprises, le parallèle que
nous venons d’établir entre les malades examinés à Marseille-
Aix et à Toulon, nous permettent d émettre les conclusions sui¬
vantes :
i° Li amibiase , la dysenterie amibienne, a été fréquente dans nos
effectifs de l' A. O. Elle s’est manifestée le plus souvent par des
formes frustes que les malades ont portées sur pied et que les
médecins ont ignorées. Ce sont ces formes frustes de dysenterie
amibienne qui ont donné lieu, le plus fréquemment, à des
complications hépatiques, complications qui rendent indisponi¬
bles pendant un long temps les malades qui en sont porteurs, >
qui compromettent la santé de l’homme et constituent un danger
réel pour la collectivité. Il y aura lieu d’en tenir compte désor¬
mais en Orient et de considérer comme pouvant se rapporter à
une affection d’origine amibienne tonies les affections du tube
digestif se traduisant par des diarrhées glaireuses sanguino¬
lentes, des diarrhées liquides rebelles, ces crises diarrhéiques
se renouvelant à intervalle et, en l’absence de tout contrôle
microbiologique, de les traiter comme telles.
628
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2° La dysenterie amibienne, lorsqu'elle se manifeste sous sa
forme classique, lorsqu’elle présente le syndrome dysentérique
complet, traitée par l’émétine, dès son apparition, ne détermine
que dans de faibles proportions des localisations hépatiques
(hypertrophie, congestion ou abcès du foie); les traitements à
l’émétine et probablement aussi Y association à l'émétine de
l'ipéca intégral, sous forme d ' [péca à la Brésilienne ou de Pilules
de Segond ou de Bourgarel , semblent avoir eu pour résultat de
restreindre, chez les malades ayant eu des atteintes de dysenterie
amibienne, le nombre de ceux présentant dans leurs selles soit
des amibes, soit des kystes dysentériques.
Cette dernière considération a, on le voit, une grande impor¬
tance dans la question de la prophylaxie amibienne.
Nous croyons devoir faire suivre ce travail des conclusions
qu'exposent dans de récents mémoires un certain nombre de
nos collègues de l’armée anglaise, Wenyon et O’Connor (i),
C. Dobell (2), W. Hoche (3), entre autres. Elles se rapprochent
fort au point de vue doctrinal, comme au point de vue de la
pratique médicale aux armées, de celles que nous défendons.
a) La proportion des hommes infectés par VE. histolgtica
atteint en moyenne 20 à 25 0/0. Pour avoir une proportion plus
conforme à la réalité, il faudrait doubler et même tripler ces
pourcentages.
b) La majorité des provenants des Dardanelles étaient por¬
teurs d ' E. histolgtica ou de ses kystes.
c) L’examen microscopique des selles a toujours décelé une
faune intestinale très variée : amibes, lamblies, Tetramitus ,
Trichomonas , Cercomonas , coccidies, etc...
d) Dans les cas aigus d’amibiase, l’émétine administrée en
injection s'est montrée le médicament spécifique par excel¬
lence.
e) Son action contre les kystes est beaucoup moins évidente;
les médecins devront lui préférer l’ipéca, dont on connaît depuis
longtemps la valeur curative, ou l’iodure double d'émétine et
(1) Journal of the Royal Arm y medical corps, 1917, nos 1,2, 3,4, 5, 0.
(2) Compterendu du Medical Research Committee.
(3) Journal of the R A. M. C., 1917, no 3, p. 3i6. Ces divers travaux ont porté
sur un très ^rand nombre de soldats, dysentériques ou non, provenant
d'Egypte, de Gallipoli ou c}e Salonique,
Séance du ii Juillet 1917
629
de bismuth qui a tous les avantages de l’ipéca sans en avoir les
inconvénients.
J) Les exigences du temps de guerre ne permettent pas de
retenir les malades dans les hôpitaux après que leur cure à
l’émétine est achevée. Meme si la présence de kystes dans leurs
selles est constatée, ils peuvent sans inconvénient être mis
exéat, sous condition qu’ils ne présentent plus aucun phéno¬
mène clinique.
Histoire d’un élevage de Glossina morsitans
à T Institut Pasteur de Paris
Par E. ROUBAUD
L’élevage dont il s’agit, et sur lequel j’ai donné ici quelques
brèves indications en janvier 1915 (1), est le premier essai
d’Etude biologique des tsélsés, qui ait été tenté dans les labora¬
toires d’Europe et poursuivi pendant un temps relativement
long. En fin décembre rgi3, rentrant de Mission scientifique, j’ai
ramené avec moi des pupes de Glossina morsitans et de 67. pal-
palis originaires du Sénégal. Un petit nombre d'entre elles ayant
pu survivre à une traversée malheureusement faite en hiver, ont
donné naissance, dans mon laboratoire de l’Institut Pasteur, à
quelques individus adultes. Seul, l’élevage des Gl. morsitans a
pu être maintenu. Celui des palpalis, qui s’est limité à deux mâles
conservés du 17 janvier au 26 février 1914, a été interrompu par
suite de l’absence de femelles.*
Des pupes initiales de Gl. morsitans , j’avais obtenu 2 mâles et
6 femelles, nés du i3 au 27 janvier 1914* Sur ces 6 femelles, une
seule a pu donner naissance à des descendants, les 5 autres étant
nées plus ou moins atrophiées sont restées stériles.
La femelle unique, souche de l'élevage, est sortie de la pupe
le i3 janvier 1914* Fécondée le lendemain, elle a produit du
17 février au 18 mars 4 pupes normales d’où sont issus un mâle
et trois femelles-filles. A partir de ce moment l’élevage a été con¬
stitué et a progressé d’une façon régulière.
(1) Bull. Soc. Path. Exot., !. VIII, i3 janvier 1905, p. 34-
m
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Grâce au dévouement du personnel de mon laboratoire (i),
cet élevage a pu être conservé à Paris en activité pendant plus
de trois ans , malgré les difficultés diverses dues à la mobilisa¬
tion. Il s’est éteint naturellement, dans les conditions qui
seront relatées ci-après, le 20 avril 1917.
1. Conditions de l’élevage — L'élevage a été réalisé à l’étuve
de Koux, à une moyenne thermique de 25°G-27°C, avec 5o-55 0/0
d’humidité moyenne. Un récipient d’eau était placé dans l’étuve
de façon à maintenir le degré hygrométrique nécessaire, d’après
un hygromètre à cheveu étalonné sur psychromètre extérieur.
L’expérience a montré qu’il est indispensable pour le dévelop¬
pement normal des mouches d’assurer le renouvellement de
l’air à l’intérieur de l’étuve. Dans les étuves closes les mouches
ne développent pas leurs ailes à la sortie de la pupe et restent
atrophiées ; de plus beaucoup de pupes n’éclosent pas. L’élevage
doit donc se faire en étuve imparfaitement close.
Pendant les mois d’août-septembre 1914 et 1 9 r 5, la tempéra¬
ture de l’étuve ayant accidentellement atteint et dépassé 32°C, il
en est résulté une grosse mortalité, tant sur les pupes que sur
les adultes, dont plus de 5o 0/0 moururent. L. Lloyd (2) a de
même observé en Rhodésie qu’à 3o°C, 4q 0/0 des pupes n’éclo¬
saient pas. Une température moyenne supérieure à 25°C n’est
donc pas plus favorable pour l’éducation de cette espèce xéro-
phile, que pour celle de la G. palpalis. La température de 28°C,
qui paraît accroître notablement l 'activité des mouches_, ne con¬
vient pas davantage à un entretien de longue durée parce qu’elle
nécessite des prises de sang trop fréquemment répétées.
Au Soudan Nigérien (3), j’ai effectué l’élevage delà morsitans à
une température de 32°C, mais il s’agit là d’une moyenne jour¬
nalière établie d’après les maxima et les minima, et qui ne cor¬
respond pas à une moyenne thermique d’étuve à température
constante. D’ailleurs l’élevage n'a pu être maintenu longtemps
dans ces conditions.
(1) J’adresse à ce sujet mes remerciements les plus sincères à Mlle H. Lesur,
attachée au laboratoire, et à mon garçon de laboratoire A. Vervent, qui ont
assumé la tâche ingrate de la nutrition journalière et de l’entretien de ces
mouches.
(2) Unit, of Entom. /{es., vol. VIII, I, p. 9 5.
(3) C. R. Acad. Sciences , 2 oct. 1911.
Séance du il Juillet 1917
631
Pour élever les glossines, je me suis très avantageusement
servi de petites cages de mousseline à bâti métallique de
i4 cm. X 8 cm. de surface et de 4 cm. 5 seulement de hauteur.
L’expérience a démontré que ces cages de faible hauteur étaient
les plus favorables à l’éducation des glossines. Ces cages portent
dans la partie moyenne des oreilles métalliques servant de poi¬
gnée ou d’appuie-mains. Un disque de cuir souple peut être
engagé dans ces oreilles et s’appliquer contre les parois de mous¬
seline, de façon à préserver les doigts des piqûres des mouches.
Les mailles de la mousseline sont étroites (1 mm.) de façon à
éviter l’issue des larves au moment de la ponte.
Fig-. 1
On peut réunir facilement, dans la même cage, de r5 à 20 mou-
ch es. Il suffit pour les nourrir d’appliquer la cage, par les poi¬
gnées, sur le ventre rasé d’un animal : les mouches piquent à
travers la mousseline. Le dépôt des larves, au moment de la
ponte, a lieu dans la cage même : les larves vont se pupifier dans
un des coins de la cage.
Lorsque la mousseline est souillée par les excréments des
mouches, on transporte ces dernières dans une cage propre, et
l’on plonge la cage souillée, dans une solution savonneuse tiède;
puis on brosse légèrement la mousseline afin d’en faciliter le
nettoyage.
J’ai fait établir deux modèles de ce type de cages, l’un démon¬
table (fig. 1) qui rend de grands services dans les laboratoires
tropicaux mobiles, en raison du peu de place qu’il occupe lors-
632 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qu’il esl replié (fig. 2), l’autre fixe, plus pratique pour les labora¬
toires d’Europe (1). On peut, dans ces cages, élever tous les types
de mouches piquantes.
II. Nutrition des mouches. — Mon élevage de morsitans a été
conservé sur cobaye et sur lapin. Il m’a été facile, au cours de
cet élevage de trois années, de confirmer le fait, encore discuté
par certains auteurs, que jamais les glossines 11e se nourrissent
d’autre chose que de sang. J’ai pu les gorger de sang citraté, à
travers une peau de chamois, suivant le procédé indiqué par les
savants belges de la Mission du Kalanga (2).
Fig. 2
A la température de l’élevage, les prises de sang, pour les
mâles et pour les femelles fécondées en activité de ponte, se font
sensiblement tous les jours ; habituellement cependant, les femel¬
les refusent de piquer la veille de l’expulsion de leur larve.
Les femelles non fécondées et les femelles fécondées inaptes à
la ponte témoignent de besoins alimentaires infiniment moins
actifs: elles ne se gorgent qu’à des intervalles variant de 1 à
7 jours.
Le tableau suivant précise ces différences dans l’activité de
l’alimentation des femelles.
J’ai nourri mes mouches avec les mêmes facilités sur poule
(il La maison Deyrülle a, sur mes indications, construit en 1909 un premier
modèle de cages pliantes. La maison Piarrette en construit deux modèles,
un Hxe et un mobile.
(2) Rapport sur tes travaux de la Mission du Katanga , Bruxelles, 1913.
Séance du ii Juillet 1917
633
que sur cobaye ou sur lapin. Je n’ai pas observé de différences
dans l’activité alimentaire, dans les trois cas.
Tableau comparatif des prises de sang chez des femelles
aptes et inaptes à la ponte.
III. Durée de la vie. Mortalité. — Bien que les mouches élevées
à l’étuve aient paru supporter normalement les conditions de vie
artificielles qui leur étaient données, et que certaines d’entre
elles aient même atteint une longévité remarquable, l’élevage
est resté limité à une vingtaine de mouches par mois, en
moyenne; il n’a qu’exceptionnellement atteint, dans le courant
43
634
Bulletin dé la Société de Pathologie exotique
de Tannée 1 9 1 5, le chiffre de 82 mouches simultanément vivantes,
et n’a pu dépasser ce chiffre. Gela tient, d une part à la courte
durée moyenne de la vie des femelles et par suite à leur faible
productivité, d’autre part au nombre relativement grand de
pupes stériles.
En 1914, première année de Télevage, sur i3 femelles dont
1’évolution complète a été suivie, la durée de la vie a été la sui¬
vante : 5 mouches ont vécu moins d’un mois, 4 moins de 2 mois,
2 3 mois et 3 mois 1/2, 2 4 mois à 4 mois 1/2, 1 5 mois 1/2.
Pendant la deuxième année de l élevage, sur 6 femelles suivies,
quatre n’ont pas dépassé 2 mois d’existence, une a vécu 3 mois,
et une 5 mois et 3 jours.
Ain si les deux tiers environ des femelles n’ont pas vécu plus
de 2 mois. Aussi la longévité particulière des deux mouches
qui ont dépassé 5 mois d’existence n’en est-elle que plus remar¬
quable.
Stuhlmann(i), pour une glossine du type breoipalpis, a observé
un maximum de 3 mois 1/2 d existence. Avec Bouet, pour G. pal-
palis, nous avons noté un maximum de 4 mois dans nos expé¬
riences du Dahomey. Kleine et Fischer (2) une durée à peu près
semblable ( 1 43 jours).
Le chiffre de 5 mois 1/2, atteint par une de nos mouches, est un
des plus élevés qui ait été atteint jusqu’ici dans les différents
élevages expérimentaux de glossines.
Outre la faible durée habituelle de la vie des femelles, qui a
restreint notablement leurs facultés reproductrices, plus d’un
tiers des pupes produites ne se sont pas développées.
Sur un total de 179 pupes recueillies pendant une partie de
Tannée 1916,5/ sont restées stériles. Ce défaut de développement
n’était pas dû à une dégénérescence de l’élevage, puisque dès le
début, pendant les premiers mois, sur un total de 27 pupes pro¬
duites par trois femelles, i3 11e se sont pas développées, soit près
de la moitié.
La mortalité élevée des pupes dans ces élevages artificiels tient
sans doute aux mauvaises conditions de la ponte. Les larves
mûres sont déposées dans le fond des cages et, ne trouvant pas
aisément un milieu favorable pour se transformer, on les voit
(1) Arb. Kais. Gesundh. , t. XXVI, 1907.
(2; Zeitsch. f. llij(j ., t. LXX, 1911.
Séance du ii Juillet 1917 635
souvent progresser pendant plusieurs heures avant de s’immo¬
biliser. J’ai tenté de recueillir les larves au sein d’une couche
de sable, mais aucune des pupes enfouies dans ces conditions
n’a pu se développer.
IV. Reproduction. — L’accouplement s'est produit sans aucune
difficulté dans les cages, quelques heures après la naissance des
femelles. Chez les mouches fécondées, la première ponte s’est
manifestée en moyenne de i5 à 20 jours après l’accouplement
et les pupes se sont succédées en générai d’une façon très régu¬
lière tous les 9 à 11 jours, comme on le voit par le tableau
ci-après (p. 636).
Dans la plupart des cas les larves ont été émises vers la fin de
la journée entre 17 et 18 h.
Au Soudan Nigérien, j’avais antérieurement constaté que les
pontes de la morsitans se succédaient après 8 à 9 jours, à 62°
de température moyenne journalière. En Rhodésie, Kinghorn (i)
a noté une grande irrégularité dans le dépôt des larves de la
même espèce de mouches; il donne l’intervalle de i4 à i5 jours
comme normal pour la succession des pontes dans les condi¬
tions du laboratoire. On voit qu'il est loin d’en être ainsi dans
un élevage réalisé à température constante favorable. L’irrégu¬
larité est exceptionnelle sauf dans le cas d’épuisement des
femelles.
La plupart des mouches n’ont pas dépassé le chiffre de cinq
pupes. En 1914, sur i3 femelles suivies, huit n’ont pas atteint ce
chiffre, les cinq autres l’ont dépassé. En 1 9 1 5 , sur 6 femelles sui¬
vies, quatre sont restées en dessous de ce chiffre.
Sur cet ensemble de femelles, deux ont donné naissance à
douze pupes et une au cours de"5 mois 1/2 d’existence a produit
le chiffre élevé de quatorze pupes qui est resté un maximum.
Quelques femelles ont été, pour des causes inconnues, frap¬
pées de stérilité. Ainsi, une femelle, née normale le 9 juin 1914
et fécondée, est morte le ierj uillet sans avoir pondu. Une femelle
née le 7 avril, fécondée le 8, a expulsé le 27 une larve de quel¬
ques millimètres, puis est morte 3 jours après. A la dissection,
aucun œuf de remplacement n’a été vu dans l’ovaire ; les glandes
galactogènes étaient restées à un état rudimentaire.
(1) Bull, of Enlom. lies ., vol. II, no 4> p- 291.
Tableau des pontes successives observées chez i.7 glossines prises au hasard pendant le cours des trois années
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Séance du ii Juillet 1917
La fin de l’élevage a été marquée par une raréfaction notable
de la ponte des femelles. Ainsi, en octobre 1916, les deux femel¬
les existant à cette époque ont produit 7 pupes (chiffre encore
normal), dont 3 n’éclosent pas.
Mais, en novembre, l’élevage étant remonté à 4 femelles, deux
pupes seulement ont été pondues, dont une viable, l'autre abor¬
tive. En décembre, des deux femelles restantes, une est complè¬
tement stérile. Elle meurt le 27 janvier, sans avoir émis aucune
larve pendant près de deux mois. A l’examen, on constate que
l’activité des ovaires a cependant subsisté chez cette mouche :
trois œufs en état de maturité sont vus dans les gaines ovariques,
mais aucun dans l’utérus. Il y a donc eu rétention des œufs
mûrs dans les ovaires, en vertu de ce mécanisme curieux d’au-
torégulation de la gestation que j’ai signalé chez les femelles
de Gl. palpalis soumises à de mauvaises conditions biologi¬
ques (r). Les ovules continuant à s’accroître jusqu’à la maturité
sans descendre dans l’utérus pour s’y développer, distendent
exagérément les gaines ovariques.
Ayant attribué la raréfaction des pontes à l’uniformité trop
grande des conditions d’alimentation, j’avais cherché à faire
varier la nourriture des femelles pondeuses, en les portant sur
des animaux variés. A partir du 22 septembre 1916, les mouches
précédemment nourries sur cobaye ont été gorgées sur des
lapins; du 4 au 25 décembre elles ont été nourries une fois par
semaine sur poule, et du 26 décembre au 18 janvier unique¬
ment sur ce dernier animal. Malgré ces précautions la reproduc¬
tion des femelles s’est épuisée. La dernière femelle pondeuse
née en novembre n’a produit que 2 pupes : elle a émis sa pre¬
mière larve tardivement, le 23 décembre, et la deuxième (der¬
nière pupe de l’élevage) le 2 janvier 1917 ; puis la ponte a été
suspendue j usqu’à la mort de la mouche quia eu lieu le 24 janvier.
A partir de la dernière ponte, les prises de sang de la mou¬
che d’abord quotidiennes, même sur poule, sont devenues irré¬
gulières, espacées de deux à trois jours.
Je n’ai jamais constaté sur les larves de Gl. morsitans la
présence de cette secrétion fluide signalée par Lamborn (2) et
différents observateurs anglais.
(1) La Glossina palpalis , in La Maladie du Sommeil au Congo Français
(G. Martin, Lebceuf et P*.oubaud). Paris, Masson, 1909.
(2) Bull . of Enlorn. Res., i. VI. I, p. 5p.
638
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La durée de la pupation a été d’une trentaine de jours en
moyenne, celle des mâles étant toujours supérieure de quelques
jours à celle des femelles (Tabl.). Au Soudan Nigérien, en raison
de la moyenne thermique plus élevée (32°), j’avais noté de 23
à 28 jours pour la nymphose. C’est à peu près les mêmes chif¬
fres que donne L. Lloyd pour la température de 3o° C. (de 21 à
25 jours, en moyenne 23 jours). A. Kinghorn, opérant à la tem¬
pérature du laboratoire, avait constaté une durée beaucoup plus
longue, de 47 à 53 jours.
7 ableau de la Nymphose pour les pupes des deux sexes.
Newstead (i) donne également 24-26 jours pour la durée de la
pupation de la morsitans au Nyassaland.
V. Proportion des sexes. Déchéance par hyperproduction des
MaLES. — Tous les observateurs s’accordent à reconnaître que les
deux sexes s’équivalent dans les proportions des glossines issues
d’élevages. C’est également ce que j’ai constaté dans mon élevage
de morsitans , pendant les deux premières années et le début de
la troisième. Mais la fin de l'élevage a été marquée par une exa¬
gération marquée du chiffre des mâles. Pendant le mois de sep¬
tembre 1916, sur 16 glossines issues des pupes; on comptait
i5 mâles et une seule femelle non viable.
Bien qu'il soit difficile de définir les raisons précises de cette
Séance du ii Juillet 1917
639
disparition subite des femelles, elle a été la principale cause de
la déchéance de l'élevage. En octobre et, novembre la proportion
des deux sexes parut être redevenue normale. Sur un total de 6
mouches produites au cours de ces deux mois, on comptait trois
mâles pour trois femelles; mais une de ces mouches n'a pas sur¬
vécu, et une autre est restée stérile. L’élevage a donc été marqué
par la décroissance et la dégénérescence des femelles, les mâles
étant restés normaux.
VI. Essais d’infection. — J’ai tenté sans succès d’infecter les
mouches au Tr. rhodesiense, et au Tr.Brucei de l’Ouganda, virus
du laboratoire de M. Mesnil. A trois reprises différentes, des cages
renfermant de i5 à 20 mouches ont été posées pendant deux
jours consécutifs sur l'animal porteur de virus présentant des
trypanosomes nombreux. Aucune des glossines ne s’est infectée.
Les cobayes, piqués après un intervalle de 24 heures au moins,
sont restés indemnes.
" I
VIL Essais d’infestation des pupes par un ciialcidien parasite des
muscides. — J’ai expérimenté l’action sur les pupes de morsitans
du Nasonia brevicornis Ashm., Chalcidien Ptéromalide qui para¬
site les pupes de mouches diverses aux Etats-Unis, en Australie
et en Europe. Les résultats ont été positifs. Le Chalcidien dépose
ses œufs dans les pupes de glossines aussi facilement que dans
celles des Calliphorines qu’il parasite habituellement. Toutefois
les individus qui se développent à l’intérieur de la pupe de mor¬
sitans ne peuvent pratiquer dans la paroi épaisse de celle-ci l'ori¬
fice nécessaire pour se libérer lorsqu’ils parviennent à l’état
adulte. Dans mes essais d’infestation, toutes les pupes piquées ont
été tuées, mais je n’ai pu constater l’effraction d’aucun parasite:
ils sont tous morts à l’intérieur des pupes.
Cette observation limite par suite les espérances que l’on pour¬
rait fonder sur l’emploi de cet auxiliaire pour la destruction des
pupes de CA. morsitans ; elle permet cependant d’envisager cet
emploi comme possible dans certaines conditions et d’entrevoir
aussi l’utilisation générale d’autres Chalcidiens étrangers, pour
cet usage. Déjà E. Austen et A. Bagsiiawe ont attiré l'attention
sur l’intérêt que présenterait l’introduction en Afrique des Spa-
(1) Repts. Sleep. Sickn. Comm.R. Soc., t. XV, 191V
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
640
lancfia parasites des pupes de Muscides aux Etats-Unis (i).
En résumé notre essai d’éducation d’une souche de glossines,
conservée pendant plus de trois ans dans un laboratoire parisien,
démontre qu'il est possible d’effectuer en Europe, dans les labo¬
ratoires, l’élevage de ces mouches et de tenter sur elles des expé¬
riences biologiques diverses, sensiblement dans les mêmes condi¬
tions qu’en pays tropical. On pourra donc espérer, par ce moyen,
élucider bien des détails encore obscurs de la vie et du rôle
pathogène de ces insectes, pour la solution desquels on ne dispose
pas toujours, dans les laboratoires tropicaux, du temps ni de
l’outillage nécessaires.
MONOGRAPHIE
des Hémadipsines (Sangsues terrestres)
Par R. BLANCHARD
(Planche VII)
Il existe dans la zone intertropicale asiatique et océanienne
des Sangsues de petite taille, vivant à terre, sur les arbres, dans
la brousse et dans les hautes herbes. Quand l’Homme ou quel¬
que Animal à sang chaud passe à leur portée, elles se jettent
avidement sur lui, par dizaines et souvent même en bien plus
grand nombre, lui faisant subir de multiples saignées, par où le
sang continue à s’échapper longtemps encore, après que ces
redoutables Annélides ont lâché prise. Tous ceux qui ont voyagé
à Ceylan, qui ont parcouru les forêts de la Malaisie, de l’Inde,
de EIndo-Chine, des Philippines, etc., ont été assaillis par ces
terribles animaux et ont décrit en termes impressionnants les
angoisses et les accidents qui résultentde leurs attaques.
Les plaies qu’elles déterminent s’infectent facilement et peu¬
vent être le point de départ de complications plus ou moins
graves : suppurations, phlegmons, septicémies, ulcères simples,
ulcères phagédéniques, etc.
(i) IV p . De/)/. Commit. Sleep. Sickn. D, Londres, 1914 (D’après Tîegh,
Notice sur les glossines ou Isétsés, Londres, Hutchinson Go, igi5).
En passant d’une victime à l’autre, les Sangsues en question
sont vraisemblablement capables de propager certaines maladies
infectieuses : aucun fait authentique ne permet encore d’affir¬
mer une telle doctrine, mais le rôle joué par d’autres Hirudi-
nées dans la transmission des trypanosomoses des Poissons, par
exemple, plaide fortement en sa faveur. C’est pourquoi j’ai cru
nécessaire de donner ici la description et la classification métho¬
diques de ces Annélides, dont les Vertébrés supérieurs ont tant
à souffrir.
De 1892 à 1900, j’ai publié, tant en France qu’à l’étranger, un
certain nombre de notes et mémoires les concernant ( 1). Notam¬
ment, j’ai établi, en 1893, une famille des Haemadipsidae en
faveur du groupe des Sangsues terrestres ayant pour type
1 ’Hirudo zeylanica Moquin-Tandon, 1826, ultérieurement transfé¬
rée dans le genre Haeniadipsa Tennent, 1861. J'ai montré que ce
groupe, bien loin de se résumer en cette unique espèce, comme
on l’admettait généralement, renferme des espèces nombreuses,
chez lesquelles on peut reconnaître jusqu’à cinq genres dis¬
tincts, présentant entre eux les variations les plus curieuses de
la constitution morphologique du somite.
A l’exemple de Whitman, prenons la Sangsue médicinale
[Hirudo medicinalis ) comme type des Gnathobdellides ou Sang¬
sues pourvues de mâchoires : elle nous montrera toutes les par¬
ticularités que nous avons à connaître (fig. 1). Le somite fonda¬
mental, tel qu’il s’observe dans la partie moyenne du corps, est
formé de cinq anneaux (2); les somites de l’une et l’autre extré¬
mité présentent un moins grand nombre d’anneaux et peuvent
même se réduire à un seul, par suite de coalescences ou plus
exactement par manque de fractionnement secondaire, comme
cela ressort avec évidence de mçs études sur les Herpobdellides.
Les limites de chaque somite régulier sont marquées, aux deux
faces, par la présence des papilles segmentaires ou sensilles
(Whitman), que porte le premier anneau, à la face ventrale par
deux petits orifices latéraux, difficiles à voir, situés entre le cin-
(1) Tous ces travaux figurent à l 'Index bibliographique. On en trouvera
l'énumération et l’analyse dans les deux suppléments à ma Notice sur les titres
et travaux scientifiques , cités plus loin.
(2) La dénomination des segments constitutifs du corps des Cestodes, des
Annélides, etc., présente de grandes variations. Fidèle à ses anciennes études
sur les colonies animales, E. Perrier désigne respectivement sous les noms
de zoïde et de méride ce que nous appelons somite et anneau.
642
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quième et dernier anneau d’un somite et le premier anneau du
somite suivant.
Les papilles segmentaires sont disposées sur huit rangées
n 1
Tl 2
d"
?
•nie
n 17
s
Fig. 1. — Schéma de l'organisation d ’Hirudo medicinalis. — ru. premier pore
néphridial, entre les somites VI et VII ; ri2, /116, pores néphridiaux dési¬
gnés parleur numéro d’ordre; n 17, dernier pore néphridial, entre les somi-
les XXII et XXIII. Les chiffres arabes situés à gauche indiquent le numéro
d’ordre des anneaux; les chiffres romains situés à droite indiquent le
numéro d’ordre des somites.
Séance du ii Juillet 1917
643
longitudinales à la face dorsale et sur six rangées à la face ven¬
trale ; celles des troisième et sixième rangées dorsales sont en
concordance avec les yeux. Quant aux pores ventraux, ce sont
les orifices excréteurs des néphridies ou organes rénaux; ils
prennent le nom de nephridium ou de pores néphridiciax. Leur
nombre est normalement de 17 paires, la première étant située
entre les somites VI et VII, la dernière entre les somites XXII et
XXIII. Les somites VII à XXII, compris dans ces limites, sont
toujours complets, sauf de rares exceptions; ceux de l’avant et
de l’arrière sont plus ou moins incomplets, et l’on tire de leur
étude des caractères très importants pour la classification. Disons
encore, pour plus de précision, que le somite I est celui qui
porte la première paire d’yeux et que les deux pores génitaux,
mâle et femelle, percés sur la ligne médio-ventrale, se voienl,
sauf de rares exceptions, le premier sur le somite X, le second
sur le somite XI.
Tous les caractères invoqués ci-dessous se rattachent aux don¬
nées morphologiques très simples qui viennent d’être énumé¬
rées : ils sont nécessaires et suffisants pour arriver à la dis¬
tinction générique et spécifique des Hirudinées. Rien n’est plus
facile que d’observer de tels caractères chez des espèces de
grande taille, que l’on peut se procurer vivantes, soumettre aux
réactifs et à la dissection, mais il est bien loin d’en être ainsi
pour des individus de très petite dimension, très contractés,
durcis par un séjour prolongé dans l'alcool et souvent repré¬
sentés dans les collections par des spécimens uniques ou peu
nombreux, qu'on 11e peut ni disséquer ni couper.
En pareil cas, voici comment on doit procéder. On retire du
liquide l’individu qu’on veut examiner, on laisse dessécher sa
surface, puis on dépose une tache d’encre sur deux anneaux quel¬
conques, aussi bien au dos qu’au ventre. On prend alors le spé¬
cimen à la main, on examine les yeux à la loupe, on constate
leur disposition entre eux et par rapport à la tache d'encre la
plus proche, on note le numéro d’ordre de l’anneau portant cette
tache, puis les relations de cet anneau avec les deux pores géni¬
taux, que l’on découvre assez facilement, sur la ligne médio-ven¬
trale. On détermine alors quelle position les papilles segmen¬
taires dorsales, qui apparaissent, au moins d’une façon fugitive,
comme des taches ou des papules laiteuses, présentent entre
elles et par rapport aux orifices sexuels; on reconnaît ainsi à
644
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
quel type métamérique appartient le spécimen. La numération
des anneaux se poursuit de la première à la deuxième tache
d’encre, puis de celle-ci à l’anus. On obtient de la sorte le nom¬
bre total des anneaux. La recherche des papilles segmentaires
sur les derniers anneaux est particulièrement délicate; elle est
souvent illusoire ; pourtant, elle est indispensable pour en éta¬
blir le type métamérique. Pour compléter et coordonner toutes
ces notions, il s'agit maintenant de découvrir les pores néphri-
diaux. A cet effet, on presse légèrement le spécimen entre les
doigts : des taches humides, qui correspondent aux orifices
cherchés, se montrent le long du corps et de chaque côté : on
s’efforce de préciser leur situation les uns par rapport aux
autres et aussi par rapport à Lun quelconque des points de
téristiques de l’espèce.
Cela n'est pas tout simple, quand on a affaire à des individus
n’ayant pas plus de 10 à i5 mm. de long sur 2 à 3 mm. de large,
durs comme une plaque de liègeou de caoutchouc, très contrac¬
tés et parfaitement opaques. L’examen à la loupe montée ne
donne que des renseignements partiels, très insuffisants. La
déshydratation et l’éclaircissement au xylol mettent simplement
les yeux en évidence, mais on les voit tout aussi bien à la loupe,
sur des spécimens sortis del’alcool. Il est absolument nécessaire
de tenir ceux-ci à la main, de les tourner et retourner, de les
infléchir en divers sens, de les comprimer et relâcher tour à
tour, de les retremper sans cesse dans l’eau alcoolisée, pour
éviter la dessiccation. Avec de la patience, beaucoup de patience,
et une certaine habitude, on arrive à constater tous les détails
nécessaires, mais que d’heures il faut pour cela!
Les descriptions qui vont suivre sont basées sur l’étude d’un
nombre considérable de Sangsues terrestres provenant de deux
sources principales. Les unes, actuellement incorporées à ma
collection particulière, m’ont été envoyées de régions diverses
par des correspondants dont les noms, dûment cités dans les
travaux consacrés à leurs récoltes, ne sauraient être répétés
ici. Les autres, appartenant à divers musées français ou étran¬
gers (Amsterdam, Berlin. Dresde, Gênes, Genève, Hambourg,
Leyde, Londres, Melbourne, Paris, Pétrograd, Sydney, Turin,
Vienne, etc.), sont retournées aux établissements publics qui m’en
avaient confié l’étude ; elles y figurent sous les noms mêmes qui
Séance du ii Juillet 1917
645
sont indiqués ci-dessous, ce qui permet de contrôler mes des¬
criptions. Celles-ci, en ce qui concerne ces derniers lots, ont été
insérées le plus souvent dans des périodiques publiés par les
établissements en question.
De tels ouvrages sont généralement d’un accès difficile ; les
parasitologues 11’auront que bien rarement l’occasion de les con¬
sulter. C’est pourquoi il m’a semblé opportun de rassembler ici
toutes ces descriptions éparses, en y ajoutant celle de quelques
espèces dénommées depuis longtemps, mais non encore décrites.
Ainsi compris, le présent travail constitue, à proprement parler,
une monographie des Hémadipsines ou Sangsues terrestres à
mâchoires, animaux prédateurs se nourrissant du sang de
l’Homme et des Vertébrés supérieurs.
FAMILLE DES GNATHOBDELLIDÆ 1\. Blanchard, 1896.
Bibliographie. — R. Blanchard, 1896. p.9. — Peiirier, 1897. —
Brandes, 1901.
Diagnose. — Pas de trompe protractile. Cinq paires d’yeux,
sauf chez Xerobdella. Trois mâchoires armées de dents plus ou
moins nombreuses, disposées sur un ou deux rangs. Somite
normal, du milieu du corps, ordinairement pentamère, c’est-à-
dire formé de cinq anneaux.
Deux sous-familles nettement caractérisées par leur habitat,
leur dentition, leur constitution métamérique et leur réparti¬
tion géographique :
i° Hiradininae R. Bl., 1896. — Genre type : Hirudo Linné,
1 768 . — Sangsues d’eau douce, à dentition complète, simple ou
double, à somite normal formé de cinq anneaux, ce type comp¬
tant sous tous les climats des représentants divers.
20 Haemadipsinae R. Bl., 1896. — Genre type : Haemadipsa Ten-
nent, 1861. — Sangsues terrestres, de petite taille, à dentition
complète et simple, à somite normal de constitution variable, ce
type étant représenté dans les pays baignés par l’Océan Indien et
l’Océan Pacifique, àd’exclusion des continents africain et améri¬
cain. Toutefois, à ce groupe se rattachent deux genres particu¬
liers, qui ne renferment chacun qu’une seule espèce et s'obser¬
vent l’un au Chili ( Mesobdella ) et l’autre en Autriche ( Xerobdella ).
Il existe, en Amérique tropicale, encore d autres Sangsues ter¬
restres, dépourvues de mâchoires et appartenant à la familledes
646
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Herpobdellidae. Elles se répartissent entre six genres différents :
i° Cylicobdella Grube, 1871 = Centropygus GauBEet Œrsted,
1859 (non Ebray, 1 858, Echinoderme fossile);
20 Semiscoleæ Kinberg, 1866 ;
3° Lumbricobdella Kennel, 1886-;
4° Cardea R. Bl., nomen nouum (divinité romaine) = Macro-
bdella Philippi, octobre 1872 (non Verrill, février 1872) = Phi-
lippia Apathy, 1906 (non Gray, i84o, Mollusque ; non Signoret,
1869, Hémiptère);
5° H y psobdella Weber, 1913 ;
6° Bibula R. Bl., nomen nouum (nom propre romain) = Blan-
chardiella Weber, r 9 1 3 (non Blanchardella Moniez, 1895, Ces-
tode du San mon).
Aucune de ces Herpobdellides américaines n’est connue pour
s’attaquer à l’Homme ou aux Vertébrés supérieurs; elles ne peu¬
vent donc nous arrêter plus longtemps.
SOUS-FAMILLE des H Æ MA BIPS IN Æ R. Blanchard, 1896.
Bibliographie. — R. Blanchard, 1893 ; 1894 «, p.4 ; 1896, p. 9 ;
1 897 b, p. 335. — Perrier, 1897. — Brandes, 1901, p. 884. —
Weber, iqi5, p. 87.
Synonymie. — Haemadipsidae R. Bl., i8q3. — Haemadipsinae
R. Bl., 1896; E. Perrier, 1897; Weber, hji5. — Beptantia
Brandes, 1901.
Diagnose. — Hirudinées terrestres, de petite taille. Cinq
paires d’yeux (fig. 2), sauf chez Xerobdella. Mâchoires armées
d’un seul rang dé denticules. Papilles segmentaires disposées
Fig. 2. — Tète d ' Hae/naclipsu zeylanica
montrant les yeux.
Fig. 3. — Partie moyenne du corps
d ’ Ilaema d i psa zeylanica, montrant
les papilles segmentaires.
seulement sur six rangs à la face dorsale (fig. 3), celles des 2e et
Séance du il Juillet 1917
647
/ . ■*
5e rang correspondant aux yeux, et sur quatre rangs à la face
ventrale. Pores néphridiaux sur les côtés de la face dorsale (sauf
chez Mesobdella), le premier apparaissant en avant du somite VIII
et le dernier en avant du somite XXII. Il semble donc n’en exis¬
ter que j5 paires : en réalité, la première et la dernière paires
de néphridies ont subi une déviation, la première venant s’ou¬
vrir en avant, au niveau de la ventouse buccale, la dernière
(sauf chez Mesobdella) débouchant à la base et de chaque côté
de la ventouse postérieure (fig. 4) par 1 aaricale, orifice en forme
Fig. 4- — Ventouse postérieure
d ’ Haemadipsa zeylanica, vue par
la face ventrale.
Fig. 5. — Extrémité postérieure d ' Hae-
modipsa zeylanica , vu par le profil
gauche, pour montrer l’auricule.
de sinus ou de conque auditive (fig. 5). Le nombre des anneaux
qui entrent dans la constitution du somite normal varie de 3 à
7, d’où rétablissement de cinq genres distincts, entre lesquels
se répartissent un assez grand nombre d’espèces :
Mesobdella R. Blanchard, 1893. Somite trimère;
Philaemon R. Bl., 1897. Somite tétramère ;
Haemadipsa Tennent, 1861. Somite pentamère ;
Phijtobdella R. Bl., 1894. Somite hexamère;
Planobdella R. Bl., 1894. Somite heptamère.
Ces cinq genres forment entre eux une série morphologique
très remarquable, ainsi que Perrier le constate lui-même.
Mes plus récents travaux sur les Hirudinées datent déjà de
l’année 1900. Je suis resté jusqu’à présent sans donner la des¬
cription du genre Philaemon et des espèces qu’il renferme. Une
diagnose en a été insérée par le prof. Edmond Perrier, en 1897,
dans son Traité de Zoologie , d’après une note qu’il avait bien
voulu me demander. De même, le 21 décembre 1900, j'ai remis
sur sa demande au prof. G. Brandes, alors privat-docent à l’Uni¬
versité de Halle, une longue note manuscrite qu’il a largement
648
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mise à contribution pour la rédaction du dernier fascicule du
grand ouvrage de Leuckart sur les parasites de l’Homme, ouvrage
dont la deuxième édition était restée inachevée à la mort de son
auteur. On trouvera dans le fascicule rédigé par Brandes, non
seulement la diagnose de toutes les espèces décrites par moi
jusqu'alors, mais aussi la simple indication nominale d’autres
espèces établies par moi et dont la description est donnée ci-
après pour la première fois. Le présent mémoire liquide donc
tout l’arriéré, si j’ose ainsi dire, et donne un tableau complet, à
ce jour, de la sous-famille des Hémadipsines.
Les Sangsues de ce groupe ont entre elles la plus grande res¬
semblance ; elles ont aussi le même genre de vie et se trouvent
confinées dans un domaine très vaste sans doute, mais pourtant
assez restreint, eu égard à l’immensité des mers qui baignent les
archipels et les continents où elles vivent. Grâce à ces conditions
spéciales, il s’est constitué par voie de ségrégation, aux dépens
d’un petit nombre de formes primitives, un assez grand nombre
de types secondaires, actuellement bien distincts au point de vue
morphologique, bien qu’ayant conservé au plus haut degré un
air de famille. Toutes ces formes, qu’un examen attentif permet
de différencier les unes des autres, ont été confondues, jusqu’à
mes études, en deux espèces [Haemadipsa zeijlanico , //. limbata ),
la dernière de celles-ci étant confinée en Australie. On connais¬
sait aussi des formes analogues au Chili et à Madagascar, mais
on ne leur attachait qu’une importance très restreinte.
Il faut donc bien savoir que la Sangsue terrestre de Ceylan, à
laquelle tant de voyageurs ont fait allusion, ne représente pas,
au point de vue zoologique, notre seule Haemadipsa zeijlanica ,
mais que sous ce nom usuel sont compris aussi tous les
autres genres et toutes les autres espèces dont nous donnons
ci-après la description.
Nous devrions peut-être donner ici des indications relative¬
ment à la coloration de ces Hirudinées. Tous les témoignages
s'accordent à leur attribuer une coloration brun fauve tirant sur
le rouge ou sur le jaune, la face ventrale étant plus claire, les
flancs marqués de bandes jaunes ou orangé, la zone médio-dor-
sale ornée d’une bande jaune ou argent, bordée de part et
d'autre, souvent même parcourue en son milieu par des raies
brunes ou noires. Celles-ci sont fréquemment interrompues,
présentent des anses latérales asymétriques, tournées soit en
Séance du ii Juillet 1917
m
dedans, soit en dehors. Certaines espèces sont encore lavées de
vert olive (pi. VII). En un mot, les dispositions varient dans la
plus large mesure. Elles ne manquent pas d’élégance et peuvent
plaire à l’œil, mais, chez les Hirudinées plus que dans aucun autre
groupe du Règne animal, on ne saurait baser sur elles aucun
caractère essentiel. A plus forte raison doit-il en être ainsi,
quand on n’a affaire qu’à des individus soumis depuis plus ou
moins longtemps à l’action décolorante de l’alcool.
Les considérations dans lesquelles nous entrons plus loin, à
propos d Hciemadipsa zeglanica, concernent donc, non cette seule
espèce, mais l’ensemble des Hémadipsines, à l’exclusion de
celles du Chili et de Madagascar.
A propos de ces dernières, je crois intéressant de transcrire
une note qui m’a été remise, le 28 décembre i8q3, par M. Alfred
Grandidier, membre de l’Institut, le célèbre explorateur de la
grande île africaine :
Les Malgaches donnent le nom générique de Lia ta (dans les provinces
des côtes) ou Dinta (dans les provinces du centre de file) aux Sangsues.
Ils distinguent les Lintandrano ou Dintandrano (littéralement Sangsues
d’eau), qui se trouvent dans les cours d’eau : les Lintanala ou Dintanala
(litt. Sangsues de forêt), qui se trouvent dans les forêts de l'est de l’ile ;
Linlamborona ou Dintamborona( litt. Sangsues d’Oiseaux), qui s’attachent
au bec des Canards. On appelle aussi Dimaly ou Dimalika les petites
Sangsues des forêts.
C’est principalement après les pluies, si fréquentes dans toutes les mon¬
tagnes de l’est, qu’on trouve les Hæmadipsa fixées par leur ventouse cau¬
dale sur les feuilles des arbustes, sur les herbes et surtout sur les Longozy
(Amomum angusli folium) ; elles se remuent dans tous les sens, cherchant
une proie et se faisant aussi longues, aussi effilées que possible, s’atta-
chantaux mains, aux jambes ou à toute autre partie du corps du passant
qui vient à leur portée. La blessure n’est pas douloureuse, mais elle saigne
longtemps, quand l’animal, repu et gorgé, tombe. J’en ai rencontré dans
toutes les forêts de l’est; en réalité, il y en a sur tout le versant oriental
de la grande chaîne côtière, entre Sahambavany (nord de la baie
d’Antongil et le Fort-Dauphin). Il n’y en a pas du tout dans le sud, ni
dans l’ouest.
C’est Mayeur, interprète du gouvernement français à Madagascar, qui
parle le premier des Sangsues de forêt, qui font beaucoup incommodé au
cours de son voyage à l’ouest de Vatomandry (1777).
Dans son Voyage au pays d Ankovapar le pays de Bezanozanu (ms. biblio¬
thèque Grandidier, p. 9 et 10), Mayeur dit que, le 8 août 1785, étant à une
petite distance de la mer, à l’ouest de Vatomandry, port sur la côte est
(lat. 19°16'43", long. 46°38'45"), « il traversa plusieurs montagnes cou¬
vertes de bois; l’humidité de ces lieux y entretient une multitude incroya¬
ble de Sangsues qui s’attachèrent à nos voyageurs et les incommodèrent,
tant qu’ils eurent à marcher dans les sentiers bourbeux qui en étaient
remplis ».
44
650
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dumaine, directeur en chef des traites du Boi à Madagascar, se plaint
des petites Sangsues qu'il trouve en se rendant de la côte est à l’Ankay.
11 dit que, le 19 juillet 1790, dans la grande bande de forêt qui sépare le
pays des Betsimisaraka du pays d’Ankay ou des Bezanozano, au sortir du
village de Yohipeno, « les Sangsues ont été fort incommodes pour tout le
monde; elles sont beaucoup plus petites que celles d’Europe. »
C’est apparemment par ces récits que Lamarck a connu l’exis¬
tence de Sangsues terrestres à Madagascar ( r 8 1 8) . « Ces animaux,
dit-il en parlant des Hirudinées, sont en général aquatiques ;
cependant on en a observé à Madagascar qui sont constamment
terrestres, attachés aux herbes, et qui se fixent aux jambes,
piquant très fort et suçant le sang».
La présence de ces Annélides dans les forêts de la grande île
est également notée par Keller et par Nilsen-Lund (1887) : leurs
porteurs ont eu souvent à en souffrir, au cours de leurs excur¬
sions.
Dans une thèse soutenue en 1887 devant la Faculté de méde¬
cine de Bordeaux, Lallour donne encore d’intéressants détails :
Dans la baie de Passandava, située en face de notre colonie de Nosy bé
(côte N.-O. de Madagascar), existe une espèce d’Hirudinée, une petite
Sangsue microscopique que l'on rencontre, non dans l’eau, comme on
pourrait le croire, mais bien dans les herbes humides, voire même dans
les touffes des Bambous, d’où elles se laissent tomber sur les passants qui
les frôlent. Pendant les nombreuses reconnaissances que firent les soldats
et marins français en 1884 aux environs du poste d’Amboudimadirou pour
nous dégager du voisinage des Hova, nos hommes eurent beaucoup à
souffrir du fait de ces Sangsues qui s’introduisaient entre la chemise et la
peau et s’égaraient parfois dans le rectum et jusque dans le canal de l’urè¬
thre. Ces Sangsues peuvent servir et nous ont servi pour les usages médi¬
caux, mais il faut, vu leur petite taille, en employer un très grand nombre
à la fois.
* ..i. ,
Gâtât et Maistre signalent aussi ces dangereuses Annélides
dans les forêts à l'ouest de la vallée d’Ambola, auprès de Fort-
Dauphin.
Genre Mesobdella R. Blanchard, 1893.
Bibliographie. — R. Blanchard, 1898 a, 1893 b\ 1893 e, p. 18,
*n° 178 1900, p. 16. — Perrier, 1897. — Brandes, 1901, p. 884.
— Weber, 1915, p. 87.
Etymologie. — Mça-oç, intermédiaire; BosXXa, Sangsue; Sang¬
sue intermédiaire, la constitution trimère de son'somite la rap¬
prochant des Glossosiphonides.
Diagnose. — Soin i te normal trimère, c’est-à-dire formé de trois
Séance du il Juillet 1917
anneaux, comme chez les Glossosiphonides en général. Auricules
absentes. Le canal de la dernière néphridie s’unit à son congé¬
nère pour former un canal excréteur unique, aboutissant à un
pore percé sur la ligne médio-ventrale, dans le sillon unissant
le corps à la ventouse postérieure.
Type du genre et espèce unique : Mesobdella gemmata (E111.
Blanchard, 1849).
Mesobdella gemmata (Emile Blanchard, 1849).
Bibliographie. — R. Bl., 189 3 a (fîg. ) , 1 8 9 3 6, 1893 c; 1893 e,
p. 18, n° 173 (fîg.); 1893 e, p. 21, n° 178 ; 1900, p. 17 (fîg. 10-12
et pl. 1, fig. 1-2). — Perrier, 1897. — Brandes, 1901, p. 885. —
Weber, 1915, p. 88, pl. IV, fig. 33-34*
S ynonymie. — Hirndo cglindrica Em. Blanchard, 1849. — -
II. gemmata Eiu.Bl., 1849. — B.brevis Grube, 1871. — Mesobdella
Fig. 6. — Schéma de l’organisation de Mesobdella gemmata. — A gauche,
face dorsale; à droite, face ventrale.
0
breuis (Grube) R.Bl., 1893. — M. gemmata (Em. Bl.) R. Bl., 1893.
Diagnose (fig. 6). — Somites I-III monomères, c’est-à-dire for¬
més chacun d’un seul anneau ; somite IV bimère, comprenant
652
Bulletin de la Société de PathologIe exotique
deux anneaux ; soiniles V-XXII normaux, trimères, formés cha¬
cun de trois anneaux; somites XXIII-XXVI monomères. Nombre
total des anneaux complets : 62. Pores sexuels séparés par q uatre
anneaux* l’orifice mâle s’ouvrant en arrière de l’anneau 21 ou
premier anneau du somite X, la vulve débouchant en arrière de
l’anneau 25 ou deuxième anneau du somite XI. Mâchoires por¬
tant chacune de 55 à 60 dents.
Habitat. — Chili, provinces de Yraldivia et de Chiloé, entre l\o
et 43° de latitude sud.
Observations. — Dans ma première description, basée sur
l’examen d’individus peu nombreux et mal fixés, j’ai émis l’opi¬
nion que les somites XXV et XXVI, fonctionnellement moins
importants que ceux de l’extrémité antérieure, avaient disparu
sans laisser de trace. L’étude de spécimens mieux conservés
m’a permis de constater l’état monomère des somites XXIII-
XXVI, ce dernier n’étant représenté, toutefois, que par deux
petites lobes disposés de part et d’autre de l'anus. Une telle
réduction est fréquente chez les Glossosiphonides.
Le Muséum de Paris, possède, sous le nom d’ Hirudo gemmata,
un lot de cinq exemplaires (n° 175) et un autre lot de douze
exemplaires (n° 176), sous celui d II. cylindrica trois exemplai¬
res (n° 177), le tout rapporté par Gay en i843. Tous ces spéci¬
mens, examinés par moi, appartiennent à une seule et même
espèce, dont ils constituent le type. Le plus grand est long' de
16 mm. et large de 4 mm. 5; sa ventouse postérieure est circu¬
laire et large de 2 mm. Celui du Musée de Hambourg, étudié
ultérieurement, est de teinte brune, marqué à la face dorsale de
quatre raies noirâtres qui s’étendent jusque sur la ventouse
postérieure ; il est long de i4 mm. et large de 4 à 5 mm. Depuis
lors, j’ai reçu de M. J. Besnard, professeur à l’Ecole normale
d’agriculture de Santiago, trente-deux exemplaires recueillis à
El Huito, province de Chiloé. J’ai donné l’un d’eux au Musée
de Berlin (n° 2 3 1 1 ) . Ce même Musée a reçu par la suite divers
exemplaires dont Weber donne l’énumération ; ils atteignent
jusqu’à 3o mm. de long et 9 mm. 5 de large.. Mes exemplaires
d'El Huito sont de dimensions moins considérables.
Genre Philæmon B. Blanchard, 1897.
Bibliographie. — B. Bl. in Perrier, 1897. — Lambert, 1898.
— Brandes, 1901, p. 885.
Séance du ii Juillet 1917
653
Etymologie . — <ÏRÀagui(ov, qui aime le sang*.
Synonymie. — Ne pas confondre avec Philemon Gray, i 844
(Oiseau), transcription de <InÂr]p.tov, nom propre (aimant, dont le
cœur est ouvert à l’amitié). Le grec classique possède ces deux
mots, dont les racines et la prononciation sont différentes.
Diagnose. — Somite normal tétramère. Auricules présentes.
Type du genre : Ph. pungens R. Bl.
Ce genre renferme actuellement trois espèces, dont deux sont
mentionnées par Brandes.
Philæmon pungens R. Blanchard, 1898.
Bibliographie. — R. Bl. in Lambert, 1898 (description très
détaillée). — Brandes, 1901.
Diagnose (fig. 7). — Somites I-III monomères; somites IV-V'I
trimères; somites VII-XXI normaux, tétramères ; somite XXII
également tétramère, les anneaux 2 et 3 se fusionnant partielle¬
ment sur les côtés de la face dorsale ; somites XXIII-XXVI mono¬
mères. Nombre total des anneaux : 78. Pores sexuels séparés par
quatre anneaux, l’orifice mâle percé en arrière du deuxième
anneau du somite X (anneau 26), la vulve s’ouvrant en arrière du
deuxième anneau du somite XI (anneau 3o). Pores néphridiaux
sur les parties latérales de la face dorsale. Mâchoires portant
chacune environ 70 dents.
Habitat. — Sud-est de l’Australie (Victoria, Nouvelle-Galles
du Sud), Java.
Observations. — Espèce établie d’après quatre individus com¬
muniqués par le prof. Baldwin Spencer, de Melbourne : trois
gorgés de sang, le plus grand mesurant 25 mm. de long sur
7 mm. de large ; un autre, provenant du mont Wellington (Vic¬
toria), très contracté fet mesurant 10 mm. sur 4 mm. Ces exem¬
plaires, conservés au Musée de Melbourne, représentent le type
de l’espèce. La description ci-dessus est faite d’après eux. C’est
eux aussi que Lambert a étudiés; sa description, pour la partie
morphologique, est très exacte.
J’ai eu encore à ma disposition d’autres spécimens :
i° Quinze individus recueillis àDarnum et à Fernshaw (envi-
rons de Melbourne), par le Dr Ph. François. Le plus grand, très
contracté, mesure i4 mm. sur 3 mm. 5. Tous sont conformes au
type.
20 Un individu, long de 28 mm., large de 7 mm., provenant de
654
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’Upper Richmond River, N.-S.-W., recueilli en avril 1890 par
M. Richard Helms. Communiqué par PAustralian Muséum. Ega¬
lement conforme au type.
VII
V III
cf 26.27
V
? 29.30
Fig1. 7. — Organisation de Philaemon pungens .
-V’ Six exemplaires provenant de Poentjak (Java) et reçus de
M. Piepers, le 20 mai 1891. Le plus grand est long de 7 mm. et
large de 2 mm. L orifice male occupe la position normale, mais
la vulve est percée sur Panneau 3o, soit dans sa partie posté¬
rieure, soit en son milieu.
4° Un exemplaire appartenant au Muséum de Paris (n° ii3A).
Séance du ii Juillet 1917
Le somite XXII est tétramère. L’orifice mâle occupe sa position
normale, la vulve s’ouvre sur le milieu de Panneau 3o.
5° Un exemplaire provenant de Tjibodas (Java) et communi_
que par le prof. Max Weber, d’Amsterdam. Il est long de 6 mm
et large de 1 mm. Le somite XXII est tétramère. L’orifice mâle
est à sa place normale; la vulve s'ouvre en arrière du premier
anneau du somite XI (anneau 25).
La race malaise de cette espèce semble donc se caractériser
par la fixité du somite XXII et par la variation de position de
la vulve.
Les animaux en alcool présentent une teinte brique ou brun
rougeâtre, plus claire à la face ventrale. Une large bande brun
foncé court le long des flancs. Une ligne de même couleur part
des jeux de la seconde paire et se prolonge jusqu’à la ventouse
postérieure, mais sans empiéter sur celle-ci ; elle présente sur
son parcours des inflexions et sinuosités discordantes.
Philæmon minutus R. Blanchard, nova species.
Diagnose (fig. 8). — Somites I-III monomères; somites IV-V
trimères; somites VI-XXI normaux, tétramères ; somite XXII
tri ou tétramère, les anneaux 3 et 4 plus ou moins coalescents;
somites XXIII-XXVI monomères. Nombre des anneaux : 80
ou 81. Orifice mâle derrière le troisième anneau du somite X
(anneau 28) ; vulve derrière le premier anneau du somite XI
(anneau 3o).
Habitat. — Ile d'Upolu (archipel des Samoa).
Trois exemplaires du Musée de Hambourg, n° i4 (Musée
Godefroy n° 8626). D’une teinte fauve, avec quelques taches
noires irrégulières sur le dos. Le plus grand est long de 6 mm. 5.
Observation. — L'un des spécimens a le pore génital mâle percé
sur le dernier anneau du somite X (anneau 29).
Philæmon Grandidieri R. Blanchard, nova species .
Bibliographie. — R. Rl. in Perrier, 1897 ( nomen nudum). —
R. Rl. in Grandes, 1901 ( nomen nudum).
Dédicace. — Espèce dédiée à M. Alfred Grandidieii, membre
de l’Institut, le célèbre explorateur de Madagascar.
Diagnose (fig. 9 et 10). — Somites I-1II monomères ; somites 1V-V
trimères; somites VI-XXII normaux, tétramères; somites XXIII-
XXVI monomères, Orifice mâle percé sur le deuxième anneau
056 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
du somite X; vulve s’ouvrant soit derrière le deuxième anneau
du somite XI (anneau 3i), soit sur le suivant (anneau 32). Nom¬
bre total des anneaux : 81.
Fig. 8 — Organisation de Philaernon minutus.
A B
C? 27
Çj) 31-32
Fig. 9. — Organisation de
P h il a em on Grandidieri.
Fig. 10. — Variation des pores sexuels
chez Philaernon Grandidieri .
Habitat. — Forets de la côte orientale de Madagascar.
Observation. — Espèce établie d’après six exemplaires
recueillis par M. Grandidier. Ces spécimens sont très contrac¬
tés; le plus grand mesure \l\ mm. de long sur 3 mm. de large.
Genre Hæmadipsa Tennent, 1861
Bibliographie. — R. Blanchard, 189/1 «, p. 4- —
1901, p. 885.
Brandes,
Séance du ii Juillet 1917
G 57
Etymologie. — Atpa, sang- ; 8 via, soif; altéré de sang.
Synonymie. — Chthonobdella Grube, 1866. — Geobdella Whit-
3ian, 1887 ( 110,1 B lainville, 1828). — Moquinia R. Bu., 1887.
Diagnose. — Somite normal pentamère. Auricules présentes.
Type du genre : Hirudo zeylanica Moquin-Tandon, 1826.
Ce genre renferme actuellement dix espèces, dont sept sont
encore inédites; parmi ces dernières, trois sont citées par
Br ANDES.
Le genre Chthonobdella , basé sur l'écartement des pores géni¬
taux, doit tomber en synonymie : le caractère invoqué par
Grube est d’ordre simplement spécifique. J’ai montré que, chez
les Hémadipsines comme chez les autres Hirudinées, c/est la
constitution métamérique du somite qui fournit le caractère
générique.
Hæmadipsa zeylanica (Moquin-Tandon, 1826).
Bibliographie. — R. Blanchard, i 89 4 a, p. 5, fig. 5- 7 ; 1 89/4 b,
p. 1 1 3 ; 1897 «, p. 86; 1897 b, p. 335. — Brandes, 1901, p. 886.
Synonymie. — Hirudo zeylanica Moquin-Tandon, 1826; Blain-
ville, 1827. — Sanguisuga tagatla Meyen, r835. — Hirudo
( Haemopis ?) ceylanica Schmarda, 1861. — Hirudo talagalla
Schmarda, 1861. — H.jlaua Schmarda, 1861. — Raemadipsa cey¬
lanica Tennent, 1861. — Hirudo ( Chthonobdella ) sumatrana
Horst, 1 883 . — Raemadipsa japonica Wiiitman, 1886. — ffaem.
japonica Whitman, var. sexpunctata Giard, 1890. — En japo¬
nais : Yamahiru , Sangsue de montagne. Aux Philippines :
Linta , ce nom s’appliquant aussi aux Sangsues en général (1).
Diagnose. — Somites I-I1I monomères; somites IV- VI trimè¬
res; somites VII-XXII normaux, pentamères; somites XXIII-
XXVI monomères. Orifice mâle percé derrière le deuxième
anneau du somite X (anneau 29); vulve s’ouvrant derrière le
deuxième anneau du somite XI (anneau 34). Nombre total des
anneaux ; 96.
Habitat. — Ceylan, archipel Malais (Sumatra, Java, Bornéo,
Célébès), îles de la Sonde, Philippines, archipel des Riu Kiu,
Japon et sans doute aussi Formose. Voilà pour les îles. Quant
au continent : Inde, Bengale (Muséum de Paris, n° 71 bis),
Birmanie (Musée de Gènes, coll. L. Fea), presqu’île de Malacca,
(1) Ce même nom se retrouve à Madagascar. On sait que les Ilovas sont
d’origine malaise.
658
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Siam, Cambodge (Paris, n° no), Cochinchine (Paris, nos 1 1 9 et
122), Annam, Tonkin, Chine. Espèce très répandue. Fréquente
les herbes, la brousse, les plantations, les forêts; moins fré¬
quente en plaine que sur les collines et en montagne. Dans
l’Himalaya, Iîooker ( 1 854) l’observe jusqu’à une altitude de
7.000 pieds ; dans la Zemu valley, il l’observe même jusqu’à
12.000 pieds (4.000 m.). Le Muséum de Paris (n° 117) possède
un exemplaire récolté au Sikkim en 1890 par le Dr Harmand,
par une altitude de 2.000 à 2.3oo m.
Observations. — Des quatres spécimens de Cochinchine don¬
nés par IIarmand au Muséum de Paris (n° 119), deux sont nor¬
maux, les deux autres ayant la vulve sur le milieu de l’an¬
neau 34.
Le Musée de Dresde possède des exemplaires inscrits, de la
main même de Whitman, sous les noms d’ Haementeria Meyeri et
H. Leuckarti , de Célébès, et H. japonica, du Japon. J’ai reçu
de l'Institut zoologique de Tokio, en 1896, un individu portant
aussi ce dernier nom, de la main de Whitman. J’ai examiné,
dans les collections du Musée de Leyde, les types de YHirudo
(Chthonob delta) sumatrana Horst. Tous ne sont rien autre chose
que des Haemadipsa zeglanica absolument normales.
Dissimulée sous terre ou sous les feuilles et branches mortes,
pendant la saison sèche, l’Hémadipse se montre par myriades, dès
la première pluie, et se met à ramper hâtivement de toutes parts;
elle monte sur les plantes et s’y fixe par sa ventouse postérieure,
le corps dressé et battant l’air, pour être mieux à portée du pre¬
mier animal à sang chaud qu’un fâcheux hasard dirigera de son
côté. Guidée par la vue ou par un odorat si ngulièrement subtil, elle
s’agite déjà, alors que cette proie en perspective est encore à une
distance de r5 à 20 mètres ; elle se hâte dans sa direction, marchant
comme les Chenilles arpenteuses ou comme les Piscicoles. Par¬
tout où elle se rencontre, elle constitue un fléau très redoutable.
Action prédatrice et pathogène. — L’un des plus anciens récits
que nous ayons sur les Sangsues terrestres de Ceylan est celui
de Knox ; il date de i6q3. On le lira, je pense, avec plaisir :
(c Ils ont une sorte de sangsue, de la nature des nôtres, excepté qu’elles
sont d'une autre couleur et plus grosses. Elles tirent vers le noirâtre, et
sont aussi grosses qu’une grosse plume d’Oye, et longues de deux ou
trois pouces. Lors qu’elles sont jeunes elles ne paroissent pas plus grosses
qu’un crin de cheval, et il est même difficile de les voir. On n’en voit
point en temps de sécheresse ; mais d’abord qu’il a commencé à pleuvoir,
659
Séance du ii Juillet 1917
toute la campagne en est couverte. Ces Sangsues s’attachent aux jambes
de ceux qui voyagent : et comme ils marchent pieds nuds, selon la cou¬
tume du païs, ils en ont une quantité prodigieuse qui pendentà leurs jam¬
bes et qui leur succent le sang, jusques à ce qu’elles en ayent leur sou,
après quoi elles tombent d’elles-mêmes. Kl les s’attachent à eux en si
grande abondance, qu’on ne les sçauroit faire tomber aussi viste qu’elles
montent. On voit le sang couler des jambes des hommes, à mesure qu’ils
marchent; ce qui les incommode extrêmement, particulièrement ceux qui
ont quelques ulcères aux jambes, car c’est là où elles s’attachent. Il y a
des gens, qui pour s’en défaire prennent un morceau de linge, dans lequel
ils noüent un peu de Citron et de Sel, et mettent cela au bout d’un bâton,
duquel ils se frottent les jambes afin de les faire tomber. Il y en a d’autres
qui les raclent avec un Rozeau qu’ils coupent comme le trenchant d’un
couteau : mais cela est trés-incommode, et elles montent aux jambes en si
grande abondance, et si promptement, qu'on perd le temps à les en vou¬
loir oster. C’est pourquoi ils les endurent, et pendant tout le chemin qu’ils
ont à faire ils souffrent leurs morsures d’autant plus patiemment, que cela
leur est fort sain. Leur voyage étant fait, ils se frottent les jambes avec de
la cendre, pour s’en délivrer tout d’un coup : mais cela n’empêche pas que
leurs jambes ne saignent encore pendant fort long-temps. Ils en sont davan¬
tage incommodez lors qu’ils vont le soir à leur nécessitez, car comme elles
sont petites et de la couleur de leur peau, ils ne les peuvent ni voir ni
sentir, pour les oster. Bien qu’il y ait une très grande quantité de ces
Sangsues dans quelques Provinces, il y en a d’autres où il n’y en a point
du tout, et où on n’en a jamais veu : outre celles-là, on en voit aussi qui
vivent dans l’eau, de même que les nostres. »
Divers auteurs nous ont laissé des relations tout aussi pitto¬
resques ; citons, entre beaucoup d’autres : Thunherg (1796),
Hoffmeister (1847), Schmarda ( 1 86 1 ) , E. Haeckel ( i 883) pour
Ceylan ; Krusenstern (1810) pour le Japon; Meyen ( f 835) pour
Luçon ; Fr. Garnier (1872) pour l’Indo-Chine.
Entre autres faits intéressants, Thunberg rapporte brièvement
un cas de mort consécutif à une morsure de Sangsue : « Le comte
de Rantzow me conta qu’un Européen ayant arraché une de ces
sang-sues qui s’étoit, attachée à son pied, avoit péri des suites de
cette blessure qu’on avoit mabpansée. »
Dans les notes qu il a données à ce même ouvrage, Lamarck
émet l’avis très judicieux que les Sangsues terrestres de Ceylan
appartiennent à une espèce encore inconnue. « Toutes les espè¬
ces connues de ce genre, écrit-il, sont aquatiques : or, il paroit
que les sang-sues dont il est ici question sont terrestres, d’où je
présume qu’elles constituent une nouvelle espèce, dont il impor-
leroit d’avoir une description détaillée, avec la détermination
de ses caractères distinctifs. »
Avec Tyler ( 1826) l’observation médicale devient plus précise.
Cet auteur rapporte l’histoire de trois soldats qui furent mis
060
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
totalement hors de service par les ulcères et les suppurations
consécutifs aux morsures de Sangsues terrestres.
Sans insister sur ces accidents, dont la pathogénie et la diver¬
sité se comprennent d’elles-mêmes, je crois devoir emprunter à
la Nature une observation récente, qui me paraît être d’un réel
intérêt :
Les Sangsues venimeuses de Sumatra. — Parmi les 7000 praticiens qul
ont assisté au Congrès de médecine de Londres figurait un médecin hol¬
landais, le Dr Andries Verhagen, dont les journaux anglais ont conté la
tragique aventure. Fixé à Batavia, il fut chargé par le gouvernement
néerlandais d’aller étudier sur place une tenable épidémie de beri-beri qui
avait éclaté dans l’Est de Sumatra. Le navire qui le transportait fut jeté
sur des écueils par un typhon, et le docteur, accompagné d’un jeune étu¬
diant en médecine, offrit d’aller chercher assistance dans un village de
l’intérieur. Comme ils traversaient depuis (0 minutes une jungle épaisse,
le jeune homme poussa soudain un cri de douleur. Se retournant vers
lui, le docteur remarqua que trois Sangsues s’étaient attachées à ses bras.
C e sont là d’horribles Annélides, qui, logées dans les basses branches des
buissons, s’abattent sur la proie, et, non contentes de se gorger de son
sang, versent dans la blessure un venin qui produit une douleur atroce ;
la cicatrice ne s’efface jamais. Tandis que le Dr Verhagen secourait son
compagnon, d'innombrables Sangsues lui sautèrent au visage et au cou ;
pour l’en débarrasser, l’étudiant dut lui racler la peau avec une pierre
coupante. Le docteur, épuisé par la perte de sang, se traîna péniblement
jusqu’au navire, où il s’évanouit. Transporté le lendemain dans un hôpi¬
tal, il n’en sortit qu’au bout de plusieurs semaines. L’un de sesyeuxavait
été littéralement crevé et vidé par les terribles bêtes.
Toutes les Hémadipsines, sauf peut-être la Mésobdelle du
Chili, sont également agressives et capables de l'action préda¬
trice et pathogène dont il vient d’être question. En attribuant
cette action à VHæmadipsa zeylanica, nous ne prétendons nulle¬
ment que celle-ci soit seule en cause, mais elle est effectivement
l’espèce la plus nuisible, attendu qu elle a une aire de distribu¬
tion considérable et qu elle est toujours très abondan te.
J’ai examiné des milliers d’individus de cette espèce. Sa colo¬
ration et ses bandes longitudinales varient considérablement.
ScHMARDAen distingue quatre variétés \ unicolor, punctata, vittata
et brunnea ; Brandes y ajoute une variété japonica , d’après
Whitman. Ces distinctions n’ont qu'un intérêt très secondaire,
car rien ne prouve qu elles s’appliquent à la seule H. zeylanica ,
toutes les espèces du genre llaemadi psa et des genres voisins
étant alors confondues et ayant entre elles une très grande res¬
semblance. En revanche, les caractères morphologiques, tels
qu’ils sont résumés dans la diagnose, présentent une remarqua-
Séance du ii Juillet 1917
661
ble fixité, de quelque provenance que soient les individus exa¬
minés.
En outre des très nombreux exemplaires appartenant aux
différents Musées, j’ai examiné des spécimens faisant actuelle¬
ment partie de ma collection ; ils m’ont été rapportés de Bornéo
par M. Maurice Chaper, de Oeylan par M. Eugène Simon, de
Java par M. Piepers, magistrat des Indes néerlandaises et lépi—
doptérologiste bien connu.
Hæmadipsa sylvestris R. Blanchard, 1894.
Bibliographie . — R. Blm 1894 b, p. 1 1 4 ; 1897 a-> P* 88, pi. V,
fig. 9-1 1 ; 1897 b , p. 336. — Brandes, 1901, p. 889.
Diagnose (fig. 11). — Somites T- II mono¬
mères; somite III bimère ; somites 1V-YI
trimères; somites VII-XXII normaux, pen¬
tamères; somites XXIII-XXVI monomères.
Orifices sexuels percés derrière le deuxième
anneau des somites X et XI (anneaux 3o
et 35). Nombre total des anneaux : 97.
Espèce très semblable à H. zeglanica ,
dont elle diffère simplement par l'interpo¬
sition d’un petit anneau entre les yeux 3
et 4-
Habitat. — Java, Sumatra, Birmanie,
Tonkin. c
Observations. — La diagnose ci-dessus
11e tient pas compte de de la coalescence
fréquente, et d’ailleurs incomplète, des so¬
mites XXV et XXVI, coalescence qui ne
constitue en effet qu’une simple variation
individuelle.
En outre de nombreux exemplaires ap¬
partenant à différents musées, j’ai examiné
un certain nombre d’autres spécimens :
i° Quarante-huit individus envoyés de
Kebao (Tonkin), en quatre lots différents,
par le Dr Dumas; ils étaient mélangés à
Y Haemadipsa zeglanica. « Ces Sangsues,
m’écrivait le Dr Dumas, à la date du 8 dé- pjo. M __ Organisation
cembre i8q3, ont été capturées presque d 'Haemadipsa sylvestris.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
toutes sur mes jambes. On voit généralement ces animaux courir
sous bois, sur les feuilles mortes, humides ou non. »
2° Deux exemplaires recueillis à Lao-Kay (Tonkin), en 1894,
par le Dr Rigaud.
Le plus grand spécimen observé par moi appartient à la série
du Dr Dumas. Il est gorgé de sang, long de l\2 mm. et large de
y mm. 5.
La coloration générale est brun fauve. Le dos est orné sur
toute sa longueur d’une large bande jaune, portant les papilles
submédianes ; à cette bande se surajoute une raie noire
médiane, qui prend naissance sur l’anneau 2 du somite Y et
s’étend, sans le dépasser, jusqu’au somite XXIV. Les flancs sont
ornés aussi d’une large bande jaune.
Cette disposition fondamentale présente diverses variations.
Certains individus sont d’une teinte fauve uniforme, sans présen¬
ter ni taches ni bandes. D’autres, tout en offrant la disposition
normale, ont la bande jaune médiane bordée de chaque côté par
une ligne noire. D’autres encore ont la ligne noire médiane peu
distincte ou interrompue d’une façon plus ou moins régulière;
en cas d’interruption régulière, les lacunes peuvent porter sur
les anneaux 3-4, 3-5 ou 2-5 de divers somites, suivant les indi¬
vidus.
On pourrait aisément multiplier ces descriptions, mais elles
n’ont qu’un intérêt très restreint, d’abord parce qu’elles con¬
cernent des spécimens depuis longtemps conservés et décolorés
par l’alcool, ensuite parce qu’elles n’ont plus aucune valeur
systématique, en regard des dispositions morphologiques dont
nous avons montré l importance et la rigueur.
Hæmadipsa limbata (Grube, 1866).
Bibliographie. — Grube, 1866 a et 6 ; 1868. — Whitman, 1886.
— Br andes, 1901, p. 889.
Synonymie. — Hirudo limbata Grube, 1866. — Chthonobdella
limbata (Grube, 1866). — Geobdella limbata Whitman, 1886.
— Moquinia R. Bl., 1888.
Diagnose( fig. 12). — Somites I-III monomères ; somites IV-VI tri¬
mères; somites VII-XXI normaux, pentamères ; somite XXII tri¬
mère ; somiteXXIII bimère ; somites XXI V-XXVI monomères. Ori¬
fice mâle percé en arrière du deuxième anneau du somite X
(anneau 29); vulve s’ouvrant derrière le quatrième anneau du
Séance du ii Juillet 1917
663
somile XI (anneau 36). Cl i tel 1 u in comprenant les anneaux 24-38.
Nombre total des anneaux : 95.
Habitat. — Australie orientale (Queensland, Nouvelle-Galles
du sud).
Observations. — La diagnose ci-dessus est donnée d’après deux
spécimens du Musée de Vienne, rapportés d'Australie par l’ex¬
pédition de la Novara et appartenant, par conséquent, à la série
examinée par Grube. Ces deux spécimens constituent donc les
types de l'espèce.
J’ai étudié en outre deux autres lots :
i° Trois exemplaires du Queensland, envoyés par le Prof.
Baldwin Spencer. Le plus grand est long de 32 mm. et large de
6 mm. Chez tous les trois, la vulve s’ouvre sur le milieu du der¬
nier anneau du somiteXI (anneau 37 ; fig. 12 A).
20 Huit beaux spécimens donnés à ma collection par l’Aus-
tralian Muséum et recueillis à terre, en avril 1890, par M. Richard
Helms, près de l’Upper Richmond river (N. S. W.). Le plus
grand est long de 47 mm. et large de 8 mm. Chez tous, l’orifice
mâle reste fixe; la vulve occupe la position normale chez un
seul; elle est trois fois au milieu de l’anneau 37 (fig. 12 A), une
fois au bord antérieur (C) et trois fois au bord postérieur de
ce même anneau (D).
25
30
35
XI
A
B
C
d*
D G.
Fig-. 12. — Variation des pores sexuels chez Haemadipsa
limbata. Les traits renforcés, sur la figure A, indiquent
les limites du clitellum. La forme D correspond au
type normal.
Fig. i3. — Dispo¬
sition des pores
sexuels chez Hcie-
mad ipsa mors i fans .
L’espèce est donc nettement caractérisée, entre autres parti¬
cularités par l’écartement de ses deux pores sexuels, l’orifice
mâle restant fixe et la vulve s’ouvrant sept anneaux, ou même
sept anneaux et demi plus loin.
664 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Hæmadipsa fallax R. Blanchard, nova species.
Bibliographie. — R. Bl. in Brandes, 1901, p. 889 ( nomen
nu dam).
Diagnose. — Somites I III monomères ; somites IV-V tri¬
mères ; somite VI tétramère; somites VII-XXI normaux, penta¬
mères; somite XXII tétramère; somite XXIII bimère ; somites
XXIV-XXVI monomères. Orifices male et femelle derrière le
deuxième anneau des somites X et XI (anneaux 3o et 35).
Nombre total des anneaux : 97.
Habitat. — Forêts de la côte est de Madagascar.
Observations. --- Le Muséum de Paris possède deux exemplai¬
res rapportés en 1882 par Lantz (n° 1 43) et un autre spécimen
rapporté en 1890 par Gâtât (n° i4b A). J’ai étudié en outre onze
exemplaires qui m ont été remis par M. Alfred Grandidier. Le
plus grand était long de 16 mm.
Par la position des ses pores génitaux, cette espèce est repré¬
sentative d ' Haemadipsa zeglanica dans la' faune malgache. Elle
s’en distingue très nettement par la constitution des somites
VI et XXII.
Hæmadipsa mor^itans R. Blanchard, nova species.
Bibliographie. — R. Bl. in Brandes, 1901, p. 889 ( nomen
nudum ).
Diagnose (Tig. i3). — Somites 1-I1I monomères; somites 1V-V
trimères; somite VI trimère ou tétramère, les deux anneaux anté¬
rieurs bien distincts étant suivis de deux autres anneaux plus ou
moins coalescents; somites VII-XX normaux, pentamères ; somite
XXI formé de 4 ou 5 anneaux, les deuxième et troisième plus ou
moins coalescents ; somite XXII formé de 3 ou 4 anneaux, les
troisième et quatrième plus ou moins coalescents; somites XXIII-
XXVI monomères. Pores sexuels derrière le troisième anneau
des somites X et XL Clitellum comprenant les quatre derniers
anneaux du somite IX, les somites X et XI et le premier anneau
du somite XII. Nombre total des anneaux : q3 à 96, suivant
l’état des somites VI, XXI et XXII.
Habitat. — Forêts de la côte orientale de Madagascar.
J’ai étudié des exemplaires recueillis par M. A. Grandidier et
d’autres acquis de Sikora. Le plus grand était long de i3 mm. et
665
Séance du ii Juillet 1917
Haemadipsa vagans R. Blanchard, nova species .
Bibliographie. — R. Bl. in Brandes, 1901, p. 889 [nomen
nudum).
Diagnose (fig. i4)* — Somites I-III monomères; somites IV-V
trimères; somite VI tétramère, les deux derniers anneaux parfois
30
35
40
A
B
Fig. 14. — Variation des pores sexuels chez Haemadipsa uagans.
plus ou moins coalescents à la face ventrale ; somites VII-XXII nor¬
maux, pentamères; somites XXIII-XXVI monomères. Nombre total
des anneaux, 97. Orifice mâle percé en arrière du deuxième anneau
du somite X (anneau 3o) ; vulve s’ouvrant soit derrière le qua¬
trième anneau (fig. i4 A), soit sur le quatrième (B), soit sur le
cinquième (G), soit même derrière le cinquième anneau du
somite XI (anneau 38 ; fig. i4 D). De ces trois positions, la pre¬
mière est la plus fréquente.
Habitat. — Madagascar (forêts de la côte orientale, grande
forêt de la montagne d’Ambre, région de Diego-Suarez).
Plusieurs exemplaires du Muséum de Paris, rapportés en 1871
par Lantz (n° 1 45) et en 1890 par Gâtât (n° 1 4G) ; l’un des trois
exemplaires de Lantz est long de 32 mm. et large de 9 mm.
Un autre donné par M. A. Grandidier ; il est gorgé de sang et
provient des forêts de la côte orientale. Huit spécimens rap¬
portés par M. Alluaud de la grande forêt de la montagne d’Am¬
bre ; il a le dos très élégamment marbré de noir sur fond fauve
clair. Deux autres encore, de la région de Diego-Suarez, égale¬
ment recueillis par M. Alluaud.
Haemadipsa Braueri R. Blanchard, nova species.
Diagnose (fig. i5). — Somites I-III monomères ; somite IV
trimère. Pores sexuels occupant une position variable, séparés
par 12 ou i3 anneaux. Orifice mâle sur le somite IX, ordinaire¬
ment derrière l’anneau 27, plus rarement derrière l’anneau 26,
45
666
Bulletin ds la Société de Pathologie exotique
sur l’anneau 28 ou même derrière Panneau 28. Vulve sur le
somite XI, ordinairement derrière Panneau 39, fréquemment
aussi sur ce même anneau. Anneaux 10, i5, 20 et ainsi de
suite, de cinq en cinq, jusques et y compris Panneau 85, plus
ou moins fusionnés avec Panneau suivant, dans la portion
médio-ventrale. Deux rangées longitudinales de 16 papilles
siégeant sur les deux anneaux coalescents, en dehors des por¬
tions fusionnées. Anneaux 90-91 plus ou moins coalescents.
Nombre des anneaux : 96. Auricules absentes, mais les pores
néphridiaux de la dernière paire s’observent bien à leur place
habituelle, sur les côtés de la face dorsale, dans le sillon sépa¬
rant le corps de la ventouse postérieure.
Habitat. — Archipel des Seychelles (îles Mahé et Silhouette).
Dix-sept exemplaires recueillis en 1897 par le Prof. A.Brauer,
actuellement directeur du Musée zoologique de Berlin.
Observations. — Espèce très remarquable, portant sur le dos
trois bandes noires longitudinales, plus ou moins nettes. Le plus
grand individu est long de 12 mm. et large de 3 mm. Il a été
impossible de voir les papilles segmentaires et les pores néphri¬
diaux, sauf ceux correspondant aux auricules. En l’absence de ces
Fig. i5. — Schéma de la dispositioa de la face ventrale et variations des
pores génitaux chez Haemadipsa Braueri. La métamérisation indiquée est
hypothétique.
caractères fondamentaux, la division métamérique n’a pu être
indiquée dans la diagnose^ mais celle-ci 11’en est pas moins pré¬
cise, en raison des autres particularités. Supposant que les
papilles sériaires de la face ventrale correspondent aux pores
néphridiaux, et qu’ainsila coalescence interannulaire intéresse¬
rait le dernier et le premier anneau de deux somites distincts,
Séance du ii Juillet 1917 067
j’ai établi sur la figure i5 une métamérisation qui n’est encore
qu’hypothétique.
Les diverses dispositions des pores génitaux ne sont pas égale¬
ment fréquentes. Sur dix-sept exemplaires, j’ai observé neuf fois
la disposition A, deux fois chacune des dispositions B, G et D,
une fois la disposition E, une fois aussi une autre disposition
non figurée, mais indiq uée plus haut.
Hæmadipsa noxia R. Blanchard, nova species.
Diagnose. — Somites I-II1 monomères; somitesIV-V trimères,
le dernier anneau du somite V étant parfois dédoublé à la face
dorsale; somites VI-XXI normaux, pentamères; somite XXII
tétra ou pentamère, le deuxième anneau étant parfois confusé¬
ment dédoublé à la face dorsale ; somites XXIII-XXVI monomères.
Nombre total des anneaux : 97 à 99, suivant l’état des somites
V et XXII. Orifices sexuels sur le troisième anneau des somites
X et XI.
Habitat. — Moroka, par i.3oo mètres d’altitude (Nouvelle-
Guinée anglaise).
Sept exemplaires recueillis par L. Loria, en juillet 1893
(Musée civique de Gênes). D’une teinte gris fauve, avec quelques
petites taches noires sur le dos. Le plus grand exemplaire est
long de 24 mm.
Hæmadipsa papuensis R. Blanchard, nova species.
Diagnose. — Somites I-III monomères; somite IV-V trimères!
somite VI tétramère ; somites VU-XXI normaux, pentamères ;
somite XXII tri ou tétramère, le dernier anneau étant parfois
dédoublé à la face dorsale ; somites XXIII XXVI monomères.
Nombre des anneaux : 95 ou 96, suivant l’état du somite XXII.
Orifice mâle sur le troisième anneau du somite X (anneau 3r) ;
vulve s’ouvrant soit derrière le troisième anneau du somite XI
(anneau 36), soit sur le quatrième (anneau 37).
Habitat. — Moroka (Nouvelle-Guinée anglaise), par r.3oo mè¬
tres d’altitude, 9°25r lat. S. et 1 47°45 A long. O., méridien de
Greenwich.
Trois exemplaires recueillis par L. Loria, en juillet 1893
(Musée civique de Gênes). Le plus grand mesure 25 mm. de
long.
I
668 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Hæmadipsa Dussumieri R. Blanchard, nova species.
Diagnose. — Somites I-III monomères; somite IV trimère ;
somiles V-VII comprenant i3 anneaux (la limite des somites
étant inapparente); somites VIII-XXII normaux, pentamères;
somites XX1II-XXVI comprenant 5 anneaux. Nombre des
anneaux : 99. Auricules petites. Orifice mâle derrière le deuxième
anneau du somite X (anneau 3 1 ) ; vulve s’ouvrant sur le deuxième
anneau du somite XI (anneau 36).
Habitat. — Inconnu. Spécimen recueilli par Dussumier
(Muséum de Paris, n° 198), long- de 36 mm., large de 5 mm.
Observation. — La collection d’Hirudinées du Muséum d’his¬
toire naturelle renferme diverses Sangsues recueillies par Dus¬
sumier en i83o, soit sur la côte du Malabar (nos 78, 79, 82), soit
sur la côte de Coromandel (n° 83). Il est donc probable que l’Hé-
madipse en question provient aussi du sud de PHindoustan.
Genre Phytobdella R. Blanchard, 1894
Bibliographie. — R. Bl., 1894 p. 6. — Brandes, 1901, p.
8ç)0'
Etymologie. — <î>’jpov, plante ; (3osXXa, Sangsue; Sangsue qui
vit parmi les plantes.
Diagnose. — Somite normal hexamère. Auricules petites.
Type du genre : Pli. Mèyeri R. BL, 1894.
Ce genre comprend deux espèces.
Phytobdella Meyeri R. Blanchard, i8q4-
Bibliographie. — R. Bl., 1894 p. 6, fig. 8-10. — Brandes,
1901, p. 890.
Diagnose. — Somites I-III monomères; somites IV et V tétra-
mères, les deux derniers anneaux incomplètement séparés ;
somite VI pentamère; somites VII XXI hexamères, le quatrième
et le cinquième anneaux incomplètement séparés, tout au moins
dans la partie antérieure du corps ; somi te XXII té tram ère ; somi¬
tes XXIII-XXVI monomères. Pores sexuels percés respectivement
derrière le troisième anneau des somites X et XI (anneaux 37 et
43). Nombre des anneaux : 1 1 4 * Auricules petites.
Habitat. — Philippines (Luçon, Mindanao), Nouvelle-Guinée.
Observations. — Le type de l’espèce est représenté par un
exemplaire unique, appartenant au Musée de Dresde et recueilli
669
Séance du ii Juillet 1917
en 1872 par le Conseiller auliqne A. B. Meyer, directeur de ce
Musée, auquel l’espèce est dédiée. Ce spécimen est gorgé de sang
et long de 23 mm. D’une teinte générale fauve clair, ii porte
sur les flancs une bande jaune ou orangée et sur les parties laté¬
rales du dos une large bande fauve foncé.
Le Muséum de Paris possède divers exemplaires : 2 spécimens
provenant du nord-est de Mindanao, recueillis par Montano en
1881 (n° 128 bis A) ; 1 1 spéci mens de Luçon, en bel état, recueil¬
lis par Marche en 1880 (n° 209 A); un spécimen des Philip¬
pines, sans autre précision, également rapporté par Marche en
1882 (n° 210 A). Le Musée de Breslau renferme un exemplaire
rapporté des Philippines par Semper. Le Musée civique de Gênes
en a un de Sorrong (nord-ouestde la Nouvelle-Guinée), rapporté
par Beccari en 1875. On observe, chez ces divers individus, de
légères variations de position des pores sexuels.
Phytobdella moluccensis R. Blanchard, 1897.
Bibliographie. — R. Bl., 1897 «, p. 88. — Brandes, 1901, p.
890.
Fig- 16. — Organisation de Phytobdella moluccensis .
670
Bulletin ue la Société de Pathologie exotique
Diagnose (fig. 16). — Somites I-III monomères; somite IV tri¬
mère; somite V tétramère ; somite VI pentamère ; somite VII penta
ou 'hexamère, le quatrième et le cinquième anneaux plus ou
moins coalescents; somites VI1I-XX hexamères ; somite XXI penta
ou hexamère, par fusion plus ou moins complète des quatrième
et cinquième anneaux ; somite XXII tétramère ; somites XXIII-
XXVI monomères. Orifice mâle sur le troisième anneau du so¬
mite X, vulve derrière le quatrième anneau du somite XI Nombre
des anneaux: iii à 1 i3, suivant l’état de coalescence des somites
Vil et XXI.
Habitai. — Archipel des Moluques (îlesMorotai et Salawali).
Observations. — Espèce établie d’après un exemplaire appar¬
tenant au Musée de Leyde, long de 1 8 mm. et large de 3 mm. 5
(n° 35). Le Musée de Berlin possède aussi deux spécimens de
cette même espèce. ,
Genre Planobdella, K. Blanchard, i 8g4 -
Bibliographie. — R. Bl., i8g4 «, p. 6. — Brandes, 1901,
p. 890.
Etymologie. — IlXàvoç, vagabond ; (38éXXa, Sangsue.
Diagnose. — Somite normal heptamère, c’est-à-dire formé de
sept anneaux. Auricules petites ou nulles.
Type du genre : PL Quoyi R. Bl., 1897.
Ce genre comprend deux espèces.
Planobdella molesta Ft, Blanchard, 1894.
Bibliographie. — B. Bl., 1894 a, p. 6, fig. 1 1 - 1 3 . — Brandes,
i.joi, p. 891.
Diagnose. — Somites I-III monomères; somite IV tétramère.
Orifice mâle entre les anneaux 3g et 4o, vulve onze anneaux
plus loin, entre les anneaux 5o et 5i. Nombre des anneaux : 1 3 1
à 1 33, suivant que les anneaux 12 et 124, simples à la face ven¬
trale, sont ou non dédoublés à la face dorsale. Auricules non
apparentes.
Habitat. — Célébès (mont lvlabat).
Observations. — Un seul exemplaire, recueilli par Meyer et
appartenant au Musée de Dresde. Long de 17 mm., large de
3 mm. D’un fauve uniforme; le dos porte quatre bandes noires
longitudinales, deux latérales naissant derrière les yeux de la
quatrième paire, mais passant en dehors des yeux de la cin-
Séance du ii Juillet 1917
671
quième paire, et deux submédianes. Papilles segmentaires et
pores néphridiaux non apparents, ce qui ne permet pas de pré¬
ciser la division métamérique du corps;
toutefois, la comparaison avec l'espèce sui¬
vante indique nettement que le somite nor¬
mal est heptamère.
rv
Planobdella Quoyi R. Blanchard, 1897
Bibliographie . — R. Bl., 1897 a, p. 90
(fig.). — Brandes, 1901, p. 891.
Diagnose (fig. 17). — Somites I-1I mono¬
mères ; somite III bimère ; somite IV tétra-
mère ; somite V hexamère, les deux derniers
anneaux étant fusionnés à la face ventrale;
somites VI et VII hexamères, le cinquième
anneau très court, intercalaire; somites
VIII-XXI normaux, heptamères, le sixième
anneau très court et comme intercalaire
sur les somites VIII-IX, aussi développé
que les autres sur les somites X-XXI ; somite
XXII pentamère, les quatre premiers an¬
neaux étant fusionnés deux à deux à la
face ventrale; somites XXIII-XXVI repré¬
sentés par les cinq derniers anneaux. Orifice
mâle percé sur ou derrière le troisième
anneau du somite X (anneau 43); vulve
débouchant neuf anneaux plus loin, der¬
rière le cinquième anneau du somite XI
(anneau 52). Nombre des anneaux : 1 35.
Habitat . — Célébès, Bornéo.*
Observations. — Espèce découverte par
Quoy et Gaimard, en 1829, au cours de l’ex¬
pédition Dumont d’Urville. Les spécimens
de cette provenance sont conservés au
Muséum de Paris (nos 112, n4, ii5 A et
192) ; l'un de ces spécimens (n° 1 14) est long
de 32 mm., un autre (n° 192) mesure 4o mm.
à l’état de contraction. 11 s’agit donc d une
espèce de grande taille, comme le montre
d'ailleurs le grand nombre des anneaux.
cf
VI
vit
VJII
IX
XI
XII
XXI
Xxn
Fig. 17. — Organisation
de Planobdella Oaoyi.
672
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le Musée de Leyde possède aussi vingt-trois exemplaires, recueil¬
lis par Riedel à Menado (Célébès), en i885. Entre autres carac¬
tères, cette espèce se distingue tout de suite à ce que son somite
III est bimère ; elle est, par rapport à PI. molesta, exactement
dans les mêmes relations que Y Haemadipsa sijlvestris à l’égard
de VH. zeylanica.
Le Musée de Breslau possède six exemplaires provenant de
Bornéo, donnés autrefois par le Musée de Vienne (collection
Grube). Tous onl la vulve percée derrière le quatrième anneau
du somite XL Ils sont, quant au reste,- conformes au type de
Célébès.
