Source : MNHN, Paris
MUSEUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
A. AUBRÉVILLE
et
Jean-F. LEROY
Membre de l’Institut
Professeur
Professeur Honoraire
au Muséum
au Muséum
Série 2
TOME 14
Fascicule 1
1974
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
16, rue Buffon, 75005 Paris
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
A. Aubréville : Membre de l’Institut.
Professeur Honoraire au Muséum national d’Histoire naturelle.
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandri : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
J.-F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Portères : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Schnell : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M. L. Tardieu-Blot : Directeur de laboratoire à l’E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au Ç.N.R.S.
Rédacteur en chef : A. Le Thomas.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d'article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l’auteur ne doit y être mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Ex. : Aubréville, A. — Contributions à l'étude des Sapotacées de la Guyane française.
Adansonia, ser. 2, 7 (4) : 541-465, tab. 1 (1967).
Pour tous les articles de taxonomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères
gras et les noms d’auteurs des différents taxons.
Le format des planches doit être de 16 x 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptés.
Les auteurs reçoivent gratuitement vingt-cinq tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s'ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, me Buffon. Paris V' — Tél. : 331-30-35
Prix de l’abonnement 1973 : France et Outre-Mer : 80 F
Étranger : 90 F
En raison des considérables augmentations des prix des matières premières, ainsi
que des tarifs d'impression, nous nous voyons contraints, à notre grand regret, de porter
les prix de l’abonnement 1975 respectivement à :
110 F (France et Outre-Mer)
120 F (Étranger).
C.C.P. : Association de Botanique Tropicale
La Source 33075.20
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) 1974.
SOMMAIRE
Aubréville A. — Les origines des Angiospermes (l re Partie). . . 5
Leroy J.-F. — Recherches sur les Rubiacées de Madagascar. Les
genres Mantalania et Pseudomanialania (Gardéniées). 29
— Recherches sur la phylogénèse du développement. Mise en évi¬
dence d’une série de trois états dans le genre Bertiera (Rubiacées) 53
Capuron R.f — Note sur deux Grewia africains. 61
Letouzey R. & Satabié B. — Une seconde espèce du genre Medu-
sandra Brenan (Médusandracées). 63
Hallé N. — Le fruit du Lavigeria macrocarpa (Oliv.) Pierre, Icacinacée
d’Afrique. 69
Jacques-Félix H. — Le genre Dicellandra Hook. f. (Mélastomacées) 77
Lavranos J.-J. — Une nouvelle espèce d'Aloe (Liliacées) de Mada¬
gascar . 99
Adam J-G. — Triumfetta dandina .’ J.-G. Adam, nouvelle espèce
d’Afrique occidentale. 103
Markgraf F. — Espèces et combinaisons nouvelles d’Apocynacées
malgaches. V. 107
Briane J.-P.. Lazare J.-J., Roux G. & Sastre C. — L’analyse facto¬
rielle des correspondances et l’arbre de longueur minimum;
exemples d’application. 111
La publication d'un article dans Adansonia n'implique nullement que
cette revue approuve ou cautionne les opinions de l’auteur.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) 5-27, 1974.
LES ORIGINES DES ANGIOSPERMES
(l re Partie)
par A. Aubréville
Summary: The high concentration of families of primitive Angiosperm within
the tropical région of SE Asia and of the Malay Archipelago has led to a theory suggesting
that this région might hâve been the craddle of Angiosperms, from where they subse-
quently spread ail over the world, as far as palaeogeographical and palaeoclimatological
circumstances permitted. A new theory is being proposed considering this région
at the most eastern part of Laurasia, as nothing but the remnant (having enjoyed an
unchanged tropical climate since the mesozoic period) of a continuous équatorial belt
stretching right across Laurasia, from Alaska to the Far East, thus Crossing countries
nowadays cold or temperate. Tropical Angiosperms originated ail along that belt. A
move of the whole Pangaea northwards, rotating around an axis Iocated within the
Asiatic and Malay région, might hâve induced the équatorial belt to shift progressively
southwards and the révélant doras to migrate accordingly; meanwhile they were exter-
minated by the cold in their original homes, excepted whitin the axial asiatico-malayan
région, which kept its tropical climate and its Laurasian dora as well.
Depuis mes essais qui furent publiés dans Adansonia en 1969 (7)
sur le problème d’ensemble des origines des Angiospermes tropicales, une
nouvelle étape importante dans la connaissance de l’histoire de la Terre
a été franchie. La théorie de Wegener que j’estimais alors indispensable
au fondement solide de l’histoire des flores tropicales, après avoir été
délaissée, a été remise à la lumière, considérablement étendue et modifiée
d’ailleurs avec l’appui de faits nouveaux apportés par l’exploration des
fonds océaniques et l’estimation chiffrée de leur expansion (11). Cela nous
vaut ces nouvelles théories sur les plaques constituant la croûte terrestre
qui supportent continents et océans, et dont les déplacements relatifs
expliquent aujourd’hui ce qui fut appelé la « dérive des continents » ainsi
que la formation des chaînes de montagnes parallèles aux rivages océa¬
niques, etc. De nouvelles bases pour l’histoire des flores ne pouvaient man¬
quer de s’établir. Je trouvai dans le remarquable livre de Florin sur la
distribution des Conifères dans l’espace et le temps ( 5 ) des arguments
justifiant une nouvelle conception de l’histoire des flores tropicales étayée
sur ces théories récentes des géophysiciens et des géologues. Je l’ai exposée
dans des notes publiées dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences
et dans Adansonia ( 14 - 15 ). Rappelons brièvement ces hypothèses de base.
Source : MNHN, Paris
— 6 —
Les continents, au Permien, étaient réunis en un seul continent, la
Pangée, ou en deux plus ou moins séparés par la mer mésogéenne ou
Téthys : la Laurasie, au nord, formée de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique
du Nord; le Gondwana, au sud, groupant l’Amérique du Sud, l’Afrique,
Madagascar, l’Inde péninsulaire, l’Australasie y compris la Nouvelle-Guinée
et le continent antarctique. J’ai concrétisé dans un schéma ce que pouvait
être cette Pangée permienne, tenant compte de ce que l'on sait aujourd’hui
de ces liaisons intercontinentales. La dislocation des continents et la
formation des océans qui les séparent aujourd’hui commença à la fin
de la période permienne et se poursuivit durant l’ère mésozoïque et
jusqu’au début du Tertiaire 1 .
Ces conceptions apportent le fondement solide nouveau pour l’histoire
des flores angiospermes qui manquait jusqu’alors. La phytogéographie
nous montre des distributions très variables des groupes taxonomiques
des Angiospermes à la surface de la Terre, tantôt liées à un seul continent;
plus souvent on les retrouve partout, souvent encore leurs aires géogra¬
phiques sont disjointes, parfois étrangement, et séparées par de longs
diastèmes. Le support géographique désormais admis pouvait être vraisem¬
blablement à la base de toutes les explications chorologiques. La nécessité
de liaisons terrestres pour permettre le déplacement des flores était apparue
depuis toujours, elle avait conduit à la théorie des ponts intercontinentaux,
car celle des transports océaniques à longue distance, s’ils sont vraisembla¬
bles ou certains dans des cas particuliers, pouvait difficilement être acceptée
dans une explication générale de la distribution des flores.
Ainsi est établi le point de départ physique de la théorie que nous
proposons. Les explications particulières à chaque famille doivent tenir
compte à la fois de l’histoire hypothétique de la Pangée et de sa dérive
du Permien au Tertiaire, et des aires géographiques actuelles. Reconnaissons
tout de suite qu’il est une donnée essentielle qui manque pour étayer ces
essais de reconstitution, celle des aires paléogéographiques des groupes
floristiques. D’immenses progrès sont encore à attendre de la recherche
et de la détermination des fossiles des ancêtres des plantes actuelles. Ils font
malheureusement grandement défaut aujourd’hui. Heureusement les travaux
de Florin sur les Conifères dans le temps et l’espace étaient assez avancés
et sûrs pour me permettre d’établir les bases de notre hypothèse explicative
pour l’histoire des Conifères tropicaux. Ceux-ci qui, curieusement, foison¬
nent dans les régions du sud-est asiatique (14-15), indomalaises et austra¬
liennes, ont de nombreux fossiles dans les pays les plus septentrionaux,
Alaska, Groenland, Sibérie, Spitzberg et aussi dans des pays à climats
tempérés où ils n’existent plus aujourd’hui, Amérique du Nord et Europe.
Ce rapprochement m’a paru justifier cette hypothèse que ces fossiles des
pays froids ou tempérés d’une flore tropicale étaient des vestiges d’une
flore pangéenne de Conifères tropicaux qui avait existé de l’Alaska à l’Indo-
1. Rappelons quelques chiffres parfois cités : début de la formation de l'océan
nord atlantique 200 M.A.; séparation de l'Afrique et de l’Amérique du Sud 120-150 M.A.;
formation du moyen Atlantique 110 M.A.; détachement de l'Inde 40 M.A.; détachement
de l’Australie du continent antarctique 40 M.A.
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— 7 —
malaisie. Elle persista dans le sud-est asiatique et son prolongement de
l’archipel malais parce qu’elle y vécut toujours sous un climat tropical stable
ressemblant à celui qui y règne aujourd’hui, tandis qu’elle fut balayée
en Amérique, en Europe et en Asie septentrionale par des changements
climatiques, en rapport évidemment, vu l’étendue considérable des change¬
ments, avec de vastes perturbations géographiques.
Si nous revenons aux aires géographiques actuelles des Angiospermes
tropicales, c’est-à-dire aux seuls faits connus ou presque, qui nous permet¬
tent de fonder des hypothèses sur leur origine et l’histoire éventuelle de
leurs migrations depuis le Crétacé, je dois reconnaître les limites de la
valeur de nos raisonnements et déductions. D’une part la connaissance
des aires actuelles des familles n’est qu’imparfaite et sans doute encore
incomplète. D’autre part elles ne coïncident sûrement pas avec leurs aires
les plus anciennes, qui nous demeurent le plus souvent inconnues, à la seule
exception des familles demeurées dans le sud-est asiatique et la Malaisie,
qui ont évolué sur place depuis des temps très anciens, sous climat tropical.
Nous pensons que l’aire actuelle asiatique et malaise de celles-ci n'est qu’une
part de l’aire ancienne, vraisemblablement beaucoup plus vaste, si l’on en
juge d’après l’évolution, connue d’après Florin, dans le temps et l’espace
des Conifères tropicaux qui précédèrent ces Angiospermes primitives.
Nous voulons cependant esquisser leur histoire, limitée dans cette
première note aux familles généralement reconnues comme les plus anciennes
du Monde végétal actuel, constituant les ordres les plus primitifs des Magno-
liales, Laurales et Annonales. Un fait général peut être mis immédiatement
en évidence; ces ordres sont presque exclusivement tropicaux; nous revien¬
drons sur quelques exceptions. C’est un argument qui est apporté à une
hypothèse générale évolutive que nous avons proposée ailleurs (7), et qui
semble admise aujourd’hui par plusieurs botanistes (Van Steenis, Takh-
tajan (8), Axelrod (9), A.-C. Smith (13), selon laquelle l’origine des Angio¬
spermes, comme celle des Conifères qui les ont précédés, se place dans la
bande tropicale largement comprise. Certaines familles ont évolué et ont
migré pour demeurer toujours sous climat tropical, d’autres ont évolué
et sont adaptées aujourd’hui aux climats tempérés ou froids. Celles-ci
forment aujourd’hui l’ensemble des flores tempérées et froides.
D’après Florin, les genres de Conifères tropicaux foisonnent dans la
région sud-est asiatique, l’archipel malais et l’Australasie — c’est-à-dire
dans une partie de leur aire pangéenne, et plus précisément surtout laura-
sienne — à l’extrémité Est de la Laurasie. Constatons qu’il en est de même
pour les Angiospermes les plus primitives. Cela a été montré par Takhtajan
et A.-C. Smith. Ce dernier (13) en conclut que l’origine des Angiospermes
doit être placée dans cette région du Monde.
La figure 1, établie d’après une carte de A.-C. Smith (13) montre
hachuré le domaine pangéen et actuel, tropical et subtropical, des familles
considérées comme les plus primitives, d’où elles auraient essaimé dans
le monde, les unes par voie terrestre, les autres par transports par voie
maritime à longue distance. Les directions possibles des migrations sont
indiquées sur la carte. Nous ne nous rallions pas à cette théorie. Nous
Source : MNHN, Paris
Fig. 1. — Centre d'origine des Angiospermes primitives et leurs hypothétiques routes de migra¬
tion par voies terrestres (traits pleins) ou par transports à longue distance (traits dis¬
continus). D'après A. C. Smith (1970 et 1973).
Fig. 2. — La Pangéc permienne et l’équateur permien. Flore laurasienne primitive.
Fig. 3. — La Pangée après son déplacement d'ensemble vers le nord-est, l'Asie du sud-est
et l’archipel malais Taisant charnière et demeurant en place. Position relative de l'Équateur.
La flèche à gauche indique le sens du déplacement équatorial apparent ; les flèches à droite
le sens de la migration antarctique de certains groupes floristiques austraux.
1, Flore laurasienne primitive; 2, Vestiges de la flore laurasienne; 3, Flore gondwanienne.
Source : MNHN, Paris
— 9 —
ne pouvons concevoir que le centre d’origine des familles angiospermes
les plus primitives soit uniquement cette aire orientale où effectivement
elles sont aujourd’hui encore particulièrement abondamment représentées,
par raison d’analogie avec les Conifères tropicaux, qui eux aussi prolifé¬
rèrent dans la même région orientale mais qui incontestablement existaient
aussi dans la Pangée, dans les zones septentrionales aujourd’hui froides
ou tempérées de l’Alaska au Spitzberg, Groenland et Sibérie, d’où ils
ont aujourd’hui disparu. Pourquoi a priori les Angiospermes les plus
primitives succédant aux Conifères n’auraient-elles pas eu une distribution
mondiale aussi vaste? En outre, à moins de supposer que toute la Terre
ait eu un climat chaud au Mésozoïque, ce qui nous paraît invraisemblable
car la distribution des températures à sa surface se fit toujours d’après
un gradient diminuant de l’équateur aux pôles, il est inconcevable qu’une
flore physiologiquement tropicale ait pu migrer impunément dans les
régions arctiques et antarctiques les plus froides comme il est proposé
dans la carte de A.-C. Smith.
Refusant donc un centre d’origine unique des Angiospermes primitives,
nous préférons concevoir des origines polytopiques, et sans doute aussi
des origines polyphylétiques, dans toute la bande tropicale qui exista de
tout temps, à l’intérieur de laquelle purent se faire des migrations liées à la
configuration géographique changeante au cours des époques ainsi que
des évolutions indépendantes des phylums.
Pour nous, la flore primitive des Angiospermes tropicales s’étendit
sur tous les territoires considérables de la Laurasie tropicale, les unes
s’étendant dans toute la bande, d’autres ayant des domaines plus restreints,
les uns plus occidentaux, les autres plus orientaux, d’autres plus centraux.
Toutes ensemble elles constituaient la flore laurasienne primitive.
Si notre hypothèse d’une origine laurasienne étendue des familles
vivantes d’Angiospermes primitives est admise, il en découle la nécessité
d’autres hypothèses géophysiques. A l’exception de l’extrême est-asiatique,
toutes ces familles ont disparu des territoires septentrionaux qui formaient
la Laurasie. Cela implique évidemment un déplacement de la bande équato¬
riale où elles vivaient à leur origine, jusqu’à l’emplacement de la bande
équatoriale actuelle, déplacement qui nécessairement s’effectua du nord
vers le sud par pivotement autour d'une charnière approximativement fixe,
précisément à placer vers l'Asie du sud-est et la Malaisie. Si on admet que
la position des pôles n’a pas changé, cela implique un déplacement d’en¬
semble de la Pangée vers le nord-est. Depuis qu’il est admis que les conti¬
nents et les plaques qui les supportent se sont déplacés et se déplacent
à la surface de la Terre, des déplacements d’ensemble de la Pangée ne sont
pas invraisemblables. Aux géophysiciens et géologues de les déceler physi¬
quement. Mais rappelons que les arguments tirés de l’évolution de la distri¬
bution géographique des groupes floristiques ont leur valeur propre, dont
il convient de tenir compte pour une théorie explicative, dans la mesure
où ils ne sont pas en contradiction avec les données de la géophysique
présentes et futures.
Après ces considérations de méthodologie générale, nous précisons
Source : MNHN, Paris
— 10 —
comment nous envisageons les grandes lignes du déplacement des familles
appartenant aux ordres les plus primitifs, objet de cette première étude.
Le croquis de la figure 2, tiré d’une note précédente (16), indique la
ligne hypothétique d’un équateur permien et la bande tropicale corres¬
pondante, traversant l’Amérique du Nord, — celle-ci déplacée vers le
sud-ouest par rapport à sa position actuelle, — l’Europe, le nord de l’Afri¬
que, l’Inde encore soudée au continent africain, l’Asie du sud-est et la
Malaisie. Cette bande comprendrait sensiblement la Mésogée hypothétique
qui sépara la Laurasie du Gondwana, voie maritime par ailleurs utile
pour expliquer certains déplacements floristiques liés aux rivages et aux
secteurs maritimes. Dans cette bande nous retrouvons évidemment le pays
extrême oriental des familles encore abondamment représentées du sud
de la Chine à l’archipel malais. Nous croyons que les souches des plus
anciennes familles tropicales auxquelles nous nous intéressons existaient
déjà dans toute cette bande laurasienne de l’Alaska à la Malaisie.
Sur le croquis n° 3 est placé — simplement pour concrétiser les situa¬
tions — un équateur crétacé après le déplacement supposé de la Pangée
vers le NE, avec la bande bioclimatique équatoriale correspondante.
L'extrême sud-est laurasien demeure toujours le domaine de la flore laura¬
sienne primitive restée sur place. Une flore nouvelle proprement gondwa-
nienne s’établit et règne alors en Amérique du sud, en Afrique centrale,
dans l’Inde et partiellement en Australie dans toutes les contrées devenues
équatoriales. Au nord de l’Amérique du Sud et en Afrique septentrionale
persistent des fossiles et même quelques restes vivants de la flore laurasienne,
ceux-ci fixés et non entraînés dans son déplacement vers le sud.
La flore gondwanienne australasienne tropicale (Australie et Nouvelle-
Guinée) née dans l’est équatorial du Gondwana put aussi se déplacer vers
les territoires de l’Australasie méridionale, du continent antarctique, de
l’Afrique du Sud et de l'Amérique du Sud. Cette voie sera celle suivie
par plusieurs groupes floristiques à aires actuellement australes (Types n os 5-6),
de même que plusieurs genres de Conifères et notoirement le genre Notho-
fagus ont suivi cette même voie (5).
Madagascar, probablement située très au nord de sa position actuelle,
est alors soudée à l’Afrique et aussi plus ou moins reliée à l’Inde et à l’Aus¬
tralie, ce qui explique certaines affinités floristiques entre ces sous-continents.
Ultérieurement l’Amérique se séparera de l’Afrique, puis nettement
plus tard, semble-t-il selon les géographes, l’Inde se dirigera vers la Laurasie
pour occuper sa position actuelle; l’Australasie se dégagera et se rapprochera
de l'Indo-Malaisie, avec laquelle elle aura des échanges floristiques dès
le début du Tertiaire. Le continent antarctique se rapprochera du pôle sud
qu’il coiffera finalement de l’inlandsis actuel.
Avant les séparations continentales, les flores auront pu se déplacer
dans les bandes tropicales et subtropicales, les familles établies dans le
sud-est asiatique et l’archipel malais sont toutes laurasiennes depuis la
plus lointaine origine, à l’exception de quelques instrusions de la flore
australasienne (surtout de la Nouvelle-Guinée) au Tertiaire, après le rappro¬
chement des deux socles continentaux. Ces mêmes familles laurasiennes
Source : MNHN, Paris
£ 3 ®
• Y
Fig. 5. — Distribution du genre Liriodendron et aires des gisements fossiles, hachurées, en
Amérique du Nord depuis le Cénomanien et en Europe depuis la fin du Crétacé. Type 3.
Fig. 6. — Distribution du genre Illicium d'après Hutchinson. Type 3.
Source : MNHN, Paris
— 12 —
sont souvent présentes en Afrique et en Amérique du Sud en mélange
avec la nouvelle flore gondwanienne. Mais elles ont pu évoluer dans le
Gondwana et se différencier plus ou moins de celles qui ont survécu en
place dans l’aire extrême orientale asiatico-malaise, d'autant plus que
leurs aires ont été depuis longtemps physiquement isolées les unes des
autres par les mers et les déserts. Il en résulte que l’on peut trouver aujour¬
d’hui dans la même famille des lignées phylétiques, à l'échelle des genres,
les unes laurasiennes, d’autres gondwaniennes, sans doute proches mais
différentes en Afrique, en Amérique, et en Asie, les lignées est-asiatiques
étant en principe les plus primitives. C’est ce que nous croyons avoir mis
en lumière à propos de notre étude phylétique de la famille pantropicale
des Sapotacées (11) où nous avons distingué lignées phylétiques de l'Asie
du sud-est et lignées phylétiques africaines par exemple. Par ailleurs, bien
que les deux continents Amérique du Sud et Afrique fussent longtemps
soudés, leur séparation a eu pour effet évolutif de séparer dans l’un et
l’autre des lignées phylétiques parfois très affines, mais cependant distinctes.
Un seul genre sur les quelque 120 genres de la famille, Manilkara, à la
vaste expansion mondiale, est commun à tous les continents.
Lors du déplacement d’ensemble ultérieur vers le sud-est de cette
bande équatoriale consécutive au déplacement réel de la Pangée vers le
nord-est, la région sud-est asiatique faisant charnière, toutes les familles
laurasiennes suivirent vers le sud, chacune de leurs divisions fragmentaires
suivant sa propre voie en fonction des possibilités de migrations. C’est
ainsi que l’Amérique du Sud tropicale fut peuplée de groupes laurasiens
venant de l’Amérique du Nord, de même la flore laurasienne de l’Europe
et de l’Afrique septentrionale envahit l’Afrique centrale. De cette migration
générale subsistent quelques éléments floristiques attachés aujourd’hui encore
à des contrées tempérées chaudes. Par exemple chez les Annonacées, famille
typiquement — et même exclusivement tropicale sauf ces très rares excep¬
tions — les genres Asimina et Deeringothamnus aux U.S.A.; chez les Laura-
cées Laurus et 8 genres de l’Amérique du Nord. Citons encore comme
trace de la liaison interméditerranéenne Europe-Afrique les fossiles d’Anno-
nacées crétacés et postéocènes trouvés en Égypte ou au Sahara soudanais
(Chandler, Boureau, Fritel).
L’Amérique du Nord a également conservé d’assez nombreuses Magno-
liacées, Magnolia et Liriodendron, typiquement laurasiennes.
Une flore nouvelle prit naissance et évolua dans cette nouvelle bande
tropicale pangéenne qui à l’est de l’Afrique demeura coupée par l'Océan
Indien de la flore laurasienne laquelle se maintenait isolée dans le sud-est
asiatique et l'archipel malais. C’est cette flore nouvelle répandue au travers
du Gondwana, associée vraisemblablement à des éléments laurasiens
conservés et modifiés que nous appelons la flore gondwanienne. Elle recou¬
vrait l’Amérique du Sud, l’Afrique centrale, Madagascar, l’Inde et une
grande partie de l'Australasie. Certaines fractions migrèrent vers les pointes
sud de ces continents. A l’extrême est, des ensembles floristiques austra¬
liens, migrant en direction du sud atteignirent le continent antarctique
et, de là, l’extrémité de l’Amérique du Sud, suivant une voie empruntée
Source : MNHN, Paris
Fig. 7. —- Distribution de la famille des Schizandracées. Type 3.
Fig. 8. — Distribution de la famille des Calycanthracées d'après Hutchinson. Type 3.
Fig. 9. — Distribution des Atherospermatacées (Alliance des Monimiacées) d'après
A. C. Smith. Type 5. Manque la petite aire du genre Laurelia à la pointe extrême sud
de l’Amérique du Sud.
Source : MNHN, Paris
— 14 —
également par des genres de Conifères austraux, Araucaria, Podocarpus,
Dacrydium, et rappelons-le, par le genre Noihofagus.
1. DES ORDRES GÉNÉRALEMENT CONSIDÉRÉS
COMME LES PLUS PRIMITIFS :
MAGNOLIALES, LAURALES, ANNONALES
Nous avons groupé entre 8 séries biogéographiques numérotées les
aires des familles ou groupes floristiques les plus anciens. La récapitulation
des 8 types est placée vers la fin de cette note.
1. Nous avons dit que la flore laurasienne avait laissé en place dans
sa grande migration vers le sud, certains vestiges qui sont aujourd’hui
intégrés dans la flore tempérée. Nous pourrons citer des tribus de Rosacées
(Maloïdées, Rosoïdées, Prunoïdées), des Césalpiniées (genres Gleditschia,
Gymnocladus, Cercis ). Ce genre Cercis est remarquablement représentatif
de l’ancienne flore laurasienne demeurée en place. Son aire actuelle est
disjointe entre les U.S.A., la Méditerranée de la France méridionale à la
Grèce, la Turquie, l’Asie centrale et la Chine. Un autre genre de Papilionées,
Cladratis, à son aire disjointe des U.S.A. à la Chine et au Japon.
2. La région asiatique et malaise extrême-orientale a conservé son
ancienne flore laurasienne : Trochodendracées, de l’Himalaya au Japon;
Cercidiphyllacées, Japon; Myristicacées ( partim ), Dilléniées de la famille
des Dilléniacées; partie très importante de la famille des Annonacées comp¬
tant de nombreux genres endémiques (3 grands genres qui sont communs
avec l’Afrique et 2 genres remarquablement panéquatoriaux, Xylopia,
Anaxagorea, sont cités dans le type 4).
La famille des Myristicacées est à nette prépondérance malaise et
donc laurasienne (4 g., 180 sp.). Le genre le plus important (80 sp.), Myris-
lica, a son centre d’accumulation en Nouvelle-Guinée et aux Philippines.
Plusieurs genres affines se trouvent à Madagascar, en Amérique centrale
au sud du Mexique, et dans le nord de l’Amérique du Sud. Les genres
de l’Afrique centrale formeraient plutôt une branche gondwanienne.
3. La division en deux aires disjointes, l’une américaine, l’autre est-
asiatique, avec une large disjonction africaine, de plusieurs familles d’origine
laurasienne est fréquente et remarquable. Ces aires semblent correspondre
à deux centres d’origines, l’un centré sur l’Amérique du Nord, l’autre sur
l’Europe, l’Afrique septentrionale et l’Asie laurasienne.
Certaines petites aires méditerranéennes ou atlantiques paraissent être
les vestiges du déplacement de la flore laurasienne vers le sud. Parmi les
Lauracées, les genres : Laurus, méditerranéen et atlantique, Apollonias
(I. Canaries et Madère). D’autres se sont maintenus aux U.S.A. : Umbella-
ria, 1 sp. Californie, Orégon; Sassafras, 1 sp. U.S.A., une autre sp. existe
en Chine centrale; Lindera, 2 sp. U.S.A. de cet important genre de l’Asie
Source : MNHN, Paris
Fig. 11. — Distribution des genres Xylopia et Anaxagorea (Annonacées) d'après S. Jovet-
Ast. Type 4.
Fig. 12. — Distribution du genre Uvaria (Annonacées) d’après S. Jovet-Ast. Type 4.
Source : MNHN, Paris
— 16
tempérée et subtropicale (60 sp.); Litsea, 1 sp. U.S.A., genre asiatique
et indomalais (160 sp.); Persea, Amérique du Sud, mais 3 sp. U.S.A.;
Ocotea, U.S.A. (Floride), important genre de l’Amérique du Sud, représenté
en Afrique et à Madagascar; Nectandra et Licaria, genres américains
tropicaux multispécifiques, chacun 1 sp. en Floride.
Rentrent dans ce groupe l’ensemble des familles suivantes : Magno-
liacées (10 g.), Illiciacées (1 g. proche des Wintéracées), Schizandracées
(2 g.), Lauracées (p.), Calycanthacées (2 g.), Césalpiniées (p.).
Lorsqu’il existe une documentation paléogéographique, elle permet
souvent de fermer le hiatus constaté entre les aires américaines et asiatiques.
Parmi les Magnoliacées par exemple, le genre Magnolia avait du Crétacé
au Pléistocène une aire couvrant l’Alaska, l’Europe et la Sibérie. Le genre
Liriodendron qui n'a plus aujourd’hui qu’une petite aire dans l’Est des
U.S.A., et une autre en Chine, est connu depuis le Crétacé (Cénomanien)
en Amérique du Nord (Canada et U.S.A.) et depuis la fin du Crétacé en
Europe.
4. Curieuses sont les aires panéquatoriales de certains genres d’Anno-
nacées : genres très voisins, Xylopia et Anaxagorea, présents de l’Amérique
du Sud à la Malaisie, l’un sans disjonction africaine (Xylopia), l’autre
absent d’Afrique (Anaxagorea). Ce sont de rares témoins de l’antique
flore laurasienne, déplacés vers le sud sans avoir beaucoup évolué, à partir
de la flore laurasienne de l’Amérique du Nord et de l’Afrique du Nord,
tandis qu’ils demeuraient sur place en Indo-Malaisie. Les Xylopia ont
même pénétré Madagascar, probablement lorsque l’île occupait une
position plus septentrionale.
Parmi les Annonacées, hormis ces 2 exemples exceptionnels, il y a
d’autres cas de liaison entre des genres africains et des genres indomalais,
qui primitivement n’atteignirent pas la flore américaine laurasienne :
Artabotrys, Uvaria, Polyallhia. Ces quelques exemples de genres communs
à plusieurs continents, très peu nombreux en regard de l’importance du
nombre de genres et de l’expansion tropicale universelle de la famille,
permettent de mettre mieux en évidence par contraste son extrême division
floristique ainsi que l’endémisme de la plupart des genres, et cela d’autant
plus qu’il s’agit d’une famille remarquablement homogène dans son ensem¬
ble. Par ailleurs cette extrême division floristique d’une famille homogène
reconnue par tous les monographes de la famille (Fries, Hutchinson,
Sinclair, Walker, Diels) garde encore aujourd’hui un certain caractère
artificiel qui apparaît lorsqu’on compare entre eux les différents systèmes
de classification proposés des tribus et des genres, et que ressortissent les
diversités d’interprétation pour établir des limites tribales et génériques.
Chez les Lauracées le genre Beilschmiedia paraît aussi avoir une aire
panéquatoriale, de l’Amérique du Sud, à l’Afrique, Madagascar, l’Indo-
malaisie et l’Australie, avec une abondance particulière en espèces
africaines.
Le genre Tetracera est le seul genre pantropical de la famille des
Dilléniacées.
Source : MNHN, Paris
Fig. 13. — Distribution du genre Artabotrys (Annonacées) d’après S. Jovet-Ast. Type 4.
Fig. 14. — Distribution de l’espèce Asimina triloba (Annonacées) d’après T. Schmucker.
Fig. 15. — Distribution des Cunoniacées. Type 5.
Source : MNHN, Paris
— 18 —
5. Les groupes floristiques ici rangés ont une distribution interconti¬
nentale, depuis l'Amérique du Sud, l'Afrique, Madagascar et s'étendent
parfois à l’Australasie. Ils ne sont pas présents, sauf rares exceptions, en
Asie du sud-est. Il s’agit donc de la flore gondwanienne, pouvant cependant
comprendre des éléments d’origine laurasienne.
Cette série compte des familles à aires surtout australes, Monimiacées
(/>.), Lauracées {p .), Cunoniacées, auxquelles il faut ajouter des Myris-
ticacées, Rosacées (Chrysobalanées, Hirtellées), Dichapétalacées, la famille
australe des Wintéracées proche des Magnoliacées, à disjonction africaine.
Le passage du genre Drimys (4 sp. américaines) de l’Australasie (Nouvelle
Guinée, Australie 35 sp.) au Chili s’est fait, avant la dislocation du Gond-
wana, par le continent antarctique.
Cinq autres genres sont demeurés exclusivement australasiens de la
Nouvelle Guinée à la Nouvelle Calédonie et à la Nouvelle Zélande. La
petite famille australe des Lactoridacées, monospécifique, dérivée des Winté¬
racées, est endémique dans l’île Juan Fernandez au large du Chili.
Le passage antarctique a été suivi par le genre Laurelia qui est disloqué
entre 1 espèce chilienne et 1 espèce néozélandaise. Il est classé dans le
groupe Athérospermatacées (Monimiacées) qui compte en outre 5 genres
australasiens.
Chez les Rosacées, le genre austral Acæna a son aire découpée en 3 par¬
ties : Australie et Nouvelle Zélande, extrémité de l’Afrique du Sud, Amé¬
rique du Sud depuis le Cap Horn jusqu’à la Californie.
6. Aucun groupe floristique n’appartient à ce type, parmi ceux qui
sont étudiés dans cette première partie.
7. Familles gondwaniennes limitées à un seul continent. Elles ne sont
pas représentées dans l’Asie du sud-est ni dans l’archipel malais. Ce sont
de petites familles endémiques. En Australasie; Eupomatiacées, Austro-
baileyacées (end. Australie), Himantandracées. Au Chili, Gomortégacées.
Il est logique de classer, dans cette série, des tribus extraites de familles
à l’aire générale très étendue. Par exemple chez les Dilléniacées, famille
pantropicale, la tribu des Délimées (à l’exception du genre pantropical
Tetracera), 6 g. en Amérique du Sud, Amérique centrale, Antilles et celle
gondwanienne des Hibbertiées, 5 g. en Australasie.
De la considérable famille homogène des Annonacées, on peut distin¬
guer ici une seule sous-famille bien définie, les Monodoroïdées africaines et
une sous-tribu américaine, les Annoninées de l’Amérique du Sud. Le genre
Annona sud-américain (110 espèces) offre cependant l’exception de quelques
espèces africaines ayant subsisté en Afrique après le détachement de l’Amé¬
rique de l’Afrique, ou encore résultant de transports océaniques à travers
l’Océan Atlantique (A. glabra, espèce américaine des marais de la côte
atlantique et des Antilles, se retrouve en Afrique occidentale également
dans des marais littoraux). Les Annona africains n’appartiennent pas à la
flore tropicale humide, mais à celle des steppes et savanes.
