ADANS
NIA
Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifiqui
SOUS LA DIRECTION DE
A. AUBRÉVILLE
et
Jean-F. LEROY
Membre de l’Institut
Professeur
Professeur Honoraire
au Muséum
au Muséum
Série 2
TOME 11
Fascicule 1
1971
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
16, rue de Buffon, Paris (5 e )
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
A. Aubréville : Membre de l’Institut.
Professeur Honoraire au Muséum national d’Histoire naturelle.
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
A. Eichhorn : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
P. Jaegf.r : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandri : Professeur au Muséum national d’Histoirc naturelle.
J.-F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoirc naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Portéres : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Schnell : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M. L. Tardieu-Blot : Directeur de laboratoire à l’E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
Rédacteur en chef : A. Le Thomas.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d’article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l’auteur ne doit y être mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Ex. : Aubréville, A. — Contributions à l’étude des Sapotacées de la Guyane française.
Adansonia, ser. 2, 7 (4) :451-465, tab. 1 (1967).
Pour tous les articles de taxonomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères
gras et les noms d’auteurs des différents taxons.
Le format des planches doit être de 16 x 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptées.
Les auteurs reçoivent gratuitement vingt-cinq tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, rue Buffon. Paris V« — Tél. : 331-30-35
Prix de l’abonnement 1971 : France et Outre-Mer : 50 F
Étranger : 60 F
C.C.P. Paris 17 115 84
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2,11 (1) 1971
SOMMAIRE
Aubréville, A. — La destruction des forêts et des sols en pays tro¬
pical. Le cas de Madagascar. 5
Leandri, J. —- Évolution morphologique récente des Crolon
malgaches. 41
Croizat, L. — Gigantomachie botanique : La « Théorie du Durian »
contre la « Théorie de la Lentille d’Eau ». 47
Raynal, A. et J. — Une technique de préparation des grains de pol¬
len fragiles^. 77
Bosser, J. — Contribution à l’étude des Orchidaceae de Madagascar.
XV. Nouvelles espèces du genre Aeranlhes Lindl. 81
Badré, F. —• Les Hugonia africains ( Linaceae) et leurs fruits. . 95
Lebrun, J.-P. et Peyre de Fabrègues, B. —- Plantes rares ou inté¬
ressantes de la République du Niger. III .107
Gavaco, A. — Neoleroya, nouveau genre de Rubiaceae-Vanguerieae 119
Bourreil, P. et Geslot, A. —• Contribution à l’étude caryologique
de diverses Graminées africaines des genres Aristida L. et
Stipagrostis Nees.125
Lobreau-Callen, D. et Villiers, J.-F. —- A propos d ’Acrocoelium
congolanum Baill. (Icacinacées).135
Jacques-Félix, H. — Observations sur les espèces du genre Erio-
sema de République Centrafricaine, du Cameroun, et d’Afrique
occidentale.141
La publication d’un article dans Adansonia n’implique nullement
que cette revue approuve ou cautionne les opinions de l’auteur.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2,11 (1) 1971
LA DESTRUCTION DES FORÊTS ET DES SOLS
EN PAYS TROPICAL
par A. Aubréville
LE CAS DE MADAGASCAR
Une conférence internationale sur la Protection de la Flore et de la
Faune s’est tenue à Tananarive au mois d’octobre de l’année 1970 qui
devait être selon les plus hautes autorités scientifiques et politiques
celle de la Protection de la Nature, des ressources naturelles et de l’« envi¬
ronnement » — ce dernier mot neuf et magique sur lequel on compte
pour soulever l’intérêt et la passion des foules. Le choix de Madagascar
pour évoquer les dangers qui menacent l’habitat humain était très perti¬
nent parce que peu de pays autant que la Grande Ile sont exposés aux
conséquences graves de la destruction généralisée des forêts et de l’érosion.
L’annonce de cette Conférence m’a fait me souvenir qu’à la suite d’une
mission en Afrique centrale et à Madagascar accomplie en 1948 j’avais
rédigé un rapport exposant mes observations et les alarmes sur la situa¬
tion des forêts et de l’érosion à Madagascar. J’ai retrouvé et relu ce
manuscrit demeuré inédit bien que le professeur Humbert eût alors
souhaité sa publication. Il m’a paru qu’après plus de 20 années il était
toujours d’actualité, et qu’il pouvait être utilement mis sous les yeux de
ceux qui aujourd’hui ont la charge d’intervenir dans des drames de la
Nature. Il intéressera je crois tous les naturalistes et plus spécialement
les forestiers et les botanistes. C’est en pensant surtout à ceux-ci que j'ai
prévu son édition dans « Adansonia », revue de la botanique tropicale
conçue dans un sens très large. J’ai retranché dans mon vieux rapport
tout ce qui concernait les problèmes de la politique forestière appliquée
alors à Madagascar, ne retenant que la partie descriptive des faits. J’ai
ajouté à la fin quelques commentaires inspirés par une expérience qui
s’est affirmée depuis le voyage de 1948, après 20 années de réflexions
comparées sur les pays tropicaux en général.
LES PHÉNOMÈNES D’ÉROSION A MADAGASCAR
Madagascar est un des pays du monde où les phénomènes d’érosion
sont les plus actifs, tant par leur intensité que par les étendues qu’ils
affectent. Ceux que j’ai vus en Afrique Occidentale et Centrale, puis sur
Source : MNHN, Paris
— 6 —
les hautes terres du Congo oriental, de l’Ouganda et du Kenya, sont insi¬
gnifiants comparés à ceux qui se manifestent sur la Grande Ile. Ce fut
pour moi une impression bouleversante en arrivant pour la première fois
au-dessus du sol malgache par une admirable journée d’août, où la limpi¬
dité et la luminosité de l’air faisaient ressortir, vus de 3 000 mètres d’alti¬
tude, tous les détails du relief avec une précision parfaite, d’apercevoir
entre la côte de Soalala et Tananarive, ces étendues nues, désertiques,
grises ou rougeâtres, sculptées chaotiquement par l’érosion, ces reliefs
bouleversés, et surtout ces plaies rouges profondes, vivantes, creusées
par l’érosion actuelle, qui s’appellent des « lavaka ». Ces ravinements
actifs se ramifient parfois extraordinairement vers les sommets en dessi¬
nant des figures de feuilles de fougère ou de gel. Dans le fond des ravines
se voient souvent des filets de végétation arbustive. Ce sont des éléments
de la forêt disparue, restes qui se regroupent dans ces couloirs taillés à vif
dans la terre rouge.
Toutes les formes d’érosion peuvent se voir à Madagascar, suivant
les régions et leurs sols. Le géographe y découvre comment se modèle la
face d’un pays en période d’érosion active.
La forme d'érosion en lavaka est la plus saisissante et la plus commune
sur les hauts plateaux. Un lavaka est un entonnoir qui se creuse sur le
versant d’une colline, évasé vers l’amont, rétréci vers l’aval. Il se termine
par une ravine par laquelle se déversent les eaux limoneuses après les
pluies, jusqu’au thalweg. Le lavaka, dans son faciès le plus simple, découpe,
sur la surface de la colline un triangle dont la base large est parallèle à la
crête et dont le sommet de l’angle opposé, le plus aigu, est en contrebas.
Les parois du lavaka sont verticales; elles sont taillées dans des argiles
latéritiques; le fond est creusé en V aigu. Certains lavaka sont très élevés,
leur hauteur totale mesurée depuis la pointe basse jusqu’au niveau de la
falaise supérieure peut dépasser cent mètres. La hauteur de cette falaise
terminale peut atteindre 20 mètres ou plus.
Plusieurs lavaka peuvent prendre naissance les uns à côté des autres,
puis se rejoindre par les faces voisines. Il se forme alors des cirques com¬
pliqués. Les sortes d’isthmes qui séparaient d’abord deux lavaka voisins
deviennent très minces, se réduisent finalement à des arêtes aiguës,
déchiquetées, ou encore se découpent en laissant des fausses cheminées
de fées, pyramides tronquées au sommet, dont le plan supérieur demeuré
en place, garni de graminées, indique la pente et le niveau de l’ancien sol.
Dans les grands lavaka composés, en période d’activité, les arêtes rayon¬
nantes, jalonnées de pyramides sculptées, sont nombreuses; l’aspect
rappelle alors celui des séracs des glaciers. L’érosion creuse encore le fond
des lavaka en gorges étroites, aux murs abrupts, en arêtes dentelées, en
aiguilles. La couleur, autant que la sculpture rend ces grands lavaka
spectaculaires. La photographie n’en rend pas facilement l’étrangeté,
à moins qu’elle ne soit prise lorsque le soleil est incliné vers l’horizon, et
que de vigoureux contrastes d’ombre et de lumière jouent dans le décor
du lavaka. La couleur rend plus sensibles les plaies de l’érosion. Les lavaka
sont creusés dans des argiles latéritiques, brun-rouge dans la couche
Source : MNHN, Paris
— 7 —
supérieure, rouge vif en dessous, et souvent, en profondeur, dans des argiles
kaoliniques, dont la blancheur rehausse l’éclatant rouge des couches supé¬
rieures. Les aiguilles et les arêtes prennent toutes sortes de nuances, du
rose tendre à l’orangé et au jaune ocre. Plus les tranches sont récentes, plus
les coloris sont vifs. Ceux-ci se ternissent au contraire sur les vieilles
surfaces, qui noircissent à la longue.
Certains grands lavaka devenus d’étranges cirques sont impression¬
nants et beaux par leur couleur.
Le goulot de sortie est plus ou moins étroit; il communique avec la
vallée où se déposent les sables grossiers. Dans la région d’Ambatondraza-
ka, le fond de ces petites vallées où débouchent plusieurs lavaka est formé
d’un large plan de sable où divague un lit mineur. Il est envahi par une
végétation arbustive composée surtout de dinga dinga (Psindia altissima),
arbuste à feuillage persistant vert clair qui contrastait au mois d’août
avec le tapis gris sale de graminées (bozaka) des pentes. L’aspect de ces
vallées ensablées est celui d’oueds montagnards en Afrique du Nord ou
encore de koris dans l’Air.
NAISSANCE, VIE ET MORT DES LAVAKA.
Les lavaka s’ouvrent dans la partie supérieure des pentes. Ils débu¬
tent, dans certains cas tout au moins, par une crevasse qui s’allonge sensi¬
blement suivant une ligne de niveau. C’est l’indice précurseur du glisse¬
ment d’un bloc de terre, d’un décollement le long de la fissure supérieure
et d’un affaissement. Il est possible que le glissement se produise aussi pour
la masse d’argile latéritique comprise entre deux ravineaux de pente
convergents. J’ai vu certains lavaka récents formés incontestablement
par un effondrement; la surface initiale couverte d’une prairie de bozaka
était presque intacte mais aiïaissée dans la cavité qui s’était, semble-t-il,
creusée sous elle. Il est probable que l’origine des lavaka soit ainsi due
souvent à des glissements de couches semi-profondes d’argile friable
délayée par les eaux d’infiltration au contact de couches sous-jacentes
argileuses plus dures.
Quand le lavaka a creusé son trou, les eaux d’infiltration et de ruissel¬
lement qui s’y déversent entraînent les boues argileuses et sculptent le
fond.
Dans leur phase active, les lavaka progressent en tête de ravin,
latéralement aussi, tendant à se creuser en demi-cirque. Des poches
peuvent aussi se former en aval, qui s’allongent parfois en branches. La
falaise verticale d’amont avance donc vers la crête à mesure que des pans
de parois s’effondrent. Il arrive que deux lavaka avançant sur les deux
versants opposés d’une colline se rejoignent au sommet et coupent alors
la crête. Ce fait est plutôt rare et en général les lavaka s’arrêtent le plus
souvent un peu en dessous de la ligne de faîte.
Certains lavaka sont actifs, comme en témoignent leurs tranches rouge
vif; d’autres, au contraire, sont éteints. Leurs parois devenues noirâtres
Source : MNHN, Paris
LESLAVAKA «elaRÉGION «'AMBATOMORAZAKA
D'après les levés Longue fosse en 191s.
sont souvent envahies par les graminées et même par une végétation
arbustive, qui a commencé par envahir les tonds. Même sur les lavaka
morts les parois demeurent longtemps abruptes et parfois verticales. Dans
les très anciens lavaka les arêtes s’arrondissent et les formes s’adoucissent.
Certains grands lavaka ont une activité restreinte; des branches sont
éteintes, d’autres, en tête, paraissent encore actives.
Pourquoi les lavaka s’arrêtent-ils spontanément après s’être rappro¬
chés des crêtes? Je pense que dans sa progression ascendante le lavaka
se creuse toujours plus et qu’à un certain niveau le fond touche les couches
dures du sol, non décomposées entièrement en argile latéritique, et peut-
être aussi la roche elle-même. A partir de ce moment, il est stabilisé, le
glissement n’étant plus possible. Lorsqu’un lavaka dépasse la ligne de
Source : MNHN, Paris
— 9 —
crête, c’est que la couche d’argile latéritique a une profondeur suffisante
pour que le fond du lavaka, lorsqu’il est arrivé au sommet de la colline,
ne soit pas au contact de l’horizon profond de décomposition de la roche.
Plus les couches meubles d’argile latéritique sont épaisses, plus le lavaka
peut progresser vers l’amont; au contraire, lorsque l’épaisseur est relati¬
vement faible, le lavaka est rapidement stoppé.
Il serait évidemment intéressant de connaître la vitesse de progression
des lavaka. A l’aide d’une carte au 1 /20 000 de la région du lac Alaotra,
établie avec beaucoup de détails et d'exactitude parle conducteur Longue-
fosse en 1915, et où en particulier les lavaka étaient indiqués avec beau¬
coup de précision, j’ai pu faire quelques constatations. En comparant les
indications de la carte avec les lavaka actuels situés à proximité de la
route d’Ambatondrazaka à Moramanga, à partir de cette première localité,
j’ai pu observer que, sauf deux petits lavaka, tous sont portés sur la carte
Longuefosse, avec des formes très sensiblement les mêmes. Certains sont
fixés partiellement ou complètement par la végétation, mais il est impos¬
sible de savoir si cette extinction s’est produite avant ou après 1915.
Dans quelques cas, des poches nouvelles se sont creusées, ce qui laissait
supposer par ailleurs la fraîcheur des coupes. En un point, le rebord à pic
d’un lavaka s’est rapproché de la route dont il n’est plus guère qu’à une
vingtaine de mètres, alors que sur la carte il en est distant de 40 mètres
environ. Il semble donc que les lavaka s’agrandissent avec une vitesse
moyenne assez faible.
Dans ces conditions, les grands lavaka seraient très anciens.
CONDITIONS DE FORMATION DES LAVAKA.
Les lavaka typiques se produisent toujours dans les couches d’argile
latéritique profondes. Il n’y en a pratiquement pas sur les sols volcaniques
de l’Ankaratra. Le lavaka est caractéristiquement une forme d’érosion
de la région centrale des Hauts Plateaux.
La pente n’influe pas sur la formation des lavaka. Certains s’établis¬
sent sur des pentes assez raides, mais en général ils se creusent dans des
modelés arrondis de collines, de croupes, et de mamelons, à pentes médio¬
cres ou faibles. C’est un phénomène assez extraordinaire que d’observer
combien certaines ondulations d’amplitude modérée du relief sont profon¬
dément ouvertes de lavaka béants. Ils naissent généralement vers les
pentes supérieures des collines et non à leur pied; il ne s’agit donc pas
d’érosion par ravinement d’origine torrentielle sapant la base des versants.
L’explication de la facilité d’érosion des niveaux supérieurs s’opposant
à une certaine stabilité des niveaux inférieurs des pentes est à trouver.
La nature du sol est la cause directe du phénomène. Une condition
de sa formation est la dénudation du sol. Les lavaka sont une gangrène
des Hauts plateaux couverts de maigres prairies de bozaka. Lorsque le
sol est boisé, ils ne se produisent pas. Je n’en ai pas vu dans la forêt de
l’Est établie sur les rebords orientaux du plateau central.
Source : MNHN, Paris
10 —
l’I-1. — lin haut : Montagnes déforestées sur le pourtour du lac Alaotra. Au fond le Mt. Anka-
raka (1445 m). Lavaka dans les argiles latéritiques. Prairie secondaire bridée annuellement
(env. 900 in ait.) (Photo Himbert). — Kn bas : Vallée de la Saharenana. Colline profon¬
dément érodée par des lavaka. Au fond la silhouette de la montagne d’Ambre (Photo
Source : MNHN, Paris
— 11
L’influence de la nature des argiles latéritiques et de l’épaisseur de
leur couche est montrée par les très curieuses tranchées du pays Imérina.
Les Mérinas autrefois installaient leurs villages au sommet des collines
pour des raisons militaires. Ils creusaient autour du village une tranchée
plus ou moins circulaire, puis une, ou des tranchées, descendant la ligne
de plus grande pente jusqu’au thalweg pour l’écoulement des eaux. L’éro¬
sion a surcreusé les tranchées, quelquefois profondément; ce sont de
véritables ravins, ou des fossés profonds, qui crevassent les collines autour
des villages disparus. Le survol de certaines parties du pays hova est très
curieux en faisanL voir ces anneaux en creux qui couronnent les sommets
des buttes. Il y a quelquefois deux anneaux concentriques. Le découpage
géométrique de certaines collines leur donne l’aspect de citadelles aban¬
données. Depuis longtemps les villages ont quitté leurs perchoirs pour les
vallées, et il reste quelquefois dans l’enceinte des fourrés de sisals avec
leurs hampes vert jaune clair. Les ravins sont le plus souvent envahis
par une végétation forestière d’arbustes et d’arbres. Ils ne sont plus en
activité. L’érosion a été arrêtée lorsqu’elle a atteint certaines couches du
sol, à des niveaux variables. A Tananarive, s’élève une colline (Colline
du Fort Voiron à Tsimbazaza), curieuse par de profondes tranchées rayon¬
nant du sommet à la base, suivant des lignes de pente. On raconte que la
reine Ranavalo voulut faire disparaître cette colline qui gênait, de son
palais, la vue sur la plaine des rizières, et qu’elle fit alors creuser ces fossés,
dans l’espoir que l’érosion s’y développant, décaperait naturellement toute
la butte. L’érosion qui sculpte si volontiers les sols de Madagascar, dans
ce cas particulier où son aide était sollicitée, ne fit cependant pas son
office et la colline est demeurée enlaidie seulement par ses crevasses arti¬
ficielles. Il est probable que la courbe d’argiles latéritiques meubles était
trop peu profonde sur cette colline pour que l’érosion y ait pu, à partir des
tranchées, s’étaler en lavaka.
L’homme est la cause indirecte des lavaka, puisque la dénudation
des argiles latéritiques, par la déforestation, lui est imputable. Mais il n’en
est qu’occasionnellement la cause directe. Par exemple, des lavaka se
forment à partir d'une route de versant, ou encore dans des terrains ravi¬
nés par des pistes de bœufs. Cependant, en général, les lavaka naissent
en un lieu plutôt qu’en un autre, sans cause apparente. Ils sont les mani¬
festations d’une maladie généralisée des sols malgaches, comme une mala¬
die du sang peut provoquer des éruptions cutanées en des points quelcon¬
ques du corps.
POSSIBILITÉS D’ENRAYER LE DÉVELOPPEMENT DES LAVAKA.
Dès qu’un lavaka s’est ouvert, il paraît difficile de l’arrêter par des
travaux de consolidation des terres. Il s’arrêtera un jour, mais spontané¬
ment. Des reboisements en amont sont-ils susceptibles de retarder son
avance? J’ai vu, à plusieurs reprises, de belles plantations d’eucalyptus
faites sur des collines « lavakées ». Les falaises de tête avaient atteint la
Source : MNHN, Paris
— 12 —
lisière des plantations, et les arbres de bordure avaient déjà une partie de
leur enracinement dans le vide. Il conviendrait de suivre périodiquement
la progression de ces lavaka attaquant des terrains apparemment soli¬
dement fixés en surface par des boisements d’eucalyptus, pour observer
si effectivement il y a un arrêt ou un ralentissement dans leur avance;
l’observation que nous avons faite sur le grignotement des bords des
plantations par l’érosion ne signifie pas que celles-ci soient sans effet. Par
un autre moyen il est sans doute possible de rapprocher la date de fixation
des lavaka. Spontanément en effet, des buissons et des arbustes colonisent
d’abord les creux, puis les parois des lavakas où l’érosion n’est plus très
active. Des arbres s’installent ensuite. Cette colonisation par la végétation
forestière donne au paysage, vu d’avion, l’aspect remarquable d’une forêt
découpée en algue ou en feuille de fougère, aux fines et multiples ramifi¬
cations. En dehors des ravins le pays est uniformément et absolument nu.
Il semble que, par des semis des espèces naturellement envahissantes, il
soit possible de reboiser facilement les pentes fixées des lavaka, d’où
ultérieurement les arbustes gagneront vers l’amont.
EROSION EN CIRQUES.
Le lavaka est une forme d’érosion typique, qui semble particulière
aux argiles latéritiques des Hauts plateaux malgaches. Elle est assez
voisine de la forme connue sous le nom de cirque d'érosion, que j’ai déjà
signalée au Gabon, et au Moyen Congo aux environs de Pointe Noire, dans
les régions sédimentaires littorales. Au Gabon certains cirques en activité,
sont impressionnants par leurs dimensions. Les lavaka ont cependant des
caractères spéciaux de forme et de situation topographique. On retrouve
l’érosion en cirques à Madagascar, dans les terrains sédimentaires comme
au Gabon, à basse altitude. Elle se manifeste localement dans la région de
Majunga, parfois à grande échelle. J’ai vu près de Majunga, l’érosion
progresser profondément dans des argiles rougeâtres en surface, blanchâ¬
tres dessous, qui paraissaient véritablement fondantes. Sur la Côte Est.
entre Brickaville et le cordon littoral, des sédiments (crétacés?), traversés
par la voie ferrée, forment un bas plateau mollement ondulé d’une altitude
de 40 mètres environ. Les mamelons sont très fréquemment hachés de
sortes de lavaka, parfois éteints et alors envahis par la végétation arbustive.
EROSION EN COULOIRS.
Dans les terrains sédimentaires de l’Ouest, de nombreuses autres
manifestations d’érosion sont visibles. La plus curieuse peut-être est celle
de ravins en U qui, à partir de thalwegs, remontent les versants, suivant
des pentes faibles, et s’allongent en profonds couloirs, parfois sur des
centaines de mètres. Ce ne sont plus des lavaka s’étalant en cirques, mais
des petits canyons de plusieurs mètres de profondeur, qui se creusent par-
Source : MNHN, Paris
— 13 —
fois beaucoup, s’élargissent aussi en profonds ravins en V très ouverts.
J’ai observé ce type d’érosion très développé dans l’Isalo, vu de la route
de Tuléar à Ihosy. En se dirigeant de Sakaraha vers le col des Tapias, vers
800 mètres d’altitude, le paysage devient absolument désertique. Des
ravins en U entaillent longuement dans le sable rouge de grands plateaux
nus et dévalent au pied d’une ligne de falaises, à crête horizontale. Leur
présence paraît extraordinaire dans ce pays desséché qui reçoit certai¬
nement une faible quantité d’eau de pluie. D’une façon générale, l’éro¬
sion est intense et en pleine activité dans la haute vallée de la Malio,
dans l’Isalo. La piste, qui suit une ligne de crête entre cette vallée et le
bassin du Fiherenana, serpente en contournant les têtes des ravins
terminés par des falaises à pic. En un point il y a très étroitement le passage
entre deux falaises de chaque côté de la crête, mais plus pour longtemps.
Il semble là qu’il s’agisse d’un phénomène d’érosion remontante.
La rapidité de creusement de ces couloirs est grande. Entre l’Onilahy et le
Fiherenana, près de la route de Sakahara à Betioky, j’ai vu un de ces ravins
qui suivait exactement la route. Il débouchait dans une petite rivière.
Il était dû simplement au surcreusement du fossé d’écoulement des eaux
de la route. Il pouvait avoir 4 mètres de large et de profondeur; les parois
étaient taillées à pic dans la terre sablo-argileuse rouge.
A la tête, un arbre (sakoa) était demeuré vivant, suspendu au-dessus
du ravin. Ses longues racines traçantes se tendaient comme des câbles au-
dessus du vide; l’une d’elle à plus de 10 mètres du pied de l’arbre. La solide
et profonde racine pivotante était également découverte. L’arbre se tenait
encore debout et droit, grâce à une partie de son enracinement qui demeu¬
rait encore accrochée d’un côté du ravin. J’avais ainsi la preuve nette
d’une érosion récente active.
EROSION EN NAPPE.
Dans l’ouest encore, l’érosion en nappe, décapant les couches super¬
ficielles du sol, creusant ça et là des ravineaux, autour de buttes portant
des arbustes aux racines partiellement déchaussées, enlevant les parties
meubles et laissant des champs de quartz, ou de cailloux en général, trans¬
forme de grandes étendues en déserts.
Ces phénomènes sont remarquables sur les terrains cristallins vers
Ampanihy, dans le Sud, entre l’Ilinta et la Menanandra, dans une région
de très faible pluviosité et de faible altitude (200-200 m). Partout, on voit
des bancs de quartz recouvrant un sol rouge. Des boqueteaux subsistent
sur les crêtes dans des rocailles. Il n’y a presque pas de tapis herbacé.
Le pays apparemment peu habité est cependant parsemé de grands tom¬
beaux de pierres mahafaly qui indiquent une ancienne occupation par
l’homme.
Je reverrai les mêmes phénomènes d’érosion avec laisses de champs
de quartz, un peu plus au nord, dans la Sakamena, dans un pays très sec,
mais encore partiellement couvert de belles forêts tropophiles.
Source : MNHN, Paris
— 14
PI- 2. — lin haut : Plateau en cours d’érosion dans la région du lac Alaotra. Couloirs d'érosion
envahis en aval par une végétation ligneuse et prolongés en tête par des ravins et des lavaka
actifs (Photo S.G.A.). — lin bas : Le même plateau. Anciens lavaka en cirque, couloirs
d’érosion fixés, coupés par une végétation forestière, et lavaka actifs. — Photo S.G.A.
Source : MNHN, Paris
BAD LAND.
On appelle ainsi les terrains ravagés par l’érosion sous toutes ses
formes, au modelé raviné, chaotique, sans un pouce de sol intact. J’ai vu
de tels « bad lands » à Madagascar sur la route de Morondava à Ambositra,
entre Mahabo et Malaimbandy (entre la Morondava et la Sakény). Sur
certaines buttes des groupes d’arbustes (genre Terminaliopsis) ont leurs
enracinements traçants presque complètement déchaussés.
AUTRES FORMES D’ÉROSION.
D’autres phénomènes d’érosion, moins apparents, moins graves et
moins spectaculaires se voient dans la région des Hauts plateaux. Ils
aboutissent tous au décapage du sol superficiel.
Les collines et buttes « griffées » sont une vision ordinaire de ces hauts
plateaux. Un peu au-dessous des crêtes, les pentes supérieures sont sillon¬
nées, suivant les lignes de pente, de ravineaux rouges, plus ou moins
parallèles, ou convergents, comme si le sol rouge avait été griffé par quelque
animal gigantesque. Ailleurs, et communément, l’érosion se fait par décol¬
lement des terres, parfois sur des versants entiers, et surtout à partir et
un peu en-dessous des crêtes. Des pans de terre des couches superficielles
glissent sur les couches sous-jacentes, entraînant avec eux leur bozaka
gris (en août), tandis que les surfaces érodées, mises à nu, apparaissent en
taches rouges.
Sur les sommets eux-mêmes souvent la roche affleure. Le sol est
souvent très superficiel et aride; il ne porte plus qu’une steppe herbeuse
maigre.
De toutes celles que j’ai pu parcourir, peu de régions sont épargnées
par l’érosion accélérée. Je citerai : les hauts terres volcaniques de l’Anka-
ratra, bien que totalement dénudées; la forêt de l’Est qui semble peu
touchée; les « tampoketsa », hauts plateaux ondulés protégés probablement
par des couches superficielles cuirassées de concrétions ferrugineuses, en
particulier l’Horombé au sud d’Ioshy; et le bas-plateau Androy dans
l’extrême sud.
CONSÉQUENCES DES PHÉNOMÈNES D'ÉROSION
A MADAGASCAR
Le voyageur qui suit certaines routes de crêtes ne peut manquer d’être
frappé par leur extraordinaire sinuosité et par le danger où elles sont d’être
coupées en de nombreux points par les lavaka qui s’en approchent souvent
de très près. La route les contourne, s’en éloigne autant que possible, évite
l’un par un crochet pour risquer de tomber dans un autre qu’elle rase de
près. Quelque jour, elle est coupée. Les voitures passent à côté du gouffre
tant que c’est possible, mais quelquefois, passant sur des arêtes qui s’ame-
Source : MNHN, Paris
— 16 —
nuisent de plus en plus, entre deux lavaka, le passage devient périlleux
ou impossible. Il faut alors étudier un nouveau tracé et ce n’est pas facile
en pays de montagne. La route de Morandava à Ambositra, dans sa
montée sur la falaise du Bongolava, s’élevant à 150 mètres d’altitude à
1 200 mètres en quelques kilomètres, donne l’occasion de voir de près
quelques passages dangereux au bord de ravins béants d’érosion récente.
Plus encore peut-être, la piste de Nickelville, à l’Ouest du lac Alaotra, dans
un paysage extraordinaire de lavaka grandioses. De même la route de
crête de Beroroha à Sakaraka, etc...
L’effet inverse peut à l’occasion se manifester, c’est-à-dire qu’une
route de vallée soit coupée par des torrents descendus des lavaka après
des pluies violentes. Ce cas s’est produit pour la route d’Ambatondra-
zaka au Maningory par la rive orientale du lac Alaotra.
L’ensablement des rivières dans les régions du Sud Sud-Ouest est
extraordinaire. Leurs lits de sable sont très larges, d’une largeur dispro¬
portionnée à leur importance ils se découvrent considérablement en
saison sèche (le Mangoky à Beroroha); de minces lames d’eau réduites
parfois à des filets ruissellent alors dans les rivières moins importantes
(Sakèny affluent de la Tsirihibina); ou même il n’y a plus de débit d’eau
superficiel; les rivières disparaissent sous les sables et prennent alors
l’aspect des oueds sahariens. Besairie a signalé 1 que l’écoulement pérenne
de la rivière Fiherenana, en saison sèche, est en régression de trente
kilomètres depuis vingt ans, ce qui a obligé à déplacer progressivement
vers l’amont la prise d’eau du canal qui irrigue la plaine de Tuléar. Les
ensablements entraînent aussi la divagation des lits de certaines rivières.
Les transports solides par les fleuves causent le comblement des estuaires.
L’exemple de la Betsiboka, le plus grand fleuve, je crois, de Madagascar,
qui se jette dans la baie de Majunga, est remarquable. Même en saison
sèche les eaux sont franchement rouges. Le pont de la route de Tananarive
à Majunga franchit le fleuve au-dessus d’un lit pittoresque de rochers
découpés en gorges où les eaux se divisent en rapides et en chutes. Les
rives sont boisées et. à proximité des chutes, les arbres ont leur feuillage
entièrement rougi par les nuages de gouttelettes qui s’échappent des eaux
bouillonnantes. La Betsiboka a un débit solide d’argile latéritique consi¬
dérable. Ces vases rouges se déposent dans l’estuaire qui se comble pro¬
gressivement. La comparaison des levers hydrographiques de 1891 et de
1946, en vue de la construction du port de Majunga, a révélé un très
important comblement et la disparition d’un chenal d’accès. Par le calcul
du volume des dépôts depuis 1891, soit à partir des levers hydrographiques,
soit par la mesure du débit solide des crues, Besaihie a montré que l’éro¬
sion enlevait en moyenne chaque année dans les zones de micaschistes
du bassin de la Betsiboka une épaisseur du sol d’environ un centimètre.
Le survol de l’estuaire de la Betsiboka fait admirablement voir ces immen¬
ses barres de vase latéritique rouges qui colmatent l'estuaire. A l’embou¬
chure du Fiherenana, le siltage élève le niveau des crues qui attaquent
1. H. Besairie. — Deux exemples d’érosion accélérée à Madagascar.
Source : MNHN, Paris
— 17 —
fortement la digue de Tuléar, tandis que la zone côtière, à l’abri des
récifs, subit un envasement important 1 .
A l’ensablement des rivières, au siltage des estuaires, il faut ajouter
l’abaissement des nappes aquifères et l’accentuation du ruissellement par
rapport à l’infiltration dans les régions ravinées par l’érosion, comme d’au¬
tres conséquences de l’érosion sur l’hydrographie. Ces dernières accélèrent
localement l’assèchement du sol. L’importance du débit solide des rivières
en période des pluies, mérite de retenir l’attention si des barrages doivent
être établis au travers de ces rivières, dans le but d’alimenter soit des usines
hydroélectriques, soit des réseaux de canaux d’irrigation.
En particulier, les projets d’aménagement en rizières des alluvions
de la cuvette du lac Alaotra en retenant par des barrages les eaux qui s’y
déversent, doivent tenir compte du danger de comblement des lacs de
retenue, car les collines à l’Est, au Sud et au Sud-Ouest du lac sont consi¬
dérablement « lavakées ».
La fixation des terres érodées dans ces secteurs devra être un complé¬
ment obligatoire des projets d’aménagement des eaux du lac.
Madagascar se dépouille lentement de sa couverture de terre, tandis
qu’apparaissent en surface les sols squelettiques et la roche. Sur les hauts
plateaux une part des terres décapées est retenue aujourd’hui dans les
dépressions du relief et dans les rizières terrassées des vallées. Un bel
effort a été réalisé par les populations merina et betsileo pour adapter
leur agriculture aux conditions faites par la nature. Il n’en demeure pas
moins que de vastes régions se désertifient.
DES CAUSES DE LA GRAVITÉ DE L'ÉROSION A MADAGASCAR
L’intensité et l’étendue exceptionnelles des phénomènes d’érosion
à Madagascar appellent une explication. Le climat est certainement favo¬
rable au développement de l’érosion. L’alternance de deux saisons très
accusées, une saison très sèche de 5-6 mois, parfois plus, et une saison
de pluies violentes, qui est une caractéristique des climats de l’Ouest et
du Centre, fait succéder à une période où les terres sont desséchées, une
période de fort ruissellement. La côte orientale est privilégiée avec sa
pluviosité presque régulière toute l’année, aussi est-elle demeurée encore
assez boisée et peu affectée actuellement par des formes d’érosion accé¬
lérée. L’extrême sud (Mahafaly et Androy). très peu arrosé par les pluies,
est également peu sujet à l’érosion.
Ces conditions climatiques ne suffisent cependant pas, à elles seules,
à expliquer la gravité de l’érosion dans la Grande Ile. Une grande partie
de l’Afrique tropicale est soumise à un régime analogue, sans que les sols
soient aussi gravement érodés. Par ailleurs, nous avons reconnu que même
sur la côte Est, de graves ravinements pouvaient se produire, sur des sédi¬
ments à modelé mou : rappelons l’exemple des terrains sablo-argileux
1. H. Besairie. — Deux exemples d’érosion accélérée à Madagascar.
Source : MNHN, Paris
— 18 —
d’Ambila, à moins de 40 mètres d’altitude, au sud de Tamatave, sous
un climat qui ne comporte pas un seul mois écologiquement sec et avec
une pluviosité annuelle considérable de trois mètres d’eau environ.
La topographie n’est pas en cause. La nature des sols en revanche
est un facteur important de l’érosion. Elle seule peut expliquer pourquoi,
dans une région géographique déterminée, bien caractérisée au point de
vue climat et physiographie, certains secteurs sont rigoureusement atta¬
qués et d'autres moins, qui cependant sont voisins et apparemment
semblables aux premiers. D’une façon générale les couches d'argile latéri-
tique qui recouvrent les gneiss et micaschistes sont particulièrement
épaisses à Madagascar. C’est une cicronstance favorable à toutes les formes
d’érosion par ravinement et glissement. Dans la nature et la stratification
de ces argiles latéritiques on trouverait probablement l’explication des
processus et des vitesses de l’érosion. Cette étude est à faire.
Il restera encore à comprendre pourquoi ces couches épaisses de roches
décomposées, qui sont en place depuis des temps certainement très anciens
sont encore aujourd’hui l’objet d’une érosion active. Dans certaines
régions même, le modelé de ces terrains est arrondi, et l’érosion qui mord
à vif dans ces sols rouges est relativement récente. Dans d’autres, le relief
est au contraire bouleversé, les croupes ont pris la forme d’arêtes, décou¬
pées latéralement en arêtes secondaires, elles-mêmes divisées en arêtes
tertiaires, etc... Vu d’avion le paysage absolument chaotique et désertique
ressemble à une mer démontée qui serait figée. Les ravins et lavaka
actuellement actifs surcreusent encore ces formes déchiquetées mais an¬
ciennes. On a l’impression, dans ce dernier cas, d’une reprise de l’érosion
accélérée. Des photographies aériennes, appartenant au Service géogra¬
phique de l’Ile, prises dans le massif du Tsaratanana, le plus élevé de
Madagascar, montrent admirablement ces pays au relief ravagé, mis à nu
par l’érosion. Certaines parties du massif sont encore intégralement boi¬
sées; leur relief est encore très découpé en dépit de la présence de leur
couverture forestière; mais sous la forêt il n’y a pas de lavaka, tandis que
ceux-ci se distinguent par place lorsque le sol est nu. Il semble donc qu’il
y ait eu une phase d’érosion très ancienne, à laquelle a succédé une période
de stabilité qui correspond à l’établissement de la forêt, puis une nouvelle
phase d’érosion coïncidant avec la destruction de cette forêt, phase qui
continue de nos jours.
Dans les régions aux molles ondulations, actuellement affectées
d’une érosion brutale, il apparaît évident que cette érosion est récente
et concomitante avec la dénudation du sol.
Nous sommes amenés à penser qu’il doit y avoir une relation de cause
à effet entre la disparition de la couverture forestière et la reprise de l’éro¬
sion accélérée. Beaucoup de preuves et de présomptions donnent la certi¬
tude que Madagascar fut intégralement boisée à l’époque historique, les
forêts et la flore étant par ailleurs différentes de l’Est à l’Ouest, et de
l’Ouest au Sud. La disparition généralisée des forêts est l’œuvre de la
colonisation de l’Ile par l’homme; le début remonte à quelques siècles
seulement. La reprise de l’érosion est consécutive à cette dénudation de
Source : MNHN, Paris
— 19 —
terres qui étaient demeurées longtemps à l’abri des érosions accélérées
sous leur manteau protecteur forestier. Les destructions des sols que nous
observons aujourd'hui n’en sont que des manifestations retardées. Lorsque
l’érosion accélérée se déclenche dans un secteur, elle y provoque des elTets
d’assèchement, par une perturbation dans l’hydrographie des eaux souter¬
raines, qui modifiant la structure des terres affectées, les rend plus sensi¬
bles aux désagrégations érosives; de proche en proche, les entailles d’éro¬
sion en entraînent d’autres dans leur voisinage, et finalement tout le
secteur est gangrené en profondeur, dans la masse même des terres
meubles, jusqu’à ce que toutes les couches érodables soient entraînées et,
sur les parties hautes du relief, jusqu’à ce que la roche affleure.
Sauf dans quelques régions privilégiées par le climat, ou par la nature
du sol, Madagascar change donc de face actuellement; malheureusement
les bonnes terres descendent à la mer. La désertification a tendance à
s’étendre, en dépit d’un climat toujours favorable aux cultures tropicales.
DÉFENSE ANTIÉROSIVE
Quand un pays est arrivé à un état de dégradation physique aussi
accentué et généralisé qu’à Madagascar, il semble difficile à l’homme
d’enrayer le mal, surtout lorsque ce pays est pauvre et peu peuplé. Le
mécanisme de l’érosion accélérée fonctionne sur des étendues considérables
qui ont été déboisées il y a longtemps, et qui sont aujourd’hui implaca¬
blement nues. Que faire! La technique est théoriquement simple. Il
faudrait reconstituer l’ancienne couverture forestière et appliquer dans
toutes les parties cultivées en permanence les classiques techniques anti-
érosives. Celles-ci sont d’ailleurs déjà appliquées dans l’Imerina et le
Betsileo, par le système des rizières terrassées. Mais quand on parcourt
Madagascar, on est effrayé par l’immensité des étendues nues et sujettes
à l’érosion. Le mal est fait depuis longtemps. On évite quelquefois la
propagation de la gangrène dans tout l’organisme en coupant le membre
malade. Je crois qu’à Madagascar, il faut laisser provisoirement à leur
triste sort les régions trop gravement atteintes et s’elïorcer de protéger
celles qui le sont moins et qui sont les plus utiles à l’homme. Qu’on le
veuille ou non, faute de moyens, il est impossible de faire autrement.
Le reboisement est techniquement possible même sur des sols nus d’argiles
latéritiques des Hauts plateaux. A défaut de reboiser, il est encore efficace
de renforcer la protection assurée par les herbes des prairies, en empêchant
les feux de brousse de les brûler chaque année à la saison sèche. Les herba¬
ges non brûlés arrivent à constituer après quelques années un feutrage
épais, une sorte de matelas de paille qui, appliqué sur le sol, ne peut que
s’opposer à l’érosion. De plus certaines prairies non brûlées des hauts
plateaux sont colonisées spontanément à la longue par des arbrisseaux
et des arbustes qui consolident le sol. La défense préventive contre
l’érosion peut être efficace dans les secteurs où il est possible de rassembler
des moyens suffisants.
Source : MNHN, Paris
— 20 —
Enfin, pour le moins, il faudrait préserver des dangers de l’érosion
les surfaces qui sont encore boisées, en conservant ces boisements, qu’il
s’agisse de forêt primitive ou de brousses déjà dégradées par les tavy et
les incendies. La défense des forêts à Madagascar, plus que dans d’autres
pays, est liée étroitement à la conservation des sols, line forêt atteinte par
le déboisement, c’est son sol voué tôt ou tard à la destruction.
CUIRASSES ET CONCRÉTIONS FERRUGINEUSES
A MADAGASCAR
Je n’ai pas observé à Madagascar ces cuirasses ferrugineuses bardant
des étendues considérables de terrains désertiques, comme en Afrique
continentale, notamment en Guinée Française et dans l’Oubangui-
Chari. Le « boval » y est inconnu. Mais on peut trouver souvent des traces
de telles cuirasses, sur de petites superficies et au moins des horizons
superficiels du sol formés de concrétions pisolithiques non cimentées en
blocs. Il est probable qu’il s’agit de vestiges, de témoins, de très anciennes
cuirasses ferrugineuses désagrégées qui couvraient autrefois des étendues
très importantes.
Les « tampoketsa » sont des formes du modelé dues à la présence en
surface de concrétions et de cuirasses ferrugineuses. Ce sont des plateaux
tabulaires élevés, mollement ondulés, profondéement érodés sur leurs
rebords, et se terminant donc par des escarpements abrupts. Ils sont abso¬
lument nus, c’est-à-dire couverts de maigres steppes herbeuses. Parfois
très étendus, ils donnent alors absolument la vision du désert. Des trou¬
peaux de bœufs cependant y trouvent une chiche pâture.
('.es tampoketsa existent sur les terrains cristallins des Hauts Pla¬
teaux. Leur relief plat étonne à Madagascar, par contraste avec le relief
ordinairement accidenté et souvent haché. La route de Tananarive à
Majunga, traverse au nord d’Ankazaobé un de ces tampoketsa désolés
dont l’altitude varie de 1 500 à 1 600 mètres. La carte des sols de Besairie
indique d’autres tampoketsa très étendus, au nord-ouest de la région du
lac Alaotra. Le grand plateau désertique de l’Horombé, dans le Sud, est
aussi un vaste tampoketsa qui atteint 1 180 mètres d’altitude au sud
d’Ihosy. Sur ces tampoketsa on peut apercevoir, en tête de certains vallons,
des fragments de cuirasse ferrugineuse typique, à forme alvéolaire ou
pisolithique. Sur celui d’Ankazobé j’ai ainsi observé en un point une
cuirasse de nature pisolithique qui avait 0,40 mètre de hauteur. En dessous
on apercevait des argiles latéritiques non caverneuses, avec des taches
rubéfiées, en voie de ferruginisation. Ailleurs, la surface du plateau était
jonchée de blocs d’une cuirasse démantelée, ayant absolument la structure
des cuirasses de l'Afrique occidentale. Ils sont creusés de cavités et de
canaux anastomosés, aux parois recouvertes d’un enduit vernissé. Le
même enduit concrétionné revêt la surface externe bosselée des blocs.
La masse est constituée de concrétions ferrugineuses enrobant des grains
de quartz.
Source : MNHN, Paris
— 21
Les deux types de roches ferrugineuses existent sur les tampoketsa,
scoriacées et pisolithiques. La surface du sol est souvent jonchée de piso-
lithes libres. Je pense que c’est la présence de ces horizons concrétion-
nés, peu destructibles par l’érosion, qui a fixé jusqu’à nos jours le modelé
des anciennes hautes pénéplaines de Madagascar. La présence des tampo¬
ketsa à haute altitude dans la région médiane des Hauts plateaux, avec
des fragments tabulaires isolés sur les bords, et s’étendant sur une grande
distance en latitude, allant environ du 15° au 24° (d’après la carte Besai-
rie), semble indiquer qu’il s’agit de formations fossiles, autrefois considé¬
rablement étendues.
En dehors des tampoketsa typiques des hauts plateaux du Centre,
on peut trouver des traces d’anciennes cuirasses ferrugineuses, dans toutes
les régions de Madagascar et peut-être sur tous les types de terrains
sédimentaires, même à basse altitude. J’ai vu une telle cuirasse, dans la
région de Majunga, sur un bas plateau basaltique, à 130 mètres d’altitude,
couvert par place, sur une belle terre rouge, d’une très belle forêt tropo-
phile en cours de dégradation, et ailleurs sur des plats, là où probablement
la cuirasse était très proche du sol, par une maigre prairie garnie d’un
peuplement clair de palmiers (Medemia nobilis). L’érosion régressive
attaque les bords du plateau, découvrant là la cuirasse qui se brise en
blocs. Celle-ci, à l’endroit où j’ai pu la voir, était une dalle de grès grossier,
ferrugineuse, à structure alvéolaire, enrobant des pisolithes.
De même, à l’Est de Morondava, la route de Malaimbandy, franchit
un plateau de maigres steppes herbeuses, à 360 mètres d'altitude, qui est
recouvert d’une dalle ferrugineuse cassée que j’ai pu voir à la tête d’un
•halweg. C’est une cuirasse de 0,50 mètre de haut, à structure alvéolaire de
grès grossiers ferruginisés. Sur le sol, les pisolithes de fer abondent.
J’ai trouvé des fragments de ces cuirasses dans tout le sud-ouest et
même en plein sud; notamment dans l’Isalo, au col même des tapias, sur
des grès très grossiers. Sur toutes les éminences du plateau on voit des
champs de galets et des débris de grès ferruginisés qui sont les débris des
anciennes cuirasses décomposées qui recouvraient des grès à galets. Dès
que dans le paysage on aperçoit des formes tabulaires, se terminant en
falaises, il y a beaucoup de probabilités pour que la surface des plateaux
soit recouverte d’une dalle ferrugineuse. J’ai eu l’occasion de le constater
plusieurs fois. Au sud de Sakaraha on peut observer souvent sur la cassure
de ces falaises, la présence de dalles épaisses à structure granuleuse, non
scoriacée, formées de grains grossiers de quartz cimentés par une pâte
rouge ou blanche; elles sont friables et pénétrables aux racines et radi¬
celles. Des cuirasses sur buttes sont visibles au sud de Betioky. Dans la
région d’Ambovombé on observe souvent des carapaces calcaires, mais
aussi des carapaces ferrugineuses, ou pisolithiques, ou alvéolaires (25°lat.
S.). Sous la forêt à Alluaudia de la Mandrare, j’ai observé, en un point,
le rebord cassé d’une dalle ferrugineuse de faible épaisseur (25° lat. S-, 40
m ait.).
La présence de concrétions ferrugineuses, cimentées ou non, paraît
donc généralisée à Madagascar, sur la plupart des formations géologiques.
Source : MNHN, Paris
— 22 —
Leur situation, presque toujours sur les parties les plus hautes du relief,
à forme tabulaire, attaquées sur les bords par l’érosion, indique qu’il s’agit
de formations pédologiques très anciennes, en cours de désagrégation.
Nous n’avons pas eu l’occasion d’observer des horizons en voie de concré-
tionnement dans les sols actuels, soit dans les terrains sédimentaires de
l’Ouest, soit sur les schistes cristallins de la dorsale Centrale de l’Ile.
Il semblerait donc qu’à Madagascar — dans la mesure où nos obser¬
vations limitées nous permettent cette opinion — les conditions climati¬
ques et hydrographiques favorables à la constitution des cuirasses ferru¬
gineuses qui ont existé autrefois, ne sont plus celles des climats actuels.
DISPARITION ET INSTABILITÉ DES FORETS MALGACHES
Dans d’admirables ouvrages, Perrier de la BXthie (« La végétation
malgache ») et H. Humbert (« La destruction d’une flore insulaire par le
feu. Principaux aspects de la végétation à Madagascar ») ont fait connaître
au Monde comment une des flores les plus riches de cette Terre était en
voie de disparition.
Tous les biologistes, géographes, forestiers, qui ont étudié la vie et le
visage de Madagascar ont exprimé les mêmes opinions sur la végétation
malgache. Les faits sont incontestables; je les ai constatés à mon tour; j’en
avais lu la relation chez tous les auteurs, avant de venir pour la première
fois dans la Grande Ile; je connaissais leurs avertissements anxieux, leurs
cris d’alarme, devant la destruction de toute la végétation primitive d’un
petit continent et ses conséquences mais, bien qu’ainsi averti par des lectu¬
res, j'ai eu la révélation d’un état de gravité que seule la vision personnelle
directe peut donner. Après 25 ans de nombreux voyages en Afrique occi¬
dentale et équatoriale, où j’ai toujours cherché à observer et à prévoir
l’évolution de la végétation forestière suivant les milieux et les agents de
destruction, j’ai acquis des idées et des opinions sur le sens, les processus
et les conditions de cette évolution. A la lecture des naturalistes malgaches
il me semblait que si le sens général de l’évolution de la végétation était
le même qu’en Afrique continentale : la régression vers la désertification,
processus et conditions, étaient cependant différents. Des questions me
venaient à l’esprit auxquelles je ne trouvais pas de réponses toujours
satisfaisantes. Comment et pourquoi la forêt malgache disparaissait-elle,
sous les coups des agents destructeurs, avec une telle rapidité et, semblait-
il. irréversiblement! Et enfin, car le forestier ne peut pas se contenter de
constater le mal; quelles mesures particulières sont possibles et efficaces
pour combattre et arrêter la déforestation?
Un voyage rapide dans un pays aussi varié et aussi grand que Mada¬
gascar ne devait pas me permettre de répondre d’une façon toujours nette
et définitive à toutes ces questions, en dépit de la possibilité que j ’ai acquise
par mes voyages dans d’autres territoires tropicaux, de raisonner par
analogie. Pour tenter de suivre l’évolution d’une végétation il faut la
connaître le mieux possible; savoir distinguer les formes primaires des
Source : MNHN, Paris
— 23 —
formes secondaires (substituées), d’après leur flore; séparer les diverses
formations primaires d’après leurs espèces caractéristiques, c’est-à-dire
connaître la sociologie de ces formations; connaître non seulement la
composition de la futaie mais aussi celle de la régénération naturelle dans
les sous-bois; connaître les espèces douées d’un grand pouvoir d’expansion,
celles qui au contraire ne se multiplient que sporadiquement; être capable
éventuellement de reconnaître diverses formes d’adaptation d’une même
espèce à des milieux différents, etc... Il faut bien dire qu’une connaissance
scientifique aussi approfondie des forêts malgaches n’est pas encore possi¬
ble en dépit des travaux considérables qui ont déjà été effectués, surtout
par Perrieb de la Bâthie, Humbert, et de nombreux botanistes.
Même en ce qui concerne la seule systématique botanique qui fait l’objet
de l’ouvrage fondamental entrepris par une équipe de botanistes sous la
direction de Humbert, « Flore de Madagascar », il n’y a encore à ce jour
que les études de 12 familles comptant des arbres et des arbustes qui soient
publiées 1 , sur les 218 familles de la flore. Quant à l'étude chronologique et
sociologique des espèces et des formations, elle est encore moins avancée.
Que de fois suis-je resté impuissant dans mon ignorance, et fâché, devant
une formation forestière parfaitement caractérisée, parce qu’il m’était
impossible d’en connaître les constituants même les plus typiques et les
plus fréquents. Les forestiers de Madagascar sont aujourd’hui encore
dans l’impossibilité de « découvrir » leurs forêts — scientifiquement
s’entend — puisque personne, ni aucun livre, ne peut leur enseignej
complètement la flore de ces forêts.
Ayant ainsi défini le champ possible de mes investigations et en ayant
déploré l’étroitesse, je puis maintenant me permettre d’exposer des idées
sur l’évolution de la végétation forestière malgache, prélude nécessaire
à une politique forestière de Magadascar.
La Grande Ile fut autrefois, avant les invasions contemporaines de
l’homme, intégralement boisée. J’insiste sur « intégralement ». Les natura¬
listes n’en disconviennent pas, ou peu, mais je sais ce que cette affirmation
peut encore avoir de paradoxal pour ceux qui, n’ayant pas les habitudes
d’imagination et de raisonnement des géologues, ne conçoivent pas bien
la puissance du temps, et qui observant, à leur échelle de durée, la lenteur
des changements qui se produisent sur la face de la Terre, dans son état
physique et celui de sa végétation, ne comprennent pas que les mêmes cau¬
ses de ces transformations minimes actuelles puissent avec le temps aboutir
à des bouleversements du relief, de l’hydrographie et des flores. A Mada¬
gascar, on observe donc des régions considérablement étendues qui sont
nues, ou plutôt couvertes de ces tristes steppes herbeuses que l’on
appelle communément la « prairie » à « bozaka », régions au sol érodé ou
stérile, pratiquement désertiques sauf les vallées, régions sans bois, souvent
sans arbres. Alors quand un naturaliste vient affirmer que ces territoires
désolés furent autrefois boisés, intégralement boisés, l’esprit peut se
rebeller. Comment serait-ce possible? Le sol est stérile, inculte! Comment
1. En 1971, 146 familles sont publiées.
Source : MNHN, Paris
— 24
les forêts auraient-elles été détruites sur d’aussi vastes superficies, vides
d’habitants ou presque, sans laisser de témoins? Cependant c’est le natu¬
raliste qui a raison. Et même à Madagascar il n’est pas nécessaire d’évoquer
le passé de temps géologiques pour expliquer la dénudation, quelques
siècles, et quelques générations d’hommes auront suffi. Cette rapidité et
cette efficience de destruction demandent des explications, car elle est
tout de même assez exceptionnelle.
Résumons d’abord les arguments, les présomptions et les preuves
qui permettent de penser que Madagascar fut autrefois entièrement boisée.
D’abord la régression de la végétation forestière se poursuit sous nos yeux,
partout dans P Ile. Il n’est pas nécessaire de déployer une grande force
d’imagination pour considérer que les causes qui provoquent aujourd’hui
ce recul, c’est-à-dire les feux et les défrichements, ayant existé depuis que
l’homme s’est installé dans Pile, les mêmes effets se produisent depuis le
même temps et qu’ils ont pu détruire des massifs forestiers entiers.
Puis, le vide actuel des paysages n’est souvent qu’une apparence,
car il arrive que l’on retrouve des vestiges des forêts d’autrefois, isolés
dans quelque chaîne de montagne ou quelque vallée. Ces îlots forestiers
constitués par une même flore très riche en espèces, incontestablement
primitive, se rejoignaient autrefois; cela ne peut pas se concevoir autre¬
ment. Enfin il y a des présomptions d’ordre écologique : le milieu permet
l’existence de forêts; d’autres aussi que nous avons dégagées de notre
étude des phénomènes d’érosion, d’autres pédologiques, d’autres faunisti¬
ques, d’autres historiques, d’autres fondées sur la flore pauvre et souvent
étrangère à Madagascar des « prairies » et « savanes », alors que la flore
forestière est très riche et pour une grande proportion endémique. Tous
ces arguments, ces preuves, s’appuient mutuellement; il n’y a pas de dis¬
cordance. Nous pouvons dire avec certitude que l’Ile fut autrefois inté¬
gralement boisée.
Mais comment et pourquoi la couverture forestière a-t-elle disparu
en quelques siècles seulement sur de vastes territoires? Le processus de
disparition ne fut pas partout le même. C’est sur les hauts plateaux, à
plus de 1 000 mètres d’altitude, que la destruction des forêts a été la plus
rapide et presque absolue. Dans l’Imérina, les « forêts » n’existent plus
dans un rayon de 50 kilomètres autour de Tananarive. Les plus rappro¬
chées sont à 50 kilomètres au sud de la capitale. La petite réserve forestière
de Manjakatompo, de quelques centaines d’hectares, dans le massif volca-
niquede l’Ankaratra; petite forêt de montagne à hazondrano (Ilex mitis),
à plus de 1 800 mètres d’altitude, conservée presque miraculeusement
parce qu’elle était la propriété personnelle de la reine, est aujourd’hui
protégée par le Service forestier qui l’a agrandie de 300 hectares environ
de beaux reboisements en pins et cyprès, et y a établi avec bonheur une
station piscicole pour l’élevage de la truite. A 70 kilomètres au Nord-
est nous trouvons à peu de distance de la route de Majunga, la forêt
d’Ambohitantely sur les escarpements du tampoketsa d’Ankazobé. Il
subsiste un massif assez important, en voie de destruction; il est environné
d'une multitude de petits bois satellites, dont quelques-uns se voient
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 26
depuis la route de Majunga. L’altitude de cette forêt de montagne à
feuilles persistantes est de 1500-1600 mètres. A l’Ouest, à 50 kilomètres,
peu au-delà d’Arivonimamo, on découvre des peuplements purs, clairs,
d’un arbuste remarquable, le tapia [Uapaca clusiacea ), vers 1300-1400
mètres d’altitude. A l’Est enfin, à 50 kilomètres, se trouve la lisière de la
véritable forêt de l’Est, la forêt de la Mandraka, vers 1300 mètres d’altitude,
que traverse la route allant à Tamatave.
La visite de la forêt d’Ambohitantely est particulièrement intéressante.
Elle est la preuve que la forêt pouvait exister sur les tampoketsa, bien
qu’en réalité aujourd’hui, si elle s’élève jusqu’à 1600 mètres d’altitude,
à l’altitude maximum du plateau, elle ne persiste que sur les accotements
et ne s’étale plus sur les plats. Elle a été chassée rapidement du plateau
proprement dit, où le sol sur carapace ferrugineuse était très superficiel,
et où elle ne revêtait probablement que la forme d’un bois fourré (forma¬
tion arbustive dense et fermée). Les multiples îlots boisés qui persistent
aujourd’hui encore dans des creux du modelé, étaient évidemment reliés
autrefois par la forêt qui recouvrait l’ensemble. Selon la profondeur du sol,
c’est-à-dire, en fait, suivant la topographie, cette forêt était constituée
de grands arbres, ou de petits arbres, ou seulement d’arbustes, mais il y
avait continuité entre tous ces aspects. La forêt d’Ambohitantely est en
voie de destruction; on peut observer avec évidence comment elle dispa¬
raît. Les lisières, de loin, apparaissent marquées d’une frange grisâtre
blanchâtre. Cette coloration qui contraste avec l’intérieur vert du massif
est due aux squelettes blancs des arbres et des arbustes qui sont morts
sur pied. Les feux de savane de la saison sèche mordent en effet ces lisières
et les font lentement reculer. En les longeant on aperçoit des mélanges
confus de fougères, de buissons reverdissants, de plantes herbacées, et de
fûts blancs d’arbres demi-calcinés. C’est le reste du feu et la dernière convul¬
sion de la forêt expirante. D’autres bandes gris vert uni entourent la forêt,
plus ou moins larges et régulières, ce sont des champs de fougères, aux
limites extérieures parfois indécises, fondues insensiblement dans la
prairie de bozaka. Ces fougères ont poussé sur des parcelles humifères de
forêt très anciennement incendiées, végétation funéraire vivant sur un
cimetière d’arbres. Les plus petits boqueteaux isolés dans les creux sont
entourés de ces ceintures grises et de ces liserés de fougeraies; c’est le signe
fatal de leur mort prochaine. Quelques-uns ont des lisières hautes, faites
des troncs des arbres, morts ou encore vivants, qui se pressent en colon¬
nades sans protection arbustive; instables barrières forestières, hautes,
mais combien vulnérables.
En survolant la bande forestière alignée sud-nord qui marque la
deuxième falaise orientale, entre Tananarive et le lac Alaotra, on aperçoit
partout des lisières mortes gris blanc des forêts, les champs de fougères, et
parfois aussi de grandes taches grises qui sont des champs de bruyères
mortes, après passage d’un incendie. La destruction par recul des lisières
brûlées est un phénomène général des forêts de montagnes.
La forêt d’Ambohitantely, vue d’avion, révèle un autre drame qui
fut celui de toutes les forêts qui couvraient primitivement le tampoketsa
Source : MNHN, Paris
— 27 —
d’Ankazorobé. Elle est attaquée non seulement sur sa périphérie, mais
elle est parfois incendiée à l’intérieur sur des parcelles de plusieurs hec¬
tares. On aperçoit très bien les parcelles qui furent incendiées. Elles ont
une couleur grise due aux squelettes des troncs des arbres de la futaie
qui sont presque tous morts sur pied. A leur pied une brousse arbustive
de recru est verdoyante. La forêt n’est donc pas là encore complètement
détruite. Un futur incendie y suffira sans doute. Cependant cette forêt
n’est pas « tavée », elle n’est pas défrichée par les indigènes pour l’instal¬
lation de cultures. Les incendies sont vraisemblablement communiqués
par les feux de prairies qui franchissant les lisières peuvent par vent
violent pénétrer au cœur de la forêt.
Toutes ces forêts de montagnes, surtout celles qui sont établies sur des
sols superficiels, sont, ou plutôt étaient — car il n’y a en plus que des
vestiges —-, une proie facile pour les incendies. Sur ces Hauts plateaux,
la saison sèche dure 5 et parfois 6 mois, les vents sont souvent violents;
ce sont des conditions très favorables pour la propagation des incendies
dans des forêts qui alors souffrent de la sécheresse. Autrefois, l’homme
n’eut aucune peine à les détruire. Ce sont des formations à sous-bois
dense, peu pénétrables. L’homme a été amené à les faire disparaître pour
circuler d’abord, puis ensuite pour créer des pâturages. Les bœufs aujour¬
d’hui encore y pâturent, mais les pasteurs préfèrent l’herbe. Ce sont ces
derniers qui, vraisemblablement, furent les agents les plus actifs de leur
disparition.
Les peuplements clairs de tapia (Uapaca clusiacea) sont des vestiges
d’autres anciennes forêts de montagne qui, sur les pentes supérieures
occidentales des Hauts plateaux, marquaient la transition entre les forêts
de montagne proprement dites des hautes terres centrales et les forêts
tropophiles de l’Ouest, lis paraissent répartis dans une bande nord sud
allant de la latitude de Tananarive (Arivonimamo Est) à l’Isalo, à des
altitudes comprises entre 1000 et 1600 mètres. Ils ressemblent curieuse¬
ment aux peuplements d’autres espèces d’Uapaca, des climats type
soudano-guinéens de l’Afrique continentale, notamment aux peuplements
d’Uapaca Somon de l'Afrique occidentale. Souvent ils ont l’aspect de
vergers, de petits arbres à cimes en boule espacés dans la prairie; parfois
le peuplement est assez compact, mais constitué du seul tapia. Les feux
d’herbes parcourent chaque année ces boisements très clairs. Il arrive aussi
de rencontrer sur des parcelles moins exposées aux feux d’autres espèces
d’arbustes et d’arbrisseaux en mélange avec les tapia. Enfin il existe encore
dans la région d’Ambositra des forêts primitives à tapia. J’en ai traversé
une qui couvre plusieurs collines d’un manteau sans déchirure, près du
village d’Ambohimahazo, vers 1450 à 1550 mètres d’altitude. Le peuple¬
ment est dense, fermé. Le tapia est mélangé à plusieurs autres espèces
d’arbres et d’arbustes; les arbrisseaux, sous-arbrisseaux et plantes herba¬
cées abondent dans les sous-bois. Incontestablement ces boisements, appa¬
remment indemnes des feux, sont primitifs. Ce sont des formations fores¬
tières très vulnérables au feu, d’autant plus que l’aridité de la saison sèche
est assez sévère sur ces pentes occidentales de la région centrale; mais le
Source : MNHN, Paris
— 28 —
tapia, exceptionnellement parmi les arbres de ces forêts, résiste aux feux.
C’est pourquoi il s’est maintenu sur place, tandis que. le plus souvent,
ses compagnons disparaissaient. Beaucoup de boisements de tapia sem¬
blent aujourd'hui dépérissants. Il est vraisemblable que tous sont condam¬
nés à disparaître dans des temps plus ou moins longs.
Même les chaînes de montagnes les plus élevées, les plus découpées
en arêtes rocheuses, qui aujourd’hui sont exclusivement pelées, à l’excep¬
tion de quelques lignes d’arbustes suivant les ravins, furent intégrale¬
ment boisées, non pas de hautes futaies certes, mais d’un manteau continu
d’arbustes et d’arbrisseaux éricoïdes. Les photographies aériennes prises
dans le massif du Tsaratanana, le plus élevé de Madagascar, qui m’ont été
communiquées par le Service géographique de l’Ile. le prouvent admira¬
blement. Certaines chaînes dentelées apparaissent noirâtres et sont boisées,
d’autres voisines sont blanches et absolument nues; les boisements ne
subsistent plus que par taches toujours sur les crêtes, c’est-à-dire dans les
stations les plus arides, les moins propres à porter une végétation fores¬
tière. Nul tavy n’est à incriminer; le feu seul est responsable de la destruc¬
tion de ces broussailles montagneuses. Il a été mis au pied des montagnes
par l’homme, par des pasteurs probablement, et s’est propagé facilement
vers les sommets, poussé par les courants ascendants. C’est pourquoi la
base des montagnes est dénudée, tandis que certaines crêtes, peu accessi¬
bles à l’homme, épargnées jusqu’ici par les feux, portent encore leur
revêtement boisé.
La forêt de l’Est évolue suivant d’autres processus. Le climat est
favorable à la végétation forestière, puisqu’il ne comporte pas un seul
mois vraiment sec et que la plusiosité est très forte. Elle occupe encore
de grandes superficies depuis Vohémar au nord, jusqu’à F 1 Dauphin
dans l’extrême Sud.
En réalité, cette longue bande forestière orientale est aujourd'hui
très morcelée par les défrichements. Les régions basses, depuis le littoral,
sont à peu près complètement déboisées. Néanmoins il subsiste dans la
montagne des massifs très importants, qui pourraient donner à penser à
certains qu’il n’y a aucun danger vrai de déboisement dans l’Est, puis
même qu’il y a trop de forêt et qu'une proportion de celle-ci pourrait être
défrichée sans dommage.
C’est un fait étonnant que de constater la fragilité, l’instabilité des
forêts de l’Est, en dépit d’un climat apparemment propice. Ces fcrêts
sont « tavées » par les populations locales, c’est-à-dire défrichées en vue des
cultures itinérantes sur brûlis. Aujourd’hui les tavy sont interdits, et ne
se pratiquent plus là où le Service forestier est en mesure de faire respecter
les réglementations. Mais durant des siècles ces forêts furent tavées, et
ceci explique les vides et le morcellement d’une région qui fut entièrement
forestière. Une parcelle tavée, lorsqu’elle est laissée en jachère par l’agri¬
culteur, se recouvre d’une brousse secondaire qu’à Madagascar on désigne
par « savoka ». Suivant la nature du sol, et son état d’épuisement, il y a
différents types de savoka qui sont en réalité différents états de l’évolution
régressive de la forêt. La savoka la plus élevée sur l’échelle écologique est
Source : MNHN, Paris
— 29
constituée, comme toutes les brousses secondaires africaines, par un
mélange d’espèces arbustives et arborescentes. Ce type de savoka s’il
n’est plus défriché peut sans doute à la longue se transformer en reformant
une formation analogue à la formation primitive. D’autres savokas sont
des peuplements purs : à dingadinga ( Psiadia allissima), formations
homogènes vert clair d’un arbuste de 2-4 mètres de haut; à harongana
(llarungana madagascariensis) arbuste panafricain un peu roussâtre
souvent en mélange avec un autre arbuste panafricain (Tréma guineensis)
et d’autres espèces; à ravenala (Ravenala madagascariensis), le remarquable
arbre du voyageur qui vit disséminé dans la forêt mais qui, à basse altitude,
jusqu’à 400 mètres environ, constitue des formations parfois pures, cou¬
vrant des collines entières et rappelant de loin l’aspect de plantations de
bananiers; à bambou (Nastus capitalus), ces gracieux bambous sarmen-
teux, aux tiges recourbées à l’extrémité, sont parfois mélangés à la rave-
nale; à longoza (Ajramomum angustifolium), grandes plantes herbacées
aux tiges feuillées jaillissant comme des palmes; à lantana, plante sarmen-
teuse introduite à Madagascar qui prolifère aujourd'hui sur les terrains
dégradés à basse altitude; puis enfin les savokas à fougères ( Pteridium
aquilinum), à bruyères ( Philippia ), puis, à haute altitude, à Helichrysum.
Tous ces types de savoka, et d’autres encore, existent dans la forêt de l’Est,
purs ou en mélange. Les uns sont les derniers termes de séries régressives;
ils sont établis sur des sols tavés plusieurs fois et épuisés. La reconstitu¬
tion spontanée de la forêt initiale n’est plus possible à partir de ces stades,
d’autant moins que ces savoka peuvent être incendiés. La forêt de la côte
Est ne brûle pas. mais dans des savoka qui la remplacent sur des sols
dégradés, le feu allumé par l’homme peut se propager. Les savoka incen¬
diés sont remplacés par des fougeraies ou des landes à bruyères qui sont
à leur tour facilement brûlées; le terme final est la steppe herbeuse :
la « prairie à bozaka ». Toutes les phases de la dégradation de la végétation
sont visibles dans la forêt orientale. Ce qui est très grave c’est que sur
certains sols particulièrement pauvres, un seul défrichement suivi de
culture peut amener le remplacement immédiat de la forêt par la fougeraie
ou la prairie à bozaka, sans passer par des stades intermédiaires. La forêt
d’autres régions, m’a-t-on affirmé, est plus stable, et, pourvu que les jachè¬
res entre deux défrichements successifs soient d’assez longue durée, on
pourrait cultiver très longtemps le sol sans risque de dégradation défini¬
tive.
Les forêts côtières de l’Est, établies sur des sables, diffèrent de la
forêt de l’Est proprement dite. En dépit du climat très pluvieux, elles
sont susceptibles d’être incendiées. Je n’ai pas eu l'occasion de faire des
observations personnelles à ce sujet, mais le souvenir est demeuré vivace
d’un incendie ayant ravagé la forêt côtière du Sud-Est sur de grandes dis¬
tances, lors d’une révolte en 1904. Elle contenait un arbre au bois de fer
imputrescible (handranendra, llumberlia madagascariensis), abondant
surtout à une cinquantaine de kilomètres au nord de Fort Dauphin. Les
arbres morts de cette espèce sont encore debout aujourd’hui! Il est possible
dans ce cas particulier, que le feu ait été mis dans des sous-bois préala-
Source : MNHN, Paris
— 30 —
blement coupés et desséchés. Des foyers ainsi créés peuvent propager le
feu directement dans la forêt établie sur sols secs durant une période
relativement sèche, et par grand vent.
J’ai noté dans la forêt côtière sur cordon littoral, au sud de Tamatave,
d’aspect xéromorphique en dépit d’une pluviosité considérable, le long
du chemin de fer, des traces d’incendie allumés par les cendres incandes¬
centes des locomotives.
Contrairement aux forêts de l'Est qui sont à feuilles persistantes, les
forêts de l’Ouest et du Sud-Ouest sont à feuillage caduc durant la saison
sèche, laquelle dure cinq ou six mois. La flore de l’Ouest est complètement
différente de celle de l’Est; ce sont deux provinces botaniques distinctes.
Le comportement des forêts de l’Ouest après les tavy est également
particulier. Ces forêts se présenten* aujourd’hui en massifs isolés, aux
lisières précises, dans un pays couvert d’une savane le plus souvent nue,
parfois aussi prenant l’aspect d’une savane boisée type de l’Afrique conti¬
nentale, parfois encore dominée par de beaux peuplements de palmiers
(surtout Medemia nobilis). Ces bois et forêts sont des restes, parfois très
beaux, de la forêt ancienne qui recouvrait continûment tous les terrains
sédimentaires de l’Ouest, quelle que soit leur nature; la formation étant
cependant différente suivant qu’il s’agit de terrains arénacés, ou latéri-
tiques, ou alluvionnaires, ou calcaires, etc...
La forêt de l’Ouest se reconstitue très difficilement, ou non, après un tavy.
Les types de savoka de l’Est n’existent pas ici. La forêt défrichée, incinérée
et cultivée, est remplacée directement, et définitivement en général, par
la savane. J’ai pu voir, dans la région de Morondava. et surtout plus au
sud dans la région de Bétioky, des parties de forêt tavées depuis quelques
années; le recru ligneux était très maigre et ne recouvrait pas le sol; la
reformation spontanée me paraissait très douteuse.
Ces forêts occidentales peuvent-elles être incendiées, et ainsi détruites
directement sans être préalablement tavées? J’ai observé souvent les
lisières des forêts que j’ai traversées; je n’ai pas remarqué ces signes
évidents de régression par le feu de prairie que j’avais constatés sur les
Hauts plateaux. Dans la région de Tuléar, le contrôleur forestier qui
observe le pays depuis longtemps m’a également affirmé que les lisières
ne changeaient pas, bien que la prairie brûlât chaque année. Le feu
s’arrête devant les lisières, car l’aliment fourni au feu de brousse par les
maigres steppes herbeuses n’est pas suffisant pour constituer un foyer
d’incendie capable de mettre le feu à la lisière forestière. Comment donc
ont disparu les forêts qui cependant ne furent pas toutes tavées? Il
est d’abord probable que certaines forêts ont pu être incendiées directe¬
ment par des feux de savane, là où les herbages étaient plus denses, puis,
par des temps très secs de vents violents, au cours des saisons particuliè¬
rement sèches. Tous les forestiers malgaches peuvent citer des exemples
de forêts incendiées.
L’exemple de la forêt de Behimane, de 750 hectares, qui fut détruite
par le feu en 15 jours, en 1945, dans le district d’Ankazoabo (Nord-Est
de Tuléar), donne une clé du problème. Le feu fut mis par la population
Source : MNHN, Paris
— 31 —
des villages environnants, allumé à la torche simultanément en différents
points, dans des abatis pratiqués à l’avance dans la broussaille des sous-
bois. Dans ces conditions, le feu put se communiquer à la forêt et se
propager ensuite librement au gré du vent. Les forêts de l’Ouest compren¬
nent de nombreuses burséracées arborescentes, des Commiphora (Daro et
Arofa) qui brûlent comme des torches. Le motif de l’incendie, tel qu’il fut
invoqué devant les tribunaux, était le désir d’agrandir les pâturages. Ce
fut vraisemblablement la raison majeure qui détermina les populations
sakalaves de l’Ouest à détruire les forêts par le feu : la création d’herbages.
Et cependant aujourd’hui sur des étendues considérables, on ne voit plus
que des herbages, des savanes infinies! Les forêts sont réduites à de petites
surfaces. Les habitants, si ce n’était la fragile barrière des réglementations
forestières, détruiraient encore ces dernières forêts, pour donner de
nouveaux pâturages à leurs bœufs. C’est la preuve évidente que les sols
des savanes se dégradent, puisque celles qui existent ne sont plus suffi¬
santes, en dépit de leur étendue immense, pour assurer la nourriture des
troupeaux; or, elles furent ouvertes autrefois par le feu, déjà pour nourrir
les troupeaux.
Les étranges bois fourrés à Didiéracées et à Euphorbes arborescentes
de l’extrême sud de Madagascar, qui couvrent les régions côtières depuis
Tuléar jusqu’à l’Ouest de Fort Dauphin, sont eux aussi en régression,
suivant des stades qui sont encore mal étudiés. On sait que cette forêt
basse est le domaine d’élection d’espèces arborescentes et arbustives aux
formes extraordinaires; arbres pieuvres, aphylles ou presque, épineux,
dont les branches tentaculaires se tordent vers le ciel (Alluaudia et Didie-
rea) formant parfois des bois apocalyptiques, Euphorbes arbres constituant
aussi souvent des peuplements, arbres en bouteilles (Légumineuses, Bursé¬
racées), arbres en fuseau, Pachypodium ventrus et dépouillés, Kalanchoe
aux feuilles charnues et aux magnifiques inflorescences, Légumineuses à
phyllodes extraordinaires ( Phylloxylon ), etc... La prairie ou la savane
typique de Madagascar n’existe plus ici. Il n’y a donc plus de feux de
brousse de saison sèche. Le climat est peu propice aux herbages, la pluvio¬
sité étant très faible. Cependant, au moins sur la côte, une forte humidité
permanente, jointe à des températures modérées durant une partie de
l’année, réduisent beaucoup le déficit de saturation. Ces conditions très
particulières, auxquelles il faudrait peut-être ajouter une belle luminosité,
créent le milieu favorable à ces formes morphologiques et biologiques extra¬
ordinaires du bois fourré à Didiéraracées. Ce bois fourré constitué pour
beaucoup de plantes aphylles ou microphylles, ou charnues, souvent
lactescentes, d’une part n’est pas ou est peu attaqué par les feux de
prairies, et d’autre part ne semble guère combustible. Je n’ai pas constaté
de traces d’incendie de forêt. Cependant le chef du district de Beloha m’a
dit que le bois fourré fut dévasté par un incendie, il y a longtemps, entre
Beloha et le Cap Sainte-Marie, et qu’aujourd’hui encore sur les empla¬
cements brûlés on voit des prairies piquetées des fûts d’arbres morts au
bois dur et imputrescible.
Source : MNHN, Paris
— 32
Si ordinairement le fourré n’est pas sujet à l’incendie, il est en revanche
amplement défriché. Venant du nord, il apparaît, intact, à quelques
kilomètres au sud d’Antanimora; mais bien avant Ambovombé il disparaît
laissant place à des steppes arbustifs ou herbeux d’origine évidemment
secondaires. Depuis longtemps les Antandroy tavent ces fourrés. D’une
façon générale le plateau Antandroy est largement déboisé autour d’Ambo-
vombé. Des sous-arbrisseaux recouvrent le sol, formant un pseudo-steppe
gris vert. Quelques arbres, des tamariniers au port fortement déjeté par
les violents vents de mer, subsistent de l’ancienne forêt. Actuellement on
y voit peu de cultures; la zone habitée et cultivée aujourd’hui est plus
proche de la mer. De même entre Tsihombé et le Faux Cap, je n’ai pas
vu de formation incontestablement primaire, mais des brousses arbustives
secondaires, où abondent les espèces qui s’installent après les cultures;
je n’ai pas observé notamment un seul fantsilotsy (Alluaudia procera),
espèce la plus caractéristique du bois fourré primitif. Entre Faux Cap
et le Cap Sainte-Marie la piste traverse une zone peuplée, où pâturent de
nombreux troupeaux. La végétation est exclusivement secondaire, sauf
aux abords immédiats du littoral, occupés par des fourrés à Euphorbes.
L'évolution régressive de cette végétation forestière après les défrichements
est peu connue; il en est de même des possibilités et de la vitesse de recons¬
titution spontanée du bois fourré originel.
Arrivé au terme de cette étude rapide du comportement de la végé¬
tation forestière malgache devant les feux et les défrichements, je dois
conclure que toutes les formes de la forêt malgache sont très vulnérables
aux incendies, et qu’elles se reconstituent généralement difficilement
après les tavy, c’est-à-dire qu’elles sont particulièrement instables. C’est
parce qu’elles sont instables que la Grande Ile est dans son état actuel
de dénudation grave, bien que la présence de l’homme n’y soit pas très
ancienne; on n’a pas trouvé trace jusqu’à présent d'homme préhistorique
à Madagascar. Cette instabilité se constate aussi par le manque de puis¬
sance de reconstitution, la lenteur de la croissance de la plupart des espèces,
l’absence d’espèces à grand pouvoir colonisateur, tous faits qui biologique¬
ment rendent les forêts malgaches très différentes des forêts du continent
africain. Quelles peuvent être les causes de ce manque de vitalité?
Quant aux possibilités d’expansion de la flore forestière malgache.
Humbert a déjà signalé une cause de sédentarisme. D’après lui la plupart
des essences arborescentes autochtones ont des graines dépourvues d’appa¬
reil de dissémination à distance. C’est une distinction importante avec les
forêts africaines continentales où un très grand nombre d’espèces ont
des fruits ou des graines ailées, des graines à aigrettes, etc... Il est étonnant
de constater aussi que beaucoup d’espèces des savokas de l'Est sont pana¬
fricaines, Harungana madagascariensis, Tréma guineensis, Albizzia gutn-
II y a quelques exceptions, dans l’Ouest exclusivement, car ni dans
l’Est, ni dans les Hauts plateaux, la forêt ne reconquiert un sol perdu,
Source : MNHN, Paris
— 33 —
1*1. 4. — En haut : Le < bad larul • du Haut Sambirano (Photo S.G.A.). — En bas: Montagnes
du haut Sambirano. Le massif au premier plan est entièrement reforestè, à l'exception des
crêtes. Le massif au second plan est complètement boisé sur les crêtes, et totalement dénudé
à la base (Photo S.G.A.).
Source : MNHN, Paris
— 34 —
du moins avec une rapidité comparable à celle avec laquelle la forêt peut
s’étendre en Afrique, au delà de ses lisières, dans une savane qui n’est plus
parcourue par les feux. J’ai constaté sur les Hauts plateaux la colonisation
par des arbrisseaux, bruyères, Helichrysum, dingadinga, qui peuvent être
considérés comme un premier stade de colonisation progressive quand
les feux ne passaient plus dans la prairie, mais cette reprise de la végétation
ligneuse paraissait timide; si elle présageait le retour de la forêt, il sem¬
blait que celui-ci fût pour un très lointain avenir. Dans l’Ouest, en revan¬
che, il y a des signes nets d’une défense de quelques éléments de la végé¬
tation forestière contre la savane. Certaines espèces de la forêt dense
autochtone sont susceptibles de s’adapter à la vie en savane brûlée pério-
dïquement. Elles sont peu nombreuses : des Stereospermum, un Terrni-
naliopsis (tali), Acridocarpus excelsus (hafotramena), Dicoma tomenlosa
(natalazo, peha), Gymnosporia linearis (tsingilofilo), et d’autres qui
sont d’origine étrangère : la plus commune, le sakoa (Pouparlia cafjra),
Woodfordia fruticosa (piso piso), Ziziphus mauritiana, Flacourtia Ramont-
chii (lamoty). Toutes ces espèces ensemble ne constituent pas une flore,
elles sont trop peu nombreuses, mais dans certaines savanes de l’Ouest,
elles sont assez abondamment représentées pour donner à celles-ci l’aspect
de savanes boisées du continent africain. Rappelons, pour bien marquer
la différence, que ces dernières comptent pour la seule Afrique occidentale
une flore de plus de 400 espèces d’arbres et d’arbustes.
Dans l’Ouest de Madagascar la reconstitution forestière spontanée,
même à l’abri des feux, paraît exceptionnelle. Localement on signale des
cas. J’ai eu l’occasion de constater celui de la forêt réservée de Marohogo
près de Majunga. Il existe encore dans la réserve un massif intact de forêt
sèche, constituée d’une futaie basse d’arbres médiocres avec sous-bois
dense, installée sur un sol noir argileux lourd, se crevassant en saison sèche,
et contenant des concrétions calcaires. Les espèces abondantes sont le
namolona ( Foetidia relusa), le fandrianakanga ( Albizzia boinensis), le
mangahara (Stereospermum euphorioides ), le manary ( Dalbergia Greveanà).
Parmi elles le namolona colonise en abondance les savanes voisines qui
ont, grâce à lui, tendance à se refermer.
Sur le plateau sédimentaire littoral dénudé, d’Ambila à Brickaville,
sur la côte Est, une Anacardiacée endémique dans la région orientale, est
également envahissante, le hasy (Faguelia falcata). D’autres exemples
seraient sans doute à citer, mais ils ne constituent que des exceptions à
cette observation d’ordre général que peu d’espèces de la flore autochtone
ont un tempérament expansif.
Faut-il imputer la faiblesse générale de vitalité des flores forestières
malgaches au climat? Comme je l’ai dit plus haut le climat des régions
occidentale et centrale est certes généralement peu favorable à la forêt
avec sa longue sécheresse. La forêt de l’Est est, au contraire, arrosée
parfaitement, aussi bien quant à la régularité des pluies qu’à la quantité
d’eau. Il est possible — nous ne disposons pas de mesures expérimentales
à ce sujet — que la luminosité y soit médiocre (radiation globale annuelle).
A partir d’une certaine altitude, la température moyenne est probable-
Source : MNHN, Paris
,5. — De gauche à droite : Le . bad land . du Haut Sambirano. Réinstallation d'un
ville). — Formation d'un lavaka dans un périmètre de reboisement établi su
du sol, annonce d’ui ' ' j - ** ""
n lavaka. Station de Manjakatompo (Photo Albréville).
nce végétation ligneuse dans les
colline déboisée. A gauche, une
ravins (Photo Aubké-
ligne de décrochement
Source : MNHN, Paris
— 36 —
ment inférieure à l’optimum thermique recherché par le type de végétation
forestière malgache, ce qui nuit à la croissance et à la vitalité des espèces -
Il est possible que l’élément température soit dans les forêts d’altitude
(au-dessus de 800 m?) une cause de déficience. Il est remarquable que des
phénomènes de refroidissement capables d’arrêter la vie des arbres se
manifestent sur les hauts plateaux, certes très exceptionnellement, mais
qui peuvent faire penser d’une façon plausible que les minima moyens
de température sont peu élevés au-dessus du seuil thermique critique en
dessous duquel la flore forestière présente ne pourrait plus exister. Un
contrôleur forestier a observé un jour un froid inaccoutumé dans des fonds
en forêt primaire, entre Moramanga et Anosibé, entre 900 et 1000 mètres
d’altitude; les arbres accusèrent immédiatement ce refroidissement en
perdant leurs feuilles. Des froids sur les hauts plateaux ont détruit ou
fait dépérir des plantations d’Eucalyptus adultes.
Il serait intéressant de rassembler tous les cas où la végétation fores¬
tière paraît dépérissante, sans qu’on puisse accuser ni les défrichements,
ni les feux. J'en ai observé quelques-uns au hasard des étapes de mon
voyage. Par exemple les peuplements de tapia de la région d’Arivonimaino
à l’Ouest de Tananarive (1300-1400 m ait.) sont très dégradés en général,
étant trop clairs, et installés sur des argiles latéritiques plus ou moins
érodées. Mais en outre les peuplements du bas des pentes, dans les vallées,
sont plus spécialement dépérissants. Les arbres meurent en cime, des
gourmands se forment sur les branches les plus basses ainsi que des
rejets au pied. L’observation est générale. Sur les sommets et à la partie
supérieure des pentes ces signes de déclin des tapias ne sont pas visibles.
Peut-être faut-il mettre en cause des coulées d’air froid dans les vallées!
Ce cas se rattacherait alors à ceux que je viens de citer plus haut.
Ces tapias sont une formation très ancienne; comment aurait-elle pu se
maintenir jusqu’à présent dans les pentes inférieures des vallées si des
coups de froid s’étaient produits depuis toujours, même à intervalles de
temps éloignés?
Dans d’autres exemples l’érosion était manifestement la cause de la
dégradation du peuplement. Le beau massif forestier de la Sakoa et de la
Sakemena affluent de l’Onilahy (Est de Tuléar) est établi sur des sols
très superficiels, voire rocheux, qui sont facilement érodés par décapage.
Autour du massif principal des îlots forestiers sont disséminés dans toutes
les situations topographiques possibles, versants, sommets, creux, indiffé¬
remment. Us sont plantés parfois sur des collines nues, ou presque sans
herbages, dans des éboulis de rochers, etc... Évidemment ils firent partie
autrefois d’une même forêt continue. Comment expliquer sa régression?
Ni les tavy, ni les feux de steppes herbeux trop maigres, ne peuvent ici
être mis en cause d’une façon générale. Je pense que l’érosion superficielle
a provoqué d’abord le dépérissement des arbres puis leur mort. Les
habitants cultivent quelquefois le maïs en forêt, en supprimant le sous-
bois mais en laissant debout la futaie. Le brûlage des broussailles doit
déjà détruire une partie des arbres, Il met aussi, avec la culture, le sol à
nu. L’érosion se produit, et il suffit qu’elle ait dénudé complètement une
Source : MNHN, Paris
— 37 —
parcelle du sol, pour qu’elle fasse ensuite, seule, son travail de proche en
proche, étendant la surface affectée. Sur le périmètre, l’attaque du sol se
fait entre les arbustes et les arbres, décapant la faible couche de terre,
déchaussant les racines, isolant et tuant successivement ces arbres et
arbustes.
Ailleurs j’ai vu des peuplements dépérissants sans que j’aie eu l’occa¬
sion d’en étudier la cause : des peuplements dégradés de Dicoma dans
l’Isalo voisin de bois de tapia; beaucoup de fûts étaient morts; cependant
le Dicoma est une des rares espèces qui s’adaptent à la vie de la savane
brûlée chaque année; si, ici, le feu fut l’agent de leur destruction, c’est que
le peuplement était physiologiquement déjà dépérissant; entre la Linta
et Betioky, dans un pays absolument plat garni de pauvres steppes her¬
beuses peuplées pratiquement du seul Sakoa (Pouparlia ca/fra). beaucoup
d’arbres de cette espèce qui résiste typiquement aux feux étaient morts
et termités. Les termites n’étaient pas responsables de cette destruction,
mais sans doute une modification du sol, peut être un colmatage super¬
ficiel? De larges plages de sol nu, sans aucune herbe, s’étalent fréquem¬
ment dans ces steppes (terre de vieilles termitières érodées).
Ainsi donc nous constatons, d’une façon générale, à Madagascar,
une faible vitalité de la flore forestière, se manifestant : par une reconsti¬
tution spontanée, après défrichements ou incendies, lente, difficile, parfois
impossible; par un pouvoir d'expansion médiocre; par une extrême
vulnérabilité aux feux; occasionnellement par une grande réceptivité à
des altérations passagères d’éléments climatiques ou à la dégradation des
sols par l’érosion. Elle aboutit à la destruction rapide, généralement
irréversible, de la végétation forestière, qui est réalisée aujourd’hui sur
plus de 90 % de la Grande Ile. Cette disparition d’une flore est un fait
qui n’est probablement pas unique dans les pays tropicaux. En particulier,
nous savons quelle est la gravité de la régression de la végétation forestière
du continent africain tout entier, entré depuis longtemps dans un cycle
de savanisation et de désertification. Néanmoins, en général, la défense
spontanée de la végétation y est beaucoup plus vive qu’à Madagascar.
Les forêts sèches attaquées par les feux et les défrichements se transfor¬
ment en forêt claire ou en savane boisée, qui conservent une grande
partie des constituants de la forêt primitive. Ces formations nouvelles,
quoique dégradées, s’adaptent aux nouvelles conditions d’existence, ce
qui leur permet de résister très longtemps à la disparition complète. Par
ailleurs leur puissance d’expansion et de reconstitution est très grande.
Les forêts humides africaines, elles, ont en général une vitalité puissante
et un pouvoir d’invasion certain au-delà de leurs lisières actuelles. Dans
quelques régions seulement nous pourrions constater un défaut de résis¬
tance qui a entraîné la destruction totale des forêts sur de grandes étendues,
ainsi qu’à Madagascar. Le phénomène d’absence de vitalité des formations
forestières malgaches, sous tous les climats de l’Ile, sans être donc excep¬
tionnel, est par son ampleur particulièrement étonnant. Quelles peuvent
être les causes profondes de cette carence physiologique? Si nous osons
nous aventurer dans l’espace des vastes constructions hypothétiques,
Source : MNHN, Paris
38 —
nous indiquerons la sénilité d’une flore insulaire archaïque, ou un défaut
d’équilibre de cette flore avec le climat actuel supposant des modifica¬
tions survenues dans le climat écologique ancien qui correspondait à son
optimum biologique, ou peut-être les deux causes ensemble. Sur les paléo¬
climats qui ont régné à Madagascar depuis l’époque tertiaire, nous ne
savons rien. Par contre, il est certain que le fond de la flore malgache est
excessivement ancien. Jusqu’à l’arrivée de l’homme, cette flore forestière,
mélange de reliques d’anciennes connexions avec l’Afrique, les Indes et
des continents disparus, Lémurie et continent austral, est demeurée en
place, se transformant très lentement et avec beaucoup de retard par
rapport à des modifications des climats. L’homme en défrichant et en
brûlant a déclenché la décadence, la rupture d’équilibre, et ce fut la dispa¬
rition brutale de la flore et de ses formations. Les sols demeurés longtemps
défendus de l’érosion par une couverture forestière intacte, ont été entraî¬
nés dans la dégradation générale. Madagascar d’abord écorchée par l’hom¬
me, fait désormais peau neuve.
Je n’ai aujourd’hui rien à retrancher des opinions émises dans ce
rapport. Les hypothèses d’ensemble que je proposais sont devenues aujour¬
d’hui convictions. Madagascar a connu avant l’arrivée de l’homme des
périodes climatiques plus humides que la période actuelle. La végétation
forestière couvrait entièrement la surface du pays, forêts du type humide
sempervirent à l’Est, forêts denses sèches semi-décidues à l’Ouest,
bois-fourrés denses au sud-est et au nord, semblables aux forêts actuelles,
mais continues. Puis une période climatique plus sèche est survenue,
rendant probablement les conditions biologiques moins favorables à la
vitalité des forêts à l’Ouest comme à l’Est. Au cours de cette période
l’homme venu d’ailleurs est entré en action. Pour se déplacer, pour ouvrir
des pâturages, pour cultiver, il a mis partout le feu où il passait. Le proces¬
sus de la régression des forêts était déclanché. Elle a progressé très vite
dans les régions de l’Ouest et du Centre où il existait un déséquilibre
accentué entre le milieu et les phytocénoses. La couverture forestière du
sol étant déchirée, une phase d’érosion très active a commencé. Elle se
poursuit de nos jours. Le renouvellement du modelé de l’île s’effectue sur
une vaste échelle, affectant presque tout le pays, par le processus généralisé
de la « lavakose », favorisé par la présence des couches épaisses d’argiles
latéritiques qui s’étaient formées autrefois sous la couverture forestière
et par un climat plus humide. Il est possible qu’un nouvel état d’équilibre
du modelé soit atteint dans un temps imprévisible, line végétation fores¬
tière secondaire en expansion suit en effet la progression de l’érosion sur
le vieux relief. Cela est perceptible sur les photographies aériennes des
plateaux qui donnent souvent de claires vues d’ensemble du présent et
où le développement futur du modelé et de la végétation forestière qui
s’y adapte, paraît presque évident.
Le « bad land » du haut Sambirano pose un problème spécial. Il est
Source : MNHN, Paris
— 39 —
certain que cette région montagneuse dominée par le massif du Tsara-
tanana, le plus élevé de Madagascar, fut intégralement boisée. Certaines
chaînes le sont toujours, y compris les plus élevées. Le climat y est partout
favorable à la forêt. Cela apparaît admirablement sur la photographie
aérienne n° 4. Comment expliquer que les reliefs de piedmont moins
élevés aient été totalement déforestés et qu’ils furent alors soumis à une
érosion intense, creusant et surcreusant, aboutissant au « bad land »?
L’homme ne peut être mis en cause, mais vraisemblablement un phéno¬
mène physique, un relèvement brusque du niveau de base du bassin, ame¬
nant rapidement la dénudation totale des sols et leur ravinement accéléré.
Aujourd’hui cependant il semble que l’on y soit entré dans un cycle
de stabilisation récent des terres et d’offensive d’une végétation ligneuse.
La photographie aérienne n° 5 montre clairement les filets de végétation
forestière remontant dans les ravins et ravineaux, parfois atteignant les
crêtes. Sur la photographie n° 4, le massif du premier plan est presque
entièrement boisé sauf les crêtes. Ne faut-il pas voir ici le résultat de la
reforestation à laquelle les parties hautes du relief se soustraient encore.
On peut le penser si on compare ce paysage à celui des vieux massifs où
au contraire les pentes inférieures sont dénudées tandis que les crêtes sont
intégralement boisées.
Devant ces phases d’érosion, l’homme contemporain est certainement
désarmé. La suppression radicale des feux de brousse dans les savanes et
les steppes herbeuses freinerait peut-être le processus d’érosion, mais je
doute qu’il puisse le gagner de vitesse et l’arrêter définitivement. Le
rajeunissement du relief est en cours, provoqué indirectement par l’hom¬
me, mais aujourd’hui celui-ci est impuissant devant un phénomène
géomorphologique d’une telle ampleur.
A mon avis il n’y a qu’une ligne de résistance possible, celle des lisières
des massifs forestiers encore intacts ou presque. Là où règne la vieille
forêt, la terre reste en place. Il se produit certes, dans les régions monta¬
gneuses, des crevasses d’érosion, même sous les forêts primitives. Quelque¬
fois des glissements de terres saturées d’eau dans les saisons des pluies
entraînent dans leur coulée leur couvert forestier, mais ces faits sont très
localisés. La végétation forestière reprend rapidement possession d’un sol
temporairement dénudé. Une action probablement efficace consisterait
donc à limiter le champ total d’activité de l’érosion par la défense absolue
d’une bande périphérique des forêts, consistant en des interdictions
absolues de défrichements, et par la protection contre les feux de brousse
des savanes sur les lisières. Ce sont des mesures limitées de protection,
mais déjà difficiles à faire appliquer. Sinon il faudra se résigner à déplorer
passivement cette phase de décapage de toutes les terres malgaches. On ne
peut sauver les secteurs trop gangrenés de l’île mais on doit pouvoir sauver
ceux qui sont encore — et pour combien de temps — forestiers. Reste
encore le contrôle des tavy à l’intérieur des massifs forestiers. C’est un
problème grave que nous ne pouvons traiter ici.
Laboratoire de Phanérogamic
Muséum - Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 11 (1) 1971.
ÉVOLUTION MORPHOLOGIQUE RÉCENTE
DES CROTON MALGACHES
par J. Léandri
Résumé : La distribution actuelle des (leurs 2 pétalées. des différents types de
nervation et d’insertion foliaire et de la ramification dans le genre (1 364 espèces 1 ;
probablement plus de 120 à Madagascar) semble indiquer une origine monophylé-
tique des groupes représentés dans la grande lie, avec des ancêtres pourvus de pétales
dans les deux sexes, des grappes terminales longues, des feuilles alternes tripli-quintu-
plincrves; l’origine des espèces actuelles pourrait résulter de l’évolution, tantôt simul¬
tanée, tantôt séparée de ces caractères.
Summary : The présent day distribution of 2 flowers with petals, of different
patterns of venation and arrangement of lcaves and of branching among that large
genus of Euphorbiaceae (1 364 species in the world 1 ; probably more lhan 120 in Mada¬
gascar) seems to show a monophyletic origin for the genus divisions represented in thaï
large island; the ancestors having probably been provided with 2 petals, long terminal
racemes, and alternate tripli-quintuple nerved leaves; the origin of présent day spccies
being the resuit of, herc disunited, there linked évolution of these.
On sait que la plupart des Crolon n’ont pas de pétales à la fleur
femelle. Certaines espèces toutefois présentent des pétales $, bien dé¬
veloppés ou rudimentaires.
Dans les familles parentes (Malvales, Célastrales, Rutales...), les
fleurs sont hermaphrodites et pétalées. L’idée se présente naturellement
à l’esprit que les Croton à pétales Ç développés sont des espèces qui ont
conservé des caractères primitifs.
En effet, de telles espèces existent sur une aire très vaste : non seu¬
lement à Madagascar et aux Mascareignes, mais en Afrique continentale
et à Socotora, en Amérique méridionale, et jusqu’aux îles Bahamas,
au large de la Floride; par contre, elles paraissent peu nombreuses en Asie
( C. Joufra...) et absentes en Australasie.
En Afrique continentale, région assez proche de Madagascar, il
existe plusieurs Crolon à fleurs? pétalées : C. Mubango, C. Welivitschiana,
C. zambesica, C. amabilis, C. draconopsis... sans parler de celles signalées
plus récemment.
L’Amérique méridionale, pour sa part, est la région la plus riche
en espèces, sinon forcément en groupes très distincts. Au Brésil, il n’v
1. D’après l’Index de Kew (1970, relevé arrêté à 1965). On peut penser que les
espèces non encore publiées sont à peu près en même nombre que celles qui doivent
tomber en synonymie.
Source : MNHN, Paris
— 42 —
a que peu de Croion pourvus de pétales à la fleur $ (C. myrsinites, C.
sincorensis, C. Clausseniana...), sauf à l’état d’ébauches réduites (C.
urucurana...) mais il en existe d’autres au Venezuela et en Colombie,
sans parler du Mexique, de Costa Rica, des Bahamas et des Antilles
(Cuba, Haïti...).
La distribution générale du genre Croton est donc celle d’un groupe
de plantes tropicales ayant essaimé vers le Nord et vers le Sud à la faveur
des déplacements des climats chauds et humides, sans doute depuis la
fin du Secondaire.
Il est donc vraisemblable que les ancêtres des Croion actuels étaient
des arbres de la forêt tropicale humide, et que les espèces qui habitent
aujourd’hui des régions sèches ou subtempérées ont évolué à partir des
avant-gardes en flèche abandonnées par le recul des climats chauds et
humides.
A Madagascar, le groupe à fleurs $ pétalées comprend essentielle¬
ment des arbres de la partie orientale chaude et humide jusque vers
2000 m d’altitude, à feuilles larges triplinerves et sans vestiture de
poils écailleux très différenciés 1 . Ailleurs dans le monde, ce sont des plan¬
tes de taille ordinairement plus modeste, à feuilles penninerves, en géné¬
ral plus petites, et couvertes d’un revêtement écailleux-métallique. Si
ces plantes ont conservé le caractère primitif de la présence de pétales $,
elles ont donc évolué par d’autres caractères. C’est ainsi qu’une espèce
à fleurs $ présentant non seulement des pétales, mais aussi des étamines
plus ou moins développées, le C. nudaius de la baie de Diego Suarez,
montre des feuilles opposées, des styles plusieurs fois divisés, des ramilles
pseudo-dichotomes. tous caractères qui semblent bien indiquer un état
d’évolution très marquée. Rien pour le moment ne permet de penser à
une réapparition de caractères disparus depuis longtemps amorçant
un nouveau cycle surévolué, ces pétales sont bien pareils à ceux des es¬
pèces triplinerves.
NERVATION DE LA FEUILLE.
Nous venons d’exposer quelques présomptions en faveur du carac¬
tère archaïque des pétales $ des Croion. Nous avons vu qu’à Madagascar,
à l’exception d’une plante peut-être venue d’Afrique, les espèces qui
présentent ce caractère sont des arbres à feuilles tripli-quintuplinerves
glanduleuses 2 . Cette nervation existe aussi, en Amérique et ailleurs,
chez des espèces à fleurs Ç pétalées ou apétales mais souvent sans les
glandes foliaires-pétiolaires. Il s’agit donc vraisemblablement là aussi
1. Le C. chrysodaphne Baill. fait exception : il se rencontre dans l’Ouest, ses feuil¬
les sont oblongues et penninerves; c'est un arbuste ou un petit arbre.
2. A Madagascar, les feuilles des Croion présentent toujours des glandes, au
moins une interne unique à la partie supérieure du pétiole. En Amérique, beaucoup
de Croion ont des feuilles dépourvues de glandes, surtout parmi celles à nervures penni¬
nerves ou même simplement dont les nervures basilaires sont peu différentes des autres.
Source : MNHN, Paris
— 43 —
Source : MNHN, Paris
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d’un caractère archaïque conservé chez des plantes qui ont pu évoluer
par d’autres caractères. On pourrait rappeler à l'appui de cette vue que
certaines espèces ( C. Lundiana, C. sincorensis) (Brésil) ont des coty¬
lédons de forme très large et échancrée à la base, largement arrondie au
sommet, ce qui semble indiquer la promesse d’une nervation palmée.
Toutefois, les deux espèces citées ont la paire inférieure des nervures des
feuilles adultes différente des autres, tandis que les cotylédons d’autres
espèces à feuilles plus oblongues sont ovales ou même étroits.
On sait que des feuilles triplinerves profondément lobées se ren¬
contrent aussi bien dans la région africano-malgache (C. Goudolii...)
qu’en Amérique du Sud (C. comosa...).
Dans les séries américaines comme dans les séries africaines et
malgaches, il existe des espèces dont les feuilles forment des passages
entre les feuilles triplinerves et les feuilles penninerves. Il semble que la
différenciation des poils étoilés — formés eux-mêmes par l’association
de poils simples rapprochés —• en poils écailleux accompagne souvent le
passage des feuilles triplinerves aux feuilles penninerves. Il semble aussi
que l’évolution de la ramification vers la pseudo-dichotomie suive celle
de la nervation triplinerve vers la nervation penninerve. Toutefois,
fausse dichotomie et feuilles triplinerves se rencontrent ensemble chez
un certain nombre d’espèces, aussi bien américaines qu’africano-malga-
ches, ce qui montre que ces deux tendances l’une évolutive l’autre conser¬
vatrice ne s’excluent pas formellement et peuvent coexister. Une grande
taille des feuilles est souvent aussi un caractère qui accompagne la tri-
plinervation.
EVOLUTION DE LA RAMIFICATION.
Il paraît raisonnable d’admettre que l’inflorescence terminale et la
phyllotaxie alterne existaient déjà chez les ancêtres des Crolon lorsque
est apparue la disposition renversée des anthères dans le bouton <?• En
effet, des espèces présentant ces caractères se rencontrent encore sur la
presque totalité de l’aire du genre et y sont nombreuses, tandis que par
exemple la tendance à présenter des feuilles subopposées et des ramifi¬
cations en pseudo-dichotomie ne se trouve manifestement à son apogée
qu’à Madagascar.
Donc, l’inflorescence des Crolon est primitivement terminale sur
le rameau principal et sur les rameaux latéraux plus petits — certains
de ces derniers pouvant ne pas se développer ou ne pas former de fleurs.
Chez les espèces à feuilles alternes et triplinerves, (PI. 1, fig. 1, 7), on
voit la transformation progressive des feuilles à la base de l’inflorescence;
et, chez les unes, (fig. 1, 7), le développement du rameau axillaire d’une
feuille supérieure pour donner un rameau ordinaire se réaliser à côté de la
grappe jeune; chez d’autres, ce rameau secondaire ne se développe que plus
tard ou, plus souvent, plus bas surle rameau. Nousaboutissonsdanscesder-
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 46 —
niers cas à une ramification sympodiale, ce rameau né sous l’inflores¬
cence continuant l’allongement de la branche.
Chez les Croton, l’insertion des feuilles est difficile à préciser, car
deux feuilles insérées à peu près sur la même génératrice du cylindre
semblent, dans la théorie de l’hélice unique, tantôt être séparées par trois
autres feuilles, tantôt par quatre; et, dans le langage de la théorie des
hélices multiples, parce que ces hélices font penser à des droites dont l’une
pourrait se bifurquer, tandis que deux autres, voisines, pourraient, grâce
à un allongement inégal de leurs segments, rapprocher l’une de l’autre
leurs insertions foliaires respectives, dans le sens de la hauteur.
Chez les espèces malgaches du groupe du C. Jennyana 1 , on observe
les stades progressifs du raccourcissement à la fois de l’inflorescence et
des entre-nœuds supérieurs des ramilles, aboutissant à des fleurs en glo-
mérules et à des feuilles subopposées ou opposées. Il se présente sur le
cylindre du rameau un écartement transversal légèrement augmenté des
insertions des deux feuilles d’une paire, tandis qu’au contraire leur dis¬
tance en hauteur diminue. Peut-être cette tendance au groupement de
certains organes a-t-elle la même cause profonde que celle qui produit
d’autre part et sans lien apparent avec elle l’agrégation d’éléments cellu¬
laires du trichome en poils « étoilés » et « écailleux », chez les espèces du
genre.
Les rameaux axillaires de ces feuilles, eux, ne restent pas forcé¬
ment courts, et la croissance générale de la plante se fait alors par bi¬
furcations (dichasies) ou par verticilles, successifs. C.hez certaines espèces,
l’inflorescence terminale tombe très tôt, et les fourches simulent, à un
regard superficiel, une vraie dichotomie.
Ces termes de la transformation des caractères ne sont pas liés au
climat, car on les rencontre aussi bien chez des espèces de l’Est de Mada¬
gascar que chez des espèces de l’Ouest. Il s’agit donc très vraisemblable¬
ment d’une tendance évolutive, mais qui n’a eu son plein épanouissement
qu’à Madagascar. Bien entendu, cette forme de ramification, qui aboutit
facilement au développement de plantes en toulïes ou en coussins, est
appelée à réussir particulièrement sous les climats secs ou arides, et c’est
en effet dans les parties de la Grande Ile soumises à de tels climats qu’on
trouve le plus d’espèces présentant ce caractère.
Bibliographie
Voir cette Revue, 9 (4) : 497 (1969).
1. C. Jennyana, nilidula, Louveli, bifurcala, sambiranensis, glomerala, Emeliae,
ivohibeensis, ambanivoulensis, hovarum, Humblolii, Belinlae, vernicosa, tanalorum,
Thouarsiana, Macrobuxus, Humbertii, cassinoides, lapiazicola, incisa, Boioiniana,
Noronhae, anisala.
Source : MNHN, Paris
Adansoni
r. 2, 11 (1) 1970.
GIGANTOMACHIE BOTANIQUE :
LA « THÉORIE DU DURIAN »
CONTRE LA « THÉORIE DE LA LENTILLE D'EAU »
par Léon Croizat
Je vais me faire croquer tout vivant par notre éminent collègue,
redoutable pamphlétaire, le D r . Croizat, dont j’admire le courage, estime
la personnalité et respecte l’œuvre. S’il ne me croque pas, je m’expose
à tout le moins à me voir malmené publiquement, et de quelle façon !
J’aurai l’audace, en effet, de ne pas le suivre; d’être un peu quant à lui
ce qu’il est quant à Corner, tout en me félicitant que notre siècle les
ait produits l’un et l’autre si différents soient-ils et si contradictoires.
L’imagination scientifique de Corner nous a tiré d’un bien mauvais pas
alors que l’accumulation des faits bruts et des théories de laboratoire
commençait à lasser. Nous avons besoin d’idées dans un laboratoire
et d’un au-delà positif. Son esquisse théorique, la « théorie du durian »
appuyée sur une immense expérience tropicale et des intuitions contrô¬
lées ouvrait un champ nouveau de recherches, elle n’avait pas d’autre
prétention que de montrer un angle de visée presque inconnu d’où se
découvraient aussitôt des voies négligées, et semblant fécondes. Aujour¬
d’hui même paraît en librairie, à Paris, un petit ouvrage de Francis Hallé
et Oldeman, disciples de Corner, sur l’« Architecture des arbres tropi-.
eaux ». C’est un petit chef-d’œuvre d’originalité et de clarté, dans la forme
comme dans le fond. La brillante esquisse de Corner trouve ici l'un de
ses premiers prolongements sur le plan de la recherche approfondie et
même partiellement expérimentale.
J’ai récemment montré sur un cas précis (Ac. des Sc. 1969) que l’hy¬
pothèse selon laquelle on passait de la capsule à graine arillée à la baie
à graine exarillée semblait très vraisemblable. Je pense d’ailleurs que le
cas des Musa est à lui seul extrêmement probant. La baie dans ce genre
a été précédée par la capsule, ce dont témoigne l’existence du Musa
schizocarpa (Nouvelle-Guinée).
Dans ces deux cas le sens de l’évolution semble bien marqué. Je ne
dis pas pour autant que tout cela soit général, et me garde bien d’anti¬
ciper sur les travaux à venir. L’hypothèse de Corner me parait extrê¬
mement féconde. Elle tient de la flambée, et cela est irradiant.
Source : MNHN, Paris
— 48 —
F. Halle et Oldeman proposent une hypothèse sur la phylogénie
des types de croissance et donc des types d’architecture chez les arbres.
J’ai moi-même (1967) proposé une hypothèse qui coïncide avec la leur
pour interpréter le cas des Coffea. Cette convergence sans être suffisam¬
ment probante, peut avoir quelque signification.
Cela étant dit —• en mon seul nom — les directeurs de cette Revue
croient devoir publier un exposé que le D r L. Croizat, de Caracas, a consa¬
cré à la « théorie du Durian ». Ils rappellent qu’Adansonia a publié en
1963 une adaptation française de la « théorie du Durian » du Professeur
E.J.H. Corner de Cambridge.
J.-F. Leroy.
Summary : The • Durian Theory » of E.J.H. Corner, translatée) into trench (5)
a few years ago, is subjccted to a searching criticism, and it is being shown that it is
indeed'a theory in what seems to be the less désirable mraning ot the terni. It essen-
tially consists in a sériés of guesses originating in a number of observations perhaps
lier se interesting but shorn of a trenchant edge, leading eventually to « visualisations .
which, in our opinion, hinder rather than advance the progress of constructive effort.
To this theory this article opposes a * Theory of lhe Duckweed ». Its main con¬
tention - mucli less theoretical in fact than a matter of simple observation - is that
the pre-angiospermous strobile lias been « reduced » — in the State of angiospermy —
lo embryonic condition insofar as those of its cléments thaï could be said to be végé¬
tative, and made tlius rcady as a flower for early sexual fonctions. The resuit of
this réduction is seen, for instance, in the functional survival as a funicle (witli conncc-
ted appurtenances such as arits, arillodes, etc.) of formerly well developed, pre-angios¬
permous ovuligerous axes. The original structure and symmetry of thèse axes is
still revealed by the curving, zigzagging etc. behaviour of the « modem » funicle. 11
is herc pointed oui, as in other of our works (15 : 421), that the passage from « pre-
angiospermy » to » angiospermy » lias been concomitant, in the eras between the end of
the Permian and the Jurassic, with the • modernisation » of animal life in general. A
single, very general cause lias accordingly been active to foster homologous elïects
throughout life, which cause is consistently to be sought in the long epochs of stress
of t lie Pcrmo-Carboniferous glacial âges.
The » Theory of the Duckweed » furtlicr stresses the fact that the living world
of végétation contains plants, pcrfectly » successful » in their own right as are the
l.emnaceae, which do not evolvc — al least as to the genus Wolffia — beyond the
meresl embryological stage of growth and being. In forms of the kind, the végétative
soma is accordingly quite as . reduced » as is the flower and it is to forms of the kind
which it proves necessary to go in order to And the starting point of angiospermous
«scent, when not in the phylogenctic surely in the morphogenetic sensé. From
Wolffia — » the most reduced of ail the Angiosperms, which consists of no more than
a nodule of green cells * (24, 1 : 787) — the way is free along a consistent Chain of
intermediates to Durio etc. A vital crossroad of this accent is represented by the
passage from e.g., Alnus — the strobile of which is, morphogenctically speaking,
still at lhe pre-angiospermous level — to Corylus, the Ilamamelidaceae, Cunoniaceae
and Cornaceae, thus Anally, to the convcntional flower. It would then seem that if
a « theory » is at ail needed in the promises, this « theory » cannot be the « Durian
Theory », but the « Theory of the Duckweed ».
A. DES THÉORIES EN GÉNÉRAL
C’est en gagnant des batailles que, dans les pages de l’histoire, on
se rend immortel. C’est — croit-on — en faisant des théories que dans
le monde des sciences on assure sa réputation. En effet, combien de jeunes
naturalistes, ignorant tout de la pensée de Charles Darwin, savent
Source : MNHN, Paris
— 49 —
cependant qu’existe une inébranlable Théorie de Darwin. N’est-ce pas
ce Très-grand anglais qui a « inventé » l’évolution ?
Ce que nous mêmes pensons des théories en général n’est pas enthou¬
siaste au même degré. Nous en avons vu beaucoup : il y en a de bonnes,
de moins bonnes, de franchement mauvaises, mais ce que nous leur re¬
prochons — en général — est ce que voici : 1) Une fois dans l’usage, une
théorie établit des précédents et des attitudes, lesquelles entravent trop
souvent l’essor de la libre recherche. Par exemple, la « Géographie Distri¬
bution » de Darwin et de Wallace sert aujourd’hui encore de prétexte
(30 : 182, fig. 4-28) à lancer des notions de « Fallacious Discontinuity » et
« Pseudooicariism » d’une fausseté manifeste pour tout naturaliste qui ne
croirait pas a priori aux énoncés — tout à fait théoriques au sens le pire
du terme — de la « Géographie Distribution » en question. 2) A bien re¬
garder, nul besoin n’est de « faire des théories ». Si les faits acquis sont
toujours insuffisants, il est loisible de risquer une opinion, de suggérer
un point de vue sans pour cela en faire une théorie. Si, au contraire, les
faits déjà connus sont abondants, aucun besoin n’est de théoriser à leur
égard : il suffît de mettre au point une méthode d’analyse capable d’en tirer
au clair les raisons d’être. C’est ce que nous avons fait dans notre « pan-
biogéographie », et Newton soulignait en affirmant : Hypothèses non
fingo (je ne fais pas d’hypothèses). Reprocher à Newton d’avoir assis
ses conceptions sur des axiomes d’inertie, gravité etc. qu’il ne peut dé¬
montrer, et qui, comme tels, sont aujourd’hui encore « théoriques »,
n’est aucunement faire justice à son œuvre en lui opposant des arguties.
Le bon sens met toujours des limites à la raison.
Nos lecteurs seront très étonnés par ce qu’ils viennent de lire. Com¬
ment donc ? Nous nous prononçons contre les théories en général, en
raison autant de leur inutilité que des dangers qu’elles présentent pour
quiconque en devient l’esclave 1 au moment même de présenter une Théo¬
rie de la Lentille d'Eau ! Mais c’est le comble de l’inconséquence ! Aucu¬
nement, chers collègues ! N’avons-nous pas dit que ce ne sont que les
théories qui rendent un savant célèbre ? Quoiqu’on en assure, nous
nous sommes abstenu d’en proposer dans tous nos travaux, puisque
toujours nous avions simplement soumis les faits à l’analyse avant de
les mettre en synthèse, et c’est pourquoi on nous a souvent demandé
sur un ton de reproche : Quelle est donc votre théorie ? Une telle question
ne nous a jamais troublé jusqu’au jour où nous avons vu imprimée dans
la langue du Pays de nos Pères, la France, « The Durian Theory » (15)
de notre savant et sagace collègue d’Outre-Manche Edwin J.H. Corner,
adaptée par nos jeunes et brillants amis, N et F. Halle, et préfacée
1. Rien en effet de plus aisé. L’histoire de la phytopathologie en contient de
nombreux exemples. Dans un manuel très connu (31 : 22 ),\Vai,keb constate que Me yen
F.J.K., auteur en 1841 d’un texte de Pflanzen-Pathologie à succès, donna une descrip¬
tion fantaisiste du développement des conidies dans le but de prouver qu’il se faisait
selon la « Théorie autogénétique » des infections cryptogamiques. L'œil voit toujours
mal ce que le cerveau n’est pas disposé à saisir : théorisant à faux, Meyen — lequel
n’était pas pourtant le premier venu — observa de travers ce qu’il voyait au sens
propre exactement. Rien qui n’arrive plus souvent n’importe où dans la vie.
Source : MNHN, Paris
— 50 —
par le professeur Mangenot. The Durian Theory or the Origin of lhe
Modem Tree nous a été connue le mois même de sa publication (octobre
de 1949), car Corner nous fit l’hommage d’un extrait frais moulu. Nous
n’en avons jamais fait grand cas, nous bornant à en faire le rappel en
1968 (14 : 14 s.) lorsque les circonstances nous en firent une nécessité 2 .
Mais voir la Théorie du Durian traduite en français ! ah ! mes amis !...
Si Corner est destiné à être immortalisé en vertu de sa « The Du¬
rian Theory /La théorie du Durian », pourrions-nous renoncer à jouir au
moins de la moitié de sa gloire en donnant le jour à une «Théorie de la
Lentille d’Eau », que jamais nous ne nous sommes embarrassé jusqu’ici
de rédiger en anglais ? C’est dans un esprit de profonde humilité que nous
faisons appel à Lemna, Wolf fia etc. au lieu de nous en tenir nous aussi
à un fruit énorme ainsi que celui de Cucurbila par exemple.
Voici donc ce que nous allons faire : 1) Nous examinerons la théorie
de Corner et des Halle (par contre-coup) en la faisant l’objet de quelques
remarques; 2) Le moment venu, nous substituerons à cette théorie notre
« Théorie de la Lentille d’Eau » ; 3) Nous ferons de notre mieux afin que
la pensée de Corner et notre pensée reçoivent le relief destiné à permettre
au lecteur d’en juger en bonne conscience : on sait en effet que la valeur
de toute œuvre réside dans les faits qu’elle divulgue autant, si ce n’est
beaucoup plus, que dans la qualité intrinsèque de la pensée qui les explique.
Nous prévenons le lecteur que, dans notre « théorie », l’analyse raisonnée
l’emportera en tout cas sur les envolées de l’imagination. Notre « théorie »
se rangera donc dans l’orbite de la pensée qui anime, à tort ou à raison,
tout ce que nous avons écrit en biogéographie, etc. Si c’est une théorie,
hypolheses non fingo.
B. EXPOSÉ DE LA « THÉORIE DU DURIAN »
ET RÉFLEXIONS A SON SUJET
L’avant-propos de la « Théorie du Durian » (2 : 425) s'ouvre sur les
déclarations que voici : « Une théorie est valable, lorsqu’il est démontré
qu’elle est utile. Or, la théorie que je (E.J.H. Corner) propose ici me
semble utile, parce qu’elle permet de mieux saisir la vraie nature des
plantes à fleurs, des oiseaux, des mammifères —- la véritable vie de la
forêt tropicale. Elle m’a conduit à comparer les formes des fruits, comme
celles des arbres, mais en même temps, à considérer les tapirs, les cycas
et les choux de Bruxelles, les couleurs, les singes, et les yeux des poissons.
Elle m’a conduit à étudier la chalaze de l’ovule comme la neuropore
de la gastrula, l’embryologie des écailles peltées, la longueur des funi-
cules et le poids des graines; et aussi à considérer, en plus des notions
botaniques fondamentales la signification biologique du balancement
(« dangling »), l’origine des coquelicots, la fuite des singes et des éléphants,
le cri des perroquets, et cette lacune de la paléobotanique — l’apparition
des plantes à fleur ».
2. Corner a riposté d’une manière qui nous a beaucoup étonné (7 :) en effet,
dans ses rappels il nous fait dire ce que jamais nous n’avons dit. Voir notre réponse (16).
Source : MNHN, Paris
— 51
Nous ferons tout d’abord la remarque qu’une théorie peut être
utile tout en n’étant aucunement valable, ce qui a été démontré pendant
au moins quatorze siècles par la théorie de Ptolémée. Quand on n’a pas
de grives on mange des merles, et faute de mieux, cette théorie fut très
utile : aucunement valable comme telle, elle permit toutefois de prévoir
des éclipses, le retour des saisons etc.
L’avant-propos que nous venons de transcrire, nous surprit dès
1949 quant à la pensée de notre collègue d’Outre-Manche. Un pareil
texte ne serait compréhensible qu’à la condition que son auteur soit à
même de prouver qu’il est possible d’englober dans une suite de pensée
logiquement ordonnée les yeux des poissons, la fuite des éléphants et
l’apparition des plantes à fleur. Or, en supposant que telle entreprise
fût possible ■—■ donc, à essayer —- il est inconcevable qu’elle pût être menée
à bonne fin dans une quarantaine de pages sur « Durian Theory ». En
nous élevant contre un tel avant-propos, nous n’ignorons point qu’une
telle prose est susceptible d’impressionner certains esprits sensibles à de
grandioses « Tableaux de la Nature », qui ne sont au fond que des images
d’Epinal, agréablement naïves et très hautes en couleur.
Il sied toutefois de ne pas anticiper, etc. Nous devons d’abord laisser
parler Corner en exposant sa théorie d’un bout à l’autre ainsi que voici :
1. — (5 : 429-430) « Quelle est l’origine de cette énorme capsule
armée (du Durian, Durio zibelhinus (Bombacacées)), si avidemment
recherchée par les animaux sauvages, et cependant tellement rare qu’elle
n’est connue, dans ce puissant ordre des Malvales, que chez une infime
minorité d’arbres tropicaux ? C’est à la fois un succès biologique et une
fantaisie de la nature. Pourquoi les Durians existent-ils ? ».
A cette question il est tout aussi facile de répondre qu’à celle de
savoir pourquoi existent les cafards, par exemple ? Les fantaisies de la
nature qui sont tout de même des succès biologiques sont innombrables
ainsi que le Pingouin, la Baleine, le Ver luisant, le Ver solitaire, l’Oiseau-
mouche, l’Étoile de mer, le Poisson Volant, le Porc-Épic, la Chauve-souris,
l’Ouistiti, le Pygmée de l’Ituri, le Français du Quartier Latin etc. etc.
Notre savant collègue d’Outre-Manche a un bel appétit pour les questions
les plus insolubles de la physique et de la métaphysique. Saurait-il y
répondre ?
2. — (op. cil. : 430-433) Ce prélude est suivi par une liste « aussi
complète que possible » des familles angiospermes arillées. Corner en
connaît environ 45 qui le sont plus ou moins, et il constate que les cap¬
sules à graines arillées sont très souvent épineuses. Il énonce alors 4 «pro¬
blèmes » : a) « Pourquoi ces fruits que les oiseaux, les chauve-souris et les
mammifères arboricoles recherchent avec tant d’avidité sont-ils si rares,
même dans la brousse secondaire où les plantes disséminées par les
animaux sont si communes ?» ; b) « Pourquoi y-a-t-il chez Durio
comme dans de très nombreux autres genres, des espèces qui présentent
tous les degrés entre l’absence totale d’arille et l’arille largement déve¬
loppé ( Sloanea, Xylopia, Acacia, Disoxylon) ? »; c) « Pourquoi y-a-t-il.
Source : MNHN, Paris
— 52 —
dans les genres ci-dessus, un si grand nombre de transitions entre cette
capsule arillée et les capsules sèches à graines sèches souvent ailées...,
les drupes.... les baies..., et les akènes ? » ; d) « Ces fruits à graines arillées
sont-ils des « inventions » parallèles de ces différentes familles ou genres ?
Ou bien sont-ils des reliques montrant des états ancestraux à partir
desquels ont évolué les fruits modernes ? L’un ou l’autre de ces deux points
de vue doit être le bon ».
Nous ne connaissons pas le Durian chez lui, mais il nous semble que
le premier de ces « problèmes » approche de sa solution si l’on se rend comp¬
te, ainsi que Corner le signale (op. cit. : 429), que le fruit de Durian
régale à la fois l’éléphant, le tigre, le sanglier, le daim, le tapir, le rhi¬
nocéros, les singes, les écureuils, jusqu’aux fourmis et aux scarabées
«quinettoientlesderniers restes.» La plupart des graines doivent être donc
consommées, et si en plus la graine elle-même n’a qu’une viabilité réduite,
ou si la plantule est exigeante, sujette à l’attaque de parasites etc. la rare¬
té du Durian dans la nature se comprend. Les trois autres problèmes sont
tout à fait pareils à ceux que pose la stipule, très évoluée, réduite, absente
chez les plantes du même genre et / amille, voire groupe d’espèces (Euphorbia).
Il en va de même de « l’épine » de la « vrille » etc. Toutes ces reliques — elles
le sont évidemment —■ attestent la survie d’organes révolus dans la plante
d’aujourd’hui. L’arille n’est donc qu’une mince partie d’un problème d’évo¬
lution très général, et les conclusions que l’on peut en tirer ne peuvent contre¬
dire ce que montrent les stipules, les épines, les vrilles etc., partout dans le
monde des plantes. Remarquons que la symétrie et la structure au sens pur
du terme sont des éléments essentiels de cet immense problème.
3. —■ (op. cit. : 433-435) Des faits et considérations que nous venons
d’exposer. Corner tire la conclusion que voici : « La capsule ou follicule,
rouge, molle et souvent épineuse, avec de grosses graines noires, couvertes
d’un arille rouge ou jaune, restant suspendues au bord des valves, est le
fruit primitif des plantes à fleur ». Il ajoute : « Dans beaucoup de familles,
il est facile de comprendre, grâce à la survivance de nombreux intermé¬
diaires, comment ce fruit s’est changé en un follicule ou capsule sèche
avec de petites graines dépourvues d’arille ».
Aux termes de cet énoncé et de la conclusion qu’il comporte, le « syl¬
logisme » de notre collègue anglais peut être retourné sans le moindre
accroc. On dira tout court que : Dans beaucoup de familles, il est facile
de comprendre, grâce à la survivance de nombreux intermédiaires, com¬
ment le follicule de la capsule sèche à graines dépourvues d’arille ou à
peine arillées originelles se sont changées en un gros fruit du type Durian ?
Si l’on nous opposait que l’arille est une relique, nous dirions que c’est
possible, mais puisqu’il va et vient dans la même famille, le même genre
etc. on ne peut rien en déduire de probant. Les graines, lesquelles sont
d peine arillées dans une petite capsule sèche sont, par fait secondaire
de développement, devenues bien arillées dans une grande capsule, ou
fruit juteux etc. etc.
Il va de soi que, partant de cette base prise de ce pied, la discussion
Source : MNHN, Paris
— 53 —
n’aboutit forcément à rien puisque à la Théorie du Durian de Corner
on peut opposer d’office une foule d’autres Théorie du Haricot, Théorie
de la Citrouille, Théorie du Salsifis etc. etc. La formidable dispersion
dans le monde du genre Carex, par exemple, dont les formes très voisines,
si ce n’est la même espèce, sont indigènes à la fois à la Nouvelle-Zélande
et aux Pyrénées autoriserait assez logiquement la théorie que le fruit,
la graine etc. d’un groupe aussi « primitif » doit être le prototype carpique
des Angiospermes. Tirer d’une Laîche, un Lis, un Palmier et l’ensemble
des Monocotylédones est infiniment plus facile que sortir Laîche d’un
Durian. Nous dirons donc en toute logique, que, le Bon Dieu a mis sur
terre, arille à part, au moins deux fruits « primitifs » : celui de Durio et
celui de Carex.
D’ailleurs : qu'esl-ce que Tarille dont Corner fait si grand cas ?
Quelle idée pouvons-nous en concevoir au delà des définitions plus ou
moins boiteuses de la botanique descriptive ? La botanique est une science
de définitions et de descriptions telle qu’on la conçoit et la pratique aujour¬
d’hui, mais tout esprit bien doué qui s’en occupe sait qu’aucune définition
ne tient toujours, et rien de la plante n’est passible d’une définition absolue.
Il est indéniable que ce qui fait aujourd’hui le plus cruellement défaut
à la botanique est une pensée assez élevée pour être capable de saisir
le sens d’organes tels que la feuille, la stipule, l’arille en renonçant aux
arguties de définitions qui trahissent par un langage de convention
l’idée de ces organes pris au sens morphologique, morphogénétique,
anatomique, phylogénétique, descriptif, à la fois. Corner se rend-il
compte de la véritable nature du problème qu’il pose ? Nous avouons en
douter. Le procès des découvertes et des techniques dans les sciences a
marché, depuis au moins un siècle, d’un pas tellement rapide que la botani¬
que d’une façon générale n’a pas su, ou voulu mettre au point ses idées et
ses méthodes en effectuant les synthèses et les corrections exigées par les
nouvelles acquisitions. Nous travaillons aujourd’hui plus ou moins bien
avec l’outillage de 1970 mais nous pensons d’après des clichés mis en vogue
par Goethe en 1790, Darwin en 1859, Van Tieghem en 1868 etc. Cette
formidable lacune entre les techniques et — qu’on nous passe le mot —
la philosophie de notre science ne peut être comblée par des théories,
des définitions, des raccourcis etc. Ce qui s’impose désormais est une
reprise d fond de notre manière de concevoir les rapports entre l’Homme
et le Règne Végétal, ce qui, avouons-le, n’est guère facile. Il ne suffit plus
d’ajouter aux connaissances à un rythme de plus en plus accéléré : il faut
les reprendre, les épurer, les adapter à de nouvelles nécessités, en un mot,
les soumettre à une impitoyable analyse afin de mettre en synthèse de
nouveaux points de départs. Nous ne voyons pas comment pareille tâche
pourrait être le fait de théories : c’est bien au contraire de l’ordre dans
nos méthodes de recherche, de la précision dans nos pensées qu’elle exige
surtout et avant tout.
4. — (op. cit. : 435-445) Corner s’occupe de l’arille des Légumineuses
qui est très variable ainsi que nous le verrons. Il en donne un schéma
Source : MNHN, Paris
— 54 —
chez l’ovule anatrope (op. cit. : 442, fig. Il /B) lequel (fig. 1) nous semble
être d’une simplicité par trop poussée. On saura bientôt pourquoi.
5. — (op. cit. : 156-184) Notre savant collègue d’Outre-Manche ex¬
pose enfin, en général, ce qu’il croit être : les caractères des Angiospermes
primitives. Nous relevons dans cette partie de son œuvre des propositions
troublantes à titre général, telle que celle-ci (op. cit. : 174) : « On ne peut
imaginer de contraste plus violent que celui d’un fruit rouge montrant
ses graines pendantes noires et ses arilles écarlates sur un fond de feuil¬
lage vert... Par expérience personnelle j’ai constaté que le rouge est tel¬
lement attrayant pour le singe-du-cocotier ( Macaca nemestrina) que,
même s’il est trop malade pour se lever, pour manger, ou pour avaler,
il sursaute de joie à la vue d’un fruit rouge. Je considère que ce n’est pas
une coïncidence si les colibris sont rouges, si les perroquets sont rouges,
si les noix de muscade ont un macis ou une pulpe rouge, si le fruit des
Angiospermes primitives paraît avoir été rouge, si les sauvages peignent
leur figure, les singes leur postérieur et les femmes leurs ongles en rouge,
si les arbres de Noël sont décorés avec des baies de houx et des pétards
rouges, si les drapeaux sont rouges, et si les signaux lumineux (d’alarme)
sont rouges... Qu’est donc le rouge pour attirer et réjouir ainsi l’être
vivant ? ».
Devrions-nous sourire devant des déclarations de ce genre? En dis¬
cuter sérieusement afin de prouver que les 319 espèces connues de Coli¬
bris, et les 315 espèces de Perroquets sont loin d’être au total aussi « rou¬
ges » que Corner le dit ? Nous indigner de ce qu’il associe le rouge du
postérieur des singes à celui des ongles des femmes ? Pas le moins du
monde : Corner est « darwinien » tout d’une pièce, et l’on sait (12 :
810-811) que par sa doctrine de « sélection », « avantage », « désavantage »,
« attraction sexuelle » etc. le darwinisme a ouvert de larges brèches dans le
bon sens de ses adeptes, si bien qu’un Anglo-saxon de pure souche a osé
affirmer (loc. cit) que : « The success of Darwinism was accompanied by a
décliné in scientific integrity ». Le jugement ainsi rendu est indiscutable
surtout par devers la « Géographie Distribution » de Darwin et de
Wallace, souche de la « phytozoogeography » de nos jours : « science », si
jamais il en fût, incroyable (voir tous nos travaux, 1952-1970...) en raison
des sottises manifestes qu’elle impose — par théorie — à ses dévots.
Corner est une fois de plus fidèle à la religion de sa jeunesse écolière 1
là où il allirme (5 : 165) : « Dans les forêts ancestrales, composées d’An-
giospermes primitives conformes à la théorie du Durian, tous les arbres
doivent avoir ployé sous le faix de leurs fruits rouges à graines noires
arillées suspendus comme des lanternes et contrastant vivement avec
le feuillage vert : il doit y avoir eu en outre dans les arbres, de beaucoup
plus grandes quantités de matières alimentaires destinées aux animaux.
1. Nous le signalons par devoir envers nos lecteurs. C’est à nous aussi que
l’on enseignait de « darwinisme • du temps où nous étions prêt à tout croire. Cet ar¬
ticle explique pourquoi et comment nous en sommes revenu.
Source : MNHN, Paris
— 55 —
Imaginons des forêts anachroniques constituées entièrement de Durians
alors qu’il n’y en a pas actuellement 1 % dans nos forêts de Malaisie.
Imaginons des forêts remplies de châtaignes rouges et de graines pul¬
peuses; on comprend alors l’effet de la modernisation des arbres sur les
herbivores de la forêt. Dans les forêts originelles, il y avait de multiples
raisons pour grimper, sauter et voler parmi les grosses branches basses
à la recherche des fruits; dans ces conditions l'origine sensiblement si¬
multanée, des plantes à fleurs, des oiseaux et des mammifères, ne semble
pas extraordinaire. Mais les arbres microspermes évoluèrent, grandirent
et rendirent les forêts plus complexes; du même coup il y eut moins à
manger, en quantité et en qualité... Les mammouths finirent par s’étein¬
dre, ce n’est pas étonnant, avec les herbes au lieu des Durians pour se
nourrir... ».
Cette prose est un mélange de Chateaubriand 1 et de Darwin.
Nous renvoyons nos lecteurs à nos travaux (10, 11, 21) où ils verront
sans tarder pourquoi nous ne pouvons être d’accord avec la façon de
penser de Corner. Il lui arrive d’écrire, en effet, de ce quoi nous convenons
sans difficulté en partie, quitte à ne pouvoir le suivre pour tout le restant,
et nous ferions tort autant à lui qu’à nos lecteurs et à nous-mêmes si
nous manquions de l’avertir. En voici un exemple (15 : 158) : « Le car¬
pelle solitaire des Légumineuses modernes est semblable à celui des pro¬
tolégumineuses, mais l’aptitude à la fécondation est beaucoup plus pré¬
coce ». La ressemblance invoquée par Corner est probable pour autant
que l’on admette un rapport assez étroit entre les Légumineuses et les
Proto-Légumineuses du point de vue phylogénétique et morphologique
surtout. Il est d’autre part évident — ainsi que nous le constations il y a
1. Voir : Le Génie du Christianisme, Livre Cinquième. On y lit d'extraordinaires
merveilles dont voici quelques exemples : « Migrations des Oiseaux : ... Il est remar¬
quable que les sarcelles, les canards, les oies, les bécasses, les pluviers, les vanneaux,
qui servent à notre nourriture, arrivent quand la terre est dépouillée, tandis que les
oiseaux étrangers qui nous viennent dans la saison des fruits, n’ont avec nous que des
relations de plaisir : ce sont des musiciens envoyés pour charmer nos banquets. Il en
faut excepter quelques-uns, tels que la caille et ïe ramier, dont toutefois la chasse n’a
lieu qu’après la récolte, et qui s’engraissent de nos blés, pour servir à notre table.
Ainsi, les oiseaux du nord sont la manne des aquilons, comme les rossignols sont les
dons des zéphyrs : de quelque point de l’horizon que le vent souille, il nous apporte
un présent de la Providence »... ». Quadrupèdes :... Il n’y a pas jusqu’aux ours blancs
de Terre-Neuve, dont la fourrure est si nécessaire aux Esquimaux, qui ne soient en¬
voyés à ces Sauvages par une providence miraculeuse... Les éléphants voyagent aussi
en Asie; la terre tremble sous ieurs pas; et cependant il n’y a rien à craindre : chaste
(sic !), intelligent, sensible, Behmot est doux parce qu’il est fort, paisible parce qu’il
est puissant. Premier serviteur de l’homme, et non son esclave, il tient le second rang
dans l’ordre de la création; après la chute originelle, les animaux s’éloignèrent du toit
de l’homme; mais on pourrait croire que les éléphants, naturellement généreux, se
retirèrent avec le plus de regret (sic 1), car ils sont toujours restés aux environs du
berceau du monde. Ils sortent de temps en temps de leur désert, et s’avancent vers
un pays habité, afin de remplacer leurs compagnons, morts sans se reproduire, au ser¬
vice des fils d’Adam ».
Que nos lecteurs veuillent bien prendre tout cela au sérieux ! C’est un grand
courant de la pensée qui coule de Jean-Jacques Rousseau à Bernardin de Saint-
Pierre et à Chateaubriand pour atteindre enfin Darwin (il est vrai : Darwin est
beaucoup plus « nuancé » que Chateaubriand dans ses expressions, mais, par le fond,
les pensées de ces deux grands hommes ne sont aucunement opposées : les deux sont
des « téléologistes » convaincus, quoique chacun fort à sa guise ».
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
longtemps (8 : 40) — que : « The Flower ilself is an embryonal structure,
and in most cases fertilization reaches the flower in ils embryonal stage ».
L’aptitude à la fécondation est donc beaucoup plus précoce chez les
Angiospermes que chez les plantes qui furent leurs ancêtres de la pré-
angiospermie (11 en général. 12 : 347 s., 10. 1 : 166, fig. 21, etc.), en quoi
nous nous rangeons entièrement à l’avis de Corner.
Presque aussitôt après, ce savant anglais se rend responsable de la
déclaration suivante (loc. cit.); « Ce follicule, solitaire des Légumineuses
modernes, représente la macrosporophylle des Cycadales, mais son déve¬
loppement est postérieur à la fécondation et non pas antérieur à celle-ci ».
Ce que Corner affirme ainsi du développement de l’organe en question
est exact, mais nous ne croyons absolument pas que la macrosporophylle
des Cycadales, en se repliant sur ses marges, (op. cit. : 158) s’est méta¬
morphosée dans le follicule des Légumineuses de nos jours. Il nous semble
infiniment plus probable que cette sporophylle (fig. 2) a passé à l’état de
placenta plutôt qu’à celui de follicule 1 . Au total, nous n’avons donc au¬
cune raison de nier que le « carpelle » des pré-Légumineuses puisse—-du
moins dans certains cas —- avoir ressemblé au « carpelle » des Légumi¬
neuses; nous sommes d’avis, nous aussi, que l’aptitude à la fécondation
est de beaucoup plus précoce chez les Angiospermes que chez les plantes
qui ne le sont pas; nous ne croyons cependant aucunement que le « car¬
pelle » est une « feuille » portant ovules et repliée. Pour nous, la pensée
de Corner mélange les notions de Goethe, 1790, au sujet du « carpelle »
avec les idées courantes sur la « préphanérogamie » et la « phanérogamie »
aujourd’hui, 1970, sans trop se soucier de tout ce qui a eu lieu pendant
les 180 ans qui nous séparent de l’époque du Barde Allemand. Si donc
1. Les traducteurs de la Théorie du Uurian en français font rappel (op. cit. :
158, note) à des textes (I’Emberger, et Chadefacd et Emberger se rapportant à
la différence entre les Préphanérogames et les Phanérogames véritables. On ajoutera
à ces rappels : Les Préphaniogames et te Problème de la Graine (25) par Pierre Mar-
tens, dont la mise au point est d’ampleur.
s de I
uologue de la lu
ipe florale de Vit
feuilles • de Ulricularia. Le soma végétatif de Pinguicula est doue u
homologue de Ulricularia portant racines. I — • rhizomes *, • courant
• feuilles *, etc. « adaptés •)• — 4 : cette ligure montre (chez Desmodium triflorum ) : • L’organi¬
sation typique de la graine des Papilionacées avec son arille microscopique en bourrelet >.
Se rapporter au texte principal; />/, placenta; f, funicuie (on remarquera que l'insertion du
funicule au placenta (voir flèche 1) se fait de biais); a, bourrelet axillaire formé d'une assise
unique de cellules épidermiques allongées; />, palissade du funicule adhérente à celle du
tégument séminal; ae inexpliqué (autant en anglais qu'en français); Ir, massif de trachéides
sous le hile (indications d'après la traduction française, flg. lü/D, p. 440). — 5 : a, graine
d’Ormosia sp. après macération. L'« arilleépiderme • s'est séparé du testa (c = la graine
avant macération), montrant une tendance A se diviser en 4 • lobes • IM réunis autour de la
chalaze. Après macération, la graine du Plamboyandt ( Delonix regia) accuse un décolle¬
ment (d) de !’• arille épiderme • semblable à celui se faisant chez Ormosia , mais très différent
morphologiquement. — 6 : A, funicule et graine d'Acacia praelongata ; Il = de A. cincinnala;
* . t . ,'-_j— r,—i..-- -•— mica. A remarquer : (1) Le funicule s’enrou-
faee de la graine (• sillon ellipsoïde submargi-
■s graines de Mimosacées) de la traduction
s hampe florale
C -- de A. anceps. — 7 : Graine de Pc
lant en vrille près du hile; (2) Le sillon
nal de la testa (caractéristique de ni
s Césalpiniées ■
i. Acacia
UtSt
Source : MNHN, Paris
— 58 —
on nous demandait : Etes-vous d’accord, oui ou non avec Corner ?
nous devrions répondre à la fois : oui en partie, non en partie, oui ou non,
absolument pas. Absolument pas par rapport à sa façon de penser, ce
qui est tout dire.
Chez les Ombellifères en rosette ou chez les Composées (op. cit. : 157),
Corner constate la présence de « larges feuilles basales qui diminuent de
taille et de forme jusqu’à se changer en bractées ». Or bien, si l’on s’essaye
à rattacher Ulricularia vulgaris à Pinguicula vulgaris par toute une série
d’espèces d 'Ulricularia (15 : 288 s.) on voit que le soma « aberrant » d’U.
vulgaris est éliminé presque pas à pas — merveilleuse leçon de mor¬
phogenèse ! — au profit d’une hampe florale, qui est, elle, la véritable
plante. Autrement dit : si nous prenons une plante d’U. vulgaris en état
de floraison, et si nous en supprimons toutes les parties en dehors de la
hampe florale elle-même, nous nous trouvons avoir —■ dans cette hampe
—- l’essentiel de Pinguicula, stérile et fertile, en entier. Ulricularia vul¬
garis en état de floraison consiste en deux parties (fig. 3) : l’une végéta¬
tive laquelle se compose d’une masse filamenteuse chez qui la « feuille »,
la « branche », la « racine », l’« urne », le « stolon » se confondent à un point
tel que nulle définition n’en est possible conformément aux termes de
la botanique descriptive; l’autre florifère (hampe) et florale (fleurs),
laquelle est parfaitement susceptible d’être décrite par ces termes (scape,
bractées, sépales, pétales, etc). Pinguicula vulgaris à n’importe quel état
est, elle, une plante « orthodoxe », une forme de Ulricularia laquelle
s’étant débarassée de tout ce qui est « non-orthodoxe » chez Ulricularia,
s’est enfin pourvue de bractées basales élargies (= feuilles), de « stolons »
de croissance limitée à poils absorbants (= racines), et s’est ainsi rangée
à l’angiospermie somatique de convention.
Nous dirons donc que — du moins chez les Lentibulariacées (c’est
beaucoup dire) —- ce ne sont aucunement de larges feuilles basales les¬
quelles, en diminuant de taille et de forme de bas en haut, se sont changées
en bractées. Tout au contraire, ce sont des bractées, voire des sépales,
qui, en prenant de la taille de haut en bas, se sont métamorphosées en lar¬
ges feuilles basales; toute l’évolution des Lentibulariacées se déroule
(11. 1 a : 159) en ayant la hampe florale comme but de son développement.
Cette hampe, organe de saison chez Ulricularia, est toute la plante chez
Pinguicula, et c’est elle qui témoigne d’une façon éclatante de l’angios-
permie, autant du terme le plus bas (U. vulgaris) que le plus haut (P.
vulgaris) de cette singulière partie du royaume des plantes 1 . Rien n’em¬
pêche de supposer, du moins à titre d’hypothèse de travail, que la « pré¬
fleur » de ces herbes (11, 1 a : 256 note) survit dans leur « urne ». On re¬
trouve chez Gunnera et Androsace (op. cit. : 175 note, 183 note) des or-
1. On remarquera en elïet, que, ce qui est « normal » également chez Ulricularia
et Pinguicula est la partie directement atteinte d’angiospermie; c'est-à-dire la fleur
et les organes qui la portent. C’est en s’éloignant de cette partie que le soma de Ulri¬
cularia est » aberrant » pour une plante pourtant angiosperme. Cette observation a,
pour l’évolution des Angiospermes, une portée tout aussi grande et profonde que celle,
ainsi que nous le verrons, que tout le soma de certaines Lcmnacées ( Wolffia notamment)
est embryonnaire au sens précis du terme.
Source : MNHN, Paris
— 59 —
ganes qui les rappellent du moins phylogénétiquement. Si l’on pense
que la famille à laquelle appartient Androsace (Primulacées) est étroi¬
tement apparentée aux Myrsinacées, qui ne manquent aucunement
d’arbustes et d’arbres, on entrevoit des rapports morphogènes entre
l’herbe et l’arbre angiosperme qui ne doivent rien à la Théorie du Durian
d’Outre-Manche.
Cette Théorie impose d’ailleurs à notre imagination des façons de
concevoir les rapports de nature qui nous paraissent exigeantes à l’excès.
Corner décrit (5 : 441) chez Delonix regia — le splendide Flamboyant
de culture — une gousse longue environ d'un demi-mètre, sèche, d’un
brun crasseux, remplie de nombreuses graines sombres d’environ 2 cen¬
timètres de longueur, dans laquelle il entrevoit ce que voici : « Cet objet
sordide, revivifié durianologiquement, devient un sabre écarlate de deux
pieds de long, à graines noires avec des arilles rouges, et témoigne de
formes ancestrales éteintes. Quelle autre interprétation donner du fruit
de Delonix ? ». De ce pas, nous pourrons en « revivifiant durianologi¬
quement » une salade de haricots en faire toute une forêt de Flamboyants,
voire la silve ancestrale à Durians. Nous sommes loin de décrier l’imagi¬
nation dans les sciences puisque c’est à elle que l’on doit les découvertes
les plus solides, mais n’est-il pas à craindre que l’imagination outrée ne
nous amène à concevoir des produits de pure fantaisie, de prendre en
somme — au pied du mot de la lettre — des vessies pour des lanternes ?
Autre pari (op. cit. : 169), Corner nous convie également à la « visuali¬
sation » suivante : « Dans le cas d ’Artocarpus, la fonction de l’arille est
transférée à la paroi ovarienne <“t celle des épines aux périanthes des
Heurs minuscules, développant ainsi un simulacre de Durian 1 . Il est
pour nous loin d’être impossible de rapprocher d’une manière logique
« l’arille » et « la paroi ovarienne », mais nous ne voyons toujours pas
comment Corner s’y prendrait d’après sa Théorie pour raccorder le
Fruit à l’Arbre à Pain à celui du Durian autrement qu’en se prévalant de
quelques mots sans aucune explication efficace à l’appui. Quelle est
donc « la fonction de l’arille » ? Que serait-ce que « l’arille » ?
La connaissance consiste en faits mis au points dans leur raison d’être,
ce qui exige forcément des points de départs autant que des points d’ar-
1. La « Durianology » de notre savant collègue d’Outre-Manche n’admet aucune
déviation. Ecrit en 1949, ce que nous venons de citer trouve son pendant fidèle dans
ce qu’il a écrit en 1963 (Annals of Botany, n.s., 27 : 339-341) au sujet d'un bourgeon
terminal de Dipterocarpus, lequel, atteint par un insecte, donna une galle ressemblant
au fruit de Durio. Corner en déduit : « This is évidence for the biochemical basis of
the duriansyndrome of characters, and for the latency of the syndrome in a family
that normally docs not présent these features in its fruits ». Pour nous, ce qui vaut
d’être souligné dans la galle en question est que la base du poil étoilé est non seulement
surdéveloppée mais également pourvue de faisceaux. Il est exact qu’un tel surdéve¬
loppement se fait normalement chez Durio alors qu’il est pathologique chez Diptero¬
carpus , et il est loin d’être exclu que les « hormones » déclenchant — dans le cas parti¬
culier — ces manifestations, normalement ou pathologiquement, sont voisines. Tout
ceci ne prouve cependant rien en faveur de la thèse qui voudrait voir dans le fruit
de Durio le prototype du fruit angiosperme etc. La « Durianologie » prise en bloc
n’est pour nous qu’une vue de l'esprit. Nous reviendrons de cette idée avec plaisir
si l’on nous démontre par de solides raisons qu’elle est fausse.
Source : MNHN, Paris
— 60 —
rivée solidement assis et reliés entre eux par des exposés de causes et
d’effets où le bon sens — n’est qu’un ensemble d’idées empiriques su¬
jettes à varier ! il ne semble que c’est la raison qui doit corriger le bon
sens —■ trouve son compte. Arrivés jusqu’ici avec nous, nos lecteurs ne
voudront pas nous faire un très grand tort de déclarer fort nettement
que nous reprochons à la Théorie du Durian ni plus ni moins que toute
la manière de penser de son auteur. Nous pourrions en analyser chaque
page étant, à tour de rôle, 100 % d’accord avec telle proposition, 50 %
avec telle autre, 0 % avec telle autre de plus, ce qui n’aurait aucun avan¬
tage pas plus pour nos lecteurs que pour nous, et la Théorie du Durian
elle-même. Ce sont, hélas, les bases de cette théorie qui pour nous sont
mal assises de partout.
En voici la dernière preuve : la Conclusion de la Théorie en question
(5 : 182-183) nous assure que : « La théorie montre qu’à partir d’arbres
de petite taille, à port de Cycas, probablement monocarpiques, à fleurs
ou inflorescences terminales et à volumineux follicules rouges épineux
renfermant des graines noires à arilles rouges, les forêts tropicales ont dû
graduellement se modifier par une évolution qui a abouti aux arbres
microspermes modernes. Ce sont les formes arborescentes qui ont pu
donner naissance aux Dicotylédones herbacées; ce sont elles aussi qui
sont à l’origine de la plupart des grands arbres... ». Toutefois : «... Comme
toute hypothèse prétendant éclairer une matière aussi vaste, celle-ci
devra être perpétuellement retouchée au fur et à mesure de la découverte
de ses nouveaux aspects; chaque genre et famille sera à prendre en consi¬
dération avec les particularités qui lui sont propres. Les ports des arbres,
les bois, les feuilles, les boutons, les fleurs, les fruits, les graines et les
racines fournissent tous des critères qui devront être un par un analysés
et soupesés ».
La seconde partie de cet énoncé détruit la première. C’est en effet
indubitablement par la seconde que la question posée est à entamer,
ainsi que Corner lui-même l’admet implicitement. Or tel qui aura ac¬
cepté la première comme valable ne saura se défaire du point de vue
qu’elle impose théoriquement, et ne saura de ce fait raisonner en toute
liberté sur la seconde. Vraie ou fausse qu’elle soit en fin de comptes, la
première partie de cet énoncé est dangeureusement prématurée, donc à
rayer de nos papiers. Si nous ne pouvons être d’accord avec la pensée
maîtresse de notre savant collègue de Cambridge G.B., c’est bien que
notre pensée maîtresse est carrément à l’inverse de la sienne. C’est en effet
par l 'analyse raisonnée des parties et organes de la plante, dont Corner
fait état seulement dans la seconde partie de sa Conclusion, que débutent
nos Principia Bolanica (11), œuvre pionnière si jamais il en fut, donc
imparfaite par ses détails, mais assurée dans son inspiration et sa méthode.
Ce n’est pas Corner qui le nie, car il en convient implicitement.
Qu’est-ce donc que la Théorie du Durian ? Pour nous, une naïve
estampe qui figure des éléphants, des singes etc. etc. faisant leurs délices
de gros fruits replets, de grandes graines noires très luisantes à volumi¬
neux arilles flamboyants. Ces fruits sont portés par des arbres « pachy-
Source : MNHN, Paris
— 61 —
caules » à port de Cycas etc. etc. On conçoit qu’une estampe de ce genre
ait de l’attrait pour des esprits dont l’imagination est le plus clair des
dons, mais que le raisonnement tenace et incessant fatigue comme indi¬
gne de la « grandeur de la Nature ». Malheureusement, l’ordre est une
partie essentielle de la beauté, et la « grandeur de la Nature » n’est con¬
cevable que comme le produit de lois rigoureuses cachées sous l’épanouis¬
sement splendide des couleurs et des formes. Nous sommes les premiers
à en jouir, car si un parallélépipède ne nous dit rien, une rose nous plaît,
un durian excite notre curiosité, une linaigrette nous charme, en vertu
de quoi, nous sommes un naturaliste, aucunement un mathématicien.
Toutefois, les « secrets » cachés dans la rose, le durian, la linaigrette sont
pour nous une partie essentielle, constitutive de la « grandeur de la nature »,
et hélas ! ces « secrets » ne cèdent qu’à la raison dont l’œuvre tenace,
patiente, infatigable est une des grandes peines et des grandes joies de la
vie. C’est pourquoi les estampes naïves, hautes en coloris etc. nous plai¬
sent, mais à leur place, à leur temps. C’est là un article dont la botanique
peut se passer, car il nous semble que cette science a fait un grand saut,
des « grandeurs de la Nature » aux techniques du laboratoires, sans jamais
se soucier de mettre de l’ordre dans ses concepts, ses grandes méthodes,
ses idées maîtresses. Il est temps de combler cette écrasante lacune, et
nous avouons être incapable de comprendre comment et à quel titre la
« Durianologie » pourrait y contribuer. Elle risque au contraire de
C. DE L’ARILLE, ET DE L’IDÉE QUE L’ON PEUT S’EN FAIRE
L’arille joue indubitablement un grand rôle dans la Théorie du
Durian. Si jamais pareille théorie nous était venue à l’esprit, nous aurions
pris le soin le plus grand de faire autant de jour possible sur l’idée qu’on
peut se faire de pareil organe au delà des définitions d’usage. Pour Gatin
(19), l’arille serait une : « Enveloppe accessoire se développant le plus
souvent après la fécondation, recouvrant plus ou moins la graine sans
adhérer au tégument externe et constituée par une expansion du funi-
cule. On englobe parfois, sous le nom d’arille, les arillodeset les strophio-
les ou caroncules = -f- arillus ». Cette définition est accompagnée par
une figure de « L’arille de Physalis alkekengi L. » qui nous rend perplexe.
On voit en tout cas, d’après Gatin, que l’arille n’adhère pas au tégument
externe. Auguste de Saint-Hilaire consacre trois pages (29 : 750-3)
à la définition de l’arille, lequel est pour lui : « Une expansion du cordon
ombilical, inférieure au hile, qui se développe postérieurement à la fé¬
condation, et demeure ouverte à son sommet ». Le cordon ombilical
(ou funicule) est : « Le commencement d’un axe qui, comme tous les
autres axes, donne naissance à des appendices : il a d’abord produit la
secondine, au-dessous de celle-ci il a produit la primine, et, un peu plus
tard, l’arille naît au-dessous de la primine ». L’arille serait ainsi la der¬
nière production, ou, si l’on veut, la « dernière feuille » de la plante-mère.
Source : MNHN, Paris
— 62 —
Saint-Hilaire nie que l’enveloppe pafaitement close qui se sépare avec
élasticité de la graine des Oxalis soit un arille véritable, car cette enve¬
loppe n’est autre chose que « l’épiderme modifié du tégument ». Toujours
d’après lui, la caroncule de Polygala et de Ricinus n’est pas un arille
mais le résultat de l'épaississement des bords du micropyle.
U nous paraît inutile de continuer à collectionner les définitions
d 'arille données par différents auteurs. Retenons en tout cas que la ques¬
tion est complexe puisque aux arilles vrais — c’est-à-dire, issus du fu-
nicule — s’ajoutent de faux arilles, pour mieux dire, des arilles dont
l’origine et la nature ne sont pas conçues de la même façon par tous les
auteurs.
La botanique de Corner, malgré quelques aspects paraissant ins¬
pirés du souffle des temps nouveaux (très à venir, empressons-nous d’ajou¬
ter), est tout à fait « vieux jeu » (6), en quoi elle va de pair avec « l’évo-
lutionisme » 1859, et la « phytozoogeographÿ » de la même époque
(16, 7) qui caractérisent le fond de la pensée de cet auteur 1 . Nous ne
rechercherons donc pas dans le texte de la Théorie du Durian à apprendre
ce que notre savant collègue pense de l’arille, d’autant plus que son sché¬
ma (fig. 1) de l’ovule anatrope est d’un vague déconcertant. Nous nous
servirons de ce texte comme d’un champ de fouilles au contraire. Par
exemple, le texte originel de la « Durian Theory » porte, en face du sché¬
ma de l’ovule anatrope en question, une figure 12 : 234, fig. 18) de sin¬
gulière importance en ce qui concerne l’arille. Elle montre ce que nous
reproduisons (dans le texte français (5 : 440, fig. 10/D) dans notre fig. 4.
On constate que : 1) Le « funicule » — ainsi nommé — est anisomère,
c’est-à-dire, orienté de biais dans le sens de sa largeur; 2) Il s’épanche en
un « arille » en plateforme, dont le corps partage les mêmes tissus que le
« funicule », les ailes au contraire sont faites d’un tissu à cellules irrégu¬
lièrement arrondies recouvert d’une « assise unique de cellules épidermi¬
ques allongées »; 3) Cette assise ( c.p. dans le texte anglais/p’ dans le fran¬
çais) est « la palissade du funicule adhérente à celle du tégument séminal --
the counter palisade of the head of the funicle, stuck to the palisade of
the testa ». On remarquera que le texte français n’est pas tout à fait exact :
ce n’est pas la palissade du funicule qui est adhérente à celle du tégument
séminal, mais la contre-palissade de la tête du funicule. Le texte anglais
prête, lui aussi, à confusion « the head of the funicle » est l’arille (« rim-
aril » = arille en bordure), et c’est donc la palissade de l’arille repliée qui
est « stuck to the palisade of the testa » (stuck = adhérente collée
rattachée / directement en contact), c’est-à-dire, se poursuit de fait dans
celle de la testa; 4) L’anisomérie du funicule se prolonge, dirait-on ,
1. Dressés à la mesure d'une science qui manque de pensée étendue et profonde
— par suite incapable de synthèse et d’analyse sur un plan global — les botanistes
ne se rendent compte aujourd’hui que par exception qu’il est impossible de greffer
sur un tronc de définitions et d’habitudes vieilles d'au moins deux siècles des nouveau¬
tés valables. Jamais la greffe ne se scelle entre des disparates, les uns vieux de 1750,
les autres nés en 1970. Tout esl ü reprendre de fond en comble à la fois. La pensée de
Corner s'en rend-t-elle compte ? Nous laissons à nos lecteurs le souci de répondre
à cette question importante.
Source : MNHN, Paris
— 63 —
bien que très estompée, dans la partie de l’arille ourlée par le tissu en palis¬
sade dont il est question ci-dessus; 5) La figure que nous venons d’ana¬
lyser est d’importance car elle montre selon Corner non seulement
l’organisation de la graine de Desmodium Iriflorum, mais : « L’organisa¬
tion typique de la graine des Papilionacées avec son arille microscopique
en bourrelet ».
Il nous semble que « l’organisation typique de la graine des Papi¬
lionacées » explique comment, au dire de Saint-Hilaire, certains auteurs
ont pris pour un arille « l’enveloppe parfaitement close » de la graine
de Oxalis que Schleiden prouva n’être que « l’épiderme modifié du té¬
gument ». Aussi dans la graine des Papilionacées, le tissu en palissade
recouvrant l’arille se prolonge (« est adhérent » etc.) par /dans le tissu
en palissade de la testa, c’est-à-dire, l’épiderme de l’arille fait corps avec
celui de la « coque » de la graine proprement dite 1 . On conçoit ainsi que si
Schleiden a eu raison, ceux qui ont insisté sur le fait que la « peau »
recouvrant la graine d’Oxalis est un arille n’ont pas eu tort. Pour nier
qu’elle pût l’être, Saint-Hilaire dut s’accrocher à une définition d’arille
■—- la sienne en particulier — excluant toute « peau », « épiderme » etc.
complètement close sur la graine. Nous n’osons nous prononcer sur les
rapports entre l’arille et la testa de la graine de Guioa pubescens (5 :
174, fig. 18), mais telle que Corner la figure (nous n’avons jamais eu
dans nos mains la graine de ce genre) il semble bien que ces rapports sont
extrêmement intimes, et que cette graine attend toujours une étude
autrement profonde et « philosophique » que celle que Corner lui a
dédiée.
Pour cet auteur (5 : 437) les graines de Adenanlhera, Ormosia, Ery-
Ihrina et A brus (ces 4 genres couvrent la gamme des Légumineuses sensu
lato) sont dépourvues d’arille. Voulant un jour faire lever des graines
d 'Ormosia cf. venezuelensis qu’on nous avait soumises comme absolu¬
ment rebelles à la germination, nous eûmes recours au procédé classique
d’entamer le pourtour du hile à la lime, et de mettre ensuite les graines
à macérer dans de l’eau stérilisée. Quelle fut notre surprise en consta¬
tant au bout d’une seule nuit que le « vernis » d’un très beau rouge recou¬
vrant la graine avait cédé ses pigments à l’eau, et s’était largement décol¬
lé du testa (fig. 5) ainsi qu’une « pelure » rappelant de très près l’arille,
par exemple, des Célastracées. Nous ne tardâmes cependant pas à nous
rappeler que, du temps où nous collaborions avec Merrill et Chen (27)
1. A en juger par deux autres travaux de Corner (3, 4), on penserait que, nor¬
malement, la palissade du funicule se prolonge par celle recouvrant la testa propre¬
ment dite. Le sujet est cependant très compliqué (voir par exemple la linea lucida, le
tissu en palissade et la couche à mucilage (« mucilage-stratum ») de lirythrophloeum
guianense (4 : 5, fig. 5), et jamais on ne parviendra à démêler — si jamais il était pos¬
sible — « l’arille » de « l’enveloppe épidermique » — avant d’avoir mis au point les
questions que Saint-Hilaire a entrevues mais qui ni lui, ni personne d’autre — Cor¬
ner inclus — n’a jamais su affronter avec succès. C’est autant la morphologie que la
morphogénie et la phylogénie de la « graine » qui sont en jeu en même temps; et notre
« morphologie » est aujourd’hui encore très en dessous de la philosophia bolanica exigée
autant par l’analyse que la synthèse de pareils problèmes. En tout cas, Saint-Hilaire
voyait mieux le sujet il y a 130 ans que la plupart des botanistes aujourd’hui.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
sur certains aspects des Ormosia de l’Extrême-Orient, nous avions ren¬
contré chez ce beau genre des graines (op. cit. : 84 s.) à « testa » mou,
ridé, suintant etc. Divers auteurs ont vu dans ces « coques » des arilles
charnus, des « somewhat thickened aril-like integument » (27 : 85), etc.;
et nos anciens collaborateurs furent rebutés par l’audace de nos assuran¬
ces que les définitions classiques d’arille, etc., ne valaient pas grand’
chose, et que toutes ces parties, « membranes », tissus » etc. étaient à
reprendre au sens de la morphogénie commune à tous plutôt que de la
morphologie individuelle de chaque graine, espèce etc. Naturellement
cette suggestion n’eut aucun succès car, déjà en 1940, notre réputation
de « non -conformiste» commençait à se faire jour, et l’on sait que tout
ce qu’un « non-conformiste » suggère parmi les « gens de bien » et les « bons
esprits », partout dans b monde est « inconcevable » par définition !
Nous ne nous sommes jamais occupé à fond de la question depuis,
mais nous savons que ce que nous avons constaté chez Ormosia d’une
manière particulièrement remarquable apparaît largement ailleurs dans
les Légumineuses (voir par exemple Delonix, fig. 5) sous une multitude
d’aspects différents. En fin de sujet, nous engageons nos jeunes lecteurs
à reprendre — dans un esprit bien orienté de morphogénie et de symé¬
trie autant que de morphologie et d’anatomie — l’étude de la graine des
Légumineuses etc. que Corner est loin d’avoir poussée aussi profondé¬
ment que le sujet l’exige. Nous dirons en attendant que l’idée qu’il se
fait de l’arille — est sujette à caution conformément à ce que nous venons
d’observer. Il nous semble que le noir et le rouge qui s’entremêlent ou
funicules. En se courbant de manières différentes, les tunicules donnent des ovules de dispo¬
sitions diverses. — 12 : A, embryon de Lemnaminor (d’après Lawaî-rék, 1952). 1‘ serait le
cotylédon, 2 est la fronde-ldle, 3 la fronde petitc-bllc (à remarquer : 1 énorme « tissu à
réserves • formé par le cotylédon en dessous de la ligne en pointillé), r la • racineadventive * *
(l’intervalle la séparant dit • tissu cotylédonaire csl exagéré (en noir); 11, en se multipliant,
les * frondes • bâtissent une - tige * en zigzag, laquelle (voir : C) est symétrique « en épi »
(c'est-à-dire, selon la formule de symétrie 1 /2 (2 rangées alternes, paire et impaire). — 13 :
A, plante de Wolffia arrhiza ; II, coupe d'une plante de VV. brasiliensis (d'après Wettstein,
Trat. Botanica Sist. 1911). Les frondes sont numérotées 1, 2; la région f est florale (en fait
ou en puissance); C, schéma d'une plante de Wolffia bottant (c = ligne de surface); D -
relevée, cette plante pourrait donner une pousse a 1/2 (voir iig. 12/C). 14 : A, plantulc
dicotylédonc symétrique aux cotylédons par une médiane (verticale). La région c est occu¬
pée par la • coiffe ■ de la racine, laquelle, du point de vue phylogénétique et morphogène,
est dérivée de haustoria pré-angiospermes. La région au pointillé I marque, par approxima¬
tion, la fameuse région de transition (" collet ■ etc.) où la * nouvelle plante • se «greffe » sur
■ l’ancienne plante»; B, en supposant que les cotylédons soient véritablement isomères et rigou¬
reusement opposés, la pluinulc en en répétant la symétrie porterait des feuilles à 2 (formule :
1/2) ou 4 rangées (décussées); C, de fait, ni les cotylédons ni les 2 ou 3 paires de feuilles
• décussées » qui les suivent ne sont véritablement opposées et croisées. Il se fait entre elles
un décalage (voir : Bouvrain dont le très remarquable travail est commenté en S, 1: 762-
766) qui finit par permettre l'insertion de la feuille 5 entre les feuilles 1-2, 3-4 en amorçant
ainsi la série phyllotaxiquc • spirale • 2/5, 3/8, 5/13, etc. On remarquera que puisque la
feuille 4 s'insère entre 1 et 2, 5 entre 2 et 3, et que le « cylindre central * est formé par inter¬
calations répétées des faisceaux « foliaires * (8, 1 : 678 s.) la fcuilllc 6 ne saurait se « super¬
poser • exactement à la feuille 1, mais s’intercale elle aussi en * prosenthèse ■ (8,1 : 638, fig.
73/B; 687, fig. 80; etc.) entre 1 et 3, etc. — 15 : A, embryon monocotylédone • normal •
(la ligne en pointillé marque la limite approximative des cotylédons; p signale la » poche
radiculaire »); II, la plantule monocotylédone n’est pas symétrique aux cotylédons (voir au
contraire, fig. 14/A), mais « accolée • à l'un d'eux qui est de ce fait * avantagé •. Les coty¬
lédons peuvent se « souder * (voir A ) ou rester chacun libre (c = « coiffe » de l'hypocotyle),
auquel cas aucune « poche radiculaire » ne se forme; C = Schéma de la croissance d’une
plante monocotylédone (voir aussi Iig. 12 B, C, 13 B, D). La • racine • peut porter des poils
absorbants, de • véritables - racines (primaire et ou adventives), des • racines coralloïdes -,
etc; I), Embryon • en toupie • des Nymphéacées, lequel n'est pas encore « tout à fait mono¬
cotylédone •’
Source : MNHN, Paris
— 66 —
dominent sur la graine de Orrnosia , A brus, Leucomphalos (22 : 847 s.)
etc. sont toujours très loin d’avoir reçu l’explication qui leur convient
véritablement : notre ignorance en la matière n’est pas moins grande
que l’assurance partagée par nombre de botanistes que la scienlia amabilis
est heureusement exempte des atroces fardeaux que la logique impose
aux adeptes des sciences dites exactes. En botanique aujourd’hui, qui
bien décrit, bien observe et bien dessine est accompli, et a le droit de
dire — naturellement — tout ce qui lui vient à l’esprit, car là où personne
n’est disposé à raisonner méthodiquement, personne ne sait où sont le
blanc et le noir dans toute chose, donc que signifient le noir et le rouge
dans la graine de Leucomphalos, Orrnosia etc. Décidément, nous ne pou¬
vons nous rallier à la pensée et à la méthode (surtout) dont Corner est
le héros. Si c’est lui à avoir après tout raison, Dieu nous le pardonnera
du fait que nous avons été la victime de fort trompeuses apparences.
Ainsi que nous l’avons constaté, la « Théorie du Durian » est moins
intéressante par ce qu’elle propose que par les figures qu’elle présente.
C’est, ainsi que nous l’avons déjà dit, un champ de fouilles aux entrailles
duquel l’or ne fait aucunement défaut. Il suffit de savoir le repérer grâce
aux indications de l’iconographie sans trop prêter l’oreille aux indica¬
tions du texte, lequel voulant trop embrasser, n’analyse rien à fond.
Au moins une vingtaine de dessins de graines d'Âcacûi figurent à
l’appui de la « Théorie » en question (5 : 443, fig. 12). Ce trésor de morpho¬
logie comparée (donc, de morphogénie) montre des extrêmes tels que la
graine d’Â. praelongata et celle d’A. cincinnala. La première est « à sim¬
ple funicule » et parfaitement conventionnelle; la seconde est pourvue
d’un funicule lequel zigzague d’une manière extraordinaire. Le funicule
d’A. cincinnala est à peine grossi à son attache au hile, mais celui d’/l.
anceps s’achève en arillode (fig. 6, 8, 9 en général) tout en restant dans la
« ligne » de A. cincinnala autrement.
Corner rapporte les faits comme tels (présence ou absence d’arille /
arillode, mode de croissance du funicule), mais n’en donne aucune expli¬
cation. Surtout, une question lui échappe qui est capitale de no*re point
de vue : Pourquoi le funicule zigzague-t-il ? Pourrait-il y avoir un rapport
quelconque entre le porl ondoyant du funicule et l’absence ou présence d’un
arillode farille à la graine ? Il est pour nous remarquable que cette ques¬
tion lui ait simplement échappé alors que rien n’est plus frappant que
les tours du funicule de l’Acacia anceps et de VA. cincinnala. Disons -
nous toutefois que dans les sciences — la botanique et la biogéographie
par exemple, ainsi que nous pouvons l’attester d’après une longue prati¬
que — la vue est impuissante en face de ce que le cerveau ne sait expli¬
quer.
On comprend d'autant mieux ce qui s’étale avec une prodigieuse
richesse de détail chez Acacia — précieuse leçon de morphogénie appli¬
quée ! — si l’on tient compte de ce que le funicule de Parkia javanica
(5 : 442, fig. 11 /G) s’enroule, lui, en vrille sous la graine (fig. 7). Or on
constate chez la véritable vrille ayant atteint son point d’attache défi¬
nitif que cet organe, retenu désormais par son extrémité antérieure,
Source : MNHN, Paris
— 67 —
« pousse à rebours » en ajoutant à sa longueur d'avant en arrière. La par¬
faite régularité de l’enroulement en ressort à boudin de la vrille est un
aspect secondaire de la croissance, dont le sens est déterminé par le
secteur « le plus fort » à chaque instant du développement « chassant »
devant lui les secteurs momentanément plus faibles. Un tel fait n’a rien
d’extraordinaire puisque on le constate également chez les extrémités
des rejets, frondes etc. enroulés en crosse chez les Fougères, les Utricu-
laires, les Droséras etc. Il revient aussi chez les inflorescences, les styles
enroulés, les axes florifères de Vallisneria etc. On conçoit aisément que
dans les organes dont les secteurs de croissance ne sont pas nettement
déterminés « dextrosum » ou « sinistrosum » l’axe privé de guide de sa
croissance par faut d’un « méristème » apical orientateur erre et ne s’en¬
roule pas. L’enroulement du funicule de Parkia javanica rentre donc
dans un ensemble de croissances qui, morphologiquement particulières
à chaque plante, organe etc. sont morphogènéliquemenl d’ordre géné¬
ral, et comme tel très répandues dans les divers domaines de la flore.
Une vrille, tige etc. s’enroulant en hélice présuppose, il va de soi,
une symétrie de structure à 2/5 (11, la : 633 s. à titre d’introduction).
Une vrille, tige etc. poussant en zigzag revient au contraire à une symé¬
trie de structure à 1 /2. Nous rendant parfaitement compte de l’incroyable
désordre qui règne aujourd’hui dans les idées au sujet des notions les plus
élémentaires de la symétrie (dont la phyllotaxie n’est qu’une branche
particulière), nous voudrions ouvrir ici une longue parenthèse pour ex¬
poser le sujet en détail, ce qui nous est impossible. Ce sujet n’a cependant
rien de difficile 1 pour quiconque consentirait à observer ce qui se fait
dans la nature, et en raisonnerait sans se plier à des théories préconçue
dont aucune n’est satisfaisante. Bien que tatillons et peu précis dans le
détail, nos premiers pas (5) posent la question d’une manière foncière¬
ment correcte dans l’ensemble. En effet, notre premier souci autant en
botanique qu’en biogéographie etc. a toujours été la méthode, et Des¬
cartes nous a appris — ce que nous, les botanistes, avons largement
oublié dans le raz-de-marée de technicisme qui nous a emportés après
1800 — que la méthode exacte pour raisonner des faits et de leurs raD-
ports l’emporte sur tout le reste. L’œuvre qui passe sous notre nom,
toute imparfaite et pionnière qu’elle soit, vivra pour cette raison.
Nous dirons donc que, conformément à ce qu’en pensait Saint-
Hilaire (29 : 752), le funicule : « Est le commencement d’un axe qui,
comme tous les autres axes, donne naissance à des appendices » Nous
modifierons cette heureuse vue en disant que. tel qu’il est aujourd’hui,
le funicule est la fin, le terme dernier de révolution d’un axe dont la symé¬
trie oscille en principe entre 1 /2 et 2 /5. Cet axe zigzague, se courbe ou
tournoie en vertu des mêmes principes qui régissent la symétrie d’une
tige, d’une vrille etc. Nous estimons qu’il serait inutile d’ouvrir ici une
longue parenthèse pour expliquer à nos lecteurs que le « funicule » de
la « graine » des Orchidées n’infirme aucunement cette manière d’en-
1. Voir, par exemple, les schémas B, C de la flg. 14.
Source : MNHN, Paris
— en¬
tendre le funicule des Angiospermes en général. Nous avouerons en plus
que l’ignorance que nous partageons avec le reste de nos collègues
au sujet de ces matières est aujourd’hui encore tellement étendue et
profonde, que tout jeune botaniste s'appliquant à la diminuer ne per¬
dra aucunement son temps, à la condition naturellement de ne pas
prendre la « Théorie du Durian » comme point de départ de ses « raison¬
nements ». C’est en effet en faussant les points de départ que l’on tombe
en fin de compte dans de déplorables excès.
Voyons maintenant ce qui se passe chez les funicules qui zigzaguent
(fig. 6, 8, 9); on débute par des funicules presque droits (Acacia deli-
brata ) ou repliés en hameçon (A. gonoclada\ ce funicule a, sauf le renfle¬
ment assez accusé qui se fait au hile, tout à fait le port de celui d eDelo-
nix regia) pour atteindre un funicule « serpentant » (A. aulacocarpa).
A partir de ce type de funicule on passe à des funicules (A. slipuligera /
wallachiana Imontana ) dont les détours en zigzag se tassent en donnant
des « arillodes » enfin des « arilles » repliés en capuchon sur la graine
(A. collelioides) par « écrasement » d’abord et croissance en coupe ensuite.
En certains cas (A. praelongala) le funicule ni ne serpente, ni ne zigzague,
ni ne se renfle, ni ne s’écrase sur la graine, et est tout à fait « usuel »,
dépourvu d’arillode, et d’arille dans toutes ses formes. Remarquons
que les considérations qui s’appliquent ainsi à Acacia ne perdent aucu¬
nement de leur valeur par rapport aux « vésicules funiculaires » etc. de
Glinus (28), et tout au*re « appendice » de la graine dans le même ordre
morphogène. Naturellement nos lecteurs ne verront pas dans la fig. 8
par exemple un schéma destiné à leur montrer « L’évolution du Funicule,
de l’Arillode et de l’Arille » à la façon dont on entend aujourd’hui la
« morphologie », c’est-à-dire en imaginant une chaîne de formes succes¬
sives nous menant pas à pas de ce qui est, dirai*-on, « primitif » jusqu’à
ce qui serait « dérivé ». L’évolution de tout un ensemble de manifestations
morphologiques particulières (par exemple, les funicules, arillodes, arilles
etc., de Acacia spp.) ne se fait aucunement selon les notions chères aux
besoins de l’école. Le point de départ morphogène satisfaisant à notre
cas, autant qu’en général, est un axe primaire et/ou secondaire (fig. 10,
11) porteur d’ovules jadis pré-angiospermes, lequel —- au stade embryon¬
naire de son développement — a été « inhibé » d’abord, et « modifié »
ensuite en un organe ou ensemble d’organes angiospermes (le funicule,
l’arillode, l’arille etc), dont la morphologie actuelle est variable presque
à l’infini dans le même genre, Acacia par exemple, ainsi que nous venons
de le voir. Ce n’est donc pas que les caractères de ces organes soient « pri¬
mitifs » chez A. praelongala, « dérivés » en raison de leur complication
apparente chez A. cincinnala etc. Tous ces funicules, arillodes, arilles
etc. réalisent, chacun pour sa part, un ensemble de possibilités de déve¬
loppement inhérent, à l’état potentiel, dans les axes porteurs d’ovules
de jadis. Tous ces organes sont donc contemporains par leur origine
puisque tous reviennent au même point de départ morphogène. Nous en
conclurons ce que voici en thèse générale : Un axe (et un ensemble d’axes)
portant ovules à l’état pré-angiosperme est passé à l’état angiosperme
Source : MNHN, Paris
— 69 —
en devenant funicule, arillode, arille etc. en raison non pas d’une lente
« métamorphose », mais d’une brusque « mise en refonte » ayant atteint l’axe
et les axes pré-angiospermes ancestraux dans leurs primordiums, à l’état
embryonnaire. Cette « mise en refonte » est allée bien au delà des axes
ovulifères, car elle a atteint en même temps le strobile pré-angiosperme
en le transformant en fleur, et a imposé aux angiospermes dans leur
ensemble un type embryologique (double fécondation etc) qui leur est
particulier. Au total, le problème de l’origine du funicule, de l’arillode
et de Parille n’est que le problème de l'origine de l’angiosperme : on ne
comprend le premier qu’à la condition de bien entendre le second, d’asso¬
cier la morphologie qui prime dans le détail avec la morphogénie et la symé¬
trie qui régnent sur le tout en général. On saisira sans difficulté la véri¬
table nature de la question en remarquant que l’on retrouve chez les
ovules A'Opuntia (21) — avec une morphologie différente (fig. 9) —
les mêmes problèmes et les mêmes solutions que chez Acacia. Ajoutons
que la notion de fixité morphologique chère aux soucis de la classification
et de l’anatomie se trouve mal de ce qui se fait couramment chez les
plantes en vertu de la pélorie, de la cléistogamie, de l’hétérostylie, de
l’amphicarpie etc. » mettant en refonte avec le sans-gêne le plus grand
des organes et des structures dont la fixité et la permanence sembleraient
pourtant assurées.
On ne risque donc aucune erreur grave — les auteurs en conviennent
quelles que puissent être les nuances de leur pensée à ce sujet — en ré¬
sumant la différence entre la pré-angiospermie et l’angiospermie par
ceci : dans le premier de ces états, se fait un passage graduel entre la phase
végétative et la phase sexuelle. La « fronde », ou « l’axe » destinés à porter
à un moment donné les organes sexuels ont une période plus ou moins
longue de croissance végétative. Dans l’état angiosperme, la phase végé¬
tative des organes éventuellement sexuels est « syncopée » net, de telle
manière que la fécondation s’accomplit non pas après une longue période
de croissance de l’organe porteur de gamètes, mais au moment où cet
organe ne consiste qu’en un primordium cellulaire. Ainsi d’expliquent
que des fleurs minuscules donnent des fruits très massifs (voir par exem¬
ple (12 : 394, fig. 62), que toute une grappe d’ovules pré-angiospermes
(11, 1 a : 1696, fig. 200) se réduise à un seul ovule angiosperme porté par
un mince funicule, etc. La croissance pré-angiosperme a été ainsi enrayée,
et sacrifie au profit de la croissance angiosperme, mais le lien entre les deux
— le rapport essentiel de morphogénie et de symétrie entre le passé et le pré¬
sent — persiste en fait. La grappe d’ovules pré-angiosperme n’existe plus
en tant que telle, mais les funicules, arillodes, arilles etc. d’Acacia, les fruits
de Swietenia, les graines de Cactacées etc. répondent aujourd’hui encore
de son antique influence, de sa persistance sous de nouveaux aspects, de la
survivance de la morphogénie d’origine dans les innombrables morphologies
du présent.
Corner admet (5 : 158) que le « carpelle » des «proto-Légumineuses»
jouissait d’une « aptitude à la fécondation... beaucoup plus précoce »
que celui des Légumineuses modernes. C’est mal exprimé — qu’était-ce
Source : MNHN, Paris
— 70 —
en effet que le « carpelle » des « proto-légumineuses » ( 11 , 1 a : 460, fig. 53;
ces figures sont beaucoup moins « imaginaires » qu’on ne pourrait le penser
du premier coup ; voir également : 541, fig. 61 ; 593, fig. 67; 607, fig. 69) ?
—- mais l’idée est juste. En 1947 (8 : 40) nous insistions sur la nature
embryonnaire de la fleur. En 1953 (26 : 175) Melville constatait que :
« The apparently rapid deployment of the Angiosperms, as a group,...
is more readily understood if considérable morphological changes were
the resuit of simple genetical changes ». Aujourd’hui encore —■ répétons-
les. —- la pélorie, la cléistogamie, l’amphicarpie (11.12, etc.) elïectuent
des « miracles morphologiques » sous nos yeux en quelques heures, et tout
le monde sait que des changements de climats, l’usage de certaines sub¬
stances, de radiations, chocs etc. peuvent induire de profondes alté¬
rations dans la caryologie d’un être, et modifier de ce fait les suites de sa
descendance. Pour nous, en effet, le passage de la pré-angiospermie à
l’angiospermie est précisément le contre-coup des époques glaciaires du
Permo-Carbonifère, lesquelles, non seulement « modernisèrent » la vie
des plantes, mais celle aussi des animaux puisque angiospermes, mammi¬
fères, oiseaux, poissons de type « moderne » etc. apparaissent lotis au
moment où ces époques cèdent le pas aux climats plus doux du Triasique
et du Jurassique. Le fait est d’ampleur (21:421 ), et nos lecteurs auraient
tort de le négliger.
Supposons maintenant que nous ayons à faire à des axes pré-angios-
spermes ovulifères et que ceux-ci soient frappés d’inhibition végétative.
Ces axes se courbent en crosse, zigzaguent etc. ainsi que le font les rameaux
de nos arbres (11, la : 785, fig. 97 /A,D) en fin de saison. Ils se « réduisent »
en longueur, gagnent parfois en grosseur, ils effectuent des « fusions »,
des « adhérences » avec la graine. Leurs appendices se tassent, se regrou¬
pent, les entre-nœuds se raccourcissent, sont remplacés par des « arti¬
culations » etc. Ce qui s’ensuit n’a rien d’hypothétique, car c’est ce que
l’on voit dans chaque fleur et chaque fruit. Nous figurons quelques aspects
de ces « métamorphoses » (voir fig. 10, 11) en laissant à nos lecteurs le
soin de compléter le tableau, ce qui ne leur sera aucunement difficile :
l’imagination disciplinée par la connaissance des principes , el assagie par
un juste souci de la bonne méthode est un moyen puissant d’analyse el de
synthèse scientifique. Une théorie ne vaut, en effet, qu’autant qu’elle
impose à l’imagination un effort discipliné. L’imagination déréglée est
parmi les pires ennemis de la connaissance, car elle tourne aussitôt la
science en mythologie.
D. LA LENTILLE D'EAU, ET LA « THÉORIE » QUI S'EN SUIT
Eprise de l’arille — dont elle n’a pourtant que des idées assez vagues
— la « Théorie du Durian » nous a amené à réfléchir sur un organe qui a
d’intimes rapports avec le funicule. Or — répétons-le — c’est à un bota¬
niste français, Auguste de Saint-Hilaire, que l’on doit, il y a de cela
130 ans (29 : 752-3), de pénétrantes observations sur la nature de ces
Source : MNHN, Paris
— 71
organes. Le funicule, dit-il, est le commencement d’un axe qui, comme tous
les autres axes, donne naissance à des appendices dont l’un est l’arille.
Il ajoute : « Après ce dernier, finit la végétation de la plante mère : il
en est la dernière production, ou, si l’on veut, la dernière feuille. Il est
à remarquer qu’au lieu de procéder de bas en haut c’est, au contraire,
de haut en bas qu’ici la végétation procède ». En dépouillant ces expres¬
sions de quelques termes ambigus ( feuille par exemple, dans le cas),
on atteint un concept d ’arille et de funicule qui est excellent du moins
comme hypothèse de travail (fig. 10, il) : l’axe ovulifère pré-angiosperme
est devenu — chez les Angiospermes —• le placenta et funicule, et ce
dernier a enfin donné origine à l’arille. La végétation de cet axe présente
des caractères qui le rapprochent des vrilles, des branches en zigzag en
fin de croissance. La « métamorphose » de l’axe pré-angiosperme en funi¬
cule, arille etc. angiospermes ne s’est pas produite par une somme d’adap¬
tations » (au sens usuel du terme) de petite envergure, mais bien—'à titre
de sous-produit de l’angiospermie au plein sens du mot — par une brusque
remise à la refonte des primordiums cellulaires de « l’infrutescence »
pré-angiosperme, laquelle est ainsi devenue la « (leur ». La « Théorie du
Durian » a donc pour nous le fatal défaut de vouloir expliquer l’angiosper-
mie, l’arbre angiosperme, et l’herbe qui en dériverait, par une concep¬
tion erronée de l’origine de ce qu’elle prétend éclaircir. Elle est bien une
théorie, puisque à par'ir du fruit d’une certaine plante, Durio sspp., elle
bâtit 'out un grand échafaudage de notions, définitions, comparaisons,
assimilations etc. dont le rivetage est d’une faiblesse insigne. Si elle a
quelque succès chez certains esprits, et en impose tacitement à beaucoup
d’autres, cela est dû au pitoyable état de la pliilosophia bolanica qui règne
parmi nous.
Rien de plus juste en effet que l’accusation faite au « darwinisme »
(voir ci-dessus) d’avoir encouragé de ruineux abus d’imagination au nom
de « l'adaptation mal entendue, de la « migration » et de « l’origine » mal
comprises etc. Cette école a mis en circulation quelques pièces de bon aloi
en même temps qu’une masse énorme d’assignats sans valeur. C’est sur¬
tout de ces derniers qu’est riche la « Théorie du Durian ».
Remarquons que la « mise en refonte » dont il est parlé ci-dessus —•
le mode de fécondation angiosperme suffirait à en fournir un frappant
indice —- a pourtant toléré dans le domaine de la morphologie florale
la survivance des cônes d ’Alnus, des chatons mâles et des « pseudanthes »
de certaines Hamaméliacées etc., d’un ensemble d’organes en somme
attestant visiblement la pré-angiospermie des Angiospermes actuelles.
Voir dans les « Cupulifères » un dérivé moderne — ainsi que Corner le
voudrait d’après sa « Théorie du Durian » (5 : 160) — signifie méconnaître
le fait, jadis reconnu par nous (11, la : 287 s., 16 : 346, fig. 46/3; 13) et
démontré enfin avec tout rigueur d’orthodoxie morphologique 1 par
1. Quoiqu’on veuille en dire, nous n’en voulons aucunement à « l’orthodoxie
morphologique * par parti pris. Elle est très utile comme moyen de recherche technique,
et ne devient pire qu’inutile que lorsqu’on lui fait enseigner ce qui excède ses pouvoirs
comme telle.
Source : MNHN, Paris
72 —
Endress (17), que : « Die Hamamalidaceen... stellen die Verbindung
her zwischen den Rosales ( Cunoniaceae) und den Betulaceen ». De notre
point de vue ce trait d’union n’est concevable qu’en remontant de Alnus
vers Saxifraga jRosa, aucunement à l’inverse, ce qui est d’ailleurs con¬
firmé parle remarquable travail de Fagerlind (18) montrant les rapports
morphogénétiques entre les inflorescences de Gnetum et la fleur des An¬
giospermes 1 .
Ce que nous venons d’exposer —• en le raisonnant à notre guise —-
serait « incroyable », « bouleversant », « fantastique » etc. si —- insistons-y
toujours —• la cléistogamie, l’amphicarpie, la pélorie, les mutations
naturelles et provoquées par la radiation, la température, les hormones
etc. n’étaient pas des faits d’ordre absolument courant chez les plantes.
Ce n’est pas la nature qui porte à faux : c’est nous qui voyons dans la
« fleur » et sa « morphologie » ce que nous imaginons mais n’y est pas.
Rien en effet de plus flou que la « morphologie » de la « fleur» (et du fruit)
dans ce cas particulier. Pareilles aux cristaux dont se compose un flocon
de neige, les « fleurs » varient —- en détail — à l’infini tout en répétant
quelques motifs de toute simplicité. Dans la fleur et ses organes nous
sommes en présence —- évidemment, dirions-nous — d’ensembles carac¬
térisant, on ne saurait mieux, les Angiospermes, et capables de s’acquit¬
ter de leur but essentiel tout en étant à un niveau embryonnaire. C’est
en raisonnant sur ce niveau et ses conséquences, aucunement en théori¬
sant sur le fruit du Durian que nous parviendrons à comprendre « l’arbre
angiosperme » avec tout le restant de l’angiospermie.
En effet, chez les Lemnacées (22) on atteint tout d’abord au maxi¬
mum de la simplification florale. L’androcée de leur sous-famille Wolf-
fioideae (ce groupe serait primitif selon Lawalrée (op. cit. : 35) ne consiste
en deux étamines issues par dichotomie d’un primordium unique; leur
gynécée a un seul ovule atrope, celui de Lemnoidées de 1 à 7, atropes
1. Nous avons reçu au moment même de mettre cet article au courrier, l'extrait
d’un travail par Bogle, L. A. : Floral Morphology and Vascular Analomy of lhe Ha-
mamelidaceae : The apetalous généra of lhe Hamamelidoideae (Jour. Arnold Arb. 51 :
310. 1970). Cet auteur (op. cit : 324) admet que : * Croizat was correct in this inter¬
prétation of the pseudanthial nature of somc « Flowers » in Dislylium, mais en erreur
— du moins pour le moment — pour ce qui est : « The method of their dérivation ».
Bogle ajoute n’avoir jamais rencontré des fleurs pareilles à celle que nous avons
figurées en nos Principia Botanica (8, 1 : 296, fig. 36/A). Nous remarquerons : a) Il
nous semble difficile de concevoir des « fleurs » étant des « pseudanthes » (voir aussi
Euphorbia, et rappeler les observations de Bâillon au sujet des » fleurs » de ce genre
et des Capparidacées), sans admettre du même coup l’intervention morphogêne d’un
processus homologue de la pélorie, c’est-à-dire, d’un processus capable de « rapprocher
des « écailles ovulifères » (par approximation : carpelles), des étamines et des stami-
nodes (pétales), des bractées (sépales) etc. pour en faire une « fausse fleur »; b) Si ce
processus est avéré pour quelques • fleurs « seulement, il gagne en importance, car ces
* fleurs » marquent une transition qui vaut d'être signalée avec beaucoup de force;
c) Les fleurs que nous avons vues, mais que Bogle n'a pas rencontrées sont bien au¬
thentiques. Elles peuvent marquer une « monstruosité » d’occasion, bien entendu,
mais cette • monstruosité » n’a certainement rien d’incroyable lorsqu’on a à faire avec
des « pseudanthes » (8, 1 : 554, flg. 62 A; ces fleurs tout à fait « monstrueuses • sont
cependant loul à fait normales chez Acaltypha ). En somme, Bogle est un morpholo¬
giste sans doute accompli; nous n’oserions dire qu'il est accompli au même degré
comme morphogénisle.
Source : MNHN, Paris
73
ou anatropes. Voici ce qui est mieux (op. cit. : 34) : « La fronde des Wolf-
fioideae est homologue d’un embryon Monocotylédoné... S’il était avéré
que les Lemnacées descendent d’ancêtres à tiges feuillées, ce serait un
cas d’irréversibilité dans l’évolution... : une structure assimilatrice per¬
due, la tige feuillée aurait été remplacée par une nouvelle structure non
homologue, la fronde des Lemnoideae » (le souligné l’est par nous). Lawal-
rée constate, dans un autre de ses travaux (13 : 315), que l’embryon de
Lemma minor (fig. 12) : « a tout à fait la constitution d’une fronde de
Wolffia arrhiza... après la séparation d’avec le pédicelle ». Il se redit (op.
cit. : 321) : « La constitution de l’embryon de L. minor est tout à fait
celle d’une fronde végétative de Wolffia arrhiza (L.) Wimm., à l’exclusion
du pédicelle de cette dernière et avec en plus une racine adventive ».
Comme jamais nous n’avions pensé entreprendre une Théorie de
la Lentille d’Eau avant de tomber sur la « Théorie du Durian » traduite
en français! nous nous sommes peu soucié d’étudier les Lemnacées en
détail, ce que nous regrettons 1 . Tout ce que nous savons de Wolffia est
ce que les auteurs nous en disent, Mc Lean et Ivimey-Cook par exem¬
ple (24, 1 : 787), pour lesquels Wolffia arrhiza est : « The most reduced of
ail the Angiosperms, which consists of no more than a minute nodule
of green cells ». Ce que les figures nous en montrent le confirme : cette
plante se compose de « frondes » en soucoupe issues l’une de l’autre avec
des fleurs portées en situation axillaire (fig. 13), et Lawalrée ne se
trompe donc aucunement en y voyant l’homologue d’un embryon de
Lemna.
On ne pourrait descendre plus bas : Les Lemnacées en général, el
Wolffia en particulier nous livrent l’Angiosperme-Embryon par excellence,
autant du point de vue floral que végétatif.
C’est donc à partir des Lemnacées, aucunement du Durian, que l’on
commencera d raisonner des Angiospermes, et à bâtir, à partir de Wolffia,
« l’arbre angiosperme moderne ».
La « Théorie du Durian » nous fait voir des troncs « pachycaules »,
des fruits épineux et volumineux, de grosses graines d’un noir luisant
embouties dans des arilles rouges etc. Nous lui opposons la « Théorie de
la Lentille d’Eau » qui nous montre au contraire toute la plante angios¬
perme réduite au minimum absolu.
Celte plante est une monocotylédoné. Tout d’abord : en quoi se distingue-
t-elle d’une dicolylédone au même niveau de croissance ?
Nous ne pourrions répondre à cette question en détail qu’au prix
de doubler les 224 pages consacrées par Lucy Boyd (l)à l’étude de la plan-
tule monocotylédoné. On sait en effet que l’embryon et la plantule des
Monocotylédones et des Dicotylédones se rapprochent beaucoup dans
certains cas (fig. 15/D), et que l’embryon et la plantule des Dicotylé-
1. Ce qui est véritablement à regretter est le fait que, la nature étant immense,
toute synthèse la concernant est forcément criblée de lacunes, de questions posées
mais aucunement résolues, de voies de recherches aussitôt délaissées que signalées.
Toute notre œuvre n’est qu’un bien faible début : elle vaut par ce qu’elle suggère
plutôt que par ce qu’il nous a été permis d’accomplir.
Source : MNHN, Paris
— 74 —
dones par exemple sont très variables. Nous nous sommes occupé du sujet
ailleurs (11, la : 1096 s.), et si aujourd’hui, à plus de 10 ans de distance,
nous pourrions mieux dire et faire qu’en 1958, nous pensons toujours
que, par exemple, notre fig. 145 (op. cit. : 1122) et 148/F (op. cit. : 1143)
prêtent à d’utiles réflexions.
La plantule /embryon dicotylédone est isomère (fig. 14) —- du moins
en apparence (op. cit. : 762 s.) — et représente la réduction à la symétrie
minime 1 /2 (c’est-à-dire, à 2 « feuilles » (cotylédons) opposées) de l’en¬
semble des ancêtres de la plante moderne. Nous disons : l’ensemble des
ancêtres, car la masse cellulaire — qu’on nous pardonne l’expression —
logée entre les cotylédons en garde le potentiel évolutif, morphogène et
morphologique, réduit par une suite infinie de compromis de tous genres
au long des âges à reproduire enfin la morphologie de la plante actuelle.
Ainsi, l’embryon de Ricinus est la quintessence des Euphorbiacées qui
furent amenées, entre deux cotylédons, à produire un nouvel individu
de Ricin. On conçoit aisément que le « passage » se faisant entre la « racine »
et la « plumule » à peu près au niveau de l’insertion des cotylédons donne
lieu à de fameux problèmes, que la morphologie (disons plutôt anatomie)
qualifiée de « classique » et « orthodoxe » n’a jamais su résoudre. Le lieu de
ce « passage » est en effet quelque chose de formidable du point de vue de
toute l’hérédité, donc de l’évolution et de la morphogénie. C’est bien là qu'on
se heurte aux compromis sans nombre que la plante actuelle a réalisés pas
à pas, à partir de tous ses ancêtres de la pré-angiospermie ainsi que de l’an-
giospermie. Mettre la main sur ce lieu sans être pourvu de solides notions
de symétrie et de morphogénie signifie marcher dans le noir.
La plantule /embryon monocotylédone n’est pas isomère (fig. 15).
La plantule est accolée à l’un des cotylédons qui est « avantagé », et il
se fait souvent une « fusion » entre les extrémités inférieures des cotylé¬
dons qui viennent ainsi former une poche dans laquelle se loge la partie
radiculaire de l’embryon. Chez Lemna minor, par exemple, cette « partie
soudée » (fig. 12/A) est énorme. On pourrait à la rigueur réduire le coty¬
lédon avantagé des Monocotylédones à une simple fronde thalloïde dont
le pied, muni de trichomes absorbants, ferait fonction de « racine ». Cette
fronde émettrait de sa face (fig. 15) une deuxième fronde, etc.
A partir des embryons et plantules rudimentaires que nous venons
de décrire, l’on peut (voir 11 comme introduction au sujet) bâtir toutes
sortes de plantes, leur assigner différentes symétries, changer leurs axes
en vrilles, leurs feuilles en stipules leurs « n’importe-quoi » en « n’importe-
quoi d’autre » sans jamais sortir de fort peu des principes morphogènes.
La « Théorie de la Lentille d’Eau » a donc un mérite — à notre sens —
dont la « Théorie du Durian » est dépourvue : grâce à elle nous partons
d’un point assuré, c’est-à-dire, du niveau embryonnaire autant des or¬
ganes de la reproduction que de ceux de la végétation chez les Angios¬
permes. Au fait, il n’est ici nullement question d’une théorie au sens
courant du terme, plutôt d’un repère positif susceptible d’orienter la pen¬
sée vers des considérations valables et utiles. La « Théorie du Durian »
est peut-être un beau rêve, mais d’où part-elle pour aller là où elle voudrait
Source : MNHN, Paris
— 75 —
aller ? Que ses adeptes consentent enfin à nous instruire : notre ignorance
est tellement grande que, si la leur est moindre, ils ont de merveilleuses
choses à nous dire; des choses si merveilleuses que même Corner, peut-
être, n’y a jamais pensé. Nous les engageons à se rendre compte que c’est
surtout du côté de la symétrie et de la morphogénie que la botanique
pèche aujourd’hui. Or, n’est-ce pas à partir d’états embryonnaires que la
symétrie et la morphogénie s’occupent de bâtir « l’arbre angiosperme »
ainsi qu’une foule d’autres choses ?
CONCLUSION
La « Théorie de la Lentille d’Eau » n’est à vrai dire pas une « Théo¬
rie » au sens courant du terme. Elle ne fait que mettre en relief deux con¬
sidérations essentielles à la bonne compréhension du monde des Angios¬
permes, c’est-à-dire : 1) Les organes sexuels (sensu lato !) des Angiosper¬
mes ont été « mis à la refonte » à partir de leurs homologues pré-angiosper¬
mes. Grâce è cette « refonte », la sexualité a pris le pas sur la végétation :
l’ovule jadis porté sur un axe à bradées bien évoluées, mais incapable de
fécondation avant que se terminât la croissance de l’axe en question,
est — dans son état d’angiospermie — apte à fécondation au moment
où l’axe en question est à l’état embryonnaire, c’est-à-dire susceptible
de devenir un funicule et un arille. Le rapport entre la sexualité et la vé¬
gétation lequel était, disons de 25 à 75 dans la pré-angiospermie est,
dans l’angiospermie de 95 à 5, de telle sorte que les organes végétatifs
associés à ceux de la sexualité ne figurent chez elle qu’à l’état embryon¬
naire; 2) Toute la plante est réduite dans l’embryon à la symétrie mini¬
me 1 /2, et elle se « rebâtit » à partir de ce niveau jusqu’à donner la plante
actuelle. La plante actuelle a donc elle aussi été « passée à la refonte »,
ce qui n’a rien d’illogique si l’on pense à ce qui est arrivé au strobile préan¬
giosperme devenu fleurangiosperme,àl’axeovulifère réduit au funicule etc.
Une fois comprises les relations reliant la pré-angiospermie à l’an-
giospermie rien n’est plus facile —- en faisant appel à quelques principes
de symétrie et de morphogénie — que de mettre en lumière les rapports
entre le « fruit » de Wolffia et celui de Durio, la « plante » de Lemna et celle
de Quercus etc. Le désordre le plus absolu paraît régner dans la nature
pour autant qu’on en ignore les lois, mais dès que l’on en est instruit,
l’ordre le plus parfait le remplace en toute réalité. N’est-il pas « incroyable »
que les lois qui régissent les mouvements des astres puissent être énoncées
en quelques pages ? Pourrait-on jamais penser que celles qui régissent
la répartition des plantes et des animaux, le développement de Wolffia
et de Durio exigent dix mille fois autant de papier ? Observées du bon
côté les « œuvres de la nature » sont beaucoup moins formidables que
l’étendue de notre présomptueuse ignorance. Ce n’est pas la nature qui
ne se laisse pas comprendre. C’est nous qui sommes assez peu courageux
pour nous refuser à l'effort qu’il faut pour la comprendre; et c’est pour¬
quoi nous préférons, en général, faire des théories que nous appliquer
à de laborieuses analyses.
Source : MNHN, Paris
— 76
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Development of the Embryo. Transactions and Proceedings Roy. Bot.
Soc. Edinburgh 31 (1) : 5 (1932).
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par N. et F. Hallé). Adansonia, n.s., 4 : 423 s., 156 s. (1964).
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14. — The Biogeography of the Tropical Lands and Islands east of Suez-Mada¬
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Broteriana, Coimbra 20 : 1-451. (1968)
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Apdo. 60262/4262 Este
Caracas, Venezuela.
Source : MNHN, Paris
ser. 2, 11 (1) 1071
UNE TECHNIQUE DE PRÉPARATION
DES GRAINS DE POLLEN FRAGILES
par Aline et Jean Raynai.
Ayant entrepris une étude palynologique de la famille des Cypéra-
cées, l’un de nous constata très vite que les procédés habituels de prépara¬
tion des grains pour l’observation au microscope photonique donnaient,
dans ce cas précis, des résultats très médiocres, dus à la conjugaison de
plusieurs facteurs défavorables :
— Rareté du pollen dans une inflorescence de Cypéracée à un instant
donné (donc dans un spécimen d’herbier); en effet, si les épis de Cypéracées
sont généralement multiflores, nous avons constaté que, dans la plupart
des cas, l’évolution de la fleur au moment de l’anfhèse est très rapide :
la maturation des anthères est tardive, et précède immédiatement exser-
tion et déhiscence; le pollen anémochore estdispersé de façon très complète,
pratiquement rien ne demeure sur les anthères ouvertes. Il en résulte que
très souvent un épi même multi flore n’ofTre que quelques fleurs aptes à
fournir un matériel pollinique correct. Les fleurs, de plus, ne comptent que
1-3 étamines linéaires de dimensions réduites (généralement longues de
0,2 à 2 mm).
Le simple traitement d’inflorescences entières, aux pièces toutes
scarieuses ou sclérifîées, par les méthodes d’attaque classiques est donc
peu rémunérateur, le volume de débris de toutes sortes et pollen immature
étant considérable.
Bien entendu, la meilleure méthode de prélèvement reste, dans ces
conditions, la récolte de pollen pur, étalée sur plusieurs jours ou sur un
grand nombre d’inflorescences, sur matériel vivant. Ce moyen nous a
permis de préparer des Cypéracées européennes ou cultivées, mais reste
d’application difficile pour l’immense majorité des espèces tropicales, donl
l’étude indispensable, doit se fonder sur le seul matériel d’herbier dispo¬
nible.
Il faut donc réussir à prélever, en herbier, des étamines mûres non
ouvertes, donc non exsertes, ce qui revient à disséquer des inflorescences
en nombre forcément limité. Cette méthode, pour des raisons variées,
ne peut généralement fournir une quantité de pollen suffisante pour un
traitement normal par centrifugation.
Source : MNHN, Paris
— 78 —
— Fragilité extrême du pollen dans la plupart des cas : même en se
plaçant dans les meilleures conditions initiales (pollen frais, pur, abon¬
dant) les résultats d’une attaque acétolytique normale (méthode Erdt-
mann) suivie de centrifugation sont toujours décevants : les grains sont
flétris, fortement déformés, brisés, l’exine est corrodée, etc...
— Difficulté, malgré tout, de vider convenablement les grains de leur
contenu cytoplasmique, en rapport sans doute avec l’absence généralisée
d’apertures bien définies; cette même absence d’apertures semble en outre
concourir aux fortes déformations enregistrées sous l’effet du rinçage à
l’alcool.
Nous avons dû, en conséquence, mettre au point une méthode parti¬
culière à ces pollens rares et fragiles, qui se caractérise essentiellement par :
— un travail effectué entièrement sur lame, sans centrifugation
ni même transfert du pollen.
— une attaque ménagée, ne détruisant pas l’exine mais suffisante
pour vider convenablement les grains.
Cette attaque ménagée est obtenue par le remplacement, dans le
mélange acétolytique. d’une fraction de l’anhydride acétique par de l'acide
lactique. Après divers essais à des concentrations variées, nous avons
arrêté notre choix sur deux mélanges qui nous ont paru donner les meil¬
leurs résultats pour cette acétolyse lactique:
1. « Aclac 40 » acide sulfurique.10
anhydride acétique.50
acide lactique.40
convenant aux grains assez résistants, à exine tectée par exemple, deman¬
dant une attaque relativement énergique pour être vidés.
2. « Aclac 60 » acide sulfurique.10
anhydride acétique.30
acide lactique. 60
produisant une attaque très mélangée convenant aux grains les plus
fragiles.
L’ensemble des opérations se décompose comme suit :
1) Si l’on opère sur herbier, regonflage des tissus à l’eau presque
bouillante.
2) Dissection des inflorescences permettant l’extraction, à la pince
fine, du plus grand nombre possible d’anthères mûres.
3) Ouverture et dissection des anthères sur la lame porte-objet, dans
une goutte de mélange Aclac.
4) Chauffage modéré à 50-60° sur platine chauffante. Les progrès
de l’attaque acétolytique peuvent être suivis de temps en temps par exa¬
men microscopique. L’attaque est en principe complète quand le matériel
pollinique a pris une teinte ambrée plus ou moins foncée. Le contrôle au
microscope reste préférable, car la durée de traitement varie beaucoup
selon les espèces.
5) Rincer à l’alcool éthylique à 95°, déposé goutte à goutte au centre
Source : MNHN, Paris
79 —
de la lame. Les gouttes doivent être très petites, et la lame refroidie, si
l’on veut éviter une dispersion du pollen.
Le mélange acétolytique estérifié se rassemble en gouttelettes d’aspect
gras à la périphérie de la lame. Éponger ces gouttelettes en respectant
l'amas pollinique central, et poursuivre le rinçage sans jamais laisser
évaporer à sec.
6) Réhydrater à l’eau, à 40-50°; cette phase est rendue nécessaire par
l’action néfaste de l’alcool sur les grains qui, soumis sans doute à une forte
dépression osmotique interne, s’effondrent. Suivre cette phase au micros¬
cope sans jamais laisser évaporer à sec.
7) Quand les grains sont convenablement regonflés, monter à la
gélatine glycérinée et luter è la paraffine.
La phase 5 est la plus délicate; de son déroulement dépend générale¬
ment la qualité de la préparation. Il faut une certaine habitude pour
eflectuer un rinçage ni trop prononcé, qui entraînerait la perte d’une
grande partie des grains, ni trop timide, qui nettoierait insuffisamment
les résidus de l’acétolyse. De plus, comme indiqué plus haut, il faut
parvenir à compenser, dans la phase 6. la déformation prononcée qu’inflige
aux grains l’alcool éthylique. L’idéal serait de découvrir une autre
technique de rinçage faisant intervenir un produit dépourvu de l’action
osmotique de l’alcool. Un tel perfectionnement serait d’un grand
intérêt dans le cas des grains inaperturés à exine très mince, les plus
affectés par les méthodes actuelles.
Les photographies ci-contre, illustrant les résultats obtenus d’une
part avec la méthode d’ERDTMANN pour Cyperus conglomeratus, d’autre
part avec l’acétolyse lactique pour l’espèce très affine Cyperus Aucheri,
montrent la différence de qualité obtenue dans le montage des graine de
pollen de ces espèces.
r r Laboratoire de Phanérogamic
Muséum Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia. ser. 2, 11 (1) 1971
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE
DES ORCHID ACE AE DE MADAGASCAR. XV
NOUVELLES ESPÈCES DU GENRE AERANTHES LlNDL.
par J. Bosser
Résumé : Description de 6 nouvelles espèces du genre Aeranlhes Lindl.
Summary : Six new species are described in the genus Aeranlhes Lindl.
Le genre Aeranlhes Lindl. comprend des Orchidées spéciales à la région
malgache (Madagascar, Iles Comores et Mascareignes). Il fait partie de la
tribu des Sarcantheae et se distingue par des ileurs vertes ou blanches, à
colonne prolongée par un pied le plus souvent naviculaire, sur le bord
antérieur duquel est inséré le labelle. Jusqu’à ce jour 36 espèces ont été
décrites de Madagascar. Certaines sont nettement caractérisées, mais
il y a aussi des groupes [A. ramosa (Cogn.) Rolfe) où les variations sont
difficiles à saisir, par suite du peu de matériel dont nous disposons. Il
est préférable de faire les études sur du matériel frais ou en alcool. Les
fleurs sont délicates et, séchées, elles se prêtent mal à l’observation.
Nous proposons ici 6 nouvelles espèces dont les caractères se séparent
nettement de ceux des plantes déjà connues.
Aeranthes multinodis J. Bosser, sp. nov.
Herba epiphytica, acaulis, glabra, erecta. Folia 4, disticha, vaginis 2 cm
ongis, imbricatis, dorso carinatis; laminis planis paullo coriaceis, lineari-
oblongis, 12-20 cm longis, 2,5-4 cm latis, basi paullo angustatis, apice
bilobatis rotundatis, lobis disparibus.
Inflorescentiae 1-5, pendentes, 1-3-florae, 15-35 cm longae, simplices
vel pauciramosae, pedunculis gracilibus multinodosis; vaginis quam inter-
nodia longioribus; vaginae Ianceolatae lineares, subacuminatae, 1-1,5 cm
longae. Floris bractea subnigra, concava, ovali-acuta, usque subacuminata,
0,8-1,2 cm longa. Flores paullo carnosi; sepalo mediano ovali-lanceolato,
acuminato, 2,8-3,3 cm longo, 8-8,5 mm lato, 7-9-nervato; sepalis lateralibus
cujus que altero latere altero dispari, acuminatis, 3-3,5 cm longis, 1-1,2 cm
latis, 9-nervatis; petalis laxe ovatis acuminatis, 2,5-2,9 cm longis, 0,8-0,9 cm
Source : MNHN, Paris
- 82
Source : MNHN, Paris
— 83 —
latis, 7-9-nervatis; labello rhomboideo, apice truncato, mucronulato, basi
carina mediana ad dimidiam longitudinem munito, marginibus in dimidiam
terminalem partem denticulatis, multinervato, 1,5-1,6 cm longo, 1-1,2 cm
lato; calcare cylindrico, apice obtuso, 7-8 mm longo; columna carnosa,
2 mm alta; auriculae brèves, deltoideae acutae, 0,5-0,6 mm longae, dens
medianus rostelli parvus; pes columnae navicularis, 8 mm longus, margini¬
bus lobis obtusis munitus, parte interiori pubescenti papillosa; anthera
semi-rotundata, membranacea, castanea, ante emarginata, in diam. 3 mm;
ovario pedicellato 6-7 mm longo, glandulis parvis sessilibus subnigris tecto.
Type : .7. Bosser et ./.-P. Peyrot 20.009. Forêt ombrophile d’altitude
1300-1400 mètres. Rive Est du lac Tsiazompaniry, Madagascar (Holo-, P.).
Plante épiphyte dressée, à inflorescences pendantes; racines nombreu¬
ses, charnues, lisses. Feuilles coriaces, vert sombre, à limbes plans, obli¬
quement dressés, à sommet arrondi, bilobé, un peu scabre; lobes subé¬
gaux. Inflorescences grêles, pédoncule de 0,7-1 mm de diamètre, à nœuds
nombreux et entre-nœuds courts (0,4-1 cm de long); gaines noirâtres, plus
longues que les entre-nœuds, membraneuses, se désagrégeant facilement,
à 5 nervures saillantes, sommet un peu excurrent; bractée florale concave,
ample, aussi longue ou, plus souvent, plus longue que l’ovaire pédicellé,
à 5 nervures saillantes; ovaire pédicellé couvert d’une pruine noire,
caduque, de nature glandulaire, qui se retrouve aussi, moins dense, sur
les bractées et la face externe des sépales. Fleurs un peu charnues, vert
pâle, sommet des sépales et pétales jaunâtres, jaunissant en vieillissanl ;
sépales à sommet un peu récurvés, le médian ové lancéolé, les latéraux de
même forme générale mais dissymétriques, pourvus à la base d’un lobe
antérieur bien développé; labelle mulHnervé, rhombé, tronqué et mucro-
nulé au sommet, décurrent sur le pied, pubescent papilleux à la base;
à marges denticulées dans la moitié apicale, face supérieure munie d’une
carène médiane basale atteignant la moitié de la longueur; pied navicu-
laire peu profond, pubescent papilleux à l’intérieur, à marges surélevées
et infléchies dans la moitié basale, cette surélévation terminée en avant par
un lobe obtus; éperon cylindrique obtus, naissant sous l’insertion du
labelle, à l’extrémité du pied; colonne courte à auricules deltoïdes aigus,
dent médiane du rostelle nette mais très courte, obtuse.
Cette espèce est bien caractérisée et se signale surtout par ses pédon¬
cules floraux multinodes, à gaines plus longues que les entre-nœuds.
Elle se rapproche ainsi de Aeranthes longipes Schltr., mais le port et
surtout les caractères de la fleur sont différents.
Aeranthes Leandriana J. Bosser, sp. nov.
Habitu A. albidiflorae Toil.-Gen., Ursch et Boss., signis formac floris
differt.
Herba epiphytica, acaulis, glabra; folia 5-6, disticha, glauco-viridia;
vaginis brevibus, imbricatis, compressis, carinatis; laminis crassis, rigidis,
linearibus, 10-20 cm longis, 5-8 mm latis, apice bilobulato-acutis vel suba-
cutis, basi gradatim in pseudopetioio brevi attenuatis.
Source : MNHN, Paris
— 84
pi- 2.— Aeranthes teneUa Bosser : 1 plante fleurie; 2, fleur vue de 3/4; 3, labelle étalé; 4,
sépale latéral; 5, sépale médian; 6, pétale; 7, colonne, pied et éperon; 8, anthère; 9, polli-
Source : MNHN, Paris
— 85 —
Inflorescentia uniflora, pendens, brevis; pedunculo gracili, 2,5-10 cm
longo, basi vaginis 3, subnigris, imbricatis, munitus; vaginis superioribus
1-8, quam internodia brevioribus, 6-7 mm longis. Floris bractea subnigra,
ovalis, navicularis, carinata, 4-4,5 mm longa. Flos pallide viridis, paullo
crassus; sepalo mediano ovali-lanceolato, 2,5-2,7 cm longo, 8-9,5 mm lato,
5-nervato; sepalis latcralibus, cujus que altero latere altero dispari, late
ovalis, 2,7-3,2 cm longis, 10-12 mm latis, 5-nervatis; petalis ovalibus,
acuminatis, 1,5-1,7 cm longis, 6 mm latis, 3-5-nervatis; labello subortho-
gonio, apice apiculato, basi, cordato, 2 cm longo, 1,2-1,4 cm lato, basi
paullo papillosa; calcare arcuato, apice inflato, 1-1,2 cm longo; columna
carnosa, 3 mm alta, auriculis deltoideis acutis, 1,5 mm longis, rostelli
dente mediano subnullo; columnae navicularis pede 12 mm longo, 5 mm
profundo, glabro; anthera pallide lutea, semi-rotunda ante leviter emar-
ginata, in diam, 2,5-3 mm; ovario pedicellato glabro, 1-1,2 cm longo (PI. 1).
Type : J. Bosser 16.464. Vestige de forêt d’altitude 1400-1500 m,
Tampoketsa d’Ankazobe, Madagascar (Holo-, P.).
Plante épiphyte, acaule, rejetant parfois à la base, munie de nombreu¬
ses racines charnues vertes ou grisâtres, de 2,5-3,5 mm de diamètre.
Feuilles épaisses, rigides, vert-glauque, un peu déprimées sur le dessus,
nervure médiane canaliculé* 1 , aiguës ou subaiguës au sommet, régulière¬
ment atténuées à la base en un pseudopétiole de 1-1,5 cm de long, cana-
liculé dessus, arrondi dessous, face supérieure un peu ridée transver¬
salement, face inférieure lisse, vert plus clair.
Inflorescence beaucoup plus courte que les feuilles ou au maximum
aussi longue qu’elles. Fleur vert pâle, transparente, à nervation visible;
sépales et pétales dirigés vers l’avant, labelle dressé contre la colonne;
sépale médian ové, caudé, obtus au sommet, à 5 nervures principales, les
nervures latérales ramifiées vers les marges; sépales latéraux dissymétriques
largement ovés, caudés, à bord antérieur dilaté en lobe arrondi, 5 nervures
principales; pétales ovés acuminés, aigus au sommet, 5-nervés, les nervures
latérales ramifiées vers les marges; labelle subrectangulaire, apiculé au
sommet, un peu cordé à la base, nervures nombreuses, réticulées, marges
un peu ondulées, base pubescente papilleuse; pied naviculaire, élargi à
l’extrémité, glabre à l’intérieur; éperon court, obtus et renflé en massue
au sommet, incurvé; colonne verte, à auricules deltoïdes aigus, dent média¬
ne du rostelle courte, obtuse; ovaire vert, glabre.
Cette espèce rappelle par son port Aeranlhes albidiflora Toil.-Gen.,
Ursch et Bosser; mais elle se distingue aisément par son inflorescence courte,
et la morphologie de la fleur. Chez A. albidiflora les sépales et les pétales
sont de forme différente et rejetés en arrière, le labelle est horizontal non
cordé à la base, la colonne est nettement plus longue.
Aeranthes tenella J. Bosser, sp. nov.
A. parvulae Schltr. affinis, habitu ed floris signis differt.
Herba epiphytica, acaulis, glabra; folia 4-5, disticha; foliorum vaginae
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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brèves, imbricatae, compressae, carinatae; laminae oblongae, planae,
coriaceae, 2,5-5,5 cm longae, 1-1,8 cm latae, apice bilobatae rotundatae,
basi leviter rotundatae.
Inflorescentiae 4-5, pendentes, 5-10 cm longae, 1-2-florae; pedunculis
gracillimis, 0,2-0,3 mm in diam., simplicibus vel pauciramosis, vaginas 3-5
lanceolatas, 3-4,5 mm longas, internodiis multo breviores gerentibus;
floris bractea ovali, 2,5-3 mm longa. Flos paullo carnosus; sepalo mediano
lanceolato, obtuso, 1,8-1,9 cm longo, 4 mm lato, 5-nervato; sepalis lateralibus
in utroque alterutro latere altero dispari, ovali-lanceolatis, obtusis, 5-7-
nervatis, 1,7-1,8 cm longis, 6-7 mm latis; petalis ovali-subacuminatis, 1-1,2
cm longis, 4,5 mm latis, 5-7-nervatis; labcllo rhomboideo, apice acuto, basi
angustato, 1-1,2 cm longo, 6-7 mm lato, marginibus in dimidia superiore
parte denticulatis, crista basilari papillosa munito; calcare subcylindrico
obtuso, apice leviter inflato, paullo arcuato, 6-6,5 mm longo; columna
carnosa, 1,5 mm alta, auriculis brevibus deltoideis, apice obtusis vel paullo
truncatis, 0,5 mm longis; dente mediano rostelli parvo; columnae navicu-
laris pede 4-4,5 mm longo; anthcra castanea, membranacea, ante emarginata,
in diam. 1,5 mm; ovario pedicellato glabro, 1,5-1,8 mm longo (PI. 2).
Type : Jard. Bol. Tananarive 1399. Forêt- ombrophile, massif du
Marojejy, Madagascar (Holo-, P.).
Petite plante épiphyte. Feuilles à gaines courtes, étroitement imbri¬
quées, les inférieures se désagrégeant en fibres; limbes plans, obliquement
ascendants. Inflorescences extrêmement grêles, plus longues que les feuil¬
les; pédoncules et bractées parsemées de petites glandes noirâtres. Fleur
petite, à sépales et pétales étalés latéralement; les sépales latéraux dissy¬
métriques, un peu arqués; labelle subhorizontal, rhombé, aigu au sommet,
large et non auriculé à la base, à marges denticulées dans la moitié api¬
cale. pourvu à la base d’un pulvinus papilleux prolongé vers l’avant
par une courte crête médiane; colonne courte, à auricules deltoïdes obtus
ou un peu tronqués, dent médiane du rostelle obtuse, beaucoup plus courte
que les auricules; pied naviculaire peu profond, à bords largement arron¬
dis et un peu infléchis, surface interne pubescente papilleuse sous l’inser¬
tion du labelle; éperon cylindrique ou légèrement renflé dans sa moitié
apicale, obtus au sommet.
Cette espèce rappelle un peu A. parvula Schltr. mais le port est cepen¬
dant différent, les feuilles plus larges. D’autre part les sépales et pétales
sont plus longuement acuminés chez A. parvula, le labelle non denticulé
et l’éperon nettement renflé en massue au sommet.
Aeranthes Moratii J. Bosser, sp. nov.
Herba epiphytica, acaulis, glabra; folia 4-5, disticha, diluto modo
viridia; vaginae foliorum brèves, imbricatae, compressae, carinatae; lami¬
nae lineari-oblongae, 10-12 cm longae, 1,5-2 cm latae, apice dispari modo
bilobatae, rotundatae.
Inflorescentiae pendentes, graciles, 30-35 cm longae, pauciflorae;
Source : MNHN, Paris
Si'SI’.'CS
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pedunculis filiformibus, in diam. 0,5 mm, simplicibus vel pauciramosis,
vaginis subcastaneis, dorso carinatis, 3-4 mm longis, quam internodia
multo brevioribus. Flores 4-5 in racemo brevi terminali, axi 2 cm longo,
lineis multangulis constante; floris bractea fusco-subnigra, 2-2,5 mm longa,
apice acuta. Flos paullo carnosus, diluto modo viridis, apice sepalorum
subluteus; sepalo mediano ovali-acuminato, 2,5-2,7 cm longo, 8-9 mm lato,
5-nervato; sepalis lateralibus cujus que altero latere altero dispari, acumina-
tis, 2,7-3 cm longis, 1 cm latis, 5-7-nervatis; petalis laxe ovali-acuminatis,
1,6-1,7 cm longis, 6-6,5 mm latis, 3-5-nervatis; labello arcuato, basi angus-
tato, in parte media cristis lateralibus brevibus 2 minuto, 1,7-1,8 cm longo,
1,2-1,3 cm lato; calcare conico, obtuso, 6-7 mm longo, dorsiventraliter versus
valdc compresso; columna carnosa, 4 mm alta, auriculis suborthogoniis,
ante truncatis 0,8-0,9 mm longis; rostelli dente mediano brevissimo;
columnae navicularis pede 10-12 mm longo, marginibus lobum obtusum
gerentibus, parte interiori tenuiter papillosa; anthera semi-rotunda, fnsea,
membranacea, ante valde incisa, in diam. 2,5 mm; ovario glabro, 10-12 mm
longo. (PL 3).
Type : P. Moral 2835 bis. Région de Sambava, Madagascar (Holo-,
P-).
Plante épiphyte, glabre. Feuilles à gaines courtes étroitement imbri¬
quées, à limbes épais coriaces, vert clair, bilobulés au sommet, le grand
lobe nettement plus long, atteignant 1 cm; nervure médiane saillante sur la
face inférieure. Hampe florale grêle et pendante, simple ou ramifiée près
du sommet, à 8-11 nœuds portant des gaines brunes nettement plus courtes
que les entre-nœuds. Fleurs en courtes grappes terminales, semblant
s’épanouir successivement; axe floral court, en zig-zag. Bractée florale
beaucoup plus courte que l’ovaire, aiguë au sommet, carénée sur le dos.
Fleurs vert clair, sépales à sommet un peu jaunâtre; sépales et pétales
étalés latéralement; labelle courbé, multinerve, ové, aigu au sommet,
rétréci à la base en large onglet, non auriculé, glabre, et muni sur la face
supérieure dans sa partie moyenne de 2 courtes crêtes latérales, un peu
concave entre ces crêtes; colonne relativement haute, à pied naviculaire
peu profond, bords surélevés près de la base, cette surélévation terminée
en avant par un lobe obtus, face interne finement papilleuse; éperon court
et large, très comprimé dorsiventralement, obtus au sommet.
Espèce bien caractérisée, reconnaissable à ses feuilles épaisses, vert
glauque, et à sa fleur à éperon court, très comprimé.
Aeranthes Peyrotii J. Bosser, sp. nov.
Species A. sambiranoensis Schltr. affinis, signis floris formae differt.
Herba epiphytica, acaulis, pendens, glabra. Folia 6-8, disticha, vaginis
compressis carinatis, laminis linearibus angustis paullo carnosis, apice
bilobulatis acutis, basi compressis, 25-45 cm longis, 0,6-1 cm latis.
Inflorescentia uniflora, pendens, 25-40 cm longa; pcdunculo rigido,
in diam. 1-1,2 mm, vaginis multis quam internodia longioribus vel interdum
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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brevioribus; floris bractea lanceolata, subacuminata, 0,7-0,9 cm longa,
nervis 5 prominentibus ornata. FIos viridis, paullo carnosus; sepalo mediano
ovali-lanceolato, subacuminato, 3-3,8 cm longo, 6-8 mm lato, 7-nervato;
sepalis lateralibus, acuminatis, 3,2-4,5 cm longis, 0,9-l,2 cm latis, 5-7-nerva-
tis; petalis lanceolatis, acuminatis, 2,5-3,5 cm longis, 7-9 mm latis, 5-7
ncrvatis; labcllo oblongo subpanduriformi, 2,2-2,8 cm longo, 8-12 mm lato,
basi rotundato, apice breviter caudato, carinis basilaribus lateralibus 2
munito; calcare apice paullo inflato rotundato, dorsiventraliter versus
complanato, 8-12 mm longo, in diam. apice 3 mm; columna carnosa, 3,5-4
mm alla, auriculis linearibus acutis, 3 mm longis; columnae navicularis
pede 9-10 mm longo, marginibus lobo obtuso munitis; anthera castanea,
membranacea, ante incisa, in diam. 2-2,2 mm; ovario pedicellato gracili,
1,4-1,8 cm longo (PI. 4).
Typi; : ./. Bosser et J.-P. Peyrot 17.570 , vestige de forêt d’altitude,
bords du lac Mantasoa, Madagascar (Holo-, P.).
K. Ursch, Herb. .Iitril. Bot. Tan. 724, Tampoketsa d'Ankazobe; .1. Bosser 19249,
forêt d'Ankcramadinika, canton d'Ambatoloana; G. Cours 4250, Androdramanitra,
Rahobevava, ait. 850 m.
Plante épiphyte, glabre, pendante; feuilles à gaines imbriquées,
limbes étroitement linéaires, à base rétrécie et comprimée latéralement
en un pseudopétiole de 2-3 cm de long. Inflorescences 2-3, à pédoncules
rigides, à nœuds nombreux, entre-nœuds devenant plus courts vers le
sommet; gaines plus souvent plus longues que les entre-nœuds et couvrant
le pédoncule, parfois pour les entre-nœuds basaux, plus courtes que les
entre-nœuds. Fleurs vertes, sépale médian et pétales dressés, sépales
latéraux dirigés vers l’avant, labelle étalé, subhorizontal, oblong, subpan-
duriforme, caudé et aigu au sommet, arrondi subcordé à la base, muni,
face supérieure, de 2 courtes crêtes basales, un peu concave entre ces
crêtes; colonne longue, à auricules linéaires aigus, un peu arqués, bien
développés, déclinés; dent médiane du rostelle subnulle; pied naviculaire,
à bords muni d’un lobe obtus; éperon droit ou un peu courbé, renflé en
massue au sommet.
Espèce caractéristique parfois vivipare, certains bourgeons à l’aisselle
des gaines du pédoncule pouvant se développer en plantule. Elle se rappro¬
che par son port, ses feuilles étroites, de A. sambiranoensis Schltr., mais
la fleur est différente surtout par la forme du labelle et la colonne.
Aeranthes tropophila J. Bosser, sp. nov.
Habitu A. laxiflorae Schltr. similis, sed flore differt.
Herba acaulis, epiphytica, erecta; foliis 5-7, distichis; foliorum vaginis
brevibus, imbricatis, compressis, carinatis; laminis planis, lineari-oblongis,
40-17 cm longis, 1,5-1,9 cm latis, basi leviter rotundatis compressis, apice
bilobatis rotundatis.
Inflorescentiae 3-5, brèves, 2-2,5 cm longae, 1-4-florae; pedunculo
Source : MNHN, Paris
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gracili brevique 1 cm longo, vaginis 4-5 imbricatis, scariosis, castaneis
obtecto; floris bractea ovali-Ianceolata, concava, acuta, 6-7 mm longa.
Flores paullo carnosi; sepalo mediano lanceolato acuto, 1,1-1,6 cm longo,
3-3,5 mm lato, 5-nervato; sepalis lateralibus in utroque alterutro latere
altero dispari, 1,2-1,6 cm longis, 4,5-5 mm Iatis, 5-nervatis; petalis lanceolato
acutis, 1-1,3 cm longis, 2,8-3 mm latis, 3-5-nervatis; labello ovali-acuto vel
oblongo, apice acuto vel paullo truncato apiculato, basi leviter angustato,
7-8 mm longo, 4,5-4,7 mm lato, carina basilari deltoidea papillosa munito,
marginibus apice paullo denticulatis; calcare cylindrico, obtuso, apice
paullo inflato, 5-6 mm longo, in diam. 1,2-1,3 mm; columna carnosa 1,5-
1,6 mm alta, auriculis brevibus deltoideis, obtusis, 0,5 mm longis; dente
mediano rostelli brevi; columnae navicularis pede 4-4,5 mm longo, margini¬
bus lobo dilatato truncato munitis; anthera hemisphaerica, castanea, ante
laxe emarginata, in diam. 1,5-1,6 mm; ovario pedicellato glabro, costulato,
5 mm longo (PI. 5).
Type :./. Bosser et P. Moral 18.113. Forêt tropo-xérophile sur calcaire,
Tsingy d’Antsalova, Madagascar (Holo-, P.).
Plante épiphyte, à gaines foliaires courtes, étroitement imbriquées,
limbes peu coriaces, plans, obliquement ascendants. Inflorescences
beaucoup plus courtes que les feuilles, à pédoncule très court entièrement
couvert par les gaines. Fleur vert clair, transparente, à sépales et pétales
obliquement étalés, labelle dressé contre la colonne, à marges un peu
ondulées, finement denticulées vers le sommet, rétréci mais non auriculé
à la base, largement inséré sur le pied, aigu ou un peu tronqué et apiculé
au sommet, muni sur la face supérieure, à la base, d’un pulvinus deltoïde
papilleux; colonne courte, à auricules deltoïdes obtus, dent médiane du
rostelle plus courte que les auricules, dressée, obtuse; pied naviculaire,
à bords dilatés en lobe largement arrondi, infléchi, face interne papilleuse
sous l’insertion du labelle; éperon un peu courbé à la base, progressive¬
ment renflé vers le sommet, inséré sous le labelle à l’extrémité du pied.
Le genre Aeranlhes comprend surtout des plantes de la forêt ombro-
phile de l’Est et du Centre. Cette espèce est remarquable car elle appar¬
tient à la forêt de l'Ouest où elle subit une très longue saison sèche.
Aeranlhes Schlechleri Bosser est la seule autre espèce de ce genre vivant
dans des conditions écologiques semblables.
A. Iropophila, par ses inflorescences courtes rappelle A. laxiflora
Schltr. des massifs de l’Andringitra et du Tsaratanana. Mais outre qu’elles
vivent dans des milieux écologiques différents, ces plantes se distinguent
nettement par les caractères des sépales, pétales et labelle.
Bibliographie
Jacob de Cordemoy, E. — Flore de l’Uc de la Réunion, 1 vol. (1895).
Moore, S. — Orchideae in Baker, Flora of Mauritius and Seychelles, 1 vol. (1877).
Perrier de la Bathie, H. — Orchidées in Humbert H., Flore de Madagascar, 49 e
famille, 2 vol. (1941).
Source : MNHN, Paris
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Schlechter, R. — Orchidaceae Perrierianae, Fedde Repert. Beih. 33, 1 vol. (1925).
Toilliez-Genoud, J. — Sur une Aeranlhes nouvelle de Madagascar, Natur. Malg.
10 : 19-20 (1958).
— Ursch, E. et Bosser, J. — Contribution à l’étude des Aeranlhes (Orchi¬
daceae) de Madagascar, Not. Syst. 16 (1-2) : 205-215 (1960).
Directeur de recherche O.R.S.T.O.M.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
scr. 2, 11 (1) 1971
LES HUGONIA AFRICAINS (LINACEAE)
ET LEURS FRUITS
par F. Badré
Summaky : Kcys to the Africain species of Hugonia in the Muséum National
d’Histoire Naturelle de Paris, with some rcmarks about the morphology of the nut.
Le genre Ilugonia comporte une soixantaine d’espèces tropicales
ligneuses et plus ou moins sarmenteuses de forêt, à large répartition
géographique : Afrique, Madagascar et Mascareignes, sud-est asiatique,
Nouvelle-Calédonie et Australie. Ce genre est tout particulièrement bien
représenté en Afrique (Tabl. I) depuis le Séngéal jusqu’au Kenya et à la
Tanzanie. Le genre est généralement bien connu par les crochets remar¬
quables de ses rameaux. Le fruit est une drupe dont la « noix » méritait
une étude particulière.
Le but de ce travail est tout d’abord de présenter une clé des espèces
africaines ainsi qu’une révision des Hugonia africains du Muséum de
Paris. En second lieu une étude morphologique des noix permet l’utili¬
sation de nouveaux caractères pour les distinctions spécifiques. La mor¬
phologie des noix est susceptibles d’intéresser des zoologistes et des paléon¬
tologistes. On trouve en effet des noix A'Hugonia dans certains contenus
stomacaux d’antilopes (G. Dubost et N. Halle, Gabon). Leur présence
dans des sédiments quaternaires sahariens pourrait enfin être recherchée.
Outre les collections du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, des
matériaux d’herbier de Sierra Leone nous ont été adressés par M. le Profes¬
seur P. Jaeger; d’autres de Côte d’ivoire (Centre Orstom d’Adiopou-
doumé) nous ont été confiés par M. F. Halle. Nous les en remercions
vivement.
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU GENRE
(On peut se reporter pour plus de détails aux flores africaines, F.T.A., F.W.T.A.,
Flore du Congo Belge, Flore E.T.A., Consp. Fl. Angol.).
Ce sont des lianes ou des arbustes plus ou moins grimpants pourvus
de crochets recourbés, opposés ou alternes, et de stipules généralement
laciniés (rarement à contour ne présentant que 2 à 3 paires de petits
lobes latéraux : //. micans Engl.) et précocement caduques. Les feuilles
Source : MNHN, Paris
Tableau 1 : RÉPARTITION DES ESPÈCES AFRICAINES
H. plalysepalu
II. obtusifolia
H. macrophylla
H. rufipilis .
H. Afzelii . .
H. villosa . .
H. Planchonii
H. gabunensis
H. Batesii. .
H. micans. .
H. spicato
H. Gilletii. .
1. D’après Berhaul 5941, 5942, 6300, 6486, 6567
2. H. Planchonii var. congolensis.
3. H. spicata var. glabrecens.
(+) Autres citations d'après la bibliographie.
et 6843, spécimens cités de Casamance.
Source : MNHN, Paris
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sont simples, pétiolées, alternes, crénelées ou dentées. Les fleurs sont
disposées en cymes axillaires ou en panicules terminaux et latéraux.
La fleur comprend 5 sépales imbriqués persistants, 10 pétales jaunes
(rarement blancs : II. gabunensis Engl.) onguiculés, à préfloraison tordue;
10 étamines monadelphes à anthères dorsi fixes, déhiscentes par 2 fentes
longitudinales; 1 ovaire supère de 3-5 loges contenant chacune 2 ovules
collatéraux, pendants.
CLlï DES ESPÈCES
1. Pétales pubescents sur la face externe; styles pubescents.
2. Boutons floraux subglobuleux, arrondis au sommet; les
3 sépales internes émarginés et apiculés; feuilles lancéolées
à obovés-elliptiques.
3. Les 2 sépales externes à bords latéraux recourbés vers
l’extérieur; drupes à sillons profonds; feuilles discolores;
domaties à l’aisselle des nervures secondaire H. platysepala
3'. Les 2 sépales externes n’ayant pas ses bords latéraux
recourbés vers l’extérieur; drupe ne présentant pas de
sillons profonds; feuilles concolorcs sans domaties H. obtusifolia
2’. Boutons floraux coniques ou ovoïdes et aigus au sommet;
sépales lancéolés ou elliptiques; feuilles nettement obovées.
4. Boutons floraux ovoïdes, aigus mais non acuminés au
sommet; les 2 sépales externes elliptiques aigus H. macrophylla
4'. Boutons floraux coniques, acuminés; les 2 sépales externes
lancéolés acuminés . H. rufipilis
1'. Pétales glabres sur la face externe; styles glabres.
5. Fleurs disposées en cymes axillaires pauciflores jusqu’au
sommet des rameaux parmi les jeunes feuilles.
6. Boutons floraux subglobuleux aigus au sommet mais non
acuminés; extrémités florifères plus ou moins contractées,
portant généralement des feuilles peu développées vers le
sommet.
7. Indumentum des sépales, soyeux, grisâtre H. Afzelii var. Afzelii
7'. Indumentum des sépales, soyeux, noir. H. macrocarpa
6'. Boutons floraux coniques, acuminés; sépales ovales-
lancéolés, acuminés; extrémités florifères plus ou moins
lâches portant généralement des feuilles développées
jusqu’en haut.
Source : MNHN, Paris
— 98 —
8. Sépales tomentelleux à l’extérieur, glabres à l’intérieur;
anthères non apiculées; jeunes rameaux velus; feuilles
discolores sans domaties à 10-15 paires de nervures
latérales; crochets alternes. H. villosa
8'. Sépales tomentelleux sur les 2 faces; anthères apiculées;
jeunes rameaux vêtus de poils courts apprimés;
feuilles concolores parfois avec des domaties, à 8-10
paires de nervures latérales.
9. Fleurs jaunes; crochets alternes;
10. Sépales densément pubescents à l’extérieur, semi-
érigés; boutons floraux de plus ou moins 10 mm
de long; limbe verdâtre à l’état sec, plus ou
moins elliptique, cuné à la base.... H. Planchonii var.
Planchonii
10'. Sépales tomentelleux à l’extérieur, dressés; bou¬
tons floraux de 12-17 mm de long; limbe noirâtre
à l’état sec, plus ou moins lancéolé, arrondi à la
base. H. Planchonii var. congolensis
9'. Fleurs blanches; crochets opposés. H. gabunensis
5'. Fleurs groupées en panicules terminaux ou à l’extrémité de
rameaux latéraux.
11. Boutons floraux ovoïdes, subaigus au sommet; feuilles
discolores, tomentelleuses à la face inférieure.
12. Feuilles le plus souvent obovées, rarement elliptiques,
de 5-20 X 2,5-7 cm ou très grandes, longuement
atténuées et aiguës à la base, de 35-60 X 10-15 cm.
13. Feuilles le plus souvent obovées, rarement elliptiques,
de 5-20 X 2,5-7 cm, tomentelleuses à poils courts à
la face inférieure; indumentum jaunâtre soyeux;
crochets alternes. H. micans
13'. Feuilles très grandes, longuement atténuées et
aiguës à la base, de 35-60 X 10-15 cm, tomentel¬
leuses à poils courts à la face inférieure; indumen¬
tum argenté; crochets opposés. H. spicata var. grandifolia
12'. Feuilles elliptiques, oblongues-elliptiques.
14. Feuilles tomentelleuses à poils longs à la face infé¬
rieure; nervures secondaires peu distinctes. H. spicata var.
spicata
Source : MNHN, Paris
99 —
14'. Feuilles tomentelleuses à poils courts à la face
inférieure; nervures secondaires distinctes et
saillantes.
15. Bractéoles palmatifides; feuilles de 4-15 X 1,7-7 cm
sur le sec jaune à la face inférieure. H. Batesi
15'. Bractéoles non palmatifides; feuilles de 16-22
X 4,5-5 cm, blanc-mat à la face inférieure. H. spicata var.
glabrescens
11'. Boutons floraux subglobuleux arrondis au sommet, feuil¬
les concolores, glabres, lancéolées, acuminées, cunées
à la base. H. Gilleti
Hugonia platysepala Welw. ex Oliver, F.T.A. 1 : 272 (1868); De
Wildeman, Plant. Bequaert. 4 :277 (1927); Exell et Mendonça, Conspectus
Fl. Angol. 1 (2) : 243 (1951); Keay in Hutchinson et Dalziel, F.W.T.A.,
ed. 2, 1(2) : 359 (1958); Wilczek, Fl. Congo Belge 7 : 43 (1958); Smith,
F.T.E.A., Linaceae: 2 (1966).
Guinée : J. G. Adam 5284, Cercle de Nzérékoré (Hiécolé) (fr. 1949). — Schnell
718 (mars 1942), 2854 (mars 1942) Monts Nimba.
Sierra Leone : Deighton 3521, Mano (fr. 1 juill. 1928); 3527, Kangahun (fl. 8
mai 1938). — Jaeger 9201, Monts [.orna (2 janv. 1966). — .V. VV. Thomas 1240, Mato-
toka (fr. 29 juill. 1914).
Côte d'Ivoire : Chevalier 15529 (fr. 1905), 15447 (fr. 1905), 15475 (fr. 1905),
Bingerville, Abidjan, Dabou; 17813, Aboisso (fl. 2 avril 1907); 17812 bis, Byanouan
(Sanvi) (fl. 27 mars 1907); 21118, bassin du haut Nuyon, pays des Dyolas : pieds des
Monts Nouba (fl. 2-3 avril 1909). -F. Halle 165, Adiopodoumé (1960). Leeuwen-
berg 2155, 43 km E Soubré, 1 km E Guédéyo (fr. 16 déc. 1958). — Roberly 15525,
Dabou (fl. 22 nov. 1954). — Service forestier 461, Banco (fr. 1 sept. 1931). — 52 (fl.
5 juill. 1922); s.n. (fl. 16 avril 1962); 1867 (fl. 11 mai 1963) Adiopodoumé.
Ghana : Lovi 3895, E.P. New Tafo (bout. 25 février 1954).
Cameroun et Gabon : Nombreuses localités (flores du Cameroun et du Gabon
à l’étude).
Fernando Po : Mann s. n. (fl.).
Centrafrique : Aubréville 37, La Maboké (Oubangui-Chari) (fl. 1964). — Des¬
coings 12245, région d’Obo (fl. 31 déc. 1963). — Hédin s. n. (fr. 15 juill. 1930). —
Le Testu 2673, village de Langanea, W de Yalinga (fl. 27 avril 1921); 3949 (fr. 19 juin
1922), 4594 (11. 3 mars 1923), Yalinga. Schweinfurth 3319 (fl. 14 mars 1910). —
Tisseront 363, Bambari (fl. 29 mars 1921); 748 (fl. 8 mars 1948, 1300 (fl. 29 déc. 1948),
1729 (fl. fr. 15 avril 1950), 1743 (bout. 13 mai 1950), Boukoko.
Congo (Brazz.) : Chevalier 5052, Léfini (bout. 5 août 1902). — Bouquet 531,
forêt de Bangou (fl. 12 août 1964) — Descoings 9952, route de Brazzaville, la Foula-
kari (fl. fr. 12 nov. 1962).
Congo (Kinshasa) : Corbisier 1185, Eala (fl. 1930). — Fidao s. n., forêt de
Baiki-Poubangui et Boganga, confluent de l’Oubangui et du Congo (fl. déc. 1916). —
Louis 135, Mongo, Equateur (fl. 22 sept. 1935); 3320 (20 fév. 1937), 3876 (fl. 21 mars
1937) , 4026 (1 juill. 1937), 9321 (fl. 17 mai 1938), 9192 (2 mai 1938), 10976 (fl. 23 août
1938) , Yangambi. —- S. de Giorgi 1788, Yambata (fl. mars 1914). — Vermoesen 2122,
Eala, Equateur (fl. 2 mai 1919).
Ouganda : Dawe 15 (fl.). — Dümmer 232 (fl. sept. oct. 1916).
Angola : Welwitsch 1584, Golungo Alto (fl. août 1955).
Source : MNHN, Paris
— 100 —
Hugonia obtusifolia C.H. Wright, Kew Bull. : 119 (1901); De Wilde-
man. Plant. Bequaert. 4 : 274 (1927); Keay in Hutchinson et Dalziel,
F.W.T.A., ed. 2, 1 : 359 (1958); Wilczek, Fl. Congo Belge 7 : 46 (1958).
Cameroun et Gabon : (Flores à l’étude).
Congo (Brazz.) : Chevalier 27693, Pays Bakongo, Mbamou à Gompaka (fr. 4
août 1912).
Congo (Kinshasa) : Lebrun 6634, Kutu, lac Léopold II (bout. déc. 1932). —
Chevalier 27847, Mistandungu (10 août 1912). — Louis 9665, Yangambi, vallée de la
Lusambila (fl. 3 juin 1938).
Hugonia macrophylla Oliver, F.T.A. 1 : 271 (1868); De Wilde-
inan. Plant. Bequaert. 4 : 272 (1927); Keay in Hutchinson et Dalziel,
F.W.T.A., ed. 2,1(2) : 359 (1958).
Gabon : (Flore à l'étude).
Hugonia rufipilis A. Chev. ex Hutchinson et Dalziel, F.W.T.A.,
ed. 1.1 : 132 (1927); A. Chevalier, Expi. Bot. Afr. Occ. Fr. 1 : 93 (1920).
nomen; Keay in Hutchinson et Dalziel, F. W.T.A., ed. 2,1(2) : 359 (1958);
Wilczek, Fl. Congo Belge 7 : 47 (1958).
— H. Reygaerti De Wildeman, Plant. Bequaert. 4 : 281 (1927).
Sierra Leone : Deighlon 4066 (9 fév. 1945).
Côte d’Ivoire : Chevalier 15445, Bingcrville, Abidjan, Dabou (1905); 17266,
Bingervillc (16 fév. 1907).
Hugonia Afzelii R. Br. ex Planchon, Lond. Journ. Bol. 7 : 525
(1848); Oliver, F.T.A. 1 : 270 (1868); Keay in Hutchinson et Dalziel,
F.W.T.A., ed. 2, 1(2) : 359 (1958); Wilczek, Fl. Congo Belge7 ; 50 (1958).
- H. Chevalieri Hutchinson et Dalziel, F.W.T.A., ed. 1, 1 : 132 (1927); Kew
Bull. : 29 (1928).
— H. foliosa Oliver, F.T.A., 1 : 271 (1868); Keay in Hutchinson et Dalziel,
F.W.T.A., ed. 2, 1 (2) : 359 (1958), syn. nov.
Sierra Leone : Deighlon 5832, Kasewe Hills (fl. 16 juin 1952). — Mann 816,
Bagroo River (bout. fl. 1861).
Côte d’Ivoire : Chevalier 12245 (fr. 31 mai 1905), 15445 (fr. 1905), 15446 (fr.
1905), 15446 (fr. 1905), 15531 (fr. 1905), Bingerville, Abidjan, Dabou; 16371, moyenne
Sassandra : Guédéko (fl. fr. 19-21 mai 1907). — Leeuwenberg 2893, NW Sassandra (fr.
27 nov. 1959). — Thoiré 181, San Pedro (fl. 25 fév. 1901) 2377 (fr. 1 juin 1954), Monts
Nimba, 2617 (fr. 12 août 1954), Adiopodoume — Aké Assi s. n. (bout. 22 avril 1958)
Adiopodoumé.
Nigeria : Keay 25548, Akure forest reserv (3 nov. 1949); ce numéro a été cité
par erreur comme 25584 dans F.W.T.A., ed. 2, 1, (2) : 359- (1958), sous le nom de
//. foliosa Oliv.
Centrafrique : Le Testu 4206, 20 km S de Yalinga (fl. 2 oct. 1922).
Hugonia macrocrapa Welw., Ann. Conselho Ultram. 1858 : 585
(1859); De Wild., Plant. Bequaert. 4 ; 272 (1927); Exell, Journ. Bot. 65.
Suppl. Polypet. ; 48 (1927).
— H. Afzelii var. melanocalyx Oliv., F.T.A. 1 : 270 (1868).
Source : MNHN, Paris
— 101
— H. angolensis Welw. ex Oliv., F.T.A. 1 : 271 (1868); de Wild., Plant. Be-
quaert. 4 : 268 (1927).
Angola : Welwitsch 1586, Pungo Andongo (fl. fév. 1857).
Hugonia villosa Engler, Bot. Jahrb. 32 : 105 (1902); De Wild. et
Th. Dur., Plant. Gilletanae in Bull. Herb. Boiss., sér. 2, 1 : 742(1901)
nomen; De Wildeman, Plant. Bequaert. 4 : 288 (1927); Exell et Mendonça,
Conspectus Fl. Angol. 1(2) : 243 (1951) : Wilczek, Fl. Congo Belge 7 :
49 (1958); Smith, F.T.E.A., Linaceae: 4 (1966).
Cameboun et Gabon : (Flores à l'étude).
Congo (Kinshasa) : Goossens 2589, Lula, Stanleyville (fl. mai 1921).
Hugonia Planchonii Hooker f.. Icônes Plant., lab. 777 (1848):
Oliver, F.T.A. 1 : 272 (1868); Keay in Hutchinson et Dalziel. F.W.T.A.,
ed. 2,1 : 359 (1958); Wilczek, Fl. Congo Belge 7 : 48 (1958).
H. acuminala Engler, Bot. Jahrb. 32 : 106 (1902); Hutchinson et Dalziel,
F.W.T.A. 1 : 133 (1927).
Nous avons conservé la synonymie adoptée par Keay in Hutchinson
et Dalziel, F.W.T.A. 1(2) : 359 (1958). II. acuminala Engl, présente des
feuilles nettement papyracées et acuminées, présentant des domaties aux
aisselles des nervures secondaires, alors que chez II. Planchonii Hook. f..
les feuilles sont généralement plus coriaces et ne présentent pas toujours
de domaties aux aisselles des nervures secondaires. Les matériaux à
feuilles type acuminala se répartissent dans l’ouest africain (Gabon,
Cameroun). De là, on passe insensiblement aux matériaux à feuilles type
Planchonii de l’est africain. Ces différences morphologiques sont dues à la
grande variabilité de l'espèce. Les caractères floraux ne permettent pas de
distinguer deux espèces.
Guinée : J. G. Adam 8164, cercle de Nzérékoré (fl. 1949). — Chevalier 12763
(bout, avril 1905), 13254 (bout, mai 1905), entre le Kaba et le haut Mamou; 14837,
bord du Konkouré, route de Kouria Yssibo (fl. fr. 7 oct 1905); 18109, Fouta-Djalon
(fl. 27 mars 1907); 18795, Fouta-Djalon, plateau de Dalaba-Diaguissa (fr. 8 oct. 1907).
— Chillou 37, Friguiagbé, Bingaya (bout. 30 mai 1943). — Chillou el Maunoury 61,
Dalaba (fr. nov. 1913). — H. Jacques-Félix 7135, Séredou (fr. août 1954). — Maclaud
4. Dinguiray (fl. oct. 1898). Miquel 55, Fouta-Djalon (fl. fr. 4 juin 1897). — Pobé-
guin 792, route de Timbo à Conakry (fl. juillet 1901); 818, Kouroussa (bout, mai
1903); 1619, Imbo, Konkouré (fl. juin 1907). Schnell 2270. Dalaba, Mont Timka (nov.
1944); 2578, Macenta (bout, mai 1945); 2600, massif du Ziama (mai 1945); 3778,
Monts Nimba (fr. oct. 1947).
Sierra Leone : Deighton 5654, sommet du Sugar Loaf Mountain (fr. 1 nov.
1951); 5834, Base de Kasewc Hills (fl. 16 juin 1952); 6005, Sulima (Gbema) (fl. fr.
9 sept. 1953). — Elliol 5426, près de Berria (fl. 30 mars 1896). — Jaeger 945 (fr. 12
août 1945), 1400 (fr. oct. 1945), 1654 (fr. 13 sept. 1945), 6896 (fr. 25 juill. 1964), 7557,
7617 (fr. 24 sept. 1964), 8327 (14 juill. 1965), 8882 (12 juill. 1966), 9771 (fl. 9 avril
1966), Monts Loma. — Jordan 2049, Kenema agricultural farm (bout 18 avril 1955).
— Mann 873, Bagroo River (fl. 1861). — Small 616, Yola Forest (fl. 18 avril 1952). —
N. W. Thomas 5124, Yonibana (bout fr. 11 nov. 1914).
Liberia : Blickenstaff 51, Sukoko Town, Gbarnga district (fl. 15avril 1952.) —
Nigéria : Keay et Onochie 37014, Abeokuta, Ulugun (fl. 13 mai 1937).
Côte d’Ivoire : Chevalier 15447 bis, Bingerville, Abidjan, Dabou (1905); 16767
Source : MNHN, Paris
102 -
bis, Bouroukrou, chemin de fer km 92 (20 déc. 1906 à 20 janv. 1907); 1901 â, bassin
de la Sassandra, Guédéko (3-5 juin 1906). Leeuwenberg 2192, 43 km E Soubré.
environs 4 km SE Guédéyo (0. 16 déc. 1958). — Maires. n„ Port Bouct (fl. 30 juill. 1944)
— Nozeran s. n.. Mont Bô (sept. 1955) ; 1662 (fl. 2 août 1952), Adiopodoumé.
Ghana : Andoh 5542, E province de Mpraeso (fr. juin 1951). — Chevalier 13864,
Aburi (bout, mai 1905).
Nigeria : Onochie 21992, Oyo (fl. 5 mai 1947).
Cameroun et Gabon : (Flores à l’étude).
Hugonia gabunensis Engler, Bot. Jahrb. 32 : 105 (1092).
Cameroun et Gabon : (Flores à l’étude).
Hugonia Batesii De Wildeman, Plant. Bequaert. 4 : 268 (1928).
Gabon : Le Testu 6442, Itsagho Ivinzi (fl. 23 mars 1927).
Hugonia micans Engler, Bot. Jahrb. 32 : 104 (1902).
Cameroun et Gabon : (flores à l’étude).
Congo (Brazz.) : l.ecomle, s. n., Kitabi (fl. 1895).
Hugonia spicata Oliver, F.T.A. 1 ; 270 (1868); Keav in Hutchinson
et Dalziel, F.W.T.A., ed. 2, 1(2) : 359 (1958).
Fernando Po : Mann 224 (fl. fr.).
Var. glabrescens Keay, Bull. Jard. Bot. Brux. 26; 183 (1956);
in Hutchinson et Dalziel, ed. 2,1(2) : 359 (1958); Wilczek. Fl. Congo Belge
7 : 50 (1958).
Cameroun et Gabon : (Flores à l'étude).
Centrafrique ; Tisseront 356 (fl. 16 ocl. 1947), 442 (fl. 8 nov. 1947), 690 (bout,
fr. 7 fév. 1947), Boukoko.
Hugonia Gilleti De Wildeman, Plant. Bequaert. 4 : 270 (1927);
Wilczek, Fl. Congo belge 7 : 53 (1958).
Congo (Brazz.) : Descoings 6035, NE de Brazzaville, falaises de Douvres (bout.
1 juill. 1960).
LE FRUIT
Le fruit des Hugonia est une drupe à mésocarpe charnu entourant
un noyau polÿsperme globuleux formé par l’endocarpe lignifié. Le noyau
est généralement compact à pyrènes non séparées par de profonds sillons.
Plus rarement de profonds sillons séparent chacune des pyrènes 1 . Le
noyau à paroi plus ou moins sillonnée peut être bréviaxe ou longiaxe.
Le sommet est aigu, subaigu ou déprimé. La base présente les ouvertures
(1) Ces deux types correspondent respectivement aux drupes à noyau compact
(ex. //. Planchonii Hook. f.) et aux drupes à pyrènes détachables (ex. H. plalysepala
Welw. ex Oliv.) des anciens auteurs.
Source : MNHN, Paris
— 103 —
PI. 1. _ I)e haut en bas. vue latérale, vue apicale, vue basale et coupe transversale de la nucule
X 2,6 : 1-4, H. spicata Oliv. (Leloiizep 47S3)i 5-8, H, micans Engl. (K la inc 22)-, 9-12,
H. Planchonii I look. f. I Maine 2226).
Source : MNHN, Paris
— 104 —
des faisceaux nourriciers, directement apparentes ou plus ou moins enfon¬
cées dans un ombilic dont la marge est parfois saillante. Seulement dans
les noyaux compacts, chaque cloison comporte dans sa masse une logette
ou lacune alternant avec les loges qui contiennent chacune une graine
comprimée, albuminée (PI. 1 et 2). L’embryon est droit ou un peu arqué.
La radicule est dirigée vers l’apex du noyau (N. IIallé 787, dessin in vivo).
Remarque sur le noyau des Hugonia.
Il faut se garder de nommer ce noyau une noix. De Gandolle a
défini la noix (nux) : « Fruit à enveloppe osseuse, à une loge, à une graine
qui ne s’ouvre pas à la maturité, dont le péricarpe est peu ou point distinct
de la graine, et qui est souvent enchâssé dans un involucre ».
Les Hugonia n’ont pas de noix mais des Nuculaines à noyaux plus
ou moins soudés. D’après A. Richard (1838) le nuculaine (Nucularium
Rich.) est « un fruit renfermant dans son intérieur plusieurs petits noyaux,
qui portent le nom de nucule (Nuculae Rich.)... ».
Une dernière remarque s’impose au sujet des termes nucule et ossi-
cule dont s’est servi Tournefort, en parlant de drupe. Pour ce dernier,
chacun de ces termes désigne le noyau intérieur à une seule loge, à paroi
ligneuse comme chez la cerise.
CLÉ DES NOYAUX DE QUELQUES ESPÈCES AFRICAINES
1. Drupes à forte pointe saillante au sommet. II. spicata Oliv.
1'. Drupes sans forte pointe saillante au sommet.
2. Pvrènes séparées par de profonds sillons. H. platvsepala Welw.exOIiv.
2'. Pyrènes non séparées par de profonds sillons.
3. Drupes subaigues au sommet
4. Jeunes rameaux vêtus de poils courts apprimés, feuilles
concolores à 8-10 paires de nervures latérales.. H. Planchonii
Hook. f.
4'. Jeunes rameaux velus, feuilles discolores à 10-15 paires
de nervures latérales. H. villosa Engl.
3'. Drupes à sommet très obtus ou camus.
5. Drupes longiaxes’± obovées, hauteur 14-17 mm... H. Afzelii
R. Br. ex Planch.
5'. Drupes bréviaxes, hauteur 11-13 mm.
6. Pyrènes sillonnées. H. micans Engl.
6'. Pyrènes à crête fine médiane.. H. obtusifolia C. H. Wright.
Source : MNHN, Paris
105
i. — De haul en bas, vue latérale, vue apicale, vue basale et coupe transversale de la nucule
x 2,6 : 1-4, H. villosa Kngl. (Lelauzey 4302); 5-8, H. Afzelii R.Br. ex Planch. (Chevalier
16245); 9-12, H. platysepala Welw. ex Oliv. (Rreleler 1663).
Source : MNHN, Paris
— 106 —
Les caractères morphologiques des nuculaines africaines se retrouvent
chez les espèces malgaches, celles du Sud-Est Asiatique et de l’Océanie.
Les variations concernent aussi, essentiellement : la forme de la noix
et son ornementation, le nombre de carpelles.
Les noix malgaches ont de 3 à 5 carpelles, de 5 à 15 mm de diamètre
et de 11 à 16 mm de haut.
Les espèces du Sud-Asiatique et de l’Océanie présentent des noix
bréviaxes de 3 à 5 carpelles, de 9 à 12 mm de diamètre et de 9 à 10 mm
de haut.
Après la création du genre Hugonia par Linné les premières illus¬
trations de fruits ont été faites par Cavanilles, Dissert., tab. 73 (1787)
et Gaertner, De Fructibus et Seminibus Plantarum 1, tab. 58 (1788).
puis par Lamarck, 11. PI. 572 (1797) et Schnizlein, Iconogr. 3, tab. 214
(1843-1870) (Se reporter pour les illustrations plus récentes aux références
de la bibliographie finale).
Références bibliographiques
Wight, R. — III. Ind. Bot. 1 : 78, pl. 32 (1840).
Hooker, W.J. — Icônes PI. 8, tab. 777 (1848); Nig. FI., tab. 27 (1849).
Pierre, L. — Fl. For. Cochinchine 4, tab. 281 (1893).
Guillaumin, A. — Flore générale de l’Indochine 6 (1) : 587, fig. 62 (1911).
Hutchinson, J. et Dalziel, J.M. — F.W.T.A. 1 (1) : 133, flg. 51 (1927).
Guillaumin, A. — Bull. Soc. Bot. Fr. 80 : 35 (1933).
Tardieu-Blot, M.J. — Flore générale de l’Indochine, suppl. 1 (4) : 502 (1945).
Guillaumin, A. —- Flore de la Nouvelle-Calédonie : 161 (1948).
Perrier de la Bathie, H. — in Humbert H., Flore de Madagascar, Linaceae : 5,
fig. 2-3-4 (1952).
Keay, R.W.J. — in Hutchinson et Dalziel, F.W.T.A., ed. 2, 1 : 360 (1958).
Wilczek, R. — Fl. Congo belge 7 : 45, tab. 6 (1958).
Smith, D.L. — F.T.E.A., Linaceae : 3, flg. 1 (1966).
Laboratoire de Phanérogamic
Muséum Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2,11 (1) 1971.
PLANTES RARES OU INTÉRESSANTES
DE LA RÉPUBLIQUE DU NIGER. III
par J.-P. Lebrun e* B. Peyre de Fabrègues
Résumé : Des récoltes récentes, dues à G. Boudet, à B. Peyre de Fabrègues
et à G. Rippsteix, ont permis d’identifier douze espèces supplémentaires pour l'Ouest
Africain; sept d’entre elles peuvent être ajoutées à la « Flora of West Tropical Africa »,
éd. 2. Cartes pour Coelachyrum brevifolium, Crotalaria microphylla, Ficus salicifolih,
Solenoslemma oleifolium.
Summary : Naming of plants recently collected by Messrs G. Boudet, B. Peyre
de F'abrègues and G. Rippsteix enabled the author to recognize twelve species
not yet recorded from West Tropical Africa; seven of which can be added to the list
of the plants represented within the area of the F.W.T.A., ed. 2. Distribution maps
of Coelachyrum brevifolium, Crotalaria microphylla. Ficus salicifolia, Solenoslemma
oleifolium.
C.ette troisième contribution est essen* iellement basée sur l’étude de
récoltes botaniques de trois origines, à savoir : —- celles de G. Boudet
elïectuées d’octobre à décembre 1968 dans la région du Dallol Maouri
(4819 à 5636) — celles de B. Peyre de Fabrègues, 2789 numéros collectés
de septembre 1962 à fin 1968 —- celles de G. Rippstein, environ 100 plantes
récoltées en 1969-1970.
Nos trois notes consacrées à la flore de la République du Niger 1
auront surtout permis de mettre en exergue 30 Dicotylédones qui ne
figurent pas dans la seconde édition de la « Flora of West Tropical Africa »;
12 d’entre elles pourtant, avaient déjà été signalées dans des publications
antérieures; toutes furent de nouveau récoltées et sont maintenant
dûment acquises à la flore de l’Ouest Africain. On notera que des 120
espèces qu’il faut actuellement ajouter aux trois premiers volumes de la
nouvelle F.W.T.A. (1954-1968), le quart provient du Niger. Pour une
bonne part il s’agit de plantes réputées « orientales », f out simplement
parce qu’on ne les avait pas encore récoltées à l’Ouest; comme l’écrivait
Perrot en 1928 (Bull. Soc. bot. Fr.) : « en somme, il me semble que cette
observation (découverte du Cassia acutifolia au Mali) vient en affirmation
du fait que du Nil au Sénégal, la zone présaharienne du Soudan est sensi
blement couverte des mêmes associations végétales »; au vrai, les récoltes
se multiplient et les aires s’agrandissent.
1. Voir Adansonia, ser. 2, 7 (3) : 391-398 (1967); ibidem, 9 (1) : 157-168 (1969).
Source : MNHN, Paris
— 108 —
Par ailleurs, la découverte du Dicoma capensis au Niger central,
nous a amené à mettre en évidence un nouveau membre de l’intéressant
groupe d’espèces des zones sèches d’Afrique, à aire disjointe.
Nous avons à cœur d'adresser nos sincères remerciements à différents spécialistes
qui ont bien voulu nous accorder leur concours : W.D. Claytox, des Jardins bota¬
niques royaux de Kew ( Gramineae ), et Miss D.M. Napper de la môme institution
(Acanlhaceae ), H.H. Heine, Maître de Recherches au Centre national de la Recherche
scientifique à Paris ( Acanlhaceae. Corwolvulaceae), E. Launert du British Muséum
à Londres (Labiatae), M mc Le Thomas, du Muséum de Paris ( Annonaceae ), R.M.
Polhill de Kew qui a bien voulu nous autoriser à publier la carte de répartition du
Crolalaria microphylla. Précisons enfin que nos cartes sont établies d'après la littérature
et les échantillons des herbiers ALF, P, K et BM et que nous citons les plantes par
ordre alphabétique de famille.
ACANTHACEAE
1. Thunbergia annua Hochst. ex Nees in DC... Prodr. 11 : 55
(1847).
Peyre de Fabrègues 2742, Badéguishéri, Ibessenten (carte 1,200 000 Tahoua)
25-9-1968. bas-fond argileux, ALF !
Rép. du Sudan, Éthiopie.
Nouveau pour le domaine de la F.W.T.A., éd. 2 (1963).
2. Blepharis ciliaris (L.) B. L. Burt*, Notes R. Bot. Gard. Edinb..
22(2) : 94 (1956).
Bas. : Ruellia ciliaris L., Syst. Nat., ed. 12, 2 : 424 (1767).
Syn. : — Ruellia persica Buhm. f., Fl. Ind. : 135, tab. 42, fig. 1 (1768).
Acanlhus edulis Forsk., Fl. Aegypt.-Arab. : 114 (1775).
Blepharis edulis (Forsk.) Pers., Syn. PI. 2 : 180 (1807).
Acanlhodium spicalum Del., Fl. Egypt. Explic. PI. : 241, tab. 33,
fig. 3 (1813).
- Blepharis persica (Burm. f.) O. Ktze, Revis. Gén., 2 : 483 (1891).
B. tinariifolia auct. : H. Heine in Hutcii. et Dalz., Fl. West Trop.
Afr., ed. 2, 2 : 410 p.p., quoad spec. Chenal. 28 806 (1963); non Pers.
— Blepharis edulis (Forsk.) Pers. var. gracilis Maire, Bull. Soc. Hist.
Nat. Afr. Nord 29 (4) : 441 (1938), syn. nov. (e descript.)
Le véritable B. ciliaris existe bien dans l’Ouest Africain, mais sous
une forme réduite; celle-ci se rencontre aussi dans la République du Sudan
et au Kenya, plus rarement dans la partie orientale de l'aire de l’espèce
(fide Napper in sched.).
Cette petite forme se distingue très bien du B. linariijolia, tout
particulièrement par ses feuilles bien plus courtes (env. 3-4 cm), profon¬
dément ef régulièrement lobées, ne dépassant pas longuement les épis;
c’est certainement la plante décrite par Maire en 1938 sur des échantillons
récoltés par Murat en Mauritanie : 1990 et 2246, Inchiri près Akjoujt.
1358, Adrar près Choum; nous n’avons pas vu ces spécimens mais nous
n’hésifons pas, au vu de la diagnose et compte tenu des lieux de récol*es
à mettre la création de Maire en synonymie de Blepharis ciliaris.
Source : MNHN, Paris
— 109 —
Nous pouvons y rapporter les échantillons suivants :
Mauritanie : Adam 13 087, de Sbcyat à Akjoujt, 16-2-1957; Charles in herb.
Chevalier 28 806, s.n. loc., 11-1911, P; l'espèce (sub nom. B. edulis) est citée par Adam,
Journ. Agr. trop. Bot. appl. 9 : 169, 1962); Murat (v. supra). — Mali : Monod 364 et
365, Mission Augiéras-Drapcr, Izélilène, lisière de l’Adrar des Iforas, 1-12-1927; Monod
444, Timétrine, 13-12-1927, P. — Niger : de Wailly 5240, cercle d’Agadès, 25-2-1936;
Koechlin 6737, région de Tahoua, In Arouinat, 9-1961, P; Peyre de Fabrègues 2821,
-10 km NE de Tassara, zone d’épandage sablo-argileuse à nodules de silex, 11-1969;
Bippstein 84, In Arouten, bas-fond sablo-argileux, 23-11-1969, ALF; l’espèce (sub
nom. B. edulis ) est signalée de l’ATr par Bruneau de Miré et Gillet, Journ. Agr.
trop. Bot. appl. 3 : 719, 1956 et par Maire, Trav. Inst. Rech. Sali., 3 : 134, 1945 (sub
nom. B. edulis var. gracilis). — Tchad : Carrier 1, Ennedi, 1922, P; Gillet 194 et 201,
Enncdi, plaine Eto, plage sableuse au pied de rochers, 12-8-1957; 3555, en tête d’un
affluent de l’Oued Dogouro. 25-9-1964. herb. Gillet; Bosselli 58/52, bord S de l’Ennedi,
16°30'N, 21°30'E, plaine sableuse sèche, 24-8-1958, P.
Signalé du Tibesti par Maire et Monod (sub nom. B. edulis), Mém.
I.F.A.N. 8 : 53, 1950; d’après Quézel (Mém. Inst. Rech. Sah. 4 : 174,
1958) ce taxon (sub nom. B. edulis) est « commun dans toutes les zones
d’épandage sablonneuses de la zone montagnarde inférieure, lisière sud-
occidentale, très abondant. »
Aire de l’espèce ; Mauritanie, Mali, Niger, Tchad (Tibesti et Ennedi),
Rép. du Sudan, NE de l’Afrique orientale-Arabie, Iran, Pakistan.
Non signalé dans la F.W.T.A., éd. 2 (1963).
ANNONACEAE
3. Annona glauca Schum. et Thonn., Beskr. Guin. PI. : 259 (1827).
BoudeI 5478, 5 km N Tounouga (carte Gaya) 16-11-1968, steppe arborée avec
Loudelia hordeiformis et Piliosligma reticulatum, sur buttes sableuses, ALF!
Sénégal, Rép. de Guinée, Ghana, Niger.
Nouveau pour le Niger.
ASCLEPIADACEAE
4. Solenostemma oleifolium (Nectoux) Bullock et Bruce ex
Maire, Mém. Soc. Hist. Nat. Afr. Nord, 3(2) : 170 (1933); Bull, et Br., Kew
Bull. 1953,3 : 359 (1953) 1 .
Bas. : Cynanchum oleifolium Nectoux, Voy. Egypte : 20, tab. 3 (1808).
Syn. : Cynanchum Argel Del., Mem. Egypte 3 : 319 (1812).
- Solenostemma Argel (Del.) Hayne, Arzncyk. Gewâchsc 9. tab. 38 (1825);
Turrill, Kew Bull. 1923 : 239; Corti, Fl. Veg. Fezzan : 207 (1942).
— Argelia Delilei Decne-, Ann. Sc. nat., sér. 9, 2 : 331, tab. 11, fig. G (1838).
Peyre de Fabrègues 2452, Tamesna NE, 8-1966; 2565, Timia — El Miki (Sud
d’Iférouane), 11-10-1967, arène granitique meuble dans un lit d’oued; 2793, Ibakalène
(feuille NE 32 XXII) 23-1-1969, kori, ALF!
1. Maire semble le premier à avoir publié la combinaison, contrairement à ce
qu’indique l’Index Kewcnsis, suppl. 12 : 134 (1959).
Source : MNHN, Paris
— 110 —
Fig. 1. — Répartition de Solenostemma oleitolium (Nectoux) BuH. et Hruce, Asclépiadacée
Signalé au sud du 18 e parallèle par Pitot (Mém. I.F.A.N. 10, 1950)
et par Bruneau de Miré et Gillet (Journ. Agr. trop. 3 : 703, 1956) au
massif des Taraouadji et à celui des Baguezans.
Non signalé dans la F.W.T.A., éd. 2 (1963).
Algérie (Sahara central), Mali (Adrar des Iforhas), Niger (Air),
Tchad (Tibesti, Ennedi), Lybie, Égypte, Rép. du Sudan —■ Sud d*“ la mer
Morte, Arabie.
La répartition particulière de cette plante a été remarquée par Monod
(Soc. Biogéogr. Mém. 6 : 368, 1939) : « les cas intéressants sont ceux
d’espèces orientales qui n’atteignent pas l’Atlantique vers l’Ouest, par
exemple au Sahara, Solenostemma oleifolium (jusqu’au massif central »...;
l’aire de Morellia philaeana et aussi celle du Ficus salicifolia présentent
la même particularité (fîg. 3).
Quézel a décrit une association à Solenostemma argel et Acacia segal
(syn. : assoc. à Zygophyllum simplex et Salvadora persica Quézel (Hoggar)
Source : MNHN, Paris
— 111
et groupement à S.a. Quézel (Tibesti) dont il dit : « Ce petit groupement
assez mal individualisé du point de vue floristique est spécial au massif
central Saharien, au Tibesti et à l’Aïr » : « Il se localise électivement dans
les ravineaux creusés dans la rocaille, et sur les pentes rocheuses qui bor¬
dent certains oueds assez important. Il se rencontre encore également au
fond de certaines gorges étroites et à proximité des Gueltas ».
Au sujet de la, morphologie et de l’anatomie de cette [espèce, on
pourra consulter : Vigodsky de Philipis, Nuovo Giorn. Bot. Ital., n.s.,
45 : 572-585, av. 9 fig. (1938).
GHENOPODIACEAE
5. Cornulaca monacantha Del., Fl. Egypt. : 206 (1812).
Peyre de Fabrègues 451, piste Tasker-Termit Ouest (carte Tasker) dunes vives,
25-6-1964; 883, Ténéré (carte Tcrmit Kaoboul) 15-9-1964; Popov 115, Tim-Mersoï
(18°30 N - 6«10 E) 10-11-1965, sandy plain, BM !
Cette espèce, nouvelle pour le domaine de la « Flora of West Tropical
Africa » (ed. 2, 1954) fu l récoltée par Bruneau de Miré et Gillet (Journ.
Agr. trop. bot. appl. 3 : 233, 1956); ils donnent d’intéressantes précisions
sur sa répartition au Niger : « descend à l’Est, côté Ténéré au-delà de 16° N,
tandis qu’à l’Ouest, au Tamesna, on ne le trouve plus au Sud de 18° 20 N ».
Afrique du Nord, Mauritanie, Mali, Niger. Tchad, Lybie, Égypte,
Rép. du Sudan — Arabie, Irak, Iran.
CONVOLVULACEAE
6. Merremia emarginata (Burm. f.) Hall, f., Engl. Bot. Jahrb. 16 :
552 (1893); l.c. 18 : 118 (1893).
Peyre de Fabrègues 2745, Badéguishéri, Ibcssenten (carte Tahoua) 25-9-1968,
bas-fond argileux s’asséchant, ALF !
Nouveau pour le Niger.
Mauritanie, Niger, Nigeria, Cameroun, Rép. du Sudan, Éthiopie,
Tanzanie, Angola-Asie tropicale.
CRUCIFERAE
7. Goronopus niloticus (Del.) Spreng., Syst. 2 : 853 (1825); incl.
subsp. Raddii Muschler.
Bas. : Cochlearia nilolica Del., Fl. Egypte : 245 (1812).
Syn. : Colyliscus niloticus (Del.) Desv., Journ. Bot. 3 : 164 et 175 (1814).
— Senebiera nilolica (Del.) DC., Syst. Veg. 2 : 527 (1821).
— Lepidium niloticum (Del.) Sieber ex Steud., Nom., éd. 2, 2 : 26 (1840).
— Senebiera lepidioides Coss. et Dur., Bull. Soc. bot. Fr. 2 : 245 (1855);
— Coronopus niloticus (Del.) Spreng., Syst. Veg. 2:853 (1825): incl. subsp. inteer-
medius Quézel, Mém. Inst. Rech. Sah. 14 : 199 et : 200 (flg.) G (1956); subsp,
lepidioides (Coss. et Dur.) Quézel, l.c. : 199 (var. « eu-lepidioides Maire > apud
Source : MNHN, Paris
— 112 —
Quézel, l.c. : 199 et : 200 (flg.) E et var. garamas (Maire) Quézel, l.c. : 199 et :
200 (flg.) D).
— C. lepidioides (Coss. et Dur.) O. Kuntze, Rev. Gén. 1: 27(1891); incl. var. gara¬
mas Maire. Bull. Soc. Hist. Nat. Afr. Nord 36 : 91, 1945 (1946).
Peyre de Fabrègues 2782, Keita (carte Tahoua) 12-12-1968, bord d’un canal
d'irrigation, sur argile humide; certainement adventice, ALF !
Afrique du Nord, Mauritanie. Niger, Tchad (Ennedi), Rép. du Sudan,
Lybie, Éthiopie (Amhara occidental).
Nouveau pour le domaine de la F.W.T.A., ed. 2 (1954).
GENTIANACEAE
8. Schultezia stenophylla Mart., Nov. Gen. et Sp. 2 : 106, tab. 182
(1826).
BoudeI 5269, 10 km W Gaya (carte Sabongari), 27.10.1968, mare, ALF!
Sénégal, Gambie, Guinée Portugaise, Rép. de Guinée, Sierra Leone,
Mali, Niger, Tchad — Amérique du Sud.
GRAMINEAE
9. Coelachyrum brevifolium Nees, Linnaea, 16 : 221 (1842).
Syn. : C. oligobrachialum A. Camus, Bull. Mus. Hist. Nat. Paris, sér. 2, 3 ; 546
(1931); Chevalier, Rev. Bot.. Appl. Agric. Trop. 14 : 128 (1934). Type : Monod 373,
Mali : Izélilène (Adrar des Iforas) P., syn. nov.
Peyre de Fabrègues 898, Termit, Ténéré (carte Tcrmit Kaoboul) 17-9-1964, ro¬
chers; 2422, massif de Termit, vers Termit Sud, sur allleurement gréseux, légèrement
ensablés, 15-9-1966; 2835, puits de Bofti (N Tanout), sable, 3-10-1970, ALF.
Quézel a décrit du versant méridional du Tibesti (Nord Tchad) une
association à Coelachyrum oligobrachialum (= C. brevifolium) et Triraphis
pumilio qui se localise dans les dépressions sableuses (lits d’oueds et
zones d’épandage), où l’eau stagne après les pluies.
Mauritanie, Mali, Niger, Nigeria, Tchad, Rép. du Sudan, Égypte,
Éthiopie —• Arabie.
Nouveau pour l’ouest Africain.
10. Enneapogon cenchroïdes (Licht. ex Roem. et Schult.) Hubb.,
Bull. Mise. Inf. Kew 1934 ; 119 (1934); Renvoize, KewBull. 22 (3) : 397
(1968).
Peyre de Fabrègues 697, Tasker (carte Tasker) 13-8-1964, sable dunaire; 1029,
Taskcr, 7-10-1964, sur dune à l’ombre des arbres; 2106, Gouré (carte Gouré) 18-9-1966,
rochers; 2188, Gouré, 29-9-1966, sable; Rippstein 197, 50 km N Kirigin, dunes, 3-12-1970,
ALF.
Niger, Tchad, Rép. du Sudan, Éthiopie et jusqu’en Afrique du Sud;
Gabon — de l’Arabie aux Indes — Ile de l’Ascension (introduit?).
Nouveau pour l’Ouest Africain.
Source : MNHN, Paris
— 113 —
Fig. 2. — Répartition (le Coelachyrum brevilolium Nees, Gramince annuelle du Sahara
méridional et du Sahel (remarquer la remarquable concordance avec l'aire de Crotalaria
microphylla, fig. 4).
11. Enneapogon Schimperanus (Hochst. ex A. Rich.) Renv., Kew
Bull. 22 (3) : 400 (1968).
Bas. : Pappophorum Schimperanum Hochst. ex A. Rich., Tent. Fl. Abyss., 2 :
403 (1851).
Syn. : E. elegans (Nees ex Steud.) Stapf, Bull. Mise. Inf. Kew 1907 : 224 (1907).
— E. glumosus (Hochst.) Maire et Weiller, Fl. Afr. Nord 2 : 193 (1953).
Peyre de Fabrigues 176, Tillia (carte Tillia) 10-9-1962, terrain caillouteux cal¬
caire; 697, Tasker (carte Tasker) 13-8-1964, sable dunaire; 2547, Iférouane (Aïr, carte
Iférouane) 9-10-1967, sable de ravinellcs, ALF !
Nouveau pour l’Ouest Africain.
Algérie (Sahara central), Niger, Tchad, Égypte et Afrique de l’Est
jusqu’en Tanzanie — Arabie!, Pakistan occ., Indes, Birmanie.
Source : MNHN, Paris
— 114 —
12. Eragrostis cylindriflora Hochst., Flora 38 : 324 (1855).
Syn. : E. horizontales Peter, Repert. Beih. 40, Anhang : 107 (1936).
Peyre de I-'abrègues 949, Tasker-Boultoum (carte Kellé), sable, 19-9-1964, ALF
Tchad, Uganda, Tanzanie, (var.), Rép. Sud-Africaine, Sud-Ouest
Africain, Botswana — Madagascar.
Nouveau pour l’Ouest Africain.
13. Eragrostis elegantissima Chiov., Ann. Ist. Bot. Roma 8 :
367 (1908).
Peyre de Fabrègues, 1226, sable, 20-11-1964; 2394, Takiéta (c. Zinder-Magaria).
dans la brousse tigrée, 27-9-1966, ALF!, K!
Tchad (Ennedi), Éthiopie.
Les échantillons de l’Ennedi ont une inflorescence très contractée;
ils appartiennent cependant bien à l’espèce.
Nouveau pour l’Ouest Africain.
LABIATAE
14. Orthosiphon pallidus Royle ex Benth., Hook. Bot. Mise.. 3 :
370 (1833); Ashby, Journ. Bot. Lond. 76 ; 46 (1938).
Syn. ; Ocimum reflexus Ehrenb. ex Schw., Beilr. Fl. Aethiop. : 126 (1867).
— Orlhosiphon ehrenbergii Yatke, Linnaea 38 : 316 (1871-73).
— O. reflexus (Ehr. ex Schsv.) Vatke, Linnaea 43 : 85 (1881-82).
— O. incisus A. Chev., Bull. Soc. Bot. Fr. 57, Mémoire 2 (8) : 199 (1912);
Morton in Fl. West Trop. Afr., ed. 2, 2 : 454 (1963).
Peyre de Fabrègues 2781, Kaouara, Maggia (carte Tahoua) 12-12-1968, sable
argileux, ALF !, P !; 2597, Kassori (c. Tahoua) 19-10-1967. sable argileux, ALF !
Dans la seconde édition de la Flora of West Tropical Africa (vol. 2 :
454, 1963), les échantillons A’Orlhosiphon appartenant indubitablement
à l’espèce pallidus son' groupés sous le binôme O. incisus Chev.; pourtant,
dès 1938, Maurice Ashby (Journ. Bot. 76 : 46) identifie l’espèce de Cheva¬
lier à l’O. pallidus Royle ex Benth. L’examen des types ne fait que
confirmer le bien fondé de l’opinion d’AsHBY.
Par ailleurs l’O. pallidus est signalé par Bruneau de Miré et Gillet
à In Gai (Joun. Agr. Trop. bot. appl. 3 : 722, 1956).
Haute-Volta, Dahomey, Ghana, Niger, Rép. du Sudan, Éthiopie.
Territoire de Afars et des Issas, Somalie, Kenya, Tanzanie-Socotra,
Afghanistan, Balutchistan, Indes (Kashmir, Uttar Pradesh, Punjab et
jusqu’au Bihar occidental et vers le Sud jusqu’à Travancore). La plante
manque au Tchad et au Sudan occidental et central, il en résulte une dis¬
jonction apparente que des récolte ultérieures feront peut-être disparaître.
Non signalé dans la F.W.T.A., éd. 2 (1963).
Source : MNHN, Paris
15. Ficus salicifolia Vahl, Symb. 1 : 82, tab. 23 (1790).
ooiâTeÆta :628 ’ 674 ct tab - 22
Selon Quézei. le F. salicifolia se c._...
fruits coriaces, alors qu’ils sont sucrés et comestibles chez F. _,
en fait, en herbier, les deux plantes paraissent très proches et nous ne les
distinguerons pas.
Peyre de Fabrigues 2560, Timia (Sud dlférouanc) fond de lit d'oued, 11-10-1967,
Source : MNHN, Paris
116 —
Signalé au Sud du 18 e parallèle par Pitot (Mém. l.F.A.N. 10, 1950)
et par Bruneau de Miré et Gillet (l.c. : 434, 1956) au massif des Bague-
zans d’après deux récoltes de Chevalier (43.406 et 43.375, P!).
Quézel a décrit une association à Acacia sienocarpa et Abutilon
bidenlaium, sous-association à Ficus, présente au Tibesti avec F. salicifolia,
F. ingens et F. gnaphalocarpa\ elle se rencontre surtout entre 1800 et
2400 mètres, les Ficus se développant près des gueltas et dans les lits
d’oueds. Par ailleurs, le même auteur cite le Ficus salicifolia parmi les
éléments physionomiques majeurs présents au Sahara central.
Algérie (Sahara central), Niger, Tchad, Rép. du Sudan, Éthiopie,
Uganda, Kenya, Tanzanie-Arabie, Socotra.
En Afrique de l’Est l’espèce peut se confondre avec F. preloriae.
Non signalé dans la F.W.T.A., ed. 2 (1958).
PAPILIONACEAE
Source : MNHN, Paris
— 117 —
16. Lonchocarpus cyanescens (Schum. et Thonn.) Benth., Fl.
Trop. Afr. 2 : 243 (1871).
Boudel 5-135, 4 km S Bengou (carte Gaya), 15-11-1968, dans la steppe à Pilios-
tigma reliculalum et Loudetia hordeiformis, qui occupe les buttes sableuses ou micro¬
dunes de vallée, ALF !
Cet arbre est connu classiquement de savanes littorales et de savanes
guinéennes préforestières; cependant, il atteint le 12 e parallèle à l’intérieur
des terres au Niger méridional.
Sénégal, Guinée Portugaise, Rép. de Guinée, Sierra Leone, Liberia,
Côte d’ivoire, Ghana, Togo, Dahomey, Niger, Nigeria, Cameroun, Fernan¬
do-Pô.
RUBIACEAE
17. Kohautia aspera (Heyne ex Roth) Brem., Verh. Koninkl.
Nederl. Akad. Westensch. Afd. Natuunk., sect. 2, 48 (2) : 113(1952).
Bas. : Hedyotis aspera Heyne ex Roth, Nov. PI. Sp. : 94 (1821).
Syn. : Oldenlandia aspera (Heyne ex Roth) DC., Prodr. 4 : 428 (1830).
- Iledyotis strumosa Hochst. ex A. Rich., Tent. Fl. Abyss. 1 : 364 (1847).
Oldenlandia strumosa (Hochst. ex A. Rich.) Hiern, Fl. Trop. Afr. 3 : 58
(1877).
— ? O. Trothae K. Khause, Bot. Jahrb. 43 : 133 (1909).
O. cyanea Dinter, Feddes Repert. 19 : 318 (1924), nom. nud.
— O. Leclercii A. Chev., Bull. Mus. Hist. Nat. Paris, sér. 2, 5 : 162 (1933); Type ;
Mali : Adrar des Iforas, oued Iracher Sidilène, Leclerc, in herb. Chev. 25 988, P I, syn.
Peyre de Fabrègues 2540, In Gall - Fagoschia (c. In Gall - Tcguidda in Tessoun)
9-10-1967, plaine argileuse, ALF, P !
Dans sa monographie, Bremekamp supposait que YOldenlandia
Leclercii décrit par Chevalier en 1933 n’était pas différent du Kohautia
aspera ; nous avons vu à Paris le type de l’espèce de Chevalier ; il consiste
en échantillons particulièrement bien développés appartenant, à notre
avis, au K. aspera.
Indiqué dans l’Aïr méridional (Tchéfira) par Bruneau de Miré et
Gillet (Journ. Agr. Trop. 3 : 703, 1956) sous le binôme Oldenlandia
strumosa.
Non signalé dans la F.W.T.A., ed. 2 (1963).
Espèce à aire disjointe : Iles du Cap-Vert, Mauritanie (Chudeau,
Zli!), Mali (Adrar des Iforas), Niger (Aïr), Rép. du Sudan, Éthiopie,
Somaliland, Kenya, Uganda, Tanzanie, Arabie, Indes. — Sud-Ouest
Africain, Rép. Sud-Africaine.
Institut d’Elevage et de Médecine
vétérinaire des Pays tropicaux
Maisons-Alfort
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 11 (1) 1971.
N EO LEROY A, NOUVEAU GENRE
DE RUBIACEAE-VANGUERIEAE
par A. Cavaco
Résumé : Description d’un genre nouveau de Rubiaceae de Madagascar (position
systématique et affinités).
Summaby : I cstablish a ncw genus of Rubiaceae from Madagascar. It has been
included in tribu V anguerieae. The ncw taxon is allied to the Pyrostria and Leroya.
Le genre que nous proposons ici s’apparente au Leroya que nous
avons décrit auparavant dans cette Revue 1 et a été récolté également
à Madagascar dans le domaine de l’Ouest (secteur Nord) aux environs
de Diégo-Suarez. Les fleurs de ces deux genres de Vanguériées sont
unisexuées-dioïques, les femelles sont solitaires et les mâles groupées
par 2-5; la forme du calice varie dans les fleurs des deux sexes. Malgré des
traits communs cette nouvelle Rubiacée est bien distincte du Leroya.
Elle en diffère par la morphologie du fruit et du calice femelle. Celui-ci
a une forme singulière. Sa partie inférieure est en forme de tronc de py¬
ramide renversée; elle s’atténue insensiblement vers la base où elle se
confond avec le pédicelle. Sa partie supérieure est 8-ailée, à ailes de lar¬
geur inégale. Au sommet il se termine par 4 petits lobes peu prononcés.
Cette structure est donc bien distincte de celle que l’on trouve chez Leroya
et dans les autres Vanguériées connues jusqu’ici. Le calice mâle du Neo-
leroya est subcupuliforme, très petit par rapport au calice femelle qui
mesure 1 cm de long, à bord sinueux. Quant au fruit de ce nouveau
genre, il est obovoïde et porte sur sa partie supérieure les ailes persistantes
et accrescentes du calice. C’est donc un fruit ailé. Ceci le distingue aussi
de son voisin Leroya.
Le genre Neoleroya comprend de grands arbustes dioïques à rameaux
subarrondis, à écorce grisâtre, glabre, marquée de lenticelles bien visibles;
ramilles aplaties, sillonnées, brunâtres, glabres. Feuilles opposées, briè¬
vement pétiolées, subcoriaces, glabres, noircissant sur la face supérieure
ou sur les deux faces après la dessication; stipules lancéolées, de 5 mm
1. Adansonia, 10, 3, 1970, p. 333-337.
Source : MNHN, Paris
120 —
de long, plus ou moins soudées à la base, coriaces, glabres extérieurement,
portant des poils en dedans à la base; pétiole de 5 mm de long robuste;
limbe largement elliptique, brièvement et obtusément acuminé au som¬
met, atténué et légèrement décurrent à la base, de 5-8 cm de long et de
2,5-4,5 cm de large à bord peu révoluté; nervure médiane peu saillante
en-dessous, en creux au-dessus; 5 paires de nervures secondaires, peu
nettes, obliques, s’anastomosant avant d’atteindre le bord; réseau visible.
Fleurs unisexuées-dioïques, blanches, les mâles en fascicules de 4-6 fleurs,
axillaires, involucrées; involucre subspatihforme, formé de 2 bractées
coriaces très longuement acuminées soudées à la base, velu en dedans,
glabre en dehors; pédicelles de longueur inégale (5-10 mm), plus longs
que l’involucre. Calice subcupuliforme de 2-4 mm de diamètre, à bord
sinueux, glabre; corolle campanulée à tube très court (2,6 mm de haut)
à 4 lobes allongés, de plus ou moins 10 mm de long et de 3-3,5 mm de
large, acuminés au sommet, à gorge glabrescente. Etamines attachées
à la gorge, à filet très court, à anthères elliptiques de 2-3 mm de long,
mucronées au sommet. Ovaire conique plein, loges et ovules avortés, de
2 mm de haut; style de 7 mm de long, à stigmate obovoïde de 1,2 mm
de large au sommet. Fleurs femelles solitaires, involucrées comme les
mâles; pédicelles de 5-7 mm de long; bractées de l’involucre de 3-5 mm
de long, longuement acuminées, velues en dedans; calice à partie infé¬
rieure en forme de tronc de pyramide renversé de 3 mm de haut, à partie
supérieure 8-ailée de 7 mm de large, à 4 ailes de 1,7-2 mm de large et 4
ailes de 2,8-4 mm de large, persistantes et accrescentes autour du fruit;
lobes peu prononcées au nombre de 4, placés au sommet déprimé de cet
organe où s’insère la corolle. Corolle à tube de 2,6 mm de long, à 4 lobes
ovales-acuminés de 3 mm de long et 2,1 mm de large, à gorge pubescente;
étamines 4, subsessiles, à anthères très petites (1 mm de long); ovaire
elliptique de 3,3 mm x 1,8 mm, 2-loculaire, à loges uniovulées de 0,4
mm de large, à ovules pendants à micropyle supère; style de 4 mm de
long à stigmate capité de 1,2 mm de large. Drupe obovoïde, 8-ailée, à
mésocarpe plus ou moins spongieux, de 2-3 cm de long et de 1,7-2,5 de
large au sommet, à pédoncule de 1-1,5 cm de long, renfermant 2 pyrènes,
glabre, noirâtre sur le sec; pyrènes oblongs à endocarpe dur de plus ou
moins 15 mm de long, brunâtres; graines solitaires à l’intérieur des py¬
rènes, pendantes, à tégument papyracé, rugueux sur la face externe,
veiné sur la face interne; albumen copieux, tendre, entier; embryon de
11 mm de long, cylindrique, allongé; radicule dressée, conique; coty¬
lédons de plus ou moins 4 mm de long, foliacés, plans, égaux, appliqués
l’un contre l’autre, accombants.
Neoleroya a également des affinités avec le genre Pyroslria en raison
de ses fleurs unisexuées, involucrées, les mâles à calice petit, les femelles
solitaires et enfin le fruit de ces deux genres est drupacé à noyaux mo-
nosp p rmes. Malgré leur parenté certaine, ces trois genres se distinguent
aisément ainsi :
1. Calice femelle et fruit 8-ailé. Neoleroya
Source : MNHN, Paris
— 121 —
Source : MNHN, Paris
— 122 —
1’. Calice femelle et fruit non ailé :
2. Calice femelle obconique brusquement contracté en gou¬
lot. Drupe losangiforme. Leroya
2’. Calice femelle non comme ci-dessus. Drupe non losangi¬
forme . Pyrostria
Nous dédions ce nouveau genre au Professeur J.-F. Leroy, bota¬
niste éminent, et donnons à la nouvelle espèce l’épithète de « Verdcourtii »
en hommage au spécialiste des Rubiacées le D r B. Verdcourt, de Kew.
Nous remercions ce dernier d’avoir, par son avis autorisé, confirmé nos
conclusions.
NEOLEROYA G avaco, gen. noo.
Frutices. Folia opposita; stipulae interpetiolares, inferne plus mi-
nusve connatae. Flores abortu unisexuales, dioici, in axillis foliorum dis¬
posai. Flores in fasciculis involucratis; involucrum subspathiforme,
longissime acuminatum, intus villosum, bracteis 2 infra medium connatis
compositum. Calyx subcupuliformis. Corolla campanulata, tubo brevi
intus sparse pubescenti lobis 4, valvatis. Ovarium abortu nullum; stigma
obovatum. Flores S solitarii, involucrati; involucrum ut ante dictum est
(fl. <£). Calyx obpyramidatus superne 8-alatus. Corolla campanulata, lobis
4, fauce intus pilosa. Stamina 4; antherae parvae, probabiliter stériles.
Ovarium 2-loculare, loculis 1-ovulatis, ovulis pendulis; Stylus exsertus;
stigma capitatum. Fructus : drupa obovoidea, 8-alata, 2-pyrena, pyrenis
monospermis. Semina pendula; albumine haud ruminato, embryone recto,
cotyledonibus foliaceis, radicula erecta.
Species unica : Neoleroya Verdcourtii.
Neoleroya Verdcourtii Gavaco, sp. nov. adliuc unica.
Arbuscula ; ramuli glabri cortice griseo, lenticellis satis distinctis.
Folia integra, petiolata, subcoriacea, glabra; stipulae lanceolatae, 5 mm
longae, basi breviter connatae; petiolus 5 mm longus; limbus late ellip-
ticus, 5-8 cm longus, 2,5-4,5 cm latus, apice breviter acuminatus, basi
attenuatus; Costa haud prominula, utroque latere nervis secundariis 5,
alii nervi inconspicui. Flores £ valde pedicellati; pedicelli 5-10 mm longi,
glabri; calyx subcupuliformis, 2-4 mm latus; corolla campanulata, lobis
10 mm longis, 3-3,5 mm latis, tubo 2,6 mm alto intus parce piloso. Stamina
petalorum numerum (4) aequalia, subsessilia. Ovarium conicum generis
typicum, 2 mm altum; Stylus 7 mm longus; stigma obovoideum. Flores S
pedicellati; pedicellis 5-7 mm longis. Calyx 8-alatus, 1 cm altus. Corolla
extra glabra, tubo 2,6 mm longo, lobis 4, ovatis, acuminatis, 3 mm longis.
Stamina subsessilia, antherae satis parvae. Ovarium generis typicum;
Stylus 4 mm longus; stigmate capitato. Drupa 8-alata, 2-3 cm X l,7-2,5 cm,
pyrenis plus minusve 15 mm longis; embryone 11 mm longo, accombento.
Source : MNHN, Paris
123
Madagascar. Ouest (secteur Nord) : Vestige de forêt entre Antsakoabe et Ani-
vorano-Nord (au P. K. 67 de la route de Diégo-Suarez-Ambilobe) sur basaltes, Capuron
23115-SF (Holotypus, P) l-’lores feminei déc.; même lieu de récolte, Capuron 23114-
SF, 23114 bis-SF. Flores masculi déc.; vestiges forestiers, vers les P.K. 65-67 de la
route Diégo-Ambilobe (entre Anivorano-Nord et Marovato), Capuron 23339-SF (Pa-
ratypus, P) Fructus avr.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 11 (1) 1971
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE CARYOLOGIQUE
DE DIVERSES GRAMINÉES AFRICAINES
DES GENRES ARISTIDA L. ET STIPAGROSTIS Nees
par Pierre Bourreil et Alain Geslot
Résumé : Dans cet article sont mentionnés les dénombrements chromosomiques
nouveaux de huit sippes des genres Arislida et Stipagrostis, en accord avec le nombre
de base x = 11.
Summary : In this paper is given a new chromosomic count of eight taxonomie
units of Arislida and Stipagrostis. These results agréé with the basic number x = 11.
L’étude caryologique présente, quatrième en la matière pour l’un
des auteurs 1 , s’inscrit dans un programme de recherches sur les Aristides
de l’Ancien-Monde.
I. — TECHNIQUE D'ÉTUDE
Les comptages chromosomiques ont été effectués sur du matériel
cultivé en serre au jardin botanique de la Faculté des Sciences de Saint-
Jérôme. Les diaspores semées proviennent d’échantillons africains 2
déterminés à Marseille. Toutes les panicules ont été fixées au Carnoy ou
à la formule de Bourreil et Trouin 3 (12). La technique de coloration
utilisée, carmin-hématoxyline, a déjà été décrite (5 et 12). Nous avons
obtenu des teintes électives en plongeant les boutons floraux colorés,
dans de l’acide acétique à 45 %. Cette régression réalisée à la température
ambiante s’effectue au bout de quelques heures. Il ne faut pas la prolonger
au delà de trois jours. Enfin, les préparations ont été lutées immédiatement
après l’écrasement.
10
1. Les trois autres sont répertoriées dans l’index bibliographique s
' 13.
> les r
2. Déplacements au cours desquels ont été collectés ces échantillons : explora¬
tions du massif de l'Ennedi par II. Gillet (1957-59); mission de J. Léonard dans les
contrées transsahariennes, Libye et Tchad (1954-65): mission de P. Quezel et P. Bour¬
reil, H. Sarre et Y. Reyre au Darfour, Soudan (1967); dernière mission de Popov
dans l’Adrar des Iforhas.
3. Ce mélange apparenté au Carnoy, mais plus puissant, a été récemment em¬
ployé pour fixer des panicules de Slipagroslis acutiflora.
Source : MNHN, Paris
126 —
II. — RÉSULTATS
A. — ARISTIDA L.
Sect. ARTHRATHERUM (Beauv.) Reich, emend. Bourreil (4).
1. Aristida funiculata Trin. et Rupr. var. funiculata.
— A. funiculata Trin. et Rupr., gram. slip. : 159 (1842).
Origine : Soudan, terrain d’aviation d’E! Fasher (P. Bourreil et
P. Quézel).
Aire de répartition : hémisphère boréal : régions saharo-sindienne
(secteurs méridional et oriental), soudano-angolane (domaine sahélien).
Étude chromosomique : le dénombrement 2 n = 22 a été effectué
une fois avec certitude sur métaphase somatique d’ovaire.
la. Var. brevis Maire (35).
Origine : Ennedi, Tchad (H. Gillet 677).
Aire de répartition : hémisphère boréal : régions saharo-sindienne
(secteurs occidental et central), région soudano-angolane (domaine nord
sahélien).
Étude chromosomique : le dénombrement 2 n = 22 a été effectué
trois fois avec certitude sur des métaphases de mitoses d’ovaire (voir fig.
à C 3 ). Les tailles limites des chromosomes sont de 0,5 et 1 g.
Parallèle caryologique : ces comptages chromosomiques portent
à six le nombre des espèces de la Section Arlhrnlherum (une quarantaine
de représentants) dont la garniture 2n est connue avec certitude. Ils
confirment les résultats obtenus par De Winter sur quatre Aristides
austro-africains de cette Section (22) ainsi que les nôtres sur Aristida
brevisubulata, espèce diploïde, et sur Aristida pallida 1 . espèce tétraploïde
(13).
Sect PSEUDARTHRATHERUM Chiov. emend. Bourreil (8).
1. Aristida meccana var. meccana Hochst. emend. Bourreil (7).
Origine : massif du djebel Arkenu, Libye (./. Léonard 3724).
Aire de répartition : hémisphère boréal : régions méditerranéenne
(domaine Macaronésien), saharo-sindienne (secteurs central, méridional
et oriental), soudano-angolane (domaine sahélien).
1. Depuis le dépôt de notre publication (réf. bibl. 13), nous avons pu étudier et
revoir le complexe Aristida longiflora, Ar. pallida, Ar. sieberiana. Ce complexe a d’ail¬
leurs été fusionné (14) en une seule espèce, Aristida sieberiana. Nous acceptons ce
regroupement, en excluant toutefois de ce taxon les espèces Aristida paoliana (Chiov.)
Henr. (29) et Ar. schebehliensis Henr. (30), placées en synonymie par Clayton.
Source : MNHN, Paris
V*.
— 127
PI. 1. — Dessins à la Chambre claire O.P.L. de la garniture chromosomique dedivers Aristides:
Aj à A*, A. meccana (m.s., 2 il = 22). — B, A. mutabilis : Ha, ssp. nigritiana (ni.s.,
2 n — 22); Bb, et Bb,, ssp. mutabilis var. longiflora (m.s., 2/i 22); Bc, ssp. mutabilis
var. aequilonga (metaphase de la première division d’un grain de pollen, n = 11). —
C, à C» A. funiculata var. brevis (m.s., 2 il — 22). — D, S. acutiflora var. eu-acutiflora
D, (m.s., 2 n = 22), D ; et D s (diacinèses n = 11). — NB. — Certains chromosomes sont
llgurés en grisé pour les distinguer de ceux qui les jouxtent. Les traits verticaux accompa¬
gnant chaque dessin correspondent à 1 g. Abréviations : m.s., métaphase somatique.
Source : MNHN, Paris
— 128 —
Étude chromosomique : le dénombrement 2 n = 22 a été etïectué
cinq fois avec certitude sur des métaphases somatiques d’ovaire (voir aussi
fig. A t à A3). Les tailles limites des chromosomes sont de 0,6 et 1,5 [x.
2. Aristida mutabilis Trin. & Rupr. ssp. nigritiana (Hack.)
Bourreil (7).
Origine : frontière Libye-Soudan, vers l’Égypte (J. Léonard 3739).
Aire de répartition : hémisphère boréal : région soudano-angolane
(domaine sahélien), saharo-sindienne (secteur méridional).
Étude chromosomique : le dénombrement 2 n = 22 a été effectué
trois fois avec certitude sur des métaphases somatiques d’ovaires (voir
aussi fig. Ba). Les tailles limites des chromosomes sont de 0,8 et 1,9 p.
a) Var. aequilonga Trin. & Rupr. emend. Bourreil (7).
Origine : Oued Okkoï, Ennedi (H. Gillel 1737).
Aire de répartition : hémisphère boréal : régions soudano-ango¬
lane (domaine sahélien), saharo-sindienne (secteur occidental et méri¬
dional) 1 .
Étude chromosomique : le dénombrement n = 11 a été effectué six
fois avec certitude sur des métaphases de division du premier noyau et du
noyau reproducteur de grains de pollen 2 (voir aussi fig. Br). Les tailles
limites des chromosomes sont de 0,9 et 1,7 jx.
b) Var. longiflora Trin. & Rupr. emend. Bourreil (7).
Origine : nord de Bol, rive nord du lac Tchad (J. Léonard 3467).
Aire de répartition : hémisphère boréal : régions soudano-angolane
(domaine sahélien), saharo-sindienne (secteur central et méridionnal).
Étude chromosomique : le dénombrement 2 n = 22 a été effectué
trois fois avec certitude sur des métaphases somatiques d’ovaire (voir
aussi fig. Bbj & Bb 2 ). Les tailles limites des chromosomes sont de 0,8 et
1,7 (x.
Parallèle caryologique. Ces dénombrements chromosomiques
nouveaux portent à quatre le nombre des espèces de la Section Pseudar-
Ihralherum (dix-sept représentants) dont la garniture n ou 2 n est connue
avec certitude. Ils confirment nos précédents résultats sur Aristida conges-
la var. lunelana (13), ainsi que ceux de De Winter sur Aristida hordeacea
et Aristida congesta subsp. congesla (22).
1. L’cspècc Aristida mutabilis a été signalée au Pakistan occidental et en Inde
(2). Quoique nous n'ayons pas examiné les spécimens en provenance de ces contrées,
il semble qu’ils se rapportent à la variété aequilonga.
2. Ceci montre qu'au moment de la déhiscence de l'anthère, le pollen de ces
graminées est déjà tricellulaire (1 noyau végétatif et 2 noyaux reproducteurs) comme
c’est souvent le cas chez les plantes des régions intertropicalcs (25).
Source : MNHN, Paris
— 129 —
B. — STIPAGROSTIS Nees (21).
Sec. STIPAGROSTIS Nees emcnd. Bourreil (8).
1. Stipagrostis acutillora Trin. & Rupr.) De VVinter var. acu-
tiflora 1 .
— Aristida acutiftora Trin. et Rupr. « ssp. eu-acutiftora * Maire et Veiller (35).
Origine : vallée du Tilemsi, Adrar des Iforhas ( Popov).
Aire de répartition : Taxon endémique saharien dont la limite
d’aire atteint le domaine nord sahélien de la région soudano-angolane.
Étude chromosomique : le dénombrement n = 11 a été effectué
trois fois avec certitude sur des diacinèses de cellules mères de grain de
pollen (voir aussi fig. D 2 & D 3 ). La garniture 2 n = 22 a été comptée
sûrement deux fois sur métaphases somatiques d’ovaire (voir fig. D x &
DJ. Les tailles limites des chromosomes sont de 0,9 et 2,2 p. pour les divi¬
sions mitotiques ou de 1 et 2,3 p pour les divisions méiotiques.
2. Stipagrostis hirtigluma (Steud.) var. hirtigluma de Winter
sub var. uzzararum (Maire) Bourreil, comb. et stal. nov.
—• Aristida hirtigluma Steud. var. uzzararum Maire (35).
Origine : massif de l’Ennedi (H. Gillel 705).
Aire de répartition : Sippe saharien (Sahara central) et nord
sahélien (Tibesti, Ennedi).
Étude chromosomique. Le dénombrement n =22 a été effectué
avec certitude cinq fois sur des métaphases de division du premier noyau
et du noyau reproducteur de grains de pollen (voir aussi fig. E 2 & EJ.
La garniture chromosomique 2 n = 44 a été comptée sur métaphases
ovariennes une fois avec certitude (voir fig. EJ et deux fois de manière
approximative. Les tailles limites des chromosomes sont de 0,9 et 1,6 p
(figures mitotiques des pollens) ou de 0,8 et 2,2 p (figures mitotiques
d’ovaire 2 ).
Parallèle caryologique. C’est la première fois qu’il est mentionné
avec certitude un comptage chromosomique 2 n = 22 chez les espèces
du genre Stipagrostis. Les dénombrements approximatifs de Reese,
2 n = ca.22 (39), de Gould & Soderstrom, 2 n = r.42 (27) sur Stipa¬
grostis obtusa nécessitent de nouvelles investigations. Le comptage de
De Winter pour cette même espèce, 2 n =44 (22) correspond très proba-
1. Pour la compréhension des unités intraspécifiques de Stipagrostis acutiftora,
nous sommes en désaccord avec le point de vue de H. Scholz (40). Nous donnerons
ultérieurement, après notre travail de thèse, une révision approfondie de ce groupe¬
ment de sippes d'Afrique boréale.
2. Nous pensons que l'écrasement correspondant à la fig. E, est celui d'une pro-
métaphase où les chromosomes n’ont pas encore atteint leur stade de rétrécissement
maximal.
Source : MNHN, Paris
— 130 —
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JO •; f. fr
f ' 1.
blement à celui de Siipagroslis foexiana dont nous avons signalé la présence
en Afrique du Sud (11).
Nous avons, dans le cadre d’une étude de matériel du Maroc et
d’Afrique australe déterminé avec précision sur métaphases somatiques et
sur diacinèse, les garnitures chromosomiques 2 n (= 44) et n (= 22) de
Siipagroslis ciliata (10). Le comptage approximatif de Gould & Soder-
strom (2 n = c.58 + 2 B) sur un exemplaire de Tunisie (27) pose un
problème. La présence de chromosomes B—• si l’interprétation est valable
•—- a jusqu’ici, surtout été observée au cours de l’étude de la division de
cellules à réduction chromatique anormale (16,37).
Pour interpréter ce comptage chromosomique élevé, nous proposons
deux hypothèses.
Une allopolyploïdie avec une espèce de même genre est vraisemblable¬
ment possible. En effet, dans l’aire de récolte du taxon (27, 33, 34), seuls
— parmi les Aristides du même genre — Slipagrostis obtusa, St. plumosa
et SI. pungens côtoient Stipagroslis ciliala. Or, Siipagroslis oblusa et Sii-
pagrostis ciliala végètent à proximité l’un de l’autre en Afrique australe
et il n’a jamais été signalé d’hybrides entre ces deux espèces. Un hybride
issu de l’union de Siipagroslis ciliata et Stipagrostis pungens serait auto-
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
matiquement tétraploïde 1 . Dans l’hypothèse où Slipagroslis plumosa aurait
une garniture chromosomique somatique diploïde, une hybridation avec
Slipagroslis ciliata engendrerait un allotriploïde qui par autopolyploïdie
donnerait une pousse à garniture chromosomique de 66 chromosomes.
L’hexaploïde présumé pourrait engendrer un mutant aneuploïde à garniture
proche de celle dénombrée approximativement par Gould & Soderstrom.
Dans l’hypothèse autopolyploïde, il aurait pu se produire comme chez
le Paiiicuin maximum Jacq. (15), une fécondation d’une oosphère non
réduite d’un individu tétraploïde par un pollen réduit d’un individu de
même garniture chromosomique. Ce processus engendrerait dans un
premier temps un hexaploïde dont l’aneuploïde dériverait par mutation
(perte de chromosomes). Pour l’obtention d’un autopentaploïde aneuploïde,
il faudrait envisager entre un sujet hexaploïde et un sujet tétraploïde,
une introgression à laquelle succéderait une polysomie.
Cette analyse subjective de l’intéressant problème posé par le comptage
de Gould & Soderstrom ne peut trouver de solution objective que dans
une étude de population 2 .
Quoiqu’il résulte de cette discussion, nos recherches sur Slipagroslis
ciliata, SI. uniplumis ssp. papposa (13) et sur St. hirligluma confirment
encore, dans l’optique du nombre de base, les résultats obtenus par De
Winter sur certains Aristides d’Afrique australe (22). Ainsi, nos dénom¬
brements chromosomiques nouveaux portent à huit le nombre des espèces
du genre Stipagroslis (quarante-sept représentants) dont la garniture 2 n
est connue sans équivoque.
CONCLUSION
Notre contribution à l’étude caryologique des Aristides de l’Ancien-
Monde confirme l’exactitude du nombre de base x = 11 dont on pouvait
supposer l’existence dès 1941 (19) et dont la généralisation semble de plus
en plus probable. En effet, pour la section Slreplachne (4), il a été mentionné
un nombre assez conséquent de comptages valables (Réf. bibl. 9, 13, 19.
22, 26, 42). Ils permettent de scinder le lot des espèces à garniture dénom¬
brée 3 en 12 taxons diploïdes (2 n = 22), 8 tétraploïdes (2 n = 44), 1 penta-
ploïde (2 n = 55). Les quatre espèces de la Section Pseudarlhralherum
dont les comptages chromosomiques ont été effectués sont diploïdes. Chez
les représentants examinés de la Section Arlhralherum , 6 sont diploïdes,
1 est tétraploïde. Au total, donc, pour le genre Arislida, on dénombre
1. La garniture chromosomique 2n = 44 de Slipagroslis pungens a été exacte¬
ment dénombrée par Reese malgré un comptage incertain (30) ainsi que par Gould
et Soderstrom (27).
2. Cette question centrée sur l'aire de l’optimum bioelimatique de Stipagroslis
ciliata (6) sera d’ailleurs étudiée en détail par l’un des auteurs de cet article (P.B.)
et H.N. Le Houerou.
3. Le comptage effectué sur Arislida rhiniochloa, (19) 2n = 38, nécessite — selon
De Winter — de nouvelles investigations. Cette espèce est. d’ailleurs, actuellement
l’objet de nos recherches caryologiques.
Source : MNHN, Paris
133
actuellement 21 espèces diploïdes, 9 tétraploïdes, 1 pentaploïde. Au sein
du genre Slipagroslis, la majorité des taxons étudiés avec certitude est
tétraploïde (7 espèces) tandis que les diploïdes sont en minorité (1 espèce).
La découverte d’un Slipagroslis indiscutablement diploïde, SI. aculiflora,
étaye notre hypothèse sur la fdiation du genre à partir d’espèces de la
Section Paleo-Arlhralherum (8). Il s’ensuit que l’apparition du panache
sur les diaspores des sippes arides n’est pas liée à l’incidence de la poly¬
ploïdie.
HERBIER DE RÉFÉRENCE DES ÉCHANTILLONS AFRICAINS
A L’ORIGINE DES CULTURES
Hcrb. Jardin Botanique de l’État, Bruxelles : Aristida meccana var. meccana,
Ar. mulabilis ssp. nigritiana, Ar. mulabilis var. longiflora. — Herb. Laboratoire Bo¬
tanique, Fac. Sc. de St Jérôme, Marseille : Aristida funiculala, Ar. funiculata var.
breois, Ar. mulabilis var. aequilonga, Slipagroslis acutiflora var. eu-aculi/lora. SI.
hirligluma ss. var. uzzararum.
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genre Aristida L. Conséquences d’ordre taxinomique. C.R. Ac. Sc. Paris 259 :
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certains végétaux. Feuil. inf. Prof. Biol, et Géol., C.R.D.P. Marseille : 4-7
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6. — Sur l'écologie, la germination et la culture de quelques graminées africaines
du genre Aristida L., Ann. Fac. Sc. Marseille 39 : 78-81, tabl. 16 (1967).
7. — Première révision du complexe Aristida meccana, Aristida mulabilis. Taxon
18 (5) : 517-519 (1969).
8. — Morphologie et Anatomie comparées des genres Aristida et Slipagroslis.
Ecophylétisme du genre Slipagroslis. Phylogénèse et chronologie dès Sec¬
tions des Aristides (graminées). Ann. Fac. Sc. Marseille 42 : 325. 335-336,
359-364, 366 (1969).
9. — Adaptation des techniques de coloration au violet cristal et à l’hématoxy-
line aux coupes de méristèmes radiculaires difficilement colorables de gra¬
minées africaines des genres Aristida et Slipagroslis. C.D.R.P. Marseille,
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Monsp., Ser. Bot. 21 ; 23-28 (1970).
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(Graminées) au microscope électronique à balayage. C.R. Ac. Sc. Paris
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A.G. : Laboratoire de Taxinomie et Écologie
végétales
Source : MNHN, Paris
Adansonia, scr. 2, 11 (1) 1971.
A PROPOS D ' ACROCOELIUM CONOOLANUM Baill.
(ICACINACÉES)
par D. Lobreau-Callen et J.-F. Villiers
Abstract : Description ot thc abnormal flower and pollen of Acrocœlium congo-
lanum Baill.; coniparison with Leptauliis Zenkeri Engl, leads to equate these taxa. The
correct generic name remains Leplaulus Benth., but a new combination proves neces-
sary for the species.
Le genre Acrocoelium Baill. fut décrit par Baill. en 1892 d’après un
échantillon récolté au Gabon ou au Congo par Thollon. Il fit de cette
récolte unique l’espèce Acrocoelium congolanum Baill. Cette description
fut ensuite mentionnée par Sleumer dans la seconde édition de Natürliche
Pflanzenfamilien sans indiquer de nouveaux lieux de récolte. Nous avons
pu étudier cette espèce d’après l’échantillon type conservé dans l’herbier
du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris et en observer le
pollen encore jamais décrit.
L’appareil végétatif d'Acrocoelium congolanum Baill. présente des
feuilles distiques et alternes. L’acumen long est largement obtus, arrondi
ou même légèrement spatulé. Les nervilles forment un réseau très lâche,
jaunâtre, faiblement saillant à la face inférieure. Ces caractères se rencon¬
trent également dans différentes espèces de Leplaulus Benth.
L’inflorescence est une cyme en position distique par rapport aux
feuilles. Ce type d’inflorescence est caractéristique des espèces de Leplaulus
Benth. La présence d’un pédoncule permet en outre de rapprocher Acro¬
coelium congolamum Baill. de Leplaulus Zenkeri Engl, et Leplaulus
daphnoïdes Benth. et de l’éloigner de Leplaulus cilioides Baill.. Leplaulus
Holslii (Engl.) Engl, et Leplaulus grandifolius Engl, dont les inflorescences
sont des cymes sessiles.
L’étude de la fleur met en évidence les caractères importants de la
plante. Les sépales sont de forme lancéolée à étroitement lancéolée,
éparsement pubescents à la face externe comme ceux de Leplaulus Zenkeri
Engl, et Leplaulus daphnoides Benth. La corolle, formée de cinq pétales
soudés sur toute leur longueur, montre un des caractères les plus remar¬
quables de la fleur : le sommet de la corolle ne semble pas pouvoir s’épa¬
nouir, les pétales sont fortement soudés entre eux et ne présentent pas de
ligne de séparation. Cependant les lobes sommitaux portent à leur face
interne des excroissances charnues, papilleuses et de grande taille comme
Source : MNHN, Paris
— 13G —
celles que nous trouvons sur les pétales de Leplaulus Zenkeri Engl. Les
étamines sont soudées au tube de la corolle par le filet. L’ovaire supère,
de forme assez variable, est éparsement pubescent. Il est surmonté d’un
style plus ou moins développé, faiblement excentrique et glabre comme
celui de Leplaulus Zenkeri Engl. Des coupes longitudinales de l’ovaire nous
ont permis de constater la stérilité de cet organe : en effet il n’y a pas de
loge ovarienne.
Le pollen (PI. 2, fig. 1 à 12) très fortement
de forme subelliptique, subtriangulaire ou sub
^angulaire en vue méridienne. Les apertui
filons, toujours très petits
t très réduits et subcirculaires. L’e:
, l’ex
lisse, scabre ou granuleuse; en vue méridienne, l’exine, plus épaisse est
tectée; le tectum est très fortement perforé. Toutefois, l’exine est un peu
moins épaisse au niveau de l’équateur. Ectexine et endexine se mesurent
très difficilement car elles varient beaucoup sur chaque grain.
La forme du pollen très bréviaxe, les apertures complexes dont les
sillons très réduits sont limités aux pores et le type d’exine très mince peu
ornementée aux pôles, le tectum très largement perforé à l’équateur sont
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
138 —
autant de caractères que l'on rencontre dans le pollen très particulier du
genre Leplaulus.
Les dimensions sont les suivantes : P = 8 à 12 ia, E = 19 à 25 [a,
sillon de 1 (a de large, pore de 2 ja de diamètre environ; l’exine mesure 1 |a
et l’endexine 0,7 p. environ; ce pollen se révèle être insuffisamment déve¬
loppé : il est trop petit, les éléments de symétrie sont rarement présents,
le nombre d’apertures passe de 2 à 5, elles sont toujours très petites,
l’exine varie beaucoup en épaisseur sur tout le grain. Un tel pollen est
anormal et n’est vraisemblablement pas fertile.
Les perforations du tectum relativement abondantes et de diamètre
assez grand, l’exine très fine aux pôles à peine ornementée et surtout le
nombre très variable des apertures permettent un rapprochement certain
avec Leplaulus Zenkeri Engl. (PI. 2, fig. 13 à 15). Toutes les autres espèces
observées ( Leplaulus Holslii (Engl.) Engl., fig. 16 à 18, Leplaulus
cilrioides Baill., Leplaulus daphnoides Benth. fig. 19 à 22) ont pra¬
tiquement toujours un nombre fixe d’apertures (3-4) et Leplaulus
daphnoides Benth. en particulier présente un tectum très finement perforé.
L’extrême petitesse du pollen est simplement due à la stérilité certaine et
à l'anomalie de toutes les parties reproductives de l’individu considéré.
En conclusion, l’étude de la fleur d’Acrocoelium congolanum Baill.
met en évidence les caractères anormaux de cette plante : pétales entière¬
ment soudés, ovaire et pollen stérile. Cependant nous retrouvons dans cette
espèce les caractères communs à tous les Leplaulus: forme de la feuille,
de l’inflorescence, position de celle-ci, disposition des pièces florales,
pollen, et d’autres caractères spécifiques de Leptaulus Zenkeri Engl. :
excroissances du sommet des pétales, style glabre, nombre des apertures,
exine et tectum perforé du pollen. Nous admettrons donc la synonymie
d’Acrocoelium congolanum Baill. et Leptaulus Zenkeri Engl. : elle nous
conduit à créer la combinaison suivante :
Leptaulus congolanus (Baill.) Lobreau-Callen et Villiers, comb. nov.
— Acrocoelium congolanum Baill., Bull. Soc. Linn. Paris 2 : 988-989 (1872),
— Leptaulus Zenkeri Engl., Bol. Jahrb. 43 : 179 (1909), syn. nov.
Le genre Acrocoelium, monospécifique devient donc synonyme du
genre Leplaulus Benth. qui reste valable du fait de son antériorité.
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61, rue de BuHon, Paris
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum-PARis
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 11 (1) 1971
OBSERVATIONS SUR LES ESPÈCES
DU GENRE ERIOSEMA
DE RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE, DU CAMEROUN
ET D’AFRIQUE OCCIDENTALE
par H. Jacques-Félix 1
Résumé : Tous les Eriosema sont des arbrisseaux ou sous-arbrisseaux hélio-
philes. Beaucoup sont des espèces de savane qui ont une floraison précoce, avant
feuillaison normale, et une autre en cours de végétation. Ces deux stades présentent
des caractères floraux et foliaires suffisamment différents pour gêner la définition
des espèces.
Pour tenter d'y remédier, l’auteur propose une classification naturelle en 3 sec¬
tions, divisées elles-mêmes en séries d’affinités. Six espèces nouvelles sont décrites.
En conclusion on observe dans ce genre des espèces réellement adaptées à la
sécheresse, aux feux, à l’altitude, etc..., et d’autres, capables de s’adapter à ces mêmes
conditions en présentant des caractères de convergence. La confusion qui en résulte
ne peut être dissipée que par des études ultérieures sur le terrain.
Summary : Ail Eriosema specics are heliophilous slirubs or half-shrubs. Most
of them are savanna specics which hâve an early flowering, before normal foliation,
and another in the course of growth. These two degrees show floral and foliage cha-
racters which are different enough to hinder the définition of species.
To try and supply it, the author suggests a natural classification in 3 sections,
divided themselves in séries of aflinities. Six new specics are dcscribed.
In conclusion, wc observe, in this genus, species which are really adapted to the
dryness, fires, altitude, and others which are able to accomodate to these saine condi¬
tions by presenting characters of convergence. The confusion which results can he
only dissipated by later studies in the field.
L’historique du genre Eriosema a été esquissée par E. G. Baker
(1895) et par Staner et de Craene (1934). Ce taxon, d’abord proposé
comme section par de Candoi-le (1825), a été reconnu par Desvaux
en 1826, mais avec une orthographe et un contenu différents qui ont amené
récemment J. W. Grear (Taxon 17 : 447, 1968), à proposer la conserva¬
tion du nom dont G. Don serait le créateur par établissement du binôme :
Eriosema ru/iim (H.B.K.) G. Don.
1. Je remercie MM. les Directeurs des Herbaria de Bruxelles, Kew, Lisbonne,
Wageningcn, qui ont bien voulu me communiquer des spécimens de référence, et aussi
Mr. B. Vf.rdcourt (Kew), qui m’a donné d’utiles renseignements sur quelques Erio¬
sema d’Afrique orientale.
Source : MNHN, Paris
— 142 —
ERIOSEMA (DC.) G. Don
Gen. Hist. Dichl. PI. 2 : 347 (1832); Type : Eriosema rufum (H.B.K.) G. Don,
loc. cit.
— Euriosema Desv., Ann. Sci. Nat., ser. 1, 9 : 421 (1826);
— Eriosema Desv. ex Reichenbach, Conspeclus : 150 (1828);
— Eriosema E. Meyer, Linnaea 7 : 170 (1832).
De la tribu des Phaseoleae, il se place dans la sous-tribu des Cajaninae
par l’existence de glandes sur les feuilles et les fleurs. Ses caractères
différentiels sont : ovaire poilu, bi-ovulé, gousse comprimée, et surtout,
graine oblongue, attachée au funicule par une extrémité, avec hile linéaire
prolongé latéralement et caronculé (PI. 1. fig. 4), ce qui le sépare du genre
Rhynchosia.
Cette étude est basée essentiellement sur le matériel du Muséum de
Paris provenant des régions indiquées dans le titre. Toutefois, quand cela
devait faciliter la connaissance de nos espèces, nous en avons cité d’autres,
plus particulièrement dans les clés. Le sous-genre Becquelia n’est pas
représenté dans notre territoire.
GÉNÉRALITÉS
TYPES BIOMORPHOLOGIQUES.
Tous les Eriosema sont vivaces. Rarement arbustifs, ce sont plus
souvent des arbrisseaux, sous-arbrisseaux et herbes à souche pérenne.
Les arbustes, comme E. angolaise, ont un système racinaire ligneux,
fasciculé ou pivotant. Leurs floraisons, subterminales et terminales, ont
lieu pendant et à la fin de la période végétative. On les trouve principale¬
ment sous climat pluvieux ou en stations humides.
Les sous-arbrisseaux sont plus répandus. Seule la souche est vivace
tandis que les rameaux aériens, diversement ligneux ou herbacés, se
renouvellent chaque année. Le système racinaire est parfois un xylopode,
pivot épaissi mais ligneux, ou franchement tubéreux et alors napiforme
ou moniliforme, avec suffisamment d’amidon pour être recherché pour
l’alimentation, du moins en période de disette. Ces plantes sont plus
souvent des chaméphytes et hémicryptophytes que des géophytes, car les
axes caulinaires, permanents ou pluriannuels, bourgeonnent normalement
hors du sol. Toutefois, ce sont souvent des formes mixtes en ce que le
xylopode est plus ou moins enterré et que la base des tiges, verticale ou
oblique, est rhizomateuse. Selon l’intensité des destructions la ramification
se poursuit à l’air libre, ou se renouvelle sur le collet. Cette forme est bien
représentée par E. sparsiflorum dont la souche profonde émet des rhizo¬
mes divergents (pl. 1).
Le port volubile, fréquent chez les Rhynchosia voisins, n’existe pas
chez nos Eriosema. Certaines espèces dressées, comme E. Lelouzeyi,
peuvent prendre un aspect arbusculaire au cours de leur croissance annuel¬
le : à partir de tiges simples ou peu nombreuses, la ramification se fait en
tête avec floraisons subterminales et terminales nombreuses. Ces formes
Source : MNHN, Paris
143 —
se rencontrent sous une pluviométrie suffisante. Selon une autre modalité,
chez E. Verdickii par ex., la tige reste simple et ne porte que quelques
inflorescences sur les nœuds supérieurs. Enfin, toujours chez les hémi-
cryptophytes vrais, à souche tubéreuse, il faut encore signaler des plantes
de petite taille, aux rameaux étalés et dont les inflorescences axillaires,
portées sur un pédoncule grêle, sont réduites à deux ou trois fleurs. Ces
espèces, E. Youngii, E. gracillimum, etc., s’observent dans les groupements
saxicoles à végétation ouverte. Chez beaucoup d ’Eriosema la ramifica¬
tion se fait sur la souche épaissie juste au-dessus du sol; les rameaux en
sont diversement érigés ou genouillés, ligneux ou herbacés. Ce peut être
aussi bien des ombrophiles subherbacés, comme E. parviflorum, que des
xérophiles comme E. griseum.
Les étapes phénologiques du développement ne se déroulent pas de
façon uniforme chez tous ces sous-arbrisseaux. Certains, comme E. griseum,
fleurissent en cours de végétation à l’aisselle de feuilles normales, tant sur
les nœuds moyens que subterminaux. D’autres, comme E. mirabile et
E. Ftaynaliorum émettent, dès la saison sèche, des tiges dont les premiers
nœuds aphylles portent de vigoureux racèmes à fleurs bien développées;
puis, venue la saison des pluies, ces mêmes tiges poursuivent leur croissance
et produisent des feuilles normales mais pas de fleurs; ou bien de nouvelles
pousses feuilléesse développent sur la souche. Il arrive donc que les pre¬
miers axes soient exclusivement florifères et constituent des panicules
racémeuses.
Chez d'autres Eriosema, comme E. sparsiflorum, par ex., le processus
est semblable, sauf que les nœuds florifères sont très espacés, jusqu’à
15 cm, les premiers aphylles, les suivants avec feuilles apparemment
normales, de sorte que cette espèce n’est habituellement récoltée que sous
ce seul aspect. En fait la croissance se poursuit avec des entrenœuds plus
courts et des feuilles beaucoup plus grandes, sans floraison (pl. 1).
Enfin il existe des formes chez lesquelles de mêmes tiges portent
d’abord des feuilles unifoliolées et des fleurs normales; puis des feuilles
trifoliolées et des fleurs réduites sur les nœuds supérieurs.
En conclusion nous reconnaissons, chez les Eriosema xérophiles et
savanicoles, l’existence d’espèces dites « protéranthées », dont la floraison
intervient après une période de repos végétatif avec destruction des orga¬
nes aériens. Ce stade floral se produit à ce moment que A. Chevalier
(1930) a appelé le troisième réveil de la nature. Au cours de la saison sèche,
avant même les premiers orages, souvent à la suite des feux, de nombreux
végétaux fleurissent brusquement grâce aux réserves accumulées au cours
de la saison pluvieuse précédente. Si le facteur sécheresse est évident
dans l’interruption du développement, il faut aussi considérer les efîets
négatifs de la nébulosité sur les facultés florigènes de beaucoup d’espèces.
C’est ainsi que chez la plupart des arbres, arbustes et géophytes protéran-
thés, toutes autres floraisons sont interdites. Par contre beaucoup de nos
Eriosema peuvent refleurir au cours de la période végétative et établissent
de nombreux états intermédiaires entre les différents types phénologiques.
Aux facteurs climatiques essentiels s’ajoutent, en savane, les condi-
Source : MNHN, Paris
— 144 -
tions imposées à la strate sous-jacente par le tapis graminéen, et c’est
alors que les incendies interviennent dans l’alternance des deux synusies.
Si les feux précoces ont pour effet d’avancer et de favoriser la croissance
des Eriosema, les feux tardifs détruisent les premières pousses et perturbent
la succession habituelle des stades. Ch. Tisserant (1930) indique à ce
propos que les Eriosema brûlés ne repassent pas à l’état juvénile et donnent
directement les formes végétatives de saison des pluies, ce qui montre bien
l’action du climat sur les formes phénologiques de ces espèces vivaces.
Nous avons insisté sur ce sujet, car toutes ces modifications morpho¬
logiques, dont le déroulement même est inconstant, causent des difficultés
dans la défini*ion et l’identification des espèces. Cette question a été
étudiée par R. E. Fries (1914) et surtout par Ch. Tisserant (1930) qui
a suivi le développement de plusieurs Eriosema et fait connaître leur forme
végétative dont la récolte est souvent négligée. Les modifications se font
*oujours dans le même sens : les feuilles de saison des pluies sont plus
amples, avec un pétiole et un rachis plus développés, souvent avec sti-
pelles; les racèmes sont plus brièvement pédonculés; les fleurs sont plus
petites, sinon cléistogames.
MORPHOLOGIE DESCRIPTIVE.
La feuille est généralement pétiolée et 3-pennifoliolée, c’est-à-dire
qu’un rachis plus ou moins allongé porte le pétiolule de la foliole terminale.
Parfois il y a de quatre à six folioles qui sont alors toujours digitées.
D’autres espèces ont des feuilles typiquement unifoliolées et le pétiolule
est, soit sessile, soit articulé sur un pétiole différencié. Enfin certains
Eriosema seraient indifféremment uni- ou trifoliolés (Cf. E. shirense).
Les stipules sont toujours présentes et mériteraient davantage d’attention.
Elles sont toujours libres dans les groupes typiquement 3-foliolés; dans
d’autres cas elles sont cohérentes en une seule pièce sur les nœuds aphylles,
ou avec feuilles anormalement unifoliolées, puis libres sur les nœuds
supérieurs; dans les groupes typiquement unifoliolés, elles sont libres
ou cohérentes selon les espèces. L. Haumann (Fl. Congo 6 : 194-195, 1954),
indique à tort que les stipelles sont particulières au sous-genre Becquelia.
En fait elles existent également chez plusieurs Eriosema, où leur dévelop¬
pement est souvent en rapport avec celui du pétiole et du rachis. La forme
des folioles, et celle, plus ou moins corrélative, de la nervation, constituent
de bons caractères d’espèces et même de groupe. On reconnaît deux
principaux types de nervation. Dans le type camptodrome les nervures
latérales de base sont presque aussi fortes que la médiane, elles sont ascen¬
dantes et plus ou moins parallèles aux marges. On a ainsi 3, ou 5 à 7,
nervures subdigitées, selon que les folioles sont étroites et cunées, ou large¬
ment ovales-cordées. Dans le type penné il n’y a pas prééminence sensible
des nervures basales. Les formes sont souvent intermédiaires : les deux
premières nervures latérales sont un peu plus fortes et ascendantes jusque
vers le milieu, puis les autres sont pennées (Fl. 2, fig. 1 et 2). La nature et
la densité de l’indument et des glandes sont de bons caractères spécifiques.
Source : MNHN, Paris
— 145 —
Les glandes forment généralement de petits globules saillants, jaunâtres,
bruns ou pourpres; parfois elles sont imprimées, comme chez E. bauchiense;
dans d’autres cas elles sont peu visibles sur les feuilles adultes, ou bien
elles sont très nombreuses et très petites. En conclusion, les feuilles pré¬
sentent une grande richesse de caractères et, malgré leur variabilité, elles
contribuent beaucoup à la spécification.
Les inflorescences sont des racèmes axillaires simples. Souvent spici-
formes, ils sont parfois très courts, capituliformes, et permetten* de dis¬
tinguer l’une de nos séries. Lorsqu’ils sont groupés en tête sur les derniers
nœuds dont les feuilles sont réduites, il y a formation de fausses panicules,
caractéristiques de quelques espèces subarbustives. Dans quelques cas
extrêmes les racèmes sont réellement paniculés. Les bractées fournissent
également de bons caractères, selon qu’elles sont subulées, ovales, diver¬
gentes, ou imbriquées sur les racèmes jeunes, etc. On doit tenir compte
de ce que leur forme évolue de la base au sommet du racème.
Dans leur ensemble les caractères floraux sont peu variés et peu
faciles à exprimer. Le pédicelle est toujours court, souvent recourbé en
hameçon et, le calice étant lui-même plus ou moins gibbeux, les fleurs
sont généralement dé fléchies. Le calice varie selon la forme et la dimension
des lobes. Lorsque, par exception, le lobe inférieur est le plus court, cela
constitue un bon caractère de série (ser. j). L’indument et les glandes de
la face externe du calice sont importants, alors que la glabréité, ou pubes¬
cence, de la face interne n’intervient qu’accessoirement. La corolle est
normalement marcescente et reste longtemps mêlée aux infrutescences.
Ses modalités portent sur l’indument, les glandes, les formes et dimensions
relatives et absolues des différentes pièces. L’étendard est le plus intéres¬
sant : il varie par ses auricules; par l’onglet plus ou moins long et diver¬
sement canaliculé; par l’émergence (appendice) linéaire ou bilobée, située
plus ou moins haut au-dessus de l’onglet ou absente (PI. 2). J’ai voulu
accorder une valeur de groupe à ce dernier caractère, mais il ne semble
pas toujours constant et varie peut-être selon que les fleurs s’épanouissent
ou restent closes. Ailes et carène sont diversement onguiculées et auri-
culées; la carène peut être oblongue ou tronquée. Les caractères de l’an-
drocée nous ont paru de peu d’intérêt, de même que ceux du style, diver¬
sement poilu ou glabre dans sa partie basale. La gousse est généralement
uniforme, plus ou moins poilue, rarement glabrescente, variant un peu
dans ses dimensions. La fleur étant dé fléchie il arrive que la gousse se
recourbe inversement vers le haut, comme chez E. Tessmannii. Enfin
on note un allongement sensible du stipe sur la gousse d’E. linifolium et
d’E. sparsiflorum.
CLASSIFICATION
La présente classification n’est qu’un simple essai. D’abord parce
qu’elle est très partielle et aussi parce que nous discernons encore mal les
caractères infragénériques propres à établir des coupures dans ce genre,
variable dans le détail mais homogène dans ses traits fondamentaux.
Source : MNHN, Paris
— 146 —
Nos trois sections sont donc basées sur l’ensemble des caractères
floraux, foliaires et écologiques. Quant aux séries ce sont de simples
regroupements d'affinités, plus susceptibles encore de remaniements. La
sect. Eriosema comprend des espèces modérément xérophiles des Régions
zambézienne et soudanienne; plusieurs sont endémiques d’Afrique occi¬
dentale. Les constituants de la sect. Montana sont de tendance ombro-
orophile; on les connaît d’Afrique australe, des montagnes intertropicales,
des stations ouvertes de la zone forestière équatoriale : clairières, rochers,
marais, etc. La sect. Pulcherrima comprend des espèces savanicoles,
relativement xérophiles et supportant les feux; elle est surtout représentée
en hémisphère nord, où elle compte plusieurs endémiques.
Le genre Eriosema compte finalement moins d’espèces dans les
savanes sèches soudaniennes et dans le massif éthiopien, que dans les
savanes zambéziennes et en Afrique australe extratropicale. Cet élément
africain n’a que peu de rapport avec les rares espèces asiatiques. Par
contre il présente des analogies significatives avec celui du continent
américain, où nous retrouvons, non seulement certaines de nos séries, mais
aussi quelques espèces manifestement affines des nôtres.
En conclusion, le genre Eriosema est un genre paléotropical gond-
wanien, surtout représenté en hémisphère sud d’Afrique et d’Amérique.
CLÉ DES SECTIONS 1
Feuilles 3-6-foliolées, ou 1- et 3-foliolées sur la même plante.
Pétiole moins de 7 mm.
Folioles 3-6, souvent subsessiles, rachis moins de 7 mm et
souvent peu différencié; limbe souvent atténué sur le
pétiolulc, tomenteux, velu ou soyeux à la face inférieure,
rarement glabrescent, jamais avec de longs poils mous
dispersés; étendard sans appendice. 1
Folioles 3, subsessiles ou brièvement pétiolées mais rachis
plus long que le pétiole; limbe bien différencié du pétio-
lule.
Folioles largement ovales, elliptiques, lancéolées, etc.,
± molles et poilues; rachis souvent plus de 7 mm 2
Folioles linéaires; longs poils mous blanchâtres, clairsemés
sur les folioles et le calice; ou folioles plus largement
elliptiques, glabrescentes et glandes imprimées; rachis
rarement jusqu’à 7 mm, mais toujours bien différencié
(ser. I). 3
1. Valable seulement pour les espèces traitées.
Source : MNHN, Paris
— 147 —
Pétiole plus de 7 mm.
Folioles de 3 à 6, linéaires, au moins 10 fois + longues que
larges, digitées sur un pétiole de 3 cm (E. penlaphyllum) 1
Folioles 3, diversement elliptiques, lancéolées, ovales, etc.
Pétiole jusqu’à 7 mm sur les feuilles des rameaux végé¬
tatifs; rachis aussi long ou plus long que le pétiole; pas
d’appendice à l’étendard; sous-arbrisseaux xéromorphes
( E. sparsiflorum) . 1
Pétiole normalement plus de 7 mm et rachis diversement
développé mais plus court; stipelles souvent présentes;
étendard normalement pourvu d’un appendice; arbris¬
seaux et sous-arbrisseaux non xéromorphes, à feuilles
généralement molles; pas de floraison différée. 2
Feuilles toutes 1-foliolées, sessiles ou avec pétiole jusqu’à 2 cm;
sous-arbrisseaux. 3
1. Sect. Eriosema (Typus : E. rufum (H.B.K.) G. Don).
Folia brevipetiolata vel subsessilia, 3-6-digitata vel obscure 3-pennata;
foliola angusta, saepe oblanceolata, nunquam cordata; florescentia saepe
synantha. Vexillum saepe sine appendice.
Arbrisseaux et sous-arbrisseaux, parfois xéromorphes.
Feuilles brévipétiolées ou subsessiles (sauf E. penlaphyllum).
Folioles 3 à 6, digitées ou avec rachis peu prononcé; relativement
étroites, au moins deux fois plus longues que larges, linéaires, elliptiques,
oblancéolées, etc., jamais largement ovales ni cordées; souvent tomen-
teuses ou soyeuses à la face inférieure.
Floraison surtout estivale, rarement différée; racèmes spiciformes
ou globuleux.
Etendard généralement dépourvu d’appendice.
2. Sect. Montana Jac.-Fél., secl. non. (Typus : E. parviflorum
E. Mey.).
Folia petiolata, 3-pennata, nonnunquam subsessilia sed tum cum
rhachide elongato, foliola saepe late ovata, vel lanceolata, nunquam cordata;
florescentia synantha. Vexillum saepe cum appendice.
Sous-arbustes, arbrisseaux, sous-arbrisseaux ligneux ou subherbacés,
rarement xéromorphes.
Feuilles pétiolées, ou si le pétiole est court le rachis est allongé.
Folioles 3, la terminale presque toujours avec rachis et stipelles sou¬
vent présentes; largement ovales, elliptiques, lancéolées, oblancéolées.
Source : MNHN, Paris
— 148 —
etc., jamais cordées; souvent de consistance herbacée; diversement poi¬
lues ou glabrescenfes.
Floraison estivale non différée; racèmes subterminaux et terminaux,
parfois paniculés; fleurs parfois de grande taille.
Etendard souvent avec appendice.
3. Sect. Pulcherrima Jac.-Fél., sect. nov. (Typl's : E. pulcherrimum
Taub.).
Folia brevipetiolata, 1-foliata (raro 1-3-linearifoliata), elliptica, ovato-
cordata, vel rotundo-cordata; florescentia sacpe proterantha. Vexillum
variatim appendiculatum.
Sous-arbrisseaux souvent xéromorphes, parfois de petite taille.
Feuilles brévipétiolées (pétiole jusqu’à 2 cm chez E. Erici-Rosenii),
ou subsessiles.
Foliole 1; parfois 3 (ou 1 et 3) et alors linéaires ou glabrescentes;
diversement linéaires, elliptiques, ovales, arrondies, parfois cordées;
pilosité variable, parfois densément feutrée en-dessous.
Floraison souvent diflérée; fleurs jamais grandes.
Etendard avec ou sans appendice.
1. Sect. ERIOSEMA
CLÉ DES SÉRIES
Folioles étroitement elliptiques, oblongues ou oblancéolées; moins
de 8 fois aussi longues que larges.
Racèmes courts, globuleux ou ovoïdes (parfois oblongs, mais alors
bractées de 8-9 mm, calice plus de 10 mm et caractères ci-
après); calice couvrant souvent la moitié au moins de la corolle,
lobes plus longs que le tube; pas plus de 3 folioles. sér. A
Racèmes spiciformes (parfois assez courts mais alors lobes du
calice plus courts que le tube); parfois plus de 3 folioles.
Arbustes ou arbrisseaux; parfois xérophiles (folioles étroites,
glauques ou densément tomenteuscs à la face inférieure);
floraisons subterminales; racèmes parfois longuement fleuris
mais à pédoncule court. sér. B
Sous-arbrisseaux à souche tubéreuse; souvent floraison
précoce, avec feuilles réduites, suivie d’un stade végétatif;
rachis foliaire souvent aussi long, ou plus long, que le pétiole;
racèmes pédonculés; fleurs relativement grandes. sér. C
Folioles linéaires, de 8 à 10 fois plus longues que larges, digitées ou
subdigitées par 3 à 6; pétiole subnui ou jusqu’à 3 cm. sér. D
Source : MNHN, Paris
— 149 —
— Sér. A (E. rufum (H.B.K.) G. Don).
Arbrisseaux et sous-arbrisseaux. Feuilles 3-foliolées, brièvement
pétiolé<*s, indûment variable. Racèmes globuleux, ovoïdes ou oblongs,
brièvement pédonculées. Fleurs pédicellées, dressées ou divariquées;
calice peu ou pas gibbeux, lobes plus longs que le tube; étendard sans
appendice. Cette série, qui compte quelques espèces africaines de large
extension, est représentée en Amérique avec E. rufum (H.B. & K.) G.
Don, E. pulchellum G. Don, E. slriclum Benth., etc.
CLÉ DES ESPÈCES SOUDANIENNES
Racèmes oblongs, plus de 5 cm de long (voir aussi E. adamaouensis,
sér. B). E. Gironcourlianum
Racèmes globuleux ou ovoïdes, moins de 5 cm de long.
Lobes du calice étroitement triangulaires, subulés à filiformes;
arbrisseaux ramifiés, non xéromorphes; pilosité brun rougeâtre.
Indûment hérissé sur les rameaux; folioles jusqu’à 7 cm de long,
normalement oblancéolées, obtuses au sommet, les latéra¬
les asymétriques; nervation subdigitée, la nervure basale
externe des folioles latérales atteignant ou dépassant la
moitié. E. glomeratum
Indûment dense, normalement apprimé sur les rameaux;
folioles jusqu’à 12 cm de long, étroitement elliptiques,
atténuées aux deux extrémités; nervation pennée, y
compris sur les folioles latérales. E. Laurentii
Lobes du calice lancéolés-oblongs, souvent membraneux et
imbriqués à la base, diversement aigus ou acuminés à leur
extrémité; pilosité grisâtre ou blanchâtre.
Feuilles à pétiole et rachis bien distincts; calice de 12-20 mm de
long, poilu; racèmes au moins 2,5 cm de diamètre; gousses
poilues; plantes xéromorphes. E. griseum
Feuilles subsessiles digitifoliolées; calice de 5-10 mm de long,
pubescent ou glabrescent; racèmes 1,5 cm de long et 2 cm de
diamètre; gousses pubescentes ou glabrescentes; plantes
non xéromorphes. E. Letouzeyi
Eriosema Gironcourtianum .Jac.-Fél., sp. nov. 1 (Fl. I. p. 000).
Differt a E. glomerato (G. et P.) Hook. f. raccmis majoribus, flexuosis;
floribus longioribus.
1. Voyageur naturaliste, de Gironcourt a collecté des plantes du Dahomey et
du Cameroun vers les années 1910-1913.
Source : MNHN, Paris
— 150 —
Suffrutex ramosus, 0,80 m altus, pubescens. Folia 3-foliolata, petiolo
ad 6 mm longo, rhachide ad 3 mm longa; foliola 2x9 cm, anguste
clliptico-ohlonga, superne glabrescentia, inferne tomentosa.
Racemi flexuosi, 9 cm longi, pedunculo 3 cm longo; bracteaelanceolatac
acuminatae, 2,5 X 8-9 mm, extus pilosae. Flores 13 mm longi, pilosi
sparsim glandulosi; Calyx 11 mm longus, lobis acutis tubo longioribus.
Yexillum ellipticum 6-7 X 12 mm, minute appendiculatum, breviter auri-
culatum, ungui 3,5 mm longo, glabrescens, sparsim glandulosum vel eglan-
dulosum. Alae 11 mm longae, glabrescentes, 1-auriculatae. Carina 10 mm
longa, pauce glandulosa, ungui 4 mm longo.
Type : de Gironcourt 207, Dahomey (Holo-, P).
Sous-arbrisseau de 60-80 cm de haut, ramifié sur la souche ligneu¬
se. Tiges de 4 à 5 mm de diamètre à la base, arrondies ou modérément
cannelées vers le haut, densément pubescentes, les poils à demi hérissés
réfléchis.
Feuilles brièvement pétiolées, à 3 folioles brévipennées. Stipules
persistantes, étroitement triangulaires, 2 mm de large à la base, 8-10 mm
de long. 5-9-nerviées, velues. Pétiole 6 mm, velu; rachis 3 mm; pétio-
lules 3 mm, velus; pas de stipelles. Folioles jusqu’à 2x9 cm, oblongues-
elliptiques à étroitement oblancéolées, largement en coin ou subarron¬
dies à la base, obtuses au sommet finement apiculé par un pinceau de
poils, glabrescentes au-dessus, densément velues en-dessous, indûment
blanchâtre, glandes non visibles; nervures brun rougeâtre; dix paires
environ de nervures secondaires ascendantes, la basale externe des fo¬
lioles latérales atteignant à peu près le milieu, réseau tertiaire bien appa¬
rent.
Inflorescences axillaires sur les nœuds supérieurs; racèmes simples,
atteignant 9 cm de long, dont 3 pour le pédoncule densément velu ainsi
que le rachis; bractées 2,5 x 8-9 mm, lancéolées, acuminées, nettement
nerviées, poilues et ciliées, imbriquées sur le racème avant l’anthèse;
fleurs non réfléchies, à pédicelle de 1-2 mm.
Fleur 13 mm de long. Calice 11 mm de longueur totale, à poils blan¬
châtres sur toute sa surface et glandes éparses, brun rougeâtre; lobes
plus longs que le tube, le médian 8 mm, les autres 6,5 mm, étroitement
triangulaires aigus, à nervure médiane saillante. Etendard elliptique,
6-7 x 12 mm, dont 3,5 pour l’onglet recourbé en crosse et canaliculé;
médiocrement auriculé, appendice linéaire en demi-cercle entre les auri-
cules; glabrescent, glandes rares ou nulles. Ailes oblongues, 11 mm de
long, dont 4 pour l’onglet, glanduleuses. Etamine vexillaire à fdet recourbé
en crosse vers la base; androcée 8 mm de long jusqu’à la courbure des
fdets libres; anthères menues, 0,3 mm de long. Ovaire poilu, glanduleux
à la base; style glabre, épaissi dans la courbure.
Gousse 10 x 12 mm. éparsément poilue et glanduleuse; graine noire,
2x5 mm.
Dahomey : de Gironcourl 207, Bilakassou, brousse forestière, lieux
un peu frais; la graine, pilée, sert comme poison de pêche, (fl. fr.).
Source : MNHN, Paris
— 151
' lœSSSSSg
Source : MNHN, Paris
152 —
Malgré ses longs racèmes cette espèce se situe manifestement dans la
sér. A, entre E. glomeratum et E. griseum. Elle se rapproche surtout
d’E. glomeratum var. Overlatii Stan. & de Craene, à grandes lleurs, et var.
elongalum , à racèmes allongés.
Eriosema glomeratum (Guill. et Perr.) Hook. f. (PI. 5, fig. 1, p. 164).
Fl. Nigr. : 314 (1849); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 511 (1929); Stan. et de Craene,
Ann. Mus. Congo B., bot., sér. 6, 1 : 82 (1934); Hauman, Fl. Congo 6 : 221 (1954);
Hepper, Fl. \V. Trop. Afr. ed. 2, 1 : 558 (1958); Cufodontis, Bull. Jard. Bot. Etat,
Brux. 25, Suppl. : 327 (1955).
— Rynchosia glomerata Guill. et Perr., Fl. Senegamb. Tent. 1 : 216 (1832);
— Iiriosema elongalum Baill., Adansonia 6 : 227 (1866); Type : Heudelot 758.
— Eriosema sericeum Bak., Fl. Trop. Afr. 2 : 226 (1871); Type : Barler, Nigeria.
Type : Perroltel, Sénégal (Holo-, P !).
Cette espèce est largement répandue en Afrique intertropicale et
s’étend à Madagascar et aux Mascareignes. Même allégée de VE. Lau-
rentii, elle se présente encore sous de nombreux aspects concernant les
dimensions des feuilles, la longueur des racèmes et des entrenœuds,
etc. Plusieurs variétés ont été reconnues : var. elongalum (Baill.) Bak.,
dont le spécimen Chevalier 18035 (Guinée), par ses racèmes pédonculés
de 8 cm, tend vers E. Gironcourlianum ; var. albida G. & P.; var. reli-
culatum Stan. & de Craene; var Overlatii Stan. & de Craene; etc.
Une forme, remarquable par l’étroitesse de ses folioles, est également
signalée par Hepper (loc. cit.), d’après des spécimens de Sierra Leone :
Deighlon 2679, et du Libéria : Dinklage 3279, double P !
En conclusion on pourrait certainement reconnaître plusieurs uni¬
tés infraspécifiques valables chez E. glomeratum, après une révision
approfondie.
E. Laurentii de Wild. (PI. 5, fig. 2, p. 164).
Miss. Laur. : 120 (1905); Hauman, Fl. Congo 6 : 223 (1954);
— E. glomeratum var. Laurentii (de Wild.) Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 511 (1929);
Stan. et de Craene, Ann. Mus. Congo B., bot., sér. 6, 1 : 82 (1934); Hepper, Fl. W.
Trop. Afr.. ed. 2, 1 : 558 (1958);
— Glycine rufa Schum., Beslcr. Guin. PI. : 344 (1827), non H.B. et K.; Type :
Afzelius, Sierra Leone.
— Eriosema rufum Baill., Adans. 6 : 226 (1866), non G. Don.
Type ; E. & M. Laurent s.n., Congo (n.v.).
Le rang spécifique de ce taxon est discuté, certains auteurs préfé¬
rant le considérer comme une variété d’E. glomeratum. En pratique il
est facile de le distinguer d’après les caractères végétatifs indiqués dans
la clé.
Quant aux lleurs on reconnaît une certaine variabilité non signifi¬
cative chez les deux espèces. E. Laurentii a sensiblement la même exten¬
sion géographique que VE. glomeratum', cependant on l’observe rarement
au centre du continent et il est manifestement plus hygrophile et mon¬
tagnard. A ce titre il y a intérêt à distinguer les deux taxa dans les tra¬
vaux de chorologie et phytosociologie.
Source : MNHN, Paris
- 153 -
COMPLEXE DE LERIOSEMA GRISEUM Bak.
L’espèce typique, xéromorphe et remarquable par le grand calice
qui masque presqu’entièrement la corolle, reste homogène dans des ré¬
gions aussi éloignées que le Soudan, le Nigeria, le Cameroun, l’Angola,
etc. Mais on peut reconnaître en outre, surtout en Afrique occidentale,
des formes différentes, dont certaines sont de simples accomodats éco¬
logiques, d’autres de bonnes variétés, ou encore des espèces valables.
Ces plantes litigieuses ont en commun d’être moins xéromorphes,
plus grêles, et de porter un indûment plutôt blanc soyeux que tomenteux
grisâtre. On pourrait concevoir de les réunir à E. logeuse Taub., qui
présente ces caractères. Cependant les formes d’Afrique occidentale
s’écartant beaucoup moins d’E. griseum typique que celles observées
au Cameroun et Afrique Centrale, nous avons choisi de réunir les pre¬
mières dans la variété logeuse et de proposer une espèce pour les secondes.
Eriosema griseum Bak.
Fl. Trop. Afr. 2 : 228 (1871); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 510 (1929); Stan. et de
Craene, Ann. Mus. Congo B., bot. sér. G. 1 : 83, f. 29. t. 30, f. 3 (1934); Hauman,
Fl. Congo 6 : 22 1 (195l)i IIkppkk. Fl. W. Trop. Afr.. cl. 2. 1 : 558 (1958).
— E. logoense auct. : Hepper, loc. cit. p. p., non Taub.
Deux variétés :
Folioles oblancéolées, normalement plus de 1 cm de large et
5 cm de long (1,5-1,8 X 5-5,5 cm); tomentum grisâtre à la
face inférieure; calice jusqu’à 2-2,5 cm, aussi long que la
corolle; bractées lancéolées. var. griseum
Folioles atténuées aux 2 extrémités, moins d’1 cm de large et
de 4 cm de long (0,8 X 3-3,5 cm); indûment soyeux argenté à la
face inférieure; calice 1,2-1,5 cm; bractées ovales, brusque¬
ment caudées. var. togense
var. griseum.
Syntypes : Barler 1225, Nigeria; Welwilsch 4105, Angola (Iso-, P !).
Sous-arbrisseau de 0,40 m de haut, ramifié dès la base à partir d’une
souche ligneuse; villosité générale grisâtre. Feuilles à pétiole de 2 à 5 mm,
rachis 1-3 mm et pétiolules 1-2 mm; stipules 8-12 mm et jusqu’à 18 mm
sur les nœuds supérieurs; tomentum gris à la face supérieure, dense sans
cacher le réseau des nervures. Capitules subsessiles ou pédoncule de 1
à 2 cm, subterminaux et terminaux, 3 cm de diam. et 4 cm de long;
bractées lancéolées, 15 mm de long. Fleurs dressées, pédicelle de 5 mm;
calice jusqu’à 2,5 cm, avec poils argentés brillants, surtout sur la nervure
médiane et les marges, éparsément pubescent à la face interne; corolle
généralement masquée par le calice; étendard 9 x 14 mm, obovale,
auriculé, pubescent glanduleux sur la partie sommitale externe. Gousse
9 X 16 mm, poilue.
Source : MNHN, Paris
— 154 —
Tchad : Audru 1052, Bedjama (fl. fr., août); Mosnier 705, Bekao (fl. fr., mars). —
Rép. Centrafricaine : Lenfant 1143, vers 7° lat. N (11., janv.). — Cameroun : De
Wilde 3208, WAG, 35 km S Maroua (fl., fr., sept.); Jacques-Félix 3384, Dodéo (fl.,
mars); 3575, Roumsiki (11., avr.); 3791, Guider (fl., mai); 4277, de Ngaoundéré à Mei-
ganga (fl., juin); 8358 Poli : pentes N.O. du Vokrè, exemplaire peu conforme, moins
xéromorphc, forme de saison des pluies (fl., sept.); Lelouzeg 6808, Mokolo.sur solarénacé
en savane arbustive avec Isoberlinia doka (fl. fr., sept.); Raijnal J. et A. 12933, région
de Mokolo, en prairie rocailleuse; fleurs jaune pâle (fl., janv.); 12995, Poli : pentes
du Vokré, vers 700 m ait., sur croupe brûlée fleurs jaune clair (fl., janv.). — Nigeria :
Hepper 1400, Pic Vogel; cet exemplaire diffère du type : c'est apparemment un véritable
arbrisseau de 1,80 m de haut, avec un copieux indûment blanc; le calice n’a que 11 mm
et la corolle 13 mm; les lobes sont oblongs-lancéolés, brusquement aigus, nettement
imbriqués (fl., nov.); Olorunfemi FHI 27726, Zaria (fl., mars).
var. togense (Taub.) 1 Jac.-Fél., sial. nov.
— E. togense Taub., Bot. Jahrb. 23 : 195 (1896); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 510
(1929).
— E. sericeum auct. : Chev., Expi. Bot. : 209 (1921), p. p. non Bak.
— E. griseum auct. : Hepper, Fl. W. Trop. Afr., cd. 2, 1 : 558 (1958), p.p. non
Cette variété représente apparemment l’espèce en Afrique occiden¬
tale humide. C’est un sous-arbrisseau ramifié en tête, plus svelte, in¬
dûment argenté, à folioles plus étroites; les capitules sont presque aussi
développés, mais le calice est toujours plus petit et normalement plus
court que la corolle; les bractées sont onguiculées à la base, largement
ovales, puis brusquement caudées acuminées.
Sénécai, : Folius 261, Kanéméré (fl., juil.). — Dahomey : Aké Assi 11100,
Nattitingou, Atacora (fl. fr., mars). — Togo : Mahoux 240, sur sol sablonneux (fl.,
août). — Ghana : Adams 4115, Réserve forestière de Dahile (fl. fr., avr.). — Côte-
d’Ivoire : Aké Assi 4257, d’Odienné à Korhogo (fl. fr., avr.); 5156, Ouango-Fitini
(fl. fr., mai); Chevalier 21940, Mankono (fl. fr., juin); 22171, Fétékoro, Mt Kangoroma
(fl. fr., juil.); de Wilde 3498. région de Bouna (fl. fr., mars); Saxer 459, WAG. Poli
(fl., sept.).
Eriosema Letouzeyi Jac.-Fél., sp. nov 2 (PI. 2, fig. 1-9, p. 149).
Differt E. griseo Bak., foliis subsessilis 3-digitatis, foliolis minoribus,
calyce minori, leguminibus pubescentibus vel glabrescentibus, minoribus.
Suflfrutex ramosus, 0,80-1,20 m ait., pubescens. Folia 3-foliatata,
subscssilia, foliolis digitatis. Foliota usque ad 0,9 X 3,5 cm, oblonga vel
oblanceolata; superne pubescentia, inferne albo-tomentosa.
Racemi globosi, 2 cm diam.; pedunculo 0,5-2 cm; bracteae obovatae,
caudatae-acuminatac, unguiculatae, usque ad 3 x6 mm, extus pilosae. Flores
12 mm, flavi. Calyx 9-10 mm, membranaceus, pubescens; lobis 6 mm longis,
oblongo-lanceolatis, falciformis. Vexillum oblanceolatum, 4 x 12 mm,
ungui 4 mm longo, haud appendiculatum, auricuiatum, auriculis implicatis,
extus glabrescens, glandulosum. Alae 11 mm longae, ungui 4,5 mm, glabres-
centes, auriculatae. Carina 11 mm longa, ungui 4,5 mm, glandulosa.
Legumen 7 X 12 mm, glabrescens vel pubescens, glandulosum.
1. Orthographe de Taubert, Index Kew. et Baker f.; Hepper, loc. cit., a
corrigé en E. logoense.
2. Botaniste René Letouzey, spécialiste de la flore et de la végétation du Came-
Source : MNHN, Paris
— 155
Source : MNHN, Paris
156
Type : Tisseront 751, Rép. Centrafricaine (Holo-, P!).
Sous-arbrisseau de 0,80 à 1,20 m de haut. Tiges d’abord couchées,
puis redressées, grêles, subligneuses; indûment blanchâtre, apprimé-
rélléchi, surtout dense le long des côtes peu saillantes.
Feuilles subsessiles digitifoliolées. Stipules menues, 1,2 x 6 mm,
triangulaires aiguës, poilues à la face externe, plus ou moins persistantes.
Pétiole et pétiolules nuis ou atteignant 1 mm, couverts de poils apprimés
ascendants; folioles oblongues à oblancéolées, modérément atténuées
vers le bas, obtuses et finement apiculées au sommet, 0,6-0,9 x 2,8-
3,5 cm; 6-8 paires de nervures ascendantes, la première atteignant le
milieu, réseau tertiaire peu prononcé; pubescence fine sur la face supé¬
rieure, tomentum dense, blanchâtre, à la face inférieure.
Inflorescences groupées sur les nœuds supérieurs, subcapitées, de
dix à quinze fleurs, 2 cm de diamètre, pédoncule de 0,5-2 cm de long;
bractées obovales, onguiculées, caudées-acuminées, naviculées, 3x6 mm,
poilues à la face externe, brunâtres et normalement caduques.
Fleurs 12 mm de long, pédicelle 1,5-2 mm. Calice 9-10 mm, membra¬
neux, verdâtre, pubescenl surtout sur les nervures, éparsément glandu¬
leux, glabrescent à la face interne, lobes subégaux, 6 mm de long, lancéo¬
lés oblongs, puis aigus et falciformes, sauf le médian. Corolle jaune,
glabre, glanduleuse. Etendard 4 X 12 mm dont 4 pour l’onglet, ovale
oblancéolé, auriculé avec repli dans l’auricule, glabre, glanduleux. Ailes
oblongues, auriculées, 11 mm de long, dont 4,5 pour l’onglet. Carène
11 mm de long, dont 4,5 pour l’onglet, densément glanduleuse. Ovaire
modérément poilu, densément glanduleux; style rectiligne, glanduleux
à la base.
Gousse 7 X 12 mm, glabrescente ou pubescente, glanduleuse.
Tchad : Audru 1348, Békao; pétiole grêle, jusqu’à 2 mm (fl., oct.). — Rép.
Centrafricaine : Chevalier 6104, plateau des Ungourras (11., déc.); Koechlin 3267,
Yaloké, savane Mayaka (fl., oct.); Tisseront 751 (fl. fr., sept.), 830 (fl. fr., oct. nov.),
région de Bambari, savane boisée des Moroubas: 2661, région de Bambari, sur latérite
à Yanguya (fl. fr., sept.); 3190, Bozoum, sur latérite (fl., oct.). — Cameroun : Letou-
zey 6092. Dankali, région de Meiganga (fl., oct.)
Cette espèce se rapproche davantage de la variété togense que des
formes typiques d'E. griseum. Elle se ramifie vers le sommet, fleurit
en fin de végétation, ses stipules sont plus petites, etc. On remarquera
surtout que, plus ombrophile qu’E. griseum, elle a cependant des feuilles
plus petites, sessiles et digitifoliolées, alors que c’est l’inverse qui se
produit chez les feuilles de saison des pluies des espèces protéranthées.
Son aire cohérente s’étend sur les plateaux moyens de l’Adamaoua orien¬
tal.
—• Sér. B (E. psoraleoides (Lam.) G. Don).
Arbrisseaux et sous-arbrisseaux à souche ligneuse. Feuilles subses¬
siles ou à pétiole court, 3-pennatifoliolées ou 3-5-digitifoliolées; folioles
étroitement elliptiques, oblancéolées. ou oblongues, tomenteuses, soyeuses
ou pubescentes à la face inférieure; nervation variable. Racèmes briè-
Source : MNHN, Paris
vement pédonculés. Fleurs de taille variable; calice généralement à
lobes triangulaires courts; appendice nul ou obscurément linéaire. Des
espèces zambéziennes, plus nettement xéromorphes, comme E. bianoense
Hauman et E. upembae Hauman. rentrent probablement dans cette
CLÉ DES ESPÈCES OCCIDENTALES
Sous-arbrisseaux ± ramifiés; floraison en cours de végétation :
Feuilles 3-foliolées; pétiole de 3 à 6 mm, rachis normalement
présent, 2-6 mm; racèmes de 5 à 15 cm. E. psoraleoides
Feuilles 3-5-digitifoliolées, subsessiles (ou brièvement pétiolées
avec racèmes de moins de 4 cm) :
Fleurs 18-22 cm de long; calice 11 mm, à lobes aigus de 5-7
mm; bractées ovales, 5-6 X 10-11 mm, imbriquées sur la
racème avant anthèse; étendard largement elliptique,
13 X 11 mm, sans appendice; de 3 à 4 folioles aiguës au
sommet. E. adamaouense
Fleurs moins de 15 mm; bractées moins de 5 mm :
Pilosité dense, veloutée et brun doré sur les différentes
parties; 3 folioles oblongues à linéaires; calice 3 mm
dont 1,5 pour les lobes triangulaires; étendard avec
appendice. E. Vanderystii
Pilosité soyeuse blanchâtre; folioles oblancéolées :
Pétiole 1-2 mm; folioles 3 à 5, très inégales, environ
0,8 X 2,5 cm; nervures basales très ascendantes;
calice 4 mm, lobes aigus 2 mm. E. molle
Pétiole 2-3 mm; folioles 3, environ 1,2 x 4 cm; nerva¬
tion pennée; calice 4 mm, lobes obtus, 1 mm... E. Andohii
Sous-arbrisseaux à tiges grêles dispersées, rhizomateuses; stade
florifère précoce avec longs entrenœuds, feuilles petites, racè¬
mes grêles et fleurs espacées. E. sparsiflorum
Eriosema psoraleoides (Lam.) G. Don. (PI. 5, fig. 3-3', p. 164).
Gen. Svst. Gard. Bot. 2 : 348 (1832); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 508 (1929); Sta-
ner et de Craene, Ann. Mus. Congo B., bot., sér. 6, 1 : 52, f. 3 (1934); Hauman,
Fl. Congo 6 : 206 (1954) Cufodontis, Bull. Jard. Bot. Etat, Brux. 25, Suppl. : 328 (1955);
Hepper, Fl. West Trop. Afr., ed. 2, 1 : 557 (1958).
— Crotalaria psoraleoides Lam. (1786).
— lihynchosia cajanoides Guiu.. et Perr. (1832); Type ; Perrollet, Sénégal,
liolotype P !.
— Eriosema cajanoides (G. et P.) Hook. f., Niger Fl. : 314 (1849).
Type : Commerson, Madagascar (Holo-, P!).
Arbrisseau ou sous-arbuste pouvant atteindre 3 m de haut. Espèce
répandue dans toute l’Afrique intertropicale et aussi en Afrique australe,
Source : MNHN, Paris
— 158 —
à Madagascar et aux Mascareignes. Variable dans ses différentes parties :
dimensions des folioles, du pétiole, du rachis et des fleurs (PI. 5, fîg. 3
et 3’). Certains aspects sont sous l’influence directe du milieu : ainsi les
exemplaires récoltés sous climat sec sont glaucescents et se rapprochent
d’espèces voisines ayant typiquement ce caractère. Parfois les variations
ne sont pas écologiques : le spécimen Raynal 13196, du Cameroun, par
ses feuilles subsessiles digitifoliolées et ses grandes fleurs, a l’allure de
VE. adamaouense. On pourrait établir de nombreuses variétés géogra¬
phiques : ainsi la var. argenteum (Chev.) Bak. f. est localisée en Guinée,
où existe aussi une forme à petites fleurs. L’espèce reste cependant facile
à établir dans ses caractères fondamentaux : calice court, pubescent, à
lobes largement triangulaires, etc.
Eriosema adamaouense Jac.-Fél., sp. nov. (PI. 3, p. 153).
DifFert a E. psoraleoidi (Lam.) G. Don, foliis subsessilis, 3-4-digitatis;
bracteis et floribus majoribus; calyce piloso, lobis quam tubo longioribus.
Suffrutex 1,50-2 m altus, tomentosus. Folia 3-4-foliata, subsessilia;
foliolis digitatis, foliola 1,5 X 10 cm, anguste elliptica, apice acuta, superne
pubescentia, inferne aureo-tomentosa.
Racemi 12-15 cm longi., pedunculo 3-4 cm longo; bracteae ovato-lan-
ceolatae, acuminatae, usque ad 6x11 mm, extus pilosae. Flores 22 mm
longi, flavi. Calyx 12 mm longus, glandulo-pilosus, lobis acutis tubo longio¬
ribus. Vexillum late cllipticum, 13 X 11 mm, haud appendiculatum, pubes-
cens glandulosum, auriculis obscuris vel implicatis, ungui 4 mm longo.
Alae 20 mm longae, glabrescentes, bi-auriculatae. Carina 18 mm longa,
dense glandulosa, ungui 2-3 mm longo.
Type : Jacques-Félix 8734, Cameroun (Holo-, P!).
Sous-arbrisseau de 1,50 à 2 m; tiges cannelées par décurrence des
traces foliaires, indûment blanchâtre, principalement sur les côtes,
apprimé ascendant sur les parties les plus âgées, plus ou moins hérissé
sur les parties jeunes.
Feuilles sessiles à subsessiles, 3-4-digitifoliolées. Stipules triangu¬
laires, 3x9 mm. poilues et glanduleuses à la face externe, caduques;
pétiole subnui, ou jusqu’à 2 mm de long, couvert de poils dorés, décur-
rent sur la tige par une côte poilue; pétiolules de 2 à 3 mm, pas de rachis.
Folioles étroitement rhombo-elliptiques, jusqu’à 1,5 X 10 cm; environ
20 paires de nervures latérales, pennées ascendantes; face supérieure
avec poils fins apprimés; face inférieure avec tomentum dense sur toute
la surface, doré sur les nervures, blanchâtre ailleurs.
Racèmes subterminaux et terminaux, spiciformes, 4 cm de diamètre
à la floraison et 12-15 cm de long; pédoncule robuste, 3-4 cm de long,
densément hirsute ainsi que le rachis. Bractées 5-6 x 10-11 mm, à on¬
glet épais, charnu, à limbe ovale-lancéolé, subauriculé à la base et caudé-
acuminé au sommet; imbriquées sur les racèmes jeunes et leur donnant
un aspect de cône, puis caduques.
Source : MNHN, Paris
159 —
PI. 3. - Eriosema adamaouense .Jac.-I'él. (Jacques-Félix 8734, type) : 1, sommité d'un rameau
x 2/3; 2, 3, stipule, bractée x 4; 4, (leur x 2; 5, 6. 7, 8, étendard (dos et détail auricules),
aile, carène x 4.
Source : MNHN, Paris
— 160 —
Fleur jusqu’à 22 mm de long, à pédicelle hérissé, de 3 mm de long.
Calice poilu et glanduleux, poils fauves surtout sur les nervures et les
marges des lobes, de 11 à 12 mm de longueur totale; lobes triangulaires,
aigus, le médian 7 mm, les autres 5 mm. Corolle jaune, pubescente et
glanduleuse. Etendard pubescent et glanduleux à la face externe, large¬
ment elliptique, 13 X 11 mm, dont onglet de 4 mm, recourbé en crosse,
canaliculé, charnu; auricules repliées à l’intérieur; pas d’appendice.
Ailes 6 x 20 mm, dont 5 pour l’onglet, auriculées. Carène 18 mm de long,
dont 2-3 pour l’onglet, densément glanduleuse. Ovaire poilu; style pubes-
cent-glanduleux sur la moitié de sa longueur.
Gousse non connue.
Cameroun : Jacques-Félix 8734, Adamaoua oriental : Hosséré Sillé, dans la prai¬
rie, vers 1 600 m ait.
Outre ses affinités avec E. psoraleoides, cette espèce se rapproche
d ’E. uelulinum Bak. f. & Hayd. et d’E. Vanderystii (De Wild.) Hauman
par le type foliaire, mais aussi de la sér. A, où sa place serait peut-être
plus logique.
Eriosema Vanderystii (De Wild.) Hauman
Fl. Congo 6 : 227 (1954).
— Glycine Vanderystii De Wild., Fedde Repert. 13 : 372 (1914);
— Eriosema velulinum auct. : Milne-Redhead, Kew Bull. 1950 : 357 (1951),
p.p., non Bak. f. et Haydon.
Type : Vanderyst s.n., Bas Congo (Holo-, BR, n.v.).
Espèce remarquable par l’indument velouté fauve de toutes les
parties. De plus les tiges fleuries sont fasciées, recourbées horizontale¬
ment, les derniers nœuds florifères sont à feuilles réduites et, par tor¬
sion des entrenœuds, tous les racèmes se dressent d’un même côté, l’en¬
semble ayant l’aspect d’une cyme scorpioide.
Congo : Descoings 8491, Fort-Roussct (11. jeunes, juill.). — Réi>. Centrafri¬
caine : Le Testu 4793, région de Yalinga, lieux humides (fl. fr., août); Tisserant 1146,
40 km de Bambari, région de la Ouakoua, bords de marais, 1,50 m de ht (fl., juin;
fl. fr., sept.).
Une espèce voisine, E. velulinum Bak. & Haydon, Leg. Trop. Afr. :
510 (1929), Type : Swynnerlon 21, Tanganyika (n.v.), se distingue par ses
feuilles à 4-5 folioles et ses fleurs plus grandes. C’est un élément oriental
montagnard, alors que l’fS. Vanderystii s’observe en Afrique centrale
et bassin inférieur du Congo dans les lieux marécageux.
Eriosema molle Hutch. ex Milne-Redhead
Kew Bull. 1950 : 360 (1951); Hepper, Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 557 (1958).
Type : Irvine 1429, Ghana (Holo-, K, n. v.; Iso-, WAG!).
Arbrisseau de 1,20 m, ramifié dans le haut, rameaux grêles, pubes-
cents. Stipules très menues, 2-3 mm de long. Feuilles normalement à
cinq folioles très inégales, les latérales étant beaucoup plus courtes,
Source : MNHN, Paris
— 161 —
toutes très rétrécies à la base. Bractées petites et caduques. Gousses
relativement grandes, 1 x 1,3 cm, poilues.
Selon Milne-Redhead (loc. cit.) cet Eriosema est localisé au Ghana
et en Côte-d’Ivoire; d’après des observations récentes, son aire s’étend
également sur le Dahomey.
Dahomey : Aké Assi 11177 (fl. fr., mars); Chevalier 23273, Abomey (fl. fr., mars)
23536, Agouagon (fl., mai). — Côte-D'Ivoire : Aké Assi 3461, savane d'Assakra (fl.,
juin); 6677, de Kouroukourounga à Mankono (fl., oct.): Chevalier 21706, 21722, Haute
Sassandra, Mt. Dourou à 1000 m ait., près de Koualé (fl. fr., mai); 21785, confluent
Sassandra-Bafing, près de Dotou, 200 m ait., en savane (fl. mai); 21961, Mankono
(fl., juin); 22009, Mankono (fr. juil.); l.eeuwenberg 3261, WAG, Séguéla (fl. fr,, avril),
3322, Toumodi (fl., avril); De Wil 986, WAG, nord d'Abidjan (fl., août); Pobéguin 125,
Singonobo, plateau Baoulé (fl., nov.); Scaëtta s.n. (1939), savane de Ouassou; 3068 à
Yéboué-Blangouakro. — Ghana : Morton A 1911, WAG, Shai Hills (fl. fr., nov).
Eriosema Andohii Milne-Redhead
Kcw Bull. 1950 : 361 (1951); Hepper, Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 557 (1958).
Cette espèce se réfère plus étroitement que la précédente aux formes
xérophiles de VE, psoraleoides. On la distingue cependant par ses feuilles
plus sessiles, sans rachis, à indûment plutôt soyeux que tomenteux et
glabrescentes à la face supérieure; enfin, les racèmes très modestes sont
répartis sur de nombreux nœuds au lieu d’être plus développés et sub¬
terminaux.
Par la nervation pennée des folioles, il est possible de distinguer ce
taxon des formes éventuellement trifoliolées de VE. molle, dont les ner¬
vures basales sont ascendantes. C’est d’après ce caractère que j’attribue
un spécimen stérile de Chevalier à la présente espèce. Par contre le spé¬
cimen Chevalier 14632 que Milne-Redhead (loc. cit.) ne trouvait pas
conforme à E. Andohii, est bien en effet une variété d’fi. psoraleoides
(cf. ci-dessus).
Haute-Voilta : Aké Assi 5211, Banfora (fl., juil.). —- Côte-d’Ivoire: Aké Assi
s.n. (21 mai 1958), de Ngolodougou à Kong (stérile); 5226, de Ouango-Fitini à Bouna
(fl., juil.). — Dahomey : Chevalier 23993, Atacora (stér., juin). — Ghana Morton,
GC 25048, 25169, WAG (fl. fr., déc.).
Erosiema sparsiflorum Bak. f. (PI. 4, p. 156).
J. Bot. 33 : 144 (1895); Lcg. Trop. Afr. : 510 (1929); Hauman, Fl. Congo 6 : 234
(1934); Hepper, Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 558 (1958).
Type : Schweinfurlh 1876, Soudan (n.v.).
Espèce savanicole à souche profonde et tiges rhizomateuses disper¬
sées, à premiers entrenœuds pouvant atteindre 18 cm; nœuds d’abord
aphylles, puis à feuilles subsessiles, rachis court, folioles de 0,5-1 X 3-4 cm.
Racèmes pédonculés. Fleurs défléchies; calice 4 mm, dont 1,5 pour les
lobes; étendard oblong, auriculé, sans appendice, 3-4 x 8-9 mm, dont
1 pour l’onglet. Ailes plus longues que la carène. Gousse relativement
grande, 12 X 20 mm, plus ou moins stipitée et rostrée.
Source : MNHN, Paris
— 162 —
Source : MNHN, Paris
— 163 —
Après ce stade florifère précoce, les tiges continuent leur croissance
avec des entrenœuds plus courts, des feuilles à pétiole de 6-7 mm, rachis
de même longueur avec stipelles visibles et folioles jusqu’à 3 x 12 cm.
Rép. Centrafricaine : Chevalier 5475, Ndellé, brousse sèche; fleurs rouges
(fl. fr., nov.); 7624, Ndellé (fl. fr., fév.); Descoings 12570, 12588, environs de Bouar,
savane arbustive sur colline (fl. fr., janv.); Lenfant 1067, région nord de Carnot (fl.
fr., déc.); Le Testu 2571, Yalinga, fleurs jaunes lavées de rouge (fl. fr., mars); 3421,
Yalinga; fleurs rougeâtres, bases des tiges longuement rhizomatcuscs (fl. fr., nov.);
Tisseront 872, Moroubas, fleurs jaunes veinées de brun (fl., oct.); 957, 957 bis, Ippy,
plateau latéritique (fl. fr., oct. janv. mars.); 2861, Bo/.oum (fcuil., juil.); 3056, racèmes
égrenés à la base, racèmes jeunes au sommet (mars, avril), 3057 (fr., avr.), 3058 (fl.,
avr.; fcuil., juin) —- Cameroun : Descoings 10756, Garoua (fr., avr.); Jacques-Félix
3528, Mandaras, Doumo; fleurs rouge orangé (fl. fr., avr.); Raynal J et A. 13337, en
savane brûlée à 18 km SSE de Ngaoundéré, fleurs rouge brun; 13348, Meiganga, an¬
ciennes cultures après le feu (fr., janv.). •— Guinée : Chevalier 14708 (coll. Brossât),
Kouroussa; nom malinké : Siboin, les feuilles pilées servent contre la gale; Pobiguin
971, Kankan, fleurs rouge violet (fl., fév.); 1518, Dabola, fleurs jaunes avant les feuil¬
les (fl., mars). — Mali : Démangé 2524, Sikasso, en savane (fr. feuil., mai).
Espèce soudanienne; existe également en Nigeria, dans le nord du
Congo, etc.
Eriosema sp. afî. E. sparsiflorum var. sessilifolium Hauman
Bull. Jard. Bot. Etat, Brux. 25 : 121 (1955); Fl. Congo 6 : 234 (1954).
Cameroun : Raynal J et A. 13000, Poli, pentes du Vokré, 700 m (fl. fr., janv.).
Plante de 10-15 cm; à rhizomes verticaux et rameaux hirsutes;
stipules 2x9 mm, oblongo-lancéolées, plurinerviées, poilues. Feuilles
subssesiles, 3-digitifoliolées, folioles très atténuées aux deux extrémités, la
terminale 1 x 5,5 cm ; face supérieure glabrescente (quelques poils sur
la nervure médiane et les marges; face inférieure poilue sur les nervures;
glandes rares. Fleurs défléchies; calice 3 mm, dont 1,5 pour les lobes
subégaux, triangulaires aigus; poils courts hérissés, à base glanduleuse.
Corolle dépourvue de glandes; étendard pubescent sur le dos, 3,5 X 6-
6,5 mm, dont 1-1,5 pour l’onglet; elliptique-obovale, auricules réduites,
appendice peu prononcé; ailes et carène 5,5 mm. dont 1,5-2 pour l’onglet,
glabres.
Ce spécimen est une forme d’après feux dont la position ne pourra
être précisée que par des récoltes complémentaires. La variété à laquelle
nous le rapportons provisoirement est à longs entrenœuds et beaucoup
plus proche de 1 ’E. sparsiflorum typique.
— Sér. G (E. pauciflorum Klotzsch).
Sous-arbrisseaux xéromorphes. Feuilles 3-pennifoliolées; rachis
bien différencié, à peu près de même longueur que le pétiole, celui-ci
parfois assez court mais toujours bien distinct; folioles oblongues, oblan-
céolées, obovales, etc., nervation ascendante. Racèmes pédonculés.
Fleurs souvent grandes; calice poilu, lobes étroitement triangulaires-
aigus; corolle oblongue; étendard à auricules réduites, pas d’appendice;
carène allongée, peu ou pas auriculée. Série d’hémisphère sud avec E.
Source : MNHN, Paris
— 164 —
andongense Hiern ex Bak. f. (Angola), E. Kraussianum Meisn. (Afr. sud),
etc. Seul E. pauciflorum atteint la Région soudanienne, sans s’étendre
ni au Cameroun, ni en Afrique occidentale.
Eriosema pauciflorum Klotzsch
In Peters, Reise Mossamb., Bot. 1 : 31 (1862); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 509
(1929); Tisserant, Bull. Mus. Nation. Hist. Nat., ser. 2, 2 : 320 (1930); Haumann,
Fl. Congo 6 : 228 (1954).
Type ; Pelers s.n., Zambèze (n.v.).
Plante recouverte d’une pilosité brune plus ou moins hérissée. Feuil¬
les à pétiole et rachis de 3 à 5 mm; folioles oblancéolées à obovales-
oblongues, arrondies au sommet; nervation ascendante subdigitée. Ra-
cèmes compacts sur long pédoncule villeux. Fleurs peu défléchies, 12-16
mm de long; calice gibbeux, lobes étroits, plus longs que le tube.
Tchad : Gaston 1550 (stér., août). — Rép. Centrafricaine : Bille 2058, Bouar
(fl. fr., août); Le Teslu 3648, 3799, Yalinga (fl., janv., mars); Tisseront 1071 (fl., avr.),
1071 bis (fl., août), région des Moroubas: 1729, nord de Bambari (fl. fr., janv.).
Sér. D (E. linijolium Bak. f.).
Plantes non xéromorphes, floraison estivale; indûment gris ou fauve,
non franchement brun. Feuilles diversement pétiolées ou sessiles, 3-5-
digitifoliées; folioles toujours étroites, ± 10 fois aussi longues que larges,
atténuées aux deux extrémités. Racèmes longs, subterminaux. Fleurs
de taille variable; calice poilu-glanduleux, lobes subégaux, ou le médian
un peu plus long; étendard à auricules peu développées, pas d’appendice.
Série peu homogène; plutôt oriento-méridionale, sauf E. linifolium,
qui s’étend jusqu’au Mali et est manifestement proche d ’E. sparsifto-
rum. L’espèce d’Afrique australe, E. salignum E. Mey. prend place ici.
CLÉ DES ESPÈCES INTERTROPICALES
Feuilles à pétiole de 1-3 cm; fleurs de 12-15 mm.... E. pentaphyllum
Feuilles sessiles à subsessiles; fleurs de 6-8 mm. E. linifolium
Eriosema pentaphyllum Harms
Bot. Jahrb. 54 : 386 (1917); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 499 (1929); Stanek et De
Craene, Ann. Mus. Congo B, bot., ser. 6,1 : 51, flg. 1, tab. 30, flg. 5 (1934); Hauman,
Fl. Congo 6 : 225 (1954).
Type : Kassner 2617, Congo (Iso-, P !).
Jusqu’à 1,50 m de haut. Toute la fleur très glanduleuse; glandes
coniques très saillantes; calice poilu, dents plus courtes que le tube;
étendard poilu-glanduleux sur tout le dos; ailes plus longues que la carène.
Espèce très remarquable du Katanga, du Rouanda et du Bouroundi.
Source : MNHN, Paris
— 165 —
Eriosema linifolium Bak. f.
J. Bot. 33 : 228 (1895); Leg. Trop. Afr. : 449 (1929); Tisserant, Bull. Mus. Nation.
Hist. Nat., scr. 2, 2 : .122 (1930); HEPPER, Fl. W; Trop. Afr.. ed. 2, 1 : 557 (1958).
— E. ippyense Tiss., loc. cit.
Syntypes : Schwein/urth 1976, 2161, 3888, Soudan (n.v.).
Plante à souche tubéreuse; tiges simples à longs racèmes terminaux.
Fleurs relativement petites, vert jaunâtre; calice à tube de 2 mm, lobe
médian 2,5 mm, les autres 2 mm; étendard 7 mm, dont 2,5 pour l’onglet,
glabre; ailes glabres, 6 mm dont 2 pour l’onglet, à auricules très pronon¬
cées; carène 6,5 mm, dont 2,5 pour l’onglet, nettement auriculée, glabre
avec petite plage de glandes vers l’extrémité; gousse plus ou moins sti-
pitée.
Tchad : Autlru 1327, Békao (fr., oct.). — Rép. Centrafricaine : Tisseront
334, région de Bambari, Moroubas; par tiges isolées en savane boisée (11. fr., juin);
2244 (Type d ’E. ippyense Tiss.), Ippy, en savane (0. fr., août-sept.); Le Testu 3977,
sud de Yalinga (fl. fr., juil.). — Cameroun : .Jacques-Félix 4146, de Ngaoundéré à
Meiganga; fleurs vert jaunâtre (fl., juin). — Mali : Chevalier 24310, de Courina à
Konkobiri; fleurs verdâtres (fl. fr., Juil.). F.xiste également en Nigeria du Nord.
Espèce très caractéristique dont il n’est pas possible de séparer E.
ippyense Tiss. Tous les spécimens d’Afrique occidentale sont à 3 folioles,
alors que Baker f. indique de 3 à 5 folioles dans sa diagnose établie sur
les spécimens de Schweinfurth.
2. Sect. MONTANA
CLÉ DES SÉRIES
Calice variablement poilu; lobes triangulaires plus longs ou
aussi longs que le tube.
Feuilles à pétiole court et rachis long; folioles obtuses ou
lancéolées; nervation subdigitée; racèmes longs, multiflores,
subterminaux, fleurs moins de 10 mm; étendard avec ou sans
appendice.
Feuilles à pétiole plus long ou aussi long que le rachis, celui-ci
parfois bien développé, mais alors fleurs plus de 10 mm
(E. Burkei); feuilles axillant les inflorescences parfois rédui¬
tes et à pétiole court :
Racèmes simples, longuement pédonculés, ou fleurs ayant
moins de 15 mm; ou bractées étroites, divergentes, non
imbriquées sur le racème jeune; nervation variable;
étendard avec appendice situé parfois très haut.
Racèmes parfois très allongés mais brièvement pédonculés,
parfois ramifiés par regroupement sur les nœuds aphylles
subterminaux; parfois simples avec fleurs de plus de 15
Source : MNHN, Paris
— 166 —
mm, ou plus petites à corolle pourpre foncé; bractées
ovales, imbriquées, donnant un aspect de cône aux jeunes
racèmes sessiles; nervation pennée; étendard rarement
avec crête. sér. G
Calice pubescent ou glabrescent, à peine denté ou lobes séparés
par de larges sinus obtus; folioles largement elliptiques à
oblongues, veloutées, pubescentes ou glabrescentes à la face
inférieure, ni poilues, ni hirsutes; corolle jaune verdâtre;
sous-arbrisseaux (voir aussi E. bauchiense : sect. Pulcherrima
ser. I) . sér. H
— Sér. E [E. nulans Schinz).
Herbes à souche vivace, non xérophiles, pubescentes à villeuses.
Feuilles molles, 3-pennifoliolées, pétiole court, rachis long; folioles large¬
ment ovales, obovales, lancéolées, rarement oblongues; nervation sub-
digitée. Racèmes spiciformes, pédonculés. Etendard avec ou sans ap¬
pendice. Ne se distingue de la sér. b' que parle rapport de longueur entre
pétiole et rachis. Aux deux espèces citées on peut probablement ajouter
E. Gueinzii Sond., dont la mise en synonymie avec E. cordalum E. Mey.
paraît discutable. Ces espèces n’existent pas en Afrique occidentale,
elles ne sont évoquées que pour la mise au point du matériel éthiopien.
CLÉ DES ESPÈCES INTERTROPICALES
Fleurs jaunes, appendice à l’étendard. E. nutans
Fleurs pourpres, pas d’appendice à l’étendard. E. Buchananii
Eriosema nutans Schinz
Bull. Herb. Boiss. ser. 2, 8 : 629 (1908); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 505 (1929);
— E. polystachyum (Rien.) Bak., Fl. Trop. Afr. 2 : 225 (1871), non E. Mey.;
p. p. ( Schimper 708 ), non Rhynchosia polyslachium A. Rien.;
— E. Richardii Benth. ex Bak. f., loc. cit., Type: Schimper 708 ; Stan. et de
Craene, Ann. Mus. Congo B., bot. ser. 6. 1 : 58 (1934); Cufodontis, Bull. Jard. Bot.
Etat. Brux. 25 suppl. : 328 (1955), p.p. : tantum Schimper 708:
E. Buchananii var. Richardii (Benth. ex Bak. f.) Staner, Kew Bull. 1935 :
277; Hauman, Fl. Congo 6 : 210 (1954).
Type : Junod 2165 , Afrique du Sud (n.v.).
Ethiopie-Erythrée : Pappi 378, Addi Catina 800 m (fr., oct.); Schimper 708,
Asséga 1600-2000 m (fl., août); Steudner 37 (fl., sept.). Non seulement le matériel
éthiopien a les folioles plus lancéolées mais les fleurs sont un peu plus petites et moins
glanduleuses que dans ics spécimens méridionaux. Peut-être une variété serait à main¬
tenir dans E. nutans. Voir à E. Jurionianum pour la mise au point entre ces deux
espèces.
Source : MNHN, Paris
— 167 —
Eriosema Buchananii liak. f.
J. Bot. 33 : 145 (1895); Leg. Trop. Afr. : 505 (1929).
Type : Buchanan 214; Mt. Zomba (n.v.).
Zambie : H,M. Richards 22454.
Cette espèce se rapproche de la sér. C de la sect. Eriosema.
— Sér. F (£. parviflorum E. Mey.).
Arbrisseaux ou herbes vivaces non xéromorphes; souche ± épaissie,
non napiforme. Feuilles 3-pennifoliolées (rarement rachis très court),
pétiolées, stipelles développées ou non; folioles relativement larges,
elliptiques, ovales, lancéolées, etc., rarement oblongues; nervation varia¬
ble. Racèmes spiciformes, souvent allongés. Fleurs moyennes; calice
pubescent ou poilu, lobes subégaux; étendard jamais densément poilu
ni velu, à onglet et auricules variables, appendice souvent présent.
Série étendue à toute l’Afrique intertropicale et du Sud; espèces
souvent hygrophiles ou montagnardes, fleuries une grande partie de
l’année. E. benguellense Rossb. et E. Burkei Benth., se situent probable¬
ment dans cette série, par leur étendard auriculé et appendiculé, mais
ils se rapprochent aussi de la sér. C.
CLÉ DES ESPÈCES SOUDANIENNES
Nervation subdigitée ascendante, 5-8 paires de nervures; bractées
petites, caduques, ne débordant pas les fleurs avant l’anthèse;
étendard auriculé, à onglet court (moins du 1 /3 de la lg.);
racèmes jusqu’à 20 cm.
Plantes pubescentes; folioles rhombiques, sommet normale¬
ment aigu, 1,5-2,5 X 3,5-4,5 cm (celles de la base parfois
arrondies et réduites); racèmes laxiflores; fleurs 8-15 mm;
étendard avec appendice juste au dessus de l’onglet.. E. spicatum
Plantes villeuses; folioles largement elliptiques, oblongues,
ovales ou obovales, sommet normalement obtus, 2-4 x 5-6
cm (folioles parfois réduites, 1,5 X 3 cm); racèmes compacts
fleurs 5-7 mm; étendard avec appendice situé nettement plus
haut que l’onglet. E. parviflorum
Nervation pennée, 8-17 paires de nervures (nervure basale
externe des folioles latérales peut cependant atteindre le milieu
du limbe, chez E. montanum; ou nervures moins nombreuses
sur folioles réduites, mais alors l’onglet de l’étendard atteint
le 1 /3 ou la moitié de la longueur); bractées souvent divergen¬
tes et débordant les fleurs avant l’anthèse :
Folioles moins de 5 cm de long; pédoncule plusieurs fois plus
long que la partie fleurie du racème; calice pubescent, lobes
triangulaires; étendard à auricules réduites ;
Source : MNHN, Paris
— 168 —
Folioles largement ovales à subcirculaires (voir aussi E.
longepedunculatum, dont les feuilles de base ont parfois les
folioles arrondies), l,5-3,5 X 2,5-4,5 cm; stipelles présentes
ou non; pédoncule 10-20 cm pour, une partie fleurie de
3-7 cm; fleurs 7-8 mm, pourpres; onglet égal à la moitié
de l’étendard. E. Lejeunei
Folioles elliptiques, 1,2-1,5 X 3-4 cm; étendard oblong,
onglet égal au 1/3 de la longueur. E. longepedunculatum
Folioles plus de 5 cm de long; pédoncule moins de 2 fois plus
long que la partie fleurie du racème :
Bractées étroitement lancéolées, onguiculées à la base, acu mi¬
nées, ± caduques :
Folioles lancéolées, ovales-lancéolées ou elliptiques;
stipules plus de 3 mm de large; onglet des pétales = au
1 /4 ou à peine au 1 /3 de la longueur; étendard obovale,
auricules bien dégagées, appendice net, souvent
bilobé :
Rachis foliaire 0-3 mm; fleurs 10-15 mm :
Folioles lancéolées, ou ovales-lancéolées, 1,5-3 X 4-
8 cm; 10-12 paires de nervures; racèmes jusqu’à 20
cm, normalement plus longs que les feuilles; calice
4-5 mm, lobes triangulaires courts, couvrant moins
de la moitié de la fleur. E. montanum
Folioles elliptiques, 3x7 cm, 8-10 paires de nervures;
racèmes subsessiles; calice 7-8 mm, lobes triangu¬
laires étroits, couvrant plus de la moitié de la fleur
. E. montanum var. badium
Rachis foliaire 6-15 mm; fleurs 7-8 mm; folioles étroi¬
tement lancéolées, 2,5 X 7,5 cm.. E. montanum var. grande
Folioles étroitement elliptiques ou oblongues; stipules
moins de 3 mm de large; onglet des pétales égal, ou
presque, à la moitié de la longueur; étendard oblong,
auricules réduites, appendice nul ou obscur; calice 6 mm
Rachis foliaire subnui; folioles étroitement elliptiques,
2,5 X 8-9 cm; de 14 à 17 paires de nervures; stipelles
filiformes; fleurs 8-9 mm. E. Jurionianum
Rachis foliaire grêle, 8-10 mm; folioles oblongues à
étroitement elliptiques, 2,5 X 7,5 cm; de 10-12 paires
de nervures; fleurs 7-8 mm. E. ramosum
Source : MNHN, Paris
— 169 —
Bractées longuement triangulaires, longtemps persistantes,
7-11 nerviées; calice 9 mm, presque aussi long que la corol¬
le; folioles 1-1,5 X 2-3,5 cm; étendard oblong, peu auriculé;
onglet = à la moitié de la longueur. E. Humberlii.
COMPLEXE DE l. E. PARVIFLORUM
Les populations du complexe E. parviflorum occupent toutes les ré¬
gions suffisamment humides, depuis l’Afrique du sud jusqu’en Guinée 1 .
Trois espèces ont été initialement reconnues : E. parviflorum E. Mey.,
de l’hémisphère sud et Afrique australe; E. podostachyum Hook. f.. en zone
équatoriale; E. spicalum Hook. f., dans le secteur foutanien en Afrique
occidentale. Puis on a considéré que seul E. parviflorum était valable
et recouvrait toute l’aire du complexe (Hauman, Flore du Congo, par ex.).
Certes la variabilité est notable, même parmi le matériel d’Afrique du
sud; et les spécimens de la forêt équatoriale ne sont guère discernables
d ’E. parviflorum typique. Par contre il est facile de séparer toutes les
récoltes provenant du secteur foutanien et de les rapporter à E. spica-
tum. Vouloir les intégrer dans un concept élargi d’E. parviflorum ne
donne pas satisfaction et conduit à créer de nouveaux noms. Ainsi Sta-
ner & df. Craene ont proposé la var. laxiusculum pour des spécimens
bien représentatifs d’E. spicalum, et Hepper a proposé une sous-espèce
collinum pour les exemplaires à grandes fleurs. En admettant que ce
taxon infraspécifique soit valable, il est évident qu’il se détache du con¬
cept E. spicatum et non de celui d 'E. parviflorum. On remarquera, qu’en
Afrique Occidentale, les aires ne se superposent pratiquement pas, les
régions de Côte d’ivoire, Ghana, Dahomey, Togo, étant à peu près dé¬
pourvues de ces deux espèces oro- ou ombro-philes. En conclusion nous
conservons ici E. spicalum et E. parviflorum. Par ailleurs d’autres auteurs
se proposent de distinguer le concept podostachyum comme sous espèce
d’E. parviflorum et celui de collinum comme sous-espèce d’E. spicatum. 2
Eriosema parviflorum E. Mey. (PI. 5, fig. 6, p. 164)
Comm. PI. Afr. Austr. : 130 (1835-37); Bak. f., J. Bot. 33 : 142 (1893); Leg.
Trop. Afr. : 504 (1929); Staner et de Craene, Ann. Mus. Congo B., bot. sér. 6, 1 :
60, fig. 9, tab. 29, f. 2 (1931): ll w man, Fl. Congo 6 : 211 (195 I): I Ikiter. Fl. W.
Trop. Afr., cd. 2. 1 : 557 (1958), p.p.
— E. podostachyum Hook. f., Nig. Fl. : 314 (1849); E. spicatum « forme podos¬
tachyum » 1 iss., Bull. Mus. Nation. Hist. Nat., ser. 2. 2 : 321 (1930), non Hook. f.;
— E. Gillelii de Wild. et Th. Dur., Bull. Herb. Boiss., ser. 2, 1 : 18 (1900).
Type : Drège s.n., Afrique australe (Iso-, P!).
Sous-arbrisseau à tiges étalées ou appuyées pouvant atteindre 1,70 m;
indûment étalé sur les rameaux et les feuilles; étendard pubescent et
glanduleux sur le dos, appendice quadrangulaire.
1. Nous écartons ici les problèmes et les synonymes relatifs à l’Afrique orientale.
2. Conception inédite de J.K. Morton, selon B. Verdcourt, in lill.
Source : MNHN, Paris
170 —
Source : MNHN, Paris
— 171
Rép. centrafricaine : Tisseront 2662, Bambari en marais boisé; 1,20 m de haut;
racème 20 cm dont 12 pour le pédoncule, fleurs jaunes (fl. fr., oct.). Gabon : Le Testu
8092, Franceville, savane (fr., mai). — Congo : Eslève 13, spécimen à racèmes nombreux,
pédoncules courts, gousses petites, plateau Batéké; nom vern. : Inchéio batchini,
feuilles mangées par la chenille Batchini consommée par l’homme (fr., déc.); Koechlin
1684, savane Batéké (fl., janv.); 6762, Kinkala, marais de la Voula (fr., juin); Sila 163,
environs de Brazzaville, terrain humide (fl-, janv.). — Cameroun : Jacques-Félix 4655,
Deng Deng, brousse de forêt secondaire, base subligneuse, tiges herbacées, 1,70 de ht.
(fr., juil.); 4820, 4831, Yaoundé (fl. fr., août); 4934. Yaoundé, se rapproche un peu
d 'E. spicalum (fl. fr.. nov.); Lelouzey 4872, Yokadouma en clairière forestière; 1,50 m de
haut, fleurs jaune pâle (fl. fr., mai); Zenker 1505, Yaoundé (fl.). — Côte d’ivoire :
Aké Assi 1722, savane de Moossou (fl. fr., oct.).
Plante ombrophile, fréquente dans les séries postculturales en ré¬
gion forestière. Elle manque dans les régions sèches et devient rare à
l’Ouest du Nigeria.
Eriosema spicatum Hook. f.
Niger Fl. : 313 (1849); Bak. f., J. Bot. 33 : 143 (1895); Leg. Trop. Afr. : 504
(1929); Hutch. et Dalz., Fl. W. Trop. Afr., ed. 1, 1 : 403 (1928).
— E. Caillei A. Chf.v., Expi. Bot. : 207 (1921), nom. nud.
•— E. djalonense A. Chev., loc. cit. : 208, nom. nud.
— E. parviflorum var. laxiuscula Stan. et de Craene, Rev. Zool. Bot. Afr. 24 :
290 (1934); var. sarmentosa Stan. et de Craene, loc. cit. : 291; Ann. Mus. Congo B.,
bot., sér. 6, 1 : 62, fig. 10 (1934); Hauman, Fl. Congo 6 : 212 (1954);
— E. parviflorum auct. : Hepper, Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 557 (1958) p.p.
non E. Mey.; subsp. collinum Hepp., Kew Bull. : 130 (1956); Fl. W. Trop. Afr., ed.
2, 1 : 557 (1958).
Type : G. Don s.n., Sierra Leone (n.v.).
a) Matériel d’Afrique occidentale. (PI. 5, fig. 7-7', p. 164).
Dans la population djalonienne les caractères de l’espèce évoluent
en fonction de l’altitude. D’une part il y a corrélation à peu près constante
entre l’agrandissement des fleurs et la diminution de leur nombre sur le
racème; d’autre part les folioles sont généralement plus petites et plus
arrondies. Il ne semble donc pas que la notion d’une sous-espèce pour
les formes d’altitude soit bien nécessaire. Ainsi d’après les récoltes faites
dans les régions montagneuses il apparaît que la forme typique se rencon¬
tre jusqu’aux environs de 1000 m et que celle à grandes fleurs lui succède
au-dessus de cette altitude mais non sans transition.
Guinée : Adam 3097, 3146, Nimba, 1 500 m (grandes fl., janv.); 3646, 3654,
Beyla : chaîne de Fon 1200 m (grandes fl. fr., fév.); 4220, 4250, 5892, 6186, environs
de Macenta de 700 à 900 m (fl., fév. mars, avr. août); 7396, 21032, Nimba, 1500 m
(grandes fl., déc., fév.): Aké Assi 5245, Nimba (stér., août); Chevalier 12426 bis, 12601,
12624, de la Santa à Timbo, syntypes d’E. djalonensis (fl. fr., mars); 20546, 20631,
Farana (fl. fr., janv.); 20863, Beyla (fr., mars); 21013, 21071, région de Nzo et Nimba,
800 m (grandes fl. fr., mars); Dahiel 8393, Mamou, type de la var. laxiuscula Stan.
cl de Craene (fl. fr., mars); Daronne s.n.. Nimba (grandes fl., janv.); Heudelol 759,
• croit dans les lieux arides du Fouta Djallon » (fl. fr., fév. mars); Jacques-Félix 425,
de Kindia à Kolenté (fr.. mars); Jardin s.n., Iles de Loos; Schnell 211, Nimba (grandes
fl., fév.). — Sierra Leone : Adam 22960, nom. Loma 1550 m (grandes fl., janv.);
23444, pied du Loma 620 m (fl. fr., janv.); Cote 198, massif de Biriwa, 1600 m (grandes
Source : MNHN, Paris
172 —
fl., janv.); Gledhill 286 WAG, Lake Sonfon (fl. fr., fév.); Jonlan 2041, Kénéma (fl.
fr., avr.); Morton et Gledhill SL 1051, SL 1867 WAG, Mont Loma et Mont Tingi (grandes
fleurs); Scott Elliol 4549, Bouyabouya (fl., fév.); Thomas 646, 6620 (fl. fr., juin, déc).
— Liberia : Adam 16331, Siato (fr., déc.); 16456, Nimba (grandes fl. fr. petites fo¬
lioles arrondies, déc.); 21386, pied du Nimba, 500 m (fl., juin); 25951, Pleebo (juin).
Forme Caillei. — Alors que E.G. Baker (1929) mettait simple¬
ment E. djatonense A. Chev. en synonymie, il considérait E. Caillei A.
Chev. comme une forme particulière. Le type : Chevalier 14737 (fl. oct),
auquel on peut ajouter Maclaud 31 (fl., sept.), Adam 14722, tous récoltés
au Fouta, ont des folioles subacuminées, 2,5 x 6 cm, un pétiole attei¬
gnant 4 cm et le rachis 6 mm, Maclaud indique une hauteur de 1,20 m
et des fleurs roses, enfin, l’étendard ( Maclaud 31) est largement obovale
et dépourvu d’appendice.
b) Matériel Cameroun-Gabon.
Déjà, en 1895, E.G. Baker signalait l’existence de VE. spicalum
au Gabon. Dans ce pays, ainsi qu’au Congo et au Cameroun, il existe en
effet, à côté de VE. parviflorum E. Mev., forme podostachyum, des plantes
qui se rapportent mieux à E. spicalum. C’est pour distinguer les formes
vigoureuses, étalées sur le sol, du littoral congolais, que Staner et de
Craene ont créé E. parviflorum var. sarmentosum; selon nous elles se rap¬
prochent mieux d’E. spicalum, tout en méritant, peut-être, une distinc¬
tion variétale.
Cameroun : Lelouzey 7965, Linté, colline de Nantchéré, 1195 m, parmi les ro¬
chers granitiques sommitaux (fl. fr., sept.); 8354, Djoum, rocher d'Akoaflm; touffes
rampantes étalées à partir d’un fort pivot ligneux; fleurs jaunes (fl. fr., nov.); Iiaynal
,/. et A. 13432, Ebolowa, rochers ensoleillés; fleurs jaune mêlé de rouge à la pointe
(fl. fr., fév.). - Congo et Gabon : Diiparquel 48,691 ; Dybowski 99, Ngoué (fl. fr., fév.):
Farron 5043, environs de Pointe Noire, lisière de boqueteaux en savane (fl. fr., fév.):
Il allé .V. et Villiers J.-F. 4927, Efout, liane herbacée en anciennes cultures; racème
20 cm, dont 2,5 pour la partie fleurie (fl. fr., fév.); Lecomte A.68, Kitobi, terrain sec
et découvert (fl. sept); Le Testu 5003, Haute Ngounyé (fl., oct.); 9275, rochers de Couni
(fr., sept.); Prévost 82, Djcno (fl. fr., sept.).
Eriosema Lejeunei Stan. & de Craene
Rev. Zool. Bot. Afr. 24 : 217 (1933), nomen; Ann. Mus. Congo B., bot., sér. 6,1 :
63, flg. 12, tab. 28, flg. 4 (1934), descr.; Hauman, Fl. Congo 6 : 220 (1954).
Type : Lejeune 22, Congo (Iso,-P!).
Cette plante présente une certaine convergence avec les formes
d’altitude d’E. spicalum. On la distingue à la nervation pennée des feuil¬
les, à l’absence de rachis foliaire, aux bractées plus longues que les fleurs
et tardivement caduques. Enfin la fleur est bien différente : calice plus
long et poilu, étendard subcirculaire à auricules réduites et onglet long.
Les descripteurs établissent les affinités avec E. monlanum et E. parvi¬
florum; il nous semble que l’espèce la plus proche par les caractères flo¬
raux est E. longepedunculalum d’Ethiopie.
Cameroun : Jacques-Félix 2754, Bamboutos, 2500 m; fleurs jaunes (fl. fr., déc.);
Ndilapah s.n., Bamenda (fl. fr.. oct.). — Afrique Orientale : Monod 1947, cratère
de Ngorongoro (fl. fr.).
Source : MNHN, Paris
— 173 —
Eriosema longepedunculatum A. Rich.
Fl. Tent. Abyss. 1 : 226 (1948); Bak. f., J. Bot. 33 : 146 (1895); Leg. Trop. Afr. :
503 (1929); Cufodontis, Bull. Jard. Bot. Etat, Brux. 25. suppl. : 327 (1955).
Type : Schimper 925, Ethiopie (P !).
Plante à indûment roussâtre; folioles elliptiques oblongues, 1,5 X 4
cm, nervation pennée, 8-10 paires de nervures.
Ethiopie-Erythrée : Pappi 377, Mt. Bizen, 1800 ni (avril); Quarlin-Dillon et
Petit s.n., Mt. Sclleuda; Schimper 925, Mt. Sclleuda près d’Adoua; Schweinfurth et
Riva 2049, Mt. Bizen (mai).
Eriosema montanum Bak. f. (PI. 5, fig. 4-4', p. 164)
J. Bot. 33 : 142 (1895); Leg. Trop. Afr. : 498 (1929); Stan. et de Craene, Ann.
Mus. Congo B., bot. sér. 6, 1 : 64, flg. 13, tab. 28, fig. 1 (1934); Hauman, Fl. Congo
6 : 213 (1954); Hepper, FI. W. Trop. Afr., éd. 2, 1 : 558 (1958).
Type : Hildebrandt 2445 (n.v.); syntypes : Buchanan 97, 339;
Volkens 694, 827 ; Whyle 38, Afrique orientale.
Plante robuste, jusqu’à 3 m de haut; folioles normalement lancéo¬
lées, à nervation pennée, toutefois la nervure basale externe de la foliole
latérale peut atteindre le milieu; racèmes robustes, nettement pédoncu-
lés; fleurs de plus de 10 mm. Par son type floral, avec étendard nettement
auriculé, elle se rapproche d’E. parviftorum. Certains spécimens du Ki-
vou ont des racèmes sessiles sans que l’on puisse toujours les rapporter
à la variété grande Stan. & de Craene.
Tanzanie : Atluaud 175, pentes du Kilimanjaro, de 2000 à 3000 ni; fleurs jaunes
(fl. fr.). — Congo : Babault s.n., Kivou, base du Mahavoura; racèmes sessiles (1 fév.
1928); Humbert 7369, Kivou, Tchibinda 2000 m; racèmes sessiles (fl. fév. mars). —
Cameroun : de Wilde 4501 WAG, Nganha (fl. fr., déc.); Hepper 1572, massif Vogel
1500 m; herbe de 2 m de haut, racèmes de 16 cm, dont 10 pour le pédoncule (fl. fr.,
déc.), 2105 WAG, Bamenda (11., fév.); Tamajong FHI 23495, Bamenda; folioles 2,5 x
10 cm, avec 12 paires de nervures (fl., déc.).
var. badium Jac.-Fél., var. nov. (PI. 5, fig. 5, p. 164)
A typo differt calyce Iongiore, lobis acutissimis tubum aequantibus;
racemis sessilibus.
Type : Jacques-Félix 2753 (P), Cameroun : Bamboutos 2400 m ;
touffe dense (fl. fr., déc.).
Cette variété se distingue par son indûment roussâtre dense, ses
nombreux racèmes terminaux sessiles, son calice plus long, à lobes trian¬
gulaires aigus, recouvrant les 2/3 de la corolle; celle-ci conforme au type.
Par son aspect général elle rappelle E. Humberlii, dont elle diffère par la
forme des bractées et de la corolle. Ses caractères peuvent se retrouver
sur certaines récoltes d’Afrique orientale.
Rhodésie : Humbert 15607, vallée de la Sabi, 1000 m (fl. fr., juil.).
Source : MNHN, Paris
— 174 —
var. grande Stan. & de Craene
Ann. Mus. Congo B., bot., sér. 6, 1 : 66 f. 14 (1934); Hauman, Fl. Congo 6 :
214 (1953).
Selon Hauman c’est une « variété de peu de valeur systématique, ses
caractères différentiels se trouvant séparément sur des exemplaires
appartenant au type de l’espèce ». On notera cependant que nos exem¬
plaires, ainsi que le type variétal, ont été récoltés à basse altitude, et
qu’ils se séparent de l’espèce de montagne par des folioles plus étroi¬
tes, un rachis foliaire plus long et des fleurs plus petites. E. montanum
apparaît comme une espèce ombro-orophile, avec une variété plani-
tiaire des savanes périforestières bien arrosées.
Rép. Centrafricaine : Boudet et Bille 1678, Safan (fl., déc.). Sous-arbrisseau
de lm de haut; pétiole jusqu’à 2 cm; rachis 0,8 cm; folioles lancéolées, obscurément
acuminécs, pubcscentes puis glabrcsccntes à la face supérieure, pubesccntes et fine¬
ment glanduleuses à la face inférieure; stipules 4 x 10 mm; calice pubesccnt, glandu¬
leux, dents plus courtes que le tube; étendard auriculé et appendiculé, 4x7 mm,
dont 2 pour l’onglet; ailes et carène 6 et 6,5 mm, dont 2 pour les onglets. — Congo ,
Eriosema Jurionianum Stan. & de Craene
Rev. Zool. Bot. Afr. 24 : 287 (1934).
— Rhynchosia polystachium A. Rich., Fl. Tent. Abyss. 1 : 231, tab. 44 (1848);
— Eriosema polyslachyum (A. Rien.) Bak., Fl. Trop. Afr. 2 : 225 (1871) p.p.
non R. polystachium A. Rich., non E. polyslachyum E. Mey, (1835); Bak. f., J. Bot.
33 : 143 (1895) p.p.; Leg. Trop. Afr. : 498 (1929);
— E. Richardii auct. : Cufodontis, Bull. Jard. Bot. Etat, Brux. 25, Suppl. :
328 (1955) p.p., non Benth ex Bak. f.
Type : Quartin-Dillon & Petit s.n. ni loc. (P !).
E. Jurionianum semble n’être représenté hors d’Ethiopie que par les
var. Iceniense Bak. f. (Leg. Trop. Afr. : 498, 1929) et var. iluriense Stan.
& de Craene (Ann. Mus. Congo B, bot., ser. 6, 1 : 60, fig. 8, tab. 29,
fig. 6, 1934).
Eriosema caractérisé par ses feuilles régulièrement elliptiques lan¬
céolées, à rachis nul, nervation pennée. Les stipelles, bien visibles sur le
type, sont filiformes et atteignent 1 cm de long; ni la diagnose, ni la figure
de A. Richard n’en font mention.
La confusion qui s’était portée sur cette espèce, par attribution de
spécimens qui lui étaient étrangers, a été corrigée par E.G. Baker en
1929 et la synonymie correcte a été établie par Staner & de Craene
en 1934. Il existe donc en Ethiopie deux taxons autrefois confondus ;
E. Jurionianum Stan. & de Craene, typifié par les spécimens de
Petit.
E. nulans Schinz (= E. Richardii Benth. ex Bak. f., typifié par
Schimper 708).
Source : MNHN, Paris
175
Eriosema ramosum Bak. f.
J. Bot. 33 : 146 (1895); Leg. Trop. Afr. : 504 (1929).
Type : Welwiisch 4116, Angola (n.v.); autre spécimen d’Angola :
Aniunes & Dekindt 3201 (P !).
Sous-arbrisseau ramifié dans le haut, avec de nombreux racèmes
spiciformes brièvement pédonculés, lui donnant l’allure de VE. psora-
leoides, auprès duquel E.G. Baker le rapprochait (1895). En fait cet
Eriosema se place dans la présente série par ses feuilles 3-penni-foliolées,
à pétiole et rachis grêles. Par ses folioles oblongues glabrescentes en-des¬
sous, se rapprocherait d ’E. Quarrei Bak. f.. mais dont les feuilles sont
subsessiles à rachis court. E. Sousae Exell est également apparenté,
onguiculée, non auriculée.
Cameroun : Jacques-Félix 8670, Adamaoua : Ngan Ha, vers 1700 m; arbrisseau
de 50 cm, fleurs jaune brun (fl., oct.).
Tiges ± cannelées avec pubescence grisâtre sur les côtes, devenant
plus dense et rousse sur les parties jeunes et le rachis des racèmes poils
semi-apprimés ascendants; stipules étroitement triangulaires, 1,5 mm
X 12 mm, poilues; pétiole 15-18 mm de long, rachis 10 mm, tous les deux
poilus et finement canaliculés, pétiolules 3 mm, poilus. Folioles elliptiques
2.5 X 7,5 cm, atténuées aux deux extrémités, glabrescentes dessus, sauf
une ligne de poils blancs sur la nervure médiane, glabrescentes dessous,
sauf quelques poils blanchâtres ou roux sur les nervures, 10-12 paires
de nervures pennées, nervation tertiaire peu saillante; petites glandes
brillantes éparses à la face supérieure, plus denses à la face inférieure.
Inflorescences groupées sur les derniers nœuds à l’aiselle de feuilles ré¬
duites, 7 cm de long, dont 1-3 pour le pédoncule; bractées 4 mm de long,
caduques. Fleurs roussâtres, délléchies, 7,5-8 mm. Calice gibbeux, égal
aux 4/5 de la fleur, 6 mm de long, dont 3,5 pour le tube, lobes triangu¬
laires; densément glanduleux et modérément poilu à l’extérieur, pubes-
cent sur toute la face interne. Etendard oblong, 3 x 7,5-8 mm, dont
3.5 pour l’onglet, pas d’appendice, dos pubescent glanduleux. Ailes
oblongues, 7 mm de long, dont 3,5 pour l’onglet, quelques glandes et pu-
bescentes dans la partie médiane. Carène 6 mm de long, dont 2,5 pour
l’onglet, densément glanduleuse et pubescente. Gousse densément poi¬
lue, glandes sous-jacentes.
Ce spécimen du Cameroun est bien conforme au matériel d’Angola
par ses fleurs; il en diffère par les folioles plus grandes et plus atténuées
aux extrémités, mais E.G. Baker (1929) faisait déjà état d’une certaine
diversité dans la taille des feuilles.
Eriosema Humbertii Stan. & de Craene
Ann. Mus. Congo B., bot., sér. 6, 1 : 59, flg. 7, tab. 28, flg. 3 (1934); Hauman,
Fl. Congo 6 : 217 (1954); Cufodontis, Bull. Jard. Bot. Etat, Brux. 25, Suppl. : 327
(1955).
Source : MNHN, Paris
Type : Humberl 7659 Congo oriental (P !).
Ethiopie : Gillell 14464, Mega, 2200 m ait. (11. fr., nov.).
Eriosema de haute montagne, caractérisé par ses larges bractées
persistantes. Certainement très proche d ’E. longepedunculalum, dont il
se distingue par son calice poilu, à lobes aigus presque aussi longs que
la corolle. Non récolté au Cameroun.
— Sér. G (E. robustum Bak.).
Arbrisseaux ou sous-arbrisseaux non xéromorphes. Feuilles pétio-
lées, 3-pennifoliolées; stipelles normalement présentes; folioles largement
ovales ou elliptiques; nervation pennée. Racèmes sublerminaux et ter¬
minaux, souvent groupés en fausse panicule, souvent subsessiles et stro-
biloïdes avant développement. Fleurs généralement grandes; étendard
plus ou moins poilu, à appendice normalement nul ou peu prononcé.
CLÉ DES ESPÈCES CONNUES
Fleurs 14 mm ou davantage; sous-arbrisseaux herbacés robustes,
± hirsutes; racèmes jusqu’à 25 cm de long :
Calice de 6 à 10 mm de long :
Calice 6-7 mm, à lobes subégaux plus courts que le tube;
étendard obovale, 14 mm de long. E. jlemingioides
Calice 9-10 mm, à lobe inférieur plus long; étendard oblong,
jusqu’à 22 mm de long. E. speciosum
Calice 15 mm de long, recouvrant presque la corolle, à lobe
inférieur plus allongé; étendard subcirculaire, 12 mm de
long. E. robustum
Fleurs moins de 14 mm, étendard 8 mm; sous-arbrisseaux ou
arbrisseaux :
Arbrisseau glabrescent; fleurs pourpre foncé. E. angolense
Sous-arbrisseau hirsute; fleurs jaunâtres. E. Stanerianum
Eriosema flemingioides Bak.
Fl. Trop. Afr. 2 : 229 (1871); Trans. Linn. Soc., Lond. 24 : 62, tab. 34 (1875);
Bak. f„ J. Bot. 33 : 236 (1895); Leg. Trop. Afr. : 497 (1929); Hauman, Fl. Congo 6 :
218 (1954).
Type : Grant, Ouganda (n.v.).
Sous-arbrisseau hirsute; 1,50 m de ht. Feuilles relativement molles,
pétiole 4 cm, rachis 1,2 cm, folioles jusqu’à 7 x 12 cm. Fleurs de 14 à
20 mm, jaunes à rayures pourpres; calice poilu, à lobes de 1,5-2 mm.
Source : MNHN, Paris
— 177 —
Cette grande plante de texture herbacée s’étend sur la zone méri¬
dionale de la Région soudanienne, principalement en stations humides
ou subrudérales.
Soudan : Schweinfurlli 57 (Isosyntype, P!). — République Centrafricaine:
Le Teslu 3342, 3342 bis, région de Yalinga; fleurs d’un rouge vineux (fl., oct. et nov.).
— Cameroun : I.etoiizey 3070, région de Linté, bordure de chemin en savane à Termi-
nalia glauscescens, 0626, Linté (fl. fr., nov.); Raynal J et A. 11941, 59 km SSW de
Yoko, en prairie spongieuse (fl. nov.). — Côte d’Ivoire : Aké Assi 7246, savane près
de Singrobo (tr. déc.); Pobéguin 132, région de Baoulé, pousse près des marais,
grands épis de fl. jaunes (fl., nov.).
Eriosema speciosum Welw. ex Bak.
Fl. Trop. Afr. 2 : 230 (1871); Bak. f., J. Bot. 33 : 236 (1895); Leg. Trop. Afr. :
498 (1929).
Type : Welwilsch 4103, Angola (Iso-, P!).
Cette espèce se distingue de la précédente par ses fleurs plus grandes;
l’étendard oblong est uniformément velu sur le dos.
Angola : Antunes 3101, 3110; Humbert 16717, environs de Huilla; Welwilsch
4103. Semble endémique de cette région.
Eriosema robustum Bak.
Fl. Trop. Afr. 2 : 229 (1871); Bak. f., J. Bot. 33 : 236 (1895); Leg. Trop. Afr. :
498 (1929); Hauman, Fl. Congo 6 : 225 (1954); Cufodontis, Bull. Jard. Bot. Etal,
Brux. 25, Suppl. : 328 (1955).
— E. humuloideum Staner et de Craene, Ann. Mus. Congo B., bot., ser. 6, 1 :
84, flg. 30, tab. 28, fig. 6 (1934).
Type ; Parkins, Ethiopie (n.v.).
Feuilles à pétiole de 2-3 cm, rachis de 3-5 mm, folioles 3-4 x 8-10 cm.
Racèmes subsessiles, parfois paniculés; bractées 5-6 X 8-10 mm don¬
nant un aspect de cône aux racèmes jeunes. Connu surtout des étages
submontagnard et montagnard d’Ethiopie, du Kenya et du Congo orien¬
tal.
Ethiopie : Germain 1047; Gillett 14593. — Cameroun : de Wilde 4523, WAG,
Nganha (fl. fr. déc.); Jacques-Félix 3837, de Ngaoundéré à Belel, vallon boisé de Dzer-
koka; fleur jaune brun à l’extérieur, jaune franc à l'intérieur, carène plus courte que
le lobe inférieur du calice (fl., oct.); Meurillon 96 (fl. fr.. nov.), 297 (stér., avril), région
de Dschang vers 1300 à 1400 m d’altitude.
Eriosema angolense Bak. f.
J. Bot. 66, Suppl. 1 : 122 (1928); Leg. Trop. Afr. : 499 (1929); Hauman, Fl.
Congo 6 : 219 (1954).
Type : Gossweiler 5979, Angola (n.v.).
Arbrisseau jusqu’à 3 m de haut, à entrenœuds relativement courts.
Feuilles à pétiole de 3-4 cm, rachis de 3-4 mm, folioles de 6 X 10 cm,
avec douze à quatorze paires de nervures. Racèmes nombreux, de 6 à
Source : MNHN, Paris
178
8 cm, sauf les terminaux qui peuvent être plus longs. Rare en dehors
de l’Angola.
Angola : Welwitsck 4111, 4112; — Cameroun : Raynal J el A. 12087, 52 km sud
de Mciganga, talus de route près du pont du Loin; carène jaune, étendard brun pour¬
pre (fl., déc.). — Nigeria : Hepper 1103, plateau de Jos à 1070 ni; arbuste de 1 m de
haut.
Eriosema Stanerianum Hauman
Bull. Jard. Bot. État, Brux. 25 : 116 (1955); Fl. Congo 6 : 219 (1954).
— E. angolense auct. : Staner et de Craene, Ann. Mus. Congo B. bot., ser. 6,
1 : 63 (1954), non Bak. F.
Type : Michel 3311, Congo oriental (Holo-,BR !).
Se rapproche d’E. angolense, mais les folioles n’ont que huit à dix
paires de nervures; les fleurs sont jaunâtres et toute la plante est plus
herbacée et plus poilue.
Congo : Humbert 15902 ( Quarré 3879), Katanga, environs de Lubumbashi,
1000 m ait. (fl., fr., avril-mai).
— Sér. H (E. ereclum Bak. f.).
Plantes glabrescentes ou veloutées, jamais hirsutes; non xéromor-
phes; floraisons plutôt estivales. Feuilles pétiolées, 3-pennifoliolées, sti-
pelles souvent présentes; folioles elliptiques ou oblongues, normalement
obtuses au sommet. Fleurs jaune verdâtre, calice à lobes triangulaires
courts, ou réduits à de simples dents séparées par de larges sinus; étendard
à onglet canaliculé et crête juste à la jonction; carène progressivement
onguiculée, non auriculée.
Petite série de trois espèces dispersées en Afrique intertropicale.
Eriosema bauchiense pourrait peut-être prendre place ici, près d’E. erec¬
lum, en raison de ses fleurs verdâtres et de la forme du calice. Cependant,
d’après ses feuilles subsessiles, nous le plaçons dans la série I.
CLÉ DES ESPÈCES CONNUES
Stipules larges et longues (plus de 12 et jusqu’à 35 mm de long);
plantes de 40 à 80 cm de haut :
Fleurs plus de 10 mm (13-15 mm); plantes normalement pubes-
centes dans leurs différentes parties; folioles largement
elliptiques à ovales-lancéolées, 2-5 X 5-11 cm, 'généralement
veloutées à la face inférieure, ou sur les nervures; calice et
étendard pubescents glanduleux. E. macrostipulum
Fleurs 8-10 mm; plantes glabrescentes; folioles étroitement
ovales-lancéolées à elliptiques-oblongues, 1,2-2,5 X 4-10 cm,
glabrescentes en dessous. E. erectum
Source : MNHN, Paris
179 —
Stipules peu apparentes, 1-2 X 5-8 mm; fleurs 6-7 mm; plantes
de 30-40 cm de ht., pubescentes dans leurs différentes parties;
folioles elliptiques-oblongues, 0,6-1,5 X 4-7; calice et étendard
pubescents, glanduleux; ailes de même longueur que la carène
Eriosema macrostipulum Bak. f.
J. Bot. 33 : 143 (1895); Leg. Trop. Afr. : 506 (1929); Tisserant, Bull. Mus. Nat.
Hist. Nat., ser. 2, 2 : 319 (1930); Hauman, FI. Congo 6 : 215 (1954).
Type : Schweinjurlh 2010, Soudan (Iso-,P!).
Plante relativement robuste; stipules 0,5 x 1-2 cm. Feuilles à pétio¬
le de 1-2 cm et rachis de 1 cm environ, normalement avec stipelles. Ha-
cèmes compacts, 2-4 cm de long, sur pédoncule robuste pouvant attein¬
dre 10-18 cm. Etendard 6-8 mm de large et 14 mm de long, dont 2,5 pour
l’onglet. Ailes glabres, 11 mm; carène glanduleuse, 12 mm. Gousse l X
1,7 cm, poilues.
Rép. Centrafricaine : Tisseront 1017, région de Bantbari, 30 km à l’est des
Moroubas, sur affleurements de grès (fl. fr., mars). — Haute-Voi.ta : Aké Assi 5215,
de Bobo Dioulasso à Gaoua (fl., fr., juin). — Côte-d’Ivoire : Aké Assi 5185, Odienné
(stér., juil.); Chevalier 21701, confluent Sassandra-Bafing (fl., mai). — Guinée : Pobé-
guin 216, 262, Kouroussa (fl. fr., avril-mai). — Mali : Démangé 1127, Koutiala, bords
de galerie (fr., juil.) 2140, savane dégradée; fleurs jaune citron (fl., mai), Kléla, savane
anthropophile (fl., juil.); Diarra 667, environs de Sikasso (fr., juil.); Roberty 2607,
Baguinéda, galerie forestière (fr., août).
Cette espèce existe aussi dans les régions septentrionales du Congo.
C’est une soudanienne exclusive.
Eriosema erectum Bak. f.
J. Bot. 64 : 302 (1925); Leg. Trop. Afr. : 505 (1929); Tisserant, Bull. Mus. Nat.
Hist. Nat., ser. 2. 2 : 319 (1930); Staner, Ann. Soc. Sci. Brux., ser. 2, 68 : 36 (1938);
Hauman, Fl. Congo 6 : 216 (1954).
Type : Band 20, Rhodésie (n.v.).
Plante gracile, peu ou pas ramifiée; stipules 2-3 X 6-15 mm. Feuilles
à pétiole (1,5-2,5 cm) et rachis (0,5 cm) grêles et finement marginés;
stipelles normalement présentes. Racèmes de 2-4 cm, sur pédoncule de
1-4 cm. Etendard 4,5 X 9-9,5 mm, dont 2,5-3 mm pour l’onglet. Ailes
glabres, 8 mm; carène glanduleuse, 8,5 mm. Gousse 0,5 X 1 cm, éparsé-
ment poilue.
Rép. Centrafricaine : Tisserant 532, Moroubas (fl., mai); 1505, Bambari
(fl., mai); 3178, Bozoum, fleurs verdâtres (fl., fr., oct.); 4674, Yalinga (fl., avril). —
Cameroun : Jacques-Félix 4067. Adamaoua; Ngan Ha. 1100 m ait. (fr., juin); 4322,
Adamaoua oriental : chutes du Ngou (fr., juil.); 4407, plateau de la Mbéré (fr., juil.);
8163, de Ngaoundéré à Meiganga : Nangué, 1600 m ait. en prairie; 0,40 cm de haut,
fleurs jaune verdâtre (fl., fr., sept.).
Existe également au Congo oriental, au Malawi et au Mozambique.
Cette espèce est donc plus méridionale et orientale que la précédente.
Source : MNHN, Paris
— 180 —
Eriosema Sacleuxii Tiss.
Bull. Mus. Nation. Hist. Nat., scr. 2, 3 : 319 (1930).
Type : Tisseront 537, Rép. Centrafricaine (Holo-, P !).
Touffe de tiges grêles, plus ou moins prostrées puis redressées, 30
cm de ht. Feuilles à pétiole de 1,5 cm et rachis de 0,5 cm. Racèmes axil¬
laires de 2,5 cm et de 15-20 lleurs, ceux du sommet plus courts; calice
2 mm dont 0,8 mm pour les lobes. Etendard 3 mm de large et 6,5 mm
de long, dont 1,5 pour l’onglet; ailes 5 mm; carène glanduleuse, 5,5 mm.
République Centrafricaine : Tisseranl 537, plateau des Moroubas près de
Bambari; (leurs verdâtres (0. fr., juil.); 537 bis, même localité, 0,40 m de lit (11. fr..
sept.); 1728, rochers de Magocika, NE de Bambari ((1. fr.. déc.). — Tchad : Audru 837,
parmi les rocailles près de Béti (stér., août). — Haute-Volta : Aké Assi 8326, Taka-
iédougou (fr., sept.).
3. Sccl. PULCHERRIMA
CLÉ DES SÉRIES
Feuilles 1-foliolées, ou 3-pennifoliolées; linéaires, étroitement
oblongues ou elliptiques; ou largement ohlongues, 3-foliolées et
fleurs verdâtres (E. bauchiense ); ou largement elliptiques,
1-foliolées et pas plus de 2 cm de long; glabrescentes ou épar-
sément poilues; étendard souvent avec appendice. sér. I
Feuilles 1-foliolées, diversement linéaires, oblongues, elliptiques,
ovales, cordées, etc.; tomenteuses, velues, soyeuses ou pubes-
centes à la face inférieure, au moins avant sénescence :
Calice hérissé de poils fauves; lobes subulés plus longs que le
tube, l’intérieur plus court que les autres; feuilles molles,
de linéaires à largement ovales, souvent cordées et nerva¬
tion subdigitée; étendard avec appendice. sér. J
Calice soyeux, velu, poilu ou glabrescent; lobes triangulaires
subégaux :
Folioles largement ovales, obovales ou subcirculaires,
profondément cordées, nervation subdigitée; poils courts,
dorés, glanduleux; plantes parfois visqueuses; étendard
avec appendice . sér. K
Folioles linéaires, elliptiques, oblongues, etc.; rarement
largement elliptiques ou ovales et alors tomenteuses ou
soyeuses en dessous :
Calice à lobes aigus, avec longs poils blancs, ou feuilles
densément soyeuses en dessous et plus de 10 cm de
long; étendard généralement sans appendice, poils
blancs sur le dos . sér. L
Calice à lobes triangulaires, velu; étendard généralement
sans appendice, densément velu grisâtre sur le dos sér. M
Source : MNHN, Paris
— 181 —
— Sér. I (E. shirense Bak. f.).
Plantes savanicoles basses; souche ligno-tubéreuse ou tubéreuse.
Feuilles brièvement pétiolées ou sessiles, 1- ou 3-pennifoliolées; folioles
elliptiques, oblongues ou linéaires; éparsément poilues ou glabrescentes,
jamais tomenteuses ni velues. Racèmes spiciformes ou réduits. Fleurs
médiocres; calice à lobes aigus, le médian parfois plus court, ou tube
seulement denté; étendard modérément poilu ou glabrescent, avec ou
sans appendice. Série manifestement représentée en Amérique. Aux es¬
pèces citées on peut ajouter E. praecox , de Zambie.
CLÉ DES ESPÈCES OCCIDENTALES
Plantes menues, étalées; rameaux grêles, flexueux; feuilles
1-foliolées; stipules libres; racèmes de 1 à 3 fleurs, à pédoncule
grêle; calice 3-4 mm, à lobes aigus, le médian un peu plus long :
Feuilles linéaires, 0,5 X 8-10 cm, éparsément poilues et glan¬
duleuses à la face inférieure. E. Youngii
Feuilles elliptiques, 1x2 cm, glabrescentes (sauf poils courts
et raides sur la nervure axiale er les marges) et glandes
imprimées à la face inférieure. E. gracillimum
Plantes ± dressées; racèmes avec plus de 4 fleurs :
Feuilles 3-foliolées, sauf parfois celles de la base ou d’après-
feux; rachis différencié, plus long que le pétiole; glandes
imprimées, rares, ou peu visibles :
Plante glabrescente (folioles ± ciliées); racèmes plus longs
que les feuilles; fleurs verdâtres; calice glabrescent, lobes
ciliés plus courts que le tube; ailes plus longues que la carè¬
ne; stipules libres. E. bauchiense
Plante avec longs poils hérissés, épars; fleurs jaunes; calice
hérissé de poils blancs, lobes un peu plus longs que le
tube, le médian normalement plus court que les autres;
ailes et carène ± égales; stipules normalement cohérentes
. E. shirense
Feuilles toutes 1-foliolées :
Feuilles écartées sur les rameaux, linéaires, ou étroitement
elliptiques et apparaissant après les fleurs :
Racèmes axillaires pas plus longs que les feuilles; pas de
glandes visibles à la face inférieure des feuilles; stipules
normalement cohérentes. E. shirense
Racèmes vigoureux avant feuillaison; grosses glandes
éparses à la face inférieure des feuilles; stipules libres
. E. mirabile
Feuilles rosettées, elliptiques-oblancéolées, 2,5 X 9 cm,
racèmes plus courts que les feuilles. E. Adami
Source : MNHN, Paris
— 182 —
Eriosema Youngii Bak. f.
J. Bot. 73 : 296 (1935).
— E. shirense auct. : Fl. W. Trop. Afr., ed. 1,1 : 403 (1938) p.p. : Chevalier 13261,
non Bak. f.;
— E. tenue Hepper, Kew Bull. : 130, fig. 7 (1956); Fl. W. Trop. Afr., ed. 2,1 :
558 (1958).
Type : Young 851, Angola (BM, n.v.).
Belle petite espèce à rameaux flexueux. remarquable par ses feuil¬
les linéaires et ses racèmes de 2-3 cm, avec deux à trois fleurs groupées
au sommet.
Guinée : Chevalier 13261, K, n.v., entre Kaba et Mamou (mai); cette récolte, in¬
diquée dans Sudania (1914) comme Eriosema, n’est pas citée dans Exploration Bota¬
nique de l'AOF (1921), le spécimen manque à Paris; Jacques-Félix 161 », Kindia :
plateaux latéritiques du Kinsan (0. fr.). — Cameroun : Jacques-Félix 1265, région
de Meiganga : grès de la Mbéré (0. fr.. juin). — Existe également en Nigeria et en
Tanzanie. Cette vaste répartition, en stations localisées, indique une distribution
ancienne.
Eriosema gracillimum Bak. f.
J. Bot. 33 : 232 (1895); Lcg. Trop. Afr. : 501 (1929).
Type ; Welwilsch 4098, Angola (BM, K, LISU !).
Plante menue; souche tubéreuse; rameaux grêles, flexueux, étalés.
Feuilles simples, subsessiles, elliptiques, 1x2 cm; glabrescentes à la
face inférieure avec glandes imprimées. Racèmes axillaires à pédoncule
grêle de 1-4 cm, portant de 2 à 3 fleurs au sommet. Fleurs petites ; cali¬
ce 3 mm dont 2 pour les lobes aigus, l’inférieur étant légèrement plus
long.
Cameroun : Jacques-Félix 3982, de Ngaoundéré à Meiganga, rocailles basal¬
tiques; fleurs jaunes. La floraison a lieu en cours de végétation. Ce spécimen est tout
à fait conforme au type.
Eriosema bauchiense Hutch. & Dalz.
Fl. W. Trop. Afr., ed. 1, 1 : 403 (1928); Kew Bull. : 17 (1929); Bak. f., Leg.
Trop. Afr. : 504 (1929); Hepper, Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 557 (1958).
Type : Dent Young 78, 81, K (n.v.).
Plante plutôt glabrescente ; souche ligno-tubéreuse. Stipules libres,
2x8 mm, ciliées. Feuilles normalement 3-foliolées ou parfois réduites
à 1 foliole; subsessiles, rachis court, grêle, mais net; folioles oblongues,
finement mucronées, 2,5 X 6 cm, poils vers et sur les marges; face infé¬
rieure glabrescente et glandes sessiles ou imprimées. Racèmes densément
fleuris, plus longs que les feuilles. Fleurs réfléchies, 1 cm de long, ver¬
dâtres; calice glabrescent à glandes sessiles, lobes ciliés pénicillés, plus
courts que le tube, étendard non auriculé, appendice linéaire ou nul;
ailes plus longues que la carène.
Source : MNHN, Paris
— 183 —
Cameroun : de Wilde 2243, 2572 A, WAG., Banganté (fl. fr., mai); Jacques-
Félix 3326, Tchabal Ouadé, 2000 m ait., (fl. fr., mars); Meurillon CXAD 261, 590,
Dschang, 1300m ait. (fr., fév.); 1849, Dschang, 1350malt, (fl., fév.). — Nigeria: llepper
1781, plateau de Mambila, 1500 m ait., (fl., janv.). — Tanzanie : II. M. Richards
20643, plateau de Malonji, 2100 m ait. (fl. fr., oct.).
Espèce montagnarde ayant un peu même aspect qu’£. ereclum,
avec ses fleurs verdâtres et la forme du calice.
Eriosema shirense Bak. f.
Trans. Linn. Soc. Lond., ser. 2, 4 : 11 (1894); J. Bot. 33 : 147 (1895); Leg. Trop.
Afr. : 506 (1929): Staner et de Craene, Ann. Mus. Congo B., bot., ser. 6, 1 : 52, flg.
2, tab. 30., flg. 4 (1934); Hauman, Fl. Congo 6 : 232 (1934); Hepper, Fl. W. Trop.
Afr., ed. 2, 1 : 557 (1959).
Type : .4. Whyle 31. Malawi (n.v.).
Plante variable, de 10 à 30 cm de haut; souche tubéreuse. Feuilles
normalement 3-foliolées; pétiole de 3-4 mm et rachis de même longueur
sinon un peu plus long; stipelles souvent apparentes; calice à longs
poils blancs et peu ou pas de glandes; lobes légèrement plus longs que le
tube; la carène porte quelques poils.
Cameroun : Jacques-Félix 3236, Mt. Prince Léopold; fleurs jaunâtres veinées
de rouge (fl., fév.); 3447, région de Tignère : Mt. Djinga; fleurs jaune foncé (fl., mars);
3999, basses pentes du Ngan Ha (fr., juin); 4058, Ngan Ha, 1200 m ait (fl. fr., juin);
4353, région de Meiganga. plateau de la Mbéré, 1350 m ait. (fl. fr., juil.); Meurillon
CXAD 279, Dschang à 1300 m ait., floraison après 4 mois de sécheresse (fl. fr., fév.);
Raynal J. et A. 13260, vers 37 km à l’est de Ngaoundéré, sur bowal (fl., janv.).
var. oubanguiense Slan. & de Craene
Ann. Soc. Sc. Brux. 54, B : 71 (1934).
Tous les spécimens récoltés par Tisserant en Rép. Centrafricaine
se rapportent à cette variété robuste à folioles elliptiques, à poils appri-
més et lobes du calice aigus, non subulés. Il s’agit probablement d’une
variété planitiaire, l’espèce typique étant submontagnarde.
République Centrafricaine : Tisserant 1449, Moroubas; racèmes sur les nœuds
inférieurs (fl. fr., mars); 2041, forme automnale du précédent (fl. fr., oct.); 2541, région
d’ippy, près rivière Baédou; rameaux développés (fr., juin); 2860, Bozoum; forme de
saison des pluies (fr., juil.).
Formes unifoliolées. — Si les feuilles précoces d ’E. shirense
peuvent n’avoir qu’une foliole, comme cela se produit chez plusieurs
autres espèces, on peut se demander si les formes exclusivement uni¬
foliolées ne sont pas variétalement distinctes. Les deux spécimens que
nous citons sont des planitiaires.
Côte d’Ivoire : Chevalier 21843, Mankono (fl. fr., juin). Feuille simple, 1 x 15 cm;
gousse nettement oblongue. Est à rapprocher de .7. de tirazza 69, du Congo. Ces for¬
mes d ’E. shirense peuvent être distinguées d ’E. mirabile, par leurs racèmes axillaires
courts, leurs feuilles plus nettement pétiolées à longs poils étalés et dépourvues de
grosses glandes à la face inférieure. Enfin E. shirense est moins orophile qu’E. mirabile.
En conclusion E. shirense n’est guère représenté à l’Ouest des mon¬
tagnes de Nigeria.
Source : MNHN, Paris
— 184 —
Eriosema mirabile R.E. Fries
Schwed. Rhod.-Kongo-Exped. 1 : 96, tab. 8, fig. 1 (1914): Bak. f., Leg. Trop.
Afr. : 503 (1929); Hauman, Fl. Congo 6 : 237 f. 20 (1954).
— E. rhodesicum auct. : Stan. et de Craene. Ann. Mus. Congo B., bot., ser.
6, 1 : 69 (1934), non R.E. Fries.
Type : Fries 797, Zambie (n.v.).
La floraison a lieu nettement avant l’apparition des feuilles. Les
tiges, récemment émises de la souche, simulent parfois des panicules
racémeuses quand plusieurs racèmes robustes, longuement pédonculés,
se développent sur les premiers nœuds aphylles. Ce n’est qu’ultérieure-
ment que ces tiges fournissent des feuilles à leur sommet, ou bien de nou¬
veaux axes feuillés se développent. Indûment soyeux blanc sur les ra¬
meaux, jeunes feuilles et pédoncules. Feuilles subsessiles avec pétiole
de 2-3 mm, sans indice de rachis; glabrescentes à l’état adulte, sauf quel¬
ques poils épars sur les nervures de la face inférieure qui porte aussi
quelques glandes dispersées. Calice poilu, non hirsute, éparsément glan¬
duleux; lobes subégaux, légèrement plus courts que le tube. Etendard
avec appendice. Carène brusquement onguiculée et marquée vers son extré¬
mité d’une plage de glandes.
Cameroun : Jacques-Félix 3328, Tchabal Ouadé; fleurs jaune orangé (fl., mars);
•5 239, Mts. Bamboutos, 1800 m ait. (feui!., mai); liaynal ./. el A. 13129, Poli : Hosséré
Vokré 1850 m ait.; fleurs jaune d’or, étendard strié de pourpre (fl. fr.. feuil. janv.);
13283, Adamaoua : basses pentes du Xgan Has 1500 malt., fleurs jaune d’or, étendard,
strié extérieurement de rouge (fl. fr. feuil., janv.). — Nigeria : Hepper 1728, plateau
de Mambila : Ngel Nyaki 1650 m ait.; calice et étendard cramoisis à la face externe
(fl. feuil., janv.).
C’est une espèce des hauts plateaux de Zambie et du Congo oriental,
que l’on retrouve dans l’étage submontagnard du Cameroun. Considérée
comme une forme aphylle saisonnière d'E. rhodesicum par Stanek &
de Craene (loc. cit.), elle est rétablie par Hauman (loc. cit.). Selon
B. Verdcourt (in litt.) E. mirabile, E. praecox et E. rhodesicum seraient
également identiques. Nous ne connaissons pas les types de R.E. Fries,
mais selon les descriptions et figures de cet auteur (loc. cit.), E. rhode¬
sicum semble une tout autre espèce qui se rapprocherait d’E.Tessmannii
Bak. f. & Haydon.
Eriosema Adami Jac.-Fél., sp. itou 1 (PI. 6, p. 179)
Differt E. shirensi, foliis simplicibus, subsessilibus, glabratis, ellip-
ticis; floribus eglandulosis; vexillo oblongo vel spathulato, non auriculato,
obscure vel non appendiculato.
Suffrutex (caulibus) 3-5 cm altis. Folia simplicia, subsessilia; petiolo
2-2,5 mm longo; elliptica 2,5-9 cm; superne glabra; inferncglabrata vel nervis
sparse pilosis. Stipulae cohérentes, 1,5 X 10-16 mm, multinerviae, glabratae
vel sparsim pilosae.
1. Botaniste Jacques Adam, inlassable prospecteur de la flore de Mauritanie, du
Sénégal et de Guinée.
Source : MNHN, Paris
185 —
Source : MNHN, Paris
- 186 -
Racemi 4-6 cm longi; bracteae lineares 7 mm Iongae. Flores 8 mmlongi.
Corolla glabrata, eglandulosa. Calyx 5 mm, extus longe pilosus; lobis
subulatis, tubum aequantibus vel paulum Iongioribus. Yexillum oblongo-
spathulatum, 3,5 X 8 mm, non auriculatum, obscure vel non appendi-
culatum, extus glabrum vel sparsim pilosum. Alae 6,5 Iongae, glabrae.
Carina 6 mm longa, glabra.
Type : Adam 14687, Guinée (Holo-,P !).
Sous-arbrisseau à racine pivotante tubéreuse; aspect général sub¬
glabre. Tiges simples ou peu nombreuses, pubescentes, grêles et de 3 à
4 cm de haut; premiers nœuds aphylles, puis 6-8 feuilles subrosettées.
Feuilles subsessiles, unifoliolées, à glandes non visibles. Stipules
formant une seule pièce émarginée, étroitement linéaires-triangulaires,
1,5 X 10-16 mm, à nervures nombreuses, glabrescentes ou avec quelques
poils raides. Pétiole 2-2,5 mm, couvert de poils raides, pas de rachis
dilîérencié. Limbe elliptique-oblancéolé, 1-2,5 X 4-9 cm (les plus faibles
dimensions correspondant aux feuilles de base), brusquement en coin
au sommet, plus longuement atténué à la base, glabre à la face supérieure,
lâchement cilié sur les marges, glabrescent à la face inférieure avec quel¬
ques poils raides sur les nervures; nervation pennée, 8-10 paires de ner¬
vures ascendantes.
Racèmes axillaires peu nombreux (deux à trois); de 4 à 6 cm de
longueur totale dont 3 à 4,5 cm pour le pédoncule grêle, couvert de poils
apprimés blanchâtres; huit à dix fleurs subsessiles; bractées linéaires.
7 mm de long, poilues, tardivement caduques.
Fleurs 8 mm de long, peu réfléchies, sans glandes. Calice 5 mm de
long; avec longs poils épars couchés; lobes subulés, pénicillés, le médian
3 mm, les autres 2-2,5 mm. Etendard oblong-spatulé, sommet arrondi-
émarginé, 3,5 X 8 mm, dont 1,7 pour l’onglet large et peu canaliculé;
appendice réduit à un arc de cercle linéaire juste au-dessus de l’onglet;
pas d’auricules; glabre sur le dos ou avec quelques rares poils blancs.
Ailes 6,5 mm, dont 2 pour l’onglet, glabres. Carène 6 mm, dont 2 pour
l’onglet, glabre. Ovaire densément poilu.
Gousse 6 x 10 mm, avec poils fauves.
Guinée : Adam 14687, Pita, sur sol gréseux près du village de Tossokré; nom
local : « Daté », les tubercules sont consommés (fl. fr., 26-6-1958).
— Sér. J ( E. cordifolium Hochst. ex A. Rich.).
Plantes basses, souche tubéreuse, floraison estivale; indûment
souvent copieux et dimorphe : poils blanchâtres, courts, apprimés,
mélangés de soies fauves hérissées. Feuilles unifoliolées, cordées ou non,
souvent très glanduleuses. Inflorescences subterminales. Fleurs petites;
calice glanduleux, généralement hérissé de poils fauves; lobes du calice
plus longs que le tube, étroitement lancéolés à filiformes, inégaux, le
médian étant le plus court; étendard auriculé, onglet court, appendice
juste au-dessus de l’onglet; carène glanduleuse à onglet peu différencié.
Source : MNHN, Paris
— 187 —
Huil espèces montagnardes ou orophiles d’Ethiopie, Afrique orientale,
Cameroun et Angola. Certaines, établies d’après leurs caractères végé¬
tatifs, seront peut-être à regrouper.
CLÉ DES ESPÈCES CONNUES 1
Feuilles sessiles à subsessiles :
Plantes flexueuses, étalées, généralement ramifiées :
Tiges débiles, 1 mm de diam., ou moins :
Feuilles profondément cordées :
Feuilles ovales, au moins 2 fois aussi longues que larges,
étendard brun pourpre. E. cordifolium
Feuilles subcirculaires; étendard jaune ou orange :
Pédoncule moins de 5 cm; espèce d’Angola. E. cyclophyllum
Pédoncule de 5-15 cm; espèce du Congo, Malawi, etc.
. E. jlexuosum
Feuilles à base cunéée, arrondie, tronquée, à largement
cordée; étendard jaune ou orangé. E. Lebrunii
Tiges robustes, 1, 5-2 mm de diam. (voir également E.
Schoutedenianum ci-après); espèce du Congo. E. manikense
Plantes normalement dressées, peu ramifiées :
Feuilles à base nettement cordée-auriculée, oblongues
lancéolées; lobes du calice filiformes, 2 à 3 fois plus longs
que le tube. E. Verdickii
Feuilles à base largement arrondie ou cordée, ou en coin,
ovales à étroitement elliptiques; lobes du calice guère plus
longs que le tube. E. Schoutedenianum
Feuilles à pétiole de 1,5-2 cm de long; espèce du Congo. ... E. humile
Eriosema cordifolium Hochst. ex A. Rich.
Tent. Fl. Abyss. 1 : 227 (1847); Cufodontis, Bull. Jard. Bot. Etat, Brux. 25,
Suppl. : 327 (1955).
Nous maintenons ici les limites de cette espèce au seul matériel
d’Éthiopie, c’est-à-dire : plante étalée, à feuilles ovales-cordées, fleurs à
étendard oblong, pourpre foncé.
Ethiopie : Schimper 1542, Type; 1601; Quartin-Dillon et Petit 36, 39, 164;
Neuville 3,126.
1. Scion le spécimen Texeira 9879, WAGI, nommé E. filipendulum Welw. ex
Bak. f. var. proslratum Torre, cette espèce rentre dans la présente série.
Source : MNHN, Paris
- 188 —
Eriosema cyclophyllum Welw. ex Bak.
J. Bot. 33 : 231 (1895).
Type : Welwitsch 4096, Angola (n.v.).
Selon le spécimen Texeira 4456, WAG!, nommé E. cyclophyllum,
l’espèce serait mieux placée dans la série K.
Eriosema flexuosum Staner
Kew Bull. : 277 (1935); Hauman, Fl. Congo 6 : 250 (1954).
Type : A. Stolz 2571, Tanzanie (Iso-, P!).
Eriosema Lebrunii Stan. & de Craene
Ann. Mus. Congo B, bot., ser. 6, 1 : 73, fig. 21, tab. 28, fig. 2 (1934); Hauman,
Fl. Congo 6 : 242 (1954).
Type : Lebrun 3876 (BR!).
Le type de cette espèce est très caractéristique par ses petites feuilles
étroitement elliptiques. Il se distingue aussi d’E. cordifolium par ses
fleurs à étendard obovale jaunâtre. Nous avons, au Cameroun, plusieurs
spécimens dont les feuilles vont de la forme elliptique étroite à la forme
ovale subcordée. Certains se rapprochent donc de VE. cordifolium et
d’autres de l’E. Lebrunii. Cependant il est rare de trouver des feuilles
franchement cordées et, comme l’étendard ^st nettement obovale, nous
préférons rattacher provisoirement notre matériel à E. Lebrunii.
Congo oriental : Humbert 7402, Tchibinda 2000 m ait. (fl. fr., fév. mars). —
Cameroun : Jacques-Félix 8455, Poli, pentes du Vokré au-dessus de 1500 m ait.;
fleurs jaunes (fl. fr., oct.); 8899, Tchabal Mbabo, 1500 m ait. (fl. fr., oct.); 8950, Tcha-
bal Mbabo, 1800 ni ait. (fl. fr., nov.); Lepesme, Paullian, Villiers. Mts, Bamboutos. vers
2300 m ait. (fl., juil.); Piot 25.
Ces spécimens du Cameroun s’identifient vraisemblablement avec
ceux du Nigeria rapportés à E. cordifolium (Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 1 ;
559, 1958). Leur répartition est essentiellement montagnarde.
Eriosema manikense De Wild.
Ann. Mus. Congo B., bot., ser. 4, 2 ; 86 (1913);
Type : Hock s.n., Congo, Haut Katanga (n. v.).
Eriosema Verdickii De Wild.
Ann. Mus. Congo B., bot., ser. 4, 1 : 201 (1903); Staner et de Craene, Ann.
Mus. Congo B., bot., ser. 6,1 : 72, fig. 20, tab. 31, fig. 2 (1934); Hauman, Fl. Congo 6 :
246 (1954).
Type : Verdick s.n. (Holo-,BR!). Forma latifolia Stan. & de Craene :
Type : Quarré 1006 (BR!).
Selon une annotation de B. Verdcourt, sur un spécimen de Bruxelles.
Source : MNHN, Paris
189
il existe de nombreux intermédiaires entre E. cordifolium et E. Verdickii
typiques. Pour le Cameroun E. Verdickii nous paraît bien représenté, par
son port franchement dressé, par ses feuilles oblongues, auriculées et
obscurément sagittées, surtout par son calice dont les lobes dépassent
la corolle, alors que le tube est très court. Nous retrouvons, au Cameroun,
les deux formes signalées au Congo : la forme typique à feuilles oblongues
quelque peu sagittées; la forme lalifolia, qui se rapproche davantage
d’E. cordifolium.
Cameroun : Jacques-Félix 4302, région des Chutes du N'gou, fleurs orangées
(fl. fr., juil.); 4333, plateau de la Mbéré, vers 1200 ni ait.; forme lalifolia (fl. fr., juil);
4372, plateau de la Mbéré; feuilles auriculées, fleurs jaune sombre (fl. fr., juil.). Ces
trois localités sont dans la partie orientale de l’Adamaoua.
Eriosema Schoutedenianum Stan. & de Craene
Ann. Mus. Congo B, bot., ser 6, 1 : 74 fig. 22, tab. 31, fig. 5 (1934); Hauman, fl.
Congo 6 : 217 (19.il): Hki-i-kr. Fl. \Y. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 559 (1958).
Type : Homblé 896, Congo (Holo-,BR!).
C’est une herbe molle et poilue, variablement dressée ou couchée.
Les stipules et les bractées sont très développées. Les feuilles varient
de la forme typique, ovale, lancéolée cordée, à la forme étroitement ellip¬
tique oblongue.
Cameroun : de Oironcourl 503, Mt. Cameroun; feuilles oblongues, arrondies à
la base, 1,7 x 9 cm; Jacques-Félix 4102, de Ngaoundéré à Meiganga; feuilles longues
et étroites, lxll cm (fl. fr., juin). — Nigeria : Chapman 70, plateau de Mambila,
1800 m ait.; feuilles ovales lancéolées, subcordées, 1 x 8 cm.
Eriosema humile Hauman
Bull. Jard. Etat Brux. 25 : 111 (1955).
Type : Piedbœuf 29, Congo (Holo-,BR!).
Remarquable, dans la série, par la longueur du pétiole. E. bieense
Torre, (Bol. Soc. Brot. ser. 2, 38 : 228, tab. 27, 1965), en semble assez
proche.
— Sér. K (E. chrysadenium Taub.)
Sous-arbrisseaux savanicoles, souche ligno-tubéreuse, rameaux subli¬
gneux, feuilles subcoriaces; indûment général de poils jaunâtres glanduleux.
Feuilles 1-foliolées, folioles largement ovales, ± cordées. Racèmes axil¬
laires et subterminaux. Fleurs réfléchies; calice glanduleux, à lobes
triangulaires ou lancéolés, de même longueur ou plus longs que le tube;
étendard ongulé, auriculé, pourv u d’un appendice.
E. dictyoneuron Stand., du Kenya, appartient vraisemblablement
à cette série, qui comprendrait également E. cordalum E. Mey., d’Afrique
du sud 1 . Pour le Cameroun nous reconnaisons deux espèces voisines, dont
l'extension vers l’ouest s’arrête aux montagnes frontalières du Nigeria.
1. E. cordalum est normalement unifoliolé. L’adjonction d’E. Gueinzii, comme
variété à 3 folioles, n'est peut-être pas fondée. Voir à E. nulans.
Source : MNHN, Paris
— 190 —
CLÉ DES ESPÈCES OCCIDENTALES
Stipules grandes, 4-5 X 8-14 mm; folioles ± obovales, modéré¬
ment cordées; racèmes axillaires et terminaux à pédoncule
robuste; lobes du calice triangulaires, pas plus longs que le
tube; fleurs discolores : étendard pourpre foncé, autres pièces
jaunes. E. chrysadenium
Stipules menues, 1,5 X 4 mm; folioles largement ovales à circu¬
laires, profondément cordées; racèmes surtout axillaires, à
pédoncule grêle; lobes du calice lancéolés, plus longs que le
tube; fleurs concolores, jaunâtres. E. Erici-Rosenii
Eriosema chrysadenium Taub.
Bot. Jahrb. 23 : 195 (1896); Bak. f„ Leg. Trop. Afr. : 501 (1929); Stan. et de
Craene, Ann. Mus. Congo B., bot., scr. 6, 1 : 76, fig. 25, tab. 29, lig. 3 (1931);
Hauman, Fl. Congo 6 : 244 (1954); Hepper. Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 559 (1958).
— E. cordatum auct. : Bak. f., loc. cit. p.p., non E. Mey.
Se caractérise par ses folioles généralement obovales et ses larges
stipules ovales lancéolées.
Syntypes ; Pogge 149, Newton 42, Angola (n. v.).
Cameroun : de Wilde 2434, WAG, Banganté, Ml. Balchingou (fl. fr., mai); Cas-
Ion 1063, Ngaoundéré (fl. fr., fév.); Jacques-Félix 2984, Mt. Bana (fr., janv.): 3244.
Mt. Prince Léopold (fl. fr., fév.); 3473, Gandoua, nord de Banyo (fl., mars); 3943,
Ngaoundéré (fr., juin); 4000, de Ngaoundéré à Meiganga (fr.. juin); 5254, Mts. Bambou-
tos (fr., mai); Lelouze y 8488, Banvo (fr.. juin); Meurillon CS AD 29.5, Dschang. 1300 m
ait. (fr., avr.); Piot 109. 414, Ngaoundéré; liai/nal.). et A. 13201, Mts. Alantika, 1800 m
ait.; carène et ailes crème, étendard presque noir, (fl. fr., janv.); 13257, de Ngaoundéré à
Belel, 1120 m ait., carène et ailes blanc jaunâtre, étendard pourpre noir (fl., janv.):
13297, Ngan Ha, 1700 m ait.; fleur intérieurement jaune d'or, extérieurement ailes
et carène jaune pâle, étendard pourpre noir. — Nigeria : Chile el Daramola FH1
63295, WAG, plateau de Mambila (fl., avril).
Eriosema Erici-Rosenii R. E. Fries.
Schwed. Rhod.-Kongo-Exp. 1 : 96, tab. 8, lig. 5 (1914); Tisserant, Bull. Mus.
Nation. Hist. Nat., sér. 2, 2 : 316 (1930); Stan, et de Craene, Ann. Mus. Congo B..
bot., sér. 6, 1 : 75, fig. 24, tabl. 29, fig. 5 (1934); Hauman, Fl. Congo 6 : 245 (1954).
Type : Fries 1483, Zambézie (n. v.).
Se distingue du précédent par ses tiges plus flexueuses, ses différents
organes plus glanduleux visqueux, ses stipules plus petites et souvent
réfléchies, ses racèmes, d’abord axillaires, courts et peu fleuris (floraison
de saison des pluies), puis subterminaux pouvant atteindre 10 cm, mais
toujours avec pédoncule grêle, 0,5-1 mm de diamètre; le calice est géné¬
ralement un peu plus long par les lobes, étroitement lancéolés aigus;
la corolle est jaunâtre concolore.
Rép. Centrafricaine : Audru el BoudeI 1963, Sangba (11. fr., sept.); Bille 1464
(11. fr., mars), 2059 (fl. fr., aoât), Bouar; Dybowski 731, Haute Kémo (11. fr., avril);
Source : MNHN, Paris
191
Le Testu 2589, Yalinga (fl. fr., mars); Mosnier 862, Bouar (fl. fr., avril); Périquel 5,
Boghéré (fr., mars); Tisseront 237, Bambari (fl. fr., avr.), 2558, Bozoum (fl. fr., jull.).
— Cameroun : Jacques-Félix 4411, de Ngaoundéré à Mciganga, plateau de la Mbéré
(fl. fr., juil.); 4427, Meiganga (fr., juil.); Letouzey 5933, région de Tibati, Tchabal
Maba (fl. fr., sept.); 7502, région de Bagodo, Makàmé (fl., juil.). — Congo : Koechlin
3204, savane de Brazzaville (fl., janv.).
Ces deux Eriosema sont très voisins. Savanicoles, ils subissent les
incendies et présentent une grande variabilité saisonnière. Il ne semble
pas que le caractère « feuille subsessile » soit valable pour la définition
de VE. Erici-Rosenii. Malgré leurs feuilles pétiolées les spécimens de Rép.
Centrafricaine ont été justement rapportés par Tisserant à cette dernière
espèce. C’est également notre position pour le matériel du Cameroun.
Hauman (loc. cil. ; 245-246), après avoir établi plusieurs coupures infra-
spécifiques de l’E. chrysadenium, émet l’idée que VE. Erici-Rosenii pour¬
rait bien n’en être lui-même qu’une variété. Provisoirement nous consi¬
dérons les deux espèces valables au Cameroun : E. chrysadenium est une
espèce montagnarde (il manque en Rép. Centrafricaine) à floraison
anticipée, tandis qu’E. Erici-Rosenii est à peine submontagnard, avec
floraison estivo-sérotinale. Il conviendrait de vérifier quelle est précisé¬
ment la part des facteurs du milieu dans l’aspect de ces deux plantes.
— Série L {E. pulcherrimum Taub.)
Sous-arbrisseaux plus ou moins pyrophytes ayant souvent un aspect
microdendroïde. Souche généralement tubéreuse; feuilles simples, limbe
cordé ou non; stipules grandes; pilosité générale blanche. Fleurs peu
réfléchies; corolle poilue; étendard à auricules aiguës, pas d’appendice
(sauf E. Afzelii)', ailes auriculées. Dans les savanes de moyenne altitude.
Cinq à six espèces affines, et de définition délicate, pour la Région sou-
danienne. On doit leur ajouter E. popuiifolium Benth., E. prunelloides
Welw., etc., pour les Régions zambézienne et d’Afrique du sud.
A côté de cette série on reconnaît un autre groupe assez voisin, à
feuilles 3-foliolées, typifié par E. luberosum Hochst. Nous avons placé
E. Afzelii ici par commodité, car il s’écarte de la série par plusieurs carac¬
tères et ses affinités sont incertaines.
CLÉ DES ESPÈCES OCCIDENTALES
Feuilles étroitement elliptiques ou lancéolées à linéaires, plus
de 2 fois plus longues que larges, nettement en coin à la base :
Tiges solitaires, fortes mais herbacées, 0,50 à 1 m de haut;
feuilles subsessiles lancéolées, 2-3 x 11-16 cm; racèmes
compacts, jusqu’à 15 cm de long; corolle jaune ou vermil¬
lon; calice glanduleux, glabrescent, lobes triangulaires plus
courts que le tube; étendard avec appendice peu prononcé,
situé haut sur le limbe; ailes un peu plus longues que la
carène. E. Afzelii
Source : MNHN, Paris
192 —
Tiges solitaires ou en touffe, subligneuses; racèmes de4à5 cm.
Feuilles très étroites, 1-1,5 X 15-18 cm, environ 10 fois plus
longues que larges; corolle jaune; étendard oblong; ailes
à onglet plus court que le limbe. E. Schweinfurthii
Feuilles lancéolées, 2-2,5 X 8-10 cm, environ 4 fois plus
longues que larges; corolle jaune; étendard spatulé; ailes
à onglet aussi long que le limbe. E. lateriticola
Feuilles largement elliptiques ou ovales, moins de deux fois plus
longues que larges, arrondies ou cordées à la base :
Calice densément poilu, 7-8 mm de long; lobes aigus, plus
longs ou aussi longs que le tube.
De 30 à 60 cm de haut; feuilles cordées ou arrondies, 4-11
X 7-17 cm; racèmes 5-14 cm de long; corolle pourpre;
étendard éparsément poilu; ailes à onglet plus court que
le limbe. E. pulcherrimum
De 10 à 30 cm de haut; feuilles arrondies à la base, 2-5
X 4-10 cm; racèmes 2,5-4,5 cm de long; corolle jaune;
étendard densément poilu; ailes à onglet aussi long que le
limbe. E. Pellegrinii
Calice pubescent à éparsément poilu, 6 mm de long; lobes
triangulaires ovales, plus courts que le tube. E. Raynaliorum
Eriosema Afzelii Bak.
Fl. Trop. Afr. 2 : 225 (1871); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 500 (1929); Hepper,
Fl. W. Trop. Afr.. ed. 2. 2 : 559.
Grande herbe tomenteuse de 1 mètre de haut. Floraison estivale par
de longs racèmes copieusement fleuris.
Type : Afzelius, Sierra Leone (n. v.).
Sénégal : Adam 15897, Niokolo Koba (fr., nov.); Berhaut 1217, Ouassadou
(fr.. nov.), 3041, Badi, en savane boisée (stér., sept.). — Guinée : Chillou 926, Ko-
lenté (fr., nov.); Jacques-I'élix 1857, Kindia, parmi les graminées de plateaux latéri-
tiques; 1 m de ht., fleurs jaunes (fl. fr., sept.); Maclaud 198, Timbo; fleurs jaune d'or
(fl., sept); Pobéguin 302, Kouroussa, fleurs jaune vif (fl-, juil.); 2902, Kouroussa, nom
Malinké : féné foura, « les feuilles bouillies pour laver les calebasses à traire, cela fait
sortir le beurre en quantité du lait » (fr., sept.); Scaella 3144. sans lieu ni date. —
Sierra Leone : Glanville 443 (fl., sept.); Morton et Gledhill SL 15, WAG (fl. fr.,
nov.). — Semble endémique des régions citées.
Eriosema Schweinîurthii Bak. f.
J. Bot. 33 : 231 (1895); Leg. Trop. Afr. : 507 (1929); Tisserant, Bull. Mus. Na¬
tion. Hist. Nat., ser. 2, 2 : 315 (1930); Hauman, Fl. Congo 6 : 241 (1954).
Syntypes : Schweinfurth 1797, 2308, Soudan (n. v.).
Espèce remarquable dans la série par ses feuilles étroites.
Source : MNHN, Paris
193 —
République Centrafricaine : Tisseront 1147, 35 km de Bambari, fleurs jau¬
nes (fl. fr., juin); 1147 bis, 40 km SE de Bambari, sur latérite (fl. fr., juil.).
Également connu du nord du Congo, son aire est centro-soudanienne.
Eriosema lateriticola Jac.-Fél., sp. nov. (PI. 7, p. 188).
— E. subacaule A. Chev., Expi. bot. : 209 (1921) p.p. : Chevalier 18401,
18452;
— E. Afzelii auct. : E.G. Baker, Leg. Trop. Afr. : 500 (1929) p.p. : num. cit.,
non B a k.
—- E. pulcherrinum auct. : Hutch. et Dalz., Fl. W. Trop. Afr., ed. 1, 1: 404
(1928) p.p. : num. cit., non Taub.
Differt a E. pulcherrimo Taub. foliis anguste cllipticis, cuneatis,
floribus flavis, vexillo spathulato, ungui aliis longiore.
Suffrutex 0,20 cm altus, lanatus. Folia simplicia, breviter petiolata,
petiolo usque ad 5 mm longo, 2,5 X 10 cm elliptico-lanceolata, superne
sparsim pilosa, interne lanata.
Racemi 6 cm longi; pedunculo 3-4 cm longo, bracteae lanceolatae
subulatae, usque 10 mm longae, extus pilosae. Flores 10-12 mm longi,
flavi. Calyx gibbosus, 9 mm longus, extus dense pilosus, intus pubescens;
lobis acutis tubum aequantibus. Vexillum spathulatum, pilosum, 6 X 11 mm,
non appendiculatum, manifeste auriculatum, auriculis reflexis 1,6 mm
longis, ungui 4-4,5 mm longo. Alae 10 mm longae, sparse pilosae, auricu-
latae. Carina 10,5 mm longa, manifeste pilosa, obscure glandulosa, ungui
4,5 mm longo.
Type : Jacques-Félix 1603, Guinée (Holo-,P!).
Sous-arbrisseau de 20 cm de haut, à souche tubéreuse, poilu laineux
dans ses différentes parties; plusieurs tiges annuelles, 3 cm de diam. et
subligneuses à la base, puis herbacées.
Feuilles unifoliolées, brièvement pétiolées. Stipules cohérentes en
une seule pièce lancéolée aiguë, 0,4 X 2 cm en moyenne; celles des nœuds
supérieurs atteignant 3 cm, poilues à la face externe. Pétiole de 4-5 mm,
densément poilu. Limbe lancéolé à elliptique lancéolé, finement aigu et
apiculé au sommet, longuement en coin à la base, 2,5 X 10 cm, éparsément
poilu à la face supérieure, densément poilu laineux à la face inférieure, de
8 à 10 nervures latérales pennées, glandes non visibles.
Inflorescences subterminales et terminales, spiciformes, 6 cm de long,
dont 3-4 cm pour le pédoncule densément poilu, portant parfois quelques
bractées vides; partie florifère compacte; bractées lancéolées subulées,
7-10 mm, poilues.
Fleurs subsessiles, 10-12 mm de longueur totale. Calice nettement
gibbeux, 9 mm de long par le lobe inférieur, longuement poilu à l’extré-
rieur, pubescent sur la face interne; lobes triangulaires aigus, sensiblement
égaux et de même longueur que le tube. Corolle jaune, poilue. Étendard
11 mm de long, dont 4-4,5 mm pour l’onglet peu profondément canaliculé;
Source : MNHN, Paris
— 194 —
Source : MNHN, Paris
— 195 —
auricules étroites, réfléchies, 1,6 mm de long; limbe d’abord oblong à la
suite de l’onglet, puis brusquement et largement ovale à subcirculaire,
jusqu’à 6 mm de large, souvent émarginé au sommet, poilu sur tout le dos
et jusque sur l’onglet. Ailes 10,5 mm de long, dont 4-4,5 pour l’onglet,
2,2 mm de large, nettement auriculées, éparsément poilues, glandes peu
apparentes. Carène 10,5 mm de long, dont 4,5 pour l’onglet, poilue sur
toute la surface, y compris sur l’onglet, glandes peu visibles. Tube sta-
minal 10 mm de long, redressé vers son extrémité, étamine vexillaire à
filet modérément dilaté à la base. Ovaire densément et longuement poilu;
style finement poilu à la base.
Gousse 7 x 12 mm, densément poilue.
Guinée : Chevalier 18401, 18452, de Timbo à Ditinn (fl. fr., sept.); Jacques-Félix
1603, plateaux latéritiques de Kindia à Kolenté; Maciaud 227, bowal de Mamoti
(fl., oct.); Pobéguin 740, environs de Timbo, plante basse à feuillage argenté, fleurs
jaune pâle, racines bulbeuses (fl. fr., juil.).
Cet Eriosema semble endémique des plateaux latéritiques bien arrosés
du Fouta Djallon. E. G. Baker, loc. cit., a rapporté les spécimens de
Chevalier à E. Afzelii ; en réalité les affinités entre ces deux espèces
sont très relatives, la mise en synonymie avec E. pulcherrimum, par
Hutchinson & Dalziel, loc. cit., était mieux fondée. Notre Eriosema
se rapproche également d’E. Schweinfurlhii.
Eriosema pulcherrimum Taub.
Pflanzenfam. 3, 3 : 375 (1894), nomen; Bak. f., J. Bot. 33 : 99 (1895), descr.;
Leg. Trop. Afr. : 500 (1929); Tisserant, Bull. Mus. Nation. Hist. Nat., scr. 2, 2 :
317 (1930); Staner et de Craene, Ann. Mus. Congo B. Bot., ser. 6, 1 : 71, flg. 19,
tab. 30, flg. 6 (1934); Hauman, Fl. Congo 6 ; 248 (1954); Hepper, Fl. W. Trop. Afr.,
ed. 2, 1 : 559 (1958).
Sous-arbrisseau vigoureux, caractéristique par ses larges feuilles
elliptiques et ses fleurs pourpres. Les bractées, filiformes à leur extrémité,
sont beaucoup plus longues que les fleurs avant l’anthèse.
Syntypes : Schweinfurlh 1409 (Iso-, P!), 1802, Soudan.
Rép. Centrafricaine : Audru 3460 (fl., mai); Audru et Boudet 2085, Gomoko
(fl. fr., sept.); Bille 1850 (fl., mai); Chevalier 5512, entre la Kémo et la Tomi (fl. fr.,
sept.); Clair 77 (fr., janv.); Dybowski 736, Haute Kémo; 1,50 m de haut (fl. fr., avr.);
Le Testa 2679, inflorescences violet pourpre (fl., avr.), 3027 (fl. fr., juil)., 4380, fleurs
rouge groseille (fl. fr., nov.), 4690, fleurs rouge vineux (fl., avr.), tous de Yalinga;
Tisseranl 94, Bambari, fleurs violet brun (fl., fév.). — Cameroun : Jacques-Félix
3454, de Tignère à Ngaoundéré (fl., mars). — Nigeria : Latilo FHI 47770, région
d’Igala. — Ghana : Morton A 3242, WAG. (fl., avril). —■ Côte d’Ivoire ; Aké Assi
6687 (fr., oct.), 5173 (fl., juil.), Mankono. — Existe également au Gabon et au Congo.
C'est une espèce des savanes d’Afrique centrale, peu répandue dans la région occi¬
dentale.
Eriosema Pellegrinii Tiss.
Bull. Mus. Nation. Hist. Nat., ser. 2, 2 : 316 (1930); Staner et de Craene, Ann.
Mus. Congo B., bot., ser. 6,1 ; 70, flg. 18, tab. 30, flg. 1 (1934); Hauman, Fl. Congo
6 : 240 (1954).
— E. subacaule A. Chev., Expi. bot. : 209 (1921), nom. nud.
Source : MNHN, Paris
196 —
Lectotype : Tisseranl 2279 (P!).
Espèce normalement de plus petite taille qu’E. pulcherrimum et à
feuilles elliptiques non cordées. C’est surtout la fleur qui est différente
par les pièces de la corolle à onglet plus long. Les spécimens d’Afrique
occidentale, qui correspondent à l’E. subacaule A. Chev., sont tous à
entrenœuds très courts et les feuilles presque en rosette. Par contre
certains exemplaires du Gabon sont peu distincts de l’E. pulcherrimum.
Rép. Centrafricaine : Tisseront 533, 1070, syntypes (P !). — Dahomey :
Chevalier 23942, Atacora, de Pobégou à Birni, 500 m ait., type A’E. subacaule A. Chev.
(fl. fr.. juin). — Mali : Adam 15064, Kaboïla près de Sikasso, sur grès (fl. fr., sept.);
Diarra 271, environs de Sikasso (fl. fr., sept.); Scaëlla 3181. — Côte d’Ivoire : Aké
Assi 5201, entre Perké et Nassian (fl. fr., juil.). — Haute-Volta : Ouattara s.n., Tar-
flra. — Existe également au Gabon et au Congo; n'a pas encore été observé au Came-
Eriosema Raynaliorum Jac.-Fél., sp. nov. 1 (PI. 2, fig. 10-18, p. 149).
Differt a E. Pellegrinii habitu minore, calyce pubescenti, Iobis quam-
tubo brevioribus.
Suffrutex 5-7 cm altus. Folia simplicia breviter petiolata, petiolo 3 mm
longo, Iate elliptica, 2,5-3,5 X 4-5 cm, superne glabra, inferne dense tomen-
Racemi 4 cm longi; bracteae lanceolatae, l'X 5 mm, extus pilosae.
Flores 10-11 mm longi. Calyx 6 mm, extus pubescens glandulosus, intus
sparsim pilosus, lobis 2,5 mm, ovàto-triangularibus. Vexillum oblongum,
4 X 11 mm, haud appendiculatum, obscure auriculatum, ungui 3,5 mm
longo, extus omnino longe pilosum, sparse glandulosum. Alae 10,5 mm
longae, glabrae. Carina brevis, 8 mm longa, pubescens, glandulosa.
Type : Raynal ./. el A. 13261, Cameroun (Holo-, P!).
Sous-arbrisseau de 5-7 cm de hauteur; souche tubéreuse, napiforme ou
fusiforme. Tiges subligneuses à entre-nœuds courts, portant de deux à
sept rameaux feuillus et florigènes de 3 à 4 cm de haut, périodiquement
détruits par les feux.
Feuilles simples, subsessiles. Stipules cohérentes en une seule pièce
étroitement triangulaire, 3 x 10-12 mm, avec 15 à 17 nervures parallèles,
poilues à la face externe. Pétiole long de 3 mm, recouvert de poils blancs.
Limbe largement elliptique, 2,5-3,5 X 4-5 cm, obtus au sommet, lar¬
gement en coin, arrondi, ou obscurément cordé à la base, glabre au-dessus,
tomenteux blanc en dessous; de 8 à 10 nervures latérales pennées, réseau
tertiaire bien visible.
Inflorescences spiciformes, subterminales et terminales, 4 cm de haut,
dont 1 cm pour le pédoncule poilu ainsi que le rachis; bractées étroitement
triangulaires lancéolées, 1x5 mm, poilues.
Fleurs subsessiles, 10-11 mm de long, à corolle marcescente. Calice
1. Botanistes Jean et Aline Raynal, prospecteurs minutieux de la flore du
Cameroun.
Source : MNHN, Paris
197 —
pubescent à éparsément poilu et glanduleux à la face externe, à rares poils
épars à la face interne, long de 6 mm dont 3,5 mm pour le tube; lobe
médian 2,5 mm, les autres un peu plus courts et plus larges, ovales triangu¬
laires, sommet obtus, légèrement imbriqués. Corolle oblongue, à pièces
externes plus longues que la carène; étendard poilu jusque sur l’onglet,
éparsément glanduleux, étroitement obovale oblong, 4x11 mm, onglet
3,5 mm, non charnu; auricules peu développées, aiguës, réfléchies; ailes
glabres, oblongues, 2 x 10,5 mm, biauriculées, onglet linéaire 3,5 mm
de long; carène courte, 8 mm de long, dont 3,5 pour l’onglet linéaire,
pubescente et glanduleuse sur tout le limbe. Androcée 7 mm; étamine
vexillaire à filet aplati. Ovaire densément poilu et glanduleux; style
finement glanduleux et poilu à la base.
Gousse 7 X 10 mm, densément poilue.
Cameroun : Raynal J. et A. 13261, Adamaoua, Sadolkoulay à 37 km est de Nga-
oundéré, sur bowal (fl. fr., janv. 1965); 12390, Dzerkoka, montagne rocailleuse, 1720 m
ait. (fl. fr., déc. 1964).
Cette plante n’est connue que sous son état florifère de saison sèche;
il y aurait intérêt à la récolter au stade de feuillaison.
— Sér. M (E. monticolum Taub.).
Plantes xéromorphes, moins de 80 cm de haut, à souche ligno-tubé-
reuse, allure de rejets d’arbre. Rameaux subligneux; feuilles simples,
brévipétiolées, elliptiques ou lancéolées, jamais cordées, poilues ou tomen-
teuses à la face inférieure; stipules libres sur les nœuds feuillés. Premières
floraisons sur les nœuds inférieurs; racèmes spiciformes. Fleurs réfléchies;
calice gibbeux, velouté glanduleux; lobes triangulaires; étendard velu ou
pubescent; auricules et appendice peu développés ou nuis; ailes et carène
glabrescentes et sans glandes.
On peut probablement rattacher à cette série quelques espèces
zambéziennes ; E. kwangoense Hauman, E. rhodesicum R. E. Fries, etc.
CLÉ DES ESPÈCES SOUDANIENNES
Feuilles lancéolées, base arrondie, 09-1,5 X 5-11 cm; calice et
étendard pubescents; étendard oblancéolé, 9-15 mm E. monticola
Feuilles elliptiques, 1-4,5 X 3-10 cm; calice et étendard densé¬
ment veloutés; étendard obovale, 6-8 mm. E. Tessmannii
Eriosema monticola Taub.
Bot. Jahrb. 23 : 196 (1896); Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 507 (1929); Hepper, FI.
W. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 558 (1958).
Source : MNHN, Paris
— 198 —
Type : Bauman 10, Togo (n. v.)
Sous-arbrisseau de 10 à 30 cm; souche ligneuse épaisse; tiges subli¬
gneuses à la base, à indûment apprimé réfléchi; stipules lancéolées acu-
minées, 10-13 mm de long, tomenteuses; pétiole long de 5-15 mm, dont
1-2 pour le pétiolule, tomenteux; limbe lancéolé, 1-1,5 X 7-11 cm, base
arrondie ou largement en coin, pubescent en-dessus, tomenteux blanc ou
grisâtre en dessous, dix paires de nervures latérales. Racèmes axillaires,
8-10 cm de long, dont 4-6 pour le pédoncule. Fleurs réfléchies, jaunes et
pourpres, 10-15 mm de long; calice 5-6 mm de long, dont 3-3,5 pour les
lobes triangulaires aigus, finement glanduleux pubescent à l’extérieur,
glabrescent (?) à la face interne; étendard oblancéolé, 9-15 mm, auricules
très menues, appendice linéaire, juste au-dessus de l’onglet, ou nul, dos
poilu et glanduleux à nervures fortes; ailes et carène allongées, à onglet
peu différencié, sensiblement de même longueur, glabrescentes.
Cameroun : de Wilde 2572, Banganté, 1350 m (fl. fr., mai) WAG; Raynal
J. et .4. 13289, Ngan Ha, 1500-1700 m, prairie rocailleuse brûlée; fleurs jaunes, éten¬
dard strié extérieurement de rouge brun (fl. fr., janv.). — Nigeria : Dent. Youg 83,
Vom vers 1500 m, K ! (fl. fr.); Hepper 1780, plateau de Mambila, 1500 m; forte souche
tubéreuse exsude un latex rouge lorsqu’on la coupe, croissance après feux (fl., janv.).
Togo : Aké Assi 11092, Aledjo (fl., fr., mars).
Eriosema Tessmannii Bak. f. & Haydon
in Bak. f., Leg. Trop. Afr. : 500 (1929).
E. praecox auct. : Tisserant, Bull. Mus. Nation. Hist. Nat., ser. 2» 2 : 317
(1930), non R.E. Fries,
— E. rhodesicum auct. : Tisserant, loc. cit. : 318, non R.E. Fries.
E. 'l'isserantii Stan. et de Craene, Ann. Soc. Sci. Brux. 54. B : 69 (1934);
Ann. Mus. Congo B., bot., sér. 6,1: 68, flg. 1 (1934); Hauman, Fl. Congo 6: 238 (1954).
Type : Tessmann 2722, Cameroun (K!).
Espèce plus vigoureuse que la précédente; feuilles également discolores
mais indûment plutôt roussàtre. Fleurs moins allongées; carène et ailes à
onglet bien différencié; ailes nettement plus courtes que la carène.
Rép. Centrafricaine : Audru et Boude! 2099, Gomoko, terrain de culture (fr.,
sept.); Bille 1445, Bessou (fl. fr., fév.); Descoings 11815, Bambari en savane; fleurs
jaunes (fl. fr., déc.); Le Testu 2423, Yalinga (fl. fr., fév.); 4498, Yalinga (fl. fr., janv.);
Tisserant 535 (juin 1922, mars 1924, janv. et fév. 1925); 9-55, 956 (déc. fév. mars);
1773, 1774 (avril), tous syntypes (P) d'E. Tisserantii. — Cameroun. : Jacques-Félix
3999 bis, Belaka Ngan Ha (fr., juil. juil); Piol 97, Ngaoundéré, sol granitique (fl. fr.,
janv.); Raynal J et A. 10743, Ngoro : massif de Ngolé, 1350 m, savane herbeuse rase
sur rochers (fl. fr., avril), plante fine, très ramifiée, pas exactement conforme à l’es¬
pèce; 13243, Ngaoundéré. friche brûlée; longue souche ligno-lubéreusc pivotante,
fleurs jaunes, étendard strié de rouge (fl. fr., janv.).
Ces deux espèces, compte tenu des formes saisonnières et de réaction
aux feux, sont bien difficiles à distinguer. E. monlicola semble plus orophile
qu’E. Tessmannii.
La confusion est possible entre E. monlicola et une autre espèce à
feuilles simples : E. mirabile. Les caractères distinctifs sont les suivants :
Feuille pétiolée, pétiole distinct du pétiolule; pubescente dessus,
tomenteuse dessous; étendard pubescent ou velu, appendice
Source : MNHN, Paris
199 —
nul ou linéaire, carène aussi longue ou plus longue que les
ailes, sans glandes. E. monticola
Feuille subsessile, glabrescente à l’état adulte ou longs poils
dispersés sur les nervures, quelques glandes; étendard à poils
blancs épars, appendice bilobé; carène plus courte que les ailes,
plage de glandes. E. mirabile
Conclusions
Les espèces du genre Eriosema, comme beaucoup de savanicoles,
montrent une certaine instabilité de leurs caractères. Cette variabilité
résulte de la faculté de la plupart d’entre elles de s’adapter à des différen¬
ces géographiques du climat et modifications du rythme des saisons.
Ainsi l’adaptation à des saisons pluvieuses de longueur variable et les
réactions aux incendies, se traduisent par le jeu des floraisons protéran-
thées et synanthées, exclusives ou consécutives. Ces plantes, qui sont
plutôt de tendance mésotherme, ainsi que l’indiquent leur extension en
Afrique australe extratropicale et la rareté des xérophiles planitiaires
soudaniens, sont également affectées dans leur morphologie florale par le
climat montagnard.
En conséquence nous sommes partagés entre la conception d’espèces
compréhensives multiformes, et celle d’espèces plus strictes groupées
en complexes écophylétiques. Ces situations embarrassantes existent dans
toutes nos sections. Chez les Pulcherrima les séries I et M sont constituées
de complexes dus à la pluralité des types de floraison, dont les feux sont
souvent responsables. Les affinités ne sont pas moins confuses chez les
Pulcherrima, bien que les floraisons soient rarement protéranthées. Dans
la sect. Eriosema, le complexe E. griseum-E. Lelouzeyi est un exemple,
parmi d’autres, de l’extension à des régions de pluviométrie différente.
Enfin, dans la sect. Montana, c’est plus souvent l’altitude, et accessoi¬
rement le substrat, qui déterminent des complexes comme celui de VE.
parvijlorum-E. spicalum.
C’est par une plus grande attention du rôle morphogène des facteurs
du milieu que l’on pourra améliorer la classification des Eriosema.
Bibliographie
Baker, E.C. — Révision of the African species of Eriosema. Journ. Bot. 33 : 97-100,
141-148, 227-237 (1895).
Chevalier, A. — Sur les trois périodes de réveil de la nature au Sénégal. C.R. Acad.
Sci. 190 : 1444-1446 (1930).
Fries, R.E. — Wissenchaftliche Ergebnisse der Schwedischen Rhodesia-Kongo-
Expedition 1911-1912, 1 (1914).
Grear, J. \V. — A révision of the American species of Eriosema, Mem. N. Y. Bot.
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Staner, P. et de Craeke, A. — Les Eriosema de la Flore congolaise. Ann. Mus. Congo
B., bot., scr. 6, 1, 2 (1934).
Tisserant, Ch. — Eriosema de l’Oubangui. Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. 2, 2 :
313-323 (1930).
Laboratoire de Phanérogamic
Muséum - Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 11 (1) 1971.
LA PREMIÈRE CONFÉRENCE INTERNATIONALE
SUR L'UTILISATION RATIONNELLE
ET LA CONSERVATION DE LA NATURE
par G. Aymonin
Organisée par le Gouvernement de la République Malgache s’est
tenue, dans la capitale du pays, une importante réunion internationale
relative à la conservation de la Nature. Les travaux se déroulèrent à
l’Université de Madagascar du 7 au 11 octobre 1970. Au concours de
l’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) s’ajoutait
le co-patronage d’organismes intéressés, à l’échelle mondiale ou régionale,
par les problèmes relatifs au maintien des équilibres biologiques : UNES¬
CO, FAO, Fonds mondial pour la Nature (WWF), Programme biologique
international (PBI), ORSTOM, Université de Madagascar, Conseil inter¬
national pour la protection des oiseaux (CIPO), Muséum National d’Histoi-
re Naturelle de Paris 1 .
Monsieur Calvin Tsiebo, Vice-Président du Gouvernement Mal¬
gache, devait, lors de l’une de ses interventions, rappeler que dès
1927. « une politique de conservation du patrimoine scientifique national »
s’était concrétisée, à Madagascar, par « la création d’un ensemble de parcs
et de réserves harmonieusement répartis ». Citant, en exergue, une argu¬
mentation développée par Henri Humbert, il devait aussi insister sur
l’ampleur nationale de certains phénomènes de dégradation et constater
la complexité des problèmes à résoudre. A Madagascar, à l’exclusion de
quelques parcelles de statuts particuliers, les périmètres de réserves sont
placés sous l’autorité de gestion du Service des Eaux et Forêts dont le
directeur, M. G. Ramanantsoavina, évoquait les très lourdes tâches en
cette matière et soulignait les efforts entrepris dans le domaine de la
1. Note. — Les listes des délégations, participants et communications figurent
dans les Documents de la Conférence (UICN, Morges, Suisse). L’aide financière de
divers organismes et, en particulier, à l'échelon national, celle du Secrétariat d’État,
Chargé de la Coopération, que nous remercions tout particulièrement, permit la
venue à Tananarivc de nombreux délégués français. Monsieur le Professeur Maurice
Fontaine, Directeur du Muséum, conduisait la délégation de l’Établissement qui
comprenait des chercheurs des diverses disciplines biologiques. Monsieur le Professeur
Guy Camus, Directeur Général de l’ORSTOM, représentait cet Organisme dont le
Centre de Tsimbazaza-Tananarive (qui accueillit dans ses Laboratoires plusieurs
participants pour des recherches spécialisées) fut visité sous la conduite de son Direc¬
teur, Monsieur Patrice Roederer et de Monsieur le Professeur Mangenot. La con¬
férence, dont le Secrétariat général fut assuré par M. Jean-Jacques Petter, fut suivie
d’une excursion à Maroansctra, Diégo-Suarez, Fort-Dauphin et Tuléar.
Source : MNHN, Paris
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surveillance, du reboisement, du bornage. Les débats, que dirigèrent
plusieurs éminentes personnalités scientifiques de diverses nations,
s’orientèrent vers des thèmes variés : importance de Madagascar dans le
contexte international en raison de l’originalité de ses éléments taxino¬
miques, disparition généralisée du couvert forestier climacique ou para-
climacique en faveur de phytocoenoses à productivité plus faible, transfor¬
mations alarmantes des milieux aquatiques en raison des déséquilibres
intervenant sur les bassins-versants (ceux-ci jouent en effet un rôle
considérable dans un pays aux reliefs accentués, lorsque la couverture
végétale est disloquée), originalité, efficacité et bien-fondé du cadre actuel
de réserves qui assure la préservation des grands types de milieux, avec
leurs équilibres faunistiques et floristiques, mais développement souhai¬
table de ce cadre et extension des périmètres périphériques, etc. Des faits
insoupçonnés concernant la pollution, l’excès de pression de l’homme, les
changements de types d’exploitation consécutifs à des déplacements de
populations furent mis en évidence. Des idées novatrices sur la poursuite
des recherches scientifiques de tous ordres, sur la coordination des moyens,
sur l’harmonisation des initiatives nationales ou internationales devront
être méditées; elles laissent entrevoir un espoir : celui que se concré¬
tisent, au sein de plans de développement à moyen et long termes et
autour de l’avancement permanent des connaissances biologiques, des
objectifs laissant place à la préservation, à la reconstitution éven¬
tuelle, de ressources naturelles dont l’utilisation rationalisée serait, grâce
à leurs possibilités équilibrées de renouvellement, rentabilisée pour le plus
grand bénéfice du Pays.
Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Rakoto Ratsimamanga
attirait l’attention sur le fait que risquent de se trouver irrémédiablement
et définitivement détruites des espèces végétales malgaches chez lesquelles
on a découvert des propriétés anticancéreuses ou psychothérapeutiques.
N’est-ce pas là ajouter un argument d’un poids exceptionnel en faveur du
vœu formulé par tous ceux, savants ou techniciens, qui se réunirent à
Tananarive : sauvegarder, par tous les moyens nécessaires, le patrimoine
génétique de Madagascar, lignées archaïques parvenues jusqu’à nous,
naturellement, mais aussi ces extraordinaires modèles de diversification
spécifique dont la Grande-Ile offre maints exemples? Laisser aux merveil¬
leux Lémuriens leurs biotopes indispensables, c’est respecter dans son
essence la belle formule « Ala, rano, tany : toko telo fototr’aina » (forêts,
eaux, sols : fondements de la vie) qui illustre une flamme postale malagasy.
Rechercher les motivations qui peuvent aider à parvenir à ces buts,
c’est beaucoup une question d’éducation, de persuasion. C’est aussi un
investissement à l’échelle de la génération et pour l’avenir.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 11, (1) 1971.
INFORMATIONS
M. le Professeur J.-F. Leroy a fait la leçon inaugurale de son cours
le jeudi G mai, à 16 h 30, salle de cours de la galerie de Zoologie. Elle
avait pour titre : « La chaire de Phanérogamie du Muséum dans l’histoire
de la pensée biologique et dans l’avenir ».
M. le Professeur J.-F. Leroy est nommé, à compter du 1 er février
1971, Directeur du Laboratoire de « Phytomorphologie générale et
expérimentale » à la 3 e section de l’École Pratique des Hautes
Etudes.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ÉDITIONS DU CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
15, quai Anatole-France — 75-PARIS-7 e
C. C. P. Paris 9061 11 Tél. 5552670
CENTRE D'ÉTUDES PHYTOSOCIOLOGIQUES
ET ÉCOLOGIQUES
(Montpellier)
CODE POUR LE
RELEVÉ MÉTHODIQUE
DE LA VÉGÉTATION
ET DU MILIEU
(Principes et transcription sur cartes perforées)
Rédigé et publié sous la direction de
L. EMBERGER
Directeur du C. E. P. E.
par
M. GODRON et Ph. DAGET, L. EMBERGER, G. LONG,
E. LE FLOC’H, J. POISSONET, Ch. SAUVAGE, J.-P. WACQUANT
Ouvrage in 4 coquille, relié, 292 pages, 37 figures et 7 pages de
formulaire précodé — Prix : 45 F
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 15 JUIN 1971
SUR LES PRESSES DE FD EN SON
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE - 61-ALENÇON
Dépôt légal : 2' trimestre 1971 — 9.382
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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