Ici devrait se placer la Xerobdella Lecomtei, curieuse Hiru-
dinée des Alpes du sud de l’Autriche. J eu ai donné autrefois
une description complète (1892). Elle se nourrit de Vers de
terre et recherche peut-être aussi la Salamandre noire ( Sala -
mandra atra), qui vit dans les mêmes parages. Elle n’attaque
jamais ni l’Homme ni les Vertébrés à sang chaud. Je me borne
donc à la citer pour mémoire.
Les Hémadipsines constituent, parmi les Annélides, un groupe
bien défini, formant une série vraiment remarquable au point
de vue de la morphologie métamérique du corps. On chercherait
vainement, dans les autres ordres ou familles de Vers, un
ensemble aussi homogène et aussi démonstratif. Comme objets
d'enseignement, elles méritent donc de fixer l’attention et de
figurer dans les Musées et les collections de laboratoire. Elles le
méritent également, en raison de leur rôle prédateur si accentué,
en attendant qu’on leur puisse attribuer, comme c’est à prévoir,
une importance nouvelle, en tant que transmetteurs de maladies
i nfectieuses.
Ces Sangsues aussi intéressantes que redoutables sont repré¬
sentées dans un bon nombre de collections publiques, mais les
exemplaires que celles-ci renferment ne peuvent servir aux
études morphologiques auxquelles je viens de faire allusion :
ils sont, en général, très contractés et ne laissent aucunement
soupçonner les intéressantes constatations que Ton peut faire
sur eux. Il est donc nécessaire de faire entrer dans les collée-
Séance du ii Juillet 1917
673
tions de nouveaux représentants, mieux préparés, de cette inté¬
ressante série d’Annélides. Cela ne présente pas de difficulté
réelle, attendu que ces animaux abondent dans maintes contrées
où les Européens sont établis.
Le moyen le plus simple, sinon le meilleur, pour obtenir des
spécimens bien préparés consiste à verser brusquement de beau
bouillante sur les animaux vivants. Ils se contractent, se relâ¬
chent et meurent en extension, souvent même en extension com¬
plète. On les retire aussitôt et on les place soit dans les réactifs
fixateurs, soit dans l’alcool. Le tégument est intact, les anneaux
sont bien marqués, les papilles segmentaires sont bien mises en
évidence, les pores néphridiaux sont eux-mêmes très apparents,
le liquide exprimé au moment de la contraction brusque se coa¬
gulant par la chaleur au pourtour même de l’orifice d’excrétion.
J’engage vivement les voyageurs, naturalistes, médecins et
personnes de bonne volonté, qui parcourront les pays à Sangsues
terrestres, à préparer par ce procédé des collections de ces Anné-
lides. Eli es doivent figurer désormais dans nos laboratoires et
la présente monographie* basée uniquement sur la morphologie,
appelle .maintenant des études plus approfondies, d'ordre ana¬
tomique et d’ordre expérimental.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE
1888. — R. Blanchard, Hirudinées. Diclionn. encycl. des sc. mèd ., (4),
XIV, p. 129, avec 14 fig. dans le texte.
1892. — R. Blanchard, Description de la Xerobdella Lecomtei. Mémoi¬
res de la Soc Zool. de France, V, p. 539-553, avec 9 figures dans le texte.
1893 a. — R. Blanchard, Courtes notices sur les Hirudinées. — VIII. Sur
YHirudo brevis Grube, 1871. Bull, delà Soc. Zool. de France , XVIII, p. 26,
avec 4 figures dans le texte. — Notice , Ier suppl., p. 18, n° 173.
1893 b. — R. Blanchard, Sur une Sangsue terrestre du Chili. C. R.
Acad des sc., CXVI, p. 446. — Notice, 2e suppl., octobre 1908, p. 38, n°257.
1893 c. — R. Blanchard, Courtes notices... — XIH. Sur les Hirudocylin-
drica et H. yemmata Blanch., 1849. Bull. Soc. Zool. de France , XV11I,
p. 110. — Notice , 2e suppl.* p. 21, n° 178.
1893 d. — R. Blanchard, Révision des Hirudinées du Musée de Turin.
Bolleltino dei Musei di zool. edanat. comp . délia R Unie, di Torino , VH I,
n° 145, in-8 de 32 p. avec 13 fig. dans le texte.
1893 e. — R. Blanchard, Notice sur les titres et travaux scientifiques ,
1er supplément ; cf. pp. 16-28, nos 166 185.
1893 f — R. Blanchard, Notice sur les titres et travaux scientifiques ,
1er supplément, septembre 1893, p. 16-28, nos 166-185.
1894 a. — R. Blanchard, Révision des Hirudinées du Musée de Dresde.
Abhandlungen und Berichte des k zool. und anthrop. ethnogr. Muséums
674 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
zu Dresden , 1892-1893, n° 4, grand in-4 de 8 pages avec une planche. —
Notice , 2e suppl., p. 40, n° 265.
1894 b. — R. Blanchard, Viaggiodi Leonardo Eea in Birmania e région i
vicine. — LVII. Hirudinées. Annali del Museo civico di sloria nat . di
Genova, XXXIV, pp. 113-118. -- Notice, 2e suppl., p. 40, n° 266.
1896. — R. Blanchard, Viaggio del dott. A. Borelli nella Republica
Argentina e nel Paraguay. — XXL Hirudinées. Bolietlino dei Musei di
zool. edancit. comp. délia R . Univ.di Torino , XI, n°263, in-8 de 24 pages
avec 9 fig. dans le texte.
1897 a. — R. Blanchard, Hirudinées du Musée de Leyde. Notes from
the Leyden Muséum, XIX, pp. 73-113, avec 3 planches et 17 figures dans
le texte. — Notice , 2e suppl., p. 42, n° 273.
1897 b. — R. Blanchard, Ilirudinées des Indes néerlandaises. Zoolog.
Ergebnisse einer Reise in niederlandisch Os t- Indien, herausgegeben von
Dr Max Weber, IV, pp. 332-356, avec 11 figures dans le texte. — Notice,
2e suppl., p. 43, n° 274.
1900. — R. Blanchard, Ilirudineen. Hamburger Magalhaensische Sam-
melreise, grand in-8 de 20 p. avec une planche et 13 fig. dans le texte.
1908. — R. Blanchard, Notice sur les titres et travaux scientifiques,
2e supplément; cf. pp. 36-44, nos 243-275 bis.
1901. — G. Brandes, voir Leuckart.
1810. — Dumaine, Voyage au pays d’Ankay Annales des voyages de
Malte-Brun, XI, p. 163.
1866 a. — Grube, Von Landblutegeln aus Südaustralien. Jahres-Rericht
der schles. Ges . für valerlandische Cultur , XLIII (1865), p. 66.
1866 b . — Grube, Verhandl. der k. k. zool. bot. Ges. Wien . XVI,
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1868. — Grube, Anneliden. Reise der ôslerr. Fregatle Novara, Zool.
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1854. — J. D IIooker, Himalayan Journals. Londres, 2 vol in-8 ; cf.
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1887. — G. Keller. Reisebilder ans Ostafrika und Madagascar . Leipzig,
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Orientales. Traduit de l’anglais. Amsterdam, 2 vol. in-12; cf. 1, pp. 63 65.
1887. — A. Lallour. Contribution à la géographie médicale La baie de
Passandava et le poste d' Amboudimadirou. Thèse de Bordeaux. — Les
deux noms géographiques ci-dessus doivent s orthographier
et Ambolimadiro.
1796. — Lamarck, voir Thunberg.
1818. — Lamarck, Histoire naturelle des animaux sans vertèbres. Paris,
V, p. 289.
1897. — A. M. Lambert, The structure of an australian Land Leech
Proceed. of the R. Soc. of Victoria , (2), X, pp. 211-235, pi X-XIV. — Des¬
cription de Philæmon pungens R. RL. d’après des spécimens déterminés
par moi, appartenant au Musée de Melbourne.
1901. — 1t. Leuckart, Die Parasilen des Menschen. Leipzig, 2e édition,
I, fascicule 6 et dernier, rédigé par G. Brandes, après la mort de l'auteur.
— Cf. pp. 856-897, passim et notamment p. 884-897.
1897. — Edm. Perrier, Traité de zoologie , fascicule IV, p. 1759
1796. — G. P. Thunberg, Voyage au Japon, par le cap de Bonne Espé -
s • -? .
Pl. VIL
R. Blanchard
SANGSUES ÏEUKESTKES
675
Séance du ii Juillet 1917
rance , les isles de la Sonde , etc. Paris, 2 vol. in-4, an IV. Traduit par
L. Langlès, avec des notes de J. -B. Lamarck sur l’histoire naturelle ; cf. II,
p. 438.
1826. — Tyler, On the bite of the Ceylon Leech. Edinburgh new philos .
Journal , I, p. 375.
1913. — Verhagen. La Nature , n°2108, p. 162 des annexes, 18 octobre.
1913. — M. Weber, Hirudinées colombiennes. Mém. de la Soc. neuchâ-
teloise des sc. nal., V, pp. 731-747.
1915 — M. Weber, Monographie des Hirudinées sud-américaines.
Neuchâtel, in-8 de 134 p. et 6 planches : cf. pp. 87-93.
1886. — C. O. Whitman. The Leeches of Japan. Quarterly Journal of
micr. sc.} (2), XXVI, p. 317.
EXPLICATION DE LA PLANCHE VII
Toutes les figures se rapportent à Y Haemadipsa zeglanica , pour montrer les
variations de la pigmentation.
Fig. 1-2. — Individu deBirmanie. X 2,5.
Fig. 3— 4* — Individu de Java, envoi de M. Piepers. X 5.
Fig. 5-6. — Deux individus de Java, envoi de M. Piepers. X 3*
Fig. 7. — Individu de Ceylan, rapporté par M. Eugène Simon. X 7-
Fig. 8. — Individu de Bornéo, rapporté par M. Chaper. X 3,5.
Fig. 9. — Individu de Mindanao (Philippines), rapporté par Montano en
1881 (Muséum de Paris, n° 123 bis). X i>8-
Fig. 10. - Individu du Tonkin. X 3.
Fig. 11. — Individu de Sumatra. X 4-
Fig. 12. — Individu de Ceylan (Musée de Dresde). X 2*
Les figures 2-5, tirées dans le texte, ont été dessinées par A. Millot d’après
cet exemplaire. X 6.
Fig. i3. — Individu de Calcutta, rapporté par le Dr Harmand en 1886
(Muséum de Paris, n« 108). X i>8.
Fig. i4- — Individu de Candy (Ceylan), rapporté par Deschamps en 1889
(Muséum de Paris, noi2i). X 2,5.
676
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIOUES
Archives Médicales Belges, 70e année, f. 5, mai 1917.
British Medical Journal, nos 2946-2949, 16 juin-7 juillet 1917.
Caducée, n° 6, i5 juin 1917.
Cronica rnedica, nos 647 et 648, mai et juin 1917.
Geneeskundig Tij dschrift voor Nederlandsch-Indië, t. LVII,
f. 1, 1917 ; suppl. t. LYI, f. 1.
Indian Journal of Medical Besearch, t. IV, f. 4> avril 1917.'
Journal of Tropical Medicine and Hygiene, f. 12 et i3, i5 juin
et 2 juillet 1917.
Malaria et malattie dei paesi caldi, t. VIII, f. 2, mars-avril
r9r7-
New-Orleans Medical and Surgical Journal, t. LXIX, f. 12,
juin 1917.
Proceedings of the Medical Association of the Isthmian Canal
Zone , t. IX, f. 1.
Beview of Applied Entomology , sér. A et B, t. V, f. 6, juin 1917.
Bevue scientifique , nos 12 et i3, 16 juin-7 juillet 1917.
Tropical Diseases Bulletin, t. IX, f. 9, i5 juin 1917.
Tropical Veterinarg Bulletin , t. V, f. 2, juin 1917.
VOLUMES ET BROCHURES
Dienst der Pestbestri jding (Service antipesteux), rapports de
1915 et 1916, Batavia, Java.
Report of the Bir. G1, of Public Health , New South Wales, for
1914, Sydney, 1916.
A. P. Chàlmers et Selim Atiyah. Acantliokeratodermia præcor-
nufaciens.
Le Gérant : P. MASSON.
LAVAL.
IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cla
Tome X.
*90
No 8.
BULLETIN
DEC 6- 1917
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Séance du 10 octobre 1917
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SOMMAIRE DU NUMÉRO 8
Séance du 10 octobre 1917
A PROPOS DU» PROCES-VERBAL
J. Bridré. — Sur l’agalaxie contagieuse en Algérie . 677
CORRESPONDANCE
Lettre du Ministre des Colonies à propos du Projet d’organisation de
l'Hygiène aux Colonies et dans les pays de Protectorat ....
PRÉSENTATIONS
A. Laveran. — Traité des Leishmanioses .
H. Violle. — Anopheles bifurcatus capturé dans la Côte d’Or
élections .
COMMUNICATIONS
L. d’Anfreville. — La lutte antipaludéenne à Salé (Maroc)
M. Blanchard. — Un cas d’Œrbiss, ou pseudomyiase rampante, à Grand-
Bassam (Côte d’ivoire) .... ....
Ch. Commes. — L’eau du Niger et l’helminthiase intestinale
G. Greggio. — Quelques observations sur la durée moyenne
trypanosés en traitement .... ....
A. Lamoureux. — Le paludisme autochtone de la rég'on du lac Presba
(Albanie du Sud) . . ...
A. -Léger et R. Le Gallen. — Elude expérimentale du pouvoir
de Spirocfiœta crocidurœ
M. Leger et P. Mouzels.
d’une Anatidée .
L. Moreau. — Sur un cas d’amibiase hépatique autochtone
lobe gauche. Iniervention chirurgicale. Guérison .
Ch. Nicolle. — Chronique du kala-azar en Tunisie.
L. Parrot. — Du délire et des réactions psychomotrices dans la fièvre
récurrente algérienne. . . O92
J. Rodhain et F. Van den Branden. — Essais de transmission des parasites
Voir La suite du sommaire page III de La couverture
de vie des .
Hématozoaire endoglobulaire non
pathogène
pigmenté
Abcès du
678
679
679
680
710
72b
73o
7*9
7°7
694
699
696
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H
de la malaria à la roussette, Cynonycteris straminea (Note prélimin.) 704
Ë. Roubaud. — Méthodes rapides pour les examens de sang- paludéen en
goutte épaisse ... . 702
E. Roubaud. — Nouveau cas de paludisme contracté sur le front français. 70O
Et. Sergent. — Sur un Leucocytozoon de la perdrix rouge d'Algérie
(Perdix rubra Brisson . . ... ... 701
W. Stefko. — Piroplasmose et anaplasmose en Turquie (1916) . . . 72/i
W. Stefko. — Deng-ue à Trébizonde (Turquie) en 1916 . 724
W. Stefko. — Deux cas de bubon climatérique . 724
L Stévenel. — Essais de traitement de la lèpre par des injecf ions intra¬
veineuses d’émulsion d’hui /e de Chair Imûogra . . ... 684
E. W. Suldey. — Epidémie de méningite cérébro-spinale à méningoco¬
ques (? j à Madagascar. . (>8q
F. Van den Branden. — Syphilides psoriasi formes contluentes chez un
Noir . . 088
F. Van den Branden. — La roussette, Cynonycteris straminea, animal de
Laboratoire . . . . ........ . 1S1
R. Van Saceghem. — Contribution à l'étude de la dermite granuleuse
des Equidés . . . 726
H. Velu. — Nouvelles recherches sur la pyothérapie de la lymphangite
épizootique .... . . G81
MÉMOIRES
A. J. Chalmers et W. Pekkola. — Enteromonas ho/ninis da Fonseca 1916
chez un soldat anglais . . • 7 50
R. Jemma. Courte notice historique sur l’emploi de l’antimoine dans
le traitement de la leishmaniose interne . '. . . 762
M. Léger. — La Lèpre à la Guyane française et, ses réglementations
successives .... . . ' . 733
M. Leger. — Le Paludisme à la Guyane française; Index endémique
des diverses localités . . 749
Ouvrages reçus , . . . . 770
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Dixième année
'9*7
N° 8.
“BULLETIN
DE LA
Société de Pathologie
exotique
SÉANCE DU 10 OCTOBRE I 9 I 7 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
A propos du procès-verbal
M. Bridré. — Je désire faire une simple remarque au sujet du
mémoire de MM. Sergent et Roig sur « l’agalaxie contagieuse
des chèvres en Algérie » (i).
L?épizootie à laquelle MM. Sergent et Roig ont assisté date de
1908 et son origine n’a pas été établie. Il est fort possible qu’elle
ait eu pour point de départ l’introduction, en Algérie^ d’une
chèvre malade. En tout cas, les auteurs reconnaissent eux-mêmes
que, depuis celte époque, aucun cas d’agalaxie contagieuse n’a
été signalé et rien, dans leur travail, ne les autorise à émettre
une affirmation qui figure en tête de leurs conclusions et dont
l’importance leur a certainement échappé : « l’agalaxie conta¬
gieuse des chèvres, écrivent-ils, existe en Algérie ». a A existé »
serait l’expression exacte.
(1) Voir ce Bulletin , séance du n juillet, p. 5y5.
46
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
678
Correspondance
Le Président. — J’ai reçu la lettre suivante deM. le Ministre
des Colonies :
Monsieur,
J’ai l’honneur de vous accuser réception du projet d’organisa¬
tion des Services d’Hygiène Publique dans nos Colonies et Pro¬
tectorats, présenté à la Société de Pathologie exotique par M. le
Docteur d'ANFRE ville et que vous avez bien voulu m’adresser.
Je vous remercie de cette communication dont mon Départe¬
ment compte tirer parti quand les circonstances le permettront.
Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma considération
distinguée.
Pour le Ministre et par son ordre ;
U Inspecteur Général Président du Conseil Supérieur
de Santé des Colonies :
A. Kermorgant.
Présentations
Présentation d’un Ouvrage intitulé : Leishmanioses
Par A. Laveran
J’ai l’honneur de faire hommage à la Société de pathologie
exotique d’un volume que je viens de publier ; il a pour titre :
Leishmanioses et pour sous-titres : Kala-azar , Bouton d'Orient ,
Leishman iose amèrica ine.
Les leishmanioses ne sont pas des maladies nouvelles, mais
c’est seulement en 1908 que les Protozoaires microscopiques,
connus aujourd’hui sous le nom de Leishmania , qui sont les
agents de ces maladies, ont été découverts.
Séance du io Octobre 1917
679
Les leishmanioses affectent deux types cliniques principaux :
la forme viscérale ou kala-azar et la forme cutanée ou bouton
d’Orient. Il ne s'agit pas de maladies rares, spéciales à quelques
régions des pays chauds ; le kala-azar notamment a une grande
extension à la surface du globe, non seulement en Asie et en
Afrique, mais aussi dans l’Europe méridionale : Italie du Sud?
Sicile, Malte, Grèce. La leishmaniose de la peau et des
muqueuses est très répandue dans l’Amérique du Sud.
Comme les leishmanioses sont des maladies de longue durée,
qui permettent souvent à ceux qui en sont atteints de se
déplacer, les médecins, alors même qu’ils exercent en dehors
des zones d’endémicité, peuvent avoir l’occasion de les obser¬
ver; il est indispensable qu’ils soient en état de les diagnosti¬
quer et de les traiter, d’autant plus qu’on connaît aujourd’hui
une médication très efficace, on peut dire spécifique, applicable
dans la forme cutanée comme dans la forme viscérale. Pour la
solution de bon nombre de problèmes de diagnostic différentiel,
il faut que le médecin connaisse l’aspect si caractéristique des
Leishmania , et qu’il soit en état de rechercher ces parasites.
La connaissance des Leishmania 11’est pas moins nécessaire
aux vétérinaires qu’aux médecins; les chiens qui sont sujets
aux leishmanioses viscérale et cutanée jouent sans doute un rôle
important dans la propagation de ces maladies chez l’homme,
d’où la nécessité de mesures de police sanitaire basées sur la
recherche des parasites.
J’ai fait de nombreux emprunts à des travaux publiés dans
notre Bulletin qui est souvent cité ; je constate avec grand plai¬
sir que j’ai beaucoup puisé à cette source, précieuse pour tous
ceux qui s’occupent des maladies exotiques.
A
* *
M. E. Roubaud. — J’ai reçu de notre collègue M. Violle un
Anopheles bifurcatus , provenant de Fixin (Côte-d’Or) à 9 km. de
Dijon. Cet Anophèle a été capturé sur lui-même, en train de le
piquer, vers 6 h. du soir. Le fait intéressant que signale notre
collègue serait l’absence complète de collections d’eau stagnante
dans la région. Seuls existent des puits ou réservoirs d’eau, et
des abreuvoirs de pierre qui servent vraisemblablement de gîtes
aux larves.
680
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Elections
La Société, sur la proposition du Conseil, décide de limiter,
comme Fan dernier, les élections de fin d’année à celles de
correspondants, français et étrangers. Elle procède en consé¬
quence au renouvellement partiel de la Commission des corres¬
pondants. MM. Laveran, Louis Martin et Roubaud, présentés
par le Conseil, sont nommés par la Société.
Par application de l’article II, alinéa 2, des Statuts et du
| VII, alinéa 44? des Règlements, les membres titulaires fonda¬
teurs et les membres titulaires élus en 1908, deviendront, à
partir du ier janvier 1918, membres titulaires honoraires.
Séance du io Octobre 1917
681
COMMUNICATIONS
Nouvelles recherches sur la Pyothérapie
de la Lymphangite épizootique
Par H. VELU
Nos premières expériences sur la Pyothérapie de la Lymphan¬
gite épizootique avaient posé dans ses grandes lignes le prin¬
cipe de la méthode (1).
De nouvelles observations cliniques, poursuivies pendant plus
de six mois et qui ont porté sur plus de cent animaux (2), nous
ont permis d’apporter aux premières règles données quelques
modifications de détail et de faire sortir définitivement le pro¬
cédé du domaine expérimental.
Nous allons étudier sommairement les faits observés pour
indiquer ensuite les conclusions qu’ils comportent :
i° Les injections de pyovaccin déterminent une réaction de
V organisme avec retentissement local au niveau des lésions. —
Durant les phases négatives, on observe l’apparition d’un œdème
plus ou moins accusé suivant les doses injectées, l’augmentation
de la suppuration, l’exaltation de la douleur. Pendant les phases
positives, tous ces symptômes disparaissent, mais il persiste une
vaso-dilatation locale considérable. L’incision des abcès ou des
noyaux provoque alors des hémorragies en nappe.
Il convient donc de ponctionner , dès le début du traitement, tou¬
tes les lésions qui renferment du pus.
Lorsque les noyaux sontpetits et très récents, y>n peut attendre
pour les ouvrir la fin de la deuxième phase négalivè. S’il n’y
avait pas encore de collection purulente constituée au moment
(1) H. Velu. Le traitement curatif de la Lymphangite épizootique par la
« Vaccinothérapie ». in Bull. Soc. Cent, de Médec. Vétér. 1917, pp. ig5-2o4.
(2) Un certain nombre de ces observations ont été relevées par MM. Ducher,
Charvot, Dupont, avec beaucoup de soin. Elles nous ont permis de confirmer
nos conclusions. Nous en remercions bien sincèrement les auteurs.
682
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de la première injection, la lésion devient indolore, s’atténue et
finit par se résorber presque complètement durant la première
phase positive; il est alors inutile de ponctionner. Si, au con¬
traire, le noyau renfermait du pus, après la fin de la phase
négative, l'œdème se transforme en tissu fibreux très dense qui
reste douloureux et empêche d’une façon absolue de percevoir
la moindre fluctuation. La guérison peut alors survenir lente¬
ment par enkystement, mais ce n’est pas la règle. Dans tous les
cas où la tumeur et la douleur persistent, il est donc préférable
d’ouvrir les lésions si Ton veut guérir vite les malades (i).
2° Les injections sous-cutanées de pyouaccm entraînent parfois
la formation d’abcès. — Dans un certain nombre de cas (25 à
3o o/o), on voit des collections apparaître au niveau des points
d’injection, sans phénomènes inflammatoires appréciables.
Ces collections peuvent se résorber ou évoluer vers l’abcéda¬
tion. Il s’agit de lésions tout à fait particulières sur la nature
desquelles nous aurons l’occasion de revenir. Signalons seule¬
ment que leur guérison est toujours lente; c est pourquoi il y a
lieu d’avoir recours aux injections intraveineuses : elles produi¬
sent des réactions identiques à celles déterminées par les injec¬
tions sous-cutanées et donnent des résultats comparables, mais
plus rapides et pl us certains.
3° Les deux premières injections de pyovaccin , mais surtout la
deuxième, faites ci doses élevées (4 à 6 end pour la première, / 1/2
ci 2 1/2 end pour la seconde ), déterminent l’évolution de phases
positives intenses et persistantes.
Après la première injection, la phase positive dure souvent
jusqu’au huitième, dixième et même douzième jour.
Après la deuxième injection, elle peut persister pendant huit,
douze et même quinze jours ; elle apparaît entre le douzième et
le quinzième jour du traitement. Son intensité est toujours consi¬
dérable. Les plaies de ponction des abcès perdent alors totale¬
ment leurs caractères spécifiques; elles se comblent très vite,
grâce à la formation de très petits bourgeons d’un rouge vif ;
la suppuration se tarit complètement à leur niveau; la douleur
si caractéristique de la lymphangite épizootique est totalement
1
(1) Rappelons en passant que la ponction doit être large de façon à ne laisser
aucun cul-de-sac, aucune fistule, si petite soit-elle : V incision cruciale débordan t
en tissu sain semble réunir tous les avantages.
Séance du io Octobre 1917
683
supprimée; la réparation des lésions se fait très rapidement,
comme dans les plaies banales, sous des croûtes adhérentes.
Dans certains cas, lorsque les injections sont faites à doses
convenables et suffisamment espacées, la guérison est parfois
assurée dès la deuxième injection et le traitement peut alors être
interrompu .
Il est donc indiqué de faire les deux premières injections à doses
élevées, en les espaçant de 8, 10 et même 12 jours.
On attendra au plus tard pour faire une nouvelle injection,
le moment où la phase positive commencera à fléchir, c’est-à-dire
où l’on constatera un ralentissement dans la guérison, mais il ne
faudra jamais attendre plus longtemps.
4° Après la deuxième injection , il existe une sensibilisation de
F organisme. — Les injections consécutives, faites à la même dose
que la deuxième, entraînent souvent, sinon toujours, l’apparition
de phases négatives intenses durant lesquelles de nouveaux
abcès évoluent qui retardent d’autant la guérison définitive et
rendent illusoires les avantages de la méthode. Sur les sujets
particulièrement sensibles, il peut même y avoir aggravation
considérable de la maladie. Dans les cas les olus heureux, on a
au moins un fléchissement de la phase positive et la réparation
des lésions se fait ensuite beaucoup plus lentement.
Il est donc indispensable , à partir de la troisième injection, d'ern-
ploger de petites doses de pgovaccin (ocm3 3/4 à i cm3 i/4).
Si les animaux sont suivis très attentivement, les injections
doivent être renouvelées au plus tard dès que l'on constate un flé¬
chissement de la phase positive , c’est-à-dire tous les 5, 6, 7 ou
8 jours environ. Dans les cas où il est impossible d’assurer cette
surveillance et si l’on veut quand même obtenir de bons résultats,
l’intervalle entre les injections ne devra jamais excéder 7 jours
afin d’éviter la réapparition des phases négatives intenses qui
compromettraient ou tout au moins retarderaient la cicatrisation
et rendraient inutile l’emploi du pyovaccin.
En suivant à la lettre ces indications, il est possible d’obtenir
une phase positive continue et persistante, qui entraîne la gué¬
rison en 20 à 4o jours de tous les malades traités dès l’apparition
des premiers boutons. Les lésions des membres, surtout celles
des postérieurs qui sont généralement plus graves, demandent de
4o à 60 jours. $
Après la formation des ulcères en cul-de-poule avec bourgeons
684
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
exubérants atones, la pyolhérapie se montre le plus souvent
inefficace.
Signalons encore que les effets de la pijovaccination ne sont pas
rigoureusement spécifiques et que nous avons obtenu avec le pyo-
vaccin anticryptococcique des résultats excellents dans le traite¬
ment de fistules rebelles ou de délabrements considérables qui
ne relevaient pas de l'agent de la Lymphangite épizootique.
Travail du Laboratoire de Recherches du Service de V Elevage
*
à Casablanca.
Essais de traitement de la lèpre
par des injections intraveineuses
d'émulsion d'huile de Chaulmoogra
Par L. STÉVENEL
L'huile de Chaulmoogra est un des remèdes les plus en vogue
contre la lèpre, et c’est un des seuls qui ait amené, sinon la gué¬
rison, du moins des arrêts très longs et quelquefois définitifs dans
l’évolution de la maladie. Ces résultats heureux sont assez rares
parce qu’ils ne peuvent être obtenus qu’avec l’administration
intensive du médicament, et que cette administration intensive
se heurte le plus souvent à l’intolérance et à la résistance du
patient.
En effet, l’huile de Chaulmoogra, administrée par la bouche
en gouttes, en cachets, en capsules, etc., produit au bout de quel¬
ques semaines, quelquefois au bout de quelques jours seule¬
ment, une répugnance invincible pour le médicament que le
malade refuse alors de prendre ou régurgite à peine avalé; si,
avec des efforts de volonté, le médicament avalé n’est pas rendu,
le malade ne manque presque jamais d’être atteint de diarrhée
profuse et l’examen des matières fécales permet de constater que
la plus grande partie de l’huile a traversé l’intestin sans être
absorbée.
Administrée en injections sous-cutanées ou intra-musculaires,
l’huile de Chaulmoogra n’occasionne plus de diarrhée profuse,
mais les injections, peu douloureuses au début, ne tardent pas à
Séance du io Octobre 1917
685
provoquer la formation d’indurations douloureuses, véritables
kystes à contenu huileux qui s’abcèdent quelquefois.
L’administration de ces injections expose aux accidents de
l’embolie graisseuse si, par hasard, la pointe de l’aiguille ayant
pénétré dans un petit vaisseau, l’injection est poussée dans le
système circulatoire (Malgré la précaution d’enfoncer d’abord
l'aiguille et de ne pousser l’injection que quand aucune goutte¬
lette de sang 11’était venue sourdre à son pavillon, il nous est
arrivé souvent, en faisant ces sortes d’injections, de voir le malade
pris brusquement de toux, de suffocation ou de gêne extrême
dans la respiration avec cyanose de la face). Ces accidents peu¬
vent être mortels.
En collaboration avec le Dr Noc, nous avons recherché en 1911
un moyen d’administration plus efficace et moins dangereux si
possible. Nous avons réussi à fabriquer une émulsion d’huile de
Chaulmoogra assez parfaite pour que les globules d’huile soient
inférieurs ou au plus égaux en dimensions à des hématies. Nous
avons recherché sans succès si des travaux antérieurs ne par¬
laient pas de tentatives d’injections intraveineuses d’émulsions
graisseuses (r), et, en nous basant sur ce fait que le sang contient
après les repas une émulsion graisseuse provenant du chyme,
nous avons considéré l’injection intraveineuse d’une émulsion
de graisse comme possible pourvu que le grain de l’émulsion
soit assez fin, et nous avons entrepris avec le Dr Noc en 1911 la
, série des expériences suivantes :
Une émulsion contenant 5 cm3 d’huile de Chaulmoogra pour
i5o cm3 de sérum physiologique a été injectée sans aucun
accident :
i° Aux doses de 1 et 2 cm3 dans une veine superficielle du cou
à deux cobayes ;
20 Aux doses de 5 et 5o cm3 dans la veine marginale de
l’oreille d’un mouton à i5 jours d’intervalle entre les deux
injections ;
3° Une lépreuse a reçu sans accident dans une veine du pli
(1) Nous avons connaissance, après la rédaction de notre note, d’un travail
de Vahram, présenté par M. Brocq à la Société médicale des Hôpitaux de
Parts, le i4 janvier 1916; l’auteur injecte aux lépreux dans les veines, une
solution contenant, par cm3, [0,00072 d’huile (préalablement porphyrisée avec le
double de son volume de gomme arabique). Les résultats obtenus sur deux
malades étaient très encourageants.
686
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
du coude 20 cm3, de l’émulsion, et si elle n’a pas reçu les 5o cm3
qu'on avait projeté de lui injecter, c’est parce que l’aiguille
s’étail cassée par accident ;
4° A l’instigation du D1 Noc, qui trouvait notre émulsion
insuffisamment riche en huile, nous avons préparé une nouvelle
émulsion aussi fine, mais contenant 2 cm3 d’huile deChaulmoo-
gra pour 5 cm3 d’eau distillée.
L’injection de 1 cm3 de celte émulsion dans la veinemargi-
nale de l’oreille d’un lapin a amené la mort du lapin en trois
minutes par coagulation du sang dans les gros troncs veineux
du cou.
Cet accident, dû certainement à la trop forte proportion
d’huile et conséquemment à la trop forte concentration du
savon d’huile de Chaulmoogra formé pendant la préparation et
l’alcalinisation de l’émulsion, a fait ajourner de nouvelles expé¬
riences ; l’ancienne émulsion a cependant continué à être injec¬
tée à des lépreux avec des résultats assez satisfaisants en injec¬
tions intra-musculaires ou sous-cutanées à la dose de 5 cm3 par
injection ; elle fut aussi administrée par la bouche à la dose de
deux cuillerées à bouche par jour.
De retour à l’Institut d Hygiène de la Martinique en 1916,
nous avons repris la question où elle en était restée. Nous avons
préparé une nouvelle émulsion analogue à notre première prépa¬
ration de 1911, c’est-à-dire à 5 cm3 d’huile pour i5o cm3 d’exci¬
pient, mais en remplaçant le sérum physiologique par de l’eau
distillée, ce qui a permis à l’émulsion d’être plus stable et
d’être plus isotonique au sérum humain.
Cette nouvelle préparation a déjà été injectée dans les veines
à deux lépreux hospitalisés au Préventorium Colonial, à des
doses variant de 5 à 20 centicubes. Les premiers effets thérapeu¬
tiques sont très encourageants ; en particulier, les nodules
lépreux s’affaissent très rapidement en même temps que la sen¬
sibilité réapparaît; mais, comme la lèpre présente quelquefois
spontanément de ces périodes d’atténuation, il faut attendre les
résultats de notre nouveau mode de traitement sur toute une
série de lépreux pour pouvoir juger de son efficacité réelle.
Il se produit après chaque injection une congestion assez
intense des léprômes avec réapparition des douleurs pendant
quelques minutes, ce qui semble indiquer que le médicament a
réellement une action élective sur les lésions lépreuses, mais
Séance du io Octobre 1917
687
cette congestion et ces douleurs passagères nous ont empêché
d’augmenter rapidement les doses injectées en une fois.
Nous avons constaté avec le Dr Noc en r 9 t 1 les effets in vitro
de notre émulsion sur les bacilles lépreux. Des léprômes ont été
triturés finement au mortier ; une partie de la trituration a été
mise en contact avec l’émulsion, l’autre partie en contact avec
du sérum physiologique. Dans la partie qui avait été en contact
avec l’émulsion, les bacilles lépreux avaient perdu en partie leur
pouvoir d’être acido-résistants, ce qui semblerait indiquer une
dissolution partielle de l’enduit cireux qui donne cette propriété
au bacille.
Notre émulsion se prépare de la façon suivante :
Dans un vase coniqueen verre, on verse 5 cm3 d’huile de Chaulmoogra ;
Après avoir bien homogénéisé cette huile par battage avec un agitateur
en verre, on y verse au moins vingt gouttes de solution normale de soude
et on agite violemment avec l’agitateur; l’huile blanchit et forme une
sorte de crème consistante, ressemblant à de la mayonnaise. C’est à ce
moment que l’émulsion se forme, une partie de l’huile étant saponifiée par
la soude; il faut donc agiter d’autant plus violemment et longtemps qu’on
désire un grain plus fin.
Dans un flacon d’Erlenmeyer de 250 cm3, on a placé 150 cm3 d’eau dis¬
tillée. On verse progressivement, en continuant à agiter, de cette eau dis¬
tillée dans le verre, pour reverser ensuite tout le contenu du verre dans le
flacon d’Erlenmeyer. En agitant le flacon, on y ajoute goutte par goutte
la quantité de soude normale nécessaire pour que l’émulsion commence à
bleuir légèrement le papier rouge de tournesol. La quantité de soude
nécessaire pour alcaliniser légèrement l’émulsion est variable suivant la
provenance de l’huile et suivant qu’on a prélevé l’huile dans la partie
liquide de la surface ou dans la partie presque solide du fond du flacon ;
dans nos diverses préparations, elle a varié de 60 à 125 gouttes pour
5 cm3 d’huile.
Pour s’assurer que les globules de l’émulsion ne sont pas trop gros et
que l’émulsion est sensiblement isotonique, on examine au microscope
sous lamelle une goutte d’émulsion mélangée à une goutte de sang. Si les
globules étaient plus gros que les* hématies, il faudrait recommencer la
préparation de l’émulsion ; s’il n’y avait que quelques rares globules trop
gros, on pourrait s’en débarrasser en filtrant sur papier filtre ordinaire
mouillé préalablement.
Nous obtenons couramment au laboratoire une émulsion dont les globu¬
les n’atteignent pas trois millièmes de mm.
L’émulsion est stérilisée à l’autoclave à 110° ; elle peut être répartie en
tubes scellés. Quand on l'a laissée reposer longtemps, une fine crème tend
à surnager; une agitation de quelques instants suffit à la faire disparaî¬
tre, et le grain de l’émulsion n’en est pas modifié.
Travail du Laboratoire de b Institut d' Hygiène et de
Microbiologie de Fort de France , Martinique.
(588
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Syphilides psoriasiformes confluentes
chez un Noir
Par F. Van den BRANDEN
Le 27 mai de l’année 1915,
un Noir, atteint d’une af¬
fection cutanée rebelle au
traitement ordinaire, se
présente à notre consulta¬
tion. Nous portons le dia¬
gnostic de syphilides pso¬
riasiformes confluentes. Ce
Noir accuse dans ses anté¬
cédents une plaie de la
verge pour laquelle il n’a
pas consulté le médecin et
qui a guéri assez rapide¬
ment sans soins spéciaux.
L’éruption dessyphilides
psoriasiformes est con¬
fluente ; elle existe en partie
sur la face postérieure des
deux bras, envahit les cou¬
des, la face antéro-externe
des deux avant-bras, res¬
pecte les poignets, existe
sur la partie tout à fait
inférieure du dos, occupe
la fesse gauche, en partie
la fesse droite y laissant un
cercle indemne, la face
posléro-externe des cuisses
et le creux poplité.
Sur la partie supérieure
du dos, le thorax et l’abdo¬
men, les syphilid es miliai¬
res ne sont pas psoriasifor-
Séance du io Octobre 1917
689
mes ; elles sonl fortement disséminées dans ' ces régions.
Les sjphilides psoriasiformes sont très squameuses; leurs
dimensions sont miliaires, leur forme est ronde et leur couleur
légèrement rosée. La desquamation, quoique très abondante,
est beaucoup moins riche que dans le psoriasis.
Le malade reçoit le même jour 10 cg. de salvarsan cuprique;
le lendemain de l’injection, les sjphilides commencent à s’affais¬
ser.- Le 29 mai une seconde dose de salvarsan cuprique lui est
administrée. Le 3i mai le nettoyage est quasi complet et quelques
jours plus tard le patient quitte l’hôpital complètement guéri.
Léopolduille , le 23 mai 1917.
Epidémie de méningite cérébro-spinale
à méningocoques (?) à Madagascar
Par E.-W. SULDEY
u’ici la méningite cérébro-spinale à méningocoques n’a
pas été signalée à Madagascar, le germe pathogène paraissant
absent de la Colonie.
Au cours des mouvements de troupes créoles avec la métro¬
pole, la contamination s’est sans doute produite, car brusque¬
ment, durant le mois de juillet 1 9 r 6, il se déclara coup sur coup
4 cas de méningite cérébro-spinale, dont 3 mortels, qui aux
points de vue clinique et anatomo-pathologique (nécropsies)
revêtent les caractères typiques d’une méningococcie.
L’examen microscopique du -liquide céphalo-rachidien puru¬
lent montre la présence d’un diplocoque intra-cellulaire, en
amas, en grains de café, ne prenant pas le Gram et présentant
morphologiquement tous les caractères du microcoque de
Weichselbaum. Malheureusement, faute de sérum aggl utinant et
de milieu de culture, le diplocoque ne put être isolé, ni diffé¬
rencié d’avec le M. catarrhalis ou un para-méningocoque.
Quoiqu’il en soit, l’apparition de cette affection épidémique
inquiéta alors sérieusement le Service de Santé de la Colonie :
c’est à ce titre que nous la signalons.
Les cas de méningite se produisirent d’abord chez des soldats
690
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
créoles, revenant de France , puis chez des créoles issus directe¬
ment de la Réunion (lesquels étaient casernés dans un même
établissement); aussi tout le contingent encaserné, soit environ
5oo hommes, fut-il sur le champ isolé dans les environs de la
ville d’Antsirane, à Cap-Diégo.
Chargé par le Médecin en chef Lafaurie « de prendre toutes
les mesures susceptibles d’enrayer l'épidémie qui venait d’écla¬
ter à Diégo », je m’en occupai immédiatement.
Ne pouvant faute de matériel de laboratoire faire le diagnostic
bactériologique exact du diplocoque Gram-négatif en cause
d’avec un Para-méningocoque ou un Pseudo-méningocoque,
les mesures prophylactiques furent dirigées contre le méningo¬
coque possible. L’absence d’éléments de laboratoire suffisants
rendant la recherche des porteurs de germes illusoire (le procédé
par simple frottis étant inefficace vu le grand nombre de diplo-
coques Gram-négatifs du rhi no-pharynx), les 5oo hommes de
Gap-Diégo furent pratiquement considérés comme tous infectés,
comme tous porteurs de germes et furent tous soumis à une
désinfection obligatoire.
C’est la méthode de V incent qui fut appliquée en l’occurence,
et cela de la manière suivante :
Pendant 6 jours pleins tous les hommes furent soumis 3 fois
quotidiennement à la désinfection des fosses nasales, de la cavité
buccale, du cavum rhino-pharyngien et de l’oro-pharynx. Tous
exécutaient alternativement, sous notre surveillance person¬
nelle, les opérations ci-dessous (chaque fois) :
1° Gargarisme , durant 1/4 d’heure avec la liqueur de Labarraque à
50/1000, tiède (150 à 300 ce. par homme et par séance) ;
2° Inhalation iodée par le nez durant 3 m. avec le mélange iodo-thy-
molo-gaïacolé (Iode 29 g., Gaïacol 2 g., Thymol 0 g. 2, alcool à 90° 200 g.),
réparti dans une vingtaine de petits pots de pharmacie, plongés eux-
mêmes dans autant de casseroles renfermant de l’eau très chaude:
3° Badigeonnage , de l’oro- et du rhino-pharynx avec le collutoire
iodo-ioduré (Iode 10 g., lodure de potassium 1() g.. Glycérine 30 g..
Eau 300 cm3). •
A la suite de ces mesures, non seulement aucun cas de ménin¬
gite ne s’est plus manifesté, mais encore quelques cas de rhino-
pharyngiles existant chez des soldats disparurent. Le traitement
lut bien supporté, sans le moindre inconvénient.
Une visite médicale, passée une quinzaine de jours après
cette désinfection, permit de vérifier que tous les hommes, en
Séance du io Octobre 1917
691
bonne santé sans exception, étaient exempts du moindre syn¬
drome morbide attribuable à un méningocoque éventuel
(arthrite ou arthralgie, rhino-pharyngite, syndrome pseudo¬
grippal, manifestations pleuro-broncho-pulmonaires, réactions
péricardiques, etc...). Néanmoins, une douzaine d’hommes pré¬
sentaient une très légère pharyngite avec sécrétion séro-
muqueuse à peine purulente; ils furent immédiatement l’objet
d’un examen bactériologique (frottis colorés au Gram- Nicolle),
lequel nous donna les résultats suivants :
Sécrétion séro-fibrino-muqueuse, pauvre en éléments cellulaires, offrant
parfois une légère réaction leucocytaire. Microbes variés, peu abondants,
où prédominent surtout morphologiquement le pneumocoque, le pneumo¬
bacille, le bacille de Pfeiffer, quelques tétragènes et streptocoques, des
diplocoques Gram + et Gram — (ces derniers d’aspect banal). — Pas de
diplocoques en amas, Gram négatif, en grains de café, extra ou intra-cel¬
lulaires, ayant la morphologie du type méningocoque.
Si, bactériologique ment parlant , cette constatation purement
microscopique n’avait aucune valeur négative absolue (car seul
Pensemencement du mucus rhino-pharyngé sur gélose-ascite ou
gélose-sérum et les réactions d’identification spécifiques consé¬
cutives pouvaient permettre de conclure à l’absence réelle du
méningocoque), pratiquement cependant elle avait son impor¬
tance, car il est permis d’admettre que, chez l’un au moins de
ces hommes, atteints de pharyngite légère, un germe du type
méningocoque eût été trouvé, si ce diplocoque était la vraie
cause spécifique de l’affection.
Aussi, dans le rapport adressé à la Direction du Service de
Santé de la Colonie, nous crûmes-nous autorisé à formuler les
conclusions suivantes :
« Les cas de méningite cérébro-spinale qui se sont manifestés
à Diégo-Suarez, lesquels sont attribuables cliniquement, épidé¬
miologiquement et bactériologiquement au méningocoque —
ou à un para-méningocoque sinon un M. catarrhalis virulent —
doivent être pratiquement considérés comme enrayés, car :
i° Les porteurs sains de méningocoques sont en général
débarrassés de leurs microbes en i5 jours et les hommes de Gap-
Diégo sont isolés depuis plus de 3o jours ;
20 Bactériologiquement, les porteurs de germes sont stérilisés
en 4 jours par la méthode de Vincent, et les hommes de Cap-
Diégo ont été soumis sévèrement à cette méthode durant 6 jours
pleins ;
692 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
3° Les hommes désinfectés, examinés i5 jours après, non seu¬
lement ne présentent aucun accident clinique attribuable à un
méningocoque, mais encore sont exempts de tout germe mor¬
phologiquement semblable au méningocoque (même en cas de
pharyngite légère).
En confirmation de nos conclusions, les 5oo hommes de Cap.
Diégo, considérés comme stérilisés de tout germe suspect, four¬
nirent une contingent de 3oo soldats, lesquels furent embarqués
à destination de Marseille. Malgré les conditions hygiéniques
franchement mauvaises du voyage (vu les nécessités militaires),
les changements de température et de climat rapides et brus¬
ques, les 3o jours de la traversée assez mouvementée, aucun cas
de méningite ni aucun syndrome douteux ne se déclara parmi
eux.
Nota. — Après le départ des créoles pour la France, des cas
de méningite cérébro-spinale furent observés chez des tirailleurs
malgaches, mais ces cas ne présentent aucun rapport avec notre
présent travail. Du reste les données étiologiques et surtout épi¬
démiologiques paraissent pour les Malgaches comme étant
spéciales et toutes différentes.
Du délire et des réactions psychomotrices
dans la fièvre récurrente algérienne
Par L. PARROT
Notre confrère A. Porot, en un article paru dans cette revue (i),
a tenté de mettre en lumière la « fréquence , la brutalité et la
violence du délire » chez les indigènes algériens atteints de fièvre
récurrente. Notre expérience personnelle, porlant sur un total
de 22 cas observés dans les milieux les plus divers et les régions
les plus differentes du « bled » (littoral, Hauts-Plateaux et
steppe, — voir le tableau statistique ci-contre), nous conduit
au contraire à Considérer le délire aigu et les réactions psycho¬
motrices violentes comme extrêmement rares dans la fièvre
récurrente algérienne. Chez tous nos malades — à l’exception
(i) À. Porot. « Délire et réactions psychomotrices dans la fièvre récurrente
de l’indig-ène» — Ballet, de la Société de Path. exot. t. io, n° 7, 1917.
Séance du io Octobre 1917
693
d’un enfant européen qui présenta de la stupeur pendant quel¬
ques heures — la lucidité est restée entière, tant au cours des
paroxysmes fébriles que dans les intervalles apyrétiques.
Tableau statistique de 22 cas de fièvre récurrente algérienne.
Déjàs en 1910, MM. Edmond Sergent et H. Foley, résumant
la symptomatologie de 4 2 cas de fièvre récurrente observés à Beni-
Ounif de Figuig, écrivaient (1) : « Malgré l’intensité des symp-
u tomes généraux, le malade conserve toujours une lucidité
« complète, une intégrité remarquable des fonctions cérébrales.
« On n’observe pas de délire. Un seul de nos malades, fumeur
« de kif avéré, a présenté, à la fin de ses accès, un peu d’agita-
« tion avec un délire passager, revêtant le type de la confusion
« mentale hallucinatoire ».
La question de la fréquence — et de la genèse — du délire
aigu dans la fièvre récurrente algérienne reste donc irrésolue.
Elle ne saurait être tranchée que par l’apport de nombreux
(1) Edm. Sergent et H. Eoley, Recherches sur la lièvre récurrente ; Alger,
J. Torrent, 1910, et Annales de V Institut Pasteur, t. XXIV, mai 1910, p. 339.
47
694
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
documents cliniques nouveaux. La même remarque s’applique
d’ailleurs aux états confusionnels signalés par MM. Dumolard,
G. Aubry et Mme Torre, en 1914 (1).
Institut Pasteur d'Algérie.
A
Etude expérimentale du pouvoir pathogène
de Spirochæta crociduræ
Par André LEGER et R. LE GALLEN
Dans une des récentes séances de la Société, l'un de nous (2)
a fait connaître chez un mammifère insectivore, Crocidura
Stampjlii Jentink, la présence d’un spirochète sanguicole dont
les caractères morphologiques seuls ont été décrits, nous réser¬
vant de revenir ultérieurement sur l’étude expérimentale de son
pouvoir pathogène et sur la sensibilité des divers animaux de
laboratoire vis-à-vis de ce virus.
En partant du sang de la musaraigne, où les parasites étaient
assez nombreux, nous avons réussi à transmettre le virus à un
certain nombre d’animaux (souris grises, campagnols, rats blancs,
rats sauvages, singes) ; par contre les cobayes et les lapins se sont
montrés constamment réfractaires.
Infection expérimentale de la souius commune. — La souris
commune, Mus musculus Linné, est très sensible au spirochète
de la musaraigne; elle s’infecte avec la plus grande facilité par
innoculation intrapéritonéale ou sous-cutanée.
La durée de l’incubation est en général courte, 24 h. et par¬
fois moins pour la voie péritonéale, au maximum 60 h. quand
on injecte le virus sous la peau.
La maladie expérimentale provoque ordinairement deux pous¬
sées spirochétiennes sanguines, de 4 à 5 jours environ, pendant
lesquelles les parasites se montrent nombreux; une crise d’une
durée à peu près identique sépare ces deux poussées.
(1) Cf. L Dumolard, G. Aurry et Mme Torre. Les troubles psychiques du
typhus récurrent. — In Revue médicale d’Alger, mai 1914.
(2) André Leger. Rail. Société Path. Exotique , t. X, p. 280, 11 avril 1917.
Séance du io Octobre 1917
695
L’infection est toujours sévère ; l’animal meurt au cours de la
deuxième crise, le plus souvent dès l’apparition de cette dernière.
Infection expérimentale du campagnol. — Chez le campagnol
(. Arvicolci amphibius L.), l’infection expérimentale se montre
encore plus sévère. L’animal, après une période d’incubation de
36 à 48 h. suivant la voie d’entrée péritonéale ou cutanée, pré¬
sente une phase spirochétienne sanguine très courte, en général
une trentaine d’heures, à parasites rares. La crise survient
alors, et le campagnol succombe très rapidement.
Infection expérimentale des rats blancs et des rats sauvages.
— Gomme les animaux précédents, le rat blanc se montre sen¬
sible à Spirochœta crociduræ. La période d’incubation de la
maladie expérimentale varie entre 2 jours pour la voie intrapérito¬
néale et 8 jours pour la voie sous-cutanée. — Les parasites se mon¬
trent en nombre toujours assez élevé dans lesang et durant une
quinzaine ou une vingtaine de jours. L’animal résiste parfois à
la première crise, mais ne survit pas à la deuxième.
Différentes espèces de rats sauvages [Mus rattus Linné, Mus
aleæandrinus Geoffroy et Mus decumanus Pallas), inoculés avec
le virus de la musaraigne, ont réagi d’une manière identique. Par
la voie péritonéale, la période d’incubation est d’environ 2 à
3 jours; elle est notablement retardée, 6 à 8 jours, par la voie
sous-cutanée. La première apparition des parasites dans le sang-
dure une dizaine de jours, les spirochètes étant ordinairement
peu nombreux. Deux ou trois rechutes d’une durée plus courte
(4à 5jours) suivent cette première manifestation spirochétienne.
Et l’animal succombe le plus souvent au cours d’une des crises
succédant à ces rechutes. Parfois pourtant, deux fois sur dix en
moyenne, le rat résiste et ne présente plus de spirochètes dans
le sang ; mais il persiste chez lui un état anémique très marqué,
qui se développe de plus en plus jusqu’à la mort, survenant en
général du troisième au quatrième mois.
Infection expérimentale des singes. — Les singes, cynocéphales
et cercopithèques, sont sensibles au virus de la musaraigne.
La période d’incubation, de même durée quelle que soit la voie
d’entrée, péritonéale ou sous-cutanée, est de 36 à 48 h. L’infec¬
tion du singe provoque chez cet animal une maladie ressem¬
blant beaucoup à la fièvre récurrente de l’homme. L’apparition
des spirochètes dans le sang coïncide avec une élévation de la
696
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
température, atteignant en général l\\° à 4i°5 dans le rectum, et
un état de malaise de l’animal, accompagné de faiblesse, dimi¬
nution de l’appétit et diarrhée. Cette période dure une huitaine de
jours, au bout desquels survient la crise spirochétienne, suivie
5 ou 6 jours après d’une rechute plus courte, caractérisée par
la réapparition des parasites et l’élévation de la température.
Les spirochètes disparaissent ensuite du sang pour ne plus jamais
se montrer à l’examen. L’animal est guéri. Notons enfin que
parfois on assiste à une troisième rechute, courte elle aussi,
avant la guérison complète, et que toujours les parasites ont été
trouvés rares dans le sang périphérique.
Animaux réfractaires. — Nous avons en outre expérimenté
avec les lapins et les cobayes. Ces animaux ont toujours été
réfractaires à l’infection par le virus de la musaraigne, quelle
que soit la voie d’inoculation, péritonéale ou sous-cutanée.
Laboratoire de Bactériologie de Y Afrique Occidentale Française.
Sur un cas d’amibiase hépatique
autochtone. Abcès du lobe gauche.
1 ntervention chirurgicale. Guérison.
Par Laurent MOREAU
L’amibiase autochtone était, avant la guerre, une rareté. Pour¬
tant le danger chaque jour mieux connu des « porteurs de ger¬
mes » donnait à cette question une importance particulière, sur
laquelle insistèrent deux auteurs, Landouzy et Debré, dans un
article de la Presse médicale [ i) où, jusqu’en mars 1914, étaient
signalés quatorze cas de dysenterie amibienne autochtone, dont
7 compliqués d’abcès du foie. La promiscuité des camps et des
tranchées a considérablement accru, depuis le début de la
guerre, cette statistique, et c’est pour apporter notre contribu-
(1) Landouzy et Debré. — Les «. porteurs de g-ermes» importateurs de mala¬
dies exotiques, particulièrement de la dysenterie amibienne {Presse médicale,
25 Mars 1914).
697
Séance du io Octobre 1917
tion à l’étude de cette question que nous communiquons l’obser¬
vation suivante :
M.. Z..., 34 ans, soldat au 44e colonial, cultivateur, entré à l’hôpital tem¬
poraire de X... le 15 septembre pour diarrhée et fièvre. Sur le front depuis
vingt-cinq mois. Etait en dernier lieu dans la région de la Somme. Dési¬
gné pour le front d’0rient2 est pris d’une abondante diarrhée au moment
de s’embarquer. Envoyé à l’hôpital.
Avait déjà des selles liquides depuis deux ou trois jours quand il quitta
le front de la Somme. Le nombre de selles augmenta bientôt : une ving¬
taine par jour « avec sang et graisse ».
Le malade qui, avant la guerre, habitait un village de la Haute-Garonne,
n’était jamais allé aux colonies, et même n’avait jamais quitté son dépar¬
tement. Sur le front, vivait avec des coloniaux qui présentaient de temps
en temps de la diarrhée. Buvait de l’eau de ruisseau, quand l’occasion
s’offrait. A l’hôpital temporaire où il fut admis, la diarrhée disparut
sous l'influence d’un purgatif et d’un traitement à l’eau chloroformée,
mais une voussûre de la région épigastrique se développa peu à peu.
Toute idée de complication hépatique fut d abord écartée, étant donnés
les antécédents du malade, mais la tunéfaction augmentant de jour en jour,
il est envoyé d’urgence dans une autre formation pour y être opéré, et
c’est là que nous le voyons. La veille de son entrée, a eu un vomisse¬
ment très abondant, jaunâtre. Température : 37°2. Pouls à 90, assez bien
frappé.
A l’inspection, voussûre très accusée de la région de l’hypochondre
droit. Cette voussure est, à proprement parler, sus-ombilicale et commence
à deux travers de doigt au-dessus de l’ombilic. La palpation révèle une
tumeur rénitente, transmettant les battements cardiaques. Point doulou¬
reux à droite de la ligne médiane, à un travers de doigt de cette ligne et à
mi-distance de l’appendice xiphoïde et l’ombilic. Elargissement marqué
des espaces intercostaux; pas d’œdème de la paroi, pas de frottement
péri-hépatique. A la percussion, matité abdominale à droite de la ligne
médiane; matité thoracique jusqu’au mamelon. Hypersonorité de la base
de l’hémithorax gauche (coude gauche du colon et grosse tubérosité de
l’estomac dilatés par des gaz) ; pointe du cœur remontée à un travers de
doigt au-dessus du mamelon.
Eructations fréquentes, avec vomissements, par compression de l’esto¬
mac. Dyspnée (40 inspirations à la minute). Pas d’ictère. Pas de douleur
en bretelle.
On se trouve donc en présence d’une tumeur développée aux dépens du
lobe gauche du foie.
Examen du sang :
1° Numération des globules. Globules rouges, 4.020.000 ; globules
blancs, 11 . 000.
2° Formule leucocytaire.
1
Polynucléaires .
82
neutrophiles . 78 p. 100
jeunes .
éosinophiles .
lymphocytes .
^ grands et moyens
Le 29 septembre, apparition d’un œdème de la paroi thoracique à(
droite. A l’examen radioscopique, l’ombre hépatique remonte jusqu’au^
Mononucléaires
18
78
3
1
14
4
698
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mamelon (base claire, diaphragme à peu près immobile); le lobe gauche,
très développé, est sur la ligne médiane à trois travers de doigt au-dessus
de l’ombilic. En faisant ingérer au malade du lait bismuthé, on constate
que l’estomac est fortement refoulé à gauche en même temps qu'incurvé
en forme de croissant ; il ne se vide pas.
Température le 29 : matin, 37°1. Pouls entre 80 et 90. Température le
30 au matin : 36°8 ; pouls, 84. Une ponction au Potain dans le 8e espace
intercostal ramène du pus. Intervention immédiate. Anesthésie locale à la
stovaïne. Nous pensons, pour éviter la voie abdominale, pouvoir aborder
la collection par la voie transpleurale. Résection de la 9e côte sur la ligne
axillaire antérieure. Suture pleuro-pleurale de Eortan. Incision des diffé¬
rents plans jusqu’au diaphragme. Section du diaphragme, ponction du
foie au bistouri : issue de pus. A l’aide du doigt on pénètre jusqu’à la col¬
lection à 10 cm. de profondeur. Evacuation d’une très grande quantité de
pus chocolat, effiloché, nettement amibien. Curetage de la poche, mise
en place de deux drains. Légère hémorragie que l’on arrête par un
tamponnement à l’aide de compresses de gaze. Réunions musculaires et
cutanées.
La recherche des amibes dans le pus prélevé pendant l’intervention
resta négative, l’examen microscopique ayant été pratiqué trop tard.
La suppuration continua pendant un assez long temps. Le h octobre,
une nouvelle recherche d’amibes dans le pus resta également négative,
Du 7 au 10 octobre, la température se maintint très élevée, une abondante
cholerragie se produisit à chaque pansement. Le malade présenta des selles
dysentériques et de la congestion des bases. La cavité hépatique se combla
peu à peu (pansements au liquide deDelbet), l’état général se releva, mais
le malade, une fois guéri, il persista pendant longtemps un foyer de chon-
drite et d’ostéite costale.
\
Bien que l’amibe n’ait pas été retrouvée dans les échantillons
de pus hépatique, examinés trop tard (on sait la fragilité de ce
protozoaire), nous avons eu affaire sans conteste à un abcès du
foie amibien, cliniquement indéniable. Les caractères cliniques
de cette affection sont d’ailleurs suffisamment nets pour que, dans
les observations de ce genre qui ont été publiées, l’examen micros¬
copique ne fût pas toujours pratiqué et n’infirmât pas d’ailleurs,
en cas de résultat négatif, le diagnosticposé d'après les seuls signes
séméiologiques. Dans notre observation, l’étiologie et la patho¬
génie étaient claires : le malade, bien que n’étant jamais allé aux
colonies, s’était contaminé sur le front.en buvant de l’eau souil¬
lée par des soldats coloniaux porteurs degermes; la dysenterie
qu’il avait présentée d'abord et dont il ne s'était pas inquiété,
se compliqua par la suite d’un abcès hépatique. Si les méfaits
du paludisme sont à redouter en France du fait de l’importation
de l’hématozoaire, la même remarque doit s’appliquer à la dysen¬
terie amibienne et à ses complications sur lesquelles, bien avant
res¬
la guerre, mais en se basant sur des faits évidemment plus
reints, quelques auteurs avaient justement attiré l’attention
600
Séance du io Octobre 1917
Hématozoaire endoglobulaire non pigmenté
d’une Anatidée
Par M. LEGER et P. MOUZELS
Etienne Sergent (i) a signalé tout dernièrement un héma¬
tozoaire, tantôt dépourvu de tout pigment, tantôt à pigment
extrêmement fin, qu’il a rencontré au cours d’infections en
séries de canaris par Plasmodium relictum. Il considère ce para¬
site comme une forme particulière de Proteosoma, signale sa
rareté (3 fois sur 700) et insiste sur ce qu’il est possible de le
transmettre par inoculation à un oiseau sain.
Nous avons été intrigué, il y a quelques mois, par un héma¬
tozoaire intraglobulaire absolument dépourvu de pigment que
nous avons rencontré chez un oiseau tué à la chasse. Gomme il
présente certaines ressemblances avec celui décrit par Sergent,
nous croyons bon de le faire connaître, d’autant plus que nous
sommes convaincus qu’il ne s’agit pas d’un Proteosoma.
L’oiseau-hôte est YAnas discors Latham, canard-sarcelle de
Cayenne, « Soucrourou » en langage du pays.
Les plus jeunes formes sont nettement arrondies et mesurent
2 p environ. Le noyau, très fortement chromatique, est en bor¬
dure périphérique, occupant parfois plus de la moitié de la cir¬
conférence. Le protoplasme est si faiblement teinté en bleu-ciel
que parfois il n’est pas visible, et qu’on pourrait penser avoir
affaire à une vacuole. Pas la moindre inclusion pigmentaire.
L’hématozoaire qui s’est développé mesure 6 à 7 ut de long sur
2 p de large. Il est assez netterrfent vermi forme, avec une extré¬
mité plus épaisse que l’autre. Le protoplasme prend une teinte
bleu-clair. 11 existe une vacuole à proximité immédiate du
noyau. Celui-ci, constitué par un réseau compact de chromatine,
est dans l’ensemble ovalaire ou rectangulaire ; il se loge toujours
plus près de la petite extrémité que de la grosse.
Quelques granulations chromatoïdes (3, 4 ou 5) sont dispersées
dans le protoplasme; l’une d’elles, plus volumineuse et se colo¬
rant plus vivement, est à proximité immédiate du noyau et d’une
(1) Etienne Sergent. Bull. Soc. Pathologie exotique, 1917, t. X, p. 446»
700
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
constance presqu’absolue. Jamais on ne voit de pigment d’au¬
cune sorte.
Au maximum de développement que nous ayons observé, le
parasite s’est un peu allongé, 8 à 9 p, et surtout élargi 4 à 4 p-5.
Il n’a aucune tendance à prendre la forme en haltère. Sa péri¬
phérie, sans être absolument régulière comme celle d’un para¬
site inclus dans une capsule,, ne présente pas la moindre ébau¬
che de prolongements pseudopodiques. Cette grosse forme est,
comme les autres, absolument dépourvue de grains de pigment.
Rien ne permet de distinguer, parmi ces hématozoaires, des
formes çf et des formes Ç.
Nous n’avons rencontré aucune segmentation du noyau indi¬
quant même un début de schizogonie.
Les globules rouges envahis ne sont pas hypertrophiés ; le
protoplasme conserve ses réactions colorantes normales ; le
noyau est pour ainsi dire toujours intact et à sa place habi¬
tuelle.
Nous n’avons jamais observé 2 hématozoaires dans le même
globule.
Dans un cas, un grand mononucléaire servait de cellule-
hôte à un parasite de taille moyenne, ayant la morphologie et
les réactions colorantes habituelles.
Ce parasite endoglobulaire de A nas discors de la Guyane 11’est,
à notre avis, ni un Hæmoproteus , ni un Plasmodium.
Il est aussi nettement différent du parasite non pigmenté que
Beaurepaire Aragao (i) a décrit dans les mononucléaires d’oi¬
seaux du Brésil sous le nom d’Hémogrégarine, et qu’on s’est
accordé généralement, avec Laveran et Marullaz (2), à rapporter
au genre Toxoplasma.
Cependant comme cet hématozoaire non pigmenté de canard-
sarcelle guyanais n’est encore étudié que de façon incomplète
(des frottis d’organe n’ont pas été examinés), nous 11e croyons
pas qu’il convienne, j usqu’à plus ample informé, de créer pour,
lui un genre nouveau.
Institut d’ Hygiène de Cayenne.
(1) H. de Beaurepaire Aragao. Mern. do Inst. Oswaldo Graz , 191 1, t. III, p. 54,
avec 2 planches.
(2) M. Marullaz. Bail. Soc. Pathologie exolir/ue, 1 9 1 3, t. VI, p. 3a3
Séance du io Octobre 1917
701
Sur un 'Leucocytozoon
de la perdrix rouge d'Algérie ÇPerdix rubra Brisson)
Par Etienne SERGENT
2 Perdrix rouges d’Algérie, sur 3 examinées, ont montré une
infection sanguine à Leucocytozoon . Ce parasite ressemble beau¬
coup à celui delà Chevêche : Hœmamœba. ziemanni Laveran.
Le sang de ces Perdrix ne contenait que des gamètes adultes.
Le système cellule-parasite peut atteindre 4b p de long.
Ce Leucocytozoon est du type F (1), c’est-à-dire que la cellule-
hôte se prolonge en 2 effilures, comme la plupart des Leucocyto¬
zoon des francolins des régions tropicales.
Les femelles sont plus nombreuses que les males. Chez la
femelle, le protoplasma se colore en bleu foncé, et présente des
(1) Voir M. Leger et A. Leger. Les Leucocytozoon ; leur dénombrement et
essai de classificaticyi. Ce Butt., t. VII, 1 9 1 P- 4^7-
702
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vacuoles. Le noyau a des contours diffus. La cellule-hôte se
colore en violâtre clair, est granuleuse et son noyau, allongé,
est aplati par le parasite; il apparaît souvent sous l’aspectd’une
tuile faîtière par suite de l’étalement du sang.
Chez le mâle, le protoplasme est moins arrondi, plus ovalaire,
se colore en bleu pâle, et présente quelques rares travées. Il n’a
pas été vu de noyau nettement coloré chez les mâles.
Lesectosomes sont plus granuleux chez les mâles que chez les
femelles.
Institut Pasteur d'Algérie .
Méthodes rapides pour les examens
de sang paludéen en goutte épaisse
Par E. ROUBAUD
La technique des gouttes épaisses facilite considérablement la
recherche des Hématozoaires dans le sang; mais, les différents
procédés actuellement préconisés, ou bien donnent des résultats
médiocres et aléatoires, ou bien sont forcément des procédés
lents et par suite d’application courante difficile.
J’ai utilisé avec avantage, pour la recherche rapide des formes
en goutte épaisse, un procédé très simple qui consiste à mettre
à nu le pigment par une hémolyse totale à l’eau distillée. La
technique est la suivante :
On traite la goutte, desséchée rapidement à l’étuve à 45-5o°C,
par l’eau distillée. L’hémolyse, suivant l’épaisseur de la goutte,
est achevée en 5 à io minutes. On égoutte la lame en l’inclinant
doucement pour éviter les décollements et on laisse sécher. Le
séchage a lieu en quelques instants sur une plaque métallique
chauffée à 8o°C. Aucune précaution particulière n’est à prendre.
Dans ces conditions les parasites sont totalement détruits par
plasmolyse et le pigment qui reste au sein d’une masse albumi¬
noïde homogène décèle seul leur existence. Pour faciliter la
différenciation visuelle du pigment, on colore très rapidement
le fond à la thionine ou au violet phéniqué (quelques secondes);
on rince rapidement à beau, sèche et examine.
Séance du io Octobre 1917
703
Les amas de pigment, qui sont les vestiges des formes, appa¬
raissent à nu, sur le fond bleu-clair de la préparation, avec une
grande netteté. Leur couleur propre, d’un jaune brun très carac¬
téristique, est facilement reconnaissable, et très rapidement
l’éducation de l’œil empêche de les confondre avec quelque
impureté.
Il est facile, pour la tierce bénigne, de différencier les schizon-
tes des gamètes. Le pigment des schizontes forme des traînées
irrégulières de grains peu distincts; celui des gamètes, plus
épais, apparaît sous l’aspect de bâtonnets très nets (gamètes 9)
ou de plaquettes denses (gamètes tf). Il est plus délicat de diffé¬
rencier la tierce maligne et la quarte d’une façon précise; mais
cette méthode ne doit être prise que comme un moyen rapide de
déceler avec facilité et sûreté l'existence de parasites pigmentés
dans le sang. Comme telle, elle rendra de grands services pour
la recherche des gamètes dans les cas chroniques, et pour la sur¬
veillance journalière des malades en traitement.
L’inconvénient principal de cette méthode, qui est de ne pas
déceler les formes jeunes, apigmentées, disparaît pratiquement
par la mise en évidence des gamètes, le plus souvent présents
dans le sang lors des rechutes du paludisme chronique. Sur plus
de mille examens pratiqués à l'aide de ce procédé et contrôlés
par des frottis ordinaires, je n’ai observé aucune lacune dans ce
sens.
Pour la recherche des Croissants de tierce maligne en goutte
épaisse, je me suis servi avec succès d’une solution très faible de
thionine dans l’eau distillée (solution à 1 p. 10.000). Cette solu¬
tion agit à la fois comme hémolysant et comme colorant.
On laisse agir la solution, versée directement sur la goutte
sèche, pendant 10 à r5 minutes; on égoutte, sèche et examine.
Les leucocytes et les croissants sont suffisamment respectés et
colorés d'une manière très apparente.
704
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
Essais de transmission des parasites
de la malaria à la roussette,
Cynonycteris straminea
Note préliminaire
Par J. RODHAIN et F. Van den BRANDEN
Etant en possession d’un grand nombre de roussettes en cage
(voir page 7.R), nous avons essayé leur sensibilité aux divers
parasites de la malaria. Dans ce but, nous avons fait deux séries
d’expériences; dans la première série, les roussettes sont inocu¬
lées sous la peau avec du sangricheen hématozoaires de Laveran.
Deux roussettes inoculées sous la peau avec du sang d’un
enfant contenant de nombreux anneaux de la tierce tropicale,
Plasmodium falciparum , ne s’infectent pas. Un des deux animaux
meurt; les frottis de la rate ne décèlent pas la présence de para¬
sites.
Une troisième roussette qui reçoit en injection sous-cutanée
du sang riche en parasites de la fièvre quarte, Plasmodium
malariœ , ne contracte pas la maladie.
Expériences
Pi 'cmière expénenee
Le 22-3-16, une roussette est inoculée sous la peau avec 0,25 cm3 de
sang d’enfant abondamment parasité par des anneaux de la tierce tropi¬
cale.
Le sang de la roussette est examiné sans résultat de quatre en quatre
jours. Elle est trouvée morte le 9-4-16 au matin ; les frottis de la rate ne
décèlent pas la présence de parasites.
Deuxième expérience.
Le 25-3-16, nous inoculons sous la peau d’une roussette 0,50 cm3 d’un
sang riche en parasites de la tierce tropicale. Des frottis de sang sont
poursuivis régulièrement pendant deux mois de huit en huit jours. L’ani¬
mal ne s’infecte pas.
Troisième expérience.
Le 25-3-16, une roussette est inoculée sous la peau avec 0,25 cm3desang
contenant des parasites de la quarte en grand nombre. Des examens de
sang faits de huit en huit jours pendant deux mois ne montre pas la pré¬
sence d’hématozoaires.
Séance du io Octobre 1917
705
Conclusion : la roussette, Cynonycteris straminea , ne paraît
être sensible ni au Plasmodium falciparum, ni au Plasmodium
malariœ.
Dans une seconde série d’expériences, les roussettes en cage
sont soumises aux piqûres d’anophèl es ( Pyretophorus costalis ,
Lœw) capturés journellement, dans la moustiquaire des Noirs
au village indigène, et lâchés vers le soir dans la cage. Au
village indigène, 60 0/0 environ des enfants et 23 0/0 des adul¬
tes sont infectés de malaria.
Dès qu’on lâche des moustiques dans la cage, la roussette
devient inquiète et se met en garde contre la piqûre de ces
insectes. En observant longuement les moustiques ainsi lâchés,
nous avons pu constater qu’a près un vol de quelques secondes,
les anophèles vont se poser dans un coin de la cage et de là
tâchent d’atteindre et de piquer l’habitant. Les moustiques lâchés
dans la cage meurent généralement au bout de deux à trois
jours.
Une roussette, soumise du 28-7-16 au 24-7-16 aux piqûres de
84 anophèles lâchés journellement vers le soir par 8 à 10 indi-
vidus dans la cage, meurt le 4_II"I7i les frottis de la rate ne
contiennent pas de parasites de la malaria.
570 anophèles, appartenant à la même espèce que ceux employés
dans les expériences précédentes, sont lâchés graduellement du
8-12-16 au 6-3-17 sur trois roussettes. Les animaux 11e s’infec¬
tent pas.
Expériences
P) 'entière expérience.
Du 28-7-16 au 24-9-16, 84 anophèles sont lâchés dans une cage conte¬
nant une seule roussette. A partir du 28-7-16, des examens de sang sont
pratiqués de huit en huit jours. L’animal meurt le 30-8-16. Les frottis
de la rate ne révèlent pas la présence de parasites de la malaria.
Deuxième expérience.
Du 18-11-16 au 4-12-16, 101 anophèles sont lâchés sur trois roussettes
en cage. Des examens de sang, pratiqués de dix en dix jours pendant
deux mois, ne montrent pas la présence de parasites. Une des trois rous¬
settes meurt le 4-11-17, les frottis de la rate sont négatifs au point de vue
malaria.
Troisième expérience.
Du 8 12-16 au 6-3-17, 560 anophèles sont lâchés dans une cage conte¬
nant trois roussettes. Du sang est prélevé chez les trois animaux de dix
en dix jours jusqu’au mois de mai. Les roussettes ne contractent pas la
malaria.
706
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Conclusion : la roussette, Cynonycteris straminea , semble être
résistante aux piqûres des anophélines.
Léopoldville , le 26 mai 1917.
Nouveau cas de paludisme
contracté sur le front français
Par E. ROUBAUD
Un soldat (chasseur à cheval) hospitalisé à Paris pour embar¬
ras gastrique fébrile, mais que son type de fièvre fit bientôt sus¬
pecter de paludisme, a été soumis le 9 août à notre examen
hématologique et reconnu porteur de nombreux schizonles de
PL vivax.
D’après les renseignements qu’abien voulu me fournir l’Admi¬
nistration de l’Hôpital, cet homme n’a aucun antécédent palu¬
déen connu. Mobilisé à Arras, puis à Poitiers, au début de la
guerre, il a d’abord servi aux environs de Dunkerque à la fin
de novembre 1914? puis en décembre de la même année dans
les Dunes de Nieuport. Passé au front de Champagne le 25 sep¬
tembre 1916, il y a séjourné jusqu’en fin juillet 1916, après quoi
il fut envoyé en Lorraine (forêt de Parroy), puis dans le Doubs..
Pendant son séjour de près d’une année en Champagne, il a
été souvent occupé à travailler dans les marais. Au dire très pré¬
cis de ce malade, c’est là qu’il aurait contracté son affection ;
toutefois les premiers accès paludéens francs semblent ne dater
que de juillet 1917, c’est-à-dire un an après son départ de Cham¬
pagne.
Il est assez difficile dans ces conditions de situer l’origine
exacte de l'infection ; mais quoiqu’il en soit, il m’a paru inté¬
ressant de signaler ce nouveau cas de paludisme autochtone
confirmé par l’examen microscopique.
Séance du io Octobre 1917
707
Le paludisme autochtone de la région
du Lac Presba (Albanie du sud)
Par A. LAMOUREUX
Il nous a paru intéressant de signaler l’existence et de pré¬
senter quelques considérations sur la nature du paludisme
observé dans la population indigène d’une région des Balkans
habituellement peu fréquentée, sinon peu connue, située dans
la Basse-Albanie et s’étendant au territoire riverain de la pointe
sud-ouest du lac Presba.
Les caractères orographiques et climatériques de cette région
sont fort bien décrits dans une « Notice sur F Albanie et le Mon¬
ténégro » publiée en 1915 par le Service géographique de l’Ar¬
mée au Ministère de la Guerre Français, et dont nous demandons
la permission de citer les quelques passages ci-dessous :
«. A la limite des chaînes albanaises et du massif macédonien, les dis-
« locations de l’écorce terrestre ont formé une série de bassins fermés où
« les eaux se sont accumulées en formant des lacs... tous demeurent des
« cuvettes élevées (7 à 800 m.) d’un accès difficile, étroitement enfer-
« niées entre de hautes montagnes, aux sommets couverts de neige pen-
« dant 5 à 8 mois. Leur climatestextrême et rude. Les hivers sont longs,
« froids et humides. Le thermomètre descend fréquemment à 10 et 15°
« au-dessous de 0 ; les étés n’en sont pas moins chauds et la sécheresse
« souvent sensible. ...
« La cuvette de Presba est la plus haute*(857 m.). Sa plus grande partie
« est occupée par un lac ramifié, profond de 27 m., aux rives abruptes,
e qui n’a pas d’écoulement superficiel ».
Cette région est habitée par * une population clairsemée, de
race exclusivement slavo-macédonienne, vivant des formes de
vie sociale rudimentaires et archaïques.
Nos observations sont tirées de la détermination de l'index
endémique paludéen par le procédé des rates, complétée parla
recherche de l’hématozoaire de Laveran chez tous les sujets à
grosse rate, suivant la technique de la goutte de sang étalée.
Les prélèvements de sang ont été faits par nous sur place. Les
examens microscopiques ont été faits à Salonique par le Labo¬
ratoire de bactériologie de l’Armée d’Orient dont nous sommes
heureux de remercier ici le Directeur et le personnel.
708
Bulletin de la Société de Pathologie exot
ique
Nos recherches ont été effectuées pendant la période qui s’est
étendue du 10 avril au 2 août de cette année. Elles ont porté sur
la population infantile de 9 villages dont les noms et les empla¬
cements sont figurés sur la carte ci-an nexée. Leur population
globale peut être estimée à 3. 000 habitants environ.
Nous avons examiné 3q3 enfants des deux sexes jusqu'à l’âge
maximum de i3 ans.
Dans chacun des villages, nous avons trouvé des porteurs de
grosse rate; mais l’index endémique s’est montré toujours faible.
Carte de la Région
Ouest et Sud
du Lac Presba
infestée de paludisme à
PL vivace.
Echelle 1 : 400.000.
II a varié d un village à l’autre entre 4 et i(5,6 0/0 et s’est
montré comme à 1 ordinaire proportionnel à la densité anophé-
lienne.
Les anophèles ont été trouvés dans tous les villages, mais
jamais en très grande abondance. Nous avons trouvé des femel¬
les de ces insectes fort loin des gîtes à larves, dans des villages
infectés et dans des bivouacs. Un de ces villages était à plus de
3.ooo m. de tout gîte.
Séance du io Octobre 1917
709
Les larves d’anophèles ont commencé à apparaître au début
d’avril dans les mares des villages et des alentours. Puis, elles
sont devenues très abondantes en j uin et jui llet dans les cuvettes
laissées dans leur lit par les ruisseaux à demi-desséchés et dans
les chapelets de lagunes qui bordent le lac au niveau des petits
estuaires déterminés par l’embouchure des torrents et des ruis¬
seaux qui dévalent de la montagne.
Jamais nous n avons trouvé de larves dans les eaux mêmes du
lac , probablement à cause du mouvement de ressac dont elles
sont souvent agitées.
Les mesures anti-larvaires ont été relativement faciles à mettre
en œuvre dans ces terrains assez peu étendus, et elles com¬
mençaient à faire sentir leur effet quand nous avons quitté la
région.
Examens hématologiques. — 23 enfants sur 5i ayant une
grosse rate ont été trouvés porteurs d’hématozoaires de Laveran.
Une seule variété de parasite a été constatée : Plasmodium
vivax.
Les schizontes seuls ont été trouvés dans 5 préparations.
Les gamètes seuls ont été trouvés dans 3 préparations. L’asso¬
ciation schizontes et gamètes a été trouvée dans i5 préparations.
Une fois ont été vues des formes de division (rosaces).
i4 enfants ne prenant pas de quinine ont été suivis périodi¬
quement pendant 2, 3 et 4 mois, d’avril à août. 5 d’entre eux
ont subi 8 examens et plus, 4 ont été examinés 4 fois, les autres
2 et 3 fois. Les résultats en ont été variables, tantôt positifs,
tantôt négatifs, chez les mêmes sujets et d’un examen à l’autre.
Les derniers examens ont été pratiqués le 2 août et jusqu’à
cette date, seul PL vivax a été trouvé.
Nous n’avons pas eu l’occasion de constater un seul cas de
paludisme authentiqué par un examen hématologique et de nou¬
velle invasion chez un étranger au pays.
Discussion et conclusions. — A notre grand regret, les circon¬
stances nous ont obligé d’interrompre nos recherches dès le
commencement d’août.
Mais nous avons l’espoir que, grâce à la présence dans la
région et à l’amabilité d’un de nos collègues, le D1' Blanc, qui a
bien voulu se charger de poursuivre nos examens, nous pour¬
rons peut-être avoir quelque éclaircissement sur la possibilité
48
710 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
<
de l’existence, au cours d’un cycle annuel ou saisonnier, d une
transformation de Pl. uiuax en PL prœcox et vice-versa, comme
tendrait à le faire supposer l’intéressante communication des
Drs Armand-Delille, Paisseau et Lemaire, parue dans ce Bulletin
au mois d’avril dernier : puisque aussi bien, les observations
classiques sur ce sujet n’ont pas clôturé le début.
Nous souhaitons que notre modeste communication donne
aux chercheurs l’idée de multiplier les observations précises et
prolongées de paludéens examinés dans leur milieu, persuadés
qu’il en sortira des notions intéressantes relatives à certains
points encore mal connus de la biologie de l’hématozoaire de
Lave r an ,
Quoi qu’il en soit, nous avons tenu à faire connaître dès main¬
tenant l’existence, pendant la période estivo-pr intanière , d’un
Paludisme autochtone à forme unique de Plasm. viuax dans une
région fermée que l’on peut considérer comme exempte de tout
apport exogène paludéen.
La lutte antipaludéenne à Salé, Maroc
Par L. d’ANFREVILLE
Le paludisme sévit comme on sait dans tout le Maroc. Il s’y
présente généralement sous la forme tierce.
La question de la lutte contre cette affection fut récemment
classée comme une des plus importantes à résoudre par les
autorités dont relève la ville de Salé. Le médecin chargé de
l’hygiène (i) de cette agglomération dut examiner pour ce
motif les divers aspects du problème qui se posait devant lui.
La publication des études effectuées dans ces circonstances
n’offre pas l’intérêt pratique des expériences de Pressât ou des
frères Sergent. Son utilité, d’un tout autre ordre, ne lui a
cependant pas paru négligeable.
Salé est une ville d’environ 20.000 habitants dont 3oo tout au
(1) Le bureau d’Hygiène de Salé a été créé eu 1916. Il est confié à l’un des
deux médecins de la ville, qui dirige en même temps un dispensaire hôpital
réservé aux hommes, etc.
Séance du io Octobre 1917
711
plus sont Européens. La ville est séparée de Rabat, capitale
administrative du Maroc, par le fleuve Bou Regreg, qui coule
dans une vallée assez encaissée, fertile et marécageuse. La
ville esl entièrement ceinte de murailles. Elle présente la
forme d’un rectangle et louche l’Océan par celui de ses petits
côtés qui regarde à l’ouest. Le côté sud de ses remparts est
tourné du côté du fleuve. Ses maisons ne couvrent qu’une
moitié de la surface comprise dans son enceinte.
Des jardins et des vergers très soignés entourent les quartiers
habités. L’irrigation de ces jardins est exclusivement faite au
moyen de norias profondes de 5 à 10 mètres dont l’eau, élevée
par des roues primitives, est recueillie dans de vastes bassins
semblables à ceux qu’on voit sur la Côte d’Azur. Les proprié¬
taires irriguent leurs plantations de quatre à huit fois par mois
selon les cultures. Les bassins sont curés et blanchis au moins
une fois par an; les canalisation 1 d’eaux sont toujours nettes
de végétations, l’eau n’y séjourne pas.
Les maisons indigènes sont de vrais cloîtres. Les étrangers
n’y pénètrent pas facilement, car la coutume religieuse interdit
absolument tous rapports entre eux et les femmes de la famille.
La campagne qui borde le côté nord de Salé est couverte d’une
zone de jardins et de vergers, large de 5oo à 1.000 mètres. Ces
jardins sont cultivés et irrigués comme ceux de l’intérieur de la
ville. Le côté Est, où se trouve le Mellah ou quartier juif, est le
plus rapproché de la vallée du Bou Begreg. Une briqueterie se
trouve à moins d’un kilomètre du mellah dans l’intérieur de la
vallée. Quelques colons maraîchers ont élu domicile à côté de
cet établissement et plus loin dans l’intérieur.
Salé n’est pas absolument indemne de paludisme. L’affection
y sévit de préférence sur la partie de la populalation qui se
livre à la culture et chez les gens de passage. L’expérience est
également acquise que les cas de paludisme sont plus nom¬
breux et plus graves chez les colons et leurs ouvriers de l’Oulja.
Ceci rappelé, la question de la lutte contre le paludisme étant
posée, comment la résoudre au mieux des intérêts en présence?
Il existe trois principaux procédés prophylactiques contre le
paludisme, la lutte antilarvaire, la préservation mécanique con¬
tre les insectes adultes et la quininisation préventive.
Certaines villes
marocaines ont institué chez elles, à Limita-
712
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tion des villes de l’Afrique Occidentale Française (i), une lutte
antilarvaire pouvant être poussée jusque dans les habitations
privées. Convenait-il de procéder ainsi à Salé, ce qui n’aurait
pas élé sans heurter très violemment les préjugés indigènes,
infiniment plus respectables que partout ailleurs dans cette ville
où il n’existe pour ainsi dire pas d’Européens.
Ce seul côté de la question amplifiait encore, si possible,
Futilité d’études préalables concernant la distribution des
diverses espèces de Culicides et de leurs gîtes.
Tous ceux qui se sont intéressés aux études concernant les
moustiques sont d’accord pour attribuer aux anophèles des
habitudes « rurales ». On pourrait donc admettre a priori que
la lutte antilarvaire était inutile dans les habitations. Les jar¬
dins urbains ne paraissaient pas présenter non plus des condi¬
tions favorables pour la pullulation des anophèles à cause des
conditions spéciales de leur irrigation.
Les jardins suburbains, plus vastes et moins bien entretenus
que les précédents, sont irrigués de la même façon. Quelques-
uns, plus éloignés, qui se trouvent dans d’anciennes carrières où
l’écoulement des eaux ne se fait pas facilement, sont les seuls
à présenter des conditions différentes.
Reste sur le côté Est de la ville l’entrée de la vallée palu¬
déenne de FOulja, nue des marais salants séparent du Mellah
de Salé.
L’importance de la direction et de l'intensité des vents est
considérable quand il s’agit, soit de la dissémination à longue
distance des moustiques adultes, soit de la protection naturelle
contre leur invasion.
Salé est très ventilé par des courants venus du large. La vallée
de FOulja formant cheminée est souvent parcourue par des
vents assez violents.
Or on sait que les moustiques n’affrontent généralement pas
les vents un peu forts. Ceux-ci ne les transportent donc qu’en
minime quantité. Les insectes volent au contraire par temps
plus calmes en utilisant de préférence les terrains couverts et
ils peuvent ainsi couvrir un ou même plusieurs kilomètres.
Les recherches entreprises pour établir l’emplacement des
gîtes de larves d’anophèles ont porté sur la ville et ses environs
(i) La lutte antilarvaire est surtout dirigée en Afrique Occidentale Fran¬
çaise contre la fièvre jaune. Elle ne peut être qu’urbaine.
Séance du io Octobre 1917
713
immédiats. Elles ont été complétées par des séries de captures
d’insectes adultes affectuées dans les divers quartiers de la ville.
Les premières recherches réunies dans le tableau n° I indi¬
quent, comme il pouvait être prévu, que toute l'agglomération
1 C'Y •
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Route de Fez
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cooc £cJ-btecucu n‘‘ °II, de trouve/- le tbiJfre des captures effedutu en ce point.- "’Y \
$ .... Points de captures de larves " " '.Y Y •
3 . Lettre minuscule in-durecant le point des capCcmes de-larves (si teporterautableauï)Y.
28 Attitudes . . -
nTTTm Marais saiarfrts '“■T;
• Echelle:
Plaine F -F
feê l'OULJA.
• O o £co $oo 4oo 5 Oo feoo
urbaine est indemne de gîtes anophéliens. On n’en rencontre
même pas dans les jardins de la périphérie proches des murs.
Les secondes recherches, dont le détail se trouve dans le
tableau n° II, confirment absolument les déductions qu’on pou-
714 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vait tirer de l’examen du premier tableau (la carte annexée au
texte 1 éclairé mieux que ne le ferait une longue description).
Tableau n° I
Tableau no II
Séance du io Octobre 1917
715
Le Mellah, quartier absolument dépourvu de jardins, œst
cependant le plus atteint à cause de son voisinage avec l’Oulja.
La présence d’un anophèle mâle semble meme indiquer que les
insectes en cause y parviennent facilement.
Le camp militaire, compris entre la ville et l’embouchure du
fleuve, a donné quelques exemplaires d’anophèles dans une pro¬
portion relativement élevée. Ceci s’explique par l’apport des
vents issus de la vallée de l’Oulja. L’habitation la plus voisine
de l’Oulja est la maison de convalescence. Il est donc logique
qu’elle présente un pourcentage d’anophèles considérable.
Il découle de ce qui précède que la lutte contre le paludisme
à Salé doit surtout consister dans :
i° La quininisation préventive et curative des individus que
leurs occupations retiennent dans les jardins et surtout dans le
voisinage de l’Oulja ;
20 Une protection mécanique des habitations voisines de
cette vallée marécageuse et qui peuvent en recevoir des mousti¬
ques adultes ;
3° La lutte antilarvaire, la plus importante à l’ordinaire, peut
être rejetée dans la circonstance au dernier plan. Elle doit être
surtout confiée aux Ingénieurs et consister dans l'assainisse¬
ment des drainages, plantations, etc. de la vallée de l’Oulja.
Cette œuvre sera, bien entendu, coûteuse et de longue haleine.
Chronique du kala-azar en Tunisie
Par Charles NICOLLE
Kala-azar humain
Le nombre des cas de kala-azar, observés en Tunisie et con¬
firmés par l’examen microscopique, atteint le chiffre cinquante
pour une période (1) de dix ans (septembre 1907 à septembre
Il nous paraît intéressant de donner ici un tableau général de
ces cas.
(1) Un des cas, celui de MM. Laveran et Cathoire, que nous joignons aux
nôtres, est en réalité antérieur d’une année.
716 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
CARTE DU KALA-AZAR EN TUNISIE (de 1907 à 1917, cinquante cas observés)
Les Chefs-lieux des Contrôles civils et des Commandements militaires sont écrits
en caractères romains.
Les localités où la présence de cas de kala-azar humain a été observée sont indi¬
quées par un ou plusieurs points (un point par cas) et soulignées d’un trait;
pour Tunis (20 cas) un grand cercle a été seulement dessiné.
(L’existence du kala-azar du chien a été prouvée à Tunis et La Goulette).
Nationalité. — Au point de vue de la nationalité, les malades
se répartissent ainsi :
TRIPOLI TAINE
Séance du 10 Octobre 1917
717
Nés de père et mère italiens . . . 36
Issus de mariages entre Italiens et Français .... 3
Français (dont un enfant, élevé par des Italiens). . . 4
Maltais . 2
Issu d’un mariage entre Maltais et Française. ... 1
Indigènes musulmans . 2
Israélites tunisiens . 2
La prédominance chez les enfants de race italienne est frap¬
pante, 72 0/0 du chiffre total. Si Fon ajoute à ce chiffre les
hybrides franco-italiens, l’enfant français élevé en milieu italien,
les maltais que leur genre de vie rapproche des italiens et un
hybride franco-maltais, on obtient la proportion de 86 0/0 pour
l’ensemble du groupe italo-maltais.
Cette prédominance s'explique par deux raisons : la fréquence
du kala-azar en Italie méridionale, Sicile et Malte, régions
d’où la maladie, d’origine grecque, a été importée dans la
Régence par les émigrants ; le genre de vie des italo-maltais
qui met les enfants en rapport plus intime avec les chiens.
Par contre, la rareté du kala-azar chez les indigènes est
remarquable : un seul cas, contracté à Tunis, où vivent cepen¬
dant 90.000 musulmans.
Distribution géographique. — Tous les cas connus ont été
observés dans le nord de la Régence, soit que la maladie s’y
localise en effet entièrement (ou presqu’entièrement), soit qu’elle
ait été ma! cherchée ailleurs; pour les deux raisons sans doute.
Voici cette répartition.
Contrôle civil de Tunis 36 cas (Tunis 20 ; Manouba 1 ; Ras
Tabia 1 ; Ben Arous 1 ; La Goulette 1 ; Djebel Reças 2 ; le Mornag
2 ; Potinville 1 ; Bir M’Chergua 2 ; Halouane 1 ; La Mornaghia 2 ;
St-Cyprien 1 ; route de Bizerte, kilomètre io. 1).
Contrôle civil de Bizerte 6 cas (Bizerte 1 ; Aïn Rhelal 1 ; Uti-
que 2 ; Porto Farina 1 ; Ferry ville 1).
Contrôle de Béjà 3 cas (Oued Zargua 3).
Contrôle du Kef 5 cas (Teboursouk 1 ; Kala es Senam et Bou
Djaber 2 ; el Ksour 1 ; Gaffour 1).
Sexe. — 3o garçons (dont 2 frères), 20 filles.
Age. 5 et 6 mois .
6 mois à 1 an
1 à 2 ans . .
2 à 3 ans . .
3 à 4 ans .
2 cas
7
20
10
1
718
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
4 à 5 ans . 2
5 à 6 ans . 5
6 à 7 ans . 2
9 ans et demi . 1
Le kala-azar est surtout fréquent en Tunisie de Page de 6 mois
à la fin de la troisième année ; il est exceptionnel avant cette
période, exceptionnel aussi après 6 ans. Nous ne l’avons jamais
observé sur l’adolescent ou l’adulte; on peut donc continuer à
le considérer sans inconvénient comme une maladie de l’enfance
et l’on doit y penser toujours en pays méditerranéen, lorsqu’on
se trouve en présence d’un cas d’anémie splénique fébrile qui
ne relève pas du paludisme et dont la courbe thermique n’est
pas influencée par la quinine.
Un cas de guérison. — Presque tous les enfants que nous
avons observés nous étaient apportés in extremis, plusieurs sont
morts dans la huitaine qui a suivi notre examen; beaucoup
n'ont pas été suivis. Sur les cinquante cas de notre statistique,
nous estimons que la mortalité n’a pu être inférieure à 90 0/0.
Quelques enfants à peine, parmi ceux que nous avons perdus
de vue, présentaient des chances de survie; il est possible que
tous soient morts. De ceux que nous avons suivis (une tren¬
taine), deux seulement ont guéri.
L’observation du premier a été rapportée déjà (cas XV, gué¬
rison naturelle, après abandon des traitements); la seconde,
récente, concerne l’enfant de l’observation XLV.
P. G. sexe masculin, 5 ans, père Maltais né en Algérie, mère Française.
Malade depuis 2 mois. Symptômes classiques, rate entièrement abdomi¬
nale (la phothographie de cet enfant a été reproduite dans le Bulletin de
la Société de Pathologie exotique, tome IX, 1916, p. 127). Ponction de la
rate positive le 3 janvier 1916. L’enfant est admis quelques jours plus
tard à l’hôpital civil de Tunis, dans le service du Dr Lemanski ; il y est
traité uniquement par Xhectine.
L’amélioration a été rapide et progressive. Lorsque nous revoyons l’en¬
fant le 7 novembre, il n’est pas reconnaissable. Il a grandi, il ne présente
plus d’œdème de la face, aucune dilatation veineuse de la paroi abdomi¬
nale ; il rit, mange avec appétit, n’a plus depuis longtemps de fièvre. La
rate ne peut être décélée ni à la palpation, ni à la percussion.
Nous avons revu plusieurs fois encore cet enfant, la dernière pendant
l’été 1917 ; la guérison de Kala-Azar est parfaite ; cependant l’enfant
présente des ganglions tuberculeux sous maxillaires.
Essais de traitement. — Nous avons tenté, avec M. Lebailly,
sur les trois derniers malades observés par nous, le traitement
I
Séance du io Octobre 1917 710
par les injectionsde chlorhydrate d’émétine. Dans un cas, l’enfant
a succombé le lendemain de la première inoculation ; un autre
ne s’est présenté qu’une fois; le troisième, atteint très grave¬
ment, a paru s’améliorer; mais cet amendement des symptômes
a vite fait place à une aggravation mortelle. Cette observation
sera ultérieurement rapportée avec plus de détails, l’autopsie
ayant pu être pratiquée.
Culture des Leishmania.
Les cultures de Leishmania entretenues à l’Institut Pasteur de
Tunis sur le milieu NNN comptent actuellement (11 septembre
1917) : celles de Leishmania donooani var. infant um 2o5 et
1 55 passages, celles de Leishmania donovani var. canina 1 55
et 1 43 passages. Une culture de Leishmania tropica , conservée
sur même milieu, en compte 193.
Nous avons joint depuis à notre collection de cultures celle
d’un trypanosome du crapaud, isolée par M. Caillon ; elle compte
déjà 10 passages sur milieu NNN.
Institut Pasteur de Tunis.
Quelques observations sur la durée moyenne
de vie des trypanosés en traitement
Par le Père G. GREGGIO
Nous avons eu comme but dans ce travail de rechercher quelle
était la moyenne de vie des malades trypanosés ayant subi un
traitement. Nos observations ont porté sur les malades noirs qui
ont été soignés au lazaret de Kisantu (Moyen-Congo Belge), et
elles s’étendent de l’année 1907 à l’année 1915 inclusivement.
Sauf dans les cas où la somnolence était évidente, le diagnos¬
tic de la maladie a été fait par la recherche des trypanosomes
dans le produit de ponction ganglionnaire.
Pour les méthodes suivies dans le traitement, nous renvoyons
à une de nos notes précédentes [Bull. Path. Exot déc. 19 1 5).
720
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Malades trypanosés qui ont pu être l’objet de nos recher¬
ches : ^25.
Résultat général de l'enquête :
Sur 2o5 ç} malades traités, 84, soit 4o,9 o/o, étaient encore en
vie fin 1915, — 121, soit 69 0/0, étaient décédés.
Sur 220 $ malades traitées, 75, soit 34 0/0, étaient encore en
vie fin 1915, — i45, soit 65,9 °/°i étaient décédées.
Total : fin 1915 restaient en vie 169 malades, soit 37,4 0/0.
» » étaient décédés 266 » 62,5 0/0.
Si nous détaillons ces chiffres, nous arrivons aux résultats
suivants :
Pour l'évaluation exacte de ces pourcentages, il faut tenir
compte des circonstances dans lesquelles les malades ont été
recrutés. Dans les premières années 1907-1911, les examens por¬
tèrent surtout sur le personnel même delà Mission. Vu le nombre
assez restreint des sujets, les examens pouvaient être méthodi¬
ques, fréquents : on avait dès lors beaucoup de chances de trou¬
ver des malades à la première période. Plus tard on étendit ces
examens sur toute la région avoisinante, etj’ai expliqué ici même
les grandes difficultés rencontrées pour amener les indigènes à
se soumettre à la ponction et au traitement (1). Beaucoup de
noirs ne cédaient que lorsque les signes de la maladie étaient
évidents.
Ajoutons aussi que la plupart des décès eurent lieu au village
même des malades. Après quelques mois, souvent après quel¬
ques semaines de séjour au lazaret, bon nombre de noirs, sous
l’impression du bien-être que leur donnaient les premières injec-
(1) Bull. Pal/i. exot , mai 1917.
Séance du io Octobre 1917
721
lions, étaient bientôt repris du désir de revoir leurs proches et
de recommencer leur vie libre dans la forêt. Ils partaient et
succombaient d’autant plus vite qu’ils étaient tout à coup privés
de cette nourriture abondante et variée qu’ils avaient jusque-là
irouvée au lazaret.
Pour cette cause même, nous n’avons pu vérifier la date exacte
du décès que d’un petit nombre de malades : 1 83 en tout.
Voici pour ces derniers les moyennes de durée de leur vie
depuis la date de leur détermination :
En rapportai! t ces chiffres, nous ne faisons que confirmer, ce
nous semble, une fois de plus les conclusions, auxquelles d’au¬
tres plus compétents que nous sont arrivés par des voies diffé¬
rentes : l’hospitalisation des malades trypanosés offre peu
d'avantages sérieux sur le traitement ambulatoire, peut-être
même les résultats sont-ils absolument égaux.
Nous avons recherché aussi si les saisons exerçaient une
O
On sait que la saison froide ou sèche dans le Moyen Congo
Belge commence vers le i5 mai et se termine vers la fin de sep¬
tembre.
Nous iCavons pu de même établir aucun rapport entre la
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
722
quantité d’arsenic reçue par les malades et leur état eu 1915.
Des malades qui avaient reçu, au cours de plusieurs années de
traitement, 80, 100, i5o injections, sont indiqués comme décédés
en 1916; d’autres au contraire ont fort bien résisté avec un nom¬
bre beaucoup moindre d’injections, parfois — rarement — après
avoir reçu une ou deux injections.
Note. — Il est cependant hors de doute que le traitement pro¬
longe la vie. Voici une petite statistique qui a trait àdeux tour¬
nées, dont l’une a été effectuée en octobre 1911, la seconde en
février 1916 dans la vallée de la Nsele.
Noirs trouvés atteints de trypanose en 1911 :
59
Trypanosés traités
26
Février 1916.
Envie. Décèdes.
16 = 61,5 0/0 10 == 38,4 0/0
Trypanosés non traités
33
Février 1916.
Envie. Décédés.
9 .= 27,2 0/0 24 = 72,7 0/0
Enfin, pour compléter ce travail nous avons étudié chez les
noirs trypanosés l’augmentation ou la diminution du poids pen¬
dant leur séjour au lazaret. La série comprend 92 malades, que
nous avons eus sous notre observation pendant cinq mois au
moins (1). Les résultats sont les suivants :
Au point de vue du temps on peut les distribuer ainsi :
I. Malades soumis à 5-q mois d’observation ou de séjour.
5 malades ayant perdu de 1 à 8 kg. : Décès 4 En vie 1
2 — stationnaires — 1 — 1
12 — ayant gagné de 1 à 4 kg. : — - 4 — 8
5 — - 5 à 9 kg. : — 1 — 4
3 — — 10 à 15 kg. : — 1 — 2
(1) Voici quelques spécimens des formules analysées :
Période d’observation
Dingudl : III-08 à I-09 : 4^ kg., 49, 53,5, 56, 55,5.= 7,5 kg. en 10 mois. En vie
1 9 1 6 •
Bagonso : III-08 à XIl-10 : 25 kg., 26, 25,5, 24, 23, 32 = 7 kg. en 33 mois. En
vie igi5,
etc.
Séance du io Octobre 1917
723
II. Malades soumis à io-i4 mois...
2
3
11
12
2
malades ayant perdu 1 à 4 kg. : Décès 1
— stationnaires — 2
ayant gagné 1 à 4 kg. : — 2
— — 5 à 9 kg. : — 2
— — 11kg.: - 0
En vie 1
— 1
— 9
— 10
— 2
III. Malades soumis à i5-24 mois...
1 malade ayant perdu 2 kg. : En vie
7 — gagné 1 à 4 kg. : Décès 4 En vie 3
8 — — 5 à 9 kg. : — 2 - 6
4 — — 10 à 15 kg. : — 2 — 2
IV. Malades soumis à 25-36 mois...
2 malades ayant perdu 1 à 2 kg. : 2 Décès
1 — gagné 4 kg. : Décédé
3 — — 5 à 7 kg. : En vie
4 — — 1 0 à 13 kg. : En vie
V. Plus de quatre ans...
1 malade ayant perdu 1 kg. : Décédé
1 — gagné 8 kg. : En vie
2 — — 1 6 à 1 8 kg. : En vie
1 — — 22 kg. Décédé
Telles sont les observations que nous avons pu recueillir sur
les malades soignés au lazaret de Kisantu. Il résulte des chiffres
cités : i° que la moyenne de vie des noirs trypanosés est ordi¬
nairement de courte durée; 20 que si le traitement prolonge la
vie, ni le nombre d’injections reçues ni souvent l'augmentation
même du poids ne peuvent fournir une indication certaine sur
la marche ultérieure de la maladie.
Piroplasmose et Anaplasmose en Turquie (1916)
Par W. STEFKO
Nous avons observé la piroplasmose et l’anaplasmose chez
plusieurs bœufs (qui venaient de Russie) en Turquie (Trébi-
zonde, Platana, Rizé, etc.,) pendant l’été de 1916.
Le pourcentage des cas mortels est très haut (80-90 0/0). Les
parasites que nous avons trouvés dans les frottis de la rate
appartiennent aux Piroplasnia bigeminum , annulatum et à Y Ana-
724
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
plasma centrale. L’infection par les deux parasites est très fré¬
quente.
L’hôte intermédiaire est Boophilas annulatus. Les ovules de
Booph. annulatus sont très infectées par ces parasites (Piro¬
plasmes). Ixodes corniger 1vol. et Bhipicephalus simus Koch sont
moins répandues dans cette région.
Dengue à Trébizonde (Turquie) en 1916
Par W. STEFKO
La Dengue est très largement répandue en Turquie.
Pendant les mois de juin et juillet, toute la population (de pré¬
férence les militaires russes) était atteinte de cette maladie.
La Dengue se propage des quartiers bas de la ville.
L’hôte intermédiaire est Stegomyia fasciata.
Les cas mortels sont très rares.
A l’autopsie, méningite et pachyméningi te qui consistait en
adhérences et en une infiltration séreuse de la pie-mère et quel¬
quefois de la dure-mère, et gastro-entérite aiguë.
Deux cas de bubon climatérique
Par W. STEFKO
1er cas. Marin. Forme aiguë.
L’examen histologique des ganglions lymphatiques (pl. inguinales) m'a
donné la possibilité de reconnaître la forme lymphadénite aïgue (Lympha-
denilis acuta).
2e cas (récidive). Négociant du Turkestan.
L’examen microscopique des ganglions lymphatiques hypertrophiés
(pl. cervicales) m’a montré delà lymp/iadenitis cfironica fibrosa avec nom¬
breux fibroblastes, plasmatocytes et abondance du tissu conjonctif et péria¬
dénite.
La présence des éléments indiqués peut servir pour la distinction histo-
Séance du io Octobre 1917
725
logique entre le bubon climatérique et un bubon pesteux. Dans les frottis
du sang, Plasmodium malariæ en grand nombre.
L’examen bactériologiq ue du sang (vei ne) dans le Ier et le 2e cas
a donné le Staphylococcus aureus en culture pure.
L’autovaccinothérapie donne de bons résultats.
Un cas d’Œrbiss ou pseudo myiase rampante
à Grand“Bassam ( Côte d’ivoire)
Par M. BLANCHARD
Bien que l’étude de ce cas n’ait donné aucun résultat étiolo¬
gique, j’ai pensé à le signaler pour indiquer la présence à la
Côte d’ivoire de cette curieuse affection, surtout fréquente au
Sénégal et dont Roubaud (i) a donné la description si complète.
M. FI..., une quarantaine d’années, habite Bassam depuis longtemps.
C’est la troisième fois (toujours pendant la saison des pluies) qu’il est
atteint au pied droit de ces mystérieux sillons. Le seul fait étiologique
notable est qu’il se promène chaque matin pieds nus dans son jardin.
Le début de l'affection remonte à fin juin 1917 : deux amorces de sillon
ont apparu simultanément, l’une dans la région plantaire du petit orteil,
l’autre au niveau du bord interne du pied. Marche classique : tracé linéaire
vultueux en relief à la surface de la peau, à la coupe canal sous-épi¬
démique de un à deux millimètres de large s’étalant çà-et là en cloaques,
le tout rempli de sérosité opalescente. Sensation vive de brûlure et de pro¬
gression du sillon, surtout pendant la nuit.
Premier examen le 4 juillet, les deux sillons zigzagants ont une largeur
de 3 et 4 centimètres. Prélèvements multiples de sérosité et de produits
de raclage des différents points du sillon : examen microscopique toujours
négatif.
Tous les traitements essayés pendant les atteintes antérieures (la plupart
des antiseptiques) ont été vains et M. H. ., connaissant l’inaction thérapeu¬
tique sur ses lésions, s attend avec calme à les voir évoluer pendant plu¬
sieurs mois, envahissant peu à peu tout le pied et s’accompagnant d’œdème
et de douleurs lancinantes la nuit. Il a ainsi passé des semaines astreint à
la chaise longue.
Après quelques essais de pommades diverses qui ne donnent rien, les
sillons sont ouverts, cautérisés au nilrate d’argent au 1/5 et un cercle éner¬
gique est tracé avec la même solution tout autour de chaque lésion. Depuis
ce moment, l’évolution change, la tête du sillon continue à progresser
r
(1) Mission Bouet Roubaud. Etudes sur la faune parasitaire de l’Afrique Occi¬
dentale Française, iqi4-
49
726
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mais seulement dans l’intérieur des cercles. Chaque fois qu’elle atteint
cette limite, elle lait demi-tour sans jamais la franchir et, après avoir ainsi
erré en champ clos pendant une semaine, tout s’est éteint et la guérison
est survenue.
Cette observation n’apporte donc rien de bien nouveau aux
faits déjà décrils par Sautarel, Lafont, Verdier, Bourraguet,
Morin; il en ressort simplement: pour l’étiologie, le contact
avec la terre humide (opinion de Béranger-Féraud, peu probante
pour Roubaud) ; pour le traitement, l’efficacité d’une tranchée
circulaire au nitrate d’argent.
Laboratoire de Grand-Bassam.
Contribution à l'étude de
la dermite granuleuse des Equidés
Par R. Van SACEGHEM
Longtemps on a envisagé qu’une filai re était la cause étiolo-
r
gique de la dermite granuleuse des Equidés. Cette filaire fut
décrite par Rivolta en 1868; il la désigna sous le nom de Der-
matofdaria irritons , nom que Railliet transforma plus tard en
F il aria irritons.
Dans de récentes publications, le professeur Railliet (i) a
signalé que le parasite que l’on trouve dans les granulations
vermineuses des plaies d’été du cheval et de l’âne présente de
grandes analogies morphologiques avec les larves de Spiroptères.
Une des caractéristiques de ces larves est de se terminer par
une pointe mousse garnie de piquants. La Dermatofilaria de
Rivolta possède la même particularité. On est donc amené à
cette conclusion, dit Railliet, que le nématode des plaies d’été
n’est autre que la larve du Spiroptère.
Nous connaissons trois espèces de Spiroptères qui parasitent
les équidés : Habronema megastoma (Rud.) H . microstoma (Schnei¬
der) et H. muscœ (Carter).
H. megastoma vit dans des adénomes périvermineux de l’esto-
(1) Le parasite de la dermite granuleuse des équidés par Railliet et
A. Henry, Bull. Soc. Pat h. Eæot., 1915, p. 6q5
727
Séance du io Octobre 1917
mac du cheval et de l’âne ; Y H. microstoma et H. mnscœ vivent
r
dans l’estomac des Equidés.
Nous ne connaissons pas l’évolution des larves d’ Hahronemci
megastoma , ni celle d’//. microstoma. Les recherches de Ransom(i)
nous ont fait connaître les diverses phases du développement
de H. mnscœ. Les embryons de ce ver qui vit à l’état adulte
dans l’estomac du cheval sont évacués dans les excréments et
pénètrent dans les larves des mouches qui vivent dans le fumier.
Ils évoluent chez ces larves, la pupe et la mouche adulte. Ils
réintègrent finalement l’estomac du cheval. Gomment? Nous ne
savons rien de précis à cet égard, probablement, dit Railliet
lorsque les mouches vont sucer les lèvres humides de cet ani¬
mal, ou plus probablement lorsqu’elles sont ingérées.
J ai déjà eu l’occasion de signaler que la dermite granuleuse
est très commune à Zambi (Bas-Congo) (2). Je tiens à préciser
quelques observations qui pourront contribuer quelque peu,
j’espère, à l’étude de cette affection.
J’ai observé i° que la maladie ne sévit que chez les animaux
tenus en stabulation. Dans les écuries, il 11’existe pas de litière
permanente, les excréments sont régulièrement enlevés ;
20 la maladie ne se localise jamais à l’arrière-main, toujours à
l’avant-main, sur les membres et à l'angle nasal de l’œil. D’au¬
tres localisations sont rares ;
3° les Equidés qui vivent en liberté ne présentent jamais
l'affection. Iis passent la nuit dans un cirque où le fumier
n’est jamais enlevé. Le matin ils quittent cet endroit pour
pâturer librement dans la brousse.
Ces faits d’observation prouvent : A) que l’infection ne se pro¬
page pas directement par les excréments ; B) que ce sont des
mouches qui amènent la maladie. En voici les preuves : si le
parasite provenait directement des excréments, ce seraient les
Equ idés qui passent toute la nuit sur des amas de fumier qui
devraient être surtout atteints. En tous cas, la proportion d’in¬
fections devrait être beaucoup plus forte parmi eux que parmi
les équidés tenus à l’écurie où les excréments sont régulière¬
ment enlevés. De plus, si les excréments étaient un moyen d’in-
(1) The 1 i fe history of Habronema muscœ , a parasile of the horse transmit-
ted by the house fly . Bull. i63. Bureau of animal indus tri/, april, 3, 1913.
(2) R. Van Saceghem. — Observations sur la dermite granuleuse. Bull. Soc.
Path. eæot. , 1915, p. 362.
728
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
feclion directe, Barrière-train des équidés serait plus suscepti¬
ble d’être entrepris que l’avant-main : or, c’est l’inverse que
nous observons. Ce sont des mouches qui apportent l’affection ;
les mouches (mouches domestiques et stomoxes) sont très nom¬
breuses dans les écuries, alors qu’elles sont rares en brousse.
La cause pour laquelle l’arrière-main n’est pas entrepris par le
mal est que cette partie du corps de l’animal est protégée contre
les mouches par la queue que les chevaux portent à tout crin.
Dans une écurie où plusieurs chevaux étaient atteints de
plaies d’été, des recherches m’ont permis de retrouver 20 0/0
des mouches domestiques parasitées par une larve de 2 mm. 5oo
de long sur 65 microns de large. Celte larve avait l’extrémité
antérieure atténuée et était terminée postérieurement par une
pointe mousse garnie de piquants. La bouche se continuait par
un vestibule suivi de l’œsophage. Le vestibule, plus l’œsophage,
mesuraient o mm.85o. Cette larve se trouve dans la trompe de la
mouche domestique parfois au nombre de 3 à 5.
Examinées au microscope dans une solution de sérum physio¬
logique, ces larves présentent des détentes très fortes ; elles
pénètrent dans les obstacles, représentés ici par les matières
exprimées de la trompe de la mouche, par reptation et laissent
après leur passage un sillon sinueux. Elles reçu lent fréquemment
pour choisir une autre voie de pénétration. L’extrémité posté¬
rieure s’enroule souvent, l’anus restant du côté de la grande
courbure. Elles pénètrent lentement dans les obstacles, l’extré¬
mité antérieure amincie animée continuellement de mouvements
latéraux.
La larve trouvée chez la mouche est-elle un stade d’évolution
de celle rencontrée dans les tubercules vermineux? La larve que
j’observe diffère de celle que je retrouve dans les plaies d’été
par les caractères morphologiques suivants : le diamètre trans¬
versal est supérieur, 65 microns, alors que celui des larves des
granules vermineux n’a que 5o microns comme diamètre trans¬
versal ; je n’ai pu observer des striations longitudinales sur les
larves trouvées dans les mouches, alors que cette striation est
très évidente dans les larves des tubercules vermineux.
Des larves, prises d’une mouche et placées sur la peau d'un
cobaye humectée de sérum physiologique, ont présenté des mou¬
vements de translation très marqués, mais n’avaient aucune ten¬
dance à pénétrer dans la peau. Quand le sérum fut enlevé par
Séance du io Octobre 1917
729
aspiration avec du papier buvard, les larves restèrent sur place
et moururent. Je dois noter que ces expériences furent faites à
une période de l’année où toutes plaies d’été ont une tendance
naturelle à guérir.
Je suppose, sans vouloir rien affirmer, que la larve que je
retrouve chez la mouche domestique de Zambi est la larve de
Habronemci mascœ.
Les rares autopsies qui ont été faites dernièrement à Zambi
n’ont jamais permis de retrouver jusqu'ici que Habronema
megastoma. Un fait qui semble pouvoir donner quelques indica¬
tions est le suivant : les plaies d’été renferment un grand nom¬
bre de parasites calcifiés et quelques parasites vivants. Il y a, par
conséquent, une infection en masse en un seul endroit. Cette
infection doit se faire en une fois ou successivement. Si elle se
fait en une fois, il faut nécessairement que ces larves de spirop-
tères soient amenées en une seule fois en un même endroit; ce
qui est peu probable dans toutes les hypothèses possibles. Il est
plus admissible qu’à un endroit donné il existe une prédisposi¬
tion ; la seule, à mon avis, est la présence de sérosité (plaies,
excoriations). Dans l'angle nasal de l’œil, cette prédisposition
est permanente, tandis qu’aux membres, il doit y avoir une plaie
préexistante. Si une mouche infectée vient sur la plaie, les lar¬
ves pénètrent et produisent un prurit semblable à celui que
Looss en 1898 a signalé lors du passage des larves d ' Ankylostoma
duoderiale à travers la peau humaine. Ces démangeaisons pous¬
sent les animaux à mordiller, une grande plaie se forme qui
attire les mouches, et il se crée ainsi une porte d’entrée de choix
pour les parasites.
J’ai pu observer très souvent qu’au niveau des régions où va
se déclarer une plaie d’été, avant l’apparition des lésions visi¬
bles, l’animal souffre d’un prurit intense qu’il manifeste en se
mordant j usqu’au sang.
Des expériences en cours me permettront, je l’espère, de four¬
nir encore quelques observations sur la cause de celte affection
tenace que représente la dermite granuleuse.
Laboratoire de Bactériologie de Zambi , ier juin 1917.
730
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
L'eau du Niger et l’helminthiase intestinale
^ y ! .]* 1
Par Ch. COMMES
L’helminthiase intestinale est une affection fréquente chez les
indigènes de Bamako. Les Européens y sont également sujets et
bien souvent leur affection reste méconnue, étiquetée clinique¬
ment dysenterie, entérite ou rectite et même parfois paludisme.
L’examen systématique des selles de malades, dont l’état ne
s'améliorait pas sous l’influence de la quinine ou d’autres trai¬
tements classiques, nous a permis de trouver la plupart des fois
des œufs de Némathelminthes :
G...., 38 ans, traité pour rectite = ankylostomiase.
L . 10 ans, traitée pour paludisme = trichocéphalose.
G...., 15 ans, traitée pour troubles gastriques = trichocéphalose, anky¬
lostomiase, ascaridiose,
etc., etc.
sont des cas typiques rencontrés chez des Européens.
L’infestation se faisant surtout avec de l’eau de boisson.
Malgré l’affirmation des malades que leur eau de boisson était
toujours filtrée ou stérilisée par leur boy, nous avons recherché
les œufs de parasites dans l’eau du Niger qui sert à la consom¬
mation. Voici le résultat de ces examens :
Saison sèche
Séance du io Octobre 1917 731
Saison des pluies
Nous avons examiné comparativement l’eau du Niger et l'eau
de la canalisation, les résultats ont été identiques avec cette
seule différence que les œufs de parasites se trouvaient en plus
grand nombre dans l’eau de la canalisation.
Nous avons opéré de la façon suivante : 10 litres d’eau étaient
prélevés, on y ajoutait 1 g. d’alun pour 1 000 d’eau, et le dépôt,
après centrifugation, était examiné.
Il résulte de ces examens que les œufs de Trichocéphale sont
ceux que l’on rencontre le plus fréquemment dans l’eau du
Niger aussi bien en saison sèche que pendant l’hivernage. Les
œufs d’Ascaris sont plus nombreux en hivernage et ceux d’An-
kylostome aussi nombreux pendant les deux saisons. Aussi la
stérilisation ou la filtration de l’eau doit-elle être faite d’une
façon minutieuse si Ton ne veut pas contracter à coup sur
l’helminthiase intestinale.
Laboratoire de Bamako , Haut- S ènègal- Niger .
La roussette, Cynonycteris straminea ,
animal de Laboratoire.
Par F. Van Den BRANDEN
Dans une note récente (1), le docteur Rodhain et moi avons
signalé la sensibilité de la roussette, Cynonycteris straminea , au
(1) Sur la réceptivité de la roussette, Cynonycteris straminea , aux différents
732
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
7 rypanosoma gambiense. Le Tr. gambiense détermine chez la
roussette une infection chronique mortelle d’une durée de 52 à
68 jours.
La possibilité de se procurer des roussettes dans presque toutes
les régions du Congo, et la facilité de les conserver vivantes en
cage pendant des mois, place la roussette au rang des animaux
de Laboratoire. Cet animal peut devenir très précieux pour le
diagnostic de la trypanosomiase humaine dans les régions où
les cobayes n’existent pas et où les singes sont difficiles à se pro¬
curer.
Nous avons des animaux, mâles et femelles, en cage depuis
six mois; une roussette femelle vient de mettre au monde un
jeune.
Ces animaux en cage se nourrissent de sucs de fruits, de pré¬
férence des bananes et des papaies.
Les roussettes vivent souvent nombreuses dans les galeries
forestières, le long des rivières où les glossines pullulent, par
exemple le long de l lnkissi, affluent du fleuve Congo, dans le
Moyen-Congo belge. Elles doivent être considérées comme des
réservoirs de virus à combattre.
Léopoldoille , le 2 3 mai 1917.
virus de Irvpanosomoses africains. Bulletin de la Société de Pathologie exo¬
tique, n° 4, 1916. — Voir aussi, ce n° du Bulletin , p. 704
Séance du io Octobre 1917
733
Mémoires
La Lèpre à la Guyane française
et ses réglementations successives
Par Marcel LEGER.
Il est deux faits bien établis, et dont la discordance ne peut
manquer de frapper. D’une part, la lèpre est loin d’être en
régression à la Guyane. D’autre part, les nombreuses réglemen¬
tations édictées depuis deux siècles, pour lutter dans notre colo¬
nie contre le « mal rouge », et ayant toutes pour base la séques¬
tration, n’ont donné aucun résultat. Il conviendrait donc
d’organiser différemment la lutte contre la lèpre.
Il paraît certain que la lèpre n’existait pas chez les autochto¬
nes. La maladie a été introduite dans la seconde moitié du
xviie siècle par les esclaves importés de la Côte Occidentale
d'Afrique, et aussi, à en croire notre camarade Guillon, par les
Juifs hollandais expulsés du Brésil et venus dans les environs de
Cayenne se livrer à la colonisation. Le mal fit sur place de rapi¬
des progrès à cause des conditions hygiéniques déplorables dans
lesquelles vivait le bétail humain, et dès 1716, comme nous le
verrons, on dut y prêter sérieuse^attention. En 1777, Bajon, dans
son « Mémoire pour servi r à l'histoire de Cayenne », indique que
presque tous les habitants ont sur leurs habitations des nègres
attaqués par le mal rouge. Delaborde (1784), Poissonnier-Des-
périère (1785), Pierre Campet (1802), Sigaud (i8o4), montrent
l’importance de la lèpre dans la nosologie du pays. Laure (1859)
assure que la propagation de la lèpre est tellement rapide
« qu’un dixième de la population est affecté », et insiste sur ce
que les familles blanches paient, elles aussi, un tribut important
au mal, depuis que l’émancipation des esclaves a diminué le
bien-être des classes élevées. Brassac (1866) comprend la Guyane
734
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
parmi les pays où la lèpre est le plus répandu, tout en pensant
que Laure, dans ses estimations, a englobé non seulement
l’éléphantiasis des Grecs, mais aussi l’éléphanliasis des Arabes,
de nature bien différente. D'après un missionnaire, auteur
anonyme d’un livre sur la « contagiosité de la lèpre » (1879),
Monseigneur Enouet considérait 4 à 5 0/0 de ses paroissiens,
noirs ou de couleur, comme atteints du mal. Toujours d’après
la même source, un curé en service à Mana depuis 20 ans
assurait qu’il n’y avait pas quatre cases de ses ouailles abso¬
lument saines.
Nous avons pu relever des documents plus précis, et d’époques
plus récentes, dans les publications ou les rapports inédits de
médecins en service à la Guyane.
D’après Orgeas (1886), on trouverait à un examen médical de
la population « peut-être 100, peut-être 200 lépreux, peut être
davantage » ; ce n’est pas par le nombre d’internés à l’Acarouan v
que peut se mesurer réellement la lèpre dans la population.
Dans son rapport annuel de 1897, Le Jolleg dit que la mala¬
die « est d’une fréquence terrible chez les gens du pays », et
que « quelques Européens la contractent ».
Lafaurie, qui est resté 7 ans de suite comme Directeur de la
Léproserie, a pu, dans le seul bourg de Mana, voisin de sa rési¬
dence, constater 8 nouveaux cas de lèpre sur une population
d’un millier de sujets. Il a poussé de vrais cris d'alarme dans
ses rapports, se demandant ce que deviendra la Colonie dans un
demi-siècle.
Kermorgant (1908) pense que le nombre des lépreux en Guyane
voisine 3oo, dont i5o pour Cayenne et ses environs. La prédo¬
minance au chef-lieu n’est qu'apparente, car la population de
Cayenne est la moitié environ de celle de la Guyane entière.
Clarac, dans son excellent mémoire sur la pathologie de la
Colonie, dont il a dirigé les services médicaux de 1898 à 1900,
consacre de longues pages à la question de la lèpre, qui cons¬
titue un « véritable fléau » car la maladie tend manifestement à
augmenter, en atteignant des familles jusque-là indemnes.
Comme médecin-inspecteur des écoles, il a dû, en 2 ans, ren¬
voyer dans leurs familles 6 enfants atteints de lèpre, et en ville
il a pu diagnostiquer deux cas de nouvelle invasion. Il a tenté de
faire le dénombrement des lépreux de Cayenne ; il regarde comme
se rapprochant delà réalité le chiffre de 200, que lui a donné le
Séance du io Octobre 1917
735
Docteur Pain, exerçant dans la ville depuis une vingtaine d’an¬
nées. Pour la population entière de la Colonie (3o.ooo habitants),
on peut admettre 35o lépreux, soit près de 12 p. 1000.
Mana, dont avait parlé Lafaurie, paraît particulièrement con¬
taminé. En 2 ans (1910-1911), Guillon a relevé 19 nouveaux cas
dans la population. Bernoud, Tannée suivante, estime à 5o
environ le nombre des lépreux du centre, et en 1914, Frontgous,
lors d’une visite militaire des révisés, a écarté pour lèpre 12 des
190 sujets examinés.
Mas (rapport annuel 1910) cite l’opinion de Guillon, Directeur
de TAcarouany, d’après lequel des milliers de lépreux errent en
liberté.
Pour Houillon (rapport annuel 1912), la lèpre, qui n’est pas,
en fait, le fléau le plus meurtrier de la Guyane, constitue l’une
de ses tares les plus affligeantes.
Ortholan ( rapport annuel 1913) a eu l’occasion d’examiner, au
moment des visites d’incorporation des classes 1912, 1913 et
1914, 225 jeunes gens; parmi eux 9 étaient atteints de lèpre
manifeste.
Sur 39 réformes définitives qui ont été prononcées parRxppiN
(rapport annuel 1914), 4 Font été pour lèpre, et dans tous les cas
les lésions étaient déjà fort avancées.
Tout récemment, en 1915, notre ami Thézé, Directeur de l’Ins¬
titut d’Hygiène de Cayenne, s’est beaucoup occupé de la lèpre.
Il rapporte qu'une enquête administrative, prescrite par le Gou¬
vernement, indique comme nombre de lépreux 35 à Cayenne et
46 dans le reste de la Colonie (non compris les internés de l’Aca-
rouany). Ces chiffres sont pour lui manifestement trop faibles
de plus de moitié. A Cayenne seule, grâce à la précieuse colla¬
boration du Docteur Henry, exerçant depuis i5ans dans la ville,
il a recueilli 83 cas de lèpre, se décomposant en : 33 de forme
maculeuse, 28 de forme tuberculeuse, 18 de forme nerveuse et 4
de forme mixte. Pour lui, une des caractéristiques est de com¬
mencer dès l’enfance, constatation d’importance primordiale
pour la prophylaxie de la maladie. Le nombre total des lépreux
serait dans la Guyane entière de 3oo à 35o.
Pour notre part, en un an, il nous a été donné de découvrir,
dans la population libre de Cayenne, 5 cas nouveaux de lèpre
avec présence de bacilles de Hansen dans le mucus nasal et
736
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2 autres cas dans lequels le diagnostic clinique ne reçut pas de
confirmation bactériologique.
Dans la population pénale, au cours des 2 mêmes années,
1 transporté et 3 libérés ont été reconnus lépreux et dirigés sur
la léproserie de l’Administration Pénitentiaire.
Enfin les opérations de révision faites en 1916-1917 ont
entraîné la réforme pour lèpre de ZjB sujets sur quelques centai¬
nes examinés.
A Saint-Laurent du Maroni, notre ami le Dr Patterson a
décelé la lèpre, depuis un an, chez 9 sujets de la population
libre et i4de la population pénale.
La lèpre, avec ses lésions de suppuration sanieuse et de muti¬
lation spontanée, est de tout les maux celui qui, de tout temps,
a inspiré le plus crainte et dégoût. II n’estdonc pas étonnant que,
pour lutter contre le mal, on ait souvent édicté des mesures
s’écartant du principe de haute humanité qui fait des malades,
quels qu’ils soient, des malheureux et non des coupables. L’opi¬
nion du Moyen-Age, que la lèpre est une punition du Ciel, n’est
plus de mise aujourd’hui
Déjà en 1716, le Code Noir , qui précise les conditions dans
lesquelles doit s’effectuer le transport des esclaves, interdit
l'importation des nègres ladres. Les tribunaux des colonies pou¬
vaient décréter nulle la vente de tout esclave contaminé, et les
capitaines des voiliers étaient rendus responsables des sujets
qu’ils embarquaient.
Cette décision très juste, très humaine, et répondant en même
temps à une conception parfaite d’une bonne prophylaxie, aurait
préservé la Guyane, si elle avait été appliquée de façon rigou¬
reuse. Mais le désir du gain amena les négriers à user des
maquillages honteux, dont parle Campet, pour cacher les lésions
commençantes, et L Administration insouciante ne s’appliqua
pas à un contrôle suffisant.
Le Code Noir était un édit royal destiné à l’ensemble de nos
possessions d’Amérique. Son application en Guyane, comme
ailleurs d’ailleurs, fut si défectueuse, qu’un réglement local
parut indispensable en iy43 pour lutter contre l’extension du
mal. Le moyen de prophylaxie préconisé fut l’isolement des
lépreux dans des cases éloignées. Il n’y avait alors que quelques
milliers d’esclaves et quelques dizaines de lépreux; il aurait
fallu, à ce moment-là, décréter le renvoi en Afrique des malades.
Séance du io Octobre 1917
737
En 1777, sur les instances de M. Bajon « Chirurgien -Major de
File de Cayenne et Dépendances », qui rend justice « au zèle et
aux bontés de M. Fiedmond, Gouverneur », tout en déclarant
que « les Messieurs de l'Administration n’ont pas eu les mêmes
intentions» pour lui, 011 se décide à lutter énergiquement contre
la lèpre, graduellement en vahissante. Il est créé, à l’ilot la Mère,
un asile pour les esclaves lépreux; la déclaration obligatoire
des malades par les maîtres est décrétée sous peine de fortes
amendes.
A la faveur de la période troublée, sous la domination portu¬
gaise, qui s'étend de 1802 à 1817, le « mal-rouge » prit une
extension encore plus fâcheuse.
Dès la reprise de possession de la Guyane, les autorités fran¬
çaises eurent à cœur de combattre la maladie. L 'ordonnance du *
ieT janvier 1881 n’est, en quelque sorte, que la répétition
de l’édit de 1 877. Quelques addenda devinrent nécessaires, la
lèpre commençant à faire des victimes parmi les Européens. A
la déclaration obligatoire et à l’internement des esclaves lépreux
s’ajoute l’obligation, pour les Européens atteints, de regagner la
France dans le délai d’un an (Code Guyane, t. I, 1824).
Une des Iles-du-Salut, File du Diable, fut choisie comme
léproserie. Assez vite on s’aperçut que le lieu était peu propice,
surtout à cause du manque d’eau et des difficultés de ravitail¬
lement. Par décision du 18 mars 1 8 3 3 , le Gouverneur Inbelin
décida le transfert à l’Acarouany, sur un territoire concédé peu
de temps au paravanl aux Keligieuses de l’Ordre de Sai nt-Joseph
de Cluny pour faire de la colonisation.
Par décision du 22 février 1 838, le Gouverneur du Camper,
estimant que « la législation locale est insuffisante et 11e se
trouve plus en rapport avec l’état de la société dans la Colonie »,
nomme une Commission pour régler « les dispositions précises
de prudence, d’ordre et de sûreté relativement aux lépreux (et
pianiques) de toutes conditions ».
Les conclusions de cette Commission paraissent dans b; Décret
colonial du 24 août 1840 ; elles visent l’élément libre de la colo¬
nie. « La lèpre donne lieu à la séquestration de toute personne
libre qui en est atteinte », et par séquestration il faut entendre
« la mise en dépôt du malade dans un lieu à ce destiné, sans
aucune communication directe avec l’extérieur ». Le lieu d’iso- -
/
738
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lement choisi pour les personnes de condition libre fut l’îlot la
Mère, l’Açarouany restant destiné aux esclaves.
L’Administration locale est chargée de pourvoir par des règle¬
ments particuliers à la recherche des individus soupçonnés de
lèpre. Ceux-ci sont déférés devant une Commission sanitaire
permanente, comprenant 7 membres (dont 3 médecins), qui
décide en dernier ressort.
Des mesures sont prévues vis-à-vis des sujets arrivant de France
ou des pays voisins. Les lépreux doivent être réintégrés à bord
du bateau même qui les a amenés, ou être internés.
La déclaration obligatoire des esclaves lépreux, prescrite par
l’ordonnance de 1818, n’étant pas en fait appliquée, une série
d’arrêtés (21-12-1838 — 1 o- 1 r - 1 84 1 — 28-6-1842) désignent des
médecins « pour procéder, avec le concours des Commissaires-
Commandants des quartiers, à la visite de tous les noirs, à l’effet
de rechercher ceux atteints de lèpre qui devront être envoyés à
Cayenne pour y être définitivement examinés par le Conseil de
Santé et dirigés, s’il y a lieu, sur la léproserie de l’Aca-
rouany ».
Le décret colonial du 28 janvier 18 consacre la procédure à
employer pour la « séquestration des esclaves lépreux ». Il est
créé dans chaque commune de la Colonie une commission de
trois membres (le Maire ou le Commissaire-Commandant, un
notable et un médecin) chargée de constater « à domicile l’état
et les noms des esclaves qui seraient dans le cas d’être séques¬
trés ». Les sujets soupçonnés devaient se présenter devant le
Conseil de Santé de Cayenne pour décision.
L’abolition de l’esclavage en 1848 fait tomber en désuétude
les mesures particulières concernant les esclaves lépreux. La
léproserie de l’îlot la Mère est fermée ; I’Acarouany reste seul
lieu de séquestration.
Par décision du 16 septembre 1 865, le Gouverneur Hennique
nomme une « Commission chargée de donner son avis sur l’état
de santé de toute personne qui lui sera présentée comme atteinte
de lèpre. » Cette Commission comprend les mêmes 7 membres
que celle prescrite par le Décret Colonial de i84o.
En 1876 (arrêté du 28 octobre), le nombre des membres est
porté à 9.
A la suite d’un vœu émis par le Conseil Général tendant à
faire procédera un nouvel examen de la législation locale sur
Séance du io Octobre 1917
739
les lépreux, le Gouverneur Lougnon, par décision du 3o mars
i885 , charge une Commission d’examiner les modifications qui
pourraient être apportées au décret colonial du 24 août i84o.
Le rapport élaboré est accepté par le Gouverneur Le Cardinal,
et Y arrêté du 28 Jévrier 1 88 j abroge provisoirement le décret
colonial de i84o, sous réserve de l'approbation du Président de
la République. Le principe de la séquestration reste admis et
la définition de la séquestration n’est pas changée. L’unique
addition au texte primitif est la suivante : « Si la personne
« reconnue lépreuse justifie de ressources suffisantes pour se
« procurer les soins que comporte son état, elle sera, sur sa
« demande, dispensée de l’internement ; » elle devra se retirer
hors la ville de Cayenne, à une distance qui ne devra pas être
moindre de 2 kilomètres, et hors des bourgs à une distance d’au
moins un kilomètre.
Une dépêche ministérielle trouve que certaines dispositions
de la réglementation sont trop rigoureuses, et l’arrêté est rap¬
porté le 6 août \88j avant même d’avoir été appliqué.
La nouvelle législation se fait attendre 4 ans. Le Décret du
11 mai iSgi (avec arrêté local du 28 juillet 1 892) est actuelle¬
ment encore en vigueur. La grosse modification est la suppres¬
sion du mot séquestration; il n’y est parlé que de léproserie.
Les dispositions proposées en 1887 pour les gens de condition
aisée sont maintenues. Les sujets dépourvus de ressources sont
dirigés sur l’Acarouany.
Nous allons étudier les résultats obtenus et voir comment est
appliqué le décret de 1891.
*
* *
La réglementation actuelle paraît rigoureuse et pourtant la
marche de la maladie 11'est nullement régressive. Très sévère
pour les lépreux dépourvus de ressources, elle permet à ceux
qui justifient peu ou prou de ressources d’éviter la léproserie (là
n’est pas le mal, à mon avis), tout en 11e les forçant pas à
prendre les précautions hygiéniques indispensables (ce qui est
le danger) et en ne leur montrant pas qu’ils sont dangereux
pour leurs familles et leurs intimes. Le décret, tel qu’il est
conçu, ne s’adresse de plus qu’aux lépreux arrivés aux derniers
stades de l’affection; il laisse tout à fait de coté ceux au début
de leur maladie, les seuls que l’on ait chance de guérir.
740
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Bien que le mot séquestration ait été supprimé du texte de
1891, il reste sous-entendu, et la séquestration est, somme toute,
la mesure unique préconisée pour lutter contre l’extension delà
lèpre.
Et cependant la séquestration n’a jamais fait ses preuves de façon irré¬
futable, car jamais elle n’a pu être appliquée à tous, en particulier à ceux
au début de la maladie.
Les isolistes à outrance citent l’exemple de la Norvège. Mais les amélio¬
rations obtenues sont-elles uniquement dues à la séquestration forcée?
Bien des auteurs l’ont nié et accordent la valeur la plus grande aux
mesures d’hygiène individuelle scrupuleusement exécutées.
A la Trinitad, d’après Vintras, la progression de la lèpre ne céda pas
malgré la création de léproseries et l'internement forcé des malades. Le
recensement très précis ordonné en 1815 par Sir IIalph Woodford permit
de numérer dans l’île 77 lépreux. En 1878 il y en avait 860 (d’après « un
missionnaire », p. 166).
Les isolistes à outrance mentionnent tous la disparition de la lèpre de
France. 11 est d'abord un fait qu’ils passent sous silence, c’est que le sys¬
tème, dont ils vantent l'efficacité, aurait mis plus d’un siècle à conjurer le
fléau. La maladie était, en effet, constatée dès le ve siècle, puisqu’une
maladrerie était construite en 460 près EAbbaye de Saint Ouen; elle exis¬
tait vraisemblablement d’ailleurs avant. Avec les Croisades, le mal pré¬
senta son maximum d’extension; il ne pouvait en être autrement après
ces folles et gigantesques équipées en Orient. Les léproseries devinrent
alors si nombreuses que « il n’y avait ny ville, ny bourgade qui ne fust
« obligée de bâtir un hospital pour les retirer » (Mézeray, Histoire de
France, 1645, t. 11, p. 168). Le chiffre précis de 2.000 maladreries en
France est indiqué dans le testament de Louis VIII.
Malgré les léproseries et les autres mesures draconiennes édictées, la
lèpre persista de première importance jusqu’au xvie siècle.
Il y eut alors un fléchissement subit, qui coïncida juste avec l’appari¬
tion du « mal vénitien ».
Puis lèpre et syphilis diminuèrent dès que fut appliqué un traitement
rationnel de la syphilis. Car. si le mercure fut essayé pour la première
fois en 1495 par Marcus Cummanus, médecin de l’armée vénitienne, le
médicament ne fut donné à l’intérieur qu’à partir de 1536, et, à ce
moment là, avec une timidité telle qu’aucun effet thérapeutique ne pou¬
vait être atteint. C’est au xvne siècle seulement que la médication mercu¬
rielle dans la syphilis fut précisée. Comme le dit Lagneau {in Diction¬
naire de Médecine , Paris, 1844). Ce ne fut qu’à partir « du traitement par
le mercure que commença à s’adoucir cette maladie virulente qui présen¬
tait de si grands traits de ressemblance avec la lèpre, et qu’elle parut
perdre ce caractère de virulence auquel on dut les désordres graves de la
fin du xve siècle ».
Ne peut-on admette que beaucoup des malheureux internés pour lèpre
étaient de simples vérolés non traités. Cette opinion est celle de beaucoup
des premiers auteurs ayant écrit sur la syphilis (Sprengel. Autenrieth,
Otto, Choulant, Dietrich) (cité d’après Dictionnaire de Médecine de
Paris , 1844), Pareille erreur, le diagnostic étant parfois délicat, n’a-t-elle
pas et n’est-elle pas encore commise bien souvent ? Vidal, qui a étudié la
lèpre à Martigues dans les Bouches-du-Rhône, et qui a vainement cherché
Séance du io Octobre 1917
741
les ulcères de la verge dont parle Astruc, déterminés par le commerce
charnel avec les lépreux, est d’avis que les symptômes décrits par Astruc
dépendaient du virus vénérien, et que les prétendues lépreuses des lupa¬
nars de Londres et d’Avignon étaient des syphilitiques. Brassac, à la
léproseriede la Désirade, n’a-t il pas constaté une proportion considérable
de pianiques ou de su jets porteurs de plaies phagédéniques dont on s’était
débarrassé par l'hospitalisation ? Sur 109 isolés il n’y avait que 53 lépreux.
Jeanselme, visitant les vidages de lépreux d’Indo-Chine, n’a-t-il pas fait
remarque analogue ?
Pour en revenir à la Guyane, nous devons reconnaître que le
séjour à la léproserie de l’Acarouany est une véritable séques¬
tration. Les malades justifiant de moyens d’existence peuvent
être autorisés à quitter l’asile. Mais cet article est, en fait, inexis¬
tant ; le lazaret n’a jamais reçu que des mendiants ou des con¬
damnés; 11e peuvent profiter de la libération que ceux qui n’y
seraient pas entrés, puisque ceux-là ont le droit d’être traités à
domicile.
La léproserie de l’Acarouany a toujours eu mauvaise presse.
« Vous ne trouverez jamais un maire, a-t-il été dit au Conseil
« Général, qui consentira, à prendre des lépreux pour les
« envoyer mourir dans ce trou infect de l’Acarouany ». —
« Combien de temps, a dit un autre Conseiller, continuera-t-on
« à mettre de la pourriture dans de la pourriture ? ».
Ces opinions dépassent la vérité et on doit s’élever contre
elles. Il y a surplace, partageant la vie des lépreux, un médecin,
un agent administratif, des sœurs de charité, qui tous s’effor¬
cent d’adoucir la peine des pauvres malades.
11 n’en reste pas moins que l’Acarouany, absolument dénué de
toute ressource locale, à 35 kilomètres par le fleuve du bourg
de Mana, en dehors de toute voie fréquentée, est un vrai lieu
d’exil. Les lépreux y vivent séparés du reste des humains, sans
jamais recevoir aucune visite d’amis ou de parents. « Perpétuel
internement, doublé de perpétuel isolement », a pu dire Ber-
noud, médecin-directeur de la léproserie en 1911. « C’est un
véritable tombeau vers lequel les malades s’achemineront tou¬
jours avec le même désespoir, sachant qu’ils ne reverront plus
jamais ce qu’ils laissent derrière eux » (Thézé). L’Acarouany
synthétise l’ancienne maladrerie. Le lieu a été choisi à une
époque où l’on avait une conception différente des moyens que
la Société doit employer pour se protéger. Le sort réservé aux
internés est bien fait pour créer une juste émotion parmi ceux
qui le considèrent.
742
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les lépreux sont des malades. A ce titre, ils doivent nous
inspirer surtout de la pitié. On leur doit aide et assistance. Il
faut s'efforcer de diminuer leurs souffrances physiques et
morales, ces dernières souvent plus vives que les premières; il
faut leur enlever même l’apparence d’une captivité imméritée.
Pense-t-on à pareilles vexations d une séquestration pour des
sujets autrement nombreux, autrement dangereux que les
lépreux, je veux parler des tuberculeux ? Les phtisiques sont
soignés dans les hôpitaux ou conservés dans le sein de leurs
familles jusqu’à leu r dernier souffle, pourquoi ne pas accorder
traitement identique aux lépreux ?
La lutte contre la lèpre ne doit pas aboutir à la lutte contre
les lépreux. Le droit pour l’Etat de défendre la santé publique
ne doit plus aboutir à la mise hors la loi d’une catégorie de
personnes.
Les lépreux ne doivent pas pénétrer dans une léproserie avec
la conviction qu’ils y attendent la mort. Ils doivent rentrer dans
des hôpitaux pour y recevoir des soins énergiques et conserver
l’espoir d’en sortir bientôt. « L’espoir de la guérison est toujours
le mobile le plus puissant pour attirer les malades dans une
léproserie » (Hébrard).
•¥■ ¥
Le procès de l’Acarouany n’est plus à faire. Celui du décret
de 1891 est à instruire, médicalement parlant.
La léproserie de l’Acarouany est ouverte, sans grandes for¬
malités, «aux vagabonds, aux mendiants, aux gens sans asile et
sans ressources, ainsi qu’aux condamnés ». L’application de
cet article ier (§ 2) est faite dans toute sa simplicité et aussi
toute sa rigueur.
Il est prévu par le même article, § 3, que les gens de condi¬
tion aisée, disposant de ressources suffisantes, peuvent se
soigner chez eux en élisant domicile à un ou deux kilomètres,
suivant le cas, des agglomérations.
Cette partie de la réglementation est inappliquée; elle est
d’ailleurs inappliquable, et ainsi le décret de 1891 tout entier
reste lettre morte; la proportion des lépreux internés en Guyane
11e répond peut-être pas au dixième des lépreux existants.
Jamais un malade ne vient de lui-même (article 1, § 1) se sou¬
mettre à la visite médicale pour faire constater son état. Jamais
Séance du io Octobre 1917
743
non plus il ne s’isole de lui-même. Les familles mettent un point
d’honneur compréhensible à tenir caché ce qu’elles considèrent,
à tort d’ailleurs, comme une tare, la croyance à l’hérédité ayant
encore, en dehors des milieux médicaux, de chauds partisans.
Les lépreux ainsi dissimulés ne se traitent aucunement et sont
d’ailleurs dans l’impossibilité de le faire. La remarque faite par
Bajon dès 1877 reste absolument vraie. — « Les sujets atteints
« de mal-rouge n’osent révéler leur maladie à personne et la
« cachent aussi longtemps qu’ils le peuvent; ils consultent rare-
« ment les hommes de l’art, ils ont recours à des arcanes ou à
a des topiques insignifiants qui aggravent singulièrement leur
« position ». Ils deviennent ainsi une source de propagation
plus sérieuse que les lépreux vagabonds, couverts de plaies,
que tout le monde fuit jusqu’à ce qu’ils soient ramassés sur les
voies publiques et internés. Ce n’est d’ailleurs pas toujours à la
période ultime de la maladie que le lépreux expectore le plus
de bacilles. Guillon, qui fut Directeur de la léproserie en 1910,
a recherché systématiquement le bacille de Hansen dans les
mucosités nasales de ses malades et a remarqué que les résultats
positifs sont loin d’être la règle. Par contre de jeunes malades
ont, par intermittence, des poussées de rhinite pendant les^
quelles ils sont éminemment contagieux. Le malade de Cour-
mont qui, ehaque jour, semait plusieurs grammes de sécrétions,
contenant des millions de germes, était loin d’être à la dernière
période de son affection et menait la vie errante de chemineau.
La recherche des lépreux n’existe pas en Guyane. L’arrêté
local de 1892, dans son article 6, charge de ce soin la police.
« La police est chargée de signaler dans des rapports particuliers
« adressés au Directeur de l’Intérieur les personnes autres que
« celles énumérées dans l’article 3 (vagabonds, mendiants, gens
« sans asile) qui seront soupçonnées d’être atteintes de la lèpre
« et qui paraîtront dans les lieux ou réunions publics ». L’in¬
compétence de la police est manifeste. Celle-ci ne pourrait,
sans risquer des erreurs graves et préjudiciables, que dénoncer
ceux dont l’état physique paraît indiquer une lèpre vieille de
plusieurs années. Elle l’a courageusement fait à Cayenne, mais
elle ne peut absolument pas diagnostiquer une lèpre en période
d évolution. D’ailleurs comment lui demander de réussir là où
les commissions mixtes, qui comprenaient un médecin, pres¬
crites par les décrets de i84o et 1875, n’ont pas réussi ?
744
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
En 1916, une enquête dans chaque commune, par les soins
des autorités municipales, fut prescrite par le Gouverneur.
81 lépreux furent ainsi indiqués, chiffre inférieur de plus de
200 0/0 à la réalité. De ces 81 lépreux, pas un d'ailleurs ne fut
présenté à la Commission spéciale de la Lèpre.
La recherche des malades aurait-elle des chances d’être effi¬
cace si on obligeait les médecins à la déclaration officielle des
cas qu’ils constatent ? Certainement non, les lépreux se feraient
encore moins traiter qu’ils ne le font maintenant. D’ailleurs,
comme le déclara un membre de la Commission d'Hygiène
en 1899, « le médecin civil de Cayenne qui serait décidé à faire
« les déclarations de lèpre constatée dans sa clientèle n’aurait
« qu’à renoncer à sa profession; il perdrait la confiance même
« des familles dans lesquelles il n’y a pas de lépreux».
Pourrait-on charger de la recherche systématique des lépreux
un médecin, le médecin de la municipalité par exemple? —
Bien que ce dernier soit plus indiqué que tout autre, celle tâche
difficile, très délicate, lui attirerait les inimitiés les plus vives.
« On n’ose même pas, écrivait dans son rapport annuel un de
« mes prédécesseurs, parler de lèpre à la Guyane, chaque inter¬
et locuteur pouvant être intéressé soit par lui-même soit par un
« membre de sa famille. »
La réglementation actuelle, malgré ses sévérités, n’a donné
aucun résultat, et ne peut en donner. Est-ce à dire qu’il faut
abandonner toute lutte contre la lèpre ? Celle-ci est une maladie
dont la contagion est certaine, prouvée. Le lépreux est dange¬
reux pour sa famille. Il est dangereux aussi pour la commu¬
nauté et la lèpre doit être comprise dans la classe des maladies
que le grand Dijclaux a appelées « Maladies sociales » dont
l’Etat ne doit pas se désintéresser.
Loin de moi, par conséquent, l’idée d’être abolitionniste.
L’abolitionniste n’est, hygiéniquement parlant, qu’un nihiliste,
comme le dit Fournier à propos de la syphilis, n’ayant d’autre
programme que de démolir, sans souci de rebâtir quelque chose
sur les ruines. La lèpre, sans être la maladie à léthalité la plus
forte en Guyane, est une plaie dont il se faut se préoccuper pour
l’avenir du pays. Une réglementation s’impose : toute maladie
contagieuse, dont volontairement ou involontairement on ne
s’occupe pas, progresse de façon infaillible.
Séance du io Octobre 1917
745
Mais cette réglementation doit être, en même temps, scienti¬
fique et empreinte d’humanité. Elle doit pouvoir être acceptée
même par ceux ayant à en souffrir. Enfin aucune clause ne doit
exister qui ne puisse être appliquée en France : le Français des
Colonies ne doit pas être traité différemment que le Français de
la Métropole.
La lèpre existe en France. A Paris, d’après Jeanselme, circu¬
lent environ 160 à 200 lépreux; à l’hôpital Saint-Louis, il y en a
toujours une douzaine. Les autres grandes villes voient aussi
beaucoup de ces malades. En une quinzaine d’années, Perrin, à
Marseille, a pu suivre 3g cas. A Bordeaux, en moins de 20 ans,
Pitres en a observé 3o. De véritables petits foyers de lèpre
autochtone persistent en divers points de la France : dans le
Plateau Central, près de la frontière espagnole, en Bretagne,
dans les Bouches-du Rhône. Les départements des Alpes-Mari¬
times et du Yar compteraient bien une centaine de ces malades :
Boinet et Ehlers ont vu 7 cas à Nice seulement. Gaucher en a
dénombré plus de 60 de Menton à Cannes. Milian, qui, en trois
jours, sur la Riviera, a vu 10 lépreux, rapporte, d’après un
médecin du pays, qu’il y aurait 5oo à 600 malades dans l’extré¬
mité sud-est de la France.
Sans accepter ce chiffre élevé donné par Milian, on arrive à
la constatation que le nombre des lépreux est élevé en France,
et, avec une population infiniment plus dense que celle de la
Guyane, les risques de contamination devraient être plus consi¬
dérables si d’autres coefficients de premier ordre n’interve¬
naient pas.
La question de la lèpre en France et de sa recrudescence pos¬
sible à un moment donné, préoccupe depuis plusieurs années
nos hygiénistes et nos législateurs.
La Société de Pathologie exotique, à deux reprises, en 1909 et
en 1 9 1 1 , a nommé des commissions pour en étudier la prophy¬
laxie. A la suite des conclusions et des vœux exprimés, le gou¬
vernement a été sollicité d’agir.
Le Conseil Supérieur dé Hygiène publique et Y Académie de
Médecine ont été appelés à donner leur avis.
Marchoux d’une part, Netter de l’autre, ont, dans des docu¬
ments d’une valeur indiscutée, exposé l’état actuel de la lèpre
au point de vue scientifique et ont conclu à la nécessité d’une
législation spéciale.
746
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Un projet de loi avait été élaboré et aurait déjà été présenté
devant les Chambres, si la Guerre actuelle n’avait obi igé à
remettre à plus tard les discussions n’ayant pas un caractère
d’urgence absolue.
Nous trouvons ce projet dans le rapport de Marchoux, publié
dans les Annales d' Hygiène et de Médecine légale de février 1914,
et dans la Circulaire ministérielle aux Gouverneurs des Colonies
en date du iqjuin igi4-
Il n’j a qu’à s’inspirer de ce beau travail pour voir comment
on peut et on doit lutter contre la lèpre dans notre colonie
américaine.
* *
Pour combattre avec efficacité un mal, il faut le bien connaî¬
tre. La lèpre est encore considérée comme une tare dont il con¬
vient de ne pas parler. L’erreur est là. Par des conférences faites
aux instituteurs, par un cours d’hygiène élémentaire introduit
dans l’enseignement, par la distribution gratuite de brochures
de vulgarisation, par i’enrichissement des bibliothèques com¬
munales en livres scientifiques, l’attention de tous doit être atti¬
rée sur la maladie. Les maîtres, vivant en contact avec leurs élè¬
ves, aideront à dépister le mal tout à fait au début, à une période
où la lèpre est très vraisemblablement curable. Les enfants,
intrigués par l’apparition de quelques taches ou par une dimi¬
nution de leur sensibilité cutanée, viendront se confier au méde¬
cin, dont l’approche sera facilitée s’il devient un de leurs pro¬
fesseurs.
Il y aurait intérêt aussi à faire un dénombrement des lépreux
de la Colonie pour connaître les foyers principaux. Mais ce
dénombrement est impossible pour les raisons que nous avons
déjà indiquées, et le sera tant que la réglementation actuelle
n’aura pas été changée. Elle sera beaucoup plus facile quand
les lépreux n’auront presque plus de raisons de se cacher.
L’amélioration des conditions générales d’existence doit plus
faire dans la lutte contre la lèpre que la construction de multi¬
ples léproseries. L’observation de règles précises d’hygiène col¬
lective et d’hygiène personnelle doit restreindre dans des pro¬
portions telles la contagion que la maladie, arrêtée dans son
essor, disparaîtra dans quelques générations. « La lèpre, écrit
747
Séance du io Octobre 1917
Netter, ne se transmet que là où il y a encombrement et là où
les mesures de propreté élémentaire 11e sont pas prises ».
Donc, transformation des maisons insalubres. Tenue rigou¬
reuse du casier sanitaire des immeubles. Désinfection des locaux
habités par des contagieux. Rigoureuse propreté des habitations,
avec possibilité d’une ventilation large et d’une insolation fré¬
quente des pièces. Distribution en abondance d’une eau de bonne
qualité dont l'évacuation est assurée de façon rapide et complète.
Enlèvement dans de bonnes conditions des nuisances. Voilà pour
les mesures générales. Elles entrent déjà dans les attributions du
bureau municipal d Hygiène.
Rigoureuse propreté du corps, des vêtements et sous-vête¬
ments, ainsi que des objets de literie. Suppression de la mau¬
vaise habitude de cracher par terre. Lavage des main au savon
avant les repas. Telles seraient les mesures individuelles très
simples et connues de tous à appliquer par tous.
Il faut ainsi traiter les malades. La séquestration vraie ou
déguisée est à rejeter d'autant plus que les internés refusent
toujours de se laisser soigner et qu’on ne peut les y contraindre.
« La lèpre, dit Marchoux, doit être traitée, non dans des hôpi¬
taux-prisons, mais dans des sanatoria convenablement aména¬
gés ». Pour la Guyane, il n’y aurait aucun inconvénient à rece¬
voir les lépreux dans une annexe de l'Hospice civil, en contiguité
immédiate avec celui-ci. La proximité de la ville n’est pas un
inconvénient. Sous certaines conditions, les visiteurs, amis ou
parents, auraient libre entrée. L’indispensable serait de faire
observer une hygiène rigoureuse, d’avoir des locaux faciles à
désinfecter, de mettre dans des pavillons séparés ceux arrivés à
la dernière période de l’affection. Sauf dans des cas détermi¬
nés, les non indigents pourraient demander leur exeat dès qu’ils
auraient acquis une éducation suffisante en hygiène, leur per¬
mettant de vivre dehors, sans être un danger pour leurs parents
ou leurs voisins.
Car le traitement à domicile de ceux qui le désirent, et ont
des ressources suffisantes, reste un droit indiscutable. Ils seront
soumis à une surveillance médicale non gênante (obligation, par
exemple, de se présenter au médecin tous les trois mois); ils
seront astreints à habiter un maison « saine » et à prendre cer¬
taines précautions. La chambre à coucher sera personnelle. Leur
lit ne devra jamais abriter d’autre personne. La literie et les
748
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
vêlements seront lavés et nettoyés à part. Les mouchoirs de
poche seront ébouillantés avec soin. Les ustensiles de table ne
devront pas servir à d’autres et seront plongés, après chaque
repas, dans de l’eau bouillante. Les linges de pansement seront
brûlés. Certaines professions leur seront interdites: pharmaciens,
sages-femmes, coiffeurs, lessiveurs, bouchers, charcutiers, bon¬
nes d’enfants, cuisinières, en général les professions nécessitant
un contact direct ou indirect prolongé avec les gens sains. Dans
ces conditions strictement exécutées, il n’y a plus de danger pour
la collectivité; telle est l’opinion de la majorité des hygiénistes.
C’est le régime qui a été institué, par exemple, en Norwège, et a
donné d’excellents résultats.
Les mesures prises envers les lépreux étantempreintes de dou¬
ceur et d’humanité, il est certain qu'il y aura un certain nombre
de déclarations spontanées. Mais celle-ci ne se généralisera pas,
et il faut prévoir le moyen de dépister la maladie. Ce rôle ne peut
être confié qu’au médecin, et il faut que ce travail délicat n’in¬
combe pas à un seul, quelles que soient sa fonction et son
autorité.
La déclaration obligatoire de la lèpre sera alors de rigueur.
Le médecin n’hésitera pas à se conformer à la règle quand il
saura que celui qui se confie à lui ne tombe pas sous le coup
d’une vraie mesure disciplinaire. Le médecin civil convaincra
ses clients. Le médecin d’hôpital signalera les lépreux, entrés
pour d’autres affections dans ses salles. Le médecin des écoles
dépistera par des inspections fréquentes les cas au début. Le
médecin militaire fera un examen attentif des jeunes gens au
moment de la révision. Le médecin des fonctionnaires aura tou¬
jours l’esprit porté vers cette maladie qu’il importe, dans l’inté¬
rêt du malade et dans l’intérêt général, de diagnostiquer le plus
tôt possible.
Le lépreux dépisté devra passer devant une Commission médi¬
cale, qui s’entourera des ressources qu’offre la bactériologie. Le
malade aura le droit d être examiné en la présence de son
médecin traitant.
La lutte contre la lèpre nécessite un grand effort financier du
pays qui l’entreprend, mais celte dette à des malheureux sera
acceptée de grand cœur. Les mesures que nous préconisons sont
celles qui, tout en donnant le maximum de sécurité, demandent
Séance du io Octobre 1917
749
le minimum de dépenses. Songe-t-on à ce que coûterait PAca-
rouany si 3oo lépreux au lieu de 60 y étaient internés?
La réglementation une fois discutée et adoptée doit être appli¬
quée avec méthode et esprit de suite. Il ne faudrait pas que pût
être répété de nouveau ce que Jeanselme a dit au Congrès de Ber¬
lin , puis devant la Société de Pathologie Exotique : « Des règle-
« ments faits avec le secret désir qu’ils ne soient jamais appli-
« qués, parfois des mesures de rigueur pour satisfaire Popinion
« publique un moment terrorisée par les> progrès de la lèpre,
« puis, quand le danger semble écarté, retour à l’apathie coutu-
« mière ; telle est jusqu’ici la conduite incohérente de nos colo-
« nies vis-à-vis du fléau toujours grandissant.
Institut d' Hygiène de Cayenne.
Le Paludisme à la Guyane Française :
Index endémique des diverses localités
Par Marcel LEGER
Les auteurs qui se sont occupés de la Pathologie de la Guyane
durant la première période de notre occupation (Bajon 1777 ,
Campet 1802, Saint-Pair i 858, Laure 1869, Lozach i 865, Saint-
Vel 1868, Orgeas i 883, Maurel i 883) s’accordent à faire du palu¬
disme le facteur principal d’une morbidité et d’une mortalité
très chargées. « La Guyane entière n’est qu’un vaste laboratoire
d’émanations fébrigènes » (Saint-Pair). « Peu de contrées entre
les tropiques lui sont comparables par la gravité des intoxica¬
tions qu’elles produisent » (Lozach).
Kermorgant, qui a publié les statistiques officielles de 1868 à
1886 relatives à l’élément pénal, indique que 2.443 décès sur
5.187 (soit 47 0/0) sont imputables au paludisme, la morbidité
par cette maladie étant de 4i ,5 0/0 (28.886 sur 69.622).
Le Jollec, dans son rapport annuel de 1897, relève 2.586 cas
d’affections palustres ayant causé 194 décès, ce qui représente
42,6 et 5o,25 0/0 de la morbidité et de la mortalité totales.
La lecture des documents publiés et encore plus des rapports
restés dans les archives duConseilde Santé de Cayenne entraîne
750
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
la conviction que les statistiques sont souvent entachées d’erreurs
et que le paludisme aigu a englobé de nombreux cas de fièvre
jaune frustes ou avérés, ainsi que le dothiénentérie, de filariose
et peut-être de typhus exanthématique, de même que pour ainsi
dire toutes les anémies, qu’elle qu’en ait été l'origine, ont été
étiquetées paludéennes.
Clarac (1902), dans un travail documenté, fait une part plus
réelle à ce qui revient en propre au paludisme, en séparant net¬
tement ce qui relève de la fièvre jaune, de la filariose, et de la
fièvre typhoïde, qu’il dénomme « typho-malarienne, l’association
avec le paludisme lui paraissant presque de règle ». Clarac
remarque néanmoins que les décès, à cause inconnue ou mal
déterminée, ont été classés parmi lçs accès permicieux.
Il appartenait à Brimont (1910) de montrer, par ses examens
précis et multipliés de laboratoire, que nombre des transportés
ou relégués, qui encombrent les hôpitaux de la Pénitentiaire et
catalogués cachectiques palustres, sont, avant tout, desankylos-
tomiasiques, justiciables du traitement antihelminthique.
Ces réserves faites, il n’en reste pas moins vrai que le Palu¬
disme sévit en Guyane, aux diverses saisons, avec une certaine
sévérité.
Thézé ( 1916), dans un long et intéressant mémoire sur la noso¬
logie de notre colonie américaine, a étudié la répartition du
paludisme et montré qu’il y a corrélation parfaite entre son
développement, la chute des pluies et le nombre des moustiques.
Mais si l’on est renseigné suffisamment sur les modalités cli¬
niques de la maladie, sur ses variations saisonnières, sur sa pré¬
dominance parmi les transportés et surtout les libérés, on n'a
encore que très peu de renseignements précis sur le degré com¬
paratif d'infestation parasitaire des diverses localités de la
Colonie.
Il nous a donc paru nécessaire d’établir l’index endémique
du paludisme à la Guyane, de façon à appuyer sur des données
certaines les réputations de salubrité ou d’insalubrité des divers
points de la Colonie, et à comparer les résultats à ceux trouvés
dans les autres Colonies françaises
Les documents que nous possédons à ce point de vue se rédui¬
sent aux brèves indications données par Thézé.
Celui-ci a examiné le sang de quelques enfants de 6 à 12 ans,
de 3 villages voisins de Cayenne. Il a trouvé (mais il ne dit pas à
Séance du io Octobre 1917
751
quelle saison) 7 enfants parasités sur 44 ( 1 5,8 0/0) à Montjoly;
5 sur 28 (17,8 0/0) à Rémire; 7 sur 22 (3r 0/0) à Mathoury. Au
sujet de la variété d’hématozoaires rencontrée, il ne nous ren¬
seigne que pour cette dernière commune ; dans les 7 cas il s’agis¬
sait de Plasmodium prœcox.
Nous avons profité des tournées d’inspection médicale ou de
vaccination faites dans les diverses communes de la Guyane pour
prélever du sang à tous les enfants des écoles et à ceux en bas
âge que les parents, sur nos conseils, nous amenaient (1).
Une critique nous sera peut-être adressée ; nos index endémi¬
ques s’appuient sur des chiffres peu élevés. Nous y répondons
d’avance. Sauf à Cayenne et àMana, nous avons prélevé du sang
à tous les enfants, sans exception, présents aux écoles le jour de
notre visite. Le nombre est un peu considérable, mais constitue
cependant une proportion importante de la totalité des enfants.
La Guyane française est, il fau t le rappeler, de toutes les colonies
cell es dont la densité de la population est la plus faible. Pourses
7 millions d’hectares, elle ne compte que 26.000 habitants, pas
même r habitant pour 4 km’2.
Mentionnons que nos examens ont été pratiqués de janvier à
juillet, c’est-à-dire entièrement pendant la saison des pluies.
A Cayenne, les recherches ont porté sur 63 enfants de la Maternelle:
8 étaient parasités. Le chef-lieu a toujours eu la réputation d’ètre sain,
Déjà Dutroulau écrivait en 1868 : « La ville est le point le plus salubre de
la contrée ». Clarac, 34 ans plus tard, croit à l’absence à peu près com¬
plète de paludisme autochtone; il fait remarquer que la mortalité totale
est inférieure à celle de la Seine-Inférieure. Le paludisme est certainement
en progrès depuis cette époque à cause vraisemblablement du manque
absolu d’hygiène rurale. Thézé est d’avis que la maladie peut se contracter
dans beaucoup de quartiers de la ville ; il a constaté des cas d’infestation
certaine sur place. Nous-même avons donné nos soins à deux jeunes
enfants n’ayant jamais quitté la ville". Quoi qu’il en soit, l’index endémi¬
que de 12, que nous avons trouvé, nous paraît devoir être considéré
comme au-dessus de la vérité. Les enfants infestés ne venaient pas des
communes, ils habitaient les quartiers aussi bien périphériques que cen¬
traux; mais les Cayennais ont la fâcheuse habitude,, au moindre jour de
congé, de partir avec leurs enfants aux « habitations », situées dans les
environs plus ou moins immédiats de Cayenne, qui n’ont de plaisance que
le nom. et où pullulent les anophélines.
Les communes qui environnent Cayenne sont très paludéennes.
(1) Nous sommes redevables de quelques frottis aux camarades Patterson,
Marque, Porry, et à la sage-femme vaccinatrice MmeGEROLD que nous sommes
heureux de remercier. Nos remerciements vont aussi à notre aide de labora¬
toire Hubac, qui ne nous ménage ni son temps ni sa peine.
752
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A Montjoly (à 10 km. dans la direction est), nous relevons 7 parasités
sur 55 enfants (index : 12,7). A Rendre, à 2 km. plus loin, 6 des 24 enfants
examinés sont porteurs d’hématozoaires (index : 25) La commune Remire-
Montjoly a 750 habitants.
Dans la direction sud, Matoury (250 habitants), un index endémique
de 33 (3 positifs sur 10 examinés).
A l’ouest, Tonnégrande (260 habitants) et Montsinéry (337 habitants),
ont des index respectifs de 22 et 43.
Enfin, à Macouria-T mate (700 habitants), au nord-ouest de Cayenne,
nous trouvons 9 paludéens sur 29 enfants, soit 31 0/0.
Examinons maintenant les communes septentrionales de la Colonie.
Saint- Laurent, grand centre de l’Administration Pénitentiaire et régi
administrativement par elle, a un index hématologique de 36. Cette
donnée de laboratoire cadre absolument avec les observations cliniques.
Grâce aux mesures énergiques de prophylaxie antilarvaire, instituées par
nos prédécesseurs Houillon et Blin, et continuées avec une persévérance
variable par leurs successeurs, grâce aussi à l’aide apportée par le Direc¬
teur de la Pénitentiaire, la morbidité par paludisme a diminué depuis
8 ans dans des proportions remarquables. Saint-Laurent, dont la réputa-
tian était déplorable, est maintenant le point le plus salubre de la Colonie.
Saint-Jean, autre centre pénitencier à 20 kilomètres du premier, a passé
pendant longtemps pour la localité de prédilection des accès pernicieux.
L’index endémique n’y est plus maintenant que de 18 (2 parasités sur
1 1 enfants). Le débroussaillement a reculé les limites de la forêt et les sur¬
faces inondées ont été comblées. L’assainissement est en bonne voie. La
commune de Saint-Laurent-Saint-Jean a une population de 2.100 habi¬
tants, non compris naturellement les fonctionnaires et l’élément pénal.
Mana, 2 370 habitants, sur un banc de sable, le long du fleuve Mana, est
sain depuis une quinzaine d’années. Pour Clarac, le paludisme semble
avoir disparu du bourg depuis les importants travaux de dessèchement
des marais avoisinants. Les anophélines n’y existent pour ainsi dire pas,
tandis que les culicines sont en nombre considérable, trouvant dans les
puits non couverts et les bailles innombrables dont sont pourvues les
maisons un gîte approprié.
Sinnamary (2 160 habitants), bâtie sur la rive droite de la rivière du
même nom, continue à être un des bourgs les plus paludéens de la colonie.
Des 66 enfants examinés, 20 étaient porteurs de l’hématozoaire de Laveran
(soit 34 0/0).
Kourou sonne mal aux oreilles de tous ceux qui ont étudié les essais de
colonisation en Guyane, ou qui ont lu les premières statistiques de la trans¬
portation. On doit cependant admettre que les épidémies meurtrières « où
l’on vomissait noir comme de l’encre » étaient dues au typhus amaril, et
il ne faut pas englober dans Kourou les 2 postes agricoles sur la rivière,
annexes des Pénitenciers. Nous avons relevé au village de Kourou un
index de 10,8 (5 enfants parasités sur 46).
Sur Ira coubo (660 habitants), entre Nana et Sinnamary, nous ne possé¬
dons pas de documents hématologiques. Ce bourg passe pour peu palustre.
D’après Clarac, la mortalité y atteint le chiffre le moins élevé de la Guyane
entière durant les 10 dernières années.
Des4 communes situées au sud de Cayenne, nous avons pu en examiner
trois au point de vue index endémique du Paludisme.
lloura, au site seyant sur sa petite colline dominant le fleuve, n’est
cependant pas très sain. Clarac dit que les fièvres y ont un caractère
Séance du io Octobre 1917
753
d’excessive gravité Nous avons décelé les hématozoaires chez 2 des 13
enfants présents aux écoles, soit 15 0/0, le 12 avril.
Approuague est encore plus malsain Le paludisme y a la réputation
d’être très grave et les nombreux essais de colonisation européenne dans
la région ont toujours donné des mécomptes sérieux. L’index dépasse 24
(4 enfants parasités sur 17).
Oyapock, sur le fleuve au même nom, ne diffère guère d’Approuague.
Sa situation au milieu de plaines inondées est identique. L’index y a été
trouvé à peu près de même valeur (9 porteurs de Plasmodium sur 46,
soit 19,5 0/0).
Quant à Kaw, pas très loin de l’ Approuague et sur la même rivière,
nous n'avons pu encore le visiter. « C’est un centre, dit Clahac, appelé à
disparaître, tant le paludisme y est sévère ». Le nombre des habitants est
tombé de 622 en 1889 à 154 en 1916.
Nous avons passé en revue les 15 communes de la Colonie, toutes situées
en bordure de l’Océan. Le centre de la Guyane, pays des placers et des
hautes forêts, ne possède aucune administration. La population y est
flottante, se déplaçant suivant les chances d’exploitation minière; elle se
renouvelle souvent par l’apport de la. main -d’œuvre venue des colonies
françaises ou anglaises voisines. Le nombre d’enfants y est, bien entendu,
très restreint. Le pays serait, parait-il, sans moustiques et sain. Mais
comme il faut, pour y parvenir, voyager en pirogues, 15, 20 ou 30 jours,
bien peu de ceux qui y montent arrivent non impaludés.
Pour être complet, il nous reste à mentionner les lles-du-Salut, qui ne
constituent pas une commune administrative, mais dans lesquelles l’Admi¬
nistration Pénitentiaire a installé ses dépôts principaux de transportés.
Quoique Chaiuuez en 1881 y ait admis (Archives de Cayenne) du Palu¬
disme né sur place et frappant les nouveaux arrivés, on est actuellement
à peu près d’accord pour déclarer que ces lies, à 10 milles de la côte et
fortement ventilées, ne sont pas palustres. Les culicines, en particulier
les Stegomyas, n’y sont pas rares, entretenus par la négligence domestique
et par la mare centrale de Pile Royale, mais jamais aucun anophéline n’a
été capturé. Les lles-du-Salut n’ont pas d’habitants autochtones, il ne pou¬
vait s’agir d’établir un index endémique. Les quelques enfants de sur¬
veillants militaires qui s’y trouvent n’y sont pour ainsi dire que de pas¬
sage.
Sur le tableau suivant sont portés les index endémiques des
diverses communes ainsi que les formes parasitaires rencon¬
trées :
Le Plasmodium uivax , de la Tierce bénigne, l’emporte de
beaucoup sur les autres formes (68 0/0). Nous l’avons partout
rencontré et souvent de façon exclusive.
Le Plasmodium prœcox , de la Tierce maligne, existe dans
une proportion de 28 0/0. Il est prédominant à Sinnamary seu¬
lement.
Le Plasmodium malariæ , de la Ouarte, est rare (3 0/0). Il a
été trouvé dans 3 localités très éloignées l’une de l’autre : Sinna-
754
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
mary, Rémire, Oyapock; cette forme était représentée chaque
fois par un spécimen unique.
Dans quelle proportion la présence de l'hématozoaire coexiste-
t-elle avec la présence d une rate palpable ? Nos recherches à
ce point de vue ont porté spécialement sur 2 1 9 enfants de Cayenne
et des communes les plus rapprochées :
Hématozoaire et Rate : 13
Hématozoaire seul : 31
Rate seule : 43
L index parasitologiqne de ce groupement est de 20 (44 infes¬
tés), Y index splénique de 25,5 (56 porteurs de rate palpable). La
proportion des enfants parasités et sans splénomégalie est élevée
(70 0/0). Il nous semble que l’index, donnant une idée réelle
du Paludisme dans une région, est moins l’index parasitologi-
que seul ou l’index splénique seul, que celui obtenu en tenant
compte des 3 catégories que nous avons indiquées. Cet index
absolu est, dans le cas actuel, 3g,5 ; il ne doit pas être confondu
avec le nombre que l’on trouverait en se contentant d'additionner
les porteurs de rate aux porteurs d’hématozoaires (dans Pexem-
[île actuel 56 + 44, soit 46,6 0/0).
La comparaison s’impose de l index endémique du Paludisme
de la Guyane avec les index des autres Colonies françaises.
Séance du io Octobre 1917
75b
La recherche systématique de l’hématozoaire de Laver an chez les
enfants n’a encore jamais été faite ni à la Guadeloupe ni à la Martinique.
Les Colonies d’Asie ont été mieux étudiées à ce point de vue.
Pour la Cochinchine , nous avons les quelques documents apportés par
Brengues en 1902 : à'Hatien, 6 enfants sur 23 pris au hasard étaient para¬
sités (26 0/0).
Au Tonkin , la détermination de l’index endémique a été faite sur une
large échelle par C. Mathis et nous-même. L’enquête a porté sur près de
0 000 enfants et a montré l’inégale répartition du Paludisme suivant les
régions. Dans certaines localités du Ilaut-Tonkin, le pourcentage d’infectés
est de 35 (Hagiang) ou même 37 (Sonia), tandis que dans le Delta il voi¬
sine le plus souvent zéro. Dans l’ensemble, l’index de la Colonie n’est que
de 6,63.
En Annam , tandis que la région montagneuse entre Nhatrang et le
Lang-Bian est très palustre (19 enfants parasités sur 21, d’après Vassal),
la province de Than-Hoa ne l’est presque pas (9 enfants parasités sur 342,
d’après Mathis etM. Leger).
Ce sont les Colonies d’Afrique qui ont le plus tenté les chercheurs, sans
doute parce que ce sont les plus paludéennes.
Au Sénégal , Thiroux et d’Anfreville ont, en 1905 et 1906, examiné le
sang de 600 enfants de moins de 3 ans et trouvé un index compris, pen¬
dant toute l’année, entre 60 et 70, avec maximum au début de la saison
fraîche. Très élevé dans les postes le long du fleuve Sénégal et surtout
dans la région de la Casamance (jusqu’à 85), il est beaucoup moindre dans
les localités de la côte, tout en n’étant jamais négligeable. C’est ainsi qu’à
Saint-Louis 20 0/0 des enfants sont infestés.
Pour la Guinée , nous possédons les examens peu nombreux de Laveran
indiquant un index de 50 environ, et de Le Moal qui, à Konakry, en
plein hivernage, a trouvé presque 100 0/0 des enfants porteurs d'héma¬
tozoaires.
A la Côte d'ivoire, Sorel a établi un index moyen de 47,69 d’après
l’examen de 715 enfants. Le maximum trouvé est de 66,60 à Agboville.
Dans le Haut-Sénégal- Niger, les recherches de Bouffard en 1906-1907,
portant sur 347 enfants des principaux centres, donnent un index égal
à 100, en juillet et octobre, et à 60 en décembre, janvier et avril. Dans les
mêmes localités, en 1911, A. Leger a relevé sur 1.721 enfants examinés
90 0/0 d’infestés pendant la saison pluvieuse, et 62 0/0 pendant la saison
sèche.
Au Moyen Char i, la proportion des parasités est à peu près la même,
80 0/0 (78 à 87 suivant les localités) d’après M. Bouiliez qui a examiné
738 enfants.
En Afrique Equatoriale Française , au cours de la Mission de délimita¬
tion du Cameroun, Ringenbach et Guyomarc’h ont trouvé infestés 67 0/0
des enfants de moins de 5 ans, et 61 0/0 de ceux de plus de 5 ans.
Pour Madagascar, nous ne possédons pas d’index paludéen d'après
l’examen du sang ; nous n’avons que l’index splénique établi par J. Legen¬
dre pour Tananarive et les environs immédiats, Le pourcentage des
enfants splénomégaliques a été trouvé en moyenne de 46.
La Guyane française, avec son index endémique moyen de 17,
esl plus paludéenne que nos possessions indochinoises, mais
l est beaucoup moins que toutes nos colonies d’Afrique. Elle ne
756
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mérite donc pas la déplorable réputation d’insalubrité qui lui
est faite. Cependant le Paludisme, quoique en régression, est
encore de beaucoup l'endémie dominante. Il intervient pour
limiter de façon fâcheuse le développement économique du pays,
et il conviendrait d’entreprendre, sans plus tarder, à Cayenne
et dans les divers centres de la Colonie, une lutte scientifique
contre la « fièvre des bois ».
Institut d1 Hygiène de Cayenne.
Enteromonas hominis da Fonseca 1915
in a British Officer
By Albert J. GHALMERS, M. D., F. R. C. S., D. P. H.,
Director, Wellcome Tropical Research Laboratories
a nd
Waino PEKKOLA
Wellcome Tropical Research Laboratories
Khartoum
Contents : Introduetory. Clinical llistory. Ætiology. Diagnosis.
Treatment. Summary. Acknowledgments. References. Illustrations.
Introductory. — During the past fouryears we hâve been sys
tematicallv studying the flagellâtes found in man and animais
in the Anglo-Egyplian Sudan. In our first paper we described a
parasite vvliich we called Octornitus hominis, in our second paper
we discussed Chilornastix mesnili and the various généra of the
Tetramitidœ , and in our third paper we described Enteromonas
hominis as seen in an Egyptian vvoman. The présent is our fourth
paper dealing with these organisms in the Sudan and contains
the history ot‘ the infection of a British Officer with da Fonseca’s
Enteromonas hominis which is now recorded for the third time
as a human parasite viz., once by da Fonseca in Rio di Janeiro
and now twice by ourselves i. e. once in Khartoum and once in
Omdurman.
Séance du io Octobre 1917
757
Clinical History. — The patient is a young British Offîcer who
was perfectly healthy prior to going to France with the British.
Expeditionary Force in August 1914- On August 6 th., 1914 he
was inoculated against the Bacillus typhosiis. He was présent at
ail the bottles in uhich the British Expeditionary Force took
part from Mous to the fîrst battle of Ypres at which he was seve-
rely wounded and was sent to England.
During convalescence from lus wounds he contracted Measles
and Broncho-pneumonia, and, as a resuit, lost weight and
became nervous.
From March till July 191b lie worked with the army in England
and gradually recovered his health. Directly after tliis he was
ordered to go to the Sud-an via Cairo where he contracted
di arrhoea which lasted for four days. While on board ship, en
route for Cairo, he was again vaccinated against Typhoid Fever.
He arrived in Khartoum in August 1915 and here heremained
forthree months in good health, after which he was transferred
to El Obeid and proceeded on the successful Darfur Expédition
returning to El Obeid in excellent health in August 1916.
In January 1917 lie was transferred to Omdurman and remai-
ned quite fit till February 1917 when he began to lose weight
and became easily tired and sulfered from periodical attacks of
pain in the abdomen associated with diarrhoea. These attacks
only lasted two days at a tirne and were stopped by the action of
Chlorodyne.
Early in July 1917 he camped out at Kerreri and the next day
he was seized with severe pain in the abdomen associated with
diarrhoea and this continued with only slight and occasional
improvements till July 20th. when we fîrst saw him.
At this time he looked exceedingly il 1 , in fact he resembled
in many ways an ambulatory case of Typhoid Fever. His tempe-
rature was ioi° F. in the evening and about 990 F. in the mor-
ning. His p ulse rate was about 90 per minute, his biood pres¬
sure low, and he complained ofa sensation of general weakness
and of vague pains ail over the abdomen which were accentua-
ted by walkingand slill more by riding. His longue was furred
in the centre but clean at the sides. His organs were found to
be healthy and there was 110 enlargement of the liver or spleen
and 110 malarial parasites to be seen in the blood but the was a
leucopenia and a slight mononuclear increase. He passed a small
5i
758
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
number (about 5) of brownish fluid motions every day but these
motions were not associated with any tenesmus.
His abdomen was tender in many places but not markedly
along the large bowel.
His urine was normal but it showed signs of considérable
intestinal absorption. His lieart and lungs were also normal.
The microscopical examination of the fluid portion of his
brown faeces showed a fair number of specimens of Entero-
monas hominis but no amoebae or other parasites, except bacilli
and Blastoeystis hominis, but lie looked so like a case of Typhoid
Fever t ha t the faeces were plated ont on several occasions, the
urine was examined bacteriologically, and agglutination tests
with blood sérum were performed against B. typhosus and
B. paratyphosùs A et B. There was a partial agglutination with
B. typhosus i in 3o but not in higher dilutions and this is to be
explained by his double vaccination against this organism
while ail other bacteriological tests were négative.
He was sent to bed and placed upon a fluid dietary consisting
largely of milk and in a couple of days his température fell to
normal : and meanwhile arrangements were made for his enlry
into the Military Hospital for the more draslic treatment to be
mentioned below and which was administered as soon as it
was quile cerlain that no other infection of a bacillary nature
was présent.
Under this treatment the flagellâtes rapidly disappeared, his
tongue cleaned, his pains vanished and he felt quite well and
was sent on sick leave to Egypt to regain his strength.
Etiology. — In this case it appenrs as though every other
cause of the diarrhoea was excluded except the Enteromonas
hominis and his improvement when this parasite disappeared
notwithstanding severc purgation by drugs appears to confîrm
this aeliology.
Judging by his history we imagine that he became infected
in Omdurman probably in January or February 1917 but that
the disease only assumed the nature of an illness early in July
of the saine year.
As to how the flagellate exists outside the human body we
bave no knowledge and we therefore do not know how man
becomes infected.
759
Séance du io Octobre 1917
ILLUSTRATIONS
Fig1. 1. — Enter omonas hominis from our first case. It shows the nucléus,
rhizoplast, and t hree an terior flagella. Its shape is due to the weakness of
the periplast which allows it to become distorted.
X 2.800 diameters + Photomicrograph.
Fig. 2. — Enteromonas hominis from our first case. This figure depicts the
rounded form of the parasite and is therefore comparable with the follow-
ing figure laken from the second case.
X 2,600 diameters. Photomicrograph.
Fig. 3. — Enteromonas hominis from our second case. The nucléus, rhizo¬
plast and flagella are visible while the parasite shows”a rounded appear-
ance and contains numerous vacuoles.
X 2,800 diameters. Photomicrograph.
A kitten experirnentally irijected per anum with faeces from
this case developed 110 symptoms and showed no flagellâtes in
760
Bulletin ds la Société de Pathologie exotique
its motions and when killed i4 days after the injection, exhi-
bited no signs of bowel infection or of the flagellate in the large
bowel, the caecum, on lovv down, in the middle, or upper end
of the small intestine.
We hâve fully described Enteromonas hominis in our paper
sent to the Society of Tropical Medicine andHygiene in London
and therefore we merely State that we confirin the findings of da
Fonseca with regard to the absence of an axostyle, of a perman¬
ent cytostome, and of an undulating membrane and we agréé
that the nucléus is a protokaryon and is joined to the blepharo-
plasts by means of a rhizoplast.
We however fi n d thatusually two blepharoplasts are présent
and that the three flagella are distinctly anterior in direction
and we consider that noue of them are truly trailing.
We hâve reported stages of binary division and early cyst
formation.
We consider that the genus belongs to the family Tetramitidae
as defîned in our paper on Chilomastix and to our subfamily
Tetramitidinae and that it should be defined as follows :
Tretramitidinae without cytostome and with three unequal
anterior flagella.