8. Nous plaçons ici, à part, la petite famille des Canellacées proche des
Annonacées et Myristicacées, en raison de sa distribution très particulière.
Source : MNHN, Paris
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Fig. 16. — Distribution des Wintéracées. Type 5, et du genre Bubbia (en pointillé) Type 7.
d'après Hutchinson.
Fig. 17. — Distribution des Cléthracées d'après Hutchinson. Type 3.
Fig. 18. — Distribution du genre Arbutus d’après Jager. Type 3. Les croix désignent approxi¬
mativement des emplacements de fossiles d'âge miocène à pliocène.
Source : MNHN, Paris
— 20 —
En Amérique, elle est antillaise, touche le sud de la Floride, le Venezuela
et vraisemblablement aussi le Brésil. Un large diastème sépare cette aire
sud-américaine d’une aire australe est-africaine, comprenant les montagnes
de l’Afrique orientale ( Warburgia) et Madagascar ( Cinnamosma ). Relier
Madagascar et les Antilles en contournant par l’Est le continent africain,
n’est pas un exemple unique de ce type de distribution qui fait penser à une
extension liée à une communication mésogéenne.
Le démembrement de la Pangée, donnait ensuite son indépendance
d’évolution à toute la flore gondwanienne sur chaque continent. Des liaisons
floristiques persistèrent d’un continent à un autre, qui sont décelables
encore aujourd’hui, parfois nettement, mais qui ne pouvaient que s’estom¬
per, et même disparaître avec le temps. Le continent antarctique se déplaçait
vers le sud. L’Inde se soudait à l’Asie lui apportant des éléments africains.
L’Australasie se rapprochait de l’archipel malais au Tertiaire et des échanges
pouvaient s’établir entre flore de l’archipel malais et flore australienne.
Madagascar se dégageait de l’Afrique et se fixait dans la position plus méri¬
dionale qu’elle occupe aujourd’hui.
DISTRIBUTION DES FLORES TROPICALES ET SUBTROPICALES PRIMITIVES
Chorographie
1. Distribution dans les régions tempérées et tempérées chaudes de
l’hémisphère Nord et s’étendant parfois à l’Indomalaisie.
2. Distribution boréale centrée sur l’Asie du SE ou (et) la Malaisie :
a) débordant parfois sur les territoires adjacents de l’Australasie,
b) s’étendant à l’Europe, l’Amérique et parfois l’Afrique.
3. Distribution en deux aires disjointes l’une américaine, l’autre de
l’Asie du sud-est, avec parfois de petites aires reliques méditerranéennes
ou atlantiques.
4. Distribution équatoriale de l’Amérique à l’Afrique, à l’Asie du
sud-est, la Malaisie, la Nouvelle Calédonie.
5. Distribution pantropicale australe, avec parfois des liaisons par
la voie antarctique.
6. Distribution australe, Australasie-Afrique (et Madagascar).
7. Distribution strictement mono-continentale, à l’exclusion de l’Asie
du SE
8. Distribution dispersée par aires à caractère relictuel, probablement
liées à l’ancienne Mésogée.
Comme on le constatera, les principaux critères de cette classification
sont : 1° L’existence de genres reliques dans la zone tempérée boréale,
Source : MNHN, Paris
Fig. 19. — Distribution des Epacridacées d'après Hutchinson. Type 5.
Fig. 20. — Distribution des Vaccinioldées. Limite sud du genre Vaccinium et aire isolée afri¬
caine et malgache. Type 2.
Fig. 21. — Distribution du genre Rhododendron d'après Good. Type 2.
Source : MNHN, Paris
— 22 —
qui indiquent l’origine laurasienne des groupes floristiques auxquels ils
appartiennent. — 2° L’importance donnée à la région Asie du sud-est-
Malaisie (s. lat.), dont les groupes floristiques appartenant à la flore laura¬
sienne la plus ancienne sont parmi les plus primitifs de la flore tropicale. —
3° Inversement l’absence de la représentation d’un groupe floristique dans
cette région indique vraisemblablement son origine ultérieure gondwa-
nienne. — 4° L’existence d’une flore typiquement australe. — 5° Parmi les
groupes austraux ceux dont certains éléments passent par le sud de l’Afrique
et le continent antarctique. Ce sont des groupes gondwaniens issus de la
partie orientale de la Pangée. — 6° La présence fréquente de disjonctions
dans les groupes. — 7° L’endémisme continental, ou la distribution pan-
continentale.
11. — Nous nous proposons maintenant dans une 2 e partie d’étudier la
chlorologie d’autres familles tropicales ou subtropicales ou même tempérées
ayant des prolongements en zone tropicale, sans tenir compte de leur
ancienneté phylétique probable, mais dans l’esprit de la théorie que nous
avons exposée, c’est-à-dire de rechercher comment par l’application de
cette théorie, on peut expliquer la distribution actuelle des familles. Nous
commencerons par la famille des Éricacées qui donne l’occasion d’exposer
des types particuliers de distribution.
Dans une 3 e partie, nous développerons des conclusions critiques
générales.
2. ÉRICALES (ÉRICACÉES, ÉPACRIDACÉES, CLÉTHRACÉES)
La classification des Éricacées en sous-familles et tribus et la position
systématique de certains genres sont encore assez fluctuantes, selon les
auteurs. Néanmoins l’ensemble paraît assez connu, côté systématique et
côté phytogéographique pour qu’on puisse l’examiner du point de vue
chorologique synthétique qui est le nôtre. La famille (s. lat.) des Éricacées
à cet égard est particulièrement intéressante parce qu’elle présente des
types de distribution originaux.
La petite famille des Cléthracées n’a que deux genres Clethra et Schizo-
cardia. Le premier (30 sp.) se distribue suivant le type laurasien commun,
en deux aires tropicales disjointes, l’une américaine, l’autre de l’Asie du
sud-est et de l’archipel malais. La liaison avec l’ancienne aire laurasienne
hypothétique est encore marquée par la survie en Amérique du Nord
tempérée de 3 espèces dans l’est des U.S.A., et par une espèce perdue
dans l'Océan Atlantique (Madère), celle-ci très loin donc des aires améri¬
caines et asiatico-malaise. Le deuxième genre, Schizocardia, n’a qu’une
seule espèce, signalée dans le petit Honduras britannique.
L’importante famille des Épacridacées est, sauf une unique exception,
Styphelia (subg. Leucopogon), exclusivement australe, donc d’origine gond-
wanienne. On lui rapporte 23 genres d’arbustes et de petits arbres, avec
Source : MNHN, Paris
— 23 —
350 espèces, abondamment réparties en Australie et Nouvelle-Zélande.
Dacrophyllum, néo-zélandais typique, se trouve aussi en Tasmanie (2 sp.),
dans l’Est australien (2 sp.) et en Nouvelle Calédonie (9 sp.). Le genre
Styphelia le plus riche en espèces (175 sp.) a une considérable extension
Fig. 22. — Distribution de l'espèce Erica arborea, les croix indiquent approximativement
des emplacements de pollens. Type 7.
Fig. 23. — Distribution du genre Pernettya (Arbutoïdées) d'après Hutchinson. Type 5.
puisqu'il dépasse l’équateur au nord (subg. Leucopogori)-, le sous-genre
Cyathodus se disperse loin dans les îles océaniennes, tandis que le sous-
genre Cyathopsis est endémique en Nouvelle Calédonie.
La famille est très proche des Éricacées à ce point qu’on peut estimer
qu’elles sont des Éricacées australiennes. Plusieurs espèces auraient une
origine post-miocène et les genres sont en place au Tertiaire inférieur.
Très importante pour la chorologie est la situation géographique du genre
Source : MNHN, Paris
— 24 —
Lebetanthus accroché à l’extrémité de l’Amérique du Sud. Nous y revien¬
drons à propos des Éricacées africaines.
La famille considérable des Éricacées ( s.l .) avec 125 genres et 3 500 espè¬
ces (Sleumer) est pantropicale et tempérée mais sa distribution est extra¬
ordinaire aux échelons des sous-familles. Les Vaccinioïdées (ou Vacciniacées
suivant les auteurs) sont principalement du sud-est asiatique et de la Malaisie
(s.l.). Le genre Vaccinium (450 sp.), de l’hémisphère boréal est répandu
à profusion en Malaisie (240 sp.), en Asie, au Japon, en Amérique (130 sp.
dont 45 aux U.S.A.), mais avec un curieux effacement en Europe (4-6 sp.);
Madère (1 sp.).
Plus curieux encore est le débordement du genre en Afrique orientale
et à Madagascar (5 sp.) où il est venu d’Europe en suivant les hautes chaînes
de montagnes, sans atteindre, semble-t-il, l’Afrique du Sud. Ce type d’aire
est évidemment laurasien. Parmi les Vaccinioïdées citons également les
genres : Costera (9 sp.) de Malaisie; Agapeles abondant dans l'Asie du
sud-est (80 sp.), mais aussi présent en Australasie (Nouvelle Guinée et
pointe NE de l’Australie, 12 sp.), Nouvelle Calédonie (1 sp.), Fidji (1 sp.);
Dimorphanthera pourrait être gondwanien (Nouvelle Guinée 61 sp., Phi¬
lippines 2), en raison de sa prolifération néo-guinéenne.
La sous-famille des Rhododendroïdées est également évidemment
laurasienne. Le genre Rhododendron (700 sp.) a un centre de concentration
principal en Asie du sud-est (525 sp.) et un autre dans l’archipel malais
et la Nouvelle Guinée (250 sp.). Comme pour le genre Vaccinium, la repré¬
sentation européenne et du Moyen Orient est faible (9 sp.); en Amérique
son aire est exclusivement tempérée (25 sp. aux U.S.A.); il n’a pas d’aire
africaine.
La sous-famille des Éricoïdées pose d’autres problèmes chorologiques.
Fait exceptionnellement constaté, elle est exclusivement européenne et
largement africaine. Le genre Erica compte 12 espèces en France; son aire
s’étend sur l’Europe septentrionale. L’espèce E. arborea mérite une attention
particulière. Elle est typiquement méditerranéenne, du Portugal à la Turquie
occidentale et à l’Afrique du Nord. Elle couvre aussi les îles atlantiques.
Comme les Vaccinioïdées. à la faveur des hautes montagnes de l’Afrique
orientale, elle s’étend de l’Abyssinie au Tanganyika. Dans sa « descente »
apparente vers le sud elle a laissé des relictes dans des montagnes déser¬
tiques aux limites de la Lybie et de la République tchadienne, puis de
nombreux pollens fossiles répandus au Sahara.
En Afrique les Éricoïdées, toujours sur les montagnes de l’Afrique
orientale, sont représentées par 4 genres endémiques (Agauria, Blæria,
Philippia, Ericinella), certains connus aussi à Madagascar. Plus remarqua¬
blement encore des relictes typiques (Agauria, Blæria, Philippia), coiffent
les rares très hautes montagnes de l’Afrique occidentale, Mt. Cameroun,
Fernando Po; le genre Blæria a au surplus été signalé dans le massif du
Nimba en Côte d’ivoire.
Tous ces genres semblent prisonniers, à l’Ouest, de la forêt dense humide
guinéo-congolaise, ce qui pose le problème écologique de leur transmission
entre sommets très éloignés les uns des autres. Ils se retrouvent jusque
Source : MNHN, Paris
— 25 —
dans l’Afrique du Sud dont ils semblent bien originaires. C’est dans cette
Afrique du Sud que va se poser le plus curieux problème. En effet le genre
Erica pauvre en espèces européennes qui, avec l’espèce E. arborea traverse
le Sahara et s’épanouit dans les montagnes de l’Abyssinie au Tanganyika,
s’épanouit étonnamment et brusquement en Afrique du Sud où on lui
attribue des centaines d’espèces.
Ainsi apparaît — d’après ce que l’on en connaît — la situation des
Éricoïdées, exceptionnelle parce qu'exclusivement européenne et africaine
avec une aire générale nord-sud de l’Europe à la pointe méridionale de
l’Afrique, et une aire discontinue en Afrique centrale et occidentale. Deux
sens opposés de migrations pour le genre Erica s’offrent aux réflexions :
l’une du nord vers le sud avec des relictes au nord et une explosion de
spéciations à l’extrême sud, dans une sorte d’impasse, l’autre du sud partant
d’un centre sud de concentration réel et dirigée vers le nord et l’Europe.
Cette seconde hypothèse nous paraît aujourd’hui 1 plus admissible. Nous
avons de pareils exemples de migrations dans d’autres familles. Chez les
Conifères par exemple nous constatons cette poussée en Afrique (et ailleurs)
vers le nord, des Podocarpus, genre austral très expansif. Les Éricoïdées
seraient gondwaniennes et d’origine australe. Ce qui demeure étonnant
c’est cette concentration spécifique à l’extrémité sud de l’Afrique (Madagas¬
car exclue), loin de la bande floristique équatoriale.
Nous suggérons une autre hypothèse. Les Éricoïdées, sous-famille
d’origine australe, peuvent être morphologiquement et géographiquement
rapprochées des Épacridacées australes. Il n’y a pas d’Éricoïdées en Austra¬
lasie, il n’y a pas d’Épacridacées en Afrique. S’il y avait eu dans le passé
une même souche de ces deux groupes systématiques si affines l’un de
l’autre, leur rapprochement donnerait l’explication de ces singularités choro-
graphiques. Or dans notre propos précédent sur les Épacridacées, nous
n’avons pas fait allusion, volontairement, au genre Lebeiamhus rattaché
à la famille et qui est endémique à l’extrême pointe de l’Amérique du Sud.
Il est l'indice de la liaison très ancienne par la voie antarctique de certains
ancêtres des Épacridacées australasiennes avec l’Amérique du Sud. Le jalon
qui manque entre l’Australasie et l’Amérique du Sud, pourrait avoir été
constitué en Afrique du Sud par les archétypes du genre Erica.
Les Arbutoïdées posent d’autres problèmes. Certains genres appar¬
tiennent à la flore laurasienne d’origine : les uns ont une aire américaine
et une aire du sud-est asiatique, type commun qui sera celui du genre
Lyonia (40 sp.) avec de nombreux représentants dans la zone tempérée
des U.S.A. (33 sp.); Arctostaphylos compte 30 espèces des déserts semi-
chauds des U.S.A.; Leucothoe et Gaylussacia amazoniens ont laissé aussi
quelques espèces aux U.S.A.
Quelques genres ont des aires particulières tel Diphycosia (97 sp.)
qui appartient à l’archipel malais et à la Nouvelle Guinée; Arbutus est
1. Nous avons précédemment adopté la première hypothèse (Essais sur la distri¬
bution et l’histoire des Angiospermes tropicales dans le Monde. Adansonia, ser. 2, 9 (2) :
fig. 7 et 9 (1969)). Notre présente étude d’ensemble de la chorologie des Éricales nous
fait préférablement adopter la seconde.
Source : MNHN, Paris
— 26 —
méditerranéen, des îles Atlantiques, de l’Amérique centrale et de l’Ouest
des U.S.A. Des fossiles ont été découverts aux U.S.A. et en Europe non
méditerranéenne (Jàger) du Miocène au Pliocène.
Deux genres ont des aires plus difficiles à interpréter. Pernettya se
partage en 2 aires : l’une américaine en longue bande allant du Cap Horn
à l’Amérique centrale, remontant les cordillères, l’autre englobe la Tas¬
manie et la Nouvelle Zélande. C’est encore la voie antarctique qui peut
expliquer cette disjonction australe, et donc l’existence d’un rameau gond-
wanien où, plus haut déjà, nous avons placé l’origine des Éricoïdées.
L’autre genre, Gaultheria (150 sp.) paraît plus complexe a priori.
Il est abondant en Amérique du Sud (85 sp.) avec 5 espèces relictes aux
U.S.A., dans l’archipel malais (24 sp.), en Nouvelle-Guinée, et en Asie du
sud-est (32 sp.), distribution générale donc laurasienne. Mais on signale aussi
des Gaultheria (10 sp.) en Australasie, et en Nouvelle Zélande. Cette centri¬
fugation du genre vers l’hémisphère austral paraît incompréhensible. Mais
j’ai noté (Stevens) que 3 espèces de Nouvelle Zélande étaient des Gaul¬
theria douteux. La parole est ici aux systématiciens. En attendant des
confirmations, il faut reconnaître que Gaultheria appartient à la flore
laurasienne.
Reconnaissons en conclusion que les Éricales sont surtout caractéris¬
tiques de la flore laurasienne, ayant dans le mouvement général de la flore
vers le sud, laissé de nombreux représentants en Amérique du Nord tem¬
pérée, plus rarement en Europe (Rhododendroïdées, Vaccinioïdées, Arbu-
toïdées). La disjonction africaine eut été chez les Éricales presque totale
si les Éricoïdées gondwaniennes prolongeant l’expansion ides Épacridacées,
et parties de l’Afrique du Sud, n’eussent détaché quelques genres endémiques
sur le continent et n’eussent repoussé les limites de l’espèce Erica arborea
dans les pays méditerranéens et plus loin encore en Europe occidentale.
Notons enfin que l’écologie pourrait expliquer les remarquables dis¬
persions de certains groupes. Par exemple, chez les Rhododendron, les
très petites graines seraient aisément dispersées par le vent; chez les Vacci¬
nioïdées beaucoup de petites graines à testa dur, à fruits charnus, seraient
propagées par les oiseaux et par de petits animaux.
Bibliographie récente
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 29-52, 1974.
RECHERCHES
SUR LES RUBIACÉES DE MADAGASCAR
LES GENRES MANTALANIA
ET PSEUDOMA NT AL A NIA (GARDÉNIÉES)
par Jean-François Leroy
Summary: Taxonomie study of the généra Manlalania and Pseudomantalania
( Rubiaceæ, Gardenieæ).
The two généra are isolated and endemic to Madagascar where they hâve neither
ancestors nor descendants among Gardenieæ. The 3-4 spp. of these généra are ail to be
found in the dense rain forest, one of them in the high mountains of Tsaratanana at
about 2 000 ni above sea level (Pseudomantalania macrophylla), the others along the
East coast. from about sea level up to nearly 800 m. These plants are remarkable on
account of their monocaulous or very little branched bole, reaching a height up to nearly
20 ni, their terminal rosettes of big and verticillate Ieaves, axillary inflorescences, simple
pollen grains, and sometimes pleiomerous flowers. AU these characters are found as
well among the représentatives of the genus Schumanniophyton , of the African continent,
however characterized by terminal flowers on latéral shoots, the development of its
branches being a sympodial one. In Manlalania and Pseudomantalania , the develop¬
ment is monopodial, and the inflorescences are axillary. The présent author asserts
that the inflorescence of Manlalania is homologous of the flower-bearing part of Sc/ui-
manniophyton. Consequently, there is no fundamental différence between the three
In conclusion, a general hypothesis is proposed as to the phylogeny of the develop¬
ment and the évolution. According to this hypothesis, the primitive Angiosperms might
hâve been woody plants with a sympodial development. Two phyla originated from this
ancestral stock: one leading to the main bulk of sympodial subligneous and herbaceous
plants, the other to a group of plants comprising giant monopodial trees reaching a height
up to 50-100 m.
Voici une brève monographie taxonomique des genres Manlalania et
Pseudomantalania, genres dont nous avons récemment publié le statut (1).
Elle sera suivie de considérations théoriques tenant à la phylogenèse du
développement et à la genèse de ces plantes en tant qu’élément dans la
flore malgache.
I. TRAVAUX SUR LE TERRAIN. COLLECTIONS
La première récolte scientifique de ces plantes remonte à 1908 (Perrier
6463, bords des ruisseaux. Bassin de la Mahevarano. près d’Analalava).
Le collecteur ne manqua pas de noter quelques caractères de l’extraordinaire
Source : MNHN, Paris
— 30 —
petit arbre — haut de 15-20 m — qui s’offrait à lui, tout garni de fleurs
et de fruits : « fleurs 10-mères, feuilles et inflorescences verlicillées au
sommet des rameaux ». Quelques années plus tard ( Perrier 3571, près du
Sambirano, décembre 1912), la plante était retrouvée, la description excel¬
lemment complétée : « arbuste de 4-6 m, peu rameux, à grandes feuilles
souvent doubles des exemplaires récoltés, groupées au sommet des rameaux,
persistantes, à fleurs blanches ». Observations que confirme la trouvaille
de 1923 ( Perrier 15514, vallée du Sambirano) : « arbuste très peu rameux
à feuilles groupées au sommet des rameaux. Voantalanina ».
Mais parallèlement, une plante de même aspect, notre Pseudomanta-
lania, étroitement apparentée à la précédente, avait été mise en collection
(Perrier 2200, Mont Tsaratanana, vers 1500 m d’alt., 1912; Perrier 16430,
Tsaratanana, forêt à mousses et sous-bois herbacés, vers 2 000 m d’alt.
avril 1924) 1 . Les notes de Perrier sur cette plante sont d’un grand intérêt
« petit arbre à tronc atteignant 10-12 m de haut, mais dont le diamètre
ne dépasse pas 20 cm — non rameux, les feuilles (parfois deux fois plus
grandes que le plus grand exemplaire récolté) groupées au sommet de la
tige en 4-5 verticilles de 7 feuilles — les fleurs très nombreuses groupées à
l’aisselle des feuilles et tout autour de la tige entre les 2 derniers verticilles
et les 2 premiers, blanc-jaunâtre » (Perrier 2200); et encore : « arbre
de 10-15 m à feuilles groupées au sommet des rameaux épais — fl. rouge
pourpre — fruit comestible agréable. Cet arbre offre la plus grande
ressemblance avec le voantalangina du bas Sambirano, mais il ne me semble
pas possible que ce soit la même plante, feuilles parfois 2 fois plus grandes
que l’échantillon » (Perrier 16430).
Dès les premières prospections de Perrier, donc, entre 1908 et 1924
des représentants de nos deux genres avaient fait l’objet de récoltes et
d’observations.
II. — LES TRAVAUX DE A.-M. HOMOLLE ET DE R. CAPURON
On doit à M Ue Homolle les premières tentatives de détermination.
Elles se situent avant les travaux, maintenant classiques, de Keay, sur
le genre Gardénia (1958) (2), et se réfèrent aux seuls récoltes de Perrier.
D’emblée la recherche se circonscrit autour du genre Gardénia, et les manus¬
crits qu’elle nous a laissés où sont rédigées trois diagnoses latines montrent
que la conception qu’elle se faisait du genre — celle de l’époque — est extrê¬
mement large, franchement inadmissible aujourd’hui. Quatre coupures taxo¬
nomiques sont reconnues, de niveau spécifique (Gardénia flaoescens, G.
purpurea, G. longistipulis. G. sambiranensis), sans souci de hiérarchisation,
là où nous n’en voyons qu’une et de niveau générique.
C’est Capuron, dans un important ouvrage inédit et certainement
provisoire sur les Rubiacées de Madagascar (3), qui marquera la première
1. La chronologie des récoltes de Perrier de la Bathie reste incertaine; on est
surpris, en particulier, que le n° 2200 soit de 1912 et le 6463 de 1908.
Source : MNHN, Paris
— 31 —
grande étape de nos connaissances. Depuis 1924 beaucoup de récoltes,
notamment celles du Service forestier, sont venues grossir les collections.
Capuron, avec sa prudence habituelle, propose la reconnaissance d’un
« Mantalania gen. nov. (?) » qui comprendrait « plusieurs espèces ». Il
donne une description, en français du genre et de deux espèces, « les seules
dont on ait du matériel complet », précise-t-il.
Pour comprendre la position de Capuron, nous devons essayer de
dater le moment où elle est exprimée : ce que permet l’analyse de son
manuscrit. Celui-ci fait état de deux espèces, Mantalania sambiranensis
et M. macrophylla , référées respectivement aux numéros 4598 SF et 6117 SF
d’une part, 3058 SF d’autre part, la deuxième espèce ayant été observée
« également dans le Massif de l’Ambohimirahavavy ». Toutes ces récoltes
sont de 1951-1952. L’auteur ajoute cependant quatre numéros : un sans
date, deux de 1953, un de 1959, dont il dit que peut-être ils constituent
une seule espèce. Ses propres récoltes de 1963, 1966, 1968, ne sont pas
mentionnées, ni celles de Perrier, ni celles de Humbert. Par ailleurs 1) le
genre Mantalania n’est pas mentionné dans le mémoire ronéotypé « Intro¬
duction à l’étude de la Flore forestière de Madagascar », de 1957 (4), 2) la
bibliographie de son manuscrit sur les Rubiacées ne va pas au-delà de 1960.
Il y a donc, on le voit, tout un faisceau d’éléments permettant de cerner
la date et le lieu de rédaction du texte en cause, lesquels seraient : Mada¬
gascar (l’ignorance des collections de Paris étant impliquée) et les années
1960-1962.
Ce ne serait que postérieurement que Capuron a été amené à annoter
l’ensemble de la collection du Muséum. Bref, il semble établi que le manus¬
crit en cause a été rédigé à l’époque dans l’ignorance des herbiers de Paris
(collections Perrier et Humbert) et des travaux de M lle Homolle, et avant
1963, année de récolte du n° 22832 SF, très originale espèce de Mantalania.
On doit tout d’abord à Capuron d’avoir porté une attention spéciale
à ces plantes et d’en avoir accru considérablement la collection; on lui
doit ensuite de les avoir définies dans leurs traits essentiels : estivation
sénestre; grains de pollen simples; feuilles verticillées par 4-6; inflorescences
multiflores, axillaires, solitaires dans chaque aisselle du verticille; stipules
« soudées en une seule pièce en forme d’entonnoir qui coiffe l’extrémité
des rameaux et qui tombe d’un seul morceau ».
Pour Capuron, nous sommes en présence d’un genre encore inconnu
à Madagascar et très probablement inconnu pour la science. Cette concep¬
tion qui montre bien l’originalité et le caractère naturel de l’ensemble
a cependant l’inconvénient de ne pas faire apparaître plusieurs faits théo¬
riques importants.
1. Les coupures taxonomiques à l’intérieur de l’ensemble sont mises
sur un même plan.
2. La corrélation entre les données écologico-géographiques d’une
part, taxonomiques d’autre part, n’est pas saisie. « Plusieurs espèces de
ce genre, écrit-il, existent à Madagascar. Nous ne connaissons de matériel
Source : MNHN, Paris
— 32 —
Source : MNHN, Paris
— 33 —
complet que de deux d’entre elles. Toutes sont des plantes de la Région
orientale (Domaine du Sambirano compris). »
Deux espèces seulement (qu’il nomme Mantalania sambiranertsis, M.
macrophyUa ) profondément différenciées, certes, mais représentées par un
matériel incomplet, les fruits de l’une étant ignorés : tels sont les éléments
étudiés par Capuron.
III. — MONOGRAPHIE TAXONOMIQUE
MANTALANIA Capuron ex Leroy
C. R. Acad. Sc. Paris 277, ser. D : 1657-1659 (1973).
Arbustes ou petits arbres (pouvant atteindre 20 m de haut) peu rameux.
Feuilles persistantes, verticillées par 4-6 au sommet de la tige ou des rameaux,
grandes ou très grandes (20-80 x 5-20 cm), à nervures secondaires non
ou peu divisées, à nervures tertiaires peu marquées, sans réticulum apparent.
Stipules soudées en une calyptre entièrement caduque.
Inflorescences axillaires (une par aisselle dans un, deux ou trois verti-
cilles successifs), multiflores, en fascicules pédonculés pendants ou dressés.
Fleurs 6-10-mères (entièrement pubescentes, sauf à la base); calice tubuleux,
à tube tronqué, brièvement 6-10-denté; corolle infundibuliforme ou tubi-
forme à estivation contortée sénestre; anthères sessiles, incluses ou subin¬
cluses; grains de pollen isolés 3-colporés, réticulés; ovaire 1-loculaire
(devenant 2-loculaire) multiovulé, à placentation pariétale (pseudo-axile) ;
style terminé par 2 lobes stigmatiques papilleux, courts.
Fruit drupacé indéhiscent pédonculé, à pédoncule robuste, à péri¬
carpe épais, dur, contenant de nombreux et importants faisceaux vasculaires
sclérifiés. Graines plates, à tégument strié-vermiculé, parfois épais, agglo¬
mérées en pile et ennoyées dans le placenta.
Type : Mantalania sambiranensis Capuron ex Leroy.
Mantalania sambiranensis Capuron ex Leroy (PI. 1).
Arbuste ou arbre pouvant atteindre 20 m, peu rameux, à bois blanc.
Rameaux à pubescence dense fauve-roussâtre dans toutes leurs parties
à l’état jeune, ornés plus tard de grosses cicatrices plus ou moins rapprochées
laissées par la chute des feuilles et des pédoncules d’inflorescences. Feuilles
variablement rassemblées au sommet des rameaux en 3-4 verticilles, 4-6-
mères, grandes (20-80 x 5-20 cm); limbe submembraneux, oblong, ellip¬
tique ou obovale, longuement aigu ou rétréci à la base, aigu ou arrondi
au sommet, souvent courtement acuminé, d’abord pubescent, puis glabre,
avec 15-20 paires de nervures secondaires; pétiole à pubescence fauve-
Source : MNHN, Paris
— 34 —
PI. 2. — Mantalania sambiranensis Capuron ex Leroy. — Microscopie photonique x 1 000 :
1, 2, vue polaire en L.O.; 3, coupe optique équatoriale; 4, vue méridienne, aperture de
face; 5, coupe optique méridienne. — Microscopie électronique à balayage : 6, vue polaire
x 1 800; 7, vue méridienne x 1 800; 8, zone interaperturale x I 800; 9, 10, apertures
x 4 500; 11, cassure de l’exine (par les ultrasons) x 9 000. — Clichés au MEB réalisés
au Laboratoire d’Écologie du Muséum à Brunoy.
Source : MNHN, Paris
— 35 —
roussâtre, long de 2-4 cm. Calyptre stipulaire recouverte des deux côtés
d’une pubescence fauve-roussâtre, 4-5-carénée, longue de 2-5 cm.
Inflorescences longuement pédonculées, variablement pendantes, multi-
flores (9-16-flores), sur 2-3 verticilles successifs, couvertes d’une pubescence
fauve-roussâtre; pédoncule commun long de 3-6 cm. Fleurs 7-10-mères,
brièvement pédonculées, à bractées persistantes, triangulaires-aiguës ou
aciculaires, longues de 2 mm; calice 7-10-denté, long de 10 mm (tube haut
de 5 mm compris) ; corolle blanche, infundibuliforme, longue de 20-35 mm,
à lobes longs de 13-18 mm; anthères linéaires, longues de 8,5 mm; disque
haut de 0,5 mm; ovaire d’env.4mm de diam., long de 5-6 mm à 120-140 ovu¬
les (4 placentas 2-sériés); style long de 12-17 mm à 2 lobes stigmatiques
br;fs mais bien constitués.
Fruits 1-2 (ou plus?) par verticille, pendants, subglobulaires, ovoïdes
ou oblongs (5-7 x 5 cm); péricarpe épais (9-12 mm) contenant de très
nombreux cylindres sclérifiés disposés concentriquement ± sur 2 rangs;
ombilic sommital profond de 7-8 mm, large de 3-6 mm; pédoncule fort,
long de 5-8 cm (diamètre de 0,8-1,3 cm), fixé sur les parties défeuillées
des rameaux. Graines nombreuses, empilées-imbriquées en ± 4 rangs,
arrondies ou ± anguleuses, d’env. 7-9 mm de diamètre; tégument épais
d’env. 0,5 mm, strié-vermiculé en surface.
Pollen (PI. 2) 1 .
Symétrie et forme: pollens isopolaires, 3-colporés, bréviaxes, subcirculaires
en vues méridienne et polaire et en coupe optique équatoriale.
Dimensions: P = 22,5 n (19-24); E = 25 y. (22-27); P/E = 0,90.
Apertures :
— ectoaperture : sillon étroit, effilé aux extrémités, de 15 X 1-2 jx;
— endoaperture : arrondie, de 2 fx de diamètre.
Exine :
— ectexine : épaisseur sensiblement constante, d’env. 1,5 ix;
— endexine : d’env. 0,2 |x, s’épaississant, avant de s’interrompre,
au niveau des apertures, de 2 [x, vers l’extérieur et vers l’intérieur.
Au microscope électronique à balayage :
Surface ectexinale :
— réseau à mailles assez régulières dont le diamètre de la lumière
est à peu près égal à la largeur des murs; homogène dans son ensemble
sur toute la surface du grain;
1. La partie palynologique de cette étude a été faite avec l'aide du Laboratoire de
Palynologie de l’E.P.H.E. près le Muséum (M me M.-T. Cerceau), des Laboratoires de
Géologie (M. Bossy) et d’Écologie générale du Muséum (M llc Munsch) et avec le
concours de Michèle Lescot.
Source : MNHN, Paris
— 36 —
— bourrelet périapertural nettement moins saillant que dans Pseudo-
mantalania macrophylla.
Structure de l'exine:
— columelles droites, assez espacées, à pieds sensiblement de la même
hauteur que les têtes mais moins massives que dans Pseudomantalania
macrophylla',
— endexine granuleuse intérieurement.
Type : Perrier 15514, vallée du Sambirano (fl. et fr., février 1923) (holo-, iso-, P).
Distribution géographique : Est (Sambirano) : grès, 90 m d’alt., Perrier 3571
(fl., fr., déc. 1912); Perrier 15514 (fl., fr., fév. 1923); Ambanja, lieu dit la Briqueterie,
1290 RN (fl., fr., 15 déc. 1947); Ambanja-ville, 4598 SF (fl., fr., 26 fév. 1952); Tsiroman-
didy-Ambanja, 6117 SF (fl., fr., 26 oct. 1952); forêt de Maromandia, jardin botanique,
31 R 15 (f. 10 oct. 1952). — Ouest : bords des ruisseaux, bassin de la Mahevarana près
d’Analalava, Perrier 6463 (fl., fr. décrits mais non représentés dans l’herbier août 1908);
Massif forestier de Bora, environs d’Amponbilava, dist. d’Antsohihy, 18495 SF (fl., 26-
28 nov. 1957); Bora, près d’Antsatrana, dist. d’Antsohihy, forêt sèche, 26993-SF (fr.,
12 juillet 1970).
Noms vernaculaires : voantalanina, mantalanina, mantalana, manta-
lany, mankarana, voangaorondambo.
Remarques :
Cette espèce se distingue immédiatement par sa pubescence fauve-
roussâtre sur les rameaux, sur les pétioles et sur les calyptres stipulaires;
le pétiole relativement court, les inflorescences pendantes, la contraction
des verticilles de feuilles sont également des caractères frappants. La fleur,
à corolle infundibuliforme courte, est remarquable.
D’après les collecteurs c’est un arbre à bois blanc, dur, qui rejette
de souche, la fleur est à calice vert, corolle blanche, étamines jaunes. Fleurs
et fruits en décembre-janvier.
Comme on le voit, l’espèce pénètre dans le domaine de l’Ouest, vers
Analalava et Antsohihy; le collecteur a noté : forêt sèche. Ainsi s’amorce
une adaptation du genre à la xérophilie.
L’arbre serait peu rameux. L’examen des herbiers amène à considérer
comme établie la capacité de ramification. Certains individus récoltés,
tels les numéros 15514, 3571, 4598 SF, pouvaient être monocaules ou sub-
monocaules, d’autres comme le 6117 SF (qui compte 4 sommets d’axe
dont certains nettement courbés-redressés), 31R 15 (2 sommets), 18495 SF
(1 sommet, mais d’axe courbé-redressé) devaient être ramifiés; nous n’avons
cependant pas observé de bourgeons végétatifs axillaires en développement,
ni de rameaux axillaires.
Le fait que les rameaux soient courbés-redressés nous amène à suppo¬
ser qu’ils sont à peu près équivalents à la tige principale, donc orthotropes
et que celle-ci est florifère. Les cycles inflorescentiels sont produits après
3-4 verticilles de feuilles. Un rameau en fleurs portant souvent des fruits
Source : MNHN, Paris
— 37 —
PI. 3. — Mantalania capuronii Leroy : 1, rameau fructifère x 2/3 (le verticille de feuilles pré¬
cédant les verticilles fructifères axille des bourgeons végétatifs); 2, calyptre stipulaire
(longueur : 5,9 cm); 3, détails du rameau 1 (deux bourgeons végétatifs à la base, au-dessus
deux verticilles fructifères, au-dessus trois verticilles stériles, puis la calyptre stipulaire);
4, l'un des bourgeons végétatifs axillaires (la calyptre en est 3-carénée); 5, 6, très jeune
fruit (tube calicinal en partie excisé); 7, 8, 9, fruit entier (diam. 5 cm), et en coupe trans¬
versale, et bloc de graines; 10, graine (diam. 1,1 cm) (d'après SF 28682).
Source : MNHN, Paris
— 38 —
(1 -2 par verticille) dans sa partie dénudée. Les entre-nœuds sont générale¬
ment courts (1-2 cm), parfois longs (4-4,5 cm).
Mantalania capuronii Leroy, sp. nov. (PI. 3).
Frutex v. arbor ad 20 m alla. Rami crassi, primum dense pilis minulissimis adpressis
tecli, deinde subglabri v. glabri. Folia in verticillis 3-4-meris disposita, 15-30 cm longa,
4-7 cm lata ; lamina glabra, oblanceolata, apice subrolundata, nervo primario valido, utrinque
prominenti, nervis lateralibus 9-12-jugis ; peliolum præter basin minute strigosam glabrum,
angulosum, 3-5 cm longum. Calyptræ stipulares primum 4-carinatæ, deinde subteretes,
extra minute strigosæ, intus sericeo-lanatæ. Gemmæ axillares extra minute strigosæ, calyptra
stipulari 3-carinata.
Inflorescentiæ pubescentes paucifloræ, 7-9 mm longs, pedunculo valido pubescenti,
bracteis acicularibus pubescentibus. Flores ignoti, verosimiliter 7-meri.
Fructus in statu juvenili in quoque pedunculo communo 2-3 ; calyce primum pubescenti
deinde glabro ; calycis tubo ad fructus maturitatem persistenti, 7-dentato, utrinque pubes¬
centi, 7-9 mm longo, 5-6 mm diam. Fructus adultus ovoideus, 6-8 cm longus, 4-5 cm latus ;
pericarpio crassissimo, fasciculis lignosis cylindricis induratis dense repleto, 13-15 mm lato ;
pedunculo 2-3 cm longo. Semina multa in quaque placenta 2-seriata, complanata, ca. 1 cm
diam., ca. 1 mm crassa.
Type : Capuron 28682 SF, Est (Sud); Massif forestier de Tsingafiafy, entre les rivières
Manambato et Fitamalama, au N de Fort-Dauphin, 13-14.12.1968 (holo-, iso-, P).
Remarques :
Nous ne connaissons des organes reproducteurs de cette espèce que
les jeunes infrutescences et les fruits adultes. On peut penser cependant que
les fleurs en sont très proches du Mantalania cf. capuronii décrit ci-après.
La présence de bourgeons végétatifs axillaires dans le ou les deux verticilles
précédant immédiatement le verticille florifère, atteste la capacité qu’a cette
espèce de se ramifier. Sous le même numéro 28682 SF, la récolte comprend
4 sommets d’axes; nous en inférons que ce devaient être des axes latéraux
en voie eux-mêmes de ramification; cas aussi du n° suivant.
Mantalania cf. capuronii (PI. 4).
Arbuste ou petit arbre à fleurs blanches. Rameaux épais, les jeunes
ainsi que la base du capuchon stipulaire et des pétioles revêtus densément
de poils apprimés minuscules. Feuilles verticillées par 4 (par 3 sur les
jeunes rameaux), atteignant 60 x 18 cm; limbe oblancéolé, courtement
acuminé, glabre; 15-20 paires de nervures secondaires; nervure médiane
forte, en relief des deux côtés ; pétiole glabre, anguleux du fait de la décur-
rence du limbe, long de 5-7 mm. Capuchon stipulaire long de 4-8 cm,
4-caréné, longuement aigu, densément laineux-soyeux à l’intérieur, glabre
à l’extérieur.
Inflorescences pubescentes, dressées, 8-15-flores, longues de 10-15 cm
constituées d’un long et robuste pédoncule (comportant deux entrenœuds),
et d’un fascicule de fleurs terminal; rachis d’abord pubescent, devenant
Source : MNHN, Paris
— 39 —
Source : MNHN, Paris
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tardivement subglabre; bractées aciculaires ou élargies à la base, aiguës
ou cuspidées, longues de 1-3 mm, subpersistantes, courtement tomenteuses.
Fleurs 7-mères, pédonculées; pédoncule long de 10-25 mm; calice tubulé
long de 16-18 mm, à tube tronqué généralement 7-denté, recouvert d’une
pubescence dense, rase, long de 4-10 mm, souvent fendu à maturité; corolle
longue de 70-75 mm (juste avant l’anthèse), densément pubescente à l’exté¬
rieur et à l’intérieur, 7-lobée, à lobes aigus longs de 25-28 mm, larges de
4-6 mm, à tube subcylindrique, rétréci légèrement à l’extrême base, d’un
diamètre d’env. 3 mm; anthères longues de 14-15 mm, larges de 1 mm,
avec un connectif élargi-aigu au sommet atteignant à peine le sinus des
pétales; ovaire oblong à placentas ± 16-ovulés, à ovules ± 1-sériés; style
long (avec le stigmate), de 60-62 mm atteignant le milieu des pétales (juste
avant l’anthèse); stigmate en tête peu marquée, papilleux, en parties indisso¬
ciables. Fruits inconnus.
Pollen (PI. 5).
Symétrie et forme : pollens isopolaires, 3-colporés, bréviaxes, subcirculaires
en vues méridienne et polaire, subtriangulaires en coupe optique équatoriale.
Dimensions: P = 25 n (24-26); E = 29 s* (26-30); P/E = 0,86.
Apertures :
— ectoaperture : sillon large et court, très irrégulier sur les bords
et aux extrémités, de 8 X 3-4 (i;
— endoaperture : arrondie, de 2-3 de diamètre.
Exine :
— ectexine ; épaisseur sensiblement constante, d’env. 1,5 n;
— endexine : 1,5-1,8 n, s’épaississant, avant de s’interrompre, au
niveau des apertures, de 3,5 n, vers l’extérieur et vers l’intérieur.
Au microscope électronique à balayage :
\ . j
Surface ectexinale:
— réseau à mailles irrégulières dont le diamètre de la lumière est
beaucoup plus grand que la largeur des murs et à micromailles éparses et
peu nombreuses; homogène dans son ensemble sur toute la surface du grain;
— bourrelet périapertural moins marqué que dans Pseudomantalania
macrophylla, avec ± d’ectexine sur les bords du sillon.
Structure de Vexine:
— columelles droites, épaisses, à pieds sensiblement de la même
hauteur que les têtes;
— endexine granuleuse intérieurement.
Matériel : Capuron 22832 SF, Est et îlots rocheux encombrant le lit de la Manan-
driana près de son embouchure (entre Sahasoa et Vahibe, au Sud de Mananara). 14.11.
1963 (fl.).
Source : MNHN, Paris
PI. 5. — Mantalania cf. capuronii. — Microscopie photonique x 1 000 : 1, vue polaire; 2,
coupe optique équatoriale; 3, vue méridienne, aperture de face; 4, coupe optique méri¬
dienne. — Microscopie électronique à balayage : 5, vue polaire x 1 800; 6, vues méri¬
diennes, apertures de face; 7, détail de la surface ectexinale x 9 000; 8, pollen frais, aper¬
ture x 6 750; 9, cassure de l’exine (par les ultrasons) x 10 000. — Clichés au MEB réalisés
au Laboratoire de Géologie du Muséum.
Source : MNHN, Paris
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Remarques :
En l’absence de matériel complet nous avons préféré ne pas nommer
cette plante. Elle est très proche du M. capuronii dont elle se distingue
par les feuilles plus grandes, à 15-20 paires de nervures, par la calyptre
stipulaire glabre et longue, à 4 carènes fortes, les inflorescences abondam¬
ment fournies et longuement pédonculées. Les fleurs tubiformes sont remar¬
quables, très différentes de celles du M. sambiranensis. Nous ignorons s’il
y a identité avec celles, inconnues, du M. capuronii.
A défaut de renseignement sur le port, on peut supposer que le petit
arbre rencontré dans la nature portait un certain nombre de rameaux,
probablement redressés et se ramifiant eux-mêmes. En effet la collection
sèche comprend, sous le même numéro, 9 sommets de rameaux avec feuilles
et inflorescences, certains portant des ramules axillaires en voie de dévelop¬
pement. Ces ramules semblent toujours situés dans le verticille foliaire
précédant le verticille florifère. Les bourgeons végétatifs axillaires compor¬
tent une écaille spathiforme (homologue, croyons-nous, d’une paire de
phyllomes et de la lame stipulaire interpétiolaire adaxiale, la lame abaxiale
faisant défaut), intérieurement poilue et une calyptre sommitale 3-carénée.
Très rapidement au cours du développement le verticille devient 4-mère
et la calyptre sommitale est alors 4-carénée. Comme chez le M. capuronii
et à la différence du M. sambiranensis, les verticilles foliaires étant assez
espacés le long des rameaux (entrenœuds de 1-6 cm), ceux-ci ne portent
aucune trace de cicatrices de feuilles et d’inflorescences si remarquables
chez le M. sambiranensis. C’est là l’indice de conditions de vie différentes.
D’après les échantillons d’herbier on peut préciser quelque peu la
formation de l’inflorescence. Celle-ci sort d’une bractée qui, par la suite,
enveloppera le rachis aux 2/3 (elle serait homologue de l’écaille spathi¬
forme des bourgeons végétatifs); puis une croissance basale allonge le
rachis au-dessus et au-dessous de la bractée; il y a formation de deux entre¬
nœuds du pédoncule de l’inflorescence. Chacune des deux aisselles de la
bractée basale peut donner naissance à un rachis inflorescentiel secondaire.
Matériel indéterminé du genre Mantalania
7496 SF, Mantalanimbe (20.7.53, fr.) lieu Fahapotatreby-Ampanavoana-Antalaha.
Feuilles grandes (50-60 x 10-11 cm) à 15-20 paires de nervures, à long pétiole (8-10 cm),
en verticilles 4-mères. Calyptre stipulaire glabre, très longue (env. 10 cm), 4-carénée.
Infrutescence dressée à 1-2 fr. par aisselle, pédoncule court (1,5-2 mm), fruits oblongs
(6-9 X 3-3 cm) à paroi de 5-6 mm d’épaisseur.
8352 SF, Amparimavo, Périnet (29.6.53, fr.). Feuilles verticillées par 3, larges,
coriaces, longues de 30-40 cm. Calyptre stipulaire glabre, dilatée, longue de 4 cm; Fruit
ovoïde (immature).
19283 SF, Antsiatsiaka, ait. 947 m., canton d’Antsirabé, distcict de Mandritsara.
« Mantalany ». (20.1.59, fr.) Arbre de 12 m, tronc de 40 cm de diam. Feuilles verticillées
par 3. Fruit immature, pédoncule long de 5,5 cm. — Abraham Jean Prosper 210, Goila-
lina, près Faravohitra, canton et district d’Anosibe, 800 m d’alt. « Laingoala » (18.9.64, f.).
Arbre isolé de 8 m. Calyptre 3-carénée, velue des deux côtés. Très grandes feuilles verti¬
cillées par 3.
Source : MNHN, Paris
— 43 —
PSEUDOMANTALANIA Leroy
C. R. Acad. Sc. Paris 277, ser. D : 1657-1659 (1973).
— Mamalania Capuron, ms. in sched., p.p.
Arbustes ou petits arbres pouvant atteindre 15-18 m de haut, ordinai¬
rement monocaules mais pouvant être quelque peu rameux, et alors à
rameaux épais. Feuilles géantes (jusqu’à 1 m de long) persistantes, réunies
en 4-5 verticilles 7-9(-12)-mères au sommet de la tige ou des rameaux;
nervures secondaires non ou peu divisées; nervures tertiaires peu marquées;
pas de réticulum apparent. Stipules soudées en une pièce calyptriforme
caduque, carénée, glabre à l’intérieur.
Inflorescences axillaires, sessiles, pluriflores, contractées, solitaires dans
chaque aisselle, dans un ou deux verticilles. Fleurs 5-mères, glabres, avec
seulement un manchon de poils à la base et à l’intérieur du tube de la corolle;
calice à tube long, denté ou non, densément strigueux intérieurement,
glabre extérieurement; corolle infundibuliforme à estivation contortée
sénestre; anthères sessiles, en grande partie exsertes; grains de pollen
(3-)4(-5)- colporés, réticulés; ovaire 1-Ioculaire (devenant 2-loculaire), à
placentation pariétale (pseudo-axile); stigmate 2-lobés, à lobes en lame
aiguë adhérant l’une à l’autre.
Fruit bacciforme, très brièvement pédonculé, à péricarpe peu épais,
tendre (comestible). Graines plates, à tégument réticulé, agglomérées en
pile et ennoyées dans le tissu placentaire.
Espèce-type : Pseudomantalania macrophylla Leroy.
Pseudomantalania macrophylla Leroy (PI. 6).
C. R. Acad. Sc. Paris 277, ser. D : 1659 (1973).
— Mantalania macrophylla Capuron, ms. in sched.
Arbuste ou petit arbre ordinairement monocaule, à tronc pouvant
atteindre une hauteur de 15-18 m, un diamètre de 40 cm. Feuilles d’abord
légèrement pubescentes puis glabres, disposées en 4-5 verticilles 7-8-mères
au sommet de la tige; limbe oblancéolé, acuminé, longuement atténué
décurrent à la base (jusqu’à 1 x 0,25 m); nervure médiane très proéminente;
nervures latérales 13-30 paires; pétiole fort, long de 3-7 cm, anguleux.
Calyptre stipulaire 7-8-carénée, conoïdale, pubescente extérieurement, glabre
à l’intérieur, tordue au sommet, longue de 4-7 cm, large à la base de 1-2 cm.
Fleurs 5(-6)-mères, longues de 4-5 cm; calice [campanulé, à limbe
tubuleux tronqué, long de 9-11 mm, à peine 5-denté, cilié; corolle à lobes
courts (env. 1 cm) aigus, infundibuliforme, charnue, pourpre, rosée ou
jaunâtre; étamines à anthères apiculées, longues de 10-11 mm; ovules
Source : MNHN, Paris
— 44
Source : MNHN, Paris
— 45 —
nombreux disposés plus ou moins en 4 séries dans chaque loge; style fin,
long d’env. 3 cm.
Fruit subglobulaire (6-7 cm de diamètre), à péricarpe d’environ 4-5 mm
d’épaisseur finement strié; pédoncule long de 1 cm. Graines. — PI. 4.
Pollen (PI. 7).
Symétrie et forme : pollens isopolaires, (3-)4(-5)- colporés, bréviaxes.
subcirculaires en vues méridienne et polaire, (3-)4(-5)- angulaires en coupe
optique équatoriale.
Dimensions: P = 32 n (29-35); E = 38 n (35-42); P/E = 0,84.
Apertures :
— ectoaperture : sillon large, obtus aux extrémités, de 20 X 2-3 jx;
— endoaperture : arrondie, de 5-7 n de diamètre.
Exine :
— ectexine : épaisseur sensiblement constante d’env. 1,5 n;
— endexine : d’env. 0,5 p. et atteignant 2,5 p au niveau des apertures
avant de s’interrompre.
Au microscope électronique à balayage :
Surface ectexinale:
— surface réticulée à perforée (à lumières souvent réduites à une
perforation), homogène dans son ensemble;
— sillon : sole et résidus de columelles;
— endoaperture entourée d’un bourrelet, épaississement périapertural
de nature endexinique au sens large (sole et endexine) recouvert seulement
d’ectexine (columelles et tectum aminci) sur les bords du sillon.
Structure de Vexine:
— columelles à têtes bien compactes et soudées, à pieds droits, assez
courts et massifs, sensiblement de la même hauteur que les têtes;
— endexine granuleuse intérieurement.
Distribution géographique : Centre : Mt Tsaratanana, 1 800 m, Perrier 2200
(fl. fr., déc. 1912); forêt à mousses et sous-bois herbacé, vers 2 000 m d’alt. Perrier 16430
(fi., avril 1924); Massif du Tsaratanana et Hte vallée du Sambirano (Rés. nat. n° 4),
forêt ombrophile sur sol siliceux, vers 2 000 m, Humbert 18265 (f., nov.-déc. 1937, forme
de jeunesse verticillée par 3); Montagnes du N de Mangindrano (Hte Maevarano) jusqu’au
sommet d’Ambohimirahavavy (partage des eaux Mahavavy-Androranga), forêt ombro¬
phile sur latérite de gneiss, vers 1 800 m, Humbert 25022 (fl., janv.-fév. 1951); Massif
du Marivorahona au SW de Manambato (Hte Mahavavy du N, distr. d’Ambilobe),
forêt ombrophile sur gneiss, 1 800-2 000 m, Humbert 25830 (fl., 18-26-3-1951); Massif
du Marivorahona, vallée d’un affluent du Bemafo, au-dessous de Toby, vers 2 000 m,
3058 SF; Massif d’Ambohimirahavavy vallée d’un affluent r.g. du Bemafo, vers 1 900-
2000m, 962bis SF (fl. et fr., 1-2-1951); Tsaratanana haut bassin de la Maevarano, vallée
du ruisseau de Befosa, vers 1 700-1 800 m d’alt., 24974 5F (fl., 18 nov. 1966); 24974 SF,
ibid., stérile (forme de jeunesse verticillée par 3) (corolle rose).
Source : MNHN, Paris
PI. 7. — Pseudomantalania macrophylla Leroy. — Microscopie photonique x I 000 : 1, vue
polaire, 5 apertures; 2, coupe optique équatoriale, 5 apertures; 3, vue méridienne bas¬
culée.— Microscopie électronique à balayage : 4, vue polaire, 4 apertures x I 200 ; 5, vue
polaire, 3 apertures x I 200; 6, vue méridienne, aperture de face x I 200; 7, détail de la
surface ectexinale x II 500; 8, aperture x 4 300 ; 9, cassure de l’exine (par ultrasons)
x 8 600. — Clichés au MEB réalisés au Laboratoire d'ÉcoIogie du Muséum à Brunoy.
Source : MNHN, Paris
— Al —
Remarques :
Espèce extrêmement remarquable par son port et par ses inflorescences
contractées mais encore très mal connue. Endémique du Tsaratanana,
entre 1 700 et 2 000 m. Elle se présente généralement sous la forme de
petits arbres de 7-10 m, à tronc simple, portant au sommet un bouquet
de grandes feuilles verticillées. Les fruits bacciformes en seraient comes¬
tibles (Perrier).
Quelques individus, au moins, sur lesquels ont été faits les récoltes
n’étaient pas strictement monocaules. Certaines de celles-ci, en effet, compor¬
tent 2 ou 3 sommets calyptrés, sous un même numéro.
Pseudomantalania cf. macrophylla
Arbuste de 2-4 m ou petit arbre à tronc simple ou peu ramifié. Feuilles
verticillées par 8-9 (-12?), réunies au sommet des rameaux. Cicatrices
des feuilles bien marquées sur le tronc; limbe oblancéolé, acuminé, longue¬
ment atténué à la base (70 x 7-8 cm), glabre; 15-20 paires de nervures
latérales; pétiole long de 10-12 cm, anguleux par suite de la décurrence
du limbe. Calyptrés stipulaires 8-9(-12?)-carénées, très longues (jusqu’à
12 cm), longuement tordues au sommet, aiguës.
Inflorescences densément contractées, extérieurement glabres, occupant
1-2 verticilles. Fleurs pédonculées, à pédoncule gracile, long de 5-8 mm;
calice membraneux, garni intérieurement de poils apprimés et de cérocystes,
d’abord calyptriforme, puis se fendant en 2-3 parties, non distinctement
denté; corolle tubuleuse à la base d’après Perrier); anthères sessiles,
longues d’env. 6 mm; gorge munie de poils au-dessous de leurs insertions.
Très jeune fruit oblong pédonculé; pédoncule long d’environ 15 mm;
tube calicinal long de 5-6 mm.
Perrier 4589 , Massif du Manongarivo. Montagnes du Sambirano, vers 2 000 m
d'alt. sur gneiss.
Remarques :
Cette plante n’étant connue que par une seule récolte sans fleurs
ni fruits adultes, nous avons renoncé à tenter de l’identifier. Est-ce une
forme du P. macrophyllal Elle s’en distingue par les fleurs plus petites
et pédonculées, le calice membraneux non denté, des anthères plus courtes,
la calyptre stipulaire tordue et très longue. Le caractère des feuilles verti¬
cillées par 9-21 (d’après Perrier), est assez extraordinaire, les verticilles
du P. macrophylla étant 7-8-mères, il devra cependant être confirmé, la
verticillation par 9 étant seule établie d’après l’herbier. La récolte contient
deux sommets d’axe, chacun avec sa calyptre stipulaire complète : on peut
admettre que l’arbuste n’était pas absolument monocaule.
D’après Perrier, cette plante donne à la saignée dans les parties jeunes
un suc brun, visqueux, très astringent.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 49 —
CLÉ DE DÉTERMINATION
I. Feuilles verticillées par 4-6. Calyptre stipulaire pilifère intérieurement.
Inflorescence pédonculée, pubescente. Fleurs 6-10-mères entièrement
pubescentes; anthères incluses; stigmate à 2 lobes épais, très courts. Fruit
à péricarpe épais, dur, rempli de nombreux faisceaux sclérifiés.. MANTALANIA
— Inflorescences pendantes, multiflores. Corolle courte (20-35 mm).
Feuilles avec 15-20 paires de nervures, verticillées par 5 (-6) M. sambiranensis.
— Inflorescences dressées, pauciflores. Calyptre tapissée extérieu¬
rement d’un fin duvet apprimé. (Corolle inconnue). Feuilles avec
9-12 paires de nervures, verticillées par 4 . M. capuronii.
— Inflorescences dressées, multiflores. Calyptre extérieurement glabre.
Corolle longue (70-75 mm). Feuilles avec 15-20 paires de nervures,
verticillées par 4 . M. cf. capuronii.
II. Feuilles verticillées par 7-9 (-12). Calyptre stipulaire glabre intérieurement.
Inflorescence sessile, glabre. Fleurs 5-mères, glabres (sauf manchon de
poils basal et intérieur); anthères semi-exsertes; stigmates en 2 lames
adhérant l'une à l’autre. Fruit à péricarpe peu épais, mou, sans faisceaux
sclérifiés importants à l’état adulte (comestible) .... PSEUDO MANTALANIA
P. macrophylla.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Nous avons porté sur la carte les points de récolte des genres Mantalania
et Pseudomantalania. Comme on le voit ces plantes à feuilles persistantes
ne sont représentées que dans les forêts ombrophiles de l’Est et du Centre.
Le Mantalania est représenté par plusieurs espèces depuis le Sambirano
jusque vers Fort-Dauphin. On notera 1) la présence du genre (espèces
indéterminées) jusqu’à des altitudes de 800-900 m, 2) une avancée (M. sam¬
biranensis) dans l’Ouest jusque vers Antsohihy. Le Pseudomantalania est
propre au Tsaratanana et au Manongarivo (1 700-2 000 m). Les prospec¬
tions futures devraient apporter beaucoup de données nouvelles.
REMARQUES RELATIVES A LA PHYLOGENÈSE DU DÉVELOPPEMENT
ET A L’ÉVOLUTION
Les genres Mantalania et Pseudomantalania forment un ensemble
naturel profondément isolé à Madagascar où il n’a ni ancêtres ni descen¬
dants parmi les autres Gardéniées. Ensemble disjoint en deux sous-ensembles
manifestes représentés seulement par quelques espèces, occupant la forêt
dense ombrophile, l’un de l’étage montagnard (domaine du Centre) l’autre
de la plaine et des hautes falaises orientales. Toutes les données sont réunies
pour que nous puissions taxer l’ensemble de paléoendémique, et même
chacun des genres.
En recherchant les origines possibles de ces plantes, nous avons d’em¬
blée été conduit à établir un rapprochement avec le Schumanniophyton,
genre paléoendémique des forêts denses tropicales d’Afrique composé de
3 espèces réparties en 2 sous-genres. En fait, la parenté est certaine, et toute
Source : MNHN, Paris
— 50 —
la difficulté tient dans l’appréciation de celle-ci. Mantalania, Pseudomanta-
lania et Schumanniophyton ont en commun, outre ce qui les rassemble en tant
que Gardéniées, les caractères remarquables suivants : port mono- ou
oligocaule, macrophyllie, verticillation des feuilles (et stipules en calyptres
caduques), pléiomérie fréquente, pollens simples.
Les mécanismes de développement sont cependant totalement dissem¬
blables entre les plantes malgaches d'une part, le Schumanniophyton d’autre
part, lequel est à floraison terminale sur des axes plagiotropes, axes caducs
chez une espèce, laquelle devient de ce fait strictement monocaule; axes à
développement sympodial chez les deux autres espèces.
Nous avons une première certitude : celle d’être en présence de deux en¬
sembles, le malgache et l’africain, ségrégés depuis une époque extrêmement
ancienne, peut-être crétacée, et qui auraient conservé certains caractères
communs particulièrement frappants. Les deux ensembles sont équilibrés
sur le plan taxonomique; du côté malgache, deux genres, quelques espèces
bien différenciées; de l’autre côté, un genre, deux sous-genres, trois espèces.
La parenté une fois établie est pour nous preuve d’une loi d’unité
sous le disparate des modes de développement. Nous nous croyons autorisé
à poser que le mode malgache procède du mode africain : il y a, en effet,
semble-t-il, homologie entre l’inflorescence axillaire des plantes malgaches
et le « rameau phyllomorphe » à inflorescence terminale défini par
F. Hallé (4) chez le Schumanniophyton magnificum. L’inflorescence axillaire
du Mantalania serait une sorte d’axe phyllomorphe réduit à l’inflorescence,
le rameau latéral à développement indéfini un axe phyllomorphe dégagé
de l’inflorescence. C’est peut-être à son association organique avec celle-ci
que l’axe phyllomorphe doit ses traits particuliers, au moins certains.
Chez le Mantalania où le sommet des rameaux porte des bouquets de feuilles
verticillées, on peut penser que ces rameaux sont, comme la tige principale,
des axes orthotropes; parfois même (PI. 1) le sommet du rameau est remar¬
quablement courbé - redressé. Les inflorescences seraient donc portées
par des axes orthotropes et il n’y aurait pas de différenciation plagiotrope 1 .
De toute façon, chez le Mantalania, l’axe végétatif latéral est toujours,
au début, un axe à caractères juvéniles; le premier verticille comporte
toujours un nombre d’éléments inférieurs à la norme adulte (3 au lieu de 4)
chez le Mantalania cf. capuronii ; il y a aussi une inégalité de taille entre
les trois feuilles du verticille, en rapport avec le décalage dans le synchro¬
nisme ontogénétique, la première feuille formée étant la plus grande, la
dernière la plus petite. Les rameaux sont à croissance rapide (entrenœuds
longs) ; ils prennent naissance dans les aisselles du verticille précédant immé¬
diatement les verticilles florifères, et non pas de façon continue ou spora¬
dique au cours du développement : il y a donc une périodicité (endorythme?
écorythme?).
Ainsi nous nous trouverions devant un mécanisme très original d’évo¬
lution du mode de développement, l’acquisition du pouvoir de ramification
1. Ainsi, sous l’angle de la différenciation plagiotrope, les plantes malgaches seraient
plus archaïques que le Schumanniophyton.
Source : MNHN, Paris
— 51 —
véritable se trouvant liée à la libération de la fonction florale par rapport
à l’axe dit phyllomorphe, en d’autres termes à l'acquisition de la floraison
latérale. Hypothèse qui permet d’intégrer rationnellement les trois genres.
Ce faisant, nous sommes amené à donner un sens nouveau à la notion
de ramification. Nous pensons qu’il serait bon de mettre l’accent un peu
plus qu’on ne l’a fait jusqu’à présent sur la dualité que recouvre cette
notion. Le Schummaniophylon magnificum à rameaux phyllomorphes est-il
une plante vraiment ramifiée alors que les rameaux, aussitôt bloqués par
la floraison, en sont caducs comme des fruits, et que la plante conserve
toujours un port remarquablement monocaule? Certes il y a une voie
que le Schumanniophyton hirsutum (Hiern) R. Good et le S. problematicum
(A. Chev.) Aubrév. ont « su » utiliser, permettant d’échapper à ce type
de monocaulie : le développement sympodial. Mais là encore la floraison
intervient constamment comme un barrage, et si la ramification y est
en un sens multipliée, c’est parce qu’elle y est toujours contrariée. Le rameau
phyllomorphe n’est pas plus un rameau que la tige d’un individu hapaxanthe
n’est une véritable tige, l’un et l’autre étant assimilables finalement à un
pédoncule d’inflorescence. En poussant à l’extrême nous arrivons à une
conception de l’arbre idéal qui serait constitué d’un tronc, de branches,
de ramifications à développement indéfini et à floraison latérale. Il n’est
peut-être pas impossible qu’à l’origine des Angiospermes se trouvent des
plantes ligneuses de faible gabarit à développement sympodial dont seraient
issues d’une part la masse des espèces herbacées et buissonnantes ou pré¬
dominant largement les mécanismes sympodiaux et où les systèmes d’adap¬
tation sont innombrables, d’autre part le lot réduit des espèces ligneuses
géantes où l’anthosphère peut se trouver portée jusqu’à 50-100 m du sol
grâce aux mécanismes monopodiaux. Je crois avec Corner (5) et avec
F. Hallé & Oldeman (6) que le « modèle » d’arbre hapaxanthe et mono¬
caule est parfois primitif, mais aussi le modèle « pseudo-ramifié » à tige et
à « rameaux » à floraison terminale. Par rapport à ces modèles, nos plantes
sont bien perfectionnées : le Schumanniophyton avec sa tige principale mono-
podiale ; le Mantalania et le Pseudomantalania avec leur tige et leurs rameaux
à développement indéfini.
Peut-être est-ce depuis l’origine que les espèces xérophiles à feuilles
caduques du Schumanniophyton utilisent le développement sympodial
des branches, mais n’était-ce pas une impasse sur le plan phylogénétique,
pour des arbres , la véritable formule étant la dissociation pure et simple
des fonctions florale et végétative réalisée chez les plantes malgaches?
Le développement sympodial a pu permettre une adaptation rapide et la
survie des espèces ou la colonisation immédiate, par elles, de nouveaux
milieux; le développement monopodial à floraison axillaire ouvrait toutes
les possibilités mais représentait un changement profond, fondamental,
plus difficile, et immédiatement périlleux. Les plantes malgaches se sont
maintenues sans réussir encore la moindre percée évolutionnelle. Seul le
Mantalania sambiranensis esquisse une démarche d’adaptation vers les
régions sèches de l’Ouest.
En ce qui concerne l’isolement à Madagascar de l’ensemble Mantalania-
Source : MNHN, Paris
— 52 —
Pseudomontalania nous nous contenterons de noter ici que c’est aussi
le cas d’autres Gardéniées, en particulier de deux espèces déjà connues
(7, 8, 9) que nous nommerons :
Gardénia rutenbergiana (Bâillon ex Vatke) Leroy, comb. nov.
— Genipa rutenbergiana Bâillon ex Vatke, Abh. Nat. Ver. Bremen 9 : 118 (1885).
— Gardénia succosa Baker, Journ. Linn. Soc. 22 : 483 (1887).
Euclinia suavissima (Homolle ex Cavaco) Leroy, comb. nov.
— Gardénia suavissima Homolle ex Cavaco, Adansonia, ser. 2, 7 : 177-179 (1967).
Toutes ces Gardéniées, piégées à Madagascar avant le démembrement
de la Gondwanie, témoignent de leur ancienneté comme de leur origine
étrangère. Elles témoignent aussi d’un certain blocage évolutionnel où
elles se trouvent dans les conditions malgaches.
Les genres Schumanniophyton, Mantalania et Pseudomontalania , quoique
ayant franchi quelques étapes décisives de l’évolution, restent à plusieurs
égards bien archaïques (notamment s’il est confirmé que les rameaux des
plantes malgaches sont orthotropes; et que la périodicité de production
des rameaux y exprime un endorythme).
Les hypothèses avancées dans ce texte relativement à la phylogenèse
du développement seront reprises dans une note sur le genre Bertiera.
Bibliographie
1. Leroy J.-F. — Sur l’organisation et le mode de développement d’un très remarquable
ensemble naturel de Rubiacées-Gardéniées de Madagascar. C. R. Acad. Sc.
Paris 277, ser. D : 1657-1659 (1973).
2. Keay R.-W.-J. — Randia and Gardénia in West Africa. Bull. J. B. Bruxelles 28 :
15-72 (1958).
3. Capuron R. — Révision des Rubiacées de Madagascar et des Comores. 227 p. dactylo¬
graphiées, Laboratoire de Phanérogamie, Muséum, Paris.
4. Hallé F. — Étude biologique et morphologique de la tribu des Gardéniées (Rubiacées).
Mém. ORSTOM, n" 22, Paris (1967).
5. Corner E.-J.-H. — La théorie du Durian ou l’origine de l’arbre moderne. Traduction
et adaptation française par N. & F. Hallé, Adansonia, ser. 2, 3 : 422-445 (1963);
4 : 156-184 (1964).
6. Hallé F. & R.-A.-A. Oldeman. — Essai sur l'architecture et la dynamique de crois¬
sance des arbres tropicaux. Mon. 6, Masson, Paris (1970).
7. Bâillon H. — Sur la section Torqueasia du genre Genipa. Bull. mens. Soc. Linn.
Paris 1 , 42 : 333 (1882).
8. Jumelle A. — Sur quelques plantes utiles ou intéressantes du Nord-Ouest de Mada¬
gascar. Ann. Mus. Col. Marseille, ser. 2, 5 : 362 (1907); 8 : 80-81, 82 (1910).
9. Cavaco A. — Un nouveau Gardénia (Rubiacées) de Madagascar. Adansonia, ser. 2,
7 : 177-179 (1967).
Laboratoire de Phanérogamie.
Muséum, Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 53-59, 1974.
RECHERCHES SUR LA PHYLOGENÈSE
DU DÉVELOPPEMENT. MISE EN ÉVIDENCE
D’UNE SÉRIE DE TROIS ÉTATS
DANS LE GENRE BERTIERA (RUBIACÉES)
par Jean-François Leroy
Résumé : Les travaux de F. et N. Hallé (1960-1970) qui ont fait connaître l’existence
de trois espèces à inflorescences axillaires dans le genre Bertiera, genre classiquement
défini comme à inflorescences terminales, ont été développés sur le plan théorique. Ils
ont permis de poursuivre l'esquisse, et dans une voie déjà ouverte (8), d'une théorie de
la phylogenèse du développement.
Summary: The investigations of F. and N. Hallé (1960-1973) hâve shown three
species with axillary inflorescences among the genus Bertiera, the représentatives of
which generally are known with terminal inflorescences. Our work, established on a
basis of theoretical considérations, led us to conceive a new hypothesis relative to the
phylogeny of the development. According to this hypothesis, the axillary inflorescence
is the homologue of the hapaxanthous branch, the first originating from the latter.
Le genre Bertiera Aublet (1), composé d’une cinquantaine d’espèces
tropicales, afro-asiatiques et américaines, a été divisé en deux sous-genres (2,
3); c’est cependant un genre homogène, naturel, bien délimité, présentant
certains caractères très particuliers, notamment dans l’organisation du
stigmate en rapport avec la disposition des anthères. Jusqu’en 1960, il était
donné comme à inflorescences terminales, sur rameaux latéraux, et le déve¬
loppement n’en avait pas été analysé. Les travaux récents [F. Hallé, 1967
(5) ; N. Hallé, 1963 (4); 1970 (3); F. Hallé et R.-A.-A. Oldeman, 1960
(6) ] ont marqué deux étapes dans notre connaissance du genre. L’une en
montrant qu’il existait deux mécanismes de développement chez les espèces
à inflorescences terminales, l’autre en révélant l’existence de trois espèces
à inflorescences axillaires.
Source : MNHN, Paris
— 54 —
ESPÈCES A PORT « RAMIFIÉ »,
A INFLORESCENCES TERMINALES SUR RAMEAUX LATÉRAUX
La tige orthotrope est monopodiale. Dans le cas général, les rameaux
sont plagiotropes à floraison terminale et à développement sympodial,
mais, chez une espèce au moins, B. racemosa (G. Don) K. Schum., les
branches sont monocarpiques. Dans l’étude de ce qu’ils appellent le « modèle
de Petit », monopode à croissance continue et à branches sympodiales
où prend place la grande majorité des Bertiera, F. Halle & Oldeman
ont posé le problème de la variation offerte par le B. racemosa, qu’ils asso¬
cient sous cet angle, et à juste titre, au Schumanniophyton magnijicum, autre
Rubiacée-Gardéniée des plus remarquables que nous avons considérée
ailleurs (7). Cette variation se double même, à leurs yeux, d’une autre, à
savoir : la tendance à la réduction et à la simplification des articles qui,
poussée à l’extrême, « donnerait à la branche latérale une signification
purement sexuelle. L’arbre aurait alors une architecture monocaule avec
inflorescences latérales (modèle de Corner)... ».
On est surpris de voir que, s’étant soumis au commandement taxono¬
mique pour associer dans une même catégorie les deux mécanismes, les
auteurs n’aient pas envisagé de filiation entre la branche monocarpique,
caractère taxé de « franchement marginal », et la branche sympodiale.
Quant à la deuxième variation, c’est par référence à une série assez
hétérogène comprenant des Rubiacées, une Euphorbiacée, une Malvacée,
une Icacinacée que la conclusion a été amenée. Mais cette filiation typolo¬
gique a-t-elle quelque rapport avec le problème en cause?
ESPÈCES MONOCAULES A INFLORESCENCES AXILLAIRES
Les observations de F. Hallé (1961), en Côte d’ivoire, amenèrent
le taxonomiste à admettre qu’une espèce au moins était à inflorescences
axillaires : elle fut nommée B. fimbriata (A. Chev. ex Hutch. & Dalz.) Hepper
(1962) (9). Par la suite, deux autres espèces, identifiées par N. Hallé (1963),
montrèrent le même caractère : B. adamsii (Hepper) N. Hallé, B. bicar-
pellata (K. Schum.) N. Hallé. Comme on le voit d’après les combinaisons
nomenclaturales, aucune de ces espèces, insolites par leur port et leur mode
de floraison, mais cependant typiques, dans tous leurs autres caractères,
du genre Bertiera, n’avait été tout d’abord correctement reconnue. Par
ailleurs, les modes de développement mis à part, rien ne les rapproche
entre elles, comparativement aux autres espèces du Bertiera, sous-genre
Bertiera, où elles viennent tout naturellement se situer sans y constituer
de sous-groupe spécial (3).
Il ne semble pas que la véritable originalité de ces plantes ait été saisie.
« Les B. simplicicaulis (= B. bicarpellata), fimbriata, et adamsii à fruits
respectivement bleus, blancs et rouges, sont les seuls Bertiera à inflo¬
rescences axillaires » écrit N. Hallé (1963, p. 299). Par ailleurs il note au
sujet du B. fimbriata : « tiges subherbacées, dressées, généralement non
Source : MNHN, Paris
— 55 —
ramifiées »; au sujet du B. adamsii : «petites tiges sous-ligneuses dressées
et non rameuses »; au sujet du B. simplicicaulis : « caulis unicus lignosus... »
A nos yeux, ces trois espèces sont d’un extrême intérêt non pas seule¬
ment parce que de leur fait se trouve introduite la notion d’une variation
de grande amplitude dans le mode de développement, mais parce que
les conditions de la variation permettent de saisir des corrélations fonda¬
mentales. En d’autres termes une loi de variation peut être énoncée : Port
« ramifié » à inflorescence terminale sur rameaux latéraux et port mono-
caule à inflorescences axillaires expriment deux états d’un même processus
de développement. Dans le cadre d’une théorie morphologique nous nous
trouvons strictement devant un impératif d’homologation entre l’inflo¬
rescence axillaire portée par la tige et le rameau latéral à inflorescence
terminale. Si nous acceptons l’inflorescence axillaire comme dérivée,
deux phénomènes sont intervenus : 1) une contraction de l’inflorescence,
fait observable chez plusieurs espèces de Bertiera-, 2) la suppression de
la phase végétative du rameau latéral par accélération onotégnétique. Chez
certaines espèces (B. orthopetala) cette phase est d’ailleurs courte (1-2 couples
de feuilles).
LES TROIS ÉTATS DE LA PHYLOGÉNÈSE DU DÉVELOPPEMENT
L’interprétation à laquelle nous avons été conduit nous amène à
reconnaître trois états dans la phylogenèse du développement chez les
Bertiera (tableau) :
1. Tige monopodiale à inflorescences axillaires (3 espèces).
2. Tige monopodiale à branches monocarpiques ( B. racemosa).
3. Tige monopodiale à branches sympodiales (B. bracteolata, etc.).
Ces trois états s’ordonnent logiquement comme nous les avons disposés,
et il n’y a aucune coupure essentielle entre eux. La série est cependant taxo-
nomiquement quelque peu hétérogène et donc légèrement typologique mais
les recherches étant inachevées, on peut espérer l’améliorer un jour par
approfondissement des connaissances. La même séquence a déjà été mise
en évidence antérieurement (7) mais par référence à trois genres appa¬
rentés et donc sur un plan à caractère typologique plus accentué. Certes,
il peut paraître choquant d’unifier par la loi des mécanismes apparemment
aussi dissemblables que ceux offerts par le B. adamsii, plante subherbacée,
et le B. racemosa, petit arbre de 10 m de haut, mais de façon générale la
théorie est contraignante, qu’elle soit d’ordre taxonomique (F. et N. Hallé)
ou, ici, d’ordre morphologique; il arrive souvent aussi qu’elle ne soit pas
évidente.
Source : MNHN, Paris
— 56 —
Tableau. — Phylogenèse du développement dans le genre Bertiera d'après notre hypo¬
thèse. Les tiges sont à développement indéfini. Les inflorescences sont représentées par un
cercle. En A, le devenir des jeunes rameaux a été figuré en pointillé. En B, on a représenté
un seul rameau à trois articles (les cercles surchargés d'une croix représentent d’anciennes
inflorescences). On peut admettre que le rameau hapaxanthe (A) devient une inflorescence
axillaire (C, D) par accélération ontogénétique.
LE SENS DE LA FILIATION
Mais quel est l’état originel dans le processus réel de l’évolution?
Dans notre étude sur le Mantalania et sur le Schumanniophyton (7), nous
trouvant dans des conditions comparables, nous avons été conduit à admettre
le caractère vestigial de l’inflorescence terminale sur rameaux latéraux,
les plantes entièrement monopodiales, ayant acquis le pouvoir de rami¬
fication (Mantalania) nous paraissant presque à coup sûr dérivées. Dans
notre conception, ni le Bertiera racemosa, ni le Schumanniophyton magni-
ficum, à branches monocarpiques, n’ont vraiment « découvert » le phéno¬
mène de ramification. Qui plus est, et par extension, celui-ci reste inconnu
dans l’immense courant représenté par les Bertiera et les Schumanniophyton
à branches sympodiales, le rameau devant être dans notre vue à dévelop¬
pement indéfini. Comment imaginer, d’autre part, qu’une plante à branches
hapaxanthes puisse descendre d’une plante ramifiée?Qu’une branche sympo-
diale puisse procéder phylétiquement d’une inflorescence? De façon générale
l’observation du développement ontogénétique nous apprend que le rameau
à inflorescence terminale précède l’inflorescence axillaire, celle-ci étant
Source : MNHN, Paris
— SI —
cependant l’homologue de celui-là. Sans doute a-t-on montré, chez l'Elæis
guineensis par exemple (10) que des bourgeons axillaires voués à produire
des inflorescences pouvaient se développer végétativement mais on n’obte¬
nait pas pour autant des inflorescences terminales.
S’il est surprenant que deux des trois Bertiera entièrement monopodiaux
« ignorent » la ramification, elle est cependant représentée dans ce groupe,
et sous une forme particulièrement remarquable, chez la troisième espèce,
le B. adamsii. Les trois espèces sont d’ailleurs à des degrés d’évolution
différents et la variation touchant le développement est intervenue indépen¬
damment dans chaque cas (évolution parallèle). Le B. adamsii est une
plante haute de quelque 20 centimètres chez laquelle les rameaux latéraux
à croissance indéfinie ont trouvé une adaptation nouvelle : la reproduction
par stolons.
RÉPONSE A QUELQUES OBJECTIONS INÉDITES 1
1. « Pourquoi états et non pas modèles architecturaux? »
Réponse : La notion de modèle ne comporte aucune implication
quant à la filiation; elle relève strictement de la définition théorique des
mécanismes et de leur classification mais reste parfaitement compatible
avec celle d’état, à laquelle elle doit conduire, comme la classification
naturelle, dans ses progrès successifs au xvm e siècle, a fini par rejoindre la
notion nouvelle de transformisme, et, ainsi, par imposer la saisie par l’esprit
d’un nouveau niveau qualitatif.
2. « Pourquoi la présence de deux modèles au sein d’un même genre
constitue-t-elle une loi? Pourquoi n’est-ce pas seulement une constatation?»
Réponse : La classification naturelle ou classification objective du
xvm e siècle résultait d’un effort d’analyse, en somme d’un acte de consta¬
tation. Le niveau légal fut atteint lorsque l’analyse fit apparaître la coïnci¬
dence entre le plan de la constatation et celui du lien génétique. On retrouve
la notion de niveau qualitatif précédemment avancée.
En ce qui nous concerne, voici la constatation : nous sommes devant
trois sortes de mécanismes de développement chez Bertiera. Il y a recherche
de la loi quand on tente de répondre aux questions suivantes : y a-t-il des
rapports entre ces mécanismes? Dans l’affirmative sont-ils d’ordre phylé-
tique? S’il y a filiation, quels en sont le sens, les modalités...? Leur classi¬
fication naturelle doit, selon nous, conduire à la reconnaissance de rapports
objectifs, et, si la loi semble une constatation, nous nous en réjouissons,
c’est que le degré d’analyse est parfait : le consensus devrait être général.
3. « Les expressions de commandement taxonomique et de filiation
typologique » laissent mon correspondant perplexe.
1. Formulées par un correspondant.
Source : MNHN, Paris
— 58 —
Réponse : Quand, dans un genre établi rigoureusement comme naturel,
se rencontrent plusieurs mécanismes de développement, on a le devoir
d’admettre des rapports de filiation entre ces mécanismes. C’est ce que
j’appelle le commandement taxonomique. Et c’est par l’emploi de ce comman¬
dement que la taxonomie apporte une aide capitale à la recherche morpho¬
logique.
F. Hallé & Oldeman se plient au commandement taxonomique quand
ils écrivent : « Deux espèces de cette liste, Bertiera racemosa et Schuman-
niophyton magnificum, se distinguent des autres par le fait que les branches
sont constituées, non pas d’un enchaînement d’articles, mais d’un article
unique. Chez ces deux espèces, les branches sont monocarpiques; l 'existence
d'espèces voisines (souligné par moi J.-F.L.) à branches typiquement arti¬
culées nous incite à ne pas les séparer du modèle de Petit, malgré leur
caractère franchement marginal » (Essai, p. 63-64).
La filiation typologique peut être fort éloignée de la réalité taxonomique;
elle est par définition une filiation théorique et abstraite, un enchaînement
idéel et idéal. Superstructure largement imaginative pouvant être dange¬
reuse, elle n’est de grand intérêt que dans la mesure où les points d’accro¬
chage objectifs en sont significatifs.
4. « Pourquoi un ensemble taxonomiquement hétérogène serait-il
typologique? Les modèles architecturaux ont été empruntés par de très
nombreux organismes taxonomiquement fort éloignés les uns des autres :
certains n’étaient pas des Angiospermes... »
Réponse : Par définition, après les précisions ci-dessus rappelées, la
typologie, le degré typologique se mesure à l’hétérogénéité taxonomique;
il est d’autant plus grand qu’il est plus éloigné de la réalité taxonomique.
5. « La découverte de trois modèles chez Bertiera » ne marquerait
pas une « étape fondamentale dans la connaissance du genre ». Ce serait
« une observation tout à fait élémentaire ».
Réponse : Cette remarque est intéressante sous l’angle méthodologique
car elle semble se rattacher par l’esprit à celle précédemment évoquée
sur les notions de constatation et de loi.
Une constatation élémentaire ne saurait marquer un progrès considé¬
rable dans la connaissance? L’histoire des sciences abonde cependant en
exemples qui démentent cette affirmation. Par ailleurs cette prétendue
constatation élémentaire établit la base de développements théoriques de
grand intérêt à mes yeux.
6. J’ai gardé pour la fin deux critiques plus embarrassantes. La pre¬
mière concerne le sens de la filiation : n’aurais-je pas dû présenter aussi
l’hypothèse du sens inverse de celui qui m’a paru probable, avec ses impli¬
cations? La seconde me met en demeure de répondre pourquoi le rameau
devrait être par définition à développement indéfini?
Source : MNHN, Paris
— 59 —
Réponse : Nous l’avons noté dans notre précédent article sur les
Mantalania et Pseudomantalania : la floraison terminale sur rameaux
latéraux en bloquant ceux-ci tend à les annuler; parfois les branches sont
même typiquement hapaxanthes ( Schummanniophyton ), et la plante est
pratiquement monocaule, le rameau assimilable à un pédoncule inflo-
rescentiel. Certes, il existe un mécanisme qui a eu un immense succès dans
l’évolution des Angiospermes : le développement sympodial, mais c’est
un mécanisme apparenté où n’intervient aucune réforme profonde du
fonctionnement puisque tous les rameaux sont successivement annulés.
On peut conventionnellement, en se plaçant sur le plan de la phylogenèse,
admettre que la ramification n’a été vraiment achevée que le jour où a été
produit le rameau végétatif indéfiniment monopodial. La tige à développe¬
ment monopodial indéfini est sans doute un progrès dans l’évolution des
arbres par rapport à la tige des plantes hapaxanthes; et aussi par rapport
à la tige sympodiale. On doit penser de même en ce qui concerne les axes
d’ordre supérieur.
Le sens de la filiation doit être considéré dans le cadre de ces considé¬
rations : la plante monocaule à branches hapaxanthes semble primitive
par rapport à la plante monocaule à floraison axillaire (cas du B. bicar-
pellata)', elle semble dérivée par rapport aux mécanismes sympodiaux
(B. bracteolata).
BIBLIOGRAPHIE
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164 (1912).
2. Hallé N. — Sur les « Bertiera » (Rubiaceæ) d’Afrique. Not. Syst. 16, 3-4 : 280-292
(1960).
3. — Rubiacées in Flore du Gabon 17 : 32-69 (1970).
4. — Espèces africaines nouvelles de Bertiera (Rubiaceæ). Adansonia, 3, 2 : 294-306
(1963).
5. Hallé F. — Étude biologique et morphologique de la tribu des Gardéniées (Rubia¬
cées), Mémoires O.R.S.T.O.M. 22 (1967).
6. Hallé F. & Oldeman R.-A.-A. — Essai sur l’architecture et la dynamique de
croissance des arbres tropicaux. Masson, Paris (1970).
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ensemble naturel de Rubiacées-Gardéniées de Madagascar. Comptes Rendus 277,
sér. D : 1657-1659 (1973).
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9. Hepper F. N. — Notes on tropical African Rubiaceæ. III. Kew Bull. 16, 2 : 329
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10. Henry P. — Problèmes de ramification chez les Palmiers. Mém. Soc. Bot. France :
99-107 (1971).
Laboratoire de Phytomorphologie de l’E.P.H.E.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum, Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 61-62, 1974.
NOTE SUR DEUX GREWIA AFRICAINS
par R, Capuron f
Jussieu, dans sa description du Grewia mollis, cite deux échantillons,
l’un provenant du Sénégal, l’autre de l’Oware. Ce dernier (conservé dans
l'Herbier Jussieu, dans le folio 12567 A) a été communiqué à l’auteur par
Palisot de Beauvois. 11 ne porte que de très jeunes boutons et Jussieu
a eu beaucoup de difficultés pour les analyser; une note, écrite de sa main,
en témoigne : « in flore nondum aperto, semidecomposito, difficile emol-
liendo, vidi imperfecta sequentia .. »; l’analyse est suivie de l’indication
« melius observata in herb. Richard »; sur le determinavit, Jussieu ajouta
encore : « Specimen perfectus apud D. Richard». Cet échantillon de l’Herbier
Richard, après être passé dans l’Herbier E. Drake, est actuellement
conservé dans l’Herbier d’Afrique du Muséum de Paris; Jussieu lui-même
l’a déterminé : « Grewia mollis Juss. Ann. mus. 4.91 ». Il s’agit d’une plante
récoltée par Dupuis, portant simplement comme indication de localité
la mention « Africae » mais qui est très probablement 1 celle citée par
Jussieu comme provenant du Sénégal. L’échantillon de Dupuis portant
des jeunes fruits, des boutons assez développés et une fleur épanouie est
incontestablement celui qui a servi à Jussieu pour décrire son espèce;
c’est par suite lui que nous choisirons comme type du Grewia mollis Jussieu;
il ne fait d’ailleurs aucun doute qu’il appartient à la même espèce que
l’échantillon de l’Oware (les caractères foliaires sont tout à fait concordants).
Cette observation n’aurait guère d’intérêt si là devaient s’arrêter nos
conclusions. Mais l’examen de la plante de Dupuis montre que les bota¬
nistes ont mal interprété la description de Jussieu et que le Grewia mollis des
auteurs n’est pas celui de Jussieu. Le Grewia mollis Jussieu n’appartient
pas à la section Axillares Burr. mais à la section Grewia (sect. Oppositifloræ
Burr.) et il est identique à l’espèce qui fut décrite plus tard (1807) par
Palisot de Beauvois sous le nom de Grewia pubescens. Ce dernier nom
doit donc disparaître et céder la place à celui de Jussieu. Quant au Grewia
mollis auct. non Juss. il devra s’appeler G. venusta Fresen., Fresenius
paraissant être le premier auteur à l’avoir décrite.
1. « Dupuis, ancien jardinier en chef du jardin des Tuileries et botaniste très zélé,
dont le précieux herbier, rempli de plantes sénégalaises... » (Guillemin, Perrottet &
Richard, Floræ senegambiæ tentamen, 1, 148, in obs.).
Source : MNHN, Paris
— 62 —
Les deux synonymies que nous proposons s’établissent comme suit :
Grewia mollis Juss.
Ann. Mus. Hist. Nat. Paris 4 : 91 (1803), non auct.
— Grewia pubescens Pal. Beauv., FI. Oware 2 : 76, lab. 108 (1807).
Grewia venusta Fresenius
Mus. Senckenb. 2 : 159, lab. 10 (1837).
— Grewia mollis auct. mult., non Juss.
Signalons en terminant que l’échantillon Adanson 72 C conservé dans
l’Herbier Jussieu (fol. 12567 B) et déterminé comme G. mollis Juss. est
en réalité un Grewia flavescens Juss.
C.T.F.T., Tananarive,
Muséum, Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 63-68, 1974.
UNE SECONDE ESPÈCE
DU GENRE MEDUSANDRA Brenan
(MÉDUSANDRACÉES)
par René Letouzey et Benoît Satabié
Résumé : Description de Medusandra mpomiana R. Let. & B. Sat., sp. nov. provenant
de la même région camerounaise que M. richardsiana Brenan et en différant nettement
par sa feuille paucinervée et ses inflorescences en épis contractés.
Summary: Description of Medusandra mpomiana R. Let. & B. Sat., sp. nov. from
the same camerounese région as M. richardsiana Brenan and differing clearly from it
by paucinerved Ieaf and contracted spicate inflorescences.
A partir de 1945 étaient récoltés dans la région de Kumba au Came¬
roun (plus particulièrement dans la Réserve forestière de Bakundu-Sud
et au voisinage, à 50 km au NW de Douala), des échantillons d’une nouvelle
espèce forestière décrite par J. P. M. Brenan (1952) sous le nom de Medu¬
sandra richardsiana Brenan, espèce aux affinités difficiles à préciser et faisant
ainsi l’objet d’un nouveau genre ( Medusandra ), d’une nouvelle famille
(Médusandracées) et d’un nouvel ordre (Médusandrales), cet ordre se
plaçant au mieux entre Olacales et Santalales.
Un peu plus tard, le même auteur (1954) rangeait dans cette nouvelle
famille le genre Soyauxia Oliv. et modifiait en conséquence la définition
des Médusandracées et des Médusandrales ; cet arrangement a été conservé
par R. W. J. Keay (1958) dans « Flora of West Tropical Africa ». Pour
J. Hutchinson (1959 et 1969) par contre, le genre Soyauxia reste parmi
les Passifloracées et la famille des Médusandracées est rattachée aux Olacales.
En décembre 1971 et janvier 1972, à l’occasion de prospections floris¬
tiques et phytogéographiques dans le triangle Yingui-Ngambé-Ndikiniméki,
à quelque 100 km au NE de Douala au Cameroun, nous avons eu la sur¬
prise de découvrir, assez fréquente et abondante, une seconde espèce appar¬
tenant incontestablement au même genre, nettement différente de la pre¬
mière et facilement caractérisée, au premier abord, par sa nervation foliaire
et l’allure de ses inflorescences. Plus récemment, en décembre 1973, c’est
un peu plus au sud, à 120 km à l’est de Douala, que nous retrouvions
cette espèce.
Source : MNHN, Paris
— 64 —
PI. 1. — Medusandra mpomiana R. Let. & B. Sal., sp. nov. — 1, rameau fleuri x 2/3; 2, fleur
x 8; 3, pétale x 8: 4, extrémité d’un staminode x 20; 5, étamine après anthèse x 20;
5', coupe transversale schématique d’une anthère après anthèse x 20; 6, ovaire X 20;
7, fruit x 1,5; 8, axe de l'épi floral après anthèse, sans jeunes fruits x 4; 9, bractée x 6.
(D’après holotype, Letouzey 10983 , paratypes éventuellement et Leeuwenberg 9655 pour
le fruit.)
Source : MNHN, Paris
— 65 —
De son côté, de janvier à avril 1972, notre ami A. J. M. Leeuwenberg
récoltait, dans la région de Nkongsamba à 100 km au nord de Douala, des
échantillons de cette seconde espèce de Medusandra.
Celle-ci, tout comme M. richardsiana, n’est qu’un petit arbre et il est
vraiment étonnant que ces espèces, faisant partie d’un nouvel ordre, soient
si longtemps passées inaperçues des collecteurs et des botanistes, au moins
dans les régions — en définitive très voisines et relativement parcourues
— de Kumba et de Nkongsamba. Nous trouvons là une nouvelle preuve
— parmi combien d’autres — de l’intérêt des récoltes et des études de
botanique systématique tropicale; cette discipline, encore au stade de
l’inventaire linnéen pourrait-on dire, est injustement mal servie, mal sou¬
tenue et décriée même par trop de botanistes d’avant-garde œuvrant hors
des réalités historiques et dimensionnelles tropicales, ou par une multitude
de botanistes des régions tempérées noyés au milieu de leurs problèmes
intellectuels et microstationnels de génétique intraspécifique.
Medusandra mpomiana R. Let. & B. Sat., sp. nov. 1 .
Characleres generis (Brenan 1954, p. 510-511). Folia nervis lateralibus 2-3-jugis;
inferum jugum assurgens prope basin insertum. Flores sessiles in spicis brevibus compactis
confertis.
Type : Letouzey 10983, Cameroun (holo-, P; iso-. B, BR, CO, HBG, FHI, K, WAG,
YA).
Petit arbre de 20-60 cm de diamètre à la base, atteignant 10-20 m
de hauteur totale, à cime en hauteur, compacte, mais avec branches cour¬
bées, ramifiées, retombantes, à feuillage vert foncé; parfois tronc court,
difforme, cannelé, bosselé, avec rejets, surmonté de 4-8 tiges verticales.
Écorce mince, lisse ou lenticellée; bois blanc, tendre. Bourgeons et jeunes
rameaux pubérulents, avec poils couchés obliquement, puis rapidement
glabrescents; stipules subulées de 3-5 mm, caduques.
Feuilles à pétiole de 2-6 cm de longueur, un peu renflé aux deux extré¬
mités avec jonction du limbe souvent coudée, à pubérulence éparse puis
glabrescent; limbe elliptique, parfois oblong-elliptique, de 6-22 cm de
longueur (dont acumen de 0,5-3 cm) x 3-9,5 cm de largeur, cunéiforme
et souvent un peu asymétrique à la base, acuminé au sommet, à marge
très obscurément et très lâchement serrulée, coriace; 2-3 paires de nervures
latérales, l’inférieure presque basale, peu courbée, très ascendante et attei¬
gnant la moitié supérieure du limbe où se situent les 1-2 autres paires très
courbées; nervures tertiaires dans l’ensemble perpendiculaires à la nervure
médiane, toutes nervures saillantes au-dessous du limbe, la médiane et les
1. Nous dédions avec gratitude cette nouvelle espèce à l’Assistant des Eaux et
Forêts camerounais Mpom Benoît qui, une fois de plus, nous accompagnait en 1971-
1972-1973 lors de prospections dans les régions de Ndikiniméki et d’Eséka et dont les
remarquables capacités de naturaliste sont dignes de tous éloges.
Source : MNHN, Paris
— 66 —
latérales enfoncées sur la face supérieure; face inférieure du limbe avec
pubérulence éparse, puis glabrescente.
Inflorescences en épis solitaires ou par 2-3 à l’aisselle des feuilles,
courts et ne dépassant guère 2 cm de longueur, 1,5 cm de largeur et seule¬
ment 0,5 cm de diamètre en début de fructification (après perte des pétales,
étamines et staminodes), contractés, à axe épais pubescent, garni d’alvéoles
longitudinales contiguës où se loge la fleur; celle-ci sessile et soutenue par
une bractée épaisse, en vasque triangulaire de 1-1,5 mm de largeur, pubes-
cente, caduque au moment de l’anthèse.
Fleurs odorantes, blanches. Calice vert, pubescent, de 2 mm de hauteur,
à 5 lobes triangulaires. Corolle à préfloraison imbriquée, à 5 pétales blancs,
oblongs, de 3 mm de hauteur, un peu concaves et arrondis au sommet,
à nervure médiane marquée. Étamines 5, faiblement soudées avec la base
des pétales, de 1,5 mm de hauteur; anthères basifixes et ± cubiques avant
anthèse, à loges intérieures plus petites que les loges extérieures, basculant
à 90° vers l’intérieur lors de l’anthèse et s’ouvrant alors latéralement par
4 clapets longitudinaux à charnière verticale (cf. « portes à double battant »;
« flaps » de J. P. M. Brenan, 1953, p. 508) 1 . Staminodes 5, atteignant
1 cm de longueur, densément pubescents, avec poils claviformes sauf vers
la base glabre, terminés à l’extrémité par un petit appendice anthériforme
en apicule glabre, rarement bifide. Ovaire pabérulent, globuleux et ne
dépassant pas 1 mm de diamètre, uniloculaire mais avec fine colonnette
centrale, garni de 6 ovules pendants du sommet de la loge et surmonté
de 3 courts styles glabres, dressés vers l’extérieur.
Capsule de teinte crème nuancée de rouge foncé, glabre, subglobuleuse
trigone, d’environ 2 cm de diamètre et 1,5 cm de hauteur, portée par un
pédicelle long d’environ 1 cm et entourée à la base par les 5 lobes accrus
du calice, coriaces et vert pâle, atteignant environ 8 mm de longueur,
retournés et concaves vers le pédicelle, glabrescents; capsule avec fil axial
interne du sommet à la base de la cavité, s’ouvrant par 3 fentes le long
des côtes du fruit, à valves persistant quelque temps. Graines avortées
sur le matériel disponible.
Matériel étudié (Cameroun) : Leeuwenberg 9322, fo'êt de Bakika au km 3 de
la route Eboné-Ekomtolo, Eboné se trouvant au km 11 de la route Nkongsamba-
Douala (fl., janv.); 9538, eod. loc. (j. fr.; mars); 9655, chutes d’Ekom sur le Nkam à
15 km au NE de Nkongsamba (fr., avr., secs et en alcool); Letouzey 10817, près Ndok-
bassabem à 25 km au SSW de Ndikiniméki (v. fr., déc. et bois), retrouvé en abon¬
dance à quelques kilomètres de là, à l'W et au NW de Ndoknabao; 10983, près Iboti
à 20 km à PESE de Yingui, localité située à 35 km à l'E de Yabassi (fl., janv.); 11084
1. Les étamines de M. richardsiana et de M. mpomiana nous paraissent identiques
et les dessins E et I de la figure 2, page 232 publiés par J. P. M. Brenan (1952), repris
par R. W. J. Keay (FWTA, 1958, p. 655, I. 185, devraient à notre avis être modifiés
comme décrit ici (anthères basifixes, basculées à l’anthèse, s’ouvrant par 4 clapets retour¬
nés vers l’extérieur et portant des grains de pollen sur leur face interne. L’anthère de
Soyauxia s’ouvre également par clapets mais elle-peut être interprétée semble-t-il comme
médio-dorsifixe et versatile (« peltée »), les 4 clapets occupant alors obliquement les
angles du plateau formé par les 4 loges poltiniques (cf. R. W. J. Keay, 1958, p. 653,
t. 183 B).
Source : MNHN, Paris
— 67 —
(type), près Nkam à 10 km au NNE de Ngambé, localité située à 75 km au NEd'Edéa
(fl., janv.); 12281, falaise méridionale de la forêt de Mambé près Boga, localité située
à 30 km au N d’Eséka (stér.).
Les deux espèces du genre Medusandra se distinguent donc en définitive
aisément par les caractères suivants :
— Feuilles à env. 8 paires de nervures latérales; inflorescences en racèmes
allongés . M. richardsiana
— Feuilles à 2-3 paires de nervures latérales ; inflorescences en épis contractés
M. mpomiana
Il n’est pas tenu compte ici de caractères secondaires n’ayant qu’une
valeur relative, par comparaison côte à côte d’échantillons médians pour
les deux espèces : stipules, marge du limbe, nervures tertiaires, pubérulence,
bractées, taille des pétales, extrémité des staminodes, lobes calycinaux
fructifères, forme du fruit...
Au point de vue phytogéographique, les deux espèces de Medusandra
appartiennent à la forêt biafréenne à Césalpiniacées (R. Letouzey, 1968,
p. 124) mais, jusqu’à plus amples informations, il semble que M. richardsiana
ait été rencontrée dans la plaine basse (à 50 m environ d’altitude), couverte
par cette variante de la forêt à Césalpiniacées qu’est la forêt littorale à
Sacoglottis gabonensis et Lophira alata (R. Letouzey, 1968, p. 135), alors
que M. mpomiana ait été rencontrée sur les pentes s’élevant de cette plaine
vers les plateaux intérieurs camerounais, entre 500 et 800 m d’altitude,
l’imprécision actuelle des cartes de cette région, quant au relief, ne permettant
pas un meilleur repérage.
Les deux espèces existent, parfois relativement abondantes, en forêt
de type primaire mais il est à noter aussi que, pour toutes deux, leur présence
est signalée en forêt dégradée, voire en ce qui concerne M. mpomiana
dans des friches postculturales à Elæis et Albizia dérivées elles-mêmes de
la forêt précédente, ou peut-être formées parfois sur des savanes à Termi-
nalia glaucescens cultivées puis abandonnées et se reforestant alors avec
Lophira alata et Pycnanthus angolensis. L’existence d’exemplaires de M.
mpomiana à tiges multiples sur un même tronc court s’explique certainement
par la formation de « cépées » développées sur des souches laissées par le
cultivateur après défrichage de la forêt, cette espèce ayant la possibilité,
signalée aussi pour M. richardsiana, d’émettre des rejets vigoureux.
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum, Paris,
et Herbier national Camerounais,
BP 194, Yaoundé.
Bibliographie
Brenan J. P. M. — Plants of the Cambridge expédition, 1947-1948 : II. A new order
of flowering plants from the British Cameroons, Kew Bull. 1952, 2 ; 227-236, lab. 1,
2 (1952).
Source : MNHN, Paris
— 68 —
Brenan J. P. M. — Soyauxia, a second genus of Medusandraceæ. Kew Bull. 1953, 4 :
507-511 (1954).
Hutchinson J. — The families of flowering plants, ed. 2, 1 : 335 (1959).
Hutchinson J. — Evolution and phylogeny of flowering plants: 366 (1969).
Keay R. W. J. — Flora of West Tropical Africa, ed. 2,1, 2 : 652-656, tab. 184-185 (1958).
Letouzey R. — Étude phytogéographique du Cameroun, 508 p., Paris (1968).
Source : MNHN, Paris
Aüansonja, ser. 2, 14 (1) : 69-75, 1974.
LE FRUIT DE LA VIGERIA MACROCARPA (Oliv.) Pierre
ICACINACÉE D’AFRIQUE
par Nicolas Hallé
Résumé : Une illustration détaillée est donnée du fruit de Lavigeria macrocarpa
(Oliv.) Pierre. A cette occasion quelques caractères sont nouvellement décrits ou précisés,
des rectifications sont apportées, et la répartition de l’espèce est revue et complétée pour
le Cameroun et le Gabon.
Summary: Detailed illustration of fruiting Lavigeria macrocarpa (Oliv.) Pierre
with complementary notes, rectifications and distribution for Cameroun and Gabon.
Dans la Flore forestière de la Cochinchine, L. Pierre décrivit en 1892
un genre africain d’Icacinacées, Lavigeria. Après une description précise
et de pertinents commentaires il conclut ainsi : « En somme dans cette
petite famille des Icacinacées les vrais caractères génériques sont surtout
marqués dans le fruit et dans la graine ». Il appuie cette remarque de plusieurs
exemples africains et asiatiques. Il est regrettable que dans les Flores du
Cameroun et du Gabon, Icacinacées, par J.-F. Villiers, parues en 1973,
il n’ait pas été tenu compte de cette remarque.
Plusieurs erreurs se sont glissées dans les travaux qui traitent de cette
espèce. Nous profitons pour faire les rectifications qui s’imposent, de l’occa¬
sion que nous avons eu d’analyser in vivo le fruit du Lavigeria. Nos dessins
coloriés et nos notes accompagnés d’herbiers fructifères avaient été confiés
à J.-F. Villiers qui n'en tira aucun parti, n’y ayant pas reconnu le Lavigeria.
OBSERVATIONS NOUVELLES ET RECTIFICATIONS
1. — Les feuilles alternes sont distiques, précision importante qui
paraît être passée inaperçue.
2. — Les rameaux juvéniles longuement sarmenteux présentent des
feuilles parfois très réduites et très caduques ou qui au contraire se déve¬
loppent et persistent. Ces feuilles sont remarquables par leur aire axillaire
qui s’étire longuement sur l’axe et sur laquelle s’échelonnent, espacées
par des intervalles atteignant 5-10 mm les bourgeons axillaires; ces derniers
Source : MNHN, Paris
— 70
texte); 4, poils de limbe; 5, poils de rachis d’infl.; 6, poils de paroi endocarpique; 7, gynécée
haut de 2 mm; 8, bractée de 1,5 mm; 9, infrut. fr. verts; 10, drupe mûre 65 x 57 mm;
11, coupe transversale du fr. (*, vaisseau endocarpique; S, raphé); 12, noix de 55 x 40 mm
avec un reste de sarcocarpe; 13, noix vue par la base; 14, graine; 15, détail du tégument
séminal (10 x 6 mm); 16 , albumen ouvert montrant le contour approximatifdel'embryon
et sa radicule orientée vers l'apex. (N. Halle 3734).
Source : MNHN, Paris
— 71 —
sont ordinairement au nombre de trois et le plus éloigné de l’aisselle est
celui qui produit, de façon précoce, un rameau secondaire (PI. 1 ,fig. 1, A2).
3. — Section des tiges. Villiers l’indique comme quadrangulaire,
terme repris de Boutique (1960). En fait les tiges aoûtées sont cylindriques
et il en est de même in vivo des tiges juvéniles; par dessiccation les entre¬
nœuds juvéniles sont plus ou moins marqués de sillons mais non à propre¬
ment parler quadrangulaires. Si les vieilles tiges (1-3 cm de diamètre) sont
parfois subanguleuses, cela est lié à la structure du bois (cf. obs. 17, ci-
dessous).
4. — Pilosité des rameaux, poils stellés. Ce qualificatif est utilisé
par plusieurs auteurs depuis Oliver. En fait les poils sont fasciculés ou
ombellés (suivant le terme de Pierre), disposés en touffes denses; les élé¬
ments (par 5-20 environ) sont des poils simples et il n’y a pas de base com¬
mune. Longs de 0,2 à 0,4 mm, ils sont in sicco bruns ou translucides, lon¬
guement atténués aigus, parfois ± fins et contournés. Les poils du
rachis inflorescentiel sont du même type.
5. — Pilosité des bractées et ovaires. Sur ces organes les poils sont
disposés en revêtement uniformément très dense. A la face interne de l’endo¬
carpe la pilosité consiste en poils simples très fins et épars, jaune trans¬
parent et couchés, longs d’environ 0,5 mm.
6. — Pilosité des limbes foliaires. Selon Villiers, le limbe serait glabre
sur les deux faces. Il convient de dire que les feuilles sont plus ou moins
glabrescentes; au stade juvénile elles sont très densément et entièrement
velues et cette pubescence est rarement totalement caduque. Les poils
des limbes sont ± distinctement disposés en fascicules stelliformes, en un
mélange variable d’éléments ± raides, bruns, aigus, et de poils transparents
fins sinueux ou contournés.
7. — Couleur des limbes. C’est la teinte brun roux ou brun ochracé
et faiblement discolore qui est caractéristique in sicco.
8. — Fleurs hermaphrodites. Ce caractère est sûr. Dans sa clé des
genres Villiers (p. 4, 1973) indique par erreur « plante monoïque ».
9. — Ovaire. La loge unique contient bien deux ovules inégaux et
la figure de Boutique en coupe para-axiale, avec un seul ovule, est
incomplète.
10. — Les remarques de Boutique (p. 270) concernant l’existence
de deux formes de fruits sont très intéressantes et très importantes pour
le Gabon. Il est regrettable que la Flore du Gabon ne donne pas ces infor¬
mations à ses lecteurs. C’est la forme courte que nous avons analysée;
son fruit atteint seulement 8-9 cm de longueur. Au contraire Pierre a étudié
spécialement la plus grande forme qui atteint 10-16 cm.
11. — La figure du fruit donnée par Boutique (G, p. 269) correspond
aux fruits de la grande forme; son ornementation paraît beaucoup moins
Source : MNHN, Paris
— 72 —
PI. 2. — Lavigeria macrocarpa (Oliv.) Pierre : 1 et 2, drupe, forme courte, séchée rapidement
dès la récolte (Letouzey 5970); 3, drupe, forme longue, aspect in vivo d'après un moulage
de Dybowski (maquette peinte à la couleur pourpre du fr. mûr); 4, drupe, forme longue,
probablement séchée après conservation en liquide (Klaine 6175); S, coupe de tige ligneuse
(Klaine 6175) (a, moelle; b, bois dur; c, bois tendre; d, anneaux libériens); 6, autre coupe
de 3 cm, maximum observé (A. Chevalier 26818); 7, autre coupe (Letouzey 8970).
accusée que celle des fruits étudiés par Pierre où l’on reconnaît les ali¬
gnements longitudinaux de bosses ou verrues. Le fruit figuré par Oliver
(1895) bosselé et verruqueux est semblable à celui que nous avons étudié
et comme ceux qui ont été récoltés au Cameroun. Le fruit figuré par Villiers
donne pour le moins une idée très mauvaise de l’échantillon auquel il se
réfère; on y reconnaît difficilement le croquis du manuscrit de Pierre
joint à l’herbier Jolly 153.
12. — Type de l'espèce. Villiers cite à tort comme holotype de l’espèce
celui du synonyme Lavigeria salutaris Pierre. Le type de l’espèce est Mann
Source : MNHN, Paris
— 73 —
43, Fernando Po (holo-, K; iso-, P!). La forme typique est donc bien celle
qui a été figurée par Oliver et qui a des fruits ovoïdes courts.
13. — L'endocarpe a été décrit comme ± ligneux par tous les auteurs
depuis Oliver mais le terme approprié paraît être osseux (osseus : qui
a la dureté et l’aspect de l’os); cet endocarpe n’est pas du tout fibreux
mais très cassant.
au Gabon.
14. — L'épiderme de la graine est une très mince pellicule transpa¬
rente, plus ou moins ouvragée de perforations et ornée d’un réseau multi-
rayonnant de veinules brunes; il est traversé en long par une bande brune
opaque qui est le raphé (p) qui se situait dans notre échantillon à 90° du
canal endocarpique (a).
15. — Le poids d'un fruit (PI. 1, 10) de 65 x 57 mm est de 117 g;
le noyau pèse 48 g; la graine dépouillée de ses enveloppes pèse 37 g. Le
poids du sarcocarpe est de 69 g; la chair en est très ferme, rose purpurin
Source : MNHN, Paris
— 74 —
en surface comme en profondeur; il est consommé par les animaux et
occasionnellement par l’homme. Avant maturité le fruit est vert clair avec
en surface une fine pubescence brunâtre ressemblant à une pruine; la pulpe
immature est jaune pâle.
16. — Le rhytidome des vieilles tiges est remarquable; il est brun
roussâtre, parfois grisâtre, divisé en plaques allongées et irrégulières minces
qui tendent à se desquamer.
17. — Le bois, au-dessus d’un diamètre d’environ 1 cm (et jusqu’à
3 cm, maximum observé), présente des inclusions annulaires de liber très
remarquables. Des structures anormales comparables ont été décrites
(M. Obaton, 1960) chez plusieurs Icacinacées Ouest-africaines : Ieacina
mannii Oliv., Rhaphiostylis beninsenis Planch., R.cordifolia Hutch. & Dalz.
et R. ferruginea Engl.
18. — L'appareil souterrain est très remarquable, il consiste en un
gros tubercule turbiné napiforme atteignant 50 cm à 1 m au dire des infor¬
mateurs (Bos, Letouzey), à écorce brun ochracé; il serait ligneux mais
tendre in vivo; les Porcs-épics (Atherura) le déterrent pour le manger.
19. — La fleur est blanc crème, ± rosée à l’extérieur, à odeur fétide
(Tisserant, Bos).
20. — Dans la Flore de la Cochinchine (PI. 267), à la dernière ligne
de la seconde page de texte, lire Ieacina macrocarpa au lieu de I. macrophylla.
21. — VIeacina claessensii De Wild. ressemble beaucoup au Lavi-
geria macrocarpa. La taille, la couleur des feuilles et le réseau des nervilles
très saillantes et la pubescence peuvent tromper en ce qui concerne l’appa¬
reil végétatif. L 'Ieacina claessensii diffère par sa nervure médiane qui
se présente en un sillon plus étroit et plus profond à la face supérieure.
La pubescence est plus rare sur les entrenœuds et non disposée en fascicules
stelliformes. L’excentricité du style au sommet de l’ovaire est un caractère
distinctif essentiel en l’absence de fruit.
Matériel étudié :
Lavigeria macrocarpa :
Cameroun (* numéros non cités dans la Flore du Cameroun) : J. Bos 3125*, 5 km
S Kribi; 3305*, 9 km SE Kribi; 3753*, Grand Batanga; 4025*, 19 km SE Kribi; 4072*,
18 km NE Kribi; 4098*, 17 km N Kribi; 6014*, 36 km N Kribi (fl., fin oct. à déc.; fr.
juv., janv.; fr., mars). Brenan & Onochie 9467, lac Barombi, Kumba (fl., mars); Letou¬
zey 8970*, riv. Niété, 40 km SE Kribi (fr. mars); 9830, Minso II, 30 km WSW Obala
(fl., janv.); 11180*, confluent Nkam-Nkébé, 20 km SW de Nkondjok, route Bafang-
Yabassi (fr., fév.); W. J. de Wilde 1352 (et non pas 1532), 50 km NW Eséka (fl., nov.);
Zenker 1184, Bipindi (fl.); Leeuwenberg 5055, 60 km SW d'Eséka (fr. juv., mars). —
Gabon (* numéros non cités dans la Flore du Gabon) : Aubry-Lecomte s.n., Gabon,
« Ourendé » (et non pas Owendo) (fr. non vus); A. Chevalier 26818, île Coniquet (fl. et
fr., sept.); N. Halle 3734*, Bélinga, env. 800 m ait. (fr., juin); A. Hladik 1547*. Makokou
(fr., sept.); Jolty 153, env. de Libreville (fr., avr.); Klaine 1732*, 6175, env. de Libreville
Source : MNHN, Paris
— 75 —
(fl. janv. et mars); Le Testu 9451, Binoc, 15 km SW Minvoul (fl., janv.); Dybowski s.n.*,
sans loc. précise, très probablement Gabon (1894, moulage de fruit). — Fernando Po :
G. Mann 43, récolté en 1859 (fl.). — Centrafrique : Le Testu 4487, Yalinga (fl., janv.);
Tisseront 1372, Bambari (fl., janv.); 2354, Boukoko (fl., janv.).
Icacina claessensii :
Gabon (* numéros non cités dans la Flore du Gabon): Klaine 959*, env. de Libre¬
ville (fr., juin); 3334*, env. de Libreville (fr., mai); Le Testu 6485, Pèca (et non Pèra),
40 km SW Mbigou (fl., avr.); 8234*, Mavanga, 50 km NNE Mbigou (fl., août); 8675*,
Mayabi, 90 km WSW Lastoursville (fl., janv.). — Congo : Lecomte C 31*, Niounvou,
région de Kitabi (fl., janv.). — Zaïre : Pour mémoire : Jean Louis 6809, 12787; R. Ger¬
main 2225.
Bibliographie
Boutique R. — Icacinaceæ, Fl. du Congo 9 : 267-270 (1960).
Obaton M. — Les lianes ligneuses à structure anormale des forêts denses d’Afrique
occidentale. Masson, Paris, 220 p. (1960).
Oliver D. — Flora of Tropical Africa 1 : 357 (1868).
— Hooker’s le. Plant. 4 : tab. 2338 (1895).
Pierre L. — Flore forestière de la Cochinchine 4 : tab. 267, texte seulement (1892).
Villiers J.-F. — Icacinacées, Flore du Cameroun 15 : 3-100 (1973).
— Icacinacées, Flore du Gabon 20 : 3-100 (1973).
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum, Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 77-98, 1974.
LE GENRE DICELLANDRA Hook. f.
(MÉLASTOMACÉES)
par H. Jacques-Félix
Summary: This révision accounts for species of Dicellandra, including a new
one; the type-species, D. barteri, includes 4 varieties resulting in 3 new combinations.
The g. Dicellandra occurs within the guineo-congolean Région, exclusively in forests.
It should be classified among Sonerilete.
Le genre Dicellandra fut établi en 1867 par J. Hooker sur les deux syn-
types du D. barteri : Barter 2113, de Nigeria, et Mann 3, de Fernando Po.
En 1871 ce même auteur ajouta une deuxième espèce, D. setosa, d’après
une récolte d’AFZELius au Sierra Leone. En réalité, cette addition, faite
avec beaucoup de réserve : « A very doubtful plant as to genus », reposait
davantage sur quelques convergences superficielles que sur l’identité de
caractères essentiels. Cette composition hétérogène ne fut pas discutée
par Cogniaux qui, en 1891, rapporta au D. barteri un spécimen d’Afrique
centrale, Schweinfurth 3166, cité peu après par Gilg comme syntype du
nouveau genre Phseoneuron. Dans sa Monographie de 1898, Gilg ne dissipa
pas pour autant la confusion sur le genre Dicellandra, auquel il ajouta
une troisième espèce, D. liberica.
Ce fut O. Stapf qui, en 1900, par une étude minutieuse de tous les
caractères, montra que ces deux genres ne sont même pas très apparentés,
et ramena Dicellandra à ses limites exactes avec la seule espèce-type, D.
barteri. De sorte que, malgré des récoltes ultérieures et la proposition de
quelques nouveaux noms, le genre reste peu important et homogène 1 .
APPAREIL VÉGÉTATIF. — Tous les Dicellandra sont vivaces. Leur
croissance sympodiale se faisant par développement d’un seul rameau
situé sous l’inflorescence, ils restent généralement unicaules, avec un port
1. Les spécimens cités sont principalement ceux des Herbiers de Bruxelles, Paris,
Wageningen et Coimbra. Cependant, la carte (fig. 2) fait également état de ceux de Kew
dont le relevé m’a été aimablement communiqué par G.-E. Wickens.
Je remercie les Directeurs de ces différents Établissements, et aussi B. Verdcourt
et G.-E. Wickens, qui m’ont fourni de précieux renseignements concernant ce genre.
Source : MNHN, Paris
— 78 —
ne variant que de l’arbrisseau étalé, ascendant ou appuyé, à l’arbrisseau
réellement dressé et de hauteur médiocre.
Stade juvénile (PI. 4). Nous savons, par les récoltes et observations
de plusieurs collecteurs, que le D. barteri var. barteri se présente d’abord
sous l’aspect d’une petite plante délicate, à tiges filiformes, radicantes
et microfoliées, avant d’acquérir son état normal. Aussi peut-on lui rappor¬
ter le D. siandens que Gilg avait établi sur une telle forme juvénile. Nous
ignorons si ce sont des conditions d’orthotropie ou d’éclairement qui sont
nécessaires à la suite du développement. Nous constatons seulement que
l’épaississement de la tige et l’agrandissement des feuilles se font lorsque
la plante trouve un appui vertical, qui peut être aussi bien unrocherqu’un
tronc mort ou vivant, et qu’elle y adhère par ses racines adventives. Alors
la tige atteint couramment 2 à 3 m et même jusqu’à 6-8 m. Chez les autres
espèces ou variétés il est vraisemblable que la plante est d’abord humifuse
avant de se redresser sans le secours d’un tuteur; elle s’enracine alors
plus vigoureusement sur les nœuds de courbure, développe de grandes
feuilles et peut donner une première floraison à une dizaine de centimètres
du sol. Même les plus robustes des spécimens terricoles du D. barteri
var. magnifica passent probablement par ce stade. Par contre, le D. barteri
var. escherichii atteint son état florifère tout en restant étalé et radicant.
Les tiges sont plus ou moins quadrangulaires, ailées ou non, relative¬
ment épaisses par leur partie médullaire varient peu de diamètre sur toute
leur longueur et développent leurs racines adventives aussi bien sur les
entrenœuds que sur les nœuds, Les feuilles sont normalement amples,
jusqu’à 22 x 35 cm, longuement pétiolées, parfois inégales sur le même
nœud. La nervation est camptodrome : les trois à sept nervures ascendantes
(plus une paire submarginale ténue) sont reliées par des transversales
nombreuses, parallèles, connectées elles-mêmes par des nervilles perpen¬
diculaires encore bien plus évidentes que le réticulum ultime. Cette nervation
peut perdre de sa régularité par réticulation des nervilles connectant les
transversales; surtout chez quelques espèces et variétés où ce sont les
transversales elles-mêmes qui deviennent plus ou moins sinueuses et amor¬
cent la réticulation. La marge varie de serretée-dentée à entière. Malgré
leur valeur secondaire ces deux derniers caractères sont intéressants pour
la définition des espèces et variétés.
INFLORESCENCE (PI. 1). — L’inflorescence est une panicule termi¬
nale dont chacun des deux à six nœuds porte, de part et d’autre, de une à
trois cymes unipares ( cincinnus ). La cyme peut être sessile ou pédonculée,
glomérulée ou scorpioïde, simple ou bifurquée; les fleurs elles-mêmes
étant plus ou moins pédicellées. Les rapports de nombre et de dimension
entre ces différentes parties varient selon les espèces et variétés. Ainsi,
chez le D. barteri, la var. barteri a une inflorescence multiflore, oblongue,
formée de glomérules sessiles ou subsessiles de fleurs pédicellées (PI. 4),
cependant, chez certains spécimens robustes, les glomérules se détendent
Source : MNHN, Paris
79 —
Source : MNHN, Paris
— 80 —
et montrent leur structure de cyme unipare plus ou moins bifurquée (PI. 1,2);
la var. magnifica a une inflorescence lâche, étalée, formée de cymes pédon-
culées nettement scorpioïdes, souvent bifurquées, avec fleurs longuement
pédicellées.
Seules les bractées axiales des nœuds inférieurs sont encore phylloïdes,
les suivantes sont immédiatement réduites et les bractéoles, aciculaires
ou ovales, sont peu visibles. L’inflorescence est donc bien différenciée,
particulière au genre par sa forme et sa constitution.
FLEUR (PI. 1). — La fleur est caractérisée par un calice court et une
corolle déjà bien dégagée avant l’anthèse. Le réceptacle est généralement
atténué sur le pédicelle, plutôt allongé, arrondi ou vaguement pentagonal,
à paroi mince. Les lobes du calice sont peu incisés, largement triangulaires,
arrondis ou tronqués, carénés sur le dos. La corolle n’offre aucune parti¬
cularité : roses, pourpres ou blancs, les pétales sont lancéés 1 , largement
insérés à la base, aigus à subulés au sommet, glabres.
Les étamines ont normalement deux appendices antérieurs et un posté¬
rieur; le dimorphisme en est variable. Chez le D. barteri les étamines exter¬
nes ont une anthère grêle, subulée, qui atteint la base de l’ovaire dans le
bouton et prend une courbure caractéristique par son allongement avant
l’anthèse; le pédoconnectif est court, les deux appendices antérieurs sont
subulés et l’ergot dorsal est aplati; le filet est également grêle et papilleux
vers le bas. Les étamines internes ont une anthère plus courte et rectiligne;
les appendices sont courts et obtus. Chez le D. glandulifera les étamines
sont homomorphes, alors que chez D. descoingsii les externes sont légè¬
rement différenciées : pédoconnectif court mais précis; appendices anté¬
rieurs linéaires-obtus.
L’ovaire, presque aussi haut que le réceptacle chez D. barteri, plus
court chez les autres espèces, y adhère sur toute sa longueur par les cloisons
minces ou lacuneuses des logements staminaux; le vertex en est tronqué,
souvent papilleux, et porte une couronne membraneuse, plus ou moins
marginale, papillo-glanduleuse. Le style est linéaire, un peu épaissi cepen¬
dant vers le sommet, et porte souvent des poils tannifères glanduleux
vers le bas; le stigmate est punctiforme à subcapité. Les carpelles sont mem¬
braneux avec placentas stipités par une lame mince, adhérente sur toute
la partie moyenne, ou plus courte, partiellement libre surtout vers le haut;
la partie funifère est quelque peu élargie et laciniée, avec des ovules nom¬
breux, comprimés, souvent stériles vers le bas. En conclusion le gynécée
est caractérisé par des formes assez longues, par des cloisons d’adhérence
aussi hautes que l’ovaire, par la fragilité générale des parois.
1. A la suite de A. I. Baranov, 1965 (Taxon 14 : 63-65), j’ai employé en 1973
(Adansonia 13 : 429-559), le terme «lancéolé» pour désigner le type de feuille dont le
plus grand diamètre se situe au milieu avec les deux extrémités symétriquement en coin,
et celui de « lancéaté » pour le type dont le plus grand diamètre se situe en dessous du
milieu et dont la forme est cependant plus étroite, plus allongée, que la feuille ovale.
Toutefois J. Raynal me fait justement remarquer que la transcription française correcte
de « lanceatus » est lancéé (fém. : lancéée).
Source : MNHN, Paris
— 81 —
FRUIT. — Ellipsoïde-oblong à globuleux, le fruit reste couronné par
le calice. Le sommet de l’ovaire atteint généralement la marge du récep¬
tacle et varie de concave à tronqué ou légèrement convexe et quelque
peu bosselé par les loges, selon que la couronne persiste ou disparaît (PI. 1,
5, 6, T).
Couronne épigyne. En effet, bien que de même nature que celle des
genres Amphiblemma, Calvoa, etc., cette couronne ne présente pas d’accres-
cence en rapport avec l’extension périphérique des loges. Elle est parfois
peu développée à la floraison et n’est plus visible sur le fruit. Ce caractère,
typique des Sonerileæ, est donc peu prononcé et variable chez les Dicellandra.
Marge du réceptable. Bien que ce soit un caractère descriptif peu
important il est à signaler que la marge du réceptacle s’accroît un peu
après la chute des étamines et est toujours bien marquée. Le sommet tronqué
de l’ovaire venant s’y appuyer, on a là comme une image d’un fruit inféro-
varié, tel celui du Myrianthemum mirabile, par ex. Toutefois, dans le cas
présent, il y aurait incompatibilité avec la position périgyne des étamines
dans le bouton.
La déhiscence se fait par rupture des parois, qui sont apparemment
hygroscopiques et mucilagineuses, de sorte que les graines sont vraisem¬
blablement dispersées par les pluies.
La graine est obconique, légèrement comprimée, avec un hile puncti¬
forme et un embryon droit; une arille brune, granuleuse, facilement désa¬
grégée à maturité, occupe toute la longueur du raphé; au sommet les tégu¬
ments forment un rostre divergent.
NOMBRE CHROMOSOMIQUE. — Le D. barteri, étudié par Favarger,
donne n = 32 ou 34. Ce nombre se rapproche de celui des Amphiblemma :
A. cymosum n = 38, et des Calvoa : C. monticola n = 21.
ANATOMIE. — La structure est dermomyélodesme, à savoir qu’il
existe du tissu criblé dans la moelle et des cordons vasculaires dans l’écorce;
ceux-ci déterminent une ligne saillante, bien visible sur l’angle des tiges.
INDUMENT. — L’indument est très uniforme. A part les soies très
courtes et rares que l’on peut observer sur le limbe des feuilles, n’existent
que les poils furfuracés courts; les soies brunes sur les tiges et les pétioles;
les papilles et poils glanduleux très discrets sur le style, le filet des étamines,
le vertex de l’ovaire et sa couronne.
CLASSIFICATION. — Le genre Dicellandra a la particularité de réunir
quelques caractères considérés comme discordants selon notre actuelle
conception des tribus. Sur la base d’une déhiscence irrégulière et de graines
cunéiformes, il a été placé parmi les Dissochæteæ (ou Medinilleæ) par la
plupart des auteurs : Bentham & Hooker, Triana, Cogniaux, Gilg,
Source : MNHN, Paris
— 82 —
Jacques-Félix, sauf par Van Tieghem qui le situait parmi les Osbeckieæ
en raison de sa structure dermomyélodesme.
En réalité, le manque de déhiscence est un caractère négatif qui peut
aussi bien concerner des fruits secs que des baies et, dans le cas présent,
il ne justifie pas l’attribution du genre Dicellandra aux Dissochæteæ. Quant
à la structure caulinaire c’est bien à peu près le seul caractère qui puisse
être invoqué pour un rapprochement avec les Osbeckieæ, car les Dicellandra
s’en éloignent par leur comportement forestier, leur type d’indûment,
leurs cymes unipares, leur ovaire avec couronne marginale, leurs graines
cunéées, etc.
En définitive c’est avec les genres africains de Sonerileæ, Preussiella,
Amphiblemma, etc., que les affinités sont les plus étroites. L’argument
chromosomique incline aussi dans ce sens, encore que, pour tenir compte
de l’identité de structure avec les Osbeckieæ, on doive souligner certaines
concordances des nombres de base (Cl. Favarger) 1 .
Il apparaît enfin que le genre ne peut être défini par le dimorphisme
staminal de l’espèce-type. Non seulement il y a passage des étamines dimor¬
phes et discolores du D. barteri aux étamines homorphes du D. glanduli-
gera, en passant par celles, peu dimorphes et concolores, du D. descoing-
sii, mais aussi l’hypothèse de fluctuations intraspécifiques n’est pas à écarter.
La composition du genre est encore assez confuse. Mildbraed et
Gilg ont respectivement proposé quelques espèces sur des caractères qui
ne semblent plus suffisants avec l’augmentation des récoltes et que nous
conservons comme variétés du D. barteri. Par ailleurs nous rapportons
au Dicellandra une espèce que Pellegrin avait nommée dans un autre
genre et nous en proposons une troisième qui lui est apparentée.
Établi sur la base d’étamines différenciées avec appendices subulés,
le complexe du D. barteri varie par le port, la forme et la nervation des
feuilles, la forme de l’inflorescence. Le type est caractérisé par son port
lianescent, ses feuilles serretées, ses inflorescences compactes et copieuses;
la var. erecta est normalement dressée, ses feuilles sont plus coriaces, à
marges entières et la nervation tend à être réticulée; la var. escherichii
est radicante comme le type, mais elle est plus débile et reste étalée sur le
sol, ses feuilles sont nettement cordiformes à marges entières et les inflo¬
rescences appauvries; la var. magnifica est normalement érigée, robuste,
avec des feuilles amples à marges entières, les inflorescences sont lâches.
Le D. glanduligera est bien distinct par ses feuilles à nervation réti¬
culée, par son ovaire plus court et surtout par ses étamines homomorphes.
Le D. descoingsii en est manifestement voisin; il présente cet intérêt d'avoir
des étamines externes différenciées dont les appendices sont bien différents
de ceux du D. barteri. Si la distinction est ainsi bien confirmée entre le
complexe D. barteri, d’une part, et D. glandulifera, D. descoingsii, d'autre
part, on peut se demander si cette dernière espèce n’est pas qu’une forme
hétérostaminée de la précédente. Cependant, quelques autres caractères
1. Nouvelles recherches cytologiques sur les Mélastomatacées. Bull. Soc. bot.
suisse 72 : 290-305 (1962).
Source : MNHN, Paris
— 83 —
et la possibilité de leur attribuer respectivement plusieurs récoltes nous
conduisent à les distinguer.
En raison des variations staminales, on pourrait tout aussi valablement
choisir la nervation des feuilles comme critère des affinités et on aurait alors,
d’une part : D. barteri et ses variétés magnifica et escherichii; et, d’autre
part : D. barteri var. erecta, D. descoingsii, D. glanduligera. C’est dire
que notre classification est encore bien incertaine et que des observations
sur le terrain restent nécessaires.
HABITAT; CHOROLOGIE (Fig. 2) 1 2 . — Que les Dicellandra soient
dressés, étalés, ascendants libres ou appuyés, ce sont toujours des arbris¬
seaux unicaules et peu compétitifs. Nullement tropophytes et incapables
de renouveler d’importantes fractions de leur sympode, comme le font
certains Amphiblemma, ils exigent un environnement constamment favorable.
Le D. barteri lui-même n’est pas un épiphyte héliophile, mais une liane
épidendre qui recherche les supports nécessaires à sa croissance ortho¬
trope. Ce sont donc des humicoles radicants, peut-être hémisaprophytes,
hygro-sciaphiles, dont le comportement désigne l’habitat : sous-bois de
la forêt guinéo-congolaise, plus particulièrement les microclairières de
chablis, là où les substrats sont riches en humus et l’humidité suffisante
toute l’année.
Les deux espèces dont l’endémisme est le plus étroit sont D. glanduli-
1. La réalisation de cette carte a été facilitée par les recueils suivants : Bamps,
Index des lieux de récolte in Flore du Congo, du Rwanda et du Burundi (1968). — Letou-
zey, Les Botanistes au Cameroun, Flore du Cameroun 7 (1968). — Raynal, Itinéraires
de G. Le Testu au Gabon, Flore du Gabon 14 (1968). Et Wickens m’a communiqué
la répartition des spécimens conservés à Kew.
2. Sur la carte, en E, lire D. glanduligera.
Source : MNHN, Paris
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géra et D. descoingsii, connues de quelques stations seulement du bassin
de la Ngounié au Gabon. Le D. barteri délimite l’extension du genre avec
une tendance à la juxtaposition des aires variétales; du moins chaque variété,
sauf var. magnifica, a une aire cohérente où elle prédomine. Ainsi la var.
erecta se trouve surtout dans la région de Kribi, au Cameroun, et, proba¬
blement aussi, çà et là dans le secteur biafréen; la var. escherichii s’étend
du sud du Cameroun à l’embouchure du Congo; enfin la var. magnifica
est presque exclusive du type sur toute la partie orientale du Zaïre jusqu’au
Kivu et à l’Uganda, toutefois elle se retrouve au Mayombe.
On voit à cette répartition que c’est la partie occidentale de la Région
guinéo-congolaise, le Domaine gabonais en particulier, qui est la plus
riche, le D. barteri lui-même s’étendant jusqu’au Liberia.
DICELLANDRA Hook. f.
in Benth. & Hook., Gen. PI. 1 : 757 (1867).
Fl. Trop. Afr. 2 : 459 (1871); Triana, Trans. Linn. Soc. Lond. 28 : 81 (1871);
Cogn., Mon. Phan. 7, Melast. : 545 (1891); Krasser, Pflanzenfam. 3, 7 : 179 (1893);
Gilg, Mon. Afr. 2, Melast. : 32 (1898); Stapf, Journ. Linn. Soc. bot. 34 ; 491 (1900);
Gilg, in Engler, Pflanzenw. Afr. 3, 2: 759 (1921); Keay, Fl. W. Trop. Afr., ed. 2. 1 :
252 (1954); Jac.-Fél., Icon. PI. Afr. 3 : tab. 59 (1955); A. & R. Fern., Conspect. FI.
Angol. 4 : 161 (1970).
CLÉ DES ESPÈCES
1. Étamines dimorphes, discolores; les externes à anthère grêle, incurvée;
avec appendices antérieurs aigus-subulés; plantes diversement rampantes,
épidendres ou dressées .. D. barteri.
2. Feuilles grandes, largement ovales à lancéées; au moins une fois et
demie plus longues que larges .
3. Plantes robustes, souvent radicantes sur les troncs; tige quadrangu-
laire-ailée: feuilles serretées-dentées; nervures transversales nom¬
breuses, parallèles; inflorescence oblongue, à cymes subsessiles;
fleurs pédicellées . D. barteri var. barteri.
3’. Plantes parfois radicantes à la base puis dressées; tige quadrangulaire
non ailée; feuilles entières ou très obscurément dentées.
4’ Feuilles subcoriaces, en coin ou arrondies à la base; nervation
réticulée entre les transversales; cymes glomérulées, celles de la
base généralement pédonculées ; pédicelles 0,5-1 cm.. D. barteri var. erecta.
4'. Feuilles membraneuses, lancéées-cordées ; nervures transver¬
sales parallèles; cymes pédonculées, lâches, scorpioïdes; fleurs
longuement pédicellées . D. barteri var. magnifica.
2'. Feuilles largement cordiformes, guère plus longues que larges, marges
entières; plantes étalées, jusqu’à 1 m de long; panicules longues de
5-6 cm . D. barteri var. escherichii.
1 ’. Étamines homomorphes, concolores ou, si elles sont dimorphes, les externes
ont une anthère droite, des appendices antérieurs linéaires-obtus et la
plante n'est pas lianescente; cymes (au moins celles de la base) pédonculées,
glomérulées; fleurs subsessiles.
5. Étamines homomorphes ; plantes débiles, étalées ; feuilles elliptiques ...
D. glanduligera.
5‘. Étamines dimorphes; plantes normalement dressées; feuillles lancéées-
ovales à lancéolées-elliptiques. D. descoingsii.
Source : MNHN, Paris
PI. 3. — Dicellandra barteri : lectotype (Mann 3) à gauche; syntype (Barter 2113) à droite.
Source : MNHN, Paris
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Dicellandra barteri Hook. f. (PI. 4).
Fl. Trop. Afr. 2 : 459 (1871); Triana, Trans. Linn. Soc. Lond. 28 : 81, tab. 7,
fig. 85b' (1871); Cogn., Mon. Phan. 7, Melast. : 546 (1891); Krasser, in Pflanzenfam. 3,
7 : 179, fig. 77E (1893); Gilg, Mon. Afr. 2, Melast. : 33 (1898); Stapf, Journ. Linn.
Soc. bot. 34 : 491, tab. 19, fig. 1-10 (1900); Gilg, Pflanzenw. Afr. 3, 2 : 760 (1921); Exell,
Journ. Bot. 67, Suppl. Polypet. : 182 (1929); Keay, Fl. W. Trop. Afr., ed. 2, 1 : 252
(1954); Jac.-fél., Icon. PI. Afr. 3 : tab. 59 (1955); A. & R. Fern., Conspect. Fl. Angol. 4 :
161 (1970).
— D. barteri var. runcinata de Wild., Ann. Mus. Congo, ser. 5, 2 : 332 (1908); basé
sur Laurent 776.
— Amphihlemma grandifolium A. Chev., Expi. bot. Afr. occ. : 276 (1921), nomen;
Hutch. & Dalz., Fl. W. Trop. Afr., ed. 1, 1 : 210 (1927); ex Hutch. & Dalz., Kew
Bull. 1928 : 221 (1928), descr.; A. Chev., Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. 2, 4 : 678
(1932); basé sur Chevalier 19541.
— D. scandens Gilg, Pflanzenw. Afr. 3, 2 : 760 (1921); in clavi; in Mildbr, Wiss..
Ergebn. Deutsch. Zentr. Afr. Exped. 1910-11 : 188 (1922), nomen; basé sur Mildbraed
6358 (n.v.).
Lectotype : Mann 3 (holo-, K; iso-, P). PI. 3, gauche.
La typification du D. barteri présente quelques difficultés. Les syntypes
Barter 2113 et Mann 3, cités par J. Hooker, sont assez dissemblables pour
que Stapf ait douté de leur identité ( loc. cit. : p. 492). Et bien qu’il ait consi¬
déré Barter 2113 comme étant le type de principe, il apparaît à l’examen
de ses dessins originaux, dont une reproduction avec commentaires m’a
été aimablement communiquée par B. Verdcourt, que les éléments de
la description, surtout ceux des étamines dimorphes, ont été principalement
empruntés à Mann 3. Toutefois le gynécée et les étamines jeunes ont été
reproduits d’après Barter 2113. La description originale de Hooker fait
également davantage allusion au spécimen de Mann qu’à celui de Barter,
par ex. en ce qui concerne les marges foliaires. Le spécimen Mann 3 corres¬
pond donc mieux à la description et à la forme la plus répandue de l’espèce
et nous le choisissons comme type. Quant au Barter 2113 (PI. 3, droite),
il représente vraisemblablement la var. erecta par sa tige plus grêle, moins
ailée, ses feuilles cunéées à marges subentières et nervation subréticulée, etc.
Plante robuste, herbacée; terrestre par sa base mais souvent grimpante
sur les troncs où sa tige simple peut atteindre de 2 à 3 (6-8) m de hauteur.
Tige quadrangulaire, ailée ou angles aigus, jusqu’à 1,5 cm de diamètre;
radicante sur toute sa surface; furfuracée à villeuse sur les angles, puis
glabrescente. Feuilles amples, membraneuses, longuement pétiolées, géné¬
ralement inégales sur le même nœud; pétiole robuste, long de 10 à 15cm,
furfuracé à villeux; limbe largement ovale-lancéé à elliptique, de 10 x 20
jusqu’à 22 X 35 cm, arrondi à cordé à la base, largement aigu au sommet ;
glabrescent ou avec soies très courtes et éparses à la face supérieure, glabre
hors des nervures furfuracées à la face inférieure; cinq (sept) nervures
1. Il y a une fig. 85a et une fig. 85b, alors que la distinction n’existe pas dans la légende
(p. 167). Le bouton floral, à calice tronqué de la fig. 85a représente probablement Phteo-
neuron setosum (= Dicellandra setosa ) que Hooker décrivait à cette même époque.
Source : MNHN, Paris
— 87 —
PI. 4. — Dicellandra barteri var. barteri (Hallê & Le Thomas 420) et sa forme juvénile (Letouzey
9014). x 2/3.
ascendantes peu visibles du dessus, nervures transversales nombreuses,
environ trente et jusqu’à soixante de chaque côté de la médiane, parallèles;
nervilles moins prononcées et perpendiculaires aux précédentes; marges
serretées-dentées, ciliées.
Source : MNHN, Paris
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Inflorescence normalement copieuse, multiflore, jusqu’à 6 cm de dia¬
mètre et longue de 12 cm, avec cinq à sept nœuds florifères, cymes sessiles
ou presque, glomérulées, ou parfois structure scorpioïde apparente. Fleur
grande, allongée; pédicelle jusqu’à 15 mm; réceptacle atténué à la base,
étroitement turbiné, environ 4 X 10 mm, furfuracé. Calice étalé ou non;
lobes largement triangulaires — arrondis à tronqués — émarginés, plus
larges que hauts, 2,5 x 2 mm, diversement carénés sur le dos. Corolle
dégagée du calice bien avant l’anthèse, rose à pourprée; pétales 7x15 mm,
elliptiques, largement insérés à la base, acuminés-subulés au sommet,
glabres. Étamines dimorphes et discolores; les externes roses ou pourpres;
anthère de 10 mm, grêle, subulée, incurvée vers le tiers inférieur; pédo¬
connectif de 1 mm, avec appendices antérieurs subulés-aigus, longs de
2 mm; éperon oblong, 1 mm; filet linéaire, 7 mm, avec quelques poils
tannifères glanduleux vers le bas. Étamines internes à anthère de 5 mm,
jaune ou rose, rectiligne, sessile; appendices antérieurs 0,5 mm; éperon
0,5 mm; filet 6 mm, avec poils glanduleux vers le bas. Ovaire tronqué,
avec une couronne membraneuse, papilleuse, de développement variable;
style 13 mm.
Fruit turbiné, 7 x 12 mm; sommet de l’ovaire au niveau du réceptacle,
varie de concave à tronqué ou légèrement convexe selon que la couronne
persiste ou non. Graine 0,7-0,8 mm.
Liberia : Adam 21691, 25149, 25187, base du Ml Nimba, vers 500-600 m ait.,
bas-fonds forestiers; épiphytes sur troncs morts (juil., déc.); Y allait 138, New Camp
(juin). — Côte d'IVoire : Bernardi8460, Taï (mars); Chevalier 19541, entre Fort-Binger
et Toula, bassin du Cavaliy (juil.); 19599, de Nékaougnié à Grabo; spec. juvénile (juil.);
19710, Grabo, bassin du Cavaliy (août); Leeuwenberg 3940, 15 km NE Bianouan; liane
de 6 m de haut (avr.); de Wit 7929 (WAG), forêt de Téké, N Abidjan; liane (août). —
Nigeria : Brenan & Onochie 9006, Bénin : Okomu forest ; d'abord étalé sur le sol puis
grimpant sur les troncs (fév.). — Fernando Po : Mann 3 (déc.); Mildbraed 6928 (HBG),
Bokoko, 14 km N de Punta de Sagre (oct.). — Cameroun : Annet 236, Lolodorf, rochers
sous forêt (juin); Bos 4065 (WAG), de Kribi à Lolodorf; plantes rampantes, délicates,
formant un tapis dense sur troncs pourrissants (mars); 5549 (WAG), environs de Kribi,
sur tronc pourrissant en petit marécage; grimpe aussi le long des troncs et les feuilles
s'agrandissent (oct.); Breteler685 (WAG), Doumé, station marécageuse près d'un ruisseau;
épiphyte sur arbre à 3 m de haut; les racines aériennes descendent jusqu'au sol humide
(nov.); Jacques-Félix 2460, Ndiki, en forêt (nov.); 2480, Ndiki; un peu différent : fleurs
plus petites, rameaux glabrescents, feuilles arrondies, marges subentières, se rapproche
de la var. erecta (nov.); Letouzey 7736 (Coll. Mpom Benoit), 50 km est de Foumban,
bord de rivière; 3 m de haut (août); 8146, Bityé, 40 km ENE de Sangmélima, sur vieille
souche en raphiale (oct.); 9014, région de Kribi; stade juvénile (mars); 9403, région
de Kribi, au.N de la Kienké; plante grimpante le long des troncs d'arbres; d'abord
avec feuilles petites, pyis de plus en plus grandes et floraison seulement en site découvert,
sur vieux troncs décapités, par ex. (avr.); 9728, Iri, région de Bafia, sous-bois de
forêt marécageuse avec quelques Raphia-, épiphyte s'élevant jusqu’à 5-8 m de haut
( déc.);11131, de Bafang à Yabassi, 12 km NNE de Nkondjok, sous-bois sur sol humide;
liane s’élevant en hélice à 2 m de haut (fév.); Mildbraed 5503 (HBG), Lomié (a. 1911);
8439 (K, n.v.), environs de Bafia vers la Sanaga (a. 1914). — Rép. Centrafricaine :
Tisseront, Boukoko 329, lieux humides en forêt; grimpant le long des rochers (oct.). —
Gabon : N. Halle 1830, à 10 km SW de Njolé; épiphyte sur un tronc abattu, dans un
ravin humide; stade juvénile (avr.); Halle & Le Thomas 420, Bélinga; naissant au sol
puis grimpante jusqu'à 3 m de haut (août); N. Halle <S J.-F. Villiers 4649, Mt Cristal,
Chutes de Kinguélé; présente des formes jeunes à toutes petites feuilles, tige grêle, grimpant
Source : MNHN, Paris
— 89 —
le long des arbres avec racines adhésives (janv.). — Congo : Sita 2950, forêt du Mayombe,
à 8 km de Mvouti vers Dolisie (oct.); Thollon 1298, forêt du Mayombe; liane (nov.). —
Zaïre : Bequaeri 6535 (BR), Walikale; fl. pourpres (janv.); Broun s.n. (BR), entre Bikoro
et Mbandaka (1913); Corbisier 857 (BR), forêt marécageuse entre Wendji et Mbandaka;
croît sur les vieilles souches, les racines touchant l’eau (nov.); Evrard 2928, 3125, 3188
(BR), Befale, forêt rivulaire de PEkekeli; herbacée rampante sur un tronc mort, ou
grimpante par racines adhésives jusqu'à 2 m de haut (nov., déc., janv.); 4019 (BR), riv.
Tshuapa, en face de Boonde ; épiphyte (a vr.);5!20 (BR), Befale, forêt rivulaire de Maringa ;
épiphyte (oct.); 5828 (BR), Befale, Mompono; épiphyte (fév.); Germain 8684, 8687
Source : MNHN, Paris
— 90 —
juvénile (BR), Isangi, Yabwesu : route de Yaboseo à Yalisingo; herbe lianiforme attei¬
gnant 2 m (mars); Goossens 5034 (BR), Inongo, (juil.); Laurent 176 (BR), Eala (juin)
2048 (BR), Ingolo (oct.); Lebrun 310 (BR), Wendji environs de Mbandaka, forêt primitive;
marécageuse; radicante, couchée sur le sol et s'enracinant sur les vieux troncs (mai);
Louis 8961 (BR), Yambao, 25 km NW de Yangambi; forêt primitive marécageuse de
la Longe; liane à crampons atteignant 3,50 m de haut sur un tronc (avr.); 14194 (BR),
Opala, forêt rivulaire Ilifa, contre un arbre abattu et pourrissant; racines crampons
(fév.); 16196 (BR), l’W de Yangambi; sous-bois de forêt primitive marécageuse; herbe
lianeuse, sciaphile, grimpant contre un gros tronc moussu (oct.); Seret 930 (BR), Mosole,
forêt humide (août); de Wenckel 23 (BR), Bokondji; liane herbeuse, émettant beaucoup
de racines adventives; monte jusqu’en haut des grands arbres (avr.). — Angola ; Goss-
weiler 7641 (COI!), Cabinda, Mayombe (déc.).
Observations. — Comme on le voit aux notes des collecteurs cette
plante ne fleurit que lorsqu’elle est appuyée verticalement à un support;
on voit aussi qu’elle affectionne les troncs pourrissants dont elle est peut-
être capable d’assimiler les matériaux en voie de dégradation. Nous citons
ici les spécimens juvéniles de Bos, dont les indications de récolte laissent
à croire qu’ils ne se rapportent pas à ses spec. de la var. erecta.
Dicellandra barteri var. erecta (Mildbr.) Jac.-Fél., var. nov.
— D. erecta Mildbr. in Wiss. Ergebn. Deutsch Zentr. Exped. 1910-1911, 2 ; 98 (1922),
nomen nudum.
A varietate typica, caule erecto, glabrescenti ; foliis integris, nervulis subreticulatis ;
floribus brevipedicellatis, differt.
Type : Mildbraed 5839 (holo-, HBG !). PI. 5.
Plante ascendante, jusqu’à 0,60 m de haut; tige quadrangulaire non
ailée, glabrescente. Feuille à pétiole robuste, long de 10 cm, furfuracé;
limbe largement elliptique, 10-12 X 16-20 cm, en coin ou arrondi à la base,
obscurément acuminé au sommet; brillant à la face supérieure, glabre
ou très obscurément furfuracé, glabre à la face inférieure hors les nervures
furfuracées; 5 (7) nervures ascendantes, peu visibles du dessus, nervures
transversales espacées (20-22 de chaque côté de la médiane) guère plus
saillantes que les nervilles tertiaires réticulées; marges entières ou éparsément
denticulées par quelques cils.
Panicule longue de 7 cm environ, furfuracée, environ trois paires de
cymes sessiles ou portées par des pédoncules robustes, parfois deux cymes
par aisselle, l’une sessile, l’autre pédonculée; cymes glomérulées, 8-10 fleurs
à pédicelle robuste de 0,5-1 cm. Fleur un peu plus petite que dans le type.
Grandes étamines à anthère de 5 mm, appendices antérieurs très aigus,
de 2 mm; ergot 0,8 mm; filet 5-6 mm. Petites étamines à anthère de 3,5 mm;
filet 4 mm.
Cameroun : Bos 3427 (WAG), environs de Kribi, réserve de Kienké; herbe trainanle
avec tiges prostrées radicantes, puis ascendantes (déc.); 5062 (WAG), environs de Kribi,
marécages sur la route d’Ebolowa; herbe subligneuse, haute de 0,60 m (juil.); 5516
Source : MNHN, Paris
— 91 —
(WAG), environs de Kribi, réserve de Kienké; herbe succulente, dressée, haute de 0,50 m
(oct.); Dinklage 851 (HBG), Grand Batanga (déc.); Leeuwenberg 5589 (WAG), 60 km
S Edéa; herbe décombante (avril); Letouzey 9472, colline Nkolkaye, près Mbanga,
à 81 km de Kribi sur la route d’Ebolowa; 0,50 m de haut, fleurs rose foncé (avr.); Mild-
braed5839 (HBG), 50 km E Kribi (1911); de Wilde 2920 (WAG), 10 km N Kribi, forêt
littorale (août). — Gabon : Chevalier 26902, Ahiémé sur la riv. Komo (oct.).
Source : MNHN, Paris
— 92 —
Observations. — Bien que très proche du type par ses caractères
staminaux, cette variété mérite d’être distinguée, d’autant qu’elle se rappro¬
che du D. descoingsii, par son port dressé, ses feuilles réticulinerviées à
marges entières et ses fleurs plus brachymorphes.
Dicellandra barteri var. magnifica (Mildbr.) Jac.-Fél., comb. nov. (PI. 6).
— D. magnifica Mildbr. in Wiss Ergebn. Deutsch Exped. Zentr. Afr. Exped. 1907-
1908, 2 : 586 (1913).
Type : Mildbraed 3131 (n.v.).
Arbrisseau dressé, de 0,40 à 1 m, parfois jusqu'à 2 m, rarement pro-
combant puis ascendant; terricole ou occasionnellement épiphyte; tige
robuste, glabrescente, quadrangulaire, finalement subarrondie mais les
faisceaux corticaux toujours bien saillants. Feuilles amples, membraneuses;
pétiole robuste, long de 5 à 13 cm. Limbe jusqu’à 13-22 x 20-35 cm,
largement Iancéé, cordé à la base, aigu à largement acuminé au sommet;
glabrescent sur les deux faces hors les nervures furfuracées à la face infé¬
rieure; 5-7 (9) nervures ascendantes, nervures transversales nombreuses,
parallèles, nervilles tertiaires perpendiculaires aux précédentes; marges
entières ou très obscurément denticulées par excurrence des nervilles.
Panicule lâche, étalée, jusqu’à 12 x 12 cm, formée de quatre à six nœuds
florifères. Cymes à pédoncule grêle, souvent bifurquées; nettement scor-
pioïdes avec fleurs bien espacées et longuement pédicellées (10-18 mm).
Fleurs souvent blanches, parfois roses, rarement pourpres; mêmes carac¬
tères que le type mais généralement un peu plus petites : réceptacle
3x8 mm; grandes anthères 5-8 mm; petites anthères 3,5-5 mm. Fruit
7 X 10 mm.
Zaïre : Babault 719, Kivu : Buloho, Mwendula, en forêt (oct.); 723, Kivu : Mwahi,
forêt (oct.); 831, Kivu : Rugongo (mars); Bequaert 1743 (BR), Avakubi, forêt ombragée;
fl. rouges (janv.); 2528 (BR), Penghe. bords de l’Ituri; fl. pourpres (fév.); 6456 (BR),
Masisi-Walikale, forêt vierge; fl. blanches (janv.); Bruneel 40 (BR), Lokelenge (1906);
Christiaensen 1069 (BR), Kivu : Kalehe, riv. Fulonko, 850 m ait.; arbuste de 2 m de
haut, fl. rose mauve (sept.); 1769 (BR), Epulu, riv. Gerenge, 750 m ait.; herbe de0,60m
de haut, fl. roses (juin); 1867 (BR), Kivu-Kalehe; 0,80 m de haut (nov.); 1929 (BR),
Kivu-Walikale; herbe rampante, jusqu'à I m de long (déc.); Claessens 284 (BR), Kole
(oct.); 913 (BR), KolaKe-Kombe (janv.); Flamigni 160 (BR), Bena Dibele (août); Gen///
(BR), Lomami-Lualaba (31 janv. 1903); Germain 40 (BR), route de Weko-Bengamissa,
sources de la Lusambia; herbe pélo-sciaphile, occasionnellement épiphyte vers 1,50 m
de haut (déc.); 8243 (BR), Yangambi; pl. herbacée, 0,40 m de haut, tige charnue, pro-
combante à la base, s’enracinant aux nœuds (août); Gutzwiler 1751 (BR), Kalehe; suffrutex
0,50 m de haut (avr.); 2096 (BR), Kalehe; herbe de 1,50 m de haut (sept.); 2696 (BR),
Walikale; suffrutex 0,60 m de haut (mai); Laurent 1907, 1924 (BR), Eala, lieux humides
(juin); Lebrun 5205 (BR), Kivu : entre Masiri et Walikale, 800-1 000 m ait.; 0,30 m
de haut, fl. blanches (mars); 2591 (BR), Urega, Maniema, 1 200 m ait.; 0,60 m de haut,
fl. roses (juin); 6272 (BR), Lodja; herbe presque acaule (oct.); A. Léonard 225 (BR),
Yangambi; 0,60 m de haut, fl. rouges (janv.); 1529 (BR), Walikale, Kembo, 950 m ait.
1 m de haut (nov.); 1790 (BR), Walikale, Kabunga; rampante.fi. roses (nov.); 5940 (BR),
Shabunda; 0,60 m de haut (août); Louis 3941, 4195, 5988, 6168, 6494, 9967, 10534,
13048, 15792 (BR), Yangambi et environs; arbrisseaux dressés de 0,20 à 1 m de haut
Source : MNHN, Paris
— 93 —
(mai, juin, juil., août, sept., nov.); Pierlot 1196 (BR), Kalehe, route de Kavumu à Walikale;
suffrutex de 1 m, terricole ou sur troncs pourris (déc.); Troupin 2970, 9187, 9342, 11396
(BR), Walikale; de 0,40 à 0,80 m de haut, fl. blanches ou roses (janv., sept., nov., déc.);
de Wilde 379, 384, Kivu; fl. blanches (sept.). — Congo : Attims 52, Mayombe, col du
Bamba; plante herbacée de 0,50 m de haut, fl. violettes (janv.); Lecomte 21, Mayombe,
bords de la Ngoma (déc.); Sita 295Ibis, Mayombe, Masséka à 8 km de Mvouti vers
Dolisie; fl. blanchâtres (oct.); 3129, Mayombe, Makaba; spec. insuffisant (juin).
Source : MNHN, Paris
— 94 —
Observations. — Cette variété se distingue du type par son port
dressé, ses feuilles entières, ses inflorescences lâches. On a d’autres exemples
de taxa dont les fragments d’aires se situent au Kivou et au Mayombe.
D’ailleurs la variété existe aussi dans la partie orientale de la cuvette congo¬
laise en mélange avec le type, dans la région de Yangambi, par ex.
Dicellandra barteri var. escherichii (Gilg) Jac.-Fél., comb. nov. (PI. 7).
— D. escherichii Gilg, Pflanzenw. Afr. 3; 2 : 760 (1921), in clavi.
A varietate typica, caule pros lato ; foliis subcircularis, inlegris ; floribus minoribus,
differl.
Néotype : N. Halle & J.-F. Villiers 2206 (P).
Gilg ne cite pas le type, probablement récolté par G. Escherich
sur le Haut-Mouni (région d’Oyem), mais les quelques caractères qu’il
indique nous semblent suffisants pour situer ce taxon et en garder le nom
à titre de variété.
Plante rampante, souvent hirsute, parfois jusqu’à 1 m de long; tige
normalement simple, quadrangulaire-aiguë à subailée, radicante sur et
hors des nœuds, hérissée de soies brunes surtout sur les angles, rarement
glabrescente. Feuilles parfois inégales sur le même nœud; pétiole grêle,
long de 6 à 10 (15) cm, souvent hérissé de soies flexueuses fauves. Limbe
largement cordiforme, jusqu’à 14 X 16 cm, nettement cordé à la base,
brièvement acuminé au sommet; glabrescent sur les deux faces; 5 à 7 (9) ner¬
vures ascendantes peu visibles du dessus, modérément saillantes et furfu-
racées en dessous, nervures transversales parallèles, plus saillantes que le
réseau tertiaire; marges entières, glabres ou avec quelques cils et poils
submarginaux courts.
Panicule 10-30-flore, jusqu’à 5-6 cm de long, avec trois à six paires
de cymes sessiles; fleurs glomérulées, à pédicelle grêle de 10-15 mm. Fleur
un peu plus petite que dans le type; fruit 4-5 X 8-10 mm.
Gabon : Farron 7403, région d’Omboué, Koumouloundou; liane trainant à terre,
fl. roses (juin); N. Hallé 2134, 2206, Abanga chantier, forêt près de rivière; environ I m
de long, couchée (juin); N. Hallé & J.-F. Villiers 4707, 4724, Mt Cristal, 6 km S d'Assok;
plante basse près de rivière (janv.); 5108, Mt Cristal : Mt Mêla; plus ou moins rampante,
fl. roses (fév.); Le Testu 5221, Ngounié, de Mouila à Kembélé; rampante, fl. violettes
(fév.); 5241, Ngounié, entre Ounzenzi et Nzabi (fév.); Périquet 31, route d’Assobunkoro
à Nkassia (fév.). — Zaïre : Flamigni 10169 (BR), Mayombe : Soumbi; jolie plante des
endroits marécageux; fl. violettes (mai).
Observations. — Ces plantes se réfèrent étroitement au type et on
pourrait les considérer comme de simples formes récoltées à terre si leurs
feuilles n’étaient pas différentes. De plus elles sont particulières au Domaine
gabonais.
Source : MNHN, Paris
— 95 —
Dicellandra glanduligera (Pell.) Jac.-Fél., comb. nov. (PI. 8);
— Petalonema glanduligerum Pellegr., Bull. Mus. Nat. Hist. Nat. 30 : 326 (1924).
— Neopetalonema glanduligerum (Pellegr.) Jac.-Fél., Icon. PI. Afr. 3 : lab. 60 (1955).
Type : Le Testu 2192 (holo-, PI).
Source : MNHN, Paris
— 96 —
Plante basse, furfuracée sur ses parties jeunes; tige simple, jusqu’à
0,20-0,30 m, à entrenœuds courts, d’abord couchée, radicante, puis dressée,
quadrangulaire. Feuille à pétiole de 6-10'cm, furfuracé à hirsute vers le
sommet. Limbe jusqu’à 10 x 18 cm, elliptique-oblong à elliptique-lancéé,
arrondi ou étroitement cordé à la base, brusquement et brièvement acuminé
au sommet; légèrement bullé avec quelques rares poils courts à la face
supérieure, furfuracé sur les nervures à la face inférieure; 3-5 (7) nervures
ascendantes saillantes en dessous, nervures transversales sensiblement paral¬
lèles mais guère plus saillantes que les nervilles tertiaires réticulées; marges
serrulées-ciliées.
Panicule oblongue, 4 cm environ, 10-20-flore, avec trois à quatre paires
de cymes brièvement mais nettement pédonculées; fleurs glomérulées à pédi-
celle de 2 à 4 mm. Fleur étroitement campanulée; réceptacle obconique,
3x5 mm, furfuracé; calice étalé, 2,5 mm de haut, à lobes sépalaires
largement triangulaires-arrondis, nettement carénés sur le dos. Corolle
pourpre ou rose; pétales épais, triangulaires, longs de 10 mm, largement
insérés à la base, acuminés-subulés au sommet. Étamines homomorphes
mais légèrement inégales : anthère 5 mm, linéaire, atténuée au sommet,
sessile; connectif avec deux tubercules antérieurs et un ergot dorsal linéaire;
filet 5 mm. Ovaire profondément inclus dans le tube, puis atteignant les
deux-tiers dans le fruit; adhérent sur presque toute sa longueur par les
cloisons; vertex tronqué, papilleux, avec une couronne marginale membra¬
neuse, ciliée-glanduleuse, 0,8-1 mm de haut; style linéaire, 10 mm; stigmate
finement capité; placentas étroitement stipités.
Fruit (immature) 5 mm de diamètre, globuleux, couronné par le calice
persistant; sommet de l’ovaire concave ou tronqué avec bourrelet marginal.
Graines papilleuses.
Gabon : Le Tesiu 2192, Ngounié : près des chutes de la Waka (nov.); 5710, 5722,
Ngounié : région de Mimongo et bords de la Dipira, affluent de l’Ikoy (nov.).
Dicellandra descoingsii Jac.-Fél., sp. nov. (PI. 9).
A D. glanduligeræ staminibus dimorphis, differt ; a D. barteri, caule erecto; foliis
elliplicis, integris, reticulinervis ; appendicibus pedoconnectivi linearibus obtusis, differt.
Arbuscuta simplex, sympodialis, 0,40-1 m alla; ramis quadrangularibus, primo furfu-
raceis, demum glabratis. Folia petiolo usque 10 cm longo, furfuraceo. Lamina elliptica vel
lanceata, usque 11 X 19 cm; supra glabrescens, subtus nervis furfuraceis; 3 (5) nervis,
nervulis reticulatis ; marginibus integris.
Panicula 5-6 cm longa, 6-8 cymis ; cymae pedunculatae, 8-12 floribus glomeratis,
subsessilibus. Flos ovo-campanulatus ; receptaculum 3x4 mm, furfuraceum ; lobi calycis
late rotundi, valde carinati. Corolla alba vel rosea ; petalis triangularis, acuminato-subulatis.
Stamina majora, anthera 6 mm longa; pedoconnectivo 0,5-1 mm longo, antice producto
2 appendicibus linearibus obtusis, 1-1,2 mm longis, postice calcari 1 mm longo ; filamento
5-5,5 mm longo. Stamina minora, anthera 4,5-5 mm longa ; connectivo antice bituberculato,
postice calcarato ; filamento 4-4,5 mm longo. Ovarium valde inclusum, vertice corona
marginali, undulata, glabra. Stylus linearis, 10 mm longus; stigmate vix capitati.
Fr uct us ( adulescens) 5,5 X 10 mm, oblongus, calyce coronatus; ovario receptaculum
subaequanti.
Type : Descoings 6465 (holo-, P).
Source : MNHN, Paris
— 91 —
PI. 9. — Dicellandra descoingsii : 1, sommité fleurie x 2/3; 2, pétale x 2; 3, étamines x 6:
4 & 4', gynécée entier et en coupe partielle X 6 ( Descoings 6465); 5, fruit x 6 (Le Teslu
5782). Del. : M mc R. LOAÊC.
Arbrisseau ascendant ou dressé, sympodial, non ramifié, haut de 0,40
à 0,60 m, parfois jusqu’à 1 m; d’abord furfuracé puis glabrescent; tige
quadrangulaire à obscurément ailée, jusqu’à 0,5 cm de diamètre; radicante
Source : MNHN, Paris
— 98 —
à la base sur et entre les nœuds. Feuilles pétiolées, elliptiques; pétiole
robuste, jusqu’à 10 cm de long, étroitement canaliculé au-dessus, furfuracé;
limbe jusqu’à 11 x 19 cm, arrondi ou en coin à la base, aigu ou obscuré¬
ment acuminé au sommet ; glabrescent à la face supérieure ou avec quelques
poils courts, dressés, très dispersés; glabre à la face inférieure en dehors
des nervures furfuracées; 3 (5) nervures ascendantes peu visibles du dessus,
modérément saillantes en dessous, nervures transversales sinueuses et guère
plus saillantes que les nervilles tertiaires réticulées; marges entières.
Panicule longue de 5 à 6 cm, furfuracée; avec trois à quatre paires
de cymes à pédoncule grêle, arrondi, long de 0,5 à 1 cm; cymes de huit
à douze fleurs glomérulées, d’abord subsessiles puis à pédicelle de 2 mm.
Fleur ovo-campanulée; réceptacle ovoïde-oblong, 3x4 mm, brusquement
arrondi sur le pédicelle, densément furfuracé. Calice un peu étalé, haut
de 2 mm, lobes sépalaires peu incisés, largement arrondis et apiculés par
la carène dorsale, charnus. Corolle blanche ou rose; pétales 4 x 10 mm,
triangulaires, largement insérés à la base, acuminés subulés au sommet.
Étamines externes à anthère de 4,5-5 mm, droite, atténuée au sommet;
pédoconnectif 0,5-1 mm, prolongé en avant par deux appendices linéaires,
obtus, dressés, longs de 1 à 1,2 mm, pourvu en arrière d’un ergot linéaire
de 1 mm; filet 5-5,5 mm. Étamines internes à anthère de 4,5-5 mm, droite,
atténuée au sommet; connectif avec deux tubercules antérieurs et un ergot
de 0,5 mm; filet de 4-4,5 mm. Ovaire adhérent par les cloisons jusqu’aux
deux-tiers du réceptacle, surmonté d’une couronne marginale ondulée,
glabre. Style linéaire, long de 10 mm; stigmate finement capité.
Fruit (immature) oblong, couronné par le calice persistant, 5,5 X
10 mm; couronne épigyne atrophiée. Graines mûres non connues.
Gabon : Descoings 6465, vallée de la Ngounié, environs de Ndendé (déc.); Le
Teslu 2163, bassin de la Ngounié, Ghenzambwé; fl. blanches (oct.); 5594, Haute Ngounié,
Mt Doumayi entre Ipoungou et Kembélé; fl. blanches (oct.); 5711, Haute Ngounié,
Mimongo; plus d’1 m de haut, devient presque frutescent, fl. blanches (nov.); 5782,
Haute Ngounié, Etoughi (Noumbo); parmi les souches pourries et les feuilles mortes;
fl. roses; feuilles coriaces (nov.).
Observations. — Il se peut que l’hétéromorphie des étamines soit
variable et alors les différences avec D. glanduligera seraient faibles.
Cependant D. descoingsii semble beaucoup plus robuste. Le Testu a récolté
sciemment les deux plantes le même jour sous deux numéros différents :
5710 pour le D. glanduligera et 5711 pour le D. descoingsii en précisant
« plus d’1 m de haut, devient presque frutescent ».
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum, Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 99-101, 1974.
UNE NOUVELLE ESPÈCE D’ALOE (LILIACÉES)
DE MADAGASCAR
par J.-J. Lavranos
Résumé : Description d'une nouvelle espèce d'Aloe, découverte sur les quartzites
dans la région des plateaux de Madagascar et dédiée à M. Georges Cremers, membre
du Laboratoire de Botanique au Centre de l’ORSTOM, à Tananarive.
Summary: Description of a new species of Aloe, discovered on quartzite summits
of the central plateau of Madagascar and named in honor of Mr. G. Cremers. The
new species is found to be nearest allied to A. itremensis Reynolds from which it differs
mainly in size and végétative characters.
Aloe cremersii Lavranos, sp. nov.
Affinis A. itremensi Reynolds sed planta valde majore, habitu caulescenle, foliis fere
flaccidis, lineolatis ab illam differt.
Plantae solitariæ, cauli ad 50 cm longo, erecto ; foliis ad 30, rosulatis, latte viridibus,
lineolatis, fere flaccidis, immaculatis, usque ad 60 cm longis et basi ad 55 mm latis, apice acuto
recurvatis, subtus leviter convexis, superne planis vel paulo concavis, marginibus dentatis,
dentibus parvis, 2 mm longis, albescentibus vel pallide brunneis, inter se 5-12 mm distantibus ;
inflorescentiis erectis, usque ad 3-ramosis, ad 1,50 m altis; racemis subdense florentibus, fere
cylindraceis ; bracteis sterilibus fere numerosis, floralibus anguste lanceolatis, ad7 mm longis,
basi 2 mm latis; pedicellis roseis vel rubris, 7 mm longis; perigoniis clavatis cylindricis,
basi stipitatis-obconicis, rubris, 18-20 mm longis, basi (supra ovarium ) 3 mm et orem versus
5 mm latis, segmentibus externis fere a basi liberis, trinerviis, apice albescentibus, inte-
rioribus liberis, apice brunescentibus ; filament ibus applanatis, pallide flavis, antheris parnae
exsertis; stylo tereti, stigmati semper incluso; ovario flavo-viridi, 3 mm longo, ca. 1,5 mm
diam., apice truncato; fructus 20 mm longi et 6 mm diam.
Type : Lavranos & Cremers 9565 (= Cremers 2048) sommet de quartzites au P.K. 45,
route d’Ivato à Ambatofinandrana (lat. appr. 20° 33' S, long. 46° 54' E), province de
Fianarantsoa, Madagascar (holo-, P!).
Plantes solitaires, ne formant ni rejets, ni branches; tige grêle, dressée,
atteignant 50 cm de haut; feuilles jusqu’à 30, en rosette, assez charnues,
un peu flaccides, engainantes à la base, ascendantes à étalées, leur sommet
aigu souvent recourbé, atteignant 60 cm de long et 55 mm de large à la base,
leur face supérieure plane vers la base, légèrement concave vers le haut,
vert vif souvent teinté de rougeâtre, sans taches mais distinctement linéolée,
la face inférieure convexe, semblable à la supérieure; rebords munis d’aiguil-
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 101 —
Ions peu durs, blanchâtres ou brun pâle, longs de 2 mm et distants de 5 à
12 mm; inflorescences à 2-3 ramifications, atteignant 1,50 m de haut;
grappe florale cylindrique assez densément fleurie; bractées stériles (assez
nombreuses) et florales étroitement lancéolées, aiguës, longues de 7 mm,
larges de 2 mm, scarieuses; pédicelles roses ou rouges, longs de 7 mm;
périanthes rouges, longs de 18-20 mm, stipités, obconiques à la base, larges
d’environ 3 mm au niveau de l’ovaire et de 5 mm vers le sommet ouvert,
cylindrique-claviformes, leurs segments externes libres jusqu’à 2 mm de
la base, à 3 nervures rouges et à sommet blanchâtre, les internes libres,
blanchâtres à nervures médianes rouges à sommet brun; filets filiforme-
comprimés, jaunes, à anthères très légèrement exsertes; style filiforme
à stigmate non exsert; ovaire vert-jaunâtre, long de 3 mm, large de 1,5 mm,
à sommet tronqué; fruit déhiscent, long de 20 mm et large de 6 mm.
Autre matériel : Lavranos & Cremers 9490, sommet du mont Ibity.
A. cremersii semble se rapprocher de VA. itremensis Reynolds, qui
habite les sommets quartzitiques du Massif del’Itremo à l’Ouest d’Ambato-
finandrahana, tant par la forme de ses fleurs que par son port isolé, mais
en diffère sensiblement par la taille et par la texture de ses feuilles ainsi
que par la surface linéolée de ces dernières. Ces deux espèces n’ont été
rencontrées que sur des quartzites en des endroits élevés et souvent enve¬
loppés de nuages, mais leurs aires de répartition respectives ne semblent
pas se superposer. Notre nouvelle espèce ne semble pas avoir d’affinité,
hors celle mentionnée plus haut, avec d’autres espèces d’Aloe, tant malgaches
qu’africaines.
Aloe cremersii, espèce bien distincte, est nommé en l’honneur de
M. Georges Cremers, qui fut le premier à en trouver des plants et à exprimer
l’opinion qu’il s’agirait éventuellement d’une espèce non décrite. Des exem¬
plaires ramenés à Tsimbazaza y fleurirent durant l’hiver de 1972.
Nous saisissons la présente occasion pour remercier M. le Directeur du Conseil de
Recherches scientifiques de la République malgache, le Service des Forêts et M. Andria-
manpianina de nous avoir accordé la permission d’entreprendre des recherches bota¬
niques en République malgache et de visiter des réserves naturelles. Nous exprimons
notre gratitude à M. le Directeur et à nos Collègues du Centre de Tananarive de l’O.R.S.
T.O.M. dont nous avons apprécié l’aide, sans laquelle nos deux voyages dans la Grande
Ile n’auraient pu être réalisés.
Johannesburg
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 103-106, 1974.
TRIUMFETTA CLAUDINÆ J.-G. Adam,
NOUVELLE ESPÈCE D’AFRIQUE OCCIDENTALE
par J.-G. Adam
Nous avons recueilli le 12 novembre 1965, près du village de Falaba,
district de Kabala, dans le nord de la Sierra-Leone vers 11° 15' W. et
10° 45' N., dans des accumulations terreuses noirâtres et acides d’une
dalle granitique située à proximité du rest-house, un Triumfetta que nous
ne pouvions placer dans la clé de la Flora of West tropical Africa et que
nous n’avions pu nommer.
En consultant ce genre dans l’herbier du Muséum national d’Histoire
naturelle de Paris (Laboratoire de Phanérogamie), nous avons trouvé un
spécimen du Cameroun ( Jacques-Félix 8402 du 30 septembre 1967) recueilli
à Poli, sur la pente sud du Hosséré Godé, très similaire au nôtre. Jacques-
Félix notait que cet exemplaire avait des affinités avec T. trichocarpa
Hochst. d’Abyssinie, mais qu’il en différait par sa pilosité, par la longueur
des pédoncules et les soies des capsules non crochues.
En outre, les caractères floraux sont différents : chez T. trichocarpa,
les sépales sont filiformes au lieu d’être longuement triangulaires et dépassent
de plus de moitié la longueur des pétales qui sont ovales chez T. trichocarpa
et lancéolés chez T. claudinæ. Les filets des étamines sont courts chez T. tri¬
chocarpa et très longs chez T. claudinæ. Il y a généralement 10 étamines
chez T. trichocarpa alors qu’il n’y en a que 7 chez T. claudinæ.
Un autre spécimen à maturité, non identifié, D. J. Hambler 734,
récolté au Nigeria le 11 novembre 1959 à Okekpologon par 7° 54' N et
3° 30' E (= Keay FHI 22652) est identique à notre échantillon de Sierra-
Leone.
D’autres spécimens de la République Centrafricaine sont plus proches
de T. trichocarpa que de T. claudinæ. Les infrutescences sont sessiles ou
subsessiles. Aussi nous ne les avons pas inclus avec les échantillons de
Sierra-Leone, du Nigeria et du Cameroun.
Triumfetta claudinæ J.-G. Adam, sp. nov.
Herba antiua, 1,25 m alla, ramis hirsutis. Folia membranacea utrinque hirsuta, apice
acuminaia, basi rotundata vel cordata, petiolo hirsuto pilis simplicibus vel stellatis.
1. Cette espèce est dédiée à M me Adam Marie-Claudine.
Source : MNHN, Paris
— 104 —
Source : MNHN, Paris
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Flores flavidi glomerali, bracteis triangularibus, sepalis lanceolatis hirsulis; stamina
7-8, 3,5 mm longa; Stylus apice haud incrassatus ; ovarium hirsutum.
Capsulæ I cm latte, spinis basi dilatatis donatæ, erectis et hirsutis ; loculte 4 in quibus
2 semina ovata, brunnea, haud nitentia lateraliter complanata, facie dorsali leviter reticulata.
Type : J.-G. Adam 21917, Sierra Leone, village de Falaba à 300 m d'altitude, flo¬
raison, maturation et maturité en novembre (holo-, P.).
Annuelle ramifiée, dressée, lignifiée, de 1,25 m de hauteur; tiges cylin¬
driques densément poilues-hirsutes, poils étalés de 2 mm ou plus de longueur,
plus ou moins tuberculés à la base.
Feuilles dentées, alternes, éparsément hirsutes sur les deux faces, poils
simples ou étoilés, limbe ovale, longuement et régulièrement acuminé au
sommet, arrondi ou cordé à la base avec 2 paires de nervures basilaires
et 2-3 paires de latérales très proéminentes sur les deux faces, nervures
tertiaires et nervilles très proéminentes à la face inférieure, non visibles
à la face supérieure; il a environ 6 cm de longueur sur 3,5 cm de largeur
(souvent moins) avec un pétiole hirsute de plus de 2 cm.
Glomérules de quelques fleurs (généralement 3) jaunâtres à l’extrémité
d’un pédoncule grêle hirsute de 1-2 cm de longueur, bractées lancéolées,
longuement et régulièrement acuminées, de 5 mm de longueur, ciliées
sur les bords, sépales longuement lancéolés, aussi ciliés-hirsutes sur les bords,
de 5 mm de longueur; pétales glabres, hyalins, lancéolés, de 3 mm de lon¬
gueur; généralement 7 étamines de 3,5 mm de longueur, ovaire hirsute,
poils cressés, style filiforme non épaissi au sommet.
Capsules de 1-1,5 cm de diamètre, couvertes d’épines élargies et souvent
tuberculées à la base, hirsutes; 4 loges contenant chacune 2 graines ovales,
de 2,3 mm de longueur, glabres, brun-mat, aplaties sur les faces latérales,
légèrement réticulées dorsalement.
Paratypes : Nigeria : D. J. Hambler 734; Cameroun : Jacques-Félix
8402 (P.).
Cette espèce pourrait être intercalée de la manière suivante dans la
Flora of West Tropical Africa :
Sepais not Iepidote
Prickles of the ovary and fruit terminating in a simple straight or curved but not hooked
spine
Prickles slender, dilated only at the base
Leaves membranaceous. T. claudinæ.
Leaves not membranaceous. T. tomentosa.
Habitat :
Ce Triumfetta est, en Sierra Leone, situé dans la zone climatique et
phytogéographique soudanienne.
Nous l’avons recueilli sur une dalle granitique à plages stériles entre¬
coupées d’accumulations terreuses et de fissures qui sont colonisées par
ce Triumfetta et des espèces banales telles : Æolanthus pubescens, Borreria
scabra, Buchnera leptostachya, Bulbostylis congolensis, Canscora decussata,
Source : MNHN, Paris
— 106 —
Dissotis brazzæ, Dissolis senegambiensis, Djaloniella ypiloslyla, Hypoesles
cancellata, Jndigofera capitata, Indigofera paniculata, Ipomœa eriocarpa,
Lactuca capensis, Loudetiopsis tristachyoides, Monechma depauperatum,
Pandiaka heudelotii, Sopubia parviflora, Sopubia ramosa, Tephrosia nana.
Elles ne sont pas exclusives de ce type de station puisque la plupart
s’installent dans les savanes environnantes au sol profond. Elles sont peu
exigeantes sur la quantité de sol meuble et résistent à une grande sécheresse
interpluie et insolation prolongée (sauf Djaloniella et Loudetiopsis qui ne
s’éloignent pas des affleurements rocheux et des carapaces ferrugineuses).
Dès que l’on quitte la dalle et ses plages terreuses, la savane arborée
pyrophile à grandes Graminées et nombreuses autres familles plus ou moins
herbacées est partout. Les grands arbres de 10-14 m sont surtout : Afror-
mosia laxiflora, Bauhinia thonningii, CusSonia barteri, Daniellia oliveri,
Erythrina senegalensis, Markhamia tomentosa, Ostryoderris stuhlmannii,
Parkia biglobosa, Prosopis africana, Pterocarpus erinaceus, Terminalia
glaucescens.
Des arbustes de 4-5 m de hauteur : Annona senegalensis, Hymenocardia
acida, Nauclea latifolia, Phyllanthus discoideus, Pteleopsis suberosa.
Le tapis herbacé est représenté par de grandes Graminées de 2-4 m
de hauteur : Andropogon tectorum, Chasmopodium caudatum, Danthoniopsis
chevalieri, Hyparrhenia diplandra, Rottboellia exaltata, Schizachyrium platy-
phyllum; ou de plus petites : Andropogon pseudapricus, Panicum griffonii,
Panicum præaltum, Pennisetum Subangustum, Schizachyrium brevifolium.
Des familles diverses accompagnent les Graminées, suffrutescentes ou
herbacées dont voici quelques espèces : Adenostemma perrottetii, Alysi-
carpus rugosus, Aspilia africana, Aspilia rudis, Centratherum angustifolium,
Chlorix pycnothrix (petite graminée), Cyclocarpa stellaris, Desmodium hir-
tum, Gutenbergia nigritana. Hibiscus asper, Indigofera dendroides, Ipomœa
argentaurata, Lippia multiflora, Melastomastrum capitatum, Pseudarthria
faginea. Sida rhombifolia, des Cyanotis, Commelina non identifiés...
11 serait intéressant de connaître avec quelles autres plantes croît
ce Triumfetta qui semble assez rare, au Nigeria et au Cameroun. C’est pour
cela que nous avons nommé quelques espèces qui sont localisées dans la
même station et aux alentours immédiats de la dalle granitique où elle
s’est développée abondamment.
Ces espèces sont d’ailleurs banales sauf Djaloniella (Gentianacées).
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum, Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 107-109, 1974.
ESPÈCES ET COMBINAISONS NOUVELLES
D’APOCYNACÉES MALGACHES. — V
par F. Markgraf
Résumé : Dans quatre notes précédentes, ont été énumérées les espèces et combi¬
naisons nouvelles d'Apocynacées; la présente note termine la révision de cette famille
pour Madagascar. Elle a trait au genre Cabucala.
Summary: In four preceding notes, the new species and combinations of Apocynaceæ
hâve been enumerated; by the présent note the révision of this family for Madagascar
is completed. It concerns the genus Cabucala.
Dans quatre notes précédentes (1) ont été énumérées les espèces,
variétés et combinaisons nouvelles reconnues au cours de la révision de
la famille des Apocynacées pour la « Flore de Madagascar et des Comores »
que nous avait demandée le regretté professeur Humbert.
Il faut y ajouter la description du genre nouveau Capuronetta Markgraf
(2) et l’attribution au genre Gonioma E. Meyer d’une espèce malgache (3).
La présente note termine cette révision. Elle se borne à décrire une
espèce et une variété nouvelles du genre Cabucala Pichon.
Dans la dernière récapitulation qu’il a publiée (4), le professeur Hum¬
bert attribuait à la famille « une vingtaine de genres, dont 5 endémiques
et plus de 100 espèces presque toutes endémiques ».
Au terme de cette révision sont dénombrés 23 genres, dont 10 endémi¬
ques et 146 espèces, dont 140 endémiques.
Cabucala oblongo-ovata Markgraf, sp. nov.
Fruiex. Folia persistentia, glabra, opposita, suprema sæpissime 3-verticillata. Petiolus
1-1,5 mm longus, limbus oblongo-ovalis, basi cunealus, apice in acumen 0,6-1 cm longum
desinens, 4,5-7 x 1,5-3 cm ; nervi latérales vix distincti, 8-9 paria, 4 mm inter se distantes.
Inflorescentiæ terminales, glabræ, uni-, rarius trifloræ. Pedunculus nullus, pecidelli 10-
15 mm longi. Calycis lobi glabri, acuti, 1,5-0,6 mm. Corollæ luteæ, in fauce pilosæ tubus
15-18 X 1 mm, lobi lineares, 6-8 x 1 mm, in alabastro modice contorti. Stamina infra
faucem inserta, antheræ 1,4 mm longæ. Ovarium glabrum, conicum, 2,5 mm altum, 0,8 mm
latum, e 2 carpellis separatis compositum, pluriovulatum. Mericarpia torulosa, articuli
usque ad 15, contigui, 4 mm crassi ( immaturi).
Type : Debray 1256, Vohipeno, endroits humides, fl. 11.12.69 (holo-, P).
Source : MNHN, Paris
— 108 —
Madagascar, domaine de l’Est, forêt ombrophile : Ambodimangavolo, district
de Vavatenina, fl., 4.2.58, RN 94S/;Tamatave,fl., 21.1.57, RN8882; fr„ 17.6.50, RN 2617;
Anosibe (Moramanga), fl., 6.1.51, SF 2201 ; Mananjary, zone côtière, fl., mars-avril 1909,
Geay 7722; Borna, district de Farafangana, bord de rivière, fr., 21.6.51, 81 R 146; Station
forestière de Manombo, entre Farafangana et Vangaindrano, Boileau 2119.
Noms vernaculaires : tomgoborona (Tamatave); tandrokosy (Fara¬
fangana).
Usages : feuilles contre les maladies hépatiques (Farafangana).
Cette espèce se distingue de C. caudata Markgraf par ses feuilles
plus grandes : 4,5-7 x 1,5-3 cm (contre 3-4 x 2-2,5 cm), graduellement
rétrécies en bec au sommet (celles de C. caudata sont brusquement rétrécies
et plus longuement acuminées); sans nervures interstitielles entre les nervures
secondaires. Les pédicelles floraux sont longs de 10-15 mm (contre 4 mm).
Le tube de la corolle atteint 15-18 mm de long (contre 12 mm). La figure 1
précise ces différences.
Elle se distingue de C. erythrocarpa (Vatke) Markgraf par ses feuilles
plus épaisses, plus coriaces, jamais arrondies à la base, plus régulièrement
bien que brièvement pétiolées; pétiole de 1-1,5 mm (contre 0-3 mm); ses
pédicelles floraux plus courts; 10-15 mm (contre 17-20 mm); ses inflores¬
cences souvent réduites à une seule fleur;ses fruits à articles contigus,non
Source : MNHN, Paris
— 109 —
toruleux à l’état jeune (alors que ceux de C. erythrocarpa ont des articles
très bien séparés et des méricarpes toruleux même à l’état très jeune).
Cabucala macrophylla Pichon var. macrophylla.
Limbe des feuilles elliptique-oblong ou ové-oblong, obtus.
var. oxyphylla Markgraf, var. nov.
Limbus foliorum ovato-acutus, id est marginibus antice redis non acuminatis, sed
ipso apice obtusus, saepe subobiiquus.
Type : Humbert 5774, Manatantely (holo-, P).
Madagascar-Est : Sendrisoa, RN 3492; entre Vondrozo et Ivohibe, Decary
5407 ; Fort-Dauphin, Decary 10599; Vatambe, Decary 10635 ; Ebakika, Capuron 38342 ;
Station S.E.M. de Lakandava, ouest de Mandena, Debray 1752.
Références bibliographiques
1. Markgraf F. — Adansonia, ser. 2, 10 : 23-33 (1970); 10 : 511-513 (1970); 12 : 217-
222 (1972); 12 : 585-591 (1972).
2. — Capuronetta, genre nouveau d’Apocynacées malgaches. Adansonia, ser. 2, 12 :
61-64 (1972).
3. Markgraf F. & Boiteau P. — Apocynacées; une espèce malgache du genre mono¬
typique sud-africain Gonioma. Adansonia, ser. 2, 12 : 223-229 (1972).
4. Humbert H. — Origines présumées et affinités de la flore de Madagascar. Mémoires
Institut scientifique Madagascar, ser. B, 9 : 170 (1959).
Universitât, Zürich.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser.2, 14 (1) : 111-137, 1974.
L’ANALYSE FACTORIELLE DES CORRESPONDANCES
ET L’ARBRE DE LONGUEUR MINIMUM;
EXEMPLES D’APPLICATION
par J.-P. Briane, J.-J. Lazare, G. Roux et C. Sastre 1
Summary: Two numerical methods hâve been applied in examples of phytosocio-
logical and taxonomie studies. Those are the correspondance factor analysis and the
minimum spanning tree used complementarily. The first method uses the metric of
X 2 whose interest lies in the simultaneous représentation of objects and variables in
the same diagram. The second is a classification method whose resuit is a tree which
summarizes the relations between objects.
The relationships between the genus Sauvagesia (Ochnaceæ) and other généra
closely related taxonomically is given as an example of application in taxonomy.
In the phytosociology exemple, both methods are applied in the study of Festucetum
halleri in Southern Alps. Problems of duplication of the units are discussed.
Bien que différant par leurs objectifs, phytosocioiogie et taxonomie
sont non seulement scientifiquement complémentaires mais aussi très compa¬
rables par les méthodes utilisées. En particulier, toutes deux doivent affron¬
ter le même problème : la classification d’objets (relevés du phytosociologue,
taxa du taxonomiste) en fonction de variables (listes floristiques du phyto¬
sociologue, caractères du taxonomiste).
Depuis longtemps, des techniques numériques simples (métroglyphes,
analyses de Czekanowski, dendrogrammes, etc.) ont été utilisées par les
phytosociologues et les taxonomistes. Ces méthodes sont parfois imprécises,
voire entachées d’arbitraire.
L’emploi d’ordinateurs puissants permet aujourd’hui d’envisager l’utili¬
sation de méthodes plus efficaces telles que l’analyse multivariable et les
algorithmes de classification automatique.
En outre, l’augmentation des performances des ordinateurs permet
de traiter des données de plus en plus nombreuses.
Deux des méthodes essayées nous ont donné particulièrement satis-
1. J.-P. Briane, J.-J. Lazare, G. Roux : Laboratoire de Taxonomie végétale
expérimentale et numérique de l’Université de Paris-Sud (Centre d’Orsay) associé au
C.N.R.S.
C. Sastre : Laboratoire de Phanérogamie, Muséum national d’Histoire naturelle,
Paris.
Source : MNHN, Paris
— 112 —
faction : l’analyse factorielle des correspondances (B. Cordier, 1965)
utilisée conjointement avec l’arbre de longueur minimum fJ.-G. Gower
et G.-J.-S. Ross, 1969). Nous allons décrire ces deux techniques et en donner
des applications.
Les recherches ont été effectuées au Laboratoire de Taxonomie végétale
expérimentale et numérique 1 (Université Paris-XI) en collaboration avec
le Laboratoire de Statistique Mathématique (Université Paris-VII). L'ordi¬
nateur utilisé est l’UNIVAC 1108 du Centre de calcul de l’Université
Paris-XI.
I. — DESCRIPTION DES MÉTHODES 2
INTRODUCTION
Étant donné un tableau à double entrée dont chaque ligne correspond
à un objet (relevé, taxon) et chaque colonne à une variable (espèce, caractère),
on cherche à classer les objets en fonction d’affinités à partir des variables;
ce tableau constitue la matrice de données.
Géométriquement chaque objet peut se représenter par un point d’un
espace à m dimensions noté R m (m = nombre de variables).
Pour comparer les objets entre eux, il est nécessaire de se donner
une mesure des ressemblances en fonction des variables, aussi on fait choix
d’une métrique euclidienne permettant de calculer les distances entre les
points de R m , et en particulier entre les différents points-objets. De façon
pratique, plus la distance qui sépare deux points-objets est courte, plus
les objets qu'ils représentent sont ressemblants.
L'ANALYSE FACTORIELLE
Dans R m , l’ensemble des points-objets forme un nuage présentant
des directions d’allongement privilégiées; l’analyse factorielle a pour but
de déterminer ces directions. Dans un espace euclidien, la projection ortho¬
gonale d’un segment de droite sur un axe donné est plus courte que le
segment lui-même (fig. 1).
Donc, si on projette le nuage de points-objets sur un axe, on obtient
une représentation unidimensionnelle dont le principal effet est de réduire
en général les distances entre points-objets projetés.
De plus, la disposition relative des points-objets projetés ne respecte
plus les degrés de ressemblance des objets qu’ils représentent ex. fig. 2.,
En conséquence, il faut trouver l’axe de projection déformant le moins
possible le nuage initial; ce sera celui qui rend maximum le moment d’inertie
du nuage par rapport à cet axe.
Ce critère est, à quelques variantes près, la moyenne des carrés des
1. — Nous sommes reconnaissants au Professeur M. Guinochet d’avoir su stimuler
au sein de son équipe l’emploi de méthodes numériques nous permettant ainsi de réaliser
ce travail.
2. — Par J.-P. Briane.
Source : MNHN, Paris
— 113 —
distances entre les points du nuage projeté. Pratiquement, plus le nombre
obtenu sera grand, plus la figure de points projetés se rapprochera de la
figure initiale.
En outre, le moment d’inertie Ia par rapport à un axeA est toujours
inférieur au moment d’inertie total du nuage, I T ot, c’est-à-dire à la moyenne
des carrés des distances entre ses points.
Le moment d’inertie total I T ot est une mesure commode de l’infor¬
mation contenue dans le tableau de données (information au sens général
et non au sens probabiliste). Le taux d’inertie d’un axe t a = représente
la part d’information exprimée par cet axe.
L’axe qui rend t a maximum est appelé premier axe factoriel et son
moment d’inertie, première valeur propre.
Il est très rare qu’un ensemble de données se ramène à une seule dimen¬
sion. Le premier axe factoriel ne suffit pas à expliquer à lui seul les relations
entre objets, il n’extrait qu’une partie de l’information utile mesurée par t a .
Il est donc nécessaire d’extraire plus d’information. On peut par exemple
chercher un 2 e axe de projection orthogonal au premier rendant maximum
le moment du nuage projeté. On calcule ainsi le 2 e axe factoriel qui extrait
une part d’information plus faible que le premier.
Étant orthogonaux, les deux premiers axes factoriels extraient chacun
des informations non corrélées.
On démontre qu’en règle générale on peut extraire une suite d’axes
factoriels de valeurs propres décroissantes en nombre égal à celui des
variables.
Les résultats se présentent sous la forme de diagrammes-plans où
chaque objet est figuré par un point repéré par ses coordonnées suivant
deux axes factoriels. En prenant les axes 1 et 2, on obtient ainsi la meilleure
représentation plane de l’ensemble des objets.
L’ANALYSE FACTORIELLE DES CORRESPONDANCES
Jusqu’ici nous n’avons pas précisé de métrique particulière. L’originalité
de l’analyse factorielle des correspondances réside dans l’emploi de la
métrique du y}.
Source : MNHN, Paris
114 —
Poids de l’objet N° i :
fa.-X7.,io
Poids de la variable N° ] :
k l - £U k„
Total des éléments de la matrice :
k - =z"-i zr=i k “
Carré de la distance entre les objets i
et /' (suivant métrique de x 2 ) '■
dKUÏ) = k - Zr™ I
Tout d’abord elle ne fait pas intervenir les valeurs brutes k tJ de la
£
matrice de données mais les profils
On élimine ainsi dans la comparaison des objets entre eux un effet
de taille.
Par exemple dans le cas d’un tableau phytosociologique k,. est le nombre
d’espèces du relevé i. Si un relevé i possède en commun avec d’autres
relevés un même nombre d’espèces, l’emploi des profils a pour effet de rap¬
procher i du relevé possédant le moins d’espèces.
Pour chaque variable j dans le terme correspondant de la distance
intervient k.j en dénominateur; ceci a pour but d’éliminer un effet de taille
des variables.
Par exemple pour un tableau phytosociologique où k.j est la fréquence
absolue de l’espèce j dans l’ensemble des relevés considérés, cette opération
diminue l’importance d’une espèce très fréquente donc à écologie indifférente.
Pour un tableau taxonomique où k.j représente la fréquence d’un
caractère qualitatif j au sein de l’échantillon considéré, k.j très grand
correspondra donc à un caractère peu discriminant. Si j est un caractère
quantitatif, par exemple la mesure d’un organe, k.j représente alors non
plus une fréquence mais un ordre de grandeur de cette mesure dont la
signification n’est pas intéressante en soi. A noter qu’en analyse en compo¬
santes principales, on corrige ces inconvénients en centrant et réduisant
les variables.
De plus l’usage de la métrique du x 2 présente un avantage majeur :
la représentation simultanée des objets et des variables. On peut remarquer
que tout ce que nous avons dit au sujet des objets peut s’appliquer aux varia¬
bles. L’ensemble des variables peut se représenter par un nuage de points
d’un espace R" (« étant cette fois le nombre d’objets); nuage dont il est
possible de rechercher les axes factoriels. Cependant la symétrie est telle
entre les deux nuages en usant de la métrique du x 2 qu’il existe une relation
mathématique entre les axes factoriels du nuage de points-objets et
Matrice des données
N° variables
1 - j . m
1
kn - kii - kim
N° objets
j
Icn - k), . kim
«
kn 1. -km- . k„m
Fig. 3.
Commentons cette formule.
Source : MNHN, Paris
— 115 —
ceux du nuage de variables. Plus précisément, à chaque axe factoriel du
nuage des objets correspond un axe factoriel du nuage des variables de
même valeur propre. Grâce aux formules de transition qui concrétisent
ces relations, il est possible de représenter les objets et les variables sur un
même diagramme. Toujours grâce à ces formules, chaque point-variable
vient se placer au sein du groupe de points-objets qu’il caractérise le plus.
Ceci permet une interprétation rapide et sûre de la formation de groupes
ou paquets de points sur chaque diagramme.
Il est possible de chiffrer l’importance de chaque variable suivant un
axe par sa contribution absolue à la valeur propre (la part d’information
exprimée par l’axe, dont elle est responsable).
G k (j) = coordonnée de la variable j suivant l’axe k,
contribution absolue de j à. k :
C(.i, k) - ^(G,0))>
on définit aussi la contribution relative d’une variable j comme le carré
du cosinus de l’angle fait par le vecteur représentant j avec la direction
de l’axe. Si cette quantité (comprise entre 0 et 1) est proche de la valeur 1,
on peut dire que la variable j est très bien représentée par l’axe en, question.
L’ARBRE DE LONGUEUR MINIMUM
Quelques définitions de la théorie des graphes. On appelle «graphe»
un ensemble de points reliés par des arêtes (cf. fig. 4).
Un graphe est complet si chaque paire de points est reliée par une
arête (cf. fig. 5).
On appelle chemin d’un graphe, une séquence d’arêtes contiguës.
Dans le graphe de la figure 4, la séquence d’arêtes u lt u 3 , w 4 constitue
un chemin d’extrémités a et c. Un circuit est un chemin dont les extrémités
coïncident, exemple : u 2 , k 4 , u 3 (fig. 4). Un graphe est connexe s’il existe
un chemin entre deux quelconques de ses points (cf. le graphe de la fig. 4).
Le graphe de la figure 6 n’est pas connexe.
Un arbre est un graphe à la fois connexe et sans circuit (fig. 7).
Enfin un graphe valué est un graphe dont chaque arête est affectée
d’un nombre (positif pour nos applications) mesurant sa longueur. Un
Source : MNHN, Paris
— 116 —
exemple de graphe valué est fourni par une carte routière où chaque point
représente une ville et chaque arête une route.
Application a la classification automatique. Dans l’espace des
objets (cf. chapitre précédent) on peut représenter le nuage des points-
objets par un graphe valué complet dont chaque point représente un objet
et dont chaque arête a pour longueur la distance qui sépare les deux points
qu’elle relie. Ce graphe comporte ^—— arêtes (n étant le nombre d’objets).
Tenter de le dessiner est impossible. Cependant, on peut chercher à le
simplifier en en retenant seulement les arêtes les plus courtes (celles qui
relient des objets très semblables). Par exemple, un arbre obtenu à partir
de ce graphe ne contiendra que n — 1 arêtes. De plus cette figure possède
la propriété de pouvoir s’étaler sur un plan sans que les arêtes se chevauchent.
Parmi tous les arbres qu’il est possible de construire ainsi, on choisit
Yarbre de longueur minimum , c’est-à-dire celui dont la somme des longueurs
des arêtes est minimum. On démontre que ce dernier est en général unique.
Cet arbre fournit une sorte de squelette du nuage des points objets.
La construction de l’arbre de longueur minimum confiée à un pro¬
gramme se déroule de la façon suivante. Partant d’un point quelconque b
(fig. 8) on relie ce dernier au point c qui en est le plus proche (le choix
du point de départ n’importe pas). Ces deux points reliés par une arête
de longueur d(b, c) forment le sous-arbre A. On désigne par B l’ensemble
Fig. 8. — Construction progressive de l'arbre de longueur minimum.
des points non encore reliés au sous-arbre A. A chaque étape de l’algo¬
rithme on relie un nouveau point de B à un point de A de telle façon que
l’arête qui les relie soit la plus courte possible. Progressivement le sous-
arbre A s’accroît au détriment de l’ensemble B. La construction s’arrête
Source : MNHN, Paris
— 117 —
lorsque B est vide c’est-à-dire quand tous les points sont reliés à l'arbre. On
peut démontrer que l’arbre ainsi construit est l’arbre de longueur minimum.
L'arbre de longueur minimum se ramifie en branches plus ou moins
importantes correspondant à des groupes d’objets homogènes. Il est toujours
intéressant de comparer l’arbre de longueur minimum aux diagrammes
d’analyse de correspondances, il permet parfois de reconnaître un groupe
d’objets homogènes qui ne se serait individualisé qu’en recourant à des
axes factoriels d’ordre élevé.
Cependant dans le cas d’objets très proches les uns des autres à dis¬
tances relatives sensiblement égales, la condition d’absence de circuit
entraîne à des coupures arbitraires. Ainsi deux objets en réalité proches
peuvent alors se trouver assez éloignés sur l’arbre de longueur minimum.
Cet inconvénient n’existe pas pour l’analyse factorielle des correspondances
dont les résultats plus nuancés sont donc plus proches de la réalité.
Comme la plupart des techniques de classification automatique l’arbre
de longueur minimum peut s’appliquer avec n’importe quel type de distance,
en particulier avec l’indice de Jaccard quand il s’agit de données phyto-
sociologiques.
II. — EXEMPLE D’APPLICATION EN TAXONOMIE :
LE GENRE SAUVAGESIA L. (OCHNACEAE)'
L’analyse factorielle des correspondances a déjà été utilisée en systéma¬
tique pour des problèmes se situant à des niveaux spécifiques ou subspéci¬
fiques (Blaise, 1969; BRUNERYEetall., 1969; Cartier, 1972; Gardou, 1972).
Il nous a semblé intéressant de traiter ici d'un problème situé au niveau
génétique, par exemple le genre Sauvagesia L.
Jusqu’à présent la systématique de ce genre était considérée comme
très complexe, les relations entre les taxa infragénériques souvent mal
comprises. De plus, d’autres genres très proches à limites systématiques
imprécises ont été décrits : Lavradia, Neckia, Pentaspatella, Leitgebia,
Roraimanthus et Vausagesia. Nous avons traité les espèces, sous-espèces et
variétés, soit 35 Unités taxonomiques opérationnelles (U.T.O.) en les consi¬
dérant comme faisant partie d’un ensemble taxonomique.
Pour la majorité des U.T.O., les observations portent sur 50-150 spéci¬
mens d’herbier. Malheureusement, pour certaines d’entre elles, nous avons
dû nous contenter d’un nombre plus restreint de spécimens (moins de 10).
26 caractères distinctifs soit quantitatifs, soit qualitatifs, subdivisés
en 80 états ont été utilisés. Les caractères quantitatifs ont été subdivisés
en classes contrairement à ce qui a été fait dans certains travaux antérieurs
(Blaise, 1969; Gardou, 1972).
Les U.T.O. ont été codées par ordre alphabétique d’espèces de 1 à 35
et les états de caractères de 1 à 80. La liste des U.T.O. et des caractères a été
publiée dans un travail antérieur 1 2 (Sastre, 1971).
1. — Par C. Sastre.
2. — Sauf pour S. paucielaia Sastre (U.T.O. 35), espèce décrite ultérieurement.
Source : MNHN, Paris
— 118 —
Les problèmes relatifs au choix des caractères ont été abordés dans
ce même travail, aussi je me bornerai à résumer les raisons pour lesquelles,
certains caractères n’ont pas été utilisés : ils sont redondants, ils n’ont pas
été observés chez toutes les U.T.O., ils sont trop variables chez une ou plu¬
sieurs U.T.O., ils sont liés à d’autres caractères.
INTERPRÉTATION DE L’« ARBRE DE LONGUEUR MINIMUM »
Les U.T.O. se répartissent en 7 groupes (fig. 9).
Il est intéressant de noter que la majorité des U.T.O. se trouve distri¬
buée sur l’arbre en fonction de leur adaptation morphologique et anatomique
à la sécheresse. Les U.T.O. les moins bien adaptées sont en majorité situées
sur Taxe de l’arbre à l’exception de la partie gauche (avec 25, 13 et 10),
tandis que les espèces bien adaptées se répartissent à la périphérie de l’arbre.
L’avantage de cette méthode est sa rapidité. L’« arbre minimum »
prend principalement en considération les distances taxonomiques les plus
faibles, or, il peut être intéressant de connaître les distances moyennes pour
étudier d’une façon plus précise les rapports entre les sous-groupes.
Utilisée complémentairement, l’analyse factorielle des correspondances
permet de pallier à cet inconvénient et de préciser les rapports entre les
sous-groupes et quelquefois entre les sous-sous-groupes.
INTERPRÉTATION DES DIAGRAMMES D’ANALYSE DE CORRESPONDANCE
Recherchons sur le plan 1-2 (fig. 12), les groupes définis après examen
de l’« arbre de longueur minimum ».
35, 6, 7, 30 se trouvent groupées avec 32 et 33; par contre dans le
Source : MNHN, Paris
— 119 —
plan 1-3 (fig. 10), ces deux ensembles d’U.T.O. sont séparés. Cette remarque
permet de nous suggérer une relative indépendance de ces deux ensembles.
Fig. 10. — Diagramme d'analyse des correspondances des U.T.O., axes 1 et 3.
La disposition des U.T.O. dans le sous-nuage comprenant 35, 6, 7, 30
peut nous laisser sous-entendre le sens évolutif de ce groupe. L’U.T.O. 30
(genre monospécifique Neckia), paraissant la plus primitive est située près
du point d’origine tandis que l’U.T.O. 35, plus évoluée est dans la partie
périphérique du nuage.
15, 18, 34, 4, 12, 8 et 1 (genres Lavradia et Vausagesià) se retrouvent
toujours dans le même sous-nuage quelque soit les axes considérés. La
position des U.T.O. 1 et 34 montre leur importance comme éléments
intermédiaires entre le groupe central et les autres U.T.O. incluses dans
ce sous-nuage. La disposition des espèces nous suggère le sens évolutif
de ce sous-groupe avec les U.T.O. 8 et 12 comme fin de phylum. Dans
cet ensemble taxonomique, 8 et 12 semblent effectivement les U.T.O. les
plus évoluées pour de nombreux caractères (diminution de la taille des feuilles
et de l’importance de l’appareil vasculaire foliaire, passage de la placentation
pariétale vers la placentation basale).
5, 31, 20, 19, 26, 17, 16 et 23. Ce groupe forme un sous-nuage, mais
dans les plans 1-3 et 2-3, il existe deux sous-ensembles à direction parallèle,
un premier sous-groupe composé de 5, 31, 20, 19 et 26 part toujours du
point d’origine avec 5 et 31 tandis que 26 est toujours à la périphérie,
un deuxième sous-groupe composé de 23, 17 et 16 avec cette dernière
U.T.O. en périphérie.
Dans les différents plans, la distance entre 16 et 26 est constante.
L’étude détaillée de ces deux espèces montre qu’elles sont arrivées
approximativement au même stade évolutif et qu’elles appartiennent à
deux phylums différents. Elles vivent toutes les deux dans des conditions
écologiques identiques. Elles doivent résister à des variations climatiques
brusques : insolation, vent, dessiccation. Toutes les deux possèdent une
Source : MNHN, Paris
— 120
Fie. H. — Diagramme d'analyse des correspondances des étals de caractère, axes 1 et 2.
cuticule épaisse, des éléments lignifiés importants, et, de plus, les fleurs
sont dépourvues de staminodes externes, leurs staminodes internes sont
réduits et leur placentation est basale.
Il est possible de faire une remarque identique avec les U.T.O. 17
(genre Roraimanihus) et 23 qui se retrouvent toujours ensemble; elles
appartiennent à des phylums différents et sont adaptées à des condi-
Source : MNHN, Paris
— 121
tions écologiques de savane avec brusques variations climatologiques.
22, 2, 24 avec 21, 29, 27, 3, 11, 9 et 14 forment un groupe central
d’U.T.O. montrant beaucoup de ressemblances entre elles.
Fig. 12. — Diagramme d’analyse des correspondances des U.T.O., axes 1 et 2.
25, 13 et 10 ont toujours à peu près la même distance taxonomique
quelque soit le plan considéré. 25 et 13 sont très proches l’une de l’autre
particulièrement dans le plan 1-3 et se disposent en périphérie. Ces rappro¬
chements sont phylogénétiquement artificiels. 25 et 13 semblent être deux fins
de phylum arrivés à un niveau évolutif à peu près équivalent.
RELATIONS U.T.O. — ÉTATS DE CARACTÈRE
L’examen comparé des diagrammes d’analyse factorielle des U.T.O.
et des états de caractère permet d’établir facilement les rapports existant
entre les U.T.O. et ces derniers. Pour aider au raisonnement, les lignes
et les colonnes de la matrice des données ont été ordonnées en tenant
compte des groupements suggérés par les diagrammes d’analyse factorielle
des axes 1 et 2 (fig. 12 et 11). Cette matrice remaniée sera appelée : tableau
des relations U.T.O.-états de caractère.
Dans les deux diagrammes (axes 1-2 des U.T.O. et des états de carac¬
tère), le nuage obtenu adopte grossièrement la forme d’une étoile à trois
branches :
— une située dans le quadrant supérieur droit du diagramme (bran¬
che 1),
Source : MNHN, Paris
— une située dans le quadrant inférieur droit du diagramme (bran¬
che 2),
— une située dans le quadrant supérieur gauche du diagramme (bran¬
che 3).
Source : MNHN, Paris
— 123 —
Examen de la branche 1
Dans la partie la plus périphérique, nous trouvons l’U.T.O. 16 et
les états 61, 41 et 79.
Sur le tableau des relations U.T.O.-états, nous voyons que 61 n’existe
que chez 16, 41 chez 16 et 26, 79 chez 16 et 17. Autrement dit ces trois états
ne se retrouvent que chez les U.T.O. les plus périphériques et en conséquence
sont bien caractéristiques de ces U.T.O.
Les états suivants (situés plus près du centre) 4, 60, 26, 85, 67... exis¬
tent au moins chez l’une de ces trois U.T.O. mais aussi dans d’autres appar¬
tenant à des sous-nuages différents (à l’exception de 60 qui ne se trouve
que chez 26).
Ces premières remarques sont taxonomiquement importantes. 16 est
l’espèce-type du genre monospécifique Leitgebia qui ne posséderait comme
caractère distinctif que celui de l’état 61, c’est-à-dire : épaisseur de la cuticule
supérieure du limbe = 7,5-9 n- Est-il possible de pouvoir distinguer un
genre d’un autre en se basant sur ce seul critère?
Pour Oliver (1877) ce genre devait être constitué par les U.T.O. 16
et 17. Le seul état se trouvant uniquement dans ce « genre » est le 79 :
plus de 8 files cellulaires dans le massif inférieur de fibres.
Gleason (1931) décrivit le genre monospécifique Pentaspatella à partir
de l’U.T.O. 26. Ce « genre » ne se distinguerait du genre Sauvagesia uni¬
quement par l’état 60 : épaisseur de la cuticule supérieure du limbe =
6-6,5 pi.
Les genres Leitgebia et Pentaspatella avaient été établis principalement
à cause de la structure florale : placentation basale (41); absence de stami-
nodes externes (32) et staminodes internes réduits (35).
Effectivement 41 n’existe que chez 16 et 26, par contre de nombreuses
espèces de Sauvagesia possèdent les états de caractère 32 ou 35 et parfois
32 et 35, ex. U.T.O. 11. Pour ces raisons, il ne nous semble pas possible
de maintenir ces genres.
Examen de la branche 2
Nous trouvons les U.T.O. 8, 12, 4, 15, 18, 34 et 1, c’est-à-dire les
genres Lavradia et Vausagesia\ aucun état ne caractérise l’un d’eux. Lavradia
avait été défini grâce à l’état 64 : staminodes internes soudés, or, ce caractère
se retrouve toujours chez 30 (genre monospécifique Neckia) et souvent
chez 1 (genre monospécifique Vausagesià).
Examen de la branche 3
Elle est moins bien définie et est constituée principalement par les
U.T.O. 7, 35, 32, 6 et 30 avec 22, 27 et 21. Aucun état de caractère n’est
spécifique de ce groupe d’U.T.O.
La distribution des états dans ce tableau ne laisse apparaître aucun
groupe d’entre eux susceptible de caractériser spécifiquement une ouplu-
Source : MNHN, Paris
— 124 —
sieurs U.T.O. Ceci nous laisse suggérer que l’ensemble taxonomique est
homogène et que toutes les U.T.O. doivent être regroupées dans un genre
unique, soit le genre Sauvagesia.
Les méthodes numériques utilisées calculent les distances taxonomiques
existant entre les différentes U.T.O. Les rapprochements obtenus peuvent
avoir deux origines principales : les espèces sont effectivement affines,
les espèces malgré qu’elles appartiennent à des phylums différents montrent
beaucoup de ressemblances, celles-ci pouvant être dues, par exemple à des
convergences de forme. C’est au taxonomiste qu’il appartient de faire la
distinction lui permettant ainsi de pouvoir tirer des conclusions évolutives
(Sastre, 1971).
III. — UN EXEMPLE D’APPLICATION A LA PHYTOSOCIOLOGIE :
LE PROBLÈME DU FESTVCETUM HALLER!
DU BASSIN SUPÉRIEUR DE LA TINÉE (ALPES-MARITIMES) 1
L’exemple utilisé nous sera fourni par le travail exécuté sur le terrain
par l’un d’entre nous dans les zones de contact entre substrats calcaires
et siliceux, substrats sur lesquels se différencient deux sous-associations
du Festucetum halleri B.B. : la sous-association à Festuea mina subsp.
laevis var. scardica sur silice, la sous-association à Carex sempervirens
sur calcaire (M. Guinochet, 1938). Les résultats de cette étude suggérée
par le Professeur Guinochet à la lumière de précédents résultats (M. Guino¬
chet, 1973, p. 51 et 98) ont fait l’objet d’un mémoire dans lequel l’analyse
des données écologiques complète et confirme l’analyse des données floris¬
tiques résumée ici (J.-J. Lazare, 1972).
UNITÉS OPÉRATIONNELLES ET CARACTÈRES
La méthode phytosociologique utilisée est la méthode de l'École zuri-
cho-montpelliéraine (J. Braun-Blanquet, 1928, 1969). En chaque station
choisie, l’observateur recense la totalité des espèces végétales présentes
ou bien, comme c’est le cas dans notre exemple, les seules Phanérogames
et Cryptogames vasculaires, en affectant chaque taxon (nous utiliserons par
la suite indifféremment espèce ou taxon, étant bien entendu que les infra-
spécifiques peuvent faire l’objet de recensement séparé) d’un coefficient
d’abondance. A partir de la liste floristique de l’ensemble des stations
on constitue un tableau brut de données dont chaque ligne correspond à une
espèce et chaque colonne à un relevé. Nous ne reviendrons pas ici sur les
raisons qui nous conduisent à ne tenir compte dans les analyses que de la
seule présence ou absence des espèces et non de leurs coefficients d’abon¬
dance (G. & M. Roux, 1967; L. Orloci, 1968; M. Guinochet, 1968).
Le tableau brut se présente donc sous la forme d’une matrice logique (c’est-
I. — Par J.-J. Lazare et G. Roux.
Source : MNHN, Paris
— 125 —
à-dire dont les éléments sont des 0 — absence — ou des 1 — présence —
qui, signalons-le dès à présent, comporte bien plus de 0 que de 1. La forme
des données se révèle donc assez identique à celle de l’exemple précédent
puisque dans les deux cas, les données sont ramenées à une matrice logique.
ANALYSE FACTORIELLE DES CORRESPONDANCES
A. « Anti-espèce » et « anti-relevé »
Si une telle matrice semble se prêter particulièrement à l’analyse statis¬
tique de par son exhaustivité (pas de données manquantes) et son homo¬
généité, elle présente toutefois un tel « vide » (80 % de 0 dans notre exem¬
ple) que nous pourrions craindre un certain déséquilibre. Il est possible
de compenser ce vide de deux manières :
— soit créer pour chaque relevé une sorte d’« anti-relevé » constitué
des espèces absentes du relevé considéré, ce qui revient à associer à chaque
colonne une colonne complémentaire,
— soit associer à chaque espèce une « anti-espèce » présente dans
tous les relevés où l’espèce considérée est absente, ce qui adjoint à chaque
ligne une ligne complémentaire.
Quels en seront les effets respectifs : dans le premier cas, la duplication
conduit à donner le même poids aux espèces, dans le second cas elle donne
le même poids aux relevés. Deux remarques s’imposent : d’une part l’hété¬
rogénéité de poids des espèces et celle des relevés ne sont pas du même ordre
de grandeur (pour le cas envisagé, les relevés possèdent de 14 à 41 espèces
tandis que les espèces apparaissent dans 1 à 36 relevés) d’autre part « anti¬
espèce » et « anti-relevé » n’ont pas la même signification; en effet si
l’« anti-espèce » représente la possibilité d’une espèce hypothétique de vivre
en tous lieux étudiés sauf celui de l’espèce initiale (possibilité non négli¬
geable dans un territoire homogène comme c’est le cas ici), l’« anti-relevé »
représente une aberration complète de la nature puisqu’il comporterait
un nombre d’espèce excessif et que la probabilité de réunir exhaustivement
ces espèces est pour ainsi dire nulle.
Faut-il intervenir sur les poids? En fait poids des lignes et poids des
colonnes ont des significations différentes. Une colonne est une entité
constante puisqu’il s’agit d’un relevé dont le nombre d’espèces est bien
défini. Une ligne, par contre, est le résultat d’une agglomération momen¬
tanée d’un certain nombre de relevés que l’on pourrait augmenter ou dimi¬
nuer à loisir. Il ne paraît donc pas souhaitable de vouloir a priori trans¬
former les relevés pour leur donner le même poids car ce poids a sans aucun
doute une signification. Il semble par contre concevable de compenser
la grande variabilité du nombre de relevés où se trouve représentée une
espèce par une duplication des colonnes.
Voyons à présent les résultats de ces opérations sur l’exemple que nous
avons choisi.
Source : MNHN, Paris
Fig. 13. — Carte des relevés à partir des données brutes ; plan des axes 1 et 2 (seuls les numéros
des relevés périphériques ont été précisés, les autres relevés étant figurés par un point noir
pour rendre compte de leur dispersion).
Fig. 14. — Carte des relevés à partir des données brutes; plan des axes 2 et 3.
Source : MNHN, Paris
— 127 —
B. Généralités sur les données utilisées
Les différentes analyses ont été opérées sur un tableau brut comportant
101 espèces pour 43 relevés. La numérotation de 2 à 45 provient du fait
que nous n’avons pas utilisé les relevés 1 et 3 étrangers au Festucetum
halleri. Nous insisterons sur la difficulté de circonscrire des nuages de points
bien individualisés qui pourrait conduire à appuyer la théorie du « conti¬
nuum » (R.-P. Mc Intosh, 1967). Cet effet est dû à l’échantillonnage délibéré
de la plupart de nos stations dans des zones de contact géologique où les
apports colluviaux sont importants. Les coupures se révéleraient plus aisées
Th a
Fig. 15. — Carte des espèces à partir des données brutes; plan des axes 1 et 2 (seules les abré¬
viations des noms des espèces périphériques ont été précisées, les autres espèces étant figu¬
rées par un triangle noir).
Source : MNHN, Paris
— 128 —
lors d’analyses de groupements variés d’un territoire donné, coupant ainsi
court à une telle interprétation (G. Roux, 1967, 1971; J. Ritter, 1969;
A. Lacoste, 1971, 1972; J.-C. Klein, 1972; M. Guinochet, 1973...).
C. Analyse des données brutes
La première analyse exécutée donne de bons éléments de réflexion.
Dès les axes 1 et 2 (fig. 13) quatre directions se manifestent, matérialisées
à leurs extrémités par les relevés les plus typiques, soient, compte tenu du
graphe des espèces :
— 17, 23, 28 : tendance au Seslerion (Festucetum halleri sous-ass.
à Carex sempervirens p.p.).
Ag» ‘ '
Ha&Ss
Fig. 16. — Carte des espèces à partir des données brutes; plan des axes 2 et 3.
Source : MNHN, Paris
— 129 —
— 2, 4, 5, 6, 7, 34 : tendance au Festuceto-Trifolietum thalii {Festucetum
halleri sous-ass. à Carex sempervirens p.p.)>
— 44, 45 : Festucetum haüeri sous-association à Festuca ovina ssp.
lævis var. scardica,
— 13, 21, 22, 36, 38, 39 : tendance au Nardion.
Le reste se trouve très centré autour de l’origine ce qui conduit à recou¬
rir pour la discrimination à deux méthodes : soit observer les distinctions
selon les axes 3, 4 et 5, soit recourir à des analyses partielles sur les données,
réduites des relevés périphériques (G. Roux, 1971; G. & M. Roux, 1971;
C. Desarmenien, 1971; A. Lacoste, 1971, 1972). Nous nous limiterons
aux axes 2 et 3 (fig. 14) selon lesquels on isole facilement les relevés 13, 21,
22, 39 alors que les relevés 36 et 38 ont tendance à rejoindre le groupe 2, 4,
5... La comparaison avec les nuages espèces (fig. 15 et 16) permet d’une
part de rattacher les différents ensembles à des groupements connus, d’autre
part à interpréter les axes successifs d’allongement du nuage. Alors que les
relevés 13, 21, 22, 39 peuvent être interprétés comme un faciès chionophile
du Festucetum halleri avec de nombreuses espèces du Nardion, les relevés
mal isolés correspondent à un groupement de transition entre les deux sous-
associations étudiées. Compte tenu d’analyses parallèles sur des données
écologiques selon la méthode précédemment décrite par A. Lacoste &
M. Roux (1972), les axes peuvent être interprétés ainsi : axe 1 = acidité
croissante, axe 2 = sécheresse et nitrophilie (corrélées ici compte tenu du
mode de pâturage), axe 3 = durée d’enneigement décroissante. Il est à
noter deux phénomènes : d’une part la grande contribution d’espèces de
basses fréquences (présentes dans 1 ou 2 relevés), d’autre part la conden¬
sation de la plupart des relevés autour de l’origine, ce qui conduit à une
discrimination difficile.
D. Analyse des données après duplication des relevés
On remarque que sur le premier axe (fig. 17), le classement des espèces
s’opère selon les fréquences croissantes. Parallèlement tous les relevés s’oppo¬
sent fondamentalement au groupe des « anti relevés », ce qui se concevait
de par l’anomalie qu’ils représentent. En conséquence aucune discrimination
sur les critères de composition floristique ne peut se faire selon cet axe,
ce qui conduit à n’utiliser pour la reconnaissance d’ensembles que les axes
ultérieurs en particulier les axes 2 et 3 (fig. 18). Deux remarques s’imposent
à l’observation du graphe des relevés selon ces axes : l’éclatement du nuage
central dû à la condensation des « anti-relevés » autour de l’origine et la
grande analogie avec l’analyse précédente puisque, mise à part la symétrie
des graphes, les ensembles dégagés sont à peu près identiques. Le graphe
espèce, lui, s’avère particulièrement intéressant (fig. 19) : les contributions
les plus fortes se rapportent à des espèces de moyennes fréquences (6 à 36),
ce qui exclut la discrimination de relevés sur la base d’espèces exceptionnelles
(qu’elles soient des caractéristiques rares d’association ou des « acciden¬
telles »). La résultante est la reconnaissance de grands ensembles de stations
au détriment des très petits groupes qui s’isolent rarement. On peut prati-
Source : MNHN, Paris
130 —
Fig. 17. — Carte des relevés après leur duplication; plan des axes 1 et 2 (les « anti-relevés» ont
été figurés par un cercle blanc; les tracés en pointillé circonscrivent les points correspondant
aux espèces de classes de fréquence données).
Fig. 18. — Carte des relevés après leur duplication; plan des axes 2 et 3 (les « anti-relevés»
n’ont pas été figurés).
Source : MNHN, Paris
quement schématiser ces ensembles en les réduisant aux 4 quadrants,
le second axe séparant les espèces des Caricetea curvulæ à gauche, des
espèces des Elyno-Seslerietea à droite dans leur plus grande majorité.
Sur le diagramme espèce, les espèces périphériques correspondent à des
caractéristiques ou des compagnes de haute fréquence pour les groupes
mis en évidence :
— Axe 2 négatif, axe 3 positif = Festucetum halleri sous-association
à Festuca avec notamment Juncus trifidus, Sempervivum arachnoideum,
Festuca halleri, Euphrasia minima...
— Axe 2 négatif, axe 3 négatif = tendance au Nardion avec Nardus
stricta, Ranunculus montanus et R. pyrenæus, Poa alpina, Geum montanum.
Viola calcarata...
Fig. 19. — Carte des
duplication des relevés; plan des
2 et 3.
— 132 —
— Axe 2 positif, axe 3 négatif = tendance au Festuceto-Trifolietum
thalii avec Festuca violacea, Trifolium thalii. Trifolium pratense...
— Axe 2 positif, axe 3 positif = tendance au Seslerion avec, en parti¬
culier, Helianthemum nummularium, Anthyllis vulneraria, Gentiana verna.
Aster alpinus, Elyna myosuroides...
L’interprétation des premiers axes s’avère identique à celle de l’autre
analyse, mis à part le décalage de numérotation des axes utilisés.
E. Analyse des données après duplication des espèces
Si nous observons d’abord le nuage espèce selon les deux premiers
axes (fig. 20), nous constatons la non-distinction franche espèces « anti¬
espèces » mais d’une manière générale une plus grande dispersion des espèces
Fig. 20. — Carte des espèces après duplication de celles-ci; plan des axes 1 et 2 (les « anti¬
espèces » ont été figurées par un triangle noir).
Source : MNHN, Paris
— 133 —
que des « anti-espèces », condensées autour de l’origine. En ce qui concerne
le nuage relevé (fig. 21), si la disposition est à peu près conforme à celle
de la première analyse, il y a par contre accentuation de deux directions
aux dépens des deux autres : l’une vers les relevés 17, 23, 28, l’autre vers
les relevés 2, 4, 5, 6, 7, 34. Les plus grands changements se manifestent
au niveau des relevés à grand nombre d’espèces comme le 34 (41 espèces),
le 32 (40), le 4 (36), etc.
Fig. 21. — Carte des relevés après duplication des espèces; plan des axes 1 et 2.
Pour le rôle des espèces, il faut remarquer une analogie frappante avec
la première analyse où les espèces de faible fréquence interviennent de
manière importante, d’où les mêmes exagérations de distances pour ces
Fig. 22. —- Carte des relevés après duplication des espèces; plan des axes 2 et 3.
Source : MNHN, Paris
— 134 —
relevés présentant des espèces rares sinon exclusives et le même tassement
des autres relevés. Selon le 3 e axe (fig. 22), le groupe 13, 21, 22, 39 s’indivi¬
dualise comme sur la figure 14.
F. Conclusion sur l’analyse des correspondances
Nous devons faire remarquer que les résultats obtenus dans les trois cas
sont très similaires, ce qui concrétise la signification plus grande de la pré¬
sence d'une espèce par rapport à son absence (G. Roux, 1971; C. Desar¬
ménien, 1972) et qui révèle que l’on peut se satisfaire largement, en phyto-
sociologie, de l’analyse des données brutes. Cependant, il semble utile
dans la mesure du possible, tout au moins dans le cas d’études de groupe¬
ments floristiquement voisins, de faire précéder une telle analyse par une
duplication des relevés pour dégager au maximum les grandes orientations
du nuage en fonction des espèces de moyenne fréquence. L’analyse des
données brutes permettra alors de reconnaître éventuellement des groupes
de peu de relevés qui, le plus souvent, nuisent à une vision synthétique.
ARBRE DE LONGUEUR MINIMUM
Nous nous limiterons ici à quelques remarques sur le tracé obtenu (fig.
23). Nous retrouvons en fin de branches les relevés les mieux isoléspar l’analyse
Source : MNHN, Paris
— 135 —
des correspondances : (2, 4, 5, 6, 7, 34, 36, 38, 39) (17, 23, 28, 29) (21, 22),
(41,44,45) mais, d’une part, leurs intercorrélations ne sont pas évidentes,
d’autre part, les autres relevés sont liés de façon très arbitraire. Il est évident
que nous nous trouvons dans le cas où la méthode est particulièrement
inadaptée au type de données. En effet, les relevés utilisés ont une compo¬
sition floristique très voisine et par suite, des distances au sens mathématique
très proches, ce qui conduit pour obtenir une liaison unique entre relevés
à trancher presque arbitrairement entre deux distances presque égales.
La méthode s’opposant par définition à toute boucle s’avère ici particulière¬
ment gênante, ce qui était bien loin d’être le cas dans les travaux phyto-
sociologiques précédents (G. & M. Roux, 1971; A. Lacoste, 1972; J.-C.
Klein, 1973; C. Desarménien, 1971).
Légende des graphes représentant les espèces
Abré- Abré¬
viations Espèces viations Espèces
Am Achillea millefolium
Aa Agrostis alpina
Ar Agrostis rupestris
Ala Alchemilla alpina
Af Alchemilla flabellata
Alg Alopecurus gerardi
Ac Androsace carnea
Ao Anthoxantum odoratum
Av Anthyllis vulneraria
Arc Arenaria ciliata
Arm Arnica montana
Asa Aster alpinus
Ab Aster bellidiastrum
Ag Astragalus gaudini
Avv Avena versicolor
Bl Biscutella lævigata
Cr Cardamine resedifolia
Csp Carduus sp.
Ce Carex curvula
Ch Chrysanthemum coronopifolium
Df Deschampsia flexuosa
Dn Dianthus neglectus
Da Draba aizoides
De Draba carinthiaca
Do Dryas octopetala
Elm Elyna myosuroides
Eu Erigeron uniflorus
Ea Euphrasia alpina
Em Euphrasia minima
Fh Festuca halleri
Fv Festuca violacea
Gb Gentiana bavarica
Gv Gentiana verna
Gm Geum montanum
Gn Globularia nana
Hn Helianthemum nummularium
Hc Hippocrepis comosa
Ha Homogyne alpina
Jt Juncus trifidus
Jn Juniperus nana
Lp Leontodon pyrenaicus
Ll Luzula lutea
Ls Luzula spicata
Ms Minuartia sedoides
Mv Minuartia verna
Ns Nardus stricta
Nn Nigritella nigra
Pk Pedicularis kerneri
Pr Pedicularis rosea
Pt Pedicularis tuberosa
Pp Phyteuma pedemontanum
Ps Plantago serpentina
Poa Poa alpina
Pa Polygala alpestris
Pv Polygonum viviparum
Pc Potentilla crantzii
Pg Potentilla grandiflora
Puv Pulsatilla vernalis
Rm Ranunculus montanus
Rp Ranunculus pyrenæus
Ra Rumex acetosella
Sh Salix herbacea
Sm Saxifraga moschata
Sal Sedum alpestre
Ss Selaginella spinulosa
Sa Sempervivum arachnoideum
Sem Sempervivum montanum
Si Senecio incanus
Se Silene exscapa
So Soldanella alpina
Stm Statice montana
Taa Taraxacum alpinum
Source : MNHN, Paris
— 136 —
Abré¬
viations
Espèces
viations
Tha Thalictrum alpinum
Ta Thesium alpinum
Ts Thymus serpyllum
Tal Trifolium alpinum
Tp Trifolium pratense
Tt Trifolium thalii
Vu Vaccinium uliginosum
Vb Veronica bellidioides
Vs Veronica serpyllifolia
Vc Viola calcarata
CONCLUSIONS
Nous espérons avoir montré le parti qu’il est possible de tirer de l’emploi
judicieux des méthodes modernes d'analyse de données. Cependant, celles-ci
ont des limites et elles ne sauraient remplacer le long et ardu travail du
spécialiste. En effet, il convient d’apporter un soin particulier à l'étude
préliminaire du problème et de définir les buts à atteindre. Ce n’est qu’après
cette première étape que le chercheur commencera la collecte des données.
Il est souhaitable que celle-ci s’effectue en collaboration avec un statis¬
ticien qui, en fonction des problèmes posés, conseillera une méthodologie
adéquate et aidera à établir un codage efficace.
La pratique de l’utilisation des méthodes modernes d’analyse des
données nous incitent à quelques remarques :
— la classification automatique, en particulier l’arbre de longueur
minimum doit être appliquée avec précaution au traitement de données
biologiques. L’analyse factorielle des correspondances nous enseigne que
ce type de données se résume plus en gradations qu’en classes bien
distinctes,
— en revanche, la classification automatique par sa simplification et
sa schématisation des données peut aider à établir des coupures qui pourront
éventuellement servir de base au phvtosociologue et au systématicien.
Bibliographie
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (1) 1974
INFORMATIONS
Le prix Auguste Chevalier de l’Académie des Sciences a été décerné
à M. Hugh Mac Kee, Maître de Recherches au C.N.R.S., et ardent inves¬
tigateur de la Flore néo-calédonienne.
FLORE DU GABON
Vol. 22 : J. Villiers : Célastracées, Pandacées, Bombacacées, Cannabacées, Bixa-
cées, Avicenniacées, 71 p., 16 p. — 25 F.
Vol. 23 : R. Fouilloy, N. Hallé : Sapindacées, 202 p., 44 pl. — 54 F.
FLORE DU CAMEROUN
Vol. 16 : R. Fouilloy, N. Hallé : Sapindacées, 202 p., 44 pl. — 54 F.
Source : MNHN, Paris
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 6 JUIN 1974
SUR LES PRESSES DE FD EN SON
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE-61 - ALENÇON
Dépôt légal : 1 er trimestre 1974 - 76.477
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris