Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
Jean-F. LEROY
A. AUB RÉ VILLE
Membre de l’Institut
Professeur Honoraire
au Muséum
et
Professeur
au Muséum
Série 2
TOME 16
Fascicule 1
1976
Date de Publication : 15 Juillet 1976
ISSN 0001-804 X
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
16, rue Buffon, 75005 Paris
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
A. Aubréville : Membre de l’Institut, Professeur Honoraire au Muséum national
d'Histoire naturelle.
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandri : Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle.
J.-F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Schnell : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M.-L. Tardieu-Blot : Directeur de Laboratoire à l’E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
Rédaction : A. Le Thomas et J. Jérémie.
Gérant-éditeur : J. Raynal.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d’article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l’auteur ne doit y être y mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Pour tous les articles de taxonomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères gras
et les noms d’auteurs des différents taxons.
Le format des planches doit être de 16 X 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptées.
Les auteurs reçoivent gratuitement cinquante tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
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ADANSONIA
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Prix de l’abonnement 1976 : France et Outre-Mer : 130 F
Étranger : 140 F
C.C.P. : Association de Botanique Tropicale
La Source 33075.20 W
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (1), 1976.
SOMMAIRE
Leroy J.-F. — Essais de taxonomie syncrétique. Sur une xérophyte
remarquable du Plateau Mahafaly (Madagascar) : Jovelia humilis
Guédès (Rubiacées-Ixorées). 5
Govindarajalu E. — The systematic anatomy of South Indian
Cyperaceæ: Scirpus L. s. !at . 13
Floret J. -J. — A propos de Comiphyton gabonense ( Rhizophoraceæ-
Macarisieæ) . 39
Boiteau P., Allorge L. & Sévenet T. — Révision des Rauvolfia
de Nouvelle-Calédonie. 51
Veillon J.-M. — Note relative à l’architecture des Rauvolfia néo-
calédoniens . 61
Bonnefille R. & Letouzey R. — Fruits fossiles d’ Antrocaryou
dans la vallée de l’Omo (Éthiopie). 65
Lobreau-Callen D. — Ultrastructure de l’exine de quelques pollens
de Célastrales et des groupes voisins. 83
Descoings B. — Pour une conception structurale et ouverte des
classifications phytogéographiques. 93
Jeune B. — Expérimentation microchirurgicale sur la feuille de
Myriophyllum brasiliense Camb. 107
Raynal J. — Notes cypérologiques : 26. Le genre Schœnoplectus.
II. L’amphicarpie et la sect. Supini . 119
Villiers J.-F. — Une nouvelle espèce du genre Julbernardia Pellegr.
(Césalpiniacées) en Afrique occidentale. 157
La publication d'un article dans Adansonia n'implique nullement que cette revue approuve
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (I) : 5-12, 1976.
ESSAIS DE TAXONOMIE SYNCRÉTIQUE
SUR UNE XÉROPHYTE REMARQUABLE
DU PLATEAU MAHAFALY (MADAGASCAR) :
JOVETIA HVMILIS Guédès (RUBIACÉES-IXORÉES)
par Jean-François Leroy
Découverte en 1910, par Perrier de la Bâthie, dans le fourré
calciphile du Sud-Ouest de Madagascar, la plante en cause est un arbrisseau
ou un sous-arbrisseau microphylle, à rameaux dimorphes, parfois prostré,
dont les adaptations aux rigueurs du milieu xérique et du vent sont « specta¬
culaires ». On en connaît à ce jour trois stations, toutes sur les calcaires
éocènes du Plateau Mahafaly : colline de la Table à l’est de Tuléar, endroit
non précisé du Plateau Mahafaly, environs du Cap Sainte-Marie dans
l’extrême Sud.
Pour A.-M. Homolle, qui en fit la première analyse, à une époque
où régnait une conception large de la notion de genre, cette plante était
un Randia, et elle la nomma R. mahafalensis, ce qu’atteste une détermi¬
nation manuscrite portée sur l’herbier de Perrier de la Bâthie. Par la
suite, la collection s’accrut (elle est aujourd’hui de 6 numéros) mais ne
fut l’objet que d’examens rapides et l’on nota, en passant, sur les herbiers,
qu’il pouvait s’agir d’un Poiysphæria (Capuron, Cavaco) ou d’un Ixora.
C’est, je suppose, la plante ici en cause qui est donnée comme Gardénia
dans le livre de Koechlin, Guillaumet & Morat (3). Les premières
observations montraient donc nettement qu’on devait se trouver devant
une Ixorée ou une Gardéniée plutôt singulière.
Il appartenait à Michel Guédès, qui, sur ma demande, avait bien
voulu se charger de l’étude des Ixora malgaches, de procéder à une analyse
méthodique de cette Ixorée, ce qui devait l’amener à proposer la création
du très intéressant genre Jovetia (1, 2).
D’après Guédès, le Jovetia se définit ainsi : fleurs à corolle tordue
à gauche, axillaires, solitaires, portées par les rameaux courts, dans les
aisselles d’une paire de feuilles subterminales; deux bractéoles réunies en
un calycule en coupe entourant la base de l’ovaire; style divisé en 2 stig¬
mates exserts se séparant tardivement; ovaire 2-loculaire, à loges 1-ovulées,
chaque ovule étant attaché à un placenta apical, à micropyle infère, est
donc à peine anatrope; le fruit est une baie à 2 graines.
La diagnose du genre ne fait pas état de certains caractères de la
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— 6 —
graine (tégument, albumen, embryon), mais l’un d’eux cependant est noté
dans une diagnose spécifique (albumen ruminatum).
Ce genre se composerait de deux espèces : Jovetia humilis Guédès,
à corolle jaune orangé, le type du genre, et J. erecta Guédès, à port érigé
et corolle blanche. Selon Guédès, le Jovetia serait protandre (les anthères
sont ouvertes et vides au moment de l’anthèse).
TAXONOMIE — PI. 1.
D’après les analyses ci-dessus rapportées, il n’est pas évident que le
Jovetia ne soit pas très proche du genre Ixora, car on connaît quelques
Ixora à inflorescences axillaires, et de façon générale, les Ixorées offrent
plusieurs cas de genres où les espèces se répartissent en deux groupes
selon qu’elles ont des inflorescences terminales ou des inflorescences
axillaires (Coffea, Enterospermum, etc.).
Ayant, il y a plusieurs années, contesté les fondements du genre tels
qu’ils viennent d’être rapportés, et aussi l’existence de deux espèces, je
suis amené à préciser aujourd’hui par écrit mon jugement. L’ovaire du
Jovetia, d’après mes analyses du matériel même étudié par Guédès (22556-SF
et Humbert & Capuron 29261) et d’autre matériel (Humbert & Capuron
29219, Perrier 4396), n’est pas à loges 1-ovulées, mais 1-2-ovulées. Or, le
nombre d’ovules est un caractère essentiel chez les Rubiacées, et l’on sait
que K. Schumann (1897), bien exagérément d'ailleurs, lui subordonnait
tous les autres caractères (5).
D’après la diagnose, l’embryon serait à peine anatrope (comme chez
les Ixora), l'ovule étant attaché apicalement et à micropyle infère. De mon
côté, dans les quatre dissections faites, j’ai observé l’attache apicale de
l’ovule et l’existence d’un bel arille (ou placenta arilloïde) vu aussi par
Guédès, mais un micropyle supère. De plus, l’albumen est abondant mais
ne peut être qualifié de ruminé. C’est un albumen entier, à peine ruminé.
Le style porte deux longs sillons longitudinaux dans le plan interstigma-
tique et se termine par 2 stigmates tordus collés l’un contre l’autre par
leur surface interne papilleuse, sauf à l’extrémité où s’observent deux poin¬
tes. La graine est arillée. L’embryon est très petit, droit, à radicule supère,
longue, à cotylédons plans. Après avortement de 1-3 ovules, le fruit est
à (l)-2 graines bien développées, mais avec en sus 1-3 graines avortées.
Donc ovaire 2-loculaire à loges 1-2-ovulées, à micropyle supère, le
Jovetia n’est pas du tout un Ixora à fleurs axillaires, ni un genre très proche
du Psilanthus, mais il devrait plutôt se situer auprès du Tricalysia, ou
peut-être du Polysphæria. Le tégument de la graine côtelé, alvéolé mais
non fibrilleux, l’albumen non franchement ruminé, entre autres caractères,
excluent cependant d’assimiler, l’un à l’autre, Jovetia et Polysphæria.
Le Jovetia est une Ixorée relativement évoluée mais taxonomiquement
isolée et dont la phylogenèse ne peut encore être démêlée. D'après Verd-
court (6) il n’y a pas d’Ixorée présentant la combinaison : loges 2-ovulées,
icropyie supère; dans la sous-tribu des Cremasporinées, les ovules seraient
Source : MNHN, Paris
. I. — Jovetia humilis Gucdès : 1, rameau x 2 /3 ; 2, feuille, en période humide à droite, en
période de sécheresse à gauche x 4; 3, rameau court portant 2 fleurs x 8; 4, diagramme
d'une extrémité de rameau à 2 fleurs, d'après Guédès, modifié (aires circulaires en noir :
fleurs); 5, idem, mais rameau à 4 fleurs; 6, fleur avec le calycule x 8; 7, 8, anthères et
style x 14; 9, diagramme d'une inflorescence, fl. à loges 2-ovulées (l'orientation des
carpelles est variable et les loges peuvent être l-ovulées); 10, fenêtre ouverte dans une
loge ovarienne montrant attachés au placenta (arille) apical 2 ovules de tailles inégales
x 14; 11, fruit ouvert avec 1 graine développée et I graine avortée sous le placenta (arille)
x 8; 12, graine en coupe, remplie d'albumen à peine ruminé x 12 (1-9, Humberi29261 ;
10, 22556 SF; 11, Perrier 4396; 12, 20174 SF ).
Source : MNHN, Paris
à micropyle supère, mais solitaires : le Jovelia pourrait donc être le type
d'une sous-tribu nouvelle.
Les deux espèces reconnues sont à mon sens des variations (non
héréditaires) d’une seule espèce, mais il y a cependant une forme prostrée
sur les rocailles calcaires du Cap Sainte-Marie où le vent, comme à Orangea,
près de Diégo 1 , est un facteur important des conditions de vie, une autre
érigée (Cap Sainte-Marie, Plateau Mahafaly, la Table près de Tuléar)' 2 .
Je propose le statut suivant :
Jovetia humilis Guédès
— Jovetia erecta Guédès, Phyton 17 (1-2) : 131-135 (1975).
Type : Humbert & Capuron 29261, Cap Sainte-Marie et abords immédiats, Mada¬
gascar, fl. mars 1955 (holo-, P).
Autre matériel : Madagascar (Sud-Ouest) : Humbert & Capuron 29219 p.p..
Cap Sainte-Marie et abords immédiats, fl. mars 1955; Perrier 4396, Plateau Mahafaly.
fr. mûrs juin 1910; Capuron 20174-SF, Plateau de la Table, près Tuléar, fl. mars 1961.
On peut prendre le risque de distinguer une forme à feuilles glabres ;
Jovetia humilis Guédès var. glabra Leroy, var. nov.
A typo speciei differt foliis glabris, habilu prostrato.
Type : Capuron 22556 SF, Cap Sainte-Marie et abords immédiats, fl. et fr. janv. 1963
(holo-, P).
Autre matériel : Capuron 28551 SF, eod. toc., fr. déc. 1968; Humbert & Capuron
29219 p.p., eod. loc.
La mise en évidence de la variété glabra amène à poser un problème
biologique intéressant, relevant de la spéciation sympatrique : la sélection
se fait ici sur la base de l’intervention d’un facteur écologique bien spécial.
On note dans les collections une gamme de variations relatives à toutes
les parties de la plante (feuilles minuscules, fleurs anormales, etc.) et supé¬
rieure à la norme trouvée dans la variété humilis, comme si la variété glabra
était en état d'« affolement » et donnait prise à un accroissement de varia¬
bilité. Quoi qu’il en soit la réplique (port prostré) à la sévérité du milieu
1. Où il existe d'ailleurs un Rothmannia microphylle à rameaux dimorphes assez étrange
et rappelant le Jovetia.
2. Parmi les Rubiacete microphylles semblant endémiques du Plateau Mahafaly et de
ses abords, il y a au moins 6 espèces de Canlhium (= Pyrostria), Vanguerieæ, dont une seu¬
lement, encore inédite, récoltée au Cap Sainte-Marie et aux environs de Tuléar, est à feuillage
persistant et offre le même système d'adaptation végétatif que le Jovetia. Les autres, à feuillage
caduc, se sont adaptées de façon comparable, mais cependant assez différente. Toutes semblent
calciphiles et plusieurs vivent en sympatrie, mais seulement l'une d'elles ( Canlhium sarodra-
nense (Cavaco) Leroy comb. nov. = Pyrostria sarodranensis Cavaco, Adansonia 11 (2) : 396,
1971), remarquable par ses grosses drupes velues à 6-8 noyaux, a été décrite. Il serait d'un
extrême intérêt de prendre pour sujet d'étude la physiologie écologique comparative de ces
Canthium du Plateau Mahafaly, et aussi de tenter la recherche des lignées dont ils sont
l'aboutissement.
Source : MNHN, Paris
— 9 —
a été trouvée, et il y aurait lieu de définir 1 les modes de reproduction, de
contrôler l’hérédité des caractères, d’approfondir l’étude des rapports avec
le milieu dans toute l’aire occupée par le Jovetia.
ÉCOLOGIE ET MORPHOLOGIE — PI. 1.
Le développement du J. humilis est entièrement monopodial, mais
soumis à un mécanisme hormonal adaptatif entraînant le dimorphisme
des rameaux : rameaux longs (auxiblastes) où les entrenœuds sont de
l’ordre de 0,5-1,5 cm; rameaux courts latéraux sans allongement inter-
nodal (jusqu’à 2 cm) (brachyblastes). Le rameau long, responsable de
l’extension en longueur, peut d’ailleurs se transformer en rameau court
et devenir fertile. Inversement, le rameau court peut se changer en
rameau long. Le rameau court est, par définition, le rameau fertile 2 :
il est constitué en un premier temps de nœuds jointifs consistant chacun
en une paire de feuilles dont les bases pétiolaires sont reliées par une lame
stipulaire triangulaire-acuminée, persistante. Les feuilles sont persistantes,
et la plante porte toujours un feuillage, mais le renouvellement des feuilles
anciennes se fait assez rapidement : elles se détachent selon une couche
d’abscission bien nette et la partie ancienne du rameau court se présente
comme un emboîtement de cupules persistantes faites de bases pétiolaires
soudées par leurs stipules. C’est là sans doute un puissant manchon pro¬
tecteur utilisable contre la dessiccation et les attaques diverses, dans un
milieu particulièrement dur où il ne tombe qu’à peine 500 mm de pluie
par an (341 mm à Tuléar et Itampolo). Beaucoup d’espèces du Sud uti¬
lisent le même procédé et offrent un aspect comparable de plantes à rameaux
courts garnis d’un bouquet de feuilles réduites vers le sommet de ceux-ci.
Les rameaux longs en pleine activité se développent en s’allongeant et en
se ramifiant simultanément à chaque aisselle : d’où la présence de petits
bouquets de feuilles « pédiculés » latéraux sur toute la longueur des
rameaux; ainsi, dans chaque aisselle, un seul bourgeon échapperait dans
un premier temps à toute dormance. Mais les rameaux longs anciens
peuvent porter 3-4 rameaux courts d’âges différents dans une même aisselle,
certains âgés de plusieurs années, d’autres à l’état naissant, et les rameaux
courts peuvent eux-mêmes se ramifier abondamment. Chaque aisselle
semble potentiellement polyblastique, et le déclenchement du développe¬
ment peut porter sur les aisselles du vieux bois qui, ainsi, reprennent vie.
En fait, les potentialités de développement sont conservées à l’abri du
manchon protecteur des bases pétiolaires : c’est un mécanisme physio¬
logique accroissant la capacité de survie.
Il est d’ailleurs intéressant sous l’angle de la taxonomie syncrétique
de relier entre eux sous une même loi d’organogenèse : l’élément du man¬
chon (bases pétiolaires reliées par leurs stipules) constituant une sorte
I. C’est une exigence de la taxonomie syncrétique, déjà définie (4), et qui sera précisée
dans une prochaine note.
2. Parfois le rameau fertile présente des entrenœuds ayant subi une certaine élongation.
Source : MNHN, Paris
— 10 -
de cupule persistante, indépendante des feuilles et la structure homologue
qu’est le calycule de l’inflorescence, ayant lui aussi un rôle de protection
(dans le bouton floral); le calice lui-même, enveloppant entièrement l’ovaire
auquel il adhère, constitué de deux cycles télescopés, est l’homologue de
deux calycules formés simultanément par accélération ontogénétique
(souvent les sépales sont reliés par de petits lobes stipulaires, lesquels
ont été bien vus par Guédès). Les pétales eux-mêmes portent la marque
de leur même origine : ils sont une cupule à 4 lobes, mais très caduque
(nouvelle adaptation) 1 .
La feuille du Jovetia humilis, xérophyte microphylle, est aussi typique
des adaptations du Sud. Le limbe est coriace, très réduit (3-10 X 1-2 mm),
et porte une épaisse cuticule ventrale; seule la nervure médiane est appa¬
rente dessous (côté abaxial), le limbe a des marges épaisses et révolutées,
il est oblong. En période de grande dessiccation il s’enroule longitudina¬
lement vers l’intérieur : ainsi l’épiderme dorsal stomatique se trouve mis
à l’abri : ingénieux mécanisme, extrêmement souple et peut-être d’une
très grande efficacité pour le développement et la survie de la plante.
La taxonomie syncrétique poussant à déceler les fonctions, je suis
amené à lier entre eux tous les caractères végétatifs et à dégager, dans
son unité, l’existence d’un système cohérent d'adaptation. L’adaptation
xérophile a porté sur l’organisation végétative dans son ensemble, laquelle
comprend trois parties : la feuille d’une part, assimilatrice et relativement
persistante; la partie longuement persistante de la feuille — cupule des
bases foliaires et stipules soudées ou gaine nodale — d’autre part, non
assimilatrice, mais protectrice; enfin l’axe du rameau court aux entre-
nœuds sub-nuls. Un degré de plus dans l'adaptation et c’est la forme pros¬
trée et la conquête des milieux les plus durs.
La canalisation imposée par le milieu a été très forte dans le Sud de
Madagascar et de nombreuses espèces se sont engagées dans les mêmes
voies d’adaptation. Il y aurait lieu de faire une analyse méthodique de
cette canalisation en fonction des différences taxonomiques (différences
notées précédemment dans le cas des Canthium).
On peut déjà, en rapport avec ces faits, énoncer deux hypothèses :
1. — étant donné que l’organisation des bases foliaires (gaines nodales)
telle que nous l’avons décrite se retrouve chez de nombreuses Rubiacées
de la forêt dense ombrophile, on est tenté d’admettre qu’elle est un sys¬
tème assez général de protection. Protection contre les prédateurs en
forêt ombrophile, contre la dessiccation en milieu xérique, contre le froid
en altitude et dans les pays extra-tropicaux. La découverte par la plante
du rameau court — manchon persistant de bases foliaires — est une étape
de l’adaptation, en milieu sec ou froid, qui permet un renforcement de
protection et une économie des dépenses énergétiques. La plante a la faculté
1. Ces vues conduisent à se demander s'il n'y a pas un certain rapport entre la gamo-
pétalie des Riibiace.v et l’existence de stipules, soudées directement ou par l’intermédiaire des
bases pétiolaires (gaines nodales).
Source : MNHN, Paris
— 11 —
de rester contractée et de se déployer (rameaux longs) aux moments favo¬
rables.
2. — le feuillage persistant peut être un avantage — exploitation
photosynthétique optimale — par rapport au feuillage caduc, en milieu
xérique, quand l’évapo-transpiration est faible et élevés le niveau d’humidité
de l'atmosphère et celui de la luminosité — cas du Sud de Madagascar.
Il semble, d’après les notations des récolteurs, que le J. humilis fleurisse
entre décembre et mars, c’est-à-dire en saison des pluies; les fruits mûri¬
raient en quelques mois (avant le mois de juillet). Mais dans la variété
glabra les fruits sont mûrs vers décembre-janvier : il ne faut pas écarter
la possibilité d’une deuxième floraison en saison sèche, il y aurait alors
production de deux pousses successives par an et le feuillage se renouvellerait
entièrement au cours de l’année.
Notons que le rameau fertile ne porte pas nécessairement qu’une
ou deux inflorescences, mais que certains en portent trois ou quatre.
Le rameau long, à longs entrenœuds, est moins bien protégé, et le
développement en doit prendre place aux moments les plus favorables:
il est souvent arrêté par mort accidentelle des méristèmes. Dans la forme
prostrée adaptée au vent, la plante est noueuse et tortueuse : elle forme
du bois qui grossit plus qu’il ne s'allonge et qui n’est qu’un support à la
surface duquel les bourgeons éclosent pour donner les pousses courtes
à feuilles et fleurs.
Le Jovetia humilis, sous la forme prostrée, est un chaméphyte typique
du « fourré arbustif bas » à Alluaudia comosa défini par Koechlin, Guillau-
met & Morat (3). Comme le soulignent ces auteurs (p. 260), « la végé¬
tation du Cap Sainte-Marie, soumise en permanence à l’action des vents
violents, est constituée de plantes ligneuses rampantes, plaquées au sol,
ne dépassant pas quelques décimètres de haut : il s’agit cependant d’espèces
que l’on retrouvera dans le fourré, plus à l’intérieur, sous forme de petits
arbres de quelques mètres de haut ».
En résumé, le J. humilis est une plante ligneuse assez rabougrie carac¬
téristique des fourrés xérophiles du Sud-Ouest (plus précisément, peut-
être, du Domaine du Sud dans le sens restreint défini par Koechlin,
Guillaumet & Morat) auxquels elle est remarquablement adaptée par
ses mécanismes de développement : dimorphisme caulinaire, microphyllie
et structure de la feuille (protection du limbe, gaine nodale), prostration
du port.
Bibliographie
1. Guédès, M. — Jovetia Guéd., a new genus in the Rubiacex-Ixoreæ , Phyton 17 (1-2) :
131-135 (1975).
2. — Intrusive hair sclereid in Jovetia (Rubiaceæ), J. Linn. Soc., Bot. 71 : 141-144
(1975).
3. Koechlin, J., Guillaumet, J.-L. & Morat, Ph. — Flore et végétation de Mada¬
gascar, Cramer (1974).
4. Leroy, J.-F. — Espèces et spéciation. Remarques à propos du Schizolæna, Boissiera
24 : 339-344 (1975).
Source : MNHN, Paris
— 12 —
5. Schumann, K. — Rubiaceæ, in A. Engler & K. Prantl, Die naturl. Pflanzen-
familien. IV Teil, Abt. 4 : 1-156 (1897).
6. Verdcourt, B. — Remarks on the Classification of the Rubiaceæ , Bull. Jard. Bot.
État 28 :
209-290 (1958).
Laboratoire de Phytomorphologie de l'E.P.H.E.
Laboratoire associé, n° 218, du C.N.R.S.
Laboratoire de Phanérogamie.
Muséum - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (1) : 13-38, 1976.
THE SYSTEMATIC ANATOMY
OF SOUTH INDIAN CYPERACEÆ :
SCIRPUS L. S. LAT.
by E. Govindarajalu
Summary: Thirteen species of Scirpus s. lato hâve been investigated organwise.
AU of them show certain number of common characters in addition to features which
are characteristic of each species. AH these taxa may be segregated into two primary
groups based upon 2- or 1-layered condition of bundle sheaths in the culms. Further
distinction among these two groups of species may be effected in the light of presence
or absence of fibrous bundles in the partition of air-cavities, transectional outlines of
the culms, cell types in the air-cavities, sclerenchyma types and the number of silica-
bodies in the epidermal cells which are ail derived from the anatomical structure of
the culms. Key is given by making use of the said anatomical characters.
INTRODUCTION
The anatomical information that is now available on the genus Scirpus
pertains to about 63 species in ail out of a total of c. 120 species. As it
is this particular situation seems to be neither adéquate for the proper
understanding and élucidation of certain taxonomie problems involved
in this taxon nor the available accounts lend themselves for unequivocal
comparison for want of uniform treatment by the early workers since
the taxa had ail been studied from altogether different standpoints except
15 species recently dealt with by Metcalfe (1971). Out of 13 South
Indian species, Sabnis (1921) had studied the anatomy of sheath and culm
of S. maritimus; Mullan (1945) the complété végétative anatomy of
S. grossus; d’Almeida & Ramaswamy (1948) the anatomy of végétative
organs and the inflorescence axis of S. maritimus, S. grossus and S. litoralis
from the ecological standpoint and Mehra & Sharma (1965) from the
standpoint of distribution of silica-bodies. Furthermore as pointed out
by the présent author (Govindarajalu, 1974) that in ail the early works
suffleient emphasis has not been laid on those anatomical characters that
are now found to be useful and important in taxonomie considérations.
It may be mentioned that Metcalfe (1971) has contributed anatomical
information on 2 South Indian species (S. fluitans, S. maritimus) which
seems to be the only dependable and useful account from the above
Source : MNHN, Paris
— 14 —
mentioned points of view. However a few discrepancies with respect to
these two species hâve corne to light between his observations (Metcalfe,
1971) and those of mine thereby warranting the necessity of including
them in this work. As it is no information of any kind is available for
S. articulatus, S. brachyceras, S. jacobi and S. subcapilalus and as far
as the rest of the South Indian species are concerned it seems to be either
scanty or incohérent and incomplète. For other kinds of miscellaneous
information such as embryology, developmental anatomy, etc., see Met¬
calfe (1971). Out of 13 species covered in this work 2 species (S. validus
and S. roylei) not represented in South Indian flora hâve been included.
MATERIAL AND METHODS
Ail the materials used in the présent investigation are front the collections available
in the Herbarium of the Presidency College, Madras and cited as PCM. In addition
to this, fresh materials wherever available for certain species were fixed in the field.
The full citation of specimens is given at the end of the description of each species. For
the sake of avoiding répétition in the citation of specimens, the first two letters of the
collector's name are given (e.g. Go. = Govindarajalu).
Methods which hâve been followed earlier (Govindarajalu, 1966; 1968 a, b;
1969) are adopted here also. The characterization of the type of vascular bundles and
metaphloem is after Cheadle & Uhl (1948 a, b). The common characters that hâve
been already reported for the genus by Metcalfe (1971) are indicated here as (Met.).
Most of the descriptive terms used in this work are those that hâve been proposed by
Metcalfe & Gregory (1964).
CHARACTERS COMMON TO THE SPECIES EXAMINED
1. Stomata paracytic in sheaths, culms and leaves; subsidiary cells parallel-
sided in ail; low dome-shaped in culms of S. brachyceras.
2. Intercostal cells in sheaths and culms with straight end walls.
3. Interstomatal cells in sheaths (except S. subcapitalus ) and culms with
concave end walls.
4. Bulliform cells absent in sheaths.
5. Air-cavities in sheaths and leaves containing stellate parenchyma
(PI. 4, 3, 10, 14) except S. jacobi (PI. 4, 9) and S. litoralis (PI. 4, 8) in
which lobed cells présent.
6. Bundle sheaths in sheaths double, complété; O.S. parenchymatous,
I.S. fibrous except S. maritimus, S. roylei; bundle sheaths in culms
2-layered, O.S. parenchymatous, I.S. fibrous (Met.) but single-layered
in 5. brachyceras, S. grossus, S. validus, S. subcapilalus and 5. litoralis
(PI. 2, 7).
7. Conical silica-bodies in leaves and culms surrounded by satellites but
the latter wanting in the culms of S. laleriflorus and S. maritimus
(Met.).
Source : MNHN, Paris
— 15 —
8. Adaxial epidermal cells of the leaf larger than those of the abaxial
(Met.) (PI. 4, 13).
9. Circumvascular sclerenchyma présent as a cap at the xylem pôle in
sheaths of ail the taxa (PI. 4, 3) but absent in S. fluitans and S. jacobi
(PI. 4, 9, 12).
10. Secretory cells in sheaths and leaves varying from less common to
abundant (Met.) (PI. 4, 1, 4, 9, 12, 13, 14).
11. Sclerenchyma strands in sheaths trapezoid or trapezoid to rounded in
the majority of the taxa (PI. 4, 8, 9, 10, 14); rounded in S. maritimus
and S. roylei.
12. Metaphloem in ail the organs belongs to “ regular type ” while that
of sheaths of S. subcapitatus to “ intermediate type ”.
13. Cuticle usually thick in sheaths (PI. 4, 14), but thin in culms of S. flui¬
tans (PI. 3, 2) and leaves (PI. 4, 13).
DESCRIPTIONS OF INDIVIDUAL SPECIES
Scirpus articulatus L.
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells moderately elongated.
broad; cell walls thick, pitted and smooth. Stomata (L. 32-36 n; W. 20-
24 (i); subsidiary cells parallel-sided ; interstomatal cells short. Silica-
cells elongated, narrow, thick-walled, smooth, occurring in a single discon-
tinuous row, each cell possessing 2-4(-5) small cone-shaped silica-bodies
with satellites.
Transverse section: Cuticle very thick on either surface. Epidermal
cells isodiametric and similar in both surfaces. Hypodermis: abaxial
2-layered, adaxial 1-layered, both containing colourless cells. Air-cavities
large, as many as and alternating with vb’s, each cavity occupied with
stellate parenchyma cells. Sclerenchyma (Ht. 28-60 n; W. 32-52 |a) trape¬
zoid strands. Vascular bundles many, large (type III A) and small (type I),
not regularly alternating with each other. Metaxylem vessel members
(D. 20-24 n). Metaphloem: “regular type”. Bundle sheaths: O.S.
parenchymatous, I.S. fibrous, both complété. Circumvascular scleren-
chyme rectangular forming a cap at the xylem pôle. Secretory cells less
common. Starch grains common.
CULM. Epidermis, surface view: Cells elongated, narrow, thick-
walled, smooth with straight end walls. Stomata (L. 40-44 n; W. 20 n),
narrowly oblong; subsidiary cells parallel-sided; interstomatal cells elongat¬
ed. Silica-cells short, narrow, thick-walled, occurring in a single discon-
tinuous row, each cell containing 2(-3) small conical silica-bodies with
satellites.
Source : MNHN, Paris
— 16 —
Transverse section (PI. 1, 2) : Outline circular. Cuticle moderately
thick, smooth. Epidermal cells thick-walled. Air-cavities many, variable,
irregular in distribution in the centre, filled with lobed parenchyma cells;
however air-cavities in the periphery forming a circle and almost regularly
alternating with vb’s. Vascular bundles many, large (type III B) and small
(type I) arranged more or less in 3-4 circles; large vb’s containing proto-
xylem lacunæ; metaxylem vessel members (D. 48-60 n); metaphloem of
“ regular type”. Bundle sheaths: O.S. parenchymatous, I.S. fibrous,
both complété. Sclerenchyma (Ht. & W. 32-48 n) trapezoid and poly-
hedral hypodermal strands. Circumvascular sclerenchyma crescentiform
forming a cap at the xylem pôle in ail the large vb’s and appearing rectan-
gular in ail the small vb’s. Secretory cells not seen. Starch grains abun-
dant in parenchyma cells of the ground tissue.
ROOT. Transverse section : Diameter of the root examined c. 0.7 mm.
Exodermal cells variable, thick-walled. Hypodermis consisting of 2 layers
of sclerenchyma. Cortex: outer lacunose, consisting of concentrically
arranged air-cavities separated by radiating rows of parenchyma; inner
cortex of 2-3 layers of compactly arranged parenchyma cells being in
radial alignment with endodermal cells. Endodermis: cells with U-shaped
thickening. Metaxylem element central, solitary (D. 44-48 n); protoxy-
lem units 10 in number; metaphloem not easily recognizable. Central
ground tissue parenchymatous.
Material examined: Mayuram, Thanjavur Dt., Govindarajalu 5781 ; Thiruvottiyur,
Madras Dt., Go. 5761 ; Vedanthangal, Chinglepet Dt., Go. 5737; Ennore, Madras Dt.,
Go. 5621: Aminjikarai, Madras Dt., Go. 5654; Coleroon river bed, Thanjavur Dt.,
Go. 6847; Trichirapalli, Trichirapalli Dt., Go. 5814; Kumbakonam, Thanjavur Dt.,
Go. 7133; Sriperumpudur, Chinglepet Dt., Go. 5683.
Scirpus brachyceras Hochst. ex A. Rich. (S. corymbosus Heyne ex
Roth non L.) (only culm examined)
CULM. Epidermis, surface view: Epidermal cells short, more or less
elongated, smooth, thick-walled. Stomata abundant (L. 45.0-48.6 n;
W. 32.4-36.0 n); subsidiary cells low dome-shaped. Silica-cells in 1 (-2)
continuous rows, each cell possessing 2-3 (-4) conical silica-bodies with
satellites sometimes containing silica particles also.
Transverse section (PI. 2, 5): Outline obtusely tetragonous, minutely
corrugated due to the presence of unequal heights in the epidermal cells.
Epidermal cells thick-walled, variable. Stomata many, sunken in the
furrows; guard cell with thickened walls; substomatal chamber narrow.
Assimilatory tissue of more or less of rounded short cells occurring in
6-8 hypodermal layers. Air-cavities very many, variable, reticulate and
reaching the centre; air-cavities with reference to type of diaphragm cells
being of two kinds; one kind containing stellate parenchyma cells not
traversed by transverse veins while the other one with radially elongated
lobed thick-walled parenchyma permeated by transverse veins. Vascular
Source : MNHN, Paris
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PI. I. — Transverse section of culm, ground plan : 1 , Scirpus juncoides Roxb. x 25; 2, f
culatus L. x 10; 3, S. lateriflorus Gmel. x 30; 4, S. roylei (Nees) Parker >
jacobi Fischer x 30.
Source : MNHN, Paris
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bundles very many, of 3 different sizes (large, medium and small), ail
belonging to type III A; medium and small vb’s alternating with each
other and thus forming a circle in the periphery; large vb’s containing
protoxylem lacunæ; metaxylem vessel members (D. 18.0-21.6 |x); meta-
phloem of “ regular type ”. Bundle sheaths : single-layered, complété,
fibrous. Sclerenchyma: hypodermal, pulviniform, many (Ht. 23.4-27.0 n;
W. 27.0-28.8 (x); small fibre bundles, also présent in the chlorenchyma,
each one of them occurring in units of (2-) 3-6 cells and alternating with
hypodermal strands; fibre bundles (Ht. 10.8-12.6 |x; W. 5.4-12.6 n). Circum-
vascular sclerenchyma crescentiform forming a cap at xylem and phloem
pôles in ail the large vb’s; medium vb’s with triangular (pulviniform)
cap at the xylem pôle; small vb’s usually with pulviniform (triangular) cap
at the xylem pôle. Secretory cells not seen.
Material examined: T.T.D. 8455 (s. loco).
Scirpus fluitans L.
SHEATH. Abaxial surface : Intercostal cells axially elongated, broad,
moderately thick-walled, pitted, smooth with straight end walls. Stomata
(L. 32-36 n; W. 24 jx), narrowly elliptical; subsidiary cells parallel-sided;
interstomatal cells elongated. Silica-cells short, broad, thin-walled,
smooth, présent in a single continuous row, each cell containing l-2conical
silica-bodies with satellites.
Transverse section (PI. 4, 12) : Outline crescent-shaped. Epidermal
cells thick-walled, similar on both surfaces. Abaxial hypodermis com-
posed of single layer of parenchyma. Air-cavities c. 4, variable in size,
irregular in outline and regularly arranged; air-cavities containing stellate
parenchyma. Sclerenchyma strands (Ht. & W. 12-16 [x) trapezoid. Vas-
cular bundles 5, large (type III A) and small (type I); médian vb larger,
submarginal and marginal vb’s progressively becoming smaller. Bundle
sheaths: O.S. of inflated parenchyma cells, I.S. fibrous both complété.
Circumvascular sclerenchyma not developed. Secretory cells common.
LEAF. Abaxial surface: Intercostal cells axially elongated; cell walls
moderately broad, thin-walled, smooth; end walls straight. Stomata
(L. 32-36 |x; W. 24 |x) oval-shaped; subsidiary cells parallel-sided; inter¬
stomatal cells axially elongated with straight end walls. Long cell some-
times containing silica particles. Silica-cells elongated, narrow, thin-
walled, smooth, occurring in a single discontinuous row; silica-bodies
small, conical, 4-6 in each cell; satellites absent.
Adaxial surface: cells elongated, hexagonal, thin-walled, smooth,
broad; end walls straight. Silica-cells, see abaxial surface.
Lamina, transverse section (PI. 4, 13): Outline adaxially concave and
slightly abaxially convex throughout; keel absent; margins truncate.
Assimilatory tissue composed of 2-3 layers of chlorenchyma on the adaxial
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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surface. Air-cavities 3, large, slightly variable, irregular in outline,
containing stellate parenchyma and regularly alternating with vb’s. Bulli-
form cells not differentiated. Vascular bundles 4 more or less of same
size and disposed in a single row; metaxylem vessel members (D. 8 y);
metaphloem of “ regular type Bundle sheaths: O.S. of inflated paren-
chymatous cells and I.S. fibrous, both complété. Sclerenchyma strands
(abaxial; Ht. & W. 16 y) trapezoid; adaxial strands (Ht. & W. 12 y) rectan-
gular, both hypodermal ; abaxial strands 11 and adaxial strands 4 in number.
Secretory cells common.
CULM. Epidermis, surface view: Cells elongated, broad, thin-walled,
smooth. Stomata not observed. Silica-cells occurring in 1 (-2) conti¬
nuons rows, each cell containing 3 conical bodies surrounded by satellites.
Transverse section (PI. 3, 2): Outline scutiform. Cuticle thin. Epi-
dermal cells thin-walled. Assimilatory tissue: 2-3 layers of rounded
chlorenchyma cells. Air-cavities c. 15, radially elongating, variable
in size and shape, forming a circle in the periphery. Vascular bundles
7-8 arranged in a circle in the centre of the culm (PI. 3, 2) and belonging
to type III A or B; metaxylem vessel members (D. 12-16 y). Bundle
sheaths : not recognizable because of the sclerenchyma enveloping ail around
the vb’s. Sclerenchyma: hypodermal strands c. 21 (Ht. 20-24 y; W. 36-44 y)
pulvinifomr with angular sides. Secretory cells common. Central ground
tissue sclerenchymatous.
In Metcalfe’s material, 5 air-cavities, 5 vb’s, 16 sclerenchyma strands
and oval outline for the culms hâve been reported (Metcalfe, 1971).
RHIZOME. Transverse section (PI. 3, /): Diameter of rhizome
examined c. 1 mm. Outline somewhat oval-shaped. Cortex consisting
of radiately arranged air-cavities, 11 in number, variable in size and shape
and arranged in a peripheral circle. Endodermis: conspicuous, and its
cells with prominent U-shaped thickenings. Stele consisting of 7-8 colla¬
teral vb’s forming a ring. Sclerenchyma strands: hypodermal, c. 40 in
number, trapezoid, small. Secretory cells less common. Solitary schizo-
genous cavity présent in the centre (cf. Metcalfe, 1971).
ROOT. Transverse section: Diameter of the root examined c. 0.2 mm.
Epidermal cells thin-walled. Cortex: outer, see S. articulatus; inner
cortex consisting of 2-3 layers of sclerenchyma arranged radially in align-
ment with endodermal cells. Endodermis: prominent, cells isodiametric
with uniform thickening throughout and circular lumina. Pericycle not
easily recognizable. Metaxylem element central, solitary; protoxylem
units 4-5 in number; metaxylem vessel members (D. 28 y); metaphloem
not easily distinguishable. Central ground tissue sclerenchymatous.
Material examined: Nilgiris, Nilgiris Dt., Govindarajalu 6126; Doddabettah,
Nilgiris Dt., Go. 6205; Naduvattam, Nilgiris Dt., Go. 6132; Munnar, Madurai Dt.,
Jagannalhan 35 ; Kodaikanal, Madurai Dt., Chrispin Devadoss 15 ; Pillar Rocks, Kodai-
kanal, Madurai Dt., Bourne 1219.
Source : MNHN, Paris
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PI. 3. — Scirpus fluilans L. : 1, T.S. rhizome, ground plan x 60; 2, T.S. culm, ground plan
x 50. — S. marilimus L. : 3, T.S. culm, ground plan x 36. — S. subcapitatus Thxv. i
4, T.S. root, ground plan x 50; 5, T.S. culm, ground plan x 50.
Source : MNHN, Paris
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Scirpus grossus L.f.
LEAF. Abaxialsurface: Intercostal cells moderately elongated, broad;
cell walls thick, sinuous, pitted; end walls straight. Stomata (L. 44-52 n;
W. 32 n) with thickened walls throughout; subsidiary cells low dome-
shaped; interstomatal cells moderately elongated with straight end walls.
Silica-cells elongated, narrow, thick-walled, sinuous, occurring in 2 (-3)
more or less discontinuous rows; silica-bodies (3-) 5-6, conical, surrounded
by satellites.
Adaxial surface: see abaxial surface.
Lamina, transverse section .Outline flanged V-shaped, assymmetrical ;
keel triangular; margins subacute. Hypodermis: single layer of trans-
Iucent cells beneath adaxial surface. Assimilatory tissue: 2-3 layers of
chlorenchyma présent on either surface bordering the air-cavities. Air-
cavities as many as and regularly alternating with vb’s; air-cavities
containing two kinds of diaphragm tissue; some of the air-cavities with
many long-armed, thin-walled parenchyma and large intercellular spaces
and certain others filled with a transverse plate of exceedingly thick-
walled elongated cells with peg-Iike lobes. Bulliform cells 13 présent in a
regular fan-shaped group. Vascular bundles 45 (24 + 1 -f- 20) comprising
large (type III B) and small vb's (type III A) regularly alternating with
each other; metaxylem vessel members (D. 60-64 u); large vb’s containing
protoxylem lacunæ; metaphloem of “ regular type Bundle sheaths:
O.S. of enlarged parenchyma cells, complété, I.S. fibrous, incomplète.
Circumvascular sclerenchyma forming caps both at xylem and phloem
pôles. Sclerenchyma strands (Ht. 60-100 ix; W. 80-100 n) usually pulvini-
form with angular sides (subtriangular); fibre bundles in the partition
layers of the air-cavities (Ht. 40-48 n; W. 32-52 u.) trapezoid. Secretory
cells rare.
Although Mullan (1945) and d’Almeida & Ramaswamy (1948) had
investigated the leaf anatomy of this species, their account seems to be too
fragmentary to be of any value since no spécifie mention is made about the
shape and size of sclerenchyma strands, number of bulliform cells, nature
of bundle sheath cells, number and type of vb’s, air-cavities, assimilatory
tissue, etc. Secretory cells rare and not frequent as reported by thern.
CULM. Epidermis, surface view: Cells short, broad, variable, thick-
walled, smooth. Stomata (L. 36-40 y; W. 28-32 y) oblong; subsidiary
cells parallel-sided ; interstomatal cells short. Silica-cells short, narrow,
thin-walled, occurring usually in more or less 2 continuous rows, each cell
possessing (1-) 2 conical silica-bodies surrounded by satellites.
Transverse section (PI. 2, 4): Outline acutely triangular. Epidermal
cells thick-walled. Air-cavities very many, variable, somewhat irregular
in distribution, reticulate; air-cavities containing transverse plates of
elongated cells with peg-like outgrowths, see lamina (PI. 4, 6). Vascular
bundles very many, ail similar and belonging to type III B; the vb’s in the
Source : MNHN, Paris
PI. 4. — Transverse section of leaf (sheath or lamina), ground plan: 1, Scirpus maritimus L..
lamina x 30; 2, /</., sheath, diagrammatic; 3, id., sheath, in part x 30; 4, S. juncoides
Roxb., sheath x 24; 5, id., silica cells in sheath, surface view x 360; 6, S. grossus L.f.,
diaphragm cells x 240 ; 7, S. litoralis Schrad., T.S. sheath, diagrammatic; 8, id., sheath,
in part x 18; 9, S. jacobi Fischer, sheath, in part x ISO; 10, S. mucronatus L., sheath,
in part x 15; 11, id., in full, diagrammatic; 12, S. fluitans L., sheath x 60; 13, id., lamina
x 70; 14, S. lateriflorus Gmel., sheath x 24; 15, S. subcapitatus Thw., silica cell in sheath,
surface view x 360.
Source : MNHN, Paris
— 24 —
periphery forming a circle; vb’s containing protoxylem lacunæ; metaxylem
vessel members (D. 32-48 n in diameter); metaphloem of “ regular type”.
Bundle sheaths: single, parenchymatous, complété. Circumvascular
sclerenchyma présent as a cap both at xylem and phloem pôles in ail the
vb’s. Sclerenchyma: many, hypodermal (Ht. 40-80 y; W. 48-60 n), pulvi-
niform strands. Fibre bundles (Ht. & W. 40-60 n) pentangular, présent
in the partition of air-cavities. Secretory cells abundant.
Mullan’s description (1945) differs from that of mine in regard to
the occurrence of sclerenchyma strands not opposite to vb’s and the pré¬
sence of network of air-cavities in the centre.
For rhizome and root transverse sections, see Metcalfe (1971).
Material examined: ICillai, South Arcot Dt., Krishnamurthy 360.
Scirpus jacobi Fischer 1
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells axially elongated, broad.
moderately thick-walled, pitted, smooth; cells containing spindle-shaped
(rod-shaped) greenish silica-body per cell. Stomata (L. 44-48 u; W. 24 y),
narrowly oblong; subsidiary cells parallel-sided; interstomatal cells elon¬
gated. Silica-cells short, broad, thin-walled, smooth, occurring usually
in 2 continuous rows, each cell possessing 2 (-3) cone-shaped silica-bodies
surrounded by satellites.
Transverse section (PI. 4, 9): Cuticle thick on the abaxial surface.
Epidermal cells isodiametric, similar on both surfaces. Hypodermis: 2-3-
layered parenchyma beneath abaxial epidermis. Air-cavities as many as
and alternating with vb’s; air-cavities containing lobed parenchyma cells
traversed by veins; air-cavities variable, transversely elongated. Scleren¬
chyma (abaxial: Ht. 24-32 n; W. 32-40 n) pulviniform (rounded) strands;
adaxial girders (Ht. 40 y; W. 48 y) pulviniform. Circumvascular scleren¬
chyma not developed. Vascular bundles many, rounded, belonging to
type III B; metaxylem vessel members (D. 12-16 n). Bundle sheaths:
O.S. of inflated parenchyma cells, I.S. fibrous. Secretory cells large,
conspicuous.
CULM. Epidermis, surface view: Cells axially elongated, moderately
broad, thick-walled, smooth, pitted. Stomata (L. 44-48 p; W. 24 p),
narrowly oblong, thick-walled; subsidiary cells parallel-sided; inter¬
stomatal cells elongated. Silica-cells short, broad, smooth, thin-walled,
présent in 2-3 continuous rows, each one of them containing 2 conical
silica-bodies with satellites.
Transverse section (PI. 1, 5): Outline ovate with wavy margin. Epi¬
dermal cells thick-walled. Assimilatory tissue hypodermal, 3-4 layers of
palisade chlorenchyma. Air-cavities variable in size and shape approaching
1. This epithet is no longer the earliest available in Scirpus, and [should be replaced
(combination under Scirpus still to be coined, see this vol., p. 149. — Note from the Editor).
Source : MNHN, Paris
— 25 —
the centre and containing stellate parenchyma; air-cavities c. 19 in number
forming more or less peripheral ring. Vascular bundles c. 25, large,
medium (type III A) and small (type I); large and medium vb’s containing
protoxylem lacunæ; medium and small vb’s forming more or less a peri¬
pheral ring while the large vb’s scattered in the centre; metaxylem vessel
members (D, 16-20 n). Bundle sheaths: O.S. parenchymatous, I.S. fibrous,
both complété. Circumvascular sclerenchyma deeply crescentiform présent
as a cap at the xylem pôle of ail vb’s. Sclerenchyma: subepidermal (Ht. 24-
32 [x; W. 32-40 n), pulviniform strands. Secretory cells very abundant in
the hypodermis.
ROOT. Transverse section: Diameter of the root examined c. 0.3 mm.
For other details, see S. fluitans.
Material examined: Thiruvottiyur, Madras Dt., Govindarajalu 11818; Vedan-
thangal, Chinglepet Dt., Go. 5736; Aminjikarai, Madras Dt., Go. 5648; Gingee, N. Arcot
Dt., Go. 5437; Sommod river bed, Coimbatore Dt., Ramakrishnan 6877.
Scirpus juncoides Roxb.
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells axially elongated, broad,
moderately thick-walled, sinuous. Stomate (L. 40-44 n; W. 20-24 n),
narrowly oblong; subsidiary cells parallel-sided; interstomatal cells elon¬
gated. Silica-cells short, broad, thin-walled, sinuous, occurring in 1-2 con-
tinuous rows; silica-bodies conical, 1-2 large per cell and associated with
many minute silica-bodies near the end walls; satellites absent (PI. 4, J).
Transverse section (PI. 4, 4): Outline circular. Cuticle over the abaxial
epidermis thicker than that of the adaxial. Epidermis: cells of the abaxial
layer thick-walled while those of the adaxial layer consisting of thin-walled
cells. Ground tissue compo-ed of 3-4 layers of chlorenchyma. Air-
cavities c. 23 disposed in a single row filled with stellate parenchyma cells;
air-cavities as many as and regularly alternating with vb’s and présent
near the adaxial epidermis. Sclerenchyma: hypodermal (Ht. 20-32 n;
W. 24-40 n), trapezoid strands. Vascular bundles c. 23, ail belonging to
(type III A), arranged in a ring; metaxylem vessel members (D. 16-20 n);
metaphloem of “ regular type ”. Bundle sheaths, see S. fluitans. Circum¬
vascular sclerenchyma crescentiform forming a cap at the xylem pôle.
Secretory cells common.
CULM. Epidermis, surface view: Cells elongated, broad, thin-walled,
somewhat sinuous. Stomata (L. 40-48 n; W. 24 n), elliptical; subsidiary
cells parallel-sided; interstomatal cells elongated. Silica-cells see sheath.
Transverse section (PI. 1, 1): Outline circular. Cuticle thin. Epi-
dermal cells thin-walled. Assimilatory tissue: 3-4 layers of palisade cells
présent as a narrow zone at the circumference of the culm. Air-cavities
c. 12 filled with stellate parenchyma cells; air-cavities variable, reaching
the centre and arranged more or less in two circles. Vascular bundles
Source : MNHN, Paris
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c. 23, small (type I) and large (type III B): both arranged to form a peri-
pheral circle, additional pair of large vb's facing each other présent in
the centre; metaxylem vessel members (D. 24-28 n); large vb’s containing
protoxylem lacunæ; metaphloem of “ regular type Bundle sheaths,
see sheath. Circumvascular sclerenchyma, see sheath. Sclerenchyma
(Ht. 24-32 u; W. 36-40 n), hypodermal trapezoid (pulviniform) strands.
Secretory cells very common in the midst of assimilatory tissue.
ROOT. Transverse section: Diameter of the root examined c. 0.6 mm.
Epidermis, outer cortex, see S.fluitans; inner cortex consisting of a single
layer of parenchyma cells arranged in radial alignment with endodermal
cells. Hypodermis composed of 2-3 layers of parenchyma cells. Endo-
dermis: cells isodiametric, thin-walled. Metaxylem element, see S.fluitans;
metaxylem vessel member (D. 48-52 n); metaphloem not easily recognizable;
protoxylem units 10 in number. Central ground tissue parenchymatous.
Material examined: Thandikudi, Kodaikanal, Madurai Dt., Bourne 1434 ; Banga¬
lore, Mysore State, Thangavelu 14; Hebbal, Bangalore Dt., Vasudeva Rao 7861 ; Cumbum,
Madurai Dt., Baskaran 18.
Scirpus lateriflorus Gmel.
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells axially elongated, narrow,
thick-walled, smooth. Stomata (L. 44-48 ij.; W. 24-28 n), narrowly oblong,
thick-walled; subsidiary cells parallel-sided; interstomatal cells elongated.
Silica-cells elongated, narrow, thin-walled, smooth, occurring in l-2discon-
tinuous rows; each cell characterized by possessing (3-) 4-5 small cone-
shaped silica-bodies surrounded by satellites.
Transverse section (PI. 4, 14): Outline thickly V-shaped with médian
adaxial groove. Cuticle moderately thick. Epidermal cells isodiametric,
thick-walled. Assimilatory tissue hypodermal, consisting of several-
layered palisade chlorenchyma. Air-cavities c. 13, variable, radially
elongated, more or less arranged in a regular pattern and regularly alternat-
ing with vb’s, each one of them filled with stellate parenchyma cells; partition
of air-cavities containing chlorenchyma cells. Adaxial hypodermis consist¬
ing of a single layer of parenchyma cells. Vascular bundles c. 16, repre-
sented by large (type III A) and small (type I) vb’s arranged in a single
circle nearer to abaxial surface; major vb’s containing protoxylem lacunæ;
metaxylem vessel members (D. 24-28 n); metaphloem of “ regular type ”;
outlines of vb’s oval to circular. Bundle sheaths: O.S. parenchymatous
composed of enlarged cells; I.S. fibrous, both complété. Circumvascular
sclerenchyma 1-2-layered, crescentiform. Sclerenchyma strands (Ht. 32-
40 n; W. 40-48 n abaxial), subepidermal, trapezoid (rounded); adaxial
strands (Ht. 32 n; W. 44-64 u), c. 3 in number, trapezoid. Secretory cells
abundant in the hypodermis.
CULM. Epidermis, surface view: Cells elongated, narrow, modera¬
tely thick-walled, pitted, sinuous. Stomata (L. 40-44 |a; W. 24-32 n).
Source : MNHN, Paris
— 27 —
elliptical, moderately thick-walled; subsidiary cells parallel-sided; inter-
stomatal cells elongated. Silica-cells elongated, narrow, thin-walled,
smooth, occurring in 2 discontinuons rows, each cell possessing 2-3 (-4)
rather large conical silica-bodies with satellites.
Transverse section (PI. 1, 3): Outline obtusely triangular. Cuticle
thick. Epidermal cells moderately thick-walled, isodiametric. Assimi-
latory tissue hypodermal, consisting of many-layered palisade chloren-
chyma. Air-cavities c. 13, variable, forming a perimedullary circle; air-
cavities containing transverse plates of elongated chlorenchyma cells with
peg-like lobes and not regularly alternating with vb’s. Vascular bundles
c. 20, comprising large (type III B) and small vb’s (type I); peripheral
circle composed of large and small vb’s, 16 in number followed by an
inner circle of 4 large vb’s; vb’s oval to rounded in outline; large vb’s
with protoxylem lacunæ; metaxylem vessel members (D. 20-32 n); meta-
phloem belonging to “ regular type”. Bundle sheaths: O.S. organized
by large, radiating cells of parenchyma; I.S. fibrous, both complété.
Circumvascular sclerenchyma présent as a crescentiform cap at the xylem
pôles and in certain vb’s at the phloem pôles also. Central ground tissue
parenchymatous. Sclerenchyma strands (Ht. 40-68 n; W. 60-80 n), sub-
epidermal, pulviniform (triangular). Secretory cells abundant in the midst
of assimilatory tissue.
ROOT. Transverse section: Diameter of the root examined 0.5 mm.
Endodermis prominent, cells with U-shaped thickenings and broad
lumina. Metaxylem éléments 2, central; protoxylem units 10 in number;
metaxylem vessel members (D. 24-36 n). Other details as in S. juncoides.
Material examined: Courtallam, Tirunelveli Dt., Rajasekaran & Thanyakumar
10313; Thiruvottiyur, Madras Dt., Govindarajalu 11830; Tirupati, Chittoor Dt., Ra. &
Rangarajan 11291 ; Poondi, Madras Dt., Go. 8986; Sammod river side, Coimbatore Dt.,
Ramakrishnan 6876; Ennore, Madras Dt., Go. 5617, 5618; Red Hills, Madras State,
Go. 5557; Gingee, N. Arcot Dt., Go. 5433; Nagercoil, Kanyakumari Dt., Go. 6984;
Manganallur, Thanjavur Dt., Go. 5803; Kumbakonam, Thanjavur Dt., Duraiswamy
7144.
Scirpus litoralis Schrad.
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells axially elongated, broad,
thin-walled, smooth. Stomata (L. 40-44 n; W. 28-32 n), narrowly oblong,
thick-walled; subsidiary and interstomatal cells, see S. jacobi. Silica-cells
elongated, narrow, thin-walled, smooth, occurring in a single discontinuous
row, each cell containing 4-5 (-6) cone-shaped small silica-bodies; satellites
absent.
Transverse section (PI. 4, 7, 8): Outline thinly crescentiform. Epi¬
dermal cells similar on both surfaces. Stomata possessing both outer and
inner ledges; substomatal chamber very narrow. Hypodermis: both
abaxial and adaxial layers consisting of parenchyma cells. Air-cavities
containing lobed parenchyma cells traversed by veins, arranged in a single
Source : MNHN, Paris
— 28 —
row and regularly alternating with vb’s. Sclerenchyma strands variable
(abaxial: Ht. 20-40 |x; W. 24-44 |x) trapezoid, pulviniform, rounded with
angular sides; adaxial strands (Ht. 24-40 n; W. 24-32 jx) polyhedral and
irregularly shaped. Vascular bundles many, large (type III A) and small
(type I), both showing almost regular alternation; larger vb’s characterized
by protoxylem lacunæ; metaxylem vessel members (D. 12 ix); metaphloem
of “regular type”. Bundle sheaths: O.S. of inflated parenchyma cells;
I.S. fibrous. Circumvascular sclerenchyma présent as a rectangular cap
at the xylem pôle. Secretory cells rare.
CULM. Epidermis, surface view : Cells variable, broad, moderately
thick-walled, smooth. Stomata (L. 40-44 n; W. 32 jx), more or less circuler,
not common; subsidiary cells parallel-sided ; interstomatal cells moderately
elongated. Silica-cells elongated, narrow, thin-walled, smooth, présent in
a single discontinuous row; silica-bodies (3-) 4 (-5), conical, not surrounded
by satellites, sometimes occurring in United condition (compound).
Transverse section (PI. 2, d): Diameter of the culm examined c. 5.0 mm.
Outline ovate with ridges but circular in living materials. Epidermal
cells isodiametric, thin-walled. Assimilatory tissue 2-3 layers of short
palisade cells. Air-cavities very many, rather variable, forming a conti-
nuous réticulum, containing plates of transversely elongated cells with
peg-like lobes, see lamina of S. grossus (PI. 4, 6) and traversed by trans¬
verse vascular connections. Vascular bundles many, comprising large
(type III B), medium (type III A) and small bundles (type I), the latter
two kinds of vb’s forming a peripheral circle; large vb’s having protoxylem
lacunæ and scattered in the centre; metaxylem vessel members (D. 36-40 |x);
metaphloem of “regular type”. Bundle sheaths: O.S. parenchymatous,
I.S. fibrous, both complété; O.S. of large vb’s composed of inflated radiating
cells. Circumvascular sclerenchyma of large and medium vb’s forming
a crescentiform cap at the xylem pôle; of small vb’s forming a triangular
cap at the xylem pôle (PI. 2, 7). Sclerenchyma strands (Ht. 16-32 |x;
W. 36-40 n), hypodermal, pulviniform; fibre bundles variable in shape
abundant in the midst of the assimilatory tissue, each composed of 4-6 cells.
Secretory cells less common.
STOLON. Epidermis, surface view: Cells axially elongated, thin-
walled, smooth, more or less hexagonal. Stomata few, usually paracytic,
sometimes tetracytic (L. 22.5-27.0 n; W. 45-49.5 ix); subsidiary cells low
dome-shaped sometimes parallel-sided and extending beyond the pôles
of the stomata; interstomatal cells elongated with more or less straight end
walls; guard cells containing many silica-bodies variable in size and shape
but usually oval or bluntly cone-shaped or triangular.
Transverse section : Diameter of the stolon examined c. 1.15 mm.
Outline circular to ovate. Cuticle thin. Epidermal cells isodiametric.
Assimilatory tissue: 2-3 layers of palisade cells. Stomata with outer and
inner ledges; substomatal chamber very narrow. Sclerenchyma: hypo-
Source : MNHN, Paris
29 —
dermal (Ht. 22.5-27.0 n; W. 45-49.5 n), pulviniform strands; strands at
the inner limits of assimilatory tissue (Ht. & W. 27.0 |x), rounded. Air-
cavities c. 6, lysigenously formed, variable in shape and size; partition
walls 2-3-layered containing pentangular libre bundles. Vascular bundles
c. 15-18, arranged in a peripheral circle; vb’s large (type III A) and small
(type I) not regularly alternating with each other; vb’s circular in outline
with more or less angular sides. Bundle sheaths: single-layered, paren-
chymatous, complété. Metaphloem belonging to “ regular type ”. Secre-
tory cells absent.
ROOT. Transverse section: Diameter of the root examined c. 0.6 mm.
Root hairs présent. Exodermal cells variable, thin-walled. Hypodermis:
2 layers of parenchyma. Cortex consisting of several air-cavities concen-
trically arranged and being separated by radiating rows of parenchyma
and internally delimited by 2 layers of more or less compactly arranged
parenchyma cells. Endodermis: 1-layered composed of broad-lumened
isodiametric cells with thickening restricted to the outer tangential walls
only. Pericycle distinct, parenchymatous, the continuity of which broken
by protoxylem éléments. Metaxylem vessel members (D. 36.0 n), large,
central, solitary, circular in outline; protoxylem units 6 in number alternating
with as many metaphloem units; metaphloem consisting of 5-6 cells out
of which 2-3 being large sieve tube éléments, the rest companion cells.
Ground tissue within the stele parenchymatous.
D’Almeida & Ramaswamy (1948) noted a central cavity instead of
central metaxylem vessel element.
Material examined: Tiruvottiyur, Madras Dt., Govindarajalu 5760, 12722.
Scirpus maritimus L.
LEAF. Abaxial surface: Intercostal cells moderately elongated,
variable, broad, thick-walled, smooth, pitted; end walls straight. Sto-
mata (L. 40-44 n; W. 28-32 (x), oval, thick-walled; subsidiary cells low dome-
shaped; interstomatal cells short with concave ends. Silica-cells short,
narrow, thin-walled, smooth, occurring in two more or less continuous
rows, each cell containing 2 small conical silica-bodies not surrounded by
satellites.
Adaxialsurface : Cells shortly hexagonal, variable, thin-walled, smooth;
end walls straight. Stomata abundant (L. 32-40 ix; W. 24 n), elliptic,
thin-walled; subsidiary and interstomatal cells, see abaxial surface. Silica-
cells short, thin-walled, smooth, occurring in 2 continuous rows, each cell
possessing 2-3 conical silica-bodies with satellites.
Lamina, transverse section (PI. 4, 1): Outline fiat with abaxial keel
and corrugated surfaces but said to be widely V-shaped by Metcalfe
(1971). Cuticle very thick on both surfaces. Adaxial epidermal cells
larger than those of the abaxial. Keel obtusely triangular. Margins
obtuse. Assimilatory tissue occurring in more or less palisade layers
Source : MNHN, Paris
— 30 —
throughout the mesophyll. Air-cavities c. 16, variable, alternating with
vb’s; air-cavities containing stellate parenchyma cells (cf. Metcalfe, 1971).
Bulliform cells occurring in 4 layers, the outer consisting of 7, followed by
the inner one of 16-17 cells both forming a regular fan-shaped group;
the two innermost layers consisting of 2 more or less radially elongated
cells in each. Vascular bundles 14 with 1 médian vb in the keel (cf. Met¬
calfe, 1971); vb’s comprising large (type III B) and small (type III A),
more or less alternating with each other; metaxylem vessel members
(D. 20 n); metaphloem of “ regular type ”. Bundle sheaths: single, fibrous,
complété. Circumvascular sclerenchyma crescentiform in the large vb's
and rectangular in the small vb’s and in both forming caps at the xylem
pôles. Sclerenchyma strands (Ht. 16-32 n; W. 24-40 jj.) pulviniform,
subepidermal to abaxial and adaxial epidermis and on either sides of the
keel vb; girders not seen (cf. Metcalfe, 1971). Secretory cells abundant
throughout.
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells moderately elongated,
broad, thin-walled, moderately sinuous. Stomata not observed. Silica-
cells elongated, narrow, thin-walled, smooth, présent in 2 continuous
rows; silica-bodies 4, conical in each cell, not surrounded by satellites.
Transverse section (PI. 4, 2, J): Outline thinly crescentiform. Cuticle
thicker on the adaxial surface. Abaxial and adaxial epidermal cells thick-
walled. Air-cavities very many, containing stellate parenchyma cells and
regularly alternating with vb’s. Sclerenchyma strands (Ht. & W. 20-40 ,u),
rounded, occupying the subepidermal position of the adaxial surface.
Circumvascular sclerenchyma 3-4-layered, crescentiform, forming a cap at
the xylem pôle. Vascular bundles many, varying in size (type III A),
arranged in the partitions of the air-cavities forming a single row; vessel
members (D. 16-24 n); metaphloem of “ regular type ”. Secretory
cells not common.
CULM. Epidermis, surface view: Cells short, variable, rather broad,
thick-walled, somewhat sinuous. Stomata (L. 32-40 n; W. 24-28 n),
narrowly oblong, thick-walled; subsidiary cells parallel-sided; interstomatal
cells short. Silica-cells short, narrow, thin-walled, smooth, occurring in
1-2 discontinuous rows, each one of them possessing 2 large cone-shaped
silica-bodies without satellites.
Transverse section (PI. 3, S): Outline acutely triangular. Epidermal
cells thick-walled. Substomatal chamber narrow and small. Assimi-
latory tissue: 3-4 layers of chlorenchyma. Air-cavities absent (cf. Met¬
calfe, 1971). Vascular bundles c. 34, large (type III A) and small (type I),
the former containing protoxylem lacunæ; both types of vb’s arranged to
form a peripheral circle without showing regular alternation; few large
vb’s in the centre scattered (cf. Metcalfe, 1971); metaxylem vessel members
(D. 20-24 n); metaphloem of “ regular type ”. Bundle sheaths: single-
layered, fibrous, complété but not easily recognizable. Circumvascular
sclerenchyma 2-3-layered, forming a complété sheath in ail the vb’s thus
Source : MNHN, Paris
— 31 —
obscuring the bundle sheaths. Sclerenchyma girders (Ht. 40-60 u; W. 40-
64 jj.), securiform; strands (Ht. 20-40 n; W. 32-52 n) pulviniform or rectan-
gular. Central ground tissue parenchymatous. Secretory cells abundant
in the midst of assimilatory tissue.
STOLON. Transverse section: Diameter of the stolon examined
c. 0.6 mm. Epidermal cells thick-walled, suberized, variable. Cortex
lacunose due to the presence of air-cavities varying in size and shape.
Endodermis : prominent composed of cells with uniform thickening
throughout and narrow lumina. Pericycle distinct, sclerenchymatous;
cells radially elongated, hexagonal. Vascular bundles many; perimedullary
vb’s disposed in a circle while the central ones scattered; vb’s belonging
to type III B and sometimes found united laterally with the adjacent vb’s;
metaxylem vessel members (D. 36-40 u); metaphloem of “ regular type ”.
Circumvascular sclerenchyma forming a complété sheath. Central ground
tissue parenchymatous.
ROOT. Transverse section: Diameter of the root examined c. 0.5 mm.
Exodermis: cells thick-walled, suberized, variable. Endodermis: cells
isodiametric with uniform thickening throughout and circular broad
lumina. Metaxylem vessel members (D. 56 n), solitary, central. Peri¬
cycle not easily recognizable. Other details as in S. fluitans.
Freidenfelt’s (1904) description differs as follows: endodermal cells
radially elongated with U-shaped thickenings, pericycle of thin-walled
cells and 2 large central vessels in the stele.
Material examined: Somnad river side, Coimbatore Dt., Ramakrishnan 6879 .
Scirpus mucronatus L.
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells axially elongated, narrow,
thin-walled, smooth. Stomata not observed. Silica-cells elongated narrow,
thin-walled, smooth, occurring in 2 continuous rows;silica-bodies3-4coni-
cal, surrounded by satellites in each cell.
Transverse section (PI. 4, 10, 11): Outline broadly V-shaped.
Abaxial epidermal cells larger than those of the adaxial. Cuticle thick.
Air-cavities c. 18 rather variable, and regularly alternating with vb’s; air-
cavities filled with stellate parenchyma cells and arranged in a circle.
Sclerenchyma strands (Ht. 40-56 n; W. 48-60 n), trapezoid (pulviniform)
situated next to adaxial epidermis. Vascular bundles c. 19, of one size,
ail belonging to type III A, arranged in a single horizontal row; metaxylem
vessel members (D. 16-24 n); metaphloem of “ regular type Bundle
sheaths; O.S. parenchymatous; I.S. sclerenchymatous, both complété.
Circumvascular sclerenchyma 2-layered, forming a crescentiform cap at
the xylem pôles. Secretory cells not common.
CULM. Epidermis, surface view: Cells axially elongated, narrow,
thick-walled, pitted, smooth. Stomata (L. 52-56 n; W. 20-24 n), narrowly
Source : MNHN, Paris
— 32 —
oblong, thick-walled; subsidiary cells parallel-sided; interstomatal cells
elongated. Silica-cells elongated, narrow, thin-walled, smooth, developed
in 2 continuons rows; silica-bodies (4-) 8 (-12), conical and surrounded by
satellites in each cell.
Transverse section (PI. 2, 1): Outline acutely triangular. Epidermal
cells thick-walled. Cuticle very thick, smooth. Assimilatory tissue:
3-4 layers of hypodermal palisade chlorenchyma. Air-cavities variable,
many, arranged in an orderly pattern after the transectional outline of the
culm, many of them radially elongated and reaching the centre; those at
the corners are much smaller; air-cavities containing Stella te parenchyme
and c. 35 in number. Vascular bundles c. 54 comprising both larga
(type III B) and small (type III A); peripheral circle consisting of c. 45
small vb’s aligned at the inner boundary of chlorenchyma; c. 9 large vb’s
arranged in a triradiate manner in the centre; the peripheral vb’s alternating
almost with air-cavities except a few; large vb’s containing protoxylem
lacunæ; each corner of the culm containing a pair of vb’s out of which
the inner vb’s larger than the outer; metaxylem vessel members (D. 40-
44 |i). Bundle sheaths, circumvascular sclerenchyma, see S. maritimus.
Sclerenchyma strands many (Ht. & W. 20-40 n), rounded to pulviniform
(triangular). Secretory cells abundant in the hypodermis.
RHIZOME. Transverse section: Diameter of the rhizome examined
c. 3.7 mm. Cuticle thick. Epidermal cells thick-walled. Sclerenchyma
strands (Ht. 120-140 n; W. 100-120 ja), pulviniform to rounded. Cortex
parenchymatous. Endodermis prominent consisting of a single layer of
uniformly thickened, isodiametric cells having broad lumina. Vascular
bundles (type V), many; perimedullary vb’s forming a ring while the
remainder scattered; metaphloem of “ regular type”. Bundle sheaths:
single, parenchymatous, complété. Circumvascular sclerenchyma 1-2-
layered, sometimes forming a cap. Central ground tissue of compactly
arranged parenchyma. Secretory cells and starch grains abundant in the
cortex and central ground tissue.
ROOT. Transverse section: Diameter of the root examined c. 0.7 mm.
Exodermis: single-layer of thin-walled cells. Hypodermis: single-layered,
sclerenchymatous. Cortex: outer broad, containing several air-cavities
arranged in a concentric manner and separated from each other by radiating
rows of parenchyma cells; inner cortex of 4 layers of compactly arranged
parenchyma cells disposed in radial alignment with the endodermal cells.
Endodermis prominent composed of isodiametric cells with U-shaped
thickening and broad lumina. Pericycle distinct, sclerenchymatous.
Metaxylem éléments, see S. fluitans ; metaxylem vessel members (D. 28-
32 [j.); protoxylem units 9 in number and alternating with as many meta¬
phloem units, each unit in the latter containing a single large sieve tube
element and 3 companion cells. Central ground tissue sclerenchymatous.
Material examined: Nilgiris, Nilgiris Dt., Govindarajalu 6237, 9109: Muthukuzhi,
Kanyakumari Dt., Ernest Thayasingh 8573; Nellikkampatti, Thekkady, Kérala State,
Source : MNHN, Paris
— 33 —
Go. 6533; Yercaud, Salem Dt., Fyson 7046; Siruvani, Coimbatore Dl., Rajasekaran
7023; Munnar, Madurai Dt., Jagannathan 26; Kodhaiyar, Kanyakumari Dt., Go. 7637;
Kodaikanal, Madurai Dt., Fyson 4370; Valparai, Coimbatore Dt., Go. 10858.
Scirpus roylei (Nees) Parker
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells elongated, narrow, thick-
walled, pitted, smooth. Stomata (L. 52-56 n; W. 24-28 n), narrowly
oblong, thick-walled; subsidiary cells parailel-sided; interstomatal cells
elongated. Silica-cells elongated, thin-walled, smooth, narrow, developed
in 1-2 continuons rows, each cell containing 8-10 small conical silica-
bodies with satellites.
Transverse section: Cuticle very thick on both surfaces. Abaxial
and adaxial epidermal cells thick-walled. Adaxial epidermal cells larger
than those of the abaxial. Hypodermis: single layer of parenchyma in
the abaxial surface. Air-cavities as many as and alternating with vb’s;
air-cavities containing stellate parenchyma. Sclerenchyma strands (Ht. 20-
32 n; W. 24-40 f), rounded to pulviniform. Circumvascular sclerenchyma
of 1-2 layers forming a rectangular cap at the xylem pôles. Vascular
bundles many, distributed in a single row and ail belonging to type I;
metaxylem vessel members (D. 8 n); metaphloem not easily recognizable.
Bundle sheaths: single, fibrous, complété. Secretory cells common.
CULM. Epidermis, surface view : Cells elongated, narrow, thin-walled,
smooth. Stomata (L. 44-48 t-t; W. 20-24 |x), narrowly oblong, thick-
walled; subsidiary cells parallel-sided ; interstomatal cells elongated.
Silica-cells elongated, narrow, thin-walled, smooth, disposed in 1-2 almost
continuous rows; silica-bodies conical, 5-6 having satellites présent in
each cell.
Transverse section (PI. 1 ,4): Outline obtusely triangular with ridges.
Cuticle thick, smooth. Epidermal cells thick-walled. Assimilatory tissue
of c. 2-4 layers of palisade chlorenchyma in the hypodermis. Air-cavities
c. 16, variable, arranged to form more or less a peripheral circle, not
approaching the centre filled with stellate parenchyma cells; cells in the
partition layers of the air-cavities with some gelatinous content? Vascular
bundles c. 20 of two sizes, large (type III B) and small (type I) and arranged
in more or less two circles, outer circle consisting of c. 15 vb’s, the inner
of c. 5 vb’s but in outer circle both large and small vb’s présent; large vb’s
with protoxylem lacunæ; metaxylem vessel members (D. 28 (i); metaphloem
belonging to “ regular type ”. Bundle sheaths and circumvascular scleren¬
chyma, see S. mucronatus. Sclerenchyma strands (Ht. 28-40 n; W. 32-
40 n), variable (pulviniform, rounded, subtriangular). Secretory cells
occasional.
Sabnis (1921) noted circular outline for the culm and secretory cells
in the chlorenchyma.
ROOT. Transverse section : Diameter of the root examined c. 0.5 mm.
Inner cortex of 2-3 layers of parenchyma cells arranged in radial alignment
Source : MNHN, Paris
— 34 —
with the endodermal cells. Metaxylem vessel members (D. 72 ji); pro-
toxylem units 8 in number and alternating with as many metaphloem units,
each unit in the latter comprising a single large sieve tube element and 3 com-
panion cells. For other details, see S. fluitans.
Material examined: Bhubaneshwar, Orissa State, Thangavelu 7053.
Scirpus subcapitatus Thw.
SHEATH. Abaxial surface: Intercostal cells short, narrow, variable,
exceedingly thick-walled, pitted, sinuous. Stomata (L. 44-48 n; W. 28-
32 n), elliptical, thick-walled; subsidiary cells parallel-sided; interstomatal
cells short with straight end walls. Silica-cells short, broad, thin-walled,
sinuous, occurring in 3 discontinuous rows; each one of them including
2-5 (-6) small conical silica-bodies without satellites arranged in two rows
(PI. 4, 15).
Transverse section: Cuticle exceedingly thick, lamellated, that of the
abaxial surface thicker than that of the adaxial. Abaxial and adaxial
epidermal cells thick-walled. Hypodermis (abaxial) consisting of 2 layers
of sclerenchyma; adaxial hypodermis of 2-3 layers of parenchyma. Air-
cavities c. 25 containing stellate parenchyma cells and regularly alternating
with as many vb’s. Sclerenchyma girders (Ht. 40-60 a; W. 80-120 n),
crescentiform. Vascular bundles c. 25, comprising large (type III B) and
small (type I) arranged nearer to abaxial surface in a single row and almost
regularly alternating with each other; metaxylem vessel members (D. 12-
16 |x) ; metaphloem of “ intermediate type ”. Bundle sheaths: O.S. paren-
chymatous, incomplète; I.S. fibrous, complété. Circumvascular scleren¬
chyma présent as a crescentiform cap at the xylem pôles. Secretory cells
abundant.
CULM. Epidermis, surface view: Cells short, narrow, variable, exceed¬
ingly thick-walled, pitted, somewhat sinuous. Stomata (L. 44-48 n; W. 28-
32 (i), elliptical, exceedingly thick-walled; subsidiary cells parallel-sided;
interstomatal cells short. Silica-cells short, rather broad, thin-walled,
occurring in 3 discontinuous rows; silica-bodies 1-2 (-3) conical, small
with satellites in each cell.
Transverse section (PI. 3, 5): Outline circular. Cuticle very thick,
warty. Epidermal cells isodiametric, thick-walled. Assimilatory tissue
of compactly arranged, several-layered chlorenchyma, hypodermal. Air-
cavities absent. Vascular bundles c. 29 comprising large, medium (type III
A) and small vb’s (type I), ail arranged in the periphery to form a circle;
vb’s of different types not showing regular alternation with each other;
metaxylem vessel members (D. 20 n); metaphloem of “regular type”;
large vb’s without protoxylem lacunæ; outline of vb’s oval to elliptical in
outline. Bundle sheaths: single-layered, fibrous, complété. Circum¬
vascular sclerenchyma crescentiform in small and medium vb’s, forming
Source : MNHN, Paris
— 35 —
caps both at xylem and phloem pôles and in the case of large vb’s at the
xylem pôle only. Sclerenchyma girders (Ht. 100-120 y.; W. 80-120 n),
T-shaped, présent in association with the large vb’s. Central ground
tissue consisting of abruptly enlarged compactly arranged parenchyma.
Secretory cells abundant in the hypodermis.
ROOT. Transverse section (PI. 3, 4): Diameter of the root examined
c. 0.9 mm. Outline circular. Epidermis: palisade layer of moderately
thick-walled, radially elongated cells. Exodermis: a single layer of thick-
walled, isodiametric cells; cells containing cone-shaped silica-bodies pro-
jecting from the walls. Cortex: outer narrow composed of 3-4 layers of
sclerenchyma; middle cortex lacunose, characterized by c. 13 air-cavities
separated by radiating rows of parenchyma; inner cortex narrow, consisting
of 5-6 layers of sclerenchyma. Endodermis: prominent, cells isodiametric
with U-shaped thickenings and broad lumina. Pericycle not distinct.
Metaxylem éléments c. 15 in number forming a perimedullary ring with
as many protoxylem units; metaphloem not easily recognizable. Central
ground tissue sclerenchymatous.
Material examined: Kodaikanal, Madurai Dt., Ramakrishnan 6831, Thanikai-
moni 7077.
Scirpus validus Vahl (only culm available)
CULM. Epidermis, surface view: Cells short, somewhat isodiametric,
smooth, thick-walled. Stomata abundant (L. 16.2-18.0 ia; W. 10.8-12.6 [*);
subsidiary cells parallel-sided; interstomatal cells short; silica-cells elongat¬
ed, slightly broad, occurring in 2-3 continuous rows; silica-bodies 2-3 in
each cell with satellites.
Transverse section (PI. 2, 2, 2): Outline elliptic-rounded or suborbi-
cular, see S. brachyceras. Epidermal cells, stomata see S. brachyceras.
Assimilatory tissue consisting of 3-4 layers of palisade chlorenchyma and
following this, 3-4 layers of rounded to polygonal parenchyma cells présent.
Air-cavities very many, variable in size and shape, reticulate, approaching
the centre, each one of them containing stellate parenchyma cells. Vascular
bundles very many, large (type III B), medium and small vb’s (type III A);
medium and small vb’s regularly alternating with each other, disposed in
a peripheral circle; large vb’s containing protoxylem lacunæ; metaxylem
vessel members (D. 18.0-21.6 n); metaphloem of “ regular type ”. Bundle
sheaths: single-layered, fibrous, complété. Circumvascular sclerenchyma
forming crescentiform caps at xylem and phloem pôles in ail central large
vb’s; rectangular or triangular caps at xylem pôles in small and medium
vb’s; circumvascular sclerenchyma of vb’s encircled by air-cavities (in the
partitions) forming more or less rectangular caps both at xylem and phloem
pôles. Sclerenchyma strands, subepidermal (Ht. 23.4-27.0 n; W. 27.0-
28.8 n), pulviniform; small fibre bundles (Ht. 10.8-12.6 7; W. 5.4-12.6 ia)
embedded in palisade chlorenchyma, each one of them occurring in units
Source : MNHN, Paris
— 36 —
of (2-) 3-6 cells and alternating with subepidermal strands. Secretory
cells nol seen 'out reported to be présent by Metcalfe (1971).
Material examined: Andamans, Govindarajalu 11725, 11730.
KEY BASED ON CHARACTERS VISIBLE IN EPIDERMIS & T.S. CULM
Bundle sheaths of vb’s single-Iayered; silica-bodies with satellites.
Fibre bundles présent in the partition of air-cavities.
Outline acutely triangular; fibre bundle pentangular; air-cavities
contai ning parenchyma with peg-like lobes. 5. grossus.
Outline elliptic-rounded or suborbicular; fibre bundles both squarrish
and pentangular; air-cavities with stellate parenchyma. S. validas.
Fibre bundles absent in the partition of air-cavities.
Outline obtusely tetragonous; air-cavities containing both stellate
and lobed parenchyma. S. brachyceras.
Outline circular; air-cavities absent. 5. subcapilaius.
Outline ovate with ridges (circular in living); air-cavities containing
parenchyma with peg-like lobes. S. liioralis.
Bundle sheaths of vb’s double-layered.
Fibre bundles présent in the partition of air-cavities.
Outline acutely triangular; strands pulviniform to rectangular.
. S. maritimus.
Outline obtusely triangular with ridges; strands variable. 5. roylei.
Outline obtusely triangular without ridges; strands pulviniform
to triangular . S. lateriflorus.
Fibre bundles absent in the partitions of air-cavities.
Outline circular.
Sclerenchyma strands trapezoid to polyhedral; air-cavities
containing lobed parenchyma . S. articulants.
Sclerenchyma strands triangular (pulviniform); air-cavities
containing stellate parenchyma . S. juncoides.
Outline scutiform; silica-bodies 3 per cell . S. fluitans.
Outline ovate with wavy margin; silica-bodies 2 per cell. S. jacohi.
Outline acutely triangular; silica-bodies usually 8 per cell... S. nlucronatus.
CONCLUSION
The anatomical structure of 13 species of Scirpus s. lato has been
described. Among several noteworthy interspecific différences that hâve
corne to light, the transectional outlines of the culms in different species
presenting difTerent shapes are so revealing and spécifie that this particular
feature alone seems to provide not only a primary mark of distinction but
of major importance. Other collateral key characters such as the nature
of the bundle sheaths, presence or absence of fibre bundles, number of
silica-bodies per cell, cellular contents of air-cavities and sclerenchyma
strands hâve also been used in varying combination for the anatomical
identification of the species.
Source : MNHN, Paris
— 37 —
Key to figure lettering and tf.xt abbreviations
AB.E. abaxial epidermis
A. C. air-cavity
AD.E. adaxial epidermis
B. C. bulliform cells
CH. chlorenchyma
CU. cuticle
C. V.S. circumvascular sclerenchyma
D. diaphragm
E. epidermis
EN. endodermis
EX. exodermis
S.P. silica particle
S. S. sclerenchyma strand
ST. stellate parenchyma
T. I. tannin idioblast
V.B. vascular bundle
F. B. fibre bundle
HY. hypodermis
L. P. lobed parenchyma
M. V. metaxylem vessel
P. parenchyma
PH. metaphloem
P.L. protoxylem lacunæ
S. sheath
S. B. silica-body
SC.P. sclerosed parenchyma
S. G. sclerenchyma girder
D. diameter
Ht. height
I.S. inner bundle sheath
L. length
O.S. outer bundle sheath
T. S. transverse section
vb. vascular bundle (plural vb’s)
W. width
Acknowledgements
I am thankful to Mr. K. Rajasekaran for the technica! assistance offered during
the course of this work.
REFERENCES
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ecological anatomy of the Indian Cyperaceæ, Univ. Bombay bot. Mem. 1 : 1-63.
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Department of Botany,
Presidency College,
Madras-600 005-S. India.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (1) : 39-49, 1976.
A PROPOS DE COMIPHYTON GABONENSE
(RHIZOPHORA CEÆ - MA CA RISIEÆ)
par J.-J. Floret
Résumé : De nouvelles données morphologiques et phytogéographiques précisent
et complètent la connaissance du genre Comiphyton qui demeure monospécifique. Des
idées personnelles sur les affinités à l’intérieur de la tribu des Macarisieæ sont fondées
sur certaines relations typologiques perceptibles au niveau des inflorescences, des fleurs
et des fruits.
Summary: New morphological features and phytogeographic data on the mono-
typical genus Comiphyton. Personal views on the relationships between the hitherto
known généra and subgenera of the tribes Macarisieæ are given as far as the morpho¬
logical facts relating to inflorescence, flower and fruit are perceptible and do permit
such statements.
Le genre Comiphyton, établi sur une récolte du Gabon, existe au
Zaïre : huit spécimens appartenant à ce genre figurent dans l’herbier de
Meise (BR). Ils sont cités ci-après avec un numéro d’ordre pour chacun
d’eux utilisé entre parenthèses dans le texte :
1 — Evrard 2716, plantation Panneels près de Lolengui, Terr. Befale, boutons floraux,
nov. 1957.
2 — Evrard 3232, Bongoy, Terr. Boende, fl., fr., janv. 1958.
3 — Donis 3158, km 14 route Lilanda-Yambaw, près de Yangambi, Terr. Isangi, bou¬
tons très petits, nov. 1951.
4 — Germain 8844, eod. loc., très jeunes inflorescences, mars 1957.
5 — Michelson 915, aux abords du km 89 de la route Shabunda-Kasese, boutons flo¬
raux, fl. à peine ouvertes, fév. 1949.
6 — Pierlot 2162, Kembe, km 153 de la route Sake-Walikale, état vég., juin 1958.
7 — Germain 5213, Monts Homas, Irumu, fr., juin 1949.
8 — Germain 5248, village de Mandibe, près d’Irumu, fr., juin 1949.