We think that it is al lied to the genus Dallengeria Saville
Kent 1880 and that there is only one known species viz.,
E . hominis , the characters of which are illustrated by the three
photomicrographs atlached to t h is paper.
Diagnosis. — The presence of E . hominis in man seems to te
associated with chrouic diarrhoea appearing as intermittent
subacute attacks and with vague abdominal pains. The attacks
only last a few days unless aggravated bx exercise or other con¬
ditions.
The diagnosis can only be made by microscopical examina¬
tion, preferably, of the fluid portions of the motion.
Directly after mounting on a slide and under a cover slip
the parasites seem to remain molionless for a few minutes and
then to move about very actively, and, as far as our expérience
goes, a length of time must elapse before the movements are
slow enough to enable the details of the organism to be reco-
gnised.
Unless présent in very large numbers it is apt to be overlooked.
Séance du 10 Octobre 1917
7G1
T R eatment. — We appear to liave been successful in our
treatment which consisted of placing the patient on a restricted
fluid dietkeeping him in bed, clearing" bis bowels out by me a ns
of small doses of Calomel at nig-ht followed by Salines in the
morning" and at the same time administering 2 grammes of Salol
in the 24 hours. This Salol was given in three doses per diem
mixed with a little Bicarbonate of Soda.
The idea nnderlying this method of treatment is obvious,
and his bowels were opened on an average seven times a day
for the 3-4 days during which the treatment lasted.
Summary. — We believe we hâve found a second case of
infection of man with Enleromonas hominis da Fonseca 1916
in the Anglo-Egyptian Sndan which, with the Brazilian case,
makes a total of three known cases.
As the organism occurs in South America and in Africa it is
probable that it may ultimately be found to be wide spread
throughout the Tropics.
In our opinion it is pathogenic to man, causing diarrhoea, and
by absorption from the bowel febrile attacks.
Its infections can be alleviated and perhaps cured by diet,
purgatives and intestinal antiseptics as set forth above.
Outside the human body nothing is known as to its life his-
tory.
Acknowledgments. — We beg gratefully to acknowledge the
kindness of El Lewa Mousally Pasha in sending us the case to
examine and of El Kaimakam Gibbon Bey in allowing us to exa¬
mine him in hospital for carrying out the proposed treatment
and of Captain Archibald, D. S. 0., R. A. M. C., Pathologist to
these Laboratories for much kind assistance in the repeated
bacteriological examinations of the case.
Khartoum, August 5 th., 1917.
REFERENCES
Chalmers and Pekkola (1917). Transactions of the Society of Tropical
Medecine and Hygiene, l .on don.
Da Fonseca (1915). Brazil-Medico , vol. 29, september 22nd.
(1916). Memorias do Instituio Oswaldo Craz, t. VIII, 1, 24-
35 and Figs. 13-16, Plate 1 , Rio di Janeiro.
762
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
U ii • ') j , ;•
Courte notice historique
sur l'emploi de l’antimoine dans
le traitement de la Leishmaniose interne
Par le Prof. R. J EMMA.
Directeur de la Clinique des Enfants-Malades
de l Université royale de Naples.
L’histoire des acquisitions les plus importantes faites dans le
domaine de la médecine, aussi bien que dans tout autre champ
de la science, présente presque toujours des inexactitudes au
début, inexactitudes causées par l’ambition naturelle de Phomme,
car, dès qu’une découverte s’est produite et qu’on s’est assuré
de sa réelle importance, il se présente aussitôt un grand nom¬
bre de prétendants à la priorité.
Or, si un tel phénomène pouvait se produire facilement à
une époque de beaucoup antérieure à la nôtre, par suite de la
lenteur des communications, et, conséquemment, de l’igno¬
rance où se trouvait un certain centre d éludes relativement
aux événements en cours dans d’autres centres, un tel phéno¬
mène, disons-nous, ne semblerait plus possible à notre époque
où s’effectue si rapidement l’échange des idées entre des centres
fort éloignés les uns des autres.
On trouvera donc étrange la confusion qui se fait depuis
quelques années à propos de l’introduction de l’antimoine dans
le traitement de la Leishmaniose interne, c’est-à-dire depuis que
deux jeunes chercheurs, Caronia et di Cristina, ont annoncé les
premiers succès à ce sujet.
Afin d’éviter la propagation de notions erronées, lesquelles,
répandues par les ouvrages médicaux, pourraient, à l’avenir,
offusquer la réalité des faits, je crois opportun d’exposer dans
cette courte notice l’histoire objective de l’application de cette
nouvelle méthode thérapeutique.
Naturellement, les données sur lesquelles je me baserai sont
celles que fournissent les ouvrages médicaux avec leurs arides,
mais précises indications chronologiques, et non celles que
pourraient fournir les simples affirmations, plus ou moins
Séance du io Octobre 1917
763
à posteriori , de quelques auteurs. Quand les résultats de recher¬
ches, fruit d'un travail patient et pénible et de tentatives har¬
dies, sont devenus de notoriété publique, il devient très facile
d’affirmer qu’on a accompli auparavant les mêmes recherches ;
cela est facile et même admissible si l’affirmation vient d'une
personne de compétence notoire en la matière.
Mais il faut admettre qu’il serait possible de la sorte de
frustrer le mérite des plus grands chercheurs môme, et il est
donc juste qu’on ne prenne en considération aucune affirmation
à posteriori , quel qu’en soit l’auteur.
Sur ces bases, je procède à l’exposition de ce qui concerne
l’histoire de la plus importante application curative de l'anti¬
moine, c’est-à-dire le traitement de la Leishmaniose interne , en la
faisant précéder, pour mieux éclaircir les faits, d’un bref aperçu
sur l’emploi que rantimoine avait déjà trouvé en d'autres mala¬
dies tropicales jusqu’à la fin de 1914*
Trypanosomiase. — L’antimoine reçut sa première application
dans la trypanosomiase expérimentale des rats exécutée par
Plimmer et Thomson (novembre 1907), lesquels obtinrent de bons
résultats en employant le sel de sodium de l’antimoine. 11 faut
noter toutefois qu’un an environ auparavant (juin 1906),
M. Nicolle et Mesnil, dans leur rapport sur leurs essais de trai¬
tement de la trypanosomiase humaine à l’aide de préparations
arsenicales, avaient indiqué la possibilité de tenter l’emploi de
préparations d’antimoine, et que le môme Mesnil, avec la colla¬
boration de Brimont, deux mois environ après la communica¬
tion de Plimmer et Thomson (janvier 1908), faisait connaître
les heureux résultats obtenus dans la trypanosomiase des sou¬
ris par l’emploi de l’émétique cfe K (1). En mars 1908, Manson
essayait le traitement de deux cas de trypanosomiase humaine,
d’abord par voie hypodermique, puis, à cause de la forte irri¬
tation locale provoquée par les sels d’antimoine, par voie orale,
et obtenait ainsi des résultats incertains.
(1) Le mémoire de Plimmer et Thomson fut présenté à la Royal Society de
Londres dans la séance du 7 novembre 1907, communiqué en épreuves au Bulle¬
tin de V Institut Pasteur au début de décembre 1907, publié dans les Proceedings
of the Royal Society en février 1908. La note de Mesnil et Brimont fut pré¬
sentée en janvier 1908 à la Société de Pathologie exotique. Par conséquent
l’honneur de la priorité devrait être assigné également à Plimmer et Thomson
et à Mesnil et Brimont.
764
Bulletin l>e la Société de Pathologie exotique
Cependant, peu de temps après (juillet 1908), on apprenait
les recherches de Broden et Rodhain, qui annonçaient de bril¬
lants succès dans l’emploi du tartre stibié par voie endoveineuse
dans plusieurs cas de trypanosomiase humaine.
Le rapport de ces deux auteurs, auxquels appartient le mérite
d’avoir les premiers introduit l’emploi du tartre stibié par voie
endoveineuse, était suivi à très peu de distance (octobre
1908) d’une première confirmation de G. Martin et Lebœuf et
par la suite de toute une série de recherches sur la chimio¬
thérapie de la trypanosomiase humaine, expérimentale et des
animaux, de sorte qu’aujourd’hui l’antimoine est largement
employé comme étant un des médicaments les plus efficaces con¬
tre les infections dûes aux trypanosomes.
Dans la bibliographie qui suit cette notice, sont énumérées
par ordre chronologique toutes les publications sur ce sujet
parues jusqu’à ce jour, et dont il nous a été possible de pren¬
dre connaissance.
Leismaniose externe. — Dans la leish maniose externe (cutanée
et muqueuse) de l’Amérique du sud, appelée également espun-
dia, ulcère de Baurù, buba, etc., la première application du
tartre stibié par voie endoveineuse est due à Vianna et Machado,
qui présentaient en 1913 à la Société brésilienne de Dermato¬
logie quelques cas de leishmaniose ulcéreuse, parvenus à une
complète guérison grâce à la nouvelle méthode thérapeutique.
La même année, ainsi qu’en 1914? d’autres confirmations sur
le même sujet émanaient du même Vianna et d’autres auteurs :
Terra, da Silva, Garini, Carvalho, Lindenberg (qui employa le
trioxyde d’antimoine par voie endomusculaire), Lapa, Rabello,
et plus récemment, d’LTtra e Silva, Borya et Amoral, Torres,
Escomel, da Matta, Low (qui annonça la première application
efficace dans le bouton d'Orient).
Granulome ulcéreux. — Presqu’à la même époque, le tartre
stibié trouvait un emploi très efficace dans une autre affection
des pays chauds, appelée granulome ulcéreux de l’Amérique du
sud, emploi qui était l’œuvre du même Vianna et de Aragao,
lesquels, dans le second semestre de 1 9 1 3 , citaient dans le Bul¬
letin de l’Institut O. Cruz un grand nombre de cas parvenus à
une guérison complète.
Séance du io Octobre 1917
705
Ce premier avertissement était bientôt confirmé par Terra et
Rabello, Machado, et récemment par Breinl' et Priestley, de
Souza Araujo, Loyv et Newham.
Leishmaniose interne. — Il résulte, comme on le voit, de ces
brèves indications sur l’application de l’antimoine dans le traite¬
ment de quelques maladies tropicales jusqu’à la fin de 1914,
que de notables progrès se trouvaient réalisés, mais jusqu’alors
aucune tentative n’avait été signalée en ce qui concerne la
Leishmaniose interne sous ses deux formes (méditerranéenne et
indienne) qui faisaient de nombreuses victimes, en résistant à
toutes les tentatives thérapeutiques.
Plusieurs chercheurs s’étaient appliqués à résoudre ce grave
problème et d’intéressantes recherches immunothérapeutiques et
chimiothérapeutiques avaient déjà été effectuées.
La chimiothérapie cependant avait employé principalement
les arsenics, surtout l’atoxyl et les arsenobenzènes.
Après avoir épuisé la série des recherches d’immunité dans
mon école, di Cristina et Caronia avaient entrepris une série
systématique de recherches chimiothérapeutiques , en se propo¬
sant de soumettre à des expériences surtout les métaux lourds,
dont on connaît le pouvoir parasiticide. Cependant, venant à
connaître les heureuses applications de Vianna dans la Leishma¬
niose externe, se basant sur les analogies existant entre les
différentes formes de Leishmaniose, ils passèrent aussitôt des
recherches sur l’arsenic à celles sur l’antimoine, et en jan¬
vier 1915, ils publiaient une première note, qui donne la
solution d'un des plus graves problèmes thérapeutiques. Sur¬
montant des difficultés techniques non indifférentes chez les
petits enfants, ces deux auteurs faisaient un rapport sur 8 cas
de leishmaniose infantile, traités pendant le 2e semestre de 1914»
en partie par Caronia dans la Clinique des Enfants-Malades de
Naples dirigée par moi, en partie par di Cristina dans laClinique
des Enfants-Malades de Païenne. Comme conclusion de leurs
recherches, ils affirmaient la spécificité de f antimoine dans le trai¬
tement de la leishmaniose infantile et en préconisaient f emploi, dans
le kala-azar indien.
A deux mois de distance, en effet, Castellani faisait un rap¬
port sur un cas de kala-azar traité à Ceylan, sans donner cepen¬
dant le résultat définitif du traitement fait à base d’émétique et
766
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
d’arsenic par la bouche et par voie endoveineuse. A la vérité, un
pareil cas ne saurait avoir la valeur d’une confirmation, soit
parce qu'on ignore le résultat définitif, soit à cause de la multi¬
plicité des moyens curatifs. Mais, successivement, en juillet de
la même année, c’est-à-dire six mois après l’apparition de la
note de di Cristina et Caronia, Rogers donnait aux Indes
d’autres confirmations plus sûres. Elles ne peuvent naturelle¬
ment avoir aucune importance quant aux efforts de ce dernier
en vue de revendiquer pour lui la priorité de la découverte, et, à
ce sujet, la déclaration de Wenyon prend un caractère décisif ( i ) :
« ... si c’est à Vianna qu’est dû l’honneur d’avoir employé le
« premier le tartre stibié par voie endoveineuse dans la Leishma-
« niose externe, c’est à di Cristinna et Caronia, qui l’ont employé
« avec succès dans le kala-azar, que revient l’honneur de la
« priorité, même si la possibilité de l’emploi de cette substance
« a pu naître dans l’esprit de plusieurs personnes qui s’occu-
« paient de cette maladie ».
Après celles de Castellani et de Rogers, d’autres publications
nombreuses sont venues confirmer les premières recherches de
di Cristina et Caronia, aussi bien en ce qui concerne la leishma¬
niose infantile, qu’en ce qui se rapporte au kala-azar indien,
émanant de plusieurs chercheurs distingués, spécialement versés
dans la matière, tels que Muir, Mackie, Rai U. H. Brahmachari
Bahadur, Rai H. N. Gosch Baiiadur, Rogers et Hume, Spagnolio,
Jackson, Abate, Longo.
Parmi les nombreuses confirmations qui désormais permettent
de considérer comme vaincue la terrible maladie sous ses
diverses formes, il faut noter tout particulièrement les tentatives
du même Caronia, qui est parvenu à employer efficacement, par
expérimentées par Ulheniiuth, Hügel, Mulzer dans la Trypano¬
somiase des souris, ainsi que celles de Castellani et de Longo, qui
sont parvenus à obtenir quelques résultats en recourant à la
voie orale. Méritent également d’être mentionnées, les inté¬
ressantes recherches de Pianese qui, avec le matériel fourni
par ma Clinique, est parvenu à donner la démonstration ana-
(i) Trop. Dis. Bull., vol. IV, page 221, iyio. Note au résumé de la première
publication de Rogers sur le traitement antimonial du kala-azar.
Voir aussi Low. The History oj the Use of intrauenous Injection of Tartan
emetic in Tropical Mecliciue.
Séance du io1 Octobre 1917
767
tomo-pathologique de l’action spécifique de l’antimoine sur 1 eîs
parasites de Leishman.
Conclusion. — En résumé, l’examen serein et objectif des
données médicales nous amène à établir que l’antimoine, qui
avait déjà trouvé un emploi efficace dans la trypanosomiase ,
grâce aux travaux de Plimmer et Thomson, dans la leishmaniose
externe, traitée par Vianna et Machado, dans le granulome ulcéreux,
traité par Vianna et Aragao, a été pour la première fois employé
avec un heureux résultat dans la leishmaniose interne ou kala-
azar par Caronia et di Gristina.
Je termine cette courte notice, où je n’ai rien omis pour me
conformer à la vérité, en souhaitant que de nouvelles conquêtes
viennent bientôt enrichir le champ de la thérapeutique pour le
plus grand avantage de l’humanité souffrante.
Naples, iar août 1917.
B1BL0GRAPHIE
TRYPANOSOMIASE
1. M. Nicolle et Mesnil. Ann. de T Inst. Pasteur , juin 1906.
2. Plimmer et Thomson. Proc, of lhe Roy. Soc., nov. 1907, t. LXXX.
3. Mesnil et Brimont. Bull, de Paih. exot., t. 1, n° 1, 1908.
4. Manson. Ann. ofTrop. Med. a. Paras , mars 1908.
5. Mesnil et Brimont. Bull, de Path. exot., t. I, n° 4, 1908.
6. Broden et Rodhain Arch. f. Schiffs u. I ropenhygiene, juill. 1908.
7. G. Martin et Lebœuf. Bull, de Path. exot,., t. 1, n° 8, 1908.
8. Holmes. Jl. of Trop. Vet. Sc., t. III, 1908.
9. Lafont, mentionné par Mesnil, in Bull, de Path. exot., t. I, 8,
1908.
10. Thiroux et cI’Anfreville. Bull, de Path. exot., n° 6, 1909.
11. G. Martin, Lebœuf, Ringenbach, Bull, de Path. exot., n° 6, 1909.
12. Thiroux. Bull, de Path. exot., n° 3, 1910.
13. Laveran. Bull, de Path. exot., n° 4, 1910.
14. G. Martin et Ringenbach. Bull, de Path. exot., n° 4, 1910.
15. Broden et Rodhain. Bull, de Paih. exot.,, n° 4, 1910.
16. L Martin et Darré. Bull, de Path. exot., n° 5, 1510.
17. Fry, Plimmer, Ranken. Proc. Roy. Soc., nov. 1910.
18. Kerandel. Bull, de Path. exot., n° 11, 1910.
19. Daniels. Jl. Lond. Sch. of Trop. Med., vol. I, 1911-12 et vol. Il,
1912-13.
20. Pécaud. Jl. Lond. Sch. ofTrop. Med., 1912.
21. Joung. Unie, of Durham Collège of Med. Gaz., nov. 1912.
22. Ranken. Proc. Roy. Soc., mars 1913.
23. Uhlenhuth, Mulzer, Hügel. Deuts. Med. Woch., n° 9, 1913.
24. Kolle, Hartoch, Rothermundt, Schürmann, Deuts. Med. Woch.,
n° 18, 1913 et Zeils. f. Immunitdtsforsch. u. exp. Hier., 1, 1913.
768 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
25. Hartoch, Rothermundt, Schürmann. Cenlr. f. Ba/d., Juin 1913.
26. Ulhenhuth, Hügel. Denis. Med. Woch ., n° 50, 1913.
27. Bourret. Ann. d'Hyg. eide Mèd. col., avril-mai-juin 1913.
28. Mouchet et Dubois. Bull, de Path. exol., n° 7, 1913.
29. Kolle, IIArtoch, Schürmann. Dents. Med. Woch., n° 5, 1914, et
Zeits. f. Immunilastsforsch. n. ex p. Ther., 5, 1914.
30. Van der IIellen. Dents. Med. Woch., févr. 1914.
31. Lurz. Arch. f. Schiffs. u, Trop. Hyg ., nov. 1914.
32. Werner. Arch. f. Schiffs u. Trop. Hyg., nov. 1914.
33. Yorke et Blaklock. Ann. Trop. Med a. Paras., avril 1914.
34. Danysz. Compt. Rend. Acad. desSc., août 1914.
36. Russo. Ann.d'Ig. sper., 2, 1914.
37. Schilling et Goretti, Zeits. f. Immunitalsforsch. n. exper. Ther.,
déc. 1914.
38. Aubert et Michelli, Bull, de Path. exol., n° 1, 1915.
39. Van Saceghem. Bull, de Path. exot., n° 5, 1915.
40. Daniels. Jl. Trop. Med. a. Hyg., n° 7, 1915, t. XIX.
41. Hoffmann, Zeits. f. Hyg. u. Infektionskr., août 1915.
42. Simpson. Jl. R. Army med. Corps., oct. 1915.
43. Daniels et Newham. The Lancet., janv. 1916.
44. Van Saceghem et Nicolas. Bull, de Path. exot., n° 12, 1916.
LEISHMANIOSE EXTERNE
1 . Vianna et Machado. Bol. da Soc. Bras, de Derm.,2' année, 1, 1913.
2. Terra. Bol. daSoc. Bras, deDerm., 2e année, 2-3, 1913.
3. Lindenberg. Ann. paul. de Med. e Cir., vol. Il, 5, 1913.
4. Vianna. Ann. paul. de Med. e Cir., vol. Il, 6, 1913.
5. Carini. Bull, de Path. exot., n° 4, 1914.
6. Da Silva. Arch. Bras, de Med., avril 1914,
7. Carini. Pull, de Path. exot., n° 4, 1914.
8. Lapa. Med. contemp., juin 1914.
9. Rabello. Bull. Soc. franc, de Demi, et de Syph., 7, 1914-15.
10. Borya et Amoral. Arch. Bras, de Med., févr. -mars 1915.
11. D’utra e Silva. Memorias do Instil. O. Cruz, vol. 7, 1915.
12. Low, Jl. Trop. Med. a. Hyg., nov. 1915.
1 3 . Tor res. Brazil Med , févr. 1916.
14. Escomel. Cronica med, ica, juill. 1916. et Bull, de Path. exot.,
nü 11, 1916.
15. Da Matta. Bull, de Path. exot., n° 1, 1917.
16. Castellani, Malaria , 1, 1917.
17. Escomel. Bull, de Path. exol., mai 1917.
GRANULOME ULCEREUX
1 . Aragao et Vianna. Memorias do Instil. O. Cruz, vol. 5, 1913.
2. Terra et Rabello, Bol. da Soc. Bras.de Dermat, vol. 2, 1, 1913.
3. Terra, Bol. da Soc. Bras, de Dermat., 12-3. 1914.
4. Machado. Bol. daSoc. Bras.de Dermat., 1-2 3. 1914.
5. Tor res. Brazil. Med., janv., 1915.
6. De Souza Araujo, Thèse, Trab. do Instil. O. Cruz, 1915.
7. Breinl et Priestley. Half-yearly Report of The Austral, of Trop.
Med., juill. -déc. 1915.
8. Low et Newham. Brit. Med. JL, Sept. 1916.
769
Séance du io Octobre 1917
LEISHMANIOSE INTERNE
1. Di Cristina et Caronia. Sulla terapia délia Leishmaniosi interna.
La Pediatria, 1er févr. 4915. — Pull, de Path. exot., 2, 1915. —
Pathologica 15 févr. 1915. — Denis. Med. Woch., 14, 1915.
2. Castellani. La Pediatria , 1er avril 1915.— Jl. Trp. Med. a. Hijg . ,
mai 1915.
3. Rogers. Prit. Med. JL, 31 juill, 1915. — Ind. Med. Gaz., Oct.
1915.
4. Muir. Ind. Med. Gaz., oct. 1915.
5 . Jemma. Atti délia R. Accad. Med.-Chir. di Napoli, vol. lï, séance du
28 nov. 1915.
6. Pianese. mentionné par Jemma.
7. Caronia, mentionné par Jemma.
8. Mackie. Prit. Med. JL, nov. 1915.
9. Rai U. N. Brahamachari Baiiadur. Ind. Med. Gaz., déc. 1915 et
janv. 1916.
10. Rai H. N. Ghosh Baiiadur. Cale Med. Jl., janv. 1916 et oct. 1916.
11. Caronia. lmpiego di nuovi preparati di antimonio per via intra-
muscolare ecc. La Pediatria 1er févr. 1916.
12. Rogers et Hume. Prit. Med. Jl., 26 févr. 1916.
13. Rai U. N. Brahamachari Bahadur. Ind. Med. Gaz., mai 1916.
14 . Di Cristinia et Caronia. Malaria e maladie dei paesi caldi, 4, 1916.
15. Spagnolio. Malaria e maladie dei paesi caldi , 4, 1916.
16 Muir. Ind. Med. Gaz., oct. 1916.
17. Abate. Tesi di libéra docenza, Catania, 1916.
18. Castellani. Prit. Med. Jl., oct. 1916. — Malaria, \, 1917.
19. Rogiîrs. The Lancet, nov., 1916.
20. Jackson. Ind. Med. Gaz., déc. 1916.
21. Longo. La Pediatria, juill. 1917.
P
770
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIQUES
Anales de la sociedad rural Argentina , t. LI, f. 2-4, mai-juil¬
let i o 1 7 •
J . . . .
Armais of Tropical Medicine and Parasitology , t. XI, f. i et 2,
juin et août 1917.
Archives Médicales Belges , 70e année, P. 6-8, juin-août 1917.
British Medical Journal, nos 2960-2962, i4 j u i 1 1 . - 6 octo¬
bre 1917.
Caducée , nos 7-9, i5 j u i 1 1 1 5 sept. 1917.
Ciencias y Trabajo , t. I, n° 1, Caracas.
Geneeskundig Tijdschrift voor Nederlandsch-lndië, t. LV11,
f. 2 et 4, 1 9 1 7 ; suppl. t. LVI, f. 6.
Illinois Biological Monograghs, t. -III, nos 1 et 2, août et octo¬
bre 1916.
Journal of the Royal Army Medical Corps, t. XXVIII, f. 6,
juin 1917; t. XXIX, f. 1 et 2, juill . et août 1917.
Journal of Tropical Medicine and Ilygiene , t. XX, n08 14-19,
16 juill.- Ier oct. 1917.
Malariologia , t. X, f. 3, 1 5 juin 1917.
Medeleelingen van den Burgerlij ken Geneeskundig en Biens t in
Nederlandsch-lndië , 1916, t. V, f. 1 ; 1917, t. I.
Memorias do Instituto Oswaldo Crus, t. VIII, f. 2, 1916.
New-Orleans Medical and Surgical Journal, t. LXX, f. i-3,
juill. -août 1917.
Nipiofogia , t. III, f. 2, juin 1917.
Pediatria , t. XXV, f. 7-10, juill. -oct. 1917.
Review of Applied Entomology , sér. A et B, t. V, f. 7-9, juill. -
sept. 1917 ; titres et tables des t. IV, sér. A et B.
Bevista de Veter inaria e Zootechnia , t. VI, f. 1-3, 1916; t. VII,
f. r, 1917.
Revue scientifique , nos 14-19, i4 juill. -6 oct. 19 17.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Ilygiene ,
t. X, f. 7, juin 1917.
Séance du io Octobre 1917
771
Tropical Diseases Bulletin , t. X, f. r-3, i5 j u i 1 1 . - 1 5 sept. 1917;
titres et tables du t. IX.
VOLUMES ET BROCHURES
Nomenclature des Journaux, Revues, périodiques français, par
Y Argus de la Presse.
E. Escomel. Leishmaniosis.
E. Escomel. La Blastomycosis en América.
E. D. YV. Greig. The Results of the Bacteriological Examina¬
tion of the Stools ôf 65g Cases of Choiera at Calcutta. — Bacterio¬
logical Studies of Choiera like Vibrios Isolated from the stools of
Choiera Cases in Calcutta.
E. D. W. Greig. The Sprouling Capacity of Grains Issued as
Rations to Troops.
A. Laveran. Les Lcishmanioses, Paris, Masson et G,e.
A. Neiva et B. Barbara. Leishmaniosis tegumentarias ameri-
cana. Hallazgo de numerosos casos autoctonos en la Republica
Argentin a.
A. J. Valenzuela. Fiebre (ifoideaen Guayaquil.
\
' ' \
772 Bullktin de la Société de Pathologie exotique
Liste des échanges
American journal of tropical diseases and préventive medicine
incorporé au New-Orleans Medical and Surgirai Journal.
American Societg of Tropical Medicine.
Aimais of Tropical Medicine and Parasitology (Liverpool).
Archives Médicales Belges.
Archwos de Hggiene e Pathologia E xoticos (Lisbonne).
Archivos do Instituto Bacteriologico Camara Pastana.
Bibliographie protozoologique du Concilium bibhographicum.
British medical Journal.
Bulletin agricole du Congo Belge.
Bulletin de la Société médico-chirurgicale d' Indochine.
Bulletin de la Société des sciences médicales de Madagascar.
Geneeskundig Tij dschrift voor Nederlands-Indiè.
Indian Journal of medical research.
Journal of the Royal Army Medical Corps.
Journal of Tropical Medicine and llygiene.
Malaria et Malattie dei Paesi Caldi.
Malariologia.
Memorias do Instituto Oswaldo Gruz (Rio-de-Janeiro).
Pediatria.
Philippine Journal of Science [B. Medical Sciences).
Publications du Gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud.
Bevista de Veter inaria e Zootechma (Rio de Janeiro).
Beview of applied entomology .
Iievue scientifique.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and llygiene
(Londres).
Tropical Diseases Bulletin .
Tropical Veterinary Bulletin.
Le Gérant ; P. MASSON.
LAVAL.
IMPRIMERIE L. BARNEOUD ET Cle
V ?
% )
Tome X.
1 9 1 7
No 9.
BULLETIN
de la Société
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Pathologie- Exotique
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\k
Séance du 10 novembre 1917
PARIS
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît io fois par an
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Prix des années 1908 à 1911 : chaque année : 18 fr.
SOMMAIRE DU NUMÉRO 9
Séance du 10 novembre 1917
PRESENTATION
Escomel. — Ornithodorus megnini du Pérou.
COMMUNICATIONS
G. Blanc. — A propos du Paludisme autochtone de la région du lac
Presba. Note complémentaire . . 80^
G. Bouffahd. — Chéloïde géante chez un Indigène du Dahomey. . . 8i4
E. Chatton. — Au sujet des Cristalloïdes (Chromidium, corps chroma-
toïdes, bâtonnets ou plages sidérophiles) des kystes d’Entamibes. . '^791
É. Chatton. — Réalisation expérimentale chez le cobaye de l'amibiase
expérimentale à Entamœba dysenteries . . .
A. Jouin-» — De la gravité de la Pneumonie chez ]es Noirs, les Malga¬
ches et la fréquence de la mort subite au cours de cette affection par
dilatation cardiaque aiguë consécutive à une paralysie des centres
nerveux du coeur .
J. Kerandel. — Craw-craw. — Discussion.
M. Leger. — La Tuberculose à la Guyane française . * .
774
808
787
1 oir Ici suite du sommaire page III de ta, couverture
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a
Malloizel et Bonnard. — Note sur le Paludisrfte autochtone dans la pres¬
qu’île de Langle (golfe du Morbihan) . 8o5
L. Marty. — Craw-craw et Leishmania . . 806
J. Rodhain et F* Van den Branden. — Essais sur la pluralité des espèces
flagellées parasitant le tube digestif des Invertébrés. Note prélimi¬
naire . . . 81 r
L. Van Hoof. — Note préliminaire sur la fièvre récurrente parmi les
troupes belges dans l'Est Africain Allemand . .786
H. Viol le. — Sur un cas de pian observé en France . 784
MEMOIRES
A. Baujean. — Note sur quelques manifestations de la Pneumonie chez
les Tirailleurs des Camps de Fréjus et de Saint-Raphaël .... 8i5
E. Chatton. — L’éclosion des kystes et les premiers stades de l’évolu¬
tion de l’amibe dysentérique chez le chat. . . 834
E;. Chatton. — La genèse des stigmates globulaires [taches de Maurer,
grains de Schüfifner] dans le paludisme. Leurs rapports avec l’amœ-
boisme hémamibien. Leur faible valeur différentielle ( avec la plan¬
che VIII) . . • 8/P
J. C. Duchamp. — Contribution à la Pathologie des Balkans. La fièvre
spirochéto-plasmodique des, Serbes . 827
A. Laveran. — Discussion à propos du mémoire précédent .... 834
A Laveran. - Identification des virus de trypanosomiase équine maro¬
caine de deux origines . 800
ANIODOL
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Institut, de La Saute publique en A ngleterre. Londres, octobre 1916.
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par tous les médecins comme le plus grand préser¬
vatif et le curatif le plus certain des maladies
intimes, maladies de la femme : Métrites, Pertes,
Cancers, etc. Dans les maladies des yeux :
Ophtalmies, Conjonctivites, dans celles de la
peau: Herpès, Eczéma, Ulcères. Contre Furon¬
cles, Anthrax, Coupures. Brûlures, Piqûres
d’insectes, quelques lavages à l’ ANIODOL calment
la douleur, empêchent l’infection et activent la
ANIODOL EXTERNE
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typhoïde, Fièvres, éruptives et paludéennes,
TUBERCULOSE, etc
Il empêche les Fermentations du tube gastro¬
intestinal; guérit la Diarrhée verte chez les
nourrissons, l’Entérite simple et muco-mem-
braneuse, la Constipation. Il met ainsi à l’abri
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E. GOG IT
Dixième année
1 9 1 7
9*
No
•BULLETIN
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 10 NOVEMBRE I 9 I 7 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRESIDENT.
Présentation J
Ornithodorus megnini du Pérou
M. Roubaud. — J’ai l’honneur de présenter à la Société au
nom dé M. Laveran quelques exemplaires de Y Ornithodorus
Megnini Dugès, qui lui ont élé adressés parM. le docteur Esco-
mel, d’Arequipa (Pérou). Cet Ixode, qui est très répandu dans le
sud des Etats-Unis et au Mexique, et qu’on doit considérer par
suite comme existant également au Pérou, offre la particularité
de se fixer dans le conduit auditif externe de l’homme et des
mammifères. Il a été recueilli par M. Escomel dans l'oreille de
malades.
52
774
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
COMMUNICATIONS
De la gravité de la Pneumonie chez les Noirs, les
Malgaches et de la fréquence de la mort subite
au cours de cette affection par dilatation cardia¬
que aiguë consécutive à une paralysie des centres
nerveux du cœur.
Par A. JOUIN,
Tandis que, chez les races européennes, la pneumonie, en
dehors de toute affection intercurrente, de toute épidémicité,
de toute intoxication, est une maladie à « allures régulières »
(Jaccoud), remarquablement bénigne chez l’enfant, peu grave
chez l’adolescent et l’adulte, exception faite pour les vieillards
chez qui elle est le fléau le plus redoutable (Cruveiliiier) et la
fin naturelle (Peter); chez les Noirs au contraire (les Malgaches
en particulier), elle revêt une gravité toute spéciale, « littérale¬
ment décevante » (Fontoynont et Roton) (i) ; la mortalité atteint
80 o/o d’après P. Carnot (a).
Il est certain, dit le professeur Le Dantec (3), que la race
noire jouit d’une réceptivité particulière vis-à-vis des pneumo-
coccies ; elle semblerait due à certaines propriétés favorisantes
du sang. Les expériences de Marchoux semblent concluantes;
ce dernier aurait fait récupérer la virulence à des cultures
atténuées de pneumocoques en les additionnant de 1/8 de sang
nègre. Le professeur Paul Carnot déclare également que le
pneumocoque donne, chez les Annamites, les Sénégalais et les
Malgaches, « de véritables septicémies très virulentes, bien diffé-
(1) Fontoynont et Roton. Gazette des Hôpitaux, 26 mars 1914 (Iode colloïdal
et Pneumonie).
(2) Bulletin médical, no 18 du 12 mai 1917.
(3) Le Dantec. Nouveau Traité de Pathologie Exotique.
Séance du io Noxembre 1917
775
rentes de la pneumonie franche habituelle au blanc ». Ces
dernières se caractériseraient par une pneumococcie géné¬
ralisée, par des lésions à peu près constantes sur les diverses
séreuses, le péricarde en particulier. — Au lieu d’èlre comme
chez le Blanc une infection enkystée par des réactions fibri¬
neuses de pneumonie lobaire, il s'agirait au contraire d’une
infection généralisée d’emblée.
Il faut ajouter à cela que cette réceptivité se trouve encore
augmentée par la transformation brutale de l’existence de ces
gens et de leur adaptation à un nouveau milieu; avec cela,
contraints à un travail parfois pénible, méconnaissant toute
règle d’hygiène, incapables de se protéger contre les refroidis¬
sements, attendu qu’ils n’aiment pas porter de vêtements
chauds, on comprendra que la maladie évoluera sur un terrain
tout préparé. A toutes ces causes intrinsèques et extrinsèques,
il ne faut pas oublier chez eux la fréquence de l’alcoolisme, de
la syphilis héréditaire ou acquise, de l’impaludisme.
Aidé des observations recueillies dans notre service, nous
avons été frappés de la fréquence de la mort presque subite,
survenant le plus souvent dès les premiers jours delà maladie*
alors qu'aucun signe clinique ne pouvait la faire prévoir à aussi
brève échéance.
Dans la plupart des cas observés, la pneumonie avait un début
classique (frisson, point de côté, fièvre élevée, foyer de râles
crépitants, expectoration rouillée) ; le cœur ne nous montrait
aucun souffle à l’auscultation ; le pouls était un peu rapide, la
pression (m) au Pachon le plus souvent au-dessous de 10 cm.
L’état général de nos malades semblait satisfaisant et cepen¬
dant un certain nombre mouraient subitement du 2e au 3e jour.
Ces gens-là en somme ne pouvaient mener à terme leur mala¬
die, atteindre le 6e ou 7e jour pour faire leur crise. Tel est le
fait qui a attiré notre attention.
Les autopsies, faites par nous des malades que nous avions
observés, nous ont permis de recueillir des renseignements
précieux.
Dans la grande majorité des cas, sinon dans tous, les lésions
de pneumonie étaient des lésions de début (stade d’engouement
ou d’hépatisation rouge). L’épreuve hydrostatique nous mon¬
trait presque toujours la flottabilité de la plus grande partie du
parenchyme pulmonaire. Le péricarde au contraire était
776 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
constamment lésé (symphyse péricardique, symphyse car¬
diaque, épanchement séro-fibrineux ne dépassant pas 25o g.).
Le cœur était le plus souvent flasque, de teinte jaunâtre,
couleur feuille morte, s’affaissant sur la table d’autopsie ; son
tissu était friable, les parois ventriculaires fortement amincies;
son volume était augmenté, mais son poids à peu près normal
(270 à 3oo g.) ; il s’agissait donc de lésions dégénératives du
myocarde. Par contre, rien du côté de l’endocarde, pas de
lésions valvulaires. Les autres organes (en particulier le foie et
les reins) paraissent normaux.
A quoi peut-on attribuer la mort survenant d’une façon si
brusque? A notre avis, elle résulte, d’après ces faits, de l’action
des toxines pneu mococciques sur le cœur autant et si ce n’est
plus que de l’obstacle apporté à la petite circulation dans le
bloc hépatisé; il s’agirait, comme Vincent (i) l’a prouvé dans la
diphtérie, d’une paralysie cardiaque. Cette toxémie pneumococ-
cique déterminerait une névrite infectieuse se localisant sur
les appareils d’innervation cardiaque (plexus, ganglions intra¬
cardiaques, noyau bulbaire du pneumogastrique, noyau
ambigu, noyau de l’aile grise) et amenant" une paralysie du
muscle suivie de syncope mortelle.
Comme thérapeutique, concurremment avec la méthode
révulsive, nous avons employé, clés le début de la maladie, les
toni-cardiaques, en particulier l’huile camphrée stérilisée en
injections hypodermiques à la dose de 10 à 12 cm3 par jour
jusqu’au moment de la crise; nous y ajoutions dans la journée
1 cm3 de la solution injectable de spartéine 1/20. Les résultats
ont été des plus heureux si bien que tous nos pneumoniques
ont pu mener leur maladie j usqu’à la guérison.
Conclusions. — En résumé nous concluons :
i° Que les affections pneumoniques (pneumonies, broncho¬
pneumonies) sont fréquentes chez les Noirs, les Malgaches en
particulier (57 0/0 des malades), et qu’elles affectent chez eux
une gravité toute spéciale ;
20 Que cette gravité est due à une sensibilité particulière de
la race vis à-vis du pneumocoque, qui trouverait dans le sang
un milieu de culture plus favorable à son développement
(Marchoux). Cette sensibilité est encore accrue par une adapta-
(1) Archives de médecine expérimentale, juillet 1914.
Séance du io Novembre 1917
777
tion à un nouveau climat, à un nouveau milieu, en même temps
que par une hygiène défectueuse ;
3° Que l’affection pneumococcique évolue ordinairement sur
des organismes tarés (alcoolisme, tabagisme, syphilis héréditaire
ou acquise, impaludisme);
4° Que la mort, dans cette maladie, n’est pas le plus souvent
le fait des lésions pulmonaires, q uelquefois peu avancées ou sui¬
vant leur cours normal ; '
5° Qu’il faut au contraire l’attribuer à des lésions cardiaques
presque constantes portant :
a) Sur la séreuse (péricardite séro-fibrineuse, symphyse péri¬
cardique. symphyse cardiaque);
b) Sur le myocarde (lésions de myocarde portant sur l’organe
tout entier, ventricules et oreillettes et amenant une ectasie
cardiaque totale entraînant une insuffisance valvulaire) ;
6° L’hypotension artérielle est la règle;
70 Que l’Endocardite, si fréquente chez le Blanc, est au con-V
traire une rareté chez le Noir;
8° Qu’aux lésions cardio-pulmonaires, il faut penser à une
toxémie due à la toxine pneumococcique déterminant une névrite
infectieuse pouvant se localiser sur les appareils d’innervation
cardiaque (ganglions intra-cardiaques, plexus, noyaux bul¬
baires du pneumogastrique) et amenant une paralysie cardiaque
suivie de syncope mortelle ;
90 Qu’en présence de toute affection pneumonique chez les
Noirs, les Malgaches en particulier, l’examen du cœur doit
attirer toute l’attention du médecin. Tous les toni-cardiaques
de la thérapeutique courante peuvent être donnés ; signalons
tout particulièrement les injections d’huile camphrée à hautes
doses (10 à 12 cm3 par jour en injections sous-cutanées), la
strychnine, spartéine, éther, caféine, l’extrait de digitale,
l’extrait de kola, la solution d’adrénaline au 1/000;
io° Cette thérapeutique toni-cardiaque devra être employée
concurremment avec la méthode révulsive, dès le début, même
si cliniquement le myocarde ne manifestait aucun signe d’as¬
thénie se traduisant par quelques-uns des symptômes d’hypo-
systolie.
Service médical des ouvriers coloniaux , Toulon.
778
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La Tuberculose à la Guyane française
Par Marcel LEGER
Tandis que le Paludisme est en régression certaine, la Tuber¬
culose tend de plus en plus à occuper une place prépondérante
dans la nosologie de la Guyane.
On n’est pas fixé sur la date d’apparition de la maladie dans
notre Colonie. Il est possible qu’elle ait été importée, comme
l’ont avancé certains auteurs, par les premiers Européens colo¬
nisateurs ou les Noirs recrutés comme esclaves sur la Côte Occi¬
dentale d’Afrique, mais rien ne permet de dire, à coup sûr,
qu’elle épargnait de façon absolue les autochtones.
Schomburgk (1840), à la suite de ses voyages d'exploration en Améri¬
que Méridionale, est catégorique pour avancer que la phtisie était incon¬
nue sur la côte des Guyanes anglaise, hollandaise et française ; il invoque
l’opinion du docteur Hancock, fixé depuis longtemps dans le pays, qui
n’aurait jamais constaté un cas de tuberculose pulmonaire contractée sur
place, et aurait par contre assisté à la guérison de quelques-uns des tuber¬
culeux arrivés malades de l’Europe.
Mais, 38 ans avant Schomburgk, P. Campet, « chirurgien en Chef des
« Hôpitaux » avait déjà constaté que « les inflammations de poitrine sont
« fort communes à Cayenne, et des plus meurtrières, surtout parmi les
« esclaves occupés à la culture des terres ».
Pour Riou-Kerangal (1867), un des faits saillants de la pathologie de
la Guyane est « la facilité avec laquelle la plus simple bronchite devient
« tuberculeuse ». Cette observation du Chef du Service de Santé de la
Colonie implique nécessairement l’existence d’un milieu de contagion très
active et par conséquent un nombre élevé de malades.
Dutroulau (1868) exprime opinion semblable. « Les bronchites sont
« nombreuses et exercent l’influence la plus funeste sur la diathèse tuber-
« culeuse » .
Peu après, Maurel avance que la tuberculose enlève à Cayenne chaque
année le quart de la population de couleur.
Dans les statistiques de l’année 1897, publiées par Le Jollec, on voit
que la maladie a motivé 84 entrées dans les divers hôpitaux de la Colonie,
et entraîné 36 décès. Le nombre total des entrées étant 6.133 et des
décès 386.
Séance du io Novembre 1917
779
Kermorgant a étudié, d’après les documents officiels, la morbidité et la
mortalité par tuberculose dans un milieu un peu spécial de la Colonie,
l’Administration Pénitentiaire. Chez les transportés, de 1868 à 1885, il y
a eu 1.847 malades (soit en moyenne 102 par an, pour un effectif moyen
de 4.056 sujets) ; les décès au nombre de 313 représentent 6,24 0/0 de la
mortalité totale. Les Arabes sont particulièrement sensibles au mal, et,
pour eux, le taux de mortalité dépasse 8 0/0. Chez les relégués, la propor¬
tion est à peu près la même : de 1889 à 1898, 103 des 2.349 décès consta¬
tés sont attribuables à la tuberculose (l’effectif moyen des relégués étant
de 1880). Enfin les surveillants militaires paient également un fort tribut
à l’affection pulmonaire. De 1890 à 1899, sur un effectif moyen de 295, il
y a eu 8 décès pour tuberculose (le nombre total des décès étant de 47).
Kermorgant remarque, avec raison, qu’il s’agit d’anciens sous-officiers,
hommes dans la force de l’âge, et chez lesquels la sélection passe pour
s’ètre déjà effectuée.
Durant les années 1898 et 1899, il y a eu dans les diverses formations
sanitaires de la Guyane 542 hospitalisations pour tuberculose avec 159
décès. Clarac, qui dirigeait alors le Service de Santé, indique que l’élé¬
ment pénal n’est pas seul atteint; il a constaté dans le personnel libre un
nombre relativement élevé de tuberculose pulmonaire, et la maladie, chez
presque tous, avait débuté dans le pays.
En contradiction avec ces diverses données, toutes d’une rigoureuse con¬
cordance, Thézé, dans son intéressant Mémoire sur la Pathologie du pays,
vient tout dernièrement d’avancer que, « la Tuberculose est peu commune
à la Guyane ». Il pense, la maladie évoluant rapidement, que a le tuber¬
culeux succombe avant que la contagion ait eu le temps de répandre
son mal ».
La question de la tuberculose est toujours de première impor¬
tance dans le développement économique d’un pays : aussi
avons-nous voulu rechercher si les conclusions de Thézé sont
exactes, ou s’il faut se rapporter à celles tout à fait opposées
émises avant lui.
Une enquête sur l’extension de la tuberculose est toujours
difficile ; elle l’est particulièrement en Guyane. Dans le plus
grand nombre des communes, il n’y a pas de médecins ; et la
cause des décès reste inconnue. A Cayenne, Saint-Laurent et
Mana, beaucoup de pauvres gens meurent sans avoir jamais été
visités par un médecin et les registres de l’état civil portent
cachexie ou paludisme. Ce dernier diagnostic reste d’ailleurs
légitime, car paludisme et tuberculose sont loin de s'exclure,
comme on a pu le croire à un moment donné. Et, de cette façon,
les préjugés ou susceptibilités des familles, desquels il est
impossible de ne pas tenir compte dans les petites aggloméra¬
tions, sont ménagées, au détriment d’une exactitude rigoureuse
des faits. La Tuberculose est un mot qui fait peur. Les parents
des malades préfèrent, à tort, s’endormir dans une fausse sécu-
780
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rité plutôt que d’envisager le danger en face. Enfin le vulgaire
n’entend par tuberculose que la phtisie, et n’y rapporte pas les
accidents méningés, articulaires ou autres.
Pour nous renseigner, nous possédons les statistiques des
hôpitaux dépendant du Ministère des Colonies (où sont soignés
fonctionnaires, militaires, particuliers à leurs frais, et aussi
l’élément pénal), et celles de l’Hôpital-Hospice de Cayenne. Ces
documents cliniques sont corroborés par les examens microbio¬
logiques pratiqués à l’Institut d’Hygiène. Il eut été intéressant
de pratiquer dans les Ecoles, sur une large échelle, l’ophtalmo-
et la cuti-réaction à la tuberculine, mais les circonstances
actuelles ne nous ont pas encore permis d'entreprendre ces
recherches.
Les statistiques hospitalières ne reflètent que très incomplète¬
ment la réalité. Telles qu’elles sont, elles ont cependant leur
valeur.
Contrairement à ce qui se passe dans certaines régions de la
France, les Guyanais ne conduisent pas volontiers à l’Hôpital ou
à l’Hospice leurs malades chroniques ; l’amour familial est
poussé à un très haut degré ainsi que la crainte de paraître se
débarrasser d’un des siens ; de plus, le traitement à l’hôpital
ofire l’apparence, fausse et combien regrettable, d’être plus dis¬
pendieux dans ces casque le séjour à la maison.
D’autre part, certains médecins, mus par un sentiment d’hu¬
manité discutable ou de sensiblerie mal placée, répugnent à
porter le diagnostic de tuberculose sur leurs feuilles de clinique,
qui peuvent être vues par les malades. Quand ceux-ci sont éti¬
quetés, par euphémisme, « bronchites chroniques », on peut les
rattacher à la tuberculose, comme l’a fait Brouardel dans ses
tables de mortalité et morbidité des diverses villes de France.
Maissouvenl, nous avons pu nous en convaincre, ils sont por¬
tés simplement à la rubrique « anémie » ou « paludisme », sur¬
tout quand il s’agit de leur octroyer des congés de convales¬
cence. La remarque faite il y a déjà longtemps par Béiienger-
Féraud de l’insuffisance des statistiques hospitalières coloniales
demeure juste : « Les cas de phtisie au début sont portés à l’ac¬
te tif d’une autre maladie antérieure, ou plus susceptible d’ou-
« vrir des droits à une pension de retraite ou de réforme. Sur
« les congés de convalescence, il arrive qu’on ne porte qu’une
Séance du io Novembre 1917
781
« fois sur cinq environ la véritable maladie, qui a nécessité le
« renvoi anticipé en France ».
Ces réserves faites, établissons le bilan de la tuberculose à la
Guyane.
Nous avons pu compulser les registres de l’hôpital de Cayenne
depuis Cannée 1898 pour le personnel libre, depuis 1908 seule¬
ment pour l’élément pénal, et nous portons sur les deux tableaux
suivants les renseignements que nous avons recueillis.
I. - HOSPITALISATIONS DU PERSONNEL LIBRE A CAYENNE.
II. — HOSPITALISATIONS DES SUJETS DE LA CATEGORIE PENALE A CAYENNE.
Depuis 1914, les statistiques annuelles attribuent à la tubercu¬
lose une rubrique spéciale (avant cette date, la tuberculose était
englobée parmi les maladies sporadiques). La centralisation des
cas de tuberculose dans les 3 Hôpitaux de la Guyane : Cayenne,
Saint-Laurent, Iles-du-Salut, est la suivante :
(1) Le relevé des statistiques s’arrête, pour l’année 1917, au 1er septembre
et il n’est pas tenu compte de 78 jeunes soldats, porteurs d’ankylostomes, et
rentrés h l’hôpital pour être débarrassés de leurs parasites intestinaux avant
le départ pour la France.
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
782
III. — HOSPITALISATIONS DANS LES 3 HOPITAUX DE LA GUYANE.
L’examen de ces divers tableaux montre que la tuberculose
est en progression à la Guyane. Cette progression s’affirme encore
davantage après lecture des rapports fournis par les anciens
Chefs du Service de Santé. Nous trouvons signalés seulement
i3 cas de tuberculose en i858 (Dr Ciiapuis), ii en 1859 (Dr Cha-
puis), 5 en 1860 (Dr Ciiapuis), G en 1861 (Dr Chéron), ii en 1867
(Dr 1\iou-Kerangal).
Les statistiques que nous a communiquées, avec son obli¬
geance habituelle, le Dr Brémond, Directeur de l’Hospice Civil
1
Séance du io Novembre 1917 783
de Cayenne, indiquent, elles aussi, une morbidité et surtout une
mortalité élevées par tuberculose.
Comme a bien voulu nous le dire notre distingué Confrère,
la tuberculose pulmonaire est d’une grande fréquence à Cayenne.
A l’Hospice qu’il dirige, elle « tient la première place dans le
pourcentage des décès ». « Les malades n’entrent le pl us souvent
qu’à la période ultime de leur maladie ». L’affection frappe « tous
âges à partir de l’adolescence ».
Mentionnons enfin que l’Institut d Hygiène, depuis un an, a
eu l’occasion de déceler la présence du bacille tuberculeux dans
les crachats de 45 sujets, qui n’avaient encore jamais été exa¬
minés à ce point de vue.
Ce n’est pas le lieu de faire ici une étude clinique de la tuber¬
culose à la Guyane. Il est certain que la maladie évolue avec
une rapidité très grande, mais la phtisie n’est pas galopante, au
point de rendre presque nulles les chances de contamination,
comme le pense Thézé. L’observation de Riou- Iverangal m’a
paru être encore juste : « Sous le climat de la Guyane, les affec-
« tions tuberculeuses accomplissent leur évolution très rapide-
« ment chez les jeunes gens, tandis qu’à un certain âge de la
« vie, vers 45 ou 5o ans, elles ne, progressent qu’avec lenteur ». La
question de race, à mon avis, est nulle. La période de l’année,
durant laquelle un coup de fouet est donné à l’affection à peine
dessinée, est difficile à déterminer. Les auteurs ne sont pas
d’accord et je n’ai pu faire aucune observation probante à ce
sujet.
En résumé, comme à la Guadeloupe (Drevon) et à la Martini¬
que (Lidin, Nog), la tuberculose exerce à la Guyane des ravages
importants, et pour des raisons similaires. L’hygiène individuelle
est complètement négligée par une grande partie de la popula¬
tion, et il est fait un usage inconsidéré de tafia, excellent alcool
784
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
du pays qui, s’il n’enivre que rarement, débilite à la longue et
« ouvre le lit » au terrible mal.
Il importerait donc de s’occuper à la Guyane, plus qu’on ne le
fait, de la tuberculose, et d’abord de convaincre tous que la
maladie est des plus contagieuses sous le ciel constamment
humide et tiède de notre Colonie américaine.
Institut cl Hygiène de Cayenne .
Sur un cas de pian observé en France
Par H. VIOLLE
Les cas de pian que l’on rencontre en France sont rares. Lors¬
que cette affection est en pleine évolution et que les papillomes
sont à leur entier développement, le diagnostic est très aisé.
Aussi parmi les contingents très importants de soldats et de
travailleurs que nos colonies ont envoyé à la Métropole, colonies
où sévit souvent le pian, il n’y a pas eu, pour ainsi dire, de
pianiques, qui ont pu passer inaperçus lors de l’examen médical
fait au moment de leur embarquement pour la France.
Toutefois, l’incubation du pian peut être fort longue dans
certains cas et se prolonger pendant plusieurs mois, de telle
sorte qu’un sujet, contaminé aux Colonies et transporté unique¬
ment en France parce qu’il offrait toutes les apparences d’une
bonne santé, a pu présenter après plusieurs mois de séjour en
France les lésions caractéristiques du pian.
Tel est le cas d’un jeune travailleur malgache, d’origine betsi-
loénne, né aux environs de Tananarive où sévit le pian.
Il quitte Madagascar le ier mai 1917 pour servir en France
comme travailleur. Il arrive à Marseille au début de juin et vient
à Toulon à la fin de juillet. A une visite médicale, il fut reconnu
comme atteint de maladie de peau et dirigé sur l’hôpital
Saint-Mandrier. Il présentait à ce moment des lésions caracté¬
ristiques du pian.
D’après le malade, ce pian serait survenu à la suite d’injections
antityphiques qui lui auraient été faites quelques jours après
son débarquement à Marseille.
Séance du io Novembre 1917
785
Le lendemain de la seconde in jection, il aurait eu de la fièvre,
suivie d’une légère éruption très prurigineuse ; 10 jours après ce
stade d’invasion, un premier papillome serait apparu sur une des
ailes du nez; i5 jours environ après l’apparition du « mana-
pian », les autres pians seraient éclos.
L’éruption se maintint pendant 2 mois et demi environ;
elle resta localisée
exclusivement à la
face (V. photogra¬
phie due à l’obli¬
geance de notre
camarade le Dl
Moreau). Dans les
lésions papilioma-
teuses, nous avons
trouvé le spiro¬
chète de Castel-
lani en abondance,
et très aisément
par la méthode de
coloration de Fon-
tana-Tkibondeau.
L’examen du
sang indiqua une
hyperleucocytose
légère (8.000 glob.
blancs par milli¬
mètre cube), une
proportion un peu
plus élevée que
normalement de
mononucléaires
(4o o/o)par rapport
aux polynucléaires (60 0/0), les mononucléaires étant surtout
des grandes formes. La réaction de la fixation du complément
fut positive.
Quelques jours après son entrée à l’hôpital, les lésions ont
commencé à régresser spontanément ; l’administration ulté¬
rieure d’iodure de potassium, puis l’injection de galyl, ont para¬
chevé la guérison. L’état général s’est toujours maintenu excel-
786
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
lent. Quelques macules blanchâtres, sorte de vitiligo discret,
sont les seuls restes que présentera la face du malade, de
cette affection qui fut bénigne.
Note préliminaire sur la fièvre
récurrente parmi les troupes belges
dans l’Est Africain Allemand
Par L. VAN HOOF
\
Voici le résumé succint des nombreuses observations que j’ai
pu faire de l’épidémie de fièvre récurrente qui a sévi dans nos
troupes coloniales pendant leur marche dans les provinces sep¬
tentrionales de la colonie allemande. Un grand nombre de nos
soldats, originaires de provinces congolaises où cette maladie
n’existe pratiquement pas, la contractèrent dans le Ruhanda et
FUrundi où elle frappe indistinctement tous les indigènes. Ces
derniers, piqués dès leur enfance par les tiques, et se réinfec¬
tant toute leur vie, acquièrent une immunité qui ne leur fait
plus guère craindre YOrnithodorus avec lequel ils vivent. Il est
reconnu de plus que lamaladie est d’autant moins grave qu’elle
est contractée dans l’enfance. Nos soldats, campant malgré les
défenses dans les huttes remplies de tiques, subirent en général
des atteintes fort sévères.
Complications. — Beaucoup n’ont été que peu étudiées et
quelques-unes n’ont pas encore été signalées. Je les énumère
toutes, telles que je les ai observées dans plus d’une centaine
de cas :
a) Conjonctivite simple ;
b ) Un certain degré d’amaurose avec signes de rétinite à
l’examen du fond ; un cas de scotome central ;
c) Iritis, irido-cyclite, complications graves, mais assez rares
bien que généralement signalées par tous les auteurs ;
d) Céphalées revêtant tous les caractères de la céphalée syphi¬
litique et très sensible au traitement arsenical ou mercuriel;
é) Méningisme avec raideur de la nuque, signe de Kernig et
constipation, la coïncidence d’une épidémie de méningite céré-
Séance du io Novembre 1917
787
bro-spinale m’a forcé d’éclairer un grand nombre de diagnostics
dans mon laboratoire d’analyses par la ponction lombaire, et
conformément au Dr Rodhain (Mission du Kalanga) je n’ai pu
découvrir de spirochètes dans le liquide céphalo-rachidien. J'y
ai trouvé en général les mêmes altérations que celles que décrit
cet auteur. J’ai observé en outre des cas de diminution notable
de l’intelligence et de la mémoire, s’accentuant à chaque nouvel
accès ;
f) Parésie des membres inférieurs, ordinairement avec spasti¬
cité et dans certains cas accompagnée du signe d’ARGYLL-
Robertson ;
1) Myocardite récurrente que je considère comme la plus
grave des complications; tous les cas que j’ai observés furent
aigus et suivis de mort en moins de 48 heures. A côté des signes
de la myocardite, il y a ictère violent ; le foie prend un déve¬
loppement énorme ; à l’autopsie : rate boueuse, énorme, piqueté
hémorragiquede l’intestin, tout lesyslème ganglionnaire engorgé,
abondance de spirochètes dans le sang;
j) Entérite dysentériforme, difficile à diagnostiquer des autres
formes d’entérite qui régnaient dans nos troupes, mais qui ne
cédait qu’au traitement approprié de la fièvre récurrente; elle
s’accompagne de fièvre aux intervalles ordinaires, s’aggrave
d’ailleurs quand la température s’élève ; les spirochètes sont
abondants dans le sang, l’émétine sans action.
Diagnostic. — Outre les signes cliniques et l’analyse du sang
au point de vue de la recherche des parasites, j’insiste sur la
détermination de la formule leucocytaire. Je fais remarquer le
nombre considérable de cas où les recherches les plus minutieu¬
ses ne permettent pas de découvrir le spirochète dans le sang,
même en grosse goutte, et l’importance d’établir le diagnostic
en dehors des accès fébriles. La formule leucocytaire démontre
ordinairement une augmentation considérable des basophiles,
des myélocytes neutrophiles, des neutrophiles jeunes, métamyé¬
locytes et des grands mononucléaires aux dépens des neutro¬
philes à noyaux segmentés et des petits lymphocytes.
Le mode de recherche le plus commode du spirochète est le
suivant : une grosse goutte de sang non étalée, séchée à la tem¬
pérature ordinaire, est colorée pendant 20 min. dans 1 cm3 d’eau
distillée, auquel on ajoute 8 gouttes du liquide de Giemsa.
Dans les cas très fréquents de méningisme, le liquide céphalo-
788 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rachidien montrera en surabondance des leucocytes, pour la
plupart petits lymphocytes. Voici une courte observation se rap¬
portant à ce dernier lait: •
Elongo, 64532, 3/X1I : a eu son premier accès en juillet 1916, traité
depuis par les arsenicaux et par le mercure, il présente après un mois une
amélioration considérable et s’enfuit de l’hôpital, où je l’observais, pour
rejoindre sa compagnie. 11 m’est ramené après le combat de Djobahika, en
plein méningisme récurrent ; malgré la garde sévère, il s’échappe parfois
dans la brousse et y séjourne pendant de longues heures jusqu’à ce qu’il
soit possible de le retrouver. Dans ses moments de lucidité, il se rappelle
qu’il a passé plusieurs nuits après sa première fugue dans des huttes indi¬
gènes et y fut fréquemment piqué par les tiques. Je crois à un cas de
réinfection. Au Fuchs-Rosenthal, je découvre une surabondance de
petits lymphocytes dans le liquide céphalo-rachidien qui estcitrin et très
albumineux. Ce malade succombe deux mois après à une complication de
myocardite. L’éventualité de trypanosomiase avait été éliminée.
Je rapproche ce cas de ceux que A. Porot a décrit dans la note
« Délire et réactions psychomotrices dans la tièvre récurrente de
l’Indigène » (i).
Pour les médecins qui suivaient les troupes, le diagnostic
était établi avec une grande certitude par le simple aspect icté-
rique, vague et hébété du malade. Tous étaient envoyés au labo¬
ratoire d’analyses et j’eus l’occasion ainsi de traiter un assez
grand nombre de cas récents et de faire des observations bacté¬
riologiques et cliniques complètes.
Outre le type classique de la courbe fébrile, il y a de bien nom¬
breuses variétés et anomalies qu’il est intéressant de noter, en
particulier chez des Européens faiblement infectés. Voici quel¬
ques types anormaux de courbes de température.
X. L. . ., sous-officier télégraphiste A. O. A. (voir le tracé) montre en
février une fièvre à fortes oscillations ; a reçu à 3 reprises 30 cg. de galyl
et plusieurs injections de quinine. Cure à l’huile grise et iodure sans
résultat.
Fin mars et début d’avril, terminaison de la fièvre à fortes oscillations.
Arrivéele20 mai dans mon service sans diagnostic précis. Mise en obser¬
vation. Perte complète de la mémoire et amnésie rétrograde. Wassermann
négatif. Spirochètes rares dans le sang le 6 juin.
Gomme on le voit, la température de ce malade n’a jamais dépassé 39°;
il n’a jamais eu de crises fébriles à périodes fixes.
(i) Bulletin de la Société de Pathologie exotique , no 7, 1917, pp. 532-536.
Séance du io Novembre 1917
789
Butako, porteur militaire. Infecté le 5 juillet 1916. 12 juillet, nombreux
spirochètes; — 13 juill., spirochètes absents; 45 c g. salvarsan ; —
14 juill. spir. rares ; 50 cg. atoxyl ; — 15 juill., 0 spir. ; 50 g. atoxyl ; —
16 juill., 0 spir. ; 50 g. atoxyl. Chute de la température le 17; encore
50 cg. d'atoxyl. Guérison apparente.
En octobre, entérite dysentériforme qui persiste jusqu’à la fin de l’an¬
née. Emétine : 5 cg. le 29, 7 cg. 5 le 30 et le 31, 10 cg. le 1er et le 2 nov.
— Spirochètes assez nombreux le 31 octobre.
Cure à Y atoxyl, 20 cg. par jour, du 6 au 9 novembre.
Le 11 novembre, spirochètes rares. De cette date à la fin de décembre,
fièvre quotidienne (voir le tracé, qui a été limité à une dizaine de jours,
mais qui se poursuit toujours le même). On donne 2 cg. d’arrhénal par jour
du 14 au 21 novembre; et 1 cg. de salicylate de Hg. pendant tout le mois
de décembre. Guérison vers la fin du mois.
Lysa, sergent 48893, escorte du g1 T. — Infecté vers le 20 août 1916.
Spirochètes très rares le 28 novembre. A subi auparavant un traitement
intensif au galyl, abandonné après un mois et demi sans résultat. Traite¬
ment au salicylatede mercure au commencement de décembre. Spirochètes
le 10 décembre.
53
790
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mondongo, 62122, caporal. Se dit infecté depuis le 10,. amené le 14 au
soir en pleine fièvre. Montre des spirochètes dans le sang les 14 et 15 juil¬
let. Reçoit 50 cg. d’atoxyl les 15, 16, 17, 18 et 19 juillet, et 2 g. d’iodure les
18, 19, 20 et 21 juillet. Des spirochètes sont encore présents les 20, 21, 22
et 23 (rares le 22 et le 23) On administre 1 cg. de salicylate de mercure
journellement du 22 juillet au 30 inclus, de fiodure les 31 juill., 1er et
2 août. Le 1er août, le malade présente un ictère intense. Les spirochètes
sont absents le 2. Du 3 au 5, le malade est transporté en hamac; il présente
des signes de méningisme le 3; on lui donne 5 cg. de salicylate de Hg le 4
et le 5; de très rares spirochètes sont vus le 5. Le salicylate est continué à
la dose de 1 cg. le 6 et le 7. Malgré la nouvelle poussée thermique, on n'ob¬
serve pas de spirochètes le 8; la température baisse à partir du 10 et la
guérison s’installe.
Traitement. — Je crois que le service de santé des troupes
coloniales dans 1 Est Africain Allemand a eu l’occasion de met¬
tre à l’essai tous les genres connus et conseillés de traitement
de la fièvre récurrente.
Séance du io Novembre 1917
791
Voici les résultats généraux :
1) Le salvarsan et ses succédanés plus modernes,, galyl, néo-
salvarsan, etc., peuvent, lors de la première ascension fébrile,
au moment où Ton découvre les premiers spirochètes, couper
net une fièvre récurrente.
2) Dans un seul cas, nous avons pu arrêter ainsi l’évolution
de la maladie dès son origine par quelques injections d’atoxyl
mélangé à du bi-iodure de mercure.
3) Lorsque la maladie est fortement déclarée, ou que le
malade se présente à sa deuxième crise ou encore plus tard, le
salvarsan, l atoxyl, et les arsenicaux et antimoniaux en général,
n’ont plus aucun effet sérieux. Tout au plus peuvent-ils calmer
certains symptômes, mais il est reconnu depuis longtemps que
ce spirochète est de loin le plus résistant à l’arsenic.
4) Seuls, dans ces cas anciens, les sels de mercure peuvent, entre
les mains d’un praticien patient, donner des résultats satisfai¬
sants. Parmi eux je citerai le salicylate de mercure en solution
aqueuse (additionnée de benzoate d’ammonium et de quelques
gouttes d’ammoniaque) injecté à la dose de 1 à 2 cg. par jour.
Cette dernière médication m’a donné, dans la plupart des cas les
plus rebelles, les résultats les plus rapides et surtout les plus
durables.
Léopoldville, le 28 septembre 1917.
D Au sujet des Cristalloïdes (Chromidium,
corps chromatoïdes, bâtonnets ou plages
sidérophiles) des kystes d’Entamibes
Par Edouard CHATTON
i° Origine des Cristalloïdes. — Mathis et Mercier résument
ainsi celte question dans leur revue du Bulletin de 1 Institut
Pasteur [ 1) : « Nous venons de voir que, d'après Hartmann, les
chromidies seraient élaborées en partie aux dépens du noyau et
au moment de l’enkystement. Elmassian est également de cet
(1) L’amibe de la dysenterie [Bull. Inst. Pas/., XIV, p. 64 1, i5 nov. 1916).
792
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
avis. Or Ghatton (1912) a signalé, chez une entamibe d’un singe,’
la présence de cristalloïdes qu’il considère comme des chromi-
dies prenant naissance au contact de vacuoles cytoplasmiques
et existant avant la période d’enkystement (1). La question de
l’origine du chromidium reste toujours obscure .et il nous est
impossible de prendre parti dans le débat. » A très peu de temps
de là, lumière faite, ils écrivent dans les Comptes-rendus de la
Société de Biologie (2) : « On voit tout d'abord se former deux
ou trois vacuoles dans le cytoplasme alvéolaire. En même temps
que les vacuoles grossissent, de petites granulations de substance
colorable électivement par la laque ferrique apparaissent à leur
périphérie. Ces granulations deviennent de plus en plus nom¬
breuses et augmentent de taille, puis, tandis que les vacuoles
disparaissent, elles se fusionnent en deux ou trois gros bâton¬
nets qui forment le chromidium ». Et ceci sans plus évoquer ni
les termes, ni les auteurs du litige qu’ils auraient pu dès lors
impartialement arbitrer.
Dans un travail récent paru dans notre Bulletin (3), et spécia¬
lement consacré à la question des enclaves kystiques, Matiiis et
Mercier, ayant réitéré la description précédente, s’expriment
ainsi : « Le mot chromidium en effet nè doit pas être appliqué
aux formations, colorables par la laque ferrique, des kystes de
l’Amibe pathogène et de l’Amibe banale du colon. Richard Her-
tvvig a créé le terme chromidies , d’où est dérivé celui de cliromi-
dium , pour désigner une substance expulsée du noyau dans le
cytoplasme. Or comme nous l’avons vu, et contrairement à ce
qu’admettent Hartmann (1912) et d’autres auteurs, les bâtonnets
sidérophiles à E . dysenteries, comme les amas d ’E. coli , ont une
origine exclusivement cytoplasmique et ne sont nullement des
formations chromidiales.
Ghatton (1912) qui a déjà mis en doute l’origine nucléaire des
éléments sidérophiles des kystes d’entamibes, les a considérés
comme des cristalloïdes et les a désignés d’une façon globale
sous ce nom. » Mon texte, même résumé comme il l’est plus
(1) L’incidente selon laquelle je considère les cristalloïdes comme des chro-
midics exprime exactement le contraire de mon opinion.
(2) Les kystes d ' Entamœba clysenteriœ ( Co/npt . rend. Soc. Biol., LXXIX,
p. 980-982, 18 nov. 1916).
(8) Le soi-disant chromidium des kystes des Entamibes intestinales de
l'homme (Bull, de la Soc. de Pathologie exotique , X, p. 536-538, 11 juil¬
let 1917).
Séance du io Novembre 1917
793
haut par Mathis et Mercier, exprimait bien autre chose qu’un
doute. Il affirmait nettement, et les figures qui l’accompagnent
montraient clairement, l’origine cytoplasmique et périvacuolaire
des cristalloïdes (1). Et les raisons pour lesquelles j’ai rejeté en
rgi2 le terme chromidium sont exactement celles que Mathis et
Mercier produisent aujourd’hui.
Nos collègues me permettront de tirer ici quelqu’avantage, vis-
à-vis des théoriciens de l’école allemande et des adeptes du
dogme chromidial, des confirmations, même implicites, qu’ils
m’ont apportées.
20 Les cristalloïdes des kystes d' E . dysenteriœ et ceux d' E . coli.
— Dans leur dernière note, Mathis et Mercier tentent d'établir
une distinction fondamentale, essentielle, entre les cristalloïdes
d’ E . dysenteriœ et ceux à' E . coli. Ceux-ci diffèrent de ceux-là,
d’après leurs observations, par le fait qu’ils naissent en plein
cytoplasme sans rapport avec des vacuoles et qu’ils ne retiennent
que très irrégulièrement la laque ferrique.
Mathis et Mercier proposent de dénommer « bâtonnets sidé-
rophiles » les enclaves d ' E . dysenteriœ et « plages sidérophiles »
les enclaves d E. coli.
Leur préoccupation paraît être surtout de soutenir cette opi¬
nion, émise par eux dans des travaux antérieurs et qui a provo¬
qué l’étonnement de Dobell et Jepps ( 19 1 7) (2), que l’existence du
« chromidium » est l’apanage exclusif des kystes d 'E. dysente¬
riœ et un critérium infaillible de leur identification.
N’écrivent-ils pas encore dans leur dernière note ? : « Nous
savons en effet que si, dans la majorité des kystes d 'E. dysente¬
riœ ?, il existe des bâtonnets sidérophiles, par contre les kystes
d’ E . coli en sont totalement dépourvus... » Mais, Mathis et Mer¬
cier sont en définitive obligés de reconnaître l’existence d’en¬
claves sidérophiles chez E. coli.
Pour moi, les enclaves cytoplasmiques des Entamibes de
l’homme et d’un certain nombre d’Entamibes animales qui ont
(1) Entamibe {Lôschia sp.) et myxomy cèle {IJictijostæliuni mucoroïdes) d’un
singe {Bull. Soc. Path. exot., t. V, mars 1912, p. 180-184, 1 pl.).
Je n’ai pas actuellement sous la main le texte de cette note. Celui de l’ana¬
lyse qui en a paru au Bulletin de V Institut Pasteur (X, p. 548) est très explicite :
« Ces cristalloïdes naissent à la périphérie des vacuoles cytoplasmiques sans
relations avec le noyau ».
(2) On lhe three common intestinal Entamoebae of mars, and thier diffé¬
rentiel diagnosis (British. med. Journ., may 1917).
794
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
toutes le même aspect in vivo — et qui sont toutes sidérophiles
à des degrés variés — et qui ne diffèrent entre elles que dans la
limite de caractères d’ordre spécifique, doivent se ranger sous
un vocable unique évoquant le moins possible le dogme chro-
midial tel que « cristalloïdes » ou « enclaves réfringentes », utili¬
sable dans la description des éléments vivants.
La tendance de Mathis et Mercier conduirait à établir, pour
différencier ces formations dans la série des Entamibes, une
nomenclature aussi diverse que le sont les espèces qui les pré¬
sentent.
Réalisation expérimentale chez le cobaye
de l’amibiase intestinale à Entamœba dysenteriæ
Par Edouard CHATTON
L’amibiase expérimentale a été réalisée chez le chat, dès 1875,
par Lôsch comme suite à sa découverte de l’amibe pathogène et
reproduite dès lors couramment chez cet animal. Kartulis et
d’autres auteurs, dont Craig, ont infecté le jeune chien qui a
paru généralement moins sensible que le chat. Les singes, spé¬
cialement les macaques, réceptifs au même titre que l’homme,
sont les animaux de choix pour l'étude expérimentale de l’amibe,
de son cycle évolutif et de son action pathogène. Mathis, Ujihara
les ont utilisés.
Chez ces trois espèces, l'injection des kystes ou l’injection
intrarectale des amibes déterminent une colite amibienne qui
reproduit assez fidèlement le tableau clinique et anatomo-patho¬
logique de la dysenterie amibienne humaine aiguë (1). L’infec¬
tion devient rarement chronique ; elle peut s’accompagner chez
le chat d’amibiase hépatique (Marchoux, Werner) ou don¬
ner lieu à une production continue de kystes (Sellards et
Baetjer).
Les rongeurs sont considérés comme réfractaires. H. Werner
(1) Les jeunes chats du Sud Tunisien, particulièrement réfractaires, suc¬
combent souvent à l’amibiase intestinale sans phénomènes dysentériques. Ils
n’évaeuent pas de matières muqueuses et sanglantes. Le rectum présente
cependant de larges plaques de nécrose.
Séance du io Novembre 1917
795
(1908) (1) n’a pu infecter ni le rat ni le cobaye. Cependant
Lynch (2) annonça en 1914 l’obtention expérimentale chez le rat
d’égout (Mus norvégiens) de l’amibiase intestinale. Je n'ai pu,
dans les circonstances actuelles, me procurer ce travail. De l’ana¬
lyse que Mesnil en a donné au Bulletin de T Institut Pasteur,
(XIV, n° 9) il semble résulter que les expériences et les conclu¬
sions de Lynch ne sont pas à l’abri de toute critique. Je crois
devoir reproduire intégralement le texte de celle analyse :
« Au cours d’expériences de transmission du Trichomonas intestinalis
au rat. L. a constaté qu’un Mus norvégiens , qui avait mangé des selles
contenant Ent. histolytica, a présenté au bout de trois semaines des symp¬
tômes rappelant l’amibiase, avec présence d’amibes daus les excréments
muqueux, et, à l’autopsie, inflammation ulcérative du cæcum et catarrhe
aigu du reste de l’intestin. L’expérience a pu être reproduite chez d’autres
rats, bruns ou blancs.
L’infection a pu être transmise de rat à rat par les fèces.
L’auteur a ensuite reconnu l’existence, à Charleston, de foyers épizoo¬
tiques oùles rats présentaient de l’amibiase due à un agent indistinguable
d 'E. histolytica ; des renseignements recueillis, L. est persuadé que ces cas
murins sont en relation avec des cas humains, non rares dans ia popula¬
tion noire de la ville. »
L’existence d’une amibiase intestinale spontanée parmi les
rats sur lesquels Lynch a expérimenté est, à défaut d’une identi¬
fication sûre du parasite en cause, une raison de douter que
celui-ci soit l’amibe dysentérique humaine. Les rats sont très
fréquemment parasités par une amibe du type coli qui a pu se
développer à la faveur des interventions expérimentales. Il se
peut d’ailleurs que le rat héberge, comme les singes, une amibe
pathogène à côté d’une amibe saprophyte anodine. Mais je ne
prétends point opposer de pures hypothèses à des constatations
qui viennent d’ailleurs grandement renforcer les faits dont l’ex¬
posé suit.
I. Relation des expériences. — Le matériel utilisé aux expé¬
riences sur les cobayes est le même qui m’a servi aux expérien¬
ces sur les chats relatées dans notre mémoire (v. p.824).
Expérience I. — 1er juin. Selle de G. .. du matin. Kystes de l’amibe dysen¬
térique, très nombreux (4-5 par champ de 40(Tg de diamètre), parfaits,
c’est-à-dire à 4 noyaux et cristalloïdes.
A 17 h. le cobaye G15 absorbe environ 3 cm1 2 3 de ces matières.
(1) Sludien iiber pathogène Amôben [Arch. f. Schiffs uiul Trop. Hyg., XII,
suppl. II, 18 p., 6 pl . ).
(2) The rat a Garrier of a Dysenterie Ameba (, Journ . Amer. Med. Ass.,
p. 22Z2).
796
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le 2 juin à 10 h. les crottes qu’il vient d’évacuer ne contiennent ni
kystes ni amibes écloses. Autre examen à 16 h. qui ne montre qu’un seul
kyste intact.
Le 21 juin, soit au bout de 20 jours, le cobaye meurt sans avoir montré
de symptômes morbides.
Mais à l’autopsie le cæcum apparaît de prime abord très anormal.
Il est contracté, réduit au 2/3 ou à la moitié de son calibre moyen. Ses
constrictions se sont accentuées, ce qui lui donne un aspect g:dronné. Sa
paroi très épaissie le rend rigide, opaque. Congestionné, très vascularisé,
il est d’une teinte générale vineuse sur laquelle tranchent de très nom¬
breux points blanchâtres, également répartis sur toute sa surface. Ils sont
de la grosseur d’une tète d’épingle et paraissent correspondre à autant de
minuscules ahcès. La séreuse elle-même est légèrement épaissie et opa¬
cifiée.
La section montre un épaississement considérable de la muqueuse qui
est comme doublée d’une membrane diphtéroïde, caséeuse* obturant en
partie la lumière intestinale.
Le reste du gros intestin, sain d’apparence, contient des crottes bien
moulées.
L’intestin grêle n’a de pathologique qu’une légère teinte rosée. Les fol¬
licules purulents miliaires sont strictement localisés au cæcum. L’examen
du grattage de la muqueuse, du caséum, des follicules miliaires, révèle la
présence, au milieu d’un magma détritique, et de mononucléaires, de
nombreuses amibes mobiles sans inclusions d’aucune sorte. Leur traite¬
ment par l’eau iodoiodurée fait apparaître un noyau du type entamibien.
Colorées au fer, ces amibes se montrent indentiques aux formes de l’amibe
dysentérique que l’on observe dans l’abcès du foie ou dans l’amibiase
intestinale du chah
Expérience IL — 21 juin. Ce qui reste du cæcum du cobaye G15 sert à
inoculer les 2 cobayes adultes C16 et C17 par la voie rectale. La muqueuse
grattée est broyée dans de l’eau salée à 4 0/00. Au moyen d’une sonde
uréthrale semi rigide, introduite avec précaution sur une longueur d’en¬
viron 15 cm., le cobaye Cic reçoit 9 cm3 et le cobaye Ci7 20 cm3 du
broyage. Un chat de 9 mois, le plus jeune disponible, mais qui avait déjà
servi en décembre 1916 à une expérience par ingestion de kystes, restée
négative, se voit injecter à la sonde dans le rectum le résidu du broyage,
soit 20 cm3.
L’inoculation du chat et celle du cobaye C1(i sont sans résultats.
Le cobaye 17 meurt le 30 juin, 9e jour. Le cæcum est loin d’être aussi
modifié dans son aspect général que celui du cobaye G15, mais il est cepen¬
dant congestionné ; dans sa paroi se voient aussi -de nombreux abcès
miliaires blanchâtres. Ils sont, là encore, strictement localisés au cæcum.
La muqueuse n’est pas doublée d’une fausse membrane nécrotique, mais
par places se voient de petites élevures de 3 à 4 mm. de diamètre sur 1 à 2
de saillie (1). Des amibes du même type que celles du cobaye 15 sont trou¬
vées dans le mucus intestinal et dans le grattage de la muqueuse aux
points abcédés.
(i) Je me fais un plaisir de remercier ici mon excellent ami, le Docteur
Broc, de Tunis, qui a bien voulu en mon absence prendre la peine d’autop*
sier ce cobaye, d’en décrire les lésions, d’en fixer des pièces et de pratiquer
l’expérience III.
Séance du io Novembre 1917
797
Expérience III. — 30 juin. Le raclage de la muqueuse du cobaye Ci7 est
inoculé au cobaye C20 par la même technique que celle de l’expérience IL
L’épreuve est négative.
Expérience IV. — 21 juin. Selle de D... (traité à l’émétine) du matin.
Kystes parfaits assez nombreux (2 par champs de 400 g). Amibes prékys¬
tiques assez nombreuses.
Les cobayes C18 etC19 et un rat d'égout ingèrent chacun 1 cm3 de matiè¬
res. Le lapin 22 en absorbe 5 cm3. Résultats négatifs.
En résumé, 6 cobayes ont été inoculés, 3 par ingestion des
kystes, 3 par injection intrarectale d’amibes. Dans chaque
groupe de 3, un cobaye est mort d’amibiase. Celui du 2e groupe
a été infecté par l’ingestion des amibes du cobaye du ier groupe,
elles-mêmes issues de kystes d’origine humaine. L’évolution de
la maladie a duré 20 jours chez celui-ci, 9 jours chez celui-là.
Deux passages de l’amibe par cobaye ont donc été effectués.
Ces animaux n ont présenté, ni l’un ni l’autre, de phénomènes
dysentériques. Ils évacuaient des crottes moulées. L’amibiase
n’a été reconnue qu’à l’autopsie.
Mais il reste à démontrer que, dans la maladie ainsi produite,
c’est bien l’amibe humaine qui est en cause et non une amibe
pathogène propre au cobaye.
IL Discussion des expériences. — L’identité de l’amibe, qui a,
déterminé l’amibiase du cobaye, avec l’amibe dysentérique
humaine ne pouvait être démontrée en toute rigueur que par le
succès de son inoculation aux animaux sensibles à l’amibe
humaine.
Le chat inoculé a répondu négativement. Il l’avait déjà fait
dans une expérience antérieure. J’ai dû l’employer à défaut de
sujets neufs. Beaucoup d’autres chats du Sud-Tunisien, plus
jeunes et neufs, sont restés réfractaires à l’amibe des selles
humaines inoculées par le rectum. Ce résultat négatif est sans
valeur. 11 eût fallu renouveler l’expérience, ce que je n’ai pu
faire*
A défaut d’une preuve expérimentale, je 11e puis fournir que
des arguments.
Tout d’abord l’identité morphologique de l’amibe des lésions
du cobaye avec Y E ntamœbci dysénteriœ , constatée non seulement
sur le vivant, mais sur les frottis colorés. Les protistologues, qui
ont étudié diverses espèces d’Entamibes par les méthodes cyto¬
logiques, n’hésitent guère, surtout en présence d’un grand nom¬
bre d’exemplaires, à différencier une Entamœba coli d’une dijsen-
798
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
teriœ. Cette distinction était particulièrement importante à faire
dans le cas particulier parce qu’il existe chez le cobaye, comme
chez le rat, comme chez la plupart des mammifères, une amibe
intestinale banale et anodine qui est probablement celle que
Walker (1908) (1) a nommée Amœba cobayœ [abstraction faite
de la forme culturale qu’il a cru pouvoir lui rapporter]. Cette
amibe qui n’est pas rare est du type Coli. Elle est microbiophage,
ses kystes ont 8 noyaux. Son endoplasme dense, mais creusé de
Fig1. — 1. Entamœba cobayœ d’un cobaye sain. — 2. Entamœba dysenteriœ
des lésions de l’amibiase intestinale du cobaye. — 3. Entamœba coli de
l’homme. Grossissement uniforme de 1760.
vacuoles, est très distinct de l’ectoplasme. Son noyau, à membrane
épaisse, présente d’une manière constante, comme l’amibe de la
souris (d’après mes observations), un caryosome excentrique.
J’ai figuré, entre une Entamœba cobayœ et une Entamœba coli ,
une amibe des lésions du cobaye, pour illustrer les rapports de
celles-là et les caractères qui les distinguent de celle-ci. Je ne
connais d’ailleurs pas d’exemple qu’une amibe du type Coli ait
causé des lésions analogues à celles de l’amibiase intestinale
humaine. Mais ce n’est là, je le reconnais, qu’un argument.
En voici d’autres :
Je crois pouvoir dire qu’on n’a jamais signalé l’existence chez
les cobayes, dont on autopsie des milliers chaque jour dans les
(1) The parasitic Amebæ of the intestinal tract of man and^other animais
( Journ . of med. Res. XII, fév. 1908, p. 379-459, 4 ph)*
Séance du io Novembre 1917
799
laboratoires, d’une amibiase intestinale ou autre. Les miens
provenaient de l’Institut Pasteur de Tunis. M. Ch. Nicolle a bien
voulu me confirmer qu’à sa connaissance rien de semblable à ce
qui est décrit ci-dessus n’y a jamais été observé.
Il n’est cependant pas possible d’affirmer que les lésions en
question n’ont jamais été décrites.
Mon argument majeur sera la relation manifeste de cause à
effet qui a existé, chez 2 cobayes, entre l'inoculation de matériel
dysentérique humain et la mort des animaux aux 9e et 20e jours,
avec une amibiase qui rappelle de très près, sinon par ses symp¬
tômes, du moins par ses caractères anatomo-pathologiques,
l’amibiase intestinale humaine et surtout l’amibiase intestinale
du chat à E. dysenteriœ.
J'étudierai spécialement dans une prochaine note l’anatomo¬
pathologie de l’amibiase expérimentale du cobaye.
Les kystes des amibes intestinales de ITtomme
Par S. L. BRUG
Dès qu’il fut reconnu que l’homme peut être infecté par
deux sortes d'amibes intestinales, on s’est efforcé de rechercher
des signes précis permettant d’établir de façon sûre le dia¬
gnostic différentiel de ces deux espèces.
Passons rapidement en revue les caractères qui ont servi pour
différencier Entamœba histolytica et E. coli à l’état d'amibe
mobile. En admettant que la construction des noyaux de ces
deux amibes présente quelque différence constante quand ceux-
ci sont parfaitement sains, ce signe ne nous est plus d’aucun
secours dès qu’il y a la moindre dégénérescence. En outre, les
caractères nucléaires de l’état dit minuta d E. histolytica se
rapprochent de ceux d E. coli. La présence de bactéries, d’ami¬
don et d’autres éléments fécaux dans les vacuoles a été longtemps
considérée comme la caractéristique d E. coli ; ceci jusqu’à la
découverte que la forme minuta de l’amibe pathogène est aussi
omnivore que l’amibe non nocive. La phagocytose d’érythro¬
cytes est considérée, généralement, comme caractéristique pour
800
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Pamibe dysentérique ; dernièrement Wenyon et O’Connor (i)
Pont considérée comme le seul signe certain. Mais James (2) pré¬
tend avoir vu des érythrocytes dans E. coli. Pour Wenyon et
O’Gonnor, l’émission soudaine des pseudopodes ne serait pas tout
à fait typique pour Pamibe dysentérique, car cette émission se
rencontrerait aussi chez Pamibe banale.
Est-ce que les amibes à l'état enkysté offrent des signes plus
sûrs pour le diagnostic ? Pour la plupart des auteurs, le kyste
mûr à 8 noyaux est caractéristique d ’E. coli ; mais pour Kuenen
et Swellengrebel (3) et dernièrement pour Swellengrebel et
Schièss (4), — qui prétendent avoir vu, à titre de monstruosité,
des kystes d’amibes dysentériques à 8 noyaux — il n’en est pas de
même. Il me semble que, étant donné la critique de cette con¬
statation de la part de Mathis et Mercier (5), la question n’est
pas encore résolue. L’absence de chromidies dans les kystes à
8 noyaux vus par Swellengrebel et ses collaborateurs ne prouve
pas du tout qu’ils ont eu affaire à des kystes à' E . coli. Ayant pu
faire récemment une observation dans ce sens, je ne doute plus
de la réalité des kystes à 8 noyaux des amibes dysentériques.
Je dois à la bonté de M. Neeb (Directeur de notre Labora¬
toire) une préparation, provenant des matières fécales d’une
personne, que M. Neeb a depuis longtemps traitée pour la
dysenterie mixte (amibienne -(- bacillaire). Les selles sont sou¬
vent examinées au microscope. Jamais on n'y a trouvé autre
chose que les stades de Pamibe dysentérique ; E . coli a toujours
fait absolument défaut. Dans la préparation mentionnée, j’ai
trouvé : i° des kystes à 1 et 2 noyaux (très rares); 20 des cen¬
taines de kystes à 4 noyaux et 3° un seul kyste à 8 noyaux (dia¬
mètre 12 p). Tous ces kystes présentaient un contour simple ; le
diamètre oscillait entre 9 et i3 p. Les corps chroinidiaux étaient
très rares. La préparation a été colorée avec le liquide de Dela-
field dilué, coloration progressive sans différenciation ; pour¬
tant la plupart des noyaux était très bien colorée; ces noyaux
étaient relativement petits. Le protoplasme était beaucoup plus
pâle que les noyaux.
(1) Journ. Roy. Army Med. Corps , 1917, t. XXVIII, n°s i, 2, 3.
(2) Aimais of Trop. Med., 1914, e VIII, p. i33.
(3) Central/)/ . f. Bakt . , Abt. I, Orly., 1 9 1 3 , t. LXXI, p. 379.
(4) Bail. Soc. Path. Ëæot ., 1917, t. IX, p. i3.
(5) Bail. Soc. Path. Exot., 1917, t. IX, p. 1 65 * /
Séance du io Novembre 1917
801
Existe-t-il dans ce cas une infection mixte d ' E . histolytica et
d'E. coli, ou bien faut-il attribuer le kyste à 8 noyaux à l’amibe
dysentérique ? L’infection produite par E. coli ne se trahirait
donc que par ce seul kyste : un kyste qui, par son diamètre,
par sa paroi mince, par la petitesse de ses noyaux et par leur
coloration distincte, rentre tout à fait dans le cadre des kystes
d' E . histolytica. Pour soutenir 1 hypothèse d’une infection con¬
comitante à E. coli , on aurait besoin de kystes tout à fait typi¬
ques de celte amibe. La rareté des chromidies ne peut pas être
une objection au diagnostic d’ E . histolytica. Chez certains
malades, sans doute infectés par l’amibe dysentérique, les chro¬
midies dans les kystes sont toujours très rares. C’est une inter¬
prétation beaucoup moins absolue, si l’on ne considère en pareil
cas le kyste à 8 noyaux que comme un « monstre « d'E. histo¬
lytica.
D’après Swellengrebel et Kuenen, la paroi du kyste d 'E. coli
est toujours à double contour. Est-ce que l’absence de ce signe
autorise à poser le diagnostic d ' E . histolytica ? Je pense que non.
Dans beaucoup de kystes, appartenant sans doute à l’espèce
E. coli, je n’ai pu réussir à voir le contour double de la paroi
kystique.
Considérons les dimensions des kystes. En général les kystes
d 'E. coli sont les plus grands. Pourtant Wenyon et O’Connor ont
montré qu’il y a des races d’amibes dysentériques dont les kystes
ont le même diamètre que ceux d'E. coli.
Mathis et Mercier considèrent les chromidies volumineuses dans
les kystes mûrs comme caractéristiques de l’amibe de la dysen¬
terie. J’ai partagé cette opinion jusqu'au jour oùM. Kop(méde-
cin pathologiste de notre laboratoire) me montra une prépara¬
tion, dans laquelle les kystes d ' E .coli présentaient les plus belles
chromidies, aussi bien les kystes mûrs que les kystes binucléés.
J’ai pu faire des observations analogues dans deux cas, dont
voici la plus probante.
Infection pure et massive d 'E. coli. On rencontrait dans les ma¬
tières fécales : i° des amibes mobiles', 20 des kystes à deux noyaux,
tous avec une très grande vacuole (les kystes « autogamiques »
de jadis) ; 3° des kystes à huit noyaux. Tous ces éléments étaient
en grand nombre. Les kystes uninucléés et ceux à 4 noyaux sont
assez rares. Presque tous les kystes binucléés (et beaucoup de
kystes à 8 noyaux) renferment de grosses chromidies (fig. i-5).
802
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dans les kystes binucléés, celles-ci sont parfois allongées et
s’étendent sur plus de la moitié du diamètre (fig. 2); ils pré-
sentent les mêmes dimensions que ceux que l’on trouve commu¬
nément dans les kystes de l’amibe dysentérique. Dans les kystes
mûrs, les chromidies sont plutôt arrondies et ne montrent pas
de dimensions excessives (fig. 1, 4, 5). Enfin j’ai trouvé un grand
kyste à 16 noyaux avec un grand corps chromidial en bâtonnet
(fig. 6). Dans beaucoup de kystes, la paroi montre un contour
double, mais surtout dans les kystes bi nucléés.
Je crois que cette observation ne laisse aucun doute sur le
fait que les kystes mûrs d 'E . coli peuvent renfermer des chro-
midies; le kyste à 16 noyaux est particulièrement probant.
Séance du io Novembre^! 91 7
803
En somme, nous voyons que, parmi les signes prétendus
caractéristiques, il n’y en a pas un seul qui ne soit contesté. Ni
les amibes mobiles, ni les kystes n’offrent de caractères diffé¬
rentiels certains. Le diagnostic différentiel entre les kystes d ’E.
histolytica et ceux d 'E. coli ne peut être fait qu’après l’examen
complet d’un grand nombre de kystes. C’est l’ensemble des faits,
révélés par cet examen, qui pourra devenir la base d’un dia¬
gnostic véritable. Il n’y a pas de règles générales ou infaillibles.
Ce n’est qu’en tenant compte de cette restriction qu’on peut
utiliser le tableau donné ci-dessous.
Tableau pour différencier les kystes
Diamètre.
Paroi.
Noyaux :
Nombre
Visibilité à l’état
frais
A l’état coloré
Dimensions
Vacuole iodophile
Protoplasme dans les
kystes mûrs
Chromidies
E. histolytica
(7) 10-15 (20) y.
fine,
contour simple
1, 2 ou 1(8)
difficile
facile
pâle après coloration
volumineuses chromi¬
dies, fréquentes à
tous les stades
E. coli
(10) 15-20 (25) g.
épaisse.
contour souvent dou¬
ble.
le plus souvent 2 ou 8
(16). Les kystes à 1
et à 4 noyaux sont
relativement rares.
visibles assez facile¬
ment.
difficile dans les kys¬
tes mûrs (protoplas¬
me chromophile).
maxima dans les kys¬
tes binucléés.
chromophile,
petites chromidies
fréquentes au stade
binucléé ; grosses
chromidies rares.
les noyaux dans les listes à 4 noyaux sont rela¬
tivement plus volumineux dans les kystes
d 'E. coli
maxima dans les kys¬
tes uninucléés
Travail du Laboratoire d Hygiène militaire à Batavia.
T
804 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Au sujet du Paludisme autochtone
de la région du Lac Presba
(Note complémentaire)
Par G. BLANC
Dans une note récente (i), le Dr Lamoureux a donné le résultat
de ses recherches sur le paludisme autochtone de la région
ouest du lac Presba. Il a noté la présence de Plasmodium vivax
dans le sang des enfants qu’il a pu suivre d’avril à août 1917.
J’ai continué, pendant mon séjour dans la région, à examiner le
sang de \!\ enfants ne prenant pas de quinine. Ces examens ont
été faits le icr et le 17 septembre à Sulin, Poustets et Tzernovika
(voir, pour l’emplacement de ces villages, la carte annexée au
travail du Dr Lamoureux).
1er sept. Sulin. 4 enfants examinés, I cas 4- (gamètes de P. vivax),
3 cas négaiifs ( — )
Poustets. 6 enfants examinés, 2 cas 4- (gamètes de P. vivax),
4 cas —
Tzernovika. 4 enfants examinés, 3 cas 4- (gamètes de P. vivax),
1 cas —
17 sept. Sulin. 4 enfants examinés, 1 cas 4- (gamètes de P. vivax),
3 cas —
Poustets. 6 enfants examinés, 1 cas 4- (schizontesde/L vivax),
5 cas —
Tzernovika. 4 enfants examinés, 1 cas 4- (gamètes et rosaces de
P. vivax), 1 cas 4- (schizontes de P. vivax),
2 cas — .
Les résultats de ces examens concordent avec ceux obtenus
par le Dr Lamoureux et confirment l’existence, dans la région
ouest du lac Presba, pendant la période estivo-printanière,
d’un paludisme autochtone à forme unique de Plasmodium
vivax.
(1) A. Lamoureux. Le paludisme autochtone de la région du Lac Presba
(Albanie du Sud). Bull . Soc. Path. exotique, X,pp. 707-710, 10 octobre 1917.
Séance du io Novembre 1917
805
Note sur le Paludisme autochtone
dans la presqu'île de Langle
* (Golfe du Morbihan)
Par MALLOIZEL et BONNARD
25 cas de paludisme autochtone ont été étudiés dans cette
région. Parmi eux, i3 cas ont pu être suivis en série pendant
toute leur évolution. Il s’agissait de cas datant de 8 mois et de
cas très récents de première invasion.
8 de ces cas comportaient exclusivement le parasite pur de la
fièvre quarte (type Plasmodium malarias ), 5 autres exclusive¬
ment des parasites de la tierce bénigne (type Plasmodium viuax).
Parmi ces derniers, il y avait 3 cas récents et 2 cas anciens;
dans aucun de ces cas, il n’a été rencontré de gamètes en
croissant.
En revanche, un cas de paludisme, pris à Vannes dans une
salle d’hôpital contenant des soldats revenant de Salonique, a
présenté le tableau clinique de la tierce maligne et le i5ejour
des formes en croissant ont été rencontrées à l'examen du sang.
Le paludisme autochtone du Morbihan cède très facilement à
la quinine. Un traitement régulier à la dose de 1 g. chez l’adulte
fait disparaître les accès de façon certaine en 8 jours, La régle¬
mentation du traitement quinique parmi les malades des locali¬
tés contaminées, en dehors de tous autres moyens prophylacti¬
ques, a permis, à Langle, d’obtenir en septembre et octobre une
telle diminution de la maladie (un seul cas nouveau, tierce béni¬
gne) que la population continue à se soigner, persuadée qu’elle
sera ainsi définitivement délivrée de la fièvre.
Service d Hygiène de la XIe région
et laboratoire militaire de Bactériologie de Vannes.
54
806
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Craw-craw et Leishmania
Par L. MARTY
A la veille de notre embarquement pour l’Afrique Equatoriale,
le professeur Dubreuil, de Bordeaux, nous demandait : « Qu’est
le craw-craw? A la lecture des publications parues, on n’arrive
pas à s’en faire une idée précise. » « Nous dûmes avouer à notre
maître que, n’en ayant jamais vu, nous n’en savions pas davan¬
tage. Au bout de huit mois d’attente, le hasard nous a envoyé
ce cas de Fort-Archambault. Ce n’est pas que nous n’en enten¬
dions parler autour de nous : mais à la vérification, il s’agit de
pyodermites banales, mal soignées. Le craw-craw, d'après des
renseignements assez sérieux, ne serait pas rare dans la zone voi¬
sine du désert soudanais.
Voici l’observation rédigée par le malade lui-même, le sous-
lieutenant B.. .
« J’ai commencé à avoir des craw-craw en septembre 1916. Leur ori¬
gine provenait d’une piqûre de moustique près de l’ongle du gros orteil. En
me grattant, je me suis écorché légèrement, et il s’est formé une ulcération.
Du gros orteil, le craw-craw s’est étendu au dos du pied et au deuxième
orteil. Une quinzaine de jours après, une grosseur du volume d’une noi¬
sette est apparue à la jambe. Elle s’est ouverte 5 ou 6 jours après et n’a
fait que s'agrandir. . . Ensuite les plaies du gros orteil ont envahi la face
plantaire. . . On voyait l’os sur toute la partie supérieure. . . Médicaments
employés : iodoforme, pommade à l’aristol, solution phéniquée, perman¬
ganate en poudre, acide picrique, éther iodoformé, pommade au bismuth.
. . . En avril mon état général laissait à désirer. »
B... porte sur la face dorsale du pied et sur la face antéro-
externe de la jambe deux vastes placards de dermite. Les con¬
tours sont policycliques et réguliers. Le fond est constitué par
des cicatrices achromiques-hyperchromiques d’anciens foyers de
suppuration confluents. La peau y est amincie, non adhérente
au plan profond. Sur le placard jambier, se détachent de petites
ulcérations superficielles, en voie de cicatrisation par bourgeon¬
nement venant du fond. L’une de ces ulcérations a les dimen¬
sions d’une pièce de o fr. 20. Elle est taillée à l’emporte-pièce.
Ses lèvres sontcongestives, souples, sans trace de nodule ou d’in¬
duration. Elles flottent au-dessus d’une galerie circulaire. Du
fond de l’ulcère, sort un ichor sans caractères particuliers. L’ul¬
cère saigne facilement pendant l’exploration.
Séance du io Novembre 1917
807
En plusieurs points du placard de dermite, mais surtout dans
le voisinage de la marge périphérique, on rencontre des nodu¬
les gros comme un pois. Elastique au début, le nodule ne tarde
pas à se ramollir et à s’ulcérer. Le conten u en est caséo-purulent.
Sauf au niveau des phalanges où le squelette est tout près de la
peau, 1 es nodules n’ont pas de tendance à franchir l’aponévrose
générale superficielle.
Diagnostic. — Au premier abord, on peut penser à de la syphi¬
lis tertiaire : rayonnement excentrique, contours polycycliques,
foyers multiples, pseudo-gommeux, confluents, achromie-hyper¬
chromie sont communs au craw-craw et à la syphilis. Mais les
bords de l’ulcère sont congestifs, souples ; le fond, au lieu d’être
bourbillonneux, est rempli par un ichor sanguinolent. Le décol¬
lement en galerie, plus étendu qu’il n’apparaît, témoigne en
faveur d’une collection fluide qui a poussé assez loin son tra¬
vail de destruction. Disons le mot: c’est le travail d’un abcès et
non celui d’une gomme syphilitique qui s’élimine comme un
séquestre. Les nodules intradermiques, élastiques d’abord, puis
inflammatoires avant l’apparition de l’ulcère, n’ont rien de la
gomme.
Le diagnostic différentiel avec la tuberculose n’a pas à être
fait. La confusion n’est pas possible pour peu qu’on ait la prati¬
que de la dermatologie.
Certaines mycoses, par leurs caractères objectifs et leur marche
clinique, rappellent un peu le cravv-craw.
Et d’abord la lymphangite épizootique des chevaux si répan¬
due ici et qu’on peut rencontrer chez l’homme. Elle est due à un
champignon facile à déceler par la méthode de Gram dans les
indurations non encore ouvertes. Son parasite se propage par
voie lymphatique intradermique. Il forme, dans le dermo-hypo-
derme, des noyaux gros comme une noisette. D’abord élastiques,
ils se ramollissent et s’ulcèrent comme ceux du craw-craw. La
traînée lymphangitique intercalaire, avec œdème inflammatoire,
n’est pas toujours suffisante pour lever les doutes.
Les autres mycoses à nodules (Madurella) ont une marche enva¬
hissante en profondeur, avec réaction inflammatoire tout autour,
formation d’abcès et fistulisation, organisation fibro-conjonctive,
infiltration, dystrophie de la peau qui, au lieu de s’ulcérer,
s’épaissit au point de devenir verruqueuse. Enfin aucune ten¬
dance à la rétrocession. La confusion avec le craw-craw n’est
808
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
possible qu’au début lorsque les nodules de propagation sont
encore intradermiques.
Étiologie. — Dans les lèvres de l’ulcération, nous n’avons
trouvé qu’une flore microbienne banale. Dans un petit nodule
inflam matoire non encore ulcéré, nous avons réussi à colorer, par
le Giemsa, outre des microbes de la suppuration, un certain nom¬
bre de Leishmania. Une grosse colonie avait subi un début d’his-
tolyse. Ses éléments étaient mal colorés, les noyaux peu ou pas
visibles. Seuls les centrosomes restaient pour la plupart assez
bien colorés. Pour lever tout doute, nous avons trouvé, en dehors
de cette colonie, des éléments aberrants parfaitement colorés,
d’aspect ovoïde, presque i onds, ayant de 5 à 2 j 7.. Le centro¬
some, au lieu d’avoir la forme d’un petit bâtonnet, était rond,
rouge lilas, un peu plus petit que le noyau ; centrosome et noyau
étaient placés côte à côte affectant un dispositif en binocle. Une
bande de protoplasme périphérique, parfaitement colorée en bleu
ciel, laissait au centre du parasite une zone pâle non colorée.
B... attribue son craw-craw à une piqûre de moustique. II
aurait été piqué la nuit pendant son sommeil. Sans avoir la
valeur d’une expérience, cette affirmation esta retenir. Le bouton
de Bagdad fait son apparition avec la saison des pluies. C’est
l’époque favorable à l’éclosion des moustiques.
Traitement. — Les topiques habituels ne donnent qu’une gué¬
rison apparente et cela se comprend quand on réfléchit que le
germe se propage de proche en proche par voie lymphatique.
Nous avons eu recours à une application de pommade à l’ato-
xyl et fait une injection intra-veineuse de novarsénobenzol.
L’amélioration ayant été très appréciable, nous avons fait une
deuxième injection avant le départ de B... pour la France.
Le néo-salvarsan, sans avoir ici des effets aussi puissants que
dans la syphilis et la trypanosomiase, est de beaucoup supérieur à
tous les autres modes de traitement.
M. Kerandel. — Les lésions nodulaires et ulcéreuses décrites
par M. Marty dans un cas de Leishmaniose cutanée 11e me
paraissent guère se rapporter au craw-craw qui est une derma¬
tose essentiellement superficielle, n’intéressant que l’épiderme,
entamant à peine le derme, et n’ayant aucune tendance spon¬
tanée à s’ulcérer.
A ce propos il n’est pas inutile d’attirer l’attention sur la
Séance du io Novembre 1917
800
grande confusion qui règne dans la littérature médicale au
sujet du craw-craw et qui tend de plus en plus à s’aggraver.
Des affections très diverses ont été décrites sous ce nom.
La description donnée par Emily rappelle plutôt le bouton
d’Orient.
Stévenel, qui l’aurait observé dans la région de Zinder,
l’identifie, à tort, à la fois avec l’ulcère phagédénique et le
bouton d’Orient.
L’auto-observation récemment présentée à la Société par
M. Bauvallet répond assez exactement à la définition du véri¬
table craw-craw. Avec Gougerot, il établit un rapprochement, qui
paraît justifié, surtout au point de vue anatomo-pathologique,
entre la dermatose africaine et les dermo-épidermites micro¬
biennes de nos contrées.
La confusion qui s’est établie dans cette question trouve sans
doute son origine dans l’emploi abusif que font les Européens
du terme craw-craw, en l’appliquant inconsidérément aux
diverses affections ulcéreuses des membres inférieurs : ulcères
pha gédéniques, dermites, furoncles, etc.
t
Pour prévenir les progrès de celte confusion, il est indispen¬
sable de se rappeler qu’en vertu de la loi de priorité, l’appella¬
tion de craw-craw doit être strictement réservée à la maladie
décrite pour la première fois sous ce nom par O’Neil avec assez
de netteté pour qu’il soit facile de la reconnaître sans hésitation,
quand on se trouve en présence d’un cas typique.
D’après O’Neil, le craw-craw est caractérisé par des papules
prurigineuses siégeant à la fente des doigts, aux poignets, aux
coudes, aux membres inférieurs, presque jamais à la face. « On
dirait, dit-il, de la gale invétérée. Deux jours après son appari¬
tion, la papule devient vésicule et deux jours plus tard aboutit à
une pustule ».
Ayant moi-même contracté cette dermatose en 1904, à N’Djolé
(Gabon), et l’ayant conservée pendant plus de deux ans sans
pouvoir m’en guérir, j’ai pu l'observer assez minutieusement
et comprendre toute la précision de la description de O’Neil.
L’affection a débuté par les poignets, s’est étendue aux
avant-bras et aux coudes et s’est ensuite généralisée à tout le
corps, excepté la tête. Comme le dit O’Neil, elle offre des ana¬
logies frappantes avec la gale et se localise de préférence aux
810
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
poignets, aux espaces interdigitaux, aux coudes, autour des
aisselles, aux fesses, aux genoux, aux cuisses et aux jambes.
La lésion élémentaire est constituée par une papule rosée,
mesurant un à deux millimètres de diamètre, sur laquelle
apparaît au bout d’un jour ou deux une très petite vésicule
contenant une sérosité claire incolore. Ce liquide ne tarde
pas à devenir opalescent, puis purulent; mais il est rare que la
vésicule arrive à ce stade. Dès qu’elle est formée, elle est géné¬
ralement détruite par le grattage poussé jusqu’au sang, tant le
prurit devient irrésistible. La lésion se recouvre ensuite d’une
croûte brunâtre qui tombe au bout de quelques jours, laissant
après elle une macule rouge assez éphémère. Elle n’a aucune
tendance à s’ulcérer; l’ulcération, lorsqu’elle se produit, est le
résultat d’infections surajoutées par le grattage.
Le prurit qui est le caractère le plus marqué de la maladie,
peut se manifester aux diverses heures de la journée; mais les
crises surviennent principalement le soir au moment du coucher
et le matin au réveil.
En somme le craw-craw a de très grandes analogies avec la
gale dont il se distingue par l’absence du parasite et des
sillons.
Les divers traitements (pommades à base de soufre, de naphtob
de résorcine, d’huile de cade, etc.) que j’ai essayés sur moi-
même à plusieurs reprises n’ont donné aucun résultat. L'arsenic
pris à l’intérieur sous forme de cacodylate de soude ou d’ar-
rhénal a été également inefficace.
La guérison s’est produite spontanément deux mois après mon
retour en France et n’a pas été suivie de rechute pendant un
deuxième séjour au Congo.
Le craw-craw, tel qu’il vient d’être décrit, est une dermatose
extrêmement fréquente au Gabon chez les Européens et les indi¬
gènes. A Libreville, il est bien connu des M’Pongoué sous le
nom de M’Pasa. En Afrique Equatoriale, il paraît d’ailleurs assez
spécial au bassin de l’Ogooué, car je ne l’ai pas rencontré à
Loango, ni dans la Sangha, ni dans la région du Logone.
En résumé l’appellation de craw-craw, conformément à la
description de O’Neil, doit être réservée à une dermatose super¬
ficielle , papiilo-vésiculeiise , dont le caractère dominant est le
prurit et l'on doit en exclure toutes les affections ulcéreuses qui
attaquent plus ou moins profondément le derme.
Séance du io Novembre 1917
811
L’étiologie de celte dermatose demeure encore obscure, puisq ne
l’observation de M. Marty ne peut s’y rapporter et que les micro-
filaires incriminées par O’Neil peuvent avoir été prélevées dans
la circulation périphérique en grattant, comme il le recom¬
mande, le fond des vésicules. On sait combien la microfilariose
est fréquente dans certaines parties de l’Afrique Occidentale et
du Congo en particulier.
Essais sur la pluralité des espèces flagellées
parasitant le tube digestif des Invertébrés.
Note préliminaire
Par J. RO DH AI N et F. VAn den BRANDEN
Déjà en 1911, dans la région du Bas-Katanga, nous avons fait
des expériences dans le but de reconnaître si les formes de try-
panosomides, culturales ou évolutives, que prennent dans le
tube digestif des glossines les trypanosomes des mammifères,
peuvent s’adapter au tube digestif d’insectes non sanguicoles
qui hébergent ou peuvent héberger des formes zoologiques voi¬
sines des Crithidia.
Nous avons trouvé les formes Crithidia , décrites par Patton (i)
dans le tube digestif de Gerris fossarum, un insecte carnassier,
chez 5 0/0 des individus. Ayant nourri systématiquement des
Gerris au moyen de Glossina morsitans prises dans la savane, et
infectées en proportion considérable des Trypanosoma congolense,
Tr. Pecaadi et Tr. Cazalboui, nous n’avons pas réussi à les infec¬
ter. Les formes trypanosomides de la Glossina morsitans ne
s’adaptent pas à l’intestin du Gerris fossarum.
En nourrissant de pycnosomes, de sarcophages et de glossines
des Asilus tenus en cages, nous avons également voulu nous assu¬
rer si les trypanosomides, si fréquents chez ces mouches, ne peu¬
vent pas évoluer dans l’intestin des Asilides : nous n’avons
obtenu au cours de ces essais que des résultats négatifs.
(1) Patton. The life cycle of a species of Crithidia parasitic in the intesti¬
nal tract of Gerris fossarum . Arch. für Protistenkunde, t. XIÏ, pp. 1 3 1 - 1 46-
812
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Nous avons procédé dans le Laboratoire de Léopoldville à
une série d’expériences que nous passerons successivement en
revue, en indiquant pour chacune le genre d’essai effectué et le
résultat correspondant.
I. Nous avons tenté l’adaptation des trypanosomides, très
abondants dans le contenu intestinal des pycnosomes, à l’intes¬
tin des moustiques du genre Stegomijici et, dans quelques essais,
nous avons utilisé le Stegomyia fasciata.
Le contenu intestinal, riche en trypanosomides, de pycnosomes,
trouvés infectés à l’autopsie, est mélangé avec du sang citrate
préalablement chauffé à 56° pendant 45 m. Nous nous assu¬
rons que les trypanosomides restent bien vivants dans le
mélange ainsi préparé, et nous le présentons alors à des
moustiques du genre Stegomyia , en suivant la technique décrite
antérieurement par nous (r) et imaginée pour nourrir les glossi-
nes. Au cours de plusieurs expériences, pendant lesquelles cin¬
quante moustiques se sont nourris sur notre appareil, nous
avons pu constater que, pour qu’ils absorbent le mélange en
question, il faut que ce dernier soit soumis à une pression suffi¬
sante pour faire bomber fortement la peau à travers laquelle le
moustique doit sucer.
Dans une série d’essais, le contenu intestinal de 57 pycno¬
somes infectés, mélangé à du sang citraté, est présenté à 68 sté-
gomies élevées au Laboratoire. Vingt-deux moustiques se repais¬
sent abondamment du mélange. Nous notons que les flagellés
sont encore bien vivants à la fin de l’expérience. L’autopsie des
moustiques qui se sont ainsi nourris, et l’examen de leur con¬
tenu intestinal, faits de 18 à 36 heures après le repas, a montré
chez un moustique, 24 heures après la succion, une forme try-
panosomide en voie de dégénérescence. L’intestin de cet insecte
renfermait encore une grande quantité de sang non digéré. Chez
tous les autres moustiques, l’examen du contenu intestinal ne
révéla pas la présence de formes trypanosomides.
Les trypanosomides de pycnosomes ne s’adaptent donc pas à
l’intestin des moustiques du genre Stegomgia.
IL Les formes trypanosomides de l’intestin des tsétsés, Glos-
sina palpalis , peuvent-elles s'adapter à l’intestin des moustiques
(1) Travaux de la Mission Scientifique du Katanga, pp. G3 à 65.
Séance du io Novembre 1917 813
du genre Stegomyia , l’espèce employée étanl la Stegomyia fas¬
cial a ?
La technique expérimentale suivie est identique à celle de
l’essai précédent. Les glossines sont rares dans les environs
immédiats de Léopoldville, leur taux d’infection est faible :
2,4 0/0. L’expérience fut donc laborieuse. Dans une série de
7 essais, le contenu intestinal de 7 glossines infectées fut pré¬
senté à 5g Stegomyia fasciata élevées au Laboratoire. 28 Stego¬
myia se nourrissent du mélange. L’autopsie des insectes repus,
faite dans un délai moyen de 24 heures après le repas, ne mon¬
tra pas la présence de trypanosomides dans le contenu intes¬
tinal.
Les trypanosomides de Glossina palpalis ne s’adaptent donc
pas à l’intestin de Stegomyia fasciata.
III. Les trypanosomides de pycnosomes peuvent-ils s’adapter
aux punaises qui, aux Indes, ont été trouvées infectées de
f o r m e s Crith id ia ?
La punaise en expérience appartient à l’espèce Cimex rotan-
datus.
Nous mélangeons le contenu intestinal de 8 pycnosomes,
riche en formes trypanosomides diverses, à du sang citraté. Nous
nous assurons que les flagellés y vivent, puis nous présentons le
mélange à des Cimex rotnndatus. 19 se gorgent de ce sang. A la
fin de l’expérience, les flagellés sont encore bien vivants dans le
mélange.
Le lendemain du repas, i4 insectes sont trouvés morts. Nous
autopsions les 5 survivants sans trouver trace de flagellés dans
leur tractus intestinal. Le sang recueilli dans l’intestin est
trouvé rempli de bactéries : il est reconnu que les punaises sont
très sensibles aux infections intestinales.
Les trypanosomides des pycnosomes ne s’adaptent pas aux
punaises du genre Cimex rotnndatus .
IV. Les formes trypanosomides des tsétsés, Glossina palpalis,
s’adaptent-elles à l’intestin des punaises, Cimex rotundatus?
Au cours de deux essais, le contenu intestinal, riche en
flagellés, de 3 Glossina palpalis , est présenté à 60 Cimex rotun¬
datus jeunes ou adultes. 3g Cimex se nourrissent. L’autopsie des
Cimex repus, pratiquée 3 jours après le repas, ne montre pas la
présence de trypanosomides dans le contenu intestinal.
814
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les trypanosomides de Glossina palpalis ne s’adaptent pas au
Cimex rotundatiis.
Conclusion. — Il résulte de ces diverses expériences que les
flagellés, parasitant le tube digestif d’un invertébré d’une espèce
déterminée, ne semblent pas pouvoir s’adapter à l’intestin d’un
invertébré d’une autre espèce.
Les résultats négatifs de nos essais plaident donc en faveur
de la pluralité des espèces flagellées qui parasitent le tube
digestif des invertébrés.
Laboratoire de Lëopolduille , le 29 juin 1917.
Chéloïde géante chez un indigène du Dahomey
Par G. BOUFFARD
A la séance du 10 février 1917, Van den Branden a publié un
cas fort curieux de chéloïdes géantes chez une négresse du
Congo Belge.
En Afrique Occidentale Française, ces productions fibreuses
exubérantes, dont l’étiologie demeure encore fort obscure, sont
relativement assez fréquentes, mais présentent le plus souvent
des dimensions raisonnables, surélevées seulement de 2 à 3 cm.,
et s’étendant assez rarement en grandes plaques comme chez le
sujet de Van den Branden, dont toutes les chéloïdes étaient
géantes.
Je viens d’avoir l’occasion d’observer un vieux Dahoméen, âgé
d’environ 60 ans, porteur depuis très longtemps de nombreuses
chéloïdes, diversement réparties sur tout le corps et de dimen¬
sions courantes. Il venait nous demander l’ablation de l’une
d’entre elles qui, ne cessant de croître depuis une dizaine d’an¬
nées, formait une volumineuse tumeur piriforme, suspendue au
maxillaire inférieur droit et descendant jusqu’au creux de
l’estomac. Une autre chéloïde symétrique, située un peu en
arrière du maxillaire inférieur gauche, contemporaine de celle
du droite, n’offrait qu’une saillie de 2 cm.
Séance du io Novembre 1917
815
La chéloïde géante a sa base d’implantation qui part d
de l’oreille droite, court le long de la branche montante
xillaire inférieur, vient
faire collier sous le men¬
ton, et s’arrête à 2 cm.
de la chéloïde gauche,
dont elle est séparée par
une peau saine. Elle ne
semble pas avoir été in¬
fluencée par la forma¬
tion de ce volumineux
fibrome du poids de 2
kg., car elle se révèle à
l’examen parfaitement
identique à la base d’im¬
plantation de la chéloïde
gauche. Elle glisse aisé¬
ment sur les plans pro¬
fonds, laissant prévoir
une intervention facile.
L’opération fut faite sous
chloroforme ; quelques
adhérences aux aponé¬
vroses musculaires, peu
solides, furent rompues
sous le doigt. Les suites opératoires furent excellentes.
La tumeur était uniquement formée de tissu fibreux.
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816
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
Notes sur quelques manifestations
de la Pneumococcie chez les Tirailleurs
des Camps de Fréjus et Saint-Raphaël
Par R. B AU JEAN
La Pneumococcie, c’est-à-dire l’ensemble des états morbides
provoqués par le Pneumocoque, est extrêmement fréquente chez
les Troupes Indigènes des Camps de Fréjus et Saint-Raphaël.
Avec la Tuberculose, mais beaucoup plus encore, elle constitue
la cause principale des hospitalisations et des décès dans les Ser¬
vices de Médecine, en particulier pour les troupes africaines,
Sénégalais, Malgaches et Somalis, qui, plus que les Indo-Chi¬
nois, se sont montrées d’une sensibilité extrême au Pneumo¬
coque.
Les affections broncho-pulmonaires, pneumonies, broncho¬
pneumonies, congestions pulmonaires et bronchites, ont été,
bien entendu, les manifestations les plus fréquentes de cette
pneumococcie, qui intéressait souvent aussi les plèvres et le péri¬
carde (pleurésies et péricardites séro-fibrineuses ou purulentes)
sans jamais jusqu’ici atteindre le péritoine.
Mais nous avons eu l’occasion d'observer certaines localisa¬
tions du Pneumocoque aux méninges ( Méningites cérébro-spi¬
nales) et surtout à la peau (. Pneumococcie cutanée) qui nous sem¬
blent dignes d’être signalées, ainsi que la généralisation assez
fréquente du germe dans la circulation sanguine ( Septicémie
pneumococcie/ ue).
I. — Pneumococcie cutanée
Cette étude est basée sur l’observation de six malades chez
lesquels le Pneumocoque a déterminé des phénomènes inflamma¬
toires de la peau, accompagnés de symptômes généraux d’inten¬
sité variable.
Dans quatre cas, les lésions siégeaient à la face et rappelaient,
au début tout au moins et à l’absence de bourrelet près, l’érysi-
Séance du iü Novembre 1917
817
pèle de la face. Dans les deux au 1res, elles ont pris l’allure d’une
éruption généralisée.
La maladie débutait, avec de la céphalée et de la fièvre, par
un œdème intéressant tout ou partie du visage. La face était
bouffie, la peau tendue et luisante, les lèvres parfois énormes,
les paupières s’eutr’ou vrant difficilement.
Puis survenait, au bout d’un temps variable, mais générale¬
ment assez court, une éruption de petites bulles sous-épidermi¬
ques, de forme et de dimensions diverses. Les unes étaient vési-
culeuses, saillantes, à contours arrondis, de la grosseur d’une
tête d’épingle, d'une lentille ou d'un pois. Les autres, formées
sans doute par la confluence des premières, s’étalaient en nappes
irrégulières, sur une longueur de 10 à i5 mm. On aurait dit
l’aspect produit par un liquide caustique versé sur la peau.
Les phlyctènes renfermaient une sérosité d’abord citrine,
devenant par la suite louche ou purulente par la présence de fins
grumeaux blanchâtres en suspension, et fourmillant de Pneumo¬
coques. Au bout de quelques jours, elles s’affaissaient, se dessé¬
chaient et desquamaient en croûtelles jaunâtres.
L’éruption bulleuse n’apparaissait qu’au niveau des zones infil¬
trées par l’œdème. Elle procédait par poussées successives, et
le malade pouvait, à un moment donné, présenter un ensemble
de lésions à des stades divers d’évolution, les premières phlyc¬
tènes en date commençant à desquamer, alors que d’autres
étaient en pleine évolution, et que de nouvelles faisaient leur
apparition .
Les symptômes généraux étaient toujours assez marqués :
fièvre continue, oscillant entre 89° et 4o°, céphalée, délire parfois
violent. Ils rétrocédaient au moment de la desquamation.
Le cours de cette desquamation se compliqua parfois de petits
abcès sous-cutanés, survenant au niveau des zones les plus tou¬
chées par l’œdème, les paupières en particulier, et renfermant
un pus jaunâtre et épais rempli de Pneumocoques.
Tell es furent ces lésions de Pseudo-Erysipèle de la face , pro¬
voquées par le Pneumocoque, et qui rappelaient un peu, à l’ab¬
sence de bourrelet près, la Streptococcie cutanée.
Mais elles 11e restèrent pas toujours cantonnées au visage. C’est
ainsi que, dans un cas, les phlyctènes couvrirent, non seulement
la face, mais aussi les membres., où .elles atteignirent des dimen¬
sions énormes, et s’accompagnèrent de phénomènes généraux
818
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
graves, constituant un véritable pemphigus aigu pneumococcique ,
qui se termina par la mort. C’est ainsi qu’un autre malade fit
une sorte de dermite vésiculeuse généralisée , survenue au niveau
d’une éruption de varicelle en voie de guérison.
Notons enfin que les malades présentaient parfois de la con¬
gestion pulmonaire, qui constituait sans doute une localisation
simultanée du Pneumocoque, et que, dans un cas, la pneumo-
coccie se compliqua d’une septicémie mortelle.
Au point de vue bactériologique, le Pneumocoque pullulait
dans la sérosité des phlyctènes. Les simples frottis étaient à eux
seuls très démonstratifs : ils laissaient voir de nombreux diplo-
coques lancéolés, les uns isolés, les autres réunis en courtes
chaînettes de quatre, six et jusqu’à huit éléments, mais où se
distinguait néanmoins la séparation entre chaque diplocoque.
L’ensemencement donnait facilement des cultures pures,
quand on opérait avec les précautions d’asepsie habituelles.
L’inoculation à la souris provoquait une septicémie mortelle,
mais l’animal mourait assez tardivement, deux, trois et jusqu’à
cinq jours après l’infection.
Un lapin fut inoculé, dans le tissu cellulaire de l’oreille, avec
i cm3 de culture en bouillon-ascite de 48 heures provenant de
l’ensemencement d’une phlyctène. L’oreille devint rouge, tumé¬
fiée, tombante, et infiltrée de sérosité renfermant des pneumo¬
coques. Puis son extrémité se recroquevilla, devint comme dessé¬
chée et raccornie, tandis que la base, encore gonflée, laissait
sourdre à la pression des gouttelettes de pus. L’animal survécut.
Le traitement de ces dermites consista en pansements antisep¬
tiques et toniques généraux habituels.
La sérothérapie antipneumococcique fut essayée dans deux cas,
en injection sous-cutanéc et en application locale de compresses
imbibées de sérum.
Dans l’un, où la maladie se compliqua d’une septicémie
pneumococcique mortelle, elle demeura sans résultat.
Dans l’autre, l’injection de sérum fut suivie d’une améliora¬
tion générale de tous les symptômes tant locaux que généraux.
Notons que la race blanche est susceptible de présenter ces
lésions de Pneumococcie cutanée, comme le prouve le cas de ce
Caporal européen qui contracta un Pseudo-érysipèle pneumo¬
coccique.
Voici, succinctement résumées, les observations de nos six
malades.
Séance du io Novembre 1917 819
1° Samba Diayes, Tirailleur au . .e Bataillon Sénégalais. Pseudo-èrysi *
pèle pneumococcique.
A son entrée à l’Hôpital le 6 décembre, œdème considérable de la moitié
droite du visage, surtout de la paupière. L’œil ne peut s’ouvrir. Râles de
congestion pulmonaire à l’auscultation. Temp. 38° le matin, 39° le soir.
Le lendemain, éruption de bulles sur tout le côté droit du visage, l’oreille
et même la nuque. L’œdème gagne le côté gauche.
8 décembre : Nouvelle éruption sur toute la moitié gauche de la face. La
paupière droite a encore augmenté.
10 décembre : Les phlyctènes sont en voie de dessiccation. La paupière
supérieure droite est fluctuante, et une incision donne issue à du pus jau¬
nâtre à pneumocoques. Temp. 38°5-39°.
11 décembre : Nouvel abcès semblable au précédent au niveau de la
paupière inférieure droite. Temp. 38°2-38°.
12 décembre: La fièvre est tombée. Les phlyctènes sont presque com¬
plètement desséchées et les abcès incisés en bonne voie de cicatrisation.
( Observation due à ï obligeance du Dv Cozanet).
2° Caporal Européen Lacroze, Infirmier au Bataillon du Pacifique.
Pseudo-érysipèle pneumococcique.
Tombe malade le surlendemain du jour où il reçut quelques gouttes de
pus au visage en aidant le médecin deson Bataillon à inciser un abcès.
Début par œdème de toute la face avec rougeur diffuse, léger délire,
céphalée, température 39°.
Deux jours après, éruption de petites phlyctènes couvrant les joues, le
nez, le front, le menton, le pourtour des lèvres et même les oreilles. T. 39°.
Les symptômes vont ensuite en s’aggravant. Agitation, délire, tempéra¬
ture oscillant entre 39° et 40°. L’œdème augmente, la figure est littérale¬
ment bouffie, les paupières peuventà peine s’entr’ouvrir, la peau est rouge,
tendue et luisante, dans l’intervalle des phlyctènes.
On injecte alors, au 6e jour de la maladie, 60 cm3 de sérum antipneu-
mococcique sous la peau de l’abdomen, et les pansements antiseptiques
sont remplacés par des compresses imbibées du même sérum.
Le lendemain de cette injection, amélioration générale. Le malade
éprouve, selon sa propre expression, une véritable « détente ». L’œdème
et la tension douloureuse de la face ont diminué. La fièvre est tombée à
38°, le délire a disparu.
La desquamation s’établit au bout de quelques jours et la fièvre tombe
complètement.
Au cours de la convalescence, petit abcès sous-cutané à pneumocoques,
de la grosseur d’une noisette, au niveau de la paupière inférieure gauche.
(. Service du J)' Blazy)
3° Mamadou Diarra, Tirailleur au . .e Bataillon. Pseudo-érysipèle
pneumococcique.
Débute par œdème de la face. Puis éruption sur les deux joues dùine
multitude de petites phlyctènes. Fièvre oscillant autour de 39°. Léger
délire. Quelques râles de congestion pulmonaire à l’auscultation.
La période d’état dure environ six jours, au bout desquels la fièvre
tombe graduellement et la dessiccation des phlyctènes commence en larges
croûtelles jaunâtres.
4° Mitchidé, Tirailleur au ...Bataillon. Pseudo-érysipèle et Septicémie
pneumococciques.
820
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Entre à l’hôpital le 18 septembre avec œdème de la face, peau luisante
et tendue, multitude de petites phlyctènes siégeant aux joues, au front et
au menton. Temp. 39°8. Léger délire.
19 septembre : Etat local stationnaire, état général plus mauvais. Temp.
40°. Délire très violent, le malade se lève, veut quitter la salle, et on est
obligé de l’attacher sur son lit. Injection sous-cutanée de 60 cm3 de sérum
antipneumococcique.
21 septembre : Etat général paraissant amélioré : Temp. 38°, plus de
délire, l’agitation est même remplacée par de l’abattement. Etat local
aggravé. Nouvelle poussée éruptive au front et au menton. La bouffissure
de la face a augmenté, les paupières s’ouvrent difficilement, les lèvres sont
tuméfiées, recouvertes de fuliginosités, la bouche entr’ouverte et baveuse,
les narines oblitérées de sécrétions noirâtres, l’haleine fétide. Nouvelle
injection de 60 cm3 de sérum antipneumococcique. Pansements au sérum.
22 septembre : Nouvelle éruption de phlyctènes sur les oreilles et les
régions parotidiennes. Les bulles du menton et du front sont en pleine
évolution, tandis que les premières apparues desquament engrosses crou-
telles jaunâtres. Les lèvres, également recouvertes de petites phlyctènes,
sont fendillées par places ; une sérosité purulente baigne le fond des sil¬
lons. Le malade dégage une odeur repoussante.
L’état général est aggravé : température 40°. Torpeur. Une hémoculture
révèle la présence de Pneumoc >ques dans la circulation sanguine. Injection
de 40 cm3 de sérum antipneumococcique.
23 septembre : Mort. A l’autopsie, aucune lésion macroscopique, même
aux poumons. Le péricarde renferme seulement une trentaine (30) de cm3
de liquide cilrin.
5° Robila Tenobya, Tirailleur au . . e Bataillon Sénégalais. Pemphigus
a i g n p n e u rn ococcique.
Après trois jours passés à l’Infirmerie avec une fièvre de 39° à 40°, entre
à l’hpôital avec les symptômes suivants.
Face gonflée et luisante, les yeux ne peuvent s’ouvrir, la bouche s’en-
tr’ouvre à peine, les narines sont encombrées de croutelles noirâtres. Les
deux pieds sont œdématiés et douloureux. Pas d’albuminurie. Le malade
exhale une odeur repoussante. Le corps est parsemé de phlyctènes. Celles
de la face ont les dimensions d’une lentille ou d’un pois, celles des fesses
la grosseur d’une pièce de un franc. Il n’en existe pas sur le thorax. Mais
les jambes, les genoux, les pieds sont recouverts d’énormes phlyctènes,
comme en produiraient des brûlures étendues, et remplies d’un liquide
hématique, jaune-rougeâtre, fourmillant de Pneumocoques.
Symptômes généraux graves. Température, 40°. Adynamie profonde.
Pouls faible et dépressible. Extrémités refroidies. Quelques râles de con¬
gestion pulmonaire à la base gauche avec expectoration rare de crachats
épais, verdâtres et fétides.
L’état demeure stationnaire pendant trois jours, puis défervescence
brusque de la température qui tombe à la normale en 48 heures, à la
manière d’une crise , tandis que les phlyctènes commencent à s’affaisser.
Finalement l'épiderme s’exfolie en larges lambeaux.
Néanmoins, il persiste une faiblesse extrême. La phlyctène du pied droit
est suivie d’une plaque de gangrène occupant toute la face dorsale. Un
abcès se forme à la joue gauche et s’ouvre spontanément. Le malade finit
par succomber douzejours après la chute de la fièvre.
A l’autopsie, hypertrophie du cœur, péricardite séro-fibrineuse, foie
hypertrophié et nettement cirrhotique.
( Observation due à V obligeance du ZP Cadet).
Séance du io Novembre 1917
821
6° Lékhuê, Tirailleur Annamite au . .e Bataillon. Dermatose vèsicu-
leuse généralisée pneumococcique.
Avait été hospitalisé pour varicelle, et était, après neuf jours d’apyrexie,
sur le point de quitter l’hôpital, lorsque la température remonte à 39°,
avec symptômes de congestion pulmonaire4 et nouvelle éruption généra¬
lisée au tronc et aux membres, vésiculeuse d’abord, pustuleuse ensuite.
Les vésicules siègent la plupart au niveau des anciennes pustules de vari¬
celle cicatrisées et contiennent une sérosité louche remplie de Pneumo¬
coques.
Fièvre et éruption durent six jours, puis la dessiccation commence, en
même temps que disparaissent les signes de congestion pulmonaire.
Le Pneumocoque s’est donc montré susceptible de provoquer,
chez les Indigènes et même chez l’Européen, diverses affections
cutanées encore assez mal connues.
Il s’est aussi attaqué au tissu cellulaire sous-cutané , et assez
fréquents ont été les abcès où nous l’avons rencontré. Le fait est
du reste connu.
Nous avons même observé une panophtalmie pneumococcique.
L’œil, à moitié exorbité, était en état de fonte purulente com¬
plète. Une légère pression en faisait sourdre un liquide sanieux
qui ressemblait, au microscope, à une culture pure de Pneumo¬
coques
1 I
IL — Pn EUMOCOCCIE MÉNINGÉE
La méningite cérébro-spinale à pneumocoques est fréquente
chez les Tirailleurs des camps de Fréjus et Saint-Raphaël, chez
les Sénégalais en particulier.
Sur un total de 52 méningites cérébro-spinales aiguës, dont
nous avons eu, jusqu’ici, à analyser le liquide céphalo-rachi¬
dien, 25 étaient dues au Méningocoque , 1 au Para-Méningo¬
coque à des Pseudo-Méningocoques , et les 22 autres étaient le
fait du Pneumocoque. Et dans ce chiffre nous ne comprenons
que les méningites pneumococciques primitives , et non les
méningites secondaires survenues comme complication tardive
dans le cours des pneumonies.
Elles ont présenté en général les symptômes et l’évolution
classiques des méningites aiguës purulentes.
Début brusque, avec peu ou pas de prodromes, par une fièvre
élevée, atteignant rapidement 4o°, degré aux environs duquel
la température se maintiendra jusqu'à la fin. Céphalée violente.
Mais vomissements inconstants et plutôt rares.
55
822
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Symptômes divers d’exaltation des centres nerveux. Délire.
Excitation parfois si violente qu’il faut plusieurs infirmiers
pour maintenir le malade pendant la ponction lombaire. Con¬
tracture des muscles de la nuque, des muscles oculaires (strabisme
souvent très prononcé), des muscles des membres inférieurs
(Kernig toujours bien accusé).
Hyperesthésie cutanée. Photophobie.
A ces phénomènes d’excitation succédaient rapidement, au
bout de deux à quatre jours, les symptômes de dépression :
paralysie des membres et des sphincters, anesthésie cutanée,
état de torpeur se terminant par la mort.
En raison de la rapidité de l’évolution de ces méningites, ces
deux périodes d’excitation et de dépression des centres nerveux
n'avaient pas de séparation bien marquée, et le plus souvent
chevauchaient l’une sur l’autre.
Le liquide céphalo-rachidien, dont la quantité et la pression
étaient augmentées, au point souvent de jaillir de l'aiguille,
était généralement très louche, parfois franchement purulent.
Dans trois cas, la purulence était telle que le liquide pouvait
au contraire sortir avec peine de l’aiguille et que, pour le
récolter, il fût nécessaire de recourir à l’aspiration avec une
seringue.
Il renfermait une quantité toujours notable d’albumine — et
une proportion variable de fibrine, qui ne tardait pas à se
coaguler sous la forme d’un cylindre irrégulier, en forme de
sablier, réunissant le fond du tube à la surface.
Chez six malades, il offrait une belle teinte yerdàtre fluores¬
cente.
L’examen cytologique et bactériologique y révélait une
polynucléose prédominante, parfois exclusive, et de nombreux
pneumocoques. Ces germes étaient souvent aussi abondants
que dans une culture pure en milieu liquide. Ils se présen¬
taient en diplocoques, généralement isolés, quelquefois asso¬
ciés en courtes chaînettes. A côté des diplocoques normaux,
on constatait, dans certains liquides, des formes d’involution,
atteignant le double ou le triple des dimensions normales,
avec des aspects en poire, en massue, et des capsules énormes.
Les polynucléaires, bien colorés et bien conservés au début de
la maladie, ne tardaient pas à s’altérer. La phagocytose était
le plus souvent nulle.
Séance du io Novembre 1917
823
A l’autopsie, les espaces sous-arachnoïdiens étaient remplis
d’un pus 'épais, jaune verdâtre, tapissant les circonvolutions
cérébrales, effaçant les sillons sous une épaisse couche crémeuse
et consistante, et formant le long- des vaisseaux de la pie-mère
des traînées plus accusées. Ce pus était généralement plus
abondant encore à la base du cerveau, et formait au bulbe un
véritable manchon. Au microscope, il renfermait des leucocytes
et des pneumocoques en extrême abondance. Au-dessous des
méninges si altérées, la substance nerveuse paraissait normale,
macroscopiquement. Nous n’avons jamais rencontré de pus
dans les ventricules.
A cet aperçu d’ensemble, nous ajouterons les particularités
suivantes que nous avons observées :
i° La présence fréquente de pus dans les sinus de la face ,
sinus frontaux et surtout sinus maxillaires. Ce pus, crémeux
et jaunâtre, était bourré de pneumocoques. Nous avons constaté
le fait sept fois sur onze sujets examinés à ce point de vue. Ne
serait-ce pas là, suivant l’opinion du professeur Borrel, le
point de départ de l’infection des méninges?
20 La généralisation fréquente du Pneumocoque dans la circu¬
lation sanguine.
Chez six malades, l’hémoculture, pratiquée le jour meme de
l’entrée à l’hôpital en même temps que la ponction lombaire, a
donné du Pneumocoque dans les six cas.
3° L'évolution rapide et souvent foudroyante de ces méningites
et leur terminaison toujours fatale.
Il y a peut-être Jieu de fonder quelque espoir sur les injec¬
tions intra-rachidiennes et intra-cérébrales de sérum antipneu-
mococcique. Mais pour permettre à cette thérapeutique d’avoir
quelques chances de succès, il faudrait la mettre en œuvre
tout au début de la maladie, le premier jour même d une
affection qui n’en dure que trois à cinq, ce qui est souvent
difficilement réalisable. Il faudrait aussi employer d’emblée
des doses massives. Quoi qu'il en soit, nous avons injecté dans
le canal rachidien de trois malades 60 cm3 environ de sérum en
une fois, sans résultat.
4° La rareté des vomissements. La majorité des indigènes
atteints de méningite n’ont pas eu de vomissements, et cela
aussi bien dans les méningites pneumococciques que dans les
824
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
méningites à méningocoques. L'une des branches du fameux
« trépied méningitique » a donc fait le plus souvent défaut.
5° Le caractère sporadique de ces méningites qui n’ont jamais
présenté d’allure épidémique, exactement d’ailleurs comme la
méningite cérébro-spinale à méningocoque, dite épidémique,
et qui s’est toujours, jusqu’ici, manifestée par des cas isolés et
disséminés dans les différents camps.
Nous terminerons cette description par la relation succincte
de quatre observations, dont l’intérêt réside dans la dissociation
des résultats de T examen cytologique et de l'examen bactériolo¬
gique du liquide céphalo-rachidien. Dans deux cas, la réaction
cellulaire fut disproportionnée à la quantité minime et inap¬
préciable de germes; dans les deux autres, la réaction cellu¬
laire ne s’est pas produite et le liquide ne renfermait que des
microbes.
i
Kouakou Kouassi, Tirailleur au . .e Bataillon Sénégalais.
10 juillet, à son entrée: Signes cliniques de méningite. Liquide céphalo¬
rachidien presque purulent, avec abondant dépôt. Polynucléose prédomi¬
nante, grands mononucléaires assez nombreux. Aucun microbe dans les
frottis. L’ensemencement en plusieurs tubes de gélose-ascite reste sans
résultat.
11 juillet : Nouvelle ponction lombaire. Le liquide a pris une teinte ver¬
dâtre. Polynucléose presque exclusive, les grands mononucléaires de la
veille ayant presque tous disparu. Frottis bourrés de Pneumocoques.
12 juillet : Mort. A l’autopsie, nappes de pus sur les hémisphères, le
cervelet et le bulbe.
Dovy, Tiradleur au . .e Bataillon Malgache
25 septembre, à l’entrée : Signes cliniques de méningite, mais pas
de vomissements. Liquide céphalo-rachidien très louche. Polynucléose
prédominante avec grands mononucléaires. Aucun microbe, ni dans les
frottis, ni dans les ensemencements en gélose-ascite et en gélose T-ascitée.
28 septembre : Nouvelle ponction, qui donne péniblement issue à quel¬
ques centicubes de liquide louche, renfermant denombreuxPneumocoques,
la plupart inclus dans les polynucléaires et phagocytes. •
29 septembre : Mort. A l’autopsie, pus tapissant le cerveau, le cervelet
et surtout le bulbe.
Malgré la réponse négative de l’analyse, le liquide prélevé à la première
ponction renfermait du pneumocoque. Les quelques rares germes qui ne
purent être décelés, ni par l’examen direct, ni par les ensemencements,
cultivèrent en effet au bout de quelques jours dans le liquide céphalo¬
rachidien laissé à l'étuve.
Il n’en existait pas moins, chez ce malade comme chez le pré¬
cédent, une discordance, au début de la maladie, entre la réac¬
tion cellulaire très vive du liquide céphalo-rachidien et le nom¬
bre minime et inappréciable de germes.
Séance du io Novembre 1917
825
Mamadou Konaté, Tirailleur au . .e Bataillon Sénégalais
Entre à l’hôpital avec une fièvre de 40° et quelques signes très fugaces
de méningite : raideur de la nuque, légère hyperesthésie, Kernig à peine
marqué, et c’est tout. Pas d’excitation, répond bien aux questions posées,
peut se lever tout seul et se déplacer d’un lit à l’autre. Liquide céphalo¬
rachidien sans hypertension, à peine louche, finement sableux, ne don¬
nant aucun dépôt à la centrifugation qui le laisse uniformément trouble,
et contenant une forte proportion d’albumine, mais pas de fibrine. Au
microscope, pneumocoques extrêmement nombreux, sans aucun leucocyte.
Le malade meurt le lendemain. A l’autopsie, mince exsudât purulent à
la surface des hémisphères, et pas de pus par ailleurs.
En résumé, méningite suraiguë, dont l’évolution foudroyante,
due peut-être à l’abondance et à la virulence des germes, n’a pas
donné au pus le temps de se former.
Koussai Kénié, Tirailleur au . .e Bataillon Sénégalais
Signes manifestes de méningite à son entrée. Le début de la maladie
remonterait à trois jours.
Liquide céphalo-rachidien jaillissant du trocart, très abondant, unifor¬
mément louche, avec ondes moirées à l’agitation à la façon de certaines
cultures microbiennes, fortement albumineux, mais sans fibrine. Pas le
moindre dépôt après une centrifugation prolongée.
A l’examen microscopique, Pneumocoques en extraordinaire abondance :
le champ du microscope en est littéralement bourré, comme le ferait la
culture la plus riche. Maison n’aperçoit aucun élément figuré.
Le malade meurt le lendemain de son entrée cà l’hôpital, au 4R jour envi¬
ron de sa maladie. A l’autopsie, pus crémeux tapissant tout l’encéphale et
le bulbe. Sinus maxillaires remplis de pus à pneumocoques.
La présence de pus abondant dans les méninges crâniennes et
autour du bulbe, contrastant avec l’absence de toutélément cellu¬
laire dans le liquide céphalo-rachidien prélevé par ponction lom¬
baire et rempli de germes, est d’une interprétation malaisée.
111. — Septicémie pneumococcique
La généralisation du Pneumocoque dans la circulation san¬
guine est assez fréquente dans la Pneumonie. Sur quatorze
pneumoniques, choisis au hasard, l’hémoculture, pratiquée au
début de la maladie, a révélé dans cinq cas la présence de
pneumocoque dans le sang. A noter que ces cinq malades pré¬
sentaient de l’ictère.
Cette septicémie semble comporter, en général, un pronostic
sombre : les dix pneumonies sans septicémie ont guéri, tandis
que, sur les cinq pneumonies avec septicémie, quatre se sont
terminées par la mort. Elle est fréquente dans les méningites
pneumococciques, ainsi que nous l’avons déjà dit.
826
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Enfin, elle est parfois primitive , précédant toute localisation
du pneumocoque avec différents organes. En voici deux
exemples.
Kindi Telliri, du . .e Bataillon Sénégalais (Serv. du médecin-major Leroy)
Fièvre continue depuis quatre jours, oscillant aux environs de 40°. Epis¬
taxis. Langue très sale. Aspect typhique. Pas de troubles intestinaux; rien
à l’examen des poumons. On pense à un début de fièvre typhoïde, et on
demande au Laboratoire d’éclairer le diagnostic par une hémoculture.
Celle-ci donne, non pas du Bacille typhique ou paratyphique, mais du
Pneumocoque en culture pure. — Deux jours après apparurent les pre¬
miers symptômes cliniques d’une pneumonie droite.
Un abcès de fixation à l’essence de térébenthine injectée dans la cuisse ne
produisit qu’une légère et passagère diminution de la température. Une
deuxième hémoculture pratiquée après cet abcès de fixation donna encore
du pneumocoque. La maladie se termina par décès.
Kouami Assoua, mle 62970 (Service du médecin-major Blazy)
Entré à l’hôpital avec une fièvre de 40° et une vive douleur dans toute la
région thoracique antérieure. Pas de toux. Aucun symptôme pulmonaire
(percussion, palpation et auscultation). L’hémoculture pratiquée le jour
même donne du Pneumocoque. — Le surlendemain apparaissent les
signes d’une pneumonie du sommetgauche : râles crépitants, souffle, toux,
crachats rouillés. La maladie s’est terminée par décès.
Voilà donc deux malades chez lesquels le Pneumocoque exis¬
tait dans le sang bien avant sa localisation aux poumons.
Cette septicémie primitive ne doit pas être rare chez les Séné¬
galais, et s’il était toujours possible de les examiner tout au
début de leur maladie, on la rencontrerait peut-être assez fré¬
quemment, précédant les différentes localisations, pulmonaires,
méningées ou autres, de la pneumococcie.
Mais les Sénégalais sont remarquables par leur facilité à faire
leur maladie debout, tout en continuant tant bien que mal leur
service, et à ne rentrer à l’hôpital qu’avec des lésions déjà bien
constituées.
Témoin ce Tirailleur qui meurt quelques heures après son
entrée à l’hôpital et dont l’autopsie révèle une hépatisation mas¬
sive de tout le poumon droit.
Témoin cet autre qui entre à l’hôpital vers midi pour mourir
le jour même à 4 heures de méningite cérébro-spinale à ménin-
«M5
gocoques, diagnostic fait avec le liquide cép halo -rachidien récolté
post-mortem et le pus prélevé à la surface des hémisphères.
Nous pourrions citer plusieurs exemples du même genre.
Telles sont, parmi les multiples manifestations de la Pneumo¬
coccie chez les Tirailleurs des Camps de Fréjus et Saint-Raphaël,
celles qu’il nous a été donné plus particulièrement d’observer et
V
Séance du io Novembre 1917
827
d’étudier au Laboratoire, et dont la publication nous a semblé
devoir offrir quelque intérêt.
Laboratoire de Bactériologie
des Camps de Fréjus et de Saint-Raphaël.
Contribution à la Pathologie des Balkans
La fièvre spirochéto-plasmodique des Serbes
Par le Dl J.-C. DUCHAMP
Médecin Aide-major à l’hôpital d’un Camp serbe.
Les particularités de symptomatologie que nous avons obser¬
vées au cours de la fièvre récurrente chez les Serbes nous ont
amené à considérer que le typhus récurrent serbe représente un
type clinique à part dans le groupe des fièvres récurrentes (r).
Nous avons encore remarqué que, chez les sujets impaludés
antérieurement, la fièvre paludéenne succède fréquemment à la
récurrente sans qu’on puisse indiquer, de façon précise, par les
seuls moyens de la clinique, le passage de l une à l’autre de ces
affections. On s’expose même, si on néglige le concours du
microscope, à prendre les accès de paludisme pour des rechutes
de récurrente (2).
On n'a pas encore signalé, croyons-nous (3), la présence
simultanée dans le sang du Spirochète et de la Plasmodie. Nous
allons en montrer des exemples et nous proposons de donner à
la maladie qui résulte de ce bi-parasitisme le nom de fièvre spi~
rochéto-plasmo digue .
* *
Nos observations relatives à la fièvre spirochéto-plasmodique
peuvent être réparties en deux groupes comprenant :
a. D’une part celles où l’on retrouve quelques caractères
cliniques de la fièvre récurrente;
b. D’autre part celles où la fièvre récurrente n’est plus clini¬
quement diagnosticable.
i
(1) V. Duchamp. La fièvre récurrente chez les Serbes. Progrès médical ,
i3 janvier 1917.
(2) Idem. Fièvre récurrente ; paludisme consécutif. Pt'esse médicale , 12 avril
I9I7‘
(3) Les conditions dans lesquelles ce travail a été effectué ne nous ont pas
permis de procéder à des recherches bibliographiques; que ce soit notre
excuse auprès des auteurs, s’il y en a, qui ont écrit sur ce sujet.
OBS: XXX FIL
828
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Premier groupe
La simple lecture de la courbe
n° XXXIII laisse soupçon¬
ner la fièvre récurrente par
la durée et les caractères
des deux principaux accès
séparés par un intervalle
normal. Mais elle révèle
d’autres accès de caractère^
de durée, et d’intervalles
atypiques. On n’y retrouve
ni cette hypothermie si ac¬
cusée qui règne pendant la
période inter-fébrile, — ni
le ralentissement du pouls
si caractéristique par sa
persistance même. Enfin
l’examen du sang (i), pra¬
tiqué le 27 avril après co¬
loration au Giemsa, montre
quelques Spirochètes libres
et de nombreuses Plasmo¬
dies intra-globulaires, dont
beaucoup ont leur noyau
segmenté ; — le i3 mai,
des Plasmodies pigmentées
et, le 18, trois corps en ro¬
sace; — le 3i mai, dans le
sang frais, quelques Plas¬
modies.
Par la lecture de l'obser¬
vation, nous apprenons
que :
Le 24 avril : le foie déborde
les fausses côtes de 3 doigts,
est douloureux à la palpation ;
la rate déborde de 2 doigts,
est percutable sur 18 cm.
(1) Il faut pour chaque malade pratiquer plusieurs examens et faire plu¬
sieurs frottis pour chaque examen.
Séance du io Novembre 1917
829
Le 27 avril : froid et frissons ce matin, a saigné du nez au réveil; —
même état foie et rate.
Le 28 avril : sueurs abondantes le 27 vers 18 heures ; — amélioration
de l’état général ce matin.
1er mai : foie déborde de 2 doigts, dur et sensible; rate non percep¬
tible sous les fausses côtes.
2 mai : sueurs abondantes cette nuit non précédées de froid ni de fris¬
sons ; — amélioration générale.
13 mai : sueurs vers 20 heures.
14 mai : sueurs modérées ce matin.
18 et 19 mai : foie déborde 1 doigt; — rate non perceptible; — sueurs
abondantes le soir et la nuit du 18 au 19.
20 mai : foie débordant 1 doigt, douloureux ; rate non perceptible,
sueurs abondantes le 19 vers 22 heures.
31 mai : rate non perceptible, mais percutable sur 6 doigts; se plaint
du froid depuis ce matin.
N. B. — Le malade déclare avoir été malade de 10 à i3 ans ; il
s’agissait d’accès de fièvre (sans doute paludéenne) très répétés.
Observation XI. — La feuille de température débute par
l’hypothermie qui a sans doute succédé au premier accès; elle
nous fait assister à l’évolution du deuxième accès qui ressemble
fort bien à un accès franc de récurrente, mais l’hypothermie
consécutive atteint des minima invraisemblables (33°9-33°8) ;
cette hyper- hypothermie est comme une sorte de totalisation de
la dépression qui marque et la fin des accès de fièvre récurrente
et la fin des accès de fièvre paludéenne. Un tel état critique
l’accompagne que nous ne l’avons jamais retrouvé avec la
même intensité, ni avec des symptômes de même sorte, dans la
fièvre récurrente pure. Le pouls, pendant l’apyrexie, est remonté
plus vite et plus haut que dans la spirochétose et, quelques
jours après le deuxième accès, s’est déclarée une fièvre continue
qui n’évoque en rien le typhus récurrent.
Quant à la feuille à observation, elle nous enseigne que :
6 mai : le malade est admis d’urgence et dans un état très grave, avec
le diagnostic de diarrhée cholériforme, coma, pouls très petit à 126,
température 36«9 (nous administrons 5 cm3 d’huile éthéro-camphrée
toutes les 3 heures).
7 mai : à 8 heures, température 33°9; pouls extrêmement faible, 56 pul¬
sations.
Le malade « froid comme marbre », l’œil excavé, les paupières bis¬
trées, les lèvres fuligineuses, délirant avec marmottement, a l’aspect
d’un cadavre. Une injection intra-veineuse immédiate d’un litre de sérum
chaud détermine une véritable résurrection. A midi et vers 17 heures, la
température est à 37°4, le pouls a pris de l’amplitude et bat autour
de 80.
Notre diagnostic est encore hésitant entre le choléra, auquel nous fait
830
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
penser et la fiche d’admission et l’épidémie encore si récente, et l’accès
pernicieux.
8 mai : pas de diarrhée ; — le foie déborde les fausses-côtes de 4 doigts ;
— la rate de 2 .
11 mai : malade convalescent.
14 mai : se plaint de la tête, de la poitrine et des jambes ; foie débord e
de 2 doigts, — rate I doigt.
15 mai : mêmes symptômes, mais rate 2 doigts.
16 mai : rate 3 doigts.
17 mai : sueurs cette nuit; — langue saburrale; — foie déborde
2 doigts, rate 3 doigts.
18 mai : 8 heures température = 33*8 ; — pouls 68, — foie déborde
2 doigts, rate 3 doigts*
Etat très grave avec symptomatologie rappelant celle du 6 mai.
19 mai : grande amélioration générale ; foie débordant de 2 doigts,
rate 1 doigt.
2 1 -22-23-24-25 mai : foie 2 doigts, rate 1 doigt.
26 mai : foie 2 doigts, rate 1 doigt. Sensation de douleur et de chaleur
dans la poitrine.
30 mai : céphalée violente.
31 mai : chaleur et douleur dans la poitrine en respirant, sueurs abon¬
dantes hier soir et cette nuit. — Rate perceptible sur 2 doigts, percutable
sur 8.
1er juin : pouls dicrote; — se plaint d’avoir eu froid avec frissons, puis
chaleur et sueurs.
Examen du sang.
15 mai : spirochètes assez nombreux; nombreuses plasmodies, deux
microgamètes (flagelles) libres.
26 mai : pas de spirochètes ; nombreuses plasmodies, rosace en voie
de segmentation.
30 mai : pas de spirochètes ; assez nombreuses plasmodies.
Deuxième groupe
Contrairement à ce qui a lieu dans le groupe précédent, dans
celui-ci, la fièvre récurrente est méconnaissable et le diagnostic
résulte d’une trouvaille de microscopie. Les caractères clini¬
ques du paludisme sont en général mieux conservés, mais
seraient insuffisants pour entraîner la certitude sans le con¬
trôle du laboratoire. Les courbes accusent entre elles la plus
grande variété et chacune d’elles témoigne souvent de la plus
grande fantaisie. C’est dire que toute description d’ensemble
nous paraît impossible.
Observation XXIV. — L’observation XXIV peut, à la rigueur,
servir de transition entre les observations du premier et celles
du second groupe, car on y retrouve, si on veut bien, quelques
traits de la fièvre récurrente. v
Ce malade, venu d’une autre division, est entré dans notre
Séance du io Novembre 1917
831
service le 8 j uin, en plein accès fébrile. Son sang, examiné le
jour même, ayant révélé la présence du double parasitisme spi¬
rochétien (éléments assez nombreux) et paludique (quelques élé¬
ments simples), nous avons institué aussitôt le traitement qui-
nique par injection. — Le 12 juin, au cours d’une nouvelle
poussée fébrile, nous retrouvons deux Spirochètes et de peu nom¬
breuses Plasmodies. Aucun autre accès fébrile ne s’étant pro¬
duit, il semble qu’ici, par exception, spirochétose et plasmo-
diose se soient éteintes en même temps.
Observation XVI. — Ce malade, comme le précédent, a été
évacué d’une autre division à la fin d’un accès. La fièvre ayant
reparu le 5 avril, des étalements sont effectués le 6 et révèlent
l’association spirochéto-paludique avec prédominance des Plas¬
modies. Le même jour, le malade fait une défervescence brusque
accompagnée de sueurs abondantes. Le foie déborde de 3 doigts ;
la rate, assez dure, de 2 doigts.
7 avril : foie déborde de 2 doigts, rate déborde de 2 doigts, percutable
sur 15 cm.
20 avril : Prise de sang : pas de Spirochètes, des Plasmodies de figura¬
tion diverse. Foie déborde 1 doigt, rate déborde 2 doigts, percutable sur
13 cm.
21 avril : Sueurs abondantes cette nuit précédées de froid et de fris¬
sons
Observation IL — La courbe de ce malade simule une sorte
de double quarte et suffirait, à elle seule, à justifier la nécessité
832
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de l’examen du sang' dans nombre de cas étiquetés clinique¬
ment paludisme.
Les examens du sang décèlent le i5 et le 19 avril des Spiro¬
chètes de plus en plus rares, absents le 21 et des Plasmodies
peu nombreuses, mais pigmentées, le i5 et le 19, très rares le 21.
Dès la première piqûre, l’apyrexie survient. Deux séries de
trois jours suffisent à la maintenir.
6 avril : malade depuis 4 à 5 jours, se plaint d’avoir fréquemment froid
avec frissons, puis chaud avec sueurs. Pouls 68. Foie déborde 1 doigt.
Rate, dure, déborde 2 doigts.
13 avril : Pouls 100. Se plaint delà tète et des jambes ; quelques frissons
avec froid vers 23 heures le 14.
Contre-visite : sueurs abondantes entre 15 et 16 heures ; rate déborde de
3 doigts, 15 cm.
16 avril : Sueurs abondantes à midi.
20 avril : Sueurs abondantes cette nuit vers 1 heure.
21 avril : ltate dure, perceptible sur 3 doigts, — foie sur 2 doigts (injec¬
tion de quinine 1 gr. 20).
Observation VIII.
8 mars : Pouls très faible 120, rate déborde de 3 doigts ; foie déborde de
2 doigts.
Ictère, langue saburrale.
9 mars : 5 selles diarrhéiques. Pouls 62, très faible, à peine perceptible.
Etat général mauvais, abattement prononcé, mais pas de stupeur.
Hypothermie : 34°2.
12 mars : Foie débordel doigt. Rate percutable, non perceptible
18-19 mars : Id.
20 mars : Rate ne débordant pas les fausses côtes.
22 mars : Rate et foie débordant d’un doigt.
Séance du io Novembre 1917
833
29 mars : Pouls 136 assis ; — 104 couché. Assourdissement des bruits
du cœur, surtout du 1er bruit; tendance à f embryocardie. Foie et rate
débordent de 1 doigt.
1er avril : Foie juste perceptible, — rate non perceptible percutable sur
4 doigts.
10 avril : Foie déborde d’un doigt, rate percutable sur 5 doigts, non
perceptible.
22 avril : Foie non perceptible, rate non palpable, sub-matitésur 3 doigts.
— Pouls bien frappé, cœur normal.
Du 11 au 21 avril : 2 séries injections quinine de 3 jours, avec intervalle
de 3 jours.
Examen du sang : 19 mars : présence de Spirochètes et de Plasmodies.
9 avril : Plasmodies seules.
* *
Les quelques observations qui précèdent (et qui auraient pu
être plus nombreuses) (1) suffisent, pensons-nous, pour établir
l:existence de la fièvre spirochéto-plasmodique.
Cette co-existence dans le sang de deux parasites est due à la
juxtaposition du Spirochète à la Plasmodie qui Fa précédé et lui
survivra. Il en résulte, en définitive, une infection aiguë greffée
sur une infection chronique.
îi'-1
Les deux maladies présentent du reste au point de vue cli¬
nique de nombreuses similitudes : comme le paludisme, la spi¬
rochétose est une maladie dont les accès sont séparés par une
période d’apyrexie ; — chez toutes deux l’apparition de la fièvre
et sa défervescence sont brusques et brutales ; — et chez l’une
comme chez l’autre les accès se ressemblent entre eux.
En faisant abstraction de tout agent pathogène et à ne con¬
sidérer que les courbes, la récurrente simule, le plus souvent,
une paludéenne continue dont les accès de 3 à 4 jours seraient
séparés par une apyrexie de durée double. La possibilité de la
présence simultanée des deux agents pathogènes impose la
nécessité de l’examen microscopique du sang, au cours des épi¬
démies de fièvre récurrente chez les Serbes, chaque fois surtout
que la courbe s’éloigne du type que nous considérons comme
normal pour eux.
*
* *
(1) Elles auraient pu être plus nombreuses si un certain nombre d’entre
elles n’avaient disparu et si nous avions pu effectuer nous-même, sur place,
dès le début de l’épidémie, les examens répétés que nécessitent ces recherches.
Nous n’en devons qu’une plus grande gratitude à M. Ch. Nicolle, Directeur de
l’Institut Pasteur de Tunis, quia misa notre disposition le microscope et les
réactifs qui nous ont permis de recuillir des faits intéressants.
834
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La contribution qu’apportent les faits qui précèdent à la
Pathologie serbe, semblable sans doute sur plusieurs points à
celle des autres pays balkaniq ues, et l'expérience que nous pou¬
vons avoir par ailleurs de celte pathologie nous garantissent
qu’on peut faire chez les Serbes ample moisson de maladies
(comme la typhoïde, la tuberculose, etc.), que le paludisme
marque de son empreinte.
En faisant connaître la fièvre spirochéto-plasmodique, nous
croyons avoir ouvert un chapitre de la pathologie des Balkans
où pourront s’inscrire d’autres cas d’infections mixtes du sang.
M. Laveran. — A la dénomination de fièvre spirochèto-plas-
modique des Serbes proposée par M. le Dr Duciiamp, je préfére¬
rais, pour ma part, celle de fièvre récurrente et paludisme asso¬
ciés qui est plus précise et plus facile à comprendre. D’autre
part, je ferai remarquer que les formes cliniques observées par
M. Duchamp ne sont ni nouvelles ni spéciales aux Serbes, comme
le prouvent les travaux de Mamoursky, deBRASLAvsxY et Lourié,
de H. Soulié et Gardon (i).
L'éclosion des kystes et les premiers
stades de révolution de l'amibe
dysentérique humaine chez le chat
Par Edouard CHATTON
Les seules observations ou expériences qui, à ma connaissance,
ont porté sur l’éclosion des kystes de l’amibe dysentérique sont
celles de Darling ( i 9 i 3) (2), d’UjuiARA (1914) (3) et de Penfold,
Woodcock et Drew (1916) (4). Le premier de ces auteurs aurait
(1) A. Laveran, Traité du paludisme, 2® édit., 1907, p. 34i.
(2) Observations on the Cyst of Entamoeba tetragena (Arch. of Int. Med.),
t. XI, janv. 1918, p. 1 .
(3) Studien über Amübendysenterie I. Mitt. ( Zeitschr . f. Hyg., LXXVII,
p. 329*355, 1 pl.).
(4) The excystation of Entamœba histolytica ( tetragena ) as an Indication of
the vitality ofthe Cysts ( Brit . Med. Jauni., 20 mai 1916, p. 174).
835
Séance du io Novembre 1917
vu des mouvements amiboïdes dans des kystes mis en observa¬
tion depuis plusieurs jours et de petites amibes sortir de quel¬
ques-uns d’entre eux. Ujihara a étudié Faction in vitro des sucs
digestifs sur la paroi kystique et constaté que le suc gastrique est
sans action sur elle tandis que la trypsine la dissout. Penfolfd,
Woodcock et Drew ont provoqué la mise en liberté des amibes
en soumettant les kystes à Faction d’extrait pancréatique (agis¬
sant à la dilution de 1 / 3 dans du bouillon et à la température de
37° pendant 5 à 7 h.).
Dans ces conditions, un petit nombre seulement de kystes ont
libéré leurs amibes qui ont pu être entretenues dans l’eau de
condensation de tubes de gélose sanglante pendant une vingtaine
d’heures. Elles ont toujours conservé leurs 4 noyaux et ne se sont
pas divisées. La faible proportion d’éclosions ainsi obtenues
permettait de douter qu’on eût à faire là à un phénomène tout à
fait normal. Il n’y a d’ailleurs guère à espérer qu’m vitro les
amibes, parasites très stricts, puissent, comme dans l’intestin,
suivre le cours complet de leur évolution.
Aux mois de mai et de juin 1917, j’ai utilisé un abondant
matériel de kystes de Famibe dysentérique à une série d’expé¬
riences sur le chat (1) pour y étudier dans des conditions, aussi
proches que possible de la réalité, l’éclosion des kystes et l’évo¬
lution des amibes (2).
Je ne relaterai ici que celles qui ont donné les résultats les plus
instructifs et les plus complets.
Expérience I. — 18 mai 1917. Selle de D.. . émise à 15 h. : kystes
assez nombreux (2 par champ de 400 jx), presque tous parfaits (à cristal¬
loïdes nets et 4 noyaux).
A 16 h., le chat F18 absorbe 20 cm1 2 3 de ces matières. 11 est sacrifié à
19 h. 30. Les matières fécales ingérées se retrouvent à partir de la deu¬
xième moitié de l’intestin grêle, long de 130 cm., jusqu’au rectum.
Entre les 70e et 80e cm., on trouve :
1° De rares kystes encore intacts, à cristalloïdes bien visibles.
2° Des kystes à cristalloïdes partiellement ou entièrement digérés et à
cytoplasme finement alvéolaire .
3° Des kystes en voie d’éclosion. Plus de traces des cristalloïdes. Cyto¬
plasme alvéolaire. Amincissement notable de l’enveloppe qui perd sa
réfringence et son double contour et finalement disparaît, laissant à nu un
corps sphérique encore immobile. Les pseudopodes ne se forment qu’un
certain temps après la dissolution de l’enveloppe. Ce sont de minces
(1) A défaut de singe.
(2) Avant d’avoir connu, par l’analyse de Mesnil au Bulletin de l' Institut
Pasteur ( 1 5 juin 1917), les expériences des auteurs anglais.
836 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
EXPLICATION DES FIGURES
Eclosion des kystes de l'amibe dysentérique chez le chat
Toutes les figures au grossissement de 2200
1. Kyste parfait, d'un jour, de l’amibe dysentérique (vivant).
2. Kyste après passage dans Festomac du chat (vivant).
3. Kyste au niveau moyen de l'intestin grêle du chat. Digestion de l’en¬
veloppe (vivant).
4. Amibe mise à nu (stade alvéolaire) (vivant).
5. Kyste parfait d’un jour (Bouin-Duboscq. Fer).
6. Kyste conservé 7 jours dans les matières fécales sèches (Bouin-
Dubosq. Fer).
7. Amibe au stade vacuolaire. Microbiophagie (vivant).
8-9. Amibes au stade vacuolaire. Microbiophagie. Conjonction nucléaire
(Bouin-Dubosq. Fer).
Séance du io Novembre 1917
837
lames d’un ectoplasme hyalin qui, à intervalles très espacés, se projettent
comme en roulant sur la surface du corps encore condensé et immobile et
qu’elles n’arrivent pas à déplacer.
4° De petites amibes sans noyaux visibles, à cytoplasme encore alvéo¬
laire, entraînées par leurs pseudopodes qui se projettent plus aigus et plus
saillants, à espaces de temps plus courts.
Dans toutes ces formes, le système nucléaire est invisible in vivo , mais la
solution de Gram y met en évidence 4 noyaux, sauf dans quelques kystes
imparfaits.
Entre 100 et 110 cm., mêmes formes, mais très peu de kystes et plus
d’amibes. Parmi celles-ci, des formes à cytoplasme vacuolaire, très
mobiles.
Avant la valvule ilèo-cæcale , ISO cm. (observations faites à 20 h. 30, soit
à la 4e h.), il n’y a plus que des amibes très mobiles, allongées dans le
sens de leur progression, sensiblement plus volumineuses que les amibes
précédemment observées ; leur corps cytoplasmique a en effet absorbé de
l’eau; d’alvéolaireil est devenu vacuolaire. Certaines des vacuoles contien¬
nent des bactéries. La phagocytose s’exerce activement. Le système
nucléaire est toujours invisible, mais les 4 noyaux, non modifiés mais tassés
les uns contre les autres, se voient après action de la solution iodoiodurée.
Au cæcum , le long du colon et du rectum , mêmes formes. La mobilité
paraît quelque peu plus réduite. Les amibes allongées sont plus rares.
Toutes contiennent des bactéries. Toutes conservent leurs 4 noyaux étroi¬
tement rapprochés.
Frottis colorés. — Les kystes intacts montrent la structure caractéris¬
tique. Dans ceux où les cristalloïdes sont envoie de digestion, ces éléments
apparaissent sous forme de vestiges anguleux ou arrondis. Une vacuole
peut se voir dans certains kystes à la place des cristalloïdes digérés.
Les 4 noyaux sont épars. Dans la très grande majorité des kystes, ils
montrent cet épaississement en calotte de leur membrane, caractéristique
de l’amibe dysentérique (1). Dans les amibes écloses ou ils conservent la
même structure, ces 4 noyaux se rapprochent, viennent au contact et for¬
ment un groupe en tétraèdre. Cette conjonction, qui est d’ailleurs le seul
phénomène nucléaire constant et manifeste que m’aient offert les amibes
écloses des kystes chez le chat, va s’accentuant. II n’existe que dans la
moitié environ des amibes à cytoplasme alvéolaire prélevées au 7e cm. Il
est à peu près constant et très accusé dans les amibes à cytoplasme vacuo¬
laire, des deux côtés du cæcum et surtout du gros intestin. Là les noyaux
en conjonction sont souvent déformés par compression réciproque (2).
(1) Les auteurs n’ont pas suffisamment mis en relief, à mon avis, ce carac¬
tère des noyaux des kystes de l’amibe dysentérique. Le fait de le retrouver
aussi accusé qu’au premier jour dans des kystes vieux d’une semaine et plus
montre qu'il ne peut pas être considéré seulement comme transitoire, mais
qu’il offre au contraire une grande fixité. Une structure identique, aussi cons¬
tante et très caractéristique, a été signalée chez un autre Rhizopode : Panspo-
rella perplexa. Chatton, 1907 ( G . R. Soc. Biol., LXII, p. 42).
(2) Un stade comparable a été décrit par divers auteurs et en particulier
par Mercier (i) chez l’amibe de la Blatte où de nombreux noyaux sont en con¬
jonction au centre du corps. Mais là le stade de conjonction nucléaire précède
l’enkystement et l’expulsion du parasite de l’hôte.
(1) Contribution à l’étude de l’amibe de la Blatte ( Entamœba blattæ Bütschli)
(Arch. f. Protistenk., XX, pp. 143-175, 3 pl . igio).
56
838
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Les amibes au state alvéolaire et les amibes au stade vacuolaire se dif¬
férencient aussi nettement colorées que vivantes. Les bactéries ingérées
sont de types assez variés : longs bacilles, coccobacilles, streptocoques,
diplocoques.
En somme l’expérience I a permis de réaliser et d’observer
dans d’excellentes conditions l’éclosion des jeunes amibes, leur
passage d’un stade alvéolaire peu mobile à un stade vacuo¬
laire doué d’un amiboïsme et d’un pouvoir phagocytaire très
actifs et caractérisé aussi par l'existence d’une conjonction
nucléaire. Mais elle n'a pas permis d’entrevoir l’évolution ulté¬
rieure qui conduit de l’amibe à 4 noyaux au parasite uninucléé.
Cette évolution incomplète paraissait devoir être attribuée à la
mise à mort prématurée de l’animal d’expérience (4e heure).
Aussi, dans d’autres essais, les délais d’observation ont-ils été
allongés. L’animal a été sacrifié plus tardivement (6e et ioe heure)
ou il ne l’a pas été, et l’observation a porté sur les matières
spontanément évacuées, par exemple :
Expérience VII. — 1er juin. Selle de C... du matin. Kystes parfaits très
nombreux (3-4 par champ de 400 g). Le chat F24 absorbe 50 g. de
matières à 17 b. Il évacue le 2 juin à 10 h. (17e heure) des matières où se
trouvent des kystes intacts, mais à cristalloïdes digérés, et des amibes
mobiles au stade vacuolaire à 4 noyaux.
Dans d’autres expériences, j’ai essayé de ralentir la traversée
digestive par la morphinisation des chats. Le résultat a été à
l’encontre du but poursuivi. La contention de l’animal, néces¬
saire pour pratiquer l’injection, avait toujours pour effet de
provoquer une défécation prématurée, et, lorsque l’animal rece¬
vait la morphine avant la deuxième heure, il régurgitait son
repas expérimental. Ceci m’a d’ailleurs permis de constater que
l’éclosion des kystes ne se fait pas dans l’estomac.
Expérience V. — Le 29 mai. Selle de D... du matin. Kystes parfaits,
assez nombreux (1 par champ de 400 g). Le chat F16 absorbe 30 g. de
matières à 17 h. et reçoit à 19 h. 1/2 cg. de morphine en injection
sous-cutanée. Il évacue une selle pendant la contention, avec kystes et
amibes mobiles à 4 noyaux et vomit une partie de son repas fécal qui
contient des kystes intacts, mais à cristalloïdes digérés.
La digestion des cristalloïdes est la seule modification appa¬
rente que provoque dans les kystes l’action du suc gastrique.
Cette expérience montre en outre que le passage des amibes de
l’état de repos à l'état d’activité est très rapide. Il s’est effectué
là en moins de 2 h.
Séance du io Novembre 1917
839
Pour me rendre compte de l’influence possible du degré de
maturation des kystes sur l’évolution du germe, j’ai donné à des
chats des selles conservées, telles qu elles avaient été évacuées,
à la température du laboratoire. La seule modification appa¬
rente des kystes ainsi conservés est la digestion des cristalloïdes
dès le 2e ou 3e jour. J’avais déjà constaté ce phénomène dans
les mêmes conditions en 1912. Il me paraît constant. Les 2 expé¬
riences suivantes montrent que, dans les matières conservées
sans précautions spéciales, les kystes gardent leur vitalité pen¬
dant un temps relativement long et qui n’est probablement pas
un maximum.
Expérience VIII. — Le 6 juin. Selle de G... du 30 mai (7e jour). Kystes
parfaits en bon état, mais à cristalloïdes digérés, nombreux (3 à 4 par
champ).
Le chat F15 absorbe 30 g. de matières à 15 h. A 20 h. il évacue une
selle liquide avec de rares kystes intacts et d’assez nombreuses amibes
vacuolaires, microbiophages à 4 noyaux.
Autre selle le 7 au matin avec amibes mobiles vacuolaires, microbio¬
phages à 4 noyaux.
Expérience IV. — Le 28 mai. Selle de D... du 18 mai (celle qui a suivi
l’expérience I). Kystes parfaits, mais à cristalloïdes digérés, assez nom¬
breux (1 par champ), d’autres altérés.
La chatte F3 absorbe 20 g. de matières à 10 h. A 20 h. aucune selle.
Injection de 1/2 cg. de morphine. Evacuation de matières contenant des
kystes intacts (1 tous les 3 champs) et des amibes vacuolaires mobiles
(1 tous les 5 champs).
Ainsi des kystes conservés dix jours sans précautions ont éclos
chez le chai (1). Les amibes obtenues dans ces deux dernières
expériences étaient identiques à celles issues de kystes du jour.
Il n’y a donc pas de maturation des kystes en dehors de l’orga¬
nisme. L’évolution incomplète de l’amibe chez le chat doit
être attribuée à ce que celui-ci n’est pas un hôte normal de
l’amibe. Sa flore intestinale n’est peut-être pas favorable à
son développement. D’ailleurs aucun des chats non sacrifiés
dans mes expériences n’a contracté de dysenterie à la suite de
l’ingestion des kystes. Je dois dire que les chats du Sud Tuni-
(1) Ujihara (1914) [loc. cit. J a obtenu une survie de 1 mois des kystes dans
des matières fécales desséchées. Il a pu par ces matières infecter des maca¬
ques. Penfold, Woodcock et Drew ont fait éclore par l'extrait pancréatique
des kystes conservés 12 jours dans l’eau légèrement courante.
840
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sien, même jeunes, sont remarquablement réfractaires à l’ami¬
biase inoculée par voie reclable.
Conclusions
L’Etude de l’éclosion des kystes de l’amibe dysentérique et
des premières phases de son évolution chez le chat m’a amené
aux constatations suivantes :
i° D’ordre morphologique. --- Les kystes traversent l'estomac
sans subir d’autres modifications que la digestion des cristal¬
loïdes.
Ils éclosent dans l’intestin grêle par dissolution de l’enve¬
loppe. L’amibe est mise à nu entière. Si elle se divise, cette
division est tardive. Aucun indice n’en a été constaté.
<
L’amibe passe par un stade à cytoplasme finement alvéolaire,
où elle est peu mobile, auquel succède un stade à cytoplasme
vacuolaire où elle est douée d’un amiboïsme et d’un pouvoir
microbiophage très actifs.
Le système nucléaire ne présente pas d'autres modifications
qu’une conjonction nucléaire très étroite à partir du stade
vacuolaire. Aucun indice de l’évolution qui ramène la forme à
4 noyaux à l’amibe uninucléée n’a pu être relevé.
2° D’ordre physiologique. — L’existence d’un stade microbio¬
phage dans le cycle de l’amibe dysentérique (et qui est le témoin
de la condition par laquelle elle est passée au cours de son évo¬
lution phylétique avant de devenir plus spécialement parasite)
explique que son implantation et son expansion dans un hôte
puissent être encore étroitement conditionnées par la flore
intestinale de cet hôte.
Le kyste parfait, à 4 noyaux et cristalloïdes, est apte à éclore
sans délai de maturation. Il n’y a pas de maturation pendant le
séjour du kyste dans le milieu extérieur. Le seul phénomène
apparent, la résorption des cristalloïdes vers le 3e jour, paraît
correspondre à l’utilisation d’une réserve.
Dans des matières conservées sans précautions spéciales, des
kystes se sont montrés aptes à éclore au bout de io jours, ce qui
ne paraît pas être un maximum.
3° D’ordre pratique. — La maturité immédiate des kystes qui
rend possible le contage direct, leur conservation prolongée
dans les selles^ leur transport par les mouches — dont ils tra-
Séance du io Novembre 1917
841
versent l’intestin sans modifications (1) — sont autant de raisons
d’exiger l’application rigoureuse des mesures prophylactiques
édictées par notre Service de San*é.
La genèse des stigmates globulaires [taches
- de Maurer, grains de Schüffner] dans
le paludisme. Leurs rapports avec Tamoeboïsme
hémamibien. Leur faible valeur différentielle
Par Edouard CHATTON
(, Planche VIII )
I. — La question des stigmates globulaires
J’entends par « stigmates globulaires » les seules altérations
des globules hôtes des plasmodies, à l’exclusion des désintégra¬
tions à distance qui semblent le fait d’une action toxique, ou
dans la genèse desquelles le rôle immédiat du parasite n’appa¬
raît pas nettement : polychromatophilie, granules, filaments ou
anneaux basophiles, corps en pessaire, en demi-lune, etc. Il ne
s’agira donc ici que des « taches de Maurer » et des « grains de
Schüffner ».
Même limitée ainsi, la question des stigmates globulaires est
d’importance. Unicistes et pluralistes y ont puisé des arguments,
et les praticiens des éléments de diagnostic. Elle a fait beau¬
coup écrire, mais cette littérature est fragmentaire et très
dispersée. Mes ressources bibliographiques, actuellement des
plus restreintes, ne me permettent pas d’en faire ici l’historique.
Je ne puis que me référer aux notions classiques et prier par
avance les auteurs qui m’auraient devancé de m’excuser.
Billet (1913) (2), l’un de ceux qui ont le plus insisté sur la
(1) Le phénomène est facile à constater. J’ajoute que les kystes traversent
aussi l’intestin de la souris, sans autre altération que la dissolution du cris¬
talloïde. Celle-ci ne se produit pas dans la traversée digestive de la mouche.
(2) Hématozoaires du paludisme in Traité du Sang, publié sous la direction
de Gilbert et Weinberg. J. -B. Baillière et fils, Paris, gr. in-8, p. 6o3-655, 5 pl.
Voir aussi du même auteur : Diagnose différentielle des formes annulaires
des hématozoaires du paludisme. Revue biol. Marseille (C. R. Soc. Biologie ,
LXI, p. 754).
842 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
distinction : taches de Maurer, grains de Schüffner, décrit et
différencie ces formations comme suit :
Taches de Maurer : « A la surface des globules et à dater du moment
où l’hématozoaire s’efforce de pénétrer dans le globule, apparaissent des
taches tout à fait spéciales, de dimensions variables, tantôt punctiformes,
tantôt circulaires, triangulaires ou de formes les pins diverses, à contours
rouge foncé, plus claires dans leur centre. Elles sont irrégulièrement
réparties sur le globule et en général peu nombreuses (5 à 10 ou 12). Ces
taches, véritables mouchetures, ont été découvertes par Maurer dont elles
portent le nom... Les taches de Maurer ne sont bien mises en évidence
que par une coloration un peu prolongée et soignée. Mais elles sont con¬
stantes et ne commencent à apparaître qu’à dater du moment où le para¬
site essaie de pénétrer dans les globules. Leur signification et leur genèse
sont encore un sujet de discussion. Maurer et, avec lui, la plupart des
auteurs qui les ont étudiées, les considèrent comme la trace des tentatives
d’effraction du parasite avant de devenir intraglobulaire. Il paraît donc
logique de les considérer comme superficielles, c’est-à-dire comme des
empreintes ou mouchetures, et non comme des granulations internes dues
à des modifications de l’hémoglobine ou de la substance nucléaire du
globule. ))
o
Grains de Schüffner : « Parallèlement à l’accroissement du parasite,
le globule, avons-nous dit, subit des altérations spéciales. Elles sont de
quatre ordres différents : hypertrophie, déformation, décoloration et pro¬
duction de granulations internes... Quant aux granulations intérieures,
elles sont très caractéristiques et constantes, mais ne peuvent être mises
en évidence qu'après coloration par les procédés dérivés de la méthode de
Romanowsky. Ce sont les granulations de Schüffner, du nom du
savant qui les a découvertes. D’abord très fineé et à peine visibles, elles
deviennent de plus en plus apparentes et finissent par masquer en partie
le parasite lui-même lorsque la coloration est accentuée. Elles ont pour
caractères d’ètre. dès le début, régulièrement arrondies, de volume à peu
près uniforme, et enfin très abondantes. Elles se développent à l’intérieur
même du globule et résulteraient, d’après Maurer et Schaudinn, d’altéra¬
tions de la substance nucléaire de ce globule et non de l’hémoglobine ou
des produits élaborés par le schizonte, comme l’ont admis divers auteurs.
Elles se colorent en rouge violacé foncé.
Les granulations de Schüffner sont caractéristiques des globules
infestés par l’hématozoaire de la tierce bénigne. Elles subsistent même
lorsque le globule est vide après la dissociation des mérozoïtes. Elles sont
complètement différentes des taches superficielles de Maurer qui, au
contraire, sont spéciales aux globules parasités par le type præcox » (1).
L’étude de nombreuses préparations du sang de paludéens
(i) Il est nécessaire de rappeler ici que ce texte, écrit pour un traité , dans
une forme didactique, schématique même, n'implique pas, comme il semble,
que Billet ait été partisan de la séparation des formes præcox et vivax.
Dualiste, distinguant formellement la tierce de la quarte, il considérait par
contre la forme præcox comme primaire et transitoire, liée au paludisme de
première invasion, et capable d’évoluer, l’infection bien* établie, soit en forme
vivax soit même en forme quartanum (== malariœ).
Séance du io Novembre 1917
843
ayant contracté leur infection en Afrique mineure ou en Macé¬
doine m’a conduit à une conception très différente de celles qui
viennent d’être exposées.
II. — Etude des préparations
Les frottis qui ont servi à cette étude ont été effectués, sauf
exceptions, comme suit : prise du sang’ au lobe de l’oreille, éta¬
lement sur lame avec une lamelle, fixation avant dessiccation
par exposition de 3 s. aux vapeurs osmiques (sol. à 2 0/0 dans
une sol. d’acide chromique à 2 0/0) (1). Coloration au Giemsa
de Grübler au 1/10 pendant une demi-heure.
Les critères de détermination du type prœcox sont: petites
formes annulaires dont beaucoup marginales (paraglobulai-
res), croissants, absence de formes amiboïdes et de rosaces.
Palud isme primaire estivo-automnal .
La détermination du type vivax découle de la constatation des
schizontes amiboïdes et des rosaces, et de l’absence des crois¬
sants. Sang de malades en rechute.
Je n’ai pu reconnaître avec certitude de parasites de la forme
malariœ.
A. Hématies a parasites du type prœcox. — Je n'ai observé,
correspondant à ce type, les croissants mis à part, que les for¬
mes annulaires; point de schizontes plurinucléés (fig, 1, 2, 3).
Les stigmates sont des taches ou plutôt des mouchetures de
Maurer, caractéristiques, très semblables à celles que figure
Billet. Moins brillamment teintées, mais nettement éosinophi¬
les, elles sont plus irrégulières de forme, leurs angles sont sou¬
vent prolongés par de fins tractus qui peuvent réunir les mou¬
chetures les unes aux autres. De très petits éléments se voient à
côté de très gros.
Une forte proportion (20 à 3o 0/0) de ces schizontes annu¬
laires présentent de petites expansions courtes, trapues, mous¬
ses et même tronquées, qui sont des pseudopodes figés par la
fixation.
(1) Pour une solution neuve, à la température de 20° et à 3-4 cm. du
liquide. Le temps d’exposition doit varier en raison inverse de la tempé¬
rature et en raison directe de l'âge de la solution. A 3o°. avec la solution
neuve, on ne fixera que pendant une seconde. 20 cm3 de sol. peuvent servir
plusieurs fois par jour pendant 6 mois.
344 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Une étude attentive fait voir que ces pseudopodes sont très
souvent en rapport par leur extrémité libre avec une mouche¬
ture plus ou moins complètement formée et qui paraît coiffer le
sommet de l’expansion protoplasmique. Elle se distingue nette¬
ment du cytoplasme bleu par sa teinte rose. Les mouchetures
sont inégalement réparties dans le globule ; avec tous les auteurs,
je les considère comme superficielles, imprimées dans le péri-
plaste même de l’hématie.
C’est là tout ce que j'ai pu observer, donc rien que de con¬
forme à ce que l’on connaissait jusqu’ici. J’insiste cependant sur
les rapports des mouchetures globulaires avec les pseudopodes
hémamibiens.
B. Hématies a parasites du type vivax (fig. 4> 5, 6). — a) Jeu¬
nes schizontes annulaires . — Je ne vois pas de différences nota¬
bles entre les plus jeunes de ces éléments et les schizontes annu¬
laires du type prœcox. Il n’y en a aucune entre les stigmates
que les uns et les autres impriment sur les globules. Dans tous
ceux-ci, les mouchetures sont identiques comme forme, nombre
et répartition, aux taches de Maurer des hématies à prœcox ;
jamais par contre ce piqueté régulier de grains de Schüffner
que Billet figure (fig. 2 et 3) dans les hématies à parasites
encore très jeunes et que je ne retrouve — jamais aussi régu¬
lières d’ailleurs — qu’avec les stades plus avancés des héma-
mibes.
C’est à peine si, aux premiers stades annulaires, l’amiboïsme
propre à la forme vivax est plus marqué que dans la forme
prœcox. Il se traduit par le développement un peu plus grand
des pseudopodes. Mais ce caractère s’accentue rapidement et
l’on peut voir déjà de ces jeunes schizontes à longues expan¬
sions protoplasmiques (fig. 5 et 6). Les mêmes rapports des pseu¬
dopodes avec les mouchetures se retrouvent ici. Dans la figure 6,
les mouchetures semblent marquer le sillage du pseudopode.
On sait que l’amiboïsme va croissant à partir de ce stade. Il
se manifeste dans les préparations par les formes très variées et
compliquées qu’offrent les hématozoaires (i).
b) Schizontes amiboïdes . — Les mouchetures conservent leurs
caractères, mais deviennent plus nombreuses. La figure 7 en
(1) Billet aurait dû, à mon avis, représenter quelques-uns de ces schizon¬
tes méandriformes si communs, normalement, dans le sang1 palustre.
Séance du io Novembre 1917
845
montre aussi dans le prolongement d’un fort pseudopode
linéaire. Leur nombre s’accroissant toujours, elles sont au con¬
tact ou empiètent les unes sur les autres, par places d’abord
(fi g. 8), puis sur toute la surface globulaire ( fîg. 9 et 10).
Les points d’intersection ou les points de tangence des con¬
tours des mouchetures ont la propriété de s’imprégner d’éosine,
plus fortement que les lignes elles-mêmes du faux réseau ainsi
formé. Aussi ces points seuls attirent-ils tout d’abord l’attention,
tandis que le fond réticulé passe facilement inaperçu. Les
« grains de Schüffner » ne sont autres que ces points nodaux sur¬
teintés résultant de la tangence ou du chevauchement des « taches
de Maurer ». Les techniciens s’accordent d'ailleurs à reconnaî¬
tre que les « taches de Maurer » sont plus difficiles à bien colo¬
rer que les « grains de Schüffner ». Je dois dire que, dans aucune
de mes préparations,, le piqueté schüffnérien ne m'est apparu
aussi défini et régulier que dans les figures de Billet. Les ima¬
ges en sont au contraire toujours un peu confuses et compli¬
quées et l’étude seule de leur développement pouvait en permet¬
tre l’analyse exacte.
Dans les préparations fixées à l’alcool après dessiccation du
frottis, les « grains de Schüffner », sans être mieux colorés
que par l’autre méthode, apparaissent plus nets parce que déga¬
gés du faux réseau maurérien qui, par cette méthode, reste
incolore ou très peu teinté.
D’ailleurs, quelle que soit la technique employée, le piqueté
schüffnérien, avec ou sans réseau, m’apparaît superficiel et non
profond. N’est-ce pas aussi l’impression que donnent, malgré le
contexte, les figures de Billet ?
c) Hématies à plasmodies anormales. — La figure 11 repré¬
sente une hématie, à schizonte amiboïde du type vivax , du sang
d'un malade ayant reçu de la quinine la veille du jour du prélè¬
vement (dose non indiquée). Le parasite a l'aspect déchiqueté
et sa surface est hérissée de nombreux pseudopodes fins et acu-
minés. L’hématie présente, à côté de quelques grosses mouche¬
tures, un piqueté de nombreuses ponctuations beaucoup plus
petites, peu colorables qui, théoriquement, équivalent chacune,
non pas à un grain de Schüffner, ou point nodal du faux réseau
maurérien, mais à une tache de Maurer primitive très réduite.
Les figures de ce genre étaient nombreuses dans la même pré-
84-6 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
paration qui ne contenait pas malheureusement de schizontes
annulaires.
Trois échantillons de sang1 m'ont fourni des anomalies para¬
sitaires d’ordre inverse dont je ne connais pas la cause. Les
schizontes, soit annulaires, soit amœboïdes, paraissent conden¬
sés et leur marge est partiellement ou entièrement doublée
d’une mince ligne rose (éosinophile) et d’épaisseur variable, qui
semble indiquer une pellicule périplastique particulièrement
développée. Dans les globules hôtes de ces hématies, les stigma¬
tes n’ont pas l’aspect de mouchetures. Ils sont plus volumineux,
plus colorables, à profil arrondi, à courbes nettes, pas toujours
fermées, qui correspondent bien à celles des gros lobopodes de
l’hématozoaire.
III. — Interprétation des faits
J'ai tenu à séparer nettement, de la description des figures,
leur interprétation, parce qu’il y a toujours quelques risques à
conclure d'images figées à un mécanisme. L’observation in vivo
n’est ici d’aucun secours parce que les stigmates globulaires n’y
apparaissent pas distinctement. L’observation ultramicroscopi-
que, que je n’ai pu pratiquer, rendrait peut-être ici de grands
services.
Voici, condensées d’après le texte de Billet, reproduit au début
de cette note, les idées actuellement admises au sujet de la nature
et de la genèse des « taches deMAURER» et des « grains de Schüff-
ner » : les premières, d’origine mécanique, traces superficielles de
l’effraction parasitaire, les secondes d’origine chimique, produits
de désintégration du stroma globulaire, répandus en granules
dans toute la masse de l'hématie.
II résulte tout d’abord de mes observations que « taches de
Maurer » et « grains de Schüffner » ne sont nullement d’es¬
sence différente, mais une même formation à deux stades suc¬
cessifs de sa genèse.
Les mouchetures isolées m’apparaissent comme desimpressions
laissées par les extrémités des pseudopodes hémamibiens sur la
mince pellicule périplastique globulaire, soit avant soit après
l’intrusion du parasite. L’hématozoaire, prenant pendant un
certain temps appui par l’extrémité d’un pseudopode sur le
périplastede l’hématie, y laisse une empreinte qui est peut-être
Séance du io Novembre 1917
m
une sécrétion ou un peu de la substance même de son propre
périplaste (1).
Le nombre des mouchetures serait donc fonction de l’ami-
boïsme. Elles 11e sont jamais beaucoup dans les hématies kpræ-
cox parce que l’hématozoaire va se condensant en une sphère
immobile à mesure qu’il se développe.
Dans les hématies à vivax , au contraire, le nombre des mou¬
chetures augmente comme l’arniboïsme durant la croissance du
parasite, de^sorte que le globule tout entier en est complètement
voilé lorsque Fhémamibe atteint le stade où elle s’immobilise.
La taille et le nombre des mouchetures, qui sont en dernière
analyse fonctions du degré de tension superficielle du cytoplasme
hémamibien, peuvent varier sous l’action des facteurs qui
influencent cette tension. Craig (1910) (2), qui a étudié in vivo
l’action de la quinine sur les hématozoaires, a observé que
ceux-ci réagissaient tout d’abord au médicament par une exagé¬
ration de l'amiboïsme. L’exemple que j’ai donné de parasites
modifiés par la quinine et produisant des mouchetures anor¬
males illustre bien cette influence du médicament sur l’ami-
boïsme et le rôle qu’a celui-ci dans la production des mouche¬
tures globulaires.
Quant au parasite de la quarte que je n’ai pas eu l’occasion
d’étudier, les auteurs s'accordent à ne lui reconnaître qu’un
amiboïsme très peu actif. Ils lui attribuent comme caractère
auxiliaire l’absence de tout stigmate dans le globule hôte. Je
vois là autre chose qu’une coïncidence : une relation de cause à
effet.
IV. — Conclusions doctrinales et pratiques
Examinons succinctement les conséquences qui découlent de
tout ce qui précède quant à l’unicité ou à la pluralité des para¬
sites du paludisme humain.
(1) J’ai signalé chez un Rhizopode parasite de l’intestin des Daphnies,
Pansporella perplexci , l’existence de pseudopodes de fixation au moyen des¬
quels le parasite s’attache pendant un temps plus ou moins long à la mem¬
brane périphérique de l’hôte. Lorsqu’il s’en détache, une légère empreinte
marque la surface d’adhérence.
(2) Studies in the morphology of malarial Plasmodia after the administra¬
tion of quinine, and in intra-corpuscular conjugation ( Journ . of inf. dis.,
VII, pp. 283-3 18).
848
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
EXPLICATION DE LA PLANCHE
1-2-3. — Jeunes schizontes du typ epræcox [Paludisme primaire tunisien
(Kébili) fin septembre 1917, petites formes paraglobulaires et
croissants], stigmates globulaires sous forme de « taches de
Maurer ». En 2 et 3, rapports nets des mouchetures avec les
pseudopodes hémamibiens.
4-5-6. — Jeunes schizontes annulaires du type vivax [Paludisme secon¬
daire balkanique, à 2 générations (avril 1917). Pas de formes
paraglobulaires ni de croissants, nombreux gros schizontes
amiboïdes]. « Taches de Maurer » caractéristiques, bien en rap¬
port avec les pseudopodes en 4 et 5.
7-8-9. — Schizontes amœboïdes : type vivax [Paludisme secondaire tuni¬
sien (Teboursouk), mai 1917]. Les « taches de Maurer » aug¬
mentent de nombre (7), elles deviennent adjacentes (8) et
forment un faux réseau complet (9) à points nodaux plus colo-
rables = « grains de Schüffner ».
10. — Rosace du sang circulant : type vivax [Paludisme secondaire
balkanique, avril 19171. Faux réseau maurérien à points
nodaux surteintés ou « grains de Schüffner ».
11. — Schizonte amiboïde (type vivax) chez un malade quininisé. Exa¬
gération de Famiboïsme. Grosses et fines mouchetures, ces
dernières simulant des « grains de Schüffner ».
12. — Schizonte amiboïde (typ z vivax) [Paludisme secondaire balkani¬
que, avril 1917]. Forme anormale à gros lobopodes, périplaste
très marqué. Stigmates en calotte.
Planche VIII.
E. Chatton
Chatton ad nat. del.
stigmates globulaires du paludisme
— —
Séance du io Novembre 1917
1
849
Un premier fait, constaté d’une manière certaine, antérieure¬
ment à toute interprétation, qui nous a frappé dès l’étude minu¬
tieuse de nos préparations, est l’identité des stigmates dans
toutes les hématies à schizontes annulaires, que ceux-ci soient
du type Prœcox ou du type Viuax . Ces stigmates sont des taches
de Maurer.
Un deuxième fait non moins certain est que les « grains de
Schüffner » ne sont pas d’une essence différente des « taches de
Maurer ». La coexistence exclusive des grains de Schüffner avec
les formes uivax n’implique donc pas un chimisme particulier
de ces dernières (1).
Selon notre thèse, les « grains de Schüffner » ne sont que l’ex¬
pression de l’amiboïsme accentué et prolongé de ces formes.
Nous supprimons donc la question de la valeur différentielle des
stigmates en la ramenant à celle — que nous ne discuterons pas
ici — de la valeur de l’amiboïsme comme caractère spécifi¬
que (2). La même question se pose, toujours selon notre thèse, à
propos de l’autonomie des parasites de la quarte.
Du point de vue pratique, nous dirons qu’il nous paraît impos¬
sible de fonder, sur l’aspect des stigmates globulaires, une dis¬
tinction des formes prœcox et vivax aux stades annulaires, les
seuls pour la différenciation desquels ce critère serait vraiment
utile.
La présence de « grains de Schüffner » dans les hématies à
grands schizontes amiboïdes ou à grandes rosaces, si caractéris¬
tiques du type vivcix , n’ajoute rien à la certitude que procure la
seule constatation de ces formes.
Ces réserves faites, il se peut que l’examen des stigmates soit
de quelque secours dans certains cas difficiles où l’on se trouve
en présence de formes aberrantes et permette, en particulier,
même sur des préparations fixées et d'une manière rétrospective,
de reconnaître l’existence d’un stade amiboïde.
(1) Laveran, qui a toujours défendu la thèse uniciste, a critiqué dans son
Traité du Paludisme (Paris, Masson, 2e édition, 1907) la valeur différentielle
des caractères tirés des stigmates globulaires.
(2) Nous reconnaissons d’ailleurs qu'il s’accompagne, dans la définition des
types d’hémamibes, d’autres critères non négligeables sans compter tous ceux
d’ordre clinique, étiologique et climatique.
850
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Identification des virus de trypanosomiase
équine marocaine de deux origines
Par A. LA VER AN
Velu, Ed. Sergent, Liiéritier et Belleval ont étudié, en 1915,
une trypanosomiase des chevaux qui a été observée dans diffé¬
rentes régions du Maroc, notamment à Casablanca (1); le trypa¬
nosome, agent de l’épizootie en question, a été décrit par ces
observateurs comme une espèce nouvelle, sous le nom de Tr.
marocanum .
D’autre part, C. Fiori, M. et Mme Delanoe ont constaté, en
1 q 1 5, un cas de trypanosomiase chez un cheval du 3e escadron
de spahis marocains à Mazagan (2).
Il était intéressant de rechercher si les virus de ces deux
origines étaient de même espèce et de compléter l’étude relative
à Fidentification du trypanosome de Casablanca, c’est ce que j’ai
pu faire, grâce à l'obligeance de nos collègues MM. Ed. Sergent
et Delanoe qui m’ont envoyé des animaux infectés avec les virus
des deux origines.
J’ai recherché d’abord si les trypanosomes de Casablanca et
de Mazagan pouvaient être différenciés par leurs caractères
morphologiques.
D’après les premières descriptions de Fiori et de M. et Mme
Delanoe, le trypanosome de Mazagan était remarquable par son
polymorphisme ; des éléments sans flagelle libre s'observaient
en proportion plus forte chez le cheval, et surtout chez le lapin,
que chez le rat; chez le rat, 011 rencontrait une proportion
notable de trypanosomes sans centrosomes ; enfin, chez ce der¬
nier animal, les parasites atteignaient des dimensions plus
grandes que chez le cheval. Le trypanosome de Casablanca était
au contraire monomorphe. Malheureusement, après quelques
(1) H. Velu, Soc. de path. exotique, 10 mars iqi5. — Ed. Sergent, A. Lhé-
ritier et G. Belleval, même Société, 21 juillet 1915. — H. Velu, même Société,
i4 mars 1917. *
(2) G. Fiori, M. et Mme Delanoe, Soc. de path. exotique, 21 juillet 1915 et
8 mars 1916. — A. Laveran, même Société, i3 octobre 19 15. — P. Delanoe,
même Société, i3 juin 1917.
Séance du io Novembre 1917
851
passages par animaux de laboratoire, les anomalies morpholo¬
giques signalées chez le trypanosome de Mazagan ont disparu,
comme il arrive souvent, et il a fallu reconnaître que, au point
de vue morphologique, on ne pouvait pas distinguer ce trypa¬
nosome de celui de Casablanca.
L’étude de l'action pathogène des deux virus sur les animaux
de laboratoire a donné des résultats à peu près identiques, sans
qu’il fût possible d’en conclure qu’il s’agissait d’un seul et même
trypanosome, car des trypanosomiases bien distinctes se tra¬
duisent souvent par les mêmes symptômes chez les mêmes
animaux.
La morphologie et l’action pathogène ne fournissant pas de
résultats concluants, il était indiqué d’avoir recours à l épreuve
de l’immunité croisée si utile pour l’identification des trypano¬
somes (1).
Déjà Ed. Sergent, Lhéritier et Belleval étaient entrés dans
cette voie en montrant que des animaux ayant acquis l’immu¬
nité contre le debab et l’infection due au Tr. soudanense pou¬
vaient être infectés avec le trypanosome de Casablanca et que
inversement des animaux ayant acquis l’immunité pour ce der¬
nier trypanosome pouvaient être infectés par le trypanosome du
debab ou par celui de la dourine.
Il était intéressant de faire des recherches semblables avec le
trypanosome de Mazagan et d étendre ces recherches à quelques
trypanosomiases autres que le debab, l’infection due au Tr.
soudanense (2) et la dourine, au surra notamment dont une
forme, la mbori, a été signalée dans différentes régions de
l’Afrique. Je résume brièvement les résultats de mes expé¬
riences.
Mes premières recherches ont été faites avec le virus de Maza¬
gan, alors que je ne possédais pas encore le virus de Casablanca.
I. — Une chèvre ayant F immunité pour le Tr. Euansi s infecte
par le virus de Mazagan.
Une chèvre neuve pesant 38 kg. est inoculée, le 5 octobre 1915, sur une
souris infectée de surra de Maurice. Les examens du sang de la chèvre
faits à plusieurs reprises en octobre et novembre sont négatifs au point
(1) A. Laveran et F. Mesnil, Trypanosomes et Trypanosomiases, 2e édit.^
1912, p. 235.
(2) D’après mes recherches, le trypanosome du debab est une variété du
Tr. soudanense.
852
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
de vue de l’existence de trypanosomes. — 5 novembre, 2 cobayes reçoi*
vent chacun, dans le péritoine, 10 cm3 du sang de la chèvre, ils s’infec¬
tent. — Le 1er décembre 1915 et le 3 janvier 1916, la chèvre pèse 39 kg. 1 /2 ;
le 2 février elle pèse 40 kg. et le 3 avril 40 kg. 1/2. — 11 avril, 3 cobayes
reçoivent chacun, dans le péritoine, 10 cm3 du sang de la chèvre, ils ne
s’infectent pas. — 9 juillet 1916, la chèvre est réinoculée de surra sur
souris (le virus du surra souche ayant été perdu, j’emploie la variété acen-
trosomique du meme virus). — 24 juillet, un chien reçoit, dans le péri¬
toine, 30 cm3 du sang de la chèvre, il ne s’infecte pas. La chèvre a donc
acquis l’immunité pour le surra.
30 octobre 1916. La chèvre est inoculée avec le trypanosome de Maza-
gan sur souris. — 2 novembre, la chèvre pèse 40 kg. — 15 novembre, un
chien reçoit, dans le péritoine, 20 cm3 du sang de la chèvre, il s’infecte
rapidement; dès le 22 novembre, il a des trypan. assez nombreux et meurt
le 9 décembre 1916. — Le 2 janvier et le 2 février 1917, la chèvre pèse
40 kg. — 13 février, l’examen du sang de la chèvre ne révèle pas la pré¬
sence de trypan. — 18 février, 2 cobayes sont inoculés ; chacun d’eux
reçoit, dans le péritoine, 8 cm3 du sang de la chèvre, l’un d’eux s’infecte.
— Le 1er mars et le 1er avril , la chèvre pèse 40 kg. — 3 mai, un chien
inoculé avec 30 cm3 du sang de la chèvre s’infecte. — 1er juin et 1er juillet,
la chèvre pèse 40 kg. — 18 juillet, 2 cobayes qui ont reçu chacun, dans
le péritoine, 8 cm3 du sang de la chèvre s’infectent. — 1er août, la chèvre
pèse 40 kg. — 4 août, la chèvre est malade, elle mange peu. — 17 août,
l’état s’aggrave, la chèvre a beaucoup maigri, elle ne pèse plus que 34 kg.
et se lève difficilement. Pas de fièvre. — 22, la chèvre très amaigrie ne
peut plus se tenir sur ses pattes. — La chèvre meurt le 23 août 1917, elle
ne pèse plus que 30 kg. La rate pèse 90 gr.
Une bronchite généralisée a dû contribuer à amener la mort de la chè¬
vre qui d’ailleurs était vieille et encore infectée de trypanosomiase.
II. — Une chèvre ayant h immunité pour le virus de Mazagan
s’infecte par le trypanosome du debab.
Une chèvre neuve, pesant 34 kg., est inoculée le 13 novembre 1915 avec
le virus de la trypanosomiase équine de Mazagan ; à cet effet quelques
gouttes du sang d’une souris fortement infectée par ce virus sont diluées
dans l’eau physiologique citratée et injectées à la base de l’oreille droite de
la chèvre. — Du 13 au 28 novembre, il n’y a pas de poussée fébrile, le
maximum de température atteint est 38°6. — Des examens du sang faits
le 28 novembre et le 5 décembre sont négatifs au point de vue de l’exis¬
tence de trypan. — 11 et 14 décembre, trypan. très rares à l’examen histo¬
logique du sang de la,chèvre. — 15, 2 cobayes inoculés, dans le péritoine,
chacun avec 10 cm3 du sang de la chèvre, s’infectent et meurent l’un le
30 mars et l’autre le 19 avril 1916. — Du 28 novembre 1915, au 18 jan¬
vier 1916, la température la plus élevée de la chèvre est de 38°6, il n’y a
donc pas de fièvre. Le 3 janvier 1915, la chèvre pèse 35 kg. 800, elle a
donc augmenté un peu de poids. — 16 février, 2 cobayes reçoivent chacun,
dans le péritoine, 8 cm3 du sang de la chèvre ; ils s’infectent. — La chè¬
vre, en très bon état, pèse le 3 avril 35 kg. 800, et le 1er mai 36 kg. —
17 avril, 3 cobayes reçoivent chacun, dans le péritoine, 10 cm3 du sang
de la chèvre, 2 s’infectent. — 2 juin, la chèvre pèse 35 kg. 600. — 17 juil¬
let, 2 gros cobayes reçoivent chacun, dans le péritoine, 15 cm3 du sang de
la chèvre, ils s’infectent. — 4 août et 1er septembre, la chèvre pèse 35 kg.
— 7 septembre, un chien reçoit, dans le péritoine,. 30 cm3 du sang de la
Séance du io Novembre 1917
chèvre; à la date du 30 novembre 1916 le chien ne s’est pas infecté. —
2 décembre, la chèvre pèse 35 kg. — 5 décembre, la chèvre est réinoculée
sur un cobaye infecté par le trypan. de Mazagan, elle reçoit, sous la peau
d’une des oreilles, une forte dose de virus. — 23 décembre, un chien
reçoit, dans le péritoine, -30 cm3 du sang de la chèvre ; il ne s’infecte pas.
1er mars 1917, la chèvre qui a acquis l'immunité pour le virus de Maza¬
gan est inoculée avec le virus du debab sur cobaye. — 21 mars, un chien
reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre, il est très malade
le 21 au soir, comme paralysé du train postérieur et il meurt le 22 au
matin. A l'autopsie on ne trouve pas de lésion capable d’expliquer la mort
qui paraît devoir être attribuée à une intoxication par. le sang de la chè¬
vre ; il est à noter que le chien, du poids de 9 kg., n’avait jamais reçu de
sang de chèvre ; on peut donc écarter l’idée d’accident anaphylactique. —
23 mars, l’examen histologique du sang de la chèvre est négatif au point
de vue de la présence de trypanosomes. — Un chien du poids de 13 kg.
reçoit le 24 mars, dans le péritoine, 20 cm3 du sang de la chèvre, il est
assez malade pendant 24 heures, mais se rétablit complètement Dès le
31 mars, on trouve des trypan. dans le sang du chien ; la chèvre qui avait
acquis l’immunité pour le trypan. de Mazagan était donc sensible au try¬
pan. du debab. Le chien inoculé le 24 mars succombe à la trypanosomiase
le 11 avril 1917. — 4 juillet 1917. un chien inoculé sur la chèvre s’infecte ;
il a une infection à marche lente.
III. — Une chèvre ayant F immunité oour le debab , inoculée avec
le virus de Mazagan , s infecte.
Une chevrette pesant 14 kg est inoculée, le 3 novembre 1913. avec le
trypanosome du debab sur cobaye ; elle s'infecte et elle a une très longue
infection A plusieurs reprises, en 1915 et 1916, la chèvre paraît guérie,
mais les réinoculations donnent un résultat positif. Cette longue infection
n’entrave pas la croissance. La chèvre pèse, le 2 février 1916, 36 kg. —
2 mars 1917, un chien qui a reçu, dans le péritoine, 20 cm3 du sang de la
chèvre ne s’infecte pas. — 1er avril et 1er mai. La chèvre pèse 36 kg. 1/2. —
7 mai. La chèvre est réinoculée de debab, elle reçoit une forte dose de virus
fourni par une souris ayant de nombreux trypan. — 26 mai, un chien
reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre, il ne s’infecte pas.
— 1er juin, 1er juillet, 1er août, la chèvre qui est en très bon état pèse
37 kg.
9 août 1917, la chèvre est inoculée £1 la base de l’oreille droite avec le
trypan. de Mazagan. — 25 août, un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3
du sang de la chèvre, il montre dès le 1er septembre des trypan. très rares,
et il succombe le 18 octobre 1917 à la trypanosomiase avec opacité des
2 cornées.
IV. — Une chèvre ayant F immunité pour le surra , inoculée avec
le virus de Casablanca , s'infecte.
Une chèvre pesant 35 kg. est inoculée, le 10 septembre 1916, avec le
Tr. Evansi (1). La chèvre s'infecte ; 2 cobayes inoculés le 25 septembre
et 1 chien inoculé le 25 novembre 1916 s’infectent. — 24 février 1917, un
chien qui a reçu, dans le péritoine, 20 cm3 du sang de la chèvre ne s’in-
(1) L’inoculation est faite avec le Tr. Evansi acentrosomique dont la viru¬
lence diffère très peu de celle du Tr. Evansi normal.
57
854 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
fectepas. — 2 mars et 1er avril, la chèvre pèse 36 kg. — 24 avril, la chè¬
vre est réinoculée avec une forte dose du Tr. Evansi ; elle ne se réinfecte
pas. IJn chien qui a reçu le 15 mai, dans le péritoine, 20 cm3 du sang de la
chèvre reste indemne. La chèvre a donc acquis l’immunité pour le surra.
Le 28 août 1917, la chèvre qui pèse 37 kg. est inoculée avec le virus de
Casablanca ; à cet effet j’injecte sous la peau, à la base de l’oreille droite,
quelques gouttes du sang d’une souris infectée de Tr. marocamim, après
dilution dans l’eau physiologique citratée. — 12 septembre, un chien
reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre, il s’infecte rapide¬
ment ; à la date du 19 septembre, il a des trypanosomes non rares et
il succombe le 21 octobre 1917 à la trypanosomiase avec opacité des
cornées. — Des examens du sang de la chèvre faits à trois reprises
sont négatifs au point de vue de l’existence des trypanosomes. La tempé¬
rature de la chèvre s’élève le 16 au soir à 39°7, et le 19 au soir à 40 5. —
Apyrexie à partir du 20 septembre. — 1er octobre, la chèvre pèse 37 kg.
V. — Une chèvre qui a acquis l'immunité pour le Tr. Brucei, et
pour le Tr. rhodesiense , inoculée avec le virus de Casablanca ,
s' infecte.
Une chèvre qui a acquis l’immunité pour le Tr. tirucei (nagana ferox
et nagana de l’Ouganda), et pour le Trypanosoma rhodesiense (1), est ino¬
culée le 12 juillet 1917 avec le Tr. marocamim. A cet effet on lui injecte
sous la peau, à la base de l’oreille droite, quelques gouttes de sang de
souris riche en Tr. marocanum, diluées dans un peu d’eau physiologique
citratée. La chèvre pèse le 2 juillet 35 kg. 1/2 — 30 juillet, un chien
reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre ; dès le 6 août, on
trouve dans le sang du chien des trypanosomes non rares. La chèvre n’a
pas de fièvre et un examen histologique de son sang fait le 31 juillet, au
point de vue des trypanosomes, est négatif. — Le chien inoculé le 30 juil¬
let meurt de trypanosomiase le 1 1 septembre, il a de la kératite à gauche;
la rate, volumineuse, pèse 42 gr. Le poids du chien est de 10 kg. — La
chèvre pèse le 1er septembre et le 1er octobre 35 kg. 1/2.
VI. — Une chèvre qui a acquis T immunité pour Tr. Evansi ,
pour Tr. soudanaise et pour la variété berberum de ce dernier ,
inoculée avec le virus de Mazagan s' infecte. Après qu’elle a acquis
T immunité pour ce dernier trypanosome , la chèvre inoculée avec
le virus de Casablanca ne s’infecte pas.
Une chèvre qui a acquis l’immunité pour le Tr. Evansi, le Tr. souda¬
naise et pour la variété berberum de ce trypanosome est inoculée, le
9 février 1916, avec le trypan. de Mazagan ; à cet effet je lui injecte, à la
base de l'oreille droite, quelques gouttes du sang d’un cobaye fortement
infecté par ce trypanosome diluées dans de l’eau physiologique citratée.
La chèvre, en très bon état, pèse 40 kg. — Des examens du sang de la.
chèvre faits les 19 et 23 février, I et 9 mars, au point de vue de l’existence
de trypan., sont négatifs. — 11 mars, un chien reçoit, dans le péritoine,
30 cm3 du sang de la chèvre, il s’infecte mais l’infection est faible, des
.
(i) Obs. 4e de ma note : Surra, nagana ferox, nagana de l’Ouganda et infec¬
tions dues au Trypanosoma rhodesiense , Soc. de path. exotique , 8 novembre
1916, Bulletin , t. IX, p. 735.
Séance du io Novembre 1917
855
trypan. très rares sont notés en avril et mai, après quoi ils disparaissent
et à la date du 5 juillet 1916., le chien paraît complètement guéri. —
12 mai 1916, la chèvre est réinoculée avec le trypan. de Mazagan sur un
cobaye ayant des trypan. nombreux. — 13 juin, un chien reçoit, dans le
péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre il s’infecte rapidement et forte-
Iment ; il meurt le 30 juillet 1916 avec des trypan. très nombreux. — 1Pr juil
et, la chèvre pèse 40 kg. — 20 août, un chien reçoit, dans le péritoine, -
30 cm3 du sang de la chèvre, il ne s’infecte pas. — 1er septembre et
1er octobre, la chèvre pèse 40 kg. — 4 novembre 1916, la chèvre est réino¬
culée avec quelques gouttes du sang d’une souris fortement infectée de
trypan. de Mazagan. — 20 novembre, un chien inoculé sur la chèvre
(30 cm3 de sang) ne s’infecte pas. — 2 décembre 1916 et 2 janvier 1917,
la chèvre pèse 40 kg. — 20 janvier 1917, le chèvre est réinoculée pour la
seconde fois avec le trypan. de Mazagan, sur cobaye. — 10 Février, un
chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre, il ne s’infecte
pas. La chèvre a donc acquis une solide immunité pour le trypan. de
Mazagan. — 12 juillet 1917, la chèvre qui est en très bon état (poids 40 kg.)
est inoculée avec le Tr. marocanum ; à cet effet je lui injecte, sous la peau
de l’oreille droite, quelques gouttes du sang dilué d’une souris ayant des
Tr. marocanum nombreux qui m’a été envoyée d’Alger par notre collègue
le Dr Ed. Sergent. — 27 juillet, l’examen du sang de la chèvre est néga¬
tif au point de vue de la présence de trypan. Pas de fièvre. — 28 juillet,
un chien reçoit, dans le péritoine, 30 cm3 du sang de la chèvre. — 1er août,
la chèvre pèse 40 kg. — 2 septembre, la chèvre n’a présenté aucun symp¬
tôme anormal ; pas de fièvre ; poids : 40 kg. — 1er octobre, le poids de la
chèvre se maintient à 40 kg. — 1er novembre, le chien inoculé le 28 juillet
ne s’est pas infecté.
Il ressort de ces observations que :
Une chèvre ayant acquis l’immunité pour le surra s’est mon¬
trée sensible au virus de Mazagan (Obs. I);
Une chèvre ayant acquis l’immunité pour le virus de Mazagan
s’est montrée sensible au debab et réciproquement (Obs. II et
III);
Des chèvres ayant acquis l’immunité pour le surra (Obs. IV),
et pour le nagana ainsi que pour les infections produites par le
Tr. rhodesiense (Obs. V), se sont montrées sensibles au virus de
Casablanca ;
Une chèvre ayant acquis l’immunité pour le surra et pour les
infections dues au Tr. soudanense et à sa variété Tr. berberam
s’est montrée sensible au virus de Mazagan. Après immunisation
pour ce dernier virus, elle a été inoculée sans succès avec le
virus de Casablanca.
D’où l’on peut tirer les conclusions suivantes :
i° Le virus de Mazagan ne peut être identifié ni à Tr. Evansi
ni à Tr. soudanense, ni à Tr. berberum ;
f
856 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2° Le virus de Casablanca ne peut être identifié ni à Tr.
Evansi , ni à Tr. Brucei , ni à Tr. berberum;
3° Le virus de Mazagan paraît devoir être identifié au virus de
Casablanca, autrement dit à Tr. marocanam (Sergent, Lhéritier
et Belleval). La chèvre qui est l’objet de l’observation VI avait
acquis il est vrai l’immunité pour plusieurs trypanosomes quand
elle a été inoculée sans succès avec Tr. marocanum , mais le seul
virus de Mazagan a pu lui conférer l’immunité pour ce dernier
trypanosome.
Le Gerant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cie.
Tome X.
"
\ ... - .
1917 No 10
BULLETIN
de la Société
DE y '
Pathologie Exotique
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ : INSTITUT PASTEUR, PARIS
Séance du 12 décembre 1917-
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Le Bulletin de la Société de Pathologie exotique paraît 10 fois par an
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septembre. Il forme tous les ans un volume de plus de 600 pages
Le prix de l’Abonnement est : France et Colonies françaises . 20 fr. ; Union postale . 24 fr.
Prix des apnées 1908 à 1917 : chaque année : 18 fr.
SOMMAIRE DU NUMÉRO'io
Séance du 12 décembre 1917
Dr J. J. Schneider
JNECROLOGIE
ELECTIONS
867
859
896
890
v
Membres correspondants élus .
COMMUNICATIONS
E. Brémont et M. Leger. — La Filariose de Bancroft à la Guyanefran-
çaise dans ses rapports avec les manifestations lymphatexiques .
Cot et Hovassk. - Quelques remarques sur les Anophélines de Macé¬
doine . . . \
E. Escomel. — Le Phyllodactylus gerrhopygus au Pérou. Son infection
par une hémogrégarine .
J. de Goyon et J. E. Bouvier. — La lutte antipaludique dans un régi¬
ment d’infanterie coloniale en Orient 1917 .
A. Lagriffoul et F. Picard. — Remarques sur le paludisme dans la xvie
Région. Cas autochtoné à Plasmodium prœcox .
A. Laveran. — Le Phyllodactylus gerrhopygus et son hémogrégarine.
Discussion . .
• • • • •
M. Leger et FL Ryckewaert. — Hématozoaire de la fièvre quarte et accès
pernicieux mortel . . . g^
Voirja suite du sommaire page III de la couverture
873
886
883
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}
A. da Matta. — La Tréponémose de Castellani (Boubas) et son traite¬
ment. par les arsenicaux et l’émétique . . . 863
C Mathis et L. Mercier. — A propos du soi-disant chromidium des kys¬
tes des Entamibes . 866
F. Noc. — Prophylaxie de l’amibiase intestinale par l’ipéca total glu-
tinisé . 868
F. Noc. — Lymphangite à répétition. — Discussion . 900
L. Parrot. — L'infection tuberculeuse dans le Hodna Oriental (Steppe
Gonstantinois) . • . «... 86o
H. Schein. — Piroplasmose du cheval dans le Sud-Annam .... 871
H Velu. — Lu pyothérapie dans le traitement des blessures de harna¬
chement aux Colonies . 901
^KjcSgf&v; 3K - *• * A;
MÉMOIRES
A. Lacassagne. — Considérations pratiques sur la prophylaxie et le
traitement des paludéens en Macédoine . 92^
E. F. Martinez. — La dysenterie tropicale en Espagne . 904
A da Matta. — Considérations sur l’enléro-trichocéphalose et la tri-
chocéphalose appendiculaire . 9^2
E. W. Suldey. — L’index endémique du Paludisme à Madagascar.
Valeur de la formule leucocytaire dans l’évaluation de l’index, com¬
parativement à la splénomégalie, l’hématozoaire et les mélaniféres. 915
' N
OUVRAGES REÇUS . . . .
' TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES . 944
TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS D’AUTEURS . 957
LE PLUS PUISSANT ANTISEPTIQUE - NON TOXIQUE - NON CAUSTIQUE
Possède une puissance bactéricide étudiée sur onze des principaux microbes parmi
lesquels se trouve le bacille tuberculeux: qui est rendu inoffensif dans les crachats
des phtisiques traités par l’AiViODOL. — Etude faite dans les Laboratoires du Royal
Instiiw de La Saute publique en A nyleierre. Londres, octobre 1916.
PRÉVIENT et GUERIT toutes les maladies INFECTIEUSES et CONTAGIEUSES
dorme à l'organisme une vitalité qui lui permet de résister à l’attaque de tous les microbes.
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par tous les médecins comme le plus grand préser¬
vatif et le curatif le plus certain des maladies
intimes, maladies de la femme : Métrites, Pertes,
Cancers, etc. Dans les maladies des yeux :
Ophtalmies, Conjonctivites, dans celles de la
peau: Herpès, Eczéma, Ulcères. Contre Furon¬
cles, Anthrax, Coupures. Brûlures, Piqûres
d’insectes, quelqueslavagesà rANIODOLcalment
la douleur, empêchent l’infection et activent la
cicatrisation.
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C’est le désinfectant'interne le plus puissant. On
l’utilise avec succès, en gargarisme, dans les cas
d’Angines et dans Grippe, Bronchite, Fièvre
typhoïde, Fièvres, 'éruptives et paludéennes,
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intestinal; guérit la Diarrhée verte chez les
nourrissons, l’Entérite simple et muco-mem-
braneuse, la Constipation. Il met ainsi à l’abri
de l’Appendicite qui en est la conséquence.
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iv
Dixième année
'9*7
N° io.
BULLETIN
\
DE LA
Société de Pathologie exotique
SÉANCE DU 12 DÉCEMBRE I 9 I 7 .
PRÉSIDENCE DE M. LAVERAN, PRÉSIDENT.
Nécrologie
Décès de M. J.-E.-J. Schneider
Médecin-Inspecteur de l’armée
Le Président. — J’ai le grand regret d’avoir à annoncer la mort
d’un des membres titulaires honoraires de notre Société.
Le Médecin-Inspecteur J.-E.-J. Schneider vient de succomber
à une longue et douloureuse maladie ; ses obsèques ont eu lieu
le 3 décembre courant au Val de-Grâce.
Schneider était né à Metz en 1 854- Je le connaissais depuis
longtemps ayant eu le plaisir de le compter au nombre de mes
élèves en 1877, alors que j’étais professeur agrégé à l’Ecole du
Val-de-Grâce ; il était très bien doué et travailleur; les espé¬
rances qu’il donnait n’ont pas été déçues, sa carrière militaire a
été fort belle.
58
I
858
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Dans cette carrière que je n’ai pas à retracer ici, un fait sur¬
tout nous intéresse ; en 1893, Schneider fut envoyé en Perse, et
pendant 1 4 ans il remplit les fonctions de Médecin en chef de
S. M. le chah ; durant cette longue période, il eut fréquemment
l’occasion d’étudier quelques-unes des maladies des pays chauds ;
quand notre Société fut créée, il en comprit tout de suite l’uti¬
lité et il demanda à en faire partie. En 1908 et 1909, Schneider
fut très assidu à nos séances et il prit part à nos travaux, notam¬
ment à l’occasion de discussions sur le bouton d’Orient, le salek
des Persans, et sur le traitement de la dysenterie amibienne.
En 1909, Schneider fut nommé Directeur du Service de Santé
du 20e Corps d’armée et, bientôt après, Médecin-Inspecteur.
Malheureusement, à la suite de son long- séjour en Perse, la
santé de notre collègue avait beaucoup souffert et, en 1914,
alors que personne ne prévoyait la guerre formidable qui allait
éclater, il dut demander son passage au cadre de réserve pour
raison de santé.
La guerre une fois déclarée, Schneider essaya vainement de
rentrer en activité et, voulant quand même se rendre utile, il
organisa à Nancy, avec le concours dévoué de Mme Schneider,
un hôpital auxiliaire qui rendit de grands services. Au mois de
janvier 1917, il eut la douleur de perdre sa compagne qui suc¬
comba à une grippe infectieuse aggravée par le surmenage et
cette dure épreuve accéléra les progrès de la maladie dont il
était atteint ; au mois d’avril 1917, il devait quitter Nancy et il
rentrait à Paris dans un état qui laissait peu d’espoir à ses amis.
La mort n’a pas permis à Schneider dé voir le jour, prochain
espérons-le, où son pays natal, notre chère Lorraine, sera enfin
délivré du joug abhorré de rAllemand ; c’est là le patriotique
regret qu'il a exprimé en mourant.
Au nom de la Société de pathologie exotique, j’adresse à la
famille de notre très regretté collègue des condoléances bien
vives et bien sincères.
.1.?
Séance du 12 Décembre 1917
>• .1
859
Elections
Election de Membres correspondants
Sont élus :
Correspondants français
MM.
R. Baujean, médecin-major de 2e classe des Troupescoloniales.
Botreau-Roussel, — — — —
L. Parrot, médecin de colonisation en Algérie.
L. Tribondeau, médecin principal de la Marine.
H. Velu, vétérinaire militaire, chef du Laboratoire de Recher¬
ches du Service de l’Elevage du Maroc.
Correspondants étrangers
G. Finzi, professeur de Clinique vétérinaire à l’Université de
• Turin.
G. A. Kofoid, professeur de Zoologie à l’Université de Cali¬
fornie.
A. da Matta, médecin-chef de la Municipalité de Manaos
(Brésil).
R. Mouchet, médecin-chef, Union minière du Haut-Katanga.
G. Pittaluga, professeur de Parasitologie et de Pathologie tro¬
picale à la Faculté de Médecine de Madrid.
860
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
/
COMMUNICATIONS
Infection tuberculeuse dans le Hodna Oriental
(Steppe Constantinois)
Par L. PARROT
En 1916-1916, nous avons poursuivi — au moyen de la cuti-
réaction à la tuberculine et suivant la technique adoptée par
l'Institut Pasteur d'Algérie — l’étude de l'infection tuberculeuse
latente parmi les Indigènes du Hodna Oriental (1) âgés de 1 jour
à 16 ans. Cette enquête nous a conduit aux résultats statistiques
ci-dessous :
À. — Populations de langue arabe
1. — Agglomérées.
(Centre de Barika et oasis de M’Doukal).
Cuti-réactions positives.
%
a
(1) Circonscription administrative et médicale de Barika. Altitude : de 4oo
1.900 m.
Séance du 12 Décembre 1917
861
2. — Eparses (1).
(Douars Seggana et Bitam).
Cuti-réactions positives.
B. — Populations de langue berbère (Chaouïa)
1. — Agglomérées.
(Centre de N’Gaoua).
Cuti -réactions positives.
(1) Les populations arabes éparses se subdivisent en sédentaires (douar Seggana)
et nomades (douar Bitam).
862
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
2. — Eparses.
(Douars Ouled Si-Slimane et Séfiane).
Cuti -réactions positives.
Conclusions. — i° Dans le Hodna Oriental (région peu péné¬
trée par l’élément européen en dehors des Centres de N’Gaoua et
de Barika), l’index tuberculinique, chez les enfants de i à i5ans,
atteint 3o,5 o/o (i).
2° Les populations de langue arabe, considérées dans leur
ensemble, donnent un pourcentage de cuti-réactions positives
plus fort que les populations de langue berbère :
Arabes : 172 CR 4- sur 461 inoculations = 37,3 0/0
Berbères : 131 CR -f sur 531 inoculations = 24,6 0/0
\ i . *
3° Dans l’un et l’autre groupe ethnique, les populations
agglomérées sont plus infectées de tuberculose que les popula¬
tions éparses : la différence est surtout marquée dans le groupe
arabe :
a i ( agglomérés ; 136 CR -j- sur 343 inoculations . 39,6 0/0
j: i épars j : 36 CR -f sur 118 inoculations . 30,5 0/0
b i ' J agglomérés; 38 CR -f sur 148 inoculations . 25,6 0/0
I épars j : 93 CR -h sur 383 inoculations . 24,3 0/0
4° Dans l’un et l’autre groupe ethnique, la proportion des
cuti-réactions positives est plus forte chez les filles que chez les
garçons :
(i) Nous n’avons pas établi l’index tuberculinique total, faute d’avoir pu
contrôler un nombre suffisant de cuti-réactions chez les adultes.
Séance du 12 Décembre 1917
863
Anup„ Ç garçons: 95 CR 4- sur 262 inoculations .
i filles : 77 CR -f- sur 199 inoculations .
Rpphppps; S garçons : 70 CR + sur 302 inoculations .
I filles : 61 CR + sur 229 inoculations .
36,2 0/0
38.6 0/0
23,1 0/0
26.6 0/0
5° L infection tuberculeuse latente semble atteindre son
minimum parmi les populations arabes nomades : 3 cuti-réac¬
tions positives sur 25 inoculations.
Institut Pasteur d'Algérie.
La Tréponémose de Castellani (Boubas)
et son traitement
par les arsenicaux et l'émétique
Par Alfr. da MATTA
Le 606, le 914 et l’arséno-benzol Billon ont une action spéci¬
fique déjà très connue dans 1# thérapeutique de la Bouba (Pian,
Yaws, Frambœsia ou Tréponémose de Castellani). Mais, à cause
des difficultés provoquées par la conflagration mondiale, il a été
presque impossible chez nous de se procurer ces médicaments
avec facilité et à prix modéré.
L’usage d’autres médicaments dans la Bouba a donné des
résultats dignes d’être vulgarisés ; l’émétique est dans ce cas. Il
est vrai que j’ai déjà employé Témétine au traitement de la Bouba,
suivant l’exemple de Millian (i), qui a obtenu avec son applica¬
tion des avantages très remarquables sur des syphilitiques dans
le traitement desquels le mercure et le 606 n’avaient pas donné
de résultats efficaces. Millian, donc, a obtenu avec l’émétine la
guérison d’un malade atteint de syphilis ulcéreuse au bout de la
langue, et réussi à en guérir un autre de périostose des tibias,
qui avait des rechutes et était rebelle aux injections de mercure.
Il est facile de conclure que si l’émétine guérit des malades
de tréponémose de Schaudinn, on pouvait l’employer rationnel¬
lement dans les cas de tréponémose de Castellani, c’est-à-dire
dans la Bouba.
(1) Bull, et Mém. de la Soc. Médicale des IIôp. de Paris, p. 626, 1913,
864
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
C/est ce que j’ai fait, suivant l’exemple de Bayma ( i). D’ailleurs,
la guérison venant un peu plus tard, j’ai donné à la publicité les
résultats du premier cas (2). Cependant, l’émétique offre, entre
plusieurs avantages, ceux du temps et de l’efficacité, et il est
aujourd’hui un médicament très recherché dans les diverses
maladies à protozoaires, la leishmaniose tégumentaire (3) et le
granulome ulcéreux ou granulomatose, principalement. Son
emploi est également logique dans la Bouba.
Je cite maintenant les résultats que j’ai obtenus chez le pre¬
mier malade de boubas que j'ai dû traiter avec l’émétique, à
Manaos, Amazonas. Pour mieux démontrer les effets de ce
remède, je présente les fi g. I et If, avant et après le traitement.
A. R., agriculteur, brésilien, âgé de 41 ans, habitant près de Manaca-
purü, Solimôes, malade depuis 18 mois, m’a été recommandé par un ami.
11 ressentait de fortes douleurs ostéo-articulaires ; bronchite ; apyrexie.
Après avoir fait l’examen général et l’anamnèse, j’ai diagnostiqué la Bouba
ou Tréponémose de Castellani, ce qu’a confirmé l’examen bactériosco-
pique (procédés de Burri et de Giemsa).
C’était un cas de boubas ou de pian généralisé. Il pouvait, par sa mar¬
che et son évolution clinique, appartenir à la deuxième et au commence¬
ment de la troisième phase de la classification de Castellani et Chal-
mers (4).
Les muqueuses se trouvaient indemnes, ainsi que les régions super et
infra-hyoïdienne, les régions axillaires, cervicale, la paume des mains et
la plante des pieds.
L’éruption boubatique. ou pianique, était intense au niveau du tronc,
exception faite des régions où passent les lignes axil lo-illiaques, droite et
gauche, où elle était plus discrète (fîg. 1). J’appelle l’attention sur ce fait,
qu’il m’a été donné d’observer pour la cinquième fois et qui n’est pas men¬
tionné, je crois, par les livres de Médecine tropicale.
Dans les régions dorsales des mains, la région dorsale et les bords interne
et externe des pieds, les boubas miliaires et papillifères étaient très nom¬
breuses et se détachaient visiblement. Près de l’ongle de l’index delà
main gauche, on voyait une intéressante bouba miliaire (fig. I).
La forme ulcéreuse était aussi localisée autour des ongles des orteils et
autour et au-dessous du gros orteil droit. C’étaient des cas très caracté¬
ristiques d’onyxisetde périonyxis boubatique ou pianique (fig. I) (5).
Dans d’autres régions, existaient des papillomes de 1 à 2 et 3 cm.
de diamètre, de formes variées, d’élévation irrégulière : annulaires, cir-
(1) Bayma. Sobre o tratamento da emetina na Frambœsia tropiea. Rev. Med.
de S. Paulo, 1 g 1 3.
(2) A emetina no tratamento das Boubas (Pian). Arch. Brasileiros de Med i-
cina, nos g et 10, p. 65o, 1 gi4-
(3) Cette dénomination est due au prof. F. Terra, de la Faculté de Médecine
à Rio-de-Janeiro.
(4 ) M anual of Tropical Medicine, p. 1176, 2e édit., 1913, London.
(5) Le Dantec. Précis Path. Exot., p. 466, t. II, 3e édit., 1911, et Jeanselme
et Rist. Précis Path. Exot., p. 476, 1909.
Planche IX
A. 1)A Matta
Séance du 12 Décembre 1917
865
cinées, polycycliques... Beaucoup d’entre eux laissaient échapper un liquide
fétide; d’autres avaient une croûte épaisse, quelquefois jaunâtre, adhé¬
rente, tandis que l’on en distinguait quelques-uns qui se desséchaient,
ceux-ci ayant une superficie recouverte d’une espèce de végétation à l’aspect
de filaments cornés, et ressemblant à la framboise.
Toutes ces espèces et formes ont déjà été magistralement décrites par
Jeanselme.
C’était un cas autochtone très intéressant de boubas, avec 1.021 érup-
tions à toutes les phases cliniques.
L'examen du sang a donné le résultat suivant :
Polynucléaires neutrophiles . 78 0/0
Polynucléaires éosinophiles . 6,5
Mononucléaires grands . 8
Mononucléaires petits . 4>5
Formes de transition . 3
Hémoglobine (Talquist) . 58 0/0
Les ganglions avaient augmenté de volume ; on aurait pu y voir un cas,
d’adénopathie. Le foie congestionné est sensible à la pression.
L’examen de l’urine donna une petite quantité d’albumine et beaucoup
de bile.
J’ai fait tout de suite l’application du calomel, et deux jours après, une
série d’injections endoveineuses d’émétique, solution à 1 0/0, à 5, 8, 10 et
10 cg. à chaque injection, de deux en deux jours. Après la série com¬
plète des injections, application sous-cutanée de 10 à 15 cg. de cacodylate
de soude durant 6 jours.
Dans tous les papillomes boubatiques, ulcérés ou non, ou revêtus d'une
croûte jaunâtre, je dus faire des pansements temporaires, volants, avec la
solution d’émétique jusqu’à 5 dg. 0/0, et très bien tolérée.
Les éléments éruptifs sont restés stationnaires aux premières injections
et ensuite ont rétrocédé ; dès le huitième jour, et les jours suivants, quel¬
ques-uns se détachaient, et au vingtième jour le malade était considéré
comme guéri.
La figure Ilmontredes taches hypcrchromiques dans les endroits où il y
avait des éruptions boubatiques. Elles sont très persistantes.
Observation importante : La périonyxis du gros orteil a été la dernière
à disparaître, et dans la figure II on la voit encore, quoique l’éruption
pianique généralisée ait déjà été arrêtée.
Jeanselme avait bien raison de dire que « la périonyxis, par
sa résistance au traitement, avait un rôle important dans l’étio¬
logie » du pian, de la tréponémose de Castellani, car elle favo¬
rise certainement la transmission de la maladie et la dissémina¬
tion des éléments éruptifs par auto-inoculation sur le sujet
lui-même.
Ce fut un cas de Boubas généralisés dans lequel l’arséno-
éméticothérapie donna un bon résultat (1).
Hôpital de Miser icordia de Ma naos
Amazonas. Brésil du Nord.
(1) Dans l’histoire de la médecine brésilienne, Bouba et Pian ne peuvent
866
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
A propos du soi-disant chromidium
des kystes des entamibes
Par C. MATHIS et L. MERCIER
Bien que nous considérions la question du soi-disant chromi¬
dium des kystes des Entamibes comme d’importance secondaire,
nous tenons à formuler quelques remarques au sujet des cri¬
tiques que nous adresse Ciiatton dans sa note intitulée : « Au
sujet des cristalloïdes ( chromidium , corps chromatoïdes , bâtonnets
ou plages sidérophiles) des kystes d<>s Entamibes » (q). Un silence
de notre part pourrait, en effet, être interprété comme une
adhésion implicite aux vues de Ciiatton.
Tout d’abord nous estimons ne pas mériter le reproche que
nous fait notre collègue de l'avoir insuffisarnment cité. La con¬
frontation de ses textes avec les nôtres convaincra le lecteur que
nous avons toujours fait une très large part aux travaux de
notre collègue, même en dehors de la question de l'origine du
soi-disant chromidium.
absolument pas passer inaperçus. En consultant l’œuvre aujourd’hui très rare
d’un missionnaire français Ives d’Evreux, qui habitait au Maranham : Voyage
au Nord du Brésil (i6i3-i6i4), et qui fut traduite en portugais par le Dr G. Mar¬
ques, j’ai trouvé au chapitre « De aigu mas molestias parliculares a estes paizes
e de seus remedios », les mots pian , aipian , maipian, buba , bouba , boqba-
madre, applicaqués à une même maladie (i). Ainsi Ives d’Evreux, le capucin
chroniqueur de la célèbre expédition du français Révardière de la Touche
aux pays du Maranham, fut le premier à enregistrer ces mots.
Cela démontre qu’il y a longtemps que n»us avons au Brésil les mots pian
des Français et bouba, buba, bouba-madre, buba-madre des Africains et des
Hispano-américains.
Après le départ des Français, pian a disparu, et bouba s’est vulgarisé depuis
Bahia jusqu’à l’Amazone, N. Brésil, et est toujours appliqué à la même mala¬
die ayant pour cause le Treponema pertenue Castellani (2).
Je me rappelle que les auteurs se rapportent toujours à Piso, qui a été à
Pernambuco, et qui a écrit au sujet de la bouba dans son œuvre de Medtcina
Brasitiensis , en 1648. Ils oublient Ives d’Evreux, l’érudit capucin qui vers
i6i3-i6i4 a donnéàla maladie les synonymies par lesquelles, aujourd’hui, elle
est connue par lés Brésiliens et les Français.
(1) Bull. Soc. Pathologie exotique, t. X, n» 9, 1917, p. 791.
(1) Alfr. da. Matta, Boubas (Framboesia tropica). Reu. Medica de S. Paulo, 1913.
(2) Alfr. da Matta, Bouba e Leishmaniose sào doenças disti notas. Rrazil-Medico ,
a3, iqi5. '
I
Séance du 12 Décembre 1917 867
Chatton préfère donner la même appellation aux enclaves
sidérophiles des kystes des diverses Entamibes; c’est son droit.
Mais puisqu’il reconnaît que ces formations sont sidérophiles
« à des degrés variables » et qu elles peuvent différer entre elles
« dans la limite de caractères d’ordre spécifique », il nous semble
permis, en ce qui concerne les Entamibes de l’Homme, de tenir
compte de ces différences et de les souligner en désignant les
enclaves des kystes d E. dysenteriœ du nom de « bâtonnets sidé¬
rophiles » (1) et celles des kystes d E. coli du nom de « plages
sidérophiles ».
Autre remarque, Chatton propose le terme de « cristalloïdes »
ou d’ « enclaves réfringentes » pour désigner toutes les
« enclaves cytoplasmiques des Entamibes de l’Homme et d’un
certain nombre d’Entamibes animales qui ont toutes le même
aspect in vivo ». Or si nous nous reportons à sa note intitulée
« Entamibe (Lœschia sp.) et Myxomycète (Dictyostelium muco-
roi'des Brefeld) d’un Singe (Bail. Soc. pathol. exotique , t. V, n°3,
1912, p. 180), nous lisons ceci : « A l’état frais ces cristalloïdes qui
ont la même réfringence que le cytoplasme se manifestent seu¬
lement par leur contour ». Si la description de Chatton est
exacte, comment peut-il donner le nom d’ « enclaves réfringentes »
à des formations dont la réfringence est la même que celle du
cytoplasme?
Le choix du nom de cristalloïdes nous semble également cri¬
tiquable, car il éveille l’idée d éléments ayant plus ou moins la
forme de cristaux. Or ce n’est pas le cas pour les enclaves d 'E.
coli par exemple.
Notre collègue nous reproche encore de lui avoir fait dire, au
sujet de raceeption du mot chromidies , le contraire de sa pensée
lorsque nous avons écrit : « Qiiatton (1912) a signalé, chez une
Entamibe d’un Singe, la présence de cristalloïdes, qu il considère
comme des chromidies , prenant naissance au contact de vacuoles
cytoplasmiques et existant avapt la période d’enkystement ». Or,
notre collègue a écrit, parlant de ces cristalloïdes : « Leur chro-
matophilie les a fait ranger eux aussi dans la catégorie des
(2) Nous n’avons jamais fait des bâtonnets sidérophiles un « critérium
infaillible » de l’identification des kystes d E. dysenteriœ. D’autre part, nous
avons indiqué que ces formations manquent dans la proportion de ïo 0/0
environ des kystes (Soc. Biologie , t. LXXIX, 1916, p. 980).
868
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chromidies ». Si Chatton avait apporté le correctif « à tort », il
nous aurait évité de nous méprendre sur sa pensée.
Enfin dans sa dernière note nous relevons le passage suivant :
« Mon texte, même résumé (i) comme il l’est plus haut par
Mathis et Mercier, exprimait bien autre chose qu’un doute. 11
affirmait nettement et les figures qui raccompagnent montraient
clairement, l’origine cytoplasmique et périvacuolaire des cris¬
talloïdes ». Si nous nous reportons au texte de 1912 invoqué par
Chatton, nous y lisons : « Il me semble plutôt... qu’ils (les cris¬
talloïdes) prennent naissance au contact de vacuoles cytoplas¬
miques ». Le doute antérieur s’oppose à l’affirmation actuelle.
Prophylaxie de l’amibiase intestinale
par l’ipéca total glutinisé
Par F. NOC
11 y aurait un grand intérêt à munir les corps de troupes sta¬
tionnés dans les pays d’endémicité dysentérique et en général
tous les individus soumis à la contamination exogènp par les
kystes d’Amibes d’un médicament d’un emploi facile et qui soit
à la dysenterie amibienne ce que la quinine est au paludisme,
le médicament de choix de la prophylaxie.
La guérison de l’amibiase ne peut en effet être obtenue que
par des stérilisations successives discontinues et, comme l’affir¬
mait récemment M. Grall, Médecin-Inspecteur Général des Trou¬
pes Coloniales, aucun remède connu ne réalise la thercipia ste-
rilisans magna. Il y a donc tout intérêt à propager l’habitude
des médications préventives en ce qui concerne cette affection
meurtrière et chercher à en réaliser le plus étroitement possible
la prophylaxie. Je crois qu’on pourrait s’adresser avec profit
pour réaliser cette prophylaxie à des préparations non vomitives
d’ipéca total.
Les espérances fondées sur l’ipéca total ne sont pas nouvelles :
Rogers employait déjà avec succès dans le traitement curatif de
(1) Il est facile de se rendre compte en comparant le texte de Chatton au
nôtre que nous l’avons cité presque intégralement.
Séance du 12 Décembre 1917
869
la dysenterie les tablettes kératinisées d’ipéca de la pharma¬
copée anglaise, M. Grall attribue des résultats plus appréciables
encore aux préparations d’ipéca total, qui semblerait actif non
seulement contie les amibes mobiles, mais contre les kystes dont
il diminuerait la facilité de reproduction et atténuerait la viru¬
lence.
Je n’ai pu, au cours de trois années de pratique antidysenté¬
rique à Saigon, vérifier la réalité d’une action antiseptique de
l’ipéca total vis-à-vis des kystes, mais il m’a paru certain que
fipéca administré journellement par la voie intestinale est effi¬
cace vis-à-vis des Amibes incluses dans les couches superficiel¬
les de la muqueuse ou simplement enrobées dans le mucus glan¬
dulaire et qui échappent à l’action de l’émétine injectée dans la
circulât ion. sanguine.
L’ipéca total agirait donc partiellement, là où ne peut parve¬
nir l’émétine. Si l’émétine n’a d’ailleurs pas conquis au point de
vue prophylactique la place qu’elle mériterait à côté de la quinine
préventive, c’est que les sels d’émétine ne sont pas acceptés en
cachets ou pilules par l’organisme, c’est qu'ils provoquent, même
à faible dose et sous la forme kéralinisée, de la diarrhée, qu’ils
ne peuvent être appliqués en injections d’une manière générale
dans un but préventif et qu’ils sont encore d’un prix de revient
élevé. On ne peut notamment penser à multiplier les piqûres
d’émétine chez des hommes exposés aux souillures continuelles
des téguments et dont l’infection locale peut se produire en dépit
des précautions usuelles d’antisepsie. Les mêmes reproches s’ap¬
pliquent aux injections d’ipéca total qui sont coûteuses et dou¬
loureuses.
Il y a donc avantage à employer l’ipéca total sous une forme
facilement acceptable. C’est en cherchant à réaliser ce desidera¬
tum que j’ai eu l’occasion à Saigon d’utiliser des pilules cV extrait
total glutinisées qu’un de mes malades avait fait préparer pour
son usage personnel dans un but thérapeutique (1). Ces pilules
renferment chacune 25 mg. d’extrait total d’ipéca soigneuse¬
ment préparé et correspondant à 10 cg. de poudre d’ipéca de
Rio bien conservé et à i5 mg. environ d’émétine.
Chez l’homme sain, une, deux, trois de ces pilules ingérées
(1) J’adresse mes meilleurs remerciements à M. Bertrand, des services
municipaux de la Ville de Saigon, pour les préparations d’ipéca total qu’il
a généreusement mises à ma disposition pour mes essais thérapeutiques.
870
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
aux repas, jour après jour, ou à un jour d’intervalle, ne produi¬
sent ni constipation, ni diarrhée, fl ne se produit jamais de
vomissement , même à la dose de 8]pilules par jour. Enfin ces pilu¬
les se dissolvent entièrement dans l’intestin, on ne les retrouve
en aucun cas dans les selles. La médication est inolFensive , je
l’ai essayée sur moi-même ainsi que sur un de mes confrères et
sur 20 malades porteurs de kystes de mon service de dysentéri¬
ques, lesquels ont ingéré de i à 25 pilules pendant quelques
semaines, à un ou deux jours d’intervalle.
Aucun des malades porteurs de kystes ainsi traité préventive¬
ment n’a présenté de trouble diarrhéique appréciable malgré
l’existence d’une entérite amibienne nécessitant un régime spé¬
cial. Avec les premières doses d’extrait total d’ipéca, on constatait
plutôt une tendance à la constipation ou une diminution dans
le nombre des selles. Les crises dysentériques étaient évitées. Un
échec a été noté toutefois chez un dysentérique dont la ration a
été augmentée brusquement de ioo g. de jus de viande et chez
lequel les selles sanguinolentes ont réapparu aussitôt.
Mais cette stérilisation amibienne progressive, qui est de réa¬
lisation difficile dans un intestin tout parsemé de nids d’amibes
habituées à vivre en parasites dans l’organisme, nul doute qu’on
ne l’obtienne plus facilement lorsqu'on fera ingérer à intervalles
bi ou tri-hebdomadaires de semblables préparations d’ipéca
chez les sujets dont le tube digestif ne porte que de rares amibes *
peu profondément ensemencées dans la muqueuse intestinale*
Je ne puis apporter pour le moment des faits nombreux basés
sur des examens microscopiques répétés des selles de ces mala¬
des; on sait que des périodes de plusieurs mois d’attente sont
nécessaires pour affirmer la guérison de l’organisme chez les
amibiasiques. Je dois seulement signaler une constatation qui
corrobore l'hypothèse émise par M. Grall d’une action directe
de l’ipéca total sur les Amibes dans la lumière de l’intestin,
c’est l’efficacité des pilules glutinisées dans les diarrhées causées
par l’Amibe du colon sur lesquelles, par contre, les injections
d’émétine s’étaient montrées peu efficaces.
Il m’a semblé, en attendant des observations plus nombreuses
et prolongées, qu’il y avait utilité à signaler aux médecins et
pharmaciens coloniaux la nécessité d’employer et de préparer
des glutines d’ipéca total, médicament qui peut-être touvera sa
place dans les pays d’endémicité à côté de la quinine préventive.
7
Séance du 12 Dééembre 1917
871
Piroplasmose du cheval dans le Sud Annam
Par Henki SCIIEIN
Lors de la première tentative de création du sanatorium de
Dalat au Lang-biang, en l'absence de routes carrossables dans
la portion montagneuse du parcours d’accès, on tenta d’établir
un service de transports à dos de mulet; par les soins de l’Ar¬
tillerie coloniale, i5o bêtes (mulets du Poitou et d’Algérie), leurs
conducteurs indigènes, l’état-major d’une batterie, furent
envoyés de Haïphong, en janvier igor. Le principal dépôt fût
installé à Dran, à 1.000 m. d’altitude, à mi-chemin du sanato¬
rium de Dalat et du pied de la montagne ; bien surveillés, bien
nourris, bien pansés, les animaux donnèrent d’abord toute satis¬
faction ; mais, avec la saison de pluies, des mortalités, d’abord
isolées, puis nombreuses, se produisirent sans qu’un vétérinaire
militaire, envoyé spécialement, pût en établir la cause. Passant
fortuitement à Dran, je vis, en octobre 1901, succomber une
bête, et pus vérifier le symptôme dominant : l’hématurie, que
me signala mon confrère militaire. Je rapportai du sang au labo¬
ratoire, et recherchai en vain les trypanosomes. Les piroplas¬
moses étant alors fort peu connues, je n’en fis pas la recherche.
La nature du mal restant mystérieuse, la mortalité continuant,
on supprima le service de transport : quarante mulets seulement
rentrèrent à Haïphong.
Cet essai malheureux fut certainement une des causes qui s’op¬
posèrent alors à rétablissement du sanatorium.
Depuis, je constatai, en 1910, à Nhatrang, l’existence de piro¬
plasmes dans le sang d’une jument ( Bulletin de la Société , jan¬
vier 1 9 1 1 ) . L’hématurie étant le principal symptôme des piro¬
plasmoses aiguës, je pensai que la maladie de iqor était la piro¬
plasmose, ou plutôt la nuttalliose, d’après M. le prof. Nuttall,
qui m’avait demandé à voir mes préparations. Je 11’avais pas, par
la suite, retrouvé ce parasite sur les chevaux de la côte.
Il existe, à Dran, des chevaux appartenant aux indigènes; si
donc la piroplasmose sévit dans cette région, les chevaux adultes
étant immunisés — ou presque, — il fallait rechercher le para¬
site chez les jeunes sujets et chez les adultes maigres.
' 872
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Cette année seulement, j’ai pu réaliser mon désir de vérifier
cette déduction.
Je n’ai pu examiner que le sang de quatorze bêtes, trois pou¬
lains et onze adultes en assez mauvais état. J’ai retrouvé le para¬
site sur un jeune poulain de 18 mois, vigoureux, en bon état, et
ne paraissant pas souftrir de la présence de l’hématozoaire.
Le sang était peu infecté ; on ne trouvait un parasite que
tous les 5 ou 6 champs. Les hématies envahies ne présentaient
jamais qu’un seul parasite, de forme variable (ovoïde, trapu,
parfois en forme de bâton épais, de virgule).
J’ai noté — ce que je n’avais pas vu en 1910 — la présence de
parasites bacilliformes. Nuttall ( The Herter Lectures , Piro-
plasmosis , in Parasitologij , 1918, p. 802) dit bien que « les glo¬
bules infectés contiennent un seul parasite, de toutes formes et
tailles, certains plus petits que tous les autres piroplasmes pro¬
prement dits », mais il ne signale, ni 11e dessine cette forme
remarquable.
J’ai également trouvé une forme de division en quatre, carac¬
téristique de la nuttaliose du cheval.
Les dessins ci-dessous donneront une idée des formes obser-
»
vées :
(Le noir indique la chromatine colorée en rouge, le grisé le protoplasme
coloré en bleu par le Giemsa).
Je crois pou voir conclure que la maladie qui, en 1901, a anni¬
hilé le service des transports était bien due à Nuttallia equi ,
sévissant sur des animaux importés, donc non vaccinés dans
leur jeune âge, et en état de moindre résistance (travail, varia¬
tions de température d’une amplitude de 3o° — les animaux
supportaient 38° à midi au pied de la montagne, et ne trouvaient
que 8° la nuit, arrivés à Dalat, — variations de pression atmo¬
sphérique de i5o à r.5oo m. d’altitude).
Il conviendrait de tenir compte de ces faits, et de n’établir de
transports analogues, dans les régions montagneuses del’Indo-
873
Séance du 12 Décembre 1917
Chine, qu’après avoir vérifié l’état sanitaire des jeunes sujets du
pays.
0 ' \
Le Phyllodactylus gerrhopygus au Pérou
Son infection par une hémogrégarine
Par E. ESCOMEL
Dans les régions arides des environs de la campagne cultivée
d’Arequipa, près des maisons des campagnards, sur les collines
et dans quelques dunes parsemées de pierres, il existe depuis
très longtemps un petit saurien platydactyle, bien connu des
bergers sous le nom de S alamanqueja , qui est très redouté pour
les effets venimeux attribués à sa morsure. Les campagnards
disent que la morsure, si elle n’est pas mortelle, tout au moins
détermine des gangrènes et des mutilations, et lorsqu'ils sont
mordus ils tuent au plus tôt l’animal.
Les arrieros , c’est-à-dire les hommes qui guident les recucis
(groupes) de mulets de charge, là où il n’existe pas de chemin
de fer et qui sont obligés de camper la nuit dans les tanibos (un
mur carré de pierres, avec une porte et sans toit), les connais¬
sent^ et savent que, lorsqu’ils seront couchés, les sauriens vien¬
dront la nuit se réchauffer près d’eux; ils croient que, si on
n’attaque pas ces sauriens pour les expulser, ils ne mordent pas.
Le lendemain matin, ils. secouent doucement leurs draps pour
permettre aux sauriens d’atteindre leurs galeries, se gardant
bien de les tuer. En dehors de la campagne d’Arequipa, nous
avons vu ces sauriens dans le département, à Vitor, Majes,
Tambo et Chala. Mon ami et collaborateur le Dr Maldonado les
a vus dans l’île de San Lorenzo, près de Callao, ce qui fait
croire qu’ils existent dans une grande partie du territoire péru¬
vien .
Mais là où nous les avons trouvés en plus grande abondance
et où nous avons eu par suite l’occasion d’étudier leurs mœurs
dans de bonnes conditions, c'est dans le cerro (colline) Hanter de
Tingo, qui nous a déjà donné tant de satisfactions scientifiques.
La partie inférieure du cerro est habitée par des campagnards,
59
874
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
dans les maisonnettes desquels se trouvent très fréquemment des
salamanquejas, toutefois celles-ci préfèrent creuser leurs gale¬
ries à une certaine hauteur au-dessus des maisons, 4o à 5o m.
Il est très important de remarquer la coexistence dans les mêmes
endroits du Phyllodactylas et du Latrodectus mactans , araignée
dont la propriété venimeuse est démontrée par la clinique et
par Pexpérimenlation ; les accidents attribués au saurien me
paraissent appartenir au Latrodectus.
Les Phyllodactylas se nourrissent d’insectes : papillons, Phi-
lorea , pseudoméloïdes, acridiens, etc. ; ils habitent le côté de la
colline qui regarde vers le Sud-Ouest, c’est-à-dire vers la vallée
du Chili, dans laquelle ces insectes se reproduisent ; poussés par
le vent contre le cerro, dans les entonnoirs duquel ils vont se
heurter, les insectes trouvent là des platydactyles (et des arai¬
gnées) en grand nombre qui les mangent.
Les sauriens qui régnent en maîtres sur les insectes, par suite
de cette disposition topographique, sont à leur tour attaqués
par un acarien qui n’a pas pu encore être identifié; l’acarien
s’accroche au dos du platydactyle qui ne peut pas s’en débarras¬
ser, vit à ses dépens, et peut-être lui inocule l’hémogrégarine
dont nous parlerons plus loin.
Le saurien choisit les pierres plates pour creuser ses galeries
en dessous ; il ne sort pas en plein soleil, préférant le crépus¬
cule et même la nuit pour sa chasse aux insectes.
Contrairement à ce qui arrive pour d’autres sauriens d’Are-
quipa, le Liolœmus Darioini c t le Tropidorus semitœniatus (dont
l’identification a été faite par le Professeur Roule, du Muséum),
qui aiment le soleil, les Phyllodactylus évitent, dans la mesure
du possible, l’action directe des rayons solaires. Lorsqu’on les
met dans leur cage en plein soleil, ils meurent au bout de
i5 minutes au plus tard; les sauriens s’agitent, leur respiration
s’accélère et, après quelques convulsions, ils s’immobilisent sur
le dos, les pattes en l’air ; ceux qui ont pu gagner un coin de
la cage où il y a de l’ombre ne meurent pas.
Ces petits sauriens sont presque toujours solitaires à la cam¬
pagne, mais lorsqu’on les élève en captivité ils peuvent vivre
nombreux dans la même cage sans se faire du mal les uns aux
autres (Les Latrodectus se comportent bien différemment).
Les femelles pondent en général un œuf, rarement deux.
Pendant l’hiver, on ne peut pas les rencontrer; c’est seule-
Séance du 12 Décembre 1917
m
nient de décembre à avril en général (l’été à Arequipa) qu’on
peut les trouver dans leurs galeries.
Nous ne ferons pas la description du platydactyle, qui a été
identifié par le Professeur Roule; il s’agit du Phyllodactylus
gerrhopygus.
Prétendue venimosité delà salamanquej a . — Jusqu’à présent,
malgré les inoculations, malgré les morsures provoquées chez
les animaux, il ne m’a pas été possible de trouver un seul cas
qui pût me démontrer d’une manière convaincante la venimo¬
sité du Phyllodactylus , comme j’ai pu l’observer pour le Scor¬
pion, la Scolopendre, le Latrodectus et le Glytocranium.
Quelle est donc la cause de la peur que les campagnards ont
du Phyllodactylus , et de leur familiarité avec le Liolæmus ou le
Tropidorus ?
Il me paraît probable que la coexistence du saurien et du
Latrodectus a fait attribuer au premier les méfaits du second,
d’autant plus que, malgré les cas cliniques, malgré l’abondance
du Latrodectus dans certaines régions de la campagne, avant
mes recherches cliniques et expérimentales sur le danger du
Latrodectus , personne n’y a songé d’une manière sérieuse, et
que c’est seulement depuis ces recherches que les cas de mor¬
sure par l’araignée se sont multipliés.
Avec le Dr Maldonado, nous avons fait mordre par le Phyllo¬
dactylus des chiens, des chats, des lapins et des cobayes, à
l’oreille, sur les lèvres et sur la langue, en excitant les sauriens ;
les résultats ont été toujours négatifs au point de vue des acci¬
dents locaux ou généraux.
Nous avons inoculé 1 cm3 du contenu blanc des glandes sali¬
vaires du platydactyle sous la peau et dans le péritoine des ani¬
maux, sans autre résultat qu’une petite réaction locale.
Combien grande est la différence entre ces résultats et la
mort rapide des cobayes auxquels on a fait avaler quelques
gouttes seulement du sang d’un des Pseudoméloïdes qui pullu¬
lent dans la campagne aréquipéenne !
Le D1' Maldonado qui a fait l’analyse chimique du liquide
parotidien des platydactyles (1), dit entre autres choses :
« Le contenu des glandes parotides est un liquide blanc, épais,
inodore, d’aucune saveur appréciable, de réaction franchement
(\) Crônica médica. Lima, 1915.
870
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
alcaline. Il se solidifie avec une grande rapidité, au contact de
l’air, en donnant une masse amorphe, blanchâtre, molle à la
pression de longle. Elle acquiert un certain vernis brillant par
le frottement. Elle se réduit très facilement en poudre fine.
« Au microscope on observe dans le liquide extrait de ces
glandes d’innombrables petits corps insolubles dans l’eau et
dans falcool ; ils se dissolvent dans les acides faibles avec effer¬
vescence. Les plus grands mesurent r5 jj. de long sur 5 de large.
Il est des bâtonnets qui n’ont que i p. de long. Dilué dans l’eau,
le liquide prend un aspect laiteux et les bâtonnets gagnent le
fond du vase lentement. Beaucoup de ces bâtonnets traversent
le papier à filtrer ordinaire. Ces bâtonnets sont en général isolés,
mais dans certains cas ils sont entrelacés et forment des croix
ou des rosettes. La composition chimique est du carbonate de
chaux (CaCO3).
« Dans le liquide qui maintient ces bâtonnets en suspension
dans les glandes du saurien, nous avons trouvé des vestiges d’une
matière albuminoïde et d’une matière grasse ».
De même que les recherches expérimentales, l’analyse chimi¬
que du liquide parotidien des Phyllodactylus ne justifie pas la
terreur qu’inspirent généralement ces sauriens.
Hémogrégarine du P latg dactyle . — En un seul jour nous avons
recueilli et sacrifié 75 platydactyles, dont 3 étaient infectés par
une hémogrégarine. Ce 4 0/0, nous l avons trouvé de même dans
d’autres récoltes de ces animaux.
Nous n’avons pas pu différencier les platydactyles infectés des
sains ; en captivité ils étaient aussi agiles les uns que les autres.
Chez quelques sauriens, nous avons trouvé un parasite pour
cent globules rouges; chez d’autres, la proportion était beaucoup
plus forte.
Dans le sang frais, à côté des parasites endocellulaires, il en
existe qui sont libres, et dont les mouvements de reptation sont
très faciles à suivre.
La fixation par la dessiccation et l’alcool-élher et la colora¬
tion au Giemsa lent nous ont donné les meilleurs résultats
pour l’étude du parasite.
Le parasite prend une couleur bleu-pâle, le noyau est pourpre,
presque aussi foncé que celui des leucocytes et des hématies;
le protoplasme des hématies est rose. Dans quelques parasites,
on voit des vacuoles incolores.
Séance du 12 Décembre 1917
877
L'hémogrégarine est le plus souvent endoglobulaire ; parfois
elle est libre ou bien on la surprend au moment où elle sort de
l’hématie qui la renfermait.
La figure ci-dessous représente différents aspects du parasite.
Les dimensions de l’hémogrégarine varient entre 28 et 3o [/.de
long sur 4 à 5 de large.
La forme est, en général, celle d’un haricot avec une face con¬
vexe et une face concave. De l’une des extrémités, part presque
toujours une fente qui pénètre dans le corps du protozoaire.
Le parasite est toujours entouré, dans les préparations colo¬
rées, par une aréole blanche de rétraction fixatrice.
Le corps bleu-pâle, plus ou moins homogène, est parfois net¬
tement réticulé, j usqu’à présenter des vacuoles qui n’ont aucune
affinité tinctoriale.
Quelques parasites, au lieu de la forme en haricot, se présen¬
tent avec la forme en haltère ; nous avons observé ce dernier
aspect en particulier sur des parasites libres.
Quelquefois, au lieu d’un seul parasite endocellulaire, on en
voit deux, l’un de plus grande taille que l’autre.
878'
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le noyau se teint fortement en pourpre par le Giemsa ; il prend
souvent la forme triangulaire; la base du triangle, où s’amasse1
la plus forte proportion de chromatine, affleurant la surface
convexe de l’hémogrégarine et le sommet dirigé vers la surface
concave. L’aspect du noyau est réticulé.
Conclusions. — I. Le Phijllodactijlns gerrhopygus ( salaman -
guejci ) existe dans le département d’Arequipa au Pérou.
IL II doit vivre dans une vaste zone du Pérou car on l’a vu
près de Callao.
III. La légende populaire de sa venimosité n'a été confirmée
ni parla clinique, ni par l’analyse chimique, ni par l’expérimen¬
tation.
IV*. Il est assez souvent infecté par une hémogrégarine, qui
vit de préférence dans l’intérieur des hématies.
V. Les examens du saurien ont donné une proportion de
4 o/o d’infectés.
VI. Les sauriens infectés ne peuvent pas être distingués des
sains.
' i 0
M. Laveran. — La note de M. Escomel sur le Phyllodactylus
gerrhopygus et sur son hémogrégarine est fort intéressante.
D’après la dernière lettre qu’il m’a écrite, notre collègue a étu¬
dié expérimentalement le venin des araignées qui, d’après lui,
donnent lieu aux accidents attribués par les Péruviens aux
phyllodactyles ; j’espère qu’il nous enverra prochainement les
résultats de ses expériences.
Dans sa description de H. phyllodactyli , M. Escomel signale
qu’on observe presque toujours, à l’une des extrémités du para¬
site, une fente qui pénètre dans son corps. Sur des préparations
de sang de phyllodactyles parasités, qui m’ont été envoyées il y
a quelque temps déjà par notre collègue, j’ai constaté, chez
plusieurs exemplaires d’hémogrégarines endoglobulaires, que
les parasites étaient repliés, comme cela arrive très fréquemment
aux hémogrégarines et que, quand le repliement était complet,
la fente en question se trouvait entre les extrémités antérieure
(arrondie) et postérieure (plus effilée). Contrairement à ce qui
arrive, en général, quand le repliement en deux des hémogré¬
garines est complet, le noyau n’était pas, dans les exemplaires
en question, au niveau de la courbure, mais dans la moitié la
plus épaisse (antérieure vraisemblablement) des parasites.
Séance du 12 Décembre 1917
879
M. Escomel ne parle pas des formes de multiplication du
parasite qui en effet, pour les hémogrégarines, se trouvent très
rarement dans le sang de la grande circulation; notre collègue
fera bien de rechercher ces formes dans les frottis des viscères
et en particulier du foie.
y ,
Hématozoaire de la fièvre quarte et
accès pernicieux mortel
. •; ' ‘ i
Par M. LEGER et P. RYCKEWAERT
11 est classique d'admettre que le Paludisme du type quarte
(infestation par Plasmodium malariœ ) revêt une allure bénigne
et réagit le plus souvent à des doses très faibles de quinine.
La Quarte, dit Legrain (1902) « tend à la guérison spontanée. 11 n’existe
« dans les auteurs aucune observation de Quarte non traitée aboutissant
« à la mort. C’est donc à tort que des savants modernes, tels que Trous-
« seau, Laveran, Trolard, ont voulu introduire dans fhistoire de la
« Quarte la possibilité d’accès pernicieux . Neminem jugulât quar»
« tana ».
La plupart des traités de Pathologie exotique reproduisent cette opinion
catégorique.
Pour Le Dantec, « les fièvres pernicieuses sont dues à des hémato¬
zoaires en anneau peu ou pas pigmentés ». VERDUNdéclare que « la fièvre
quarte est toujours bénigne ». Salanoue est d’avis que les accès pernicieux
« correspondent étiologiquement à la présence dans l’organisme des
petites formes de l’hématozoaire de Laveran, c’est-à-dire de Plasmodium
falciparum ». Jeanselme et Rist sont des plus nets : « La Quarte ne donne
jamais lieu à des accès pernicieux... Elle est aisément jugulée par la qui¬
nine » Pour Brumpt, « la fièvre quarte semble particulièrement bénigne,
quoique assez rebelle, dans certains cas, au traitement quinique ». Mar-
chiafava conclut de sa pratique de 27 années que « la vraie perniciosité
dans le Paludisme coïncide toujours avec la présence de Plasmodium
præcox ».
Seuls Manson et Grall, parmi ceux que nous avons pu consulter,
n’adoptent pas entièrement cette façon de voir. Les fièvres bénignes,
tierces et quartes, dit Manson, « ne donnent presque jamais lieu à des accès
pernicieux ». Quant à Grall, il exprime l’idée que « l impression classique
«Jet toujours admise est que le paludisme intermittent est une espèce mor-
« bide domestiquée, très facilement malléable et très peu dangereuse » ;
mais décrit ailleurs que « les fièvres intermittentes vraies peuvent, chez
« les coloniaux, emprunter une gravité anormale à la susceptibilité
« acquise au moment des infestations... Quand cette caractéristique
« s’exagère, la perniciosité apparaît ».
880
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ayant eu l’occasion de donner nos soins impuissants à un
sujet atteint d’accès pernicieux dû à Plasmodium malariœ , nous
rapporterons succinctement l’observation clinique et les quel¬
ques remarques d’ordre hématologique que nous avons pu
faire.
La documentation bibliographique insuffisante, dont nous
disposons ici, ne nous permet pas de comparer notre cas aux
autres similaires qui ont pu être publiés. Nous pouvons seule¬
ment dire que, à la Guyane, les assez nombreux cas d’accès
pernicieux confirmés microbiologiquement se rapportaient tous
à Plasmodium prœcox (en 1908-1909, Brimont : 19 cas; en 1915-
1916, Thézé : i5 cas; en 1916-1917, M. Leger: \l\ cas).
M. . . , transporté en cours de peine, âgé de 33 ans, à la Guyane depuis
3 ans. Quatre entrées antérieures, depuis 1914, à l’Hôpital de Cayenne,
dont deux pour Paludisme. Travaillait actuellement sur la route coloniale,
près de Macouria.
Le 22 août 1917, M... est porté à l’Hôpital dans le coma, vers
15 h. ; aucun renseignement précis n’a pu être fourni sur le début de
sa maladie.
Le sujet, aux muqueuses exsangues, à la peau de teinte terreuse, git,
inerte, sur son lit; l’insensibilité à la piqûre est presqu’absolue ; les
pupilles ne réagissent plus que très faiblement. Relâchement des sphinc¬
ters vésical et anal. Dyspnée intense. Pouls petit et fuyant. Rate hyper¬
trophiée. Foie normal. Poumons congestionnés aux deux bases. Tempéra¬
ture : 38°6.
L’examen du sang, pratiqué de suite, montre la présence de Plasmo¬
dium malariæ, l'hématozoaire de la quarte.
Immédiatement il est injecté à M.. . 4 cc de collobiase quinine Dausse
dans les veines, et, sous la peau, 3 cc. d’éther. Des ventouses en grand
nombre sont posées sur le thorax. Un lavement purgatif est administré.
A 18 h. (T. : 38°8), nouvel examen du sang, on trouve deux
générations du parasite de la Ouarte : d’une part des formes
adultes, non rares, au début de la segmentation ; d’autre part
des jeunes schizontes, assez rares, de quelques heures.
A 20 h. (T. : 39°), injection dans les muscles fessiersde2g.de chlorhy¬
drate de quinine.
Le 23 août matin, aucune modification de l’état du malade bien que la
température soit tombée à 36°8. Il est pratiqué une nouvelle injection
intraveineuse de 2 cc. de collobiase quinine Dausse, et des injections
sous-cutanées d’huile camphrée (5 cc.) et d’éther (3 cc.).
Dans le sang, à 8 h., on rencontre de toutes jeunes formes
non rares, issues de formes adultes vues la veille, quelques-unes
avec petit prolongement digitiforme, ayant tendance à se mettre
en écharpe, dans l’axe du globule, et une autre génération de
Séance du 12 Décembre 1917
881
parasites de la Quarte, représentée par des formes amiboïdes
presque adultes assez rares, contenant de gros grains de pig¬
ment; ces formes très déchiquetées et vacuolaires paraissent
avoir seules subi l’action des sels quiniques.
A i4 h. les parasites sont encore non rares, les formes ado¬
lescentes étant en grande majorité. Quelques gamètes.
La température restant voisine de la normale (37°3), sans aucune amé¬
lioration des symptômes généraux, il est injecté dans les veines, à
14 h. 1/2, 500 g. de sérum artificiel dans lequel ont été dissous 2 g. de
chlorhydrate de quinine.
La température remonte à 38°6à 16 h., à 38° à 20 h. ; l’état du malade
est de plus en plus alarmant. La peau est recouverte de sueurs profuses
glacées. Le pouls devient filiforme. La dyspnée est extrême.
Le lendemain, 24 août, apparition d’un hoquet convulsif qui durera
jusqu’à la terminaison fatale. La température monte progressivement.
Elle est de 39° à 6 h., de 40° à 9 h. (un bain l’abaisse momentanément
à 39o), de 41°5 à 14 h. On lui injecte de nouveau, dans la matinée, 4 cc.
de collobiase quinine Dausse dans les veines, 2 g. de chlorhydrate de
quinine dans les muscles, et 4 cc. d’huile camphrée sous la peau.
M . meurt à 15 h. n’ayant jamais repris connaissance depuis son
entrée à l’hôpital.
Sur les frottis de sang du 24 août, à 6 h., on voit des
schizontes assez rares, très abimés, et de très rares gamètes
intacts. Les leucocytes métallifères sont nombreux.
Sur les frottis prélevés à i4 h. 3o, les schizontes sont
d’une excessive rareté. Les globules blancs à pigment ont encore
augmenté de nombre.
La résistance globulaire a élé recherchée à ce moment-là,
c'est-à-dire 20 minutes avant la mort. Elle a élé trouvée nor¬
male. Parle procédé Widal-Abrami des hématies déplasmatisées,
suivant la notation Chauffard-Troisier, nous avons noté :
H — o,46, Hj = o,44; H2 = o,4o ; H3 = o,38.
Les modifications de la coagulation du sang ont été établies
à-deux reprises, le 23 août à i4 h. 3o et le 24 août à i4 h. 4o,
c’est-à-dire d’une part un jour, d’autre part quelques minutes
avant la mort. Nous avons suivi la technique de M. Bloch, qui
rend le sang incoagulable par le citrate de soude et lui restitue
ensuite des traces de chlorure de calcium permettant ainsi la
coagulation. Dans les deux cas, les résultats ont été iden¬
tiques.
Seuil de la coagulation . . tube 2.
Coagulation complète . . tube 4.
Index coagulométriqiie : respectivement de 4 et 1,33 (cet index de
882
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Bloch est le rapport de la quantité de calcium à celle du citrate de
soude).
Rappelons que, dans les conditions normales, le seuil de la
coagulation se révèle dans le tube 3 (index : 2) et la coagula¬
tion complète dans le tube 5 (index : 1).
Il y a donc chez notre malade une hypercoagulabilité nette
du sang (nous avons fait semblable constatation dans deux
autres cas d’accès pernicieux palustre).
L’autopsie a eu lieu 2 h. après la mort. Les constatations
hématologiques suivantes ont été faites sur frottis d’organes
colorés au Leishman ou au Giemsa.
Dans les poumons, le foie, la rate, les reins, présence de schi-
zontes de Plasmodium malariœ très rares ou extrêmement rares.
Leucocytes mélanifères nombreux.
Dans la moelle osseuse, le muscle cardiaque, l’encéphale
(corps lenticulaire), les parasites sont par contre en grand
nombre : schizontes peu amiboïdes, à grains de pigment gros et
abondants, remplissant j usqu’aux deux tiers des globules jamais
hypertrophiés ; macrogamètes non rares ; microgamétocytes
rares. Vu une rosace au complet développement et à 8 méro-
zoïtes. Leucocytes mélanifères dans presque tous les champs.
Conclusions : i° L’infestation par Plasmodium malariœ de la
Ouarte peut entraîner des accès comateux mortels.
20 Contrairement à ce qui se passe dans les accès pernicieux
dus à Plasmodium prœcox , le nombre des parasites n’est pas
très élevé dans le sang périphérique. A la nécropsie, les héma¬
tozoaires ont été rencontrés nombreux dans la moelle osseuse, le
muscle cardiaque, l’encéphale (corps lenticulaire) et, par contre,
très rares dans les poumons et le foie, extrêmement rares dans
la rate et les reins.
3° La résistance globulaire, déterminée pendant l’agonie, a
été trouvée normale.
4° La coagulabilité du sang est très nettement augmentée.
Elle reste augmentée jusqu’au dernier moment (examen pra¬
tiqué 20 m. avant la mort).
Institut d' Hygiène de Cayenne.
Séance du 12 Décembre 1917
883
Remarques sur le paludisme dans la XVI' région.
Cas autochtone à Plasmodium præcox
Par A. LAGRIFFOUL et F. PICARD
Nous avons eu l’occasion d’examiner, au laboratoire de bacté¬
riologie de Montpellier, plusieurs centaines de malades ayant
contracté le paludisme en Macédoine et plus récemment en
France, en Algérie et au Maroc.
Le plus grand nombre des paludéens, d’origine macédonienne,
avaient contracté les fièvres en 1916 à partir de juin, mais sur¬
tout de juillet à octobre. Ces hommes étaient donc dans de
bonnes conditions pour être infectés de Plasmodium præcox ;
c’est cependant le vivax que nous avons observé dans la grande
majorité des cas.
Les faits qui nous ont paru les plus intéressants à noter sont
les suivants :
i° Grande rareté des infections mixtes : nous avons trouvé
deux fois le mélange de vivax'e t de prœoox.
20 Longue persistance du præcox , avec corps en croissant, sous
le climat français. Les malades atteints de tropicale, contaminés*
en Orient en 1916 et rapatriés à la fin de la même année, conti¬
nuent à présenter du præcox dans leur sang plus d’un an après.
On n’est donc pas fondé à parler de disparition inexplicable du
præcox en France. Si cette disparition se produisait, elle serait
en effet inexplicable, le parasite se trouvant chez l’Homme dans
un milieu constant et l’influence du climat ne pouvant agir chez
lui que lors de son passage à travers le Moustique.
3° Des malades que nous avons eu l’occasion de revoir à plu¬
sieurs mois d’intervalle présentaient toujours la même espèce
de Plasmodium qu’au premier examen. Nos diagnostics ont éga¬
lement concordé avec les diagnostics antérieurs portés dans
d’autres laboratoires, lorsque nous avons pu en avoir connais¬
sance/ce qui a été rarement possible. Un seul cas fait exception
et concerne un soldai contaminé en Orient et traité en Algérie,
dont la feuille d’hôpital portait: tierce maligne. Nous avons
trouvé dans son sang le Plasmodium vivax et expliquons cette
884
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
discordance soit par la coexistence des deux parasites, soit par
une confusion facile à faire entre les stades jeunes des deux
espèces.
Les cas peu nombreux provenant du Maroc se rapportaient
surtout au prœcox ; l’un des malades de cette catégorie, très para¬
sité, était atteint de troubles mentaux.
Les constatations les plus intéressantes que nous avons pu faire
concernent la France. Quoique les fièvres intermittentes n’aient
jamais disparu complètement de l’Hérault, tous les médecins
s'accordent à reconnaître qu elles étaient devenues d’une extrême
accidentel d’en observer un cas dans les hôpitaux de Montpel¬
lier. Les renseignements que nous avons eus de divers côtés mon¬
trent qu’une recrudescence très nette s’est produite ces derniers
temps aussi bien à Montpellier que dans diverses localités.
Même en faisant abstraction des cas cependant non douteux cli¬
niquement et ayant rétrocédé sous l’action de la quinine, mais
n’ayant pas donné lieu à un examen de laboratoire, nous avons
eu l’occasion d’observer le sang de plusieurs paludéens d’origine
autochtone, provenant notamment de Vi lleneuve-les-Maguelone
et des bords de l’étang de Mauguio. Il s’agissait du Plasmodium
viwax .
Cette recrudescence du paludisme peut trouver une explica¬
tion dans le réservoir de virus créé dans la région par la pré¬
sence de rapatriés de Salonique, de troupes africaines et de pri¬
sonniers turcs employés aux travaux agricoles. Cependant la
tierce bénigne ayant existé dans le département depuis l’époque
la plus reculée, on pourra toujours contester l’influence de
ce nouvel apport d'impaludés et incriminer quelque cause
locale.
Il n’en est pas de même pourle casqui nous reste à citer et qui
nous paraît constituer une preuve sans réplique de l’origine étran¬
gère de l’endémie actuelle. Le 22 novembre 1917, nous trouvons,
dans des lames de sang soumises à notre examen par M. le profes¬
seur Carrieu, des schizontes et des gamètes de Plasmodium prœ¬
cox. Il s’agissait d’un sapeur du génie, le nommé H., d’origine bas¬
que, récupéré depuis peu, n’ayant pas été à Salonique, et n’ayant
jamais quitté la France. Après être resté à Montpellier, dans la
caserne du 2e Génie jusqu’au 27 octobre, il est envoyé à cette
date dans la commune voisine de Lattes, comme travailleur
885
Séance du 12 Décembre 1917
agricole, et contracte 8 jours après un premier accès bientôt
suivi de plusieurs autres.
On ne peut admettre que la contamination se soitfaite à Lattes,
la durée de l’incubation étant de quinze jours, et il y a tout lieu
desupposer que ce malade s’est infecté à la caserne, où de très
nombreux paludéens porteurs de corps en croissant sont en per¬
manence, attendant leur transport dans des centres spéciaux.
D'autre part cette caserne est bordée par un ruisseau, le Ver-
danson, qui renferme d’importants gîtes à Anophèles, tandis
que la rivière le Lez, autre réservoir anophélique, coule à une
courte distance. Les larves se rencontraient encore dans ces deux
cours d’eau vers le ier novembre.
Même s’il était démontré, contrairement à notre opinion, que
l’infestation s’est produite en dehors de la caserne, son origine
étrangère ne resterait pas douteuse, car il s’agit, à notre connais¬
sance, du second cas de tropicale signalé comme contracté en
France (1).
Ce fait nous parait gros de conséquences. Il montre à quel
pressant besoin répondait l’organisation antianophélique créée
par M. le Sous-Secrétaire d’Etat du Service desanté, et de quelle
utilité sont les mesures préservatrices à prendre si l’on ne veut
voir le Plasmodium prœcox s implanter définitivement sur le
sol français.
La présence de tierce maligne autochtone ne saurait nous sur¬
prendre : elle se perpétue en Macédoine dans les régions où
l’été et l’automne ne sont pas plus chauds que dans la France
méditerranéenne, et Montpellier en particulier est la ville fran-
çaiseoù l’on a observé les températures estivales maxima (4i° en
septembre 191 1).
Laboratoire militaire de Bactériologie de Montpellier.
(1) Malloizel, Le Paludisme d’Orient peut se contracter en France. Un cas
de malaria à parasites crescentiformes contractée à Vannes. Bull. Soc. Med.
Hôp. Paris , 26 janv. 1917, p. 168. — Voir aussi le Bull. Soc. Path. exot. de
novembre, p. 8o5.
886
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
La lutte antipaludique dans un régiment
d'infanterie coloniale en Orient, 1917
Par J. de GOYON et J. E. BOUVIER
La lutte antipaludique dans le ne régiment d’infanterie colo¬
niale a été organisée durant l'été 1917 d’une manière métho¬
dique et soutenue, en raison des conditions particulièrement
défavorables où se trouvait cette unité. Le service de santé régi¬
mentaire s’est surtout préoccupé d’éviter la fonte des effectifs en
réduisant les évacuations et en traitant les paludéens au Corps
dans des pavillons d’isolement de fortune.
La campagne antipaludique a été ainsi conçue.
i° Travaux (T assainissement. — Comme le régiment occupait
un secteur très marécageux, l’on a travaillé à drainer toutes les
eaux stagnantes et à pétroler toutes les mares dont on n’a pu
effectuer l’assèchement ou le comblement.
Ces travaux, faits par les brancardiers, ont été approuvés par
la Mission Antipaludique. Grande était dans cette région la den¬
sité anophélienne dont l'espèce la plus commune était VA. macu-
lipennis , reconnue en septembre infectée dans la proportion
de 4 0/0.
20 Protection mécanique. — Les deux modèles de moustiquaire
délivrés par l’Intendance ont été insuffisants. La moustiquaire
pour (v homme debout » est trop chaude et diminue l’acuité
visuelle des sentinelles ; la moustiquaire pour « homme couché »
ne couvre pas entièrement le soldat allongé.
Quant à la « tente moustiquaire individuelle », elle procède
d’une idée excellente, mais elle est trop petite, pas assez haute,
trop lourde et a le tort d’être individuelle, le troupier aimant
mieux se grouper que s’isoler. Il faudra par conséquent
adopter des modèles de moustiquaire et de tente moustiquaire
répondant aux desiderata voulus.
L’emploi de la pommade à la citronelle n’a pas été étudié au
régiment, en raison de la répugnance des hommes à se graisser
le visage et les mains; d’autant, qu’en Macédoine, l’eau manque
pour se laver eu saison sèche.
Séance du 12 Décembre 1917
887
Enfin, le fait d’avoir grillagé non seulement les pavillons
pour paludéens, mais encore les locaux habités par la troupe, a
diminué les chances d’infection en raréfiant les moustiques,
d’autant que chaque matin un brancardier avait pour mission
de récolter les diptères qui avaient réussi à s’infiltrer dans les
salles grillagées.
3° Quinine préventive. — La quinisation préventive est tou¬
jours matériellement possible, si l’on est assuré du bon vouloir
du soldat et de la fermeté du commandement. Dès avril, on dis¬
tribua o,4o cg. de quinine par jour, dose portée à 0,60 cg. au
mois de juin. L’on s’assura, en dehors du contrôle de la Mission
Antipaludique, que la quinine était régulièrement prise en fai¬
sant inopinément de fréquentes analyses d’urines avec le réactif
de Tanret.
Les résultats obtenus furent satisfaisants, mais auraient été
meilleurs si la quinine avait été donnée sous forme de dragées
comme en Algérie et en Italie. Il faut mentionner que ce médi¬
cament a été pris plus volontiers par les troupiers à la fin de
l’été, soit par la crainte des « piqûres » de quinine, soit parce
qu’ils avaient acquis la conviction, à la longue, de l’existence du
paludisme et du réel danger qu’il peut présenter, soit enfin
qu’ils en aient observé les symptômes cliniques sou vent impres¬
sionnants.
4° Dissémination des troupes sur les hauteurs. — Ces mesures
prophylactiques ont été heureusement complétées par la quini¬
sation et l’éloignement vers l’arrière des populations indigènes
porteuses de germes; parla dissémination des trains de combat
et des trains régimentaires sur les hauteurs qui bordent la
plaine, enfin par le séjour des troupes au repos dans ces mêmes
régions élevées.
5° Pavillons d isolement et traitement des paludeéns. — Pour
éviter les évacuations en masse et par conséquent la fonte des
effectifs, l’on aménagea, dans les locaux les moins délabrés,
3 petits pavillons d’isolement pour paludéens dans 3 villages
voisins. La stabilité des troupes et la tranquillité relative du sec¬
teur ont permis ces créations à moins de i.5oo m. des lignes
ennemies. Dans ces locaux complètement grillagés, 226 palu¬
déens, de mai à octobre 1917, furent observés et traités de la
manière suivante :
Dès qu’un fiévreux était signalé, il était immédiatement isolé,
888
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
puis on examinait ses urines pour voir si le malade prenait sa
quinine ; on faisait un frottis qui était envoyé aussitôt à la Mission
Antipaludique pour examen, enfin on pratiquait une injection
intra-fessière de i g. 5o de quinoforme. Le malade restait isolé
7 jours pendant lesquels il recevait 3 injections de quinine de
i g. 5o en moyenne ; après ce laps de temps, il était renvoyé le
plus souvent en complète apyrexie dans sa compagnie, non sans
que fou ait établi une fiche mentionnant les courbes de tempé¬
rature et les symptômes cliniques principaux.
La plupart des cas observés étaient de la fièvre tierce qui
cédait en général à trois ou quatre injections de i g. 5o de qui¬
noforme. Cette dose, malgré ce que l’on a dit du paludisme
macédonien, a paru presque toujours suffisante; toutefois if
faut reconnaître que, dans quelques cas assez rares, on a dû
recourir aux doses élevées et fractionnées de quinine de 0,20 cg.
prises « per os » toutes les quatre heures.
Durant l’été l’on n’a eu à enregistrer ni un décès ni un
accès pernicieux; quant aux évacuations, elles n’entrent que
pour une faible part dans le nombre des évacuations totales,
soit 12 0/0 d’avril à octobre.
6° Résultat des obseruations. — Pendant la période d’avril
à octobre 1917, nous avons vu passer dans nos pavillons d’iso¬
lement :
226 hommes attei nts cliniq uement de paludisme, dont 32 origi¬
naires des colonies, 27 ayant fait des séjours coloniaux anté¬
rieurs.
Parmi ces 226 hommes :
54 ont présenté leur premier accès fébrile moins de i5 jours
après leur arrivée au corps, venus en renfort du Dépôt inter¬
médiaire ou après un séjour plus ou moins prolongé dans la
région de l’arrière en Macédoine (Zeitenlick ou Naoussa) ou
dans une formation sanitaire de l’arrière, soit 24 0/0 du chiffre
total des impaludés ;
3o avaient contracté leur paludisme antérieurement (colonies,
Dardanelles, Macédoine en 1916), soit i3 0/0 du chiffre total
des impaludés.
Restent 1^2 hommes seulement qui paraissent s’être nettement
impaludés au corps, pendant leur séjour dans les tranchées de
la plaine marécageuse de Monastir, soit 63 0/0 par rapport au
chiffre total des impaludés.
Séance du 12 Décembre 1917
889
Parmi cés 226 impaludés :
270 n’ont pas présenté de rechutes après le traitement de
leur premier accès palustre. 55 ont présenté une rechute dans le
mois qui a suivi le traitement.
i a présenté 3 rechutes.
Soit en tout 284 cas qui ont été traités à l’infirmerie, dont
ig6 primaires , les autres récidives et paludisme ancien.
Examen du sang : 284 examens chez des malades clinique¬
ment paludéens.
Résultat de ces 284 examens : 89 positifs seulement, dont
11 schizontes jeunes indéterminables (1 2 0/0).
50 schizontes ou gamètes de uioax (3 gamètes) (5 0/0).
28 schizontes ou gamètes de prœcox (1 gamète) (32 0/0).
Il faut retenir que les examens portent sur des soldats régu¬
lièrement quinisés pour la plupart, ce qui a rendu très rares les
hémalozoaires sur les frottis.
Evacuations : 28 pour paludisme sur 23 1 évacuations au corps,
d’avril à septembre 1917, soit 12, 12 0/0.
Le nombre des impaludés a été plus fort dans un bataillon
que dans l’autre, bien qu’ayant sensiblement le même effectif;
cela tient à ce que l’un d’eux a été maintenu plus longtemps
dans la zone marécageuse. On a constaté également que les mois
d'aout et septembre ont eu une plus forte proportion de palu¬
déens, et qu’au fur et à mesure que l’été s’avançait on trouvait
de plus en plus d’hématozoaires dans le sang des malades.
51 le chiffre des paludéens a été de 226, il est à remarquer que
ce nombre se réduit à i42 pour les hommes réellement infec¬
tés au corps ; en effet, il y a eu 24 0/0 de soldats impaludés
dans la zone des étapes. On peut donc affirmer que la quinisa-
tion préventive appliquée rigoureusement dès le débarquement
à Salonique, avec contrôle fréquent par les analyses d’urines, la
protection mécanique, les travaux d’assainissement et l’isolement
des troupes sur les hauteurs, ont eu une grande influence sur
cette situation meilleure que celle de l’année précédente. Il est
certain également que le traitement sur place des paludéens et
leur isolement précoce, ont pu éviter' l’infection en masse et la
fonte des effectifs puisque les évacuations pour paludisme n’ont
été que de 28.
Conclusion. — i° Il faut convaincre par tous les moyens
60
890
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
l’officier elle soldat de l’existence du paludisme, et leur appren¬
dre les moyens de s’en préserver.
2° La quinisation préventive sera rigoureusement instituée et
contrôlée par les analyses d’urines avec le réactif de Tanret.
3° L’emploi de la moustiquaire individuelle sera obligatoire.
4° Partout où cela sera possible, on grillagera les ouvertures
des maisons avec du treillis métallique.
5° Quand les circonstances le permettront, on traitera les
paludéens au corps dans des pavillons d’isolement.
Desiderata. — i° La moustiquaire individuelle et la tente
doivent être modifiées.
2° La quinine préventive sera donnée sous forme de dragées.
3° Des laboratoires spéciaux dépendants de la Mission Anti¬
paludique seront multipliés à proximité des régiments et des
formations sanitaires.
Quelques remarques
sur les Anophélines de Macédoine
r
Par COT et HOVASSE
%
La Macédoine, pays d’endémie historique, comme le fait
justement remarquer le Médecin Principal Niclot dans son étude
sur « l’Anophélisme macédonien » (i), est avec la Grèce la région
la plus infestée de l’Europe par le paludisme. Pourtant cet
auteur est le seul qui y ait étudié la question de l’anophélisme,
qui lui est si intimement liée. Nous avons essayé d’apporter une
modeste contribution à ce chapitre si intéressant, en examinant:
io la nature des anophélines et de leurs larves ;
2° leur durée évolutive et les influences qui la modifient;
3° le pourcentage des anophélines vecteurs d’hématozoaires.
i° Nature des Anophélines et de leurs larves. — Nos
recherches ont été effectuées dans la région de Salonique, aux
villages de Sédès, Mikra, Kiretckoj, Horlackoj, ainsi que sur le
(i) Niclot. Elude sur l’anophélisme macédonien, Bull. Soc. de Path. exot.,
t. X, ii avril 1917.
891
Séance du 12 Décembre 1917
mont Horliack. Trois espèces seulement ont été rencontrées :
A) Anopheles maculipennis ; B) Pyretophorus, voisin du superpic -
tus ; G) Anopheles bifarcatus . Cette dernière espèce est d’une
extrême rareté et a été rencontrée seulement par nous dans la
proportion de 1 0/0. Les quelques échantillons que nous avons
pu nous procurer (5) n’étaient pas infectés. La proportion des
A. maculipennis et des Pyretophorus est identique à celle signa¬
lée par M. Niclot. Nous nous occuperons seulement de ces deux
espèces.
A. maculipennis. i Typique, très répandu partout où ses larves
trouvent une eau assez riche en plankton animal; il semble
affectionner de préférence les régions marécageuses.
A côté de lui, en colonies plus sporadiques, se rencontre le
Pyrotophorus. Les caractères de ce dernier rappellent beaucoup
ceux du superpictus . Nous croyons qu’il est intéressant d’en don¬
ner une description détaillée. La dimension et l'aspect général
sont ceux du P. superpictus.
Le corps, délicat, mesure 6 mm. sans la trompe, 10 à 11 mm. avec la
trompe.
Cellules costale et subcostales étroites.
Première cellule basale allongée. Première submarginale, grande.
Pas de nervures surnuméraires. Abdomen pileux.
Tête, abdomen et thorax avec écailles identiques à celles du P. super¬
pictus.
Pattes : aux trois paires, taches claires à la jonction des tibias et fémurs,
des tibias et métatarses.
Palpes : trois anneaux blancs, dont un terminal; second anneau, plus
rapproché du terminal
que du basal.
Ailes tachetées, comme
l’indique le schéma ci-
joint, où seules les écail¬
les noires ont été repré¬
sentées, formant sur
l’aile plus de 15 petites
taches .
Franges alaires tache¬
tées de blanc (figurées par
un pointillé sur le schéma) au point où les nervures viennent aboutir au
bord, inférieur de l’aile.
Ce type diffère et du superpictus et du P. palestinensis ; il
s'éloigne du premier par ses palpes légèrement différents, par
ses ailes, par les taches de ses pattes ; du second, par ses palpes
et par les caractères des taches alaires.
L’absence de documents nous empêche de donner pour Pins-
Aile du P. cf. superpictus (var. macedoniensis )
892 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
tant les caractères différentiels possibles qui le distingueraient
de l’espèce décrite à Sumatra par Schuffner en 1902, espèce
qu’il a donnée comme voisine du P . saperpictus.
Nous croyons qu'il serait bon de consacrer ces différences en
donnant à celte variété le nom de Pyretophorus macédoniens is.
Larves. — On peut facilement, même à première vue, distin¬
guer les larves de nos deux types principaux : les larves de
VA. maculipennis sont bien plus allongées de forme, leur anneau
thoracique, tronqué à l’avant, est moins élargi; la larve du
P. macedoniensis a une tète plus conique, la pigmentation de
l’ensemble du corps est moins riche, enfin cette larve est plus
agile et a des mouvements plus rapides ; les soies de l’extré¬
mité céphalique, comme les palmettes de l’abdomen, nous ont
paru se rapprocher des Anophèles maculipennis , au contraire du
saperpictus habituel. Cette étude sera complétée.
20 Durée évolutive et influences oui la modifient. — Si l'on
s’en rapporte aux données classiques de Grassi, le cycle de
l’anophéline dure 52 jours, répartis comme suit:
OEuf : 2 à 3 jours d’incubation ;
Larve : 2 5 jours ;
Nymphe : 3 à 5 jours ;
Jusqu’à la ponte: 20 jours.
Pour les frères Sergent, la phase larvaire peut être réduite à
16 jours; par contre, la durée de la nymphose leur semble pl us
longue; elle serait de 4 à 7 jours.
En ce qui nous concerne, nous avons remarqué que la durée
de l’évolution se trouve comprise entre des limites beaucoup plus
espacées. Ces limites sont conditionnées par des causes très
diverses. Les deux principales en sont la température et la
richesse du milieu en matière nutritive. Nous avons constaté éga¬
lement que ces conditions paraissent influer seulement sur le
développement larvaire; les nymphes semblent y être très peu
sensibles et en très grande partie soustraites à l’influence du
milieu. On sait, du reste, que, pendant toute cette période de
changements internes que constitue la nymphose, les échanges
respiratoires subsistent seuls et encore atténués (1).
(1) Les quelques expériences que nous avons faites de stérilisation au moyen
d'huile légère de houille confirment cette résistance plus grande des nymphes.
En effet, alors que les larves ne résistaient pas plus de 26 minutes à cette
action, la mort des nymphes n’était obtenue qu'au bout de 3o à 35 minutes,
t
Séance du 12 Décembre 1917
893
C’est en liberté, au milieu du mois d’août, que nous avons
constaté la limite minima de la durée évolutive. A la suite d’un
pétrolage opéré dans les ruisseaux voisins du camp d’Hortackoj,
nous avons pu suivre parfaitement la nouvelle génération de
moustiques. Dès le quinzième jour qui a suivi ce pétrolage,
opéré dans les conditions les meilleures, nous avons recueilli
des nymphes. Ces nymphes nous donnaient deux jours plus tard
des adultes de P. super p ictus [y ar. macedoniensis). En 36 heures
nous avons également obtenu au mois d’aout des nymphes de
cette même variété. C’est là un minimum de temps, la moyenne
étant de l\2 à /|6 heures pour la même espèce, et seulement de
38 à l\2 heures pour VA. maculipennis dans ces mêmes condi¬
tions de température. Cette limite minima, qui n’a pas encore
été signalée jusqu’ici, nous semble intéressante à mentionner,
puisqu’elle nous permet de concevoir facilement une génération
d’anophelines de plus, en Macédoine, pendant la belle saison.
Alors qu’il n’y avait pas de différence sensible entre la durée
de transformation des nymphes en captivité ou de cellesque nous
avons laissées à l’état libre, nous avons constaté, au contraire,
une différence très nette entre celles des larves de ruisseaux et
celles des larves recueillies dans nos bocaux : sans doute faut-il
remarquer que l’eau n’y était pas renouvelée aussi fréquemment;
d’autre part les larves captives évoluaient à l’ombre, tandis que,
en liberté, nous les avons vues souvent, en plein soleil, comme
l’ont signalé les frères Sergent.
Il nous est arrivé ainsi d’avoir en captivité des larves jeu nés éclo¬
ses, qui mettaient plus de 12 jours avant de faire leur première
mue, et ceci malgré une abondante nourriture: spirogyres et
tout un plankton animal.
Influence du parasitisme sur F évolution des larves. — Les frères
Sergent ont signalé déjà des larves d’Hydrachnides vivant en
ectoparasites sur les larves d’Anophélines. Malgré la fréquence
assez grande des Hydrachnides dans nos ruisseaux, nous n’avons
rien rencontré de semblable. Par contre, un nombre parfois assez
élevé de larves s’est montré intraparasilé en vert par des algues
microscopiques ; de ce fait l'éclosion de l’hôte a été très ralentie,
en même temps sa taille dépassait d’un tiers celle des larves nor¬
males. Cependant il n’y avait pas d’arrêt de développement et
probablement pas de c?stration parasitaire. Nous avons vu nos
larves parasitées donner parfois, une vingtaine de jours après
894
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
leurs sœurs indemnes, des nymphes normales. Les changements
internes qui ont préparé la nymphose sont donc parvenus à éli¬
miner entièrement le parasite. Ce fait n’a jamais été signalé, du
moins à notre connaissance ; iJ est intéressant en ce qui con¬
cerne la question du paludisme. En effet, nous avons pu trouver
sur les pentes du mont Hortiack, côte à côte avec ces larves
géantes, la nouvelle génération déjà âgée de quelques jours. Ces
larves, arrivant à éclosion après des durées variables d évolution,
peuvent amener une sorte de permanence d'éclosion entre
deux générations successives.
Limite thermique inférieure de révolution. — On sait que les
femelles d’Anophélines fécondées en automne peuvent hiverner
et ne pondre qu’au printemps; les larves hivernent également.
Cependant il est généralement admis que la transformation de
la larve en insecte parfait cesse dès que le thermomètre descend
au-dessous de 17% et, avec Savas, on pense communément que
le paludisme doit disparaître au-dessus d’une altitude de 800 m.
Il est certain que ces deux limites 11e s’appliquent pas à la Macé¬
doine. Dans les ravins du camp d’Hortackoj, au début de sep¬
tembre, avec une température qui descendait chaque nuit au-
dessous de i4°, l’évolution se faisait encore ; elle se faisait, à la
même époque, sur le mont Hortiack par 900 m. d’altitude et
l’on y rencontrait des colonies de larves à différents stades, des
nymphes en pleine évolution et des adultes de A. muculipennis.
A cette époque le thermomètre y descendait chaque nuit aux
environs de io°.
3° Pourcentage des Anophéltnes infectés. — Nous ne dirons
que peu de mots sur ce sujet, nous réservant de publier une
note spéciale incessamment. Nous avons examiné 1 55 anophé-
lines dont 60 P. macédonien sis et 96 A. muculipennis. La majo¬
rité provenait des camps de Mikra et d’Horlackoj. Nous avons
observé un pourcentage d’infectés de 8 0/0 dont 2 pour le
P. macedoniensis et 6 pour VA. muculipennis. Les 5 échantillons
de A. bifurcatus que nous avons disséqués et examinés nous ont
fourni des résultats négatifs.
Les résultats positifs se répartissent ainsi :
5 fois des ookinètes ;
4 fois des oocystes ;
3 fois seulement des sporozoïtes dans les glandes salivaires.
895
Séance du 12 Décembre 1917
Les ookinètes que nous avons rencontrés dans le contenu sto¬
macal étaient typiques comme forme et doués des mouvements
sinueux et assez vifs qui leur sont propres. Si l’on s’en rapporte
aux caractères donnés par Sergent, d’après Stephens et Christo-
phers, ils appartiennent à la variété PL falciparnm.
Les oocystes étaient à divers stades évolutifs; 2 d’entre eux
étaient au stade de sporoblastes, au 4e ou 5e jour; les 2 autres
étaient arrivés à peu près à maturité : ils avaient l’apparence
striée classique et les sporozoïtes bourraient tous les espaces
laissés libres parles reliquats de différenciation.
Nous n’avons trouvé que 3 fois seulement les glandes salivai¬
res infectées. Sans nier que nos frottis ou nos colorations au
Tribondeau aient pu parfois être imparfaites au début de nos
recherches et de nos dissections, nous avons la certitude que, sur
le nombre important que nous avons examiné, les causes d’er¬
reur ont été minimes. Diverses considérations, et notamment
les conditions de capture, nous paraissent pouvoir expliquer ce
pourcentage qui peut sembler paradoxal. Nous nous proposons,
du reste, de revenir sur cette question après avoir complété nos
expériences.
Conclusions. — En résumé, il nous paraît ressortir de ces
quelques observations les points intéressants suivants :
i° Les vecteurs principaux du pal udisme dans la région salo-
nicienne sont l’A. maculipennis et une variété spéciale du Pyre-
tophorus superpictus que nous proposons d’appeler P. macédo¬
niens is.
20 Les caractères énumérés ci-dessus permettent de reconnaî¬
tre celui-ci aussi bien comme adulte qu’à la phase larvaire.
3° Le cycle évolutif est éminemment variable, notamment en
ce qui concerne la phase larvaire. Cette durée évolutive est sur¬
tout fonction de la température.
4° Contrairement à l’opinion communément admise, l’altitude
de 900 à r.000 m. (Mont Hortiack), ainsi que l’abaissement noc¬
turne delà température à io°, 11e sont pas suffisants pour arrêter
l’évolution. Il semble que les anophèles de la région de Saloni-
que ne soient adaptés aux variations nycthémérales profondes
qui caractérisent le climat du pays.
5° La proportion d’anophélines trouvés infectés a été de
80/0. Ces anophèles ont été rencontrés surtout à Mikra, dans
896 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
une formation où les cas de paludisme de première invasion se
sont montrés particulièrement fréquents par rapport à ceux
constatés ailleurs.
La Filariose de Bancroft à la Guyane française
dans ses rapports avec les manifestations lym-
phatexiques
Par E. B RÉ MONT et M. LEGER
Les lymphangites à répétition, l’adénolym phocèle, les hydro¬
cèles chyleuses, l’hématochylurie, Y elephanticisis arabum sont
d’une excessive fréquence à la Guyane, en particulier à Cayenne,
et Clarac (i) a pu écrire avec raison : « Peu de Guyanais, quelle
« que soit leur race, arrivent à un certain âge sans en subir
« plus ou moins gravement les atteintes sous une forme ou
« sous une autre ».
Les rapports exacts entre la présence dans l’organisme de
Fi/aria Bancroft i et les diverses manifestations dece que Corre
a compris sous la dénomination générale de « lym phatexie endé¬
mique » prêtent encore à discussion; en particulier, la nature
purement filarienne de Y Elephantiasis arabum est niée par cer¬
tains auteurs.
Gomme l’un de nous (2) l’écrivait, ici même, il y a quelques
années, la solution du problème nécessite une vaste enquête
préalable. Il importe, dans les divers pays où régnent les mani¬
festations lymphatexiques, d’établir d’une part l’index filarien,
c’est-à-dire le pourcentage des sujets en apparence sains por¬
teurs du nématode, d’autre part la proportion des malades,
atteints d’éléphantiasis ou d’accidents lymphangitiq ues, infestés
par Microfilaria nocturna.
Les documents que nous apportons ne sont qu’une modeste
contribution à cette importante question.
La microfilaire a, depuis longtemps, été recherchée et trouvée,
en Guyane, dans les urines chyleuses ou le sang de la circula-
(1) Clarac. Ann. H y g. et Méd . Col% , 1902, p. 5.
(2) M. Leger et R. Le Gallen, Bull . Soc. Path. exotique, 191 1\, t. VII, p. 125.
Séance du 12 Décembre 1917
897
tion périphérique. Mais le premier essai, trop timide d’ailleurs
de recherche systématique de rembryon sanguicole, remonte à
1909 seulement. E. Brimont (i), à Saint-Laurent-du-Maroni,
préleva la nuit du sangà 17 de ses hospitalisés, transportés en
cours de peine, atteints d’affections diverses. Ses examens
furent tous négatifs.
Six ans plus tard, notre ami Thézé (2), voulant apprécier le
degré de fréquence à la Guyane de la filariosè, fit des prises
nocturnes de sang aux malades de l'hospice, que dirige l’un de
nous, les examens ont porté sur 1 33 personnes de tout âge
« prises au hasard » ; ils ont été positifs .87 fois (28 0/0). Mal¬
heureusement Thézé n’a pas tenu compte de la provenance des
hospitalisés, qui, dans une assez forte proportion, ne sont pas
des autochtones, ni numéré à part ceux présentant des mani¬
festations cliniques rattachables à la filariose. II dit bien que
sur les 1 33 examinés, 24 étaient des éléphantiasiques et que
« dans ce cas Micro fîlaria noctarna est rarement mise en évi¬
dence », mais il n’indique pas combien de fois le ver a été ren¬
contré chez ces 24 malades.
C’est également à l’Hospice de Cayenne que nous nous som¬
mes docu mentés. Systématiquement nous avons examiné le sang
de tous les malades entrés pour les affections les plus diverses,
mais en notant exactement leur pays d'origine, leur âge, leur
sexe, et en tenant compte de ceux atteints de lymphangites à
répétition, dechylurie ou d’éléphantiasis.
Les tableaux I et II résument nos observations.
Tableau I. — Répartition suivant l'origine et suivant le sexe.
(i)E. Brimont. Ann. Hgg . et Méd. Col ., 1910, p. 2o3.
(3; J. Thézé. Bull. Soc. Path. exotique , 1916, t. IX, p. 464.
898
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tablaeü II. — Répartition suivant les âges.
Ages
De o à 9 ans .
De io à 19 ans .
De 20 à 3g ans .
De 4o à 59 ans .
De 60 à go ans .
Total .
Il résulte de nos examens que l’index filarien chez les habi¬
tants de la Guyane française est de 27,37 (5o parasités sur 179).
Cet index est notablement plus élevé que celui de nos deux
autres colonies américaines. A la Martinique, Noc et Stévenel(i)
ont constaté 4 fois sur 78 (soit 5,47 0/0) la présence de microfi-
laires nocturnes dans le sang périphérique de sujets sains.
M. Leger et Le Gallen, à Marseille, ont trouvé i5 0/0 des jeunes
recrues de la Guadeloupe (28 sur i5o) porteurs du nématode.
Si l'infestation parasitaire à la Guyane française n’atteint pas
tout à fait celle relevée par Low (2) à Saint-Christophe (32,8 0/0),
elle dépasse largement celle mise en évidence par le même
auteur à la Barbade (12,66 0/0). à la Trinitad (10,73 0/0), à
Sainte-Lucie (7,58 0/0) et à Saint- Vincent (6 0/0).
Le pourcentage des fîlariés de notre colonie est plus élevé
que celui indiqué pour la Guyane anglaise par Daniels (3)
(52 parasités sur 348, soit i5 0/0), puis par Wise (4) (53 parasités
sur 329, soit 16 0/0). Il est l’équivalent de cel ui mentionné pour
la Guyane hollandaise par Flu (5) qui indique des chiffres
variant de 3 à 60 0/0 suivant les diverses classes sociales
examinées.
L’examen de nos tableaux montre aussi que la proportion des
(1) F. Noc et Stévenel, Bull. Soc. Path. exotique, 1913, t. VI, p. G63.
(2) Low, The Journ. of trop. Med a. Hyg., 1908, t. XI, p. 5o.
(3) G. W. Daniels et H. Conyers, The brit . Guiana Med. A /muai, 1896,
p. 42.
(4) K. S. Wise, The brit. Guiana Med . Annual, 1908, p. 47-
(5) P. G. Flu , Filariaonderzoek in Suriname, 1911.
899
Séance du 12 Décembre 1917
parasités est plus forte chez les femmes (32 0/0) que chez les
hommes (22 0/0). Remarque analogue avait déjà été faite par
Daniels qui avait trouvé des proportions respectives de 20,6 0/0
et de 10,8 0/0.
Pour ce qui a trait à l’âge, nous voyons que l'infestation
atteint son maximum dès l’adolescence, et se maintient ensuite
sensiblement au même taux jusqu’à la vieillesse. L’infestation
peut être précoce. Nous avons trouvé porteurs de microfîlaires
un enfant de 5 ans, un de 10, deux de n, deux de il\ ans.
Disons enfin que tous les embryons rencontrés sur nos frottis
se rapportaient à Filoria Bancrofti. Nous n avons pas revu
Micro filaria Demcirqnayi , qu'avait décelé Thézé 3 fois sur 37.
«
*
Comme complément de l’index filarien, nous avons recherché
la proportion de sujets atteints de lymphangites, de chylurie,
ou d’éléphantiasis et porteurs de la microfilaire nocturne. Le
nombre d’examinés n’est pas considérable. La lymphangite à
répétition passe, à tort d’ailleurs, pour une maladie bénigne et
ne nécessite que rarement l’hospitalisation. Quant aux éléphan-
tiasiques, ils ne se font pas souvent soigner dans les établisse¬
ments sanitaires, ils 11’y entrent qu’à l’occasion d’une maladie
intercurrente : l’éléphantiasis, pour beaucoup de Guyanais, est
un mal qui se cache, que l’on doit supporter avec patience, son
incurabilité étant généralement admise.
Tableau III. — Sujets présentant des manifestations lymphatexiques .
Noc et Stévenel, à la Martinique, ont vu, en 4 ans, au Préven¬
torium Colonial de Fort-de-France, 88 cas d’affections lymphan-
gitiques (73 lymphangites aiguës, i5 éléphantiasis) ; ils ont
900 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
examiné la nuit le sang de i4 de leurs malades, et n’ont jamais
décelé la présence de Fi/aria Bancrofti. Ils concluent à l’absence
de filaires non seulement chez les éléphantiasiques, ce qui con¬
corde avec des observations antérieures, mais aussi chez les
sujets atteints simplement de lymphangites à répétition. Dans
les humeurs de la région atteinte, Noc et Stévenel, chez 8 des
malades « en pleine crise de lymphangite aiguë», n’ont pas non
plus rencontré d’embryons du nématode ni de jour ni de nuit.
Pareil le remarque a été faite par Marchoux (i), également dans
8 cas de lymphangites à répétition dont une provenait de la
Guyane.
Les faits observés par nous, et fixés dans notre tableau III,
ne cadrent pas avec ceux de Noc et Stévenel ou de Marchoux.
i8 de nos malades étaient atteints de lymphangite endémique
(ii femmes, 7 hommes) ; tous les 18 hébergeaient dans leur sang,
la nuit, Micro filaria noctarna. Chez une femme, qui eut une
crise suraiguë de lymphangite à allure typhique avec abcès
successifs le long des trajets lymphatiques des membres infé¬
rieurs, la ponction d’un ganglion du triangle de Scarpa, faite
de jour, ramena du pus contenant des microfilaires.
Mentionnons avoir trouvé une fois l’embryon de Filaria Ban¬
crofti dans une ascite chyleuse chez une Guyanaise n’ayant
jamais présenté aucune autre manifestation lymphatexique.
Des 9 éléphantiasiques examinées, une seule avait dans son
sang des microfilaires nocturnes; cette femme, qui avait subi
précédemment l’opération de réduction de son éléphantiasis,
était revenue à l’hôpital pour une poussée de lymphangite.
L’un de nous (Brémont) qui a soigné de nombreux éléphan¬
tiasis des membres inférieurs, n’a jamais trouvé de filaires dans
le liquide séreux recueilli au cours des interventions. Tous les
malades ont guéri très facilement, même quand il y eut suppu¬
ration post-opératoire. L’intervention chirurgicale ne nous
paraît utile que lorsqu’il n’existe plus de poussées de lym¬
phangite.
Hospice de Cayenne et Institut d’IIyyiène de la Guyane.
M. Noc. — Le travail de MM. Brémont et Leger constitue une
importante et très intéressante contribution à l’élude des rap-
(1) E. Marchoux, Bull. Soc. Path. exotique , 1913, t. VI, p. 667.
Séance du 12 Décembre 1917
901
ports de la lilariose de Bancroft avec la lymphangite endémique
à la Guyane française. Il y a notamment dans ce travail un fait
remarquable et qui est conforme à ceux que Ton découvre géné¬
ralement dans les publications concernant la même question en
d’autres pays, c’est que le pourcentage des fila riés sains chez les
Guyanais est plus élevé que le même pourcentage chez les Mar¬
tiniquais. 11 n’est donc pas étonnant que la recherche des
filaires chez les individus atteints de lymphangite ait donné à
Brémont et Leger 18 résultats positifs sur 18 cas examinés, tandis
que Noc et Stévenel à la Martinique ne trouvaient aucun néma¬
tode chez 8 malades en pleine crise lymphangitique. Gela rentre
dans la loi des proportions normales. La question des rapports
de la lymphangite aiguë avec la présence des microfilaires ne
peut donc être résolue que si l’on recherche parallèlement les rap¬
ports des affections microbiennes (streptocoque, dermocoque)
avec les lymphangites chez les porteurs de microfilaires. Un de
nos malades delà Martinique, atteint de lymphangite aiguë, avait
montré au Dr Stévenel et à moi une réaction de Bordet-Gengou
positive avec une culture du dermocoque de Le Danteg.
La pyothérapie dans le traitement
des blessures de harnachement aux Colonies
Par H. VELU
On connaît le rôle capital que jouent les animaux de bat dans
toutes les expéditions coloniales et l’importance énorme des
blessures de harnachement chez ces auxiliaires absolument
indispensables de notre pénétration.
Nous ne voulons pas revenir ici sur la fréquence et la gravité
de ces blessures. Nous rappellerons simplement qu’au retour des
colonnes presque tous les mulets; — quand ce n’est pas tous — ,
sont couverts de plaies délabrantes graves surtout au garrot et
sur les côtes ; la lésion initiale est le plus souvent un cor qui
peut rester stationnaire pendant quelques temps, puis qui s’éli¬
mine après évolution d'une poussée inflammatoire des tissus
périphériques et formation d’un sillon disjoncteur; les lésions
902
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
secondaires sont des caries et des nécroses des tissus sous-
jacents.
Les traitements préconisés sont nombreux. Us ont tous pour
but, en premier lieu, l’élimination des tissus mortifiés. La répa¬
ration est d’autant plus rapide que cette élimination a été plus
parfaite; la cicatrice consécutive est d’autant plus réduite et plus
régulière que l’on a moins empiété sur le tissu sain.
Au cours de nos recherches sur la Pyothérapie de la Lym¬
phangite Epizootique (février-août 1917), nous avons maintes
fois constaté l’efficacité de cette méthode dans le traitement des
lésions, non spécifiques , provoquées par le harnachement.
Pendant les phases négatives, la réaction inflammatoire péri¬
phérique devient intense ; le sillon disjoncteur se forme plus
rapidement ; les tissus nécrosés s’éliminent plus facilement
grâce à l’augmentation de la suppuration ; l'intervention chirur¬
gicale devient plus aisée; la plaie se nettoie sans délabrements
inutiles.
Durant les phases positives, la cicatrisation se produit presque
sans suppuration avec une rapidité et une régularité qui éton¬
nent. Le traitement antiseptique local devient presque acces¬
soire.
*
Nous pourrions donner de nombreuses observations qui nous
sont personnelles. Nous préférons n’en rapporter qu’une seule,
relevée par un témoin impartial, M. le Vétérinaire-Major Dugher,
qui a bien voulu faire de notre pyovaccin un très large et très
judicieux ein ploi.
« Il s’agissait d'un mulet présentant un cor assez volumineux
qui s’était éliminé de lui-même. Au moment où l’animal est
amené à la visite, la plaie profonde et anfractueuse, large comme
la paume de la main, est envahie par des larves de mouches,
déjà très développées, et offre à sa périphérie des petits boutons
et des abcès miliaires. Le mulet est traité par le pyovaccin anti-
cryptococcique polyvalent. Trois jours après la première injec¬
tion, la plaie prend déjà un tout autre aspect. Quinze jours
après., sans autres soins qu’un lavage antiseptique, — tampon¬
nage plutôt — , tous les trois jours, la plaie est si bien cicatri¬
sée qu’elle est réduite aux dimensions d’une pièce de deux francs
à peu près, et que l’épiderme est reformé. Jamais personne
n’eût pu deviner la gravité de la lésion qui existait à cette place
quinze jours auparavant » (Vétérinaire Major Dugher).
Séance du 12 Décembre 1917
903
Nous signalerons aussi, à titre d’indication, que nous avons
obtenu par la Pyothérapie la guérison rapide d’une arthrite et
d’une synovite traumatiques graves, de fistules osseuses rebelles.
Nos malades ont été traités avec des vaccins polyvalents (soit
du vaccin anticryptococcique, soit du vaccin préparé avec des
produits de suppurations banales). Dans tous les cas, les réac¬
tions ont été cliniquement identiques et les résultats tout à fait
satisfaisants.
Cette constatation n’est pas nouvelle. Lignières a déjà fait
observer (1) que les microbes spécifiques ne sont pas les seuls
qui agissent favorablement lorsqu’on les injecte aux malades.
La vaccination anticharbonneuse peut enrayer la marche, dans
un troupeau, d’une maladie qui n’a rien à voir avec la fièvre
charbonneuse ; des plaies, rebelles à la cicatrisation, peuvent
guérira la suite d’une injection d’un microbe étranger au mal,
le colibacille, par exemple. On sait, d’autre part, depuis long¬
temps que l'injection d’un antigène quelconque produit une
hyperleucocytose consécutive. Nous avons constaté ce phéno¬
mène après emploi du pyovaccin, et nous en avons entrepris
l’étude précise.
Quoiqu’il en soit, on a là un moyen très efficace et très simple
et à la portée de tous les praticiens de réduire dans des propor¬
tions considérables la durée d' indisponibilité pour blessures de
harnachement.
L'intérêt que présenterait pour l'Etat l'emploi généralisé de
cette méthode n échappera à personne.
Ses indications ne sont pas tout à fait les mêmes que celles
de la sérothérapie polyvalente des Professeurs Leclainche et
Vallée. Gomme elle, elle stimule la phagocytose des germes et
tarit les suppurations; mais, de plus, elle tire parti des phases
négatives pour assurer le nettoyage automatique des plaies tout
en évitant ou en réduisant les délabrements larges. Enfin elle
est très économique, ce qui n’est pas un avantage à dédaigner
en médecine vétérinaire.
Travail du Laboratoire de Recherches du Service de l'Elevage
du Maroc.
(1) J. Lignières, La Bactériothérapie dans le traitement des plaies, in Bulle¬
tin de la Société Centrale de Médecine Vétérinaire, 1916, pp. 544-548.
904
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Mémoires
/
0
La dysenterie tropicale en Espagne
(0
Par le D’ Fidel F. MAUTINEZ
Prof, abrégé de la Faculté de Grenade, Directeur de l’Institut
de Médecine tropicale de Grenade.
Dans mes articles antérieurs, j’ai fait connaître le succès que
j’ai eu en étudiant la Pathologie spéciale de la Péninsule ibé¬
rique, et en faisant la révision de plusieurs états considérés
comme exotiques et dont l’existence indigène chez nous pou¬
vait être soupçonnée d’après certaines déductions qui, à priori ,
pouvaient être faites.
Et j’ai fait connaître aussi que j’ai eu la chance de découvrir
le kala-azar infantile, confondu parmi les infinies anémies splé-
nomégaliques dans le Midi de l’Espagne; de trouver le premier
cas de béri-béri connu dans la Péninsule ibérique; d’étudier
de nombreux malades atteints de bouton d'Orient , et de faire
connaître certaines modalités spéciales, et exclusivement régio¬
nales, de la pellagre, du goître, de la poliomyélite, etc., etc.
Etudiant la protozoologie indigène du pays, et cherchant
parmi les malades qui arrivent à l’hôpital Saint-Lazare (Institut
de Médecine tropicale) et à l’Hôpital Saint-Jean-de-Dieu (Clini¬
que médicale), j’ai été plusieurs fois étonné de voir des diarrhéi¬
ques dont l’ensemble de symptômes différait tout à fait de ce
qu’on peut lire dans les traités de Pathologie intestinale, chez
lesquels la thérapeutique restait sans effets et dont l’aspect cli¬
nique était suffisant pour exciter l’intérêt d’un médecin un peu
observateur.
Jamais les sujets en question n’avaient quitté l’Espagne ;
jamais ils n’avaient été en Afrique, et cependant les symptômes
(i) Pour les premiers cas de Dysenterie tropicale en Espagne, voir Presse médi¬
cale. Paris, n» 30. 2pjuin 1916 ; — Archives des maladies de h appareil digestif et
de la nutrition, Paris, décembre 1 9 1 5 .
Séance du 12 Décembre 1917
905
étaient caractéristiques des formes tropicales de la dysenterie
amibienne et le chlorhydrate d’émétine amenait la guérison
totale et rapide de la maladie.
Généralement on trouvait chez ces malades une diarrhée
abondante et sanguinolente, avec selles muqueuses etjientéri-
ques, avec douleur et ténesme, avec tranchées, sans fièvre et
sans vomissements ; rebelle au régime alimentaire, au bismuth,
au tanigène, au plomb, à tous les astringents et hémostatiques,
et seulement susceptible d’amélioration avec les grosses doses
d’opium qui, pendant quelques heures, déterminaient une rétro¬
cession des symptômes.
D’autres fois, c’étaient des malades avec diarrhées périodi¬
ques, bénignes, sans douleur, sans hémorragie, suivies de
périodes durant lesquels l’intestin fonctionnait normalement.
Deux fois j’ai vu une espèce de choléra, avec début brusque,
produisant, quelques jours après, vingt, vingt-cinq ou trente
selles dans les vingt-quatre heures, liquides et séreuses d’abord,
muqueuses plus tard, et hémorragiques à la fin, avec fièvre,
frissons, crampes, mauvais état général, faciès hippocratique, etc.,
et conduisant vite à la cachexie et à la mort.
Très rarement, le malade n’avait que de légers troubles,
quelque crampe intestinale, quelque flocon de mucus et de sang
dans des excréments un peu pâteux.
Très fréquemment, j’ai observé un foie gros, congestionné,
douloureux, avec teinte terreuse de la peau, avec fièvre du type
de suppuration, avec oedème des parois, et avec les signes, en
somme, d’un abcès hépatique ; les antécédents du malade ont
toujours révélé une diarrhée précédant les symptômes actuels;
et l’analyse du pus n’a pas permis de trouver de germes pyo¬
gènes.
Chez un de ces malades, opéré par M le Prof. Escribano, de Gre¬
nade, et dont la fistule hépatique produisait une suppuration
inépuisable, j’ai essayé empiriquement le chlorhydrate d’émétine
avec un résultat réellement merveilleux, car le malade, dans un
état grave et candidat à la dégénérescence amyloïde, obtint une
amélioration bien visible et cicatrisa avec une rapidité inespérée.
Encouragé par ce succès de l’émétine, j’ai poursuivi les
recherches avec plus de courage que jamais, et j’étais arrivé à
croire fermement que YEntamœba histolytica de Schaudinn est
l’hôte immuable du littoral méridional de la Péninsule ibérique ;
61
906
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
mais il fallait une preuve formelle, et c’est à sa recherche que je
me suis appliqué depuis janvier 1915.
Mes travaux furent couronnés de succès, et, au mois de juin
igi5 , j'ai signalé pour la première fois la maladie en Espagne ,
et j’ai étudié dans les contrées de l’Andalousie orientale beau¬
coup de cas qui démontrent la grande fréquence de la dysenterie
tropicale sur le littoral méridional de la Péninsule ibérique.
Le premier malade, âgé de 54 ans, habitait un petit village de la pro¬
vince de Grenade (Albondon), situé près de la Méditerranée.
Habituellement il s’occupait de travaux agricoles et n’avait jamais
quitté, même pour quelques jours, l’enceinte de quelques kilomètres qui
entoure les environs de sa vallée natale.
L’histoire clinique du malade commença vers les premiers jours du
mois d’avril 1915. Il était berger à la montagne, loin de toute maison
habitée, et ne pouvait manger que des viandes froides et des aliments
crus.
Dans ces circonstances et après plusieurs jours de malaise général, avec
soif et légères douleurs gastriques, il fut pris subitement de diarrhée
abondante, avec coliques violentes, pesanteur à l’estomac, ténesme et
vomissements.
Bientôt les selles devinrent muqueuses, la peau sèche et rugueuse, et la
langue saburrale. De suite, les évacuations intestinales s’accompagnèrent
de douleurs insupportables, de mucus abondant et de sang, mélangé avec
des débris de la muqueuse gangrenée. Le ténesme augmentait de plus en
plus, et la fièvre montait à 38° et 38°5.
L'amaigrissement, la pâleur des muqueuses, l’adynamie déterminaient
un état général tout à fait grave, contre lequel restaient sans valeur le bis¬
muth, le tanigène, l’acétate de plomb et tous les médicaments antidiar¬
rhéiques usuels.
L’aspect est celui de la cachexie la plus accentuée; les membres, pres¬
que réduits aux pièces squelettiques, dénoncent le considérable déficit
du budget organique ; le ventre est creusé et douloureux à la percussion,
surtout dans les zones du côlon ; la peau, sèche, icthyosique, parcheminée,
et l’état général de tedium vitæ et d’adynamie accentuée, donnent lieu à
un état d’assoupissement et d’insensibilité, troublé de temps en temps
par le ténesme rectal, qui amène l’évacuation par l’anus de quelques
flocons de mucus sanguinolent.
L’appétit n’est pas perdu, mais le malade ne veut pas prendre les ali¬
ments à cause des coliques que l’ingestion per os lui produit de suite. Il
n’y a pas de vomissements. L’urine est normale. Température un peu au-
dessous de la normale.
Les selles sont lientériques, complètement liquides, ressemblant à un
potage jaune, accompagnées de sang abondant, de membranes et de flo¬
cons de mucus blanchâtre ou un peu teinté.
Dans ces selles, j’ai trouvé des formes absolument typiques
d ' Entamœba histolytica Scn., agent parasitaire spécifique de la
dysenterie appelée tropicale ou exotique.
Un échantillon des mêmes selles a été injecté dans l’intestin
d’un petit chat nouveau-né, lequel a eu, cinq jours après, des
Séancc du 12 Décembre 1917
907
symptômes évidents de la maladie et a présenté sur sa muqueuse
rectale les ulcères caractéristiques de l’amibiase.
Le diagnostic de dysenterie tropicale étant posé, j’ai pour¬
suivi mes investigations et, aujourd’hui, je suis en possession
de plus de cinquante cas, qui sont non seulement la preuve de
l’existence endémique de la maladie en Espagne, mais l’origine
d’une série de connaissances sur les particularités cliniques et
biologiques de cette maladie et de son agent étiologique.
L’histoire que j’ai racontée peut être considérée comme le
type de la forme grave delà maladie, celle dans laquelle la symp¬
tomatologie est bruyante, alarmante, mais elle ne peut pas être
considérée comme la forme fréquente de la maladie en Espagne.
Elle correspond, en effet, à une grande puissance d’attaque du
protozoaire ou à une faible résistance de l’organisme attaqué.
En réalité, nous pouvons établir toute une gamme depuis ces
cas graves, conduisant rapidement à la cachexie et à la mort,
jusqu’à ceux généralement inaperçus, dans lesquels seulement u n
accident fortuit, une soigneuse investigation coprologique, per¬
mettent de déceler une amibe qu’aucun signe clinique ne per¬
mettait de soupçonner.
On trouve parfois une diarrhée teintée de sang, avec six à
huit selles par jour, petites, sans ténesme, sans coliques, sans
lientérie, sans fièvre, avec anémie. Ou bien c’est un homme,
bien portant et sain en apparence, qui, tous les vingt ou trente
jours, a, pendant six ou huit jours, un état diarrhéique avec ou
sans douleur, avec ou sans sang, avec ou sans mucus, avec ou
sans lientérie, avec ou sans coliques, après quoi tout revient à
la normale ou bien la constipation s’installe.
Quelquefois la maladie commence avec des douleurs abdomi¬
nales, fièvre, ténesme, coliques, diarrhée sanguinolente ou
hémorragie intestinale, frissons et sueurs; plus tard la douleur
et l’hémorragie cessent et il subsiste seulement une diarrhée
liquide, séreuse, comme de l’eau, avec flocons et débris alimen¬
taires.
Ou bien — comme nous l’avons observé chez le plus intéressant
de nos malades, lieutenant d’infanterie qui fut atteint de dysen¬
terie à Tétouan (Maroc) — après la période aiguë avec diarrhée,
crampes, douleur, hémorragie, etc., tous les symptômes ont fait
défaut et seulement, comme manifestation de la maladie, reste
la nécessité impérieuse d’aller à la selle une ou deux fois de
908
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
grand matin, vers trois heures, pour faire une selle semiliquide,
pâteuse, sans sang, sans mucus, avec abondants kystes ami¬
biens.
En somme, on rencontre chez nous les formes les plus diver¬
ses de la dysenterie tropicale, depuis celles qu’on peut confon¬
dre avec les simples catarrhes intestinaux jusqu’à celles qui
rappellent les descriptions des auteurs de médecine coloniale.
Il faut, partant, faire l’examen coprologique chez tous les diar¬
rhéiques, et chercher toujours la présence de l’amibe. Les signes
cliniques ne doivent jamais suffire à éliminer la possibilité de
Pétiologie amibienne d’un état intestinal.
Au début de mes travaux, je songeais toujours aux descrip¬
tions classiques, et je cherchais les formes typiques, tropicales,
graves, de la maladie. C’est pour cela que, pendant longtemps,
j'ai échoué dans mes recherches. Plus tard, les selles de tous les
diarrhéiques furent soigneusement examinées et inoculées au
chat. Depuis, j’ai découvert, étudié et guéri plusieurs cas qui
autrement auraient resté inaperçus.
Il faut détruire le dogme qu'un diarrhéique, pour être qualifié
d’amibien, doit venir d’un pays tropical. Il faut convaincre les
médecins, même si pour cela il est nécessaire d’abattre des
théories qui longtemps ont régné en médecine. Si le but est
atteint, si les médecins sont convaincus que la dysenterie tro¬
picale n’est pas une maladie tropicale, qu’elle peut se trouver
parmi nous et qu’elle est toujours facile à découvrir et à com¬
battre, nous aurons fait progresser la Médecine et nous aurons
sauvé la vie de malades qui meurent à présent par manque d un
diagnostic exact et du traitement approprié qui en découle.
La plupart de nos malades sont des paysans qui n’ont jamais
quitté le pays ni eu des relations intimes avec des gens provenant
de pays dysentériques. Nous en avons trouvé dans toute l’Anda¬
lousie, surtout dans les vallées de Las Alpujarras , dans la cam¬
pagne qui entoure Grenade et dans les quartiers éloignés de la
ville.
Les fréquentes expéditions de nos paysans en Algérie et à Oran,
où ils sont chargés chaque année de certaines opérations de la
culture de la vigne, ainsi que l’analogie de climat, de genre de
vie, d’alimentation, etc., entre ces pays africains et le Midi de
l’Espagne, — seulement séparés par quelques lieues de Méditer¬
ranée — , expliquent la ressemblance des maladies endémiques.
Séance du 12 Décembre 1917
909
En général, il faut nous défier toujours des symptômes clini¬
ques en face d’un diarrhéique. On peut soupçonner la dysente¬
rie si le malade nous présente un ensemble clinique complet.
Selles d’abord muqueuses, blanchâtres, fluides, coulantes, floconneuses,
granuleuses, avec des membranes enroulées comme des râclures de tripes,
avec des particules qui ressemblent à des grains de riz écrasés. Après, et
des fois en même temps, on voit apparaître dans les selles stries et flocons
sanguinolents, ou bien le sang est mélangé à la matière fécale et on trouve
des selles muco-sanguinolentes qu’on peut comparer au jus d’abricot, au
jus de fraises, aux crachats d’un pneumonique. Ensuite, elles sont séro-
sanguinolentes, sans mucus, comme l’eau de lavage de viande ; plus tard
hémorragiques, renfermant du sang pur avec ou sans coagulum, et enfin
gangréneuses, obscures, avec débris de la muqueuse sphacélée.
Douleurs abdominales intermittentes ou continues, spontanées ou pro¬
voquées par la palpation, localisées aux hypochondres et fosses iliaques,
avec points de douleur maxima au niveau des ulcérations, parcourant,
des fois, le trajet du côlon transverse.
Ténesme avec sensation de pesanteur, de cuisson, de constriction de la
région de l’anus, et avec désir incessant, impérieux et des fois infructueux
d’évacuer l’intestin.
Sensation générale de fatigue, avec langue blanchâtre, fièvre légère,
peau sèche et teinte terreuse caractéristique.
Mais la plupart des cas n’offrent pas les symptômes complets
et il faut déceler la dysenterie par les moyens auxiliaires. Ils
sont tellement simples que chaque médecin, dans le village, chez
le malade, peut les utiliser.
De la partie floconneuse d’une selle, encore chaude, ou de la surface de
l’ulcère intestinal, après l’introduction du rectoscope, on prend un petit
débris qu’on mélange avec de l’eau physiologique à 37° ou avec le liquide
de Gfiassi, et qu’on place sur une lame sur la platine chauffante du
microscope. Nous préférons toujours le procédé de Vincent. Après avoir
placé sur la lame la particule à examiner et le sérum dans lequel elle est
diluée, nous posons soigneusement la lamelle sans exercer aucune pres¬
sion, et après, à côté du bord de la lamelle, dans le liquide qui suinte
entre les deux verres, nous déposons une goutte de solution filtrée de bleu
de méthylène à 1 0/0. La couleur est de suite répandue par le liquide, et
les amibes sont facilement décelables. On peut produire l’effet contraire
avec le rouge neutre, qui donne sa couleur aux parasites.
Dans les périodes d’atténuation et de pseudo-guérison, on ne voit pas
les amibes et il faut chercher les formes kystiques en comprimant forte¬
ment un petit fragment fécal, entre la lame et la lamelle, pour obtenir un
frottis extrêmement mince.
On peut, enfin, conserver longtemps les selles sans altération et les
envoyer aux laboratoires éloignés, en les mélangeant, à parties égales,
avec un liquide composé de 5 g. de formaldéhyde (40 0/0) dans 100 g.
d’eau distillée.
Entre la lame et la lamelle, on peut faire entrer par capillarité une
goutte de solution d’acide chromique à 1 0/0, qui suffit pour fixer les
amibes ; en faisant glisser, ensuite, une goutte de carmin aluné, on peut
les colorer.
910
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Le procédé de Bertareeli consiste à sécher sur une lame la particule à
examiner ; puis on la met pendant cinq minutes dans un verre contenant
de l’alcool avec un peu d’éosine dissoute ; puis on lave avec un mélange
d’alcool et de xylène ; puis avec le xylène pur, et après on étale sur le
frottis une goutte de baume de Canada.
On peut aussi fixer pendant dix minutes dans le liquide deFLEMMiNG ;
laver dans l’eau et dans l’alcool et colorer ensuite avec la safranine ou le
violet de gentiane.
Nous préférons d’ordinaire la méthode de Lagane. Les frottis sont fixés
par l’acide osmique ou par le liquide de Schaudinn. Après ils sont passés
par l’alcool ioduré ; après par la thionine, le bleu de méthylène ou l’héma-
toxyline d ’Hei denhaim ou de Grenaciier. De suite, on fait la différencia¬
tion par l’acide acétique ou oxalique ; puis on fait le lavage avec l’alcool à
70° et enfin on monte dans le baume.
Les méthodes de Giemsa, de Laveran, de Leishman, de Marino, de
Romanovski, etc. etc., donnent des frottis magnifiques. Elles sont trop con¬
nues pour qu’il soit utile de répéter les détails de technique.
Les kystes sont bien colorés par l’hématoxyline ferrique d’IdEiDENHAiN
et l’éosine, après fixation par le liquide de Schaudinn.
La culture, avec les difficultés techniques bien difficiles à vaincre,
n’est à présent qu’une délicate manœuvre de laboratoire, impossible à
appliquer aux besoins de la Clinique.
Tous les procédés ci-dessus décrits, même les plus simples
et faciles, exigent un Laboratoire, un microscope, des colorants,
des réactifs. Il peut donc y avoir des cas où ils ne sont pas uti¬
lisables. Tous les médecins ne peuvent pas avoir des appareils
délicats et coûteux chez eux.
Mais il y a un moyen très facile pour diagnostiquer la dysen¬
terie tropicale; et il peut être employé par tout médecin dans
n’importe quel endroit.
Dans le rectum d’un petit chat nouveau-né, on introduit i cm*
de selles récentes du malade. Deux ou trois jours après, le chat
aura une dysenterie typique conduisant généralement à la mort.
L’autopsie montrera les ulcères typiques, développés dans la
paroi intestinale de l’animal.
Le procédé est absolument simple; il peut être toujours
essayé, et ses résultats sont toujours exacts. Les amibes se sont
reproduites chez léchât et ont produit une dysenterie capable de
conduire jusqu’à l'abcès hépatique.
Les résultats, vraiment étonnants, du chlorhydrate d’émétine
injecté aux dysentériques, et capable de produire la guérison
presque instantanée a justifié l’adoption d’un émétino-diagnos-
tic, analogue au traitement d’épreuve de la syphilis et du palu¬
disme.
Bientôt je reviendrai sur cette question.
Séance du 12 Décembre 1917
91 1
J’emploie systématiquement le chlorhydrate d’émétine chez
tous mes malades. Si le cas est grave, le repos au lit s’impose,
ainsi que l’alimentation légère, en petites quantités et à courts
intervalles. Ordinairement le lait 11’est pas bien accepté et il est
mieux d’employer l’eau de riz, d’orge, le blanc d’œuf et les bois¬
sons tièdes. Dans les formes chroniques, on emploie le régime
lacté avec des potages, bouillons et purées.
Dès que le diagnostic de dysenterie tropicale est fait, on
injecte une dose de chlorydrale d’émétine, qui est répétée douze
et vingt-quatre heures après. A partir de ce moment, l’améliora¬
tion est évidente. Des fois, il faut injecter encore quelques doses
d’émétine, une dose par jour j usqu’à ce que l'intestin redevienne
normal .
Très fréquemment nous avons certifié la guérison d’un dysen¬
térique et nous l’avons vu revenir quinze ou vingt jours après
avec nouveaux symptômes intestinaux ou avec symptômes d’ab¬
cès hépatique. C’est que l’émétine, capable de tuer rapidement les
parasites adultes, reste sans action sur leurs kystes de résistance,
lesquels, donnant lieu à une nouvelle poussée des parasites,
reproduisent la maladie.
C’est pour cela que je préfère injecter trois doses d’émétine
quinze, trente et quarante-cinq jours après la guérison appa¬
rente du malade. Depuis l’emploi d’un tel ..procédé, je n'ai pas
vu une seule récidive. Le malade est complètement guéri dès
qu’il a reçu la troisième de ces injections complémentaires.
La dose que nous préférons est celle de 4 cg- Chez les enfants
de moins de huit ans, je préfère employer 2 cg. Cela va mieux
que l’emploi par voie rectale.
A présent, je suis en train d’étudier l’administration buccale
de l’émétine associé avec l’aluminium, le bismuth, l’arsénoben-
zène, etc., etc. Je ne puis pas encore avoir d’opinion ferme sur
la question.
Dans les cas graves, j’ai donné jusqu’à i5 cg. en une seule
fois ; il est préférable injecter 10 cg. pendant deux ou trois
jours.
L'hépatite peut rétrograder et guérir si le traitement est
énergique pendant les premiers jours. Si l’abcès est déjà con¬
stitué, le traitement énergique peut conduire à la guérison
totale, mais c’est rare. Généralement l’émétine produit la stéri¬
lisation du pus. Ensuite, on peut adopter deux procédés dilfé-
912
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
rents. Faire une ponction évacuatrice suivie de l’introduction de
6 cg. de chlorhydrate d’émétine dans 20 cm3 d’eau, ou bien faire
l’ouverture de l’abcès et accélérer la cicatrisation avec les injec¬
tions hypodermiques d’émétine.
Ordinairement le premier effet de l’émétine est de faire dispa¬
raître le sang des selles. Cela nous a fait l’essayer dans diverses
hémorragies et les résultats ont été toujours satisfaisants. Hémo¬
ptysies rebelles, répétées, abondantes, deux hémorragies pro¬
duites par ulcères de l’estomac, un cas d’hémorroïdes, une
hématurie, une hémorragie post-opératoire chez un malade
auquel on venait extirper la parotide, ont disparu bien et vite
sous l’effet de l’émétine.
Une fois, après l’injection de 8 cg. chez un hémoptysique,
j’ai vu une expectoration très abondante, avec crachats séreux
pendant vingt-quatre heures ; chez un enfant de quatre ans,
auquel j’avais donné 6 cg. à cause d’une hépatite, j’ai vu se pré¬
senter un état de somnolence et d’assoupissement avec pouls
très débile. Quelques heures après, l'état était redevenu tout à
fait normal.
Il est dit que, devant un malade suspect de dysenterie tropi¬
cale, nous devons, avant tout, lui administrer de l’émétine. Si la
maladie est de nature amibienne, le résultat est de suite bien évi¬
dent. Si non il n’y a aucun inconvénient pour le malade. L’émé¬
tine est, partant, non seulement le médicament spécifique de
l’amibiase, mais aussi le réactif des affections produites par
Y Entamœba de Schaudinn.
Rogers a écrit que toute diarrhée, ne cédant pas de suite à
l’action de l’émétine, n’est pas de nature amibienne, et que
l’émétine est le meilleur moyen de diagnostiquer des entérites
douteuses. C’est-à-dire : on voit un diarrhéique ; on lui donne
de l’émétine ; si la guérison s’installe, la diarrhée était de
nature amibienne ; si la maladie n’est pas modifiée, el le était due
à une autre cause quelconque.
Les résultats de mes observations conduisent à des conclu¬
sions tout à fait différentes.
J’ai vu toujours guérir vite les lésions amibiennes. Jamais je
n’ai observé une exception à cette règle générale. Jamais un
dysentérique ne s’est montré rebelle à l’action de l’alcaloïde de
Pelletier. Dans tous les cas, j’ai vu l’effet merveilleux sur les
parasites, quelle que soit la localisation de l’infection.
Séance du 12 Décembre 1917
913
Mais bien des fois, j’ai guéri avec l’émétine des diarrhées non
amibiennes, dues à des causes diverses, facilement décelables,
et dont la nature non tropicale était tout à faite évidente.
Donc, nous croyons fermement, sans peur de nous tromper,
que tontes les diarrhées d’origine amibienne sont guéries par
l’émétine ; que beaucoup de diarrhées, non dues à l’amibe, sont
aussi guéries par l’émétine. L’émétine est, donc, le remède spé¬
cifique, sans substitut contre la dysenterie tropicale, et un
agent puissant, excellent, efficace contre plusieurs diarrhées qui
ne sont ni tropicales ni amibiennes.
Etats intestinaux consécutifs à l’entérite tuberculeuse, à des
lésions surrénales, à l’anachlorhydrie, à l’insuffisance pancréa¬
tique, à la colite glaireuse, aux diarrhées urémiques, etc., par¬
faitement diagnostiqués, contrôlés au microscope, confirmés
par l’absence des amibes et par le résultat négatif de l'inocula¬
tion au chat, sont guéris par l’émétine, parfois d’une façon défi¬
nitive, parfois pour récidiver après quelques jours ou quelques
mois
Je ne puis pas, pour le moment, émettre des conclusions plus
définitives, car même l’action physiologique et thérapeutique de
l’émétine est incomplètement connue. J’ai vu, par exemple, dis¬
paraître un catarrhe intestinal après la première dose d’émétine ;
récidiver huit jours après et se montrer déjà rebelle à l’émé¬
tine. Des fois les résultats sont efficaces, brillants ; d’autres fois,
agissant dans les memes circonstances, avec des malades tout à
fait analogues, on ne peut pas modifier un état intestinal.
L’émétine a donc, à part son action spécifique contre l’amibe
dysentérique, et son action hémostatique bien évidente, un pou¬
voir antidiarrhéique souvent supérieur à celui des produits chi¬
miques considérés comme efficaces contre la diarrhée, et capa¬
ble, ainsi que ses autres propriétés thérapeutiques, de la faire
classer parmi ce qu’on appelle les médicaments héroïques .
Nous avons employé toujours le chlorhydrate d’émétine. Des
fois nous avons utilisé des ampoules contenant 4cg. par cm3 d’eau,
qui sont fournies par les pharmacies. D’autres fois nous avons
employé les produits fournis par les laboratoires de Dr J. Cusi,
de Figueras (Gerona, Espagne), de Dausse, de Paris, de Parke
Davis et de Burrougiis Wellcome, de Londres.
En général, l’émétine fournie par les pharmacies est d’action
plus faible que celle des laboratoires spécialisés.
914
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
h’ Ipéca totale injectable des Laboratoires Dausse est doué d’une
action hémostasique supérieure à celle des autres émétines, mais
son action antidysentérique est faible.
Les émétines de Burroughs Wellcome et de Parke Davis sont
bien efficaces, mais elles sont très difficiles à obtenir, à cause des
difficultés d’exportation imposées par le gouvernement anglais.
Celle que nous trouvons la plus acceptable, qui nous a donné
les succès les plus étonnants, c’est Y Hemomet ina préparée par le
Dr Cusi dans les Laboratoires de Figueras (Espagne, Province de
Gerona). Avec elle, toutes les amibiases, à n’importe quel stade
elles se trouvent, sont toujours jugulées ; toute hémorragie
curable serait réprimée et toute diarrhée capable de céder à
l’émétine serait bientôt supprimée.
Septembre 1917.
Pour « La dysenterie tropicale en Espagne » voiries publica¬
tions suivantes de l’auteur :
Bolelin de la Real Sociedad espaûota de Historia natural. Madrid, juin
1915.
Revista de Medicina y Cirugia pràcticas. Madrid, juillet 1915.
Revista clinica de Madrid , juillet 1915.
Revista de Medicina y Cirugia pràcticas. Madrid, août 1915.
Revista clinica de Madrid , août 1915.
Revista de Medicina y Cirugia prâc.ticas. Novembre 1915. Madrid.
Asociacion espaûota para et Progreso de las Ciencias. Congrès de Val-
ladolid, octobre 1915.
Semana medica. Buenos-Aires (Itépublique Argentine), janvier 1916.
Memorias de la Real Sociedad espanola de Historia natural. Madrid,
Tome X, 1916.
Gaceta mèdica catalana. Barcelone, janvier-février 1915.
Revista de Medicina y Cirugia pràcticas. Madrid, juillet 1916.
Gaceta mèdica del Sur. Grenade, janvier 1916
Los Progresos de la clinica. Madrid, février 1916.
La especialidad pràctica. Saragosse, février 1916.
Archives des maladies de /’ appareil digestif et de la nutrition. Paris,
décembre 1915.
Presse médicale. Paris, juin 1916.
Revista barcelonesa de conocimienlos mèdicos. Barcelone, Mars 1916.
Murcia medica. Murcie, mars 1916.
Gaceta medica del Sur. Gr enade, mars 1916.
Los Progresos de la Clinica. Madrid, août 1916.
Segovia medica. Ségovie, octobre 1916.
Revista de Medicina y Cirugia pràcticas. Madrid, novembre 1916.
Siglo medico. Septembre 1916, Madrid.
Segovia medica. Ségovie, novembre 1916.
Siglo medico. Madrid, mars 1917.
Anales de la Facultad de Medicina de Grenada, mai 1917.
Policlinica sevillana. Séville, août 1917.
Séance du 12 Décembre 1917
OIS
Revista medica de Sevilla , août 1917.
EL molrileno. Motril, Mars 1916.
IjCl Clinicamoderna. Saragosse, Mai 1917.
Higia. Madrid, Mai 1917.
Anales de la Facultad de Medicina de Granada, août 1917.
Revista ibero-americana de Ciencias medicas. Madrid, juillet 1917.
L’index endémique du
Paludisme à Madagascar
Valeur de la formule leucocytaire dans Dévaluation
de D index, comparativement à la splénomégalie,
l’hématozoaire et les mélanifères
Par E -W. SULDEY
Durant un séjour d’environ une année sur la côîe ouest de
Madagascar (1913 191/1), dans la Province de Morondava, région
de Maintirano, réputée une des plus insalubres de la Colonie,
nous avons eu l’occasion d’effectuer de nombreux examens héma¬
tologiques chez l’indigène.
En vue de déterminer l’index endémique de cette contrée,
nous avons examiné une centaine d’enfants des deux sexes âgés
de 1 à 1 2 ans.
Bien que la splénomégalie se montrât peu fréquente et en géné¬
ral peu développée, la présence de l’hématozoaire sur les frottis
se révéla dans environ la moitié des cas.
Chez beaucoup d’enfants néanmoins, il n’existait ni hémato¬
zoaire, ni splénomégalie. A quel nouvel élément alors s’adresser
pour mettre en évidence l’infection paludéenne? ïl nous a paru
intéressant d’interroger à ce pointde vue la formule leucocytaire,
et nous avons établi la formule de tous les sujets afin d’en déga¬
ger une conclusion pratique.
Nous exposerons tout d’abord dans le tableau suivant le résul¬
tat général de nos examens, afin de donner un aperçu de la
question :
05 0 0 05 CO O Cn O' O' O OX .f?- 4>» -P" -P- ■&'4-'' -P~ -P' W W W W W k:
916 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Tableau récapitulatif des examens classés selon l’àge des sujets.
Séance du 12 Décembre 1917
917
918
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Sur les ioo enfants examinés, il est aisé de constater que 53
étaient porteurs d’hématozoaires, 4c présentaient une rate per¬
ceptible à la palpation, et ro seulement offraient des mélanifè-
res dans leur sang. Mais il n’existe pas de corrélation suivie
entre la présence de l’hématozoaire d’une part, de la splénomé¬
galie et de la mélanémie d’autre part : ces trois facteurs affectent
du reste entre eux un rapport variable selon l’âge, comme il est
facile de le vérifier ci-dessous:
Toutes proportions gardées, les cas d’hématozoaires positifs
s’observent plutôt de 4 à 9 ans (3i fois sur 53), la splénomégalie
est notée surtout de 7 à 12 ans (32 fois sur 4o), et la mélanémie
existe presque exclusivement de 1 à 6 ans (9 fois sur 10).
Eu égard à la détermination de l’index endémique, la seule
constatation de l'hématozoaire sur frottis ne donne qu’une
valeur de 53 0/0. Or, en examinant les 47 cas à hématozoaires-
négatifs, 011 est frappé par la présence de 17 cas de splénomé¬
galie, qui, s’ajoutant aux 53 hématozoaires-positifs, élévent l’in¬
dex à 70 0/0 (la nature paludéenne de l’hypersplénie étant tou¬
tefois admise).
Il reste donc 3o enfants, chez lesquels seulement 2 présentent
des mélanifères et permettent défaire monter finalement l’index
à 72 0/0, alo rs que les28 autres demeurent selon toute apparence
indemnes d’infection malarienne.
Ni la splénomégalie seule, ni l’existence de l’hématozoaire
seule ne donnent la valeur exacte de l’index endémique; ce
n’est que par leur association que l’on peut obtenir un résultat
réellement vraisemblable, en faisant entrer en outre en ligne de
compte la mélanémie : c’est ainsi qu’un index qui paraîtrait de
prime abord n’atteindre que 53 0/0 (hématozoaires) ou même
Séance du 12 Décembre i
919
9 1 7
4o 0/0 (splénomégalie), est en réalité de 70 0/0 et même de
72 0/0 (avec les mélanifères).
Car ces différents facteurs, signes indubitables de paludisme
chez l’enfant (du moins dans les conditions que nous envisageons
actuellement), ont leur importance propre et évoluent souvent
d’une façon indépendante.
Si en effet l’existence de l’hématozoaire dans le sang périphé¬
rique semble influencer relativement peu le développement de
la splénomégalie (dans 53 cas à hématozoaires positifs, on note
seulement 23 fois une mégalosplénie), celle-ci par contre subsiste
en l’absence de tout parasite sanguicole (17 cas de mégalosplénie
dans 47 cas à hématozoaires négatifs).
Quant à l’hypersplénie, dans près de la moitié de nos obser¬
vations, elle ne s’accompagne pas d’hématozoaire : s’il est vrai
que dans 60 cas où elle est négative, l’hématozoaire est néan¬
moins mis en évidence 3o fois, il n’en est pas moins facile à
constater que les 4o cas de splénomégalie sont seulement a3 fois
hématozoaires positifs.
Les mélanifères enfin, sur 10 fois qu'on les retrouve dans la
circulation, tiennent compagnie 8 fois à l’hématozoaire (dont 4
avec splénomégalie), mais 2 fois existent entièrement seuls.
Au reste les variétés d’hématozoaires observées ne nous parais¬
sent pas avoir eu quelqu’influen ce surla rate ni sur la mélané¬
mie : nous avons trouvé presqu’exclusivement de la Tropicale.
Sur 53 frottis positifs, on relève : 5i cas de Tropicale, dont 6
associés à la Quarte et 1 à la Tierce bénigne;
8 cas de Quarte, dont 6 associés à la Tropicale et 2 à l’état de
pureté ;
i cas de Tierce bénigne, d’ailleurs associé à la Tropicale.
L’existence des gamètes Q ou 11e semble, pas non plus réa¬
gir sur le tissu splénique, lîi sur la macrophagie mélanifère
d’une manière spéciale.
En résumé, la détermination de l’Index endémique doit être
basée surla recherche combinée des hématozoaires, des méla¬
nifères et de la splénomégalie. C’est par ce moyen que l’on
obtient sûrement un bon pourcentage (72 0/0 ici au lieu de
53 0/0 ou de 4o 0/0), que l’appréciation du degré d’impaludation
de la population enfantine présente le plus de garantie.
Cependant, le résultat ainsi obtenu, bien que déjà considéra¬
ble, nous paraît encore insuffisant; car il importerait, en l’ab-
920
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sence des trois éléments que nous venons d’étudier, de retrouver
une autre empreinte de l’infection malarienne, sous la forme
peut-être d’une formule leucocytaire spécifique. Cette formule
existe-t-elle ?
De la formule leucocytaire chez les Impaludés
L'établissement des formules leucocytaires ne donne lieu en
général à aucune difficulté notable. Il règne néanmoins une cer¬
taine confusion dans la classification des éléments mononucléés
tenant surtout à la diversité des dénominations utilisées pour
désigner des formes leucocytaires parfois identiques ou encore
à l’emploi d'une même appellation pour englober des leucocytes
souvent dissemblables. Aussi est-il utile d’indiquer la classifica¬
tion que nous avons adoptée (Traité d' Hématologie de Gilbert
et Weinberg) :
Polynucléaires neutrophiles .... 66 à 72 0/0
Mononucléaires i Lymphocytes ... 23 —
25 à 30 0/0 ( Grands monocytes. . 2 à 6 —
Polynucléaires éosinophiles .... 2 à 4 —
Polynucléaires basophiles . 0 à 0,5 —
Parmi les lymphocytes , sont compris également les mésolym¬
phocytes et les microlymphocytes ; les grands monocytes ou splé¬
nocytes sont constitués par ces grands éléments mononucléés,
dont le noyau vésiculeux, volumineux, présente une forme
rarement arrondie, mais plus généralement échancrée et con¬
tournée, lequel prend faiblement le colorant et s’entoure d’un
cytoplasme presque toujours abondant.
Les lymphocytes et les splénocytes, réunis sous le terme géné¬
ral de mononucléaires , existent ainsi à l’état normal dans la pro¬
portion de 26 à 3o o/o dans le sang circulant.
Ceci posé, si nous considérons maintenant les formules leu¬
cocytaires moyennes des seuls enfants dont l’examen hématolo¬
gique révèle la présence de l’hématozoaire dans la circulation
périphérique, nous obtenons, selon l’âge, les valeurs suivantes :
Séance du 12 Décembre 1917
921
Nous tirons aisément de là la formule générale :
Polynucléaires neutrophiles
Lymphocytes .
Grands monocytes .
Polynucléaires éosinophiles
Polynucléaires basophiles .
32 0/0
30 — / Mononucléaires
10 — J 60 0/0
8 —
0,5 —
laquelle peut être admise com me base de l’infection malarienne,
dont l’expression finale est en résumé : hyponeutrophilie de
32 0/0 au lieu de 66 à 72 0/0 normal, aver hypermononucléose
tant lymphocytique que splénocytique de 60 0/0 au lieu de 20
à 3o 0/0, et éosinophilie de 8 0/0 au lieu de 2 à 4 0/0, la baso¬
philie paraissant indifférente; soit donc une augmentation du
double des lymphocytes, des splénocytes et des éosinophiles,
équilibrant la diminution de moitié des neutrophiles.
Or, en passant en revue les formules leucocytaires de tous les
enfants exempts de Plasmodium sur frottis, nous observons que,
dans la très grande majorité des cas, elles s’orientent franche¬
ment vers l infection malarienne, environ 34 fois sur 47-
Ces 34 formules positives s’accompagnent par ailleurs i4 fois
de splénomégalie et 2 fois de mélanémie sans réaction spléni¬
que ; les i3 formules négatives ne coexistent que 3 fois seule¬
ment avec une hypertrophie de la rate.
Ainsi donc en rapport avec la détermination de l’index endé¬
mique, la formule leucocytaire permettrait chez 34 sujets de
dépister à elle seule l’imprégnation paludéenne ; en réunissant
ces 34 cas aux 53 hématozoaires positifs nous obtiendrions un
index d’une valeur de 87 0/0.
Ce résultat, qui semble logique, est du reste susceptible
d’amélioration : en réservant en effet l’intervention de la formule
aux seuls 28 cas que nous avons reconnus précédemment indem¬
nes, tant d’hématozoaires que de splénomégalie et de macropha¬
ges mélanifères, nous trouvons 18 portant l'empreinte de l’im¬
paludation, et notre index endémique de 72 O/O qu’il était
antérieurement passe finalement à 90 O/O.
Quant aux 10 enfants restants, ils paraissent non catalogables :
ils présentent soit une réaction éosinophilique de i3, 20 et même
45 0/0, soit une lymphocytose de 60 à 69 0/0, qui masquent
complètement toute trace d’infection malarienne.
D’une manière générale, il est de la plus grande importance
dans l’interprétation d une formule leucocytaire de comparer
62
922
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
entre elles les valeurs des différen ts éléments qui entrent dans sa
constitution. On a, selon nous, une trop grande tendance à con¬
sidérer la seule mononucléose comme indice de paludisme (sur¬
tout la splénocytose), en négligeant les autres leucocytes. J1 con¬
vient de donner à la formule entière sa vraie signification : le
paludisme n'est pas seulement caractérisé par l’augmentation
des mononucléaires, et des grands monocytes en particulier,
mais encore par une lymphocytose et une splénocytose distinc¬
tes, accompagnées de leucopénie des neutrophiles, d’hypopoly-
nucléose neutrophile, avec hyperéosinophilie : les lymphocytes
tendent à augmenter du double ainsi que les splénocytes et les
éosinophiles alors que les neutrophiles tendent à diminuer de
moitié de leurs proportions normales.
Rencontre-t-on chez les impaludés une relation constante
entre l’existence de l'hypertrophie splénique et la variation d’un
élément déterminé de la formule leucocytaire? Nos examens
hématologiques ne nous ont rien indiqué dans ce sens. Certes,
la mégalosplénie s'accompagne généralement d’une augmenta¬
tion des grands monocytes, mais aucun rapport ne semble établi
entre les dimensions de la rate et le nombre de ces leucocytes.
Les mêmes constatations s’appliquent à la lymphocytose en
comparaison avec l’hypersplénie.
Signalons en passant que, dans les cas où la lymphocytose
dépasse 60 o/o, il y aurait peut-être lieu de suspecter l’interven¬
tion d’une infection syphilitique surajoutée (toujours possible
chez l’indigène, héréditaire ou acquise), laquelle peut coexister
ou non avec une splénomégalie également syphilitique.
L’hypertrophie de la rate chez l’indigène n’est du reste pas
forcément stigmate de paludisme. La syphilis, répétons-le, en
est un facteur non négligeable chez l’enfant (surtout à Mada¬
gascar) comme chez l’adulte ; celle-ci présente des splénoméga-
lies scléreuses ou scléro-gommeuses, avec ou sans cachexie, dont
l’agent étiologique est le Tréponème et quelquefois le bacille
tuberculeux. On confond trop facilement ces lésions avec celles
de l’hématozoaire, sans s’appuyer sur le contrôle si précieux de
l’hématologie d’une part et de l’anatomie pathologique micros¬
copique d’autre part.
Enfin, les éosinophiles ne paraissent pas non plus fonction
d’une réaction splénique : par leur proportion parfois considé¬
rable, ils modifient la formule malarienne surtout aux dépens des
Séance du 12 Décembre 1917
923
neutrophiles déjà si endommagés ; ils sont l’expression générale
de la verminose intestinale (ascaridiose et trichocéphalose) dont
est porteur l’indigène dans tout le cours de son existence.
En résumé et pour conclure, deux facteurs peuvent intervenir
dans l’évaluation de l’index endémique :
i° L’hématozoaire et la mélanémie, dont la constatation donne
un résultat absolument sûr ;
20 La splénomégalie et la formule leucocytaire paludéennes ,
lesquelles doivent entrer complémentairement en ligne de
compte pour donner à 1 index toute sa valeur; mais ces deux
éléments pris isolément seront l’objet de quelque réserve, car la
splénomégalie seule peut n’avoir qu’une valeur relative en rai¬
son d’une syphilis héréditaire toujours possible, et la formule
leucocytaire, pour être valable, devra par tous les leucocytes qui
la composent cadrer avec la formule type fournie par les por¬
teurs d’hématozoaires.
Considérations pratiques sur la prophylaxie
et le traitement des paludéens en Macédoine
Par Antoine LACASSAGNE
Ap rès deux saisons estivo-automnales passées à l’Armée
d’Orient, je me crois autorisé à rapporter les résultats que j’ai
obtenus dans le traitement des paludéens et la prophylaxie du
paludisme.
Durant l’année 19 iG, je me suis initié dans les hôpitaux de
Salonique à cette maladie; nouvelle pour moi comme pour
beaucoup de médecins français; je mis en pratique les diffé¬
rentes modalités d’administration de la quinine, et me fixai
une méthode de traitement de la malaria.
4
Durant l’année 1917, j’essayai l’application de cette méthode
dans un régiment, avec des résultats satisfaisants.
Les principes de ce traitement sont tout à fait classiques;
je les trouvai, recommandés par Laveran et par Grall, dans les
articles des traités.
Mais je crois utile d’insister sur quelques détails de pratique,
924
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
qui sont propres an traitement du paludisme dans une armée
en campagne; faute de les connaître, le médecin ne constate
pas les succès thérapeutiques escomptés. En présence de cet
échec, certains médecins jugent la quinine un médicament
impuissant; dans l’esprit de certains autres, le paludisme de
Macédoine devient une forme climatique particulière, anorma¬
lement maligne.
En réalité, si l’épidémie a revêtu parfois à l’armée de Salo-
nique un caractère spécial de gravité, c’est qu’il s’agissait d’un
paludisme entretenu par d’incessantes réinfections et par un
traitement insuffisant. Cette insuffisance peut être le fait du
malade qui prend mal le médicament prescrit; elle peut venir
du médecin qui n’ordonne pas une médication assez énergique.-
En effet :
a) l’épidémie, en 1916, s'est généralisée d’emblée à la presque
totalité de l’armée d’occupation, à cause de l’absence de mousti¬
quaires. Pour la même raison, les malades, traités sans isole¬
ment dans les salles communes des ambulances et des hôpitaux,
étaient exposés à la piqûre des moustiques; dans un tel milieu,
on peut affirmer la permanence, la multiplicité quotidienne des
réinfections ;
b) le paludisme a manifesté aussi des caractères d’acuité ou
de résistance particulières parce que le traitement ordonné
n’était pas suivi, ou très incomplètement suivi. Prolongé, astrei¬
gnant est celui-ci, et le malade, s'il n’est pas constamment sur¬
veillé, se lasse vite, oublie souvent.
Volontairement d’autres fois le malade se soustrait à un trai¬
tement fatigant et qu'il a toujours tendance à juger excessif.
Enfin, il faut bien le dire puisque c’est vrai, il y a les palu¬
déens qui comptent sur leur maladie inguérissable pour être
évacués et rapatriés. Ravaut n’a-t-il pas récemment signalé que,
dans les hôpitaux de la XVe région, en France, où sont soignés
les paludéens venus de Macédoine, 5o 0/0 des hospitalisés ne
prenaient rien du traitement quinique prescrit.
c) Parfois enfin le médecin, soit par timidité thérapeutique,
soit trop souvent par scepticisme à l’égard de la quinine, ordon¬
nait un traitement, manifestement insuffisant à blanchir les acci¬
dents. Combien ne se trouve-t-il pas en effet à l’armée d’Orient
de médecins proclamant l’inefficacité et même le danger de la
quinine; combien de médecins ont écrit de France à des amis
Séance du 12 Décembre 1917
925
ou d’anciens clients pour les mettre en garde contre des pres¬
criptions de quinine jugées inopportunes ou excessives?
L activité du médecin traitant, dans un hôpital de paludéens
a l’armée d Orient, doit donc s’exercer dans un triple sens : pro¬
phylaxie des réinfections, surveillance de la distribution des
médicaments ordonnés, prescription énergique de la quinine.
i° La suppression du facteur réinfection se résume pratique¬
ment dans l’emploi de la moustiquaire. Encore ne suffit-il pas
que le lit en soit orné, mais qu elle soit convenablement et cons¬
tamment utilisée, ce qui est loin d’être toujours le cas. La pro¬
tection contre la piqûre des moustiques est toute de minutie
constante; on doit exiger que, pendant les mois d infection par
les moustiques, à savoir au moins du début de juin à la fin d’oc¬
tobre, tout homme soit réfugié sous sa moustiquaire dès la
tombée du jour.
Dans la construction des nouveaux hôpitaux, on semble vou¬
loir réaliser des salles d’hospitalisation défendues contre l’en¬
trée des moustiques par des fenêtres et doubles portes grilla¬
gées, suivant le modèle classique inauguré en Algérie après la
conquête, heureusement employé par les Américains contre le
Stegomijia.
20 Contrôler si le traitement ordonné est bien ingéré n’est pas
la tâche la moins astreignante du médecin ; elle est assurément
une des plus nécessaires.
La recherche, non pas quantitative mais qualitative de la prise
de la quinine, est d’une simplicité irréprochable, grâce au
réactif de Tanret. La distribution à heures fixes de la quinine
en solution, mode d’administration que j’ai toujours presque
exclusivement employé, empêche à peu près absolument toute
supercherie; le rôle de l’infirmier est ici, comme d’ordinaire,
essentiel, cela se conçoit.
3° J’en arrive maintenant à la description du traitement qui-
nique auquel je m’étais arrêté : à la chronicité de la maladie,
il faut opposer la continuité du traitement ; — à chaque poussée
aiguë, il faut opposer une cure active de plusieurs jours; — à
tout accident périodiquement récidivant, il faut opposer un trai¬
tement préventif.
a) Le traitement continu est le seul vraiment efficace ; il peut
926
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
être impunément poursuivi pendant des mois; chez un malade
quotidiennement quininisé, on n’observe jamais d’accident
rebelle ou grave.
Il a en outre l’avantage de se confondre avec les mesures de
prophylaxie contre l’infection palustre ordonnées à tous à
l armée d’Orient : la dose de deux comprimés de 20 cg. de qui¬
nine est quotidiennement obligatoire pendant la saison estivo-
automnale. A la soupe du soir, tout hospitalisé doit donc
absorber !\o cg. de quinine, et chaque jour, et sans exception.
Cette dose représente la partie continue du traitement; elle
est suffisante pour maintenir dans l’organisme la ration d’entre¬
tien en quinine nécessaire au paludéen.
Chez les malades non profondément infectés, à état général
bien conservé, 11e commettant point d’imprudence, ce trai¬
tement suffit habituellement à éviter les rechutes ; les accès
s’espacent, diminuent de fréquence et de violence.
Je répète que 4o cg. de quinine et plus peuvent être impuné¬
ment absorbés chaque jour pendant longtemps; je viens encore
cette année, pendant près de 8 mois consécutifs, de suivre ce
régime à titre préventif, et n’en ai ressenti aucun méfait. Enfin
j’affirme n’avoir jamais observé un seul cas d’accident d’intoxi¬
cation quinique.
b) Chaque réveil de l’activité du parasite, chaque manifesta¬
tion de sa multiplication doivent être immédiatement et énergi¬
quement traités par l’adjuvant d’une dose forte de quinine, con¬
tinuée pendant plusieurs jours pour assurer l’extinction de cet
incendie. A chaque accès, j’opposais, quelles que fussent sa
durée et sa gravité, un même traitement de quatre jours, trois
doses de 80 cg. de quinine par 24 h., une dose à chacun
des trois repas, la quinine ingérée avec des aliments étant
admirablement supportée : donc, 80 cg. avec le café de 6 h.
du matin, 80 au repas de midi, 80 au repas de 6 h. du soir.
Ce traitement était poursuivi de toute façon pendant une durée
de quatre jours. J’ai rarement vu une manifestation palustre
lui résister au delà du troisième jour.
De la même façon que les accès francs, doivent être traitées
les manifestations palustres larvées, qui en sont comme des
formes de suppléance ou des réductions; ainsi les accès apyré¬
tiques de céphalée, d'inappétence, de vomissements, de rachial¬
gie. On ne doit jamais redouter de renouveler trop souvent les
Séance du 12 Décembre 1917
927
cures de quinine aux paludéens et surtout aux paludéens
récents.
J insiste aussi sur l’opportunité de l’institution de la cure
aussi précoce que possible, dès l’apparition du premier symp¬
tôme de réactivation du parasite ; c’est ainsi que sont favorisés
les malades qui, s’observant, sont prévenus de l’approche de
leur accès par un signe avant-coureur, survenant un ou même
deux jours avant la poussée thermique, comme une sorte d’aura
révélatrice, parfois toujours la même : mal de tête, perte de
l’appétit, névralgie, douleur lombaire ou courbature muscu¬
laire : un traitement actif immédiatement institué peut prévenir
ou affaiblir I accès en préparation
c) Certains paludéens, insuffisamment, irrégulièrement ou
non traités, en conséquence profondément anémiés et parasités,
font des rechutes réapparaissant à dates à peu près fixes : tous
les 8, 10, i5 ou 3o jours. Pour ceux-ci, le traitement préventif
réussit habituellement au bout d’un certain temps à supprimer
le retour fatidique des accès, tandis que l’état général rede¬
vient satisfaisant. J'avais l’habitude de procéder de la manière
suivante : un malade présentant un accès tous les 8 à i5 jours
recevait systématiquement deux jours par semaine (tous les
lundis et mardis) le traitement à trois doses de 80 cg. par jour;
si l’accès à répétition ne survenait que toutes les trois semaines
ou tous les mois, l’administration de deux jours de quinine
chaque deux semaines suffisait habituellement.
J’ai déjà dit que, d’une façon presque générale, j’adminis¬
trais la quinine par la bouche ; la voie buccale ne me semble
présenter que des avantages :
Sécurité absolue ; avec elle aucun accident d’aucun ordre à
redouter ;
7 a
Efficacité aussi grande comme rapidité et action que par la
voie intra-musculaire ou sous-cutanée;
Enfin, simplicité extrême, économie de temps et de person¬
nel : un seul infirmier consciencieux peut assurer le traitement
journalier des malades de tout un gros service.
Les injections intra-veineuses imposent leur indication dans
le traitement des formes pernicieuses. Quant à l’injection intra¬
musculaire, je l’utilisais soit dans le cas d'intolérance gastrique,
928
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
soit comme moyen disciplinaire (i). L’intolérance gastrique vraie
à la quinine dans les accès palustres est d'ailleurs exceptionnelle,
en tous cas beaucoup plus rare qu’il ne semble et surtout que
ne le prétendent les malades; j’ai vu souvent des paludéens
avoir de véritables vomissements incoercibles, mais garder leur
quinine qui, une fois absorbée, agissait rapidement en calmant
les spasmes gastriques. Dans les cas rares où la quinine ingérée
est rejetée, il suffit d’assurer le premier jour du traitement par
une double injection intra-musculaire (deux ampoules de
4o cm3 de quinine dans chaque fesse) ; le lendemain l’intolé¬
rance gastrique a presque toujours disparu, et les trois jours
suivants du traitement peuvent avantageusement se continuer
ab ore.
L’injection intra-musculaire reste donc surtout un moyen
di sciplinaire : les hommes redoutent la piqûre. Tout malade
refusant d’avaler sa quinine ou surpris à frauder de quelque
manière sur son traitement était immédiatement soumis au
régime des piqûres quotidiennes. Dans ces conditions, on arrive
bien vite à une grande sécurité quant à l’exacte ingestion des
médicaments, et à n’avoir plus à employer les injections de
quinine.
Voilà donc la manière de traiter les paludéens de Macédoine,
à laquelle je m’étais arrêté à la fin de l’automne 1916, ou plutôt
voilà la manière de leur distribuer la quinine, le seul médica¬
ment que nous ayons à opposer efficacement à la malaria. L’ar¬
senic n’est en elfet qu’un adjuvant tonique; j’ai vu des palu¬
déens secondaires, en plein traitement arsenical d’une syphilis,
faire des accès palustres. Mais le cacodylate de soude, long¬
temps continué chez les paludéens anémiques, active le rétablis¬
sement de l’état général.
A cette époque, j’étais arrivé à la conviction que le paludisme
ne revêt une forme grave et ne provoque des accidents sérieux
que s’il est non soigné ou mal soigné.
* *
Désireux de confirmer cette opinion, je résolus d’essayer cette
(1) Une injection intra-musculaire mal faite peut avoir de graves consé¬
quences ; bien pratiquée, par le médecin lui-même, avec toutes les précau¬
tions d’usage, elle n’est jamais à l'origine d’accidents sérieux.
Séance du 12 Décembre 1917
929
méthode dans un corps de troupe et d’y entreprendre la lutte
antipaludique, qui devait y être couronnée de succès si ma
conviction était fondée. J’obtenais au début de décembre 1916
d’être désigné comme aide-major dans un régiment de cava¬
lerie. Au cours des onze mois que j’y ai passés, je me suis
employé successivement à deux tâches :
i° le traitement des hommes impaludés au cours de 1 é té
iqïô ;
20 la lutte préventive contre le paludisme de l’été 1917.
Mon régiment, comme tous ceux qui avaient fait campagne
dans les différents secteurs de la Macédoine pendant l’été 1916,
s’y était presque entièrement impaludé ; il n’est pas exagéré
d’estimer à 90 0/0 la proportion des hommes de ces unités,
infectés dans ces conditions. Bref, je me trouvais en arrivant à
mon corps dans un régiment de paludéens. Pour ceux de la
portion confiée à mes soins, j’établis le traitement systématique
décrit plus haut (1). Les résultats ont été tout à fait probants :
j’ai réuni une centaine d’observations de malades spéciale¬
ment anémiques, splénomégaliques, ou à accès récidivants,
suivis, je puis dire, presque journellement pendant dix mois.
Tous étaient considérablement améliorés (même quelques
indisciplinés) quand je les quittai au début de novembre der¬
nier; la plupart n’avaient pas eu d’accès depuis des mois, leur
rate n’était plus perceptible, leur état général était parfait; j’en
qualifierais beaucoup de guéris si la preuve de la guérison du
paludisme pouvait être donnée.
La réalisation d'un programme qui paraît aussi simple que
celui du traitement des paludéens dans un régiment pourrait
cependant être dans certains cas impossible; la collaboration
de tout le corps des officiers est en effet nécessaire au médecin
pour réaliser sa tâche (2). J’ai eu la chance de trouver cette
collaboration acquise, grâce à l’appui du colonel. Aussi étais-je
(1) Une seule variante : la solution de quinine est pratiquement inutili¬
sable dans un régiment à cause de l’absence de moyens de transport; les
mêmes doses en comprimés sont également efficaces; mais la surveillance du
traitement doit être plus sévère, à cause de la facilité de tricherie au moyen
des comprimés.
(2) Mon ami le docteur Mallet, médecin-chef du régiment, animé de la
même conviction que moi-même, avec lequel nous avons réalisé notre pro¬
gramme d’innovation au régiment, s’est employé de toute son autorité à faire
adopter toutes les suggestions médicales.
930
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
parvenu jusqu'à un certain point à faire disparaître cette pré¬
vention, si générale dans les corps de troupe, contre les hommes
qui se font porter malades : les gradés étaient tenus, au con¬
traire, d’envoyer par ordre à la visite tout soldat fatigué,
anémié ou fiévreux; les infirmiers étaient dressés à dépister
journellement les trop nombreux paludéens qui cachaient leurs
accès sans se traiter, ou se traitaient eux-mêmes par l’adminis-
tration intempestive et désordonnée de quinine, dont il se fai¬
sait ainsi un gaspillage invraisemblable.
Mais c'est dans les efforts pour la prophylaxie du paludisme
que l'autorité du commandement devient indispensable au
médecin. Les moyens classiques de préservation contre la malaria
doivent en effet donner de pleins résultats, mais à une condition
que j’ai rarement vue réalisée, c'est qu’ils ne soient pas seule¬
ment ordonnés, mais exécutés. Par ordre supérieur, dans mon
régiment, l’attention de chacun devait se porter à l'application
des trois prescriptions suivantes :
Utilisation obligatoire de la moustiquaire individuelle, prise
quotidienne de la quinine préventive, alimentation satisfaisante
des hommes.
a) On ne se doute pas de la difficulté qu’il y a à obtenir, par les
nuits chaudes d’Orient, que les hommes tolèrent cet enveloppe¬
ment dans la moustiquaire, qui augmente encore l’étouffement,
la soif d’air et de fraîcheur. Des rondes de nuit s’assuraient que
les ordres étaient exécutés; mais c'est surtout à la raison des
hommes qu’il faut savoir faire appel pour leur faire utiliser
convenablement les moyens de protection mis à leur disposition.
Aussi je crois possible de faire admettre l’emploi, par les guet¬
teurs et les sentinelles de nuit, de la vaseline odorante destinée
à écarter les moustiques. Personnellement, pendant toutes les
marches de nuit, dans toutes les circonstances où l’usage de la
moustiquaire était impossible, j'obtenais une protection suffi¬
sante contre les piqûres en m’enveloppant, tel un Touareg, le
visage et la nuque d’un mouchoir, ou mieux du « chèche » de
cavalerie, et au moyen de gants pour les mains.
b) Les deux comprimés de quinine préventive étaient pris
chaque soir avant la soupe, sous la surveillance et la responsa¬
bilité d’un gradé; dans les endroits plus particulièrement insa-
/
Séance du i 2 Décembre
931
l9ll
1 ubres, la dose quotidienne était portée à trois compfimés, soit
60 cg. Par de fréquentes séances d’examen d’urines au réactif
de Tanret, suivies de la punition sévère des hommes à réaction
négative et des grades responsables de la distribution du médi¬
cament, on réalise à coup sûr la quininisation quotidienne;
mais sans contrôle chimique, ni surveillance, ni sévérité, on
peut affirmer qu elle est toujours illusoire. D’ailleurs le jour où
les officiers en général, les médecins en particulier, donnent
aux hommes 1 exemple de l’exécution des ordres, les sanctions
elles-mêmes deviennent inutiles ; et ceux-là y gagnent d’éviter
l’impaludation qui est assez répandue dans le corps médical !
c) Une alimentation satisfaisante est à mon sens un des fac¬
teurs les plus importants de résistance à l’infection malarique ;
c’est aussi le plus difficile à réaliser.
L’exécution aussi rigoureuse que possible de ces moyens élé¬
mentaires de défense anti-paludique, simples et archi-classi-
ques, a une fois de plus confirmé leur efficacités L’examen de la
situation sanitaire du régiment au cours de cette année est tout
à fait démonstratif : alors que plus de 2,5 0/0 de son effectif
avait dû être évacué pour paludisme au cours de l'été précé¬
dent, le nombre des évacuations pour la même affection n’a pas
dépassé le 5 0/0 en 1917 pendant la période des cinq mois d’épi¬
démie palustre qui va de juin à novembre ; il a été nul dans la
portion du régiment dont j’avais plus particulièrement à m’oc¬
cuper. Nous n’avons pas eu à enregistrer cette année un seul cas
de forme pernicieuse; tous les paludéens ont pu continuer leur
service parfois très pénible, même nos q uelques paludéens pri¬
maires, après quelques jours d’indisponibilité.
Ou'on ne m’objecte pas que ces résultats sont la conséquence
naturelle d’une épidémie moins étendue et moins grave en 1917
qu’en 1916! A cela je répondrais qu'au cours de l’été 1917, trois
régiments, de mêmes effectifs, durent accomplir la même mis¬
sion, dans des conditions de surmenage semblables, dans une
région fort impaludée. Deux d’entre eux, où les mesures de
défense anti-paludique n’étaient pas en vigueur, virent au cours
de cette expédition leurs effectifs fondre littéralement en deux
mois, alors que celui où elles se pratiquaient telles que je les ai
décrites n’était presque pas éprouvé. Ces résultats, dans les
conditions où se sont réalisées les choses, me semblent avoir la
valeùr de ceux d'une expérience scientifique.
032
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
*
■¥• *
t .
Si j’ai donné volontairement le tour d’un récit un peu trop
personnel à mon exposé, c’est pour, montrant les conditions
précises dans lesquelles je me suis successivement placé, dans
un service hospitalier d’abord, ensuite dans le champ d’obser¬
vations multiples et prolongées que pouvait être un régiment,
donner un certain poids à mes conclusions dans un débat qui
a suscité autant d’avis que celui du traitement du paludisme
macédonien.
Ces conclusions sont les suivantes :
Je crois que le paludisme de l’armée de Salonique doit être
traité comme tout autre paludisme, par les méthodes classiques
qui ont prise sur lui, à condition que leur application soit sur¬
veillée. Le seul médicament est la quinine; sa meilleure voie
d’administration est par la bouche. Ainsi combattu d'une façon
énergique et prolongée le paludisme, dans la plupart de ses
formes, est compatible avec le service régimentaire en temps de
guerre, et c’est dans les corps de troupe mêmes qu’il peut habi¬
tuellement être traité.
Quant à la prophylaxie anti paludique, elle est réalisable, et
les méthodes classiques sont suffisantes pour préserver dans une
large mesure les effectifs. Mais seuls peuvent y parvenir les
médecins régimentaires, s’ils obtiennent la collaboration du
commandement, et encore, à une condition, c’est qu’ils soient
eux-mêmes des convaincus.
t
Considérations sur l’entéro-trichocéphalose
et la trichocéphalose appendiculaire
Par le Dr Alfr. da MATTA
Il y a longtemps (1905-1917) que je pratique à Manaos de nom¬
breux examens de coprologie pour la diagnose des helminthia¬
ses. Les malades d’ankylostomiase, ou ankylostomose, tiennent,
toutefois, une place très importante. J’ai déjà publié (1) une sta-
(1) Ai'ch. Brasil . de Med., n<> 5, 1914- Rio de Janeiro.
Séance du i 2 Décembre
933
l9ll
r . ■>-
tistique donnant des résultats semblables à ceux du prof. Tho¬
mas (1) et de Mirando Leao.
Dans cette étude, sur 883 enfants qui ne dépassaient pas l’âge
de 12 ans, 635 étaient parasités :
Necator americanus Stil . 905 95,2 0/0
Trichocephalus trichiuris Dub. . 523 82,3 0/0
Ascaris lumbricoides Lin . 332 52,2 0/0
Oxyurus vermicularis Lin . 192 30,2 0 /0
Slrongy loïdes stercoralis Bav . 152 23,9 0/0
De ces 635, souffraient seulement de
Ascaridiose .
Ankylostomiase .
Trichocéphalose .
Oxyuriose .
Strongylose .
et 4o3 enfants étaient parasités par
Nec. , T rich ., Asc .
Nec., Trich., Strong.
Nec. , Trich .
Trich., Strong., Asc.
Trich., Asc., Oxyu .
Nec., Oxyu .
Trich., Asc .
Trich., Strong . ....
Trich., Strong., Oxyu .
Asc., Oxyu .
80
63
62
21
4
103
81
43
41
32
31
22
18
18
13
J’ai toujours continué ces études de coprologie clinique et
jusqu’à présent j’ai pu constater, sur un total de 2.oo5 examinés,
1.793 enfants ayant des Nématodes dans le tube digestif, soit
89,42 0/0.
J’ai déjà émis quelques considérations sur la prophylaxie de
ces Nématodes (2) et leur classification parasito-clinique (3).
Je connaissais, depuis longtemps, la gravité qu’avaient à la
clinique pédiatrique l’ankylostomiase, ou an kylostomose, l’as¬
caridiose (les vers erratiques par excellence), l oxyu riose (néma¬
todes qui, par leur biologie exceptionnelle, semblent être l’exem¬
ple de parasitisme continuel dans l’individu lui-même).
Et pour cela, dans toutes mes recherches cliniques, je cher-
(1) An. of Trop. Med. elParasit., no 1, vol. IV, 1910, Liverpool .
(2) Os nematoldes do tubo digestlvo de que modo infeslam o organismo?
Prophylaxie (Etude présentée à la Escuela de Medieina de Guyaquil. Ecuador
*9l5)-
(3) Brazil-Medico, no 17. 1916.
934 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chais toujours les petits malades qui avaient réellement l’helmin¬
thiase, et principalement ceux qui avaient la trichocéphalose, à
cause, dans ce dernier cas, des opinions encore et bien souvent
contradictoires des auteurs que j’ai dû consulter.
En 1897, Grancher, Marfan e t Comby ( 1 ) remarquaient déjà la
pathogénité du trichocéphale, tandis que D’Espine et Picot leur
attribuaient des symptômes de dyspepsie et de diarrhée chroni¬
que (1899) (2)]; Jeanselme et Rist (3), et Scheube (4) n’en font pas
du tout mention, et Le Dantec (5) s’y réfère seulement quand il
s’occupe de la recherche des œufs du trichocéphale.
Neveu-Lemaire a dit que ce nématode est « peut-être l’hôte
le plus banal et inofifensif del intestin de l’homme ; dansquelques
cas, cependant, il est capable de produire divers accidents aux¬
quels on donne le nom de trichocéphalose» (6).
Gastellani et Chalmers (7) ont dit aussi que « usually harmless,
but may giverise to intestinal disturbance and at times appendi-
citis », et que « lhe disease resembles agchylostomiasis, from
which il may be differenliated by fînding trichiuris ova..., and
also by lhe absence of marked eosinophilia » (p. i3o3).
Carazzi fait aussi cette considération : « l’importanza patogena
di questo communissimo parassita cra stata ritenuta, fino a pochi
anni fa, di elmintologi francesi, si vorrebbe altribuirgli una
parte importante nelle appendicite e nel tifo abdominale » (8).
Camidge a écrit que « recents investigations bave shown that
Trichocephalus dis par is often the cause of more serious patholo-
gical changes than h ad previously been supposed, and that it
may cause enteritis, diarrœa, anæmia... » (9).
Lecomte, dans une magnifique bibliographie (10), et Brumpt(i i)
relatent l’action pathogène des trichocéphales. Mais Guiart, qui
est cité par tous ceux que je viens de nommer^ est celui qui
(1) Traité des Maladies cle V Enfance, 1897, p. 696, t. II.
(2) Maladies de V Enfance, 6e édit., p. 697.
(3) Précis dePath. Exot., 1909.
(4) The Diseuses of Warm Countries , 2e édit., 1903. London.
(5) Précis de Pathologie Exot., t. IL p. 178, 1911. Paris.
(6) Précis de Parasitologie humaine, 4e édit., p. 462. Paris.
(7) Mauual of Tropical Med., 2e édit., p. 564, 1913.
(8) Parassitologia animale, p. 255, 1913.
(9) The Faeces of Chi/dren and Adalts, p. 109. 1914*
(10) Trichocéphale et Trichocéphalose, in Path. Exot. de Grall et Clarac.
t. VI, pp. 60-69, 1913.
(11) Précis de Parasitologie, p. 465 et suivantes. 1913.
Séance du 12 Décembre
*9*7
935
a laissé peut-être le plus d’investigations sur la pathogénité des
trichocé phal es, jusqu’à les rendre responsables de la fièvre
typhoïde, insistant sur la préexistence des parasites dans le tube
digestif comme condition sine qua non du développement de cette
maladie (1).
Mais dans aucun de ces auteurs je n'ai rencontré de cas aussi
caractéristiques que les deux suivants de ma clinique, confirmés
par l’autopsie et authentifiés par les dessins et par les photogra-
pliies des pièces anatomiques, qui furent examinés par les doc¬
teurs Basilio de Seixas, Miranda Loao, Figueiredo Rodrigues,
Ayres de Almeida et Fulgencio Vidal.
Ils viennent prouver que n’importe quel nématode du tube
digestif peut devenir pathogène et fatal dans certaines circon¬
stances. Je donne ici le résumé de ces deux cas ; dans la littérature
médicale brésilienne, il n’existait rien à ce sujet j usqu’à la publi¬
cation que j’ai faite (2).
Obs. I. — R. A., âgé de 4 ans, péruvien, a été recueilli à l’hôpital de
Misericordia, infirmerie du docteur Miranda Leao, le 24 octobre 1913,
n. 3452 (fig. I) (3). Il demeurait au Javary; commémoratifs sans impor¬
tance. L’inspection rapide de son organisme dénonçait une longue souf¬
france; «pâleurdela mort»; œdème des régionssuperciliaires, palpébrales,
malaires, et aux membres supérieurs et inférieurs L’œdème s’est étendu
jusqu’aux bourses scrotales un mois avant la mort du petit malade.
Des coliques périodiques, évacuations fréquentes, jusqu’à vingt fois en
24 h., quelquefois profuses, la vraie entérite dysentériforme, mais avec
rares stries sanglantes; absence de ténesme.
Ventre volumineux, de batracien, lorsque le petit malade était en décu¬
bitus dorsal, avec hyperalgésie générale. Le colon, très sensible, et sur¬
tout le cæcum, celui-ciquelquefoiscontractile; léger tympanisme à l’espace
de Thaube.
Vomissements parfois ; intense anorexie. Petites taches pourprées
disséminées en différentes régions du corps ; palpitations fréquentes,
choc vigoureux de la pointe. Epistaxis. Débilité générale; indifférence
pour n’importe quel joujou. La rate et le foie apparemment normaux à la
palpation. Les vaisseaux. du fond du globe oculaire dilatés et très
sinueux.
Température souvent irrégulière, entre 37°5 et 39, et plusieurs jours de
complète apyrexie.
Examen de l urine. — Absence d’albumine, traces d’urobiline et
d'indoxyle (indican).
(1) Précis de Parasitologie , p. 389 et suivantes. 1910.
(2) Alfr. da Matta, Diagnose dos nematoides do tubo digestivo. Subsidio
para o estudo do Trichocephalo e da Trichocephalose. Monographia apresen-
tada a Academia de Medicina do Rio de Janeiro. 1916.
(3) Dessins et photographies dus à l'obligeance de MM. Huebner et Amaral
et Zeferino Rocha, de Manaos.
936
Bulletin de la. Société de Pathologie exotique
Examen du sang. — Globules rouges 580.000; globules blancs 12.000.
Hémoglobine (Talqvist) la 0,0. Coloration rose; recherche négative de
l’hématozoaire de Laveran. Nombreuses hématies déformées; poikilocy-
tose ; éosinophilie 14,3. Absence de myélocytes granuleux.
Examen coprologique. — OEufs de trichocéphale dans toutes les prépa¬
rations, de 8 à 20, ce nombre a été vérifié seulement une fois. Mucus
abondant, amidon, globules de graisse, cellulose, cellules épithéliales,
cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien et rares cristaux de Char-
cot-Leyden. Fibres musculaires très rares.
Réaction de Webek. — Positive.
Diagnostic. — Trichocéphalose (entéro-trichocéphalose avec anémie
pernicieuse consécutive).
Pronostic. — Très grave, parce que, indépendamment des symptômes
généraux et des résultats des examens, la proportion des éosinophiles était
entre les limites 10 et 30 0/0 Je considère toujours très grave n’importe
quel cas d’helminthiase dont l’indice éosinophilique se trouve dans ces
limites.
Traitement. — Toute la médication anti -helminthique a été employée,
même le jus de la Petiveria alliacea, qui est déjà avantageusement employé
par Miranda Leao. Ce médecin a été exceptionnellement attentif dans 1a.
médication de ce cas, auquel a été appliqué un régime diététique très
sévère.
Le moindre résultat n'a pu être obtenu et le petit malade est mort le
Ie1' janvier 1914.
Autopsie. — L’autopsie a été faite tout de suite après le décès. La cavité
abdominale ouverte, les intestins, ayant perdu leur couleur, étaient pleins
de gaz et de liquide, principalement l’intestin grêle. Dans la dernière
portion de l’intestin grêle,’ il y avait un peu de matière fécale, et la
muqueuse jaune clair faisait contraste avec la dernière portion, plus noi¬
râtre. Celle de l’iléon était moins noire que celle de cæcum et des autres
portions du gros intestin.
Un enduit épais était fréquent, ayant une couleur cendrée bien accen¬
tuée, et où il y avait des trichocéphales en quantité considérable; dans la
dernière portion de l’iléon, du cæcum et du colon ascendant, je pus
compter 591 trichocéphales. En divers endroits du gros intestin, on voyait
plusieurs points rouges, congestionnés, et des taches ecchymotiques jus¬
qu’à la dernière portion du colon ascendant.
En cet endroit les trichocéphales étaient très nombreux, implantés ou
non, depuis l’iléon où s’étaient fixés trois trichocéphales pleins de sang.
Les points rougeâtres étaient plus intenses dans le cæcum et à mesure
qu’on se rapprochait de la valvule de Bauhin.
Dans la poche cæcale, on voyait encore d’autres points plus intensé¬
ment colorés, surtout l’un, de 2 cm de diamètre, et au colon ascendant un
autre de 3 mm., atteignant la musculaire, avec solution de continuité,
ayant les bords très visibles, et plusieurs très petites érosions. A cet
endroit les trichocéphales étaient au nombre de 295, quelques-uns remplis
de sang et implantés dans la muqueuse.
Le cæcum étant le siège préféré de ces parasites, j’ai dù de suite retirer
et photographier très vite les portions des colons ascendant et transverse.
La figure 6 (pi. XI) représente la portion du colon ascendant.
L’appendice avait à son commencement un trichocéphale et trois autres
à proximité de la valvule de Gerlach. Le foie sans lésion macroscopique;
la rate légèrement diminuée de volume, un peu sclérosée et avec beau¬
coup de fer hématique. Cœur mou et flasque.
Planche X
A. DA Ma TT A
EntÉRO -THICOCÉPH ALOSE
937
Séance de 12 Décembre 1917
Je me permets maintenant de rappeler certains détails de la
biologie des trichocéphales, et je vais aussi essayer de signaler,
le mieux possible, leur très grande action pathogénique. Sur
la fi gure 6, les trichocéphales au nombre de 123 sont bien
distincts. Ils ne présentent, généralement, ni la configuration que
Ton dit classique, ni la disproportion notable des parasites
mâles en relation aux trichocéphales femelles. Ainsi, 62 d’entre
eux étaient mâles, soit 42,27 0/0. Photographiés dans leur
grandeur naturelle, quelques-uns ont la portion filiforme
implantée dans la muqueuse, quelques autres arrivent à la mus¬
culaire, d’autres restent adhérents au chorion, ou pénètrent
dans la sous-muqueuse, et beaucoup forment des groupes.
En/*, j et m , la quantité de trichocéphales est considérable; en
c, / et /c, des parasites femelles sont visibles avec les extrémités
filiformes complètement implantées, tandis que les portions
postérieures pleines de sang restent libres dans la lumière de
l’intestin ; en b et n , parasites mâles avec du sang, ce qui me
semble n’avoir pas été souvent rencontré et signalé par ceux
qui étudient ces cas. En a, un parasite femelle avec du sang,
fixé à l’expansion du chorion ; en b, un trichocéphale mâle avec
du sang, qui a transpercé jusqu’à la couche musculeuse, la
bouche du parasite restant libre. On y remarquait très bien la
coloration noirâtre du processus de pseudo-nécrose avec perte
des tissus, mais les restes se trouvent encore attachés à l’in¬
testin (voir la fig. 6, a).
En 0, p, q, petites ulcérations plus ou moins noirâtres, de
tailles diverses, et d'où furent retirés trois trichocéphales
femelles (voir Fig. 5, c.).
Le morceau du colon transverse de la figure 5 montre un tri¬
chocéphale femelle a<i avec du sang, dont la partie fili forme a
transpercé la muqueuse de a à b, une grande portion étant
libre dans la lumière de l’intestin, comme le démontre la ligne
b. La photographie a été faite dans des conditions telles que les
trichocéphales sont restés attachés à la muqueuse avec les corps
éloignés de l’intestin.
Dans un grand nombre de cas, je pus rencontrer les tricho¬
céphales accouplés (fig. 3, grandeur naturelle), et j’eus l’oppor¬
tunité d’obserer le spiculé avec ses saillies triangulaires, ou
mieux aspérités. Le spiculé rappelait, par sa longueur (fig. 4 ,a),
celui de T. a/Jinis Rud., parasite du bœuf, du mouton, de la
63
938 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
chèvre. Long1 de 3 mm., légèrement courbe, sortant d’une
gaine et décrivant un demi-cercle, il était couvert de minuscules
aspérités.
Il faut signaler la position de la gaine dans la portion termi¬
nale du corps du trichocéphale, elle se juxtaposait tout en con¬
tinuant à former la concavité de cette portion (fig. 4, A ). Il me
semble que cette disposition favorise l’accouplement des tricho-
céphales.
J’ai observé aussi des trichocéphales ayant l'appareil copu-
lateur semblable à celui qui a été décrit par le prof. Perrier
(fig. 2g5, pag. 466, Parasitologie de Brumpt, r 9 1 3) .
Ce cas de trichocéphalose, je dois le considérer comme un
cas de maladie générale, et selon le tableau symptomatique
suivant : Coloration pâle très caractéristique du petit malade,
peau luisante, muqueuse très décolorée, œdème généralisé,
pouls fréquent au moindre effort, soufle anémique. Urine dimi¬
nuée en volume ; indoxyle, parfois urobiline ; température sans
type régulier arrivant jusqu’à 3q s’abaissant à 37° et 36°5 et s’y
maintenant 24, 36 et parfois un plus grand nombre d’heures.
Le syndrome anémique, « avec la pâleur de la mort », du petit
malade peut être considéré comme sui generis et très caracté¬
ristique. La vraie entéro-trichocéphalose ne peut exister sans
une semblable anémie, qui est arrivée dans ce cas à une baisse
jusqu’à 58o.ooo globules rouges, avec poikilocytose et éosi¬
nophilie.
Un autre symptôme général important, c’est l’amaigrisse¬
ment presque nul du petit malade dans ce cas de grave pro¬
nostic. Le panicule adipeux est notable, établissant ainsi un
remarq uable contraste avec la terrible pâleur et les œdèmes.
L’indifférence et l’apathie du petit malade étaient surpre¬
nantes : rien ne pouvait le distraire; l’asthénie l’a toujours
dominé pendant le traitement.
On distinguait entre tous les symptômes locaux le ventre vul-
tueux, arrondi et flasque ; des douleurs paroxystiques; hyperal¬
gésie cutanée, particulièrement à la région cæcale, dans le trajet
du colon, avec des spasmes reconnaissables et rappelant la sen¬
sation spéciale que donnerait un tube de caoutchouc.
Les évacuations dysentériformes furent très fréquentes, et
dénonçaient l’état maladif des intestins.
Séance du 12 Décembre 1 9 1 7
Tous les symptômes dénonçaient un cas très grave d'entéro-tri-
chocéphalose et anémie pernicieuse consécutive.
La cause de cetle anémie étah claire et positive ; on ne devait
pas la considérer comme due à la tuberculose, à la syphilis
secondaire ou tertiaire, aux néphrites, à Tankylostomose ou
bothriocéphalose, ou chercher une autre cause, ou la considérer
comme essentielle.
Les trichocéphales étaient exclusivement responsables.
Obs. IL — J. N., âgé de 8 ans, demeurant à Girau, faubourg de
Manaos ; registre clinique 38, 1912. Les parents du petit malade ont dit
qu’il avait perdu la vivacité de l’enfance. Il souffrait de dérangements
intestinaux, principalement diarrhée pendant deux ou trois jours et ensuite
constipation. Toujours pâle et affaibli, il fut présenté à la consultation
et le médecin prescrivit une médication tonique, qui ne donna pas de
résultats.
Six mois après, des taches grisâtres ont apparu, qui ont été attribuées à
l’infection intestinale, lesalol ayant été prescrit au petit malade. Une accal¬
mie relative a donné une certaine tranquillité à ses parents jusqu’au
moment où des symptômes alarmants leur ont fait appeler de nouveau le
médecin.
Céphalée intense, sifflement aux oreilles, vertiges, langue pâteuse,
amaigrissement et affaiblissement sensibles, diarrhée et œdème des
extrémités inférieures, étaient les signes et les symptômes les plus pro¬
noncés.
La palpation du ventre était presque impossible; les poumons étaient
en bon état; souffle anémique, choc prononcé de la pointe. Le petit
malade avait eu de la fièvre palustre, et à ses parents, très pauvres, j’ai
conseillé de le mettre à l’hôpital de Misericordia, ce qu’ils ont fait seule¬
ment quatre mois après, le 3 août.
Température , ce jour-là 38°, 5.
tixamen du sang : Polynucléose avec grands mononucléaires ; éosino¬
philie 8,1.
Hémoglobine (Talqvist) : 45 0/0.
Examen coprologique : Œufs de trichocéphales jusqu’à 6 dans chaque
préparation ; larves de S. stercoralis. Mucus, cellulose, amidon, graisse.
Très rares cristaux de Charcot-Leyden.
Réaction de Weber : Positive. ,
Examen de T urine : Traces de sérine et d’urobiline.
A l’examen au moment de l’entrée du petit malade à l’hôpital, était
remarquable l'excitalion de certaines régions du ventre, principalement
le syndrome limité à la région ombilicale ; hyperesthésie cutanée, avec
petite défense musculaire (réflexe cutané de Sicard).
L’inspection des lignes et points de Mac Burney et de Lanz dénonçaient
une intensité moins forte, malgré la célialgie. Je supposai un cas d’ap¬
pendicite.
Après que la médication d’urgence eut été faite, ainsi que celle contre
le paludisme à cause des antécédents du petit malade, je dus déclarer
tout de suite qu’il s’agissait d’un cas à grave pronostic. Le jour sui¬
vant à 7 h. a m., on me communiquait la mort du petit malade, qui
940
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
avait eu auparavant des vomissements accompagnés d’une crise épilepti¬
forme.
Voici le résultat de son autopsie que j’ai faite moi-même. La cavité
abdominale ouverte, en faisant l’inspection des intestins, j’ai trouvé
109 trichocéphales au cæcum et quelques-uns disséminés dans le colon,
fixés ou non. Il y avait aussi de petits points hyperhémiés, même hémor¬
rhagiques.
La muqueuse du cæcum était assez noirâtre par rapport à celle de l’in¬
testin grêle et du colon ascendant. A la valvule de Bauhin (fig. 7, a) on
voyait trois trichocéphales femelles, un avec la portion filiforme implantée
clans la muqueuse de l’iléon.
L’appendice avait 11 mm. de largeur à la partie moyenne, 7 à la portion
libre et 5 aux approches de la valvule de Gerlach. Longueur de l’appen¬
dice : 7 cm. 1/2 (fig. 7). On distinguait facilement les vaisseaux capil¬
laires, principalement dans la portion moyenne et au tiers inférieur où
l’hyperhémie était intense (fig. 7).
Dans la lumière du cæcum et près de la valvule de Gerlach, existaient
huit trichocéphales, trois mâles b, c et d , ce dernier avec la portion fili¬
forme à la lumière même de la valvule.
J’ai procédé à l’ouverture et à l’examen de l’appendice, que j’ai photo¬
graphié de suite. La figure 8 y montre très bien l’action pernicieuse
des trichocéphales. La muqueuse dans presque tout son tiers supérieur,
congestionné et noirâtre dans quelques parties, ne pouvait être comparée
à celle des deux autres tiers, fortement congestionnés, avec plusieurs
points hémorrhagiques et de minuscules érosions.
Deux petites ulcérations, / et m, existaient, entourées par une ligne
noirâtre. Il y avait un commencement de nécrose des tissus. Dans l’appen¬
dice, se trouvaient onze trichocéphales, y compris celui qui avait la por¬
tion filiforme transposée à la valvule de Gerlach et coupé en a (Fig. 8).
Les deux trichocéphales mâles méritent d’être signalés à cause de leur
configuration.
Tous les parasites étaient entourés de produits pâteux et de sécrétion
Ces produits, examinés au microscope, ont révélé l’existence d’une grande
quantité d’œufs de trichocéphales.
L’inspection et l’examen des autres organes et viscères ne décelaient
pas d’altérations importantes.
J’avais devant moi un cas incontestable de trichocéphalose appendicu¬
laire.
L’intestin, dit-on, peut être considéré comme un prolonge¬
ment du monde extérieur. Des vers, protozoaires, champignons,
microbes, bactéries et beaucoup d’autres l’envahissent et y éta¬
blissent leur demeure.
Quelques-uns indifférents, d'autres inoffensifs, d’autres sécré¬
tant des substances irritantes et toxiques, plusieurs cherchant
à transpercer les parois de l’intestin, barrières naturelles, pour
exercer plus loin leur action maléfique, et tous, finalement,
sont toujours des agents très préjudiciables à l’organisme par
leur action mécanique, spoliatrice, inflammatoire, toxique,
infectieuse. .
Planche Xï
À. da Matta
Entéro-triciiocéphalose et Tricocépiialose appendiculaire
j I ••
*
*
Séance du 12 Décemrre 1917
941
Dans ccs conditions, qu’arrive-t-il lorsque les intestins sont
ulcérés par des nématodes ?... Par ces minuscules ulcérations,
pénètrent des produits toxiques qui, à travers les parois des
intestins, arrivent à la cavité abdominale, ou pénètrent par les
vaisseaux lymphatiques, sanguins, ou par les canaux biliaires,
pancréatiques, et même remontent les courants sanguins.
La plus commune, c’est l’invasion par le système circulatoire.
On sait que les trichocéphales produisent de petites ulcérations,
principalement au cæcum. Dans de telles conditions, l’exacer¬
bation de la flore intestinale constitue un terrible ennemi pour
l’organisme, élevé au maximum si elle s’allie aux agents de cer¬
taines maladies, la fièvre typhoïde, les paratyphoïdes, les dysen¬
teries, le choléra...
Les trichocéphales sont, comme d’autres, des nématodes du
tube digestif qui doivent être classés dans le groupe de ceux qui
sont toujours préjudiciables à l’homme, si l’on considère qu’ils
produisent directement l’entéro-trichocéphalose et la trichocé-
ph alose appendiculaire, comme cela résulte des observations que
je viens de citer, ou qu’ils facilitent l’entrée et l’absorption des
agents de plus graves maladies...
Hospital de Miser icordia de Manaos. Amazonas. N. Brésil.
942
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
Ouvrages reçus
PÉRIODIOUES
Archives Médicales Belges, 70e année, f. 9-1 1, sept.-nov. 1917.
Boletim mensal da Socieclade mineira de Agricultura , t. I, f. 2,
1917. Bello3Horizonle (Etat de Minas Geraes).
Boletim da Sociedade Brasileira de Dermatologia , 1912, n° 1;
191,3, nos i-3; 1914? nos i-3; 1915, nos i-3.
British Medical Journal, nos 2963-2971, i3 oct.-8 déc. 1917.
Bulletin agricole du Congo belge , t. VIII, f. 1 et 2, mars-juin
T917-
Bulletin de la Société Médico-Chirurgicale de f Indochine,
t. VIII, f. 1 , juin 1917.
Caducée , i5 octobre et i5 novembre 1917.
C iencias y Tra bajo , 1 1 a o 11 1 1917.
Gaceta Med ica de Bahia , t. XLVIII, nos 5-12, nov. 1916-juin
1917 ; t. XLIX, n° 1, juill. 1917.
Geneeskundig Tij dschrift voor Nederlandsch-Indië, t. LVII,
f. 4? 1 9 1 7 ; suppl. t. LVI, f. 4-
Indian Journal of Medical Besearch , t. V, f. 1, juill. 1917.
Journal Boyal Army Medical Corps , t. XXIX, f. 3-5, sept.-
nov. 1917.
Journal of Tropical Meclicine and Hygiene , t. XX, f. 20-23,
i5 oct.-ier déc. 1917.
Malariologia , i5 août et i5 oct. 1917,
Medical Bulletin, t. I, f. 1, nov. 1917.
New-York Medical and Surgical Journal, t. LXX, f. 4 et 5,
oct. et nov. 1917.
Nipiologia, 3o sept. 1917.
Pediatria, t. XXV, f. 11, nov. 1917.
Philippine Journal of Science , B , Tropical Medicine , t. XI,
f. 5 et 6, sept, et nov. 1916 ; t. XII, f. 1 -3 , janv.-mai 1917.
Bevista de Veterinaria e Zootechnia, t. VII, f. 1, 1917.
943
Séance jdu 12 Décembre 1917
Review of Applied Entomology , t. V, sér. A et B, f. 10
et 1 1, oct. et nov. 1917.
Revue scientifique , nos 20-28, i3 oct.-ier déc. 1917.
Transactions of the Society of Tropical Medicine and Hygiene ,
t. X, f. 8, juill. 1917.
Tropical Diseases Rulletin , t. X, f. 4 et 5, i5 oct.- 15 nov. 1917.
Tropical Veterinary Rulletin , t. V, f. 3, 3o sept. 1917.
BROCHURES
Dienst der Pestbestiijding (service antipesteux), rapport de
1916, Batavia, 1917.
C. B. Dickinson et G. F. Hill. Investigations into the Cause of
Worm nodules ( Onchocerca gibsoni) in Caltle.
Silva Araujo Filho. Sy pli i I i de Annulai*. — Dermatose linear,
serpeante, pruriginosa (Larva migrans ?).
J. E. Montes. Tratamiento de la dysenteria amebica por el
metodo de Calalino Nicolas.
D. Ouiros. La Aspergilosis pulmonar en Costa Rica.
F. G. Valle Miranda. Contribution à l’étude de « Proteus vul-
garis » Hauser (Recherches biochimiques comparées sur une
race pathogène et une race saprophyte).
ERRATUM
La séance de novembre a eu lieu le 1 ï et non le 10 comme le Bulletin
de novembre le porte par erreur.
Le Gerant : P. MASSON.
LAVAL. - IMPRIMERIE L. BARNÉOUD ET Cie
I
TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS
LE BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE PATHOLOGIE EXOTIQUE
PENDANT L’ANNÉE 1917
PAGES
J
A
Afrique. Fièvre récurrente parmi les troupes belges dans l’Est africain.
— allemand . 786
— Voir aussi Congo, Sénégal, etc.
Agalaxie contagieuse des chèvres en Algérie . 575, 677
Agglutination et désagglutination des globules rouges dans la trypa-
sonomiase . 392
— (pseudo-) des globules rouges dans quelques affections à
parasites sanguicoles . 484
Albanie. Paludisme autochtone de la région du lac Presba . . 707, 794
Algérie. Bacilles para-dysentériques isolés en — . 438
— Expériences de lutte anti-ophtalmique en milieu indigène. . 486
Etude des conjonctivites. ... 521
— Délire et réactions psychomotrices dans la lièvre récurrente de
l’indigène . 532, 692
— Enseignements d’une année d’épidémie foudroyante de palu¬
disme dans la Mitidja . 548
— Phlebotomus sergent i n . 564
— Existence de Tagalaxie contagieuse des chèvres et infections
surajoutée . 575, 677
— L’infection tuberculeuse dans le Hodna oriental (steppe cons-
tantinois) . 860
Allocution du Président . 4
Amibes. Morphologie d ' Entamœba histolytica et valeur diagnostique
de l’injection rectale des chats . 13
— Existe-t-il des kystes à plus de quatre noyaux chez Entamœba
dysenteriœ ? . 165, 799
— Schizogonie chez les entamibes intestinales de l’homme . 311
— Histolyse des — dysentériques par l’émétine . 445
— Le soi-disant chromidium des kystes des entamibes intestinales
de l’homme . . 536, 791, 799, 866
Emétine et Amœba coli . . 539
— Les kystes des — intestinales de l’homme . 799
Table analytique des Matières 945
PAGES
— Eclosion des kystes et premier stade de 1’— dysentérique
humaine chez le chat . . 834
Amibiase. Valeur diagnostique de l’injection rectale des chats ... 13
— hépatique à l’Armée d’Orient (forme fruste) ..... 17
— — autochtone. Abcès du lobe gauche . 696
— Meilleur traitement actuel des — intestinale et hépatique . 23
— Réalisation expérimentale chez le cobaye de 1’ — intestinale
à Ent.amœba dysenteriœ . 794
/
— en Russie . 125
— Traitement de T— intestinale par l’iodure double d’émétine
et de bismuth . 247
— Prophylaxie de Y — intestinale par l’ipéca total glutinisé . 868
— Traitement de Y — associée au paludisme . 329
— à l’Armée d’Orient . 611
Anaplasmose des ovins de la Sardaigne et du Piémont . 143
au Turkestan russe (bovidés, chevaux, chiens). . . . 310
— en Turquie en 1916 . . . 723
Ane. Nuttalliose au Turkestan russe . 310
Ankylostomiase. Résistance globulaire . 177
Annam. Peste du Sud — . 41
— Piroplasmose du cheval dans le Sud — . 871
Antimoine (Oxyde). Traitement de la leishmaniose américaine. . . 381
Armée d’Orient. Amibiase hépatique . 17
— — Formes du paludisme . 184
— Traitement du paludisme . 208, 217, 923
— — Matériel de prophylaxie antipaludique . 421
— — Prophylaxie du paludisme . 450, 923
— — — régimentaire du paludisme . 886. 923
— — - Amibiase . 611
Arthrite du genou d’origine dysentérique . 10
t
B
Béribéri. Etiologie . 123
Bilharziose. Schistoso?num mansdni à la Guyane française .... 464
Blessures de harnachement aux colonies. Pyothérapie . 901
Bourret. Eloge . 574
Bouton d’Orient. Voir Leishmaniose cutanée.
Bovidés. Microfilaires au Turkestan russe . 104
— Dermatose et gale démodectique . 117
— Tumeurs chez une génisse de rare zébu . 182
— Tiques des — au Turkestan russe . 298
— Piroplasmose au Turkestan russe . 302
— Theilériose au Turkestan russe . 307
— Anaplasmose au Turkestan russe . . 510
— Goccidiose intestinale au Piémont . 446
t
946
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
— Onchocercose aortique dans le Haut-Sénégal-Niger. . . . 459
Brésil. Tréponémose de Ccastellani (Boubas) . 863
Helminthiase intestinale, en particulier trichocéphalose . . 932
Bubon climatérique . 724
C
Chameaux. Tiques des — au Turkestan russe . 298
— Theilériose au Turkestan russe . 308
Champignons. Culture du parasite de la lymphangite épizootique . . 274
Charançon (Larve de). Cas de pseudo-parasitisme intestinal. . . . 385
Chaulmoogra (huile de). Traitement de la lèpre par injections intra¬
veineuses . 684
Chauve-souris. La roussette (Cynonycteris stramineà) animal de labo¬
ratoire . 731
— Essais de transmission du paludisme à la roussette. . 704
Chéloïdes géantes chez une négresse . .39
— — chez un indigène du Dahomey . . . 814
Chevaux. Trypanosomiase au Maroc. Etude expérimentale .... 253 ’
— Tiques des — au Turkestan russe . 298
Piroplasmose au Turkestan russe. . 303
— Nuttalliose au Turkestan russe . 309
— Anaplasmose au Turkestan russe . 314
— Piroplasme dans le Sud-Annam ... 871
Chèvres. Piroplasmose au Turkestan russe . 305
— laitières de la Marsa (Tunisie) et fièvre méditerranéenne. . 376
— Agalaxie contagieuse des — en Algérie et infection sura¬
joutée . 575, 677
Chiens. Microfilaires au Turkestan russe . 402
Leucocytogrégarine des — au Turkestan russe . 281
— Anaplasmose au Turkestan russe . 311
— Cas tunisien de toxoplasmose. . . 377
— Etude de la leishmaniose viscérale naturelle . 386
Coccidiose intestinale du bœuf en Piémont . 446
Cœur. Fréquence de la mort subite au cours de la pneumonie, chez les
Noirs et les Malgaches, par dilatation cardiaque aiguë conse¬
cutive à une paralysie des centres nerveux du — . . . . 774
Coloration (procédé de) de l’hématozoaire du paludisme . 540
— de sang paludéen en goutte épaisse . . . 702
Congo belge. Trypanosomiase des porcs ; relations des porcs avec la
trypanosomiase humaine dans la vallée de PInkissi
(Moyen — belge) . 113
— Cas suspects (YEast coast fever . 472
— — Onchocerca volvulus et éléphantiasis dans le Haut
Ouellé . 365
— — Lutte contre la trypanosomiase à Kisantu. .... 398
— — Myiases de la région de la Lukuga-Tanganika et du Sud-
Katanga . 467, 472
Table analytique des Matières 917
PAGES
Conjonctive. Bouton d’Orient . \
Conjonctivite. Voir Ophtalmie.
Côte d’ivoire. Répartition des glossines . 37
— Goundou . 4.8O
— Un cas de pseudo myiase rampante à Grand-Bassam . 725
Craw-craw et dermo-épidermite microbienne. Analogies. Traitement. 137
— et Leishmania. . 806
— Caractères . 808
Cruz (O.). Eloge . 163
Culicides. Voir Moustiques.
D
Dahomey. Chéloïdes géantes chez un indigène . 814
Demodex. Dermatose et gale à — chez les bovidés . 117
Dendrophis pictus. Propriétés venimeuses de la sécrétion parotidienne. 474
Dengue à Trébizonde en 1916 . 724
Dermatite du Soudan due à la plante Haplophyllum tuberculatum . 512
Dermatose et gale démodectique des bovidés . 117
Dermite granuleuse des Equidés . . 726
Dermo-épidermite microbiene et craw-craw . 137
Dysenterie. Arthrite du genou . 10
— Epidémie dans un cantonnement de la Somme .... 442
— amibienne. Voir aussi Amibiase.
— en Russie . 125
— — en Espagne . . 904
— — Traitement par le galyl . 277
— « rouge », coccidiose intestinale du bœuf en Piémont . 446
Dysentériques (bac. para’ — ) isolés en Algérie . 438
E
«
Edentés. Piroplasme et microfilaire de Bradypus tridacti/lus ... 173
Elections . 680, 859
Elephantiasis et Onchoeerca volvulus . 155, 365
Emétine et amibiase. . 23
— et histolyse des amibes dysentériques . 445
— et Amœba coli . . . 539
— (iodure double d’ — et de bismuth) et amibiase intestinale . 247
— Prophylaxie de l’unibiase intestinale par l’ipéca total glutinisé. 868
Emétique dans la leishmaniose tégumentaire . 34
— dans la leishmaniose interne . 762
— dans le traitement du paludisme . 287
dans le traitement du pian . . 863
Enteromonas hominis chez un officier anglais . 756
Eosinophilie locale dans le Larbish . . 294
Equidés. Dermite granuleuse . 726
— Voir aussi Chevaux, etc.
Espagne. Dysenterie tropicale . . 904
948
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
F
PAGES
Fièvre hémoglobinurique .
— — Traitement .
— ondulante. Déclaration obligatoire en Tunisie .
— — Enquête sur les chèvres laitières de la Marsa (Tuni¬
sie) .
récurrente. Délire et réactions psychomotrices dans la — de
l’indigène algérien . 532,
— — parmi les troupes belges dans l’Est Africain alle¬
mand .
— — Association avec le paludisme (fièvre spirochéto-
plasmodique des Serbes) .
Filaires. Porteurs de kystes filariens (Orichocerca volvulus) et de
nodosités juxta-articulaires en pays Toma (Région mili¬
taire de la Guinée) . . .
Onchocercose aortique bovine dans le Haut-Sénégal-Niger
— Dermite granuleuse des Equidés .
— Microfilaires au Turkestan russe (des chiens, des bovidés, des
grenouilles) .
d’oiseaux du Sénégal .
— Mf. kerandeli de Bradypus tridactylus .
Filaria (Onchocerca) volvulus et nodosités juxta-articulaires . 150,
— — — et éléphantiasis . 455,
Filariose de Bancroft à la Guyane française dans ses rapports avec les
manifestations lymphatexiques .
Flagellés. Enteromonas hominis chez un officier anglais ....
Essais sur la pluralité des espèces parasitant le tube diges¬
tif des Invertébrés .
Foie. Voir Amibiase.
206
342
1
376
692
786
827
150
459
726
102
106
176
369
365
896
756
811
G
Gale démodectique et dermatose chez les bovidés . . 117
Galyl Traitement de la dysenterie amibienne . 277
Glossines. Répartition à la Côte d’ivoire . 37 *
— Histoire d’un élevage de Gl. morsitans à l’Institut Pasteur. 629
Goundou à la Côte d’ivoire . 480
Grenouilles. Microfilaires au Turkestan russe . 105
Grahamella chez les Rongeurs du Caucase . 98
Guinée française. Pian de la Région militaire . 90
— — Porteurs de kystes filariens et de nodosités juxta-
articulaires dans la Région militaire . 150
— — Parasitisme intestinal par les Nématodes dans la
zone frontière du Liberia . 560
Guyane française. Plasmodium de Iguana nudicollis . 95
— — Piroplasme et microfilaire de Bradypus tridac¬
tylus . 173
Table analytique des Matières 949
PAGES
Schistosomum mansoni . 464
Pian . 528
Parasitisme intestinal dans la population locale et
dans l’élément pénal . 557
Hématozoaire endoglobulaire d’une Anatidée. . . 699
Lèpre ; ses réglementations successives .... 733
Paludisme. Index endémique des diverses localités. 749
Tuberculose . 778
Filariose de Bancroft . 896
H
llaplophyllum tuberculatum et dermatite soudanaise . 512
Haut-Sénégal-Niger. Onchocercose aortique bovine . 459
— Méningites dans la région de Bamako .... 568
Eau du Niger et helminthiase intestinale . . . 730
Helminthiase intestinale et eau du Niger . 730
— Entéro-trichocéphalose et trichocéphalose appendiculaire 932
Hémadipsines (sangsues terrestres). Monographie . 640
Hématies. Bésistance globulaire dans l’ankylostomiase . 177
— Agglutination et désagglutination dans la trypanosomiase . 392
— Pseudo-agglutination dans quelques affections à parasites
sanguicoles . 484
— Altérations par les hématozoaires du paludisme .... 542
— Genèse des stigmates globulaires (taches de Maurer, grains
de Schüffner) dans le paludisme . 841
Hémocytozoaires. Voir aussi Leucocijtozoon , Plasmodium , Palu¬
disme.
— non pigmenté d’une Anatidée . 699
Hémogrégarines. Leucocytogrégarine d’un poisson . 99
— Leucocytogregarina musc ali à Pétrograde ... 100
— Leucocytogregarina canis au Turkestan russe . . 282
— intraleucocytaire d’un saurien, Tupinambis nigro-
punctatus . . 283
— de Phyllodactylus gerrhopygus . 873
Hygiène. Projet d’organisation de Services d’ — publique dans nos
colonies exotiques . . 406, 427, 478
I
Intestinal (Parasitisme) à la Guyane française . 557
— — par les nématodes dans la zone frontière
du Liberia et de la Guinée . 560
— (Helminthiase) et eau du Niger . ' 730
— Fntéro-trichocépb alose et trichocéphalose appendiculaire. * 932
— (Trichomoniase) . 553
— Voir aussi Amibiase, Dysenterie, etc.
950
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Ipéca voir Emétine.
Italie. Anaplasmose des ovins de Sardaigne et du Piémont. . . . 143
— Coccidiose intestinale du bœuf . . . . . 446
K
Kala-azar. Voir Leishmaniose interne.
L
Larbish. Eosinophilie locale . * . 294
Leishmnnia. Culture . 719
Leishmanioses. Traité de A. Laveran . . 678
— américaine. Eméticothérapie . 34
— — Présence à la Martinique . 379
— — Traitement par l’oxyde d’antimoine . . 381
— cutanée. Auto-observation d’un cas d’inoculation acci¬
dentelle sur la conjonctive .... » 1
— — Recherches expérimentales (rongeurs, singes
chiens) . 66
— — Evolution des infections expérimentales des
petits rongeurs . . . : ...... 110
— — expérimentale chez Cercopithecus mona et
Cercocebus fuliginosus . 291
— — Extension de la région à — en Tunisie . . 378
— — chez un mandrill . 455
— — et craw-craw . 806
— interne. Etude anatomo-pathologique chez le chien . 386
— — Chronique du kala-azar en Tunisie. . . . 715
— — Notice historique sur l’emploi de l'antimoine
dans le traitement . . 762
— tégumentaire. Voir américaine .
Lèpre. Traitement par des injections intraveineuses d’huile de Chaul-
moogra . 684
— à la Guyane française et réglementations successives . . . 733
Leucocytes. Valeur de la formule — aire dans l’évaluation de l’index
paludéen, comparativement à la splénomégalie, l’héma¬
tozoaire et les mélanifères . 915
Leucocytozoon d’oiseaux de la région de Reims . 28
— de la perdrix rouge d’Algérie . 701
Loups. Piroplasmose au Turkestan russe . 305
Lucet. Eloge . 2
Lycodon aulicus. Propriétés venimeuses de la salive parotidienne. . 474
Lymphangite épizootique. Culture du parasite . 274
— — Traitement par les composés du mercure . 428
— — — — la py o thérapie : 681
— filarieuse . 896
Table analytique det Matières 951
pages
M
Macédoine. Anophélisme dans ses rapports avec le paludisme . 323, 890
— voir aussi Armée d’Orient .
Madagascar. Epidémie de méningite cérébro spinale à méningoco¬
ques (?) . 689
-- Gravité de la pneumonie chez les Malgaches et fréquence
de la mort subite au cours de cette affection . . . 773
— Index endémique du Paludisme . 915
Maladie du sommeil. Voir Trypanosomiase.
Maroc. Cas de Sodoku . 120
— Trypanosomiase des chevaux. Etude expérimentale. Identifica¬
tion des virus . 253, 501, 850
Trypanosoma Leioisi et Duttoni à Mazagan et dans le cer¬
cle des Doukkala ( — O.) . 456
— Sangsue de cheval, Limnatis nilotica , à Mazagan et dans le
cercle des Doukkala . 458
— Epidémie palustre des Oulad Hassoun (— occ.) . 586
— Lutte antipaludéenne à Salé . 710
Martinique. Ulcération leishmanienne de la peau . 379
Méningites dans la région de Bamako (Soudan français . 568
— Epidémie de — cérébro-spinale à méningocoques (?) à
Madagascar . 689
— pneumococcique chez les tirailleurs des camps de Fréjus
et de Saint-Raphaël . 821
Mercure. Traitement de la lymphangite épizootique par les composés
du — . 428
Microtome simple et économique . 489
Moustiques. Anophélisme macédonien dans ses rapports avec le palu¬
disme en 1916 . 323
— Remarques sur les Anophélines de Macédoine .... 890
— Anophélines au Maroc occidental . 605
— Anopheles bifurcatus capturé dans la Côte d’Or . . . 679
— Anophéline (Pyretopfiorus costalis) du Congo .... 705
Moutons de Sardaigne et du Piémont. Anaplasmose . 143
— Piroplasmose au Turkestan russe . 305
— Theilériose — „ — . 308
Musaraigne (Crocidura Stampflii). Spirochète . 280
Mycétome à Nocardia inadurœ en Tunisie . 431
Myiase au Congo belge (Katanga) . 467, 472
Myiase (pseudo) — Larbish. Eosinophilie . , . . . 294
— — — Un cas à Grand-Bassam . 752
IM
Nocardia madurœ . 431
Nodosités juxta-articulaires et kystes filariens en pays Toma (Région
952
Bulletin de l\ Société de Pathologie exotique
militaire de la Guinée) .
Noirs. Chéloïdes géantes .
— Syphilides psoriasiformes confluentes .
— Gravité de la pneumonie et fréquence de la mort subite au
cours de cette affection . v
Manifestations de la pneumococcie chez les tirailleurs des
camps de Fréjus et de Saint-Raphaël .
Nuttcillia equi .
O
Œrbiss ou pseudo-myiase rampante. Un cas à Grand-Bassam
— Eosinophilie dans la — . .
Oiseaux de la région de Reims Leucocytozoon ....
du Sénégal. Microfilaires
— Immunité dans le paludisme des — (Plasmodium reiiclum)
— Hématozoaire endoglobuiaire non pigmenté d’une Anatidée
— Leucocytozoon de la Perdrix rouge d’Algérie (Perdix rubra)
Onchocerca armillata .
Ophtalmies. Lutte anti - ique en milieu indigène algérien .
— Etude en Algérie .
Ouvrages reçus . 87, 158, 372, 418, 520, 676, 770
PAGES
450
39
688
773
816
309
725
294
28
106
550
699
701
461
486
521
942
Paludisme. Cas autochtones contractés sur le front français. . 171,
— autochtone, dans la presqu’île de Langle (golfe du Mor¬
bihan) .
— dans la xvie région. Cas autochtone à PI. prœcox .
— k épidémié » . ■ .
— Traitement . 208,
— Association avec la fièvre récurrente .
— à l’armée d’Orient ; constatations positives d’hématozoai¬
res en 4916 .
— autochtone de la région du lac Presba (Albanie du sud) .
707,
— Traitement mixte : quinine-phosphore-tartre émétique
dans quelques formes rebelles .
— Rapports avec l’anophélisme macédonien . . . 323,
— Essais de transmission à la roussette .
— Traitement du — épidémié et de l’amibiase associée .
— Matériel de prophylaxie anti-paludique pour Tannée
d’Orient .
— Prophylaxie à l’armée d’Orient . 450,
— — régimentaire à l’armée d’Orient. . . 886,
— — à Salé (Maroc) .
— Considérations hématologiques sur d'eux cas d’accès perni¬
cieux comateux à Pl. jirœcox, traités par la quinine
706
805
883
184
217
827
284
804
287
890
704
329
421
923
923
*710
492
Table analytique des Matières ' 953
PAGES
— Hématozoaire de la f. quarte et accès pernicieux mortel . 879
— Procédé de coloration de l’hématozoaire . 540
— Examens de sang en goutte épaisse . 702
— Altérations des globules parasités . 542
— Genèse des stigmates globulaires (taches de Maurer, grains
de Schüffner). Leurs rapports avec l’amœboïsme hémami-
bien. Leur faible valeur différentielle . 841
— Enseignements d’une année d’épidémie foudroyante dans
la Mitidja . 548
— Méningites . 568
— Epidémie des Oulad Hassoun (Maroc occ.) . 586
— à la Guyane française. Index endémique . 749
— â Madagascar. Index endémique. Valeur de la formule leu¬
cocytaire dans l’évaluation de l’index, comparativement
à la splénomégalie, l’hématozoaire et les mélanifères . 915
— des oiseaux. Immunité . 550
Parasitisme. Cas de pseudo — intestinal par larve de Charançon . . 385
— intestinal à la Guyane française . 557
— . — par les Nématodes, dans la zone frontière du
Libéria et de la Guinée . 560
— Méningite toxique . 568
Pérou. Ornithodorus megnini . 773
— Le Phyllodactylus gerrhopygus ; son infection par une hémo¬
grégarine . 878
Peste du Sud-Annam . 41
Phlebotomus sergenti , n. en Algérie . 564
Phosphore dans le traitement du paludisme . 287
Pian de la Région militaire de la Guinée . . 90
— à la Guyane française . . 528
— Cas observé en France . 784
— (boubas) dans la région de l’Amazone ; son traitement par les
arsenicaux et l’émétique . 863
Piroplasmes. Voir aussi Theileria .
Piroplasmose bacilliforme. Cas suspects au Congo . 172
— au Turkestan russe (bovidés, chevaux, moutons, chè¬
vres, loups) . 302 et suiv.
— en Turquie en 1916 . • 723
— Theilérioses au Turkestan russe (bovidés, moutons, cha¬
meaux, renards) . v . 307
— Nuttallioses au Turkestan russe (chevaux, ânes) . . . 309
— Nuttalliose du cheval dans le Sud-Annam . 871
Plasmodium de lguana nudicollis . 95
— du paludisme à l’armée d’Orient en 1916 . 284
— relictum. Formes sans pigment ou à pigment très fin
apparues au cours de passages par canaris . 448
— — Immunité . 550
Pneumocoques. Méningite à — . 568
64
954
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Pneumococcie. Manifestations (cutanées, méningées, généralisées)
chez les tirailleurs des camps de Fréjus et de
Saint-Raphaël . 816
Pneumonie. Gravité chez les Noirs, les Malgaches; fréquence de la
mort subite par dilatation cardiaque aiguë consécutive
à une paralysie des centres nerveux du cœur . . . 773
Poissons. Leucocytogrégarine . 99
Poules. Spirochétose au Sénégal . 435
Proteosoma. Voir Plasmodium relictum.
Proivazekia ninœ kohl-yakimovi, n. sp . 101
Pyothérapie. Traitement de la lymphangite épizootique . 681
— Traitement des blessures de harnachement aux colonies. 901
Q
Quinine. Nécrose des muscles fessiers à la suite d’injections hypoder¬
miques de — . 162
— Considérations hématologiques sur deux cas d’accès perni¬
cieux comateux à PL prœcojc traités par la — . . . . 492
— Voir aussi Paludisme.
R
Renards. Theilériose au Turkestan russe . 309
Reptiles. Plasmodium de Iguana nudicollis . 95
Hémogrégarine intraleucocytaire d’un saurien ( Tupinambis
nigropunctatus) . 283
Le P/ujllodactglus gerrhopygus au Pérou ; infection par une
hémogrégarine . 873
Rongeurs. Grahamella chez les — du Caucase . 98
— Tfieileria chez le campagnol . 99
— Leucocytogregarina musculi à Pétrograde . 100
Russie. Dysenterie amibienne . 125
S
Sangsue. Trichomonas de l’intestin de Limna tis turkestanica, . . 293
— terrestres. Monographie . 640
Schistosomum. Voir Bilharziose .
Schneider (J. E. J.). Eloge. . . . 857
Sénégal. Microfilaires d’oiseaux . 106
— Spirochète de la musaraigne . 280, 694
— Eosinophilie locale dans le Larbish des Ouoloffs .... 294
— Spirochétose des poules . 435
Serbes. Fièvre spirochéto-spasmodique . 827
Serpents. Propriétés venimeuses de la sécrétion parotidienne chez les
Colubridés Aglyphes des espèces Lycodon aulicus , Den-
drophis pictus et Zamenis mucosus . 474
Table analytique des matières 955
PAGES
y ■' * ' \ y
Singes. Boutons d’Orient expérimentaux chez Cercopithecus mona et
Cercocebus fuliginosus . 291
— Boutons d’Orient chez un Mandrill . . 455
Sodoku (ou Sokodu) au Maroc. . 420
Soudan. Dermatite due à Haplophyllum tuberculatum . .... 512
— Enteromonas hominis chez un officier anglais . 756
Spasme laryngé et Tœnia . 480
Spirochète de la musaraigne (Crocidura Stampflii Jcnt.) . . . . 280
— — Pouvoir pathogène . 694
Spirochétose des poules au Sénégal. Son évolution clinique . . . 435
— Voir aussi Fièvre récurrente.
Syphilides psoriasiformes contluentes chez un Noir . 688
Ténia et spasme laryngé . 480
T
Theileria chez le Campagnol . 99
— brimonti n. du Bradypus tridactylus . 473
— mu tans . 307
— ovis . 308
— camelensis , n . 308
Tiques des animaux domestiques au Turkestan russe . 298
— Ornithodorus megnini du Pérou . 773
Toxoplasmose canine en Tunisie . 377
Trachome des travailleurs coloniaux . 269, 373
Traitement des amibiases intestinales et hépatiques. . 10, 247, 277,
445, 611. 868, 904
— du craw-craw . 437
— du paludisme . 208, 217, 287, 492, 886, 923
— — et de l’amibiase associée . 329
— de la leishmaniose américaine . 384
— — interne . 762
— de la lèpre . 684
— de la lymphangite épizootique . 428, 681
— du pian . 863
— des plaies de harnachement : . . . 901
Transcaucasie. Parasites du sang des animaux . 98
Trichocéphalose (entéro- — ) et appendiculaire . 932
Trichomonas de l’intestin de la sangsue du Turkestan . 293
Trichomoniases intestinale et vaginale . 553
Trypanosoma congolense des porcs . 113
— duttonûsLU Maroc occidental . 456
— leiüisi au Maroc occidental . 456
— marocanum ~ . . . 253, 501, 850
Trypanosomiases animales des porcs au Moyen-Congo belge. . . . 143
— — des chevaux au Maroc. Etude expérimen¬
tale. . . 253
956 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
• */
PAGES
— — des chevaux au Maroc. Identification du
virus . 850
— humaine. Relations des porcs avec la — au Moyen-
Congo belge . 113
— — Travaux de Pittaluga . 161
— — Agglutination et désagglutination des glo¬
bules rouges . 392
— — Lutte contre la — à Kisantu (Congo belge). 398
— — Durée moyenne de vie des trypanosomes
en traitement . 719
— expérimentale des chevaux au Maroc . . . 253, 850
— — par le Tr. de Mazagan . 501
Trypanosomides. Essais sur la pluralité des espèces parasitant le tube
digestif des Invertébrés . 811
Tuberculose. Méningite . 568
— à la Guyane française . 778
— dans le Ilodna oriental (steppe constanlinois). . . . 860
Tumeurs chez une génisse de race zébu . 182
Tunisie. Déclaration obligatoire de la fièvre ondulante . 1
— Enquête sur les chèvres laitières de la Marsa au sujet de la
fièvre méditerranéenne . 376
— Cas de toxoplasmose canine ... ...... 377
— Extension de la région à bouton d’Orient . 378
— Cas de mycétome à Nocardia madurœ . 431
— Chronique du kala-azar . 715
Turkestan. Microfilaires des animaux . . 102
— Leucocytogrégarine des chiens . 281
— Trichomonas de l’intestin de la sangsue . 293
— Tiques des animaux domestiques . 298
Turquie. Piroplasmose et anaplasmose . 723
— Dengue à Trébizonde . 724
Typhus exanthématique. Tableau d’un cas . 94
— — Cent passages successifs par cobayes . . . 526
V
Vaccine-variole . 260
Vaginale (trichomoniase) . 553
Variole-vaccine . 260
Venins. Propriétés de la salive parotidienne chez des Colubridés Agly-
phes . 474
Z
Zamenis tnucosus. Propriétés venimeuses de la salive parotidienne . 474
/
TABLE ALPHABETIQUE PAR NOMS D’AUTEURS
A
PAGES
Anfreville (L. d’). Projet d’organisation de Services d’Hygiène publi¬
que dans nos colonies exotiques . . 409
— La lutte antipaludéenne à Salé (Maroc) . 710
Armand-Delille (P.), Paisseau (G.) et Lemaire (H.). Note sur les 'con¬
statations positives d’hématozoaires au laboratoire de Bacté¬
riologie de l’Année d’Orient pendant l’année 1916 .... 284
Aubert (P.). Amibiase à l’armée d’Orient . 611
B
Baujean (A.). Note sur quelques manifestations de la Pneumonie chez
les Tirailleurs des Camps de Fréjus et de Saint-Raphaël . . 815
Bauvallet (H.). Craw-craw etdermo-épidermite microbienne. Analogies.
Traitement . 137
Bazin. Un microtome simple et économique . 489
Blanc (G.). Enquête sur les chèvres laitières de la Marsa (Tunisie) au
sujet de la fièvre méditerranéenne . 376
— Sur un cas de toxoplasmose canine observé en Tunisie . . . 377
— A propos du Paludisme autochtone de la région du lac Presba.
Note complémentaire . 804
Blanc (G.) et Bouquet (IL). Un cas de mycétome à Nocardia madurœ
observé en Tunisie . 431
Blanc (G.) et Nicolle (Ch.). Extension de la « région à bouton d’Orient »
tunisienne 378
Blanchard (M.). Un cas d’OErbiss, ou pseudomyiase rampante, à Grand-
Bassam (Côte d’ivoire) . 725
Blanchard (R.). Monographie des Hémadipsines (Sangsues terrestres)
(pi. VII) . 640
Bonnard et Malloizel. Note sur le Paludisme autochtone dans la pres¬
qu’île de Langle (Golfe du Morbihan) . 805
Boquet (A.) et Nègre (L.). Sur la culture du parasite de la lymphangite
épizootique . 274
Botreau-Roussel. Note sur le N’Goundou . 480
Bouet (G ) et Roubaud (E.). Répartition des glossines à la Côte d’ivoire. 37
Bouffard (G.). Chéloïde géante chez un indigène du Dahomey . . . 814
958
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
Bouilliez (M.). Auto-observation d’un cas d’inoculation accidentelle de
Bouton d'Orient sur la conjonctive . 1
Recherches expérimentales sur Leishmania tropica . ... 66
Bouquet (H.) et Blanc (G.). Un cas de mycétome à Nocardia madurœ
observé en Tunisie ... . . 431
Bouvier (J.-Ë.) et iie Goyon (J.). La lutte antipaludique dans un régi¬
ment d’infanterie coloniale en Orient, 1917 . 886
E. Brémont et M. Leger. La Filariose de Brancroft à la Guyane fran¬
çaise dans ses rapports avec les manifestations lymphatexiques. 896
Bridré (J.). Sur l’agalaxie contagieuse en Algérie. — Discussion . . 677
c
Cadet (G ). La peste du Sud-Annam . 41
Campus (A.) et Finzi (G.). Anaplasmosi sul significato dei « corpi endo-
globulari » « punti marginali » u anaplasmi » trovati nelle
sangue degli ovini délia Sardegna e del Piemonte .... 143
Castellani (A.). Le traitement mixte quinine — phosphore — tartre
émétique dans quelques formes rebelles de malaria. . . . 287
Ghalmers (A. -J.) et Pekkola (W.). A Sudanese Dermatitis venenata. . 512
Enleromonas hominis da Fonseca 1915 chez un soldat anglais. 756
Ghatton (E ). Au sujet des Cristalloïdes (Chromidium, corps chroma-
toïdes, bâtonnets ou plages sidérophiles) des kystes d’Enta-
mibes . 791
Réalisation expérimentale chez le cobaye de l’amibiase in l est i-
nale à Entamœba dysenteries . . . 794
L’éclosion des kystes et les premiers stades de l’évolution de
l’amibe dysentérique chez le chat . 834
— La genèse des stigmates globulaires [taches de Maurer, grains
de Schïiffner] dans le paludisme. Leurs rapports avec Tamoe-
boïsme hémamibien. Leur faible valeur différentielle (pi. VIII). 841
Clapier. Notes sur le Pian observé dans la Région Militaire de la Guinée. 90
Les porteurs de Kystes filariens (Onchocerca volvulus) et de
Nodosités Juxta-articulaires en pays Toma (Région militaire de
la Guinée) . 150
Note sur le parasitisme intestinal par les Nématodes dans la
zone frontière du Libéria et de la Guinée . 560
Collin (L.) . Notes sur une épidémie de dysenterie dans un cantonne¬
ment de la Somme (septembre 1916) . 442
Commes (Ch.) et Denavelle (P.). L'oncbocercose aortique bovine dans le
Haut-Sénégal-Niger . 459
Les méningites dans la région de Bamako . 568
— L’eau du Niger et l’helminthiase intestinale . 730
Cot et 1 Iovasse. Quelques remarques sur les Anophélines de Macé¬
doine . 890
D
De Brun. Trachome. — Discussion . 27 2
Table analytique par noms d’Auteurs
959
PAGES
Delanoë (P.). De l’existence à Mazagan et dans le cercle des Doukkala
(Maroc 0.) de Trypanosoma Lewisi Kent et de Tr. Duttoni
Thiroux . 456
— Au sujet de l’existence dans le cercle des Doukkala (Maroc 0.)
de la sangsue du cheval, LimnaHs nitoticn . 458
— Contribution à l’étude du pouvoir pathogène du trypanosome
de Mazagan . 501
— Sur les altérations des globules parasités par les hématozoaires
du paludisme . 542
— Contribution à l’étude du paludisme au Maroc occidental . . 586
Denavelle (P.) et Gommes (Ch.). L’onchocercose aortique bovine dans le
Haut-Sénégal-Niger . 459
Dubois (A.) et Van den Branden (F.). Contribution à l’étude de l’étiolo¬
gie du Béribéri . 123
Dubois (A.). Onchocerca volvulus et l'Eléphantiasis dans le Haut-Ouellé
(Congo belge) . 365
Duchamp (J.-C.). Contribution à la Pathologie des Balkans. La fièvre spi-
rochéto-plasmodique des Serbes . 827
Dupont (V.). Spasme laryngé et Tœnia . 180
E
Escomel (E.). A propos du meilleur traitement actuel des amibiases intes¬
tinale et hépatique . 23
— Le traitement de la leishmaniose américaine par l’oxyde d’an¬
timoine . 381
— Quelques remarques à propos des trichomoniases intestinale et
vaginale . . 553
— Ornithodorus megnini du Pérou . 773
— Le Phyllodactylus gerrhopygus au Pérou. Son infection par
une hémogrégarine . 873
F
Finzi (G.) et Campus (A.). Anaplasmosi sul significato dei « corpi endo-
globulari » « punti marginali » « anaplasmi » trovati nelle
sangue degli ovini délia Sardegna e del Piemonte .... 143
— Les composés du mercnre dans le traitement de la lymphangite
épizootique . 428
Fontoynont (M.). Le traitement de la dysenterie amibienne par le galyl. 277
G
Gauducheau (A.). Recherches sur la variole-vaccine . 260
Govon (J. de) et Bouvier (J. -E.). La lutte antipaludique dans un régi¬
ment d’infanterie coloniale en Orient 1917 . 886
Grall (Ch.). Amibiase hépatique à l’Armée d’Orient (Formes frustes) . 17
— Paludisme « épidémié » . 184
960
Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
— Traitement du paludisme épidémie et de l'amibiase associée . 329
— Trachome. — Discussio?i . 272
Greggio (G.). Trypanose des porcs; relation des porcs avec la trypanose
humaine dans la vallée de PInkissi (Moyen Congo belge) . . 113
— Note sur la lutte contre la trypanose à Kisantu (Congo belge).
Résultats et espérances . 398
— Quelques observations sur la durée moyenne de vie des trypa-
nosés en traitement . 719
Gros (H.). Contribution à l'étude des conjonctivites en Algérie . . . 521
H
IIavet(J.) et Laveran (A.). Contribution à l’étude de la leishmaniose
viscérale naturelle du chien . ‘ . 386
IIempl (Miss II.) et Sergent (Et.). Sur l’immunité dans le paludisme des
oiseaux ( Proteosoma vel Plasmodium relictum Grassi et
Feletti) . 550
Hovasse et Cot. Quelques remarques sur les Anophélines de Macé¬
doine . * 890
J
Jeanselme. Nodosités juxta-articulaires, sur ses tirailleurs sénégalais . 157
Jemma (R.). Courte notice historique sur l’emploi de l’antimoine dans
le traitement de la leishmaniose interne . 762
Jouin (A.). De la gravité de la Pneumonie chez les Noirs, les Malgaches
et la fréquence de la mort subite au cours de cette affection
par dilatation cardiaque aiguë consécutive à une paralysie des
centres nerveux du cœur . . . 774
K
Kerandel(J.). Craw-craw. Discussion . 808
Koselkine (P.-M.), Yakimoff (W.-L.), Schokhor (N. -J.) et coll. Microfi-
laire des bovidés au Turkestan russe . 104
L
Lacassagne (A.). Considérations pratiques sur la prophylaxie et le trai¬
tement des paludéens en Macédoine . 923
Lagriffoul (A.) et Picard (F.) Remarques sur le paludisme dans la
xvie Région. Cas autochtone à Plasmodium præcox . . . 883
Lamoureux (A.). Le paludisme autochtone de la région du lac Presba
(Albanie du Sud) .... 707
Laveran (A.). Au sujet de l’évolution des infections expérimentales des
petits Rongeurs par Leishmama tropica . 110
— Pièces anatomiques : nécrose d’une partie des muscles fessiers
à la suite d’injections hypodermiques de quinine . 162
Table analytique par noms d’Auteurs
961
PAGES
Sur le traitement du paludisme à propos des fièvres de Salo-
nique . . . . 208
— Trachome. — Discussion . 272
Routons d’Orient expérimentaux chez un Cercopithecus mona
et chez un Cercocebus fuliginosus . . 291
— La prophylaxie du paludisme dans l’Armée d’Orient. ... 450
— Boutons d’Orient chez un Mandrill . 455
— Paludisme des Oiseaux. — Discussion . 552
— Traité des Leishmanioses . 679
— Fièvre spirochéto-plasmodique des Serbes. — Discussion . 834
— Identification des virus de trypanosomiase équine marocaine
de deux origines . 850
— Le Phyllodactylus gerrhopygus et son hémogrégarine. —
Discussion . 878
Laveran (A.) et Havet (J.). Contribution à l’étude de la leishmaniose
viscérale naturelle du chien . 386
Lebceuf(A.). Le traitement de l’amibiase intestinale par l’iodure double
d’émétine et de bismuth . 247
LeGallen(FL) et Leger (A.). Spirochétose des poules au Sénégal. Son
évolution clinique . 435
Le Gallen (R.) et Leger (A.). Etude expérimentale du pouvoir patho¬
gène de Spirochæta crociduræ . 694
Leger (A.). Microfilaires d’oiseaux du Sénégal . 106
— Spirochète de la musaraigne, Crocidurastampflii Jentink. . 280
— Sur l’existence d’une éosinophilie locale dans le larbish ou
œrbiss des Ouoloffs . 294
Leger (A.) et Le Gallen (R.). Spirochétose des poules au Sénégal. Son
évolution clinique . 435
— Etude expérimentale .du pouvoir pathogène de Spirochæta
crociduræ . 694
Leger (M.). Observations sur quelques Leucocytozoon d’oiseaux delà
région de Reims . 28
— Résistance globulaire dans l’ankylostomiase . 177
— Schistosomum Mansoni Sambon à la Guyane française . . 464
— Considérations hématologiques sur deux cas d’accès pernicieux
à Plasmodium pnecox, traités parla quinine . 492
— Parasitisme intestinal à la Guyane française . 557
— La Lèpre à la Guyane française et ses réglementations succes¬
sives . 733
~ Le Paludisme à la Guyane française; Index endémique des
diverses localités . 749
— La Tuberculose à la Guyane française . 787
Leger (M.) et Brémont (E.). La Filariose de Brancroft à la Guyane fran¬
çaise dans ses rapports avec les manifestations lymphatexiques. 896
Leger (M.) et Mouzels (P.). Plasmodium de Iguana nudicollis . . . 95
— Piroplasme et microfilaire d’un édenté, le Bradypus tridacty-
lus Linné . 1 73
962 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
PAGES
Hémogrégarine intraleucocytaire d’un Saurien, Tupinambis
nigropunctatus . 283
— Hématozoaire endoglobulaire non pigmenté d’une Anatidée . 699
Leger (MA, Mouzels (P.) et Ryckevaert (P.). Le Pian à Ja Guyane
française . 528
Leger (M.) et Ryckewaert (P.). Hématozoaire de la fièvre quarte et
accès pernicieux mortel . 879
Legroux (R.). Présentation du matériel de prophylaxie antipaludique
destiné à l’Armée d’Orient . 421
Lemaire (H.), Armand-Delille (P.) et Paisseau (G.). Note sur les con¬
statations positives d’hématozoaires au laboratoire de bacté¬
riologie de l’Armée d’Orient pendant l’année 1916 .... 284
M
Malloizel et Ronnard. Note sur le Paludisme autochtone dans la pres¬
qu’île de Langle (golfe du Morbihan) . 805
Martinez (F. -F.). La dysenterie tropicale en Espagne . 904
Marty (L. ). Agglutination et désagglutination des globules rouges dans
la trypanosomiase . 392
— Emétine et histolyse des amibes dysentériques . 445
— De la pseudo-agglutination des globules rouges dans quelques
affections h parasites sanguicoles . 484
— Emétine et Amœba coli . 539
Craw-craw et Leishmania . , 806
Da Matta (A.). Eméticothérapie dans la leishmaniose téguenentaire . 34
— La Tréponémose de Castellani (Roubas) et son traitement par
les arsénicaux et l’émétique . 863
— Considérations sur l’entéro-trichocéphalose et la trichocépha-
lose appendiculaire . 932
Mathis (G.) et Mercier (L.). Existe-t-il des kystes à plus de quatre noyaux
chez Entamœba dgsenteriœ ? . 165
— La schizogonie chez les entamibes intestinales de l’homme. . 311
Le soi-disant chromidium des kystes des entamibes intestinales
de l’homme . 536
A propos du soi-disant chromidium des kystes des Entamibes. 866
Mercier (L.) et Mathis (C.). Existe -t-il des kystes à plus de quatre noyaux
chez Entamœba dysenteriœ ? . 165
— La schizogonie chez les entamibes intestinales de l’homme . . 311
— Le soi-disant chromidium des kystes des entamibes intestinales
de l’homme . 536
— A propos du soi-disant chromidium des kystes des Entamibes. 866
Mesnil (F.). Entamoba coli Losch. — Discussion . 136
— Trachome. — Discussion . 272
— Goundou. — Discussion . 483
Morax (V.). Arthrites d’origine dysentérique et manifestations oculaires.
— Discussion . 12
Table analytique par noms d’Auteurs
963
— Le trachome des travailleurs coloniaux .
— Contamination Irachomateuse .
— Conjonctivites en Algérie. — Discussion .
Moreau (L. j. Arthrites du genou d’origine dysentérique .
— Sur un cas d’amibiase hépatique autochtone. Abcès du lobe
gauche. Intervention chirurgicale. Guérison .
Mouchet (R.). Contribution à l’étude des myiases .......
Mouzels (P.) et Leger (M.). Piroplasme et microfïlaire d’un édenté, le
Bradypus tridactylus Linné .
— Plasmodium de Iguana nudicollis .
— Hémogrégarine intraleucocytaire d’un Saurien, Tupinambis
nigropunctatus .
— Hématozoaire endoglobulaire non pigmenté d’une Anatidée .
Mouzels (P.), Ryckevaert (P.) et Leger (M.). Le Pian à la Guyane fran¬
çaise .
pages
269
373
525
40
696
467
173
95
283
699
N
Nègre (L.) et P»oquet (A.). Sur la culture du parasite de la lymphangite
épizootique . 274
Bacilles paradysentériques isolés en Algérie . 438
Niclot. L’anophélisme macédonien dans ses rapports avec le paludisme
au cours de 1916 . 323
Nicolle (Ch.). Cent passages successifs du virus exanthématique par
cobayes . 526
— Chronique du kala-azar en Tunisie . 715
Nicolle (Ch.) et Blanc (G.). Extension de la « régionà bouton d'Orient »
tunisienne . 378
Noc (F.). Prophylaxie de l’amibiase intestinale par l’ipéca total glutinisé. 868
Lymphangite à répétition. — Discussion . 900
P
Paisseau (G.), Armand Delille (P.) et Lemaire (IL). Note sur les consta¬
tations positives d’hématozoaires au laboratoire de Bactériolo¬
gie de l’Armée d’Orient pendant l’année 1916 . 284
Parrot (L.). Sur un nouveau Phlébotome algérien, Phlebotomus Ser-
genti, sp. nov. (Note préliminaire) . 564
— Du délire et des réactions psychomotrices dans la fièvre récur¬
rente algérienne . 692
— L’infection tuberculeuse dans le Hodna Oriental (Steppe Gon-
stantinois) . 860
Peekola (W.) et Chalmers (A.-J ). A Sudanese Dermatitis venenata. . 512
— Enteromonas hominis da Fonseca 1915 chez un soldat anglais. 756
Phisalix (Mme M.). Propriétés venimeuses de la sécrétion parotidienne
chez les Colubridés Aglyphes des espèces Lycodon au lie us ,
Dendrophis pictus et Zamenis mucosus .
474
964 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
pages
Picard (F.) et Lagriffoul (A.). Remarques sur le paludisme dans la
xvie Région. Cas autochtone à PL prœcox. . . . . . . 883
Pittaluga (G.). Maladie du sommeil dans les possessions espagnoles du
golfe de Guinée . 161
Poirson (H.). Un cas de pseudo-parasitisme intestinal par larves de cha¬
rançon . 385
Porot (A.). Délire et réactions psychomotrices dans la fièvre récurrente
de l’indigène . 532
R
Railljet (A.). Onchocercose aortique bovine. — Discussion .... 461
Remlinger (P.). Un cas de Sokodu observé au Maroc . 130
Rodhain (J.) et Van den Branden (F.). Essais de transmission des para¬
sites de la malaria à la roussette, Cynonycteris straminea
(Note prélimin.) . 70i
— Essais sur la pluralité des espèces llagellées parasitant le tube
digestif des Invertébrés. Note préliminaire . 811
Roig (G.) et Sergent (Edm.). Sur l’existence de l’agalaxie contagieuse
des chèvres en Algérie, et sur une infection surajoutée . . . 575
Roubaud (E.). Cas de paludisme autochtone contracté dans l’Aisne . . 171
— A propos de la communication de M. Mouehet sur les myiases. 472
— Histoire d’un élevage de ' GLossina morsitans à l’Institut Pas¬
teur de Paris . 629
— Méthodes rapides pour les examens de sang paludéen en goutte
épaisse . 702
— Nouveau cas de paludisme contracté sur le front français . : 706
Roubaud (E.) et Rouet (G.). Répartition des glossines à la Côte d’ivoire. 37
Ryckevaert (P.) et Leger (M.). Hématozoaire de la f. quarte et accès
pernicieux mortel . 879
Ryckevaert (P.), Leger (M.) et Mouzels(P-). Le Pian à la Guyane fran¬
çaise . 528
S
Sanlorenzo (F.). Coccidiose intestinale, « dysenterie rouge » du boeuf au
Piémont . 446
Saphronowitsch (Mlle R. -A.) et Yakimoff (W .-L.).T/reilei'ia chez le cam¬
pagnol du Caucase . 99
Schein (H.). Piroplasmose du cheval dans le Sud-Annam . 871
Schiess (J.-R.) et Swellengrebel (N. -H.). Quelques remarques sur la
morphologie de Y Entamœba histolytica et la valeur diagnos¬
tique de l’injection rectale des chats . 13
Sciiokhor (N. -J.) et Yakimoff (W. L.). Leucocytogregarina musculi A.
Porter à Pétrograde . 100
— Microfilaires des grenouilles au Turkestan russe .... 105
— Leucocytogrégarine des chiens au Turkestan russe .... 293
Table analytique par noms d’Auteurs
— et coll. Microfilaires des chiens au Turkestan russe . .
Schokhor (N. -J.), Yakimoff (W.-L.), Koselkine (P.-M.) et coll. Microfilaire
des bovidés au Turkestan russe .
Senevet (G.). Note sur un procédé de coloration de l’hématozoaire du
paludisme .
Sergent (Edm.) et Roig (G.). Sur l’existence de l’agalaxie contagieuse
des chèvres en Algérie, et sur une infection surajoutée.
Sergent (Edm.) et Sergent (Et.). Expérience de lutte antiophtalmique
en milieu indigène algérien (1914) .
Sergent (Et.). Sur des formes sans pigment ou à pigment très lin appa¬
rues chez le Proteosoma ( Plasmodium relictum Grassi et
Feletti) au cours de passages par canaris .
— Les enseignements d’une année d’épidémie foudroyante de palu¬
disme dans la Mitidja (Algérie) .
Sur un Leucocylozoon de la perdrix rouge d’Algérie ( Per -
dix rubra Brisson) .
Sergent (Et.) et Sergent (Edm.). Expérience de lutte antiophtalmique
en milieu indigène algérien (1914) ...
Sergent (Et.) et Hempl (Miss II.). Sur l’immunité dans le paludisme des
oiseaux ( Proteosoma vel Plasmodium relictum Grassi et
Feletti) . . .
Stefko (W ). Piroplasmose et anaplasmose en Turquie (1916)
— Dengue à Trébizonde (Turquie) en 1916 .
— Deux cas de bubon climatérique .
Stévenel (L.). Présence à la Martinique d’ulcérations de la peau dues à
Leishmania americana . .
Essais de traitement de la lèpre par des injections intravei¬
neuses d’émulsion d’huile de Chaulmoogra .
Suldey (E.-W.). Epidémie de méningite cérébro-spinale à méningoco¬
ques (?) à Madagascar .
— L'index endémique du Paludisme à Madagascar. Valeur de la
formule leucocytaire dans l’évaluation de l’index, comparative¬
ment à la splénomégalie, l’hématozoaire et les mélanifères.
Swellengrebel (N. -II.) et Schiess (J. -B.). Quelques remarques sur la
morphologie de Y Entamœba histolgticaet la valeur diagnosti¬
que de l’injection rectale des chats .
V
Vaillard (L.). Trachome. — Discussion .
Van den Branden (F.). Chéloïdes géantes chez une négresse ....
— Syphilides psoriasiformes conlluentes chez un Noir ....
— La roussette, Cynonycteris straminea, animal de Laboratoire.
Van den Branden (F.) et Dubois (A.). Contribution à l’étude de l’étiolo¬
gie du Béribéri .
Van den Branden (F.) et Rodhain (J.). Essais de transmission des para-
PAGES
96(3 Bulletin de la Société de Pathologie exotique
sites de la malaria à la roussette, Cynonycteris straminea
(Note prélimin.) . 704
— Essais sur la pluralité des espèces flagellées parasitanlle tube
digestif des Invertébrés. Note préliminaire . 811
Van Hoof(L.). Note préliminaire sur la fièvre récurrente parmi les trou¬
pes belges dans l’Est Africain Allemand . 786
Van Saceghem (R.). Dermatose et gale démodectique des bovidés. . . 117
— Cas suspects à'East coast fever au Congo . 172
— Etude de tumeurs d’une génisse de race zébu . 182
— Contribution à l’étude de la dermite granuleuse des Equidés . 726
Velu (H.). La trypanosomiase des chevaux au Maroc. Etude expérimentale. 253
— Nouvelles recherches sur la pyothérapie de la lymphangite épi¬
zootique . 681
— La pyothérapie dans le traitement des blessures de harnache¬
ment aux Colonies . 901
Violle (IL). Anopheles bifurcatus capturé dans la Côte d’Or. . , . 679
— Sur un cas de pian observé en France . * . 784
Y
Yakimoff (W.-L.). Un cas intéressant de typhus exanthématique. . . 94
— Grahamellci chez les rongeurs du Caucase . 98
Leucocytoyregarina d’un_poisson . 99
Prowazekia ninœ kohl-yakimovi n. sp. . . . . . . . 101
— La dysenterie amibienne en Russie . . 125
— Les tiques des animaux domestiques au Turkestan russe . . 281
— Trichomonas de l’intestin de la sangsue du Turkestan, Limnci-
tis turkestanica . 298
Yakimoff (W.-L.) etSAPHRONO\viTSCH(MlleR.-A.). Theileria chez le cam¬
pagnol du Caucase . 99
Yakimoff (W.-L . ) et Schokhor (N. -J.). Leucocytoyregarina musculi A.
Porter àPétrograde . 100
— Microfilaires des grenouilles au Turkestan russe . 105
— Leucocytogrégarine des chiens du Turkestan russe . . . . 293
— et coll. Maladies intestinales du Turkestan à parasites endoglo-
bulaires . : • . 302
Yakimoff (W.-L.), Schokhor (N. -J.) et coll. Microfilaires des chiens au
Turkestan russe . 102
Yakimoff (W.-L ), Schokhor (N. -J.), Koselkine (P.-M.) et coll. Microfi-
laire des bovidés au Turkestan russe . 104
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