ADANS
Source : MNHN, Paris
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
ADANSONIA
TRAVAUX PUBLIÉS
AVEC LE CONCOURS
du Centre National de la Recherche Scientifique
SOUS LA DIRECTION DE
A. AUBRÊVILLE
Membre de l'Institut
Professeur Honoraire
Nouvelle Série
Tome IX
FASCICULE 4
1969
PARIS
LABORATOIRE DE PHANÉROGAMIE
DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
16, rue Buffon, Paris (5 e )
Source : MNHN, Paris
COMITÉ DE RÉDACTION
Président
A. Aubréville : Membre de l’Institut.
Professeur Honoraire au Muséum national d’Histoire naturelle.
Membres
E. Boureau : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
F. Demaret : Directeur du Jardin Botanique national de Belgique.
A. Eichhorn : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
P. Jaeger : Professeur à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.
J. Leandrx : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
J. F. Leroy : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Letouzey : Maître de Recherches au C.N.R.S.
J. Miège : Directeur des Conservatoire et Jardin Botaniques de Genève.
R. Portères : Professeur au Muséum national d’Histoire naturelle.
R. Schnell : Professeur à la Faculté des Sciences de Paris.
M. L. Tardieu-Blot : Directeur de laboratoire à l’E.P.H.E.
J. Trochain : Professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse.
M. Van Campo : Directeur de Recherches au C.N.R.S.
Rédacteur en chef : A. Le Thomas.
RECOMMANDATIONS AUX AUTEURS
Les manuscrits doivent être accompagnés de deux résumés, placés en tète d’article,
l’un en français, l’autre de préférence en anglais; l'auteur ne doit y être mentionné
qu’à la troisième personne. Le texte doit être dactylographié sur une seule face, avec
un double interligne et une marge suffisante, sans aucune indication typographique.
L’index bibliographique doit être rédigé sur le modèle adopté par la revue.
Ex. : Aubréville, A. — Contributions à l'étude des Sapotacées de la Guyane française.
Adansonia, scr. 2, 7 (4) :451-465, tab. 1 (1967).
Pour tous les articles de taxonomie il est recommandé aux auteurs de préparer
leur index en indiquant les synonymes en italiques, les nouveautés en caractères
gras et les noms d’auteurs des différents taxons.
Le format des planches doit être de 16 x 11 cm après réduction. Les figures dans
le texte sont acceptées.
Les auteurs reçoivent gratuitement vingt-cinq tirés à part; le supplément qu’ils
doivent indiquer s’ils le désirent sera à leurs frais.
Toute correspondance ainsi que les abonnements et les manuscrits doivent être
adressés à :
ADANSONIA
16, rue Buffon. Paris V» — Tél. : 402. 30-35
Prix de l’abonnement 1969 : France et Outre-Mer : 50 F
Étranger : 60 F
C.C.P. Paris 17 115 84
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (4) 1969.
SOMMAIRE
Halle, N. — L’herbier de Michel Adanson au Muséum de Paris
et l’itinéraire d’un grand voyage botanique en 1779 . 465
Aubréville, A. — A propos de 1’ « introduction raisonnée à la bio¬
géographie de l’Afrique » de Léon Croizat .489
Leandri, J. —- Sur quelques espèces malgaches de Cr'oton (Euphor-
biacées).497
Capuron, R.—■ Observations sur le Grevea madagascariensis Bâillon 511
Letouzey, R., Halle, N. et Cusset, G. — Phyllobolryeae (Fla-
courliaceae) d’Afrique centrale; variations morphologiques et
biologiques, conséquences taxonomiques.515
Bosser, J. — Contribution à l’étude des Orchidaceae de Madagascar.
XI. Sur les affinités des genres Cryplopus Lindl. et Neobatbiea
Schltr.539
Raynal, J. — Un nouvel Aponogeton du Tchad. 549
Jacques-Félix, H. — Description d’un Trifolium nouveau du
Cameroun.553
Guillaumet, J.-L. et Kœchlin, J. — Sur un Didierea original
de la région de Tuléar.559
Lebrun, J.-P. — Un Eragroslis nouveau d’Afrique tropicale . . . 567
Tirel, C. — Mise en synonymie de Strychnos Leenhoulsii Tirel avec
S. rarnenlifera Ducke.571
Date de publication du fasc. 2, 1969 : 15 juillet 1969;
fasc. 3, 1969 : 17 novembre 1969.
La publication d’un article dans Adansonia n'implique nullement
que celle revue approuve ou cautionne les opinions de l’auteur.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (4) 1969.
L'HERBIER DE MICHEL ADANSON
AU MUSÉUM DE PARIS
ET L’ITINÉRAIRE D’UN GRAND VOYAGE
BOTANIQUE EN 1779
par Nicolas Halle 1
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris
L’herbier Adanson fait partie de la collection des herbiers histo¬
riques du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris. Il est déposé
au Laboratoire de Phanérogamie, 16, rue Buffon.
Cet herbier a été acheté en 1924 pour la somme de 12 000 francs
à M. et M me Hugues de Rocquigny-Adanson, descendants du célèbre
naturaliste. Les premiers contacts au sujet de cette acquisition remon¬
tent à novembre 1917; ils sont dus, ainsi que le succès de l’opération, au
P r H. Lecomte. La guerre ayant été la principale cause de retard,
l’accord des cohéritiers ne fut obtenu qu’en novembre 1923. C’est en
janvier 1924 que l’herbier Adanson quitta le château de Balaine (ou
Baleine) à Villeneuve-sur-Allier où il avait été transporté, après la mort
de Michel Adanson, par sa fille Aglaé Doumet-Adanson.
Il semble bien que ce soit grâce à cette dernière que l’herbier ait pu,
d’une part éviter son incorporation à Sète, au musée Emile Doumet
-—• le fils aîné d’Aglaé —, et, d’autre part, conserver jusqu’à nous son
intégrité.
René Metman, technicien faisant fonction d’Assistant, prit livraison
de l’herbier et en fit le rangement à Paris, le laissant dans l’état où nous
l’avons trouvé.
L’état actuel de l’herbier Adanson sera précisé dans une première
partie. Nous apporterons ensuite des données détaillées sur la composition
de cet herbier : sur les récoltes personnelles d’ADANSON, sur les prin¬
cipaux autres récolteurs, et sur la provenance des lots les plus importants.
1. Nous tenons à remercier ici M me Tardieu-Blot, MM. Aymonin, Heine et
Leandri pour leur aide qui fut profitable.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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Une dernière partie retracera l’itinéraire du voyage que fit Adanson
dans le midi de la France, le Vivarais, la Catalogne, les Pyrénées, les
Alpes et l’Auvergne en 1779. Les récoltes rapportées de cette équipée
appartiennent au meilleur de l’activité botanique du grand naturaliste
et sont encore un modèle d’excellent travail sur le terrain.
Nous donnerons en italique des numéros de référence aux étiquettes
ou aux plantes citées. Celle nouvelle numérotation, effectuée par nos soins
en 1969, couvre actuellement tout l’herbier Adanson en une série unique
et continue.
A. DESCRIPTION DE L’HERBIER ADANSON
1. ÉTAT MATÉRIEL
La collection comprend 244 paquets comprenant 24 095 numéros,
soit près de 120 numéros par paquet. Chaque paquet a une couverture
cartonnée; au dos, une étiquette ornée porte le numéro du paquet, la
famille selon Adanson et le numéro d’ordre de la famille. Les charnières
de parchemin, sont taillées dans des partitions musicales médiévales
enluminées.
259 paquets, semble-t-il, composaient à l’origine cette magnifique
collection; 14 paquets paraissent manquer; ce sont les suivants par ordre
de numéro.
80, entre les Composées et les Campanules.
83, Bryones dont il reste deux paquets et demi.
99, entre Apocins et Bourraches.
130, entre Jasmins et Anagallis.
148, entre Amarantes et Espargoutes.
168, entre Jujubiers et Légumineuses.
177 et 179, Légumineuses dont il reste 21 paquets.
230, Crucifères dont il reste 7 paquets.
237, entre les Crucifères et les Pavots.
242, Cistes dont il reste 4 paquets.
248, Renoncules dont il reste 5 paquets.
251, entre les Arons et les Pins.
253, Pins dont il reste 2 paquets.
Il est encore possible que ces numéros, réservés pour un accroissement
éventuel de la collection, n’aient jamais reçu de paquets.
Un dernier paquet (259e ?) intitulé « Monstruosités » et constitué
par « les derniers cahiers de mon herbier » (selon la mention manuscrite
portée par un petit lot retrouvé à Paris : 24084), figure sur l’inventaire
de la collection Adanson des lettres, archives et manuscrits de l’Institut
Carnégie, Hunt Botanical Library, à Pittsburgh, Pennsylvanie, U.S.A.
(n° AD. 391).
Dans une lettre citée par A. Chevalier, datée du 6 avril 1806,
quelques mois avant sa mort, Adanson précise que son herbier est
« contenu dans deux cent soixante cinq cartons in folio, épais de 6 à
Source : MNHN, Paris
— 468 —
7 pouces » et qu’il contient « au moins 27 000 à 33000 espèces ». Il est
probable que cette estimation était surfaite et que le nombre de paquets
réellement classés n’a jamais atteint 265. Dans la même lettre Adanson
ajoute : « Il y a outre cet herbier dans la même chambre deux buffets
de quatre pieds chacun de 18 tiroirs de deux rangs : le buffet placé au
levant contient au moins 4000 graines, la plupart étrangères et du Séné¬
gal; le deuxième buffet placé à l’Ouest, contient pareillement 3000 à
4000 échantillons de bois de tous les pays, gommes, résines et autres... »*.
On trouve dans l’herbier certaines notes se rapportant à cette collection
[4781, 9748).
Quelques paquets contenant surtout des plantes alimentaires avec
leurs graines (Blés, Haricots, Pois), sept au total, ont été plus ou moins
gravement endommagés par les rats. Quelques familles (Ombellifères)
ont subi des dégâts dus aux insectes ; parfois des genres isolés ont été
plus particulièrement attaqués ( Jugions , Nymphaea). De rares paquets
ont été atteints par l’humidité (paquet 117). Malgré les manques et
quelques dégradations, l’herbier Adanson est quantitativement le plus
imposant 1 2 des herbiers historiques du Muséum et son état de conser¬
vation est dans l’ensemble excellent. Beaucoup de numéros comportent
de nombreux doubles.
La plupart des échantillons sont posés, avec leurs étiquettes volantes
ou parfois collées, dans des chemises de grossier papier gris de format
44 X 27 cm. Très rarement ébarbées et de qualité uniforme, ces chemises
présentent parfois un filigrane où l’on peut lire les dates de 1771 (Manu¬
facture de la Sone en Dauphiné) et, plus souvent, de 1774 et 1775. Cer¬
taines récoltes, celles de Sonnerat notamment, sont dans des chemises
blanchâtres plus minces et de format plus petit (M. Romanet Limosin
Bulle 1767 — ou 1787?). L’herbier a donc entièrement pris corps entre
1771 et les années qui ont précédé la Révolution française.
Quelques groupes de plantes (Lichens, Liliacées, Primulacées, Caryo-
phyllacées, etc.) sont fixées directement dans les chemises; elles ont
manifestement été attachées au cours du 19 e siècle.
2. ÉTIQUETAGE
Les étiquettes, nombreuses et de toutes dimensions, sont souvent
découpées dans des pages manuscrites, notamment des marges de borde¬
reaux de comptabilité militaire antérieurs à 1740. On trouve encore au
verso des brouillons, des lettres et des documents très divers :
Lettres sur l’amélioration des manufactures de soie en France [26,
30. 158). — Lettre sur l’alimentation en eau de Paris [6056). — Brouillons
sur la classification des familles zoologiques [6670, 6806). — Lettre du
duc de Caylus [7275). — Notes météorologiques [9478, 11116). — Listes
de vêtements [6858, 7004, 8496, 15814).
1. Ces tiroirs et leur contenu en pitoyable état de conservation sont encore actuelle¬
ment en vente chez un antiquaire de la région parisienne.
2. Il dépasse l’herbier Jussieu même si l’on tente d’évaluer les parts non numé¬
rotées qui s’ajoutent aux 17 376 numéros du catalogue.
Source : MNHN, Paris
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Plusieurs adresses d’ADANSON ont été très souvent notées; il habita
un certain temps au « Cloître Notre Dame (plus de 15 numéros relevés)
près Mr Pey, Chanoine » {7111). 11 était alors membre de l’Académie
des Sciences, de la Société Royale de Londres, etc. (13805) et Censeur
royal (7566). M me Adanson y recevait aussi son courrier (12533).
Adanson habita également rue Neuve des Petits Champs (22, 13805),
entre les rues de Richelieu et de Sainte-Anne (14169, 21525). Ces deux
adresses qui paraissent se situer entre 1772 et 1783 étaient ignorées d’Aug.
Chevalier qui notait une lacune dans la biographie d’ADANSON (1934,
p. 59).
L’étiquetage est remarquable pour l’époque, on y trouve des pré¬
cisions de toutes sortes : polynômes latins, noms vernaculaires, notes
descriptives et références bibliographiques; mais aussi des dates, localités,
notes biologiques ou écologiques, précisions sur les récolteurs, enfin des
notes utilitaires ou diverses, savantes ou amusantes 1 .
Les seules ambiguïtés regrettables proviennent, les unes de rares
mentions complémentaires se rapportant à des échantillons observés
mais non conservés, les autres, assez fréquentes, de mélanges de récoltes
et d’étiquettes conspécifîques ou supposées telles. A. von Haller, dans
son herbier d’une vingtaine d’années antérieur, procédait de même au
détriment de la précision.
Notons au passage que bien des points sont communs entre Haller
et Adanson; rappelons que ces deux botanistes de génie, doués d’un
esprit universel, avaient la même notion de la variabilité de l’espèce et
qu’ils s’opposaient avec le même entêtement à la nomenclature binaire
de Linné. Bon nombre des remarques sur les qualités de l’Herbier Haller
exprimées par H. Zoller (1958) peuvent s’appliquer, à plus forte raison,
à celui d’ADANSON.
3. GRAPHISME
L’écriture d’ADANSON se présente de deux façons. La plus ancienne
est très fine (à lignes espacées de 2 à 3 mm); les dates y sont rares mais
il est possible de situer toutes les étiquettes de ce type entre 1754, retour
du Sénégal, et 1763, année de la publication des Familles des Plantes.
Au Sénégal la fréquente pénurie de papier (A. Lacroix, p. 74) fit sans
doute prendre à Adanson, par ailleurs de nature économe, cette fine
écriture, habitude qu’il conserva quelque temps.
L’écriture normale d’ADANSON, toujours facile à lire (à lignes espacées
de 5-8 mm), habituelle sur les étiquettes postérieures à 1763 est très
souvent datée.
L’originalité orthographique d’ADANSON a fréquemment et exagé¬
rément été critiquée; elle ne complique en aucune façon la lecture des
étiquettes. Moins rigoureux, en fait, dans ses modes de transcription
1. La fleur sent l’ambre, employée au sérail du Grand Seigneur, originaire de la
Mek (7152). ■—- Graines amères, poison lent dont les nègres font mourir leurs maîtres
(1S7SS). — Semble puer fort la colle pourrie, a infecté tout mon appartement (11120).
Source : MNHN, Paris
— 470 —
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Source : MNHN, Paris
— 471 —
qu’il n’eût sans doute souhaité l’être, Adanson use de fréquentes variantes
orthographiques dans ses manuscrits. Une autre marque d’originalité,
celle-ci d’apparition tardive, est l’emploi du terme énigmatique d’« onto-
sation » (13695) ou, au pluriel, « ontosationes » (14424). Ce motpeutse
traduire approximativement par « herborisation », il se rapporte tou¬
jours à des récoltes faites par Adanson au cours de ses principaux voyages,
et apparaît fréquemment dans l’herbier à partir du paquet 134.
B. COMPOSITION DE L'HERBIER ADANSON
L’herbier comprend d’une part les plantes récoltées par Adanson
lui-même, d’autre part celles qu’il obtint de nombreux correspondants
ou donateurs.
I. RÉCOLTES PERSONNELLES
a. Sénégal, Canaries et Açores.
Les herbiers du Sénégal datent de 1749 à 1753. On peut les évaluer
approximativement à un peu plus de 1000 numéros de Phanérogames
auxquels s’ajoutent des Cryptogames vasculaires, des Algues, quelques
Champignons (565) et des Zoophytes. Les localités, peu nombreuses,
ont été précisées en 1934 par A. Chevalier.
Lors du voyage d’aller, Adanson fit quelques récoltes en mars 1749
aux Canaries. Bien que certaines plantes de ce voyage soient étiquetées
Canaries (13229, 17315, 23606), il semble que toutes proviennent de
Ténériffe où son bateau, le « Chevalier Marin », fit escale (7845, 8751,
17332).
Des récoltes plus nombreuses ont été faites au retour, à l’escale de
l’île Fayal, aux Açores, entre le 20 octobre et le 10 novembre 1753, malgré
les graves soucis de santé dont souffrait Adanson (376. 1488, 9445, 9446,
13871, 14280, 18318, 18874, 19164, 19652 , 19692, 20459, 20530, 20661,
21231, 21326. 21513, 21706, 22188, 22276. 22574, 22829, 23511, 23937).
Les plantes du voyage au Sénégal sont presque toutes encollées de
façon disgracieuse. Adanson renonça heureusement à cette méthode
d’attachage.
La numérotation particulière des spécimens du Sénégal (l.A à 2008.A)
se réfère à des listes conservées au Laboratoire de Phanérogamie. Les
Source : MNHN, Paris
— 472 —
unes (21 pages) de la main d’ADANSON ont été établies au Sénégal; les
autres (environ 100 pages) furent écrites par Bernard de Jussieu lors
de la réception des différents lots. Certains paragraphes d’ADANSON
se rapportent à des échantillons pédologiques, minéralogiques ou à des
coquillages; 7 poissons avaient même été mis en herbier.
b. Récoltes de France et d’Europe
A son retour du Sénégal, Adanson fit à Brest, en janvier 1754,
quelques récoltes (231, 362, 20511).
En 1762, 1764, 1765 et 1766, Adanson fit plusieurs voyages en
Normandie, toujours vers les mois de septembre et d’octobre. Il rapporta
des herbiers d’Avranches (12869), Bayeux (23518), Caen ( 5847 et nom¬
breux autres numéros), Carentan (12896), Coutances (182), Forges
(23850), Granville (nombreux numéros, dont le rarissime Halimione
pedunculata (L.) Aellen : 15476), Langrune (14431), Lisieux (371), Mont
Saint-Michel (13872), Ouistreham (6959), Pont-Farcy (203), Por(-en-
Bessin (150), Tombelaine (11587), Touques (687), Villedieu (9628).
En 1779 Adanson fit un important voyage en France, Espagne,
Italie et Suisse; il en sera spécialement question plus loin.
c. Récoltes des environs de Paris
Adanson fit de très nombreuses récoltes dans toute la région pari¬
sienne. Près de 100 localités extérieures aux limites actuelles de la capitale
ont été relevées. Les principales sont les suivantes en Seine et Seine-et-
Oise : Bois de Boulogne, Bondy, Charenton, Crosne, Gentilly, Maison-
Blanche près de Gagny, Meudon, Montfermeil, Neuilly-sur-Marne, Saint-
Cloud, Saint-Germain, Saint-Léger, Saint-Mandé, Saint-Maur, Saint-
Prix, Sèvres (Sève). Ville-d’Avray (Vildavré), Ville-Evrard près de
Neuilly-sur-Marne, Vincennes. En Seine-et-Marne : Champs (Chan),
Fontainebleau (Avon, Apremont, Franchard, Mont-Calvaire. Mont-
Chauvet, etc.), Chelles, Le Pressoir, Vulaines. Dans l’Oise : C.ompiègne,
Ermenonville (« entre les masses de grès de la cabane élevée de J.-J. Rous¬
seau » 529 et 531).
11. Récoltes de Paris
Les récoltes faites dans les limites actuelles de la capitale sont parti¬
culièrement nombreuses. Bien des espèces sont actuellement disparues
des lieux de récolte. Les étiquettes de l’herbier permettent de cataloguer
une cinquantaine de localités prospectées par Adanson entre 1754 et
1802; plus particulièrement entre 1763 et 1790. On trouvait alors des prés
(7800), des champs cultivés (7854), des forêts (9500), et des marécages
(9697). L’Aristolochia clernatitis croissait dans les « fossés de la Bastille
sous l’Arcenal près du petit pont » (4771). Les localités les plus fréquem¬
ment citées sont l’île Louviers, le clos Payen (quartier du Champ de
l’Alouette), Ménilmontant et Montmartre. On trouve encore à titre
d’exemple : Bagalel (11378), Bicètre (17757), Chaillot (5736), Champs-
Source : MNHN, Paris
— 473 —
Elysées (6525), Charonne (6284), École Militaire, quai de la Ferraille
(11026), la Gare (15086), Goblins (9955), Invalides (3326), Luxembourg
(20073), Porte Maio (10160), Observatoire (232), Port au Bled (19696),
la Râpée (3486), le Roule (13969), la Salpétrière (12957), Vaugirard
(5814), la Vilet (4136).
e. Les jardins botaniques et le jardin philosophique
De très nombreuses récoltes proviennent des jardins botaniques
et serres chaudes qu’ADANSON fréquentait de façon régulière. Leur étique¬
tage est souvent limité à des notes descriptives, l’origine étant inconnue
ou très imprécise. Elles sont étiquetées « h. R. Paris. », « h. Reg. Tui¬
leries, « orangerie et Serr. chaud. », « Trianon », « in horto apothecariorum
Parisiensium » (4147, 6901, 7409, 21840), « jard. plantes » (9866), « hort.
Bourbon » (12218). La majorité des échantillons sont datés de 1757 à
1787.
En 1784, Adanson s’installa au pied de la butte Montmartre, rue
Chanterelle (ou Chantereine; actuelle rue de la Victoire), au n° 47 (13302).
Il y aménagea un terrain d’expérimentation qu’il appelait plus tard,
en 1798, son « jardin philosofike universel » (11105, 24087). Il y suivait
tous les stades biologiques de nombreuses plantes sauvages qu’il obtenait
de graines. Malgré les événements politiques, il y récoltait des trèfles
en juillet 1789 (17133). Vers la triste fin de son existence il circulait de
moins en moins, récoltait sur ses fenêtres en 1790 (10350) et dans sa
chambre en 1791 (10349). Sa dernière récolte est peut-être celle qu’il fit
dans son jardin le 9 juin 1802 (7274).
2. HERBIERS ACQUIS OU REÇUS
a. Correspondants et donateurs
Les relations qu’Adanson entretenait avec ses amis, ses confrères
et de très nombreux correspondants ont laissé d’importantes traces dans
son herbier. Il y avait parmi eux des personnages influents, des pro¬
tecteurs, des ecclésiastiques, des botanistes, des savants, des voyageurs,
des médecins, des apothicaires, des horticulteurs, jardiniers, maraîchers,
simples propriétaires ou fournisseurs.
a. Récolleurs ou donateurs de plantes françaises
On peut citer entre autres « L’andrieux Vilmorin » (17792), fon¬
dateur d’une maison de grand renom; Blakeis de Bagatelle (8479); M. de
Bombarde, ami fidèle dont les plantes sont datées de 1759 à 1764 (11624,
13673); Buisson de Crosne (8482); Carnus, diacre de Meaux (6068,
13747); Cusson, médecin de Montpellier (5763); David d’Aix (6969);
Dionis, propriétaire d’un moulin (7485); Dormier à Bagatelle (13980);
Evrard à Chatou (8498); Gavoty de Berthe de la rue Popincourt
(12098); Jansen (9177); frère Jean, chartreux (8422); Kramer à Cha-
ville (8502); La Tourette de Lyon (7404); Ch. Lemonnier (9463,
Source : MNHN, Paris
21789); Lingston à Sèvre (8486); l’abbé Nolin (9468, 9606); Ouaché
de Saint-Cloud (8493); Regnier de Choisy (8472); Richard ( 7815,
7956,12748); André Thouin (10279, 16161), le jardinier en chef au Jardin
des Plantes qu’ADANSON appelait « paradisius Touini » le Paradis de
Thouin (11553); Thouwne au Pressoir (4488); Vergne enfin, docteur
en médecine qui récolta pour Adanson en 1778-1779 dans les Pyrénées
et spécialement dans le Comté de Foix (5945, 8320, 23647, 24051).
Parmi les quelques séries de plantes attachées, on peut citer ici
celles, de France méridionale et notamment des Pyrénées, qui sont
ornées d’un élégant filet rouge formant un cadre; leur étiquetage est insuf¬
fisant ou nul et leur récolteur reste inconnu.
(î. Récolleurs ou donateurs de plantes européennes
Belleville de Russie (8439); Dicke du Valais (7562); Forskhal
(6498); Gagnebin de Suisse (8738, 9651, 14259); Hacquet de Carniole
en 1768 (9415, 14038); Haller des Alpes Suisses (7110, 8311); Les-
pinasse de Nyon (voir p. 484); Masson de Londres (5919); l’abbé Nicoli
d’Italie (3377); Ortega d’Espagne (14450); Pignatelli, prince de Stron-
goli (1732-1812), ministre de Ferdinand IV, roi de Naples; il récolta pour
Adanson à Ischia (253, 9449) et surtout en Sicile vers 1773 (1489.
7535,10797) où il dut s’enfuir à la suite de maladresses politiques. L’abbé
Pourret d’Espagne (14449, voir aussi p. 480); Struve de Lausanne
(voir p. 484); Triboi.et de Suisse (13331).
y. Récolleurs ou donateurs de plantes tropicales ou exotiques
Jean-Baptiste Adanson, interprète du roi du Levant envoya à son
frère Michel de nombreuses plantes de Syrie et du Liban; elles sont éti¬
quetées « ex Alepo » (Alep) et « Seide » ou « Seyde » (Saïda), avec parfois
une mention complémentaire telle que « donné par mon frère » (4094,
4448, 14777, 16238). Brown de Tartarie (<S43£); Bruce d’Egypte (8050);
Cook de Nouvelle-Hollande (9232) et des Iles Falkland (12234); Com-
merson de l’île Bourbon (11189) et de I’île de France (11422); Condorcet
(18566); Dombey du Pérou (13621); Samuel Gmelin (113); Jussieu de
Palestine, de Syrie, des Indes (9803); La Peyrouse (9865); Lee de Vir¬
ginie (10421); Lemonnier du Canada (9161), du Maroc (15394); Le
Paute d’Agelet des îles Kerguelen (2225, 15913); Pallas de Sibérie
(12312); Poivre de l’île de France (15501) et de Madagascar (23532 :
« filao D. Poivre, doné à moi adanson en 1750 au Sénégal à son retour
dans l’Inde »); le Baron de Tott, militaire et diplomate (1733-1793),
spécialiste des questions turques; il a publié des mémoires sur les Turcs
et les Tartares en 1784; il rapporta pour Adanson des plantes du Levant,
de Crète (7003) et d’Alexandrie (19029).
L’herbier Adanson contient aussi des plantes de jardins botaniques
étrangers tels ceux de Clifford en Hollande (12240, 12793) et de Kew
en Angleterre (16840: D. Ayton). Un échantillon est « tiré de l’herbier
des apothicaires de l’Escurial par M. Davila » (5783).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 476 —
b. Grandes séries d’outre-mer
Sept grandes séries tropicales ont été incorporées par Adanson dans
son herbier, ce sont les suivantes :
Plantes du Cap de Bonne-Espérance récoltées par Sonnerat en 1774.
Plantes de Malaisie, de l’Inde (côtes de Coromandel et de Malabar) et de l’ile de
France récoltées par Sonnerat en 1776.
Plantes de Chine récoltées par Sonnerat en 1776 et 1779.
Plantes de l’tle de France récoltées par Aublet entre 1753 et 1761.
Plantes de Guyane récoltées par Aublet en 1762-1764.
Plantes de Saint-Domingue récoltées par le Père Nicolson entre 1750 et 1773.
Plantes des Antilles, Saint-Domingue, Martinique et Guadeloupe de l’herbier
de Pouppé-Desportes entre 1732 et 1748.
Au sujet des récolteurs de ces deux dernières séries, les notes qui
suivent apportent quelques précisions indispensables.
c. Herbier Pouppé Desportes
Jean-Baptiste Pouppé Desportes est né à Vitré, Ille-et-Vilaine,
en 1704. Comme Médecin du Roi il résida à Saint-Domingue à partir
de 1732 et y mourut en 1748. Il est l’auteur d’un « Traité sur les plantes
usuelles de Saint-Domingue » paru seulement en 1770. L’herbier Jussieu
contient beaucoup de ses plantes.
L’herbier Adanson contient une grande quantité de matériaux des
Antilles étiquetés d’une façon très particulière quant à l’écriture (fig. 3a).
Celle-ci est assez grande, large, plus ou moins arrondie, un peu oblique
et très reconnaissable par ses B et P majuscules ainsi que par son h
minuscule et son i en forme de / au début des mots. Les étiquettes sont
parfois remarquables, certaines sont circulaires, de 7,5 cm de diamètre
(étiquettes de bocaux d’apothicaire?) ou écrites recto-verso; elles sont
quelquefois découpées dans des lettres rédigées en espagnol (7874, 7982,
10900, 16060, 16727).
Des notes complémentaires d’ADANSON (10489, 15504, 15507, 16440,
16444, 18980, 19290, 20831) indiquent qu’il s’agit de plantes récoltées
par Pouppé Desportes; une des étiquettes indique plus précisément que
la plante provient de son herbier. La façon dont est parfois cité « M r Des¬
portes » (pi. 2, fig. c, 10298) permet de penser que ce n’est pas Des¬
portes lui-même qui est l’auteur des étiquettes, opinion confirmée par
l’examen de manuscrits de Pouppé Desportes. On lit pourtant sur le
n° 3985: « jay trouvé cette plante à la Martinique ».
Compte tenu des indications d’ADANSON, du fait aussi que le nom
de Desportes est souvent mentionné sur les étiquettes originales (9779,
10298, 13134, 16313, 16976 , 18856, 19188, 19190, 20118), et enfin que
la majorité des récoltes provient bien de Saint-Domingue et des environs
du Cap-Français, nous référons sans hésiter ces plantes à un herbier
Pouppé Desportes. Étiquetées de la même main, cet herbier comprend
encore des plantes de la Martinique (415, 590, 1550, 3985, 4617, 9752,
16692, 19171, 21883, 23603), de la Guadeloupe (4616, 13132, 20424)
et d’Europe.
Source : MNHN, Paris
— 477 —
De France : Paris (herb. reg. paris.) 6779 (1746!), 14761; Parc
Saint-Maur 22819; Bois de Boulogne J 629; Invalides 21714, 23057;
Charenton 11769; Fontainebleau 13804, 14199, 15718, 21932, 23214;
Meudon 14904; Anjou 21912 ; Noirmoutier 6716, 6954, 7187, 8690,
14028, 14389, 14588, 19144 (17451), 21532, 21545; Belle-île 121,13411;
Nantes 12945; Cluny 7682; Tournus 17286 ; Maçon 11775; Montpellier
22282.
D’Espagne : Madrid 6499, 6996,12197,12215; Avila 75507; Hannio-
ver près de Tolède 6787, 14006, 14475; Saint-Isidore 21542.
Du Portugal : Lisbonne 12085.
Les étiquettes de cet herbier, que nous attribuons donc à un colla¬
borateur indéterminé de Desportes, donnent parfois des lieux précis
de récolte et des détails — de nombreux noms sont cités — sur certains
habitants de Saint-Domingue. Quelques correspondants-récolteurs sont
nommés comme le Père Le Breton (11228, 14675, 16821, 16972, 18226).
Les dates de récoltes sont rarissimes (1745 et 1746 sur des plantes de
France) mais les références à des ouvrages de botanique abondent. On
trouve cités Barrelier, Bauhin, Boccone, Boerhaave, Dutertre,
Marcgrave, Miller, Plukenet, Plumier, Tournefort, Vaillant, etc.
Le Père Labat, grand connaisseur de la botanique appliquée à la gastro¬
nomie, est parfois cité.
d. Notes sur Nicolson
Le Père Nicolson est surtout connu par son « Essai sur l’Histoire
Naturelle de Saint-Domingue » publié en 1776. Adanson, en tant que
Censeur Royal, en rédigea l’Approbation qui est publiée à la page 374
et dont nous avons retrouvé une copie de la main d’ADANSON ( 20191
et 20344). Un billet signé de Nicolson a aussi été retrouvé dans l’herbier
Adanson (45) (PL 36). Les plantes, assez nombreuses, attribuées à
Nicolson par Adanson sont dépourvues d’étiquette originale.
Signalons trois spécimens de l’herbier Pouppé Desportes où Adan¬
son a mentionné le nom de Nicolson non pas en tant que récolteur mais
à titre de référence à sa publication pour des espèces particulièrement
bien décrites : 19298, « Noisettier » ( Omphalea iriandra L.); 20256, « Cou-
sin(grand) », ( Tritimfella lappula L.); 20426, « Cerisier » (Malpighia gla-
bra L.).
3. APERÇU D'ENSEMBLE
Un sondage chiffré a été effectué sur 500 numéros : soit 4 paquets
d’Aparines et 2 paquets d’Apocins :
Paquets 86 à 89 : 260 numéros de Rubiacées.
Paquets 97 et 98 : 240 numéros d’Apocynacées, Asclépiadacées et
Gentianacées.
Ces familles nous ont semblé donner une bonne représentation des
matériaux tempérés et tropicaux. Le tableau qui suit montre approxi¬
mativement la composition de l’herbier, bien que certaines séries pa-
Source : MNHN, Paris
478 —
raissent sous-estimées par rapport à d’autres familles. C’est le cas des
plantes d’Afrique du Sud et celui des récoltes de J.-B. Adanson.
G. - LE VOYAGE BOTANIQUE DE 1779
La plus belle série parmi les récoltes d’ADANSON est sans conteste
celle de son voyage de 1779, voyage au cours duquel il avait entrepris
une étude géologique et paléontologique des Alpes, des Pyrénées et
du Massif Central. Cette série se caractérise par son abondance et par la
qualité non seulement des récoltes mais aussi de l’étiquetage. Ce dernier,
d’une écriture soignée, daté le plus souvent au jour, comporte de rigou¬
reuses indications topologiques, écologiques et géologiques; il nous a
permis de retracer exactement l’itinéraire que suivit Adanson et dont
A. Chevalier et J.-P. Nicolas, respectivement en 1934 et 1963, ne
donnèrent qu’une esquisse vague et quelque peu inexacte.
1. DU BASSIN DU RHONE AU ROUSSILLON
Le premier mai 1779, Adanson était encore à Paris (Orangerie
7697; Bois de Boulogne 22152). Il séjourna à Sathonay au Nord de Lyon
du 6 au 10 mai (462) y repassant peut-être le 15 (11453, 14202). Vers le
10 mai il est à Lyon, s’y intéresse à l’élevage du ver à soie (19952) et y fait
des récoltes au bord du Rhône (19148). Le 11 mai il est à Vienne en
Dauphiné (9011), y visitant les ruines romaines (13698).
Du 15 au 23 mai Adanson visita le Vivarais, passant par le Colombier
Source : MNHN, Paris
— 479 —
de chaque'mois^De VlfcTv’nic'vok- la*cartel. 0 '" 116 ’ ° n PCUt S " 1 '" * ,<lri ll ‘ ,pc '
[950.5, 13930), Rochemaure (5220, 13794), Monlélimar (10177. 11518S,
22065), Aubignas (13738, 16200), Villeneuve (10622. 10967), les basaltes
de Mont-brut (Montbrun 12118, 12137), le pont de planche de Nerac
(Neyrac au N.O. d’Aubenas 11314, 13445, 14187), la montagne du Burzet
(Mont Aigu, 1185 m. 20742) et spécialement le Mont Mezin, 700-1027
toises 1 , précise-t-il (Mezenc, 1754 m, 381, 20654, 20711. 20745). où il
était le 19 mai. Il atteignit Avignon le 24 mai (525. 8256. 13917), C.ar-
pentras le 26 mai (18064) et le Mont Ventoux le 27 où il fit une très
abondante récolte (6259, 9051), notamment dans la hêtraie à 800 toises
(15000) et jusqu’à 1000 toises (13023). En Vaucluse le 26 ou le 27 [10176,
10182) et à la fameuse Fontaine il herborisa copieusement (5477, 24019).
A Arles il visita le jardin des Jacobins (12923) et les ruines antiques
1. La toise valait 1,949 m et se divisait en six pieds.
Source : MNHN, Paris
— 480 —
[19906). Le 29 mai il arpenta les rives sableuses du Petit Rhône près
d’Arles [8087, 8636, 12668, 17180).
Le 1 er juin Adanson fit au pont du Gard [5408, 20051) et à Nîmes
[6824) deux fructueuses récoltes; le 3 juin à Lunel [8085) et spécialement
le long du canal [6281); le 4 juin à Montpellier [6402) nouvelle récolte,
notamment dans les fossés à de l’Esplanade [14391), au bois de Pujol [17401)
et au célèbre bois de Grammont [4794, 12752). Le 5 juin, après une visite
au « mas de Rondelet » (3S), célèbre naturaliste d’un passé déjà lointain,
il prospecte les rives lagunaires et le littoral à Maguelonne [7439), y
récoltant le Stalice diffusa Pourr. [15379) et le Posidonia caulini Kœnig
[23285). Le 6 juin on peut supposer qu’il s’occupa de trier et de sécher
ses récoltes; nouvelles récoltes cependant le 7 juin à Mèze sur l’étang de
Thau [14398), au pont de l’Hérault [14186), à Pezenas [5107, 10865)
et, le 8 juin, à Béziers [6682).
Entre le 10 et le 12 juin il récolte à Narbonne [10841) où il est reçu
chez le Baron de Marcorelle [5981.19017), à 2 000 toises au Sud [4834),
à 8 lieux au Nord de Narbonne [12880), au bord du « canal du Languedoc »
[11936), au Pech de l’Agniel à 2 milles au S.O. [5960, 5883, 20739), à la
Klap (la Clape 6476), à Gruissan [5854), à l’île Sainte-Lucie [7438) où il
récolte le Limoniaslrum monopelalum Boiss. [15350) et à La Nouvelle
(17524). Vers le 14 juin, Adanson fit peut-être une rapide navette jusqu’à
Carcassonne [13543).
Il est très vraisemblable qu’à Narbonne Adanson rencontra Pierre-
André Pourret, alors âgé de 25 ans, qui herborisait avec ardeur dans
tous les environs et lui suggéra sans doute de bonnes localités. Diverses
plantes de Narbonne [17572, 17589, 19082, 23282), Pradelles [18417),
la Clape [19308, 21128). Bugarach [14841, 13531, 22515), des Corbières
[17834: Medicago hybrida (Pourret), Traub et même d’Alicante [14449),
furent sans doute données à Adanson lors de cette rencontre.
Du 16 au 26 juin, après une étape au monastère de Font-Froide à
6 lieues S.O. de Narbonne [9773), il visite les Corbières, fait étape à
Cascatel le 18 juin [7096. 9947, 19062), et à Castelmaure des Corbières
[12729, 13910, 19134) où il est reçu par le Curé [21868). Le 21 juin, rude
journée, Adanson atteint Auriac [19712), Fortou, 500 toises (Fourtou,
4 km N.-E. de Bugarach, sommet à 1021 m : 4696), où il récolta de nom¬
breuses Mousses [23942), la fontaine salée de Sougrane [14948). puis
Bugarach, 600 toises (Pic de Bugarach, 1231 m : 10698). Vers la même
époque il visite encore la montagne de Tauch au S.O. de Cascatel [11743,
12948. 23520), montagne dont le nom rappelle le Taxus baccala L.
« quoi qu’il n’y en ait plus ».
2. CATALOGNE ET CERDAGNE
Du 27 juin [10484) au 1 er juillet, Adanson est à Perpignan; il y
récolte sur les remparts [10429), le long du Tet [12810) et au jardin
botanique [7448, 9465).
Source : MNHN, Paris
481 —
Traversant Le Boulou {21433), il atteint le 5 juillet la frontière
espagnole à Bellegarde (7676; Le Perthus 290 m), Jonquières ( 19477
23081) et Figuières (Figueras 8082) en Catalogne. Le soir du 6 il est à
Gérone (6776), le 7 à Bénévent (12739, 12851), Coleille (Calella 11055)
et Canet (11458), le 8 à Mataro (6780), à Barcelone (4138) et à la forteresse
de Montjouy (7440, 12947, 14469) à 1 mille au S.O. de Barcelone, ne
cessant d’herboriser à une saison qui n’est pourtant pas des plus pro-
Source : MNHN, Paris
— 482 —
pices. Adanson passe ensuite à Martorell (22513) ; le 13 juillet il est à
Montserrat (9997) qu’il gravit jusqu’au sommet ( 23150 ) x , les 15 et 16
à Manresa (6891, 15434: Thymelaea lincloria Pourret) et à Cardone
(7671, 7961). Le 18 il fait une récolte au bois de l’Oratorio aux environs
de Berga (12940, 15436) et, peut-être à cause de soins à donner aux che¬
vaux, à la l'orge de Farga (6567). De Baga (7456, 18011, 19068) il pros¬
pecte le 18 ou 19 juillet le Mont Jove dans la Sierra del Cadi où il atteint
1000 toises (10330, 15197, 21680), et le col Jove (5445, 10904) où un
sentier muletier Sud-Nord le conduit directement à Mont-Louis (5339,
7097).
Du 19 au 21 juin, Adanson visite les remparts de Mont-Louis (5468)
et les environs de la ville où il herborise notamment avec M. Bourgat
(7324, 17001), médecin de l’hôpital militaire. Il parcourt la vallée d’Eyne
(1050 toises : 10963) où il atteint la neige (14060). Il fait sans doute
plusieurs journées de prospection en cette vallée réputée, ainsi qu’à
Llorenti (étang de Laurenti au S.O. de Quérigut) où il fait une abondante
récolte le 24 juillet, atteignant le sommet à 1100 toises (le Roc Blanc
2543 m), la tourbière à 1000 toises (19767), s’abritant dans des cabanes
de pâtres espagnols (17037) et visitant « la pinède de Capri » (?) à 900 toises
(9659). Il récolte encore à 1000 toises à Boutaviel (ruisseau de Boutaviol
à 1 km Est du Laurenti, 10968, 21491); cette localité, déjà réputée à
l’époque, montre qu’ADANSON fit à l’avance une minutieuse préparation
de son voyage.
Le 28 juillet, accompagné d’un ami de Collioure, M. Dagobert
(10968), il gravit le sommet du Mosset à 1253 toises (Madrés 2471 m,
7962, 15029, 19325). Quelques spécimens sont encore récoltés « aux
plaines » d’Arles du Ganigou en juillet (11150), à Vernet (12891), au « 2 e
sommet du Canigou » (14011), à l’Abbaye de Saint-Martin (11774) et sur
le pic de Commelane (22514), enfin le 29 juillet à Fillols (170).
Le 1 er août, bonne récolte à Villefranche du Canigou (Villefranche
de Confient) à 180 toises le long du Tet (10651. 10864, 21727). Le 4 août
à Saint-Martin du Canigou à 600 toises (6980), Collioure (3837, 12871)
et Port-Vendres (8118, 13921).
3. DU ROUSSILLON A LA PROVENCE
Adanson repasse sans doute à Perpignan. Vers le 8 août il est à
Sigean (16516). Le 13 août quelques plantes sont ramassées à Béziers
(6682). Le 15 il repasse à Montpellier (17342). Le 16 à Agde (6953) et
à Sète (36, 6970) où il retrouve le littoral déjà prospecté. Le 17 août
il quitte le Roussillon pour la Provence, il récolte à Orgon sur Durance
le long du canal de Bois-Gelin (19138). D’Aix, le 18 août (10618, 20526),
il retourne au Ventoux (5590). Le 21 août il est à la Montagne Sainte-
1. Comparativement à ce qui était connu à l’époque, Adanson semble avoir fait
une herborisation assez pauvre à Montserrat; aucune des espèces remarquables du
massif ne parait représentée dans sa collection (Note de G. Aymonin).
Source : MNHN, Paris
483 —
Victoire, grimpant à 500-600 Loises (4120, 7560,10817, 15806). Le 22 août
11 retourne à Aix, son pays natal, qui l’attire visiblement. Du 24 au 27
août il est à Marseille (6410) d’où il visite la côte marine (5963), la Doume
(Endoume, 8961, 18735), le port Saint-Lambert (6679), le marché aux
fruits (16252), N. D. de la Garde (5705, 15519), et naturellement le jardin
botanique (16568). Le 31 août un apothicaire de Marseille, M. Collé,
lui fait don de quelques échantillons végétaux (6977, 15456). Il herborise
encore chez son cousin le Chevalier d’Urtis (15624, 18710, 20043) et à
Saint-Loup dans l’« olivette » de son cousin Bonnet (6673).
Le 1 er et le 2 septembre, Adanson récolte à La Ciotat (6852,
9349, 10863) et au Mont de l’Aigle (13564) où il récolte l'Anthyllis cyli-
soides L. (17069) : le 4 à Toulon (10867) et dans les canaux salins du port
(14375); le 5 à trois milles Est de Toulon (3414); le 6 au MontFaron à
200 toises (7645) ; le 8 à Hyères (14436) où il s’arrête à l’auberge de Saint-
Pierre (18923) et visite le jardin du roi (18925). Il note encore « île
d’Hyères » (10268, 10273), « montagne de schiste au Nord d’Hyères »
(5794) et « haies de la route de Pignans » (9575).
Tout au long de son voyage, Adanson est attentif à la nature du sol
et spécialement de la roche-mère, notant le « Klikar d 1 , le marbre, le schiste,
le granité, le pouding (13581), le sable, etc. Il indique par F la présence
de fossiles, ou par NF leur absence lorsqu’elle lui paraît remarquable
(8974, 11449. 11535, 19711, 21131).
Le 9 septembre Adanson est à Pignans (7505), puis à Vidauban
(7521), le 10 à Fréjus (5892, 9903, 10569) où il reste deux jours (5894)
et visite autour du port les vestiges romains (21432). Il traverse la forêt
de l’Esterel (9717. 23418), passe le 11 à Antibes (6971, 21557) et, les
12 et 13, atteint Nice (8979, 19030), visitant plusieurs massifs autour
de la ville (17049, 19122). Le 15 il est à Lescarenas à 200 toises (l’Esca-
rène, 10866) et à Sospel (214)', du même jour il étiquette de Savos (600
toises, 10455) et de Tende deux spécimens de Ballola frulescens Woods
(10174). Il atteint alors le col de Tende (6011) et trouve encore le courage
de gravir un sommet calcaire de 1000 à 1100 toises (5880, 9393, 22519)
sur la frontière italienne actuelle.
4. ITALIE ET SUISSE
Le 16 septembre Adanson est à 700 toises au « pied » Nord du col
de Tende; il y trouve le « grès-schist » puis le « porfir » (5081, 11824);
il prend alors au Nord la route de Coni (11805). C’est vers le 17 ou 18 sep¬
tembre qu’ADANSON rencontre à Turin le Professeur Allioni (17865)
avec lequel il visite le jardin botanique (hort. Taurin. 8118,17089, 20315).
Il atteint ensuite Ivrée en Piémont (14647); il récolte en passant quelques
spécimens au bord de la Doire (14786, 19948) et dans le val d’Aoste
(5980) vers le 19 septembre.
1. Cliquart : terme de carrier de la région parisienne appliqué primitivement
à la pierre à bâtir et donné par Adanson à toutes sortes de roches calcaires.
Source : MNHN, Paris
— 484 —
Le 20 au 23 septembre il atteint alors le Grand Saint-Bernard récol¬
tant au sommet entre 1100 et 1400 toises sur schiste et même dans la
neige [7727, 8246, 9013, 23021). Retrouvant le Rhône près de Marligny
[13980), il remonte le cours du fleuve par la vallée de Sion [9668, 10997),
Saint-Léonard le 27 septembre [19711) et Salgesch [11824). Le 28 il est
à Tourtemann à 400 toises [14008, 14257, 23421), Vieschel à 600 toises
[17502) puis au Saint-Plomb (Simplon 6046). Il passe à Oberwald [9283),
atteint la source Nord du Rhône [11914), puis le col de la Furka le 30 sep¬
tembre [9287, 9773).
Le premier octobre, Adanson récolte sous la neige au sommet de la
Furka [13050, 14059) et au Saint-Gothard [6207). Il découvre alors le
bassin du Rhin [134), poursuit vers le Nord jusqu’à Wassen [13321,
13336, 23405) où il s’applique à récolter spécialement les Mousses [23889),
et Altdorf le 2 octobre [641, 23478). Le 3 octobre, ultime étape de son
itinéraire en Suisse, il atteignit le lac de Lucerne [23428).
Rebroussant rapidement chemin Adanson passe par Bex où il ren¬
contre vraisemblablement la veuve de Haller, « Dame directrice des
salines de [Bex] » [17135), à Aigle [15959), puis à Lausanne. Là il sym¬
pathise avec le Docteur Struve, professeur de chimie, qui lui donne
quelques herbiers [6978, 13027, 13572). A Nyon un autre ami, Lespi-
nasse, lui donne aussi quelques plantes [7351, 13983). Le 11 octobre
il est à Genève [7550).
5. AUVERGNE ET RETOUR
Le 12 octobre Adanson quitte Genève [15139); il fait étape à Nantua
[8078, 9049, 9051), passe à La Cluse et à Saint-Martin [19157). Peut-être
fit-il alors un détour par la grande Chartreuse et Grenoble? Nous le
mentionnons avec doute [3954,11489). Il repasse à Lyon [6792), poursuit
son voyage par Saint-Chamond en Forez [19804), par l’Hôpital et Thiers
le 20 octobre [12137,16160) et par Clermont le 23 [35,11452,11482,11490).
Du 25 au 27 octobre, Adanson visite le Mont d’or (Mont-Dore),
son sommet de 1000 toises (Puy de Sancy 1886 m, 7637, 10938, 23558),
le lac Pavin [19771) et le Puy de Dôme (sommet à 817 toises : 6753,
15022). Les précisions sont rares dans cette partie du voyage, et les
récoltes moins nombreuses. Adanson était-il fatigué? Jadis au Sénégal,
seule la maladie avait pu mettre un frein à son ardeur. L’arrivée de la
mauvaise saison suffit sans doute ici pour expliquer l’achèvement apparem¬
ment précipité du voyage.
Il semble qu’ADANSON soit retourné à Paris vers la fin du mois
d’octobre. Un échantillon daté de 8bre 1779 aurait pu être récolté sur la
route du retour : il vient de « Fontainebleau, près de la croix du milieu
de la route près Chailly » (8318). Peut-être quelques inexactitudes de
dates — certaines sont flagrantes 1 — expliquent-elles la surprenante
brièveté de certaines étapes.
1. Sommet près de Tende le 15 septembre plutôt que le 12 (6011, SSSO, 9393);
Mont Mezin en mai et non en juillet (7142, 7320); le 16 août à Agde et Sète et non pas
Source : MNHN, Paris
— 485 —
6. ISSUE RÉTROSPECTIVE
Il est encore difficile de dénombrer les récoltes botaniques faites
au cours de ce voyage, vraisemblablement plus de 2000 ou 2500 spéci¬
mens. Beaucoup de ces derniers, plantes d’altitude ou annuelles méditer¬
ranéennes, sont de petite taille. Adanson, en botaniste sagace, n’était pas
rebuté par les spécimens défeuillés de la post-fructification, ni par les
organes souterrains — il lavait soigneusement les racines — ni par les
pieds stériles. Il aimait rassembler dans son herbier tous les stades biolo¬
giques de chaque espèce, les plantules aussi bien que les formes excep¬
tionnelles ou anormales. De son voyage il rapporta aussi des graines
vivantes (13851, 16728, 21080).
Bien que moins extraordinaire que ceux de Ch. de L’Ecluse vers
1580, et de Tournefort, 1685-1690, ce voyage de 4500 km, soit une
moyenne de 25 km par jour pendant 180 jours, reste remarquable pour
l’époque. Il permet de mesurer l’énergie d’ADANSON, aussi efficace sur
le terrain sinon plus, qu’à sa table de travail. A 53 ans, alors que son
voyage suit de près la fin de toute une constellation de célèbres botanistes
européens 1 , il n’avait renoncé à rien. Il était au contraire poussé par un
enthousiasme vraiment admirable si l’on se souvient des misères et des
déceptions des années précédentes : en 1771, au début de son mariage,
il perdait son fils premier né et se trouvait écarté de la succession de
Buffon qu’il avait espérée. En 1772, ayant souffert du demi-abandon
des serres et des jardins du Trianon, il était obligé d’en quitter l’entresol
où il logeait. En 1774, il présentait sans succès à ses confrères de l’Aca¬
démie des Sciences son projet d'encyclopédie universelle : matériellement
irréalisable ce projet recevait une approbation verbale factice mais
n’obtenait aucun soutien efficace. Dans ce projet, où il réfutait la géné¬
ration spontanée, il montre une telle avance de vues sur son époque que
l’on s’explique l’incompréhension de ses confrères, pourtant déjà marqués
par l’esprit philosophique.
Le voyage de 1779 fut donc, comme il le préconisait par-dessus tout
dans le Discours préliminaire (cf. A. Chevalier, p. 109-110), un retour
aux sources de la nature où son génie puisait abondamment.
D. - EXPLOITATION SCIENTIFIQUE ET CONCLUSIONS
L’herbier Adanson est couramment considéré comme dépourvu
de spécimens types. En fait il en contient comme nous avons pu le consta¬
ter (type de Mourera fluviatilis Aublet, 2147S) 2 . Il est donc regrettable que
à Nîme (6**7, 6953, 6970); le 2 septembre et non le 2 août à La Ciotat (17669); le
1 er octobre et non le 1 er septembre à la Furka (22517), etc.
1. En 1777, Albrecht von Hallf.r mort à 69 ans, et Bernard de Jussieu à 78 ans.
— En 1778, Jean-Baptiste Fusée Aublet à 58 ans, Cari Linné à 71 ans, et Jean-
Jacques Rousseau à 66 ans. — En 1779, Johannes Burman à 72 ans, et Joseph de
Jussieu à 75 ans.
2. Un autre exemple plus complexe à authentifier a été constaté pour M. Field.
C’est celui de Gloriosa simplex Mill. ex L. (4000, 4001), espèce décrite d’après les indi-
Source : MNHN, Paris
— 486 —
cet herbier historique soit resté 35 années au Muséum sans être scienti¬
fiquement exploité si ce n’est très exceptionnellement. Une des causes
de ce délaissement est sans aucun doute l’absence de catalogue, absence
à laquelle il sera remédié.
Il était en effet extrêmement difficile de trouver dans l’herbier
Adanson le matériel cherché. C’est Robert Willmann, le successeur de
René Metman, qui, jusqu’à sa mort en 1966, savait le mieux y guider les
chercheurs intéressés.
Les grandes lignes de la classification souvent encore valables suivent
les Familles des Plantes. Mais après la publication de cet ouvrage, c’est-à-
dire de 1764 à la fin du siècle, l’herbier a probablement triplé en nombre,
et les lots les plus riches de matériaux tropicaux ou exotiques s’y sont
ajoutés. Au classement des genres et des espèces souvent éloigné des
conceptions actuelles, s’ajoutaient quelques désordres plus ou moins
limités.
Les principaux botanistes ayant signé des déterminations dans
l’herbier Adanson sont J. Trochain en 1935-1936 pour les plantes du
Sénégal, et G. Aymonin pour de nombreux groupes divers appartenant
à des familles de pays tempérés (1957-1968).
On trouve en outre quelques déterminations signées par J. E. Plan-
chon en 1881, A. Chevalier (1925-1927), Tr. Savulescu en 1926.
F. Pellegrin et Tyôzaburô Tanaka en 1927, J. Ghesquière en 1933,
J. Leandri et H. N. Moldenke en 1936, P. Jovet (1942, 1963). J. Ber-
haut en 1952, E.J.H. Corner en 1956, Y. van Borssum Waalkes
en 1959, R. Capuron en 1960, R.C. Bakhuizen van den Brink en 1962,
M. Keraudren en 1963 et N. Troncoso en 1967.
L’herbier d’ADANSON n’était donc connu que d’une façon très frag¬
mentaire ou même superficielle; c’est ce qui ressort maintenant de l’opi¬
nion pessimiste de Stafleu (1967, p. 13). Un examen approfondi s’avérait
donc indispensable et s’est révélé d’un très grand intérêt. Nous pouvons
maintenant tirer meilleur parti d’un étiquetage plus riche qu’il n’en a
l’air au premier abord, évaluer l’importance des différents lots réunis
dans cet herbier, et estimer leur qualité.
Les récoltes méridionales, pyrénéennes et alpiennes, les plantes pari¬
siennes, ainsi que plusieurs séries tropicales de l’Ancien et du Nouveau
Monde, sont les composantes essentielles de l’herbier Adanson. Leur
intérêt mérite de retenir davantage l’attention des spécialistes.
Outre la Systématique, l’Histoire de la Botanique et celle de la nomen¬
clature prélinnéenne y trouveront de précieux documents; l’histoire
des Céréales, celle de la Vigne et des plantes horticoles pourront y puiser
cations et les matériaux d’ADANSON communiqués à Miller; l’espèce fut reconnue
par Linné en 1753. Ainsi fut validé le nom attribué à la plante par Miller, et furent
de ce fait typifiés les spécimens d’ADANSON.
Source : MNHN, Paris
— 487 —
des richesses. Enfin l’histoire du grand homme auquel est dédiée la
présente revue y gagnera maints détails précieux.
La numérotation, effectuée par nous en 1969, en une série, unique et
continue, de tous les échantillons de cet herbier, a donné l’occasion de
rédiger les présentes notes, de constituer un index des familles à l’in¬
tention des chercheurs et de commencer l’établissement d’un Catalogue
comme il en existe pour d’autres grands herbiers historiques. L’accès
de cet herbier a été ainsi amélioré; il est maintenant possible de citer
aisément les matériaux étudiés et de les retrouver sans difficulté; enfin
l’ordre primitif, établi par Adanson lui-même, peut être respecté. Tels
sont les aspects pratiques des premiers travaux effectués et dont l’im¬
portance n’échappera pas aux botanistes systématiciens.
Avec notre désir d’en faciliter l’étude au Laboratoire de Phanéro-
gamie, nous souhaitons voir enfin cette belle collection sortir de l’état
de semi-immobilisme où elle est restée pendant plus de cent cinquante ans.
Références
Adanson, Michel. — Familles des Plantes. 2 vol. Paris 1763.
Chevalier, Auguste. — Michel Adanson, Voyageur, Naturaliste et Philosophe.
172 p., 5 pl. (1934) in-12, Larosc, Paris.
— Madame Aglaé Adanson et le parc de Baleine. 18 p.. Institut de France 1946,
18, Paris.
Hamy, E.-T. — Jean-Baptiste Adanson : 37-46; Sonnerat et le comte d’ANOiviLLER :
119-129. Bibl. Hist. Scient. II, Guilmoto, Paris 1908.
I-acroix, Alfred. — Michel Adanson au Sénégal, Bull. Comité Et. Hist. et Sc. de
l’A.O.F. 21 : 1-92, 2 pl. (1938).
Lawrence, G.H.M. (éd.). — Adanson, The bicentennial of Michel Adanson’s « Familles
des Plantes ». Pittsburgh, I (1963), Il (1965).
Leandri, Jacques. — Les « Familles des Plantes » d’ADANsox (1763) à leur second
centenaire. Adansonia, nouv. sér., 3 : 313-326, 2 fig. (1963).
Margadant, W.D. — The Adanson Collection of Botanical Books and Manuscripts,
in Lawrence op. cit., I : 265-368 (1963).
Nicolas, Jean-Paul. —• Adanson, the Man, in Lawrence op. cit. I, : 1-121, 14 fig.
(1963).
Nicolson, R.P. — Essai sur l'Histoire Naturelle de Saint-Domingue : 1-376, 10 pl.
Paris (1776).
Stafleu, Frans A. — Adanson, Labillardiêre, De Candolle. 3301 Lehrc, J. Cramer :
1-15 (1967).
Zoller, H. —-A l'occasion du 250 e anniversaire de Albrccht von Haller. Quelques
remarques sur son œuvre botanique et scs collections. Bull. Muséum, 2 e série 30 :
305-312, 3 pl. (1958).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (4) 1969.
A PROPOS DE L'a INTRODUCTION RAISONNÉE
A LA BIOGÉOGRAPHIE DE L'AFRIQUE »
DE LÉON CROIZAT
par A. Aubréville
Léon Croizat vient sous ce titre de publier un gros livre de 450 pages,
écrit en français et édité au Portugal dans les « Memorias de Socieda do
Broteriana »L L’œuvre écrite de Croizat sur la biogéographie et la
philosophie de la botanique est considérable, puisqu’elle compte de 9 000
à 10 000 pages, la plupart en langue anglaise. Elles étaient d’une lecture
dilïicile pour un botaniste français n’ayant que des connaissances médiocres
en anglais, ce qui était mon cas. Je souhaitais donc que Croizat put faire
connaître ses conceptions de biogéographie et les condenser dans un
ouvrage de langue française. C’est fait aujourd’hui grâce au P r A.
Fernandes qui a accepté de se charger de l’édition.
En dépit de son œuvre impressionnante, Léon Croizat est peu connu.
La plupart des biogéographes semblent l’ignorer — y compris les biogéo¬
graphes américains et anglais pour lesquels ne se présente en l’occurrence
aucune difficulté de lecture — ; ils ne citent généralement pas ses ouvrages
dans leur bibliographie. On croirait qu’une consigne de silence empêche
la diffusion de ces œuvres, et que la méconnaissance de l’auteur soit voulue.
Croizat en a ressenti une grande amertume, qui s’exprime souvent dans
ses écrits et qui explique sans doute aussi en revanche le ton quelquefois
acerbe avec lequel il juge les biogéographes dits « orthodoxes ».
Croizat est un biogéographe complet, un pan-biogéographe comme
il le dit quelquefois, c’est-à-dire qu’il traite parallèlement et à l’échelle
mondiale, de phytobiogéographie et de zoobiogéographie. Cela est logique
puisque l’histoire de la répartition des animaux a un rapport certain avec
celle des plantes. Mais tout le monde n’a pas cette compétence à la fois
dans les domaines botaniques et zoologiques. Pour ma part je dois me
contenter d’essayer d’assimiler la phytobiogéographie de Croizat.
Le récent ouvrage, écrit à l’intention des lecteurs de langue française,
est essentiellement une application à l’Afrique de ses méthodes et de ses
hypothèses pour expliquer la répartition des plantes. C’est aussi un
condensé de ses idées de biogéographe, mises au point après de longues et
pénétrantes recherches. L’idée directrice est que la répartition des espèces
1. Coimbra, Décembre 1968.
Source : MNHN, Paris
— 490 —
végétales ne s’est pas faite au hasard. Quel est le fil directeur qui permet
d’en donner, dans chaque cas, une explication raisonnée?
Les conceptions de Croizat sont directement opposées à celle de la
biogéographie qu’il qualifie d’« orthodoxe » ou encore de « convention »,
qui est celle de la plupart des auteurs modernes, lesquels ont adopté les
idées de Darwin dans son « Origine de l’espèce ». Croizat voit rouge
lorsqu’il cite la « Géographie Distribution » de Darwin et de ses épigones.
Source : MNHN, Paris
— 491
Presque à chaque page il couvre de ses sarcasmes les tenants de la méthode
darwinienne qui cherchent des explications de la répartition des espèces
dans des concepts de centres d’origines, de migrations et de moyens de
transport. Il rappelle les observations du « fatal anglais » au sujet des
graines gardées intactes dans le gésier d’un ramier lequel, une fois fatigué,
fait le repas d’un faucon. Ce genre d’explication paraît puéril quand on a
conscience de l’immensité et des innombrables problèmes de répartition
du monde végétal. Croizat cependant reconnaît d’autre part les grands
services que Darwin a rendu à la biologie en vulgarisant l’idée d’évolu¬
tion dans le temps et l’espace ; il distingue le bon observateur du « Voyage
de la Beagle » du théoricien de l’« Origine de l’espèce ».
Après ces flèches empoisonnées décochées à la biogéographie « de
convention », Croizat donne des exemples d’application de ses méthodes
à la compréhension de la répartition des espèces en Afrique. Leur principe
est foncièrement différent. Si j’ai bien compris, pour lui les aires actuelles
de répartition des espèces d’Angiospermes dépendent essentiellement de la
localisation de leurs ancêtres au Jurassique, modifiée éventuellement
ensuite in situ par la formation de vicariantes, et aussi par des migrations
possibles au Crétacé et au Tertiaire qui ont déplacé les limites des aires,
conséquence de l’adaptation des plantes aux nécessités dues aux climats,
aux orographies, aux géographies, changeant dans le temps et l’espace.
C’est-à-dire que des aires aujourd’hui disjointes, même séparées par de
longues distances, appartenant à une espèce ou à des groupes d’espèces
vicariantes, peuvent être les restes d’aires ancestrales jurassiques conti¬
nues altérées au cours de l’histoire géologique et par des perturbations
climatiques crétacées ou tertiaires. Il n’y a pas lieu de faire intervenir
des migrations dues au hasard ou aux caprices de moyens de transport.
Les espèces ont disparu ou évolué sur place. La biogéographie s’identifie
donc avec l’évolutionisme; la « terre et la vie » évoluent de pair suivant
la formule de Croizat.
A part son dogmatisme absolu j’ai personnellement été sensible au
concept de Croizat, c’est-à-dire avec cette correction que des migrations
par transports actifs, par courants marins ou aériens, ont pu se produire
dans des cas particuliers, comme il s’en produit encore de nos jours
résultant des activités humaines.
Croizat a résumé aussi ses hypothèses de travail qu’il me paraît
intéressant de rappeler ainsi. Les ancêtres de nos flores modernes étaient
en place à la fin du Jurassique. La diffusion, la « radiation » selon l’expres¬
sion de Croizat des préangiospermes et protoangiospermes se fit dans le
monde entier depuis le permo-carbonifère et les grands centres d’évolution
se précisaient dès le Jurassique. La radiation et l’évolution en ampleur et
profondeur continuèrent au Crétacé et au Tertiaire, tandis que pouvaient
se produire aussi, comme Croizat le reconnaît, des migrations dues à
l’orogénèse, et aux changements de la face et des climats de la Terre.
Le processus normal de l’évolution fut la vicariance au sein des aires
les plus anciennes.
Croizat a la conviction que les groupes principaux des Angiospermes
Source : MNHN, Paris
— 492 —
(ordres, familles, sous-familles) sont issus de régions diverses mais toutes
de l’hémisphère sud. Cette origine australe serait en rapport avec les
glaciations permo-carbonifères qui affectèrent l’hémisphère sud, il y a
250 millions d’années, lesquelles coïncident aussi avec l’élimination de la
plupart des vieilles flores cambriennes et simultanément avec la naissance
de l’angiospermie primitive. Cela a conduit Croizat à la conception de
« portes d’angiospermie » (Gates) dans l’hémisphère sud, ou aujourd’hui,
à une représentation similaire schématique de « lignes de base », par où
s’échappèrent et se diffusèrent vers le nord, les groupes ancestraux des
Angiospermes.
Croizat est arrivé à cette conviction par l’étude de la répartition
de nombreuses familles dont les artères de distribution lui ont apparu
diverger à partir de bases situées dans l’hémisphère sud. C’est évidemment
une conception originale croizatienne que tout le monde ne partagera pas
toujours. Il reproduit en particulier une figure montrant la répartition
actuelle complémentaire de deux genres Podocarpus et Abies, dont les
aires s’opposent, l’une nettement australe, l’autre boréale, sauf quelques
secteurs communs sur les limites nord du premier et sud du second. Il est
d’après cela difficile d’attribuer au considérable genre Abies une origine
australe. D’une façon générale — nous l’avons déjà écrit — il y a un groupe
de familles typiquement boréales, d’autres nombreuses nettement tropi¬
cales, et un groupe austral, groupes statistiques aux limites évidemment
grossières, comportant d’inévitables chevauchements. Des voies de
pénétration exclusivement australes, ne paraissent guère compatibles
avec la répartition actuelle. Mais Croizat n’est probablement pas sans
ressources pour trouver des solutions à ce problème.
Quoi qu’il en soit, il est incontestable que Croizat a apporté une
contribution remarquable par ses méthodes aux questions de répartition,
qui laissent loin en cette matière la biogéographie darwinienne. Sa thèse
de l’origine polytopique des grands groupes de nos flores modernes est
une acquisition originale qui doit être inscrite à son actif scientifique.
Ce qui gêne toujours dans ces reconstitutions des voies de l’expansion
des groupes végétaux, ce sont les distances énormes quelquefois qui sépa¬
rent les stations actuelles, c’est-à-dire leurs disjonctions fréquentes. Il est
facile de réunir sur les cartes ces stations jalons par des traits, de tracer
des flèches qui indiquent des directions de diffusion, au travers des
continents et des océans. La connaissance des faits de répartition et un peu
d’imagination y suffisent. Mais quand les supports matériels n’existent
pas, qui autoriseraient plus facilement ces liaisons, la raison peut hésiter
à s’engager. En ce qui concerne la « radiation » jurassique ou triassique,
comme il paraît évident que la face de la Terre était complètement diffé¬
rente de ce qu’elle nous montre aujourd’hui, tout peut être conçu et
proposé. Mais quand on aborde le crétacé et surtout le tertiaire où la
configuration des continents est mieux connue et où continents et océans
actuels se dessinent, l’esprit ne manque pas de rechercher l’accord indis¬
pensable entre ce que nous apprend l’histoire géologique de la Terre et
les possibilités de radiation-migration offertes aux plantes, sans oublier
Source : MNHN, Paris
— 493
la considération des climats changeants qui leur furent favorables ou non.
Nous avons l’habitude de penser qu’autrefois comme aujourd’hui les
plantes sont sensibles aux conditions du milieu. Le raisonnement écologi¬
que nous est familier. J’avais gardé l’impression déjà ancienne que Croizat
ne voulait pas s’embarrasser des questions de supports physiques rendant
plausible l’extension des aires dans certaines directions, ou leur limitation.
11 raisonnait sur des faits biogéographiques : la liaison entre ces stations
avait existé autrefois — c’est une évidence —, même si elle se concevait
plus ou moins mal aujourd’hui. Comment s’était-elle produite? On pouvait
comprendre dans une certaine mesure que le biogéographe pur s’en désin¬
téresse, attendant au moins que l’histoire de la Terre et de ses climats ait
un jour suffisamment progressé pour que puisse se comprendre avec plus
de certitude le comment des répartitions des plantes. Coalescence ancienne
et dérive des continents, ponts intercontinentaux, peu importe au biogéo¬
graphe qui veut n’observer que les faits de répartition des plantes vivantes
ou fossiles. Mais l’esprit n’y trouve pas parfaitement son compte.
Aujourd’hui il m’a semblé que Croizat était plus attentif aux proba¬
bilités et possibilités physiques des communications intercontinentales.
Il m’a paru qu’il admettait par exemple l’existence du continent de
Gondwana, sans lequel en effet les affinités des flores africaines, asiati¬
ques, malaisiennes et australiennes seraient véritablement incompréhen¬
sibles, en dépit des tentatives des explications darwiniennes. Les contacts
entre continents Amérique-Europe-Afrique avant l’actuelle séparation
lui paraissent inévitables comme fondement des explications biogéogra¬
phiques de l’Atlantique. Il tient compte de faits récents par exemple
comme le dessèchement du Sahara. La théorie wégenérienne de la dérive
continentale, redevenant en faveur aujourd’hui avec de nouveaux argu¬
ments, lui paraît maintenant assez digne d’attention pour qu’il lui
consacre un chapitre dans son livre.
Il a insisté aussi sur l’importance du géosynclinal de la Téthys pour
la distribution des plantes. Sa biogéographie d’une façon générale fait
état des rapports intimes qu’elle doit avoir avec la géologie.
Puisque Croizat dans son livre nous convie à réfléchir je me permets
de lui poser encore une question à laquelle nous ne savons répondre. Il
écrit très nettement à plusieurs reprises que la mangrove et les plages sont
le berceau de l’angiospermie. Pour nous, dans son acceptation courante,
la mangrove est une formation caractéristique des eaux chaudes salées
ou saumâtres, commune aux rivages vaseux, aux lagunes et aux estuaires
des mers tropicales. Son originalité est grande, floristiquement et physio¬
logiquement, mais sa flore est particulièrement pauvre en espèces qui sont
capables de vivre dans ce milieu très spécial, incomparablement plus pauvre
que la flore de "hinterland. On aperçoit mal, dans ces conditions, comment
la mangrove pourrait être le milieu ayant initialement contribué essen¬
tiellement à la naissance des Angiospermes. Je crois volontiers que le
milieu tropical humide, proche de la mer, ait été biologiquement favorable
à l’éclosion de formes nouvelles des plantes au jurassique, certainement
plutôt que les milieux montagnards comme le croient certains biogéogra-
Source : MNHN, Paris
— 494 —
phes. Mais aussi comment expliquer que des (ou tous les) groupes d’Angios-
permes soient issus de l’hémisphère austral, après la glaciation permo-
carbonifère, c’est-à-dire originaires des régions alors les plus froides de
la Terre, et qui en tout cas ne pouvaient pas comporter de secteurs chauds
de mangrove susceptibles de leur servir de berceau.
La biogéographie de Croizat est évidemment évolutionniste, puis¬
qu’elle lie dans ses explications le développement de la taxogénèse et celui
de la formation des aires de répartition, dans le temps et dans l’espace.
Elle soulève des problèmes passionnants et on comprend que Croizat
leur ait consacré une large part de sa pensée scientifique. Cependant s’ils
constituent en quelque sorte l’essence noble de la science biogéographique
ils ne sont pas toute la biogéographie.
Croizat exprime à l’occasion son mépris de la phytogéographie
« descriptive », par laquelle les biogéographes découpent la llore d’un pays en
secteurs géographiques, régions, domaines, districts, unités hiérarchisées,
où chacune est caractérisée par une certaine composition floristique.
Cela correspond, lorsque les divisions sont bien établies, à une réalité
observable vivante. La considération du nombre des endémiques, celle
de leur degré d’importance dans les échelons taxonomiques, et enfin aussi
la richesse floristique, entrent en cause dans les découpages. Certains
domaines sont en fait des centres de masse, des centres d’évolution mis
en lumière par des considérations statistiques relatives à l’ensemble de
la flore.
On se relie ainsi naturellement à la biogéographie des aires d’espèces.
Souvent ces divisions correspondent à des types différents de formations
végétales et évidemment à l’écologie. Dans la Nature l’attention du
biologiste est attirée parce qu’il voit au premier abord : des formations
végétales et des milieux dans des paysages, indépendamment des flores
qui constituent ces formations. Il est normal qu’il étudie les relations de
causes à effets des premières aux seconds et que pour soulager son esprit
il se prenne à classifier. Tout cela est un travail de biogéographe, qui
doit être fait ;il ne concurrence nullement celui, plus difficile certaine¬
ment, qui consiste à expliquer la répartition des taxons comme le fait
Croizat.
Les limites graphiques de ces divisions biogéographiques ne peuvent
avoir la précision de frontières politiques. Croizat par exemple, à propos
de la phytogéographie du genre Cleislanlhus faite par Léonard, raille
quelque peu parce que l’espèce C. inondatus qui. selon Léonard, est
une espèce « guinéo-congolaise », a été récoltée aussi dans les galeries fores¬
tières du nord-est de l’Angola, et qu’en conséquence pénétrant dans une
région de savane boisée elle devrait être aussi classée « soudano-zambé-
zienne ». Tous les botanistes africains savent que les galeries forestières
sont en pays de savanes, sur les limites forêt-savane, des irradiations de
la flore de forêt dense, c’est-à-dire en l’occurrence que C. inondatus. espèce
habituelle de la forêt guinéo-congolaise pouvant s’avancer dans une galerie
forestière au delà de la forêt, se place sans la moindre hésitation dans la
région phytogéographique « guinéo-congolaise ».
Source : MNHN, Paris
— 495 —
Tout n’est pas si sot, ni inutile dans la biogéographie dite « ortho¬
doxe », telle qu’elle est aujourd’hui pratiquée par de nombreux botanistes,
Darwin étant exclu de ce débat.
Une autre observation du même genre se présente au sujet de la
« mosaïque côtière forêt-savane » de l’Afrique orientale. Faut-il l’incorpo¬
rer comme un domaine disjoint dans la Région guinéo-congolaise, ou
constitue-t-elle une sous-Région d’étendue relativement restreinte mais
distincte. En réalité elle est assez mal connue du point de vue floristique.
Ses attaches avec l’Afrique occidentale et centrale sont certaines, mais elle
compte aussi des genres et espèces endémiques, ses liaisons avec les pays
de l’Océan indien sont évidentes. Alors la décision dépend de statistiques
qui n’ont pas été faites et, en leur absence, en vue d’une étude synthétique
de classification générale, il faut bien prendre partie fût-ce provisoirement.
En taxonomie classique, les botanistes hésitent parfois, et cela pendant
plusieurs générations, à adopter une position définitive à propos de cer
taines espèces ou genres. Il en est de même pour toutes les sciences natu¬
relles. En ce qui concerne les aires de répartition des espèces, on peut aussi
parfois hésiter et se tromper, étant à la merci de nouvelles stations qui
sont découvertes après s’être fait une première opinion.
Il y a tant d’idées, de conseils, de discours sur les méthodes, de rejets
percutants, de suggestions, de faits dans le livre de Croizat qu’il n’est
pas possible de tout signaler dans un compte rendu inévitablement
restreint. Croizat est trop riche du flux torrentiel de ses réflexions et de
ses expériences panbiogéographiques. Pour en profiter — c’est l’intérêt
certain de la biogéographie — il faut le lire. C’est possible aujourd’hui
pour un botaniste français, puisque son dernier livre est écrit dans notre
langue.
Je me contenterai pour donner un aperçu plus détaillé de ce qu’il
contient, de citer les titres des principaux chapitres. Je rappelle toutefois
qu’il ne s’agit pas d’une biogéographie de l’Afrique, mais de savoir com¬
ment ce sujet devrait être traité par les méthodes éprouvées par Croizat
à l’échelle du Monde sur la vie des végétaux et des animaux (y compris
les ancêtres de l’homme).
—- La méthode et les résultats de la biogéographie de convention.
— Ce que les bruyères disent aux abeilles sans que le savant l'entende.
— Ericoïdées et Empétracées ou comment l’Afrique fut occupée par
les Angiospermes.
— Introduction aux rapports intracontinenlaux de l’Afrique :
a) La répartition de Siblhorpia ;
b) La répartition de Cerastium en Afrique tropicale,
— La répartition des Myricacées.
— Sur la théorie des « filter-bridges ».
— L’origine de l’angiospermie et ses conséquences en Afrique.
— La répartition africaine du genre Cleislaiiiltus (Euphorbiacées).
Source : MNHN, Paris
496
Les palétuviers et la Biogéographie.
Utricaria et Aloe en Afrique.
Quelques observations sur la répartition africaine des Utricularia,
ivesicaria, Podostémonacées et Hydrostachyacées.
L’« élément méditerranéen » dans la flore africaine.
L’Afrique et l’origine de l’homme.
De l’orthogénèse.
Des continents flottants.
Résumés et conclusions.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (4) 1969.
SUR QUELQUES ESPÈCES MALGACHES
DE CROTON
(EUPHORBIACÉES)
par J. Leandri
L aboratoire de Plianérogamie
Muséum - Paris
Résumé : Description de six espèces malgaches nouvelles de Crolon appartenant
aux sous-genres Eluteria et Eucroton (section Cleodora, sous-sections Argyrocrolon
et Medea ); discussion.de leurs affinités taxonomiques et biogéographiques.
Summary : Description ot six new Crolon spccies from Madagascar (s.-g. Eluteria
and Eucroton, sect. Cleodora, S.-s. Argyrocrolon and Medea); attention is given to their
taxonomical and biogeographical relationships.
Le genre Crolon (Euphorbiacées) peut être considéré à Madagascar
comme un des plus importants, non seulement à cause du volume du
matériel rassemblé dans les herbiers, mais aussi par le nombre et la
grande variété de ses espèces 1 .
La transformation des poils étoilés en écailles d’aspect métallique,
munies ou non d’un point roux-ferrugineux au centre, ne fournit pas un
aussi bon caractère de classification qu’il semblerait au premier abord.
S’il est souvent facile de distinguer l’aspect doré ou argenté des unes de
l’aspect terne des autres, de nombreux intermédiaires se présentent,
rendant certaines formes difficiles â attribuer à un ensemble plutôt qu’à
un autre. Il en va de même de la denticulation du bord du limbe, de la
disposition plus ou moins nettement opposée des feuilles, et de l’uni-
sexualité plus ou moins nette des grappes. Par contre, la nervation, la
présence et la forme des pétales dans la fleur ?, le rapprochement en ver-
ticilles des paires de feuilles supérieures, les changements apportés à la
disposition de l’inflorescence par des phénomènes d’entraînement ou
d’avortement, la persistance d’un calice S renflé entourant le fruit,
l’ornementation des coques de la capsule, bien que non absolument
décisifs, semblent fournir des éléments plus favorables pour un classement,
et même pour des comparaisons biogéographiques, particulièrement déli¬
cates dans un genre à espèces aussi nuancées.
1. J. Leandri, Bull, du Muséum : 367 et s. (1931); Ann. Mus. Colon. Marseille V,
7 : 1-100 (1939); Bull. Soc. Bot. Fr. 103 : 604 (1956).
Source : MNHN, Paris
- 498
La présente noie a pour but de faire connaître six nouvelles espèces
malgaches, dont deux ( C. maevaranensis, C. Ranohirae) se rapprochent
par les excroissances du fruit, deux autres [C. Guerelae, C. Chypreae)
par la forme des feuilles. Cependant les deux premières diffèrent beaucoup
par le limbe, les glandes et l’inflorescence, les deux autres par la fleur 9
qui conduit à les ranger dans deux sous-genres différents. La cinquième
(C. ihosyana) 1 semble être la seule espèce malgache à présenter des feuilles
évoquant les Grewia. La sixième (C. miarensis) appartient au groupe
des plantes à petites feuilles du domaine du Sud.
S.-G. ELUTERIA (L.) Griseb.
Croton Chypreae J. Leand., sp. nov.
Frutex altus ramis subflexuosis; folia alterna apice subopposita,
petiolo 5-10 mm ferrugineo, glandulis tubaeformibus 2 mm; lamina ovato-
acuta vel subacuminata pagina superiore glabrescente inferiore paullo
rufo-pubesccnte, nervis trinerviis 3-4 jugis; reticulo nervulorum tenui
parum denso. Racemi 10-15-flori, floribus femineis paucis basilaribus;
sepalis <? 5, valvatis, ferrugineis, ovatis, 2-3 mm longis; petalis 5, ovato-
subspathulatis, staminibus 20 vel magis, filamentis robustis, antheris
1 mm longis 0,8 mm latis; floris feminei pedicello breviore, sub fructu
8-10 mm longo sepalis petalisque 9 masculis similibus; ovario squamoso-
ferrugineo stylis bis vel ter (summo apice) divisis; fructu 1,2-1,5 X 1-1,2 cm,
coccis sublignosis, stylis marcescentibus.
Type : SF 270-57, R. Capuron leg. (Holotype P).
Dédié à M lle Gilberte Chypre, auteur de beaux dessins pour la flore de Mada¬
gascar et des Comores.
Grand arbuste ramifié en fausse dichotomie à rameaux progressi¬
vement amincis, arrondis, un peu striés sur le sec, flexueux; bois blanc
assez dur. Feuilles alternes sauf parfois celles du sommet; pétiole de
5-10 mm sur 0,5-1 mm, arrondi, ferrugineux; 2 glandes en trompette
longuement pédiculée jusqu’à 2 mm; limbe ovale-aigu ou subacuminé
long de 4-5 cm sur 2,5-3,5; face supérieure glabrescente, l’inférieure
pubescente un peu rousse; poils écailleux sur les nervures; nervures tri-
nerves ou sub-5-nerves; 3-4 paires de nervures secondaires obliques
courbes, les basilaires parfois plus obliques et presque droites; nervures
planes ou faiblement imprimées dessus, saillantes dessus; réseau fin
et peu serré de nervilles. Grappes terminales de 10-15 fleurs, les 9 très
peu nombreuses à la base. Fleur <J : pédicelle ferrugineux atteignant
3 mm sur 0,6 mm; 5 sépales subvalvaires ferrugineux ovales, de 2-3 mm
1. Nous avons cru devoir attribuer au nom Croton le genre féminin sans tenir compte
de son genre en grec, parce que Pline I'Ancien (LXV,25) l’a employé en latin avec
ce genre, dans le sens d’une plante (probablement le Ricin, plante du même groupe
que les Croton des botanistes modernes).
Source : MNHN, Paris
— 499 —
sur ± 1 mm; 5 pétales obovales ou subspatulés, fins, à marge hyaline
portant des poils très fins, glabres en dedans; étamines 20 ou davantage
à filets robustes, anthères de 1 mm sur 0,8, à fentes latérales longitudinales.
Fleur ? sur un pédicelle plus court au début, mais atteignant 8-10 mm sous
le fruit; sépales et pétales semblables aux S, ovaire écailleux-ferrugineux;
styles égalant l’ovaire au début, 2-3 fois divisés. Fruit de 1,2-1,5 cm
sur 1-1,2 cm, écailleux-ferrugineux, à coques ligneuses, à styles mar-
cescents.
La fleur 2 est parfois anormale, avec des pétales plus étroits ou inter¬
médiaires avec les sépales, l’ovaire sur un pédicule, les loges mal formées.
Madagascar : Centre : Massif <lu Tsaratanana. Crête séparant les bassins du
Sambirano et de la Mahavavy entre la cote 2362 et la base du piton coté 2831 m,
Service forestier 27057 SF (R. Capuron leg.). En fleurs et jeunes fruits 11-13 nov. 1966.
Malgré sa taille modeste, le C. Chypreae appartient au même groupe
de Croton malgaches que les géants du genre, c’est-à-dire ceux qui ont
des feuilles tri- ou 5-nerves, sans écailles d’aspect métallique, des fleurs
2 munies de pétales, des feuilles ordinairement alternes (sous-genre
Eluleria (L.) Griseb., connu de l’Amérique du Sud, de l’Afrique du Sud
et de Madagascar).
Avec ce nouvel apport, les Eluteria malgaches connus sont au nombre
de 10, dont un douteux (C. mollivelum) :
1. Feuilles alternes (sauf parfois les 2 plus jeunes du rameau).
2. Feuilles cordées, lobées ou largement elliptiques, pubes-
centes ou finement tomenteuses, vert grisâtre ou vert
foncé. Grappes à peu près aussi longues que les feuilles.
3. Pas da^glandes pédicellées au bord du limbe.
4. Feuilles ovales-aiguës ou cordées.
5. Feuilles cordées. Limbe de 10-20 cm.
6. Fruits de 2 cm environ; limbe de 15 cm environ;
grappe de 20 cm environ. Arbuste à odeur de
Mélisse.1. C. oreades J. Leand.
6'. Fruits de 1 cm environ. Limbe de 20 cm environ.
Grappes de 25-30 cm. Arbre à odeur aroma¬
tique .2. C. Mongue H. Bail!.
5'. Feuilles petites (4-5 cm sur 3), ovales-aiguës suba-
cuminées.3. C. Chypreae J. Leand.
4'. Feuilles moyennes lobées comme des feuilles d’Erable.
Fleurs parfois 5.4. C. Goudotii H. Bail!.
3'. Des glandes pédicellées au bord du limbe qui est découpé
7. Limbe peu tomenteux, découpé.
.5. C. Tsaratananae J. Leand.
7'. Limbe très tomenteux, à peine denté.
Voir : 6. C. mollivelum.
Source : MNHN, Paris
— 500 —
2’. Feuilles obovales-acuminées, de 15 cm sur 5 env. glabres-
centes; grappes de 2 sortes, les unes (S) axillaires et
courtes, les autres (2) terminales longues.
.7. C. heleranthus Aug. DC.
1'. Feuilles opposées (non rapprochées en verticilles). Grappes
moins longues que les feuilles.
8. Limbe ovale non cordé, longuement atténué aigu vers le
sommet; pétiole atteignant le tiers de la longueur du limbe.
. 8. C. muricatus \ ahl
8'. Limbe ovale faiblement cordé. Pétiole plus court. Nom¬
breuses glandes aux insertions des nervures à la face infé¬
rieure du limbe.
9. Limbe aigu à 5 nervures basilaires; pétiole de 3-4 cm.
.9. C. Bathianus J. Leand.
9'. Limbe arrondi, mucronulé au sommet à 3 nervures basi¬
laires; pétiole de 0,5 cm.10. C. Decaryi J. Leand.
S.-G. EUGROTON Müll. Arg.
Sect. CLEODORA (Klotzsch) Baill. S.-S. ARGYROCROTON Müll. Arg.
F. Pax et K. Hoffmann ont proposé, il y a déjà près de quarante
ans (Naturlichen Pflanzenfamilien, ed. 2, 19 c, 1931) quelques modi¬
fications à la classification du genre Crolon établie il y a un siècle par
Muller d’Argovie (De Candolle, Prodromus, 15, 2 ; 513 (1966), déjà
bien différente de celle de Bâillon (1858 et 1864).
La section III ( Cleodora (Klotzch) Baill. in Et. gen. du gr. des Euph. :
369,1858; Hist. des PI. 5 : 129, 1874) du sous-genre Eucrolon qui comprend
des plantes à grappes portant seulement des fleurs 2 à la base mais sans
partie stérile entre les <J et les 2, et des sépales 2 non valvaires rédupliqués
(= ne se touchant pas par les faces internes de leur bc^i), est divisée
par ces auteurs en deux sous-sections, Argyrocrolon, présentant des
écailles, Medea qui n’en présente pas; cette dernière renferme entre
autres le purgatif C. Tiglium et un des fébrifuges appelés Cascarilles.
C’est à la première de ces deux sous-sections, qui comprend de nom¬
breuses espèces tropicales de l’Ancien et du Nouveau monde, qu’appar¬
tiennent les trois espèces malgaches citées plus loin; elles se rapportent
à la série qui présente des styles plusieurs fois divisés et qui comprend
entre autres le C. salutaris brésilien qui fournit une résine de sans-dragon
(vernis).
La présence d’espèces voisines à Madagascar et dans le Nouveau
Monde ne constitue pas un fait exceptionnel; d’autres genres de la famille
(.Acalypha , etc.) parfois à caractères bien spéciaux ( Plukenelia) et des
représentants de diverses autres familles peuvent donner lieu à la même
observation, tandis que par contre des genres importants de la famille
et présentant des caractères beaucoup plus spécialisés ( Macaranga à
anthères peltées, calice $ à 2-4 pièces, calice 2 en coupe, ovaire à
1-2 loges, style indivis, bractées d’inflorescence très particulières)
Source : MNHN, Paris
— 501
manquent dans le Nouveau Monde et sont vraisemblablement d’origine
paléotropicale et sans doute d’apparition plus récente 1 .
Groton maevaranensis J. Leand., sp. nov.
Ârbor. Folia sparsa apice subopposita, lanceolata, subacuminata,
supra atroviridia glabra nitida, subtus squamosa alba, rufo puncticulata,
pctiolata apice petioli biglandulosa. Flores 2 5-6, basi racemi bisexualis
10-15 cm longi nonnumquam solitarii axillares. Flores <3 apicales breviter
pedicellati ferrugineo-squamosi, parvi; sepala 5 ovato-orbicularia intus
laevia glabra; petala obovatospatulata tenuia; stamina 12-15 filamentis
basi pilosis fuscis, antheris incurvis; flores 2 pcdicello robusto, sepalis
5 triangulo-acutis squamoso-ferrugineis ovario obogivali apice truncato
stigmate sessili carnoso multilobato. Fructus pericarpio lignoso robusto
ultra 1 cm longo et lato exocarpio alis crassis 6 in longum ornato, ad apicem
maxime, ad medium minus dilatatis, stigmatibus persistentibus;pe dicello
robusto 2 cm longo; semen basi attenuato-rotundatum subrubrum oblique
leviter corrugatum, hilo ex apice ad basim elongato, caruncula rhomboidali
transverse dilatata.
Type : SF 984, R. Capuron leg. (Holotype P).
Nom spécifique donné en souvenir de la rivière Maevarano (• aux eaux rapides »)
qui traverse dans son cours supérieur les montagnes où cet arbre a été trouvé.
Arbre d’une vingtaine de mètres de haut, à tronc de 20 à 30 cm de
diamètre, à bois blanc. Feuilles vert foncé luisantes dessus, écailleuses-
argentées dessous et couvertes là de points roux distants les uns des
autres de 1 à 2 mm. Feuilles subopposées au sommet des rameaux, alternes
plus bas. Stipules peu distinctes, très petites et cachées sous les écailles.
Pétiole très écailleux-ferrugineux, long de 2 cm sur les jeunes rameaux,
épais de plus de 1 mm, canaliculé au-dessus, portant au sommet et un peu
en dessus deux petites glandes à tête hémisphérique, très courtement
slipitées. Limbe lancéolé subacuminé, plan, long de 8-10 cm sur 2,5-3 cm;
nervure principale faiblement enfoncée dessus, saillante dessous. Ner¬
vures secondaires peu saillantes, 6-7 de chaque côté, droites, faiblement
obliques, anastomosées à 2 mm environ de la marge, qui est entière et
plus garnie de poils ferrugineux que le reste de la face inférieure, parfois
un peu révolutée à l’extrême bord. Grappes assez courtes. Fleurs 3 vues
seulement en boutons (3 mm), dans les 2/3 supérieurs de la grappe.
Pédicelle court (2 mm). Cinq sépales écailleux-ferrugineux ovales-orbi-
culaires, charnus, lisses et glabres en dedans. Pétales obovales-spatulés
minces portant des écailles en dehors; 12-15 étamines à filets courts,
bruns, poilus à la base, anthères très courbées, blanches. Fleurs 2 axillaires
ou groupées par 5-6 à la base d’inflorescences axillaires ou pseudo-termi-
1. A. AUBnÉviLi.E. — Essai sur la distribution et l’histoire des Angiospermes tro¬
picales dans le monde. Adansonia 9. 2 : 217, 219 (1969).
Source : MNHN, Paris
— 502 —
nales de 15 cm environ, et se développant à peu près simultanément
après la chute précoce des feuilles. Pédicelle assez robuste. Cinq sépales
écailleux-ferrugineux, triangulaires-aigus. Ovaire obogival-tronqué por¬
tant 6 excroissances verticales sinueuses dilatées à la partie supérieure et
renflées aussi vers le milieu. Stigmates sessiles charnus courts, plusieurs
fois divisés. Fruit à péricarpe lignifié dépassant 1 cm de long et de large
sur un pédicelle de 2 cm, terminé par les stigmates persistants. Graine
(8x5x3 mm) un peu rétrécie à la base, rougeâtre, à hile plus long que
large, à caroncule blanchâtre, en losange élargi en travers à légères excrois¬
sances obliques-descendantes.
Centre Nord : Montagne au nord de Mangindrano (haute Maevarano) jusqu’aux
sommets d'Ambohimirahavavy (partage des eaux Mahavavy-Androranga) forêt
ombrophile sur latérite de gneiss passant à la silve à lichens ait. 1600 m, fin janvier-
début février 1951, Humbert 24908.
Forêt à mousses et sous-bois herbacé vers 1650 m, rebord sud du plateau de Maro-
famamo, 6-2-1951. SF. 984, R. Capuron leg.
Croton Ranohirae .J. Leand., sp. nov.
Frutex ramulis bifurcatis, foliis superioribus oppositis, inferioribus
nonnunquam alternis, lamina ovato-elliptica vel lanceolata subtus argenteo-
squamosa rufopunctata, nervis utroque latere 10-15 parum obliquis ad
marginem evanescentibus. Inflorescentia terminalis ad apicem floribus
d 10-12, basi ? 1-2, spica fere 2 cm. Bractea S triangula, squamosa; sepala
(4-) 5 valvata ovato-acuta. Petala 5 spatulata, membranacea, fimbriata,
stamina 10, filamentis longis. Flores $ bractea concava, pedicello brevi
robusto squamoso; scpalis 5 masculis majoribus, triangulo-acutis, imbri-
catis; disco carnoso pentagono ovario sessili cylindrico-truncato subsphae-
rico, squamoso, apice piloso, stylis ab apicc paullo distantibus planis, satis
longis patentibus bis-ter bifurcatis; columella gracili. Fructus stylis marces-
centibus, calyce basi appresso 7-8 mm longo, 6-7 mm lato valvis luteis
extuberationibus conico-sphaericis tectis, pedicello subgracili 3-4 mm
pericarpio sublignoso satis tenui; semine 5-6 mm X 4 mm X 2,5 mm
apiculato corrugato caruncula complanata bialata 2 mm lata, ante-retro
Type : Humbert 19591, Madagascar (Holotype P).
Nom spécifique destiné à rappeler le bourg de Ranohira, entre l’Isalo et l’Horombe,
proche de l’unique localité où cet arbrisseau a été trouvé en 1946 par le regretté Pro¬
fesseur H. Humbert.
Arbuste de 2 m environ à ramilles bifurquées grêles écailleuses.
Feuilles supérieures opposées, les autres parfois alternes. Feuilles à sti¬
pules obsolètes, à pétiole de 1 cm environ, grêle, écailleux, à limbe ovale,
elliptique ou lancéolé, acuminé, long de 4 à 5 cm sur 10-12 mm, vert foncé
dessus, écailleux-métallique dessous, avec des points bruns. Cote prin¬
cipale en creux dessus, en relief dessous. Nervures secondaires peu
Source : MNHN, Paris
lïlil
— 503 —
Source : MNHN, Paris
— 504 —
marquées. 10-15 de chaque côté, peu obliques, s’évanouissant vers la
marge, à peine discolores dessus, saillantes dessous. Deux glandes jaunes
en entonnoir à la base de la face dorsale près du pétiole (d = 0,3 mm).
Inflorescence terminale comprenant 1 ou 2 fleurs ? à la base et
10-12 S vers le sommet, longue de 2 cm environ, le plus souvent accom¬
pagnée à sa base de 2 feuilles ordinaires ayant à leur aisselle une jeune
pousse végétative; axe écailleux, sillonné, épais de 1,5 mm.
Fleur <J vue seulement en bouton. Bractée charnue, triangulaire,
écailleuse, longue de 1 mm environ sur 0,7 mm; parfois par 2; pédicelle
court et épais (0,5 mm). Bouton sphérique ou déprimé, écailleux avec
écailles à centre ferrugineux. Sépales (4-)5 valvaires ovales-aigus ou sub¬
triangulaires. Pétales 5, spatulés membraneux fîmbriés sur la marge.
Étamines 10 à filets longs, anthères elliptiques larges.
Fleur S accompagnée d’une large bractée concave tronquée. Pédicelle,
très court, robuste (0,5-1 mm) couvert d’écailles à centre ferrugineux,
de même que les 5 sépales qui sont plus grands que les g (2 mm env.).
triangulaires-aigus, imbriqués, à plusieurs nervures parallèles visibles
en dedans. Disque charnu pentagonal marqué de 5 points bruns à peu près
alterni-sépales. Ovaire sessile, cylindrique-tronqué mais presque sphé¬
rique, couvert d’écailles à point central moins foncé que chez les sépales.
Sommet poilu, styles insérés assez loin de l’apex, plats assez longs étalés
2 fois (3?) bifurqués. Paroi de l’ovaire assez épaisse et charnue; columelle
grêle portant les ovules à son sommet; styles marcescents. Jeunes graines
apiculées à l’extrémité.
Fruit de 7-8 mm sur 6-7, jaunâtre, à pédicelle de 3-4 mm, calice
appliqué sous le fruit, columelle après la chute des graines très grêle
longue de 6-7 mm. Valves couvertes d’excroissances coniques ou sphé¬
riques atteignant 1 mm. Péricarpe assez mince, un peu lignifié. Graines
ovoïdes longues de 5-6 mm sur 2,5, munies d’un petit apicule au sommet,
à rides assez profondes, plus nombreuses sur la face interne; caroncule
jaune large de 2 mm, sur 1 mm, avec 2 ailes carrées du côté externe.
Madagascar : Plateaux et vallées de l’Isalo à l’Ouest de Ranohira, grès et sables
siliceux (lit sablonneux de rivière temporaire). Alt. 900 m. Réc. : 25 nov.-l déc. Hum¬
bert 19591 (6 e voy. 1946-47).
Le C. Ranohirae diffère du C. maevaranensis par ses feuilles plus
franchement opposées vers les sommets de ramilles, plus petites et plus
oblongues, à 10-12 nervures de chaque côté au lieu de 4-5, également plus
ouvertes, par l’absence de fleurs 9 isolées par avortement du sommet de
la grappe. Les différences avec d’autres espèces sont plus nettes et le
tableau fait apparaître quelques-unes des principales.
Groton miarensis J. Leand., sp. nov.
Frutex ramulis divaricatis squamosis ferrugineo-punctatis, foliis apice
ramulorum oppositis, alibi vulgo alternis, petiolis apice flexis lamina
dimidio minoribus glandulis apicalibus fere inconspicuis, lamina ovato-
Source : MNHN, Paris
— 505 —
orbiculari subtus squamoso-argentea ferrugineo-punctata; immaturis et
nonnunquain evolutis latioribus quam longioribus; Costa nervisque utroque
latere 4-6, basi vix trinerviis subtus prominentibus.
Inflorescentia terminalis bisexualis, racemis 2-3 cm longis, axi 1 mm
crasso; flores S apicales, alabastris 2 mm solum visis, fcrrugineis; pedicellis
brevibus (ad 1 mm) bracteis triangulo-acutis; sepala triangulo-acuta 4
(-5?); petala 4 (-5) oblongo-acuta, hyalina flmbriata; stamina 8-10, antheris
subglobosis. Flores 2 basilares 1-2 (alabastris 3 mm solum visis) sepalis
(haud certe) 3, laxe triangulis, valvatis; petalis nullis; disci lobis 5-6 albis,
carnosis, complanatis; ovario globoso squamis paucis magnis ferrugineis
tecto; stylis (in alabastro) albis crassis super apice ovarii complanatis,
pluries divisis.
Type : Bosser 10492. Madagascar (Holotype P).
Nom spécifique choisi pour rappeler la localité unique où cet arbrisseau a été
découvert (sur le fleuve Fihcrenana, à 8 km N E de Tuléar (Sud-Ouest de Madagascar).
Arbrisseau de 1,50 m environ, à ramilles rondes, grêles, peu denses,
divariquées, couvertes d’écailles avec des points ferrugineux. Feuilles
du sommet opposées, les autres ordinairement alternes. Stipules indis¬
tinctes, probablement (cicatrices) très petites et caduques. Pétiole coudé
au sommet, rond, couvert d’écailles, environ moitié de la longueur du
limbe (7-8 mm). Glandes du sommet du pétiole peu visibles. Limbe ovale-
orbiculaire émarginé vert vif dessus, couvert d’écailles avec des points
ferrugineux (plus d’une centaine) dessous, long de 15 mm sur 13 environ
(plus large que long dans le jeune âge, et même plus tard, 13 X 15 mm).
Écailles de 0,5 mm environ, distantes de 1,5 mm sur la marge. Côte et
nervures saillantes en dessous, 4-6 de chaque côté pas nettement trinerves
à la base.
Inflorescence terminale ? accompagnée de 2 jeunes ramifications
à l’aisselle de 2 feuilles opposées; grappe de 2-3 cm à axe de 1 mm de dia¬
mètre à pédicelles courts (moins de 1 mm). Bractée triangulaire aiguë.
Fleurs <J (bouton de 2 mm, ferrugineux) : Sépales triangulaires-aigus
4 (-5?). Pétales oblongs, hyalins, fimbriés 4 (-5?). 8-10 étamines, anthères
globuleuses. Poils du fond de la fleur non vus, probablement pas encore
développés.
Fleurs $ 1-2 à la base; boutons de 3 mm seuls connus; sépales 3 (?)
triangulaires, valvaires. Disque à 5-6 pièces blanches plates, charnues.
Ovaire globuleux, couvert d’écailles (une vingtaine), grandes ferrugi¬
neuses. Styles blancs, charnus, aplatis sur le sommet de l’ovaire, plusieurs
fois divisés.
Boutons au mois de novembre.
Madagascar S.W. : Miary près de Tuléar, bush sur calcaire, nov. 1956, Bosser
10492.
Si l’étude de la fleur $ complètement développée vient à confirmer
l’existence constante de 3 sépales seulement à la fleurs, il sera néces-
Source : MNHN, Paris
— 506 —
saire de constituer pour cette espèce une subdivision taxonomique parti¬
culière dans le genre Crolon.
Ces plantes appartiennent à la série des espèces malgaches à feuilles
non tri- ou 5-nerves et non ordinairement rapprochées par paires (bien que
des feuilles opposées ou sub-opposées existent), à indûment écailleux-
métallique. Ces espèces sont les suivantes :
1. Feuilles atteignant 20 cm; grappes très longues 1 .
2. Limbe argenté uniforme. C. argyrodaphne H. Baill.
2'. Limbe parsemé en dessous de points rouille.
.C. chrysodaphne H. Baill.
1'. Feuilles plus petites.
3. Limbe elliptique-aigu. Pas de points rouille sur la face
dorsale.C. Catatii H. Baill.
3'. Limbe ovale-atténué vers le sommet, orbiculaire ou émarginé.
4. Des nervures nettes. Limbe dépassant nettement 2 cm.
5. Nervures nombreuses. Limbe oblong.
6. 20 paires de nervures et plus; face supérieure du limbe
vert très foncé non luisant .... C. Greveana H. Baill.
6'. 10-15 paires de nervures.
7. Pétiole dépassant 1,5 cm.
8. Limbe à face supérieure luisante; grappe longue,
pétiole court; style à branches robustes.
.C. chlaenacicomes J. Leand.
8’. Limbe à face supérieure terne, grappe courte,
pétiole long, style à branches grêles.
. C. isomonensis J. Leand.
7'. Pétiole atteignant 1 cm; limbe vert foncé dessus;
styles aplatis. C. Ranohirae J. Leand.
5'. Nervures 6-8 paires.
9. Limbe environ 2 fois plus long que large.
10. Pétiole de moins de 1 cm.
11. Grappe à peu près aussi longue que la feuille.
. C. Bojerana H. Baill.
11'. Grappe courte ou glomérule.
12. Grappe courte.C. Elaeagni H. Baill.
12'. Glomérule de 3-4 fleurs
.C. tardeflorens J. Leand.
10'. Pétiole de 10-15 mm. Grappe ou fruits isolés à
pédicelle long.
13. Fruit lisse; pétiole coudé, hérissé de poils
jaunâtres.C. Capuronii J. Leand.
13'. Fruit couvert d’excroissances.
.C. maevaranensis J. Leand.
1. Grappes relativement courtes, feuilles souvent opposées, des points rouille
sur la face dorsale : C. lepidolus, Aug. DC.; C. nobile H. Baill.
Source : MNHN, Paris
— 507 —
9'. Limbe moins allongé.
14. Grappe courte ou glomérule . . C. brevispicala H. Baill.
14'. Grappes ± longues
15. Pétiole dépassant les 2 /3 du limbe.
. C. Hildebrandtii H. Baill.
15. Pétiole plus court (1 /3); limbe large.
. C. boinensis J. Leand.
4'. Nervures ordinairement peu nettes, feuilles très petites (2 cm).
16. Limbe orbiculaire ou dilaté.
17. Grappe aussi longue que les feuilles; pétiole court,
non coudé; limbe non émarginé.
. C. sakamaliensis J. Leand.
17'. Épi deux fois plus long que les feuilles; pétiole
moitié aussi long que le limbe, coudé au sommet;
limbe émarginé. C. miarensis J. Leand.
16'. Limbe oblong.
18. Grappe de 2 à 5 cm, parfois unisexuée, parfois
bifurquée. . . . C. androiensis J. Leand. comb. nov 1 .
18'. Grappe très courte.
19. Ramilles alternes.C. adabolavensis J. Leand.
19'. Ramilles en fausse dichotomie . . C. Geayi J. Leand.
S.-G. EUCROTON Müll. Arg.
Sect. CLEODORA (Klotzsch) Baill. S.-S. MEDEA (Klotzsch) Baill.
Croton Guerelae J. Leand., sp. nov.
Frutex ramulis gracilibus, foliis vulgo oppositis, petiolis gracilibus,
glandulis basi laminae sicut commissuris nervorum pagina inferiore parvis
lamina trinervia, ovata vel ovato-oblonga, acuta, basi subcordata pagina
superiore pilis stellatis paucis ad nervos, inferiore densius pubescente;
racemi foliis breviores, floribus apice 10-12 <$, basi 1-2 §; pedicelliso glabres-
centibus, sepalis triangulis pilis stellatis albis et aliquibus ferrugineis;
petalis majoribus, hyalinis, pilis tenuibus margine dorsoque ornatis; stami-
nibus fere 15 filamentis gracilibus, antheris suborbiculatis; floribus 2
pedicello breviore robustiore, sepalis 5-6 imbricatis, petalis zéro, disco lobato,
ovario pubescente suboblongo, stylis complanatis adpressis stigmatibus
1-vel 2-divisis; calyce sicut columella gracili persistentibus, coccis tenuibus.
Type : Leandri 1790, Mt. Ambohibv, Madagascar (Holotype P).
Nom spécifique donné en l’honneur de M lle Jacqueline Guérel-Saussotte,
miniaturiste et dessinatrice scientifique de talent, auteur de nombreuses illustrations
de plantes malgaches.
Arbrisseau à rameaux peu denses, ramifiés en fausse dichotomie.
Ramilles grêles, cylindriques glabrescentes. Feuilles ordinairement
1. C. Geayi var. androiensis J. Leand., Ann. Mus. Col. Marseille, 5, 7: 35 (1939).
Source : MNHN, Paris
— 508
opposées. Pétiole grêle atteignant 15 mm sur 0,7 mm, canaliculé dessus,
portant des poils étoilés à branches denses. Glandes de la base du limbe
de petite taille; quelques glandes irrégulièrement présentes aux com¬
missures des nervures à la face dorsale du limbe. Limbe trinerve, ovale
ou ovale-oblong, aigu, subcordé à la base, de 5 cm sur 2,5 cm environ;
face supérieure, avec quelques poils étoilés près des nervures; face infé¬
rieure plus claire, plus densément pubescente. Nervures secondaires
5-6 paires, moyennement obliques et légèrement courbes, planes ou légè¬
rement imprimées dessus, saillantes dessous.
Grappes plus courtes que les feuilles, de 1-2 cm, portant quelques
fleurs (J peu nombreuses (10-12) au sommet et 1-2 fleurs $ à la base;
bractées florales triangulaires épaisses de 1 mm. Pédicelle 8 glabrescent,
de 1-1,5 mm sur 0,3. Sépales triangulaires portant des poils étoilés inco¬
lores et quelques-uns ferrugineux, longs de 2-2,5 mm un peu plus petits
que les pétales hyalins, oblongs-obovales, marqués de quelques fines
nervures subparallèles. Étamines une quinzaine, à filets grêles, anthères
presque orbiculaires d’environ 0,7 mm.
Fleur $ à pédicelle plus court et robuste. 5-6 sépales imbriqués, un
peu plus oblongs et un peu plus grands que les <?, disque lobé. 3 loges:
ovaire assez densément pubescent, arrondi et un peu oblong. Styles aplatis
sur le sommet de l’ovaire, élargis; stigmates foncés 1-2 fois divisés.
Fruit peu oblong, calice persistant, ainsi que la columelle grêle de
4-5 mm; de 6 mm environ avant sa chute, surmonté des restes des stig¬
mates.
Madagascar (Centre) : Mont Ambohiby ait. 1600 m forêt basse à feuilles per¬
sistantes. 11-16 nov. 1952, Leandri 1790.
Croton ihosiana J. Leand., sp. noir.
Frutex ramulis gracilibus fusco-rubris, foliis vulgo oppositis. Stipulae
lineari-lanceolatae. Petiolus teres pilis stellatis ad apicem intricatis tectus,
glandulis luteis subcylindricis. Lamina ovato-acuta subacuminata subtus
pallidior, pilis stellatis supra sparsis, subtus confertis intricatis. Nervi
nihilo minus subtus magis conspicui basi 5, intermediis 2 oblique ascen-
dentibus; nervis tertiariis subparallelis, glandulis marginalibus, raro dorsa-
libus, minimis. Racemi floribus apicalibus, 9 inferioribus, parum confertis.
Flos (J pcdicello gracili, calyce sepalis disparibus, aliis (3 ?) orbiculatis,
petalis nullis vel numéro variis : stamina 15 (-18). Flos 9 pedicello brevi,
sepalis oblongis, petalis nullis, disco lobis arcuatis planis 5 connatis; ovario
subsphaerico, stylis 3 subrubris apice ovatii complanatis, ramis dilatatis
quater bifurcatis. Fructus ovoideus valvis caducis, calyce persistente,
columella gracili. Semina 5 mm longa, 4 mm lata, testa subflava punctibus
lineisque brevibus fuscis ornata, caruncula figuram oo transversim osten-
Type : Bosser 18722 (fr.). Madagascar, environs d’Ihosy, vestige
de végétation forestière sur rocailles, décembre 1963 (Holotype P).
Source : MNHN, Paris
— 509 —
Échantillon à fleurs 3 et 2 : Decary 15893. Ihosy, gneiss au bord
d’un torrent, 20 octobre 1940.
Nom spécifique rappelant la seule localité près de laquelle cet arbrisseau a été
trouvé par R. Decary, puis par J. Bosser.
Arbrisseau (Bosser 18722) à ramilles grêles (diam. 2-3 mm, entre¬
nœuds 2-3 cm), brun rougeâtre, à feuilles ordinairement opposées.
Stipules linéaires-lancéolées assez grandes, caduques, portant des poils
étoilés, laissant une cicatrice. Pétiole rond, long de 1 cm sur 1 mm, couvert
de poils étoilés formant au sommet un feutrage. Glandes du sommet
du pétiole jaunes, presque cylindriques petites (moins de 0,5 mm de long
sur 0,1-0,2 de large. Petites glandes marginales et dorsales sur le limbe.
Limbe ovale-aigu, subacuminé, de 7-8 cm sur 3,5-4 cm, vert dessus, vert
pâle terne grisâtre dessous. Poils étoilés espacés dessus à longues bran¬
ches peu nombreuses, denses dessous, nervures néanmoins mieux visibles
dessous. Cinq nervures partant du sommet du pétiole, les 2 externes assez
ouvertes, les 2 intermédiaires obliques-ascendantes. Autres nervures
secondaires 2-3 paires, obliques, et nervures tertiaires subparallèles peu
espacées.
Grappes bisexuées, 3 au sommet, $ à la base, peu denses, terminales
ou paraissant axillaires par non-développement d’un des 2 rameaux
axillaires latéraux.
Fleurs 3 (Decary 15893). Pédicelle grêle de 3-4 mm sur 0,5 mm,
portant des poils étoilés. Calice portant des poils étoilés, à sépales de 2-3
mm. inégaux, 3 orbiculaires concaves à marge hyaline; pétales manquant
ou en nombre variable, hyalins, oblongs-spatulés, étamines 15; filets
longs et grêles; anthères courbées en arc, longues de 0,7-0,8 mm.
Fleur 2 : pédicelle court, 1 mm sur 0,5; 1 bractée axillaire courte,
triangulaire; sépales oblongs de 2-3 mm sur 1, portant des poils étoilés
(ainsi que le pédicelle et l’ovaire); disque de 5 pièces plates concaves
soudées, pas de pétales; ovaire sphéroïdal, de 2-3 mm; styles 3 rougeâtres
aplatis sur le sommet de l’ovaire, à branches élargies, 4 fois ramifiées
(certaines branches pouvant manquer, les dernières courtes).
Fruit : (Bosser 18722) ovale haut de 7-8 mm, large de 6-7 mm. Valves
tombant en laissant le calice persistant à sépales longs de 5-6 mm et
une columelle grêle de 6 mm sur 0,3 mm. Graines paraissant atteindre
5 mm sur 4; testa jaunâtre orné de points noirâtres; caroncule blanche en
forme de co, assez plate large de 2 mm sur 0,8-1 mm.
Le C. Guerelae est un Crolon sans pétales à la fleur 2; malgré la pré¬
sence fréquente d’un 6 e sépale à cette fleur, il doit se ranger, comme
certaines espèces malgaches voisines, dans le sous-genre Eucroton Müll.
Arg.; et, en raison de l’absence d’intervalle stérile entre les fleurs 3 du
sommet et les fleurs 2 de la base de la grappe ainsi que des sépales 2 non
rédupliqués, dans la section Cleodora (Klotzsch) Baill. L’absence de poils
écailleux métalliques le classe dans la sous-section Medea (Klotzsch)
Source : MNHN, Paris
— 510 —
Baill., qui comprend plusieurs centaines d’espèces distribuées dans les
régions tropicales et subtropicales des deux mondes, y compris l’Aus¬
tralie et les îles du Pacifique.
Dans cette sous-section, le C. Guerelae et le C. ihosiana , caractérisé
par ses nervures basilaires intermédiaires droites et fortes, se rangent
parmi les espèces à limbe non denté et à feuilles presque toutes opposées
à limbe foliaire trinerve, environ deux fois plus long que large. On trouve
à Madagascar 7 espèces de ce groupe :
1. Limbe non atténué dans les deux tiers supérieurs.
2. Limbe peu aigu, subcordé, pubescent, de 10 cm sur 5; grappes
de 4 cm environ, uni ou bi-sexuées.
.1. C. moraharivensis J. Leand.
2'. Limbe ovale-aigu ou obovale subacuminé. (Nervures basi¬
laires à peine trinreves : Voir C. farinosum du groupe à
feuilles non trinerves souvent opposées.)
3. Limbe de 5-10 cm sur 2-5 cm.
4. Nervures intermédiaires de la base du limbe non très
5. Limbe de 8 cm sur 4 en moyenne, obovale-subacuminé;
styles filiformes. Pétiole de 2 cm et plus. Limbe
très peu poilu. 2. C. Tulasnei H. Baill.
5'. Limbe de 6 cm sur 2,5 environ, ovale-aigu. Styles
élargis, aplatis sur le sommet de l’ovaire. Pétiole
de 1 cm. Limbe poilu.3. C. Guerelae J. Leand
4'. Nervures intermédiaires de la base du limbe très obliques
(feuilles de Grewia) .4 . C. ihosyana J. Leand.
3'. Limbe de 2 cm sur 1,2 environ. Sépales accresccnts. Styles
en larges lames lobées.5 . C. Bastardii J. Leand.
1'. Limbe longuement atténué dans les 2/3 supérieurs.
6. Limbe glabrescent. Styles filiformes divisés jusqu’à la base
(1 fois). Ovaire à poils étoilés ... 6. C. subaemulans H. Baill.
6'. Limbe pubescent. Styles 2-3 fois divisés dans la partie supé¬
rieure. Ovaire à poils simples à l’œil nu. . 7. C. Denisii J. Leand.
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (4) 1969.
OBSERVATIONS SUR
LE O REVE A MAD A GASCARIENSIS Bâillon
par René Capuron
C.T.F.T.-Tananarive. B. P. 904 - Madagascar
Résumé : La famille des Escalloniacées, telle que l’a définie Hutchinson, compte
trois genres à Madagascar : Brexia Thou., Kaliphora Hook. f. et Grevea Baill. ; l’auteur
donne une clé permettant de séparer ces genres. Il examine ensuite divers caractères
du Grevea madagascariensis Baill. (inflorescences, fleurs femelles, placentation, déve¬
loppement des graines, fruit).
Summary : The author gives a key of the threc généra ( Brexia Thou., Kaliphora
Hook. f. and Grevea Baill.) présent in Madagascar and pertaining to EscaHoniacere
as defined by Hutchinson. He gives some details concerning Grevea madagasca¬
riensis Baill. (inflorescences, female flowers, placentation, development of the sccds,
fruit).
Si aux Escalloniacées on donne les limites définies par Hutchinson
et si on y accepte le transfert des Kaliphora , c’est à trois que s’élève le
nombre des genres de cette famille présents à Madagascar. Ils peuvent
aisément se séparer de la manière suivante :
1. Feuilles alternes :
2. Fleurs hermaphrodites. Corolle à préfloraison tordue.Ovaire
supère. Brexia
2'. Fleurs unisexuées-dioïques. Corolle (nulle dans les fleurs
femelles) à pré floraison valvaire. Ovaire semi-infère . . Kaliphora
1'. Feuilles opposées. Fleurs unisexuées-dioïques. Corolle à pré¬
floraison imbriquée. Ovaire infère. Grevea
L’aire du genre Brexia Thou. s’étend sur Madagascar, les Comores
(Anjouan et Mohéli), les Seychelles et l’Afrique orientale. On en a décrit
9 espèces qui, selon nous, doivent se réduire à une ou peut-être deux.
Ce sont, à Madagascar des plantes de la Région orientale (Est, Centre et
Sambirano) débordant un peu sur les limites du Domaine de l’Ouest.
Le genre Kaliphora Hook. f. n’est représenté que par une seule
espèce, malgache, occupant le Domaine du Centre.
Le genre Grevea Baill. enfin groupe 2 (— 3?) espèces ; son aire
s’étend sur Madagascar (Domaine de l’Ouest) et l’Afrique orientale.
Milne-redhead l’a placé, avec le genre Monlinia Thunb. (Afrique méri-
Source : MNHN, Paris
512 —
dionale), dans la famille des Montiniacées, famille non acceptée par
Hutchinson, et en a donné une étude détaillée.
Nous donnerons ici quelques détails concernant le Greuea madagas-
cariensis Baill. complétant les descriptions de Bâillon et de Milne-
Redhead.
Le Grevea madagascariensis est un arbrisseau ou un petit arbuste
ne dépassant pas en général 2-3 m de hauteur. Les feuilles, toujours
opposées, sont caduques et contiennent dans leurs tissus une substance
qui leur donne une saveur brûlante et qui pique au nez quand on l’inhale
(le récolteur du 19380 SF indique que « les feuilles froissées dégagent
une odeur pouvant évanouir les abeilles »; un autre récolteur (5373 SF)
indique que les mêmes feuilles sont « mises dans les narines contre le
rhume »; un autre enfin (57 R 247) qu’elles sont utilisées pour « apaiser
les maux de tête ».
Toute la plante est glabre à l’exception de l’extrême base des pétioles
qui est munie de poils formant une sorte de touffe ligulaire. Dans les
pieds femelles les bases des pétioles de la paire supérieure de feuilles
sont réunies l’une à l’autre par une ligne interpétiolaire légèrement saillante
qui forme une sorte de cupule peu profonde dans laquelle s’insère le pédon¬
cule de la fleur femelle.
Les fleurs, toujours unisexuées-dioïques, sont 3-4 (-5)-mères.
Les inflorescences mâles, en cymes longuement pédonculées, dres¬
sées, sont toujours axillaires; elles sont soit insérées isolément à l’aisselle
des feuilles développées, soit insérées de part et d’autre du bourgeon
terminal de rameaux latéraux très courts et dépourvus de feuilles; les
bractées qui sont à la base des pédicelles floraux sont petites et souvent
en partie avortées.
Les fleurs femelles sont toujours terminales et isolées; la base de
l’ovaire s’atténue en pédicelle qui s’accroît durant la formation du fruit;
il en est de même pour le haut de l’ovaire qui est atténué en forme de col.
La partie libre du réceptacle surmontant l’ovaire est bordée, dans le
bouton, par 3-4 lobes bien marqués, imbriqués; ces lobes s’atténuent
beaucoup durant la floraison. Le disque, en forme d’anneau cylindrique
tapisse la face interne du tube calicinal jusqu’au niveau d’insertion des
pétales et des staminodes. L’ovaire est constitué de deux carpelles qui
contiennent chacun 4-12 ovules; il est tantôt à deux loges complètes,
les ovules s’insérant alors en deux séries sur la cloison interloculaire
(p. ex. dans 26124 SF), tantôt uni-loculaire, les ovules s’insérant alors
de part et d’autre de deux placentas pariétaux qui se rejoignent au centre
de l’ovaire mais sans se souder (p. ex. dans 18468 SF); on observe donc
ici les mêmes variations que dans l’ovaire des Brexia. Le style présente
également des variations dignes d’être signalées. Dans la plupart des cas
il est simple et est coiffé par un gros stigmate nettement bilobé, chaque
lobe étant lui-même bilobulé; d’autres fois (p. ex. 18862 SF) le style
est brièvement divisé au sommet en deux branches coilTées chacune
d’un stigmate bilobulé; sur l’échantillon 18468 SF enfin, le style est
Source : MNHN, Paris
— 513 —
complètement divisé jusqu’à sa base en deux branches; dans ce dernier
cas les stigmates se prolongent longuement, sur la face interne des styles,
par une zone papilleuse qui va en se rétrécissant vers le bas.
Les ovules sont pendants et s’insèrent sur les placentas par un
gros et court funicule; au-dessus du funicule leur partie micropylaire
s’atténue en pointe recourbée vers le placenta; les ovules ont ainsi une
forme qui rappelle celle d’une cornue à col ouvert. Au cours de la trans¬
formation de l’ovaire en fruit les placentas s’accroissent considérablement
et donnent naissance à une masse charnue qui remplit totalement l'ovaire;
il y a donc ainsi formation de deux masses placentaires (dans le cas d’un
ovule biloculaire) ou d’une seule masse profondément divisée en deux par
les cloisons incomplètes (dans le cas des ovaires uniloculaires); ces masses
placentaires ne sont pas sans rappeler celles que l’on observe dans cer¬
taines Rubiacées (Tarenna div. sp. p. ex.); l'enrobage des ovules devient
total et, pour observer ces dernier^ il est nécessaire de déchirer les tissus
placentaires.
Lorsque le jeune fruit a atteint les deux tiers environ de ses dimen¬
sions définitives et que les graines sont arrivées à un stade de développe¬
ment avancé, on peut (en procédant très délicatement, car le tégument
séminal est extrêmement fragile), isoler les graines de la masse placen¬
taire; on peut constater alors que, en dehors des dimensions et de déplace¬
ments par rapport à la position primitive de l’ovule, elles ont conservé
à peu près la même forme que les ovules primitifs, c’est-à-dire celle d’une
cornue : « ventre » renflé, plus ou moins elliptique, atténué vers le haut
du « col » cylindro-conique recourbé; le hile se trouve un peu au-dessous
du sommet du col; à l’intérieur du tégument, et pratiquement libre
d’adhérence avec lui, se trouve le nucelle (dans lequel l’embryon est déjà
bien visible) occupant le « ventre » de la cornue; dans sa partie micro¬
pylaire le nucelle est muni d’un énorme suçoir (presque aussi long que lui)
en forme d’ergot qui occupe toute la longueur du « col » de la cornue;
la base du suçoir est un peu dilatée et séparée du nucelle par une fine
constriction; les tissus qui le constituent sont d’une teinte plus claire que
celle du nucelle. Dans sa partie chalazique celui-ci est également muni
d’un autre suçoir mais beaucoup plus réduit que le précédent.
A maturité le fruit, couronné des restes du calice, du disque et du
style, tombe au sol; le péricarpe, de souple et coriace qu’il était, devient
sec et fragile et prend une consistance un peu crustacée. Les placentas,
en se desséchant, se contractent plus ou moins et entraînent souvent la
rupture sur ses bords de la cloison interloculaire; finalement il ne reste
dans le fruit qu’une seule cavité et les graines plus ou moins agglomérées
entre elles par les restes des placentas.
Les graines, plus ou moins globuleuses ou ovoïdes, sont munies à
leur sommet du suçoir persistant et plus ou moins fortement courbé en
crochet (je n’ai pu voir les restes du suçoir chalazique); le tégument
séminal, brun-rouge, est constitué d’une seule assise de cellules poly¬
gonales à parois minces; l’albumen, qui constitue la masse principale
de la graine, est de consistance cornée; il abrite un embryon, un peu moins
Source : MNHN, Paris
— 514 —
long que lui, constitué de deux cotylédons minces et foliacés légèrement
cordés à la base, et d’une radicule cylindrique; l’axe de la radicule est
parfois oblique par rapport à la nervure médiane des cotylédons. Les
graines sont libérées par la destruction du péricarpe sous l’action de la
pourriture ou, assez souvent semble-t-il, par des insectes qui consomment
le péricarpe et les restes du placenta.
A Madagascar, l’aire du genre Grevea couvre presque tout le Domaine
de l’Ouest, depuis Vohémar jusqu’à Morondava; ses représentants sont
parfois très communs dans les sous-bois de certaines forêts (p. ex. forêts
sur basaltes du pourtour de la Montagne d’Ambre et du plateau de l’An-
karana). Outre les différences déjà notées concernant le style, on peut
observer également des variations concernant l’ovaire et le fruit; ces
organes peuvent être lisses ou au contraire parcourus par des carènes
longitudinales. Nous ne possédons p^ assez d’échantillons pour décider
de la valeur taxonomique à attribuer à ces différences.
Source : MNHN, Paris
Adansonia,
p. 2, 9 (4) 1969.
PHYLLOBOTRYAE (FLACOURTIACEAE)
D’AFRIQUE CENTRALE;
VARIATIONS MORPHOLOGIQUES
ET BIOLOGIQUES,
CONSÉQUENCES TAXONOMIQUES
par R. Letouzey, N. Halle et G. Cusset 1
Résumé : Diverses observations sur le terrain et sur échantillons d’herbier mettent
en évidence des variations continues de la position des glomérules épiphylles chez le
Phyllobotryum spalhulatum Mucll. Arg. de la Nigeria, du Cameroun et du Gabon,
ce qui permet de regrouper sous cette dénomination des plantes conspécifiques décrites
sous les noms de P. Soyauxianum Bail!., P. Zenkeri Gilg., et de * P. basiflorum » Gilg;
en particulier est mentionnée l’existence d'individus à inflorescence distale et d'indi¬
vidus à glomérules pseudo-hypophylles; de nouvelles observations, voire des expéri¬
mentations, restent désirables pour approfondir ces problèmes biologiques. En dehors
de cette première espèce est seule reconnue la validité de P. Lebrunii Staner au Kivu.
A l'intérieur du genre Phylloclinium Baill., les 2 espèces décrites P. paradoxum Baill.
( = P. breoipeliolalum Germain) du Bas-Congo au Katanga et P. bractealum Lecomte
du Gabon) sont très provisoirement maintenues distinctes et les problèmes soulevés
par le rapprochement des genres Phyllobotryum Mucll. Arg. et Phylloclinium Baill.
sont évoqués. Le dernier genre Mocquerysia Hua du Bas-Congo est considéré comme
monospéciflque (M. mulli/lora Hua), la position des fleurs de M. epipetiola De Wild.
n'étant pas, elle non plus, absolue et suffisante pour distinguer 2 espèces.
Summary : Several observations in the flcld and on herbarium specimens reveal
continuous variations as to the position of epiphyllous glomérules in Phyllobotryum
spalhulalum Muell. Arg., from Nigeria, Cameroun, and Gabon. This cvidence provides
a valuable argument for uniting several plants, hitherto considcred as belonging to
different taxa, under this name (P. Soyauxianum Baill., P. Zenkeri Gilg, « P. basi/lo-
runt » Gilg). The existence of individuals with distal inflorescence, of individuals
with pseudohypophyllous glomérules is sifted; new observations, and even expe¬
rimental studies, are désirable in order to elucidate these biological problems. Besides
this first species, only P. Lebrunii Staner, from the Kivu, lias been rccognized as
laxonomically distinct. Within the genus Phylloclinium Baill., the distinction bet-
ween the two known species (P. paradoxum Baill. (= P. breoipeliolatum Germain),
from Lower Congo to the Katanga, and P. bractealum Lecomte, from Gabon), lias
been tentatively maintained; the problems involved in possibly uniting the general
Phyllobotryum Mucll. Arg. and Phylloclinium Baill. are discussed. The last genus,
Mocquerysia Hua, from Lower Congo, is considered a monospecific one, its only species
being M. mulli/lora Hua, since the position of the flowers in M. epipetiola De Wild.
does not prove to be of sufficient taxonomie value for distinguishing a second species.
1. R.L. et N.H. : Laboratoire de Phanérogamie du Muséum national d’Histoire
naturelle, 16, rue Buffon, 75-Paris (5 e ).
G.C. : Laboratoire de Botanique tropicale, Institut de Biologie et Physiologie
végétales, 4, cité Cardinal Lemoine, 75-Paris (5 e ).
Source : MNHN, Paris
— 516 —
PRINCIPALES PARTICULARITÉS MORPHOLOGIQUES
ET ÉCOLOGIQUES DES PHYLLOBOTRYÉES
Les Phyllobotryées forment une entité qui fut placée autrefois parmi
les Euphorbiacées, les Bixacées, les Violacées, les Samydacées, les Saxi-
fragacées, les Cunoniacées, ou au voisinage de ces familles. O. Wabburg
en 1894 (Nat. Pflanzenfam. 6a : 37) rangea cette unité taxonomique
parmi les Flacourtiacées et cette opinion paraît adoptée depuis lors;
J. Hutchinson (Gen. Flovv. PI. 2 : 211, 1967), au sein des Flacourtiacées,
intègre cette tribu aux Scolopiées, ce qui reste très discutable, au lieu
de lui conserver son autonomie; l’hétérogénéité actuelle de la famille des
Flacourtiacées peut aussi laisser planer un doute sur la destinée future
de la tribu en cause. Quoi qu’il advienne, les composants eux-mêmes de
cette tribu posent un certain nombre de problèmes d’ordre taxonomique
et le but du présent article est d’apporter des éléments d’appréciation
quant à la valeur des taxons utilisés jusqu’à ce jour, à l’intérieur de la
tribu des Phyllobotryées. Les notes ci-après ne constituent que la pre¬
mière ébauche d’un travail d’observations à conduire sur le terrain même,
si l’on veut mettre au point une nomenclature plus valable.
Ces Phyllobotryées, représentées par 3 genres semble-t-il, groupent
des arbustes, de petite taille, ne dépassant guère 6 mètres de hauteur,
en règle générale monocaules, avec panache terminal de feuilles, l'axe
végétatif, toujours vertical, étant exceptionnellement ramifié. La seconde
caractéristique importante est 1 ’épiphyllie des inflorescences de toutes les
espèces; J. B. Payer (Traité organogénie comp. fleur : 429 et tab. 109,
1890), à propos de YHelwingia japonica (Thunb.) F. G. Dietrich (= IJ.
rusciflora Willd., Cornacées) précise que « l’inflorescence ne naît pas
sur la feuille, mais est soudée congénitalement à elle dès l’origine ». Celte
opinion fut violemment attaquée par C. De Candolle (Infl. épiphylles.
Ann. Sc. Phys. Nat., Genève 24 : 425; 1890) pour les Helwingia, mais aussi
pour le Phyllobolryum spalhulalum Muell. Arg. et le P. Soyauxianum
Baill. à propos duquel H. Bâillon (Bull. mens. Soc. Linn. Paris 1 : 288;
1881) avait suivi l’interprétation de J. B. Payer. Pour C. De Candolle
il s’agit d’une véritable épiphyllie, les fleurs naissant réellement sur le
limbe.
Par la suite, J. Velenovskÿ (Vergleich. Morph. Pflanz. : 608; 1907)
qualifiera l’opinion de G. De Candolle de « allerdings absolut unrichtig »;
K. Goebel (Organ. Pflanz. : 1450; 1922), comme C. Troll (Vergleich.
Morph. Pflanz. : 530; 1937) adopteront l’opinion de J. B. Payer. Il nous
semble, effectivement, qu’il s’agit bien d’un phénomène de recaulescence
le long du phyllopodium 1 . Les fleurs, solitaires ou en cymes gloméru-
liformes, peuvent se développer au niveau du pétiole ou du limbe, et de
la base au sommet de celui-ci; elles sont toujours insérées sur la face supé¬
rieure (ou ventrale, ou adaxiale) de la feuille (PI. 1).
1. « Phyllopodium » désigne, en morphologie foliaire, l'ensemble côte médiane
du limbe et pétiole.
Source : MNHN, Paris
517 —
Non moins originale est la répartition géographique et écologique
de ces Phyllobotryées connues actuellement uniquement en Afrique
centrale 1 . Elles se localisent dans les sous-bois des forêts denses climati¬
quement humides qui entourent la baie de Biafra et jusqu’à l’embouchure
du Congo, au long de la côte atlantique; de là leur aire suit encore curieuse¬
ment le pourtour méridional de la cuvette forestière congolaise, puis le
pourtour oriental, évitant la cuvette elle-même ce qui, au point de vue
paléobotanique, peut avoir une signification intéressante. Elles se ren¬
contrent ainsi en Nigeria (Oban), au Cameroun (Kumba, Yabassi, Edéa,
Kribi, Campo), au Rio Muni (vraisemblablement), au Gabon (monts de
Cristal, Libreville, basse Ngounié), au Congo-Brazzaville (Mayombe,
Sibiti, Mayama), au Cabinda, au Congo-Kinshasa (Mayombe, Bas Congo,
Kasai — avec incursion en Angola (Portugalia), Sankuru, Bas et Haut
Katanga, Maniema, Kivu) (voir carte in fine).
APPARITION DES DIFFÉRENTS TAXONS SPÉCIFIQUES
CONCERNANT LE GENRE PHYLLOBOTRYUM Muell. Arg.
Une étude historique des conceptions spécifiques à l’intérieur du
genre Phyllobotryum Muell. Arg., au fur et à mesure des découvertes,
paraît indispensable pour comprendre les positions nouvelles que l’on
peut adopter à la faveur de plus récentes observations.
Ce premier genre et la première espèce furent décrits en 1864 par
J. Müller (Flora 47 : 534), d’après l’échantillon Mann 1737 recueilli
en 1862 dans les monts de Cristal au Gabon. Dénommée à l’origine
Phyllobolryion spalhulatum Muell. Arg., cette espèce devint en 1866, sous
la plume même de J. Müller (in DC., Prodr. 15,2 : 1231) : Phyllobotryum
spalhutalum Muell. Arg., orthographe aussi valable qui paraît devoir être
conservée.
En 1881, H. Bâillon (Bull. Mens. Soc. Linn. Paris 1 : 287) décrit
une seconde espèce : Phyllobotryum Soyauxianum Baill., d’après l’échan¬
tillon Soyaux 32 récolté en 1879 à Sibange farm près de Libreville au
Gabon. Cette espèce diffère manifestement de la première —- quant aux
échantillons d’herbier et pour H. Bâillon — par ses « feuilles subspa-
tulées »; en réalité ces feuilles se montrent beaucoup plus spatulées que
celles de l’échantillon de Mann!. H. Bâillon parle également de la
« texture moins coriace » que celle de l’espèce-type; or l’isotype Soyaux 32
de l’herbier de Paris, vu par H. Bâillon, présente un limbe manifestement
plus coriace que celui de l’isotype Mann 1737 du même herbier; par contre
l’holotype Mann 1737 de l’herbier de Kew possède des limbes très nette¬
ment coriaces. On doit faire justice à H. Bâillon d’avoir cherché à diffé-
1. L. Embergf.r (in M. Chadefaud et L. Emberger, Traité Bot. Syst., 2-Vég.
Vase. 2 : 1217; 1960) mentionne la présence du genre Phyllobotryum Muell. Arg. en
Afrique équatoriale occidentale et en Argentine. Nous n’avons pu trouver aucune
référence de l’existence de ce genre en Amérique du Sud et l’indication nous parait
erronnée.
Source : MNHN, Paris
— 518 —
rencier deux espèces, même si sa plume n’a pas traduit exactement la
valeur de ses observations, car il ajoute une autre observation, plus
fondée et s’appuyant sur un caractère en apparence plus important,
cette fois correctement exprimé : glomérules vers la base du limbe pour
P. spalhulalum Muell. Arg. et atteignant le tiers ou la moitié de la hauteur
du limbe pour P. Soyauxianum Baill.
La même année, D. Oliver (in Hooker’s le. Plant. 14 : 1353)
refuse la distinction de H. Bâillon mais cette opinion n’est admise qu’avec
réserve par O. Warburg en 1894 (in A. Engler und K. Prantl : Pflanzen-
fam. 3,6 a : 38) « ... ist wahrschleinlich identisch... ». Th. Durand et
H. Schinz. (Consp. Flor. Afric. 1,2 : 226; 1898) adoptent la position de
O. Warburg, tout en mentionnant par erreur l’existence de P. spalhu-
lalum Muell. Arg. au Cameroun où cette espèce n’est pas encore signalée
et alors que l’éphémère Neu-Kamerun de 1913-14 n’existe pas encore.
En 1908, E. Gilg (Bot. Jahrb. 40 : 500) confond P. spalhulalum
Muell. Arg. et P. Soyauxianum Baill., tout en notant que le dessin paru
dans les le. Plant, place les glomérules trop haut au long de la nervure
médiane, car elles atteignent ici les deux-tiers de la hauteur du limbe;
cette illustration fut reproduite ultérieurement par A. Engler
(Pllanzenw. Afr. 3,2 : 583; 1921), par E. Gilg (Nat. Pflanzenfam. 21 :
431; 1925), puis par L. Emberger (Vég. Vase. 2 : 1216; 1960). Fort de
cette constatation mais sans en donner d’explication, bien qu’ayant
certainement accès aux isotypes Soyaux 32 de l’herbier de Berlin, E. Gilg
crée une troisième espèpe, Phyllobolryum Zenkeri Gilg, basée sur les échan¬
tillons camerounais Zenker 1744, Zenker 3245, Dinklage 1330 et Slaudl
865, dont les glomérules dépassent largement les deux-tiers de la hauteur
du limbe. Il note que les glomérules supérieurs sont plus resserrés que
les glomérules inférieurs au long de l’axe, mais cette constatation est aussi
valable pour l’échantillon Soyaux 32 de P. Soyauxianum Baill.
En 1913. d’après l’échantillon Talbol 2, A. Rendle et E. Baker
signalent (Cat. Talbot’s Nigérian PI. : 121) la présence de P. spalhulalum
Muell. Arg. en Nigeria (Oban) mais, en 1927, T. Chipp (in J. Hutch. et
J. Dalz., Fl. West Trop. Afr., ed. 1,1 : 163) mentionne dans la même
région la présence de P. Soyauxianum Baill. et donne pour synonymes
P. Zenkeri Gilg et P. spalhulalum « Bak. f. non Muell. Arg. », tout en
fondant leurs observations sur les échantillons Slaudl 685 (P. Zenkeri
Gilg) et Talbol 24 et 26, sans citer par ailleurs le numéro 2 de ce même
collecteur ; or, dans le catalogue de Talbot, le n° 24 est mentionné (p. 122)
comme étant Cola marsupium K. Schum. et le n° 26 (p. 132) comme étant
Pavella hispida Hiern! L’illustration accompagnant cette mention de
P. Soyauxianum Baill. en Nigeria diffère fort peu de l’illustration de
D. Oliver quant à la position des glomérules, et a été reprise en 1954
par R. Keay, dans la seconde édition de la Flora of West Tropical Africa
(ed. 2,1 : 190) où se trouvent toujours cités (p. 191) les échantillons
Talbol 24 et 26 et où manque toujours l’échantillon Talbol 2.
Actuellement on trouve cependant :
1) —■ dans l’herbier de Kew : 1 part cotée Talbol 2a; 1 part Talbol
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— &20 —
s. n°; 1 part cotée Talbot 36 (numéro non mentionné dans le Catalogue
de Talbot).
2) — dans l’herbier du British Muséum : 3 parts cotées Talbot 2;
1 part cotée Talbol 2 p; 2 parts Talbol s. n 08 ; 1 part cotée Talbol 36 avec
un sachet qui aurait contenu des fleurs d 'Alsodeia obanensis Bak. f. ( =
Allexis obanensis (Bak. f.) Melchior); 1 part cotée Talbot 1331 (= Baphia
spalhacea Hook. f. d’après le Catalogue de Talbot). Quelle que soit la
numérotation exacte originelle de ces diverses parts, il est difficile de ne pas
faire un étroit rapprochement entre elles.
Non moins curieuse est la situation du genre Phyllobolryum Muell.
Arg. au Gabon. F. Pellegrin (Mém. Soc. Bot. France 1952 : 107), en
s’appuyant sur des caractères foliaires, admet la distinction de P. Zen-
keri Gilg et de P. Soyauxianum Baill.. donnant pour synonyme de celui-ci
P. spalhulalum « Bak. f. non Muell. Arg. » mais il mentionne ici l’échan¬
tillon de .Mann 1737 qui est précisément le type de P. spalhylatum Muell.
Arg.!
Entre temps, en 1121, A. Kngler (Pfianzcnw. Afr. 3,2 : 584) cite
P. breoiflorum Gilg récolté dans la région de Kribi au Cameroun; en
réalité il s’agit de P. basiflorum Gilg qui apparaît sous forme d’un nomen
nudum en 1922 dans l’ouvrage de J. Mildbraed (Wiss. Ergebn. Zweite
Deutsche Zentral-Afrika Exped. 1910-11, 2 : 97). L’isotype Milbraed
6006 de l’herbier de Hambourg (Fenda, 58 km Est de Kribi) ne laisse
planer aucun doute sur la dénomination exacte, mais non validée, de
« basiflorum », les glomérules de cet échantillon se trouvant effectivement
à la base du limbe, et sur le haut du pétiole; cette espèce est à nouveau
mentionnée par E. Gilg en 1925 (Nat. Pflanzenfam. 21 : 431) sous son
véritable nom de P. basiflorum Gilg, et cet auteur distingue alors 3 espèces :
P. spalhulalum Muell. Arg., P. Zenkeri Gilg et P. basiflorum Gilg.
Une nouvelle espèce, Phyllobolryum Lebrunii Staner, fait son appa¬
rition en 1937 (P. Staner, Ann. Soc. Sc. Brux., ser. 2, Sc. Nat. et Méd.,
57 : 27, tab. p. 28), est conservée en 1968 par P. Bamps (Fl. du Congo,
du Rwanda et du Burundi, Flacourtiacées 1 : 43) et, cantonnée à la pro¬
vince du Kivu au Congo-Kinshasa. Bien différenciée de tous les taxons
précédents par ses caractères foliaires, elle n’a pas fait l’objet de critiques
jusqu’à ce jour, si ce n’est pour souligner (P. Staner, loc. cit. : 30) ses
affinités éventuelles avec le genre Phylloclinium Baill. dont il sera question
ci-après.
OBSERVATIONS RÉCENTES IN SITU CONCERNANT LA POSITION
DES GLOMÉRULES CHEZ PHYLLOBOTRYUM SPATHULATUM
Muell. Arg.
Si l’on fait abstraction de la dernière espèce mentionnée ci-dessus
(P. Lebrunii Staner), et pour en revenir aux 4 taxons mentionnés anté¬
rieurement (P. spalhulalum Muell. Arg., P. Soyauxianum Baill., P. Zenkeri
Gilg, P. basiflorum Gilg), quelle valeur peut-on attribuer à chacun d’eux?
Source : MNHN, Paris
— 521 —
En se basant sur le seul matériel des herbiers cité et malgré toutes les
contradictions et erreurs volontairement relevées ci-dessus, longueur,
forme et denture des feuilles ainsi que position des glomérules pourraient
permettre la différenciation d’au moins 4 taxons. La réalité devient tout
autre lorsqu’elle est constatée sur le terrain et pour nous, à présent,
il n’y a plus 4 espèces, mais une seule : P. spalhulalum Muell. Arg., les
3 autres termes devant être considérés comme des synonymes.
Les récoltes récentes, typiquement représentées en herbier (P)
par l’échantillon gabonais Hallé et Villiers 4507 par exemple, montrent que
l'échantillon Mann 1737 correspond à des feuilles de type juvénile d’extré¬
mité de tige (ce qui était d’ailleurs déjà parfaitement visible sur l’isotype
») ^ long de chaque feuille, depuis la base jusqu’au som-
e de feuillage, on obtient les schémas de la figure 2.
Source : MNHN, Paris
522
Il est évidemment dillicile d’interpréter ex abrupto dans le détail
les mesures ainsi relevées, mais il semble que l’éloignement du glomérule
distal suive l’accroissement de l’âge de l’individu d’une part et corres¬
ponde d’autre part au rythme de développement temporaire de nouvelles
feuilles juvéniles, obéissant à un rythme de croissance par « flushes ».
On peut déjà noter pour l’individu A, les différences entre la feuille 1
(glomérule à 10 mm) et la feuille 17 (glomérule à 30 mm, située sur la
base du limbe), de même pour l’individu G (feuille 1 : 22 mm, feuille 16 :
130 mm). Ultérieurement les feuilles inférieures disparaissent, les feuilles
moyennes s’allongent, par la base essentiellement, ce qui est confirmé
par la nervation, et le glomérule terminal est entraîné — cas par exemple
de la feuille 3 de l’individu B, alors que des feuilles juvéniles se retrouvent
au-dessus. Des phénomènes analogues mais ici plus enchevêtrés et plus
complexes se constatent pour l’individu D.
On voit immédiatement la direction des nouvelles recherches à
entreprendre sur le terrain et concernant : âge de l’individu, développe¬
ment temporaire des feuilles juvéniles, ablation des feuilles inférieures,
mode d’allongement des entre-nœuds, mode d’allongement des feuilles,
entraînement des glomérules,... toutes particularités biologiques, fonct ions
éventuellement de l’ambiance écologique : terrain, microéclairement,
accumulation de terreau à l’aisselle des feuilles avec présence de racines
axillaires aériennes, etc... bref plusieurs problèmes physiologiques d’in¬
térêt certain.
II ne fait guère de doute, si l’on considère ces résultats, qu’il ne
s’agisse d’une seule et même espèce, P. spalhulalum Muell. Arg., seul
binôme valable. Le genre Phyllobotryum Muell. Arg. n’est plus ainsi
connu que par 2 espèces : celle-ci et P. Lebrunii Staner mentionné ci-
dessus.
EXISTENCE D’INFLORESCENCES DISTALES
CHEZ PHYLLOBOTRYUM SPATHULATUM Muell. Arg.
Les particularités morphologiques et biologiques de P. spalhulalum
Muell. Arg. ne s’arrêtent pas là car il paraît exister des formes extrê¬
mes de recaulescence, l'inflorescence — plus exactement les inllorescences
élémentaires — se trouvant « entraînée » à l’extrémité distale du limbe,
sur le « Vorlàuferspitze » de K. Goebel (Fig. 3). Il est bien évident que,
du point de vue phylogénique, une telle structure est plus évoluée encore
que la forme habituelle du P. spalhulalum Muell. Arg. On note fréquem¬
ment, lôrsque l’inflorescence est distale, la présence d’une échancrure
au sommet du limbe. Il s’agit d’un phénomène de « fission » (G. Cusset,
Thèse; 1969) corrélatif, comme il est normal, d’une hyperfoliarisation
poussée de la région proximale. Il est extrêmement probable, en mor¬
phologie foliaire du moins, que de telles feuilles échancrées représentent
le point ultime actuel de l’évolution foliaire des Phyllobotryum, et un stade
très évolué pour la feuille dicotylédonéenne.
Bien entendu, il convient de rappeler ici que les feuilles de type
juvénile (cf. l’échantillon Mann 1737) sont nettement pétiolées, c’est-à-
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 524 —
dire que leur hyperfoliarisation, caractère basipète, est moins poussée.
Ces feuilles de type juvénile, sont, comme d’ordinaire, moins évoluées
que les feuilles du type adulte.
D’autre part, dans ces cas, l’extrémité de l’axe inflorescentiel,
simple ou ramifié, avec branches garnies de multiples petites bractées
imbriquées, porte des cymes de fleurs ou de fruits qui —• autre curieuse
particularité biologique — « viennent » se cacher et se plaquer au-dessous
de l’extrémité du limbe (Fig. 4). Sur le terrain on peut ainsi passer à côté
de ces individus, dont les feuilles ont, comme de coutume chez Phyllo-
botryum spalhulalum Muell. Arg., leur sommet plus ou moins recourbé
en extrémité et dirigé vers le sol, noter l’échancrure du limbe mais ne
pas apercevoir la présence de fleurs et de fruits, si l’on ne prend soin de
retourner et d’examiner l’extrémité des feuilles au-dessous.
Toujours dans la région de Kribi au Cameroun, où P. spalhulalum
Muell. Arg. est extrêmement abondant en sous-bois de la forêt dense
humide sempervirente littorale à Sacoglollis gabonensis (Baill.) Urb. et
Lophira alata Banks ex Gaertn., fut rencontrée sur quelques ares, une
tache de plusieurs individus présentant tous, et pour presque toutes les
feuilles lorsqu’elles n’étaient pas stériles, ce phénomène. Fleurs et fruits
de ces individus ne diffèrent aucunement de ceux du P. spalhulalum Muell.
Arg. ( Lelouzey , 9390).
Le fait qu’il s’agisse de plusieurs individus côte à côte incite à penser
que l’on ne se trouve pas là uniquement devant un phénomène à causalité
écologique; quelle valeur héréditaire peut-on attribuer à ce cas particulier,
comment se manifeste-t-il en fonction de conditions écologiques données?
L’étude expérimentale du développement de plants provenant de graines
fournies par de tels individus serait évidemment très instructive. De
toutes façons, il ne semble pas qu’il y ait lieu de créer une espèce parti¬
culière pour cette forme à inflorescences distales et nous la rattacherons
à nouveau à Phyllobolryum spalhulalum Muell. Arg. dont elle constitue
une lignée phylogénétiquement la plus évoluée.
Cette disposition distale de l’inflorescence pourrait inciter à un
rapprochement avec le Phylloclinium braclealum Lecomte, espèce men¬
tionnée ci-après, malgré la parfaite identité des fleurs et des fruits des
individus en cause, avec ceux de P. spalhulalum Muell. Arg., jointe à
l’absence des bractées développées si caractéristiques de l’espèce de
Phylloclinium en cause. En réalité, la position distale de telles inflores¬
cences épiphylles peut être due à deux phénomènes. Dans les Phyllo¬
bolryum il s’agit d’une extinction progressive de la région la plus distale
du limbe, la fission, qui place l’inflorescence en position secondairement
(du point de vue phylogénique) distale; dans les Phylloclinium, la défo-
liarisation distale se manifeste par une « angustation » (G. Cusset, loc. cil.),
mécanisme évolutif donnant des lignées de formes divergeant de plus
en plus de celles produites par la fission. Dans le cas d’une angustation.
la position subdistale des inflorescences est liée au peu de développement
que prend l’épipodium (partie supérieure de l’ébauche foliaire), phé¬
nomène morphogénétique et non phylogénétique.
Source : MNHN, Paris
sasssuaiTSfce
Source : MNHN, Paris
; PHYLLOBOTRYUM SPATHULATUM
Une autre anomalie curieuse a encore été r
laium Muell. Arg. Il s’agit de la présence sur i
la région de Kribi au Cameroun, de glomérule
4181). Fleurs et fruits apparaissent au-dessous d
nant les choses de plus près, on constate que l’a>
fixé sur la face supérieure (ou ventrale, ou adaxiale) de la n
mais les cymes florales déjetées, latéralement de part et d’autre de cet a
Source : MNHN, Paris
— 527 —
devenu alors zigzaguant, trouent le limbe et apparaissent au-dessous
de la feuille (Fig. 5). Il faut noter qu’aucun glomérule n’apparaît épiphylle
et que toutes les feuilles de l’individu en cause présentaient ce phénomène
de pseudo-hvpophyllie florale ; il n’a malheureusement pas été remarqué
si des individus voisins se comportaient de même.
L’étude anatomique de ce phénomène a été entreprise par l’un de
nous (G. G.) et montre qu’il n’y a pas formation d’une poche digestive
quand la jeune cyme traverse le limbe; le phénomène se réduit simplement
à une compression et à une rupture mécanique; celles-ci entraînent :
— la courbure du limbe avec un allongement très important des
cellules de l’épiderme supérieur et la mort des cellules de l’épiderme
inférieur (Fig. 6, A);
•—- la formation de fentes de rupture dans le limbe avec naissance
d’un tissu de cicatrisation subérifié, aux dépens de l’épiderme à grandes
cellules de la face supérieure et du parenchyme du côté de la face infé¬
rieure (Fig. 6, B);
— l’apparition d’une zone médiane, composée de cellules entièrement
mortes et formant une sorte de bouchon entre deux zones qui restent
rattachées au limbe, les cellules de l’épiderme inférieur s’étant détachées
(Fig. 6. G);
— l’écartement final des bords de l’orifice laminaire, alors que les
tissus de cicatrisation continuent à s’étendre, ces tissus étant un suber
typique, classique quand une feuille est perforée mécaniquement (6, D).
Si les manifestations de ce phénomène n’ont en elles-mêmes rien
de très original, le déterminisme de cette pseudo-hypophyllie florale
demanderait de sérieuses études car il faudrait expliquer la position
latérale des cymes sur l’axe, le phénomène se produisant pour toutes les
feuilles d’un individu. On doit encore noter que les conditions d’éclaire¬
ment n’entravent nullement la floraison; les quelques fleurs examinées
de l’échantillon en cause sont uniquement mâles mais toute généralisation
serait prématurée. Le problème de la sexualisation des fleurs de Phyllo-
botryum spalhulalum Muell. Arg. (3 ou <?) demanderait d’ailleurs, de son
côté, une étude spéciale.
VALEUR DES DEUX ESPÈCES DE PHYLLOCLINIUM Baill.
En ce qui concerne le second genre de Phyllobotryées, les remarques
seront beaucoup plus brèves car le matériel n’est pas très abondant
pour l’une des deux espèces reconnues actuellement et les observations
sur le terrain font en général défaut. D’autre part, le matériel existant
a été étudié d’une manière assez approfondie par II. Bâillon en 1890
(Bull. Mens. Soc. Linn. Paris 2 : 870). par E. Gilg en 1908 (Bot. Jahrb
40 : 502), par H. Lecomte en 1918 (Bull. Mus. Nat. Hist. Nat. 24 : 55
et enfin par P. Bamps en 1968 (Fl. du Congo, du Bwanda et du Burundi,
Flacourliacées, 1 : 44).
Source : MNHN, Paris
— 528 —
Système conducteur Fibres péricycliques
Source : MNHN, Paris
— 529 —
Phylloclinium braclealum Lecomte, connu seulement par les 2échan¬
tillons gabonais du bassin du bas Ogooué Le Testu 2182 et Le Roy 11 1
(échantillon dont H. Lecomte avait cru devoir faire au moins provi¬
soirement une variété coriaceum), est évidemment fort remarquable
par sa large bractée principale (atteignant 6-8 X 3,5-4 cm) recouvrant
l’inflorescence située elle-même, en général, à la base de l’acumen de la
feuille (Fig. 7, à gauche) 2 , mais cette position terminale de l’inflorescence
et de la bractée n’est pas constante et c’est ainsi qu’au moins une feuille
de l’échantillon Le Roy 11 présente un point d’attache situé à 5 cm
au-dessous de la base de l’acumen (Fig. 7, à droite et H. Lecomte, loc.
cil. : tab. 2 et 3). Une position absolument identique et une bractée tout
à fait analogue se retrouvent, sans qu’une question de localisation géo¬
graphique puisse être invoquée semble-t-il, sur plusieurs échantillons
(cf. Germain 7799 et 8274 du Congo-Kinshasa) de la seconde espèce du
genre Phylloclinium Baill. : P. paradoxum Baill. Celle-ci était décrite
dès 1890 par H. Bâillon (loc. cil.) à partir de l’échantillon Thollon 1343
de Loango près Pointe Noire dans la région du Kouilou au Congo-Brazza¬
ville, et sa description a été complétée par H. Lecomte (loc. cil. : 57 et
tab. 1). (Voir également au point de vue iconographique : E. Gilg, Nat.
Pflanzenfam. 21 : tab. 196; 1925.)
Pour cette dernière espèce, retrouvée à de multiples reprises au
Congo-Kinshasa méridional ainsi qu’en Angola (Portugalia; cf. A. Cavaco,
Contrib. Et. Flore Lunda : 107; 1959) et dénommée parfois sous le terme
synonyme de Phylloclinium brevipeliolalum Germain (Bull. Jard. Bot.
État Brux. 25 : 262; 1955), non admis à juste raison semble-t-il par
P. Bamps (Fl. du Congo, du Rwanda et du Burundi, Flacourtiacées 1 :
45; 1968), la position de l’unique inflorescence uniflore ou pauciflore
est assez fixe et se situe presque toujours entre les 2 /3 et les 3 /4 de la
hauteur du limbe. La bractée principale axillant l’inflorescence est de
taille plus réduite (1-4 x 0,5-2 cm) que celle rencontrée normalement
chez P. braclealum Lecomte, mais elle fait aussi très souvent défaut.
On peut donc se demander si, comme pour les Phyllobotryum Muell.
Arg., les deux espèces de Phylloclinium Baill. ne devraient pas être
confondues. Une position expectative paraît plus raisonnable en attendant
de nouvelles observations sur le terrain car, malgré des variations aux-
1. Il est difficile de situer exactement les localités d’où proviennent les échantillons
recueillis par Mgr A. Lf. Roy vers 1894-95 car ces échantillons portent souvent la
simple indication « Ogooué ». Il semble que ce collecteur n’ait pas numéroté ses pre¬
mières récoltes et, peut-être sous l'influence du R.P. Klaine à Libreville a-t-il adopté,
assez tardivement, une numérotation d'ailleurs peut-être non continue et avec des
reprises, tout comme le faisait Klaine. Les faibles indices que nous possédons peuvent
nous permettre de supposer assez sérieusement que l'échantillon 11 aurait été récolté
en 1895 entre Libreville et Mouila, aux alentours peut-être de Sindara et donc dans
la même région que l’échantillon Le Testu 2182.
2. On notera au passage cette manifestation de disparition de la fleur au-dessous
d’une bractée, analogue aux phénomènes signalés chez Phyllobotryum spalhutalum
Muell. Arg. par lesquels on voit les fleurs « se cacher » sous le limbe dans le cas des
inflorescences distales et pseudo-hypophylles.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 531 —
quelles il n’y a pas lieu, tout comme chez les Phyllobolryum Muell. Arg.,
d’attacher une importance particulière (longueur du pétiole, forme de
la base du limbe et du limbe lui-même, aspect et taille de l’acumen 1 ,
voire dimension des Heurs... tous éléments assez variables sur les échan¬
tillons de Phyllobolryum paradoxum Baill.) un seul caractère paraît diffé¬
rencier, au moins provisoirement, les deux espèces : denture lâche avec
dents courbées pour P. braclealum Lecomte, denture serrée avec dents
plus droites pour P. paradoxum Baill. A ce caractère morphologique
pourrait s’ajouter un élément phytogéographique représenté par la
discontinuité existant entre l’aire actuellement connue de P. braclealum
Lecomte, localisé à la basse vallée de l’Ogooué au Gabon, et l'aire mieux
connue de P. paradoxum Baill. s’étendant du Kouilou au lac Tanganyika.
RAPPROCHEMENT DES GENRES PHYLLOBOTRYUM Muell. Arg.
ET PHYLLOCLINIUM Baill.
H. Bâillon (Bull. Mens. Soc. Linn. Paris 2 : 870; 1890) avait déjà
indirectement noté les analogies entre Phyllobolryum Muell. Arg. et
Phylloclinium Baill. et celles-ci ont conduit plusieurs auteurs à considérer
comme provisoire la distinction entre les deux genres; ainsi furent les
positions de H. Lecomte (Bull. Mus. Nat. Hist. Nat. 24 : 56; 1918) et
de P. Staner (Ann. Soc. Sc. Brux., sér. 2, Sc. Nat. et Méd., 57 : 30;
1937). Rappelons que les seuls caractères distinctifs actuels sont les
suivants :
— Phyllobolryum Muell. Arg. : au moins 2 cymes gloméruliformes
garnies chacune de plusieurs fleurs, en positions variables au long de l’axe
foliaire; pas de « bractées » nettement développées à la base des cymes;
graines munies d’un arille.
— Phylloclinium Baill. : 1 seule inflorescence garnie de quelques
fleurs et souvent d’une seule fleur, toujours située au-dessus des 2 /3 de la
hauteur du limbe; « bractées » nettement développées à la base de l’inflo¬
rescence avec bractée principale nulle ou au contraire largement foliacée;
graines dépourvues d'arille.
Il serait indispensable, sur le terrain, de vérifier le bien fondé des
assertions de H. Lecomte (/oc. cit. : 56), en partie basées sur la descrip¬
tion de E. Gilg, concernant la présence ou l’absence d’arille sur la graine
d’une part. D’autre part, sur matériel frais, devra être reprise l’étude plus
précise des « bractées » des deux espèces, étude difficile à mener sur des
exemplaires d’herbier desséchés ou trop peu abondants. La notion elle-
même de « bractée » devra être clarifiée car les auteurs ont parlé de
bractées et de bractéoles, sans que l’on puisse rattacher ces termes à
des concepts précis, dans la mesure où les auteurs modernes sont d’accord
1. Ces cinq caractères dépendant d’ailleurs d’un seul phénomène morphologique,
le degré d’hyperfoliarisation.
Source : MNHN, Paris
sur les notions de bractées, préfeuilles, bractéoles! La dénomination des
appendices foliacés des cymes multiflores ou pauciformes et des Heurs
solitaires risque d’entraîner des confusions terminologiques contre les¬
quelles il est utile de mettre en garde.
Nous adoptons donc ici l’attitude prudente des auLeurs antérieurs
et ce n’est que plus tard que pourrait être justifiée la réunion éventuelle
mais probable des deux genres; rappelons qu’ils ont aussi en commun,
d’après H. Lecomte (foc. cil. : 62) et par rapport au troisième genre
Mocquerysia Hua, la présence de sclérites dans le mésophylle foliaire.
Nous l’avons vérifiée pour les Phyllobotryum.
Source : MNHN, Paris
— 533 —
ÉPIPÉTIOLIE ET ÉPIPHYLLIE FLORALES
DES ESPÈCES DU GENRE MOCQUERYSIA Hua
Ce troisième genre fut créé par H. Hua en 1893 (in L. Morot, Journ.
de Bot. 7 : 257 et tab. 3; voir aussi E. Gilg, Nat. Pllanzenfam. 21 : tab.
197; 1925) à partir d’un échantillon de Mocquerys s.n., provenant du
« Congo français »*, dénommé Mocquerysia mulliflora Hua. Le genre se
différencie nettement des deux précédents par la présence de seulement
5 étamines opposées aux pétales mais, comme pour le genre Phyllo-
botryum Muell. Arg., la feuille supporte plusieurs cymes généralement
uniflores; celles-ci sont situées dans la moitié inférieure du limbe, cepen¬
dant de jeunes cymes rudimentaires peuvent s’observer, assez excep¬
tionnellement il est vrai, vers le haut du pétiole. Ainsi l’échantillon
Lecomte A 54 de la région du Kouilou au Congo-Brazzaville 1 2 présente,
pour une feuille à pétiole de 7 cm de longueur, une cyme à 5,5 cm de la
base de cet organe et au-dessus, au long de la nervure médiane, 7 cymes
ou ébauches atteignant 10 cm au-dessus de la base du limbe, soit près
de la moitié de la hauteur de ce limbe. Notons au passage que cet échan¬
tillon porte la mention manuscrite Mocquerysia mulliflora Hua « var.
longipetiolala Lecomte »; cette variété n’a fait l’objet d’aucune publi¬
cation et sa validité n’a certainement aucune raison d’être reconnue.
Une seconde espèce, Mocquerysia epipeliola De Wild., a été créée
en 1932 (PI. Bequaert. 5 : 411; voir aussi P. Bamps, Fl. du Congo, du
Rwanda et du Burundi, Flacourtiacées, 1 : tab. 6; 1968) pour des échan¬
tillons du Congo-Kinshasa (De Briey s.n. des environs de Kinshasa et
Nannan 217 du Mayombe). Les fleurs sont ici répandues au long du
pétiole, parfois vers le haut et parfois aussi vers la base du limbe (Fig. 8);
ainsi l’échantillon Gossweiler 7711 du Cabinda a des fleurs remontant
à 4 cm au-dessus de la base du limbe; de semblables emplacements se
retrouvent sur diverses récoltes mais P. Bamps (loc. cil. : 46), comme
E. Df. Wildeman, n’a pas voulu prendre position, tout en notant les
variations de longueur des pétioles, auxquelles s’ajoutent aussi des varia¬
tions de la forme de la base du limbe.
Il ne s’agit donc que de variations dans le degré d’hyperfoliarisation
du limbe, aucune autre différence, foliaire ou florale, ne paraissant exister
entre les deux espèces, et par analogie avec le cas du Phyllobotryum
1. L’unique exemplaire de cet échantillon (in herb. P) porte la mention « Congo
français ». Par la suite E. Gilg (Bot. Jahrb. 40 : 503; 1908), F. Pellegrin (Mém.
Soc. Bot. France : 108; 1952) puis P. Bamps (Fl. du Congo, du Rwanda et du Burundi,
Flacourtiacées 1 : 46; 1968) ont considéré que cet échantillon provenait du Gabon.
Nous pensons, sans pouvoir le démontrer, n’ayant encore en notre possession sur
les déplacements de Mocquerys voyageur peu connu, que le « Congo français » de
1892, année de récolte, concernait surtout le Congo-Brazzaville actuel, certainement
la région du Mayombe et aucunement le Gabon (cf. échantillon Thollon 1343, type
de Phylloclinium paradoxum Baill., récolté en 1888, portant la surcharge « Congo »
à côté de « Gabon »).
2. Non originaire du Gabon comme l’a décrit F. Pellegrin (Mém. Soc. Bot.
France : 108; 1952).
Source : MNHN, Paris
— 534 —
spalhulatum Muell. Arg., il semble qu’il n’y ait plus lieu d’hésiter à les
réunir; de nouvelles observations sur le terrain pourront sans doute
confirmer ce point de vue. La localisation géographique de M. mullifîora
Hua, Congo-Brazzaville, région du Kouilou, avec présence au Cabinda
(cf. A. Exell, Journ. Bot. 64. Suppl. Polyp. : 20; 1926 et H. Sleumer,
Consp. Fl. Angol. 1, I : 86; 1937) Sibiti, Mayama, ne permet guère non
plus de distinction, sinon peut-être sous des influences climatologiques
qui imposeraient au plus une division infraspécifique, avec M. epipeliola
De Wild. (Congo-Kinshasa : Mayombe et environs de Kinshasa), à la
différence du cas de Phylloclinium braclealum Lecomte gabonais, et
Phylloclinium paradoxum Baill. congolais.
CONCLUSIONS
Si l’on suit nos conceptions, basées sur des observations morpho¬
logiques et biologiques, on est conduit à la conclusion que les 3 genres
de Phvllobotryées se réduisent peut-être à 2, et surtout que les 10 taxons
spécifiques proposés se ramènent à 5 et peut-être à 4. A l’occasion de cette
étude, nous avons pu curieusement constater une fois de plus, ce que l’un
d’entre nous notait par ailleurs (R. L., Étude phytogéographique du
Cameroun : note p. 125; 1968) que, dans la littérature et dans les herbiers,
on pouvait observer un certain rattachement spontané, de la part des
collecteurs et systématiciens, aux binômes adoptés par des botanistes
de même nationalité, malgré la connaissance affirmée d’espèces sans doute
identiques, décrites antérieurement par des botanistes d’autres natio-
Source : MNHN, Paris
— 535 —
nalités; cet aparté s’applique fort souvent à l’Afrique tropicale et il est
évidemment heureux de voir aujourd’hui, pour cette partie du Monde,
l’effort sérieux fait pour s’affranchir de telles servitudes intellectuelles.
Ces considérations nous amènent d’ailleurs à remercier ici les Direc¬
teurs des Herbiers (BM, BR, HBG, K, WAG, Z) qui ont accepté de nous
confier le matériel rapporté aux Phyllobotryées en leur possession.
Un tableau synoptique des espèces et échantillons s’y rapportant,
ainsi qu’une carte de distribution ci-jointe 1 , termineront cet article :
1. PHYLLOBOTRYUM Muell. Arg.
Flora 47 : 534 (1864); in DC., Prodr. 15 , 2 : 1231 (1866).
a) P. spathulatum .Muell. Arg. ibid.
Type : Mann 17 37, Gabon (holotype K, isotype P).
= /’. Soyauxianum Baill., Bull. Mens. Soc. Linn. Paris 1 : 287 (1881).
Type : Soyaux 32, Gabon (holotype B-de/ef., isotypes K, P).
= P. Zenkeri Gilg., Bot. Jahrb.40 : 500 (1908).
Syntypes : Zenker 1744 et 3245, Dinklage 1330 et Slaudl 865, Cameroun (holo-
types B -delet., isotypes : Z-1744, K; Z-3245, BR, P, Z; D-1330, HBG, P, WAG;
S-865, BR, K, P).
= P. basiflorum GlLo [« breviflorum » sphatm.], in Mildbraed, Wiss. Ergebn.
Zwcite Deutsche Zentral-Afrika Exped. 1910-11, 2 : 97 (1922), nom. nud. (Echan¬
tillon Mildbraed 6006, B -delet., HBG).
Répartition : Nigeria (Oban), Cameroun (Kumba, Yabassi, Edea,
Kribi, Campo), Rio Muni (?), Gabon (monts de Cristal, Libreville, Basse
Ngounié).
Echantillons : Binuyo et Daramola FHI 35177; Brenan c.s. 9306; Dinklage 1330;
Ejiofor FUI 29368; .V. H allé 760;Halléet Villiers 4507,4539, 4872, 5406 ; Leeuwenberg
5276, 6402; Le Teslu 2175, 2239, s. n.; Lelouzey 563, 4056, 4181, 9390, 9426; Mann
1737; Mildbraed 6006, 6076: Sgalame FUI 29398; Olorunfemi FUI 30648; Onochie
FUI 7714, 33160; Richards 5153; Soyaux 32 ; Slaudl 865 ; Talbot 2(% etü),24(2), 26(2),
36 (2); 1331 (?); Tuley 689; J.F. Villiers 239; Zenker 369, 1744, 3245, 3634.
b) P. Lebrunii Staner
Ann. Soc. Sc. Brus., ser. 2, Sc. Nat. et Méd. 57 : 27 (1937).
Type : Lebrun 5734, Congo-Kinshasa (holotype BR, isotype I<).
Pabatype : Bequaert 6530, Congo-Kinshasa.
= Phylloclinium paradoxum auct. non Baill. : De Wild., PI. Bequaert. 1 : 253 (1922)
p.p.quoad Bequaert 6530.
1. La provenance exacte des échantillons de Phylloclinium paradoxum Baill.
Demeuse s. n., Deuiivre 1903 et Em. Laurent s. n., parait difficile à situer exactement.
Les recoupements possibles entre les publications de Th. Durand et H. Schinz (Et.
Fl. Etat indép. Congo : 48, 64; 1896) et de Th. et H. Durand (Sylloge Fl. Congol. :
38; 1909) permettent de penser qu’ils ont été récoltés au voisinage de la Lukenie (ou
Ikata?) près du Lac Léopold II.
Source : MNHN, Paris
— 536 —
Répartition : Congo-Kinshasa (Kivu-Maniema).
Echantillons : Bequaert 6530 ; Gutzwiller 1475, 1747, 1847, 2104, 2165, 2217,
2410, 2425, 2524; Lebrun 5734; A. Léonard 1650, 2861, 3758, 5016-, Michelson 257,
954; Pierlot 899, 954, 1146, 1753, 2931, 3302.
2. PHYLLOCLINIUM Baill.
Bull. Mens. Soc. Linn. Paris 2 : 870 (1890).
a) P. paradoxum Baill., ibid.
Type : Thollon 1343, Congo-Brazzaville (holotype P).
— P. breoipeliolatum Germain, Bull. Jard. Bot. Etat Brux. 25 : 262 (1955).
Type : Germain 8274, Congo-Kinshasa (holotype BR).
Paratype : Germain 7799, Congo-Kinshasa.
Répartition : Congo-Brazzaville (Mayombe); Congo-Kinshasa
(Mayombe, Bas Congo. Kasai, Sankuru, Bas Katanga, Maniema, région
du lac Tanganyika); Angola (Portugalia).
Echantillons : Acbten 560 A et B ; Callens s. n. ; Demeuse s. n.; Descamps s. n.;
Dewèure s. n.; Dobbelaer s. n. ; V. Durant s. n.; Plamigni 243 (= 6243); l'ontinhain
Gossweiler 13810 d; Germain 7799, 8274; Ghesquière T 23; Gillet s. n. ; Gossweiler
13810; Laurent s.n.; Em. Laurent s.n.; Em. et M. Laurent s.n.; A. Léonard 5665;
Nannan 255; Sapin s. n.; Schinz s. n.; Schouteden s.n.; Thollon 1343; Van Kerkhoven
s. n.; Wellens 465.
b) P. bracteatum Lecomte (incl. var. coriaceum Lecomte)
Bull. Mus. Nat. Hist. Nat. 24 : 55 (1918).
Type : Le Testu 2182, Gabon (holotype P); pour la variété: Le Roy 11, Gabon
( holotype P).
Répartition : Gabon.
Echantillons : Le Roy 11; Le Testu 2182.
3. MOCQUERYSIA Hua
in Morot, Journ. de Bot. 7 : 257 (1893).
a) M. multiflora Hua, ibid.
Type : Mocquerys s. n., Congo-Brazzaville (holotype P).
— M. epipetiola De Wild., PI. Bequaert. 5 : 411 (1932).
Syntypes : De Briey s. n. et Nannan 217 , Congo-Kinshasa (holotypes BR).
Répartition : Congo-Brazzaville (Kouilou, Sibiti, Mayama); Ca-
binda; Congo-Kinshasa (Mayombe, Bas Congo).
Echantillons : Bistremieux 91 (= 291 ); Bouquet 1234 ; Bouquet et Sita 2298 ;
Compère 83 ; De Briey s.n. ; Donis 1613 ; Farron 4242; Flamigni 10101 ; Gossweiler 6005 ,
6005 b, 6792 , 7711 , 7711 b; Kuasa 23 ; Lecomte A 54 ; Maudoux 21 ; Mocquerys s. n.;
Nannan 217; Sita 237; Toussaint 648 , 2403 ; Wagemans 1898 .
Source : MNHN, Paris
— 537 —
On remarquera, comme elle est soulignée ci-dessus, la curieuse répar¬
tition des Phyllobotryées qui, plantes de sous-bois de forêt dense humide,
évitent la cuvette congolaise. Dans la partie méridionale de l’aire des
Phyllobotryées, Phylloclinium paradoxum Baill. se localise en grande
partie, semble-t-il, dans les galeries forestières prolongeant cette cuvette
forestière vers le Sud. L’attention est aussi attirée par le fait que Phyllo-
bolryum spalhulalum Muell. se rencontre, dans une grande partie de son
aire, associé à Cynomelra Hankei Harms, grande Césalpiniacée caracté¬
ristique de la forêt littorale du pourtour de la baie de Biafra, alors que
Phyllobotryum Lebrunii Staner, au Kivu-Maniema, se retrouve encore
avec la même espèce. L’un de nous avait antérieurement noté cette répar¬
tition de Cynomelra Hankei Harms (R.L., Étude phytogéographique du
Cameroun : note p. 126; 1968); or cette espèce est également absente
d’une grande partie de la cuvette forestière centrale. D’autres recherches
chorologiques pourraient être faites h propos des grandes Césalpiniacées
et des plantes de sous-bois associées, caractéristiques de la forêt littorale
biafréenne. L’apparition d’aires superposables, ou presque, pour plusieurs
espèces, analogues à l’aire des Phyllobotryées, conduirait à des hypo¬
thèses certainement très fructueuses dans les domaines phytogéogra-
phiques et surtout paléobotaniques.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, scr. 2, 9 (4) 1969.
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DES ORCHIDACEAE
DE MADAGASCAR. XI
SUR LES AFFINITÉS DES GENRES CRYPTOPUS Lindl.
ET NEOBA TtllEA Schltr.
par J. Bosser
Directeur de Recherches de l’O.R.S.T.O.M.
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris
Résumé. — Les genres Cryptopus Lindl. des Mascareignes et de Madagascar et
Neobalhiea Schltr. endémique de Madagascar sont très voisins. L'auteur les maintient
séparés sur des caractères qui n’avaient pas encore été mis en évidence. Des clés sont
données pour les espèces de ces genres. Deux espèces, placées dans Neobalhiea, n’en
forme en fait qu’une seule, qui de plus, doit être rapportée au genre Aeranthes.
Summary : Cryplopus Lindl. and Neobalhiea Schltr. are very near. Sonic new
characters are put forth to maintain them distinct. Keys for the species are proposed.
Two species, placcd till now in Neobalhiea, revealed to be the sanie one wliich must
be transferred to Aeranthes.
Le genre Cryplopus établi par Lindley en 1824, est basé sur une
plante des Mascareignes décrite préalablement par du Petit-Thouars
sous le nom d’Angraecum elatum. Ce genre est resté longtemps mono-
spécifique. En 1938 Perrier de la Bâthie y incluait 2 nouvelles espèces
très caractéristiques, originaires de Madagascar : C. brachiatus et C. pani-
culalus. Entre temps Schelchter avait créé le genre Balhiea, transformé
ensuite en Neobalhiea, le premier nom ayant été déjà appliqué par Drake
à des plantes de la famille des Légumineuses.
Discutant de la position de son nouveau genre, Schlechter le rap¬
proche d’Oeonia Lindl. Les plantes rapportées à ces 2 genres ont en effet
des ports semblables : tiges allongées et ramifiées, feuilles épaisses, dis¬
tiques, nombreuses racines adventives; mais elles se séparent par un
caractère important de la fleur : chez les Neobalhiea, l’orifice de l’éperon
est en entonnoir, à bords épaissis, et le labelle est inséré sur le bord anté¬
rieur de cet entonnoir; chez les Oeonia, le labelle est sessile sur la colonne,
à lobes basaux embrassant cette dernière. Curieusement, Schlechter
ne fait aucune allusion, dans cette discussion, au genre Cryplopus, bien
qu’il l’étudie dans la même publication, le rapprochant aussi d’Oeom'a.
Dans la « Flore de Madagascar », Perrier de la Bâthie, amené à
séparer les Neobalhiea des Cryplopus, utilise un seul caractère : colonne
Source : MNHN, Paris
— 540 —
émettant 2 prolongements horizontaux soudés aux bords de l’orifice de
l’éperon, labelle inséré sur le bord antérieur de cet orifice pour Neo-
bathiea, et colonne sans prolongements antérieurs pour Cryptopus. On
peut discuter de la nature de l’épaississement du bord de l’orifice de
l’éperon. Appartient-il à la colonne? Appartient-il au labelle? Quoi qu’il
en soit, les choses se présentent exactement de la même façon chez les
Neobalhiea et chez les Cryplopus et ce caractère ne peut servir à les séparer.
Les bords de l’orifice de l’éperon sont insérés sous les auricules de la colonne,
celle-ci ne présentant donc pas de partie basale libre comme par exemple
chez les Aeranlhes où l’insertion se place nettement à distance des auri¬
cules.
Nous avons donc repris l’étude de ces genres pour savoir s’ils étaient
identiques ou s’ils pouvaient être maintenus. On s’aperçoit, à l’analyse,
que les principaux caractères floraux sont les mêmes : morphologie de la
colonne, courte, à rostelle trilobé, auricules subcarrées bien développées,
dent médiane du rostelle épaisse et forte, aussi longue que les auricules
ou un peu plus courte; de l’anthère, hémisphérique à bord antérieur
échancré ou bilobé; du pollinaire, à pollinies fixées sur 2 stipes séparés,
chacun formé de 1 ou 2 bandelettes accolées, la supérieure portant
le plus souvent, des poils papilleux, hyalins, plus ou moins denses (ce type
de pollinaire se retrouvant dans le genre Oeonia)’, de l’éperon, à orifice
en entonnoir puis aminci et filiforme; du labelle, plan, inséré sur le bord
antérieur de l’orifice de l’éperon. La forme du labelle varie, elle peut être
simple à plus ou moins profondément lobée. Finalement, on ne peut
distinguer les 2 genres que sur 1, voire 2 caractères qui n’avaient, jusqu’ici,
pas été mis en évidence. Chez les Cryplopus les sépales et les pétales sont
hétéromorphes, les pétales étant toujours élargis et plus ou moins lobés
ou divisés au sommet et l’éperon est court; chez les Neobalhiea les sépales
et les 'pétales sont homomorphes, lancéolés ou parfois élargis et spatulés
mais alors de façon semblable, et l’éperon est long. Ces différences peuvent
paraître mineures, mais elles établissent cependant une séparation et
nous avons préféré maintenir ainsi ces 2 genres plutôt que de les confondre.
Ajoutons que leur répartition géographique et leurs exigences écologiques
sont aussi différentes : les Neobalhiea sont des plantes des formations semi-
décidues sèches du N.O. de Madagascar et de certaines forêts du Centre-
Ouest subissant une longue saison sèche, les Cryplopus sont des plantes
de la forêt sempervirente humide de l’Est.
Les genres Cryplopus, Neobalhiea et Oeonia sont donc proches et
ont en commun des caractères de port et d’organisation de la fleur. Ils
peuvent se distinguer comme suit :
1. Labelle sessile sur la colonne, à lobes basaux embrassant
cette dernière. Oeonia
V. Labelle inséré sur le bord antérieur de l’orifice de l’éperon.
2 . Sépales et pétales hétéromorphes, éperon court .... Cryptopus
2'. Sépales et pétales homomorphes, éperon long. Neobathiea
Source : MNHN, Paris
— 541
Source : MNHN, Paris
1. CRYPTOPUS Lindl.
Cryptopus elatus (Thou.) Lindl., Bot. Reg. sub. t. 817 (1824).
— Angraecum elalum Thou., Orch. Iles Afr., t. 79-80 (1822).
— Beclardia elala A. Rich., Orch. Iles de France et de Bourbon 2 : 78 (18281.
Espèce type du genre existant aux Mascareignes (Iles de la Réunion
et de Maurice) mais non à Madagascar.
Cryptopus elatus (Thou.) Lindl. subsp. dissectus Bosser, Adan-
sonia, 5, 3 : 407 (1965).
Cette sous-espèce est endémique de Madagascar.
Répartition : J. P. Peyrot 31, fleurs vert jaunâtre, forêt ombrophile de moyenne
altitude, route Ifanadiana - Fort-Carnot. (Holo.-P!).
Cryptopus brachiatus H. Perr., Not. Syst. 7 : 137 (1938).
Espèce endémique de Madagascar. Forêt ombrophile de l’Est, de
moyenne altitude (600-1200 m).
Répartition : Perrier de la Bâthie 17 005, épiphyte, pétales et sépales verts,
labelle blanc, forêt orientale, ait. 600 m, environs du confluent de l’Onive et du Man-
goro (Holo.-P!): Perrier de la Bâthie 17037, même localité: B. Decary 16 6S7, fleur
blanc verdâtre, Zahamcna, Rés. Nat. n° 3; R. Decary 16690, même localité: J. Toilliez
sans n°, environs d’Ifanadiana; G. Cours 2399, Sahalampy, collines du S.O. (locali¬
sation douteuse).
Cryptopus paniculatus H. Perr. Not. Syst. 7 : 136 (1938) (PI. 1).
Endémique de Madagascar, forêt ombrophile de l’Est de 0-1 000 m
d’altitude.
Répartition : R. Decary 7171, fleur blanche, forêt au Sud de Moramanga (Holo.-
Pl); R. Decary 17 6S1, fleur blanc laiteux, forêt littorale, Tampina au Sud de Tama-
tave; J. Bosser 17 619; sous bois, forêt ombrophile de moyenne altitude (900 m),
route de Lakato (Est de Moramanga); A. M. Homolle, sans localité.
CLÉ DES ESPÈCES
1. Labelle à 5 lobes : lobes basaux très petits et arrondis; lobes
latéraux développés, onguiculés à la base, dilatés au sommet
en lame inégalement lobulée, lobule antérieur plus prononcé;
lobe médian nettement plus petit que les lobes latéraux,
oblong ou subrectangulaire, tronqué et échancré au sommet.
Pétales dilatés au sommet en 2 lobes incurvés. Éperon très
court, 2-3 mm. C. paniculatus
1'. Labelle tri ou quadriiobé; éperon nettement plus long.
Source : MNHN, Paris
— 543 —
Source : MNHN, Paris
— 544 —
2. Lobes basaux oblongs, arrondis au sommet et rétrécis à la
base en onglet court, lobe médian en T, tronqué au som¬
met prolongé latéralement en 2 appendices filiformes
allongés. Pétales en T, rappelant le lobe médian du labelle.
. C. brachiatus
2'. Lobes basaux falciformes, recourbés; lobes terminaux rétrécis
à la base, élargis au sommet en lame transversale formant
2 lobules incurvés, entiers ou plus ou moins irrégulièrement
disséqués. Pétales onguiculés à la base et élargis au sommet
en lame irrégulièrement sinuée ou divisée.
3. Sépales et pétales de 20-25 mm de long; lobes terminaux
du labelle et des pétales entiers ou seulement sinués . C. elatus
3'. Sépales et pétales de 13-15 mm de long; lobes terminaux
du labelle et des pétales profondément découpés en
lobules étroits . C. elatus subsp. dissectus
2. NEOBATHIEA Schltr.
Neobathiea Perrieri (Schltr.) Schltr., Fedde Repert. Beih. 33 :
371 (1925).
— Aeranthes Perrieri Schltr., Ann. Mus. Col. Marseille, sér. 3, 1 : 44 (1913).
•— Balhiea Perrieri (Schltr.), Schltr., Beih. Bot. Centralb. 36, 2 : 181 (1918).
Type du genre, endémique de Madagascar.
Répartition : N.O. de Madagascar. Perrier de la Bâthie ISO, bords de la Besa-
foira, affluent de droite de la Menavava (Boïna) (Holo.-P!); H. Humbert 32 684,
collines et plateaux calcaires de l'Ankarana du Nord, province de Diego-Suare/.;
G. Cours 5563, forêt d’Antenampandrana, Anivorano du Nord district de Diego-
Neobathiea filicornu Schltr., Fedde Repert. Beih. 33 : 369 (1925).
Endémique du Centre-Ouest de Madagascar.
Répartition : Perrier de la Bûtbie 11 320, épidendre sur les arbustes, ait. 1500 ni,
Manankaza au N.E. d’Ankazobe (Holo.-P!); Waterlot 1014, Tampoketsa d’Ankazobe;
H. Humbert et R. Capuron 25 296, sylve à lichens sur gneiss, montagnes au N. de
Mangindrano, Haute Maevarano; J. Bosser 16 463 et 18 396, vestiges de forêts des
plateaux, Tampoketsa d’Ankazobe; .7. Bosser 18 366, vestige de forêt des plateaux,
Ambatomenaloha, chaîne quartzitique de l’Itremo; .7. P. Peyrot s. n°, Manankaza,
district d’Ankazobe.
Neobathiea Keraudrenae Toil. - Gen., Bosser, Nat. Malg. 13 : 25
(1962).
Endémique du lac Alaotra, peut-être simple variété de l’espèce
précédente.
Répartition : M. Keraudren s.n°, mai 1960, forêt sempervirente à l’Est du lac
Alaotra (Holo.-P!).
Source : MNHN, Paris
— 545 —
Neobathiea hirtula H. Perr., Not. Syst. 7 : 49 (1938) (PI. 2).
Endémique des forêts sèches du N.O.
Répartition : Perrier de la Bâlhie 179, bassin de la Besafôtra, affluent de droite
de la Mcnavava (Boïna) (Holo.-P!); Duran, Jard. Bot. Tan. 901, Tsaramandroso
(Ouest); .1. Bosser 19 831, fleurs blanches, épiphyte en foret scmi-déciduc, environs
de Tsaramandroso; Ramamonjisoa N., Herb. Cons. Rés. Nat. 1870, Bevazaha, canton
de Tsaramandroso, district d’Ambato-Bocni.
Var. floribunda H. Perr., Not. Syst. 7 : 50 (1938).
Plante plus robuste, à inflorescences plus longues et plus abondam¬
ment fleuries.
Répartition : N. O de Madagascar. E. Ursch 20, forêt de l’Ankarafantsika,
Réserve naturelle n° 7 (Holo.-P !).
Neobathiea spatulata H. Perr., Not. Syst. 7 : 50 (1938).
Endémique des forêts sèches du N.O.
Répartition : R. Decary s. n°, 1914, Anosiravo, Montagne des Français près
Dicgo-Suarcz; H. Poisson 44, Montagnes des Français, Diego-Suarez; H. Humbert
18927, collines et plateaux calcaires de l’Ankarana du Nord, Dicgo-Suarcz.
CLE DES ESPÈCES
1. La bel le entier.
2. Sépales et pétales lancéolés aigus; labelle aigu au sommet N. filicornu
2'. Sépales et pétales élargis spatulés au sommet, obtus; labelle
tronqué largement arrondi en avant .... N. Keraudrenae
1'. Labelle trilobé.
3. Labelle à 3 lobes peu marqués, lobe médian aigu au sommet;
éperon de 10-12 cm de long. N. Perrieri
3'. Labelle profondément triséqué, lobe médian tronqué,
échancré au sommet; éperon n’atteignant pas 5 cm de
long.
4. Sépales et pétales lancéolés linéaires aigus; lobe médian du
labelle plus large que les latéraux, orbiculaire ou sub¬
carré . N. hirtula
4'. Sépales et pétales élargis spatulés; arrondis ou obtus au
sommet; lobe médian du labelle plus étroit que les laté¬
raux, oblancéolé, échancré au sommet. N. spatulata
Source : MNHN, Paris
— 546 —
Source : MNHN, Paris
— 547 —
ESPÈCE EXCLUE
Aeranthes Schlechteri J. Bosser, nom. nov. 1
— Xeobathiea gracilis Schltiî., Fedde Repert. Beih. 33 : 370 (1925).
— Xeobathiea sambiranoensisScHi . TR ., Fedde Repert. Beih. 33 : 371 (1925), syn . nov .
(PI. 3).
Les caractères de cette plante sont bien d’un Aeranthes: plante à
tige courte non ramifiée; feuilles distiques à gaines imbriquées, limbes
ligulés, peu épais; inflorescences à pédoncule grêle; fleurs à sépales,
pétales, labelle longuement acuminés; bords de l’orifice de l’éperon
insérés à distance nette des auricules de la colonne; rostelle à dent médiane
aciculaire. L’orifice de l’éperon est en entonnoir peu développé, pro¬
longé directement à sa base par un éperon long et filiforme. En général,
chez les Aeranthes, l’orifice de l’éperon est allongé en nacelle portant à
sa partie antérieure un éperon court. Mais il y a des exceptions : chez
Aeranthes nidus Schltr., l’orifice de l’éperon n’est pas en nacelle et est
peu développé; chez A. orlhopoda Toill.-Gen., Ursch, Bosser, il est en
entonnoir prolongé directement à sa base par l’éperon; chez A. Henricii
Schltr. l’éperon est long et filiforme.
D’autre part, l’examen des types de Neobalhiea gracilis Schltr. et
N. sambiranoensis Schltr. nous a permis de nous rendre compte qu’il
s’agit bien d’une seule espèce. Les fleurs sont absolument identiques.
Bibliographie
Aubert du Petit-Thouars, A. — Histoire particulière des plantes orchidées recueillies
sur les 3 Iles australes d’Afrique, de France, de Bourbon, et de Madagascar,
1 vol. (1822).
Perrier de la Batiiie, H. — Orchidées, 49 e famille, in H. Humbert, Flore de Mada¬
gascar, 2 vol. (1941).
Schlechter, R. — Orchidaceae Perrierianae, Fedde Repert. Beih. 33. 1 vol. (1925).
— Versuch einer natürlichen Neuordnung der afrikanischen angraekoiden Orchi-
daceen, Beih. Bol. Ccntralb. 36, 2 : 62-181 (1818).
1. I.es binômes Aeranthes gracilis Schltr. et A. sambiranoensis Schltr. existant
déjà, nous avons été conduit à en proposer un nouveau.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (4) 1969.
UN NOUVEL APONOGETON DU TCHAD
par J. Raynal
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris
Un Aponogelon récolté au Tchad méridional par G. Fotius, agros-
lologue de l’O.R.S.T.O.M., nous paraît appartenir à une espèce nouvelle.
C’est avec le plus grand plaisir que nous la dédions à son inventeur, dont
les excellentes collections, du Sénégal oriental puis du Tchad, ont déjà
contribué de façon notable à la connaissance lloristique de ces deux
pays.
Notre nouveauté se place très près d’une espèce asiatique large¬
ment répartie. A. natans (L.) Engl. & Krause, avec laquelle elle partage
de nombreux caractères; elle s’en distingue toutefois par le bec stylaire
bien plus court et les graines plus grandes à tégument externe à 5-6 côtes
nettement ailées; ce dernier trait la rapproche également de .4. ulvaceus
Bak., de Madagascar, espèce par ailleurs bien différente par son inflo¬
rescence distachyée. Au reste, dans l’attente de l’étude monographique
du genre actuellement entreprise par H.W.E. Van Bruggen, il semble
difficile de mieux préciser les affinités des diverses espèces, tant les diffé¬
rents critères classiques montrent une capacité de combinaison en tous
sens, rendant aléatoire toute tentative de division du genre en groupes
« naturels ». Toutefois on peut dire que, d’un point de vue classiquement
morphologique, A. Folianus appartient à un groupe plus asiatique qu’afri¬
cain, aux inflorescences monostachyées non dorsiventrales; en Afrique
seuls A. Troupini J. Rayn., également endémique d’Afrique Centrale,
et A. Sluhlmannii Engl., est-africain, auxquels s’ajoutent A. dicecus
Bosser et A. tenuispicatus v. Brugg. à Madagascar, offrent la même
structure d’inflorescence.
Le genre Aponogelon , naguère connu en Afrique Centrale par les
seuls A. subconjugatus Schum. & Thonn. et A. vallisnerioides Bak..
aux vastes aires de répartition, semble donc y avoir développé en réalité
un certain endémisme. Vers le sud-est de l’Afrique et Madagascar les
endémiques sont bien plus nombreuses; vers l’Ouest au contraire l’endé¬
misme disparaît (seules subsistent les deux espèces citées ci-dessus);
ce schéma est un nouvel exemple d’un phénomène biogéographique
aujourd’hui banal.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
— 551
Aponogeton Fotianus J. Raynal, sp. nov.
A. natanli (L.) Engl. & Krausc valde affinis, stilo multo breviore
subrecto, filamentis brevioribus et seminibus majoribus costis distincte
alatis præcipue distinguenda.
Herba aquatica submersa 30-40 cm alta. Tuber rotundatum 1-1,5 cm
diametro, apice corona radicium fibrosarum instructum. Folia petiolata,
vaginis albidis; submersa petiolo 3-12 cm longo, apicem versus gradatim
alato, tum abrupte expanso in laminam oblongo-lanceolatam 5-15 X 1,2-2,5
cm translucentem fragilem, apice obtusam; laminæ pars mediana 1,3 mm
lata paulo crassior, nervis 3 principalibus; laminæ latera tenuia, nervis
lateralibus 3 quoque latere, æquidistantibus, nervillis numerosis oblique
parallelis junctis. Folia natantia (ex uno tantum cognito descripta) petiolo
elongato (27 cm), lamina magis coriacea haud translucenti, basi cordata
sinu angusto 4 mm longo.
lnjlorescentia ex aquis exsurgens, pedunculo 35 cm longo, apice 2 mm
crasso, glabro. Spica unica densiflora 4-6 cm longa, maturitate circa 1 cm
diametro, spatha caduca haud visa. Flores hermaphroditi undique inserti
sessilcs, tepalis 2 lateralibus anterioribus sessilibus oblanceolatis 1,5-
2 X 0,8 mm, albidis cum nervo medio brunneo. Stamina 6 filamentis accres-
centibus 1-1,8 mm longis, antheris ovoideis luteis 0,6 X 0,4 mm. Carpidia
3-4 viridia, ad carinam dorsalem brunneo-lineolata, anthesi 1,5 mm, matu¬
ritate 3-4 mm longa; ovarium ovoideum 6-8-ovulatum apice gradatim
attenuatum in rostrum brevem (0,5-0,7 mm) vix excurvum. Semina ellip-
soidea 1,5-2 X 0,8 mm, testis binis, exteriore translucente ampla 5-6-alata,
superficie reticulata, interiore coriacea atrobrunnea.
Holotypus : G. Fotius 1114 , in herbosis inundatis a flumine Chari
proximis, loco vulgo dicto Golé reipublicæ Tchadicæ, 19-10-1968, P!
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (4) 1969.
DESCRIPTION D’UN TRIFOLIUM NOUVEAU
DU CAMEROUN
par H. Jacques-Félix
Laboratoire de Phanérogamie
Muséum - Paris
Résumé : Description d’une espèce nouvelle, Trifolium Gilleltianum Jac.-Fel.,
découverte dans l’Adamaoua en 1967.
Summary : Description a new species. Trifolium Gilleltianum. Jac.-Fel. discove-
red from Adamaoua in 1967.
Au cours d’un voyage de prospection botanique au Cameroun, en
1967, j’ai eu la surprise d’observer un trèfle qui m’a paru immédiatement
différent des quatre espèces connues jusqu’alors de celte région. Ces
dernières ne sont pas endémiques et sont plus ou moins répandues en
Éthiopie et en Afrique orientale où le genre est, d’ailleurs, plus largement
représenté.
Trifolium Gillettianum Jac.-Fel., sp. nov. (subsect. Euamoria) 1 .
Affinis T. Rueppelliano sed caulibus erectis, foliolis anguste oblanceo-
latis, calicibus quindecemnervis, differt.
Herba annua, caulibus glabris 20-30 cm altis, erectis, simplicibus
vel subsimplicibus, 2-5 capitulis.
Folia glabra, stipulis ad 2 cm longis; petiolo foliorum medianorum
ad 6 cm longo, illo foliorum superiorum stipulis æquilongo; foliolis anguste
oblanceolatis, 5 mm latis, 17 mm longis.
Infiorescentia globosa 2 cm diametro, pedunculo 2-2,5 cm longo sparse
piloso, bracteis parvis, 10-20 floribus. •
Flores 1 cm longi, pedicello 1 mm longo, calyce 6-6,5 cm longo. Calycis
lobi tubo vix longiores, lanceolati, ciliati. Corolla purpurea, vexillo elliptico
9 mm longo, alis 9 mm longis acute auriculatis, carina 7 mm longa.
Ovarium glabrum, 2-ovulatum.
Legumen 1-2 spermum.
1. Il m’est agréable de dédier ce l'rifolium au réputé spécialiste des Papilionacécs,
J.B. Gii.lf.tt, qui a bien voulu me donner de précieux renseignements sur les affinités
de cette espèce.
Source : MNHN, Paris
— 554
Source : MNHN, Paris
Cameroun : Adamaoua, 40 km est de Ngaoundéré, plateau lalé-
ritique de Tournigal, 1 400 m d’altitude, sur dépression humide, Jacques-
Félix 8710, 18 oct. 1967 (holotype P!).
N. B. — La présente diagnose s’applique aux spécimens normalement
développés constituant l’holotype. Mais ce trèfle peut effectuer son cycle
sur sol peu épais, recouvrant à peine la roche latéritique, en réduisant
toutes ses parties : 5-9 cm de hauteur, 6 à 7 feuilles, un seul capitule
de 2 à 3 fleurs.
Herbe annuelle de 20 à 30 cm de haut; à tige glabre, grêle mais
dressée, normalement simple ou produisant quelques rameaux florifères
vers le haut, porte de 10 à 20 nœuds et de 2 à 5 capitules; racines épaisses
non tubéreuses.
Feuilles glabres; stipules atteignant 2 cm de long, délicatement
nerviées, avec auricules aiguës-subulées, libres sur 1 /3 de la longueur;
pétiole des feuilles médianes pouvant atteindre 6,5 cm de longueur totale,
libre et grêle sur 4 cm, celui des feuilles supérieures adhérent et à peine
plus long que les stipules; folioles jusqu’à 5 X 17 mm, oblancéolées, à
marges serratées-dentées sur les 2/3 supérieurs, dents du sommet finement
apiculées.
Inflorescences globuleuses, jusqu’à 2 cm de diamètre; pédoncule
de 2-2,5 cm de long, divariqué à réfléchi, éparsément et mollement poilu
vers le sommet; bractées presque nulles ou scalariformes; de 10 à 20 fleurs,
dont le pédicelle, quelque peu réfléchi après l’anthèse, atteint 1 mm de long.
Fleurs jusqu’à 1 cm de longueur totale. Calice 6-6,5 mm de long;
tube avec 15 (rarement 16) nervures équivalentes, les deux commissurales
distinctes depuis la base du tube jusqu’à la subule sépalaire; lobes un
peu plus longs que le tube, lancéolés et 3-nerviés à la base de 0,8 mm
de large, puis subulés au sommet, mollement et assez longuement ciliés.
Corolle purpurine, à étendard régulièrement elliptique-oblong, 9 mm
de long; ailes de même longueur avec auricule aiguë; carène plus courte,
7 mm de long; pistil 7 mm de long, glabre; ovaire avec deux ovules.
Gousse à paroi papyracée-translucide et marges épaissies; une à
deux graines.
Comparaison avec les autres espèces du Cameroun
Pétioles unis aux stipules sur toute leur longueur (subsect. Ochreata) :
Plante vivace; folioles 5 fois plus longues que larges; inflores¬
cences globuleuses; de 15 à 20 nervures peu saillantes sur le
tube du calice . T. simense Fres.
Plante annuelle; folioles moins étroites; inflorescences ovoïdes,
plus longues que larges; de 10 à 12 nervures saillantes sur
le tube du calice. T. usambarense Taub.
Source : MNHN, Paris
— 556 —
Pétioles, sauf parfois sur les feuilles du sommet, avec une partie
libre au-dessus des stipules (subsect. Euamoria) :
Folioles obovales; de 10 à 11 nervures à la base du calice :
Folioles de 1,5 à 3 cm de long, non émarginées au sommet;
étendard de 5 à 7 mm de long; ovaire avec 4-5 ovules
. T. Rueppellianum Fres. var. Preussii Gillett
Folioles de moins de 1,5 cm de long, émarginées au sommet;
étendard de 3 à 5 mm de long; ovaire avec 2 ovules.
. T. Baccarin'i Chiov.
Folioles oblancéolées; 15 nervures sur le calice; étendard de
8 à 9 mm de long; ovaire avec 2 ovules . . T. Gillettianum Jac.-Fel.
Parmi les espèces de la sous-section Euamoria c’est avec le T. Ruep¬
pellianum que le T. Gillellianum présente le plus d'affinités. Il s’en
distingue cependant immédiatement par son port. Notre espèce est une
petite plante à évolution rapide dont la tige, à entrenceuds courts, reste
strictement dressée. Par ses folioles oblancéolées elle se rapprocherait
surtout du T. Rueppellianum var. lanceolalum Gillett 2 . Enfin le calice
est bien dillérent : la pilosité est plus abondante et le nombre des ner¬
vures est pratiquement constant : cinq médianes et cinq paires com-
missurales non ramifiées. Ce mode de nervation n’est donc pas comparable
à celui du T. mullinerve (Hochst.) A. Rich. et autres espèces de la section
Loxospermum. Par sa corolle bien développée, ses gousses à une ou deux
graines, notre espèce ne se rapproche pas spécialement du T. Rueppellia¬
num var. Preussi (Taub. ex Bak.) Gillett, qui représente l’espèce au Came¬
roun. La distinction avec T. Baccarinii est également facile, car cette
espèce est généralement ramifiée et étalée, ses folioles sont très diffé¬
rentes, ses fleurs sont beaucoup plus petites et, bien que les nervures
commissurales se divisent tôt, il n’y a que 10 (11) nervures à la base du
calice. Enfin il n’y a pas de confusion possible avec les deux autres espèces
de la sous-section Ochreala, dont les pétioles courts sont entièrement
soudés aux stipules.
Répartition géographique des trèfles
du Cameroun (fig. 2)
Telle que nous la connaissons cette répartition est très inégale et
en rapport avec les exigences altitudinales des espèces.
Le T. Rueppellianum var. Preussii est confiné au Mont Cameroun
et à Fernando Po, à des altitudes variant de 1800 à 3000 m.
Le T. usambarense est également connu de ces mêmes massifs, mais
1. Pour la nomenclature et la typification du T. baccarini voir G. Cufodontis
( 1955) et J. B. Gillett (1956).
2. Selon une communication récente J. B. Gillett a l’intention de porter cette
variété au rang d'espèce distincte du T. Rueppellianum.
Source : MNHN, Paris
— 557 —
Source : MNHN, Paris
— 558 —
il se retrouve aussi dans les montagnes de Baraenda, des Bamboutos et
de Bana. 11 s’étage de 1 GUÜ à 2 300 m dans les stations assez fraîches.
Le T. s intense occupe les memes massifs que l’espèce précédente,
mais généralement à une altiLude plus élevée, de 2 000 à 2 500 m, et sa
présence a été reconnue récemment, beaucoup plus au nord, dans le
Tchabal Mbabo.
Le T. Baccarinii a une répartition différente des précédents. Il
manque à Fernando Po et au Mont Cameroun; il existe bien à Bamenda
et aux Bamboutos mais surtout il est assez largement répandu dans
l’Adamaoua au-dessus de 1 400 m. Ce trèfle contribue à l’alimentation
du bétail et il joue en outre un rôle très favorable dans la protection
du pâturage contre l’érosion en recouvrant le sol entre les touffes de
graminées.
Le T. Gillellianum n’est présentement connu que de la localité
indiquée plus haut, située à 1 400 m d’altitude. La station consiste en
une plage de végétation appauvrie par la présence peu profonde d’un banc
latéritique. La llore en est assez différente de celle du plateau et surtout
constituée de plantes annuelles à croissance rapide. Nous avons récolté
entre autres : Oryza Tisseraniii A. Chev., Trachypogon Chevalieri (Stapf),
Jac.-Fel., Loudetia annua (Stapf) C.E. llubb., Scleria Robinsoniana
J. Rayn. var. acanthocarpa J. Rayn.; Ulricularia scandens subsp. Schwein-
furlhii (Bak. ex Stapf) P. Tayl. Ce type de station n’est pas exceptionnel
sur les plateaux latéritiques de l’Adamaoua et l’espèce devrait être
retrouvée ailleurs.
Ce bref aperçu confirme quelques aspects de la phytochorologie du
Cameroun : a) Les espèces praticoles montagnardes, comme T. Baccarinii,
sont exclues des étages moyens du Mont Cameroun et de Fernando Po
situés dans la Région guinéo-congolaise. b) Selon l’exemple du T. Gillel¬
lianum, l’endémisme est plus fréquent chez les espèces montagnardes
mésothermes que chez les orophiles microthermes, qui sont généralement
représentées en Éthiopie et dans le Domaine oriental.
BlBLIOflnAPHIF.
Cufodontis, G. — Enumeralio Plantarum Aethiopiae Spermatophyta. Suppl. Bull.
Jard. bot. Etat, Brux. 25. Trifolium: 251 (1955).
Gillett J. B. — The genus Trifolium in Southern Arabia and in Africa South of the
Sahara. Kew Bull. : 367-404 (1952).
— Trifolium in Fl. Congo & Ruanda-Urundi. 4 : 290-300 (1953).
— Trifolium Baccarinii Chioo. Kew Bull. : 164 (1956).
— Trifolium in Fl. W. Trop. Africa, ed. 2, 1 : 553 (1958).
Jacques-Félix H. —- Les hauts pâturages du Cameroun. Agron. Trop. 8 : 286-289
(1953).
Source : MNHN, Paris
ser. 2, 9 (4) 1969.
SUR UN DIDIERA ORIGINAL
DE LA RÉGION DE TULÉAR
par J.-L. Guillaumet et J. Koechun 1
Résumé : Étude morphologique d'une Didiéréacée rapportée au genre Didierea,
mais qui se sépare des deux espèces déjà connues. I.’espèce ne peut encore être décrite,
L matériel étant trop incomplet.
Summaky : An account of the morphological features of an hitherto uudescribed
and incompletely known of Didiereaceae, referred by the authors to the genus Didierea
Baill.
A l’occasion d’un stage effectué dans la région de Tuléar avec des
étudiants de la Faculté des Sciences de Tananarive, nous avons rencontré
une forme particulière de Didiéréacée qui ne se rattache à aucune des
espèces actuellement décrites. Nous ne connaissons encore cette plante
qu’à l’état stérile, cependant son organisation morphologique présente
des caractères originaux tels qu’il semble possible de la considérer comme
une espèce nouvelle. Notre intention est d’attendre d’avoir vu la plante
en fleur avant d’en faire une diagnose définitive. Nous pensons cependant,
vu l’originalité de la famille, qu’il est intéressant de donner dès main¬
tenant un premier aperçu de cette forme.
Dans la région de Tuléar, les terrains d’âge quaternaire sont repré¬
sentés, entre autres choses, par des épandages de sables rubéfiés et décal¬
cifiés, et par des affleurements de grès calcaires encroûtés.
La végétation de ces sables est caractérisée par la présence de Didierea
madagascariensis H. Baill., souvent en peuplements denses, alors que
Ton rencontre sur les grès calcaires une autre Didiéréacée : Alluaudia
romosa Drake. La Didiéréacée dont il sera question ici a été trouvée à
la limite de ces deux formations, là où les grès calcaires sont déjà recou¬
verts par une mince couche de sable. Signalons aussi au même endroit
la présence d ’Alhiaudiopsis fiherenensis Humb. et Choux et d’.4. Mar-
nieriana Rauh.
Dans de telles stations, VAlluaudia comosa Drake est encore présent,
mais Didierea madagascariensis n’est plus représenté que par des individus
très peu nombreux et de petite taille.
Si le port de la forme que nous décrivons rappelle celui des jeunes
individus d'Alluaudia comosa, les autres caractères morphologiques
1. Centre O.R.S.T.O.M. et Faculté des Sciences, Tananarive.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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montrent de façon indiscutable qu’il s’agit d’une plante appartenant
au genre Didierea: épines par 4, inégales, disposées en croix sur des coussi¬
nets, feuilles oblongues linéaires, en rosettes entre les épines.
Si donc notre plante appartient indubitablement au genre Didierea,
nombre de ses caractères la différencient très nettement des deux autres
espèces du genre : D. madagascariensis et D. Trollii, dont nous donnons
ci-dessous les caractères essentiels.
Rappelons d’abord l’organisation morphologique générale des Didie¬
rea: sur des rameaux longs, à l’aisselle de feuilles rapidement caduques,
se développent des rameaux courts, plus ou moins allongés. A l’extrémité
de ceux-ci vont apparaître, d’abord des épines, puis, entre les épines, une
rosette de feuille. Des variations dans cette structure caractérisent les
diverses espèces :
D. madagascariensis H. Baill. — Jeunes plants dressés, non ramifiés,
à allure de cierges. A l’état adulte, arbre haut de 4 à 6 m. ramifié au-dessus
d’un tronc court. Feuilles des rameaux longs caduques (= feuilles axil-
lantes des rameaux courts), linéaires, de 5-10 X 0,3-0,5 cm. Rameaux
courts portés par un axe atteignant 5 cm de long. Épines groupées par 4
en verticilles superposés. L’épine abaxiale du verticille inférieur peut
atteindre 10 cm de long. Les autres épines sont beaucoup moins déve¬
loppées, particulièrement les deux épines latérales (verticille supérieur).
Feuilles des rameaux courts en rosettes de 3 à 10 entre les épines, oblongues
linéaires, de 3-8 X 0,3-0,4 cm (Fig. 2, A).
D. Trollii Capuron et Rauh. — Jeunes plants ramifiés, avec les
rameaux étalés et traînant à terre. Au milieu de cette toulïe apparaîtront
plus tard un ou plusieurs rameaux dressés qui donneront naissance
par la suite à des ramifications horizontales. L’ensemble atteint 2 à 4 m
de hauteur. Feuilles des rameaux longs caduques, oblongues lancéolées,
de 15-30 X 2-5 mm. Rameaux courts représentés par des petits mame¬
lons portant 4 épines grêles, disposées en croix, inégales. C’est l’épine
médiane inférieure du verticille externe qui se développe le plus (jusqu’à
4 cm de long), suivie d’assez près par la médiane supérieure. Les 2 épines
latérales, appartenant au verticille interne, sont d’abord très réduites,
ou inapparentes, elles se développent ensuite et peuvent atteindre à peu
de chose près les dimensions des épines médianes. Sur les parties âgées
il arrive que seule subsiste l’épine médiane inférieure. Les feuilles des
rameaux courts sont en rosette de 2 à 5, entre les épines, oblongues ou
ovales, de 10-20 x 3-8 mm (Fig. 2, B).
La nouvelle forme rencontrée se distingue nettement de ces deux
espèces, aussi bien par son port que par la structure de ses rameaux
courts :
Port buissonnant, bas, la plante ne dépassant pas une cinquantaine
de centimètres de haut. Les premières ramifications dressées apparaissent
à quelques centimètres au-dessus du sol et les rameaux grêles, de 2 à 3 cm
de diamètre prennent rapidement une direction subhorizontale. Le tronc
principal atteint environ 3 cm de diamètre à la base (Fig. 1).
Source : MNHN, Paris
Tous les individus rencontrés ont la même architecture et à peu près
la même taille. Il est peu probable qu’il s’agisse uniquement de jeunes
plants.
Feuilles des rameaux longs caduques, charnues, linéaires, de 30 à
40 mm de long, 4-5 mm de large et 1,5 à 2 mm d’épaisseur.
Rameaux courts en forme de mamelons, â développement limité,
comme chez D. Trollii (4-5 mm de haut; 3 à 4 mm de diamètre sous les
épines). Épines cireuses de teinte pourpre (elles sont grises chez les 2 autres
espèces). Les deux latérales, égales, sont les plus développées et elles
apparaissent en premier lieu. Elles peuvent avoir 20 à 30 mm de long
et 1,5 mm de diamètre à la base. Les deux épines abaxiales et adaxiales
sont insérées un peu plus haut. L’épine adaxiale, généralement la plus
développée, peut atteindre une quinzaine de millimètres de long. L’épine
abaxiale (inférieure) est souvent absente; elle peut mesurer jusqu’à
10-15 mm de longueur, mais elle est presque plus fine que l’épine supé¬
rieure. Il arrive cependant qu’elle soit plus développée tout en restant
l’une et l’autre inférieures par la taille aux latérales. En outre le point
végétatif du rameau court peut être entouré d’un nombre variable (1 à 3)
de minuscules épines atteignant au plus 2 mm de long.
Sur les parties plus âgées se développe un pseudo-verticille de feuilles
à l’extrémité des rameaux courts. Au nombre de 3 à 6, elles mesurent
15 mm de long en moyenne, sur 4 mm de large et 1 à 1,5 mm d’épaisseur
(Fig. 2, C et D).
Outre le port, le caractère marquant est donc le fait que ce sont ici
les épines latérales qui apparaissent en premier et qui atteignent les plus
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Fig. 2. — A, Didierea madagascariensis II. Baill. (Pied mâle) : a, épine adaxiale;
6, épine abaxiale; c, épines latérales; I, feuilles des rameaux longs; II, feuilles des rameaux
courts; B, D. Trollii Capuron et Rauh; C, D. sp., forme jeune; D, D. sp., forme plus
âgée.
grands développements. Celles-ci peuvent se souder en une seule épine
aplatie bifide comme le signale W. Rauh (1961) dans le genre Alluaudia.
Chez D. madagascariensis et D. Trollii ce sont au contraire les épines
médianes et particulièrement l’abaxiale qui sont les plus importantes.
Ce fait est confirmé par l’examen de coupes sériées effectuées trans¬
versalement dans les rameaux courts (Fig. 3).
A la base des rameaux courts, on note l’existence des faisceaux
vasculaires destinés à la feuille axillante avec, au-dessus, le système
libéro-ligneux correspondant au rameau court lui-même. Les troncs
vasculaires destinés aux épines successives vont s’en détacher progressi¬
vement. Il apparaît nettement que les quatre premières épines constituent
en fait deux paires successives d’organes opposés-décussés.
Dans le cas de D. madagascariensis et de D. Trollii, les faisceaux cor¬
respondants aux épines antéro-postérieures se détachent en premier,
à partir de la base, et celui correspondant à l’épine inférieure a, dès
l’origine, une plus grande importance. La vascularisation des épines
latérales, beaucoup moins marquée, n’apparaît que plus haut. Il en résulte
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C
I'ig. :î. Structure anatomique schématique du rameau court : A, D. madagascariensis
B, D. Trollii; C r D. sp. — a, à la base du rameau; fr, partie médiane; individualisation
de la vascularisation de la deuxième paire d’épines. — 1, vascularisation de la feuille
axillante; 2, vascularisation fin rameau court; 3, vascularisation des épines médianes;
en haut, épine adaxiale, en bas, épine abaxiale; 4, vascularisation des épines latérales.
que, chez ces deux espèces, le grand axe des sections des rameaux courts
reste toujours parallèle à l’axe des rameaux longs.
Dans la forme que nous décrivons, par contre, c’est la vascularisation
des épines latérales qui s’individualise d’abord, les faisceaux destinés
aux épines antéro-postérieures, beaucoup plus réduits, n’apparaissent
que plus haut. De ce fait, le sens d’aplatissement des rameaux courts
va changer de bas en haut; à la base le grand axe des sections est parallèle
à celui des rameaux longs (du fait de la présence, en superposition, de
la vascularisation de la feuille axillante et de celle du rameau court).
Source : MNHN, Paris
Vers le sommet, le développement des épines latérales amène un apla¬
tissement dans un sens perpendiculaire.
Notons encore un certain nombre de caractères qui, à notre connais¬
sance, n’ont pas été encore signalés :
—-la présence sur l’épiderme de D. Trollii de nombreuses et minus¬
cules épines. De telles formations n’existent ni chez D. madagascariensis,
ni dans l’autre forme,
—- la structure histologique des tissus sous-épidermiques. Il existe
une assise de suber chez tous les Didierea étudiés, mais elle se présente
de différentes façons : chez D. madagascariensis, comme dans la forme
décrite ici l’assise subéreuse située sous l’épiderme est fortement compri¬
mée et prend de ce fait une allure feuilletée tout à fait particulière. Chez
D. Trollii par contre, les cellules de l’assise subéreuse, moins importante
d’ailleurs, restent parfaitement distinctes (Fig. 4).
Ce Didierea présente donc un certain nombre de caractères très
originaux qui le distinguent nettement des deux autres espèces : taille,
organisation générale, structure des rameaux courts... Ces caractères ne
sont nullement intermédiaires entre ceux observés chez D. madagasca¬
riensis et D. Trollii, pas plus qu’ils ne peuvent être considérés comme la
juxtaposition d’éléments appartenant à ces deux espèces. Il est donc
difficile, à priori, de considérer cette forme comme un hybride entre
ces deux espèces, d’autant plus que l’aire de D. Trollii est beaucoup
plus méridionale.
Bibliographie
Rauii \V. —• Weitere Untersuchungen an Didiereaceen. l-Teil.-Sitzungs berichte der
Heidelberg Akadeinie des Wisscnchaften (1961).
— in H. Humbert, Flore de Madagascar et des Comores. Didiéréacées, 87 e fam. (1963).
— Morphologische, entwicklungsgeschichtliche, histigenetische und anatomische
untersuchungen an den Sprossen der Didiereaceen. Akademie der Wissenschaften
und der litteratur. Abhand. Math.-Naturwissen. Klasse 6 : 341-344 (1956).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, ser. 2, 9 (4) 1969.
UN ERAGROSTIS NOUVEAU D’AFRIQUE
TROPICALE
par J.-P. Lebrun 1
A l’issue de leurs deux missions botaniques effectuées au Cameroun
— la première début 1963, la seconde durant l’hiver 1964-1965 — J. et
A. Raynal, du Muséum National d’Histoire Naturelle, nous avaient
confié pour étude, la série de Graminées qu’ils avaient pu réunir; nous
sommes heureux, d’être amené aujourd’hui à leur dédier une nouvelle
espèce du genre Eragroslis.
Eragrostis Raynaliana J.-P. Lebrun, sp. nov.
F,, olivaceœ. K. Schum. affinis, sed spiculis brunneo-violaceis, leviter
contortis, rhacheola valde flexuosa, floribus valde distantibus, paleis gla-
berrimis breviter apice fimbriatis distincta.
Graminée en touffes, vivace, dressée, d’environ 60 cm de haut.
Rhizome probablement vertical. Innovations basales. Chaumes simples,
rigides, grêles, d’1 à 2 mm de diamètre, légèrement entourés à la base
des débris brûlés d’anciennes feuilles, cylindriques, glabres, portant
1 ou 2 nœuds noirs, souvent masqués par les gaines foliaires. Feuilles à
gaine arrondie, à nervures peu marquées, souvent plus longue que l’entre-
nœuds, glabre, parfois teintée de violet; ligule formée d’une très courte
membrane épaisse, arrondie à son sommet et accompagnée de quelques
longs poils blancs aciculaires; limbe linéaire, atteignant 20 à 30 cm,
large d’à peu près 2 mm, parfois étalé, mais plus souvent convoiuté,
glabre.
Panicule brun violacé, oblongue, étroite et assez lâche, gracile,
de 15 à 20 cm de long sur 4 à 5 cm de large, constituée de 15 à 20 rameaux
latéraux, érigés, légèrement flexueux, les inférieurs plus allongés et plus
subdivisés, tous finement scabriuscules; pédicelles des épillets de 3 à 6 mm
de long, capillaires, mais renflés sous l’épillet, légèrement flexueux et
absolument glabres.
Épillets oblongs, aigus, comprimés, longs de 4 mm et larges de 2
1. Institut d’Élevage et de Médecine Vétérinaire des Pays Tropicaux, Service
Agrostologique, 10, rue Pierre-Curie, 94-Maisons-Alfort.
Source : MNHN, Paris
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Source : MNHN, Paris
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à 3 mm, légèrement tordus sur eux-mêmes, munis de 2 glumes brun clair
et de glumelles violacées, à 5-6 lleurs fertiles très distantes les unes des
autres et accompagnées d’une fleur terminale vestigiale; glume inférieure
plus courte que la supérieure, lancéolée, longue d’environ 2 mm, uni-
nerviée, aiguë et très finement érodée-dentée à l’apex; glume supérieure
de 3 mm, également lancéolée et uninerviée, érodée-dentée au sommet;
rachéole bien visible, très flexueuse; glumelle inférieure, ovale-oblongue,
de 2,2 mm de long sur environ 1 mm de large, trinerviée, ornée près des
marges, d’un petit nombre de longs poils aciculaires blancs; glumelle
supérieure oblongue, rétrécie dans sa partie inférieure, longue de 1,3 mm,
bicarénée, à apex obtus et courtement. fimbrié, absolument glabre;
3 anthères rouge violacé, de 1 mm de long; caryopse mûr inconnu.
Cameroun : sommet du mont Mbankolo près de Yaoundé, à 1 000 m
d’altitude, dans des pelouses sur sol humique peu épais et dalles gneis-
siques, 14-11-1964, ./. et A. Raynal 11 918 (type : holo-, P!; iso-, K!) —
J. el .4. Raynal 10 816, Nkolbison, 8 km VV Yaoundé, à 800 m d’altitude,
pente inférieure de la colline de Minlo, dans la pelouse à Afrotrilepis
pilosa, 14-4-1963, jeune inflorescence unique hors saison, P! — J. Kœchlin
7509, contreforts du Nkogham près Foumban, sur dalles rocheuses,
23-10-1964. P!
Pour de plus amples renseignements concernant l’écologie de cette
espèce, on pourra consulter l’étude de A. Raynal : Une Scrophulariacée
camerounaise peu connue : Illysanlhes yaundensis S. Moore (Andansonia,
sér. 2, 6 (2) : 281-287, 1966).
Notre plante, connue pour l’instant du Cameroun seulement est une
rupicole, montagnarde. En l’absence d’une révision récente des Eragroslis
africains, il est parfois malaisé de bien voir les affinités entre espèces;
cependant, nous croyons VE. Raynaliana très proche d’une espèce
d’Afrique de l’est, E. alivacea K. Schum., dont il a l’aspect général et en
particulier les chaumes minces, simples et rigides, la panicule étroite
à rameaux latéraux érigés, les épillets comprimés à pédicelles capillaires,
les glumes uninerviées, les glumelles supérieures bicarennées, oblongues,
rétrécies dans la partie inférieure, à apex obtus, les anthères rouge
violacé; il en diffère essentiellement par ses épillets brun violacé, à fleurs
très distantes les unes des autres.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, scr. 2, 9 (4) 1969.
MISE EN SYNONYMIE
DE STRYCHNOS LEENHOUTSII Tirel
AVEC S. RAMENTIFERA Ducke
par Christiane Tirel
Laboratoire de Phanérogamic
Muséum - Paris
Cette année même, nous avons publié dans Adansonia la description
d’une espèce de Slrychnos que nous estimions nouvelle : S. Leenhoulsii.
Cette espèce ne ressemblait en effet à aucun autre Slrychnos asiatique,
avec ses lobes très courts par rapport à la longueur du tube de la corolle
et sa pilosité réduite à quelques poils sur les bords internes des lobes.
D’après l’étiquette, l’échantillon a été récolté au Tonkin.
Or, en examinant quelques Slrychnos américains, nous avons reconnu
en S. ramenlifera Ducke, originaire du Brésil, l’espèce que nous venions
de décrire. Il n’existe aucune espèce commune de Slrychnos entre l’Asie
et l’Amérique; il s’agirait donc d’une plante cultivée expérimentalement
(étiquette porte la mention : service agricole) ou plus vraisemblablement
d’une part américaine égarée dans les collections asiatiques. Mais qu’il
y ait eu erreur d’étiquetage ou que ce soit une espèce introduite, la mise
en synonymie s’impose :
Strychnos ramentifera Ducke, Bull. Mus. Hist. Nat. Paris, 2.
4 : 745 (1932).
— S. Leenhoulsii Tirel, Adansonia, scr. 2, 9, 1 : 121 (1969).
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Adansonia, scr. 2, 9 (4) 1969.
INFORMATIONS
FLORE DU LAOS, DU CAMBODGE ET DU VIETNAM
Vol. 9, O. Lecomte, Combrétacées (6 g., 29 sp.), 12 p!., 8 cartes,
120 p. — 38 F.
FLORE DU GABON
Vol. 16, A. Le Thomas, Annonacées (29 g., 119sp.),67 pl.,371 p.
— 87 F.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ACHEVÉ D'iMPRIMER I.E 29 JANVIER 1970
SUR LES PRESSES DE FD EN SON
IMPRIMERIE ALENÇONNAISE - 61-ALENÇON
Dépôt légal : 1« trimestre 1970 — 8.840
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
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