Le présent article a pour objet d’exposer les données nouvelles fournies
par ces huit récoltes zaïroises et de préciser certains aspects morphologiques
et phytogéographiques. Parallèlement, sont présentées quelques réflexions
personnelles sur la tribu des Macarisieæ.
Source : MNHN, Paris
— 40 —
ASPECTS MORPHOLOGIQUES
LE PORT ET LE MODE DE CROISSANCE
Alors que le type ne porte aucune indication concernant la plante
sur pied, les récoltes du Zaïre fournissent les précisions suivantes :
— « arbuste de 2 m de haut » (8),
— « arbuste de 5-6 m » (I),
— « petit arbre » (3),
— « petit arbre de 5-6 m de haut et tronc de 10 cm de diamètre » (7),
— « petit arbre de 13 m de hauteur, circonférence à 1,50 m : 23 cm ... devient un arbre
de 2 e grandeur » (6),
— « petit arbre ... hauteur totale 15 m, diamètre 0,15 m » (4),
— « arbre » (5),
— « arbre 25-30 m de haut, 40 cm de diamètre » (2).
Le fût est « élancé » (4, 5) et une observation tout à fait intéressante précise même :
— « petit arbre ... à port de Tricalysia . . . branches étalées horizontalement, dôme
léger » (4).
L’observation de tous les spécimens fertiles (type compris) révèle
que :
1 - les nouvelles inflorescences ne sont présentes que sur les parties
non aoûtées ou en tout début d’aoûtement des rameaux;
2 - en présence d’une inflorescence, le bourgeon végétatif axillaire
est pratiquement toujours inhibé (un seul spécimen (3) montre une jeune
inflorescence accompagnée d’une très courte innovation végétative);
3 - sur les parties aoûtées, entre le pétiole (ou la cicatrice pétiolaire)
et le bourgeon végétatif, une cicatrice inflorescentielle est pratiquement
toujours repérable (excepté, semble-t-il (2, 7, 8), où 1 (-2-3) nœuds les
plus inférieurs demeurent végétatifs;
4 - une torsion des pétioles, souvent accompagnée d’une altération
plus ou moins nette de l’angle de décussation, suggère fortement que,
sur le vif, les limbes foliaires sont disposés dans un même plan.
L’ensemble de ces informations m’ont conduit à concevoir l’hypothèse
architecturale suivante comme la moins improbable (en attendant des
observations plus détaillées sur le terrain) : Comiphyton gabonense est un
arbre ordinairement petit à moyen pouvant parfois atteindre et dépasser
25 m; son fût élancé — monopodial ou sympodial? — porte dans sa partie
supérieure des branches horizontales dont les rameaux plagiotropes lâche¬
ment ramifiés sont fondamentalement monopodiaux; tout se passe comme
si la présence des inflorescences dans la région terminale du rameau ren¬
forçait la dominance apicale. Le modèle de Roux conçu par F. Halle &
R. A. A. Oldeman me paraît être le moins incompatible pour traduire le
port et l’édification de cette plante; ces auteurs ont déjà rapporté à ce
même modèle deux Cassipourea africains du sous-genre Dactylopetalum.
Source : MNHN, Paris
— 41 —
LES FEUILLES
Celles du type ont une marge entière ou subentière. Quelques récoltes
(1, 3, 7, 8) présentent une denticulation nette, bien que fine, de la moitié
distale du limbe; entre ces deux situations existent des spécimens dont
la marge est vaguement crénelée (5, 6). Les dimensions du limbe varient
régulièrement entre 132-150 x 44-50 mm (1) et 65-104 X 19-32 mm (5).
La forme du limbe est variable : ovée-elliptique, elliptique, elliptique-
oblongue, oblongue; ces variations se trouvent souvent réunies sur le même
échantillon. La texture, la couleur, la nervation et les stipules sont confor¬
mes au type.
L’INFLORESCENCE. — PI. 1.
Le pédoncule inflorescentiel, long de 10-13 mm sur le type, peut
dépasser 20 mm (2). La recaulescence de la bractée axillante est parfois
incomplète : elle est quelquefois insérée au milieu de l’axe d’ordre 2 (1).
Cependant, la variation à la fois la plus spectaculaire et la plus intéressante
observée sur certaines récoltes (2, 7), est le développement plus ou moins
accusé de quelques-uns (rarement de tous) des axes d’ordre 3 sur une même
cyme; l’existence de cette variation suggère les deux hypothèses suivantes :
— cette variation traduit le jeu de deux groupes de processus anta-
l’I. 1. — Schéma de l’inflorescence de Comiphylon gabonense J.-J. Floret : I, type; 2, spéci¬
men (I); 3, spécimen (2); 4, spécimen (7). Les zones condensées sont hachurées.
Source : MNHN, Paris
— 42 —
gonistes : l’un tendant à la condensation, l’autre à la « décondensation »
de l’inflorescence;
— la situation de l’inflorescence de Comiphyton est à considérer au
sein de la tribu des Macarisieæ, comme une configuration transitoire,
moyenne et mal fixée.
Afin d’illustrer cette façon de voir, je propose de figurer les relations
typologiques existant entre les différents genres de cette tribu en consi¬
dérant deux critères principaux :
— le degré de condensation de l’inflorescence;
— l’abondance des fleurs à chaque aisselle.
\ Nombre de
\ FLEURS PAR
\ AISSELLE
Degré \
de \
CONDEN- \
SATION \
2-4(-6)
5-7
9-15
Le plus
souvent > 20
IV
Cassipourea :
ssg. Lasio-
sepalum
ssg. Cassi¬
pourea
Cassipourea :
ssg. Daclylo¬
pelalum
III
Cassipourea :
ssg. Weihea
II
Sterigm
peialum
Comiphyton
I
Macarisia
Blepha
islemma
Anopyxis
I = Inflorescences ne présentant aucun signe de condensation.
II = Inflorescences présentant des signes de condensation au niveau des ramifications
d’ordre supérieur à 2 ou 3.
III = Fleurs apparemment fasciculées, mais en fait portées par un axe très court (2 mm
au maximum) qui peut parfois porter l’ébauche de 2 axes secondaires.
IV = Fleurs fasciculées (portées sur des « nodoïdes » axillaires, parfois spectaculaires
dans le cas du ssg. Daclylopelalum).
Selon cette manière de voir, il conviendrait de distinguer le sous-
genre Daclylopelalum des autres sous-genres de Cassipourea : une réhabili-
Source : MNHN, Paris
— 43 —
tation du genre Dactylopetalum est à envisager. Il y aurait lieu d’étudier
la structure des « nodoïdes » axillaires et leur morphogenèse afin de voir
dans quelle mesure on ne peut pas les considérer comme un caractère de
surévolution.
LA FLEUR
L’observation des boutons floraux (7) confirme l’hétérodynamie de
l’androcée : les filets opposés aux pétales sont beaucoup plus longs que
ceux opposés aux sépales; ces différences s’estompent avec l’âge de la
fleur (2) ainsi que celles constatées au niveau de la collerette staminale.
Les aiguillons qui ornent la partie distale des étamines ont été retrouvés (2),
mais ils sont parfois absents (5). La structure de l’ovaire et le mode de
placentation sont confirmés (2, 5).
Les caractères de l’androcée rapprochent Comiphyton des genres
Macarisia, Blepharistemma, Sterigmapetalum et du sous-genre Dactylo¬
petalum.
L’ovaire est d’un type proche de celui du genre Blepharistemma et
du sous-genre Dactylopetalum.
LE FRUIT. — PI. 2.
Deux spécimens zaïrois (2, 7) présentent des fruits mûrs : ils sont
obovoïdes-piriformes et atteignent une longueur de 18-20 mm et un dia-
Pl. 2. — Comiphyton gabonense J.-J. Floret : I, fruit mûr entier (x 3); 2, fruit ouvert montrant
ia graine mûre (x 3); 3, position de l'embryon; 4, embryon entier (x 10); 5, coupe trans¬
versale des cotylédons.
Source : MNHN, Paris
— 44 —
mètre maximum d’environ 5 mm; le sillon médian est presque totalement
estompé : aucune ligne de moindre résistance ne permet de penser, contrai¬
rement à ce que j’ai écrit, que de tels fruits sont déhiscents.
La rareté du matériel ne m'a pas permis d’ouvrir plus de deux fruits :
l’un (2) montre d’un côté de la cloison, deux graines également développées
mais presque vides et de l’autre côté, deux graines avortées pratiquement
réduites à l’arille; l’autre (7) contient trois graines avortées et une graine
mûre longue de 8 mm, épaisse de 3,5 mm, dont le tégument brun noirâtre
épais et granuleux, peu adhérent à l’albumen, se prolonge au pôle d’in¬
sertion par un bec de 2 mm sur lequel s’insère l’arille libre plurilobé et
translucide. La lacune de résorption de la cloison, visible sur le type,
n’existe pas sur les fruits zaïrois : la cloison, bien que très mince, est entière.
L’embryon a pu être isolé de cette même graine : noyé dans un albumen
abondant, jaunâtre, 2,5 X 6 mm, il se présente comme un bâtonnet long
de 2,5 mm, épais d’environ 0,5 mm, sur lequel on distingue une radicule
orientée vers l’arille et deux cotylédons étroits formant deux gouttières
charnues, emboîtées l’une dans l’autre et n’excédant pas le tiers de la lon¬
gueur totale de l’embryon : ils ne sont donc ni minces ni foliacés, comme
il m’avait semblé les voir sur le type.
Je pense qu’il est nécessaire d’apporter à la description latine les
deux amendements suivants :
Comiphyton gabonense J.-J. Floret :
1° à « dissepimenlo... partint deleto » ajouter « vel intégra »...;
2° remplacer « cotyledonibus... tenuissimis(?) » par « embryone terete , cotyledonibtis
angustis car no sis conduplicatis ».
En considérant le nombre de loges de l’ovaire et le mode de déhiscence
du fruit, les différents genres s’ordonnent selon le tableau ci-contre.
Il n’est pas sans intérêt de noter que les genres Macarisia, Anopyxis
et Sterigmapetalum, déjà si proches par le fruit, possèdent des graines
tout à fait semblables, caractérisées par un arille brun opaque, papyracé,
falciforme, beaucoup plus long que le corps séminal et développé selon
le plan sagittal de celui-ci. Par ailleurs, la séparation du ssg. Dactylopetalum
des autres sous-genres de Cassipourea confirme ce que montrait le précédent
tableau : la réhabilitation du genre de Bentham est à envisager.
ASPECTS PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Avec les récoltes du Zaïre, la répartition actuellement connue de
Comiphyton gabonense s’étend du Gabon jusqu’à la région du Lac Albert
à l’intérieur d’une bande assez étroitement équatoriale (entre 2° N et 2° S);
il doit donc être recherché dans tout le forestier central zaïrois, au Nord
de la République du Congo (ex Congo-Brazzaville) et dans l’Est du Gabon
(PI. 3).
Source : MNHN, Paris
\ Déhiscence
Nombre n.
DE LOGES N.
DANS L’OVAIRE
INDÉHISCENTS
OU A DÉHISCENCE
LOCULICIDE (?)
Fruits a déhiscence septicide
Cloisons complètes
Cloisons interrompues
dans la moitié supérieure
3
3(-4)
valves
5
6
valves
2(-3)
Comiphylon
Cassipourea
ssg. Daclylopelalum
(2-)3
( Blepharislemma)
3
Cassipourea
ssg. Lasiosepalunt
ssg. Cassipourea
3(-4)
Cassipourea
ssg. Weihea
5
Macarisia
Anopyxis
6
Sterigmapetalum
I. Le fruit de ce genre m'est inconnu.
Source : MNHN, Paris
— 46 —
Les altitudes de récoltes parfois notées sont de 510 m (5), 920 m (6),
1 300-1 400 m (7) : il s’agit donc de plantes de basse et moyenne altitude.
Exclusivement forestières, semble-t-il, on les rencontre aussi bien dans les
formations primaires (8) que dans les formations secondaires (4, 5), même
récentes (3). Le type de forêt mentionné est la forêt dense semi-caducifoliée
(1, 2, 6) et certains récolteurs donnent quelques précisions floristiques
telles que : Cynometra alexandri, Gilbertiodendron dewewrei, G rossera
mullinervis, Jubernardia seretii, Scorodophleus sp., Staudtia gabonensis,
Khaya anthotheca.
Au sein de ces formations hautes et fermées, Comiphyton est apparu
Nom local
Langue locale
Localité
mukobiakima (6)
Kinyanga
Kembe
(Terr. Walikale)
mbudza
= mbudja (5)
K,re “
Km 89, route
Shabunda-Kasese
inaolo a libisa
(3, 4)
Turumbu
Yangambi
kakalabenga
(2)
?
Bongoy
(Terr. Boende)
Source : MNHN, Paris
— 47 —
à certains comme un « arbuste sciaphile » (8) « assez abondant par place »
(3, 4).
Noms en langues locales
Je donne ces noms, tels qu’ils ont été notés par les récolteurs, dans la
mesure où ils peuvent permettre de retrouver de nouveaux spécimens de
ce taxon qui mérite à bien des égards une étude plus approfondie.
CONCLUSIONS
— Le genre africain Comiphyton demeure monospécifique.
— Décrit du Gabon, ce genre est présent au Zaïre jusque dans la
région du Lac Albert; la distribution géographique des échantillons est
étroitement équatoriale.
— Il peut atteindre la taille d’un arbre de deuxième grandeur; proba¬
blement sciaphile, il vit dans le sous-bois des forêts denses semi-caducifoliées,
notamment celles à Cynometra-Khaya du forestier central zaïrois.
— Son port caractérisé par un fût droit, des branches et des rameaux
plagiotropes, a été comparé à celui d’un Tricalysia.
—- L'analyse du matériel zaïrois confirme l’étude du type, précise la
variation de certains caractères et apporte des données nouvelles sur le
fruit mûr, la graine et l’embryon qui ont conduit à émender la description
latine de ce genre.
Au cours de cette étude, j’ai considéré plus particulièrement certains
caractères inflorescentiels, floraux et carpologiques et leurs variations,
non seulement dans le cadre limité d’un genre, mais dans celui de toute
la tribu des Macarisieæ. Ces considérations m’ont conduit à figurer deux
systèmes de relations typologiques possibles qui, ensemble, contribuent à
préciser les affinités au sein de cette tribu. Ainsi, je propose de distinguer
les trois groupes suivants :
A. — Le groupe Macarisia-Anopyxis-Sterigmapetalum: caractérisé
par un calice en tube dont les lobes ± étalés correspondent au 1 /3 de la
hauteur totale, par un ovaire à 5 ou 6 loges, un fruit déhiscent à 5 ou
6 valves et par des graines à arille falciforme rigoureusement semblables
dans les trois genres; ce groupe me semble le plus archaïque et Macarisia
paraît être le moins évolué des trois membres.
B. — Le groupe Blepharistemma-Comiphyton-Cassipourea ssg. Dac-
tylopetalum: caractérisé par un calice en tube cylindrique dont les lobes
dressés correspondent au 1 /3 de la hauteur totale, par un ovaire à 2 (-3) loges
et un fruit indéhiscent; il est difficile de saisir une direction évolutive dans
ce groupe tant que Blepharistemma ne sera pas mieux connu.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 49 —
C. — Le groupe Cassipourea ssgg. Weihea-Cassipourea-Lasiosepalum
caractérisé par un calice cupuliforme, dont les lobes étalés en étoile corres¬
pondent aux 2/3 de la hauteur totale, par un ovaire à 3 (-4) loges et un
fruit déhiscent par 3 (-4) valves. Dans ce groupe, une direction évolutive
est nettement perceptible : réduction jusqu’à l’extrême des ramifications
inflorescentielles, réduction du nombre des fleurs, augmentation consi¬
dérable du nombre des étamines; le membre le plus primitif serait Weihea
et le plus évolué Lasiopetalum.
Ma conception actuelle de la tribu des Macarisieæ conduit à exclure
du genre Cassipourea, tel que l’a compris Alston, le ssg. Dactylopetalum
et à réhabiliter le genre créé par Bentham; elle atteste aussi le bien-fondé
de la réunion des trois autres sous-genres qui constituent, à mon avis, une
unité tout à fait naturelle.
Il n’est pas encore actuellement possible de construire une hypothèse
phylogénique solide pour l’ensemble des Macarisieæ : trop de points demeu¬
rent encore obscurs, tels que le fruit, la graine et l’embryon de Blephari-
stemma, la nature exacte des « nodoïdes » axillaires de Dactylopetalum, les
données anatomiques et palynologiques insuffisantes, etc. Je suis convaincu
que cette tribu constitue un domaine d’étude phylogénique privilégié car
il s’agit d'un groupe à la fois restreint, cohérent et assez diversifié dont
la distribution géographique (PI. 4) est à elle seule déjà digne d’intérêt.
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RÉVISION DES RAUVOLFIA
DE NOUVELLE-CALÉDONIE
par P. Boiteau, L. Allorge & T. Sévenet
Résumé : Le genre Podochrosia Bâillon est en réalité un Rauvolfia parasité par
un Insecte, Diptère de la famille des Cecydomyiidæ. Il est donc nul conformément aux
règles de la Nomenclature. Deux espèces et deux variétés nouvelles de Rauvolfta sont
décrites.
Summary: The genus Podochrosia Bâillon is, in fact, a Rauvolfia parasited by an
Insect, Diptera, Cecydomyiidæ. According to the rules of Nomenclature, this (genus
is invalid. Two new species and two new varieties of Rauvolfia from New Caledonia
are described.
RAPPEL HISTORIQUE
En 1870, Mueller d’Argovie (4) décrit le genre Heurckia et son
espèce-type : H. semperflorens Muell. Arg. L’année suivante, dans ses
Observationes botanicæ et descriptiones Plantarum novarum herbarii van
Heurckiani (5), ce même auteur décrit H. viridis Muell. Arg., qui n’est,
en fait, qu’une variété de l’espèce précédente.
En 1897, K. Schumann (10) intègre abusivement le genre Heurckia
aux Gynopogon, c’est-à-dire aux Alyxia.
Rappelons que les Alyxia ont des fruits toruleux. Même lorsque
l’un de leurs méricarpes est réduit à un seul élément monosperme, son
endocarpe n’est jamais comprimé comme celui des Heurckia. Quant à
la fleur, elle présente, chez Heurckia comme chez Rauvolfia, un disque
libre, entourant la base de l’ovaire et un style articulé sur les carpelles,
caractères qu’on ne trouve jamais chez les Alyxia.
C’est Schlechter (9), en 1906, qui fait pour la première fois du genre
Heurckia un synonyme de Rauvolfia L. Il sera suivi à l’avenir par tous
les systématiciens. Pichon (6), Rao (8) et Woodson (11) ne considéreront
plus qu’une section Heurckia au sein du grand genre pantropical Rauvolfia.
La présence de cette section originale et endémique du genre en Nouvelle-
Calédonie, alors que l’Australie ne compte que des espèces américaines
naturalisées, est très digne d’être notée.
Schlechter (9) récolte aussi une nouvelle espèce, qu’il ne voit qu’en
fleurs, ce qui l’amène à l’attribuer au genre Alstonia: A. schumanniana
Schlechter. C’est cette même espèce que Compton récolte ultérieurement
Source : MNHN, Paris
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en fruits et qui sera décrite par S. Moore (3) en 1921 sous le nom de Rau-
volfia suaveolens S. Moore.
Enfin, Guillaumin (2) décrit un Rauvolfia linearisepala Guill., qui
n’est, en fait, qu’une sous-espèce du précédent.
LA QUESTION DU GENRE PODOCHROSIA Bâillon
Avant de passer à l’énumération des espèces du genre Rauvolfia, il est
indispensable de régler un problème : l’existence du genre Podochrosia qui
serait propre à la Nouvelle-Calédonie.
C’est en 1889 que Bâillon (1) décrit à partir de l’échantillon
Balansa 224, P, le prétendu Podochrosia et l’espèce Podochrosia balansæ
H. Bâillon. Rappelons ce qu’il écrit alors, après avoir donné les caractères
de l’appareil végétatif :
« L’inflorescence, subterminale, a un long pédoncule nu que surmonte
un faux corymbe de quelques cymes, à fleurs pourvues d’un pied épais,
obconique, claviforme, articulé à sa base. Les sépales sont imbriqués et
unis par leur base empâtée. La corolle est tordue de façon à ce que les
bords gauches de ses lobes soient recouvrants. Il y a sur la corolle, cinq éta¬
mines à anthères de Plumeria, et le réceptacle est concave comme dans un
Thevetia; de sorte que l’ovaire est en partie infère. Là ses deux carpelles
sont unis entre eux, et dans chaque loge il y a deux ovules collatéraux et
descendants : le micropyle extérieur et supérieur. Le style est court, conique,
avec deux lobules apicaux. Le fruit est charnu et indéhiscent, formé de
deux carpelles ou d’un seul par avortement. Nous ne l’avons pas vu mûr
et nous ne savons pas s’il sera jusqu’au bout une baie. »
Le « pied épais » des fleurs, la « base empâtée » des sépales, le récep¬
tacle concave, l’ovaire en partie infère, le style court, on pourrait ajouter
anormalement juvénile, sont autant de caractères qu’on trouve fréquem¬
ment réunis sur les fleurs parasitées des Apocynacées.
Guillaumin y avait bien pensé puisqu’il écrit (2, p. 362) :
« Le genre monospécifique Podochrosia a été décrit comme ayant des
fleurs... à pédicelle épaissi et se dilatant insensiblement jusqu’au calice...
L’échantillon Rouy ( Franc 1624, série A) présente à la fois de telles fleurs
et d’autres portées par un pédicelle assez grêle, long de 2-3 mm, bien
distinct du calice... On peut donc se demander, malgré leur fréquence, si
les fleurs à gros pédicelle et paraissant sessiles ne sont pas parasitées par
un Cryptogame, d’autant que la base de la corolle et les étamines des
fleurs à gros pédicelle sont colorées en noir. »
Quant à Pichon (7), tout en maintenant le genre Podochrosia, il note :
« On sait que le renflement des pédicelles et l’empâtement du réceptacle
de l’échantillon-type, qui valent au genre son nom, sont accidentels.
L’ovaire, adhérent à la base dans cet échantillon, est parfaitement supère
dans les fleurs non parasitées. »
Grâce aux riches matériaux récoltés notamment par les missions
Source : MNHN, Paris
— 53 —
I. — Rauvolfia semperflorens (Muell. Arg.) Schlechter var. semperflorens : 1, rameau fertile
(Balansa 226a ) x 2/3; 2, fleur ( Sévenel 408) x 7; 3, gynécée x 7; 4, coupe du tube de la
corolle x 7; 5, anthère vue de dos et de profil x 18; 6, endocarpe du fruit x 4. — var.
viridis (Muell. Arg.) Boiteau : 7, rameau fleuri ( MacKee 18375) x 2/3; 8, cyme élémen¬
taire ( Sévenel 420) x 7 ; 9, fruits (MacKee 18375) x 2/3; 10, endocarpe du fruit x 4. —
var. insularis Boiteau : 11, feuille ( Virot 1434) x 2/3.
Source : MNHN, Paris
— 54 —
franco-suisses (Guillaumin, Baumann-Bodenheim et HüRLIMann) et par
H. S. McKee, nous avons acquis la certitude que Balansa 224 est tout
simplement un exemplaire parasité de Rauvolfia linearisepala Guill.
De nouveaux matériaux de cette monstruosité récoltés tant par H. S.
McKee que par l’un de nous (T. S.) et expédiés frais par avion ont pu
être étudiés au Laboratoire d’Entomologie du Muséum national d’Histoire
naturelle à Paris par M. Bénard. Ils ont livré des larves et nymphes d’un
Diptère de la famille des Cecydomyiidæ, insecte minuscule et probablement
nouveau qui est à l’origine des malformations constatées. La description
de l’espèce n’a pu être effectuée jusqu’ici faute de connaître les adultes.
Cette parasitose paraît très spécifique. Les deux espèces nouvelles
que nous décrivons ci-dessous en sont exemptes. Nous avons récolté depuis
lors, sur R. semperflorens var. semperflorens, au lieu-dit le col des Dalma-
tes, une galle florale, mais d’un caractère tout différent et certainement
due à un autre parasite. Par contre, on rencontre la parasitose sur les
trois taxons que nous rattachons à Rauvolfia schumanniana (Schlechter)
Boiteau. Elle est particulièrement abondante sur la sous-espèce lineari¬
sepala; dans une forêt située sur la rive gauche de la Rivière Bleue, le
23 octobre 1975, tous les échantillons vus appartenant à cette sous-espèce
étaient parasités. C’est une des raisons pour lesquelles nous ne croyons
pas pouvoir la distinguer spécifiquement de R. Schumanniana.
Podochrosia balansæ Bâillon est donc une forme monstrueuse de
Rauvolfia schumanniana (Schlechter) Boiteau et le genre Podochrosia doit
être tenu pour nul.
ESPÈCES, SOUS-ESPÈCES ET VARIÉTÉS
DES RAUVOLFIA NÉO-CALÉDONIENS
1. Rauvolfia semperflorens (Muell. Arg.) Schlechter. — PI. 1.
Bot. Jahrb. 39 : 239 (1906).
Cette espèce doit être comprise comme comprenant trois variétés :
var. semperflorens
— Heurckiasemperflorens Muell. Arg., Flora 53 : 169 (1870); Observ. Bot. : 140(1871).
— Gynopogon semperflorens (Muell. Arg.) K. Schumann in Engler & Prantl,
Natürl. Pflanzenfam. 4 (3) : 151 (1897).
— Alyxia semperflorens « (Muell. Arg.) Pancher ex O. Kuntze » fide Guillaumin,
Bull. Soc. Bot. Fr. 88 : 361 (1941) (« Alynia » sphalm.).
Lectotype : Vieillard 917, P.
var. viridis (Muell. Arg.) Boiteau, comb. nov.
— Heurckia viridis Muell. Arg., Observ. Bot. : 205 (1871).
— Rauvolfia viridis (Muell. Arg.) Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 88 : 361 (1941)
[non Rauvolfia viridis Roem. & Sch., Syst. Veg. 4 : 805 (1819)], syn. nov.
Source : MNHN, Paris
— 55 —
Source : MNHN, Paris
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— Alyxia serpentina S. Moore, Journ. Linn. Soc., Bot. 45 : 359 (1921), syn. nov.
Type : Vieillard 2971 (holo-, K; iso-, P).
Variété localisée sur les terrains serpentineux.
var. insularis Boiteau, var. nov.
Frutex ca. 1 m altus. Folia 3-natim verticiliata, oblonga, apice rotundata, mucronata,
usque ad 7-8 X 1,6 cm, rigide coriacea, basi sensint in peliolum circa 1 cm longum attenuata.
Type : Virot 1434 (holo-, P).
Variété endémique de l’île des Pins.
2. Rauvolfia schumanniana (Schlechter) Boiteau, contb. nov. — PI. 2.
Si l’on veut, comme il semble souhaitable, rester en harmonie avec
les conceptions de Rao (8), dans son excellente révision des Rauvolfia
américains, il paraît nécessaire d’incorporer à cette espèce, en tant que sous-
espèce, R. linearisepala Guillaumin. Les différences portent sur la forme
du calice et des lobes de la corolle, alors que les autres caractères floraux
restent très voisins, de même que les fruits. Par ailleurs, comme nous l’avons
dit, un même parasite, qui semble très spécifique, vit aux dépens des deux
sous-espèces, à l’exclusion de tout autre Rauvolfia néo-calédonien.
Nous sommes donc amenés à reconnaître deux sous-espèces :
subsp. schumanniana
— Ai si onia schumanniana Schlechter, in Engler Bol. Jahrb. 39 : 236 (1906).
— Rauvolfia suaveolens S. Moore, Journ. Linn. Soc., Bot. 45 : 357 (1921), syn. nov.
Type : Complon 1478, BM, P.
Bien qu’assez variable, cette sous-espèce est bien caractérisée par son
calice à dents deltoïdes, toujours appliquées sur la base de la corolle.
Nous y reconnaissons deux variétés :
var. schumanniana
Type : Schlechter 15442 (holo-, Z; iso-, P).
Dents du calice régulièrement deltoïdes, épaisses, à bords coupés
abruptement, sans partie amincie. Spéciale aux sols de décomposition des
schistes et micaschistes, à moyenne et haute altitude.
var. basicola Boiteau, var. nov.
A typo differt dentibus calycis irregulariter deltoideis, apice tenuatibus, pellucidibus.
Type : Sévenet 890, Mont Do (holo-, P).
Diffère du type par les dents du calice irrégulières, amincies et plus
ou moins translucides à leur sommet. Elle ne se rencontre que sur les sols
ultrabasiques : serpentines ou péridotites.
Autre matériel : Veillon 2039, Sévenet 1071, Mont Do.
Source : MNHN, Paris
— 57 —
PI. 3. — Rauvolfia spathulata Boiteau : 1, rameau fleuri x 2/3 ( Sévenet 1154); 2, inflorescence
X 2 (Sévenet 479)-, 3, bouton floral x 4; 4, gynécée x 8. — Rauvolfia scvenetii Boiteau :
5. rameau fleuri x 2/3 (MacKee 19039); 6, bouton floral x 4 (Sévenet 2465); 7, gynécée
x 8; 8, fruits x 2/3 (Sévenet 2465); 9, endocarpe de face et de profil x 3.
Source : MNHN, Paris
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subsp. linearisepala (Guillaumin) Boiteau, eomb. nov.
— Rauvolfia linearisepala Guillaumin, Bull. Soc. Bot. Fr. 88 : 361 (1941).
Lectotype : Le Rat 177, Mont Dzumac, P.
Caractérisée par les dents du calice étroites et aiguës, récurvées vers
l’extérieur et donc non appliquées sur la base de la corolle; les lobes de
la corolle sont également plus longs et plus étroits. Cette sous-espèce est
localisée sur les sols ferrallitiques résultant de la décomposition des péri-
dotites, dans le sud de nie, à altitude relativement basse.
3. Rauvolfia spathulata Boiteau, sp. nov. — PI. 3.
Frutex, circa 1,50 ni allus. Folia 4-5-natim verticillata, coriacea, ad extrentitates
ramorum dense disposila. Lamina spathulala, apice laie rotundata, basi longe allenuaia,
margine sæpe revolula, 5-7 X 1,3-2 cm, breviler petiolata, peliolo 0,2-0,5 cm longo. Inflo-
rescenliæ terminales, pedunculis ca. 2 cm longis, crassis. Calyx irregulariter campanulalus,
lobis ovatis, margine pellucidis. Corollæ lubus cylindricus, 3 mm longus, lobis ellipticis,
externe punctatis.
Type : Sévenet 479: Montagne des Sources, vers 900 m ait., en forêt ombrophile
claire, sur dunnite (holo-, P).
C’est un arbuste à rameaux grêles et feuillés seulement dans leur partie
terminale sous couvert forestier; mais dans le maquis adjacent, il peut être
réduit à un sous-arbrisseau ne dépassant pas 50-60 cm de hauteur. Très
distinct par ses feuilles coriaces, spatulées, densément groupées à l’extré¬
mité des rameaux, et par ses fleurs, souvent irrégulières, surtout à la péri¬
phérie des cymes, à calice mal appliqué sur la corolle; ponctuations des
lobes de la corolle très distinctes sur le frais, plus difficiles à apercevoir en
herbier.
4. Rauvolfia sevenetii Boiteau, sp. nov. — PI. 3.
Frutex, circa 1,50 m altus. Folia 4-natim verticillata, lanceolata vel oblongo-lanceolata,
usque ad 11 X 2,5 cm, rigida, apice obtusa, basi sensim in petiolum attenuata, peliolo
0,5-0,8 cm longo. Inflorescentiæ terminales, pedunculis multifloris 6-7 cm longis. Calyx
campanulalus, lobis ovatis, magnis, tenuibus sed non pellucidis, apice acutis. Corollæ tubus
narum inflatus, 3 mm longus; lobis ellipticis. Drupa ovoidea.
Type : MacKee 19039, Port-Boisé vers 50 m ait., sur alluvions serpentineuses
(holo-, P).
Autre matériel : Hurlimann 3093, Pentes de la vallée de Yaté, en bas de la cas¬
cade, Z; Sévenet 246, en bas du col de Port-Boisé (même station que MacKee 19039,
récolté pour l’étude chimique), P.
Se distingue, en jeunes boutons, par la préfloraison ouverte de son
calice, dont les grandes dents sont déjà bien distinctes. Les lobes de la
corolle sont parfois très discrètement ponctués au sommet, sur le frais.
L’espèce se distingue nettement de la précédente par son habitat, son port
toujours très ramifié dès la base et les pédoncules des inflorescences tou¬
jours plus longs et plus grêles. Les fleurs ne sont jamais irrégulières, même
à la périphérie des cymes.
Source : MNHN, Paris
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CLÉ DES RAUVOLFIA DE NOUVELLE-CALÉDONIE
1. Feuilles verticillées par 3 (quelquefois par 4 à la base des rameaux chez
les var. viridis et insularis). Style atteignant 1 fois /i la hauteur de l’ovaire.
Endocarpe petit, ne dépassant pas 7 mm de longueur . 1. R. semperflorens
2. Feuilles nettement discolores, glauques à la face inférieure; lancéo¬
lées, aiguës au sommet, 5,5-6 x 1-1,6 cm. var. semperflorens
2'. Feuilles concolores, vertes sur les deux faces.
3. Feuilles étroitement oblongues à linéaires, généralement aiguës
au sommet, 3-6 x 0,7-0,9 cm. var. viridis
3'. Feuilles oblongues, arrondies et mucronées au sommet, 6,5 x
1,5 cm . var. insularis
V. Feuilles verticillées par 4 ou 5. Style beaucoup plus court que la hauteur
de l’ovaire. Endocarpe dépassant 1 cm de longueur.
4. Corolle blanche, sans ponctuations à l’extérieur. Feuilles à pétiole
dépassant toujours 1 cm de longueur. 2. R. schumanniana
5'. Calice bien appliqué sur la corolle, à dents deltoïdes... subsp. schumanniana
6. Dents régulièrement deltoïdes, à bord abrupt . var. schumanniana
6'. Dents irrégulières, amincies et translucides sur le bord....
. var. basicola
5'. Calice à dents linéaires, révolutées vers l’extérieur. subsp. linearisepala
4'. Corolle portant au moins quelques ponctuations au sommet des
lobes. Pétiole de moins de 1 cm de longueur (au maximum 0,8 cm).
7. Feuilles spatulées, coriaces, souvent révolutées sur les bords.
Pédoncules de l’inflorescence épais, d’environ 2 cm de longueur.
Calice enveloppant complètement le jeune bouton; souvent irré¬
gulier . 3. R. spalhulala
T. Feuilles lancéolées, ou oblongues-lancéolées rigides mais sans bords
révolutés. Pédoncules de l’inflorescence grêles, de 6-7 cm de longueur.
Calice ouvert autour de la corolle dans le jeune bouton, régulier, à
dents largement ogivales, minces dans toute leur étendue.. 4. R. seveneiii
AFFINITÉS DES RAUVOLFIA NÉO-CALÉDONIENS
Les Rauvolfia néo-calédoniens constituent à eux seuls la section Heur-
ckia, section très bien délimitée dans le genre, ce qui montre à la fois
l’archaïsme du genre Rauvolfia et la ségrégation ancienne des espèces que
nous venons d’étudier. Les variétés semblent bien être ici le résultat d’une
microspéciation due à des isolats, fait particulièrement net pour R. semper¬
florens var. insularis endémique de l’Ile des Pins; la spécialisation aux
terrains ultrabasiques des massifs serpentineux n’est pas moins nette pour
R. semperflorens var. viridis.
Il nous paraît également remarquable que ces Rauvolfia néo-calédoniens
manquent sur les îles proprement océaniques rattachées administrativement
à la Nouvelle-Calédonie (Belep et Loyautés). On ne les trouve, rarement
d’ailleurs, que sur quelques îlots voisins de la Grande Terre : Yandé,
Tanlé et Ouen.
Des phénomènes très comparables semblent pouvoir être notés pour
la section Ochrosioides spéciale aux îles Hawaï. C’est d’ailleurs avec cette
section, et de façon moins nette avec la section Cyrtosiphonia de Malaisie
<au sens de la Flora Malesiana), que les affinités des Rauvolfia néo-
Source : MNHN, Paris
— 60 —
calédoniens doivent être recherchées, bien qu’ils constituent, comme nous
l’avons dit, le groupe qu’on peut considérer comme le plus spécialisé à
l’intérieur du genre.
Remerciements
Nous remercions M. Roland Bénard, Assistant au Laboratoire d’Entomologie
Générale et Appliquée du Muséum, pour son aimable collaboration, M. le Conser¬
vateur de l'Herbier du British Muséum pour l'envoi d’une photo du type d'Alyxia ser-
pentina S. Moore, MM. les Conservateurs des Herbiers de Kew et de Zürich, qui nous
ont envoyé en prêt de nombreux échantillons, et H. S. MacKee qui a bien voulu revoir
la présente note et lui apporter le concours de sa connaissance érudite de la flore et de
la phytogéographie néo-calédonienne.
Bibliographie
1. Bâillon, H. — Bull. mens. Soc. Linnéenne, Paris 98 : 750 (1889).
2. Guillaumin, A. — Bull. Soc. Bot. Fr. 88 : 361 (1941).
3. Moore, S. — Journ. Linn. Soc., Bot. 45 : 357 (1921).
4. Mueller d’Argovie. — Flora 53 : 168 (1870).
5. — Observ. Bot. Herb. van Heurck. (1871).
6. Pichon, M. — Bull. Soc. Bot. Fr. 94 : 31-39 (1947).
7. — Mém. Mus. Nat. Hist. Nat., Paris, ser. nov., 27 (6) : 163-164 (1948).
8. Rao, A. S. — Ann. Missouri Bot. Gard. 43 : 253-356 (1956).
9. Schlechter, R. — in Engler Bot. Jahrb. 39 : 239, fig. 23 (1906).
10. Schumann, K. — in Engler & Prantl, Natürl. Pflanzenfam. 4 (3) : 151 (1897).
11. Woodson, R. E. Jr. — Rauvolfia , Botany, Pharmacognosy, Chemistry and Pharma-
cology, Boston (U.S.A.), Little, Brown & C° ed. (1957).
P.B., L.A. — Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - Paris,
et Laboratoire associé du C.N.R.S.. n° 218.
T.S. — Laboratoire des Plantes Médicinales,
C.N.R.S. - Nouméa.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (1) : 61-63, 1976.
NOTE RELATIVE A L’ARCHITECTURE
DES RAUVOLFIA. NÉO-CALÉDONIENS
par J.-M. Veillon
En Nouvelle-Calédonie, les espèces appartenant au genre Rauvolfia
(section Heurckia) ainsi que les variétés qui s’y rattachent, se différencient
nettement entre elles d’après leur localisation géographique et les conditions
écologiques qui leur sont propres. Malgré ces diveigences, on constate
une architecture aérienne identique chez toutes les espèces. Cette archi¬
tecture établie sur la base de caractères structuraux relatifs à la croissance
des axes, à leur disposition et à leur sexualité, sera étudiée à partir de
l'espèce : Rauvolfia semperflorens (Muell. Arg.) Schlechter var. semper-
fiorens, arbrisseau ou arbuste de 1-2,5 m communément répandu dans les
formations paraforestières ripicoles sur sols résultant de l’évolution ferralli-
tique des péridotites, entre 50 et 200 m d’altitude.
Après la germination, le méristème apical de l’axe épicotylé édifie un
segment orthotrope monocaule à phyllotaxie spiralée, à feuilles lancéolées,
verticillées par 3, séparées par des entre-nœuds régulièrement agencés.
Vers 50-70 cm de hauteur le méristème édificateur cesse toute activité et
subit une parenchymatisation, par un processus qui a été étudié chez
d’autres Apocynacées par M. F. Prévost (1967, 1972). Il aura donc contri¬
bué à la formation d’un premier article aérien.
La disparition de l’apex lève l’inhibition au niveau du dernier verticille
de feuilles, de trois méristèmes latéraux qui édifient à leur tour 3 nou¬
veaux articles de deuxième ordre, morphologiquement identiques au pré¬
cédent et qui forment les premiers éléments de la ramification. La dispa¬
rition des méristèmes apicaux de deuxième ordre déclenche le même pro¬
cessus d’édification qu’au stade précédent. On assiste donc à l’élaboration
d’une structure aérienne tridimensionnelle qui subsistera jusqu’à la mort
de la plante.
A partir de la formation des articles de troisième ordre, un élément
nouveau intervient : l’apparition de la sexualité. Les méristèmes apicaux,
jusque-là strictement végétatifs, se différencient en méristèmes sexuels, qui
donnent naissance à des inflorescences apicales en cymes généralement
trichasiales de fleurs blanches.
Sur les parties âgées de l'arbuste et à tous les niveaux, on remarque
que l’un des axes responsable de la structure tridimensionnelle a grossi plus
Source : MNHN, Paris
— 62 —
Source : MNHN, Paris
— 63 —
vite que les deux autres, à tel point que ces derniers apparaissent comme
squelettiques et peuvent même s’élaguer précocement.
L’architecture de Rauvolfia semperflorens (Muell. Arg.) Schlechter
var. semperflorens correspond au modèle de Leeuwenberg (F. Hallé &
R. A. A. Oldeman, 1970). Les structures aériennes de deux espèces afri¬
caines : R. obscurci K. Schum. et R. vomitoria Afzel. ont été rattachées
par ces mêmes auteurs au modèle cité.
Bibliographie
Hallé, F. & Oldemann, R. A. A. — Essai sur l’architecture et la dynamique de crois¬
sance des arbres tropicaux, Masson et C le éd., Paris (1970).
Prévost, M. F. — Architecture de quelques Apocynacées ligneuses, Mém. Soc. Bot.
Fr. 114 : 23-36 (1967).
— Ramification en phase végétative chez Tabernæmoniana crassa Benth. (Apocynacées),
Annales des Sciences Naturelles, Botanique et Biologie Végétale (Extrait), ser. 12,
13 (2) : (1972).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (1) : 65-82, 1976,
FRUITS FOSSILES D'ANTROCARYON
DANS LA VALLÉE DE L’OMO (ÉTHIOPIE)
par Raymonde Bonnefille & René Letouzey
Résumé : Des fossiles, trouvés dans les Formations de Shungura et d’Usno (env.
3 millions d'années) de la basse vallée de l’Omo (Éthiopie), peuvent être rapprochés
sans difficulté des noyaux actuels d ’Amrocaryon (Ànacardiacées). Les caractéristiques
morphologiques des fruits, les distributions géographiques et les particularités éco¬
logiques des 3 espèces africaines vivantes sont étudiées et les affinités des noyaux fossiles
avec Anlrocaryon micraster A. Chev. & Guill. offrent le rapprochement le plus accep¬
table. Ceci constitue un indice hautement valable de la présence, à l'époque considérée
contemporaine de l'apparition des premiers Hominidés, d’un massif ou d’une galerie
de forêt dense humide dans cette vallée. Les résultats de l’analyse des bois fossiles asso¬
ciés à ces noyaux d'Anlrocaryon aff. micraster A. Chev. & Guill. ne sont pas encore
connus; les restes paléontologiques contemporains (pollens, animaux, sols) fournissent
déjà certaines données pouvant corroborer la situation entrevue. Quelques hypothèses
sont présentées pour suivre l’évolution du paysage ancien de la vallée de l’Omo jusqu'au
stade de la répartition actuelle de la forêt dense humide en Afrique orientale.
Summary: Fossil fruits found in 3 million years old deposits of the Shungura
and Usno Formations in Lower Omo Valley (Ethiopia) are closely related to stones
of the genus Anlrocaryon ( Anacardiaceæ ). Morphological features of the fruits and the
géographie distribution and ecology of the three living African species are described.
The fossil fruits show greatest affinities with Anlrocaryon micraster A. Chev. & Guill.
This is strongly indicative of the occurrence of a tropical rain forest area or gallery of
this forest type in the lower Omo valley at that period. Silicified wood associated with
these Anlrocaryon aff. micraster fruits hâve not been yet studied but paleontological
remains (pollen, animais and paleosols) lead to similar conclusions. Different hypo-
thesises are presented to follow the évolution of the landscape in the Lower Omo valley
from that old time until the today geographical position of the tropical rain forest in
Western Africa.
Le site paléontologique de la basse vallée de l’Omo (Éthiopie), situé
à 400 m d’altitude et 5° N-36° E, était connu pour ses fossiles de vertébrés
(R. du Bourg de Bozas, 1903; C. Arambourg, 1947). Sa célébrité récente
est due à la découverte des restes d’Hominidés (F. C. Howell & Y. Coppens,
1974). Durant plusieurs années, de 1967 à 1973, des missions multidisci¬
plinaires internationales ont entrepris l’étude approfondie des formations
sédimentaires de cette région (Y. Coppens, F. C. Howell, G. Isaac &
R. Leakey, 1975). Ces formations constituent une succession stratigra-
phique continue, accompagnée de très nombreuses datations K/Ar, d’une
Source : MNHN, Paris
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échelle paléomagnétique complète, d’assemblages fauniques détaillés qui
couvrent une période allant de 4 à 0,9 millions d’années (F. H. Brown,
1975; R. T. Shuey, F. H. Brown & M. K. Croes, 1974).
1. — SITUATION GÉOGRAPHIQUE ET STRATIGRAPHIQUE (PI. 2).
A l’exception du spécimen B. 494 (voir liste des spécimens récoltés
en Annexe, in fine), tous les fruits fossiles proviennent de la Formation
de Shungura, dans la région type à l’Ouest de la rivière Omo. Ils ont été
collectés sur le revers d’une cuesta délimitée par le tuf A, tuf le plus ancien
de la séquence sédimentaire, au point P. 64, encore désigné Omo 127,
de la carte des localités établie par J. de Heinzeun. Ils proviennent tous
du même niveau fossilifère, sable consolidé ou « grit » d’environ 50 cm
d’épaisseur qui recouvre immédiatement le tuf A (fig. 1). Stratigraphi-
quement bien défini, ce niveau correspond à la première unité sédimentaire
du membre A, désignée A-l-1 (J. de Heinzelin & P. Haesaerts, 1975).
Le membre A, d’environ 30 m d’épaisseur, est divisé en 4 unités sédimen-
taires. Il est encadré à la base par le tuf A non daté car il ne contient ni
ponces, ni feldspath, et le tuf B dont la datation interpolée est d’environ
2,95 millions d’années. Sur la base des confrontations entre les data¬
tions K/Ar, l’échelle paléomagnétique, les analyses de la faune, les docu¬
ments stratigraphiques et l’épaisseur des sédiments, l’âge des fruits fossiles
est d’environ 3 millions d’années (d’après F. H. Brown, 1975; R. T. Shuey
& Coll., 1974; J. de Heinzelin, sous presse).
Fig. 1. — Position stratigraphique des fruits fossiles de la Formation de Shungura
(d'après J. de Heinzelin & P. Haesaerts).
Le spécimen B. 494, le mieux conservé de tous, provient des sables
fossilifères de Brown Sands, qui appartiennent à la Formation d’Usno,
située à une vingtaine de kilomètres au nord de la précédente, 5° 20' N-
36° 12' E. Ces dépôts ont été corrélés stratigraphiquement avec la partie
inférieure du membre B de la Formation de Shungura, plus exactement
avec l’unité B-2 (J. de Heinzelin & P. Haesaerts, comm. orale). Ce spéci¬
men est donc légèrement plus récent que les précédents, une période d’en¬
viron 150 000 à 100 000 ans séparant les deux niveaux A-l-1 et B-2. Il
convient de souligner qu’aucun autre spécimen de fruits fossiles semblable
à ceux-ci n’a été trouvé dans les couches déposées ultérieurement. Ceci en
Source : MNHN, Paris
PI. 2. — Situation géographique et stratigraphique des Formations de Shungura et d’Usno
(Ethiopie). — Datations indiquées interpolées d’après R. T. Shuey & coll., 1974; F. H.
Brown. 1975 et J. de Heinzelin, 1975.
Source : MNHN, Paris
— 68 —
dépit de la prospection intensive qui a été effectuée durant plusieurs années
par des équipes nombreuses dont le but était la collecte de fossiles de toutes
sortes. Leur présence semble donc bien caractériser les dépôts les plus
anciens d’environ 3 millions d’années des Formations de Shungura et
d’Usno.
La situation des fruits fossiles dans les dépôts sédimentaires ne semble
pas indiquer un transport sur de très longues distances. Il est vraisemblable
d’admettre qu'ils ont appartenu à une végétation assez proche du lieu de
sédimentation.
2. — DESCRIPTION DES FOSSILES 1 .
Les fossiles recueillis dans la Formation de Shungura (PL 3), super¬
ficiellement altérés, parfois cassés, sont de forme générale soit ellipsoïde,
soit subglobuleuse. L’échantillon B. 494 de la Formation d’Usno (PL 4 :
4, 5, 6 ), le mieux conservé, légèrement déprimé à la face inférieure, mesure
36 (grand axe horizontal) x 32 (petit axe horizontal) x 26 (axe vertical) mm,
avec 6 cavités subrayonnantes, ouvertes à la partie supérieure où elles
sont entourées chacune d’un léger bourrelet ovale (14-15 x 10-11 mm):
ces cavités sont fermées à la partie inférieure; l’érosion a cependant fait
disparaître des portions de cloison interne entre cavités et deux de celles-ci
sont également ouvertes à la partie inférieure, au milieu du léger mamelon
qui ferme normalement chacune d’elles. Une coupe verticale suivant le
grand axe de l'échantillon P. 64-73a (PL 4, 7), analogue au précédent,
montre ces mêmes cavités garnies d’un remplissage minéralisé; elles sont
verticalement allongées, un peu courbées et s’évasent au sommet vers
l'extérieur, en direction du bourrelet mentionné ci-dessus; leur largeur,
vers la mi-hauteur dans ce plan axial, est de 10-11 mm et leur hauteur de
20-21 mm.
Un troisième échantillon assez bien conservé (Omo 127-72-127) est
analogue aux précédents; de même un autre spécimen en moins bon état
(Omo 127-72-125); celui-ci présente une loge plus petite que les cinq autres
et tangentiellement comprimée; la coupe transversale de l’échantillon P. 64-
73b (fig. 4, 8) offre une remarquable sixième loge avortée (v); ces deux der¬
niers échantillons pourraient être considérés comme formant transition
avec l’échantillon Omo 127-72-126 dont la forme extérieure est difficile à
définir, car trop érodée, mais qui ne contient plus que 5 loges au lieu de 6.
Cette pentamérisation devient évidente sur des fossiles sans doute
plus globuleux atteignant au moins 32 mm de diamètre là où il est possible,
compte tenu de l’état de conservation des spécimens, de mesurer celui-ci,
par exemple sur l’échantillon P. 64-19a. La coupe subtransversale de cet
échantillon (PL 4, 9) semble présenter un seul plan vertical de symétrie
et 2 loges postérieures (p) paraissent plus petites que les autres, l’anté¬
rieure (a), en volume et non plus en coupe, pouvant être appréciée comme
1. Voir en Annexe la liste des spécimens récoltés.
Source : MNHN, Paris
— 69 —
PI. 3. — Fossiles de la Formation de Shungura.
Source : MNHN, Paris
— 70 —
un peu plus vaste; ces 5 loges se retrouvent sur l'échantillon P. 64-73e
(PI. 4, 10) et leurs dimensions, sur coupe subtransversale, est au maximum
de 12 x 7 mm. Ces coupes transversales montrent que les cavités sont
garnies intérieurement d'une pellicule minéralisée différenciée, détachée
même par endroits de la paroi; d’autre part, entre les cavités, la minérali¬
sation apparaît nettement irrégulière, en plages enchevêtrées, faisant penser
à une structure lacuneuse au départ.
Le dernier fossile analysé, P. 64-73i (PI. 4, 11), n’est qu’un fragment,
manifestement à 5 loges mais présentant la cassure d’une cavité minéra¬
lisée; cette cavité verticale, légèrement courbée et évasée vers le haut comme
ci-dessus, mesure encore 10 mm de largeur à mi-hauteur et 20 mm de
hauteur environ.
3. — ESSAI D’IDENTIFICATION DES FOSSILES.
Les fossiles en cause peuvent sans difficulté être rapprochés des carac¬
téristiques noyaux lignifiés contenant des cavités séminales de plusieurs
genres d’Anacardiacées actuelles 1 . Les fruits de ces Anacardiacées sont
des drupes dont le noyau est entouré d’une pulpe charnue; les cavités
séminales sont dans certains genres fermées à leur partie supérieure par
des opercules peu lignifiés qui disparaissent lors de la germination, la
radicule de la graine sortant par ces orifices. Le nombre de cavités par
noyau n’est pas absolument constant et caractéristique pour chaque genre
ou chaque espèce et, de même, le nombre de pièces florales chez diverses
Anacardiacées peut être par exemple de 4 ou 5 indifféremment pour les
fruits d’une même espèce, voire d’un même individu, ou être de 5 et parfois
de 6, encore pour une même espèce ou un même individu.
La grosseur du fruit d’une part et d’autre part la relation entre sa
hauteur et son diamètre (ou ses diamètres), de même la taille et la forme
des graines, constituent des éléments guides dans les identifications de
genres et d’espèces au sein des Anacardiacées à partir d’éléments paléonto-
iogiques tels que ceux recueillis.
Les observations ci-dessus mènent, semble-t-il, à la conclusion que
les fossiles décrits — qu’ils soient à 5 loges ou à 6 loges, et trouvés de plus
en mélange dans le même gisement — ne représentent qu’une seule espèce.
Le rapprochement le plus valable avec des Anacardiacées peut alors
être recherché auprès du genre Antrocaryon représenté par 4 espèces actuelles
et 1 espèce fossile du Miocène. Forme et dimensions du noyau des fruits
de la plupart de ces espèces, présence caractéristique de porosités entre
les cavités séminales pour ce genre, courbure de la graine, conduisent à
I. A la suite d'une première détermination. J. C. Koeniguer (Laboratoire de paléo¬
botanique, Université Paris VI) avait conclu à une Anacardiacée pour les noyaux fossiles,
d’après les graines de quelques espèces de cette famille qui ont été décrites dans l'Éocène des
argiles de Londres (E. M. Reid & M. E. J. Chandler, The London clay flora, 1933, pl. 13;
M. E. J. Chandler, The lower Tertiary floras of Southern England, 1961, pl. 21).
Source : MNHN, Paris
— 71 —
une quasi-certitude quant à l’appartenance au genre Antrocaryon des
fossiles étudiés. Normalement, les noyaux comportent 5 loges, mais des
noyaux à 6 loges ont été signalés dans le cas d’une espèce actuelle.
PI. 4. — Fossile B. 494 de la Formation d'Usno : 4, 5, 6, faces supérieure, inférieure et laté¬
rale. — Fossiles de la Formation de Shungura : 7, coupe verticale du fossile P. 64-73a;
8, 9, 10, coupes transversales des fossiles P. 64-73 b, P. 64-19 a et P. 64-13 e; 11, coupe
verticale du fossile P. 64-73 i.
Le tableau ci-après fournit la nomenclature des espèces, les caractéris¬
tiques de leur noyau (diamètre (s) et hauteur en mm), quelques particu¬
larités propres à certains d’entre eux, enfin la distribution schématique de
ces espèces.
Source : MNHN, Paris
— 72 —
ANTROCARYON Pierre, 1898
= « Clozella » Courtet, nom. nud., 1910
= Clozelia A. Chev., nom. nud., 1912
A. klaineanum Pierre, 1898.
= A. soyauxii Engl. nom. nud., 1900.
= Spondias soyauxii Engl., 1905.
= A. soyauxii (Engl.) Engl., 1921 (cf. R. B.
Fernandes, 1975).
= A. schorkopfii Engl., 1921 (fide R. Letou-
zey, 1976; cf. R. B. Fernandes, 1975).
0 20-25 H 12-15
Petit noyau lenticulaire, Iobulé, avec
5(-6) loges subégales.
Afrique centrale occidentale, cf. fig. 2.
A. micraster A. Chev. & Guillaumin, 1912.
= « Clozella » sp. Courtet nom. nud., 1910.
= A. polyneurum Mildbr. ex Kennedy, 1936.
0 33-44 H 30
Gros noyau subsphérique, légèrement
comprimé latéralement, avec 5 loges
inégales.
Afrique occidentale et orientale tropi¬
cales, cf. fig. 2.
A. nannanii De Wild., 1926.
= A. brieyi De Wild., 1926.
0 29-41 H 34-45
Gros noyau verticalement ± obo-
voïde, un peu comprimé latérale¬
ment, avec 1 grande loge et 4 petites.
Afrique centrale, cf. fig. 2.
A. amazonicum (Ducke) Burtt & Hill, 1937.
= Pouparlia amazonica Ducke, 1922.
0 35 H 20
Gros noyau biconvexe, avec 5 loges
subégales séparées par 5 grands
Brésil, près Belém.
A. pulchrum Chesters, 1957.
0 15 H 13
Petit noyau subsphérique, avec 5 loges
subégales.
Miocène. Ile Rusinga, lac Victoria
(Kenya), cf. fig. 2.
Ce tableau montre que, par les dimensions et les caractéristiques de
son noyau, l’espèce fossile de l’Omo peut être comparée aux 3 espèces
africaines actuelles et plus particulièrement à A. micraster. Sont à exclure
les rapprochements avec A. amazonicum, caractérisée par 5 grands méats
Source : MNHN, Paris
— 73 —
entre les cavités séminales, malgré un noyau de taille analogue, et avec
A. pulchrum dont le noyau est de relativement petite taille, rappelant
d’ailleurs ceux du genre voisin Poupartia.
4. — PHYTOGÉOGRAPHIE DES TROIS ESPÈCES AFRICAINES ACTUELLES
D'ANTROCARYON.
Les 3 espèces africaines actuelles sont des arbres de grande forêt
dense humide, ni excessivement rares, ni fréquents en général; ils peuvent
encore se rencontrer dans les galeries forestières prolongeant les massifs
forestiers en zone de savanes périforestières mais sont inconnus dans les
tapis herbeux de savane. Les jeunes tiges d 'Antrocaryon s’installent de
préférence dans les endroits tant soit peu clairiérés de la forêt et, bien que
supportant difficilement la concurrence, elles arrivent à s’intégrer au déve¬
loppement de la végétation forestière environnante et se retrouvent ainsi
dans des massifs forestiers âgés, sous forme de vieux arbres très dispersés,
ne dépassant guère 1,20 m de diamètre cependant.
La distinction entre les 3 espèces, arbres au port très similaire, repose
pour une très faible part sur des détails floraux peu précis et secondaires,
d’une manière plus évidente sur des caractères foliaires : 10-15 paires de
nervures latérales pour chaque foliole dans le cas d 'A. klaineanum, mais
20-30 paires aussi bien pour A. micrasler que pour A. nannanii, la distinc¬
tion par les feuilles entre ces 2 espèces paraissant impossible; de même
leurs fruits charnus subsphériques, de 4-5 cm de diamètre, sont peu distincts,
alors que celui d'A. klaineanum est beaucoup plus petit (2-3 cm de diamètre).
Par contre les noyaux 1 fournissent, comme le montre le tableau ci-dessus,
de bien meilleurs caractères de différenciation entre les 3 espèces.
Les échantillons authentiquement identifiés des Herbiers de Paris,
Kew, Bruxelles 2 , ainsi que les citations bibliographiques 3 ou les obser¬
vations sur le terrain 4 de matériel appartenant incontestablement à l’une
1. Pour éviter toute confusion est employé ici le terme « noyau » de préférence à « endo¬
carpe ». A. W. Hill (The method of germination of seeds enclosed in a stong endocarp II,
Annals of Botany. ser. nov., 1 : 249, 1937) admet en effet que le mésocarpe du fruit d 'Antro¬
caryon se compose d'une partie externe charnue et d'une partie interne fibreuse et lacuneuse,
cette dernière englobant et agglomérant 5 endocarpes lignifiés véritables, soudés seulement
vers leur base.
2. Nous tenons à remercier ici MM. Forman de Kew et Taton de Bruxelles qui ont
procédé pour nous à la localisation des échantillons en cause.
3. Eggeling, W. J. — Indig. trees Uganda protect., ed. 2 : 5 (1954).
Keay, R. W. J. — Flora West Tropical Africa, ed. 2, 1 (2) : 728 (1958).
Aubréville, A. — Fl. for. Côte d’ivoire, ed. 2, 2 : 208 (1959).
Taylor, C. J. — Synecol. silvic. Ghana : 81-83 (1960).
Van der Veken, P. — Flore Congo Belge 9 ( Anacardiaceiv) : 63-67 (I960).
De Saint-Aubin, G. — Forêt Gabon : 186 (1963).
Keay, R. W. J., Onochie, C. F. A. & Stanfield, D. P. — Niger trees 2 : 324 (1964).
Bouquet, A. — Fétich. médec. tradit. Congo (Brazzaville) : 54 (1969).
Fernandes, R. B. — Estudos nas Anacardiaceæ africanas. VIII. O généra Antro¬
caryon Pierre em Angola. Garcia de Orta. ser. Botanica 2 (2) : 107-110 (1975);
Rev. Junta Investig. cientif. Ultramar, Lisboa.
4. R. Letouzey, Cameroun, 1959 à 1975.
Source : MNHN, Paris
— 74 —
ou l'autre des espèces, ont permis de dresser la carte ci-jointe (fig. 5) des
aires de répartition.
A. micraster s’étend en bande parallèle à l’équateur, de la Guinée
et de la Sierra Leone au Sud-Ouest forestier de la République centrafri¬
caine; son existence dans le Nord du Zaïre n’est pas reconnue mais elle
est présente en Ouganda (forêts de Mabira, Budongo et Zoka, considérées
bien souvent comme des forêts relictuelles). Cette espèce semble faire
partie des forêts denses humides les moins humides (forêts semi-décidues)
mais, au Cameroun en particulier, de même au Ghana et en Côte d’ivoire,
elle se retrouve au sein des forêts nettement humides, sans doute à la faveur
de défrichements, tout comme d’autres éléments colonisateurs de la forêt
semi-décidue actuellement envahissante, ce qui explique l’extension latitu-
dinale de son aire dans ces territoires.
A. klaineanum est une espèce localisée dans l’angle congo-guinéen de
l’Afrique et son aire couvre le Sud-Est du Nigeria, Fernando Po, le Came¬
roun méridional, le Sud-Ouest forestier de la République centrafricaine,
le Gabon tout au moins septentrional et occidental, le Mayombe en Répu¬
blique du Congo, le Cabinda (?fide R. B. Fernandes, 1975) et le Mayumbe
zaïrois. Elle se localise en principe dans des types de forêts denses assez
nettement humides mais, à l’inverse d’A. micraster, elle se retrouve aussi
dans les zones de forêts semi-décidues, camerounaises ou autres.
A. nannanii possède une aire couvrant une grande partie du bassin
hydrographique zaïrois, en y incluant au Sud-Ouest une portion de la
République du Congo et le Cabinda; cette aire s’étend sur le Rasai et
sur tout le district forestier central presque jusqu’aux limites orientales et
septentrionales du Zaïre. Vers l’Ouest, cette espèce atteint peut-être le
Source : MNHN, Paris
— 75
Gabon et, d’une manière certaine, le Nord de la République du Congo
et le Sud-Ouest forestier de la République centrafricaine, zone où, en
définitive, cohabitent les 3 espèces.
11 y a lieu de signaler que les bois fournis par ces 3 Antrocaryon pré¬
sentent un certain intérêt économique, que les graines peuvent fournir
de l’huile bien que leur extraction soit difficile, qu’enfin la pulpe des fruits,
acidulée et parfumée, est comestible, appréciée et bien connue des popu¬
lations locales, dans toute l’aire du genre. Les Primates consomment égale¬
ment ces fruits et A. Hladik (in C. M. Hladik, 1973) a pu observer leur
présence dans des contenus stomacaux au Gabon; soulignons, au passage,
que le noyau fossile B. 494 de la Formation d’Usno, localisé dans les
Brown Sands, se trouve contemporain des premiers restes d’Hominidés
Source : MNHN, Paris
— 76 —
de la vallée de l’Omo. Que les fruits soient consommés par l’homme ou
par les primates, c’est sur place que leurs noyaux se retrouvent, disséminés
à terre sous la cime de l’arbre producteur et souvent leur densité y est assez
importante; elle n’atteint cependant pas la concentration des noyaux de
diverses espèces forestières, recherchées pour leurs graines oléagineuses
ou comestibles et rassemblées çà et là en tas par les Africains, dans la
forêt; ainsi en va-t-il pour Caula edulis, Irvingia gabonensis, Panda oleosa,
Poga oleosa...
5. — AFFINITÉS AVEC ANTROCARYON M/CR ASTER.
Comme signalé ci-dessus, le rapprochement possible de l’espèce fossile
de l’Omo avec A. micraster paraît assez attirant et se trouve confirmé si
l’on consulte les figures 12 à 16 de la PI. 6 d’un noyau de Côte d'ivoire,
analogue à d’autres provenant de diverses régions, pour lequel une seule
graine s’est développée, laissant une ouverture sur la face supérieure
(PI. 6, 12, 13). Ce noyau, à peine érodé, mesure 34 (grand axe horizontal)
x 34 (petit axe horizontal) x 31 (axe vertical) mm; sur la coupe longitu¬
dinale (PI. 6, 15) se retrouve la cavité verticale, légèrement courbée et
évasée vers le haut, atteignant 8 mm de largeur à mi-hauteur et 18 mm de
hauteur environ; sur la coupe transversale (PI. 6, 16) apparaissent les
5 loges inégales qui ne dépassent pas 12 x 6 mm.
La présence conjointe de noyaux fossiles à 5 et à 6 loges dans le même
gisement, ainsi que la forme nettement ellipsoïde de certains noyaux à
6 loges (B. 494 en particulier), laissent planer un doute sur l’identité absolue
de l’espèce fossile en cause avec A. micraster. La première est-elle un
archétype de la seconde? Ou bien s’agit-il de deux « espèces », très proches
parentes, dont l’une se serait éteinte sur place? II est donc prudent, en
attendant que des jalons se plaçant entre 3 millions d’années et aujourd’hui
soient découverts, de désigner l’espèce fossile sous l’indicatif « Antro-
caryon aff. micraster A. Chev. & Guill. ».
Bien que le véritable Antrocaryon micraster soit, tout comme les
2 autres espèces africaines actuelles, un arbre de forêt dense humide ou
de galerie forestière, on ne peut en conclure d’une manière certaine que
l’espèce fossile possédait la même caractéristique; les couples formés par
une espèce de forêt dense humide et une espèce similaire de savane voisine,
périforestière, sont aujourd’hui suffisamment connus et fréquents pour
qu’une certaine prudence soit ici nécessaire. Encore faut-il faire remarquer
que l’on ne connaît pas le déterminisme, écologique et génétique, abou¬
tissant à la différenciation des deux « espèces » d’un couple; de plus, si
l’on constate la présence actuelle de couples écophylétiques, rien ne permet
jusqu’ici d’établir l’existence de tels couples, à l’aide des seuls documents
paléontologiques fragmentaires que l’on connaisse, hors du temps présent;
une autre question non encore résolue est d’ailleurs celle de l’ancienneté
des couples actuels.
L’allure des sédiments contenant ces noyaux à'A. aff. micraster, aussi
Source : MNHN, Paris
— 77 —
bien pour la Formation de Shungura que pour celle d’Usno, ne permet
pas de conclure que ces noyaux proviennent de très loin; toutefois, le
transport et l’entraînement par le fleuve ont pu être responsables de la
relative densité des noyaux sur le site de la localité P. 64 de la Formation
de Shungura.
6. — RESTES PALÉONTOLOGIQUES CONTEMPORAINS.
a) PALÉOFLORE
Des bois flottés sont connus dans de nombreux niveaux de toute la
séquence sédimentaire. Ils étaient particulièrement abondants dans le
même niveau que les fruits fossiles. Leur détermination fait actuellement
l’objet des travaux de R. Deschamps & J. C. Koeniguer.
Malgré le traitement de nombreux échantillons, il n’a pas été possible
de mettre en évidence des pollens fossiles préservés dans les sédiments
du membre de base et du membre A. La conservation des pollens en milieu
tropical est un phénomène tout à fait exceptionnel. Les émersions succes¬
sives qu’ont dû subir ces dépôts fluviaux ou deltaïques dans la plaine allu¬
viale par suite des migrations des méandres de la rivière ont constitué
des conditions tout à fait défavorables. Des recherches sont actuellement
en cours, qui permettront peut-être de mettre en évidence des pollens dans
les séries inférieures de la Formation de Shungura.
Les indications palynologiques les plus anciennes obtenues jusqu’à
présent correspondent au niveau B-10 (2,9 millions d’années, R. Bonne-
fille, 1972), donc plus récent que les niveaux A-1-1 et B-2 qui contiennent
les fruits d 'Antrocaryon. Dans le niveau B-10, les seuls pollens d’arbres
repérés sont Podocarpus et Juniperus, espèces fréquentes actuellement dans
les forêts d’altitude à 2 000-2 500 m. Leur pourcentage parmi les pollens
fossiles est nettement supérieur à ceux enregistrés dans les analyses polli-
niques d’échantillons de surface actuelle du pourtour du lac Rodolphe
(R. Bonnefille, A. Vincens, études en cours). Cependant, il faut consi¬
dérer que les pollens de Podocarpus, facilement transportés, provenaient
d’une forêt non située à l’endroit du gisement, mais sur les versants des
montagnes de l’Éthiopie.
Pour la période située entre 2,45 et 2,15 millions d’années, qui corres¬
pond au dépôt des sédiments des unités C-8 et E-4, les informations palyno¬
logiques sont beaucoup plus complètes. A 2,45 millions d’années, la végé¬
tation locale est celle d’une steppe boisée où sont représentés Capparidaceæ,
Acacia et Commiphora. Les spectres polliniques de deux unités strati-
graphiquement très proches, C-8 et C-9, contiennent plus de 12 taxons
forestiers des forêts de montagne actuelles d’Éthiopie, deux d'entre eux
(Sapotaceæ ind. et Macaranga) appartenant plus spécialement aux forêts
humides. Leur relative abondance, 20 % du total des pollens comptés dans
le spectre C-8, témoigne de l’existence de massifs forestiers à des distances
de quelques dizaines de kilomètres. Les pourcentages des pollens d’espèces
forestières de montagne diminuent rapidement, 10 % environ dans le
Source : MNHN, Paris
— 78 —
spectre C-9, pour atteindre une valeur minimum de 1,7 % dans le spectre
de E-4. Les valeurs de l’ordre de 1 % sont celles que l'on enregistre dans
les dépôts de plage actuelle du lac Rodolphe ou des rivières de la bordure
Est du lac, sous climat subdésertique. Une tendance à l’aridité est donc
très nettement enregistrée dans le spectre de E-4, daté de 2,2 à 2,15 millions
d’années (R. Bonnefille, 1975).
b) PALÉOFAUNE
Étant donné la faible extension des affleurements du membre A dans
la région type de la Formation de Shungura, la liste faunique des fossiles
repérés dans le membre A ne donne qu’une image approximative de la
faune qui a vécu à cette époque. Des fossiles plus nombreux proviennent
de la Formation d’Usno et complètent cet ensemble. 11 ne convient pas de
donner ici la liste systématique complète et détaillée que l’on trouvera
dans les articles de Y. Coppens & F. C. Howell (1975) et la monographie
de J. de Heinzelin (sous presse). Nous rappelons seulement que sont
connus, pour cette période de 3 millions d’années, des éléphants Lo.xo-
donla adaurora , Elephas recki, Deinotherium bozasi, un Équidé Stylo-
hipparion sp., des Bovidés, un Hippopotame indéterminé, plusieurs Suidés
(Nyanzachœrus pattersoni, Notochcerus euilus, Mesochœrus limnetes), une
Girafe (Giraffa gracilis), des Simiens (genres Colobus et Theropithecus).
Des changements dans la composition des associations fauniques
sont enregistrés, pour de nombreux groupes de Mammifères, au cours
des dépôts de la Formation de Shungura. Les paléontologues spécialistes
ont évoqué diverses conclusions paléoécologiques au sujet de ces modifi¬
cations. Leur interprétation est délicate et doit tenir compte de nombreux
facteurs tels que les conditions de préservation des fossiles, les modalités
de l’échantillonnage, l’adaptation possible des animaux à des micro¬
climats très localisés, l’évolution des espèces, l’absence de renseignements
quant à l’écologie des espèces aujourd’hui disparues, etc. Toutefois, de
nombreux faits plaident en faveur de l’existence d’une végétation à carac¬
tère boisé dans les séries inférieures de la Formation de Shungura. Par
contre, l’ensemble de la faune, au-dessus des membres E et F correspond
davantage à celle des savanes herbeuses (Y. Coppens, 1975). Nous pouvons
citer à titre d’exemples quelques-uns des arguments concernant les Bovidés,
les Suidés, les Simiens, les Micromammifères.
Les Bovidés augmentent quantitativement dans les dépôts sédimen-
taires au-dessus du membre G. Les Tragelaphinés et Reduncinés, antilopes
de milieux forestiers abondantes dans les séries inférieures, sont ensuite
remplacées, à partir du membre E, par des antilopes adaptées à la course
en milieu ouvert (A. W. Gentry, 1975). En ce qui concerne les Suidés,
des processus de modifications morphologiques des molaires ont pu être
le résultat d’un changement alimentaire; il y a eu, dans diverses lignées,
passage de formes dites « browsers » broutant feuilles et graminées à des
formes dites « grazers » ayant un régime exclusivement graminéen (H. B. S.
Cooke, 1975). Parmi les singes fossiles, la densité des Colobinés arboricoles
Source : MNHN, Paris
— 79 —
décroît rapidement à partir du membre C, atteignant la valeur minimum
en E (G. G. Eck, 1975). Enfin, dans le niveau B-10 (2,9 millions d’années
environ) une faune de micromammifères pouvant être celle d’une « savane
boisée » a été repérée. Toutefois, J. J. Jaeger & H. B. Wesselman (1975)
soulignent que les chauves-souris et les prosimiens (genre Galago ) de ce
même niveau suggèrent la présence, dans le bassin de l’Omo, d’une forêt
bien développée qui a pu être en connection avec les forêts d’Afrique
centrale.
c) PALÉOSOLS
Les sols pédologiques les plus développés sont trouvés dans le mem¬
bre B. Leur degré de développement décroît ensuite continuellement, ce
qui pourrait éventuellement refléter, selon J. de Heinzelin & P. Haesaerts,
une modification climatique en relation avec une réduction des précipi¬
tations locales.
7. — SYNTHÈSE PALÉONTOLOGIQUE.
De l’ensemble des données paléobotaniques, paléozoologiques et
paléopédologiques ci-dessus émerge un faisceau d’arguments concordants
en faveur de l’hypothèse de l’existence d’une végétation plus boisée, dans
le bassin de l’Omo, aux environs de 3 millions d’années. Cette végétation
serait le témoin d’un climat plus humide à cette époque qu’actuellement,
en tous cas beaucoup plus humide que celui qui lui succède, aux environs
de 2,2 millions d’années où de nettes tendances vers l’aridité, mises en
évidence par les études palynologiques (R. Bonnefille, 1972 et 1975)
semblent coïncider avec les observations déduites des analyses de la faune.
D’autres études sont cependant nécessaires pour placer avec précision ces
changements sur l’échelle chronologique absolue.
On constate que les données paléoxylologiques font encore défaut
pour le site fossilifère intéressé et c’est sur la seule présence des noyaux
d'Antrocaryon aff. micraster que l’on peut actuellement supposer avec
beaucoup de certitude que, dans le bassin de la vallée de l’Omo, il y a
3 millions d’années, existait de la forêt dense humide, au sens actuel de
ce terme physionomique, sous forme d’un massif forestier, ou d’une galerie
forestière, ce dernier aspect impliquant aux alentours un paysage de
mosaïque forêt (dense humide) - savane (périforestière) ; l’existence possible
d’un couple écophylétique, comme mentionné plus haut, n’apporte guère
de restriction à cette conception car, d’une part elle paraît de faible proba¬
bilité, d’autre part ces couples concernent essentiellement des paysages
de mosaïque forêt-savane, ce qui pourrait être le cas.
La présence d’un massif ou d’une galerie de forêt dense humide dans
la basse vallée de l’Omo il y a 3 millions d’années peut se relier à la situation
actuelle des paysages de l’Afrique orientale. Il faut souligner que l’on
entre ici dans le domaine des hypothèses, faute d’une connaissance précise
de situations intermédiaires, échelonnées et cataloguées dans le temps,
depuis ce lointain passé.
Source : MNHN, Paris
— 80 —
On constate en effet que des forêts relictuelles, dont la composition
floristique, générique et spécifique, se rattache à celle du grand bloc fores¬
tier congo-guinéen, existent (sauf peut-être vers le Sud) autour du lac
Victoria et particulièrement dans l’Ouganda occidental; c’est ce qu’indique
la carte de R. W. J. Keay (1959) et que confirment les études de plusieurs
phytogéographes.
D’autres forêts relictuelles sont encore présentes, d’après ce même
auteur et d’autres, sous forme de petites taches, dans les régions côtières
du Kenya et de la Tanzanie; leur composition floristique révèle encore
des affinités génériques, mais aussi des dissemblances spécifiques, avec le
massif congo-guinéen, ainsi que le souligne R. B. Faden (in E. M. Lind,
M. E. S. Morrison & A. C. Hamilton, 1974).
L’existence, à un moment donné, d’une bande de forêt dense humide
continue de l’Océan atlantique à l’Océan indien ne fait guère de doute
aux yeux de beaucoup de phytogéographes. Quelles ont été les répercussions
de la formation du bombement Est africain au début du Miocène il y a
25 millions d’années, et de la formation subséquente du Rift, en admettant
que cette bande existe avant ce mouvement tectonique? Quelles étaient
les relations géographiques, avec un éventuel bloc de forêt dense humide
voisin, de la « galerie forestière » avec arbres et lianes occupant il y a 18-
20 millions d’années (d’après W. W. Bishop, 1971) l’angle Nort-Est du
lac Victoria où ce type de végétation a été mis en évidence par les études
paléobotaniques de K. I. M. Chesters (1957)? Celles-ci montrent en outre
les rapports étroits, génériques et spécifiques, des plantes fossiles du début
du Miocène avec les genres et espèces actuels. A partir de quelle époque
s’est produite la rupture puis la fragmentation de cette bande, en Afrique
orientale? Y a-t-il eu depuis lors des phénomènes généraux ou locaux de
transgression et de régression de la forêt dense humide ou de ses îlots?
A toutes ces questions les phytogéographes ne peuvent guère répondre
dans l’état présent des connaissances. Il est certain que l’écologie et la
distribution des espèces actuelles doit contribuer à résoudre de tels pro¬
blèmes, en liaison avec la paléobotanique et d’autres disciplines lorsque
celles-ci auront rassemblé suffisamment de faits échelonnés, correctement
datés et répartis équitablement sur le terrain.
Nos plus sincères remerciements s'adressent à tous ceux qui ont permis la réali¬
sation de ce travail, en particulier aux responsables F. C. Howell et Y. Coppens de la
Mission internationale de l’Omo, aux participants français et américains de cette Mission
et aux organismes ayant financé les diverses expéditions (C.N.R.S., France; N.S.F.,
U.S.A.).
Source : MNHN, Paris
— 81 —
ANNEXE
Liste des spécimens récoltés
Numéro
DE CATALOGUE
Collecteur
Description —■'''
^ PHoTO s
Formation de Shungura
Unité stratigraphique
A-l-1
P. 64-19 a
Ea
fruit entier à 5 loges..
9
P. 64-19 b
Ea
Zi fruit
P. 64-19 c
Ea
fragment
P. 64-19 d
Ea
fragment
P. 64-33
Ea
petit fragment
Omo 127 72 125
Y.C.
fruit entier écrasé à 6
Omo 127 72 126
Y.C.
Zi fruit, coupe longitu¬
dinale, loge interne,
probablement 5 loges
Omo 127 72 127
Y.C.
fruit entier à 6 loges
P. 64-73 a
R.B.
fruit à 6 loges ....
7
73 b
R.B.
fruit à 6 loges, déformé
8
73 c
R.B.
Zi fruit
73 d
R.B.
fruit entier enveloppé
dans la matrice gré-
73 e, f
R.B.
2 coupes transversales
d'un fruit à 5 loges
10
73 g
R.B.
Zï fruit, nombre de loges
indéterminable
73 h
R.B.
Zi fruit
73 i
R.B.
Zi fruit avec graine . .
11
73 j
R. B.
fragment
73 k
R.B.
fragment, 5 loges pro-
Formation d’Usno
(Brown SandsJ
Unité stratigraphique
B-2
B. 494
E a
fruit entier à 6 loges,
parfait état de pré¬
servation .... 4,
,6
Collecteurs : Ea = Equipe américaine; Y.C. = Yves Coppens; R.B. =
Raymonde Bonnefille.
Les fruits fossiles sont actuellement entreposés au Laboratoire de Géologie du
Quaternaire, C.N.R.S., Bellevue-France.
Source : MNHN, Paris
— 82 —
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R.B. : C.N.R.S., Laboratoire de Géologie du Quaternaire,
F-92190 - Meudon-Bellevue.
R.L. : C.N.R.S., Laboratoire de Phanérogamie,
Muséum - F-75005 - Paris.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (1) : 83-92, 1976.
ULTRASTRUCTURE DE L’EXINE
DE QUELQUES POLLENS DE CÉLASTRALES
ET DES GROUPES VOISINS 1
par D. Lobreau-Callen
Résumé : L’étude ultrastructurale de l'exine du pollen de Rhamnus ( Rhamnaceæ)
et de Chytranthus ( Sapindaceæ ) met en évidence des caractères significatifs pour la distinc¬
tion de chacun de ces groupes avec les Célastrales.
Zusammenfassung : Unterschiede in der Ultrastruktur zeigen sich in der
Pollenexinestratifikation der Gattungen Rhamnus ( Rhamnaceæ ), Chytranthus ( Sapin-
daceæ) in Vergleich mit derjeniger der Célastrales.
En 1862, J. D. Hooker groupait les Rhamnaceæ avec les Celastraceæ
dans le même ordre : les Célastrales. Il considérait les Sapindales, dont
les Sapindaceæ constituent la famille type, comme un ordre distinct, mais
très proche des Célastrales.
Dans les classifications les plus récentes (R. Wettstein, 1935; A.
Cronquist, 1968; A. Takhtajan, 1969, 1973...), Rhamnaceæ et Celas¬
traceæ sont situées dans deux ordres différents très voisins, et les Sapindales
sont groupées avec les Célastrales dans les Rosidæ.
Le pollen de ces trois familles est fréquemment tricolporé, souvent
réticulé. Il est simple, rarement composé (polyades et tétrades chez Lopho-
petalum, Celastraceæ s. str . 2 ). Le type pollinique le plus fréquent étant le
même, c’est la structure fine de l’exine qui peut permettre d’apporter quel¬
ques différences significatives entre les membres de ces familles.
Le pollen simple des Celastraceæ s. str. présente des replis au niveau
des apertures, localisés dans l’endexine, la sole étant absente dans ces
régions. Les apertures sont entourées d’un amincissement périapertural
et d’une marge diffuse. L’ectexine est columellaire et l’endexine est cons-
1. Les observations réalisées ont déjà été consignées dans une thèse de Doctorat d’État
inscrite aux Archives Originales du C.N.R.S. sous le n° 8 071 (1975a).
2. Selon les classifications adoptées, Célastracées et Hippocratéacées sont tantôt grou¬
pées en une seule famille, les Célastracées s.l., tantôt séparées en deux familles, les Célastracées
s. str. et les Hippocratéacées; c’est cette dernière conception qui est adoptée dans ce travail.
Source : MNHN, Paris
— 84 —
tituée d’amas grossièrement noduleux dans sa partie la plus profonde
(D. Lobreau-Callen & B. Lugardon, 1973).
Le pollen composé des Celastraceæ s. str. n’est connu que dans le
genre : Lophopetalum.
Lophopetalum arnhemicum N. Byrnes
Le pollen est en tétrade. Au pôle distal, le tectum perforé repose
sur des columelles (PI. 1, / et 2), la sole est très mince et l’endexine épaisse,
avec une partie externe homogène contiguë à la sole et une partie interne
formée d’amas irréguliers plus denses dans la région la plus profonde.
Dans la zone équatoriale, les deux couches de I’exine sont modifiées et
moins épaisses : l’ectexine est déformée, la sole très réduite disparaît et
la soudure des monades se fait par du matériel ectexinique discontinu
(parfois des columelles déformées). L’endexine perd son épaisseur par
amincissement de sa partie profonde. Au pôle proximal, l’ectexine est
fortement déformée, la sole est absente et l’endexine est la seule strate
exinique continue. Puisqu’il n’y a pas de strate continue entre les parois
des monades adjacentes, les tétrades sont acalymmées (M. Van Campo
& Ph. Guinet, 1961). La structure de l’exine est identique dans le pollen
de tout le genre (ex. L. duperreanum, PI. 1, 3 et 4).
Au pôle distal des monades, la structure de l’exine est comparable à
celle des grains simples (exine columellaire, endexine...). L’ornementation
réticulée à tectée-perforée est identique à celle du genre Kokoona, très
proche de Lophopetalum. La structure du pollen confirmerait donc la
réunion de ces deux genres proposés par F. Kurz en 1870 (D. Lobreau-
Callen, 1975a, et sous presse).
Les affinités morphologiques des Celastraceæ et des Hippocrateaceæ
ont conduit certains auteurs à les réunir dans une même famille. Le pollen
de ces deux familles montre une structure de l’exine comparable dans les
pollens simples, et les seules distinctions que l’on rencontre dans les pollens
composés se situent au niveau du pôle proximal et dans le mode de soudure
des monades. Chez les Hippocrateaceæ, en effet, les pollens composés
sont calymmés par l’intermédiaire de la couche tectale continue commune
et la sole est présente au pôle proximal.
Rhamnus utilis Pursh. ( Rhamnaceæ )
Le pollen est tricolporé. Le tectum, en microscopie électronique à
balayage (MeB) est à la fois supraréticulé et rugulé (PI. 2, 7 à 10). Le mur
du réseau est formé par l’organisation particulière de courts éléments striés
pouvant être groupés par 2 ou par 3 (PI. 2, 3 et 4). Le fond des mailles est
plus ou moins rugulé. Le tectum est perforé généralement dans le fond
des mailles, à proximité du mur du réseau (PI. 2, 6 et 7). La strate infra-
tectale est d’épaisseur très réduite et sa structure est grenue (PI. 3, 2 et 3).
La sole et l’endexine sont aussi épaisses que le reste de l’ectexine; l’endexine
mesure approximativement le quart de l’épaisseur de la sole et est faible-
Source : MNHN, Paris
PI. I. — Lophopetalum arnhemicum N. Byrnes ( Mus / 796, NT), pollen non acétolysé : exine
au niveau de la cloison commune de deux monades, la sole étant absente et la soudure
se faisant par du matériel ectexinique discontinu et déformé, 1 x 2 700 ; 2 x 20 000.
L. dupcrreanum Pierre ( Pierre 4082, L), pollen acétolysé : cloison commune de deux
monades comme pour l'espèce précédente et cloison commune à trois monades au pôle
proximal : 3 x 1 900 ; 4 x 10 000 ; 5 x 10 000. exine de trois monades acalymmées au
pôle proximal. — dis = pôle distal; pr = pôle proximal.
Le pollen observé en microscopie électronique à transmission a été fixé dans la glu-
taraldéhyde et postfixé par le tétroxyde d’Osmium. Les inclusions ont été faites dans
l'épon et les coupes contrastées par l'acétate d'uranyl et le citrate de plomb.
