ISSN 0181-0642
BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
SECTION C
sciences de la terre
paléontologie
géologie
minéralogie
4 e SÉRIE T. 16 1994, N° 1
Janvier-Mars 1994
Editions scientifiques du Muséum, Paris
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Section C : SCIENCES DE LA TERRE
Directeur : L. Ginsburg.
Rédacteur : P. Dupérier.
Comité de rédaction : H. Lelièvre, E. L. Perseil, F. Poplin, J. M. Rouchy,
S. Sen (Univ. PARIS VI), P. Tassy.
Comité scientifique : C. Babin (Lyon), Chang Mee Man (Pékin, Chine), J. Der-
court (Paris), C. Devillers (Paris), M. Durang-Delga (Toulouse), J. H. Fran-
zen (Frankfurt-am-main, Allemagne), Z. Kielan-Jaworowska (Oslo, Dane¬
mark), J. P. Laveine (Lille), M. Novacek (New York, USA), G. Nelson
(New 1 York, USA), C. Patterson (Londres, Angleterre), J. L. Sanz (Madrid,
Espagne), H. P. Schultz (Lawrence, USA), P. Taquet (Paris).
Fondé en 1895, le Bulletin du Muséum d’Histoire naturelle est devenu à partir de 1907 :
Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Des travaux originaux relatifs aux diverses
disciplines scientifiques représentées au Muséum y sont publiés. Il s’agit essentiellement
d’études de Systématique portant sur, les collections conservées dans ses laboratoires, mais
la revue est également ouverte, depuis 1970 surtout, à des articles portant sur d’autres
aspects de la Science : biologie, écologie, etc.
La /" série (années 1895 à 1928) comprend un tome par an (t. 1 à 34), divisé chacun en
fascicules regroupant divers articles.
" La 2 e série (années 1929 à 1970) a la même présentation : un tome (t. 1 à 42), six fasci¬
cules par an.
La 3 e série (années 1971 à 1978) est également bimestrielle. Le Bulletin est alors divisé
en cinq Sections et les articles paraissent par fascicules séparés (sauf pour l’année 1978
où ils ont été regroupés par fascicules bimestriels). Durant ces années chaque fascicule est
numéroté à la suite (n os 1 à 522), ainsi qu’à l’intérieur de chaque Section, soit : Zoologie,
n os 1 à 356 ; Sciences de la Terre, n os I à 70 ; Botanique, n os 1 à 35 ; Écologie générale,
n os 1 à 42 ; Sciences physico-chimiques, n°* 1 à 19.
La 4 e série débute avec l’année 1979. Le Bulletin est divisé en trois Sections : A : Zoolo¬
gie, biologie et écologie animales ; B : Botanique, biologie et écologie végétales, phyto¬
chimie (fusionnée à partir de 1981 avec la revue Adansonia) ; C : Sciences de la Terre, paléon¬
tologie, géologie, minéralogie. La revue est trimestrielle ; les articles sont regroupés en
quatre numéros par an pour chacune des Sections ; un tome annuel réunit les trois Sec¬
tions.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle,
38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris, tél. 40-79-36-41.
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Abonnements pour l’année 1994 (Prix h.t.)
Abonnement général : 1800 F.
Section A : Zoologie, biologie et écologie animales : 800 F.
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Section C : Science de la Terre, paléontologie, géologie, minéralogie : 600 F.
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BULLETIN D U MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
4e sér., 16, 1994, section C (Sciences de la Terre, Paléontologie, Minéralogie, Géologie), n° 1
SOMMAIRE — CONTENTS
S. SEN (Coordinateur). — Avant-propos. 3
S. SEN, L. DE BONIS, N. DALFES, D. GERAADS et G. KOUFOS. — Les gisements de
mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe, Turquie : 1. Stratigraphie et
magnétostratigraphie....... 5
The laie Miocene mammal localilies of Kemiklitepe. Turkey : 1. Straligraphy and magnéto-
slratigraphy.
L. DE BONIS. — Les gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe,
Turquie : 2. Carnivores. 19
The late Miocene mammal localilies of Kemiklitepe, Turkey : 2. Carnivores.
G. D. KOUFOS and D. S. KOSTOPOULOS. — The latc Miocene mammal localities of
Kemiklitepe, Turkey : 3. Equidae. 41
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe, Turquie : 3 . Equidae.
D. GERAADS. — Les gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe,
Turquie : 4. Rhinocerotidae. ......... 81
The late Miocene mammal localilies of Kemiklitepe, Turkey : 4. Rhinocerotidae.
S. SEN. — Les gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe, Turquie : 5.
Rongeurs, Tubulidentés et Chalicothères. . ..... 97
The late Miocene mammal localities of Kemiklitepe, Turkey : 5. Rodents, Orycleropids and
Chalicothers.
M. BAUDRY. — Les gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe,
Turquie : 6 . Hyracoidea. 113
The late Miocene mammal localities of Kemiklitepe, Turkey : 6. Hyracoidea.
P. TASSY. — Les gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe, Turquie :
7. Proboscidea (Mammalia)..... 143
The late Miocene mammal localities of Kemiklitepe, Turkey : 7. Proboscidea (Mammalia).
D. GERAADS. — Les gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe,
Turquie : 8. Giraffidae. 159
The late Miocene mammal localities of Kemiklitepe, Turkey : 8. Giraffidae.
G. BOUVRAIN. — Les gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe,
Turquie : 9. Bovidae. 175
The late Miocene mammal localities of Kemiklitepe, Turkey : 9. Bovidae.
H. BOCHERENS, M. FIZET, A. MARIOTTI, G. BELLON et J. P. BOREL. — Les gisements de
mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe, Turquie : 10. Biogéochimie isoto¬
pique. 211
The late Miocene mammal localities of Kemiklitepe, Turkey : 10. Isotopic biogeochimy.
L. DE BONIS, G. BOUVRAIN, D. GERAADS, G. D. KOUFOS, S. SEN et P. TASSY. — Les
gisements de mammifères du Miocène supérieur de Kemiklitepe, Turquie : 11.
Biochronologie, paléoécologie et relations paléobiogéographiques. 225
The late Miocene mammal localities of Kemiklitepe, Turkey : 11. Biochronology, paleoco-
logy and paleobiogeography
AVANT PROPOS
par Sevket SEN
(Coordinateur)
KEMIKLITEPE qui signifie en Turc "Colline aux ossements" mérite bien son nom : sur
presque un kilomètre carré, partout où le niveau fossilifère affleure, le sol est jonché d'os. En août
1989, losque mes collègues et moi-meme avons mis le pied sur ce site, ce fut l'émerveillement. Une
telle richesse, de l’expérience de paléontologue, ne se voit qu'exceptionnellement. Nous avons été
conscients de notre chance et avons décidé de l'exploiter au mieux, aussi bien sur le terrain qu'en labo¬
ratoire.
Le site de Kcmiklitepe se trouve en Anatolie occidentale, à une vingtaine de kilomètres au sud-
ouest de la ville d'Usak. Il a été signalé pour la première fois par le Professeur Ismail YALÇINLAR en
1946. Depuis lors divers auteurs (0ZANSOY, SICKENBERG et ses collègues, plus récemment TUNA)
l'ont visité et ont publié des listes fauniques préliminaires. Cependant, le matériel récolté par ces cher¬
cheurs n'avait pas été décrit et personne ne savait où il se trouvait. Une fouille plus complète de ce
site et une étude des fossiles recueillis s'imposaient donc.
La Turquie est un pays particulièrement riche en gisements de mammifères fossiles. On en dé¬
nombre plusieurs centaines, s'étageant de l’Éocène au Pléistocène, mais la plupart ne sont connus que
par un nom et par une liste faunique préliminaire. Ainsi dans l'ensemble, les faunes cénozoïques de
Turquie ont été encore fort peu étudiées. Dans ce contexte, ce travail sur les gisements et les faunes de
mammifères de Kcmiklitepe vient contribuer à enrichir nos connaissances.
A Kemiklitepe, les restes de mammifères ont été trouvés dans deux niveaux stratigraphiques
distants verticalement de 15 m. Le niveau inférieur n’a été fouillé que dans un seul gisement, nommé
KTD, et a livré les restes de 16 espèces de mammifères. Le niveau supérieur présente une très large
extension. Il a été fouillé dans trois localités séparées d'une centaine de mètres, nommées KTA. KTB
et KTC, cette dernière n'ayant fait l'objet que de récoltes de surface. De ce niveau ont été extraits les
restes de 21 espèces. L'ensemble du matériel représente un millier de spécimens qui seront déposés à
l’Institut de Paléontologie du Muséum.
Cet ouvrage est le résultat d’une coopération intense et d'un effort collectif, La coopération
d'abord, entre les chercheurs français, turcs et grecs qui. sur le terrain comme en laboratoire, ont su
partager leur passion. Puis l'effort de tous a été nécessaire pour mener à bien les recherches sur le ter¬
rain, préparer les fossiles, les étudier, chacun communiquant aux autres ses propres résultats, même
préliminaires, et enfin produire les manuscrits, il y en a onze, dans les délais convenus. Il s'agit d'une
étude pluridisciplinaire : l’examen détaillé des faunes a été complété par la géologie et la stratigraphie
des dépôts sédimentaires, la magnétostratigraphie de la section et la biogéochimie des os et des sédi¬
ments. A cela s’ajoute l'analyse de la diversité spécifique et des relations paléobiogéographiques.
Tous les groupes de mammifères trouvés à Kemiklitepe ont été étudiés ; l’ensemble du travail
permet de se faire une idée précise du paléoenvironnement (climat, milieu naturel, biotopes) régnant
en Turquie à la fin du Miocène, ainsi que des échanges fauniques entre cette région et le reste du
domaine méditerranéen.
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n° 1 : 5-17.
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
1. Stratigraphie et magnétostratigraphie
par Sevket SEN, Louis DE BONIS, Niizhet DALFES,
Denis GERAADS et George KOUFOS
Résumé. — La présence de mammifères miocènes à Kemiklitepe est connue depuis YALÇINLAR
(1946), mais aucune étude détaillée de la faune n’a été publiée jusqu'à présent. Les dépôts fossilifères
appartiennent à la formation fluvio-lacustre d'Ahmetler. A Kemiklitepe, deux niveaux distincts, distants
verticalement de 15 m, ont livré d'abondants restes de mammifères turoliens. L'étude magnétostratigraphique
d'une coupe de 25 m d’épaisseur met en évidence une succession de cinq zones de polarité dominées par des
polarités normales, La grande fréquence des inversions durant le Turolien ne permet pas d'envisager une
corrélation directe de ces magnétozones- Peux hypothèses de cortélanon ont été envisagées la première,
fondée sur les ressemblances de celte succession avec l'échelle géomagnélique, suggère des âges entre 6,4 et
7,2, attribuant ainsi les deux niveaux fossilifères au Turolien moyen , la seconde hypothèse propose une
corrélation avec un intervalle plus large, supposant des lacunes de sédimentation dans cette coupe., ce qui ne
permet de corréler avec précision aucune des zones de polarité de Kemiklitepe avec les épisodes de l'échelle
géomagnétique. Quelque soit l'intervalle de corrélation retenu, on obtient un faible taux de sédimentation,
3 cm/ka ou moins, ce qui est inhabituel pour des formations fluviatiles.
Abstract. — Yalçinlar (1946) has first mentioned tbe occurrence of the late Miocene mammals at
Kemiklitepe, but detailed studies of the fauna were never been published. The bone beds are included in the
fluvio-lacustrine formation of Ahmetler. At the locality of Kemiklitepe, two distinct horizons, one 15 m
above the olher, yielded rich Turolian faunas. Magnétostratigraphie sludy of a 25 m thick section allowed to
identify fivc polarity zones, mainly normal. The pattern of this succession is not obviously similar to that
of the magnetic polarity time scale whieh displays during the Turolian a high frequency of polarity
reversais. Therefore two hypothèse are possible • the first one, based on pattern similarilies belween ihe
polarity time scale and the Kemiklitepe magnetozones, suggests an âge spanning from 6 4 to 12 Ma for
this section, including thus both mammalian horizons in the middle Turolian ; the second envisages large
sedimentary gaps. and correlates roughly lhese magnetozones with a larger interval of the polarity time
scale, in agreemenl with the mammalian âges (MN11 and MN12) of the fossiliferous horizons. Whatever the
interval of tentative, corrélation, it implies low sédimentation rates, about 3 cm/ka, or less, which is unusual
for fluviatile deposils.
S. SEN, URA 1433 du CNRS, Univ. P. et M. Curie, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés et Paléontologie Humaine,
73252 Poris Cedex 05, France,
N. DALFES, IT.Ü. Maden Fakültesi, 80626 Ayazaga. Istanbul, Turquie.
L. DE BONIS. Univ. de Poitiers, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés et Paléontologie Humaine, 86022 Poitiers Cedex,
France.
D. GERAADS, URA 49 du CNRS, Musée de l'Homme et Unix. P. et M. Curie, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés et
Paléontologie Humaine, 75252 Paris cedex 05, France.
G. KOUFOS, Unix, ofThessaloniki, Dept. of Geology and Physical Geography, 54006 Thessaloniki, Grèce.
INTRODUCTION
Le site de Kemiklitepe (Colline aux ossements) se situe en Anatolie occidentale dans le
département d'Usak, à mi-chemin entre Esme et Ulubey, à environ 1,5 km au sud du village de
Karacaahmet. Sur les cartes topographiques à 1/25 000 e de Turquie, la feuille concernée est numérotée
L22 a2, avec les coordonnées 38° 20' N et 30° 35' E. Il s'agit d'un ensemble de petites collines
émoussées, formées par l'entadle du plateau environnant par le réseau hydrographique du ruisseau de
Balçiklidere.
La présence de Mammifères miocènes à Kemiklitepe a été signalée pour la première fois par
YALÇJNLAR (1946) qui, lors d'une excursion géologique dans ce secteur, a découvert de nombreux
points fossilifères. Les ossements récoltés en surface lui ont permis d'identifier 17 espèces de grands
mammifères, toutes localités confondues. Plus tard, la région a été visitée par des paléontologues
turcs et allemands : ils ont récolté d’autres spécimens en surface ou à l'aide de fouilles sommaires et
publié de nouvelles listes fauniques, complétant ou amendant celle de YALÇJNLAR (OZANSOY, 1961,
1969 ; SICKENBERG et al., 1975 ; ERCAN et al., 1978). Dans ces publications, on ne üouve que
des listes fauniques préliminaires, établies à des fins biochronologiques et pour des comparaisons avec
des faunes "pontiennes" ou "pikermiennes" d’Europe et d'Asie occidentale. TUNA (1980, 1985) a
présenté une brève étude des hipparions de Kemiklitepe et figuré des restes dentaires de deux espèces.
L'étude géologique détaillée de la région a été effectuée par ERCAN et al. ( 1978) ; dans cette note, ils
mentionnent la présence d'ossements fossiles dans trois localités : Akçakôy, Fakilli et Balçiklidere (=
/Kemiklitepe). Ces auteurs ont figuré une dizaine de fragments d'os et de dents, sans toutefois préciser
leur provenance.
Comme nous allons le voir au chapitre suivant, dans le secteur de Kemiklitepe les mammifères
miocènes ne proviennent pas d'un seul niveau fossilifère. OZANSOY (1969 : 130) a observé "deux
couches principales" contenant des restes de mammifères, l'une inférieure pauvre en fossiles, l'autre
supérieure plus riche. Cependant, cet auteur n’a donné qu'une seule liste faunique.
Lors de nos recherches, nous avons repéré trois niveaux stratigraphiques distincts avec des
restes de mammifères. Il paraît évident que les listes fauniques préliminaires publiées par divers
auteurs sont en fait composites et ne peuvent être retenues comme représentant une seule faune.
Cependant, c'est le niveau fossilifère supérieur qui est de loin le plus riche. Sur le terrain, sur environ
un kilomètre carré, il suffit de se baisser pour ramasser des os dégagés par l'érosion des poches
fossilifères du niveau supérieur. C’est pourquoi, on pourrait raisonnablement penser que la majorité
des spécimens déterminés par ces auteurs proviennent de ce niveau.
Y ALÇ1NLAR (1946) a dénommé cette faune composite "la faune de Balçiklidere" du nom du
ruisseau qui traverse le secteur fossilifère. Celle appellation ne paraît pas appropriée car ce ruisseau
recoupe également d'autres collines qui livrent elles aussi des mammifères miocènes. En revanche, les
villageois désignent le secteur fossilifère sous le nom de Kemiklitepe. nom également retenu par
OZANSOY et plus tard par les autres paléontologues.
Le travail de terrain à Kemiklitepe a été financé par les crédits du CNRS-URA 1433, du
DAGIC (M.E.N), du Collège de France (Chaire de Paléoanthropologie et Préhistoire, dirigée par le
Prof. Y. COPPENS) et de l'Université de Thessaloniki. Le Prof. N. DALFES nous a procuré des
— 7 —
autorisations de terrain. Les fouilles ont été effectuées durant l’été 1989 et 1990, avec la participation
de H. BOCHERENS. L. DE BONIS, N. DALFES, D. GERAADS, B. GÜZELDOC.U, J. J. JAEGER, G.
KOUFOS, J. M. MAZIN et S. SEN. Hans DE BRUIJN, de Rijksuniversiteit Utrecht, a eu l'amabilité et
a assumé la responsabilité de transporter le matériel récolté en 1990, avec sa camionnette, d'Ankara à
Utrecht. Une partie du matériel fossile a été préparée par M. MOUCHELIN à l'Université de Poitiers.
Les rapporteurs de cette note sont N. D. OPDYKE (Gainesville) et E. MOISSENET (Paris).
GÉOLOGIE ET STRATIGRAPHIE
La géologie de la région a été étudiée par ERCAN et al. (1978). La figure 1 présente la carte
géologique levée par ces auteurs. Ils distinguent dans le bassin dUsak, neuf formations (sédimentaires
ou volcaniques) d’âge miocène. Les gisements de Kemiklitepe sont inclus dans le membre de
Balçiklidere de la formation d’Ahmetler D’après ces auteurs, le membre basal de cette formation
(membre de Merdivenlikuyu) est constitué des dépôts de pente issus de l’érosion des massifs
avoisinants : mal stratifié, son épaisseur ne dépasse pas 50-60 m,
Le membre de Balçiklidere recouvre sans discordance le précédent ; il est constitué des dépôts
fluviatiles avec un cortège varié de sédiments allant des conglomérats à des calcaires, avec cependant
une prédominance des marnes et marnes sableuses, à stratification horizontale. Leurs couleurs varient
du beige à l’ocre clair. Par endroit, on observe des stratifications entrecroisées, des laminites, des
fentes de dessiccation et des surfaces d’érosion. L’épaisseur maximum n’atteint pas 200 rn. ERCAN et
al. notent qu’ils ont trouvé des vertébrés fossiles dans les environs du ruisseau de Balçiklidere
(Kemiklitepe ?) et des villages d’Akçakôy et de FakiJii.
Le membre de Gedikler complète cette formation par une alternance de silts, d'argiles cl de
tuffites, avec une épaisseur maximum de 60 m. 11 s’agit des dépôts à dominance lacustre.
Les volcanites de Beydagi (laves aildésitiques et tufs) sont, du moins partiellement,
contemporains avec la formation d’Ahmetler et la base de la formation d'Ulubey (fig 1 ). Cette dernière,
constituée essentiellement par des calcaires et des marnes lacustres, recouvre sans discordance la série
sous-jacente. Elle témoigne de l'élargissement du régime lacustre dans le Bassin d’Usak vers la fin du
Miocène.
Cette classification süatigraphique implique que les trois localités à mammifères connues à
présent dans le secteur silué entre Usak cl Esme, à savoir Kemiklitepe, Esme-Akçaküy et Fakilli,
appartiennent au membre de Balçiklidere. La différence d'âge entre Esine-Akçakoy (Vallésien inférieur)
et le niveau supérieur de Kemiklitepe (Turolien moyen) suppose que ces dépôts recouvrent un
intervalle de iemps supérieur h trois millions d'années. 1) faut aussi noter que OZANSOY (1961) avait
observé ia superposition des dépôts fossilifères et l'antériorité de la faune dEsme-Akçakôy par rapport
à celle de Kemiklitepe.
A Kemiklitepe. le membre de Balçiklidere affleure sur une épaisseur de 25 m. De la base au
sommet on observe :
— une série sableuse (7 m) avec quelques rares bancs durcis, de couleur beige foncé ou gris.
Une mince couche cinérilique (environ 10 cm) et le gisement de mammifères KTD se situent dans la
partie supérieure de cette série.
— une série de marnes sableuses ou silleuses, de couleur blanchâtre ou beige (9 m). riches en
muscovite.
— 8 —
FIG. 1. — La carte géologique et la stratigraphie des formations néogènes des environs de Kemiklitepe (d'apres
ERCAN et al.. 1978, modifié). La localité à mammifères est indiquée par une étoile. 1) gneis du Massif de Mcnderes : 2)
dépôts de pente du membre de Merdivenlikuyu ; 3) sédiments fluvio-lacustres du membre de Balçiklidere ; 4) silis, argiles et
tuffîtes du membre de Gedikler ; 5) les volcanites (andésite, tuf. agglomérat) de Beydagi ; 6) formation lacustre d'Ulubey ;
7) dépôts lluviatilcs de la formation dAsarlepe ; 8) alluvions quaternaires.
The géologie Map and stratigraphy of Neogene deposits in the Usak Basin (after ERCAN et al., 1978, modified). The
Kemiklitepe mammal localilies are tndicated hy a star. J) gneis of Menderes Massif ; 2) scree deposits of the
Merdivenlikuyu Membcr ; 3) fluvio-lacustrine deposits ofthe Balçiklidere Member ; 4) silis, clays and tuffits of the Gedikler
Member : S) Beydagi volcanites ; 6) lacustrine déposas of the Vtubcy Formation.
— 9 —
— une série de rnaines beige-rose (5 m) souvent très compactée, avec des fréquents chenaux.
Les remplissages de chenaux forment des bancs gréseux très durs, avec surface d'érosion à la base. Un
de ces bancs, de couleur bleutée et épais de 0,5 m, contient des cristaux de biotite bien préservés. Vers
le sommet, deux niveaux distincts contiennent d’abondants restes de mammifères ; le premier est
inclus dans un banc de grès très compact (niveau à Hystrix) et le second, beaucoup plus riche que le
premier, se trouve au sommet de ce banc de grès ou s'étale latéralement dans les marnes beige-rose
(gisements de KTA et KTB), Dans ce niveau particulièrement riche en mammifères, les ossements
sont concentrés sous Tonne de poches qui affleurent tout autour de Kemiklitepe et dans les ravineaux
qui l'entaillent. Nous en avons observé plus d'une vingtaine, mais nous n'avons fouillé que deux
poches dans le secteur sud (gisement KTA) et trois autres dans le secteur nord-ouest (gisement KTB).
Les restes de mammifères récoltés en surface dans le secteur nord ont été regroupés sous l’appellation
KTC.
— une séné de sables marneuses peu compacte (4 m), de couleur rose-brun, qui se termine par
la terre végétale des champs.
Celte coupe a été levée dans le ravin principal, affluant de Balciklidere. qui entaille la colline de
Kemiklitepe. Son orientation est approximativement N 250°. Les poches fossilifères s'observent de
part et d'autre de ce ravin. La distance stratigraphique entre les niveaux fossilifères inférieur (KTD) et
supérieur (KTA. KTB, KTC) est de 15 m. Ces séries ne sont pas tectonisces et leur pendage est nul
ou au maximum 4° SE.
Des échantillons ont été prélevés des niveaux à cinérites en vue de datations radioisotopiques ;
ils ont été confiés à Gilles ODIN (Université P. el M. Curie). La séparation des éléments volcaniques,
en particulier des biotiles, à l’aide des liqueurs denses, a montré que ces sédiments contiennent aussi
des particules de moscovites, ceci niellant en évidence une contamination provenant du socle
cristallin. Ce phénomène rend hasardeuse toute tentative de datation par la méthode classique de fusion
de fraction séparée. Dès lors nous avons envisagé des datations par la méthode de fusion laser sur
cristal unique et, dans ce but, des échantillons ont été confiés en juillet 1992 à Car} SWtsHER
(Geochronology Cenler. Berkeley, USA). Au moment de la rédaction de ce manuscrit et de ceux
portant sur l'étude de divers groupes de mammifères, aucun âge radiométrique n'était disponible. Les
âges biochronologiques et les corrélations proposés par divers auteurs devraient donc être reconsidérés
dans l'avenir à la lumière des éventuelles datations radiométriques.
CONDITIONS DE FOSSILISATION ET FAUNAS
La lithologie de chacun de ces trois niveaux fossilifères est différente. Dans le niveau inférieur
(gisement de KTD) nous n'avons trouvé qu'une seule poche fossilifère. Le sédiment est un sable fin
beige-gris, très peu argileux, avec une granulométrie inférieure au millimètre pour ('essentiel, mais
aussi contenant quelques rares éléments millimétriques. Les os sont bien consolidés et en bon état de
conservation, parfois en connexion. Us sont de couleur blanchâtre. La liste des mammifères trouvés
dans ce gisement s'établit comme suit : Muchairodus aphunistus, Choerolophodon pentelicus,
Ceratotherium neumayri, Dicerorhinus pikermiensis, Chilolherium sp.. C persiae, Hipparion sp„ H.
mediterraneum, Pliohyrax sp Palaeoiragus rouetii. Sarnotherium sp., .S', major, Gazella sp.,
Protoryx parvidens, Palaeoreas elegans et Criotherium argaloides. Cette faune peut être attribuée au
Turolien inférieur (MN11),
Le "niveau à Hystrix'' consiste en un banc de grès très compact, épais de 2,5 m à
l’affleurement. Les os sont concentrés en poches dont l’épaisseur ne dépasse pas 20 cm. Ce niveau n’a
— 10 —
pu être fouillé en raison de la dureté de la roche, mais un palais d'/lysirix primigenia, à moitié dégagé
par l'érosion, a été récolté (voir SEN, ce volume),
Le niveau fossilifère supérieur présente sur le terrain une extension latérale bien plus
importante que les autres. Les fossiles sont conservés dans des poches (1-3 m de large et sur une
épaisseur de 0,5 m maximum) dans des marnes beige-rose plus ou moins consolidées. Les os, de
couleur blanchâtre, bien consolidés et rarement déformés, se trouvent fréquemment en connexion.
Cependant, de nombreux spécimens ont été cassés avant la fossilisation. De plus sur certains os, on
reconnaît aisément l'action des prédateurs, comme des traces de crocs ou des parties rongées. La faune
provenant de ce niveau (gisements KTA + KTB) comprend : llysirix primigenia, Pseudomeriones sp„
Orycteropus gandryi, Adcrocuta eximia, Lycyaena sp., llyaenoiherium wcmgi , ?lndarctos sp.,
Choerolophodon pente liens, Ceraiotherium neumuyri, Chilotherium sp., Htpparioft ef. ptoboscideum ,
H mediterraneum, H. malthewi. Ancylotherium cf. pentelicum, PHohyrax graecus, Palaeotragus
roueni, Gazella sp,, Oioceros wegneri, Prowryx laticeps, Palaearyx pallusi et Tragnportax amalthea.
L'opinion des divers spécialistes diverge sur l'âge de celle faune ; ils l'attnbuenl soit au Turolien
moyen soit au Turolien supérieur (MN12 ou MN13).
Ces niveaux fossilifères ne sont pas à priori favorables pour la conservation des restes de
micromammifères. Des tentatives de lavage-tamisage sur les sédiments de trois localités n'ont pas
donné de résultats satisfaisants. La dëfloculation des sédiments n'a pas été suffisante pour obtenir des
concentrés de lavage, bien que diverses méthodes eussent été essayées. Malgré cela, lors des essais,
deux dents d'un petit rongeur ( Psedomeriones sp.) ont été trouvées dans le gisement KTB.
MAGNÉTOSTRATIGRAPHIE
Le long du ravin principal qui traverse Kemiklitepe, une coupe de 25 m d'épaisseur a été
échantillonnée pour la magnétostratigraphie, sur 17 sites. Des blocs orientés à la boussole ont été
prélevés. La distance straligraphique entre divers sites ainsi que l'épaisseur' des couches ont été
mesurées soit directement soit calculées à l'aide d'une équation tngonométnque. Une attention
particulière a été accordée à l'échantillonnage de tous les principaux bancs lithologiques et à la
fraîcheur du sédiment échantillonné. La distance verticale entre deux sites de prélèvement n'excède pas
2,5 m Par ailleurs, trois autres blocs ont été pris dans les gisements fouillés (KTA, KTB et KTD).
Ces blocs ont été forés au laboratoire pour obtenir des carottes (0 25 mm) qui sont par la suite
divisées en échantillons de 22 mm de long. L'étude paléomagnétique a été effectuée au Laboratoire de
Paléomagnétisme et Géodynamique de l'IPG de Paris et 20 échantillons ont été désaimcnlés cl
mesurés au Laboratoire de Stratigraphie de l'Université Paris 6. Ces laboratoires sont équipés de
magnétomètres cryogéniques, respectivement de marques CTF et LETI, dont le seuil de sensibilité est
d’environ 0,01 mA/m.
Au total 46 échantillons ont été désaimantés par chauffe, au moins en quinze paliers, jusqu'à
l'étape de 600° ou 650°C. Pour 20 échantillons, l’évolution de la susceptibilité magnétique au cours
du traitement thermique à été contrôlée.. Sur six autres échantillons provenant de divers niveaux, un
test de l'acquisition de l'aimantation Témancntc (ARI) a été effectué.
Le mode d'acquisition de l’ARI montre que le principal minéral magnétique de ces sédiments a
une faible coercivité, avec un point de saturation proche de celui de la magnétite. Cependant, sur deux
échantillons, l'acquisition de l'ARl est plus lente, un peu au-delà de 0,3 Tesla. Ceci pourrait indiquer
la présence d'un minéral magnétique à forte coercivité, formé par une légère altération des sédiments
apres leur mise en place. Cette hypothèse est confirmée par la désaimantation thermique : dans
certains échantillons, la température de déblocage n'a pas été atteinte à 600 Ü C.
11
La plupart des échantillons ont une aimantation forte et stable. Les valeurs de l’aimantation
rémanente naturelle (ARN) varient de 2 à 54 mA/rn, avec une moyenne de 15 mA/m. Cependant, 25 à
50% de cette aimantation est détruite avant le traitement à 200°C ; cela démontre clairement que cette
fraction d'aimantation correspond à un minéral à faible coercivité, tel la goethitc, qui est la source
principale de l’aimantation visqueuse, ou bien est due à l'abondance des particules magnétiques de
petites dimensions et mobiles, De même, avant cette étape est détruite, aussi bien chez les
échantillons de polarité normale que l'inverse, une faible composante d'aimantation qui est clairement
une acquisition secondaire ; son orientation est difficile à identifier lorsque l'échantillon est de polarité
normale, les directions des composantes primaire et secondaire étant plus ou moins superposées. En
revanche, sur les diagrammes des échantillons de polarité inverse, cette composante se reconnaît
aisément en raison de sa polarité plutôt normale (fig. 2). Dans trois sites seulement, l'élimination de
cette composante nécessite des températures un peu plus élevées, mais en tout cas inférieures à 300°C.
Lors des étapes plus élevées, il y a en général une bonne reproduction des directions d'aimantation ;
UP/N
FIG. 2. — Un exemple caractéristique de désaimantation thermique pour six sues. Projection orthogonale sur le plan
horizontal (ronds noirs) et vertical (ronds blancs). Les températures en °C et le numéro du site sont reportés sur chaque
diagramme.
Characierisltc 2tjderveld plots of thermal demagnetization for samples from six sites. Orthogonal projection in
horizontal plan (black dots) and vertical plan (ulule dots). The charactcrisùc lemparalures in XI and the number of lhe site
are indicated on cach diagram.
— 12 —
sur la plupart des diagrammes, une succession des points pratiquement alignés permet d'identifier, avec
un bon degré de résolution, la composante primaire de l'aimantation (fig. 2). Pour tous les
échantillons, la direction de cette composante a été calculée à l'aide d'un programme informatique et
reportée sur la figure 3 sous forme de déclinaisons et inclinaisons en rapport avec la stratigraphie. Ces
données ont servi à calculer les latitudes du pôle géomagnétique virtuel (PG V) (fig. 5).
Une autre observation qui découle de celte étude est que la susceptibilité magnétique ne varie
pas notablement au cours de la désaimantation jusqu'à l'étape de 550°C. Mais, au-delà de ce palier, les
20 échantillons mesurés à cet effet montrent tous une baisse progressive de la susceptibilité. Cela
indique probablement la transformation progressive de la magnétite en hématite à des hautes
températures. Cela induit une certaine perturbation des directions d'aimantation lors des étapes
avancées de la désaimantation.
La polarité de l'aimantation primaire a été clairement identifiée dans tous les sites
échantillonnés, sauf un : c'est le site K.T-17 prélevé à la base de la coupe dans des sables marneux. Les
deux échantillons désaimantes montrent une aimantation très résistante (fig. 2) ; à l'étape de 550°C,
l'intensité chute brutalement, pour être nettoyée totalement à 600°C. Les directions d'aimantation
affichées avant cette chute sont en moyenne 55° pour la déclinaison et 25° pour l'inclinaison. Ces
données ne permettent pas de définir la polarité de ce site.
INCLINAISON
..
-90
90
PlG. 3. — Les déclinaisons el les inclinaisons de l'aimantation primaire en rapport avec la stratigraphie de la coupe
de Kemiklilepe Les emplacements des sites de prélèvements paleomagnéliques, ainsi que ceux des gisements de
mammifères sont indiqués à droite de la colonne straligraphique. Voir le texte pour la lithologie.
Déclinations and inclinations of llie primary characteristic magnétisation versus lithologie column of tlie Kemiklitepe
section The horizons sampled for ma g ne lie strattgraphy, as wcll as the location of mammal bearing horizons are reporter! on
the righl sicie of the section , Sec the leu for hthplogy.
— 13 —
Les directions de l'aimantation primaire sont notablement différentes de celles de l'ARN. En
effet, les diagrammes stéréographiques (fig. 4) montrent que dans la plupart des échantillons les
directions de l'ARN sont proches de celle du champ magnétique actuel ; en particulier, il faut noter la
présence de peu d'échantillons à polarité inverse. Les directions obtenues après désaimantation, avec
des polarités normales et inverses, sont amipodales (fig. 4b). Cela prouve d'une part l'identification
correcte des directions de l'aimantation primaire, et d'autre part une rotation anti-horaire de la région,
de l'ordre de 10-15°, depuis le Miocène supérieur. Ce dernier résultat corrobore les données déjà
existantes sur la géodynamique de la région (KISSEL ei al., 1987).
FIG. 4. — Projection sléréographique des directions de l'ARN (a) de 76 échantillons, et celles de l'aimantation
primaire (b) pour 46 échantillons désaimantés. Les directions intermédiaires concernent en majorité les échantillons du site
KT4 et des gisements fossilifères KTA et KTB.
Stcreographic plots o] the N RM directions for 76 samples (a) and of the characteristic rémanent magnétisation for 46
samples (bf The inlermediate directions shown in (b) mainly concern samples fram the site KT4 and front the mammal
localities KTA and KTIi
En conclusion, celte étude paléomagnétique met en évidence la succession de cinq zones de
polarités magnétiques dans la coupe de Kemiklitepe. De la base au sommet, une zone de polarité
normale (5 sites) sur 8 m, une zone inverse (2 sites) sur 3 m, une courte zone de polarité normale (2
sites) sur 3 m, une nouvelle zone inverse (2 sites) sur 5 m et enfin au sommet une zone normale (3
sites) sur 3 m. De plus, les deux dernières transitions sont représentées chacune par un site à polarité
intermédiaire. De môme, les échantillons prélevés dans les gisements fossilifères KTA et KTB
donnent aussi des polarités intermédiaires comme ceux du site KT-4 avec lequel il sont
lithologiquement corrélés.
Quant au gisement KTD. il est situé sur le liane est de Kemiklitepe, à environ 200 m de la
coupe échantillonnée pour la magnétostratigraphie. S'il est possible de le corréler avec la partie
supérieure de l'unité basale (série sableuse), sa position exacte dans cette coupe ne peut être précisée en
raison de changement latéral de faciès et de la discontinuité des affleurements entre les deux secteurs.
Les échantillons provenant de ce gisement montrent également une polarité normale avec des
propriétés magnétiques similaires aux sites KT- 14 et KT-15 (fig. 3 et 5).
— 14 —
Latitude du PGV
Polarités Echelle
|*3
\
12 \
N2 '
II
NI
F
; Ma
- Ç
C3n
J
C3r
:
-6
C3An
C3Ar
-7
C3B
mm
I
C4n
-8
C4r
C4An
-
-9
C4Ar
1
MN 13
MN 12
MN 11
FIG 5. — Latitude du pôle géomagnêltquc virtuel (PGV) calculée pour chaque échantillon désaimante et reportée
en rapport avec la stratigraphie La colonne de droite montre la succession des zones de polarité dans lu coupe de
Kemiklitepe et sa corrélation avec l'échelle gcomagnéûque (d'après CaNDE <&. KENT, 1992), Les ronds blancs indiquent les
échantillons provenant des gisements fossilifères KTA et KTB.
Latitude oj the Virtual geomagnetie pôle (PGV) [or each sumpte versus lithologie cotumn. At the right side are
reported the polarity succession in the Kentikhtejrc section and us corrélation with the geomagnetie polarity lime seule of
CANDE and KENT, 1992. Tlte white dois indicate samples la ken /rom ihe mammal loeahües KTA and KTB.
CORRÉLATION
Avant d'essayer de corréler ces polarités avec l'échelle des inversions géomagnétiques, il
convient de se poser deux questions :
1) ces cinq zones de polarité représentent-elles la totalité des épisodes correspondant à la durée
recouverte par cette coupe ?
2) quelle est la régularité du taux de sédimentation ou dans quelle mesure les épaisseurs des
zones de polarité reflètent-elles leurs durées respectives ?
A Kemiklitepe, nous avons affaire à une formation fluviaiile avec un cortège assez varié de
milieux de sédimentation : plaine d'innondation, banc de sable, chenaux et même quelques passages
marécageux. 11 est bien connu que. ce genre de dépôts se met en place d'une manière discontinue, à la
faveur des crues et des innondations, avec une alternance des phénomènes de sédimentation cl d'érosion
(ou d'arrêt de sédimentation) (voir BOGGS, 1987). Par ailleurs, la nature lithologique des bancs et leurs
épaisseurs montrent des différences évidentes d'un niveau à l’autre. Les surfaces d'érosion s’observent
clairement à la base des bancs de grès (chenaux), mais dans les autres parties de la section, il n'est pas
possible de discerner de discontinuité. Les données palcomagnétiques sont en faveur d'une certaine
continuité de la sédimentation, du moins dans la partie supérieure de la section. En effet, les deux
15 —
dernières transitions de polarité. N2-I2 et 12-N3 (voir fig. 5) sont représentées par des sites à polarité
intermédiaire (respectivement KT-7 et KT-4). En revanche, les deux autres transitions sont
apparemment bruutles puisque notre échantillonnage ne comporte pas de site intermédiaire dans cette
partie de la section. Les variations lithologiques et géométriques de faciès indiqueraient une
sédimentation discontinue mais sans lacune majeure et de vitesse irrégulière Pour répondre aux
questions ci-dessus, on peut donc dire que cette succession de polarités recouvre probablement la
totalité des inversions géomagnétiques survenues durant la mise en place de ces dépôts, mais leurs
épaisseurs respectives pourraient ne pas cire tout à fait corrélatives à la durée de chacune des périodes
de polarité (autrement dit, taux de sédimentation irrégulier).
La figure 5 montre la latitude du pôle géomagnétique virtuel tout au long de la coupe de
Kemiklitepe et la succession des zones de polarité obtenues et la portion de l'échelle des inversions
géomagnétiques (C'ANDE & KENT, 1992) entre 9,5 et 4,5 Ma. Le Miocène supérieur auquel
appartiennent ces dépôts se caractérise par une forte fréquence des inversions de polarité (CANDE &
KENT, 1992) et, de ce fait, plusieurs intervalles de cette échelle montrent des ressemblances avec la
succession de polarités de Kemiklitepe. Pour une tentative de corrélation, il faut d'abord rappeler les
données biostratigraphiques fournies par les mammifères.
Les faunes de mammifères de Kemiklitepe suggèrent l'attribution de ces dépôts au TuroHcn
(voir DE BONIS et al ., même volume). Le gisement de KTD est d'âge turolien inférieur (MN11) landis
que le niveau fossilifère supérieur (KTA-KTB) indique un âge plus récent (MN12), voire assez proche
des gisements tels que Samos Quarry A et Quarry 5 et Dytiko qui sont en général attribués au début
du Turolien supérieur (MN13). La distance stratigruphique entre les deux niveaux fossilifères de
Kemiklitepe (15 m). la nature de ces dépôts fluviatiles et l'absence de lacune de sédimentation notable
ne permettent pas d'envisager une différence chronologique importante entre les faunes de KTD et
KTA-KTB.
STE1NINGER et al. (1990) ont proposé une corrélation du Turolien (unités mammaliennes
MN11 à MN13) avec l'échelle géomagnétique d'après BERGGREN et al. (1985), Ils mettent cet étage
en parallèle avec l'intervalle de C3r-C4Ar.3 qui correspond dans cette l'échelle à la période entre 8,9 et
4,9 Ma. Il faut cependant rappeler que les calibrages radiochronologiques et/ou magnétostratigra-
phiques des gisements turoliens en Europe et dans le pourtour méditerranéen sont extrêmement rares.
Par exemple, il u'cxrste aucune datation précise de la limite vallcsienne-turoliennc : quant à la limite
turolienne-ruscinienne. elle est considérée équivalente à la limite mio-pliocène qui est calibrée à partir
des formations marines.
A partir de l'étude magnétostraiigrapluquc de la coupe de Gabriel en Espagne (elle concerne les
gisements de mammifères de Fucntc Podrida, Balneario, Venta del Moro et Fuente del Viso), OPDYKE
et al. (1990) om calibre, la limite MN11-MN12 de 7,2-7,3 Ma, d'après l'échelle gêomagnétique de
BERGGREN et al. (1985). Cette transition s’effecturait durant le Chron C4n 2 (voir fig 5). Le
nouveau calibrage de l'échelle géomagnctiquc par CANDE et KENT ( 1992) vieillit cet âge d’environ 0,5
Ma, le ponant à 7,7-7,8 Ma. Par ailleurs, en ce qui concerne la iimite MN12-MN13. les données
magnétostratigrapluques obtenues dans les coupes de Gabriel en Espagne (OPDYKE et al.. 1990) el de
Samos en Grèce (SEN & VALET, 1986) autorisent de placer cette transition proche de la base du
Chron C3An.2. soit à environ 6,3 Ma.
Ces données nous permettent de définir le cadre chronologique des faunes de Kemiklitepe. La
figure 5 présente la succession des polarités de notre section contre l'échelle géomagnétique de CANDE
et KENT (1992) En tenant compte de ces éléments de corrélation, deux hypothèses sont
envisageables :
1) Soit cette section comporte de grandes lacunes de sédimentation et, de ce fait, la polarité du
champ terrestre n'est enregistrée que de manière très discontinue. Une telle hypothèse ne permet
d'envisager aucune corrélation précise avec l’échelle géomagnétique. La présence de cinq zones de
— 16 —
polarité dans cette coupe qui ne mesure que 25 m d’épaisseur et l’écart d'âge important entre les deux
niveaux fossilifères seraient en faveur de cette hypothèse.
2) En revanche, étant donné que cette coupe ne présente pas de discontinuité majeure et que
certaines transitions de polarité sont représentées par des sites intermédiaires, on peut raisonnablement
penser que la sédimentation est relativement continue et que ces sédiments ont enregistré une
succession continue de polarités. Cette seconde hypothèse permet de suggérer la corrélation des
polarités de Kemiklitepe avec l’échelle géomagnétique. La plus forte ressemblance entre les
magnétozones de KcmikJitcpc et l'échelle géomagnétique est avec l'intervalle de C4n.2 - C3Bn (entre
7.8 et 6.8 Ma). Dans cette corrélation, la zone NI de Kemiklitepe correspond au Chron C4n.2 dont la
durée est de 7.89 à 7.64 Ma. Le gisement KTD se trouve à peu près au milieu de celte magnétozone.
Les zones de polarité plus récentes peuvent être corrélées avec des ebrons plus jeunes, à savoir C4n.l
et une partie du C3B Rappelons que cette partie de l'échelle comporte deux courts épisodes à polarité
normale dont la durée est de 35 mille ans chacun. Selon qu'on lient compte ou non de ces épisodes, la
partie supérieure de la coupe de Kemiklitepe (zone N3) correspondrait soit à l’épisode normal C3Br.2n,
soit à C3Bir (voir fig. 5), Ces corrélations attribuent respectivement un âge de 7.19 ou 6,90 Ma au
niveau fossilifère KTA+KTB.
Dans la figure 5, c'est l'hypothèse n° 2 qui a été retenue. Elle a l'avantage d'être en parfait
accord avec le calibrage proposé par d'autres auteurs pour la limite MN11-MN12, Cependant, cette
corrélation implique un taux de sédimentation de l'ordre de 3-4 cm/ka, ce qui est très faible pour des
faciès à dominante Ouvrable. De tels taux de sédimentation sont fréquemment observés dans les dépôts
marins et lacustres, mais les formations fluviatiles présentent en général des taux beaucoup plus
élevés (SEN, 1988). Des formations d'âge et de nature similaires à l’île de Samos ont donné un taux
moyenne de 12 cm/ka (SEN & VALET, 1986). Dans les formations fluviatiles des Sivaliks du
Pakistan, des taux variant entre 13 et 49 cm/ka ont été mesurés (JOHNSON et al., 1982).
A l’occasion de cette étude, nous n'avons exploré que les affleurements fournis par le ravin
principal qui entaille le secteur fossilifère de Kemiklitepe. Dans cette localité, il n'est pas possible de
lever une coupe plus étendue que celle étudiée. En revanche, dans ce bassin sédimeruaire, cette
formation fluviatile s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres, affleurant parfois sur plus de cent
mètres d'épaisseur. Cela pourrait permettre, à l’avenir, de découvrir d'autres gisements de mammifères
et de compléter les données bio- et magnétostratigraphiques.
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Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
2. Carnivores
par Louis DE BONIS
Résumé. — Les carnivores sont peu abondants à Kemiklitepe. Quatre espèces, trois Hyaenidae et
une Ursidae, ont été déterminées dans le niveau supérieur de cette localité (KTA et KTB) et une seule,
Machairodus aphanislus , dans le niveau inférieur (KTD). Cette dernière pourrait indiquer un âge vallésien ou
turolien inférieur.
Mots-clés. — Carnivora, Miocène supérieur, Kemiklitepe, Turquie.
Abstract. — The carnivores are pooriy represented in the locality of Kemiklitepe. Four species,
three hyaenids and one ursid, are présent in the upper level and onc, Machairodus aphanistus, in the lower
one. M. aphanistus would indicate a Vallesian or Early Turolian âge.
Key words. — Carnivora, Latc Miocene, Kemiklitepe, Turkey.
L. DE BONIS, Université de Poitiers, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés et Paléontologie Humaine, 86022 Poitiers
cedex, France.
INTRODUCTION
Le site de Kemiklitepe (Esme, Usak, Turquie) a été signalé pour la première fois par
YALÇINLAR (1946). Il a donné lieu par la suite à quelques publications (OZANSOY, 1961 ; 1969 ;
CRUSAFONT, 1957 ; BECKER-PLATEN cl ai, 1975a et h ; TUNA, 1985) mais, à l'exception de
quelques dents d'Hipparion, les fossiles n'avaient jamais été décrits ni figurés. Deux campagnes de
fouilles (1989 et 1990) ont permis de récolter un materiel original et surtout de montrer qu'il existait
en fait deux niveaux fossilifères bien distincts et séparés par plusieurs mètres dans la colonne
stratigraphique. Le niveau supérieur correspond aux sigles KTA et KTB et l'inférieur à KTD.
L'ordre des Carnivora est assez mal représenté dans ces sites à la fois en nombre d'espèces, cinq
seulement, en nombre d'individus et en ce qui concerne la qualité du matériel. Le faible nombre de
journées de fouilles sur les différents sites de cette station est certainement responsable de cet état de
fait. Toutes les formes que nous avons exhumées sont de taille moyenne ou grande, les petits
carnivores sont absents et en particulier les mustélidés.
— 20 —
Adcrocuta eximia (Roth et Wagner. 1854)
Cette espèce est représentée par une hémimandibule droite édentée (KTB 91) montrant les
alvéoles de la canine et de Pi et les racines des autres dents jugales avec quelques fragments de
couronne (pl. I, 1). La branche horizontale est haute (51 mm sous Mj) et robuste. Les prémolaires
étaient resserrées les unes contre les autres, relativement courtes et probablement trapues. La
carnassière, d’après ses vestiges, atteignait la taille moyenne de A. eximia ; le lalonide est net et on
peut y voir un hypoconide réduit mais coupant qui domine un petit bassin limité à l'intérieur par la
crête entoconidienne.
A. eximia est sans doute le hyénidé le mieux représenté dans le Miocène supérieur. On le
rencontre depuis l'Europe de l'Ouest jusqu’à la Chine. Malgré une certaine plasticité, l'espèce conserve
une grande homogénéité. Elle est surtout présente dans les sites datés du Turolien mais elle a aussi été
signalée dans le Vallésien (BONIS et KOUFOS, 1981).
Lycyaena sp.
Un fragment de mandibule portant des fragments de racines et de couronne de P 4 , une
carnassière bien conservée et la racine de M 2 se rattachent aux hyénidés de taille moyenne à denture
coupante (pl. I, 2 )
DESCRIPTION
D'après ses racines, la P 4 devait être longue mais pas très massive. Mi présente un trigonide
largement ouvert avec un métaconide réduit en position reculée dans la partie linguale la plus
postérieure du protoconide. La face postérieure de ce mctacomde est munie d'une petite crête verticale.
Le lalonide est relativement court : on y trouve un hypoconide tranchant situé dans la partie médiane
et qui fait suite à la petite crête postérieure du métaconide. L'entoconide se résume à un rebord terminé
distalement par un minuscule tubercule. En arrière de l'hypoconide et de l'entoconide, une crête basse
limite une minuscule dépression. D'après son alvéole, la devait être extrêmement réduite. La
branche horizontale est gracile (hauteur sous Mj - 26 mm) pai rapport à la taille de la carnassière bien
qu'il s'agisse d'un animal jeune mais déjà adulte. KTB 24 sc distingue des "ictithères" classiques dé¬
taillé voisine ( Ictitherium , Hyaenolherium, Hyaenictitherium ou Thalassiciis ) par l'allongement de
P 4 , l'ouverture et la hauteur du trigonide de la carnassière dont le paraconide est plus bas que le
protoconide. la forte réduction du métaconide et du taiomdc ainsi que par la structure de ce dernier. La
mandibule est également plus gracile relativement à la taille de la MpLes affinités de notre fossile le
rapprocheraient plutôt des Hyaenidae à denture plus coupante. Palinhyaena, Hyaenictis, Lycyaena,
Leecyaena ou Chasmaporthetes.
Le genre Palinhyaena est représenté par deux espèces : P. reperia (espèce-type) et P. imbricala
qui ne différerait de la précédente que par quelques détails mineurs. La P 4 est plus courte, par rapport à
la carnassière ; le métaconide de Mi est bien réduit mais il est en position plus antérieure et
l'entoconide est mieux marqué.
Chez Hyaenictis , la P 4 est moins longue vis-à-vis de la Mj, la réduction du métaconide de Mi
est poussée encore plus loin et le talonide de cette carnassière est un peu plus long et a une structure
différente : l’hypoconide, également allongé, est situé dans une position plus vestibulaire et
21 —
l'entoconide est presque aussi élevé que lui. Tous ces caractères éloignent Hyaeniclis du carnivore de
Kemiklitepe.
Chasmaporthetes et Euryboas diffèrent de KTA 24 par l'absence complète de métaconide sur la
carnassière inférieure ; le talonide de la même dent est réduit avec un hypoconide allongé et tranchant.
L'entoconide semble avoir un développement variable selon les espèces ; il est absent chez C. kani
mais encore présent, bien que faible, chez Euryboas sp., d'Afrique du Sud (HENDEY, 1978, fig. 6A).
Chez cette dernière espèce, l'hypocontde est en continuité avec une minuscule crête qui parcourt la face
distale d'un renflement qui pourrait être un vestige à peine visible de métaconide. Cette dernière
structure pourrait constituer un état dérivé vers une fonction de plus en plus tranchante par rapport au
carnivore de Kemiklitepe,
Lyryaena chaeretis (Gaudry, 1861) du Miocène supérieur de Pikenni (Grèce), espcce-type du
genre, possède une carnassière inférieure qui rappelle celle de KTA 24, On y retrouve la même allure
générale du trigonidc mais avec un bourrelet angulaire externe mieux marqué le long du paraconide.
Le métaconide occupe la même position et présente le meme degré de réduction. Mais, sur la pièce
grecque, l'arête de l'hypoconide vient buter au milieu de la face postérieure du protoconide et ne
prolonge pas le métaconide. En outre le rebord interne du talonide est plus large cl l'entoconide mieux
développé.
En fait aucune des espèces examinées ne restitue exactement les traits relevés sur notre
échantillon. Ce dernier se range certainement parmi les hyénidés à denture coupante mais c'est avec un
certain nombre de réserves que nous l'attribuons à Lycyaena sp. Un complément de matériel sera
nécessaire pour confirmer, infirmer ou préciser cette détermination.
Hyaenotherium wongii (Zdansky, 1924)
Trois fragments de mandibules provenant de KTA et KTB appartiennent à des ictithères d'assez
grande taille. Leurs caractères morphologiques très voisins permettent de les ranger dans une même
espèce. Les ictithères forment un groupe complexe qui contient une demi-douzaine de genres assez
proches les uns des autres. Les traits distinctifs sont parfois assez minces et leur taxonomie reste
passablement embrouillée, les mêmes auteurs ayant fréquemment changé d'opinion au tri des
publications ce qui ne simplifie pas le problème Dans ce travail nous suivrons essentiellement la
révision récente de WERDELIN et SOLOUNIAS (1991 ).
DESCRIPTION
KTA 23 est un fragment de mandibule avec la portion postérieure de la branche horizontale
gauche jusqu'à la fosse massetérique et portant Mi et la racine de Mi (pi, II, 3). La carnassière
présenle une usure moyenne sur les faces labiales supérieures du paraconide et du protoconide ainsi que
sur le talonide. Le trigonide est bas et la hauteur des deux principales cuspidcs, paraconide et
protoconide, est peu différente, la seconde l'emportant légèrement. Le métaconide est détaché du
paraconide mais il reste encore important et se situe à la hauteur de la moitié postérieure du
protoconide. Le talonide. bien développé, est bas et il est muni de trois cuspides distinctes ;
l'hypoconide est allongé, l'entoconide conique est bien séparé du métaconide tandis que l'hypoconulide
reste bien distinct. En avant de ce dernier s'étend une petite fosse talonidiennc triangulaire. Le
cingulum vestibulaire esl présent quoique assez peu développé au niveau du trigonide. KTB 5 est un
fragment de branche horizontale droite avec M] (pl. II. 2). A peu près au même stade d'usure que KTA
— 22
23, la carnassière présente exactement les mêmes caractères auxquels il faut ajouter un faible bourrelet
cingulaire lingual au pied du paraconide.
KTB 90 est le spécimen le plus complet que nous possédions. 11 s'agit d'une branche
horizontale droite à laquelle manque une portion de la partie centrale (pl. Il, 1). La partie antérieure a
conservé les racines des incisives et de la canine, l'alvéole de Pj, Pt et P3. La partie postérieure porte
M) et la racine de M2. Les dents présentent peu de traces d'usure.
Les racines des incisives sont très aplaties dans le sens mésio-distal, très resserrées et se
chevauchant partiellement. Leur taille croît de 11 à I3.
La racine de la canine a une section elliptique avec un grand axe oblique par rapport à la rangée
des dents jugales. Sa face rnésiale est au contact de la face distale de I3.
L'alvéole de Pj, petit et arrondi, est séparé de la canine par un diastème de 5,5 mm. P2 est
basse avec une couronne asymétrique. Elle présente un faible cingulum antérieur qui porte une cuspide
accessoire minuscule. 11 existe un tubercule accessoire postérieur. P3 est moins asymétrique que la
dent qui la précède. Elle est munie d’un faible bourrelet cingulaire au pied de l’arête antérieure. La
cuspide accessoire postérieure est bien développée.
Mi présente ia même morphologie générale que sur KTA 23 et KTB 5 si ce n’est que le
cingulum labial est mieux marqué au niveau du trigonide. L'alvéole de M2 est de petite taille.
COMPARAISONS
a — Ictitherium Wagner, 1848
C’est le prototype des "ictithères" et le genre le plus anciennement décrit. Il diffère des
spécimens de Kemiklitepe par le talonide plus important par rapport au trigonide et l’allure plus
"piquante" des cuspides de M|.
b — Plioviverrops Kretzoï, 1938
Toutes les espèces de ce genre sont nettement plus petites que les pièces étudiées ici. En outre,
le développement du talonide. la taille plus grande du métaconide et l’aspect "piquant" de la carnassière
le séparent de nos spécimens. Pour des raisons voisines on peut aussi écarter Protictitherium ,
Tungurictis ou Tongxinictis.
c — Thalassictis Gervais ex Nordmann, 1850
Sur l’unique espèce décrite, T. robusla, la carnassière est différente de celles de Kemiklitepe par
un protoconide plus élevé et un talonide plus important avec des tubercules mieux détachés et plus
élevés.
d — Hyaenictitherium Kretzoï, 1938
Ce genre a été créé pour "tciltherium" hyaenoides Zdansky, 1924. 11 se caractérise par sa
robustesse générale, ses prémolaires à la fois hautes, relativement courtes et puissantes et par une M2
très petite. Ces caractères, à l’exception peut-être du dernier, ne se retrouvent pas sur notre matériel.
e — Miohyaenotherium Semenov, 1984
Ce genre a été défini par quelques traits qu’il est impossible d’observer sur les pièces de
Kemiklitepe : profil latéral du rebord du méat auditif externe, allure du processus paroccipital ou du
— 23 —
bord inférieur de la mandibule. Pour WERDELIN et SOLOUNIAS (1991) l'espèce-type M. bessarabicum
pourrait être rapprochée de Hyaenictitherium.
f — Belbus Werdelin et Solounias, 1991
Le genre repose sur une espèce dont l'holotype est une mandibule de Samos, décrite d'abord
sous le nom de Hyaena sp. (BEAUMONT, 1968) puis de Lycyaena dubia (Beaumont, 1969a) avant
d'être considérée comme une espèce nouvelle : Hyaenictis beaumonti Qiu. 1987. Cette mandibule
diffère de nos spécimens par des prémolaires plus larges, surtout P 3 , avec une arête antérieure
convexe. La carnassière possède aussi un protoconidc plus élevé par rapport au paraconidc et un
métaconide plus réduit
g — Palhyaena Gervais, 1846
L'espèce-type de ce genre, P. hipparionum , est fondée sur un maxillaire, provenant du gisement
du Luberon, signalé par GERVAIS (1846) et figuré par le même auteur (1848-52, pl. 12, fig. 1). Mais
cette pièce, qui devrait être conservée au musée Requien d’Avignon, n'a jamais été retrouvée. En
l'absence donc d'holotype, l'espèce ne peut être maintenue et le genre doit être considéré comme un
nomen nudum (SOLOUNIAS, 1981 ; WERDELIN, 1988b : WERDELIN et SOLOUNIAS, 1991).
h — Hyaenotherium Semenov, 1989
Ce genre monospécifique a pour espèce-type H. wongii (Zdansky, 1924). Connu par un
matériel abondant dans le Miocène supérieur de Chine, il a été retrouvé en Grèce, en Ukraine et en
Iran. Les prémolaires inférieures de H. wongii sont identiques à celles de KTB 90 déentes ci-dessus ;
les proportions, la taille relative des cuspides accessoires ne diffèrent en rien, La hauteur des deux
principales cuspides du tngomde, paraconide et protoconide. est la même, la réduction du métaconide
tout à fait semblable, les proportions du talonide et la hauteur de ses cuspides sont aussi très voisines
(pl. II. 1 ). C'est à l’espèce H. wongii qu'il faut rattacher les trois mandibules de Kemiklitepe.
Machairodus aphanistus (Kaup, 1833)
Une dizaine d'espèces de Machairodus ont été décrites dans le Miocène supérieur aussi bien en
Eurasie qu'en Amérique du Nord. 0 s'agit de félins de grande taille mais avec des variations assez fortes
qui peuvent porter sur les dimensions générales ou sur la longueur relative de la canine supérieure.
Une révision des espèces eurasiatiques (BEAUMONT, 1975) ne conserve que deux espèces. Machairodus
aphanistus (Kaup) dans le Vallésicn et M. giganteus (Wagner) dans le Turolien, La première, espèce-
type du genre, a été décrite originellement à partir de spécimens provenant du gisement d'Eppelsheim
(Allemagne) et la deuxième espèce a été décrite sur un spécimen du Turolien de Pikermi (Grèce).
Les deux espèces se distinguent par une série de caractères qui correspondent à un degré évolutif
plus avancé dans le sens "machairodonte" pour M. giganteus. Sur la mandibule les incisives et les
canines sont disposées sur un arc de cercle assez loin de P 3 . La canine est plus réduite et plus
incisiforme. Il n'y a jamais de P 2 . Les tubercules accessoires de P 4 sont plus hauts, plus grêles et
l'ensemble formé par la cuspide principale et les deux postérieures est souvent incliné vers l'arrière. La
carnassière a un protoconide relativement plus allongé et moins renflé du côté postéro-labial, la
largeur maximale, de la dent est plus antérieure ; le talonide, ou l'ensemble métaconide-talonide, est
plus réduit. A la mâchoire supérieure. P 4 présente un préparastyle plus net et un ensemble
— 24 —
préparastyle-paraslyle relativement plus long. Le métastyle esl egalement plus allongé. Le protocône
est faible, parfois à peine marqué par un léger renflement, et plus reculé.
Le môme auteur (BEAUMONT, 1978) reprenait un peu plus tard le problème des félins
machairodontes et proposait de suivre, au niveau subgénérique, le découpage des genres proposé par
KRETZOÏ (1929) et SCHMIDT-KJTTLER (1976) avec Miomachairodus pour les formes les plus
anciennes, Machairodus pour les sites classiques du Vallésien d’Europe et Amphiniachuirodus pour
l'unique espèce giganteus ; il envisageait egalement une filiation directe entre ces trois sous-genres.
D'un point de vue chronostratigraphique on peut dire cependant que l'espèce-type du genre, ou sous-
genre, Miomachairodus (M pxeudailuroidesJ provient du gisement d'Esme-Akçakoy (Turquie) attribué
au Vallésien. C’est dire que son âge ne doit pas être très différent de celui de M. aphanistus. D’un autre
côté, les variations observées, la difficulté d'établir une césure nette entre certains ensembles nous
inciteraient plutôt à ne pas prendre en compte pour l'instant le découpage subgénérique. C'est d'ailleurs
la solution que le même auteur préconisait récemment (BEAUMONT, 1990).
DESCRIPTION
Le matériel dont nous disposons provient de KTD, niveau inférieur de Kemiklitepe, et se
compose des restes d'un crâne qui devait être complet mais était malheureusement partiellement détruit
par l'érosion lors de sa découverte. Ne subsistent qu’une partie de l’amère-crâne (pl, IV), un fragment
de maxillaire droit portant P--M 1 (pl, III, 2) auquel on peut ajouter une canine gauche isolée trouvée
à proximité (pl. 1, 3). Une mandibule avec ses deux branches horizontales, les deux condyles et le
rameau ascendant droit (pl. III, 1) ; les dénis sont réduites, du côté droit, aux racines des incisives, de
la canine et de la Pr. à des fragments de P 3 et P 4 et à la carnassière presque complète, et du côté
gauche aux racines de la canine et des dents jugales.
Crâne
Il existe peu de points de comparaison dans le matériel européen sinon un crâne juvénile
provenant de Samos (BEAUMONT, 1975) et le crâne de Taraklia décrit par R1AB1NIN (1929). Le
Turolien de Chine a fourni en revanche plusieurs spécimens bien conservés (ZDANSKY, 1929 ;
CHANG HSI-CH1H, 1957).
Face inférieure
Les cavités glénoïdes sont allongées et creusées en gouttière comme chez un grand félin
actuel : elles sont un peu plus larges mais moins que chez un homothère du Villafranchien. Le départ
de l'arcade zygomatique droite montre que les fosses temporales étaient relativement larges et que les
muscles temporaux étaient encore bien développés, mieux que chez Homotheriim neslianum ou H.
crenatidens. Le foramen ovale s'ouvre en arrière de l'orifice postérieur du canal de l’ahsphénoïde et le
foramen rond débouche au niveau de l'ouverture antérieure du canal. Ce dernier a disparu chez les félins
modernes comme chez les homothères villafranchiens. La disposition des foramens est également
différente chez ces derniers où la surface qui conduit vers le tmu déchiré antérieur est si inclinée que la
lumière du foramen ovale est onentée vers l'avant, si bien que ce foramen est à peine visible en vue
inférieure, La portion conservée des apophyses pterygoïdes montre qu'elles étaienl robustes, beaucoup
plus que chez un lion ou un tigre. La face inférieure du basioccipilal a les mêmes proportions que chez
un félin ordinaire alors qu'elle est rétrécie chez les homothères mais, comme chez ces derniers, les
muscles droits de la tête s'inséraient sur des tubercules très marqués sur la portion antérieure du
basioccipital, Le foramen est proche du trou déchiré postérieur mais il en reste détaché ce qui n’est le
— 25 —
cas ni chez les félins actuels ni chez les homothères. La bulle tympanique gauche est partiellement
préservée ; un septum intra-bullaire est bien visible depuis l'angle antéro-interne de la bulle jusqu'au
contact avec l’apophyse mastoïde ; des traces osseuses le long du contact avec la mastoïde pourraient
être les vestiges d'un autre septum isolant la portion postérieure de la bulle comme chez H nestianum
(Bonis, 1976). Cette bulle est moins étirée dans le sens antéro-postérieur que celle des homothères et
rappelle davantage celle des félins actuels. L'apophyse mastoïde est très développée et inclinée vers
l’avant, comme il est normal chez un félin machaïrodonte, et sa base élargie montre de fortes
empreintes pour l'insertion des muscles sterno-cleido-mastoïdiens, cependant la face inférieure ne
dépasse pas vers le bas le plancher de la bulle tympanique comme c'est le cas chez les homothères.
En vue latérale, on note que l'apophyse glénofdc est très allongée, environ 2 cm. mais un peu
moins que chez Homotherium, comme elle est moins dirigée vers l'avant.
Mandibule
De la taille de celle d'un lion, la mandibule présente une face antérieure plane et inclinée vers le
haut et l avant. II n'y a pas d'apophyse mentonnière individualisée mais deux crêtes mentonnières
latérales suivies d'une dépression. En vue latérale, la partie supérieure qui correspond aux racines des
incisives est à peine visible en vue latérale, ce qui indique que les dents antérieures sont situées moins
en avant que chez M. giganteus (Beaumont, 1975). La branche horizontale, analogue à celle des félins
modernes, est plus basse que chez les homothères. L'apophyse coronoïde. un peu plus basse que celle
d'un tigre ou d'un lion, est loin d'atteindre le degré de réduction connu chez Homotherium ou
Dinobastis. La fosse, massetérique, importante, est particulièrement creusée sous la branche montante
et en arrière juste devant le condyle ; elle indique un fort développement du masseter dans cette région,
qui pourrait compenser l'abaissement de l'apophyse coronoïde. Le condyle. tronconique et étiré
transversalement, a un diamètre plus faible que celui d'un homothère de taille correspondante.
Dans l'ensemble cette mandibule présente des traits machairodontes accusés, surtout dans sa
portion antérieure, mais sans atteindre le degré de spécialisation des genres villafranchiens.
Denture supérieure
La couronne de la canine isolée (KTD 66) a été brisée anie-mortem et présente des traces
d'usure sur les cassures ; on ne peut préjuger de sa longueur mais la racine est relativement courte.
Dans le matériel de Chine décrit par ZDANSKY (1929). il existe des différences importantes sur la
longueur des canines. Si ces pièces appartiennent à ta seule espèce M. giganteus (Beaumont, 1975),
la variation individuelle, peut-être liée au sexe, serait considérable. L'indice d’aplatissement (diamètre
vestibulo-lingual/diamètre mésio-dislal) atteint 0,44. Cet indice est de 0.48 sur une canine de M.
aphanistus du Vallésien de Montredon et varie de 0,38 à 0,45 chez M, giganteus (Beaumont. 1975).
Le félin de Kemiklitepe se place donc près de la limite supérieure de variation de M. giganteus.
Un diastôme de 11.6 mm sépare C de P 3 . Cette dernière ne monde que sa portion postérieure
avec un tubercule accessoire suivi d'un petit ressaut cingulaire. P 4 est longue avec un préparastyle dès
faible ; cette cuspide est beaucoup mieux marquée sur les pièces de Pikenm ou de Chine aldibuées à
M. giganteus. Le parastyle et le mélastyle sont bien développés. Le protocône, situé à l'aplomb de la
séparation ende parastyle et amphicône, saille fortement, beaucoup plus que chez M. giganteus. M 1
est allongée transversalement et présente une large facette d'usure verticale sur sa face antérieure. Elle
est un peu plus développée que chez M giganteus.
— 26 —
Denture inférieure
Les incisives sont plus resserrées que sur les spécimens de M. giganteus ou M. "palanderi". La
taille de la canine la place entre les deux espèces M. aphanislus et M. giganteus. L'alvéole de la P 2
existe du côté droit mais non du côté gauche. P 3 est petite avec deux tubercules accessoires antérieur
et postérieur. La largeur maximale de Mi est située dans la portion postérieure de la dent. Le talonide,
ou plus précisément l'ensemble métaconide-talonide, est bien développé, beaucoup plus que chez M.
giganteus.
CONCLUSION
Le félin machairodonte de Kemiklitepe présente toute une série de caractères que l'on retrouve
chez M. aphanislus et qui sont primitifs par rapport à ceux qui existent chez M. giganteus. y compris
les espèces chinoises M. "palanderi" et M. "tingii". On peut noter :
— le faible préparastyle et le fort protocône de P 4 ;
— la plus grande taille de M 1 ;
— les incisives inférieures moins avancées et moins fortes ;
— le vestige d'une P 2 ;
— l'ensemble métaconide-talonide plus important ;
— l'apophyse coronoïde de la mandibule moins réduite.
Nous attribuons donc cette forme à A/ aphanislus. Celte dernière espèce a été décrite dans le
Vallésien d'Europe. Il serait donc possible que le niveau de KTD appartienne à cet étage.
D’autres machairodontes de grande taille ont été décrits dans le Miocène supérieur de Turquie.
M. pseuduelurotdes (Schmidt-Kittler, 1976. fig. 116) d'Esme-Akçakôy possède une carnassière plus
courte avec un protocône en position plus antérieure, deux caractères primitifs. En revanche, la P 4 de
Mahmutgazi (SCHMIDT-K1TTLER, 1976, fig. 117) paraît voisine de celle de Kemiklitepe. SENYÜREK
(1957) a décrit une espèce nouvelle de machairodonte sous le nom de Eptmachairodus romeri à partir
d’un crâne raisonnablement complet du gisement de Küçiikyozgal (Turquie). Les caractères relevés sur
le crâne et la denture rappellent beaucoup ceux de KTD 63. Il nous semble que ces deux formes
doivent être rapportées à la même espèce M. aphanislus.
? Indarctos sp.
Deux incisives supérieures de grande taille, I 2 (KTA 162) et I 3 (KTA 161), peuvent être
rapprochées d’un ursidé du groupe d'Agriotheriurn.
I 2 a une couronne haute, presque symétrique, la face vestibulaire est lisse avec un petit
décrochement prolongé par un court sillon vertical du côté distal. Le tubercule principal est usé et
présente une section ovalaire à grand axe mésio-distal ; il est flanqué lingualement de deux tubercules
accessoires basaux dégale importance, eux-mêmes légèrement usés et séparés par un fort sillon. La
racine est très aplatie mésio-distalement avec une dépression longitudinale distale (pl. III, 4).
I 3 , bien plus grande que I 2 , est dissymétrique : le tubercule principal a une extrémité conique.
La portion mésiale de la couronne est courte alors que la distale est plus haute et plus large. Sur la
face linguale, un sillon vertical sépare une côte mésiale du reste de la couronne ; cette côte se poursuit
le long du collet par un cingulum à peine marqué. Il existe une petite facette distale de contact. La
— 27 —
racine est moins aplatie que celle de et présente une dépression mésialc depuis le collet jusqu'à
l'apex de la racine (pl. LU, 3).
La I 2 d'Agriotherium (QIU et SCHMIDT-KITTLER, 1983 ; HENDEY, 1980) présente des
tubercules internes non symétriques, le distal étant très réduit. Les I 2 -I 3 d 'lndarctos (ZDANSKY,
1929 ; pl. 4, fig. 1, 2 ; pl. 5, fig. 7-8) sont assez proches des incisives de KTA ; la deuxième
incisive semble présenter le même degré de symétrie. Les mensurations sont également voisines de
celles d'indarctos sinensis Zdansky. C'est peut être à cette dernière espèce qu’il serait possible de
rattacher nos spécimens mais la prudence s'impose devant la pauvreté du matériel.
Tableau I. — Mensurations des dents inférieures des carnivores de Kemiklitepe.
(L : longueur ; 1 : largeur ; L2 : longueur des trigonides)
Ci
L 1
P 2
L 1
P3
L 1
P 4
L 1
L 1 L2
KTA23
19.0 14.0 8.7
KTA24
(21.0)
23.5 18.7 10.3
KTB5
18.9 13.4 8.4
KTB 90
11.6 6.0
14.4 7.0
20.3 14.8 8.9
KTB91
29.9
KTD63
20.1
18.0
(23.5)
31.2
Tableau II. — Mensurations des dents supérieures des carnivores de Kemiklitepe.
(L : longueur ; 1 : largeur)
I 2
I 3
Cs
P 3
p4
M 1
L 1
L 1
L 1
L 1
L 1
L 1
KTA161
9.9 16.2
KTA162
16.1 18.0
KTD63
22.7
40.0 19.0
7.0 12.0
KTD66
31.7 13.2
CONCLUSIONS
Le matériel de carnivores de Kemiklitepe est peu abondant et souvent fragmentaire. Nous avons
pu cependant y déterminer cinq espèces dont quatre dans les niveaux supérieurs KTA et KTB. Les
Hyaenidae sont majoritaires avec trois espèces. Pour autant que l'on puisse en juger, deux d'entre eux
ne paraissent pas différer de façon significative des types classiques du Turolien. M. aphanistus est le
seul carnivore de KTD. Sa morphologie, relativement primitive, indique un niveau plus ancien. On ne
connaît pas grand chose des niveaux de transition entre les deux "étages" mammalogiques du Miocène
supérieur pour ce qui concerne ces grands carnivores mais on pourrait admettre pour la localité KTD
un âge Vallésien ou Turolien inférieur.
Il ne fait pas de doute que des recherches complémentaires sur cette série de sites devraient nous
apporter des renseignements inédits qui permettraient de préciser davantage le niveau biostratigraphique
de ces formations.
— 28 —
Remerciements
Les photos et dessins qui illustrent cet article sont dus à C. SlCARD. Le manuscrit a été préparé par
G. Florent.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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PLANCHE I
1 —Adcrocuta ex mu a, hémimandibule droite en vue latérale (Pj-Mi). Kemiklitepe - KTB 91.
2 — Lycyaena sp., hémimandibule gauche (Mj) : a, vue médiale ; b, vue latérale. Kemiklitepe - KTA 24.
3 — Machairodus aphanistus, canine supérieure droite en vue mésiale. Kemiklitepe - KTD 66.
1. Adcrocuta eximia : right hemimandible in latéral view (P2 J l (KTB 91). —2. Lycyaena sp., left hemimandible
(Mj) : a, médial view ; b, latéral view (KTA 24). — 3. Machairodus aphanistus, right upper canine in mesial view (KTD
66 ).
PLANCHE II
Hyaenotherium wongii
1 — Hémimandibule droite (C, P 2 -P 3 . M[) : a, vue latérale ; b, vue médiale. Kemiklitepe - KTB 90.
2 — Hémimandibule droite (Mj) : a, vue médiale ; b, vue latérale. Kemiklitepe - KTB 5.
3 — Hémimandibule gauche (Mj) : a , vue médiale ; b, vue latérale. Kemiklitepe - KTA 23.
Hyaenotherium wongii : 1. Right hemimandible (C, P 2 , Py, Mj) : a, latéral view ; b, médial view (KTB 90). —2
Right hemimandible (M 1 ) : a, médial view ; b, latéral view (KTB 5). — 3. LefI hemimandible (Mj) : a, médial view ; b
latéral view ( KTA 23).
PLANCHE II
3a
— 36 —
PLANCHE III
1 — Machairodus aphanislus, hémimandibule droite (C cass., P 3 -M 1 ), vue latérale. Kemiklitepe - KTD 63.
2 — Machairodus aphanislus, fragment de maxillaire droit (P^-P^) : a, vue latérale ; b, vue occlusale. Kemiklitepe
- KTD 63.
3 — Vndarctos sp., troisième incisive supérieure gauche : a, vue mésiale ; b, vue distale. Kemiklitepe - KTA 161.
4 — Vndarctos sp., deuxième incisive supérieure gauche : a, vue mésiale ; b, vue distale. Kemiklitepe - KTA 162.
1. Machairodus aphanistus, right hemimandible (broken C, Pj.Mj), latéral view (KTD 63). —2. Machairodus
aphanistus, right maxilla (P^-P 4 ) : a, latéral view ; b, occlusal view. (KTD 63). — 3. ?Indarctos sp., left third upper
incisor : a, mesial view ; b, distal view (KTA 161 ).— 4. /’lndarctos sp., left second upper incisor : a, mesial view ; b,
distal view ( KTA 162).
PLANCHE III
— 38
PLANCHE IV
Machairodus aphanistus, base du crâne en vue inférieure. Kemiklitepe - KTD 63.
Machairodus aphanistus, posterior skull in inferior view (KTD 63).
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n° 1 : 41-80.
The late Miocene mammal localities of Kemiklitepe, Turkey :
3. Equidae
by George D. KOUFOS and Diniitris S. KOSTOPOULOS
Abstract. —The localities of Kemiklitepe are situaled 15 km eastern of Esme (Usak province,
Turkey). Two different fossiliferous levels were found and enough fossils hâve been unearthed Among them
the hipparions from the upper fossiliferous level are a lot, while in the lower cine the available hrpparion
remains are few. In the lower fossiliferous horizon (locaîity KTD), 11. mediterraneum and a small-sized
hipparion nnmed Hipparion sp. hâve been found. In the upper fossiliferous level (localities KTA-KTB KTC),
H. mediterraneum, H. matthewi and a large-sized form with similarities lo H. proboscideton hâve been
found. The companson of the KTA-KTB hipparions with those from othcr localities, as well as their
morphological features iudicale a middle-late Türolian âge, MN 12 or 13 for the upper fossiliferous level.
The few matenal of hipparions from KTD cannot allow a précisé dating of the lower fossiliferous level.
Résumé. — Les gisements de Kemiklitepe se situent à 15 km à l’est d'Esme (Département d'Usak,
Turquie). Deux niveaux fossilifères ont tivré d'abondants restes de mammifères. Les hipparions sont
abondants dans le niveau supérieur, mais peu nombreux dans le niveau inférieur. Ce dernier (localité KTD) a
livré deux espèces déterminées comme II. mediterraneum et tiippparkm Sp., tandis que dans le niveau
supérieur (localités KTA, KTB et KTC) H. mediterraneum, H. matthen'i et une troisième forme de grande taille
similaire à H proboscideum ont été trouvées. Les caractères morphologiques des hipparions de KTA-KTB
ainsi que leur comparaison avec ceux d'autres gisements indiquent un âge de Turolien moyen ou supérieur
(MN 12 ou MN 13) pour ce niveau. Le peu de matériel provenant de KTD ne permet pas de préciser l'âge du
niveau inférieur.
G. D. KOUFOS and D. S. KOSTOPOULOS, Aristotle University of Thessaloniki. Department of Geology and Physical
Geography. Laboratory of Geology and Palaeontology, GR-54006 Thessaloniki, Greece.
INTRODUCTION
The studied hipparions were found in the area of Kemiklitepe and were collected during two ex¬
péditions in the years 1989 and 1990. The localities of Kemiklitepe are situated 2 km south of the
village of Karacaahmel, 15 km easl of Esme, Usak province (fig. 1). The fossiliferous beds of lhe area
hâve been discovercd in 1945 and lhe lirst collected hipparions have been referred to Hipparion "gra¬
cile" (YALÇ1NLAR, 1946). The preliminary faunal lists of Kemiklitepe with some biostratigraphical
implications were given by OZANSOY (1961, 1969) and two hipparions. Hipparion medilerraneitm
and Hipparion matthewi have been determined. Later on some material of hipparions from
— 42 —
FIG. 1. — Sketch map of the area, indicating tlie location of the Kemiklitepe localities.
Carte de situation géographique des gisements de Kemiklitepe.
Kemiklitepe has been described as H. maithewi and Hippanon sp. (TUNA, 1985). The new colleclcd
hipparions hâve been found in two different stratigraphie levcls. The lower level, named Kemiklitepe
D (KTD), concems One locality. The upper level is situated 15 m above KTD, it has a larger latéral
extension and it was excavatcd in tlirce localities named Kemiklitepe A, B, C (KTA, KTB, KTC),
respectively. The locality KTC has yielded few specimens and no hipparions.
The geological contexl and the stratigraphy of the area are given by SEN et al. (this volume),
The Kemiklitepe localities belong to Balciklidere Member of Ahmetler Fm. Balciklidere Member
consista of fluvial deposits (conglomérâtes, maris, sandy maris, hmestones) with a thickness of about
200 m. In the Kemiklitepe area the member consists from the bottom to the top of sands (7m),
sandy-silty maris (9 m). yellowish-reddish maris (5 m) and sandy maris (7 m) in the top. The
fossiliferous level KTD is situated in the upper part of the sands, while that of KTA-KTB is situated
in the upper pari of the yellowish-reddish maris.
The method (nomenclature, measurements) used for the study of the hipparions is that
proposed by ElSENMAN et al (1990). In the logarithmic ratio diagrams H. mediterraneum from
Pikermi is used as standard of comparison fKOUFOS, 1987a).
— 43 —
SYSTEMATIC STUDY
Order PERISSODACTYLA Owen, 1848
Family EQUIDAEGray, 1821
Genus HIPPARION Christol, 1832
Hipparion mediterraneum (Roth & Wagner, 1855)
Locauties: Kemiklitepe A, B, (KTA, KTB), Turkey.
Matcrial : Pan of thc skull with P 2 -M 3 sin and dex KTA -586 ; pan of the skull with P 2 -M 2 sin and
P 4 -M 3 dex, KTB -540 : P 4 -M 5 , KTB -501 ; 9 isolaied upper cheek teeth, KTA-56I. 526, 524, 523, 575,
KTB -505, 511, 508, 510 ; P 2 -M 3 sin and P 2 -P 4 dex. KTB-537 ; 9 isolated lower cheek teeth, KTA-518,
517, 562, KTB-514. 513, 507, 506, 544, 546 ; 4 distal parts of tibia, KTA-505, 552. 580, 586 ; 1 cunei-
form I (big cuneiform), KTB-543 ;1 cubotd, KTA-514 ; 2 navicular, KTA-589, KTB-529 ; t proximal
part of Mini. KTB-541 ;2 distal parts of Mim, KTA-504, KTB-516.
DESCRIPTION
Two pièces of the skull from KTA-KTB are available; one of them (KTA-586) is better
preserved with the complété maxilla and a part of the muzzle. The posterior end of the narial
opening is situated above P 2 . The palate is short and wide. The index 2/13 (= Palatal length x
100/Palatal breadlh between P* 4 and M 1 ) is 174,5 versus 183 for H. mediterraneum frorn Pikermi and
179,5 from Dytiko (Axios valley, Macedonia, Greece), (KOUFOS, 1987a, 1988a). The choanae are
wide and their anterior border is situated at the middle of M 2 . The right latéral part of KTA-586 is
better preserved and tbe preorbital fossa can be partly distinguished. It is single, oval-shajted and not
very deep ; its posterior wall seems well defined. The posterior end of thc preorbital fossa is situated
above the anterior wall of M 2 . The distance orbit-preorbital fossa is short and il can be estimaled as
being between 25-28 mm. In KTA-586 the frontal part of thc right orbit is well preserved and the
orbit seems to be rounded. The anterior border of the orbit is situated behind the middle of M 2 , The
facial crest is well developed and ends anteriorly above the limit between P 4 and M 1 .
The toothrows hâve moderate length, mean length P 2 -M 3 = 150 mm. The fossettes of the up¬
per cheek teeth are closed and free except those of the little wom teeth, which are open distally. The
enamel plication of thc upper cheek teeth is moderate and the plis arc short and narrow, The mean
plication number for the available teeth is 9.7 for the prcmolars and 11.5 for the molars. The proto-
cone is elliptical and always free from the protoloph. There is one moderalely worn M 3 (KTA-523),
in which thc protocone is connected with the protoloph. The protocone relatively to the teeth is
small (Tab. 1). The pli caballin is elongated and simple ; in one M 3 (KTA-524) it is double. U is
usually smaller in the molars titan in the premolars. The hypocone is usually elliptical but in the
little wom teeth it is narrow and angular postenorly. There is a narrow and deep distal hypoconal
groove while a lingual one is présent in ail M 3 Most of the available teeth are wom but for two
little worn P 3 4 and one M 1,2 from KTA-KTB the hypsodonty index is 47-48 and 42 respectively
(EISENMAN et al., 1990). The hypsodonty index of SEN et al. (1978) is 232-241 for P 3 ’ 4 and 252
for M 1 ’ 2 . These values suggest hypsodont teeth.
The lower cheek teeth hâve moderalely developed parastylid which is usually open mesially.
The protostylid is less developed and reaches to the half of the tooth's height. The metaconid and
metastylid are elliptical-quandrangular. The enamel at the flexidas borders is usually simple but the
— 44 —
présence of a pli in lhe distal wall of the preflexid is frequent. The linguaflexid is U-shaped but in the
very worn teeth of KTA-533 it is V-shaped, The ectoflexid is narrow and in the molars deep. The pli
caballinid is usually absent but in lhe premolars of KTA-532 and KTB-537 there is a small one.
There are two isolated little worn M) 2 from KTA-KTB whose hypsodonty index is 50 (EISENMAN
et ai, 1990) and 219 (SEN et al.. 1978), indicating hypsodont teeth.
One proximal and one distal part of Mtm are only known from KTA-KTB. The metatarsal
seems to be slender and préserves the facet for cuneiform II.
TABLE I. — Protocone index of hipparions from Kemiklitepe localities.
P 2
ivfb 2
M 3
II. mediterraneum
KTD
1
17.4
4
22.3
4
27
KTA-KTB
5
20.8
9
24.4
8
28,3
6
26.9
H. matthewi
KTA-KTB
1
21.7
3
29.3
5
29,7
2
29.1
Hipparion sp.
KTA-KTB
1
22.4
3
31.7
2
35,8
LOCAUTY : Kemiklitepe D (KTD), Tiîrkey,
MaTERIAL : P 2 -M 2 sin. KTD-531 ; P 3 -M‘ dex, KTD-530 ; 1 isolated M 1 - 2 , KTD-527 ; mandible,
KTD-533 ; part of the mandible with I 1 -M 3 sin and Ij-Mi dex, KTD-532 ; 2 proximal parts of radius, KTD-
535. 537 . distal part of radius, KTD-504 ; os magnum, KTD-552 ; Mcju. KTD-500 ; distal part of Mcm,
KTD-515 ; 3 distal parts of tibia, KTD-536, 507, 538 ; 1 cuneiform I (big cuneiform), KTD-506 ;
2 cuboids, KTD-548, 549 ; 2 naviculars, KTD 546, 550 , calcanéum, KTD-543 ; 2 distal paris of calca¬
néum, KTD-505-542 ; 2 astragali, KTD-544, 545 ; 3 Mtjji KTD-501. 513, 514 ; 4 proximal parts of Mtju,
KTD-503, 508, 509, 512 ; 2 distal parts of Mtm, KTD-511, 516.
DESCRIPTION
The mandible has a relatively short and narrow snout. The average indices 2/7 (= Palatal
length/Muzzle breadth) and 16/7 (= Lcnglh of diastema P2-I3/Muzzle breadth) are 210.5 and 163 res¬
pect! vety versus 213 and 178 respectively for Hipparion mediterraneum from Pikermi (KOUFOS,
1987a) and 214 and 165 respectively for // mediterraneum from Dytiko (KOUFOS. 1988a). The hori¬
zontal rami are not very htgh. The toothrows are moderate (lcnglh P 2 -M 3 = 148.5 mm). The morpho-
logy of the uppef and lower cheek teeth from KTD is similar to that from KTA-KTB.
The presence of a lingual hypoconal groove in the upper teeth musl be mentioned in the P^-P^
of KTD-530, 531. The mean plicalion number is 14 for the premolars and 16 for the rnolars. The
protocone index is given in Table I. The hypsodonty index cannot be estimated.
The metapodials are slender ; the mean index Il/l (= Distal articular breadth x 100/Height)
from KTD is 16 for Mcm and 14.3 for Mtm respectively, versus 14.9 and 13.1 respectively for
Pikermi and 15.1 and 13.7 respectively for Dytiko II. mediterraneum. The metatarsals from KTD
— 45 —
hâve a small facet for cuneiform II ; in 7 available spccimens from KTD only one (14.28%) is
without this facet. The frequency of Mtm without this facet is 5% for H. mediterraneum from DTK
(KOUFOS, 1988a).
DISCUSSION
The species H. mediterraneum was fîrst described from Pikermi as Hippotherium gracile var.
mediterraneum (ROTH & WAGNER, 1855). Later it was found in various Eurasiatic localities and it
is referred as a certain spccies. The study of the Pikermi material gave the following main
FlO. 2. — Logarithmic ratio diagram comparing the skuli of //. mediterraneum from Kemiklitepe A-B with that
from other locafilies and H. dietrichi.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer te crâne de H. mediterraneum de Kemiklitepe A-B avec
ceux d'autres localités et avec II dietrichi
— 46
charaeteristics for this species : middle-size, narrow muzzle, short distance orbit-preorbital fossa.
moderatc enamelplicaüon, elongated and slender metapodials (KOUFOS, 1987a). Ttiese charaeteristics
areclearly observed in the Kemiklitepe medium-sized hipparion. Moreover the same characters hâve
been found in the material from Dytiko (Macedonia, Greece) which was attributed to H.
mediterraneum (KOUFOS, 1988a) and isvery close tothe Kemiklitepe material.
FIG. 3. — Logarithmic ratio diagram comparing the mandible of H. mediterraneum from Kemiklitepe D with that
from other localities and II dietrichi.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer la mandibule de H. mediterraneum de Kemiklitepe D
avec celles d'autres localités et avec H. dietrichi.
The available pièces of the skull and mandibles from Kemiklitepe are compared with H
mediterraneum from Pikermi and Dytiko (fig. 2, 3). The cranial proportions of the Kemiklitepe
middle-sized hipparion are very close to H. mediterraneum from Dytiko and Pikermi (fig. 3). There is
— Al —
a différence in the dislance orbit-preorbital fossa, which is longer in Uie Dytiko skull. Although the
absolule value of the distance orbit-preorbital fossa in Dytiko skull falls in the range of variation for
H. mediterraneum from Pikermi (KOUFOS, 1988a). The two available mandibles from KTD hâve
aiso similar proportions with H mediterraneum from Pikermi and Dytiko (fig. 3). Another middle-
sized hipparion common in Turolian of eastem Mediterranean is II dietrichi The skull proportions
of H. dietrichi from early Turolian of Macedonia (Prochoma, PXM) are not very different from those
of H. mediterraneum (fig. 2). The toothrows of H dietrichi are slightly shorter than those of H.
mediterraneum (measurements 7, 8. 9 in fig, 2) and the preorbital fossa is situated far from the orbit.
This position of the preorbital fossa, far from the orbit, exists in the type skull of H dietrichi
(SONDAAR, 1971) and in the skulls of H dietrichi from the early Turolian locaiiües of Axios valley,
FIG. 4. — Logarithmic ratio dugram comparing lhe third meiacarpal (Mcjh) of H mediterraneum from
Kemiklitepe D wilh lhat from other localities and H. dietrichi
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer le Mc/n de H. mediterraneum de Kemiklitepe D avec
ceux d'autres localités et avec H dietrichi.
— 48
Macedonia, Greece (KOUFOS. 1987b, 1987c, 1988b). In the mandible the différences between H.
mediterraneum and H. dietrichi are more clear (fig. 3). The loolhrows are shorter (measurements 3,4,
5 in fig. 3) and the muzzle is significantly shorter and wider in H dietrichi (measurements 2, 16, 7,
14 in fig, 3).
The metapodials from Kemiklitepc are few and most of the material are metatarsals. The
metacarpals are represented only by one complété specimen from KTD, which is compared with
Dytiko and Pikermi material in figure 4. Ils dimensions (fig, 4), as wcll as ils indices, given in the
description, are very close to those for H. mediterraneum from Pikermi and Dytiko. The
metacarpals of H dietrichi are longer (measuremenl 1 in figure 4) and slenderer than those of
FIG. 5. — Logarithmic ratio diagrant comparing the third metatarsal (Mtjj j) of H. mediterraneum from KemikJitepe
localities with that from other localities and //. dietrichi.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer le Mtju de H. mediterraneum de Kemikhtepe D avec
ceux d'autres localités et avec 11 . dietrichi
— 49 —
//. mediterraneum (fig. 4). The index I l/l (= Distal articular breadth x 100/Heighl) for Mcïïl of H.
dietrichi varies belween 13.0-14.4 for the early Turolian matcrial of Axios valley, while for //.
mediterraneum of Dytiko is 15.1, of Pikermi 14.9 and of KTD ! 6 . The meiatarsals from KTD
include three complété specimens; from the level KTA-KTB one proximal and one distal part of
MtlII are available. Thus the comparison between the two levels is very difficult. Nevertheless in
figure 5 the KTA-KTB metatarsal seems to be close to KTD, while both are similar to those from
Dytiko and Pikermi. The metapodials of H. dietrichi from PXM (early Turolian of Axios valley) are
longer and slenderer than those of Kemiklitepe and other localities (fig. 4. 5).
It would be very interesting to compare the middle-sized hipparion from the two lossiliferous
levels of Kemiklitepe. However the available material caimot allow such a comparison. There are
cranial remains from KTA-KTB versos mandibular ones from KTD, enough meiatarsals liom KTD
versus two pièces from KTA-KTB. Nevertheless the few available data from the morphology of the
teeth and metapodials suggest that there are no différences between the middle-sized hipparion from the
two levels of Kemiklitepe. However more material from both levels is necessary for certain
conclusions.
Hipparion matthewi Abel, 1926
Localtties : Kemiklitepe A, B (KTA, KTB), Turkey.
Material : Part of the maxilla with P 2 -M 3 dex. KTA-533 ; P 3 -M 2 sin. KTA -587 ; M 2 -M 3 dex, KTB-
502 ; 7 isolated upper clteek teeth, KTA -560, 516, 525, 567. 515, 557, 569 ; part of the mandible wnli Ij-
M3 dex and sin, KTA-537 ; part of the mandible with I| -M2 sin and Ij P2 dex, KTA-538 ; P4-M3 dex, KTA -
531 ; Pt sin in situ, KTA -541 ; M1-M2 sin, KTA-576 ; 11 isolated lower cheek teeth, KTA-568, 572, 563,
519, 520, 573, 571, 559, 574, KTB-512, 515 ; 2 Mcjh KTA-502. 582 ; proximal part of Mc-m. KTB-538 ;
4 distal parts of MqiJ, KTA-508, 554, KTB-521, 523 ; 3 distal parts of tibia, KTA-598, 506, KTB-S51 ;
cuneiform I ( rug cuneLform), KTB -S53 ; cuboid, KTB-554 ; navicular, KTB-552 ; part of calcanéum, KTB -
550 ; 3 astTagali. KTA-584, KTB -545, 551 ; 3 Mtm, KTA- 503, 500, 501 ; 3 proximal parts of Mtnj,
KTA -597, KTB-522, 548 ; 8 distal parts of Mt ni , KTA-532, 578, 588, 509, 596. KTB-520, 547, 549 ; 2
second phalanges, KTA- 545, KTB-527.
DESCRIPTION
Two mandibles (KTA-537, 538) are available. The snout is short and relatively wide
(measurements 2,7, 16 in figure 6 ). The index 2/7 ( = Palatal length/Muzzle breadth) is 197-202 and
the index 16/7 (= Palatal length/Muzzle breadth) is 131 versus 205 and 147.5 respectively for the
type and 191 and 130 respectively for Dytiko II. matthewi (KOUFOS, 1988a), The toothrows length
is small, P 2 -M 3 = 118-119,5 mm.
A complété right upper toothrow. another row l^ M- and some isolated teeth, ali from the
level KTA-KTB are available. The length of the toothrows is : p2-M 3 = 121.4, mm. P 3 -p4 =
66.0 mm and Ml-M 3 = 55.7 mm. The fossettes of the teeth are free and closed exccpt those of P 2 ,
which are connected in both available teeth (KTA-533, 560). In the little worn teeth (KTA-515-567)
the postiossclte is open distally. The enamel plication is moderate and the plis are short and narrow.
The mean plication number is 16.6 (12-19) for the premolars and 13.0 (9-17) for the molars. The
protocone is oval and isolated. In the more worn teeth it tends to be connected with the protoloph ;
in P 2 and M 1 of KTA-533 it almost touches the protoloph. The size of the protocone is large
— 50 —
comparatively to thc teeth. The protocone index is 21.7 for P 2 , 29.3 for P 3 ’ 4 , 29.7 for M 1,2 and
29.1 for M 3 The pli caballin is very small lo rudimentary and sometimes il is double or bifurcated.
In one of the two available P 2 (he pli caballin is triple. The hypocone is elliptical with relatively
deep distal hypoconal groove. There is not lingual hypoconal groove. Ail the available teeth in situ
are in medium stage of wear; there are two littlc worn isolated M 1,2 for which it is possible to
calculate lhe hypsodonty index. The hypsodonly index of EISENMAN et al. (1990) is 36.7-38.7, while
thc index of SEN et al. (1978) is 278-288. These values suggest hypsodont teeth.
The lower cheek teeth are small, the molars being narrower lhan premolars. The parastylid is
moderately developcd. There is a protostylid which is very short and reaches to 1/3 of the tooth height
(in thc isolated teeth). The metaconid is elliptical-tnangular, the meiastylid rounded-elüptical and the
entocomd elliptical. The enamel at the flexid's borders is simple; in the little worn teeth it is
possible to distinguish a small pli in thc mesial and distal wall of the preflexid. The linguaflexid is
open and U-shaped while the ectoflexid is narTow and in the molars very deep rcaching the
linguaflexid. The pli caballinid is absent. Ali the available teeth are well worn except one little worn
Mi t 2 for which the hypsodonty index of EISENMAN et al. (1990) is 44 and that of SEN et al. (1978)
247 ; both values suggest hypsodont teeth
The postcranial remains are mainly metapodials and some pièces of tibia and radiocubitus, as
well as some carpals and tarsals. The metapodials are slendcr and relatively long; the index 11/1
(= Distal articular breadth x 100/Height) is 12.1-12.9 for McIII and 10.7 for MtlII. The studied
metatarsals from KTA-KTB are without a facet forcunciform II. The keel index (SEN et al.. 1978)
is 112.7-121,8 (mcan =118.8) forMcjn arid 117.9 -128.9 (mean = 123.7) for Mini versus 119.5
and 125.9 for Dytiko H. matihewi (KOÜFOS, 1988a). The keel index (Tab. V) is similar to that for
Turolian hipparions of Turkey (SEN et al., 1978).
DISCUSSION
The studied material of the small-sized hipparion from KTA-KTB shows great similarities with
H. matihewi. This species was first described from Samos (ABEL, 1926). The type locality is
unknown but il is also referred from Q5 of Samos (SONDAAR, 1971). Later it was found in Turkey
(STAESCHE & SONDAAR. 1979), in Maragha (BERNOR.1985), in Bulgaria (FORSTÊN, 1980) and in
Macedonia. Greece (KOUFOS, 1988a). //. matihewi is characterized by small size, short and narrow
snout, simple enamel plicalion of lhe upper cheek teeth, elongated and slender metapodials. Similar
diagnostic features are also given for H. matihewi in a redescription of the type material (BERNOR &
TOBIEN, 1989). These characteristics are présent in thc KTA-KTB material. Moreovcr the KTA-KTB
small hipparion has some morphological characters such as the development of thc protocone,
parastylid. and protostylid which arc very similar to those of H matihewi from Dytiko.
The mandible of KTA-KTB small hipparion is compared with the type and with thc samples
from Dytiko and Q5 of Samos in figure 6. The type mandible (the measurements of the type corne
from a cast stored in the Laboralory of Geology and Palacontology. Univcrsity of Thcssaloniki)
seems to be slightly smallcr than thc studied ones but the general proportions are similar, The
similarity with H matihewi from Q5 of Samos and from Dytiko is more clcar. Their iincs in figure
6 are parallel and very close indicating great pioportional similarity.
The metapodials of the KTA-KTB small hipparion are very close lo those from Q5 of Samos
(fig. 7, 8). Those from Dytiko seems to be somewhat more robust than üiose of KTA-KTB and Q5
and for that reason they were referred as //. cf. matihewi (KOUFOS, 1988a). Moreover the few material
from ail known localities, and the mixing of the old collections of Samos are other reasons which
— 51
probably cause these différences. The keel indices for the KTA-KTB metapodials, given in their
description, are very close to those for the Turkish Turolian hipparions (SEN et al., 1978).
FIG. 6. — Logarithmic ratio diagram comparing the mandible of H. matthewi from various localities.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer tu mandibule de H- mallhewi de diverses localités.
H. matthewi is also represented by déniai rematns and metapodials from various Turkish
localities, Kinik, Mahmutgazi etc. (STAESCHE & SONDAAR. 1979). Tins rnaterial is characterized by
small. hypsodont and moderately plicaled teclh wilh a short and widc protocone. The inean value of
the index (= Protocone breadlh x 100/Protocone length) is 72 for P3.4 and 68 for Ml.2 in the Kinik
sample, versus 66.5 and 71.7 respectively for the KTA-KTB rnaterial. The metapodials from Kinik
are elongated and slender like those of KTA-KTB. Their keel index is similar to that for the KTA-
KTB metapodials (Tab. V). The KTA-KTB H. matthewi is morphologically similar to that from the
Turkish localities; unfortunately there are no measurements in STAESCHE & SONDAAR (1979) for a
metrical comparison. Tlie teeth dimensions of KTA-KTB small hipparion (Tab. 9, 10) are very close
— 52
to thosc from Dytiko (KOUFOS, 1988a). The proportions of the protocone are also close, confirming
the similarity of the two samples. The hypsodonty indices calculated for the material from KTA-
KTB can give only indications about this character. Values such as 278-288 for Ml,2 and 247 for
Ml,2 indicate hypsodont teeth and are very close to the mean values for the Turolian samples (SEN
et al., 1978).
FIG. 7. •— Logarithmic ratio diagram comparing the third metacarpal of H. matthewi from various localities.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer le MMc/u de H. matthewi de diverses localités.
— 53 —
Hipparion sp.
(Small-sized)
Locality : Kemiklitepe D (KTD), Turkey.
MaTERLAL : Part of the radius with ulna, KTD-502 ; proximal part of radius, KTD-539 ; proximal part
of Mtjjj, KTD-517 ; distal part of Mtjp, KTD-510.
FIG. 8. — Logarithmic ratio diagram comparing the third metatarsal of H. matthewi froni various localities.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer le Mt/jj de H. matthewi de diverses localités.
— 54 —
DESCRIPTION
The postcranial remains from KTD hâve small size. The keel index of KTD-510 is 125 while
KTD-517 has a facet for cuneiform II. Their size is similar to that of H. matthewi (fig. 8) but they
are also somewhat larger from the material of Q5 from Samos. Another small-sized hipparion known
from the late Vallesian-early Turolian of Greece is H. macedonicum. The metatarsals from KTD are
also similar in size with the metatarsals of this species (Tab. II). Nevertheless the few material from
KTD cannot allow at the moment a spécifie détermination and for that reason it is referred as
Hipparion sp.
TABLE II. — Dimensions of the third metatarsals of Hipparion sp. (small-sized) from KTD and
Hipparion macedonicum from the various localities of Macedonia (Greece).
Hipparion sp.
Hipparion macedonicum
"Kemiklitepe D”
“Ravin de la Pluie"
“Ravin des Zouaves 5”
“Prochoma”
KTD
RPI
RZO
PXM
KOUFOS (1986)
KOUFOS (1987c)
KOUFOS (1987b)
5
30.80
30.00
31.65
30.33
6
26.90
25.00
23.75
25.00
7
28.50
28.50
29.25
27.52
8
7.80
6.20
7.00
7.52
9
3.60
4.50
4.50
3.60
12
22.50
24.10
24.00
22.64
13
18.00
20.40
18.80
18.03
Hipparion sp.
(Large-sized)
LoCAUTirs - Kcmiklitcpe A. B. (KTA, KTB), Turkey
Material : Part of the maxilla with P^-M* dex., KTA-510 ; P^. KTA-564 ; M 1 '^, KTA-521 ; M^,
KTA-522 ; part of the mandible with P 2 -M 3 sin and P 2 -P 3 des, KTA-529 ; mandible with I 1 -M 3 sin and Ij-P 4
dex, KTA-536 , right and left mandibular ramus with P 1 -M 3 , KTA-535 , Mqp KTA-542; 2 proximal parts of
Mcjij, KTA-548, 553 ; 3 distal parts of Mqi[, KTA-507, 549, KTB-517 ; distal part of tibia, KTA-581 ;
cuneiform I (big cuneiform), KTB-530 ; 2 astragali, KTA-547, KTB-528 ; proximal part of Mtm, KTA-577 ;
distal part of Mtm, KTA-579 ; 5 first phalanges, KTA-585, 599, KTB-524, 525, 526 ; second phalanx,
KTA-511 ; part of second phalanx, KTA-544.
DESCRIPTION
In both available mandibles the ascending ramus is broken and in KTA-529 the snout is
absent. The mandible is large with elongated and Itigh horizontal ramus. The snout is long and
relatively narrow. The indices 2/7 (= Palatal length/Muzzle breadth) and 16/7 (= Length of diastema
P 2 -l 3 /Muzzle breadth) are 254 and 199 respectively for KTA-KTB versus 213 and 178 respectively for
H medilerraneum and 256 and 199 respectively for II, brachypus from Pikermi (KOUFOS, 1987a).
The index 16/7 is 133-143 for two mandibles of H. proboscideum from Andrianos, Samos (KOUFOS
& MELENT1S, 1984) and 198 for a mandible from Q1 referred as H. cf. proboscideum (SONDAAR,
1971). Andrianos ravine and Q1 are possibly the same fossiliferous site.
— 55 —
The upper toothrow is elongated ; the length P 2 -? 4 is 94.5 mm. The fosscltes are closed and
free excepi those of P2 in KTA-510, which are connected. In the little wom teeth such as P 2 and P 4
ofKTA-510 and M 1 - 2 of KTA-521, the postfossette is open distally. The enamel plication is mode-
rate but this is probably due lo the wear. In the more worn M 1 of KTA-510 the plication is rich. and
the plis are narrow but not very decp. The mean plication number calculated for the available teeth is
17.7 for the premolars and 20 for the molars. However these values are not indicative beeause of the
few material and the little wom teeth, The protocone is elorigated-triangular in the less worn teeth and
elongated-elliptical in the more wom teeth. The protocone index is 22.4 for P 2 ’ 31.7 for P 3,4 and
35.8 for M 4 2 indicating a relatively long protocone, ft is always free from the protoloph. The pli ca-
ballin is large and always double. The hypocone is elliptieal and angular posteriorly with open and
deep distal hypoconal groove ; a small lingual hypoconal groove is présent in P 2 and M 1 of KTA-
510 and KTA-521. The hypsodonty index can be calculated for one P 3 ' 4 ; that of Eisenman et al.
(1990) is 52.5. whüe that of SEN et ai (1978) is 198
The lower toothrow is long : length P 2 -M 3 = 168-174. The premolars are short and wide
relatively lo the molars. The parastylid is well developed reaching lhe half of the tooth' s heighl and
in the worn teeth of the mandible KTA-536 it is connected with the protostylid. The last is well
developed in ail teeth. The metaconid is roundcd, the metastylid triangular-elliptical and the entoconid
elliptieal. The metaconid and metastylid are broad in transverse sense. The pli caballinid is présent in
the little worn premolars of lhe mandibles KTA-529. 535 but in the more wom teeth (KTA-536) it is
rudimentary or disappeared. The linguaflexid is V-shaped with a pli linguatlexid in the little wom
premolars. In the wom teeth the linguaflexid is fiat and long. The ectoflexid is narrow and very deep
in the molars. In the premolars, it is shorter reaching lhe posterior wall of the prefossette. Thcre are
no available teeth to calculate the hypsodonty indices.
The postcrantais are mainly represented by meiacarpals while the metatarsals are represented by
one proximal and one distal part. The meiacarpals me robust; the index 11/1 (= Distal articulai' breadth
x 100/Height) is 18J versus 14.8 in H. mediterraneum of Pikenni (KOUFOS, 1987a). Tins value
indicates a massive metacarpal. The keel index is 119-123 (mean = 121,5) for Mcni and 127 for
Mtm ; these values are similar to those for the Turolian hipparions (SEN et ai, 1978).
DISCUSSION
The large-sized hipparion of KTA-KTB is compared with lhe Turolian large forms of eastem
Mediterranean especially those from Samos. Unfortunately the old collections of Samos were mixed
and the comparison is very difficult : moreover the type locality of H. proboscideum is unknown.
SONDAAR (1971) has distinguished in the Samos hipparions a large-sized form, named H.
proboscideum , in Ql and Qx. anotlter one similar (0 the previous referred as //. cf. proboscideum
from Q4 and another large-sized hipparion from Q 5 referred as Hipparion sp. The morphological
characteristics of the sludied large-sized hippanon are very close to those referred lo fl. proboscideum
or to H. cf. proboscideum as they werc reviscd by KOUFOS (1987c. lab. 1.2).
In Samos H. proboscideum is referred from the localities Qi. Q 4 and Q x together with //.
dietrichi and ne ver with H matlhewi (SONDAAR, 1971). In Qg where H. motthewi is présent, three
mandibles of a large-sized hipparion are referred as Hipparion sp. Tlieir general proportions are very
similar to those from KTA-KTB (fig. 9). Moreover the morphological eharacters of these mandibles
and teeth from O 5 are closely related with those of KTA-KTB. According to SONDAAR (1971) this
large form from Q 5 is either a variety of // proboscideum or//, dietrichi , or a new specics. The
metacarpals of this form are slenderer than those of Ql and Q4, as well as of KTA-KTB. This
— 56 —
character is (he reason that il was distinguished from H proboscideum. Nevertheless the distinction of
the postcranials in Samos is difficult because (he material was mixed and no skelcton in connection is
known. No skull remains of this large form from Q5 arc known. This makes difficult the attribution
to H proboscideum, charactcrized by long muzzle and double preorbital fossa. Thus rightly
SONDAAR (1971) refers this as Hipparion sp Apother mandible (AMNH 20640) front Q1 is relerred
to H. cf. proboscideum (SONDA,AR, 1971). The dimensions of this mandible are verv close to those
from Q5 and not very different than those of KTA-KTB (fig. 9). Two mandibles of a large hipparion
referred as H proboscideum were described from Andrxanos ravine (Ql) of Samos (KOUFOS &
MELENT1S, 1984). The morphological characteristics and die dimensions (fig. 9) of these mandibles
are close to those from KTA-KTB and fit very well with those from Ql and Q4 Tltere is only one
FIG. 9. — Logarithmic ratio diagram companng the mandible of Hipparion (large-sized) from vanous localities.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer la mandibule de Hipparion (grande tailleI de diverses
localités.
— 57 —
différence, the wider niu/./.le of Andrianos mandible (measurement 14 in figure 9). The KTA-KTB
large-sized mandible seems to be slightly larger than lhe large forms of Samos refenred under various
names but the known material from each site cannol give certain opinion about their ranges of
variation. The metapodials of KTA-KTB are also very close to those from Q1 and Q4 of Samos (fig.
10, 11), which are referred to H. cf. proboscideum (SONDA AR, 1971).
A large-sized hipparion, referred as // proboscideum was desenbed from the locality "Ravin des
Zouaves-5" RZO (Macedonia, Grecce) by the frontal part of the skull, two mandibular pièces without
the snout and some postcranials (KOUFOS, 1987c). The teelli dimensions and morphology do not
differ from those of KTA-KTB. Among the postcranials from RZO lhere is a complété Mt[j[,
FIG. 10. — Logarithmic ratio diagram comparing the third metacarpal of Hipparion (large-sized) from various
localities.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer le Mcj[j de Hipparion (grande taille) de diverses
localités.
— 58 —
which is compared with lhe remains from K'T'A-KTB (fig. 11). The latter seems to be slenderer than
that of RZO but in both cases the material is very poor.
Another Turolian large-sized hipparion is tcnown from Pikermi undcr the name //. brachypus
(KOUFOS. 1987a). The teelh of this species aie large wilh rich enamel plication and in these features
il is similar to KTA-KTB. The mandibular dimensions are aLso similar to those for the large-sized
forms from Samos and KTA-KTB (Fig. 9) but it differs in the narrower muzzle (measurement 14).
The différences in the metapodials with the forms referred as similar to H. proboscideum (fig. 10, 11)
are more clear. H brachypus has shorter and more robust metapodials than those of Samos and KTA-
KTB large-sized hipparion.
FIG. 11. — Logarithmic ratio diagram comparing the third metatarsal of Hipparion (large-sized) from various
localities.
Diagramme de pourcentage logarithmique pour comparer le Mtjjj de Hipparion (grande taille) de diverses
localités.
— 59
The comparison of the KTA-KTB large-sized hipparion indicates that il is close to the Samos
large-sized hipparions, especially to that from Q5 referred as Hipparion sp. The available material
from KTA-KTB caonot allow at the moment a certain détermination and for that reason it is better to
refer this as Hipparion sp., with similarities to H proboscideum.
CONCLUSIONS AND BIOCHRONOLOGY
The determined hipparions from the two fossiliferous levels of Kemiklitepe are as follows :
KTD : Hipparion mediterraneum, Hipparion sp. (small-sized)
KTA-KTB : Hipparion mediterraneum, Hipparion matthewi and Hipparion sp. (large sized
with similarities to H. proboscideum).
The comparison between the species identified in both levels is impossible bccausc they
yielded few or different skeletal remains from each fonn represented in each level. Ail these problems
make difficult the récognition of some evolutionary différences between the hipparions of these two
fossiliferous levels, which would help us to see if there are âge différences between the two levels.
In the early studies of the Kemiklitepe fauna. a late Miocene or "Pontian" âge has been
proposed for the fauna collected from the upper fossiliferous level (KTA-KTB), (YALÇINLAR. 1946;
OZANSOY, 1969). The new collection of hipparions provides some data about tfie âge of the fauna.
Several characters of hipparions hâve been used for an âge détermination. Among them is the
hypsodonty which increases from Vallesian toTurolian forms (SEN et ai, 1978). Measurable teeth
are only known from KTA-KTB H. mediterraneum'. the calculated hypsodonty index is given in table
III. These values of hypsodonty index are very close to those referred for the Turolian localities of
Turkey (SEN et al., 1978).
Table III. — Hypsodonty index of the hipparions from KTA-KTB and other Turolian localities. Data
for Dytiko from Koufos (1988) and for Garkin and Kinik from Sen et.al. (1978).
pUl-
M 1 ^
Mi, 2
KTA-KTB
236.5
273
228.5
Garkin
210
260
236
Kinik
240
264
258
Dytiko
230
The protocone index can also help the dating of hipparions: it usually decreases from Vallesian
to Turolian (KOUFOS, 1986, 1988a). The calculated protocone index for the Kemiklitepe hipparions
is given in table IV, The available data from KTD are very few and they are not représentative for the
hipparions of this level. The mean protocone index for the KTA-KTB hipparions is more
représentative and indicates similarities with the Turolian hipparions (fig. 12). The line for KTA-KTB
hipparions is very close to those for the Turolian localities of Pikermi, Dytiko and Valdecebro
suggesting a similar âge. Moreover the protocone index of KTA-KTB is slightly larger than that of
Dytiko, indicating an older âge.
— 60 —
Table IV. — Protocone index of the determined hipparion species from Kemiklitepe.
KTD
II. mediterraneum
Hipparion sp.
(small-sized)
P 2
M 1 ’ 2
M 3
1 17.4
4 22.3
4 27.0
KTA-KTB
//. mediterraneum
H. matthewi
Hipparion sp.
(large-sized)
5 20.8
1 22.5
1 21.3
9 24.4
3 28.7
3 29.2
8 28.2
2 35.8
5 30.7
6 26.9
2 30.1
MEAN
7 21.1
15 26.2
15 30.0
8 27.7
In the metapodials the development of the keel. expressed by the keel index, which increases
from Vallesian to Turolian hipparions can help to the dating. The increase of the keel index is certain
in the Turkish hipparions (SEN et al., 1978) but it is not so clear in the laie Miocene hipparions of
Axios valley (KOUFOS, 1990). Nevertheless the keel index of the KTA-KTB hippanons is close to
Dytiko, Garkin and Kinik sample (Tab. V), which were daled to middle-late Turolian (MN12, 13) The
keel index of the KTD metapodials is also similar to the Turolian forms (Tab. V).
Table V. — Keel index of the third metacarpal and metatarsal of hipparions from various localities.
Locality
n
McIII
n
MtlII
KID
3
126.4
6
130.5
KTA-KTB
12
119.6
12
124.2
Dytiko
17
119.2
34
126.8
Kinik
4
121.5
7
129.7
Concud
4
121.5
4
130.0
Garkin
8
121.7
126.3
Prochotna
11
119.6
10
123.7
Ravin des Zouaves-5
1
118.9
8
126.6
Kayadibi
4
119.0
2
128.5
Essme Akca
9
115.9
17
122.7
Ravin de la Pluie
1
116.0
4
121.7
Data from SEN et al. (1978) and KOUFOS (1990).
In eastern Mediterranean, H. mediterraneum is known from Pikermi, Dytiko (Macedonia,
Greece) and from lhe localities of Kalimanci and Kromidovo (Bulgaria); ail these sites hâve been dated
to middle-late Turolian (KOUFOS, 1990 ; FORSTEN. 1985). In Pikermi, II. meditenaneum is
accompanied by the large-sized and robust Hipparion brachypus, which is different from the KTA-
KTB large-sized species. Nevertheless the material from Pikermi belongs to old collections, which
were mixed and may be it cornes from various levels. In Dytiko, H. mediterraneum was found
togelher with H. matlhewi. The similarity of KTA-KTB H matthewi with the Dytiko one suggests a
similar âge. On the other hand KTA-KTB H matthewi is close to H. matthewi from Q5 of Samos.
The last is considered as late Turolian MN 13 (SONDAAR, 1971 ; SEN et al., 1978 , SEN, 1986) and a
61
FIG. 12. — Protocone index for lhe hipparions from various late Miocene localities.
Indice de protocône chez les hipparions de diverses localités du Miocène supérieur.
similar âge is possible for the upper fossiliferous level of Kemiklitepe. The présence of a large-sized
hipparion similar to that of KTA-KTB is also referred from Q5 of Samos (SONDAAR, 1971).
Moreover H. matthewi is referred from the Turkish localities of Kinik Faunal Group (Turkey), which
was dated to late Turolian (STAESCHE & SONDAAR, 1979). The similarity of some indices of the
— 62 —
teeth and metapodials with those of Kinik and Garkin hipparions suggests also a middle-late Turolian
âge. Kinik is considered as the type locality and H, muilhewi as lhe characteristic species of Zone-4
of mcditenanean hipparions (SEN ei al., 1978), referred to MN 12 and MN 13. H. malthewi is also
koown from the upper faunal level of Maragha Fm.(upper Maragha), which belongs to MN 12
(BERNOR et al., 1980). Bascd on the hipparions. the âge of lhe upper fossiliferous level of
Kemiklitcpe can bc considered as being between MN 12 and MN 13.
The available hipparions from the lower fossiliferous level cannot help to the dating. The only
certain species is H mediterraneum, while the small-sized fomi is represented by very few specimens.
H. mediterraneum from KTD seems to be similar to that from KTA-KTB. but the available
specimens of skeleton from each level make the comparison difficult and tlie results uncertain. The
few remains from KTD hâve some characters of the Turolian hipparions. However with the available
material of hipparions from KTD it is impossible, at the moment, to suggest a more précisé âge for
the second fossiliferous level of Kemiklitepe.
Acknowledgements
The first aulhor (G. K.) lhanks very much Dr S. SEN, who invited him lo take part in the expédition to
Turkey. He also thanks Prof. H. DE Brudn, who cartied with his car the material to Thessaloniki, Prof.
N. Dalfes for his help during the trip in Turkey and Mr Mouchelin for cleaning part of the material.
V. Eisenman and P. Y. SONDAAR contributed to this study by their helpful comments.
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64 —
STATISTIC TABLES
TABLE 1. — Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe A and B, Turkey, skull. 2. Palatal length : middle of the line
connecting the anterior borders of P^ to anterior border of choane ; 7. Premolar length (alveolar) ; 8. Molar length
(alveolar) ; 9. Toothscrics length (alveolar) ; 13. Palatal breadth between P 4 and M 1 ; 14. Minimal muzzle breadth ; 29.
Dorsoventral diameter of the orbit (perpendicular to 28) ; 31. Cheek length: posterior end of the narial opening - anterior
border of the orbit : 32. Distance orbit - preorbital fossa (PF) : 33. Length of PF • 35. Heighl of PF (perpendicular to 33) ; 36.
Distance ventral border of PF-crista facialis ; 37. Distance mfraorbital foramen - alvéolés of the toothseries.
H. me
d 1 t e r r a
n e u m
SKULL
a
X
min.
max.
S
v
2
n
104.00
101.0
107.0
4.24
7
3
82.43
80.0
84.3
2.21
2.68
8
3
66.93
65.0
68.7
1.86
2.78
9
2
150.10
149.5
150.7
0.85
13
2
59.50
59.0
60.0
0.71
1.19
14
1
35.00
29
1
49.50
31
1
135.00
32
2
27.50
25.0
30.0
3.54
12.87
33
1
35
1
42.00
36
1
35.00
37
1
50.00
38
1
80.00
n = number ; x = mean ; min. = minimum ; max. = maximum ; s = standard error ; v = variance coefficient.
TABLE 2. —Hipparion mediterraneum, Hipparion rnailheni and Hipparion sp. (large-si zed), Kemiklitepe A, B and
D, Turkey, mandible. 2.Muzzle length: middle of the line connecting the anterior borders of IL to a point situated between
the two I| ; 3. Premolar length (alveolar) ; 4. Molar length (alveolar) : 5.Toothseries length (alveolar) ; 7. Muzzle breadth:
breadth at the posterior borders of I 3 : 10. Height of the jaw bchind M 3 ; 11. Idem between P 4 and M j ; 12. Idem in front of
P 2 13. Symphysis length ; 14. Minimal breadth of the sympbysis ; 16. Length of diastema P 0 -I 3 .
n i p 1
d a r i 0 n
s P •
■■i m
1^^
Mandible
n
X
min.
max.
s
V
2
1
140.00
3
89.15
83.30
90.00
1.20
1.34
4
78.10
84.00
4.17
5.14
5
170.95
167.90
174.00
4.31
2.52
yiiKjMiili
1
55.00
1
SlBïSSlilf
1
•ftjpËSS;
1
90.00
1
23.50
1
109.50
HHBnrs
Mandible
n
X
ËflKüfHH
max.
s
V
2
4
79.62
85.00
5.21
6.54
3
6
62.84
67.55
2.92
4.64
4
4
56.72
56.20
0.65
5
4
118.80
118.00
119.50
0.62
0.52
7
3
40.50
37.50
42.00
2.59
6.39
10
11
12
13
3
52.76
2.54
4.81
14
3
18.50
■u
5.13
15
16
1
55.00
— 65 —
// . me
d i t e r r a
n e um
MANDIBLE
n
X
ni in.
max.
S
V
2
2
105.50
103.00
108.00
3.53
3.34
3
4
77.70
75.00
2.60
3.34
4
3
70.30
69.25
0.90
1.28
5
3
147.10
145.00
149.60
2.32
1.59
7
2
50.10
49.50
50.70
0.84
1.67
10
2
88.25
87.00
89.50
1.76
1.99
11
2
62.50
63.70
0.84
1.33
12
3
47.60
46.40
49.00
1.30
2.73
13
2
71.50
68.00
75.00
4.94
6.90
14
2
17.75
15.50
20.00
3.18
17.91
15
16
2
79.75
76.50
83.00
5.75
TABLE 3. —Hipparion sp. (large-sized), Kemiklitepe A and B, Turkey, upper permanent cheek teeth. L c =
occlusal length. B 0 = occlusal breadth, Lp = protocone length. Bp = protocone breadth, E..F. = enamel formula.
P 2
n
X
min.
max.
s
V
Lo
i
36.50
Bo
i
24.10
Lp
i
8.20
Bp
i
5.00
E.F.
i
7.00. 4.00
2.00. 1.00
2.00
p3,4
n
X
min.
max.
S
V
Lo
3
29.26
26.80
31.00
2.19
7.48
Bo
3
24.30
22.00
25.50
1.99
8.19
Lp
3
8.46
6.10
9.80
2.05
24.23
Bp
3
4.43
3.20
5.10
1.07
24.15
EJ".
2
4.00.6.00. 5.50. 1.00
2.00
M 1 - 2
n
X
min.
max.
s
V
Lo
2
27.10
26.60
27.60
0.70
2.58
Bo
2
22.95
21.40
24.50
2.19
9.54
Lp
2
9.70
9.50
9.90
0.28
2.88
Bp
2
4.20
0.00
0.00
E.F.
2
3.50. 7.00
6.00. 1.50
2.00
“m 3
n
X
min.
max.
S
V
Lo
i
26.00
Bo
i
18.00
Lp
Bp
E.F.
TABLE 4. — Hipparion sp. (large-sized), Kemiklitepe A and B, Turkey, lower permanent cheek teeth. L 0 =
occlusal length, B 0 ant = anterior occlusal breadth, B 0 post. = posterior occlusal breadth, Lp,f = preflexid length, Lp St f =
pcstflexid length. E.F. =enamel formula.
{Pi
n
X
min.
max.
S
V
Lo
32.85
32.10
33.70
0.57
1.73
Bo ant.
11.85
11.20
12.50
0.47
3.96
Bo pos.
13.58
12.70
14.90
0.84
6.18
L prf.
8.10
7.50
8.40
0.35
4.32
L. pstf
13.31
12.00
■uw|j
1.18
8.86
EJ 7 .
16. 0.50
0.66
66 —
P 3 .4
n
-
min.
max.
S
v
Lo
a
24.40
28.50
1.36
Bo ant.
n
13.43
10.70
15.50
1.77
13.18
Bo pos.
ii
13.04
10.00
15.00
1.80
13.80
L prf.
n
g.01
7.10
9.20
0.73
9.11
L. pstf
n
12.89
11.00
14.00
0.94
7.29
E.F.
n
0-90.0.
72.0.27
1.09
Mi, 2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
g
25.88
23.50
27.00
1.44
5.56
Bo ant.
g
11.89
10.90
12.70
0.83
6.98
Bo pos.
g
10.55
9,40
11.40
0.81
7.67
L prf.
g
7.15
5.70
7.90
0.77
10.77
L. pstf
g
9.00
6.60
10.50
1.36
15.11
EJ - .
g
0-62.0.
75.0,12
0.00
m 3
n
X
min.
max.
S
V
Lo
2
28.70
27.00
30.40
2.40
8.36
Bo ant.
3
8.30
6.90
11.20
2.45
29.52
Bo pos.
2
7.25
6.50
8.00
1.06
14.62
L prf.
1
6.50
L. pstf
1
7.70
E.F.
1
0 .00. 1.
70. 0.00
0.00
TABLE 5. — Hipparion medilerraneum, Kemiklitepe A and B, Turkey, upper permanent cheek teeth. Abbreviations
as in table 3.
P 2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
5
32.08
30.10
34.00
1.44
4.49
Bo
5
21.00
20.00
22.70
1.15
5.47
Lp
5
6.66
5.80
7.50
0.63
9.46
Bp
5
4.10
3.40
5.00
0.70
17.07
E.F.
5
3.00.3.40. 1.60.0.60
1.00
n
X
min.
max.
S
V
Lo
9
25.40
23.30
28.00
1.47
5.78
Bo
9
22.10
19.60
24.00
1.80
8.14
Lp
9
6.15
5.00
7.10
0.68
11.05
Bp
9
4.18
3.10
5.10
0.76
18.18
E.F.
7
1.42. 4.00
2.14. 1.14
1.00
M 1 ’ 2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
9
22.34
21.00
24.50
1.34
5.99
Bo
9
21.32
18.00
23.40
1.80
8.44
Lp
9
6.22
5.30
7.20
0.57
9.16
Bp
10
4.24
3.80
5.00
0.38
8.96
E.F.
2
0.85.4.43. 2.28. 1.28
1.00
IvP
n
X
min.
max.
S
V
Lo
6
22.15
21.00
23.30
0.91
4.10
Bo
6
18.70
18.00
19.50
0.58
3.10
6
5.96
5.50
7.20
0.65
10.90
Bp
6
4.06
3.70
4.40
0.28
6.89
E.F.
6
2.66. 4.50. 3.50. 1.66
1.16
— 67 —
TABLE 6. —Hippariort mediterraneum, Kemiklitepe D, Turkey, upper permanent cheek teeth. Abbreviations as in
table 3.
P 2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
i
32.80
Bo
i
22.40
Lp
i
5.70
Bp
i
4.10
E.F.
i
3.00. 4.00,1.00,2.00
1.00
p3,4
n
X
min.
max.
S
V
Lo
4
24.96
24.50
25.85
0.63
2.52
Bo
4
24.48
23.75
26.30
1.21
4.94
Lp
4
5.55
5.10
6.00
0.46
8.28
Bp
4
4.04
3.95
4.20
0.11
3.72
E.F.
4
4.00. 5.25. 3.75. 1.25
1.00
M 1 ’ 2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
2
22.07
22.00
22.15
1.06
4.80
Bo
2
20.95
20.10
21.80
1.20
5.72
Lp
2
5.80
5.60
6.00
0.28
4.83
Bp
2
3.70
0.00
0.00
E.F.
2
3.00. 5.50. 3.50. 3.00
1.00
TABLE 7. —Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe A and B, Turkey, lower permanent cheek teeth. Abbreviations
as in table 4.
P2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
5
29.09
27.70
31.90
1.98
6.80
Bo ant.
5
11.02
10.00
11.50
0.70
6.35
Bo pos.
5
12.68
12,30
13.30
0.43
3.39
L prf.
5
8.08
6.80
9.30
1.36
16.83
L. pstf
5
12.42
11.70
14.00
1.05
8.45
E.F.
5
0.00. 0.
)0. 0.25
0 .
25
P 3,4
n
X
min.
max.
S
V
Lo
5
24.69
21.50
26.00
1.81
7.33
Bo ant.
5
13.80
13.00
14.50
0.57
4.13
Bo pos.
5
13.30
12.50
13.70
0.47
3.53
L prf.
5
6.96
6.40
8.20
0.71
10.20
L. pstf
5
12.64
11.60
14.00
0.97
7.67
ET’.
5
0.60. 1.
90. 0.20
0.40
M X ,2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
6
24.54
24.00
28.00
1.73
6.77
Bo ant.
6
11.10
9.50
12.30
1.11
10.00
Bo pos.
6
10.41
8.50
11.50
1.09
10.47
L prf.
6
6.96
6.00
9.20
1.18
16.95
L. pstf
6
9.00
8.10
10.00
0.74
8.22
E.F.
6
0.00. 0.
83. 0.00
0.33
m 3
n
X
min.
max.
S
V
Lo
3
25.31
24.70
26.25
0.82
3.24
Bo ant
3
10.10
9.50
10.90
0.72
7.12
Bo pos.
3
8.00
0.00
0.00
L prf.
3
7.10
6.00
8.00
1.01
14.22
L. pstf
3
7.33
6.50
8.70
1.19
16.23
E.F.
3
0,033 1.00,0.33
0.00
— 68 —
TABLE 8. —Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe D, Turkey. lower permanent cheek teeth. Abbresdations as in
table 4.
p 2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
4
28.56
28.35
29.00
0.29
1.01
Bo ant.
4
10.51
9.50
11.20
0.76
7.23
Bo pos.
4
13.13
12.55
13.60
0.49
3.73
L prf.
4
6.52
4.30
8.30
1.94
29.75
L. pstf
4
12.70
12.00
13.55
0.75
5.90
E.F.
4
0.25.0.
X). 0.50
0.50
llA _
n
X
min.
max.
S
V
Lo
8
23.95
23.20
25.00
0.74
3.08
Bo ant.
8
13.83
13.35
14.40
0.39
2.82
Bo pos.
8
12.34
11.00
13.00
0.89
7.21
L prf.
8
7.30
6.55
8.00
0.54
7.39
L. pstf
8
11.81
10.90
12.40
0.56
4.74
E.F.
8
0.37. 0.
50. 0.00
0.50
Mu
n
X
min.
max.
S
V
Lo
8
22.41
20.95
23.00
0.79
3.52
Bo ant.
8
11.29
10.25
12.00
0.61
5.40
Bo pos.
8
9.38
8.40
10.00
0.57
6.07
L prf.
8
5.88
5.50
6.30
0.28
4.76
L. pstf
8
7.78
6.55
9.00
0.98
12.59
EJ.
8
0 .12. 0.
50. 0.00
0.12
m 3
n
X
min.
max.
S
V
Lo
3
25.31
22.85
27.60
2.38
9.40
Bo ant.
3
9.66
9.00
10.00
0.57
5.90
Bo pos.
3
6.30
5.80
7.00
0.62
9.84
L prf.
3
5.98
5.85
6.10
0.12
2.00
L. pstf
3
8.03
6.70
9.20
1.25
15.56
E.F.
3
0 .00. 0.
33. 0.00
0.00
TABLE 9. —Hipparion matthewi, Kemiklitepe A and B, Turkey, upper permanent cheek teeth. Abbreviations as in
table 3.
pi
n
X
min.
max.
S
V
Lo
i
26.20
Bo
i
19.00
U>
i
5.60
Bp
i
4.50
EJ.
i
7.00.5.00.4.00 1.00
2.00
p3,4
n
X
min.
max.
s
V
Lo
5
20.30
20.00
20.60
0.44
2.16
Bo
4
19.30
18.00
20.00
0.98
5.07
Lp
3
5.90
5.60
6.20
0.40
6.77
Bp
3
4.23
4.00
4.40
0.20
4.72
EJ.
4
2.75. 8,75. 4.50.1.25
1.25
M 1 ’ 2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
6
18.20
17.60
19.00
0.63
3.46
Bo
5
17.46
14.80
18.70
1.55
8.87
Lp
5
5.62
4.60
6.00
0.58
10.32
Bp
5
3.74
2.50
4.20
0.70
18.71
E.F.
6
1.66. 5.33.
3.50. 1.00
0.83
— 69 —
M 3
n
X
min.
max.
S
V
Lo
3
19.30
18.50
20.00
0.75
3.88
Bo
3
14.30
11.30
17.00
2.56
17.90
Lp
2
5.80
5.40
6.00
0.42
7.24
Bp
2
3.45
3.50
3.50
0.07
2.02
E.F.
2
3.00. 5.50.
4.00. 2.50
1.00
TABLE 10. — Hipparion matthewi, Kemiklitepe A and B, Turkey, lower permanent cheek teeth. Abbreviations as in
table 4.
P2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
6
23.07
22.60
23.40
0.34
1.47
Bo ant.
6
9.26
8.40
10.00
0.73
7.88
Bo pos.
6
10.88
9.80
12.50
1.14
10.47
L prf.
5
6.12
4.20
6.80
1.09
17.80
L. pstf
6
10.05
9.00
11.50
1.08
10.28
E.F.
6
0.00.0.
16. 0.16
0.16
P 3 .4
n
X
min.
max.
S
V
Lo
12
19.59
18.10
20.70
0.80
4.08
Bo ant.
12
11.87
11.10
12.80
0.59
4.97
Bo pos.
12
11.07
9.10
12.30
0.88
7.95
L prf.
12
6.15
5.50
6.80
0.39
6.34
L. pstf
12
9.16
6.80
10.90
1.15
12.55
EJ".
12
0.41. 0.
ÏÏLOiX)
0.08
M X ,2
n
X
min.
max.
S
V
Lo
14
18.56
17.00
21.70
1.35
7.27
Boant.
14
9.75
8.30
11.30
0.87
8.92
Bo pos.
14
8.83
7.60
10.80
1.06
12.00
L prf.
14
5.16
4.30
6.50
0.75
14.53
L. pstf
14
5.30
4.10
7.00
0.98
18.49
E.F.
14
0.00. 0.
83. 0.00
0.33
m 3
n
X
min.
max.
S
V
Lo
4
20.50
19.20
21.40
1.08
5.26
Bo anL
4
8.71
7.75
9.40
0.75
8.61
Bo pos.
4
7.22
6.30
7.80
0.69
9.55
L prf.
4
5.32
5.00
6.00
0.47
8.83
L. pstf
4
5.45
4.30
7.30
1.38
25.32
E.K.
4
0.00. 0.
25. 0.00
0.00
TABLE 11. —Hipparion sp. (large-sized) and Hipparion matthewi, Kemiklitepe A and B, Tuikey, third metacarpal.
Hipparion
s p .
MCIII
n
X
min.
max.
S
V
1
i
227.00
2
i
220.00
3
i
34.10
4
i
24.70
5
3
43.30
42.60
43.70
0.60
1.38
6
3
30.30
29.40
31.50
1.08
3.56
7
3
38.66
38.00
39.00
0.57
1.47
8
3
10.90
10.00
11.50
0.79
7.25
10
3
41.36
40.00
43.00
1.51
3.65
11
4
39.65
38.60
42.00
1.58
3.98
12
4
31.65
31.00
33.00
0.92
2.90
13
4
26.17
25.20
27.00
0.76
2.90
14
4
27.87
27.50
28.30
0.35
1.25
16
— 70 —
H .
m a 11 h e
H’ i
MClII
n
X
min.
max.
S
V
201.40
196.00
209.60
7.21
3.58
196.00
190.00
204.40
7.49
3.82
20.35
19.50
21.30
0.77
3.78
18.61
17.75
19.20
3.44
28.87
30.00
1.04
3.60
20.40
20.90
2.25
21.00
24.50
1.56
6.77
8.80
8.50
9.10
0.24
2.73
10
7
26.42
24.70
27.40
1.02
3.86
11
24.80
22.30
25.60
1.26
5.08
12
21.42
19.50
22.10
1.11
5.18
13
17.96
19.00
0.77
4.28
14
19.18
18.40
19.70
0.50
2.60
16
4.50
4.30
4.70
6.22
1. Maximal length : 2. Internai length ; 3. Breadth of the diaphysis (in the middle) : 4. DAP idem at the level of 3 ; 5. Proximal
articular breadth ; 6. Proximal articular DAP ; 7. Maximal diameter of the articular facet for os magnum ; 8. Diameter of the anterior facet for
hamatum ;10. Distal maximal supra-art ioular breadth ; 11. Distal maximal articular breadth ; 12. Distal maximal DAP of the kcel ; 13. Distal
minimal DAP of the latéral condyle : 14. Distal maximal DAP of the médial condylc : 16. Diameter for the articular facet for Mcjj.
TABLE 12. — Hipparion sp. (largc-sizcd) t Hipparion mediterraneum and Hipparion matthewi, Kemiklitepe A and
B, Turkey, tibia. 3. Minimal breadth of the diaphysis ; 7. Maximal distal breadth ; 8. Maximal distal DAP.
Hipparion
s p .
hhhh
TIBIA
n
X
max.
S
V
3
7
i
74.45
8
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9
X
min.
max.
s
V
39.00
61.50
68.30
2.96
4.50
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37.10
44.90
3.99
9.61
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TIBIA
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max.
S
V
3
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28.00
7
3
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45.00
0.57
1.28
8
3
29.80
29.00
30.40
0.72
2.41
TABLE 13. —Hipparion sp. (large-sized) and Hipparion matthewi, Kemiklitepe A and B, Turkey, astragalus.
H ip p
a r i o n S
P-
ASTRAGALUS
»
X
min.
max.
S
V
44.30
42.60
2.40
5.41
60.65
59.80
1.20
1.97
29.20
27.40
31.00
2.54
8.69
62.70
59.10
66.30
8.11
48.95
46.40
51.50
3.60
7.35
33.50
7
49.00
ASTRAGALUS
n
X
max.
S
V
1
29,53
27.70
31.50
1.90
6.43
2
40.10
40.00
40.20
0.14
0.35
3
20.40
19.00
21.75
1.37
6.71
4
39.43
39.10
1.44
5
30.21
28.00
32.25
7.05
6
23.70
23.50
23.90
1.18
7
31.90
30.70
33.10
1.69
5.29
1. Maximal length (height): articulation surface for navicular-top of the internai condyle ; 2. Maximal diameter of the internai
condyle ; 3. Trochlear breadth: middle of the intemal-middle of the extemal condyles ; 4. Maximal breadth (in projection) ; 5. Distal
articular breadth ; 6. Distal articular DAP ; 7. Maximal DAP of the internai condyle.
TABLE 14. —Hipparion sp. (large-sized), Hipparion mediterraneum and Hipparion matthewi, Kemiklitepe A and
B, Turkey, third metatarsal.
Hipparion
s P •
MtlII
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X
min.
max.
S
V
i
43.20
i
32.30
i
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min.
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V
1
2
3
2
28.25
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29.00
1.06
3.75
4
1
24.00
5
1
40.40
6
1
33.70
7
1
38.50
8
1
10.00
9
1
6.50
2
36.75
35.00
38.50
2.47
6.72
11
2
34.35
34.50
35.00
0.35
1.01
12
2
33.50
32.00
35.00
2.12
6.33
13
2
27.15
26.80
27.50
0.49
1.80
14
2
29.90
29.30
30.50
0.84
2.80
Il .
m a 1 i h e
w i
n
X
min.
max.
S
V
1
2
224.30
221.80
226.80
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1.57
2
2
219.75
218.20
221.30
2.19
0.99
3
5
22.10
20.60
24.00
1.35
6.10
4
5
21.66
20.80
22.50
0.65
3.00
5
5
30.46
29.40
31.50
0.91
2.98
6
4
24.25
23.00
26.30
1.42
5.85
7
5
27.80
26.50
28.70
1.01
3.63
8
5
7.12
6.00
0.74
1039
9
2
5.20
430
6.10
1.27
24.42
6
27.66
26.40
28.70
0.87
3.14
11
7
25.14
23.60
26.20
0.92
3.66
12
8
22.23
20.75
23.90
1.07
4.81
13
7
18.30
17.60
18.80
0.43
2.34
14
9
19.52
17.75
21.20
1.01
5.17
1. Maximal length ; 2. internai length ; 3. Breadth of the dianhysis (in the middle) ; 4. DAP idem at the level of 3 ; 5. Proximal
articular breadth ; 6. Proximal articular DAP ; 7. Maximal diameter of the articular facet for the cuneifomi ; 8. Diameter of the articular facet
for cuboid ; 9. Idem for cuneiform II ; 10. Distal maximal supraarticuiar breadth ; 11. Distal maximal articular breadth ; 12. Distal maximal
DAP of the keel ; 13. Distal minimal DAP of the latéral condyle ; 14. Distal maximal DAP of the médial condyle.
— 72 —
TABLE 15. —Hipparion sp. (large-sized), Kemiklitepe A and B, Turkey, first phalanx of the third digit.
■■■HH
PHALANX I
n
X
min.
max.
s
V
1
4
67.00
64.80
69.80
2.55
3.80
2
4
60.32
58.15
64.60
2.99
4.95
3
5
28.69
27.00
29.70
1.46
4
4
41.80
40.70
43.30
1.08
2.58
S
4
33.03
31.75
34,40
1.11
3.36
6
5
33.65
31.70
35.00
1.20
3.56
7
5
33.96
32.70
36.30
1.39
4.09
8
5
20.53
19.90
21.30
0.58
2.82
9
2
33.00
30.00
36.00
2,12
6.42
10
4
47.65
46.40
49.00
1.09
2.28
11
4
48.75
46.40
51.50
2.23
4.57
12
5
17.10
12.50
20.80
3.18
18.50
13
5
16.71
12.20
20.30
3.38
1.19
1. Maximal length ; 2. Anterior length: middle of the proximal artieular facet- middle of the distal facet ; 3. Minimal breadth of
the diaphysis ; 4. Proximal breadth ; 5. Proximal DAP ; 6. Distal breadth at the tuberosities ; 7. Distal artieular breadth ; 8. Distal artieular
DAP ; 9. Minimal length of the trigonum phalangis ; 10. Médial supratuberosital length ; 11. Latéral supratuberosital length ; 12. Médial
infratuberosital length ; 13. Latéral infratuberosital length.
TABLE 16. —Hipparion sp. (large-sized) and Hipparion niaithewi, Kemiklitepe A and B, Turkey, second phalanx
of the third digit.
H ip p
a r i o n s
P •
PHALANX 11
n
X
min.
max.
s
V
1
i
37.50
2
i
28.50
3
2
31.77
30.80
32.75
1.37
4.31
4
2
39.00
38.00
40.00
1.41
3.61
5
2
27.10
25.20
29.00
2.68
9.89
6
1
36.00
H . m a 11 h e w
i
PHALANX II
n
X
min.
max.
S
V
1
2
29.60
28.20
31.00
1.97
6.65
2
2
24.07
22.25
25.90
2.58
10.70
3
2
21.82
20.85
22.80
1.37
6.27
4
2
26.35
25,50
27.20
1.20
4.55
5
2
18.60
17.60
19.60
1.41
7.58
6
1
1. Maximal length ; 2. Anterior length (as in the first phalanx) ; 3. Minimal breadth of the diaphysis ; 4. Maximal proximal
breadth ; 5. Proximal DAP ; 6. Distal artieular maximal breadth.
TABLE 17. —Hipparion mediterraneum and Hipparion sp. (small-sized), Kemiklitepe D,Turkey, radius.
H. me
d i t e r r a
n e u m
Radius
n
X
min.
max.
S
V
i
i
230.00
3
i
30.90
4
i
29.25
S
2
56.15
54.80
57.50
1.90
3.38
6
2
29.60
30.00
0.56
1.89
7
2
58.37
55.70
61.05
3.78
6.47
8
1
50.40
9
1
30.10
10
1
11
1
12
1
11.25
— 73 —
Il i p
p a r i o n s p .
Radius
n
X
min.
max.
S
V
1
i
212.00
3
i
27.70
4
i
20.90
S
2
44.55
43.80
45.30
1.06
2.38
6
2
23.97
23.10
24.85
1.23
5.13
7
2
50.37
50.00
50.75
0.53
1.05
8
9
10
11
12
1. Maximal lcngth ; 3. Minimal breadth of diaphysis ; 4. DAP of thc diaphysis at the level of 3 ; 5. Proximal articular breadth ;
6. Proximal articular DAP ; 7. Proximal maximal breadth ; 8. Distal articular breadth ; 9. Distal articular DAP ; 10. Distal maximal breadth ;
11. Diameter of thc articular lacet for navicular ; 12. Idem for triquetrum.
TABLE 18. —Hippûrïon mediterraneum , Kemiklitepc D, Turkey, third metacarpal. For the numbers of
measurements see table 11.
H . me
d i t e r r a
n e u m
Mc III
n
X
min.
max.
S
V
1
i
202.00
2
i
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3
i
26.80
4
i
21.80
5
i
37.50
6
i
25.40
7
i
31.50
8
i
10.50
10
i
33.10
33.00
33.20
0.14
0.42
11
2
32.45
32.40
32.50
0.07
0.21
12
2
27.05
26.50
27.60
0.77
2.84
13
2
21.87
21.40
22.35
0.67
3.06
14
2
24.00
23.00
25.00
1.41
5.87
16
1
5.00
TABLE 19. —Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe D, Turkey, tibia, cuboid, navicular, big cuneiform,
calcanéum and astragalus.
H . mediterrane
u m
TIBIA
n
X
min.
max.
S
V
3
i
43.00
4
i
22.70
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3
60.00
64.00
8
3
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43.30
Cuboid
n
X
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max.
. S
V
i
2
36.75
36.60
36.90
2
2
12.67
12.25
13.10
0.60
3
2
24.42
23.35
25.50
1.52
4
2
8.40
8.25
8.55
5
2
10.80
10.10
11.50
0.98
9.07
6
2
6.30
6.00
6.60
6.66
7
2
14.37
13.75
15.00
0.88
6.12
Navicular
n
X
S
V
i
2
31.75
iBUiuji;
32.20
0.63
1.98
2
2
43.62
43.75
0.17
0.39
n
X
min.
max.
S
V
1
3
38.26
37.10
39.30
1.10
2.87
2
2
29.85
29.00
30.70
1.20
0.13
3
2
13.75
12.40
15.10
1.90
13.80
— 74 —
CALCANEUM
n
X
min.
max.
S
V
103.20
60.80
20.32
18.85
21.80
10.23
4
i
30.75
S
i
47.15
3
46.93
48.80
1.85
3.94
3
44.26
43.50
45.40
1.00
2.26
Astragalus
n
X
min.
max.
S
V
53.70
55.50
2.54
4.72
Kw | H
52.35
5.16
9.85
26.12
25.75
2.03
51.80
■>' rm
0.28
0.54
41.55
40.00
«
2.19
5.27
28.22
27.45
29.00
1.09
3.86
44.40
42.30
46.50
2.96
6.66
Tibia : 3. Minimal breadth of thc diaphysis ; 4. DAP of the diaphysis al the level of 3 : 7. Maximal distal breadth ; 8. Maximal
distal DAP.
Cuboid : 1. DAP (in projection across the axis of the proximal articulation surface) ; 2.Antcrior breadth (in projection) ; 3.
Posterior breadth (in projection) ; 4. Diameter of the articular facet for astragalus ; 5. Idem for calcanéum ; 6. Idem for navicular ; 7. Length
of the facet for navicular.
Navicular : 1. Maximal DAP ; 2. Breadth.
Cuneifonn . I. Breadth ; 2. Distal DAP ; 3. Breadth of the posterior part of the proximal articular facet.
Calcanéum 1, Maximal length ; 2. Length of the proximal part : middlc oftuber ealcancum-articulation surface below coracoid
process ; 3. Minimal breadth of thc diaphysis ; 4. Maximal breadth of the tuber calcanéum ; 5. Maximal DAP idem ; 6. Distal maximal
breadth (in projection) ; 7. Distal maximal DAP.
Astragalus : For the numbers of mcasuremcnts sec Tab.13.
TABLE 20. —Ilipparion medi terra ne uni and Hipparion sp. (small-sized), Kemiklitepe D, Turkey, third metatarsal.
For the numbers of measurements see table 14.
75 —
PLATE I .—Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe A, skull, KTA-586 ; a, latéral and b, occlusal view.
— 76 —
PLATE II. — 1. Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe D, mandible, KTD-533 : a, latéral and b, occlusal view ;
2. Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe D, mandible, KTD-532, occlusal view.
PLATE in. — l. Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe A, left upper toothrow, KTA-586 ; 2. Hipparion
mediterraneum. Kemiklitepe £>, left upper toothrow KTD-531 ; 3. Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe D, left lower
toothrow KTD-533 : 4. Hipparion mediterraneum, Kemiklitepe D, left lower toothrow KTD-532 ; 5. Hipparion
mediterraneum, Kemiklitepe B, left lower toothrow KTB-537.
— 78 —
PLATE IV. — 1. Hipparion matthewi, Kemiklitepe A, mamlible, KTA-537 : a, latéral and b., occlusal view ;
2. Hipparion matthewi, Kemiklitepe A, mandible, KTA-538 ; 3. Hipparion matthewi, Kemiklitepe A, righl upper toothtrow,
KTA-533.
— 79 —
PLATE V. — 1. Hipparion sp., Kemiklitepe A, mandible, KTA-536, a. latéral and b.occlusal view ; 2. Hipparion
sp., Kemiklitepe A, right upper toothrow, KTA-510. 3. Hipparion sp., Kemiklitepe A, left lower toothrow, KTA-529.
— 80 —
PLATE VI. — 1. Third melacarpal, Kemiklitepe A. D. a. Hipparion mediterraneum, KTD-500 ; b. Hipparion
matthewi, KTA-502 ; c. Hipparion sp. , KTA-542 ; 2. Third metatarsal, Kemiklitepe A, D : a, Hipparion mediterraneum,
KTD-501 ; b, Hipparion matthewi, KTA-503 ; c, Hipparion sp., KTA-577.
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n° 1 : 81-95.
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
4. Rhinocerotidae
par Denis GERAADS
Résumé. —Ceralotherium neumayri, voisin de l'espèce africaine actuelle C. simum et largement
répandu dans le Miocène supérieur de Méditerranée orientale, est le Rhinocéros le plus abondanL à
Kemiklitepe. Dicerorhinus pikermiensis existe peut-être aussi dans le niveau inférieur (KTD). Le petit
Chilotherium, inerme, est assez rare, surtout dans le niveau supérieur.
Abstract. — Ceratolheriuni neumayri , allied to the Recent African C.simum. and widespread in the
eastern Meditenanean upper Miocene, is the most abundant Rhinocéros al Kemiklitepe. Dicerorhinus
pikermiensis is perhaps also présent in the lower level (KTD). The small hornless Chilotherium is rather
uncommon, especially in the upper level.
Mots-clés. — Miocène supérieur, Turquie, Rhinocerotidae, Perissodactyla, Mammalia.
D. GERAADS, URA 49 du CNRS, Musée de l’Homme , place du Trocadéro, 75116 PARIS, et Laboratoire de Paléontologie des
Vertébrés et Paléontologie humaine, Université Paris VI, 4 place Jussieu, 75252 PARIS Cedex 05.
INTRODUCTION
Les gisements de Kemiklitepe près d'Esme ont été exploités en 1989 et 1990 sous la direction
de S. SEN. La stratigraphie est indiquée par ailleurs (SEN et al., ce volume).
Les Rhinocerotidae sont surtout représentés à Kemiklitepe par des os du pied et de la main, les
autres éléments du squelette et du crâne étant beaucoup plus rares. Le petit Chilotherium est aisément
reconnaissable, et il semble qu’on puisse aussi distinguer, comme à Pikermi et à Samos, deux taxons
parmi les formes à cornes.
Abréviations
KT : Kemiklitepe ; PIK : Pikermi ; MGL : Musée Géologique et Minéralogique, Lausanne ;
MNHNP : Muséum national d'Histoire naturelle, Paris ; NHB : Naturhistorisches Muséum, Basel ; BMNH :
— 82 —
British Muséum (Natural History), London ; NHMW : Naturhistorisches Muséum, Wien ; PIM ;
Palaontologisches Institut, Münster ; SMNS : Staatliches Muséum für Naturkunde, Stuttgart.
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
Genre CERATOTHERIUM Gray, 1867
Espèce-type : Ceratotherium simum (Burchell, 1817).
Ceratotherium neumayri (Osborn, 1900)
= Atelodus neumayri Osborn, 1900.
Cette espèce est habituellement appelée Diceros pachygnathus ; néanmoins, la pièce-type du
Rhinocéros pachygnathus Wagner n’appartient pas, selon HEISSIG (1975), aux Dicerotini, et il est
préférable de ne pas utiliser ce nom.
Type : Crâne de Maragha, NHMW n°A 4791.
Diagnose : Geraads, 1988 : 24.
Matériel : Niveau inférieur : KTD-16: DP 1 et DP 2 ; KTD-60 : DP 1 ; KTD-6 : McIII ; KTD-64 :
extrémité distale de tibia ; KTD-3 : astragale et calcanéum ; KTD-7 : astragale (pl. II, 5) ; KTD-13 :
cunéiforme interne ; KTD-4 : Mtll et MtUI ; KTD-9 ; MtlII. — Niveau supérieur : KTA-99 : DP 2 -DP 4 ;
KTA-100 : DP 1 -DP 4 (fig. I , presque certainement le même individu que KTA-99) ; KTB-60 : extrémité
proximale de scapula , KTB-63 : scaphoïde; KTA-175 . semi-lunaire; KTB-12: trapézoïde ; KTA-176 :
unciforine ; KTB-53 : extrémité proximale de McII ; KTB-52 : extrémité proximale de McIV ; KTA-174et
KTB-58 : calcanéums ; KTA-177 ; astragale ; KTA-136 : extrémité proximale de Mllil.
DESCRIPTION
La distinction entre les deux espèces de Rhinocéros à cornes du Miocène supérieur de
Méditerranée orientale, C. neumayri et Dicerorhinus orientalis, a déjà été discutée en détail
(GERAADS, 1988).
Toutes les dents sont des supérieures lactéales. A l'exception de la présence d'une post-fossette
sur les DP 2 de KTA-99-100 (fig. 1), tous les caractères sont ceux de C.neumayri :
— les DP 1 possèdent un long protolophe, mais un métalophe court :
— le métalophe de DP 2 est plus transversal que le protolophe ;
— DP 2 - DP 4 sont longues relativement à leur largeur ;
— elles possèdent une crista qui rejoint le crochet, et un petit tubercule cingulaire au débouché
de la vallée médiane ;
— le protocône est presque parfaitement fondu dans le protolophe.
— 83 —
Dimensions de ces dents (Longueur x largeur).
L DP 1 -DP 4
KTD-60 —
KTD-16 —
KTA-100 145?
KTA-99 143
DP 1 DP 2
23,8 x 20 —
26 x 23 42,2 x 39,5
— 36,8 x 34,5
24,3 x 22,8 —
DP 3 DP 4
45 x 41,3 52x42
RG. 1. — Ceratolherium neumayri, KTA-100, DP^DP 4 (dessin D.VISSET).
Ceratotherium neumayri. KTA-100, DP 2 'DP 4 (drawing D.VISSET).
RG. 2. — Ceratotherium neumayri, KTA-175, semi-lunaire gauche, vue médiale, et KTA-176. unciforme droit, vue
antérieure (dessins D, VISSET).
Ceratotherium neumayri, KTA-175, left semilunar, mediaI view, and KTA-176, rtght unciform, anterior view
(drawings D VISSET),
Sur la scapula KTB-60, la tubérosité coracoïde est assez faible, nettement moins saillante que
sur la figure 9B de GUÉRIN (1980).
DIMENSIONS (sauf exception, toutes les mesures utilisées pour les os des membres sont celles de
GUÉRIN, 1980) : DAP tuber : 147 ; DAP art. : 96 ; DAP col : 120.
— 84 —
Les carpiens (fig. 2) sont semblables à ceux de Pikermi. Sur l'unciforme, les surfaces
articulaires pour le pyramidal et le McV viennent en contact.
Dimensions : Scaphoïde KTB-63 : L = 82 ; L art. inf.= 60 ; H = 67. Semi-lunaire KTA-175 : L = 74 ;
H = 49 ; H ant. = 52. Trapézoïde KTB-12 : L = 48. Unciforme KTA-176 : L abs.= 81 ; L anat. = 64 ; H = 53 ;
1 = 68+.
L’extrémité proximale du McII KTB-53 est remarquable par la grande taille de la facette pour le
McIII. L'allongement antéro-postérieur de l'articulation proximale et l'absence de tubérosité palmaire
proximale sont deux caractères de C. neumayri.
Dimensions : 2bis = 56 ; 3 = 43.
Sur le McIII KTD-6, la facette pour le McII est grande, les surfaces pour le McIV à peu près
égales.
Dimensions : 1 = 179 ; 2 = 69 ; 3 = 58 ; 4 = 52 ; 5 = 28 ; 6 = 68 ; 7 = 53.
MtIV KTB-52 : 2 = #54 ; 4 = 45?.
KTD-64 est une extrémité distale de tibia, à laquelle la fibula est intimement soudée.
Dimensions : DT = 85 ; DAP = 67 ; DT max. totale = 139 ; DAP max. = 92.
Les calcanéums (3 spécimens) possèdent toujours une articulation pour le tibia, mais jamais
pour la fibula.
Dimensions
H
DT min.
DAP somm.
DAP bec
DT somm.
DT sus.
KTD-3a
45
_
81
_
90
KTB-58
153
50,5
82
90
63
92
KTA-174
155?
55
85
92
69
96
Sur les astragales (pi. Il, 5), les facettes articulaires de la face plantaire sont bien séparées, l’axe
de la trochlée est à peu près parallèle à la face distale, son bord latéral est anguleux, la tubérosité disto-
médiale est peu saillante. Ces caractères semblent correspondre mieux à C. neumayri qu'à l'autre
espèce de Méditerranée orientale, Dicerorhinus pikermiensis , mais la distinction sur ces deux os est
incertaine (GERAADS, 1988), La partie plantaire de la facette pour la fibula est plus étroite à KTA qu'à
KTD (un exemplaire dans chaque niveau) ; selon HEISSIG (1975), cette facette est plus large dans le
Vallésien que dans le Turolien de Turquie.
Dimensions : KTD-7 ; H = 89 ; DT artic.dist. = 82. KTD-3b : DT artic. dist. = 86. KTA-177 : H =
97 ; DT artic. dist. = 89?.
Quelques métatarsiens, dont certains en connexion, peuvent aussi être rattachés à C. neumayri,
bien que ces os ne soient pas très caractéristiques. Je préfère cependant rattacher le spécimen KTD-14 à
D. pikermiensis (voir plus loin).
— 85 —
Dimensions
Art.
prox.
DT diaph.
DT dist.
L
DT
DAP
mil.
mini.
max.
art.
Mtll
KTD4b
149
23
41
30
45
38
KTD-5b
MtlII
155
30,5
43
40
KTA-136
53?
KTD-4a
163
57,5
41
53
49
67
53
KTD-5a
171
59
42
53
50
69
57
KTD-9
165
60
44
54
51
70
54
Dicerorhinus pikermiensis ?
MtlII
KTD-14
177,5
55
44,5
53
50
65
MtIV
KTD-14
40,5
44,5
33
_
.
CONCLUSION
Il ne fait pas de doute que C. neumayri est présent dans les deux niveaux, KTD et KTA-B.
Pour les rares éléments anatomiques comparables (astragale et calcanéum), la taille est un peu
supérieure à KTA-B. Afin de pouvoir comparer les autres, j'ai rapporté leurs dimensions aux
moyennes données par GUÉRIN (1980) de C. simum et Diceros bicornis. Il n'apparaît plus alors de
différence nette entre les deux niveaux. Tant à KTA-B qu'à KTD. presque toutes les mesures sont
supérieures aux moyennes de D. bicornis., plus proches de celles de C. simum. 11 se peut que le
membre postérieur ait été un peu plus fort, relativement à l'antérieur, que dans les formes actuelles.
Genre DICERORHINUS Gloger, 1841
Espèce-type : Dicerorhinus sumatrensis (Fischer, 1814).
Dicerorhinus pikermiensis (Toula, 1906) ?
Rh. schleiermacheri pikermiensis Toula, 1906.
Ceratorhinus schleiermacheri orienlalis Schlosser, 1921.
Gisement-type: Pikermi.
Diagnose : Geraads, 1988 : 20.
Matériel : KTD-14 : cuboïde, naviculaire, cunéiforme externe, MtlII et extrémité proximale de
MtIV (pl. U, 1).
Les éléments de patte postérieure KTD-14 se distinguent de C. neumayri par les caractères
suivants (GERAADS, 1988) :
— la face antérieure du cuboïde est à peu près carrée, alors que cet os est toujours plus haut,
surtout latéralement, chez C. neumayri ;
86
— sur ce même os, la facette pour le MlIV est assez longue, le sillon du muscle long péronier
étroit, la tubérosité plantaire modeste. Les caractères correspondants se retrouvent sur le MtIV ;
— le cunéiforme externe est un peu moins haut que chez D. pikermiensis de Pikcrmi, mais
nettement plus que chez C. neumayri ;
— le Mtill, sans se distinguer radicalement des autres exemplaires de cet os à Kemiklitepe, est
à la fois le plus long, le plus grêle, celui dont l'extrémité proximale est la moins élargie (v. dimen¬
sions indiquées précédemment), la tubérosité plantaire proximale la plus faible, la face palmaire la
plus concave, la quille-guide distale la plus saillante.
Si cette patte provenait de Pikcrmi ou de Samos, je la rapporterais sans hésitation à D.
pikermiensis, mais en l'absence de restes dentaires ou crâniens, la présence de cette espèce à
Kemiklitepe ne peut encore être tenue pour certaine.
Genre CHILOTHERIUM Ringstrôm, 1924
Espèce-type : Chilotherium anderssoni Ringstrôm, 1924 : 26.
Chilotherium sp„ aff. Chilotherium persiae Pohlig, 1885
MATÉRIEL : Il provient en totalité du niveau inférieur (KTD). KTD-2 : mandibule avec la symphyse,
les I 2 , P 2 -M 2 gauches (pl.l, 1) ; KTD-15 : fragment de maxillaire avec DP 2 -DP 3 (pl. I, 2) ; KTD-8 :
extrémité distale d'humérus ; KTD-11 : McII et McIII incomplets ; KT(D?)-61-62 : tibia et fibula (le niveau
d'origine de ces deux pièces n’est pas absolument certain) ; KTD-12 : extrémité distale de tibia ; KTD-10 :
fibula ; KTD-58 : éléments d'un pied : astragale, calcanéum, cuboïde, naviculaire, cunéiforme externe, Mtll,
Mtill et MtIV (pl. I, 2-3).
DESCRIPTION
La mandibule KTD-2 est typique de Chilotherium par ses I 2 énormes et très écartées l'une de
l’autre. Leur section est très comprimée, à grand axe oblique vers le haut et l'intérieur. Leur face
supérieure, jusqu'au bord interne, tranchant, est dépourvue d'émail, L'individu étant assez jeune, les I 2
sont encore longues et bien incurvées, puisque même le bord tranchant est concave. Ces dents sont
aussi plus fortes que sur aucun des spécimens de Ch. persiae de Maragha (MNHNP), ou des espèces
chinoises (RINGSTROM. 1924 ; BORSUK-BlALYNICKA. 1969). Il n’y a pas trace d'alvéoles de I).
Chez Ch. persiae . ces dents, très réduites, sont inconstantes chez les vieux individus.
La région symphysaire ne diffère pas de manière sensible de celle de Ch. persiae. Elle est
seulement un peu moins rétrécie en arrière ; le bord inférieur de la mandibule est un peu convexe,
comme chez Ch. anderssoni et Ch. persiae. La longueur de la série des prémolaires dans cette dernière
espèce est très variable, mais dépend surtout du degré d'usure.
— 87 —
Dimensions comparées
KTD-2
Chilotherium persiae
Maragha, MNHNP
Ch.wegneri
Samos
Diamètre max. I 2
52,5
44
49
46
46
Diam. transv. I 2
24
27,5
25
23
DT max. bases I 2
153
149
156
148
155
L diastème
DT mini, entre
56
50
61
65
(65)
crêtes diast.
57
56
55
54
DT mini sous P 3
126
108
115
103
121
L symphyse
130
121
124
LP 2 -P 4
88
76
75
81
Les dents de lait KTD-15 (pl. I, 2), imparfaitement conservées, ont une surface occlusale très
complexe. Comme toujours chez Chilotherium, la crista est plus forte sur DP 2 que sur DP 3 . C'est
l'inverse pour le crochet, dédoublé sur ces deux dents, qui tend à rejoindre les expansions issues du
protolophe ; sur DP 3 , sa branche linguale atteint l'antécrochel, fermant ainsi précocement la
médifossctte. Ces dents sont donc remarquables par le développement des crêtes antéro-postérieures,
nettement plus accentuées qu’à Maragha et Samos ; parmi les espèces chinoises, elles ressemblent
plus à celles de Ch. anderssoni. Cette morphologie est une adaptation de brouteur d'herbe.
Dimensions : DP 2 : 38 x 29 ; DP 3 : 39 x 35.
Les éléments du squelette post-crânien se distinguent aisément par leur petite taille de ceux des
rhinocéros à cornes.
Sur l'humérus, la gorge de la trochlée distale est plus profonde que chez les Rhinocerotinae.
Dimensions
KTD -8 Ch. persiae - Maragha Ch. anderssoni
DT artic. dist. 92 88 88 90 87 90
DTmax. dist. 144 128+ 139 138 136 150
Le reste de la patte antérieure n'est représenté que par des Mcll et McIII associés mais
incomplets. Contrairement à Ch. anderssoni , le Mcll ne semble guère plus divergent ni plus réduit
que chez les Rhinocerotinae ; l'orientation du Mcll est incertaine à Maragha (MNHNP) où il n'y a pas
de métapodes en connexion. Le Mclfl de KTD est plus court que ceux de Ch. persiae et Ch.
anderssoni.,
Dimensions
KTD-Il
McIII
L
110 ?
DT prox.
51,5
DT mil.
42
Mcll
37
Ch. persiae
McIII-1383
134
55
41
McIII-1389
141
55
43
Mcll
37
34
Ch. anderssoni
Mcin
ni
43
Mcll
106
36
— 88 —
Un tibia et une fibula associés KT(D?)-61 et 62 proviennent presque certainement du niveau
inférieur. Comme à Maragha, ces deux os sont libres, et ne se soudaient sans doute jamais, même
chez les individus âgés.
Dimensions
L
DT dist. max
DT min.
DT dist. max.
L
tibia
tibia
tibia
totale
fibula
KT(D?)-61-62
280
85
47
101
245
KTD-12
KTD-10
88
265
Ch. persiae
Ch. schlosseri
83, 89
Samos
300-310
90
Ch. anderssoni
#280
84
48
114
Le pied K.TD-58 (pl. II, 2) diffère un peu de ceux de Ch. persiae et Ch anderssoni. L'astragale
(pi. Il, 3) est plus haut que celui de Ch.persiue (pl. IL 4), mais sa face distale est moins large. Sur la
face plantaire, la surface centrale est très petite, la surface latérale est, au contraire, très longue
distalement ; dans l'angle proximo-médial, une forte tubérosité vient au contact de l'extrémité du
sustenlaculum tali du calcanéum. Chez Ch. persiae et, semble-t-il, chez Ch. anderssoni , cette
tubérosité est plus réduite et ne vient pas au contact du calcanéum ; elle est absente chez les
Rhinocerotinae. Ces différences traduisent un renforcement du soutien de cette articulation puisque ces
zones de contact supplémentaires (pl. II, 3, flèches) sont toutes deux situées dans un même plan à peu
près horizontal.
Dimensions
H int
H ext.
DT dist. artic.
DT dist. max.
KTD-11
62,5
65,5
59
68
Ch. persiae
moy. (N=9)
min.-max.
58,5
56-62
64
60-68
63,5
61-68
74
70-80
Les différences correspondantes se retrouvent sur le calcanéum, particulièrement trapu. Les
régions où existent toujours chez Ch. persiae de petites facettes articulaires pour le tibia et la fibula
sont ici érodées, et leur présence est incertaine.
Dimensions
L max.
DT sustent.
H
H tuber.
DT tuber.
KTD-58
107
71
59
61
48
Ch. persiae
moy. (N=6)
100
71
56
59,5
46
(mini-maxi)
(97-102)
(70-73)
(53-59)
(56-61)
(45-47)
Ch. schlosseri
Samos
107
80-83
55
55-60
— 89 —
Le cuboïde esl beaucoup plus allongé antéro-postérieurement que chez les Rhinocerotinae ; ses
facettes proximales forment un dièdre moins ouvert. Comme l'a noté RINGSTROM (1924) cet os reste
éloigné du MtlII, du fait de l'élargissement de l'ectocunéiforme, qui s'articule ici avec le MtlV, ce qui
ne se rencontre jamais chez les Rhinocerotinae.
Dimensions : Cuboïde : H ant. = 30 ; H = 47 ; L = 63 ; 1 = 39. Naviculaire : L = 52 ; 1 = 47.
Ectocunéiforme : L = 47 ; I = 47.
Les métapodes sont très semblables par leurs dimensions et proportions tant à ceux de Ch.
anderssoni qu'à ceux de Ch. persiae. Los métapodes latéraux divergent nettement des centraux, et les
tubérosités d'insertion des ligaments métatarso-plalangiens sont corrélativement très fortes. Les doigts
latéraux ne sont cependant pas plus réduits que chez les Rhinocerotinae ( contra RINGSTRÔM, 1924).
CONCLUSION
Le genre Chilotherium est très bien défini par la spécialisation de le denture frontale : absence
d'incisives supérieures, très fort développement et écartement des I 2 ; le toit crânien est plat ou un
peu concave, ies orbites sont hautes, etc. (RINGSTROM. 1924 ; GERAADS et KOUFOS, 1990). De
nombreuses espèces lui ont été rattachées, mais en dehors de celles de Chine et de Mongolie
(RINGSTROM, 1924 ; BORSUK-BIALYN1CKA. 1969 ; QIU et Y AN. 1982), le genre n’a pas été étudié
en détail, et la brève revue de HEISSIG (1975) reste insuffisante pour établir les nombreuses
synonymies probables. Le Chilotherium de KTD ne semble pourtant pas pouvoir être assimilé à
aucune espèce précédemment décrite. Le développement des crêtes antéro-postérieures sur les DP
supérieures, la très forte taille des h. l'extension de la surface de contact entre calcanéum et astragale
sont assurément des caractères dérivés. En revanche, les proportions de ce dernier os sont sans doute
plus primitives que chez Ch. persiae , et les métapodes latéraux peut-êue moins réduits que chez Ch.
anderssoni. Il est peu probable, malgré tout, qu'il s'agisse d'une espèce nouvelle, mais notre
méconnaissance des formes de Samos (WEBER, 1905 ; ANDREE, 1921), et de leur biochronologie,
interdit malheureusement toute conclusion ferme.
Chilotherium ? sp.
MATÉRIEL : KTB-59 est l'unique spécimen du niveau supérieur qui puisse être rapporté à ce genre.
C'est un maxillaire avec ses dents extrêmement usées, le départ de l'arcade zygomatique, et l'apophyse post-
glénoïde sans contact avec le reste du crâne mais en place dans le gisement.
DESCRIPTION ET COMPARAISONS
Plus rien n'est visible de la morphologie dentaire. L'os maxillaire est brisé sous le bord de
l'échancrure nasale, qui devait être parcouru par un sillon issu de l'un des foramens infra-orbitaires,
comme chez tous les Chilotherium. A la différence des formes chinoises, mais comme chez Ch.
persiae , la zone d'insertion du relcvcur de la lèvre supérieure ne forme pas de relief, mais cette zone
n'est pas non plus déprimée comme chez Aceratherium incisivum qui possède aussi une arcade
zygomatique nettement plus robuste. Tous ces caractères de KTB-59, en revanche, se retrouvent chez
Aceratherium kiliasi Geraads & Koufos. 1990. de Pentalophos, qui ne s’en distingue guère que par sa
90 —
plus faible taille, de sorte que même la détermination générique de KTB-59 est incertaine. Il est
probable, néanmoins, qu'il s'agit de la même espèce que dans le niveau inférieur.
Dimensions : P 2 -P 4 = 93 ; M*-M 3 = 124 ; P 2 -M 3 = 213. De l'arrière de M 3 à l'arrière de l'apophyse
posl-glénoïde : 220. Hauteur de l'arcade zygomatique sous l'orbite : 62. Hauteur, du collet de M 3 à l’orbite :
108+.
CONCLUSION
L'association de Rhinocerotidae de Kemiklitepe est donc assez semblable à celles des
collections de Samos et de Maragha, ce qui n'a qu'une signification limitée, vu l'hétérogénéité de ces
dernières, qui proviennent de différents niveaux.
Chiloiherium semble inconnu avant le Turolien, l'espèce d'Eldar récemment décrite sous ce
nom par TSISKAR1CHVIL1 (1987, pl. XI, fig.l) ne présentant pas l'élargissement de la région
syrnphysaire propre à ce genre, Celui-ci semble également absent de la plus grande partie de l'Europe,
puisqu’on ne J'y trouve qu'en Ukraine et en Moldavie. Il esL en particulier, absent de Grèce.
En Turquie, K. HEISS1G (1975) pensait pouvoir fonder une succession biochronologiquc sur
l'évolution dos Rhinocerotidae, mais cette étude n'a malheureusement pas encore été publiée en détail.
A Balçiklidere, BECKER-PLATEN et al. (1975) ont déterminé "Diceros neumayri (klciue Form)"
indiquant selon eux un âge vallésien moyen. Il me paraît bien difficile de discuter cet âge sur la base
des Rhinocerotidae ; remarquons simplement que, bien que nous ayons récolté en 1990 un matériel
relativement abondant, l'augmentation de taille postulée par ces auteurs dans cette espèce reste
douteuse.
Remerciements
Les fouilles à Kemiklitepe se sont déroulées dans le cadre de la coopération entre l'Université Paris VI
et l’Université d'Istanbul. J'ai aussi bénéficié du soutien de la chaire de Paléoanthropologie et Préhistoire du
Collège de France (Prof. Y. COPPENS), qui a financé les missions en relation avec ce travail. Je remercie aussi
L. GlNSBURG et K. HeisSIG qui m'ont permis d'accéder aux collections dont ils ont la responsabilité et ont
accepté de relire et corriger le manuscrit.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
ANDREE, J., 1921. — Rhinoccrotiden aus dem Unterpliocan von Samos. Palaont. Z., 3 : 190-212.
BECKER-PLATEN, J. D., O. SiCKENBERG & H. Tobien, 1975. — Vertebraten-Lokalfaunen der Türkei und ihre
Altersstellung. Geol. Jb., B, 15 : 47-100.
BORSUK-BIALYNICK.A, M., 1969. — Lower Pliocène Rhinocerotids from Altan Teli, Western Mongolia.
Palaeonl. pol., 21 : 73-92.
Geraads, D., 1988. — Révision des Rhinocerotinae (Mammalia) du Turolien de Pikermi. Comparaison avec
les formes voisines. Ann. Paléontol., 74 (1) : 13-41.
Geraads, D., & G. Koui-os, 1990. — Upper Miocene Rhinocerotidae (Mammalia) from Pentalophos-1,
Macedonia, Greece. Palaeo/Uographica , 210 (4-6) : 51-168.
Guérin, C., 1980. — Les Rhinocéros (Mammalia, Perissodactyla) du Miocène terminal au Pléistocène
supérieur en Europe occidentale. Comparaison avec les espèces actuelles. Doc. Lab. Géol. Lyon, 79 :
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— 92 —
1
(Échelle
cm). — 2
PLANCHE 1
— Chilotherium aff. persiae, KTD-2, mandibule : a, vue antérieure ; b, vue supérieure ; c, vue latérale.
: 10 cm.)
— Chilotherium aff. persiae, KTD-15, DP 2 -DP'*. (Échelle = 5 cm.)
1. Chilotherium aff persiae, KTD-2, mandible : a, anterior view ; b, superior view ; c, latéral view (scale = 10
. Chilotherium aff. persiae, KTD-15, DP~-DP^ (scale = 5 cm).
— 94 —
PLANCHE II
1 —Dicerorhinus pikermiensis ? KTD-14 : éléments d'un pied gauche. (Échelle = 8 cm.)
2 — Chilotherium aff. persiae, KTD-58, pied gauche. (Échelle = 8 cm.)
3 — Même spécimen que la figure 2, astragale, vue plantaire. Les flèches indiquent les surfaces supplémentaires
de contact avec le calcanéum. (Echelle = 6 cm.)
4 — Chilotherium persiae , MNHNP n° MAR-1365, Maragha, astragale gauche, vue plantaire. (Échelle = 6 cm.)
5 — Ceratotherium neumayri , KTD-7, astragale gauche, vue plantaire. (Échelle = 8 cm.)
1. Dicerorhinus pikermiensis ? KTD-14, part of a left pes (scale = 8 cm). — 2. Chilotherium aff. persiae, KTD-58,
left pes (scale = 8 cm). — 3. Same specimen as figure 2, plantar view of talus ; arrows point to the supplementary articular
facets for calcaneus (scale - 6 cm). — 4. Chilotherium persiae, MNHNP n° MAR-1365, Maragha, left talus, plantar view
(scale = 6 cm). — 5. Ceratotherium neumayri, KTD-7, left talus, plantar view (scale = 8 cm).
PLANCHE II
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n° 1 : 97-111.
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
5. Rongeurs, Tubulidentés et Chalicothères
par Sevket SEN
Résumé. —Le niveau fossilifère supérieur de Kemiklitepe (gisements de KTA et KTB) ont livré les
restes de deux rongeurs (Hystrix primigenia et Pseudomeriones sp.), d'un Tubulidenté (Orycteropus gaudryi)
et d'un chalicothère (Ancylotherium cf. pentelicum ). Hystrix et Orycteropus sont représentés par plusieurs
spécimens dentaires, tandis que les deux autres taxons sont rares. Les environnements sédimentaires de
Kemiklitepe ne sont pas favorables pour la concentration des restes de inicromainmifères. H. primigenia a
été comparé tour à tour à ceux des autres gisements. On observe des variations importantes de la
morphologie dentaire, en particulier sur les P 4 et P 4 . Le matériel de Weze en Pologne semble être une forme
dérivée et difféiente de cette espèce. O. gaudryi est similaire à celui de Sumos, mais différent des espèces
vallésiennes de Turquie, Algérie et Kenya. L'ensemble des taxons décrits dans cette note étant également
connus à Samos dans les niveaux supérieurs, un âge similaire, Turolien moyen ou supérieur, pourrait être
proposé pour ces gisements.
Abstract. — The upper bone beds of Kemiklitepe (localities KTA and KTB) hâve yielded the
remains of two rodents (Hystrix primigenia and Pseudomeriones sp.), of one tubulidentate (Orycteropus
gaudryi) and one chalicotherid (Ancylotherium cf. pentelicum). Several specimens hâve been found
belonging to Hystrix and Orycteropus , whereas the two other taxa are rare. The deposilional environments
at Kemiklitepe do not seem suitable to preserve the remains of small mammals. H. primigenia from
Kemiklitepe was eompared with specimens from other localities. It appears thaï the individuals attributed to
this species from Weze in Poland hâve derived characters, and they might belong to a different species. O
gaudryi is siimlar to thaï of Samos, but different from tire Vallcsian species already known in Turkey,
Algeria and Kenya. Ail species described in this paper are also found in the Island of Samos in the upper
fossiliferous horizons. So, a similar âge, middle or late Turolian, can be suggested for the upper bone beds
of Kemiklitepe.
S. SEN, U RA 1761 du CNRS. Université P. et M. Curie, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés, 75252 Paris Cedex 05,
France
INTRODUCTION
Les taxons traités dans cette note sont les raretés des faunes de Kemiklitepe, dominées par des
Equidae, Bovidae et Giraffidae.
A Kemiklitepe, trois niveaux différents ont livré des restes de mammifères (SEN et al., même
volume). Tous les spécimens, sauf un palais d 'Hystrix, étudiés dans cette note, proviennent du niveau
— 98 —
supérieur, fouillé dans deux secteurs éloignés d'une centaine de mètres (gisements KTA et KTB). C'est
le niveau le plus riche en fossiles où les restes de mammifères sont concentrés dans des poches. Un
palais $ Hystrix a été extrait d'un banc de grès compact (niveau à Hysirix), situé à peine un mètre sous
le niveau supérieur et qui affleure dans le ravin principal de Kemiklitepc Aucun autre spécimen n'a pu
être dégagé de ce niveau. Le gisement de KTD, situé environ 15 m plus bas, n'a livré aucun des
taxons décrits ci-dessous.
La situation géographique et le contexte géologique et stratigraphique des gisements de
Kemiklitepe sont exposés dans une autre note (SEN et al., même volume).
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
Ordre RODENTIA Bowdich, 1821
Famille HYSTRICIDAE Bumett, 1830
Genre HYSTRIX Linnaeus, 1758
Espèce-type : H. cristata Linnaeus, 1758.
Hystrix primigenia (Wagner, 1848)
(Fig. 1 ; pl. I, 1 et 2)
LOCALITÉ-TYPE : Pikermi, Attique, Grèce.
MATÉRIEL : Palais avec P 4 -M 3 droites et gauches (KT-1) ; fragment de maxillaire gauche avec M 2 -M 3
(KTA-17) ; mandibule gauche avec incisive et sans dents jugales (KTA-68) ; mandibule droite avec incisive
et P 4 (KTA-69).
DESCRIPTION
Maxillaire et dents supérieures
Sur le fragment de palais, il existe une dépression à fond plat en avant de la P 4 . Cette
dépression existe également chez H. indica. mais est absente chez H. cristata. La face labiale du
maxillaire possède un petit foramen au-dessus du point d’insertion de l’arc jugal et un autre grand et
ovale, foramen sphenopalatinum, situé un centimètre au-dessus du bord alvéolaire et à l'aplomb du
contact M ] -M“ (fig. la). Ce même foramen a une forme en goutte d'eau très étirée et oblique chez H
cristata, tandis qu'il est plus court et plus rond chez //. indica , mais en tout cas different en forme et
en orientation de celui de noire spécimen. Sur le crâne de Wezc en Pologne, il est "large and obliquely
placed" (SULIMSKI, 1960 : 324). II serait intéressant de vérifier sur d'autres crânes de porc-épics
fossiles la forme et la position de ce foramen afin de comprendre son intérêt taxonomique.
Les rangées dentaires sont divergentes vers l'avant. La largeur du palais est de 13,9 mm entre
les M 3 et 15.9 mm entre les P 4 . Sur la P 4 , le synclinal antéro-labial est en connexion avec le sinus.
Ce caractère n'a pas été observé jusqu'à présent sur les P 4 des Hystrix fossiles. D'habitude, deux crêtes
issues du protocône et le reliant au paracône et au mésolophe (?) séparent ces deux sillons. Cette
observation montre une fois de plus que la morphologie de la surface occlusale des dents jugales est
sujette à des variations, dues non seulement à l'usure, mais aussi à une grande hétérogénéité
— 99 —
(KT-l).
FIG. 1. — Hystrix primigenia de Kemiklitepe : a. vue labiale du maxillaire droit ; b, rangée dentaire F^-M 3 droite
Hystrix primigenia from Kemiklitepe : a, labial view of the right maxilla ; b, right tooth row with P 4 (KT-l).
intraspécifique (voir discussions in SEN & KOVATCHEV, 1987 ; DE BONIS et al., 1992). Les autres
caractères de la P 4 sonl identiques à ceux que l'on connaît déjà chez II primigenia. Le degré d'usure
des molaires diminue de la M 1 à la M 3 , indiquant ainsi leur ordre d'éruption. Les synclinaux sont
transformés en six îlots d'émail, nombre qui est fréquemment observé chez des //. primigenia de
différentes localités (DE BONIS et ai, 1992).
Tableau I. — Mesures comparées des dents jugales supérieures provenant de cinq localités et
attribuées à Hystrix primigenia. Pour les gisements de Dytiko-3, Kalimanci et Weze, les mesures
correspondent à la moyenne obtenue sur la totalité des spécimens trouvés. En ce qui concerne la
systématique de la forme de Weze, voir discussion dans le texte.
Dents
KT
Dr.
-1
G.
Pikermi
Dytiko-3
Kalimanci
Weze
P 4
L
11,1
11,0
11,0
11,3
11,9
13,2
1
9,9
10,2
11,4
11,4
12,3
11,8
M 1
L
9,3
9,1
10,1
9,2
10,7
11,0
1
9,8
9,7
11,4
12,6
11,4
10,0
M 2
L
9,7
9,9
9,8
9,4
10,2
11,0
1
9,5
10,9
11,0
10,4
10,0
M 3
L
8,1
7,9
9,4
9,1
9,5
10,0
1
7,8
7,8
10,0
8,4
9,2
9,0
Mandibule et dents inférieures
Les deux mandibules trouvées à Kemiklitepe appartiennent à deux individus différents, mais de
taille identique. L'incisive inférieure (9,5 X 7,2) porte sur sa face antérieure cinq sillons de profondeur
variée. Chez les porc-épics actuels, cette surface est lisse. Le diastème a une courbure nettement
moins accentuée que chez H. cristata et H. indien. De même, la branche horizontale de la mandibule
est effilée sur ces spécimens, comme sur celui de Pikermi (GAUDRY, 1862, pl. 18), alors qu'elle est
très haute chez les espèces actuelles. De ce point de vue, l'indice "hauteur de la mandibule entre P 4 -
Mi x 100/longueur alvéolaire P 4 -M 3 " est très significatif : il est de 65,2 sur le spécimen KTA-69,
53,4 à Kalimanci, 56.3 à Pikermi, 61,3 à Scrrat-d'en-Vacquer, mais bien plus élevé chez II cristata
(78,5 en moyenne sur 1 0 individus dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle.
Pans). La hauteur de la mandibule est en fait liée au degré d'hypsodontie des dents jugales. Il va sans
dire que les dents jugales sont bien plus hypsodontes chez H. cristata que chez tous les spécimens
attribués jusqu'à présent à fl. primigenia.
Des dents jugales inférieures, seule la P 4 (12,2 x 10,9) est conservée. Il s'agit d'une dent usée
qui porte sept îlots d'émail. Le sillon de la face labiale descend jusqu'à la base de la couronne.
COMPARAISONS
Les spécimens décrits ci-dessus ressemblent étroitement à ceux de Pikermi, la localité-type de
H. primigenia. Leurs dimensions sont identiques ; les rares différences de détail dans la morphologie
des dents supérieures sont à mettre au compte du degré d’usure et de la variation individuelle. La forme
de Kemiklitepe peut être attribuée sans hésitation à H primigenia.
Des restes de porc-épics de taille et de morphologie similaires ont également été décrits de
Dytiko 3, Alifakas et Halmyropothamus en Grèce (voir DE BONIS et al., 1992). La présence de cette
espèce à Samos a été mentionnée (SOLOUNIAS, 1981), mais il n'existe aucune description dans la
littérature. En dehors de la Grèce, cette espèce a été trouvée en Bulgarie (Kalimanci IV), Yougoslavie
(Umen Dol), Pologne (Weze), France (Serrat-d'en-Vacquer) et Espagne (Villanoya et Layna).
— 101 —
Les spécimens de Kalimanci sont similaires en morphologie à ceux de Pikermi, mais
légèrement plus grands en taille (SEN & KOVATCHEV, 1987). Peut-on en déduire un âge un peu plus
récent pour le gisement de Bulgarie ?
Le crâne d'Umen Dol, très mal illustré, a des dents jugales avec des dimensions identiques à
celles de Pikermj. G A REV S Kl (1956) n'a mentionné aucune différence morphologique notable. Tous
ces gisements sont du Turolien. D'autres gisements, d'âge ruscinien, ont aussi livré des porc-épics
attribués à H. primigenia. Les formes pliocènes se caractérisent par des dimensions des P 4 et Pq un
peu plus grandes et la M 3 plus gracile que celles du Turolien. Il en est ainsi des spécimens trouvés à
Weze, Serrat-d'en-Vacqucr, Villarroya et Layna (SULIMSKI, 1960 ; DEPÉRET, 1890 ; AGUST1 et al.,
1987). Les dimensions des autres molaires restent similaires à celles des formes luroliennes. La
réduction de la partie postérieure de la M 3 , observée à Serrat-d'en-Vacqucr et Villarroya, donne à cette
dent un aspect plus effilé, tandis que chez les formes turoliennes cette dent a une forme plutôt
rectangulaire Quelques caractères nouveaux, tels que la présence de cinq synclinaux et d'un sillon
antérieur sur la P* et la Pq une plus grande hypsodontie des prémolaires et molaires, peuvent être
observés sur les spécimens de Wezc. Enfin, ajoutons à ces différences le paraléllisme des rangées
dentaires supérieures, tandis qu'elles sont divergentes vers l'avant sur tous les autres crânes attribués à
H. primigenia. Ces différences interdisent d'assimiler le matériel de Weze à H. primigenia. L'examen
attentif des pièces originales de Weze, peut-être même de celles de certains autres gisements pliocènes,
pourrait révéler l'existence d'une nouvelle espèce, vraisemblablement dérivée de H. primigenia.
Famille GERBILLIDAE Gray, 1825
Genre PSEUDOMERIONES Schaub, 1934'
ESPÈCE-TYPE : P. abbrevialus (Teilhard, 1926).
Pseudomeriones sp.
(Fig. 2)
Matériel : Fragment de M 2 gauche (KTB-99) et M 3 droite (KTB-100 ; 1,05 x 1,17).
DESCRIPTION ET COMPARAISON
De la M 2 il 11 e reste que la moitié postéro-linguale. La forme ouverte et l'orientation transverse
du sillon lingual, ainsi que l'aspect triangulaire de l'entoconide ne laissent pas de doute sur
l'identification de cette dent comme une M 2 de Pseudomeriones.
La M 3 présente un profond sillon lingual et une dépression sur la muraille labiale. Ces deux
molaires ne sont pas suffisamment caractéristiques pour une détermination spécifique.
Dans la région égéenne, Pseudomeriones est connu avec au moins trois espèces (SEN, 1982 ;
DE BRUIJN, 1989 ; SÜMENGEN et al.. 1990) qui ont une distribution temporelle de MN10/MN11 à
MN15.
— 102 —
1 mm
FIG. 2. — Pseudomeriones sp. de Kemiklitepe : a, fragment de M 2 gauche ; b, M 3 droite. K.TB-99 et 100.
Pseudomeriones sp.from Kemiklitepe : a, fragment of left M 2 ; b, right (KTB-99 et 100).
Ordre TUBULIDENTATA Huxley, 1872
Famille OR Y CTEROPODID AE Bonaparte, 1852
f= Orycteropidae, Gray, 1821]
Genre ORYCTEROPUS Geoffroy, 1795
ESPÈCE-TYPE : Orycteropus afer (Pallas, 1766).
Orycteropus gaudryi Major, 1888
(Fig. 3 ; pl. I, 3 et 4)
Localité-type : Samos, Quarry A (voir Solounias, 1981).
Matériel : Mandibule gauche avec P 2 -M 3 , maxillaire gauche avec M*-M 3 . Mj droite isolée (10,7 x
7,2) et P 4 gauche isolée ( 6,6 x 4,8). Spécimens numérotés KTB-94 à 97.
Mensurations : Sur la mandibule Pn (6,3 x -), P 3 (6,9 x 3,3), P 4 (8,3 x 4,4), Mj (11,1 x 7,0), M 2
(11,6 x 8,0) et M 3 (9,0 x 6,9). Sur le maxillaire M 1 (10,6 x 7,3), M 2 (10,9 x 8,3) et M 2 (7,6 x 6,5).
DESCRIPTION
La P 4 est un peu plus large à l’arrière qu'à l'avant ; la dépression labiale est plus accentuée que
du côté lingual.
Les molaires supérieures sont bilobées à cause d'un sillon labial qui entaille un tiers de la
largeur et d'une nette dépréssion linguale. La M 2 est la molaire la plus grande de la série. La M 3 a un
lobe postérieur réduit. Le bord antérieur des molaires est rectiligne.
Sur la mandibule, la partie antérieure de la branche horizontale et toutes les apophyses de la
branche montante manquent. La hauteur et l'épaisseur du corps niandibulaire diminuent de l'arrière vers
103 —
l'avant : la partie la plus épaisse (12,4 mm) se situe sous la M 2 , tandis que le maximum de sa
hauteur (19,9 mm) est atteint sous la M 3 .
Il n'y a pas de diastème entre les prémolaires ou les molaires : toutes les dents préservées se
touchent. Les prémolaires sont relativement longues, pointues et avec une arête sommitale déplacée
vers l'avant (dissymétrie) ; elles sont plus larges à l'arrière qu’à l'avant.
Les molaires inférieures possèdent un sillon labial et un autre lingual moins profond que le
précédent ; ces deux sillons rendent ces dents bilobécs. La M 2 est, en longueur et en volume, plus
grande que les autres. Sur une Mj isolée, la hauteur est de 16 mm. Le lobe postérieur de la M 3 est
réduit.
Sur les molaires, aussi bien supérieures qu'inférieures, le bord antérieur est rectiligne et le bord
postérieur plus ou moins arrondi.
FIG. 3. — Orycieropus gaudryi de Kemiklitepe : a, P 1 * gauche (KTB-97) ; b, M*-M 3 gauche (KTB-95) ; c, P 2 -M 3
gauche (KTB-94).
Orycieropus gaudryi from Kemiklitepe ; a, eft P 4 (KTB-97) ; b, left M 1 -\1~ (KTB-95) ; c, left Pt-Mj (KTB-94).
COMPARAISONS
Les oryctéropes actuels dont la répartition géographique recouvre pratiquement toute l'Afrique
sub-saharienne sont regroupés dans une seule espèce, O. afer, avec une dizaine de sous-espèces, races
ou variétés. Durant le Néogène, la répartition de ce genre dépasse largement ses limites actuelles :
Afrique du Nord. Asie occidentale, sous-continent Indo-Pakistanais, Ukraine, Grèce, France et même
Espagne d'après une découverte récente (PICKFORD, comm, pers.). L'espèce actuelle se caractérise par
sa grande taille (en général), ses membres robustes, ses prémolaires réduites, scs molaires larges, etc.
Les oryctéropes du Miocène sub-saharien diffèrent de la forme de Kemiklitepe soit par leur
petite taille (O minutus et O. africanus ), soit par leur molaires particulièrement étroites et allongées
{O. chemeldoi) (voir PICKFORD. 1975).
O. mauritaniens Arambourg.1959, de Bou Hanifia 1 en Algérie, est une autre espèce du
Miocène africain. Elle est d'une taille un peu plus grande qu'O. gaudryi (fig. 4) et diffère de ce dernier,
sur le plan de la morphologie dentaire, essentiellement par deux caractères : 1 ) les premières molaires
supérieures et inférieures dominent en taille et en volume les autres molaires (M- et Mr chez O.
gaudryi) ; 2 ) O mauritaniens a des molaires avec des lophes obliques (transverses chez O. gaudryi).
Ce dernier caractère se retrouve encore plus accentué chez Q. depereti Helbing, 1933, du Pliocène du
— 104 —
Roussillon. En effet, sur le seul crâne connu de cette espèce, les molaires, et même la P 4 , ont des
lophes franchement obliques. Cependant, chez cette espèce les M 1 et M 2 ont des dimensions
comparables ; autrement dit, il n'y a pas de prédominance de la M 1 , comme chez O. mauritanicus, ou
de la M-, comme chez O. gaudryi. Chez O. mauritanicus et O depereti, la P 4 est étroite à l'avant
mais presque aussi large que la M 1 à l'arrière. Sur une P 4 isolée de KTB comme sur de nombreux
crânes de O. gaudryi trouvés à Samos (COLBERT, 1941), la P 4 est de forme presque ellipsoïde, à
peine plus large à l'arrière qu'à l'avant.
FIG, 4. — Diagramme de comparaison des longueurs des dents jugales chez diverses espèces d'Orycteropas. Les
données concemanl Samos sont les moyennes des dimensions publiées par COLBERT (1941 : 320-321).
Comparison of the lenghls of cheek-teetli for some species o/Orycteropus. Data concerning the Samos malerial give
the mean values of measurements in COLBERT (1941 : 320-321 ).
En Asie occidentale, les oryctéropes sont connus dès le Miocène moyen. Le gisement de
Belometcheskaya n'a livré qu'une mandibule édentée (GABUNIA, 1956, 1973). En revanche, en
Turquie, ce genre a été trouvé dans au moins quatre localités (fig. 3) dont la plus ancienne est Pasalar
(base du MN 6 ou plus ancien) ; FORTÉLIUS (1990) a attribué à Orycteropus sp. les restes trouvés
dans ce gisement, dont deux molaires supérieures (10,6 x 7,0). Celle illustrée par FORTÉLIUS
ressemble étrangement, bien qu'un peu plus petite en taille, à une M 2 d'O. gaudryi en raison de sa
bilobation dissymétrique et de son bord antérieur rectiligne.
Du Vallésien de Sinap moyen en Turquie, OZANSOY (1965) a décrit O. poltieri. La mandibule
illustrée par OZANSOY provient du gisement Loc. I (= Loc. 8 a de l'équipe internationale qui poursuit
les recherches depuis 1989) dans le lieu-dit Igdelik Vadisi. Les fouilles effectuées dans cette même
localité en 1972 par E. HE1NTZ, L. GINSBURG et S. SEN ont permis de trouver un autre fragment de
mandibule. Ces spécimens ont un corps mandibulaire un peu plus gracile que chez O gaudryi ; le
nombre des alvéoles montre que la canine et toutes les prémolaires sont conservées. Les P 3 et P 4 sont
— 105 —
très courtes comparées à celle d O gaudryi, et séparées entre elles et des dents voisines par des
diastèmes. Sur la mandibule de Kemiklitepe, ainsi que chez O gaudryi de Samos, ces dents sont
allongées et les diastèmes qui les séparent sont soit inexistants, soit très courts.
One autre particularité de cette espèce est la forme en 8 des Mj et Mo, due aux sillons lingual
et labial profonds et aux bords arrondis de ces dents, La mandibule illustrée par OZANSOY (1965, pl.
VII, fig. 3) appartient 5 un individu relativement jeune. La seconde mandibule trouvée en 1972
représente un individu assez âgé, mais avec la même morphologie. Cela confirme la stabilité des
caractères observés par OZANSOY pour définir une nouvelle espèce à Sinap moyen, différente d 'O.
gaudryi.
Des Sivaliks du Pakistan, COLBERT (1933) a décrit deux nouvelles espèces sur un matériel
particulièrement maigre : O. browni avec un fragment de maxillaire portant et O. pilgrimi à
partir d'une M 2 isolée. LEWIS ( 1938) a complété la description d'O. pilgrimi avec un crâne et une
mandibule fragmentaires. Ces spécimens parviennent de la formation de Dhok Patlian, près de Hasnot
et de Mathrala respectivement, sur le plateau de Potwar. Plus tard, PICKFORD (1978) a démontré que
la différence de taille sur laquelle COLBERT s'est fondé pour distinguer deux espèces n'est en fait que le
résultat du degré d'usure des dents et que ces deux espèces sont synonymes, O. browni ayant la priorité
de la description. Aussi bien COLBERT que PICKFORD ont reconnu les ressemblances de cette forme
Etage
Afrique*
France
Grèce
Turquie
Iran
Géorgie
Siualîks
Localités""*'
Ruse i n i en
Kanjera
Shungura
Perpignan
Turolien
Lothagam
Lukeino
Dytikol Q5
Samos QA,I
Q4
Pentalophos
KTB
Mahmutgazi
Maraghch
I 1 604
13901
K13/322
_29997_
29840
29999
Vallesien
Bou Hanifia
Ngorora
Kayadibi
Sinap Loc 8
” " 12
Astaracien
F. Ternan
Sinap Loc 64
Sofça
Candir
Pasalar
Belometch.
4346, 797
K13/448
101259
Orléanien
Rusinga
Mfsvangano
Songhor
Napak
FIG. 5. — Distribution spatio-temporelle du genre Orycteropus dans les gisements néogènes. * d'après PICKFORD
(1975) ;** d'après PICKFORD (1978).
Spatio-temporal distribution of Orycteropus species in lhe Neogene localités. * after PICKFORD (1975} ; ** after
PICKFORD (1978).
— 106
avec O. gaudryi ; à ce propos, PICKFORD (1978 : 39) remarque qu 'O. browni est "appreciably smaller
than lhe living form O afei\ but only slightly smaller than O. gaudryi of S amas", mais deux lignes
plus loin il trouve O. browni "very similar in sizc and morphology to O. gaudryi ", Cel auteur a
également décrit des nouvelles pièces dentaires et post-crâniennes provenant des formations de Chinji
et de Nagri sous le nom d 'Orycteropus sp. Tout ce matériel devrait être réétudié pour mieux identifier
les affinités systématiques et les rapports phylétiques des formes des Sivaliks. Néanmoins, il est
désormais évident que les oryctéropes ont existé dans les Sivaliks durant tout le Miocène supérieur,
sinon depuis le Miocène moyen (fig. 5).
O. gaudryi est l'espèce fossile la mieux connue grâce à l'abondant matériel trouvé à Samos
(COLBERT, 1941). Le matériel de Kemiklitepe peut lui être attribué sans hésitation puisque ses
dimensions (fig. 4) cl scs caractères dentaires entrent dans la variation intra-spécifique observée par
COLBERT (1941).
Suite à cette étude, il est possible d'identifier certaines tendances évolutives chez les
Orycteropodidae :
— l’augmentation de la taille ;
— l'élargissement du crâne ;
— l'allongement du museau ;
— la disparition ou la réduction de la canine et des prémolaires ;
— la réduction des troisièmes molaires ;
— l'orientation obliques des lophes des molaires.
Cependant, si les relations phylétiques entre certaines espèces, par exemple entre O.
mauritaniens et O. depereti , semblent démontrées, il paraît prématuré et extrêmement hasardeux de
dresser un schéma phylétique incluant toutes les espèces connues. Les données disponibles semblent
indiquer une origine africaine pour les Orycteropodidae.
Ordre PER1SSODACTYLA Owen, 1848
Famille CHALICOTHERIIDAE Gill, 1872
Genre ANCYLOTHERIUM Gaudry, 1862
Espèce-type : A. pentelicum (Gaudry & Lartet, 1856).
Ancylotherium cf. pentelicum (Gaudry & Lartet, 1856)
(PL I, 5 ; tabl. II)
Matériel : Métatarse II droit, KTB-93.
DESCRIPTION ET COMPARAISON
Ce spécimen appartient à un individu adulte puisque les épiphyses sont totalement fusionnées.
Son aspect trapu, l'orientation de la quille distale, l'emplacement et la forme des surfaces articulaires,
des tubérosités et des crêtes permettent de l'identifier comme un MtlI. Chez Chalicotherium (voir
— 107 —
ZAPFE, 1979 : fig. 126), cct os est très massif, avec un indice de robustesse (DAP prox. x
100/Longueur) supérieur à 50 (39,3 sur KTB-93). De même, la quille articulaire est courte chez
Chalicotherium tandis qu'elle occupe un tiers de la longueur de l'os sur ce spccimen, Ces caractères
ainsi que bien d'autres relatifs à la morphologie interdisent tout rapprochement avec les espèces de
Chalicotherium.
Sur la face dorsale, la surface articulaire de la quille est orientée vers le côté latéral. Deux
tubérosités placées au-dessus de la quille se prolongent en crêtes qui se rejoignent vers les deux tiers
supérieurs de la diaphyse Sur les spécimens de Pikermi (GAUDRY, 1862 : pi. 20), ces structures sont
nettement moins prononcées que sur KTB-93. Le bord latéral de l'épiphyse proximale montre un fort
épaississement. Cette face est recouverte de nombreuses rugosités, surtout du côté latéral.
Sur la face ventrale, la quille articulaire occupe le tiers de la longueur de l'os. Un processus
allongé en forme de crête oblique fait suite 5 la face médiane de la quille. Dans le tiers proximal de
l'os, la partie médiane montre un fort épaissisement et des rugosités, tandis que la partie latérale est
lisse.
Sur la face médiane, de nombreuses rugosités s'observent sur les tiers distal et proximal. Les
deux petites facettes articulaires (pour le Mtlll) sont allongées dans le sens dorso-ventral. La face
latérale de l'os ne présente pas de surface articulaire. La face proximale et la facette articulaire avec le
cuboïde sont abîmées.
La morphologie et les dimensions de cet os sont similaires à celles d'Ancylotherium
pentelicum de Pikermi (tabl. Il), d'après les Mtlï figurés par GAUDRY (1862) et ZAPFE (1979). Les
spécimens de Pikermi présentent des super-structures (tubérosités, crêtes et rugosités) un peu moins
prononcées que celles de KTB-93. Les dimensions données par ces auteurs (tabl. 11) indiquent d'ailleurs
des individus un peu plus graciles à Pikermi qu'à Kemiklitepe. En attendant des spécimens plus
nombreux, il convient d'attribuer cet os à Ancylotherium cf. pentelicum.
Tableau II. — Dimensions des Mtlï d'Ancylotherium provenant de Kemiklitepe et de Pikermi.
KTB-93
Pikermi
Gaudry (1862)
Pikermi
ZAPFE (1979)
Longueur
125,4
130
_
DT prox.
48,3
26
44
DAP prox.
49,4
40
53
DT dist.
54,2
50
57
DAP dist.
64,7
52,5
CONCLUSIONS
Les quatre taxons décrits dans cette note, Hystrixprimigenia , Pseudomeriones sp„ Orycteropus
gaudryi et Ancylotherium cf. pentelicum , sont parmi les éléments rares des faunes de Kemiklitepe. Ils
proviennent tous du niveau fossilifère supérieur (gisements KTA et KTB), et aucun du niveau
inférieur (KTD). Certains d'entre eux sont déents en Turquie pour la première fois, bien qu'au niveau
générique tous aient été déjà signalés dans divers gisements. 11 convient de souligner que ces genres et
espèces existent également à Samos, à moins de 250 km à l'ouest de Kemiklitepe, dans les gisements
des niveaux supérieurs (QuarriesQA, Q1,Q4 etQ5, voir SOLOUNIAS, 1981).
L'étude d 'H. primigenia montre une fois de plus la variation intra-spécifique de la morphologie
dentraire. due non seulement au degré d'usure, mais aussi au grand polymorphisme de cette espèce.
Bien que présent dans de nombreux gisements dEurope orientale et occidentale, H. primigenia n'est
— 108 —
connu que par un matériel relativement rare et assez fragmentaire. De ce fait, il est difficile d'identifier
des tendances évolutives et, par conséquent, d'utiliser ce taxon pour la biostratigraphie.
Les oryctéropes néogènes sont très diversifiés dans le temps et dans l'espace. Leur schéma
dentaire simplifié et l'état fragmentaire du matériel fossile ont conduit à négliger ce groupe dans les
comparaisons bioslratigraphiques. Or il apparaît que par l'étude de la morphologie des dents et des
éléments crâniens et post-crâniens il est possible d'identifier les taxons et de mettre en évidence leurs
rapports phylétiques. Ce groupe semble prometteur pour la biostratigraphie et pour les corrélations
biogéographiques entre diverses régions du pourtour méditerranéen.
Remerciements
Lors de l'étude de l’oryctérope de Kemiklitepe, les conseils et indications bibliographiques de Martin
PlCKFORD ont été bien utiles. Les suggestions des rapporteurs, Claude GUÉRIN et Dees van Weers, ont
enrichi cette note. Les photographies sont dues à Claude Abrial.
RÉFÉRENCES
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156 fig., 3 pl.
PLANCHE I
1 —Hystrix primigenia, palais, KT-1 (X 1).
2 — H. primigenia , mandibule droite, KTA-69 (X 1).
3 — Orycteropus gaudryi, maxillaire gauche, KTB-95 (x 1).
4 — 0. gaudryi, mandibule gauche, KTB-94 (X 1).
5 — Ancylotherium sp., métatarse 11 droite, KTB-93, x 2/3 : a, vue dorsale ; b, vue ventrale ; c, vue latérale.
1. Hystrix primigenia, occlusal view ofthe palate, KT-1 (xl). — 2. H. primigenia, right lower jaw, KTA-69 (x 1). —
3. Orycteropus gaudryi, occlusal view ofthe right upper jaw, KTB-95 (x 1). — 4.0. gaudryi, labial view of the left lower jaw,
KTB-94 (X 1). — 5. Ancylotherium cf. pentelicum. Ml. Il droite, KTB-93 (X2I3) : a, dorsal view ; b, ventral view ; c,
latéral view.
PLANCHE /
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n" 1 : 113-141.
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
6. Hyracoidea
par Mylène BAUDRY
Résumé. — Les gisements de Kemiklitepe (KTA, KTB) ont fourni des restes crâniens d'un hyra-
coïde géant, Pliohyrax graecus, commune à de nombreux autres sites fossilifères néogènes, de l'Espagne à
l'Anatolie (Turquie). Le gisement KTD n'a livré qu'un fragment d’humérus déterminé comme Pliohyrax sp.
Les caractéristiques morphologiques (forme de l’orbite, dents sélénolophodontes et seini-hvpsodontes, inci¬
sives à croissance continue, etc.) de la forme de Kemiklitepe permettent d’établir son mode d'alimentation et
d'estimer la nature du milieu environnant. Par comparaison avec d’autres faunes à Pliohyrax graecus, les gi¬
sements KTA et KTB peuvent être rapportés au Turolien moyen (MN12).
Abstract. — The skull remains of a giant hyracoid hâve been found in two localilies of
Kemiklitepe (KTA and KTB), and a humérus in lhe site KTD. The cranial remains belong to Pliohyrax
graecus (Gaudry. 1862) which was widely represented in the late Miocene of Europe. The spécifie characters
(specially tooth rnorphology) allowed us to establish, within certain limits, the way of life of the
population of Kemiklitepe. The âge of these faunas can be evaluated by drawing a parallel between the
Turkish and the otlier Eurasian localilies which hâve yielded Pliohyrax graecus. lt seems to be close to
middle Turolian (MN12).
M. BAUDRy, Université Pierre et Marie Curie, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés, 75252 Paris cedex 05.
INTRODUCTION
Les hyracoïdes sont rares dans les faunes de mammifères néogènes. Le Miocène supérieur de la
région égéenne fait figure d'exception à cet égard, puisque les damans y sont représentés dans une
dizaine de localités.
Les restes d’hyracoïdes récoltés dans les gisements de Kemiklitepe n'avaient jusqu'ici pas fait
l'objet d'une description. Cette note se propose donc de les décrire et d'établir leur position
systématique. Ils sont issus de deux niveaux distincts, séparés verticalement d'environ 15 m.
Le niveau supérieur (KTA et KTB) a livré les restes crâniens et dentaires de quatre individus qui
témoignent de la relative abondance des hyracoïdes à Kemiklitepe. Le niveau inférieur (KTD) n'a livré
que l'extrémité distale d'un humérus.
La situation géographique de Kemiklitepe, ainsi que son contexte géologique et stratigraphique
sont présentés par SEN et al. dans ce même volume.
— 114 —
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
Ordre HYRACOIDEA Huxley, 1869
Famille PLIOHYRACIDAE Osbom, 1899
Genre PLIOHYRAX Osborn, 1899
Pliohyrax graecus (Gaudry, 1862)
Localité-type : Pikermi, Grèce. MN12.
MATÉRIEL : KTA 125 : fragment de palais portant i'-P'* droites et I*-P 3 gauches ; fragment de l'os
frontal gauche avec petite portion d'orbite ; mâchoire inférieure portant Ij -P 2 gauches et I j - P j droites. —
KTA 191a : mandibule droite portant C-P 3 . — KTA 191b : mandibule gauche portant I 2 , C-P], P 3 -M 1 . —
KTA 190: mandibule gauche portant Pj, Di 3 4, Mj. — KTB 92 : mâchoire inférieure juvénile portant J 1 -D3
droites et J 1 . 2 , Di-4 gauches. — KTD 57 : extrémité inférieure de l'humérus gauche.
Tableau I. — Mesures des spécimens de Kemiklitepe.
KTA125
L W
g
W/Lx
100
KTA125
L W
d
W/Lx
100
KTA191
L W
b
W/Lx
100
KTA191
L W
a
W/Lx
100
Il
9,77
16,2
165
10,7
I 2
17,8
10,3
57,7
19,21
9,36
48,7
I3
9,04
6,86
75,9
9,2
7,17
77,9
c
12
9,42
78,8
12,51
9,16
73,2
10,4
8,75
84,2
10,6
8,47
79,9
Pl
13,2
9,83
74,2
13,93
9,3
66,8
12,2
9,14
75,1
11,5
8,88
77,1
p 2
15,4
11,7
75,5
14,6
10,9
75,1
P3
17,2
13
75,8
16,7
12,7
76,2
P4
16,8
14,2
84,9
M]
23,7
13
54,7
Diast.
10
7,8
L.Pm
56,6
KTA125
L W
g
W/Lx
100
KTA125
L W
d
W/Lx
100
I 1
13
14
107,9
I 2
9,04
6,62
73,12
9,42
6,82
72,4
I 3
10,8
9,9,
91,7
9,09
9,47
104,2
C
12,7
12,2
96
11,7
11,3
96,6
P 1
15,2
14,1
92,4
14,95
13,8
92,5
p2
17,7
15,5
87,6
15,9
p 3
16,8
18,1
108,1
17,52
17,2
p 4
16,1
20,5
127,5
Diast.
18
L. Pm
62,2
— 115 —
Denis de lait
KT A190
L W
KTB92 md. g.
L W
KTB92 md. d.
L W
h
h
h
CD
D.P,
D2
Ds
d 4
M]
12,22 8,75
11,2 9
15,88 11
20,94 11,1
24,47 10,8
11,6 7,03
14 7,9
16,8 8,39
21,1 10,45
3,83 3,23
6,7 3,66
4,08 2,87
9,16 5,67
11,6 6,92
13,1 7,54
17 8,52
DESCRIPTION
Crâne et dents supérieures
Les fragments crâniens (KTA125) permettent de signaler une élévation significative de l'orbite
au-dessus du plan frontal et de préciser la position des narines, dont le bord antérieur se situe à
l'aplomb de I 2 . Le prémaxillaire porte les dents I 1 et I 2 ; il s'arrête au niveau de la partie antérieure de
l'alvéole de P. La surface antérieure du museau est plane. La marge postérieure du foramen infra-
orbitaire se situe à l'aplomb de la portion antérieure de la P 4 (phot. 1).
FIG. 1. — Rangée dentaire l'-P 4 gauche en vue occlusale (spécimen KTA125). Pointillés : cément.
Occlusal view of lhe left looth-row I 1 -P* (KTA125). Dois : cernent.
1 1 (phot. 2 ; fig. 1) est une dent à croissance continue ; elle s'étend dans le maxillaire jusqu'à
l'aplomb de P 1 . Sa section est triangulaire à base labiale (triangle quasi équilatéral), la face postérieure
est convexe. L'émail est fort sur la face labiale ; cette dernière est limitée par une crête antérieure
arrondie. L'émail est très fin sur les faces postérieure et anléro-linguale.
Un diaslème d'environ deux centimètres sépare I 1 de I 2 .
1 2 est inclinée vers l'arrière. Elle possède une racine unique. Sa face labiale est triangulaire dans
sa partie supérieure et rectangulaire dans sa partie inférieure ; elle porte un léger tubercule antérieur.
— 116 —
La face antéro-linguale présente un fin bourrelet qui unit le tubercule antérieur à un tubercule lingual
relié au sommet de la dent par une crête. La face postéro-linguale porte une surface d'usure marquée et
un cingulum inférieur aplati.
Il n'existe pas de diastôme notable entre I 2 et I 3 , mais si elles ne sont pas véritablement
séparées, elles ne sont pas non plus étroitement accolées comme ce sera le cas pour le reste de la
rangée dentaire.
La taille et le volume des dents augmentent de I 3 à P 4 . Dans l’ensemble, la face labiale des
couronnes est haute et tend à se recourber au-dessus de la face occlusale : les dents présentent une
semi-hypsodontic labiale marquée.
I 3 porte trois racines (une linguale et deux labiales). La face labiale présente une portion anté¬
rieure large ; le tubercule antérieur s'isole en une colonne discrète ; un court cingulum basal postérieur
remonte en s'atténuant le long du bord postérieur de la face labiale de la dent. La face antéro-linguale
porte un cingulum fin qui relie la colonne antérieure à un renflement lingual élargi (par rapport à I 2 ).
La surface occlusale présente une usure relativement forte, notamment au niveau de la portion posté¬
rieure creusée en bassin qui montre une fossette grossièrement triangulaire à sommet labial emplie de
cément.
La canine présente une face labiale grossièrement rectangulaire, séparée en deux parties,
antérieure et postérieure, à peu près équivalentes. Le cingulum labial parcourt toute la longueur de la
dent ; il est particulièrement épaissi dans sa portion médiane. Le parastylc se détache nettement. La
face occlusale montre deux fossettes : l’une, antérieure, étroite et transverse, l'autre médiale et
postérieure, en forme de trèfle. La face linguale est élargie par rapport aux dents précédentes ; le
protocône est soulevé. Le métaslyle (?) présente un faible développement.
P 1 présente, en plus grand, les principales caractéristiques de la canine, La compression des
dents est telle que l'usure antérieure et postérieure est forte et contribue à la diminution, voire la
disparition des cuspides des régions concernées . ainsi en est-il du métastylc, peu marqué, et sans
doute du parastyle, peu élevé. Sur la face occlusale. la fosse antérieure individualise deux portions :
une labiale ronde, une linguale allongée ; la fosse postérieure est large et profonde, recouvertes de
cément. Le cingulum labial est réduit dans sa portion antérieure. L'amorce d'un renflement
hypoconique s’observe dans la région postérieure de la dent.
P 2 porte un parastyle développé labialement, réduit dans sa portion antérieure (à cause de P 1 ).
Le cingulum labial ne se poursuit pas sur la portion la plus antérieure de la couronne. Le cingulum
antérieur relie le parastyle au protocône qui est lui-même uni au paracône par l'intermédiaire d'une
crête (protolophe) rejoignant le métacône en s'élargissant (métulophe). La fosse centrale est élargie et
profonde (dent moins usée, cônes plus hauts) et recouverte partiellement de cément. L'hypocône
conique tend à s'isoler postéro-lingualcment (phénomène amorcé chez P 3 ). La dent prend une
orientation antérolabio-postérolingualc accusée (maximale chez P 3 et P 4 ).
P 3 présente un parastyle très déporté labialement. Le cingulum labial est réduit proportionnel¬
lement à la hauteur et à la longueur de la couronne. Le protocône forme une crête étroite, reliée au pa¬
racône. Le cône hypoconal s'isole : il n'est relié aux crêtes linguale et postérieure que par sa partie
postérieure. Le métaslyle est peu marqué. Les parois internes des cônes sont partiellement recouvertes
d'une fine couche de cément.
P 4 présente un parastyle réduit en hauteur mais très renflé labialement. Un mésostyle proémi¬
nent se forme en lame et subdivisé la face labiale en une partie antérieure globalement concave et une
partie postérieure plane (chez P 1 ' 2 - 3 , la partie antérieure est plane, notamment dans sa portion supé¬
rieure, la partie postérieure est convexe). Le cingulum antérieur forme une tablette étroite. Le proto¬
cône présente une lame conique liée au paracône par une crête fine ; la crête postéro-linguale du proto¬
cône isole un tubercule lingual avec à sa base un cingulum le reliant à celle du protocône.
— 117
L'hypocône, développe antérieurement et lingualement. s'oriente aniéro-postérieurement : forme de
lame conique. Comme chez P 3 , le métastyle est difficilement décelable. Sur les parois de la fosse
ouverte délimitée par paracônc, métacônc, protocône et hypocônc se trouve du cément.
Les dents jugales supérieures présentent une surface d'usure occlusale de type séléno-lophodonle
(cf. FORTELIUS, 1985) (fig. 2a). Les molaires supérieures ne sont pas représentées dans le matériel de
Kemiklitepe.
FIG. 2. — Progression de la surface d’usure occlusale des dents supérieures (a) et inférieures (b).
The progress of the occlusal wear surface on the upper (a) and lower (b) teeth.
Mandibules et dents inférieures
La denture inférieure définitive (fig. 3. phot. 3, 4, 5 et 6 ) est étudiée à partir du spécimen
KTA125 et des mandibules droite et gauche KTA191.
Les mandibules présentent, et ceci est tout à fait net et indéniable chez KTA191, une fosse
externe, relativement profonde sous les dents canine et Pi, qui s'atténue vers l'arrière mais reste encore
décelable sous P 3 et P 4 .
Sur les dents inférieures, le cément est partiellement présent dans le creux des sillons labiaux et
des vallées linguales.
11 forme une palette qui subit une torsion médio-exteme en direction postéro-labiale. La
structure trilobée est peu visible sur la face occlusale en raison de l'usure. La portion la plus labiale,
aplatie en lame, présente sur sa face postérieure un renflement médio-labial ; la portion médiale de la
couronne, réduite, est aplatie. La face occlusale porte une surface d'usure en crête horizontale plane.
Un cingulum postérieur unit la pointe linguale au bord latéral.
12 se situe dans l’angle de la mandibule : elle prend une orientation postérolabio-antérolingualc.
Elle est large et aplatie ; sa section est triangulaire à base antéro-labiale. Elle subit une croissance
continue et s'étend à l'intérieur de l'os mandibulaire jusqu'à l'aplomb de P 2 . La face labiale porte une
épaisse couche d'émail ; elle présente deux ailes en lames verticales ; sa portion centrale est
légèrement convexe, Sur la face linguale, l'émail est très fin, voire absent dans la portion la plus
postérieure ; elle se subdivise en deux surfaces d'usure planes et angulaires : une antérieure large et une
— 118 —
postérieure étroite, séparées à la base par un renflement qui se poursuit vers le haut par une crête
longitudinale interrompue en raison de la formation d’une petite surface d'usure oblique vers
l'extérieur.
Un diastème marqué sépare I 2 de I 3 . De I 3 à Mj, un cingulum continu borde la base de la face
linguale.
FIG. 3. — Reconstitution d'une hémi-mandibule gauche de lliyracoïde de Kemiklitepe à partir de KTA125 (I 1 -P 2 )
et de KTA191b(P 3 -Mj).
Reconstruction of a left lover jawfrom the specimens KTAI25 1 ! : P,! and KTA191b ‘'Pj-M J ) from Kemiklitepe.
FIG. 4. — Mandibule juvénile en vue occlusale (KTB92) : J j -D 3 droites et J j_ 2 . D 1-4 gauches.
Occiusal view of a young mandibula (KTB92) with J j-Dj righl and Jj^, 19/4 left.
I 3 possède une racine unique. La face labiale porte un cingulum qui relie les pointes antérieure
el postérieure de la dent, où se forme un petit tubercule proéminent ; le cingulum est réduit dans sa
partie médiane, voire inexistant. La surface d'usure occlusale est inclinée vers l'arrière et vers le bas.
La portion antérieure de la couronne est étroite, en crête, la portion postérieure est large en raison d'un
léger renflement labial et du développement de plusieurs tubercules linguaux : du métaconide part un
— 119
métastylide qui s'étire vers l'avant et rejoint un entoconide proéminent par l'intermédiaire d'une crête ;
ces trois cuspides isolent une petite surlace d'usure ronde.
La canine présente sur sa face labiale un sillon vertical interrompant le cingulum au niveau du
premier conide ; une tranchée profonde sépare les parties anténeurc et postérieure ; le cingulum
reprend dessous et monte le long de l'hypoconide renflé. En vue occlusale s'observe la forme séléno-
lophodonte caractéristique (FORTELlüS, 1985), les crêtes subissent une usure horizontale. Le
paraconide est développé, un large sillon vertical le sépare du métaconide qui projette lingualement
vers l'arrière un métastylide non individualisé (très développé chez KTA 125, non chez KTA191) ; sa
base atteint celle de l'cnloconide, mais ils sont séparés sur toute leur hauteur par une fosse. Un
cingulum lingual marqué relie l'entoconide au paraconide.
Pl présente une morphologie générale identique à celle de la canine : elle est simplement plus
volumineuse.
P 2 a grossièrement la même forme que les deux dents précédentes ; les fosses sont plus
ouvertes et l'entoconide est plus renflé.
P 3 et P 4 sont bâties sur ce même modèle ; les cuspides apparaissent plus massifs chez P 3 ,
mais peut-être est-ce un effet de l'usure, plus marquée chez cette dernière que chez P 4 .
Mi présente des cnnides forts. Elle porte sur la muraille postérieure une expansion en lame
longitudinale, orientée dans l'axe mandibulaire. bien développée sur la dent jeune (qui n'atteint
cependant pas le haut de la couronne), mais peu ou pas détectable sur une dent plus usée en raison de
la compression postérieure exercée par la Mt
Les mandibules juvéniles (fig, 4. phot. 7) permettent d'observer l'émergence latérale des canaux
mandibulaires ; quatre orifices se distinguent : deux se trouvent dans le tiers inférieur, à l'aplomb de
la racine postérieure de D] et de la racine antérieure de Dj, deux se situent au niveau du tiers supérieur
de la mandibule, un petit sous la racine postérieure de Ds. un autre, sous forme de canal, sous la
portion postérieure de D 3 . Ces mandibules ne présentent pas de fosses latérales. La symphyse mesure
27,3 mm ; la largeur de la mandibule, au niveau de la limite Cd-Dj est de 27,8 mm, au niveau de la
limite D 3 -D 4 , de 49,8 mm.
J J présente la forme générale de 1 j mais les trois lobes sont subégaux et paraissent plus
marqués ; elle ne porte pas de cingulum interne transverse. L'émail semble également épais sur les
deux faces.
J2 chevauche antérieurement et labialement Ji (comme h pour U) ; sa structure est comparable
à celle de T 2 mais l'épaississement postéro-lingual n'isole pas de surface particulière. L'émail est fin
sur la face postérieure.
J 3 est très réduite ; elle possède une racine unique. La surface occlusale est grossièrement
ovale. La dent ne présente pas d'élargissement postéro-lingual notable (dû chez I 3 aux développements
du cingulum lingual et de l'entoconide) mais la forme générale reste semblable à celle de I 3 .
La canine déeiduale présente un morphologie globalement identique à celle de la canine adulte,
mais le sillon longitudinal labial, d’une part, et les vallées linguales, d'autre part, sont moins
profonds.
Si les cingulums labiaux sont présents et proportionnellement aussi bien développés que sur
les dents définitives, le cingulum lingual s'atténue de Cd à D 4 pour ne plus subsister que dans sa
portion antérieure, entre le paraconide et le métaconide, Le développement antérieur du paraconide
paraît plus marqué que chez la dent adulte ; il en est de même pour les prémolaires ; peut-être est-ce
un artéfact dû à l'usure? Le métastylide est réduit mais net chez Cd, Di et D 2 .
En ce qui concerne Dp les remarques effectuées à propos de Cd s’appliquent parfaitement.
— 120 —
D 2 présente un entoconide rejeté vers l'arrière ; l'usure de la surface occlusalc s'effectue
longitudinalement vers l'arrière où apparaît une cuspide accessoire. Cette tendance à une formation
postérieure est visible chez les dents adultes à travers le prolongement du bourrelet lingual, cependant
rapidement usé par la croissance de la dent suivante.
Le phénomène s'accentue chez D 3 où le cuspide postérieur présente une surface occlusale
triangulaire à base linguale.
D 4 présente un appendice postérieur élargi : à la base de la couronne, il occupe quasiment
toute la largeur de la dent. Cette formation supplémentaire apparaît différente de celle de Mj dans sa
forme.
Dans l'ensemble, les dents de lait présentent des lobes moins aigus que ceux des dents
définitives : le développement relatif plus fort de l'hypoconidc ci du protoconide en est peut-être la
cause, de même qu'il semble entraîner une ouverture plus étroite des vallées linguales, surtout les
vallées antérieures. La face labiale des dents déciduales présente une hypsodontic relativement moins
forte que celle des dents adultes.
Deux spécimens juvéniles KTA190 et KTB92 ont pu être observés ; une seule différence
notable : la mandibule de KTA est plus épaisse, ceci étant sans aucun doute dû à son âge plus avancé.
La surface d'usure occlusale des dents jugales inférieures forme un W à base labiale (fig. 2b).
Humérus
L'unique spécimen représenté, un fragment distal trouvé au niveau KTD, présente les mesures
suivantes : largeur maximale = 46,6 ; largeur du sommet de la poulie en vue caudale - 34,3 ;
diamètre antéro-postérieur minimal = 17,9 ; hauteur de l'orifice = 10.7 : largeur de l'orifice = 14 ;
largeur de la trochlée, prise antérieurement = 17,8 ; largeur du condyle = 15,1.
La portion diaphysaire de l'extrémité humérale est très aplatie transversalement.
La face antérieure présente une fossette radiale large. La poulie constituée par la trochlée et le
condyle montre une orientation divergente de l'axe longitudinal de l'os d'environ 20°. La fosse
coronoïdienne est en communication avec la fosse oléocrânienne par un large orifice ovalaire. La crête
humérale, marquée, rejoint la bordure médiane de la trochlée.
La face latérale porte une crête épicondylienne large et peu marquée. L'épicondyle robuste se
détache nettement du reste de l'os en développant une proéminence postérieure. Ce côté latéral de
l'extrémité humérale présente une surface antérieure plane en forme de croissant ; au centre, une
surface aruculaire fortement bombée est reliée à l'épicondyle par une crête fine
En vue postérieure, la poulie est orientée selon un axe s'écartant latéralement d'une vingtaine de
degrés de l'axe osseux. L’épicondyle et surtout l'épitrochlée et la trochlée débordent largement vers
l'arrière et le bas de la poulie. La fosse oléocrânienne est large (ISA mm) et haute d'environ 21 mm.
La face médiate présente une surface articulaire étroite en forme de croissant, aplanie dans sa
portion basse, légèrement bombée dans les deux tiers supérieurs. Au niveau des parties centrale et
postérieure de la face médiale s'observe un bombement qui se retrouve vers le bas en continuité avec
l'épitrochlée.
DISCUSSION
Position systématique
Il est clair que les différents spécimens de Kemiklitepe appartiennent à la même espèce : les
différences observées, développement relatif d'un cingulum ou d'un métastylide. sont de l'ordre des
— 121 —
variations polymorphiques (phot. 3 et 5) : la longueur des dents reste sensiblement la même d'un
spécimen à l'autre et leurs proportions relatives varient peu (fig. 5). Nous sommes ici en présence de
quatre individus, dont deux juvéniles, trois dans la localité KTA, le quatrième à KTB.
Les principales caractéristiques des spécimens de Kemiklitepe, à savoir : la formule dentaire
euthérienne complète (en ce qui concerne les incisives, canines et prémolaires en tous cas),
l'hypsodontie, la section triangulaire de I 1 , la forme spatulée et trilobée des deux premières incisives
inférieures, la réduction de I 3 , la canine prémolariforme, les prémolaires submolariformes et enfin la
structure plane du frontal, permettent de les classer dans la famille des Pliohyracidae telle qu'elle est
décrite par MEYER en 1978. Le type sélénodonte de la dentition, la plus grande largeur de Io par
rapport à I 3 , l'hypoconide en V des prémolaires molarisées, la position centrale ou linguale du
paraconide sur les prémolaires, le métastylide plus ou moins bien développé, l'absence de mésoconide
L (mm)
RG. 5. — Longueurs des dents inférieures des différents spécimens adultes de Kemiklitepe.
Lenght of îhe lower teeth in different adull specimens of Kemiklitepe.
— 122 —
permettent d'envisager l’attribution des spécimens à la sous-famille des Pliohyracinae (MEYER, 1978).
Quelques caractères ne sont pourtant pas en accord avec les précisions apportées dans la diagnose : les
canines ont apparemment quatre racines et non deux, la quatrième prémolaire supérieure porte un
mésostyle fort bien développe et, enfin, tes diastèmes séparant, d'une part f 1 de I-. d’autre part h de
I3, sont larges.
L'cspcce présente à Kcmiklitepe est cependant tacitement incluse dans la sous-famille des
Pliohyracinae (cf. MEYER, 1978) car elle ne peut être rangée parmi les Geniohyinae (dents
hypsodonles, hypoconide en position centrale et postérieure, absence de prémétastylide. protoconide et
métaconidc non symétriques..,) ni dans les Saghatheriinae (sélénodontie prononcée, I2 nettement plus
large que Ij. canine à plusieurs racines (4). .) et parce qu'elle ne présente pas de caractère dérivé
spécifique susceptible d’être intégré à la diagnose d'une nouvelle sous-famille.
Les Pliohyracinae comprennent cinq genres : Pliohyrax Osborn, 1899, Meroehyrax
Withwonh. 1954. Postschizolherium Kocnigswald. 1932, Kvabebihyrax Gabunia et Vekua, 1966 et
Sogdohyrax Dubrovo, 1978,
Les spécimens de Kcmiklitepe sc différencient clairement de Meroehyrax , ne serait-ce que par
leur hypsodontie marquée et leur dentition séléno-lophodonte.
La présence de cément se remarque chez les genres Pliohyrax, Kvabebihyrax, et
Postschizolherium. Les spécimens de Kemikhtepe se distinguent de Postschizotherium, au niveau
morphologique, principalement par la forme de h (section non trapézoïdale mais aplatie latéralement
ici) et surtout par la formule dentaire : celle de Postschizolherium est dérivée de par la perte de I3.
Les mandibules étudiées ici montrent une fosse latérale prononcée sous la rangée des C-P. La
présence d’une telle fosse est notée chez Postschizolherium intermedium (KOENtGSWALD, 1966 ;
TEILHARD. 1939) ainsi que chez Kvabebihyrax kachethicus (VEKUA. 1972). sous une forme atténuée
cependant. L'existence d’une telle fosse a été signalée chez Pliohyrax rossignoli (VIRET, 1949) mais
n'a pu être mise en évidence chez les autres espèces du même genre à partir de l'observation des
photographies disponibles (sauf peut-être chez Pliohyrax graecus , spécimen 1967/10, de
Halmyrapotamos ; cf. MELENTIS. 1967) ; la portion mandibuiaire concernée est manquante chez le
type, conservé dans les collections du MNHN de Paris. 11 faut noter qu'on la trouve chez certains
autres hyracoïdes fossiles : "Laprésence de fossettes ovalaires dans la symphyse ou sur la face externe
de la mandibule (...) ont été rencontrées chez plusieurs Saghatheriidés fossiles.” (VIRET, 1949 :
1743). Il est donc raisonnable de considérer ce caractère, soit comme une plésiomorphic. soit comme
une adaptation spécifique liée au milieu et donc susceptible de présenter un parallélisme élevé. Dans
les deux cas, le partage de ce caractère par les spécimens de Kcmiklitepe, Kvabebihyrax kachethicus, et
surtout Postschizolherium intermedium (seule espèce du genre chez laquelle ce caractère est signalé) ne
peut être à priori considéré comme un témoignage d’une étroite parenté entre ces espèces. L'éventuelle
signification morpho-fonctionnelle de cette fosse latérale mandibuiaire sera discutée plus loin.
D’après le fragment d'os frontal de Kemikhtepe. il semble que l'orbite s'élève nettement au-
dessus du crâne et qu'il formait un surplomb (protecteur?) au-dessus de l'œil. Ce caractère est
particulièrement développé chez Kvabebihyrax (VEKUA. 1972) mais s'observe également chez
Pliohyrax (FORSYTH MAJOR. 1899a et 1899b). Corrélativement peut-on noter la position
postérieure des narines, visiblement liée au même phénomène adaptatif et caractère redondant du
précédent. L'espèce étudiée ici paraît donc particulièrement liée aux genres sus-nommés : "projection
of the orbite above the frontal surface ; cheekteeth possess a cernent layer : (PICKFORD et
FISCHER, 1987 : 230) sont deux caractères qui unissent dans un même groupe tnonophylétique
Pliohyrax et Kvabebihyrax. Ces auteurs leur adjoignent une troisième apontorphie : "...the
hypoconulid of the Iower molars is strongly developed and projecls above the crown of the molars as
a wbole." Ce critère est justement utilisé, entre autres par VEKUA (1972) pour séparer les deux genres.
Après examen du spécimen-type de Piohyrax graecus, il semble en effet que le développement de
— 123 —
l'hypoconulidc se réduise à la formation d'une colonne, certes relativement haute, mais qui n'atteint
pas le haut de la couronne dentaire, et que, en tout état de cause, il n'égale pas celui du cuspide
postérieur des dents jugalcs de Kvabebihyrax. D'après VEKUA (1972), les dents jugales des spécimens
de Kvabebi sont recouvertes de cément, l'espèce recensée à Kemiklitepe, tout comme Pliohyrax , n'en
montre qu'au niveau des fossettes médiales. Les spécimens étudiés diffèrent par ailleurs du genre
Kvabebihyrax : la position des narines est plus postérieure chez ce dernier, un mésostyle se développe
sur les P 2 , P 3 , P 4 (seulement sur P 4 pour la rangée dentaire supérieure de Kemiklitepe) et, en général.
L (ram)
FIG. 6a. — Comparaison des spécimens de Kemiklitepe avec différents genres de Pliohyracinae : comparaison des
longueurs dentaires inférieures de l’hyracoïde de Kemiklitepe avec celles de Kvabebihyrax kachellticus et Pliohyrax
graecus (type) : les valeurs concernant l'hyracoïde de Kemiklitepe ont été obtenues en faisant la moyenne entre les
différents spécimens adultes, exemplaires droits et gauches
Comparison of the Kemiklitepe speamens with some généra of Pliohyracinae : comparison of lhe lengltt of lower
teeth from Kemiklitepe with Kvabebihyrax kachethicus and Pliohyrax graecus (type) : the values concerning the speamens
from Kemiklitepe are given as the mean values of the nghl and left teeth.
— 124 —
les styles sont plus développés, b présente une section grossièrement circulaire (en lame chez les
spécimens turcs), les canines et les PI n'ont que deux racines (quatre ici) et enfin, la taille est
nettement différente (fig. 6 ). Un point commun les réunit : le foramen sous-orbitaire, placé à même
hauteur (22 mm) au-dessus du bord alvéolaire chez Kvabebihyrax et KTA 125, se situe à l'aplomb du
bord postérieur de P- 1 pour le premier (VEKUA, 1972), sa limite postérieure est à l'aplomb de la partie
antérieure de P 4 chez le second, tandis qu'elle atteint l'aplomb de la portion antérieure de M 1 chez
Pliohyrax graecus de Samos (FORSYTH MAJOR, 1899b). Mais ce caractère est sujet à caution parce
qu'il semble varier en fonction de l'âge de l'animal. Il semble donc raisonnable, en vertu des
L (mm)
ti KtA 125 Kvabebihyrax -' Sam 24 Sogdohyrax
FIG. 6b. — Comparaison des spécimens de Keniilditepe avec différents genres de Pliohvracinae : comparaison des
longueurs dentaires supérieures de Kemiklitepe avec celles de Kvabebihyrax kachethicus , Sogdohyrax soricus et
Pliohyrax graecus (Sam 24).
Comparison of the Kemiklitepe spécimens wilh some généra of Pliohyracinae : companson of the lenght of upper
teeth front Kemiklitepe with Kvabebihyrax kachethicus, Sogdohyrax soricus and Pliohyrax graecus (Sam 24).
— 125 —
caractéristiques générales et détaillées établies ici, d'écarter les spécimens de Kemiklitepe du genre
Kvabebihyrax. Si les caractéristiques biométriques de celui-ci mettent en évidence une différence
spécifique notable qui peut difficilement être imputée à des variations individuelles ou au
polymorphisme sexuel, elles rapprochent apparemment le spécimen de Kemiklitepe au type de
Pliohyrax graecus (fig. 6 ).
L'hyracoïde étudié s'intégre d’ailleurs parfaitement au genre Pliohyrax tel que le définissent
FISCHER et HEIZMANN ( 1992). notamment en raison de la présence d'un cingulum basal sur le mur
labial des canines et des prémolaires.
Après observation des différents spécimens disponibles et des photographies et dessins fournis
par la bibliographie, il semble possible de mettre en évidence quelques caractéristiques
supplémentaires (autapomorphies?) propres au seul Pliohyrax parmi les Pliohyracinac. Elles
concernent les incisives 'centrales''. Ii et b. 'die iür Pliohyrax so charakterischcn (sind)..." (KUSS,
1976 ; 158), présentent les mêmes caractéristiques principales que Pliohyrax graecus de Pikermi (cf.
MELENTIS, 1966) et Pliohyrax sp. de Melambes, Crête (cf. KUSS, 1976), à savoir Ii élargie en
palette, bordée postérieurement d'un cingulum reliant bords médial et labial, chevauchée labialement
par I 2 , celle-ci étant très aplatie latéralement (tranchante). Les caractéristiques de Ii se retrouvent chez
le spécimen de Can Llobateres attribué à ? Pliohyrax (GOLPE-POSSE et CRUSAFONT-PAIRO, 1981).
1 1 montre une section triangulaire (quasiment équilatéral) à base postérieure convexe chez les
spécimens de Pikermi. de Crcte ainsi que chez celui de La Cantera (Teruel), attribué à Pliohyrax cf.
graecus (ALCALA, SESÉ et MORALES, 1986) sur d'autres critères, trop généraux cependant pour
permettre une attribution indiscutable à l'espèce voire au genre. Naturellement, la signification
taxonomique des caractéristiques détaillées plus haut est difficile à évaluer (spécifique ou générique?)
puisqu'aucune incisive d'une autre espèce définie de Pliohyrax n'a pu être, observée ; en attendant, la
morphologie des incisives pourrait être incluse dans une diagnose du genre.
Le genre Pliohyrax renfermait jusqu'alors cinq espèces reconnues (FISCHER, 1992) : P.
graecus (GAUDRY, 1862). P. rossignoli (V1RET et MAZENOT, 1948), P occidental!s (VIRET,
1947 ; VIRET et THENIUS, 1952), P orientalis (TUNG et WANG, 1974) et P kruppi (OSBORN,
1899). FISCHER et HEIZMANN (1992) n'en reconnaissent plus que trois : P . kruppii , P. graecus et P.
rossignoli .
Les dents du Pliohyrax rossignoli de Soblay ne montrent pas de cément (VIRET et MAZENOT,
1948) ; il semblerait que les prémolaires inférieures présentent deux lobes, antérieur et postérieur, de
tailles différentes, le premier étant plus petit que le second (ils sont à peu près équivalents chez les
spécimens de Kemiklitepe) ; la surface d'usure unissant paraconide. protoconide et métaconide forme
un arc de cercle fermé (V ouvert ici) ; te développement des métastylides est relativement important et
les vallées linguales sont très profondes (cuspides renflés ?). Par ailleurs, la taille réduite de Pliohyrax
rossignoli ne prêche pas en faveur de 1 attribution des spécimens étudiés à cette espèce (fig. 7) même
si le moulage de la P* (n° 1950-8) montre des caractères morphologiques globalement comparables,
mais surtout caractéristiques du genre, à ceux de la P 4 de Kemiklitepe.
Pliohyrax kruppii, de Samos, est de taille réduite (VIRET. 1949) el il serait donc à priori
surprenant que les spécimens turcs appartiennent à cette espèce (fig. 7). Par ailleurs s'observent des
différences morphologiques notables plus ou moins significatives : tout d'abord, la bordure postérieure
du foramen infra-orbitaire se situe à l'aplomb de la portion postérieure de P 4 (mais comme il a été
signalé plus haut, la valeur taxonomique de ce caractère est discutable), ensuite, le diastème inférieur
est inexistant d'après la figure donnée par SCHLOSSER (1911) (polymorphisme sexuel ?). Plus
important : le prémaxillaire porte, d'après les illustrations d'OSBORN (1899) et FISCHER et
HEIZMANN (1992), les trois incisives (I 1 * 2 seulement pour KTA125) et la portion frontale du museau
entre les racines des i 1 est profondément échancrée (FISCHER et HEIZMANN, 1992). Entre autres
divergences observées, le paraslyle des prémolaires paraît plus réduit, et surtout, la fosse délimitée par
— 126
protolophe, cctolophe et métalophe s'ouvre lingualement chez P. kruppii, postéro-lingualement ici :
la cause pourrait en être l'orientation différente des lophes, moins inclinés vers l'arrière pour P.
kruppii , c’est-à-dire grossièrement perpendiculaires à l ectolophe (caractère plus lophodonte que
sélénodonte) ; le cingulum labial est absent des prémolaires inférieures et subsiste seulement dans la
portion médiane et postérieure des molaires. Ces diverses observations semblent suffisantes pour
écarter l'hypothèse d'une identification des spécimens étudiés à Pliohyrax kruppii.
L (mm)
FIG. 7. — Comparaison de Hiyracoïde de Kemiklitepe avec différentes espèces de Pliohyrax. a : Longueurs
dentaires inférieures de Kemiklitepe comparées à celles de P graecus et P. rossignoli. b : longueurs dentaires supérieures
de Kemiklitepe comparées à celles de P graecus , P rossignoli et P. kruppii
Comparison of the Kemiklitepe hyracoid with different species of Pliohyrax. a : Lenght of the lower teeth from
Kemiklitepe are compared to those of P. graecus and P. rossignoli. b : Lenght of the upper teeth of Kemiklitepe are
comparcd to those of P. graecus, P. rossignol! and P. kruppii.
— 127 —
La validité spécifique de Pliohyrax orientalis n'a pas été réfutée par FISCHER et HETZMANN
(1992), elle est donc reconnue ici dans l’intérêt d une comparaison exhaustive de la forme de
Kemiklitepe aux différentes espèces du genre Pliohyrax. Elle esl représente par une M 3 et une DP 4
de tailles relativement importantes (TUNG et WANG, 1974) qui, à priori, ne peuvent être comparables
à celles qu'atteindraient ces mêmes dents chez la forme de Kemiklitepe.
Le matériel-type de Pliohyrax graecus se constituait à l’origine de deux mandibules droite et
gauche portai»! chacune leurs sept dents jugales, provenant de Pikermi (GAUDRY, 1860 et 1862) ; les
fragments conservés au Muséum national d’Histoirc naturelle de Paris sont hélas incomplets et la
comparaison a dû s'effectuer sur la base de l'observation directe de trois dents (Py, P 4 et Mi) et l'étude
des illustrations de GAUDRY (1862). Les longueurs dentaires peuvent être considérées comme
circonscrites à l'intérieur d'un espace normal de variation polymorphique (fig. 6 a). GAUDRY (1860)
révèle l'existence de cément ; celui-ci n'a pas été observé sur le fossile : peut-être a-t-il été gratté ?
Les seules différences notables observées entre le type et les spécimens de Kemiklitepe se situent au
niveau de la vallée du talonide de P 3.4 et du développement relatif du cmgulurn externe. L'enlocomde
est relié à la base du métaconidc, entraînant ainsi la formation d'une sorte de cuvette, nettement visible
pour la canine et Pi seulement chez les spécimens étudiés. Le cingulum externe est absent
labialement à la base de la région antérieure de la couronne chez le spécimen-type, mais il est très
réduit dans sa portion antérieure chez le spécimen KTA 125. Ces derniers caractères semblent être
fortement sujets à variation. Les dents supérieures ont été directement comparées au moulage de la
rangée dentaire supérieure gauche du spécimen Sam 24 (Pliohyrax graecus de- Samos, conservé au
Naturhistorische Muséum de Bâle). Leur identité spécif ique ne fait apparemment aucun doute. D’autre
part, les longueurs dentaires restent circonscrites à l'intérieur des limites inhérentes à la variation
polymorphique (fig. 6 b).
La forme aplanie de la surface antérieure des prémaxillaires ainsi que le renflement labial du
métacône permettent d'identifier définitivement le spécimen de Kemiklitepe à Pliohyrax graecus
(FISCHER et HE17.MANN, 1992).
Mesures des dents de Pliohyrax ET Kvahebihyrax.
Dents inférieures
tvpe md.g.
Pliohyrax graecus
Pikermi
type md.d. type m d-g
Halmyropotamos
1966/6, 7,10,m
L
W
L
W
Lm
Wra
L
W
Il
10,7
12
16,9
13
5,4
c
7,57
Pl
13
9
8,45
P2
14
11
12,83
9,6
P3
16,9
11,6
16,9
11,6
15,18
11,57
P4
15,7
12,1
17,8
16,7
12,1
17,43
12,37
Mi
23,9
12,9
22,4
12,8
23,2
12,86
m 2
29,9
13,8
29,6
13,5
29,8
13,67
m 3
39,5
14
39,5
14
Mesures directes pour les spécimens de Pikermi, sauf Pj et P 2 , et de Halmyropotamos (d’après MELENTIS, 1966).
— 128
P. rossignoli
Soblay
P. kruppii
Garkin
(Av889/3, 892, m)
K. kachelhicus
Kvabebi
(K10-3013)
L
W
L
W
L
W
Il
11
16
12
15
12,5
13
4,5
5
c
8,5
7,25
Pl
9,5
8,25
P2
10
12,25
10,25
P3
11,5
13,5
10,5
16
12
P4
14
10,6
15,7
12,6
17
12
M }
18,05
12,85
21,5
13,5
m 2
22,5
23,4
14,6
27,75
15
m 3
31,5
13
41,2
15,6
41
14
Mesures d’après VIRET et MAZEROT, 1948 (Soblay), FORTEUUS, 1990 (Garkin), HÜNERMANN, 1985 (Garkin),
VEKUA, 1972 (Kvabebi).
Dents supérieures
Samos
Sam 24.
Pliohyrax graecus
Pikermi Halmyropotamos
1966/1, m. d-g 1966/3, m. d-g
La Cantera
P. cf. graecus
L
w
L
W
L
W
L
W
II
11,9
12,5
13,65
13,25
12,05
I 2
8,85
6,1
9,2
6,3
7,7
4,9
I 3
8,91
7,59
8,95
8,3
9,25
8,6
9,2
5,3
C
12
11
9,85
11
9,45
10,25
10
9,5
P 1
■ IWM
11,75
12,6
11
12,6
11,15
11,45
P 2
■fsl
■ agi
13,75
15,25
13,5
15,15
12,9
15,4
p3
K il
16
16,75
15,5
18,5
15,7
17,3
p4
i m
15,9
19
17,9
21,05
18,1
18,8
Mesures directes pour le spécimen Sam 24 ; d’après ALCALA, SESÉ et MORALES, 1986 (La Cantera), MELENTIS,
1966 (Pikenui et Halmy ropolamos).
P . kruppii
Samos
SMNS44302
P. rossignoli
Soblay
1950-8
Sogdohyrax
Tadzhikistan
L
W
L
W
L
W
L
W
I 1
11,7
10,6
18
16
10
11,5
I 2
5,5
4,9
8
9
6
I 3
5
5,2
8
11
10
7,5
C
8,2
8
9,5
1 1
P 1
8,7
10,1
9
11,5
14,5
12
P 2
9,9
14,4
13
15
15,5
13
P 3
14,3
16,3
16
15,5
19
17,3
p4
15,2
17,2
14,87
17,22
20
23,5
20,5
20
Mesures directes pour le spécimen de Soblay ; d’après FISCHER et HEIZMANN, 1992 (Samos), VEKUA, 1972
(Kvabebi), DUBROVO, 1978 (Tadzhikistan).
— 129 —
répartition
La répartition spatio-temporelle de Pliohyrax graecus est large : du MN9 au MN14, de
l’Europe de l'Ouest au Proche-Orient. La présence de cette espèce est signalée dans les gisements de
Teruel (ALCALA, SESÉ et MORALES, 1986) en Espagne, Montpellier (VIRET et THENIUS, 1952) en
France. Samos {FORSYTH MAJOR, 1899 ; SCHLOSSER, 1899 ; SOLOUN1AS.1981), Pikermi
(GAUDRY. 1862 : SCHLOSSER, 1899 : FORSYTH MAJOR, 1899a et 1899b), Halmyropotamos
(MELENTIS, 1966) en Grèce cl enfin à Kcmiklilcpe (OZANSOY, 1961) en Turquie (fig. 8). Pliohyrax
graecus avait également été reconnu dans d'autres gisements anatoliens : Pasalar (HÜNERMANN,
1985), Esme-Akçakôy (BECKER-PLATEN, SICKENBERG et TOBtEN, 1975), Kayadibi et Garkin
(HÜNERMANN, 1985) ; il s'avère cependant que les spécimens de Garkin appartiennent à l'espèce
22 24 26 28 10 32
HG. 8. — Répartition des gisements à Pliohyrax dans ta région égéenne. Étoile noire : P. graecus ; astérix : P.
kruppii ; étoile blanche : Pliohyrax sp. FISCHER et HEIZMANN (1992) notent la présence de P. kruppii à Pikermi, non
répertoriée ici ; la présence de P. graecus â Kayadibi n’a été signalée que par HÜNERMANN (1985).
Spatial distribution of localilies with Pliohyrax. Black star P. graecus ; aslerisk : P. kruppii ; tvhite star : Pliohyrax
sp. FISCHER and HEIZMANN JJ992) mentioned the occurence of P. kruppii at Pikermi (here not taken ) ; P. graecus in
Kayadibi was only noted by HÜNERMANN ( 1985 ).
— 130 —
L (mm)
FIG. 9a. — Comparaison de spécimens de Pliohyrax yraecus en provenance de diverses régions ; les longueurs
dentaires de Pliohyrax kruppii permettent de mesurer l'importance relative des similitudes et des différences
intraspccifiques éventuelles : longueurs dentaires inférieures de Kemiklitepe, Pikcrmi (spécimen-type) et Halmyropotamos
(moyennes des spécimens 1966/6,7,10) ; P. kruppii (Garktn, moyennes des spécimens ÀV889^, 892).
Pliohyrax kruppii , que ceux de Pasalar et Esme-Akçakdy s'en rapprocheraient (FISCHER et
HEIZMANN, 1992) tandis que les fragments de Kayadthi, "hyrax" non identifié (SICKENBERG et
TOBIEN, 1971) restent des hyracoïdes indétenntnés (FISCHER, 1992).
En dépit de cette large répartition, les tailles des différentes populations attribuées à Pliohyrax
graecus restent circonscrites à l'intérieur de valeurs limites d'écart compatible avec une variation
spécifique normale ; les spécimens de Kemiklitepe se rapprochent sensiblement des formes de Pikermi
et de Samos, non seulement de par leur morphologie dentaire mais également par leurs caractéristiques
biométriques (fig. 9) ; on peut même noter une certaine unicité des rapports des dents entre elles et la
constance de caractéristiques morphologiques de "détail" Peut-on en déduire, sinon une niche
écologique identique, du moins un environnement semblable, notamment au niveau de la végétation et
donc du climat ?
— 131 —
l (mm)
20 t
11/ >2/ 13/ C PI/ P2/ P 3/ P*/
K em i k 11 tepe ^ Sam os
•• Pikermi
^ Hfilmÿropoiamus La Carilera
■fr P kruppii,type
FIG. 9b. — Longueurs dentaires supérieures de Kemiklitepe, Fikenni (spécimen 1966j), Halmyropotamos (1966^),
Samos (Sam24) et La Gantera ; P kruppii (spécimen-type : SMNS44302).
Comparison of P. graecus /rom different localities with P. kruppii. a : Lenght of lower teeth fronx Kemiklitepe,
Pikermi (type specimen) and Halmyropotamos attributed to P. graecus, andfrom Garkin attributed to P. kruppii. b : Lenght
of upper teeth from Kemiklitepe, Ptkermt, Halmyropotamos, Samos and La Gantera (P. graecus), and the type specimen of P.
kruppii from Samos.
NICHE ÉCOLOGIQUE
Le genre Pliohyrax est recensé sous la forme de plusieurs espèces dans divers gisements sur
tout le pourtour de la région égéenne, notamment en Turquie. Les gisements anatoliens témoignent
tous d'un biotope comparable : milieu à larges aires ouvertes, steppes et bosquets d’arbustes secs
(BECKER-PLATEN, SlCKENBERG et TOBIEN. 1975 ; FORTELIUS. 1990). Les gisements à Pliohyrax
graecus de Grèce présentent des faunes de milieux steppiques ouverts ; à Halmyropotamos : "the
fauna is to be characterized as bclonging to the steppe" (MELENTIS, 1967 : 395).
— 132 —
La forme particulière de l'orbite, qui ne peut être déterminée de façon indubitable ici, indiquerait
un mode de vie semi-aquatique (VEKUA, 1972). Par ailleurs, la nature de la végétation et les
conditions climatiques devraient être déductibles de la morphologie dentaire. Les incisives centrales
(I 1 , I] cl I 2 ) tranchantes et robustes, certaines (I 1 et h) à croissance continue, les dents jugales
lophées, de Pliohyrax graecus . sont autant de confirmations de son régime alimentaire herbivore,
commun à tous les hyracoïdes. "Les dents à couronne relativement haute indiquant habituellement le
mâchage d'une nourriture végétale dure, témoignent de conditions d'un milieu plus ou moins sec..."
(VEKUA, 1972). L'étude des facettes d'usure des incisives inférieures effectuées par cet auteur sur la
mandibule de Kvabebihyrax permet, malgré leur différence de forme, d'effectuer quelques comparaisons
instructives avec les incisives de la forme de Kemiklitepe. L'usure des faces occlusales des incisives
inférieures centrales est dû au frottement de ces dernières contre la face postéro-linguale des 1 1 lors de
l'occlusion. La forme de la surface d'usure de l 1 montre que les incisives centrales supérieures et
inférieures sont en opposition partielle. Si l'on peut admettre que Kvabebihyrax tranchait les plantes
à l'aide de ses premières incisives (lt) et de ses incisives caninifonnes (i 2 et l l ). il faut alors
reconnaître sans réticence que Pliohyrax graecus possédait toutes les qualités requises pour agir de
meme : si la première incisive supérieure présente une section triangulaire, les deux premières
incisives inférieures sont nettement en lame et donc aptes à sectionner. Par ailleurs, tout comme
l’hyracoïde de Kvabebi, celui de Kemiklitepe présente des facettes d’usure postérieures et linguales
fortement marquées au niveau de 1 1 ; puisque aucune dent supérieure n'entre en contact avec les
portions concernées de cette dernière, l'usure ne peut être due qu'aux végétaux eux-mêmes, lors de leur
arrachage, arrachage devenant nécéssaire dans le cas de plantes trop dures pour que le sectionnement
soit suffisant. Un autre argument prône en favein de ce mode d'alimentation la mandibule de
Pliohyrax graecus présente labialcmcnt, sous la série C-P une fosse marquée. Chez les hyracoïdes
actuels, qui ne présentent pas cette morphologie particulière, cet emplacement correspoïKl à ['insertion
profonde du muscle buccinaleur. Il serait donc logique de penser que ce muscle était particulièrement
développé chez certains hyracoïdes fossiles, donnant à leur mâchoire une plus grande mobilité dans les
mouvements latéraux ; en effet, la fonction du buccinateur est de tirer "sur l'angle de la bouche et
[d'agrandirl ainsi l'orifice buccal dans le sens transversal." (BARONE. 1968 : 451). A propos du grand
développement et de la complexité du masseler chez certains hyracoïdes, JAN1S (1983 : 87) déclare
qu'ils sont fonctionnellement associés "...with the adoption of a pronounced transverse component of
movement to the jaw m the mastication of a diet of fibrous végétation," 11 n'csl peut-être donc pas
abusif de conclure, à propos de l'alimentation de l'hyracoïde de Kemiklitepe, qu'elle devait être
constituée de végétaux fibreux et durs, dont la mastication se trouvait être facilitée par la semi-
hypsodontie des dents jugales. La nature du régime alimentaire de Pliohyrax graecus tendrait à
corroborer les hypothèses émises à propos du milieu environnant rencontrés dans les* différents
gisements où cette espèce est présente.
La section transversale ovalaire (allongement antéro-postérieur) de l'humérus est fonctionnelle¬
ment corrélée à une direction préférentielle de mouvement, à savoir la flexion-extension. Ceci est
confirmé au niveau de l'articulation du coude : les saillies médiales et latérales de l'extrémité humérale
empêchent tout mouvement de rotation, le large orifice de communication entre les fosses oléocrâ-
nienne et coronoïdienne devant permettre une extension prononcée du membre antérieur. Le maintien
rigide de l'humérus dans le même plan que les os de l'avant-bras s'observe chez les damans actuels
mais l'articulation conservée d'un hyracoïde du Miocène témoigne de son caractère plus marqué chez au
moins une espèce fossile (FISCHER, 1992).
Le nombre d'hyracoïdes connus à Kemiklitepe est trop faible pour envisager l’évaluation de son
mode de vie. Cependant, Pliohyrax graecus est relativement abondant dans certains gisements (une
trentaine de spécimens à Samos par exemple) : or, actuellement, les hyracoïdes grégaires sont tous ter¬
restres. D'autre part, cette espèce est de grande taille, donc peu apte à mener, à priori, une vie arbori-
— 133 —
cole. Les damans arboricoles actuels vivent préférentiellement dans les forêts tropicales et non dans les
biotopes steppiques. Les formes terrestres actuelles vivent en colonies de cinq à cinquante individus
(ALCALA, SESÉ et MORALES, 1986), ce qui semblerait plus en rapport avec la richesse de certains gi¬
sements.
CONCLUSION
Les gisements de Kemiklitepe (KTA et KTB) témoignent de l'existence au Néogène, vraisem¬
blablement au Turolien, d'un grand hyracoïde, Pliohyrax graecus, caractéristique des zones steppiques
arides ; Pliohyrax graec us est défini par MELENTIS (1966 : 203) comme étant un "habitant des
steppes". Au vu des caractéristiques moiphologiques et du degré d'évolution des spécimens étudiés, la
faune de Kemiklitepe semble très proche de celles de Samos et de Pikermi, elle pourrait donc ap¬
proximativement être située dans la zone du MN12.
Au niveau inférieur (KTD), un fragment d'humérus indique l'existence d’un grand hyracoïde.
Remerciements
Les campagnes de fouilles à Kemiklitepe ont été organisées par S. SEN, avec la participation de H.
Bocherens, L. de Bonis, N. Dalfes, D. Geraads, J. J. Jaeger, G. Koufos et J. M. Mazin. D. Visset a réalisé
les figures dentaires. Les photographies sont l'œuvre de C. Abrial. Ce manuscrit a bénéficié des conseils et
critiques de M. Fischer, C. Guérin et S. Sen.
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136 —
Toutes les photos sont réduites à 850/1000 à l’exception de la photo n°4.
(AU specimens from Kemiklitepe are illnstrated to 85011000, except the photo no 4.)
PLANCHE I
1 — Prémaxillaire et maxillaire KTA125 en vue latérale gauche.
2 — Palais KTA125 en vue occlusale.
l.Left latéral view of premaxilla and maxilla (KTA125). — 2 . Occlusal view of palate (KTA125).
— 137 —
PLANCHE I
— 138 —
PLANCHE II
3 — Mâchoire inférieure KTA125 en vue occlusale.
4 — Mandibule gauche KTA125 en vue linguale ; (x 1,7).
5 — Mandibules KTA191 gauche et droite en vue occlusale.
6 — Mandibule gauche KTA191 en vue latérale.
3. Occlusal view ofthe lower jaw KTA125. — 4. Lingual view of the left mandibula KTA125 (enlarged). — 5. Occlusal
view of the mandibula KTA191 .—6. Labial view of the left lower jaw KTA191.
— 139 —
PLANCHE II
— 140
PLANCHE III
7 — Mandibules juvéniles KTB92 en vue occlusale.
8 — Mandibule juvénile KTB92 gauche en vue latérale.
9 — Extrémité distale de l'humérus KTD57 en vue postérieure.
10 — Extrémité distale de l'humérus KTD57 en vue latérale.
11 — Extrémité distale de l'humérus KTD57 en vue antérieure.
7. Occlusal view of the mandibula of young individual KTB92. — 8. Labial view ofthesame specimen. — 9. Posterior
view of the humeras KTD57. — 10. Latéral view of the same specimen. — 11. Distal view of the same specimen.
— 141
PLANCHE III
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n° 1 : 143-157.
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
7. Proboscidea (Mammalia)
par Pascal TASSY
Résumé. — Les restes de proboscidiens découverts dans le site de Kemiklitepe (Miocène supérieur
de Turquie) appartiennent à l’éléphantoïde Choerolophodon pentelici (Gaudry et Lartet, 1856). L’espèce est
présente dans les deux niveaux reconnus à Kemiklitepe : KTA-KTB et KTD. On reconnaît Choerolophodon
penlelici pentelici à KTA-KTB, tandis qu'un stade évolutif plus primitif de l’espèce — nommé ici
Choerolophodon pentelici ssp. indet. — est présent à KTD.
Abstract. — The proboscidean remains discovered at Kemiklitepe (late Miocene of Turkey) belong
to one elephantoid species . Choerolophodon pentelici (Gaudry and Lartet, 1856). The species is présent in
the localities named KTA, KTB (upper level) and KTD (lower level). Choerolophodon penlelici penlelici is
recognized at KTA-KTB wliereas a more primitive evolutionary grade — here named Choerolophodon
pentelici ssp indet. — is described at KTD.
P. TASSY. Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés et Paléontologie Humaine, Université P. et M. Curie. 4 place Jussieu,
75252 Pans cedex 05 (URA 12, CNRS)
Les restes de proboscidiens décrits dans cet article ont été découverts en 1989 et 1990 par une
équipe dirigée par S. SEN. On trouvera dans SE N (ce volume) la présentation géologique et
stratigraphique des deux gisements de Keiniklitepe, KTA-KTB et KTD. Une épaisseur de quinze
mètres de sédiments sépare le niveau le plus récent (KTA-KTB) du plus ancien (KTD), Les faunes de
ces deux niveaux sont respectivement attribuées (SEN ei al., ce volume) au Turolten inférieur (MN
11) et au Turolien supérieur (MN 12).
Le matériel découvert à Kemiklitepe, aussi bien dans le niveau inférieur KTD que dans le
niveau supérieur KTA-KTB, se rapporte à une seule espèce d’éléphantoïde, Choerolophodon pentelici
(Gaudry et Lartet, 1856) 1 Une mandibule (provenant du KTD) et un palais (provenant de KTB)
montrent quelques traits typiques de l'espèce, tandis que les restes appartenant au squelette post-crânien
sont d'un éléphantoïde. En effet, aucun élément des extrémités ne peut être attribué à un deinothère-
Comme les éléments diagnostiques du genre Choerolophodon (synapomorphics) relatifs au carpe
. Le binôme original conçu par GAUDRY et LARTET (1856) est " Mastodon penleticits". GAUDRY (1862 : 142) substitua “ pentelici à
“ penielicus ” qu’il tenait probablement pour un substantif. Depuis 130 ans, malgré quelques exceptions, cette décision fait autorité ; elle a
notamment été suivie par SCHLESINQER (1917 : 180) lorsqu’il fond» son nouveau sous-genre Choerolophodon sur l’espèce
“Mastodon pemclicr Je me conforme donc à l'orthographe préconisée par GAUDRY. U reste que le terme “ penielicus " peut aussi être-
tenu pour un adjectif (GAFFIOT, Dictionnaire latin-français. Paris, 1934.1139) : la rectification n’était donc pas nécessaire.
(robustesse, massivité, proportions ; articulation particulière entre le trapézoide et le magnum - voir
plus loin) sont présents sur les restes de Kemiklitepc, il est raisonnable d’attribuer à l’espèce
Choerolophodon pentelici les os du squelette post-crânien dans leur ensemble.
I. NIVEAU KTD
Ordre PROBOSCIDEA llliger, 1811
Superfamille ELEPHANTOIDEA Gray, 1821
Plésion (genre) CHOEROLOPHODON Schlesinger, 1917
Espèce Choerolophodon pentelici (Gaudry et Lartet, 1856)
Choerolophodon pentelici ssp. indet.
Matériel : Mandibule avec D 3.4 dr. et g. (KTD 66 ) ; scaphoïde dr. (KTD67) ; pyramidal dr. (KTD 68 ) ;
trapézoide dr. (KTD69) ; trapézoide dr. (KTD70) ; trapézoide dr. (KTD71) ; magnum g. (KTD72) ; astragale dr.
(KTD73) ; astragale dr. (KTD 74) ; calcanéum dr. (KTD75) ; cuboïde dr. (KTD76). McII g. (KTD77) ; McIII dr.
(KTD78) ; MclV dr. (KTD79) ; portion de McV g. (KTD80) ; 1ère phalange du 5e rayon postérieur g.
(KTD81).
DESCRIPTION
La mandibule KTD 66 est d’un jeune individu. Les D 3 sont usées tandis que les D 4 sont en
éruption et seul le premier lophide de la D 4 dr. présente de légères facettes d’usure (on sait que les D 2
ont disparu chez Choerolophodon). La morphologie des dents de lait est typiquement choerolopho-
donte (émail ridule, nombreuses petites cupsides secondaires, lophides de la D 4 en V pointé en avant).
La mandibule, comme les dents de lait qu'elle porte, est de petite taille (tabl. I et U). Les D 3 se
situent du côté des plus petites connues de Choerolophodon pentelici d’âge réputé Turolien et qui
proviennent de Maragha (D 3 BMNH 3957 = 44 x 31 mm) ; les D 4 sont plus petites (73,6 x 46,5
mm à Maragha-Ketschana : SCHLESINGER. 1917). Elles sont plus grandes que les dents
correspondantes d’âge plus ancien (Vallésien) décrites à Yassiôren (Sinap moyen) par OZANSOY
(1965) sous le binôme Choerolophodon anatolicus et rapportées à l’espèce-type par GAZIRY (1975) et
TASSY (1985) (D 3 = 38 x 25 mm ; D 4 = 39 x 24 mm).
La mandibule de KTD se distingue de la mandibule de Yassiôren par la gracilité du rostre. A
Kemiklitepe la hauteur du rostre symphysaire est en effet moins forte que celle de la branche
horizontale ; à Yassiôren le rostre est aussi haut que la branche horizontale (62 mm). Peut-être a-t-on
ici sur le spécimen de KTD le début de gracilisation du rostre symphysaire propre à Choerolophodon
pentelici pentelici, en liaison avec l’absence d’inclinaison ventrale du rostre. Ce n'est là qu’une
supposition puisqu'il s’agit d’une mandibule très juvénile.
Les éléments appartenant au squelette post-crânien se caractérisent par leur grande taille. Or
Choerolophodon pentelici était une espèce de forte taille, aux membres plus robustes que chez
Gomphotherium angustidens, l’espèce dominante dans le Miocène moyen européen, ou même que
chez l’éléphant actuel, d'Asie aussi bien que d’Afrique.
— 145 —
Le cuboïde est très aplati (mensurations de KTD76 : largeur = 131,5 mm, hauteur = 46 mm,
profondeur = 101,4 mm), Le trapézoïde est muni sur la face latérale d’une facette antérieure pour le
magnum nettement concave, disposition qui correspond à la saillie du coin antéro-dorsal du magnum
(pl. II) ; c’est une apomorphie du genre, visible sur les mains de Choerolophodon pentelici figurées
par SCHLESlNGER (1917) et GAZIRY (1976). Celte région manque malheureusement sur le seul
magnum récolté (KTD72).
MENSURATIONS (mm) DES trapÉZOÏDES : KTD69 : hauteur = 55,6 ; largeur = 67 ; profondeur = 105.
KTD70 : hauteur = 63,9 ; largeur = 92 ; profondeur = — . KTD70 : hauteur = 65,2 ; largeur = 82,5 ;
profondeur = —.
Tableau I. — Mensurations crâniennes et mandibulaires de Choerolophodon pentelici de
Kemiklitepe (en mm).
Mandibule (KTD 66 )
Hauteur de la branche horizontale prise au bord antérieur de D 3
67,6 (à g.)
66 (à dr.)
Hauteur de la branche horizontale prise à la symphyse
48 (à g.)
49,9 (à dr.)
Hauteur de la branche horizontale prise au départ de la branche montante
est. 54 (à g.)
Largeur prise à la symphyse
98,2
Largeur interne de la gouttière symphysaire
46
Largeur externe de la gouttière symphysaire
56,5
Epaisseur de la branche horizontale prise au bord antérieur de D 3
35,7 (à g.)
Palais (KTB101)
Largeur intente prise au bord antérieur de D 3
42
Largeur interne prise au bord antérieur de D 4
37
Tableau II. — Mensurations dentaires de Choerolophodon pentelici de Kemiklitepe (en mm).
On a indiqué entre parenthèses le numéro d'ordre du lophe(ide) où est prise la largeur et la hauteur (po = côté
posttrite ; pre = côté prétrite).
L
1 max.
H max.
D 3 dr.
KTA194
54
43,8 (2)
_
EPdr.
KTB101
55,2
45,9 (2, 3)
D 3 g.
KTB101
55
46,1 (2)
D 4 dr.
KTB101
79,3
48 (2)
36,6 (po2)
D 4 g.
KTB101
77,5
53,2 (3)
30,1 (po2
C>3 g-
KTA192
59,1
23,4 (po2)
D 3 dr.
KTD 66
44,4
26,4 (2)
D 3 g-
KTD 66
47,3
27 (2)
D 4 dr.
KTD 66
67
34 (2)
31,6 (pre2)
D4g-
KTD 66
68,3
35,6 (3)
30,3 (pre3)
— 146 —
II. NIVEAU KTA-KTB
Ordre PROBOSCIDEA Illiger, 1811
Superfamille ELEPHANTOIDEA Gray, 1821
Plésion (genre) CHOEROLOPHODON Schlesinger, 1917
Espèce Choerolophodon pentelici (Gaudry el Lartet, 1856)
Choerolophodon pentelici pentelici (Gaudry et Lartet, 1856)
MATÉRIEL : Palais avec D 3 * 4 dr. et g. (KTB101) ; D 3 dr. (KTA194) ; D 3 g. en éruption dans portion de
branche horizontale (KTA192) ; astragale dr. (KTA193) : pyramidal dr. (KTB102).
DESCRIPTION
Le palais (KTB101) se caractérise par sa grande taille (tabl. I et II). Les D 3 et D 4 sont parmi
les plus fortes connues de Choerolophodon pentelici. Les D 4 surpassent même celles de l’holotype de
Pikermi décrit par GAUDRY (1862) et celle de Maragha-Kopran décrite par SCHLESINGER (1917). Ces
□ 1
© 2
O 3
V 4
A 5
A 6
• 7
FIG. 1. — Diagramme de dispersion (longueur X largeur) des D 4 de Choerolophodon pentelici (1-6) et de
Choerolophodon corrugatus (7). 1 : Kemiklitepe (niveau KTA-KTB) ; 2 : Pikermi (holotype) ; 3 : Samos (d’après
SCHLESINGER, 1917) ; 4 : Maragha ; 5 : Kayadibi (d’après GAZtRY, 1976) ; 6 : Yassiôren : 7 : Siwaliks moyens (d’après
TASSY, 1983).
Scatter diagram (length x widlh) des dp^of Choerolophodon pentelici (1-6) and of Choerolophodon corrugatus
(7). 1 : Kemiklitepe (level KTA-KTB) ; 2 ; Pikermi (holotype) ; 3 : Samos (front SCHLESINGER, 1617) ; 4 Maragha ; 5 ;
Kayadibi (front GAZIRY, 1976) ; 6 : Yassiôren ; 7 : middle Siwaliks (front TASSY. 1983).
— 147 —
grandes D 4 sont toutes plus étroites que celles de l'espèce contemporaine Choerolophodon corrugatus
(Pilgrim), décrite dans le Miocène supérieur des Siwaliks (TASS Y, 1983) (fig. 1).
La D3 (K.TA192) est également de grande taille et approche la plus forte D3 de C. pentelici
connue, décrite à Santos par SCHLES1NGER (1917 61 x 37 mm). Outre sa taille, cette D3 (fig. 2A)
se distingue de celles découvertes dans le niveau de KTD (fig. 2B) par des traits morphologiques
dérivés dus à la multiplication des cuspides. Ces traits sont également reconnus sur Phototype de
Pikermi (GAUDRY, 1862) et sur des D3 de grande taille décrites à Maragha (MECQUENEM, 1924 ; pi.
I fig. 12 ; SCHLESINGER, 1922, pl. 24 fig. 6). Il s’agit d’abord de l’ébauche de troisième lophide
FIG. 2. -— Comparaison des O3,, de Choerolophodon pentelici pentelici (A) et de Choerolophodon pentelici ssp.
indet. (B, C). A : Kemiklitepe (K.TA192) ; B : Kemiklitepe (KTP66) ; C : Yassiôren (= " Choerolophodon anatolicus" ). La
flèche indique le deuxième entoflcxus. Vues occlusalcs (échelle = 1 cm).
Comparison oj the It, dpj o] Choerolophodon pentelici pentelici (A) and Choerolophodon pentelici ssp. indet. (B,
C). A : Kemiklitepe (KTA192) ; B : Kemiklitepe (KTD66) ; C : Yassiôren ( = ‘ Choerolophodon anatolicus”). The arrûw
points to the second entoflexus. Occltisal views (sente = I cm).
FIG. 3. — Comparaison des fri de Choerolophodon pentelici pentelici (A. B) et de Choerolophodon pentelici ssp.
indet. (C). A ; Kemiklitepe (rt. dp P KTB101) ; B : Pikermi (lt. dp- 5 , PIKI705 MNHN) ; C : Yassiôren (= “ Choerolophodon
anatolicus" , D 3 dr.). La flèche indique le deuxième entoflexus. Vues occlusales (échelle = 1 cm).
Comporison of the dp- 0/ Choerolophodon pentelici pentelici (A. Il) and Choerolophodon pentelici ssp. indet. (C).
A : Kemiklitepe (/>* dr., KTBJOl) , B : Pikermi (fl- 5 g.. PIK1705 MNHN) , C Yassiôren (- "Choerolophodon anatolicus",
rt. dp*). The arrow points lo the second entoflexus. Occlusal views (scale = I cm).
— 148 —
avec présence d'un deuxieme entoflexus séparant le deuxième lophide des cuspides cingulaires
postérieures qui réalisent ainsi un lophide postérieur. En outre, la moitié prétrite du deuxième lophide
est subdivisée longitudinalement et des conules secondaires sont individualisés sur le flanc antérieur
(fig. 2A). Les D 3 du niveau KTD et celles, plus anciennes, de Yassidren décrites par OZANSOY sous
le nom de "Choerolophodon anatolicus", sont plus simples, sans deuxième entoflexus (fig. 2B-C).
Le niveau évolutif des D 3 du palais de KTB101 et de la D 3 isolée K.TA194 est comparable à
celui décrit sur la D 3 (KTA192). Le troisième lophe est ébauché (fig. 3) ; le deuxième entoflexus est
net ; le conule posttrite du cingulum postérieur est très nettement séparé du métacône. annonçant un
deuxième ectoflexus. Cette disposition est visible sur les D 3 de Pikermi (fig. 3B), ou à Samos
(SCHLESINCER 1917, pl. 25 fig. 2, pl. 26 fig. 2, pl. 27 fig. 3). Elle n’existe pas sur les D 3 de
Yassidren (fig. 3C) décrites par OZANSOY (1965) sous le nom de “Choerolophodon anatolicus”, ni
sur celles de Kayadibi décrites par GAZIRY ( 1976). Elle n’existe pas non plus chez Choerolophodon
Corrugalus y compris sur les spécimens récents (environ 7,5 Ma) de la Formation de Dhok Pathan
(TASSY, 1983 : 245, 249). De cette espèce, le seul spécimen qui approche la morphologie de
Choerolophodon penlelici pentelici est une D 3 dr. du Miocène supérieur de Hari Talyangar en Inde
figurée par TASSY (1985, fig. 257). Le troisième lophe y est néanmoins plus étroit que 1e deuxième
alors que chez la forme de Méditerranée orientale les deux lophes considérés ont la même largeur (voir
tabl. II ; la lar geur du troisième lophe de la D 3 g. KTB101 est de 45 mm).
III. DISCUSSION
Le genre CHOEROLOPHODON
Le genre Miocène Choerolophodon a longtemps été confondu à la suite d’OSBORN (1936)
avec le genre Gompholherium Burmcistcr, 1837 (TOBIEN, 1973 ; COPPENS et al., 1978). Il est
pourtant assez singulier parmi les éléphantoïdes. C’est pourquoi, avant de discuter des particularités
des restes découverts â Kemiklitepe. je consacre ce paragraphe à quelques rappels anatomiques,
systématiques et stratigraphiques concernant le genre.
Le. crâne de Choerolophodon est étroit, pourvu d'une face très développée ; les défenses supé¬
rieures sont courbées vers le haut ; la mandibule, munie d’une gouttière symphysaire large et profonde
est dépourvue de défenses. La formule dentaire est réduite : perte de D 2 et de toutes les prémolaires. La
“choerolophodontie" qui affecte les molaires se caractérise par différentes transformations du schéma
primitif gomphothère ( = bunodonte trilophodonte) : recul des tubercules principaux par rapport à l’en¬
semble formé par le mésoconclet et le conule central prétrite qui lui est associé, ce qui donne aux
lophes(ides) (excepté le premier) une orientation en V pointé vers Lavant. Souvent l’émail est
rugueux et fortement ridulé (“ptychoïdie”).
Le genre Choerolophodon est connu exclusivement dans le Miocène de l'Ancien Monde :
Afrique de l’Est et du Nord, sous-continent Indien. Proche-Orient, Europe orientale. Sa présence en
Chine (quelques dents isolées) est conjecturale (TOBIEN et al., 1986). Assez rare au Miocène inférieur
et moyen (Bugti du Pakistan, Moghara, Maboko en Afrique), le genre est abondant dans les faunes
mammaliennes du Miocène supérieur (notamment Pikermi et Maragha en Méditerranée orientale ;
Formation de Dhok Pathan au Pakistan ; Formation de Ngorora en Afrique de l’Est).
Les différentes especes attribuées au genre Choerolophodon sont représentées par des restes
inégalement répartis : les caractères identifiés chez toutes les espèces appartiennent aux molaires. La
morphologie du crâne est inconnue au Miocène inférieur et le squelette postcrânien est notablement
mal connu quel que soit le niveau stratigraphique considéré.
— 149 —
L’espcce Choerolophodon pentelici est l’cspcce-typc du genre. Elle est fréquente dans les faunes
du Miocène supérieur de Méditerranée orientale. Son extension s trati graphique va de la zone MN9 à la
zone MN13 (TASSY, 1990 : 247) c’est-à-dire, pour ce qui est des gisements les plus distants, depuis
le niveau de Yassiôren et de Esme Akçakoy jusqu’à celui de Dytiko (pour l’âge et la faune de Dytiko
voir BONIS et al. , 1988 : 143). Deux espèces contemporaines sont décrites dans le sous-continent
Indien [C. corrugalus (Pilgrim, 1913) dont Synconolophus dhokpalhanensis Osbom, 1929 est un
synonyme (voir TASSY, 1983)] et en Afrique de l’Est [C'. ngorora (Maglio, 1974) (voir TASSY,
1986)]. Chez ces espèces la choerolophodontie des molaires est nette et l’émail est le plus souvent
( mais pas toujours) très ridulé. Ces espèces sont précédées chronologiquement par quelques especes au
statut taxinomique conjectural. Les espèces C. palaeindicus (Lydekker, 1884) du Miocène inférieur du
Pakistan et C. kisumuensis (Madnnes. 1942) du Miocène moyen d’Afrique orientale sont peut-être
synonymes et sont rassemblées par TASSY (I9S6) sous le vocable "C. 'groupe palaeindicus"'. un
groupe conçu comme souche du genre. A ce groupe se rattache peut-être l'espèce C. spenceri
(Fourtau, 1920), représentée seulement par une mandibule provenant de Moghara (Egypte). L’espèce
C. chioticus Tobien, 1980 du Miocène moyen de Méditerranée orientale (Chios, MN 5 ou MN 6)
semble intermédiaire entre C. “ groupe kisumuensis ” et les espèces du Miocène supérieur (TOBIEN.
1980).
La synonymie des espèces d’Afrique est donnée par TASSY (1986) avec une analyse cladistique
du genre. Depuis, ont été décrits deux nouveaux taxons. Il s’agit d’abord de Choerolophodon zaHanien-
sis Gaziry. 1987 dans le Miocène inférieur ou moyen de Djebel Zeltcn (GAZIRY, 1987).
D’autre part une espèce indéterminée dans le Miocène inférieur ou moyen de Borsi en Éthiopie
a été décrite sous la dénomination “primitive species of Choerolophodon ’’ par SUWA et al. (1991). La
forme d’Éthiopie se caractérise selon SUWA et al par la présence de défenses inférieures de section
transverse ovale. Ce trait plésiomorphe oppose ce taxon aux autres especes du genre dont la mandibule
est connue. Mais cette observation, fondée sur un fragment isolé, demande à être confirmée par une
association anatomique.
Seule la morphologie des molaires est contrôlée chez toutes les espèces attribuées au genre
Choerolophodon. Or, les défenses, le crâne et la mandibule. le squelette appendiculaire fournissent des
critères évolutifs propres au genre mais restent inégalement connus. De la sorte, les modalités
évolutives de Choerolophodon sont encore mal élucidées.
En ce qui concerne Choerolophodon pentelici, l'espèce du Miocène supérieur, les modalités
évolutives de la mandibule ont été envisagées par TASSY et al. (1989). La disposition du rostre
symphysaire dans le prolongement de la branche horizontale et non vers le bas est un caractère dérivé
(réversion), probablement une paedomorphosc. L’espèce C pentelici est connue depuis l'ex-
Yougoslavie (Veles) à l’Ouest jusqu’en Iran à l'Est (Maragha) ; son extension septentrionale
actuellement connue ne dépasse pas la Crimée (Kcrtch).
Quant au matériel découvert à Kcmiklitepe et décrit ici. il permet d'avancer quelques tendances
évolutives dans la morphologie des molaires de lait. Jusqu’à présent, elles n’avaient pas été prises en
compte et avaient été implicitement tenues pour des traits dus à la variation individuelle. Il semble au
contraire qu'elles aient une signification biostratigraphique.
Les restes de Kemiklitepe
Il est manifeste, tant par les dimensions que par la morphologie dentaire, que Choerolophodon
pentelici à KTA-KTB est plus évolué qu’à KTD. Le degré évolutif manifesté à KTA-KTB se retrouve
sur les restes types découverts à Pikermi (Turolien). L’attribution des restes de KTA-KTB à
Choerolophodon pentelici pentelici est hors de doute. TASSY et al. (1989) ont décrit pour une
— 150 —
mandibule découverte à Esmc Akçakoi (Vallésien) la sous-espèce Choerolophodon pentelici lydiensis,
dont le rostre symphysaire est incliné vers le lias chez l'adulte, trait jugé primitif. On ne peut pas, en
toute rigueur, esLimer si le rostre symphysaire de la peLite mandibule découverte à KTD, assez gracile,
est destiné à s'incliner chez l'adulte ou à rester dans le prolongement de la branche horizontale
(paedomorphosc de Choerolophodon pentelici). C’est pourquoi les restes découverts dans le niveau
KTD sont attribués à Choerolophodon pentelici ssp. indet,
Les morphologies dentaires primitives de D 3 3 décrites dans le niveau de KTD ainsi qu’à
Yassioren et à Kayadibi (Vallésien), indiquent sans doute un niveau évolutif de l'espece, plus primitif
qu'à Pikermi. II est intéressant de noter que les morphes primitifs et évolués coexistent dans les
gisements de Maragha-Kctschana. ce qui indique peut-être un mélange de faunes.
D'un point de vue taphonomique, il est intéressant de remarquer que presque tous les carpiens
et tarsiens ont été rongés par une hyène (détermination : A. VINCENT). Les trois astragales, provenant
tant du niveau supérieur (KTA193) que du niveau inférieur (KTD13, KTD14). sont notamment broyés
et rongés de la même façon : la partie latérale où s’articule l’ulnaest toujours intacte, tandis que la
partie médiale manque avec le tuberculum mediale où s’insèrent les ligaments formant l'aponévrose
médiale du tarse.
Remerciements
Je remercie Sevket Sen qui m'a confié l’étude des proboscidiens de Kemiklitepe. Le matériel
conservé au Muséum national d’Histoire naturelle (originaux de Pikermi, moulages de Yassioren) a pu être
examiné grâce à l’obligeance de Léonard GlNSIH.'RO. Anne VINCENT a bien voulu jeter un œil taphonomique
sur les carpiens et tarsiens des choerolophodontes de Kemiklitepe. Les dessins sont de Dominique VtsSET,
les photographies de Denis SERRETTE. Le manuscrit a bénéficié des remarques éclairées de Yves CoPPENS et de
Jeheskel SHOSHANI.
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PLANCHE I
Choerolophodon pentelici ssp. indet., Miocène supérieur de Kemiklitepe, niveau KTD (Turquie), mandibule
juvénile munie de D 3.4 dr. et g. (KTD 66 ) : A, vue latérale droite ; B, vue occlusale. X 1/2. (Clichés D. Serrette.)
Choerolophodon pentelici ssp. indet., Late Miocene of Kemiklitepe, level KTD (Turkey), juv. mandible rt. and ltj. 4 .
(KTD 66 ) : A, right latéral view ; B, occlusal view, x 112. (Phot. D. Serrette.)
PLANCHE I
Planche II
Choerolophodon pentelici ssp. indet.. Miocène supérieur de Kemiklitepe, niveau KTD (Turquie) : A, trapézoïde dr.
(KTD70), vue crâniale ; B, trapézoïde dr. (KTD69), vue proximale ; C, idem, vue crâniale ; D, idem, vue latérale, x 2/3.
(Clichés D. Serrette.)
Choerolophodon pentelici ssp. indet., Late Miocene of Kemiklitepe, level KTD (Turkey) : A, right trapezoid
(KTD70), cranial view ; B, right trapezoid (KTD69), proximal view ; C, idem, cramai view ; D, idem, latéral view, x 213.
(Phot. D. Serrette.)
— 155 —
PLANCHE II
PLANCHE III
Choerolophodon pentelici pentelici, Miocène supérieur de Kemiklitepe, niveau KTA-KTB (Turquie) : A, palais
muni de D 3 ' 4 dr. et g. (KTB101), vue occlusale ( X 1/2) ; B, D 3 g. en éruption dans un fragment de mandibule (KTA192),
vue occlusale (X 1). (Clichés D. Serrette .)
Choerolophodon pentelici pentelici. Laie Miocène of Kemiklitepe, level KTA-KTB (Turkey) : A, palate with right
and left dp' 4 (KTB101), occlusal view (X 112) ; B, left dp 3 coming out of a fragment of mandible (KTA192), occlusal view
( x 1). (Phot. D. Serrette.)
PLANCHE III
Bull. Mus. natl. Hist. nal., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n° 1 : 159-173.
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
8. Giraffidae
par Denis GERAADS
Résumé. — Les Giraffidés sont abondants mais assez peu variés à Kemiklitepe. Palaeotragus
rouenii existe dans les deux niveaux. Samotherium major, auquel est reconnu le rang spécifique, n'existe que
dans le niveau supérieur (KTA, KTB), avec en particulier un beau crâne de femelle, tandis que de nombreux os
des membres, du niveau inférieur (KTD), paraissent plus voisins de S. boissieri. Cette succession évoque
Samos, où elle semble se retrouver.
Abstract. — Giraffids are abondant but not diverse at Kemiklitepe. Palaeotragus rouenii is présent
in both levels. Samollterium major, whose spécifie rank is acknowledged, is known front the upper level
only (KTA, KTB), with especially a nice fcmale skull. while numerous limb-bones Iront the lower level
(KTD) are more alike S. boissieri. This succession recalls Samos, wherc il scems to occur also.
Mots-clés. — Miocène supérieur, Turquie, Giraffidae, Artiodactyla, Mammalia.
D. GERAADS, LIRA 49 du CNRS, Musée de l'Homme, pl. du Tracadêro, 75116 PARIS, et Laboratoire de Paléontologie des
Vertébrés et Paléontologie Humaine. Université Paris VI, 4, pi Jussieu, 75252 PARIS Cedex 05
INTRODUCTION
Les gisements de Kemiklitepe près d'Esme ont été exploités en 1989 et 1990 sous la direction
de S. SEN. La stratigraphie est indiquée par ailleurs (SEN et al., ce volume).
Comme dans la plupart des gisements du Miocène supérieur de Méditerranée orientale, les
Giraffidés, avec une centaine de spécimens déterminables, constituent l'un des groupes les plus
abondants à Kemiklitepe, et certainement le groupe dominant par sa biomasse, Une espèce de petite
taille, Palaeotragus rouenii, se rencontre dans les deux niveaux, qui comprennent aussi chacun une
forme de plus grande (aille, représentant peut-être une même lignée, Samotherium major dans le
niveau supérieur (KTA, KTB et KTC), Samotherium ? sp. dans le niveau inférieur (KTD).
Abréviations : KT : Kemiklitepe ; P1K : Pikermi ; MGL : Musée Géologique et Minéralogique,
Lausanne ; MNHNP : Muséum national d'Histoire naturelle, Paris ; NHB : Naturhistorisches Muséum, Basel ;
BMNH : British Muséum (Nalural History), London ; NHMW : Naturhistorisches Muséum, Wien ; PIM :
Palaontologisches Institut, Munster ; SMNS : Staatliches Muséum für Naturkunde, Stuttgart.
— 160 —
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
Genre PALAEOTRAGUS Gaudry, 1861
Espèce-type : Palaeotragus rouenii Gaudry, 1861.
Palaeotragus rouenii Gaudry, 1861
Type : Crâne figuré par Gaudry, 1862-67, pl. 45, fig. 1 ; MNHNP n° PIK-1670.
Gisement type : Pikermi.
Diagnose : Palaeotragus de petite taille. Cornes pointues. Os des membres longs et grêles.
MATÉRIEL : Niveau inférieur : KTD-1 : arrière-crâne avec la corne gauche (pl.I, 3) ; KTD-47 : corne
droite (peut-être même individu que KTD-1) ; KTD-49 : série dentaire supérieure avec P 3 -M 3 . très usées (pl.I,
4) ; KTD-59 : molaire supérieure ; KTD-56 : DP 3 ; KTD-I7a et 17b : extrémité distale d'humérus et extrémité
proximale de radius ; KTD-26 : métacarpe ; KTD-27 : extrémité proximale de métacarpe ; KTD-53 : extrémité
distale de métacarpe ; KTD-52 : fémur ; KTD-30 : astragale ; KTD-23 : métatarse. — Niveau supérieur : KTA-
113 : extrémité distale d'humérus ; KTA-7 : extrémité proximale de métacarpe.
DESCRIPTION
Les cornes, de section ovale, situées au-dessus de la banc postorbilaire. bien écartées l'une de
l'autre, sont relativement longues et robustes, et presque rectilignes, leur courbure vers l'arrière n'étant
qu'à peine indiquée, comme chez/*, rouenii de Tchobroutchi (PAVLOV, 1913, fig. 3) ou dans l'espèce
voisine P. microdon de Chine (BOHLIN, 1926, pl. 1. fig. 1) ; les cornes du type et d'un autre
spécimen de Pikermi (MNHNP n° PIK 1680), ainsi que celles d'un crâne de Samos (NHMW) sont en
revanche courbées vers l'arrière. 11 s'agit certainement de mâles, les cornes étant, chez les femelles,
soit absentes (Samos : BOHLIN, 1926, pl, 4, fig, 11-12 ; et SMNS n c 44240), soit très grêles
(BOHLIN. 1926. fig. 1 chez P. microdon ; GERAADS. 1978, pl. 1, fig. 2. chez P rouenii). Elles
semblent cependant (leur pointe manque) avoir été régulièrement effilées, et non tronquées comme
chez les mâles de P. microdon (BOHLIN, 1926, fig. 2-3). La variabilité de tous ces caractères est trop
mal connue pour qu'on puisse en tirer des interprétations phylétiques.
A la différence de celui de Samotherium, le basioccipital est long et ses tubérosités antérieures
relativement fortes. La crête occipitale est peu saillante en arrière.
Dimensions comparées du crâne.
DT bi-orbitaire
P. rouenii
DT sur apo.
paroccipitale
DT bi-condylien
KTD-1/47
#180
107
71
type, PIK
#180
70?
DIT 2
185-
P. microdon
180
104
71
H max. occipital
106
90?
Les dents, dont les dimensions correspondent à celles de P. rouenii, ne présentent pas de
caractère remarquable.
161 —
Les os des membres sont nettement moins abondants que ceux de Samotherium. Ils s’accordent
bien avec ceux du "Grand Ruminant" de GAUDRY ( 1862-67) ; le métacarpe n'en diffère pas plus que
deux métacarpes de Tchimichlia (GODTNA, 1979) ne diffèrent entre eux. Les métapodes sont un peu
plus courts et robustes (tabl. III et VIT ; fig. 1 et 3). spécialement le métatarse, ce qui doit être dû à la
variation individuelle, aucun Giraffidé ne possédant un métatarse plus court que le métacarpe.
Les deux os dé KTA sont tout à fait semblables aux os homologues de KTD.
CONCLUSION
P. rouenii est connu à Pikcnni, à Samos, en Macédoine et dans plusieurs gisements de Fex-
URSS ; les plus petits astragales de Maragha (fig. 2) doivent appartenir à la même espèce et on
retrouve la forme voisine P. microdon en Chine. L'espèce existe depuis le Vallésien supérieur (Ravin
de la Pluie : GERAADS, 1978 ; Tchobroutchi : PAVLOV, 1913) jusqu'au Turolien supérieur (Ditiko :
GERAADS, 1978), et ne présente donc guère d'intérêt biochronologique.
Genre SAMOTHERIUM F. Major, 1888
Espèce-type: Samotherium boissieri F. Major, 1888
Samotherium major Bohlin, 1926
Samotherium boissieri var. major Bohlin, 1926 : 87.
Samotherium majori Senyürek, 1954.
Samotherium boissieri major : GERAADS, 1974, 1978.
TYPE (LECTOTYPE) : Crâne de femelle, n° Sa 29, NHB, Samos (probablement Andrianos). Les crânes de
mâles (Sa 30, et MGL n°17) sont moins complets.
GlSEMENT-TYPE : Le matériel de Bâle et de Lausanne a été recueilli lors des premières fouilles de
F. Major à Stefana, Potamies et surtout Andrianos (Solounias, 1981), et c'est sans doute de cette dernière
localité que provient le type.
AUTRES gisements : Taskinpasa, Vathylakkos 3, KTA, KTB, KTC.
Diagnose : Samotherium de grande taille, voisine de celle de S. sinense , mais os des membres un peu
plus petits et métapodes un peu plus courts. Cornes absentes ou très petites chez les femelles, parfois très
divergentes chez les mâles. Région faciale longue, orbite située plus en arrière que M~\ DP 3 et P 3 molarisées,
diastème court.
Matériel : 11 provient en totalité du niveau supérieur. KTB-1 : crâne femelle sub-complet (pl.I, 1) ;
KTA-16 : mandibule avec DP 2 -DP 4 , KTD-54 : mandibule avec DP 3 -DP 4 (c'est le seul spécimen de cette
espèce qui soit numéroté KTD, mais le sédiment est semblable à celui du niveau supérieur, et il s'agit
probablement en faiL d'une erreur de marquage) ; KTA-93 : fragment d'humérus ; KTA-102 : extrémité distale
d'humérus ; KTA-137 : humérus sans extrémité proximale ; KTB-49 humérus sans extrémité proximale ;
KTA-178 semi-lunaire ; KTB-55 : pyramidal ; KTB-64 : capitato-trapézoïde ; KTB-61 et 133 : métacarpes ;
KTA-91, KTB-46 ; extrémités proximales de métacarpes ; KTA-95 et 96 : extrémités distales de métacarpes ;
KTB-2 : extrémité proximale de tibia ; KTB-48 et 50 : tibias sans extrémités proximales ; KTB-89 :
— 162 —
extrémité distale de tibia ; KTA-131, 138 et 169, KTB-43, 47, 48b et 88, KTC-2 : astragales ; KTA-135,
KTB-44 et 48a ; eubo-naViculaires ; KTC-3 : calcanéum incomplet ; KTA-140 : grand cunéiforme ; KTB-45 :
tarse complet avec fibula el fragment de tibia ; KTB-132 : tarse ; KTA-173 ; extrémité proximale de
métatarse ; KTA-134 métatarse ; KTB-51 : métatarse sans extrémité proximale ; KTB-87 : cubo-
naviculaire, grand cunéiforme et extrémité proximale de métatarse ; KTB-86 : extrémité distale de métatarse ;
KTB-56 et 62, KTA-172 : phalanges.
DESCRIPTION
Le crâne KTB-1 est bien conservé à l'exception des prémaxillaires et de la crête occipitale. Ses
dimensions sont très semblables à celles du type. Comme lui, il est dépourvu de toute trace de cornes,
et la partie supérieure de l'orbite est fortement pneumatisée. Les prémaxillaires manquent, mais ne
possédaient certainement pas de suture avec les nasaux, dont l'extrémité antérieure, non bifide, est
libre sur 60 mm au moins (plus la poinie, absente). Il existait probablement une lacune ethmoïdale,
l'os étant absent des deux côtés du crâne dans cette région. La suture du lacrymal avec le maxillaire et
le jugal est encore hteri visible, celle avec le frontal, en revanche, est devenue indistincte (les dents
sont très usées). La présence éventuelle d un trou lacrymal (souvent absent chez les Giraffidés actuels)
n'est pas déterminable. Il est certain en tout cas qu'il n'en existait pas à l'extérieur de l'orbite. Les
choisies atteignent le niveau du lobe antérieur de M 3 Le maxillaire est très haut, le bord antérieur de
l'orbite nettement postérieur à M\ Le basi-sphénoïde est parallèle au palais ; en revanche, le basi-
occipital esl un peu redressé vers le haut et l'avant : cette disposition est semblable à celle de Giraffa.
Les tubérosités antérieures du basioccipital sont petites, mais saillantes, le basiocdpital est
relativement plus petit et plus court que chez Palaeotragus. La bulle tympamque esl plus gonflée que
chez Giraffa , mais cette région est très abîmée ; il est impossible, par exemple, de vérifier le contact
entre l'apophyse post-tympanique et l'apophyse paroccipitale, caractéristique des Giraffidés.
Les dents sont très usées, et dépourvues de particularités notables. L'indice Pm/M esl faible, à
la différence de Palaeotragus (GERAADS, 1978).
DIMENSIONS : Distance de l'av. du fo. magnum à l’av. de P 2 (plan sagittal) : 435. — Distance de l’av. du
fo. magnum à I arr. de M 3 (plan sagittal) : 240. — Largeur bi-orbitaire maxi. : 260. — Largeur
bizygomatique : 2 x 125. — Largeur bi-eondylienne : 106. — Distance de l'av, de l'orbite à l'échancrure
nasale : 260. — Distance de l'av. de l'orbite à la racine ant. de P 2 : 235. — Longueur des nasaux (jusqu'à
l'échancrure nasale) : >170. — Longueur des nasaux (totale, estimée) : 260. -— Longueur P^-M 3 : 210 ; P 2 -
P 4 : 86 ; Nfi-M 3 : 129 ; indice Pm/M : 67.
Les dents inférieures ne sont représentées que par des dents de lait. La DP 3 possède toujours (4
spécimens) un épiconide développé en muraille interne complète (fig. 1 ).
KTA-16
KT"D"-54
Sans n°(KTA?)
KTA-141
Dimensions (toutes les dents sont droites).
DP 2 dp 3
dp 4
19,2 x 9
25,8 x 13,7
26,7 x 13,6
26,7 x 13,6
27 x 13,5
44,2 x 18,5 H 2e lobe : 22
45.5 x 20 H 2e lobe : 21,8
48.6 x 19,7 H 2e lobe : 22,3
Longueur Dlri - DP 4 de KTA-16 : 87.
— 163 —
FIG. 1. — Samotherium major, DPjdu niveau supérieur : a, KTA-141 ; b, KTA-16 ; c, sans numéro ; d, KT'D"-
54. Dessins D.VISSET.
Samolherium major, DPj from the upper levet : a, KTA-141 ; b. KTA-16 ; c, no N° ; d, KT"D"-54. Drawings D.
VISSET.
Tous les os des membres de grande taille de KTA et KTB sont rapportés à Samotherium major,
sur la base de leurs dimensions (cf. tabl. I à VII) et de leur morphologie, par comparaison avec les
Giraffidés de Méditerranée orientale de taille voisine, Helladoiherium de Pikermi (GERAADS, 1974) ou
Decennatherium ? macedoniae Geraads. 1989, de Pentalophos.
Tableau I. —Dimensions comparées des humérus.
L
DT dist. maxi.
DT dist. aitic.
DAP art. dist.
maxi.
Samotherium major
KTA 93
54
KTA 102
143
KTA 137
430?
149,5
#54
KTB 49
410?
133
122
52
Samos, NHMW
410
116
Samotherium ? sp.
KTD48
373
128
115
49,5
5 amot hertunt bo issi eri
Samos, BMNH
340
103
Palaeolrugus rottenii
KTA 113
73
31
KTD 17a
88
78
35
P1K 1681, MNHNP
320
75
33
Humérus (tabl. I) : La tubérosité deltoïde est latérale, la fosse olécranienne courte (différences
avec Helladotherium) ; le condyle interne est beaucoup plus gros que la trochlée latérale (différence
— 164 —
avec DP macedoniae). La face postérieure de l'extrémité distalc du spécimen KTD-49 a été rongée,
probablement par un porc-épic.
Tableau II. -— Dimensions comparées des radio-ulnas.
L
DT prox. maxi.
DT mini.
DT dist. artic.
Samolherium sp.
KTD 38
88
KTD 44
106
Samotherium boissieri
Samos, BMNH
448
99
62,5
Samotherium major
Samos, NHMW
525
113
65
Samos, NHMW
535
128
78
Salonique, MNHNP
565
128
82
113
Palaeotragus rouenii
KTD 17b
79
51
KTD 46
453
79,5
48
70
KTD 43
49
66,5
PIK 1683, MNHNP
495
69
63
PIK 1685, MNHNP
457
72
64
NHMW
480
74
48+
Tableau III. —
Dimensions des métacarpes.
L
DT prox.
DT mini.
DT dist.
Samotherium major
KTA91
88,5
KTA95
107
KTA96
109
KTA 133
408
85
50
#97
KTB46
88
KTB61
421
#95
55
#104
Samotherium ? sp.
KTD 24
364
79
45,5
92,5
KTD 25
372
77
45
KTD 45
84
45,5
89
Palaeotragus rouenii
KTA 7
56
32,5+
KTD 26
405
61
33,5
64
KTD 27
52
32
Métacarpe (tabl. III et fig. 2) : Comme l'indique le graphique, ces os sont un peu plus longs
que ceux de S. neumayri de Maragha, plus courts que ceux de S. sinense , mais tout à fait semblables à
ceux de S. major de Samos et de Vathylakkos (collection ARAMBOURG et PIVETEAU, MNHNP). Ils
se distinguent nettement aussi de ceux de KTD, et plus encore de ceux de S boissieri du BMNH.
Cette dernière espèce a été décrite par F. MAJOR (1888) sur le matériel de Samos conservé au BMNH
(avec le crâne BM M 4215 pour type), provenant probablement des niveaux inférieurs (Vrysoula en
particulier : SOLOUNIAS, 1981) ; il est en tout cas homogène, et l'appartenance à une même espèce
des crânes, séries dentaires et os des membres, conservés à Londres, ne fait pas de doute. En revanche.
165 —
ce que BOHLIN (1926) a appelé S. baissieri major n'esi pas représenté dans les collections du BMNH,
mais un Samolherium de grande taille, qui provient donc selon toute vraisemblance de localités diffé¬
rentes de Samos, probablement situées plus haut dans la série stratigraphique, est représenté dans di¬
verses autres collections de Samos NHMW. PIM, ainsi qu'à Taskinpasa et Vathylakkos ("Vatilük"
d'ARAMBOURG et PIVETEAU, 1929 ; VAT 3 in GERAADS. 1978). L'absence totale de chevauche¬
ment dans les mesures des os des membres (cf. aussi ci-dessous) ainsi que la position différente des or¬
bites (BOHLIN, 1926 : 89) montrent qu'il s'agit bien de deux espèces distinctes, qui ne coexistent
350 400 450
FIG. 2. — Relations entre la longueur du métacarpe et sa DT distale (mesures en mm).
A et B : Samolherium major, KTA et KTB. D : Samolherium ? sp., KTD. V : S. major, "Vatilük”, MNHN. S : S.
sinense (in BOHLIN, 1926). Points : Maragha, MNHN et NHMW. Triangles : S. boissien et S. major, Samos. Triangles vides :
BMNH. Triangles pleins : autres collections, d : Palaeotragus rouenii, KTD. Carré vide : P rouenii, PIK. Etoiles : P. roueiui,
Tchimichlia (GODINA, 1979). Carré plein : P. microdon (in BOHLIN, 1926).
Plot of metacarpal lenglh vs melacarpal distal width (measurements in mm).
A and B : Samolherium major, KTA and KTB. D Samolherium ? sp.. KTD. V : S. major, "Vatilük", MNHN. S : S.
sinense (in BOHLIN, 1926). Dois Maragha. MNHN and NHMW Triangles : S. boissieri and S. major, Samos. Open
triangles : BMNII Pilled triangles other collections, d . Palaeotragus rouenii. KTD Open square P. rouenii, PIK. Stars :
P. rouenii, Tchimichlia (GODINA, 1979). Filledsquare ; P. microdon (in BOHUN. 1926),
— 166
jamais, S. boissieri étant sans doute voisin de l'ancêtre de S. major, qui ne possède que des caractères
dérivés par rapport au précédent.
Tableau IV. — Dimensions comparées des tibias.
L
DT mini.
DT art. dist.
Samotherium major
K.TB48
510?
73
90
KTB50
550?
70
94
KTB89
#85
Samos, NHMW
550
78
Samos, NHMW
530
68
Samos, NHMW
520
60
70 80 90 100
FIG. 3. — Relations entre la hauteur intente de l'astragale et sa DT distale. Figurés comme sur la figure 1, plus T :
Samotherium major, Taskinpasa (in SENYÜREK, 1954).
Plot of internai height vs distal width of talus. Symbols as for figure 1, plus T : Samotherium major, Taskinpasa (in
SENYÜREK, 1954).
— 167 —
Tibia (tabl. IV) : Aucun des spécimens n’est complet, mais la longueur de cet os peut
néanmoins être estimée, A l'extrémité distale, la partie antérieure de la surface fibulaire est réduite, à la
différence de Helladotherium et de S. sinense.
Astragale (fig. 3) : Contrairement à celui de Helladotherium , toute la face extérieure de l'os
est concave, et la trace du tenon interne du cubo-naviculaire. sur la face plantaire, n'est qu'à peine
indiquée.
Les dimensions d'une centaine d’astragales appartenant aux genres Palueotragus et
Samotherium, de divers gisements de Méditerranée orientale et de Chine sont représentées figure 3. Ce
graphique comporte en particulier la totalité des mesures que j'ai pu effectuer sur les Giraffidés de
Samos (BMNH, NHMW) et de Maragha (MNHNP, NHMW). Le matériel rapporté par BOHLIN
(1926) à S. sinense forme un ensemble homogène. En revanche, le matériel de Samos sc décompose
de toute évidence en deux groupes : celui des pièces de Londres, de petite taille, et celui des pièces de
Vienne, plus grandes, dont on peut rapprocher le matériel de Taskinpasa (SENYÜREK, 1954), de KTA
et de K TB. L'astragale montre donc tout aussi clairement que les métapodes la distinction entre S.
boissieri et S, ntajor
Calcanéum (tabl. V) : Cet os n'est représenté que par des spécimens incomplets. Le tuber
calcanei est peu asymétrique, à la différence de S.sinense (BOHLIN, 1926, fig.122).
Tableau V. — Dimensions comparées des calcanéums.
(KTD 31 et KTD 37 sont deux calcanéums gauches.)
L
H maxi.
DT maxi.
Samotherium major
KTC 3
89
KTB45a
100
Samotherium ? sp.
KTD 31
170?
59
KTD 37
170?
59,5
Cubo-naviculaire (tabl. VI) : Il n'existe qu'une surface métatarsienne, comme c'est
généralement le cas chez Samotherium. A la différence de 5. sinense , en revanche, l'apophyse
plantaire distale n'entre pas en contact avec le métatarse (KTB-87). Les cunéiformes ne sont jamais
réunis entre eux, ni au cubo-naviculaire.
Tableau VI. — Dimensions des cubo-naviculaires
DT art.
DAP maxi.
Samotherium major
KTA 132b
95
92
KTB44
90
KTB48a
87,5
90
KTB 87a
83 +
91
Samotherium ? sp.
KTD 18a
83
85
KTD 33
89
83
KTD 41
87
Métatarse (tabl.VII et fig. 4) : En arrière de la surface articulaire latérale, sous la surface
proximale, une tubérosité allongée pourrait représenter un MtV vestigial, parfaitement soudé au MtlII-
IV ; le sillon du muscle long péronier est parfois comblé par l'extension en arrière de la facette
DT dist.
FIG. 4. — Relations entre la longueur du métatarse et sa DT distale. Figurés comme sur les figures 1 et 2
Plot of length vs distal width of métatarsal. Symbols as for figures 1 and 2.
Tableau VII. —
Dimensions des métatarses
L
DT prox.
DT mini.
DT dist.
Samotherium major
KTB 86
98
KTB 87
70
KTA 134
462
81
53
95
Samotherium ? sp.
KTD 18d
412
74
47,5
86,5
KTD21
423
69
41
79
KTD 22
382
64
38,5
77
KTD 28
85
Palaeotragus rouenii
KTD 23
377
48,5
30
56
— 169 —
pour le cubo-naviculaire. La figure 4 montre qu’on retrouve à Samos la même distinction entre S.
boissieri et S. major que pour le métacarpe. Le seul os complet de KTA s'accorde bien avec la seconde
espèce.
CONCLUSION
Il ne fait pas de doute que le matériel du niveau supérieur de Kemiklitepe appartient au même
taxon que le Samotherium de Samos (Andrianos ?). Vathylakkos 3 et Taskinpasa, auquel est ici
reconnu le rang spécifique qui lui avait été accordé par SENYÜREK (1954).
Samotherium ? sp.
Matériel : La totalité du matériel provient du niveau inférieur (KTD). KTD-55 : DP - * ; KTD-51 :
mandibule avec DP 2 -DP 4 (pi. I, 2) ; KTD-65 : mandibule avec DP 2 -DP 4 : KTD-48 ; humérus presque complet ;
KTD-44 : extrémité proximale de radius ; KTD 38 ; épiphyse diNlale de radius ; KTD-45 : métacarpien
proximal ; KTD-24 et 25 : métacarpiens , KTD-29 : phalange I (antérieure ?) ; KTD42 : fragment d'exUémité
distale de tibia ; KTD -31 et 37 : calcanéums incomplets ; KTD-19, 20, 32, 34, 35, 40 : astragales ; KTD-33 :
cubo-naviculaire ; KTD41 : fragment de cubo-naviculaire ; KTD-36 ; cunéiforme externe ; KTD-lSabcd :
cubo-naviculaire, cunéiformes et métatarse ; KTD-21 et 22 : métatarses.
A l'exception d'un fragment de mandibule dont la provenance est douteuse, le niveau inférieur
n'a livré aucune pièce qui puisse être rapportée à Samotherium major. Tous les restes de Giraffidés
plus grands que P. rouenii forment un ensemble homogène, dont les dimensions et les proportions
sont intermédiaires entre S. boissieri et S. major (ci. tabl. 1 à VII et fig. 2 à 4).
DESCRIPTION
Contrairement à celles du niveau supérieur, la DP 3 n’est pas molarisée, l’épiconide étant absent
ou extrêmement réduit sur les deux spécimens, tous deux droits.
L’humérus KTD-48 est plus petit mais par ailleurs peu différent de ceux du niveau supérieur, le
condyle interne étant seulement un peu moins cylindrique.
Le bord antérieur de l’articulation proximale du radius est presque rectiligne, comme chez S.
neumayri de Maragha, et à la différence de S. sinense. A l’extrémité distale, comme chez S. neumayri
et S. sinense. la coulisse médiale pour l’extenseur du métacarpe est limitée latéralement par une forte
crête.
Les métacarpiens sont beaucoup moins robustes que ceux du niveau supérieur, mais comme
chez ceux-ci. les surfaces articulaires proximales sont bien décalées, et la crête les séparant se termine
sur le bord latéral de la fosse synoviale. Les trochlées distales sont élargies, et la phalange KTD-29,
qui s’y adapte très bien, est courte et large, comme chez Samotherium.
Les astragales sont plus petits mais par ailleurs très semblables à ceux du niveau supérieur : la
face latérale est concave, et la face plantaire est dépourvue de dépression pour le tenon interne du cubo-
naviculaire.
Ce dernier os est représenté par deux spécimens entiers, qui ne possèdent qu’une seule surface
métatarsienne. Sur la face externe de l’un d’eux, le tendon du muscle long péronier latéral a laissé un
sillon étroit mais bien net. tandis que sur l’autre cette trace est diffuse, et ce sillon est presque
— 170 —
totalement comblé sur la face distale : le long péronier latéral ne devait plus avoir qu'une importance
réduite (cf. BOHLIN, 1926 : 172) ; on retrouve donc la même variabilité qu'à KTA-KTB. Le
cunéiforme externe (2 ex.) est libre,
Sur le métatarse (3 ex. entiers), la face proximale ne porte que trois facettes articulaires. Sur le
bord latéral de la face plantaire, la tubérosité présente chez S. major, interprétée plus haut comme un
MtV, n'existe pas : elle est remplacée par une dépression allongée dans laquelle, juste sous la face
proximale, on observe une petite facette diarthrodiale, de toute évidence pour un MtV qui devait être
libre. Du fait de cette différence, la surface pour le cubo-naviculaire apparaît tronquée postéro-
latéralemenL Ces mêmes caractères se retrouvent chez S. sinense (BOHLIN, 1926, fig.127).
CONCLUSION
Quoique l'absence de crâne et la rareté des dents interdisent de rattacher formellement à
Samotherium le grand Giraffidé de KTD, les similitudes morphologiques sont suffisantes pour que
cette attribution soit retenue comme la plus probable. Sa taille, sa DP 3 non molarisée, l'absence de
fusion du MtV avec le MtlII-IV, sont des caractères primitifs par rapport à celui du niveau supérieur,
mais l'articulation cubo-métatarsienne semble en revanche plus évoluée.
CONCLUSIONS
Les Giraffidés de Kemiklitepe sont donc les suivants :
Niveau supérieur (KTA, KTB, KTC) :
— Samotherium major Bohlin
— Paiaeotragus rouenii Gaudry
Niveau inférieur (KTD) :
— Samotherium ? sp.
— Paiaeotragus rouenii Gaudry
On peut les comparer à ceux des gisements voisins de Méditerranée orientale.
A Pikermi, les Giraffidés sont Bohlinia attica. Paiaeotragus rouenii et Helladotherium
duvernoyi. En Macédoine grecque (DE BONIS et al., 1988,1991. 1992), S. major n'a été retrouvé qu'à
Vathylakkos 3, tandis que P. rouenii existe dans des gisements plus ancien (Ravin de la Pluie) et
plus récents (Ditiko), ce qui confirme que celle espèce n'a qu’une faible valeur biochronologique.
A Maraglta. outre Helladotherium, deux espèces de Palaeoiragus-Samotheriurn sont présentes
d'après la dentition, et le domaine de variation des dimensions des os des membres (fig. 2-4) recouvre
nécessairement plus d’une espèce. Remarquons cependant que, malgré l'importance de l'échantillon,
seuls les plus grands spécimens atteignent la taille des petits S. major. Les dimensions de l'espèce la
plus abondante (S. neumayri) correspondent à celles du Giraffidé de KTD, mais la taille seule n'est pas
un critère suffisant pour une assimilation spécifique. Les os les plus petits, enfin, se superposent bien
à S. boissieri, mais les dents qui doivent leur correspondre ( Paiaeotragus coelophrys) sont plus
petites, ce qui illustre bien les difficultés de distinction des deux "genres". La rareté des restes crâniens,
et les incertitudes qui subsistent sur la chronologie des gisements de Maragha ne permettent
malheureusement pas de pousser bien loin les comparaisons.
— 171 —
En Turquie, de nombreuses espèces ont été citées par SICKENBERG et al. (1975) sans aucune
indication quant au matériel sur lequel reposent les déterminations. A Balçiklidere, CRUSAFONT
(1957) a signalé Samotherium boissieri major et Helladolherium cf. duvernoyi sur la base du matériel
conservé au Musée Guimet de Lyon, qui ne comporte que des os des membres (M. PHILIPPE, comm.
pers.).
A Samos, à moins de 200 km de Kemiklitepe, les deux espèces de Samotherium , S. boissieri
et S. major, proviennent sans aucun doute de gisements différents (au moins la très grande majorité
des spécimens). Comme il est probable que S. boissieri provient des niveaux les plus anciens, il est
tentant d'y imaginer, comme à Kemiklitepe, l'évolution d'une espèce à l'autre, marquée par une
augmentation de taille et le recul de l’orbite, dû à une allométrie cranio-faciale. Comme, à
Kemiklitepe, cette évolution s'accorppagne d'un assez net changement faunique, on peut présumer
qu'elle recouvre un laps de temps appréciable, peut-être l'équivalent d'une biozone mammalienne.
Remerciements
Les fouilles à Kemiklitepe se sont déroulées dans le cadre de la coopération entre l'Université Paris VI
et l'Université d'Istambut. J'ai aussi bénéficié du soutien de la chaire de Paléoanthropologie et Préhistoire du
Collège de France (Prof. Y. COPfENS), qui a financé les missions en relation avec ce travail. Je remercie
aussi, pour leurs commentaires sur le manuscrit, H, THOMAS, ainsi que A.W. GENTRY, qui m'a également
permis d'accéder aux collections du British Muséum (Natural History).
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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PLANCHE 1
1 — Samotherium major, KTB-1, crâne femelle : la, vue latérale ; lb, vue supérieure ; le, vue inférieure.
Échelle = 20 cm.
2 — Samotherium ? sp., KTD-51, série dentaire avec DP 2 -DP 4 incomplète, vue occlusale. Échelle = 6 cm.
3 — Palaeotragus rouenii, KTD-1, arrière-crâne, vue latérale. Échelle = 12 cm.
4 — Palaeotragus rouenii, KTD-49, série dentaire P 3 -M 3 . Échelle = 6 cm.
1. Samotherium major, KTB-1, female skull : la, latéral view ; lb, upper view ; le, basal view. Scale = 20 cm. —2.
Samotherium ? sp., KTD-51, tooth-row with DP y, DP 1 atul part of DP 4 , occlusal view. Scale = 6 cm. — 3. Palaeotragus
rouenii, KTD-1, posterior part of a skull, latéral view. Scale = 12 cm. — 4. Palaeotragus rouenii, KTD-49, tooth-row P^-M\
Scale = 6 cm.
PLANCHE I
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n° 1 : 175-209.
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
9. Bovidae
par Geneviève BOUVRAIN
Résumé. — Les Bovidae permettent de distinguer clairement les deux niveaux fossilifères de
Kemiklitepe. Le niveau inférieur (KTD) a livré de nombreux restes de Criotherium et des formes proches de
celles des niveaux anciens de Samos. Il présente aussi des points communs avec des gisements turcs
attribués au Turolien inférieur. Le niveau supérieur (KTA-B), moins riche en Bovidae, contient un Protoryx
de grande taille semblable à ceux rencontrés dans les niveaux plus élevés du Turolien.
Mots-clés. — Bovidae, Miocène supérieur, Kemiklitepe, Turquie.
Abstract. — The bovids allow to recognise clearly the two fossiliferous levels of Kemiklitepe. The
lower onc (KTD) has yeldied sevcral remains of Criotherium and some species similar to thosc of the earlier
levels of Samos It shares also somc spccies with Turkish localities dated of Early Turolian. The upper level
(KTA-B) is Icss rich for the bovids than the lower one It has yeldied a species of large Protoryx similar to
those which hâve been recovered in later levels of the Turolian.
Key words. — Bovidae, Laie Miocene. Kemiklitepe, Turkey.
G. BOUVRAIN, Université P. et M. Curie, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés et Paléontologie Humaine, 75252
PARIS Cedex 05.
INTRODUCTION
Situés à environ 200 km à l’est d'Izmir (Turquie), les gisements du Miocène supérieur de
Kemiklitepe (parfois désigné sous le nom de Balçikli Dcre) ont été signalés pour la première fois par
YALÇINLAR (1946). Si plusieurs listes fauniques en ont été données (OZANSOY, 1961 ; 1969 ;
CRUSAFONT, 1957 BECKEN PLATEN el al.. 1975), aucun des fossiles de ce site n’avait encore été
décrit à l'exception de quelques dents d'Hipparion (TUNA, 1985). Des fouilles conduites en 1989 et
1990 ont permis de récolter un riche matériel de vertébrés fossiles et d’établir l’existence de deux
niveaux fossilifères distincts (SEN ei al., ce vol.). Le niveau inférieur a été désigné sous le nom de
Kemiklitepe couche D (KTD) et le supérieur sous celui de Kemiklitepe A ou B (KTA et KTB). Nous
examinerons les Bovidae de ces gisements en commençant par le niveau inférieur.
I— LESBOVIDAE DU NIVEAU D
(KTD)
Le niveau D de Kemiklitepe a livré une centaine de restes appartenant à des Bovidés dont un
crâne, plusieurs massacres et des chevilles isolées. Ces restes prouvent la présence d'au moins quatre
genres de Bovidés dans ce niveau.
CRIOTHERIUM
Le Bovidé le plus abondant (NMI=9) appartient au genre Criolherium. Ce genre ne comprend
qu'une seule espèce, Criolherium argalioides, et n'était connu jusqu'à présent qu'à Samos.
SCHLOSSER (1904), PlLGRIM et HOPWOOD (1928) puis BOHLIN (1935) ont donné des
descriptions très complètes de la structure du crâne ainsi que des dentitions. SCHLOSSER puis BOHLIN
placent Criolherium parmi les Ovibovinae, opinion suivie par GENTRY (1970) qui précise que
Criolherium fait partie d'un groupe d'Ovibovinae plus primitif que celui qui comprend Urmiatherium ,
Plesiaddax et Parurmiatherium.
DESCRIPTION DU MATÉRIEL
1. Restes crâniens
Liste DU MATÉRIEL : KTD 197 crâne adulte, KTD 199 crâne adulte écrasé.
Les caractères crâniens de Criotherium étant déjà bien connus, nous n'en donnerons qu'une
description rapide, basée principalement sur le crâne KTD 197 (pl. 1, l). Il s'agit d'un crâne adulte, âgé
et de grande taille, comparable à celle d'un boselaphe actuel. 11 est dépourvu des prémaxillaires ainsi
que de la partie antérieure du maxillaire gauche en avant de M 3 . Les frontaux droit et gauche ont été
enfoncés au niveau des sinus sus-orbitaires.
La face est haute et assez allongée : l'arrière de M 3 est situé légèrement en avant du bord
antérieur de l'orbite. Le trou infra-orbitaire s'ouvre au-dessus de P 2 La crcte maxillaire est très forte.
La partie faciale du jugal est bilobée cl assez peu développée. Il ne semble pas y avoir de fissure
ethmoïdale et le frontal a un contact avec le maxillaire. Il n'v a pas de véritable fosse lacrymale mais
une dépression vaste et à peine indiquée. Les nasaux sont très larges dans leur partie postérieure et
courts. Ils présentent une suture en U avec le frontal. Le frontal est long, très fortement pneumatisé et
montre des rugosités en arrière de la suture fronto-nasale. La suture intérfromale est ouverte et
surélevée. Les trous supra-orbitaires sont très petits. Les chevilles sont très postérieures, courtes,
fortement spiralées dans le sens normal, bien séparées sur le frontal ; elles possèdent une très forte
carène latérale, accompagnée sur la partie antérobasalc de la cheville de nombreux sillons et petites
crêtes. Il n'y a ni pivot ni sinus.
Le pariétal est très réduit et situé dans le plan de l'occipital. Les condyles occipitaux sont forts
mais très peu saillants. Les apophyses paroccipitalcs très robustes montrent à leur base deux larges
facettes articulaires pour l'atlas. Le basioccipital est constitué de deux forts bourrelets séparés par une
gouttière profonde ; il n'atteint pas vers l'avant le niveau des foramens ovales. Les bulles auditives
sont grandes et aplaties médio-Iatéralement. Le foramen ovale, petit, s’ouvre latéralement. Les ailes
ptérygoïdiennes sont très fortes : les choanes ont une ouverture postérieure.
—- 177
2. Dentures (fig. 1)
Liste DU MATÉRIEL : KTD 103 :D 2 -Mi g. KTD 124 : D 4 g, KTD 125 : P 3 M 3 d. KTD 139 : Mi-M 3 g,
KTD 144 : P 4 g, KTD 145 : M 3 g, KTD 146 : M 3 d, KTD 147 : M 3 d, KTD 153 : D 2 -Mi g, KTD 158 : M 2 .M 3
g, KTD 159 : P 2 -P 4 g, KTD 175 : P 3 -M 3 det P 2 M 3 g. KTD 177 : P 2 -M 3 g, KTD 180 : P 2 P 4 g, KTD 184 :
P 2 -M 2 g, KTD 185 : P 2 -M 3 d, KTD 189 : P 2 -M 2 g. KTD 191 : D 4 -M! g, KTD 196 : P 3 -M 3 d et P 2 -M 2 g.
0
b
FIG.1. —Criotherium argalioides. : a, KTD 125 PyM^ d, vue occlusale ; b, KTD 153 Dj-Mj g, vue occlusale.
Criotherium argalioidcs ; a. KTD 125, r. P f M occlusal view ; b, KTD 153,1. £L M/, occlusa1 view.
La rangée des prémolaires est courte par rapport à celle des molaires. Les prémolaires
supérieures sont très arrondies sur leur face linguale. La quatrième prémolaire inférieure montre un
paraconide et un parastylide distincls uniquement dans la partie supérieure de la couronne ; son
métaconide est petit et dirigé vers l'avant. Les molaires ont un émail ridulé avec des traces de cément.
Elles ne possèdent pas de colonnette interlobaire à l'exception de la première molaire inférieure. Sur
M 3 le métastylide est Irès développé, formant un prolongement à la dent. Toutes les molaires
supérieures, à un certain degré d'usure, possèdent un Ilot central. La face linguale des molaires
inférieures est plate ; le troisième lobe de M 3 est fonné d'un seul tubercule ; l'entostylide est très fort
(pl. I, 2).
Le corps de la mandibule est haut sous les molaires. La barre et la symphyse sont courtes.
3. Squelette post-crânien
Liste du matériel : KTD 109 métacarpien, KTD 198 métatarsien, KTD 187 atlas.
L'atlas est tout à fait caractéristique d'un atlas d'Ovibovinae : arc ventral très épaissi avec des
facettes accessoires supplémentaires pour le basioccipital et la base des apophyses paroccipitales, trou
vertébral rétréci.
Le métatarsien est court et trapu (pl. L 3). Sa longueur est de 22.5 cm, alors que SCHLOSSER
attribuait à Criotherium un métatarsien de Samos d'une longueur de 38,5 cm ; il est très
vraisemblable qu'il s'agit d'une erreur de détermination.
Le métacarpien est malheureusement dépourvu de sa partie la plus distale ; on peut toutefois
noter sa faible longueur et sa robustesse.
178 —
D'autres os du squelette postcrânien pourraient être attribués à Criotherium (uniquement sur le
critère de leur grande (aille) : une extrémité distale d'humérus (KTD 154), une extrémité proximale de
radius (KTD 155), une extrémité distale de tibia (KTD 156) et un calcanéum (KTD 168).
COMPARAISONS
Tant par ses caractères anatomiques que par ses mensuralion.s le Criotherium de KTD est très
proche de celui de Samos et peut facilement être placé dans la même espèce : C. argalioides.
Les autres Ovibovinae découverts en Turquie ont été attribués au genre Plesiaddax : P.
inundatus de Garkin et P. simplex de Kayadibi. La première de ces deux espèces, connue par plusieurs
crânes ou fragments de crânes 3 été décrite par BOSSCHA ERDBRINK (1978). D'une taille générale très
proche de celle de Criotherium, elle semble cependant avoir une face occipitale plus haute et plus
étroite, ainsi que des prémolaires plus réduites. De plus les chevilles auraient une torsion de sens
inverse alors que celles de Criotherium ont une torsion de sens normal. La deuxième espèce, P
simplex, n’est connue que par du matériel beaucoup moins riche. D'après KOHLER (1987), H s'agirait
d’une forme voisine de P. inundauis mais plus primitive.
Ainsi la présence de Criotherium argalioides à KTD étend l'aire de répartition de ce genre et est
un argument pour rapprocher la faune de KTD de celle de Samos.
? PALAEOREAS
Parmi les restes de Bovidae de KTD se trouvent plusieurs massacres et chevilles torsadées. Ces
pièces présentent d'importantes différences de taille et des différences plus minimes de forme. Ceci
peut être interprété soit comme traduisant la présence de deux taxons, soit comme hé aux variations
sexuelles et de croissance. Nous avons choisi cette dernière hypothèse comme étant la plus simple, et
attribué toutes ces chevilles à 'iPalaeoreas.
DESCRIPTION DU MATÉRIEL DE KTD
1. Chevilles et massacres
Liste DU matériel : KTD 101 massacre mâle (?) [DAP . 45,7 ; DT ; 33,51 ; KTD 102 massacre femelle
(?) [DAP : 36,9 ; DT : 28,6] ; KTD 120 cheville droite femelle (?) [DAP : 33,5 ; DT : 28,2] ; KTD 122
cheville droite jeune [DAP : 28 ; DT : 20] ; KTD 123 cheville droite femelle (?) [DT : 28,4] ; KTD 161
massacre jeune [DAP : 33,5 ; DT : 25,9] ; KTD 169 fragment de cheville droite ; KTD 170 cheville gauche
jeune [DAP : 27 ; DT : 20] .
Toutes ces chevilles sont torsadées, plus d'un tour de spire, et possèdent une carène antérieure
de développement variable. Elles sont divergentes dès la base, assez fortement inclinées vers l'arrière et
insérées au-dessus de la partie postérieure des orbites. Le frontal est très épais entre les chevilles mais
dépourvu de sinus ; il est un peu plus haut que le niveau des bords orbitaires, Les trous supra-
orbitaires s'ouvrent dans de vastes dépressions du frontal et sont grands. Les fosses postcomuales sont
bien délimitées et profondes.
Le massacre KTD 101 (pi. II, 1) que nous attribuons à un mâle adulte est d'une taille très
supérieure à celle des autres. La suture interfrontale est ouverte ainsi que la suture fronto-pariétale.
— 179
L'épaisseur du frontal au niveau de la suture interfrontale est de 1,9 cm. La suture fronto-pariétale
passe par la base de la cheville ; le frontal est donc très peu développé vers l'arrière. Les trous supra-
orbitaires s’ouvrent dans de vastes dépressions du frontal qui se rejoignent presque sur la ligne
médiane. Le pivot des chevilles est très bas. La fosse postconiuale est très profonde ; elle s'enfonce
sous la base de la cheville. Les chevilles ont une carène antérieure très forte ; cette carène débute au
milieu de la face médiale de la cheville, elle est mousse et très large sur toute la partie conservée de la
cheville (environ la moitié de la hauteur totale), elle est formée d'une série de petits sillons et petites
crêtes parallèles, irréguliers et percés de nombreux foramens. Cette structure évoque une zone de
croissance.
Le massacre et les chevilles isolées que nous attribuons à des femelles adultes diffèrent, en
dehors d'une taille inférieure, du massacre mâle décrit ci-dessus par un développement plus faible de ta
carène antérieure, mousse à la base de la cheville mais devenant rapidement aiguë, et par une
divergence moins forte des chevilles. La suture interfrontale est soudée sur le massacre KTD 102 (pl.
II, 3). Le frontal est moins épais au niveau de cette suture que sur le mâle : 1,1cm.
Le massacre et les deux chevilles dé jeunes ont un frontal moins épais et des chevilles à surface
très poreuse. Le massacre, mieux conservé que les chevilles isolées, montre que la carène antérieure
était mousse sur le quart inférieur de la cheville puis devenait plus aiguë (pl. II, 2).
2. Dentures
Liste du matériel : KTD 106 : P 2 -M 3 d ; KTD 107 : P 4 -M 3 g ; KTD 162 : P 2 -M 3 d ; KTD 104 : P 2 -M 3 ;
KTD 119 : P 4 -M, d ; KTD 140 : M 3 d ; KTD 174 : P 2 -M 3 g ; KTD 178 : P3-M3 d ; KTD 194 : P3-P4 g.
Aucune denture n'étant associée à ces chevilles, nous nous sommes basée sur la taille pour
attribuer les pièces dentaires à cette antilope.
Les prémolaires supérieures sont longues, les deux premières ont une face linguale peu
renflée ; les molaires supérieures ont des colonnettes interlobaires, des piliers et des styles forts. Le
trou infra-orbitaire s'ouvre au-dessus de P 2 .
P 3 et P 4 sont longues, les molaires inférieures ont des colonnettes interlobaires et un pli
caprin. Le troisième lobe de M 3 est formé d'un seul tubercule.
COMPARAISONS
Les pièces de KTD diffèrent des représentants du genre Prostrepsiceros par : un frontal plus
épaissi et plus surélevé entre les chevilles ; des foramens supra-orbitaires s'ouvrant dans des
dépressions plus vastes du frontal ; des fosses postcomuales plus profondes ; un frontal moins
développé en arrière des chevilles. Elles diffèrent d 'Chtzocerus par le frontal plus épais et surélevé au
niveau des chevilles, des chevilles à spirale plus ouverte, plus divergentes et plus inclinées vers
l'arrière.
Nous avons rapproché les fossiles de KTD du genre Palaeoreas sur la base de deux caractères
apomorphes : épaississement et élévation du frontal entre les chevilles et grande fosse supra-orbitaire.
Cependant, ces fossiles diffèrent de I'espèce-type P lindermayeri de Pikermi comme de P. zouavei
de Macédoine par la spirale un peu plus ouverte des chevilles, la section transversale des chevilles plus
aplaties, l'inclinaison vers l'arrière et la divergence plus forte des chevilles, une suture interfrontale
restant ouverte plus longtemps, une surélévation du frontal moins importante et des bords orbitaires
plus proéminents.
— 180 —
OZANSOY (1965) a décril deux espèces de Palaeoreas provenant du Sinap moyen : P. elegans
et P. brachyceras. La première de ces espèces est basée sur un crâne dont le maxillaire seul est figuré
et qui semble avoir disparu. OZANSOY figure en 1958 (version originale de sa thèse, non publiée) une
cheville de P, elegans que nous n'avons pas retrouvée dans le matériel décrit par cet auteur et conservé
au Muséum national d’Vlistoire naturelle de Paris. L'espèce P. brachyceras ne fut pas figurée par
OZANSOY. TEKKAYA (1975) figure cependant plusieurs chevilles du Sinap qu'il attribue à cette
espèce. Ces deux espèces différeraient par des chevilles plus robustes, plus courtes et plus torsadées
chez P brachyceras.
Au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris sont conservées cinq chevilles faisant partie
du matériel décrit par OZANSOY. Ces chevilles sont torsadées (un tour de spire) et montrent une carène
antérieure qut est, sur certains spécimens, mousse dans sa partie inférieure ; elles sont implantées sur
la partie postérieure des orbites et peu inclinées vers l’arrière. Le pivot est assez haut. Le frontal est
épaissi entre les chevilles mais situé au même niveau que les bords orbitaires. Les sutures inter-
frontale et fronto-pariétale sont ouvertes, la fosse postcomualc est peu profonde, les foramens supra-
orbitaires s'ouvrent dans des fosses allongées et étroites du frontal à la base du pivot. Ces pièces sont
voisines de celles de KTD avec cependant un certain nombre de différences : torsion un peu plus
faible, frontal non surélevé, fosse postcomualc moins profonde, inclinaison des chevilles vers l’arrière
moins importante, pivot plus haut et trou supra-orbitaire en position moins interne par rapport à la
cheville. Toutes ces différences peuvent être interprétées comme traduisant un état plus primitif des
chevilles du Sinap.
KÜHLER (1987) attribue à l'espèce P. elegans un massacre et des chevilles isolées provenant
de Corak Yerler (Turquie). Ces pièces semblent voisines de celles de KTD ; elles diffèrent par les
mêmes caractères de P. elegans du Sinap : frontal plus haut entre les chevilles que le bord orbitaire,
torsion plus forte, chevilles plus inclinées vers l'arrière. Cependant les chevdles de Corak Yerler sont
moins divergentes que celles de KTD et, pour ce caractère, plus proches de celles du Sinap.
Ainsi il est vraisemblable que les chevilles de KTD et celles de Corak Yerler appartiennent à la
même espèce : mais on peut se demander si cette espèce est bien celle du Sinap moyen. Elle en est
sûrement très voisine mais un peu plus dérivée.
Quant à l'attribution de ces formes turques au genre Palaeoreas, il serait nécessaire de connaître
des restes crâniens plus importants pour arriver à une certitude. En attendant la découverte de matériel
plus complet, nous désignerons ces fossiles turcs comme 'IPalaeoreas cf. elegans.
GAZELLA
Quelques fossiles de KTD appartiennent à un très petit Bovidé que nous attribuons au genre
Gazella.
DESCRIPTION DU MATÉRIEL DE KTD
1 . Chevilles
Liste du matériel : KTD 114 chevilles droite et gauche [DAP : 17,2 ; DT : 15] ; KTD 165 cheville
droite [DAP : 19 ; DT : 16,5] ; KTD 166 cheville gauche [DAP : 15,2 ; DT : 14,6] ; KTD 167 cheville droite
[DAP : 15,5 ; DT : 13,9 - L : 70] ; KTD 181 massacre [DAP : 17,3 ; DT : 15,3] ; KTD 183 [DAP : 17,6 ; DT :
16,7 - L : 68],
181
('es chevilles sont de très petite taille. Elles sont droites, dépourvues de torsion comme de
carène. Leur surface est creusée de nombreux sillons, plus profonds sur la face postérieure. Elles sont
insérées au-dessus du toit orbitaire, largement séparées sur le frontal et inclinées vers l'arrière. Leur
section transversale est arrondie et leur face postérieure faiblement courbée. Le pivot est moyennement
long. Il n'y a pas de sinus ni dans la base de la cheville ni dans le pivot. Les trous supra-orbitaires
s'ouvrent au pied des pivots dans une dépression triangulaire. La fosse post-comuale est assez
profonde. Sur le massacre KTD 181 la suture interfrontale est soudée (pl. III, 1 et 2).
1. Denture inférieure
Liste du matériel : KTD 148PvM3g ; KTD I 6 OP 3 -M 3 d.
La rangée des prémolaires est plutôt longue. P 4 a un paraconide bien séparé du parastylide, une
vallée entre le paraconide et le métaconide ouverte. Les molaires sont dépourvues de pli caprin,
possède une colonnette interlobaire qui est absente sur les deux dernières molaires ; sur la face linguale
des molaires, piliers et stylides sont forts. Le troisième lobe de M 3 est formé de deux tubercules. Les
molaires sont hypsodontes et on y voit des traces de cément.
Comparaison s
Les chevilles de KTD sont remarquables par leur très petite taille, leur section transversale peu
aplatie transversalement et leur implantation largement séparée sur le frontal. Tous ces caractères font
penser soit à des jeunes soit à des femelles. Contre la première hypothèse on peut relever que la suture
interfrontale est soudée sur le massacre KTD 181 et qu'il serait étonnant de n'avoir trouvé aucune
cheville adulte pourtant plus résistante que celles des jeunes. La deuxième hypothèse ne peut être
exclue.
En dehors des gazelles quelques genres à très petites cornes droites ont été décrits :
Elachisloceras , Tyrrhenotragus et Homoiodorcas.
Elachistoceras Thomas, 1977 provient des couches de Nagri (Siwaliks). Ses chevilles diffèrent
de celles de KTD par une taille plus petite, une section transversale plus ovale et une courbure de la
face antérieure Tyrrhenotragus Hurzeler et Engesser. 1976 provient du Monte Bamboli (Italie). Ses
chevilles sont nettement plus petites que celles de KTD, plus inclinées vers l'arrière et insérées plus
postérieurement sur l orbile. Homoiodorcas Thomas, 1981 provient de Ngorora (Kenya). La taille des
chevilles de KTD se situe dans la limite inférieure de variation de celle d 'Hotnoiodorcas. Ce genre se
caractérise par des chevilles fortement inclinées vers l'arrière, insérées obliquement sur le frontal et à
section traasversale décroissant brutalement vers le haut. Aucun de ces caractères ne se retrouve sur les
fossiles de KTD.
Des gazelles proches de celles de KTD ont etc décrites à plusieurs reprises et attribuées soit à
des jeunes, soit à des femelles, soit à une nouvelle espèce. PILGRIM et HOPWOOD (1928, pl. 1. fig.l)
figurent un massacre provenant de Samos tout à fait semblable h KTD 181 et qu’ils identifient comme
un jeune de G. gaudryi (= G. pilgrimi). TE1LHARD et TRASSAERT (1938) figurent plusieurs
massacres semblables provenant de Chine comme des mâles de Gazella gaudryi. KÔHLER ( 1987) décrit
et figure des chevilles identiques provenant de Garkin (Turquie) sous ie nom de Gazella sp. type III.
TEKKAYA (1973) crée une nouvelle espèce : Gazella ancyrensis pour une cheville provenant du Sinap.
Une pièce semblable et de même origine se trouve conservée au Muséum national d'Histoire naturelle
de Paiis. G. ancyrensis diffère des pièces de KTD par l'absence de courbure de sa lace postérieure et la
longueur un peu supérieure de son pivot.
— 182
Ne pouvant établir si ces chevilles de petite taille, à section arrondie, sont toutes
conspécifiques ou bien représentent des femelles ou des jeunes de différentes espèces, nous désignerons
les pièces de KTD sous le nom de Gazella sp.
PROTORYX
La quatrième antilope présente à KTD se place parmi l'ensemble des "Protoryx”, ensemble
complexe à taxonomie confuse. Près de dix genres ont été décrits en Europe, Afrique du Nord et Asie.
Pour se limiter aux genres présents sur les bords de la Méditerranée à la fin du Miocène, il s'agit par
exemple de Protoryx, Pachytragus, Sporadotragus , Pseudotragus, Tragoreas, Damalavus... Si
GENTRY (1971) pense qu'il convient de conserver tous ces genres, la plupart des auteurs postérieurs
n’accepteront pas ces séparations génériques. SOLOUNLAS (1981) rapporte qu'il n'a pu observer aucune
différence entre Tragoreas et Damalavus ; KÔHLER (1987) pense que Pachytragus est synonyme de
Protoryx et Sporadotragus de Pseudotragus. Quant à BOSSCHA ERDBRINK (1988), il place les quatre
genres précédents dans un même taxon Protoryx.
Une discussion de la systématique de cet ensemble sortirait du cadre de cet article. Nous
admettrons les synonymies proposées par BOSSCHA ERDBRINK.
DESCRIPTION DU MATÉRIEL DE KTD
1. Chevilles
Liste DU MATÉRIEL : KTD 112 cheville droite [DAP : 42 ; DT : 32,2] ; KTD 115 cheville droite [DAP :
39,2 ; DT : 33,4] ; KTD 172 massacre [DAP : 41,7 ; DT : 34,7] ; KTD 182 cheville gauche jeune [DAP :
31,4 ; DT : 25,4] ; KTD 186 massacre [DAP : 41,2 ; DT : 3l] ; KTD 188 cheville gauche [DAP : 38 ; DT :
31,9].
Les chevilles sont simples sans torsion ni carène et très peu divergentes (pl. IV. 1). Elles sont
insérées au-dessus des orbites, proches l'une de l'autre à la base et inclinées vers l'arrière. La face
postérieure de la cheville est faiblement courbée. La section transversale est ovale, un peu aplatie. Le
pivot est haut et large dans sa partie antérieure ; il est entièrement creusé d'un vaste sinus en forme de
dôme n'atteignant pas la base de la cheville. Ce sinus est limité chez les individus adultes par une
couche d'os compact, mais n'est subdivisé par aucune cloison à l'intérieur du pivot. 11 est bordé
médialement par un deuxième sinus plus petit limité par la suture interfrontale. Les trous supra-
orbitaires sont très petits, s'ouvrent à la base des pivots et ne sont pas situés dans une dépression du
frontal. Les sutures frontci-panétale et interfrontale sont ouvertes et de dessin compliqué. Le frontal
n'est pas surélevé entre les chevilles. Les fosses postcornuales sont petites et peu profondes. Les
pariétaux ne sont conservés que sur quelques centimètres, toutefois il semble que la face ait été très
inclinée sur la boîte crânienne.
2. Denture
Liste du matériel : KTD 121 P 2 -M 3 d ; KTD 129 M 1 -M 3 d.
— 183 —
Ces deux pièces sont très usées et en dehors de la présence d'une petite colonnette interlobaire
sur les molaires inférieures, aucun caractère n’est observable. Seule la taille nous les fait attribuer à
Protoryx.
COMPARAISONS
Par leur forme et leur allure ainsi que par la présence d'un grand sinus en dôme dans le pivot,
les chevilles de KTD doivent être attribuées à Protoryx. Deux espèces, P. laticeps et P. crassicornis,
ont été décrites à Samos et une, P. carolinae , à Pikentli. BOSSCHA ERDRR1NK (1988) met d'ailleurs
toutes ces espèces en synonymie ; quoiqu’il en soit ces antilopes sont d'une taille nettement supérieure
à celle de Protoryx de KTD et ont un frontal plus surélevé entre les chevilles ce qui traduit sans doute
un stade plus dérivé. Protoryx solignacl , du Miocène supérieur de Beglia (Tunisie) se différencie du
Bovidé de KTD par la présence d'une carène antérieure sur ses chevilles qui montrent aussi une section
transversale plus aplatie médio-latéralement, et surtout par un sinus moins développé et subdivisé par
des parois. KÛHLER (1987) a créé une nouvelle espèce : P. enanus pour quelques chevilles du
Miocène moyen de Sofça et de Catakbagyaka (Turquie) ; la taille de ces pièces est tout à fait
comparable à celle de KTD. Cependant il n’y aurait pas de sinus ni à la base des chevilles ni dans le
pivot mais seulement dans le frontal autour des foramens supra-orbitaires, disposition sans doute
primitive mais qui paraît difficilement conciliable avec une attribution au genre Protoryx. Au
Muséum national d'Histoire naturelle de Paris est conservé un massacre (YAS 40) provenant du Sinap
moyen (Turquie). La taille et l’allu/e générale des chevilles sont les mêmes qu'à KTD mais on peut
toutefois noter quelques différences : le frontal au niveau de la suture interfrontalc est épais mais
nettement moins qu'à KTD (1,4 cm contre 2,5 cm) ; la fosse postcomuale bien que peu profonde est
mieux marquée qu’à KTD ; le trou supra-orbitaire petit est en position plus médiane par rapport au
pivot ; le frontal n'est pas surélevé entre les chevilles. La plus grande différence s'observe sur les
sinus : les chevilles du Sinap ne montrent qu'un très petit sinus limité à la partie la plus antérieure du
pivot qui est plus aplati médio-latéralement, caractère sans doute lié au précédent. 11 pourrait peut-être
s'agir d'une forme semblable à celle décrite par KÜHLER sous le nom de P. enanus, mais en tous cas
différente du Protoryx de KTD. KÔHLER (1987) décrit sous le nom de Pseudotragusparvidens une
cheville de Mahmutgazi (Turquie) qui par scs dimensions et la forme de sa section transversale semble
identique au Protoryx de KTD, toutefois il n'y a aucune précision sur les sinus.
Nous avons indiqué plus haut que le genre Pseudotragus, créé en 1904 par SCHLOSSER pour
des fossiles provenant de Samos. a été mis en synonymie avec Protoryx par BOSSCHA ERDBR1NK
(1988). Nous placerons les fossiles de KTD dans l'espèce Protoryx parvidens.
II —LES BOVIDAE DU NIVEAU SUPÉRIEUR DE KEMKL1TEPE
(KTA et KTB)
Les sites A et B de Kemiklitepe ont livré des restes moins abondants que le niveau inférieur D,
mais plus variés puisqu'on y trouve au moins six genres de Bovidés.
? PALAEORYX sp.
Palaeoryx , genre monospécifique créé par GAUDRY en 1861, est connu à Pikermi et à Samos
(GENTRY, 1971). Il s'agit d'une grande antilope à chevilles droites et à section peu aplatie
transversalement. GENTRY (1971) insiste sur la difficulté d'identifier les dentitions isolées : " Even
— 184 —
complété upper or lower dentitions are very difficull to identify unless they are attached to complété
skull or associated with horn cores." C'est pourquoi toutes les pièces de KTAB étant des dentures à
l'exception d'une cheville très abîmée, nous préférons laisser leur attribution taxonomique dans le
doute.
Liste du matériel . KTA 14 P 2 -M 3 g , KTA 15 : P 2 -M 3 d ; KTA 181 . M 2 -M 3 , KTA 185 : P 4 -M' g ;
KTB 76 M 3 d ; KTA 151 : fragment cheville droite [DAP : 45 ; DT : 40].
1. Mandibules (fig. 2a)
Ces pièces sont de grande taille (pl. VI, 1), Les prémolaires sont longues par rapport aux
molaires (R = P 2 P 4 /M]M 3 x 100 = 71,2). Cependant P 2 est très petite, la longueur de la série des
prémolaires est donc due à P 3 et P 4 . Les trois prémolaires ont une structure dérivée ; P 2 possède deux
crêtes linguales fortes. Sur P 3 et P 4 le paraconidc est bien développé. Sur P 4 les deux vallées
postérieures sont fermées par une muraille linguale. Les molaires ont un émail faiblement ridule, des
colonnettes inter-lobaires bien développées sur les trois molaires ; il n'y a pas de pli caprin, la face
linguale est ondulée avec des stylides forts. Le troisième lobe de M 3 est petit mais cependant formé de
deux tubercules.
Ces mandibules se rapprochent des grands Tragoporlax par la taille, par les proportions des
prémolaires par rapport aux molaires ainsi que par quelques caractères comme l'émail ridulé et la
présence de colonnettes interlobaires. Cependant elles s'en séparent nettement par la structure plus
dérivée des prémolaires, la petite taille de P 2 , la face linguale plus ondulée et l'absence de pli caprin.
Criotherium s’en sépare par ses prémolaires beaucoup plus courtes et plus simples, la face
linguale des molaires plate et un troisième lobe de M 3 formé d’un seul tubercule.
La mandibule de Palaeoryx n’est pas connue avec certitude (GENTRY, 1971). Cependant, la
très petite P 2 se retrouve sur les pièces attribuées & Palaeoryx.
2. Maxillaires
Le maxillaire KTA 14 (pl. IV, 2) appartient à un Bovidé de grande taille. Les prémolaires sont
plutôt longues (R = P^P^/M'M 3 x 100 = 71.4). L'émail des molaires est ridulé. Les différents
éléments des molaires se soudent tardivement ; les colonnettes interlobaires sont présentes sur les
trois molaires. Les parastyles et les mesostyles ainsi que le pilier du paraconc sont forts. On observe
sur les molaires des îlots centraux ainsi que des crochets (Lins la vallée postérieure.
Ce maxillaire est de même taille et mêmes proportions que celui d'un grand Tragoportax avec
cependant une P 2 plus courte. Les maxillaires de Criotherium sont bien différents : prémolaires
nettement plus courtes, styles et piliers beaucoup plus faibles...
3. Cheville
Il s’agit d’une cheville droite malheureusement abîmée. Elle ne présente ni torsion ni carène ;
sa section transversale est trop ronde pour qu'elle puisse appartenir à un Protoryx mais pourrait
convenir pour Palaeoryx . La taille est par contre inférieure à celles des chevilles de Palaeoryx mais
peut-être est-ce dû à l'âge de l'individu.
— 185 —
FIG- 2. — a, Palaeoryx sp. KTA 15, P 2 M 3 <1, vue occlusale ; b, Protoryx laticeps KTB 82, P 2 M 2 g, vue occlusale ;
c , ? Oioceros wegneri KTA 187, P 4 M 2 g, vue occlusale.
a, Palaeoryx sp. KTA 15, r. P 2 ^3- oc dusal view ; b, Protoryx laticeps KTB 82, I. P 1 M 1 , occlusal view ; c,
? Oioceros wegneri KTA 187, l. P 4 M 2 , occlusal view.
Protoryx laticeps
Protoryx laticeps provient de Samos ; il se différencie de la deuxième espèce présente à Samos
(P. crassicornis ) surtout par ses chevilles à section transversale moins aplatie et par l'absence de
carène. Cependant BOSSCHA ERDBRINK (1988) juge que les différences entre Protoryx carolinae , P.
laticeps et P. crassicornis ne justifient pas une séparation spécifique.
1. Restes crâniens
Liste du matériel : KTA 18 : cheville droite [DAP : 64,2 ; DT : 42,7] ; KTA 152 massacre avec
chevilles cassées à la base [DAP : 66,2 ; DT : 43,5] ; KTB 77 : fragment d'un arrière-crâne.
Les chevilles sont droites, sans spirale ni carène (pl. V, 2) : cependant le bord postérieur de la
cheville devient plus aigu dans la moitié distale de la cheville. La section transversale est en forme
d'ovale aplati médio-laléralement. Les chevilles sont implantées au dessus des orbites, très proches
l'une de l'autre à la base et peu divergentes. Le bord postérieur de la cheville est peu courbé vers
l’arrière, en tous cas dans la partie conservée. Les trous supra-orbitaires s’ouvrent à la base des pivots ;
ils sont petits, ronds et non situés dans une dépression du frontal. Les pivots sont creusés de grands
sinus. Les bords orbitaires ne sont pas proéminents, le frontal est surélevé entre les chevilles ; les
sutures fronto-pariétales et interfrontalcs sont ouvertes. Le frontal est très épais au niveau de la suture
interfrontalc (4 cm). Il riy a pas de fosse postcomuale.
L'arrière-crâne KTB 77 ne comprend que la face occipitale et la partie la plus postérieure du toit
crânien, la face occipitale est large, de contour grossièrement pentagonal avec des tubérosités nucales
— 186 —
fortes et des condyles saillants vers l'arrière. La mastoïde est en grande partie latérale ; les apophyses
paroccipitales sont grandes et en forme de lame.
2. Dentures (fig. 2b)
Liste du matériel : KTA 11 : D 3 -D 2 d ; KTA 159 : D 2 -M 2 g ; KTA 12 : D 2 -M 2 d ; KTA 13 : D 3 -M 2 g ;
KTA 119 : P 4 -M 2 g ; KTA 114 : P 2 -Mi g ; KTA 117 : D 4 -M L d ; KTA 120 : P 2 g ; KTA 147 : M 3 g ; KTA
148 : M 2 g ; KTB 82 : P 2 -M 2 g ; KTB 74 : M 3 g ; KTB 9 : D 2 -D 4 g.
Aucun maxillaire adulte n'est conservé. La série des dents lactéales est courte par rapport à la
taille des molaires définitives. Ces molaires ont un émail finement ndulé, une très petite colonnetle
interlobaire et un crochet dans la vallée postérieure. Le mésostyle est très fort, l'hypsodontie est
importante : le rapport h/L X 100 est pour M 2 de 122 alors qu'il est par exemple de 89 pour
Tragoportax rugosifrons du Ravin des Zouaves n° 5 ( Macédoine). Les lobes internes sc soudent
rapidement à la muraille externe.
Comme pour les dents supérieures la série D 2 -D 4 est très courte, surtout D 2 et D 3 . par rapport
à la série des molaires. Les molaires ont une colonnette interlobaire peu développée et parfois absente,
la face linguale est plane avec un mésostylide fort. 11 n'y a pas de pli caprin (pi. V. 1 ; pl. VI, 2).
L'hypsodontie est importante, le rapport h/L x 100 est égal à 124 pour M 2 alors qu'il varie par
exemple de 99 à 110 avec une moyenne de 106 pour Tragoportax rugosifrons. La série des prémolaires
est courte. Le métaconide de P 4 est dirigé vers l'avant.
Tant par leurs dimensions et par leurs caractères morphologiques, ces pièces et surtout les
chevilles correspondent à Protoryx laticeps tel que le définit GENTRY (1971).
?Oioceros wegneri
Un fragment de cheville, un arrière-crâne ainsi que deux mandibules pourraient appartenir à
Oioceros wegneri Andree,1926. Le mauvais état de conservation de ces pièces ne permet pas d'aboutir
à une détermination précise.
Liste DU MATÉRIEL ; KTA 187 : P4-M2 g ; KTA 189 : fragment de cheville ; KTB 84 : fragment de
crâne ; KTB 70 : P3-P4-M2 g.
Le fragment de cheville est spiralé avec un sillon bordé de deux crêtes d'un côté, une carène de
l’autre.
L'arrière-crâne est très abîmé. Les chevilles sont cassées à la base des pivots ; on voit
simplement qu'elles étaient grosses par rapport à la taille du crâne. Le pivot est creusé de deux grands
sinus séparés par une mince cloison. Les chevilles étaient proches l'une de l'autre à la base. Le frontal
est surélevé entre les chevilles. Il semble que la face ait été fortement inclinée par rapport à l'arrière-
crâne. La face Occipitale est basse et large, les condyles occipitaux ne sont pas saillants, la mastoïde
est essentiellement postérieure, l'apophyse post-tympanique du squamosal est forte. Les apophyses
paroccipitales semblent courtes et robustes. Les fosses condyliennes sont peu profondes ; le foramen
ovale est petit. Le basioccipital est remarquablement large et court (largeur entre les tubérosités
antérieures - 33,8 ; entre les tubérosités postérieures = 34,6).
— 187 —
Deux mandibules incomplètes pournîeni appartenir à la même espèce (fig.2c). P 3 est courte
par rapport à P 4 . P 4 a un paraconide très réduit, un métaconide transversal avec un faible
développement antérieur, les vallées antérieures et postérieures sont ouvertes ; il y a un fort sillon sur
la face latérale. Les molaires n'ont pas de colonnetle interlobaire ; un faible pli caprin est présent ; la
face linguale est plane avec un mésostylide net (pl. VI. 4).
Ces mandibules sont d'une taille supérieure à celles de Prosirepsiceros ou Palaeoreas ; elles
sont par contre proches de celle de Protragelaphus par la taille mais aussi par la réduction des
prémolaires. Cependant P4 est de structure très différente.
Le basioccipital court et large, les prémolaires réduites avec P 4 simple, la taille générale
permettent de rapprocher ces pièces à'OIoceros wegneri, KÔHLER (1987) signale l'existence de cette
espèce à Garkin, Mahmutgazi et à Eski Bayirkoy.
GAZELLA sp.
Plusieurs chevilles, mandibules et maxillaires appartiennent à une gazelle.
1 . Chevilles
Liste DU MATÉRIEL : KTA 155 : cheville droite [DAP : 24,5 ; DT : 20,9] ; KTA 27 : cheville gauche
[DAP : 25,2 ; DT : 20.4 J ; KTA 149 cheville gauche [DAP : 26,4 ; DT : 18,4] ; KTA 156 : fragment de
cheville ; KTA 26 : fragment de cheville ; KTB 78 : cheville droite [DAP : 25,6 ; DT : 20,7] ; KTB 79 :
cheville gauche [DAP : 24,6 ; DT : 18,6].
Les chevilles ne présentent aucune torsion (pl. VI, 3). Elles sont insérées au-dessus des
orbites ; il y a de nombreux sillons sur toute la surface ; ces sillons sont plus profonds sur la face
postérieure. Les chevilles sont courbées vers l'arrière ; la section transversale est ovale, aplatie
transversalement ; la face latérale est plus plate que la face médiale. Les trous supra-orbitaires
s'ouvrent dans une dépression du frontal au pied des pivots. La fosse postcornuale est petite et
profonde.
Ces chevilles sont donc nettement différentes de celles trouvées dans la couche D de
Kemiklitepe.
2. Dentures
Liste du MATÉRIEL : KTA 118 : M 2 -M 3 d ; KTA 143 : P 3 -M 3 g ; KTA 144 : P 3 -M 3 g ; KTA 146 : P 2 -M 3
d ; KTA 121 : P 4 -M 2 g ; KTA 183 : P 3 -M 3 d ; KTA 160 : Mj-M 3 g ; KTB 65 : P 3 -M 3 g ; KTB 66 : P 2 -M 3 d ;
KTB 67 : P 2 -P 4 g ; KTB 68 : P 3 -M 3 d ; KTB 73 : M,-M 2 d.
Les dentures correspondent tout à fait par leur structure comme par leur taille et leur proportion
à celle de Gaze lia deperdiia décrites par HEINTZ ( 1971 ).
Nous attribuons ces chevilles et ces dentitions à Gazella sp.
BOVIDÉS INDÉTERMINÉS
Quelques pièces dentaires semblent différentes de ce que nous venons de décrire ci-dessus.
— 188 —
1. KTA 154 et KTA 116
II s'agit de deux fragments de mandibules (P 3 P 4 d et P 2 P 4 d ) très usées et appartenant à un
grand Bovidé. Comparée aux pièces que nous avons attribuées à Palaeoryx la taille est voisine mais
P 2 est plus grande par rapport à P 3 et P 4 et dépourvue des deux crêtes linguales. De plus, P 4 a une
vallée antérieure fermée ou presque par une forte extension du métaconide vers l'avant.
Par ces caractères ces deux mandibules pourraient se rapprocher de celle d'un grand Tragoportax.
2. KTB 75. KTB 81, KTA 153, KTA 182
Ces quelques fragments appartiennent à un Bovidé de taille moyenne, plus grand que la gazelle
mais plus petit que lOioceros wegneri. Les molaires supérieures et inférieures ont un émail lisse, sont
dépourvues de colonnettes interlobaires et semblent hypsodontes. Les lobes externes des molaires ont
une section très arrondie. Ces pièces sont trop fragmentaires pour tenter une comparaison.
CONCLUSION
Les niveaux inférieur et supérieur de Kemiklitepe ont donc livré des Bovidés nettement
différents, puisqu'il n'y a aucune espèce commune entre ces deux niveaux.
Niveau inférieur (KTD) :
— Proioryx panùdens
— Criotherium argalioides
— Palaeoreas cf. elegans
— Gazella sp.
Niveau supérieur (KTA, KTB) :
— Protoryx laticeps
—? Palaeoryx sp.
— ? Oioceros wegneri
— Gazella sp.
— Bovidé ind. 1
— Bovidé ind, 2
Cette diversité traduit certainement une différence dans le temps et peut-être aussi une différence
de milieu. Cette juxtaposition de deux couches avec des faunes différentes dans le même gisement
incite à penser qu'une telle juxtaposition pourrait se retrouver dans d'autres gisements mais aurait pu
passer inaperçue. Il en résulterait un mélange de faunes d'âges voisins mais différents. Ainsi à Garkin,
par exemple, coexistent deux formes de gazelles, l'une proche de celle de KTD, l'autre de celle de
KTAB. On peut se demander si ces deux formes proviennent d’un même niveau. Pour Samos il est
bien connu que plusieurs gisements d’âges différents ont été mélangés et de plus, d'après SOLOUNIAS
( 1981 ), il y aurait dans certains de ces gisements deux couches fossilifères.
L'abondance de Criotherium est le caractère le plus frappant de la faune de Bovidés de KTD.
Les Ovibovinae étaient largement répandus au Turolien inférieur en Turquie puisqu'on les retrouve dès
qu'une faune est connue par un nombre suffisant de fossiles pour être représentative. Ils semblent
absents, par contre, des gisements du Turolien moyen et supérieur, mais cette période est moins bien
— 189 —
connue en Turquie. Durant le Miocène supérieur, les Ovibovinae ont occupé deux zones
géographiques séparées par plusieurs milliers de kilomètres : en Chine d'une part et en Europe
orientale et Asie mineure (Macédoine, Samos, Turquie, Iran, Irak) d'autre part. Dans les gisements
d'Europe de l'Ouest, du Centre, ainsi qu'à Pikermi comme dans les Siwaliks et l'Afghanistan, les
Ovibovinae font défaut. La diminution, puis la disparition, des Ovibovinae au cours du Turolien en
Europe orientale et en Asie mineure pourraient être liées à un changement climatique entraînant un
remplacement progressif d’un milieu ouvert par un milieu plus fermé.
Nous avons signalé lors de la description des pièces de Gazellct sp. de KTD que des formes
proches se retrouvent à Samos. à Garkin et dans le Sinap moyen. Toutefois l'impossibilité d’éliminer
l'hypothcse d'une variation sexuelle (toutes ces chevilles pouvant appartenir à des femelles) limite les
conclusions. On peut seulement remarquer que dans la collection de Samos du British Muséum, la
plupart des chevilles appartiendraient à des jeunes (?) à L'exception du massacre M 5420 de beaucoup
plus grande taille. Mais ce massacre ne fait pas partie de la collection MAJOR et a été acheté
ultérieurement : il provient donc probablement d'un autre gisement de Samos. Bien qu’on ne puisse
avoir de certitude quant à la provenance de la collection MAJOR achetée par le British Muséum en
1889, elle proviendrait en grande partie dàprès SOLOUNIAS (1981) du niveau fossilifère le plus ancien
de Samos : Vrysoula et peut-être de Stefana. Dans cette collection les Criotherium sont très
abondants : on y trouve aussi des petits représentants du groupe des Protoryx ainsi qu'une forme à
chevilles spiralées désignée sous le nom de Prostrepsiceros woodwardt par P1LC.R1M et HOPWOOD
(1929) et de Prostrepsiceros houtunischindleri par GENTRY (1971). Celte forme pourrait être proche
du IPalaeoreas de KTD. Ainsi il est possible que toutes les formes de Bovidés présentes à KTD se
retrouvent dans le niveau le plus ancien de Samos.
Les gisements du Turolien inférieur de Macédoine (Vathylakkos, Prochoma et Ravin des
Zouaves 5) n'ont aucune espèce commune avec KTD. En particulier, les Tragoportax y sont très
abondants alors qu’ils sont absents à KTD. Même si cette absence est due uniquement au petit nombre
de fossiles récoltés qui ne représentent sûrement pas toute la faune existante, elle indique cependant
que les Tragoportax ciaient peu abondants. On peut d'ailleurs remarquer qu’en Turquie comme en Iran
et en Irak, les Tragoportax ne sont jamais aussi abondants qu'à Pikermi, qu'en Macédoine ou qu'en
Europe occidentale et centrale A Samos les Tragoportax semblent absents ou très rares dans les
collections du British Muséum.
KTD présente des points communs avec certains gisements turcs considérés comme du
Turolien inférieur tels que Mahmutgazi. Garkin ou Corak Yerler. On peut noter la présence dans ces
gisements d'une très petite gazelle, d'un gros Bovidé (Ovibovinae?), d'un Protoryx identique à celui de
KTD à Mahmutgazi et d’un IPalaeoreas elegans ou asiaticus à Corak Yerler et à Garkin, En revanche
Kayadibi diffère de KTD par la présence de Nisidorcas , genre connu en Macédoine, et d'une grande
gazelle.
Le niveau supérieur de Kemiklitepe n'a livré que très peu de Bovidés. La plupart des
déterminations ne sont pas assez précises pour permettre des comparaisons, exception faite de
Protoryx laticeps. Ce dernier est plus évolué que le Protoryx de KTD par sa taille supérieure, le
frontal plus surélevé et plus épais entre les chevilles, 11 semble qu'à Samos, P. laticeps sc rencontre
dans les niveaux supérieurs (QI. L, Q2). KOHLER (1987) pense retrouver une espece voisine ou
identique à Kinik. BûSSCllA ERDBRINK (1988) décrit des Protoryx comparables provenant des sites
K2 et Kl de Maragha (Upper Maragha?) sous le nom de Prolotyx carolinae (dans lequel il inclut P.
laticeps et P. crassicornis). Ainsi ces grands Protoryx . qu'il s'agisse de P, carolinae, de P. laticeps ou
de P. crassicornis , pourraient remplacer durant le Turolien un ensemble de petits Protoryx plus
primitifs et qui ont été décrits sous des noms divers ( Pseudotragus , Leptotragus ou Sporadotragus).
— 190 —
Remerciements
Le matériel étudié dans cet article a été récolté en 1989 et 1990 lors de campagnes de fouilles
subventionnées par le CNRS (URA 1433) la DAGIC (MEN) et le Collège de France. Les photographies sont
dues à C. SlCARD et C. ABRIAL. Le manuscrit a été préparé par G. Florent.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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ANNEXE
Tableau I. — Comparaison de quelques mesures du crâne du Criotherium de KTD avec celles de Plesiaddax
inundatus (d'après Bosscha Erdbrink, 1978) et du Criotherium de Samos (d'après Bohlin, 1935).
L. foramen magnum à P 2
Criotherium
KTD
Criotherium
Samos
Plesiaddax
Garkin
270
246-275
261
1 . crâne temporal
102
96-113
105
1 . niveau méat auditif
123,5
122-125
117-119
h. occipital
57
55-57
59-65
1 . palais niveau M 3
46
38-53
51-58
L. P 2 M 3
106
111
121
L.P2P 4
43
42,5
47,2
L. N^M 3
66
68,4
75,4
L. P 2 M 3
114
115-120
123,5
l.p 2 p 4
38-42
42-48
43
L. MjM 3
68-75
73-75
82,6
Tableau II. —- Dimensions des dentures supérieures et inférieures de Criotherium de KTD.
— 193 —
Tableau II (suite).
Tableau III. — Dimensions du métatarsien et du métacarpien de Criotherium.
KTD 198
KTD 109
L. totale
225
175
DAP proximal
36
26,7
DT proximal
37,8
41,7
DAP distal
26,3
DT distal
42,5
— 195 —
Tableau VI. — Dimensions de la denture de Protoryx de KTD.
Tableau VIL — Dimensions des dentures inférieures et supérieures de Palaeoryx de KTA.
— 196
Tableau VIII. — Dimensions des dentures inférieures de P. laticeps de KTAB.
— 197 —
Tableau X. — Dimensions des dentures de Gazella sp. de KTAB.
P 2
P 3
P4
M!
m 2
m 3
P 2 P4
M1M3
p 2 m 3
KTB 65 L
7,5
8,6
9,9
10,5
14,7
34,5
1
4,4
6,4
6,4
5,9
KTB 66 L
5,1
7,5
9,1
9,2
11,1
14,4
20,6
34,8
54,8
1
3
4,2
6,2
6,3
5,9
KTB 67 L
5
6,4
7,6
19,3
1
3,4
4,6
5,2
KTB 73 L
9
11,1
KTA118 L
_
0, J
O, /
10,9
14,4
_
_
_
1
6,5
5,8
KTA 143 L
8,3
9
9,8
11.4
16,9
37,7
1
4,6
5,7
6,4
7
7
KTA 144 L
7,4
8,6
9,3
11,3
15,2
36
1
4,1
4,6
5,8
6,3
5,9
KTA 160 L
8,7
10,5
14,6
33,8
1
6,2
6,3
5,9
KTA 183 L
10
14,2
1
H
6,6
6,7
P 2
pri
p4
M 1
M 2
M 3
QUI
M^M 3
P 2 M 3
KTA 146 L
8
7,5
7,1
10,2
12,1
11,8
22,5
32,8
53
1
6
7,1
8,2
9,3
11
10,1
KTB 68 L
8
7,7
10,1
11.2
10,6
31,2
1
6,7
7,5
10
11,1
9,8
Tableau XI. — Dimensions des dentures de Bovidae indéterminés.
P 2
P 3
P 4
KTA 116 L
13
14,9
17,1
1
7
1 U
12,1
KTA 154 L
16,2
19
1
10,5
12
— 198 —
PLANCHE I
Criotherium argalioides
1. — KTD 197 - crâne, vue postérieure (x 1/2).
2. — KTD 125 - mandibule P 3 -M 3 , vue labiale (X 2/3).
3. — KTD 198 - métatarsien (x 2/3).
1 : KTD 197 - skull, posterior view (x 112) ; 2 : KTD 125 - mandible P 3 -M 3 , buccal view (x 2/3) ; 3 : KTD 198 -
metatarsal (X 2/3).
PLANCHE I
— 200 —
PLANCHE II
? Palaeoreas cf. elegans
1. — KTD 101 - massacre, a : vue frontale (X 2/3) ; b : vue médiale (X 1/2).
2. — KTD 161 - massacre, vue frontale (x 1/2).
3. — KTD 102 - massacre, vue frontale (x 1/3).
1 : KTD 101 -frontlet,a .-frontal view (x2/3) ; b : médial view (x 112) ; 2 : KTD 161 -frontlet, frontal view (x 112) ;
3 : KTD 102 - frontlet, frontal view (x 113).
PLANCHE II
— 202 —
PLANCHE III
Gazella sp.
1. — KTD 181 - massacre (x 1).
2. — KTD 165 - cheville droite (x 1), a : vue latérale ; b : vue frontale ; c : vue médiale.
1 : KTD 181 -frontlet (x 1 ) ; 2 : KTD 165 - right horn core (X1), a : latéral view ; b -.frontal view ; c : médial view.
PLANCHE III
— 204 —
PLANCHE IV
1. — Protoryx parvidens KTD 186 - cheville gauche (X 2/3), a : vue latérale ; b : vue frontale ; c
2. — Palaeoryx sp. KTA 14 - maxillaire P 2 -M^ gauche (X 1), a : vue occlusale ; b : vue latérale.
1 : Protoryx parvidens KTD 186 - left horn core (x 2/3), a : latéral view ; b : frontal view ; c :
Palaeoryx sp. KTA 14 - left maxilla P"-M^ (X 1), a : occlusal view ; b : latéral view.
: vue médiale.
médial view ; 2 :
— 206 —
PLANCHE V
Protoryx laticeps
1. — KTB 82 - mandibule gauche P 2 -M 2 (x 1), vue linguale ;
2. — KTA 18 - Cheville droite (x 1/2), a : vue médiale ; b : vue frontale ; c : vue latérale.
1 : KTB 82 - left mandible P 2 -M 2 (X 1), lingual view ; 2 : KTA 18 - Right horn core (X 1/2), a
frontal view ; c : latéral view.
: médial view ; b :
Planche VI
1. — ? Palaeoryx sp. KTA 15 - mandibule droite P 2 -M 3 (x 2/3).
2. — Protoryx laticeps KTB 82 - mandibule gauche P 2 -M 2 (x 1) (même spécimen que pl. V, 1), vue latérale.
3. — Gaze lia sp. KTA 27 - cheville gauche (X 1), vue médiale.
4. — ? Oioceros wegneri KTA 187 - mandibule gauche P 4 -M 2 (X 1).
1 : ? Palaeoryx sp. KTA 15 - right mandible P 2 -M 3 (x 2/3) ; 2 : Protoryx laticeps KTB 82 - left mandible P 2 -M 2
(x 1) (same specimen Pl. 5 , fig. 1), latéral view ; 3 : Gazella sp. KTA 27 - left horn core (X 1), médial view ; 4 : ? Oioceros
wegneri KTA 187 - left mandible P 4 -M 2 (X 1).
Bull. Mus. natl. Hist. nat., Paris, 4e sér., 16, 1994,
section C, n° 1 : 211-223.
Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Keniiklitepe, Turquie :
10. Biogéochimie isotopique
par Hervé BOCHERENS, Marc FIZET, André MARIOTTI,
Georges BELLON et Jacques P. BOREL
Résumé. — Les abondances isotopiques naturelles en carbone de carbonate hydroxylapatïte d'émail
de mammifères herbivores des sites Miocène supérieur de Kemiklitepe indiquent une végétation
exclusivement composée de plantes à photosynthèse en C 3 . Ces valeurs suggèrent un milieu de vie plus
forestier pour les mastodontes que pour les hipparions et le giraffidé Samotherium. Les plantes à
photosynthèse en C 4 sont absentes de l’environnemenl de ce site, alors qu'elles sont présentes en Amérique
du Nord, en Afrique de l’Est et au Pakistan à la même époque. La matière organique extraite d’os fossiles de
ces sites contient de faibles teneurs en hydroxyproline, ce qui indique qu’elle provient au moins
partiellement de collagène, mais la composition globale en acides aminés est généralement éloignée de
celle du collagène nu de protéines non collagéniqucs de l’os, ce qui suggère une contamination d’origine
extérieure à l’os. Seul un échantillon de mastodonte a fourni une matière organique dont la valeur isotopique
en carbone est interprétable d’un point de vue paléoécologique, cette valeur confirme une nourriture
composée exclusivement de plantes en C 3 .
Abstract. — Natural carbon isotopic abundances in enamel carbonate hydroxylapatite of
herbivorous mammals front Kemiklitepe upper Miocene localities indicate that the végétation consisted
exclusively of C 3 -plants. These isotopic values suggest a more forested environment for the mastodonts
than for the hipparions and for the giraffid Samotherium. Copiants are not présent in the environment of
these localities, whereas they are recorded in North America, East Africa and Pakistan at the surne tirne. The
organic matter extracted from fossil bones front these localities contains little amounts of hydroxyproline
This suggests that at leasl part of this organic matter cornes from collagen, but the global amino acid
composition is in most cases different from that of collagen or of bone non-collagenic proteins and
suggests an extraneous contamination. Only one mastodont specimen provided some organic matter with a
carbon isotopic composition reliable for paleoecological interprétation; this value confirms a diet
composed exclusively of C 3 -plants.
H. BOCHERENS, M. F1ZET et A. MARIOTTI, Laboratoire de Biogéochimie Isotopique. Université P.etM. Curie (PARIS 6), B.
120,4. place Jussieu. F-75252 Paris cedex 05.
H. BOCHERENS. Geophystcal Laboratory, Carnegie Institution of Washington, 525J Broad Branch Road N.W., Washington,
D.C.. 20015-1305 (USA).
G. BELLON et LP. BOREL, Laboratoire de Biochimie Médicale, Université de Reims-Champagne-Ardenne, 51, rue Cognacq-
Jay, F-51095 Reims cedex.
INTRODUCTION
Les mesures d'abondances isotopiques en carbone et en oxygène des tissus minéralisés des
vertébrés (os et dents) actuels et fossiles fournissent des renseignements sur leur régime alimentaire et
leur environnement. Les abondances isotopiques en carbone dans le collagène et dxins la fraction
carbonatée de la phase minérale (carbonate hydroxylapatite) permettent de distinguer très nettement les
mangeurs de plantes en C 3 . qui sont tous les arbres et les plantes herbacées de milieux froids et
tempérés, des mangeurs de plantes en C 4 , qui sont les plantes herbacées de milieux tropicaux
(DENIRO et EPSTEIN, 1978 ; SCHOENINCER et DENIRO, 1984 ; AMBROSE et DENlRO, 1986 ; LEE-
THORP. 1989 ; LEE-THORP el ai. 1989a. 1989b). De plus. La différence entre l’abondance isotopique
en carbone du collagène et celle de la carbonate hvdroxylapatite varie selon le niveau trophique de
l’animal (KRUEGER et SULLIVAN, 1984 ; LEE-THORP, 1989 ; LEE-THORP ei al.. 1989a) et son
métabolisme (BOCHERENS et al., 1993). Les abondances isotopiques en oxygène de la carbonate
hydroxylapatite dépendent essentiellement de celles des précipitations (KOCH el al., 1989), donc de la
température (YURTSEVER et G AT, 1981). Le type de plantes consommées (à photosynthèse en C 3 ou
en C 4 ) a également une influence, les abondances isotopiques étant plus élevées chez les plantes en
C 4 que chez celles en C 3 (KOCH et al., 1990).
La préservation des abondances isotopiques dans les fossiles est bien sûr indispensable pour
réaliser des interprétations paléoécologiques à partir des valeurs mesurées. En ce qui concerne la
matière organique, il est établi que les valeurs isotopiques mesurées sont celles de l’animal “in vivo”
si la composition en acides aminés de la matière organique extraite d’un fossile est bien celle du
collagène, quelle que soit la quantité préservée (BOCHERENS el ai, 1991a, I99lh). Dans le cas de
carbonate hydroxylapatite d’éinail. la comparaison des valeurs obtenues pour une même espèce,
mesurées sur des échantillons dont Page varie du présent à 3 millions d'années, montre une
conservation des valeurs de ô’-'C (LEE-THORP cl VAN DER MERWE, 1987). Les valeurs isotopiques
d’émail résistent beaucoup mieux à l’altération lors de la diagenèse que celles de l'os. Des mesures
effectuées sur des ours, des carnivores et des herbivores du Pléistocène de France confirment cette
conservation des valeurs isotopiques dans la carbonate hydroxylapatite de l'émail de mammifères
fossiles (BOCHERENS et al., 1993). Une étude menée sur une séquence sédimentaire continentale
remontant jusqu’à 16 millions d’années au Pakistan montre l’évolution parallèle des valeurs de Ô 13 C
entre la matière organique et les carbonates des paléosols, et la carbonate hydroxylapatite de l’émail
dentaire, ce qui suggère très fortement une conservation des valeurs isotopiques en carbone dans ces
trois types de matériel (QUADE et al.. 1992). Les résultats obtenus par KOCH et al. (1990) sur du
matériel comparable datant de la limite Paléocène-Éocène suggèrent également fortement la
préservation des' signaux isotopiques dans les carbonates de paléosols el l'émail dentaire pour des
fossiles de cel âge.
Dans le cadre des études de paléoécologie continentale au moyen de la biogéochimie isotopique,
les sites de Kemiklitepe présentent les intérêts suivants :
— leur âge, Turolien inférieur à moyen (7,5 à 6 M.a. : BONIS et ai. ce volume), qui
correspond à la période de mise en place des écosystèmes à plantes en C 4 au Pakistan el en Amérique
du Nord (CERLING et ai. 1993) ;
— leur faune dont la composition est variée, avec des espèces d'herbivores supposés mangeurs
de feuilles de plantes à photosynthèse en C 3 et des espèces d'herbivores supposés mangeurs d'herbes,
qui potentiellement peuvent être à photosynthèse en C 4 ;
— 213 —
— enfin, la préservation morphologique des os et des dents qui est d'apparence très bonne, ce
qui permet d'envisager l'étude de la préservation de la matière organique et l'utilisation des signaux
isotopiques pour l'étude paléoécologique du site.
MÉTHODES D’ÉTUDES
Pour l’extraction de la matière organique, les échantillons sont soigneusement nettoyés par
grattage avant d'être broyés et tamisés jusqu’à l’obtention d’une poudre de granulométrie inférieure à
0,7 mm. Après une attaque de la poudre par HCl IM à température ambiante pendant 20 minutes, le
culot de centrifugation insoluble est placé dans une solution de NaOH 0,125 M pendant 20 heures à
température ambiante. Après centrifugation, le culot est placé à 100 °C dans une solution d’HCl
10 2 M pendant 17 heures. La solution est débarrassée des éléments insolubles par centrifugation et
lyophylisée.
Pour l'analyse de la composition en acides aminés, l'échantillon est hydrolysé dans HCl 6N à
100 °C pendant 18 heures. Les acides aminés non iminés sont séparés et dosés par chromatographie et
spectrophotométrie après réaction avec la ninhydrine sur un analyseur automatique d’acides aminés.
Une analyse précise de la quantité de prolinc et d’hydroxyproline est réalisée selon une méthode
fluorométrique, après dérivatisation des fonctions amines secondaires (proline et hydroxyproline) avec
le réactif NBD-C1 (7-chIoro-4-nilrobenzo-2-oxa-l ,3-diazole : B1SK.ER et al ., 1982 ; BELLON et al.,
1982, 1983).
La préparation de la carbonate hydroxylapatite est réalisée en s’inspirant du protocole utilisé par
LEE-THORP (1989). La matière organique est détruite par de l’hypochlorite de sodium à 2-3 % pendant
20 heures. Après rinçage, la poudre inorganique est traitée par une solution tampon d’acide acétique
1 M à la température du laboratoire, pendant 1 à 2 jours, ce qui permet d'éliminer les carbonates
exogènes éventuellement présents (BOCHERENS et al., 1991a). L'utilisation d'une solution tampon au
lieu d'une solution d'acide acétique 1 M tel que décrit par LEE-THORP (1989) permet de limiter les
pertes de l'échantillon et néanmoins de le débarrasser complètement des carbonates,
Pour les mesures d’abondances isotopiques, les échantillons de matière organique subissent une
combustion directe sous vide en présence d'oxygène puis les gaz obtenus sont séparés et le CO 2
purifié cryogéniquement, La carbonate hydroxylapatite est attaquée par de l'acide orthophosphorique à
100 % sous vide (30 minutes d'équilibration à 25 °C avant réaction puis 3 jours de réaction à 25 °C)
et le CO 2 libéré est piégé sur une ligne à piégeage cryogénique utilisée pour les carbonates habituels
(MACCREA, 1950). Les teneurs en Lie et 18 0 sont mesurées sur un spectromètre de masse
isotopique (VG Sira 9) par comparaison avec un étalon. Les abondances isolopiques s'expriment en
Ô 13 C versus l'étalon international PDB etô 18 0 versus l’étalon international SMOW :
13
5 C%o
18
8 0%o =
13 r _ ^ 3 rj
échantillon * étalon
13
. 1000
18.
^étalon
18.
R - R
échantillon étalon
18
. 1000
R
étalon
— 214 —
R représente respectivement les rapports isolopiques suivants : 13 R = 13 C/ 12 C et 18 R = I 8 0/ l 6 0.
La formule de correction utilisée pour les valeurs de 5 13 Cet ô l8 0 de carbonate
hydroxylapatite fournies par le spectromètre de masse est celle de la calcite. En effet, le fractionnement
isotopique entre le CO 3 de la carbonate hydroxylapatite et le CO 2 gazeux récupéré est inconnu (KOCH
et al., 1989), ces derniers auteurs utilisent donc la formule de correction standard pour CaCOj. Des
auteurs travaillant sur des phosphates d’atolls utilisent également les valeurs de fractionnement de la
calcite pour calculer la valeur de ô 18 0 de l’oxygène du CO 2 (AHARON et VEEH, 1984).
RÉSULTATS
Matière organique
Les valeurs des rendements d’extraction en mg.g ' 1 (rapport du poids de matière extraite sur le
poids sec de fossile) ont peu d’intérêt en raison de la présence de sels inorganiques dans le résidu
d'extraction (AMBROSE, 1990 ; BOCHERENS, 1992). Nous nous intéresserons donc aux teneurs en
matière organique mesurées à partir des teneurs réelles en acides aminés dans le résidu d'extraction,
Pour les deux fossiles 28802 et 29901, ces teneurs sont faibles (13,8 et 380,3 nmol.g' 1 ), celle de
l’échantillon 29901 étant cependant nettement plus élevée que celle de l’échantillon 28802. Dans ce
dernier cas, la teneur en acides aminés extraits du fossile est du même ordre de grandeur que dans le
sédiment de sa gangue (28851). Ce fossile 28800 non traité contient une quantité beaucoup plus
importante d’acides aminés (4710 nmol.g -1 ) que ce qui en a été extrait par traitement par HCl et
NaOH, ce qui montre que ce traitement élimine une grande partie de la matière organique du fossile.
L’analyse de la composition en acides aminés du résidu extrait des fossiles permet de connaître
la nature de cette matière organique et de voir si elle contient des restes de collagène, dont la
composition en acides aminés est très spécifique (~33 % de glycine, 10 % de proline et 10 %
d’hydroxyproline, qui ne se trouve pratiquement que dans le collagène). La matière extraite par HCl et
NaOH du mastodonte (28801 et 28802) présente une composition en acides aminés plus proche de
celle du collagène (notamment par sa teneur en glycine élevée et la présence d’hydroxyproline) que
celle extraite du même fossile sans traitement préalable (28800). Ceci montre que le procédé
d’extraction de la matière organique utilisé relient préférentiellement les acides aminés caractéristiques
du collagène et élimine donc les produits de contamination non collagéniques. Par exemple, la sérine,
acide aminé peu abondant dans le collagène mais pouvant être apporté par les eaux du sol ou la sueur
humaine (VAN KLINKEN et MOOK, 1990), est présente en grandes quantités dans le fossile non traité
(28800) mais diminue fortement après traitement par HCl et NaOH (dans 28801 et 28802). La
comparaison de la composition en acides aminés de la matière organique extraite par HCl et NaOH de
différents échantillons fossiles du site montre que celle extraite du mastodonte présente une
composition en acides aminés plus proche de celle du collagène que celles de l’hipparion 30002 et du
giraffidé 29901 (fig. 1 et tabL I). On note cependant une certaine hétérogénéité des teneurs en acides
aminés entre les deux extractions effectuées sur deux portions du même os de mastodonte (28801 et
28802). L’hippanon 30002 présente une faible teneur en hydroxyproline, ce qui indique qu’une partie
de ses acides aminés provient bien du collagène, mais la teneur en glycine est nettement plus faible
que celle du collagène ; sa composition en acides aminés se rapproche en fait assez nettement de celle
des protéines non collagéniques de l’os (HARE. 1980). La composition en acides aminés de la matière
organique extraite du giraffidé (29901) est bien différente de celle du collagène, notamment par la forte
abondance en acide aspartique, nettement supérieure à celle de la glycine. Sa composition en acides
— 215 —
Tableau I. — Compositions en acides aminés, rendements d’extraction et valeurs de § 13 C des
matières organiques extraites d'échantillons de Kemiklitepe. (Légende des acides aminés : voir figure 1.)
Amino acid compositions , extraction yields and Ô^C values of organic malters from samples front
Kemiklitepe. (Keys for amino acids : see figure 1.)
Acides aminés
Choe
non traité
(28800)
'olophodor
(28801)
sp.
(28802)
Hipparion
(30002)
Hipparion
(30201)
Giraffidé
(29901)
Sédiment
traité par HCl
(28851)
HYP
0
15
9
17
n.d.
3
1 1
ASP
72
84
160
128
n.d.
232
143
THR
75
63
96
59
n.d.
62
68
SER
323
112
88
68
n.d.
64
145
GLU
43
105
96
108
n.d.
103
125
PRO
0
76,1
45
62
n.d.
24
26
GLY
255
259
184
152
n.d.
163
188
ALA
85
112
112
128
n.d.
128
80
VAL
36
0
56
51
n.d.
55
48
MET
0
0
0,8
0
n.d.
0
0
ILEU
17
0
24
33
n.d.
29
16
LEU
17
42
48
70
n.d.
60
29
TYR
13
0
5
13
n.d.
17
7
PHE
4
0
24
30
n.d.
28
23
HYL
0
0
0
0
n.d.
0
0
LYS
15
42
24
34
n.d.
17
19
MS
47
35
6
11
n.d.
4
26
ARG
0
56
20
36
n.d.
16
32
Rendement
n.d.
1,2
1,1
6,0
4,7
10,6
6,2
d’extraction
(mg.g' 1 )
Rendement
4710
n.d.
13,8
n.d.
n.d.
380,3
21,8
d’extraction
(nmol.g' 1 )
5 13 C (%c)
n.d.
- 19,5
n.d.
- 26,8
- 26,4
- 25,0
- 27,0
aminés est également différente de celle des protéines non collagéniques de l’os (fig. 1). On pourrait en
effet s’attendre pour des fossiles ayant livré une matière organique à composition en acides aminés
différente de celle du collagène à une origine dans les protéines non collagéniques de l’os, nettement
moins abondantes dans l'os frais mais plus fortement fixées à la phase minérale (MASTERS, 1987).
De plus, les matières organiques extraites de l’hipparion et du giraffidé présentent une abondance
relative assez élevée en tyrosine alors que le collagène extrait d’os actuel en contient très peu et que cet
acide aminé est généralement absent du “collagène” extrait de fossiles d age Pléistocène qui présentent
par ailleurs une composition en acides aminés très proche de celle du collagène frais (BOCKERENS et
ai, 1991a, 1991b). La présence de tyrosine dans les fossiles de Kemiklitepe semble donc indiquer une
contamination par des acides aminés d'origine extérieure à l'os. La matière organique extraite du
sédiment (28851) par la même méthode que celle utilisée pour les fossiles présente une teneur en
glycine plus élevée que celles de l'hipparion 30002 et du giraffidé 29901, ce qui confirme la mauvaise
qualité de la matière organique extraite de ces deux derniers échantillons d’os fossiles.
Dans tous les cas étudiés pour les sites de Kemiklitepe, on observe une teneur relative en
acides aminés (acides aspartique et glutamique) plus élevée dans les os fossiles que dans le collagène
— 216 —
_HYP_ASP^raR_^ER_Gyj^RO_^L^fl_AL ; AJVAL, MET ILE LEU TYR PHE HYL LYS HIS ARG
3 28851 13 28800 □ 28801 H 28802
30002
29901
collagène O PNC
FIG. 1. — Composition en acides aminés de la matière organique extraite d'échantillons de Kemiklitepe. 28851 =
sédiment traité par HCl ; 28800 = Choerolophodon sp. non traité ; 28801 et 28802 = matière organique extraite de
1‘échantillon 28800 par HQ et NaOH ; 30002 = Hipparion sp. ; 29901 = giraffidé. Le collagène actuel a été extrait d’un os
de renard, PNC = protéines non collagéniques de l'os (d'après HART, 1980). HYP = hydroxyproline ; ASP = acide
aspartique , THR = thréonine ; SER = sérine ; GLU = acide glutamique ; PRO = proline ; GLY = glycine ; ALA =
alanine ; VAL. = valine ; MET = méthionine ; ILE = isoleucine ; LEU = leucine ; TYR - tyrosine ; PHE =
phenylalaninc ; HYL = hydroxylysine ; LYS - lysine : HIS = histidinc ; ARG = arginine.
Amino acid composition of organic millier extractedfrnrn Kemiklilepe (Turkeyl samples. 28851 = sedinurnt Irealed
by HCI ; 288011 = Choerolophodon sp. not ireaied ; 2S801 and 2S802 - organic matier extracted by HCl and NaOH from the
sample H28800 ; 80002 = Iltppanon sp. ; 20901 = gtraffid. Recent collagen has been extracted from fox bone, PNC : non-
colLtgenous proteins (HARE, 1980). HYP = hydroxyproline ; ASP = aspartic acid ; THR - thréonine ; SER = serine ; GLU
= glutarmc acid ; PRO = proline ; GLY = glycine ; ALA = alanine ; VAL = valine ; MET = méthionine ; ILE =
isoleucine ; LEU = leucine ; TYR = tyrosine ; PHE = phenylalanine ; HYL = hydroxylysine ; LYS — lysine ; HIS =
histidine , ARG = arginine.
osseux actuel, mais plus basses que pour les protéines non collagéniques de l’os, sauf pour
Téchanlillon 29901. Or ces acides aminés ont une affinité particulière pour l’hydroxylapalite en raison
de leur caractère acide (MORENO cl al ., 1984). De plus, tous les échamillons étudiés présentent une
teneur eu sérine et thréonine plus élevée que les protéines de l'os. La matière organique extraite par
HCl ci NaOH du sédiment et celle extraite sans prétraitement du fossile de mastodonte sont d’ailleurs
particulièrement riches en sérine. Ces acides aminés proviennent très probablement d’une
contamination extérieure à l’os.
Il apparaît que l'échantillon contenant la plus grande quantité d’acides aminés (29901) après
traitement par HCl et NaOH est celui dont la composition en acides aminés est la plus éloignée de
celle du collagène et qui montre le plus de signes de contamination. 11 apparaît donc qu'une relative-
— 217 —
ment forte teneur en acides aminés dans un fossile n’est pas une garantie de trouver une matière orga¬
nique de composition proche de celle du collagène.
Valeurs de 5 13 C de la matière organique
Les valeurs de ô i3 C mesurées sur les matières organiques extraites des échantillons par HCl et
NaOH sont similaires entre le sédiment (28851) et les fossiles dont la composition en acides aminés
s'éloigne de celle du collagène (labl. I : -27,0 pour le sédiment 28851 et -26,8 il -24.8 %o pour les
hipparions 30002 et 30201 et le giraffidé 29901). Au contraire, la valeur de Ô I3 C de ta matière
organique extraite par HCl et NaOH de l’échantillon de mastodonte 28801 (-19.5 %c) est bien
différente de ccs dernières, La valeur de 5 13 C de la matière organique osseuse de ce mastodonte est tout
à fait similaire à celle du collagène de mangeurs de plantes en C 3 actuels ou fossiles (AMBROSE et
al., 1986 ; BOCHERENS et MARIOTTT, 1992). Pour compléter l’interprétation paléoécologique de ce
site, nous avons étudié les abondances isotopiques en carbone et en oxygène de carbonate
hydroxylapatitc d’émail dentaire de certains fossiles et du sédiment (labl. Il et fig. 2).
Tableau IL — Valeurs de 8' 3 C et de 8^0 de la carbonate hydroxylapatite de l’émail de mammifères
et de sédiment du Miocène supérieur de Kemiklitepc.
Carbonate hydroxylapatite ô^C and ô^O values from Upper Miocene mammals enamel and
sédiment from Kemiklitepe.
Échantillons
6l3c /PDB
518 0 /smovv
Couche
Sédiment non Lraité
-8,1
21,8
KTB
Sédiment traité à Lhypochlorite de sodium
-8,2
21,5
KTB
Concrétion carbonatée de paléosol (27000)
-7,5
21,6
KTA
Choerolophodon sp. (30500)
-11,1
26,6
KTA
Choerolophodon sp. (30700)
-11,3
27,1
KTA
Hipparion sp. (30600)
-9,8
25,7
KTA
Hipparion sp. (61100)
-9,9
27,3
KTA
Hipparion sp. (61900)
-10,5
25,3
KTB
Hipparion sp. (62000)
-11,2
26,1
KTB
Samolherium sp. (61200)
-10,1
27,8
KTA
Bovidé (61300)
-10,9
27,5
KTA
Bovidé (61400)
-10,9
22,9
KTA
Bovidé (62100)
-9,8
27,1
KTD
Valeurs de ô 13 C de la carbonate hydroxylapatite d’émail et du sédiment
Le sédiment a été analysé de trois manières différentes : sans traitement, après traitement à
l’hypochlorite de sodium pour éliminer la matière organique éventuellement présente, et après un
passage dans l'acide acétique 1 M comparable à celui que subissent les échantillons d'émail. Ce dernier
échantillon n’a pas fourni de CO 2 après attaque par l’acide orthopltospliorique, ce qui montre que ce
sont des carbonates qui ont fournit le CCb du sédiment et que le prétraitement de nettoyage des
échantillons d’émail permet effectivement d’éliminer toute pollution minérale éventuelle. D'après la
similitude des valeurs obtenues avec ou sans traitement à l’hypochlorite de sodium, il apparaît que la
matière organique ne contribue pratiquement pas au carbone du sédiment. Les valeurs de ô !3 C du
— 218 —
sédiment (environ -8 %c) sont nettement différentes de celles des échantillons d’émail (comprises entre
environ -10 et -11 %o) mais sont proches de la valeur de ô 13 C d’un carbonate de paléosol du site
analysé (fig. 2 ).
FIG. 2. — Valeurs de 8*^C et de 8*^0 des échantillons d’émail et de carbonates des sites de Kemiklitepe.
and ô lS 0 values of enamel and carbonate samples from the Kemiklitepe localities.
DISCUSSION
L’interprétation paléoécologique des abondances isolopiques est surtout basée sur les valeurs
mesurées sur la carbonate hydroxylapatite d’émail puisque la plupart des matières organiques extraites
n’ont vraisemblablement pas conservé leurs valeurs "in vivo”.
Valeurs de ô 13 C de la carbonate hydroxylapatite
Les valeurs de Ô 13 C basses de la carbonate hydroxylapatite chez les herbivores (-9,8 à
-11,3 %o) correspondent à des animaux se nourrissant exclusivement de plantes en C 3 par
comparaison avec des valeurs obtenues sur des herbivores actuels (BOCHERENS et MARIOTTI, 1992).
Des valeurs très similaires se retrouvent dans 1 émail de mammifères herbivores du Pakistan du même
âge (QUADE el al., 1992). Comme le genre Hipparion est classiquement associé à des milieux ouverts
(ALBERDI, 1989), il aurait donc dû consommer des graminées en C 4 si elles avaient été présentes sur
— 219
le site. Ce type de plantes était donc absent des sites de Kemiklitepc à celte époque. Des plantes en C 4
sont pourtant connues au Kenya pour des périodes plus anciennes, dans le Miocène moyen de Fort
Teman (RETALLACK et al., 1990), avec peut-être une faible importance écologique (CERLING et al.,
1991). Des plantes en C 4 sont par contre écologiquement dominantes au Pakistan et en Amérique du
Nord à la même époque (QUADE et ai, 1992 ; CERLING et al., 1993). Une végétation de type savane
avec des plantes herbacées en C 4 était donc absente du site de Kemiklitepe. La valeur de 8 13 C du
carbonate de paléosol, si elle n’a pas été modifiée par la diagenèse, ce qui a été montré pour d’autres
sites (CERLING et HAY, 1986 : CERLING et al., 1989), indique également une végétation en C 3 par
comparaison avec les valeurs de CERLING et al. (1989),
La comparaison des valeurs de ô 13 C obtenues sur l'émail de différentes espèces d’herbivores
permet d’avancer quelques hypothèses sur leur paléoéocologic mais l’absence de plantes en C 4
empêche de distinguer clairement les éventuels mangeurs de feuilles (“browsers’’) des mangeurs d’herbe
(“grazers"). La valeur moyenne de 8 l3 C est un peu moins négative pour les hipparions (-10,4 ± 0,6
%c) par rapport aux mastodontes (- 11,1 %c± 0 , 1 ). ce qui pourrait refléter un milieu plus ouvert pour
les premiers et un milieu plus forestier pour les derniers. En effet, le recyclage du CO 2 provenant de
la décomposition de la matière organique et appauvri en 13 C en milieu forestier entraîne des valeurs de
8 13 C plus basses pour les herbivores se nourrissant de plantes de sous-bois (AMBROSE et DENIRO,
1986 ; VAN DER MERWE et MEDINA, 1991). Selon SAVAGE et LONG (1986). tes mastodontes étaient
essentiellement des mangeurs de feuilles (“browsers”) en savanes arborées et malgrc le développement
des graminées, les mastodontes seraient restés folivores. La valeur de 8 * 3 C du giraffidé Sanwlfierium
se rapproche plus de celle des hipparions que de celle des mastodontes analysés Cette constatation est
à rapprocher des résultats de l’étude menée par SOLOUN1AS et al. ( 1988) : d’après l’étude de la largeur
du museau et des microtraces d'usure dentaire, Samotherium se rapproche plus des herbivores
mangeurs d’herbe que des mangeurs de feuilles (que sont les giraffidés actueLs). Or Hipparion est un
mangeur d’herbe. Les valeurs isotopiques obtenues ici vont donc dans le même sens que les résultats
de SOLOUN1AS et al. (1988). Les valeurs des bovidés sont plus dispersées, ce qui pourrait correspondre
au fait que les dents analysées appartiennent en fait il différentes espèces aux modes de vie différents.
D’après l'étude de TUNA (1985) sur les dents d hipparions et sur les éléments de la faune, le
milieu de vie à Kemiklitepc était une savane (présence de Gazella , Palaeoreas et Tragocerus) avec des
zones forestières (présence d’un ancylothèrc) et des points d’eau. BONIS et al. (ce volume) indiquent
une savane humide.
Les valeurs de ô 13 C de la carbonate hydroxylapatite des herbivores sont dans l’ensemble moins
négatives que celles des mangeurs de plantes en C 3 d’Afrique du Sud actuels présentées par LEE-
THORP (1989). Cela ne semble pas dû à la consommation d’une faible proportion de plantes en C 4
car un régime mixte pour les herbivores entraînerait de plus grandes différences entre les spécimens,
particulièrement pour les hipparions. Cette différence semble plutôt due à une valeur de 8 13 C plus
élevée des végétaux à cette époque qu’actuellcment ou à un fractionnement isotopique entre la
nourriture et la carbonate hydroxylapatite plus élevé que celui indiqué par LEE-THORP ( 1989). Ceci est
tout à fait envisageable des valeurs de Ô ,3 C de carbonate hydroxylapatite mesurées sur des herbivores
actuels de zones tempérées et de zones arctiques ; elles sont voisines de -11 %e (BOCHERENS et
MARIOTTI, 1992). NELSON et al. (1985) ont publié des valeurs tout à fait similaires pour des rennes
actuels du Groenland. Ces valeurs de 8 l3 C de l’ordre de -11 %c chez des herbivores fossiles
correspondent donc très probablement à des valeurs de mangeurs de plantes en C 3 , mais sous des
conditions écologiques différentes de celles de l’Afrique tropicale actuelle.
— 220 —
Comparaison des valeurs de ô 13 C de la carbonate hydroxylapatite et de la
matière organique des mastodontes
Les mastodontes sont les seuls représentants de cette faune pour lesquels nous disposons de
valeurs fiables de ô !3 C à la fois pour la carbonate hydroxylapatite et pour la matière organique. La
valeur de la différence entre la moyenne des valeurs de 5 I3 C pour la carbonate hydroxylapatite et celle
de la matière organique est égale à 8,3, ce qui est tout à fait comparable à celles obtenues pour des
herbivores actuels de zones tempérées (BOCHERENS et MARlOTTl, 1992), pour des mastodontes nord-
américains vieux de 11 000 ans (KRUEGER, 1991) et pour des mammouths du Pléistocènc supérieur
(BOCHERENS et MARlOTTl, 1992). La cohérence de ces différents résultats nous fournit une forte
présomption en faveur de la conservation des valeurs d’abondances isotopiques dans ces tissus fossiles.
Valeurs de § 18 0
Les valeurs de ô 18 0 sont nettement différentes entre les échantillons d’émail d’herbivores et le
sédiment. Les valeurs de 5 18 0 des herbivores sont légèrement plus basses que celles présentées par
KOCH et al. (1990) pour les mammifères “browsers” du parc d’Amboseli au Kenya. Elles - n’indiquent
donc pas un climat très chaud pour le site de Kenuklitepe. Elles apparaissent cependant plus élevées
en moyenne que celles mesurées par QUADE et al. (1992) sur des mammifères herbivores du Miocène
du Pakistan. Les valeurs obtenues sur des échantillons des couches KTA et KTB ne présentent aucune
différence significative, 11 faudrait cependant disposer de plus de valeurs de 5 18 Ü de comparaison pour
interpréter ces valeurs d'un point de vue paléoclimatologique. La valeur de 5' 8 0 sensiblement plus
basse pour le bovidé 62100 est peut-être liée à la consommation de plantes aquatiques, comme dans le
cas de 1’hippopotame actuel en Afrique (KOCH et al., 1990).
CONCLUSIONS
Cette étude paléoécologique d’un site continental du Miocène est l’une des premières menées à
l’aide des outils de la biogéochimie isotopique portant à la fois sur la matière organique d’os et la
carbonate hydroxylapatite d’émail pour un site aussi ancien. Les supports de l’information isotopique
sont l’émail dentaire des mammifères, dont le carbonate apparaît assez bien protégé de
l’environnement pour conserver les valeurs “in vivo” de l’animal qui l'a synthétisé, et la matière
organique des os quand celle-ci a conservé une composition en acides aminés proche de celle du
collagène. Dans le site de Kemiklitepe, la préservation apparaît promeneuse en raison de la présence
d’hydroxyproline dans la matière organique extraite des fossiles mais la composition globale en acides
aminés est généralement sensiblement différente de celle du collagène. Le message isotopique contenu
dans cette matière organique ne pourra être interprété que par l’utilisation de techniques d'extraction de
la matière organique plus élaborées que celles utilisées jusqu'à présent (BOCHERENS, 1992), ou par
une analyse au niveau des acides aminés pris individuellement, comme suggère par HARE et ESTEP
(1983) et HARE et al (1991), notamment grâce au développement du couplage GC-IRMS
(chromatographie en phase gazeuse - spectrométrie de masse isotopique).
Les résultats isotopiques obtenus sur la phase minérale de l’émail des mammifères herbivores
de ce gisement montrent que les plantes en Cq étaient absentes du site de Kemiklitepe au Miocène
supérieur. L’absence de ce type de végétation est une information intéressante concernant l’évolution
des écosystèmes continentaux à cette époque mais elle ne nous permet pas de distinguer sans
ambiguité les herbivores forestiers de ceux de milieux ouverts.
Remerciements
Nous tenons à remercier tout particulièrement D. BlLLIOU pour sa participation active à l’analyse des
échantillons d’émail.
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Les gisements de mammifères du Miocène supérieur
de Kemiklitepe, Turquie :
11. Biochronologie, paléoécologie et relations
paléobiogéographiques
par Louis DE BONIS, Geneviève BOUVRAIN, Denis GERAADS,
Georges D. KOUFOS, Sevket SEN et Pascal TASSY
Résumé. — Les sites fossilifères de Kemiklitepe (Turquie) sont divisés en deux ensembles
correspondant respectivement au Turolien inférieur (MN 11) et au Turolien moyen (MN 12). Bien que le
nombre d'espèces et, pour chacune d'elle, le nombre minimum d'individus, soient relativement faibles, il est
possible d'affirmer que la faune correspond sans doute à un environnement voisin d’une savane relativement
humide. Par leur composition, ces faunes sont voisines de celles de Samos (Grèce) et de la Grèce méridionale.
Elles sont plus éloignées en revanche de celles d'Iran, à l’est, et de Macédoine à l'ouest.
Mots*clés. — Mammifères, Miocène supérieur, Turquie, biochronologie, paléoenvironnement,
paléobiogéographie.
Abstract. — The fossiliferous sites of Kemiklitepe (Turkey) are composed of two sets dated
respectively to Eariy Turolian (MN 11) and Middle Turolian (MN 12). Although lhe number of species and,
for each of them, the minimum number of individuals are low, it is possible to claim that the fauna lived in a
paleoenvironment near of a relatively humid savanna. The fauna lisls are similar to those of Samos and of
Southern Greece. They are more different frorn the faunas of Iran, at east, and Macedonia, at west.
Key words. — Mammals, late Miocene, Turkey, biochronology, paleoenvironment, paleobio-
geography.
L. DE BONIS, Université de Poitiers, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés et Paléontologie Humaine, 86022 Poitiers
cedex, France.
G. BOUVRAIN et S. SEN, U RA 1433 du CNRS, Université P. et M. Curie, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés, 75252
Paris cedex 05, France.
D. GERAADS, URA 49 du CNRS, Musée de l'Homme et Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés, Université P. et M.
Curie, 75252 Paris cedex 05, France.
G. D. KOUFOS, Umverstty ofThessalomki , Dept. of Geology and Physical Geography, 54006 Thessaloniki, Grèce.
P. TASSY, URA 12 du CNRS, Université P. et M. Curie, Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés, 75252 Paris cedex 05,
France.
— 226 —
INTRODUCTION
Situés sur le plateau anatolien dans la vallée du Méandre, près du petit village de Karaçaahmet
entre Izmir et Ankara, les gisements de vertébrés fossiles de Kemiklitepe ont été signalés par
YALÇINLAR (1946). Cependant jusqu'ici la faune n'était connue qu'à travers quelques listes
(CRUSAFQNT, 1957 ; OZANSOY, 1961 ; BECKEN-PLATEN et al ., 1975) et la description de dents
isolées à'Hipparinn (TUNA, 1985), De nouvelles fouilles ont permis de reconnaître l'existence de deux
niveaux fossilifères principaux, nettement séparés dans la colonne stratigraphique. Le niveau supérieur
comprend quatre sites ; d'une part KTA, KTB et KTC. ce dernier n'ayant fourni que quelques
ossements fragmentaires sans grand intérêt, et d'autre part le "niveau à Hysirtx " situé environ un mètre
plus bas. KTA et KTB sont situés dans une même couche stratigraphique et séparés par une distance
de quelques mètres seulement. Sur le terrain, les fossiles qui en proviennent ont été traités séparément
mais dans la suite de cet article ils seront regroupés sous le nom de KTAB, Le niveau inférieur n'est
représenté que par le seul site de KTD situé une quinzaine de mètres plus bas dans la colonne
stratigraphique et qui contient une faune différente.
Les différents groupes de mammifères ont été étudiés par plusieurs chercheurs et cet article
réunit leurs résultats dans le cadre d'une analyse globale de la faune.
I — BIOCHRONOLOGIE
Les faunes des deux niveaux fossilifères ont peu d'espèces communes (5) et encore s'agit-il
d'animaux qui perdurent pendant une grande partie du Miocène supérieur comme Chaerolophodon
pentelici, Palaeotragus rouenii ou Ceratotherium neumayri.
Les Bovidés sont tous différents au niveau spécifique. Il est vraisemblable que ce
renouvellement des Bovidés traduit un changement de milieu ainsi qu'une différence dans le temps. Il
est plus difficile en revanche d'avancer une hypothèse sur l’âge de ces sites. Certains des Bovidés de
KTD (Protory .v, Palaeoreas et Gazella) ressemblent à des formes du Sinap moyen (Vallésien), tout en
étant un peu plus évolués. Criotherium, très abondant à KTD, n'est connu qu'à Samos et
vraisemblablement dès les niveaux les plus inférieurs. Ainsi les Bovidés de KTD inciteraient à
attribuer à ce gisement un âge voisin de la limite Vallésien-Turolien. Le niveau de KTAB a livré
beaucoup moins de Bovidés et seul Protoryx laticeps peut donner une indication chronologique. Cette
espèce se retrouve à Samos, où elle proviendrait des niveaux supérieurs, à Kinik (MN 12) et, d'après
BOSSCHA-ERDBRINK ( 1988). dans les sites Kl et K2 de Maragha (upper Maragha). Ainsi la faune de
KTAB pourrait sc placer dans le Turolien moyen.
Parmi les Giraffidés, seul P. rouenii est présent dans les deux niveaux KTA et KTD, mais cette
espèce semble à peu près dépourvue de signification chronologique. Samotherium major de KTAB est
semblable à ceux de Vathylakkos 3, Taskinpasa et de la plupart des collections de Samos. Cette
espèce est absente de KTD. où un Samotherium ? sp. évoquerait davantage celui des collections de F.
MAJOR, qui proviennent sans doute des niveaux les plus anciens de Samos. KTD pourrait donc se
situer à la base du Turolien.
Parmi les Rhinocerotidés, Ceratotherium neumayri se trouve dans les deux niveaux, mais cette
espèce n'a qu'une signification chronologique limitée. Les dimensions des os sont semblables à KTA
et KTD. Néanmoins, d'après HEISSIG (1975), la facette fibulaire de l'astragale serait plus étroite au
Turolien qu'au Vallésien. Or la même différence semblant distinguer l'astragale de KTA de ceux de
KTD. ce dernier site pourrait être situé assez, bas dans le Miocène supérieur. Néanmoins, le
— 227 —
Chilothenum de KTD est une forme évoluée du genr e et semble donc difficilement compatible avec
un âge vallésien. Un âge Turolicn inférieur est plus vraisemblable.
Uippuriun esl plus abondant à KTAB qu’à KTD. Le niveau supérieur a livré II. mediterraneum,
//. matthewi et une troisième espèce qui présente des affinités avec H. proboscideum. D'après cette
association, ce niveau pourrait appartenir au Turolien moyen ou supérieur (MN 12 ou MN 13). Le
niveau inférieur, plus pauvre, a néanmoins fouriu H mediterraneum à côté d'une espèce de petite taille
dont les restes, trop fragmentaires, n'ont pu être déterminés avec précision ; ces éléments seraient
compatibles avec un âge turolien,
Le proboscidicn Choerolophodan penteJici est plus évolué à KTAB qu’à KTD. Le niveau
évolutif des spécimens de KTA-KTB correspond à celui de C. pentelici à Pikermï et à Samos (MN
12). Le niveau évolutif des spécimens de KTD se retrouve dans des sites vallésiens ou turoliens
inférieurs (Yassiôren, Kayadibi) ainsi qu'à Maraghah-Kelschara. gisement réputé turolien, où il
coexiste avec des spécimens plus évolués (mélange de faunes à Maraghah-Kelschara ?). Il est peu
douteux que KTD soit plus ancien que KTA-KTB. donc plus ancien que Pikermi.
Orycleropus gaudryi de KTB est identique à celui de Samos où il est connu dans trois localités
: Quarrics 1,4 et 5 (COLBERT. 1941). Le. Q4 se situe vers la base des "Main Bone Beds" (7,5 Ma)
tandis que les deux autres localités sont plus récentes, environ 6,5 Ma (WE1DMANN et al.. 1984 ;
SEN, 1986). L'oryctérope de KTB est différent de celui du Sinap moyen (O. potlieri Ozansoy. 1965) et
appartient probablement à une lignée différente,
Hystrtxprimigenia est fréquent dans les gisements turoliens de la région égéenne. Sa présence
au Vallésien n'a jamais été mentionnée. Sa morphologie dentaire conservatrice et l'état fragmentaire et
peu nombreux des Testes n'ont pas permis de mettre en évidence des tendances évolutives. Cependant,
l'examen des restes disponibles montre que sur les spécimens provenant des gisements attribués à MN
13 comme Dytiko ou Kàlimanci IV, les P 4 sont pius grandes que celles de Pikermi et de KTA, tandis
que les M-^ sont proportionnellement plus petites. Ces deux caractères placent les gisements à Hysirix
de Kcmiklitepe (KTA et niveau à Hysirix ) à un niveau biochronologique antérieur à Dytiko (MN 13).
La forme de Kcmiklitepe est, par sa taille et sa morphologie, proche de celle de Pikermi.
Les carnivores de KTA et KTB (Adcrocuta e xi mi a, Lycyaena sp.. Hyaenotherium wongii et
? Indarctos sp.) sont compatibles avec un âge turolien. H wongii. en particulier, ne diffère en aucune
façon des spécimens connus en Chine et en Europe dans les niveaux MN 11 ou MN 12. Machairodus
aphanislus est le seul carnivore de KTD. L'espèce-type provient du Vallésien d'Eppelsheim et semble
se retrouver, bien que mal représentée, dans d'autres sites vallésiens. Quelques détails anatomiques
comme la perte de P2, d'un côté seulement, pourraient faire penser à une forme du Vallésien tardif
ayant amorcé quelques-unes des transformations conduisant vers l'espèce turolrenne A/, gi gant eus.
En résumé, il semble bien que pour tous les groupes envisagés, il soit possible de. séparer les
deux niveaux de KTAB d'un côté et KTD de l'autre. Le dernier niveau, plus bas dans la colonne
stratigraphique, contient aussi une faune plus archaïque que l'on peut situer avec une bonne probabilité
au début du Turolien (MN 11). La faune du niveau supérieur rappelle celle des niveaux classiques de
Pikermi et correspond certainement au Turolien moyen (MN 12).
II — PALÉOÉCOLOGIE
Diverses méthodes permettent, à partir de l'analyse de la faune, d'avancer certaines conclusions
relatives aux paléoenvironnements. La diversité spécifique est un indicateur des conditions
écologiques. Dans des conditions difficiles (sécheresse, froid,...) les faunes sont déséquilibrées avec un
— 228 —
Tableau I. — Listes fauniques de gisements du Miocène supérieur de la province gréco-iranienne.
Choerolophodon pentelicus
Zygolophodon (apiroides
Tetralophodon a (tic us
Dirrafhrriurn gignnteum
Chahcotherium goldfussi
Ancylatherium pcniclicum
Ccmtothennin neumayri
Dicerorkinut prkermicnsrs
Acertu ht hum sp.
Chiloihcnum h cgncn
Chilotheriam persiar
ChUatheriu/n tp.
Hippanon proboscidtam
Hipparion mediferraneum
Hippanon brachypu.%
Hipparion pnmigeruum
Hippanon niait he ni
Hippanon periojrieoniwt
Hippanon proxlylunt
Hipparion mofdavicum
Hipparion cnntphedr
Hipparion koeniçs wafdr
Hippanon iheniuxi
Hipparion die trie!à
Hipparion macedonicuni
Pli oh y ms grue eux
Microstonyx xp.
Poslpo/nmochoenn sp.
Dorcathrritun sp.
Cervidés
Helladothenunt duvernoyi
Polueotragas rotitnii
Palaeolrogus coelophrys
Somoflteraun sp-
Samothehum neonmyci
Sanwtheriim* major
DeCennathtrikim sp.
li oh U ni a a <tien
Gasf/la sp.
Prostrepsiceros rotandicomis
P rostre psic+ros otteli
Prosfrrpsicrroi vaUcùtnsis
Prostrrpsirrros houtumschindlcri
Prostré psi ce ras n. sp.
, Oioceros rot ht
f?iverras «vegnrri
Oioceros a/ropatenrs
Nisidorcas planieorni.s
Ouzo ce nu gracilis
Ilispanodorcas orienta lis
Samatmgus praecursor
— 229
Ivb
Vb
_
RZl
RPL
RZO
VTK
VAT
VLO
PXM
DKO
DTK
DIT
PIK
SAM
MMR
UMR
UAL
KTA
KTU
KTD
pa
47
Protoryx loti ceps
+
+
4-
o
48
Protoryx carolinac
■f
54
49
Protoryx parvidens
+
+
4-
55
50
Protoryx capricornis
56
51
ProtragrUiplios skonzesi
+
+
-
57
52
Protragrlaphus th codon
•f
58
53
Polatoryx pallosi
+
+
4-
.
59
54
Trogareas oryxoidcs
+
60
55
Palacorcnx hndemiayeri
+
+
4-
4-
61
56
Ptilacoreas zoiuirti
+
62
57
Paine orras eUgans
4-
63
58
Cnoilterium argalioides
4-
4-
64
59
Urmiathennm polaki
4-
65
Xtescmhrincerus mclenlisi
+
66
60
Tragoportax anialthea
4-
67
61
Tragoporlaj. n/gosifrons
. +
+
+
+
4-
68
62
Trngoportax gaudryi
+
+
+
4-
69
63
Hystnx primigenia
+
4-
4-
+
4-
70
64
Ocyctcroptu gatidryii
-
+
4-
4-
71
65
Mrsopithcau pentclicus
-
-
4-
72
66
Mrsopilhcctts delsnni
4-
-
73
O or an opifhecus ma cedon itnsis
+
Gisements de Macédoine (Grèce) : RZI - Ravin des Zouaves n° i ; RP1 = Ravin de la Pluie , RZO - Ravin des
Zouaves n° 5 ; VTK, VAT et VLO - gisements de V&thylakkos (2, I et i) : PXM = Prochoma ; DKO. DTK et DIT =
gisements de Dytiko (3, l et 2). — Gisements de Grèce méridionale : P1K = Pikermi (fouilles Gaudry) ; HAL =
Halmyropotamos : SAM ■ Samos (Quarry A). — Gisements de Turquie : KTA, KTB. KTO = Kcmikliicpe. — Gisements
d'Iran : MMR = Middle Maragha ; UMR - Ùppcr Maragha.
Va et Vb - numérus attribues aux differentes espèces d..m> les analyses factorielles. Une croix indique la présence
d'une espèce ; on tiret indique une détermination au niveau générique. Dans les listes fauniques nous n'avons pas tenu
compte de deux Bovidae indéterminés signalés à Kemtklitepc qui ne permettent aucune comparaison et de Pseudomeriones
sp., unique micromammifère.
Localities of Macedonia (Cïreece) : RZI - Ravin des Z nuaves n° I : RPI ~ Ravin de la Pluie ; RZO = Ravin des
Zouaves , VTAT. VAT and VLO - localities of Vathylakkos (2, 1 and 3) ; PXM = Proclwma . DKO. DTK and DIT =
localities of Dytiko i3. I and 2). — Localities of Southern Grecce ; P/K - Pikermi IGaudry's excavation) ; UAL =
Halmyropotamos ; SAM - Samos (Quarry A) — Localities of Turkcy KTA, KTB and KTD - Kemikhlepe — Localities of
Iran : MMR - Middle Maraylia ; UMR - Upper Maragha.
Va and Vb = numbers altocaled ta the different species in lhe factor analysis. A cross indtcatcs a spécifie
identification ; a hyphen mdicales a generic identification. In lhe faunal list tee did nol lake into accounl rwo unidentified
bovids (thaï » e connût compare to anv other tocalily) and the unit/ue micromammal Pseudomeriones sp front KTAB.
nombre réduit d'espèces dominantes. Des conditions plus clémentes déterminent des faunes où le
nombre d'individus est mieux réparti entre les espèces. Le poids des animaux et le nombre d'espèces
dans chaque catégorie de poids sont aussi sous la dépendance des facteurs environnementaux et la
courbe de répartition sera aussi révélatrice d'un certain milieu (BONIS et al.. 1992).
1 Diversité spécifique
Les gisements de Kemiklitepe ont livré des faunes constituées exclusivement de grands
mammifères. Cette sélection, due sans doute à un biais taphonomique, se retrouve dans les gisements
du Miocène supérieur de Macédoine (BONIS et al.. 1992) ainsi que dans beaucoup de sites de cette
— 230 —
époque dans la province gréco-iranienne. Cette absence de la microfaunc se traduit par des nombres
d'espèces relativement peu élevés. Cependant, compte tenu du nombre minimum d'individus (NM1)
très bas, le nombre d'espèces de KTAB est malgré tout assez important (tabl. Il) puisqu'il égale celui
de Dytiko (Turolien supérieur) alors que le NMI est trois fois plus faible. A KTD, pour un NMI
presque identique à celui de KTAB, le nombre d'espèces est très nettement inférieur (tabl. II).
TABLEAU II. — Nombre d’espèces et nombre minimum d'individus (NMI) dans les gisements de
Kemiklitepe et de Macédoine grecque.
Number of species and minimum number of individuals (MNI) from the Kemiklitepe and Greek
Macedonia localities.
KTD
KTAB
RP1
RZD
PXM
Dytiko
Nbre d’espèces
14
23
19
22
13
23
NMI
52
54
130
120
60
147
Plusieurs indices permettent de mettre en évidence la diversité spécifique à partir du NMI. Bien
que celui-ci soit très bas à Kemiklitepe, nous donnerons à titre indicatif les indices de diversité
comparés à ceux d'autres gisements de la province faunique gréco-iranienne. L'indice de Simpson :
LN(N-l) J
où ni = nombre d'individus de l’espèce i et N = nombre total d’individus, est le plus souvent donné
sous la forme 1-L. Plus l’indice est proche de 1 plus la faune est équilibrée.
L'indice de Shannon-Wiene :
HT
-I
n- n-
— . In —
N N
est un indice d'hétérogénéité. Il est très sensible à l'abondance des espèces rares.
L'indice de Whittaker :
max _ i mm
N 8 N
V
où S est le nombre d'espèces, n, max. : NMI de l'cspccc la plus abondante, n. min. : NMI de l'espèce
la moins abondante est un indice d'équilibre faunique. Plus E est élevé, plus la faune est équilibrée
(tabl. III).
On constate que pour Kemiklitepe, les indices calculés diffèrent entre les deux niveaux. Ceux
de KTD sont contradictoires indiquant une faune tantôt équilibrée (indice de Simpson), tantôt
déséquilibrée (indice de Whittaker). C'est certainement par suite du biais introduit par le faible nombre
d'espèces et d'individus dans ce gisement. A KTAB, le nombre d'espèces est plus grand mais le
nombre d'individus reste faible : les indices sont moins contradictoires mais, comme pour KTD,
l'interprétation reste difficile.
— 231 —
Tableau III. — Indices de diversité faunique des gisements de Kemiklitepe et de Macédoine grecque.
Diversity faunal indices of Kemiklitepe and Greek Macedonia localities.
N
S
1-L
H 1
E
KTD
52
14
0,918
2,44
6,34
KTAB
54
23
0,9312
2.96
11,8
RP1
130
19
0,808
2,42
11,7
RZO
120
22
0,854
2,40
13,6
PXM
60
13
0,810
1,93
9,7
Ditiko
147
23
0.912
2,60
15,70
Pikermi
216
32
0,920
2,93
20,2
N = nombre minimum d'individus (NMI) ; S = nombre d'espèces ; L = indice de Simpson ; H' = indice de Shannon-
Wiener ; E = indice de Whittaker.
N = minimum mtmber of individuals (MNI) ; S = number of species ; L = Simpson's index ; H' = Shannon-Wiener’s
index ; E = WhilUiker's index.
2. Composition des assemblages fauniques
Parmi les mammifères retrouvés à Kemiklitepe, si Ton prend en compte le NMI, les
artiodactyles forment le groupe le plus abondant, très nettement à KTD (59%), moins nettement à
KTAB (39%). II s'agit uniquement de Bovidac et de Giraffidae. L'absence des autres familles
d artiodactyles (Sutdae, Tragulidae, Cervidae) n'est sans doute pas significative et doit provenir, au
moins pour les Suidae et peut-être les Tragulidae, du faible nombre de spécimens. L'importance des
Giraffidae dans ces deux faunes est également surprenante, (fig. la et b). Les perissodactyles
représentent 28% à KTD et 30% à KTAB. A KTD le pourcentage de Rhinocerotidae (17%) est plus
élevé que celui d 'Hipparion (11%) alors que c'est très généralement l’inverse. Les carnivores sont
relativement abondants à KTAB.
3. Cénogramme
Celui-ci représente une analyse pondérale de la faune (VALVERDE, 1964,1967 ; LEGENDRE,
1988). Sur un graphique bidimensionnel, les espèces sont classées une à une par ordre de poids
décroissants sur Taxe des abscisses, les logarithmes des poids figurant en ordonnées. Pour les formes
fossiles, les poids sont calculés à partir de la surface occlusale de la première molaire inférieure
(LEGENDRE. 1988), L'allure de la courbe obtenue varie en fonction des biotopes occupés par cette
faune. Par comparaison avec des faunes actuelles, il est possible de déduire les environnements
correspondant aux faunes fossiles. Cette méthode est appliquée seulement aux sites de KTAB, le
nombre d'espèces présentes à KTD étant insuffisant.
Le cénogramme de la faune de KTAB (fig. 2) montre deux ruptures individualisant trois
groupes. Le premier qui comprend des animaux de très grande taille (poids supérieur à 2000 kg), est
suivi d'une lacune traduisant l'absence de mammifères de poids situés entre 2000 et 450 kg. La plupart
des espèces de KTAB ont des poids qui s'étagent entre 450 et 16 kg sans discontinuité avant une
nouvelle lacune, sans doute amplifiée quelque peu par l'extrême rareté des micro-mammifères, une
seule espèce ayant un poids inférieur à 500 g. On remarque que les pentes correspondant
respectivement aux espèces de grande taille et de taille moyenne sont assez proches. Replacé dans la
nature actuelle, un tel schéma correspondrait à une faune de savane arborée en milieu relativement
humide.
ARTIOOACTYLA
— 233 —
15
10
A
♦ Proboscidea
A Perissodactyla
□ Artiodactyla
■ Tubulidentata
O Rodentia
5
O
0
5 10 15 20
FIG. 2. — Cénogramme de la faune de KTAB.
Cenogram of the KTAB fauna.
HI — RELATIONS BIOGÉOGRAPHIQUES
Les gisements de Kemiklitepe étaient situés, au Miocène supérieur, à l'intérieur d'une province
faunique qui, à partir de l'emplacement actuel de la Yougoslavie, s'étendait jusqu'à l'Iran et sans doute
l'Afghanistan. Une comparaison des sites turcs à d'autres sites va nous permettre de préciser les
relations entre les divers gisements de cette province.
1. Les indices fauniques
Ces indices reposent sur le nombre de taxons communs ou propres à chaque liste faunique.
Nous avons utilisé l'indice de similitude de Simpson :
— 234
nombre de taxons communs
S = -.100
nombre de taxons dans la liste la plus courte
et l'indice de distance de Pickford :
p produit du nombre de taxons propres à chaque site
produit du nombre de taxons dans chaque site
S = 0 et P = 100 s'il n'y a aucun laxon commun, S = 100 et P = 0 si tous les taxons d'un site
sont également présents dans l'aulre. Ces deux indices ont été calculés au niveau générique et
spécifique (tabl. IV). Dans ce dernier cas, seuls les taxons déterminés jusqu'au niveau spécifique dans
les deux sites considérés ont été décomptés. Les tableaux représentant les distances ou les similitudes
avec chacun des gisements ont été soumis à une analyse en composantes principales. Les résultats
varient en fonction des indices et de la catégorie taxonomique considérée, mais, dans l'ensemble, KTA
est toujours proche de KTD, surtout au niveau générique, où ces deux gisements sont assez isolés.
Ces deux sites sont toujours éloignés des gisements de Macédoine. RP1 d'une part, le groupe VTK-.
FIG. 3. — Analyse en composantes principales sur la matrice des indices de distance de Simpson. Projection des
gisements sur le plan défini par les deux premiers axes factoriels (programme Stratigraphies).
Principal component analysis on lhe Simpson’s faunal dislance indices. Place of the localities on the plan of lhe
factors I and 2 (program Stratigraphies).
235 —
Tableau IV. — Indices tauniques. A gauche, indices calculés au niveau de l'espèce, à droite au niveau
du genre. — Faunal indices Left — indices from the species : righi = indices front lhe généra.
4a > indice de similitude de Simpson — 4a > Simpson s index of similarité.
RP1
RZO
VTK
PXM
DKO
PIK
SAM
MMR
UMR
KTD
100 100
18 36
25 36
17
27
17
45
18
45
9
36
9
36
9
27
0
18
8
27
8
27
RZO
100 100
47 67
64
83
8
73
36
87
50
67
21
73
6
50
27
53
15
36
12
50
VT K
100 100
67
83
38
75
36
80
40
60
12
50
6
58
19
44
29
43
12
50
PXM
100
100
11
75
22
75
50
67
17
67
10
42
20
67
8
42
8
33
DKO
100
100
47
78
20
56
20
62
30
58
18
53
42
50
36
50
PIK
100
100
42
78
37
81
36
67
69
100
58
79
55
67
SAM
100
100
40
81
50
80
40
71
67
79
64
75
MMR
100
100
64
67
13
50
29
57
25
58
UMR
100
100
18
44
33
50
17
42
HAL
100
100
31
50
18
42
KTA-B
100
100
50
75
KTD
100
4b > indice de distance de Pickford. — 4b > Pickford's index of distance.
KTD
0_0
axwoo
— 236 —
PXM-RZO de l'autre auquel s'adjoint DKO au niveau générique. Si on exclut de l'analyse ce dernier
site, dont la position est assez fluctuante, les gisements turoliens s'ordonnent suivant leur situation
géographique : Macédoine - Grèce méridionale et Samos - Kemiklitepe - Maragha.
2. Analyses factorielles et classification hiérarchique
Les liens entre les listes fauniques de Kemiklitepe et des autres gisements du Miocène
supérieur de Méditerranée orientale apparaissent au travers d’une analyse factorielle des correspondances
(AFC). Le tableau des données représente la liste des gisements en tête de ligne, chaque espèce
figurant dans une colonne. Les variables valent 2 lorsque l'espèce envisagée est présente dans un
gisement et 0 si elle est absente, la valeur 1 étant réservée à la présence d'un genre non identifié au
niveau spécifique.
18
1—I—I—!—I—I—I—I—!—I I I I I
Nisidorcas planicomis
' ^ Pataeoreas zouave/
Postpotamochoerus sp
“' PXM
VTK ^Hipparion dietriçhi
prostrepsiceros Ztttûti ,
RZOi u Chaiicotherlum goldfussi
Tragoportax rugositrons .
_ ’Dorcaiherfym sp
i—n—r
i—i—i—r
-2
I— ■
B mBohlinia attica
HAL pjK
SAMU, pataeoreas elegans
KTD.PIK ■ ■
| kJA Choerotophodon pentelicus ■ Tetralophodon atticus
-12
-22
Hlpparion macedonicum
[. Protragelaphus sKouzes/
^ a Dinothérium glgameum
1_ Orycteropus gaudryi
' J prolor yx lauceps
Hipparion matthewi
I Prostrepsiceros houtumschindleri
Bi Oioceros rotht
Tragoportax gaudryi
MMR
_ UMR
Hipparion prostylum •
[_ Hipparion moldavicum .
■ Chtiotherium perslae
I Oioceros atropatenes
■ Samothehum neumayri
I a Hipparion campbelti |
Palaeotragus coelophrys
J_I_L
Ouranopithecus macedoniensis
Mesembriacerus melenttsi —J
Samotragus praecursor
Ouzocerus gracilis
Prostrepsiceros vallesiensis ]
Deoennatherlum sp
Hipparion primigenium —
RPL
J_I_L
J_I_L
J_I_L
Urmiatherium polakl
•5 5
15
25
35
AXE1
45
(X 100)
FIG. 4. — Analyse factorielle des correspondances. Matrice correspondant à la liste d espèces du tableau I. Plan
défini par les deux premiers axes factoriels. Voir légende du tableau 1. Les numéros des variables correspondent à la liste
Va (programme ANCORR, bibliothèque ADDAD).
Correspondence factor analysis. Matrix front thefaunal list of table I. Plan of lhe two first factors. See caption of
table I. The variate nom bers are into the list number Va (program ANCORR , ADDAD library).
— 237 —
Une première analyse incluant le site du Ravin de la Pluie (Macédoine) a pour résultat principal
de montrer l'originalité de ce gisement par rapport à tous les autres (fig. 4). Sur le plan défini par les
deux premiers axes factoriels, cette station se détache sur le côté positif du premier axe. Malgré un
poids relativement faible, 56 contre 53 au minimum (KTD) à 138 (Samos ou Pikermi), la grande
distance au centre de gravité, 3382 contre 7 à 351 pour les autres sites, lui confère une inertie élevée.
Cette différence importante, qui distingue le Ravin de la Pluie, s'explique probablement par l’âge
vallésien de ce gisement, nettement plus ancien que les autres sites. En effet, les différences entre les
listes fauniques ressortissent à la position géographique des gisements, à la paléoécologie mais aussi.
24
14
A
X
E
2
-6
1-1-T
7-1-1-T
7 T
| Samotherium sp
Palaeoreas elegans
Protragelaphus
KTD
Criotherium argaltoides, Protoryx parvidens
Chltotherium sp , | Hipparion mediterraneum
Dlcerorfunus pike,mensts ■Jpn nhur . r rvoifropi/ceros n. sp rroirageie
TragoportaxamUlhta J. or ' ews " s the ° a ° ri
Terralopbodon anfcûi .b™ "'PP*'™' perlamcanum
Protoryx carohnêc Hipparion àrachypor^'* , 4lMottÊgua roue nu
Pafaeoryx pailesl ^j^mHiûP^hon tftcnlusi, Htppanon koenigswaldi
Oioceros wegnert a P,K 01 K, Hyzlnx orimigema
anica .
Hipparion matthew’ g Cervidés HAL Sa 'J’?!Pi'iPr” m “ a ’ g Palaeoreas lindormayeri
Protragelaphus skouxesi CeraioUiariM • Xoërarr“:!ùrn _ . Oorcatherium sp
Protoryx laticeps a B g ■ Ancylotherium a t/lesopnhecus pentelicus
Orycteropus gaudryi ■ Dtnolhenum mGa’ella so aProstrepsiceros rotundleomis
Oioceros rothi a ■ ~ ' Zygolophodon tapiroldes
Tragoportax gaudryi a ■ Choerolophodon pentelicus Chaltcoihenum gnldfussi
I Prostrepsiceros houlumschindlcn Helladotheriumduvemoyi , Hipparmn proDosctoeum
" VTK
Mtcrostonyx sp
MMR
-16
, Palaeotragus coelophrys
Hipparion prosiylum bjjyjp
■ Hipparion moldavicum
Chilotherium persiae
Oioceros alropatenes
B Samotherium neumayn
Urmiatherium polaki i
Hipparion campbelli j_| | |
■ Tragoportax rugosifrons
Prostrepsiceros zineli
a Hipparion dietnchi
^PXM
RZO
Mesopithecus delsoni
Hipparion macedomcum
Nisidorcas plamcornis —j
Palaeoreas zouavei
_L
J_L
Postpotamochoerus sp
_1_I_I_I_
-21
-11
19
(X 100)
AXE1
FIG. 5. — Analyse factorielle des correspondances. Matrice correspondant à la liste d’espèces du tableau I. Plan
défini par les deux premiers axes factoriels. Voir légende du tableau I. Les numéros des variables correspondent à la liste
Vb (programme ANCORR, bibliothèque ADDAD). Analyse effectuée sans le site du Ravin de la Pluie (RP1).
Correspondence factor analysis. Matrix front the faunal lisl of table I. Plan of the two ftrst factors. See caplion of
table l. The variole iiiwibers are into the list number Vb (progrum ANCORR, ADDAD library). Analysis without the faunal list
of the locality of Ravin de la flûte (RPl).
238
bien évidemment, à leur ancienneté relative. Dans certain cas cette dernière peut s'exprimer avec une
telle intensité qu'elle traduit la plus grande partie de la variance totale et minore les autres résultats de
l'analyse. De ce fait nous avons décidé de procéder à une autre analyse en excluant cette fois le Ravin
de la Pluie. Dans ce cas, la position des gisements et des variables sur les deux premiers axes
factoriels (fig. 5) montre une allure bien differente. Les points se répartissent selon une parabole qui
caractérise l'effet Guttman (STOUFFER er al., 1990 ; ESCOFFIER, 1973 ; ESCOFFIER et PAGES,
1990). Ce dernier se manifeste lorsque le deuxième facteur est une fonction polynôme du second degré
du premier facteur (ESCOFFIER, 1973 ; ESCOFFIER et PACES, 1990). Le premier facteur sépare les
sujets extrêmes des sujets moyens mais le second facteur précise les relations des extrêmes en
montrant que, s'ils sc séparent des valeurs moyennes, ils sont rapprochés par les valeurs nulles qui les
éloignent de ces mêmes valeurs moyennes. Dans le cas d’un effet Guttman, les sujets et les variables
peuvent être réordonnés de manière à exprimer le passage progressif d'un extrême à l'autre. Le tableau
des données représente alors une diagonale allant de gauche à droite et de haut en bas, figure appelée
scalogramme, qui contient les valeurs positives alors que les valeurs nulles sont situées dans les coins
opposés du tableau (tabl. V). Bien que le scalogramme obtenu ici soit impartait, on constate que le
reclassement place les gisements les uns à la suite des autres à partir de l'Iran (Maragha) en passant par
la Turquie. (Kemiklîtepe), Samos et la Grèce du sud pour arriver à la Macédoine. Le passage régulier
d'une région à l'autre par modification progressive de la composition faunique montre que les sites de
Macédoine sont plus proches de ceux de Grèce méridionale que de Samos ou des gisements turcs. Ceci
pourrait indiquer l'absence, ou la difficulté, de relations directes, entre la Grèce du nord et l'Asie
Mineure, malgré une relative proximité géographique. Le tableau V montre quelles sont les espèces
présentes seulement en Iran, celles caractérisant plutôt la région qui va de l'Asie Mineure à la Grèce du
Sud ou celles que i on rencontre en Macédoine. Une classification hiérarchique complète cette étude
biogéographique (fig. 6). On retrouve sur l'arbre hiérarchique un ensemble particulier formé par les
gisements d'Iran, puis un autre comprenant Samos et les sites de Kemiklitepe suivi du groupe
Pikermi-Halmyropotamos, de Dytiko et enfin des trois autres stations de Macédoine.
MMR
U MR
KTD
SAM
KTA
PI K
HAL
DTK
VT K
PXM
RZO
FIG. 6. — Classification hiérarchique ascendante à partir de la matnee correspondant à la liste d'espèces du tableau
I (Vb) (programme CAHVOR, bibliothèque ADDAD).
Ascending hiérarchie classification jrom tlie matrix of thefaunal lisl of table I (Vb) (programm CAH\'OR. ADDAD
library).
— 239 —
Tableau V. — Scalogramme établi d'après les résultats de l'analyse des correspondances de la figure
5 (programme RECOORD, bibliothèque ADDAD). 1. indique une détermination générique ; 2. indique une
détermination spécifique.
Scalogram from the results of lhe figure number 5 (correspondance factor analysis) (program
RECOORD, ADDAD library). 1. indicales a generic identification ; 2. indicates a spécifie identification.
Redistribution des gisements et des variables (espèces et genres) selon les données du tableau 1 (programme
RECOORD, bibliothèque ADDAD). Pour les légendes voir le tableau I. Lire les nombres correspondant aux espèces et aux
genres de haut en bas.
Re-allocation of the localities and the varioles (species and généra) from the date of the table I (programm
RECOORD), ADDAD library). For lhe caplion see table I Let's read the numbers correspondais lo species and généra
from top lo bottom.
CONCLUSION
Les mammifères des sites de Kemiklitepc permettent de dater les séries qui les renferment du
Miocène supérieur et plus précisément du Turolicn inférieur et moyen (MN 11 et MN 12). La
présence dans une même localité de deux niveaux fossilifères conduit à penser, par comparaison, qu'il
pourrait bien en être de même pour d'aulrcs localités tic Turquie. La composition de ces faunes apporte
quelques données relatives au paléoenvironnement. Ainsi le niveau supérieur (K.TA et KTB) pourrait
correspondre à un milieu de savane relativement humide. Les faunes de Kemiklitepe appartiennent à la
province faunique dite gréco-iranienne qui s'étendait au Miocène supérieur de la région de Titov Veles
jusqu'à l'Iran et sans doute l'Afghanistan. Dans cette province, les relations des faunes turques
paraissent avoir été plus faciles avec la Grèce du Sud qu'avec la Grèce du Nord, ce qui pourrait indiquer
qu'à cette époque la Para-Télhys a pu constituer une barrière plus au moins étanche pour les faunes
continentales.
Nous remercions les Dr. P. Andrews et J. Morales pour leurs avis éclairés sur le manuscrit. Ce
dernier a été préparé par G. Florent.
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Achevé d’imprimer le 30 juin 1994.
Le Bulletin des 3 e et 4 e trimestres de l'année 1993 a été diffusé le 24 décembre 1993.
IMPRIMERIE F. PAILLART, B.P. 109, 80103 ABBEVILLE - (D. 8930)
DÉPÔT LÉGAL : 2 e TRIMESTRE 1994.
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MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Collection à périodicité irrégulière. Paraît depuis 1935. A partir de 1950, les Mémoires se subdivisent
en quatre séries spécialisées : A, Zoologie ; B, Botanique ; C, Sciences de la Terre ; D, Sciences physico-chi¬
mique. (Format in-4°.)
Dernières parutions dans la série C
T. 43 — Recherches océanographiques dans l’Océan Indien. (Entretiens du Muséum, Paris, 20-22 juin 1977.)
1979, 253 p„ fig., pl.
T. 44 — Gayet (Mireille). — Contribution à l’étude anatomique et systématique des Poissons Cénomaniens
du Liban anciennement placés dans les Acanthoptérygiens. 1980, 151 p., fig., 29 pl.
T. 45 — Lauriat-Ragb (Agnès). — Les Bivalves du Redonien (Pliocène atlantique de France). Signification
stratigraphique et paléobiogéographique. 1981, 175 p., fig., 16 pl.
T. 46 — FrOhlich (François). — Les silicates dans l’environnement pélagique de l’océan Indien au Cénozoïque.
1981, 208 p., fig., pl.
T. 47 — Loreau (Jean-Paul). — Sédiments argonitiques et leur genèse. 1982, 314 p., fig., pl.
T. 48 — Lauriat-Rage (Agnès). — Les Astaridae (Bivalvia) du Redonien (Pliocène atlantique de France).
Systématique, biostratigraphie, biogéographie. 1982, 118 p., fig., 16 pl.
T. 49 — Colloque sur le Turonien. (Entretiens du Muséum, Paris, 26-27 octobre 1981.) 1982, 240 p., 61 fig.,
8 tabl., 4 pl.
T. 50 — Rouchy (Jean-Marie). — La genèse des évaporites messiniennes de Méditerranée. 1982, 267 p. 72 fig.,
18 pl.
T. 51. — Gayet (Mireille). — RamalUchthys Gayet du Cénomanien inférieur marin de Ramallah (Judée). Une
introduction aux relations phylogénétiques des Ostariophysi. 1986, 119 p., 53 fig.
T. 52 — Russell (D. E.) et Zhai Ren-Jie. — The paleogene of Asia : Mammals and stratigraphy. 1987, 490 p.,
232 cartes, croquis et coupes stratigraphiques.
T. 53. — Russell (D. E.), Santoro (J. P.) et Sigogneau-Russell (D.). — Teeth revisited : Proceedings of the Vllth
International Symposium on Dental Morphology. 1988, 470 p., tabl. et illustr.
T. 54. — Véran (M.). — Les éléments accessoires de l’arc hyoïdien des poissons téléostomes (Acanthodiens et
Osteichthyens) fossiles et actuels. 1988, 113 p., 38 fig., 6 tabl., 7 pl. phot.
T. 55. — Busson (G.) (Coordonné par). — Évaporites et Hydrocarbures. 1988, 138 p., 50 fig., 5 tabl.
T. 56. — Saint-Martin, J.-P. — Les formations récifales coralliennes du Miocène supérieur d’Algérie et du
Maroc. 1990, 366 p., 160 fig., 32 tabl., 10 pl. phot.
Réimpression
T. 10. — Roger (J.). — Buffon, «Les Époques de la nature». Édition critique. 1988, 495 p. (I ire édit., 1962).
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