ADANS
NIA
Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
A. AUBRÉVILLE
Membre de l’Institut
Professeur Honoraire
Nouvelle Série
Tome IX
FASCICULE 2
1969
PARIS
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
16, rue de Buffon, Paris (5 e )
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
Président
A. Aubréville : Membre de l’Institut.
Professeur Honoraire au Muséum national d’Histoire naturelle.
Membres
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
A. Eichhorn : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandri : Professeur au Muséum national d'Histoire naturelle.
•J. F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Portéres : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Schnell : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M. L. Tardieu-Blot : Directeur de laboratoire à l’E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
Rédacteur en chef : A. Le Thomas.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tête d'article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l'auteur ne doit y être mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Ex. : Aubréville, A. — Contributions à l'étude des Sapotacées de la Guyane française.
Adansonia, ser. 2, 7 (4) :451-465, tab. 1 (1967).
Pour tous les articles de taxinomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères
gras et les noms d’auteurs des différents taxa.
Le format des planches doit être de 16 x 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptées.
Les auteurs reçoivent gratuitement vingt-cinq tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, rue Buffon. Paris V» — Tél. : 402. 30-35
Prix de l’abonnement 1969 : France et Outre-Mer : 50 F
Étranger : 60 F
C.C.P. Paris 17 115 84
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (2) 1969.
SOMMAIRE
Aubréville A. — Essais sur la distribution et l’histoire des Angio¬
spermes tropicales dans le Monde. 189
Schnell R. — Contribution à l’étude des Podostémonacées de
Guyane . 249
Letouzey R. — Présence au Gabon du genre Pogonophora Miers
ex Bentham, Euphorbiacée d’Amérique du Sud tropicale .... 273
— et White F. — New Diospyros (Ebenaceæ ) in occidental and
central Africa. 277
Bogner J. — Une nouvelle espèce du genre Callopsis Engl. (Ara-
cées) et considérations taxinomiques sur ce genre . 285
Bosser J. — Contribution à l’étude des Orchidaceæ de Madagascar.
VIII. Sur trois nouvelles espèces du genre Habenaria Willd... 293
— et Morat P. — Contribution à l’étude des Orchidaceæ de Mada¬
gascar. IX. Les genres Grammangis Rchb. f. et Eulophiella
Rolfe . 299
Lescot M. — Une nouvelle Papilionacée sénégalaise : Tephrosia
Berhauliarta Lescot . 311
Date de publication du facs. 1, 1969 : 3 Juillet 1969.
La publication d’un article dans Adansonia n’implique nullement
que cette revue approuve ou cautionne les opinions de l’auteur.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (2) 1969.
ESSAIS SUR LA DISTRIBUTION
ET L’HISTOIRE DES ANGIOSPERMES TROPICALES
DANS LE MONDE
par A. Aubréville
Résumé : La répartition des Angiospermes ligneuses tropicales est étudiée ainsi
que de nombreux cas remarquables de disjonctions et de liaisons intercontinentales,
à l'échelle des familles, sous-familles, tribus, et parfois espèces. Après une étude criti¬
que des explications possibles de ces faits, une explication générale est proposée fondée
sur les hypothèses d’une origine tropicale des Angiospermes, de la théorie wégenérienne
de la dérive des continents, et de la succession depuis le crétacé de diverses vagues
floristiques, les plus récentes submergeant les plus anciennes. En particulier, il est
probable que toutes les flores tempérées d’Angiospermes ligneuses eurent une origine
tropicale.
Summaky : Comparative study of the problcms of the distribution of tropical
woody Angiosperms as well as of a good deal of remarkable cases of disjunctions and
intercontinental liaisons, either in the rank of family, subfamily, tribe, and sometimes
species. The author proposes, after a critical study of the possible explanations of
these facls, a general explanation, based upon the hypothèses of a tropical origir. of
the Angiosperms, of Wegcncr’s theory of the continental drift, of the succession, of
several diverse floristic waves since the Cretaceous period, of which the more recent
submerge the more ancicnt ones. In particular, it is probable that ail the temperate
floras of woody Angiosperms are of tropical origin.
Sommaire
Stratification latitudinale des grands ensembles floristiques mondiaux. 192
Disjonctions intercontinentales. Cas de la flore australe tempérée et subtropicale 197
Disjonctions africaines . 200
De l'assise continentale des familles et tribus tropicales . 203
Liaisons intercontinentales.
I. Cas d’aires satellites extra-atlantiques Amérique-Afrique. Genres et
espèces du littoral et des régions maritimes
а ) Espèces des rivages atlantiques, mangroves et plages. 208
б) Groupes typiquement américains représentés par de rares élé¬
ments en Afrique occidentale. 209
c) Groupes africains sporadiquement représentés en Amérique.. 214
IL Cas d’espèces africaines occidentales isolées appartenant à des groupes
indo-malais ou océaniens . 215
III. Cas des liaisons Madagascar-Asie, Océanie . 217
IV. Reliques de variations mésogéennes. 219
Source : MNHN, Paris
— 190 —
La mangrove indo-pacifique . 220
Disjonctions transpacifiques et disjonctions africano-européennes. 221
Préludes à l’histoire tertiaire des flores d’angiospermes. 223
Hypothèse sur la position et les déplacements de l’équateur tertiaire. 227
Groupes à aires bipolaires ou bitropicales. Théorie générale des vagues floris¬
tiques . 232
Un problème particulier africain, la distribution des Cæsalpiniées (Eucæsalpi-
niées). 236
Théories sur l’origine australe générale des angiospermes. 238
Origine tropicale des flores ligneuses tempérées. 241
Brève histoire hypothétique des llores tertiaires de l'Afrique. 243
L’histoire de la distribution des grands groupes naturels d’Angio-
spermes est l’elïet de leur origine la plus primitive et, dans le déroulement
des temps géologiques, de leur phylogénèse, de leurs migrations, de leur
compétition pour la place, celles-ci étant liées aux transformations des
terres et des bioclimats. La distribution actuelle est un moment à la fois
de cette histoire, de leur évolution et des changements des milieux.
Leurs aires sont aujourd’hui limitées à des continents ou à des parties
de continents, ou au contraire étendues universellement; elles sont sou¬
vent plus ou moins morcelées, parfois très réduites ayant alors le carac¬
tère de reliques; elles sont parfois amphiéquatoriales mais peuvent être
aussi curieusement bitropicales. La connaissance de cette chorologie des
groupes ne permetlrait-elle pas de dégager certains faits généraux ayant
des rapports certains ou vraisemblables avec leur histoire et avec celle
de la Terre. C’est ce que nous voudrions examiner. Cette étude suppose
acquise la connaissance fondamentale des aires géographiques. Celle-ci
est assez avancée aujourd’hui pour que notre entreprise mérite d’être
tentée, si nous nous limitons à la chorologie des plus grands groupes
systématiques, familles et sous-familles, tribus et sous-tribus; mais avec
une réserve capitale et évidente cependant, c’est que la systématique
de ces groupes soit solidement établie. Ce n’est pas toujours le cas. La
position de quelques-uns est toujours un sujet de recherches ou de contes¬
tations entre botanistes; les opinions diffèrent sur les rapprochements
et démembrements à faire, sur les divisions tribales à introduire et sur
les phylums les plus vraisemblables. Dans l’ensemble nous admettons
cependant que les grandes structures des Angiospermes sont fixées,
même s’il est vrai que beaucoup de consolidations et de révisions restent
à faire. Nous pensons ainsi que notre projet d’étude est réalisable, mais
comme nous en percevons les limites et les moyens, nous la qualifions
prudemment de simples essais.
Au point de vue phytogéographique et phylogénétique qui est le
nôtre, les unités les plus intéressantes sont quelquefois les familles et
sous-familles mais plus encore, pour des recherches plus approfondies
et plus précises, les tribus. Celles-ci plus restreintes territorialement,
plus homogènes taxonomiquement, paraissent plus exactement adaptées
à un cadre géographique défini dans lequel elles ont évolué. Souvent
nos familles sont très grandes, et la non considération de leurs divisions
naturelles ne permettrait pas de retirer valablement de leur examen
Source : MNHN, Paris
— 191 —
chorologique toutes les conclusions utiles et possibles. Pour cette raison
nous ne nous dissimulons pas que de grands développements sont encore
à attendre et à souhaiter de la systématique et de la morphogénèse des
groupes végétaux. Cette opinion peut paraître étonnante à une époque
où la systématique est pour certains une branche de la botanique qui
est dépassée sinon figée. Il est plus exact de dire que les progrès d’autres
branches de la botanique la laissent effectivement en arrière dans l’esprit
de nos contemporains; mais si elle est bien restée en arrière, si elle n’a
pas suivi après de si brillants débuts en France la progression d’autres,
si elle paraît délaissée de nos jours, il n’en est pas moins exact de dire
que c’est une science fondamentale qui demeure ainsi inachevée, de le
regretter et d’affirmer qu’elle est indispensable pour avoir une connais¬
sance plus exacte du règne végétal, des voies de son évolution, et de son
histoire.
Notre projet est ambitieux, même s’il ne s’agit que d’essais. La
flore des angiospermes du Monde tropical et de celles qui font la tran¬
sition avec les Mondes tempérés, est quelque chose de considérable.
Pour dominer un tel sujet, il faudrait une documentation et une mémoire
qui, normalement, demanderaient le travail accumulé d’une existence
entière. Peu de botanistes peuvent y prétendre. C’est une raison maté¬
rielle supplémentaire qui nous fait juger avec humilité nos essais.
Les divisions systématiques déjà établies à la dimension des grands
groupes ne sont pas en réalité toujours rigides. Les murs de séparation
sont souvent des cloisons de papier, que précisément les systématiciens
déplacent avec facilité. Le sens de l’évolution phylétique qui tend à
accentuer les divergences entre groupes, est perceptible lorsqu’il s’agit
de taxons encore peu éloignés de leur rameau d’origine et de rappro¬
chements taxonomiques souvent évidents. Malheureusement notre sys¬
tème de nomenclature sépare avec la même rigueur deux taxons très
éloignés taxonomiquenient comme deux taxons qui, au contraire très
proches l’un de l’autre, appartiennent au même phylum. A moins d’avoir
une connaissance personnelle raisonnée et critique de l’arbre généalo¬
gique de tous les groupes botaniques il n’est pas facile de tenir compte
des affinités naturelles des groupes qui, bien que différemment nommés,
peuvent être en réalité très rapprochés phylétiquement, puisqu’elles ne
sont pas mises en évidence par la nomenclature établie par les spécialistes
et que d’autre part les opinions de ceux-ci peuvent diverger. Or, dans
une étude phytogéographique à très grande échelle, il importe évidem¬
ment beaucoup de tenir compte de ces affinités en vue d’une reconsti¬
tution de l’histoire de la distribution des flores.
Nous limiterons pratiquement nos investigations à celles des végé¬
taux ligneux. Les herbacés sont trop sujets à des dispersions faciles
par transports passifs des diaspores, pour que l’étude de leurs aires
autorise généralement des conclusions sur l’histoire de ces aires, en rap¬
port avec des variations des milieux par exemple.
Vouloir envisager l’histoire de la distribution d’une flore uniquement
par des conclusions tirées de sa distribution actuelle, pourrait paraître
Source : MNHN, Paris
— 192 —
une méthode un peu superficielle si on oubliait les vrais documents de
l’histoire, les fossiles. Ce sont les véritables témoins des flores du passé.
Nous ne négligerons certes pas les données de la paléontologie végétale,
et nous en tirerons souvent argument, lorsqu’elles sont nombreuses à
l’appui d’un argument, et indiscutées. Systématicien habitué aux recher¬
ches d’identification des plantes, en herbier et dans la nature, le plus
souvent à partir d’échantillons stériles ou incomplets, nous connaissons
les difficultés de ces déterminations. Or nous avons souvent été étonnés
par la sûreté et l’optimisme de certaines déterminations faites par des
paléontologistes sur des fossiles végétaux généralement plus imparfaits
encore que les spécimens actuels qui nous posent des problèmes. Nous
gardons alors une certaine méfiance, par exemple à l’égard de ces déter¬
minations de fossiles tropicaux découverts en pays aujourd’hui tempéré,
surtout celles qui furent faites au siècle dernier où les flores tropicales
étaient encore si mal connues, et plus encore peut-être à l’égard de conclu¬
sions tirées de pollens que les vents transportent à des centaines, peut
être parfois à des milliers de kilomètres. Nous aimerions que les déter¬
minations anciennes de fossiles d’angiospermes soient accompagnées
d’une attestation du degré de certitude qu’un examen critique récent
pourrait leur apporter.
Faute de cette certitude, les données paléontologiques peuvent
parfois apporter de sérieux éléments de trouble.
STRATIFICATION LATITUDINALE DES GRANDS ENSEMBLES
FLORISTIQUES MONDIAUX
Les grandes flores mondiales des Angiospermes se distribuent par
zones latitudinales remarquables, évidemment en rapport avec la répar¬
tition des températures à la surface de la Terre. Il y a des flores de pays
chauds, tempérés chauds, tempérés, froids, correspondant aux zones
équatoriale et tropicale, subtropicale, tempérées et froides. En se limi¬
tant aux familles les plus importantes, les plus caractéristiques ou les
mieux connues de ces zones, nous reconnaissons immédiatement les
successions suivantes du nord au sud :
Flores tempérées froides et chaudes, et transition avec les
FLORES SUBTROPICALES DE L’HÉMISPHÈRE NORD :
Acéracées, Bétulacées, Caprifoliacées, Clétracées, Cornacées 1 , Cros-
somatacées, Cyrillacées, Ericacées(Rhododendroïdées, Vaccinioïdées),
Eucommiacées, Euphorbiacées, Fagacées, Hamamélidacées, Hippo-
castanacées, Illiciacées, Juglandacées, Magnoliacées, Nyssacées, Pla-
tanacées, Punicacées, Rosacées, Salicacées, Schizandracées, Ulma-
cées, etc.
1. Les limites des Cornacées, leur division en tribus et genres sont très contro¬
versées. Les genres de l’hémisphère sud ne seraient pas — d’après certains auteurs —-
à mettre dans les Cornacées.
Source : MNHN, Paris
193 —
Flores tropicales :
Anacardiacées, Annonacées, Apocynacées, Araliacées, Bignoniacées,
Bombacacées, Burséracées, Cæsalpinioïdées, Capparidacées, Caryoca-
racées, Combrétacées, Chrysobalanacées, Diptérocarpacées, Ébénacées,
Élæocarpacées, Euphorbiacées, Flacourtiacées, Hirtellacées, Guttifères,
Lauracées, Lécythidacées, Méliacées, Moracées, Myristicacées, Myrta-
cées (p.), Sapindacées, Sapotacées, Sterculiacées, Symplocacées, Théa-
cées, Tiliacées, Ulmacées (p.), Rubiacées, etc.
Flores tropicales, subtropicales et tempérées chaudes de
l’hémisphère sud :
Cunoniacées, Protéacées, Monimiacées, Lauracées, Myrlacêes, Éri-
coïdées, Wintéracées, Êpacridacées, Thyrnéléacées, Eucryphiacées,
Élæocarpacées, Pittosporacées, Araliacées, Fagacées ( Nolhofagus ), Bru-
niacées, Myrothamnacées, etc.
La séparation entre ces trois grandes zones floristiques, géogra¬
phiques et bioclimatologiques résulte des processus de la génèse des
flores, et de leurs allinités écologiques. Elle est toutefois généralement
renforcée par l’existence de larges zones érémitiques qui d’une façon
presque continue, s’étendent d’ouest en est à la hauteur des 30° latitude
environ. Un coup d’œil sur la carte des régions désertiques ou très arides
du Monde, montre ces déserts qui, en Amérique du Nord, vers les fron¬
tières ouest des U.S.A. et du Mexique séparent la flore tempérée de la
flore tropicale mexicaine (Great Basin Desert, Mojave Desert, Sonoran
Desert, Chihuahuan Desert), de la Californie au Golfe du Mexique, à
l’exception d'un couloir aride, mais non désertique, qui s’étend le long
de la mer caraïbe, du N.-E. du Mexique au Texas. Les contacts entre
la flore tempérée chaude non aride du sud des U.S.A. et la flore sub¬
tropicale du nord du Mexique sont donc très réduits. La flore de la Flo¬
ride appartient à la flore tempérée chaude en dépit de la présence de
nombreux éléments tropicaux, concentrés surtout à la pointe maréca¬
geuse de la presqu’île et sur le littoral du golfe du Mexique.
En Amérique du Sud, la flore tempérée antarctique est isolée des
formations subtropicales par les steppes et déserts qui coupent le conti¬
nent depuis les déserts marins et andins du nord du Chili jusqu’aux
pampas argentins. Aucun contact donc n’est établi entre la flore tem¬
pérée de l’extrême sud et les formations subtropicales les plus méri¬
dionales du Chaco et de Tucuman.
En Afrique l’immense Sahara, de l’Océan atlantique à la mer Rouge
sépare d’une façon absolue la flore tempérée chaude de l’Afrique du Nord
des formations soudaniennes tropicales. Vers l’extrémité australe du
continent, la flore du Cap, type remarquable de la flore tempérée et
subtropicale australe, est, séparée des formations subtropicales de
l’intérieur par les déserts et steppes du Karroo, du Namib et du
Namaqualand.
Le Sahara se prolonge vers l’intérieur du continent asiatique jus-
Source : MNHN, Paris
194 —
qu’à l’Indus (Sind), par les déserts d’Arabie, irano-turkmènes puis
loin et plus continentaux par les déserts centrasiatiques (Gobi).
Le continent australien est occupé en son milieu par de vastes
déserts tropicaux (Great sandy Desert, Gibson Desert, Great Victoria
Desert, Simpson Desert). La flore tempérée à l’extrémité S-W.de l’Aus¬
tralie est donc isolée.
La zone floristique tropicale est ainsi encerclée par les zones érémi-
tiques qui défendent les approches des flores tempérées nord et sud, à
l’exception des régions côtières orientales qui généralement, suffisamment
pluvieuses, sont forestières, et où deux flores, tempérée et tropicale, se
rejoignent et se mélangent dans des secteurs de transition. Cela se pré¬
sente dans la Chine méridionale et sur les côtes est-australiennes.
Suivant les parallèles terrestres, une immense barrière désertique
ou très aride, s’étend donc presque sans discontinuité dans l’ensemble
Afrique-Asie du 20° long. W au 110° long E, soit sur 130° longitude,
divisant le Monde tropical (au sud du 30 e parallèle) en deux blocs conti¬
nentaux, biologiquement séparés par des déserts et par l’Océan Indien
sur des distances considérables : bloc central africain et bloc de l’Asie
du Sud-Est prolongé par l’archipel malais.
En Asie des contacts flore tempérée-flore tropicale s’observent
également de l’Inde à la Chine du Sud sur les hautes pentes des mon¬
tagnes de l’Himalaya, de l’Assam et du Yun-nan, la première rempla¬
çant progressivement la seconde avec l’altitude.
Le fait capital reste de constater d’un point de vue d’ensemble l’unité
floristique à l’échelle des familles et tribus de chacune des 3 zones lati-
tudinales floristiques étendues, grossièrement parallèles, au travers de
tous les continents, en dépit des barrières océaniques.
Cette structure latitudinale n’est évidemment pas absolue, surtout
dans des secteurs de transition où, n’étant pas empêchée par des obstacles
physiques, mers, déserts, la distribution des éléments des flores est
soumise aux seules conditions mésologiques et où par conséquent des
mélanges se produisent. Il faut aussi considérer, comme nous l’écrivons
plus loin, que des déplacements importants de flores se sont produits
dans les temps géologiques, chacun d’eux ayant amené des conflits
entre flores en extension envahissantes et flores anciennement en place.
Il en est résulté des brassages, et des séquelles de ces dernières conser¬
vées à la faveur de conditions locales.
Un deuxième fait est la différence très marquée de composition
entre la flore tempérée nord et la flore tempérée sud. de part et d’autre
de la zone tropicale. Elles sont d’essences différentes. Aux chênes, noyers,
bouleaux, etc... du nord s’opposent les Protéacées, Cunoniacées, etc.
Au genre extrême méridional de Fagacées ( Nolhofagus ), correspond le
genre Fagus de la zone tempérée nord mais c’est une exception remar¬
quable. La flore septentrionale et la flore australe semblent donc avoir
eu des origines distinctes.
Nous retrouvons à propos des Angiospermes les remarques que
j’avais faites à propos des Conifères. La flore coniférale de l’hémisphère
Source : MNHN, Paris
— 195 —
nord est distincte de celle de l’hémisphère sud 1 . L’équateur et la llore
équatoriale séparent deux empires floristiques distincts. Ce sont des
faits difficilement explicables.
11 est intéressant pour la paléoécologie de savoir quels grands groupes
taxonomiques sont plus nettement représentatifs d’une zone ou d’une
autre. Par exemple on peut considérer que les familles des Annonacées,
Sapotacées, Ébénacées, sont sur tous les continents nettement carac¬
téristiques de la flore tropicale et qu’ainsi la découverte en un lieu d’un
fossile appartenant à l’une de ces familles indique que le climat qui
régnait en ce lieu à la période géologique où vivait l’espèce fossile était
tropical. Il est vrai que, de nos jours, très rarement des espèces de ces
3 familles vivent dans la zone tempérée. Des exceptions confirment la
règle. Les Annonacées ont plusieurs représentants aux U.S.A. du genre
antillais Asimina (vallée du Mississipi, W. New York, Nebraska), et du
genre Deeringolhamnus en Floride.
Les Sapotacées ont un genre monospécifique endémique dans le
sud Marocain { Argania ). C’est le plus septentrional de la famille. Dios-
pyros virginiana du Texas s’étend à la Floride et au Connecticut.
La famille nettement tropicale des Moracées a quelques représen¬
tants aux U.S.A. : Maclura pomifera au sud-est (Arkansas, Oklahoma,
Louisiana, Texas) et Morus rubra dans une aire très vaste couvrant la
moitié est du pays. Le genre Morus américain et asiatique plutôt sub¬
tropical, compte une (—-2) espèce dans la forêt dense tropicale africaine.
La famille des Ulmacées se partage entre la flore tempérée nord
( Ulmus , Planera, Zelkova) et la flore tropicale. Le genre Celtis est par¬
ticulièrement remarquable puisqu’il a des espèces à la fois dans la zone
tempérée nord (7 espèces aux U.S.A., 4 espèces en Europe ( C. auslralis)
et au Proche-Orient), Chine et Japon, mais aussi dans les forêts tropi¬
cales africaines (8 espèces).
Les Lauracées caractérisent par leur richesse en genres et espèces
les flores tropicales américaines et indo-malaises. Cependant elles sont
encore relativement abondantes aux U.S.A. où 9 genres sont représentés;
il est vrai surtout en Floride qui est une porte ouverte sur la flore tro¬
picale caraïbe. Dans la région méditerranéenne on ne connaît qu’une
espèce de Laurus et une aux îles Canaries et à l’île Madère.
La famille des Myrtacées considérablement répandue dans l’hémis¬
phère austral (australien, mélanésien, américain) compte aux U.S.A.
(Floride), 9 espèces d ’Eugenia (s.l.) et 2 espèces de Calyplranlhes. Une
unique espèce de Myrlus est méditerranéenne (M. commuais).
Les Oléacées, famille peu homogène, des flores tempérées et sub¬
tropicales des deux hémisphères a une très grande extension géogra¬
phique. L’unique espèce méditerranéenne d’Olea est le représentant
isolé d’un groupe paléotropical, aujourd’hui plutôt austral (flore capienne,
8 espèces).
1. A. Aubrévillf. — Vues d’ensemble sur la géographie et l’écologie des Coni¬
fères et Taxacécs à propos de l’ouvrage de Ruldolf Florin — Adansonia, ser. 2. 4 (1)
1964.
Source : MNHN, Paris
— 196 —
La famille pantropicale des Tiliacées est représentée dans la flore,
tempérée et subtropicale de l’hémisphère nord par le genre Tilia, dont
une seule espèce, le tilleul, est présente en Europe, mais 6-8 aux U.S.A
et 9 en Asie subtropicale.
Les Thyméléacées se trouvent principalement en Afrique australe
et tropicale, ainsi qu’en Australie. Quelques genres ont des aires sep¬
tentrionales : Daphné en Europe, Afrique du Nord, Moyen Orient, et
Asie jusqu’au Japon; Thymelæ , Europe, Afrique du Nord, Moyen-
Orient et Asie centrale; Direa au Nord-Est des U.S.A.
Les Cunoniacées, presque exclusivement australes ont parfois
accès à la zone équatoriale en paraissant suivre les Andes ou les mon¬
tagnes de la Malaisie.
Les Protéacées caractérisent la flore tempérée et subtropicale de
l’hémisphère austral. C’est ainsi que, par exemple, on compte 750 espèces
en Australie, 50 en Nouvelle-Calédonie, 260 dans la flore du Cap. Elles
sont encore assez nombreuses en Amérique centrale et Amérique du
sud avec 90 espèces. Il n’y a plus qu’un genre dans l’Asie du Sud-Est
(Helicia). Des espèces de Protea et de Faurea s’étendent dans toute
l’Afrique tropicale sèche, jusqu’en Afrique occidentale, mais il n’existe
aucune espèce dans le massif forestier guinéo-congolais. Les Prolea enva¬
hissent les savanes, mais n’appartiennent pas à la flore autochtone de
forêt dense. Ce sont des étrangers dans la flore africaine occidentale.
Dans tous ces cas il s’agit d’espèces ou de genres vivant à des lati¬
tudes différentes de celles habituelles à leur genre ou famille. On doit
les interpréter comme des extensions des aires principales (cas possible
des espèces suivant les crêtes des chaînes de montagne et pouvant même
traverser l’équateur), ou comme des séquelles d’aires anciennes dislo¬
quées (cas de reliques tropicales européennes, méditerranéennes et maca-
ronésiennes).
La sous-famille des Légumineuses Cæsalpinioïdées est essentiel¬
lement tropicale, surtout américaine et africaine. Quelques exceptions
s’observent aux U.S.A. : Cercis canadensis, Bauhiniée du New Jersey,
s’étendant à l’Ouest au Minnesota et au Sud en Floride et dans l’Est
du Texas; deux Eucæsalpiniées, Gymnocladus dioica largement répandu
dans l’Est et Gleditschia Iriacanlhes du Sud-Ontario à l’Est-Nebraska,
au Texas et en Floride.
Rappelons que cet arbre bien connu en Europe, Robinia pseudo¬
acacia (Papilionacées), est originaire des U.S.A. (de la Pennsylvanie
à la Géorgie).
Dans la région méditerranéenne signalons Cercis siliquaslrum,
l’arbre de Judée, et le caroubier Ceralonia siliqua.
Parmi les Araliacées, la plupart des Hedera habitent la région chaude,
en Amérique du Sud et en Asie. Cependant il subsiste un lierre euro¬
péen [H. halix) qui fleurit en automne et fructifie en hiver. Aralia spinosa
représente la famille aux U.S.A., en zone tempérée. Parmi les Rham-
nacées on connaît aux U.S.A. un Rhamnus purshiana.
Les exemples de familles de la zone tempérée de l’hémisphère nord.
Source : MNHN, Paris
qui détachent « apparemment » des représentants en pleine zone tropicale
sont moins communs. Il s’agit généralement d’espèces qui peuplent les
hautes montagnes et qui, longeant les chaînes, semblent pénétrer par
ce moyen, parfois profondément, dans les régions tropicales.
Les cas les plus remarquables sont les forêts de chênes ( Quercus )
qui depuis les chaînes mexicaines, suivent l’Amérique centrale et attei¬
gnent les Andes colombiennes. Une espèce vit même en Amérique centrale
dans les plaines littorales. Par la même voie montagnarde des chênes
apparemment venus du sud asiatique se sont établis en Malaisie. Une
espèce habite aussi près de la mer, à Bornéo. Le genre voisin Pasania
est nettement tropical et subtropical, depuis la Chine méridionale et
le Japon à la Nouvelle-Guinée.
De même si Caslanea appartient à la flore tempérée européenne,
Est-asiatique et de l’Amérique du Nord, Caslanopsis est nettement
tropical, asiatique et malais.
Le genre Jugions, noyers caractéristiques de la zone tempérée
nord, par le chemin des montagnes de l’Amérique centrale et des Andes
« descend » avec Jugions australis jusqu’en République Argentine.
Nous reviendrons plus loin sur des explications de ces dépassements
géographiques et écologiques.
Tous ces exemples, si nombreux puissent-ils paraître à première
vue ne sont cependant que des exceptions à côté des dizaines de milliers
des autres espèces de toutes ces familles qui se groupent par zones lati-
tudinales dans les deux hémisphères. Si l’on n’attache pas d’importance
exagérée à des cas chorologiques confus et isolés, il subsiste les faits
essentiels des zones floristiques latitudinales, la principale étant sensi¬
blement équatoriale-tropicale, la plus riche en familles et genres, et les
deux autres extra-tropicales, nord et sud, n’étant pas floristiquement
homologues.
La structure générale des grands groupes est grossièrement mais
nettement en rapport avec la division bioclimatologique de la Terre.
La répartition des groupes systématiques est liée à la température et
aussi aux rythmes biologiques. A cet égard il convient de remarquer,
par exemple, que la zone équatoriale, les zones tropicales, ont des rythmes
climatiques propres qui ne sont pas ceux des zones dites tempérées
chaudes. C’est pourquoi les flores tropicales orophiles ne sont pas en
réalité des flores tempérées, en dépit de certaines parentés taxonomiques.
DISJONCTIONS INTERCONTINENTALES
CAS DE LA FLORE AUSTRALE TEMPÉRÉE
ET SUBTROPICALE
Les aires géographiques de tous les taxons sont, à l’intérieur d’un
continent, toujours plus ou moins morcelées. Cette fragmentation peut
résulter de multiples causes géographiques ou biologiques. Nous ne nous
intéressons ici qu’aux disjonctions intercontinentales à l’échelle des
Source : MNHN\ Paris
— 198 —
familles, tribus, genres et plus rarement espèces, dont les explications
sont à rechercher généralement dans l’histoire de la Terre, puisqu’il
s’agit d’aires séparées par des océans et de vastes déserts. Dans certains
cas cependant, surtout pour des espèces et genres des flores littorales,
des transports transocéaniques de diaspores, ou des déplacements en
suivant les côtes, peuvent expliquer les aires actuelles amphiocéaniques.
Le cas de disjonction le plus extraordinaire et le plus étendu est
celui des flores tempérées et subtropicales australes. Il a retenu depuis
longtemps l’attention des phytogéographes qui ne pouvaient manquer
d’être étonnés par l’évidence des rapprochements à faire entre les flores
caractéristiques des parties les plus australes des continents, c’est-à-dire
entre les pointes extrêmes des continents, Amérique, Afrique, Australie,
Mélanésie, qui sont séparées par les plus grandes distances interconti¬
nentales à la surface de la Terre. Notre propos ici dans une étude d’ensem¬
ble des disjonctions intercontinentales est d’insister d’abord sur ce
caractère extraordinaire de la disjonction d’une flore australe ou « sub-
antarctique ». Nous ne relèverons pas les multiples exemples de liaison
floristique au travers de ces océans subantarctiques qui ont été déjà
exposés par plusieurs phytogéographes, pour nous en tenir aux familles
d’angiospermes les plus caractéristiques de cette flore australe. Nous en
tirerons plus loin la conclusion évidente qui s’impose.
Protéacées. La famille des Protéacées est typiquement australe.
Les quelques genres qui « montent » vers le nord et dépassent l’équateur,
Helicia en Asie, Prolea et Faurea en Afrique, Panopsis et Roupala en
Amérique, ne sont que des exceptions à côté des 60 genres de la famille
qui se répartissent dans la flore dite du Cap (10), Australie (38). Nouvelle-
Calédonie (9), Fidji et Samoa (2), Nouvelle-Zélande (2), Madagascar
(1-3). Certaines disjonctions génériques australes sont extraordinaires :
Lomatia, Chili-Australie; Oriles, Chili-Australie; Embolhrium, Andes
Chili-Pérou, Australie; Gevuina, Chili-Australie-Nouvelle-Guinée, genre
proche de Kermadecia de la Nouvelle-Calédonie; Euplassa d’Amérique
tropicale proche de Sleumerodendrort de Nouvelle-Calédonie.
Cunoniacées. Comme les Protéacées elles sont très nettement aus¬
trales en dépit de quelques espèces de Weinmannia et Spiræopsis qui se
trouvent en Malaisie, jusqu’aux Philippines. Le genre Weinmannia a
une dispersion extraordinaire; ses 140 espèces, surtout montagnardes,
se distribuent dans les Andes (78), du Sud jusqu’au Yénézuela (17),
en Indochine (91), Nouvelle-Guinée (6), Nouvelle-Calédonie (5), Fidji (4),
Nouvelle-Zélande (2), et avec une étonnante concentration à Madagas¬
car (26). En revanche et curieusement aucun Weinmannia n’estsignalé
dans la flore du Cap, ni en Australie. En Afrique australe, les Cuno¬
niacées sont représentées par une espèce du genre Cunonia, dont on
retrouve 11 autres en Nouvelle-Calédonie, et par un genre monotypique.
Plalylophus. La plus forte concentration de genres s’observe en Austra¬
lie (12-13), en Nouvelle-Guinée (11), Nouvelle-Calédonie (7-8). Dans le
Source : MNHN, Paris
— 199 —
sud du Chili est signalé un autre genre monospécifique, Caldcluvia. Un
second genre austral américain Lamanonia, a une aire couvrant le sud
du Brésil, le Paraguay et le territoire de Misiones en République argen¬
tine.
Nothofagus. Plus remarquable encore est la dispersion interconti¬
nentale du genre Nolhojagus, le seul représentant austral de la grande
famille des Fagacées de l’hémisphère nord. Les quelque 40 espèces de
Nolhofagus se dispersent entre le Chili (11-12), l’Australie (1), la Tas¬
manie (1), la Nouvelle-Zélande (5-6), la Nouvelle-Calédonie (5) et la
Nouvelle-Guinée (16).
Myrtacées. La considérable famille des Myrtacées, proliférante
dans l’hémisphère Sud, sauf en Afrique continentale, est représentée
par une seule espèce dans la flore du Cap, qui serait peu significative si
elle n’appartenait au genre mélanésien Melrosideros, auquel des îles
Hawaï aux Célèbes, à la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Calédonie et la
Nouvelle-Zélande, on attribue 30-40 espèces. Près du genre Melrosideros
se trouve au Chili un genre Tepualia.
Gornacées. Cette petite famille se divise en 2 groupes phytogéo-
graphiques, l’un plutôt boréal avec le genre Cornus, et l’autre austral.
Celui-ci comprend plusieurs genres s’échelonnant de la Nouvelle-Zélande
(Griselinia, Corokia ), et de la Polynésie ( Dorisia, Laulea) à l’Afrique
du sud ( Curlisia ), Madagascar ( Grevea, Kaliphora, Melanophylla). L’unique
espèce africaine de Curlisia, C. faginea, se retrouve à Saint-Hélène. Le
genre néo-zélandais Griselinia existerait également en Amérique du Sud.
Scrofulariacées. Le genre Hebe (100 spp), australo-papou (Nou¬
velle-Guinée, Australie du S. E., Nouvelle-Zélande), a 3 espèces à la
pointe de l’Amérique du sud.
Turnéracées. Le genre américain tropical Piriquela (29 spp)
compte 3-4 espèces à Madagascar et 1 en Afrique du Sud. Bien que le
genre soit largement tropical américain, nous le plaçons dans la flore
australe en raison de son extension assez extraordinaire à Madagascar
et à l’Afrique du Sud.
Eucryphiacées. Le genre Eucrgphia est dispersé entre 3 petites
aires australes : 2 espèces au Chili, 1 au Sud-Est de l’Australie, 2 en
Tasmanie.
Monimiacées. Le genre Laurelia a deux espèces de grands arbres,
l’une en Nouvelle-Zélande, l’autre au Chili.
Ericacées. Le genre Pernellga est découpé en 3 aires principales :
une aire andine de la Terre de feu au Mexique, une seconde en Tasmanie
et une troisième en Nouvelle-Zélande.
Source : MNHN, Paris
— 200 —
Rosacées. L’aire du genre Acæna (allié au genre boréal Poterium)
s’étend sur la Nouvelle-Zélande, le sud de l’Australie, la région du Cap,
l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale.
Roridulacées. Flore du Cap. Famille proche des Byblidacées
représentée en Australie.
Plus loin nous tirerons les conclusions de l’écartèlement de cette
flore australe intercontinentale.
DISJONCTIONS AFRICAINES'
Il est assez frappanL de constater que des familles tropicales sont
présentes à la fois dans le Monde paléotropical, asiatique et océanien,
et dans le nouveau Monde, mais absentes ou réduites à des éléments
peu nombreux sur le continent africain. S’il s'agissait de quelques cas
isolés, peut-être ne conviendrait-il pas d’attacher une grande importance
à ces faits qui pourraient trouver des explications écologiques, mais
comme il s’agit d’un faisceau de faits nombreux, on ne peut manquer
d’être étonné de cette véritable disjonction africaine de grands groupes
pantropicaux et d’en entrevoir des explications d’ordre paléoclimatique.
Nous examinerons donc les cas où des familles, tribus, présentes en Asie-
Océanie-Amérique sont absentes ou presque en Afrique.
Fagacées. Quercus et Caslanea existent en Afrique du Nord sous
un climat tempéré méditerranéen. Ces genres sont également présents
avec de nombreuses espèces en Asie du Sud-Est sous des climats sub¬
tropicaux. Il n’est guère étonnant qu’on ne les trouve plus en Afrique
nettement tropicale, bien que les Quercus « descendent » en Amérique
tropicale en suivant les montagnes jusqu’en Colombie. L’Asie du Sud-
Est et l’Indonésie tropicales sont le domaine d'autres genres proches
de Quercus et Caslanea, qui n’ont aucun correspondant ni en Amérique
ni en Afrique.
Le genre tempéré Fagus présent de l’Est des U.S.A. au Japon,
est disjoint en Asie centrale entre l’Inde et la Chine. Le genre austral
Nolhojagus, entre le Chili et l’Australie, n’existe pas en Afrique.
Juglandacées, Ulmacées (Ulmus), Bignoniacées (Catalpa, Camp-
sis), Staphyléacées, de la flore tempérée Nord, représentées en Amé¬
rique, parfois aussi en Europe, et en Asie du Sud-Est, n’ont aucun relai
en Afrique tropicale.
Lauracées. Un cas net de disjonction africaine tropicale est marqué
dans l’importante famille des Lauracées :
I. Aubrévim.e. — La disjonction africaine dans la flore forestière tropicale.
C. R. Soc. Biogéo. (1955).
Source : MNHN, Paris
— 201
Amérique
AFRIQUE
GASCAR
Asie S.-E.-
OCÉANIE
Sassafras env.
0
0
!
0
GO
Ocolea env.
200
3
17
0
Phoebe env.
25
0
0
5
Endiandra env.
2
(Chili)
0
0
50
Cryplocarya env.
7
6
(Afr. austr.)
8
80
Il convient ici de souligner, à côté de la pauvreté africaine, la relative
richesse malgache en Lauracées, puisque, outre les Ocolea et Cryplocarya,
Madagascar comprend des genres endémiques, Polameia (4 spp) et
Ravensara (18 spp.).
A ce tableau de vide africain continental il convient d’opposer le
cas du genre Beilschmiedia qui est répandu de l’Amérique tropicale à
l’Australie et la Nouvelle-Zélande avec, contrairement à tous les autres
genres de la famille, une abondante représentation dans la forêt dense
africaine de plaine et de montagne, de l’Est et de l'Ouest, soit 80 espèces
environ. C’est pratiquement la seule Lauracée que l’on trouve dans la
forêt dense guinéo-congolaise, alors que les Lauracées en général sont
abondantes dans les forêts denses de l’Amérique du Sud, de l’Asie du
Sud-Est, de l’Océanie, et même de Madagascar (5 genres, 53 spp). Les
Ocolea décrits pour l’Afrique sont l’un ( Hypodaphnis) localisé dans une
petite aire du bas Cameroun, les 2-3 autres dans les montagnes de l’Afrique
orientale.
Myrtacées. Une disjonction aussi nette existe dans la considérable
famille des Myrtacées (env. 80 genres, 3 000 spp.) surtout concentrée
dans l’hémisphère Sud, en Amérique du Sud, Australie et Mélanésie.
Comme dans la famille précédente où un seul genre avait adopté l’Afrique
tropicale et y proliférait, un cas semblable se présente chez les Myr¬
tacées avec le genre Eugenia (incl. Syzygiurn), pantropical, abondamment
représenté en Afrique tropicale et à Madagascar.
Il faut ajouter l’unique espèce de Metrosideros, genre australo-
papou et des Iles Hawaï (30-40 espèces), décrite dans la flore du Cap.
Nous donnerons plus loin une explication particulière de la disjonc¬
tion africaine des Myrtacées.
Théacées. Les Théacées ou Ternstrœmiacées sont abondamment
représentées en Asie tropicale du Sud-Est et en Océanie (17 genres),
puis encore en Amérique tropicale (12 genres). Plusieurs genres sont même
communs à l’Asie et à l’Amérique : Ternslrcemia, Sluarlea, Laplacea,
Eurya, Gordomia. L’Afrique est très peu pourvue de Théacées : 2 espèces
de Melchiora (proche de l’Adinandra asiatique), 2 espèces de Ternslrcemia,
I espèce de Ficalhoa. Un autre genre monospécifique, Vinea, existe aux
Source : MNHN, Paris
— 202 —
Canaries et à Madère; Madagascar possède un genre endémique, Asle-
ropeia à 5 espèces.
Il est intéressant de noter la grande dispersion des Théacées afri¬
caines. Melchiora compte 2 espèces de hautes montagnes, une occidentale
dans l’île de San Tomé, l’autre orientale, abondante par places au Kivu,
Tanganika, Ouganda. Tersnlrœmia de même a une espèce au Gabon
(Mayumbé), et l’autre dans les montagnes du Tanganika. L’espèce unique
de Ficalhoa est répandue en montagne de l’Angola à l’Afrique orientale.
Cette dispersion et cette localisation étroite des espèces leur donnent
un caractère de reliques.
Wintéracées. Cette petite famille à prédominance australe n’a
aucun représentant en Afrique. Elle compte 6 genres mélanésiens dont
le genre Drimys connu aussi en Amérique tropicale avec 4 espèces.
Illiciacées. Un seul genre Illicium, présent en Floride (1-2 espèces),
répandu en Chine, au Japon et en Indo-malaisie avec 18 espèces.
Schizandracées. Petite famille dérivée des Magnoliacées à 2 genres
et 47 espèces asiatiques et indo-malaises. Le genre Schizandra a une espèce
américaine (Floride et Sud-Est des U.S.A.). Absente en Afrique.
Magnoliacées. Famille de 12 genres et plus de 100 espèces caracté¬
risant plutôt les régions tempérées de l’hémisphère nord, mais également
répandu dans les régions tropicales indo-malaises. Trois genres sont
communs à l’Amérique et à l’Indo-malaisie; Magnolia. Talauma, Lirio-
dendron. Disjonction africaine totale.
Elæocarpacées. Cette petite famille proche des Tiliacées comprend
l’important genre Sloanea dont les 50 espèces sont distribuées entre l’Amé¬
rique tropicale, l’Indo-malaisie et l’Australie, sans aucune espèce afri¬
caine. Madagascar en revanche est comprise dans l’aire du genre Elæo-
carpus, étendue de l’Asie du Sud-Est â la Nouvelle-Calédonie et à l’Aus¬
tralie.
Monimiacées. Famille principalement de l’hémisphère sud; sur
32 genres et 350 espèces, elle ne comprend en Afrique, de la Nigéria au
Gabon, que 3 espèces d’un genre endémique Glossocalyx et, en Afrique
orientale, 3 espèces d’un genre Xymalos. En revanche, de Madagascar
on a décrit 5 genres, dont l’un Tambourissa (25 spp.) « détache » une
espèce à Java.
Symplocacées. Famille à un seul genre, mais comptant de nom¬
breuses espèces (env. 300), de l’Amérique tropicale et centrale, de l’Asie
du Sud-Est, de Malaisie et d’Australie; elle est absente de l’Afrique.
Source : MNHN, Paris
— 203 —
Styracacées. Un seul genre africain â 2-3 espèces du Cameroun
au Congo, pour 8 genres et 120 spp., en Amérique (Nord et Sud), en
Europe (S. benzoin), surtout dans l’Asie du Sud-Est et en Malaisie. Le
genre Hua de la forêt gabonaise avec 2 espèces est parfois réuni à cette
famille.
Sabiacées. Famille surtout de l’Asie du Sud-Est, mais également
de l’Amérique. Le genre Meliosma est découpé en quelque 60 espèces
chinoises et indo-malaises, et environ 40 espèces américaines tropicales.
Actinidiacées. Famille américaine tropicale et de l’Est asiatique
tempéré et subtropical.
Il est essentiel de remarquer que la plupart de ces familles disjointes
appartiennent aux deux flores tempérées ou subtropicales du Nord et
du Sud, ce qui se conçoit aisément lorsqu’il s’agit de familles de la flore
tempérée subarctique, qui en Afrique ont très peu de contact avec la
véritable flore tropicale, mais qui se comprend mal en ce qui concerne
les familles plutôt australes puisque celles-ci dans les autres continents
se mélangent avec la flore typiquement tropicale lorsque le contact
physique est établi. Cependant les exceptions remarquables observées
à propos de ces rares genres de Lauracées ( Beilschmiedia) et Myrtacées
( Eugenia ) qui prolifèrent dans les forêts denses guinéo-congolaises prou¬
vent que ces familles pourraient s’y développer, comme elles le font par
exemple dans les forêts denses équatoriales américaines. Leur quasi-
exclusion africaine des forêts denses tropicales est un fait curieux qui
appelle une explication. Nous en proposerons plus loin.
DE L’ASSISE CONTINENTALE DES FAMILLES
ET TRIBUS TROPICALES
Nous avons d’abord montré comment les familles des plantes ligneuses
se groupaient en zones latitudinales, la plus riche floristiquement étant la
bande intertropicale. D’un continent à l’autre nous retrouvons les mêmes
principales familles qui constituent le fonds commun des flores tropicales
de l’ancien et du nouveau monde. Cependant à propos de la curieuse
disjonction africaine, effaçant ou presque du continent africain un certain
nombre de groupes tropicaux et subtropicaux importants, déjà des
aspects d’une différenciation floristique africaine sont apparus. Plus
généralement l’étude de la flore du Monde tropical, fait ressortir fré¬
quemment des caractères floristiques différentiels d’un continent à un
autre, à l’échelle des plus grands groupes taxonomiques, familles, sous-
familles, tribus de sorte qu’il apparaît qu’à l’échelle continentale la flore
tropicale et subtropicale peut être caractérisée par la présence ou au
contraire par l’absence de certains de ces grands groupes floristiques.
Cette constatation se situe ainsi à l’inverse de celle que nous avons faite
en remarquant à propos de la disjonction africaine que beaucoup de
Source : MNHN, Paris
— 204 —
familles et même de genres étaient communs au nouveau et à l’ancien
monde. On comprend aisément qu’il en soit ainsi si l’on admet que chaque
famille tropicale eut pour origine spatiale une part large ou au contraire
étroite de la bande intertropicale puis aussi que la séparation géographique
des continents fut dès la naissance de la flore, ou au cours de son évo¬
lution, la cause indirecte d’une spécialisation floristique à l’échelle conti¬
nentale. Le résultat actuel est qu’il y a une flore tropicale du nouveau
monde, une flore africaine, une flore de l’ancien monde laquelle peut être
divisée en flore du Sud-Est asiatique, flore malaise, flore mélanésienne,
flore australienne, etc. Cette étude chorologique d’ensemble est encore
très difficile à faire aujourd’hui, nos connaissances phytogéographiques
sur les flores tropicales étant encore très loin d'être complètes mais déjà,
même avec les seules données acquises, il est permis de l’esquisser.
En résumé, il y a des unités pantropicales supérieures de flores
tropicales aux plus hauts niveaux de la hiérarchie taxonomique, et parfois
même souvent à celui des genres, mais aussi il y a une spécialisation
« verticale » évidente correspondante aux continents. Il est même vrai¬
semblable qu’avec les progrès de la classification, lorsque les familles
seront définitivement divisées en tribus et sous-tribus, où les points de
vue taxonomiques s’allieront aux points de vue phylétiques, c’est-à-dire
à mesure que la classification des Angiospermes deviendra plus proche
de la classification naturelle vers laquelle tous les efforts des taxonomistes
doivent tendre, lorsque nous serons arrivés à ce stade naturel « final »,
les coupures hiérarchiques devenant plus rationnelles et aussi plus nom¬
breuses, alors on s’apercevra probablement que les divisions floristiques
deviendront mieux adaptées aux divisions géographiques, et aussi que
l’emprise des flores est dans une large mesure véritablement continentale
(géographique). La taxonomie et la chorologie pourront être de plus en
plus et de mieux en mieux liées. En même temps nous nous apercevrons
que vraisemblablement l’évolution actuelle se manifeste différemment
dans le même groupe d’un continent à un autre, c’est-à-dire que les diver¬
sifications intercontinentales ont tendance à s’accentuer, les divergences
s’accroissant avec le temps dans l’espace 1 .
Indiquons donc maintenant sur un tableau quelques grands carac¬
tères floristiques distinctifs de flores continentales, qui nous seront utiles
pour la suite de notre exposé, faisant ressortir du point de vue géogra¬
phique la richesse relative caractéristique et l’absence de certains groupes
taxonomiques. Cette richesse est exprimée sommairement par 3 signes,
le plus grand signifiant grande richesse; le moyen, richesse moyenne;
le plus petit, représentation par 1 ou un très petit nombre d’espèces. Un
tiré signale l’absence. Ce tableau d’un seul coup d’œil fait ressortir la
1. Chez les Sapotacées que nous avons particulièrement étudiées à l’échelle géné¬
rique, l’évolution générale porte sur l’oligomérisation, la réduction des cycles de l’an-
drocée, et la suppression des appendices de la corolle et des staminodes. Mais au sur¬
plus en Amérique, chez les Sideroxylées, il y a une tendance vers la tétramérie, la dioécie
et la réduction du nombre des loges de l’ovaire, qui ne se manifestent pas dans la même
tribu en Afrique, ou rarement.
Source : MNHN, Paris
BOMBACACEES
CACTACEES
CANELLACEES
DIPTEROCARPACEES
EPACRIDACEES
ERICACEES
HAMAMELIDACEES
HIRTELLACEES
HIJ MIRIA CEES
IRVINGIACEES
LAURACEES
LECYTHIDACEES
MELIACEES
MYRTACEES
PITTOSPORACEES
*
*
*
*
*
•»
*
*
«•
*
•»
*
*
*
*
Source : MNHN, Paris
— 206 —
Amérique
—
";r.
Madagascar
Malaisie
Polynésie
proteaçees
*
*
*
*
*
ROSACEES
*
*
*
*
*
*
SAPOTACEES (s.l.)
*
*
-
*
*
*
Madhucordées
-
-
-
*
*
Mimusopées
-
*
-
*
*
*
Pycnandrées
-
-
-
-
*
*
Sarcospermées
-
-
-
-
*
-
THEACEES
*
*
-
*
*
*
VOCHYSIACEES
*
*
~
“
diversité des compositions floristiques à l’échelle continentale. Il ne
concerne qu’un petit nombre de familles. L’imperfection et l’insuftisance
actuelles des divisions systématiques et chorologiques des autres familles
ne permet pas actuellement de le compléter. Le tableau n’a donc qu’une
valeur suggestive qui a cependant un intérêt heuristique pour le déve¬
loppement des recherches.
Une des marques les plus facilement visibles de l’individualisme
continental des flores est l’existence de familles ou sous-familles endé¬
miques. Nous en écrivons une liste non exhaustive ci-dessous, en souli¬
gnant les plus importantes quant au nombre des genres et espèces.
Amérique : Aetoxicacées, Bixacées, Broméliacées (excl. 1 sp. Pit-
carnia), Brunelliacées, Cactacées (excl. 1 sp. Rhipsalis), Caryocaracées,
Chlorantacées, Crescentiées (Bignoniacées), Crossomatacées, Cyclan-
tacées, Cyrillacées, Fouquiéracées, Garryacées, Gomortégacées, Humi-
riacées (excl. 1 sp. africaine), Julianacées, Kœberliniacées, Lacistémacées,
Lissocarpacées, Marcgraviacées, Matisiées (Bombacacées), Pelliciéracées,
Picrodendracées, Quiinacées, Théophrastacées, Thurniacées, Trigoniacées,
Tropæolacées, Vochi/siacées (excl. 2 spp. africaines).
Afrique : Greyiacées, Heteropyxidacées, Hoplestigmatacées, Lepi-
dobotryacées, Médusandracées, Mélianthacées, Monotéidées (Diptéro-
carpacées), Myrothamnacées, Octoknematacées, Oliniacées.
Afrique capienne : Achariacées, Bruniacées, Geissolomatacées,
Grubbiacées, Pénæacées, Roridulacées.
Madagascar : Didiéracées, Didymélacées, Chlénacées, Geosiridacées,
Humbertiacées, Médusagynacées (Seychelles), Ropalocarpacées.
Asie du sud-est et Malaisie (s. 1.) : Cercidiphyllacées, Cryptéro-
Source : MNHN, Paris
— 207 —
niacées, Duriées (Bombacacées) Euptéléacées, Lophopyxidacées, Tetra-
méristacées, Trochodendracées.
Australie-Polynésie : Akaniacées, Amborellacées, Austrobai-
leyacées, Balanopsidacées, Casuarinacées, Corynocarpacées, Degene-
riacées, Eupomatiacées, Himantandracées, Myoporacées, Strasburgéria-
cées, Trimeniacées.
Tous les éléments de ces groupes sont enrobés dans un fonds consi¬
dérablement complexe de Rubiacées, Annonacées, Euphorbiacées, Sapin-
dacées, Ebénacées, etc... dont la classification géotaxonomique est,
répétons-le, incertaine ou n’est pas faite.
Si les comparaisons chorologiques étaient développées au niveau des
genres, nous nous apercevrions que nombre de genres sont communs à
plusieurs continents, ou même sont pantropicaux. Nous n’en donnerons
pas une liste qui serait trop longue et cependant peu significative pour
en tirer des conclusions, d’autant plus que les études taxonomiques plus
approfondies montreraient probablement que certains genres ne sont pas
parfaitement homogènes et que des coupures s’imposeraient rationnelle¬
ment, lesquelles se révéleraient souvent être en rapport naturel avec les
distributions géographiques. Au cours de ces dernières années plusieurs
grands genres considérés comme appartenant à l’Amérique et à l’Afrique,
ont dû être décomposés en genres spéciaux, américains ou africains,
très proches sans doute, ayant certainement une lointaine souche commune,
mais néanmoins distincts. Nous pensons, par exemple, chez les Légumi¬
neuses Cæsalpinoïdées, au Macrolobium, scindé opportunément en
Macrolobium vrai américain, et Gilberliodendron africain; ou encore
Guibourlia africain détaché de Copaïjera américain et africain; chez les
Mimosées au Pipladenia, coupé en Pipladenia vrai américain et Pipla-
deniastrum africain 1 . Chez les Sapotacées dont nous avons entrepris
récemment une révision générale à l’échelle générique 2 , j’ai été conduit
à admettre le découpage du vieux genre linnéen Chrysophyllum, en Chryso-
phyllumvrai, genre américain monotypique et d’autres genres américains,
Cynodendron, Ecclinusa, Prieurella, et africains, Gambeya, Donella, Zey-
herella, etc... Cet exemple des Sapotacées où nous avons séparé 125 genres
nous a montré qu’il n’y avait dans la famille qu’un seul genre vraiment
pantropical, Manilkara, dont dérivent par ailleurs dans les îles des Océans
indien et pacifique d’autres genres : à Madagascar, Labramia, Faucherea;
aux Seychelles, Norlhia; en Océanie, Norlhiopsis.
Des comparaisons, même limitées, que nous avons pu faire il se dégage
de l’analyse du fonds commun floristique tropical cette notion des divi¬
sions continentales de la flore tropicale, caractérisées par l’abondance
1. De plus en plus souvent, les divisions taxonomiques s’ajustent aux divisions
continentales. Farron vient de diviser (1967) le vieux genre Ouralea, américain et
africain, en plusieurs genres : Ouralea strictement américain et des genres africains
Iderlia, Rliabdophyllum, Campylospermum (africain et asiatique).
2. Acbréville A. — Sapotacées. Mém. Adansonia (1964).
Source : MNHN, Paris
— 208 —
relative ou l’absence de quelques grands groupes floristiques et la présence
de groupes endémiques. Il existe ainsi une flore américaine, une flore
africaine, une flore malgache, une flore indo-pacifique (Asie du Sud-Est et
Malaisie), une flore australo-papoue (mélanésienne, et polynésienne). Par
certains groupes la flore africaine est proche de la flore américaine, par
d’autres la flore africaine est plutôt à rapprocher de la flore indo-pacifique.
Les deux premières ont en commun, au premier examen sommaire, la
grande abondance des Cæsalpinioïdées; la flore indo-pacifique est définie
nettement par la flore des Diptérocarpacées 1 . La flore australo-papoue
se caractérise plutôt par les Myrtacées, Protéacées et Epacridacées.
Il existe cependant des genres, et même des espèces qui ont, selon
les apparences, franchi les océans et se retrouvent d’un continent au voisin.
Ces liaisons intercontinentales sont très intéressantes parce qu’elles
suggèrent des explications sur les voies et les modes de dispersion vrai¬
semblables, actuels ou d’âge ancien.
Plus particulièrement évocateurs sont les cas où une seule ou un très
petit nombre d’espèces existantes sur un continent paraissent être géo¬
graphiquement détachées du centre de concentration du genre qui se
trouve sur un autre continent. Le problème est plus simple puisque
le sens de la dispersion est évident.
LIAISONS INTERCONTINENTALES
I. CAS D’AIRES SATELLITES EXTRA-ATLANTIQUES, AMÉRIQUE-AFRIQUE.
GENRES ET ESPÈCES DU LITTORAL ET DES RÉGIONS OCÉANIQUES.
Trois cas se présentent :
a) Celui d’espèces caractéristiques des flores du littoral atlantique,
flore de mangrove surtout.
b) Genres ou familles ayant leur centre de concentration en Amé¬
rique et ayant de rares représentants sur la face occidentale de l’Afrique.
c) Cas opposé de genres africains occidentaux ayant quelques
espèces en Amérique.
Les exemples sont relativement peu nombreux eu égard aux nombres
floristiques en cause.
a) Espèces des rivages atlantiques, mangroves et plages.
De part et d’autre de l’océan atlantique se trouvent les mêmes
espèces bordières ou du moins des espèces très affines, soit dans les man¬
groves, soit dans les fourrés littoraux. Nous citerons d’abord les plus
communes et les plus connues de la mangrove, les palétuviers du genre
Rhizophora (R. mangle, R. Harrisonii, R. racemosa) et Avicennia nilida;
des Combrétacées arbustives, Laguncularia racemosa, Conocarpus ereclus :
des Papilionacées arbrisseaux, Sophora occidenlalis, Dalbergia ecasta-
I. A l’exclusion de la sous-famille africaine des Monoloïdées.
Source : MNHN, Paris
— 209 —
phyllum, Drepanocarpus lunatus. Dans les fourrés littoraux, Chrysobalanus
orbicularis et C. elliplicus (Rosacées) correspondant au C. icaco améri¬
cain, Manilkara lacera et M. Welwilschii (Sapotacées) correspondant
au M. sericea du Brésil.
Sur les bords sableux ou marécageux de la mer et des lagunes, du
Sénégal au Congo, et dans les régions côtières américaines depuis la
Floride et les Antilles jusqu’au sud du Brésil, Annona glabra (= A.
palustris).
Hernandia beninensis, arbre des îles de Fernando Po et de San Tomé,
poussant non loin de la mer, dans les formations secondaires. Espèce
endémique mais très voisine de H. sonora du littoral des Antilles.
Cependant toutes les espèces arbustives caractérisant par place
les bords de mer ne traversent pas l’Océan atlantique. Sur les littoraux
américains se trouvent par exemple, sans correspondants africains :
Guttifères, C. alu phyllum brasiliense var. anlillanum ;
Polygonacées, Coccoloba uvifera;
Papilionacées, Plerocarpus officinalis ;
Simaroubacées, Suriana maritima. Sa distribution est étrange dans
le monde : présent sur le littoral atlantique de la Floride au Brésil; absent
sur le littoral atlantique africain, mais présent sur la côte orientale afri¬
caine, à Madagascar (côte orientale), sur les côtes asiatiques, puis absent
des îles du Centre de l’Océan Pacifique et de la côte pacifique américaine.
Rappelons ici combien la mangrove atlantique d’une façon générale
est pauvre en espèces, comparativement à la mangrove indienne.
b) Groupes typiquement américains représentés par de rares
ÉLÉMENTS EN AFRIQUE OCCIDENTALE.
Sacoglottis gabonensis. La famille des Humiriacées est, à l’exclu¬
sion de l’espèce ci-contre, exclusivement américaine. Depuis la récente
révision de J. Cuatrecasas elle compte 8 genres, 49 espèces et plusieurs
sous-espèces et variétés. Le genre Sacoglottis comprend 8 espèces y
compris l’espèce africaine S. gabonensis, laquelle est taxonomiquement
proche de l’espèce type du genre, S. amazonica. Le genre est surtout
amazonien et guyanais. Il fréquente les forêts denses humides. Un petit
arbre S. guianensis habite cependant les campos cerrados amazoniens.
Une seule espèce se trouve dans les secteurs maritimes de la forêt
guinéo-congolaise, signalée depuis la Sierra Leone jusqu’à l’Angola.
C’est un arbre moyen ou grand, très remarquable par son gros tronc très
tortueux, profondément et irrégulièrement cannelé. La frondaison est
puissante, la cime est fortement branchue mais le couvert est léger.
L’espèce est grégaire. En Côte d’ivoire elle se présente souvent par bou¬
quets ou même en véritables peuplements dans la forêt sur sol très
humide, voire marécageux. C’est au Cameroun et surtout au Gabon
qu’elle prend dans les secteurs maritimes sa plus vaste extension. Dans
le bas Cameroun, associée au Lophira alala, elle constitue un type très
particulier de forêt (Forêt à Sacoglottis et Lophira ou forêt à « Akouapo »
Source : MNHN, Paris
— 210 —
et « Azobé »). Au Gabon elle est associée à l’Okoumé (Aukoumea Klai-
necina) dans les plaines sableuses. Les arbres prennent alors de grandes
dimensions, et on a donné quelquefois à la forêt à Sacoglollis le nom
de « forêt cathédrale ». Cette espèce, comme l’Okoumé et comme l’Azobé
au Cameroun, est capable d’envahir les espaces découverts. C’est une
espèce typique de lumière. Cette répartition et ce mode de dispersion
sont des arguments en faveur de l’hypothèse, que j’ai déjà proposée
ailleurs, de l’extension relativement récente de la forêt à Ozouga et
Okoumé du Gabon 1 , et de l’origine probablement anthropique de la forêt
Les fruits du S. gabonensis sont mangés par les éléphants qui pro¬
pagent les graines dans les savanes de l’Ouest du Gabon et à l’intérieur
du pays. Néanmoins l’aire géographique de l’espèce est très nettement
atlantique. L’espèce, par exemple, n’existe pas dans la forêt de la cuvette
Toutes ces conditions géographiques et écologiques se conjuguent
pour reconnaître à l’unique Sacoglollis africain, si proche de l’espèce
américaine S. amazonica, une origine transatlantique. Le fruit est une
grosse drupe ellipsoïde de 3-4 cm de longueur dont l’endocarpe bosselé,
très dur est creusé de cavités remplies d’une résine. Ces drupes flottent
et se déposent sur les rives des cours d’eau. Cuatrecasas signale que
des drupes de S. amazonica auraient atteint l’Angleterre portées par
des courants marins traversant l’océan atlantique à partir des deltas
1. Aubréville A. — Savenisalion tropicale et
sér. 2, 2 (1), 1952.
Adansonia
Source : MNHN, Paris
— 211 —
de l’Orénoque et de l’Amazone. Il est vraisemblable qu’il en a été de
même pour l’espèce du Gabon dérivée de S. atnazonica, elle a trouvé dans
les forêts humides et les savanes littorales de l’Ouest africain un terrain
favorable à sa large expansion. C’est un cas peu douteux d’une propaga¬
tion transocéanique par les courants marins d’un « noyau » très dur,
résineux et flottable.
Swartzia. Ce genre de Légumineuses Cæsalpinioïdées est typi¬
quement américain. Il comprend environ 130 espèces d’arbres petits
ou moyens, rarement très grands, des forêts denses humides, souvent
ripicoles et plus rarement des campinas sur sable blanc amazoniens
et des campos et forêts sèches type de ceux du fleuve Tapajoz. Ce genre
est essentiellement amazonien et guyanais. Ducke a cité 54 espèces
pour l’Hylæa.
Très curieusement 2 espèces sont africaines. L’une S. fisluloides
est un arbre de taille moyenne de la forêt dense guinéo-congolaise, dissé¬
miné depuis la Côte d’ivoire jusqu’au Congo, sans être jamais abondant.
L’autre est un arbuste des savanes boisées et forêts claires africaines
dont l’aire est considérablement étendue, puisqu’elle va de la Gambie
à l’ouest, à la Tanzanie à l’est et, dans l’hémisphère austral du Mozam¬
bique, à la Rhodésie et au S. \Y. africain. En dépit de son nom de
S. madagascariensis elle n’existe pas à Madagascar.
Ces deux Sivarlzia sont taxonomiquement très voisins et j’ai ailleurs
considéré qu’il s’agissait d’espèces écophylétiques. Les fruits sont de
longues gousses noires, indéhiscentes, à surface vernissée, cylindriques,
un peu toruleuses, longues de 8-30 cm, mais parfois beaucoup plus lon¬
gues; elles contiennent de nombreuses graines. S’il s’agit d’une migration
transocéanique d’une espèce américaine, celle-là doit être très ancienne,
si l’on considère l’aire géographique considérable presque pan-africaine
de S. madagascariensis.
Il est à noter que la tribu des Swartziées est exclusivement amé¬
ricaine (7 genres) et africaine (3 genres).
Erismadelphus. La famille des Vochysiacées est typiquement
tropicale américaine (env. 5 genres, 180 espèces) à l’exception d’un seul
genre monospécifique africain, Erismadelphus. L’espèce, E. exsul a été
décrite avec 2 variétés var. exsul et var. plalyphyllus. Son aire s’étend
du sud de la Nigéria, au bas Cameroun, au Gabon et au Congo, comprise
à l’intérieur de celle de la forêt humide guinéo-congolaise. L’espèce fait
partie de la flore ripicole, mais on la rencontre aussi dans la forêt de terre
ferme, même en altitude (Bélinga, au Gabon). Son aire s’étend au Congo
(Eala) et aux galeries forestières des plateaux batékés (Ft Rousset).
Cet arbre peut devenir très grand. Les fruits sont ailés, ce qui peut expli¬
quer la large distribution de l’espèce dans la zone équatoriale proprement
dite. Mais elle ne s’est pas répandue en Afrique occidentale, ni en Afrique
orientale.
Source : MNHN, Paris
— 212 —
Andira inermis. Le genre Andira est américain avec une tren¬
taine d’espèces d’arbres petits ou moyens, rarement grands, répandus
dans toute l’Amérique tropicale. L’espèce A. inermis existe dans les
Antilles notamment Cuba, en Amérique centrale (Honduras, Guatemala,
Costa Rica), au Venezuela (bosquets des Llanos), en Guyane et dans une
grande partie du Brésil (8 espèces à.'Andira en Amazonie). On la trouve
aussi bien dans la varzea que dans la forêt de terre ferme ou dans des
savanes. Les autres espèces d 'Andira ont des habitats variés, forêt dense
humide, forêt marécageuse, forêt ripicole, campos, etc.
Le seul Andira inermis se retrouve en Afrique, jamais dans la forêt
guinéo-congolaise, mais dans les régions semi-arides soudaniennes, sous
forme d’un petit arbre trapu. C’est ainsi qu’il est signalé en Casamance,
au Mali, dans le nord de la Côte d’ivoire, et plus à l’intérieur même de
l’Afrique occidentale (Province du Gourma au Niger, Sokoto en N. Nigéria
du Nord, Cameroun, Oubangui-Chari et Soudan), c’est-à-dire dans la
région soudanienne des steppes et savanes boisées, de préférence au
bord des marigots. Son isolement taxonomique en Afrique, sa dissémi¬
nation habituelle, sa médiocre régénération naturelle donnent l’impres¬
sion que cette espèce n’appartient pas véritablement à la flore souda¬
nienne, mais cependant, en supposant qu’elle se soit échappée du berceau
américain, sa profonde pénétration à l’intérieur de l’Afrique d’Ouest
en Est en dépit d’un fruit lourd indéhiscent n’est guère explicable par
des transports passifs transatlantiques.
Annona. Genre américain tropical comptant environ 110 espèces
depuis la Floride, le Mexique et les Antilles jusqu’au sud du Brésil et
Paraguay. Plusieurs sont cultivées et parfois subspontanées. Ce sont des
arbustes ou des petits arbres, des forêts basses, fourrés, campos cerrados,
parfois ripicoles. L’aire du genre a un prolongement africain. En dehors
de VA. glabra, espèce commune aux rivages atlantiques des deux conti¬
nents, citée plus haut, la flore des savanes, savanes boisées et forêts
claires de toute l’Afrique tropicale, comprend plusieurs types vicariants
dont la séparation taxonomique est souvent incertaine : A. senegalensis
et sa sous-espèce 1 , A. glauca, celui-là taxonomiquement bien défini, limité
aux régions côtières de l’Afrique occidentale, A. slenophylla et ses variétés.
Ghesquière et Robyns dans leur essai de révision des espèces
africaines d 'Annona, admettaient 10 espèces et 9 variétés. Le genre
n’atteint pas spontanément Madagascar.
Les nombreuses graines des fruits charnus sont propagées par les
animaux. Espèces souvent à tendance envahissante.
Symmeria paniculata. Cette polygonacée, unique espèce du genre
Symmeria, est un arbuste ou petit arbre très caractéristique des berges
des rivières et de la varzea, connu en Guyane britannique, au Vénézuela
1. A. Le Thomas. — Mise au point sur deux Annona africains. Adansonia, sér. 2,
9 (1) 1969.
Source : MNHN, Paris
— 213 —
(Cassiquiare), en Amazonie (Santarem, Iquitos au Pérou). Il est sur¬
prenant de la retrouver dans une aire très limitée en Afrique occidentale,
de la Gambie à la Sierra Leone, au bord des cours d’eau. Adam a signalé
sa présence dans des fourrés au bord de la Gambie où elle voisine avec
d’autres espèces elles aussi communes aux 2 continents, comme Chris-
liana africana, Ceiba penlandra ou espèces très voisines, de l’un à l’autre,
comme Plerocarpus sanlalinoides africain proche ou identique à Plero-
carpus amazonicus.
L’habitat ripicole, l’aire africaine étroitement limitée à un secteur
côtier sont un cas où une origine relativement récente par transport
transocéanique d’ouest en est semble plausible.
Christiana africana. Genre monospécifique de Tiliacées. Petit
arbre des galeries forestières et des rives des cours d’eau dans la zone
des forêts denses semi-décidues de l’Afrique occidentale, très répandu
mais très peu abondant. Il est signalé depuis le Sénégal, la Casamance
et la Gambie jusqu’au Chari, au Soudan, en Angola et jusqu’aux Comores
et Madagascar.
L’espèce est également américaine et ripicole : Honduras, Guyane
anglaise, N.-E. du Brésil (Ceara), Rio Branco, Maranhao, Pernambouc,
Matto Grosso.
Ce cas peut être interprété comme celui du Symmeria paniculata,
bien que son aire couvre presque toute l’Afrique.
Pterocarpus santalinoides. Le genre pantropical de Papiliona-
cées, Plerocarpus, compte environ 550 espèces. En Afrique des espèces
sont répandues dans la forêt guinéo-congolaise et, plus nombreuses
encore dans les savanes boisées et forêts claires de la région soudano-
zambézienne. L’une d’elles, un petit arbre, est exclusivement ripicole,
dans les galeries forestières et aussi dans la traversée des forêts denses.
L’espèce a été rapprochée d’une espèce amazonienne et guyanaise des
varzea, P. amazonicus.
Heisteria. La souche de ce genre d’Olacacées est en Amérique
tropicale où se diversifient une quarantaine d’espèces d’arbustes et de
petits arbres, depuis le sud du Mexique jusqu’au Pérou et l’Amazonie,
contre seulement 2-3 espèces d’arbustes dans la forêt guinéo-congolaise.
Byttneria catalpifolia. Cette espèce du genre pantropical Byllne-
ria proche de Theobroma , de la famille des Sterculiacées, compte une
sous-espèce africaine des formations secondaires, du Ghana à l’Ouganda
et à l’Angola. La sous-espèce catalpifolia est américaine. Le genre bien
que pantropical est surtout américain (plus de 80 espèces sur un total
d’environ 130 espèces dont 5 africaines seulement). En outre B. guineensis,
arbuste sarmenteux épineux découvert en Sierra Leone serait proche
de B. filipes du Brésil et du Paraguay.
Source : MNHN, Paris
— 214 -
Rapatéacées. Cette famille de plantes de marais (10 genres, 25
espèces) a son aire principale en Amérique tropicale, et une aire secon¬
daire sur la façade atlantique de l’Afrique avec 2 genres, chacun à une
espèce, Maschalocephalus (Sierra Leone, Libéria, Côte d’ivoire), Apavlea
(Gabon).
Mayacacées. Famille de Monocotylédones à un seul genre amé¬
ricain Mayaca, de plantes de marais ou aquatiques (Amérique du sud,
Floride, Antilles, Amérique centrale); elle a un représentant unique en
Afrique, M. Baumii, dans le sud-ouest africain.
Mapania. Cypéracées de forêt dense humide, américaines et sur¬
tout africaines. Une espèce, Mapania purpuriceps , est commune au
Gabon et à la Guyane.
Vismia. Genre américain de petits arbres, arbustes et lianes de
la famille des Hypéricacées, comptant 27 espèces américaines et 7 espèces
dont 5 dans la région guinéo-congolaise et 2 dans les formations forestières
côtières de l’Afrique orientale (Kenya, Tanzanie). En Afrique occidentale,
surtout espèces des formations secondaires et lisières de forêt.
Chez les Monocotylédones nous citerons encore 2 exemples remar¬
quables, témoins de liaisons très anciennes avec l’Afrique des flores xéro-
philes néo-tropicales.
Velloziacées. Petite famille sud-américaine de xérophytes (200
espèces) à 2 genres, Barbacenia (Brésil central aride) et Vellozia (Brésil
méridional, Est Bolivie). Une espèce de Vellozia a une aire africaine
considérable s’étendant sur l’Afrique australe, l’Afrique orientale, Mada¬
gascar, la Somalie et la côte sud de l’Arabie, V. schnitzleinia. Une variété
occidenlalis a été décrite du centre de la Nigéria.
Broméliacées. Cette famille tropicale d’épiphytes est exclusive¬
ment américaine à l’exception d’une unique espèce trouvée en Guinée
(ex française) du genre Pitcairnia, P. feliciana.
c) La situation inverse de genres ayant leur centre de
GRAVITÉ MANIFESTEMENT SUR LE CONTINENT AFRICAIN ET D’OÙ PARAIS¬
SENT S’ÉCHAPPER QUELQUES ESPÈCES AMÉRICAINES EST PLUS RARE.
Dialium. (Cassiées). La plupart des espèces de Dialium sont afri¬
caines (30) et, environ 5 indo-malaises. Ce sont de grands arbres ou moyens
des forêts denses humides en Afrique. Une seule espèce, D. guianense,
est américaine. On la trouve, parfois abondante, dans les forêts denses
humides, mais aussi au bord des rivières, en Amérique centrale, dans les
Guyanes et au Brésil, parfois même en peuplements dans les forêts des
plaines côtières de Vera Cruz au Mexique.
Source : MNHN, Paris
— 215 —
Symphonia. (Guttifères). Le Symphonia globulifera est un grand
arbre caractéristique des forêts marécageuses où il se groupe parfois en
peuplements purs, en Afrique et en Amérique (Guyanes, Amérique
centrale, Vénézuela). Madagascar est un centre d’endémisme très remar¬
quable du genre avec 16 espèces.
Mammea (Guttifères). La même extraordinaire distribution
s’observe avec le genre Mammea (= Ochrocarpus) . Il y a une concentra¬
tion d’espèces à Madagascar (21), avec une aire s’étendant à l’Asie (7),
à l’Indonésie (13), l’Océanie (8), mais à l’ouest il n’y a plus qu’une seule
espèce de grand arbre dans la forêt dense humide guinéo-congolaise,
M. africana et une unique espèce sœur américaine, M. americana.
Gambeya. Ce genre africain est représenté dans la flore amazo¬
nienne par l’unique espèce G. excelsa.
II. CAS D'ESPÈCES AFRICAINES OCCIDENTALES ISOLÉES APPARTENANT
A DES GROUPES INDO-MALAIS OU OCÉANIENS.
Nous avons déjà à propos de la disjonction africaine cité le cas
d’espèces reliques de Théacées isolées dans la forêt dense africaine.
Ajoutons à celui-ci des cas de disjonctions nettement plus extraordi¬
naires puisqu’ils concernent des espèces de grands arbres isolées dans la
forêt guinéo-congolaise, appartenant à des genres malais dont ils sont
donc séparés par des distances considérables, depuis la côte guinéenne
de l’Afrique jusqu’en Malaisie, par le continent africain, l’océan indien
et les déserts intermédiaires, sans aucun relais signalé, pas même en
Afrique orientale.
Sindora Klaineana (Cæsalpinioïdées). Le genre est indo-malais
(18 spp), répandu en Malaisie et dans le sud-est asiatique. Il existe une
unique espèce africaine, arbre exclusivement de la région côtière du
Gabon, surtout dans l’arrière mangrove.
Ctenolophon Englerianus. Arbre des forêts marécageuses du Gabon.
Le genre avec 3 espèces est malais. Famille des Ctenolophonacées proche
des Linacées.
Tarrietia utilis et T. densiflora (Sterculiacées). Le genre Tar-
rielia malais et australien compte plus de 10 espèces. Les 2 espèces
de la forêt guinéo-congolaise sont très localisées, la première en Afrique
occidentale, la seconde au Gabon.
Mansonia altissima, M. diatomanthera, M. numphæifolia
(Sterculiacées). Trois espèces de grands arbres de la forêt occidentale
africaine. Les 2 autres espèces connues sont indiennes, de la Birmanie et
de l’Assam (M. Gagei, M. dipikæ).
Source : MNHN, Paris
— 216 —
Pterygota (Sterculiacées). Genre asiatique et océanien, compte
2-3 espèces dans la forêt guinéo-congolaise.
Hildegardia (Sterculiacées). Genre indo-malais. Une seule espèce
H. Barteri en Afrique occidentale, mais également 2 autres à Madagascar.
Alors que les cas de disjonction analogues signalés de part et d’autre
de l’Océan atlantique pourraient s’expliquer par des transports passifs
océaniques d’un continent à l’autre, de semblables explications pour
ces espèces africaines occidentales séparées des centres malais de grande
Fig. 2. — Aire des Ctenolophonacèes. Type d’une famille indo-malaise ayant une espèce
sur la côte occidentale africaine.
densité spécifique par un continent, des déserts et un océan sont inima¬
ginables. Il faut donc admettre que les aires de ces espèces aient été
rattachées autrefois aux aires malaises d’origine, c’est-à-dire supposer
des bouleversements intervenus dans la répartition des flores et des
formations végétales tropicales, d’abord pour rapprocher ce qui aujour¬
d’hui est séparé, puis pour disloquer et aboutir à la situation présente.
Le cas d’une Méliacée Melia dubia, est un peu différent. Le
genre Melia compte une douzaine d’espèces indo-malaises et une unique
espèce africaine. Celle-ci est un arbuste des savanes et galeries forestières de
l’Afrique orientale (Kenya) qui traverse l’Afrique centrale et atteint les
lisières de forêts secondaires du nord de l’Angola et du Gabon (Mavumbé).
Ce cas diffère de ceux des précédentes espèces, parce que l’aire africaine
est continue de l’Océan indien à l’Océan atlantique et qu’il concerne
une espèce caractéristique des formations sèches ou secondaires, laquelle
ne fait pas partie de la flore dense humide guinéo-congolaise.
Un sous-arbrisseau de la même famille des Méliacées pose un cas
analogue, Naregamia africana, des formations steppiques du littoral
Source : MNHN, Paris
— 217 —
angolais, est très proche d’une espèce N. alata de l’Afrique orientale
et de l’Inde.
L’espèce Ganarium Schweinfurthii (Burséracées) est bien repré¬
sentative de ces liaisons très excentriques avec la flore malayo-papoue.
Cette espèce, la seule du genre, arbre commun de toute la forêt guinéo-
congolaise, essentiellement des formations secondaires, n’appartenant
pas à la véritable flore autochtone africaine humide, se rattache à la
Malaisie par une espèce vicariante à Madagascar et en Afrique orientale,
une dans l’île Maurice, une dans l’Inde, le centre de concentration se
trouvant à Sumatra (15 ssp), Bornéo (21 spp), en Nouvelle-Guinée
(21 spp), Moluques (10), Célèbes (10), Australie (3), c’est-à-dire 1-2 espèces
africaines pour 75 malaises et mélanésiennes.
Parmi les Sophorées les liaisons afro-asiatico-malaises sont rela¬
tivement nombreuses :
Des relations entre l’Afrique occidentale et la lointaine Malaisie
ont été signalées, mais avec des relais en Afrique orientale et en Afrique
centrale. Ainsi un grand arbre des forêts décidues guinéo-congolaises
(de la Côte d’ivoire au centre du Congo) Pericopsis elata, a une espèce
vicariante (écophylétique), petit arbre des savanes guinéennes, P. laxiflora,
lequel a une espèce homologue dans les savanes zambéziennes, P. ango-
lensis, puis en Tanzanie, P. Schliebenii. L’Océan indien plus à l’est forme
barrage jusqu’à l’espèce indo-malaise et micronésienne P. Mooniana.
Une chaîne d’espèce d’arbustes lianes du genre Bowringia, relie
B. Mildbrædii du sud de la Nigéria, au Congo et Angola, à B. sp. de
Madagascar et à une espèce du sud de la Chine et de Bornéo.
A Dalhousiea africana, arbuste sarmenteux du Cameroun et du Gabon
correspond une espèce de l’Assam (N.-E. Inde) et du Pakistan oriental.
Brummitt vient de décrire un genre nouveau de Sophorée, découpé
du genre Baphia, comprenant 2 espèces de lianes : Airganlha Schivein-
furlhii de l’Afrique centrale et occidentale, et A. borneensis de Bornéo
et des Philippines.
Rappelons l’exceptionnelle diffusion du genre Sophora, arbuste
des fourrés des bords de mer.
III. CAS DES LIAISONS. MADAGASCAR-ASIE, OCÉANIE.
La flore malgache en majeure partie est d’aflinités africaines. A
cet égard Madagascar est une grande île détachée du continent africain
voisin. Il est intéressant pour juger des possibilités de transmission des
flores à travers les océans de savoir que l’île a reçu un certain nombre
d’espèces, en provenance évidente de genres malais, ou indiens, ou aus¬
traliens. Ces espèces se tiennent habituellement dans les forêts littorales
de l’île mais aussi parfois à l’intérieur du pays. Donnons quelques exem¬
ples, certains extraordinaires en raison des distances considérables qui
séparent Madagascar des aires de concentration des genres.
Source : MNHN, Paris
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Rhamnacées. Colubrina: 5 spp Madagascar, Afrique orientale;
18 Amérique, Nouvelle-Calédonie, Océanie, Australie, Malaisie, Inde.
Ixonanthacées. Allanlospermurn : 2 sp. : 1 Madagascar, 1 Bornéo.
Anacardiacées. Glula: 1 sp. Madagascar; Inde, Péninsule malaise
Indochine.
Rutacées. Chloroxylon : 1 sp Madagascar; 1 Inde.
Evodia: 11 spp Madagascar; 4 Australie.
Vepris : sur 51 spp., 23 à Madagascar; 1 à Ceylan; les autres en Afrique
orientale et Afrique du sud.
Toddalia: Madagascar et Indonésie.
Simaroubacées. Samandera : Madagascar 1 sp.; 10 autres en
Asie du S.-E. et Australie.
Icacinacées. Apodytes : Madagascar 2 spp.; 10 autres en Afrique
orientale et Af. du Sud, Ceylan, Malaisie, Australie.
Ulmacées. Aphananlhe: Madagascar 1 sp.; 1 en Amérique cen¬
trale; 1 indo-australo-malaise; 1 sino-japonaise.
Dilléniacées. Wormia: Madagascar 1 sp.; 20 en Mélanésie, Malai¬
sie et Inde.
Hibberlia: Madagascar 1 sp.; 90 en Australie; 18 en Nouvelle-
Calédonie.
Nepenthes. Nous rappelons ici le cas de ce genre très original de
67 espèces, malaises principalement, qui a une seule espèce à Madagascar,
une autre aux Seychelles, et une à Ceylan.
Trichopodacées. Plantes herbacées à court rhizome, dans une
aire indienne couvrant Madagascar, le sud de la péninsule indienne,
Ceylan et la péninsule malaise.
Flacourtiacése. Erylhrospermum : Madagascar 2 spp.; Asie et
Océanie.
Moracées. Bleekrodea: Madagascar 1 sp.; Bornéo 1.
Arthropodium: Madagascar 1 sp.; Australie, Nouvelle-Zélande 1.
Si remarquables que soient ces cas, ils ne constituent tous ensemble
qu’une part infime de la flore malgache, qui est une flore africaine ayant
évolué sur place.
Source : MNHN, Paris
— 219 —
IV. RELIQUES DE VARIATIONS MÉSOGÉENNES
11 y a des cas, plus extraordinaires encore que ceux que nous venons
de citer, de liaisons Madagascar-Antilles-Amérique sans traces de relais
ou au contraire avec des jalons encore placés sur le parcours mésogéen
présumé. On sait que la Téthys ou la Mésogée fut une mer secondaire
et tertiaire ou une succession de bassins, qui avant les soulèvements
alpins, réunissait l’Atlantique réduit à une mer caraïbe à l’emplacement
approximatif de la Méditerranée actuelle et se prolongeait jusqu’à l’Inde,
puis par d’autres branches, notamment une en direction de Madagascar.
Cette mésogée fut alors une voie de communication pour les flores, sur¬
tout si à ces époques les conditions climatiques y étaient favorables à
la végétation tropicale, comme on l’admet généralement. Voyons ces
cas :
Manilkarées. Présence de deux formes les plus primitives de
Manilkarées, les seules existant dans la flore actuelle des Sapotacées,
l’une Murieanlhe, aux Antilles, l’autre Muriea en Afrique orientale;
genres monospécifiques par ailleurs très voisins.
Sidéroxylées. Succession de plusieurs genres apparentés de Side-
roxylon sur l’axe possible de la mésogée : Mastichodendron (Amérique
centrale, Antilles), Sideroxylon (Canaries, Iles du Cap Vert), Argania
(sud marocain), Spiniluma (Éthiopie), Monolheca (Afghanistan), Side¬
roxylon (Afrique orientale et Madagascar), Sinosideroxylon (sud Chine).
Toutes les Sideroxylées forment ainsi une chaîne mésogéenne; en dehors
de laquelle elles n’existent pas (absentes notamment de l’Afrique occi¬
dentale et centrale). Si on devait en juger par le nombre actuel des espèces,
le centre de dispersion des Sideroxylon devrait être placé dans le secteur
géographique des îles de l’Océan indien, Madagascar-Mascareignes-
Seychelles.
Scrofulariacées. Aire disjointe mésogéenne du genre Campylan-
thus : Macaronésie-Somalie-Arabie-NW Inde.
Tiliacées. Le genre Carpodiplera présent en Afrique orientale et
à Madagascar, existe aussi à Cuba d’où est originaire l’espèce type. C.
cubensis Griseb. La voie mésogéenne est concevable.
Comme reliques de la voie mésogéenne citons encore quelques fou¬
gères :
Adianthum reniforme: Macaronésie, Madagascar, Réunion.
Actiniopteris auslralis: Iles du Cap Vert, Afrique du S.-E., Mada¬
gascar, Arabie, Inde.
Source : MNHN, Paris
— 220 —
LA MANGROVE INDO-PACIFIQUE
Elle occupe tous les rivages vaseux de l’Océan indien et de l’Océan
pacifique occidental, africain, asiatique et océanien. Il est bien connu
que floristiquement elle est beaucoup plus riche en genres et espèces que
la mangrove de l’Océan atlantique. On lui attribue : Rhizophoracées :
3 Rhizophora, 5 Bruguiera, 3 Ceriops, 1 Kandelia; Sonneratiacées : 4
Sonneralia; Combrétacées : 2 Lummilzera; Lécythidacées : 1 Barring-
Fig. 3. — Régions tropicales de la distribution des mollusques montrant la limite au delà
des côtes pacifiques de l'Amérique, de la Région mésogéenne occidentale (atlantique).
D'après • National Géographie •.
tonia; Myrsinacées : 2 Aegiceras; Guttifères : 1 Calophyllum ; Verbé-
nacées : 3 Avicennia; Simaroubacées : 1 Samadera; Euphorbiacées :
1 Excœcaria; Sterculiacées : 3 Heritiera; Méliacées : 2 Xylocarpus, 1
Amoora; Légumineuses : 1 Crudia; Rubiacées : 1 Scyphiphora ; Mal-
vacées : 1 Hibiscus; Acanthacées : 1 Acanthus; Palmiers: 1 Nipa et 1
Phœnix. A ces espèces il faudrait aussi ajouter, pour compléter la liste
de ces espèces du bord des eaux, celles de la flore des plages, dunes et
rocailles, appartenant aux genres : Thespesia, Sophora, Sindora, Ponga-
mia, Inlsia, Acacia, Coccoloba, Suriana, Maba, Dodonæa, Iiernandia,
Tourne/orlia, Pemphis, Casuarina, Terminalia, Pisonia, Manilkara.
Dans les formations marécageuses littorales, autres que la mangrove,
on trouverait encore de nombreux Barringlonia, des Melaleuca, Calo¬
phyllum, Xylocarpus et Pandanus.
Toute cette flore de mangrove ne s’étend pas dans le Pacifique
central et oriental. Elle ne dépasse pas la ligne d’andésite qui limite les
formations basaltiques du Pacifique à l’est. En particulier il est remar-
Source : MNHN, Paris
221
quable d’observer qu’elle n'atteint pas les rivages américains du Pacifique.
Sur les côtes pacifiques américaines on retrouve des Bhizophora de la
flore atlantique et un curieux genre endémique monospécifique Pelli-
ciera, du Costa Rica à la Colombie, à racines à échasses dont on a fait
le type d’une petite famille, les Pelliciéracées proche des Théacées (P. rhi-
zophoræ). Il est très important de constater en vue de l’étude de la
dynamique des flores océaniennes et américaines que des espèces de
mangrove à dispersion océanique n’aient pas réussi à traverser l’Océan
Pacifique et à se fixer sur les rivages américains.
Cette constatation est à rapprocher de celle mise en lumière à propos
de la répartition des poissons du Pacifique. Il existerait à ce point de
vue une province indo-ouest pacifique et une province atlanto-est paci¬
fique. Une barrière aurait toujours existé dans la partie orientale du
Pacifique entre la faune des poissons de la côte pacifique américaine et
celle du Pacifique occidental compris entre la côte orientale d’Afrique
le Japon, l’Australie et Hawaï 1 .
Cependant quelques espèces banales sont communes aux bords de
mer atlantique et pacifique : Hibiscus liliaceus, Coccoloba uvifera,
Suriana marilima, Maba buxifolia, Dodonæa viscosa, Pisonia aculeata.
Cela n’est pas étonnant puisqu’à certaines époques la rupture de
l’isthme de l’Amérique centrale a permis la communication entre la
Mésogée et le Pacifique.
DISJONCTIONS TRANSPACIFIQUES
ET DISJONCTIONS AFRICANO-EUROPÉENNES
A propos de la disjonction africaine nous avons cité de nombreux
groupes floristiques présents à la fois en Amérique et en Asie-Malaisie
séparés par le hiatus africain. Trois conceptions sont possibles à leur
sujet : ou bien ce sont des groupes initialement pantropicaux aujourd’hui
dédoublés en deux groupes continentaux séparés à la suite de la dispa¬
rition ancienne du chaînon africain; ou bien ce sont des groupes géminés
transpacifiques sans aucun rapport avec l’Afrique, dont l’un est issu de
l’autre par des transports passifs, ou ils résultent de migrations par le
moyen des ponts transpacifiques; ou encore il s’agit de pseudo-disjonc¬
tions, dues à une conception très large des familles, mais qui n’ont plus
de sens, par exemple, à l’échelle de sous-familles ayant des assises conti¬
nentales distinctes.
De nombreux genres en effet sont communs à l’Asie-Océanie d’une
part et à l’Amérique d’autre part. Leurs aires se font face, à l’ouest et
à l’est, séparées par l’immensité de l’Océan Pacifique. Le contact a-t-il
existé autrefois le long de ponts transpacifiques? Ou bien des transports
passifs ont-ils permis à un genre initialement américain ou asiatique ou
océanien, de coloniser la façade opposée à celle qu’il occupait primi-
1. Il en est de même pour la distribution des mollusques. (Fig. 3).
Source : MNHN, Paris
— 222 —
tivement. Des transports passifs, par les oiseaux grands voiliers ou les
courants marins sont vraisemblables et même certains pour expliquer
au moins en partie le peuplement végétal des îles. Toute une littérature
existe déjà sur ce sujet. On a montré aussi la possibilité de la formation
ancienne d’immenses ponts intercontinentaux transpacifiques 1 , disparus
sans laisser de traces. Il est certain que nous voyons aujourd’hui sur
nos cartes de tels ponts ou chapelets d’îles, comme celui de l’Amérique
centrale, les chapelets des Antilles et la guirlande des Mascareignes. La
guirlande des îles de la Sonde n’est que le rebord du plateau continental
indonésien. Nous sommes très loin de l’image de ponts de longueur
démesurée transocéaniques, et surtout de ponts transpacifiques.
Nous croyons que la plupart des grands groupes taxonomiques
communs à l’Amérique, à l’Asie et l’Océanie firent partie autrefois d’aires
continues pantropicales, mais que pour des raisons dont la discussion
ne peut être qu’à base très hypothétique, le chaînon africain est venu
à manquer.
La liaison africaine existe parfois aujourd’hui, très ténue, chez
certains genres. Par exemple nous pensons que les deux genres de la
famille des Guttifères Symphonia et Mammea sont d’origine malgache,
parce qu’ils forment une concentration exceptionnelle d’espèces à Mada¬
gascar, de 16 et de 21 espèces respectivement. Or il n’existe qu’une espèce,
très largement répandue de chacun de ces genres en Afrique tropicale,
Symphonia globulifera et Mammea a/ricana; la première se retrouve en
Amérique toujours très commune, et la seconde donne suite à une espèce
vicariante, Mammea americana. Toutes deux ont des fruits lourds, qui
ne peuvent être propagés qu’à courte distance par des animaux.
La disjonction africaine n’a pas toujours existé. La preuve indubi¬
table que l’on pourrait alléguer à l’appui de cette affirmation serait
d’ordre paléontologique. Des fossiles africains permettraient d’établir
la liaison interrompue. Ils n’existent malheureusement pas. Mais nous
pouvons faire des raisonnements par analogie en considérant la zone
tempérée européenne où les recherches de fossiles ont prouvé d’une
manière irréfutable à propos de certaines espèces la présence en Europe
d’une aire ancienne indiquant la continuité entre leurs aires actuelles
vivantes américaine et asiatique. Tels sont les cas bien connus de Lirio-
dendron tulipifera, Liquidambar orienlalis, des Nyssa, Symplocos, Magno¬
lia, Aesculus (1 espèce encore vivante dans les Balkans), espèces dispa¬
rues durant les glaciations quaternaires.
Certes les causes de disjonctions tropicales ne peuvent avoir la
même explication que les disjonctions européennes du quaternaire, mais
on conçoit comment peuvent se produire des disjonctions même consi¬
dérables par effacement de certaines parties d’aires sous des causes plus
ou moins mystérieuses.
Les aires américaines et asiatico-océaniennes peuvent aussi pro-
1. Van Steenis. —■ The land-bridge theory in botany. Blumea 11 (2), 1962.
Source : MNHN, Paris
223 —
venir de deux phylums différents, le chaînon africain n’ayant jamais
existé ou peu. Dans ce cas les disjonctions ne sont qu’apparentes.
La disjonction africaine des Myrtacées (80 genres) par exemple
s’explique si on attache l’importance qu’il mérite au fait que cette famille
se divise en deux sous-familles, l’une les Myrtoïdées essentiellement
américaine, l’autre les Leptospermoïdées concentrée en Australie, Méla-
nésie, Malaisie. Les Myrtacées archaïques dont elles dérivent occupaient
deux aires distinctes, l’une dans l’hémisphère occidental, l’autre dans
l’hémisphère oriental, c’est-à-dire que l’on peut concevoir que originel¬
lement l’Afrique fut un continent situé en dehors des aires principales
des Myrtacées primitives. La disjonction africaine constatée aujourd’hui
est un fait qui aurait donc son explication à l’aube même de la formation
des Myrtacées.
Restent les cas particuliers des genres pantropicaux Eugenia (-)- Syzy-
gium), Myrlus et Melrosideros. Metrosideros mélanésien et polynésien,
a un unique représentant dans les flores du Cap. Il existe aussi une
espèce d’un genre affine Tepualia au Chili. Cette disjonction de rares
espèces très loin du centre de concentration du genre rentre dans le cadre
explicatif des liaisons australes gondwaniennes déjà signalé.
Le genre Myrlus est très dispersé, entre une espèce méditerranéenne
( M. commuais), le Sahara central (M. Nivellii), Madagascar et l’Amé¬
rique du Sud. Il faut le considérer comme le genre ayant les limites les
plus orientales du groupe ancestral américain des Myrtoïdées, et ce
cas rentre dans le cas général des genres effectivement disjoints de
l’Afrique.
Le genre cosmopolite Eugenia (Myrtoïdée) avec ses 800 (— 1 400)
espèces, abondant partout dans la zone tropicale, y compris l’Afrique,
pose un cas d’exception problématique.
PRÉLUDES A L'HISTOIRE TERTIAIRE 1
DES FLORES D'ANGIOSPERMES
Nous pensons avoir montré que les flores d'Angiospermes se dis¬
tribuaient en bandes latitudinales à travers les continents, leur sépara¬
tion physique étant souvent renforcée par des obstacles géographiques,
océans et déserts. Dans chacune de ces bandes il y a un fonds commun
floristique, formé des mêmes familles, tribus et souvent genres, que l’on
retrouve dans chaque continent. Son existence implique qu’il y ait eu à
l’origine unité territoriale. Ensuite des évolutions se sont manifestées,
variables d’un lieu à un autre, aboutissant à des divisions nouvelles en
tribus et genres à l’intérieur d’une même famille. Des lignées évolutives
diverses se sont tracées en rapport avec la distribution géographiqué
des terres et des reliefs. Les flores se sont donc diversifiées d’un continent
1. Suite à leur histoire crétacée.
Source : MNHN, Paris
— 224 —
à un autre, mais il est resté un fonds commun à tous les continents. Les
profondes ressemblances évidentes qui subsistent entre les flores amé¬
ricaines, africaines, asiatiques, océaniennes, à des latitudes comparables
sont à mon avis inexplicables si à l’origine on n’admet pas qu’elles furent
réunies physiquement. Les migrations par transports passifs, d’un conti¬
nent à un autre, qui se sont produites dans le cours des temps géolo¬
giques, sont peu importantes en regard de l’unité fondamentale d’origine
qui est le fait essentiel. Les coupures continentales, les changements
climatiques, ont pu favoriser la diversité taxonomique, mais initialement
nous ne pouvons pas concevoir que dans chaque bande écologique, il
n’y eut un mélange des mêmes unités taxonomiques supérieures pri¬
mitives. D’une façon précise nous ne pouvons comprendre cette unité
fondamentale floristique qu’à l’intérieur d’une même masse continentale,
d’un unique continent primitif, sinon compact, du moins modérément
découpé, c’est-à-dire que nous en revenons nécessairement au thème
wégenérien. On ne peut y échapper. Cela ne signifie pas qu’un tel conti¬
nent fût couvert d’une flore à la composition partout homogène dans
chaque bande latitudinale. Déjà la diversité des familles existait de
l’est à l’ouest, du nord au sud, résultant de conditions inimaginables
régnant ici et diverses ailleurs, auxquelles se modelait l’évolution, familles
déjà très développées ici, absentes plus loin. Mais lorsque, suivant la
théorie de Wegener, ce continent initial se fissura et que les continents
écartelés, s’éloignèrent les uns des autres, chaque fragment libéré empor¬
tait avec lui un peu de la diversité des flores existantes. Celles-ci conti¬
nuaient à évoluer cette fois alors indépendamment dans chaque continent,
multipliant le nombre des genres apparentés de l’un à l’autre, tandis
que d’autres genres pouvaient disparaître, et qu’ainsi la différenciation
taxonomique ne pouvait nécessairement que s’accuser. Durant la période
tertiaire se sont formés les empires floraux américains, africano-mal-
gache, asiatico-malais, mélano-australien à l’intérieur de la bande
proprement tropicale, tous différents soit d’origine et par le jeu de l’évo¬
lution, mais ayant conservé un fonds commun encore indélébile. Telle
est notre conception de départ.
Si on peut donner encore dans quelques cas une certaine importance
à des liaisons transocéaniques des flores continentales, comment pour-
rait-on envisager plus particulièrement une explication semblable dans
le cas de la disjonction de la flore tempérée ou subtropicale australe sur
lequel nous avons insisté, où des éléments nombreux d’une même flore
spéciale se retrouvent à l’extrémité sud de tous les continents à des
distances considérables les uns des autres, du Chili à l’Afrique capienne,
à l’Australie. Ces terres australes excentriques furent réunies, et ces
aires dispersées aujourd’hui, étaient rassemblées dans l’hémisphère
austral du continent primitif.
Nous avons exposé le cas de ces espèces des forêts de l’Afrique occi¬
dentale appartenant à des genres indo-malais (p. 215), c’est-à-dire séparées
des aires principales par tout le continent africain, par des déserts et par
l’océan indien. Ces espèces « égarées » ont été évidemment en contact
Source : MNHN, Paris
— 225 —
autrefois avec les centres de dispersion des genres 1 . La pensée ne peut
échapper à cette nécessité d’une continuité géographique entre la flore
humide africaine occidentale et la flore humide indo-malaise, à l’époque
crétacée et tertiaire, liaison évidemment impossible actuellement.
Nous sommes donc ramenés à l’hypothèse de Wegener, raisonnant
en phytogéographe et biologiste, à cette construction de l’esprit si simple
qu’on l’a qualifiée de simpliste, alors qu’elle est simplement géniale.
Lorsqu’on examine une carte du monde, avec les continents divergeant
à partir des régions polaires, se terminant en pointe aiguë en Amérique
du Sud, en pointe émoussée en Afrique, et encore en chaînes de grandes
lies malaises prolongeant le continent asiatique, quand ces terres ont
des contours qui parfois s’adaptent comme les pièces d’un puzzle, sans
avoir besoin de beaucoup forcer l’imagination, on ne peut qu’être tenté
de concevoir ce que le premier fit Wegener. Mais il fallait avoir l’audace
de le faire. Nous savons quels arguments contraires ont fait valoir des
géologues : non correspondance de certaines formations géologiques de
part et d’autre des océans; absence constatée de tout déplacement relatif
actuel des continents qui semblent donc fixés; mais tous les géologues
ne sont pas d’accord 2 , et pourquoi de l’absence de mouvement actuel
devrait-on conclure à l’inexistence de déplacements dans le passé? Nous
ne sommes pas qualifiés pour intervenir dans ces controverses de géo¬
physique, mais seulement en tant que botaniste et biologiste. Nos argu¬
ments sur la nécessité d’un groupement primitif des flores sont en effet
aussi valables que d’autres, et nos raisonnements ont le même poids
que d’autres lorsqu'ils s’appuient sur des faits bien constatés. Person¬
nellement nous avons essayé plusieurs hypothèses possibles qui puissent
expliquer la répartition actuelle des flores, aucune ne nous a donné
satisfaction, et nous avons été conduit, en dépit d’une résistance intérieure
due à un préjugé défavorable né presque inconsciemment des multiples
critiques adressées à l’hypothèse de Wegener, à admettre une telle
hypothèse comme la seule satisfaisante pour des phytogéographes.
Reconstruire le monde crétacé et tertiaire est évidemment une entre¬
prise téméraire, bien qu’il soit très facile de jongler avec les continents
et de les rassembler, d’abord par des considérations de configuration,
et aussi par tendance naturelle à rapprocher les territoires aux flores
affines. C’est pourquoi s’il ne convient pas d’attribuer une valeur objective
trop grande à tous les essais de reconstitution, ce sont tout de même des
cartes de ce genre qui furent vraiment celles de la figure du monde pré¬
tertiaire.
L’Amérique du Sud s’encastre tout naturellement dans les creux
occidentaux du continent africain; l’Inde, la Malaisie, l’Australie se
rapprochent de l’Afrique orientale et de l’Afrique du Sud, comblant plus
1. M me van Campo a fait le rapprochement du pollen de Sindora Klaineana avec
le pollen d’une espèce de la Sibérie occidentale, du Jurassique-Paléoeène, Lorantha-
ciles pilalus (Grana Palynologica 4, 3, 1963). Peut-être pourrait-on voir dans l’espèce
sibérienne le chaînon d’âge crétacé qui manque entre le Gabon et l’Asie du Sud-Est.
2. Heirtzler. — Sea-fioor spreading. Scientiflc American. Déc. 1968.
Source : MNHN, Paris
— 226 —
ou moins l’actuel Océan indien, et formant un aggloméré probablement
plus ou moins découpé, auquel on a donné le nom de continent de Gond-
wana.
Dans notre croquis des continents tertiaires nous avons maintenu
proche de l’Afrique et de l’Indo-Malaisie, mais néanmoins bien séparé
un continent austral, rassemblant le bloc australo-papou (Australie
et Nouvelle-Guinée), la Nouvelle-Zélande, les îles mélanésiennes, le conti¬
nent antarctique aux limites imprécises et relié à la pointe de l’Amérique
du Sud. Ainsi est dégagé l’assise territoriale d’une flore australe distincte
bien qu'ayant beaucoup d’éléments communs avec les flores asiatique, sud-
africaine et sud-américaine.
Alors les grandes bandes florales écoclimatiques peuvent se cons¬
tituer sans discontinuités embarrassantes du nord au sud au travers
de l’unique masse continentale wégenériene, probablement coupée en
trois : le continent laurasien et le continent gondwanien séparés par la
mésogée ou Téthys, laquelle n’était pas un obstacle au contact entre
flores territoriales, de l’importance des océans actuels, mais probable¬
ment plutôt, étant donnée son orientation grossièrement ouest-est de
l’emplacement actuel des Antilles à l’Inde, une voie possible de contacts
et de migrations; et enfin un continent antarctique.
Source : MNHN, Paris
— 227 —
Après l’éclatement de la croûte continentale initiale et dérive des
continents nouvellement formés, les flores ont évolué d’une manière
indépendante, et, tout en gardant les caractéristiques du fonds original,
se sont individualisées donnant naissance aux flores continentales actuelles.
HYPOTHÈSE SUR LA POSITION ET LES
DÉPLACEMENTS DE L’ÉQUATEUR TERTIAIRE
La position de l’équateur par rapport aux continents a varié au
cours des temps géologiques, c’est notre seconde hypothèse fondamentale.
Nous ne nous intéresserons qu’à l’équateur tertiaire auquel était lié la
flore tropicale et même vraisemblablement les premières phases du
développement explosif des Angiospermes modernes. On peut admettre
en effet que l’activité de l’évolution de la flore a été maximum aux lati¬
tudes équatoriales qui bénéficient du maximum d’énergie solaire, là où les
autres conditions de milieu étaient également propices (eau, humidité,
absence de troubles climatiques). Avons-nous quelques indices ou argu¬
ments qui nous permettraient de placer avec quelque vraisemblance la
position de l’équateur tertiaire. Les études sur la rémanence magnétique
de certaines roches, sur la position des dépôts d’évaporites, sur la direc¬
tion des dunes, c’est-à-dire des vents alizés, ont autorisé certains auteurs
à tracer la position hypothétique de l’équateur depuis les temps les plus
reculés 1 .
Wegener déjà avait dans son continent aggloméré dessiné la ligne
de l’équateur tertiaire. Elle traversait le golfe du Mexique, puis l’Afrique
du Nord, le nord de l’Égypte, l’Inde et la Malaisie. Cette position dans
notre hémisphère nord nous paraît acceptable en vue de l’explication
des faits de répartition des flores exposés plus haut.
Dans cette hypothèse, s’ajoutant à celle du continent unique,
l’Europe, les États-Unis, l’Amérique centrale, l’Inde et la Malaisie qui
étaient en communication largement ouverte auraient joui d’un climat
tropical ou équatorial favorable au développement de ce qui est encore
aujourd’hui le fonds commun pantropical des flores. Cette conséquence
est en accord avec ce que nous savons ou croyons savoir des flores euro¬
péennes au tertiaire d’après la paléontologie et la paléoclimatologie.
Des flores chaudes habitent alors une partie de l’Europe, ou curieu¬
sement d’ailleurs se mélangent des éléments tropicaux et des éléments
apparemment tempérés, ce qui n’est nullement impossible puisque de
nos jours il existe par exemple des « chênes » ( Pasania ) et des « châtai-
1. Opdyke, N. D. — The impact of palcoinagnctism on paleoclimatic studies
I.J.B.B. (1959).
Opdyke, N. D. et Runcorn, S. K. — Paleomagnetism and ancient wind direc¬
tions. Endeavor (1959).
Wegener, A. — Die Entstehung der Kontinente (1912).
Wegener, A. — Die Entstehung der Kontinente and Ozeane (1915).
Du Toit. — Our Wandering Continents (1937).
Source : MNHN, Paris
— 228 —
gniers » ( Caslanopsis ) tropicaux. Certains paléontologistes ont signalé
en France la présence de fossiles d ’Eucalyptus et de Protéacées, types
de la flore australe. Nous voudrions être plus assurés de la rigueur des
déterminations combien délicates à faire quelquefois d’après des vestiges
minimes. Dans des pollens de la flore de Londres on a déterminé égale¬
ment des types de Protéacées. Ce serait des indices d’un bouleversement
ultérieur des flores, plus important et plus difficilement explicable encore
que celui que nous admettons.
Si nous ne nous attachons pas à un fossile particulier, mais aux
ensembles de ceux qui ont été identifiés, on peut retenir cette première
conclusion de la présence incontestable de plantes tropicales dans le
tertiaire européen. Une littérature fort importante existe sur ce sujet 1 .
Cette hypothèse étant admise d’une ligne de l’équateur correspon¬
dant plus ou moins à la mésogée avant l’accentuation de la dislocation
des continents, bien des faits de répartition des flores deviennent compré¬
hensifs.
La ligne de l’équateur lentement s’est déplacée vers sa position
actuelle, entraînant avec elle son cortège floristique tropical. Au nord
les flores dérivées tempérées, chaudes et froides, se maintenaient et se
développaient sous des climats devenus plus froids. Ici doit intervenir
notre interprétation hypothétique de la disjonction africaine sur laquelle
nous avons insisté. Sur le massif continent africain il est vraisemblable
qu’une vaste zone plus ou moins désertique existait, correspondant
toujours aux 30° latitude, au sud de la zone équatoriale, à hauteur du
Sahara actuel, supposition fort plausible, car les causes de la formation
de zones érémitiques à ces latitudes n’ont jamais cessé d’exister. Cette
zone aride, sinon désertique, plus vaste qu’aujourd’hui en raison de la
plus grande masse intérieure du continent wégenérien, a gêné le déve¬
loppement de la flore subtropicale et tempérée au sud. Cette flore ne
s’est répandue librement que plus au sud, au delà du tropique du Capri¬
corne, dans une bande joignant l’Amérique du Sud et ce qui est aujour¬
d’hui l’Afrique centrale.
La permanence et l’expansion vers le cœur du continent d’un
Sahara aride tertiaire prolongé à l’est d’un désert arabique, a finalement,
coupé à une certaine époque et d’une façon définitive, la flore tropicale
africaine de la flore indo-malaise laquelle s’éloignait à l’est. Mais à l’ouest
la flore tropicale africaine s’est maintenue plus ou moins en bordure
de l’Océan atlantique tertiaire, sous l’influence d’une mousson, analogue
à la mousson actuelle du Golfe de Guinée car comme il y eut toujours
des alizés, il y eut toujours des moussons. Elle a alors entraîné avec elle
1. Présence de la flore tropicale crétacée dans le bassin de Londres et le delta
du Nil (Reid et Chandler 1933, Chandler 1954), au sud des U.S.A. (Seward, 1934).
Fossiles crétacés du Groenland (69-75 °N) de Magnoliacées, Juglandacécs, Faga-
Au Thanéticn (Eocènc) la flore du bassin de Paris comprenait 60 % d'espèces
tropicales.
Au Spitzberg (77-80° N) à l’Eocène présence de platane, noyer, magnolia.
Source : MNHN, Paris
— 229 —
quelques éléments nettement malais qui finalement ont gagné les côtes
actuelles du Gabon et la forêt de l’ouest africain plus généralement.
C’est l’explication possible de la présence extraordinaire de ces éléments
malais en Afrique occidentale alors qu’il n’existe pas le moindre relais
à l’est avant l’Indo-Malaisie (p. 215).
La flore africaine plus typiquement tempérée ou subtropicale aus¬
trale dans le mouvement d’ensemble est descendue vers le sud, aban¬
donnant plus tard des séquelles ici ou là, surtout en montagne et c’est
peut-être l’explication de ces reliques montagnardes, espèces identiques
ou vicariantes du Cameroun et des hautes montagnes de l’Afrique orien¬
tale, aujourd’hui séparées par l’immense massif congolais de la flore
équatoriale humide qui leur est écologiquement interdit.
Il faut, croyons-nous, concevoir cette flore australe au début du
tertiaire comme une entité synchorologique et taxonomique, brassée
par places avec la flore intertropicale, mais ailleurs et sur de grandes
profondeurs en longitude et latitude isolée de cette dernière par les
grands déserts tropicaux et subtropicaux. Ultérieurement elle a, de plus
en plus, été rejetée vers l’extrémité des continents, comme ceux-ci se
dégageaient de leur base commune septentrionale. En Afrique du Sud
elle fut de plus en plus refoulée dans un domaine qui se restreignait
territorialement, étant disputé vers ses limites nord par la progression
de la flore tropicale humide le long des côtes occidentales, et au sud par
l’extension des zones désertiques en rapport avec les changements de
position du Tropique du Capricorne. Ainsi fut mis en place le dispositif
actuel, où en Afrique la flore australe se réduit à une flore « capienne »
à l’aire très diminuée, et à des séquelles abandonnées en Afrique centrale
et à Madagascar.
Nous apporterons plus loin un correctif important à cette conception
de la flore capienne venue du nord. Cette flore capienne pour nous eut
deux origines très différentes, l’une africaine continentale (ex. Ericoïdées).
et l’autre du sud, c’est-à-dire originellement du continent austral dont
nous venons d’envisager l’existence au sud de l’Afrique (ex. Protéacées).
C’est en Afrique que les perturbations dans la stratigraphie florale
furent toujours les plus importantes, parce que c’est vraisemblablement
à la hauteur de ce continent que les déplacements de l’équateur furent
les plus considérables. A l’opposé, en Asie du Sud-est et Malaisie, l’équa¬
teur tertiaire ne fut jamais très éloigné de l’équateur actuel, de sorte que
la flore et la végétation subirent là moins de vicissitudes qu’en Afrique.
Il en fut probablement de même en Amérique centrale et aux Antilles.
A hauteur de la soudure Afrique-Asie au contraire la cassure entre la
flore tropicale de l’Afrique du Nord et la flore tropicale indienne devait
s’accuser et les déserts ou les steppes succéder partout ou presque aux
formations tropicales fermées initiales de type humide ou sec.
Nous avons dans une étude antérieure 1 envisagé au quaternaire
1. Aubréville. — Contribution à la paléohistoirc des forêts de l’Afrique tropi¬
cale (1949).
Source : MNHN, Paris
— 230
d’autres transformations de la végétation et des flores, consécutives à
un certain mouvement de bascule de l’équateur, continuant d’abord
vers le sud le déplacement du tertiaire, puis revenant à une position
précédemment atteinte coïncidant avec la position actuelle. Une accen¬
tuation du mouvement vers le sud aurait entraîné évidemment une
progression des flores équatoriales vers le sud, surtout en suivant les
chaînes de montagne, et une extension de Paridification en Afrique
centrale, tandis que la bande forestière de forêt humide aurait au moins
temporairement pénétré au nord de l’hémisphère austral, tout en se
maintenant dans l’hémisphère boréal dans des stations refuges humides
le long des côtes de l’Afrique occidentale, surtout sur les reliefs (bastion
du Cavally en Côte d’ivoire, bastion de la Tanoé au Ghana, bastion du
Gabon (Monts de Cristal), Monts de Chaillu, bastion du Biafra, bastions
où actuellement encore la richesse floristique est la plus grande.
Ainsi l’équateur durant Père tertiaire s’est déplacé depuis ce qui
était l’Europe vers le centre actuel de l’Afrique, et avec lui la bande
floristique tropicale. Dans son mouvement celle-ci a laissé des séquelles.
C’est l’explication de ces espèces appartenant à des flores chaudes qui
subsistent encore dans la zone tempérée nord actuelle comme reliques et
témoins de l’ancienne occupation de ces régions par une flore tropicale.
Nous en avons donné des exemples (p. 195), que l’on pourrait considérer
comme des preuves de l’ancienne emprise septentrionale de la zone tro¬
picale et donc de son déplacement conséquent vers le Sud.
Sur la base de nos hypothèses nous avons proposé des explications
à la plupart des faits curieux ou extraordinaires de répartition des flores.
Il reste cependant encore à expliquer, si possible, l’absence d’homologie
entre la flore tempérée chaude de l’hémisphère nord et la flore tempérée
chaude de l’hémisphère sud. Nous avons admis volontiers que les voies
mystérieuses de l’évolution avaient dans la bande équatoriale engendré
des phylums divers, les uns se produisant dans toute cette bande, d’autres
se manifestant plus à l’Est, ou plus à l’Ouest, dans des secteurs au contraire
limités. C’est ainsi que par exemple les Cæsalpinioïdées se sont plutôt
développées vers l’Ouest et les Diptérocarpacées à l’Est, que les Sapo-
tacées sont apparues dans toute la zone tropicale, etc. Toutes ces trans¬
formations initiales à partir des Angiospermes archaïques, ont eu des
conséquences qui se manifestent encore — en gros — dans la distribu¬
tion actuelle des familles et tribus. Mais on conçoit mal comment une
différenciation ait pu se produire entre une flore extratropicale boréale
et la flore géographiquement homologue australe, l’une et l’autre trou¬
vant des conditions écologiques comparables dans les deux hémisphères.
Nous avons rencontré la même interrogation, et constaté l’absence de
réponse à propos des Conifères 1 . Pourquoi existe-t-il une flore boréale
et une flore australe distinctes de Conifères?
La prise en considération des fossiles change les données du pro¬
blème, et le rend encore plus complexe. La séparation floristique remar-
1. Aubréville. — cf. p. 195.
Source : MNHN, Paris
— 231 —
quable entre les bandes tempérées subarctique et australe, marquée
nettement par exemple par les aires de distribution des Fagacées pour
la première et celles des Protéacées pour la seconde, n’existe plus en
eiïet si l’on considère les fossiles de Quercus, Fagus et de Protéacées.
On aurait observé en effet des fossiles de Quercus dans des stations très
australes : pointe sud de l’Amérique du Sud, S.-E. de l’Australie, Nou¬
velle-Zélande, c’est-à-dire en pleine zone tempérée australe; et très
curieusement aussi au Nord-Est du Brésil. De même on aurait trouvé
des fossiles de Fagus et de Nolho/agus dans les aires actuelles des Notho-
fagus antarctiques (Terre de feu, S.-E. Australie, Nouvelle-Zélande) 1 .
D’autre part les indications de Protéacées dans le tertiaire européen
sont multiples : à l’éocène au pied des Pyrénées, dans le bassin parisien
(Grevillea, Drgandra); à l’oligocène, en Allemagne ( Dryandra ), au samoi-
sien des Grevillea dans les grès calcaires de Cilao. Rappelons ces pollens
de Protéacées reconnus dans le bassin de Londres.
Un fait indiscutable est la présence exclusivement dans l’hémis¬
phère austral d’espèces actuelles de Nothofagus, le hêtre antarctique,
homologue du hêtre de la zone tempérée nord. Supposons qu’il n’y ait
pas de doute sur la présence de fossiles de Fagacées et de Protéacées
tertiaires à l’opposé des aires actuelles. Comment expliquer alors que
tous les Quercus et Fagus aient disparu de l’hémisphère austral, et que
toutes les Protéacées aient disparu de l’hémisphère boréal, les uns et
les autres se cantonnant aujourd’hui dans les aires remarquablement
homologues par rapport à l’équateur.
Il peut paraître d’abord simple de supposer que les aires tertiaires
de ces groupes s’étendirent à la fois sur les deux hémisphères, hypothèse
satisfaisante pour l’esprit qui n’admet pas facilement une distribution
toujours limitée à un hémisphère ou nord ou sud. Mais d’une difficulté
on retombe dans une autre. Pourquoi s’est fait à une certaine époque
du tertiaire le clivage entre les aires nord et sud et la disparition d’une
de ces aires, conduisant aux structures floristiques actuelles.
Les changements au tertiaire de la position de l’équateur laissent
entrevoir la possibilité, le début, d’une explication. Le refroidissement
en Europe consécutif au déplacement de l’équateur vers le Sud, à partir
de sa position mésogéenne, aurait pu être défavorable aux Protéacées,
alors qu’il était au contraire supporté par les Fagales. Simultanément
le réchauffement austral aurait favorisé le développement des Protéacées
et éliminé les Fagacées (à l’exception du seul Nolhofagus). Au passage
de la bande équatoriale et de sa végétation de forêt dense humide, chênes
et Protéacées éventuels auraient été détruits, c’est ainsi qu’aujourd’hui
il n’y a ni chênes, ni Protéacées dans ce type tropical humide de forêt
dense de plaine, sauf rares exceptions.
L’explication que nous donnons pourrait être généralisée. On peut
concevoir qu’à la fin du crétacé les aires de certains groupes d’Angio-
spermes étaient bitropicales, et que les déplacements de l’équateur
1. Embergeh. — Les végétaux vasculaires, 2, 1 (1960).
Source : MNHN, Paris
— 232 —
et des continents furent la cause de changements bioclimatiques qui
eurent pour effet de détruire en général la bitropicalité, de favoriser
l’expansion d’un groupe dans un hémisphère, et éventuellement à l’opposé
sa disparition dans l’autre hémisphère.
Il faut par l’esprit se reporter â une situation mouvante des conti¬
nents et de leurs zones climatiques, dont nous ne pouvons nous faire
une idée concrète et où, par conséquent, certains faits précis, dont les
traces ont persisté de nos jours, sont hors de toute explication vérifiable
applicable à leurs cas.
On signale par exemple des fossiles de Leucospermées (Myrtacées
australes) dans l’Alaska. Si ces identifications sont exactes, la station
est aberrante, et il faudrait concevoir des bouleversements de flores et
de terres flottantes, absolument inimaginables.
Nous donnons plus loin une autre explication, plus satisfaisante
pour nous, de la distinction entre les flores subtropicales et extratro¬
picales boréale et australe. C’est qu’elles eurent primitivement des
origines distinctes situées dans des parties différentes de la bande tro¬
picale crétacée et tertiaire. L’actuelle flore australe typique (Nolhofagus
Protéacés serait issue de la partie la plus orientale de cette bande inter¬
tropicale, et elle aurait peuplé l’ancien continent subantarctique se répar-
tissant donc entre la Nouvelle-Guinée et le sud de l’Amérique du Sud.
Cette explication nous conduit à une autre fondée sur le polyphy-
létisme des flores primitives. Du point de vue de la pensée logique, rien
en effet ne s’oppose à la conception de plusieurs aires séparées, berceaux
de mêmes familles à l’intérieur de la même zone intertropicale. Nous
pourrions alors concevoir l’origine des Protéacées tertiaires, dont la
présence est reconnue en Europe, dans une aire intertropicale européenne
distincte de l’aire intertropicale australe que nous avons située vers la
Nouvelle-Guinée et l’Australie. De même les Fagacées fossiles tertiaires
australes pourraient avoir le même centre d’origine que les Nolhojagus.
Ces branches polyphylétiques auraient disparu par la suite, ne s’étant
pas adaptées aux changements climatiques.
GROUPES A AIRES BIPOLAIRES OU BITROPICALES.
THÉORIE GÉNÉRALE DES VAGUES FLORISTIQUES
Il existe encore quelques groupes à aires discontinues divisées par
l’équateur. Dans l’ordre des Ericales, se séparent très bien géographi¬
quement : les Epacridacées australes (surtout Australie et Nouvelle-
Zélande) ; parmi les Ericacées, les Vaccinoïdées nettement boréales,
bien que leurs aires débordent vers le sud de la Malaisie, dans le nord
de l’Amérique du Sud et comprennent une aire disjointe et isolée, englo¬
bant les montagnes de l’Afrique orientale australe et Madagascar ; les
Rhododendroïdées également boréales avec une avancée en Indo-Ma¬
laisie.
Le cas des Ericoïdées est plus curieux, puisqu’elles ne concernent
Source : MNHN, Paris
— 233 —
que l’Afrique et l’Europe, et plus particulièrement la flore du Cap où
sont rassemblés 24 genres dont 19 endémiques et où le genre Erica à
lui seul comprend presque 500 espèces. Plusieurs genres ( Agauria , Blaeria,
Ericinella, Philippia) se trouvent encore sur les montagnes africaines,
de même que Erica arborea sur les montagnes de la Tanzanie à l’Ethiopie.
C’est cette espèce que l’on retrouve autour de la Méditerranée et dans
les îles macaronésiennes. L’aire africaine orientale disjointe de l’aire
méditerranéenne se relie à celle-ci par une petite aire relique dans le
massif du Tibesti et par des récoltes de pollens en plusieurs points du
Sahara.
Erica arborea est ainsi pour nous une espèce relique d’une aire ter¬
tiaire africano-européenne d’Ericoïdées.
La même origine relictuelle est à attribuer aux 11 espèces d’Eri¬
coïdées de la France.
Le cas de la 4 e tribu des Arbutoïdées est plus incertain et appelle¬
rait des précisions supplémentaires. L’aire de cette tribu paraît encore
centrée sur l’hémisphère nord, avec des genres comme Arctostaphylos
dont de nombreuses espèces se trouvent dans les semi-déserts de l’Amé¬
rique du Nord, et des Arbulus de la côte pacifique des U.S.A. Quelques
genres sont cependant nettement à part, du point de vue géographique;
Perneltya a pour nous une origine nettement australe (Nouvelle Zélande,
Tasmanie, pointe sud de l’Amérique du Sud), mais en remontant les
Andes il atteint l’Amérique centrale. De même le cas du genre Gaul-
theria, surtout de l’Amérique du Sud tropicale, signalé aussi dans l’Inde
et en Birmanie.
Ainsi l’ordre des Ericales est très divisé en groupes, un austral,
les autres boréaux, généralement bien séparés. La famille des Empé-
tracées offre aussi 2 genres de l’hémisphère nord tempéré, et un genre
Empelrum avec 2 aires homologues, l’une nordique (arctique américain
notamment), et l’autre couvrant l’extrémité sud de l’Amérique du Sud,
ces 2 aires bipolaires étant donc parfaitement séparées.
Tous les cas d’aires éclatées dans les 2 hémisphères Nord et
Sud sur tous les continents ressortissent d’explications analogues. Nous
y rangerons entre autres celui du genre Coriaria dont des fragments
d’aires se dispersent de la Méditerranée à la Nouvelle-Zélande et à la
Polynésie, et du littoral pacifique de l’Amérique du Sud à la Chine et
au Japon.
La famille des Cornacées (10-16 genres), à la taxonomie encore
incertaine, a une distribution bihémisphérique qui peut être interprétée
ainsi. Dans l’hémisphère nord, le genre Cornus domine avec 40-60 espè¬
ces dans la zone tempérée depuis l’Amérique du Nord (U.S.A. 17 spp.),
l’Europe (France 2 spp.), l’Asie (Inde, Chine, Japon). Curieusement
une unique espèce est décrite des hautes montagnes africaines du Kenya
et de la Tanzanie, C. Volkensii. Dans la même flore tempérée asiatique,
il faut ajouter les genres Torricellia, Aucuba, Helwingia et Maxlisia.
Dans l’hémisphère sud, zone tempérée, on trouve des genres homo¬
logues, Griselinia (Nouvelle-Zélande, Amérique du Sud), Corokia (Nou-
Source : MNHN, Paris
— 234 —
velle-Zélande) ; en Afrique australe un genre monospécifique Curlisia
(présent aussi dans l’île Sainte Hélène).
Dans la zone tropicale enfin, Madagascar abrite 3 genres endémiques.
Nous retrouvons Maxlixia en Indo-Malaisie jusqu’en Nouvelle-Guinée
et 2 genres endémiques polynésiens. Tout cet assemblage taxono¬
mique disparate ne s’interprète convenablement que si l’on conçoit
des Cornacées crétacées s’étendant primitivement sur les deux hémis¬
phères, puis coupées au tertiaire inférieur par l’invasion d’une nouvelle
flore équatoriale, et ayant ensuite des évolutions distinctes au nord et
au sud.
La famille archaïque des Hamamélidacées caractérise parmi d’autres
la bande tempérée chaude subtropicale boréale, des États-Unis à la
Chine. Elle est disjointe en Europe et au proche-Orient où il ne subsiste
plus qu’une espèce de Liquidambar ( L. orienlalis) en Asie mineure. Mais
son emprise tertiaire en Europe est attestée par des fossiles de Liquidam¬
bar, Fothergilla, Parrolia, Hamamelis , Hamamelidoxylon. La famille
est absente également de l’Afrique tropicale occidentale et australe.
Il existe aussi des genres typiquement malais. Nettement austraux
enfin on trouve au Queensland une petite aire d’un genre monotypique
australien, Oslrearia; puis en Afrique orientale tant au long des chaînes
de montagnes, de l’Éthiopie au Natal, un genre Trichocladus à 6 espèces,
et à Madagascar un genre Dicoryphe avec 14 espèces (+ 1 aux Comores).
Nous sommes donc en présence d’une famille anciennement très
répandue dans les 2 hémisphères Nord et Sud. Son aire boréale fut dis¬
jointe à hauteur de l’Europe et de l’Afrique occidentale et centrale.
L’aire australe est réduite à celles de genres excentriques montagnards
(1 africain et 1 malgache), et d’un genre australien étroitement localisé.
La disjonction européenne s’explique par les glaciations quater¬
naires. La disjonction africaine peut être d’ordre écologique, en raison
de l’extension des aires désertiques ou de l’effet inhibiteur concurrentiel
de la végétation tropicale humide très dense des régions des plaines occi¬
dentales et centrales. Les aires montagnardes à climat tropical atténué
et soustraites à la concurrence de la végétation tropicale des terres basses,
ont été conservées.
A propos de cet exemple nous pouvons mettre en évidence d’une
façon générale les deux types d’explication des aires de groupes qui
appartenant plutôt aux flores tempérées, sont limitées en pays tropical
pratiquement à des hautes montagnes, isolées donc dans des régions
couvertes de végétations tropicales typiques. Ou bien ce sont des élé¬
ments des flores non tropicales actuelles qui profitant des conditions plus
fraîches des hautes altitudes ont pu migrer dans la zone tropicale, c’est
l’explication la plus courante; ou bien ce sont des vestiges de flores archaï¬
ques tempérées chaudes mais non tropicales, qui après l’invasion ultérieure
du pays par la flore tropicale consécutive à une accentuation de la tropi¬
calisation du climat, se sont maintenues « réfugiées » dans des stations
montagnardes où aujourd’hui elles ont le caractère de vestiges. Dans
le premier cas, il s’agit d’espèces migrantes et envahissantes, dans le
Source : MNHN, Paris
— 235 -
second, de reliques statiques. Il est vraisemblable que les 2 processus
se sont produits selon les cas, mais nous croyons que le second a plus que
le premier la valeur d’une explication générale.
Dans le cas d’aires localisées, très éloignées les unes des autres, comme
par exemple celui de la communauté d’origine de la flore des montagnes
du Cameroun et de celles des montagnes de l’Afrique orientale, seul
le second type d’explication paraît applicable. Nous ne croyons guère
aux sauts de puce d’une montagne à une autre par-dessus des flores
de plaine où la vie est impossible à la flore orophile.
D’un point de vue très général nous sommes entraînés à méditer
sur l’hypothèse de l’évolution des flores par vagues successives, gran¬
diose dans le temps et l’espace. Au secondaire, après d’autres disparues,
la flore des Gymnospermes couvrait toute la surface de la terre, y compris
certainement la zone équatoriale. Au crétacé et peut-être plus tôt encore
au jurassique, s’introduisent et se développent dans les forêts de Coni¬
fères les premières Angiospermes où se dessinent phylétiquement et
dans des aires vastes les familles les plus anciennement connues. Elles
envahissent et chassent les Conifères qui ne se maintiennent en zone,
tropicale que dans des stations écologiques particulières, mais continuent
à régner dans les zones tempérées. De nouvelles apparitions et invasions
de flores se succèdent dans le cours du crétacé supérieur et du tertiaire,
nées dans les zones chaudes zone équatoriale (s. I.), qui éliminent à leur
tour la flore des Angiospermes les plus primitives lesquelles se main¬
tiennent toutefois dans les zones tempérées où elles se sont adaptées.
C’est ainsi que nous concevons par apparition et expansion à des âges
successifs, par vagues, des flores d’Angiospermes, distinctes, mais évidem¬
ment dérivées des plus anciennes, chaque nouvelle recouvrant et élimi¬
nant plus ou moins complètement celles antérieurement installées. Ces
surimpressions de flores se sont produites dans un monde instable, sur
des continents mobiles et sous des climats changeants, ce qui a empêché
une distribution statique des groupes floristiques, et a donc abouti à
la confusion actuelle ou néanmoins nous sommes tentés de retrouver
un certain ordre morphologique, géographique et écologique. Comment
une flore peut-elle en éliminer une autre ? En l’étouffant sous son exu¬
bérance, en la privant de lumière, en empêchant toute régénération sous
un couvert trop sombre, en disputant à chaque individu le sol et la lu¬
mière. Sans doute aussi, faudrait-il mettre en cause un mystérieux
vieillissement des flores, avec ses symptômes vraisemblables : réduction
de longévité, de croissance des individus et de leur potentiel de repro¬
duction.
Source : MNHN, Paris
— 236 —
UN PROBLÈME PARTICULIER AFRICAIN.
LA DISTRIBUTION DES CÆSALPINIÉES (EUCÆSALPINIÉES)
L’étude de la distribution des Cæsalpiniées 1 dans le monde est
particulièrement intéressante, parce qu’elle a un aspect écologique et
qu’elle concerne surtout une flore sèche. Ce sont pour la plupart des
genres d’arbres et d’arbustes, souvent épineux, remarquables par leurs
feuilles bipennées et par leurs belles fleurs voyantes, qui habitent le
plus souvent des régions arides ou même très arides. Leur propagation
est donc arrêtée par les grands massifs de forêt dense humide dans les¬
quels on trouve très peu d’espèces de Caesalpiniées, exception faite de
quelques espèces de lianes.
Quelques genres ont à l’échelle du monde des aires extraordinai¬
rement déchiquetées, disjointes de l’Amérique centrale sèche à l’Afrique
du Sud sèche et même à l’Afrique aride du Nord-Est ( Parkinsonia ,
Hoffmanseggia, Hæmatoxglon — celui-ci se trouve encore à Madagascar,
Pellophorum). Certains ont des aires américaines et asiatiques ( Gledilschia,
Peltophorum). Certaines aires américaines sont nettement bitropicales,
de part et d’autre de la forêt dense humide amazonienne ( Ho/Jmanseggia ,
Gleditchia, Pellophorum).
Parkinsonia. Amérique : Mexique, Amérique centrale, U.S.A. —
Afrique : 2 aires disjointes, l’une dans les steppes épineuses du S. VV.
africain (Namaqualand), l’autre dans les steppes du N. Kenya et de
l’Abyssinie.
Hoffmanseggia. Amérique : Aires bitropicales : Californie, Ari¬
zona aux U.S.A., N.E. du Mexique (Sonora, Basse-Californie) ; et aire
sud-américaine, Chili, République Argentine. — Afrique : 4 espèces
des régions subdésertiques de l’Ouest de l'Afrique australe.
Hæmatoxylon. Amérique : Amérique centrale, Côte caraïbe,
Antilles. —• Afrique : S. W. africain ; Madagascar (= Cgmbosepalum) ;
Inde (?).
Gleditschia. Amérique : 2 aires bitropicales ; 3 espèces dans l’Est
des U.S.A. ; 1 espèce au Sud de l’Amérique du Sud (Paraguay, Nord
de la République argentine, Sud Brésil). — Asie : 1 espèce au sud de la
mer Caspienne ; 8 espèces en Chine et N. Vietman.
Peltophorum. Amérique : 2 aires au nord et au sud de l’Hylaea,
1 espèce au Vénézuéla, 1 espèce au Paraguay et au Nord de la République
Argentine. — Afrique : 1 espèce d’Afrique australe (Ht Katanga, S.
Rhodesia. N. Transvaal). — Asie : Indochine, Indonésie, Australie.
1. Aubréville. — Répartition géographique des Eucæsalpiniées et leur disjonc¬
tion ouest-africaine — C. R. Soc. Biogéo. (1956).
Source : MNHN, Paris
— 237 -
Gymnocladus. Amérique : I espèce de l’Est des U.S.A. — Asie :
I espèce chinoise. — Ce genre est inclus dans la zone tempérée boréale.
La liaison Amérique du Sud-Afrique du Sud aride par 4 genres est
un fait exceptionnel, qui s’interprète aisément dans l’hypothèse du
monocontinent wégenérien (fig. 4).
Les 2 centres de densité générique sont l’Amérique tropicale, et
Madagascar-Afrique orientale. On compte 13 genres en Amérique, le
genre Cæsalpinia avec une centaine d’espèces de régions sèches étant
compris sensu lalo. Ce genre est divisé parfois entre plusieurs autres
( Brasileitia , Guilandina, Libidibia, Tara). La distribution des Cæsal¬
pinia en Afrique est curieuse : une seule espèce de grande liane épineuse,
de l’Afrique occidentale à l’Afrique orientale, C. Welwitschiana, mais
en Afrique orientale de la Somalie au Tanganika sont signalées plusieurs
espèces (6-10). Madagascar est un important centre avec 6 genres (Telrap-
lerocarpon, Bussea , Delonix, Colvillea, Cæsalpinia, Hæmaloxylon) ;
s’y ajoutent en Afrique orientale et australe : Cordeauxia, Pellophorum,
Parkinsonia, Sluldmannia.
Dans l’Asie tropicale du Sud-Est et en Malaisie, on retrouve les
Pellopborum et Cæsalpinia auxquels s’ajoutent plusieurs genres de
lianes, Wagelea et Acrocarpus, monospécifiques, Mezoneuron et Plero-
lobium. Ces 2 derniers comprenant de nombreuses espèces asiatiques,
malaises, océaniennes, ne détachent respectivement que 2 espèces jus¬
qu’en Afrique occidentale et 1 espèce jusqu’au Katanga et en Rhodésie
du Sud.
La disjonction de l’Afrique occidentale sans être totale est remar¬
quable, puisque sa flore outre 2 espèces de lianes, l’une représentant
un genre cosmopolite (Cæsalpinia) et un genre indo-pacifique (Mezo¬
neuron), ne compte qu’une (-2) espèces arborescentes de Bussea, genre
probablement originaire d’Afrique orientale. La plupart des Cæsal-
piniées présentes en Afrique traversent le continent en contournant
l’Afrique occidentale et centrale par le Sud et par l’Est.
Pourquoi la tribu très ancienne et pantropicale des Cæsalpiniées
n’a-t-elle pas accès à l’Afrique occidentale et centrale sauf par quelques
lianes, d’introduction peut-être relativement récente ?
La cause est probablement d’ordre écologique. Ces Cæsalpiniées sont
des espèces de régions arides ou semi-arides, sauf rares exceptions 1 .
II est possible que leur développement ou leur maintien en Afrique
occidentale et centrale ait été rendu impossible parla forêt dense humide
dont la position a varié — comme nous en avons émis l’hypothèse —
au tertiaire entre l’Afrique du Nord et l’équateur actuel.
Seules des espèces de grandes lianes héliophiles en perçant la voûte
des arbres de la forêt dense humide, peuvent subsister dans cette forêt.
En Amérique on signale en Amazonie, donc en pays très humide,
le genre Jaequeshuberia, mais il semble qu’il ne fréquente que des for-
1. En Afrique occidentale, Bussea occidentatis ; en Amérique du Sud, Schizolo-
Source : MNHN, Paris
— 238 -
mations végétales très spéciales et localisées, campinas herbeux et pseudo-
catinga du Rio Negro, et non pas la grande sylve amazonienne.
Il reste encore à expliquer en Amérique les cas de ces genres à aires
bitropicales séparées précisément par la forêt amazonienne. L’expli¬
cation peut être simplement d’ordre écologique. En effet rappelons qu’il
s’agit d’espèces héliophiles, adaptées à des stations arides. Or les côtes
de l’Amérique du Sud, tant sur le littoral pacifique que sur le littoral
atlantique, comportent des secteurs secs, qui probablement ne furent
pas ni toujours ni totalement discontinus. C'est par ces voies de bords
de mer que des migrations ont pu s’effectuer. Dans d’autres cas les chaînes
andines ont aussi permis des migrations d’espèces et des franchissements
de l’équateur.
D’assez nombreuses espèces américaines ont des aires bitropicales,
séparées par l’Hylæa amazonienne. Citons : Papilionées ; Ateleia, Centro-
lobium ; Zygophyllacées ; Larrea, Bulnesia ; Rhamnacées ; Condalia ;
Capparidacées : Alamisquea; Rutacées; Zanthoxylum, etc...
THÉORIES SUR L’ORIGINE AUSTRALE GÉNÉRALE
DES ANGIOSPERMES
Citons en passant sans nous y arrêter les conceptions d’une origine
bipolaire. Si en effet, comme on l’écrit quelquefois, au secondaire le
climat de toute la Terre était chaud, le climat équatorial aurait été
hyperthermique et ainsi peu favorable à la naissance des Angiospermes
tandis qu’au contraire cette flore aurait pu prendre naissance et se déve¬
lopper à des latitudes subpolaires Nord et Sud. Cela fournirait la base
de l’explication d’une certaine asymétrie des flores dans les deux hémis¬
phères nord et sud. L’hypothèse de base d’un climat chaud régnant
sur toute la Terre, avec une zone équatoriale azoïque, est par ailleurs
peu vraisemblable. Des glaciations se sont produites une ou deux fois
au paléozoïque ce qui indique une Terre sujette à d’importantes variations
climatiques.
D’autres phytogéographes admettent une origine australe générale
des Angiospermes. La théorie de Wegener est à la base de l’hypothèse
de Du Toit 1 . Celle-la est croyons-nous inévitable. La flore à Glossopleris
avait occupé l’inlandsis permo-carbonifère qui s’était étendu autour du
pôle Sud sur une partie du continent de Gondwana dans l’hémisphère
austral, lequel était constitué d’un assemblage de toutes les terres aus¬
trales actuelles et au surplus de l’Inde et de la Malaisie. Ce Gondwana
était séparé par la Téthys du continent boréal de la Laurasia. Les forêts
de Glossopleris auraient été le berceau des Renonculacées considérées
comme la famille la plus ancienne de la flore herbacée .et aussi des Magno-
liacées, ancêtres de la flore ligneuse. Ces flores australes tempérées primi-
1. A. L. Du Toit. — Our Wandcring Continents (1937).
Boughey. — The origin of the African Flora (1957).
Source : MNHN, Paris
- 239 -
tives évoluèrent et dans une vaste transgression mésogéenne en éventail
à partir du continent gondwanien s’installèrent sur toutes les terres,
jusqu’au delà de la Téthys. Au mésozoïque se diversifiaient les différentes
flores en même temps qu’à partir du crétacé inférieur le continent de
Gondwana se fragmentait et commençait à se disperser. Sous les latitudes
sud. Telle est, très sommairement exposée, la génèse supposée des Angios¬
permes archaïques, nées dans les terres australes, après la glaciation
permo-carbonifère.
Croizat 1 a affirmé lui aussi l’origine australe des Angiospermes.
D’après lui elles sont apparues dans le monde préjurassique, à partir
de certains centres géographiques, d’où elles ont migré et évolué dans
le monde suivant des voies issues de 5 portes principales (Gates). Il a
précisé : à l’extrémité sud de l’Amérique du Sud, la « Magellian Gâte » ;
au sud de l’Afrique, les plus importantes, l’« Afroantartic Triangle »
(Natal, I. Kerguelen, Tristan da Cunha), et le « Gondwanic Triangle »
(Madagascar, Mascareignes, Seychelles) ; et les centres océaniens, « Neoca-
1. Croizat. — Panbiogeography I, lia, 116 (1958) ; Principia botanica la, 16
(1960).
Source : MNHN, Paris
— 240 —
ledonian Center » et « Macquarian Center ». D’autres centres secondaires
d’évolution se sont formés ensuite dans l’ancien et le nouveau monde.
Un des mérites majeurs — selon nous — de la géniale conception ini¬
tiale de Croizat est d’avoir conçu l’origine polytopique des Angiospermes
archaïques et modernes. 11 a admis aussi l’existence du continent du
Gondwana qui occupait l’actuel océan indien continent, sans lequel
la dispersion actuelle des végétaux est inconcevable.
L’Afrique est ainsi souvent considérée comme ayant été un centre
d’évolution principal des végétaux archaïques sans doute parce qu’elle
fut toujours un continent massif constitué de larges socles précambriens,
et que depuis le mésozoïque elle n’a pas changé beaucoup de forme, sauf
à son extrémité septentrionale et quelques golfes sur les bords. Au début
du tertiaire au contraire l’Europe et l’Asie étaient en partie sous les
mers, ce qui d’ailleurs n’est pas absolument incompatible avec les condi¬
tions d’un centre d’évolution, lesquelles et sans doute devaient être
principalement bioclimatiques et croyons-nous en relation avec la posi¬
tion de l’équateur.
Il nous paraît par ailleurs difficile d’admettre à la fois la réalité
d’une glaciation permo-carbonifère australe puissante et celle d’un
centre d’origine des Angiospermes archaïques colonisant les abords ou
même l’emplacement de l’inlandsis austral après son réchauffement.
Les flores antarctiques, froides, tempérées, auraient eu des berceaux
austraux, et de là se seraient étalées en éventail vers le nord. La Terre
aurait donc été au secondaire soumise toute entière à des climats froids
et tempérés ce qui aurait permis à la flore australe tempérée d’envahir
les deux hémisphères. La flore tropicale apparue plus tard aurait alors
séparé les flores tempérées septentrionale et australe. L’avantage de
cette conception est d’expliquer l’origine de ces aires disjointes de genres
« tempérés », couvrant les hautes montagnes dans la zone tropicale,
c’est-à-dire d’une flore orophile de souche tempérée isolée en pays
tropicaux.
Nos préférences — mais il ne s’agit bien sûr que de vues de l’esprit,
dans toutes les hypothèses — vont à une origine là où les conditions
semblent les plus favorables à la vie, c’est-à-dire à des zones sous des
régimes chauds et marins. A l’éocène inférieur nous pouvons, d’après
ce que nous savons alors certainement des climats, placer ces zones
favorables au développement biologique et phylétique à hauteur de
l’Europe, des États-Unis, de l’Égypte et de l’Indo-Malaisie, toutes
régions situées alors dans une bande tropicale, compte tenu des défor¬
mations des terres consécutives au démembrement du mono-continent
wégenérien.
Et cependant il semble bien que l’opinion de Croizat soit partiel¬
lement vraie et qu’une partie de la flore australe des Angiospermes
soit d’origine australe. Pour en comprendre la possibilité il faut admettre
la conception wégenérienne à la fois du mono-continent initial et de la
dérive continentale. Nous donnerons des arguments au chapitre suivant
à propos des Nolhofagus et Protéacées.
Source : MNHN, Paris
- 241
ORIGINE TROPICALE DES FLORES LIGNEUSES TEMPÉRÉES
Notre explication de ces intrusions orophiles de flores « pseudo¬
tempérées » en pays tropicaux ressort d’un principe totalement différent :
celui des extensions de la flore tropicale dans des zones subtropicales
ou pseudotempérées, consécutives à des variations climatiques et, si¬
multanément de reculs des flores tropicales laissant des séquelles en zones
devenues vraiment tempérées, les unes et les autres isolant des aires et
des espèces adaptées prenant le caractère de reliques.
Développant notre hypothèse fondamentale nous pouvons même
penser que les premières Angiospermes furent des types de flores chaudes,
dont certains éléments s’adaptèrent à des conditions plus froides au
hasard des déplacements continentaux, ceux-ci entraînant des chan¬
gements climatiques, et qu’elles furent donc en dernière analyse à l’ori¬
gine des flores tempérées puis froides. Il existe des reliques de ces flores
anciennes chaudes vivant actuellement en pays tropical que l’on range
du point de vue taxonomique dans les flores tempérées. Ce sont préci¬
sément certains éléments des flores orophiles tropicales constituées en
partie de genres familiers aux botanistes de pensée européenne, genres
qu’ils considèrent d’habitude comme typiques de la flore tempérée. En
réalité rappelons que ces espèces sont biologiquement soumises à des
rythmes climatiques tropicaux et ne sont donc pas des éléments d’une
flore véritablement tempérée. Nous pensons à l’exemple le plus remar¬
quable des chênes tropicaux, Quercus vrais du Mexique, de l’Amérique
centrale et de l'Indo-Malaisie, des noyers andins, Jugions vrais, et mieux
encore aux Fagales reconnues comme tropicales, des genres Pasania,
Cyclobalanopsis, Castanopsis, aux Nolhofagus de Nouvelle-Guinée et de
Nouvelle-Calédonie, hêtres austraux de haute montagne, mais aussi
occasionnellement se trouvant à basse altitude, aux nombreux Prunus
indo-malais et africains ( Pygeum ) tropicaux et subtropicaux, auxquels
correspondent en Europe 2 espèces, P. lusilanica (Macaronésie,
Portugal) et P. laurocerasus (Eurasie) ; aux Cellis tropicaux, etc... toutes
espèces qui constituaient les éléments d’une flore archaïque tropicale
envahie et plus ou moins chassée ultérieurement par une autre flore
tropicale plus thermophile, mais qui s’accrochèrent aux montagnes.
Les Fagales de la flore tempérée actuelle seraient en particulier dans
cette hypothèse vraisemblablement dérivées de types de Fagales tropi¬
cales. Nous nous éloignons donc beaucoup des habituelles façons de
penser en matière d’origine des Angiospermes.
Peut-être faut-il trouver dans cette hypothèse l’explication de
ces mélanges d’espèces feuillues proches des espèces tempérées actuelles
avec de nombreuses espèces normalement tropicales, mélanges dont
les paléontologistes auraient constaté l’existence en Europe à l’ère ter¬
tiaire. Les premières se seraient ensuite adaptées au climat plus froid
du miocène, tandis que les secondes auraient disparu, par défaut d’adap¬
tation, déjà au pliocène, avant même les glaciations quaternaires.
Source : MNHN, Paris
242 -
Source : MNHN, Paris
— 243 —
Les Nolhofagus et les Protéacées, caractéristiques de la flore australe
actuelle, ont eu une origine à la fois australe et tropicale comme le montrent
les figures 6 et 8. Leur berceau se situe dans la partie Est delà zone tropi¬
cale tertiaire, qui comprenait le continent australien et son prolongement
la Nouvelle-Guinée. Ces groupes se sont propagés dans les terres adjacentes
jusqu’au sud de l’Amérique du Sud.
A l’opposé il y eut parfois en sens opposé invasion des terres australes
par des groupes taxonomiques originaires du nord, à partir de l’ancienne
zone tropicale tertiaire. Ce serait le cas des Ericoïdées et tout particuliè¬
rement d’une espèce relique en Europe, Erica arborea (fig. 7).
BRÈVE HISTOIRE HYPOTHÉTIQUE
DES FLORES TERTIAIRES DE L’AFRIQUE
Il est possible maintenant de tenter une brève synthèse de l’histoire
des flores tertiaires de l’Afrique. Nous choisirons un moment initial, il
y a 60-80 millions d'années, correspondant à notre croquis du continent
wégenérien et à la position de l’équateur à la fin du crétacé dans notre
actuel hémisphère nord. La végétation équatoriale se situe alors, en Afri¬
que, à la hauteur de la Méditerranée sur quelques degrés de latitude de
part et d’autre de l’équateur. Cette bande équatoriale a un tracé sensi-
Source : MNHN, Paris
244
blement mésogéen. Elle se continue à l’Est au travers du continent asia¬
tique jusqu’en Malaisie. A l’Ouest elle est coupée de la végétation équa¬
toriale américaine par un couloir marin relativement étroit qui débouche
sur un océan atlantique très réduit. Dans l’ensemble la bande équatoriale
est presque entièrement continentale et les familles qui l’occupent peuvent
librement évoluer, chacune dans un certain champ de longitude. Les
brassages de flores sont, en principe, physiquement possibles de l’Ouest
à l’Est. Les proto-Fagales, proto-Hamamélidacées, etc..., c’est-à-dire
toutes les familles les plus archaïques qui ont donné naissance à l’actuelle
flore tempérée de l’hémisphère nord, se trouvent plus ou moins encore
mélangées aux familles archaïques qui constituent le tronc de l’actuelle
flore tropicale. Ces flores ont par ailleurs au crétacé largement migré et
évolué dans les zones intertropicales et au-delà, en s’adaptant aux condi¬
tions extratropicales qui sont celles de flores tempérées chaudes. La compo¬
sition de la flore tropicale varie de l’Ouest à l’Est, préfigurant déjà les
variations de composition que nous observons aujourd’hui entre les flores
continentales. A l’Ouest, par exemple, nous trouverons les proto-Myr-
toïdées, appelées à migrer vers le sud dans toute l’Amérique du Sud.
A l’Est, ce seront les proto-Leptospermoïdées qui depuis l’Australo-Méla-
nésie envahiront par le Sud les terres australes. Entre ces 2 groupes
extrêmes l’Afrique échappera à peu près à une occupation par les Myrta-
cées, à l’exception du genre Myrtus.
C’est l’origine d’une disjonction africaine (à l’exception du genre
pantropical Eugenia). Les Cæsalpinoïdées prédominent à l’Ouest et
au Centre, c’est-à-dire en Amérique et en Afrique et les Diptérocarpacées
Source : MNHN, Paris
— 245 —
à l’Est, en Malaisie. Les premières seront appelées à occuper l’Amérique
du Sud et l’Afrique. Les secondes ne quitteront guère l’Indo-Malaisie,
poussant une pointe jusqu’en Nouvelle-Guinée. Les proto-protéacées
prolifèrent à l’extrême Est avec les proto-Fagales.
En résumé, dans notre hypothèse, les archétypes de toutes les familles
primitives naîtraient de troncs répandus tout au long d’une bande inter-
tropicale crétacée puis tertiaire, ce qui explique avec la coalescence des
continents et la position géographique de cette bande comment des fa¬
milles originaires de la même bande équatoriale ont pu les unes constituer
ultérieurement les éléments de la llore boréale et les autres ceux de la
flore australe. Les centres d’origine des familles se situent donc à l’époque
que nous avons choisie pour notre exposé dans une zone équatoriale
qui joignait l’Amérique du Nord (U.S.A.), les Antilles et l’Amérique
centrale, à l’Ouest, à la Malaisie, à l’Est, en passant par l’Europe et l’Inde.
Les migrations hors de cette zone se sont faites vers le Nord et vers le Sud.
Mais celles dirigées vers le Nord eurent un développement limité en raison
du refroidissement consécutif au déplacement de l’équateur vers le Sud.
Celles en direction du Sud furent plus favorisées puisqu’elles se produisirent
dans le temps d’une phase « descendante » de l’équateur.
Au Sud de l’équateur tertiaire, dans toute la bande tropicale, les
conditions climatiques sont plus ou moins favorables au développement
d’une flore intertropicale et d’une flore extratropicale dérivées de souches
équatoriales. A l’extrême Ouest, dans tous les secteurs bordant l’Océan
atlantique, comme aujourd’hui sur toutes les façades continentales orien¬
tales, les climats humides favorisent la végétation des forêts denses ;
par conséquent le long des côtes des actuels U.S.A., en Amérique centrale
et aux Antilles, la flore de type équatorial peut s’installer aisément,
jusqu’au-delà même du tropique du Capricorne (aujourd’hui de même
les flores tropicales humides de l’hémisphère sud atteignent les 27° lat.
sud).
A l’extrémité Est, la flore intertropicale trouve également des condi¬
tions biologiques très favorables. Toute l’Indo-Malaisie est ainsi le domaine
incontesté de la « Malayan Flora ».
C’est au centre du grand continent, c’est-à-dire en Afrique saharienne
que les conditions climatiques sont mauvaises, au moins aussi dures
pour la végétation qu’aujourd’hui et pour les mêmes causes qu’à présent.
On peut supposer que de part et d’autre du Tropique s’étendent des
régions désertiques ou très arides, qui entraveront ultérieurement les
migrations de flores vers le Sud. Elles seront une des causes de l’appau¬
vrissement des flores africaines par rapport aux flores américaines et
indo-malaises qui, elles, trouvent toujours des milieux propices à leur
dynamisme.
Au-delà du Tropique du Capricorne, sur une profondeur latitudinale
de l’ordre de celle des actuelles régions subtropicales et tempérées chaudes,
une flore originaire également de la bande équatoriale, a trouvé un champ
de vaste expansion en Amérique du Sud, en Afrique centrale et en Australie.
Elle est riche, surtout à l’Ouest et à l’Est, en Lauracées. L’Afrique est
Source : MNHN, Paris
— 246 —
plus pauvre pour les raisons tenant au filtrage saharien. On y trouve
cependant des Hamamélidacées,Ternstrémiacées, Lauracées, Monimiacées,
Styracacées, Ericoïdées, Prunioïdées (ancêtres des Pygeum et Hagenia),
Canellacées, Alangiacées, Caricacées, Cornacées, Bambusées, Oliniacées,
Oléacées, Myrsinacées, Pittosporacées, Composées, Vaccinioidées, Scro-
phulariacées, Campanulacées, Araliacées, Légumineuses, etc... en mélange
aveç des Conifères, Podocarpus, Juniperus, qui ont persisté de nos jours.
Toute cette flore constitue, en mélange avec des éléments dérivésde
la flore équatoriale proprement dite, le fond de formations humides ou
semi-humides de type fermé. Lorsque le milieu est plus sec une autre
flore s’est installée dans toute l’Afrique, constituée de nombreux éléments
pantropicaux des flores sèches actuelles, Mimosées, Cassiées, Bauhiniées,
Cæsalpiniées, Combrétacées, etc... Les contacts avec les formations
homologues de l’Amérique du Sud ont été faciles, en raison de la sub¬
coalescence des continents. Cette facilité explique le passage de plusieurs
genres de Cæsalpiniées d’Amérique en Afrique australe (p. 236).
Dans l’extrême Sud, une autre flore australe s’est étendue, originaire
de l’Australo-Mélanésie, propagée jusqu’à la pointe de l’Amérique du Sud,
et parfois en Afrique du Sud. C’est le processus de l’expansion des Pro-
téacées, Nolhofagus, et de certains autres éléments de la flore du Cap.
En dépit de l’existence d’un Sahara tertiaire, les communications
n’étaient pas complètement coupées entre la flore équatoriale sub-méso-
géenne et l'Afrique centrale subtropicale et tempérée chaude. A l’Ouest
comme à l’Est, la zone tropicale était soumise à des climats plus humides
permettant à des formations végétales de subsister. A l’Ouest des liaisons
avec l’Amérique du Sud étaient faciles. Mais surtout les possibilités
de franchissement des zones arides s’accrurent avec les conséquences
du mouvement descendant de l’équateur. En franchissant le Sahara
au cours du tertiaire, celui-ci devint humide, d’autant plus qu’une puis¬
sante mousson soufflant de l’Océan atlantique, apportait des quantités
considérables d’humidité et de pluies. C’est ainsi que des éléments spéci¬
fiquement malais ont pu migrer jusqu’en Afrique occidentale, très loin
de leur souche ancestrale (p. 215). L’exubérante flore équatoriale put donc
depuis la Mésogée atteindre l’Afrique centrale, tant à l’Ouest qu’à l’Est.
En même temps elle continuait d’évoluer. Nous avons ailleurs 1 pensé
établir par exemple que la flore humide actuelle des Cæsalpinoidées
africaines était formée de 2 flores, l’une plus ancienne composée d’élé¬
ments d’une flore sèche ancienne et l’autre, en voie d’expansion, faite
surtout d’Amherstiées. A une certaine période la flore équatoriale récente
fut en compétition avec la flore subtropicale plus anciennement installée
de l’Afrique centrale. La première submergea la seconde, qui ne se maintint
que dans des montagnes. Les flores tempérées de l’Afrique centrale étaient
entraînées aussi dans ce déplacement général vers le Sud, et leurs éléments
finissaient par atteindre l’extrémité méridionale de l’Afrique où elles
1. AubiuvVillf.. — Les Cæsalpinioïdées dans la flore camerouno-gabonaise.
Adansonia, ser. 2, 8 (2) 1968.
Source : MNHN, Paris
— 247 —
se mélangeaient avec d’autres éléments austraux originaires d’une flore
archaïque australo-papoue venus anciennement du Sud, avant la dislo¬
cation complète du continent wénegérien. C’est l’origine des aires reliques
de toutes ces familles que nous avons citées plus haut, aires qui sont
isolées aujourd’hui, surtout sur les chaînes des montagnes de l’Afrique
orientale, et qui constituent les éléments originaux d’une flore afromon-
tagnarde étendue depuis l’Éthiopie jusqu’au Cap.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansc
r. 2, 9 (2) 1969.
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DES PODOSTÉMACÉES
DE GUYANE
par R. Schnell
Professeur — Laboratoire de Botanique tropicale
Cité du Cardinal-Lemoine, Paris-V®.
Résumé : Liste de Podostémacées récoltées en Guyane. Remarques sur les carac¬
tères différentiels des taxons, et sur la variabilité morphologique des espèces. Remar¬
ques sur l’écologie cl la biogéographic.
Summary : List of Podoslemaceæ collected in Guyana. Remarks on the diffe-
rential characters of the species and on the intraspecific variability. Ecological and
biogeographical remarks.
INTRODUCTION
Les Podostémacées 1 de Guyane ont fait, depuis le XVIII e siècle,
l’objet de nombreuses récoltes. Parmi les collecteurs peuvent être men¬
tionnés : Aublet, Leprieur, Perrottet, Richard, Poiteau, Schom-
burgk, von Lutzelburg, Jenmann, Versteeg, Rombouts, Went,
N. Beccari, Lanjouw, B. Maguire, A. M. W. Mennega, P. A. Flor-
schütz, P. J. Maas, F. Halle, etc...
Depuis la description du genre Mourera par Aublet, en 1775, plu¬
sieurs travaux d’ensemble ont tenté une synthèse sur les Podostémacées
de Guyane. Citons l’Énumération de Pulle (1906), et la Flore de Guyane
Française de Lemée, où 19 espèces sont mentionnées pour l’ensemble
des Guyanes. La révision des Podostémacées américaines par P. van
Royen (1948, 1950, 1951, 1953, 1954) constitue une œuvre magistrale,
profondément précieuse pour la compréhension et l’étude de ce groupe
complexe. Ce remarquable travail nous a puissamment aidé dans la mise
au point du présent article.
1. Comme le signale Sprague (Kew Bull., 1933, p. 46), le terme de Podostéma¬
cées est plus conforme aux règles de la nomenclature que celui de Podostémonacées,
couramment utilisé pour cette famille. A l’origine, la famille avait été décrite par
Richard sous le nom de Podostemeæ ; le nom Podoslemaceæ a été créé par Lindlèy
en 1836, et celui de Podoslemonaceœ parait l’avoir été par Engler en 1897, à partir
du mot Podostemoneœ employé par Reichenbach (1828).
Source : MNHN, Paris
— 250 —
Sur l’initiative du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris,
plusieurs missions ont, depuis 1960, été effectuées en Guyane française.
Des Podostémacées ont été récoltées en 1961 par nous-même (fleuve
Maroni, rivières Tampoc, grand et petit Ouaqui, Itany, Marouini) et en
1962 par F. Halle (rivière Mana).
J’exprime ma gratitude à M. le P r A. Aubréville, pour les facilités
que j’ai, comme toujours, trouvées en son laboratoire, au Muséum Natio¬
nal d’Histoire Naturelle de Paris. J’adresse tous mes remerciements à
M. le P r J. Lanjouw, Directeur du Muséum Botanique d’Utrecht, pour
la très sympathique hospitalité qui m’a été accordée dans son laboratoire,
où il m’a été possible de consulter les très riches collections des Podosté¬
macées, conservées en herbier et en alcool. Je remercie très vivement
M Ue A. M. W. Mennega, Conservatrice de l’herbier d’Utrecht, qui m’a
très aimablement facilité ma tâche, — ainsi que MM. P. A. Florschütz
et P. J. Maas, qui ont bien voulu me permettre d’examiner leurs récentes
récoltes. Je veux, enfin, dire mon amicale gratitude à M. F. Halle, qui
a eu l’amabilité de me confier ses récoltes, — dont il est fait mention dans
le présent travail.
REMARQUES PRÉLIMINAIRES
L’histoire de la connaissance taxinomique des Podostémacées semble
pouvoir être divisée en deux phases bien distinctes. Au cours de la pre¬
mière se situent des prospections, qui aboutissent à la description de
genres et d’espèces. Celles-ci étant encore peu nombreuses, et souvent,
pour des raisons pratiques, connues d’une seule station, il était, à ce stade,
difficile de mettre en vedette les caractères différentiels des espèces et
des genres. Les diagnoses établies au cours de cette période, notamment
par Tulasne (1849, 1852), restent cependant la base de la taxinomie
de la famille.
Par la suite, les récoltes se sont amplifiées, le matériel d’étude est
devenu plus abondant. Certains critères anciens se sont trouvés discu¬
tables ; c’est ainsi que les genres Ligea Poit. ex Tul. et Œnone Tul.,
déjà réunis par Tulasne en 1852, ont été mis en synonymie par Van
Royen avec Apinagia Tul., — le critère des étamines en cercle complet
ou plus ou moins latérales ne pouvant servir à leur distinction.
Plusieurs faits dominent la taxinomie des Podostémacées et impli¬
quent à la fois des méthodes de travail différentes de celles de la systéma¬
tique classique, et le caractère forcément provisoire de certaines conclu¬
sions :
1. La variabilité de la structure florale au sein d’un genre ou même
d’une espèce : c’est ainsi que chez Apinagia Bichardiana le nombre des
étamines varie de 2 à 10 ; pour beaucoup d’espèces le nombre d’étamines
ne peut être indiqué qu’approximativement, et la marge de variation
peut chevaucher celle d’espèces affines.
2. La variabilité de l’appareil végétatif au sein d’une même espèce :
on rattache à .4. Bichardiana, par exemple, des formes à tige plus ou moins
Source : MNHN, Paris
251
développée, parfois condensée de façon à donner un aspect presque thal-
loïde.
3. Le petit nombre de spécimens utilisables pour le travail taxi¬
nomique : bon nombre d’espèces sont signalées comme n’ayant été récol¬
tées qu’une seule fois ; il est difficile, dans ces conditions, d’avoir, pour
de telles espèces, une idée précise de leur marge de variation morpholo¬
gique, — en fonction des conditions de milieu notamment ; il est possible
que des révisions futures, basées sur un plus grand nombre d’échantillons,
amènent à mettre en synonymie des espèces actuellement reconnues,
mais entre lesquelles des récoltes ultérieures plus nombreuses permet¬
tront peut-être de constater une variation continue d’origine mésologique.
L’idée classique suivant laquelle un endémisme très localisé est très
fréquent chez les Podostémacées aura, de ce fait, sans doute à subir des
amendements.
C’est dire tout l’intérêt que présentent, pour l’étude de cette famille,
des récoltes aussi nombreuses que possible, accompagnées d’observations
sur les conditions écologiques et les particularités individuelles (taille,
morphologie, stade du développement) des spécimens récoltés.
Les aires indiquées dans le présent travail sont basées sur les spéci¬
mens connus : les récoltes étant souvent peu nombreuses, ces aires ne
peuvent être mentionnées de façon exhaustive. Les spécimens mentionnés
sont ou seront déposés au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.
LISTE DES ESPÈCES RÉCOLTÉES
TRISTICHA Du Petit-Thouars
T. trifaria (Bory et Willd.) Sprengel
— T. hypnoldes (St. Hil.) Sprengel 1 .
12 244: îlot granitique sur le Marouini (fl., fr., sept.) 2 : hors des
rapides, sur dalles rocheuses subhorizontales, en peuplement dense. Lors
de la récolte, ces dalles étaient recouvertes d’environ 1-2 cm d’eau, et
les fleurs étaient affleurantes à l’air libre. Pédoncules roses chez la plante
vivante. — F. H allé 629: stérile, Gros Saut, sur la Mana (août). F. H allé
743: en fleurs, Saut Ananas, sur la Mana (août).
Aire : Amérique (du Mexique à l’Argentine), Afrique, Madagascar,
Inde.
1. Dans cette liste, qui ne prétend pas être une révision, seules sont indiquées
les synonymies les plus importantes.
2. Les numéros indiqués sans autre spécification sont ceux de nos propres récoltes.
Nous avons publié (1965, p. 314) une carte mentionnant les principaux cours d’eau,
sauts et localités.
Source : MNHN, Paris
252 -
MOURERA Aubl.
M. fluviatilis Aubl.
11 394: sur le Maroni, entre Hermina Dorp et Loca Loca (fl., août).
Très abondant dans tous les rapides du Maroni et de ses affluents,
où il forme des peuplements denses sur les rochers. En floraison partout
en août-début septembre. Les grandes inflorescences spiciformes roses
se dressent au-dessus de l’eau, alors que les feuilles sont encore immergées.
Quand l’émersion est totale, la plante, fructifiée, se dessèche rapidement.
Aire : Nord du Brésil, Guyane, Vénézuéla.
Vern. : mourerou (Galibi, fide Aublet), sapi-sapi (créole de Guyane).
Fig. J. — Indumentum papilleux de la face supérieure du limbe de Mourera fluviatilis :
A, Schnell 11394-, B, Schnell 12105.
Les inflorescences, dressées au centre d’un cercle de grandes feuilles,
ont un géotropisme négatif. Inclinées expérimentalement, elles se redres¬
sent en quelques heures par une courbure géotropique. La face supérieure
du limbe présente de fortes épines charnues, déjà signalées par Aublet
(qui les mentionnait erronément sur la face inférieure), et situées à l’ais¬
selle des nervures (localisation qui évoque celle des « acarodomaties »
de plantes de nombreuses familles et permettrait peut-être d’imaginer
une interprétation morphologique de ces formations controversées, si,
toutefois, la feuille des Mourera est homologue des feuilles des autres
Dicotylédones). Ces « épines », qui portent elles-mêmes de petits appen¬
dices non vascularisés à aspect de microphylles, ont une structure homo¬
logue de celle des nervures du limbe : parenchyme général renfermant
de petites « stèles » (dépourvues toutefois de trachéides) ; on peut donc
considérer ces « épines » comme des éléments de la feuille, qui aurait
ainsi une ramification tridimensionnelle, — la palmure n’affectant toute¬
fois pas les ramifications développées dans la 3 e dimension.
La très grande variabilité de Mourera fluviatilis a été signalée. La
longueur de sa feuille peut varier de 8 cm à 2 mètres (fide van Royen,
1953, p. 11). Went (1926, pl. phot. I, 3) a figuré une feuille longue d’en¬
viron 1,50 m.
La forme de la feuille est, elle aussi, très variable, tantôt très laciniée,
Source : MNHN, Paris
253
Source : MNHN, Paris
— 254 -
au point que la région médiane du limbe est parfois étroite, tantôt à
contour largement ové-lancéolé et à peine lacinié sur la marge.
Le nombre des étamines, variant de 14 à 40 avec un maximum de
fréquence vers 22-32 (fide Went, 1910), est également remarquable.
Il serait intéressant, — dans des travaux futurs, qui exigeraient un grand
nombre de comptages, faits sur place, sur la plante fraîche, —de préciser
le déterminisme de ces fluctuations. Nous citerons plus loin, dans les
remarques morphotaxinomiques de la conclusion, les comptages effectués
sur cette espèce par Went, qui illustrent la variabilité du nombre des
étamines, notamment en fonction de la place des fleurs dans l’inflores¬
cence et de la taille des inflorescences.
La taille de la plante est susceptible de variations : nous avons vu
de très petits spécimens, à hampe florale de 5-10 cm, et à nombre de
fleurs très réduit, voire à fleur unique. Ces spécimens, épars et rares,
reliés par des formes intermédiaires, paraissent dus à des conditions méso¬
logiques différentes, et illustrent le rôle possible du milieu dans la forme
des Podostémacées 1 : il ne saurait être question, en général, d’établir
1. On peut, a priori, imaginer bien des causes possibles à cette variabilité : rapi¬
dité de courant, profondeur de l’immersion (agissant sur la nature et l’intensité de
la lumière à laquelle est soumise la plante au cours de son développement), caractère
plus ou moins précoce de l’émersion, etc...
Source : MNHN, Paris
— 255 —
des subdivisions taxinomiques sur de seules variations quantitatives.
Il nous a cependant paru possible d’envisager une valeur taxino¬
mique de certaines différences. Les spécimens recueillis dans la région
du Marouini et du Ouaqui, près de la frontière brésilienne, se distinguent
de ceux récoltés plus bas, non seulement par la forme de leur limbe, mais
aussi par la nature de l’indumentum de sa face supérieure. Les feuilles
sont généralement plus grandes, largement ovées, moins laciniées, avec
une nervure principale mieux individualisée par rapport aux latérales
qu’elle ne l’est généralement dans l’espèce. L’indumentum papilleux de
la face supérieure est constitué d’arbuscules plus denses, plus courts et
plus épais, presque coralloïdes. Les nervures portent, sur leur face infé¬
rieure, des saillies irrégulières, cristées, à aspect de poils larges ou d’émer¬
gences, leur donnant un aspect rugueux, alors que les spécimens vivant
dans le cours moyen des rivières ont un limbe entièrement glabre et lisse
sur la face inférieure, même sur les nervures. Bien que les inflorescences
Source : MNHN, Paris
*
et les fleurs ne paraissent pas se distinguer de celles des autres Mourera
que nous avions récoltés, ces caractères de l’appareil végétatif paraissent
avoir une valeur taxinomique, et cette plante (12105: Saut Macaque,
dans les rapides du Grand Ouaqui (sept.) ; 12 255 bis ; Grand Soula,
dans les rapides du Marouini (sept.) nous semble bien représenter une
variété distincte de Mourera flueialilis.
Source : MNHN, Paris
— 257 —
Cette plante présente une écologie très semblable à celle de la forme
usuelle, et vit comme elle dans des rapides à courant violent. Elle paraît
cependant, du moins dans les régions que nous avons parcourues, être
localisée dans les hauts de rivières, au niveau de seuils rocheux abrupts.
Elle y forme des peuplements denses. Ses énormes feuilles (atteignant
couramment 1 mètre et plus de longueur), rigides grâce à leur turges¬
cence, résistent aux courants les plus violents.
MARATHRUM HB.
M. capillaceum (Pulle) van Royen
— Lophogyne capillacea Pulle.
— M. nervosum Engler.
11 832: Saut Macaque, sur la rivière Ouaqui (fl., fr., sept.). 11 928:
Rivière Grand Ouaqui (sept.) ; plante submergée stérile, 12 250: Saut
Grand Soula, sur le Marouini (fl., fr., sept.).
Aire : Vénézuéla, Surinam, Guyane Française.
Vit sur des dalles rocheuses subhorizontales, à l’abri des courants
rapides.
Espèce remarquable par ses grandes feuilles rayonnant à partir de
la base charnue, et très finement divisées (aspect de feuilles d’Ombelli-
fères). Les fleurs, au moment où la plante n’est plus recouverte que de
quelques centimètres d’eau, sortent de la souche charnue, au centre de
la rosette de feuilles. Fleurs en touffe, à pédoncules blanc rosé, dressé;
étamines à filets roses ; ovaire blanc rosé, oblong, étroit, à 6 côtes très
marquées, surmonté par deux styles robustes prolongeant les nervures
dorsales de chacune des valves.
OSERYA Tul. et Wedd.
O. perpusiUa (Went) van Royen
— Apinagia perpusilla Went.
11 833: rivière Ouaqui (fl., fr., sept.). 12 233: flots rocheux à Pikin
Tabiki, sur le Marouini (sept.). 12 243: flot granitique sur le Marouini
(fl., fr., sept.). Sur dalle rocheuse subhorizontale, hors des rapides, en
peuplement dense, côte à côte avec Trislicha trifaria ; hauteur de l’eau
à ce moment : environ 1-2 cm. Pédoncules blancs chez la plante vivante.
Aire : Surinam, Guyane Française.
Très petite plante acaule, appliquée sur les rochers.
APINAGIA Tul. em. van Royen (incl. Ligea Poit. ex Tul., Œnone Tul.).
A. flexuosa (Tul.) van Royen
— Ligea flexuosa Tul.
— Œnone flexuosa (Tul.) Wedd.
Source : MNHN, Paris
— 258 —
11 839 : rivière Grand Ouaqui, près de Saut Macaque (fl., fr., sept.).
11 954 : rivière Grand Ouaqui (fl., fr., sept.).
Sur le fond rocailleux de la rivière, les longues feuilles en lanières
flottant dans le courant. Les tiges, longues, affleurant la surface, portent
des touffes denses de fleurs, qui s’ouvrent à l'air libre.
Aire : Surinam, Guyane Française.
L’espèce est remarquable par sa tige bien individualisée par rapport
aux feuilles.
A. longifolia (Tul.) van Royen
— Œnone longifolia Tul.
— I.igea longifolia (Tul.) Tul.
12 232 .rivière Marouini, près de son confluent avec l’Itany (fl.,
fr., sept.). 12 307 : bas Marouini (sept.).
Tapisse les rochers des cascades, en peuplement dense, parfois sub¬
vertical, sur lequel coule une eau très rapide.
Source : MNHN, Paris
— 259 —
Feuilles longues, pennatilobées, à lobes assez étroits, à nervures bien
marquées, issues d’une tige robuste, assez longue, peu ramifiée. Filets
staminaux roses, ovaire pourpre (les couleurs disparaissent au séchage).
Aire : Surinam, Guyane Britannique, Guyane Française.
L’espèce ressemble à A. richardiana mais s’en différencie par sa tige
plus longue, plus individualisée, souvent non (ou peu) ramifiée, par ses
étamines plus nombreuses (10-30) et par son écologie (cascades).
A. af. marowynensis (VVent) van Royen
— Œnone af. marowynensis Wcnt.
11 393: fleuve Maroni, entre Hermina Dorp et Loca Loca (11., fr.,
août). Sur les rochers.
Feuilles à nombreuses touffes de filaments, assez longs, et à segments
plus ou moins aigus, parfois disséqués au sommet. 6-7 étamines, de 3,5 mm.
Ovaire de 2,5-3 mm.
La plante paraît, pour le moins, très proche d’A. marowynensis.
Elle présente aussi des affinités avec A. arminensis et A. digitaia , ces
diverses espèces étant proches les unes des autres.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 261
A. secundiflora (Tul.) Pulle
— Ligea secundiflora Tul.
— Neolacis secundiflora (Tul.) Wedd.
— Œnone secundiflora (Tul.) Engl.
11834: région de Saut Macaque (fl., fr., sept.). 12182: près du
confluent du Tampoc et de l’itany (fl., fr.). 12188: confluent de l’Itany
et du Marouini (fl., fr., sept.).
Fleurs peu exsertes au moment de l’anthèse, — caractère qui paraît
correspondre à un retard de la croissance du pédicelle par rapport au
développement de la fleur. Lorsque, plus tard, l’ovaire est nettement
exsert, les anthères sont généralement tombées. Étamines longues, dé¬
passant nettement l’ovaire. En général 3 étamines. Feuilles dépourvues
de touffes de filaments, ce qui différencie l’espèce d ’A. Richardiana. Lobes
foliaires non disséqués au sommet. La plante 12 182, bien qu’ayant 4
(et même parfois 5) étamines, paraît à rattacher à la même espèce.
A. Richardiana (Tul.) van Royen
— Ligea Richardiana Tul.
— Œnone Richardiana (Tul.) Warm.
Espèce très polymorphe, à aire vaste (Vénézuéla, Guyane, Brésil
du Nord).
11 719: entre Maripasoula et Dégrad Roches, feuilles à filaments
nombreux (fl. jeunes, sept.).
F. Hallé 742: Saut Grand Bacou, sur la Mana (août). Plante robuste,
à feuilles de 4 cm sur 2,5 à 10 cm sur 6, à nervures bien marquées, profon¬
dément pennatilobées. 5-6 (-10) étamines. Ovaire de 3-4 mm. Les feuilles,
munies de touffes de filaments, portent des nymphes de Simulidés. La
forme foliaire et la robustesse de la plante rappellent A. longifolia. Le
nombre d’étamines paraît cependant la rattacher à A. Richardiana.
Spécimens affines :
Un certain nombre de plantes récoltées paraissent très proches de
Richardiana, et pourraient, — du moins certaines d'entre elles, — être
rattachées à cette espèce si l’on admet pour celle-ci une grande amplitude
de variation des caractères. Ce sont :
11 444: Gaa Caba, sur les rochers du lit du Maroni ; immergé sous
0,50 m d’eau et stérile ; paraît à rattacher à Richardiana en raison de sa
morphologie foliaire : nervation pennée, lobes entiers, touffes de filaments.
L’absence de fleurs ne permet pas de préciser avec certitude le rattache¬
ment à l’espèce Richardiana. Le limbe est d’un vert foncé, avec des lobes
lavés de rose.
11 443: Gaa Caba, sur le Maroni (fl., fr., août) ; feuilles étroites,
relativement petites, à touffes de filaments rares ; 2 étamines ; ovaire de
Source : MNHN, Paris
— 262 —
1,5 (— 2) mm. Diffère de 11 719 et des spécimens de Richardiana étudiés
par Mildbraed (1904, p. 22) par l’épaississement beaucoup moins marqué
du collenchyme des stèles.
12 253: Monpésoula, sur le Marouini (11., sept.); 9-10 étamines
en cercle complet, ou presque complet, longues de 2 mm ; ovaire de
4 *
de 2,5 mm, vert lavé de rose à l’état vivant, sans côtes visibles au début,
puis à 1 côte médiane, plus 2 courtes basales, sur chaque carpelle ; styles
0,5-0,8 mm.
12 014: rivière Petit Ouaqui (fl., sept.). Feuilles pennatilobées à
bipennatilobées. 5-9 étamines, en cercle complet ou incomplet. Ovaire
de 2 mm.
F. Hallé 708: Gros Saut, sur la Mana (août). Feuilles de 2 cm sur
1 à 7 sur 2,5 ; 5-6 étamines, en cercle incomplet. Ovaire de 2 mm.
Source : MNHN, Paris
F. H allé 681: Saut Grand
se distingue des précédentes par
plus ou moins flabelliforme et à p;
de pétiole long de 2-2,5 cm. Sur c<
peu individualisées, constituées par
cm sur 3 environ. ;
F. Halle 705: Gros Saut, sur la Ma
Plante de 20-30 cm, à feuilles de 20-30
(fl., août).
Source : MNHN, Paris
— 264 —
A. divertens Went
F. Halle 746: Saut Ananas, sur la Mana (fl., fr., sept.).
Petite plante acaule, large de 3-4 cm, à feuilles plusieurs fois four¬
chues, à segments linéaires, voire filiformes.
Espèce très reconnaissable à ses fleurs portées par un pédicelle, à
3 étamines, à ovaire porté par un court gynophore et plus ou moins
réfléchi vers le bas à maturité. Ovaire ellipsoïde, un peu comprimé,
à 6 côtes. Capsule de 1,5 mm, réfléchi, à 6 côtes bien marquées.
L’espèce, jusqu’à présent, n’était signalée que du Surinam, et n’avait
été récoltée qu’une seule fois (Versteeg 908).
A. itanensis R. Schnell, sp. nov.
Herba pusilla, acaulis, foliis 5-10 mm longis, basi integris, apice longe
in segmentis linearibus ramosis dissectis, spathella 3-6 mm longa, pedicello
5-15 mm, staminibus duobus, filamentis 1,5 mm, antheris 0,7-l,5 mm,
exlrorsis, ovario ellipsoideo, 1,5-1,8 mm longo, basi sæpe inæquale, 6-
costato, stylis 0,6 mm, caducis, fructu ellipsoideo, ovarium æquante,
1,5-2 mm longo, 6-costato.
Source : MNHN, Paris
— 265 —
Type : 12186, près du confluent de l’Itany et du Marouini, sept.
(Herbier Schnell, ÂBT, sera déposé au Muséum de Paris).
Petite plante acaule, appliquée sur le rocher, feuilles comportant
une partie basale entière et une partie distale divisée en segments fili¬
formes ramifiés, plus ou moins fourchus. 3 tépales linéaires aigus, de 0,5-
1 mm, 2 étamines extrorses, à filet assez long (1,5 mm). Ovaire d’un brun
gris, ellipsoïde, souvent obliquement inégal à la base, long de 1,5-2 mm,
possédant à l’état adulte 6 côtes bien marquées (3 côtes par carpelle),
plus une côte suturale peu sensible. Fruit semblable à l’ovaire.
L’espèce appartient à la section Wenlia van Royen, et paraît très
proche d’A. penicillala (van Royen) van Royen. Elle en diffère par la
taille nettement plus petite de ses feuilles (qui atteignent jusqu’à 7,5 cm
chez penicillala), de ses étamines et de son ovaire. A. penicillala n’étant
connue que d’une station (Maguire 24 927, Surinam), nous ne pouvons
évaluer l’amplitude de variation de ses caractères. Peut-être, par la suite,
sera-t-on amené à voir dans notre plante un spécimen petit de cette
espèce, en relation avec des conditions mésologiques particulières.
La plante a été recueillie sur des dalles rocheuses subhorizontales,
en dehors des sauts à courant rapide.
REMARQUES BIOLOGIQUES
MULTIPLICATION ET DISPERSION DES PODOSTÉMACÉES.
L’existence, maintes fois constatée, d’une même espèce de Podos-
témacées dans des rivières différentes, voire de bassins hydrographiques
différents, illustre leurs possibilités de dissémination, — vraisemblable¬
ment par des oiseaux.
On peut émettre l’hypothèse que la présence de Trislicha Irifaria
à la fois en Amérique, en Afrique et à Madagascar, est le résultat d’un tel
transport. L’éventualité d’une très haute ancienneté de cette espèce,
expliquant son aire très vaste, ne doit cependant pas être écartée a priori.
Les différences profondes qui séparent les Podostémacées du Nouveau
Monde et de l’Ancien paraissent indiquer que leur mise en place est
ancienne, et que les transports par les oiseaux migrateurs ne sont qu’un
processus exceptionnel sur de grandes distances.
Le problème du maintien d’une espèce dans une station peut être
posé. Les Podostémacées sont en effet, — au moins dans les conditions
naturelles de crue et de décrue, —- des plantes annuelles. La rapidité du
courant, particulièrement lorsqu’il s’agit d’espèces des cascades, pose
le problème de l’implantation des plantules. Les observations faites, depuis
Warming, sur les jeunes plantules des Podostémacées, ont montré que,
dès un stade très précoce, celles-ci émettent de longs filaments fixateurs,
Source : MNHN, Paris
— 266 —
qui ont pu être comparés à des rhizoïdes 1 et paraissent issus de l’hypo-
cotyle. La présence de ces organes, nés très tôt, facilite, conjointement
avec la très grande abondance des graines, le maintien de l’espèce dans
ses stations. De plus le tégument de la graine a des propriétés adhésives.
La germination se fait d’ailleurs assez souvent dans les capsules même,
ce qui assure également une bonne fixation des plantules sur les pédi-
celles séchés de l’année précédente ; le fait a déjà été signalé (cf. Chodat,
1917, p. 238), et nous l’avons nous-même observé sur des spécimens d’Api-
nagia récoltés en Surinam par M. P. J. Maas lors de la montée des eaux.
LES PODOSTÉMACÉES DANS LES BIOCŒNOSES AQUATIQUES.
Particulièrement en Amérique tropicale, où elles sont remarquables
par leurs dimensions souvent grandes et par l’abondance de leurs individus,
— au point de constituer de véritables peuplements, — les Podostémacées
jouent un rôle sans aucune doute non négligeable dans les chaînes biolo¬
giques.
Consommées par certains Poissons, elles constituent une source
certainement appréciable de matière organique, ultérieurement réutilisée
par les espèces carbivores.
Desséchées lors de l’émersion, elles fournissent de plus par décom¬
position une source de matière organique, lessivée par la suite par les
cours d’eau.
La faune abritée par les Podostémacées gagnerait de son côté à être
étudiée. A. Lutz avait déjà signalé que les Simulidés déposent leurs
œufs sur certaines plantes aquatiques, et Hoehne (1948) avait émis
l’hypothèse qu’il s’agissait de Podostémacées. Les nymphes de Simulidés
que nous avons pu observer sur les feuilles immergées d’Apinagia Bichar-
diana, de provenance variée, confirment cette hypothèse 2 .
REMARQUES MORPHOLOGIQUES
La morphologie très aberrante des Podostémacées, difficile à relier
de façon certaine à celle de l’ensemble des Angiospermes, a été maintes
fois discutée, notamment sous l’angle de leurs affinités taxinomiques.
La majorité des auteurs actuels admet que cette famille se rattache,
plus ou moins étroitement, aux Rosales, — ce qui impliquerait que ses
structures très particulières sont le fait d’une « adaptation ». Inverse-
1. «... Haare, welche wie Rhizoiden zur Anheftung diencn » (Engler, 1930, p. 11).
Chodat (La végétation du Paraguay, 1917, p. 238), à propos de la plantule, parle
de « haptères primaires ». Velenovsky (1907, p. 391) emploie le terme de rhizoïdes
pour certains organes fixateurs des Podostémacées. Ce terme de « rhizoïdes » a été
également utilisé par Went (1910, p. 36 ; 1926, p. 55, ...).
2. Nous remercions très vivement M. A. Villiers, du Muséum National d’His-
toire Naturelle de Paris, qui a bien voulu examiner les insectes récoltés sur nos Podos¬
témacées.
Source : MNHN, Paris
— 267 —
ment l’idée a pu être envisagée, notamment par Weddell, que les
Podostémacées pourraient être au contraire des relictes d’une flore
ancienne, peut-être très différente de l’actuelle.
C’est particulièrement au niveau de certaines structures que se
pose la question du caractère archaïque ou au contraire dérivé des Podos¬
témacées : disposition d’apparence centrique des stèles, trachéides,
fréquence des bifurcations d’aspect « dichotome «chez les feuilles,notam¬
ment dans leur portion distale, et dans l’androcée de certains genres.
Nous avons discuté (1967, p. 203-206 et 209-211) les interprétations
possibles de ces structures. Si les caractères de l’appareil conducteur
évoquent ceux de groupes archaïques et pourraient suggérer l’idée d’une
rémanence ancienne, rien ne prouve par contre qu’ils ne sont pas dérivés
de structures anatomiques répandues chez les Angiospermes, comme
cela a été admis par bon nombre d’auteurs pour d'autres plantes aqua¬
tiques. De façon comparable, comme nous l’avons souligné (1967), les
structures d’apparence dichotome, si elles rappellent certaines structures
généralement considérées comme primitives 1 , ne pourraient sans extra¬
polation hasardeuse être homologuées de façon ferme à celles-ci ; l’exis¬
tence de telles structures dans des groupes considérés comme évolués,
tels que certaines plantes aquatiques ( Ulricularia , Bidens ), paraît en
effet plaider pour le caractère dérivé et non pas archaïque de ces dispo¬
sitions, pour lesquelles VV. Troll (1938, p. 1644 et sq., 2348-2349) a
préféré employer le terme de « pseudo-dichotomies ». Les observations
ontogéniques de Schaeppi (Planta, 1935, 24) ont effectivement amené
à l’idée d’un tel caractère dérivé de ces structures chez certaines plantes
aquatiques. De façon comparable, certaines feuilles plus ou moins subor-
biculaires (certains Bégonia, Gunnera) possèdent des nervures qui, à
certains niveaux tout au moins, se ramifient de façon égale ; cette égalité
des ramifications traduit une perte de la dominance habituelle de la
nervure « principale » par rapport à ses nervures « secondaires », — fait
que l’on retrouve, chez ces plantes, à l’échelle de la feuille entière, carac¬
térisée par l’absence de la dominance d’une nervure principale. Le contexte
taxinomique et morphologique de telles structures permet de penser
que ces bifurcations sont dérivées de structures pennées. En ce qui
concerne les Podostémacées mentionnées dans le présent travail, on
peut citer le cas de Mourera fluvialilis, dont Tulasne (1952, p. 63)
décrivait les nervures comme ramifiées dichotomiquement dans leur
région basale ; effectivement leurs ramifications sont égales, aboutissant
à un aspect bifurqué (cf. pl. 2, phot. 2 de notre article de 1967), bien que
ces nervures secondaires puissent être en disposition pennée sur la ner¬
vure principale ; quelle que soit l’origine précise de cette disposition,
il est manifeste que les corrélations intra-laminaires de la feuille de
Mourera fluvialilis, même lorsque leur nervure principale est bien déve¬
loppée, paraissent très différentes de ce qu’elles sont chez la majorité
des feuilles des Angiospermes.
1. Cf. VAN DER Hammen, 1948.
Source : MNHN, Paris
- 268 —
Suivant une interprétation déjà proposée par Bâillon (1886) et
par Taylor, le « tépale » situé à la bifurcation des andropodes bistaminés
qui existent chez d’assez nombreuses Podostémacées, serait en fait un
staminode, homologue de l’une des 3 étamines qui existent sur l’an-
dropode d’autres espèces. Ainsi la structure d’apparence « dichotome »
présentée par l’androcée de certaines Podostémacées serait issue d’une
structure trifide paraissant primitive (cf. fig. 23, p. 207, de notre article
de 1967). De façon comparable, les « épines » de Mourera fluvialilis,
insérées au niveau des bifurcations des nervures, plaident pour l’idée
suivant laquelle des dispositions d’aspect «dichotome» pourraient dériver
phylogénétiquement de systèmes ramifiés où leurs branches auraient
eu à l’origine la valeur de rameaux latéraux.
Les structures bifurquées des feuilles de certains hydrophytes ne
paraissent pas liées au seul facteur aquatique, bien que l’expérimentation
ait montré le rôle de l’immersion dans leur développement, chez certaines
Renoncules aquatiques ; elles n’existent pas chez certaines plantes sub¬
mergées, telles que les Myriophyllum, pourtant eux aussi à feuilles réduites
à des segments étroits. Elles semblent bien témoigner d’une tendance
à signification phylogénique, qui est représentée chez diverses Angios¬
permes primitives (Ranunculus, Cabomba, Ceralophyllum ) mais peut
aussi exister dans d’autres groupes, considérés comme plus évolués 1 .
Ainsi, comme nous l’avions souligné (1967, p. 209), l’anatomie des
stèles et la morphologie foliaire ne sauraient à elles seules fournir d’argu¬
ments décisifs en faveur d’un caractère archaïque ou évolué des Podos¬
témacées. Par contre, la biogéographie de la famille, — avec une aire
très vaste (où les transports à grande distance ne paraissent pas avoir
pu intervenir) et des taxons très différenciés dans l’Ancien Monde et le
Nouveau 2 — semble bien constituer un argument de valeur en faveur
de l’ancienneté de cette famille, — dont la mise en place se serait faite
lors de l’extension des flores angiospermiques, au Crétacé, si ce n’est plus
tôt encore, ce qui implique que ses structures très aberrantes étaient
sans doute déjà réalisées à cette époque ancienne.
1. La valeur phylogénique des structures foliaires à segments linéaires en dis¬
position ternée, puis pseudo-dichotome dans les ramifications ultimes, trouve un
argument dans le fait que celles-ci se rencontrent, chez les Ranales, non seulement
dans des formes aquatiques ( Ranunculus) mais aussi dans des formes terrestres; c’est
le cas de Paeonia tenuifolia L., plante terrestre à feuilles à segments très étroits, en
disposition ternée, devenant, dans les régions périphériques, sub-pseudodicliotomique
voire franchement pseudodichotomique, — structure qui rappelle celle des Ranun¬
culus aquatiques et des Cabomba. L’existence d’une telle structure chez une plante
terrestre ne nous parait nullement en contradiction avec le fait que, chez certains
Ranunculus aquatiques, cette disposition est induite par le milieu aquatique : il est
très certain que des causes diverses peuvent provoquer l'instauration de corrélations
morphogènes permettant l’explicitation de tendances innées à valeur phylogénique.
2. Des directions évolutives différentes ont été réalisées par la famille dans ces
deux territoires ; on peut particulièrement citer à cet égard la fréquence des « thalles »
à valeur de racines (« racines thalloïdcs » au sens de Goebel) dans l’Ancien Monde,
alors que dans le Nouveau on constate en général une évolution vers des « feuilles »
développées.
Source : MNHN, Paris
— 269 —
REMARQUES MORPHO-TAXINOMIQUES
L’hétérogénéité structurale des Podostémacées est un fait bien
connu ; rappelons notamment :
l’existence de groupes à microphylles ( Trislicha ) et de groupes à
feuilles plus ou moins grandes,
l’importance plus ou moins considérable de la racine dans l’appareil
végétatif, — le terme extrême étant constitué par certains genres de
l’Ancien Monde à racine thalloïde,
la variabilité de l’inflorescence,
la variabilité de la fleur (de 1 étamine à plusieurs dizaines ; présence
ou plus généralement absence d’un périanthe développé).
Par contre la biologie des espèces (en relation directe avec le régime
des crues), l’existence d’organes de fixation particuliers (haptères), la
présence de concrétions siliceuses, la structure anatomique, l’ovaire
supère presque toujours bicarpellé, l’abondance des ovules et leur pla¬
centation, sont autant de caractères qui donnent à la famille son unité.
Les appendices des épines charnues du limbe des Mourera, par leur
structure, rappellent les microphylles des Trislicha, et pourraient peut-
être illustrer les relations morphologiques entre les groupes à microphylles
et les groupes à feuilles : une telle homologie impliquerait celle des tiges
des Trislicha avec ces appendices, c’est-à-dire avec des éléments foliaires.
Cette interprétation amènerait à voir dans la feuille des Mourera l’équi¬
valent d’un ensemble de rameaux de type Trislicha ayant subi une
palmure.
L’un des éléments les plus spectaculaires du polymorphisme des
Podostémacées est constitué par la variabilité du nombre des étamines,
non seulement d’un genre à l’autre, mais aussi entre espèces, et même
au sein d’une espèce.
La variabilité intraspécifique du nombre des étamines (et des tépales)
a été soulignée par de nombreux auteurs, et notamment par Went,
qui a publié à ce propos des statistiques très démonstratives. Went
(1910) a supposé l’origine de cette variabilité individuelle dans les condi¬
tions de vie de la plante ; les chiffres qu’il cite à propos d 'Apinagia
Richardiana paraissent plaider pour une telle interprétation : les spéci¬
mens les plus robustes de cette espèce possèdent des fleurs à nombre
d’étamines plus élevé que les spécimens plus petits. Les individus de
petite taille de la même espèce, récoltés par Beccabi et cités par van
Royen (1954, p. 378), ne possèdent que 2 étamines, ce qui vient à
l’appui des conclusions précédentes. L’éventualité de taxons infra-
spécifiques, plus ou moins robustes et à étamines plus ou moins nombreuses
ne doit cependant pas être rejetée a priori.
Chez Mourera fluviatilis, les chiffres cités par Went l’amènent
à conclure que ce sont les inflorescences les plus robustes (à nombre de
fleurs plus élevé) qui possèdent les fleurs à étamines les plus nombreuses,
— fait qu’il croit pouvoir attribuer à une nutrition plus active.
Source : MNHN, Paris
— 270 —
D’autres causes régissent cette variabilité. VVent (1910, p. 60),
se basant sur ses comptages, a montré que, chez Mourera fluvialilis,
le nombre des étamines décroît du sommet à la base de l’inflorescence.
Il y a donc là un gradient qui pourrait être rapproché d’autres gradients
connus chez les plantes supérieures.
£Jous avons recueilli, sur les rochers du fleuve Maroni (près des « Abat¬
tis Cottica »), un Mourera de très petite taille (hauteur de la plante :
5 cm) et possédant des fleurs isolées, par ailleurs semblables à celles de
M. fluvialilis, mais n’ayant qu’une douzaine d’étamines ; chaque fleur
avait à sa base une spathelle comparable à celle qui existe dans la plu¬
part des genres de Podostémacées (fîg. 4). C’est le seul spécimen de cette
forme naine que nous ayons rencontré ; il se trouvait sur des récifs
où vivaient de nombreux M. fluvialilis. Nous pensons qu’il s’agit là
d’une variation individuelle, et non d’un taxon particulier. Ce fait paraît
à rapprocher de ceux que l’on peut observer chez des plantes de familles
variées, où le nombre de fleurs par inflorescence peut varier considéra¬
blement ; chez un Cyanolis ( C. lanala ) d’Afrique occidentale, l’inflo¬
rescence peut se réduire à une seule fleur sur des substrats défavorables
(observation faite dans le Fouta-Djallon).
Si nous envisageons la variabilité interspécifique, nous trouvons
des faits parallèles aux précédents ; de façon générale, les espèces de
petite taille possèdent un nombre d’étamines plus faible que les espèces
de grande taille. Mourera fluvialilis, dont les feuilles atteignent souvent
1 mètre et plus, possède couramment environ 30-35 étamines (chiffres
cités par van Royen, 1953, p. 11) ; le nombre d’étamines est plus faible
(5-10) chez les espèces plus petites (M. Glazioviana Warm., M. aspera
Tul., M. alcicornis v. Roy.); M. Schwackearia Warm., espèce relativement
petite (feuilles de 5-10 cm) fait cependant exception, avec 20-25 étamines.
Dans le genre Apinagia, les espèces de petite taille (telles que A. pusilla
Tul., A. Spruceana (Wedd.) Engl., A. parvifolia v. Roy., A. minor
v. Roy., A. diverlens Went, A. Pilgeri Mildbr., ...) ont généralement des
étamines moins nombreuses (1-4) que les espèces de grande taille : .4. longi-
folia (Tul.) v. Roy., A. mullibranchiala (Matth.) v. Roy., A. Slaheliana
(Went) v. Roy., .4. Treslingiana (Went) v. Roy., etc... où le nombre
d’étamines est de l’ordre de 8 à 30. Il existe cependant des exceptions :
c’est ainsi qu’A. Riedelii (Bong.) Tul., dont les tiges atteignent 40 cm
et les feuilles 25 cm, ne possède que 2 à 3 étamines. Le genre Oserya,
qui comporte des espèces de très petite taille, ne possède qu’une étamine.
Si le nombre des étamines est, dans de très nombreux cas, en relation
avec les dimensions de l’appareil végétatif, cette relation n’a cependant
pas un caractère absolu.
Il est remarquable de noter qu’il existe, dans le genre Apinagia,
des espèces qui, bien reconnaissables les unes des autres lorsqu’elles
sont typiques, présentent une amplitude de variation suffisante pour
que certaines formes de l’une soient très semblables à certaines formes
d’une autre. C’est ainsi que van Royen (1954, p. 378) écrit à juste titre,
à propos d’A. Dichardiana: « ...forms ressembling A. Slaheliana, A.
Source : MNHN, Paris
— 271
longifolia and A. mullibranchiala sometimes occur, albeit rarely ». Parti¬
culièrement, c’est surtout par des caractères quantitatifs que se distin¬
guent A. Bichardiana et A. longifolia: nombre d’étamines (respecti¬
vement 2-10 à 10-30), taille, mode de ramification de la tige (souvent
non ramifiée chez le second), entre-nœuds (ailés chez longifolia, mais
souvent légèrement ailés chez Bichardiana), découpure du limbe. Il
paraît, dans ces conditions, difficile de donner une valeur définitive aux
limites taxinomiques qui ont pu être établies sur la base d’un matériel
d’herbier. Une culture expérimentale (dont on imagine les énormes diffi¬
cultés pratiques), dans des conditions variées, serait seule susceptible
de mettre en lumière l’amplitude de variation des espèces, et de permettre
des conclusions taxinomiques définitives.
Bibliographie
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Bâillon H. — Remarques sur l'organisation et les affinités des Podostémonacées.
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia. ser. 2, 9 (2) 1969.
PRÉSENCE AU GABON DU GENRE
POGONOPHORA Miers ex Bentham,
EUPHORBIACÉE D'AMÉRIQUE DU SUD TROPICALE
par R. Letouzey
L aboratoire de Phanérogamie
Muséum — Paris
Résumé : Description de Ponogophora africana R. Let., sp. nov. du Gabon,
appartenant au genre sud-américain Pogonophora Miers ex Bentham.
Summary : Description of Pogonophora africana R. Let., sp. nov. from Gabon,
belonging to the south american genus Pogonophora Miers ex Bentham.
En 1959, au Gabon, N. Halle récoltait sous le numéro 645 un
échantillon d’un petit arbre garni de fleurs <J et cet échantillon parais¬
sait, à première vue, difficilement rattachable aux Euphorbiacées, malgré
des pétioles souvent caractéristiques de cette famille.
Plus récemment, en janvier 1968, N. Halle et J. F. Villiers,
toujours au Gabon et dans la même région, recueillaient fort heureuse¬
ment un autre échantillon, sous le numéro 4648, pourvu cette fois de
quelques fleurs femelles.
Le rapprochement des 2 échantillons en cause, par les caractères
des feuilles et des inflorescences, puis par les caractères des fleurs, nous
amenait à constater qu’il s’agissait bien de la même espèce, que les
fleurs S n’étaient pas sans analogie avec celles des Microdesmis Hook. f.
ex Planch., genre placé jusqu’en 1966 dans les Euphorbiacées, puis
après cette date dans les Pandacées (cf. Forman, Kew Bull. 20. 2 : 309-
322, 1966), enfin que l’ovaire des fleurs $ correspondait parfaitement
à un ovaire d’Euphorbiacée avec 3 loges à 1 ovule pendant.
Les caractères foliaires (y compris les nervures tertiaires parallèles)
et floraux (y compris des détails significatifs tels que la pubescence du
haut des filets, l’existence d’un disque cupuliforme dans la fleur ?, les
styles bilobés et fimbriés...), ainsi que — et surtout — la présence de
poils en touffe barbue sur la face interne des pétales, nous conduisaient
rapidement à rattacher l’espèce gabonaise en cause au genre Pogonophora
Miers ex Bentham (« à pétales barbus »).
Ce genre, classé parmi les Crotonoïdées-Cluytiées, parait représenté
en Amérique du Sud tropicale par 2 espèces : P. Schomburgkiana Miers
Source : MNHN, Paris
— 274
Source : MNHN, Paris
— 275 —
ex Bentham des Guyanes et du Brésil (Amazone et Brésil méridional)
et P. Glaziovii Taub. également du Brésil (Minas Gérais), cette dernière
espèce — non décrite valablement d’ailleurs —- paraissant fort proche
de la première, peut-être aussi (?) par une troisième espèce P.Triante
Müll. Arg. de Colombie, à pétales glabres.
L’examen comparatif, par D. Normand, des bois de P. Schom-
burgkiana Miers ex Bentham (échantillon Staël 296 de Surinam) et de la
nouvelle espèce (échantillon N. Hallê 645) confirme aussi l’appartenance
de l’espèce africaine au genre Pogonopliora Miers ex Bentham. Dans les
collections de l’Herbier du Muséum de Paris, hormis les 2 échantil¬
lons gabonais ci-dessus mentionnés, ne paraît figurer aucun autre échan¬
tillon rattachable à la nouvelle espèce. L’existence de celle-ci vient
confirmer les affinités des flores forestières de la partie Nord-Est de
l’Amérique méridionale et du pourtour de la baie de Biafra en Afrique,
affinités que nous avons signalées à diverses reprises (cf. Letouzey,
Étude phytogéographique du Cameroun, 1968, pp. 145 à 148).
Pogonophora africana R. Let., sp. nov.
Frutex vel arbuscula. Kami juniores pubescentes. Petiolus 5-20 mm
longus; folium integrum, oblanceolatum usque obovatum ad 18 X 8 cm
magnum, basi cunéiforme, apice rotundo-caudatum; utrinque costæ secun-
dariæ 8-10, nervi tertiarii ordinis paralleli; limbus siccus subcoriaceus,
subtus aureus.
Planta ut videtur dioecia. Flores albidi, in paniculis contractis dis-
positi. Flos (J subsessilis, ad basim bracteolis cupulatis imbricatis circum-
datus; calyx 2,5 mm altus, lobis 5 orbicularibus, concavis, 2 mm in dia-
metro, ciliatis; petala elliptica, concava, 2 mm alta, fimbriata, intus basi
barbata; stamina 1,5 mm, apice filamentorum et basi antherarum pubes-
centia; ovarii rudimentum complanatum, 5-lobatum, in centro acutum.
Calyx et petala floris 9 masculis similia sed sepalis 4 mm et petalis 6x2 mm
longis; aliter petala oblonga in medio barbata et extra puberula; discus
cupulatus, 1 mm altus, membranaccus, irregulariter laceratus; ovarium
fusiforme, 4 mm altum, 3-lobatum; styli 1 mm, apice bilobi et stigmatoso-
fimbriati; summum gynoecii puberulum.
Capsula incognita.
Holotypes (Gabon) : 8 : N. Halle 645, brousse secondaire près
de Nkoulounga, 55km N.-E. Libreville, juin (P); S : N. Hallé et J. F. Vil-
liers 4648, bords de rivière sur plage sableuse, chutes de Kinguélé, alti¬
tude 100 m environ, bordure des monts de Cristal, janvier (P).
Arbuste de 2 m de hauteur ou petit arbre à écorce faiblement écail¬
leuse, d’un brun-violet marbré de petites taches grisâtres. Rameaux
également marbrés de gris ± clair ou foncé, finement ridés longitudina¬
lement. Jeunes rameaux couverts d’une pubescence apprimée-ascen-
dante, de teinte fauve doré, assez rapidement caduque, de même les
pétioles et le dessous des nervures des jeunes feuilles, le limbe de celles-ci
étant en outre constellé d’un revêtement épidermique granuliforme
Source : MNHN, Paris
— 276 —
discontinu, fauve orangé, donnant une teinte mordorée au-dessous des
feuilles sèches.
Feuilles à pétiole de 5-20 mm de longueur, renflé aux 2 extrémités,
finement sillonné longitudinalement. Limbe oblancéolé à obovale, attei¬
gnant jusqu’à 18 X 8 cm, avec plus grande largeur aux 2/3 de sa hauteur,
la partie inférieure longuement cunéiforme, l’extrême base du limbe
étant un peu arrondie et très rétrécie au contact du renflement, souvent
tordu, du pétiole; partie supérieure du limbe arrondie, brusquement
prolongée par un acumen triangulaire atteignant jusqu’à 25 x 10 mm,
apiculé en extrémité; 8-10 paires de nervures latérales, inclinées à 45°
sur la nervure médiane, droites ou faiblement arquées dans leur trajet
principal mais se prolongeant au long de la marge, celle-ci entière ou
légèrement ondulée; réseau de nervures tertiaires parallèles entre les
nervures latérales; limbe assez coriace, de teinte brunâtre au-dessus et
vert mordoré au-dessous, sur échantillons secs.
Plante en apparence dioïque.
Inflorescences <J axillaires sur les jeunes pousses, en panicules pédon-
culées et contractées ne dépassant pas 1 cm de longueur sur les échantil¬
lons examinés; pédoncules et courts rameaux de l’inflorescence couverts
d’une pubescence apprimée-ascendante fauve doré. Petites bractées
deltoïdes concaves, densément pubescentes.
Fleurs <? blanches à pédicelle subnui sur les échantillons considérés,
avec, à la base, de minimes bractéoles cupuliformes imbriquées à marge
fimbriée. Calice de 2,5 mm de hauteur, à 5 lobes imbriqués, suborbicu-
laires, concaves, de 2 mm, ciliolés sur la marge; 5 pétales elliptiques,
concaves, de 2 mm de hauteur, à marge fimbriée, garnis sur leur face
interne, vers la base, d’une dense touffe de poils blancs, ascendants,
atteignant 1 mm de hauteur; 5 étamines de 1,5 mm, à filet très court
surmonté d’une anthère oblongue, haut du filet et base de l’anthère
avec poils blancs de taille irrégulière; pistillode en mamelon surbaissé,
5-lobé, de 3/4 mm de diamètre, pointu au centre.
Inflorescences 9 sur rameaux plus âgés que ceux supportant les
inflorescences <?, pour les échantillons considérés, de structure et d’aspect
en apparence semblables aux inflorescences <?, mais à pédoncule subnui.
Fleurs 9 blanches à bractéoles, calice et corolle analogues à ceux
des fleurs 3 mais avec calice et pétales atteignant respectivement 4 mm
et 6 X 2 mm, les pétales étant de forme générale oblongue, avec partie
basale ± carrée et lame concave au-dessus, à pointe recourbée, cette
lame portant en son centre une touffe de poils comme les pétales des
fleurs 3\ en outre pétales des fleurs 9 pubérulents extérieurement, ciliolés
sur la marge et ornés de 3-5 nervures ascendantes parallèles; disque
cupuliforme entourant la base de l’ovaire, haut de près de 1 mm, mem¬
braneux, irrégulièrement déchiré; ovaire fusiforme de 4 mm de hauteur,
marqué de 3 sillons longitudinaux et surmonté de 3 courts styles coales-
cents, hauts de 1 mm, bilobés et fimbriés au sommet, haut de l’ovaire,
styles et stigmates étant pubérulents extérieurement.
Fruit inconnu, vraisemblablement capsule tricoque.
Source : MNHN, Paris
Adansoni
NEW DIOSPYROS (EBENACEÆ)
IN WEST AND CENTRAL AFRICA
by René Letouzey and Frank White 1
Résumé : 1) Démembrement de Diospyros atboflavescens (Gürke) F. White et
intégration de Maba iturensis Gürke sous le nom de Diospyros iturensis (Gürke) R. Let.
et F. White. 2) Description de 3. nouvelles espèces : Diospyros Feliciana R. Let. et
F. White de Guinée voisine de D. Hoyleana F. White et de D. Cooperi (Hutch. et
Dalz.) F. White, Diospyros longi/lora R. Let. et F. White du Cameroun et du Gabon
représentant une espèce particulière, Diospyros plalanoides R. Let. et F. White de
la Nigeria, du Cameroun et du Gabon voisine de D. soubreana F. White.
Summaky : 1) Disnicmberment of Diospyros alboflavescens (Gürke) F. White
and récognition of Maba iturensis Gürke under the name of Diospyros iturensis (Gürke)
R. Let. and F. White. 2) Description of 3 new species: Diospyros Feliciana R. Let.
and F. White from Guinée related to ü. Hoyleana F. White and I). Cooperi (Hutch.
and Dai.z.) F. White, Diospyros longi/lora R. Let. and F. White from Cameroun and
Gabon representing a very distinct species, Diospyros plalanoides R. Let. and F. White
from Nigeria, Cameroun and Gabon related to D. soubreana F. White.
Diospyros iturensis (Gürke) R. Letouzey et F. White, comb. nov.
— Maba iturensis Gürke in Engler, Bot. Jahrb. 43 : 328 (1909) ; in Mildbhaed,
Wiss. Ergebn. Deutsche Zentral-Afrika Exped. 1907-8, 2 : 524 (1914). Type
collection : Mildbraed 3076 (Holotype B, destroyed ; lectotype HBG), Congo
(Kinshasa), Mawainbi, Ituri River, <J fl., Apr. 1908.
— Maba Laurenlii | ‘Laurenti’\ De Wild. in Bull. Jard. Bot. Brux. 5 : 64 (1915);
tom cit. : 386 (1919) ; PL Bequaert. 4 : 7 (1926), syn. nov. Type collection 1 : Pynaerl
1109 (Lectotype BR), Congo (Kinshasa), Eala, fl-buds, Feb. 1907.
— Maba cylantha Pierre ex A. Chev., Vég. Ut. Afr. Trop. 9 : 233 (1917), syn. nov.
Type collections : K laine 375 (Syntypc P ; isosyntype K), Gabon, Libreville,
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— Maba Bequaerlii De Wild. in Ann. Soc. Sc. Brux. 45 : 192 (1926) ; PI. Bequaert.
4 : 4 (1926), syn. nov. Type collection : Bequaert 2420 (Holotype BR), Congo (Kin¬
shasa), Penghe, Ituri R, 3 fl.-buds, Feb. 1914.
— Diospyros insculpta Hutch. and Dalz., Fl. W. Trop. Afr. 2 : 3, 4 (1931) ; in Kew
Bull. 1937 : 54 (1937) non D. insulpta Buch.-Ham. (1827). syn. nov. Type collection:
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— Maba euosmia Mildbr. [Wiss. Ergebn. Zweite Deutsch. Zentral Afr. Exped.
1. René Letouzey. — Laboratoire de Phanérogamie, Muséum national d’Histoire
naturelle, 16, rue Buffon, 75-Paris-5 e , France.
Frank White. — Department of Forestry, Commonwealth Forestry Institute,
University of Oxford, South Parks Road, Oxford, Great Britain.
Source : MNHN, Paris
— 278 —
1910-11, 2 : 79 (1922), nom. nud.] in Notizbl. Bot. Gart. Berl.-Dahl. 9 : 1046 (1926),
syn. noo. Type collection : Mildbraed 5162 (Holotypc B, destroyed ; lectotype
HBG), Cameroun, Lomié, <J 11., May. 1911.
— Maba ripicola Mildbr. [tom. cit. : 34 (1922), nom. nud.] loc. cit. (1926), syn. nov.
Type collection : Mildbraed 3S37 (Holotypc B, destroyed ; lectotype HBG), Congo
(Brazzaville), Dscha (Dja), bclow Molundu, fr., Nov. 1910.
-— Diospyros alboflavescens auct. non (Gürke) F. White ; sensu F. White in Bull.
Jard. Bot. Brux. 26 : 241 (1956) pro parte quoad syn. Maba Laurenlii, M. Bequaertii
et D. insculpta tantum ; in F.W.T.A. ed. 2, 2 : 6, 10, 14 (1963) ; in Nigérian Trees
2 : 342 (1964).
When one of us (White, 1956) atlempted to accomrnodate ail of
the previously described African species of Maba in Diospyros, he sank,
with some misgivings, one well-known West African and two well-known
Congo species under the little known Maba albo/lavescens, which he
transferred to Diospyros. At that time D. alboflavescens was only known
from the two type-gatherings from Bipindi which consisted of leaves
and immature male flower-buds. These specimens appeared to match
specimens of the other three species associated with it, especially certain
gatherings of Maba Laurenlii. Subsequently specimens of a third
gathering of D. albo/lavescens ( Zenker , second sériés 567) with open
male flowers hâve corne to Iight and clearly show that two species are
involved.
D. albo/lavescens dilTers from the three species with which it was
associated in having botuliform, not ovoid-apiculate, male flowerbuds,
the male corolla lobed to two-thirds not one-third. and glabrous not
strigulose-puberulous stamens which are inserted on the corolla-tube,
not on the réceptacle.
Four other species, Maba ilurensis Gürke, Maba cylanlha Pierre
ex A. Chev., Maba euosmia Mildbr. and Maba ripicola Mildbr. must be
associated with the three wrongly placed in synonymy under D. albo¬
flavescens. Of the seven available epithets “ ilurensis ” is the earliest
and is combined in Diospyros here.
D. alboflavescens as now circumscribed is one of the most poorly
collected African species. Collectors are requested to obtain more
material, especially female flowers and fruits so that it can be comple-
tely described.
Diospyros Feliciana R. Letouzey et F. White, sp. nov.
Inter species africanas occidentalis ob folia parva siccitate rïigra
prope D. Hoyleana F. White et D. Cooperi (Hutch. et Dalz.) F. White
tantum ponenda; a D. Hoyleana foliis basi minus asymmetricis, apice
minus attenuatis, calyce in flore fœmineo 4.5 mm longo haud 1.5 mm longo,
lobis calycis acutis haud suborbiculatis, endospermio lævi haud ruminato
satis distincta; a D. Cooperi foliis apice emarginatis haud acuminatis,
fructibus ovoideo-conicis haud subglobosis, subsessilibus haud longe
(4.0-6.0 mm) pedicellatis facile distinguenda.
Arbor parva, 4-6 m alta. Folia basin versus supra subtusque pilis
Source : MNHN, Paris
— 279 —
paucis brevibus exceptis glabra, 3.2 X 1.5 — 8.5 X 2.6 cm, Ianceolata,
lanceolato-elliptica vel elliptica, apiccm versus fere subacuminata, apex
ipse emarginatus; nervi latérales utrinsecus ca. 6, ægre discernendi, supra
prominuli, subtus leviter impressi; rete venularum non visibile. Flores
masculi ignoti. Flores fœminei in inflorescentiis axillaribus unifions dis-
positi vel in axillis foliorum delapsorum solitarii; pedicellus crassus, 1.0 mm
longus, dense setulosus. Calyx 4.5 mm longus, in statu fructifero haud
accrescens, extus sparse strigulosus, ad 2 /5 3-4-lobatus, lobis deltatis,
apiculatis. Corolla ignota. Ovarium glabrum, 6-loculare, Ioculis uni-ovu-
latis; styli 3, 1.75 mm longi, erecti, a basi usque ad medium connati apice
stigmatoso distincte capitato. Fructus 2.5-3.0 X 1.6-1.8 cm, ovoideo-
conoideus, stylis persistentibus, 4-usque 6-spermus, verruculosus, glaber,
siccitate atratus, lucens. Semen ca. 15.0 X 5.0 X 4.0 mm; endospermium
baud ruminatum.
Guinée : Nr. Kindia, immature fr., Jacques-Félix s. n. (Holotype P).
Benna, immature fr., Oct. 1956, Jacques-Félix 7181 (Paratype P). Lan-
fofomé river, fr., March 1904, Pobéguin 910 (Paratype P).
D. Feliciana appears to be endemic in forest végétation occuring
in a torrent gullies carved in Benna sandstone plateau (1 000-1 200 m)
of Guinée, with various other shrubs such as Eugenia leonensis, Meme-
cglon fasciculare, Olea Hochslelleri, Vincentella Passargei...
The Pobéguin specimen was examined by one of us (F. W.) when
writing the account of the Ebenaceæ for the second édition of the Flora
of West Tropical Africa and was mentioned in a note under D. Cooperi
as possibly being related to that species. The two Jacques-Félix spé¬
cimens were discovered by the other author of this note (R. L.) while
sorting unnamed West African material and immediately suggested a
relationship with D. Hoyleana.
Until more complété material is available it will not be possible to
place D. Feliciana more closely, but on présent evidence it appears to
be more closely related to D. Hoyleana , despite the wide interval of
2700 km separating their geographical ranges.
The epithet is chosen to honour Mr. H. Jacques-Félix, distin-
guished contributor to African botany.
Diospyros longiflora R. Letouzey et F. White, sp. nov.
Species inter Diospyres maxime insignis foliis magnis lanceolatis,
subter in vivo glaucis, sicut floribus masculis longis, segmentis corollæ
fere usque ad basim liberis, crassissimis.
Frutex, 7 m altus. Rami juniores, petioli, nervique subtus pilis spar-
sis instructi deinde glabri. Folia Ianceolata vel oblongo-lanceolata, usque
38 X 12 cm, basin versus obtusa, apice acuta; nervi latérales adscendentes
utrinsecus ca. 5, nervi tertiarii costæ fere perpendiculares; omnes nervi
1. Eight paratypes were also cited. Details arc not givcn here.
Source : MNHN, Paris
- 280
Source : MNHN, Paris
— 281
subtus prominuli; rete venularum laxum ægre visibile; lamina coriacea,
subter in vivo glauca, in sicco albida; glandulæ minutæ aliquot in axillis
nervorum lateralium locatæ. Flores masculi subfasciculati in inflorescentiis
axillaribus cymosis paucifloris conferti vel in inflorescentiis ca. 10-floris
in ramis veteribus dispositi; pedicellus 3-5 mm longus, pubescens. Calyx
cupulatus, 4 mm longus, extus intusque sparsim pubescens, margine trun-
cato 4-5 denticulato, sæpe irregulariter fisso. Corolla in alabastro maxime
cuneatim decrescens, pilis sparsis tecta, segmentis 4-5 fere usquc ad basim
liberis, 2.5 cm longis, crassissimis, ab exteriore visis per speciem basi
valvatis. Stamina 12-15 in receptaculo inserta, antheris subsessilibus,
linearibus, 5 mm altis, strigosis, apiculatis. Flores fœminei et fructus inco-
gniti.
Cameroun (East) : 50 km S of Badjob, nr. Eséka, along the Nyong
river close to the large bridge, <? fl., Janv. 1964, De Wilde W. 1735
(Holotype WAG).
Gabon : Cristal mountains, nr. Mêla, stér., Normand s.n. (Para-
type P).
Just now this species is poorly collected and its female flowers and
fruits are unknown; but it is well characterised by its leaves and by the
corolla of its male flowers. De Wilde notes also that it is a little tree,
7 m high and 25 cm in diameter, with stem blacklish to dark brown and
with dark green leaves and creamy yellow corolla; in dried specimens,
leaves are brownish green above and somewhat whitish below, at least
for young leaves.
D. longiflora appears to occur in rain forest.
Diospyros platanoides R. Letouzey et F. White, sp. nov.
— D. sp. B. F. White in Keay, Onochie and Stanfield, Nigérian Trees 2 : 344
(1964).
D. soubreanœ F. White affinis, sed habitu arbor parva vel mediocris
cortice ut in Platano desquamato, foliis apicem versus magis abrupte
coarctatis, pedicello in flore masculo breviore, calyce in flore masculo
leviter lobato lobis rotundatis non calyce profunde lobato non lobis anguste
deltatis satis distincta.
Arbor parva vel mediocris, dioica, 11-20 m alta. Folia 7.5 X 3.0-
11.5 X 4.5 cm, oblongo-elliptica vel oblanceolato-oblonga, apice acuminata,
pilis paucis strigulosis in nervis subtus exceptis, glabra; nervi latérales
utrinsecus 7-9. Flores masculi subfasciculati in inflorescentiis cymosis
2-5-floris conferti, in axillis foliorum vel in axillis foliorum delapsorum
dispositi. Calyx 2.25 mm longus, glaber, ad 1 /3 3-4 lobatus, lobis 1.0
X 2.5 mm, rotundatis. Corolla urceolata, extus glabra, intus fauce sparse
strigulosa, 6.0 mm longa, 3.5 mm lata, ad 1 /4 4-Iobata. Stamina ca 14,
irregulariter biseriata, basi corollæ tubi inserta; filamenta 1.5-2.5 mm longa,
applanata, margine setulosa; antheræ 0,75 mm longæ, lanceolatæ, apicu-
Source : MNHN, Paris
— 282 —
latæ, margine setulosæ aliter glabræ. Ovarium rudimentarium 2.5 mm
longum, 1.0 mm latum, ovoideum, apiculatum, glabrum. Flores fœminei
et fructus ignoti.
Nigeria : Eastem Région, Ojoga Province, Ikom Division, Cross
River North Forest Reserve, s fl.-buds, May 1961, Latilo & Olorunfemi
FHI 43940 (Paratype FHO).
Cameroun (West) : Mamfia Province, Lake Ejaghan Forest Reserve,
<J 11., March. 1963, F. While 8559 (Holotype K; isotypes FHO, P), id.,
st., March. 1963, While 8558 (Paratype FHO).
Gabon : Koulamotou, 40 km SSW of Lastoursville, <J fl.-buds,
Nov. 1930, Le Testu 8550 (Paratype P; iso-paratypes BM, FHO).
Diospyros plalanoides is undoubtedly very closely related to D.
soubreana, but, since they dilïer in distribution, ecology and (markedly)
in habit, and can be separated on a number of small but well-correlated
différences, the former clearly deserves récognition as a species. These
two species differ from each other as much as the members of many
of the “ séries écophylétiques ” anticipated by Ghipp (1927) and recogni-
sed by Aubréville (1949) and most serious students of the African
flora e.g. Pericopsis ( Afrormosia ) elala, laxiflora and angolensis, Lophira
alala and lanceolata, or Diospyros baiocana and chamælhamnus (see
White, 1962).
D. soubreana is a sparsely branched treelet never more than 5 m
tall and usually much less. Its main stem rarely exceeds 3-4 cm in
diameter. D. plalanoides is a fair-sized tree which can attain a height
of 20 m. Its bole can be 30 cm in diameter and is distinctly fluted.
The bark is smooth and falls away in circular scales up to 12 cm in dia¬
meter like that of a Plane tree ( Platanus).
D. soubreana occurs in moist lowland tropical forest on both sides
of the Dahomey interval in West Africa. For Côte d’ivoire, Ghana
and Dahomey little précisé information is available on its ecology, but
most of the records are from the area occupied by the drier semi-deci-
duous variant. AH the records from Ghana, for instance, are from the
drier Celtis-Triplochiton and Anliaris-Chlorophora “ associations ” and
none are from the wetter Lophira-Triplochilon association or from true
“ rain forest ” of Taylor’s (1952) classification.
For Nigeria its ecological characteristics are better documented.
Here it is confined to semi-deciduous moist lowland forest of the Western
Région where the rainfall lies between 1200 and 1625 mm (48-65 in) per
annum.
At Gambari Forest Reserve in Ibadan Province White (unpublished
observations 1962) found it growing in the shrub layer of high forest
characterised by the following species : Albizia glaberrima , Aningeria
robusta, Antiaris africana, Bosquiea angolensis, Brachyslegia nigerica,
Ceiba penlandra, Celtis Brownii, C. Zenkeri, Chlorophora excelsa, Cola
Source : MNHN, Paris
— 283 —
giganlea, Cordia Millenii, Daniellia Ogea, Morus mesozygia, Phyllanlhus
discoideus, Plerocarpus Osun, Plerygota macrocarpa, Ricinodendron
Heudelolii, Sterculia rhinopelala, Tetraplera tetrapleura, Terminalia
ivorensis, T. superba and Triplochilon scleroxylon. Collectors hâve
frequently mentioned the following associâtes in their notes : Celtis spp.,
Cola gigantea, Terminalia superba, Sterculia rhinopetala, Triplochilon
scleroxylon and Nesogordonia papaverifera. It has not been found in
the wetter evergreen forests of south and south-east Nigeria.
In contrast, D. platanoides is absent from the semi-deciduous forests,
but appears to be confined to the wetter evergreen forests, where the
rainfall exceeds 2 500 mm (100 in) per annum. Its known range extends
from the extreme eastern part of Nigeria to central Gabon and appears
to lie entirely within the limits of the “ forêt biafréenne à Césalpiniacées ”
of Letouzey (1966 and 1968).
At Lake Ejaghan Forest Reserve, Mamfe Division, West Cameroun,
White found it growing in the understorey of undisturbed primary
forest surrounding the lake. This forest which lies in a sparsely popu-
lated région had not been exploited and had apparently been avoided
for farming for superstitious reasons. Light demanders such as Lophira
alala, Terminalia ivorensis, Musanga cecropioides and Lovoa were very
rare or (other Meliaceae) absent. Characteristic species included :
Anlrocaryon micrasler, Barleria fistulosa, Brachyslegia Kennedyi, Calpo-
calyx sp. (White 8586), Diospyros conocarpa, D. Hoyleana, D. iturensis,
D. melocarpa, Erylhrophleum ivorense, Gilberliodendron sp. (White 8574),
Guarea Thompsonii, Gossweilerodendron balsamiferum, Hylodendron
gabunense, Klainedoxa gabonensis, Monopetalanthus sp. (While 8598),
Pipladeniaslrum africanum, Poga oleosa, Nauclea Diderrichii, Penta-
clethra macrophylla, Sacogloltis gabonensis , Staudlia stipilala and Tessman-
nia africana.
A gap of 400 km séparâtes the nearest known stations of D. sou-
breana and D. platanoides.
1. Aubrévillk A. — Contribution à la palæohistoire des forêts de l’Afrique tropi¬
cale (1949).
2. Chipp T. F. — The Gold Coast forest : a study in synecology. Oxford For. Mem.
7 (1927).
3. Letouzey R. — Étude phytogéographique du Cameroun. 1) Adansonia, ser. 2,
6 : 205-15 (1966) ; 2) : 124-135 (1968).
4. Taylor C. J. — The végétation zones of the Gold Coast, For. Dept. Bull. 4 (1952).
5. White F. — Géographie variation and spéciation in Africa with particular réfé¬
rencé to Diospyros, Syst. Ass. Publ. 4 : 71-103 (1962).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (2) 1969.
UNE NOUVELLE ESPÈCE DU GENRE
CALLOPSIS Engl. (ARACÉES)
ET CONSIDÉRATIONS TAXINOMIQUES
SUR CE GENRE
par J. Bogner
J ardin Botanique, Munich
Summary : Description and discussion of a new species of the hitherto monoty-
pical genus Callopsis Engl. (Araceæ), from Gabon. — The type species of the
genus, C. Volkensii Engl., is only known from Tropical East Africa (Kenya and Tan-
zania) ; thus the new species considerably cnlargcs the range of the genus. C.
Hallœi Bogner, spec. nov., is easy to distinguish from G. Volkensii Engl, on account
of its triangular cordate-hastate leaves, green spathe, completcly free, stipitate spadix,
and globular fruits. — Additional notes on C. Volkensii Engl.
M. Nicolas Halle, Sous-Directeur au Laboratoire de Phanérogamie
du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris et Rédacteur prin¬
cipal de la « Flore du Gabon », a effectué, ces dernières années, de nom¬
breuses récoltes botaniques au cours de plusieurs missions scientifiques
au Gabon. De passage au Muséum, j’ai pu examiner parmi ce matériel,
des échantillons d’une Aracée récoltés en 1968, représentant une nouvelle
espèce fort intéressante du genre Callopsis Engl. Cette trouvaille de
M. N. Halle est d’autant plus remarquable que ce genre a été considéré,
jusqu’ici, comme monotypique et seulement représenté en Afrique
orientale; qu’il me soit donc permis de l’appeler en hommage de son
découvreur.
Callopsis Hallæi 1 Bogner, spec. nov.
A C. Volkensii Engl, facile distinguitur foliorum lamina triangula-
riter sagittato-cordata, basi ± subcordata vel subhastata, spatha viridi,
spadice omnino libero, stipitato, floribus 9 paucis (circiter 4-5) annulatim
1. Le nom de N. Hallé est latinisé, en analogie avec celui de Cari von Linné
(Carolus Linnæus), en Hallæus, non pas « Halleus », ce qui serait tout à fait impropre,
en faisant penser à un nom patronymique de dérivation grecque à terminaison en
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 287 —
infra floribus S dispositis, pistillo late ampullato vel obpyriformi, fructu
globoso.
Habitat silvas densas humidas Africæ tropicalis in agro reipublicæ
gabonensis.
Holotypus : N. Hallé 4398 (P!).
Petite plante herbacée à rhizome rampant, avec environ 2-4 feuilles.
Rhizome de 5-10 cm de longueur et de 3-4 mm de diamètre, bru¬
nâtre, d’organisation dorsiventrale, portant de nombreuses racines à
sa face inférieure. Entrenœuds d’environ 1 cm de longueur.
Cataphylles de 3-4 cm de longueur, membraneux, ± rougeâtres,
plus tard desséchés; les parties anciennes du rhizome encore garnies
des restes de cataphylles.
Pétiole de 4-7 cm de longueur et de 1-1,5 mm de diamètre, vert.
Gaine très courte, d’environ 0,5 cm de longueur, ± embrassant le rhi¬
zome.
Limbe des feuilles triangulaire-cordé ou largement sagitté, à la
base subcordé ou subhasté, vers le sommet ± cuspidé, de 7-9 cm de
longueur et de largeur, un peu décurrent sur le pétiole, glabre, d’un
vert foncé et ± moucheté de taches blanchâtres. Côte médiane robuste,
donnant issue à 4-5 nervures latérales de premier ordre; les deux nervures
secondaires inférieures insérées à la base de la côte médiane et le plus
souvent encore un peu soudées à celle-ci, ensuite orientées vers les pointes
de la base; les autres nervures latérales ascendantes vers les bords du
limbe, toutes dans leur partie supérieure courbées vers le haut et anas¬
tomosées entre elles près de la marge; les nervures de troisième ordre
fines et réticulées.
Pédoncule de 4-5 cm de longueur et de 1-1,2 mm de diamètre,
vert.
Spathe elliptique, d’environ 2,2 cm de longueur et au milieu
de 1,4 cm de largeur, verte, à base un peu décurrente sur le pédoncule,
au sommet munie d’un tout petit crochet. La spathe reste intacte lors
de la fructification.
Spadice libre, cylindrique, d’environ 15 mm de longueur et 4 mm
de diamètre, stipité, stipe de 3-4 mm de longueur; spadice fertile jus¬
qu’au sommet. Partie <J du spadice d’environ 10 mm de longueur.
Fleurs unisexuées, nues; les ? et (J directement avoisinantes; peu
de fleurs ? (4-5), disposées de façon annulaire en dessous des fleurs <?.
Fleur (J composée de 1-2 étamines sessiles; filet entièrement absent;
les deux thèques s’ouvrant par un seul pore apical largement elliptique.
Pistil largement obpyriforme, d’environ 1,5 mm de largeur à la base,
et 1,5 mm de hauteur; style très court; stigmate ± aplati, pas plus large
que le style. Ovaire uniloculaire, avec un ovule basilaire anatrope; funi-
cule court.
Fruit globuleux, d’environ 6 mm de diamètre, vert.
Source : MNHN, Paris
— 288 —
PI. 2. — Callopsis Volkensii Engl. : 1, inflorescence x 1,5; 2, infrutescence x 1; 3, aspect
général x 0,5 (1 et 2, cultivéés au jardin botanique de Munich; 3, en forêt dense humide de
la montagne d’Usambara. — Photo J. Bogner).
Source : MNHN, Paris
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Gabon : environ 20 km N.-E. de Kango, plateau qui borde la vallée
de la rivière Komo, ± 60 m d’altitude. Au sol, sous bois de forêt dense.
Fruit vert, spathe verte, feuillage vert foncé ± piqueté de blanc. N.
H allé 4398, 11. et fr., janv.
D’après les exemplaires secs étudiés, il semble que la configuration
des taches blanchâtres sur les feuilles est assez variable; elles peuvent
aussi quelquefois manquer.
Clef des espèces du genre
1. Limbe des feuilles cordé-ovale; spathe blanche; partie $ du spa-
dice soudée avec la spathe, 3-12 fleurs ?, solitaires ou en
paires les unes derrière les autres; pistil lagéniforme; fruit
± ellipsoïdal . C. Volkensii Engl.
1'. Limbe des feuilles triangulaire-cordé ou largement sagitté;
spathe verte; spadice entièrement libre et stipité; peu (4-5) de
fleurs ? disposées de façon annulaire en dessous des fleurs <?;
pistil largement pyriforme; fruit globuleux. ... C. Hallæi Bogner
Callopsis Hallæi Bogner n’est connu, jusqu’ici, que de la localité
type, mais une répartition plus large en Afrique occidentale semble
fort probable. D’après les indications de M. N. Halle, l’espèce est très
rare et pousse, dans son milieu naturel, sur le sol humeux de la forêt
dense humide.
C. Hallæi Bogner est bien caractérisé par ses feuilles qui permettent
facilement une identification même en l’absence de fleurs. L’inflores¬
cence montre quelques ressemblances (le spadice entièrement libre, sti¬
pité) avec Nephlhylis Schott, mais les fleurs $ de C. Hallæi Bogner sont
très différentes de celles du genre par les loges des anthères sessiles avec
une déhiscence en pores apicaux. L’organisation des fleurs 3 de C. Hallæi
Bogner est tout à fait en accord avec celle jusqu’ici connue du genre
monotypique Callopsis Engl. La présence simultanée du spadice entière¬
ment libre et de la coalescence unilatérale de la partie ? du spadice avec
la spathe est également connue dans d’autres genres d’Araccées (par
exemple Aslerosligma Fisch. et C. A. Mey., Arophyton Jumelle); on ne
peut donc pas lui attribuer une importance pour la délimitation géné¬
rique, et la trouvaille extrêmement intéressante de M. N. Hallé peut
ainsi être aisément rattachée au genre Callopsis Engl.
Les aires de répartition de ces deux espèces sont largement dis¬
jointes : C. Volkensii Engl, est une espèce d’Afrique orientale, où elle
se trouve dans la montagne d’Usambara, en Tanzanie, ainsi que dans
les montagnes de Nguru et d’Uluguru, de ce même pays. Elle est égale¬
ment représentée au Kenya, dans les Chogni Hills, dans le district de
Kilifi, ainsi que dans la forêt de Gongoni, dans le district de Kwale.
Source : MNHN, Paris
— 290 —
L’aire principale de répartition se situe sans doute dans l’Est des Usam-
baras; on n’a que de très peu de récoltes de l’Ouest de cette montagne et
des autres régions mentionnées ci-devant. Cette espèce se trouve égale¬
ment sur sol humeux de la forêt dense humide, entre 100 et 800 m d’alti¬
tude, où l’on peut rencontrer parfois en grande abondance. Engler (1908)
remarque qu’il avait reçu, de la part du Professeur Paul Preuss, des
exemplaires vivants de C. Volkensii Engl, du Cameroun, mais qu’il
n’avait pas vu d’échantillons d’herbier provenant de ce pays. En effet,
des récoltes de cette espèce du Cameroun sont inconnues, et il s’agit
sans doute, pour la plante indiquée par Engler, d’exemplaires cultivés,
En outre, C. Volkensii Engl, se trouve actuellement parfois cultivé en
Tanzanie, sous le nom de “ Dwarf Lily ”, ainsi que dans les jardins bota¬
niques.
C. Volkensii Engl, dresse son inflorescence pendant l’anthèse ver¬
ticalement; sa spathe s’ouvre complètement, prenant, à l’état étalé,
une position presque horizontale; ses bords sont presque toujours un
peu révolutés. La spathe est d’un blanc pur vif; elle prend, sous des
conditions défavorables ou après l’anthèse parfois une légère teinte rose.
Des spathes d’un rose pur — dont la présence rare a été indiquée dans
la littérature — n’ont pas pu être observées pendant mes études sur le
terrain. La partie S du spadice est dressé verticalement vers le haut;
dans la plupart des cas, elle est séparée par une distance d’environ 1-
1,5 mm de longueur, et l’axe nu de l’inflorescence devient ainsi visible.
Très considérablement moins fréquentes, les fleurs et $ se trouvent
côte à côte (Engler (1920), fîg. 8 B). Pendant la fructification, la spathe
se ferme de nouveau; elle reste intacte jusqu’à la maturité des fruits, et
toute l’inflorescence s’incline vers le bas (Engler (1920), fig. 8 A montre
Source : MNHN, Paris
— 291 —
une inflorescence avant ou juste un peu après l’anthèse). Les fruits
atteignent une longueur de 1 cm, leur diamètre au milieu est d’environ
0,4 cm; le style est persistant et se trouve sur les fruits mûrs. La face
supérieure du limbe des feuilles est d’un vert foncé et ± brillant, la face
inférieure un peu plus claire. Toutes ces observations ont été effectuées
sur un bon nombre d’individus de C. Volkensii Engl, sur le terrain, dans
la montagne de l’Usambara, lors de mes trois séjours dans ce pays en
1967, 1968 et 1969.
Cette petite et très jolie Aracée est cultivée depuis quelques décen¬
nies dans plusieurs jardins botaniques où elle fleurit abondamment;
mais elle y pousse extrêmement lentement ce qui a sans doute empêché
sa répartition plus générale comme plante d’agrément.
Je suis redevable à M. H. Heine pour l’adaptation française de
mon manuscrit.
Bibliographie
Brown, N. E. — Callopsis Volkensii Engl., in Thiselton-Dyer, Flora of Tropical
Africa 8 : 186-187 (1902).
Engler, A. — Callopsis Volkensii Engl., Notizblatt des Kônigl. botanischcn Gartens
und Muséums zu Berlin 1 (1) : 27 (2-1-1895) ; Die Pflanzenwelt Ost-Afrikas
A : 84, B : 84, C : 131 (1895) ; Die Végétation der Erde IX (Die Pflanzenwelt
Afrikas) 2 : 255-256, fig. 172 (1908) ; Die natürlichen Pflanzenfamilien, Nach-
trâge zu den Teilen II-IV, 3 : 34 (1908) ; Das Pflanzenreich IV. 23 F (Heft 73) :
58, flg. 8 (1920).
Peter, A. -—■ Callopsis Volkensii Engl., in : Die Araceæ Deutsch-Ostafrikas, Nach-
richten der Gesellschaft der Wissenschaften zu Gôttingen, Mathematisch-Physi-
kalische Klasse 1929, Heft 3 : 189-190 (1930).
Thanikaimoni, G. — Esquisse palynologique des Aracées. Institut français, Pondi¬
chéry. Travaux de la section scientifique et technique 5 (5) pl. XVI (1969, à
l’impression).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia,
r. 2, 9 (2) 1969.
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE
DES ORCHIDACEAE DE MADAGASCAR VIII
SUR TROIS NOUVELLES ESPÈCES DU GENRE HABENARIA Willd
par J. Bosser
Directeur, de recherches à l’O.R.S.T.O.M.
Laboratoire de Phanérogamie. Muséum. Paris
Résumé : Description de 3 espèces nouvelles d 'Habenaria de Madagascar.
Summary : Three new species of Habenaria trom Madagascar are described.
La plupart des Habenarias de Madagascar sont des espèces de régions
humides ou subhumides et se rencontrent soit en forêt sempervirente,
de l’Est ou des plateaux, soit dans des prairies submarécageuses ou des
savanes steppiques de ces régions. Nous décrivons ici trois espèces des
zones sèches du Sud et du Sud-Ouest où jusqu’à présent une seule espèce
de ce genre [H. tropophila Perr.) avait été signalée.
Habenaria beharensis J. Bosser, sp. nov.
Herba terrestris, erecta, fere 50 cm alta, caulis a basi ad apicem foliatus,
foliis basi 2 in vaginis redactis, foliis mediis 4-5, laminis lineari-oblongis,
glabris, planis, 10-20 cm longis, 2-3,5 cm latis; foliis superioribus lanceolato-
acutis, gradatim minoribus.
Inflorcscentia in racemo simplici constituta, fere 15 cm longo, axi
pubescenti; bracteis florum linearibus vel lineari-lanceolatis, acutis, pubes-
centibus, 2-3,5 cm longis. Flores 5-7, albi, sepalis trinerviis, pubescentibus;
sepalo mediano ovato, apiculato, 1,7-2 cm longo, 1-1,2 cm lato; sepalis
lateralibus late oblongis, apiculatis, utriusque altero latere ab altero dispari,
2 cm longis, 1-1,2 cm latis; petalis integris, lineari-acutis, 1,5 cm longis,
1,7-2 mm latis, basi margine exteriore dente parvo munitis; labello trilobato,
basi obeuneiformi, 1,5 cm longa, in fauce biumbonata; lobo mediano
lineari-acuto, 2-2,2 cm longo, 3 mm lato, lobis lateralibus divergentibus,
linearibus, 6 cm longis, 5-6 mm basi latis; calcare filiformi, pendente,
pubescenti, 15-20 cm longo; anthera 1,5 cm alta, apiculata; rostello bra-
chiis 1,5 cm longis, ascendentibus, lobo mediano erecto, lineari-obtuso.
Source : MNHN, Paris
— 294 —
7-8 mm alto; processibus stigmaticis porrectis, 15-16 mm longis, paullo
arcuatis, latere superiore papillosis; ovario pedicellato, 6-7 cm Iongo,
pubescenti. (PI. 1).
Type : J. Bosser 14791 ; fourré xérophile dégradé, voisinage du
terrain d’aviation, Ambatomika, canton de Behara (Sud), Madagascar
(Holo-, P!).
Herbe terrestre; tubercules inconnus; tige dressée, glabre à la base,
un peu pubescente sous l’inflorescence, simple, feuillée sur toute sa
longueur, les 2 feuilles de la base réduites à des gaines, les 4-5 feuilles
suivantes à limbe développé, glabre, à nervure médiane saillante dessous.
Inflorescence terminale, en grappe simple, lâche, pauciflore; bractées
florales nettement plus courtes que l’ovaire. Fleurs blanches, très carac¬
téristiques; sépales à 3 nervures longitudinales principales et à nom¬
breuses nervures transversales, portant sur le dos des poils courts, arti¬
culés à leur base, arrondis et un peu élargis en massue au sommet; pétales
linéaires aigus, â base un peu plus large et dentée sur le bord extérieur,
glabres ou un peu pileux dans la partie supérieure de la face externe,
trinervés à la base; labelle trilobé, glabre ou muni de quelques poils à
la base face inférieure, portant dans la gorge de l’éperon 2 petits
mamelons médians obtus; lobes latéraux divergents, plans, larges à la
base et régulièrement rétrécis en pointe fine; lobe médian nettement
plus court que les latéraux, arrondi sur la face supérieure et canaliculé
dessous, élargi au sommet en lame aplatie, aiguë; éperon très long, pen¬
dant, plus ou moins pileux, poils du même type que sur les sépales;
anthère ayant au sommet un apicule récurvé; staminodes représentés
par 2 mamelons linéaires, charnus, à la base de l’anthère; rostelle à
bras redressés dans leur moitié supérieure, à lobe médian linéaire obtus
plus court que l’anthère; processus stigmatiques dépassant les bras
du rostelle, un peu falciformes, canaliculés et densément pubescents
papilleux sur leur face supérieure; ovaire côtelé, très long, portant des
poils du même type que ceux des sépales et de l'éperon.
Cette espèce se distingue aisément de toutes les espèces connues
de Madagascar par les caractères de sa fleur : forme du labelle, longueur
de l’éperon, pubescence des sépales de l’éperon et de l’ovaire. Elle n’a
été récoltée qu’une fois dans le Sud et fait partie du fourré xérophile à
Didiéréacées qui est une formation végétale particulière à Madagascar.
Aucune espèce d ’Habenaria n’avait été signalée jusqu’à présent dans
ce type de végétation.
Habenaria cochleicalcar J. Bosser, sp. nov.
Ab aliis speciebus Madagascariæ calcare parte mediana in spira cir-
cinato distinguenda.
Herba terrestris, erecta, glabra; partibus inferioribus ignotis; caulis
simplex, foliis 7-8, lineari-lanceolatis, acutis, planis, sessilibus, basi gra-
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
296 —
datim angustatis, 7-17 cm longis, 2-3 cm latis; foliis 2-3 superioribus lan-
ceolatis, gradatim ad apicem minoribus.
Infloresccntia in racemo simplici constituta, 15 cm longo, axi pubes-
centi-papilloso, bracteis florum anguste lanceolato-acutis, marginibus
papillosis, l,5-2,5 cm longis. Flores 10-12, glabri; sepalo mediano ovato-
obtuso, 5-nervio, 9-10 mm longo; sepalis lateralibus ovato-acutis, utriusque
latere altero ab altero dispari, 9-10 mm longis, 5-6 mm latis, 3-nerviis;
petalis bipartitis, partitione anteriore filiformi, 19-20 mm longa, 0,5 mm
lata; partitione posteriore lineari-acuta 9-10 mm longa, 1,2-1,3 mm lata;
labello tripartito, basi deltoidea, brevi, 1,5 mm longa, carina mediana
parva, angulosa, munita; lobo mediano lineari-obtuso, 12-13 mm longo,
0,9-1 mm lato, apice paullo dilatato, lobis lateralibus liliformibus, 2,5 cm
longis, 0,5 mm latis; calcare fere 15 mm longo, basi cylindrico ad tertiam
apicalem partem spiram figurans, apice in globulo inflato; anthera 3 mm
alta; rostcllo brachiis 4 mm longis; lobo mediano obtuso, 1,5 mm alto;
processibus stigmaticis paullo brachiis rostelli brevioribus, claviformibus;
ovario pedicellato 2,5 cm longo (PI. 1).
Type : Rakoloson, conservation des réserves naturelles et parcs
nationaux de Madagascar 9420; canton de Behara, district d’Amboasary
(Sud), Madagascar (Holo-, P!).
Herbe terrestre, dont les parties basales n’ont pas été récoltées;
tige dressée, simple, feuillée sur toute sa longueur; feuilles linéaires
lancéolées, planes, glabres, rétrécies régulièrement vers les 2 extré¬
mités, aiguës au sommet, les 2-3 feuilles supérieures réduites et passant
progressivement aux bractées.
Inflorescence terminale, simple, à axe papilleux; bractées florales
trinervées, plus courtes que l’ovaire, mais pouvant atteindre les 3 /4 de
sa longueur. Coloration de la fleur inconnue; pétales bipartis, à lobe
postérieur linéaire, plan, aigu ou subaigu, trinervé, de même longueur
que le sépale médian et cohérent en casque avec lui au-dessus de la
colonne, lobe antérieur filiforme, dressé, semi-cylindrique, arrondi sur
la face interne, aplati sur la face externe; sépales latéraux étalés latéra¬
lement; labelle triparti, à lobe médian plus court que les latéraux, arrondi
sur la face supérieure, canaliculé dessous, un peu élargi dans sa partie
terminale; lobes latéraux filiformes; éperon de forme très particulière
cylindrique à la base et de 1,2-1,3 mm de diamètre, rétréci au 1 /3 supé¬
rieur et formant une spirale complète, globuleux et un peu aplati laté¬
ralement au sommet; staminodes en 2 masses charnues, à la base de
l’anthère; rostelle à bras redressés et lobe médian nettement plus court
que l’anthère; processus stigmatiques claviformes, arrondis face externe,
concaves face interne, sensiblement de même longueur que les bras du
rostelle ou un peu plus courts; ovaire côtelé, pubescent-papilleux ou
glabre.
Espèce très caractéristique qui se distingue par les particularités
de son éperon. Sa localité d’origine n’est pas très précise, mais elle
Source : MNHN, Paris
— 297 —
fait partie, très vraisemblablement de la formation à Didiéréacées où
H. beharensis Bosser a été récoltée.
Habenaria Leandriana J. Bosser, sp. nov.
Species H. Elliotii Rolfe affinis cujus differt inflorescentia floribus
multo majoribus paucioribus.
Herba terrestris, glabra, erecta, 25-40 cm alta. Caulis simplex a basi
ad apicem foliata, foliis basi 2-3, in vaginis reductis vel laminis contractis;
foliis mcdiis 4-7, lamina oblonga vel lanceolato-oblonga, 6-13 cm longa,
3-5 cm lata, apicc acuta, basi in pseudo-petiolo 1-3 cm longo abrupte
angustata; foliis superioribus laminis lineari-lanceolatis gradatim mino-
Inflorcscentia in racemo simplici disposita, 12-15 cm longa; bracteis
florum anguste lanccolatis vel linearibus, 2-3 cm longis. Flores 8-10, pallido-
virides; sepalo mediano elliptico-acuto, 13-15 mm longo, 7 mm lato, tri-
nervio; scpalis lateralibus ovato-lanceolatis, acutis, utriusque altero latere
ab altero dispari, 15-16 mm longis, 7 mm latis, trinerviis; petalis bipartitis
partitione anteriorc filiformi 3 cm longa, 0,5 mm lata; partitione poste-
riore lineari-acuta, subfalciformi, 13-15 mm longa, 1 mm lata; labello
tripartito basi deltoidea angusta, 2,5 mm longa, 2 mm lata, lobis latera¬
libus filiformibus 2,5-3 cm longis, 0,6-0,7 mm latis; lobo mediano lineari
in parte apicali paullo dilatato, 1,8-2 cm longo, 1 mm lato; calcare 4-6 cm
longo, apice obtuso, dimidia parte apicali paullo dilatato; anthera 4-6 mm
alta; rostello brachiis 5-6 mm longis, ascendentibus, lobo mediano del-
toideo obtuso, 2 mm alto; processibus stigmaticis 8 mm longis, apice
clavatim dilatatis; ovario pedicellato 3,5-4 cm longo, glabro. (PI. 1).
Type : ./. Bosser 19 278, sous bois de forêt tropophile; forêt du
Zombitsy, Sakaraha (Sud-Ouest), Madagascar (Holo-, P!).
Herbe terrestre, à tige simple, feuillée sur toute sa longueur. Tuber¬
cules 2, ovés ou oblongs, de 1-2 cm de long, pileux. Les 2-3 feuilles basales
réduites à des gaines ou à limbe peu développé; les 4-7 feuilles suivantes
à limbe plan, glabre, de texture membraneuse, 7-13-nervé, la nervure
médiane saillante dessous, nervures transversales fines et nombreuses;
feuilles supérieures 2-3, réduites et passant progressivement aux brac¬
tées. Inflorescence terminale, lâche, pauciflore; bractée florale linéaire
lancéolée, aiguë, plus courte que l’ovaire mais pouvant dépasser les 3/4
de sa longueur. Fleurs à sépales verts, pétales et labelle vert clair; sépale
médian et lobe postérieur du pétale cohérents en casque au-dessus de
la colonne; sépales latéraux étalés; pétales bipartis jusqu’à la base,
celle-ci de 4,5-5 mm de long sur 0,7-0,8 mm de haut, lobe antérieur
dressé, filiforme, arrondi sur sa face interne, plan ou un peu canaliculé
face externe, lobe postérieur linéaire, plan; labelle triparti, lobe médian
plus court que les latéraux, étroit dans sa partie basale, faiblement élargi
à partir du 1 /3 inférieur vers le sommet, arrondi sur la face supérieure,
canaliculé dessous, obtus au sommet; lobes latéraux filiformes, pendants;
Source : MNHN, Paris
— 298 —
éperon pendant, nettement plus long que l’ovaire, élargi dans sa partie
terminale; anthère dressée, arrondie au sommet; staminodes réduits
à 2 petites masses latérales charnues; processus stigma tiques clavi-
formes, aplatis latéralement, nettement plus longs que les bras du ros-
telle.
Cette plante a des affinités avec H. Elliolii Rolfe mais elle se dis¬
tingue par ses fleurs plus grandes moins nombreuses, à processus stigma-
tiques beaucoup plus longs, et par ses feuilles atténuées en pseudopétiole
à la base. C’est une espèce du sous-bois sec de la forêt semi-décidue du
Sud-Ouest. Elle fleurit en mars, à la fin de la saison des pluies.
Bibliographie
Kranzlin, F. — Beitràgc zu einer Monographie dcr Gattung Habenaria Willd., Bot.
Jahrb. 16 : 52-223 (1893).
Perrier de la Bathie, H. — Orchidées in Humbert H., Flore de Madagascar, fam.
49, 2 vol. (1939).
-— Orchidées de Madagascar et des Comores. Nouvelles observations, Not. Syst.
14, 2 : 138-165 (1951).
Summerhayes, V. S. — African Orchids, Kcw Bull. 16, 2 : 253-314 (1962).
— Orchidaceie. (Part 1) in Milne-Redhead et Poliiill R. M., F.T.E.A., 1 vol.
(1968).
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (2) 1969.
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE
DES ORCHIDACEAE DE MADAGASCAR. IX
LES GENRES QRAMMANQIS Rchb. f. ET BULOPHIELLA Rolfe
par J. Bosser et P. Morat 1
Résumé : Examen des espèces attribuées jusqu'ici à ces genres. Mise en syno¬
nymie de deux d’entre elles et description d’une espèce nouvelle de Grammangis.
Summary : The species placed till now in Grammangis and Eulophiella are re-
examined. A new species of Grammangis is described, and new synonyms are pro-
posed.
Les plantes placées dans ces 2 genres sont remarquables et on
peut les compter parmi les plus curieuses et les plus belles Orchidées
de Madagascar. Elles sont anciennement connues et ont été introduites
depuis longtemps dans les serres d’Europe, aussi ont-elles été maintes
fois étudiées et représentées. Peu d’espèces ont été décrites et on pourrait
s’attendre à ce que leur délimitation soit aisée. Pourtant, comme Schlech-
ter le faisait déjà remarquer en 1925 à propos des Grammangis, il n’est
pas facile de distinguer certaines d’entre elles. L’étude que nous avons
entreprise des Grammangis et Eulophiella de Madagascar nous a conduit
à certaines conclusions que nous présentons ici.
1. GRAMMANGIS
Schlechter, suivi par Perrier de la Bathie dans la flore de
Madagascar, attribuait à ce genre 4 espèces : G. falcigera Rchb. f.,
G. pardalina Rchb. f., G. fallax Schltr., G. Ellisii (Lindl.) Rchb. f.
Les 2 premières espèces ont été décrites par Reichenbach dans
une publication qu’il intitule « Comoren Orchideen Herrn Léon Hum-
blot’s ». Mais il signale en note que les plantes comprises entre paren¬
thèses appartiennent au domaine floristique du S.-E. africain. Ce qui
est le cas pour ces 2 espèces. Ce ne serait donc des plantes ni des
Comores ni de Madagascar, ce que K. Senghas avait déjà remarqué.
1. J. Bosser. — Directeur de Recherches à l’O.R.S.T.O.M. Laboratoire de
Phanérogamie Muséum, Paris, P. Morat, Centre O.R.S.T.O.M. Tananarive.
Source : MNHN, Paris
— 300 —
Source : MNHN, Paris
— 301
Les types de ces espèces ne semblent pas avoir été retrouvés et elles
restent pour le moment énigmatiques. Seules des recherches approfondies
dans les différents herbiers pourraient apporter plus de clarté à leur
sujet.
Grammangis fallax a été établi par Schlechter en 1915. Cet auteur
avait remarqué que les plantes habituellement cultivées et appelées
G. Ellisii différaient de la plante décrite par Lindley, représentée par
une planche dans Botanical Magazine (T. 5179, 86, 1860). Mais cette
différence n’est sans doute pas réelle, car Rolfe faisait observer, dès 1914,
dans Orchid Review, que la planche du Botanical Magazine ne reproduit
pas avec exactitude la peinture originale qui se trouve dans l’herbier
Lindley. Des bandes brunes transversales sont apparues, à la reproduc¬
tion, sur les sépales. En réalité, elles n’existent pas. On ne les observe
en fait jamais sur les échantillons vivants. D’ailleurs, il faut noter qu’une
variété (G. Ellisii var. Dayanum Rchb. f.) avait été créée par Reichen-
bach (Gardn. Chron. 1880), basée essentiellement sur l’absence de bandes
brunes sur les fleurs des plantes cultivées comparées à la planche du
Botanical Magazine. Il semble que Schlechter et Perrier n’aient
pas eu connaissance de la publication de Rolfe ni de la publication de
la variété de Reichenbach. Nous sommes de l’avis de Rolfe quand
il pense que cette variété ne peut être maintenue.
Quoi qu’il en soit, G. fallax Schltr. est basé sur un type : Perrier
14 945, existant au Muséum de Paris, et nous l’avons attentivement
examiné. Ce type est un échantillon à inflorescence jeune, à fleurs non
épanouies. Pour le distinguer de G. Ellisii, on s’est basé sur la taille et
la couleur des fleurs, la longueur des bractées florales, la longueur de
l’inflorescence et le nombre de fleurs et le fait que le nouveau pseudobulbe
feuillé se développe après l’inflorescence et non en même temps qu’elle.
A notre avis on ne peut rien inférer de la taille et de la couleur des fleurs
car ce type ne comporte que des boutons floraux. On s’aperçoit d’ailleurs,
à la dissection, que le labelle, qui semble se développer plus vite que les
autres pièces florales, est sensiblement de même taille et morphologi¬
quement identique au labelle de G. Ellisii tel qu’il a été représenté par
Lindley et divers auteurs. Les sépales et pétales ne doivent pas avoir
leur taille ni leur forme définitives. Pour ce qui est de la longueur des
bractées florales, elle doit être variable, comme nous le verrons plus
loin. L’inflorescence ne peut non plus être dite courte et pauciflore par
rapport à G. Ellisii, car en examinant l’apex, on s’aperçoit qu’il est
avorté et comporte une zone desséchée avec de nombreuses ébauches
florales qui n’ont pu se développer. L’inflorescence n’a donc pas la taille
ni le nombre de fleurs normaux. Reste le fait que l’inflorescence se déve¬
lopperait avant le pseudo-bulbe feuillé. Mais cela aussi ne nous parait
pas normal. Il peut se faire que lors du séchage de l’échantillon, la partie
feuillée se soit détachée de l’inflorescence et n’ait pas été incorporée au
type. Nous pouvons observer ce fait pour l’espèce que nous décrivons
ci-après où sur la feuille d’herbier, l’inflorescence paraît s’être développée
seule, mais on trouve à côté d’elle la partie feuillée qui s’est détachée.
Source : MNHN, Paris
— 303 —
D’ailleurs, le dessin, fait sur la plante vivante, montre bien que l’inflo¬
rescence et le pseudobulbe feuillé se développent simultanément ce qui
doit être la règle chez les Grammangis. II est d’ailleurs à remarquer,
qu’étant donné les caractères distinctifs qu’on attribuait à G. fallax,
aucun échantillon n’ait jamais pu être rapporté à cette espèce avec
certitude. Nous sommes donc persuadé que le type de cette espèce n’est
qu’un mauvais échantillon de G. Ellisii.
Il y a cependant des variations dans G. Ellisii pour ce qui est de la
forme des sépales qui peuvent être plus ou moins allongés, de la densité
et du nombre de fleurs des inflorescences, et, surtout, du développement
des bractées florales. Il semble que ces dernières soient en général petites
et plus courtes que l’ovaire mais elles peuvent être très grandes comme
le montre la plante représentée dans Lindenia (VIII, 1892). Que sont en
réalité ces variations? Il nous semble prématuré de répondre à cette
question, et ce n’est qu’après avoir étudié un certain nombre d’échantil¬
lons, d’origine exactement connue, qu’il sera possible de le faire.
La synonymie de G. Ellisii s’établit comme suit :
Grammangis Ellisii (Lindl.) Rchb. f.
Hamb. Gartcnz. 16 : 520 (1860).
— Grammatophyllum Ellisii Lindl., Bot. Mag-, tab. 5179 (1860).
— Grammangis Ellisii (Lindl.) Rchb. f. var. Dayanum Rchb. f. Gardn. Chron.
14, nouvelle série, 340 : 326-327 (1880).
— Grammangis fallax Schltr., Orchis 9 : 121 (1915), syn. nov.
Le genre Grammangis n’est cependant pas réduit à Madagascar
à une seule espèce. Il en existe une deuxième qui se distingue nettement
de G. Ellisii et dont voici la diagnose.
Grammangis spectabilis J. Bosser et P. Morat, sp. nov.
Habitu G. Ellisii (Lindl.) Rchb. f. similis, flore sepalis petalisque
minoribus, labello lobo terminali extensiore, in nervis eminentiis pilifor-
mibus munito differt.
Epiphytica, rhizomate crasso, diametro 1-1,2 cm; pseudobulbis
contiguis, tetragonis, ad 10 cm altis, 3-3,5 cm in diametro; foliis 3-5 lori-
formibus, ad 40 cm longis, 3 cm latis. Inflorescentia 50 cm alta, in racemo
simplici disposita, scapo 40-45 cm longo, basi vaginas 4-5 crassas, imbri-
catas, ovato-acutas, ad 4-5 cm longas, præterea vaginas 6-7 caulinares
lineari-lanceolatas, acutas, 4-4,5 cm longas gerente; racemo laxo 15-20-
floro; bracteis floralibus 1,5-2 cm longis, anguste lanceolatis. Flos perian-
thio carnoso; sepalo mediano oblongo acuto, apice recurvato, 2,6-2,8 cm
longo, 1,1-1,2 cm lato; sepalis lateralibus mediano similibus utriusque
latere altero ab altero paullo dispari, sicut basi gibbosis; petalis oblongis
supra medium amplius latioribus, 1,3-1,4 cm longis, 0,8-0,9 cm latis, apice
rotundato, apiculato; labello 1,5-1,8 cm longo, 13-17-nervio, erecto, tri-
lobato, lobis lateralibus rotundatis, erectis, lobo terminali ovato-obtuso,
apice recurvato, 0,8-0,9 cm longo, 0,4 cm lato; basi carina mediana tabu-
lari supra munito, ad dimidiam longitudinem labelli attingente et ultra
Source : MNHN, Paris
— 304
nervis 3 prominentibus protracta; nerviis aliis similiter prominentibus
et in lobo terminali appendicibus filiformibus munitis; calcare scrotiformi,
1,5-2 mm longo; columna erecta 10-12 mm alta; anthera ante truncata,
2,2-2,5 mm in diametro, posteriore parte cristam carnosam bilobatam
1,5 mm longam, gerente; polliniis in viscidia communi linguiformi 2,5 mm
lata fixis; ovario pedicellato gracili, glabro, 3,5 cm longo.
Type ; Laufjenburger, Jard. Bot. Tananarive n° 1395. Forêt semi-
décidue, environs de Sakaraha, Madagascar (Holo-, P!).
Plante épiphyte, à rhizome ligneux, épais; racines charnues, glabres.
Pseudobulbes contigus, vert grisâtre, oblongs, tétragones, glabres,
munis à leur base de fibres provenant de la désagrégation des gaines,
ayant, au-dessus du milieu et vers le sommet, 2-3 anneaux brunâtres,
cicatrices des insertions des anciennes gaines. Pseudobulbes jeunes
portant à leur sommet 3-5 feuilles loriformes, dressées ou plus ou moins
infléchies; pseudobulbes plus âgés dépourvus de feuilles. Feuilles vert
sombre, glabres, un peu épaisses et chartacées, plissées longitudinalement,
aiguës au sommet, longuement rétrécies sur la base et articulées sur la
gaine. Pseudobulbe florifère se développant en même temps que l’in¬
florescence.
Inflorescence en grappe; pédoncule glabre, aplati, de 40-45 cm de
long, muni à sa base de 4-5 gaines imbriquées, vertes, glabres, striées
nervées, se résolvant finalement en fibres, et portant 6-7 gaines cauli-
naires, lâches, lancéolées aiguës. Grappe de 15-20 fleurs, à axe glabre
et un peu aplati; bractées florales trinervées, lancéolées aiguës, de 2 cm
de long à la base, décroissant de taille vers le sommet, plus courtes que
l’ovaire.
Fleur charnue; sépales oblongs aigus à sommet récurvé et marges
un peu révolutées, jaunes plus ou moins lavé de pourpre sombre surtout
vers les marges, sommet pourpre sombre; pétales oblongs aigus, blancs
et tachés de pourpre sombre au sommet récurvé; labelle trilobé, muni
à la base d’un court éperon obtus, lobes basaux arrondis, dressés, lobe
terminal oblong à sommet aigu et récurvé; base du labelle ornéd’une
carène médiane tabulaire, se prolongeant jusqu’au milieu de la longueur,
et se résolvant à partir de là vers l’avant en 3 côtes en relief, moins élevées;
de chaque côté de la carène 4-5 côtes en relief suivant les nervures; sur
le lobe terminal, côtes pourvues d’appendices filiformes; labelle blanc,
teinté de rose violacé entre les côtes, appendices blancs.
C’est une plante de la forêt sèche du Sud-Ouest. Elle a le port de
G. Ellisii mais est plus grêle et se distingue facilement par les carac¬
tères de la fleur et surtout du labelle.
Les 2 espèces du genre peuvent se distinguer comme suit :
1. Labelle à lobe médian deltoïde glabre; sépales en général de
plus de 3 cm de long . G. Ellisii
2, Labelle à lobe médian oblong, portant sur les côtes des appen¬
dices filiformes; sépales n’atteignant pas 3 cm de long .. G. spectabilis
Source : MNHN, Paris
— 305 —
PI. 3. — Eulophiella Elisabeth® Linden et Rolfe : 1, port de la plante; 2, fleur vue de face;
3, pétale; 4, labelle étalé; 5, sépale médian; 6, sépale latéral; 7, pollinaire; 8, anthère
Source : MNHN, Paris
— 306 —
2. EULOPHIELLA
Dans sa flore des Orchidées de Madagascar, Perrier de la Bathxe
retient, dans ce genre, 3 espèces : E. Rœmpleriana (Rchb. f.) Schltr.,
E. Elisabethæ Linden et Rolfe, E. Perrieri Schltr. E. Ursch et J. Genoud
ont décrit, de leur côté, dans le Naturaliste malgache (5, 1953) une nou¬
velle espèce : E. Saboureaui.
E. Rœmpleriana (Rchb. f.) Schltr. est une espèce anciennement
connue, épiphyte sur des Pandanus. Elle existe en forêt côtière de l’Est
et en forêt de moyenne altitude (800-900 m) dans la région de Périnet
et au Sud de Moramanga. Cette espèce présente des variations quant à
son développement, à la taille des feuilles et des fleurs, à la forme des
sépales et des pétales, à la taille du labelle et à la couleur de la fleur. Il
ne fait cependant pas de doute qu’il n’y a là qu’une seule espèce. Après
avoir étudié le matériel à notre disposition, nous pensons qu’il est actuel¬
lement prématuré de nommer des variétés, voire des formes. Comme pour
Grammangis Ellisii , cela ne pourra se faire qu’après étude d'un certain
nombre d’échantillons d’origine bien précise. Il faut noter que Hochreu-
tiner a nommé deux formes : forma pallida, à fleurs de couleur rose
pâle et, forma rubra, à fleurs rouge sombre, provenant toutes deux de la
région de Vatomandry.
E. Elisabethæ Linden et Rolfe est une espèce bien distincte de la
précédente, et semble être uniquement côtière, du N.-E. de l’île :
région de Maroantsetra, Antalaha. Un problème se pose quant à
E. Perrieri Schltr., espèce décrite en 1920 sur un échantillon de Perrier
de la Bâthie provenant de la baie d’Antongil. Le type se trouve dans
l’herbier de Paris et nous avons pu l’examiner de près. Schlechter
dit que son espèce diffère de E. Elisabethæ par un port plus grêle, des
inflorescences dressées et non pendantes, des fleurs plus petites. Il ne
nous semble pas que l’on puisse se baser sur le port pour distinguer
cette espèce. En tous cas, la taille des feuilles du type d’E. Perrieri est
du même ordre que celle indiquée par Linden et Rolfe dans leur diagnose
de E. Elisabethæ : 40-60 cm de long. La position dressée de l’inflorescence
ne peut non plus être tenue pour sûre, car si la plante a été attachée
ainsi sur la feuille d’herbier, pour des raisons de commodité, cela ne veut
pas dire qu’il en soit de même dans la nature. Les notes du collecteur
ne donnent aucune indication de cet ordre. La différence de taille des
fleurs n’est pas non plus significative. Sur le type de E. Perrieri nous
avons relevé les mensurations suivantes : sépale médian de 18-19 mm de
long sur 13-14 mm de large, sépales latéraux de 17-18 mm de long sur
15-16 mm de large, pétales de 17 mm de long sur 11-12 mm de large,
labelle 12 mm de long; ce qui est du même ordre que celles indiquées
par Linden et Rolfe pour E. Elisabethæ : « sépales de 20 mm de long
sur 16 mm de large, pétales un peu plus étroits, labelle de 13 mm de
long ». Nous avons noté une certaine variation de la forme des pétales
qui sont oblongs à subrhomboïdaux ou subspathulés, par contre le
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 308 —
l<abelle varie peu, le lobe terminal peut être un peu échancré au sommet
ou seulement obtus, son ornementation est constante. Il y a donc un
certain nombre de variations, mais elles restent d’importance mineure
et nous ne pensons pas qu’il soit possible de séparer les deux espèces
qui nous préoccupent. E. Perrieri pourrait, tout au plus, être une forme
à fleurs un peu plus petites. Nous proposons donc la nouvelle synonymie.
Eulophiella Elisabethæ Linden et Rolfe
Lindenia 7, t. 325 <1891).
— Eulophiella Perrieri Schltr., Orchis, 15, 2 : 28 (1920), syn. nov.
Il nous reste à examiner le cas d' Eulophiella Saboureaui Ursch
et Genoud. Cette espèce n’est pas valablement publiée car les auteurs
n’en donnent qu’une description française avec à l’appui un dessin de
la fleur. Il était nécessaire de faire des recherches à son sujet pour établir
s’il s’agissait ou non d’une espèce différente de celles jusqu’alors connues.
Nous n’avons pu retrouver d’échantillon type de cette espèce. Il
est vraisemblable qu’aucun herbier n’a été fait et que la plante ayant
servi à la description a disparu. Les auteurs disent qu’elle a été récoltée
sur un Pandanus, en bord de mer, dans la région du cap Masoala. Ils
notent que quand elle leur est parvenue « elle portait encore quelques
fleurs assez fraîches »... « d’une teinte tirant sur le roux ». Ils rapprochent
leur plante d ’E. Rœmpleriana. Les dimensions données pour les pièces
florales : sépale médian de 32 mm de long sur 20 mm de large, sépales
latéraux de 33 mm de long sur 28 mm de large, pétales de 33 mm de
long sur 19 mm de large, labelle de 28 mm de long, la longueur de l’inflo¬
rescence : 1,50 m, font, en effet, penser à E. Rœmpleriana. Le fait que la
plante ait été récoltée sur un Pandanus vient aussi renforcer cette idée.
La teinte roussâtre notée pour les fleurs pourrait provenir d’un début
de fermentation dû au mauvais état de conservation. Le dessin de la
fleur rappelle aussi E. Rœmpleriana bien que l’ornementation du labelle
ne soit pas nette et ne semble pas bien correspondre à celle que l’on
observe dans cette espèce. Mais là aussi le relatif état de fraîcheur de
la plante peut en être la cause et n’a peut-être pas permis une bonne
observation.
Ceci étant nous pensons que 2 hypothèses sont possibles : 1. —
les auteurs ont eu à leur disposition un échantillon en mauvais état
d’É. Rœmpleriana. 2. — il s’agissait d’un hybride naturel entre E. Rœm¬
pleriana et E. Elisabethæ. Étant donné la description qui est donnée
du labelle, c’est cette deuxième hypothèse qui nous paraît être la plus
probable. Ce labelle a des caractères de l’un : dimension, forme générale,
callus basal et de l’autre : longs poils dans la partie supérieure.
En horticulture, un hybride, Eulophiella X Rolfei du Pont a été
obtenu artificiellement entre E. Rœmpleriana et E. Elisabethæ, et est
cultivé dans quelques serres aux U.S.A. A Madagascar, les aires des 2
espèces viennent en contact dans la région de Maroantsetra et de la
baie d’Antongil. L’échantillon étudié par E. Ursch et J. Genoud pro-
Source : MNHN, Paris
— 309 —
venait aussi de cette zone. Si aucun type n’a été fait nous ne pourrons
malheureusement pas vérifier cette hypothèse, et la plante de Ursch
et Genoud restera énigmatique.
A notre sens le genre Eulophiella Rolfe comprend donc deux espèces
à Madagascar. Elles se distinguent comme suit :
1. Fleur de rouge violacé foncé à mauve clair, grande : 8-10 cm
de diamètre, sépales de 3,5-4,5 cm de long; labelle de 3-4,5 cm
de long, trilobé, orné à la base de 3 côtes médianes se ter¬
minant, au 1 /3 du labelle, en 3 crêtes arrondies, la médiane
moins haute que les latérales, prolongées vers l’avant par
3 nervures en relief s’épanouissant, avant le sommet, en
3 crêtes lamellaires tronquées . 1. E. Rœmpleriana
2. Fleur blanc rosé, lavée de violacé à l’extérieur, plus petite : au
plus de 4 cm de diamètre, sépales de 1,7-2,3 cm de long;
labelle de 12-14 mm de long, trilobé, muni près de la base
de 2 câlins médian tabulaire, parfois fusionné en un callus
semi-circulaire, puis, au 1 /3 du labelle, de 2 mamelons médians
arrondis, rapprochés, et portant à la base du lobe terminal
des expansions verruqueuses ou allongées et piliformes plus
ou moins denses . 2. E. Elisabethæ
Bibliographie
Hochreutiner, B. P. G. — Sertum madagascaricnsc ; étude de 2 collections de
plantes récoltées à Madagascar par MM. J. Guillot et H. Rusillon, Ann. Cons.
Jard. Bot. Genève, 12 e année : 56 (1908).
Lindley, J. — Grammalophyllum Ellisii, Bot. Mag., tab. 5179 (1860).
Perrier de la Bathie, H. — Orchidées, in H. Humbert, Flore de Madagascar,
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Reichenbach f., H. G. — New garden plants, Gardn. chron. 14, nouvelle série 340 :
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Ursch E. et Genoud, J. — Une nouvelle Eulophiella (Orchidée) de Madagascar,
Nat. Malg. 5 : 2, 149-150 (1953).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (2) 1969
UNE NOUVELLE PAPILIONACÉE SÉNÉGALAISE :
TEPHROSIA BERHAUTIANA Lescot
par Michèle Lescot
L aboratoire de Plianérogamic
Muséum — Paris
Dans la Flora of West Tropical Africa F. N. Hepper (6) considère
le Tephrosia simplicifolia Franchet signalé au Sénégal aux environs
de Ouassadou par le R. P. Berhaut (2) comme une identification dou¬
teuse. Bien que n’ayant pas pris connaissance des échantillons séné¬
galais F. N. Hepper hésite donc à inclure, dans la clef du genre Tephrosia
Pers., cette espèce originaire des Somalies et qui n’a jamais été collectée
à l’ouest de ce territoire.
Le Tephrosia simplicifolia de Franchet (4) est du reste illégitime
du fait de l’existence d’un homonyme antérieur Tephrosia simplicifolia
F. v. Muell. ex Bentham (1) d’Australie. Par ailleurs Gillett (5) dans
le Kew Bulletin cite le Tephrosia simplicifolia Franchet comme syno¬
nyme du Tephrosia Schweinfurthii Deflers (3) d’Arabie.
Au cours de prospections dans la région d'Ouassadou J. G. Adam
ayant de nouveau récolté cette même plante, il nous a paru intéressant
de revoir et d’étudier de plus près l’ensemble du matériel.
Les échantillons du R. P. Berhaut et ceux de J. G. Adam se sont
révélés exactement semblables. Mais leur comparaison avec le type
(Franchet 43), qui est aussi l’unique exemplaire de cette espèce dans les
collections du Muséum de Paris, a montré qu’il s’agissait de plantes
spécifiquement différentes. Par ses feuilles unifoliolées cette plante se
situe en marge de la majorité des autres Tephrosia lesquels sont pluri-
foliolés. Comme il s’est avéré impossible de l’identifier à aucune des
espèces unifoliolées connues, nous avons été amenée à penser qu’il s’agit
d’une espèce nouvelle que nous dénommerons Tephrosia Berhautiana,
la dédiant au R. P. Berhaut, Missionnaire du Saint Esprit, auteur de
la Flore du Sénégal.
T. Schweinfurlhii (= T. simplicifolia Franchet) et T. Berhautiana
présentent un certain nombre de caractères végétatifs et floraux simi¬
laires tels que la dimension des feuilles, la densité et la forme des poils,
la pubescence de l’étendard... Par contre nous avons pu relever des
Source : MNHN, Paris
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traits distinctifs constants que nous citerons ci-dessous et auxquels
nous estimons pouvoir attribuer une valeur spécifique sûre :
— chez T. Schweinjurlhii : — Feuille : pubescente en-dessus, 6-7
paires de nervures latérales peu visibles, grisâtres, de même teinte que le
limbe en-dessous; — Fleur : 9 mm de longueur; — Fruit : 40 x 4 mm.
— chez T. Berhauliana : — Feuille : glabre en-dessus, 10-15 paires
de nervures latérales très proéminentes, brun foncé, de teinte très diffé¬
rente de celle du limbe en-dessous; — Fleur : 3 mm de longueur; —
Fruit : 15 X 2 mm.
Tephrosia Berhautiana Lescot, sp. nov.
— Tephrosia simplicifolia auct. : Berhaut, Fl. Sén., ed. 2: 327 (1967), non Franchet.
Herba annua, erecta, interdum suffruticosa, usque ad 1,25 m alta,
ramis gracilibus vix angulatis, pilis albis adpressis sparsis.
Folia simplicia, virido-grisea supra, subter pallidiora nec non pubes-
centia albida adpressa prædita. Petiolus brevis, 1-1,5 mm, pilosus; lamina
linearis vel longe lanceolata, 4-6 cm longa, 5 mm circiter lata, basi longe
cuneiformi, apice acuto; nervus médius subtus prominens, nervis secun-
daris 10-15 ascendentibus sed vix impressis, nervis tertiaris non distinctis,
stipulis aciculatis, pilosis, 1-2 mm longis.
Inflorescentiæ axillares et terminales, graciles, racemis pauciflores
10 cm circiter longis. Flores violacei, solitarii vel jugati, pedicellis ± 1 mm,
pubescentibus, bracteis aciculatis, 1-2 mm, pubescentia albida. Calix
virido-griseus, pubescens, tubo ± 1,3 mm longo, Iobis triangularibus
inæqualibus, inferiore leviter longiore. Corolla pallide violacé æ, 3 mm
circiter longa; vexillum obovato-suborbiculare apice rotundato leviter
emarginato, 3,3 X 2,3 mm, pilis albis exterius ornato, intus glabro, alis
leviter obliquis, tenuiter unguiculatis, 3 mm longis, glabris; caréna incur-
vata, unguiculata, 3 mm, glabra. Stamina 10, filamentis 3,5 mm glabris,
vexillari omnino soluto, novem aliis ad 2 /3 coalescentibus, antheris æqua-
libus 0,15 mm circiter longis; ovarium sessile, dense villoso ± 3 mm alto;
Stylus leviter depressus, multum incurvatus, 1 mm longo, stigmato peni-
cillato.
Legumen maturum intus non loculatum, exterius colore intense
brunneo, circiter 15 X 2 mm, utroque apice cuneiformi, suturis crassis
pubescentibus; semina elliptico-oblonga, griseo-flava, nitida, guttata
vel marmorata maculis nigris, hilo microcarunculato haud in medio semine
posito.
Type ; J. G. Adam 15684, Niokolo-Koba, Ouassadou, Sénégal,
savanes boisées sur sols à gravillons ferrugineux, ait. 110 m, lat. 13°10'N,
longit. 12°50'W, fl. et fr. mûrs, oct. (Holo-, P!).
Paratypes : R. P. Berhaut 1223, Ouassadou, Sénégal, fl., fr., oct.
(P!); 2491, Ouassadou, Sénégal, sept. (P!).
Herbe annuelle ou sous-arbrisseau dressé atteignant 1,25 m de
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hauteur, ramifié, à rameaux grêles, légèrement anguleux, parsemés de
poils blancs appliqués.
Feuilles simples, gris verdâtre et glabres en dessus. Pétiole très
court, de 1-1,5 mm velu. Limbe linéaire à longuement lancéolé, long de
4-6 cm, large d’environ 5 mm, longuement cunéiforme à la base, aigu
au sommet, à bords entiers. Nervure médiane proéminente à la face
inférieure; nervures secondaires 10-15 paires, très ascendantes, à peine
marquées; nervures tertiaires indistinctes. Stipules aciculées, de 1-2 mm,
velues.
Inflorescences axillaires et terminales, grêles, en grappes pauciflores,
longues d’environ 10 cm. Fleurs mauves, solitaires ou par paires, à pédi-
celles de ± 1 mm, pubescents; bractées aciculées, de 1-2 mm à pubes¬
cence blanchâtre. Calice vert grisâtre, pubescent, à tube long de ±
1,3 mm, à lobes triangulaires aigus, inégaux, l’inférieur légèrement plus
long. Corolle mauve pâle, d’environ 3 mm; étendard suborbiculaire-
obovale, à sommet arrondi et légèrement émarginé, de 3,3 X 2,3 mm,
parsemé de poils blancs sur le dos, glabre en dedans; ailes un peu obliques,
finement et longuement onguiculées, de ±3 mm de longueur, glabres;
carène incurvée, onguiculée, de ± 3 mm de longueur, glabre. Étamines
10, à filets longs de 3,5 mm, glabres; la vexillaire complètement libre,
les 9 autres soudées sur les 2/3 de leur longueur; anthères toutes sem¬
blables d’environ 0,15 mm. Ovaire sessile, densément villeux, de ± 3 mm
de hauteur; style légèrement aplati, très incurvé, long de 1 mm, stigmate
pénicillé.
Fruit : gousse brun foncé à maturité, plate, cunéiforme aux 2
extrémités, à bords épaissis, pubescente, d’environ 15 x 2 mm, non
articulée et continue à l’intérieur. Graines 2-5, beiges, piquetées ou
marbrées de noir, lisses-brillantes, elliptiques-oblongues, de 2,2 X 1,5-
2 mm et de 1 mm d’épaisseur, à hile excentrique, microcaronculées.
Écologie : cette espèce semble surtout être localisée dans des sols
contenant une forte proportion de gravillons ferrugineux sans toutefois
être compacts au point de former des carapaces.
Il tombe dans cette région environ 1 100 m de pluies réparties
surtout de juin à octobre.
Les formations végétales sont généralement très ouvertes : savanes
arborées ou arbustives pauvres à Burkea africana Hook., Eryihrophleum
africanum (Welw. ex Benth.) Harms, Hymenocardia acida Tul., ... à
nombreux Lepidagalhys suffrutescents : L. anobrya Nees, L. Heudeloiiana
Nees, L. collina (Endl.) Milne-Redh. Tephrosia Berhauliana se rencontre
également, mais plus rarement, dans des savanes à base d’Hyparrhenia
Anderss., de Schizachyrium Nees, dans des sols beiges bien drainés avec
très peu de gravillons.
Bibliographie
1. Bentham G. — Fl. Austr. 2 : 206 (1864).
2. Berhaut J. — Flore du Sénégal, cd. 2 : 327 (1967).
3. Deflers M. A. — Bull. Soc. Bot. Fr. 42 : 302 (1895).
Source : MNHN, Paris
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4. Franchet M. A. — Sertulum Somalcnse in Revoil G., Faune et Flore des Pays
Çomalis : 28 (1882).
5. Gillett J. B. — Notes on Tephrosia in Tropical Africa, Kew Bull. 13 (1) : 115
(1958).
6. Hepper F. N. — Papilionaceœ in Flora of West Tropical Africa, cd. 2, 1, 2 : 531
(1958).
Source : MNHN, Paris
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ACHEVÉ D’IMPRIMER LE 8 JUILLET 1969
SUR LES PRESSES DE L’iMPRIMERIE FD
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE - 61-ALENÇON
Dépôt légal : 3 e trimestre 1969 — 8.658
Source : MNHN, Paris