C = columelie; e = endexine; ed = région dense de l'endexine; eg = région de
l'endexine présentant des granules ou des nodules plus ou moins cohérents; gr = struc¬
ture grenue de la couche infratectale; O = orbicule; P = perforation; S - sole; T - tec-
Source : MNHM, Paris
— 86 —
ment endosculptée. Au niveau de la marge, entourant les apertures (PI. 3,
1 et 4), l’ectexine est moins épaisse, le tectum est faiblement rugulé et
perforé (PI. 2, 4 et 10), la strate grenue particulièrement ténue disparaît
et la sole amincie est contiguë au tectum (PI. 3, 1 et 4). L’endexine, dans
sa partie la plus interne, présente des fragments qui paraissent libres et
noyés dans la région la plus externe de l’intine. Sous l’aperture, l’endexine
est brusquement épaissie.
La structure de l’exine des deux espèces R. alaternus (I. Quasdorf,
1974) et R. utilis est comparable, avec toutefois une différence au niveau
de la strate infratectale. Chez R. utilis, la structure grenue paraît fine et
bien nette; elle correspond à la définition que M. Van Campo & B. Lugar-
don en ont donnée en 1973. Chez R. alaternus, la structure grenue est
moins évidente; en fait, parmi les grains très irréguliers de sporopollénine,
des columelles de forme irrégulière sont observables : elles correspondent
soit à des amas de grains (d’après I. Quasdorf, PI. 39, fig. 3), soit à un
gros grain (d’après I. Quasdorf, PI. 40, fig. 1) établissant ainsi la jonction
entre le tectum et la sole. Une telle variation de structure de la couche
infratectale au sein d’un même genre a déjà été décrite dans le pollen des
Annonaceæ (A. Le Thomas & B. Lugardon, 1976).
Lorsque le pollen mûr est prélevé directement dans l’anthère, les
orbicules (ou corps d’Ubish) sont localisés dans les mailles du réseau
supratectal et au niveau des perforations (PI. 2, 2, 8, 9). Ces orbicules
ont parfois pu être observés au niveau des perforations de la marge dans
la région où le tectum repose directement sur la sole, c’est-à-dire où la
couche infratectale est absente.
Zizyphus spina-christi (L.) Willd.
Comme dans le genre Rhamnus, le pollen est tricolporé, tecté, rugulé,
fovéolé et perforé (au MeB); chaque rugulé formée par des stries aboutit
aux perforations ou aux fovéoles (PI. 4, 7). Lorsqu’on observe du pollen
mûr, non acétolysé et simplement rincé à l’eau distillée, de nombreux
orbicules de petites dimensions peuvent encore recouvrir le tectum, loca¬
lisés sur les perforations et les fovéoles, notamment au niveau de l’inter-
colpium (PL 4, 2). Au pôle, où le tectum est rugulo-strié, exceptionnellement
perforé, les orbicules sont rares.
Dans les Rhamnaceæ, on constate donc que les orbicules sont petits
et semblent toujours liés aux perforations et aux fovéoles, tandis que,
dans les Célastrales 1 , ceux que nous avons pu observer ont des dimensions
beaucoup plus grandes et sont répartis de façon anarchique à la surface
de l’exine.
1. Par l'étude du pollen, l'ordre des Célastrales comprend les ramilles des Celastraceæ,
des Hippocrateaceæ, des Siphonodonlaceæ et des Stackhousiaceæ dont les caractères aperturaux
sont très proches, ainsi que les Phettinaceæ, les Aquifoliaceæ , les Oncothecaceæ, les Salvado-
racese, les Icacinacex, les Sphenoslemonaceæ et les Goupiacex dont les caractères de l’exine
sont voisins et s'enchaînent (D. Lobreau-Callen. 1975b et sous presse).
Source : MNHN, Paris
PI. 2. — Rhamnus utilis Pursh. (Arboretum de Chevreloup), pollen non acétolysé : I, aperture
x 2 250; 2, réseau supratectal, microrugules et orbicule recouvrant une perforation
x 11 000 ; 3, mur du réseau strié x 22 000; 4, tectum microrugulé faiblement perforé
au niveau de la marge et tectum supraréticulé, microrugulé et perforé dans l'intercolpium
x 11 000 ; 5, aperture x 2 250; 6, perforations du tectum situées à la base du mur du
réseau et dans le fond des mailles x II 000 ; 7, orbicules recouvrant des perforations
x 11 000; 8, orbicule recouvrant des perforations tectales au niveau de la marge x 11 000;
9, obicules x 11 000; 10, exine au niveau de la marge x 22 000.
Source : MNHN, Paris
— 88 —
D’autre part, chez Rhamnus et Zizyphus, ainsi que chez les quelques
Rhamnacées qui ont été étudiées jusqu’à présent ( Frangula , Oreoherzogia,
I. Quasdorf, 1974) on rencontre une structure infratectale grenue à colu-
mellaire (columelles très irrégulières, de forme variable), de l’ectexine et
des types d’ornementation (réseau et rugules supratectaux) qui n’ont pas
été observés dans les Célastrales (D. Lobreau-Callen, 1975a, b).
Chytranthus longiracemosus Gilg. ( Sapindaceæ )
Le pollen est tricolporé (PI. 3, 6). Le tectum est finement rugulo-strié
et perforé. Dans l’intercolpium (PI. 3, 8), l’ectexine comprend un tectum
perforé reposant sur de courtes columelles et une sole aussi épaisse que
le reste de l’ectexine. Il n’y a pas d’endexine. Au niveau des apertures
(PI. 3, 9), sous la marge lisse, la sole forme une costæ et l’endexine très
réduite est présente. Dans la région des endoapertures, les columelles
infratectales sont libres à leur base.
Comparée à celle des Célastrales, l’ultrastructure de l’ectexine du
pollen de Chytranthus n’est différente qu’au niveau des endoapertures où
la base des columelles est libre. Ce type de structure exinique aperturale
se rencontre également chez les Staphyleaceæ. On peut, en outre, remarquer
l'ornementation striée du tectum chez Chytranthus, ornementation que
l’on ne rencontre pas dans le pollen des Célastrales.
Chez Tricolporopollenites sooi, pollen fossile du Crétacé inférieur,
étudié en microscopie électronique à transmission (MeT) par M. Kedves
& A. Pardutz (1973), la structure de l’exine au niveau des apertures est
comparable à celle des grains des Sapindaceæ et des Staphyleaceæ. Par
ses dimensions et l’ensemble de ses caractères (tectum perforé, columelles
courtes...), ce pollen pourrait être rapporté aux Sapindales.
D’après J. Hutchinson et A. Cronquist, les Euphorbiaceæ présen¬
teraient certains caractères communs avec les Célastrales d’où elles seraient
issues. Le pollen de cette famille montre, comme dans les Célastrales,
une ornementation crotonoïde ou parfois clavée (D. A. Larson, J. J.
Skvarla & C. W. Lewis, 1962; M. L. Frean, 1973). Cependant, les coupes
d’exine des quelques Euphorbiaceæ étudiées ( Croton , Ricinus, Manihot)
montrent que les clavæ sont libres au sommet et reposent sur un semi-
tectum, alors que chez les Célastrales ( Aquifoliaceæ , Icacinaceæ, Celastra-
ceæ) 1 elles peuvent être soudées au sommet (PI. 4, 3 et 4, D. Lobreau-
Callen, 1975a et c) et reposent sur la sole. Une étude plus approfondie
du pollen des Euphorbiales serait nécessaire pour reconnaître ces carac¬
tères comme distinctifs entre ces deux familles.
En conclusion, les quelques études ultrastructurales qui ont été
faites sur l’exine des Célastrales et groupes voisins tendent :
I. Dans l'ensemble des Rosidæ (sensu A. Takhtajan, 1973) on note cette même ten¬
dance à la soudure des têtes des clavæ ou des gemmules qui reposent directement sur la sole
(D. Lobreau, 1967, 1970, D. Lobreau-Callen, 1975a, c, sous presse, S. S. Larsen, 1975).
Source : MNHN, Paris
PI. 3. — Rhamnus utilis Pursh. ( Arboretum de Chevreloup), pollen non acétolysé : 1, exine au
niveau de l'aperture x 18 000 ; 2, exine dans un inlercolpium, montrant une structure
grenue x 24 000 ; 3, la structure grenue x 30 000; 4, exine à proximité de la marge (en
haut de la photographie) où la structure grenue est absente x 12 000 ; 5, vue polaire
x 2 200. — Chytranthus longiracemosus Gilg. (F. Halle 319, P), pollen acétolysé : 6, aper-
ture et marge x 1 200; 7, exine rugulo-striée x 3 600; pollen non acétolysé ; 8, exine
dans un intercolpium, pas d’endexine x 55 000; 9, exine au niveau d'une endoaperture
coupée transversalement (parallèlement à l'équateur du pollen), columelles « pendantes »,
costae x 16 000.
Source : MNHN, Paris
— 90 —
— à confirmer l'homogénéité de la structure exinique chez les Celastra-
ceæ, telle qu'on a pu l’observer en microscopie photonique ou au MeB,
même dans les pollens composés;
— à mettre en évidence des caractères de structure exinique propres
aux Rhamnaceæ : structure grenue de l’ectexine et orbicules supratectaux
associés aux fovéoles et aux perforations chez certains genres, et aux
Sapindaceæ: columelles libres à leur base au niveau des endoapertures.
Remerciements : Je tiens à remercier très vivement M. Guinet, Directeur adjoint
à l’E.P.H.E. (Laboratoire de Palynologie du C.N.R.S. à Montpellier), qui a bien voulu
me faire part de ses précieuses critiques.
Les observations en microscopie électronique à transmission ont été réalisées au
Laboratoire de Pathologie Végétale du C.N.R.A. à Versailles, grâce à l'obligeance de
M. le P r P. Cornuet et de M me E. Michon.
Les études en microscopie électronique à balayage ont été réalisées aux Labora¬
toires de Géologie de M.N.H.N. et de Micropaléontologie de l’Université de Paris VI.
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Source : MNHN, Paris
PI. 4. — Zizyphus spina-christi (L.) Willd. (Leredde 815, G), pollen non acétolysé : 1, pollen
nettoyé, débarrassé de la plus grande partie de la tryphine, montrant bien son ornemen¬
tation rugulée, les perforations et quelques orbicules en place x 4 000; 2, pollen recouvert
de tryphine et présentant de nombreux orbicules recouvrant les perforations x 4 000.
— Ilex glomcrata King (Pélelol 4240, P), pollen acétolysé : 3, soudure de deux têtes de
clava striées x 14 000 ; 4, nombreuses clavæ soudées dans un intercolpium x 2 700.
Source : MNHN, Paris
— 92 —
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Source : MNHN, Paris
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POUR UNE CONCEPTION STRUCTURALE
ET OUVERTE DES CLASSIFICATIONS
PHYTOGÉOGRAPHIQUES
par B. Descoings
Résumé : Après un rappel du principe des classifications basipètes et des classifica¬
tions basifuges, est exposée une conception différente des classifications et son application
au domaine de la phytogéographie. La valeur des critères employés dans les classifications
phytogéographiques est discutée et une hiérarchie est établie en fonction de la capacité
de généralisation et de quantification des caractères retenus. Il en ressort que les classi¬
fications phytogéographiques générales ne devraient être basées que sur les données de
la structure de la végétation. Pour ce qui concerne les formations herbeuses, ces données
peuvent être recueillies selon une méthode normalisée d’analyse structurale de la végé¬
tation décrite par ailleurs. Un exemple d'application des idées exposées est donné, pour
finir, sous la forme d’un modèle de classification structurale des formations herbeuses.
Summary: After a recall of principles of the basipetal and basifugal classifications
is laid a different conception of the classifications and its application to the phytogeogra-
phical field. The value of the criteria employed in phytogeographical classifications
is discussed and a hierarchy is established in relation to the capacity of generalization
and quantification of the retained characters. It appears that the general phytogeogra¬
phical classifications should only be based on data of the structure of the végétation.
Concerning grassland formations these data can be collected according to a normalized
method of structural analysis of the végétation moreover described. An exemple of
application of these exposed ideas is given at the end, under the form of a model of
structural classification of the grassland formations.
La classification des types de végétation pose aux phytogéographes
des problèmes souvent difficiles, loin d’être tous entièrement résolus. Il
n’est pour s’en convaincre que de lire les analyses et critiques nombreuses
et pertinentes qui s'adressent aux modèles actuellement proposés pour la
classification des formations végétales, Yangambi (C.S.A., 1956); Küchler,
1967; F. R. Fosberg, 1967; UNESCO, 1969, pour ne citer que les prin¬
cipaux et plus récents.
C’est pourquoi l’optimisme exprimé par A. Aubréville (1965) dans
son plaidoyer pour la classification de Yangambi semble quelque peu
prématuré, et l’extension qu’il préconise, de ladite classification, à l’en¬
semble des tropiques du globe appelle des réserves certaines. L’intérêt
essentiel de la classification proposée à Yangambi est d’exister et d’avoir
Source : MNHN, Paris
— 94 —
été élaborée à l'intention des régions tropicales. Mais penser qu’elle est
au point, même pour l’Afrique, équivaut à vouloir ignorer les difficultés pra¬
tiques de son utilisation, ses ambiguïtés et ses lacunes. Nous les avons
analysées par ailleurs (B. Descoings, 1973) pour ce qui concerne les for¬
mations herbeuses.
1. — CONCEPTION GÉNÉRALE DES CLASSIFICATIONS PHYTOGÉOGRA-
PHIQUES.
L’établissement des classifications phytogéographiques s’opère norma¬
lement selon deux processus possibles, que l’on considère généralement
comme inconciliables (F. R. Fosberg, 1967).
a. Le système le plus simple consiste à procéder de bas en haut pour
dresser une classification que l’on peut qualifier de basifuge*. Les unités
de végétation les plus petites que l’on décrit ou recense sont regroupées,
selon une hiérarchie plus ou moins bien définie, dans des unités de classi¬
fication de plus en plus larges et de rang de plus en plus élevé. Ce pro¬
cessus, valable lorsqu’il s’agit de classer un nombre relativement modeste
d’unités de végétation, convient particulièrement pour les études locales
ou régionales. La classification de Yangambi est de cette nature.
Le système basifuge se caractérise souvent par un manque de norma¬
lisation dans les définitions et dans la nomenclature, par une certaine
hétérogénéité des unités homologues et des critères de hiérarchisation.
Ceci provient essentiellement de ce que l’on a tendance à regrouper tant
bien que mal des éléments souvent hétérogènes, avec parfois des com¬
promis délicats.
Par ailleurs, les unités reconnues postérieurement à l’établissement
de la classification entrent dans le cadre établi avec plus ou moins de
facilité.
b. Le second système suit une démarche en principe plus rationalisée
et opère de haut en bas, pour arriver à une classification basipète 2 . On
considère au départ l’ensemble des unités de végétation, dans lequel on
établit des subdivisions de plus en plus fines. Les critères devant distinguer,
et donc définir, les différentes unités, ainsi que la hiérarchie de ces critères,
sont choisis d’une manière critique. Le cadre de la classification est ensuite
construit et prévoit normalement tous les cas susceptibles d’être rencontrés.
Dans la pratique, des difficultés apparaissent rapidement, lorsque
le choix des critères n’a pas été fait rationnellement, quand la hiérarchie
choisie est mauvaise, ou plus simplement si la construction n’est pas rigou¬
reusement symétrique. La classification de Fosberg (1967) et celle de
l’UNESCO (1969) répondent à ce système. Après d’autres auteurs (B.
Ambroise, 1972; A. W. Küchler & J. M. Montoya-Maquin, 1971; etc.),
1. Cel adjectif est pris ici dans son sens courant et sans intention de créer une termi¬
nologie particulière.
2. Même remarque que pour basifuge.
Source : MNHN, Paris
— 95 —
nous en avons montré certaines faiblesses (B. Descoings, deux notes en
préparation).
Ces deux systèmes, basifuge et basipète, aboutissent à des classifications
dont le cadre de construction rigide est établi d’une manière quasi définitive
et n’autorise que des modifications très limitées.
c. En fait, il est possible de chercher à concilier les deux démarches
précédentes et, en partant, des éléments recueillis pour une classification
basifuge, de construire une classification basipète.
Ce processus comporte deux étapes. Dans un premier temps, on
opère sur un certain nombre des unités de végétation à classer une analyse
plus ou moins poussée réalisée selon un protocole rationalisé. Il convient,
en effet, d’obtenir des données normalisées, ce qui implique un effort
fructueux dans la recherche et le choix des critères à utiliser pour la des¬
cription et la définition des types de végétation.
La seconde étape consiste en l’élaboration de classifications. Tous
les critères que l’on a retenu (par ex. : nombre de strates, taille, recou¬
vrement, composition en types biologiques, etc.) sont considérés, au départ,
comme ayant la même valeur. Et c’est en fonction de l’objectif fixé à la
classification qu’est instaurée une hiérarchie des critères. De la sorte, à
partir des données recueillies au cours de la première phase, il est possible,
en modifiant la hiérarchie des critères, de construire plusieurs classifications
différentes.
Ainsi, à l’intérieur d’une région donnée et dans une optique d'appli¬
cation pastorale, la classification des unités de végétation peut privilégier
parmi les critères disponibles : la biomasse ou le biovolume produit, le
recouvrement du peuplement graminoïde, puis les types biomorpho¬
logiques des espèces graminoïdes 1 . Dans une autre dition, l’élément impor¬
tant sera la taille et le recouvrement du peuplement ligneux considéré
comme pâturage aérien. A petite échelle, au niveau du continent africain,
apparaissent comme plus importants : la composition en types biomorpho¬
logiques du peuplement graminoïde, le nombre et la taille des strates du
peuplement ligneux, etc.
Une fois dressée la liste des critères et établie leur hiérarchie, la classi¬
fication recherchée se construit facilement en établissant toutes les combi¬
naisons réalisables entre les divers critères retenus à chaque niveau de
subdivision.
Une telle approche présente plusieurs avantages. Elle ne nécessite
pas le recensement exhaustif préalable des unités à classer. La construction
obtenue étant, par définition, symétrique, toutes les unités connues ou à
connaître peuvent s’y insérer sans aucune difficulté, puisque la classi¬
fication utilise les mêmes critères et les mêmes termes que les descriptions
des unités de végétation.
Cette conception offre au phytogéographe un large éventail de possi¬
bilités, variant selon l’objectif visé, l’échelle du travail, le degré de finesse
et le nombre des caractères choisis. Elle autorise, de plus, l’utilisation des
1. Les exemples cités concernent exclusivement les formations herbeuses.
Source : MNHN, Paris
— 96 —
moyens informatiques pour l'enregistrement et le tri des données, et aussi
pour la confection des classifications elles-mêmes. En contrepartie, elle
oblige à une rationalisation du travail assez poussée, mais en fin de compte
bénéfique.
Cette démarche qui nous a été inspirée par des recherches antérieures
de taxinomie trouve un fondement d'ordre mathématique dans les travaux
de plusieurs auteurs. En effet, une solution du même genre que celle exposée
ci-dessus a été ébauchée par R. Berazain (1971), B. Ambroise (1972) et
G. Waksman (1973) et développée sur le plan des principes par M. Godron
(1975) et par Ch. Sauvage, M. Godron, R. Berazain & B. Ambroise
(note en préparation : Linéaments d’une classification « ouverte » de la
végétation).
Par opposition aux classifications de conception classique, basifuge
et basipète, que l’on pourrait qualifier de classifications « fermées », nous
serions porté à dénommer classifications « ouvertes » celles qui sont réa¬
lisées par le processus décrit ci-dessus 1 .
Ajoutons enfin que l’on peut trouver dans cette conception « ouverte »
des classifications phytogéographiques une réponse au problème fort bien
posé par F. R. Fosberg (1967) de la nécessité de classifications nombreuses
adoptées, chacune, à un objectif précis. De plus, ce système, outre qu’il
permet, et très rapidement, la confection de multiples classifications, les
rend compatibles et comparables entre elles parce qu’issues des mêmes
données de base.
2. — VALEUR ET HIÉRARCHIE DES CRITÈRES.
La plupart des phytogéographes s’accordent sur la nature et l’intérêt
des critères à utiliser dans les classifications phytogéographiques.
En suivant A. Aubréville (1965), nous retiendrons que, schémati¬
quement, les classifications phytogéographiques font appel à des consi¬
dérations physionomiques, écologiques, floristiques et évolutives. D’une
façon très générale, les critères physionomiques sont considérés comme
les plus intéressants et comme devant être retenus préférentiellement.
Mais la pratique diverge assez sérieusement des principes exposés, pour
des raisons très diverses.
L’optique essentiellement structurale qui oriente notre démarche nous
a amené à reconsidérer les critères usuels sous l’angle de leurs rapports
avec la végétation elle-même, de leur capacité à fournir des données quanti¬
fiables, de leur degré de généralisation.
Les critères écologiques sont capables de fournir une masse consi¬
dérable de données sur le milieu dans lequel se développent les formations
1. M. Godron (1975 et communication verbales), qualifie pour sa part de « classification
ouverte » la simple liste des critères retenus pour effectuer la première opération (description
des objets A classifier). B. Ambroise (1972 et note manuscrite), de son côté, appelle « classi¬
fications spécialisées » les diverses classifications obtenues par la seconde opération (choix,
hiérarchie et combinaison des critères de classification).
Source : MNHN, Paris
— 97 —
végétales à classer et sur les relations entre la végétation et le milieu, mais,
dans un certain sens, ils n’informent pas sur les formations végétales elles-
mêmes. Et définir ou classer des formations végétales par les conditions
du milieu consisterait un peu à définir un objet par son support et par son
environnement, et non par ses caractères propres.
Les données écologiques sont extrêmement précieuses pour connaître
les causalités, autres que génétiques, des formations végétales (structure,
dynamisme, origine, évolution, répartition). Elles peuvent, dans certains
cas, servir à caractériser les formations végétales à différentes échelles.
Mais les critères écologiques demeurent toujours extrinsèques à la végé¬
tation et extrêmement hétérogènes quant à leur capacité à être quantifiés
et généralisés.
Sur les critères floristiques, existe une réelle unanimité de principe.
Bien que, par définition, parfaitement intrinsèques à la végétation, les
données floristiques présentent deux graves inconvénients. Elles nécessitent,
de la part aussi bien des phytogéographes que des utilisateurs des classi¬
fications, une connaissance floristique à la fois détaillée, au niveau des
flores régionales, et très large, capable de couvrir plusieurs domaines
floristiques. Or, c’est là un écueil important pour ceux qui ont à s’inté¬
resser à la végétation sans être Aoristes ou qui doivent travailler dans des
régions très diverses.
Le second obstacle à l’utilisation des données floristiques est insur¬
montable. 11 s’agit de l’impossibilité, sur le plan phytogéographique, de
comparer des végétations définies par des flores différentes. Comment,
par exemple, comparer et classer une savane à Hyparrhenia rufa de Mada¬
gascar, une savane à Loudetia demeusei du Congo, une savane à Andro-
pogon gayanus du Mali et une savane à Byrsonima verbascifolia de Guyane?
Les données floristiques, bien qu’intrinsèques à la végétation, sont
inutilisables en dehors du cadre des unités territoriales floristiques. Elles
ne sont pas, de ce fait, généralisables et restent difficiles à quantifier uti¬
lement.
Les critères évolutifs intéressent directement la végétation et lui sont
intrinsèques. Mais ils envisagent, en fait, non l’aspect statique présent
de la végétation, mais son aspect dynamique : évolution dans le temps,
dans l’espace, sous l’action de facteurs divers, etc. Les données concernant
l’évolution peuvent, dans une certaine mesure, être largement générali¬
sables, mais elles ne sont pas directement quantifiables et, surtout, elles
ne peuvent être utilisées pour décrire les éléments statiques des végétations.
La physionomie de la végétation correspond, selon les auteurs, à
des concepts plus ou moins larges, mais généralement plutôt flous. Dans
son acception la plus large, ce terme recouvre ce que F. R. Forsberg
(1967) distingue sous les vocables de physionomie (apparence externe,
résultant de la structure et de la fonction, mais ne devant pas être confondu
avec), de structure (arrangement dans l’espace des composants) et de
fonction (caractéristiques de l’adaptation au milieu). Il semble en fait
indispensable de séparer les deux notions qui sous-tendent ce que l’on
appelle couramment la « physionomie » d’une végétation.
Source : MNHN, Paris
— 98 —
La première notion concerne la morphologie d’ensemble, l’apparence,
externe, une résultante d’impressions visuelles qui s’adresse aussi bien aux
aspects de la végétation qu’à des formes particulières de végétaux. Ces
données réellement physionomiques sont souvent parfaitement valables
et facilement compréhensibles, mais non quantifiables parce que basées
sur une synthèse subjective et parfois subconsciente d’images globales.
Les termes physionomiques utilisés ordinairement (forêt-parc, bush, fourré,
prairie aquatique, etc.) traduisent essentiellement des paysages végétaux
à la fois bien typés et malaisés à définir comme à décrire. Ainsi les données
purement physionomiques, si elles sont intrinsèques à la végétation et
généralisables, ne paraissent guère quantifiables.
La seconde notion est beaucoup plus intéressante, car elle se rapporte
à l’arrangement dans l’espace des composantes de la végétation, autrement
dit à la structure de la végétation. Par données de structure, nous consi¬
dérons ici les caractères se rapportant uniquement ou essentiellement à
la morphologie de la végétation et des végétaux composant la végétation.
11 s’agit principalement des proportions relatives des composants de la
végétation (types biologiques, types morphologiques, types biomorpho¬
logiques, des plantes graminoïdes, des ligneux, des herbacées) et de la
disposition dans l’espace de ces composants (stratification, recouvrement,
taille, biovolume, biomasse). Les données structurales possèdent l’avantage
d’être les plus intrinsèques à la végétation, d’être quantifiables et d’être
enfin absolument généralisables. Elles ne sont évidemment pas ignorées
des phytogéographes, mais souvent mal définies et mal conçues; elles
n’ont guère été, semble-t-il, utilisées de manière systématique et normalisée.
Nous voyons, ainsi, que, dans une optique de rationalisation et de
normalisation de la collecte et de l’exploitation des informations, les
données physionomiques, structurales, écologiques, floristiques et évo¬
lutives, considérées comme des critères utilisables dans les classifications
phytogéographiques montrent des qualités bien différentes. Et on peut les
classer de la manière suivante :
Critères intrinsèques à la végétation, quantifiables et généralisables :
critères structuraux.
Critères intrinsèques à la végétation, non quantifiables :
— plus ou moins généralisables : critères physionomiques,
critères évolutifs.
— non généralisables : critères floristiques.
Critères extrinsèques à la végétation, diversement quantifiables et
généralisables : critères écologiques.
Ce trè$ sommaire schéma démontre que, dans la pratique, l’utilisation
des critères de classification doit répondre à une certaine logique si l’on
désire parvenir à des classifications homogènes, compréhensives et large¬
ment utilisables.
Source : MNHN, Paris
— 99 —
3. — PRINCIPES DES CLASSIFICATIONS PHYTOGÉOGRAPHIQUES STRUC¬
TURALES.
Toutes les grandes classifications phytogéographiques font appel à
des critères d’ordres variés et certains phytogéographes, conscients des
difficultés créées par l’emploi simultané de critères trop divers, pensent
que les classifications phytogéographiques générales devraient être princi¬
palement structurales.
La rapide analyse qui précède, basée sur une étude détaillée des pro¬
blèmes de la structure des formations herbeuses (B. Descoings, 1971,
1973), nous conduit à dire que les critères employés dans les classifications
phytogéographiques devraient être rationnellement hiérarchisés et que,
par voie de conséquence, les classifications les plus générales devraient
être uniquement structurales.
Il est parfaitement légitime d’employer pour la construction d'une
classification tous les critères dont on peut disposer. Mais il demeure
indispensable de savoir que ces critères, de valeur informative peut-être
uniforme, ne présentent pas le même poids dans une classification.
Comme, pratiquement, toutes les études locales ou régionales emploient
des classifications déjà existantes ou déterminent la construction de nou¬
velles classifications à des niveaux très variés, il serait souhaitable qu’une
certaine harmonie préside, au plan conceptuel, à l’élaboration de ces
classifications, afin de les rendre aussi compatibles que possible les unes
avec les autres.
Ceci implique de respecter la hiérarchie des critères telle qu’elle ressort
du schéma présenté ci-dessus et qui indique les possibilités de générali¬
sation et de quantification des divers ordres de critères. En effet, la valeur
discriminante des caractères s’avère être fonction du niveau de perception,
c’est-à-dire, en fait, de l’échelle du travail (niveau local, régional, général,
au sens de G. Long, 1969) et des objectifs fixés.
Et, dans la pratique, plus une classification phytogéographique voudra
être générale, plus le choix des critères devra être restrictif, en sélectionnant
d’une manière de plus en plus poussée les critères les plus intrinsèques à
la végétation et les plus généralisables.
C’est ainsi que, pour ce qui concerne les classifications phytogéogra¬
phiques générales, il s’avère indispensable d’abandonner les critères non
intrinsèques à la végétation, non quantifiables, et ceux qui ne sont pas
absolument généralisables. Et ce sont précisément les critères structuraux
qui, à l’exclusion de la plupart des autres, présentent toutes les qualités
requises pour la construction des classifications générales répondant conve¬
nablement à ce qu’on en attend, c’est-à-dire d’être à la fois une clef de
détermination des unités de végétation et un cadre de rangement des unités
recensées au fur et à mesure des études.
De plus, des classifications générales uniquement structurales et parfai¬
tement généralisables auraient l’avantage de pouvoir fournir, pour des
classifications plus limitées dans l’espace ou dans les objectifs, des éléments,
pré-établis assez facilement transposables.
Source : MNHN, Paris
— 100 —
4. — LES ÉLÉMENTS DE LA STRUCTURE DE LA VÉGÉTATION.
Pour ce qui concerne les formations herbeuses, nous avons déjà expli¬
cité à différentes reprises (B. Descoings, 1971, 1973, 1975b) ce que nous
entendons par structure de la végétation, précisé les caractères structuraux
utilisables, défini une méthode permettant la collecte sur le terrain des
données structurales et l’expression synthétique des informations ainsi
rassemblées 1 .
Le principe des classifications ouvertes oblige à collecter des données
structurales selon un protocole préétabli et normalisé. Cette collecte peut
se faire à l’aide d’un formulaire de terrain adéquat et la normalisation
des informations synthétisées est assurée par un code descriptif (voir B.
Descoings, 1971, 1975b).
Toutes ces opérations peuvent être réalisées par un personnel peu
spécialisé au départ, même peu au courant de la flore locale et pouvant
être formé dans des délais rapides. La présentation synthétique des infor¬
mations structurales fournit les éléments demandés par les classifications
sous deux formes :
— une fiche structurale de formation herbeuse, dont le but est de
visualiser les caractères (présence d’un peuplement ligneux, de certains
types biologiques, morphologiques, biomorphologiques, etc.) et les valeurs
de ces caractères (strates, pourcentages de recouvrement, proportions de
types biomorphologiques, etc.) de la structure, sous forme de spectres et
de diagrammes;
— une diagnose (exprimée en clair) de la structure de la végétation,
établie selon un schéma précis et avec des termes codifiés.
Dans la pratique, ce système descriptif est de maniement assez aisé
et présente le grand avantage d’être entièrement normalisé et codifié,
permettant ainsi le stockage et l’exploitation des données par les moyens
informatiques. Il assure également une grande objectivité dans les obser¬
vations, l’opérateur devant répondre à des rubriques précises.
Son utilisation peut être facilement généralisée et pourrait permettre
la réalisation d’un inventaire rationalisé des formations herbeuses et la
constitution d’une base de données auxquelles l’adjonction d'autres infor¬
mations, écologiques, en particulier, donneraient un intérêt accru.
5. — EXEMPLE DE CLASSIFICATION STRUCTURALE DES FORMATIONS
HERBEUSES.
Les principes qui viennent d’être exposés ont fait l’objet d’une pre¬
mière application limitée aux formations herbeuses et dont on trouvera
la présentation dans une autre note (B. Descoings, 1975c). Nous nous
I. Le problème, plus complexe, des formations ligneuses que nous n'avons pas étudié,
ne sera pas abordé ici.
Source : MNHN, Paris
— 101 —
limiterons ici à donner le tableau de base de la classification structurale
et quelques explications sur son organisation.
Ce modèle de classification intéresse uniquement les formations her¬
beuses mais, par définition, les recouvre toutes. L’objectif poursuivi est
l’établissement d’une classification phytogéographique générale, aussi les
critères utilisés sont-ils tous d’ordre structural. L’unité de base de la classi¬
fication étant la formation végétale 1 , ont été retenus de préférence les
critères structuraux les plus riches en informations sur la « physionomie »
de la végétation 2 . La hiérarchie de ces critères tient compte à la fois des
objectifs de la classification et du niveau de perception de la végétation
(au sens de G. Long, 1969).
Précisons enfin que ce modèle, s’il répond à une optique particulière
de la classification des formations herbeuses, n’en demeure pas moins
avant tout, une proposition parmi les diverses solutions réalisables à partir
des données structurales utilisées.
La classification structurale des formations herbeuses tient toute
entière dans le tableau suivant :
Il s’agit là bien évidemment du schéma de base dont le développement
complet, très volumineux, représente environ 6 000 combinaisons. Dans
la pratique, c’est-à-dire dans la nature, de nombreuses combinaisons
n’existent pas pour la raison que certaines valeurs de certains critères ne
sont pas réalisées.
Ce tableau est dressé pour une classification générale et détaillée et,
de ce fait, les différentes colonnes reprennent les échelles de valeurs et
la terminologie utilisée pour la description des formations herbeuses selon
notre méthode d’analyse structurale (B. Descoings, 1971).
Lorsque tout peuplement ligneux est absent de la formation herbeuse,
celle-ci est dite « non boisée »; sa définition et sa classification s'opèrent
sur les trois premières colonnes (1, 2, 3). Si un peuplement ligneux est
présent, la formation herbeuse est dite « boisée »; sa définition et sa classi¬
fication s’effectuent par la lecture d’abord des trois premières colonnes,
relatives au tapis herbacé, puis des deux dernières (4 et 5), qui se rapportent
au peuplement ligneux.
La colonne 1 donne une liste des types biomorphologiques, dans
laquelle seuls ont été indiqués les T.B.M. les plus communément rencontrés.
Cette liste n’est donc pas limitative. De plus, viennent s’y inscrire les couples
de T.B.M. dominants pouvant être trouvés. Pour le choix du ou des T.B.M.
dominants, on considérera comme dominant le T.B.M. fournissant au
moins 90 % du biovolume (ou de la biomasse) total du peuplement grami-
noïde. Dans les autres cas, on retiendra les deux T.B.M. présentant les
plus forts biovolumes (ou les plus fortes biomasses).
1. La formation végétale est comprise ici dans la définition qu'en donne le Code éco¬
logique du C.E.P.E. L. Emberger (M. Godron & al., 1968).
2. Par physionomie de la végétation, nous comprenons la morphologie d’ensemble
de la végétation résultant de la combinaison des valeurs des différents caractères de la structure.
Source : MNHN, Paris
— 102 —
TABLEAU DE CLASSIFICATION STRUCTURALE
DES FORMATIONS HERBEUSES
1. Tapis herbacé seul présent = formation herbeuse non boisée (ou simple) :
lire les colonnes 1, 2 et 3 (tapis herbacé).
2. Tapis herbacé et peuplement ligneux présents = formation herbeuse boisée (ou
complexe) :
lire les colonnes 1, 2 et 3, puis les colonnes 4 et 5 (peuplement ligneux).
Tapis herbacé
1
2
3
Types biomorphologiques
Taille de la strate
grami-
Recouvrement total des
(TBM) dominants dans le
noide supérieure
graminoïdes et des plan-
peuplement graminoïde (1
reil végétatif) dont le re-
tes non graminoïdes
TBM supérieur ou égal à
couvrement est supérieur
90 % du biovolume ou 2
TBM codominants)
ou égal à 10 %
Liste non limitative :
T/C H IG
a : 0-25 cm.
a : 0- 25 %, tr. clair
T/U C/R
b : 25- 50 cm.
b : 25- 50 %. clair
T/G Ph/C
c : 50-100 cm,
élevé
c : 50- 75 %, ouvert
H/C
d : 100-200 cm.
d : 75-100 %, dense
H/U
e : plus de 200 cm.
ir.hain
e : plus de 100 %, fermé
Peuplement ligneux
«
5
Stratification /taille du peuplement ligneux
(noter toutes les strates)
a : 0-2 m.buissonnant
b : 2-8 m.arbustif
c : plus de 8 m.arboré
d : a + b + c
e : a + b
f :a +c
g : b + c
Recouvrement total du peuplement li¬
gneux
a : 0- 25 %.très clair
b : 25- 50 %.clair
c : 50- 75 %.ouvert
d : 75-100 %.dense
e : plus de 100 %.fermé
N.B. Tout intervalle inclut sa limite inférieure et exclut sa limite supérieure.
Les colonnes 2 et 3 reproduisent les échelles de valeurs utilisées dans
le code de description des formations herbeuses. Dans la colonne 2, on
considère la taille atteinte par la strate supérieure (du peuplement grami-
Source : MNHN, Paris
— 103
noide) dont le recouvrement des couronnes est supérieur à 10 %. Cette
précision est destinée à ne pas surestimer la taille d’une formation donnée
à cause de la présence de quelques plantes plus hautes surcimant un tapis
plus bas. Dans le cas des T.B.M. basiphylles, on ne considérera que la
taille de la sous-strate végétative. Dans la colonne 3, on note le recou¬
vrement total des couronnes du tapis herbacé complet, en comprenant
aussi bien le peuplement graminoïde que les autres herbacées non grami-
noïdes.
Dans la colonne 4 sont indiquées à la fois la stratification et la taille
du peuplement ligneux. Les strates sont codifiées d’après une échelle de
taille. Et l’on considérera également le nombre de strates existantes; c’est-
à-dire une seule strate buissonnante, arbustive ou arborée, ou plusieurs
strates selon les combinaisons possibles.
Dans la colonne 5, on note le recouvrement total du peuplement
ligneux pris dans son ensemble.
La lecture du tableau s’opère très simplement de la première à la
troisième ou à la cinquième colonne, selon les cas, en relevant dans chaque
colonne le qualificatif correspondant à la valeur du critère observée dans
la formation étudiée. La formule obtenue comprend de la sorte 3 ou 5 ter¬
mes décrivant la formation.
Ainsi, par exemple, dans le cas d’une formation dépourvue de ligneux :
« formation herbeuse à T/U -(- H/C basse ouverte non boisée ». En clair,
cela signifie que la formation herbeuse ne comporte pas de peuplement
ligneux, que son peuplement graminoïde est essentiellement formé par les
types biomorphologiques thérophyte uniculmaire et hémicryptophyte
cespiteux, que sa taille se situe entre 25 et 50 cm et que le recouvrement de
l’ensemble du tapis herbacé est de 50 à 75 %.
Pour une formation présentant des ligneux, la formule serait, par
exemple : « formation herbeuse... boisée arborée arbustive claire ». Ce
qui indique que le peuplement ligneux possède un recouvrement total
allant de 25 à 50 % et qu’il est formé de deux strates, dont l’une a de 2 à
8 m de hauteur et dont l’autre est supérieure à 8 m de hauteur.
Telle qu’elle est construite, cette classification va très loin dans le
détail et permet la distinction d’unités de végétation très fines. Étant donné
le principe de sa construction, on voit qu’il est facile de rendre cette classi¬
fication encore plus discriminante, soit par l’adjonction de nouveaux cri¬
tères, soit en détaillant les valeurs des critères. Et, inversement, il est parfai¬
tement possible de dresser d’autres classifications plus simples, donnant
moins de possibilités, en utilisant moins de critères et en limitant le nombre
des valeurs des critères, par des échelles de valeurs plus condensées.
Nous donnons ci-dessous, comme exemple concret, la classification
structurale, à un niveau phytogéographique général, des formations
herbeuses du Congo et du Gabon.
Source : MNHN, Paris
— 104 —
6. — CONCLUSIONS.
Dans ce qui précède, nous avons essayé de dégager très schémati¬
quement les grandes lignes d’une conception des classifications phyto-
géographiques fondée principalement sur la structure de la végétation et
soutenue par une recherche de rationalisation du travail.
Parmi les différents critères utilisables, les données structurales appa¬
raissent à l'analyse comme les plus aptes à servir les desseins des phyto-
géographes classificateurs parce que les plus intrinsèques à la végétation,
parce que quantifiables et surtout parfaitement généralisables.
La normalisation du mode de collecte des données sur le terrain
et la codification des informations permettent l’obtention d’éléments
descriptifs utilisables aussi bien pour la description et la définition des
unités de végétation que pour l’élaboration des classifications. Ce qui
concilie les deux modalités habituelles, basifuge et basipète, de la construc¬
tion de ces classifications.
De la discussion des possibilités de normalisation des différents critères
ressort la nécessité d’une hiérarchisation raisonnée au moment de leur
choix et d’une sélection sévère de ces critères en fonction du niveau de
généralisation souhaité pour les classifications projetées.
Un modèle de classification des formations herbeuses fournit, enfin,
un exemple de la manière dont peuvent être appliqués, dans la pratique,
les principes précédents.
CLASSIFICATION STRUCTURALE GÉNÉRALE
DES FORMATIONS HERBEUSES
DU CONGO ET DU GABON
I. — Formations herbeuses non boisées :
1. d'H/Cb basses, claires à ouvertes (littoral Gabon et Congo);
2. d’H/Cb basses, denses (Gabon : Ngounié; Congo : Alima, Likouala sud);
3. d’H/Cb + H/Ce hautes, denses (Gabon : Haut-Ogooué);
4. de C/Rb très hautes, fermées (Congo : Niari, Kouilou);
5. de C/Rc très hautes, fermées (Congo : Basse-Sangha).
II. — Formations herbeuses boisées :
6. d'H/Cb basses, ouvertes, arbustives, très claires (Congo : Kouilou, Léfini);
7. d'H/Cb basses, denses, arbustives, très claires (Gabon : Nyanga);
8. d'H/Cb + H/Ce basses, denses, arbustives, très claires (Congo : Plateaux
batékés) ;
9. d’H/Cb + H/Cc hautes, denses, arbustives, très claires (Congo : Likouala
nord, Cataractes);
10. d’H/Cc très hautes, fermées, arbustives, très claires (Congo : Niari);
11. d'H/Cc + H/Cb hautes, denses, arbustives, très claires (Gabon : Nyanga,
Haut-Ogooué);
12. d’H/Cc + H/Cb hautes, fermées, arbustives, claires (Gabon : Ngounié; Congo :
Niari);
13. d'H/Ce + H/Cb très hautes, fermées, arbustives, très claires (Gabon : Nyanga);
14. d'H/Cc + HCb très hautes, fermées, arbustives, claires (Gabon : Haut-Ogooué).
Source : MNHN, Paris
— 105 —
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C.N.R.S. Centre d’Études phytosociologiques
et écologiques Louis Emberger. B. P. 5051,
34033 Montpellier Cedex 1.
1. Le présent article entre dans le cadre d’une thèse de doctorat d’État enregistrée au
Centre de Documentation du C.N.R.S. sous le n° 5 159.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (1) : 107-117, 1976.
EXPÉRIMENTATION MICROCHIRURGICALE
SUR LA FEUILLE DE MYRIOPHYLLUM BRASILIENSE Camb.
par Bernard Jeune
Résumé : La feuille aérienne de Myriophyllum brasiliense Camb. est morpho-
génétiquement un axe à croissance basipéte possédant, près de la base, deux centres
pulsateurs engendrant des lobes latéraux (métamères); la suppression microchirurgicale
d'un centre pulsateur provoque l'absence d'une séquence de lobes latéraux sur la feuille
adulte. La vascularisation est subordonnée à l'existence des métamères et sa disposition
ne traduit que leurs corrélations de croissance; son origine ontogénique est donc, au
moins en partie, de nature physiologique. Ceci permet de préciser le mode de croissance
de certaines feuilles de dicotylédones.
Resumen: La hoja aérea del Myriophyllum brasiliense Camb. es, morfogenetica-
mente, un eje con crecimiento basipeta que posee, al nivel casi de la base, dos centras
pulsatores, los que engendran unos lôbulos latérales (metâmeros); la supresion micro-
quirürgica de un centra pulsator provoca la ausencia de una secuencia de lôbulos laté¬
rales en la hoja adulta. La vascularizaciôn esta subordinada a la existencia de los metâ¬
meros y su distribuciôn sôlo traduce sus correlaciones de crecimiento; su origén onto-
genico es pués, en parte por lo menos, de clase fisiolôgica. Eso permite precisar el modo
de crecimiento de algunas hojas de dicotiledones.
I. — INTRODUCTION
L’étude de la morphogénèse des feuilles aériennes de Myriophyllum
brasiliense Camb. nous a montré, comme nous l’avons exposé dans un
article précédent (Jeune, 1975), une grande analogie entre le mode d’appa¬
rition des lobes le long du rachis et la formation des initiums foliaires au
sommet de la tige.
Rappelons que nous avons constaté l’apparition des lobes latéraux
à une distance fixe de la base de l’ébauche et à des intervalles de temps
constants, suggérant l’existence de centres pulsateurs de lobes, au moins
analogues aux centres générateurs de feuilles existant au sommet de la tige.
Pour vérifier cette hypothèse, nous avons réalisé quelques expériences
microchirurgicales sur le modèle de celles ayant permis à Loiseau et Tort
(1955 à 1970) de préciser le rôle des centres générateurs foliaires et la phyllo-
taxie des dicotylédones.
Source : MNHN, Paris
— 108 —
Matériel et techniques
Les rameaux de Myriophyllum brasiliense Camb. sont cultivés à la température
de 22 ± 1°C sous une photopériode de 16 heures pour certains, 24 heures pour les autres;
des tubes Gro-Lux fournissent aux échantillons un éclairement énergétique d’environ
17 W.m - '-. N’ayant observé aucune différence entre les rameaux placés dans ces condi¬
tions différentes de photopériode, en ce qui concerne la morphologie foliaire et la réaction
à un traumatisme, nous n'en tiendrons pas compte dans la suite de cette étude.
Les feuilles de ce Myriophyllum sont pinnatiséquées, à croissance basipète et dis¬
posées en verticilles; nous avons constaté l'apparition d’un lobe toutes les 8 heures
environ, de chaque côté de l’ébauche, à une distance approximative de 50 ji de sa base.
Cette production de lobes latéraux (3 paires par jour) s’observe sur les feuilles de lon¬
gueur comprise entre 90 [t et 1,5 mm (fig. 1). Les feuilles adultes sont habituellement
d’une longueur comprise entre 1,5 mm et 3 cm (fig. 2).
Le principe de l’expérimentation est simple ; on détruit par piqûre la région basale
où sont initiés les lobes, d’un seul côté de l’ébauche. Malheureusement le point végétatif
est étroitement protégé par les feuilles des verticilles successifs formant une sorte de
bourgeon terminal; cette disposition nous oblige à retirer, le long d’une ligne méridienne,
une ou deux feuilles par verticille pour atteindre les jeunes ébauches à opérer.
L'expérience montre, toutefois, que cette mutilation ne provoque qu’une dimi¬
nution de longueur d’un ou deux entre-nœuds dont on supprime de jeunes ébauches;
l’opération ne modifie qualitativement ni la forme des feuilles des verticilles supérieurs,
ni l’activité du point végétatif au-dessus de ces verticilles à entre-nœuds courts.
Pour modifier la forme foliaire on détruit par piqûre une région latérobasale d'une
Fig. 1-2. — 1, Ébauche de 0,8 mm de longueur; les lobes latéraux apparaissent en ordre
basipète; les directions de croissance sont indiquées par des flèches; 2, Feuille adulte
longue de 1,6 cm, pinnatiséquèe, telle qu’elle a été construite à partir d'une ébauche
comparable à celle de la figure I.
Source : MNHN, Paris
109 —
ébauche très jeune. Cependant, compte tenu de la contigüité des feuilles et des faibles
dimensions du point végétatif, on blesse souvent la base de l'ébauche voisine ainsi qu’une
portion des tissus corticaux de la tige. Les modifications provoquées par l'expérimen¬
tation sont ensuite observées après une quinzaine de jours, lorsque les feuilles opérées
sont adultes.
U. — RÉSULTATS
Le premier effet de la blessure est de provoquer, dans tous les cas,
un ralentissement de la croissance et du développement de la pousse
feuillée. Si la blessure est localisée à la base d’une ou deux ébauches voi¬
sines, ce ralentissement est passager et les processus morphogénétiques
reprendront rapidement. Si la blessure est plus étendue, affectant une
partie des tissus corticaux de la tige, on observera un arrêt total de la
croissance de l’apex et des jeunes feuilles, suivi, à terme, par la nécrose
de cet apex et son remplacement ultérieur par un bourgeon latéral. Évi¬
demment, sont seuls analysables les rameaux poursuivant rapidement leur
croissance et leur activité phyllogène.
Nous décrirons succinctement les altérations phyllotaxiques, puis,
plus en détail, les perturbations dans le déroulement de la croissance
foliaire.
1. MODIFICATIONS DE LA PHYLLOTAXIE
Nous avons opéré 35 rameaux; 11 d’entre eux ont poursuivi leur
croissance; parmi ces derniers, 10 présentent des modifications phyllo¬
taxiques.
3 4 5 6
Source : MNHN, Paris
— 110 —
Sur 2 rameaux l’opération a sans doute été plus radicale que nous
l'eussions souhaité. On constate dans plusieurs verticilles situés au-dessus
du verticille opéré l’absence d’une feuille à chaque fois. Les emplacements
vides sont au-dessus les uns des autres le long d’une même ligne méridienne.
Dans 8 autres rameaux, les modifications n’affectent que les verticilles
situés sous la piqûre (fig. 3 à 6); les altérations se traduisent par un raccour¬
cissement des entre-nœuds plus ou moins accentué, comme nous l’avons
déjà indiqué plus haut, et par un décalage entre insertions foliaires d’un
même verticille. Ces modifications ne sont pas dues à l’opération propre¬
ment dite, mais au dégagement du point végétatif; de plus, elles n’affectent
que dans un cas le verticille sur lequel porte l’expérimentation.
2. MODIFICATIONS DE LA CROISSANCE FOLIAIRE
Sur 6 des 11 rameaux précédents, la piqûre à l’emplacement d’un
centre pulsateur présumé de lobes latéraux (dans la région latéro-basale
de la jeune ébauche foliaire) a profondément modifié la croissance de la
feuille. Deux ébauches voisines sont altérées dans 2 cas; nous obtenons
donc un total de 8 feuilles modifiées (fig. 7 à 14); 2 ébauches possèdent,
en outre, une disposition anormale des lobes, du côté non blessé (fig. 13
et 14).
Nous comparerons ces cas à celui de certaines feuilles plus âgées que
les précédentes, au moment de l’opération et qui ont eu les initiums de
leurs lobes latéro-basaux détruits.
à) Suppression d’un centre pulsateur de lobes latéraux
Cette opération microchirurgicale a donc réussi dans 8 cas. Dans
tous, les deux côtés de chaque feuille sont très dissemblables. L’un possède
des lobes depuis le sommet jusqu’à la base de la feuille, comme il est normal ;
l’autre, au contraire, montre quelques lobes sous le sommet (ceux qui
étaient initiés à l’instant de l’opération), puis, sur une longueur de plu¬
sieurs millimètres, parfois, un rachis rectiligne sans trace de ramification
(fig. 7 à 14). Plusieurs points sont à noter :
— Le rachis de la feuille adulte reste à peu près rectiligne; l’absence
de « ramification » latérale n’a pas sensiblement perturbé son allongement
normal.
— La trace vasculaire issue du lobe médian (= terminal) est dans
le plan de symétrie de la feuille tout au long du rachis, ce qui montre bien
que la croissance en largeur du rachis n’est pas affectée par l’absence locale
de lobes latéraux.
—- Il n’existe aucune trace de vascularisation latérale dans le rachis
du côté opéré (cellules différenciées ou procambium) après observation
des feuilles éclaircies au chloral lactophénol; de même, sur la marge et
dans le mésophylle, il n’existe aucune cellule ou massif de cellules parti-
Source : MNHN, Paris
— 111 —
culières rappelant un « initium de lobe »; l’opération n'a donc pas pro¬
voqué une insuffisance de développement de lobes initiés qui seraient
alors décelables par les méthodes anatomiques. L’opération a réellement
supprimé la possibilité d’initiation des lobes et de façon durable. Le fonc¬
tionnement rythmique du centre pulsateur a cessé du côté opéré, alors
que son symétrique continue à fonctionner normalement.
— La cicatrice apparaît toujours sur les feuilles adultes, à la base
du rachis, et non sous le dernier lobe initié au moment de l’opération.
b) Anomalies liées au ralentissement de la croissance
A notre avis, elles sont de deux ordres :
— La feuille opérée est plus courte que les autres feuilles du même
verticille; elle porte du côté intact un ou deux lobes latéraux de moins.
11 s’agit d’une modification d’ordre quantitatif, sans changement des corré¬
lations de croissance entre lobes; de telles feuilles courtes sont également
présentes sur les rameaux dont l’apex est affaibli après une piqûre trop
étendue et reste un instant phyllogène avant sa dégénérescence complète.
— Deux feuilles possèdent, du côté intact, un lobe apparemment
dédoublé (fig. 13 et 14). Ce phénomène est d’autant plus remarquable
qu’il ne s’observe jamais naturellement dans nos cultures. De plus :
Dans les deux cas, le « lobe double » est situé au niveau de la blessure
provoquée de l’autre côté du rachis; les deux branches du « lobe double »
sont asymétriques, celle située vers l’apex de la feuille est plus longue que
l’autre.
Source : MNHN, Paris
— 112 —
Nous expliquerons plus loin les raisons qui nous font penser que cette
anomalie est liée au ralentissement de la croissance.
c) Suppression d’initiums (déjà formés) de lobes
Pour dégager le point végétatif, on enlève, au moment de l’opération,
le moins de feuilles possibles; les plus jeunes parmi celles qui restent sont
écartées pour atteindre la zone opérée; souvent, leurs plus jeunes lobes
sont détruits par la manipulation. Ces feuilles, adultes, se présentent à
l’œil nu comme celles dont un centre pulsateur a été détruit. L’observation
microscopique montre, cependant, des différences importantes (lîg. 15) :
Sur le bord rectiligne du rachis, la trace des lobes détruits subsiste
sous forme de massifs de cellules ' nécrosées ou subérifiées.
Dans le rachis, la nervation du lobe détruit existe, bien que réduite;
parfois même, les trachéides n’atteignent pas la zone cicatricielle sur le
bord du rachis. Le cordon vasculaire de ce lobe se termine donc de façon
aveugle (fig. 15b).
III. — INTERPRÉTATIONS
Pour prouver, expérimentalement, l’existence de centres générateurs
(au sens de Plantefol, 1948), il suffit d’en supprimer un par traumatisme
(Loiseau, 1970); de même, nous pensons que la possibilité de suppression
Source : MNHN, Paris
— 113 —
microchirurgicale d’un centre pulsateur serait une preuve de leur existence,
à ajouter aux indices déjà notés (rythmicité de l’apparition des lobes à
un emplacement fixe par rapport à la base de la feuille). Comme dans le
cas des centres générateurs foliaires où une ablation microchirurgicale est
suivie de la suppression, au moins temporaire, d’une hélice foliaire, dans
le cas des centres pulsateurs de lobes, nos expérimentations ont abouti à
la suppression d’une séquence de lobes.
Morphogénétiquement, la feuille du Myriophyllum brasiliense Camb.
correspond à un axe dont la croissance est basipète, possédant près de sa
base deux centres pulsateurs initiant rythmiquement deux files de lobes
latéraux.
En ce qui concerne le rôle des initiums de lobes sur le fonctionnement
des centres pulsateurs, trois hypothèses simples sont possibles : a) pas
d’action, b) stimulation, c) inhibition. La troisième est pour nous la plus
logique.
En effet, en observant les « feuilles doubles » résultant du dédouble¬
ment d’hélices foliaires, assez communes vers la base des rameaux, on
constate fréquemment l’absence de certains lobes latéraux dans la région
médiane de la « feuille double » (fig. 16); or, il est clair que ces lobes auraient
dû se former à des niveaux où les ébauches étaient séparées. Il semble donc
que la proximité d’une masse méristématique (ici l’autre moitié de la
« feuille double ») a inhibé la formation de certains lobes; de la même
façon, dans une feuille, chaque initium de lobe, qui est aussi une masse
méristématique, inhibe peut-être le centre pulsateur. On comprendrait
alors pourquoi une certaine distance (environ 30 n) entre l’axe du dernier
initium formé et le centre pulsateur est nécessaire avant que ce dernier ne
fonctionne à nouveau.
Les faits observés par Turlier (1972) dans le myriophyllum spicatum L.
(initiums des lobes séparés par 2 cellules) s’accordent également avec cette
hypothèse.
Par ailleurs, il peut être intéressant de s’interroger sur les processus
morphogénétiques reliant, dans nos feuilles, vascularisation et création de
lobes. Quatre points peuvent être examinés :
— Au cours de la croissance normale de ces feuilles, la différenciation
vasculaire précoce est acropète dans chaque lobe depuis un point nodal
situé dans le rachis (les branches basipètes appartenant aux différents lobes
latéraux se réunissent pour former l’essentiel de la trace foliaire); il semble
qu’il en soit de même pour la formation du procambium, ce qui est du
reste admis pour les nervures d’ordre 2 des feuilles de dicotylédones en
général (Esau, 1965).
— Quand un initium de lobe est supprimé précocement, sa vasculari¬
sation est très réduite, parfois même, ainsi que nous l’avons indiqué, elle
n’atteint pas la marge de la feuille (fig. 15). L’arrêt (provoqué) de croissance
du lobe entraîne l’arrêt de formation des tissus conducteurs.
— L’existence des « lobes doubles » est également intéressante. Parmi
les hypothèses concernant leur origine, une nous semble possible car elle
Source : MNHN, Paris
— 114 —
tient compte d’un fait constamment observé, le ralentissement de croissance
après l’expérimentation : la blessure provoque donc dans le rachis un arrêt
momentané de croissance. Les deux plus jeunes initiums de lobes, en for¬
mation du côté intact, ne sont plus séparés par une zone de croissance en
longueur dans le rachis (fig. 17); par la suite, ils se développent conjoin¬
tement (fig. 18 à 20), induisant ainsi la formation d’un seul faisceau con¬
ducteur axial.
— Enfin, après suppression d’un centre pulsateur, les lobes ne sont
pas initiés et dans le rachis, aucune trace de vascularisation latérale n’est
visible.
Ces quatre points s’interprètent aisément si l’on considère (comme
l’a montré Camus, 1949, par ses expériences de greffe) que les régions
méristématiques (ici, les initiums des lobes) induisent la différenciation
des cellules conductrices. C’est, du reste, l’opinion de Croizat-Chaley
(1973) qui écrit « on n’accordera pas au réseau fibro-vasculaire le privilège
de définir la « valeur morphologique » d’une partie quelconque de la
plante. En effet, l’organe crée le réseau qui convient à son état et à ses
fonctions et ce n’est pas le réseau qui fait l’organe ».
Ainsi, la feuille est formée d’un ensemble de métamères (Cusset,
1970) apparaissant successivement grâce au fonctionnement de centres
Source : MNHN, Paris
— 115
pulsateurs, comme nous l’avons indiqué plus haut; une fois initié, chaque
métamère est alors un massif méristématique dont la croissance induit la
différenciation et l’orientation de son faisceau conducteur, la nervure.
Ceci est en accord avec les résultats de Pray (1963) montrant la différen¬
ciation progressive du procambium des nervilles, depuis les cordons déjà
formés, parmi des cellules du mésophylle encore méristématiques.
Ce résultat nous permet d’émettre une hypothèse sur les rapports entre
la forme du limbe et la nervation chez les feuilles de dicotylédones simples,
à croissance basipète et penninerviées.
La disposition du réseau de nervures traduit les rapports de position
et les corrélations de croissance entre métamères, c’est-à-dire l’orientation
Fig. 21. — Rapports entre orientations principales de croissance et forme et nervation des
feuilles. Sur les schémas a représentant des primordiums et 6 figurant les ébauches, les
directions de croissance sont indiquées par des flèches. Sur les schémas c représentant
les feuilles adultes, la vascularisation est indiquée par des traits. La succession al, 61, cl
figure la formation d'une feuille pinnatiséquée; la succession a2, 62, c2, celle d'une feuille
simple à nervation craspédodrome ; la succession a3, 63, c3, celle d'une feuille simple à
nervation brochidodrome due à la dominance temporaire de la croissance longitudinale
sur les autres directions. (Pour les termes craspédodrome et brochidodrome, nous utilisons
les définitions données par Mouton, 1970).
Source : MNHN, Paris
— 116 —
des mitoses dans les différentes régions de l’ébauche au moment de la
différenciation du procambium (fig. 21). Une confirmation de cette hypo¬
thèse est fournie par les changements dans la disposition des nervures et
la forme foliaire provoquée par la modification des corrélations de crois¬
sance entre éléments de la feuille (Neville, 1964; Jeune, 1972).
La nervation a donc un aspect phylogénétique bien que son origine
ontogénique soit, au moins en partie, de nature physiologique (Croizat-
Chaley, 1973). D’autre part, le rapport entre orientation nervuraire et
direction de croissance a fait l’objet récemment d’une étude de Dulieu,
Turlier & Bugnon (1969). Ils ont constaté, par l’observation de chimères
chlorophylliennes, que, dans certains cas, l’orientation des nervures princi¬
pales d’une feuille diffère des directions fondamentales de croissance
lorsque la différenciation procambiale est tardive. Ce résultat, malgré les
apparences, n’infirme nullement notre hypothèse. En effet, en chaque
région de la feuille adulte, les directions principales de croissance, déduites
de l’observation de chimères, ne sont que les résultantes (c’est-à-dire la
somme) de toutes les directions de croissance ayant en chaque point affecté
l'ébauche pendant tout son développement. Ces directions peuvent donc
différer des directions nervuraires qui témoignent des orientations de
mitoses au seul instant de leur différenciation procambiale.
Bibliographie
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génèsc, Rev. Cytol. et Biol. végé. 11 : 1-199 (1949).
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1-196 (1973).
Cusset, G. — Remarques sur des feuilles de dicotylédones, Boissiera 16 : 1-210 (1970).
Dulieu. H., Turlier, M. F. & Bugnon, F. — Rapports entre les directions fonda¬
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Hook., C. R. Acad. Sc. Paris 260, ser. D : 3747-3750 (1965).
Mouton, J. A. — Architecture de la nervation foliaire, 92 e Congrès National des Sociétés
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Gledilsia triacanthos L., Ann. Sc. Bot., ser. 12, 5 : 785-798 (1964).
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Source : MNHN, Paris
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Équipe de morphologie végétale.
Université Pierre et Marie Curie,
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 16 (1) : 119-155, 1976.
NOTES CYPÉROLOGIQUES :
26. LE GENRE SCHŒNOPLECTUS
II. L’AMPHICARPIE ET LA SECT. SUPINI
par J. Raynal
Résumé : Des fleurs d'un type particulier ont été signalées chez certaines espèces
de Schœnoplectus annuels. Ces fleurs sont 9, isolées à l’aisselle d’une feuille basilaire.
Elles produisent des akènes assez différents des akènes ordinaires. Elles existent pratique¬
ment chez toutes les espèces de la sect. Supini, ici redéfinie, et dont sont donnés un synopsis
et une clef des espèces (dont une nouvelle). Les fleurs basicaules des Schœnoplectus sont
comparées aux inflorescences basicaules d’autres genres; la signification biologique et
évolutive de cette amphicarpie est étudiée.
Summary: Peculiar basal flowers hâve been reported in some annual species of
Schœnoplectus. These flowers are S, single in the axil of a basal sheath. They give
nuts somewhat different from the usual ones. They actually exist in nearly ali the species
of sect. Supini, here re-defined; a synopsis and a key of the species aregiven (a new species
is described). Basal flowers of Schœnoplectus are compared with other basal inflores¬
cences in other généra; the biological and phylogenetic significance of amphicarpy is
investigated.
LES FLEURS BASICAULES
Si l’on examine soigneusement la base d’un échantillon de Schœnoplectus
lateriflorus (Gmel.) Lye, il y a de grandes chances qu’on observe, dépassant
du sommet de la dernière gaine foliaire basilaire, de longs filaments bruns
qui, observés de près, et en fendant la gaine qui les contient, se révèlent
être les branches stigmatiques d’une fleur insérée tout à la base de la plante,
à l’aisselle de cette gaine foliaire protectrice, fleur dont le style démesuré¬
ment allongé (jusqu’à plusieurs cm, contre seulement quelques mm dans
une fleur normale) vient épanouir ses stigmates à l’air libre hors de la gaine.
Cette fleur est isolée, unique sur une tige donnée, et strictement femelle.
Elle produit un akène sensiblement différent des akènes normaux « aériens » :
il est beaucoup plus gros, moins anguleux, pourvu d’un long bec et nette¬
ment concave sur la face dorsale en contact avec la tige.
La production simultanée d’inflorescences normales et d’inflorescences
Source : MNHN, Paris
— 120 —
basicarpes, au niveau du sol, a reçu le nom d 'amphicarpie 1 . Elle est connue
chez des végétaux variés, surtout des régions semi-arides méditerranéennes;
signalée à diverses reprises chez des Cypéracées tropicales, elle ne semble
toutefois pas avoir été l’objet de recherches systématiques dans cette famille.
HISTORIQUE
C’est A. Gray 2 qui, en 1876 (20) signala pour la première fois l’amphi-
carpie chez les Cypéracées, en décrivant les fleurs « subradicales » observées
par un amateur du Massachusets, Th. Morong, chez Scirpus supinus var.
hallii (la plupart des espèces dont il est ici question ont en effet fait partie,
pour la plupart des auteurs, du genre Scirpus). D’emblée ces premières obser¬
vations font état de plusieurs particularités de ces fleurs basicaules : absence
d’étamines, allongement considérable du style généralement trifide même
lorsque les fleurs normales ont 2 stigmates. A. Gray dit que les akènes
produits sont semblables aux normaux, ce qui n’est pas tout à fait exact.
L’auteur considère certaines inflorescences appauvries (épis subradicaux
à 4-5 fleurs) comme « in some sort intermediate » entre l’inflorescence nor¬
male et la fleur basicaule; morphologiquement parlant, cette opinion n’est
pas fondée, puisque même subradicaux ces épis demeurent homologues
d’inflorescences normales; leurs fleurs sont groupées, hermaphrodites; les
fleurs femelles solitaires à l’aisselle des gaines basales ont une situation
morphologique tout autre.
Le découvreur de ces fleurs basicaules peu visibles note qu’elles sem¬
blent n’être produites qu’en fin d’été.
Pour A. Gray, S. hallii n’est qu’une variété du 5. supinus de l’Ancien
Monde; il ne trouve pourtant aucune fleur basicaule dans le matériel euro¬
péen dont il dispose. Seul un échantillon du Bengale, dont A. Gray note
qu’il diffère du S. supinus européen typique, montre des fleurs basicaules.
C’est en fait la première mention de telles fleurs chez une espèce en réalité
distincte, paléotropicale, S. lateriflorus.
En 1882, Jackson (26), à propos d’amphicarpie chez les Composées,
reprend cette information, et indique qu’un échantillon sud-africain de
Scirpus supinus conservé à Kew présente les mêmes fleurs basicaules. Comme
le remarque déjà Haines (21) cet échantillon est à coup sûr Drège 7414 ,
très bon matériel de l’espèce sud-africaine S. leucanthus.
En 1921, Chermezon (11) décrit deux étonnantes espèces malgaches,
S. aberrans et S. reductus, suivies en 1929 de 5. perrieri; à l’occasion de
cette dernière description, Chermezon (12) examine en détail les curieuses
inflorescences basicaules qui sont la règle chez ces espèces. Les fleurs basi-
1. Pour être précis, Zohary (50) réserve le terme d 'amphicarpie aux plantes pourvues,
en plus d'inflorescences aériennes normales, de fleurs souterraines. Le cas des Cypéracées, où
les fleurs surnuméraires ne sont pas souterraines, mais au niveau du sol, est dénommé par lui
aérobasicarpie. Mais, comme il en convient lui-même, le résultat biologique est le même, et
le sens du terme amphicarpie peut — comme le fait Haines (21) — être élargi pour inclure
ce cas.
2. Et non Jackson (26) en 1882, comme l’écrit Haines (21).
Source : MNHN, Paris
121 —
caules, cette fois, ne sont plus solitaires à la base de chaque tige : il y en a
à l’aisselle de plusieurs gaines basilaires successives; en même temps l’épillet
« normal » se réduit ; chez S. perrieri, il peut exister encore, mais dissimulé
dans la gaine de sa bractée involucrale, ou disparaître, la tige demeurant
naine, pourvue de plusieurs fleurs basicaules axillaires; c’est dans ce cas
seulement qu’on peut parler d 'épillet basicaule, et non, comme le fait
Chermezon, dans tous les cas de fleurs subradicales (voir plus loin un
exposé plus détaillé de cette question).
Après Chermezon, c’est Blake qui, en 1940 et 1946, décrit successive¬
ment (5, 6) deux espèces australiennes nouvelles, S. lævis et S. dissachanthus,
possédant l’une et l’autre à la base des tiges des fleurs basicaules solitaires,
avec, comme chez S. hallii, 3 stigmates contre 2 dans les fleurs normales.
S. dissachanthus diffère des espèces précédentes par la présence de soies
hypogynes, quoique peu développées dans les fleurs aériennes. Quant aux
akènes, Blake donne leurs dimensions respectives, qui montrent bien la
taille plus grande des basicaules; mais l’auteur ne commente pas ce fait.
Toujours à l’occasion de cette description Blake signale l’existence de fleurs
basicaules chez une espèce africaine, S. uninodis (Del.) Boiss.
En 1952, Blake (7), révisant pour l’Australie le matériel de Scirpus
sect. Actæogeton, qui contient nos plantes, établit la distinction spécifique
entre S. supinus et S. lateriflorus, mais considère désormais que ce dernier
englobe S. uninodis et S. erectus Poir. Chez S 1 , supinus L., européen, entre
autres différences, il n’y a pas de fleurs basicaules, observation rejoignant
celle de A. Gray.
Quatre ans plus tard, Kern (27) reprend la question et distingue claire¬
ment S. erectus (= S. uninodis) de S. lateriflorus; en 1958 (28) il prétendra
que seul ce dernier possède des fleurs basicaules, leur présence constituant
un caractère spécifique distinctif ; la même année Koyama (30) fera mention
de ces fleurs basicaules chez la même espèce, pour lui simple variété de
S. supinus. C’est Blake (8) qui rectifiera l’opinion de Kern en signalant avoir
observé des fleurs basicaules chez 10 échantillons de S. erectus sur 13
examinés.
En Amérique du Nord, Schuyler (42) décrit des espèces voisines de
S. hallii, toutes dotées de fleurs basicaules. Les bonnes photographies
données des deux sortes d’akènes mettent en évidence les caractères parti¬
culiers des akènes basicaules, à savoir leur grande taille et leur long
rostre.
Depuis vingt ans, plusieurs espèces appartenant à ce groupe ont été
décrites par Raymond (38), Pedersen (37), Schuyler C43), Lye (32),
Hooper (22); aucune de ces descriptions ne fait état de fleurs basicaules.
En 1972, cependant S. Hooper (23) signale les fleurs basicaules comme
« usually présent » chez 5. uninodis et S. oxyjulos. L’année précédente,
Haines (21) consacrait un article aux floraisons basicaules des Cypéracées
est-africaines, et indiquait pour la première fois la présence de telles fleurs
dans le groupe des espèces à tige cloisonnée, S. articulatus L. et S. prælon-
gatus auct. afr. (= Schœnoplectus senegalensis). Il en signale aussi chez
S. muricinux, mais il s’agit, je pense, de spécimens de S. lateriflorus mal
Source : MNHN, Paris
— 122
déterminés; le vrai S. muricinux est une plante vivace toujours dépourvue
de fleurs basicaules.
Aujourd’hui des fleurs basicaules ont ainsi été signalées dans un grand
nombre d’espèces de Schœnoplectus annuels; pourtant, à part les articles de
Schuyler (42) et de Haines (21) ces mentions ne sont que sporadiques et
méritaient d’être regroupées. Aucune étude d’ensemble n’existait, ce qui
m’a déterminé à étudier ici ce caractère de façon plus systématique et à
tenter d’en tirer des conclusions utiles.
OBSERVATIONS PERSONNELLES
J’ai donc entrepris de rechercher l’amphicarpie dans l’ensemble du
genre Schœnoplectus. Cette recherche, portant principalement sur les collec¬
tions de Paris, avec des compléments tirés de celles de Kew 1 , s’est révélée
très positive, en ce sens que des fleurs basicaules ont été trouvées :
1. Uniquement chez des espèces annuelles; les Schœnoplectus sect.
Schœnoplectus et Pterolepis, vivaces, semblent totalement incapables d’en
produire.
2. Chez la totalité des espèces classées par Chermezon (12, 13, 14)
dans sa sect. Supini, à l’exclusion d’une espèce connue d’un matériel insuf¬
fisant, à l’écologie très spéciale (S. heterophyllus ), mais y compris S. supinus L.
sensu stricto.
3. Elles manquent par contre totalement dans les espèces pourtant
pour la plupart annuelles de la sect. Mucronati au sens de Chermezon
(sect. Actæogeton Reich.): S. mucronatus, S. juncoides, S. smithii , etc.
Il faut ainsi signaler des fleurs basicaules chez Schœnoplectus prælongatus,
roylei, vohemarensis, hooperiæ , proximus, microgluntis, junceus et enfin
supinus , espèces dont on trouvera plus loin la définition, et chez lesquelles
l’amphicarpie n’était pas encore connue. 11 est assez étonnant que cette
particularité ait attendu si longtemps pour être pleinement connue chez des
espèces dont certaines sont anciennement et abondamment récoltées et
décrites. Cela tient probablement à ce qu’un cypérologue est, en présence
d’un échantillon à étudier, immédiatement attiré par l’inflorescence, qui
livre les principaux caractères diagnostiques, négligeant ainsi très souvent
les parties basales considérées comme strictement végétatives.
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DES FLEURS BASICAULES DE SCHŒNOPLECTUS
De cette investigation systématique, on peut extraire certains carac¬
tères, qui transparaissaient dans les observations éparses antérieures, mais
qui acquièrent aujourd’hui un caractère de généralité particulièrement inté¬
ressant des points de vue biologique et évolutif.
1. Je saisis cette occasion pour remercier tout particulièrement Miss S. S. Hooper, spécia¬
liste londonienne des Cypéracées tropicales, pour son aimable et précieuse collaboration.
Source : MNHN, Paris
— 123 —
Les fleurs basicaules offrent, de façon très générale chez Schcenoplectus
les caractères suivants :
— fleurs strictement femelles,
— stigmates le plus souvent 3, même si les fleurs normales n’en ont
que 2 (exception : les espèces malgaches S. aberrans, reductus et perrieri),
— akène (pl. 1) nettement plus grand, plus renflé, rostré, à face dorsale
nettement concave, pressée contre la tige. Taille et forme des akènes basi¬
caules restent plus variables que celles des akènes normaux (contraintes de
pression?). La longueur du rostre semble en rapport avec l’allongement du
style, lui-même fonction de la longueur de la gaine axillante.
INTERPRÉTATION DE L’INFLORESCENCE BASICAULE
C’est Chermezon (12) qui s’est le plus clairement prononcé sur la nature
des fleurs basicaules dans Schœnoplectus. 11 ne connaissait à cet égard que
les trois espèces malgaches S. aberrans, perrieri et reductus, qui se distin¬
guent des autres espèces de la section par plusieurs caractères importants :
— Inflorescence aérienne composée constamment d’un épillet unique.
— La basicaulie est obligatoire et apparemment simultanée.
— Plusieurs fleurs basicaules par tige (et non une seule dans la gaine
basilaire supérieure).
— Pas de feuille purement végétative stérile entre les parties basicaule
et normale de l’inflorescence. Toutes les pièces foliaires axillent une
fleur.
— Même nombre de stigmates dans les deux sortes de fleurs.
Pour moi comme, semble-t-il, pour Haines (21), les fleurs basicaules
sont directement axillées par la gaine qui les contient, qui, morphologique¬
ment, équivaut à une glume.
Il est étonnant que, ayant sous les yeux des fleurs à l’aisselle de pièces
foliaires, Chermezon n’ait pas accepté l’hypothèse la plus simple : fleurs
directement axillées par ces pièces; il a considéré ces fleurs comme autant
d’épillets très régressés, uniflores et sans glumes. Sans doute y avait il
pour lui une différence trop tranchée de nature et de fonction entre les
feuilles végétatives et les glumes pour qu’il admette qu’une feuille axille
directement une fleur, et soit en un mot cette glume qu’il croit absente...
Son hypothèse inutile d 'épillets basicaules s’explique mieux quand
on connaît ce qui s’observe chez certains Eleocharis, qui possèdent, eux,
de véritables épillets basicaules pauci- ou uniflores (pl. 2, 1-3).
On peut se rendre compte, en examinant une inflorescence paniculée
de Cypéracée, qu’il n’y a aucune différence fondamentale de nature entre
feuilles végétatives, bractées inflorescentielles et glumes de Pépillet; souvent
la transition de forme est très graduelle depuis les feuilles caulinaires infé¬
rieures à limbe allongé jusqu’aux glumes florales qui sont de très courtes
gaines sans limbe, en passant par toute la gamme transitoire des bractées
de 1 er , 2 e ... ordre. Des cas existent, quoique assez rares, où une pièce nor-
Source : MNHN, Paris
— 124 —
malement végétative axille directement une structure florale : chez Lipo-
carpha isolepis, chez certains Carex (il est vrai que dans ces deux cas la
structure axillée est en réalité un épillet très réduit). Je l’ai observé aussi
chez Schœnopleclus laleriflorus, où la bractée involucrale qui semble pro¬
longer la tige axillait, dans un cas exceptionnel, une fleur, dont l’akène était
d’ailleurs plus gros que les normaux.
Dans les trois espèces malgaches étudiées par Chermezon, il me
paraît plus simple d’admettre que l’inflorescence occupe en réalité toute
la tige sans discontinuité réelle, la discontinuité apparente étant introduite
par le jeu d’une inhabituelle interpénétration des fonctions végétative et
florale dans la plante : le développement concomitant d’un entrenœud
caulinaire allongé et, à son sommet, d’une bractée foliacée (mais restant
fertile) témoigne d’une grande activité de la fonction végétative. 11 divise
l’inflorescence en une zone basicaule et une zone aérienne 1 ; mais cette
division s’estompe et s’efface, avec tous les degrés intermédiaires, chez
S. perrieri, et aussi chez 5. aberrans, quand l’entrenœud caulinaire ne se
développe pas : on a alors des épillets basicaules véritables, pluriflores,
tout à fait semblable à ceux des Bulbostylis, qui démontrent bien l'unité
de l’inflorescence.
Les régions végétative et inflorcscentielle sont habituellement assez
bien délimitées, n’empiétant que très peu l’une sur l’autre (J. Raynal, 39);
ce qui s’observe ici est évidemment exceptionnel, surtout si l’on interprète
de la même manière les inflorescences des autres espèces de la sect. Supini.
Plusieurs obstacles se présentent :
— l’inflorescence normale aérienne est typiquement ramifiée,
— elle se trouve en conséquence délimitée vers le bas par un certain nombre
de bractées axillant des rameaux, donc végétatives,
— fréquemment il existe le long de la tige un entrenœud végétatif stérile,
— enfin la basicarpie se réduit à une fleur unique dont la présence est
généralement facultative et la floraison décalée dans le temps.
Néanmoins, il y a des situations quelque peu intermédiaires, comme
chez 5. proximus où l’épillet aérien est le plus souvent unique, où il n’y a
1. Celle-ci particulièrement bien délimitée chez 5. perrieri, où l'épillet aérien est totale¬
ment encerclé et contenu dans la gaine bractéale.
PI. I. — Amphicarpie des Schœnoplectus sect. Supini. Couples d’akènes provenant pour chaque
espèce d’un même individu, akène normal (à droite ) et basicaule (à gauche), tous x 10 :
I, Sch. erectus (Poir.) Palla ex J. Rayn. (Leprieur s.n., Sénégal): 2, Sch. junccus (Willd.)
J. Rayn. (Mahoux 2032, Togo); 3, Sch. lateriflorus (Gmel.) Lye (Jacquemont 743, Inde);
4, Sch. proximus (Steud.) J. Rayn. (Gillet 1381, Tchad); 5, Sch. leucanthus (Bock.) J. Rayn.
(Drège 7414, Afrique du Sud); 6, Sch. microglumis Lye (Lye 6352, Kenya); 7, Sch. supinus
(L.) Palla (Leresche s.n., Suisse); 8, Sch. lævis (Blake) J. Rayn. (Parker 269, Australie);
9, Sch. oxyjulos (Hooper) J. Rayn. (Trochain 10530, Rép. Centrafric.); 10, Sch. hooperiæ
J. Rayn. (Burtt 3692, Tanzanie); 11, Sch. articulatus (L.) Palla (Bélanger s.n., Inde);
12, Sch. prselongatus (Poir.) J. Rayn. (Bélanger s.n., Inde); 13, Sch. roylei (Nees) Ovczinn.
& Czukav. (Berhaut 1578, Sénégal); 14, Sch. senegalensis (Hochst. ex Steud.) Palla ex
J. Rayn. (Bouder 5739, Mali); 15, Sch. vohemarensis (Cherm.) J. Rayn. (Perrier 2658,
Madagascar); 16, Sch. reductus (Cherm.) J. Rayn. (Perrier 7022bis, Madagascar); 17, Sch.
aberrans (Cherm.) J. Rayn. (Perrier 2681, Madagascar); 18, Sch. perrieri (Perrier 19308,
Madagascar).
Source : MNHN, Paris
— 125 —
PI. 1.
Source : MNHN, Paris
— 126 —
PI. 2. — Amphicarpie dans d'autres genres de Cypéracées : Eleocharis minima Kunth ( Pringle
4339, Mexique) : 1, vue générale x 5 montrant les épillets basicaules uniflores; 2, akène
basicaule x 20; 3, akène aérien x 20. — Bulbostylis densa (Wall.) Hand.-Mazz. ( Jacques-
Félix 9070, Cameroun) : 4, vue générale x 5 montrant les fleurs basicaules axillaires;
S, akène aérien x 20; 6, akène basicaule x 20. Dessin de J. Raynal.
pas de nœud caulinaire stérile, et où la fleur basicaule est constante et
simultanée. Il semble donc que nous soyons forcés, par l’existence de ces
systèmes inflorescentiels exceptionnels, d’assouplir les schémas trop rigides
concernant régions végétative et inflorescentielle : on peut, là encore,
dire que la tige entière est une inflorescence ramifiée, dont les pièces foliaires
axillent soit des fleurs, soit des rameaux inflorescentiels, ou encore restent
purement végétatives. On peut ainsi imaginer une séquence évolutive conti¬
nue depuis une inflorescence tout à fait normale jusqu’à une basicarpie
totale (pl. 3). 11 faut pour cela admettre que, dans les espèces amphicarpes.
Source : MNHN, Paris
127 —
PI. 3. — Schœnoplectus sect. Supini (Chcrm.) J. Rayn. Schémas montrant l'évolution du système
inflorescentiel amphicarpc dans la section : 1, Sch. Iateriflorus; 2, Sch. proximus; 3, Sch.
articulatus; 4, Sch. aberrans; 5, Sch. perrieri, tige aérienne; 6, id., épillet entièrement basi-
un bourgeon axillaire caulinaire conserve jusqu'au dernier moment une
ambivalence qui lui permet de produire soit une fleur soit un rameau végé¬
tatif. Peut-être cela implique-t-il des processus de dédifférenciation inverses
de ceux des bourgeons floraux « prolifères »; peut-être s’agit-il simplement
de bourgeons floraux dormants, dont le développement est décalé et facul¬
tatif chez certaines espèces, et devient simultané et obligatoire chez d’autres.
Il est intéressant de constater que la tendance à l’amphi-, puis à la
basicarpie s’accompagne chez Schœnoplectus d’une séparation des sexes.
Dans la plupart des espèces celle-ci ne se traduit que par l’absence d’éta¬
mines dans les fleurs basicaules. Curieusement, chez S. aberrans cette
séparation n’existe pas, et toutes les fleurs sont $. Au contraire, S. perrieri
présente de ce point de vue une évolution maximum, analogue à ce qui
s’observe chez de nombreuses Caricoideæ : séparation presque complète
des sexes, avec fleurs $ à la base, S au sommet, et quelques fleurs 5 inter¬
médiaires (c’est-à-dire à la base de l'épillet apparent aérien). Les fleurs
strictement s ne semblent pas se développer dans les épillets complètement
basicaules (cf. pl. 3).
Source : MNHN, Paris
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SIGNIFICATION BIOLOGIQUE DE L'AMPHICARPIE
Même si ces caractères ne sont pas toujours totalement réalisés dans
toutes les espèces concernées, il semble bien que, malgré la différence
morphologique apparente entre fleurs basicaules de Schœnoplectus ou
Bulbostylis et épillets basicaules d ’Eleocharis, toutes ces inflorescences
basicaules présentent des tendances communes :
— tendance à la disparition des pièces S,
— tendance à la formation de gros fruits.
Ces tendances se manifestant de façon tout à fait indépendante dans
des phylums différents, on est amené à voir là une influence directe des
conditions auxquelles l’amphicarpie est adaptée : zones inondables à
dessiccation rapide sous climat semi-aride. Chermezon (12) voyait une
grande différence dans l’écologie des Schœnoplectus et celle des Bulbostylis,
ces derniers habitant des cuirasses; cette différence n’est qu’apparente;
peut-être les cuirasses se dessèchent-elles avant les dépressions inondables;
mais le facteur essentiel, le dessèchement rapide, est commun aux deux
milieux, et biologiquement déterminant.
Il est certain que pour des plantes annuelles devant à tout prix sous
peine d’extinction de la population laisser des graines viables sur place
(souvent les points favorables sont, du point de vue du microrelief, très
limités en surface : microcuvettes d’une cuirasse, frange étroite d’une
grève, etc.), la basicarpie est un atout non négligeable. Il se peut que la
taille plus grande des akènes s’oppose à la dispersion, soit en fait un méca¬
nisme antitéléchorique supplémentaire (Zohary, 50).
Il se peut aussi que, dans l’hypothèse d’une saison défavorable, une
exondation prématurée du milieu fasse avorter ou dessécher les inflores¬
cences aériennes avant formation de fruits : alors les inflorescences basi¬
caules, beaucoup mieux protégées de la dessiccation, pourront les relayer
efficacement et permettre la survie de l’espèce.
Hylander (25, p. 451) a assimilé les Cypéracées amphicarpes à son
« type Amphicarpæa », à fleurs basicaules cléistogames ; il reconnaît d’ail¬
leurs ne disposer sur ces plantes que d’informations indirectes. Il me semble
que les fleurs basicaules de Schœnoplectus sont, avec leurs longs stigmates
venant s’épanouir à l’ouverture de la gaine, tout à fait chasmogames. Leur
fécondation n’a lieu qu’à l’exondation complète de la plante, par le pollen
des inflorescences normales d’individus encore inondés situés en contrebas.
On peut ainsi imaginer que l’antitéléchorie des fleurs basicaules aboutit,
sur des grèves en pente, au maintien de l’espèce dans les parties hautes,
alors que les graines ont tendance à être entraînées par le ruissellement
vers le fond des cuvettes, biotope moins favorable en cas de forte submersion.
VALEUR TAXONOMIQUE DE L'AMPHICARPIE
La plupart des auteurs même modernes ont rassemblé toutes les
espèces annuelles à inflorescence pseudo-latérale de Schœnoplectus dans
une section ou une série unique ( Scirpus sect. Actæogeton Reich.). Seul,
Source : MNHN, Paris
— 129 —
apparemment, Chermezon (12, 14) a distingué dans ce groupe deux sec¬
tions : l’une avec des bractées involucrales courtes et des fleurs pourvues
de soies hypogynes ( Mucronati = Actæogetori), l’autre avec de longues
bractées prolongeant la tige et des fleurs sans soies hypogynes. Cette dis¬
tinction ne saurait être aujourd’hui maintenue sans aménagements : en
effet certains des taxons des Supini possèdent des soies hypogynes cons¬
tantes (S. dissachanthus, S. hooperiæ) ou occasionnelles (S. supinus, S. arti¬
culants)-, par contre certaines variétés de S. juncoides ou S. smithii (sect.
Mucronati) présentent des soies rudimentaires ou totalement disparues.
Pourtant, en gros, la distinction reste valable, la tendance évolutive
générale de l’ensemble des Supini témoignant, plus que la présence ou l’ab¬
sence d’un caractère dans une espèce donnée, de la possibilité d’une dis¬
tinction taxonomique intéressante.
Quant aux inflorescences dans la sect. Supini, Chermezon (12) en dit
ceci : « la plupart des espèces ne possèdent que cette inflorescence normale;
quelques-unes, au contraire, sont très remarquables par la présence de deux
sortes d’épillets... ». 11 veut parler des trois espèces malgaches constam¬
ment amphicarpes qu’il a décrites, mais ignore malheureusement la cons¬
tance, dans la section entière, de l’amphicarpie au moins à l’état potentiel.
Il convient en effet de parler d 'amphicarpie potentielle si l’on veut
non plus qualifier un individu donné mais un taxon. L’amphicarpie ne se
réalise pas partout avec la même facilité; la production de fleurs basi-
caules dépend certainement en premier lieu de conditions écologiques parti¬
culières (milieu en cours de dessèchement rapide). C’est ainsi que les deux
seuls spécimens connus de S. heterophyllus, récoltés inondés, ne présentent
— et pour cause — aucune fleur basicaule. Cependant, même en conditions
très favorables, les fleurs basicaules peuvent n’être produites qu’exception-
nellement (S. supinus, deux individus connus sur plusieurs centaines).
Réalisée facilement ou non, l’amphicarpie existe quand même en
puissance dans toutes les espèces ici étudiées, et, faisant ainsi partie de
l’acquis génétique du groupe, mérite de contribuer à sa caractérisation
taxonomique. Plus elle désire cerner les processus réels de l’évolution,
plus la taxonomie moderne doit s’abstraire des modèles trop simplistes,
des découpages trop automatiques tels que ceux basés sur la simple pré¬
sence/absence d’un critère unique considéré a priori comme déterminant.
Dans le cas présent, il est intéressant de constater que des espèces se res¬
semblant beaucoup à tous points de vue — à tel point que beaucoup d'entre
elles ont été longtemps confondues — possèdent en commun — et sont
seules à posséder — une potentialité témoignant d’une évolution originale;
ce caractère devient ainsi, a posteriori, le trait définissant le mieux le groupe.
Le caractère traditionnel des soies hypogynes ne doit pas être abandonné,
mais passe au second plan. Sa valeur — de même que celle de tout carac¬
tère — est d’ailleurs très différente d’un groupe de Cypéracées à un autre :
l’absence de soies hypogynes, simple accident chez un Scirpus smithii ou un
Eleocharis atropurpurea, est un critère entrant indéniablement dans la
définition du genre Isolepis, ou de la tribu des Cypereæ... Cela, bien sûr,
ne simplifie pas le travail du classificateur ni l’élaboration des clefs dicho-
Source : MNHN, Paris
— 130 —
tomiques, mais nos modèles doivent s’efforcer de suivre du mieux qu’ils
peuvent la complexité de la nature, et non de la faire entrer de force dans
des boîtes préfabriquées et rigides. Une taxonomie supraspécifique natu¬
relle est tenue — et c’est ce qui fait sa difficulté — de prendre en compte
des tendances évolutives collectives, parfois pas ou mal réalisées chez
l’un des composants.
Redescendons au niveau spécifique : la fréquence de réalisation effec¬
tive de l’amphicarpie demeure un indice taxonomique utilisable : pratique¬
ment nulle chez S. supinus, elle reste faible chez S. articulants; moyenne
chez S. lateriflorus ou S. senegalensis, elle devient intense chez de petites
plantes fugaces sahéliennes telles que S. proximus, où chacune des nom¬
breuses tiges d’une touffe porte sa fleur basicaule, et bien entendu chez les
trois espèces malgaches où la basicarpie l’emporte sur les inflorescences
normales.
LA SECTION SUPIN!
DÉFINITION
Il convient donc, à mon avis, de distinguer au sein des Schœnoplectus
annuels les deux sections suivantes :
— Soies hypogynes typiquement bien développées. Amphicarpie inexistante.
.sect. Actæogeton.
— Soies hypogynes régressées ou absentes. Amphicarpie potentielle dans
toutes les espèces, très souvent réalisée.sect. Supini.
Schœnoplectus sect. Actæogeton (Reich.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus sect. Actæogeton Reich., Fl. Germ. Excurs. : 78 (1830).
— Schanoplectus subgen. Actæogeton (Reich.) Oteng-Yeboah, Notes Roy. Bot. Gard.
Edinb. 33 : 315 (1974), p.p.
—- Scirpus sect. Eu-Scirpus ser. Mucronati C.B. Cl., Kew Bull., Add. ser. 8:112 (1908),
p.p.
— Scirpus sect. Mucronati (C.B. Cl.) Cherm., Arch. Bot. Caen 4, mem. 7 :27(1931).
Espèce-type : Schanoplectus ntucronatus (L.) Palla ex Kerner
Schœnoplectus sect. Supini (Cherm.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus sect. Supini Cherm., Arch. Bot. Caen 3 (12) : 193 (1929).
Espèce-type : Schanoplectus supinus (L.) Palla.
REVUE DES CARACTÈRES UTILISABLES
Le problème majeur ressortant de la révision des Schœnoplectus sect.
Supini tient à la nature même de plusieurs caractères taxonomiquement
Source : MNHN, Paris
— 131 —
intéressants : ils existent à l’état potentiel dans un taxon mais ne sont pas
nécessairement réalisés. C’est, bien sûr, le cas des fleurs basicaules, nous
l’avons vu; c’est également le cas du nœud caulinaire, typiquement présent
dans plusieurs espèces, S. lateriflorus notamment, mais qui peut manquer
dans les individus appauvris nains. 11 en est de même pour les cloisonnements
de la tige habituellement si caractéristiques chez S. senegalensis : les cloisons
peuvent être plus ou moins distantes, plus ou moins marquées, jusqu’à
être difficilement décelables chez S. vohemarensis. La même sorte de poten¬
tialité affecte d'autres caractères comme le développement du limbe foliaire,
celui des entrenœuds de l’inflorescence, la réduction des soies hypogynes.
Ces caractères, qui deviennent difficilement utilisables en pratique (clefs),
n’en ont pas moins une signification taxonomique, et parfois phylogénique,
certaine.
1. Tige
Elle offre peu de caractères : son épaisseur varie dans des proportions
considérables, et même si la plupart des espèces n’atteignent jamais le
diamètre de tige habituel chez S. articulants (4-5 mm) ce caractère demeure
trop variable pour être largement utilisé.
Dans cinq espèces affines la tige est cloisonnée transversalement par des
épaississements sclérenchymateux; toujours très visibles chez 5. articulatus
et S. prælongatus, ils sont souvent très discrets chez 5. roylei et même
parfois chez S. senegalensis ; on peut toutefois généralement les déceler
en frottant la tige desséchée. Chez S. vohemarensis ils sont rarement évidents.
Dans toutes les autres espèces ces cloisons font défaut.
2. Feuilles
Elles sont très généralement réduites à leur gaine, le limbe étant le
plus souvent réduit à une courte arête, un mucron, ou manquant totalement.
Cependant certains échantillons peuvent présenter des limbes normaux,
étroits, canaliculés, ainsi, encore plus rarement, que des limbes plans,
rubanés, à nervation nettement anastomosée-tessellée. La production de
tels limbes ne présente pas de corrélation avec la taxonomie, mais dépend
des conditions stationnelles, comme il est de règle chez les Monocotylédones
aquatiques ou amphibies (voir le cas classique des Alisma, et celui de
Schœnoplectus lacustris, Arber, 1). Les limbes développés aériens semblent
correspondre à des conditions d’humidité plus permanentes qu’il n'est de
règle pour l’espèce; les limbes rubanés sont submergés ou flottants, et
s'accompagnent toujours, dans les rares échantillons qui en présentent,
de limbes aériens sur les parties émergées. On pourrait donc s’interroger
sur la valeur de Scirpus heterophyllus Schuyler qui, à part ses limbes normaux
et submergés, ressemble très fortement à S. erectus, si cette espèce n’offrait
pas quelques caractères différentiels plus crédibles.
Dans certains cas la tige ne porte pas d’autres feuilles que les feuilles
basilaires, et ne comporte de ce fait aucun nœud entre la base et l’inflores-
Source : MNHN, Paris
— 132 —
cence. Dans d’autres cas la tige présente vers sa partie inférieure mais nette¬
ment au-dessus de la base un nœud unique portant une feuille (5. lateriflorus,
S. erectus et affines, groupe de S. articulants, etc.). Ce caractère a fait l’objet
de controverse entre Koyama, Kern et Blake. Sa valeur taxonomique est
certaine, pour autant que l’on considère non pas la présence absolue de
ce nœud mais sa très forte potentialité; il arrive en effet que des exemplaires
rabougris, nains, n'offrent pas clairement ce caractère. Il sépare utilement
le groupe de S. proximus, ainsi que S. supinus, de 5. lateriflorus.
Parfois le nœud est tellement près de la base qu’il se trouve caché
dans la gaine qui le précède immédiatement, et qui est bien basale; dans
ce cas, si une fleur basicaule est présente, on la trouvera dans Yavant-
dernière gaine avant la tige nue; s’il n’y a pas de nœud suprabasal, la fleur
basicaule sera toujours dans la dernière gaine. Comme toute règle, ceci
souffre au moins une exception : j’ai trouvé dans un exemplaire de Scirpus
saximontanus (Hapeman s.n., Nebraska) une fleur à l’aisselle d’une gaine
caulinaire, 15 mm au-dessus de la base, fleur en tout point semblable aux
basicaules habituelles avec un style de 20 mm et pas d’étamines.
3. Bractée involucrale
Dans tout le groupe le limbe de la bractée involucrale prolonge la
tige verticalement, l’inflorescence paraissant latérale. Suivant que la bractée
est plus ou moins longue que la tige cette inflorescence semblera aini portée
en-dessous ou au-dessus du milieu de l’ensemble tige-bractée; il est difficile,
étant donné la variabilité tout de même grande de la longueur relative de
la bractée, d’employer ceci comme critère taxonomique, malgré l’incidence
évidente sur le port de la plante; cependant on peut dire que chez des espèces
comme 5. articulatus et affines, 5. proximus, etc. l’inflorescence paraît
proche du sol, la bractée étant généralement très longue, alors que c’est
l’inverse chez les taxons du « groupe » supinus: lateriflorus, erectus, etc.
4. Inflorescence
Dans toute la section l’inflorescence est assez contractée pour donner
l’impression d’une tête rendue pseudo-latérale par son rejet sur le côté
de l’ensemble vertical tige-bractée principale.
Cependant, cette contraction peut être poussée au point qu’aucun
entrenœud n’est visible, comme chez les espèces à tiges cloisonnées; la
contraction peut au contraire, chez les espèces affines de S. lateriflorus,
aller moins loin, de sorte que l’axe de l’inflorescence, souvent aussi un ou
deux rameaux latéraux, sont visibles.
Ce « relâchement potentiel » de l’inflorescence (invisible dans les
échantillons appauvris à épillets peu nombreux) caractérise nettement un
groupe de taxons.
Il y a peu à dire du port des épillets; toutefois ceux de S. oxyjulos,
peu nombreux et arqués-ascendants, sont caractéristiques de l’espèce.
Source : MNHN, Paris
— 133 —
5. Glume
Comme c’est souvent le cas dans la famille, la glume fournit plusieurs
caractères taxonomiquement utilisables; sa taille, en premier lieu, varie
considérablement depuis les longues glumes de S. erectus ou S. oxyjulos
(souvent plus de 3 mm) jusqu’à celles, très courtes, de S. proximus ou micro-
glumis (1,5 mm); cependant la variabilité intraspécifique reste élevée, et le
caractère n’est pas toujours probant à lui seul. La largeur des glumes a
été utilisée par Schuyler (42) pour définir des espèces à mon avis discu¬
tables; de plus c’est une mesure délicate à effectuer valablement (c'est, en
fait, la demi-largeur qui est accessible à l’investigation); plus intéressant
que la largeur semble le rapport longueur/largeur, qui définit la forme
générale de la glume : largement triangulaire chez 5. articulants, elle est
plus étroitement lancéolée chez S. lateriflorus, et devient oblongue chez
S. roylei ou S. hooperiæ.
Le sommet de la glume peut être obtus ou aigu, mutique, mucroné
ou même muni, comme chez S. hooperiæ, d’une brève arête recourbée. Les
flancs de la glume sont plus ou moins fortement nervés, caractère dis¬
tinguant S. supinus de S. lateriflorus et S. vohemarensis de S. roylei. La
coloration des glumes, résultat de la plus ou moins grande extension de
taches de pigmentation due à des tanins, ne semble pas d’un grand secours
dans la classification du groupe, cette coloration étant dans une même
espèce sujette à de trop grandes variations apparemment anarchiques et
sans doute en relations avec les conditions écologiques très rapidement
variables qu’elles subissent dans leurs biotopes habituels.
Le bord des glumes, dans le groupe supinus, est fréquemment très
finement cilié ; le caractère a été utilisé pour séparer des espèces du groupe :
son emploi paraît néanmoins aléatoire, ces cils très courts étant à la limite
du pouvoir d’observation courant et pouvant être aisément endommagés
en herbier; leur développement, en outre, paraît assez variable.
6. Fleur
Contrairement à ce qui se passe parfois chez d’autres Cypéracées, les
étamines fournissent peu de caractères utiles, les variabilités intraspécifiques
recouvrant complètement les différences moyennes éventuelles.
Les soies hypogynes, par contre, méritent une mention particulière :
il est des espèces avec soies hypogynes constantes quoique assez peu déve¬
loppées, surtout dans les fleurs aériennes (S. dissachanthus, S. hooperiæ),
et des espèces toujours dépourvues de soies hypogynes (la majorité du
groupe des Supini); quant à S. supinus, il présente très couramment des
rudiments minuscules de soies hypogynes formant une sorte de disque à
la base de l’akène, un peu comme chez Schœnoplectus pulchellus (40), parti¬
cularité qui ne semble pas avoir été fréquemment signalée. Lorsque cette
espèce a des soies hypogynes développées, ce qui se produit dans l’est de
son aire, en U.R.S.S., mais que tous les autres caractères restent sem¬
blables, il n’y a, à mon avis, pas lieu de considérer un taxon spécifiquement
Source : MNHN, Paris
— 134 —
distinct (S. melanospermus Mey.), mais tout au plus une variété, d’ailleurs
sympatrique avec S. supinus. Le phénomène est tout à fait comparable avec
ce qui s’observe chez S. juncoides ou 5. smithii, ainsi que chez bien d’autres
Cypéracées. Chez les Supini, on observe exactement la même chose chez
S. articulatus.
Le nombre de stigmates a depuis longtemps été considéré comme
un caractère important et solide pour distinguer des espèces telles que les
endémiques malgaches, toutes à deux stigmates (y compris dans les fleurs
basicaules), ou encore S. erectus, lævis, dissachanthus. Toutefois, l’observa¬
tion d’un grand nombre d’échantillons de S. lateriflorus et S. erectus
— espèces entre lesquelles le nombre de stigmates est la différence la plus
tangible — montre que ce critère, très généralement utilisable, est parfois
mis en défaut : certains épillets de l’une ou l’autre de ces espèces peuvent
parfois contenir des fleurs à 2 et à 3 stigmates; la délimitation est même
dans certains cas complètement obscurcie, et l’on peut se demander si des
cas d’hybridation ne sont pas responsables de cet état de choses (observé
tout particulièrement en Afrique orientale et en Amérique du Nord).
II faut rappeler que le nombre de stigmates n’a sans doute qu’une
importance relative, puisque dans beaucoup d’espèces à deux stigmates
les fleurs basicaules en ont tout de même trois.
7. Akène (pl. 1, p. 125)
Forme, taille et ornementation de l’akène restent parmi les carac¬
tères les plus fiables pour la délimitation et la détermination des espèces
de ce groupe. Lenticulaire chez les espèces à deux stigmates (avec parfois
un pied très caractéristique chez S. oxyjulos, rappelant Cyperus podo-
carpus), il est trigone chez les autres espèces, parfois presque triquètre dans
le groupe de S. articulatus où les angles sont en général bien nets alors
qu’ils sont, ailleurs, émoussés ou obscurcis par les rides ondulées de
l’ornementation.
L'ornementation est, en effet, dans tout le groupe, du type ridé-ondulé
transversalement; mais cette ornementation est parfois suffisamment indis¬
tincte pour que l’akène soit lisse et brillant; parfois au contraire, elle donne
à la surface de l’akène un aspect très accidenté par des bourrelets (S. vohe-
marensis) ou des crêtes aiguës (S. microglumis). L’intensité des rides est
variable, et on peut passer ainsi, chez S. erectus de rides très marquées à
une surface complètement lisse; mais le type d’ornementation semble moins
variable; c’est ce qui me fait séparer au rang spécifique S. proximus, S. micro¬
glumis et 5. leucanthus, par ailleurs très semblables.
Les excellentes photographies de surface d’akènes au microscope
électronique à balayage présentées par Schuyler (45) montrent très claire¬
ment l’unité de la sect. Supini, sa proximité de la sect. Actæogeton et l’origi¬
nalité de ce groupe par rapport aux autres Schœnoplectus et aux autres
Scirpus s. lat. ; ces vues montrent des cellules épidermiques étroites, allongées
longitudinalement et disposées en bandes parallèles correspondant aux
rides. Une telle disposition se retrouve un peu partout dans la famille
Source : MNHN, Paris
— 135 —
(Fimbristylis hispidula, Pycreus flavescens ) mais, dans Schœnoplectus, semble
bien caractériser les sect. Supini et Actæogeton. Dans un autre travail du
même auteur (44) se trouve illustrée une variation d’intensité d’ornementa¬
tion chez diverses populations qui, pour moi, représentent une espèce
unique, S. erectus.
TABLEAU SYNOPTIQUE DES CARACTÈRES
Les combinaisons des divers caractères étudiés caractérisant spécifique¬
ment les taxons révisés sont rassemblés dans le tableau 4; la comparaison
de ces combinaisons a permis d’apprécier le degré d’affinité entre les espèces
de la sect. Supini, degré approximativement schématisé par la figure 5.
Liste des caractères utilisés (tabl. 4)
1. Tige et bractée sans (—) ou avec (+) cloisons transversales.
2. Bractée involucrale plus courte (—) ou plus longue (+) que la tige.
3. Nœud caulinaire absent (—) ou présent (+).
4. Limbe foliaire totalement nul (—) ou développé même faiblement (+).
5. Inflorescence potentiellement diffuse (—) ou constamment compacte (+).
6. Épillets 1-n et fl. basicaule 0-1 (—) ou épillet 1 et fl. basicaules n (+).
7. Glumes grandes (plus de 3 mm) (—) ou petites (+).
8. Glumes avec (—) ou sans (+) nervures latérales.
9. Glumes avec (—) ou sans (+) mucron net.
10. Soies hypogynes présentes (—) ou constamment absentes (+).
11. Étamines 3 (—) ou 2 (+).
12. Stigmates aériens 3 (—) ou 2 (+).
13. Stigmates basicaules 3 (—) ou 2 (+).
14. Akène lisse (—) ou orné (+).
15. Ornementation nulle ou en rides arrondies (—) ou en crêtes aiguës (+).
Nous avons une fois de plus affaire à un groupe dans lequel les carac¬
tères s’associent de façon très indépendante, sans montrer la plupart du
temps de corrélations notables; l’évolution y semble très réticulée, si l’on
excepte l’enchaînement assez remarquable qui conduit de Schœnoplectus
hooperiæ à 5. vohemarensis ; même si l’on distingue parmi ces plantes toutes
fortement affines trois groupes plus ou moins nets, aucun caractère ne peut
à lui seul permettre de les définir, et il paraît hors de question de leur affecter
un statut taxonomique formel; le groupe le plus net correspond à une évolu¬
tion maximum de l’inflorescence basicaule, allant jusqu’à la disparition
de l’inflorescence normale, réduite de toute façon à un épillet unique; il
compte les trois espèces malgaches S. reductus, perrieri et aberrans. Un
second groupe compte toutes les espèces à inflorescence complètement
condensée en tête, sauf S. dissachanthus qui occupe une position isolée,
mais se rattache plutôt au dernier groupe constitué des espèces à inflores¬
cence non complètement condensée (entrenœud visible).
11 n’est pas inutile de souligner que ce regroupement assez imprécis
selon les quelques caractères mentionnés ci-dessus ne résulte pas d’un choix
arbitraire de ces caractères, mais que ceux-ci semblent, a posteriori, définir
Source : MNHN, Paris
— 136 —
le mieux des groupements d’espèces résultant d’une étude comparative des
nombreux caractères disponibles.
Devant une telle situation, il est bien sûr très difficile de présenter
les espèces dans une séquence linéaire progressive, d’autant que les direc¬
tions évolutives au sein d’un tel groupe ne sont pas toutes évidentes. Chacune
des espèces présente des caractères qu’on peut considérer comme évolués,
d’autres comme primitifs, d’autres enfin dont la signification évolutive
reste très incertaine.
Clef des espèces
1. Tige et bractée transversalement cloisonnées (les cloisons apparaissent
mieux par frottement). Inflorescence en tête compacte.
2. Tige et bractée épaisses (diam. 3-5 mm). Glumes grandes (3-4 mm),
plurinerves, souvent tachées de pourpre. Épillets de 10-15 x 4-5 mm.
3. Akène lisse, brillant. 12. Sch. articulants.
3'. Akène transversalement ridé. 13. Sch. prælongatus.
2'. Tige et bractée plus minces. Glumes de moins de 3 mm.
4. Glumes triangulaires aussi larges que longues, obtuses-arrondies,
densément imbriquées même à maturité. Akène trigone de 1-
1,7 mm, à faces ridées mais angles lisses. Tige généralement
bien cloisonnée. Étamines 3. 14. Sch. senegalensis.
Source : MNHN, Paris
— 137 —
4'. dûmes oblongues plus étroites, plus ou moins étalées à maturité.
Cloisonnement de la tige souvent discret. Akène de 0,8-1,2 mm,
ridé même sur les angles. Étamines 2.
5. Stigmates 3, akène trigone à rides nombreuses. Glumes
plurinerves. 15. Sch. roylei.
5'. Stigmates 2, akène lenticulaire à rides peu nombreuses mais
profondes. Glumes sans nervures sur les flancs. 16. Sch. vohemarensis.
1'. Tige et bractée sans cloisons transversales visibles.
6. Epillet entièrement enveloppé par la base de la bractée. Plusieurs
fleurs basicaules par tige. Akène lenticulaire lisse de 1,5 mm. 21. Sch. perrieri.
6'. Inflorescence aérienne bien visible, non dissimulée par la bractée.
7. Epillet unique, très petit (2 mm), 1-2-flore. Plante naine de
2-5 cm. Plusieurs fleurs basicaules par tige. Akène lenticulaire
ridé de 1,1 mm. 20. Sch. aberrans.
T. Épillets pluriflores.
8. Tige pourvue, au-dessus des feuilles basilaires (mais parfois
caché dans la gaine basilaire supérieure) d’un nœud portant
une féuille caulinaire n’axillant jamais de fleur basicaule
(celle-ci, si elle existe, se trouvant dans la gaine basilaire
supérieure).
Source : MNHN, Paris
— 138 —
9. Bractée plus grande que la tige (ou au moins l’égalant),
l’inflorescence semblant le plus souvent confinée vers le
bas de la plante. Stigmates 2.
10. Épillets 1-2, longs de 10-15 mm, redressés paral¬
lèlement à la tige. Glumes de 3,5-4 mm. Akène lisse
rétréci en pied à la base, long de 2-2,6 mm. 17. Sch. oxyjulos.
10'. Épillets plus nombreux, plus courts, dirigés en tous
sens. Glumes de 1,7-2,2 mm. Akène de 0,8-1,1 mm.
11. Akène lisse. 18 . Sch. lævis.
11 '. Akène à rides peu nombreuses mais profondes.
. 16. Sch. voheniarensis.
9'. Bractée plus courte que la tige, l’inflorescence paraissant
insérée vers le tiers supérieur de la plante.
12. Stigmates 3, akène trigone. Glumes de 2,5-3 mm.
13. Akène orné de crêtes aiguës en ailettes parallèles.
14. Limbe foliaire totalement absent.. 2. Sch. junceus.
14'. Un limbe foliaire au moins rudimentaire.
. 4. Sch. saximontanus.
13'. Akène orné de rides ondulées arrondies. 3 . Sch. laieriflorus.
12'. Stigmates 2, akène lenticulaire.
15. Glumes longues de 2,4-2,7 mm. Soies hypo-
gynes présentes. Akène à crêtes ailées aiguës.
. 1. Sch. dissachanthus.
15'. Glumes longues de 2,8-3,5 mm. Soies hypo-
gynes nulles.
16. Glumes à flancs sans nervures. Akène
t fortement ridé, très rarement presque
lisse. Limbe foliaire peu développé. 5. Sch. erecius.
16'. Glumes pourvues de nervures latérales
nettes. Akène lisse. Limbes foliaires nom¬
breux, développés, les submergés rubanés,
les aériens canal iculés. 6. Sch. heterophyllus.
8'. Tige sans nœud entre la dernière gaine basilaire (abritant
souvent une fleur basicaule) et l’inflorescence normale.
17. Gaines foliaires sans trace de limbe même rudimentaire.
Glumes pourvues d’une courte arête excurvée. Soies
hypogynes constantes, courtes, en crochet au sommet.
Akène lisse de 1 mm. 11. Sch. hooperiæ.
17'. Limbe foliaire développé au moins en mucron prolon¬
geant la gaine. Glumes mutiques ou à mucron droit.
Akène normalement ridé transversalement.
18. Stigmates 2. Plusieurs fleurs basicaules par tige.
. 19. Sch. reductus.
18'. Stigmates 3. Fl. basicaule 0-1 par tige.
19. Glumes de moins de 2 mm.
20. Akène orné de crêtes ailées; plante de
10-25 cm, bractée plus courte que la tige.
. 7. Sch. nticroglumis.
20'. Akène à rides non aiguës; plantes de
3-10 cm, bractée plus longue que la tige.
. 9. Sch. proximus.
19'. Glumes de plus de 2 mm. Akène ridé-ondulé.
21. Constamment une fleur basicaule par
tige. Bractée plus courte que la tige...
. 8. Sch. leucanthus.
21'. Fleurs basicaules tout à fait exception¬
nelles. Bractée plus longue que la tige.
. 10. Sch. supinus.
Source : MNHN, Paris
— 139 —
SYNOPSIS DES ESPÈCES
1. Schœnoplectus dissachanthus (S. T. Blake) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus dissachanthus Blake, Victor. Natur. 63 : 116 (1946).
— S. debilis auct. non Pursh : Benth., Fl. Austr. 7 : 332 (1878).
—- S. erectus auct. non Poir. : Fitzgerald, Journ. Proc. Roy. Soc. W. Austr. 3 : 123
(1917).
— 5. supinus auct. non L. : Fitzgerald, l.c. : 123 (1917).
Type : Blake 14080, Queensland (holo-, BRI; iso-, MEL, NSW).
Australie.
Amphicarpie signalée lors de la description originale en 1946 (Blake, 6).
Bonne illustration jointe.
Cette espèce taxonomiquement assez isolée semble à certains égards
intermédiaire entre la sect. Supini et S. juncoides (d’où les diverses détermina¬
tions antérieures à sa description), et pourrait, avec ses soies hypogynes
constamment bien développées, représenter un rameau encore proche de
la souche ancestrale des Supini, sans doute issue des Actæogeton. Géogra¬
phiquement ces derniers sont plus particulièrement diversifiés sur le pour¬
tour du Pacifique, et la situation australienne de S. dissachanthus s’accorde
assez avec cette hypothèse.
2. Schœnoplectus junceus (Willd.) J. Rayn., comb. nov.
— Schanus junceus Willd., Phytogr. 1 : 2, tab. I, 4 (1794), non Scirpus junceus Forst. f.
1786.
— Scirpus aureigiumis S. Hooper, Kew Bull. 26 (3) : 581 (1972).
— Isolepis pentasticha Bock., Flora 1859 : 446 (1859), e descr. (type ; Peters, Zanzibar,
B, n.v.).
— Scirpus supinus auct. non L. : C. B. Cl., Fl. Trop. Afr. 8 : 452 (1902), p.p. ; Cherm.,
Bull. Soc. Bot. Fr. 81 : 264 (1931), p.p.; Arch. Bot. Caen 7, mem. 4 : 18 (1936),p.p.;
Hutch., Fl. W. Trop. Afr., ed. 1, 2 (2) : 466 (1936), p.p.
Type : /sert s.n., Ghana (holo-, C; photo, PI).
Afrique tropicale, du Sénégal au Kenya et à la Rhodésie, des régions
soudaniennes, mais à localités assez disséminées, restant à signaler de
nombreux pays.
Amphicarpie encore non signalée, fréquente.
Espèce voisine de S. lateriflorus dont elle se distingue toutefois très
bien par son akène plus petit à ornementation de crêtes aiguës, caractère
qu’elle partage avec S. microglumis, S. saximontanus et le beaucoup plus
distant S. dissachanthus.
3. Schœnoplectus lateriflorus (Gmel.) Lye, Bot. Notis. 124 : 290 (1971).
— Scirpus lateriflorus Gmel., Syst. Veg., ed. 13, 1 : 127 (1791).
— S. supinus var. lateriflorus (Gmel.) Koyama, Journ. Fac. Sc. Un. Tokyo, sect. 3,
7 (6) : 302 (1958).
Source : MNHN, Paris
— 140 —
— 5. laleralis Retz., Obs. 4 : 12 (1786), non Forssk. 1775. Même type que 5. lateriflorus.
— Isolepis ambigua Steud., in Zoll., Syst. Verz. 1 : 62 (1854), nom. nud., non Nees 1834
nec Steud. 1855.
■— I. oryzetorum Steud., Syn. PI. Glum. 2 : 96 (1855) (‘ oryectorum') (type : Zollinger
1882, Java, P!).
— Scirpus oryzetorum (Steud.) Ohwi, Mem. Coll. Sc. Kyoto lmp. Un. B 18 : 112 (1944).
— Isolepis ? juncoides MiQ., Fl. Ind. Bat. 3 : 312 (1856) (type : Junghans, Java).
— Scirpus erecto-gracilis Hayata, le. PI. Form. 6:114 (1916) (type : Nakahara 510, Tl).
— Scirpus supinus auct. non L. : Roxb., Fl. Ind., ed. 1, 1 : 219 (1820); Bock., Linnæa
36 : 699 (1870), p.p. ; F.-Vill., Nov. App. : 308 (1882); A. Gray, Am. Journ. Sc.
12 : 467 (1876), p.p., quoad Griffith, specim. ; C. B. Cl., Fl. Trop. Afr. 8 : 452 (1902),
p.p. ; Ridl., Mat. Fl. Mal. Pen. 3 : 79 (1907); Camus, Fl. Gén. Indo-Ch. 7 : 135 (1912);
Cherm., Bull. Soc. Bot. Fr. 81 : 264 (1934), p.p.; Arch. Bot. Caen 7, mem. 4 : 18
(1936),p.p.; Fl. Madag. 29 : 149 (1937); Hutch., FI. W. Trop. Afr., ed. 1,2 (2) : 466
(1936), p.p.
— Isolepis supina auct. non (L.) R. Br. : Nees, in Wight, Contr. Bot. Ind. : 107 (1834).
— Eleocharis tristachyos auct. non Rottb. : Moritzi, Syst. Verz. : 97 (1846).
— Isolepis uninodis auct. non Del. : MlQ., Fl. Ind. Bat. 3 : 308 (1856).
— Scirpus supinus var. uninodis auct. non (Del.) Asch. & Schweinf. : C. B. Clarke,
Fl. Br. Ind. 6 : 656 (1893); FI. Trop. Afr. 8 : 453 (1902), p.p.; Phil. Journ. Sc. 2 :
99 (1907).
— 5. erectus auct. non Poir. : Berh., Fl. Sén., ed. 1 : 216 (1954), et ed. 2 : 361 (1967).
— 5. lateralis auct. non Forssk. : Raymond, Nat. Canad. 84 : 132 (1957), p.p.
— S. uninodis auct. non (Del.) Coss. & Dur. : Beetle, Am. Journ. Bot. 29 : 656 (1942),
p.p., quoad specimen cum flore basali a Grayo annotatum, a Griffithio lectum.
Type : Koenig s.n., Sri Lanka, LD.
Espèce paléotropicale à vaste répartition, des régions à saison sèche
marquée, depuis la Mauritanie jusqu’à l’Afrique du Sud et Madagascar;
en Asie tropicale de l’Inde à la Chine méridionale; Indonésie, Philippines,
Australie.
Amphicarpie signalée pour la première fois par Gray (20) en 1876,
sous le nom de Scirpus supinus, pour une plante du Bengale. Bonne illus¬
tration dans Haines (21).
La confusion entre cette espèce tropicale et le taxon linnéen tempéré
S. supinus a débuté très tôt, avec Vahl semble-t-il (48); il a fallu un siècle
et demi avant que Blake (7) s’avise des différences discrètes, mais cons¬
tantes entre les matériaux tropicaux et européens, et que Kern (26) clarifie
complètement la question en distinguant S. lateriflorus à la fois de S. erectus
(reprenant les critères de Chermezon, 13) et de S. supinus.
Raymond (38) a voulu reprendre pour cette espèce le nom de Scirpus
lateralis Forssk. 1775, évidemment antérieur à S. lateriflorus Gmel. Le
problème est que, dès le début du xix e siècle, Vahl (48) place la plante de
Forsskàl parmi les « obscuri » en raison d’une description fort insuffi¬
sante et de l’absence de type dans l’herbier Forsskàl. On n’en sait pas
plus aujourd’hui, et il fallait tout l’optimisme de Raymond pour oser
écrire que « Forskal’s description, though brief, is as good as any published
in his day » ! En fait, il n’est pas possible, même en se limitant aux quelques
espèces connues d’Arabie, d’identifier avec certitude la plante de Forsskàl :
peut-être est-ce, comme le suggère Blake (7), Schœnoplectus litoralis
(Schrad.) Palla; mais peut-être aussi s’agit-il d’un autre genre...
Source : MNHN, Paris
141 —
4. Schœnoplectus saximontanus (Fern.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus saximontanus Fernald, Rhodora 3 : 251 (1901).
— S. supinus var. saximontanus (Fern.) Koyama, Can. Journ. Bol. 40 : 920 (1962).
— S. bergsonii Schuyler, Not. Nat. Philad. 423 : 6 (1969), syn. nov. (type : Schuyler
4032, PH).
— 5. supinus auct. non L. : Gray, Man. Bot. N.U.S., ed. 5 : 563 (1868).
— S. supinus var. hallii auct. non (Gray) Gray : Gray, Am. Journ. Sc. 12 : 467 (1876),
PP-
Type : Wight s.n., Texas, GH.
Amérique du Nord : États-Unis (Middle West), Mexique.
Amphicarpie indiquée par Gray en 1876 (20) sous le nom de Scirpus
supinus var. hallii: « in those with trifid as well as those with bifid [5. erectus]
stigmas of the ordinary flowers ».
Espèce vicariante en Amérique du S. lateriflorus de l’Ancien Monde,
dont elle reste très proche quoique constamment distincte par l'ornemen¬
tation cristée de ses akènes. Par contre, il semble difficile de maintenir un
statut spécifique distinct pour les populations du littoral texan (S. bergsonii
Schuyler).
5. Schœnoplectus erectus (Poir.) Palla ex J. Rayn., comb. valid.; Palla,
Monde des Plantes 12 : 40 (1910), comb. nud., quoad comb. tantum, excl.
specim. cit.
— Scirpus erectus Poir., Enc. Méth., Bot. 6 : 761 (1804).
— S. supinus subvar. erectus (Poir.) Rouy, Fl. Fr. 13 : 380 (1912), quoad comb. tant.
— Isolepis uninodis Del., Descr. Égypte 2 : 152, tab. 6,fig. 1 (1813) (type : Delile, holo-,
MPU!; iso-, P!).
— Scirpus uninodis (Del.) Coss. & Dur., Fl. Algér. 2 : 310 (1867).
— 5. supinus var. uninodis (Del.) Asch. & Schweinf., III. Fl. Égypte : 157 (1887);
C. B. Cl., Fl. Trop. Afr. 8 : 453 (1902), p.p.
— 5. supinus subsp. uninodis (Del.) Batt. & Trab., Fl. Alg., Mon. : 100 (1895); Maire,
Fl. Afr. Nord 4 : 61 (1957).
— 5. supinus var. digynus Boiss., Fl. Or. 5 ; 380 (1884), non Bock. 1870. Fondé sur
/. uninodis.
— 5. hallii Gray, Man. Bot. N.U.S., ed. 3, Add. : 97 (1863) (type : Hall s.n., GH, NY,
US).
— 5. supinus var. hallii (Gray) Gray, Man. Bot. N.U.S., ed. 5 : 563 (1867).
— 5. uninodis var. hallii (Gray) Beetle, Am. Journ. Bot. 29 ; 656 (1942).
— 5. annamicus Raymond, Nat. Canad. 84 (6-7) : 137 (1957), syn. nov. (type : Clemens
3277, P!).
— 5. guaraniticus Pedersen, Bot. Tidskr. 57 : 42, fig. 3 (1961) (type : Pedersen 962, C;
photo, K!).
— S. erismanæ Schuyler, Not. Nat. Philad. 423 : 3 (1969), syn. nov. (type : Schuyler
4012, PH).
— 5. wilkensii Schuyler, l.c. : 4 (1969), syn. nov. (type : Schuyler 4025, PH).
— S. raynalii Schuyler, Not. Nat. Philad. 438 : 1 (1971), syn. nov. (type : Yalala 425,
P! K!).
— 5. sinuatus Schuyler, l.c. : 2 (1971), syn. nov. (type : Story 5155, K!).
— S. supinus auct. non L. : Benth., Fl. Austral. 7 : 331 (1878).
Source : MNHN, Paris
— 142 —
Type : Du Petit-Thouars 13, Maurice 1 (holo-, iso-, P!).
Pantropicale des régions sèches à aire très disjointe : Lybie, Égypte,
Sénégal, Mali, Nigeria, Uganda, Tanzanie, Afrique méridionale, Mada¬
gascar, Maurice, Viêt Nam, Australie, États-Unis, Mexique, Argentine,
Paraguay.
Amphicarpie fréquente, quoique d’abord niée par Kern (27); signalée
par Blake (8) en 1969.
Malgré la relative variabilité des spécimens et les importantes dis¬
jonctions constatées, il me semble impossible de maintenir des distinctions
spécifiques au sein du matériel étudié; les spécimens nord-américains ne
se distinguent pas de ceux de l’Ancien Monde, contrairement au cas des
S. lateriflorus et saximonlanus ; l’ornementation des akènes offre les mêmes
variations d’intensité tant en Amérique qu’en Afrique ou en Australie,
et des intermédiaires se rencontrent aisément; aussi m’est-il impossible
de maintenir au rang spécifique les taxons créés par Schuyler, malgré les
nombres chromosomiques différents observés (42), nombres, qui assuré¬
ment reflètent une variabilité intraspécifique indéniable, mais ne peuvent,
à eux seuls ou même accompagnés des faibles différences morphologiques
invoquées, que mettre en évidence des races locales et non des espèces
distinctes.
Le nom de Scirpus erectus a été l'objet de confusions regrettables,
répétées et tenaces. C’est Clarke qui, bien qu’il ait annoté le type de
Poiret — mais sans le reconnaître pour tel — a le premier confondu cette
espèce avec S. juncoides Roxb.; cette dernière espèce existant autour du
Pacifique et en Amérique du Nord, sous le nom de S. purshianus, l'erreur a
proliféré parmi les auteurs américains et russes, et en particulier Beetle
qui (3) rattache comme variété à S. erectus une espèce voisine de S. juncoides,
S. wallichii; ceci bien que Chermezon ait depuis longtemps déjà (13)
relevé et corrigé l’erreur de Clarke, tout en apportant une erreur person¬
nelle en identifiant comme S. erectus un spécimen d’une espèce alors inédite,
S. oxyjulos...
Quant à la confusion entre S. erectus et S’, lateriflorus, elle a été entre¬
tenue par Blake (7) et surtout Raymond (38) pour que « there is absolutely
no doubt that ail these names [5. lateralis, Isolepis uninodis et S. lateriflorus]
apply to the same species » ceci bien qu’il décrive comme nouveau, trois
pages plus loin, son Scirpus annamicus, qui n’est autre que S. erectus !
La combinaison Schœnoplectus erectus, quoique acceptée par l’Index
Kewensis (Suppl. 4) comme publiée par Palla, demande à être validée
ici; en effet dans l’article en question (36) consacré à une liste de Cypé-
racées coréennes et japonaises, Palla ne fait aucune référence au basionyme,
la citation de Poiret entre parenthèses ne pouvant constituer une référence
suffisamment précise. D’autre part, notons que Palla suivait Clarke
1. Et non Madagascar, comme indiqué par Poiret dans son protologue (/.<•.); c'est
d'abord sur l'étiquette de l’isotype conservé personnellement par Poiret qu'apparait cette
erreur, résultant vraisemblablement d'un lapsus calami.
Source : MNHN, Paris
— 143 —
dans l’application erronée du nom, et que le matériel cité appartient en
réalité à S. juncoides.
6. Schœnoplectus heterophyllus (Schuyler) J. Rayn., comb. non.
— Scirpus heterophyllus Schuyler, Britlonia 22 (2) : 151-153 (1970).
— S. erectus auct. non Poir. : Cherm., Flore Madag. 29 : 149 (1937), p.p.
Type : Perrier de ta Bâthie 1543, Madagascar (holo-, P!).
Madagascar (Ambongo).
Amphicarpie inconnue, ceci en rapport avec l’habitat aquatique du
matériel récolté.
Espèce connue de seulement deux spécimens, méritant donc des
recherches complémentaires. Bien que très proche de 5. erectus elle semble
pouvoir être maintenue en raison des glumes nervées et des akènes lisses
(encore que ce dernier caractère puisse parfois se rencontrer chez de vrais
S. erectus'). Par contre, la présence de feuilles rubanées submergées n’a
rien d’exceptionnel dans le groupe; on peut souvent observer les restes
de telles feuilles à la base d’individus dont la croissance s’est d’abord effec¬
tuée dans l’eau avant l’assèchement de la mare temporaire, ceci chez
S. erectus , S. leucanthus ; l’existence de nombreuses feuilles de ce type
chez S. heterophyllus peut très bien n’être que la réponse biologique normale
à un habitat exceptionnellement inondé en permanence, et n’avoir par
conséquent aucune valeur taxonomique particulière.
7. Schœnoplectus microglumis Lye, Bot. Notis. 124 : 287 (1971).
— Scirpus supinus auct. non L. : C. B. Cl., Fl. Trop. Afr. 8 : 452 (1902), quoadspecint.
Q.-Dillon.
Type : Langdale-Brown 2323, Uganda, KAW, MHU.
Afrique orientale, de l’Éthiopie à la Zambie.
Amphicarpie encore non signalée, constatée dans tous les spécimens
conservés à Paris.
Espèce récemment décrite, encore peu connue, se distinguant de
S. lateriflorus non seulement par la petite taille de toutes les parties de
l’inflorescence, mais aussi par l’absence de nœud à la base de la tige, carac¬
tère qui la rapproche des S. leucanthus et proximus. Akène à ornementation
cristée.
8. Schœnoplectus leucanthus (Bock.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus leucanthus Bock., in Schinz, Verh. Bot. Ver. Brandenb. 29 : 46 (1888);
Podlech, Prodr. Fl. Südwestafr. 165 : 49 (1967).
— Isolepis supina var. tenais Nees, Linnæa 10 : 156 (1836) (syntypes : 4 échantillons
Ecklon s.n., iso-, PI).
Source : MNHN, Paris
— 144 —
— Scirpussupinus var. leucosperma C. B. Cl., Fl. Cap. 7 : 228 [(1898) (type : Drège 7414,
K! P!).
— Isolepis supina var. leucosperma Nees ex Drège, Flora 26, Zwei Pflanz. Doc. : 195
(1843), nom. nud.
?— Scirpus thunbergii A. Spreng., Tent. Suppl. Syst. Veg. : 4 (1828).
Type : Schinz 379, Afrique du Sud (iso-, K!).
Afrique du Sud, S.W. Africain.
Amphicarpie signalée en 1882 par Jackson (26) sous le nom de Scirpus
supinus.
Petite annuelle très proche de l’espèce suivante, mais en différant,
autant qu’on puisse juger d’après les quelques spécimens existant, par la
longueur relative de la bractée et par l’ornementation de l’akène à rides
beaucoup plus serrées dans la présente espèce; ces détails, joints à l’éloigne¬
ment géographique, me font maintenir un statut spécifique distinct.
Le nom Scirpus thunbergii A. Spreng. est valide et légitime; il pose
un problème de nomenclature car Clarke (16) le place dans la synonymie
de son S. supinus var. leucosperma. Mais les autres auteurs sont muets à ce
sujet, et la description originale ne semble pas bien s’appliquer à
S. leucanihus. Quoique non explicitement désigné par A. Sprengel, le type
a probablement été récolté par Thunberg mais ne figure pas dans son
herbier. Je préfère considérer Scirpus thunbergii comme un nomen dubium
tant que ce type n’est pas retrouvé.
9. Schœnoplectus proximus (Steud.) J. Rayn., comb. nov.
— Isolepis proxima Steud., Syn. PI. Glum. 2 : 95 (1855).
?— Scirpus polycoleus De Not., Ann. Sc. Nat., ser. 3, 9 : 326 (1848) (type : Figari in
Viviani, GE, delel. *).
?— Isolepis polycolea (De Not.) Steud., Syn. PI. Gl. 2 : 96 (1855).
— Scirpus supinus var. minimus Boiss., Fl. Orient. 5 : 380 (1884), excl. syn. S. pollicaris
Del. Fondé sur Isolepis proxima Steud.
— Scirpus supinus auct. non L. : Quézel, Mém. Inst. Rech. Sah. 4 : 121 (1958); Gillet,
Mém. Mus. Nat. Hist. Nat., ser. B, 17 : 181, 194 (1968).
Type : Schimper 31, Égypte (holo-, P!; iso-, BM!).
Afrique sèche : Égypte, Tchad, Éthiopie, Tanzanie.
Amphicarpie non signalée quoique particulièrement constante et
évidente, les bases des touffes étant renflées par les nombreux fruits basi-
caules. Cette espère de petite taille est restée pratiquement méconnue depuis
sa description. H. Gillet en a ramené un matériel particulièrement abon¬
dant et excellent de l’Ennedi.
I. Il ne m'a pas été jusqu'ici possible de retrouver un matériel authentique de ce taxon,
dont l'importance est particulière, étant donné la priorité de l'épithète, si la synonymie pro¬
posée se trouvait confirmée.
Source : MNHN, Paris
145 —
10. Schœnoplectus supinus (L.) Palla, Bot. Jahrb. 10 : 299 (1889).
— Scirpus supinus L., Sp. PI., ed. 1 : 49 (1753).
— Isolepis supina (L.) R. Br., Prodr. Fl. Nov. Holl. 1 : 77 (1810).
— Scirpus halleri Vitm., Summ. PI. 1 : 150 (1789), non Vill. 1787.
— S. melanospermus C. A. Meyer, Mém. Ac. Sc. Pétersb., ser. 6, 1 : 199 (1831) (loc.
typic. : Astrakhan, U.R.S.S.).
— S. supinus var. melanospermus (Mey.) Schmalh., Fl. 2 : 545 (1897).
— Schœnoplectus melanospermus (Mey.) Grossh., Fl. Kavk. 1 : 146 (1928).
Type : herh. Tournefort 5117 (lectotype, P!).
Europe et Asie occidentale tempérées, Algérie ( fide Maire), Tunisie
septentrionale; distribution assez discontinue dans le détail.
Amphicarpie considérée comme inexistante (Blake, 7), en réalité
rarissime, constatée chez deux individus ( Leresche s.n., entre Lausanne et
Morges; et un probable isotype de Scirpus melanospermus Mey., des
environs de la Caspienne).
Dans la partie orientale de son aire, beaucoup d’individus présentent
des soies hypogynes bien développées (S. melanospermus)-, ne différant pas
autrement du type linéen, ces populations ne méritent certainement pas
une individualisation au rang spécifique; d’une part le plus ou moins
grand développement des soies hypogynes est un caractère qui varie très
souvent au sein d’une même espèce chez les Cypéracées : on en trouvera
des exemples chez S. articulatus, autre espèce de la sect. Supini, chez des
espèces de la section voisine Actæogelon (S. juncoides, S. smithii, cf. Schuy-
ler, 46) ou de genres différents ( Scirpus, Eleocharis, etc.); dans tous ces cas
le critère du développement des soies n’autorise, à lui seul, que la distinction
de variétés. D’autre part, les soies développées de S. melanospermus ne
s’opposent pas à une absence chez S. supinus, mais bien à des soies très rudi¬
mentaires qui ne semblent pas avoir été signalées, et sont pourtant aisément
observables dans beaucoup d’échantillons ouest-européens; ces soies sont
le plus souvent réduites à des dents blanchâtres, minuscules mais nettement
aiguës, entourant le pied de l'akène. Ajoutons que la forme sans soies se
rencontre jusqu’à l'extrémité orientale de l’aire de l’espèce (désert kirghize,
2 échantillons à P!).
La typification de cette espèce linnéenne réclame un commentaire :
Cufodontis (19) a indiqué pour type : « Dalibard (Parisiis) ». Effective¬
ment le Floræ Parisiensis Prodromus de Dalibard (1749) est cité par Linné
dans son protologue; mais Linné cite également les Institutiones de Tourne¬
fort (1700). L’herbier de Linné ne contient aucun Scirpus supinus, ceci en
conformité avec le signe f inséré dans le protologue linnéen (= espèce
connue seulement d’après la littérature). Un lectotype doit donc être désigné.
La citation de Cufodontis ne semble pas résulter d’une réelle étude du pro¬
blème; en effet aucun herbier Dalibard n’est connu; cet auteur ne fait
d’ailleurs que se rétérer lui-même à Tournefort, dans l’herbier duquel
se trouve un bon matériel de son Scirpus supinus minimus, capitulis conglo-
batis, fuliis rotundo-teretibus, que je désigne ici comme lectotype de l’espèce.
Source : MNHN, Paris
— 146 —
11. Schœnoplectus hooperiæ J. Rayn., sp. nov.
Herba amuia 10-50 cm alla, cauhbus mimerosis cæspitosis cylindricis, diam. 1-2 mm,
haud seplalis, supra basin enodibus. Folia basilaria ad vaginas elaminatas muticas virides
margine sursum scariosas reducta, intima plerumque flos famineum unicum fovens. Braclea
inflorescentiæ erecla longa caulem simulons et continuons, plerumque quam caulem multo
longior. Inflorescentia capitata compacta sphærica, in diametro 8-15 mm, e spicis brevibus
plerumque numerosis densis constituta, interdum ad 3-4 spicas reducta. Squamæ oblongo-
lanceolatæ ca. 3 x 1,4 mm, apice acutæ, carina viridi in aristam excurvatam 0,3 mm
longam desinenti, lateribus membranaceis tenuiter ca. 7-nervatis hyalinis vel purpureo-
maculatis. Stamina 3, antheris linearibus 0,6 mm longis. Stylus ad 2,5 mm longus ad tertiam
partem trifidus. Achænium spicularum acute obovoideo-trigonum atrobrunneum læve nitidum
ca. 1 X 0,6 mm, breviter mucronatum. Setæ hypogynæ albidte brèves ca. 114-112 achænii
æquantes, sursum hamosæ, læves. Achænium basale inflato-trigonum, plus minusve dorso
complanatum, ca. 1,6 x 1,3 mm, setis destitutum.
Species ex affinitate S. supini, sed foliis dominâtis et achænio minore lævi præcipue
distincta ; S. roylei habita simulons sed caulibus haud septatis enodibus, squamis aristatis
et achænio lævi setis hypogyniis munito bene distinguenda. Vid. tab. 6.
Typus : Greenway & Kanuri 14441, Tanzania : Kinyantupu, 25 km a Msembi,
elev. 540 m, 2.5.1970 (holo-, K!; iso-, P!, NY!).
Tanzanie.
Espèce très intéressante, faisant en quelque sorte le passage entre
la série des espèces à tige cloisonnée (S. articulants) et S. supinus. Connue
aujourd’hui de cinq spécimens de vigueur et de taille assez différentes, mais
aux caractères bien constants, cette espèce est dédiée à Miss S. S. Hooper,
cypérologue à l'herbier de Kew, qui avait reconnu l’intérêt de ce matériel.
Miss Hooper, à qui l’on doit l'excellente révision des Cypéracées d'Afrique
occidentale de la seconde édition de la Flore d’HuTCHiNSON, a en parti¬
culier très bien clarifié, pour cette région du monde, la taxonomie des espèces
de la sect. Supini, jusque-là obscurcie par des confusions répétées sur les
noms de Scirpus supinus et erectus.
12. Schœnoplectus articulatus (L.) Palla, Bot. Jahrb. 10 : 299 (1889).
— Scirpus articulants L., Sp. PI., ed. 1, 1 : 47 (1753).
— Isolepis articula ta (L.) Nees, in Wight, Contr. Bol. Ind. : 108 (1834).
— Scirpus fistulosus Forssk., Fl. Æg.-Ar. : 14(1775) (type : Forsskal s.n., Égypte, C!;
photo, P!).
— Isolepis fistulosa (Forssk.) Del., Fl. Égypte : 50 (1812).
— Scirpus articulatus var. major Bock., Linnæa 36 : 702 (1870).
— Scirpus rehmannianus Bock, ex C. B. Cl., in Dur. & Schinz, Consp. Fl. Afr. 5 : 629
(1894), nom. nud.
Type : herb. Linné 71.4 (holo-, LINN!; photo, P!) 1 .
Paléotropicale largement mais sporadiquement distribuée dans les
régions sèches : Afrique sahélienne, du Sénégal au Kenya et à l’Afrique du
Sud, Madagascar (Marovoay), Ceylan, Inde, Australie.
1. Préférable au type indiqué par Cufodontis (19) : ‘Rheede', qui n’est qu'une illustration
et non, comme l’holotype de Linné, un spécimen.
Source : MNHN, Paris
— 147 —
Source : MNHN, Paris
— 148 —
Amphicarpie assez rare, signalée et illustrée en 1971 par Haines (21).
Cette espèce est demeurée confondue par la plupart des auteurs avec
S. prælongatus (voir ci-dessous) et même avec S. senegalensis ; Clarke (17)
avouait bien distinguer deux taxons en Afrique, mais prétendait que la
situation ne pouvait, en Inde, être clarifiée; encore récemment Kern (29)
est d’avis que ces trois espèces n’en font qu’une. La raison d’une situation
plus claire en Afrique est l’absence dans ce continent de S. prælongatus,
à certains égards intermédiaire entre S. articulatus et 5. senegalensis', mais
les trois espèces sont, à mon avis, bien clairement définies et méritent
leur statut.
Biologiquement, il est intéressant de constater que l’aire de S. articu¬
latus recouvre à la fois celle, occidentale, de S. senegalensis (Afr. trop.-
Inde), et celle, orientale, de S. prælongatus (Inde-Indonésie-Australie), ces
deux dernières espèces n’étant sympatriques qu’en Inde.
Beetle (3) et Raymond (38) considèrent cette espèce comme vivace.
Il se peut que, dans des conditions d’humidité particulièrement permanente,
des touffes de S. articulatus puissent vivre plusieurs saisons; cependant,
bien qu’il s’agisse d’une plante cespiteuse relativement puissante, sa mor¬
phologie et son écologie (dépressions argileuses temporairement inondables
fortement desséchées chaque année) font qu’elle se comporte certainement
en annuelle dans la grande majorité des cas.
Des spécimens de S. articulatus provenant d’Afrique tropicale méri¬
dionale (Rhodésie, Afr. Sud) offrent un aspect assez particulier : glumes
concolores pâles, plus aiguës, s’étalant à maturité comme chez S. roylei.
Ils correspondent à Scirpus rehmannianus Bock. (nom. nud.). La distinction
de ces populations ne m’a toutefois pas paru suffisamment nette pour
autoriser la définition d’un taxon autonome; certains des caractères observés
peuvent être dus à des conditions stationnelles particulières.
Généralement, les akènes de S. articulatus sont tout à fait dépourvus
de soies hypogynes. Toutefois on peut en rencontrer d’assez bien déve¬
loppées dans certains échantillons (plusieurs spécimens africains), qui ne
diffèrent pas autrement du type spécifique et confirment bien la faible
importance de ce caractère dans ce groupe. Phylétiquement des espèces
comme Scirpus smithii, S. supinus, S. articulatus se situent juste sur la limite
entre les espèces constamment pourvues ou dépourvues de soies; il est
normal que le caractère y soit fluctuant sans pour autant définir des entités
spécifiques formelles.
13. Schœnoplectus prælongatus (Poir.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus prælongatus Poir., Enc. Méth., Bot. 6 : 764 (1804).
— Isolepisprælongata (Poir.) Nees, in Wight, Contr. Bot. Ind. : 108 (1834) (‘prolongata').
— Scirpus incurvatus Roxb., Fl. Ind. 1 : 217 (1820) (type : Roxburgh s.n., BM!).
— Eieocharis incurvata (Roxb.) Schultes, Mant. 2 : 92 (1824).
— Hoioschanus incurvatus (Roxb.) Dietr., Sp. PI. 2 : 165 (1833).
— Isolepis incurvata (Roxb.) Nees. in Wight, Contr. Bot. Ind. : 108 (1834).
— Scirpus subarticulatus Roxb., Fl. Ind. 1 : 215 (1820) (type : Roxburgh s.n., BM!).
— Hoioschanus subarticulatus (Roxb.) Dietr., l.c. : 166 (1833).
Source : MNHN, Paris
— 149 —
— Carex glomerala Blanco, Fl. Filip.,ed. 2 : 24 (1845), non Thunb. 1794 (type : Blanco,
Philippines).
— Scirpus articulants auct. mult. non L. : C. B. Clarke, Fl. Br. Ind. 6 : 656 (1893),
p.p.; Kern, Fl. Males. 7 (3) : 513 (1974), p.p.
Type : Du Petit-Thouars, Inde (holo-, iso-, PI).
Asie tropicale, du Pakistan au Viêt Nam, Philippines, Australie.
Amphicarpie non encore signalée, moyennement fréquente.
Espèce ressemblant beaucoup à S. articulants quoique généralement
moins vigoureuse, et confondue avec elle par son auteur lui-même peu
après sa description originale (Poiret, Enc. Méth., Bot., Suppl. 5 : 91,
1817); les akènes à surface ridée-ondulée, et non lisse et brillante, suffisent
pourtant à l'individualiser de façon satisfaisante.
14. Schœnoplectus senegalensis (Hochst. ex Steud.) Palla ex J. Rayn.,
in P. de Fabrègues & J.-P. Lebrun, Cat. PI. Vase. Niger : 344 (1976).
— Isolepis senegalensis Hochst. ex Steud., Syn. PI. Gl. 2 : 96 (1855), non Scirpus senega¬
lensis Lam. 1791.
?— Scirpus articulatus var. tenuis Roth, Sp. Nov. : 26 (1821) (type : Heyne, Inde) >.
- Isolepis sintillima Steud., I.c. : 95 (1855), syn. nov. (type : Léman s.n., Égypte, PI).
— Scirpus articulatus var. stramineus Engl., Abh. Kôn. Ak. Wiss. Berlin 1891 (2) : 148
(1892) (type : Schimper 1123, Ethiopie, iso-. Kl).
— S.jacobi C.E.C. Fischer, Bull. Mise. Inf. 1931 : 103 (1931) (type : Heyne in
Wallich 3458, K! BM!).
— Schœnoplectus jacobi (Fischer) Lye, Bot. Notis. 124 : 290 (1971).
— Scirpus articulatus auct. non L. : C. B. Cl., Fl. Trop. Afr. 8 : 453 (1902), p.p.; Fl.
Cap. 7 : 228 (1898).
— S. prælongatus auct. non Poir. : Hutch., Fl. W. Trop. Afr., ed. 1,2 (2) : 466 (1936);
Cherm., Arch. Bot. Caen 4, mem. 7 : 25 (1931); Berh., Fl. Sén., ed. 2 ; 361 (1967);
Haines, Mitt. Bot. Staatss. München 10 : 537 (1971).
Type : Schimper 1194, Éthiopie (holo-, PI; iso-, K! BMI).
Afrique tropicale, de la Mauritanie à l’Afrique du Sud, descendant
la vallée du Nil jusqu'à la Basse-Égypte; Inde.
Amphicarpie signalée par Haines en 1971 (21) sous le nom alors encore
très utilisé de 5. prælongatus.
C’est, de loin, l’espèce du groupe la plus courante en Afrique, occupant
une aire continue et large alors que les localités de S. articulatus, beaucoup
moins nombreuses, se situent sur une aire périphérique plus étroite et plus
sèche. Le même phénomène semble se présenter en Asie où S. prælongatus
est représenté par des récoltes nettement plus nombreuses que S. articulatus.
Malgré cela, S. articulatus est seul présent à Madagascar, en une seule
localité il est vrai (introduction?).
A remarquer la synonymie nouvelle d 'Isolepis simillitna Steud., consé¬
cutive à la redécouverte d’un holotype longtemps conservé à Caen. Elle
a pour conséquence la caducité du nom Scirpus jacobi Fischer, même si
I. Je n'ai pas vu l'holotype de ce laxon, mais les seuls matériaux de ce groupe d'espèces
récoltés par Heyne et révisés (K! BM!) sont des S. senegalensis.
Source : MNHN, Paris
— 150 —
l’on n’accepte pas le genre Schœnoplectus : l'épithète simillimus est en effet
prioritaire et disponible dans Scirpus.
Clarke (17) faisait d’/. simillima un synonyme de Scirpus supinus.
15. Schœnoplectus roylei (Nees) Ovczinn. & Czukav., Fl. Tadjikist.
2 : 40 (1963); Lye, Bot. Notis. 124 : 290 (1971).
— Isolepis roylei Nees, in Wight, Conlr. Bot. Ind. : 107 (1834).
— Scirpus roylei (Nees) Parker, in Duthie, Fl. Upp. Gang. PI. 3 : 361 (1929); Beetle,
Am. Journ. Bot. 29 : 655 (1942).
— Isolepis lupulina Nees, in Wight, Contr. Bot. Ind. : 107 (1834) (type : Royle 31).
— Scirpus lupulinus (Nees) Roshev., Fl. U.R.S.S. 3 : 53 (1935), non Spreng. 1807.
— Schœnoplectus lupulinus (Nees) Krecz., Fl. Uzbekist. 1 : 330 (1941).
— Scirpus quinquefarius Buch.-Ham. ex Bock., Linnæa 36 : 701 (1870) (type : Wallich
3465, K!, BM!).
— Scirpus melanospermus var. major Regel, Act. Hort. Petrop. 7 : 558 (1880) (type :
Fedtschenko s.n., Turkestan, iso-, P!).
Type : Royle 48, Inde.
Afrique tropicale sèche, de la Mauritanie au Kenya et à la Rhodésie;
Asie centrale tropicale et subtropicale, du Turkestan à l’Inde.
Amphicarpie fréquente, pas encore signalée.
Espèce proche, parfois récoltée en mélange avec S. senegalensis,
pourtant reconnue comme distincte depuis longtemps, sans doute à cause
de l’aspect assez frappant des inflorescences mûres aux glumes étalées à
angle droit. Chez 5. roylei le cloisonnement de la tige et de la bractée prin¬
cipale est parfois peu évident, et n’apparaît que par frottement de l’échan¬
tillon sur une surface dure.
16. Schœnoplectus vohemarensis (Cherm.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus vohemarensis Cherm., Bull. Soc. Bot. Fr. 68 : 423 (1921).
Type : Perrier de la Bâthie 2568, Madagascar, P!
Madagascar.
Amphicarpie dans tout le matériel connu, pas encore signalée.
Quoique affine de S. roylei cette espèce en reste très distincte par son
style brièvement bifide et son akène orné de rides moins nombreuses très
prononcées. Les cloisonnements de la tige et de la bractée sont très peu
distincts.
Alors que le groupe des Supini à tige cloisonnée par ailleurs est très
mal représenté à Madagascar {S. articulatus, en une seule localité) il est
remarquable de constater qu’il y a différencié une espèce endémique.
Source : MNHN, Paris
— 151 —
17. Schœnoplectus oxyjulos (S. Hooper) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus oxyjulos S. Hooper, Kew Bull. 26 (3) : 581 (1972).
— S. erectus auct. non Poir. :Cherm., Arch. Bot. Caen 4, mém. 7 : 26 (1931), p.p.,
quoad specint. Tisseront.
Type : Morton & Gledhill SL 27, Sierra Leone, K!
Afrique occidentale et centrale, de la Guinée au Sudan. Espèce loca¬
lisée aux mares temporaires sur dalles rocheuses ou cuirasse latéritique.
Amphicarpie signalée comme fréquente par S. Hooper en 1972 (23).
Il est regrettable que Chermezon (13) ait confondu le premier échan¬
tillon connu de cette remarquable espèce avec Scirpus erectus Poir., alors
que dans la même page il mettait un terme à la confusion entre cette espèce
et Scirpus juncoides Roxb., confusion tenace répandue surtout par Clarke
et dont il reste des traces encore aujourd’hui.
S ch. oxyjulos est une espèce taxonomiquement assez isolée en raison
de plusieurs caractères bien originaux de son inflorescence et de son akène
« podocarpe ». Il est curieux de constater le mimétisme existant de ce point
de vue entre trois Cypéracées fréquentant le même milieu de mares sur
cuirasse : Sch. oxyjulos, Cyperus podocarpus Bock, et C. lateriticus J. Rayn.
Une telle ressemblance suggère une cause biologique commune, mais
quelle est-elle?
18. Schœnoplectus lævis (S. T. Blake) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus lævis Blake, Proc. Roy. Soc. Queensl. 51 (11) : 177 (1940).
Type : Blake 13483, Queensland (holo-, BRI; iso-, K!).
Australie.
Amphicarpie signalée lors de la description en 1940 (Blake, 2).
Espèce également assez isolée taxonomiquement, comme Sch. oxyjulos
ou comme l’autre endémique australienne du groupe, Sch. dissachanthus,
avec laquelle elle n’a toutefois que très peu en commun. Il est difficile de
raccorder ces taxons aux autres groupes; sans doute résultent-ils d’une
évolution ancienne à l’écart des autres espèces, pour des raisons géogra¬
phiques (espèces australiennes) ou écologiques (S. oxyjulos).
19. Schœnoplectus reductus (Cherm.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus reductus Cherm., Bull. Soc. Bot. Fr. 68 : 423 (1921).
Type : Terrier de la Bâthie 7021, Madagascar, P!
Madagascar.
Un spécimen du Pakistan (Beg & Zeller s.n., K!) diffère très peu de 5. reductus.
Le matériel (un seul individu) est toutefois trop pauvre, et la variabilité même de
l’espèce trop mal connue, pour qu’on puisse aujourd’hui se prononcer sur l'identité
exacte de cette plante, dont la localité pose de toute façon un problème biogéogra¬
phique (introduction ?).
Source : MNHN, Paris
— 152 —
20. Schœnoplectus aberrans (Cherm.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus aberrans Cherm., Bull. Soc. Bot. Fr. 68 : 423 (1921).
Lectotype : Perrier de la Bâthie 2692, Madagascar, P!; syntype : Perrier de la
Bàlhie 2687, P!
Madagascar.
Je désigne comme lectotype le spécimen Perrier 2692, matériel meilleur
et plus abondant que Perrier 2687.
21. Schœnoplectus perrieri (Cherm.) J. Rayn., comb. nov.
— Scirpus perrieri Cherm., Arch. Bot. Caen 3 (12) : 194 (1929).
Type : Perrier de la Bâthie 17327, Madagascar, P!
Madagascar.
Les trois dernières espèces, toutes rares endémiques malgaches, méri¬
tent un commentaire commun; quoique différant très nettement les unes
des autres, elles constituent un groupe à part, isolé non seulement géogra¬
phiquement, mais par un faisceau de caractères qui en font l'élément le
plus spécialisé de toute la section Supini ; ces espèces ont en commun :
un nombre de stigmates réduit à deux, ceci même dans les fleurs basales
(alors que dans le reste de la section les fleurs basales ont 3 stigmates);
une tige portant constamment un épillet aérien unique et plusieurs fleurs
basicaules, le tout constituant en fait un seul épillet sans pièces stériles, à
discontinuité seulement apparente; cet épillet peut, en outre, se contracter
chez S. perrieri en devenant totalement basicaule.
C’est pour S. reductus, dans la Flore de Madagascar, que Chermezon
(14) a donné la première illustration, d’ailleurs assez sommaire, de la basi-
carpie chez Schœnoplectus (pi. 13, fig. 8).
A propos de ces espèces, il faut admirer les remarquables qualités
d’observateur de Perrier de la Bâthie, seul récolteur de ces plantes probable¬
ment rares et de surcroît aisément négligées pour leur petite taille ou leur
apparente stérilité. Il n’est pas exclus que Madagascar recèle d’autres espèces
encore inconnues de ce groupe qui semble habiter plutôt l’ouest de la Grande
Ile, région encore insuffisamment prospectée.
CONSIDÉRATIONS SUR LA BIOLOGIE, LA BIOGÉOGRAPHIE ET L’ÉVOLU¬
TION DE LA SECT. SUPINI.
En guise de conclusion à cette revue des Schœnoplectus sect. Supini,
il faut souligner que beaucoup d’entre eux sont connus par un nombre de
récoltes faibles, eu égard à l’étendue de leur aire de répartition; ne font
guère exception que S ch. senegalensis et Sch. prælongatus. Cela ne résulte
probablement pas seulement de récoltes insuffisantes, mais traduit sans
Source : MNHN, Paris
— 153 —
doute la dissémination sporadique de populations peu abondantes, d’étendue
limitée et peut-être instables; le fait a été souligné en Amérique du Nord
par Schuyler (42) ; l’aire disjointe de Sch. supinus en Europe en est un autre
exemple. Il faut sans doute voir dans cette caractéristique générale de la
section un phénomène lié à l’écologie de plantes colonisant des milieux
temporairement inondables à végétation ouverte, grèves de cours d’eau,
de lacs, mares temporaires, biotopes tous susceptibles de fluctuations et
de transformations rapides.
Dans cette catégorie de biotopes où la survie d’espèces annuelles est
problématique, l’amphicarpie est très vraisemblablement un atout favo¬
rable. Il serait très souhaitable que des études de terrain et de laboratoire
précises nous apprennent si l’amphicarpie, productrice de fruits différant
topographiquement et morphologiquement, ne s’accompagne pas de
différences physiologiques dans la dormance et la longévité des deux sortes
de fruits.
Telle qu’elle est conçue ici, la sect. Supini compte donc 21 espèces,
dont 16 existent en Afrique et à Madagascar. Onze espèces sont endémiques
de cette région du monde, qui a sans doute constitué un important centre
de diversification de la section, même si la souche de cette dernière a une
origine plus orientale. Par contre, l’Amérique joue dans la biogéographie
de ce groupe un rôle très modeste, et sans doute récent : sans quoi la sec¬
tion ne serait pas pratiquement absente de toute la partie tropicale du
continent. La diversification des populations, actuellement en cours en
Amérique du Nord, montre peut-être une spéciation embryonnaire, mais à
mon avis pas encore réalisée; même l’espèce S. saximontanus, qui s’est,
en Amérique, différenciée de S. lateriflorus paléotropical, reste très proche
de ce dernier et pourrait sans doute être considérée comme sous-espèce
vicariante.
Taxonomiquement, nous avons affaire à quelques groupes d’espèces
restés assez homogènes : n’est-il pas surprenant de constater que des
21 espèces de la section, 9 ont un jour ou l’autre été confondues sous le nom
linnéen de S. supinus, et 3 sous l’autre nom linnéen de S. ariiculalus? Pour
constantes qu'elles soient les différences spécifiques ne sont donc pas tou¬
jours évidentes; la section est sans doute le produit d’une évolution récente,
fait en plein accord avec sa situation phylogénique : tout semble montrer
que, du genre Schœnoplecius, déjà assez évolué au moins pour certains
critères (Van der Veken, 49), la sect. Supini, constituée d’annuelles sans
soies hypogynes, ayant acquis l’amphicarpie, est la fraction la plus évoluée.
Ce groupe se trouve, par rapport à l’ensemble de la famille et plus particu¬
lièrement des Cyperoideæ, dans la même situation de pointe que Pycreus,
Kyllinga, Lipocarpha, Mariscus sect. Bulbocaules, Bulboslylis. Le fait que
tous ces groupes aient leur centre de diversification principal dans les
régions de savanes d’Afrique orientale, et soient tous des groupes spécia¬
lisés et récents, n’est pas, à mon avis, une coïncidence fortuite, et s’oppose
assez nettement à la concentration dans d’autres régions du monde (Amé¬
rique méridionale, Afrique du Sud, Indo-Malaisie, Australie) de groupes
beaucoup moins évolués.
Source : MNHN, Paris
— 154 —
BIBLIOGRAPHIE
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Source : MNHN, Paris
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UNE NOUVELLE ESPÈCE DU GENRE JULBERNARDIA Pellegr.
(CÉSALPINIACÉES) EN AFRIQUE OCCIDENTALE
par J.-F. Villiers
Résumé : Une nouvelle espèce de Julbernardia est décrite. Une clé de détermination
des espèces du massif forestier camerouno-gabonais est établie.
Summary: A new species of Julbernardia is described. A key to détermination to
species from Cameroun and Gabon is established.
Au cours de prospections floristiques dans la région de Bipindi-Lolodorf
(Cameroun), nous avons trouvé, grâce aux indications de R. Letouzey,
un arbre en fleurs et en fruits qui semble être une nouvelle espèce apparte¬
nant au genre Julbernardia Pellegr.
Ce genre créé par Pellegrin. en 1943, pour des plantes récoltées au
Gabon ( J. hochreuteneri Pelleg., espèce type), groupait 8 espèces : 5 angolo-
zambésiennes et 3 guinéennes. 11 fut ensuite scindé en deux par Duvi-
gneaud (1950), suivi par L. Hauman (1952) : le genre Julbernardia s.s.
étant limité aux espèces guinéennes et le genre Pseudoberlinia Duvign.
rassemblant les trois espèces zambésiennes. Le point de vue de ces deux
auteurs ne semble pas être adopté par tous. En effet, Rocha da Torre
& Hillcoat, dans le « Conspectus Floræ angolensis » (1956), reprennent
la conception de Troupin en ce qui concerne l’espèce paniculala qu’ils
replacent dans le genre Julbernardia. Léonard (1957), étudiant les plantules
des différentes espèces de Julbernardia s.s., de Pseudoberlinia et de Paraber-
linia Pellegr. admet que ces trois genres doivent être confondus en un seul :
Julbernardia. White, dans « Flora of Northern Rhodesia » (1962), consi¬
dère que les deux espèces paniculala et globiflora appartiennent au genre
Julbernardia comme l’avait établi Troupin en 1950. Hutchinson, dans
« Généra of Flowering Plants » (1964), met en synonymie les trois genres
cités précédemment et ne conserve que Julbernardia. Aubréville (1968,
1970) maintient le genre monotypique Paraberlinia d’après les caractères
des pétales.
Le genre Julbernardia, pris dans son sens large, comprend 9 espèces
en majorité australes ou orientales, caractéristiques des forêts claires et
des savanes.
Source : MNHN, Paris
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Julbernardia letouzeyi J.-F. Villiers, sp. nov.
Arbor 3-10 m. Folia foliolis oppositis 1-jugis. Rhachis cunt petiolo I cnt longo. Foliota
breviler petiolata, glabra, obiongo-obovata, acuminata oblusa, dissymmetrica, basi attenuata
hujus parte externa rotundata, hujus interna acuta. Flores rosei in paniculis terntinaiibus
pubescentibus. Pedicelli 1 cm longi, pubescentes. Bracteohe persistentes. Sepala 5 libéra,
ciliata. Petala 5 libéra, 4 filiformia, I majus, oblanceolatum, unguiculatum, apice
atlenuatum. Stamina 10, 9 connota, I liberunt. Ovarium stipitatunt pubescens. Fructus
glaber, tenais, sutura supera breviter alata, sine nervo medio longitudinale, seminibustribus.
Type : J.-F. Villiers 1058, colline de Nkoltsia, 3°10'30" N et 10°16'30" E, 23 km
NW de Bipindi (holo-, P!; iso-, P!, YA!).
Petit arbre d’une hauteur de 3 à 10 m, bas branchu. Tronc droit attei¬
gnant un diamètre de 80 cm, à base faiblement lobée (parfois petits contre-
forts à 45°). Rhytidome blanchâtre ou jaunâtre, fissuré longitudinalement.
Tranche de l’écorce vieux rose, brunissant à l’air, épaisse de 1 cm environ.
Extrémité des jeunes rameaux couverte d’une pubescence courte, dense,
rousse, appressée. Rameaux âgés grisâtres, courtement fendillés longitu¬
dinalement, montrant des lenticelles brunes. Houppier peu dense. Feuilles
composées unijuguées, alternes, stipulées. Stipule caduque, foliacée, asymé¬
trique, long de 5-9 mm, elliptique, à bord finement pubescent, côté adaxial
de la base atténué à cunéiforme, côté abaxial fortement arrondi à faiblement
cordé, sommet obtus à faiblement aigu. Pétiole long de 0,6-1 cm, canaliculé
dessus et ridé longitudinalement, faiblement et courtement pubescent roux
dessous, à base conique ridée transversalement, courtement pubescente,
à sommet élargi se terminant à la face inférieure par un mucron globuleux,
pubescent à la base, entre les pétiolules. Pétiolule long de 0-1 mm, aplati
transversalement, plus ou moins tordu, ridé sur le côté externe et strié
transversalement, parfois pubescent roux sur le côté interne de la face
supérieure, ridé et plus ou moins pubescent à glabre à la face inférieure.
Limbe asymétrique, vert plus ou moins luisant sur les deux faces à l’état
frais, et marron terne sur les deux faces à l’état sec, coriace, glabre, parfois
criblé de points translucides, plus ou moins falciforme, elliptique, 6,5-13
X 2,3-5 cm, à base atténuée à la face interne et arrondie à la face externe,
à sommet obtus ou acuminé-obtus. Nervation saillante sur les deux faces.
Nervure médiane arquée, rapprochée du bord interne du limbe, sillonnée
à la face supérieure, et ridée longitudinalement, éparsement pubescente
à glabre à la face inférieure, aplatie à la base, devenant triangulaire en
section vers le sommet. Nervures secondaires, environ 12 paires, ascen¬
dantes, peu arquées, s’anastomosant à 1,5-3 mm du bord du limbe. Nervilles
en réseau dense à mailles carrées ou polygonales.
Inflorescence en panicule terminal multiflore. Rachis rosâtre à l’état
frais, marron jaunâtre à l’état sec, pubescent à poils appressés, fortement
anguleux. Pédicelle pubescent, rose à l’état frais, long de 1-1,3 cm, marqué
de 2 côtes longitudinales. Bouton floral entouré par les bractéoles, à pré-
floraison imbriquée, à étamines repliées. Bractéoles épaisses et coriaces,
roses extérieurement à l’état frais, marron jaunâtre sur les deux faces à
l’état sec, densément pubescentes, soyeuses sur les deux faces, sauf à la
Source : MNHN, Paris
— 159 —
PI. 1. — Julbernardia letouzeyi J.-F. Villiers : I, feuilles et inflorescences x 0,5; 2, stipule x 4;
3, coupe trans. schématique du pétiole x II ; 4, pétiolule et base du limbe face sup. x 7,5;
5, sommet du pétiole et base des limbes face inf. x 6; 6, détail axe inflorescentiel x 3;
7, 8, coupe transversale schématique de l'axe inflorescentiel x 9 (I, 6-8, J.-F. Villiers
1058 ; 2-5, J.-F. Villiers 791).
Source : MNHN, Paris
— 160 —
base de la face interne, valvaires, largement elliptiques, 1,2 X 1 cm, à base
très fortement cordée, bords latéraux épaissis, formant dans le bouton
floral une carène latérale méridienne, carène dorsale médiane saillante,
sommet obtus. Fleur épanouie pentamère, zygomorphe, blanche, entourée
par les bractéoles persistantes plus ou moins réfléchies. Sépales 5, imbriqués,
dressés, rougeâtres, elliptiques, asymétriques : 2 dorsaux 7,5-9 x 4 mm,
3 latéraux et ventraux 7-9 x 2 mm, bords latéraux repliés, ondulés et
densément ciliolés, base de la face externe rarement faiblement pubescente.
Pétales glabres, blancs, libres entre eux, 4 linéaires ou très étroitement lan¬
céolés, longs de 2,5-3,5 mm, à sommet aigu, et 1 grand dressé ou largement
réfléchi, largement elliptique oblancéolé, 1,2-1,5 x 0,8 cm, asymétrique et
rétréci à la base charnue latéralement, à bords lobés et ondulés, onglet
long de 2 mm, charnu, canaliculé à la face interne. Étamines blanches 10 :
9 soudées entre elles, 1 libre, fortement appressée ou faiblement soudée
à la base de l’ovaire; filet grêle, courbe, long de 1,4 cm, étroitement rétréci
au sommet, anthère à 2 loges ellipsoïdes, 2,25 x 0,75 mm, médifixe, connectif
creusé d’une dépression sous le filet. Ovaire densément pubescent, section
en T, oblong, 6 X 3,5 mm, à loge très étroite contenant 2-3 ovules ana-
tropes. Style grêle, glabre, long de 12 mm, se terminant par un stigmate
en plateau à 3 lobes peu distincts, verruqueux.
Gousse plate déhiscente, rouge vineux à maturité à l’état frais, dressée
à l’extrémité des rameaux, glabre, obliquement oblongue, 12 x 4,6 cm,
très faiblement ridée transversalement, suture avec méplat faiblement ailé,
sommet apiculé, restes de la fleur persistants à la base du fruit. Graines 2-3,
oblongues à rectangulaires.
Plantule à feuilles primordiales semblables aux feuilles adultes, oppo¬
sées, à pétiole plus épais et long de 2 cm. Axe hypocotylé long de 7-10 cm.
Axe épicotylé long de 9-11,5 cm.
Matériel étudié : Lelouzey 12716 (= 32165 HNC) P!, YA!, 12911 (= 32154 HNC )
P!, YA!, colline de Nkoltsia, 18 km NW de Bipindi, près Gouap (stér.); Villiers J.-F. 753,
P!, 791, P!. 871, P!, YA!, 931, P!, 1058, P!, YA!, 1105, P!, YA!, colline de Nkoltsia,
3°10'30" N et 10“16'30" É, 23 km NW de Bipindi, fl. avr., fr. juin, plant, nov.
J. letouzeyi croît sur une colline à substrat gréseux. Il y est très abon¬
dant et est une espèce caractéristique de la voûte forestière en mélange
avec Syzygium guineense (Willd.) DC. var. littorale Keay, Cassipourea
barteri (Hook. f.) N.E. Br., Manilkara obovata (S. & G. Don) J. H. Hemsley.
Il peut devenir localement la seule espèce de la strate arborescente.
J. letouzeyi montre des affinités certaines avec J. unijugata Léonard
(appareils végétatifs très voisins et fleurs très proches par leurs tailles et
leurs structures), mais on peut cependant les distinguer par les caractères
suivants :
— les jeunes rameaux sont pubescents chez J. letouzeyi et glabres
chez J. unijugata,
— le mucron terminant le pétiole est effilé et caduc pour l’espèce
zambésienne, alors qu’il est globuleux et persistant chez l’espèce guinéenne.
Source : MNHN, Paris
PI. 2. — Julbernardia letouzeyi J.-F. Villiers : 1. bouton floral x 2; 2, coupe transversale du
bouton floral x 3 {Br, bractéoles; F, filet staminal; A, anthère; 5, sépale; E, grand pétale);
3, fleur vue ext. dorsale x 1.1 ; 4, fleur vue ext. latérale x 1,4; 5, coupe long, de la fleur
x 2,3; 6, diagramme floral; 7, sépales : 2: 8, grand pétale x 2,3; 9, pétale filiforme x 6,8;
10, base étamines x 2,6; 11, anthère face dorsale x 3,3; 12, pistil x 2,2; 13, coupe trans¬
versale de l'ovaire x 2,2; 14, ovule x 8; 15, fruit x 0,5; 16, coupe transversale schéma¬
tique du fruit x 0,5 (1-14, J.-F. Villiers 1058; 15-16, J.-F. Villiers 931).
Source : MNHN, Paris
— 162 —
— les sépales sont glabres extérieurement chez J. letouzeyi et plus
ou moins pubescents extérieurement chez J. unijugala,
— le fruit est glabre, rouge vineux et plus grand chez l’espèce came¬
rounaise tandis qu’il est tomentelleux fauve chez l’espèce tanzanienne.
Cette espèce nouvelle se distingue des autres espèces du genre par
ses feuilles toujours unijuguées.
CLÉ POUR LES ESPÈCES CAMEROUNAISES ET GABONAISES
1. Feuilles unijuguées; limbe 6,5-13 x 2,3-5 cm; rachis pubescent dessous,
long de 0,6-1 cm; pédicelles floraux égaux ou supérieurs à 1 cm; méplat
de la suture dorsale de la gousse inférieur à 1 cm. J. letouzeyi
1'. Feuilles plurijuguées.
2. 4-6 paires de folioles.
3. Limbe 8-19 x 3-6,5 cm; rachis glabre, long de 12-15 cm; pédi¬
celles floraux supérieurs ou égaux à 1 cm. J. hochreuteneri
(Gabon)
3'. Limbe 3-6 x 1,2-2,5 cm; rachis pubescent, long de 7-9 cm;
pédicelles floraux longs de 3-5 mm. J. brieyi
(du Gabon au Cabinda)
2'. 3 paires de folioles. J. seretii
(du Nigeria au Zaïre)
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ACHEVÉ d’imprimer LE 9 JUILLET 1976
SUR LES PRESSES DE FD EN SON
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE - 61002 A1ENÇON
Dépôt légal : 2 e trimestre 1976 - 80.894
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris