ADANSONIA
Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
A. AUBRÉVILLE
et
Jean-F. LEROY
Membre de l’Institut
Professeur
Professeur Honoraire
au Muséum
au Muséum
Série 2
TOME 14
Fascicule 3
1974
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
16, rue Buffon, 75005 Paris
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
A. Aubréville : Membre de l'Institut.
Professeur Honoraire au Muséum national d’Histoire naturelle.
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leanori : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
J.-F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Portères : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Schneix : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M. L. Tardieu-Blot : Directeur de laboratoire à l’E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
Rédacteur en chef : A. Le Thomas.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d’article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l’auteur ne doit y être mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Pour tous les articles de taxonomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères
gras et les noms d’auteurs des différents taxons.
Le format des planches doit être de 16 X 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptés.
Les auteurs reçoivent gratuitement vingt-cinq tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, rue Buflon. Paris V' — Tél. : 331-30-35
Prix de l’abonnement 1973 : France et Outre-Mer : 80 F
Étranger : 90 F
En raison des considérables augmentations des prix des matières premières, ainsi
que des tarifs d’impression, nous nous voyons contraints, à notre grand regret, de porter
les prix de l’abonnement 1975 respectivement à :
110 F (France et Outre-Mer)
120 F (Étranger)
C.C.P. : Association de Botanique Tropicale
La Source 33075.20
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) 1974.
SOMMAIRE
Jaffré T. & Latham M. — Contribution à l’étude des relations sol-
végétation sur un massif de roches ultrabasiques de la côte ouest
de la Nouvelle-Calédonie : Le Boulinda .311
Raynal J. — Notes cypérologiques : 22. Les Costularia de Nouvelle-
Calédonie .337
Letouzey R. & Hallé N. — Leeuwenbergia. Genre nouveau d’Eu-
phorbiacées (Crotonoïdées - Joannésiées) d’Afrique centrale
occidentale.379
Mariaux A. — Anatomie du bois de Leeuwenbergia africana R. Let.
& N. Hallé.389
Heine H., Raynal A. & Straka H. — Contribution à la connaissance
de quelques Barleria malgaches ( Acanthaceæ) .399
Raynal A. — Le genre Nymphoides (Menyanthaceæ) en Afrique et à
Madagascar. 2 e partie : Taxanomie.405
Raynal J. & A. — Un exemple d’application du traitement électro¬
nique de l’information à la construction de clefs dichotomiques 459
Jacques-Félix H. — Complément au genre Amphiblemma (Mélas-
tomacées) : description d’une espèce nouvelle.469
Jérémie J. — A propos du genre Tarenna (Rubiaceæ-Gardeniæ) en
Nouvelle-Calédonie.473
Amshoff G.J.H. — Un nouvel Eugenia du Cameroun (Myrtacées) . 481
Boiteau P., Allorge J., Sévenet T. & Potier P. — Observations
morphologiques et chimiotaxonomiques sur les Ochrosiinées de
Nouvelle-Calédonie.485
Floret J.-J. — Comiphyton, genre nouveau gabonais de Rhizophora-
ceæ-Mascarisiæ .499
Fouilloy R. — Quelques remarques sur les fleurs des Litséées néo-
calédoniennes (Lauracées).507
Jeune B. — Corrélations entre éléments de la feuille de Cissus rhom-
bifolia Vahl.513
Lebrun J.-P. — Six Graminées nouvelles pour l’Éthiopie.521
Date de publication du fascicule 2, 1974 : 31 juillet 1974.
La publication d'un article dans Adansonia n'implique nullement que cette revue
approuve ou cautionne tes opinions de l'auteur.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 311-336, 1974.
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DES RELATIONS SOL-VÉGÉTATION
SUR UN MASSIF DES ROCHES ULTRABASIQUES
DE LA CÔTE OUEST DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE :
LE BOULINDA
par T. Jaffré & M. Latham
Résumé : Sur un massif de roches ultrabasiques de Nouvelle-Calédonie, le Boulinda,
les auteurs décrivent la végétation et les sols observés le long de quatre transects topo¬
graphiques.
Cette étude fait ressortir la diversité des biotopes et permet de préciser le rôle des
facteurs édaphiques dans la différenciation des groupements végétaux.
Summary: The authors describe the végétation and soils observed along four
topographie transects in the ultrabasic Boulinda massif, New Caledonia.
This study of the varied soil conditions and of the végétation defines the part played
by edaphic factors in the différenciation of plant associations.
INTRODUCTION
Le particularisme de la végétation des massifs miniers de Nouvelle-
Calédonie a depuis longtemps intrigué de nombreux botanistes notamment
E. Heckel (1892), R. Virot (1956) et plus récemment M. Schmid (1968)
et (1972). Le rôle du sol en tant que cause de ce particularisme a été évoqué
plus spécialement par K. S. Birrel et A.C.S. Wright (1945), R. Virot
(1956), G. Tercinier (1962), T. Jaffré (1969 et 1970), P. Quantin (1969),
T. Jaffré, M. Latham, P. Quantin (1971), R. R. Brooks, J. Lee, T. Jaffré
(1973).
La présente note porte sur les liaisons entre le tapis végétal et les sols
dans un massif ultrabasique : le Boulinda.
Quatre transects topographiques (fig. 1) ont été analysés. L'étude
détaillée d’un certain nombre de stations rendant compte de la succession
des sols et de celle concomitante des groupements végétaux a été effectuée
sur chaque transect.
Source : MNHN, Paris
PLAN DE SITUATION
FIGURE
Source : MNHN, Paris
— 313 —
I. — APERÇU GÉNÉRAL SUR LE MILIEU ET LA VÉGÉTATION
Situé au Centre-Ouest de la Nouvelle-Calédonie (fig. 1), le massif
du Boulinda fait partie de l’ensemble ultrabasique Kopeto-Paeoua-Bou-
linda. Séparé des deux autres massifs par la Vallée de la Népoui, il s’étend
sur une longueur de 15 km et une largeur de 9 km environ; l’altitude varie
de 20 à 1 380 m.
Les cartes géologiques dressées par J. Avias & P. Routhier (1962) et
J. P. Carroue & JJ. Espirat (1967) montrent que le massif est constitué
essentiellement de péridotites reposant sur une semelle de serpentinite
laminée.
A. - CLIMAT
Les conditions climatiques sont encore mal connues, les seules données
météorologiques enregistrées étant celles obtenues aux stations de Poya
et de Mueo dans la plaine côtière. On peut estimer, compte tenu de ces
données et de nos propres observations sur le terrain, que la pluviométrie
moyenne annuelle du massif est comprise entre 1 300 mm à la base et plus
de 3 000 mm au sommet. Entre décembre et mars, on observe souvent
de très forte pluies au passage de dépressions cycloniques, aussi la plu¬
viométrie peut-elle varier beaucoup d’une année sur l’autre. La période
sèche, très longue certaines années, s’étend normalement du mois de septem¬
bre au mois de décembre. Les températures moyennes mensuelles varient
de 19,4°, en juillet, à 26,6 °C, en février, à Poya.
Les minima enregistrés en plaine sont de l’ordre de 9 °C. On peut
penser qu’en altitude ces minima sont nettement plus bas.
Il apparaît donc que les conditions climatiques sur le massif du Bou¬
linda sont sujettes à de grandes variations dans le temps et dans l’espace.
B. - SOLS
Les sols de ce massif ont fait l’objet d’une étude d’ensemble par l’un
d’entre nous (M. Latham, 1973). Ils se rattachent principalement
(classification CPCS, 1967) aux sols ferrallitiques et aux sols brunifiés.
On trouve également sur de faibles superficies des sols peu évolués et des
sols hydromorphes.
Les sols brunifiés tropicaux se localisent à la base du massif. Ils
sont en général peu profonds, riches en argile 2-1 et ont une forte capacité
d’échange. Ils ont un pH neutre ou faiblement acide et sont très riches en
magnésium échangeable. Ils comprennent des sols bruns eutrophes
peu évolués, des sols bruns eutrophes vertiques et des sols bruns eutrophes
hydromorphes.
Les sols ferrallitiques couvrent en altitude la plus grande partie
du massif, ils sont marqués par une évolution extrême s’accompagnant de
Source : MNHN, Paris
— 314 —
l'individualisation et de l’accumulation du fer sous forme d’oxydes et
d’hydroxydes et de l’élimination des deux autres constituants principaux de
la roche, la silice et le magnésium. Les sols ferrallitiques peuvent être fai¬
blement, moyennement ou fortement désaturés, le magnésium, tout en
demeurant le cation échangeable le mieux représenté, ne s’y trouvant
souvent qu’à de très faibles teneurs. Dans les horizons humifères il peut
même y avoir, du fait des remontées biologiques, un équilibre entre Ca* +
et Mg++. Les accumulations et les remaniements d’éléments grossiers dans
les horizons supérieurs (gravillons ferrugineux, cuirasses ferrugineuses,
meulièrisation), le rajeunissement par érosion de certains profils, l’appau¬
vrissement en éléments fins de l’horizon superficiel, l’induration, l’accumu¬
lation humifère sont également des facteurs de différenciation importants
au sein des sols ferrallitiques.
Les sols peu évolués constituent un ensemble assez hétérogène,
comprenant des sols peu évolués d’érosion, des sols peu évolués d’apport
sur les terrasses alluviales actuelles et des sols peu évolués organiques ou
« rankers organiques ».
Les sols hydromorphes sont assez mal représentés : on les rencontre
sur des terrasses alluviales anciennes. Ils sont caractérisés par une indivi¬
dualisation du manganèse dans le profil et par des teneurs élevées en magné¬
sium en profondeur.
L’ensemble de ces sols présente un certain nombre de caractères
communs, propres aux sols issus de roches ultrabasiques : pauvreté en
éléments nutritifs majeurs (P2O5, K2O, CaO) et richesse plus ou moins
accentuée en éléments généralement considérés comme toxiques pour les
plantes (Ni, Cr, Co...).
C. - VÉGÉTATION
La végétation du massif du Boulinda est nettement tranchée par rap¬
port à celle des zones basaltiques et schisteuses environnantes. Elle
comprend :
1) des formations basses riches en espèces sclérophylles répondant
à la dénomination locale de « maquis des terrains miniers », englobant :
— des formations arbustives à strate cypéracéenne peu fournie passant
localement à des formations paraforestières sèches ou maquis paraforestiers,
— des formations arbustives plus ou moins ouvertes et buissonnantes
sans strate herbacée, parfois dominées par une strate arborée à Araucaria
très lâche,
— des formations ligno-herbacées à strate herbacée bien individualisée,
plus ou moins continue formée de Cypéracées cespiteuses.
2) des formations paraforestières qui ne sont souvent que des termes
de passage entre le maquis dont elles possèdent encore beaucoup d’espèces
et la forêt dont elles présentent déjà la structure.
3) des forêts constituant un ensemble très diversifié, encore mal connu,
où nous distinguons, en tenant compte des espèces dominantes, des forêts
Source : MNHN, Paris
— 315 —
à Casuarina deplancheana, des forêts à Podocarpacées, Lauracées et Myr-
tacées, des forêts à Araucaria montana, des forêts à Noihofagus et des forêts
néphéliphiles à Metrosideros dolichandra, Bryophytes, Hyménophyllacées
et Lichens.
Les maquis sont plus étendus que les forêts, ces dernières ayant régressé
tout au long des derniers siècles à la suite de feux répétés. A basse altitude,
les forêts sont localisées à certains thalwegs ou têtes de sources et aux
berges des rivières; en altitude elles sont plus étendues et couvrent entière¬
ment certains versants.
La flore du massif du Boulinda est très différente de celle des terrains
sédimentaires qui l’environnent; mais elle a beaucoup de points communs
avec celle des autres massifs miniers de Nouvelle-Calédonie : elle est très
riche, possède beaucoup d’espèces endémiques propres aux affleurements
de roches ultrabasiques, compte très peu d’espèces pantropicales et de
Graminées.
II. — LES TRANSECTS
Après avoir reconnu le transect sur toute sa longueur pour avoir un
aperçu des variations des conditions édaphiques et de la végétation, nous
avons retenu un certain nombre de stations correspondant aux différents
biotopes rencontrés. Pour chaque station nous avons effectué l’étude
détaillée de la végétation (sur une surface de 150 m 2 environ) et du profil
pédologique. Pour chaque transect, nous avons représenté schématique¬
ment la succession des profils pédologiques et de certaines de leurs carac¬
téristiques morphologiques et physico-chimiques (capacité de rétention
pour l’eau, pH, teneur en Mg ++ , capacité d’échange, teneur en NiO)
ainsi que la succession des groupements végétaux et celle de quelques
espèces caractéristiques.
TRANSECT A (fig. 2)
Il recoupe successivement entre 310 et 25 m d’altitude un plateau
ferrallitique, une forte pente, une croupe serpentineuse étroite, une pente
forte, une plaine alluviale.
Huit stations ont été retenues sfir ce transect.
STATION A!
Altitude : 310 m.
Position topographique : petit plateau ferrallitique à pente faible (20 %).
Sol : sol ferrallitique moyennement désaturé, remanié, appauvri.
De couleur rouge, ce sol est profond et peu gravillonnaire dans les
horizons supérieurs. Il possède une texture fine et une capacité de rétention
pour l’eau moyenne. Moyennement acide dans les horizons supérieurs.
Source : MNHN, Paris
— 316
il s’acidifie en profondeur. Sa capacité d’échange est relativement élevée
dans l’horizon humifère riche en matière organique (5 % de Mo) et très
faible dans les horizons B. Parmi les éléments échangeables Ca ++ et Mg+ +
sont bien représentés dans les horizons superficiels; mais leur concentration
diminue rapidement en profondeur. Les teneurs en nickel sont relativement
faibles dans tout le profil.
Végétation : maquis à Acacia spirorbis dominant.
C’est une formation arbustive dense de 2 m de hauteur, pauvre du point
de vue floristique, caractérisée par une très forte dominance de deux espèces
ubiquistes Acacia spirorbis et Codia montana, qui constituent la strate
arbustive supérieure. La strate arbustive inférieure peu fournie est constituée
d’espèces ubiquistes à oligotrophes (Bæckea ericoides, Stenocarpus umbel-
liférus...).
La strate herbacée cypéracéenne, hémisciaphile, peu fournie (recouvre¬
ment inférieur à 20 %), est formée de Lepidosperma perteres.
STATION A 2
Altitude : 226 m
Position topographique : bord de plateau à pente faible (10 %).
Sol : sol ferrallitique moyennement désaturé remanié, appauvri, gravil-
lonnaire.
Ce sol rouge, profond est très gravillonnaire dans les horizons supé¬
rieurs (plus de 80 % de gravillons dans les 30 premiers centimètres). La
très faible teneur en éléments fins des horizons supérieurs limite sa réserve
hydrique; mais ce matériau gravillonnaire peut se comporter comme un
« mulch » pour les horizons sous-jacents qui ont une bonne capacité de
rétention pour l’eau. Le pH acide décroît en profondeur. Le pouvoir de
rétention pour les cations échangeables est réduit et les teneurs en ces
derniers sont très faibles. Seul l’horizon humifère est légèrement enrichi
en calcium et magnésium. Les teneurs en nickel sont moyennes à faibles.
Végétation : maquis à Tristania guillainii dominant.
C’est une formation arbustive ouverte et buissonnante de 1 à 2 m de
hauteur ne présentant pas de stratification bien nette. Elle est constituée
de buissons isolés et ne présente pas de strate herbacée. La flore assez pauvre
compte une quinzaine d’espèces seulement. Elle est caractérisée par Tris¬
tania guillainii, espèce exclusive de ce type de milieu, dont le recouvrement
dépasse ici 50 % de la surface, accompagnée d’espèces acidiphiles Pancheria
aff. vieillardii, Pteridium aquilinum, Pittosporum gracile, Stenocarpus umbel-
liferus et d’espèces relativement ubiquistes Acacia spirorbis, Codia montana,
Acridocarpus austro-caledonica.
Source : MNHN, Paris
TRANSEC A
DISTANCE EN METRES
Source : MNHN,
— 317 —
STATION A s
Altitude : 200 m
Position topographique : forte pente (100 %).
Sol : sol mixte ferrallitique fin recouvrant une altération serpentineuse.
Ce sol est composé d’un recouvrement ferrallitique rouge, fin, de faible
épaisseur (50 cm au maximum), sur un horizon d’altération serpentineuse.
Son pouvoir de rétention pour l’eau, moyen dans l’horizon ferrallitique,
est très élevé dans l’horizon d’altération. L’horizon ferrallitique est acide
et pauvre en éléments échangeables; l’horizon d’altération est neutre et
très riche en magnésium. Ce sol présente des teneurs en nickel élevées en
profondeur (2,4 %).
Végétation : maquis paraforestier à Alphilonia neo-caledonica, Croton
insulare, Erythroxylum novo-caledonicum et Acacia spirorbis.
C’est une formation arbustive dense. La strate arbustive supérieure
atteint 2 à 3,50 m de hauteur, la strate arbustive inférieure assez touffue
étant comprise entre 50 cm et 1,50 m de hauteur; la strate herbacée dis¬
continue est formée de Cypéracées en touffes. La flore, très composite,
moyennement riche (25 espèces), sans espèces dominantes, comprend des
espèces serpentinophiles, Stenocarpus milnei, Maytenus fournieri, Chomelia
microcarpa, Styphelia cymbulæ, Gahnia aspera, ainsi que des espèces ou
statut écologique assez mal défini, à tendance magnésiphile qui atteignent
sur le massif du Boulinda leur maximum de développement sur des sols
mixtes : Croton insulare, Alphitonia neo-caledonica, Erythroxylum novo-
caledonicum, Rauwolfia semperflorens, Scævola montana, Guioa pectinata.
Acacia spirorbis, espèce grégaire de basse altitude, est également bien
représentée.
STATION A 4
Altitude : 140 m
Position topographique : flanc supérieur d’une ligne de crête, pente forte
100 %.
Sol : sol brun eutrophe peu évolué.
Le sol brun, peu profond, contient de nombreux cailloux et blocs de
serpentinites plus ou moins altérés dans son profil. Il possède localement
une litière de 2 à 4 cm. Sa réserve hydrique est assez forte; mais la quantité
d’eau retenue au point de flétrissement est élevée ce qui la rend difficilement
utilisable par la végétation. La capacité d’échange est très élevée et saturée
en majorité par le magnésium. Le pH est neutre. Ce sol est relativement
pauvre en nickel.
Végétation : maquis paraforestier à Casuarina chamæcyparis.
C’est une formation arbustive haute à caractère paraforestier bien
marqué et à flore moyennement riche (22 espèces), très spécifique. La
|H.T„ Fio. 2)
Source : MNHN, Paris
— 318 —
strate arbustive supérieure haute de 5 à 6 m, a un recouvrement de 60 à
70 %; elle est constituée presque exclusivement par une espèce exclusive
des serpentines, Casuarina chamæcyparis.
La strate ligneuse sous-arbustive très lâche, est composée principa¬
lement d’espèces serpentinophiles, Xanthostemon macrophyllum, Stenocarpus
milnei, Grevillea meisneri, Chomelia microcarpa, Alstonia deplanchei, Mooria
canescens. Les espèces à tendance ubiquiste représentées par Wickstrœmia
viridifolia, Dodonea uiscosa. Acacia spirorbis , sont peu abondantes. La
strate herbacée discontinue peu fournie est constituée par trois Cypé-
racées magnésicoles, Fimbristylis neo-caledonica, Scleria brownii, Gahnia
aspera.
STATION A 6
Altitude : 45 m
Position topographique : mi-versant pente forte 100 %.
Sol : sol brun eutrophe peu évolué.
Le sol est ici très voisin de celui de la station précédente (station A4);
il en diffère essentiellement par un plus grand enrochement superficiel et
une profondeur moindre.
Végétation : maquis à Phyllanlhus montrouzieri, Eugenia gacognei, Gre¬
villea meisneri et Mooria canescens.
C’est une formation arbustive de 2 à 3,50 m de hauteur, à caractère
légèrement paraforestier. Elle est constituée par des espèces serpentino¬
philes rupicoles et dans la majorité des cas fortement sclérophylles. La flore,
très riche (36 espèces), comprend relativement peu d’espèces ubiquistes et ne
présente pas d’espèces dominantes. La strate supérieure est assez lâche
tandis que la strate arbustive basse, 20 cm à 1,70 m, est assez fournie. Les
principales espèces sont Grevillea meisneri, Eugenia gacognei, Alphilonia
neo-caledonica, Rapanea sp., pour la strate supérieure, Phylianthus mon¬
trouzieri, Mooria canescens, Stenocarpus milnei, Styphelia cymbulæ, Casearia
deplanchei, Codia montana, Osmanthus austro-caledonicus. Acacia spirorbis,
Bocquillonia sp. et plusieurs espèces à'Alyxia pour la strate arbustive infé¬
rieure. La strate herbacée cypéracéenne très lâche est constituée principa¬
lement de Scleria brownii et Gahnia aspera.
STATION A g
Altitude : 25 m
Position topographique : plaine alluviale pente faible 2 %.
Sol : sol hydromorphe à ségrégation de manganèse sur alluvions anciennes.
Gravillonnaire et sablo-argileux en surface, le sol devient rapidement
argileux en profondeur. La capacité de rétention pour l’eau est très faible
dans les horizons supérieurs et plus élevée en profondeur. Le pH est acide
Source : MNHN, Paris
TRANSE CT B
B4 B 5
O ÏOÔ 200
DISTANCE EN METRES
— 319 —
en surface et basique en profondeur. La capacité d’échange faible et légère¬
ment désaturée dans l’horizon gravillonnaire est élevée et saturée en magné¬
sium dans l’horizon argileux. Les teneurs en nickel sont faibles.
Végétation : maquis paraforestier à Plectronia odorata et Acacia spirorbis.
C’est une formation arbustive relativement pauvre tloristiquement,
comptant environ 13 espèces. Elle comprend une strate arbustive supé¬
rieure continue mais peu dense, de 3 à 4,50 m de hauteur, constituée prin¬
cipalement d 'Acacia spirorbis et Plectronia odorata et çà et là, leur présence
témoignant de l’hydromorphie du milieu de quelques niaoulis (Melaleuca
quinquenervia). La strate arbustive basse (50 cm à 2 m de hauteur) est cons¬
tituée par un petit nombre d’espèces magnésicoles des sols bruns (Mooria
canescens, Bureavia carmculata, Styphelia cymbulæ et un nombre plus
important d’espèces à statut écologique mal défini. Acacia spirorbis, Codia
montana, Wickstrœmia viridifolia, Scævola montana, Guioa pectinata,
Hibbertia pancheri. Gardénia urvillei. La strate herbacée, dont le recou¬
vrement n’excède pas 10 % est constituée principalement par Fimbristylis
neo-caledonica.
TRANSECT B (fig. 3)
Il recoupe successivement entre 546 et 120 m d’altitude un plateau
ferrallitique de moyenne altitude, une pente très forte avec petites falaises,
une croupe à pente forte, un fond de vallée étroite.
Cinq stations ont été retenues sur ce transect.
STATION Bj
Altitude : 530 m
Position topographique : plateau à pente faible 10 %.
Sol : sol ferrallitique moyennement désaturé, remanié, appauvri, gra¬
villonnaire.
Le sol de cette station présente des caractères semblables à celui de la
station A 2 .
Végétation : maquis à Tristania guillainii dominant.
On est ici en présence d’une formation ouverte et buissonnante à
Tristania guillainii dominant, sans strate herbacée, identique à celle de la
station A 2 , précédemment décrite.
STATION B 2
Altitude : 515 m
Position topographique : haut versant à forte pente 200 %.
Sol : sol ferrallitique faiblement désaturé rajeuni.
Ce sol est fortement enroché en surface. Entre les blocs de péridotite
|H.T., Fio. 3J
Source : MNHN, Paris
— 320 —
se développe un sol ferrallitique très gravillonnaire qui paraît formé par
colluvionnement à partir du sol du plateau.
Les horizons supérieurs très sableux ont une très faible capacité de
rétention pour l’eau ; mais cette dernière augmente considérablement dans
les horizons profonds. Le pH faiblement acide en surface, est neutre en
profondeur. Les bases échangeables sont peu abondantes et relativement
équilibrées en calcium et magnésium dans la partie supérieure du profil;
en profondeur par contre, le magnésium très abondant est pratiquement
le seul cation échangeable. Les teneurs en nickel sont relativement fortes.
Par les caractères de ses horizons profonds, ce sol se présente comme un
faciès de transition édaphique avec les sols bruns eutrophes.
Végétation : maquis à MaxweUia lepidota, Tristania callobuxus, Deplan-
chea sessilifolia.
C’est une formation arbustive à strate herbacée très discontinue. La
végétation arbustive moyennement dense, de 1 à 2,50 m de hauteur, ne pré¬
sente pas de stratification nette. Sa flore est très riche et compte 35 espèces
différentes : elle est composée, d’une part, d’espèces généralement liées à des
sols ferrallitiques peu désaturés (Tristania callobuxus, Grevillea exul, Dysoxy-
lum nitidum, Stenocarpus trinervis, Perypterigia marginata) d’autre part,
d’espèces à tendance magnésiphile (MaxweUia lepidota, Deplanchea sessili¬
folia, Styphelia cymbulæ, Jasminum didymum, Soulamea pancheri, Homa-
lium deplanchei). La strate herbacée est constituée de Cypéracées ubiquistes
Costularia arundinacea, Baumea deplanchei, Lepidosperma perteres.
STATION B 3
Altitude : 360 m
Position topographique : mi-versant sur pente forte (100 %); au pied d’un
escarpement.
Sol : sol peu évolué d’érosion sur éboulis.
La surface du sol est recouverte par un éboulis rocheux. Entre les blocs,
on observe des poches terreuses d’origine mixte (ferrallitique et brun-
eutrophe). La capacité de rétention en eau utile du sol est assez faible;
mais il est probable en raison de la position topographique que l’humidité
est entretenue par des apports hydriques extérieurs (sources).
Ce sol a un pH voisin de la neutralité. La capacité d’échange assez
élevée est presque saturée. Le magnésium est le cation échangeable le mieux
représenté; mais les teneurs en calcium ne sont pas négligeables. Les teneurs
en nickel sont fortes.
Végétation : formation paraforestière à Tristania callobuxus, MaxweUia
lepidota, Garcinia neglecta.
Cette formation moyennement riche floristiquement (26 espèces
dénombrées) présente une strate arborescente peu puissante, de 5 à 8 m de
hauteur, un sous-bois assez dense, sans stratification nette, une strate
herbacée à faible recouvrement.
Source : MNHN, Paris
— 321 —
Par sa composition floristique, la végétation rappelle beaucoup celle
de la station B 2 . La strate arborescente est formée principalement de Gar-
cinia neglecla, Tristania callobuxuS, Deplanchea sessilifolia, Alphilonia
neo-caledonica, Dysoxylum nitidum. La strate arbustive comprend une
majorité d’espèces du maquis : Acacia spirorbis, Slyphelia cymbulæ, Dubou-
zetia caudiculala, Scævola montana, Eriostemon pallidum, Podonephelium
homei, et quelques espèces forestières, hémisciaphiles à sciaphiles, appar¬
tenant notamment aux genres Psychotria, Rapanea, Tapeinosperma. La
strate herbacée est constituée principalement par une Cypéracée hémis-
ciaphile, Schœnus tendo.
STATION B 4
Altitude : 190 m
Position topographique : bas-versant à pente forte (80 %).
Sol : sol brun eutrophe peu évolué.
Ce sol est en tout point comparable à celui de la station A 4 décrite
précédemment.
Végétation : maquis paraforestiei à Casuarina chamæcyparis.
Il s’agit d’une végétation arbustive haute à caractère paraforestier
bien marqué et à flore très spécialisée, identique à la végétation de la station
A4.
STATION B 5
Altitude : 120 m
Position topographique : fond de vallée étroite à pente faible (5 %).
Sol : sol brun eutrophe hydromorphe sur alluvions récentes.
Le sol est profond, argileux, riche en matière organique en surface. Sa
position en bas de pente et la proximité d’un cours d’eau permanent entre¬
tiennent des conditions hydriques favorables à la végétation. Sa capacité
d’échange est forte et son taux de saturation très élevé; son pH est voisin
de la neutralité. Parmi les bases échangeables, le magnésium domine nette¬
ment; le rapport Ca-Mg est nettement inférieur à 1 %. Des taches noires
de ségrégation de manganèse, signe d’hydromorphie, apparaissent en pro¬
fondeur.
Végétation : forêt à Casuarina deplancheana.
C’est une forêt à strate arborescente bien développée, au recouvrement
de 60 % environ, constituée principalement par Casuarina deplancheana
dont les plus gros individus atteignent 15 à 20 m de hauteur. La strate
arbustive, à structure complexe, est peu dense; sa flore est typiquement
forestière. Les espèces sciaphiles de sous-bois sont représentées par de nom¬
breuses espèces appartenant aux genres Psychotria, Baloghia, Hedycharia,
Melicope. On note également la présence d’un Palmier du genre Basselinia
Source : MNHN, Paris
— 322 —
et de Pandanus viscidus, ce dernier localisé à la berge de la rivière. Le recou¬
vrement de la strate herbacée, qui comprend Schœnus tendo et Baumea
deplanchei , n’excède pas 5 %.
TRANSECT C (fig. 4)
Ce transect part du Pic Poya à 908 m d’altitude, il recoupe une forte
pente, un piédmont peu étendu, un plateau cuirassé, une dépression, une
forte pente qui remonte vers un piton opposé.
Cinq stations ont été retenues sur ce transect.
STATION C!
Altitude : 900 m.
Position topographique : crête sommitale très exposée aux vents dominants.
Sol : sol peu évolué d’érosion (faciès ferrallitique).
Le sol très rocheux se limite à de petites poches de terre ferrallitique
assez riche en matière organique et de pH faiblement acide. Les teneurs
en magnésium et en nickel sont assez importantes. La réserve hydrique du
sol est relativement faible étant donné le faible volume de terre disponible.
Végétation : maquis à Costularia nervosa, Hibbertia altigena, Knightia
deplanchei.
C’est une formation ligno-herbacée relativement riche en espèces
(30 environ) caractérisée par la présence d’une strate herbacée cypéracéenne
très développée (recouvrement 80 %). Celle-ci comprend Costularia nervosa
(espèce dominante), Costularia comosa , Costularia arundinacea, Lepido-
sperma perteres, Schœnus juvenis, Pteridium aquilinum. La strate arbustive
discontinue, au recouvrement de 30 à 45 % comprend d’une part, des
espèces à affinités rupicoles liées aux sols peu ou non désaturés, Hibbertia
altigena , Knightia deplanchei, Homalium kanaliense var. boulindæ, Pery-
pterygia marginata, Normandia neo-caledonica, Argophyllum laxum, Genio-
stoma sp. et des espèces plus ubiquistes, Codia montana, Grevillea exul,
Hibbertia pancheri, Montrouziera sphæroidea, Dracophyllum ramosum.
STATION C 2
Altitude : 850 m
Position topographique : plateau.
Sol : sol ferrallitique moyennement désaturé, remanié, appauvri sur maté¬
riau riche en gravillons et blocs de cuirasse ferrugineuse.
C’est un sol profond, très riche en gravillons ferrugineux et en blocs de
cuirasse dans ses horizons supérieurs. La reserve en eau de ces horizons est
de ce fait très réduite. Les horizons profonds, très argileux ont par contre
une capacité de rétention pour l’eau élevée. La réaction du sol est moyen¬
nement acide (moins acide en surface qu’en profondeur). Les éléments
Source : MNHN, Paris
MNHN, Paris
— 323 —
échangeables sont très peu abondants et le magnésium ne prend une cer¬
taine valeur qu’en dessous de 1 mètre de profondeur. Les teneurs en nickel
sont très faibles.
Végétation : maquis à Slyphelia cymbulæ, Pancheria confusa. Araucaria
rulei.
C’est une formation arbustive très ouverte dominée par quelques
grands Araucaria rulei. Sa flore est moyennement riche (19 espèces au total).
La strate arbustive buissonnante discontinue (recouvrement 50 %) com¬
prend des espèces acidiphiles des sols ferrallitiques désaturés Styphelia
macrocarpa, Styphelia cymbulæ, Pancheria confusa, Rapanea climinuta, et
des espèces à tendances ubiquistes, Codia montana (très abondant), Metro-
sideros engleriana, Parsonsia carnea. La strate herbacée très réduite (recou¬
vrement inférieur à 5 %) est constituée de Pteridium aquilinum.
STATION C 3
Altitude : 800 m
Position topographique : fond d’une vallée fermée.
Sol : sol ferrallitique moyennement désaturé, remanié, induré.
Bien que ce sol soit profond, la pénétration des racines est limitée par
un horizon induré quasi continu à faible profondeur. Au-dessus de ce
niveau cuirassé on observe un horizon gravillonnaire et sableux, moyenne¬
ment acide, pauvre en éléments échangeables et en phosphore. La réserve
hydrique au-dessus de la cuirasse est faible; mais il peut y avoir engorge¬
ment à certaines périodes humides de l’année.
Végétation : maquis à Dicranopteris linearis, Gahnia novo-caledonensis,
Grevillea gillivrayi.
C’est une formation ligno-herbacée à aspect landiforme. Sa flore est
pauvre (12 espèces au total); elle est dominée par Dicranopteris linearis
qui est l’élément principal de la strate herbacée dense (recouvrement 90 %),
cette dernière comprenant en outre une Cypéracée caractéristique des zones
hydromorphes temporaires, Gahnia novo-caledonensis et plusieurs fougères
plus ou moins acidiphiles, dont Pteridium aquilinum et Schizea lævigata.
La strate arbustive à faible recouvrement (20 %), de 50 cm à 1 m de hauteur,
est constituée par quelques-unes des espèces observées dans la station C3,
Codia montana. Metrosideros engleriana, Rapanea diminuta, Alyxia sp.
et Grevillea gillivrayi qui devient ici relativement abondant.
STATION C 4
Altitude : 820 m
Position topographique : bas-versant à pente forte (200 % environ).
Sol : sol ferrallitique moyennement désaturé, remanié, rajeuni.
Le sol est peu profond, gravillonnaire en surface. Il présente un fort
[H.T., Fig. 4]
Source : MNHN, Paris
— 324 —
enrochement affleurant. Sa réserve hydrique est peu élevée; mais, en raison
de sa position topographique, l’alimentation en eau des plantes est correcte.
Ce sol est moyennement acide. Les teneurs en magnésium échangeables
et en nickel total sont élevées en profondeur.
Végétation : formation paraforestière à Psidiomyrtus locellatus, Geissois
pruinosa, Hibberlia lucens.
Par sa structure, la végétation est proche de la forêt dense; mais la
flore est encore nettement apparentée à celle des maquis. La strate supé¬
rieure arbustive, haute voire arborescente (5 à 10 m), est constituée princi¬
palement de Psidiomyrtus locellatus, Geissois pruinosa, Hibbertia lucens. La
strate arbustive inférieure comprend, en outre quelques espèces du maquis
(Melicope leptococca, Guioa pectinata, Rapanea diminuta), des espèces
nettement forestières, sciaphiles ou hémisciaphiles, appartenant aux genres
Rapanea, Hedycharia, Guettarda, Tapeinosperma, Citronella.
STATION C 5
Altitude : 850 m
Position topographique ; sommet de colline.
Sol : sol ferrallitique faiblement désaturé, rajeuni.
Ce sol, bien que continu, est assez semblable par ses caractéristiques
au sol Ci.
Végétation : maquis à Costularia nervosa, Hibbertia altigena, Knightia
deplanchei.
La végétation est identique à celle de la station Ci.
TRANSECT D (fig. 5)
11 s’étend entre 1 240 et 1 000 m d’altitude sur le versant Ouest du Mont
Boulinda. 11 recoupe une forte pente sous forêt puis sous maquis, un piéd-
mont assez étendu, enfin un petit piton coiffé d’une carapace témoin.
Six stations ont été retenues sur ce transect.
STATION Dj
Altitude : 1 240 m
Position topographique : crête sommitale.
Sol : ranker organique.
Le sol est composé d’un épais tapis de matière organique gorgé d'eau
pendant la majeure partie de l’année. De réaction très acide (pH voisin
de 3), cet horizon à très forte capacité d’échange est très désaturé en bases,
moyennement riche en phosphore et présente des teneurs très faibles en
nickel total.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 325 —
Végétation : forêt oronéphéliphile à Metrosideros dolichandra, Bryo-
phytes, Hyménophyllacées et Lichens.
C’est une forêt basse très humide dont les plus grands arbres ne dépas¬
sent pas 10 m de hauteur. La végétation ligneuse est constituée principale¬
ment par Metrosideros dolichandra, Quintinia oreophila, Weinmannia
dichotoma, Cunonia pulchella. La strate herbacée proprement dite est
inexistante; mais le sol, les branches et les troncs des arbres sont recouverts
de Bryophytes, Hyménophyllacées et Lichens. Parmi les épiphytes de plus
grande taille, mentionnons Astelia neo-caledonica et des Cryptogames
vasculaires, Selliguea, Dictymia, Elaphoglossum, Nephrolepis. Les semi-
épiphytes ( Freycinetia) sont également abondants.
STATION D 2
Altitude : 1 150 m
Position topographique ; mi-versant à pente moyenne (40 %).
Sol : sol ferrallitique fortement désaturé, humifère, rajeuni, ce sol est
moyennement profond, gravillonnaire en surface.
De nombreux blocs de roches affleurent. L’horizon supérieur humifère
est constitué d’une matière organique peu évoluée (C/N = 20). Le pH
est franchement acide dans l’horizon A, moyennement acide dans les hori¬
zons (B) et BC. Les cations échangeables Ca ++ et Mg ++ sont en propor¬
tions bien équilibrées dans les horizons supérieurs. Les teneurs en nickel
sont moyennes. Les réserves en eau, faibles dans l’horizon gravillonnaire,
sont plus élevées en profondeur.
Végétation : forêt dense à Myrtacées, Lauracées et Podocarpacées.
C’est une forêt dense humide, riche en espèces, présentant peu de gros
arbres mais un sous-bois relativement touffu. Les lianes, les fougères et les
épiphytes sont abondantes. La strate arborescente, dont la hauteur varie
de 8 à 15 m, est constituée par des espèces appartenant aux genres Decus-
socarpus, Dacrydium, Cryptocarya, Metrosideros, Schefflera. La strate
sous-arborescente très fournie comprend de nombreuses espèces apparte¬
nant aux genres Hedycaria, Rapanea, Psychotria, Podocarpus, Dacrydium,
Phelline, Tapeinosperma, Pandanus, Basselinia. La strate inférieure est cons¬
tituée par des Fougères et une Cypéracée, Uncinia dawsonii.
STATION D 3
Altitude : 1 050 m
Position topographique : bas-versant, pente forte (80 %).
Sol : sol ferrallitique moyennement désaturé, rajeuni.
La surface du sol est fortement enrochée et recouverte par quelques
blocs de cuirasse ferrugineuse et de pseudomeulière. Entre les roches se
développe un sol moyennement profond, peu gravillonnaire. Sa capacité
de rétention pour l’eau est moyenne. Peu humifère, ce sol est acide en
IH.T.. Fig. 5|
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 327 —
surface et moyennement acide en profondeur. Parmi les bases échangeables,
le magnésium domine assez nettement. Les teneurs en nickel sont moyennes
en surface et assez élevées en profondeur (1,7 % de Ni O).
Végétation : maquis à Costularia nervosa, Hibbertia altigena , Knighlia
deplanchei, Bæckea ericoides.
La végétation est assez semblable à celle des stations Ci et C 5 ; elle
en diffère quelque peu dans sa composition floristique par la présence
d’espèces altimontaines Earina deplanchei, Cunonia lenormandii, Maytenus
sp. et d’espèces acidiphiles, Bæckea ericoides, Dicranopteris linearis.
STATION D 4
Altitude : 1 030 m
Position topographique : piédmont à pente moyenne (30 %).
Sol : sol ferrallitique fortement désaturé, remanié, colluvionné.
Le sol est jaune, profond et non gravillonnaire. Sa surface est recouverte
de blocs rocheux et de pseudomeulières. La réserve hydrique est assez
importante. Ce sol est franchement acide sur tout son profil. Il est peu
humifère, pauvre en bases échangeables. Il est par contre assez riche en
nickel, cet élément s’accumulant fortement en profondeur.
Végétation : maquis très dégradé à Costularia nervosa, Gleichenia dicarpa,
Bæckea ericoides.
C’est une formation ligno-herbacée très dégradée à la suite de feux
récents. La végétation serait assez voisine de celle de la station D 3 ; elle en
diffère par une plus grande abondance des espèces acidiphiles représentées
par Dicranopteris linearis, Gleichenia dicarpa, Bæckea ericoides, Lycopodium
deuterodensum et la disparition des espèces rupicoles. Les espèces altimon¬
taines de maquis, Cunonia lenormandii, Argophyllum ellipticum, Earina
deplanchei sont encore représentées.
STATION D 5
Altitude 1 040 m.
Position topographique : sommet d’une petite butte témoin cuirassée.
Sol : sol ferrallitique fortement désaturé remanié, appauvri sur matériau
riche en gravillons et blocs de cuirasse.
Le profil du sol est assez voisin de celui de la station D 4 . Il en diffère
par une plus grande épaisseur de l’horizon riche en blocs de cuirasse et en
graviers ferrugineux, une couleur plus jaune et un pH plus acide. Il est peu
humifère et pauvre en bases échangeables. Les teneurs en nickel sont très
faibles. La réserve hydrique de ce sol est faible.
Végétation : maquis à Styphelia cymbulæ, Pancheria confusa, Symplocos
rotundifolia.
La végétation est assez semblable à celle de la station C 2 ; c’est une
Source : MNHN, Paris
— 328 —
formation arbustive basse très ouverte, dominée par quelques grands Arau¬
caria rulei. Elle en diffère dans sa composition floristique par l’absence
de certaines espèces de moyenne altitude et par la présence d’espèces alti-
montaines, Symplocos rotundifolia, Argophyllum montanum, Earina deplan-
chei, Araucaria montana.
STATION D 6
Altitude : 980 m
Position topographique : bas-versant, pente faible (20 %).
Sol : sol ferrallitique fortement désaturé remanié, appauvri sur matériaux
siliceux.
Le sol est profond, il a un aspect podzolique dû à une accumulation
de sable siliceux dans sa partie supérieure. Son pH est acide. Il est peu
humifère et pauvre en bases échangeables. Les teneurs en nickel sont très
faibles dans tout le profil, la capacité de rétention en eau des horizons
supérieurs est faible. Les horizons supérieurs semblent légèrement cimentés
par la silice en saison sèche.
Végétation : maquis à Gleichenia dicarpa, Dicranopteris linearis, Bæckea
ericoides.
La végétation ligno-herbacée très spécialisée, à flore pauvre, est carac¬
térisée par une strate herbacée à fort recouvrement (80 %) dominée par des
Fougères, Dicranopteris linearis, Gleichenia dicarpa, Pteridium aquilinum.
Elle comprend en outre des Cypéracées, Costularia nervosa, Costularia
arundinacea et une Lycopodiacée, Lycopodium deuterodensum qui est très
abondant. La strate arbustive basse à faible recouvrement (25 %), com¬
prend Bæckea ericoides (espèce dominante), Pancheria confusa, Metrosideros
engleriana, Cunonia lenormandii, Myrtus sp., Rapanea diminuta, Codia
montana.
III. — DISCUSSION : LES RELATIONS SOL-VÉGÉTATION
L’examen du sol et de la végétation le long des quatre transects étudiés
nous conduit à distinguer trois types principaux de groupements phyto-
édaphiques :
1° Des groupements végétaux serpentinophiles et magnésicoles, sur
des sols à forte capacité d’échange, très riches en magnésium (sols bruns
eutrophes) : maquis paraforestier à Casuarina chamæcyparis (stations A 4
et B4), maquis à Phyllanthus montrouzieri, Eugenia gacognei, Grevillea
meisneri (station As), forêt à Casuarina deplancheana (station Bs).
2° Des groupements végétaux oligotrophes sur les sols plus ou moins
désaturés, à très faible capacité d’échange :
— Sur les sols faiblement désaturés, maquis à Maxwellia lepidota.
Source : MNHN, Paris
— 329 —
Tristania callobuxus, Deplanchea sessilifolia (station B 2 ), maquis à Costu-
laria nervosa, Hibbertia altigena, Knightia deplanchei (stations C 5 et C^).
— Sur les sols moyennement désaturés, maquis à Acacia spirorbis
dominant (station A!), maquis à Tristania guillainii dominant (stations A 2
et B t ), maquis à Styphelia cymbulae, Pancheria confusa et Araucaria rulei
(station C 2 ), maquis à Dicranopteris linearis, Gahnia novo-caledonensis, Gre-
villea gillivrayi (station C 3 ), formation paraforestière à Psidiomyrtus locella-
tus, Geissois pruinosa, Hibbertia luscens (station C 4 ), maquis à Costularia
nervosa, Hibbertia altigena, Knightia deplanchei, Bæckea ericoides (station
d 3 ).
— Sur les sols fortement désaturés, forêt à Myrtacées, Lauracées et
Podocarpacées (station D 2 ), maquis à Costularia nervosa, Gleichenia
dicarpa; Bæckea ericoides (station D 4 ), maquis à Styphelia cymbulæ,
Pancheria confusa, Symplocos rotundifolia (station Ds), maquis à Glei¬
chenia dicarpa, Dicranopteris linearis et Bæckea ericoides (station De).
3° Un groupement forestier oronéphéliphile à flore relativement banale
sur rankers organiques : forêt à Metrosideros dolichandra, Bryophytes,
Hyménophyllacées et Lichens (station Di).
* La spécificité de la flore des diflërents biotopes décroît des sols
à forte capacité d'échange, très riches en magnésium, aux sols à très faible
capacité d’échange, désaturés en bases, et aux rankers organiques : on
passe en effet d’une flore riche en espèces exclusives des substrats issus des
roches ultrabasiques à une flore apparentée à celle des sols podzoliques
sur phtanites et à une flore riche en espèces forestières banales. Cette obser¬
vation peut être mise en parallèle avec l’observation d’une parenté de moins
en moins grande entre le sol et la roche mère, lorsque l’on passe des sols
bruns eutrophes aux sols ferrallitiques et aux rankers organiques.
Au sein des trois principales unités phyto-édaphiques, des unités éco¬
logiques secondaires s’individualisent en fonction des variations des condi¬
tions physiques et chimiques du milieu et du climat altitudinal.
* Les conditions hydriques liées à la capacité de rétention du sol pour
l’eau, à la position topographique et à la pluviométrie semblent exercer
une influence prépondérante sur la différenciation des formations végétales
en maquis, formations para-forestières et forêts.
— Dans les cas des terres à forte capacité d’échange et très magné¬
siennes, le maquis arbustif à Phyllanthus montrouzieri, Eugenia gacognei,
Grevillea meisneri et Mooria canescens (station As) se trouve sur forte
pente, sur les sols bruns les moins profonds et à faible réserve hydrique
utile. Le maquis paraforestier à Casuarina chamæcyparis (stations A 4 et
B 4 ) s’observe sur des sols bruns plus profonds, vraisemblablement dans
des sites plus arrosés. La forêt à Casuarina deplancheana (station B5)
est localisée en bas de pente à proximité d’un cours d’eau permanent créant
des conditions d’alimentation hydrique très favorables pour les plantes.
— Dans les cas des terres à faible capacité d’échange et désaturées,
Source : MNHN, Paris
— 330 —
les maquis paraforestiers, maquis à Alphitonia neo-caledonica, Croton insu-
lare, Erythroxylon novo-caledonicum (station A 3 ) et les formations para-
forestières, formation à Tristania callobuxus, Maxwellia lepidota, Garcinia
neglecla (station B3), formation à Psidiomyrtus locellatus, Geissois pruinosa,
Hibbertia lucens (station C4) se trouvent à basse et moyenne altitudes
dans des situations topographiques privilégiées (bas de pente, fond de
thalweg) qui assurent une alimentation plus importante des sols en eau.
La forêt à Myrtacées, Lauracées et Podocarpacées n’a été trouvée sur les
transects qu’à haute altitude où elle bénéficie de précipitations abondantes;
mais nous l’avons ailleurs observée également à moyenne altitude dans
des fonds de thalwegs.
— Si la présence des maquis ligno-herbacés, maquis à Coslularia
nervosa, Hibbertia altigena, Knightia deplanchei (stations Ci et C5) est liée
à des conditions hydriques limitantes sur sols érodés, à réserve hydrique
faible, il ne semble pas que ce soit le cas des maquis arbustif, maquis à
Tristania guillainii (stations A 2 et Bi), maquis à Styphelia cymbulæ, Pan-
cheria confusa et Araucaria rulei (station C2), maquis à Styphelia cymbulæ,
Pancheria confusa, Symplocos rotundifolia (station D5) : ceux-ci en effet se
développent sur des sols profonds dans des stations bien alimentées en
eau. La présence d’une strate arborée très lâche {Araucarià)monixt bien
d’ailleurs que des arbres peuvent se développer sur ces sols.
— A haute altitude, la présence de la forêt oronéphéliphile s’explique
par la pluviosité élevée, la forte nébulosité et la température relativement
basse, ces conditions climatiques rendant possible l’accumulation de matière
organique qui est favorable à l’installation des Bryophytes et des Hyméno-
phyllacées. Observons que ces accumulations de matière organique se
réalisent indépendamment du substrat minéral; on peut les trouver aussi
bien sur roches peu altérées que sur un horizon d’altération (cas cité) ou
sur sol ferrallitique profond très graveleux.
* Les caractères physiques des horizons pédologiques déterminent
des différenciations importantes au sein des maquis sur sols ferrallitiques.
La texture de l’horizon supérieur conditionne l’installation des maquis
arbustifs sans strate herbacée ou celle des maquis ligno-herbacés. Les
maquis arbustifs ouverts, sans strate herbacée, maquis à Tristania guillainii
(stations A 2 et Bi), maquis à Styphelia cymbulæ, Pancheria confusa, Sym¬
plocos rotundifolia (station D 5 ) sont liés à des sols ferrallitiques profonds
à horizon supérieur graveleux ou riche en blocs et débris de cuirasse, tandis
que les maquis ligno-herbacés (maquis à Costularia nervosa, Hibbertia
altigena, Knightia deplanchei (stations Ci et C5), maquis à Costularia ner¬
vosa, Gleichenia dicarpa, Bæckea ericoides (station D4) sont liés à des sols
à horizon supérieur de texture fine.
Il est vraisemblable que les sols à horizon supérieur grossier présentent
en période sèche des conditions d’aridité superficielle défavorables à l’ins¬
tallation des espèces à systèmes racinaires fasciculés (cas des Cypéracées
par ailleurs si abondantes sur roches ultrabasiques en Nouvelle Calédonie)
et à l’implantation de jeunes germinations particulièrement sensibles à la
Source : MNHN, Paris
— 331 —
sécheresse. Les espèces qui s’implantent sur ces sols doivent pouvoir grâce
à la morphologie de leur système racinaire se libérer rapidement des condi¬
tions d’alimentation hydrique défavorables qui régnent dans l’horizon super¬
ficiel. La présence d’une végétation différente sur sol à gravillons ferrugineux
(maquis à Tristania guillainii — stations A 2 et Bi) ou sur sols encombrés
de blocs de cuirasse (maquis à Slyphelia cymbulæ, Pancheria confusa et
Araucaria rulei — maquis Ci et C5) peut trouver son explication
dans l’hétérogénéité du substrat, la présence de blocs compacts gênant la
progression des racines des espèces non rupicoles. La faible profondeur
utile du sol favorise l’installation du maquis très spécialisé à Dicranopteris
linearis, Gahnia novo-caledonensis, Grevillea gillivrayi (station C3) sur les
sols indurés presque en surface soumettant la végétation à des conditions
très défavorables d’alimentation minérale et hydrique : seules quelques
espèces peu exigeantes dont Dicranopteris linearis, qui par la forte densité
de son feuillage et des ses racines protège le sol, contre une trop forte évapo¬
ration, peuvent se maintenir. La compacité des horizons supérieurs du
sol limitant l’enracinement des plantes intervient certainement dans la
différenciation du maquis à Gleichenia dicarpa, Dicranopteris linearis,
Bæckea ericoides sur sol remanié appauvri siliceux dont les horizons supé¬
rieurs sont riches en petits éléments de silice recristallisés.
* Les caractères chimiques des sols, qui, comme nous l’avons vu au
début de ce chapitre, induisent la différenciation d’une végétation serpen-
tinophile sur les sols à forte capacité d’échange très riches en magnésium
et d’une végétation à caractères oligotrophes sur les sols à faible capacité
d’échange et désaturés en bases, interviennent encore comme facteur de
différenciation secondaire à l’intérieur des unités phytoédaphiques
principales.
Ainsi les variations du pH des sols ferrallitiques, celles-ci étant d’ailleurs
liées à l’altitude (M. Latham, 1973), se traduisent-t-elles par l’installation
en altitude de groupements végétaux à tendance acidiphile : maquis à
Costularia nervosa, Hibbertia altigena, Knightia deplanchei, Bæckea ericoides
sur sol ferrallitique moyennement désaturé rajeuni (station D3), maquis
à Styphelia cymbulæ, Pancheria confusa, Symplocos rotundifolia sur sol
ferrallitique désaturé remanié appauvri, riche en gravillons et blocs de
cuirasse (station Ds).
Les variations de teneurs en magnésium des sols ferrallitiques et des
sols mixtes, celles-ci étant fonction, d’une part, de la position topographique,
d’autre part, de la profondeur du sol conditionnant l’accès des systèmes
racinaires au cortex d’altération de la roche enrichi en magnésium, influent
sur la composition floristique du tapis végétal.
L’enrichissement du sol en magnésium se traduit par la présence d’es¬
pèces à affinités magnésicoles, qui sont en particulier assez bien représentées
dans le maquis paraforestier à Alphitonia neo-caledonica, Croton insulare,
Erythroxylum novo-caledonicum sur sol mixte ferrallitique fin recouvrant
une altération serpentineuse (station A3), dans le maquis paraforestier
à Plectronia odorata et Acacia spirorbis sur sol hydromorphe à ségrégation
Source : MNHN, Paris
— 332 —
de Mn sur alluvions anciennes (stations Ao), dans le maquis à Maxwellia
lepidota, Tristania callobuxus, Deplanchea sessilifolia sur sol ferrallitique
faiblement désaturé rajeuni (station D 2 ), et, à un degré moindre, dans le
maquis à Costularia nervosa, Hibbertia altigena, Knightia deplanchei sur
sol ferrallitique évolué d’érosion (station Ci et C5) et dans la formation
paraforestière à Tristania callobuxus, Maxwellia lepidota, Garcinia neglecta
sur sol peu évolué d’érosion sur éboulis.
Des variations de teneurs en nickel ont été enregistrées le long des
transects mais elles n’ont pu être mises en parallèle avec des variations
de la flore.
Les accumulations de silice pourraient aussi intervenir chimiquement
sur la répartition des plantes (station De). On note en particulier souvent
sur ces sols la présence de Melaleuca quinquenervia, plante généralement
absente des massifs de roches ultrabasiques.
CONCLUSION
Comme c'est le cas pour la grande majorité des groupements occupant
les affleurements de roches ultrabasiques en Nouvelle-Calédonie ou en
d'autres régions du monde (cf. bibliographie) la végétation du massif du
Boulinda apparaît très spécifique et nettement distincte de celle occupant
les affleurements de roches basiques ou plus ou moins acides du voisinage.
Cette spécificité peut être, au regard des analyses de sols, attribuée d’une
façon générale aux effets d'un ensemble de conditions de nutrition minérale
très particulières, pauvreté plus ou moins accentuée des sols en éléments
minéraux nutritifs majeurs (excepté le magnésium souvent en excès) et
richesse excessive en éléments minéraux généralement considérés comme
toxiques pour les plantes NiO, Crj,0 3 et C 0 O 1 .
L’examen des travaux cités dans notre bibliographie fait ressortir
à l'échelle mondiale la diversité des types de végétation et des conditions
de milieu réalisées sur roches ultrabasiques. La présente étude montre
qu’en Nouvelle-Calédonie, sur le massif du Boulinda, à une échelle régionale,
le particularisme de la végétation des péridotites et serpentines s’accompagne
d’une diversification importante des groupements végétaux en raison de
la grande variété des conditions édaphiques.
Trois types principaux de groupements phyto-édaphiques ont été
reconnus :
— Une végétation serpentinophile et magnésicole sur sols à faible
capacité d’échange, très riches en magnésium.
— Une végétation oligotrophe sur sols à très faible capacité d’échange,
désaturés en bases.
— Une végétation hygrophile sur sols à accumulation organique, la
flore serpentinophile et magnésicole étant d’une plus grande spécificité
que les deux autres.
1. Ces conclusions rejoignent celles de nombreux auteurs.
Source : MNHN, Paris
— 333 —
La répartition des maquis, formations paraforestières et forêts est sous
la dépendance des conditions d’alimentation en eau des plantes qui sont
fonction de la capacité du sol en eau utile, de la pluviométrie et de la topo¬
graphie.
Au sein de chaque grand ensemble phyto-édaphique, maquis, formations
paraforestières et forêts, on distingue différents groupements végétaux qui
se répartissent en fonction des facteurs physiques et chimiques du sol.
Le rôle des facteurs chimiques du sol dans la différenciation des groupe¬
ments végétaux des principales unités phyto-édaphiques n’a pu cependant
être que partiellement cerné dans le cadre de cette étude qui, essentiellement
descriptive, devra être complétée par une expérimentation portant sur l’action
propre de chacun des principaux facteurs écologiques.
Liste des espèces citées
Acacia spirorbis Labili. (Légumineuses).
Acridocarpus austro-caledonica Bail). (Malpighiacées).
Atphitonia neo-caledonica Guill. (Rhamnacées).
Alstonia deplanclici Heurck. & Muell. (Apocynacées).
Araucaria rulei Muell. (Araucariacées).
Argophyiium laxum Schltr. (Saxifragacées).
Argophyllum montanum Schltr. (Saxifragacées).
Asielia neo-caledonica Schltr. (Liliacées).
Bteckea ericoides Brongn. & Gris (Myrtacées).
Baumea deplanchei Bock. (Cypéracées).
Bureavia carunculata Bail). (Euphorbiacées).
Casearia deplanchei Sleumer (Flacourtiacées).
Casuarina chamæcyparis Poiss. (Casuarinacées).
Casuarina deplancheana Miq. (Casuarinacées).
Chomelia microcarpa Guill. (Rubiacées).
Codia montana Forst. (Cunoniacées).
Costularia arundinacea (Sol. ex Vahl) Kük. (Cypéracées).
Coslularia comosa (C. B. Cl.) Kük. (Cypéracées).
Costularia nervosa J. Rayn. (Cypéracées).
Croton insulare Baill. (Euphorbiacées).
Cunonia pulchella Brongn. & Gris (Cunoniacées).
Deplanchea sessilifolia Vieill. (Bignoniacées).
Dicranopteris linearis (Burm.) Underw. (Ptéridacées).
Dodonea viscosa Jacq. (Sapindacées).
Dracophyllum ramosum Panch. (Epacridacées).
Dubouzetia caudiculata Sprague (Elaeocarpacées).
Dysoxylum nitidum C. DC. (Méliacées).
Earina deplanchei Reichb. (Orchidacées).
Eriostemon pallidum Schltr. (Rutacées).
Erythroxylum novo-caledonicum Schltr. (Erythroxylacées).
Eugenia gacognei Montrouz. (Myrtacées).
Fimbristylis neo-caledonica C. B. Cl. (Cypéracées).
Gahnia aspera (R. Br.) Spreng. (Cypéracées).
Gahnia novo-caledonensis Benl (Cypéracées).
Garcinia neglecta Vieill. (Guttifères).
Gardénia urvillei Montrouz. (Rubiacées).
Geissois pruinosa Brongn. & Gris (Cunoniacées).
Gleichenia dicarpa R. Br. (Ptéridacées).
Grevillea exul Lindl. (Protéacées).
Source : MNHN, Paris
— 334 —
Grevillea gillivrayi Hook. (Protéacées).
Grevillea meisneri Montrouz. (Protéacées).
Guioa peclinaia Radlk. (Sapindacées).
Hibbertia ahigcna Schltr. (Ditléniacées).
Hibbenia lucens Brongn. & Gris (Diiléniacées).
Hibbertia pancheri Briq. (Diiléniacées).
Homaiium deplanchei Vieill. (Homaliacées).
Homalium kanaliense var. boutindx Sleumer (Homaliacées).
Jasminum didymum Forst. (Oléacées).
Knightia deplanchei Vieill. ex Brongn. & Gris (Protéacées).
Lepidosperma perteres C. B. CI. (Cypéracées).
Lycopodium deuterodenseum Hert. (Lycopodiacées).
Mawellia lepidota Baill. (Sterculiacées).
Maytenus fournieri Loes. (Celastracées).
Melaleuca quinquenervia (Cav.) Blake (Myrtacées).
Meiicope leptococca Baill. (Rutacées).
Metrosideros dolichandra Schltr. (Myrtacées).
Montrouziera sphæroidea Panch. (Guttifères).
Mooria canescens Brongn. & Gris (Myrtacées).
Normandia neocaledonica Hook. (Rubiacées).
Osmanthus austro-caledonicus (Vieill.) Knob. (Oléacées).
Pancheria confusa Guill. (Cunoniacées).
Pancheria vieillardii Brongn. & Gris (Cunoniacées).
Parsonsia carnea Panch. (Apocynacées).
Peripterygia marginata Loes. (Celastracées).
Phyllanthus montrouzieri Guill. (Euphorbiacées).
Pittosporum gracile Panch. ex Brongn. & Gris (Pittosporacées).
Plectronia odorata Benth. & Hook. (Rubiacées).
Podonephelium homei Radlk. (Sapindacées).
Psidiomyrtus locellatus Guill. (Myrtacées).
Pteridium aquilinum (L.) Kükn (Pteridacées).
Quintinia oreophila Schltr. (Saxifragacées).
Rapanea diminula Mez. (Myrsinacées).
Rauwolfia semperflorens Schltr. (Apocynacées).
Scævola montana Labill. (Goodeniacées).
Scleria brownii Kunth (Cypéracées).
Schanus juvenis C. B. Cl. (Cypéracées).
Schanus tendo Hook. f. (Cypéracées).
Soulamea pancheri Brongn. & Gris (Simarubacées).
Stenocarpus milnei Hook. (Protéacées).
Stenocarpus umhelliferus (J. R. & G. Forst.) Druce (Protéacées).
Styphelia cymbulx (Labill.) Spreng. (Epacridacées).
Styphelia macrocarpa (Schltr.) Sleumer (Epacridacées).
Styphelia pancheri (Br. & Gr.) F. v. Muell. (Epacridacées).
Symplocos rotundifolia Brongn. & Gris (Symplocacées).
Tristania callobuxus Brongn. & Gris (Myrtacées).
Tristania guillainii Vieill. (Myrtacées).
Uncinia dawsonii Hamlin (Cypéracées).
Weinmannia dichotoma Brongn. & Gris (Cunoniacées).
Wickstrœmia viridifolia Meissn. (Thyméléacées).
Xanthostemon macrophyllum Pampan. (Myrtacées).
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NOTES CYPÉROLOGIQUES
22. LES COSTULARIA DE NOUVELLE-CALÉDONIE
par J. Raynal
Summary: This review of the New Caledonian Cosiularia begins with a discussion
of the taxonomie value of various morphological features; a key and a list of species
follow, of which 5 are newly described, the total number amounting now to 12 well
defined species (ail endemic) and 2 critica! taxa. Then are given the results of a short
numerical study; conclusions are drafted about the possible trends of évolution.
Compared with species from other areas, mainly Madagascar, the New Caledonian
Cosiularia enjoy a greater amount of morphological variation; from various consi¬
dérations it appears that the genus probably originated in the south-western Pacific.
En 1805, Vahl (18) valida, en décrivant Schœnus arundinaceus , un
nom donné par Solander à une Cypéracée récoltée en Nouvelle-Calédonie
par Forster (6). Cette récolte, toujours présente dans l’herbier de Vahl
(pl. 1), à qui Fabricius — seul cité par Vahl — l’avait communiquée, existe
également dans les herbiers londoniens (K, BM); comme il arrive souvent
pour les spécimens de Forster, la provenance manuscrite sur la part de
Kew (« habitat in Neozelandia ») est erronée. En réalité, cette plante
provenait de la région de Balade, près de l’extrémité nord-ouest de la Nou¬
velle-Calédonie. C’était la première récolte d’un genre de Cypéracées parti¬
culièrement bien diversifié dans deux îles fort distantes, la Nouvelle-Calé¬
donie et Madagascar, mais qui devait attendre sa description encore près
d’un siècle. En 1898, Clarke (3) décrivait, en effet, d’Afrique du Sud,
le genre Cosiularia. Seize ans plus tard, Stapf (17) créait, pour 4 Cypéracées
de Nouvelle-Calédonie, de Bornéo et des Seychelles, le genre Lophoschœnus.
C’est ce nom qu’adoptèrent les botanistes néo-calédoniens, dans une série
de travaux (Guillaumin, 8, 9, 10,11; Dâniker, 5), qui portèrent le nombre
d’espèces décrites à 8 . Ce genre était dès lors essentiellement néo-calédo¬
nien, malgré son extension aux Seychelles. Sans doute en raison de l’exis¬
tence de la Flore de Guillaumin, c’est toujours sous ce nom que ces plantes,
qui jouent dans les maquis sur péridotites un rôle physionomique important,
étaient encore tout récemment connues.
Cependant, en 1939, Kükenthal (12) avait réuni Lophoschœnus et
Cosiularia, ne conservant de distinction qu’au rang subgénérique; la sépa-
Source : MNHN, Paris
— 338 —
ration biogéographique, toutefois, s'estompait, car Kükenthal réunissait
certains Lophoschœnus néo-calédoniens et certains Coslularia malgaches
et sud-africains en un troisième sous-genre Chamædendron. A dire vrai,
l’existence de Coslularia en Nouvelle-Calédonie avait été reconnue en 1921
par Rendle avec la description de son C. neocaledonica ; curieusement,
et par suite d’une regrettable confusion avec Lophoschœnus neocaledonicus
(C.B.C1.) Pfeiff., qui n’appartient pas au genre mais est un véritable Schœnus,
Kükenthal devait se méprendre totalement sur l’identité de Coslularia
neocaledonica Rendle ; il ignora dans sa révision cette plante, que Guillau¬
min (11) redécrivit plus tard sous le nom de Lophoschœnus montis-fontium.
Neuf espèces étaient donc connues lorsqu’en 1972 j’entrepris la révision
de la famille dans le cadre de la réalisation de la nouvelle Flore de Nouvelle-
Calédonie. Étant donné les nombreux travaux antérieurs traitant des
Lophoschœnus ou Coslularia, j’étais alors loin de penser que la révision
de ce genre aboutirait, par la description de 5 espèces nouvelles, à accroître
de moitié le contingent des Coslularia néo-calédoniens, porté aujourd’hui
à 12 espèces bien définies et 2 incertaines.
Ce travail me permet de corroborer l’opinion de Kükenthal sur
l’unité de Coslularia et Lophoschœnus. S’il est publié en avance sur la Flore
elle-même, c’est parce que des travaux écologiques — dont l’un publié
ici-même — réclamaient la description des nouveautés, dont plusieurs
sont des plantes abondantes, depuis longtemps récoltées, des environs
même de Nouméa.
Cette recherche n’aurait sans doute pu aboutir aussi aisément, ni
rapidement, si je n’avais eu la possibilité de visiter à deux reprises le sud
de la Nouvelle-Calédonie, observer in situ ces herbes, noter sur le vif les
ports, les formes, les couleurs, apprendre à distinguer du premier coup
d’œil, sur le terrain, des plantes parfois moins discernables une fois frag¬
mentées, aplaties et desséchées dans l’herbier. Je n’ai certes pas défini des
entités spécifiques nouvelles sur des traits mineurs et fugaces; mais les
caractères les plus évidents ou les plus fiables peuvent passer inaperçus
lorsqu’on ne dispose que d’exsiccata plus ou moins complets, initialement
confondus sous un même nom, parfois même mélangés dans un même
échantillon. Dans les maquis du sud de l’île plusieurs espèces de Coslularia
peuvent partager le même biotope ou des milieux voisins; à la Plaine des
Lacs il est très facile de récolter dans un rayon très limité les Coslularia
brevisela, comosa, pubescens, nervosa, xyridioides qui, pour le collecteur
non averti, se ressemblent beaucoup, au moins par le port des inflores¬
cences. On ne doit donc pas s’étonner que bien des récoltes anciennes
soient des mélanges, dont les parts déposées dans différents herbiers ne
se correspondent pas. A ce titre, le meilleur exemple est peut-être l’échan¬
tillon Franc 2136, qui à Paris et Kew est C. comosa, mais dont les échan¬
tillons genevois représentent un mélange de C. comosa, pubescens et xyri¬
dioides...
Il faut aussi insister sur l’énorme avantage que j’ai tiré des récoltes
aussi abondantes qu’excellentes réunies depuis quelques années pour le
compte du Muséum de Paris par M. McKee, ainsi que celles des bota-
Source : MNHN, Paris
— 339 —
nistes de l’O.R.S.T.O.M. de Nouméa, MM. Schmid, Jaffré et Veillon.
Ces échantillons nombreux, systématiquement collectés dans toute l’étendue
de l’île, ont entièrement modifié la qualité de l’information disponible;
à l’échantillonnage très épars, bien que taxonomiquement déjà complet,
d’autrefois, se sont substituées des récoltes suffisamment denses pour
apprécier avec une approximation satisfaisante tant la variation morpho-
Source : MNHN, Paris
— 340 —
logique que les aires de répartition. Peut-être pourrait-on penser que c’en
est dès lors assez de récolter; rien n’est moins sûr, car la qualité et la densité
des récoltes actuelles permettent d’entrevoir des variations intraspécifiques
certes mineures mais en apparente corrélation avec des habitats ou des
régions particuliers. Leur étude, qui peut être d’un grand intérêt, est fonc¬
tion d’une intensification de la prospection.
Sans atteindre l’état de connaissance floristique de pays tempérés
depuis longtemps prospectés, la Nouvelle-Calédonie se trouve aujourd’hui
à cet égard privilégiée par rapport à la plupart des régions intertropicales.
Ceci, joint à l’extrême originalité de ses espèces végétales, justifie pleine¬
ment et la réalisation par notre Laboratoire de la Flore de ce pays, et la
continuation active des prospections et des récoltes. La connaissance des
plantes dans leur milieu naturel est essentielle à une taxonomie biologique
moderne. Quoi qu’en puissent penser des esprits modernistes à l’excès,
la collecte méthodique d’herbiers dans l’étendue d’une aire de répartition
en demeure son complément logique et indispensable.
Je passerai en revue les différents caractères étudiés et leur valeur
taxonomique, avant d’énumérer les espèces néo-calédoniennes et de décrire
les nouveautés. Les synonymies, descriptions, cartes de répartition détaillées
et les listes de spécimens étudiés seront publiées ultérieurement dans la
Flore.
CARACTÈRES VÉGÉTATIFS
A. SOUCHE
Toutes les espèces néo-calédoniennes sont cespiteuses, sauf peut-être
C. neocaledonica, dont aucune base suffisamment complète n’a encore été
recueillie, et qui pourrait, en raison de certains indices (apparence de
rhizome ± oblique, feuilles peu nombreuses, pousses à premières gaines
sans limbe) avoir une souche traçante. Chez toutes les autres espèces les
feuilles sont rassemblées en touffe ou rosette généralement dense, sauf
chez C. chamædendron où, du fait de l’abscission précoce des limbes, il
y a rarement plus de 6 feuilles par tige.
La tige végétative est, dans la plupart des espèces, comparativement
très courte, et reste enveloppée par les vieilles gaines foliaires, qui se dila-
cèrent plus ou moins vite et finissent par disparaître tardivement, par
décomposition ou passage du feu. Chaque pousse aérienne florifère, appa¬
remment monopodiale, se trouve après la floraison relayée latéralement,
au niveau du sol, par de nouvelles pousses qui accroissent le diamètre de
la touffe, selon un processus banal chez les herbes cespiteuses.
Deux espèces, C. chamædendron et C. fragilis, sont à cet égard bien
différentes et présentent une organisation caulinaire beaucoup plus rare
dans la famille : là encore les pousses florifères sont monopodiales, mais
le relais sympodial, au lieu d’intervenir latéralement au ras du sol, prend
naissance immédiatement sous l’inflorescence qui, par la croissance, se
trouve rejetée en position pseudo-latérale; il n’y a plus accroissement
Source : MNHN, Paris
— 341 —
périphérique d’une touffe, mais bien allongement — et ramification —
d’une tige aérienne dressée constituée d'une succession sympodiale d’ar¬
ticles. Les bouquets terminaux de feuilles vivantes — relativement maigres
dans ces deux espèces — se trouvent ainsi exhaussés notablement au-dessus
du sol. Cette architecture particulière se complète d’une spécialisation
poussée des feuilles; par le jeu d’une assise d’abscission située juste au-dessus
du rétrécissement marquant le passage gaine-limbe (au niveau d’une « zone
ligulaire » peu apparente), les limbes foliaires tombent assez vite, laissant
des gaines entières, nettement tronquées par l’abscission, densément imbri¬
quées et constituant autour de la tige aérienne un manchon protecteur
continu et persistant. Enfin, à l’intérieur de cette carapace, toute une série
de racines adventives descendent des aisselles foliaires, assurant à la fois
un accroissement notable de la « tige » en diamètre et une consolidation
de la vraie tige qui, seule, est trop grêle et faible pour demeurer dressée.
Ces deux curieuses espèces affectent ainsi le port de sous-arbrisseaux
aux rameaux cylindriques épais. Ce port inhabituel est réalisé de la même
façon et par les mêmes voies évolutives chez des genres sans aucune affinité
avec Costularia: certains Bulbostylis américains, et, en Afrique, l’étonnant
Microdracoides , étrange faux-arbuste ramifié pseudo-dichotomiquement
et pouvant atteindre une hauteur de 1,5 m. C’est également le port habituel
de certaines Velloziacées. Chez Microdracoides, dont l'architecture est
décrite par Chermezon (1) et que j’ai pu étudier in situ au Cameroun,
l’organisation est remarquablement semblable à celle des deux Costularia;
même structure des axes constitués des tiges véritables grêles, consolidées
par un grand nombre de racines adventives, le tout enveloppé par une
dense couverture de bases foliaires imbriquées et tronquées, là encore,
par la nette abscission des limbes. La seule différence est que, dans ce
genre, la tige est réellement monopodiale; les inflorescences sont axillaires,
ce qu’atteste la présence, à leur base, d’une minuscule préfeuille bidentée,
complètement cachée à la vue, et qui ne semble pas avoir été signalé
jusqu’ici dans les descriptions du genre.
Pour Chermezon, Microdracoides est « sans doute très ancien »; son
opinion est apparemment fondée à la fois sur la morphologie « aberrante »,
l’isolement taxonomique et la répartition très disjointe de ce genre mono¬
typique. De fait, en présence d’un peuplement de Microdracoides, on ne
peut s’empêcher de l’imaginer comme un « survivant d’un autre âge ».
Pourtant, si l’on veut bien refouler cette impression très subjective, il faut
bien admettre que les caractères présentés tant par Microdracoides que
par les autres genres pseudodendroïdes correspondent bien plus à des
spécialisations poussées convergeant à un essai architectural nouveau pour
la famille, qu’à des traits primitifs parvenus jusqu’à nous à la faveur de la
survivance accidentelle d’un « fossile vivant ». Microdracoides n'est pas
un taxon tellement isolé; par les caractères de l’inflorescence, il est très
proche, voire indiscernable, de ses voisins Afrotrilepis et Coleochloa (J. Ray-
nal, 15). Sa particularité, sur le plan inflorescentiel, est la diécie, caractère
rarement réalisé dans la famille et, dans le cas présent, résultant visiblement
d’une évolution à partir des inflorescences monoïques de type Afrotrilepis.
Source : MNHN, Paris
— 342 —
Dans le cas des deux Costularia pseudodendroïdes néo-calédoniens,
que Kükenthal réunit à des espèces malgaches dans un sous-genre Chamæ-
dendron. il semble que cet auteur ait été lui aussi influencé par la même
impression subjective; il considère Chamædendron comme la fraction
primitive du genre, probablement en raison, là encore, à la fois de l’orga¬
nisation étrange et de la disjonction géographique de ce groupe. Sur ce
dernier point, disons tout de suite que l’espèce malgache Costularia brevi-
folia Cherm., si elle affecte superficiellement le même port que les Chamæ¬
dendron néo-calédoniens, n’a pas à mon avis d’affinité évidente avec les
espèces néo-calédoniennes; son anatomie foliaire ressemble plus à celle
d’autres espèces malgaches qu’à celle de C. chamædendron. Quand on
examine le degré d’évolution des deux Chamædendron néo-calédoniens
parmi l’ensemble des Costularia, il semble qu’ils occupent une position
terminale, et non radicale (voir plus loin). En bref, je pense que le port
pseudodendroïde, tant dans ce genre que dans l’ensemble des Cypéracées
et même de familles voisines, ne traduit aucunement la persistance d’un
état primitif à travers des espèces relictuelles, mais, bien au contraire,
exprime le résultat d’une évolution convergente très poussée.
B. FEUILLES
1. PHYLLOTAXIE
L’insertion des feuilles n’a été mentionnée, par Kükenthal (12) que
pour différencier — à tort — C. falcifolius de C. xyridioides. Cette espèce
est en effet sans doute celle qui montre de la façon la plus évidente une
insertion en double hélice de feuilles aux bases densément imbriquées.
Le pas de cette hélice, vraisemblablement fonction de la vitesse de crois¬
sance de la tige et, partant, des conditions trophiques du milieu, est très
variable; la différence entre les hélices redressées de C. xyridioides, plante
des marais de la Plaine des Lacs, et celles, très surbaissées, de C. falcifolius,
qui habite les pentes rocailleuses, ne résiste pas à l’examen, tous les états
intermédiaires se rencontrent.
Par contre la constance absolue de l’insertion spirodistique, non seule¬
ment chez C. xyridioides. mais dans tout un groupe d’espèces — la majo¬
rité du genre Costularia — en fait un critère très intéressant. Le reste du
genre présente avec la même constance une insertion spirotristique. Ce
caractère, d’observation malaisée en herbier, est par contre d’étude très
facile sur le terrain : il suffit de sectionner transversalement une souche
un peu au-dessus de la base pour obtenir une vue saisissante des insertions
foliaires (PI. 2).
Nous verrons plus loin que ce caractère, déjà très intéressant à lui
seul, voit son importance considérablement renforcée par l’existence d’une
corrélation absolue avec un autre caractère végétatif important et totalement
indépendant.
Il peut être intéressant de comparer ces deux types de phyllotaxie
Source : MNHN, Paris
— 343 —
PI. 2. — Sections transversales de touffes vivantes montrant les insertions foliaires; en haut,
subgen. Lophoschœnus, feuilles spirotristiques : I, Costularia sylvestris; 2, C. breviseta;
3, C. pubescens; 4, C. comosa. - en bas, subgen. Costularia, feuilles spirodistiques :
5, C. stagnalis; 6, C. nervosa; 7, C. fragilis; 8, C. chamædendron (Photos J. Raynal).
Source : MNHN, Paris
— 344 —
« foliaire » à l’organisation de l’épillet, constamment orthodistique dans
tout le genre Costularia. En d’autres termes, le nombre d’hélices foliaires
est constamment 2 dans certaines espèces, alors que d’autres en ont 3
dans la partie végétative, réduites à 2 dans l'inflorescence. La signification
évolutive de cette différence n’est pas certaine, bien que la tristichie, si
répandue dans la famille, puisse être probablement considérée comme
plus primitive.
2. GAINES FOLIAIRES
Kükenthal (12) a tiré des gaines foliaires plusieurs caractères: leur
tendance à rester entières ou au contraire à se dilacérer avec l’âge, et l’impor¬
tance du rétrécissement au niveau du passage gaine-limbe. Ces caractères,
certes, présentent différents états, mais n’ont probablement pas l'impor¬
tance taxonomique que Kükenthal leur accorde en les faisant participer
à la division en sous-genres. Ainsi, plusieurs espèces, telles C. comosa, ont
des gaines qui se dilacèrent très vite en fibres chevelues noires; mais l’espèce
affine C. pubescens a des gaines plus solides, ne se désorganisant, irrégulière¬
ment, que tardivement. Cette capacité est, en fait, sous l’étroite dépendance
de la structure anatomique (voir plus loin).
C. xyridioides a des gaines non seulement brusquement élargies à la
base du limbe, mais encore munies d’épaulements arrondis ou même
d'oreillettes aiguës. C’est sans doute pourquoi Kükenthal a classé cette
espèce dans le subgen. Chamædendron, bien qu’elle n’affecte aucunement
le port pseudodendroïde.
Au niveau du passage gaine-limbe, j’ai déjà mentionné, pour les
deux espèces vraiment pseudodendroïdes, l’existence d'une assise d’abscis¬
sion transversale régulière, qui se signale même sur la feuille jeune, à l’exté¬
rieur, par une sorte de subérisation en taches. Cette zone apparaît également
sur les coupes longitudinales (PI. 3).
Chez C. chamædendron cette assise fonctionne de façon très originale
(PI. 3) : au cours de l’accroissement en diamètre de la rosette foliaire termi¬
nale, dû à la poussée des feuilles plus jeunes, la gaine manifeste très vite
une tendance à s’enrouler vers l’extérieur; le limbe, par contre, demeure
obstinément vertical; de ce fait, il se forme très vite, au niveau de la zone
d’abscission, un pli qui s’accentue et finit par provoquer une cassure d’abord
de la face dorsale puis de l’ensemble du limbe.
Chez C.fragilis, par contre, le limbe, beaucoup plus court, suit la gaine
dans son mouvement, et se trouve ainsi étalé horizontalement ou même
un peu réfléchi; l’abscission est plus tardive, ce qui explique sans doute
le nombre plus grand de feuilles vivantes par rosette dans cette espèce
(PI. 3).
Source : MNHN, Paris
— 345 —
PI. 3. — Abscission du limbe foliaire : en haut, Costularia fragilis; à gauche, vue de la rosette
foliaire; la zone d'abscission correspond à la bande transversale plus colorée, à la limite
gaine-limbe; à droite, coupe longitudinale de cette zone montrant les recloisonnements
affectant toute la partie ventrale du bourrelet ligulaire. — en bas, phases du processus
d'abscission chez C. chamædendron au cours de la croissance de l'axe végétatif.
Source : MNHN, Paris
— 346 —
3. LIMBE FOLIAIRE
— Port.
Dans la majorité des espèces néo-calédoniennes, les feuilles ont le
port habituel dans la famille : ascendantes à leur base, elles s’incurvent
avec le mélange de raideur et de souplesse caractéristique des Cypéracées,
et laissent leur longue pointe fine retomber obliquement. Quelques espèces
font toutefois exception : C. fragilis, avec ses feuilles courtes en rosette ±
horizontale, et C. chamædendron, xyridioides, neocaledonica , avec des limbes
raides dressés, à face supérieure turgescente (voir la description
anatomique).
— Longueur et forme de l’apex.
La longueur du limbe varie fortement, au sein d’une même espèce,
en fonction de la vigueur des individus; c’est donc un caractère assez peu
utilisable pour la distinction et la détermination des espèces. La seule qui,
à cet égard, se distingue vraiment, est C. fragilis, dont les limbes courts
ne dépassent pas 13 cm, se situant généralement entre 5 et 10 cm.
D'autres espèces ont des feuilles assez courtes, mais ne se dissocient
pas suffisamment à cet égard des individus chétifs des autres espèces, de
telle sorte que le caractère n’est guère utilisable.
La longueur du limbe, cependant, est en partie fonction de la forme
de son apex, caractère beaucoup plus fiable : des espèces comme C. arun-
dinacea , C. nervosa, etc., ont des limbes très longuement atténués en pointe
fine; par contre la plupart des espèces à feuilles plutôt courtes ont un limbe
brusquement rétréci en coin obtus ou subaigu, apiculé ou non. C’est le
cas des C. fragilis, chamædendron, neocaledonica, xyridioides.
— Largeur.
C’est encore un caractère fortement variable selon les individus; mais
il varie plus encore avec les espèces, ce qui autorise une utilisation assez
large de ce critère. Une espèce a un limbe très étroit, sétacé, ne dépassant
pas 1 mm de largeur (C. setacea); une autre (C. stagnalis) a des feuilles
étroitement linéaires, larges de 1-3 mm. Une autre, enfin, la seule à habiter
le sous-bois des forêts denses humides, montre l’adaptation classique des
Cypéracées de ces milieux, à savoir un limbe très large (10-25 mm), vert
foncé, à section en M très aplati; cette feuille ressemble à s’y méprendre
à celle d’un Hypolytrum ou d’un Mapania.
Pour le reste des espèces, les largeurs moyennes présentent des diffé¬
rences très significatives; mais les valeurs extrêmes se recoupent, de telle
sorte que la seule largeur du limbe ne peut servir à un diagnostic certain;
on peut souligner néanmoins que les feuilles de C. chamædendron, fragilis
et neocaledonica ne dépassent jamais une largeur de 5 mm, alors que celles
de C. arundinacea, breviseta, pubescens ou nervosa se situent très généra¬
lement au-dessus de cette valeur.
Source : MNHN, Paris
— 347 —
— Marges.
Le bord du limbe peut être soit régulièrement cilié-scabre, soit garni
de cils plus longs, soyeux, comme chez C. comosa, pubescens et stagnalis.
Dans les espèces du groupe de C. arundinacea (C. breviseta, C. sylvestris )
les cils scabres ont, vers la base du limbe, tendance à se rassembler en
petites touffes distantes, les cils n’étant plus appliqués au bord dans la
direction de l’apex, mais dirigés en tous sens.
— Section transversale.
La section transversale du limbe fournit des caractères très intéressants;
aussi ai-je complété l'examen morphologique habituel par une étude ana¬
tomique sommaire; la corrélation est en effet directe entre la structure
anatomique des feuilles et leur aspect externe.
Les limbes de nombreuses espèces tendent à s’involuter par la dessic¬
cation; les tensions sont telles que beaucoup d’exsiccata présentent des
limbes fendus dans leur longueur, rendant l’observation difficile; l’étude
de la section transversale sera donc obligatoirement effectuée sur du maté¬
riel soit vivant, soit conservé dans l’alcool, ou, au moins, restauré par
immersion dans l’eau bouillante.
La forme même de cette section est intéressante : en V (ou en M chez
C. sylvestris par rabattement des bords), la section offrira une carène
épaissie à la face inférieure. D’autres espèces ont un limbe régulièrement
canaliculé, à section en U ; d’autres ont des limbes à peu près plans, à section
donc elliptique ou quadrangulaire; C. setacea enfin a des feuilles à section
semi-circulaire.
Les feuilles carénées, en V ou en M, possèdent une nervure médiane
très marquée; le faisceau vasculaire correspondant est le plus important.
Une espèce à feuilles canaliculées (C. comosa) a également une nervure
médiane bien distincte, mais la carène est remplacée par une dépression,
et le faisceau vasculaire correspondant se distingue par une importance
moindre. Dans toutes ces espèces, la face supérieure du limbe est marquée
par un étroit sillon, correspondant à une étroite bande de cellules bulli-
formes suivant la nervure médiane (PI. 4), de sorte que chez C. comosa,
la section transversale est étranglée au niveau de la nervure médiane, de
façon très caractéristique. Je n’ai retrouvé cet aspect particulier que dans un
échantillon ( Schmid 4108, Mt. Kouakoué) appartenant, semble-t-il, à un
taxon inédit, dont la description est différée en l’absence d’un matériel suffisant.
Les autres espèces à limbe canaliculé, plan ou semi-cylindrique ne
présentent aucune différenciation de la nervure médiane, qui ne peut être
distinguée ni extérieurement ni par l’étude anatomique. Ce caractère est
à la fois d’un emploi aisé, tant sur le terrain qu’en herbier, et d’une grande
importance à mon avis. En effet il est en corrélation absolue, non seule¬
ment en Nouvelle-Calédonie, mais dans l’ensemble du genre Costularia,
avec le caractère phyllotaxique décrit plus haut : toutes les espèces à nervure
médiane distincte (carénée ou non) ont des feuilles tristiques; toutes les
espèces à nervure médiane indistincte ont des feuilles distiques.
Source : MNHN, Paris
— 348 —
Cette combinaison de caractères végétatifs ne sépare pas exactement
les anciens Lophoschænus des Costularia , d’après le découpage de Küken-
thal; ce dernier, en effet, fait intervenir un autre caractère (forme du fruit)
qui varie parallèlement, mais non en coïncidence; il serait néanmoins
très plausible de distinguer, sur la base de cette importante corrélation
de caractères, les deux genres, en redéfinissant leurs limites. Je n’ai pas
opté pour cette solution, et en donnerai les raisons plus loin; mais il demeure
que les deux groupes d’espèces séparés par ces caractères foliaires ont
une importance taxonomique, et sans doute phylogénique, indéniables,
démontrée d’ailleurs par l’estimation objective des affinités entre espèces
(voir plus loin).
— Pilosité.
Kükenthal, à la suite d’autres auteurs, a considéré les feuilles de
C. comosa comme normalement pubescentes; il a même distingué une
var. glabrescens qui se trouve être, en fait, le véritable C. comosa. Ce
dernier n’a de pubescent que les bords ciliés du limbe et, à la face supé¬
rieure, le sillon marquant la nervure médiane.
Cette confusion résulte de l’existence d’une espèce bien distincte, mais
à certains égards intermédiaire entre C. comosa et C. arundinacea; c’est
sous ces deux noms que Kükenthal répartit d’ailleurs les cinq spécimens
alors connus de ce taxon que je distingue aujourd’hui sous le nom de C. pu-
bescens. En effet, le trait le plus immédiatement visible de cette espèce
est la pubescence soyeuse qui couvre toute la face inférieure du limbe,
et gagne dans certains échantillons la face supérieure. Étant donné la
variabilité habituelle du critère de pubescence, il est normal que les auteurs
ne l’aient pas pris en considération; pourtant, dans le cas présent, ce caractère
est stable, en corrélation avec d’autres, indépendants, tirés du limbe foliaire
(caréné) ou de l’inflorescence (épillets plus courts) qui concourent à faire
de C. pubescens une espèce très bien définie.
Au sein même de cette espèce, la pubescence, qui n’est jamais absente,
varie tout de même en quantité et en étendue; cette variation n’est pas
anarchique : les spécimens de la moitié orientale de l’aire ont des limbes
glabres à la face supérieure, alors que ceux de la moitié occidentale ont
des limbes plus densément villeux, à face supérieure poilue, les feuilles
pouvant, dans les cas extrêmes, être entièrement grisâtres. Il y a certai¬
nement un rapport entre cette variation intraspécifique et sa répartition
géographique, rapport dont il convient d’approfondir l’étude avant de
définir des entités taxonomiques formelles.
— Texture de la face supérieure.
La surface du limbe peut, à la face supérieure, être lisse ou rugueuse,
plane, creusée de sillons longitudinaux séparant de fausses « nervures »
(C. nervosa), ou encore bombée-turgide (C. fragilis, C. xyridioides). Il
semble que l’aspect si caractéristique des feuilles de C. nervosa ne doive
rien aux véritables nervures, mais résulte d’épaississements longitudinaux
d’une croûte épidermique siliceuse. Par contre la turgescence de la face
Source : MNHN, Paris
— 349 —
supérieure est liée au développement d’un hypoderme parenchymateux.
Dans ces espèces la surface du limbe est souvent marquée en creux par
l’empreinte de la feuille suivante plus jeune; cela s’observe aisément chez
C. xyridioides, C. chamædendron.
— Anatomie 1 .
Comme il a été dit plus haut, l’étude anatomique, sommaire, ne porte
que sur des coupes transversales de limbe, et n’a cherché qu’à définir
la répartition des tissus, sans entrer dans un détail descriptif poussé.
— Cellules bulliformes
Elles existent, au niveau de la nervure médiane, lorsque celle-ci est
individualisée (donc dans les espèces à feuilles tristiques). Ce sont des
cellules plus hautes et plus étroites que les cellules épidermiques normales;
elles semblent correspondre, au niveau de la nervure médiane, à un double¬
ment ou un triplement, selon les espèces, de l’assise épidermique. Chez
C. comosa, les cellules les plus hautes constituent l’assise externe; il en
est de même chez C. pubescens; chez C. arundinacea, breviseta ou sylvestris,
l’assise externe est par contre peu différente de l’épiderme, les deux assises
sous-jacentes étant constituées de cellules plus hautes (PI. 4).
— Hypoderme
Dans beaucoup d’espèces existe, sous l’épiderme ventral, un paren¬
chyme non chlorophyllien; parfois totalement absent (C. setacea, C. como¬
sa , C. sylvestris), il peut être réduit à une assise unicellulaire discontinue
(C. pubescens, C. arundinacea, C. stagnalis) ou continue (C. breviseta,
C. nervosa, C. xyridioides); enfin, chez trois espèces à feuilles épaisses,
un peu charnues (C. chamædendron, C. fragilis, C. neocaledonica), l’hypo-
derme prend un grand développement, occupant toute la moitié supérieure
de la section (PI. 5). Chez C. xyridioides la turgescence de la face supérieure
semble due plus à l’épiderme lui-même, à grandes cellules, qu’à l’hypoderme.
L’échantillon Schmid 4108, qui, je l’ai dit, représente probablement
un taxon inédit, possède également un hypoderme très développé, bien
qu’il semble entrer dans le groupe de C. comosa.
1. Dans le récent traité de Metcalfe (13) sur l’anatomie des Cypéracées, les genres
Costularia et Lophoschœnus sont traités séparément; la révision de Kükenthal a été
ignorée; il n’est même pas fait mention d’une quelconque affinité des deux genres. Ceci
est d’autant plus regrettable que des espèces aussi affines que C. pilisepala (Steud.) Kern
et C. arundinacea (Sol. ex Vahl) Kük. sont traitées respectivement dans chacun des genres
(pp. 172, 353).
A propos de C. arundinacea, Metcalfe (p. 356) note une divergence entre ses
propres observations et celles de Kaphahn; ce dernier a décrit un hypoderme à 1-2 assises
que Metcalfe ne retrouve pas. L’explication est simple : Kaphahn a raison; quant à
Metcalfe, il a étudié et décrit le spécimen Franc 2136 (K! P! G!) qui, au moins dans les
herbiers de Kew et Paris, est en réalité un C. comosa (C. B. Cl.) Kük. De fait, sa descrip¬
tion correspond exactement avec mes propres observations sur d’autres spécimens de
cette espèce, dont les feuilles ne possèdent, en effet, pas d’hypoderme, et montrent le
sillon abaxial, au niveau de la nervure médiane, que décrit Metcalfe.
Source : MNHN, Paris
PI. 4. — Sections transversales de limbes foliaires de Costularia subgen. Lophoschœnus : 1, C.
sylvestris (Raynal 16622)-, 2, C. breviseta (RaynaI 16615); 3, C. arundinacea (Jaffré 983);
4, C. pubescens ( Rayna116633); S, C.comosa (Raynal s.n., mat. alcool, Mt. Koghis).)— ep.,
épiderme; sil., dépôts siliceux en surface; c.b., cellules bulliformes; hyp., hypoderme;
ch!., chlorenchyme ; f. cr. v., faisceaux cribro-vasculaires.
Source : MNHN, Paris
PI. 5. — Sections transversales de limbes foliaires de Costularia subgen. Costularia : 1, C.
stagnalis ( Raynal 16476); 2, C. setacea ( Raynal 16632); 3, C. nervosa ( Raynal s.n., mat.
alcool, La Madeleine); 4, C. xyridioides ( Raynal s.n., mat. alcool, La Madeleine); 5, C.
chamædendron (Mc Kee 12699); 6, C. fragilis ( Raynal 16478); 7, C. neocaledonica ( Schmid
4105).
Source : MNHN, Paris
— 352 —
— Chlorenchyme
De type eucypéré (non rayonnant autour des faisceaux vasculaires,
qui sont dépourvus de gaine chlorophyllienne) le chlorenchyme occupe
l’espace compris entre l’épiderme supérieur ou l’hypoderme et l’épiderme
inférieur; il est fréquemment lacuneux, mais jamais au degré observé
dans des espèces malgaches, où il se borne à tapisser les parois de grandes
cavités.
Chez C. neocaledonica les cellules du chlorenchyme et celles de l’hypo-
derme sont de taille à peu près semblable. Chez C. chamædendron et fragilis.
le chlorenchyme est par contre à cellules nettement plus petites.
— Faisceaux et sclérenchyme
Les faisceaux vasculaires, répartis tout le long de la section trans¬
versale à intervalles équidistants, ne présentent guère de particularités,
si ce n’est la plus ou moins grande différenciation, déjà décrite, du faisceau
médian. Il est certain que dans le groupe des espèces à faisceau médian
différencié, C. comosa montre déjà une nette tendance à la réduction de
la nervure médiane, qui, si elle reste marquée par des cellules bulliformes
adaxiales, ne se traduit plus, à la face inférieure, comme chez C. arundi-
nacea et affines, par une carène fortement sclérenchymateuse, mais au
contraire par une dépression; le faisceau correspondant est beaucoup plus
petit que les autres. Dans l’échantillon problématique Schmid 4108, le
même phénomène s’observe, mais les cellules bulliformes rappellent plutôt
C. arundinacea, comme d'ailleurs le bord scabre des feuilles; toutefois,
le développement d’un important hypoderme interdit le rapprochement
avec l’une ou l’autre de ces espèces.
Le sclérenchyme, dans la plupart des espèces, est essentiellement déve¬
loppé en travées longitudinales reliant les faisceaux aux deux faces; parfois
cependant, il est réduit à une gaine périphérique aux faisceaux sans lien
avec les épidermes (C. sylvestris ); dans les espèces à hypoderme épais,
le sclérenchyme ne traverse pas cet hypoderme, et n’est relié qu’à l’épiderme
dorsal. Parfois enfin des travées supplémentaires non vascularisées alternent
régulièrement avec les faisceaux (C. brevisetà).
Chez C. chamædendron, fragilis et neocaledonica, vers les bords à la
face supérieure, les travées sclérenchymateuses se soudent en un épais
massif, auquel correspondent des cellules épidermiques à nombreux cônes
de silice (PI. 5).
— Épiderme dorsal
C’est l’épiderme stomatifère; il est à peu près semblable à l’épiderme
ventral chez les espèces à feuilles distiques; il est au contraire beaucoup
plus fin chez les espèces à feuilles tristiques et nervure médiane distincte.
Source : MNHN, Paris
— 353 —
C. TIGE FLORIFÈRE
Dans toutes les espèces la tige florifère est centrale ; son aspect pseudo¬
latéral chez C. chamædendron et C. fragilis résulte d'une croissance sympo-
diale de l’axe végétatif érigé.
Il y a peu à dire sur les caractères de la tige; grêle, courte, se désarti¬
culant aisément chez C. fragilis , elle peut chez C. sylveslris atteindre une
hauteur de 3 m, dont 1 m de panicule multiflore. Le profil transversal,
variant de subtrigone à cylindrique, n’est pas suffisamment diversifié ni
stable pour être utilisé à distinguer les taxons.
FEUILLES CAULINAIRES
La tige florifère porte, entre la rosette basale et les premières bractées
inflorescentielles, un petit nombre de feuilles caulinaires de taille décrois¬
sante; leur seule particularité réside dans les gaines qui demeurent fermées,
sont souvent coriaces et brunes, et qui permettent un examen aisé de la
nature de la zone contraligulaire; en général réduite à une brève bordure
de cils ± caducs, elle est parfois développée en languette scarieuse (C. neoca-
ledonica).
Chez C. chamædendron et C. fragilis les feuilles caulinaires ne montrent
aucune trace d’assise d’abscission, et persistent sur la tige; la différenciation
dans ces espèces des deux types de feuilles est un indice supplémentaire
de la spécialisation poussée de leurs appareils végétatifs.
CARACTÈRES INFLORESCENTIELS ET FLORAUX
A. INFLORESCENCE
Le schéma général de l’inflorescence est constant et classique : pani¬
cule composée étagée, chaque bractée primaire axillant en général plusieurs
rameaux secondaires; les ramifications ultimes portent les épillets. Les
variations, à l’intérieur de ce modèle, ne portent que sur la plus ou moins
grande densité de cette inflorescence et sur le port des rameaux. Certains
aspects sont immédiatement utilisables sur le terrain comme en herbier :
ainsi les inflorescences grêles et assez pauvres de C. fragilis ou de C. neocale-
donica sont respectivement très caractéristiques de ces espèces; C. breviseta
se distingue bien de C. arundinacea par son inflorescence fastigiée, C. sylves-
tris par sa panicule très longue et fournie à rameaux pendants.
Les bractées sont de plus en plus courtes, de moins en moins foliacées,
à mesure qu’on s’approche du sommet de l’inflorescence, ou qu’on passe
des rameaux primaires aux ramifications d’ordre plus élevé; les bractées
ultimes sont généralement brunes, courtes et souvent aristées.
Source : MNHN, Paris
— 354 —
1. ÉPILLET
La structure de Pépillet est typique des Cladieæ : glumes bien dis¬
tiques, de taille croissante, en nombre variable (généralement 5-10); les
deux glumes subterminales seules axillent des fleurs. La fleur supérieure
au moins, mais souvent aussi l’inférieure, sont $; dans d’autres cas la fleur
inférieure est <$. Il y a probablement une tendance évolutive à la séparation
des sexes, car chez C. fragilis les étamines de la fleur inférieure sont
constamment plus grandes que celles de la fleur supérieure, 5 mais peut-
être fonctionnellement $. L’épillet est toujours terminé, au-dessus des fleurs,
par une dernière glume stérile, de taille réduite.
L’épillet offre des caractères taxonomiquement utilisables : en premier
lieu sa taille, qui varie d’environ 3-4 mm chez C. chamædendron et C. fragilii,
à 8-11 chez C. setacea. Cette taille restant sujette à des variations individuelles
non négligeables, il est prudent de n’utiliser ce critère qu’en association
avec d’autres; il faut tout de même noter son utilité pour séparer, par exem¬
ple, C. pubescens et C. comosa, ou encore C. arundinacea et C. breviseta
dans des échantillons incomplets.
De par la forme même de ses glumes, l’épillet peut paraître caréné,
comprimé (C. breviseta) ou au contraire renflé, toruleux (C. arundinacea).
Des différences de coloration ont été utilisées par Kükenthal comme
critère différentiel ; mais les différences invoquées sont du domaine de
la variabilité individuelle en fonction de facteurs du milieu tels que l’éclai¬
rement; ainsi les épillets de C. daenikeri, foncés, ne diffèrent en rien de bien
des échantillons de C. arundinacea, particulièrement ceux récoltés en altitude.
Il en est de même pour ceux de C. falcifolius. Tout au plus doit-on noter
la nuance plus rosée ou violacée qui caractérise, par rapport à C. arundinacea,
les épillets de C. breviseta, la couleur fauve clair de ceux de C. setacea
contrastant avec le brun-rouge des épillets de C. stagnalis, enfin la large
tache violet foncé qui marque les glumes de C. neocaledonica. De toute
évidence, ces caractères, s’ils aident à la reconnaissance rapide des espèces,
ne peuvent être considérés comme décisifs.
2. GLUMES
La forme des bractées florales, ou glumes, varie en fonction du plan
même de l’épillet de Costularia : courtes, ovales, ± aiguës ou aristées
à la base, elles s’allongent progressivement, devenant au sommet lancéolées-
subaiguës. Il est donc difficile de tenir compte de ces formes dans la dis¬
tinction des espèces; la forme arrondie du sommet des glumes de C. chamæ¬
dendron et C. fragilis mérite cependant une mention.
Le profil transverse des glumes dépend de la nervure médiane, plus
ou moins marquée et carénée (différence déjà signalée entre C. arundinacea
et breviseta).
La surface des flancs est le plus souvent lisse, terne ou brillante, pourvue
ou non vers le sommet d’aspérités scabres, ou encore poilue (C. pubescens).
Trois espèces présentent un caractère intéressant (C. fragilis, nervosa.
Source : MNHN, Paris
— 355 —
xyridioides) : les rangs transversaux de cellules épidermiques sont séparés
par des épaississements en crêtes ondulées, visibles à la loupe et rendant
la surface chagrinée. C’est un caractère rare sur des glumes, mais couram¬
ment observé sur des épidermes d’akènes ( Pycreus, Rhynchospora, etc.).
B. FLEUR
1. SOIES HYPOGYNES
Le genre Costularia est caractérisé par la présence constante, à la
base de la fleur, de six pièces hypogynes ciliées; il n’est pas dans mon
intention de discuter ici la nature morphologique de ces pièces; seuls seront
considérés les caractères qu’elles peuvent fournir.
— Longueur
Ce n’est pas tant la longueur absolue des soies qui nous intéresse,
que leur longueur relative par rapport à l’akène. Dans presque toutes les
espèces les soies hypogynes sont plus longues que l’akène; elles atteignent
suivant les espèces 3-5 mm et dépassent souvent un peu à l’extérieur des
glumes; il y a toutefois deux exceptions remarquables, dans lesquelles
les soies, beaucoup plus grêles et plus courtes, n’égalent même pas le corps
de l’akène, et représentent seulement 40-60 % de sa longueur totale. Dans
le premier cas, il s’agit de C. breviseia, dans lequel ce caractère est
associé à d’autres, tous bien constants, qui concourent à définir une
espèce bien distincte quoique affine de C. arundinacea. Le second cas corres¬
pond à C. daenikeri, espèce décrite par Kükenthal d’après un échantillon
récolté sur le Mt. Humboldt. Nous avons vu que les différences de couleur
de l’épillet invoquées par Kükenthal ne peuvent être maintenues comme
caractère distinctif. Ses soies hypogynes à part, C. daenikeri n’est pas
distinct d’un C. arundinacea. Aucun échantillon semblable n’a été récolté
depuis, et ce taxon doit être considéré comme douteux; je le conserve
toutefois provisoirement, car dans Costularia, au contraire d’autres genres
de Cypéracées, les soies hypogynes ne paraissent pas sujettes à de grandes
variations individuelles; en outre les soies hypogynes de C. daenikeri
présentent un autre caractère aberrant :
— Forme.
Ces soies (étudiées anatomiquement par Chermezon, 1) sont consti¬
tuées d’un axe pluricellulaire d’où se détachent des cils. Chez C. daenikeri
leur base est distinctement élargie, lancéolée; ce caractère se retrouve
chez C. chamædendron, où la base des soies peut atteindre une largeur de
0,25 mm.
Dans toutes les autres espèces les soies hypogynes sont très progres¬
sivement et faiblement épaissies vers la base.
— Cils.
La longueur et la raideur des cils bordant les soies hypogynes sont
variables : dans les soies dites scabres ces cils sont raides, très courts (moins
Source : MNHN, Paris
— 356 —
de 50 |i); ce type de soies caractérise C. arundinacea, sylvestris et breviseta.
Toutes les autres espèces ont des soies ciliées ou plumeuses, dont les cils
peuvent atteindre une longueur de 1 mm chez C. comosa, nervosa ou xyri-
dioides ; cette longueur varie le long de la soie, dans certaines espèces de
façon notable ; C. chamædendron et C. fragilis ont ainsi des soies hypogynes
beaucoup plus longuement ciliées à la base qu’au sommet.
Chermezon (1), à propos de Microdracoides (p. 96), s’interroge sur
le rôle des soies hypogynes; il ne « pense pas que ces soies jouent un rôle
dans la dissémination » ; elles lui ont « toujours paru étroitement enveloppées
avec l’akène par la glume fertile, ce qui ôte toute prise à l’action du vent ».
C’est là — et je ne lui en fais certes aucun reproche — l’opinion d’un bota¬
niste qui n’a pas eu la chance d’observer ces plantes dans la nature. Dans
les herbiers, la plupart des spécimens sont en effet soit immatures, soit
trop mûrs. Il n’est pratiquement pas possible de conserver un spécimen
dans de bonnes conditions au moment de la dispersion de ses fruits mûrs,
car les glumes et les akènes tombent alors avec la plus grande facilité.
Sur le terrain, il est courant d’observer que, tant chez Microdracoides que
chez Costularia ou d’autres genres munis de telles soies, celles-ci, à maturité,
ne restent pas allongées contre l’akène; par un effet mécanique dû certai¬
nement à la dessiccation les soies se courbent, se vrillent, leurs poils plumeux
s’étalent, créant ainsi à la fois un espace plus grand autour de l’akène et
une surface porteuse relativement considérable. Les glumes, en même temps,
s’écartent ou tombent; il est très vraisemblable que les soies hypogynes
participent ainsi à la fois activement à l’écartement et à la chute des glumes,
et passivement à la dispersion par une augmentation notable de la prise
au vent.
2. ÉTAMINES
Constamment au nombre de 3, les étamines peuvent voir leur taille
varier, au sein d’une espèce, dans d’assez larges limites, surtout lorsque,
comme dans C. fragilis, apparaît un dimorphisme entre fleurs cî et 5- On
notera toutefois des étamines particulièrement longues, pourvues d’un
connectif prolongé en proportion, en longue pointe subulée, chez C. seta-
cea et C. neocaledonica : les anthères atteignent ici 3-4 mm, contre 1,7-
2,8 dans les autres espèces. C. chamædendron et C. fragilis se signalent
par des anthères courtes (1-1,9 mm).
Kükenthal (12) a invoqué des différences de longueur du prolon¬
gement du connectif staminal entre ses sous-genres Lophoschœnus et Costu¬
laria; il est vrai qu’il accordait au connectif du sous-genre Chamædendron
une longueur intermédiaire. Les mesures effectuées sur les espèces néo-
calédoniennes mettent en évidence une variation ± en rapport avec la
taille même de l’anthère; il semble bien difficile d’attribuer une valeur
taxonomique importante à ce caractère, que je n’ai toutefois pas étudié
sur les espèces malgaches. Chermezon (2) décrit les anthères de ces espèces
comme brièvement ou non apiculées, qualificatifs qui ne pourraient guère
s’appliquer, en Nouvelle-Calédonie, qu’à C. chamædendron et fragilis.
Source : MNHN, Paris
— 357 —
3. POLLEN
Il n’a pas été procédé à une étude approfondie des grains de pollen,
dont seules les formes et dimensions ont été notées; ils ne paraissent de
toute façon pas présenter de grandes variations de structure ni d’ornemen¬
tation, tout au moins en microscopie photonique. La forme générale des
grains est ovoïde-subconique, mais deux espèces ont des grains cylindro-
coniques nettement plus étroits (C. fragilis, C. neocaledonica).
4. STYLE
Le style profondément trifide n’apporte guère de caractères utiles;
seul C. neocaledonica semble se singulariser par des branches stigmatiques
très longues (6 mm).
5. AKÈNE
Dans nombre de genres de Cypéracées l’akène offre des caractères
variés de forme, taille et ornementation, dont certains sont suffisamment
stables pour fournir de bons critères de détermination. Il faut noter, cepen¬
dant, que l’état de maturité joue évidemment un rôle très important dans
l’aspect présenté par un akène. Chez Costularia la maturité complète semble
précéder de très peu la dispersion des diaspores, de sorte que les échantil¬
lons ne montrent pour la plupart que des akènes immatures ou avortés,
ce qui rend les comparaisons parfois malaisées, surtout en ce qui concerne
les caractères qui ne se réalisent pleinement qu’à la dernière phase de la
maturation (surface de l’akène, relief des côtes, etc.).
On peut distinguer deux types d’akènes, déjà définis par Küken-
thal (12) :
— Akène à contour elliptique, à surface lisse sauf tout au sommet
scabridule, péricarpe mince ± translucide, côtes réduites à 3 lignes plus
claires sans relief appréciable; stylobase étroite mais non séparée du corps
proprement dit qu’elle prolonge, de longueur variable, poilue-scabre.
— Akène à contour ovoïde en coin ± stipité à la base, faces souvent
rugueuses, côtes bien marquées par trois bandes en relief; stylobase large
coiffant le sommet de l’akène dont elle se distingue nettement, trigone,
angles portant des sillons profondément enfoncés entre deux lèvres et
prolongeant les côtes.
Au premier type correspondent les Costularia tristiques, plus C. sta-
gnalis et C. setacea', hors de Nouvelle-Calédonie C. pilisepala et C. hornei
ont des akènes de ce type. Le second type est présenté par le reste des
espèces néo-calédoniennes et toutes les espèces malgaches et sud-africaines.
En réalité la distinction n’est pas aussi nette que les descriptions
ci-dessus pourraient le faire penser. Chez les espèces malgaches, à l’excep¬
tion de C. brevifolia et C. taxa, le péricarpe est osseux, épais de 70-200 u.
Seuls C. nervosa et C. xyridioides, en Nouvelle-Calédonie, répondent à ce
type; les autres espèces possèdent, malgré leur stylobase différenciée et
Source : MNHN, Paris
358 —
leurs côtes nettes, un péricarpe encore très mince (25-30 y.). Chez C. chamæ-
dendron et C. fragilis la stylobase répond bien au second type, mais les
côtes du corps de l’akène sont peu marquées. Il semble en fait qu’on soit
en présence d’une évolution de structure assez continue, dont les termes
sont plus nombreux en Nouvelle-Calédonie qu'à Madagascar, tout comme
pour l’appareil végétatif. Notons que cette évolution s’exerce parallèlement
à celle de l’appareil végétatif, avec seulement un peu de retard, les C. seta-
cea et C. stagnalis , déjà distiques, ayant un akène de type C. arundinacea,
encore peu différencié.
Nous avons donc ici la confirmation de l’évolution parallèle de carac¬
tères divers au sein d’un groupe, évolution dont tous les termes se ren¬
contrent dans la même région; il n’y a donc pas de raison de considérer
ce groupe comme phylétiquement hétérogène; comme aucun changement
fondamental ne prend place au cours de cette évolution, il me paraît logique
d'adopter la position de Kükenthal et de ne considérer dans cet ensemble
que le genre unique Costularia, quitte à faire des étapes de cette évolution
des sous-genres ou des sections.
DÉFINITION DES ESPÈCES
Après cette revue des caractères distinctifs, il n’est pas inutile de justi¬
fier de façon plus synthétique la délimitation ici adoptée des espèces et
la création de cinq nouveautés.
Quand j’ai entrepris cette révision, les Costularia subgen. Lophoschœnus
comptaient selon Kükenthal 4 espèces : C. arundinacea , daenikeri, comosa
et stagnalis. C. daenikeri reste, nous l’avons vu, un taxon douteux, non
confirmé; ce groupe caractérisé essentiellement par son type d’akène rassem¬
blait donc trois bonnes espèces. Dans le même temps, Guillaumin, après
avoir, au début de ses travaux (7), suivi Clarke en distinguant les Schœnus
arundinaceus et comosus, écrivait en 1938 : « Je n’arrive pas à saisir une
différence entre L. comosus et L. arundinaceus Stapf, pas plus, du reste,
qu’avec L. Urvilleanus Stapf. » (espèce indonésienne aujourd'hui connue
comme Costularia pilisepala (Steud.) Kern). Guillaumin supprimait alors
L. comosus de ses clefs (9,10), ne conservait C. stagnalis que pour ses feuilles
étroites, et rangeait l'herbier de Paris en conséquence, c’est-à-dire en plaçant
la quasi-totalité du groupe sous le nom de L. arundinaceus ; il y ajoutait
d’ailleurs, probablement pour ses feuilles longuement atténuées en pointe,
le spécimen Balansa 1851, seule récolte alors présente à Paris de mon
C. nervosa.
Aucune des espèces créées aujourd’hui n’est une découverte récente;
toutes avaient été déjà récoltées au moment des révisions de Guillaumin
et Kükenthal. La permanence d’une telle confusion s’explique assez bien
si l’on veut se reporter à cet ensemble de spécimens souvent incomplets
et mélangés. Certes, la confusion des C. comosa et arundinacea, témoi¬
gnant du peu de foi que Guillaumin accordait aux caractères des soies
Source : MNHN, Paris
— 359 —
hypogynes, pouvait se corriger aisément. Mais, une fois triés les spécimens
à soies scabres (les C. arundinacea au sens de Kükenthal), il est compré¬
hensible qu’on puisse manquer de noter les corrélations constantes que
présentent certains caractères isolément négligeables, et, très logiquement,
prendre cet ensemble pour les représentants d'un unique taxon polymorphe.
A titre d’exemple, la taille des akènes et de l’épillet départagent bien C. arun¬
dinacea et C. sylvestris ; mais C. breviseta, aux akènes et épillets grands,
mais aux feuilles relativement étroites, comme C. arundinacea, peut très
bien faire figure d’intermédiaire, et empêcher par sa présence, si d’autres
caractères ne viennent pas à la rescousse, de reconnaître les trois espèces
mélangées. C’est à dessein que je choisis cet exemple; si je n’avais pas
commencé par extraire de cet ensemble les spécimens à soies hypogynes
courtes, si d’autre part je n’avais pas observé toutes ces plantes sur le vif,
j’aurais peut-être manqué la reconnaissance de trois espèces qui, une fois
convenablement triées, sont parfaitement distinctes.
En ce qui concerne C. pubescens, il est normal, là encore, que les auteurs
ne l’aient pas distingué de C. comosa; la pubescence est un critère auquel
on accorde souvent peu d’intérêt; cette méfiance est justifiée par les impor¬
tantes variations intraspécifiques observées, qu’elles soient d’origine géné¬
tique ou écologique. Ici pourtant ce caractère s’est révélé en constante
corrélation avec d’autres critères plus sûrs, telle la section transversale
de la feuille, moins évidents en herbier mais frappants sur le terrain.
Costularia setacea est une plante encore peu récoltée, bien que déjà
Compton l’ait rapportée en 1914; ce premier échantillon (non mentionné
par Rendle, 16) avait été d’abord rapproché de C. comosa. Pour ses feuilles
très étroites, Guillaumin (9) l’identifie comme C. slagnalis. C’est bien,
en fait, à proximité relative de ces deux espèces que se situe C. setacea;
mais c’est une espèce parfaitement individualisée par ses feuilles sétacées
très scabres, ses épillets très longs, clairs et son akène très longuement
rostré.
Enfin, Costularia nervosa est immédiatement distincte de C. xyridioides
par ses feuilles longuement atténuées, canaliculées, à face supérieure marquée
de côtes longitudinales simulant une nervation en relief. Pourtant l’analyse
des caractères inflorescentiels ne montre que des différences bien minces,
et les deux espèces sont, quoique bien distinctes, restées très voisines.
Je résumerai l’ensemble de ces observations dans la clef dichotomique
suivante :
CLEF DES COSTULARIA NÉO-CALÉDONIENS
1. Feuilles courtes (3-10 cm), obtuses, étalées horizontalement en rosette.
Plante basse à inflorescence grêle divariquée . 11. C. fragilis
V. Feuilles dressées verticalement, peu nombreuses au sommet de tiges
pseudodendroïdes de 2 cm de diamètre couvertes de bases foliaires révo-
lutées. 10. C. chamædendron
1". Port différent.
2. Feuilles à nervure médiane nette, insérées selon trois hélices.
Source : MNHN, Paris
— 360 —
Source : MNHN, Paris
— 361 —
3. Feuilles longues de 0,5-1 m, larges de 10-25 mm, vert foncé. Herbe
forestière de grande taille; panicule ample à rameaux retombants.
Soies hypogynes scabres. Akène long de 3-3,5 mm (bec compris)
. 1. C. sylvestris
3'. Feuilles plus courtes, plus étroites, d'un vert plus clair; herbes
des maquis et marais ensoleillés.
4. Limbe glabre, scabre aux bords. Soies hypogynes scabres.
5. Épillet comprimé, long de 7-9 mm, brun violacé; inflo¬
rescence fastigiée; soies hypogynes plus courtes que le
corps de l’akène . 2. C. brevisela
5'. Épillet fusiforme long de 4-6 mm, brun ferrugineux; inflo¬
rescence non fastigiée; soies hypogynes dépassant l’en¬
semble de l’akène (bec compris) . 3. C. arundinacea
4'. Limbe pubescent au moins sur toute la face inférieure. Soies
hypogynes plumeuses. Feuilles carénées en dessous .. 4 . C. pubescens
4". Limbe cilié aux bords, pubescent seulement le long de la ner¬
vure médiane à la face supérieure. Soies plumeuses. Feuilles
sillonnées en dessous le long de la nervure médiane. 5. C. comosa
2'. Feuilles sans nervure médiane nette, insérées selon deux hélices.
6. Feuilles étroites (1-3 mm) canaliculées, ciliées aux bords. Épillet
brun-rouge long de 4,5-6 mm . 6. C. stagnalis
6'. Feuilles sétacées (largeur 0,5-1 mm) semi-cylindriques très scabres.
Épillet brun clair long de 8-11 mm . 7 . C. setacea
6". Feuilles plus larges.
7. Plantes robustes; feuilles nombreuses en touffe basilaire, inflo¬
rescence fournie.
8. Limbe canaliculé, strié en long, scabre, longuement atténué
en pointe fine . 8. C. nervosa
8'. Limbe plan, lisse, brillant, en coin obtus ou subaigu briève¬
ment apicuié au sommet. 9. C. xyridioides
T. Plante grêle; feuilles peu nombreuses, linéaires, dressées, tur-
gides, à sommet subobtus. Inflorescence très lâche; épillets
peu nombreux, glumes à marge blanche et flancs violet foncé
RÉCAPITULATION DES ESPÈCES
1. Costularia sylvestris J. Raynal, sp. nov.
— Costularia arundinacea var. perlaxiflora Kük., Rep. Sp. Nov. 46 : 65 (1939). —
Type : Franc 2172.
Herba valde robusta 1,5-3 m alla, foliis basilaribus atroviridibus 50-100 cm longis,
10-25 mm latis, lamina plana nervo medio carinata. Inflorescentia ampla paniculata compo-
sita 50-100 cm longa ramis pendulis numerosis. Spicula ferruginea 5,5-7 mm longa squamis
subacutis. Setæ hypogynæ 4,5 mm longæ scaberulæ. Achænium brunneum corpore ellip-
soideo lanceolato turgide trigono ca. 2 mm longo, lævi, in rostrum subulatum scabrum
1-1,5 mm longum desinens.
A Costularia arundinacea (Sol. ex Vahl) Kük. statura maxima, foliis duplo latio-
ribus lamina applanata, panicula ampliore, achænio majore longius rostrato præcipue
distincta. Vid. tab. 6, p. 360.
Typus : J. Raynal & J.-M. Veillon 16622, Nova Caledonia, in Sylva densa humida
loco Mois de Mai vulgo dicto, 6.3.1973, P!
Cette espèce habite exclusivement les forêts denses humides, en lisière
ou en sous-bois, le long de la côte est, de la plaine des Lacs au Mt Panié,
du niveau de la mer à 1000 m.
Source : MNHN, Paris
— 362 —
PI. 7. — Costularia arundinacea (Sol. ex Vahl) Kük. : 1, vue d'ensemble X 1/8; 2, marge
foliaire x 4; 3, inflorescence partielle x 4; 4, fleur x 15; 5, akène x 20 (1-2 d'après
Raynal & Jaffré 16508 ; 3-5 d'après Raynal & Jaffré 16522). — Costularia breviseta
J. Raynal : 6, inflorescence partielle x 4 (Jaffré 345); 7, akène x 20 (Franc 2134).
Source : MNHN, Paris
— 363 —
2. Costularia breviseta J. Raynal, sp. nov.
Herba perennis cæspilosa ca. 1,5 m alta.foliis basilaribus carinatis (5-j8-I5(-18) mm
latis. Panicula composila fastigiala 30-40 cm longa, spiculis compressé 7-9 mm longis
roseo-brunnescentibus, squamis acutis carinatis. Setæ hypogynæ tenuissimæ scaberulæ
ca. 2 mm longæ, achænio breviores. Achænium corpore ellipsoideo ferrugineo fragili 2,5 mm
longo, in rostrum anguslum scabrum I mm iongum desinenii.
Costulariæ arundinaceæ habitu similis sed panicula fastigiala, spiculis longioribus
compressis, achænio longius rostrato et setis hypogyniis achænio valde brevioribus bene
distincta. Vid. tab. 7, fig. 4-7, p. 362.
Typus : Jaffré 587, Nova Caledonia, in uliginosis planitiei fluminis Rivière Blanche
dicti, secus viam ad flumen Rivière Bleue, 18 km a via principali ad urbem Nouméa,
27.12.1971, P!
Maquis sur péridotites, souvent dans les parties humides, de la Plaine
des Lacs à Canala.
3. Costularia arundinacea (Sol. ex Vahl) Kük.
Rep. Sp. Nov. 46 : 31 (1939).
— Schœnus arundinaceus Sol. ex Vahl, Enum. 2 : 220 (1805); Sol. ex Forst. f. Fl. Ins.
Austr. Prodr. : 89 (1786), nom. nud.
— Lophoschœnus arundinaceus (Sol. ex Vahl) Stapf, Journ. Linn. Soc. 42 : 180 (1914).
Maquis ensoleillés ou léger sous-bois, sur sols variés, de 0 à 1500 m,
dans toute la Grande Terre sauf sur la côte ouest, et aux Belep. Pl. 7, 1-5,
p. 362.
4. Costularia pubescens J. Raynal, sp. nov.
— Costularia arundinacea (Sol. ex Vahl) Kük. var. crassicaudex Kük., Rep. Sp. Nov.
46 : 65 (1939). — Syntypes : Daniker 204, 244.
Herba perennis cæspilosa 60-160 cm alla; folia basilaria numerosa, 7-16 mm lata,
subtus pilis ca. 1 mm longis ± caducis obtecta, supra interdum glabra præter nervum medium,
interdum sparse villosa. Nervus médius subtus bene distinctus modice prominens. Caulis
saltem basin versus pilosa. lnflorescentia copiosa 30-80 cm alla, spiculis brunneis 4-5 mm
longis. Setæ hypogynæ plumosæ 4 mm longæ. Achænium brunneum corpore ellipsoideo
1,8-1,9 mm longo minute apiculato.
A Costularia comosa (C. B. Clarke) Kük. foliis duplo latioribus subtus pilosis,
nervo medio prominenti nec sulcato, spiculis brevioribus præcipue distinguenda. Vid. tab. 8,
p. 364.
Typus : Jaffré 576, Nova Caledonia, in fruticetis saxosis ad pedem orientalem
montis Dore dicti prope viam ad pagum Plum, 23.12.1971, P!
Commune dans les maquis rocheux ensoleillés sur péridotites dans la
moitié sud de la Grande Terre, au sud d’une ligne Boulinda-Houailou.
Les populations à l’ouest de la Tontouta paraissent se singulariser
par une pubescence plus fournie envahissant la face supérieure du limbe;
cette forme mérite peut-être un statut variétal mais des observations complé¬
mentaires sont nécessaires.
5. Costularia comosa (C. B. Clarke) Kük.
Rep. Sp. Nov. 46 ; 29 (2939).
— Schœnus comosus C. B. Clarke, Bull. Mise. Inf., Add. ser. 8 : 44 (1908).
— Lophoschœnus comosus (C. B. Clarke) Stapf, Journ. Linn. Soc. 42 ; 180 (1914).
Maquis rocailleux sur sols variés des plaines et basses collines; c’est
Source : MNHN, Paris
— 364 —
PI. 8. — Costularia pubcscens J. Raynal : 1, vue générale x 1 /6; 2, portion de limbe, face
inférieure, moitié gauche, x 4; 3, inflorescence partielle x 6; 4, fleur x 15; 5, akène x 20
(/, 3 d’après Jaffré 576; 2 d'après J. Raynal 16633 , matériel en alcool; 4 d'après Blanchon
1193; 5 d'après Guillaumin & Baumann-Bodenheim 10718).
Source : MNHN, Paris
— 365 —
Source : MNHN, Paris
— 366 —
l’espèce la plus répandue, depuis File des Pins jusqu’aux Belep, sans hiatus
apparent malgré des récoltes encore trop éparses.
6. Costularia stagnalis (Dan.) Kük.
Rep. Sp. Nov. 46 : 30 (1939).
—- Lophoschœnus stagnalis Dâniker, Mitt. Bot. Mus. Univ. Zurich 142 : 79 (1932).
Maquis herbeux sur sols hydromorphes de la Plaine des Lacs. C’est
l’espèce la plus étroitement localisée.
7. Costularia setacea J. Raynal, sp. nov.
Herba cæspitosa perennis 0,4-0,9 m alla, foliis numerosis setaceis semiteretibus 0,5-
! mm latis scaberrimis. Inflorescentis paniculata fastigiata paucispiculata 15-35 cm longa.
Spicula 8-11 mm longa ochracea. Stamina 3-3,5 mm longa connectivo longe producto
subulato. Setæ hypogynæ plumosæ 4-5 mm longæ. Achænium anguste ellipsoideum, corpore
toruloso translucenti 3,5 x 0,7 mm in rostrum acutum scabrum 1,5 mm longum producto.
A Costularia stagnali (Dan.) Kük. foliis duplo angustioribus haud canaliculatis
scaberrimis nec ciliatis, spicula fere duplo longiore, achænio longiore longe rostrato bene
distincta. Vid. tab. 9, p. 365.
Typus : J. Raynal & McKee 16632, Nova Caledonia, ad saxa prope rivulum circa
mediam partem vallis fluminis Tontouta dicti, haud procul fodinam Liliane dictam,
altitudine 100 m, 9.3.1973, P!
Rocailles péridotitiques, 100-600 m; actuellement connue de 4 récoltes
s’inscrivant entre les deux côtes et les méridiens Thio-Tontouta et Nouméa-
Mt. Humboldt.
8. Costularia nervosa J. Raynal, sp. nov.
Herba cæspitosa perennis 80-120 cm alta. Folia basilaria numerosa spirodisticha
vaginis dense spiraliter imbricatis ; lamina coriacea arcuata 30-60 cm longa, 4-10 mm lata,
apice in caudam setaceam scaberrimam longe attenuata, canaliculata, margine scabra,
faciebus longiludine sulcatis asperis. Inflorescentia paniculata multiflora, 40-60(-80) cm
longa, ramis primariis 4-6-nis. Spiculæ 5,5-7,5 mm longæ, squamis fulvis ±. purpureo-
maculatis, minute rugosis. Setæ hypogynæ longe plumosæ. Achænium ovoideum stipitatum
osseum, 2-2,8 X 1,5-2 mm, styli basi mitrata apiculata, 0,9 x 0,9 mm.
A C. xyridioide proxima, foliis arcuatis canaliculatis sulcatis asperis longe attenuatis,
spiculisbrevioribus præcipue distincta. Vid. tab. 10, fig. 6-9, p. 367.
Typus : J. Raynal & T. Jaffré 16474, Nova Caledonia, in fruticetis collium secus
flumen Rivière des Lacs dictum, haud procul rivum Creek Pernod dictum, 28.9.1971, P!
Maquis ensoleillés sur péridotites; aire principale dans le sud, de la
Plaine des Lacs à Kouaoua; une aire secondaire le long de la côte nord-
ouest (Koniambo, Kaala), avec des spécimens montrant des caractères
légèrement différents, méritant peut-être un rang variétal.
9. Costularia xyridioides (Dan.) Kük.
Rep. Sp. Nov. 46 : 25 (1939) (‘xyridoides').
— Schænus xyridioides Dâniker, Mitt. Bot. Mus. Univ. Zürich 142 : 61 (1932).
— Lophoschœnus xyridioides (Dân.) Guillaumin, Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. 2, 6 :
200 (1935).
Source : MNHN, Paris
— 367 —
Source : MNHN, Paris
— 368 —
— Lophoschœnus falcifolius Dâniker, l.c. : 77 (1932), syn. nov. — Type : Daniker 551.
— Cosiularia falcifolia (Dan.) Kük., l.c. : 26 (1939).
Maquis sur péridotites, 0-1 400 m, à l’est de la chaîne du Humboldt.
Les spécimens des régions hautes, à feuilles plus courtes, arquées, sur
lesquels Daniker fondait son Lophoschœnus falcifolius , ne méritent pas
une distinction spécifique et ne représentent vraisemblablement qu’un
accomodat des pentes élevées. Pl. 10, 1-5, p. 367.
10. Costularia chamædendron (Guillaumin) Kük.
Rep. Sp. Nov. 46 : 24 (1939).
— Lophoschœnus chamædendron Guillaumin, Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. 2, 6 :
199 (1935).
Maquis sur péridotites, de 0 à 1000 m; assez abondant dans les mon¬
tagnes bordant la côte est entre Canala et Houaïlou, et dans l’intérieur
jusqu’au Mé Ori. Cette espèce au port étrange peut former des peuplements
purs dans les dolines argileuses temporairement inondables des plateaux
karstiques de ce secteur, mais forme également des colonies sur des pentes
à sol très érodé et végétation très ouverte.
11. Costularia fragilis (Dân.) Kük.
Rep. Sp. Nov. 46 : 23 (1939).
— Lophoschœnus fragilis Dâniker, Mitl. Bot. Mus. Univ. Zurich 142 : 78 (1932).
Rocailles et maquis steppiques, 0-1400 m, à l’est de la chaîne du
Humboldt.
12. Costularia neocaledonica Rendle
Journ. Linn. Soc., Bot. 45 : 261 (1921).
— Lophoschœnus montis-fontium Guillaumin, Mém. Mus. Nat. Hist. Nat. Paris, Bot. 8 :
31 (1957), syn. nov. — Type : Hürlimann 3017.
Forêts d’altitude sur péridotites, 750-1100 m; localisée à la chaîne
du Humboldt, du Mt Humboldt à la Montagne des Sources.
Espèces douteuses :
Costularia daenikeri Kük., Rep. Sp. Nov. 46 : 31 (1939).
Connue du seul spécimen-type, provenant des pentes du Mt Humboldt,
dont les akènes immatures sont entourés de soies hypogynes courtes à base
élargie. Ne diffère pas autrement de C. arundinacea (Sol. ex Vahl) Kük.
Costularia sp. A.
Taxon vraisemblablement nouveau, mais représenté par un spécimen
très pauvre (Schmid 3108, Mt Kouakoué); les épillets trop jeunes ne per¬
mettent pas d’observer les soies hypogynes; les feuilles rappellent par
Source : MNHN, Paris
— 369 —
certains caractères C. arundinacea et C. comosa, mais la présence d’un
hypoderme développé occupant presque la moitié de la section transversale
est un caractère jusqu’ici totalement absent de ce groupe d’espèces.
Espèces à exclure :
1. Costularia guillauminii (Kük.) Guillaumin
Tricostularia guillauminii (Kük.) J. Raynal, comb. nov.
= Schanus guillauminii Kük., Rep. Sp. Nov. 44 : 95 (1938).
— Type : Franc 2171. Espèce voisine mais distincte de la suivante.
2. Costularia paludosa (R. Br.) C.B.CI. = Tricostularia paludosa
(R. Br.) Benth.
3. Lophoschœnus neocaledonicus (C. B. Cl.) Pfeiff. = Schœnus neoca-
ledonicus C. B. Cl.
ÉCOLOGIE ET BIOGÉOGRAPHIE
Les Costularia sont l’un des éléments importants des paysages de
maquis; la plupart des espèces sont liées aux sols sur péridotites; seules
C. arundinacea et C. comosa acceptent d’autres substrats et, en conséquence,
occupent les aires de répartition les plus vastes.
La concentration des péridotites principalement dans le sud de l’île
est sans aucun doute une raison directe des répartitions observées. On reste
néanmoins surpris du déséquilibre entre les moitiés nord et sud de l’île
quant au nombre d’espèces; en effet, sur les 12 espèces bien définies énu¬
mérées ci-dessus, toutes existent au sud d’une ligne Houaïlou-Pouembout;
quatre espèces seulement ont été récoltées au nord de cette ligne (PI. 11).
Certaines espèces semblent marquer une préférence pour les formations
d’altitude; cette préférence est même exclusive pour C. neocaledonica,
qui ne descend pas au-dessous de 700 m. C. fragilis et C. chamædendron
semblent eux aussi plus abondants en altitude qu’en plaine, où ils descendent
toutefois. La région située entre le massif du Humboldt et la Plaine des
Lacs jouit d’une particulière richesse en espèces, sans doute liée à l’abon¬
dance des péridotites et à la variété des biotopes, mais résultant proba¬
blement aussi d’un passé lointain; onze des douze espèces s’y côtoient
— apparemment sans s’hybrider — seul C. chamædendron fait défaut,
à l’écart dans les montagnes de Canala-Houaïlou. On ne peut s’empêcher
d’assimiler ce centre remarquable d’abondance à un berceau de spéciation;
d’autre part les péridotites ne sont pas très anciennes, tertiaires, semble-t-il,
et ce fait vient en contradiction avec l’hypothèse d’un berceau qui, étant
donné l’aire extrêmement disjointe du genre Costularia, devrait être beau¬
coup plus ancien. C’est là un mystère dont la clef nous échappe aujourd’hui ;
seule l’accumulation de faits biogéographiques précis concernant les élé¬
ments les plus divers de la flore néo-calédonienne pourra peut-être permettre
de proposer quelque solution inédite.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 371 —
RELATIONS ENTRE LES ESPÈCES
Quoique limitant cette étude à la fraction néo-calédonienne du genre
Costularia, j’ai voulu tenter d’estimer les distances relatives entre espèces
par une méthode qui ne doive rien ni à la classification existante ni à des
préjugés personnels. Cette petite étude de taxonomie numérique a porté
sur 27 caractères, notés sur les 12 espèces étudiées, C. daenikeri étant laissé
de côté. A partir de la matrice de données ainsi obtenues, les distances
taxonomiques moyennes entre espèces ont été calculées pour chaque
couple d’espèces selon la formule classique :
Liste des caractères utilisés :
Le numéro des caractères correspond aux colonnes de la matrice
des données de la table 12.
1. Port.
0. Touffes cespiteuses.
1. Tige dressée en faux-tronc couvert de gaines.
2. Insertion des feuilles.
0. Sur trois rangs.
1. Sur deux rangs.
3. Port des feuilles.
0. Dressées.
1. Arquées-retombantes.
2. Étalées horizontalement.
4. Longueur des feuilles.
0. Au moins 15 cm.
1. 5-13 cm.
5. Largeur des feuilles.
0. Moins de 1 mm.
1. 1-3 mm.
2. (3-)5-10(-18) mm.
3. (10-)15-25 mm.
6. Section du limbe.
0. Plane.
1. Semi-cylindrique.
2. Canaliculée.
3. Carénée en V.
4. Carénée en M.
7. Pilosité du limbe.
0. Limbe glabre sur les faces.
I. Limbe pubescent au moins inférieurement.
8. Bords du limbe.
0. Scabres.
I. Ciliés.
9. Forme de l'apex foliaire.
0. Longuement atténué.
I. En coin obtus ou subaigu.
Source : MNHN, Paris
— 372 —
10. Apparence de la nervure médiane.
0. Distincte.
1. Indistincte.
11. Proéminence de la nervure médiane à la face inférieure.
0. Carène.
1. Sillon.
(Caractère non coté quand le caractère 10 = 1.)
12. Pilosité de la nervure médiane à la face supérieure.
0. Glabre.
1. Poilue.
(Caractère non coté quand le caractère 10 = 1.)
13. Gaines basilaires sans limbe.
0. Absentes.
1. Présentes.
14. Forme du passage gaine-limbe.
0. Régulièrement rétréci.
1. Brusquement rétréci.
15. Assise d'abscission à la base du limbe.
0. Absente.
1. Présente.
16. Contraligule.
0. Réduite à une bordure ciliée.
1. Développée en languette scarieuse.
17. Hypoderme.
0. Inexistant.
1. Constitué de 1-3 assises ± continues.
2. Très développé.
18. Travées intercalaires de sclérenchyme non vascularisé.
0. Absentes.
1. Présentes.
19. Longueur de l'épillet.
0. Moins de 4 mm.
1. 4-6 mm.
2. (5-)6-10 mm.
20. Texture des glumes.
0. Lisses.
1. Chagrinées.
21. Longueur relative des soies hypogynes.
0. Plus courtes que le corps de l’akène.
1. Égalant ou dépassant de moitié la longueur totale de l'akène.
2. Deux fois plus longues que l'akène, bec compris.
22. Pilosité des soies hypogynes.
0. Scabres.
1. Ciliées ou plumeuses.
23. Longueur des anthères.
0. 1-2 mm.
1. 2-3 mm.
2. 3-4 mm.
24. Forme du pollen.
0. Ovoïde-conique.
1. Étroitement cylindro-conique.
25. Longueur des stigmates.
0. 2-4 (-5) mm.
1. 6 mm.
26. Taille du corps de l'akène.
0. 1,3-2 mm.
1. 2-3 mm.
2. 3-4 mm.
Source : MNHN, Paris
Données :
2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27
1. C. sylvestris
2. C. brevisela
3. C. arundinacea
4. C. pubescens
5. C. comosa
6. C. slagnalis
7. C. setacea
9. C. xyridioides
10. C. chamadendron
11. C. fragilis
12. C. neocaledonica
0 0 1 0 3 4 0
0 0 1 0 2 3 0
0 0 10 2 3 0
0 0 1 0 2 3 1
0 0 1 0 2 2 0
0 1 10 12 0
0 110 0 10
0 1 1 0 2 2 0
0 10 0 2 0 0
1 10 0 2 0 0
1 12 12 0 0
0 1 0 0 2 2 0
0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 0
0 0 0 0 0 0
1 0 0 0 1 0
10 0 110
10 1 0
0 0 1 0
0 0 1 0
0 11 0
0 11 0
0 11 0
0 11 1
0 0 0 0 0 2 0
0 0 0 1 1 2 0
0 0 0 1 0 10
0 0 0 1 0 1 0
0 0 0 0 0 2 0
0 0 0 1 0 1 0
1 0 0 0 0 2 0
1 0 0 1 0 2 1
10 0 10 2 1
1 10 2 0 0 0
1 10 2 0 0 1
0 0 1 2 0 2 0
10 0 0 0 0 2
0 0 0 0 0 1 1
2 0 0 0 0 0 1
2 1 0 0 0 0 0
2 1 1 0 0 0 0
1 10 0 0 0 0
1 12 0 0 2 1
1110 0 12
1110 0 12
1 10 0 0 0 1
1 10 10 0 1
112 110 2
Distances taxonomiques moyennes
^ g |
6
1
u .
| ^
f
G G G
O
G
O
G
O
ü
G Ü
O
1. C. sylvestris
0 51 47
61
58
60
60
63
69
72 80
72
2. C. brevisela
51 0 38
58
64
66
66
63
69
75 82
80
3. C. arundinacea
47 38 0
43
58
57
66
66
72
69 77
77
4. C. pubescens
61 58 43
0
47
49
72
69
75
75 82
80
5. C. comosa
58 64 58
47
0
53
63
60
69
75 82
72
6. C. slagnalis
60 66 57
49
53
0
60
57
66
66 75
69
7. C. setacea
60 66 66
72
63
60
0
53
60
63 72
69
8. C. nervosa
63 63 66
69
60
57
53
0
35
66 69
66
9. C. xyridioides
69 69 72
75
69
66
60
35
0
57 63
63
10. C. chamædendron
72 75 69
75
75
66
63
66
67
0 40 66
11. C. fragilis
80 82 77
82
82
75
72
69
63
40 0
72
12. C. neocaledonica
72 80 77
80
72
69
69
66
63
66 72
0
Table 12. — Étude taxonomique
numérique des Costularia i
néo-calédoniens :
en haut, données initiales, portant
sur les 27 caractères de 1
a liste ci-contre;
en bas, distances taxonomiques moyennes, en centièmes. En caractères gras les valeurs inférieures à 0,55.
I
I
Source : MNHN, Paris
— 374 —
7. Taille du bec de l’akène.
0. 1 /20-1 /10 du corps.
1. 1/3-1/2 du corps.
2. 1/2-2 /3 du corps.
On remarquera la supériorité numérique des caractères tirés de l’appa¬
reil végétatif (18 contre 9 pour l’appareil reproducteur). Je crois que cette
situation traduit bien la façon dont la spéciation s’est réalisée; les Costu-
laria au moins en Nouvelle-Calédonie diffèrent beaucoup plus par leurs
appareils végétatifs que par leurs inflorescences, et c’est une des raisons
des fréquentes confusions dans les récoltes anciennes. Il est aujourd’hui
possible de déterminer un spécimen dépourvu de base, mais ce n’est pas
toujours facile.
DISTANCES TAXONOMIQUES
Le calcul, pour plus de rapidité, a été effectué sur la calculatrice IBM
1130 du Laboratoire d’Océanographie physique du Muséum (programme
J. Raynal); données et résultats sont rassemblés dans la table 12, et visua¬
lisés sous la forme d’un graphe tridimensionnel (donc très approximatif,
mais néanmoins utile) dans la figure 13.
Loin de bouleverser la classification préexistante, les résultats numé¬
riques montrent que les espèces classées par Kükenthal dans un sous-
genre donné demeurent voisines. Mais cette étude permet à la fois d’expli¬
quer, de tempérer, voire de corriger ce qu’un découpage taxonomique
formel a d’artificiel et de subjectif : la séparation en sous-genres pourrait
Source : MNHN, Paris
— 375 —
faire penser à trois ensembles bien distincts; la réalité est différente, et
aucune coupure majeure évidente ne ressort des estimations de distance.
Ceci milite évidemment pour l’unité du genre Costularia.
On constate en effet que les espèces ou groupes d’espèces s’organisent,
en gros, selon une chaîne, avec à une extrémité, le groupe C. sylvestris-
breviseta-arundinacea, et, à l’autre, les espèces plus isolées et incontesta¬
blement plus spécialisées C. neocaledonica , fragilis et chamædendron. Il est
intéressant de comparer ces résultats avec ceux obtenus, avec la même
méthode, par A. Raynal (14) sur un tout autre groupe d’Angiospermes
(Nymphoides africano-malgaches, Menyanthaceæ), qui, au contraire, for¬
ment un ensemble homogène dont les espèces sont toutes, ou presque,
relativement affines les unes des autres.
Dans le cas des Nymphoides, il paraît difficile d’imaginer des coupures
délimitant des unités supraspécifiques satisfaisantes. Au contraire, ici, les
coupures possibles sont nombreuses, presque à tous les maillons de la chaîne.
Ces maillons sont en effet de longueurs comparables; aucun hiatus impor¬
tant n’apparaît, qui imposerait deux ou plusieurs blocs d’espèces. Dans
ces conditions, si une coupure supraspécifique paraît souhaitable, elle rede¬
vient affaire d’appréciation. Le rôle du calcul numérique est ici de fournir
un canevas permettant au taxonomiste, au moment du découpage supra¬
spécifique, d’éviter les erreurs de classement. Quelle coupure choisir dans
ces conditions?
Kükenthal fait passer une coupure sous-générique entre les espèces 6-7
et 8-9, correspondant au changement de type de l’akène. Une autre coupure
méconnue de lui se place, nous l’avons vu, entre les espèces 4-5 (feuilles
tristiques à nervure médiane) et les espèces 6-7-8 (feuilles distiques sans
nervure médiane). La succession, et non la coïncidence, de ces sauts de
caractères, est un autre argument important contre la distinction de deux gen¬
res. Il est manifeste qu’on peut, sans forcer les faits, interpréter cet ensemble
d’espèces comme résultant du développement d’un phylum unique, porteur
de rameaux courts. La distinction, le long de ce phylum, d’étapes évolutives
auxquelles conviendra le rang subgénérique, doit s’efforcer de correspondre
aux corrélations majeures de caractères; les faits biogéographiques pourront
aussi entrer en ligne de compte dans le choix de cette division. C’est pour¬
quoi je préfère choisir, pour délimiter le sous-genre Lophoschœnus (Stapf)
Kük., le double caractère des feuilles tristiques à nervure médiane appa¬
rente; il rassemble des espèces très affines; il ne présente dans sa réalisation
aucune ambiguïté, et correspond bien à une étape évolutive moins avancée
que le reste des espèces, à feuilles distiques et nervure médiane indistincte.
La distinction de Kükenthal basée sur la forme de l’akène a l’inconvé¬
nient de ne s’appuyer que sur un caractère unique, qui montre une transition
plus graduelle, et dont la signification évolutive est moins certaine.
Le sous-genre Chamædendron Kük. regroupe des espèces dont les affi¬
nités, entre elles, sont parfois moindres qu’avec des espèces extérieures
à ce sous-genre; ainsi C. xyridioides ne manifeste certainement pas le degré
de spécialisation des C. chamædendron et fragilis ', ces deux espèces ressem¬
blent au malgache C. brevifolia, mais en diffèrent sensiblement par l’ana-
Source : MNHN, Paris
— 376 —
tomie foliaire. Faute de pouvoir redéfinir ici de façon satisfaisante ce sous-
genre, je préfère l’abandonner, au moins provisoirement, et considérer
toutes les espèces de Costularia à feuilles distiques comme représentant
le sous-genre Costularia. De toute façon, un éventuel découpage de ce
taxon, qui comprend toutes les espèces malgaches et sud-africaines, ne
peut être pratiqué sans une révision d’ensemble.
En résumé, selon ma conception, Costularia compte deux sous-genres,
Lophoschœnus (Nouvelle-Calédonie, Indonésie, Seychelles) et Costularia
(Nouvelle-Calédonie, Mascareignes, Madagascar, Afrique du Sud). Il est
remarquable que ces sous-genres soient sympatriques seulement en Nou¬
velle-Calédonie.
ÉVOLUTION
Le degré d’évolution de chacun des caractères étudiés a été évoqué
au cours de l’étude morphologique. Il me semble que tout concourt à faire
de Lophoschœnus la fraction la plus primitive du genre : la tristichie — ou
mieux la localisation de la distichie à épillet — et les structures anatomiques
foliaires, sont très classiques de la famille, et ne dénotent pas le degré
de spécialisation offert par le subgen. Costularia; ce dernier fait preuve
d’une évolution divergente plus active, et produit des taxons tels que
C. chamædendron et C.fragilis, fortement différenciés tant dans leur morpho¬
logie externe que dans leur anatomie. L’évolution, dans Costularia, a touché
beaucoup plus l’appareil végétatif que l’inflorescence, malgré, semble-t-il,
une tendance à la séparation des sexes chez C. fragilis.
D’un point de vue biogéographique, Costularia présente en Nouvelle-
Calédonie l’éventail pratiquement complet de ses réalisations évolutives
principales; aucune autre région du monde n’a ce privilège; il me paraît
donc raisonnable de penser que le genre a pris naissance quelque part
dans cette partie du globe, peut-être pas dans l’actuelle Nouvelle-Calédonie
à la physionomie trop récente, mais dans des terres voisines disparues;
sa distribution en deux centres principaux de spéciation très distants
en fait à coup sûr un genre ancien. Son origine pacifique est en accord
avec le centre de dispersion de nombreux genres affines de Rhynchospo-
roideæ. Son absence totale du continent australien n’est cependant pas
le moindre mystère d’une longue histoire certainement bien difficile à
reconstituer.
BIBLIOGRAPHIE
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en Nouvelle-Calédonie (1950-1952), Mém. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. B, Bot. 8 :
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Rep. Sp. Nov. 46 : 13-32 et 65-76 (1939).
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2 e partie : Taxonomie, Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 405-458 (1974).
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sonia, ser. 2, 3 (2) : 250-265 (1963).
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 379-388, 1974
LEEUWENBERGIA
GENRE NOUVEAU D’EUPHORBIACÉES
(CROTONOIDÉES-JOANNESIÉES)
D’AFRIQUE CENTRALE OCCIDENTALE
par René Letouzey et Nicolas Halle
Résumé: Description de Leeuwenbergia R. Let. et N. Halle, gen. nov. ( Euphorbiaceæ ,
Crotonoideæ , Joannesieæ) du Cameroun, du Gabon et du Congo, proche du genre sud-
américain Joannesia Vell. Description de 2 espèces : L. letestui R. Let. et N. Hallé, sp.
nov. connue par 2 récoltes florifères et L. africana R. Let. et N. Hallé, sp. nov. connue
par une seule récolte florifère (fleurs 9). La rareté des récoltes et l’insuffisance des obser¬
vations sur le terrain n’empêchent pourtant pas de souligner les notables différences
entre ces 2 espèces encore imparfaitement connues.
Summary : Description of Leeuwenbergia R. Let. et N. Hallé, gen. nov. ( Euphor¬
biaceæ , Crotonoideæ , Joannesieæ ) from Cameroun, Gabon and Congo, close to the
South American genus Joannesia Vell. Description of two species: L. letestui R. Let.
et N. Hallé, sp. nov., known from two collections with flowers only, and L. africana
R. Let et N. Hallé, sp. nov., known from only one collection with 9 flowers. The scarce
and incomplète material as well as insufficient observations in the field are, however,
no obstacle for establishing the spécifie délimitation between these two still imperfectly
known taxa.
Depuis 1932 se trouvaient dans l’herbier du Muséum national d’Histoire
naturelle de Paris deux échantillons récoltés par G. Le Testu en 1929 et 1930
dans la région de Lastoursville au Gabon et restés indéterminés malgré
leurs caractères remarquables : feuilles alternes composées digitées, nom¬
breuses fleurs S bien développées à calice clos dans le bouton floral puis
fragmenté, accompagnées d’une fleur 9 isolée. Malgré l’examen à plusieurs
reprises de ces échantillons par divers botanistes et malgré l’analyse des
fleurs, l’espèce et même la famille demeuraient inconnues.
Vingt-deux ans plus tard, en 1954, J. Groulez & J. Morel du Service
forestier récoltaient, dans la région de Dolisie au Congo, un échantillon
stérile quelque peu comparable aux récoltes de Le Testu. Un échantillon
de bois prélevé sur le même individu accompagnait l’herbier et fut étudié
au Centre Technique Forestier Tropical de Nogent-sur-Marne par D. Nor¬
mand qui reconnut un bois d’Euphorbiacée.
En 1966 un nouvel échantillon stérile d’un grand arbre du Gabon,
région de Makokou, était récolté par N. Hallé & A. Le Thomas. Malgré
Source : MNHN, Paris
— 380 —
des différences notables, l’un de nous (N. H.) rapprochait cet échantillon
de ceux ci-dessus mentionnés.
En 1972, A. Leeuwenberg récoltait, cette fois au Cameroun, près
de Kumba, dans la forêt de Bakundu bien souvent parcourue par des bota¬
nistes récolteurs, un matériel semblable au précédent mais pourvu de grosses
fleurs 9 bien développées, avec également un calice clos se déchirant à l’an-
thèse. La fleur se révélait à l’un de nous (R. L.) comme pouvant être une
fleur d’Euphorbiacée et, compte tenu des caractères foliaires, suggérait
une parenté possible avec le genre sud-américain Joannesia Vell. Le bois,
récolté aussi par Leeuwenberg, fut examiné à la Division d’Anatomie
du Centre Technique Forestier Tropical; il n’infirmait nullement les conclu¬
sions provisoires et permettait un rapprochement certain avec l’échantillon
congolais de J. Groulez & J. Morel.
11 apparaît donc extrêmement vraisemblable que tous ces échantillons
appartiennent au même genre et leur parenté avec Joannesia peut en outre
être confirmée. Malgré des informations incomplètes et des matériaux
d’herbier encore insuffisants, il est devenu opportun de publier ces décou¬
vertes, d'autant plus que les échantillons en cause ne peuvent être incorporés
dans aucun des genres d’Euphorbiacées connus à ce jour.
LEEUWENBERGIA R. Letouzey & N. Hallé, gen. nov. 1
Arbores gummi rubiginosum exsudantes. Pili malpighiacei appressi ramulis inæqualibus
in partibus vegetativis floriferisque présentes.
Folia alterna digitata cum 5-7 (-8) foliolis petiolulatis integris ; stipula; deciduæ;
glandulat insignes , / vel plerumque 2 binæ oppositæ ad apicem petioli.
Inflorescentiæ axillares subterminales racemosæ vel paniculatæ cum floribus termina-
libus, e basi divisa; vel ramosæ, multifloræ, vel simplices et paucifloræ, bracteis et bracteolis
caducis, floribus omnibus 9 vel fere omnibus <?.
Calyx globosus apiculatus, circum porum obsoletum apicalem integerrimus, deinde
irrégulâtim in 2 vel 3 partibus disrumpens. Petala 5 libéra orbiculata, in æstivatione conlorta
vel interdum imbricata.
Flores <J cum disco centrali rugoso fossulato hirsuto. Stamina 18-33 libéra, in cavita-
tibus disci inserta et in 4 circulis concentricis cum 15 et 9 et 6 et 3 staminibus disposita;
fi lamenta strie ta glabra ; ant liera introrsa versus 1/3 inferiorem ajfixa, bilocularis, basi cordata,
connectivo apiculo magno apicem superante ; pistillodium nullum.
Flores 9 cum disco annuliformi cupulato hirsuto, basin ovarii cingente. Ovarium
hirsutum 2- vel 3-loculare, ovulis solitariis, 2 (-5?) stigmatibus patentibus foliaceis trian-
gularibus ± lobatis. Ovulum cum caruncula magna carinata.
Fructus seminaque ignota.
Espèce-type : Leeuwenbergia letestui R. Let. & N. Hallé.
I. Nous dédions ce nouveau genre à notre ami A. J. M. Leeuwenberg, du Labo¬
ratoire de Taxonomie et de Phytogéographie de l’Université de Wageningen aux Pays-
Bas, dont les récoltes au Cameroun ont considérablement enrichi notre connaissance
de la flore de ce territoire, en particulier pour la famille des Loganiacées.
Source : MNHN, Paris
— 381 —
POSITION AU SEIN DES EUPHORBIACÉES
La structure des graines juvéniles dans de vieilles fleurs 2 , avec des
cotylédons plus larges que la radicule, permet de classer ce nouveau genre
dans le groupe des Platylobées. Les loges uniovulées de l’ovaire situent
ce genre dans la sous-famille des Crotonoïdées.Les filets droits des éta¬
mines, la présence de pétales et les feuilles composées digitées conduisent
à ranger le genre Leeuwenbergia dans la tribu des Joannesiées comportant
jusqu’à ce jour les genres Joannesia Vell., Annesijoa Pax et K. Hoffm.,
Hevea Aubl., ce dernier genre apétale, et peut-être Vaupesia R. E. Schultes
et Micrandra Benth. 1 , à feuilles simples. On peut admettre que le calice
fermé globuleux 2 du bouton dérive du calice d’abord fermé puis cupuliforme
tronqué et brièvement denté de Joannesia princeps Vell. 3 (= J. insolita
Pittier 4 ), ou même lacinié pour les fleurs 9 de J. heveoides Ducke.
1. Cf. R. E. Schultes. A new generic concept in the Euphorbiaceae (Bot. Mus.
Leaflets, Harvard Univ. 17, 1 : 27-36, 1955).
2. Le calice des Leeuwenbergia est tout à fait comparable à ceux d’une Hippo-
cratéacée, Salacighia leiesluana (Pellegr.) Blakel., d’une Sterculiacée, Scaphopetalum
blackii Mast. et des Annonacées Leiesiudoxa (2 espèces). On constate que ce caractère
de coalescence calycinale est tantôt générique, tantôt de valeur seulement spécifique
et qu’il peut dériver aussi bien d'un système quinconcial que d’un système valvaire.
3. Cette espèce est le type du genre Joannesia et, dans l’Index des genres distribué
par l’I.A.P.T., cette espèce-type figure sous le nom de « J. principe Vell. »
Pour notre part nous considérons comme légitimes les dénominations et ortho¬
graphies Joannesia Vell. et J. princeps Vell., suivant ainsi les positions de Pax (Pflanzen-
reich IV, 147, 1 : 116, 1910) et de Pax et Hoffmann (Pflanzenfamilien 19c : 101, 1931).
L’orthographie Johannesia adoptée par Müller (in D.C., Prodr. 15, 2 : 715; 1866) ne
respecte pas la graphie primitive de Vellozo ( Joannesia ) et ne peut être admise (Art. 73
Code).
Le genre Joannesia Vell. est parfaitement décrit (Alograph. dos alcalis : 199) dès
1798, alors que le genre Anda Juss. (Euphorb. Tent. : 39, 78) n'apparaît qu’en 1824,
n'ayant pas été réellement décrit (mais seulement cité comme désignation vernaculaire
par Jussieu en 1804 (Dict. sci. nat. 2 : 113), ce qui rend illégitime la combinaison Anda
brasiliensis Raddi (Quarant. piant. Brasil : 25) de 1820. D'autre part, Jussieu en 1824,
en décrivant correctement le genre Anda qu’il attribuait à Pison, ne semble pas avoir
reconnu la priorité de Joannesia de Vellozo sur l'homonyme erronné (= Chuquiraza
Juss., 1789) de Persoon (Syn. PI. 2 : 383) datant de 1807. L’abandon de Joannesia Vell.
au profit d’Andicus Vell. par Vellozo lui-même (Fl. flum. : n° 86, p. 76, non « 80 », cf.
supra Pax et Pax & Hoffmann; 1825) ne peut recevoir aucune justification permettant
de considérer ce dernier nom comme légitime.
Quant à l'épithète spécifique « Principe », en minuscules, de Vellozo (Alograph.
dos alcalis : 200) elle est certes incorrecte et peut être interprétée comme indiquant « le
prince » en portugais, ou être considérée (?) comme l'ablatif de « princeps » ( = primus),
malgré l’emploi de la majuscule (A noter sous l’illustration de Vellozo la dénomination
« Ioanesia principe » avec I et p). Dans son ouvrage de 1798 écrit en portugais, Vellozo
ne décrit comme espèce nouvelle que cette seule espèce et pour toutes les autres étudiées
par lui emploie la terminologie binaire latinisée (au moins pour le texte, et en majuscules,
sinon pour l’iconographie). Nous sommes amenés à considérer que la correction apportée
sur l’épithète « Principe » de Vellozo, par Müller en 1866, est conforme à la Recomman¬
dation 73E du Code visant à une latinisation correcte des épithètes nouvelles, sans alté¬
ration du sens primitif.
4. Cf. R. E. Schultes. A note on the genus Joannesia (Bot. Mus. Leaflets, Harvard
Univ. 17, 1 : 25-26, 1955).
Source : MNHN, Paris
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ÉLÉMENTS COMPARATIFS COMPLÉMENTAIRES
Des rapprochements intéressants permettent de souligner l’affinité
des genres Leeuwenbergia et Joannesia.
1° Tous deux sont représentés par des arbres (de grandes dimensions
pour Leeuwenbergia).
2° Présence dans ces deux genres d’une gomme (non observée au niveau
du tronc mais évidente dans les rameaux au voisinage du cambium, dans
les pétioles et les axes des inflorescences de Leeuwenbergia)', cette gomme,
de teinte rouge foncé chez Leeuwenbergia, apparaît sur les échantillons
secs comme des exsudations résineuses vitrifiées; les exsudations sont sem¬
blables sur les échantillons secs de Joannesia.
3° Présence de poils coudés sous les limbes foliaires de Joannesia
heveoides et à la base interne du calice des fleurs de J. princeps, suggérant
une filiation logique entre les deux genres Joannesia et Leeuwenbergia
quant aux trichomes.
4° Les feuilles composées à env. 5 folioles sont similaires; la paire
de glandes du sommet du pétiole est un peu différente : chaque glande
est stipitée sur 1-2 mm et cochléée chez Joannesia, les lèvres étant trans¬
versales; chez Leeuwenbergia chaque glande est sessile subinvolutée, avec
deux lèvres longitudinales.
5° Similitude des variations de la sexualité : « fleurs 9 à la base, les <J
au sommet (ou parfois cymes unisexuées) » Le Mée, Dict. 3 : 815; 1931).
Ces termes appliqués aux Joannesia paraissent convenir assez exactement
à ce que nous connaissons des Leeuwenbergia, tout au moins pour l’une
des espèces où, comme pour les Joannesia, les fleurs <? sont beaucoup plus
abondantes que les fleurs 9 sur l’inflorescence.
6° La disposition concentrique des étamines existe chez les deux genres
avec un allongement relatif assez analogue des filets et des anthères, ces
dernières cordiformes à la base et apiculées de façon similaire.
7° Caractères palynologiques communs : les pollens sont sphériques,
inaperturées, de 50-70 (i de diamètre, à exine ornée d’une mosaïque régu¬
lière d’éléments triangulaires formant des assemblages de couronnes poly¬
gonales avec env. 5-6 éléments par couronne (fig. 1).
8° Similitude des ovaires à 2 ou 3 loges et des stigmates : lames amin¬
cies et lobées largement triangulaires.
9° Une saillie longitudinale des graines juvéniles de Leeuwenbergia
rappelle la carène des graines de Joannesia.
10° La comparaison de l’anatomie des bois de Leeuwenbergia et de
Joannesia vient également, d’une manière extrêmement nette, à l’appui
du rapprochement de ces deux genres (voir ci-après la publication de
A. Mariaux sur le sujet).
Source : MNHN, Paris
— 383 —
Fig. J. — Pollens x 1000 : 1, Leeuwenbergia letestui R. Let & N. Hallé (Le Testu 8571) :
grain sphérique de 50 à 70 u de diamètre, inapcrturé; ectexine ornée de verrues subtriangu¬
laires de 1,6 à 2 u de largeur disposées par (4-) 5-8, souvent 6-7 en couronnes de 5 à 7 u
de diamètre et séparées par des couloirs de largeur variable; en vue haute (la) les verrues
sont brillantes; en vue basse (lb) les couronnes présentent un espace central orné de
granulations au nombre d'environ I à 6; coupe optique de l’exine d'environ 6,5 u d'épais¬
seur montrant des verrues plus hautes que larges, digitilbrmes ou subcapitées; endexine
difficile à observer, moins épaisse que l'ectexine. — 2, Joanncsia princeps Vell. (Riedel,
Brésil) : grain sphérique de 50 à 60 u, inaperturé; ectexine ornée de verrues triangulaires
de 2,5 à 3 u disposées comme précédemment mais séparées par des couloirs plus étroits;
en vue haute (2a), les verrues sont moins brillantes que précédemment; en vue basse (2b),
les couronnes ne présentent pas d'espace central dégagé et des colummelles de faible
diamètre apparaissent peu distinctement aux angles des verrues; exine de 5 u d'épaisseur
semblable en coupe optique à la précédente.
PRINCIPAUX CARACTÈRES DIFFÉRENTIELS
1° Stipules des feuilles de Joannesia munies de glandes à la base,
tandis que celles de Leeuwenbergia en sont dépourvues.
2° Bractées et bractéoles glanduleuses à la base chez Joannesia, sans
glandes chez Leeuwenbergia.
3° Androcée de 7-10 étamines, les extérieures libres et épipétales,
les .ntérieures monadelphes chez Joannesia ; 18-33 étamines concentriques,
toutes libres chez Leeuwenbergia.
4° Disque annulaire dans les fleurs S et 9, couvrant tout le réceptacle
entre les étamines et divisé en îlots glandulaires au centre dans les fleurs <5
d’une espèce de Leeuwenbergia. Glandes périphériques séparées, non dis¬
posées en disque annulaire chez Joannesia.
Source : MNHN, Paris
— 384 —
AUTRES AFFINITÉS MORPHOLOGIQUES,
CONSIDÉRATIONS PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Les poils médifixes apprimés des Leeuwertbergia sont semblables à ceux
d’autres Euphorbiacées des genres Argyrothamnia, Pausandra et Tetror-
chidium.
Par le nombre des étamines de son androcée, Leeuwenbergia se rappro¬
che du genre Annesijoa Pax et K. Hoffm. de Nouvelle Guinée, mais pour
un grand nombre d’autres caractères (feuilles sans glandes, calice, disque...)
il s’en éloigne. L’affinité paraît mieux fondée entre Leeuwenbergia et Joanne-
sia, aux aires séparés par l’Atlantique, plus lointaine avec Vaupesia, genre
également sud-américain.
Des considérations phytogéographiques et paléobotaniques autorisent
aisément un tel rapprochement d’un genre africain camerouno-gabuno-
congolais avec un genre américain du Brésil et du Vénézuela. De telles
affinités génériques ont été à de multiples reprises signalées. Des cas d’affi¬
nités, plus étroites à l’intérieur d’un même genre, furent signalées récemment
chez les Euphorbiacées du genre Pogonophora (cf. R. Letouzey, Adan-
sonia 9 : 273-276, 1969) ou chez les Sterculiacées du genre Byttneria (cf.
N. Hallé, Adansonia 2 : 285-290, 1962).
Le matériel dont nous disposons nous permet de distinguer 2 espèces,
l'une basée sur les échantillons gabonais de Le Testu avec fleurs S et fleur 2,
l’autre basée sur les échantillons camerounais avec fleurs 2 de Leeuwenberg
et sur les échantillons stériles du Gabon et du Congo.
Leeuwenbergia letestui R. Let & N. Hallé, sp. nov. - PI. 2
Arbor (yel frutex?); inlernodia novella gemmaeque pubescentia ; pubes caduca pro
majore pane pilis malpighiaceis appressis ramulis inæqualibus passim cum pilis simplicibus
longioribus mixlis composita.
Stipula.' minimæ pubescentes caducæ. Petiolus 5-25 cm longus, cylindricus, in sicco
longitudinaliter subtiliterque sulcatus, 1,5-3 mm in diametro, in partibus extremis leviter
pubescens, ad apicem cum (/-) 2 glandulis subconicis obtusis sessilibus binis oppositis 1,5 mm
longis, ut videtur involutis et cum fissura longitudinali instructus. Foliola 5-7 (-8) ; petioluli
canaliculati 0,5-2 (- 3) cm iongi; laminæ glabræ oblanceolatæ ( 6-) 10-22 X (2-) 4-7,5 cm,
medianæ lateralibus 1,5-2-plo longioræ, basi auguste cuneiformi, apice auguste acuminato ;
nervus medianus supra depressus, subtus prominens, nervi latérales utrinque 8-10 curvatim
ascendentes, rete nervorum tertiorum j densum, subtus prominens.
Inflorescentiæ sæpe e basi ramoste, rhachis primaria usque ad 14 cm longa, ramis
secundariis circiter 1-2 cm longis, alternis inæqualiter 0,5-3 cm dispositis ; rami pilis malpi¬
ghiaceis passim instructi; bracteæ et bracteolæ caducæ concavæ sublanceolatæ, minus quam
3 mm longæ, margine pubescentes.
Pedicellus inter ! et 5 mm supra basin articulatus, supra articulum 7-10 mm longus,
glaber. Alabastra globosa 6 mm diametro apiculo circa 1 mm longo. Flores unisexuales
mixti, 3 copiosissimi, 2 rarissimi (horum positio ignota).
Calyx ex tus glaber, intus pilis ascendentibus, apiculum versus pilis refradis tomentosus.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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Pelala 12 mm longa, 15 mm lata, glabra, margine tenui cum nervis gracilibus flabellatis.
Flores <? straminei, staminibus filamentis 2-4 mm longis et antheris 2,8-3 X 1,5 mm.
Flos 9 ovario triloculari (stigmatibus ignotis).
Type : Le Testa 7650, Gabon (holo-, P; iso-, WAG).
Matériel étudié. — Gabon : Le Testa 7650, 16 nov. 1929, Lastoursville (fl. £ et
1 fl. &); 8571, 10 déc. 1930, Maciya, à mi-chemin entre Fougamouet Lastroursville (fl.d).
Leeuwenbergia africana R. Let. & N. Hallé, sp. nov. - PI. 3
Arbor teres ad 40 m altus, trunco regulari cr. 80 cm in diametro, anteridibus nullis
et solum basi dilatato, transverse striato plicis confertis; cortex fumosus aspectu lævi sed
longitudinaliter rimulosus, interdum reticulatus, 2 (-3) cm crassus, post incisuram colore
lacteo maculato ochraceo vel badio roseo, textura porosa, sine gummi; lignum externum
lacteum a ligno interno obscure distinctum, spacideum, molle, leve ; rami principales subverti-
cillati laie patentes ; corona dense foliota. Folia ad extremitates ramorum sæpe aggregata ;
internodia no vel la gemmxque dense pubescentia ; pubescentia caduca, pilis malpighiaceis
appressis ramulis inæqualibus formata, passim cum pilis simplicibus Ion g ion h us mixtis.
Stipula: tomentosæ 8-10 x 2-3 mm, caducx. Petiolus 5-23 cm longus, cylindricus,
in sicco longitudinaliter leviter sulcatus, 2-4,5 mm in diametro, Iéviter pubescens in extre-
mitatibus, ad apicem cum (/-) 2 glandulis sessilibus binis oppositis 2-5 mm longis ovatis
subacutis fissura angusta longitudinali antica instructis. Foliota 5-7 ; petioluli anguste
bicanaliculati, basi paulo inflati, 5-20 (-25) mm longi; laminx glabræ obovales-oblanceolatæ
(5-) 10-27 x (2-) 4-12,5 cm, medianæ quam latérales 2-3 plo longiore, basi ± anguste
cuneiformi, apice ± laie rotundato sæpe acumine brevi triangulari interdum mucronulati
instructo ; nervus medianus supra anguste prominens, nervi latérales utrinque 8-16 curvatim
ascendentes, rete nervorum tertiorum subtus conspicuum.
Inflorescentiæ 9 subterminales, rhachis primaria robusta usque ad 12 cm longo, ramis
secundariis subnullis, superioribus interdum usque ad 1 cm longis; omnes partes inflores¬
centiæ dense pilis malpighiaceis appressis instructæ ; bracteæ et bracteolæ deciduæ oblongæ
concavæ, interdum orbiculares apiculatæ, 5-10 mm longæ, utrinque setiferæ.
Pedicellus 2-3 cm longus, 0,5-1 cm supra ultimas bracteolas articulatus. Alabastra
lata globosa 2 cm diametro. Calyx viridis extus pilis malpighiaceis appressis instructus,
intus pilis ascendentibus, apiculum versus pilis refractis tomentosus. Petala 5 (-6) colore
primulino, orbicularia, circiter 15 mm longa 20 mm lata, extus pilis sparsis malpighiaceis
appressis ramulis inæqualibus instructa. Discus pilis albidis strictis dense instructus. Ovarium
globosum transverse complanatum 8x8x5 mm, biloculare, pilis strictis flavis obtec¬
tum ; styli 2 brèves, ovarium superantes, uterque cum stigmate glabro foliaceo subdeltoideo
lobulato ad 6-8 mm lato præditus.
Flores & ignoti.
Type : Leeuwenberg 9791, Cameroun (holo-, WAG; iso-, P, YA).
Matériel étudié. — Congo : J . G roulez & J . Morel 13 IS.F.M.C.,6 oct. 1954, haute
Loukénéné, Mayombe, région de Dolisie (stérile et bois); « kikulu » (dial, yombe). —
Gabon : N. Hallé & A. Le Thomas 85, 19 juil. 1966, Bélinga, altitude 800 m (stérile). —
Cameroun : Leeuwenberg 9791, 2 mai 1972, 11 km W du Camp de Kindongi en forêt
de Bakundu Sud, région de Kumba, altitude 50 m (fl. 9 et bois).
VALIDITÉ DU GENRE LEEUWENBERGIA ET DES 2 ESPÈCES DÉCRITES
L’ovaire à 2 loges de L. africana ne peut s’opposer semble-t-il à l’in¬
clusion de cette espèce dans le genre Leeuwenbergia caractérisé par l’espèce
L. letestui à ovaire triloculaire, un grand nombre d’autres caractères étant
par ailleurs trop voisins.
Source : MNHN, Paris
— 387 —
PI. 3. — Leeuwenbergia africana R. Let. & N. Hallé (Leeuwenberg 9791) : 1, feuille vue par
dessous x 1 /2; 2, glandes du sommet du pétiole x 2,5; 3, poils de jeune entre-nœud,
0,3-1,5 mm; 4, rameau florifère; 5, fleur S de 3,6 cm de diam.; 6, préfloraison de la corolle
7, ovaire de vieille fleur, diam. 8 mm; 8, ovaire noué en coupe transversale; 9, id. en coupe
longit.; 10, ovule avec et sans l'obturateur, long. 2,5 mm.
Source : MNHN, Paris
— 388 —
En réalité l'absence de fleurs <J pour L. africana peut laisser planer
un doute sur son appartenance réelle au genre Leeuwenbergia ; il est en effet
évident que si les fleurs <? de cette espèce se révélaient totalement différentes
de la fleur 3 de L. letestui, il y aurait peut-être lieu de transférer L. africana
dans un autre genre; ceci semble peu probable cependant.
R. Letouzey & N. Hallé,
Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 389-397, 1974.
ANATOMIE DU BOIS
DE LEEUWENBERGIA AFRICANA R. Let. & N. Halle
par Alain Mariaux
La collection de bois du Centre Technique Forestier Tropical possédait
un échantillon provenant du Congo (Mayombe), sous le nom de kikulu,
avec le numéro Groulez & Morel 13/SFMC, et demeurant indéterminé,
bien que l’herbier soit déposé au Muséum national d’Histoire naturelle
et que D. Normand ait reconnu en ce bois une Euphorbiacée.
R. Letouzey et N. Hallé ont rapproché cette récolte (voir article
ci-devant) d’un nouveau spécimen inconnu du Cameroun, Leeuwenberg 9791
également avec bois, pour en créer le genre nouveau Leeuwenbergia et
l’espèce L. africana, ainsi d’ailleurs qu’une seconde espèce L. letestui sur
un échantillon récolté sans bois au Gabon.
Nous allons décrire la structure du bois de ce nouveau genre, puis
nous examinerons comment il se place, du point de vue de l’anatomie,
dans la tribu des Joannesiées à laquelle l’ont rattaché les auteurs.
Leeuwenbergia africana R. Let. & N. Hallé
Groulez & Morel 13/SFMC = CTFT 8673, Congo, Mayombe.
Leeuwenberg 9791 = CTFT 20280, Cameroun occidental.
Bois blanc crème, à grain assez fin, de droit fil, moyennement lourd :
0,60 de densité, sec à l’air.
Couches d’accroissement marquées par des zones sombres sans paren¬
chyme avec fibres aplaties.
Vaisseaux : disséminés sans ordre; soit isolés, soit accolés radialement
par 2 à 5, et quelques groupes de petits vaisseaux. Plutôt rares : 3 à 5 par
mm 2 ; de taille moyenne : 150 à 160 microns de diamètre tangentiel moyen;
à section elliptique allongée radialement. Éléments de vaisseaux très allon¬
gés, environ 1 380 n; à perforations uniques (sauf très rares grilles à 2 ou
3 échelons sur 13/SFMC), arrondies à large bourrelet, sur des cloisons
longuement obliques; ponctuations intervasculaires aréolées, ovales, en
files obliques, grosses : 15 microns, parfois soudées en barre horizontale.
Thylles présents, à parois minces. Quelques dépôts blancs.
Source : MNHN, Paris
— 390 —
Parenchyme : abondant, dispersé en chaînettes courtes (quelques
cellules), onduleuses, indépendantes des pores, unisériées, espacées d’une
grosseur de vaisseau ou moins. Constitué de files de 4 à 6 éléments très
allongés. Nombreuses ponctuations en tamis sur les faces radiales.
Rayons : moyennement nombreux : 10 par mm, petits : 500 à 700 mi¬
crons, très étroits : 30 à 35 microns. 1-sériés et surtout 2-sériés, avec une
partie centrale à cellules couchées, de hauteur variable, et des prolongements
1-sériés, à cellules carrées ou dressées sur plusieurs rangées. Beaucoup de
rayons sont articulés. Ponctuations vaisseau-rayon assez grosses, semblables
aux ponctuations intervasculaires. Rares cristaux dans des cellules recloi¬
sonnées en 2 loges. Pas de laticifères observés.
Fibres à nombreuses ponctuations sur les faces radiales, parfois 2 ou
3 en largeur dans la même fibre. Ces ponctuations sont finement aréolées,
avec orifices en fentes croisées. Longueur 2 560 à 2 890 ^ de moyenne,
largeur 40 à 50 microns, double paroi 13 à 17 n d’épaisseur. Fibres cloison¬
nées absentes, Fibres gélatineuses très abondantes dans les 2 spécimens.
AFFINITÉS DE STRUCTURE DU BOIS DES JOANNESIÉES
Il ne pouvait être question, à l’occasion de cette étude, de rechercher
parmi toutes les Euphorbiacées arborescentes, celles dont le plan ligneux
se rapproche de celui de Leeuwenbergia. La clé des bois d'Euphorbiacées
américaines, publiée dans Tropical Woods 54 (1938), par S. J. Record,
utilisée avec les caractères des Leeuwenbergia, conduit au voisinage de
Joannesia ou de Tetrorchidium. La clé des Euphorbiacées publiée par D. Nor¬
mand dans l'Atlas des Bois de la Côte d’ivoire 2 (1955), et qui ne contient
que les arbres de ce pays, conduit à Discoglypremna. On pourrait ajouter
certainement plusieurs autres genres ayant des bois très voisins, mais il faut
reconnaître que les rapprochements ainsi créés ont peu de valeur systéma¬
tique, car les clés utilisent les différences de structure pour leur efficacité
discriminante, et non pour leur importance profonde dans l’évolution des
groupes.
Tout au plus pouvons-nous dire que le bois du genre nouveau se place
bien dans les Crotonoïdées par son bois blanc mi-lourd, son parenchyme
en chaînettes espacées, ses rayons étroits, ses ponctuations intervasculaires
très grosses.
Il était plus intéressant d’examiner les affinités de structure au sein
de la tribu des Joannesiées. Il s’agit, en effet, d’une petite tribu, constituée
jusqu’à ce jour par les 3 genres Joannesia, Hevea et Annesijoa (Engler
et Prantl. Die Natürlichen Pflanzenfamilien, révisé par Harms en 1931).
Il se trouve que tous ces genres sont arborescents et que nous avons
pu nous procurer les bois de Joannesia et A'Annesijoa, que nous n’avions
pas, grâce à l'obligeance de laboratoires étrangers.
Nous possédons au Centre Technique Forestier Tropical plusieurs spéci¬
mens d 'Hevea brasiliensis Fl.B.K. et H. guianensis Aubl.
Source : MNHN, Paris
— 391 —
Le Forest Products Laboratory de Madison (États-Unis) nous a envoyé
trois spécimens de Joannesia princeps Vell. et un de J. heveoides Ducke,
de différentes provenances d’Amérique tropicale.
Le Forest Products Laboratory, C.S.I.R.O., Melbourne (Australie)
nous a envoyé trois spécimens d’ Annesijoa novaguineensis Pax et K. HofFm.
espèce unique, endémique de la forêt dense de Nouvelle Guinée.
Cette petite tribu de grands arbres rassemble donc, en peu de genres,
des provenances très diverses, mais toutes tropicales.
Les quatre genres présentent de profondes ressemblances de plan
ligneux, mais aussi quelques différences notables et d’importance taxono¬
mique certainement inégale.
Voici d’abord un tableau résumant les principales caractéristiques,
surtout quantitatives, qui facilitera la comparaison.
H„,a
Leeuwenbergia
Annesijoa
Vaisseaux :
nombre par mm*.
1-3
2-3
3-5
11-14
diamètre moyen (p.) ...
180
175-280
150-160
120-140
long, éléments .
1 000
660-780
1 380
950-1150
ponctuations I.V. (u) ..
12-13
13-16
15-16
11-14
Parenchyme :
disposition.
chaînettes
très dispersé
chaînettes
dispersé.
espacées.
chaînettes
régulières.
en chaînettes
irrégulières
irrégulières
contenus.
en reseau
cristaux
-
cristaux
Rayons :
nombre.
7-10
11-14
9-10
14-18
sériation principale ....
3
1
2
1
hauteur moyenne.
500-900
360-450
450-700
380-540
largeur moyenne.
27-35
18-26
30-35
18-24
contenus.
—
(cristaux)
cristaux
(cristaux)
Fibres :
longueur.
1 310
1 350-1 540
2 560-2 900
1 600-1 800
largeur .
25-36
35-41
40-50
30-35
épaisseur 2 parois.
9-13
8-10
13-17
12-14
Les différences les plus apparentes entre les quatre genres tiennent
à la répartition du parenchyme (voir les photographies), à la sériation
des rayons, au nombre des vaisseaux. Mais ce sont des caractères qui restent
néanmoins voisins et appartiennent à un même type.
En effet, en ce qui concerne le parenchyme, il s’agit toujours de lignes
tangentielles fines, indépendantes des vaisseaux (apotrachéales), et dont
seule la dislocation s’accentue de YHevea au Joannesia.
Quant aux rayons, qu’ils soient uni- ou tri-sériés, leur constitution
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 397 —
est toujours la même avec un corps central de cellules couchées (à fine
section tangentielle) dans une proportion comparable par rapport aux
prolongements uni-sériés à cellules dressées.
Le nombre de vaisseaux n’est sensiblement plus élevé chez Annesijoa
que parce que nous comptons ces vaisseaux individuellement, mais il s’agit
de vaisseaux groupés et la densité générale des groupes de pores est du même
ordre comme le montrent les photographies. Néanmoins ces différences
très apparentes, et constantes, sont des éléments précieux d’identification
comme la présence de cristaux soit dans le parenchyme, soit dans les rayons.
Beaucoup plus profondes nous paraissent les différences de longueur
des éléments de vaisseaux et des fibres, qui impliquent une différence
importante de longueur des cellules initiales du cambium. Or nous trouvons
un écart du simple au double entre Leeuwenbergia et Joannesia, Hevea
et Annesijoa étant intermédiaires ou proches de Joannesia. Si l’on ajoute
à cela la présence de très rares perforations en grille dans Leeuwenbergia,
non aperçues dans les autres bois, ce genre semble avoir la structure la
moins évoluée du groupe.
Il serait certainement intéressant de poursuivre de telles recherches
en direction de genres Vaupesia et Micrandra (voir article précédent).
Les préparations et les analyses du bois sont dues à M mc A. Vitalis-Brun.
BIBLIOGRAPHIE
Record, S. J. — The american woods of the family Euphorbiaceæ. Tropical Woods,
54 (1938).
Engler & Prantl. — Die natürlichen Pflanzenfamilien 19c : 100 (1931).
Metcalfe & Chalk. — Anatomy of the Dicotyledons, 2 : 1223 (1950).
Normand, D. — Atlas des bois de la Côte d’ivoire, 2 : 21 (1955).
Centre technique forestier tropical
(Division d’Anatomie)
Nogent-sur-Marne.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 399-404, 1974
CONTRIBUTION A LA CONNAISSANCE
DE QUELQUES BARLERIA MALGACHES (ACANTHACEÆ)
par H. Heine, A. Raynal & H. Straka
Résumé : Le genre monotypique Isaloa H. Humbert, établi pour un taxon placé
par son auteur dans les Scrophulariacées, est rattaché au genre Barleria L. (Acanthacées);
Isaloa lepida H. Humbert, décrit du massif de l'Isalo, sans fruits, est mis dans la syno¬
nymie de Barleria separata R. Benoist, décrit de la même région mais dont la fleur était
inconnue. Une description détaillée du pollen de Barleria separata est donnée, l'espèce
est intégrée dans la clef des Barleria de la Flore de Madagascar, ainsi qu’une autre espèce,
négligée jusqu’ici, Barleria piiberula R. Benoist.
Summary : The monotypic genus Isaloa H. Humbert (1937), established for a
taxon from Madagascar and considered by its author as belonging to the Scrophulariaceæ ,
is reduced to the genus Barleria L. (1753, Acanthaceae), and Isaloa lepida H. Humbert
(1937) described without fruits from the mountain range of Isalo (SE Madagascar),
recognized as being conspecific with Barleria separata R. Benoist (1934), described from
the same région and without flowers. A description of the pollen of Barleria separata
R. Benoist is given in detail. B. separata as well as B. puberula, another incompletely
known species are incorporated in the key of the species of Barleria of Madagascar.
H. Humbert décrivit, en 1937 (6), un nouveau genre de Scrophularia¬
cées malgaches qu’il nomma élégamment Isaloa , du nom du massif monta¬
gneux de l’Isalo, remarquable par la richesse de sa flore; l’unique espèce
de ce genre, une plante très gracieuse, reçut à juste titre l’épithète lepida,
fort rarement utilisée dans la terminologie botanique. Ce petit arbuste
à fleurs blanches piquetées de rouge à la gorge, à feuilles linéaires devenant
noirâtres à la dessiccation, à inflorescences velues-glanduleuses où persistent
les longs styles filiformes après la chute des corolles, évoque bien en effet
la famille des Scrophulariacées; d’autre part, l’unique récolte du P r Hum¬
bert, abondante et bien préparée, ne comprenait aucun fruit. Après une
étude minutieuse, il concluait son excellente description en mettant en
lumière les caractères par lesquels son Isaloa se distinguait un peu trop
des genres auprès desquels il le plaçait : une incertitude taxonomique
était déjà sous-jacente dès la publication originale (6, p. 317).
Il semble banal de dire combien est délicate l’attribution d’une plante
à l’une des familles de « Gamopétales bicarpellées à fleurs zygomorphes »
dont les limites ne sont pas toujours évidentes, et le P r Humbert lui-même
Source : MNHN, Paris
— 400 —
était parfaitement conscient de cette difficulté; Ylsaloa constituait pour
lui un problème sur lequel il avait tenu à attirer l’attention de l’un de nous
(A. R.) voici une douzaine d’années. Depuis, l’examen du matériel avait
été convaincant : avec son ovaire biloculaire dont chaque loge, biovulée,
ne voit se développer qu’une seule graine par avortement du second ovule,
Ylsaloa devait sortir de la famille des Scrophulariacées et être plutôt rappro¬
ché des Acanthacées; mais celle d’entre nous (A. R.) qui, connaissant mieux
les Scrophulariacées, pouvait décider de son exclusion, ne pouvait, connais¬
sant trop mal les Acanthacées, décider d’un reclassement : Ylsaloa attendit
que les circonstances permettent un règlement de sa situation systématique.
En 1965, K. Lienau faisait, dans le cadre d’un travail de recherche
universitaire 1 , une étude approfondie du pollen d'Isaloa, prélevé sur l’unique
échantillon connu. Cet important travail devait malheureusement rester
inédit, et les conclusions de Lienau qui, sur des arguments exclusivement
palynologiques, suggérait qu 'Isaloa devrait être extrait des Scrophularia¬
cées, demeurèrent ignorées.
L’un de nous cependant (H. S.), ayant dirigé les recherches de Lienau,
avait en main son manuscrit; après quelques années, souhaitant mettre
au clair le problème de Ylsaloa et enfin publier quelques résultats du travail
de Lienau, il rechercha les affinités palynologiques d'Isaloa-, les pollens
de ce type se rencontrent dans les Acanthacées, et plus précisément dans
les genres Barleria (4), Benoicanthus (5) et, quoiqu’un peu différent, Ruel-
lia (7). Cet argument palynologique permettait de franchir un pas décisif :
non seulement Ylsaloa devait passer des Scrophulariacées aux Acanthacées,
mais la recherche de ses affinités devait s’orienter soit vers les Barlériées,
soit vers les Ruelliées.
En septembre 1973, H. Straka faisait part du problème palynologique
à H. Heine, et c’est alors qu'une nouvelle étude du matériel d’herbier fut
engagée.
L 'Isaloa présente un calice zygomorphe quadrilobé par la concrescence
des deux sépales antérieurs, un androcée composée de deux étamines et
de trois petits staminodes, une corolle à lèvre supérieure quadrilobée
dont les deux lobes latéraux sont très élargis, un style entier au sommet
et un ovaire à deux loges biovulées. Par tous ces caractères, très manifes¬
tement représentés dans l’excellent dessin (avec analyses détaillées) publié
par H. Humbert (6), la plante s’écarte résolument des Ruelliées et de
Benoicanthus en particulier, bien qu’elle ait en commun avec ce genre,
outre le type de pollen, une répartition géographique limitée au massif
de l’Isalo; ils correspondent au contraire fort bien à la définition des Barlé¬
riées et plus précisément du genre Barleria L.
Il devenait alors possible à l’un de nous (H. H.), grâce aux travaux
de Benoist sur les Barleria malgaches (1, 3), d’identifier Ylsaloa lepida
Humbert à Barleria separata Benoist.
I. « Beitràge zur Pollenmorphologie einheimischer und madagassischer Pianta-
ginaceen, Lentibulariaceen und Scrophulariaceen. Ihre Bedeutung für die Systematik. »
Wissenschaftliche Hausarbeit für die Mitteischullehrerprüfung, Kiel (inédit).
Source : MNHN, Paris
— 401 —
La comparaison des deux types, seul matériel connu, a demandé
un examen attentif; en effet, si Ylsaloa lepida fut décrit sans fruit, la fleur
de Barleria separata demeurait inconnue; les deux échantillons, si utilement
complémentaires, sont donc assez dissemblables, ne serait-ce qu’en raison
de la variation saisonnière de physionomie; les feuilles du type d ’lsaloa
sont plus étroitement linéaires, mais la similitude des calices, des poils
glanduleux de l’inflorescence, des rameaux, des cystolithes foliaires par
exemple permet d’étayer cette synonymie nouvelle :
Barleria separata R. Benoist
Bull. Mus. nat. Hist. nat. Paris, ser. 2, 6 : 87 (1934); Cat. PI. Madagascar, Acanth. :
19 (1939); Flore de Madagascar, 182 e famille, Acanth. : 166, fig. 25 (1967). — Type :
Perrier de ta Bâihie 9492 , chaîne de l’Isalo (Onilahy), sur les grès dénudés, juillet 1910
(P!).
— Isaloa lepida H. Humbert, Bull. Soc. Bot. de Fr. 84 : 313-317, fig. I (1937). — Type :
H. Humbert 11217 , Isalo, col des Tapia au SW de Ranohira, sol rocailleux (grès),
1000 m, octobre 1933 (P!), syn. nov.
Grâce à cette synonymie, l’appareil floral du Barleria separata R. Be¬
noist est enfin connu, et c’est donc à cette espèce que s’applique la descrip¬
tion de pollen, établie par l’un de nous (H. S.) d'après l’échantillon Humbert
11217 :
Eumonades isopolaires, à un axe de symétrie et un plan de symétrie,
grandes, sphéroïdales. Contour régulier ± circulaire en vue méridienne,
± triangulaire et pleurotrème en vue polaire. Par ses apertures, ce pollen
peut, selon les auteurs, être placé dans trois classes différentes : a) triporé,
ténuimarginé; b ) tripororé; c ) tricolporé, brachycolpé (colpus de 30 X 20 ix,
donc suivant la définition, un pore plutôt très grand), aspérités sur la mem¬
brane du pore ou colpus, endotrème dans les deux cas, ± circulaire, de
7,5-10,5 (x de diamètre. Nexine à une couche, sexine tégillée-intectée, ténui-
tégillée. Crassi-exineux, épaisseur de l’exine diminuant vers les apertures
(ténuimarginées); crassi-sexineux, épaisseur de la sexine diminuant vers
les apertures. Réticulé, à murs irrégulièrement ondulés; bacula très larges
et soudés partiellement les uns aux autres, donnant l’impression de murs
solides; on pourrait aussi parler de murs solides à perforations comme
on en trouve dans le fromage d’Emmenthal.
Cette description et les figures qui l’accompagnent montrent une simi¬
litude évidente entre ce pollen et ceux des espèces de Barleria déjà connus (4).
Dans l’ignorance de la fleur de Barleria separata, R. Benoist avait
préféré ne pas faire entrer cette espèce dans les deux clefs successives qu’il
proposa (1, 3). Cette lacune dans la connaissance de ce taxon disparaissant
aujourd’hui, il devient possible d’introduire l’espèce dans la clef des Barleria
de la Flore de Madagascar (3). Aussi proposons-nous ici cette petite contri¬
bution, espérant ainsi faciliter la détermination des plantes malgaches et
rendre plus accessible la connaissance des espèces étudiées par Benoist.
Nous nous sommes bornés à revoir les espèces immédiatement voisines
de B. separata. L’une d’elles, B. longipes, apparaît seule dans la clef de
Source : MNHN, Paris
PI. 1. — Pollen de Barleria separata Benoist (H. Humberl 11.217) : M. Ph. x 400; 1, vue polaire
en surface; 2, id., coupe optique; 3, vue méridienne avec le pore et l'endotrema (phot.
K. Lienau). — MEB : 4, vue méridienne x 750; 5, vue polaire x 750; 6, réticule en
surface x I 500 ; 7, pore et endotrema x I 500 ; 8, fracture de l'exine x 1 500. (Clichés,
Laboratoire de Géologie du Muséum, Paris).
Source : MNHN, Paris
— 403 —
la Flore de Madagascar (3, p. 138) alors qu’elle comprend, dans le texte
(p. 155-156) deux variétés outre la variété typique; nous avons constaté,
en étudiant les échantillons, que ces deux variétés constituent un seul et
unique taxon, spécifiquement distinct du B. longipes, une espèce d’ailleurs
reconnue comme telle par Benoist en 1934 (1), puis abandonnée par la
suite. Nous profitons donc de cette occasion pour rétablir le B. puberula
R. Benoist, et l’introduire à son tour dans la clef : ce sont donc deux espèces
que nous y ajoutons. En l’absence de descriptions dans cette brève contri¬
bution, et pour étayer la distinction de ces espèces, nous donnerons ici
une clef plus détaillée que les clefs habituelles de la Flore.
Si l’on se reporte à la page 138 du volume des Acanthacées (182 e
famille) de la Flore de Madagascar (3), le paragraphe 13' devient :
« 13'. Fleurs pédicellées ou en cymes pédonculées à l’aisselle des feuilles. »
a. Calice à 2 sépales largement ovales, 5-7-nervés, longs de 8-12 mm,
et 2 sépales aciculaires.
(3. Jeunes feuilles pubescentes-soyeuses blanches dessous; pédi-
celles floraux longs de 13-60 mm; calice pubescent non glan¬
duleux. Corolle ne dépassant pas 25 mm, crème-jaunâtre pique¬
tée de rouge; ovaire velu. Capsule longue de 12 mm. B. puberula
P'. Jeunes feuilles non soyeuses-blanches dessous; pédicelles floraux
longs de 50-80 mm; calice pubescent-glanduleux. Corolle
longue de 32-35 mm, rouge; ovaire glabre. Capsule longue de
17 mm . B. longipes
a'. Calice à 4 lobes étroitement lancéolés, longs de 6-7 mm, 3 sub¬
égaux, le quatrième un peu plus large et bidenté au sommet,
y. Rameaux blanchâtres; pédicelles floraux ne dépassant pas
10 mm (souvent beaucoup plus courts); corolle blanche longue
de 12-13 mm, à tube long étroitement évasé au sommet. Cap¬
sule longue de 7-9 mm . B. insolite
y'. Rameaux brunâtres; pédicelles floraux longs de 13-25 mm;
corolle blanche piquetée de rouge, longue de 25 mm, à tube
rapidement élargi. Capsule longue de 15 mm. B. separata
B. puberula R. Benoist
Bull. Mus. Paris, ser. 2, 6 : 86 (1934).
— B. longipes R. Benoist var. puberula (R. Benoist) R. Benoist, Flore de Madagascar,
Acanthacées : 156 (1967).
— B. longipes var. luiescens R. Benoist, /. c. : 155 (1967). nom. inval.
Matériel étudié (P) : Perrier de la B. 19187, type; H. Humbert 14344; H. Poisson
169, 513; M. Keraudren 868; J. Dequaire 17493.
B. longipes R. Benoist
Bull. Mus. Paris, ser. 2, 6 : 86 (1934).
Matériel étudié (P) : Perrier de la B. 19029, type; H. Humbert 20165.
B. insolita R. Benoist
Bull. Mus. Paris, ser. 2, 6 : 86 (1934).
Matériel étudié (P) : Perrier de la B. 19073, type; 19060, 19061.
Source : MNHN, Paris
— 404 —
B. separata R. Benoist
Bull. Mus. Paris, ser. 2, 6 : 87 (1934).
— Isaloa lepida Humbert (voir synonymie plus haut).
Matériel étudié (P) : le matériel typifiant ces deux noms, voir plus haut.
BIBLIOGRAPHIE
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Nat. Hist. Nat. Paris, ser. 2, 6 : 78-89 (1934).
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H. H., A. R. : Laboratoire de Phanérogamie
Muséum. Paris.
H. S., Botanisches Institut
Universitât. Kiel.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 405-458, 1974
LE GENRE NYMPHOIDES (MENYANTHACEÆ)
EN AFRIQUE ET A MADAGASCAR
2 e PARTIE : TAXONOMIE
par Aline Raynal
Summary: In a first part, previously published, morphological features of Nym¬
phoides hâve been reviewed and their degree of taxonomie usefulness estimated.
Here the 13 species recognized in Africa and Madagascar are fully described and
keyed out. A 3-dimensional graph is provided to feature relationship between species;
it is based on a simple évaluation of taxonomie distance.
An attempt is made towards an estimation of the évolutive degree of a few floral
and végétative characters, resulting in hypothèses about the phylogeny of the genus
An Index Collectorum and comprehensive contents of both parts complété the
présent paper.
IV. — TAXONOMIE DES ESPÈCES AFRICANO-MALGACHES
L’étude morphologique des Nymphoides africains et malgaches 1 a mis
en évidence un certain nombre de caractères dont la variation permet
d’établir des divisions taxonomiques. En un mot, chacun de ces caractères
présente deux ou plusieurs valeurs, et le passage d’une valeur à une autre
correspond à une coupure taxonomique : chaque taxon se définit, par rap¬
port aux autres, par le « saut » d’au moins un, en fait toujours plusieurs
caractères.
1. — DISTINCTION DES ESPÈCES
La conception des unités spécifiques et leur définition reposent donc
sur la mise en évidence des changements de valeur des caractères morpho¬
logiques. Étant donnée l’histoire du genre Nymphoides (A. R., /.c.,p. 228),
cette recherche devait être conduite avec un grand souci d’impartialité
1. A. Raynal, Adansonia, ser. 2,14 (2) : 227-270 (1974), première partie du présent
Source : MNHN, Paris
406 —
Table 14. — LISTE DES CARACTÈRES BINAIRES UTILISÉS
DANS L’ÉTUDE TAXONOMIQUE
DES NYMPHOIDES AFRICANO-MALGACHES
0
ÉTAT
COTÉ 1
1 Souche annuelle grêle, racines fines
2 Souche très courte
3 Pas de feuilles flottantes uniquement
végétatives (sauf stades juvéniles)
4 Sauf exception (écologie extrême) pas
de petites feuilles submergées
5 Pas de stolons de surface, tiges partant
toutes de la souche
6 Stolons de surface sans feuilles non flo¬
rifères ou géminées
7 Pas de grosses racines fasciculées aux
nœuds flottants
8 Pétiole court (moins de 12 mm)
9 Limbe suborbiculaire
10 Limbe non spongieux à la face inférieure
11 Limbe mince, non coriace
12 Inflorescences pauvres
13 Bractées périphériques de l'inflores¬
cence courtes
14 Pédicelles floraux courts
15 Pédicelles floraux très courts (moins de
20-25 mm)
16 Calice restant appliqué à la corolle
17 Corolle blanche (sauf le cœur)
18 Corolle petite
19 Corolle très petite (< 10 mm)
20 Tube de la corolle dépassant le tiers de
la longueur totale
21 Lobes de la corolle plats et lisses au
milieu, seule la marge fine est dila-
22 Lobes cristés
23 Fleurs hermaphrodites
24 Fleurs hermaphrodites homéostylées
25 Anthères n’atteignant pas 1,8 mm
26 Anthères dépassant 1 mm
27 Pas de glandes interstaminales
28 Glandes interstaminales sessiles
29 Glandes interstaminales à villosités
courtes
30 Pas de glandes hypogynes
31 Glandes hypogynes glabres
32 Carpelles (2-)3(-5), dans des fleurs 5-
mères normales
33 Stigmates non en tête
Souche vivace puissante à grosses racines,
ramifiée
Souche allongée-rampante
Des feuilles flottantes en rosette, non
florifères
Normalement des petites feuilles submer¬
gées ulviformes
Des stolons de surface, issus des inflores¬
cences
Stolons de surface portant des feuilles
isolées non florifères ou des feuilles
géminées aux nœuds inflorescentiels
Des grosses racines fusiformes en faisceaux
aux nœuds flottants
Pétiole vrai dépassant 12 mm
Limbe allongé (L/l > 1,15)
Face inférieure du limbe spongieuse
Face supérieure du limbe coriace
Inflorescences fournies (généralement plus
de 10 fleurs par glomérule)
Bractées périphériques longues d’environ
Pédicelles floraux dépassant 4 cm
Pédicelles floraux longs de 20-40 mm
Calice étalé à l’anthèse
Corolle entièrement jaune
Corolle dépassant 15 mm de longueur
Corolle longue de 10-15 mm
Tube corollin court
Lobes villeux
Fleurs unisexuées
Fleurs hérétostylées ou unisexuées
Anthères dépassant 1,8 mm (au moins
les plus grandes, dans les fleurs brévi-
stylées)
Anthères courtes (moins de 1 mm)
Des glandes interstaminales
Glandes interstaminales pédicellées
Glandes interstaminales longuement vil¬
leuses (poils > 0,6 mm)
Des glandes hypogynes
Glandes hypogynes ciliées
Jamais plus de 2 carpelles, sauf dans des
fleurs pléiomères
Stigmates en tête fendue
Source : MNHN, Paris
— 407 —
État coté 0
État coté 1
34 Stigmates en lèvres ± épaisses
35 Capsule non allongée
36 Capsule pas plus longue que large
37 Capsule subisodiamétrique
38 Sépales plus courts que la capsule
39 Placentas ténus
40 Graines moins de 25 par capsule
41 Graines plus de 3 par capsule dans les
42 Funicules courts
43 Graine suborbiculaire ou ovoïde
44 Graine bombée
45 Graine longue de moins de 2,5 mm
46 Graine dépassant 1,2 mm
47 Carène de la graine sans sillon
48 Des cellules épidermiques de la graine
polygonales, au moins au milieu des
49 Des cellules épidermiques séminales à
parois sinueuses, au moins sur la carène
Stigmates fins, membraneux, profondé-
Capsule allongée, L/l > 1,45
Capsule ovoïde, 1,15 < L/l < 1,45
Capsule aplatie (L/l < 2/3)
Sépales fructifères égalant ou dépassant
la capsule
Paroi capsulaire très épaissie au niveau
des placentas
Graines nombreuses (plus de 25-30 par
capsule sauf plantes anormalement
chétives)
Deux graines par capsule
Funicules longs (plus de 1 /5 de la longueur
de la graine)
Graine allongée (L/l >3/2)
Graine comprimée (épaisseur inférieure au
1 /4 de la longueur)
Graine dépassant 2,5 mm
Graine petite, L< 1,2 mm
Carène de la graine sillonnée, lui donnant
un contour émarginé
Toutes les cellules épidermiques de la
graine à parois sinueuses
Cellules épidermiques séminales toutes
polygonales
afin d’éviter la tendance instinctive qui peut pousser le taxonomiste à donner
une importance plus grande à certains caractères classiquement considérés
comme « bons », ou simplement parce qu’ils ont déjà été utilisés : l’échec
du découpage spécifique préexistant, dû à une variation anarchique des
caractères alors retenus, obligeait à la prudence. C’est pourquoi un nouveau
découpage spécifique a été tenté en accordant une même importance à tous
les caractères morphologiques, aussi nombreux que possible, qu’un survol
d’ensemble du groupe africano-malgache m’a permis de mettre en évidence.
Ce n’est que dans un second temps, en une phase de synthèse, qu’un poids
plus grand pourra éventuellement être accordé à certains caractères.
Deux préoccupations ont dirigé le choix de la méthode à suivre :
s’affranchir des anciens travaux taxonomiques, et mettre en évidence des
taxons par la seule exploitation des données morphologiques. C’est pour¬
quoi la valeur de chaque caractère morphologique a été chiffrée pour
les échantillons étudiés : des lots homogènes, ayant valeur taxonomique
se sont dégagés d'eux-mêmes. On a pu ainsi parvenir à la conception d’unités
sans subir l’influence des travaux antérieurs, sans suivre de préférence
des « caractères-guides », sans non plus prêter crédit à des aspects des
plantes souvent difficiles à définir formellement.
Source : MNHN, Paris
— 408
La variation des caractères morphologiques a été transcrite dans un
système binaire, rendant peut-être la perception des oppositions plus
immédiate, et permettant des comparaisons plus aisées. Pour ce faire,
les caractères présentant plusieurs valeurs ont été décomposés en autant
de caractères élémentaires, et les 40 caractères retenus à l’issue de l’analyse
morphologique donnent lieu à l’individualisation d’une cinquantaine de
caractères élémentaires ne présentant chacun que deux valeurs. La table 14
explicite cette série de caractères et leur variation binaire.
Pour toutes les unités taxonomiques étudiées, la valeur que prend
chaque caractère a été cotée, et l'ensemble réuni en un tableau à double
entrée (table 15); sur une même ligne horizontale, sont portées les valeurs
de tous les caractères d’une espèce : en quelque sorte, chacune de ces lignes
horizontales est la symbolisation d’une description morphologique
spécifique.
Un tel tableau permet de mettre aisément en évidence les différences
séparant les espèces : la comparaison, colonne à colonne, de deux lignes
du tableau fait apparaître, immédiatement, les caractères qui distinguent
deux espèces entre elles. Il permet également, d’un simple coup d’œil,
de grouper toutes les espèces ayant un certain caractère en commun :
il permet donc, par simple manipulation de ses données, l’établissement
de clefs dichotomiques. Pour cela, une « hiérarchie » pratique des caractères
doit être établie.
2. — CLEF DICHOTOMIQUE
DES NYMPHOIDES AFRICANO-MALGACHES
Le choix des éléments à placer en « tête de clef » obéit à des critères
variés qui, dans le cas présent, peuvent se grouper en 2 catégories.
D’abord, la clef doit être pratiquement utilisable; les caractères évidents,
d’observation facile sur le vif, sont donc naturellement mis au premier
rang. Mais les Nymphoides vivants peuvent être déterminés à l’espèce sur
des caractères qui feront totalement défaut sur ces mêmes plantes après
préparation pour l’herbier; il convient donc d’ajouter les caractères qui
deviendront les plus faciles à observer sur l’herbier.
Les caractères d’observation difficile, ou nécessitant un fort grossis¬
sement, se voient donc refoulés à un second plan pour de simples raisons
d’utilisation, même s’ils constituent une aide précieuse dans la détermination
des plantes; ils figurent ici dans la clef à titre accessoire, aux extrémités
de l’arborescence, et peuvent utilement orienter la recherche lorsque la
détermination porte sur un échantillon incomplet.
Le second critère ayant guidé le choix des éléments de la clef est la
confiance que l’auteur leur apporte. Nous avons vu (A. R., l.c.) des struc¬
tures morphologiques qui sont parfaitement caractéristiques à l’échelle
spécifique lorsqu'elles se réalisent, mais qui peuvent demeurer potentielles
sous certaines conditions; des caractères peuvent figurer au nombre des
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 410 —
différences spécifiques statistiquement valables, bien qu’ils ne se réalisent
pas toujours. Ces caractères distinctifs, doués d’une réalité génétique et
d’une valeur taxonomique certaines, sont cependant, du point de vue de
l’utilisateur qui doit déterminer l’unique échantillon qu’il a en main, insuf¬
fisamment fiables.
C’est en tenant compte de ces deux types de considérations que la
clef suivante a été établie 1 :
1. Graines à contour ovale et faces planes. Limbe foliaire plus long que
large; annuelle grêle à petites fleurs blanches, pétales villeux.... 12. N. tenuissima
1'. Graines à contour suborbiculaire et faces bombées.
2. Capsule isodiamétrique (globuleuse) surmontée d’un bec court; sépales
plus courts que la capsule; fleurs de taille médiocre, homéostylées.
3. Carpelles 2, jamais plus; moins de 25 graines par capsule; placentas
minces, non intrusifs. Pédicelles floraux dépassant 20 mm. Pétiole
court, n’atteignant pas 15 mm. Anthères ne dépassant pas 1 mm
de long.
4. Fleur entièrement blanche, à pétales cristés; calice étalé à Fan-
thèse; glandes interstaminales et hypogynes toutes absentes;
stigmate en tête. Plante vivace, jeunes feuilles spongieuses en-
dessous. Graines portées par des funicules longs, ornées d’un
sillon sur la carène; épiderme séminal à cellules toutes en jeu
de patience . 1. N. ezannoi
4'. Fleur entièrement jaune à pétales villeux; calice appliqué à la
corolle à l’anthèse; des glandes interstaminales pédicellées, des
glandes hypogynes ciliées; sigmates en lèvres. Plante généralement
annuelle, à feuilles non spongieuses. Funicules des graines courts;
carène sans sillon; épiderme séminal à cellules polyédriques au
milieu des faces de la graine, en jeu de patience sur la carène
10. N. rautaneni
3'. Carpelles en nombre variable, le plus souvent 3, plus de 25 graines
par capsule; placentas épais, intrusifs. Pédicelles floraux longs de
30 mm en général. Pétiole dépassant 15 mm. Anthères longues de
plus de 1 mm. Vivace puissante à feuilles coriaces; fleurs blanches
à centre jaune, pétales villeux . 2. N. brevipedicellala
2'. Capsule non isodiamétrique; autres caractères variables.
5. Capsule plus large que haute, ne contenant que 2 grosses
graines; graines dépassant 2,5 mm de diamètre, à cellules
épidermiques toutes polyédriques. Petite plante très rameuse;
corolle jaune, villeuse. 11. N. guiueensis
5'. Capsule plus haute que large, contenant plus de 3 graines;
graines n’atteignant pas 2,5 mm de diamètre.
6. Pédicelles floraux longs de plus de 40 mm; inflorescence
multiflore (plus de 10 fleurs par glomérule). Plantes souvent
de grande taille à fleurs voyantes, hétérostylées, villeuses.
7. Fleurs grandes, corolle dépassant 15 mm de long;
anthères longues d’env. 2 mm; stigmates en lèvres.
Plantes puissantes à grandes feuilles coriaces et grosses
souches charnues. Épiderme séminal à cellules toutes
en jeu de patience.
1. La présente clef a été élaborée par des moyens traditionnels; d’autres clefs
concernant les mêmes taxons, ont été réalisées, dans un but expérimental, par des moyens
automatiques de traitement électronique. On trouvera ces clefs dans un article distinct :
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 459-467 (1974).
Source : MNHN, Paris
— 411 —
8. Fleur blanche à cœur jaune. Plante très stolonifère,
pétiole dépassant 15 mm. Graines très nombreuses,
plus de 30 par fruit. 3. N. indien
8'. Fleur jaune pâle. Plante rarement stolonifère, à
pétiole n'atteignant pas 15 mm. Moins de 25 grai¬
nes par fruit. 4. N. thunbergiana
1'. Corolle n'atteignant pas 15 mm de long, jaune d’or;
anthères n’atteignant pas 1,8 mm; stigmates finement
membraneux, laciniés. Vivace de taille moyenne, à
limbe foliaire mince. Épiderme séminal à cellules poly¬
édriques au milieu des faces de la graine, en jeu de
patience sur la carène. 5. N. forbesiana
6'. Pédicelles floraux plus courts; inflorescence pauciflore.
Plantes de taille médiocre.
9. Feuilles à limbe nettement plus long que large;
des feuilles flottantes non florifères à l’époque
de la floraison. Pédicelles floraux très courts
(moins de 20 mm). Glandes interstaminales
sessiles.
10. Plante vivace à grosse souche rampante et
feuilles coriaces; bractées florales longues
de 10 mm. Longs sépales appliqués, à l’an-
thèse, à la grande corolle blanche villeuse.
Stigmates en lèvres, glandes hypogynes gla¬
bres. Graines très petites (n’atteignant pas
1,3 mm), nombreuses (plus de 25) dans la
capsule . 13. N. bosseri
10'. Petite annuelle ténue à limbe foliaire mince;
bractées florales très courtes. Calice étalé
à l’anthèse; petite corolle jaune, villeuse.
Stigmates membraneux laciniés; glandes
hypogynes ciliées. Graines dépassant
I, 3 mm de diamètre, peu nombreuses dans
la capsule. 7. N. milnei
. Feuilles à limbe orbiculaire; quand la plante
est adulte toutes les feuilles flottantes sont flori¬
fères. Longueur des pédicelles floraux comprise
entre 20 et 40 mm. Glandes interstaminales pédi-
cellées. Petites annuelles ténues.
II. Sépales fructifères plus courts que la
capsule. Fleurs homéostylées ; glandes
interstaminales à villosités courtes
(moins de 0,4 mm) . 9. N. humilis
11 '. Sépales fructifères au moins égaux à la
capsule. Fleurs hétérostylées ; glandes
interstaminales à longues villosités.
12. Petite annuelle sans stolons de
surface; fleurs blanches. Capsule
allongée (presque moitié plus
haute que large), épiderme
séminal à cellules toutes poly¬
édriques. 8. N. elegans
12'. Petite annuelle stolonifère à la
surface de l’eau; fleurs jaunes.
Capsule ovoïde, à peine plus hau¬
te que large, épiderme séminal à
cellules toutes en jeu de patience
. 6. N. moraliana
Source : MNHN, Paris
— 412 —
3. — ÉNUMÉRATION DES ESPÈCES
On trouvera ici la description et la synonymie détaillée de chacune
des 13 espèces reconnues en Afrique et à Madagascar. Les spécimens
étudiés ne sont pas énumérés ici, mais sont regroupés à la fin de ce travail
en un Index Collectorum. De même les distributions géographiques sont
évoquées ici de façon sommaire, ayant fait l’objet d’un précédent article 1 ,
où chaque répartition a été cartographiée, article auquel le lecteur est
prié de se reporter.
1. Nymphoides ezannoi Berh.
Fl. Sénégal ed. 2 : 305, 427 (1967), excl. cil. erron. numer. Berh. 1364; A. Rayn.,
Mitt. Bot. Staatssamml. Münch. 10 : 123 (1971).
— Limnanlhemum senegalense auct. non (G. Don) N. E. Br. : Hutch. & Dalz., Fl. W.
Trop. Afr., ed. 1, 2 (1) : 184 (1931), p.p.
— Limnanlhemum indicum auct. non (L.) Thw. : Berhaut, Fl. Sénég. ed. I : 179 (1954).
— Nymphoides indica auct. non (L.) O. Ktze. : P. Tayl., in Hutch. & Dalz., Fl. W.
Trop. Afr., ed. 2, 2 : 302 (1963), p.p.
Plante le plus souvent vivace, très stolonifère mais de taille médiocre;
tiges et stolons épais de 1-3 mm en général. Feuilles à pétiole court (long
de 1 cm au maximum) et limbe orbiculaire atteignant 14 cm de diamètre;
dans les conditions écologiques normales, le limbe est épais-spongieux,
surtout chez les jeunes feuilles; l’aérenchyme y atteint un développement
extrême, le chlorenchyme palissadique étant très réduit.
Inflorescences fournies, comptant 10-25 fleurs environ, portées par
des pédicelles courts (moins de 2 cm) et grêles. Fleurs blanches, pentamères,
très petites (d'un diamètre de 8-11 mm), homéostylées. Calice long d’env.
3 mm, largement ouvert à l’anthèse. Corolle à tube long d’env. 2,5 mm
portant 5 lobes bordés de larges ailes qui leur donnent un contour obovale,
et cristés en leur milieu; la corolle porte quelques villosités à sa gorge.
Étamines à filets très courts, s’insérant près du sommet du tube corollin,
non exsertes; anthères longues de 0,8-1 mm et presque aussi larges. Aucune
structure n’est décelable à l’emplacement des glandes staminodiales épi-
pétales. Pas de glandes hypogynes. Pistil bicarpellé haut de 2,5 mm; ovaire
globuleux surmonté d’un style très court terminé par deux stigmates papilleux
hémisphériques accolés qui se trouvent être à la hauteur des anthères. Cap¬
sule subcubique, à peine aussi longue que le calice, à parois fines, contenant
le plus souvent 10-20 graines insérées sur des funicules cylindriques longs
d’environ 0,5 mm. Graine courtement ovoïde, longue de 1,5-1,9 mm. portant
un léger sillon sur la carène, ce qui lui donne un contour, vue de profil, légè¬
rement émarginé. Test en général plus ou moins verruqueux, parfois presque
échinulé. Épiderme séminal à cellules en jeu de patience.
1. A. Raynal, Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 : 122-134 (1971).
Source : MNHN, Paris
— 413 —
Source : MNHN, Paris
— 414 —
Type : Berhaut 1732, Sénégal, P! (iso-, BR!).
Pouvant prendre une grande extension grâce au développement actif
de ses stolons, N. ezannoi semble pouvoir tolérer une grande variation
du niveau de l’eau. Elle peut se multiplier aussi efficacement par stolons
que par graines, et montre probablement, dans ses stations, une bonne
compétitivité.
Plante des eaux calmes permanentes ou subpermanentes, des confins
sud du Sahara; elle croît dans les mares argileuses longuement inondées,
dans les étangs et bras morts des plaines d’inondation des grands fleuves,
dans les dépendances du lac Tchad. Phytogéographiquement cantonnée
à la limite nord des savanes soudaniennes, elle se trouve dans des milieux
aquatiques dont la flore est déjà appauvrie par rapport à celle des milieux
équivalents un peu plus méridionaux. Sa limite orientale ne semble pas
correspondre à une limite écologique ou phytogéographique majeure :
peut-être son aire est-elle restreinte en raison d’une difficulté de transport
des diaspores, les biotopes favorables étant très disjoints dans ces régions
sèches (PI. 16, p. 413).
2. Nymphoides brevipedicellata (Vatke) A. Raynal
Mitt. Bot. Staatssamml. Münch. 10 : 125 (1971).
— Limnanihemum brevipedicellatum Vatke, Linnæa 40 : 220 (1876); Cufod., Enum.
PI. Æth. Sperm. : 678, in Bull. .lard. Bot. Et. Bruxelles 30, Suppl. (1960).
— Limnanihemum abyssinicum N. E. Br., in This.-Dyer, Fl. Trop. Afr. 4(1) : 584 (1904).
— Type : Schimper 1358, Éthiopie, K!
— Limnanihemum thunbergianum var. kalachariensis Schinz, Viert. Naturf. Ges. Zürich
56 : 266 (1911). — Type : Schinz 492, Afr. du Sud.
— Nymphoides indica auct. non (L.) O. Ktze. : Marais & Verdoorn, in Dyer & al..
Fl. S. Afr. 26 : 243 (1963), p.p. ; Friedrich-Holzhammer, in Merxmüller, Prodr.
Fl. Südwestafr. 111 : 1 (1967), p.p.
Vivace puissante à souche courte enracinée produisant de nombreux
stolons de surface épais de 3-5 mm à l’état frais; nœuds flottants émettant
souvent des racines fines, chevelues, mais jamais tubérisées. Feuilles toutes
florifères, à limbe coriace, orbiculaire, de 6-10 (-20) cm de diamètre; pétiole
long de 12-15 (-20) mm.
Inflorescences à fleurs très nombreuses; bractées axillant les pédicelles
courtes et obtuses. Pédicelles floraux longs de (15-) 30 (-35) mm et relati¬
vement épais (2 mm de diamètre sur le frais), ce qui les fait paraître courts 1
et charnus; dans une inflorescence, ils atteignent tous à peu près la même
longueur et, au cours de la fructification, ont tendance à s’écarter les uns
des autres, amenant les fruits à se répartir sur une large calotte sphérique
immergée. Fleurs petites, de 1,5 cm de diamètre, homéostylées, pentamères;
calice long de 5-6 mm, appliqué à la corolle à l'anthèse. Corolle blanche
à centre jaune; lobes étroitement lancéolés, villeux portés par un tube
presqu’aussi long qu’eux. Etamines à filets épais, décurrents sur le tube
1. D’où le nom spécifique.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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corollin, jaune vif; anthères longues de 1,4-1,6 mm, situées à la gorge
de la corolle; glandes interstaminales 5, petites (0,4-0,5 mm), brièvement
pédicellées, portant des villosités courtes; glandes hypogynes 5, très petites,
de 0,3 x 0,2 mm environ, vert pâle, portant quelques cils courts (0,1 mm).
Pistil court (3 mm environ) à carpelles en nombre variable de 2 à 5, le plus
souvent 3. Ovaire vert clair largement renflé, large d’environ 2 mm, atténué
en un style court et trapu terminé par des stigmates en nombre égal à celui
des carpelles et s’épanouissant au niveau de la base des anthères; stigmates
formant des petites lèvres ondulées papilleuses. Paroi ovarienne excrétant
des gouttelettes de nectar. Capsule globuleuse de 5-8 mm de diamètre, briè¬
vement mucronée par le style persistant, dépassant largement le calice
dont les lobes tendent à s’étaler au cours de la maturation. Parois de la
capsule épaisses-charnues à l’état frais, placentas charnus très intrusifs.
Capsule déhiscente, sous l’eau, par gélification de son apex, et s’ouvrant
en valves irrégulières. Graines nombreuses portées par des funicules renflés
dont la longueur est environ égale au tiers de celle de la graine. Graine
lenticulaire de 1,6-1,95 X 1,4-1,7 mm, devenant bistre à maturité, suscep¬
tible d’être ornée de verrues plus ou moins abondantes; cicatrice du hile
assez grande. Épiderme séminal à cellules toutes sinueuses enjeu de patience
(PI. 17, p. 415).
Type : Schimper 1358, Éthiopie (iso-, K! BM!).
Plante puissante, très stolonifère, pouvant entièrement couvrir de
vastes surfaces d’eau, N. brevipedicellata semble affectionner les eaux assez
profondes (1 m env.). La multiplication végétative joue certainement, dans
cette espèce, un rôle important.
Espèces des mares permanentes ou presque, des dépendances des grands
fleuves, des lacs, habitant la région des savanes et forêts claires; son aire
dessine un croissant autour du massif forestier congolais. Curieusement,
elle ne dépasse pas, vers l’ouest, le Cameroun, bien que les biotopes appa¬
remment favorables soient nombreux dans la zone phytogéographique
correspondante d’Afrique occidentale; faut-il supposer une difficulté de
dispersion des semences? Il semble que le plus efficace des transports, en
ce qui concerne ces plantes, soit celui qu’assurent les grands animaux
emportant d’un abreuvoir au suivant des mottes boueuses pouvant contenir
des graines; ce mode de transport ne peut fonctionner de façon vraiment
utile qu’à faible distance : les animaux changent rarement de région, et
dans ce cas, les souillures boueuses ont le temps de sécher et de tomber
pendant les courses au travers des savanes sèches.
3. Nymphoides indica (L.) O. Kuntze
Rev. Gen. PI. 2 : 429 (1891); P. Tayl., in Hutch. & Dalz., Fl. W. Trop. Afr.
ed. 2, 2 : 302 (1963), p.p.; Marais & Verdoorn,;» Dyer & al.. Fl. S. Afr. 26 : 243 (1963),
p.p.; Friedrich-Holzhammer, in Merxmüller, Prodr. Fl. Südwestafr. lit : 1 (1967),
p.p., quoad specim. De Winter 3962 tantum ; Berh., Fl. Sénég. ed. 2 : 305 (1967), excl.
cit. specim. Berhaut 1732; A. Raynal, Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 : 126 (1971).
— Menyanthes indica L., Sp. PI. ed. 1 : 145 (1753).
Source : MNHN, Paris
— 417 —
— Villarsia indica (L.) Vent., Choix pl. : 9 (1803).
— Limnanthemum indicum (L.) Thw., En. PI. Zeyl. : 205 (1860).
— Menyanthes pelioliflora Stores, Bot. Mad. Med. 1 : 299 (1812), nom. illeg. Type :
même que M. indica L.
— Villarsia rheedii Kostel., Allg. Med. Pharm. Fl. 3 : 1031 (1834). — Type : Rheede,
Hort. Malab. 11 : tab. 28.
— Villarsia hnmboldtiana Kunth, in H. B. K., Nov. Gen. Sp. 3 : 187 (1818). — Type :
Humboldt, Venezuela.
— Limnanthemum humboldtianum (Kunth) Griseb., Gen. Sp. Gent. : 347 (1839).
— Nymphoides Immboldtiana (Kunth) O. Ktze., Rev. Gen. Pl. 2 : 429 (1891).
— Villarsia macrophylla Roem. & Sch., Syst. 4 : 180 (1819). — Type : Heyne, Inde.
— Menyanthes macrophylla (Roem. & Sch.) Roth, Nov. Gen. Sp. : 105, 396 (1821);
Roth ex Roem. & Sch., Syst. 4 : 180 (1819), nom. inval. in syn.
— Menyanthes brasilica Vellozo, Fl. Flum. : 75, et ic. 2 : tab. 70 (1825-7). — Type :
Vellozo, Brésil.
- Villarsia commuais St.-Hil. , Voy. Distr. Diam. 2 : 413 (1833). — Syntypes : St Hilaire,
Brésil.
— V. platyphylla St.-Hil.,/. c. : 415 (1833). — Type : St Hilaire, Brésil.
— Villarsia senegalensis G. Don, Syst. 4 : 169 (1837). — Type : Roussillon s.n., Sénégal.
— Limnanthemum sénégalaise (G. Don) N. E. Br., in This.-Dyer. Fl. Trop. Afr. 4 (1) :
586 (1904); Hutch. & Dalz., Fl. W. Trop. Afr. ed. 1, 2 (1) ; 184 (1931), p.p.; Berhaut,
Fl. Sénégal ed. 1 : 179 (1954).
— Villarsia swartzii G. Don, Syst. 4 : 169 (1837). — Type : Swartz, Jamaïque.
— Limnanthemum fraserianum Griseb., Gen. Sp. Gent. : 346 (1839). — Type : Fraser,
Australie.
— Limnanthemum kleinianum Griseb., I.c. : 344 (1839). — Syntypes : Klein, IVallich,
Inde.
— Limnanthemum wightianum Griseb., I.c. : 344 (1839). — Syntypes : Wight, Inde,
Macrae, Ceylan.
— Limnanthemum humboldtianum var. parvifolium Griseb., I.c. : 347 (1839). — Type
non indiqué.
— Villarsia glandulosa Griffith, Notul. 4 : 89 (1854), et le. Pl. Asiat. : tab. 385 (1854)
(‘ eglandulosa ’). — Type : Griffith, Inde.
— Limnanthemum calycinum Miq., Fl. Ind. Bat. 2 : 564 (1857). — Type : Miquel, Java, K !
— Limnanthemum sumatranum Sp. Moore, Journ. Bot. 63, suppl. : 71 (1925). —Type :
Forbes 2006, BM!
— Villarsia nymphæi/olia Fraser, in Hook., Bot. Mise. 1 : 257 (1830), nom. nud.
— Menyanthes meridionalis Willd. ex Griseb., Gen. Sp. Gent. : 347 (1839), nom. inval.
— Limnanthemum forsteri Seem., Fl. Vit. : 168 (1866), nom. inval.
— Limnanthemum orbiculatum auct. non (Lam.) Griseb. : Griseb., I.c.: 348 (1839),
p.p., quoad cit. Menyanthes indica var. (3 et descr.
Lectotype : herb. Linné 203.2, LINN!
Le protologue du Species renvoie, pour Menyanthes indica, à deux sources : Linné,
Flora Zeylanica, n° 72 (p. 17) (1747), et Rheede, Hortus malabaricus 11 : 55, tab. 28 (1692),
sources que confirment les patries indiquées : Malabar et Ceylan.
Dans Flora Zeylanica, Linné citait toutefois des auteurs plus nombreux : Rheede
(1692), Commelyn (1696), Morison (1699), Sloane (1699), Tournefort (1700), Ray
(1704), Plukenet (1720). Mais seuls Rheedf. et Sloane avaient en réalité apporté des
éléments originaux, tous les autres ne faisant que reprendre, sous des polynômes légère¬
ment différents, les descriptions antérieures, essentiellement celle de Rheede. Aussi bien
le matériel de Sloane (BM !) que la bonne planche de Rheede se rapportent à l'espèce
pantropicale connue aujourd’hui sous le nom de Nymphoides indica. Cependant, Linné
ne faisant aucune mention des Antilles dans la répartition de son espèce, il faut écarter
le matériel de Sloane comme type possible.
Source : MNHN, Paris
— 418 —
11 demeure donc pour typifier Menyanthes indica L. trois éléments :
— la planche 28 du tome 11 de l’Hortus Malabaricus de Rheede,
— l'échantillon de Hermann (n° 72, BMI), dont l’herbier a servi à la rédaction
de Flora Zeylanica,
— l’échantillon de l’herbier Linné, qui, annoté par Loefling — d’après Savage,
Cat. herb. Linn. — était certainement dans les mains de Linné quand il rédigea la pre¬
mière édition du Species.
Le spécimen cI’Hermann est très mauvais, apparemment stérile; il semble bien
ne pas correspondre à Nymphoides indica, et, en tout état de cause, ne paraît pas devoir
être retenu comme type d’une espèce dont Linné décrit la corolle.
La planche de Rheede est bonne pour l’époque; l’identité de la plante ne fait aucun
doute. Sans aucun doute il est plus facile de reconnaître la corolle de N. indica sur cette
illustration que sur aucun spécimen ancien. On pourrait donc penser à en faire le type
de l’espèce, d’autant que Linné en fait mention expresse dans le Species, et que c’est
en outre, historiquement, la première description de la plante.
L'échantillon linnéen est certes bien pauvre; son origine exacte est incertaine;
malgré cela, il possède fleurs et fruits, son identité ne pose aucun problème, enfin Linné
l’avait en sa possession pour rédiger le Species. En raison de la possibilité qu’offre toujours
un specimen de procéder à des examens qu’interdit une simple illustration, il me paraît
préférable de choisir cet échantillon comme lectotype.
N. indica est la seule espèce étudiée ici dont la répartition géographique
déborde le cadre africain : son aire, très vaste, est pantropicale. Mais il
faut remarquer que, si les échantillons africains sont bien homogènes et
ne montrent que des variations mineures ou d’ordre strictement écologique
ou saisonnier, il n’en est pas de même dans toute l’étendue de son aire :
N. indica apparaît, dans l’immense région australasienne, comme une unité
complexe groupant des plantes puissantes à larges feuilles, à pédicelles
floraux nombreux et longs, à grandes fleurs hétérostylées, villeuses, blanches
à cœur jaune; dans cette unité spécifique, cependant, se différencient des
éléments auxquels il semble qu’on puisse attribuer une valeur taxonomique.
L’étude du complexe N. indica dépassait le but de ce présent travail
puisque c’est hors d’Afrique que se déploie sa variabilité. Mais la compa¬
raison du matériel africain à un échantillonnage couvrant à peu près l’aire
générale de l’espèce a permis de mettre en évidence de petites différences
constantes; d’autre part, l’observation du type linnéen 1 a montré que
le taxon typique n’est pas celui d’Afrique. C’est pourquoi il semble possible
de réunir, sous un nom subspécifique, le matériel homogène reconnu
en Afrique; il faut d’ailleurs préciser que les plantes d’Amérique tropicale
appartenant à l’espèce se rangent aux côtés des africaines. En espérant
donner ainsi une meilleure définition des plantes africaines se rattachant
au complexe N. indica, il faut souhaiter que des études ultérieures viennent
clarifier bientôt la compréhension de cette espèce dans les régions asiatico-
pacifiques.
Nymphoides indica (L.)O. Ktze.subsp. occidentalis A. Rayn., subsp.nov.
A. subsp. indica ovario semper bicarpellalo, seminibus ultra 1,5 mm longis, calyce
ad anthesin expanso rotato, floribus 5-meris, nec plerunique pleiomeris, stigmatibus mino-
ribus carnoso-papillosis labiatis nec cristatis membranaceis.
1. Faite par J. Raynal à la Linnean Society, et pour laquelle je lui adresse ici
tous mes remerciements.
Source : MNHN, Paris
— 419 —
J.Lemeux,
PI. 18. — Nymphoides indica (L.) O. Kuntzesubsp. occidentale A. Rayn. : 1, inflorescence x 1;
2 et 3, fleurs longistylée et brévistylée x I ; 4, androcée et pistil d'une fleur longistylée x 5;
5 et 6, glande hypogyne, vue de face et de profil x 20; 7, androcée et pistil d’une fleur
brévistylée x 5; 8, fruit x 5 (d’après z. A. Raynal 9476).
Source : MNHN, Paris
— 420 —
Typus: J. & A. Raynal 9476, Cameroun, natans in piscina ad pagum Melen diclum,
prope Yaoundé, 7.2.1963, P!
Plante vivace, puissante, généralement de grande taille dont la souche
enracinée est épaisse, courte, ramifiée en touffe; très stolonifère, elle peut
couvrir rapidement de grandes surfaces d’eau libre. Tiges et pétioles épais
de 4-8 mm en général piquetées de rouge violacé; pétiole long de 15-60 mm
ou même plus. Feuilles à limbe orbiculaire souvent de grande taille, pouvant
atteindre 25-30 cm de diamètre, de texture coriace, vernissé et vert sombre
dessus, généralement rouge sombre dessous; toutes les feuilles sont asso¬
ciées à des inflorescences.
Inflorescences très fournies, comportant le plus souvent 20-30 fleurs
portées par des pédicelles grêles et longs de 4-10 cm, axillés par de petites
bractées translucides. Fleur grande (environ 2,5-3 cm de diamètre), penta¬
mère, blanche à œil jaune, hétérostylée, portée haut au-dessus de l’eau lors
de l’anthèse. Sépales vert clair, longs de 5,5-7 mm, étalés en roue à l’anthèse.
Corolle à tube jaune veiné de jaune d’or, long de 7-9 mm, terminé par
5 lobes lancéolés, blancs, entièrement villeux à la face supérieure. Filets
staminaux insérés aux 2/3 ou aux 3/4 de la hauteur du tube corollin;
anthères des fleurs brévistylées longuement exsertes, violacées contenant
un pollen jaune, longues de 2,5-3 mm environ, portées par des filets de
2-3 mm; anthères des fleurs longistylées semblables mais ne dépassant pas
2 mm de long, et portées par des filets de 1-2 mm qui les amènent juste
à la gorge de la corolle dont elles ne sortent pas. Glandes interstaminales
pédicellées, à villosités longues de 0,4-0,6 mm. 5 glandes hypogynes ciliées.
Pistil bicarpellé à ovaire pourpre-violacé excrétant de petites gouttelettes
de nectar, ovoïde et haut de 3-4 mm dans les deux formes florales. Dans
les fleurs brévistylées le pistil mesure en tout 5-8 mm, ses stigmates forment
deux lèvres courtement triangulaires, épaisses papilleuses; dans les fleurs
longistylées, le pistil mesure 10-14 mm, et les stigmates, dressés, lancéolés,
charnus, papilleux à la face interne, sont longs de 2 mm. La capsule ovoïde,
plus courte que les sépales, contient un grand nombre de graines (souvent
plus de 50) insérés sur des placentas épais. La graine, lenticulaire, bistre
plus ou moins foncé, susceptible d’être verruqueuse, est longue de 1,5-
2,2 mm; son épiderme est formé de cellules à parois sinueuses (PI. 18.
p. 419).
Cette grande plante stolonifère est une excellente compétitive des eaux
permanentes ou à peu près; tolérant une grande variation du niveau hydri¬
que et même un bref assèchement, elle se multiplie végétativement par
marcottage ou bouturage de ses stolons à la baisse des eaux, ou par simple
prolifération si le niveau reste élevé. Ce pouvoir de foisonnement végétatif
lui permet d’envahir promptement des mares, même si la diaspore intro¬
duite n’est qu’un fragment du stolon; elle peut même, hors de la zone
biogéographique optimale, remplacer végétativement une reproduction
sexuée déficiente.
Sa biologie florale exige une fécondation croisée, par l’intermédiaire
d’insectes, entre les 2 types de fleurs brévistylées et longistylées : lorsqu’une
Source : MNHN, Paris
— 421 —
population, pouvant être fort vaste, est issue d’un seul individu, et constitue
donc un clone, ses fruits ne se développent jamais. Il semble d’ailleurs que,
même lorsque les fruits se développent normalement et que la population
comporte les deux formes florales en mélange, les graines soient le plus
souvent vides, et que chez N. indica, la multiplication végétative ait tendance
à être prédominante sur la multiplication sexuée.
Espèce pantropicale dont la sous-espèce occidentalis est très largement
répartie en Afrique, typique des étangs permanents des savanes soudano-
guinéennes, mais pouvant, à la faveur des grands fleuves, s'avancer dans
des régions plus sèches; une grande adaptabilité écologique lui permet
de se comporter presque en mauvaise herbe, colonisant les eaux libres
à la faveur d’introductions accidentelles, et d’accroître ainsi considérable¬
ment son aire géographique.
3 bis. Nymphoides brevipedicellata x indica subsp. occidentalis
Plante ayant le port de ses parents présumés; pétiole long de 1,5 cm
environ.
Inflorescences très fournies, pédicelles floraux atteignant 9,5 cm, grêles.
Calice appliqué au tube corollin à l’anthèse. Corolle blanche à œil jaune,
d’un diamètre de 20 mm; tube jaune long de 5 mm, lobes villeux. Étamines
à filets courts (2 mm), épais, décurrents le long du tube corollin; anthères
longues de 1,6 mm, situées à la gorge de la corolle; glandes interstaminales
pédicellées. Glandeshypogynes ciliées. Pistil bi- ou tricarpellé, haut de 4,5 mm;
ovaire ovoïde violacé excrétant des gouttelettes de nectar, atténué en un
style court (1-1,5 mm); stigmates en lèvres papilleuses, situés au-dessous
des anthères. Capsule courtement ovoïde, parfois subsphérique, longue
de 3-5 mm, toujours plus courte que le calice. Graine atteignant 2 mm de
diamètre, jaune clair, pouvant être verruqueuse, portée par un funicule
assez long.
Étant donné la rareté des échantillons, il est impossible d’affirmer
qu’une seule forme de fleurs existe dans cet hybride; cependant, bien que
le style soit très court comme chez une fleur brévistylée, la brièveté des
filets staminaux laisse supposer une homéostylie.
L’origine hybride de cette plante n’est pas démontrée expérimentale¬
ment, mais les remarques suivantes permettent de la considérer comme
très probable :
1° En ce qui concerne ma propre récolte camerounaise, elle repré¬
sente un individu unique, seul dans une abondante population mêlée de
N. indica et N. brevipedicellata.
2° Dans ce cas, les parents ne sont pas spontanés : les populations
sont issues d’adventices installées dans un étang artificiel, et N. brevipedi¬
cellata en particulier y est largement hors de son aire de distribution natu¬
relle : l’espèce a dû être introduite accidentellement lors de l’introduction
de poissons (Tilapia) provenant du lac Tchad. Les stations où deux espèces
réellement spontanées croissent en mélange semblent rares.
Source : MNHN, Paris
— 422 —
3° Sur 49 caractères morphologiques étudiés, tous les caractères
communs (40) à N. indica et N. brevipediceüata ont la même valeur chez
leur hybride supposé; 3 autres sont partagés par l’hybride et N. indica, et
5 le sont par l’hybride et N. brevipediceüata-, le dernier caractère, enfin
(forme de la capsule), a un valeur variable chez l’hybride. En ce qui concerne
les caractères permettant de distinguer N. brevipediceüata et N. indica,
l’hybride se rattache donc tantôt à l'un de ses parents, tantôt à l’autre,
et il s’agit selon toute vraisemblance d’un produit de première génération.
Matériel étudié :
J. & A. Raynal 10515, Melen près Yaoundé (Cameroun), 25.3.1963, P!
Autre spécimen de même origine supposée :
Richards 6378, Zambie, Abercorn Distr., Lagoon, confluence of the Lufubu and
Muiungu riv., 6-10-56, ait. 1 500 km, K!
4. Nymphoides thunbergiana (Griseb.) O. Kuntze
Rev. Gen. PI. 2 : 429 (1891); A. Rayn., Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 :
129 (1971).
— Limnanthemum thunbergianum Griseb., Gen. Sp. Gent. : 345 (1839).
— Limnanthemum ecklonianum Griseb., I.c. : 346 (1839). — Type : Ecklon, Afr. du Sud.
— Nymphoides eckloniana (Griseb.) O. Ktze., Rev. Gen. PI. 2 : 429 (1891).
— Menyanthes indica auct. non L. : Thunb., Prodr. PI. Cap. : 34 (1794).
— Limnanthemum indicum auct. non (L.) Thw. : Baker, Fl. Maur. Seych. : 236 (1877).
— Nymphoides indica auct. non (L.) O. Ktze : Marais & Verdoorn, in Dyer & al..
Fl. S. Afr. 26 : 243 (1963), p.p.
Vivace puissante à grosse souche produisant très peu de stolons sauf,
semble-t-il, en cas d’assèchement relatif : les nœuds peuvent alors s’enra¬
ciner et émettre quelques stolons. Feuilles à limbe orbiculaire, très coriace,
large de 5 à 20 cm en général; à l’état sec, feuilles, tiges et pétioles tendent
à prendre une couleur jaune foncé et un aspect de vieux cuir; le pétiole,
épais de 2-5 mm, peut atteindre 6 cm de long.
Inflorescence très riche, pouvant se développer en un organe caulinaire
épais de 8 mm environ, long de plus de 2 cm, dénudé, à sa base, par la chute
des pédicelles fructifères, et portant parfois des racines adventives. Pédi-
celles floraux généralement longs de 4-8 cm, parfois moins. Fleurs hétéro-
stylées pentamères, larges de 2-3 cm. Calice à sépales largement lancéolés,
se recouvrant quinconcialement sur leurs bords, longs de 4-6,5 mm, étalés
en roue à l’anthèse. Corolle grande, jaune clair, à tube long de 5-6 mm et
lobes fimbriés-villeux longs de 12 mm ou plus. Etamines à filets insérés
près des sinus de la corolle; anthères peu différentes dans les deux formes
florales, longues d’environ 2 mm, ou un peu plus dans les fleurs brévistylées.
Grands staminodes glanduleux pédicellés, portant des villosités longues de
0,8-1 mm. Glandes hypogynes ciliées. Ovaire haut de 2-3 mm, toujours
bicarpellé, surmonté par un style de 2 mm env. dans les fleurs brévistylées.
Source : MNHN, Paris
— 423 —
PI. 19. — Nymphoides thunbergiana (Griseb.) O. Kuntze : 1, inflorescence x 1 ; 2, fleur bré-
vistylée x 5; 3, androcée et pistil contenus dans un fragment de corolle x 10; 4, fruit x 5;
5, coupe transversale de capsule x 5 (1 à 3 d'après Zeyher 161; 4 et 5 d’après Junod 433).
Source : MNHN, Paris
— 424 —
d’au moins 5 mm dans les fleurs longistylées. Stigmates en grandes lèvres
papilleuses, plus petits dans les fleurs brévistylées. Capsule ovoïde égale
aux sépales en longueur, ou un peu plus courte, contenant des graines
en général peu nombreuses ; souvent les fruits ne se développent pas, la fructi¬
fication paraît très irrégulière. Graine lenticulaire, longue de 1,3-1,8 mm;
épiderme séminal à parois sinueuses (PI. 19, p. 423).
Type : Ecklon, Afrique du Sud, K!
Espèce d’Afrique austro-orientale, s’étendant à Madagascar et, vers
le nord, jusqu’à la Zambie.
5. Nymphoides forbesiana (Griseb.) O. Kuntze
Rev. Gen. PI. 2 : 429 (1891); A. Rayn., Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 :
128 (1971).
— Limnanihemum forbesianum Griseb., Gen. Sp. Gent. : 345 (1839), excl. specim.
zeylan. Macrae.
— Villarsia simsii G. Don, Syst. 4 : 169 (1837). — Type : Sims, Bot. Mag. : lab. 658
(1803), plante cultivée à Londres d'origine non précisée 1 .
■— Limnanihemum niloticum Kotschy & Peyr., PI. Tinn. : 28, lab. 9A (1867); J. Lebrun,
Expi. P. N. Albert 1 : 487 (1947). — Type : de Heuglin 35, Sudan, W.
— Nymphoides nilotica (Kotsch. & Peyr.) J. Léonard, Bull. Soc. Roy. Bot. Belg. 84 :
53 (1951); Andrews, Fl. PI. Sudan 3 : 65 (1956).
— Limnanihemum kirkii N. E. Br., in This.-Dyer, Fl. Trop. Afr. 4 (1) : 585 (1904). —
Syntypes : Kirk 2, Hildebrandi 1995, Tanzanie, K!
— Limnanihemum whytei N. E. Br., l.c. : 585 (1904). — Type : Whyte 40, Tanzanie.
— Limnanihemum indicum auct. non (L.) Thw. : Dur. & De Wild., Reliq. Dewevr. :
162 (1901).
— Limnanihemum senegalense auct. non (G. Don) N. E. Br. : Hutch. & Dalz., Fl. W.
Trop. Afr. ed. 1, 2 (1) : 184 (1931), p.p.
— Nymphoides indica auct. non (L.) O. Ktze. : P. Tayl., in Hutch. & Dalz., Fl. W.
Trop. Afr. ed. 2, 2 : 302 (1963), p.p.
Plante vivace, parfois annuelle, toujours assez grêle, souvent rouge-
violacée dans toutes ses parties végétatives, produisant de longs stolons
ténus (épais de 1-3 mm); souche enracinée peu épaisse. Pétiole long de
5-10 mm, atteignant exceptionnellement 3 cm. Limbe foliaire ne dépassant
guère 12 cm de diamètre, orbiculaire, à sinus souvent large, de texture fine.
Inflorescences riches de 10-20 fleurs en général, pédicelles floraux grêles,
longs le plus souvent de 4-7 cm. Fleurs petites jaune d’or, larges de 1,2-1,5 cm,
pentamères, hétérostylées. Calice à sépales lancéolés-linéaires, longs de
3-4 mm, étalés en roue à l’anthèse. Corolle à tube évasé long d’environ
3-3,5 n.m et lobes villeux fimbriés sur leurs marges, longs de 6-7 mm. Éta¬
mines à filets grêles insérés près des sinus corollins, longs de 1,5-1,7 mm
dans les fleurs brévistylées, de 0,5 mm dans les longistylées; anthères à peu
1. Cette synonymie est suggérée par l’examen de l'illustration publiée par Sims.
l.c. Mais l’auteur est muet sur la provenance de cette plante cultivée; plus tard Don
l’indique, d’après Wallich, comme provenant du Népal, ce qui ne pourrait correspondre
à N. forbesiana. Si cette synonymie hypothétique était un jour prouvée, il faut noter
que l’épithète simsii est prioritaire.
Source : MNHN, Paris
— 425 —
PI. 20. — Nymphoides forbesiana (Griseb.) O. Kuntze : I, inflorescence x I ; 2, bouton floral
x 5; 3, fleur brévistylée x 5 ; 4, androcée et pistil d'une fleur longistylée x 10; 5, androcée
et pistil d'une fleur brévistylée x 10; 6, fruit x 10 (1, 2, 4 et 6 d'après César et Menault
165 ; 3 et 5 d'après Jacques-Félix 4577).
Source : MNHN, Paris
— 426 —
près semblables dans les deux formes florales, longues de 1,1-1,5 mm.
Staminodes glanduleux grands, pédicellés, à villosités longues de 0,6 mm.
5 glandes hypogynes ciliées. Pistil haut en tout de 4 mm environ dans les
fleurs brévistylées, de 5,5-6,0 mm dans les longistylées ; petit ovaire ovoïde
haut d’environ 2 mm; stigmates grands, étalés, finement membraneux, laciniés
sur leurs bords, longs de 1-1,5 mm, les plus grands étant ceux des fleurs
longistylées. Dans bien des échantillons, les fruits avortent en grand nombre,
et les infrutescences ont un port bien particulier dû à ces calices vides,
étroitement cylindriques, prolongeant les fins pédicelles. Capsule ovoïde
à parois fines, bosselée par les graines qu’elle contient et qui en définissent
la forme, normalement au moins aussi longue que le calice mais parfois
plus courte quand elle ne contient que peu de graines. Graines en nombre
très variable, de l’ordre d’une dizaine en général, souvent moins. Placentas
très peu développés, funicules relativement longs. Graine orbiculaire,
longue de 1,6-2,2 mm, variant du blanc au bistre; son ornementation varie,
selon les individus, de lisse à fortement échinulée, les échinules pouvant
même se terminer en branches étoilées (comme les bras d’une ancre) lors¬
qu’elles sont très développées. Épiderme séminal à cellules variant de poly¬
édriques au centre des faces de la graine, à sinueuses vers la carène; dans
certains cas, les cellules polyédriques peuvent occuper presque toute la
surface de la graine (PI. 20, p. 425).
Lectotype (A. Raynal, 1971) : Forbes s.n., Mozambique, K!
Bien que stolonifère, cette espèce ne forme que rarement une couverture
fermée à la surface liquide; elle a tendance à courir sur l’eau parmi d'autres
plantes. Elle semble préférer les eaux modérément profondes, mais fait
preuve d’une certaine tolérance à cet égard.
Croissant dans les mares des régions humides d’Afrique, cette espèce
a une aire curieusement limitée, vers l’Ouest, à la Côte d’ivoire.
6. Nymphoides moratiana 1 A. Raynal, sp. nov.
Herba aquatica gracilis interdum stolonifera, foliis parvis orbiculatis. Flores ca.
15-18 mm in diametro, corolla lutea lobis villosis, glandibus hypogyniis 5 ciliatis, ovario
parvo cylindrico carpellis 2. Flos brevistylus staminibus 5 longe exsertis filamento 2 mm
longo, anthera 1,9 mm longa, pistillo in totum 4,5 mm longo, stylo summum 1 mm longo,
stigmatibus parvis. Flos longistylus staminibus 5 filamento brevissimo, anthera 1,1 mm
longa, pistillo in totum 9 mm longo, stylo 4 mm longo stigmatibus magnis exsertis 3 mm
longis. Fructus ovoideus calyce brevior, seminibus paucis parvis cellulis epidermalibus
parietibus sinuosis.
N. milnei A. Rayn. a/finis, floribus majoribus, staminodiis pediceUatis, stigmatibus
in flore longistylo majoribus, fructu in calyce incluso, parietibus cellularum epidermalium
seminum sinuosis præcipue distinguenda.
Typus : J. Bosser 19727, Madagascar, natans in stagno inter pagos Ankazosbo
et Berenty dictos, 18.2.1970, P!
1. Espèce dédiée à P. Morat dont les récoltes, préservées en alcool, ont permis
d’avoir une meilleure connaissance de cette espèce.
Source : MNHN, Paris
— 427 —
Source : MNHN, Paris
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Petite annuelle ténue à souche grêle semblant habiter les eaux peu
profondes, à tiges assez courtes (20 à 30 cm env.), très fines (env. 1 mm
à l’état frais, beaucoup moins à l’état sec); la plante produit tardivement
des stolons flottants dans les conditions habituelles, et certains échantillons
en manquent. Des feuilles flottantes non florifères peuvent se trouver
au moment de la floraison. Feuilles à pétiole court (1-3 mm) et à limbe
mince, papyracé, à contour isodiamétrique, large de 2-6 cm.
Inflorescence comprenant 5-10 fleurs en moyenne, pédicelles grêles longs
de 18-26 mm axillés par de petites bractées scarieuses lancéolées, longues
de 2-3 mm. Fleurs de 15-18 mm de diamètre environ, hétérostylées , penta¬
mères. Calice long de 5,5 mm, étalé en roue au moment de l’anthès e. Corolle
jaune à lobes villeux longs de 6-7 mm env. et tube long de 3,5 mm. Étamines
à filets grêles insérés près des sinus des lobes corollins; dans les fleurs
brévistylées, les filets staminaux atteignent 2 mm, tandis qu’ils sont subnuis
dans les fleurs longistylées; anthères à loges obtuses, longues de 1,9 mm
dans les fleurs brévistylées, de 1,1 mm dans les longistylées. Staminodes
glanduleux pédicellés, insérés à 2-2,5 mm de la base du tube corollin,
portant des villosités longues d’environ 0,6 mm. Glandes hypogynes 5,
petites, ciliées. Ovaire petit, étroitement cylindrique, haut de 2 mm, large
de 1 mm environ, toujours bicarpellé, surmonté d’un style haut de 1 mm
(fleurs brévistylées) ou de 4 mm (fleurs longistylées); les stigmates diffèrent
profondément d’une forme florale à l’autre : ils forment deux fines crêtes
ondulées-crispées, dressées, s’épanouissent au niveau de la base des filets
staminaux dans les fleurs brévistylées, tandis que dans les fleurs longistylées
ils s’épanouissent en 2 grands lobes de 3 x 2 mm, finement membraneux,
largement exserts. Capsule ovoïde plus courte que le calice, d’env. 4x3 mm,
surmontée du style induré en un bec. Paroi capsulaire mince; placentas
non intrusifs sur lesquels s’insèrent les graines par des funicules courts.
Graines au nombre de 10-20 par fruit, lenticulaires, 1,2-1,3 X 1,1-1,2 x
0,7 mm, à test pouvant s’orner de fortes verrues. Épiderme séminal à cellules
en jeu de patience (PL 21, p. 427).
Plante encore peu connue, habitant les mares peu profondes des plaines
malgaches.
7. Nymphoides milnei A. Raynal
Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 : 132 (1971).
Petite herbe, probablement annuelle, dont la souche grêle, enracinée,
produit une rosette de feuilles flottantes; des feuilles stériles, sans bourgeon
ni inflorescence sur le « pétiole », précèdent l’apparition des feuilles florifères.
La plante ne semble pas susceptible de produire des stolons flottants.
Feuilles stériles à limbe comparable à celui des feuilles florifères, bien qu’un
peu plus petit. Le pétiole vrai des feuilles florifères, long seulement de 2-3 mm,
porte un limbe vert jaunâtre, mince, fragile, long de 20-32 mm, large de
15-27 mm à contour généra! ovale (parfois presque orbiculaire). Sinus pétio-
laire étroit.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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Inflorescences très pauciflores, semblant n’avoir pas plus de 4 fleurs;
pédicelles longs d’environ 20 mm. Fleurs petites, jaune d'or, hétérostylées.
Sépales longs de 3 mm, vert clair, ponctués de rouge. Corolle uniformément
jaune, longue d’environ 7-8 mm ; tubuleuse sur env. 3 mm à 5 lobes villeux.
Étamines insérées près du sommet du tube; les anthères des fleurs longi-
stylées et brévistylées sont respectivement longues de 0,9 mm et 1,3 mm;
toutes sont obtuses au sommet et élargies vers le bas. Les filets, très courts
(0,2 mm) dans les fleurs longistylées, atteignent 2 mm dans les fleurs brévi¬
stylées. Glandes interstaminales 5, sessiles, formées chacune d’un massif
de poils courts et épais, inséré sur le faisceau médian pétalaire, et long
de 0,7 mm; glandes hypogynes 5, bien développées, arrondies, charnues,
hautes de 0,4 mm environ, portant à leur sommet un rang de cils à peu
près aussi hauts qu’elles. Pistil bicarpellé, haut de 6 mm dans les fleurs
longistylées et de 2,3 mm dans les brévistylées; ovaire ovoïde haut, dans
les 2 cas, de 1,5 mm. Les deux lèvres stigmatiques, finement membraneuses,
lacinées sur les bords, largement étalées, sont peu un plus grandes lorsque
le style est long. Capsule obovoïde, aussi longue que le calice, d’environ
3 X 2,7 mm, contenant peu de graines (tout au plus 3 ou 4, semble-t-il).
Les parois de la capsule, très minces, papyracées, ne sont pas épaissies
au niveau des placentas; ceux-ci, peu développés, n’occupent que la moitié
inférieure des sutures carpellaires; les graines sont portées par des funicules
très courts. Graine lenticulaire, à faces bombées et carène obtuse, de 1,6 mm
de diamètre et 0,9 mm d’épaisseur; test lisse, lustré, beige, marbré d’ocre
à maturité. Epiderme à cellules polyédriques; membrane externe de chaque
cellule très légèrement déprimée (PI. 22, p. 429).
Type : Milne-Redhead 4317, Zambie, K!
Cuvettes peu profondes, sur rochers, temporairement inondées; espèce
connue seulement du type.
8. Nymphoides elegans A. Raynal
Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 : 126 (1971).
Petite annuelle ténue à souche très grêle conservant parfois, à l’époque
de la floraison, de petites feuilles submergées à limbe ovale et des feuilles
flottantes non florifères. Tiges n’excédant guère 35 cm de long, et indiquant
la faible profondeur d’eau où croissent ces plantes; pas de stolons flottants.
Tiges très grêles (épaisses d’1 mm env.), prolongées par un court pétiole
(long de 1-2 mm). Limbe foliaire suborbiculaire de texture très fine.
Inflorescences pauciflores, les plus riches ayant 10-12 fleurs; pédicelles
longs de 15-25 (-35) mm, presque capillaires. Fleurs très petites, d’un dia¬
mètre de 10-12 mm, pentamères, blanches, hétérostylées. Calice long de
3,5-4 mm, étalé en roue à l’anthèse, à sépales étroitement lancéolés. Corolle
blanche à tube évasé long de 3 mm environ et lobes fimbriés-villeux sur
leurs marges et leur nervure médiane. Étamines insérées dans les sinus
des lobes, à filets très fins longs de 1 mm dans les fleurs brévistylées, de
Source : MNHN, Paris
— 431 —
PI. 23. - Nymphoides elegans A. Rayn. : 1, plante entière, à fleurs brévistylées x I ; 2, fleur
longistylèe x S; 3 et 4, androcèe et pistil de fleurs longistylèe et brèvistylée x 10; 5, fruit
x 10 (d’après Perrier de la Bûthie 17977).
Source : MNHN, Paris
— 432 —
moins de 0,5 mm dans les longistylées; anthères respectivement longues
de 1-1,2 mm et de 0,6-0,7 mm. Staminodes glanduleux grands, pédicellés,
à villosités longues de 0,8 mm environ. Glandes hypogynes petites, ciliées.
Pistil bicarpellé, haut en tout de 3 mm environ dans les fleurs brévistylées,
de 8-9 mm dans les fleurs longistylées. Petit ovaire haut de 1-1,5 mm;
stigmates finement membraneux, laciniés sur leurs bords, hauts de 0,8 mm
dans les fleurs brévistylées, de 3 mm dans les longistylées. Capsule allongée,
incluse dans le calice, contenant 5-12 graines environ; placentas non épaissis,
indiscernables sauf par l’insertion des funicules, ceux-ci relativement longs
(0,3 mm). Graine lenticulaire petite, de 0,8-1 mm de diamètre, bistre ± ponc¬
tuée de brun, susceptible d’être verruqueuse. Épiderme séminal à cellules
polyédriques (PI. 23, p. 431).
Type : Perrier de la Bâthie 17977, Madagascar, P!
Plante des mares peu profondes des plaines du nord-ouest de
Madagascar.
9. Nymphoides humilis A. Raynal
Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 : 130 (1971).
— Nymphoides indica auct. non (L.) O. Ktze. : P. Tayl., in Hutch. & Dalz., Fl. W.
Trop. Afr., ed. 2, 2, : 302 (1963) p.p., quand specim. de Waiiiy 5353; R. Letouzey,
Et. phytog. Cameroun : 303 (1968), nec alibi (p. 323).
Petite herbe grêle produisant, en eau calme, des feuilles profondément
cordées, isodiamétriques, larges de 20 mm env., obtuses en coin au sommet,
flottantes en surface de l’eau, à pétiole vrai de 5 mm environ. Dans des
conditions écologiques très exceptionnelles (rapides de Fafa près de Gao),
les feuilles, submergées et battues par le flot, sont toutes ovales, sans oreil¬
lettes, finement membraneuses, ondulées, dans ce cas, tous les organes
semblent anormalement allongés, qu’il s’agisse des limbes aussi bien que
des pédicelles floraux.
Inflorescences pauciflores (jusqu’à 3 fleurs, semble-t-il); pédicelles flo¬
raux filiformes longs de 20 mm. Fleurs petites, homéostylées, dont la couleur
est encore ignorée. Sépales longs de 3-3,5 mm, aigus. Corolle à tube long
de 3-4 mm, et lobes villeux. Le tube porte, intérieurement, 5 étamines
incluses et 5 petites glandes interstaminales pédicellées longues de 0,5 mm.
Les anthères, longues de 1,4-1,5 mm, sont portées par des filets environ
2 fois plus courts. Glandes hypogynes 5, ciliées, de 0,4-0,5 mm de diamètre.
Pistil bicarpellé, haut de 4,2-4,5 mm ; ses stigmates s’épanouissent au niveau
du sommet des anthères. Ovaire ovoïde, haut de 2,5 mm environ; stigmate
à 2 lobes longs de 1 mm, largement étalés, finement membraneux, laciniés
sur les bords. Capsule ovoïde haute de 4,5-5 mm, large de 3-3,5 mm, dépas¬
sant nettement le calice; elle contient des graines peu nombreuses, portées
par des funicules subnuis. La paroi de la capsule, mince-papyracée, n'est
pas épaissie au niveau des placentas. Graine lenticulaire, de 1,7 mm de
diamètre et 1,1 mm d’épaisseur, à faces bombées et carène arrondie; sur-
Source : MNHN, Paris
— 433 —
face luisante ornée parfois de petites verrues. Épiderme à cellules en jeu
de patience (Fig. 24, p. 433).
Type : Létouzey 5996, Cameroun, P!
Habitant les mares sur rochers des plateaux soudaniens d’Afrique
centrale, cette espèce a été rencontrée, sous une forme particulière, dans
les rapides du Niger.
Source : MNHN, Paris
— 434 —
10. Nymphoides rautaneni (N.E.Br.) A. Raynal
Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 : 124 (1971).
— Limnanthemum rautaneni N. E. Br., in This.-Dyer, Fl. Trop. Afr. 4 (1) : 585 (1904).
— Nymphoides indica auct. non (L.) O. Ktze. : Marais & Verdoorn, in Dyer & al.,
Fl. S. Afr. 26 : 243 (1963), p.p.; Friedrich-Holzhammer, in Merxmüller, Prodr.
Fl. Südwestafr. 111 : 1 (1967), p.p.
Plante annuelle, parfois pérenne, susceptible, lorsqu’elle se comporte
en « hydrothérophyte », d’avoir de petites feuilles submergées arrondies-
spatulées à l’époque de la floraison, mais ce n’est pas la règle. Stolons
nombreux et assez courts; tiges et stolons épais de 1-3 mm. Feuilles flottantes
à pétiole court et limbe orbiculaire, large de 3-5 (-11) cm, de texture fine.
Inflorescences de 10-15 fleurs à pédicelles grêles longs de 2-3 cm.
Petites fleurs jaunes, pentamères, homéostylées, d’un diamètre de 8-10 mm.
Calice long de 3 mm environ, à lobes ovales-lancéolés. Corolle à tube long
de 1,5-2 mm, et lobes fimbriés-villeux sur leurs bords et la nervure médiane.
Étamines à filets très courts insérés près de la gorge de la corolle ; anthères
longues de 0,8-0,9 mm, très légèrement apiculées; staminodes glanduleux
insérés au même niveau que les étamines, petits (0,3 mm de diamètre),
courtement pédicellés, portant des poils glanduleux courts et épais. Glandes
hypogynes ciliées. Pistil haut de 2,5 mm, à ovaire subsphérique large de
1,5 mm; style court terminé par deux stigmates en courtes lèvres finement
papilleuses. Capsule globuleuse ou plutôt subcubique, à parois fines, mucro-
née par le style persistant, dépassant le calice, contenant 10-15 graines.
Portées par des funicules très courts, les graines sont insérées en 2 rangs
sur chaque placenta. Graine lenticulaire, longue de 1,3-1,6 mm, souvent
verruqueuse; épiderme séminal à cellules polyédriques au centre des faces,
devenant graduellement sinueuses sur la carène (PI. 25, p. 435).
Lectotype (A. Raynal, 1971) : Rautanen 6, Namibie, K!
Bien qu’annuelle la plupart du temps, cette espèce est susceptible
d’acquérir un grand développement par production de stolons : on peut
supposer qu’elle couvre ainsi rapidement les mares nouvellement remplies.
Croissant dans les mares temporaires où se collectent les eaux plu¬
viales, cette espèce occupe l’étroite bande phytogéographique où les forêts
claires sèches de l’Angola méridional font place aux steppes du Sud-Ouest
africain. Liée aux eaux temporaires, elle semble éviter, dans sa région,
les mares qui s’emplissent du débordement des fleuves.
11. Nymphoides guineensis A. Raynal
Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 : 130 (1971).
— Nymphoides indica auct. non (L.) O. Ktze. : P. Tayl., in Hutch. & Dalz., FI. W.
Trop. Afr., ed. 2, 2 : 302 (1963), p.p., quoad specim. Adames 199.
Petite herbe à souche grêle enracinée au fond de l’eau produisant
de nombreux stolons qui se ramifient activement à la surface de l’eau.
Les stolons, grêles (moins de 1 mm de diamètre), peu allongés, séparent
Source : MNHN, Paris
— 435 —
Source : MNHN, Paris
— 436 —
des inflorescences dont l’état phénologique, peu différent de l’une à l’autre,
montre qu’elles se succèdent rapidement. Souvent, plusieurs stolons partent
successivement d’un même nœud (probablement issus d’un système de
bourgeons sériaux). Tiges, pétioles, face inférieure du limbe et pédicelles
sont abondamment marqués de taches épidermiques rouges. Feuilles à
pétiole un peu plus gros que la tige qu’il prolonge, long de 7-9 (-16) mm,
pouvant être subnui chez les plantes exondées de saison sèche; limbe à
contour réniforme, un peu plus large que long, large de 25-35 (-52) mm
sinus pétiolaire très ouvert, peu différent d’un angle droit; les lobes infé¬
rieurs du limbe s’arrondissent largement, sans que la courbe de leur marge
se brise.
Inflorescences pauciflores, ne comptant généralement que 3-5 fleurs.
Bractées externes du glomérule courtes et largement arrondies. Pédicelles
grêles, longs de 15-20 (-25) mm. Fleurs petites, jaune d'or d’environ 8 mm
de diamètre à l’anthèse, homéostylées. Sépales obtus, longs de 2,5-3,2 mm,
ponctués de taches épidermiques rouges. Corolle longue de 7-9 mm, soudée
en tube sur environ 1/3 de sa longueur, uniformément jaune; ses lobes
portent, à la face supérieure, des villosités longues d’environ 0,5 mm,
dressées, disposées sur les marges et la nervure médiane (lobes fimbriés).
Glandes interstaminales 5, petites, portées ainsi que les 5 étamines, peu
au-dessous du sommet du tube corollin. Étamines à anthères presque sessiles,
incluses au sommet du tube corollin longues de 0,6 mm, obtuses à l’apex,
à loges un peu divergentes à la base. Chaque glande interstaminale, sessile,
d’un diamètre total de 0,2 mm environ, est constituée d’une touffe de poils
courts, épais, transparents. Glandes hypogynes 5, petites, en forme de
perles, larges d’environ 0,2 mm, non ciliées. Pistil bicarpeUé, long d’environ
2,5 mm, plaçant ses stigmates au niveau des anthères. L’ovaire ovoïde,
large de 1 mm, s’atténue en un style très court qui s’ouvre en un stigmate
bilabié, long de 0,5 mm, finement papilleux à l’intérieur. La loge ovarienne
ne contient que deux ovules, insérés chacun sur un placenta, près de la base
de l’ovaire; les placentas, très réduits, ne se prolongent pas visiblement
au-dessus de l’insertion des ovules. Capsule élargie transversalement :
large de 3,9-4,6 mm, sa hauteur n’atteint pas la longueur des sépales (3 mm).
Sa forme, généralement dissymétrique, est celle des deux graines qu'elle
contient côte à côte : son contour est souvent irrégulièrement bilobé ou
obcordé. Le style induré persiste à son sommet en un petit mucron bifide.
La paroi capsulaire, très mince, papyracée, ne s’épaissit pas dans la région
placentaire. Un funicule très court et trapu porte la graine; lors de sa
chute, la graine se détache du funicule, et conserve une cicatrice allongée
longue de 0,5 mm. Graine grosse, suborbiculaire, en forme de lentille
bombée à carène très arrondie, 2,6-2,8 X 2,3-2,6 X 1,4-1,5 mm. Sa surface,
lisse et mate, blanc-chamois, devient noir mat à complète maturité; elle
semble ne jamais être verruqueuse. Cellules épidermiques polyédriques
à membranes radiales droites, de 25-35 de diamètre; la face externe
de chaque cellule est abruptement déprimée en cuvette (Fig. 26, p. 437).
Source : MNHN, Paris
— 437 —
Type : Jacques-Félix 1497, Guinée, P!
Mares temporaires peu profondes sur rochers et dalles latéritiques,
dans le massif du Fouta-Djallon. Annuelle à cycle végétatif pouvant être
assez bref, N. guineensis habite les élargissements, les cuvettes, les vasques,
latéritiques ou rocheux, qui coupent le cours des petits marigots, et grâce
auxquels l’eau se conserve après que le ruisseau soit tari. Lors de la crue,
l’espèce fait preuve d’un pouvoir d'envahissement remarquable par la
prolifération de ses stolons dont plusieurs partent presque simultanément,
dans toutes les directions, d'un même nœud floral, des racines adventives
Source : MNHN, Paris
— 438 —
apparaissent rapidement au niveau des inflorescences. Cette explosion
végétative contrebalance certainement le faible nombre de graines pro¬
duites par inflorescence.
12. Nymphoides tenuissima A. Raynal
Mitt. Bot.. Staatssamml. München 10 : 131 (1971).
Petite herbe annuelle, à souche grêle enracinée, produisant une rosette
de feuilles flottantes dont certaines seulement sont florifères. La plante
ne semble jamais produire de stolons à la surface de l’eau. Tiges grêles.
Le limbe, à texture mince et fragile, plus long que large, à contour général
ovale-trullé, mesure 24-58 x 21-47 mm; sommet et lobes inférieurs sont
arrondis. Le sinus pétiolaire, assez court, n’atteint pas la moitié de la lon¬
gueur totale du limbe; bien ouvert, il forme un angle aigu de l’ordre de 30°;
pétiole court (1-3 mm) et légèrement épaissi.
L’inflorescence comprend en général 10-20 fleurs, mais elle peut être
très appauvrie en fin de saison humide, lorsque la mare s’assèche; les
pédicelles floraux, longs normalement de 7-15 mm, peuvent alors être
subnuis; les bractées externes du glomérule sont très courtes, largement
arrondies, concaves. Les fleurs, petites, blanches, d’environ 6-8 mm de dia¬
mètre, sont homéostylées; 5 sépales vert pâle, ovales-lancéolés, longs de
2,6-4,1 mm, dressés autour de la corolle à la floraison. La corolle, longue
de 5-7 mm, tubuleuse dans son tiers inférieur, épanouit 5 lobes villeux
le long de leurs marges et de leur nervure médiane (fimbriés). 5 étamines
insérées dans le tube corollin à environ 1 mm au-dessus de sa base. Les
filets staminaux, très courts (0,1-0,2 mm), portent des anthères longues
de 0,6 mm, à apex obtus et loges légèrement divergentes à la base. Les
glandes interstaminales sont réduites à 5 zones longues d’environ 0,5 mm,
finement papilleuses, allongées selon les nervures médianes pétalaires, dans
le tube corollin. Pas de glandes hypogynes visibles autour de la base du
pistil. Le pistil, bicarpellé, haut de 2,8-3 mm, épanouit ses lobes stigmatiques
juste au-dessus des étamines. L’ovaire, ovoïde, se prolonge en un style
très court (0,5 mm env.) terminé en deux lobes stigmatiques longs de 0,8 mm
environ, fins, membraneux, étalés, profondément laciniés sur leurs bords.
Laloge ovarienne renferme des ovules insérés en deux lignes verticales, le
long des sutures placentaires non épaissies. La capsule ovoïde, mucronée
par le bref style persistant, longue de 3,3-4,4 mm, large de 2,1-3 mm, dépasse
le calice fructifère. Sa paroi, mince et papyracée, sans épaississements pla¬
centaires, est ± bosselée par les 5-11 graines qu’elle contient; graines
portées par des funicules très courts. La graine, obovale, peu épaisse, a deux
faces parallèles presque planes -, elle mesure 1,6-2 x 1-1,2 mm, et seulement
0,3-0,4 mm d’épaisseur; sa surface, lisse et brillante, devient d’un beau
noir de jais à maturité. Contrairement à ce qu’on observe souvent dans
le genre, toute les graines semblent pleines et viables (Fig. 27, p. 439).
Type : Richards 9175, Zambie, K!
Annuelle des petites mares temporaires, peu profondes (25-30 cm d’eau
Source : MNHN, Paris
— 439 —
semblent lui suffire), sur latérite ou rochers, endémique des confins Katanga-
Zambie; il semble qu’elle puisse germer en masse puis fleurir rapidement
pendant la crue; lors de l’assèchement de la mare, elle traîne dans la boue,
qui contient alors de nombreuses graines plates, luisantes et noires, gorgées
d’albumen au milieu duquel se trouve en embryon bien développé.
13. Nymphoides bosseri A. Raynal
Mitt. Bot. Staatssamml. München 10 : 132 (1971).
Herbe vivace à rhizome épais de 5-10 mm, charnu, dur, rampant dans
la vase, ramifié, terminé par une rosette de feuilles dont seules les centrales
sont florifères : les feuilles stériles ne portent ni inflorescence ni bourgeon;
les feuilles florifères, accompagnées chacune d’une inflorescence, n'appa-
Source : MNHN, Paris
— 440 —
raissent qu'à la saison de floraison. Pétioles vrais et faux sont engainants
à la base. Les inflorescences ne semblent jamais produire de stolons flottant
à la surface de l'eau. Feuilles florifères à pétiole vrai long de 6-9 mm;
limbe finement coriace-papyracé, vert foncé dessus, rougeâtre et ponctué
de taches épidermiques dessous, à contour général largement ovale, long
de 40-52 mm, large de 26-43 mm; les lobes inférieurs du limbe, largement
arrondis, égalent environ le tiers de sa longueur totale; le sinus pétiolaire,
bien ouvert, forme un angle d’environ 50-60°.
Inflorescence comptant habituellement 5-9 fleurs; les bractées externes,
membraneuses, presque spathacées, lancéolées, aiguës au sommet attei¬
gnent 1 cm de long. Pédicelles floraux longs de 11-24 mm, ponctués de
rouge. Fleurs grandes (la corolle épanouie atteint 2 cm de diamètre), blan¬
ches à cœur jaune, hétérostylées. Sépales vert clair, ponctués de rouge,
longs de 8,5-9,7 mm, appliqués au tube de la corolle, à marges souvent
involutées vers le haut. Corolle longue en tout de 20 mm env., à tube jaune
court (env. 1 /4 de la longueur totale); lobes de la corolle blanc pur, villeux
à leur face supérieure : les marges et la nervure médiane portent des ailes
entièrement fimbriées-villeuses. Étamines 5, insérées au sommet du tube
dans les sinus de la corolle. Les grandes étamines des fleurs brévistylées
ont des anthères longues de 1,2 mm, portées par un filet plus long que l’an¬
thère ; dans les fleurs longistylées, les anthères, longues de 1 mm, sont portées
par un filet très court (0,4-0,5 mm). Glandes interstaminales 5, sessiles,
longues de 1 mm, formées chacune d’un massif de poils glanduleux courts.
Glandes hypogynes 5, petites, arrondies, glabres, à la base de l’ovaire.
Pistil bicarpeüé, long de 10 mm environ dans les fleurs longistylées, et de
5 mm dans les fleurs brévistylées; petit ovaire ovoïde multiovulé; 2 stigmates
élargis en lèvres finement papilleuses intérieurement. Capsule étroitement
obovoïde, contenue dans les sépales dressés, plus courte qu’eux et surmontée
par le style induré en bec; mesurant 5,8-6,1 X 3-4,2 mm, elle contient
des graines nombreuses (normalement plus de 30). La paroi de la capsule,
mince et parcheminée, ne s’épaissit pas au niveau des placentas; les deux pla¬
centas, linéaires, atteignent presque le sommet de la capusle, et portent
des graines sur toute leur longueur; les graines y sont pendues par des
funicules très courts. Graine petite, lenticulaire, à faces bombées et carène
obtuse (à maturité), 1,2 x 0,9-1 x 0,5 mm; surface lisse, brillante, jaune-
bistre clair; elle semble n’être jamais verruqueuse. Le tégument externe
est formé de cellules à parois radiales sinueuses (« en jeu de patience »),
larges d’environ 23-33 n, et dont la face externe est légèrement déprimée
en une alvéole étoilée (PI. 28, p. 441).
Type : Bosser 12838, Madagascar, P!
Espèce des petites mares sur rochers, peu profondes, mais permanentes,
limitée aux hautes altitudes de Madagascar : c’est là une espèce endémique
écologiquement très différenciée; elle est en quelque sorte protégée par ses
biotopes où seules des espèces également particulières peuvent croître :
elle semble en effet avoir une faible capacité d’envahissement, et une bien
médiocre compétitivité. Ne fleurit qu’en période de crue (janv.-févr.).
Source : MNHN, Paris
— 441 —
PI. 28. — Nymphoides bosser! A. Rayn. : 1, plante entière x 2/3; 2, inflorescence x
3, fleur longistylèe x 5; 4, androcée et pistil d'une fleur longistylée x 5; 5, fruit x
(1 d'après Perrier de la Bâlhie 9029, 2 à 5 d'après Bosser 12838).
Source : MNHN, Paris
— 442 —
4. — ESPÈCES AFRICAINES A EXCLURE DU GENRE
— Menyanthes orbiculata Lam., III. gen. 1 : 438 (juil. 1792).
— Villarsia orbiculata (Lam.) Roem. & Sch., Syst. 4 : 181 (1819).
— Limnanthemum orbiculatum (Lam.) Griseb., Gen. Sp. Gent. : 348 (1839), quoad
comb. tantum, excl. syn. Men. indica P et descr.
= Crassula umbella Jacq., Collect. 4 : 172 (fin 1791), syn. nov.
Une telle synonymie a de quoi surprendre. Elle était demeurée inédite
bien qu’une main inconnue ait anciennement écrit sur le spécimen-type
« Crassulacea! cf. Septas », opinion parfaitement fondée. Le type (Le
Vaillant s.n.\ P-LA!) est une plante pourvue d’une inflorescence très jeune,
encore réduite à un minuscule glomérule au centre de la collerette circulaire
formée par les deux feuilles parfaitement perfoliées, typiques de Crassula
umbella. Lamarck précise d’ailleurs « Flores non extricavi ».
Il est heureux que Jacquin ait publié son espèce quelques mois avant
Lamarck, évitant ainsi aujourd’hui un changement nomenclatural double¬
ment inopportun : d’abord, bien que le type de Lamarck soit parfaitement
identifiable grâce à ses feuilles, c’est un échantillon mauvais, peu représen¬
tatif du taxon; en outre il existe un Crassula orbicularis L., autre espèce
sud-africaine, bien différente; l’emploi de l’épithète lamarckienne aurait
été une source certaine de confusion.
— Menyanthes ovata L.f., Suppl. : 133 (1781).
— Menyanthes capensis (Houtt). Thunb., Prodr. : 34 (1794).
Villarsia capensis (Houtt.) Merrill, Journ. Arn. Arb. 19 : 360 (1938).
5. — RELATIONS ENTRE ESPÈCES
Les descriptions qui précèdent mettent en évidence à la fois l'indivi¬
dualisation spécifique de chacun des taxons africano-malgaches, et la
grande homogénéité de leur structure; les espèces reconnues ici paraissent
être les variantes d’un thème dont elles ne s’éloigneraient que peu, et pour¬
tant la disparité semble profonde entre un N. ezannoi à corolle cristée et
un N. bosseri à souche rampante, et chacun d’eux semble assez peu compa¬
rable à N. indica par exemple. Aussi était-il intéressant d’essayer de définir
des groupes d’espèces affines au sein de cet ensemble.
Il était tentant de constituer des groupes définis par un caractère
remarquable; mais ce caractère, parce que spectaculaire, exceptionnel dans
le genre ou habituellement utilisé, se verrait ainsi attribuer une importance
qui, peut-être, apparaîtrait usurpée si les mystères de l’évolution et de la
génétique se trouvaient dévoilés. En fait, dans l’exemple précédent, N. ezan¬
noi diffère surtout de N. indica par quelques détails de structure florale,
dont certains il est vrai sont spectaculaires; N. bosseri , par sa fleur très
1. Et non Vaillant, comme l’écrivirent plusieurs auteurs ultérieurs.
Source : MNHN, Paris
— 443 —
semblable à N. indica, s'en distingue principalement par son architecture
caulinaire; à l’analyse, donner la prépondérance à l’un ou l’autre de ces
caractères paraît peu justifié.
C’est pourquoi j’ai eu recours, pour y voir plus clair dans un ensemble
d’espèces tout de même assez affines pour avoir été souvent confondues,
à une méthode relevant de la taxonomie numérique, en améliorant une
technique déjà utilisée, sous une forme rudimentaire, dans des travaux
antérieurs (A. Raynal, Adansonia, ser. 2, 8 : 45-68 (1968), et 9 : 57-85
(1969). Désireuse cette fois d’évaluer une véritable distance taxonomique,
rendant compte de l’éloignement respectif des points représentant les espèces
dans l’espace à n dimensions correspondant aux n caractères étudiés, j’ai
procédé à la comparaison des espèces deux à deux, à partir des valeurs
binaires des caractères de la table 15, en utilisant la relation :
où, pour les espèces j et k, n est le nombre de caractères autorisant une
comparaison, et x tJ et x lk les valeurs respectives du caractère i pour ces
deux espèces. Cette distance moyenne D J(1 reste, indépendamment de la
valeur de n, comprise entre 0 et 1, et permet par conséquent une compa¬
raison aisée des éloignements relatifs de chaque couple d’espèces. C’est
l’une des expressions les plus simples de la taxonomie numérique, et en
même temps l’une des plus parlantes, même à un esprit non mathématicien.
Son calcul, aisé, comprend tout de même un grand nombre d’opérations,
même pour seulement 13 espèces. J’ai pu, pour cela, bénéficier, en utilisant
un programme établi par J. Raynal, de l’aide appréciable du calculateur
IBM 1130 du Laboratoire d’Océanographie du Muséum, dont je remercie
vivement le directeur, le P r Lacombe.
Les résultats sont rassemblés dans la matrice symétrique de la table 29.
Ces valeurs expriment des distances dans un espace multidimensionnel
impossible à représenter physiquement. On peut toutefois tenter d’en
dessiner une approximation tridimensionnelle; c’est l’objet du « stéréo-
gramme » de la figure 30.
Il ne faut pas voir dans ces résultats plus que je n’ai désiré en extraire;
il s’agissait, je le répète, d’obtenir, dans un groupe confus, une idée des
positions relatives des espèces; mais, l’étude étant limitée à un continent,
et l’évolution étant, dans le genre, de nature tellement « réticulée », cer¬
taines des espèces extra-africaines pourraient très bien venir s’insérer à
proximité des espèces étudiées, de telle sorte qu’aucune conclusion d’ensem¬
ble sur la taxonomie du genre dans le monde ne peut être, au stade présent,
envisagée.
La figure 30 met en évidence un « noyau » d’espèces affines constitué
de N. thunbergiana, forbesiana, humilis, milnei, moratiana et elegans, au sein
duquel les distances, dans toutes les directions, sont toujours faibles: dans
ce « noyau » lui-même, 2 espèces, N. thunbergiana et humilis, semblent
Source : MNHN, Paris
— 444 —
tenir un rôle central au milieu d’espèces affines disposées d’une manière
rayonnante; il convient cependant de dire que la place privilégiée de N.
humilis résulte peut-être d’un artifice dû au fait qu’un certain nombre de
caractères, floraux en particulier, sont inconnus dans cette espèce : le faible
nombre de caractères différentiels qu’elle présente n’est peut-être que le
fait de notre ignorance.
A ce noyau central, on peut rattacher, par l’intermédiaire de N. thun-
bergiana, N. indica qui sert ainsi d’intermédiaire à N. brevipedicellata dont
il est très proche. Dans une autre direction, N. rautaneni, se rattache à
N. humilis, et sert d’intermédiaire à N. guineensis. On conçoit ainsi le
noyau central enrichi de 2 appendices où les affinités tracent des « chaînes »,
N. thunbergiana-indica-brevipedicellata d’une part, N. humilis-rautaneni-
guineensis d’autre part; mais en fait, les distances séparant les deux « bouts
de chaînes » des autres espèces du groupe ne sont pas très grandes : N. brevi¬
pedicellata est aussi proche de N. humilis que de N. indica, et son éloigne¬
ment de N. thunbergiana, forbesiana et rautaneni n’est guère plus grand.
La notion de chaînes rayonnantes doit donc être abandonnée et remplacée
par celle d’un réseau dont les espèces occupent les nœuds, nœuds qui sont
très inégalement répartis dans l’espace. Il est raisonnable de penser que
ce réseau maillé est en rapport avec une évolution elle-même « réticulée »,
ayant agi par multiples recombinaisons sans tracer de longue chaîne
progressive.
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ai
N. indica
N. thunbergiana 1
N. forbesiana
N. moratiana
1
£
N. elegans
|
£
2;
!
| N. bosseri |
N. ezannoi
0
60
62
65
62
54
65
64
68
56
53
59
62
78
N. brevipedicellata
60
0
30
44
55
52
61
71
64
46
54
65
70
67
N. indica x brevip.
62
30
0
38
45
52
62
72
64
57
58
67
74
66
65
44
38
0
39
53
49
63
67
55
58
60
75
64
N. thunbergiana
62
55
45
39
0
41
47
57
57
53
58
62
73
67
N. forbesiana
54
52
52
53
41
0
48
52
50
39
47
57
69
74
65
61
62
49
47
48
0
43
53
32
52
53
65
64
N. milnei
64
71
72
63
57
52
43
0
56
45
48
46
53
60
N. elegans
68
64
64
67
57
50
53
56
0
48
62
60
66
64
56
46
57
55
53
39
32
45
48
0
43
52
56
65
N. rautaneni
53
54
58
58
58
47
52
48
62
43
0
47
51
66
N. guineensis
59
65
67
60
62
57
53
46
60
52
47
0
63
62
N. tenuissima
62
70
74
75
73
69
65
53
66
56
51
63
0
58
N. bosseri
78
67
66
64
67
74
64
60
64
65
66
62
58
0
Table 29. — Distances taxonomiques moyennes (exprimées en centièmes) entre les
espèces de Nymphoides africano-malgaches. En gras les valeurs inférieures ou égales
à 50.
Source : MNHN, Paris
— 445 —
Certaines espèces occupent des positions résolument marginales dans
ce réseau, et peuvent même constituer des appendices saillants écartés de
la surface. Ainsi N. tenuissima, relativement proche de N. rautaneni, humilis
et milnei, est peu affine des autres espèces; N. bosseri , cas extrême, s’écarte
nettement de toutes les autres, bien que ses relations, sur le plan floral
au moins, soient évidentes avec N. indica par exemple.
Fig. 30. — Essai de figuration des relations entre les espèces africano-malgaches de Nymphoides
dans un espace tridimensionnel : le même stéréogramme est ici vu. en perspective, sous
deux angles différents. —- Les distances taxonomiques ne sont qu'approchées, du fait de
la représentation dans trois dimensions; les traits matérialisent les plus faibles distances
interspécifiques, bo, N. bosseri; br, N. brevipedicellata; el, N. elegans; ez, N. ezannoi;
fo, N. forbesiana; gu, N. guineensis; bu, N. humilis; in, N. indica; mi, N. milnei; mo, N.
moratiana; ra, N. rautaneni; le, N. tenuissima; th, N. thunbergiana; x, N. brevipedicellata
En somme, les Nymphoides africano-malgaches présentent bien des
relations taxonomiques interspécifiques très diverses, mais on doit admettre
qu’ils constituent un ensemble assez homogène pour qu’on ne puisse pas
le subdiviser en « groupes d’affinités » distincts; on observe simplement
un noyau autour duquel gravitent des espèces plus ou moins lointaines,
mais jamais vraiment étrangères. A ce propos il faut remarquer l’absence
presque totale de corrélation dans la variation des caractères : ceux-ci
Source : MNHN, Paris
— 446 —
varient en tous sens, mais presque toujours indépendamment les uns des
autres. Ceci aboutit à une riche diversification spécifique dans un groupe
qui demeure homogène, où l’on ne peut faire de coupure majeure, où en
particulier il me semble illusoire de vouloir distinguer des sections; définir
de telles entités reviendrait en effet à donner arbitrairement à un ou quelques
caractères une prééminence qu’aucun fait objectif ne permet, en l’absence
de toute connaissance génétique du groupe, d’étayer suffisamment.
V. — ESSAI SUR L’ÉVOLUTION DES NYMPHOIDES
AFRICANO-MALGACHES
1. — APPRÉCIATION DU DEGRÉ D’ÉVOLUTION
Tout au long de l’étude morphologique du groupe (A. R., l.c.), nous
avons vu varier un grand nombre de caractères; dans certains cas, cette
variation pouvait s’interpréter comme la réalisation de différents stades
évolutifs d’un même caractère morphologique. Faute, on l’a vu, de pouvoir
regrouper les espèces en sections bien nettes il semblait toutefois intéressant
de tenter de saisir des niveaux évolutifs chez les espèces étudiées, à partir
d’une synthèse de ces caractères.
Cet essai n’a pas l’ambition de prétendre aboutir à un édifice évolutif
ou phylogénique, il veut simplement aider le lecteur à décanter la masse
de données morphologiques et taxonomiques accumulées au long des
pages qui précèdent, et lui permettre d’en extraire des vues générales sur
certains aspects que peut revêtir l’évolution à la fois morphologique et
biologique dans un tel groupe de plantes aquatiques. Nous utiliserons
des artifices de présentation permettant de visualiser des faits dont la com¬
préhension, sans cela, ne serait pas toujours évidente, espérant ainsi expri¬
mer avec plus de netteté des concepts synthétiques subjectifs. Nous serons
amenés à utiliser certaines formes qui, comme dans le chapitre précédent,
montrent des convergences d’aspect avec des diagrammes de taxonomie
numérique; que le lecteur ne s’y trompe pas, il s’agit d’une simple analogie
de présentation, le but poursuivi n’est ici que de clarifier les données et
rendre ainsi les conclusions plus accessibles.
Un choix rigoureux a dû être fait parmi les critères morphologiques,
afin de ne retenir que ceux chez lesquels une direction évolutive peut raison¬
nablement être supposée. Tous les caractères dont la variation n’apparaît
pas avoir une signification évolutive ont été écartés, ainsi que ceux dont
l'évolution semble pouvoir progresser dans un sens ou dans l’autre; il est
regrettable que le nombre de ces données n’ait pu être augmenté, mais
il aurait été imprudent de risquer d’accroître les chances d’erreur dans un
chapitre comme celui-ci, dont il faut dire qu’il constitue une tentative pour
donner une image cohérente, mais à laquelle il ne faut pas accorder une
trop grande importance formelle ou théorique. Un tel choix est évidemment
une démarche très subjective, mais la définition du sens d’une évolution
Source : MNHN, Paris
— 447 —
— et parfois l’affirmation même de cette évolution — ne sont-elles pas des
options éminemment subjectives? Le but de cette approche n’était donc
pas de s’affranchir, autant que faire se peut, de la partialité d’un jugement
humain, mais de permettre d’accéder à une vue générale des problèmes
évolutifs, de faire une synthèse raisonnée des observations effectuées, non
une construction évolutive plus grandiose peut-être, mais échafaudée sur
des impressions et difficile à saisir.
Table 31. — LISTE DES CARACTÈRES UTILISÉS
DANS L'APPRÉCIATION DU DEGRÉ D’ÉVOLUTION
!(’
K
L
M
N
Caractères
Cotes attribuées
AUX DIFFÉRENTS ÉTATS
Souche vivace rampante 0
Souche vivace courte 50
Souche annuelle 100
Des feuilles végétatives en rosette 0
Pas de feuilles végétatives en rosette 100
Limbe coriace 0
Limbe fin 50
Limbe spongieux 100
Pas de stolons 0
Des stolons 100
Stolons de type N. pehaia 0
Stolons de type N. indica 100
Bractées florales externes semblables aux feuilles 0
Bractées florales longues, triangulaires 50
Bractées florales courtes, obtuses 100
Calice appliqué à la corolle à l’anthèse 0
Calice étalé en roue à l'anthèse 100
Lobes de la corolle ailés 0
Lobes de la corolle cristés 33
Lobes de la corolle fimbriés 66
Lobes de la corolle villeux 100
Androcée à 10 organes cylindriques saillants adnés au
tube corollin 0
Androcée avec 5 filets staminaux saillants 50
Androcée sans aucun organe saillant décurrent 100
Staminodes nuis 0
Staminodes réduits à une plage papilleuse 25
Staminodes sessiles petits 50
Staminodes pédicellés petits 75
Staminodes pédicellés grands 100
Fleurs homéostylées 0
Fleurs hétérostylées à anthères semblables 50
Fleurs hétérostylées à anthères dimorphes 100
Glandes hypogynes absentes 0
Glandes hypogynes présentes 100
Carpelles en nombre variable 0
Carpelles toujours 2 100
Stigmates petits, en tête ou en lèvres 0
Stigmates grands, étalés, membraneux 100
Une variation évolutivement significative a été supposée dans 14 carac¬
tères morphologiques montrant chacun une séquence de grades progressifs
Source : MNHN, Paris
— 448 —
au nombre de 2 à 5 (table 31). Afin d’avoir des données normalisées et
comparables, le stade d’évolution maximum de chaque caractère s’est vu
attribuer la cote 100, et le minimum la cote 0; les stades considérés comme
intermédiaires, lorsqu’ils existent, ont reçu des cotes délimitant des écarts
égaux entre ces deux valeurs.
Les grades évolutifs atteints dans chaque espèce pour chacun de ces
caractères, ont été rassemblés dans la table 32; certains caractères ne se
réalisent que si le caractère précédent a une certaine valeur; ils peuvent
donc ne pas être cotés sans pour autant être nuis, un blanc dans la grille
du tableau permet de ne les confondre ni avec une valeur 0 ni avec un
défaut d’observation. Afin d’enrichir les possibilités de comparaison,
une espèce extra-africaine (N. peltata ) représentant un type structural
absent d’Afrique, a été ajoutée au tableau, dont on a préféré écarter N. hu-
milis, insuffisamment connu pour être comparé aux autres.
Les coefficients évolutifs des caractères utilisés permettent d’établir
des histogrammes (diagramme 33) représentant un « profil évolutif » de
chaque espèce. Ces courbes expriment, par leur variété d’aspect et leur
tracé accidenté, l’inégalité des niveaux évolutifs atteints; la comparaison
d’éléments aussi dissemblables ne pourra que s’avérer délicate, les carac¬
tères paraissent évoluer de façon indépendante les uns des autres, et, en
un mot, assez anarchique.
La moyenne générale, pour chaque espèce, des coefficients évolutifs
(table 32, colonne 3) correspond à un degré d’évolution globale : plus
ce chiffre est élevé, plus l’espèce est riche en caractères évolués, donc plus
elle représente une forme évoluée. Nous voyons que N. forbesiana, N. mora-
tiana ou N. elegans, par exemple, sont globalement plus évolués que N. brevi-
pediceüata ou N. tenuissima. Mais il faut se garder d’ordonner les espèces
en une série, selon la valeur de ce coefficient d’évolution globale; malgré
l’apparente logique d’un tel classement, la séquence ainsi obtenue ne semble
guère avoir de signification biologique, puisqu’une observation superficielle
donne l’impression d’une évolution anarchique des caractères étudiés ici.
Il faut tenter d’analyser de façon critique ces variations apparemment
désordonnées.
Les 14 caractères peuvent se ranger en 2 catégories, ceux ayant trait
à l’appareil végétatif (A à F) et ceux qui concernent l’appareil floral (G à N) :
nous retrouvons là les 2 grands aspects de la spécialisation biologique de
ces plantes (A. R., Le. : 267). Si l’on fait les moyennes des coefficients
évolutifs pour les caractères végétatifs (A-F) et floraux (G-N), on constate
(table 32, col. 1 et 2) une disjonction entre ces 2 coefficients moyens; sur
le diagramme 34, où ces 2 coefficients moyens sont portés en coordonnées,
on voit les espèces se disperser largement : cela traduit l’indépendance
des caractères végétatifs et floraux dans leur signification évolutive. Mais
ce diagramme 34 a-t-il une signification quelconque si chaque caractère
varie réellement de façon disjointe? autrement dit, peut-on traiter l’ensemble
des caractères floraux d’une part, végétatifs d’autre part, comme deux entités?
J’ai tenté de comparer les coefficients moyens des caractères végétatifs
et floraux, en les pondérant, étant donné qu’ils sont obtenus sur des nombres
Source : MNHN, Paris
A
B
c
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
1
2
3
4
V
F
N. ezannoi
50
100
100
100
100
100
100
33
100
0
0
0
100
0
92
42
63
67
69
31
N. brevipedicellala
50
100
0
100
100
100
0
100
50
75
0
100
0
0
75
41
55
58
65
35
N. indica
50
100
0
100
100
100
100
100
100
75
100
100
100
0
75
84
80
47
53
50
0
0
0
100
100
100
100
100
50
100
100
0
30
81
61
56
27
73
N. forbesiana
50
100
50
100
100
100
100
66
100
100
50
100
100
100
83
89
87
86
48
52
N. moraliana
100
0
50
100
100
100
100
100
100
75
50
100
100
100
75
91
84
83
45
55
N. milnei
100
50
0
100
100
66
100
50
100
100
100
100
62
90
80
76
41
59
100
50
0
100
00
66
100
100
100
100
100
100
62
96
85
79
39
61
100
50
100
100
10C
0
100
100
75
0
100
100
0
90
59
71
75
60
40
N. guineensis
100
50
100
100
100
100
66
100
50
0
100
100
0
90
64
74
77
58
42
N. tenuissima
100
50
0
100
0
66
100
25
0
0
100
100
62
49
53
55
56
44
0
0
0
0
50
0
100
100
50
50
100
100
0
50
62
42
36
14
86
N. peltata
50
0
0
100
0
0
0
0
0
100
50
100
100
0
25
44
36
34
37
63
Table 32. — Tentative d'évaluation du degré d'évolution : colonnes de gauche, cotation des caractères (A-F, végétatifs; G-N, floraux);
colonnes de droite, 1-4, moyennes : 1, des car. végétatifs; 2, des car. floraux; 3, moyenne générale non pondérée; 4, moyenne pondérée
en considérant les caractères végétatifs et floraux sur un pied d’égalité; deux dernières colonnes, pourcentages respectifs d’intervention
des caractères végétattifs (%V) et floraux (%F).
Source : MNHN, Paris
— 450 —
[Ufi/ui: N. forbesiana su
N. tenuissima
(îrUTL " IV ^
N. rautaneni
(îr^Hnr ■•“: , (in.r j i
N. guineensis
r J ur “Onm
N. ezannoi
atütil:”
n_
N. brevipedicellata
f^u n.: "■ t r_nr Lr L
N. indica
'InJL^L
de caractères différents. La pondération, qui revient à considérer que
chacun des deux groupes de caractères joue un rôle égal dans l’évolution,
est obtenue en calculant une moyenne pondérée (table 32, col. 4) puis
la part respective des caractères végétatifs et floraux, en % de cette moyenne
pondérée (col. 5 et 6).
La table 32 montre que la part des caractères végétatifs représente,
selon les espèces, un pourcentage très variable de la moyenne pondérée.
Source : MNHN, Paris
— 451 —
n’atteignant que 27 % chez N. thunbergiana, ou 14 % chez N. bosseri-,
cela implique que l’appareil végétatif, dans son ensemble, peut manifester
une évolution faible sans préjuger pour autant de l’évolution de l’appareil
floral dans son ensemble. On constate en effet que chez des espèces comme
N. elegans ou N. milnei, à coefficient d’évolution global (moyenne de tous
les coefficients de caractères) très élevé (respectivement 85 et 80), la part
des caractères végétatifs ne représente que 39 et 41 % de la moyenne pon¬
dérée. Il semble donc bien qu’on soit autorisé à considérer, d’un point
de vue évolutif, l’appareil végétatif comme un tout variant indépendamment
de l’appareil floral.
Une seconde remarque peut être faite grâce à la table 32 : la part
des caractères végétatifs peut ne représenter qu’une très faible proportion
de la moyenne pondérée (mais il peut en représenter un pourcentage élevé
chez certaines espèces, 69 % chez N. ezannoi, 65 % chez N. brevipedicellatà).
Par contre, le coefficient pondéré des caractères floraux n’est jamais aussi
faible, puisque le plus petit observé, chez N. ezannoi, est de 31 %. On peut
en conclure que l’évolution est, en général, plus marquée dans l’appareil
floral que dans l’appareil végétatif. Ces observations apparaissent à l’évi¬
dence sur le diagramme 33 : aucun histogramme ne montre un niveau
vraiment faible pour les caractères floraux, bien que ceux-ci soient, chez
certaines espèces, très inégalement évolués.
A partir de l’ensemble de ces données, nous pouvons tenter quelques
interprétations :
La dissemblance des « profils évolutifs » spécifiques (diagramme 33)
montre que chaque espèce manifeste une spécialisation particulière, par
l’évolution différentielle des différents caractères : dans une certaine mesure,
chaque espèce est évolutivement autonome.
Cependant, les coefficients pondérés de l’ensemble des caractères végé¬
tatifs d’une part, floraux d’autre part (table 32), montrent que l’évolution
ne touche pas également l’ensemble de la plante; chez certaines espèces
elle favorise surtout l’appareil végétatif, ou au contraire l’ensemble floral.
Nous avons donc des espèces dans lesquelles l’évolution affecte surtout
les parties végétatives et dont N. ezannoi, rautaneni ou guineensis sont
de bons exemples; il faut noter que N. ezannoi représente la plus haute
spécialisation (dans le cadre présent) du type biologique vivace : il serait,
végétativement, l’espèce la mieux adaptée aux milieux aquatiques perma¬
nents. Par contre, N. rautaneni ou guineensis semblent remarquablement
illustrer une spécialisation à un cycle biologique annuel; ces deux espèces
présentent des adaptations équivalentes à des milieux temporairement
inondés pourtant fort différents mais à l’égard desquels elles déploient
un même perfectionnement évolutif.
D’autres espèces, comme N. thunbergiana, bosseri ou peltata montrent
un niveau évolutif de l’appareil végétatif très faible qui recouvre d’ailleurs
des types architecturaux divers; malgré cela, ces espèces montrent une haute
spécialisation sur le plan floral, spécialisation beaucoup plus poussée que
celle de N. ezannoi ou guineensis par exemple.
Enfin, chez quelques espèces, l’évolution semble affecter aussi bien
Source : MNHN, Paris
— 452 —
. N-guineensis
N.rautaneni
N. brevipedicellata
N. tenuissima
N. forbesiana
N. moratiana
N. peltata
N. thunbergiana
o 4-1-1-1-1-1-1-1-1-1-1
O 50 lOO
Fig. 34. — Relation entre l'évolution des caractères végétatifs et floraux : en abscisses, moyenne
des cœflicients floraux (table 32,[colonne 2); en ordonnées, moyenne des coefficients végé¬
tatifs (table 32, colonne 1 ).
les organes végétatifs que floraux, la spécialisation biologique apparaît à tous
les niveaux de leur structure et de leur vie ; ainsi, N. forbesiana représente le
stade évolutif ultime des Nymphoides vivaces africains, tandis que N. mora¬
tiana représente une adaptation équivalente, encore améliorée cependant
par sa biologie annuelle qui le libère de la contrainte des eaux permanentes.
En résumé, nous pouvons reconnaître des espèces évoluées végétati-
vement tandis qu’elles demeurent floralement relativement primitives (N.
ezannoi, brevipedicellata, rautaneni et guineensis) ; des espèces floralement très
évoluées mais végétativement simples (N. thunbergiana, bosseri, peltata)
ou encore montrant une adaptation végétative incomplète mais réelle
(N. milnei, elegans ); des espèces hautement spécialisées à tous les points
de vue (N. indica, forbesiana, moratiana). Une espèce enfin est tenue à l’écart
dans ces listes : N. tenuissima montre en effet des tentatives évolutives
aussi bien dans l’appareil végétatif que floral, mais ces essais épars ne lui
confèrent de spécialisation nette à aucun de ces points de vue.
Source : MNHN, Paris
— 453 —
2. — ESSAI DE SYNTHÈSE
ENTRE RELATIONS TAXONOMIQUES ET ÉVOLUTION
Le paragraphe précédent a montré que les espèces pouvaient se grouper
sur des critères évolutifs; peut-on relier cette conception à celle de proximité
taxonomique?
Reprenons le schéma 30; N. thunbergiana occupe une place centrale
dans la région où se pressent de nombreuses espèces affines les unes des
autres; vivace végétativement primitive, elle est très proche des vivaces
hautement évoluées — et dont elle a la fleur — que sont N. indica et N. for-
besiana : ces dernières représentent peut-être un stade supérieur à celui de
N. thunbergiana, dans le sens d’une adaptation à une biologie pérenne.
On peut concevoir que N. brevipedicellata, dont la haute évolution
végétative est semblable à celle de N. indica, représente un essai floralement
peu élaboré, une version à biologie florale simple, du groupe N. indica-
N. forbesiana.
Par l’acquisition d’une biologie annuelle, N. milnei et N. elegans peuvent
représenter une autre direction évolutive de l’appareil végétatif, ces deux es¬
pèces restent relativement au voisinage de N. thunbergiana-, c’est d’ailleurs
encore plus vrai pour le terme ultime de l’évolution végétative dans ce
groupe, N. moratiana, qui est l’équivalent annuel de la vivace hautement
spécialisée N. forbesiana.
Peut-être est-il possible d’imaginer que N. tenuissima donne un exem¬
ple de tentatives évolutives multidirectionnelles peu avancées, tandis que
N. guineensis et N. rautaneni montrent une adaptation végétative nette
et une tentative d’adaptation florale évidente surtout chez N. rautaneni.
Ces espèces représenteraient alors des directions évolutives qui seraient
des variantes peu élaborées, à biologie florale encore rudimentaire (fleurs
homéostylées), du thème annuel dont l’image la plus achevée est donnée
par N. moratiana.
N. ezannoi et N. bosseri représentent deux tendances évolutives oppo¬
sées par leur orientation végétative d’une part, florale d’autre part; l’aspect
presque exclusif de ces spécialisations leur donne une place à part dans la
conception évolutive exposée ici. Par sa simplicité florale, N. ezannoi peut-il
représenter une variante à biologie florale fruste des vivaces végétativement
très adaptées du type N. indica ?, il est préférable de ne pas se prononcer,
les affinités de N. ezannoi demeurant peu évidentes, à nos yeux 1 . Il en est
de même pour N. bosseri qui, lui, se singularise par sa simplicité végétative;
malgré sa spécialisation florale, il semble prudent de le laisser de côté.
En résumé, les Nymphoides africano-malgaches constituent un ensemble
d’espèces affines les unes des autres dont émergent 2 espèces relativement
plus distantes; dans ce groupe d’espèces, on peut reconnaître une évolution
multidirectionnelle, agissant dans des directions différentes de façon proba-
1. Différents faits tant morphologiques que géographiques (aire soudano-sahélienne
septentrionale) pourraient suggérer pour cette espèce des affinités extra-africaines (par
exemple N. cristata (Roxb.) Kuntze).
Source : MNHN, Paris
— 454 —
blement simultanée, et aboutissant à une spéciation importante à l’échelle
du continent africain.
3. — CONCLUSION BIOGÊOGRAPHIQUE
Si l’on compte actuellement 13 espèces de Nymphoides en Afrique
(y compris Madagascar), nous avons vu qu’une seule, N. indica, est pantro-
picale, toutes les autres étant limitées au continent, et parfois même à une
région très restreinte. Une diversification spécifique s’est donc développée
sur le continent africain, produisant des espèces couvrant une large part
du continent (N. brevipedicellata ou forbesiana par exemple) ou au contraire
des endémiques étroitement localisées (N. tenuissima ou guineensis par
exemple). Ce phénomène de spéciation est assez remarquable par le haut
degré d’évolution de certains de ses produits : parmi les endémiques afri¬
caines ou malgaches se rencontrent des espèces qui se placent au plus
haut niveau de spécialisation dans le genre. Par contre, les formes les plus
primitives ne sont qu’incomplètement représentées sur ce continent. Cela
permet de supposer que l’explosion spécifique des Nymphoides africains
est un phénomène tardif, secondaire à la dispersion des grands éléments
de la famille : le genre Nymphoides s’est diversifié en Afrique, mais son
origine doit probablement être recherchée ailleurs.
Les genres Nymphoides et Villarsia ont l’intérêt de montrer, l’un et
l’autre, une gamme de caractères évolutivement significatifs, et l’on peut
remarquer que les éléments les plus primitifs semblent particulièrement
nombreux dans la région australienne, avec des irradiations en Asie, et
à Madagascar et en Afrique du Sud (N. bosseri et N. thunbergiana, ce
dernier pouvant évoquer une forme ancestrale du groupe formé par la
majorité des espèces africaines). De cette répartition très approximative
des caractères primitifs on retire l’impression que le groupe Villarsia-
Nymphoides pourrait avoir une origine australe, peut-être même gondwa-
nienne; il ne faut cependant pas perdre de vue que l’une des espèces les
plus typiquement primitives, N. peltala, a une répartition boréale, ainsi
que le Menyanthes Irifoliata lui-même : faut-il supposer que leur répar¬
tition actuelle est secondaire, ou relictuelle?
En fait, l’origine géographique de la famille des Menyanthaceæ dans
son ensemble pose encore bien des problèmes; il faut souhaiter que des
études ultérieures viennent résoudre certaines énigmes posées par ce groupe.
S’il est assez restreint numériquement, bien que mondialement réparti,
il présente un intérêt tout particulier des points de vues géographique,
biologique, morphologique et évolutif; on peut même concevoir qu’une
meilleure connaissance des Menyanthaceæ aiderait peut-être à une meilleure
compréhension du vaste ensemble réunissant divers ordres de gamopétales,
et où se placent les Gentianales. Les Menyanthaceæ, malgré leur haute
spécialisation, conservent certains aspects qui en font, dans une certaine
mesure, une unité-clef, une unité-lien, dont la place, dans les classifications
phylogéniques futures, pourrait devenir privilégiée.
Source : MNHN, Paris
INDEX COLLECTORUM DES NYMPHOIDES AFRICANO-MALGACHES
établi par tri automatique sur la calculatrice IBM 1130 du Laboratoire d'Océanographie Physique du Muséum
(programme de tri dichotonique hiérarchisé TRIDI, version 2, J. Raynal 1974).
Sont indiqués : nom du collecteur et numéro, espèce (épithète abrégée en 2 lettres), pays (abrégé en 3 lettres),
localité, herbier(s) de dépôt.
I
!
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 458 —
SOMMAIRE DES DEUX PARTIES
Introduction.
Historique.
ÉTUDE CRITIQUE DES CARACTÈRES MORPHOLOGIQUES
Les principaux caractères classiques.
Recherche critique des caractères distinctifs
But taxonomique et démarche suivie
Description synthétique du genre
Appareil végétatif
Stolons .
Feuilles .
Inflorescence.
Fleur.
Calice.
Corolle .
Androcée . .
Gynécée
Fruit .
Capsule
Graines
Récapitulation des caractères
Biologie et évolution
Bibliographie.
Taxonomie des espèces africano-malgachfs
Distinction des especes.
Clef dichotomique.
Énumération des espèces.
Espèces à exclure .
Relations entre espèces
Essai sur l'évolution des Nymphoides aericano-mai gâches
Appréciation du degré d’évolution.. .
Essai de synthèse entre relations taxonomiques et évolution.
Conclusion biogéographique.
Index collectorum.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
227
228
230
230
231
231
232
232
234
237
245
247
247
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250
253
255
255
259
264
265
269
405
405
408
412
442
442
446
446
453
454
455
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 459-467, 1974
UN EXEMPLE D’APPLICATION
DU TRAITEMENT ÉLECTRONIQUE DE L’INFORMATION
A LA CONSTRUCTION DES CLEFS DICHOTOMIQUES
par J. & A. Raynal
Le traitement électronique de l’information offre aujourd’hui à la
botanique, comme aux activités humaines les plus diverses, des possibilités
techniques insoupçonnées; il autorise, au prix d’un travail modéré, des
opérations dont la durée ou la complication auraient été naguère prohi¬
bitives. Les calculs interminables de la taxonomie numérique seraient
une fastidieuse épreuve et une incontestable perte de temps sans l’aide
de la calculatrice électronique, et la méthode numérique n’aurait pu prendre
son essor actuel sans cet outil essentiel. Les innombrables informations
de tous ordres, stockées dans les grands herbiers, sont la base, au prix
de longues compilations « manuelles », d’une fraction notable de l’infor¬
mation contenue dans les publications botaniques, qu’elles soient mono¬
graphiques, floristiques ou biogéographiques; ces informations pourront
peut-être un jour prochain être traitées, avec infiniment plus de rapidité
et d’efficacité, grâce à ce perfectionnement technologique de premier ordre
qui — et c’est aujourd’hui son seul mais important défaut intrinsèque —
reste coûteux pour des budgets malheureusement limités.
L’application dont il est question ici est différente, plus modeste ; elle pré¬
sente, pensons-nous, un intérêt certain; tout taxonomiste sait quels efforts il
doit parfois déployer quand, traitant d’un groupe difficile, il doit produire,
pour permettre la détermination d’échantillons, la clef dichotomique pra¬
tique, efficace, qui, à l’usage, se révélera à la fois rapide et sûre. Pour un
même groupe taxonomique, pour les mêmes caractères différentiels, le nombre
de clefs possibles est grand. Laquelle choisir, sur quelles bases la construire?
C’est ce problème que s’est attaché à résoudre le D r Pankhurst, de
l’Université de Cambridge, qui a déjà réalisé plusieurs applications inté¬
ressantes de l’informatique à ce domaine. Il a bien voulu nous prêter— et
nous l’en remercions ici très vivement — un programme constructeur
de clefs, rédigé, par lui-même, en langage Fortran 1 . Les données traitées
par ce programme sont, d’une part, une fraction « lexique » mettant en
correspondance des codes numériques et les mots ou expressions décrivant
les caractères utilisés et les taxons traités, d’autre part une matrice numé¬
rique dont les rangs sont les taxons, les colonnes les caractères (exactement
1. Voir Pankhurst, R. J., Botanical keys generated by computer, Watsonia 8 :
357-368 (1971).
Source : MNHN, Paris
— 460 —
comme la matrice de données d’un travail de taxonomie numérique).
Au lieu de comptabiliser des différences et des distances entre espèces,
ce programme recherche, en fonction des différences de profils descriptifs
spécifiques, à définir une arborescence dichotomique conduisant à chacun
des taxons, ceci de manière à ce que le nombre des questions posées à l’uti¬
lisateur soit minimal, en fonction aussi de la priorité attribuée au départ
aux divers caractères. L’existence de cette priorité, définie par un code
numérique, permet de tenir compte soit de la facilité d’observation du
caractère, soit de sa fiabilité, ou encore du domaine d’utilisation de la clef
(par exemple clefs sur les seuls caractères végétatifs, etc.).
Le but du programme est non seulement de définir l'arborescence
optimale mais aussi de l’éditer « en clair » sous une forme classique direc¬
tement utilisable.
Nous avons appliqué ce programme à deux groupes de plantes très
différentes, étudiés respectivement par chacun de nous, et qui font l’objet
d’articles distincts dans ce même volume 1 .
Le traitement a été effectué sur la calculatrice Cil 10070 de l’Atelier
d’informatique de l’Université de Paris, grâce à M me F. Madaule, que
nous remercions très sincèrement pour son amabilité.
Les Nymphoides africano-malgaches (13 espèces et 1 hybride, 40 carac¬
tères) constituent un groupe à la fois taxonomiquement difficile par son
homogénéité et d’étude techniquement délicate, car l’herbier conserve très
mal certains caractères importants. Il a été établi, après un premier essai
non reproduit ici, deux clefs, l’une destinée au travail de terrain, l’autre
aux identifications d’herbier; ces deux clefs distinctes ont été obtenues,
bien entendu, en « dosant » de façon différente les diverses priorités de
caractères. La liste des caractères et des priorités correspondant respec¬
tivement aux deux clefs est donnée par la table 1.
CLEF DES NYMPHOIDES D’AFRIQUE ET MADAGASCAR
1. Version « Terrain »
1. Corolle longue de plus de 15 mm.
2. Calice appliqué à la corolle; anthères 1-1,8 mm.
3. Souche rampant horizontalement; stolons flottants nuis; feuilles
flottantes partiellement stériles; pétiole moins de 15 mm; limbe
foliaire plus long que large, mince; inflorescence de moins de
10 fleurs; bractées env. 1 cm; corolle à tube n’égalant pas le tiers
de sa longueur; glandes interstaminales sessiles; glandes hypogynes
glabres; capsule ne dépassant pas le calice; graine moins de 1,3 mm.
13. N. bosseri
3'. Souche courte; stolons flottants présents; feuilles flottantes toutes
fertiles; pétiole dépassant 15 mm; limbe foliaire suborbiculaire,
coriace; inflorescence de plus de 10 fleurs; bractées moins de 1 cm;
corolle à tube dépassant le tiers de sa longueur; glandes inter¬
staminales pédicellées; glandes hypogynes ciliées; capsule dépassant
le calice; graine 1,3-2,5 mm 14. N. indica x brevipedicellata
I. A. Raynal, Le genre Nymphoides (Menyanthaceæ) en Afrique et à Madagascar,
2 e partie : Taxonomie, Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 405-458 (1974).
J. Raynal, Notes cypérologiques 22. Les Costularia de Nouvelle-Calédonie, Adan¬
sonia, ser. 2, 14 (3) : 337-377 (1974).
Source : MNHN, Paris
— 461 —
Numéro et énoncé des caractères
Codification
DE LA PRIORITÉ DES CARACTÈRES
Version
Version
1 Souche/Durée.
0
— 1
2 Souche/Port
1
3 Stolons flottants/Présence
4 Feuilles stériles sur stolons
5 Nœuds flottants .'Racines fusiformes
0
0
h Feuilles flottantes /Fertilité
0
7 Feuilles submergées ulviformes
X Pétiole .'l ongueur
0
0
9 Limbe foliaire Forme
10 Limbe foliaire Face inférieure
0
Il Limbe foliaire/lexture
0
— 1
12 Inflorescence .. Richesse ...
0
0
13 Bractées Longueur .
0
14 Pcdiccllcs Longueur
15 Calice Port .
16 Fleurs'Sexes.
1
17 Fleurs .Hétérostyhe
0
IX Fleurs/Couleur
1
19 Corolle. Longueur.
20 Corolle Longueur relative du tube
0
— 1
21 Corolle Ornementation des lobes
1
22 Anthères /Longueur
1
23 Glandes miersiaminalcs Présence
1
24 Glandes intcrsiaminales.'Pedicelle .
0
— 1
25 Glandes interstammales/Villosité
0
— 1
26 Ci landes hynogynés Présence
0
27 Glandes hypogynes. Pilosité
2X Carpelles'Nombre .
1
29 Stigmates/Forme générale
1
30 Stigmates. Forme des lobes
1
31 ( apsule Forme .
32 Capsule Taille relative au calice
1
.33 < apsule Nombre de graines
34 Placentas Épaisseur.
35 Graine ( ontour.
36 Graine .'Aplatissement.
0
.37 Graine Taille.
0
3X Graine. Sillon
39 Parois cellules du test
40 Funicule /Longueur.
1
Table 1. — Liste des caractères utilisés
pour construire les clefs des Nymphoides africano-malgaches
et degrés de priorité affectés aux caractères dans les deux versions.
Source : MNHN, Paris
— 462 —
2'. Calice étalé à l'anthèse; anthères dépassant 1,8 mm.
4. Fleurs blanches ; stolons flottants présents ; pétiole dépassant 15 mm ;
glandes interstaminales à villosités de moins de 0,8 mm; capsule
ne dépassant pas le calice, à plus de 25-30 graines. 3. N. indien
4'. Fleurs jaunes; stolons flottants nuis; pétiole moins de 15 mm;
glandes interstaminales à villosités dépassant 0,8 mm; capsule
dépassant le calice, à 3-25 graines. 4. N. thunbergiana
1'. Corolle 10-15 mm.
5. Carpelles (2-) 3 (-5); pétiole dépassant 15 mm; limbe foliaire coriace;
stigmates papilleux; capsule globuleuse, à plus de 25-30 graines; pla¬
centas épais . 2. N. brevipedicellaia
5'. Carpelles constamment 2.
6. Capsule allongée; feuilles submergées ulviformes présentes. 8. N. elegans
6'. Capsule ovoïde.
7. Inflorescence de plus de 10 fleurs. 5. N. forbesiana
T. Inflorescence de moins de 10 fleurs.
8. Fleurs hétérostylées; capsule ne dépassant pas le calice;
glandes interstaminales à villosités dépassant 0,8 mm 6. N. moratiana
8'. Fleurs homéostylées; capsule dépassant le calice; glandes
interstaminales à villosités de moins de 0,8 mm. 9. N. humilis
1". Corolle longue de moins de 10 mm.
9. Calice appliqué à la corolle.
10. Fleurs jaunes; capsule globuleuse; stolons flottants présents; feuilles
flottantes toutes fertiles; limbe foliaire suborbiculaire; glandes
interstaminales pédicellées; glandes hypogynes présentes; stig¬
mates papilleux; graine suborbiculaire, bombée lenticulaire. 10. N. rautaneni
10'. Fleurs blanches; capsule allongée; stolons flottants nuis; feuilles
flottantes partiellement stériles, limbe foliaire plus long que large;
glandes interstaminales sessiles; glandes hypogynes nulles; stigmates
à lobes finement membraneux laciniés; graine allongée, aplatie.
12. N. tenuissima
9'.
Calice étalé à l'anthèse.
11. Fleurs blanches; glandes interstaminales nulles; souche vivace
épaisse; limbe foliaire spongieux en dessous; inflorescence de plus de
10 fleurs; corolle à lobes cristés; glandes hypogynes nulles; stigmates
en tête fendue; capsule globuleuse, dépassant le calice; graine
sillonnée sur la carène .1. N. ezannoi
11'. Fleurs jaunes; glandes interstaminales présentes.
12. Stigmates à lobes finement membraneux laciniés ; stolons flottants
nuis; feuilles flottantes partiellement stériles; limbe foliaire
plus long que large; fleurs hétérostylées; glandes hypogynes
ciliées; capsule ovoïde, à 3-25 graines; graine 1,3-2,5 mm 7. N. milnei
12'. Stigmates papilleux; stolons flottants présents; feuilles flottantes
toutes fertiles; limbe foliaire suborbiculaire; fleurs homéo¬
stylées; glandes hypogynes glabres; capsule aplatie, à norma¬
lement 2 graines; graine longue de plus de 2,5 mm 11. N. guineensis
2. Version « Herbier »
1. Capsule ne dépassant pas le calice.
2. Capsule aplatie, à normalement 2 graines, fleurs homéostylées 11. N. guineensis
2''. Capsule allongée.
3. Pédicelles 25-40 mm; feuilles submergées ulviformes présentes;
limbe foliaire suborbiculaire; bractées moins de 1 cm; corolle
10-15 mm; capsule à 3-25 graines; cellules du test à parois toutes
droites . 8. N. elegans
Source : MNHN, Paris
— 463 —
3'. Pédicelles moins de 25 mm; feuilles submergées ulviformes nulles;
limbe foliaire plus long que large; bractées env. 1 cm; corolle longue
de plus de 15 mm; capsule à plus de 25-30 graines; cellules du test
à parois toutes sinueuses. 13. N. bosser /
2'. Capsule ovoïde.
4. Stolons flottants nuis; limbe foliaire plus long que large; corolle
longue de moins de 10 mm; anthères moins de 1 mm; cellules du
test à parois sinueuses sur la carène, pas ailleurs. l.N.milnei
4'. Stolons flottants présents; limbe foliaire suborbiculaire.
5. Pétiole dépassant 15 mm; fleurs blanches; inflorescence de plus
de 10 fleurs; corolle longue de plus de 15 mm ; anthères dépassant
1,8 mm; capsule à plus de 25-30 graines. 3. IV. indica
5'. Pétiole moins de 15 mm; fleurs jaunes; inflorescence de moins
de 10 fleurs; corolle 10-15 mm; anthères 1-1,8 mm; capsule
à 3-25 graines . 6. N. moratiana
1. Capsule dépassant le calice.
6. Carpelles (2-) 3 (-5) . 2. N. brevipedicellaia
6'. Carpelles constamment 2.
7. Graine allongée aplatie, limbe foliaire plus long que large 12. N. tenuissima
7'. Graine suborbiculaire.
8. Graine sillonnée sur la carène; corolle à lobes cristés; stigmates
en tête fendue . 1. N. ezannoi
8'. Graine sans silllon.
9. Pétiole dépassant 15 mm . 14. N. indica x brevipedicellaia
9'. Pétiole moins de 15 mm.
10. Capsule globuleuse; pédicelles moins de 25 mm; corolle
longue de moins de 10 mm; anthères moins de 1 mm.
10. N. raitta neni
10'. Capsule ovoïde.
11. Pédicelles 25-40 mm; inflorescence de moins de
10 fleurs; fleurs homéostylées . 9. N. humilis
11'. Pédicelles dépassant 40 mm.
12. Stolons flottants nuis; anthères dépassant
1,8 mm; corolle longue de plus de 15 mm;
cellules du test à parois toutes sinueuses.
4. N. thunbergiana
12'. Stolons flottants présents; anthères 1-1,8 mm;
corolle 10-15 mm; cellules du test à parois
sinueuses sur la carène, pas ailleurs 5. N. forbesiana
Pour les Costularia néo-calédoniens (12 espèces, 27 caractères), dont
les caractères se conservent bien en herbier, il n’a pas paru nécessaire
de produire deux clefs. La clef résultante est reproduite dans la planche 2
par clichage direct, pour montrer la présentation très satisfaisante directe¬
ment obtenue à la sortie de la calculatrice.
Les temps de calcul pour les trois clefs réalisées ont été respectivement
de 9, 10 et 7 secondes. La perforation d’un jeu de cartes de données prend
moins d’une demi-heure.
Il est intéressant de comparer ces clefs « automatiques » à celles publiées
dans les articles cités, qui ont été réalisées de la façon classique, avant de
procéder aux traitements électroniques, excluant ainsi toute influence indé¬
sirable. La comparaison est frappante en ce qui concerne les Costularia-,
les deux clefs obtenues sont très semblables, mis à part le fait que, dans
la clef « manuelle », les espèces 10 et 11, au port très caractéristique,
Source : MNHN, Paris
— 464 —
ont été « sorties » en tête de la clef, obéissant ainsi à une pratique
courante.
La similitude profonde entre les deux clefs s’explique assez bien par
la structure même du « graphe taxonomique » des Costularia néo-calé¬
doniens, chaîne constituée de deux blocs d’espèces à peu près équivalents,
que séparent deux caractères d’observation facile, en complète corrélation;
d’après de telles données, l’arborescence optimale de clef devait forcément
être semblable au graphe taxonomique; c’est bien ce que l’on constate.
Bien entendu, le résultat aurait été autre si les caractères « Feuilles distiques/
tristiques » et « Nervure médiane distincte/indistincte » avaient été déli¬
bérément écartés (en les affectant d’une priorité basse) : cela n’avait aucun
intérêt pratique.
La situation est assez différente pour les Nymphoides, qui d’une part
constituent, taxonomiquement, un bloc assez homogène où nulle coupure
ne s’impose, et dont, d’autre part, les caractères distinctifs sont d’obser¬
vation plus ou moins aisée suivant les conditions de travail. La clef de terrain,
qui travaille d'après des caractères dont la plupart sont censés être aisé¬
ment observables, prête sans doute moins le flanc à la critique que la clef
d’herbier; en effet, en herbier, les spécimens peuvent être — et sont en
général — incomplets de bien des façons différentes; ici les fleurs manquent,
là ce sont les fruits; ce n’est pas, en herbier, une, mais bien plusieurs clefs,
dont on devrait disposer. Et si la clef obtenue ici présente la faiblesse de
démarrer d’après les caractères des capsules, il faut se dire que par cette
méthode, en introduisant, au prix d’un effort minime, des données de
priorité différentes, on pourrait obtenir en un temps négligeable plusieurs
clefs différentes. S’il est, bien sûr, impossible de concevoir, sous forme
imprimée, figée, l’idéale clef polythétique , construite au fur et à mesure
de la détermination variable au gré des caractères disponibles, que d’autres
applications de l’informatique permettent de réaliser, il faut reconnaître
que la production, par le présent programme, d’un ensemble de clefs
monothétiques judicieusement choisies constitue un moyen terme de grande
utilité pratique.
Les clefs présentées ici ne sont pas exemptes de défauts, que nous allons
essayer de passer en revue :
1. Les questions successives de la clef sont constituées chacune d’une
séquence de questions élémentaires comprenant :
— un terme localisant la question, généralement le nom de l’organe
auquel elle s’applique (ex. : Souche),
— un terme exprimant l’état du caractère considéré pour le rameau
dichotomique concerné (ex. : Rampant horizontalement).
Lorsque diverses questions s’appliquent au même organe, le terme
localisateur est chaque fois répété, ainsi, dans la clef des Costularia (pl. 2),
branche 3 : « Limbe pubescent au moins en dessous, limbe à section en V ».
Ceci ne présente qu’une gêne minime pour une utilisation directe de la
clef. Dans le cas d’une publication, il sera préférable de supprimer ces répé¬
titions; c’est ce qui a été fait pour les clefs de Nymphoides.
Source : MNHN, Paris
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PI. 2. — Clef des C
I
Source : MNHN, Paris
— 466 —
2. On est généralement habitué à énumérer, dans une question compo¬
site, les caractères selon une certaine séquence prédéterminée ; par exemple,
on suivra l’ordre habituel des descriptions morphologiques (souche, tige,
feuille, inflorescence, fleur, etc.); on pourra aussi désirer énumérer les
caractères dans un ordre de facilité d’observation, ou de fiabilité, décrois¬
santes. Ici l’ordre d’énumération des caractères correspond toujours à cette
dernière forme : les caractères prioritaires sont édités les premiers, et
ceci dans l’ordre de la liste initiale (qui ici correspond à l’ordre descriptif);
puis viennent, dans le même ordre, les caractères non prioritaires. C’est
pourquoi, dans la clef des Nymphoides, version terrain, branche 11, on
trouve par exemple la séquence : « Fleurs blanches; glandes interstaminales
nulles; souche vivace épaisse... » qui est assez inhabituelle.
Ces critiques sont mineures; elles ne s’opposent ni à une utilisation
très fructueuse des clefs obtenues, ni à la publication, celle-ci au prix d’un
petit nombre de remaniements de détail. D’autre part, il serait possible,
sans modifications profondes du programme, de remédier à ces légers
défauts en apportant au sous-programme d’édition quelques perfec¬
tionnements.
Nous en arrivons à des critiques plus importantes :
3. La clef construite automatiquement ne retient, pour édition, à un
niveau donné de la dichotomie, que les caractères en opposition absolue
dans les deux branches. Si, par exemple, dans un rameau aboutissant à
3 espèces, le caractère « couleur des fleurs » se répartit de la façon suivante
(sans préjudice, bien sûr, des autres critères différentiels) :
/Fleurs blanches
^/Fleurs jaunes
N "'Fleurs blanches
1
2
3
La clef retiendra, en B, les caractères « fleurs jaunes » et « fleurs blan¬
ches » respectivement pour les branches 2 et 3. Mais, en A, le caractère
sera omis, même s’il peut paraître utile d’éditer, pour le seule branche 1,
l’information « fleurs blanches ». En d’autres termes, le programme ne fait
état, au niveau d’une dichotomie, que des caractères ayant des valeurs
constantes et opposées dans chaque branche.
4. Le programme ne traite que des classes de valeurs de caractères
uniformes dans l’ensemble de la clef. Il ne travaille pas sur les valeurs
réelles propres à chaque taxon — qui peuvent constituer, dans leur ensem¬
ble, une série ± continue, mais dont certaines valeurs peuvent devenir
utilement distinctives dans une fraction de la dichotomie. On peut même
ainsi obtenir des phrases descriptives qui, à la limite, peuvent être tenues
pour fausses, parce que la valeur éditée du caractère correspond à une classe
trop large pour s’appliquer à un taxon unique.
Ainsi, dans la clef des Costularia, il n’a pas été possible, en raison
Source : MNHN, Paris
— 467 —
de recouvrements de valeurs trop importants, de considérer plus de 4 classes
pour les largeurs de feuilles : 0,5-1 mm, 1-3 mm, 3-10 (-18) mm et 10-25 mm.
Ainsi, dans la branche 4, on trouve « Feuilles linéaires (3-10-18 mm) »
qui s’applique bien aux deux espèces C. arundinacea et C. brevisela. Mais,
plus bas, en 8, pour l’espèce C. nervosa, l’étendue de valeurs 3-18 mm est
trop grande. Certes, on peut s’efforcer de limiter cet effet au maximum
en choisissant avec le plus grand soin les classes de valeurs; mais, dans le
cas présent, il était difficile de faire autrement. Une clef « manuelle », bien
entendu, mentionnerait dans des branches distinctes de la dichotomie,
des valeurs de caractères sans rapport les unes avec les autres, ce que ne
peut faire le programme présent.
Là encore, les défauts enregistrés peuvent être corrigés aisément par
l’auteur des clefs. Mais on ne peut imaginer de modifier le présent pro¬
gramme de manière à utiliser, par exemple, les valeurs réelles des caractères
pour chaque espèce; ceci correspondrait à une structure informatique
complètement différente, donc à l’écriture d’un nouveau programme.
Quoi qu’il en soit, nous ne pensons pas que les quelques critiques
énumérées ci-dessus puissent contrebalancer l’avantage incontestable qu’on
peut tirer de l’utilisation de cette méthode. Il ne faut pas sous-estimer
la quantité de travail que nécessite la construction d’une bonne clef. Trop
de clefs dichotomiques, encore aujourd’hui, sont établies sans soin; on y
trouve des erreurs très regrettables, telles que des contradictions entre les
niveaux différents d’une même ramification, ou encore l’énoncé, dans une
dichotomie, de deux caractères qui ne se correspondent pas, etc. L’utilisation
d’un programme tel que celui-ci rend totalement impossibles de telles
erreurs, ce qui est extrêmement appréciable. En outre, il permet d’obtenir,
par simple variation des priorités de caractères, pratiquement sans travail
supplémentaire, un nombre élevé de clefs, qui pourront être comparées,
et desquelles on pourra aisément extraire la ou les plus satisfaisantes.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 469-472, 1974.
COMPLÉMENT AU GENRE AMPH1BLEMMA (MÉLASTOMACÉES) :
DESCRIPTION D’UNE ESPÈCE NOUVELLE
par H. Jacques-Félix
Summary: A new species of Amphiblemma is described from Cameroons.
Peu après une révision (Adansonia, ser. 2, 13 : 429-459, 1973) qui
insistait déjà sur la richesse de la forêt camerouno-gabonaise en Amphi¬
blemma endémiques, voici qu’une dernière récolte de R. Letouzey permet
d’y ajouter encore une espèce.
Amphiblemma letouzeyi Jac.-Fél., sp. nov. - PI. 1.
A A. setosi Hook.fl, foliis oblongis, 3-nervatis, longissime deorsum ciliatis ; pedicellis
florum longioribus differl; a A. cuneati Jac.-Fél., foliis basi auriculo-cordatis, longissime
deorsum ciliatis; pedicellis florum longioribus differt.
Frutex pauciramosus, 0,80 m ait us ; ramis primo furfuraceis, demum glabris. Folia
opposita, vel pseudoverticillata ; petiolo gracili, 3-4 cm longo, furfuraceo. Lamina oblonga,
vel elliptico-oblonga, 2x7 cm, basi auriculo-cordata ; acumine obtuso, retuso vel mucro-
nato ; supra glabra, subtus glabrescens ; 3-nervis; marginibus deorsum angulatis longissime
ciliatis.
Cymæ terminales, multifloræ. Flos pedicello 5-10 mm longo. Receptaculum anguste
obconicum, 3x5 mm ; lobi calycis dentiformes, triangulari, acuti, leviter setulo-glandulosi.
Corolla rosea; petalis 17 mm longis. Stamina majora, anthera 6 mm longis ; pedoconnectivo
arcuato, 5 mm longo, antice producto, appendice 2 mm longo, claviformi ; fiiamento 6 mm
longo. Stamina minora, anthera 6 mm longis; connectivo 0,5 mm longo, antice producto,
appendice obtuso vel bilobato, postice calcarato obtuso ; fiiamento 5-6 mm longo. Ovarium
inclusum, ver lice concavum ; margo coronae 5 setis centripetis. Stylus linearis, 10 mm longus.
Fructus obconicus, vix costatus; pedicello robusto, 15-20 mm longo; ovario crateri-
formi, receptaculum æquanti. Semina oblonga, 1,6 mm longa, raphe in appendicem tumidam
superantem producta.
Type : Letouzey 12705 (holo-, P; iso-, YA).
Arbrisseau peu ramifié, dressé, atteint 0,80 m. Rameaux d’abord sub-
quadrangulaires, furfuracés, avec quelques soies courtes, capitées, sur les
nœuds, puis glabrescents et arrondis. Feuilles opposées, ou parfois en faux
verticille de quatre par raccourcissement d’un entrenœud sur deux, longue¬
ment pétiolées, parfois quelque peu inégales sur le même nœud, glabres-
centes; pétiole grêle, jusqu’à 4 cm, arrondi, densément furfuracé, parfois
avec quelques soies courtes, capitées, vers le sommet; limbe 2x7 cm.
Source : MNHN, Paris
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PI. I. — Amphiblcmma Ictouzcyi Jac.-Fél. : 1, aspect général X 2/3; 2, jeune fruit peu après
l'anlhèse x 4; 3, jeune fruit en coupe partielle montrant la couronne épigyne x 4;4,petite
et grande étamines x 6; 5, graine x 18 (Letouzey 12705).
Source : MNHN, Paris
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sub-auriculé et étroitement cordé à la base, avec acumen obtus variablement
mucroné ou échancré, glabre au-dessus, glabrescent en dessous avec quelques
soies courtes, capitées, très éparses, plus fréquentes vers le haut près des
marges; trois nervures ascendantes peu visibles dessus, modérément saillan¬
tes et furfuracées dessous, les latérales submarginales, les transversales
lâches et pratiquement non visibles; marges 2-4-anguleuses sur la base
auriculée avec, sur les angles, de long cils rougeâtres atteignant 3 cm, puis
entières vers le haut mais souvent avec un dernier cil plus court avant
le milieu.
Cymes terminales (parfois quelques-unes plus réduites sur des rameaux
latéraux anticipés) sessiles au-dessus d’une couronne de quatre à huit feuilles
normales, ombelliformes, formées de cymes unipares digitées, groupant de
huit à seize fleurs longuement pédicellées; axes contractés, furfuracés, brac-
téoles subulées, longues de 1 mm. Fleur à pédicelle de 5 à 10 mm; récep¬
tacle obconique, 3x5 mm, furfuracé; calice à limbe ondulé de 2 mm,
lobes sépalaires réduits à des dents triangulaires de 1 à 2 mm, portant
quelques soies courtes, capitées. Corolle rose, pétales longs de 17 mm,
apiculés à l’apex. Grandes étamines à anthère de 8 mm; pédoconnectif
arqué, long de 5 mm, prolongé d’un appendice antérieur claviforme de
2 mm; filet long de 6 mm. Petites étamines à anthère de 6 mm; connectif
0,5 mm, pourvu d’un appendice antérieur de 0,5 mm, entier à bilobé, et
d’un ergot postérieur obtus; filet long de 5-6 mm. Ovaire profondément
inclus, adhérent sur toute la longueur des loges, partie libre formée par
la couronne épigyne cratériforme, chaque écaille à marge droite avec un
mucron centripète; style long de 10 mm, filiforme, stigmate punctiforme.
Fruit long de 7 mm, d’abord urcéolé par constriction du calice mar-
cescent au-dessus de la couronne qui atteint le rebord du réceptacle, puis
finalement obconique, porté par un pédicelle robuste, long de 15 à 20 mm.
Graines oblongues, 1,6 mm, avec raphé latéral sillonné et expansé vers
le haut en une vésicule latérale bilobée.
Cameroun : Letouzey 12705, colline Nkol Tsia, à 18 km NW de Bipindi; abondant
parmi le chaos rocheux boisé et arbustif vers le sommet nord de la colline. Ht. 0,80 m ;
longs poils rougeâtres à la base du limbe, celui-ci vert foncé au-dessus; fleurs roses avec
poils glanduleux au bord du calice (12 janv. 1974); J.-F. Villiers 778,826. ( févr., mars 1974),
même localité.
Cet Amphiblemma est tout à fait remarquable par ses caractères foliaires
et, malgré les affinités florales, ne saurait être confondu, ni avec A. setosum,
le plus anciennement connu, ni avec ceux plus récemment décrits du même
groupe. Même en tenant compte de l’insuffisance de nos recherches sur
le terrain, il est permis de supposer qu’il n’existe que sur cette colline. En
effet, la prospection par R. Letouzey de l’une de ces stations particulières
que sont les pointements rocheux isolés en forêt, en permettant de corriger
une aire de groupe, non par la découverte de l’une des espèces connues
plus au sud, mais par celle d’une espèce inédite, confirme l’endémicité
des Amphiblemma du groupe A. setosum. Certes il est bien d’autres genres
qui, sur des régions aussi restreintes, comptent davantage d’espèces, parti-
Source : MNHN, Paris
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culières ou non à des biotopes distincts, mais dont les aires se superposent
et qui sont bien isolées génétiquement. Dans le cas de nos Amphiblemma,
pas tellement nombreux mais peu répandus, on peut se demander dans
quelle mesure se maintiendraient les espèces, si prenait fin l’isolement géo¬
graphique qui en protège la diversité.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 473-480, 1974.
A PROPOS DU GENRE TARENNA (RUBIACECÆ.-GARDENIÆ)
EN NOUVELLE-CALÉDONIE
par J. Jérémie
Summary: A new species of Tarenna from New Caledonia is described and five
new combinations are established; a key to ail species is added.
La première étude des Tarenna (genre de Rubiaceæ-Gardeniæ de l’ancien
monde tropical et subtropical) néo-calédoniens a été faite par Guillaumin
en 1914; cet auteur signalait alors l’existence dans ces îles de 4 espèces
et d’une variété qu’il a décrites sous le nom de Chomelia, genre établi
par Linné en 1737; par la suite, 3 nouvelles espèces venaient s’y ajouter,
toutes décrites dans le genre Chomelia L. Les auteurs modernes ont adopté
le nom de Tarenna Gaertner (1788) pour désigner ces plantes de l’ancien
monde, afin d’éviter toute confusion avec un petit genre américain d’une
autre tribu de Rubiaceæ, Chomelia Jacquin (1760).
Une proposition formulée par J. E. Dandy dans Taxon 18 : 470
(1969) pour la conservation du nom générique Tarenna Gaertn. n’a pas
été acceptée par la commission compétente, celle-ci ayant suggéré que la
meilleure solution serait de proposer la conservation de Chomelia Jacq.
(Taxon 19 : 817 (1970)). Effectivement, si Chomelia Jacq. est conservé
devant Chomelia L., le problème de la conservation de Tarenna Gaertn.
ne se pose plus. Il est très probable que c’est le conseil de la commission
qui sera suivi. Cette décision est attendue avec espoir : elle permettrait
de stabiliser définitivement les appellations d’un nombre considérable d’es¬
pèces, en évitant à la fois de nombreuses confusions, la création d’un nouveau
nom de genre pour remplacer Chomelia Jacq., et de nombreux changements
de noms spécifiques dans deux genres.
Nous avons examiné l’ensemble des spécimens conservés au Muséum
national d’Histoire naturelle de Paris, et quelques autres échantillons qui
nous ont été obligeamment prêtés par les Herbiers de Montpellier et de
Zurich; l’étude de cet important matériel nous a permis de reconnaître
8 espèces de Tarenna pour la Nouvelle-Calédonie (dont une nouvelle décrite
ci-après) et une variété. Nous sommes par ailleurs amené à proposer
5 combinaisons nouvelles.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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CLÉ DES TARENNA NÉO-CALÉDONIENS
I. Feuilles verticillées par 3; lobes de la corolle entièrement glabres... 1. T. verticillaia
1'. Feuilles opposées-décussées; lobes de la corolle poilus dans la région
centrale au moins à la base.
2. Ovaire costulé; fruit ovoïde à 5-6 côtes très saillantes; calice à dents de
0,7-1 mm de hauteur; style parfois pubescent dans la région centrale.
. 2. T. leioloba
2'. Ovaire dépourvu de côte; fruit globuleux sans côte; calice tronqué
ou à dents ne dépassant pas 0,5 mm de hauteur; style toujours entiè¬
rement glabre.
3. Limbe foliaire ± pubescent à la face inférieure; jeunes entrenœuds
pubescents ou pubérulents.
4. Limbe de (5) 8-13 x (2,5) 3,5-5 cm; pédicelles de 3-8 mm
de longueur.
5. Ovaire à poils ascendants; pétiole velu; jeunes entrenœuds
densément velus; limbe foliaire nettement velu à la face
inférieure; stipules velues extérieurement; inflorescences à
pilosité dense; pédicelles de 3-6 mm de longueur... 3 .T. truncatocalyx
5'. Ovaire glabre; pétiole glabre; jeunes entrenœuds médio¬
crement velus; limbe foliaire sub-glabre (quelques très petits
poils à la face inférieure) ; stipules sub-glabres extérieurement ;
inflorescences à pilosité médiocre; pédicelles de 6-8 mm
de longueur . 3 bis. T. truncatocalyx var. artensis
4'. Limbe de 17-20 x 7-9 cm; pédicelles de 1,5-3 mm de longueur
. 4. T. lifouana
3'. Limbe foliaire entièrement glabre; jeunes entrenœuds glabres.
6. Stipules de 10-18 mm de longueur; bractéoles ultimes abortives
ne dépassant pas 0,2 mm de longueur; inflorescences de 6-13 cm
de longueur.
7. Limbe foliaire de 8-14 cm de longueur; pétiole long de
12-15 mm; stipule à limbe très élargi au-dessus de la partie
tubulaire; pédoncules des inflorescences, pédicelles et ovaires
glabres; pédicelles de 8-10 mm de longueur; anthères de
4-6 mm de longueur . 5. T. unioensis
7'. Limbe foliaire de 14-25 cm de longueur; pétiole long de
30-50 mm; stipule à limbe réduit au-dessus de la partie
tubulaire; pédoncules des inflorescences, pédicelles et ovaires
finement pubescents ou pubérulents; pédicelles de 2-7 mm
de longueur; anthères de 2,5-3 mm de longueur... 6. T. ignambiensis
6'. Stipules de 2-6 mm de longueur; bractéoles ultimes d’au moins
0,7 mm de longueur; inflorescences de 2-5 cm de longueur.
8. Stipules de 2-3 mm de longueur; limbe foliaire de 2,5-6 cm
de longueur; poils glandulaires à la face interne du calice;
sommet des lobes de la corolle atténué sub-aigu... 7. T. microcarpa
8'. Stipules de 4-6 mm de longueur; limbe foliaire généralement
de 6-9 cm de longueur; pas de poils glandulaires à la face
interne du calice; sommet des lobes de la corolle arrondi
ou rétusé, mais jamais aigu . 8. T. rhypalostigma
1. Tarenna verticillata J. Jérémie, sp. nov.
Frutex 1,5-2 m altus ; internodia glabra; stipula; 3, 6-11 mm longæ, acutæ; folia
3-verticillata lamina glabra 6-11 x 2,5-4 cm; nervi secundarii 8-11 jugi. Inflorescentia
corymbiformis glabra ; calyx 4-5 (6) dentatus, dentibus triangularibus 0,8-1,5 mm longis ;
corolla alba-flavida tubo 2,5-3,5 mm longo extra glabro, intus barbato, lobis glabris 4-5 mm
longis. Stamina exserta ; antheræ 3-4 mm longæ. Stylus filiformis cum pilis in medio. Ova-
Source : MNHN, Paris
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Carte 1. — Répartition de Tarenna leioloba (Guillaumin) S. Moore, Tarenna unioensis (Guillau¬
min) J. Jérémie, Tarenna microcarpa (Guillaumin) J. Jérémie, Tarenna lifouana (Daniker)
J. Jérémie.
rium biloculare paucicostulatum ; placentæ peltatæ 4-7 ( 8 ) ovulatæ. Fructus globosus 8 mm
diam. ecostalus 10-15 seminibus.
Ab alleris speciebus foliis 3-verticillalis , 3 slipulis, lobisque corollæ omnino glabris,
differt.
Type : MacKee 24942, Négropo (holo-, P!).
Source : MNHN, Paris
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Arbuste de 1,5-2 m de hauteur; entrenœuds cylindriques, ridés à sec,
glabres. Stipules interpétiolaires de 6-11 mm de longueur, aiguës, glabres
extérieurement, à base souvent seule persistante. Feuilles verticillées par 3;
pétiole glabre, de 7-15 mm de longueur, à peine canaliculé à la face supé¬
rieure; limbe elliptique, face supérieure brillante à sec, dessous moins brillante
et plus claire, entièrement glabre, de 6-11 x 2,5-4 cm; marge révolutée
à sec, sommet arrondi, base symétrique; nervure médiane proéminente
à la face inférieure ainsi que les 8-11 paires de nervures secondaires.
Inflorescences terminales multiflores en panicules ± corymbiformes,
de 3-4,5 cm de longueur, à axes principaux aplatis de 1-2,5 cm de longueur,
à bractéoles abortives, les ultimes longues de 0,2-0,5 mm et recaulescentes.
Pédicelles glabres de 1-9 mm de longueur. Bouton arrondi au sommet.
Fleur blanc jaunâtre, odorante. Calice à 4-5 (6) dents de 0,8-1,5 mm de
hauteur ± triangulaires, entièrement glabre extérieurement, très médio¬
crement cilié intérieurement et sur la marge, dépourvu de poils glandulaires
à la face interne. Tube de la corolle cylindrique de 2,5-3,5 mm de longueur,
barbu intérieurement dans la zone située juste en dessous de la gorge,
glabre extérieurement ; 5 lobes confortés dans le bouton, arrondis au sommet,
de 4,5 x 1,5-3 mm, entièrement glabres. 5 étamines exsertes insérées à la
gorge de la corolle; anthères de 3-4 mm de longueur; filet aplati de 0,8-
1,2 mm de longueur, glabre, inséré à environ 0,8 mm de la base de l’anthère.
Style filiforme de 8-9 mm de longueur, velu dans la région centrale, à massue
stigmatique longue d’environ 3 mm. Ovaire biloculaire, glabre et faiblement
côtelé; chaque loge renferme 4-7 (8) ovules enchâssés dans un placenta
charnu et pelté.
Le fruit est globuleux d’env. 8 mm de diamètre, sans côtes, ridé et
noir à sec, couronné par les dents du calice persistantes, et renferme 10-
15 graines brun roux, longues de 4-4,5 mm, bombées à l’opposé du hile
qui est ové. Petit embryon droit d’env. 1,7 mm de longueur.
Matériel étudié : Deplanche 402, s.l. (fr.); Mackee 14849, 5 km au Sud de Poro,
ait. 600 m (fl., fr., mai); 24942, Négropo : Plateau au Nord du Mt Prokomeo, ait. 700 m
(fl., janv.); 26368, Plateau au Nord de Négropo, ait. 600-700 m (fl., mars).
2. Tarenna leioloba (Guillaumin) S. Moore
Jour. Linn. Soc. 45 : 328 (1921).
— Chomelia leioloba Guillaumin in Lecomte, Not. Syst. 3 : 164 (1915); Fl. Nouv.-
Caléd. : 327 (1948); Dâniker, Beiblatt zur Viert. Naturf. Gesell. Zürich, 19 : 442
(1943 « 1933 »), « Chotnelina ».
Lectotype : Le Rat 745, (holo-, P!)
3. Tarenna truncatocalyx (Guillaumin) Bremekamp
Feede Repert. 37 : 201 (1934).
— Chomelia truncatocalyx Guillaumin in Lecomte, Not. Syst. 3 : 164 (1915); Fl. Nouv.-
Caléd. : 327 (1948); Dâniker, Beiblatt zur Viert. Naturf. Gesell. Zürich 19 : 444
(1943. « 1933 »), « Chomelina ».
Var. truncatocalyx
Lectotype : Thiebaut s.n. (holo-, P!).
Source : MNHN, Paris
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Carte 2. — Répartition de Tarenna truncatocalyx (Guillaumin) Bremekamp, Tarenna ignam-
biensis (Guillaumin) J. Jérémie, Tarenna rhypaiostigma Schlechter) Bremekamp, Tarenna
verticillata J. Jérémie.
Var. artensis (Guillaumin) J. Jérémie, comb. nov.
— Chomeiia truncatocalyx Guillaumin var. artensis Guillaumin in Lecomte, Not.
Syst. 3 : 165 (1915); Arch. Bot. 3, Mém. 5 : 15 (1930).
— Pavetta opulina auct. non (Forst.) DC., Mém. Acad. Lyon 10 : 224 (1860).
Source : MNHN, Paris
TABLEAU DES PRINCIPAUX CARACTÈRES SPÉCIFIQUES
Feuilles
foliaire
limbe foliaire
entièrement glabre
stipules généralement
sup. 6 mm de longueur
pédoncule, pédicelle
et ovaire glabres
lobes de la corolle
entièrement glabres
fruit costulé
style poilu
(ou parfois poilu)
poils glandulaires
à la face interne du calice
11
11
verticillées
généralement <
15 cm de long.
généralement >
15 cm de long.
T. verlicillaia
+
+
+
+
+
+
+
T. leioloba
+
+
+
+
(+)
T. truncatocalyx
+
+
+
T. lifouana
+
+
+
T. unioensis
+
+
+
+
+
T. ignambiensis
+
+
+
+
+
T. microcarpa
+
+
+
+
T. rhypalosligma
+
+
+
+
Source : MNHN, Paris
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Plectronia sp. Guillaumin & Beauvisage, Species Montrouzieranae (Ext. Ann.
Soc. Bot. Lyon 38 (1913) Lyon, Impr. A. Rey, 1914.
Lectotype : Montrouzier 187 (holo-, MPU!).
4. Tarenna lifouana (Dâniker) J. Jérémie, comb. nov.
Chomelia lifouana Dâniker, « Chomelina », Bleibatt zur Viert. Naturf. Gescll. Zurich
19 : 442 (1943 « 1933 »); Guillaumin, FI. Nouv.-Caléd. : 327 (1948); Mém. Mus.
Hist. Nat. 8, 1 : 97 (1957).
Type : Dâniker 3160 (holo-, Z!).
5. Tarenna unioensis (Guillaumin) J. Jérémie, comb. nov.
Chomelia unioensis Guillaumin, Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., Sér. 2, 1 : 117 (1929);
Arch. Bot. 3, Mém. 5 : 15 (1930); Fl. Nouv.-Caléd. : 327 (1948); Dâniker, Beiblatt
zur Viert. Naturf. Gesell. Zürich 19 : 444 (1943 « 1933 »), « Chomelina ».
Type : Le Rat 910, Table Unio (holo-, PI).
6. Tarenna ignambiensis (Guillaumin) J. Jérémie, comb. nov.
Chomelia ignambiensis Guillaumin, Mém. Mus. Hist. Nat., 8, 1 : 97 (1957).
Type : Hurlimann 1849, Mt Ignambi (holo-, PI).
7. Tarenna microcarpa (Guillaumin) J. Jérémie, comb. nov.
Chomelia microcarpa Guillaumin in Lecomte, Not. Syst. 3 : 163 (1915); Fl. Nouv.-
Caléd. : 327 (1948); Mém. Mus. Hist. Nat. 8, 1 : 97 (1957).
Lectotype : Le Rat 931 (holo-, PI).
8. Tarenna rhypalostigma (Schlechter) Bremekamp
Feede Repert. 37 : 203 (1934).
Chomelia rhypalostigma (Schlechter) Guillaumin in Lecomte, Not. Syst. 3 : 163
(1915); Mém. Mus. Hist. Nat. 8, 1 : 97 (1957); Dâniker, Beiblatt zur Viert. Naturf.
Gesell. Zürich, 19 : 444 (1943 « 1933 »), « Chomelina ».
Pavetta rhypalostigma Schlechter, in Engl. Bot. Jahrb. 39 : 259 (1907).
Type : Schlechter 15611, Ou Huina (iso-, P!).
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 481-483, 1974.
UN NOUVEL EUGENIA DU CAMEROUN (MYRTACÉES)
par M Ue G. J. H. Amshoff
Eugenia ancorifera Amsh., sp. rtov.
Frutex mullicaulis valde ramosus usque ad 2 m allus, ramulis pubescenlibus. Folia
breviter petiolata oblonga vel obovalo-oblonga basi alienuala apice obiusa, glabra, 2-4 cm
longa, 8-18 mm lata, Costa supra leviter impressa, subtus prominente, nervis lateralibus
utrinque cire. 10, tenuibus, inconspicuis, in nervum marginalem collectis. Petiolus ± 3 mm
longus, pubescens, gracilis. Flores axillares, plerumque bini; pedicellis pubescenlibus,
± 2 mm longis, apice bibracteolatis. Sepala rotundata, ±11 mm longa, extus sparse
pubescentia. Petala quam sepala duplo longiora. Stamina numerosa, inæqualia, interiora
breviora. Ovarium pubescens, biloculare, pauciovulatum. Stylus ± 3 mm longus, apice
dibranchiata, interdum tribranchiata ; stigmata lineari-oblonga, leviter recurvata. Fructus
ignotus.
Type : R. Letouzey 9798, 3 jan. 1970. Cameroun, bordure de la Sanaga en amont
(rive gauche) du pont dit de Kikot (route Douala-Bafia), 70 km SSW de Bafia. Arbuste
très branchu, avec rameaux obliques, atteignant 2 m de hauteur, très feuillé. Points
translucides dans les limbes (holo-, P).
L'espèce est bien distincte par ses feuilles petites et son stigmate remar¬
quable. Le stigmate est dans le genre Eugenia presque toujours puncti¬
forme, à l’exception de quelques espèces africaines comme Eugenia ascher-
soniana Hoffm. d’Afrique orientale. Mais, dans cette dernière espèce, l’inflo¬
rescence est glabre, les fleurs sont groupées en fascicules sur des nœuds
défeuillés, les feuilles sont plus larges (2-3 cm). Un spécimen, double du
type d 'Eugenia aschersoniana retrouvé à Zurich, montre cependant des
feuilles et surtout des fleurs plus larges et un stigmate moins aberrant.
Dans la planche (fig. 5), M lle Zewald a dessiné l’ovaire avec la course
typique des faisceaux dans le genre Eugenia (voir Schmid 1972). Schmid
a observé que la course des faisceaux qui fournissent le placenta de l’ovaire
chez Eugenia est transeptale, alors que chez Syzygium les faisceaux suivent
l’axe de l’ovaire. De plus, on trouve seulement huit faisceaux dans la paroi
de l’ovaire chez Eugenia, et chez Syzygium on trouve de nombreux faisceaux
dans une zone circulaire. Cette vascicularisation est assez facile à observer
dans les fleurs larges de Syzygium jambos (L.) Alston, comme M lle Zewald
me l’a montré.
Le type de plusieurs espèces a disparu à la suite du bombardement
de Berlin et ces espèces sont souvent difficiles à identifier. Cependant,
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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j’ai cru reconnaître Eugenia kamerunensis Engl, dans nos collections du
Cameroun dont je donne ci-dessous une courte description.
Eugenia kamerunensis Engl.
Notizblatt Bot. Gart. Berlin 2 : 291 (1899); Pflanzenwelt Afrikas 3,2 : 734 (1921)
(Végétation der Erde IX).
— Eugenia hœnkeana Winkler, in Engler Bot. Jahrb. 41 : 283 (1908).
Arbuste en général de moins de 50 cm de hauteur. Feuilles courtement
pétiolées, elliptiques, atténuées vers la base elle-même arrondie ou obtuse,
obtusément acuminées au sommet, longues de 12-16 cm, larges de 5-8 cm;
nervures latérales 8-10 paires, anastomosées en une nervure marginale
à une distance de 6-10 mm de la marge. Pétiole très court et épais, long de
± 3 mm. Fleurs en fascicules denses, axillaires, supra-axillaires ou terminaux.
Pédicelles longs de ± 5 mm, glabres. Sépales de ± 2,5 mm. Pétales roses.
Ovaire glabre. Fruit globuleux, rouge, charnu.
Cameroun : Ottôtomo Res., environ 50 km de Yaoundé, Bos 6928, 26.5.1970, fr.;
Eloumden Mt., 6 km SW de Yaoundé, ait. 950 m, forêt dense humide, Breteler, De
Wilde et Leeuwenberg 2320, 29.12.J961, fl.
L’holotype, Dusen 9, du Cameroun, sans localité précise, a disparu.
Au British Muséum on trouve un dessin sommaire que Baker a exécuté
d’après ce spécimen. Le type à'Eugenia haenkeana H. Winkler, Winkler 1110,
récolté entre Bibunde et Debundja, en février 1905, a aussi disparu.
Eugenia kamerunensis est proche A'Eugenia gabonensis Amsh., mais
Eugenia gabonensis a les feuilles plus allongées avec 12-15 paires de nervures
latérales.
BIBLIOGRAPHIE
Schmid, R. — A resolution of the Eugenia-Syzygium controversy. American Journ.
Bot. 59 : 423-436 (1972).
Laboratoire de Phytotaxinomie et Géographie
Wageningen - Pays-Bas.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 485-497, 1974.
OBSERVATIONS MORPHOLOGIQUES
ET CHIMIOTAXONOMIQUES
SUR LES OCHROSIINÉES DE NOUVELLE-CALÉDONIE
par P. Boiteau, L. Allorge, T. Sévenet & P. Potier
Résumé : La sous-tribu des Ochrosiinées est divisée en deux genres différant par
leurs fruits, la morphologie de leur gynécée et leur composition chimique. On conserve
le nom Ochrosia Juss. sensu stricto. Les autres espèces sont rangées dans le genre Calpi-
carpum (G. Don) Boiteau emend.
Summary: The sub-tribe Ochrosiinæ is divided in two Généra, unlike by their
fruits, gyneceum morphology and Chemical composition. The name Ochrosia Juss.
sensu stricto is preserved. The other species are ranged in the généra Calpicarpum
(G. Don) Boiteau emend.
La sous-tribu des Ochrosiineæ Pichon (16) appartient à la tribu des
Rauvolfiées. Les Rauvolfiées font elles-mêmes partie de la sous-famille
des Plumérioïdées, au sein des Apocynacées.
Les Ochroniisées comptent au total une quarantaine d’espèces que
certains botanistes ont considéré comme appartenant au seul genre Ochro¬
sia, alors que d’autres préféraient les ranger en deux genres distincts diver¬
sement dénommés suivant les auteurs (voir ci-dessous résumé historique).
Plusieurs représentants de cette sous-tribu se voient attribuer par les
empiriques de grandes vertus médicinales. Dès le xvn e siècle, le célèbre
naturaliste allemand Rumpf (1628-1702) plus connu sous le nom de Rum-
phius, décrivant l’arbre qu’il dénomme « Lactaria salubris », signale l’utili¬
sation de ses écorces dans le traitement du cancer du nez par les habitants
de la petite île d’Halmahera (Moluques). Il peut n’y avoir là qu’une simple
coïncidence, mais les travaux récents des phytochimistes ont montré que
certaines Ochrosiinées contiennent des substances alcaloïdiques comme
l’ellipticine et ses dérivés, précisément douées d’activité anti-tumorale.
On comprend qu’un intérêt particulier s’attache à l’étude d’un tel
groupe végétal. C’est pourquoi l’étude des espèces nombreuses et pour la
plupart endémiques, qui croissent en Nouvelle-Calédonie a paru devoir
être entreprise simultanément sur les plans morphologique, taxonomique
et phytochimique par les équipes de recherche auxquelles appartiennent
les signataires de cette note.
Source : MNHN, Paris
— 486
1. - RAPPEL HISTORIQUE
En 1741 donc, paraît l’ouvrage de Rumphius (18) contenant la des¬
cription de la première Ochrosiinée connue qu’il dénomme « Lactaria salu-
bris ». Ce nom n’est pas retenu par Linné (1753) qui considère l’espèce
de Rumphius comme un Cerbera en raison de son gros noyau fibreux.
Lamarck et Gaertner feront de même.
En 1789, Jussieu (10) décrit le genre Ochrosia qu’il base sur une espèce
des îles Mascareignes et Seychelles, Ochrosia maculata Jacquin (1790),
vulgairement appelée « Bois jaune », d’où le nom générique choisi par
Jussieu.
Cette espèce-type du genre appartient au groupe qui présente des
fruits à mésocarpe non fibreux et à endocarpe creusé de deux cavités laté¬
rales, de part et d’autre de la cavité séminifère. Ce groupe constituera
donc pour nous le genre Ochrosia sensu stricto.
Il faut attendre les années 1837-1838 pour que divers auteurs mettent
en doute l’assimilation hâtive entre les fruits des Cerbera et ceux du « Lacta¬
ria » de Rumphius. Henslow (9) écrit par exemple :
“ There is some obscurity in the descriptions hitherto given of the
fruits of Cerbera, Ochrosia and Tanghinia, and I had hoped to hâve been
able to hâve inserted here my own observations on them, but I must defer
them until I hâve time to clear up one or two points about which I am
doubtful. I should feel much obliged in the mean time to any botanist
who can furnish me with specimens of the fruit of these, or any allied
généra, for dissection. ”
Se basant sur les récoltes effectuées par Ch. Darwin qui comportent,
pour la première fois simultanément des fleurs et des fruits, il montre que
Cerbera parviflora Forster présente en réalité des fleurs bien plus petites
que celles d’un Cerbera certes, mais aussi des lobes se recouvrant à droite
comme chez les Ochrosia, alors que ceux des Cerbera se recouvrent à gauche.
S’appuyant sur ces observations, il en fait Ochrosia parviflora (Forster)
Henslow. Cette espèce sera par la suite reconnue identique au « Lactaria »
de Rumphius.
Voilà donc pour la première fois considéré comme un Ochrosia une
espèce dont les fruits ont un mésocarpe fibreux et un endocarpe dépourvu
des cavités latérales caractéristiques des vrais Ochrosia.
Une autre circonstance va introduire des confusions supplémentaires.
Aux îles Seychelles croissent côte-à-côte l’espèce-type du genre Ochrosia,
O. maculata Jacq. et l’arbre que Gaertner (6) a décrit sous le nom de
Cerbera platyspermos. Cette dernière espèce — qui n’est autre que le « Lacta¬
ria » de Rumphius — présente comme lui des fruits à mésocarpe fibreux.
Elle est introduite au Jardin botanique des Pamplemousses à l’île Maurice
(alors île de France). Le matériel de ces deux espèces largement distribué
à travers le monde, sera mélangé par certains botanistes et donnera lieu
à d’incroyables confusions. Dryand (5), à la suite de tels mélanges, conclut
à l’identité des deux espèces. Hooker fait de même. L’Index kewensis (1894)
les donne aussi faussement comme synonymes. Et c’est encore le cas dans
Source : MNHN, Paris
— 487 —
l’« Index Rafinesquianum » d’ELMER D. Merrill, Harvard (1949).
Se basant sur cette fausse synonymie, divers auteurs attribuent à Ochro¬
sia maculata Jacq., type du genre Ochrosia, un mésocarpe fibreux, alors
qu’il n’en est rien. Cette dernière erreur amènera plusieurs taxonomistes
à créer des noms nouveaux pour le groupe des Ochrosia à cavités latérales
alors que c’est lui qui comporte le type du genre.
Deux autres espèces vont être constamment confondues en Nouvelle-
Calédonie et dans une grande partie du Pacifique : Ochrosia elliptica Labillar-
dière (12) qui est un Ochrosia sensu stricto, donc à fruit présentant des
cavités latérales comme il résulte nettement de la planche dessinée de cet
auteur, et la même vieille espèce de Rumphius dont la répartition géogra¬
phique immense s'étale sur une bonne partie du Pacifique comme de l’Océan
Indien. C’est ainsi que l’espèce que G. Don (3) appelle « Ochrosiaparviflora »
n’est pas du tout l’espèce de Forster et Henslow — identique à celle de
Rumphius — mais bien O. elliptica Labill. L’Index kewensis confondra
cet « Ochrosia parviflora » G. Don avec le véritable O. parviflora (Forster)
Henslow. K. Schumann (19) commettra la même erreur. C’est d’après
ces auteurs que Guillaumin (7) a attribué à O. oppositifolia (Lamarck)
K. Schumann tous les échantillons de Nouvelle-Calédonie qui sont, en
fait, des O. elliptica Labill. Le véritable O. elliptica Lab. est commun dans
ce pays, alors qu’O. oppositifolia ne se trouve que sur quelques îlots coralliens
environnants et n’existe probablement qu’à l’état cultivé en Nouvelle-
Calédonie proprement dite (observation manuscrite sur Mc Kee 26193).
Les botanistes travaillant au Jardin botanique de Buitenzorg (Miquel,
Blume, etc.) n’avaient pas manqué d’observer qu’il existait deux types
de fruits chez les Ochrosiinées. F. von Mueller (14), s’appuyant sur cette
différence, va partager le genre Ochrosia en deux sous-genres. Malheureu¬
sement, il attribue précisément le nom de Lactaria au sous-genre qui n’a
pas de fibres dans son mésocarpe (alors que le « Lactaria » de Rumphius
en avait, puisque ce sont justement ces fibres qui ont été à l’origine de la
confusion avec les Cerbera). On comprend que d’autres confusions regret¬
tables aient résulté de cette appellation malheureuse. Lorsque Valeton (20)
par exemple, publie son excellente étude sur les Ochrosia du Jardin botanique
de Buitenzorg, il va classer O. borbonica Gmelin (identique à O. maculata
Jacq., espèce-type du genre) dans le sous-genre Echynocaryon à côté de
l'O. salubris Bl., ce qui induira en erreur tous les botanistes suivants pendant
un demi-siècle.
Le premier systématicien qui considéra que les Ochrosiinées compre¬
naient deux phylums distincts et devaient par conséquent être scindées
en deux genres, fut le Japonais Koidzumi (11) en 1923.
L’un de ces genres se distingue, comme nous l’avons dit, par ses fruits
à mésocarpe non fibreux, à endocarpe creusé de cavités latérales nettement
distinctes de la cavité séminifère. L’autre, par ses fruits à mésocarpe fibreux
et à endocarpe dépourvu de cavités latérales.
Contraitement à F. von Mueller, c’est bien au genre à mésocarpes
fibreux que Koidzumi donne le nom de Lactaria. Nous verrons plus loin
que la reprise de ce nom n’était pas conforme aux règles internationales
Source : MNHN, Paris
— 488 —
de la nomenclature. Mais de plus il inclut dans ce genre, par erreur, plusieurs
espèces à cavités latérales et notamment le type des vrais Ochrosia, O. macu-
lata Jacq., suivant sur ce point Valeton. Quant à ces vrais Ochrosia, il
adopte pour eux le nom de Bleekeria, précédemment proposé par Hass-
karl (8). L'antériorité de ce nom était très contestable. Aussi Koidzumi
ne fut-il pas suivi par la majorité des botanistes qui considèrent, à juste
titre, que de nombreuses confusions pourraient résulter de telles dénomi¬
nations.
En 1928, Markgraf (13) constate, contrairement à l’opinion de Vale¬
ton, l’existence de différences dans les caractères floraux des deux genres,
notamment la présence ou l’absence de disque. Mais pensant toujours
que l’espèce qui avait servi de type à Jussieu était du groupe à mésocarpe
fibreux, il réserve le nom d 'Ochrosia au sous-genre Echynocaryon de F. von
Mueller et crée pour désigner les espèces à cavités latérales le genre Exca-
vatia Markgraf.
Pichon (15) reprend le problème en 1947. Considérant que :
« Les auteurs récents dédoublent ce genre d’après les caractères du
fruit, ta fleur restant la même » (souligné par nous).
Il revient à l’idée d’un genre Ochrosia unique. Il maintient cette vue
en 1948 lorsqu’il crée la sous-tribu des Ochrosiinae Pichon (16), qui de
son avis se confond avec ce genre.
Pichon a eu le grand mérite de mettre de l’ordre dans ce groupe diffi¬
cile, réduisant de nombreuses synonymies et esquissant une classification
qui reste valable dans ses grandes lignes. Il a aussi été le premier à rappeler
que l’espèce-type du genre Ochrosia appartenait au groupe à cavités laté¬
rales dans l’endocarpe.
Mais il n’a pas trouvé dans la morphologie florale les caractères qui
permettent de séparer nettement la sous-tribu des Ochrosiinées en deux
genres.
2. - MORPHOLOGIE DES FLEURS D’OCHROSIINÉES
Reprenant, grâce au matériel fixé et expédié par avion en liquide
conservateur, l'étude détaillée de la morphologie florale des Ochrosiinées,
nous avons pu constater les faits suivants :
1° Il existe parmi les Ochrosiinées de Nouvelle-Calédonie deux types
de morphologie florale qui corroborent les caractères du fruit.
2° Toutes les espèces présentant des fruits à endocarpe excavé ont
aussi des carpelles longuement atténués vers le style; leur style est unique
dès la base; son diamètre décroît très lentement de la base vers le sommet;
l’ovaire n’est jamais brusquement rétréci ni bossu au sommet; les carpelles
restent étroitement apprimés l’un contre l’autre pendant toute la durée
de l’évolution florale. Il n’y a jamais de disque distinct et les carpelles
sont libres entre eux jusqu’au dessous de l’insertion de l’ovule inférieur.
3° Toutes les espèces présentant un fruit à mésocarpe fibreux ont, par
contre, des carpelles brusquement rétrécis ou bossus au sommet; des styles
nettement distincts l’un de l’autre à la base; ayant sensiblement le même
Source : MNHN, Paris
— 489 —
diamètre sur toute leur longueur, avec parfois un léger étranglement près
de leur base qui préfigure l’articulation du style des Rauvolfia. Le disque
est souvent distinct et comporte deux écailles alternant avec les carpelles
et écartant progressivement ceux-ci au cours de l’évolution florale; si bien
que les carpelles ne sont jamais étroitement apprimés sur toute leur longueur.
Lorsque le disque est indistinct, les carpelles sont noyés à leur base et au
moins jusqu’au niveau du second ovule dans un tissu appartenant au disque
ou au réceptacle et qui les réunit.
4° Sous réserve de prendre la précaution de comparer entre elles
des fleurs à un degré d’évolution comparable (ce qu’on peut apprécier
par le diamètre des ovules) ces différences sont très constantes. Par contre,
nous avons vu, comme Pichon, qu’il n’existe pas d’autre caractère floral,
qu’il intéresse la corolle, les étamines ou la clavoncule, susceptible d’être
retenu comme caractéristique des deux genres ainsi séparés. En nous basant
sur la constance de la structure du gynécée que nous venons de décrire,
nous avons pu attribuer au genre Ochrosia sensu stricto , sans crainte de
nous tromper, Ochrosia bodenheimarum Guillaumin dont le fruit est pourtant
inconnu.
Les photographies jointes illustrent clairement ces différences (PI. 1 et 2).
Source : MNHN, Paris
Mn
PI. 2. — Calpicarpum seveneti : 1, coupe longitudinale de l'ovaire. — Calpicarpum confusum :
2, coupe transversale en haut de l'ovaire; 3, carpelles brusquement rétrécis vers le style,
disque présent. — Ochrosia elliptica : 4, coupe longitudinale de l'ovaire; 5, coupe trans¬
versale en haut de l'ovaire. — Ochrosia sp. (Sévenel 419) : 6, carpelles progressivement
atténués vers le style, absence de disque.
Source : MNHN, Paris
— 491 —
3. - TENDANCES ÉVOLUTIVES DU GYNÉCÉE DES APOCYNACÉES
11 nous paraît indispensable pour l’interprétation de ces faits d’exposer
brièvement quelles sont les tendances évolutives dans l’ensemble des Apo-
cynacées en ce qui concerne le gynécée.
Les Apocynacées les plus archaïques (Ambélaniées et Couminées)
comportent un ovaire entier composé tantôt de cinq, tantôt de deux car¬
pelles soudés. Leur fruit est alors une baie indéhiscente.
Au cours de l’étape suivante, les carpelles se libèrent. On assiste à
l’apparition d’ovaires constitués de carpelles indépendants; tantôt cinq car¬
pelles libres (Pléiocarpinées), tantôt deux carpelles libres, donnant naissance
à deux méricarpes indépendants, cas le plus général dans la famille.
Parmi les genres à deux carpelles libres on constate ensuite l’existence
de deux types structuraux :
— lorsque l’ovaire comporte à la base un disque, deux écailles glandu¬
leuses appartenant à ce disque peuvent se développer. Alternant avec les
carpelles, elles provoquent au cours de ce développement l’écartement
progressif de ces derniers, surtout dans leur partie supérieure, écartement
qui atteint son maximum au moment où la fleur est prête à s’ouvrir. Du
fait de cette disposition, il ne saurait y avoir au cours du développement
de soudure entre les carpelles, pas plus qu’entre les futurs méricarpes du
fruit;
— lorsque, par contre, l’ovaire ne comporte pas de disque ou lorsque
ce disque forme un anneau continu enserrant la base de l’ovaire, une
nouvelle tendance évolutive apparaît.
Dans ce cas, les deux carpelles ont tendance à devenir de plus en plus
coalescents au cours du développement de la fleur, puis du fruit. Les fruits
précédemment apocarpes (c’est-à-dire à méricarpes séparés), deviennent
hémisyncarpes ou complètement syncarpes. C’est ce que nous appelons
la « néo-soudure » ou soudure postgénitale.
Comme nous l’avons vu, chez les Ochrosiinées existent deux phylums
qui correspondent respectivement à ces deux types d’évolution.
Chez les Ochrosia sensu stricto, on trouve d’ailleurs une section (série
des Syncarpæ Pichon) comprenant O. littoralis Merrill et surtout O. acke-
ringæ Miquel, chez laquelle les méricarpes du fruit sont finalement soudés
sur une grande partie de leur hauteur. On peut les considérer comme les
espèces les plus « modernes » de ce genre.
Chez les Rauvolfia il existe bien un disque. Mais celui-ci est épais,
annulaire, enveloppant complètement la base de l’ovaire. De ce fait, loin
d’écarter les carpelles, il tend à les comprimer l’un contre l’autre au cours
du développement floral. C’est pourquoi les Rauvolfia présentent souvent
sur un même pied des fruits apocarpes et des fruits plus ou moins syncarpes.
Il est impossible de les séparer à cet égard en deux phylums.
Chez les Alstoniées, qui diffèrent des Rauvolfiées par leur fruit déhis¬
cent, une évolution parallèle peut aussi être constatée. Dans la majorité
des Alstoniées les carpelles et ultérieurement les méricarpes restent distincts.
Il existe, par contre, quelques genres où apparaît le même phénomène
Source : MNHN, Paris
— 492
de néo-soudure : Craspidospermum, Plectaniea. Ces genres sont homologues,
du point de vue phylogénétique, des Syncarpæ chez [les Ochrosiinæ. Ce
sont des genres d’apparition récente.
Dans la sous-famille des Tabernaemontanoïdées, relativement plus
récente que les Plumérioïdées, on rencontre aussi dans plusieurs genres
des espèces à fruit hémisyncarpe ou complètement syncarpe : genres Pan-
daea, Ephippiocarpa, Daturicarpa, etc.
Ces tendances évolutives une fois établies peuvent constituer autant
d'indications précieuses pour la recherche des alcaloïdes les plus « évolués »,
comme nous le verrons dans la partie chimiotaxonomique.
4. - OBSERVATIONS CHIMIOTAXONOMIQUES
L’intérêt thérapeutique lié à la présence des dérivés de l’ellipticine
a conduit les phytochimistes à des investigations nombreuses dans ce
groupe des Ochrosiinées. Toutes les espèces étudiées, sans exception, sont
caractérisées par la présence d’alcaloïdes indoliques.
La biosynthèse de tels alcaloïdes exige de nombreuses étapes. On sait
qu'en faisant absorber aux tissus végétaux des précurseurs marqués par
des atomes radio-actifs, il est possible de reconstituer ces étapes de la
biosynthèse. Par exemple, on sait depuis 1960 que le tryptophane marqué
au 14 C est incorporé par les tissus des Apocynacées aux alcaloïdes indoliques
qu’elles produisent. C’est, parmi d’autres, l’une des méthodes qui ont
permis d’établir par quelles voies biosynthétiques apparaissent les squelettes
moléculaires corynane , aspidospermane et ibogane.
Rappelant ces faits dans une note récente, P. Potier et M.-M. Janot (17)
ont suggéré quelle pourrait être la voie qui aboutit à l 'ellipticine et aux
alcaloïdes voisins. De premiers résultats expérimentaux ont pleinement
confirmé leur hypothèse.
Comme l’écrivent ces auteurs :
« Le genre Ochrosia objet d’études chimiques systématiques dans notre
laboratoire (M. Plat, A. Cave & coll.) apparaît déjà comme formé d’espèces
qui peuvent être classées en deux groupes « chimiques », l’un comprenant
les alcaloïdes du groupe corynane et l’autre renfermant, en plus, des alca¬
loïdes du type ellipticine ».
Ils ont montré en outre que, les dérivés de l’ellipticine ne pouvant être
considérés que comme provenant du squelette corynane, les espèces capa¬
bles d’en faire la biosynthèse doivent nécessairement]être considérées comme
plus évoluées que celles qui sont incapables d’effectuer cette synthèse.
Une note en cours de rédaction sous la direction de A. Cavé fera
le point sur l’ensemble des travaux chimiotaxonomiques réalisés chez les
Ochrosiinées.
Les très faibles moyens consacrés aux études de botanique systéma¬
tique n’ont malheureusement pas permis de mettre de l’ordre parmi les
Ochrosiinées avant que ne commencent les investigations chimiques. Aussi
un certain nombre de résultats publiés ont comporté de regrettables erreurs
Source : MNHN, Paris
— 493 —
de déterminations et il faudra une étude critique approfondie des données
chimiques et de nombreuses vérifications avant que tous les problèmes
ne soient résolus.
Par exemple Buzas et coll. (2) qui ont isolé la méthoxy-ellipticine
d’un lot d’écorces qu’ils attribuent à O. opposilifolia sans en préciser la
provenance, ont probablement travaillé en réalité sur O. elliptica Labill.,
déterminé de façon erronée par suite des confusions que nous avons rappe¬
lées dans la partie historique 1 .
Compte tenu de ces observations, il est possible de classer les Ochro-
siinées de Nouvelle-Calédonie en deux groupes chimiotaxonomiques :
1° Celles qui renferment de l’ellipticine ou des dérivés de cet alcaloïde.
Il s’agit des espèces à endocarpe pourvu de cavités latérales, c’est-à-dire
de celles qu’on peut considérer comme relevant du genre Ochrosia Jussieu,
sensu stricto.
2° Celles qui renferment des alcaloïdes à squelette corynane, accom¬
pagnés ou non d’alcaloïdes à squelette aspidospermane, mais toujours
dépourvues d’ellipticine ou d’alcaloïdes du même type. Il s’agit des espèces
à mésocarpe fibreux et endocarpe dépourvu de cavités latérales.
Tant du point de vue chimiotaxonomique que sur le plan morpholo¬
gique, ces deux groupes constituent deux phylums indépendants. Le second
ayant d’ailleurs des caractères plus archaïques que le premier.
Il paraît donc légitime de les traiter comme deux taxons différents.
Le tableau I résume les différences morphologiques et chimiques entre
ces deux genres.
5. - PROBLÈMES DE NOMENCLATURE
Conformément aux règles de la Nomenclature, le premier de ces
taxons doit seul être dénommé Ochrosia Jussieu (10). Sa description, bien
qu’ancienne, reste parfaitement valable. Jussieu cite même, chose remar¬
quable pour l’époque, le matériel d’après lequel il établit son genre nouveau.
Cet échantillon récolté par Philibert Commerson (1728-1773) à l’île de
France est toujours conservé au Muséum national d’Histoire naturelle
et porte le n° 7170 dans l’herbier historique de Jussieu.
Le genre Ochrosia ainsi défini compte en Nouvelle-Calédonie les espèces
suivantes :
Ochrosia balansæ (Guill.) Guillaumin
Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. 2, 27 : 475 (1956); Bâillon ex Guillaumin, Ann.
Mus. Colon. Marseille, ser. 2, 9 : 195 (1911), nom. nud.
— Excavatia balansæ Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 88 : 362 (1941).
1. A. Buzas a bien voulu nous préciser récemment (lettre du 12-6-74) que ces
écorces provenaient de Nouvelle-Calédonie, environs de Nouméa, et avaient été récoltées
par G. Baumann. P. Boiteau ayant examiné à Zürich tout le matériel de ce collecteur,
il est maintenant certain qu'il s'agit d'O. elliptica Labill.
Source : MNHN, Paris
— 494 —
Ochrosia bodenheimarum Guillaumin
Mém. Mus. Nat. Hist. Nat., Botanique 8 : 82 (1957).
Ochrosia elliptica Labillardière
Sertum Austro-Caléd. : 259, t. 30 (1824), non K. Schumann, Flora Kaiser-Wilhelm
Land : 112 (1889).
— O. noumeensis Bâillon ex Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 88 : 364 (1941).
— O. parviflora auct. non (Forst. F.) G. Don : G. Don, Gen. Syst. Gard. Bot. 4 : 99
(1837), p.p., quoad cit. Hook & Arm.
— Bleekeria elliptica (Labill.) Koidzumi, Bot. Mag. Tokyo 37 : 52 (1923).
— Excavatia elliptica (Labill.) Markgraf, Bull. Bishop Mus. Honolulu 141 : 128,
in obs. (1936).
— Cerbera parviflora auct. non Forst. F. : Hook & Arn., Beechy's Voyage : 90 (1841).
Ochrosia mulsantii Montrouzier
Mém. Acad. Lyon 10 : 235 (1860) (type, MPU).
— O. vieillardii Guillaumin, Notulæ Systematicæ 12 : 79 (1945).
Ochrosia silvatica Dâniker
Vierteljahrsschrift Nat. Ges. Zurich 78 : 385 (1933) (type, Z).
Plus une espèce nouvelle ayant pour type Mc Kee 26457 qui sera
décrite prochainement.
Toutes les espèces, sauf O. bodenheimarum qui n’a pu être retrouvé
jusqu’ici, ont été contrôlées pour leur teneur en ellipticine.
Le second de ces taxons ne peut porter le nom de « Lactaria » que
lui donna Rumphius ( 18 ). Ce nom, on l’a vu, n’a pas été retenu par Linné.
II a d’autre part été homologué par les instances internationales comme
nomen regiciendum de Cerbera.
Le premier auteur à avoir distingué sous un nom de genre nouveau
l’une des espèces de ce deuxième taxon est G. Don ( 4 ).
Sous le nom de Calpicarpum lamarckii G. Don, il désigne l’ancien
Cerbera oppositifolia Lamarck, nom que Lamarck avait lui-même forgé
pour le « Lactaria » de Rumphius. Il range également dans le genre Calpi¬
carpum une autre espèce qui est en réalité Kopsia fruticosa (Roxb. ex
Edwards) A. DC. Mais la description qu’il donne du genre Calpicarpum
reste valable au sens de la nomenclature et contient des éléments qui s’appli¬
quent très bien au taxon dont nous reconnaissons l’indépendance. Par
exemple : « Ovaria twin, 2-celled; on the sides where they meet, there is
a small subulate scale covering the fissure... Drupe... rather fibrous ».
Le nom de Calpicarpum nous paraît donc devoir être retenu pour le Cerbera
oppositifolia Lam.
Source : MNHN, Paris
— 495 —
CALPICARPUM G. Don
Gen. Syst. Garden. Bot. 4 : 100 (1837), entend. Boiteau.
— Neiosperma Rafinesque, Sylva Tellur. 162 (1838);
— Pseudochrosia Blume, Mus. Bot. Lugd.-Bat. 1 : 158 (1850);
— Ochrosia sect. Echinocaryon F. von Mueller, Fragm. 7 : 129 (1871).
Arbores. Foliæ oppositæ vel 3-6-natim verticillatx. Cymæ axillares pauci- velplurifloræ ;
floribus cymoso-glomeralis , parvis , albis ; corolla in alabaslris junioribus dexlrorsum torta.
Calyx quinquefidus, eglandulosus. Corolla hypocrateriformis ; tubo brevi, medio ventricoso ,
fauce nuda ; limbi quinquefidi laciniis æquilateralibus. Stamina 5, medio corollæ tubo inserta,
inclusa ; anthera erectce, lanceolatœ quam filamenta longiores. Ovaria 2 in duobus siylis
breviter contracta et superne in stylum communem transientes. Stylus filiformis. Disais
minimus, squamulæ glandulosæ 2 subulatæ cum car petits alternantes. Drupæ 2, exsuccæ ;
putamine crasso, fibroso-ligneo spinis ramosis dense echinato, 1-loculares v. spermophoro
intra loculum incomplète biloculares, semibivalvæ ; medulla nullis cavernis perfossa farctæ :
Semina 1-4 oblonga, compressa. Embryo intra albumen parce carnosum rectum, inversum ;
cotyledonibus compressis ; radicula brevi, supera.
Espèce-type : Calpicarpum oppositifolium (Lamarck) Boiteau.
Calpicarpum oppositifolium (Lamarck) Boiteau, comb. nov.
— Cerbera oppositifolia Lamarck, Encycl. 1 ; 62 (1783).
— Cerbera parviflora Forster F., Florul. ins. Austral. Prodr. 19, n° 121 (1786);
— Cerbera platycarpos Gaertner, De Fruct. 2, t. 124 (1791);
— Cerbera platyspermos Gaertner, De Fruct. 2 : 193 (1791); Bojer, Hortus Mauri-
tianus : 206 (1837);
— Calpicarpum lamarckii G. Don. Syst. 4 : 100 (1837);
— Neiosperma muricata Rafinesque, Sylva Tellur. 162 (1838);
— Ochrosia parviflora (Forst. F.) G. Don, Gen. Syst. Gard. Bot. 4 ; 99 (1837), excl.
cit. Hook. & Arn.; Henslow, Ann. Nat. Hist. 1 : 345 (1838).
— Ochrosia (?) platyspermos A. DC., Prodr. 8 : 356 (1844);
— Ochrosia salubris Blume, Mus. Bot. Lugd.-Bat. 1 : 158 (1849);
— Ochrosia oppositifolia K. Schumann, Flora deutsch Schutzgeb. Südsee : 504 (1901);
— Bleekeria salubris Hasskarl, Retzia 1 : 41 (1855).
— Neiosperma oppositifolia ((Lam.) Fosberg & Sachet, Micronesia 8 : 48 (1972).
Type : Forster 1222 (holo-, K).
Cette espèce couvre une aire géographique très étendue; elle est toujours
littorale et localisée sur les rochers calcaires d’origine corallienne : îles
Seychelles, archipel des Chagos, atoll Farqhuar, îles Amirantes, îles Anda-
man, Ceylan, Maldives, Péninsule malaise, Thaïlande, Vietnam, Indonésie,
Moluques, Timor, Philippines, Papouasie; îles Salomon; Samoa, Tonga,
Fiji, Marshall (atoll Eniwetok), Mariannes (Guam); Nouvelles-Hébrides;
Nouvelle-Calédonie (archipel des Belep et divers îlots coralliens).
C’est toutefois par erreur que Bojer, et d’après lui A. de Candolle,
signalent cette espèce aux Comores.
Notons que le bois n’est pas jaune comme celui des vrais Ochrosia.
Aux Seychelles, alors qu’on appelle « Bois jaune » Ochrosia maculata Jacq.,
cette espèce est appelée « Bois chauve-souris ».
Source : MNHN, Paris
— 496 —
Les espèces de ce genre endémiques de Nouvelle-Calédonie devront
désormais porter les noms suivants :
Calpicarpum brevitubum (Boiteau) Boiteau, comb. nov.
— Ochrosia brevituba Boiteau, Adansonia, ser. 2, 12 : 627 (1972).
Calpicarpum confusum (Pichon) Boiteau, comb. nov.
— Ochrosia confusa Pichon, Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. 2, 19 : 210 (1947);
— Ochrosia Ufuana Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 88 ; 363 (1941).
Calpicarpum mianum (Bâillon) Boiteau, comb. nov.
— Ochrosia miana Bâillon ex Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 88 : 363 (1941).
Calpicarpum seveneti (Boiteau) Boiteau, comb. nov.
— Ochrosia seveneti Boiteau, Adansonia, ser. 2, 12 : 627 (1972).
TABLEAU f. — Différences principales entre les deux genres d'Ochrosiinées
Ochrosia
Fruit sans fibres dans le mésocarpe, à
endocarpe creusé de deux cavités laté¬
rales, de part et d'autre de la cavité
séminale, vides dans le fruit mûr.
Carpelles longuement atténués vers le
style.
Disque toujours absent.
Les carpelles ne sont jamais inclus. Leur
séparation descend au-dessous de
l’ovule inférieur.
Style plus large à la base qu'au sommet;
très progressivement atténué. Les moi¬
tiés correspondant à chaque carpelle
connées dès la base.
Méricarpes du fruit pouvant devenir coa-
lescents à la base (le fruit peut même
être hémisyncarpe dans des espèces
d'autres régions; Philippines, Indo-
Diffusion du fruit d'abord par les ani¬
maux qui sont souvent friands de la
partie charnue (péricarpe et méso¬
carpe); puis par flottaison sur l'eau.
Toujours de l'ellipticine ou des alcaloïdes
dérivés de ce type structural évolué.
Calpicarpum
Fruit à nombreuses fibres dans le méso¬
carpe. Sans cavités latérales dans l’en¬
docarpe de part et d'autre de la cavité
séminale.
Carpelles brusquement rétrécis vers le
style ou bossus au sommet.
Disque souvent distinct, comprenant deux
glandes intercarpellaires.
Lorsque le disque est indistinct, la base
des carpelles est toujours immergée
dans un tissu jusqu'au milieu du second
ovule.
Styles libres l’un de l'autre à la base;
sensiblement de même diamètre à la
base qu'au sommet, parfois avec un
étranglement prés de la base dans leur
partie libre.
Méricarpes toujours libres. Fruit apo-
Diffusion du fruit uniquement par flot¬
tation sur l’eau après décomposition
des parties charnues superficielles.
Alcaloïdes à squelette corynane, jamais
d'ellipticine ou de dérivés de cet alca-
Source : MNHN, Paris
— 497 —
Calpicarpum thiollierei (Montrouzier) Boiteau, comb . nov .
— Ochrosia thiollierei Montrouzier, Mém. Acad. Lyon 10 : 235 (1860).
Remerciements : Nous remercions M. le Professeur J.-F. Leroy pour les facilités
qu'il nous a données en vue de cette étude. Les directeurs des herbiers de Montpellier
et de Zürich; M. le D r Hürlimann pour la communication des cahiers de récolte de la
mission franco-suisse; M llc Chalopin pour les conseils techniques et l’aide apportée
en ce qui concerne la fixation, l'inclusion et la coloration du matériel; M.H.S. Mc Kee
pour ses très belles récoltes et ses notes de terrain toujours très précieuses; M. Schmid
pour la communication de plusieurs échantillons; M. Conreur et le service photogra¬
phique du C.N.R.S. pour le concours technique qu'ils nous ont apporté.
BIBLIOGRAPHIE
1. Boiteau P., Allorge L. & Sévenet T., Adansonia, ser. 2, 12 : 625-629 (1972).
2. Buzas A., Osowiecki M. & Schindler O., C. R. Ac. Sc. 247 : 1390 (1958).
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4. Don G., op. cit., 4 : 100-101 (1837).
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7. Guillaumin A„ Mém. Mus. Nat. Hist. Nat., Botan. 8 : 82 (1957).
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11. Koidzumi, Botanical Mag. (Tokyo) 37 : 37-89 (1923).
12. Labillardière, Sertum Austro-Caléd. : 259, tab. 30 (1824).
13. Markgraf F., Engler Bot. Jahrb. 61 : 189-190 (1928).
14. Mueller F., Fragm. Phytogr. Austral. 7 : 129-131 (1871).
15. Pichon M., Bull. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. 2, 19 : 205-212 (1947).
16. Pichon ,M., Mém. Mus. Nat. Hist. Nat., n. ser., 27 : 169-170 (1948).
17. Potier P. & Janot M.-M., C.R. Ac. Sc. 276 : 1727 (1973).
18. Rumphius Herb. Amboin. : 255-257 (1741), et tab. 84 (ed. 2, 1750).
19. Schumann K., FI. Kais.-Wilh. Land : 112 (1889).
20. Valeton Th., Annales Jard. Bot. Buitenzorg 12 : 223-236 (1895).
P. B. et L.A. : Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris,
T.S. et P.P. : Institut de Chimie des substances naturelles, C.N.R.S.
91190 Gif-sur-Yvette.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 499-506, 1974.
COMIPHYTON GENRE NOUVEAU GABONAIS
RHIZOPHORA CEÆ-MA CA RISIÆ
par J. J. Floret
Résumé : Description de Comiphytort gabonaise J.-J. Floret, gen. nov. et sp. nov.
provenant de la région de Sindara (Gabon), caractérisé par des cymes pédonculées
contractées, des ovules en placentation laminale et une graine à arille libre.
Summary: Description of Comiphyton gabonense J.-J. Floret, gen. nov. and sp.
nov. from the Sindara district (Gabon). This genus is characterized by contracted
and pedunculate cymes, lamellate placentation and free arillate seed.
Dans le cadre d’une étude des Rhizophoracées du Gabon et du Came¬
roun, notre attention a été attirée par une plante récoltée par G. Le Testu
en 1926 dans la région de la Haute-Ngounié. Cet échantillon est présenté
sur 3 feuilles d’herbier qui portent chacune deux rameaux non ramifiés,
florifères et parfois fructifères (jeunes fruits).
L’une des 3 feuilles porte une étiquette manuscrite du récolteur :
« 5918 » [souligné par Le Testu]
« Comi, le 14 avril 1926 »
« Georges Le Testu »
(Le numéro 5918 a été rajouté sur l'étiquette imprimée des deux autres feuilles).
Dans le cahier de récolte de G. Le Testu, ce numéro correspond à une
plante déjà déterminée comme Hippocratea par le récolteur lui-même,
et porte, en vis-à-vis, le nom de localité « Ngossi ». Dans l’interligne suivant,
est surajouté le numéro « 5918 bis » qui correspond à l’objet de cette étude
dont la désignation précise est : Le Testu 5918 bis.
L’échantillon porte deux documents intéressants :
— un déterminavit négatif :
« Ceci n’est pas un Synaptolepis retusa
« H.H.W. Pearson qui est tout à fait différent. Voir Chev. 338.
« R. W. J. Keay 24-9-1952 »
— un ensemble de dessins au crayon de R. Fouilloy : observation d’un jeune
fruit avec coupe et diagramme floral (l’indication « Flac » [ourtiacée], portée au crayon
orange, n’est certainement pas de l’auteur de ces dessins).
Source : MNHN, Paris
1. — Comiphyton gabonense J.-J. Floret (Le Tenu 5918bis) : 1, inflorescence ( x 4,5); 2, dia¬
gramme inflorescenliel; 3, structure schématique de l'androcée (face externe); coupe
schématique (ab) de la collerette staminale; 4, diagramme floral.
Source : MNHN, Paris
— 501 —
Grâce au travail de J. Raynal (Itinéraire et lieux de récolte de G. Le
Testu, in Flore du Gabon 14 ), il nous a été facile de situer avec précision
la localité de « Comi » : ce village se trouve à 15 km à l’est de Sindara,
au bord de la Louga, affluent de la rive droite de la Ngounié; sur la carte
IGN 1 /200 000 SA 32-XI on trouve, correspondant à cette indication,
une agglomération dont le nom est orthographié « Komi » et dont les coor¬
données sont les suivantes :
Longitude 10° 48', Latitude 1° 04', Altitude env. 80 m.
Il s’agit d’une région de plateaux de 4 à 600 m d’altitude, couverts
de forêt dense et découpés par les nombreux affluents de la Louga. L’échan¬
tillon ne porte aucune indication écologique.
COMIPHYTON J.-J. Floret, gen. nov.
Species typica : C. gabonense J.-J. Floret.
Comiphyton gabonense J.-J. Floret, sp. nov.
Frutex vel arbor? ramis primum compressé, griseo-flavis, adpresse pilosis, denique
teretibus, alrobruneis, glabris; internodiis 12-30 mm longis; stipulis 4 mm longis, in ter-
pet iolaribus, deltoideis, mox caducis ; foliis-2 ver t ici Hat is decussatis; pet io lis 9-12 m longis,
sulcatis ; lamina papyracea, anguste elliptico-rectangulari, 10-7 x 3-2 cm, apice acuminalo,
basi allenuaia ; nervis secundariis (4-) S, nervulis dense reticulatis, inferne rubiginosis igitur
conspicuissimis. Cymæ a x il la res adpresse pubescentes quarum pedunculus 10-13 mm longus,
bracleæ primante recaulescenles, bracteolæ cum floribus in molas duo dense agglomérats
sunt. Flores brevissime pedicellatæ ; calyce terete, utrinque glabro, 4-dentato; petalis
pellucidis, breviter 5-6 fidis; staminibus 8, exsertis, in disco 8-lobato alternatim insertis,
læve heterodynamis ; filamentis 5-6 mm longis, gracilibus ; antheris orbicularibus, bilocula-
ribus ; ovario supero, omnino glabro ; ovulis in quoque loculo 2, anatropis, pendulis, dissepi-
mentorum parietibus sursum insertis (placentatione laminali); stylo gracili, 6 mm longo,
stigmate incrassato, 2-lobato. Fructus capsularis, bacciformis, obovoideus, 5 mm altus,
2,5 mm latus, calyce styli basique persistentibus, dissepimento a lacuna media longitudinali,
partim deleto, ovulorum 3 (sed etiam conspicuorum) abortu monospermus. Semen 2,5 mm
longum ; arillo albo pellucido, 2-3 lobato, ad micropylen affixo sed, ut videtur, libero, testa
brunea, albumine copioso albo-flavido ; cotyledonibus foliaceis tenuissimis (?)
A genere Cassipourea subgen. Dactylopetalo, cymis conspicuis, petalis nec fimbriatis,
antheris bilocularibus, placentatione laminali et arillo libero, differt.
A genere Macarisia, cymis condensatis multifloris, ovario biloculari et, in quoque
fructu, semine adulto 1, differt.
A genere Blepharistemmate, floribus $> cymis bracteatis bracteolatisque, differt.
Type : Le Testu 5918bis, Komi, près de Sindara, Haute Ngounié, Gabon, fl., fr.
juv., 14 avril 1926 (holo-, P).
Nous n’avons trouvé aucune indication concernant le port de cette
plante. L’extrémité des rameaux est comprimée, gris jaunâtre, couverte
de poils simples, courts, apprimés et ascendants. Avec l’âge, les rameaux
deviennent cylindriques et noirâtres : le rhytidome, finement ridulé longi¬
tudinalement (sur le sec), est clairsemé de fines lenticelles très allongées
Source : MNHN, Paris
PI. 2. — Comiphyton pabonense J.-J. Floret (Le Testu S9I8bis ) : 1, rameau florifère (x 2/3)
2, face interne de la stipule (x 12); 3, fleur (x 8); 4, pétale (x 8); 5, vue externe de l'andro
cée(x 10); 6, anthère : (a) dos, (b) face, (<) coupe transversale ( x 40); 7, gynécée ( x 6,5)
8, coupes longitudinales d'ovaire : (a) normale à la cloison, (b) parallèle à la cloison
( c ) idem sans les ovules (x 20); 9, fruit (x 8); 10, fruit en coupe longitudinale (x 8)
11, graine (x 12); 12, graine, arille soulevée (x 12).
Source : MNHN, Paris
— 503 —
qui forment un tireté grisâtre sur fond sombre. Les entrenœuds ont de
12 à 30 mm; les nœuds, un peu renflés sous la base des pétioles, portent
des cicatrices stipulâmes interpétiolaires.
Les feuilles sont opposées-décussées. Les stipules 3 x 1,5 mm, inter¬
pétiolaires, deltoïdes, subarrondies au sommet, sont tôt caduques; leur
face externe, convexe, est entièrement couverte de poils simples, apprimés,
ascendants, tandis que la face interne, concave, est glabre, sauf à la base,
où sont portés des poils très fins mêlés à une douzaine de cérocystes :
ceux-ci se présentent comme de petits bâtonnets glabres, longs de 1 /3 à
1 /2 mm, amincis et arrondis au sommet, parallèlement disposés et irré¬
gulièrement espacés le long de la limite inférieure de la stipule. Les pétioles,
longs de 9 à 12 mm, minces, pubérulents, partiellement subérifiés avec
l’âge, sont nettement canaliculés à la face supérieure. Le limbe, 10,5-6,5 X
3-1,5 cm, étroitement elliptique-oblong, gris olivâtre mat sur ses deux faces
(sur le sec), glabre dessus, porte des poils rares, courts et apprimés à la
face inférieure; sa base est atténuée et le sommet, acuminé et légèrement
mucronulé.
La nervure principale droite, légèrement déprimée dessus, est très sail¬
lante, roussâtre et munie de poils apprimés épars dessous. Les nervures
secondaires (4-) 5, alternes, peu marquées dessus, saillantes et éparsément
pubescentes dessous, émergent suivant un angle de 45° de la nervure médiane ;
rapidement ascendantes, elles se poursuivent en arceaux de plus en plus
petits le long de la marge (type camptodrome festonné sensu J. Mouton.
1970). Les nervilles très légèrement saillantes dessus (sur le sec), ne sont
pas saillantes dessous; mais elles sont cependant très visibles par leur couleur
rouge brunâtre qui contraste avec le fond vert-olivâtre du limbe; elles
constituent un réseau à mailles polygonales assez dense.
Les inflorescences sont présentes pratiquement à chaque aisselle, sur
les 6 rameaux que nous avons observés. Le pédoncule inflorescentiel, long
de 10 à 13 mm, est inséré immédiatement entre le pétiole et un bourgeon
végétatif (probablement inhibé car aucun des 6 rameaux n’est ramifié),
pubérulent, vaguement cannelé; ce pédoncule se divise en deux courts
rameaux secondaires portant chacun, sous leur extrémité, une bractée
recaulescente en position externe ; entre ces deux axes, une fleur bien déve¬
loppée est portée par un pédicelle articulé, d’environ 2 mm (même lorsque
la fleur est tombée, la base du pédicelle est toujours nettement visible).
Au-dessus de la bractée recaulescente, chaque demi-inflorescence se divise
en deux amas confus de bractéoles et de bases de pédicelles dont certains
portent encore des fleurs, de jeunes fruits ou des boutons plus ou moins
développés. A ce niveau, l’inflorescence est difficilement analysable par
les techniques ordinaires de dissection : il s’agit, très probablement, d’une
cyme bipare, de plus en plus condensée au fur et à mesure qu’on s’élève
dans le degré de ramification. (PI. 1 ,1 et 2).
Les fleurs, toutes 5, sont portées par un pédicelle articulé au milieu,
de 1 à 2 mm. Le calice, haut de 3 à 3,5 mm, glabre intérieurement et exté¬
rieurement, forme un tube cylindrique terminé par 4 dents triangulaires,
hautes de 1 mm et larges de 1 à 1,5 mm (Fouilloy signale par son dessin
Source : MNHN, Paris
— 504 —
un calice pentamètre, nous-même n’en avons jamais rencontré). La pré¬
floraison est valvaire; le sommet des dents porte une touffe de « poils »
qui n’est en fait qu’un résidu de matière cireuse qui formait un bouchon
apical avant l’anthèse et qui a été déchiré lors de l’ouverture du calice
(ceci se rencontre couramment chez les Cassipourea du sous-genre Daclylo-
petalum ). Les autres pièces florales dépassent les lobes du calice de 2 à 3 mm.
Les pétales 4, longs de 5-6 mm, sont minces, translucides, concaves vers
l’intérieur et s’insèrent dans de légères dépressions situées en position
alternisépale à la base de l’androcée; ils s’élargissent progressivement vers
le sommet et se terminent par 5 ou 6 languettes courtes et pointues, chiffon¬
nées et recourbées vers l’intérieur.
L’androcée comprend 8 étamines qui alternent régulièrement avec
8 lobes charnus, arrondis, et en partie soudés à la base des filets, consti¬
tuant ainsi une « collerette staminale » haute d’environ 1 mm. Les filets,
longs de 5 à 6 mm, sont grêles, hyalins, légèrement rubanés et droits sur
la plus grande partie de leur longueur; ils s’amincissent, deviennent noirâ¬
tres et sinueux dans la partie distale, qui porte de très petites aspérités noires
leur donnant un aspect barbelé. Nous avons observé une hétérodynamie
constante, quoique légère, corrélative du mode d’insertion sur la « colle¬
rette staminale » : les filets oppositisépales sont plus courts que les filets
oppositipétales; les premiers émergent du côté externe et près du sommet
des lobes adjacents, tandis que les seconds sont en position intercalaire
et se dégagent à partir d’un niveau plus inférieur. (PI. 1, 3).
Les anthères, orbiculaires, de diamètre 1 /3 à 1 /2 mm sont submédifixes
et biloculaires; comme la partie terminale des filets, elles sont noirâtres
et portent aussi de courts aiguillons noirs; leur déhiscence est longitudinale.
L’ovaire, entièrement glabre, haut d’environ 1 mm, subsphérique,
est marqué par un sillon médian correspondant à une cloison interne
complète qui sépare deux loges égales. Chacune d’elles contient deux ovules
insérés latéralement, au niveau du tiers supérieur de la cloison et nettement
séparés l’un de l’autre; les deux surfaces d’insertion (visibles après l’arra¬
chement des ovules) ont la forme de deux taches ovales, obliques, diver¬
gentes vers le haut, sans aucune solution de continuité avec la base du
style (contrairement à ce qui s’observe dans le genre Cassipourea où les
placentas apicaux sont solidaires de la base du style et où les ovules sont
étroitement géminés) ; le type de placentation est donc laminai. Les ovules,
anatropes pendants, longs de 2/3 à 3/4 mm, sont coiffés d’un bourrelet
correspondant au 1 /3 de la hauteur totale, le corps étant ovoïde, comprimé
parallèlement à la cloison.
Le style unique, dont la base est un peu déprimée dans l’ovaire, est
glabre, grêle, long d'environ 6-7 mm; le stigmate est bilobé, nettement
élargi.
Les deux fruits jeunes observés sont des capsules bacciformes, lisses,
entièrement glabres, obovoïdes, munies d’un sillon médian peu marqué.
Le calice et la base des autres pièces florales ainsi que celle du style sont
persistants. Le plus développé a une hauteur d’environ 5 mm et un diamètre
maximum de 2,5 à 3 mm. La paroi, assez épaisse, est charnue, formée
Source : MNHN, Paris
— 505 —
de 3 couches distinctes, la couche moyenne étant d’un blanc nacré. La
cavité est divisée en deux loges à peu près égales par une cloison qui, chez
le fruit le plus développé, est très incomplète : elle est creusée de haut en bas
par une lacune de résorption longitudinale, médiane.
Les fruits sont trop jeunes pour qu’il soit possible d’observer le type
de déhiscence; cependant, en exerçant une pression latérale, l’éclatement
se produit selon le sillon médian, ce qui porte à penser que la déhiscence
est septicide.
Le fruit renferme 4 graines (2 par loges) dont une seule est développée :
toutes portent un arille blanchâtre, translucide, à 3 lobes arrondis, recou¬
vrant presque entièrement le corps des graines atrophiées et le sommet
seulement de la graine développée : chez celle-ci, en tirant légèrement sur
l’arille, on voit qu’il n’adhère à la graine qu’au niveau du pourtour du micro-
pyle. L’ensemble arille-graine développée atteint une longueur d’environ
2,5 à 3 mm; le corps lisse, brunâtre, contraste avec l’arille qui constitue,
du côté externe, une sorte d’aile latérale blanche et lobée (qui permet de
déterminer facilement la position du micropyle). Le tégument séminal,
épais, rouge-brunâtre, se détache facilement d’un albumen blanc-jaunâtre
abondant, creusé d’une cavité tapissée par les deux cotylédons; très minces
et très adhérents, ceux-ci n’ont pu être isolés.
POSITION SYSTÉMATIQUE
Par ses feuilles opposées, ses stipules interpétiolaires et ses inflores¬
cences cymeuses, ses pétales divisés et ses ovules anatropes pendants, dont
le micropyle est orienté vers l’extérieur, ce genre appartient à la famille
des Rhizophoracées.
Par son ovaire supère, son style unique, et ses graines munies d’un
arille micropylaire, il appartient à la tribu des Macarisiae.
AFFINITÉS ET DIFFÉRENCES
Ce genre présente des affinités certaines avec 3 genres de Rhizophoraceæ-
Macarisiæ :
Comme le genre Cassipourea Aubl., subgen. Dactylopetalum (Benth.)
Alston, il montre un calice en tube cylindrique, « une collerette staminale »
régulièrement lobée, des étamines deux fois plus nombreuses que les dents
du calice, un ovaire à 2 loges, un fruit capsulaire monosperme (par suite
de l’avortement de 3 ovules). Mais il en diffère par :
1° Des cymes bien caractérisées et bien visibles grâce au développement
de leur pédoncule, alors que dans le sous-genre Dactylopetalum, les nom¬
breuses fleurs fasciculées sont portées par des nodoïdes axillaires (exception
faite du Cassipourea zenkeri (Engler) Alston, qui, à l’instar des autres sous-
genres de Cassipourea, possède des fascicules de 2-4 fleurs.
Source : MNHN, Paris
— 506 —
2° Des pétales qui ne portent ni lanières ni fimbriations mais seule¬
ment quelques languettes très courtes.
3° L’arille libre.
4° La placentation non pas apicale, mais laminale.
5° Les ovules non géminés.
6° La lacune septale longitudinale.
— Avec le genre Macarisia Thou., ce genre a en commun les inflores¬
cences nettement cymeuses (mais ici elles sont beaucoup plus contractées),
la faible division des pétales, l’hétérodynamie (les étamines oppositipétales
étant les plus longues). Par contre l’arille des Macarisia est d’un style tout à
fait différent et l’ovaire possède toujours 5 loges.
— Le genre Blepharistemma Wall, ex Bentham, est proche de Comi-
phylon par l’aspect du calice et de la « collerette staminale »; mais il en
diffère par :
1° des fleurs polygames,
2° l’absence de bractées et de bractéoles,
3° l’ovaire à 3 loges.
Ce genre nouveau présente un mode de placentation laminale sans
exemple (jusqu’à plus ample informé) chez les Rhizophoracées. Plus évolué
que les Macarisia malgaches par ses cymes contractées et son ovaire bilo-
culaire, il paraît plus primitif que les Cassipourea du sous-genre Dactylo-
petalum africano-malgache, par ses inflorescences nettement cymeuses et
son arille libre. Il peut être regardé comme un intermédiaire entre ces
deux taxons.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 507-511, 1974.
QUELQUES REMARQUES SUR LES FLEURS
DES LITSÉES NÉO-CALÉDONIENNES (LAURACÉES)
par R. Fouilloy
Dans les espèces de Litsea et Adenodaphne néocalédoniennes, les fleurs
sont groupées en ombellules disposées elles-mêmes en racèmes à l’aisselle
des 1-8 feuilles terminant les rameaux. L’axe de ces racèmes est désigné
par la lettre sur les figures 3, 4, 5, 6. Les ombellules sont insérées de
plusieurs façons :
a) sur quatre génératrices, en 1-8 paires opposées-décussées, la pre¬
mière paire de base étant latérale, avec
— ombellules uniflores : Litsea humboldtiana, L. miana, L. triplinervia,
L. paouensis, L. macrophylla, Adenodaphne uniflora, A. spathulata-,
— ombellules triflores : Litsea lecardii, L. neocaledonica, L. ripidion,
L. triflora et parfois Adenodaphne uniflora-,
— ombellules à cinq fleurs : Litsea pentaflora et longepedunculata ;
b) sur six génératrices : Litsea imbricata;
c ) sur une hélice : Litsea deplanchei.
L’axe des racèmes montre des entrenœuds très courts (moins de 1 mm)
cependant l’entrenœud basal est allongé en un pédoncule chez Litsea miana
et L. triplinervia. Les ombellules ont un pédoncule plus ou moins long
(noté axe A 2 , fig. 2) inséré à l’aisselle d’une bractéole de 1-2 mm (marquée b,
fig. 3). L’axe des racèmes se termine à sa partie supérieure par 2 écailles
continuant la série des bractéoles ou parfois par une pousse de 4-6 feuilles
très réduites ( L. triflora, L. neocaledonica ).
LES OMBELLULES
Leur pédoncule ± arqué tourne sa concavité vers le haut; sa section
est circulaire ou aplatie dans la dimension antéro-postérieure; la longueur
vaut 1 à 6 fois celle des bractées de l’involucre. Ce dernier comporte 4 brac¬
tées en 2 paires opposées-décussées.
Les bractées de la paire inférieure sont égales entre elles, en position
latérale (marquées B t , B 2 , fig. 5). Souvent carénées ( Litsea imbricata, L.
humboldtiana, A. spathulata, A. uniflora, L. macrophylla, L. paouensis,
L. stenophylla ) parfois charnues, épaisses (L. lecardii, L. neocaledonica,
A. spathulata) elles montrent 3 nervures dans Litsea triflora et triplinervia.
Source : MNHN, Paris
— 508 —
PI. I. — 1, diagramme-type des Lauracées; 2, diagramme fl. Lilsea ; 3, ombellule uniflore;
4, ombellule triflore (Franc 1514); 5, 6, 7, ombellules de Lilsea triflora^ (Mac Kee 13418 )
(au n° 6, les étamines ne sont pas figurées); 8, ombellule ? de L. triflora (Cribs 1429);
Ai, axe de racème; A2, axe (pédoncule) d'ombellule; A3, axe (virtuel) des fl. latérales;
b, bractéole; Bi, B», B3, B 4 , bractées de Pinvolucre; B.s., bractées de l'involucelle; S, tépale
staminodial; en pointillé, axes ou pièces virtuelles.
Les bractées de la paire supérieure sont souvent inégales entre elles,
en position antéro-postérieure (marquées B 3 et B 4 , fig. 5) et plus grandes
que celles de la première paire. Elles ne sont jamais carénées mais sont
charnues, quand la première paire l'est elle-même, et montrent 5 nervures,
quand la première en a 3 (L. triflora), ou ne sont pas nervées (L. triplinervià).
Source : MNHN, Paris
— 509 —
La bractée postérieure B 4 entoure nettement l’antérieure B 3 dans le
bouton chez L. neocaledonica, L. pentaflora (fig. 9) et L. longepedunculata
(fig. 10). Au contraire, c’est l’antérieure qui entoure la postérieure chez L.
paouensis et L. stenophyüa.
Sur deux ombelles examinées de L. triplinervia, la bractée antérieure
était absente ; elle était très réduite dans une ombellule de L. neocaledonica.
LES FLEURS
L’orientation des pièces florales dans les Lauracées est décrite en plaçant
le tépale médian du 1 er cycle en position postérieure. La figure 1 représente
ainsi le diagramme-type le plus courant de la famille convenant par exem¬
ple aux genres Persea, Cinnamomum, Ocotea, Cryplocarya, Beilschmiedia,
Cassytha, etc. avec les étamines du 3 e cycle extrorses. En revanche, la fleur
mâle des Litsea (fig. 2) montre toutes les anthères introrses et pour conserver
l’orientation classique, il faudrait admettre que dans l’ombellule, cette
fleur est insérée sur le prolongement A 2 du pédoncule comme l’indique
la figure 3. On observe cette disposition dans Litsea deplanchei, L. humbold-
tiana, L. paouensis, L. stenophylla, L. triplinervia et A. macrophylla, avec
ombellules uniflores.
Dans les ombellules triflores, les fleurs sont insérées en ligne, une
centrale et deux latérales, ces dernières à pédicelle plus court. Le diagramme
est celui de la figure 4 ( Franc 1514 rapporté à A. uniflora, et Sarasin 658,
Litsea ripidion). Dans l’échantillon Mac Kee 13418 de Litsea trifiora, on peut
observer 1-2-3 bractées plus petites que Bj-B, paraissant surnuméraires
(marquées B.s., fig. 5,6,7) comme une sorte d’involucelle entourant la fleur
centrale parfois dédoublée dans le sens antéro-postérieur (fig. 7). Les ombel¬
lules à cinq fleurs montrent, autour d’une fleur centrale à symétrie axiale,
quatre fleurs à symétrie bilatérale, une à droite, une à gauche, une anté¬
rieure, une postérieure (fig. 9, 10, 11).
PÉRIANTHE ET ANDROCÉE
La formule typique des Lauracées 3S, 3P, 3E, 3E', 3E", 3E'", montre
dans les Litsea et Adenodaphne toute une gamme de variations :
a) Dans la fleur unique des ombellules uniflores ou dans la fleur centrale
des ombellules 3-5 flores, le périanthe peut être normal, mais aussi perdre 1
(fig. 10), 2 (fig. 11) et même 4 tépales tout en restant sur le type 3 ou bien
passer au type 5 (fig. 9); cette absence de certains tépales (avortement?)
est parfois compensée par une transformation du tépale en une sorte de
staminode (S, fig. 5-6) ou en une véritable étamine ( Litsea triflora, Mac Kee
13418).
b) Dans les fleurs latérales des ombellules 3-5 flores, le périanthe
est souvent réduit à 3-4 pièces et montre (fig. 8, 9, 10, 11) une face plane
s’appuyant sur la fleur centrale, et, de chaque côté de cette face plane,
Source : MNHN, Paris
— 510 —
un tépale plié en long et à sommet crochu tandis que la pièce médiane
est tronquée et élargie au sommet (fig. 8, Cribs 1429 pour Liisea triflora
et Mac Kee 15266 pour L. longepedunculata). Dans Liisea pentaflora (fig. 9,
Balansa 1467) sur 4 pièces au total, les deux tépales d’angle sont pliés
et crochus mais les deux médians ne sont pas tronqués; il en est de même
pour Liisea neocaledonica avec 6 pièces. Ainsi dans, ces fleurs latérales,
il existe un plan de symétrie passant par l’axe de la fleur centrale et perpen¬
diculaire au plan contenant les axes Aj et A 2 .
Source : MNHN, Paris
— 511 —
c ) Dans les fleurs antéro-postérieures des ombellules 5-flores, le péri-
anthe peut être normal, trimère, complet (fig. 9) ou bien comporter des
réductions (fig. 10, 11); parfois, les grandes étamines externes et les tépales
correspondants sont au nombre de 5, certains tépales pouvant manquer.
La symétrie par rapport à un plan est moins nette que dans les fleurs laté¬
rales, cependant elle apparaît fréquemment (fig. 10, 11) par rapport au
plan des axes A t et A 2 .
Ces remarques ont pu être faites grâce à l’abondance des fleurs dans
certains échantillons d’herbier, permettant des comparaisons et mettant
en évidence l’extrême variabilité des caractères floraux. Pour mieux en
juger, il faudrait examiner des inflorescences en plus grand nombre dans
d’autres espèces afin d’établir des moyennes et surtout travailler sur matériel
vivant pour être à l’abri des causes d’erreurs dues à l’étude des fleurs séchées
puis ramollies par ébullition. Les questions d’orientation des diagrammes
seraient plus sûrement résolues par examen des pièces florales sur le vif.
C’est dire que ces quelques observations ne constituent que l’ébauche
d’une étude des inflorescences des Litséées.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 513-520, 1974.
CORRÉLATIONS ENTRE ÉLÉMENTS
DE LA FEUILLE DE CISSUS RHOMBIFOLIA Vahl
Résumé : Étude quantitative de corrélations entre territoires composant le limbe.
Mise en évidence :
1° de l’absence d’une influence de la phyllotomisation sur une éventuelle action
acropète des territoires latéraux sur le territoire médian,
2° de l’existence d’une inhibition distale basipète entraînant le même comportement
des nervures basales d’ordre 1 et des nervures latérales (d’ordre 2) du territoire médian.
Resumen : Estudio cantitativo de las correlaciones entre los territorios que compo-
nen el limbo. Puesta en evidencia de :
1° la ausencia de una influencia de la filotomisaciôn en una eventual acciôn acrôpeta
de los territorios latérales sobre el territorio mediano,
2° la existencia de una inhibiciôn distal basipeta la que lleva con si el mismo compor-
tamiento de las nervaduras basales de orden 1 y de las nervaduras latérales del territorio
mediano.
Depuis plusieurs années, l’étude des feuilles de type dicotylédone s’est
considérablement développée; divers travaux ont montré l’existence de
territoires au sein du limbe et abordé le problème de leurs relations. En
ce qui concerne le premier point, « il n’est plus possible, actuellement,
de conserver l’antique et superficielle distinction en feuilles simples, lobées
et composées 1 , mais on doit reconnaître l’existence de plusieurs cycles
évolutifs successifs et attribuer à la quasi-totalité des feuilles « simples »
une structure métamérique » (Diarra & Cusset, 1972).
Diverses méthodes sont utilisées par les auteurs; citons par exemple :
la microchirurgie (Neville, 1964), l’étude de l’ontogénèse foliaire (Fuchs,
1966, 1968, 1972), l’étude des chimères chlorophylliennes (Dulieu, 1966,
1968), la morphologie « classique » (Cusset, 1964, 1970), l’analyse morpho¬
logique quantitative (Diarra & Cusset, 1972; Simondet, 1973), l’étude
mathématique de la croissance foliaire (Jérémie, 1973).
Nous essaierons, dans cet article, d’analyser par une méthode quanti¬
tative certains points concernant les rapports entre différents territoires
du limbe.
1. Nous conserverons ces dénominations, par commodité de langage, en sachant
qu’elles ne recouvrent aucune réalité morphologique.
Source : MNHN, Paris
— 514 —
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Sur un pied de Cissus rhombifolia Vahl, placé en plein air pendant l'été,
nous avons prélevé un total de 58 feuilles adultes de formes variées (fig. 1).
Certaines d’entre elles sont simples (20 exemplaires), d’autres sont
composées et présentent, soit une foliole basale unique (18 exemplaires),
soit 2 folioles basales disymétriques et 1 foliole terminale symétrique par
rapport à la nervure médiane (20 exemplaires); ce dernier type de feuilles
est, de loin, le plus fréquent dans cette espèce, les deux premiers correspon¬
dant à des feuilles de type juvénile et aux préfeuilles.
Du point de vue morphologique, ces feuilles sont constituées de 3 terri¬
toires qui peuvent s’individualiser (voir fig. 1). Chacun d’eux possède une
nervure médiane d’ordre 1 (A t , B x ) sur laquelle s’insèrent des nervures
latérales d’ordre 2 (B 2 , A 2 ). Lorsque ces territoires sont coalescents (feuilles
simples), seules les nervures B 2 proximales sont apparentes.
Nous nous intéressons aux corrélations intervenant entre les nervures
d’ordre 1 et les nervures d’ordre 2 du territoire médian. Les mesures sont
toujours effectuées sur des feuilles adultes pour permettre des comparaisons
directes; la dimension des nervures a été prise en suivant fidèlement leurs
courbures (Diarra & Cusset, 1972). L’emploi d’une machine à calculer
« Compucorp statistician » a facilité le traitement des données et garantit
l’exactitude des résultats numériques.
Source : MNHN, Paris
— 515 —
RÉSULTATS
Comparons la longueur des nervures latérales A 2 et la distance qui
sépare l’apex foliaire de leur insertion sur la nervure médiane A-,, pour
toutes les feuilles récoltées. Nous avons 205 couples de mesures distribuées
en 11 classes (tabl. I). Sur le diagramme (fig. 2), l’abscisse des points est
la valeur médiane de chacune des classes, l’ordonnée est la moyenne des
longueurs des nervures A 2 pour chaque classe; cette moyenne est au milieu
d’un intervalle de sécurité calculé par la méthode de l'erreur standard
pour le risque 1 %.
Les points sont sensiblement alignés et la droite de régression de y e:
d’équation ÿ _ 0,59, + 2,5
passe dans l’intervalle de sécurité de chaque point. Ce résultat concorde
bien avec la valeur hautement significative du coefficient de corrélation
linéaire calculé pour les 205 couples de valeurs (r = 0,77).
Cette droite permet de prévoir la longueur atteinte par une nervure
latérale en connaissant seulement la position du point d’insertion sur la
nervure médiane; autrement dit, quel que soit le contour du limbe, la lon¬
gueur des nervures latérales est déterminée.
Si maintenant nous comparons le comportement des nervures Bi à celui
des nervures Aj, en reportant sur un même graphique :
— en ordonnées, la longueur d’une nervure (A 2 ou B0,
— en abscisses, la distance séparant l’insertion de cette nervure sur
Source : MNHN, Paris
— 516 —
TABLEAU I
Coefficients de risque k\ = k% = 0,005.
TABLEAU II
Nombre
DE COUPLES
DE MESURES
Coefficient
DE CORRÉLATION
Équation des droites
de régression (■)
(méthode
des moindres carrés)
Feuilles trifoliolées :
— nervures Ai ...
113
0 98
y = 0,61 x + 1,7
— nervures Bi....
40
0,91
y = 0,53* + 13
Feuilles à 1 foliole la-
téro-basale :
— nervures Ai ...
50
0,95
y - 0,80* — 0,29
— nervures B i....
36
0,94
y 0,80* — 0,76
Feuilles simples :
—- nervures A 2 ...
42
0,97
y = 0,82* + 0,36
— nervures B 2 ....
40
0,93
y = 0,73* + 0,23
(1) y — longueur des nervures latérales,
* = distance séparant le sommet de la feuille de l'insertion des nervures laté¬
rales sur la nervure médiane.
la nervure médiane A x , du sommet de la feuille nous constatons (fig. 3, 4
et 5 et tabl. II) qu’il faut distinguer 3 cas :
1° Cas des feuilles trifoliolées (fig. 3).
Nous observons 2 nuages de points distincts :
— l’un (en haut à droite) représente la longueur des nervures B,
Source : MNHN, Paris
— 517 —
en fonction de celle des nervures A,; le coefficient de corrélation linéaire
est r = 0,91, la droite de régression a pour équation y = 0,53.x + 13
(tabl. II, 2 e ligne),
— l’autre représente la longueur des nervures A 2 en fonction de la
distance entre leur insertion sur A, et le sommet de la feuille; le coefficient
de corrélation est r = 0,98, la droite de régression y = 0,60.v + 1,7 (tabl. II,
l re ligne).
En considérant que les régressions sont linéaires (r très hautement
significatifs), à distance égale du sommet, une nervure B! est en moyenne
sensiblement plus longue qu’une nervure A,. La différence d’ordre morpho¬
logique entre ces nervures (les nervures B x sont d’ordre 1, les nervures A 2
d’ordre 2) se traduit bien, dans ce cas, par une différence dans leur longueur
finale.
2° Cas des feuilles possédant une seule foliole latéro-basale (fig. 4).
Nous n’observons qu’un nuage de points, les coefficients de corrélations
linéaires sont très hautement significatifs (r = 0,95 et r = 0,94) compte
tenu du nombre des mesures; les droites de régressions sont pratiquement
confondues (.Pi = 0,80.v— 0,29 et y 2 = 0,80.v — 0,76) (tabl. II, lignes 3
et 4). A distance égale du sommet de la feuille, les nervures B x auront donc,
en général, la même longueur que les A 2 , bien qu’il y ait entre elles une
différence d’ordre morphologique.
3° Cas des feuilles simples (fig. 5).
Ce diagramme est homologue au précédent (fig. 4 et tabl. II, lignes 5
et 6). Il faut toutefois noter, qu’en général, à distance égale du sommet,
Source : MNHN, Paris
— 518
une nervure B x est légèrement plus courte qu’une nervure A 2 . Ce fait est
à rapprocher des observations de Diarra & Cusset dans les feuilles simples
de Cissus antarclica 1 .
CONCLUSIONS
Il existe une régression linéaire entre la longueur des nervures laté¬
rales A 2 et la distance séparant leur insertion sur la nervure médiane A 1
du sommet de la feuille. Ce fait seul ne permet pas de conclure à une relation
de cause à effet, mais les résultats obtenus par d’autres méthodes, micro¬
chirurgicales (Neville, 1964; Jeune, 1972), observations morphologiques
(Cusset, 1964, 1970), étude mathématique (Jérémie, 1973) notamment,
prouvent l’existence d’une inhibition émanant du sommet de la feuille
et agissant sur les nervures latérales. Cette inhibition, dans le cas du Cissus
rhombifolia, est proportionnelle à la distance au sommet; cette action est
comparable à celle décrite dans le Cissus antarctica (Diarra & Cusset,
1972) et YApium inundatum (Simondet, 1973). Nous constatons que cette
régression linéaire est indépendante du degré d’hyperfoliarisation (palmure
1. Ces auteurs considèrent « cet accroissement de l'inhibition émanant de la région
distale, non comme dû à une structure particulière de ces nervures, mais comme répon¬
dant à un renforcement de l’action du sommet de la feuille par une action, en direction
basipète, propre aux nervures Ai elles-mêmes. »
Source : MNHN, Paris
— 519 —
du limbe); en effet, elle est établie aussi bien pour les feuilles simples que
pour les feuilles trifoliolées.
Donc, pour une longueur donnée de la nervure médiane A lt les nervures
A 2 seront de longueur égale, que la feuille soit trifoliolée, à une foliole basale
ou entière. Autrement dit, la forme de l'élément médian est identique
dans tous les cas.
Par conséquent, s’il existe une éventuelle action acropète des éléments
latéraux vers l'élément médian, celle-ci est identique pour les feuilles compo¬
sées et pour les feuilles simples. Ainsi les corrélations entre éléments, dans
le sens éléments latéraux vers l’élément médian seraient indépendantes du
degré d'hyperfoliarisation.
Par contre, la longueur des nervures B, dépend nettement de cette
hyperfoliarisation : dans le cas des feuilles trifoliolées, ces nervures sont
plus longues que des nervures A 2 qui seraient situées à une même distance
du sommet alors que dans les feuilles à une foliole basale ou simple, elles
sont sensiblement de même longueur.
Ainsi, dans le cas des feuilles les plus hyperfoliarisées (feuilles simples)
l’influence inhibitrice du sommet est telle que les nervures B, (morpholo¬
giquement d’ordre 1 comme la nervure médiane A,) se comportent comme
les nervures A, (nervures d’ordre 2 du territoire médian).
La structure morphologique, qui se traduit dans les corrélations
intrafoliaires, pour les feuilles phyllotomisées, ne se manifeste plus à ce
point de vue dans les feuilles simples. La morphogénèse de ces dernières,
non seulement ne montre plus la lobation d'une ébauche primitivement
simple, mais aussi aboutit à une intégration des territoires latéraux. Ces
Source : MNHN, Paris
— 520 —
feuilles, dont nous pensons qu’elles sont en réalité composées, se comportent
donc entièrement comme des feuilles véritablement simples.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Cusset, G. — A propos des nectaires extra-floraux. Thèse 3 e Cycle, 210 p., Paris (1964).
— Remarques sur des feuilles de dicotylédones, Boissiera 16 : 1-210 (1969 paru 1970).
Diarra, N. & Cusset, G. — Sur les corrélations intralaminaires du Cissus antarctica
Vent., Adansonia, ser. 2, 12 (4) : 531-538, 1972.
Dulieu, H. & Bugnon, F. — Chimères chlorophylliennes mériclines et ontogénie foliaire
chez le tabac (Nicotiana tabacum L.), C. R. Acad. Sc., Paris, ser. D, 263 : 1714-1717
(1966).
Dulieu, H. — Emploi des chimères chlorophylliennes pour l’étude de l’ontogénie foliaire,
Bull. Sc. de Bourgogne 25 : 1-60 (1968).
Fuchs, C. — Observations sur l’extension en largeur du limbe foliaire du Lupinus albus L.,
C. R. Acad. Sc. Paris, ser. D, 263 : 1212-1215 (1966).
— Croissance de la feuille et acquisition de la forme chez le Tropœolum peregrinum L.,
I. L’activité mitotique. C. R. Acad. Sc. Paris, ser. D, 274 : 3206-3209 (1972); IL
La polarité mitotique, C. R. Acad. Sc. Paris, ser. D, 274 : 3375-3378(1972); III. Le
grandissement cellulaire, C. R. Acad. Sc. Paris, ser. D, 275 : 345-348 (1972).
Jérémie, J. — Recherches sur la croissance foliaire du Nicotiana tabacum L. evar. « cabot
enation ». Thèse 3 e cycle, 150 p., ronéo, Paris (1973).
Jeune, B. — Observations et expérimentation sur les feuilles juvéniles du Paulownia
tomentosa H. Bn. Bull. Soc. Bot. Fr. 119 : 215-230 (1972).
Lamotte, M. — Introduction à la biologie quantitative 1 vol., 369 p., Masson, Paris
(1948).
Neville, P. — Corrélations morphogènes entre les différentes parties de la feuille de
Gleditsia triacanthos L. Ann. Sc. Nat. Bot. Paris, 12 e ser., 5 : 785-798 (1964).
Simondet, J. C. — Sur les corrélations intralaminaires des feuilles d ’Apium inundatum
Rchb. Le Botaniste, ser. 56 ; 177-185 (1973).
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 521-522, 1974.
SIX GRAMINÉES NOUVELLES POUR L’ÉTHIOPIE
par J. P. Lebrun
Résumé : Sont nouvelles pour l’Éthiopie : Chloris ferruginea , Cœlachyrum longi-
glume, Eragroslis abrumpens, E. rigidior, Trichoneura ciliata et Tripogon curvatus.
A la faveur d’une importante étude des pâturages naturels de l’Éthiopie
méridionale — portant sur environ 160 000 km 2 — effectuée fin 1972 début
1973 par G. Boudet, Chef du Service Agrostologie à l’I.E.M.V.T. (ALF),
accompagné de G. Rippstein, Agrostologue, une série d’environ 2400 numé¬
ros d’herbier fut rassemblée.
L'étude de ces matériaux a déjà enrichi la flore éthiopienne d’une
plante remarquable : Fadenia zygophylloides Aellen et C. C. Townsend
(vide Kew Bull. 29 (1) : 154, 1974).
Aujourd’hui ce sont six Graminées que nous pouvons ajouter à la liste
des plantes vasculaires d’Éthiopie :
1. Chloris ferruginea Renvoize, Kew Bull. 28 (2) : 195 et fig. 1 : 197
(1973).
Sidamo : près Bokol Mayo(— Bogol Magno), pente de colline, 13-11-1972, Rippstein
894 (ALF, K, P).
Chloris nouvellement décrit du Kenya septentrional; il s'agit d’une
espèce différant totalement des autres Chloris africains par ses glumelles
inférieures à dos arrondi et densément couvertes de courts poils de couleur
brun-roux. Les deux localités actuellement connues sont éloignées d’environ
200 km.
2. Cœlachyrum longiglume Napper, Kirkia 3 : 113 (1963).
Harrar : Bircot entre Sasabeneh et Shekosh, Zaudie Telahun 6 , juin 1972; 9 /ibis,
Galadal près Warandab entre Shekosh et Kebri Dehar, juin 1972. Baie : 15 km S Kélafo,
colluvions sur gypse, 21-11-1972, Boudet 7826; près Dolo, alluvions sableuses, 14-11-1972,
Rippstein 1051 (ALF).
Décrite sur des échantillons du Kenya cette curieuse espèce ressemble
à s’y méprendre à un Eragroslis; elle s’en distingue par ses glumes multi-
Source : MNHN, Paris
— 522 —
nerviées, ses glumelles densément couvertes de très courtes spinules et
son grain ruguleux enfermé dans un péricarpe libre.
3. Eragrostis abrumpens Kabuye, Kew Bull. 28 (3) : 530 (1973).
Sidamo : à 15 km du Mont Filtu, pente de 3 %, érodée, à sol calcaire, 12 nov. 1972,
Rippsiein 788 (ALF, K, P) — avec Linionia nulans, Tragus berteronianus, Solanum cf.
renschii.
Très rare espèce, proche d'E. superba, toute nouvellement décrite du
Kenya; sa découverte en Éthiopie correspond à une extension d’aire d’en¬
viron 900 km.
4. Eragrostis rigidior Pilger, Bot. Jahrb. 48 : 347 (1912).
Sidamo : 15 km à l’Ouest d’Arero, plaine à sol brun clair, fourrés (Grewia spp .)
accompagnés de quelques arbres ( Acacia spp.), Rippsiein 1813 (ALF, K).
Rhodésie, Transvaal, Botswana, Sud-Ouest africain.
5. Trichoneura ciliata (Peter) S.M. Phillips, Kew Bull. 29, ined. (1974);
in Polhill, Fl. Trop. East Afr., Gramineæ 2 : 297 (1974).
Bas. : Lepiochloa ciliata Peter, Fl. Deut. Ost — Afr. 1 : 263-264 (1931).
Svn. : Trichoneura hiriella Napper, Kirkia 3 : 116 (1963).
Sidamo : NW de Yabello, steppe arbustive sur sol rouge argilo-sableux, caillouteux,
Rippsiein 1755 (ALF, K).
Proche de T. mollis mais vivace et à glumes ne dépassant pas les fleurs.
Kénya, Tanzanie.
6. Tripogon curvatus Phillips et Launert, Kew Bull. 25 (2) : 318 et
fig. 5 : 319 (1971).
Sidamo : Bokol Mayo (= Bogol Magno), sur argile rouge à gravillons, avec roche
calcaire, 450 m d’altitude, Rippsiein 848, 13-11-1972 (ALF, K); 832, Mont Filtu, bas
de pente, 12-11-1972.
Proche du T. major dont il diffère surtout par : ses chaumes minces
et sinueux dépassant longuement les feuilles, ses inflorescences penchées,
ses glumelles inférieures bi-dentées, ses anthères plus courtes.
Récemment décrites sur les échantillons du Kenya.
Nous avons à cœur de terminer cette notule en adressant nos sincères remerciements
à MM. W. D. Clayton et S. A. Renvoize, des Jardins royaux de Kew, pour leur aimable
collaboration.
I.E.M.V.T.
10, rue Pierre-Curie,
94700 Maisons-Alfort.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 14 (3) : 523, 1974.
INFORMATIONS
MISSIONS
P. Boileau a effectué une mission à Cuba du 16 décembre 1973 au 5 janvier 1974.
Cette mission avait pour but, dans le cadre des accords scientifiques existants entre le
C.N.R.S. et l’Académie des Sciences de Cuba, d'examiner les possibilités d'échanges
dans les domaines de la Botanique, de la Phytochimie et des Plantes médicinales.
P. Boiteau a effectué du 15 avril au 3 mai 1974 une mission en Grande-Bretagne
dans le cadre des échanges scientifiques entre le C.N.R.S. et la Royal Society. Il a travaillé
au British Muséum et à l’herbier de Kew, notamment sur les Apocynacées.
J. Bosser a effectué une mission du 13 février au 28 mai 1974 aux îles Mascareignes
dans le cadre de l’étude de la flore de cette région.
C. Sastre s’est rendu en Guadeloupe du 16 avril au 15 mai 1974 en vue de participer
à la délimitation de zones à protéger intégralement dans le Parc Naturel, poursuivant
sa mission en Colombie amazonienne du 15 mai au 1 er août dans le cadre des travaux
de la R.C.P. C.N.R.S. « Évolution du milieu forestier en Amazonie du NW ».
CONGRÈS
Jean-François Leroy a participé au Colloque international sur la Flore
du Bassin méditerranéen (Montpellier, 4-8 juin 1974).
NOTE AUX LECTEURS
Nous avons fait paraître dans Adansonia, ser. 2, 14 (1) : 61-62 (1974), un article
de R. Capuron, intitulé « Note sur deux Grcwia africains ». Cette note que nous avions
retrouvée dans ses manuscrits avait été préalablement publiée par l’auteur dans Adanso¬
nia, ser. 2, 4 (1) : 99-100 (1964). Nous prions les lecteurs de notre revue de bien vouloir
nous excuser de cette inattention.
Source : MNHN, Paris
ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 18 NOVEMBRE 1974
SUR LES PRESSES DE FD EN SON
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE-61 - ALENÇON
Dépôt légal : 4 e trimestre 1974 - 77.408
Source : MNHN, Paris
MICROFOSSILES ORGANIQUES
DU PALÉOZOÏQUE
n° 6
B. ALPERN ET J. DOUBINGER
LES SPORES
LES MIOSPORES MONOLETES
DU PALÉOZOÏQUE
21 X 27, 104 pages, 11 figures, 1 tableau, 23 planches photographiques,
broché 79,20 F
Editions du CNRS
15 quai Anatole France. 75700 Paris
CCP. Paris 9061-11 - Tél. 555-92-25
à défaut aux Editions du CNRS (chèque joint)
U H
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U Sciences humaines
□ Trésor de la langue Française
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris