ISSN 0181-0642
BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
SECTION C
sciences de la terre
paléontologie
géologie
minéralogie
4" SÉRIE T. 12 1990 N” 2
Avril-Juin 1990
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Professeur Ph. Taquet
Section C : SCIENCES DE LA TERRE
Directeur : L. Ginsburg.
Rédactrice : P. Dupérier.
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W. H. Berger (La Jolla), Y. Coppens (Paris), B. Cox (Londres), D. S. Cro-
NAN (Londres), J. Fabriès (Paris), H. de Lumley (Paris), W. R. Riedel
(La Jolla).
Un Comité de lecture examine tous les manuscrits reçus et nomme des rappor¬
teurs.
Fondé en 1895, le Bulletin du Muséum d’Histoire naturelle est devenu à partir de 1907 :
Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Des travaux originaux relatifs aux diverses
disciplines scientifiques représentées au Muséum y sont publiés. Il s’agit essentiellement
d’études de Systématique portant sur. les collections conservées dans ses laboratoires, mais
la revue est également ouverte, depuis 1970 surtout, à des articles portant sur d’autres
aspects de la Science : biologie, écologie, etc.
La 7" série (années 1895 à 1928) comprend un tome par an (t. 1 à 34), divisé chacun en
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cules par an.
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où ils ont été regroupés par fascicules bimestriels). Durant ces années chaque fascicule est
numéroté à la suite (n°* 1 à 522), ainsi qu’à l’intérieur de chaque Section, soit : Zoologie,
n°“ 1 à 356 ; Sciences de la Terre, n°* 1 à 70 ; Botanique, n*” 1 à 35 ; Écologie générale,
n°® 1 à 42 ; Sciences physico-chimiques, n“ 1 à 19.
La 4‘ série débute avec l’année 1979. Le Bulletin est divisé en trois Sections ; A : Zoolo¬
gie, biologie et écologie animales ; B : Botanique, biologie et écologie végétales, phyto¬
chimie (fusionnée à partir de 1981 avec la revue Adansonia) ; C : Sciences de la Terre, paléon¬
tologie, géologie, minéralogie. La revue est trimestrielle ; les articles sont regroupés en
quatre numéros par an pour chacune des Sections ; un tome annuel réunit les trois Sec¬
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
4' série, 12 , 1990, section C (Sciences de la Terre, Paléontologie, Géologie, Minéralogie), n° 2
SOMMAIRE — CONTENTS
M. Augé. — La faune de Lézards et d’Amphisbaenes de TÉocène inférieur de Condé-
en-Brie (France). 111
Lacertilia and Amphisbaenia from the early Eocene of Condé-en-Brie (France).
Tong-Dzuy Thanh et Ph. Janvier. — Les Vertébrés du Dévonien inférieur du Bac
Bo oriental (provinces de Bac Thaï et Lang Son, Viêt Nam). 143
The Lower Devonian vertebrates of the eastern Bac Bo (Bac Thai and Lang Son Pro¬
vinces ).
D. Heyler et C. Poplin. — Les Vertébrés autuniens de Buxières-les-Mines (Allier,
France). 225
The Autunian Vertebrates from Buxières-les-Mines (Allier, France).
Bull. Mus. natn. Hist. nal., Paris, 4' sér., 12, 1990,
section C, n° 2 : 111-141.
La faune de Lézards et d’Amphisbaenes
de rÉocène inférieur de Condé-en-Brie (France)
par Marc Augé
Résumé. — Les faunes de Lacertilia et d’Atnphtsbaenia de l’Éocène inférieur de Condé-en-Brie (est
du Bassin de Paris) sont décrites pour la première fois. Ce gisement a fourni une nouvelle espèce
d'Iguanidé et un ensemble de lézards (Agamidae, Gekkonidae, Lacertidae, Anguidae, Varanidae,
Necrosauridae) déjà connus, soit dans les premiers niveaux de l'Éocéne européen (gisement de Donitaiil,
Belgique), soit dans des niveaux plus récents de l'Éocéne moyen (Geiseltal, Allemagne de l'Est) ou même
de l’Éocéne supérieur (Phosphorites du Quercy). L’étude de cette faune de lézards permet de dresser une
première esquisse de révolution des Lacertilia durant l'Éocéne européen.
Abstract. Condé-en-Brie, a French locality of early Eocene âge (Avenay standard Icvel) bas
yielded a rather diverse lacertilian and amphisbaenian fauna. Lacertilians include a new iguanid species
referred to Gei.selraliellux and lizards (Agamidae, Gekkonidae, Lacertidae, Anguidae, Varanidae,
Necrosauridae) previousiy known either front the early Eocene (Dormaal, Belgium) or from the middle
Eocene (Geiseltal, DDR), and even from the late Eocene (Phosphorites du Quercy, France). Tbis sludy
allows to infer a provisional outline of the lacertilian évolution in Western Europe during Eocene times.
Key words. — Lacertilia, Amphisbaenia, Eocene. Iguanidae.
M. Augé, Laboratoire de Paléontologie des yertébrés et de Paléontologie humaine, Université P. et M. Curie (Paris
VI), 4, place Jussieu, 75252 Paris Cedex 05.
Introduction
Le gisement de Condé-en-Brie (Aisne, France) a livré une herpétofaune assez variée
n’ayant jamais été décrite. Stratigraphiquemenl il se situe dans l’Éocéne inférieur, certainement
dans le Cuisien moyen (Louis et Laurain, 1983; Russell et al., 1982). Les mêmes auteurs
considèrent sa faune comme plus récente que celle d’Avenay et plus ancienne que celle des
gisements des sables à Unio et Térédines (Grauves, etc.). Sciimidt-Kittler et al. (1987)
placent Condé-en-Brie dans le niveau standard d’Avenay. L’ensemble des lézards constitue un
jalon important entre les faunes de Lacertilia du début de l'Éocéne inférieur, notamment celles
de Dormaal (Belgique, niveau standard de Dormaal, MP7, d'après Schmidt-Kittler, 1987) et
les faunes plus jeunes, celles de la fin du Cuisien (Grauves, niveau standard de Grauves, MPIO)
et de l’Éocène moyen du Geiseltal en Allemagne de l’Est (niveau standard du Geiseltal Untere
Mittelkohle, MP12), seule faune de Squamates de l’Éocéne moyen vraiment connue en
Europe. Louis (1966) a donné une première description des fossiles de Condé-en-Brie,
essentiellement consacrée aux mammifères, puis Louis et Laurain (1983) ont entrepris une
— 112 —
étude sédimentologique des sables du niveau fossilifère (falun coquillier d'après Louis, 1966 et
sables jaunes fossilifères de Louis et Laurain, 1983) et des niveaux sus-jacents.
Le gisement de Condé-en-Brie a aussi livré une faune de mollusques (Louis, 1966) qui
indiquent des eaux douces ou fortement dessalées, en tout cas des apports terrestres; les
poissons eux aussi montrent un mélange de formes marines, d’eau douce et d’eau saumâtre.
Ces associations sont typiques de presque tous les gisements de TÉocène inférieur de la région
et selon Louis et Laurain (1983) c’est tout un ensemble de gisements du Cuisien, situés entre
Épemay et Château-Thierry (Brasles, Gland, Saint-Agnan, gisements des marnes à Unio et
Térédines, Avenay) qui, bien que n'ayant pas exactement le même âge, auraient la même
origine fluvio-estuarienne, notion à relier à celle du « fleuve oriental » de Feugueur (1963) qui
étudia l’Yprésien des environs de Condé-en-Brie. Selon Russell et al. (1982), d’autres travaux
sont requis pour éclaircir les conditions de formation du gisement de Condé-en-Brie, .lusqu’ici
seuls les mammifères ont fait l’objet d’études de détail, pourtant les ichtyofaunes et les faunes
de Mollusques pourraient se révéler fort instructives car elles seules sont autochtones et donc
révélatrices des milieux qui les abritent. L’objet de cet article sera simplement l'étude des
Lacertilia et des Amphisbaenia du gisement de Condé-en-Brie. le reste des herpétofaunes
devant être examiné prochainement.
J’ai inclus dans l’étude de deux familles de Lacertilia (Iguanidae et Agamidae) du matériel
issu de gisements géographiquement et stratigraphiquement proches de Condé-en-Brie ;
Avenay et Grauves pour les Iguanidae, Avenay, Mutigny et Sézanne pour les Agamidae. En
elTet, la prise en compte du seul matériel de Condé-en-Brie n’aurait pas permis Tétude de ces
deux familles qui, sans cela, aurait été reportée â plus tard.
Les termes utilisés, notamment dans la description du dentaire, ont été établis par
Fejervary-Langh (1923), repris par Ro^ek (1984) et j’ai donné une figure (Augé, 1987)
permettant de localiser la position des structures décrites.
Liste faunique
LACERTILIA Owen, 1842
Iguanidae* Gray, 1827
Geisellaliellus Kuhn, 1944
Geisellaliellus louisi nov. sp.
Agamidae Gray, 1827
Tinosaurns Marsh. 1872
Titwsaurus sp.
Gekkonidae Gray, 1825
Gekkonidé indéterminé
Lacf.rtidae Bonaparte, 1831
Plesiolacerta HofTsietter, 1942
Plesiolaceria aff. PI. lydekkeri Hoffstetter,
Anguidae Gray, 1825
Glyptosaurinae Marsh. 1872
Glyptosaurini Sullivan, 1979
Placosaurus Gervais, 1848
Placosauriis quercyi Filhol, 1882
Placosaurus sp.
Melanosaurini Sullivan, 1979
Melanosaurini indéterminé
Glyptosauriné indéterminé
Anguinae Gray, 1825
cf. Atigui.'! Linnaeus, 1758
cf « Ophisaurus » Daudin, 1803
Anguidé indéterminé
Varanidae Gray, 1827
Saniwa Leidy, 1870
Saniwa sp.
Necrosauridae Hoffstetter, 1943
Necrosaurus Filhol, 1876
Necrosaurus sp.
AMPHISBAENIA Gray, 1844
Amphisbaenidae Gray, 1865
Amphisbaenidé indéterminé
— 113 —
SYSTÉMATIQUE
LACERTILIA Owen, 1842
IGUANIDAE* Gray, 1827
GEISELTALIELLLIS Kuhn, 1944
Geiseltaliellus louisi nov. sp.
Holotype : Un dentaire droit incomplet, n° CB 16436, fig. 1.
Localité-type : Condé-en-Brie, Aisne, France.
Age : Niveau standard d’Avenay (MP8 + 9), Cuisien, Éocène inférieur.
Derivatio nominis : De M. Pierre Louis qui a, le premier, trouvé et étudié ce gisement.
Répartition géograpiuque et stratigraphique ; Est du Bassin de Paris, du niveau repère d’Avenay
à celui de Grauves.
Diagnose : Le dentaire porte des dents nettement tricuspides, de forme cylindrique, quelquefois
droites, parfois légèrement courbées postérieurement. Le bord ventral du dentaire est horizontal, le sulcus
Meckeli est long, étroit, bien qu’il ne se referme pas avant lu symphyse. Cette espèce se différencie de
Geiseltaliellus Umgkaudus Kuhn, 1944 (Éocène moyen, Geiseltal, Allemagne de l’Est) par sa lame
horizontale plus mince et dont le bord interne est plus arrondi, par les cuspides de ses dents qui paraissent
plus accusées et le sulcus Meckeli qui reste toujours ouvert jusque la symphyse.
Matériel : Condé-en-Brie, holotype (n° CB 16436), Avenay, un dentaire droit incomplet (n° AV
16462) et deux fragments de dentaire (n° AV 16463). Grauves, un fragment de dentaire (n” GR 16465).
Description
Les dentaires (fig. 1) appartiennent à un lézard de petite taille, dont la longueur du
museau au cloaque pouvait atteindre 10cm. Labialemenl on compte respectivement six et huit
foramens labiaux sur les deux spécimens les mieux conservés; ils sont situés approximative¬
ment à mi-hauteur du dentaire. La face labiale est nettement convexe vers l’extérieur (en coupe
verticale) et son bord dorsal (crête dentaire) est très irrégulier, des dépressions notables se
situant entre les dents (surtout sur l'holotype). Par contre, le bord ventral du dentaire est droit
sur presque toute la longueur conservée, il se relève doucement dans la région de la symphyse.
En vue linguale le sulcus Meckeli est étroit, ses marges supérieure et inférieure convergent
régulièrement de rarrière vers l'avant; elles se soudent un peu avant la symphyse. La partie
ventrale du dentaire se replie légèrement vers l’intérieur mais, malgré cela, le sulcus Meckeli
reste toujours du côté ventral. La lame horizontale forme un rebord arrondi au-dessus du
sulcus Meckeli. Elle est un peu plus épaisse à l’avant qu’à l’arrière, presque droite et
— 114 —
Fig. I. — Geiseltaliellus louisi nov. sp., dentaire droit, holotype, MNHN, n" CB 16436, Condé-en-Brie, Éocène
inférieur: lA, face linguale; IB, face labiale; IC, une dent, détail de l’apex.
horizontale depuis la symphyse jusqu’à la douzième position dentaire puis se relève ensuite
légèrement. Le plateau dentaire forme une surface horizontale bien développée au fond de
laquelle s’implantent les bases dentaires. La surface alvéolaire forme un angle de près de 90°
avec le plateau dentaire, elle est étonnamment peu haute sur le spécimen de Condé-en-Brie.
Vingt-deux emplacements dentaires sont visibles sur le fossile d'Avenay et la rangée dentaire y
est probablement complète (l’holotype ne montre que seize dents mais il manque la partie
postérieure de lu rangée dentaire). Les dents antérieures sont de taille un peu plus faible que les
dents postérieures. Toutes les dents sont pletirodontes, leur inclinaison est variable mais de
direction générale postérieure. Elles ont une forme cylindrique, grêle, certaines sont légèrement
courbées vers l'arriére ce qui contribue aux différences d’inclinaison de la dentition. Les dents
s’aplatissent linguo-labialement prés du sommet. Quelques-unes présentent un très léger
rétrécissement juste sous l'apex. Les dents les mieux conservées montrent trois cuspides, la
cuspide centrale étant la plus forte; elle se termine par une pointe mousse (fig. le). L’apex des
premières dents n'est conservé sur aucun des dentaires, aussi on ne peut savoir s’il existait des
cuspides. Un des caractères les plus marquants de ces dents est leur grande élévation au-dessus
de la crête dentaire (certaines dents la dépassent sur deux tiers de leur hauteur sur le spécimen
de Condé-en-Brie).
Discussion
En première approche ce dentaire ne présente pas de caractères diagnostiques qui
permettent de l’attribuer sans hésitation à une famille de Lacertilia plutôt qu’à une autre. La
présence de cuspides bien développées sur les dents peut donner une indication, mais
— 115 —
nombreuses sont les familles de Laccrtilia possédant de telles cuspides : Iguanidae*. Teiidae,
Lacertidac. Scincidae et. dans une moindre mesure. Cordylidae. Chez les Teiidae et les
Lacertidae le bord ventral du dentaire et les bords du sulcus Meckeli sont toujours fortement
incurvés et le fossile de Condé-en-Brie ne peut appartenir à l'une de ces familles. Chez les
Scincidae le sulcus Meckeli se refenne souvent très tôt (au niveau de la dixiéme dent comptée à
partir de l'avant chez Egernia par exemple), les dents sont toujours régulièrement inclinées et
elles se projettent au maximum sur un tiers de leur hauteur au-dessus de la crête dentaire. Le
bord ventral du dentaire est courbe le plus souvent. C'est pour toutes ces raisons qu’il faut
écarter une parenté avec les Scincidae. Par contre, le bord ventral rectiligne du dentaire, le
sulcus Meckeli étroit et bordé par deux marges presque parallèles peuvent évoquer les
Cordylidae. Mais chez, cette famille les cuspides des dents, quand elles existent, ne sont pas
aussi marquées que celles des Geiseltuliellus, les dents sont régulièrement inclinées et se
projettent beaucoup moins haut au-dessus de la crête dentaire. C'est pourquoi une parenté
avec les Cordylidae n'est pas retenue. Restent les Iguanidae* ; chez cette famille le dentaire est
souvent refermé en un tube sur le sulcus Meckeli, mais ce n'est pas une règle générale. Prhgill
(1981) rappelle que chez un groupe d'Iguanidae* (les Sceloporinae) le sulcus Meckeli est soit
ouvert, soit incomplètement refermé. fiTHKRtDCE (1964) signale, dans son élude des Scelopori¬
nae, que les bords supérieur et inférieur du sulcus Meckeli sont souvent en contact (sans vraie
soudure) chez ces lézards. C’est aussi le cas chez d'autres Iguanes, ClmlaroJon maclagascarien-
sis et Opium sehae par exemple, membres des Iguaninae (Avery et Tanner, 1971). Pourtant il
faut avouer que chez ces lézards actuels le sulcus Meckeli n'est pas entièrement conforme à ce
que l’on observe sur les fossiles décrits, notamment il ne s’ouvre jamais vers le bas. On peut
même trouver des genres chez lesquels certaines espèces ont un sulcus Meckeli pratiquement
fermé (Leiocephalus partitus) alors que chez d’autres (Leiuccphulus apertusulcus) il reste ouvert
(Pregili . 1981). D’ailleurs la figure donnée par Etiihridge (1965) pour Leiocephalus
apertosulcus, reprise dans Estes (1983), montre d'assez grandes analogies avec le fossile décrit.
D’autre part, on trouve de nombreux Iguanidae* à dents tricuspides dont l'apex est semblable
à celui des dents de Geiseltaliellus louisi, mais chez eux les dents ne se projettent pas aussi
fortement au-dessus de la crête dentaire et ne s'inclinent pas aussi irrégulièrement que chez ce
fossile. Il ressort de cette discussion qu’il est très difficile de trouver des caractères
diagnostiques de la famille des Iguanidae* sur le seul os dentaire et d'ailleurs sur le reste du
squelette aussi, pui.sque Este.s e! al. (1988) pensent qu’il s'agir d’un mèiataxon Kluge (1989) a
récemment commenté ce terme (métaspecies et métataxon) à propos des Iguanidae*. Misin.ER
et Brandon (1987) définissent un métataxon comme un taxon dont on ne sait s'il est
monophylétique ou paraphylétique. Estes ei al. (1988) notent Iguanidae* avec un astérisque
pour montrer qu’il s’agit d’un métataxon, .T’ai suivi leur proposition mais Ki.uge (1989)
suggère de revenir à une convention déjà définie par Wiley ( 1981), c'est-à-dire de faire suivre
les méta taxons de .seciis mutatUis.
Pourtant aucun des traits morphologiques décrits chez Geiseltaliellus louisi ne s’oppose à
une attribution aux Iguanidae* et comme, d'autre part, l’ensemble des caractères observés ne
peut s'accorder à aucune autre famille de lézards G. louisi est attribué aux Iguanidae*. Le
même type de raisonnement par défaut a déjà conduit Estes (1983) à inclure une forme de
l’Éocène moyen du Geiseltal (Allemagne de l’Est), G. longicaudus, dans les Iguanidae*. C’est
d’ailleurs avec cette espèce que les dentaires décrits montrent le plus d'affinités. L’holotype de
Geiseltaliellus longicaudus (Kuhn, 1944, Taf. 19, fig. la-c) est un spécimen complet du
116 —
Geiseltal D’autres squelettes complets et un crâne, initialement attribués à Capitolacerta dubia
par Kuhn, 1944 (Taf. 19, fig. 4-5; Taf. 20, fig. 5) sont reconnus comme appartenant à G.
longicaudus par Estes (1983) qui met tes deux espèces en synonymie. Hoffsteiter (1955) a mis
en doute l’attribution aux Iguanidae* mais Estes (1983), qui reconnaît qu’il n'existe pas de
caractère dérivé montrant que G. longicaudus est un Iguanidé’", le place tout de même dans
cette famille car il ne peut appartenir à aucun autre taxon. Haubold (1977) fait de G.
longicaudus un Lacertidé mais Estes (1983) montre justement que cela ne peut être le cas.
Les figures données par Hatibold (1977, Taf. CLXVIII, fig. 1-5) exposent parfaitement
les fortes ressemblances morphologiques existant entre G. longicaudus et G. touisi. Les dents de
G. longicaudus sont tricuspides, cylindriques, implantées au fond du plateau dentaire, leur
inclinaison bien que de direction générale postérieure est relativement variable et elles
dépassent fortement la crête dentaire. Le maxillaire de G. longicaudus figuré par Kuhn (1944,
Taf. 19, fig. Ib). bien que l’illustration soit assez peu lisible, montre aussi la ressemblance entre
les dents des deux espèces. Le nombre des dents est lui aussi assez proche. Estes (1983) signale
plus de vingt dents chez Geiseltaliellus longicaudus et on compte vingt-deux emplacements
dentaires sur le spécimen d’Avenay Les similitudes ne s'arrêtent pas à la dentition, la forme
générale du dentaire est la même chez les deux espèces, avec notamment un bord ventral
rectiligne, horizontal ; la morphologie de la lame horizontale, du plateau dentaire, du sulcus
Meckeli étroit et allongé est aussi très proche. C’est pourquoi J’attribue l’espèce de Condé-en-
Brie au genre Geiseltaliellus (tabl. I).
Tableau I. — Similitudes et différences entre Geiseltaliellus longicaudus et G. louisi.
Geiseltaliellus longicaudus
Geiseltaliellus louisi
Plus de vingt dents sur le dentaire
Vingt-deux dents sur le dentaire
Apex des dents tricuspide
Idem
Dents cylindriques, implantées au fond du plateau
dentaire
Idem
Inclinaison des dents variable; elles dépassent
beaucoup la crête dentaire
Idem
Bord ventral du dentaire rectiligne
Idem
Sulcus Meckeli étroit et allongé
Idem
Lame honzontale au bord épais et peu arrondi
Lame horizontale au bord arrondi et peu épais
Les bords du sulcus Meckeli se rejoignent en un
point avant la symphyse
Les bords du sulcus Meckeli ne se rejoignent pas
avant la symphyse
Cuspides des dents peu accusées
Cuspides des dents assez fortes
Taille plus faible (6cm museau au cloaque)
Taille plus importante (lOcm museau au cloaque)
Les seules différences perceptibles entre les deux espèces concernent la lame horizontale
dont le bord labial est plus large et moins arrondi chez G. longicaudus. le sulcus Meckeli dont
les bords se rejoignent en un point chez G. longicaudus (Estes, 1983, fig. 8E) alors qu’il reste
complètement ouvert jusqu’à la symphyse chez G. louisi, les cuspides des dents qui semblent
moins accusées chez G. longicaudus. G. louisi paraît aussi être de plus grande taille que l’espèce
du Geiseltal. Ces différences m’ont paru suffisantes pour établir une espèce nouvelle.
— 117
Agamidae Gray, 1827
TINOSAURUS Marsh, 1872
Tinosaurus sp.
Matériel ; Durant cette étude j’ai pu examiner des fossiles d’Agamidae de gisements stratigraphique-
ment et géographiquement voisins de Condé-en-Brie (Avenay, Mutigny. Sézanne). Une liste est donnée
pour chaque gisement et comme ces fossiles appartiennent clairement à la même espèce, la description qui
va suivre intégrera le matériel de Condé-en-Brie et celui des gisements voisins. Condé-en-Brie, deux
dentaires incomplets (n™ CB 16437, CB 16438) et un maxillaire droit incomplet (n° CB 16439). Avenay,
un dentaire gauche incomplet (n® AV 16464). Mutigny, un maxillaire droit incomplet (n“ MU 16466).
Sézanne. un fragment de maxillaire (n° SZ 16467).
Description
Dentaires (fig. 2-3) : L’examen des dentaires de Condé-en-Brie et d’Avenay permet de se
faire une idée assez précise de l’os complet. Le dentaire est de petite taille, sa forme est grêle,
effilée, le bord ventral est droit. En vue labiale la face externe de l’os est verticale à l’avant, plus
arrondie (convexe vers l'extérieur) à l’arriére, surtout dans sa partie basale qui est séparée de la
partie supérieure par une arête peu marquée. Curieusement on compte un seul foramen labial ;
il s’ouvre dans la partie antérieure de l’os, à mi-hauteur, sous la deuxième dent à partir de
l’avant. Ensuite on ne distingue plus que deux ébauches de foramens qui sont plutôt de légères
dépressions à la surface de l'os. Des faces d'usure dues à l’occlusion avec les dents du
maxillaire apparaissent sur la partie supérieure de l’os, surtout entre les dents postérieures. En
vue linguale la rangée dentaire est implantée au-dessus d'un plateau dentaire bien marqué,
horizontal, qui se prolonge jusque sous la dernière dent. Cette situation est bien différente de
celle des autres Agamidae chez qui ce plateau dentaire s’efface complètement, la rangée
dentaire et la face linguale du dentaire étant sur la même verticale. On peut aussi décrire chez
Tinosaurus une lame horizontale qui surplombe le sulcus Meckeli lequel va en se rétrécissant
légèrement vers l'avant où il passe sur la face ventrale de l'os (c'est aussi le cas chez les
Agamidae actuels). La lame horizontale sc termine par un biseau à l’arrière, qui pourrait
correspondre au contact avec un des os post-dentaires, le splénial éventuellement (signalons
toutefois qu'aucune face de contact n'est visible sur la partie ventrale du dentaire, donc la
présence d'un splénial est loin d’être assurée). La dentition présente les caractères les plus
remarquables de l’os. Le nombre total des dents est inconnu, faute d'un dentaire complet. Sur
le spécimen d'Avenay, à l’avant, il y a quatre bases dentaires à implantation pleurodonte.
D’après ce que l’on peut supposer ces dents étaient caniniformes (voir aussi le maxillaire), la
dernière étant la plus grande. Ensuite commence la série des dents acrodontes qui sont de plus
en plus grandes vers l'arriére. La première (vers l'avant) est unicuspide, les suivantes
tricuspides, avec un triangle à pointe mousse. Chacune de ces dents est large (antéro-
postérieurement) ; leur face linguale, comme leur face labiale, est bombée, avec de petites
dépressions latérales isolant les deux cuspides latérales. Ces dents sont jointives ou séparées par
un espace qui n’excède pas un cinquième de la largeur d’une dent. L’implantation des dernières
— 118 —
0.5 cm
Fig. 2-4. — Tinosaurus sp. : 2, dentaire droit, MNHN, n“ CB 16437, Condé-en-Bric, Éocèiie inférieur (2A, face
linguale; 2B. face labiale); 3, dentaire gauche, MNHN, n“ AV 16464. Avcnay. Éocéne inferieur (3A. face linguale;
3B. face labiale); 4, maxillaire droit. MNHN, n“ MU 16466. Mutigny, Éocéne inférieur (4A. face linguale; 4B, face
labiale).
dents mérite d’être décrite : leur base est beaucoup plus développée du côté lingual que du côté
labial, bien qu’elle ne soit pas fixée directement sur le plateau dentaire. A leur sujet il serait
donc abusif de continuer à utiliser le terme acrodonte et, faute de mieux, il conviendrait de
parler d’un type « pleuro-acrodonte » qui est tout à fait inconnu chez les Agamidae actuels
(Moody et RoCfk, 1980, signalent cependant chez les Agamidae que les bases dentaires sont
un peu plus développées vers le bord lingual que chez les Chamaeleonidae). L’usure des dents
paraît surtout porter sur leur face labiale, les cuspides latérales étant les plus usées. Comme les
dernières dents (spécimens de Condé-en-Brie) sont les moins usées et que la dernière dent ne
l’est pas du tout, on peut supposer que de nouvelles dents apparaissent régulièrement à
l’arrière de la rangée dentaire. D’autre part, on ne voit aucune trace de remplacement pour les
dents acrodontes.
Maxillaire (fig. 4) : Les restes disponibles sont trop fragmentaires pour que l’on puisse
décrire l’ensemble de l’os et seule la partie antérieure, amputée de son extrémité, est connue
(spécimen de Mutigny). En vue labiale, la partie antérieure du maxillaire est peu élevée, elle se
— 119 —
relève vers l’avant, certainement pour contacter le prémaxillaire. Il existe au moins deux
foramens maxillaires. En vue linguale, la rangée dentaire est surplombée par une barre
horizontale, importante au niveau des dents antérieures et qui semble se réduire vers l’arrière.
Les deux premières dents sont pleurodontes, la première est très usée, la seconde est complète,
caniniforme et présente un certain aplatissement latéral. Les quatre autres dents conservées
sont acrodontes, leur taille s’accroît vers l’arrière, la première d’entre elles n’a que deux
cuspides, les autres en ont trois et pour le reste elles sont conformes aux dents décrites sur l’os
dentaire. Par contre elles sont plus usées sur leur face linguale, les cuspides latérales étant là
encore les plus atteintes.
Discussion
Deux points seront examinés ; les fossiles décrits appartiennent-ils à la famille des
Agamidae? Quels sont leurs rapports avec le genre Tinosaurus'I
La présence de dents pleurodontes à l’avant des mâchoires, suivies par des dents
acrodontes est un caractère d’Agaraidè (Mooüy et Rof'EK, 1980). Le mode d’usure des dents
acrodontes (face linguale pour la mâchoire supérieure, face labiale pour la mâchoire inférieure)
indique que l’occlusion dentaire permettait à ce lézard de mastiquer les aliments par un
mouvement de cisaillement typique des Agamidae (Robinson, 1976). L’apparition de nouvelles
dents acrodontes à l’arriére de la rangée dentaire, déduite, sur les fossiles, de l’usure de plus en
plus importante des dents lorsque l'on va de l’arrière vers l’avant de la mâchoire, est aussi un
caractère d’Agamidé (CooPiiR cl al., 1970). Les fossiles décrits sont donc des Agamidés,
pourtant ils présentent quelques particularités, celles-ci étant plutôt des caractères primitifs par
rapport à l'ensemble de la famille : j'ai déjà signalé que les dents acrodontes des fossiles étudiés
ne méritaient pas pleinement ce qualificatif et que leur mode d’implantation sur la mâchoire
répondrait mieux au terme de « pleuro-acrodonte » ou de « pré-acrodonte ».
D’autre part, et lié à cette implantation dentaire, on peut décrire un plateau dentaire qui
n’existe pas chez les Agamidae actuels. Ces deux caractères sont donc primitifs pour un
Agamidé et ils semblent constituer des termes de passage entre la morphologie dentaire
commune à la grande majorité des lézards et celle, typique, des Agamidae.
J’ai inclus celte forme dans le genre Tinosaurus en raison de sa morphologie dentaire :
présence de dents caniniformes à l’avant des mâchoires et forte triconodontic des dents
acrodontes; sa présence dans l’Éocène de l’hémisphère nord s’accorde aussi avec la
distribution du genre Tinmaurus. En tout cas les deux arguments précédents sont les seuls qui,
dans l’état actuel des connaissances, permettent de définir le genre Tinosaurm selon Estes
(1983). Mais d’autres auteurs (Hecht et Huffstetter, 1962) ont écrit : « Les Tinosaurus nord-
américains, celui de Mongolie et plus encore celui de Dormaal se singularisent par le fait que la
triconodontic. nette ou même très accusée, n’est pas accompagnée par la différenciation de
caniniformes ». Le genre Tinosaurus est donc pour le moins mal défini et il conviendrait d’en
reprendre l’étude, notamment celle de la forme de l'Êocéne inférieur de Dormaal (Belgique).
— 120 —
Gekkonidae Gray, 1825
Gekkonidé indéterminé
Matériel : Condé-en-Brie, un dentaire droit incomplet (n° CB 16440), deux fragments de dentaire
dont l’un est de beaucoup plus petite taille que les deux autres (n° CB 16441).
Description
Les trois dentaires disponibles portent les caractères très reconnaissables de la famille des
Gekkonidae (fig. 7) : la forme générale est grêle et allongée; en vue linguale le sukus Meckeli,
d’abord ouvert postérieurement, se referme et forme un canal clos jusqu’à la symphyse. Sur
l’os complet on compte quarante-cinq emplacements dentaires; malheureusement toutes les
dents ont disparu, mais les emplacements dentaires montrent quelques caractères de la
dentition : les dents étaient grêles, de faible diamètre, serrées, certainement verticales. En
coupe verticale la face labiale du dentaire est convexe vers l'extérieur; il semble exister cinq
foramens alvéolaires (le dentaire est abîmé au niveau de l'un d’entre eux). Un sillon bien
marqué part du bord postéro-supérieur de l'os et va rejoindre l’alignement des foramens
labiaux qui s’ouvrent donc à l’intérieur du sillon, lequel se prolonge jusque la symphyse.
Discussion
Si l’appartenance de ce fossile à la famille des Gekkonidae ne pose aucun problème, il
n’en va pas de meme pour ses attributions générique et spécifique. Le sillon labial avait déjà
retenu l'attention de Hoffstetter (1946) chez Cadiircogekko piveteaui (Éocène supérieur,
Phosphorites du Quercy). L'examen de l'ensemble des dentaires de Gekkos des Phosphorites
du Quercy a mis en évidence que ce caractère n’était pas constant pour cette espèce et qu’il
variait notablement avec la taille sur les fossiles des Phosphorites (Augé. 1986). On peut
cependant remarquer qu’aucun de ces dentaires du Quercy ne montre un sillon labial qui
s’étend depuis l'arrière jusque la symphyse, comme sur la forme de Condé-en-Brie. D’autre
part, le statut de Cadiircogekko piveteaui n’est pas établi définitivement, puisque Estes (1983)
en fait un nomen dubiunr, toutefois l’espèce semble devoir être revalidéc après la decouverte
d’une pièce nouvelle, un frontal, dans les anciennes collections des Phosphorites du Quercy
(Augé, 1986). Il est sûr que les dentaires offrent peu, ou même pas, de caractères diagnostiques
au niveau du genre chez les Gekkos. Schleich (1987) a créé un genre et une espèce,
Fahieogekko risguviemis du Miocène moyen de l’Allemagne du Sud, sur des bases
quantitatives prises, notamment, sur le dentaire et le maxillaire de ce fossile. Peut-être
pourrait-on tenter la même approche pour la série des Gekkonidae de l’Éocéne français? En
attendant qu’un tel travail puisse être réalisé, il n’est pas possible d’attribuer les fossiles de
Condé-en-Brie avec précision à l’intérieur de la famille.
— 121 —
Fig.
I
5-7. — 5, Plesiolacerta aff. PI. lydekkeri, vertèbre dorsale, MNHN. n° CB 16442, Condé-en-Brie, Éocène inférieur
(5A, face latérale; 5B, face ventrale; 5C, face antérieure); 6, Plesiolacerta aff. PI. lydekkeri, même vertèbre que
figure 5 (L : longueur du centrum ; 1 : largeur du centrum ; H ; hauteur de la vertèbre ; Hc : hauteur du cotyle ; le :
largeur du cotyle); 7, Gekkonidé indéterminé, dentaire droit, MNHN, n“ CB 16440, Condé-en-Brie, Éocene
inférieur (7A, face linguale; 7B, face labiale).
— 122 —
Lacertidae Bonaparte, 1831
PLESIOLACERTA Hoffstetter, 1942
Plesiolacerta aff. PI. lydekkeri Hoffstetter, 1942
Matériel : Condé-en-Brie, dix vertèbres dorsales (une dorsale figurée, n° CB 16442, autres dorsales,
n° CB 16443); deux vertèbres caudales, n“ CB16444.
Description
Vertèbres dorsales (fig. 5) ; elles portent tous les caractères morphologiques des vertèbres
de Plesiolacerta, notamment elles possèdent un zygosphène. Cet élément anatomique avait
amené Lydekker ( 1888), qui décrivit les premiers restes référables au genre, à les placer chez
les Igiianidae, opinion rectifiée depuis par HoEEsrETTER (1942) qui a reconnu un Lacertidé.
En vue latérale la neurépine paraît assez élevée, bien qu’elle ne soit intacte sur aucune des
vertèbres disponibles. En vue antérieure les deux côtés du zygosphène portent une petite
surface articulaire sur leur face externe. Le toit du zygosphène est horizontal, légèrement en
dessous du sommet des faces latérales. 11 existe quelques variations : sur l’une des vertèbres
l’écartement entre les faces latérales est très réduit et te toit du zygosphène est presque
inexistant ; sur une autre vertèbre ce toit est au même niveau que le sommet des deux côtés. En
résumé le zygosphène est certainement la structure la plus variable sur les vertèbres de
Plesiolacerta. La face ventrale du centrum porte une forte carène hémale au bord ventral
émoussé et elle s’élargit régulièrement de l’arrière vers l'avant de la vertèbre.
Quelques mesures ont été prises sur ces vertèbres (fig. 6) et elles ont permis de calculer les
trois indices vertébraux définis par Mazin (1978) ; indice de largeur du centrum, 1/L qui est le
rapport de la largeur du centrum au niveau des synapophyses, à la longueur totale du
centrum; indice de la hauteur vertébrale. H/l qui est le rapport de la hauteur de la vertèbre
(dans la région cotylaire), à la largeur précédemment citée; indice de la hauteur cotylaire,
Hc/lc qui est le rapport de la hauteur du cotyle à sa largeur.
La comparaison de ces indices avec ceux des vertèbres dorsales de Plesiolacerta lydekkeri
des gisements de l’Éocène supérieur des Phosphorites du Quercy et de Lissieu (France, limite
Éocène moyen-Êocène supérieur) montre que leurs variations sont comprises dans les limites
de variation des indices des vertèbres du Quercy (labl. II) ce qui confirme l’appartenance de la
forme de Condé-en-Brie au genre Plesiolacerta. On pourrait même s’interroger sm' l’identité
spécifique des formes du Quercy et de Condé-en-Brie, mais il convient d’examiner les fossiles
d’autres localités voisines stratigraphiquement et géographiquement (Grauves, Sézanne, etc.)
pour décider de ce rapprochement.
— 123 —
Tableau II. — Moyennes el écart.s-type des indices vertébraux mesurés, d’une part, sur les vertèbres
dorsales de Plesiolaceria lydekkeri des gisements des Phosphorites du Quercy et de Lissieu et, d’autre
part, sur les vertèbre.s dorsales de PI. aff. PI. lydekkeri du gisement de Condé-en-Brie. Il est clair que
les variations des indices des vertèbres de Condé-en-Brie sont eomprises dans les limites de variation
des indices des vertèbres du Quercy et de Lissieu, ce qui montre, sinon l’identité spécifique de ces
vertèbres, mais tout au moins leur grande ressemblance.
Angutdae Gray, 1825
La famille des Anguidae est présente à Condé-en-Brie, comme dans la plupart des autres
gisements de TÉocène ouest-européen. On y trouve des formes appartenant aux Anguinae,
aujourd’hui représentés par des lézards apodes (« Ophisaurus » et Anguis) et des formes
appartenant aux Glyptosaurinae, taxon dont les derniers représentants s’éteignent certaine¬
ment au cours de l’Oligocène, bien que quelques fossiles aient été signalés dans le Miocène,
mais leur attribution aux Glyptosaurinae demande confirmation (Estes, 1983).
— 124 —
Glyptosaurinae Marsh, 1872
Ce taxon est relativement facile à caractériser : ce sont des lézards de grande taille, dont le
revêtement dermique (que ce soient des ostéodermes ou des plaques dermiques soudées aux os
sous-jacents) montre une ornementation typique, faite de petits tubercules. On trouvera
d’autres apomorphies de ce taxon dans Meszoely (1970), Sullivan (1979) et Gauthier
(1982). Sltlivan (1979) a reconnu deux tribus chez ces Glyptosaurinae ; les Glyptosaurini qui
correspondent à des lézards de grande taille avec des ostéodermes céphaliques hexagonaux et
les Melanosaurini, dont tes représentants sont en général de plus petite taille et ne possèdent
pas les ostéodermes céphaliques des Glyptosaurini mais des plaques dermiques soudées aux os.
Estes (1983) pense que les Melanosaurini pourraient être paraphylétiques car ils ne sont définis
que sur des caractères primitifs. Les deux tribus sont présentes à Condé-en-Brie.
Glyptosaurini Sullivan, 1979
PLACOSAURÜS Gervais, 1848-52
Placosaurus quercyi Filhol, 1882
Matériel : Condé-en-Brie, un dentaire droit incomplet (n° CB 16445); cinq ostéodermes céphaliques
(n“ CB 16449 et CB 16450); dix ostéodermes du tronc (n”® CB 16447, CB 16448 et CB 16449).
Description
Le seul dentaire disponible (fig. 8) est brisé et il ne reste que sa partie postérieure. La face
labiale est régulièrement convexe vers l’extérieur (vue en coupe transversale). Sur son bord
dorso-poslérieur existe une petite échancrure où venait certainement se loger le processus
antérieur de l’os coronoïde Le bord postérieur de l’os est brisé et on ne peut donc connaître les
rapports établis entre le dentaire et les autres os de la mandibule. Pourtant aucune échancrure
correspondant au contact avec le supra-angulaire n’est visible et on peut donc considérer que
ce contact se faisait en arrière de celui formé par le dentaire et le processus antérieur du
coronoïde. Ceci est un caractère du genre Placosaurus (Augé, 1986) par opposition au genre
nord-américain Glyptusaurus chez qui l’extrémité antérieure du coronoïde et celle du supra-
angulaire sont sur une même verticale (Meszoely, 1970). Toute la partie inférieure de la face
linguale est occupée par un important sulcus Meckeli qui s'ouvre largement vers l’arrière et, sur
le fragment connu, commence à se rétrécir vers l’avant. Un septum intra-mandibulaire divise
complètement le sulcus Meckeli ; cette cloison prend naissance sous la lame horizontale et se
soude ventralement à la paroi du dentaire. Vers l’avant, la cloison se soude sur coûte sa
hauteur à la paroi du dentaire et, de ce fait, la cavité qu’elle délimite se referme à peu près au
niveau de la troisième dent (comptée à partir de l'arrière). Ce septum intra-mandibulaire
s’échancre largement à l’arrière. La lame horizontale est réduite à une mince frange plafonnant
le sulcus Meckeli. Le plateau dentaire et la surface alvéolaire forment une seule et même
surface très inclinée, dorso-labialement à ventro-lingualement.
125 —
0,5 cm
1 cm
Fig. 8-9. — 8, Placosaurus quercyi, dentaire droit, MNHN, n° CB 16445. Condé-en-Brie, Éocène inférieur (8A. face
linguale; 8B, face labiale); 9. Melanosaurini indéterminé, fragment de toit crânien, n” CB 16452, Condé-en-Brie,
Éocéne inférieur.
Seules les cinq dernières dents sont conservées et une seule est restée intacte. Les dents
sont élargies antéro-postérieureraent et pleurodontes, elles ne présentent pas de rétrécissement,
leur inclinaison est assez variable. Ces dents sont aplaties linguo-labialemenl et dépassent à
peine la crête dentaire. L’apex de la seule dent intacte est arrondi et même plat à son sommet ;
de courtes stries verticales entourent cet apex. La racine des trois dernières dents s’implante
jusque sur la lame horizontale.
Les ostéodermes ont une ornementation faite de petits tubercules; certains sont
rectangulaires, de grande taille, et couvraient le tronc de l’animal ; d’autres sont hexagonaux,
toujours assez grands, et recouvraient la tête.
Discussion
L’espèce-type du genre Placosaurus est Placosaurus rugosus dont le dentaire n’est pas
connu et dès lors on comprend les problèmes rencontrés avec les espèces définies sur des
— 126 ~
dentaires (PL quertyi par exemple). J’ai souligné ci-dessus un caractère pris sur le dentaire
permettant de séparer Glyptosauriis de Placosaunts, mais il reste qu'on ne peut séparer les
Placosaurus du Quercy (PL quercyi et PI. europaeus) de l'espèce-type. Pourtant Estks (1983) a
reconnu ces dernières et je l'ai suivi ici. Le dentaire de Condé-en-Brie correspond parfaitement
à ceux de PI. quercyi: on relèvera notamment l’identité de la morphologie dentaire (dents
élargies à apex strié et arrondi), du mode d’attachement des dents et de la forme du septum
intra-mandibulaire. J’attribue cette pièce à Placosaurus quercyi qui aurait donc vécu depuis
rÉocènc inférieur jusqu’à l’Éocène supérieur, c’est-à-dire l’àge présumé des spécimens des
Phosphorites du Quercy (Augè, 1986).
Les deux sortes d'ostéodermes décrits appartiennent à un Glyptosaurini, les ostéodermes
hexagonaux étant d’ailleurs une apomorphie de ce taxon. Je considère que ces ostéodermes se
rapportent à Placosaurus quercyi dont la présence dans le gisement est démontrée par un
dentaire et bien qu’il soit impossible de déceler des caractères spécifiques sur les ostéodermes
de Placosaurus.
Melanosaurini Sullivan, 1979
Melanosaurini indétenniné
Matériel : Condé-en-Brie, un fragment de toit crânien (n“ CB 16452), nombreux ostéodermes
(n“*CB 16454 et CB 16453).
Description
Le fragment de toit crânien (fig. 9), dont la place sur le crâne n’a pu être reconnue, porte
un revêtement dermique continu, soudé à l'os et orné de petits tubercules; sur ce revêtement
apparaissent les traces laissées par les écailles épidermiques. L’absence d’ostéodermes
hexagonaux et la soudure des éléments dermiques au toit crânien montrent que l'on est en
présence d’un Melanosaurini.
Les ostéodermes sonl de forme rectangulaire, leur ornementation est faite de petits
tubercules caractéristiques des Glyptosaurinae. A l’avant ils possèdent une surface lisse qui,
quelquefois, se poursuit sur une des faces latérales mais, dans ce cas, cette surface devient très
étroite. Sur la plupart des ostéodermes, l’ornementation est visible jusqu’aux bords latéraux
qui sont indentés de façon à assurer une suture avec les ostéodermes contigus. Quelques-uns
possèdent une carène, d’autres, sans carène, sont allongés et étroits.
Le tableau III montre la répartition de l'ensemble des ostéodermes rectangulaires de
Glyptosaurinae trouvés à Condé-en-Brie, suivant leur largeur. Il existe deux modes,
respectivement les ostéodermes dont la largeur est de 2 mm et 2,8 mm. Ceci reflète simplement
deux récoltes différentes. L’ensemble des ostéodermes de petite taille, c’est-à-dire compris entre
les classes de 0,9 et 3,5 mm appartient aux Melanosaurini, Par contre les ostéodermes
nettement plus larges et en beaucoup plus faible nombre appartiennent aux Glyptosaurini.
— 127 —
Tableau III. Répartition des ostéodermes rectangulaires de Glyptosaurinae trouvés à Condé-en-Brie
suivant leur largeur (dimension prise à la limite entre surface de glissement et partie ornée de
l’ostéoderme). Les ostéodermes les plus petits et les plus nombreux (classes 0,9 mm à 3,5 mm)
appartiennent aux Melanosaurini. Les ostéodermes les plus larges appartiennent aux Glyptosaurini
(classes 5 mm à 8 mm). Entre les classes 3,5 mm et 5 mm existent quelques ostéodermes que l’on ne
peut raisonnablement attribuer à l'un ou l’autre taxon.
Discussion
On peut accorder sans aucun doute ces pièces squelettiques aux Melanosaurini; par
contre leur attribution générique est beaucoup plus indécise. Les Melanosaurini sont surtout
connus dans le Paléogène d’Amérique du Nord, mais quelques formes ont été décrites ou
signalées en Europe.
A Dormaal (Éocène inférieur de Belgique), Hecht et Hoffstetter (1962) ont trouvé des
ostéodermes et des pièces crâniennes d’un lézard qui selon eux est proche de Melanosaurus
— 128 —
(espccc-lypc Melcimsanrus maximus de l'Éocène inferieur d’Amérique du Nord). Le gisement
du Geiseltal (Êocène moyen, Allemagne de l’Est) a livré deux espèces appartenant au genre
Xestopx (Meszoely et al., 1978), Xestops abderhaldeni et Xexlops weigclti (niveau repère du
Geiseltal untere mittelkohle, Schmidt-Kiitler, 1987). HortSTEnER (1962a) a décrit Paraxes-
tops stehlini dans TÉocène supérieur du Mormont-Saint-Loup en Suisse (niveau repère
d’Escamps. Schmidt-Kittler, 1987), genre placé depuis en synonymie avec Xesmp.x (Meszoe-
i.v et al., 1978). L'identité de Melana.saurux est fondée sur des caractères crâniens (Estes, 1983)
mais le matériel de Condé-en-Brie se prête mal aux comparaisons. Xestops est défini sur un
ensemble de caractères parmi lesquels la possession d’ostéodermes avec une carène (Estes,
1983). Mais en l’absence d’os crânien bien conservé il n'y a pas d’éléments diagnostiques réels
autorisant une attribution générique à l’intérieur des Melanosaurini.
Glyptosauriné indéterminé
Matériel : Condé-en-Brie, quatre vertèbres dorsales (n° CB 16451).
Description
Les vertèbres dorsales sont très proches de celles décrites chez le genre Placosaurus de
rÉocène supérieur du Quercy (Rage, 1978. fig. 2; Mazin. 1978). La neurépine paraît avoir
une élévation moyenne, bien qu’elle ne soit intacte sur aucune des vertèbres. Le centrum de la
vertèbre est assez haut. Les synapophyses peuvent être presque verticales et s’étendre depuis la
base de la prézygapophyse jusqu’au bord ventral du centnim ; sur d'autres vertèbres elles sont
plus inclinées et d’extension moindre. Ces différences reflètent certainement des positions
différentes sur l’axe vertébral, les vertèbre» à grandes synapophyses étant situées plus
antérieurement (Hoffstetter, 1962a). En vue dorsale la constriction entre pré- et postzygapo-
phy.ses est assez faiblement marquée et ces vertèbres sont plutôt élargies antérieurement. La
face ventrale du centrum est soit bombée, soit munie d’une ou même de deux carènes. La
forme de la base du centrum exclut toute appartenance de ces vertèbres à un Anguiné chez
lesquels cette hase est plane ou sub-plane. Les Anguinae ont aussi un centrum plus aplati que
celui des vertèbres décrites.
Ces vertèbres sont celles d'un Glyptosauriné; elles pourraient appartenir à Placosaurus,
bien que leur taille soit un peu plus petite que celle à laquelle on pourrait s’attendre au vu des
autres éléments squelettiques de Placosaurus connus à Condé-en-Brie. On peut aussi envisager
leur appartenance aux Melanosaurini, la taille des vertèbres correspondrait d’ailleurs mieux à
cette dernière possibilité. Mais les comparaisons sont difficiles car il y a apparemment peu de
différences entre les vertèbres des Glyplosaurini et celles des Melanosaurini. Ainsi Hoffstet¬
ter (1962fl) n'avait pu décider si des vertèbres du Mormont-Saint-Loup appartenaient à un
Placo.suurus ou à Xestops stehlini qu'il venait de décrire dans ce gisement d’après des pièces
crâniennes. On connaît quelques vertèbres dorsales de Melanosaurini dans les gisements
d’Amérique du Nord {Melanosaurus, Peltosaurus) mais dans leur description par Gilmore
(1928) on ne relève aucun caractère pouvant être utilisé pour les séparer des vertèbres de
Glyptosaurini.
Anguinae Gray, 1825
Les Anguinae actuels sont des formes apodes qui étaient classiquement réparties en deux
genres (Anguis et Ophisaimis) jusqu'à ce que Klembaiga (1979, 1981) revalide le genre
Pseudopus pour l’espèce Ophisaurus apodus. Cette proposition a été généralement acceptée
(Gauthier, 1982; RoGïk. 1984), bien que Estes (1983) et Sullivan (1987) aient émis des
réserves sur la pertinence des caractères distinctifs choisis par Klembara qui s’est surtout
attaché au pariétal. Gauihier (1982) et Sullivan (1987) suggèrent aussi qu’il existe une
troisième lignée, américaine, indépendante depuis longtemps des deux lignées européennes.
D’autre part les Anguinae ne sont représentés à Condc-cn-Brie que par des vertèbres alors que
les différences entre Pseudopus et Ophisaurus s’établissent surtout au niveau des os crâniens.
On ne peut donc séparer les deux genres avec notre matériel et nous utiliserons donc le terme
« Ophisaurus » dans son sens large.
Cf. ANGUIS Linnaeus, 1758
Matériel : Condé-en-Brie, trois vertèbres dorsales (une figurée, n° CB 16456, autres, n° CB 16455).
Description
Les vertèbres dorsales (fig. 10) possèdent les mêmes caractères morphologiques que les
vertèbres de l’actuel Anguis fragilis, en premier lieu leur petite taille et leur forme très aplatie.
En vue de profil la neurépine est assez longue et d’élévation moyenne ; elle s'épaissit au sommet
et se prolonge vers l’avant par une lame qui rejoint l’arc neural dans la moitié antérieure de la
vertèbre. La synapophyse s'étend depuis la partie inférieure de la prézygapophyse jusqu’à la
partie ventrale de la vertèbre; elle s'incline légèrement postéro-latéralement à antéro-
ventralement. En vue ventrale, le çentrum est plat et allongé et, vers l'arrière, ses deux bords
latéraux .sont parallèles, disposition typique du genre Anguis (chez le genre Anniella,
Anniellinae, Anguidae? la face ventrale des vertèbres dorsales montre la même morphologie
que celle des vertèbres à'Anguis mais Anniella a une neurépine réduite comparée à celle
à'Anguis). Sur les fossiles de Condé-cn-Brie, le condyle et le cotyle s’étirent transversalement,
de la même façon que chez \'Angui$ actuel.
Il resterait à confirmer la présence du genre Anguis dans le gisement de Condé-en-Brie par
la découverte d’autres pièces squelettiques, mais la morphologie vertébrale donne déjà une
bonne assurance quant à l'existence du taxon dans ce niveau. Il s’agirait donc du plus ancien
représentant de la lignée phylétique. Le genre avait été reconnu dans l'Éocène supérieur et
l’Oligocène des Phosphorites du Qucrcy (Augé, 1986; Rage, 1988) et l'Oligocène inférieur de
Hoogbutsel en Belgique (Hecht et Hoffstetter, 1962). L’origine de ce taxon remonterait
donc au moins à l’Éocène inférieur, ce qui est beaucoup plus ancien que ce qu’avait suggéré
Klembara (1981) qui proposait l’Oligocène supérieur.
0,5 cm
Fig. 10-11. — Anguinae : 10, cf. Anguis, vertèbre dorsale, MNHN, n" CB 16456, Condé-en-Brie, Éocène inférieur
(lOA, face dorsale; lOB^ face ventrale; lOC, face latérale); 11, « Ophisaurus » sp. vertèbre dorsale, MNHN, n° CB
1617, Condé-en-Brie. Éocène inférieur (IIA, face dorsale; IIB, face ventrale; IIC, face latérale).
Cf. « OPHISAURUS » Daudin, 1803
Matériel : Condé-en-Brie, dix-huit vertèbres dorsales (n° CB 1617) et six ostéodermes (n“ CB 1618).
Description
Les vertèbres dorsales (fig. 11), en vue latérale, ont une neurépine moyennement élevée et
un centrum fortement aplati. La synapophyse naît sous la prézygapophyse, elle s’incline
postéro-dorsaleraent à antéro-ventralemenl et se termine au niveau de la base de la vertèbre.
Sur certaines vertèbres la synapophyse est pratiquement verticale et ne présente pas de
constriction, alors que sur d’autres une constriction médiane existe. En vue antérieure
l’aplatissement de la vertèbre est particulièrement manifeste; le cotyle s'étire transversalement.
La face ventrale du centrum s’élargit vers l’avant et ses bords latéraux convergent vers rarriére
jusqu’au niveau du condyle. Cette face ventrale est plate ou très légèrement bombée, elle peut
aussi présenter une faible dépression mésiale. Ces variations du centrum, bien décrites par
RoCek (1984), correspondent à des positions différentes sur l’axe vertébral (Augé, 1986) et se
retrouvent chez les « Ophisciurus » actuels.
Les ostéodermes se caractérisent par leur ornementation vermiculée (faite de courts sillons
entrecroisés) et leur forme rectangulaire, différant sur ce point des petits ostéodermes arrondis
du genre Anguis. Il existe une surface de glissement non ornée sur la partie antérieure et sur
l’un des ostéodermes les bords latéraux sont taillés en biseau ce qui offre une surface de
glissement aux ostéodermes situés latéralement (HoEESrhrrER. 19626). Rappelons que les
ostéodermes des Glyptosaurinae, s'ils possèdent bien une surface de glissement antérieure, ne
montrent pas de bords latéraux taillés en biseau (ou de manière très discrète) permettant le
chevauchement des ostéodermes voisins. La taille de ces ostéodermes s’accorde bien avec celle
des vertèbres.
Discussion
Les ostéodermes décrits sont non seulement proches de ceux des Anguinae mais aussi de
ceux des Gerrhonotinae. Meszoely (1970) a signalé que les ostéodermes i]'Opiusaurus s.L et de
Gerrhonotus sont similaires. Par contre, chez Gerrhonotiis la face ventrale du centrum des
vertèbres est bombée et non plane ou sub-plane comme chez << Ophimunis ». Notons que tous
les fossiles connus attribués aux Gerrhonotinae (Good, 1988) sont exclusivement nord-
américains. Les vertèbres dorsales de Condé-en-Brie sont très proches morphologiquement de
celles de Pseudopus apodus actuel et elles présentent le même type de variations intracolumnai-
res.
C’est en raison de ces ressemblances que j’attribue les vertèbres et ostéodermes de Condé-
en-Brie aux Anguinae. Cependant, on ne peut sans discussion les rattacher au genre
« Ophisaurus », car d'autres genres fossiles ont été reconnus chez les Anguinae. Kuhn (1940a)
a décrit Ophisaurus quadrupes et Parapseudopus hallensis (= « Ophisaurus » s.l.) dans l’Éocène
— 132 —
moyen du Geiseltal (Allemagne de l’Est). La première forme est de petite taille, certainement
juvénile et surtout munie de membres réduits. Ses ostéodermes sont semblables à ceux des
Ophisaurus s.l., on ne connaît pas ses vertèbres. La seconde, plus grande, ne montre pas de
membres et MeszOHLY et Haubuld (1975). qui l’ont réétudiée, la reconnaissent comme un
« Ophisaurus ». Estes (1983) maintient la séparation entre Ophisaurus qiiadrupes et Ophisaurus
haliensis bien qu’il pense que l’on puisse être en présence de la même espèce, les membres
n’ayant pas été préservés lors de la fossilisation de Ophisaurus haliensis. Or, d’après Sui.livan
(1987), on aurait découvert récemment une ceinture pelvienne vestigiale chez Ophisaurus
haliensis, encore plus réduite que celle des foimes apodes actuelles (Pseudopus apodus par
exemple). Ophisaurus haliensis était donc une forme apode, distincte de Ophisaurus quadrupes.
Klembara (1981) a revalidé le genre Parapseudopus pour Ophisaurus haliensis-, il se fonde
toujours sur des caractères du pariétal qui n’appartiennent pas en propre à ce genre mais que
l’on trouve tantôt chez Pseudopus, tantôt chez Ophisaurus sensu stricto. On peut alors douter
de leur valeur en tant que caractères diagnostiques. Il existe aussi des dents pointues et
recourbées vers l’arrière chez O. haliensis mah Klembara (1981 ) signale aussi que les dents des
Ophisaurus (sensu stricto) de l’ancien monde ont la même morphologie. Par contre, un dernier
caractère, s'il était confirmé, pourrait avoir valeur d’apomorphie pour l’espèce Ophisaurus
(— Parapseudopus) haliensis \ les ostéodermes dorsaux (médiodorsaux?) n’auraient pas de
surface de glissement à l'avant, ce qui serait un cas unique, non seulement pour tous les
Anguinae. mais aussi pour tous les Anguidae (Hoffstetter, 19627)). Par contre, Sullivan
(1987) nomme cette forme Ophisauriscus haliensis, ce qui ne peut être le cas puisque le genre
Ophisauriscus est pourvu de membres. Le même auteur a redècrii un Anguinè de l’Oligocène
moyen de l’Amérique du Nord, Parophisaurus pawneensis, qui était pourvu de membres. Les
ostéodermes de ce lézard sont apparemment semblables à ceux des « Ophisaurus » actuels ; les
vertèbres dorsales conservées ont, d’après la description de l’auteur, un centrum à face ventrale
légèrement aplatie, avec une dépression médiane peu profonde.
En résumé, chez les Anguinae fossiles, on se trouve en présence de formes apodes avec,
outre Anguis, « Ophisaurus », la plus ancienne d’entre elles étant Ophisaurus haliensis de
l’Éocène moyen européen, et de fonnes munies de membres, peut-être plus ou moins réduits,
avec Ophisauriscus quadrupes (Êocène moyen d’Europe) et Parophrsaurus pawneensis de
l’Oligocène moyen d’Amérique du Nord. Dans ces conditions à quel taxon doit être assigné
l’Anguiné de Condé-en-Brie ? En particulier peut-on savoir s’il s’agit d’une forme apode ou
non ? La morphologie plane de la face ventrale du centrum vertébral indique un lézard apode
mais on peut remarquer que les vertèbres de Parophisaurus montrent aussi, peut-être à un
degré moindre, une tendance à l'aplatissement de la face ventrale du centrum. Cependant
l’Anguidé de Condé-en-Brie est certainement une forme apode et on peut donc le rapprocher
d’« Ophisaurus » mais seule la découverte d’autres éléments squelettiques pourra confirmer ce
point.
— 133 —
Anguidé indéterminé
Matériel : Condé-en-Brie, treize vertèbres caudales (n° CB 16457).
Description
Quelques vertèbres caudales ont une morphologie proche de celle des vertèbres de
r « Ophisaurus » actuel. L'existence des bases brisées des os chevrons, soudées à la partie
postéro-ventrale du centrum, près du condyle, signe leur appartenance aux Anguidae, La face
ventrale du centrum est cependant particulière : bien qu’aplatie, sur la plupart des vertèbres
(huit sur treize), elle porte une dépression mésiale assez large mais peu profonde. La taille est
variable, ce qui n’est pas étonnant pour des vertèbres caudales et peut s'accorder à
« Ophisaurus » ou aux Glyptosaurinae présents à Condé-en-Brie. Rage (1978) a pu attribuer
des vertèbres caudales au genre Placosaurus mais sur des critères de taille à l’intérieur d’un
même gisement. Ici ce critère ne s’applique pas et comme « les vertèbres caudales des Anguidae
varient peu d’un genre à l’autre » (Hoffstetter, 1962a), il n’est pas possible de les déterminer
avec précision.
Varanidae Gray, 1827
SANIWA Leidy, 1870
Saniwa sp.
Matériel : Condé-en-Brie, deux vertèbres caudales (n°® CB 16458 et CB 16459).
Description
Les vertèbres caudales sont de grande taille (fig. 12), allongées. En vue ventrale, deux rides
parallèles limitent la face ventrale du centrum et les traces d’insertion des os chevrons sur la
vertèbre se situent à l’extrémité postérieure de ces deux rides. Ce sont des caractères de
Varanoïde mais la morphologie de ces vertèbres les distingue de celles de Necrosaurus, autre
Varanoïde présent dans le gisement. L’insertion des os chevrons se situe un peu à l’avant du
condyle, alors que chez Necrosaurus elle est contre le condyle. Il est notable que, sur les
vertèbres décrites, ces deux surfaces d’insertion ne révèlent pas clairement la présence d’une
articulation entre vertèbre et arc hémal mais témoigneraient plutôt d’une soudure. Les
processus transverses s’attachent sous les zygapophyses alors que chez Necrosaurus ils sont en
arrière de celles-ci.
— 134 —
0,5 cm
1
Fig. 12-14. — 12, Saitiwa sp., verlèbre causale, face ventrale, MNHN, n" CB 16458, Condé^en-Brie, Éocène inférieur;
13, Amphisbaenidé indéterminé, dentaire gauche. MNHN, n" CB 1616. Condé-en-Brie, Éocène inférieur (13A, face
labiale; 13B, face linguale); 14, Amphisbaenidé indéterminé, vertèbre dorsale, MNHN, n” CB 1615, Condé-en-
Brie, Éocène inférieur (14A, face ventrale; 14B, face latérale; I4C, face dorsale).
Discussion
Ces deux vertèbres n’appartiennent pas à Necrosaurus et on peut remarquer que les
différences relevées entre elles et les vertèbres de ce dernier rejoignent trait pour trait les
différences relevées par Hecht et Hoffsteïter (1962) entre les vertèbres de Necrosaurus et
celles de Saniwa : les processus transverses sont insérés près du cotyle chez Saniwa ; les
insertions de l’arc hémal sont situées plus en avant chez Saniwa et elles ne présentent pas de
surfaces articulaires nettes. Je considère ces deux vertèbres comme appartenant au genre
135 —
Saniwa. Le fait qu’elles ne portent pas de zygosphéne ne remet pas en cause cette attribution
car Gilmor£ (1928) n'avait pas trouvé non plus de zygosphéne sur les vertèbres caudales de
Saniwa ensUlens (Éocène inférieur et moyen de l’Amérique du Nord), bien que les vertèbres
dorsales en soient pourvues. Le genre Saniwa est surtout connu en Amérique du Nord (Éocène
inférieur à Oligocène moyen, selon Estfs, 1983), par contre Saniwa orsmaelensis Dollo, 1923
vient de l'Éocéne inférieur de Dormaal en Belgique. Hoffstetter (1943) et Hecht et
Hofesteher (1962) ont aussi signalé le genre Saniwa dans TÉocéne inférieur du Bassin de
Paris (localités de Monthelon et de Cuis, niveau standard de Grauves, MPIO, d’après
Schmidt-Kittler ei al., 1987). Les vertèbres caudales de Condé-en-Brie évoquent beaucoup
les vertèbres caudales de Saniwa orsmaelensis, mais cette espèce pose quelques problèmes
puisque Doej.o (1923) ne l’a pas figurée et que Hecht et Hoffstetter (1962) ont écrit que les
vertèbres de Saniwa orsmaelensis ne sont pas différentes de celles de 5. ensidens.
J’ai pu voir quelques vertèbres dorsales de S. orsmaelensis conservées au Muséum Royal
d’Histoire Naturelle de Bruxelles et je ne peux que confirmer les observations des auteurs
précédents. L’étude de vertèbres du genre Saniwa trouvées dans des gisements proches
stratigraphiquement et géographiquement de Condé-en-Brie (Avenay, Mutigny), et notam¬
ment de vertèbres sacrées, apportera de nouveaux éléments de comparaison et permettra peut-
être de préciser les relations entre les espèces européennes et les espèces américaines.
Necrosauridae Hoffstetter, 1943
NECROSAURUS Filhol, 1876
Necrosaurus sp.
Matériel : Condé-en-Brie, une vertèbre cervicale, deux vertèbres dorsales, six caudales et peut-être
une sacrée, une vingtaine d’ostéodermes (n“ CB 16460).
Description
Les ostéodermes à eux seuls montrent la présence du Varanoïde Necrosaurus dans le
gisement de Condé-cn-Bric. Ils sont de forme ovale et présentent une forte carène médiane.
Leur ornementation est faite de petites cavités qui peuvent s’allonger en un court sillon. Ce
guillochage est nettement plus marqué que celui des ostéodermes de Necrosaurus cayluxi
décrits et figurés par Rage (1978, fig. 3) dans l'Éocéne supérieur de Sainte-Néboule
(Phosphorites du Quercy). Rappelons que ce type d’ostéodermes est relativement rare dans les
gisements des Phosphorites du Quercy puisque seuls Sainte-Néboule et Escamps (Éocène
supérieur) en ont fournis; leur morphologie y est relativement homogène.
La vertèbre cervicale a une morphologie nettement varanoïde (Rage. 1978, fig. 4). Ainsi
en vue latérale on note la présence d’un processus transverse à l’avant de la vertèbre mais il
paraît plus réduit que eelui des vertèbres cervicales de N. cayluxi de Sainte-Néboule. Les
margines inferiores qui le prolongent n’ont pas le même développement ni la même direction
que celles des vertèbres du Quercy (elles sont plus courtes et dirigées vers le haut). Par contre
— 136 —
l’hypapophyse terminani venlralemenl la vertèbre montre aussi à son extrémité une surface
articulaire qui recevait un hypocentre, plus une épiphyse, disparus lors de la fossilisation.
Les vertèbres dorsales posent des problèmes de convergence de forme avec les vertèbres
dorsales de l’Anguidae Plavosaurus, déjà évoqués à de nombreuses reprises (Rage, 1978;
Mazin, 1978; Augé, 1986), Rappelons que Mazin avait séparé de façon convaincante ces
deux types de vertèbres sur des critères quantitatifs Les vertèbres de Condé-en-Brie attribuées
à Nccrosaurus sont plus hautes que les vertèbres de Glyptosaurinae et, en vue dorsale, la
constriclion située entre pré- et poslzygapophyses est plus marquée que chez Placosaurus.
Les vertèbres caudales sont plus ou moins allongées ce qui reflète leur place sur l’axe
vertébral. Les processus transverses s’attachent sur la moitié antérieure du centrum. derrière
les prézygapophyses. Ces processus se prolongent vers l'arrière par une carène qui disparaît un
peu avant le condyle. La neurépine n’est complète sur aucune des vertèbres mais elle semble
assez élevée. En vue ventrale, le centrum porte soit deux rides parallèles séparées par une
dépression, soit une ride centrale qui se bifurque postérieurement. Dans tous les cas ces rides se
terminent au niveau du condyle où elles se relèvent et portent une surface d’articulation pour
les os chevrons. La présence de ces deux surfaces, contre le condyle, est caractéristique de
Necrosaurux (Rage, 1978).
Une vertèbre sacrée pourrait appartenir à Necrosaurux. 11 s’agit de la deuxième sacrée, sa
taille est en accord avec celle des autres vertèbres attribuées à Necrosaurux. Elle présente de
fortes apophyses transverses, brisées à leur extrémité. La face ventrale du centrum présente un
faible bombement qui part du cotyle et rejoint le condyle. Ce relief est beaucoup moins accusé
que celui qui existe sur une vertèbre sacrée de Perrière (Éocène supérieur, Phosphorites du
Quercy), attribuée à N. eucurinatus (Augé, 1986). A l'avant il existe une ébauche de
zygosphène (pseudozygosphène) et c’est surtout la présence de cette structure qui laisse penser
que cette vertèbre appartient à Necrosaurux. En effet, certaines vertèbres caudales de N.
eucarinatus et de N. cayluxi (Augé, 1986) présentent aussi un pseudozygosphène, suivant la
terminologie de Hoffstetter et Gasc (1969).
En l’absence de pièces crâniennes il n’est pas possible de proposer d’attribution spécifique
pour cette forme.
AMPHISBAENIA Gray, 1844
Amphisbaenidae Gray, 1865
Amphisbaenidé indéterminé
Matériel : Condé-en-Brie, un dentaire gauche incomplet, figuré (n® CB 1616), un autre dentaire
incomplet (n° CB 16461), neuf vertèbres dorsales (n® CB 1615).
Description
Le dentaire gauche (fig. 13) a sa partie antérieure brisée et l’extrémité postérieure n’est pas
non plus intacte. La face labiale est légèrement bombée vers l’extérieur mais cette convexité est
— 137 —
beaucoup moins accusée que celle trouvée chez la plupart des Lacertilia. Trois foramens
labiaux sont conservés; ils s'ouvrent à mi-liauleür du dentaire. Un autre foramen existe entre
les deuxième et troisième foramens déjà cités mais il ne s’agit probablement pas d’un foramen
labial classique car il n'est pas situé dans leur alignement et il est beaucoup plus petit. Le bord
ventral du dentaire est rectiligne. En vue linguale le sulcus Meckeli s'ouvre largement à l'arriére
où il est complètement divisé par une cloison qui prend naissance sous la lame horizontale et
qui se soude au bord ventral du dentaire. Cette structure est tout à fait semblable au septum
intra-mandibulaire que l'on trouve chez les lézards Anguidac actuels et fossiles et c'est aussi
par ce terme qu’elle sera ici désignée chez les Amphisbaenien.s. Vers l'avant, le sulcus Meckeli
se rétrécit rapidement, il se trouve alors limité par deux marges presque parallèles,
respectivement la lame horizontale dorsalement et le bord ventral du dentaire. Ce bord ne
s'incurve pas en direction labiale; en conséquence le sulcus Meckeli s'ouvre largement vers le
bas. La lame horizontale est élargie vers l'avant, arrondie puis elle s'élève cl s’amincit à
l’arrière du dentaire où elle se réduit à une simple frange. Le plateau dentaire est bien
développé; il forme une surface horizontale à l’avant puis il suit la courbure de la lame
horizontale vers l’arrière; il s'incline alors postéro-dorsalement à anléro-ventralement. La
surface alvéolaire est complètement occupée par la base des dents. Ces dernières sont
pleurodontes ; sept sont conservées, la dernière étant brisée II existait certainement d'autres
dents à l’avant de la mâchoire. Les bases dentaires sont presque jointives, sauf la quatrième et
la cinquième qui laissent entre elles un espace correspondant à la moitié de la longueur d’une
base dentaire. Les dents sont uniformément inclinées vers l’avant, leur base est large, circulaire,
puis la dent se rétrécit régulièrement pour se tenniner par une pointe. La troisième dent prise
vers l’avant a un aspect un peu particulier car elle présente à la fois un aplatissement sur la face
linguale et un rétrécissement de son diamètre aux deux tiers de sa hauteur. Les dents dépassent
la crête dentaire sur la moitié de leur hauteur. La troisième dent (comptée à partir de l’arrière)
est la plus forte.
Sur les vertèbres dorsales (flg. 14), en vue latérale, le centrum est aplati, la synapophyse
est assez allongée (elle s’incline postéro-dorsalement à antéro-ventralement). En vue ventrale
les marges latérales du centrum, qui est plat, sont parallèles dans la partie postérieure de la
vertèbre. Ce dernier caractère est commun aux vertèbres d’Amphisbaenes, aux vertèbres
d'Anguis (Anguidae) et à celles à'Anniella (Anguidae?). Les vertèbres de ces derniers genres
partagent aussi leur forme aplatie et leur petite taille avec les vertèbres des Amphisbaencs.
Mais l’absence de la neurépine chez ces dernières suffit à les distinguer de celles des genres
Anguis et Anniella. Signalons aussi que les dimensions de ces vertèbres ne s’accordent pas à
celles du dentaire : elles sont relativement plus grandes que cet os.
Discussion
Des restes d’Amphisbaenes ont été signalés par divers auteurs dans TÉocène, l’Oligocène,
le Miocène et le Pliocène ouest-européen (Estes, 1983, a fourni une compilation de cette
littérature, voir aussi Bailon, 1989). Les différents gisements de l’Éocène supérieur et de
l’Oligocène des Phosphorites du Quercy ont presque tous fournis des restes d’Amphisbaenes,
rarement des dentaires, le plus souvent des vertèbres (Rage, 1988). Hecht et Hofestetter
(1962) ont signalé des ressemblances entre les restes d’Amphisbaenes de Dormaal (Éocène
— 138 —
inférieur de Belgique) el le genre actuel Blams (Amphisbaenidae). Estks (1983) pense que ces
spécimens sont des membres de la famille des Amphisbaenidae et c’est aussi à cette famille que
sont rapportés les fossiles de Condé-en-Brie, en raison surtout de la ressemblance du dentaire
avec ceux du genre Bkmus actuel.
Il semble pourtant prématuré d’établir un rapprochement entre les fossiles de Condé-en-
Brie el Blanus car la variabilité morphologique de ce genre nous est encore peu connue, en
raison du manque de matériel de comparaison dont nous avons pu disposer. Dans ce contexte
une étude d’ensemble des Amphisbaenes fossiles de l’Ouest européen paraît souhaitable.
CONCLUSIONS
Au terme de cette étude des Lacertilia et Amphisbaenia de Condé-en-Brie, on constate
que ces faunes sont globalement très proches de celles de Dormaal, Belgique, seul autre
gisement de l’Éocéne inférieur européen dont les lézards ont été étudiés. Ainsi on compte sept
familles ou sous-familles communes (Agamidae, Lacertidae, Glyptosaurinae, Anguinae,
Necrosauridae, Varanidae, Amphisbaenidae). Seuls les Iguanidae et les Gekkomdae. présents à
Condé-en-Brie, n'ont pas été signalés à Dormaal, alors que les Cordylidae présents à Dormaal
ne SC retrouvent pas à Condé-en-Bne. Signalons aussi que, parmi les faunes déterminables à ce
niveau systématique, quatre genres sont communs aux deux gisements {Tinosaums, Plc.siolacer-
ta, Suniwa et Necrosaurus). Cette forte ressemblance entre les faunes de Lacertilia de ces deux
gisements confirme que le renouvellement faunique majeur intervenu dans le Paléogène
inférieur est antérieur au niveau de Dormaal (Godinoi et ai, 1978). Bien que les faunes de
Lacertilia du Paléocéne aient été peu étudiées (gisements du Hainin, Belgique; de Walbeck,
Allemagne de l’Est; de Cernay, est du Bassin de Paris), on peut tout de même dire qu’elles
étaient beaucoup moins variées que celles de l'Éocène inférieur. Ainsi on ne relève, dans les
gisements de Walbeck et de Cernay, que trois familles ou sous-famillcs : les Necrosauridae
(HoFFSTETTiiR. 1943), Ics Lacertidae (avec Plesiolacerla paleovenica Kuhn, 1940/7, et Pseudeu-
meces wuhlheckensis Kuhn, 1940/7) et peut-être les Glyptosaurinae (Estes, 1983)
Les Iguanidae de l’Éocène européen sont certainement d’origine nord-américaine et leur
découverte dans le gisement de Condé-en-Brie permet de proposer une date pour cette
dispersion : l’Éocène inférieur.
Si maintenant on compare les faunes de Condé-en-Brie à celles d’autres gisements de
l’Éocène européen ayant aussi permis des récoltes appréciables de Lacertilia, respectivement le
Geiseltal (Allemagne de l’Est, Êocène moyen) et les gisements de l'Éocène supérieur des
Phosphorites du Quercy (France), on retrouve d’assez grandes similitudes ; cinq familles (ou
sous-familles) sont communes au gisement de Condé-en-Brie et à ceux du Geiseltal (Iguanidae,
Lacertidae. Glyptosaurinae, Necrosauridae, Amphisbaenidae). Ainsi entre rÉoccnc inférieur et
l’Éocène supérieur seules deux familles de lézards disparaissent momentanément en Europe de
l’Ouest (les Agamidae et les Varanidae). alors qu’aucune famille nouvelle n’apparaît II faut
cependant signaler qu’à l’Éocène supérieur le nombre d’espèces par famille de lézard tend à
augmenter. Les différences plus importantes avec le gisement du Geiseltal sont certainement
dues à son plus grand éloignement (Europe centrale) donc à des conditions paléogéographi-
— 139 —
ques différentes. l’Europe étant alors divisée en plusieurs provinces, voire en îles pour
lesquelles on a montré un endémisme des faunes de mammifères (Hartenberger, 1973;
SuDRE. 1974). fl esl possible que l’on retrouve de telles dilTérences chez les herpélofaunes.
Retenons la grande stabilité des faunes de Lacertilia durant l'Éocène en Europe de l’Ouest, au
moins au niveau familial ou sub-familial; elle contraste certainement avec les renouvellements
importants enregistrés durant la même période chez les mammifères (Harienberüer, 1987 ;
Russell et al., 1982).
Remerciements
Cette étude a pu être réalisée grâce à du matériel récolté par M, D. Russell (Institut de
Paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHM)) et par M. Louis et le Dr. Braillon de
la Société laonnoise de Paléontologie. M. Rage a bien voulu relire et apporter d’utiles commentaires au
manuscrit.
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Les Vertébrés du Dévonien inférieur du Bac Bo oriental
(provinces de Bac Thaï et Lang Son, Viêt Nam)
par Tong-Dzuy Thanh et Philippe Janvier
Résumé. — Les Vertébrés da Dévonien inférieur de la Formation de Sika et de la Suite de Bac Bun
sont décrits sur la base de nouveau matériel de deux gisements situés respectivement prés de Trang Xa
(province de Bac Thaï) et de Dông Mo (province de Lang Son), dans le nord-est du Viêt Nam (Bac Bo).
Cette faune comprend essentiellement des Antiarches, mais aussi quelques Galéaspides, Acanthodiens et
Sarcoptérygiens. Les restes de Galéaspides. très fragmentaires, sont attribuables au genre Pulvhrandiias-
pis. Les Aniiarches comptent deux nouvelles espèces rapportées au genre Ywinamleph : Y. huchoemis n.
sp. et Y. deprali n. sp.. une nouvelle espèce du genre Chuchinolepis. C. dongnioemis n. sp., et un nouveau
Sinolepidé. Vanchienolepis lang.simcnsix n. g., n. sp. Un Antiarche probablement nouveau, dont la plaque
médiane dorsale postérieure est pourvue d'un grand processus spinal, est signalé dans la Formation de
Sika uniquement. Quelques écailles d'Acanthodiens ressemblant à Noslolepk proviennent d'un horizon
marin du sommet de la Suite de Bac Bun. Le Sarcoptèrygien appartient au genre Youngolepis et apparaît
comme très proche de l’espèce Y. pnwcur.sm du Dévonien inférieur de Chine. Il n'est cependant pas exclu
que deux formes de ce genre coexistent dans le gisement de Dông Mo. comme le suggèrent deux types
assez différents de crânes et de mandibules. Ce nouveau matériel confirme l'étroite ressemblance entre la
faune de Vertébrés de ces deux unités du Viêt Nam et celle de la Formation de Cuifengshan
(Lianhuashanicn Nakaolingien) du Yunnan oriental (Chine). La présence d’un Sinolepidé dans le
gisement de Dông Mo confirme l'ancienneté de cette famille d’Antiarche, prédite par la phylogénie du
groupe.
Mots-clés. Galeaspida, Anliarcha; Sarcoprcrygii; Acanthodii; Dévonien inférieur; Viêt Nam;
Systématique; Biostratigraphie.
Abstraet. The l.ower Devonian vertebrates of the Sika Formation and tbe Bac Bun Suite are
described on the basis of new material from two localities sitiiated respcctively near Trang Xa (Bac Thai
Province) and Dông Mo (Lang Son Province) in the north-east of Viêt Nam (Bac Bo). This fauna consi.sts
mainly of antiarchs, but also contains galeaspid. acanthodian and sarcopterygian remains. The galeaspid
remains are rcfcrred to Polybrunchiaspis sp. The antiarchs comprise two new specie.s relérred to the genus
Yunnanolepis : T. hacbocnsîs n. sp., a form with well-marked ridges on the trunk armour and coarsely
tuberculatcd ornamentation, and Y. deprati n. sp.. which ha.s a finer ornamentation and is devoid of
ridges on the trunk armour. Chuchinolept.s dongmomsi.s u. sp. is a procondylolepifomi anliarch
characterized by an elongate posterior médian dorsal plate, and Vanchwnolepis langsonensis n. g., u. sp. is
a new sinolepid antiarch in which the antcrior dorsolateral plates meet each other in front of ifie anierior
médian dorsal plate. A probably new antiarch. which bears a high spinal proce.ss on the posterior médian
dorsal plate, is recorded from the Sika Formation only. Some NosiolepLsAike acanthodian .scales were
found in a marine horizon of the top of the Bac Bun Suite. Most sarcopterygian remains can be referred
to the genu.s Youtignh'pis and resemble very much. Y. praecursor from the Lower Devonian of China.
There may be Iwo specie.s of that genus in the Dông Mo loculily. according to cleav différences in snout
and lower javv morphologies. This new material confirms the close similarity bctween the vertebrate
faunas of these two geological units of Viêt Nam and thaï of the Cuifengshan Formation (Lianhuasha-
nian Nakaolingian) of easlern Yunnan (China). Faunal différences between the Sika Formation and
the Bac Bun Suite are minor and may be linked to environmental conditions. The occurrence of a
Sinolepidae in the Bac Bun Suite at Dông Mo confirms the early divergence of this antiarchan family, as
predicted by the phylogeny of the group.
— 144 —
Key words. Galeaspida; Antiarcha; Sarcopterygii; Acanlhodii; Lower Devonian; Viêt Nam;
Systematics; Biostratigraphy.
TOM TAT. Hoâ thach dông vât cd xifdng sôVig tuô’i Devon sdm dtfdc mô
ta trên cd s(5 bô sifu tâp tiî hê tâng Sika và diêp Bac Bun d hai dia
diêm thuôc Công Bac Bô Viêt Nam—Tràng Xâ (tinh Bac Thai) và Bông
Mo (tinh Lang Sdn). Hoâ thach chû yêu là Antiarchi, dong thdi
cüng cd mat câc dang cuâ Galeaspid và Sarcopterygi. Câc dang cuâ
Galeaspid thuôc giông Polybranchiaspis ■ Antiarchi gôm hai loài mdi
cuâ giông Yunnanolepis : Y.bacboensis n.sp. vdi dildng gd rô nét
trên giâp thân và câc nôt tô diêm thô, Y.deprati n.sp. vdi câc nôt
tô diêm min và không cd dxldng gd trên giâp thân. Chuchinolepis
donemoensis n.sp. thuôc nhdm Procondylolepiforme cuâ Antiarchi vdi
dâc trdng là tâm giâp Idng giüa sau (PMD) cd dang kéo dài.
Vanchienolepis n. g., n.sp. là loài mdi cua giông mdi thuôc
Sinolepis vdi dac trdng là hai tâm giâp Idng trddc bên (ADL) gap
nhau ê sât trddc tâm giâp Idng gida trddc (AMD). Mot dçng
Antiarchi, cd le là dang mdi, vdi u Idng cao trên tâm giâp Idng
gida sau (PMD) cung dddc phât hiên trong hê tâng Sika. Hoâ thach
Sarcopterygi thuçc giong Youngolepis và rat giong vdi Y.praecursor
cua Devon ha d Trung Quoc. Théo hinh thai cua so và hàm dddi khac
nhau rd nét thi cd thê’ cd hai loài mdi khâc nhau.
Tài liêu mdi trên dây xâc nhân tinh tddng dô'ng chat che
? / / 9 N /
cua dông vât co xddng sông cua hai phân vi dia tâng Sika, Bâc Bun
d Viêt Nam và phân vi Cuifengshan (Lianhuashan-Nakaoling) <3 Hoa
Nam Trung Quôc. Sd cd mât cuâ Sinolepidae trong diêp Bâc Bun d’
N9/9 i f ^ I / ^
Dông Mo chdng to sd phân nhanh sdm cua nhom này, dddc bao trddc
bâng hê thông sinh cua nhdm.
Tong-Dzuy Thanh, Laboratoire de Géologie . Faculté de Géologie et Géographie . Université de Hanoï . Dong Da .
Hanoï . Viêt Nam .
P. Janvier, VRA 12 du CNRS . Institut de Paléontologie , 8 . rue Buffon , F — 75005 Paris .
— 145 —
Abréviations — Abbreviations
ADL, plaque antéro-dorsolatérale — anierior dorsolateral plate.
adm, fosse pour les muscles adducteurs de la mandibule — fossa for adductor mandibulae muscles,
apc, angle prépectoral — prepectoral corner.
A VL, plaque anléro-ventrolatérale anterior venirolateral plate.
bl, « blister » — blister.
bm. bombement médian de la plaque MDP médian hump of PMD plate.
C, plaque centrale de la nageoire pectorale central plate of pectoral fin.
cdart, condyle articulaire — articular condyle.
cdpbr, condyle parabrachial — parabrachial condyle.
ciart, crête infra-articulaire infra-articular crest.
cio, canal sensoriel infraorbitaire infraorhital sensory-line canal.
cita, dtp, crête interne transverse antérieure, postérieure — anterior, posterior transverse crest of thoracic
armour.
cm, canal sensoriel tnandibulaire — mandibular sensory-line canal.
cmv, crête médiane ventrale — médian ventral crest.
ent, crête nuehale transverse — transverse nuchal crest.
cor, crocs coronoïdiens — caronoui tusks.
cplev, crête post-levalor — posilevator crest.
epop, canal sensoriel préoperculaire - preopercular sensory-line canal,
crer, crête cresccntiforme — crescentiform crest.
crim. crête inframarginale — inframarginal crest.
cri, crête latérale de la cuirasse thoracique — latéral ridge of thoracic armour.
crdl, crête dorsolatérale de la cuirasse thoracique — dorsolateral ridge of thoracic armour.
crobl, crêtes obliques de la cuirasse thoracique — oblique ridges of thoracic armour.
erpo, crête postorbitaire postorbitul crest.
erv, crête ventrale en U — U-shaped ventral crest.
crvl, crête ventrolatérale de la cuirasse thoracique — venirolateral crest of thoracic armour.
cso, canal sensoriel supraorbitaire supraorhilal .sensory-line canal.
d, décrochement de la surface d'une plaque — .siep on the surface of a plate.
dend, ductus endolymphatique — cndolymphatic duct.
dpo, dépression préorbitaire — preorbital dépréssion.
dt, dentaire - dentary.
epsoc, épaississement supraoccipital — supra-occipital thickening.
F, frontal frontal.
fart, fosse articulaire — articular fossa.
fax, foramen axillaire — axillary foramen.
fd, fosse dorsale de faire brachiale dorsal fossa of brachial area.
fenu, P, fenêtre exonarinale antérieure, postérieure — anterior, posterior exonarinal fenestra.
fibr, fosse infrabrachiale - injrabruchial fossa.
flev, fosse pour les muscles Icvator du crâne — fossa for the levator cranii muscles,
fo, fenêtre orbitonasale orbitonasal fenestra.
fpa, fosse pariétale de la dépression brachiale — pariétal fossa of brachial depre.ssion.
fpbr, fosse parabrachiale parabrachial fo.ssa.
fs, fossette sensorielle sensory pii.
fspp, foramens nerveux du sillon postpinéal — nerve foramina to postpineal groove.
fv, fbsse ventrale de faire brachiale — ventral fossa of brachial area.
gai, squamation et fragments de bouclier de Galéaspide — galeaspid squamation and shield fragments,
h, intertemporal — iniertemporal.
L, plaque latérale — latéral plate.
Iv, lobe ventral de faire brachiale — ventral lobe of brachial area.
Ipbr, lame postbranchiale — postbranchial lamina.
— 146 —
MD A, plaque médiane dorsale antérieure — anterior médian dorsal plate.
MDP, plaque médiane dorsale postérieure — posterior médian dorsal plate.
Ml. Mm, plaques marginales latérales et médiales de la nageoire pectorale — latéral and médial marginal
plates nf pectoral Jin.
MV, plaque médiane ventrale — médian ventral plate.
Nu, plaque nuchale nucital plate.
omd, orifice médian dorsal médian dorsal opening.
orb, orbite — orbif.
Pa, pariétal pariétal.
PDL, plaque postéro-dorsolatérale posterior dorsolateral plate.
pi, bombement pinèal — pineal élévation.
pibr, processus infrabrachial — infrabrachial process.
PL. plaque postérolatérale postérolatéral plate,
pim. pit-line mandibulairc mundibular pit-line.
plobl, pit-line oblique oblique pit-line.
plPa. pit-line pariétale pariétal pit-line.
pltr, pit-line transverse transverse pit-line.
PM, plaque posttnarginale - postmarginal plate.
Pmx, encoche pour le prémaxillaire notch for the premaxillary.
PNu, plaque paranuchale paranuclial plate,
pob, processus obstantique obstantk process.
PoF, postfrontal postfrontal.
PP, plaque postpinéale — postpineal plate.
PPa. postparictal postpurietal.
ppbr, processus parabrachial parabracliial process.
PrM. plaque premèdiane premedian plate,
prart, préarticulaire prearticular.
prd, processus dorsal de l’aire brachiale — dorsal process of brachial area.
PrF, préfrontal prefrontal.
prniva, prrnvp, processus médian ventral antérieur et postérieur — anterior and posterior médian ventral
processes.
proc. dépression pour les processus neurocrâniens supra-occipitaux pits for the supraoccipital
neurocranial processes.
prpdl. processus ventral de la plaque PDL ventral process of PDL plate,
prpo, processus postorbitaire de la plaque PP — postorbital processes of PP plate.
prPrM, processus ventral de la plaque PrM — ventral proce.ss of PrM plate,
prsp, processus spinal spinal process.
PVL. plaque postéro-ventrolaterale — posterior ventrolateral plate,
rbr, récessus brachial brachial rece.ss.
réel, reep, récessus thoraciques latéral et postérieur — latéral and posterior thoracic recesses.
RI, rosirai latéral latéral rostral.
Rm. rosirai médian médian rostral.
rotoc, récessus otico-occipital otico-occipital recess.
s, sillon vertical de la plaque ADL vertical groove of ADL plate.
savl, sillon de la plaque AVL sensory-line groove of A VL plate.
sban, région subanale subunat area.
sc, sillon central central groove.
scom. sillon comraissural supraoccipital supra-occipital cross-commissural groove.
scr, sillon crescentifonne — crescentiform groove.
sio 1-4. sillon infraorbitaire et ses ramifications infraorbital sensory-line groove and its ramifications.
SL, plaque semi-lunaire semilunar plate.
slp, sillon de la ligne latérale principale — main lateral-line groove.
sml, surface d’insertion pour les muscles levator sur le toit crânien — insertion area for levator muscles on
skull-roof.
— 147 —
sohl, sillon oblique de l’aire brachiale oblique groove of brachial area.
spdl, sillon dorsal de la plaque PDL Jor.sal sensory-line ^roove on PDL plate.
sph sillon sur la plaque PL xenaory-Hne groove on PL plate.
xplm. sillon de la pit-line moyenne — middle pil-linc groove.
xpm, sillon postmarginal poxtmarginal .Kenxory-Une groove.
xpo, sillon postorbitaire postorbilal xeimiry-line groove.
xpp, sillon postpinéal paxipineal senxory-line groove.
spvl, sillon de la plaque PVL sensory-line groove on PVL plate.
SrADL, MDA, MDP, surface de recouvrement pour les plaques ADL, MDA et MDP — overlap areas for
ADL, AMD and PMB plates.
sxo, sillon supraorbitaire — .xupraorbital sensory-line groove.
SX, sillon, peut-être supraorbitaire. de la plaque PrM — poxsibly supraorbital sensory-line groove of PrM
plate.
Ta, Tp, tectal antérieur et postérieur — anterior and posterior tectals.
tb, tubercules — tubercles.
zno, zone nuchale obtectée — obtected nuchal zone.
Introduction
Les premiers restes de Vertébrés dévoniens du Viêt Nam lurent découverts par Deprat
dans la région de Yên Minh, entre les villages de Lung Co et Sika, et furent décrits par
Mansuy (1915, pl. 1 : 2-5; v. aussi Tong-Dzuy & Janvier, 1987, fig. 1). Ces restes, provenant
de « schistes argileux » sont sans doute à rapporter aux formes de la Suite de Bac Bun tant à
Trang Xa qu'à Dông Mo. Forts de ce que nous connaissons désormais sur cette faune de
Vertébrés, nous pouvons tenter une redétermination de ces premières pièces, La plaque MV
attribuée par Mansuy (1915, pl. 1 : 2) à Aslerolepisl pourrait, compte tenu de sa taille et de la
finesse de son ornementation, être rapportée à Yunmnolepis deprati n. sp. (v. description
p. 164). La plaque interprétée par Mansuy comme une AVL (Mansuy, 1915, pl. I : 3) serait
peut-être plutôt un fragment d’une plaque PVL de CImchinolepis dongmoensis n. sp. (p. 177).
Enfin, les petits fragments attribués à un « Ostracoderme indéterminé » ou à Homostiusl
(Mansuy, 1915, pl. 1 : 4. 5) sont sans doute des fragments d'exosquelette de Galéaspide, soit la
première figuration de ce groupe avant sa de.scnption en 1965!
A la suite de Deprat. ce n'est que dans les années 1960 que de nouvelles pièces de
Vertébrés furent découvertes dans le Dévonien du Viêt Nam (Dovjikov, 1965; Tong-Dzuy,
1980; Tong-Dzuy et al, 1986; Tong-Dzuy & Janvier. 1987). Le matériel décrit ici a été
principalement récolté par l’un de nous (T. D. T.) en collaboration avec M. M. Nguyên Huu
Hung et Doan Nhat Truong Certaines pièces ont été récoltées par le second auteur (P. J.),
dans le cadre d’une collaboration entre le Vicn Khoa Hoc Viêt Nam (CNRS du Viêt Nam) et
le CNRS français. Les numéros des pièces de ce matériel comprennent un sigle (VND = Viêt
Nam Dévonien), un chiffre désignant le bloc sur lequel elles se trouvent, et une lettre désignant
la pièce. Ce matériel appartient à la collection de Tong-Dzuy Thanh (Hanoï).
Dans cet article, les subdivisions stratigraphiques sont décrites selon la nomenclature en
usage dans les documents sur la géologie du Viêt Nam (v. notamment Tong-Dzuy et al.,
1986) :
1. Pour la catégorie lithostratigraphique : formation (« hê tâng » en viêtnamien) a la
même signification que ce terme dans l’usage occidental.
— 148 —
2. Pour les divisions chronostratigraphiques ;
— suite (« dièp » en viêtnaraien) = unité locale répartie dans la même zone de faciès ou la
même région structurale;
— horizon (« tàng » en viêtnamien) = unité régionale regroupant latéralement
(synchroniquement) les suites ou les parties de suites, des formations caractérisées par des
faciès différents et répartis dans une même région ; l’horizon est donc considéré comme l’étage
régional ;
— super-horizon (« hop tâng » en viêtnamien) = unité régionale regroupant verticalement
deux ou trois horizons caractérisant des étapes successives de l’évolution géologique d’une
région à une époque définie.
CADRE GÉOLOGIQUE
1. Aperçu sur le Dévonien du nord du Viêt Nam
Les terrains dévoniens, largement répandus dans le nord du Viêt Nam, se répartissent
nettement en deux régions, selon leurs séquences stratigraphiques, leurs faciès et leurs faunes :
d’une part le Bac Bo (Tonkin ou nord du Viêt Nam) et d'autre part le Viêt-Laos
(essentiellement le Viêt Nam central) qui se situent de pan et d'autre de la suture du Song Ma
(fig. 1). Dans le nord du Viêt Nam, les roches carbonatécs sont très fréquentes dans les coupes,
tandis que dans le Viêt Nam central, d’épaisses formations de grès et de schistes dominent les
séquences, les roches carbonatécs n’apparaissant qu’à partir du Givètien.
Les unités stratigraphiques du Dévonien du nord du Vièi Nam décrites par les géologues
français, soviétiques et vietnamiens (SaUri.n, 1956, 1958; Dovjikov, 1965; Tong-Dzuy et al.,
1988) sont maintenant bien datées et, grâce aux nouvelles recherches stratigraphiques et
paléontologiques, regroupées en plusieurs horizons qui sont, de bas en haut : Sika (et son
équivalent en faciès marin, le Membre à Iridistrophia praeumhraculum). Bac Bun, Mia Lé, Pac
Nam. Nam Tat, Ha Lang et Toc Tat.
A l’est du Song Hong (Fleuve Rouge), l'Horizon de Sika consiste en sédiments de faciès
réputé continental reposant en discordance soit sur du Cambrien supérieur, soit sur de
l’Ordovicien supérieur. A l’ouest du Song Hong, en aval du Song da (Rivière Noire), les
schistes noirs du membre inférieur de la Formation de Song Mua (Membre à Iridistrophia
praeumbracuhmi) sont attribués au Dévonien basal et reposent en concordance sur les marnes
du Silurien supérieur (Suite de Bo Hieng).
A l’Horizon de Bac Bun sont attribuées toutes les unités locales datées du « Siegénien »
(Lochkovien-Praguien inférieur) par la faune à Howittia wangi. On réunit latéralement, en
Horizon de Mia Lé, des sédiments marins renfermant une faune abondante de Coelentérés,
Brachiopodes, Trilobites. etc. (faune à Euryspirifer tonkinensis) d’âge praguien-emsien
inférieur.
Analysant les faciès des sédiments et les données biostratigraphiques, Tong-Dzuy (1980)
a proposé de corréler ces unités à leurs homologues de Chine du Sud : l’Horizon de Sika avec
— 149 —
Fig. 1. — Extension du Dévonien dans la moitié nord du Viêt Nam. I : Viêt Nam du Nord ou Bac Bo ; IA, Nord-Est :
coupes-types des faciès de Kinh Mon (1), Ha Lang (2), Song Hiem (3), Khao Loc (4) et Lo Gam (5); IB, Nord-
Ouest : coupes-types des faciès de Song Mua (6) et Nam Pia (7). II : Viêt Nam central (Région Viêt-Laos) : coupes-
types des faciès de Song Ca (8), Rao Cai (9) et Cu Bai (10). La pointe nord des triangles noirs indique les
emplacements respectifs des gisements de Trang Xa (à l'ouest) et Dông Mo (à l’est). S.M., suture du Song Ma.
la Formation de Lianhuashan, l’Horizon de Bac Bun avec la Fon'nation de Nakaoling et
l’Horizon de Mia Lé avec la Formation de Yukiang.
Le Super-Horizon de Ban Pap comprend trois horizons, qui sont, de bas en haut : les
Horizons de Pac Nam, Nam Tat et Ha Lang qui consistent généralement en calcaires stratifiés
de couleur gris sombre et très largement répandus dans le nord du Viêt Nam. Ils ont été décrits
partiellement sous des noms divers : calcaire de Ban Hom, calcaires eiféliens, calcaires de Mo
Tom, calcaires à Amphipora, sédiments d’âge eifélien-givétien, etc. (Saurin, 1956; Dovjikov,
1965; Tong-Dzuy et al., 1986, 1988). L’Horizon de Pac Nam renferme une faune attribuée
aux zones à Nowakia zlichovensis et N. hanandei. L’Horizon de Nam Tat a fourni des fossiles
150 —
d’âge eifclien et l’Horizon le plus élevé, celui de Ha Lang, est caractérisé par une faune
abondante, notamment de Coelentérés, Brachiopodes, mais aussi par des Conodontes et
Dacryoconarides d'âge givclicn (faune à Caliapora baltersbyi).
Les coupes du Dévonien dans le nord du Viêt Nam se terminent par des calcaires siliceux,
schistes siliceux et calcaires griottes (Formation de Toc Tat et Ban Cai; réunis en un Horizon
de Toc Tat d’âge Frasnien-Famennien.
2. Le Dévonien inférieur du faciès de Song Hiem
Le Dévonien du nord du Viêt Nam est défini par quelques types de faciès (fig. 1),
caractérisés par les particularités de leurs séquences stratigraphiques. C’est le faciès de Song
Hiem (Dévonien inférieur) qui a été le plus étudié.
Les affleurements du Dévonien inférieur sous faciès Song Hiem sont observés fréquem¬
ment de la frontière sino-vietnamienne [régions de Dong Van. Song Nho Que, Quan Ba, Yen
Minh (province de Ha Tuyên)] aux régions du Sud-Est [Ngan Son, Yen Lac, Song Cau, Quang
Co, Trang Xa, Thaï Nguyen (province de Bac Tha'ï) et Bac Son, Van Linh, Dong Mo
(province de Lang Son)]. Les caractéristiques des colonnes stratigraphiques du Dévonien
inférieur sous faciès Song Hiem sont les suivantes (fig. 2) :
Formation de Sika
Le stratotype de cette formation se trouve le long du sentier entre les villages de Sika et
Mia Lé, dans la région de Dong Van-Song Nho Quê, province de Ha Giang, près de la
frontière sino-viêtnamienne Reposant en discordance sur l’Ordovicien supérieur, la coupe-
type de la Formation de Sika comprend :
— un conglomérat de base de couleur rouge à gris sombre composé de galets calcaires et
siliceux et épais de 5 in ;
des schistes rouges lie-de-vin avec des intercalations de grès à grains fins contenant des
débris de Brachiopodes attribuables au genre Howittia et des restes de Vertébrés indéterminés ;
leur épaisseur est de 150m;
— des schistes bruns à gris sombre et des couches de grès à grains fins sur une épaisseur
de 100m;
— des grès gris sombre, passant à une couleur rougeâtre par altération ; leur épaisseur est
de 30 m.
Les terrains rouges de la Formation de Sika s'étendent largement sur le domaine du faciès
Song Hiem et leurs composants plus ou moins complets affleurent dans les régions de Than Sa,
Quang Co, Vo Nhai (province de Bac Tha’ï) où ils ont été considérés comme la partie inférieure
de la Formation de Song Cau (Tran Van Tri et al, 1977). Dans les régions de Bac Son, Van
Linh, Dông Mo, ils affleurent au centre des anticlinaux, sous les calcaires dévoniens et du
Paléozoïque supérieur.
A Khao Loc, près de Yên Minh (province de Ha Giang), quelques boucliers de
— 151
ETAGE
SUITE,
FORMATION
SUITE
--
i Schistes, aleurolites
---
-/— / — / —
J Marnes, bancs de calcaires
de
- — - - .-
-- & ,
MIA LE
Faune à EurvsDirifer tonkinensis
(150m)
T T n
•ZH
1 (Coraux Brachiopodes Trilobites)
P
LU
C
1 1 1 yv
or
3
1 1 V
1
LU
/
L.
1 —
O.
SUITE
1 1 1 /
Schistes, marnes, calcaires phosphates
-O /
de
/ / /\
Faune à Howittia wanqi
LU
-)
BAC BUN
7 77 7
Z
n r
O
(200m)
Faune de vertébrés
1 1 S /
CD
c
OJ
FORMATION
.. ..g)/
grès et
aleurolites rouges
>
O
LJ
de
—'-■•Od —
_1
SIKA
1
(150m)
Conglomérats de base
CAMBRIEN SUR.
■ 1 '
A Calcaires gris sombres finement
j stratifiés
Fig. 2. — Coupe du Dévonien inférieur entre Dông Mo et Van Linh, faciès de Song Hiem, nord du Viêt Nam.
Galéaspides ont été rapportés à Polybranchiaspis cf. P. gracilis Cao (Tong-Dzuy & Janvier,
1987, fig. 3), une espèce connue en Chine dans la base de la Formation de Cuifengshan (Cao,
1985). Au village de Tong Lot, à 7 km à l’ouest de la gare de Dong Mo (province de Lang
Son), les schistes altérés de Sika ont livré Yimnanolepis cf. Y. parvusl Zhang (v. p. 173), un
Antiarche indéterminé pourvu d’un grand processus spinal sur la plaque MDP (v. p. 193) et de
nombreux restes de Youngolepis sp. (v. p. 197). Quelques plantes fossiles ont été découvertes
dans la région de Song Cau-Quang Co et rapportées à Eogaspesiea gracilis Daber (Tran Van
Tri et al., 1977) et, au Song Nho Qué, Bytrotrephis aff. antigua Hall (Saurin, 1956).
— 152 —
Suite de Bac Bun
Le stratotype de la Suite de Bac Bun a été choisi dans la même région que la Formation
de Sika. En concordance sur cette dernière reposent :
des schistes sombres, gris-bleus, parfois plus ou moins calcareux (150 m), renfermant
Howittia wangi (Hou);
— des argilites et aleurolites gris sombre, devenues rosâtres à brun clair par altération
(190 m) et contenant Mytilarca (Pleciomytilus) oviformis Hall, Howittia wangi (Hou),
Mucrospiriferl hacbounensis (Mansuy),
Prés de Ban Thang et Tong Vai (région de Khao Loc, province de Ha Giang), des
séquences se distinguent par une alternance de schistes calcareux et de marnes (120 m)
fournissant Stropheodonla suhintersirialis Kozlowski, Cyniostrophia cf. tinhi Zuong, Orbiculoi-
des sp. Vers le sud, les affleurements de la Suite de Bac Bun sont relativement plus fréquents,
mais ils ont été considérés auparavant comme des composants soit de la Formation de Song
Cau (Tran Van Tri et al., 1977) soit de la Suite de Mia Lé (Duong Xuan Hao et ah, 1980).
Dans la région de Trang Xa, province de Bac Thaï, les roches sont plus calcareuses que dans la
localité-type et La suite est devenue moins épaisse {200m). Elle y a livré une faune abondante
comprenant les Brachiopodes Howeiletla meniiri (Goss.) et Howittia wangi (Hou), les Tabulés
Favosites suhnitellus (Dubat.), Emmonsia intricata (Barrande), Squameofavosiles kolymemis
(Tchern.), Thaninopora incerta Regnell, Caliapora nitida (Chapman), le Dacr>'oconaride
Turmalites aff. hergeri Ljash., ainsi que de rares restes de Vertébrés, dont Youngolepi.s sp.
(pi VIL 10).
Dans la région de Dông Mo-Van Linh (province de Lang Son), les coupes de la Suite de
Bac Bun se caractérisent par l'intercalation de lentilles et de couches de calcaires avec les
marnes et les schistes. Une faune de Vertébrés y a été découverte en association avec des
Brachiopodes appartenant à la faune à Howittia wangi (c’est l’essentiel de la faune décrite dans
le présent travail).
Suite de Mia Lé
Sa coupe-type a été décrite dans la même région que celle de la Suite de Bac Bun (Tong-
Dzuy et al., 1988) et comprend :
— des schistes gris sombre à gris bleuâtre (230 m) qui reposent sur la Suite de Bac Bun et
renferment, dans leur partie moyenne : Howittia sp., Mytilarca (Plectomytilus) oviformis Hall,
Indospirifer sp., et dans leur partie supérieure: Euryspirifer tonkinensis (Mansuy);
— une alternance de grés, aleurolites, et de rares bancs de marnes; les roches deviennent
progressivement plus fines de grain vers le haut du membre où l’on observe des couches de
schistes argileux intercalés avec des lits de marnes (170m); les Brachiopodes .sont assez
fréquents et les plus caractéristiques sont : Euryspirifer tonkinensis (Mansuy) et Dicoelostrophia
annamitica (Mansuy) ;
— une alternance de schistes gris bleuâtre, de marnes et de bancs de calcaires. Les
— 153 ^
composants calcaires sont plus fréquents vers le haut du membre (50 m); la faune y est très
riche en Coelentérés : Favosiles slyriacus Penecke, F. saurini Fontaine, Squeuneofavosites
cechkus Galle. Caliapora nilida (Chapman), ainsi qu'en Brachiopodes : Euryspirifer tonkinensis
(Mansuy), Parachonetes zeili (Mansuy), Dicoelostrophia annamitka (Mansuy), etc.
La Suite de Mia Le est très répandue dans l’est du Bac Bo (Tonkin), notamment dans le
faciès de Song Hiem. La faune (dite faune à Euryspirifer tonkinensis) est la plus riche du
Dévonien du Vièt Nam, comprenant des centaines d’espèces de Coraux. Brachiopodes,
Bivalves, Trilobites, etc. On peut noter ici quelques-unes des formes les plus caractéristiques.
Coelentérés : Favosites slyriacus Penecke, F. goldfussi d'Orbigny, Squanieofavosites cechkus
Galle, Emmonsia inirkaia (Pocta), Echyropora grandiporosa Tong-Dzuy, Squumeopora vukhuci
Tong-Dzuy et Ta-Fuong, Caliapora nilida (Chapman), Helioliies praeporosus Kettn., Trypla-
sma altaica (Dybowsky), Rhizophylluin yenlacensis Tong-Dzuy; Brachiopodes: Euryspirifer
tonkinensis (Mansuy), Dicoelostrophia annamitka (Mansuy), Parachonetes zeili (Mansuy),
Glossinotoechia princeps (Barrande), Leplaenopyxis houei (Barrande); Trilobites : Proetus
indosinensis (Mansuy), Plagiolaria orientalis Maximova, Ductina vietnamka Maximova,
Gravicalymene blumenhachi (Buch); Tentaculites : Styliolina minuta Bouc., Megastyliolina
striatissima Bouc, et Prantl.
Cette faune de la Suite de Mia Lé indique un âge praguien et, peut-être, emsien inférieur.
Partie inférieure de la Suite de Na Quan
La Suite de Na Quan consiste en calcaires stratifiés de couleur gris sombre qui se
subdivisent en deux parties, l’une inférieure contenant une faune emsienne, et l’autre
supérieure contenant une faune eifélienne.
Dans la région de Dong Van-Song Nho Que (province de Ha Giang), en concordance sur
la Suite de Mia Lé, reposent les bancs de calcaires intercalés avec des schistes sihe-eux et
attribués à la partie inférieure de la Suite de Na Quan. Ils contiennent une faune de
Coelentérés : Favosites goldfussi d’Orbigny, F. regularissimus Yanet, Parastriatopora champun-
gensis Tong-Dzuy; de Dacryoconarides : Nowakia zlichovensis Bouc., N. harrandei Bouc. &
Prantl. ; ainsi que de nombreux Conodontes de la zone à perbonus : Polygnathus perbonus
(Phil.), Bellodella devonka (Stauf.), Hindeodella equidentatu Rhodes, Ozurkodina denckmani
Ziegler, Panderodus unkostatus (Branson & Mehl), Spathognathodus steinhornensis Ziegler, S.
optimus Mosk., Trkhonodella symetrica (Branson & Mehl).
Vers le sud, les calcaires gris sombre de cette partie de la Suite de Na Quan sont largement
répandus dans les régions de Ngan Son, Cho Moi, Than Sa, Trang Xa (province de Bac Thaï)
et de Binh Gia, Bac Son, Dông Mo-Van Linh (province de Lang Son), mais on n’observe plus
de schistes siliceux dans les coupes.
3. Les gisements de Vertébrés
La quasi-totalité des Vertébrés décrits dans cet article ont été récoltés par l’un des deux
auteurs (T. D. T.) au printemps 1989 lors d’une expédition en collaboration avec
— 154 —
M. M. Nguyên Huu Hung et Doan Nhat Truong. Ces fossiles proviennent de deux gisements
de la Formation de Sika et de la Suite de Bac Bun dans les régions de Dông Mo (province de
Lang Son) et de Trang Xa (fig. 3).
Gisement de Dông Mo (fig. 3 B, C)
La gare de Dông Mo se situe sur le chemin de fer de Hanoï à Lang Son, à 120 km au nord
de Hanoï. C'est à 5 km à l’ouest de cette gare, sur la route de Dông Mo à Tu Don, qu’affleure
le Dévonien inférieur (fig. 2 A, 3 B). On y observe la succession suivante (fig. 2, 3 C) :
• A une centaine de mètres au-delà de la borne kilométrique n° 5 en allant de Dông Mo à
Tu Don, la Formation de Sika qui affleure dans le talus a été recoupée par des roches éruptives
(diabase) triasiques très altérées. On n’en voit que ses couches les plus élevées, composées de
grés et aleuroiites lie-de-vin contenant des débris de Youngolepis (point DS 04B, fig. 3 C).
L’affleurement le plus complet de la Formation de Sika se situe au bord du réservoir prés
du village de Cho Hoang (à 8 km de Dông Mo en allant vers Tu Don). C’est ici que l’on
observe le contact en discordance entre le conglomérat de base de la Formation de Sika et les
calcaires cambriens. L'ensemble de la formation, constituée de grès fins, d'aleurolites et
rarement de schistes sur une épaisseur d’environ 150m, rappelle le faciès «Vieux Grès
Rouges » d’Europe.
A 500 m au nord du village de Tong Lot (situé au kilomètre 7 de la route Dông Mo-Tu
Don), des roches très altérées et rapportées à la Formation de Sika ont livré des restes de
Vertébrés conservés en empreintes : Youngolepis cf. Y. praecursor Zhang & Yu, YunnanolepLs
sp. (cf. Y. parvus Zhang, p. 174) et un Antiarche indéterminé pourvu d’un haut processus
spinal (v. p. 195, point DS 07, fig. 3 B).
• A l'affleurement du kilomètre 5 (fig. 3 C), les premiers bancs de la Suite de Bac Bun
consistent en marnes phosphatées (20 m) renfermant une abondante faune de Vertébrés (point
DS 04) très bien conserv'és, avec ” Polybranchiaspis sp,, YunnatUilepis haeboensis n. sp., Y.
deprati n. sp., Cbuchinolepis dongnioensis n. sp., Vanchienolepis langsonensis n. g., n. sp.,
Youngolepis cf. Y. praecursor. Plus haut, la coupe comprend une alternance de marnes de
schistes argileux et marneux et de bancs de calcaires. L’épaisseur de la Suite de Bac Bun dans
cette région est estimée à environ 200m. Les Invertébrés abondent dans ces niveaux, avec des
Brachiopodes et des coraux appartenant à la faune à Howillia wangi (Tong-Dzuy et ai, 1988).
Les espèces les plus fréquentes [Howittia wangi (Hou), ScheUwinella lantenoisi (Mansuy)] se
rencontrent déjà dans les schistes marneux sus-jacents aux bancs de marnes phosphatées à
Vertébrés.
• La base de la Suite de Mia Lé apparaît dans cet affleurement avec un banc de calcaire
renfermant des Coraux de la faune à Euryspirifer tonkinensis (fig. 3 C). Puis la suite continue
avec une alternance de schistes et de marnes et quelques bancs de calcaires noirs. Les
Invertébrés sont très abondants et appartiennent à la faune à Euryspirifer tonkinensis (v. Tong-
D/.uy et ai, 1988).
— 155 ~
Gisements
à Vertébrés
Fio. 3, — Localisation des gisements dans les régions de Trang Xa (A) et Dông Mo (B). C, coupe du Dévonien le long
de la route de Dông Mo à Tu Don, au niveau de la borne kilométrique 5, Les numéros précédés de DS indiquent
les points de récolte sur le terrain.
Gisement de Trang Xa (fig. 3 A)
La commune de Trang Xa (district de Vo Nhai,province de Bac Thaï) est située à environ
40 km au nord-est de Thai Nguyên, non loin de la route de Thai Nguyên à Lang Son
(route IB). Quelques débris de Youngolepis décrits ici ont été découverts à Trang Xa dans deux
— 156 —
niveaux de la Suite de Bac Bun. L’un (pl. VTI, 9) vient des couches les plus basses de cette suite
(DS 14), les autres ont été récoltés dans des niveaux plus élevés (DS 15, DS 17). Les
échantillons DS 14 (VND 44) ont été trouvés prés d'un barrage situé d 1 km au nord-est de
Lang Den, sur la route de Dinh Ca à Trang Xa, dans les premiers bancs de calcaire phosphaté
de la Suite de Bac Bun qui recouvrent en concordance les grés rouges de la Formation de Sika.
Les échantillons DS 15 proviennent des allleuremcnts situés dans les rizières du village de
Lang Den Ils sont évidemment à des niveaux plus élevés que les précédents. En suivant le
ruisseau vers Khuon Ruong, à quelques centaines de métrés du point DS 15. dans le lit-même
du ruisseau, on rencontre des schistes calcareux et des marnes qui fournissent une abondante
faune d'invertébrés avec : Emmomiu iniricata (Pocta), Caliapora nilùJa (Chapman), Ifowitlia
wangi (Hou), Howellella mercuri (Goss.), Aseptalium guangxienxis Wang, Prolaihyris praecur-
sor Kozl., Schellwienella lanienoisi (Mansuy), ainsi que quelques débris de Vertébrés
{Yoimgolepis sp.). C’est là le seul affleurement où Vertébrés et Invertébrés marins coexistent
(pl. Vn, 10).
En outre, les restes d’Antiarches et de Sarcoptérygiens (dont un Dipneuste) décrits par
Tong-Dzuy & Janvier (1987) provenaient tous de Trang Xa et du même niveau de la Suite du
Bac Bun que les échantillons du point DS 15.
ÉTUDE PALÉONTOLOGIQUE
Matériel et méthode
A l’exception des débris de Youngolepis conservés dans les grès rouges de la Formation de
Sika, l’essentiel du matériel provient des schistes, calcaires ou marnes phosphatées plus ou
moins altérés de la Suite de Bac Bun. Trois états du materiel se rencontrent : I) dans la
Formation de Sika, lorsque l’altération est maximale, la gangue est jaunâtre à orangée, très
tendre, cl les restes de Vertébrés ne sont conservés qu’à l’étal d'empreintes (DS 07); 2) dans la
Suite de Bac Bun. lorsque l’altération est modérée, la gangue est superficiellement grisâtre à
rosâtre, et les restes de Vertébrés sont encore bien conservés, de couleur noire ; cet état est idéal
pour la préparation ; 3) enfin, lorsqu’il n'y a pas d'altération, la roche est noirâtre, très sombre,
très dure cl les restes de Vertébrés y .sont pratiquement impossibles à préparer. Le taux de
phosphate dans ces sédiments est tel que tout dégagement à l'acide formique ou acétique est
impossible san.s endommager les restes osseux Nous avons donc utilisé un fin jet d’air pul-sé
projetant divers abrasifs, dont des billes de verre de 45 microns de diamètre et de la poudre de
dolomie. C’est ce dernier abrasif, utilisé seul, qui a donné le meilleur résultat. Les pièces
conservées en empreintes ont été moulées avec de l’élastomère.
Étude systématique
La première description moderne de la faune de Vertébrés de la Formation de Bac Bun
(Tong-Dzuy & Janvier, 1987) était fondée essentiellement sur le gisement de Trang Xa et
— 157 —
faisait état de l'abondance des Antiarches. Ceux-ci avaient été alors rapportés à « Qiijinolepis »
(= Chuchinolepix) et Yimncmolepis, deux genres largement représentés dans la Formation de
Cuifengshan, dans le Yunnan (Chine) (K. J. Chang, 1978; G. Zhang, 1978; M. M. Zhang,
1980). La pré.sente étude, basée surtout sur le matériel du nouveau gisement de Dông Mo,
confirme largement cette prédominance des Antiarches, bien que les restes de Sarcoptérygiens
{Youngolepis) soiem aussi assez abondants, surtout sous la forme d’écailles isolées.
Ce nouveau matériel de Dông Mo confirme aussi l’étroite ressemblance entre ces
Antiarches du Viêt Nam et ceux du Dévonien inférieur de Chine. La plupart des différences
entre les deux faunes se situent à ce qu’il est convenu de considérer comme le niveau spécifique,
bien qu’un nouveau genre soit décrit et que quelques pièces suggèrent la présence de formes
jusqu’alors non décrites en Chine.
La ressemblance entre cette faune de Dông Mo et celle du Dévonien de Chine est
également accentuée par la présence de Galéaspides appartenant au genre Polybranchiaspis,
largement répandu dans le Dévonien inférieur du Yunnan et du Guangxi (Tong-Dzuy &
Janvier, 1987 : 10, fig. 4).
GALEASPIDA Halstead Tarlo, 1967
POLYBRANCHIASPIFORMES Liu, 1965
POLYBRANCHIASPIS Liu, 1965
Polybranchiaspis sp.
(Fig. 4; pl I)
Les fragments d’exosquelette de Galéaspides sont relativement abondants dans la
Formation de Sika et la Suite de Bac Bun, mais rares sont les boucliers complets, tant est
fragile leur exosquelette. Un seul spécimen permet une reconstitution de la partie antérieure du
bouclier (fig. 4 A ; pl. I, 1). II montre la face ventrale de l’exosquelette dorsal du bouclier, ainsi
qu’une partie de son rebord latéral. On y distingue nettement l’ouverture médiane dorsale
{omd, fig. 4 Al), l’orbite droite (orh, fig. 4 Al) et quelques canaux du système latéral. Malgré
son mauvais état, ce spécimen permet de préciser certains points de la structure des
Galéaspides.
L’exosquelette pénètre dans l’ouverture médiane dorsale (omd, fig. 4 Al ; pl. I, 1), où son
ornementation passe à des tubercules pointus, plus ou moins pyramidaux ou dirigés vers
l’extérieur (ib, fig. 4 A2).
Les canaux du système latéral courent contre la base de l’exosquelette et sont limités
ventralement par de l’os périchondral. On distingue clairement les deux canaux supraorbitaires
(c5o, fig. 4 Al) qui divergent à partir de la région pinéale, et une portion du canal
infraorbitaire {cio, fig. 4 A). Il n’y a pas de foramen pinéal mais, dans la région pinéale,
l’exosquelette montre des lignes de croissance concentriques selon un secteur limité latérale¬
ment par les deux canaux supraorbitaires (pl. 1, 1).
— 158 —
Fio. 4. — Potybranchiaspis sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, dessin à la chambre claire d’un bouclier dermique
incomplet en vue interne (Al, VND 15 — DS 04), et détail de romemenlation de la bordure interne de l’ouverture
inédiane dorsale (A2); B, essai de reconstitution du bouclier en vue dorsale, fondée sur le spécimen précédent.
(Échelle : 10 mm.)
D’autres fragments d’exosquelette de Galéaspides de Dông Mo montrent clairement la
présence d’un réseau vasculaire subaponeurotique entre l’exo- et l’endosquelette, comme chez
les Ostéostracés et, dans une certaine mesure, les Gnathostomes.
L’attribution du spécimen VND 15 (pl. I, I) au genre Polybranchiaspis n’est guère fondée
que sur une ressemblance générale, tant par sa motphologie que par sa taille, avec la partie
antérieure du bouclier des diverses espèces de ce genre décrites dans le Dévonien inferieur de
Chine. Il est possible que cette forme de Dông Mo soit assez proche de celle de la Formation
de Sika à Yen Minh (Tong-Dzia' & Janvier, 1987) et rapportée à P. gracilis, décrit par Cao
(1985) dans la Formation de Cuifengshan en Chine.
Sur le bloc VND 20 (gai, fig. 6), quelques fragments de bouclier de Galéaspide sont
associés à de petits lambeaux de squamation qui reposent sur une cuirasse thoracique de
Yunnanolepis baeboemis n. sp. désarticulée. Ces lambeaux sont constitués de très petites
écailles presque sphériques (pl. I, 5), disposées en rangées, comme celles décrites par
S. T. Wang (1983) chez Eugaleapis.
— 159 —
L’histologie de l'exosqueleUe des Galéaspides a été décrite récemment par Janvihr (1990)
sur la base de ce même matériel de Dông Mo. L’exosquelette du bouclier et les écailles sont
constituées d’os acellulaire qui montre une zonation parfaitement horizontale (pl. I. 4).
L’exosquelette est formé de petites unités polygonales accolées (pl, 1. 2, 3), à la jonction
desquelles s’intercalent çà et là des cavités ouvertes vers la face interne (pl. 1, 4). A la transition
entre le bouclier et la squamation, ces unités deviennent de plus en plus minces et les cavités
basales de plus en plus larges, passant progressivement à des écailles totalement indépendantes
(pl. L 5, 6).
Contre la face interne de l’exosquelette courent deux types de canaux. D’une part les
canaux du système latéral, larges, peu ramifiés et d’autre part les canaux vasculaires du plextis
subaponeurotique. Il apparaît donc clairement que les canaux du système latéral n’étaient pas
visibles en surface chez les Galéaspides.
PLACODERMI M’Coy, 1848
ANTIARCHA Cope, 1885
YUNNANOLEPIFORMES G. Zhang, 1978
Yunnanolepidae K. J. Chang, 1978
YUNNANOLEPIS Liu, 1963
Le genre Yumanolepis fut créé par Y. H. Liu (1963) pour Y. chii Liu de la Formation de
Lianhuashan (Dévonien inférieur) du Yunnan. Par la suite, G. Zhang (1978) a décrit du même
niveau une seconde espèce, Y. parviis Zhang, ainsi que deux autres genres monospécifiques
apparemment voisins de Yimnanolepis — Phymolepis et Zhanjilepis — qui partagent avec
Yunnanolepis une ornementation fortement tuberculée. Yumanolepis et Phymolepis se
distinguent par l'extrême simplicité de leur articulation brachiale, qui n’est représentée que par
un petit récessus de la plaque AVL, tel qu’il est bien décrit par M. M. Zhang (1980, fig. 3a-c).
Il s’agit là d’un caractère primitif pour les Antiarches, qui ne définit pas un groupe
monophylétique. Si Phymolepis se reconnaît aisément à sa plaque MDP, réduite et pourvue
d’un processus postérieur arrondi, il n’est guère facile en revanche de définir le genre
Yunnanolepis autrement que par un ensemble de caractères qui risquent fort de s’avérer être
des caractères généraux d’Antiarches primitifs. Quant à Zhanjilepis, il n’est connu que par des
plaques isolées à ornementation grossièrement tuberculée, mais la région de l’articulation
brachiale de l'AVL est inconnue.
Dans le matériel de Dông Mo, la plupart des plaques isolées d’Antiarches ont une
ornementation tuberculée plus ou moins grossière, bien différente de l’ornementation très fine,
voire du manque d’ornementation des plaques de Chuchinolepis (p. 177, pl. V). Quelques
cuirasses thoraciques articulées et quelques toits crâniens portent également cette même
ornementation tuberculée. Par leurs proportions et leurs caractères morphologiques (région
— 160 —
brachiale, dépression préorbitaire, sillon sensoriel postorbitaire), ces pièces évoquent nettement
les deux espèces de Yunnanolepis du Yunnan. Les seules différences notables entre les formes
du Viêt Nam et celles de Chine résident dans la dépression préorbitaire, moins vaste et moins
nettement losangique sur les formes du Vièt Nam (fig. 11-13), les crêtes longitudinales et
obliques de la cuirasse thoracique moins marquées, et l’absence de processus ou de crête
proéminente sur les plaques médianes dorsales (pl. III, 2A). L'attribution des pièces fortement
tuberculées de Dông Mo (à l’exception des petites plaques de Vanchienolepis n g., p. 189) au
genre Yunnanolepis ne doit donc être considérée que comme provisoire et il est possible qu'une
future révision détaillée et une analyse des caractères des espèces chinoises et viêtnamiennes
conduisent au démantèlement du genre Yunnanolepis en fonction des relations de parenté de
ses diverses espèces.
S'il est difficile de distinguer des différences notables entre les toits crâniens de
Yunnanolepis isolés de Dông Mo, il est en revanche plus facile de mettre en évidence deux types
de cuirasse thoracique (fig. 5, 8) que nous attribuons ici à deux espèces différentes du genre
Yunnanolepis.
Yunnanolepis baeboensis n. sp.
(Fig. 5-7; pl. II)
Diagnose : Yunnanolepis à cuirasse thoracique relativement courte, à crêtes latérales longitudinales
ou obliques bien marquées mais sans élévation importante au centre des plaques médianes dorsales.
L'ornementation est constituée de tubercules grossiers parfois intercalés avec des tubercules plus petits.
Molotype ; Cuirasse thoracique articulée mais écrasée (VND 32c, fig. 5 A; pl. II, 1).
NrvEAU-TYPE : Suite de Bac Bun, Praguien inférieur. Dévonien inférieur.
Localité-type : Dông Mo, province de Lang Son, Viêt Nam.
Origine du nom : De Bac Bo, nom vietnamien du Tonkin ou nord du Viêt Nam.
Matériel ; Cuirasse thoracique écrasée (VND 16b, fig. 7), cuirasse (VND 241), fragment postérieur
de cuirasse thoracique (VND 27p), cuirasse thoracique incomplète, légèrement écrasée (VND 31a, pl. II ;
2 ).
Des deux espèces de Dông Mo attribuées à Yunnanolepis, Y. baeboensis est sans doute la
plus proche de celles du Yunnan, notamment par ses crêtes horizontales et obliques bien
marquées sur la cuirasse thoracique, caractère vraisemblablement général pour l’ensemble des
Antiarches primitifs. Son ornementation est assez grossière, surtout au niveau des bords
latéraux et postérieurs de la cuirasse thoracique, et rappelle celle de F. parvus G. Zhang (1978)
et même de Zhanjilepis G. Zhang (1978). A la différence des formes du Yunnan, la plaque
MDA ne présente qu'une très légère bosse médiane et la plaque MDP ne montre qu'un léger
décrochement de sa surface vers l'arrière (fig. 5 B, 6), donnant l’impression d’un faible
processus dorsal. Ce décrochement correspond latéralement à la constriction postérieure
prononcée qui affecte les plaques PDL, PL et PVL (fig. 5 B).
— 161 —
Description
Bien qu’aucune cuirasse thoracique de Y. bacboensis ne soit conservée tridimentionnelle-
ment sans écrasement, il semble que celle-ci ait été courte et relativement élevée, telle que le
montre la reconstitution proposée ici (fig. 5 B).
1 — Plaque MD A (fig. 5 B; pl. Il, 2)
Cette plaque n’est guère connue que sur le spécimen VND 31a, où elle est toutefois mal
conservée. Elle a la forme sublosangique de celle des autres Yunnanolépiformes et sa pointe
antérieure est extrêmement aiguë, amenant ainsi les plaques ADL en contact l’une avec l’autre
vers l’avant. Une élévation peu distincte marque son axe longitudinal.
2 — Plaque MDP (fig. 5 B, 6)
Elle est courte, massive, avec un net décrochement transversal postérieur qui délimite une
marge postérieure plus basse que le reste de la plaque. Le bord postérieur de la zone surélevée
est hérissé de tubercules pointus. Ce même décrochement se rencontre à divers degrés chez les
formes du Yunnan où, poussé à l’extrême, il conduit à la morphologie si particulière de MDP
de Phymolepis (G. Zhang, 1978, pl. 6. 2).
3 — Plaque ADL (fig. 5 A. 6; pl. II, 1)
Elle est assez courte, avec un processus antérodorsal triangulaire et un processus
obstantique assez marqué. On y note la présente d’une forte crête dorsolatérale. qui se poursuit
postérieurement sur la plaque PDL (crdl, fig- 5 A, 6), ainsi qu’un bombement moins marqué,
légèrement oblique, qui part de son angle postéroventral et s’estompe à l’approche du
processus obstantique. Cette dernière crête est le prolongement antérieur de la crête latérale de
la plaque PL {cri, fig. 5 A). Un sillon bien marqué (s, fig. 5 A, 6) de.scend verticalement du
processus obstantique et se prolonge sur la lame dorsale de la plaque AVL. Un sillon identique
a été décrit sur Y parvus par M. M. Zhang (1980, fig. 3c). La fosse articulaire (fart, fig. 6) est
assez large, avec une crête infra-articulaire peu proéminente. Le sillon de la ligne latérale
principale (slp, fig. 5 A, 6) passe ventralement par rapport à la crête dorsolatérale et très loin
du bord ventral de la plaque.
4 — Plaque PDL (fig. 5 A, 6; pl. II, 1)
La crête dorsolatérale y est bien marquée (erdl, fig. 5 A), en particulier vers l’arrière, où
elle se recourbe dorsalement, rejoignant le rebord du décrochement postérieur de la plaque
MDP. Le sillon de la ligne latérale principale court le long de la crête dorsolatérale et bifurque
vers l’arrière en une branche dorsale et une branche ventrale {slp, spdl, fig. 5 A. 6),
5 — Plaque AVL (fig. 5-7; pl. Il, 1-2)
Cette plaque, relativement courte, présente un récessus brachial simple, limité latérale¬
ment par l’angle prépectoral {rbr, fig. 5 A, 6, 7). Le fond de ce récessus est entièrement tapissé
a’
srM DA
5. — Yumanolepis bacboensis n. sp. Suite de Bac Bun. Dông Mo : A, cuirasse thoracique écrasée, en vue latérale
gauche (Holotype, VND 32c — DS 04), dessin à la chambre claire ; B, essai de reconstitution de la cuirasse
thoracique en vue latérale gauche, fondé sur l’holotype ainsi que sur les spécimens VND 16b et 20d. (Échelle :
163
Fig. 6. — Yunnanolepis bacboensis n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Cuirasse thoracique disloquée en vue latérale
gauche (VND 20d — DS 04) partiellement recouverte ou associée à des fragments de bouclier ou des lambeaux de
squamation de Galéaspide. (Des.sin à la chambre claire. Échelle : 10mm.)
Fig. 7. — Yunnanolepis bacboensis n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Partie antéroventrale droite d’une cuirasse
thoracique écrasée (VND 16b — DS 04). (Dessin à la chambre claire. Échelle : 10 mm.)
— 164 —
d’os dermique sans ornementation et ne présente pas de perforation notable. De l'ouverture de
ce récessus partent plusieurs crêtes ; l'une, horizontale, longe le rebord ventrolatéral de la
plaque (cnl, fig. 5 A . 7) et se prolonge sur la plaque PVL ; une autre, légèrement oblique, part
du bord dorsal du processus brachial et rejoint la crête latérale de la plaque PL ; enfin, deux ou
trois autres crêtes plus obliques moins marquées (crobi, fig. 5 A) radient à partir du récessus
brachial et se prolongent sur la lame latérale de la plaque PVL ou de la plaque PL.
La crête interne transversale antérieure {cita, fig. 6) est bien marquée et délimite une
région postbranchiale profonde, bordée latéralement par le rebord antérolatéral de l’AVL.
6 — Plaque PL (fig. 5 A, 6; pl. II, 1)
Cette plaque porte la partie la plus saillante de la crête latérale et présente une constriction
postérieure. Dans sa partie ventrale se trouve une portion de sillon sensoriel surnuméraire {spl,
fig. 5 A ; pl. II, 1), sur l’holotype seulement.
7 — Plaque PVL (fig. 5 A. 6, 7; pl. II)
Elle possède une lame latérale relativement élevée, dont la partie postérieure porte une
constriction qui ne se prolonge guère sur sa lame horizontale. La crête ventrolatérale est très
saillante et ornée de gros tubercules pointus vers l’arrière {crvl, fig. 5 A, 6).
Comparaisons
Des deux espèces de Yunnanolepis de Dông Mo, Y. baehoensis est celle qui, par les crêtes
très marquées de sa cuirasse thoracique, se rapproche le plus des espèces du gisement de
Qujing (Yunnan). Elle diffère cependant de K chii par sa cuirasse beaucoup plus courte et son
ornementation jfius grossière, et de Y. parvus par l’absence de processus dorsal saillant sur la
plaque MDP.
Yunnanolepis deprati n. sp.
(Fig. 8-10; pl. III, la, 2, IV, 9, 10)
Diagnose : Ywmanolepis à cuirasse thoracique assez allongée et ne présentant pratiquement aucune
crête latérale horizontale ou oblique, ce qui lui confère un modelé arrondi, en tonnelet; les plaques
médianes dorsales n'ont aucune crête ou élévation médiane. L’ornementation est constituée de petits
tubercules étroitement accolés.
Holotype : Cuirasse thoracique désarticulée (VND 26a, fig. 8 A; pl. III, la).
Niveau-type : Suite de Bac Bun, Praguien inférieur. Dévonien inférieur.
Localité-type : Dông Mo, province de Lang Son, Viêt Nam.
Origine du nom : Espèce dédiée à J. Deprat, jadis géologue au Service Géologique d’Indochine, qui
découvrit les premiers restes de Vertébrés dévoniens du Bac Bo décrits par Mansuy (1915).
Matériel : Cuirasse thoracique incomplète (VND 34, fig. 9; pl. III, 2), plaque AVL isolée
(VND 27o, pl. IV, 9), cuirasse thoracique incomplète (VND 24m, fig. 10; pl. IV, 10).
Description
1 — Plaque MD A (fig. 8-10; pl. III, la, 2a, IV, 10)
Cette plaque est oblongue, en feuille de laurier, présentant une suture sinueuse avec la
plaque PDL. Elle est régulièrement bombée et ne montre aucune crête ni processus médian.
2 — Plaque MDP (fig. 8-10; pl. III, 2a, IV, 10)
Elle est courte, avec un bord postérieur arrondi, et ne présente aucun décrochement
postérieur ni processus médian.
3 — Plaque ADL (fig. 8-9; pl. III, la, IV, 10)
Aussi longue que la plaque PDL, cette plaque présente un processus antérodorsal
triangulaire. La fosse articulaire est large, et la crête infra-articulaire Iciarl, fig. 8 A) peu
proéminente. Le sillon de la ligne latérale principale (.v/yj. fig. 8-10) court le long de la légère
flexure longitudinale qui occupe la position de la crête latérale des autres Yunnanolépiformes.
4 — Plaque PDL (fig. 8 A, 10; pl. III. la, 2a, IV, 10)
La partie la plus proéminente de cette plaque se trouve dans sa partie postérieure, à
remplacement de la partie postérieure de la crête dorsolatérale, à peine sensible ici.
Ventralement par rapport à ce bombement court le sillon de la ligne latérale principale, qui se
recourbe légèrement postérodorsalement. Une petite ligne courbe surnuméraire (spdl, fig- 9 A)
part, à ce niveau, vers la plaque MDP.
5 — Plaque AVL (fig. 8 A, 9; pl. III, la, 2b, IV, 9)
A la ditïérence de celle des autres Yunnanolépiformes, cette plaque ne présente pas de
crête ventrolatérale saillante séparant la lame latérale de la lame horizontale. Le récessus
brachial {rbr, fig. 8 A, 9 B) est très petit et de ses bords ventral et dorsal partent
respectivement deux courtes crêtes délimitant la zone de mouvement de la nageoire pectorale
(fig. 8 B). Il n’existe aucune trace de crêtes obliques à ce niveau.
6 — Plaque PL (fig. 8 A, 9 B; pl. III, la, 2b)
Très longue, cette plaque présente un bombement longitudinal assez marqué, correspon¬
dant à la crête latérale des autres Yunnanolépiformes {cri, fig. 8 A).
7 — Plaque PVL (fig. 8 A, 9 B; pl. III, la, 2b)
Cette plaque est presque totalement dépourvue de lame latérale. Celle-ci est limitée à une
crête basse qui passe progressivement à la lame ventrale sans en être séparée par une crête
ventrolatérale saillante {crvl, fig. 8 A).
— 166 —
Fio. 8. — Yunnanolepis deprati n. sp. Suite de Bac Bun. Dông Mo : A. cuirasse thoracique disloquée en vue ventro-
latérale gauche (holotype, VND 26a — DS 04) (dessin à la chambre claire après retrait du fragment de nageoire
pectorale figurant sur la planche III, Ib); fl, essai de reconstitution de la cuirasse thoracique en vue latérale gauche,
fondée essentiellement sur l’holotype. (Échelle : 10 mm.)
— 167 —
Fig. 9. — Yunnanolepis deprati n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Cuirasse thoracique incomplète en vues dorsale (A)
et ventrale (B) (VND 34 — DS 04). (Dessin à la chambre claire. Échelle : 10 mm).
Fig. 10. — Yunnanolepis deprati n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Cuirasse thoracique incomplète en vue dorsale
(VND 24m — DS 04). (Dessin à la chambre claire. Échelle : 10 mm.)
— 168 —
8 — Plaque MV (fig. 8 A, 9 B; pl. III, la, 2b)
De contour losangique, légèrement plus longue que large, cette plaque a la même forme
que chez les autres Yunnanolépiformes.
Comparaisons
Bien que possédant un récessus brachial de type Yunnanolepis, c’est-à-dire très simple,
cette espèce diffère de toutes les autres espèces de ce genre par l’absence totale de crêtes
saillantes horizontales ou obliques sur les parois latérales de la cuirasse thoracique (fig. 8 B).
Tout au plus devine-t-on une légère flexure selon une ligne qui va de l'extrémité postérieure de
la plaque PL à la région du processus obstantique de l'ADL, et qui correspondrait donc à la
crête latérale des autres espèces {cri, fig. 8 A). Les proportions des plaques de la cuirasse
thoracique sont également différentes, avec des plaques ADL et AVL aussi longues que les
PDL et PVL. L’ornementation de toutes les plaques est constituée de tubercules moyens de
dimensions très homogènes et très serrés.
L’absence de cTêtes latérales sur la cuirasse thoracique peut être considérée comme un
caractère dérivé pour cette espèce. En efl'ct, ces crêtes, largement répandues chez les
Yunnanolépiformes (7, chii, Y. parvus, Phymolepis), se retrouvent aussi chez les Procondylolé-
piformes (v, Chuchhwlepis, fig. 18 B) et même les Eu^tiarches primitifs (Sinolepidae). Elles
constituent donc un caractère général des Antiarches.
Yunnanolepis sp.
La distinction la plus nette entre Y. baeboensis et Y. deprati est fondée sur les caractères de
la surface externe de la cuirasse thoracique. Malheureusement, aucun toit crânien n’a été
trouvé en connexion avec l'une ou l’autre des cuirasses thoraciques, sauf sur le spécimen
VND 40 (fig. 15; pl. IV, 12), dont seul le moule interne est conservé et dont, par conséquent,
l’attribution à l’une ou l’autre des deux espèces est impossible. Pour cette raison, nous
décrirons ici sous le nom de Yunnanolepis sp. toutes les pièces autres que les éléments de
cuirasse thoracique en vue externe que l’on peut attribuer à ce genre par leurs caractères, leurs
proportions ou leur ornementation.
1 — Toits crâniens
Plusieurs toits crâniens plus ou moins complets sont attribuables au genre Yunnanolepis
par leur ressemblance générale avec Y. chii et T. parvus du Yunnan ; même contour vaguement
penta- ou heptagonal, même dépression préorbitaire de forme losangique, même présence
quasi constante du sillon sensoriel postorbitaire, même trajet des sillons infraorbitaire et
supraorbitaire (fig. 11-14; pl. IV, 1, 3-5). L’unique différence, peut-être due à la variation
individuelle, est la présence de deux petits sillons sensoriels sur la plaque postpinéale {spp,
fig. 11-13), sillons qui n’ont jamais été observés sur les pièces du Yunnan. Une autre différence
— 169 —
peut être aussi constituée par la dépression préorbitaire moins profonde et moins nettement
délimitée chez les espèces du Viêt Nam que sur celles du Yunnan.
Le spécimen VND 27e (fis. 11 A; pl. FV, 4) est le mieux conservé des toits crâniens et
présente globalement les mêmes caractères généraux que ceux de L. chii et Y. parvus, tant dans
les proportions relatives des plaques que dans le trajet des sillons sensoriels. La fenêtre
orbitonasale (fo, fig. Il A) est assez petite, ovale, avec une légère constriction axiale, et la
dépression préorbitairc {dpo, fig. 11 A) est limitée antérieurement par un bourrelet porté par
les plaques prémèdiane et latérales {PrM, L, fig. 11 A), mais ses limites latérale et postérieure
sont beaucoup moins nettes que sur Y. chii, par exemple (G. Ciiang. 1978), ce qui rapproche
VND 27g de la situation rencontrée sur Y. parvus (G. ZliANG, 1978. fig. 4; M. M. Zhang,
1980, fig. I A). Le fond de cette dépression est orné de petits tubercules qui deviennent
d’autant plus grossiers que l’on s’éloigne de son centre.
Fig. 11. — Yunnanolepis sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, toit crânien en vue dorsale (VND 27g — DS 04) ; B, toit
crânien en vue ventrale (VND 26b — DS 04). (Dessins â la chambre claire. Échelle : 10 mm.)
Le sillon supraorbitaire (sso, fig. 11 A) pénètre dans la dépression préorbitaire au niveau
de la partie antérieure de la fenêtre orbitonasale et court sur la face postérieure du bourrelet de
la plaque prèmediane. Antérolatéralement, ce sillon rejoint le bord du toit crânien. De même,
le sillon infraorbitaire (siol, fig. 11 A) se termine antérieurement par une branche antérolatéra¬
le qui rejoint également le bord du toit crânien. Bien que cette disposition des sillons sensoriels
soit identique à celle décrite par G. Zhang (1978) et M. M. Zhang (1980) sur les formes du
Yunnan, il convient de noter qu’elle est soumise à une importante variation individuelle. Par
exemple, le spécimen VND 17d (fig. 12 A; pl. IV,5), un toit crânien incomplet, montre un
sillon médial inhabituel (sio3, fig. 12 A3) qui court parallèlement au sillon supraorbitaire {sso,
fig. 12 A3) vers la dépression préorbitaire. Il correspondrait donc au sillon recourbé
— 170 —
médialement qui prolonge de manière constante la partie antérieure du sillon infraorbitaire
chez Chuchinolepis (fig. 17 A-D). Deux courts sillons sensoriels divergent sur la plaque PP
(spp, fig. 11 A, 12 A) de tous les toits crâniens dont cette région est conservée. On retrouve ces
mêmes sillons sur Chuchinolepis (fig. 17 Al ; pl. V, 2), mais ils n’ont jamais été décrits sur les
formes chinoises.
Fig. 12. — Yunnanoteph sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, toit crânien incomplet en vues dorsale (Al) et latérale
gauche (A2), et détail de la partie antérolatérale (A3) (VND 17d — DS 04) (dessin à la chambre claire); B, essai de
reconstitution du toit crânien en vue dorsale, basée principalement sur le spécimen VND271(fig. Il A); C,
fragment postérolatéral d’un toit crânien (VND 17c DS 04) (dessin à la chambre claire). (Échelle : 10mm et
I mm pour A3).
Le spécimen VND 25a (fig. 13; pl. IV, 1) est un grand toit crânien plaqué contre
l’holotype de Chuchinolepis dongmoensis n. sp. (pl. V, 1). Il montre une dépression préorbitaire
peu étendue et limitée antérieurement par un très épais bourrelet de la plaque PrM. Il montre
également, par la taille relativement petite de la fenêtre orbitonasale (/b, fig. 13), qu’il devait
exister une légère allométrie entre cette dernière et l’ensemble du toit crânien, comme le
suggéraient déjà les spécimens décrits par G. Zhang (1978, pl. 1 : 1, 2). Ainsi, la surface totale
— 171
du toit crânien devait-elle croître plus vite que celle de la fenêtre orbitonasale. Sur ce même
spécimen, on remarque deux petits sillons divergents sur la plaque PrM. Il pourrait s’agir de la
ligne supraorbitaire (.mo?, fig. 13 A) qui occuperait ici une position très médiale, comme chez
Y. parvus (M. M. Zhang, 1980. fig. la). Notons toutefois que, sur une plaque PrM isolée
attribuée ici à Chuchinolepis (fig. 17 E; pl. V, 6), il existe également deux petits sillons
divergents semblables (5x), mais encore plus médiaux, et qui sembleraient coexister avec le
sillon supraorbitaire. Ce toit crânien montre aussi clairement que le fond de toute la dépression
préorbitaire, y compris dans sa partie la plus médiale, est tapissé de minuscules tubercules.
Enfin, le sillon postorbitaire (spo, fig. 11, 12 A, 13 B) est pratiquement constant sur tous ces
toits crâniens, où il rejoint le sillon postmarginal {spm, fig. 11 A) sur la plaque PM. Le long du
bord postérieur de la plaque PNu court le sillon de la pit-line moyenne {splm, fig. 11 A, 12 A,
13 B), qui rejoint probablement le sillon commissural supraoccipital (scom, fig. 12 A). Ces
derniers, ainsi que les sillons centraux (sc, fig. 11 A, 12 A) dessinent un X sur la plaque Nu, en
avant des ouvertures externes des conduits endolymphatiques {dend, fig. 11 A, 12 Al).
Fig. 13. — Yunnanolepis sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Grand toit crânien incomplet (VND 25a — DS 04) : A,
détail de la partie antérieure, vue dorsale (dessin à la chambre claire) ; B, essai de reconstitution. (Échelle : 10ram.)
— 172 —
La face ventrale du toit crânien est observée sur plusieurs spécimens, en particulier
VND 26b (fig. 11 B; pi. IV. 3) et VND 40 (fig. 15), et présente les mêmes reliefs que chez Y.
chii (G. Zhang, 19786, pl. 1 : 3) : processus triangulaire médian sur la plaque PrM {prPrM,
fig. 11 B. 14, 15 A), crête oblique postorbitaire (crpo, fig. 11 B, 14, 15 A) sur la plaque L, se
terminant latéralement par le processus pour l’articulation de la plaque SM ou la PrL,
processus postorbitaire pair sur la plaque PP (prpo, fig. 11 B, 14 A), récessus otico-occipital
{rotoc, fig. 14 A) sur la plaque PNu, épaississement supraoccipital (epsoc, fig. 14 A) sur la
plaque Nu, percé par les deux fosses pour les processus neurocrâniens supraoccipitaux (proc,
fig. 14 A) et flanqué par les ouvertures internes des conduits endolymphatiques {dend.
Fig. 14. — Yunnanolepis sp. ou Vanchienolepis langsonensis n. g., n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, toit crânien
disloqué en vue ventrale (VND 43a — DS 04) (dessin à la chambre claire) ; B, essai de reconstitution fondée sur le
spécimen précédent. (Échelle : 1 mm.)
— 173 —
Le spécimen VND 43a (fig. 14) mérite une attention particulière; il s’agit en effet d’un très
petit toit crânien en partie désarticulé, dont les proportions et les caractères généraux sont ceux
de Ymrmnolepis. Cependant, sa petite taille s'accorderait très bien avec la plupart des pièces de
Vanchienolepis langsonensis n. g., n. sp. (p. 189, fig. 23-26). En outre, à peu de distance de ce
toit crânien se trouvent quelques plaques isolées de V. iangsonensis, notamment une plaque
MDA (fig. 23 B; pl. III, 7). Le peu d'ornementation visible de ce toit crânien montre des
tubercules assez grossiers. La seule différence que l’on pourrait noter avec les toits crâniens de
Yunnanolepis sont d’une part la plus grande concavité de sa surface interne et d’autre part la
dépression centrale plus marquée sur l’épaississement supraoccipital de la plaque Nu
(fig. 14 A).
2 — Spécimen VND 40 (fig. 15: pl. IV, 12)
Le seul spécimen de Dông Mo présentant le toit crânien et la cuirasse thoracique articulés
est malheureusement conservé à l'état de moule naturel interne (« Steinkern ») et provient des
niveaux fortement altérés de la Formation de Sika (Point DS 07, à 0,5 km au nord du village
de Tong Lot, fig. 3 B). En l’absence de toute information sur l’aspect de la surface externe de
la cuirasse thoracique, il n’est guère possible de le déterminer spécifiquement. Toutefois, ses
proportions et la face ventrale complète de sa cuirasse thoracique permettent de l’exclure des
genres Chuchinotepis et Vanchienolepis. Le contour des sutures internes limitant la plaque
MDA (fig. 15 A) diffère notablement de celui des deux autres espèces de Yunnanolepis décrites
dans la Formation de Bac Bun. Cette plaque est en effet très courte et large, de contour
presque carré, se rapprochant en cela de Y. parvus du Yunnan (M. M. Zhang, 1980, fig. 3b).
De plus, celte plaque ne présente pas de crête interne médiane très marquée, à l’exception d'un
court processus médian en position presque centrale (pnnva. fig. 15 A). L’autre trait
remarquable de ce spécimen, mais qui est sans doute partagé par la plupart des Yunnanolépi-
formes, est la présence de plusieurs récessus internes dans la paroi venlro-latérale de la cuirasse
thoracique. Le plus vaste est celui qui est creusé dans l’épaisseur de la crête ventrolatérale,
chevauchant les plaques A VL cl PVL {réel, fig. 15, pl. IV, 12, b, c). Le moulage interne de ce
« récessus thoracique » apparaît donc comme une masse distincte accrochée de chaque côté du
moule interne principal de la cuirasse thoracique, En arrière, les plaques PL et PVL sont
également creusées de récessus plus petits (reep, fig. 15 B) séparés par des crêtes longitudinales
et verticales saillantes (dont la crête transversale interne postérieure, dtp, fig. 15 B).
Le moulage naturel de la surface interne du toit crânien présente les principaux traits de
celui des Yunnanolépiformes, dont la plupart sont sans doute des caractères généraux
d’Antiarches. On notera en particulier la trace de nombreux petits foramens disposés en U sur
la plaque PP (f'spp, fig. 15 A) et qui livraient passage à des fibres du nerf latéral innervant les
sillons postpinéaux (spp, fig. 11 A).
3 — Plaques isolées
De nombreuses plaques isolées sont attribuables à l’une ou l’autre des deux espèces
reconnues de Yunnanolepis. Parmi elles, de petites plaques hexagonales ou pentagonales à
ornementation assez grossière peuvent être attribuées à la couverture dermique des nageoires
paires. Toutefois, les plus singulières de ces plaques isolées sont de petites plaques oblongues.
— 175 —
fortement courbées transversalement et portant sur leur face externe deux sillons sensoriels qui
évoquent fortement ceux de la plaque sousorbitaire de la plupart des autres Placodermes
(fig. 16 ; pl. IV, 7, 8). L’un de ces sillons (sio2, fig. 16 B) est plus ou moins sinueux, en forme de
S, tandis que l’autre {sio4, fig. 16 B) est en V ouvert vers le bord supposé ventral de la plaque.
Ces plaques, dont l’omementation assez grossière et les dimensions modestes suggèrent une
appartenance à Yummmlepis plutôt qu’à Chuchinolepis [à l'exception peut-être de VND 16c
(fig. 16 A) dont l'ornementation assez fine se rapproche de celle de ce dernier genre] semblent
donc bien être des plaques sousorbitaires, c’est-à-dire la plaque mentale des Euantiarches (cf.
Stensiô, 1949; Young, 19840), mais dont la fonction masticatrice ne serait pas encore aussi
développée que chez ces derniers. En fait, aucune de ces plaques ne montre clairement un bord
tranchant comparable à celui de la plaque mentale. La présence de sillons sensoriels assez
constants sur ces plaques exclut qu’il s’agisse de postsousorbitaires ou de submarginales,
plaques réputées dépourvues de lignes sensorielles. La présence d'un sillon sensoriel (du reste à
peine visible) sur la plaque postsousorbitaire de L. parvus signalée par M. M. Zhang (1980,
pl. 3 : 1) demeure fort douteuse. Aucune de ces plaques n’ayant été retrouvée en connexion
avec le toit crânien, l'interprétation donnée ici demeure donc hypothétique. Si elle est
corroborée, le sillon en S serait alors le prolongement de la branche latérale {sio2) du sillon
infraorbitaire.
Enfin, contrairement aux plaques isolées de Chuchinolepis et Vanchienolepis, celles de
Yunnanolepis montrent une large diversité de dimensions. La plus grande de toutes les plaques
Fig. 16. — Yunnanolepis sp. Suite de Bac Buii, Dông Mo. Plaques présumées sousorbitaires isolées, en vue latérale :
A, VND 16c — DS 04 (peut être aussi rapportée à Chuchinolepis dongmoensis n. sp.); B, VND 26c — DS 04; C,
VND 24c. (Dessins à la chambre claire. Échelle : 10 mm.)
— 176 —
attribuées à ce genre est une ADL incomplète (VND 24r, pl. VI. 5) présentant une
ornementation de gros tubercules clairsemés et dont la fosse articulaire est bien conservée. Elle
a une épaisseur de 2,5 à 4.5 ram et, si l’on rapporte la largeur de sa fosse articulaire à celle, par
exemple, du spécimen VND 31a (pl. Il, 2), la longueur totale de la cuirasse thoracique
correspondante serait de 22 à 25cm, en supposant qu’il n'y ait pas d’allométrie de croissance à
ce niveau.
4 — Écailles isolées
Un échantillon assez calcaire pour être attaqué à l’acide formique, et provenant du
sommet de la Suite de Bac Bun à Trang Xa (DS 17C) a livré de nombreux fragments de
plaques et des écailles isolées attribuables à des Yunnanolépiformes.
PROCONDYLOLEPIFORMES G. Zhang, 1984
Chuchinolepidae K. J. Chang, 1978
[Qujinolepidae G. Zhang, 1978; Procondylolepidae G. Zhang, 1984]
CHUCHINOLEPIS K. J. Chang, 1978
Chuchinolepis K. J. Chang, 1978 : 296
Qujinolepis G. Zhang, 1978 : 173.
Qujinolepis Zhang, Tong-Dzuy & Janvier, 1987 : 176.
K. J. Chang (1978) a créé le genre Chuchinolepis pour l'espèce C. gracilis K. J. Chang,
1978, de la Formation de Cuifengshan (Dévonien inférieur) du Yunnan. sur la base de
plusieurs plaques isolées et caractérisées notamment par l’extrême finesse de l’ornementation
superficielle. La même année, mais sept mois plus tard, le même auteur (dont la translitération
latine du nom a été modifiée entre temps en Zhang Guorlu) public à nouveau le même
matériel sous le nom de Qujbiolepis gracilis (G. Zhang, 1978). Ce nouveau nom générique est
crée a partir du même radical phonétique (Qujing = Chuching) faisant référence à la localité
de Oujing. Yunnan. Le nom de Chuchinolepis, publié en janvier 1978, a donc priorité sur celui
de Qujinolepis. publié en juillet 1978.
D'autre part, comme il est montré dans le présent travail, l’articulation brachiale de
Chuchinolepis est rigoureusement identique à celle de Procondylolepis qujuigensis (G. Zhang,
1984), connu dans le même gisement que C. gracilis et qui ne semble guère différer de
Chuchinolepis que par une ornementation un peu plus grossière sur le bord antérolatéral de la
plaque AVL. Toutefois, les spécimens de Chuchinolepis de Dông Mo, relativement complets,
montrent qu’une ornementation plus marquée est présente en dilTérents points de la cuirasse,
notamment sur les crêtes ventrolatérales du thorax (fig. 17, 18; pl. V, 7). Il n’est donc pas
impossible que des recherches plus poussées sur du matériel du Yunnan attribué à
Procondylolepis fasse apparaître une synonymie entre ce genre et Chuchinolepis.
— 177 —
En ce qui concerne l’atlribution familiale de ces genres, le même problème se pose.
Chuchinolepis a été attribué à une famille propre, les Chuchinolepidae K. J. Chang, 1978, nom
qui a aussi priorité sur Qujinolepidae G. Zhang, 1978. D’autre part, Procondylalepis a été
également attribué à une famille propre, les Procondylolepidae G. Zhang, 1984. Là encore,
compte tenu de l’étroite ressemblance des deux genres quant à la morphologie de la région
brachiale, nous sommes enclins à les placer dans une même famille, celle des Chuchinolepidae.
Enfin, l’ordre monofamilial des Procondylolépiformes (G. Zhang, 1984) est conservé car son
rang n’est pas concerné par les règles de synonymie du Code International de Nomenclature
Zoologique.
Chuchinolepis est un Chuchinolepidae dont l'ornementation superficielle des os dermiques
est pratiquement absente, ou extrêmement fine, sauf le long des crêtes latérales et
ventrolatérales de la cuirasse thoracique, le long du bord postérieur de celle-ci, ainsi que sur la
bordure antérieure du toit crânien. Partout ailleurs, la surface des os est renuirquablement
lisse, voire brillante. De ce fait, les sillons du système latéral se dessinent très nettement (pl. V,
2-5). Ces derniers présentent souvent des branches collatérales peu ou pas connues chez les
autres Antiarches. Le toit crânien présente une morphologie probablement primitive pour
l’ensemble des Antiarches. En revanche, la cuirasse thoracique est remarquablement allongée,
en particulier au niveau des plaques postérieures (PDL, PL, P VL, MDP). Les plaques AVL,
PVL et PL portent des crêtes saillantes, parfois ornementées de petits tubercules visibles à l’œil
nu. On distingue deux crêtes horizontales, les crêtes latérale (cr/, fig. 18 A) et ventrolatérale
(erv/, fig. 17 A), ainsi que deux ou trois crêtes obliques (crobh fig. 18 A), moins marquées et
radiantes à partir de la région brachiale. Ces crêtes sont comparables — et probablement
homologues — à celles décrites chez les Yunnanolépiformes (fig. 5 B, G. Zhang, 1978;
M. M .Zhang, 1980) et sont sans aucun doute aussi un trait primitif des Antiarches.
Compte tenu de ces remarques, nous pouvons proposer pour le genre Chuchinolepis la
diagnose émendée suivante :
Chuchinolepidae à ornementation très finement tuberculée, en grande partie invisible à l’oeil nu, sauf
sur les crêtes de la cuirasse thoracique et en bordure du toit crânien. Cuirasse thoracique assez allongée,
du fait de l'importante longueur relative des plaques de la série postérieure (MDP, PDL, PL, PVL).
Chuchinolepis dongmoensis n. sp.
(Fig. 17-22; pl. 111, 1, IV, 11, V, VI, 1-4)
Diagnose : Chuchinolepis dont la plaque MDP présente une partie antérieure longue et étroite, et
dont les proportions largeur/longueur sont de l’ordre de 2/3.
Holotype : Cuirasse thoracique incomplète, montrant les plaques AVL, PVL, ADL, PL, PDL et
MDP (VND 25b; fig. 18 A; pl. V, 1).
Niveau-type : Suite de Bac Bun, Praguien inférieur. Dévonien inférieur.
Localité-type : Tranchée de route entre Dông Mo et Tu Don au km 5 à partir de Dông Mo,
Province de Lang Son, Viêt Nam (Point DS 04, fig. 3 C).
Origine du nom : De Dông Mo, localité-type.
— 178 —
Matériel : Plaque supposée sousorbilaire (VND 16c, fig. 16 A), plaques PVLg ei MDA (VND 16d,
pl. VI. 3). PL (VND 16c), Nu (VND 17b. fig. 17 G), PVLg (VND 17g, pl. VI, 2). MDA (VND 18c,
fig. 19 B, pl. VI, 4). ADLg (VND 19a. fig. 20 A), MDA (VND I9b, fig. 19 A, pl. V, 10). Nu (VND 20g,
fig. 17 F), ADL (VND :üj), MDA (VND 20k). PrM (VND 21a, fig. 17 E, pl.V. 6). PL (VND 21c), PVLg
(VND 22a), PVLd (VND 24b), PLd (VND 24d). PDLg (VND 24e), MDA incomplèLe (VND 24g), L g et
d (VND 24ij. fig. 17 D, C, pl. V, 3, 5), AVLg (VND 24k), AVLd (VND 25c). AVLd (VND 25d,
fig. 21 B, pl. VI. 1), Ld (VND 25e. pl. V, 4). AVLd (VND 26d. fig. 21 A. pl. III. la), PDLg (VND 26e,
fig. 20 C. pl. V, 12), PLg (VND 26f. fig. 20 D, pl. V. 13), fragment de partie proximale de nageoire
pectorale (VND 26h, fig. 22 A, pî. 111, Ib), toit crânien déformé (VND 27a, fig. 17 A, pl. V. 2), plaque
PDLg incomplète (VND 27b, pl. V, 9), plaques AVLd (VND 27c, fig. 21 D, pl. V, 7), AVLg (VND 27d,
fig. 21 C, pl. V, 8), fragment de plaque PL (VND 27e), plaques Ml l (VND 27f, fig. 22 B, pl. V, 14),
PVLd (VND 27m), C (VND 17r, fig. 22 C, pl. V, 15), MDA (VND 28, fig. 19 D, pl. IV, 11), MDA
(VND32d, fig. 19 C, pl.V, 11), PLd (VND 43e). PVLd (VND 43f).
La présence de Chuchinolepis dans la Suite de Bac Bun avait été suggérée par Tong-Dzuy
& Janvier (1987 : 176, fig. 6 A-C, pl. 1, « Qujinolepix? sp. indet. »), en particulier dans le
gisement de Trang Xa (province de Bac Thaï, district de Vo Nhai), sur la base d’une plaque
MDP conservée en empreinte, d’une petite plaque L et d’une plaque Nu.
Description
Outre une cuirasse thoracique incomplète mais articulée (fig. 18 A; pl. V, 1) et un toit
crânien déformé (fig. 17 A ; pl. V, 2), le matériel de Dông Mo comprend de nombreuses
plaques isolées dont la taille assez homogène semble correspondre à des individus de la même
classe d’âge.
1 — Toit crânien (fig. 17 A; pl. V, 2-6)
L'unique toit crânien découvert â ce jour a subi une forte compression antéropostérieure
du lait de sa position perpendiculaire au plan de la couche. Cependant, nous en avons tenté
une reconstitution (fig. 17 B), grâce au contrôle que permettent des plaques isolées non
déformées (fig. 17 C-G; pl. V, 3-6). La morphologie générale de ce toit crânien rappelle celle
des Yunnanolépiformes, notamment par la présence d’une dépression préorbitaire étirée
transversalement en une sorte de profond sillon qui borde antérieurement la fosse orbitonasale
(dpo, fig. 17 A. C. D) et qui s’étend latéralement jusque sur les plaques L. Les limites
postérolatérales de cette dépression sont indistinctes. La plaque PrM (fig. 17 A, E) présente un
épais bourrelet antérieur qui limite postérieurement la dépression préorbitaire. La plaque Nu
(fig. 17 A) F, G) est assez allongée et présente une zone oblectée (cno, fig 17 A, F) assez
longue, dans laquelle s'ouvrent les conduits endolymphatiques (demi, fig. 17 F, G). La plaque
PNu (fig. 17 A) porte un large condyle articulaire, toutefois Icgcrement moins large que celui
des Yunnanolépiformes. La plaque PM est remarquablement grande.
L'ornementation est constituée de très petits tubercules, en grande partie invisibles à l’œil
nu. sauf sur la bordure antérieure du toit crânien, c’est-à-dire sur la plaque PrM et une partie
des plaques L (fig. 17 C-E), autour de la fenêtre orbitonasale. La partie postérieure de la zone
obtectée présente une surface rugueuse suggérant l’adhésion de tissus cutanés.
La face interne du toit crânien est mal connue et seule une plaque Nu en vue ventrale
— 179 —
dend
proc
Fig. 17. — Chuchinolepis dongmoensis n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, toil crânien déformé (VND 27a —
DS 04), vue dorsale : B, essai de reconstitution du toit crânien, basé essentiellement sur le spécimen VND 27a, mais
rectifié à l'aide de plaques isolées non déformées ; C, plaque latérale droite (VND 24j — DS 04) ; D, plaque latérale
gauche (VND 24i — DS 04); E, plaque prémédiane (YND 2Ia — DS 04), vue dorsale; F, G, plaques nuchales en
vues dorsale (F, VND 20g — DS 04) et ventrale (G, VND 17b — DS 04). (A, C-G, dessins à la chambre claire.
Échelle : 5 mm.)
montre les dépressions pour les processus neurocrâniens supraoccipitaux (proc, fig. 17 G) ainsi
que les ouvertures internes des conduits endolymphatiques (dend, fig. 17 G).
Le trajet des sillons du système latéral diffère quelque peu de celui des Yunnanolépifor-
mes. Il ne semble pas y avoir de sillon postorbitaire, caractère partagé avec les Euantiarches.
En outre, la partie antérieure du sillon infraorbitaire (siol, fig. 17 A-D) se recourbe
— 180 —
médialemenl vers la dépression préorbitaire de manière constante, en avant de la divergence de
la branche latérale {sio2, fig. 17 A, C). Bn revanche, il n'esisle guère de sillon de la ligne
supraorbitaire, à l'exception peut-être du prolongement le plus médial de la ligne mfraorbitaire
(sso, fig. 17 A, E). ou de deux petits sillons divergents, très proches de la ligne médiane, et
observés seulement sur une plaque PrM isolée (s.v, fig. 17 E; pl. V, 6). Deux petits sillons
également très médiaux se trouvent sur la plaque PP (spp. fig. 17 A), La plaque PM porte un
sillon postmarginal (spfv, fig. 17 A). Les sillons centraux (xc, fig. 17 A) et commissuraux
occipitaux {scom, fig. 17 A, F) forment sur la plaque Nu un « X » en avant des ouvertures des
conduits endolymphatiques. La partie postérieure du sillon infraorbitaire est bifurquée en une
branche latérale, qui se poursuit sur la cuirasse thoracique par la ligne latérale principale (slp.
fig. 17 A), cl une branche médiale, correspondant à la pit-line moyenne {splm, fig. 17 A).
2 — Cuirasse thoracique
La reconstitution de la cuirasse thoracique proposée ici (fig. 18 B) est essentiellement
fondée sur le spécimen VND 25b (fig. 18 A; pl. V, 1), qui, bien que comprimé latéralement,
montre la plupart des plaques en connexion; seules la face externe de la plaque MDA, une
partie de la plaque ADL et la plaque MV sont pour le moment mal connues. La cuirasse
thoracique de C. dongmoensis apparaît ainsi comme assez allongée, avec une nette dilTérence
entre les plaques de la série antérieure (ADL, AVL) plus courtes, et celles de la série
postérieure (PDL, PL, PVL), très étirées. En revanche, la plaque MDA est plus longue que la
plaque MDP.
Latéralement, la cuirasse thoracique porte quelques larges crêtes, moins marquées que
celles des Yunnanolépiformes. On distingue ainsi une crête latérale {cri, fig. 18 A, 20 D), une
crête ventrolatcrale (trv/. fig. 18 A) et deux ou trois crêtes obliques (crohl, fig. 18 A. 20 D,
21 A. C), radiant à partir de la région de l’articulation brachiale. L’arrière de la cuirasse
thoracique présente une légère constnetion correspondant sans doute à la position de la crête
interne transversale postérieure.
L’ornementation est aussi faiblement marquée que sur le toit crânien, sauf au niveau des
crêtes ou de la bordure antérolatérale de la plaque AVL. En ces endroits, elle est formée de
petits tubercules étroitement accolés. On trouve également de petites zones lubcrculées dans la
partie postérieure de la plaque MDP (fig. 20 B) et de la plaque PDL (fig. 18 A).
Plaque MDA (fig. 19; pl. IV, 11 ; V, 10, 11 ; VI, 4)
En dépit d’une importante variation individuelle, cette plaque présente une grande
ressemblance avec celle de C. gracilis (G. Zhang, 1978, fig. 14, pl. 7 : 1, 2). Elle a une forme
oblongue et ses sutures postérolatérales avec les plaques PDL présentent une flexure plus ou
moins marquée (fig. 19 B, C). Le bord antérieur est étroit et termine une large gouttière axiale,
correspondant à la fosse des muscles levator (fig. 19). Cette gouttière est suivie postérieurement
par une crête peu marquée qui, à son tour, se creuse d’un sillon central (fig. 19) vers l’arrière.
Cette morphologie se retrouve de manière identique sur C. gracilis (G. Zhang, 1978, fig. 14,
pl. 7 • l, 2). Sur le spécimen VND 28, le bord antérieur est remarquablement étroit et les
surfaces de recouvrement pour les plaques ADL se rejoignent presque vers l’avant (fig. 19 D;
pl. IV, 11). La plupart des plaques MDA sont exposées en vue ventrale, mais une partie de la
face externe a pu être préparée, confirmant, là aussi, l’extrême finesse de l’ornementation.
Fig. 18. — Chuchinolepis dongmoenxis n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, cuirasse thoracique incomplète,
légèrement écrasée, en vue latérale gauche (holotype, VND 25b — DS 04) (dessin à la chambre claire); B, essai de
reconstitution de la cuirasse thoracique et du toit crânien en vue latérale gauche, basé principalement sur les
spécimens VND 25b (holotype) et VND 27a (toit crânien). (Échelle : 10 mm.)
Plaque MDP (fig. 18, 20 B; pl. V, 1)
Cette plaque n’est connue, dans le matériel de Dông Mo, que sur l’holotype. Elle présente
un léger bombement postérieur médian {bm, fig. 20 B), auquel fait suite, vers l’arrière, un
épaississement bordant sa limite postérieure. Ce bombement et cet épaississement sont
couverts de tubercules légèrement plus gros. La plaque MDP décrite par Tong-Dzuy &
Janvier (1987, fig. 6 C) dans le gisement de Trang Xa semble moins allongée que celle de
— 182 —
Fig. 19. — Chuchinolepis dongmoensis n. sp. Suite de Bac Bun, A, B, C, Dông Mo; D, Trang Xa. Plaques médianes
dorsales antérieures en vue ventrale : A, VND 19b —04; B, VND 18c — DS 04; C, VND 32d — DS 04; D,
VND 28 — DS 14. (Dessins à la chambre claire. Échelle : 10 mm.)
Dông Mo et, donc, peut-être plus proche de celle de C. gracilis (G. Zhang, 1978, fig. 15, pl. 7 :
3). En revanche, celle de Dông Mo présente une partie antérieure très étirée, qui donne à
l’ensemble de la plaque un rapport longueur/largeur d’environ 3/2, contre approximativement
1/1 chez C. gracilis.
Plaque ADL (fig. 20; pl. V, 1)
Cette plaque n’est que très mal représentée dans le matériel disponible. Elle est en effet
présente sur l’holotype (fig. 18 A), mais en grande partie masquée par le grand toit crânien de
— 183
Fig. 20. — Chuchinotepis dongmoensis n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. A, partie antérieure de la plaque ADL en
vues latérale (Al) et antérieure (A2) (VND 19a — DS 04) (dessin à la chambre claire); B, plaque médiane dorsale
postérieure, vue dorsale, reconstitution basée sur celle de l’holotype (VND 25b); C, plaque postéro-dorsolatérale
gauche, vue latérale, reconstitution basée sur le spécimen VND 26e ; D, plaque postérolatérale gauche, vue latérale,
reconstitution basée sur le spécimen VND 26f. (Échelle : 10 mm.)
— 184
Yuniianolepîs sp. VND 25a (pl. IV, 1 ; V, 1) qui ne peut être enlevé sans dommage. Toutefois,
on peut en observer la partie antérieure, dont la morphologie est complétée par le spécimen
VND 19a (fig. 20 A). Ce dernier montre bien la structure de l’articulation cranio-thoracique,
avec une fosse articulaire {fan, fig. 20 A) modérément large, une crête infra-articulaire {ciart)
saillante, à surface en partie constituée d’os spongieux, et la partie dorsale de la crête
transverse interne antérieure {cita).
Sur la face externe de la plaque ADL, dorsalement par rapport à la région brachiale de la
plaque AVL, se trouve une légère dépression semi-lunaire, correspondant à la portion dorsale
de la zone de mouvement de la nageoire pectorale (fig. 18 A). Le sillon de la ligne latérale
principale pénètre sur la plaque ADL au niveau de la partie latérale de la fosse articulaire, puis
dessine une courbe ventrale sur le processus obstantique {pob, fig. 18 A, 20 Al) et se dirige
ensuite postérieurement en longeant le bord ventral de la plaque {slp, fig. 18 A, 20 Al).
Plaque PDL (fig. 18 A, 20 C; pl. V, 1, 9, 12)
Cette plaque, bien visible sur l’holotype (fig. 18 A), est également représentée par
plusieurs spécimens isolés (fig. 20 C; pl. V, 9 12). Elle est remarquablement allongée et
fortement convexe. Sa partie postérieure montre une nette constriction et le sillon de la ligne
latérale principale {slp, fig. 20 C) y court très près du bord ventral, dans une profonde gorge
aux rebords arrondis. La lame dorsale de cette plaque porte souvent de petits sillons sensoriels
accessoires (spdl, fig. 18 A, 20 C) plus ou moins sinueux, et qui se raccordent parfois au sillon
de la ligne latérale principale au niveau de sa flexure postérieure. La suture avec la plaque
MDA présente une flexure ou un décrochement à mi-longueur, comme sur C. gracilis
(G. ZuANO, 1978, fig. 14), correspondant à un changement dans le mode de recouvrement. La
surface recouverte par la plaque PL pré.sente un processus ventral proéminent dont la surface
latérale est creusée d'une gorge profonde (prpdl. fig. 20 C). A ce niveau, le bord même de la
suture présente une encoche dans laquelle se loge un processus triangulaire dorsal de la plaque
PL (fig. 20 D).
Plaque AVL (fig. 18 A, 21; pl. III, la; V, 7, 8; VI, 1)
Cette plaque est remarquablement courte et large, et présente avec la plaque PVL une
sutuie très sinueuse (fig. 18). En vue interne, elle montre une vaste lame postbranchiale {Ipbr,
fig 21 ; pl. VI, Ib) qui porte une ornementation de rides sinueuses (pl. VI, le). Sur le spécimen
VND 25d, cetie surface ornementée présente quelques « blisters (bl, fig. 21 B; pl. VI, le),
correspondant probablement à des zones de régénération.
Le bord antérolatéral de la plaque est ornementé de tubercules légèrement plus gros que
sur le reste de sa surface et il se prolonge postérieurement par un processus parabrachial {ppbr,
fig 21 ; pl. V, 7, 8) dont l’extrcmilé distalc porte une petite fosse articulaire piriforme, ou fosse
parabrachiale [j'pbr, fig 21; pl. V, 8), identique à celle décrite par G, Zhang (1984, fig. Ib)
chez Procondylfllepis. Ce processus parabrachial borde latéralement et dorsalement une
dépression correspondant à la région brachiale proprement dite, et d’où partent, comme chez
les Yunnanolépiformes, deux ou trois crêtes obliques dirigées vers l’arriére {crobl, fig. 21 A;
pl. V, 7a). Dans cette dépression brachiale, on observe plusieurs fosses limitées par des crêtes
plus ou moins sinueuses et dont la disposition est très voisine de celle de Procondylolepis.
Parmi les traits les plus constants de cette région, on distingue une petite fosse infrabrachiale
crcr
Fig. 21. — Chuchinotepis dongmoetisis n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Plaque AVL, reconstitutions basées sur
plusieurs spécimens : A, vue ventrale (basée sur VND 26d et VND 27c) ; B, vue dorsale de la partie antérieure
(VND 25d — DS 04) ; C, vue postérolatérale (VND 27d — DS 04) ; D, vue latérale (VND 27c). (Échelle : 5 mm.)
— 186
allongée transversalement (fihr, fig. 21 A) et bordée dorsakment par un épais bourrelet, ou
processus infrabrachial (pibr. fig. 21 A), aiasi qu’une crête crescentiforme {crcr, fig. 21 C. D),
postéroventrale par rapport au processus parabrachial, et dont la branche ventrale est
soulignée d'un sillon (scr, fig, 21 C ; pl V, 8) dont le fond est tapissé d’os spongieux. Enfin, la
face médiale du processus parabrachial (fig. 21 C) porte un petit sillon longitudinal
comparable à celui décrit chez Procondylolepis (G. Zhang, 1984, fig. Ib). Sur la paroi médiale
de la dépression brachiale, on note la présence d’une grande fosse « pariétale » (/pa, fig. 21 C)
au bord de laquelle viennent mourir les crêtes obliques. 11 n’a pas été observé de foramen
axillaire [la perforation visible dans cette région sur certains spécimens (pl. V,1 ; Vl, 1) est un
arléfact de préparation dû à l’extrême minceur de la plaque à cet endroit].
On serait tenté d'interpréter le processus parabrachial comme l’homologue du processus
brachial des Euantiarches. Quelques faits, notamment la structure de la région brachiale de
Vamhknolepis (p. 192), semblent cependant réfuter cette interprétation, comme il sera discuté
plus loin (p. 193).
Un seul sillon sensoriel est visible sur la plaque AVL {savl, fig. 18 A, 21 A; pl. V, 7). 11
court selon un trajet plus ou moins sinueux antéromédiakment par rapport à la région
brachiale.
Plaque PL (fig. 18, A, 20 D; pl. V, 1, 13)
Cette plaque est la plus longue de la cuirasse thoracique et a la forme d’une bande étroite
s’élargissant vers l’avant. A l’arrière, sa face externe porte un profond sillon vertical, qui fait
suite ventrakment à la constriction postérieure de la plaque PDL. Sa surface externe porte
également deux larges crêtes qui se rejoignent postérieurement (cr/, crobK fig- 20 D). L’une est
la partie postérieure de la crête latérale (cri, fig. 18 A, 20 D) qui se poursuit sur l’ADL et
borde dorsakment la dépression brachiale, l'autre est la crête oWique la plus ventrale (crobl,
fig. 18 A, 20 D), qui se poursuit sur la plaque AVL jusqu’au fond de la dépression brachiale.
Sur ces deux crêtes, et en particulier dans leur partie postérieure, l’ornementation est constituée
de tubercules légèrement plus grossiers. Aucun sillon sensoriel n’a été observé sur la plaque
PL.
Plaque PVL (fig. 18 A; pl. VI, 2, 3)
Elle possède une lame latérale (verticale) basse, une crête ventrolatérak bien marquée et
une très large lame ventrale portant un sillon sensoriel longitudinal (spvl, fig. 18 A; pl. VI, 3),
caractère rarement rencontré chez les autres Antiarches.
Plaque MV
Aucune plaque MV de cette espèce n’a été mise en évidence. Cependant, compte tenu de
la fonne des plaques AVL et PVL, on peut supposer qu’elle était de forme carrée, comme chez
la plupart des autres Antiarches.
3 — Nageoire pectorale (fig. 22; pl. III, Ib; V, 14, 15)
Bien qu’aucune nageoire pectorale n’ait été découverte en connexion avec la plaque AVL,
de nombreuses plaques isolées de forme plus ou moins pentagonale peuvent être attribuées à la
— 187
couverture dermique de celle-ci. Certaines d’entre elles ont une ornementation finement
tuberculée qui évoque celle de la cuirasse de C. dongmoemis et, donc, pourraient être
rapportées à cette espèce (fig. 22). Seule une partie proximale de nageoire pectorale (fig. 22 A ;
pl. III, Ib) a été trouvée dans un bloc contenant à la Ibis des plaques de C. dongmoemis et de
Yunnanolepis deprati (VND 26 ; pl. III, I b). Ce fragment présente un processus articulaire
comparable à celui de Procondylolepis (G. Zhang, 1984, fig. 2, « adp »), que l’on retrouve
aussi sur une plaque isolée (fig. 22 B; pl. V, 14). Ce processus arrondi en cuillère pourrait
s’insérer dans la fosse du processus parabrachial, comme l’a suggéré G. Zhang (1984), et est
nommé ici « condyle parabrachial >> (cdphr, fig. 22 A, B). Par comparaison avec Procondylole¬
pis, on peut reconnaître sur ce spécimen des plaques marginales latérales ou médiales [Ml,
Mm, fig. 22 A) ainsi que des plaques centrales (C, fig. 22 A). Si le condyle parabrachial occupe
bien une position dorsolatérale. comme le suppose G. Zhang (1984). la face dorsale et latérale
de la nageoire pectorale porte une ornementation beaucoup plus grossière (fig. 22 A3) que sa
face ventrale (fig. 22 Al) qui en est presque dépourvue. Cette variation dans rornementation
est donc identique à celle décrite par G. Zhang (1984, fig. 2) sur Procondylolepis. La quasi-
absence d’ornementation sur la face ventrale ou médiale de la nageoire pectorale s’explique par
le fait que ce sont ces faces qui, au repos, devaient être en contact avec la paroi latérale de la
Fig. 22. — Chuchinolepis dongmoemis n. sp. ? Suite de Bac Bun, Dông Mo. Éléments de la couverture dermique de la
nageoire pectorale: A, fragment présumé de la partie proximale (VND 26g — DS 04) en vues dorsomédiale (Al),
latérale (A2) et ventrolatérale (A3); B-D, plaques isoiées : plaque Ml proximale (B, VND 27f —DS 04), plaque
Ml (C, VND 27r— DS 04), plaque? Mm (D, VND 31b — DS 04). (Dessins à la chambre claire. Échelle : I mm.).
— 188 —
plaque AVL. Les plaques isolées de la nageoire pectorale sont difficilement déterminables, à
l’exception de la première plaque Ml, qui porte le condyle parabrachial (fig. 22 B). Une plaque
présentant une nette constriction à l’une de ses extrémités (fig. 22 D) et presque dépourvue
d’ornementation pourrait être une plaque Mm, s’articulant peut-être contre la fosse ou la crête
infrabracbiale de la région brachiale (fig. 21 A).
Comparaisons
Cette espèce du Viêt Nam est très proche de l’espèce-type du genre C. gracilis Chang, du
Yunnan. Cette dernière avait été décrite sur la base de plusieurs plaques dermiques isolées, peu
ou pas ornementées, et dont l’holotype est une plaque MDP en vue ventrale (K. J. Chang,
1978, pl. 26 ; 2). Les plaques rapportées à cette espèce par cet auteur ont globalement te même
aspect que celles du Vièt Nam, tant par l’ornementation que par leur morphologie. Cependant
l’espèce de Dông Mo diffère quelque peu de l’espèce chinoise par les proportions de la plaque
MDP, qui est beaucoup plus allongée (fig. 18 A; pl. V. 1). Cette différence se répercute
également sur les proportions de la plaque PDL.
EUANTIARCHI Janvier & P’an, 1982
SiNOLEPiDAE Liu & P’an, 1958
VANCHIENOLEPIS n. g.
Diagnose ; Provisoirement la même que celle de l’espèce-type, par monotypie.
Espèce-type : Vanchienolepis latig.ionen.iis n. sp. (fig. 23-26; pl. III, 3-10).
Origine du nom ; Genre dédié au Professeur Nguyên Van Chien, premier géologue viêtnamien et
fondateur de la formation des géologues de son pays.
L'un des six caractères des Sinolepidae cités par Young (1984a) est la réduction
considérable de la lame ventrale des plaques AVL et PVL, laissant ainsi apparaître une vaste
fenêtre ventrale, qui n'était probablement pas fermée par une plaque MV, Or, ce caractère est
particuliérement évident chez Vanchienolepis et justifie sa position à l'intérieur de cette famille.
Young (1984u) place dans les Sinolepidae les genres Sinolepis Liu & P’an, 1958. Xichonolepis
P'an & Wang, 1978 (G. Zhang, 1978), ain.si qu’une forme nouvelle du Dévonien supérieur
d’Australie. Nous y ajoutons donc ici Vanchienolepis., une forme de petite taille caractérisée par
la jonction entre les plaques ADL en avant de la plaque MDA.
Les Sinolepidae ont été considérés par Janvier & P’an (1982) comme étant des
Euantiarches, c'est-à-dire des Antiarches pourvus d’un processus brachial en rotule identique à
celui des Asterolépides ou des Bothriolépides. Toutefois, il s’agissait là d’une inférence à partir
de spécimens articulés de Sinolepis wutungensis Liu & P’an, 1958. En fait, ni le processus
— 189 —
brachial de Sinolepis, ni celui de Xicbonolepis n'oni été décrits, et Vanchienolepis montre que
les membres de cette famille ne possédaient pas de processus brachial du type de celui des
Euantiarches, mais une structure formant un large lobe antéroventral (fig. 25) dont il est
difficile de dire s’il s'agit d’un état propre aux Sinolepidae ou d’une condition qui précède
l’apparition de l'articulation en rotule des autres Euantiarches. Toutefois, la présence d’un
foramen axillaire est bien démontrée chez Vanchienolepis {fax. fig. 24, 25) et ce caractère est,
lui, caractéristique des Euantiarches selon YouNG (1984a)- Celle contradiction montre une fois
de plus le danger de définir des taxa supraspécifiques sur la base de plusieurs caractères
associés, car on risque alors d’être confronté à ce cas, où l’on découvre de nouveaux taxa qui
ne présentent qu'une partie de ces caractères.
Vanchienolepis diffère des autres Sinolepidae par sa cuirasse trapue, pourvue d'une plaque
MDA assez courte, séparée du toit crânien par la jonction entre les deux plaques ADL (du
moins sur la face interne de la cuirasse).
Vanchienolepis langsonensis n. sp.
(Fig. 23-26; pl. III, 3-10)
Diagnose : Petit Sinolepidae dont les plaques ADL se rejoignent en avant de la plaque MDA.
Holotype : Cuirasse thoracique incomplète, exposée en vue ventrale (VND 32a, fig. 23 A ; pl. III, 3).
Niveau-type : Formation de Bac Bun, Praguien inférieur. Dévonien inférieur.
Localiié-type ; Tranchée le long de la route de Dông Mo à Tu Don, au km 5 à partir de Dông Mo,
province de Lang Son, Viêt Nam.
Origine du nom : De la province de Lang Son, Viêt Nam.
Matériel ; Plaques AVL (VND 17f, fig. 24 D, 25 A), PVL en vue interne (VND 21b, fig. 26 C.
pl. III, 9), PVL (VND 22c. fig. 26 D), AVL en vue interne (VND 24h, fig. 24 C), AVL (VND 24p, pl. III,
6), AVL (VND 24f, fig. 24 A. pl. III, 4), MDA usée (VND 271, pl. III, 8), PVL, PL et PDL (en partie)
associées (VND 29a, fig. 26 B). PVL et PL associées (VND 3Ic, fig. 26 A), ? toit crânien incomplet en vue
ventrale (VND 43a, fig. 14), plaques MDA (VND 43d, fig. 23 B, pl. III, 7), AVL en vue interne
(VND 46a, fig. 24 B).
Description
V. langsonensis est un très petit Antiarche dont la cuirasse thoracique ne devait guère
dépasser 20 mm de longueur. Outre l'holotype, qui est une cuirasse thoraeique articulée mais
dont la partie postérieure est mal conservée (fig. 23 A; pl. III. 3), de nombreuses plaques
isolées ont été rapportées à cette espèce (fig. 24-26). Toutefois, aucune plaque du toit crânien
n’a pu lui être attribuée de façon certaine, seule le petit toit crânien isolé décrit plus haut
(p. 173) comme ? Ymnanolepis sp. s’accorderait, par ses dimensions, au thorax de V.
langsonensis.
— 190 —
I_I
Fig. 23. — Vanchienolepis langsonensis n. g., n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, cuirasse thoracique incomplète en
vue ventrale (holotype, VND 32a — DS 04) ; B, plaque MDA isolée (VND 43d — DS 04). (Dessins à la chambre
claire. Échelle : 10 mm.)
1 — Plaque MDA (fig. 23; pl. III, 7-8)
Seule la face inlcrne de cette plaque est connue, tant sur Tholotypc (fig, 23 A) que sur
quelques pièces isolées (pl. Ili, 7, 8), Elle diffère nettement de celle des autres Antiarches de la
Formation de Bac Bun par sa large fosse pour les muscles levator du crâne iflev, fig. 23 B),
limitée par des crêtes post-levator (cplev, fig. 23 B) fortement divergentes et, donc, très
semblables à celles de la plupart des F.uantiarches ou des autres Sinolepidae. Il existe une crête
médiane bien marquée {ernv, fig. 23 B), mais pas de processus ni de dépression médiane
ventrale individualisés. Il semble bien que la plaque MDA soit exclue du bord antérieur de la
cuirasse thoracique par la jonction médiane des deux ADL (fig. 23 A).
2 — Plaque MDP (fig. 23 A)
Cette plaque n’est connue que par une très petite portion de sa partie antérieure, sur
l’holotype (fig. 23 A). On y remarque une surface de recouvrement pour la plaque MDA.
Fig. 24. — Vanchienolepis langsonensis n. g., n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Plaques AVL : A, VND 24f —
DS 04, vues latérale (Al) et ventrale (A2); B, VND 46a — DS 04, vue médiale; C, VND 24h — DS 04, vue
dorsale; D, VND 17f — DS 04, vue latérale. (Dessins à la chambre claire. Échelle ; 1mm.)
— 192 —
3 — Plaque ADL (fig. 23 A; pl. III, 3)
Connue seulement en vue interne sur l'holotype, elle présente un grand processus dorsal
qui rejoint son symétrique en avant de la MDA par une suture où la plaque gauche recouvre
dorsalement la droite.
4 — Plaque PDL (fig. 23 A)
Cette plaque n’est connue sur l’holotype que par un très petit fragment de sa partie
antéromédiale. Celui-ci présente une petite surface recouvrant le bord postérolatéral de la
plaque MDA. Les spécimens VND 31c et 29a (fig. 26 A, B) montrent également une petite
partie ventrale de la plaque PDL. On y constate que la suture avec la plaque PL (fig. 26 B) est
semblable à celle de Yumanolepis et Chuchmolepis.
5 — Plaque AVL (fig. 23 A, 24, 25; pl. III, 4-6)
Les deux plaques AVL .sont conservées sur l’holotype (fig. 23 A), la gauche étant
endommagée. Plusieurs plaques AVL isolées exposées en vues interne et externe permettent
une bonne connaissance de sa structure (fig. 24, 25). La lame latérale est relativement élevée,
avec un for am en axillaire relativement grand (/hx. fig. 24 A, 25), tandis que la lame
horizontale est pratiquement limitée à la région subcéphalique, en avant de la crête transverse
interne antérieure {cita, fig. 24 B, C). Le bord antérolatéral de cette plaque est relativement
court, se terminant postérieurement par un angle prépectoral très net {api\ fig. 24 A). La crête
veiitrolatérale (crvl, fig. 24 A) est marquée d'un épais bourrelet et la crête transverse interne
antérieure (ci7a, fig. 24 B, C) est très saillante, limitant postérieurement la chambre branchiale.
La région de l’articulation brachiale est plus ou moins bien conservée selon les spécimens
considérés et semble, en outre, présenter une importante variation individuelle. Cependant, les
fd
Fig. 25. — Vanchienolepis langsunensis n. g., n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Plaques AVL, détail de la région de
l’articulation brachiale ; A, VND 17f — DS 04; B, VND 24h — DS 04. (Dessins à la chambre claire. Échelle :
1 mm.)
— 193 —
spécimens VND 17f (fig. 25 A) et VND 24h (fig- 25 B) montrent cette région dans d’assez
bonnes conditions de conservation Le Irait le plus constant en est une vaste lame ventrale
arrondie, en « oreille » [tv, fig. 24 A, 25). qui délimite une dépression (J'v, fig. 25) dont le centre
est creusé d’un sillon oblique (sohl. fig. 25). Sur le bord antérodorsal de cette dépression se
trouve un petit processus {pni, fig. 24 A. 25). Dorsalement et antérodorsalement par rapport
au foramen axillaire, on distingue une ou deux fosses bien marquées {J'd, fig. 25), dont la plus
importante se prolonge parfois par un sillon en arrière du foramen axillaire (fig. 25 A).
Il est bien difficile de proposer une homologie entre les parties de cette région brachiale et
celles soit des Procondylolépiformcs, soit des Euantiarches. Il est possible que la lame ventrale
(/v, fig. 25) soit l'homologue de la crête crescentiforme de Chuchinolepis (crer, fig. 21 C) et du
processus brachial des Euantiarches. Quant au processus antérodorsal (prd, fig. 25), il pourrait
être l’homologue du processus parabrachial de Chuchinolepis (ppbr, fig. 21 C). Ces interpréta¬
tions doivent néanmoins être accueillies avec les plus grandes réserves.
6 Plaque PL (fig. 26 A. B; pl. III, 10)
Cette plaque a sensiblement la même forme que chez les Yunnanolépiformes, avec un
processus externe postérodorsal et un processus interne postéroventral. Une crête oblique
(fig. 26 Al) y est visible sur sa face externe.
7 — Plaque PVL (fig. 23 A, 26 A-D; pl. III, 9,10)
Deux plaques PVL en connexion, fermant postérieurement la fenestration ventrale, sont
observables sur le spécimen VND 31c (fig. 26 A3). Toutes les plaques PVL connues (fig. 26)
présentent une lame latérale très basse, sauf vers l’arrière, et une lame ventrale extrêmement
étroite mais s’élargissant postérieurement en un plateau subanal (sban, fig. 26 C, D). La crête
transversale interne postérieure (dtp, fig. 26 A3) est bien marquée, se prolongeant sur la lame
ventrale.
8 — Plaque SL (fig. 23 A; pl. III, 3)
Deux petites semi-lunaires sont visibles sur l’holotype en avant de la région subcéphalique
des plaques A VL.
Aucune plaque de l’appendice pectoral ne peut être rapportée avec certitude à cette
espèce.
ANTIARCHA gen. et sp. indet.
Nous attribuons à un Antiarche très problablement nouveau mais d’affinités incertaines
une plaque médiane dorsale conservée en empreinte et pourvue d’un très grand processus
spinal incliné vers l’arrière (fig. 27 ; pl. IV, 6). Cette forme n’est connue que dans le sommet de
la Formation de Sika. La surface du processus dorsal est ornée de rangées de petits tubercules
disposés en chevrons sur chaque face. Ventrolatéralement par rapport au processus, sur la
surface même de la plaque, ces rangées passent à de fines stries disposées en éventail (fig. 27 A ;
— 194 —
Fig. 26. — Vanchienolepis langsonensis n. g., n. sp. Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, fragment de la paroi
postérolatérale gauche et région subanalc de la cuirasse thoracique (VND 31c — DS 04) en vues médiale (Al),
latérale (A2) et dorsale (A3) ; B, partie postérolatérale de la cuirasse thoracique (VND 29a — DS 04) en vue
médiale; C, plaque PVL droite (VND 21b — DS 04) en vue dorsale; D, plaque PVL gauche (VND 22c — DS 04)
en vue ventrale. (Dessins à la chambre claire. Échelle : 1 mm.)
— 195 —
Fig. 27. — Antiarcha gen. et sp. indet. Formation de Sika, Dông Mo (Tong Lot). Plaque médiane dorsale
postérieure? Reconstitution fondée sur VND 42 — DS 07, vue latérale droite (A) et ventrale (B). (Échelle ; 1 mm.)
pl. VI, 6b). On note également, vers l’arrière de la plaque, un décrochement de sa surface, qui
forme une marche élevant la partie postérieure de la plaque d’environ 1 mm (r/, fig. 27 A).
La face ventrale de cette plaque est fortement concave et présente deux crêtes
transversales ; l’une antérieure, formant un U concave vers l’avant (en’, fig. 27 B); l’autre
postérieure, correspondant à l’emplacement de la dénivellation de la surface externe. Enfin, un
petit processus postéromédian est creusé d'une petite dépression ovale (prmvp, fig. 27 B) et
indique que cette plaque est une MDP. Les Antiarches pourvus d’un processus dorsal aussi
proéminent sont rares. Les Yunnanolépiformes possèdent souvent une petite bosse ou un court
processus médian sur la plaque MDP, Chez les Euantiarches, on trouve un grand processus
médian sur la plaque MDA de Slegolepis ou Byssacanlhus (Denison, 1978) et une crête
médiane élevée formée par les plaques MDA et MDP chez diverses espèces de Boihriolepis. La
crête en U se rencontre également sur la plaque MDP de divers Euantiarches, dont Gerdalepis
(où elle se prolonge latéralement sur la plaque PDL) ou Bothriokpis cullodensis Long &
Werdelin (1986, fig. 16 B). Si cette plaque appartient bien à un Antiarche, il est probable qu’il
s’agit d'un Euantiarche, car sa face interne ne ressemble guère à celle des Yunnanolépiformes
ou Procondylolépiformes. Son ornementation de fines rides parallèles permet d'exclure une
attribution à Vanchienolepis, dont l’ornementation est grossièrement tuberculée. D’autres
petites plaques, notamment une plaque PVL, accompagnent cette pièce dans le même bloc,
mais elles n’apportent aucune information complémentaire, d’autant que rien n’indique,
hormis peut-être leur petite taille, qu’elles appartiennent à ce même taxon. Signalons enfin que
l’empreinte de cette plaque MDP (pl. VI, 6a) rappelle beaucoup la pièce figurée par S. F. Liu
(1982, fig. 2; pl. 1 ; 1, 3-5) sous le nom de ?Phlyctaeniidae indet, et provenant du Dévonien
— 196
inférieur de Lujing, dans le sud du Guangxi. Chine. On y reconnaît la même crête interne, mais
l’ornementation en semble différente. Elle évoque aussi beaucoup une pièce figurée par
S. F. Liu (1973) sous le nom de Ywmanacanthiis cuifengshanensis.
L'empreinte de la face interne d’un toit crânien très mal conservé et provenant des
niveaux altérés de la partie supérieure de la Formation de Sika (fig. 28) montre quelques
caractères qui semblent différer quelque peu de ceux du toit crânien des autres Antiarches de
Dông Mo. Bien que la présence d'une courte plaque PRM pourvue d’un processus ventral
médian évoque les Yunnanolépiformes et Procondylolépiformes, la fenêtre orbitonasale (/b,
fig. 28) est remarquablement vaste. La plaque PP est relativement petite et la plaque L est
étroite, portant une crête poslorbitaire très effacée. La plaque Nu est allongée, mais les autres
plaques sont très mal conservées.
Fig. 28. — Antiarcha gen. et sp. indet. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Empreinte de la face ventrale d’un toit crânien
incomplet (VND 37 — DS 04B). (Dessin à la chambre claire. Échelle : 10 mm.)
Enfin, toujours des mêmes niveaux de la Formation de Sika, proviennent plusieurs
plaques MDA. L’une (pl. VI, 7) est large, ovale, et a une surface externe peu ornementée.
L’autre, dont seule l’empreinte de la face interne est connue (pl. VII, 1), est naviforme, avec un
très long bord antérolatéral et diffère des plaques MDA de tous les autres Antiarches du
gisement, notamment par la forte pente de ses versants. Enfin, une grande plaque supposée
MDA (pl. Vil, 12), conservée en empreinte et provenant du point DS 04 de Dông Mo, diffère
également des autres formes d’Antiarches du même gisement.
ACANTHODII Owen, 1846
Nostolepis? sp.
(PI. VIII, 1-3)
L’attaque à l’acide formique d’un échantillon calcaire du sommet de la Suite de Bac Bun à
Trang Xa (DS 17C) a permis d’isoler quelques écailles d’Acanthodiens associées à des écailles
de Yunnanolepis, de Youngolepis, ainsi qu’à quelques débris d’exosquelettc de Galéaspides
(pl. VIII, 6) et d’Antiarches. Ces écailles d’Acanthodiens ont une couronne élevée, au col
parfois percé de foramens nourriciers (pl. VIII, 1). La surface de la couronne porte quelques
crêtes saillantes s’étendant plus ou moins vers l’arriére.La morphologie de ces écailles rappelle
celle de Nostolepis, mais l’état de recristallisation du matériel est tel qu’aucun argument
histologique ne peut être apporté à l’appui de cette ressemblance.
OSTEICHTHYES Huxley, 1880
SARCOPTERYGII Romer, 1955
YOUNGOLEPIS Zhang & Yu, 1981
Youngolepis cf. Y. praecursor Zhang & Yu, 1981
(Fig. 29-32; pl. VII, 3-10, VIII, 5)
Les nombreux restes de Sarcoptérygiens aux os dermiques recouverts de cosmine que l’on
rencontre tant dans la Formation de Sika que dans la Suite de Bac Bun avaient été reconnus
depuis longtemps et signalés par Dovjikov (1965) sous le nom de « Porolepis sp. », selon une
détermination de D. V. Obruchev. A cette époque, cette détermination, fondée sur des écailles
et os dermiques isolés, était tout à fait justifiée par leur étroite ressemblance morphologique et
histologique avec ceux de Porolepis du Dévonien inférieur d'Europe. Depuis lors, la
découverte et l’excellente description de Youngolepis praecursor M. M. Zhang & X. Yu (1981 ;
M. M. Chang, 1982) du Dévonien inférieur de la Formation de Cuifengshan (Yunnan)
permet de distinguer nettement cette forme orientale du genre Porolepis proprement dit,
quoique les deux taxons appartiennent très probablement à un même groupe comprenant
également les Dipneustes (v. discussion in Garuiner, 1984; M. M. Chang. 1982; Janvier,
1986). Le matériel plus complet découvert à Dông Mo montre clairement que la plupart de ces
restes de Sarcoptérygiens sont très semblables à Y. praecursor, avec toutefois quelques
différences qui peuvent être attribuées à la variation individuelle, remarquablement forte chez
ces formes (M. M. Chang, 1982, pl. 6, 7), surtout en ce qui concerne les proportions relatives
198 —
Fig. 29. — Youngolepis cf. Y. praectirsor Zhang & Yu. Suite de Bac Bun, Dông Mo. Division orbito-ethmoïdienne du
crâne (VND 17a — DS 04) en vues dorsale (A) et antérieure (B). (Dessin à la chambre claire. Échelle : 5mm. Les
sutures en tireté sont celles que l’on entrevoit sous la cosmine, en immersion.)
des divisions orbito-ethmoïdienne et otico-occipitale du crâne ou le degré d’oblitération des
sutures entre les os dermiques.
Matériel : L’essentiel du matériel à notre disposition est représenté par deux divisions orbito-
ethmoîdiennes isolées (VND 17a, fig. 29, pl. VII, 3; VND 20a, fig. 30 A, pl. VII, 4), une division otico-
occipitale isolée (VND 30a, fig. 30 B, pl. VH, 5), deux mandibules dont l’une n’est qu’une empreinte de la
face interne (VND 20f, fig. 30 C, pl. VII, 8 ; VND 36, fig. 31 B), quelques éléments de la série operculaire
(fig. 31 A) et surtout une grande plaque de la joue (VND 44, fig. 32, pl. VII, 6), résultant de la fusion des
os jugal, squamosal, quadratojugal et préoperculaire. De nombreuses écailles isolées se rencontrent dans
la Formation de Sika et la Suite de Bac Bun (pl. VII, II).
Description
L’attribution de ce matériel à Youngolepis repose sur plusieurs caractères uniques à ce
genre, notamment la présence de prémaxillaires indépendants (fig. 29 B ; pl. VII, 3), bordés
— 199 —
dorsalement par la partie antérieure du canal sensoriel infraorbitaire {cio, fig. 29 B), la fusion
de plusieurs os de la joue en une seule grande plaque (fig. 32) et enfin la quasi-absence de
sutures visibles sur le toit crânien.
1 — Division orhito-elhmoïdienne (fig. 29, 30 A ; pl. VII, 3, 4)
Le spécimen VND 17a (fig. 29; pl. Vil, 3) est une division orbito-ethmoïdienne assez
allongée, dont les prémaxillaires se sont détachés, laissant deux larges encoches de part et
d’autre de la région rostrale (Pmx, fig. 29 B). Le bord de ces encoches est légèrement festonné
en raison de la présence le long de la suture pour les Pmx de larges pores du canal sensoriel
infraorbitaire {cio, fig. 29 B). Un léger écrasement du spécimen a provoqué l’apparition de
quelques fêlures dans la cosminc, dont certaines semblent suivre le trajet de sutures profondes
entre les os dermiques, comme le suggère notamment une certaine symétrie dans leur
distribution (fig. 29 A). La seule suture parfaitement visible est celle qui sépare les deux
pariétaux {Pa, fig. 29, 30 A ; nous appliquons ici la terminologie proposée par ScHULTZE &
Arsenault 1985, pour les Ostéolépiformes et les Tétrapodes) et qui se termine vers l’avant au
niveau du bombement pméal, en l’absence de foramen pinéal. On distingue quelques sutures
délimitant peut-être l’intertemporal (//, fig. 29 A), les post- et préfrontaux {PoF, PrF,
fig. 29 A), les frontaux (F, fig. 29 A) et un rostral médian {Rrn, fig, 29 A). La narine antérieure
{fena, fig. 29 B, 30 A2) s'ouvre sur la suture entre deux os dermiques qui peuvent être
respectivement le tectal antérieur et le rostral latéral {Ta, RI, fig. 29, 30 A2). Le trajet du canal
sensoriel supraorbitaire {cso, fig. 29) est indiqué par une série sinueuse de larges pores, tout
comme chez Y. praecursor (Chang, 1982, fig. 5). Sur la partie postérieure des pariétaux se
dessine une pit-line (plPa, fig, 29 A, 30 Al). Les orbites (orb, fig. 29 A) occupent une position
assez éloignée du bord rostral antérieur.
Le spécimen VND 20a (fig. 30 A; pl. VII, 4) présente des proportions très différentes de
celles du spécimen précédent. Les pariétaux sont extrêmement courts, le museau plus obtus et
la région préorbitaire très courte. En vue ventrale, on peut y voir la narine antérieure {fena,
fig. 30 A2) s’ouvrant entre la région rostrale du toit crânien et un large os indépendant, qui
peut être interprété comme un rostral latéral {RI, fig. 30 A2). En arrière de ce dernier se trouve
peut-être le tectal postérieur {Tp, fig. 30 A2).
2 — Division otico-occipitule (fig. 30 B; pl. Vil, 5)
Le spécimen VND 30a (fig. 30 B; pl. VLI, 4) est une partie de toit crânien couvrant la
division otico-occipitale. 11 ne présente pratiquement aucune suture à l’exception d’une toute
petite partie de celle qui sépare postérieurement les postpariétaux {Ppa, fig. 30 B). Sur le côté
gauche de la pièce, au niveau de la limite probable entre tabulaire et supratemporal, la cosmine
présente des irrégularités disposées en rosette qui correspondraient à une cicatrice ou blister
{bl, fig. 30 B). En arrière se trouvent les pit-lines transverses et obliques du postpariétal {pltr,
plobi, fig. 30 B). Ce spécimen est identique à certaines régions otico-occipitales de Y.
praecursor du Yunnan (M. M. Chang, 1982, fig. 5 : B. C).
3 — Mandibule (fig. 30 C, 31 B; pl. VII, 8, 10)
La mandibule VND 20f (fig. 30 C ; pl. VII, 8) est identique à celle de Y. praecursor
(M. M. Chang, sous pressé) et, dans une certaine mesure, très semblable à celle de Powichthys
— 200 —
Fio. 30. — Yoiingolepis cf. Y. praecursor Zhang & Yu, Suite de Bac Bun, Dông Mo : A, division orbito-elhmoïdienne
du crâne (VND 20a — DS 04) en vue dorsale (Al) et vue de trois quarts gauche (A2); B, division otico-occipitale
(VND 30a — DS 04), vue dorsale; C, mandibule droite incomplète (VND 20f — DS 04), vue latérale; D,
maxillaire droit incomplet? (VND 20c — DS 04), vue latérale. (Dessins à la chambre claire. Échelle : 10mm.)
thorsteinssoni Jessen (1980, fig. 1) du Dévonien inférieur du Canada Arctique. Dans ces deux
espèces, comme sur la pièce de Dông Mo, les pores du canal sensoriel mandibulaire {cm.
fig. 30 C) dessinent une série de festons le long du bord ventral où ils sont accompagnés de
deux ou trois grandes fossettes {fs, fig. 30 C) de fonction inconnue et propres à ces deux
genres. L’empreinte de la face interne VND 36 (fig. 31 B) montre un grand préarticulaire
{prarl, fig. 31 B) qui s’amincit rapidement vers l'avant et trois fosses d'insertion dont certaines
contiennent un ou deux crocs coronoïdiens {cor, fig. 31 B), et entre lesquelles pénètrent, au
moins dans la partie postérieure de la mandibule, des expansions dorsales du préarticulaire. La
fosse pour les muscles adducteurs de la mandibule {adm, fig. 31 B) est assez vaste.
— 201 —
Fig. 31. — Youngolepis cf. Y. praecursor Zhang & Yu ; A, opercule gauche isolé, vue latérale (VND 49a — DS 15),
Suite de Bac Bun, Trang Xa; B, mandibule gauche incomplète, vue médiale (VND 36 — DS 07), Formation de
Sika, Dông Mo (Tong Lot). (Dessins à la chambre claire. Échelle ; 10 mm.)
4 — Maxillaire
Un petit fragment d’os dermique portant de minuscules dents (fig. 30 D) est sans doute
une portion de la branche antérieure du maxillaire.
5 — Os dermiques de la joue (fig. 31, 32)
L’attribution des os de la joue est malaisée car ceux-ci ne sont connus en place que sur un
seul spécimen de Y. praecursor (M. M. Chang, sous presse). Toutefois, une comparaison avec
les divers spécimens de Porolepis spilsbergensis et P. brevis du Dévonien inférieur du Spitsberg
a permis certaines identifications. Le spécimen le plus remarquable est une grande plaque
subtriangulaire provenant de la Suite de Bac Bun à Trang Xa (fig. 32; pl. VII, 6), sur laquelle
on observe une série de pores de la ligne latérale, formant un arc régulier (cpop, fig. 33). Cette
pièce est identique à celte qui, chez Y. praecur.wr, résulte de la fusion des os jugal, squamosal,
préoperculaire et quadratojugal (M. M. Chang, sous presse).
— 202 —
Fig. 32. — Youngolepis cf. Y. praecursor Zhang & Yu. Suite de Bac Bun, Trang Xa. Joue droite isolée, vue latérale
(VND 44 — DS 14). (Dessin à la chambre claire. Échelle : 10mm.)
D’autres pièces isolées (lig. 31 A; pl. VII, 7) appartiennent sans doute à la série
operculaire.
6 — Ecailles
Les écailles attribuables à Youngolepis sont très abondantes et parfois de très grandes
dimensions (de l’ordre de 20 à 25 mm de hauteur). Celles des flancs de la partie antérieure du
tronc possèdent un processus dorsal très développé (pl. VII, 11), et la limite dorsale de la
cosmine y est légèrement concave. Sur les écailles de la région caudale, la cosmine se résout en
rides parallèles séparées par des séries de pores qui évoquent l’aspect de la ganoïne des
Actinoptérygiens (pl. VIII, 5).
SARCOPTERYGII gen. et sp. indet.
Une mandibule isolée incomplète (pl. VII, 9), de la partie sommitale de la Formation de
Sika, diffère assez profondément de celles qui sont attribuables à Youngolepis. Sa courbure est
beaucoup plus prononcée et son bord oral est légèrement introversé, portant de petites dents
coniques penchées vers l’avant, ainsi qu’un champ de tubercules étoilés passant latéralement à
de la cosmine. Sur sa face interne, on remarque la trace de quelques fosses pour des crocs
coronoïdiens, qui devaient être larges de base et au nombre de deux ou trois seulement.
DIPNOI Müller, 1844
Dans ce nouveau matériel de Dông Mo et Trang Xa, aucun élément attribuable à un
Dipneuste typique n’a été reconnu. Cependant, des os dermiques couverts de cosmine et
présentant des lignes de Westoll, ainsi qu’une plaque dentaire préarticulaire typique ont été
identifiés dans la Formation de Bac Bun à Trang Xa (Tong-Dzuy & Janvier, 1987, fig. 8 A,
B, pl. 1 : 4d).
CONCLUSIONS
Les faunes de Vertébrés de la Formation de Sika et de la Suite de Bac Bun décrites ici
confirment largement les étroites affinités biogéographiques du Dévonien du Bac Bo (Tonkin)
avec celui de la Chine méridionale. Cette ressemblance se manifeste par l'abondance des
Galéaspides et des Antiarches Yunnanolépiformes et Procondylolépiformes, ainsi que par la
présence du Sarcoptérygien Youngolepis. La singularité de la faune de Vertébrés du Dévonien
inférieur du bloc sud-chinois a souvent été considérée comme l’indication d'un isolement
géographique de cette région par rapport aux deux grandes masses continentales reconnues à
cette époque (Young, 1984a), soit d'une part le Gondwana et d’autre part l'Euramérique.
Toutefois, les reconstitutions paléogéographiques détaillées du domaine chinois montrent que
cet endémisme des Vertébrés (et aussi d'autres taxons) n'est pas forcément lié à un éloignement
de la masse continentale sud-chinoise par rapport aux autres cratons. En effet, il apparaît
clairement que, du Silurien au Dévonien moyen, une grande partie de la Chine du Sud et du
Viêt Nam du Nord était occupée par une mer épicontinentale presque entièrement fermée
(H. Z. Wang, 1985). Celle-ci n’était ouverte que vers le sud-ouest et peut-être le nord-ouest.
Cette situation de mer fermée devait être extrêmement favorable à des phénomènes
d’endémisme, d’autant que les Vertébrés qui y vivaient étaient étroitement liés aux zones
côtières, lagunaires ou deltaïques peu profondes.
Dans les deux gisements viêtnamiens étudiés ici, on peut suivre l’installation progressive
d’un régime de plus en plus nettement marin. Les grés rouges de la Formation de Sika ont
classiquement été considérés comme représentant un faciès continental par analogie avec les
Vieux Grès Rouges d’Europe. Or, depuis plusieurs années, on assiste à une mise en question de
cette interprétation traditionnelle (Gogjet, 1984) et l’on tend à considérer que le faciès Vieux
Grès Rouges n’est pas forcément d’origine continentale, mais représente, dans beaucoup de
cas, un faciès de marge continentale sous influence marine. C’est vers le sommet de la
Formation de Sika que l’on voit apparaître les premiers restes de Vertébrés, essentiellement des
écailles de Youngolepis, mais aussi parfois des Galéaspides (Tong-Dzuy & Janvier, 1987). Peu
à peu s’installent des calcaires phosphatés riches en Vertébrés (Antiarches, Youngolepis,
Galéaspides), dont la couleur sombre indique un taux important de matière organique et qui
correspondent probablement à un dépôt de lagune calme ou de delta. Jusqu’alors, aucun
— 204 —
Conodonte, Acrilarche, ChiLinozoaire ou spore n’y a été trouvé. Ces calcaires passent
progressivement à la Suite de Mia Lé, dont l'abondance des faunes d’Fnverlcbrés atteste du
régime marin franc. Au niveau de la transition entre les suites de Bac Bun et de Mia Lé, on
trouve quelques restes de Vertébrés associés à des Invertébrés marins. Le spécimen SVD 45
(pl. Vil, 12), de Trang Xa, par exemple, montre un fragment de cleithrum (probablement de
Youngolepis) associé à une empreinte de Howitda wangi. D'autre pan, un petit bloc provenant
de la même localité et sulîisammcnt calcaire pour être attaqué à l’acide formique dilué a livré
des écailles d'Acanthodiens, de Youngolepis et d’Antiarches, associées à un Conodonte
incomplet, mais qui indique quand même un milieu murin. Panni ces microrestes de Vertébrés
se trouve une tessère isolée, portant de gros tubercules mousses aux bords dentelés, qui
évoquent l’exoaquelette de certains Hétérostracés (pl. Vlfl. 6), mais que nous allribuons ici à
un Galéaspide. Il est à noter qu’aucune écaille ou épine d’Acanlhodien n’a été trouvée dans les
niveaux de la Suite de Bac Bun qui ont livré des Antiarches et des Galéaspides articulés
(DS 07, DS 04). En somme, la série du Dévonien inférieur du Bac Bo montre, comme dans le
Dévonien du Spitsberg, par exemple, l’accentuation progressive de la sédimentation marine en
bordure d'une plateforme. Là aussi, les restes de Vertébrés sont les preroiet^s à apparaître. Ceci
s’explique d'une part par le fait que les Vertébrés supportent mieux les variations de salinité
que la plupart des Invertébrés marins (à l'exception des Lingules) et, donc, peuvent survivre
dans des lagunes sursalèes ou dans des deltas à faible salinité, et d’autre part par le fait que
leur squelette phosphaté se fossilise mieux dans les milieux sableux, pauvres en carbonates, que
le test calcitiqiic ou aragonitique de la plupart des Invertébrés.
Cette étude, complétant celle de Tong-Dzuy & Janvier (1987), permet de donner pour les
gisements de Trang Xa et Dông Mo les listes de Vertébrés suivantes ;
Trang Xa
Formation de Sika : Youngolepis sp. ;
Suite de Bac Bun : Polyhranchiaspis sp., Yimnanolepis sp.. Chuchinolepis sp., ? Noslolepis sp.,
? Szeuspis sp., Youngolepis sp., Dipnoi gen. et sp. indet.
Dông Mo
Formation de Sika : Polyhranchiaspis sp., Yunnanolepis cf. Y. parvus Zhang, Antiarcha gen. et sp.
indet., Youngolepis sp. ;
Suite de Bac Bun ; Polyhranchiaspis sp., Yunnanolepis hachoensis n. sp., Y. depraii n. sp.,
Chuchinolepis dongmoensis n. sp,. Vanchienolepis langsonensis n. g., n. sp., Youngolepis cf. Y. praecursor
Zhang & Yu, Sarcopterygii gen. et sp. indet.
Les différences mineures entre les faunes de ces deux gisements (présence d’un Dipneuste
typique à Trang Xa seulement, et de Vanchienolepis à Dông Mo seulement) peuvent
s’expliquer par des différences de milieu, la Suite de Bac Bun à Trang Xa semblant
correspondre à un milieu légèrement plus carboiiaté donc, peut-être, d’influence plus marine.
Sur le plan stratigraphique, cette nouvelle étude confirme les conclusions de Tong-Dzuy
& Janvier (1987) sur une corrélation possible avec la partie moyenne de la Formation de
Cuifengshan, en Chine. Toutefois, si Yunnanolepis hachoensis et Chuchinolepis dongmoensis
sont des espèces très voisines de celles du même genre décrites dans la Formation de
Cuifengshan, il convient de signaler que ni Y. deprati, ni Vanchienolepis n’ont été signalés en
Chine. Le cas de Vanchienolepis est particulièrement intéressant car il confirme l’existence de
— 205
Sinolepidae dés le Dévonien inférieur, ce que l'on pouvait prédire du fait de la position de cette
famille comme groupe-frére des autres Euantiarches dans la phylogénie des Antiarches
(Janvier & Pan, 1982). Cette famille d’Euantiarches primitifs est également un élément
biogéographique important, car elle est commune à la Chine, au nord du Viêt Nam et à
l’Australie (Young, 1984). Ceci montre que des éléments longtemps considérés comme
endémiques au domaine chinois peuvent s’étendre à des régions voisines, impliquant ainsi
l’existence de relais épicontinentaux au moins entre le Gondwana oriental et le domaine
chinois.
Remerciements
Les auteurs adressent leurs sincères remerciements à MM. NgUyên Huu Huno et Doan Nhat
Truong (Institut de Géologie et des Ressources Minérales, Hanoï), Ta Hoa Phuono (Université de
Hanoï) et Kieu Qui Nam (Institut des Sciences de la Terre, Viên Khoa Hoc Vièt Nam) pour leur aide dans
les recherches sur le terrain. Ce travail a été réalisé dans le cadre du séjour de l'un des auteurs (Tong-
Dzirv Thanh) à l'Institut de Paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle (Paris), grâce à une
allocation du Ministère des Affaires Étrangères français. Les missions (1985-1989) du second auteur
(Philippe Janvier) ont été faites dans le cadre de la convention entre le Vien Khoa Hoc Viêt Nam (Hano'ij
et le CNRS (Paris). Les auteurs remercient J. Brondel et E. Molin pour la saisie du texte, D. Serrette
pour les photographies et C. Ciiancogne pour les photographies au MEB. Ils sont également redevables
à M""' Chang Mee-Mann (Pékin) de nombreux conseils et informations inédites sur Yotmgolepis, ainsi
qu’à M. Alain Blieck (Lille), pour ses conseils.
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— 208 —
Planche I
Polybranchiaspis sp.. Suite de Bac Bun, Dévonien inférieur, Dông Mo (province de Lang Son) et Trang Xa
(province de Bac Thaï), Viêt Nam.
1 — Partie antérieure du bouclier exosquelettique, vue ventrale (VND 15 — DS 04). x 2.
2 — Fragment d’exosquelette du bouclier, vue externe (VND 38 — DS 04). x 3 .
3 — Fragment d’exosquelette du bouclier, vue externe, photographie au MEB (VND 1 — DS 04). x 45 . (D’après
Janvœr, 1990.)
4 — Section verticale dans l’exosquelette du bouclier, en lumière polarisée (VND 3 — DS 04). x 145. (D’après
Janvier, 1990.)
5 — Écailles isolées, photographie MEB (VND 20 — DS 04). x 45 .
6 — Section verticale dans l’exosquelette de la partie postérieure du bouclier. Lumière naturelle (VND 16 —
DS 04). X 100. (D’après Janvier, 1990.)
PLANCHE I
Planche II
Yunnanolepis bacboensis n. sp., Suite de Bac Bun, Dévonien inférieur, Dông Mo, Province de Lang Son, Viêt
Nam.
1 — Cuirasse thoracique incomplète (VND 32c — DS 04), holotype, vue latérale gauche, x 2.
2 — Cuirasse thoracique incomplète (VND 31a — DS 04), vue latérale gauche, x 2.
— 212 —
Planche III
Antiarcha, Suite de Bac Bun, Dévonien inférieur, Dông Mo, Province de Lang Son, Viêt Nam.
1 — Ensemble de plaques portées par le bloc VND 26 — DS 04, comprenant (la) : une plaque AVL droite de
Chuchinelopis dongmoemis n, sp. (Cd, VND 26d), en vue ventrolatérale, une partie proximale de nageoire
pectorale rapportée à C. dongmoemis n. sp. (VND 26h, Ib) et une cuirasse thoracique disloquée de Yunnano-
lepis deprati n. sp. (VND 26a, holotype) en vue latérale gauche, la, x 2; Ib, x 3.
Yunnanolepis deprati n. sp.
2 — Cuirasse thoracique incomplète (VND 34 — DS 04), vues dorsale (2a) et ventrale (2b). x 2.
Vanchienolepis langsonensis n. g., n. sp.
3 — Cuirasse thoracique incomplète (VND 32a — DS 04, holotype), vue ventrale, x 3.
4 — Plaque AVL gauche (VND 24f — DS 04), vue ventrolatérale, x 3.
5 — Plaque AVL droite (VND 24h — DS 04), vue dorsolatérale, x 3.
6 — Plaque AVL droite (VND 24p — DS 04), vue ventrolatérale, x 3.
7 — Plaque MDA (VND 43d — DS 04), vue ventrale, x 3.
8 — Plaque MDA incomplète (VND 271 — DS 04), vue dorsale, x 3.
9 — Plaque PVL droite (VND 21b — DS 04), vue dorsale, x 3.
10. — Plaques PDL, PL et PVL droites (VND 29a — DS 04), vue médiale, x 3.
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214 —
Planche IV
Antiarcha, Formation
et Trang Xa (province de
de Sika et
Bac Thaï),
Suite de Bac Bun, Dévonien inférieur, Dông Mo (province de Lang Son)
Viêt Nam.
Yumianolepis .sp.
1 — Toit crânien incomplet (VND 25a — DS 04), vue dorsale. Suite de Bac Bun, Dông Mo, x 1.
2 — Plaque PrM isolée (VND 27j — DS 04), vue ventrale. Suite de Bac Bun, Dông Mo, x 2.
3 — Toit crânien incomplet (VND 26b — DS 04), vue ventrale. Suite de Bac Bun, Dông Mo, x 2.
4 — Toit crânien incomplet (VND 27g — DS 04), vue dorsale. Suite de Bac Bun, Dông Mo, x 2.
5 — Toit crânien incomplet (VND I7d — DS 04), vue dorsale. Suite de Bac Bun, Dông Mo, x 2.
6 — Plaque PP isolée (VND 22b — DS 04), vue ventrale. Suite de Bac Bun, Dông Mo, x 2.
7, 8. — Plaques sous-orbitaires présumées (7, VND 24c — DS 04; 8, VND 26c — DS 04), Suite de Bac Bun,
Dông Mo, X 3.
Yunnanolepis deprati n, sp.
9 — Plaque AVL gauche (VND 27o — DS 04), vue ventrale. Suite de Bac Bun, Dông Mo, x 2.
10 — Cuirasse thoracique incomplète (VND 24m — DS 04), vue dorsale. Série de Bac Bun, Dông Mo, x 2.
Chuchinolepis dongmoensis n. sp.
11 — Plaque MDA incomplète (VND 28 — DS 14), vue ventrale. Suite de Bac Bun, Trang Xa, x 1.
Yunnanolepis cf. Y. parvus Zhang
12 — Moulage interne de la cuirasse et du toit crânien (VND 40 — DS 07), vues dorsale (12a), latérale (12b) et
de trois quarts gauche (I2c), afin de montrer le récessus thoracique latéral. Formation de Sika, Dông Mo
(Tong Lot), X 2,
PLANCHE IV
— 216 —
Planche V
Chuchinolepis dongmoensis n. sp. Suite de Bac Bun, Dévonien inférieur, Dông Mo, province de Lang Son,
Viêt Nam.
1 — Cuirasse thoracique incomplète (en partie recouverte par un toit crânien de Yunnanolepis sp.) (VND 25b —
DS 04, holotype), vue latérale gauche, x 1.
2 — Toit crânien déformé (VND 27a — DS 04), vue dorsale, x 2.
3-5 — Plaques L isolées (3, gauche, VND, 24i — DS 04; 4, droite, VND 25e — DS 04; 5, droite, VND 24j —
DS 04), vue dorsale, x 2.
6 — Plaque PrM isolée (VND 21a — DS 04), vue dorsale, x 2.
7 — Plaque AVL droite (VND 27c — DS 04), vue ventrolatérale sous deux éclairages différents (a, b) afin de faire
ressortir le processus parabrachial, x 2.
8 — Plaque AVL gauche isolée (VND 27d — DS 04), vue postérolatérale, x 3.
9 — Plaque PDL isolée et incomplète (VND 27b — DS 04), vue dorsale, x 1.
10 — Plaque MDA incomplète isolée (VND 28 — DS 04), vue ventrale, x 1.
11 — Plaque MDA (VND 32d — DS 04), vue ventrale, x 1.
12 — Plaque PDL gauche (VND 26e — DS 04), vue latérale, x 1.
13 — Plaque PL gauche (VND 26f — DS 04), vue latérale, x 2.
14 — Plaque Mil (VND 27f — DS 04), vue médiale, x 2.
15 — Plaque présumée Mm (VND 27r — DS 04), vue médiale, x 2.
— 218 —
Planche VI
Chuchinolepis dongmoensis n. sp. Suite de Bac Bun, Dévonien inférieur, Dông Mo, Province de Lang Son,
Viêt Nam.
1 — Plaque AVL droite (VND 25d — DS 04), vues ventrale (la) et dorsale (Ib) et vue de détail de la région
postbranchiale (le), x 2 (la, Ib) et x 7 (le).
2 — Plaque PVL incomplète (VND 17g — DS 04), vue ventrale, x 2.
3 — Plaque PVL incomplète, associée à une plaque MDA (VND 16d — DS 04), vue ventrale, x 2.
4 — Plaque MDA (VND 18c — DS 04), vue ventrale, x i,
Yunnanolepis sp.
5 — Fragment de la région articulaire d’une plaque ADL de grande taille (VND 24r — DS 04), vues latérale (a)
et antérieure (b). Suite de Bac Bun, Dông Mo. x 1.
Antiarcha gen. et sp. indet,
6 — Plaque présumée MDP conservée en empreinte (VND 42 — DS 07), faces latérales gauche (a) et droite
(b). Formation de Sika, Dông Mo (Tong Lot), x 3.
Antiarcha gen. et sp. indet.
7 — Plaque MDA (VND 35 — DS 07), empreinte des faces ventrale (a) et dorsale (b). Formation de Sika,
Dông Mo (Tong Lot), x 1.
PLANCHE VI
— 220 —
Planche VII
Antiarcha gen. et sp. indet.
1 — Empreinte de la face ventrale de la plaque MDA (VND 41 — DS 07), Formation de Sika, Dông Mo (Tong
Lot). X 2.
Antiarcha gen. et sp. indet.
2 — Empreinte en élastomère de la face interne de la plaque MDA (VND 38 — DS 04), Formation de Bac Bun,
Dông Mo. X 1,
Youngolepis cf. Y. praecursor Zhang & Yu, Suite de Bac Bun, Dông Mo.
3 — Division orbito-ethraoïdienne du crâne, vues antérieure (a) et dorsale (b), (VND 17a — DS 04). x 2.
4 — Division orbito-ethmoïdienne du crâne, vue dorsale (VND 20a — DS 04). x 2.
5 — Division otico-occipitale du crâne, vue dorsale (VND 30a — DS 04). x 2.
Youngolepis cf. F, praecursor Zhang & Yu, Suite de Bac Bun, Trang Xa.
6 — Plaque de la joue, résultant de la fusion du préopercule, du squamosal et du quadratojugal. Vue latérale
(VND 44 — DS 14A). x |.
Youngolepis cf. Y. praecursor Zhang & Yu, Suite de Bac Bun, Dông Mo.
7 — Os dermique de la série operculaire (VND 17c — DS 04). x 2.
8 — Mandibule gauche isolée, vue latérale (VND 20f — DS 04). x 2.
9 — Sarcopterygii gen. et sp. indet.. Suite de Bac Bun, Trang Xa, Mandibule gauche isolée, vue dorsolatérale
(VND 39 — DS 15). x 2,5,
Youngolepis cf. Y. praecursor Zhang & Yu, Formation de Sika, Dông Mo (Tong Lot).
10 — Mandibule gauche isolée, vue médiale, moulage en élastomère (VND 36 — DS 07). x 2.
Youngolepis sp.. Suite de Bac Bun, Dông Mo.
11 — Écaille du flanc isolée (VND 24n — DS 04). x 3,
Youngolepis sp., sommet de la suite de Bac Bun, Trang Xa.
12 — Fragment de cleithrum associé à une empreinte de Howittia wangi (VND 45a — DS 17C). x 1.
— 222 —
Planche VIII
Écailles isolées de Vertébrés. Sommet de la Suite de Bac Bun (DS 17C), Trang Xa, province de Bac Thaï,
Viêt Nam. Photographies au MEB.
1-3 — ? Nostolepis sp. : 1) VND 60, vues de 3/4 dorsale (a) et latérale (b), x 100 et 40 respectivement;
2) VND 61, vue antérodorsale, x 200; 3) VND 62, vue antérodorsale, x 150.
4 — ? Yimnanolepis sp., écaille du tronc (VND 61). x 100.
5 — Youngolepis sp., écaille de la région caudale (VND 64). x 45 .
6 — ? Galeaspida gen. et sp. indet., tessére isolée (VND 65). x 45 ,
PLANCHE VIII
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 4' sér., 12, 1990,
section C, n° 2 : 225-239.
Les Vertébrés autuniens de Buxiéres-les-Mines
(Allier, France)
par Daniel Heyler et Cécile Poplin
Résumé. — A la suite de récoltes récentes dans l’Autunien de Bu.\ières-les-Mines (département de
l’Ailier, sud-ouest de Moulins), qui complètent la liste des formes déjà connues, le bilan des Vertébrés de
ce bassin est dressé. Il comprend des Poissons ; un Chondrichthyen Xénacanthiforme (Orthacanthus
bu.xieri), un Acanthodien (Acanthodes), et des Actinoptérygiens (Paramblypterus sp., Aeduella blaimillei,
et des formes à écailles et os ornés dont le maxillaire indique un suspensorium très incliné, proches de
Palaeoniscus. des Cosmoptychyidae et des Acrolcpidae). Il comprend aussi un Amphibien Rachitome
(Aciinodon ou forme voisine) et des formes incertae sedis. Ces découvertes permettent quelques réflexions
paléobiogéographiques.
Abstract. After new recent discoveries, the fossil vertebrate fauna from the Aulunian of Buxières-
les-Mines (department of Allier, South-West of Mouhns) is composed as follows. Fishes : one
Xenacanthiform Chondrichthyan [Orihaciintlius bu.xieri), an Acanthodian (Acanthnde.i), and Actinoptery-
gians {Paramblyplcrus sp., Aedueüa blaimillei and undeterminate forms with orriamented scales and bones
and a maxillary mdicating a very inclined suspensorium, close to Palaeoniscus, the Cosmoptychyidae and
Acrolepidae). AIso a Rachitonie Amphibian (Actinodon or a close form) and incertae .sedis forms. These
discoveries lead lo some paleobiogeograpliic rcmarks.
Mots-clefs. Vertébrés. Xènacanthiformes. Acanthodiens. Actinoptérygiens. Stégocéphales. Autu-
nien. Massif Central.
D. Heyler et C. Poplin, Institut de Paléontologie. URA 12 MNHN-CNRS, 8, rue Buffon, 75005 Paris.
Situé dans le département de l'Ailier au sud-ouest de Moulins, le Bassin de Buxières-les-
Mines (dit de l'Aumancc) fait partie d'un ensemble d’affleurements carbonifères et/ou
permiens dont plusieurs ont donné lieu à l’exploitation de mines de charbon. Depuis la
fermeture des houillères de Comraentry (au sud-est de Montluçon) et de Noyant-Saint-Hilaire
(Bassin de la Queune). il est le seul bassin de ce département encore exploité actuellement.
Celui de Bourbon l'Archambault ne l'a jamais été pour la houille, mais l’exploitation d’une
carrière de grés a permis de constater sa richesse en Actinoptérygiens et Amphibiens bien
connus depuis les travaux de l’iin de nous (Heyler, 1969).
Exploité d’abord en galeries souterraines, le Bassin de Buxicres l’a été ensuite — et l’est
encore — en « découverte » (c’est-à-dire à ciel ouvert). Dès après la dernière guerre, il a fait
l’objet de nombreuses études géologiques et de campagnes de sondages. Les géologues des
Charbonnages de France ont alors fait don à l'Institut de Paléontologie du Muséum national
d’Histoire naturelle d’une série de fragments de carottes de sondages n’ayant donné lieu tout
d’abord qu’à des résultats non publiés puis à un bref bilan (Heyler, 1984). La probabilité de
— 226 —
recueillir ainsi un fossile entier, même de petite taille, est très faible; celle d’avoir un gros
fossile complet est nulle. Les fouilles faites par l’un de nous (D. H.), et par des géologues des
mines et des amateurs locaux, ont fourni des spécimens plus complets, mais dont la
localisation dans le sédiment est imprécise, les récoltes étant le plus souvent faites dans les
déblais.
Le présent travail dresse le bilan de la faune qui a été mise au jour au cours des sondages
et des fouilles. Ce matériel vient de l’Assise de Buxiéres, de l’Autunien moyen et située au-
dessus de l’Assise de la Mouillère (d’une centaine de mètres de puissance), elle-même reposant
sur le Stéphanien. Pour la géologie et la carte du Bassin de Buxiéres, ainsi que pour les
coordonnées des sondages, nous renvoyons le lecteur à Paquette (1980) et à Dkbriette (1983),
ainsi qu’à Heyler & Debriette (1986).
Matériel
Les spécimens récoltés au cours de quelques fouilles dans les déblais de l’exploitation
minière à partir de 1960 (D. H.) sont déposés à l'Institut de Paléontologie du Muséum
national d’Histoire naturelle sous les nouveaux numéros BUX 1 à 20 (qui remplacent les
n09 F.BU). La plupart de ceux récoltés par les géologues locaux sont actuellement dans des
collections privées et seront sans doute accueillis ultérieurement dans un musée en voie
d’installation dans les bâtiments de l’ancienne mine. Quelques spécimens ont été remis au
Muséum d’Histoire naturelle d’Autun {Orthacunihus buxieri). D’autres enfin ont été donnés à
l’Institut de Paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle.
Les carottes de sondages acquises par l’Institut de Paléontologie sont dans les collections
du Muséum national d’Histoire naturelle avec les n”” BUX 21 à 81, chaque numéro
caractérisant l’une des deux surfaces, ou les deux surfaces résultant d’une cassure de la carotte
suivant le schistosité de la roche. L’épaisseur des disques ainsi formés est généralement de 2 à
3 cm, les deux surfaces montrant souvent des restes de fossiles, ce qui atteste la richesse en ce
domaine des schistes de Buxiéres.
LA FAUNE DE BUXIÈRES-LES-MINES
l. Les Xénacanthiformes
Famille Orthacanthidae Poplin & Heyler. 1989; genre Orthacunihus Agassiz, 1836 (1833-
1844); Orthacunihus buxicri Heyler & Poplin, 1990.
Orthacanthus buxicri est représenté par deux spécimens dont l’un est un aiguillon isolé,
long de 265 mm. dont la section est circulaire et mesure 20 mm de diamètre à la base. Il porte
deux rangées parallèles de 44 denticules chacune, proches l’une de l’autre et situées sur les
15 cm distaux environ de l’aiguillon.
Celte morphologie, caractéristique é’Orthacanthus, nous a permis d’attribuer à ce genre
non seulement cet aiguillon mais aussi un autre spécimen de la même localité et constitué par
— 227 —
Fig. 1, — En bas, partie con.servée de l’holotype à'Orthacanthus buxieri, coll, Muséum d’Aulun, 86210. En haut,
contre-empreinte naturelle de la partie antérieure de ce spécimen (x 1/4).
a, aiguillon ; md, mandibule ; neur, neurocrâne ; pq, palatocarré, sc.cor, scapulocoracoïde. Le palatocarré est
venu se placer (en position verticale) entre l’extrémité du neurocrâne et celle de la mâchoire inférieure, dans
l’ouverture buccale {ouv.buc).
— 228 —
la partie antérieure d'un individu (fig. 1) pourvu d’un aiguillon semblable. Ce second fossile,
l’holotype d’O. huxieri (déposé au Muséum d'Autun sous le n" 86210), comporte le neurocrâne
(neur) et la mâchoire inférieure {nuf) (placée de profil de telle sorte que l'animal est fossilisé la
bouche grande ouverte), le palalocarré (pc/) déplacé, les deux scapulocoracoïdes (sc.cor), enfin
l’aiguillon placé à l’aplomb de la ceinture pectorale. Ce spécimen est sur une plaque de schiste
dont la contre-partie est également conservée.
Le neurocrâne d'O. huxieri comporte une fosse précérébrale et une fosse endolymphatique
visibles en vue dorsale. Il ne présente pas de processus préorbitaires nettement individualisés,
mais plutôt des bords latéraux très arrondis. Les processus otiques sont au contraire bien
développés et orientes postéro-latêralement. Quant aux processus postorbitaires, ils sont courts
et massifs, perpendiculaires à l’axe longitudinal de la tête et placés à mi-longueur du
neurocrâne. En vue dorsale la région orbitaire a la même largeur que la région otique.
Ces animaux étaient de très grande taille à en juger par la longueur du neurocrâne
(18 cm) : en comparant avec O. senekenhergianm dont on connaît des individus complets
(Heid'i ke, 1982), O. huxieri atteignait probablement une longueur totale de 2 m environ. Ceci
est un peu inférieur à O senckenbergianus qui dépassait 2.60 m. mais considérable par rapport
à Expk'uraccmthus gaudryi du Bassin de Commentry qui mesurait 40 à 50cm de longueur
totale avec un neurocrâne de 6 à 7 cm de long (Poplin & Heyler, 1989).
Aucune dent n'a été trouvée en place sur l'holoiype d'O. huxieri. En revanche, plusieurs
dents isolées de 15 à 20 mm de hauteur, dont une déjà décrite (Heyler, 1969), ont été trouvées
à Buxières-lcs-Mines. Elles ont la taille et la morphologie caractéristiques du genre (Zangerl,
1981) : leur denlicule médian (fig. 2b, dm) est très petit (2 mm de haut) et de section ronde,
alors que leurs denticules latéraux (dil)^ hauts de 10 à 15 mm. sont aplatis et présentent deux
carènes crénelées (fig. 2a, cr).La taille de ces dents est compatible avec celle d’O. huxieri-, aussi
est-il très probable qu’elles appartiennent à cette espèce.
Fig. 2. — Dents d’Orthacanihus de TAulunien de Buxières-les-Mines (a, x 3; b, x 4). cp, cavité pulpaire; cr,
crenelurc; dll, denticules latéraux (à gauche en coupe avec la cavité pulpaire, à droite vu par sa face externe) ; dm.
denticule médian. Coll. MNHN. BU.X 38 et 82.
— 229 —
Ce matériel est d'un très grand intérêt pour deux raisons majeures. Tout d'abord il s'agit
là du premier Orthacanthiis clairement reconnu en France. Cela élargit la distribution
paléobiogéographique de ce genre précédemment décrit en Europe Centrale et en Amérique du
Nord. En second lieu l'hololypc d'O buxieri a permis d'améliorer notablement nos
connaissances du neurocrâne de cet animal; on sait en effet combien les neurocrânes des
Chondrichthyens, par nature cartilagineux, sont rarement fossilisés. La diagnose du genre a
donc été élargie aux caractères crâniens (Heyler & Poplin, 1990). ce qui a mis en évidence
l'originalité û'Orthacanthus au sein des Xénacanthiformes et nous a conduits à créer la famille
des Orthacanthidae (Heyler & Püplin, 1990); les particularités du spécimen nous ont aussi
conduits à créer dans le genre OrthacanrliiLs l'espèce buxieri.
2. Les .4canthodiens
Parmi les Acanthodiens, seul le genre Acanlhodes est connu dans le Carbonifère et le
Permien français. Ce genre est fréquent à Buxières-les-Mines : une vingtaine de carottes de
sondages présentent des restes de ces animaux et les fouilles dans les déblais en ont fourni
beaucoup plus. Certaines épines isolées sont de grande taille : la plus grosse (BUX 59) mesure
8 cm de long pour sa partie conservée (non entière) et 6 mm de largeur. On trouve aussi des
restes d’écaillure présentant les petites écailles carrées à émail lisse qui existent chez ce genre.
3. Les Actinoptérygiens
Les Actinoptérygiens sont représentés par de nombreuses écailles isolées tant dans les
sondages que dans les déblais, ce qui atteste la richesse en nombre d’individus de la faune
ichthyologique de Buxières. Elles sont de deux sortes ; écailles ornées relativement rares,
écailles lisses nettement plus abondantes. Les os isolés, eux aussi rarement ornés, le plus
souvent lisses, et quelques fragments plus complets, permettent d’être plus précis dans les
déterminations.
A — Actinoptérygiens à écailles et os ornés et à maxillaire indiquant un suspensorium
très incliné.
L’ « ornementation » des écailles est caractéristique de diverses formes ou groupes de
formes, sans qu’il soit possible actuellement — à notre avis — de dire à quel niveau de la
systématique. C’est néanmoins l’un des éléments qui entrent dans les diagnoses faites par
certains auteurs. Les écailles « ornées trouvées à Buxières ne portent pas toutes les mêmes
sortes de relief. Nous figurons ici une écaille faîtière (BUX 40) à stries fines et une écaille du
flanc du corps à côtes fortes (BUX 9); une telle différence entre les deux sortes de relief
implique l’appartenance à deux individus de taxons différents.
La première écaille (fig. 3b) ressemble tout à fait à la même écaille faîtière située
dorsalement un peu en arrière de la nageoire dorsale sur un spécimen de Bourbon
l’Archambault (Heyler, 1976, fig. 8); cette similitude est telle que l’appartenance à une même
espèce est très probable. De plus, elles sont proches l’une et l’autre de l’écaille faîtière située à
— 230 —
a b
Fig. 3. - Écailles ornées de Poissons Actinoptérygiens de l’Autunien de Buxières-les-Mincs : a, écaille du flanc à
fortes rides, coll. MNHN, BUX 9 (x 16); b, écaille faîtière à stries fines, coll. MNHN. BUX 40 ( x 4.5 env.).
Fig. 4. — Maxillaires de Poissons Actinoptérygiens primitifs indéterminés de l’Autunien de Buxières-les-Mines : a,
spécimen coll. MNHN BUX (x 2); b, spécimen coll. MNHN, BUX 21 (x 2,3).
la même place chez Palaeonisviis freiesleheni (Heyler, 1971, fig. 2 et 5 à 8). ce qui suggère leur
appartenance à une espèce voisine. Ce Palaeoniscus (?) sp. existerait donc à la fois à Buxières et
à Bourbon. C’est une forme très rare dans le Carbonifère et le Permien du Massif Central.
La seconde écaille (fig. 3a) ressemble à d'autres trouvées à Bourbon l’Archambault
(Doubinüer & Heyi.iïr, 1959) et n’appartient pas au genre Palaeonixcus.
Le maxillaire est un os très significatif en ce qui concerne l'évolution de divers groupes
d’Actinoplérygiens car il donne à lui seul, par la forme de sa plaque postorbitaire, des
indications intéressantes sur la morphologie de l'ensemble de la joue et de la suspension de la
mandibule. Plusieurs maxillaires trouvés à Buxières (cf. fig. 4a et b) présentent une plaque
postorbitairc longue et basse, caractéristique des formes à suspensorium très incliné. Ils
portent des dents fines et fortes, les dents postérieures étant beaucoup plus fines que les
antérieures L’ornementation de leur surface et/ou la forme de ces maxillaires permettent
d’éliminer l’hypothèse de leur appartenance à l’un des deux groupes dominants dans le
Permien inférieur (et le Stépfianien) du Massif Central ; Paramblypteriformes et Aeduellifor-
mes. Sans permettre leur attribution à un genre précis, elles peuvent tout de même autoriser
leur rapprochement avec les genres décrits et très bien figurés par Traquair (1877) :
Elonichthys pectinatus, El. aitkeni, Nematoptychius greenocki. Les figures des planches XIII et
— 231 —
Fig. 5. — Frontaux et postrostral d'un Poisson Aclinoptérygien indéterminé. Coll. MNHN. BUX 4a ( x 5 cnv.).
Autunien de Buxières-les-Mines.
XXVI de cet auteur suggèrent une similitude significative : la figure 11 de sa planche XIII
montre une écaille à côtes fortes et diagonales semblables à celles de l’écaille de Buxières
(fig. 3a). Les figures 3 et 4 de cette même planche ainsi que les figures 1, 5 et 6 de sa
planche XXVI évoquent bien les maxillaires et les mandibules trouvés à Buxières.
Un fragment de la partie antérieure du toit crânien d'une de ces formes à os ornés est
figuré ici (fig. 5). Il appartient vraisemblablement au même animal que certains des maxillaires
trouvés dans les mêmes couches. Son ornementation formée de ponctuations est à rapprocher
des mêmes os à'Acrolepis hopkinsi d’après la figure de Traquair (pl. XXIII). Ces divers
genres, d’ailleurs remaniés depuis Traquair par Aldinger (1937) et par Gardiner (1963),
sont trop proches les uns des autres pour que des os isolés, comme on les trouve à Buxières,
puissent permettre une attribution plus précise.
B — Paramblypteridae
Le genre Paramblypterus est connu dans le Stéphanien du Bassin de Commentry (Blot,
1966) avec l’espèce P. decorus qui, comme son nom l’indique, présente des os dermiques du
— 232 —
Fig. 6. — Série des os du dessous de la tête d’un Pararnhlyplerus de l'Autunien de Buxières-lcs-Mines ( x 3). ^ droite,
pour comparaison, la figure 11 de Blot (1966) ( x 1,5) présentant la même région chez P. decoriis du Stéphanien de
Commentry. Coll. MNHN, BUX 22 a et b. DSpI. dcntalospicnial; GuL. GuM, plaques gulaires latérales et
médiane; p.GuL, p.GuSi. pit fines des plaques gulaires latérales et médiane; Rhr, rayons branchiostèges.
crâne ornés de rides assez fortes et assez serrées. Les spécimens du Bassin d’Autun (Heyler,
1969 et 1971) provenant de la couche de Surmoulin — plus ou moins contemporain de la
couche de Buxiéres — ne présentent pas cette sorte d’ornementation et s’apparentent plutôt à
P. rahanni (Heckel, 1861).
Nous n’avons jamais recueilli nous-mêmes de Paramblypteridae dans les déblais de la
mine de Buxiéres ; mais deux spécimens des carottes de sondage en présentent des restes très
probables. Sur BUX 45, un pariétal avec sa courbe caractéristique de la suture médiane peut
être considéré comme appartenant à un Paranihlypterus sp. (cf. Blot, 1966; Heyler, 1969 et
1976). Sur BUX 22 (fig. 6) une série d’os du dessous de la tête (plaque gulaire médiane GuM,
plaques gulaires latérales GuL avec leurs pit lines, p.GiiL et p.GuM, et série de 5 ou 6 rayons
branchiostèges, Rhr, et sous-opercule) est très proche de la même région du P. decorus de
Commentry (Blot, 1966, fig. 11). Cette disposition éloigne en tout cas ce spécimen des formes
— 233 —
Fig. 7. — Toit crânien d’un Paramblypterus de l'Aulunien de Buxières-les-Mines. Coll. MNHN, BUX 86 (x 3). dpt,
dermoptérotique; étph, dermosphénotique;/r, frontal; pa, pariétal; pJ, pit line du pariétal.
citées précédemment et chez lesquelles on trouve généralement plus de 20 rayons branchiostè-
ges. Et surtout, le long de cette série osseuse bien conservée, il reste un fragment de la
mandibule avec les minuscules petits cônes terminaux (0,2 mm de long) au bout des tubules si
caractéristiques des Paramblypteridae et des Aeduellidae. Mais ces derniers, s'ils possèdent eux
aussi ces tubules à petits cônes terminaux, se distinguent des Paramblypterus par un nombre
encore plus réduit de rayons branchiostèges (généralement 2).
Aux deux spécimens précédents s'ajoute celui récolté par un amateur (BUX 86) et dont
l’identification ne fait aucun doute. 11 présente en effet (fig, 7) un toit crânien presque complet
avec les frontaux (/»•), les pariétaux (pa), les dermoptérotiques (dpi) et les dermosphénotiques
(dsph), tous très caractéristiques de Paramblypterus. Sur l'un des pariétaux on distingue les pit
fines (p.l). La similitude est telle avec les Paramblypterus de Sunnoulin (Heyler, 1971) qu’on
aurait pu croire que ce spécimen provenait de cet affleurement du Bassin d’Autun.
C — Aeduellidae
Les Aeduellidae, d’abord connus dans le seul gisement d’Autun, ont été retrouvés dans la
majorité des couches de la plupart des bassins du Massif Central. La présence d’Aeduellidae a
d’abord été révélée par des os isolés trouvés en fouille et sur des carottes de sondage (Heyler,
1969). Des opercules (BUX 3, 31 et 32, anciennement FBU 3, BU 1 et BU 2; ainsi que
BUX 69, fig. 8), des sous-opercules (BUX 67, fig. 8), des cleithra (par exemple BUX 4 et 5,
anciennement FBU 4 et 5) et des supracleithra (par exemple BUX 3, anciennement FBU 3) ne
Fig. 9. — Tête de profil d’un spécimen d'AeduetIa {hlainvillet)T, coll. Debriette (x 5 ). clei, cleithrum; /./, ligne
latérale; mx, maxillaire; na, nasal; orh, orbite; reg.op, région operculaire.
— 235 —
permettaient pas d'identifier une espèce précise. Les maxillaires, par contre, pouvaient déjà
laisser présager la présence à Buxièrcs d'Aeduella blaUmllei (BUX 1 et 8, anciennement FBU 1
et 8. ainsi que BUX 19). Une mandibule isolée bien conservée (BUX 1) est particulièrement
fine comme c’est habituel chez les Aeduellidae. Le matériel plus complet, connu grâce aux
récoltes récentes de Binon et Di-BRiEiTt (fig. 9). permet d’affirmer qu’il s’agit bien de ce genre,
et vraisemblablement même d'Aeduella hlainvillei, comme dans la couche de Muse du Bassin
d’Autun. Une dizaine de spécimens relativement complets, trouvés par ces deux géologues, ne
présentent aucun caractère les distinguant de cette espèce qui semble même assez abondante à
Buxières.
4. Les Tétrapodes
Nous figurons un fragment de Tétrapode (fig. 10) recueilli sur les déblais de la mine de
Buxières par P. Debriette qui vient d’en faire don au Muséum national d’Histoire naturelle
(n° BUX 83). Il n’est pas possible de déterminer avec précision — et encore moins de nommer
— ce fossile écrasé et incomplet. S’agissant de l’Autunien du Massif Central, la présence d’os
Fig. 10. — Fragment d’un Amphibien Rachitome de l’Autunien de Buxières-les-Mines. Don P. Debriette, coII.
MNHN. BUX 83 ( X 0,5). ec, écailles; ga, gastralia.
— 236 ~
longs caractérise un Tétrapode qui. à priori, pourrait être un Amphibien ou un Pélycosaurien.
Mais les os longs à èpiphyscs non ossifiées de cet animal, d’assez grande taille pour être
considéré comme adulte, indiquent un Amphibien. Chez certains Amphibiens Rachitomes, la
région ventrale entre les ceintnres montre des lignes parallèles formées de deux séries disposées
en V nommées gastralia. formations osseuses dermiques résultant de la fusion d'écailles. Il en
existe aussi chez des Reptiles, mais elles sont présentes en tout cas chez YAcünodon du Bassin
d’Autun. Ces gastralia sont visibles ici sur la zone supérieure de la photographie {ga) ; avec les
os longs à épiphyses non ossifiées et les écailles isolées disséminées par l'écrasement du corps
(en bas de la photographie, ec), ce spécimen est sans aucun doute un Rachitome, et même
probablement, compte tenu du type d’écailles et de l’existence de ce genre à Autun, un
Acünodon ou une forme voisine.
5. Les coprolithes
Des coprolithes, souvent de taille inférieure à 4 cm et spiralés sur une partie de leur
longueur, ont été recueillis ou observés. Les spécimens de Xénacanthiformes connus à Buxières
étant de grande taille (longs de 1,50 m au moins), on peut penser que ces petits coprolithes
proviennent soit de jeunes individus de ce groupe, soit de jeunes Rachitomes, ces deux groupes
ayant possédé, très vraisemblablement, une valvule spirale.
6. /nceriae sedis
Il faut ajouter à ce qui précède des fragments incertae sedis. Il s’agit d’abord de très petites
dents isolées (BUX 7), dont certaines, récoltées par P. Debriette, difficiles à déterminer; elles
consistent chacune en un petit cône de 4 à 5 mm de longueur portant de très fines striations
longitudinales (BUX 85, fig. 11). Une autre dent isolée comporte le même cône strié terminal
Fig. 11-12. — 11, Petit cône terminal (x lO) d’une dent finement striée. Autunien de Buxières-les-Mines, coll.
MNHN, BUX 85. 12, Pièce énigmatique provenant de l’Autunien de Buxières-les-Mines ( x |), coll. MNHN,
BUX 84.
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suivi d’une partie cylindro-conique qui s’élargit ensuite considérablement pour former une
base de prés de 10 mm de large, malheureusement mal conservée. Fritsch (1890, pl. 131,
fig. 12-13, pl. 132, fig. 1-6) figure les os de la mâchoire, ainsi que des dents isolées, d’un
Poisson Actinoptérygien : Progyrolepis speciosus Fritsch. Les maxillaires, les mandibules et les
petites dents isolées de Buxières ressemblent parfaitement à ce qu’a figuré Fritsch, y compris
la dent à base élargie signalée précédemment.
Une pièce très énigmatique (BUX 84) est figurée ici pour mémoire (fig. 12) : simulant très
vaguement un ensemble maxillaire-mandibule, mais ne présentant aucune dent, avec une
ornementation « rubanée », cette pièce ne ressemble à rien de connu.
Nous n’avons considéré ici que les Vertébrés. Mais la couche de Buxières a fourni aussi quelques
Végétaux et des Invertébrés (Lamellibranches, Ostracodes).
CONCLUSION
Ce bilan révèle que la faune connue de Buxières-les-Mines, certes moins diverse que celle
d’Autun et surtout de Montceau-les-Mines, témoigne cependant de grandes affinités entre le
Bassin de rAumance et ceux du Morvan. Elle confirme ainsi que, à la charnière du
Carbonifère et du Permien, ces bassins du Massif Central constituaient une même province
biogéographique, avec des communications au moins temporaires entre eux.
Les Xénacanthiformes sont représentés ici par le genre Orthacanthus qui, s’il n’est pas tout
à fait inconnu dans les autres bassins du Massif Central, n’y a été jusqu'ici mis en évidence que
par de très rares dents. Curieusement, aucun aiguillon caractéristique à^Orihacmihus n'est
connu en France ailleurs qu’à Buxières, alors que ce genre est abondant en Bohème (Fritsch,
1890) et dans le Palatinat (Hbiotke, 1982; Klausüwitz. 1986, 1987). Sur le plan paléobiogéo¬
graphique cela semble une anomalie. Un tel animal a certainement vécu dans le Massif Central
sur une aire géographique beaucoup plus vaste que ce minuscule bassin de Buxières-lcs-Mincs.
C’est une preuve de plus, si c’était nécessaire, que des animaux ont pu vivre dans des zones où
on ne les retrouve pas fossilisés.
Les Actinoptérygiens, eux, ont une répartition qui nous paraît cohérente. Nous avons
constaté les fortes affinités entre des spécimens de Buxières et d’autres bassins du Massif
Central et du Carbonifère de Grande-Bretagne, ainsi qu’avec Progyrolepis speciosus de
Bohème d’après les figurations de Fritsch (1890). Une écaille à stries fines évoque un fossile
trouvé à Bourbon-l’Archambault, bassin voisin, et rapporté à Palaeoniscus ou à une fonne
voisine. Les affinités entre le Paramhlypierus de Buxières, celui de Surmoulin (du Bassin
d’Autun) et ceux de Bohème (Stambebg, 1985) sont maintenant bien démontrées. Mais les
Aeduelliformes, considérés autrefois comme un groupe endémique limité au Bassin d'Autun. se
révélent aujourd’hui avoir une très large répartition non seulement dans le Massif Central mais
dans le monde : à la fois en Bohème (Stamberg, 1986) et aux États-Unis (Gottfried, 1987), ce
qui, même compte tenu de l’absence d’océan Atlantique à cette époque, représente une
extension Est-Ouest de plus de 3000 km. Rappelons tout de même son absence dans le sud du
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Massif CentraU et notamment à Lodève, ce qui confirme l’existence de deux provinces
distinctes.
Il faut remarquer l’absence totale à Buxières des petits Amphibiens : Discosauriscidae
pourtant abondants à Bourbon-l’Archambault, autre bassin de l’Ailier très proche, et
Branchiosauridae, peut-être présents à Bourbon, mais en tout cas très abondants à la fois dans
le Stéphanien de Commentry et l’Autunieri des Bassins d'Autun et Montccau-les-Mines. Ceci
est révélateur d’une difrérence paléoécologique entre ces deux bassins au Permien, les parties
fossilifères connues de l'Assise de Buxières ayant peut-être été déposées en eau plus profonde.
Une autre absence très caractéristique, et encore à présent inexpliquée, est commune à
Buxières-les-Mines et à tous les autres bassins carbonifères et/ou permiens du Massif Central ;
celle des Dipneustes et des « Crossoptérygiens », à l’exception d'un unique spécimen de
Dipneuste connu dans la Bassin d’Autun.
Remerciements
Nous tenons à remercier M. D. Serrette qui a réalisé quelques photographies, M. Vetter, alors
ingénieur-géologue aux Charbonnages de France, d’avoir fait don des fragments de carottes de sondage
de Buxières, et enfin MM. M. Binon et P. Debriette pour les spécimens qu’ils ont donnés au Muséum
national d’Histoire naturelle.
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Achevé d’imprimer le 24 novembre 1990.
Le Bulletin du trimestre de l’année 1990 a été diffusé le 2 août 1990.
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mique. (Format in-é".)
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T. 43 — Recherches océanographiques dans l’Océan Indien. (Entretiens du Muséum, Paris, 20-22 juin 1977.)
1979, 253 p.. fig., pl.
T. 44 — Gayet (Mireille). — Contribution à l’étude anatomique et systématique des Poissons Cénomaniens
du Liban anciennement placés dans les Acanthoptérygiens. 1980, 15! p., fig., 29 pl.
T. 45 — Lauriat-Raoe (Agnès). — Les Bivalves du Redonien (Pliocène atlantique de France). Signification
stratigraphique et paléobiogéographique. 1981, 175 p., fig., 16 pl.
T. 46 — FrOhlich (François). — Les silicates dans l’environnement pélagique de l’océan Indien au Cénozolque.
1981, 208 p.. fig., pl.
T. 47 — Loreau (Jean-Paul). — Sédiments argonitiques et leur genèse. 1982, 314 p., fig., pl.
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T. 10. — Roger (J.). — Buffon. «Les Époques de la nature». Édition critique. 1988. 495 p. (l" édit., 1962),
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