BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
N° 176
1111 ! 111111
1111111111111111111 II 11111111111111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
sciences
de la
terre
JUILLET-AOUT 1973
111
30
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M. Vachon.
Comité directeur : P rs Y. Le Quand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Baüchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l ro série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
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36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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Sciences de la Terre : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Écologie générale : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Botanique : France, 60 F ; Étranger, 66 F.
Sciences physico-chimiques : France, 15 F ; Étranger, 16 F.
International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 176, juillet-août 1973, Sciences de la Terre 30
Utilisation de techniques chimiques et physiques 1
dans le dégagement et le triage des fossiles de vertébrés
par .Jean Brah.i.on *
Résumé. La métliode classique de dissolution des roches calcaires qui englobent des os
et des dents de vertébrés par une solution d’acide acétique à 15 % entraîne des fissurations et des
corrosions que des expériences sur des dents fossiles sacrifiées permettent de préciser. Elle est chère,
ce qui limite son emploi. L'addition d'acide chlorhydrique du commerce à la solution riche en acé¬
tate de calcium, avec contrôle du pli, réduit beaucoup la dépense et améliore les résultats. Une
étude chimique montre que la cause principale des altérations des fossiles est la dissolution du
phosphate Iriealeique qui est importante dans les solutions pures d’acide acétique. Lot te dissolu¬
tion est très fortement diminuée dans la méthode d'addition d’acide chlorhydrique n l'acétate de
calcium pur libération d’ions Ca _+ dans la solution. Cette dissolution est supprimée par l'addition
d’une petite quantité de poudre de phosphate Lriefdeique il la solution acide. L imprégnation par
le silicate de soude dilué améliore encore les résultats, Les fossiles dégagés ne sont pas suffisamment
consolidés par les applications de vernis plastiques ; il faut y associer une imprégnation par le
silicate de. soude concentré, Dons les soldes et argiles fossilifères, l'élimination successive des argiles,
du sulfate de calcium, du carbonate de calcium, de la silier et des oxydes de fer permet une con¬
centration du matériel fossilifère de plus île DU %, ce qui permet In découverte de dents et d’os
de petites espèces.
Le dégagement des os et des dents fossiles, contenus dans une roche calcaire, par une
solution d’acide acétique à 20 % ou à 15 % a été signalé par Toombs en 1948. Cette méthode
a été perfeel ioimée par Rixon qui a publié plusieurs travaux de 1949 à 1968. I, intérêt
des méthodes chimiques est de permettre de dégager des os et des dents englobés dans
une roche plus dure que les fossiles, même quand ces derniers sont extrêmement fragiles
et de formes imprévues.
Le principe de la méthode paraît simple : la roche calcaire est immergée dans une solu¬
tion d’acide acétique à 15 % on d’acide formique à 10 %. Cette solution acide dissout le
carbonate de calcium de la roche, elle dissout partiellement ou totalement, le carbonate
de calcium des os et des dents. Les os et les dents sont constitués principalement par du
phosphate Iriealeique qui est considéré comme insoluble. Ils conservent leur forme mais
ils deviennent très fragiles. Après quelques jours d'attaque, on lave le bloc fossilifère, on
le sèche, on recouvre les os et dents d’un vernis protecteur de plastique et on recommence.
Les résultats donnés par cette méthode ne sont pas toujours satisfaisants, les os et
* Institut île Paléontologie, Muséum national d'Histoire naturelle, S, rue de Rufjon, 75003 Paris.
1. Nous devons à M . Jean-Claude Miïcnirr, Ingénieur Chimiste, Laboratoire départemental de l'Oise,
et à M. Peu:», Centre de recherches phosph&tières, les analyses chimiques de ce travail.
176, 1
142
JEAN BRAILLON
les dents peuvent se fissurer et se briser malgré toutes les précautions. Plusieurs paléonto¬
logistes ont incriminé l'attaque trop brutale de la roche par la solution acide avec dégagement,
abondant de C0 2 et utilisé des solutions d’acide acétique plus diluées — par exemple à 5 %
— sans amélioration notable.
Étude expérimentale
Nous avons fait une étude expérimentale minutieuse de la méthode sur des dents
fossiles sacrifiées, en faisant varier un paramètre à la fois et en utilisant bien entendu des
témoins. Les incisives et les molaires de rongeurs fossiles permettent une expérimentation
précise. 11 faut éliminer les petites variations apportées par la fossilisation dans des blocs
fossilifères identiques minéralisation légèrement différente, fissures, corrosion). Les dents
sont examinées à fort grossissement et triées au préalable. On utilise toujours quatre molaires
et quatre incisives au moins pour chaque expérience et pour chaque témoin.
Quand les dents fossiles sont immergées dans une solution pure d’acide acétique à 15 %
sans carbonate de calcium (sauf la petite quantité de celui-ci qui persistait à l’intérieur
des dents), on voit apparaître eu une douzaine d'heures des taches mates à l’intérieur de
l’émail. Ces fissures s’agrandissent, et finissent par émietter la dent, en quatre à six jours.
Ces altérations sont identiques dans la solution d’acide acétique à 5 %, mais elles sont
plus lentes. La dissolution du carbonate de calcium de la roche y est également plus lente.
Les altérations par l’acide formique à 10 % sont beaucoup plus rapides. Elles apparaissent
en quelques heures, et les dents sont complètement émiettées après 24 heures.
La présence de fragments de carbonate de calcium à côté des fossiles ralentit puis
arrête l'attaque des dents et des os fossiles à mesure que le carbonate de calcium se dissout.
La dissolution et les fissures sont, d'autant plus importantes et plus rapides que le fossile
est moins compact. Elles sont plus fortes dans la dcntinc que dans l’émail, plus fortes encore
dans l’os compact, maximales dans l’os spongieux.
La cristallisation d’acétate de calcium à l’intérieur des fossiles agrandit les fissures
et fait apparaître à la surface de l’émail tics petits cratères, visibles sur certaines micropho¬
tographies publiées de dents de rongeurs.
Le badigeonnage des dents ou des os par un vernis de plastique ralentit assez peu,
sans l’arrêter, la fissuration et l’émiettement des os et des dents. Aucun vernis plastique
déposé à froid n’est imperméable. Cependant, le vernis plastique reste indispensable pour
colmater les fissures déjà apparues et consolider les fossiles. L’imprégnation par une solu¬
tion diluée de silicate de sodium, suivie de lavage, ralentit nettement l’attaque des dents
et. os fossiles.
Ces expériences sur des fossiles sacrifiés montrent que les principes chimiques sont
plus complexes qu’ils ne le paraissaient.
Principes chimiques
L’acide acétique en solution à 15 % dissout le carbonate de calcium selon la formule
suivante :
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
143
CaCO,
+ 2 (GHjCOOH)
Ca(CH 3 COO) 2 + C0 2
+
H.0
Carbonate Acide
de calcium acétique
Acétate
de calcium
Anhydride
carbonique
Eau
L’acétate de calcium très soluble entre en solution, l’anhydride carbonique se dégage.
L’ctude expérimentale a montré que le phosphate tricaleiquc des os et des dents n’est
pas toujours insoluble. Il est presque complètement insoluble, moins d’un milligramme
(0,85 mg) par litre, dans l’eau neutre : pH 7. Il est an contraire fortement soluble dans les
solutions d'acidc acétique à 15 % et dans l’acide formique à 10 %.
Solubilité du phosphate tricalcique pulvérisé par litre dans les solutions acides à la
température du laboratoire :
Acide acétique à 15 % pur
Acide acétique à 5 % pur
Acide formique à 10 °/ 0 pur
1/2 h
4 h
1 580 mg
2 060
580 mg
1240
1810 mg
2 740
24 h
mg
2 700 rng
mg
1 700 mg
mg
5 140 mg
La solubilité du phosphate tricalcique dans la solution d’acide acétique à 15 % est
donc très importante. La méthode classique de dégagement n’est possible que parce que
le carbonate de calcium est beaucoup plus soluble que le phosphate de calcium. La disso¬
lution du carbonate de calcium ralentit puis supprime la dissolution du phosphate de cal¬
cium par un double mécanisme : diminution de l’acidité (augmentation du pH) ; libéra¬
tion d'ions Ca+ dans la solution. Ce deuxième facteur n’a ici qu’une action limitée car l’acé¬
tate de calcium, faiblement ionisable, libère peu d’ions Ca' i ‘+. Nous verrons que ce facteur
a une grande importance dans la méthode d’addition d’acide chlorhydrique au bain usagé
car le chlorure de calcium est fortement ionisable.
Addition d’acide chloruydhique au bain acide avec contrôle du pH
Nous avons inventé cette méthode pour des raisons financières. Le prix de l’acide
acétique peut être considéré comme négligeable quand on traite un bloc fossilifère de quel¬
ques kilogrammes. Il devient prohibitif (impôts et TVA) quand il s’agit de grosses quantités
de roches et nous en avons dissous à ce jour environ trois tonnes. Nous avons pensé à régé¬
nérer le bain acide usagé, riche en acétate de calcium par de l'acide chlorhydrique du com¬
merce, lion marché, pour diminuer le prix de revient de la méthode. Nous avons constaté
que si l’on contrôle soigneusement celte technique, non seulement elle est plus économique,
mais elle donne des résultats supérieurs aux solutions pures d’acide acétique.
Le principe chimique est simple. L’acide chlorhydrique transforme l’acétate de calcium
en acide acétique et en chlorure de calcium.
Ca(CII 3 CUO) 2 + 2 HCl -> 2 (CH 3 COOH) + CaCl 2
Acétate Acide Acide Chlorure
de calcium chlorhydrique acétique de calcium
176, 2
144
JEAN B BAILLON
La quantité d’acide chlorhydrique ajoutée doit laisser subsister un excès d’acétate
de calcium qui limite l'acidité de la solution, le pH optimum étant compris entre 3 et 4.
Il faut éviter tout excès d’acide chlorhydrique qui décomposerait entièrement l’acétate
de calcium tampon. Celte solution trop acide a un pli inférieur à 3 ; elle dissout le phosphate
de calcium des fossiles selon la réaction :
2 Ca s (P0 4 ) 2 + 6 HCl 6 CaCI 2 + 2 i H 3 P0 4 )
Phosphate Acide Chlorure Acide
tricalcique chlorhydrique de calcium phosphorique
Cette réaction catastrophique est évitée par un contrôle régulier du p H qui ne doit pas
descendre au-dessous de 3. La figure 6 (p. 164) indique la dissolution du carbonate de calcium
et le dégagement de l’anhydride carbonique C0 2 qui sont parallèles en fonction du temps :
1. dans la méthode classique de solution d’acide acétique à 15 % (en trait plein) ;
2. avec addition contrôlée d’acide chlorhydrique du commerce à 34 % à cette même
solution d’acétate de calcium et d’acide acétique pour maintenir un pli 3 (en trait interrompu).
Le volume de la solution augmente progressivement comme dans les conditions expéri¬
mentales.
On constate que la dissolution par l’acide acétique à 15 % est d’abord très rapide
(au début elle dissout aussi partiellement le phosphate tricalcique). Elle se ralentit ensuite
progressivement selon une courbe asymptote par formation d’acétate de calcium.
L’addition d’acide chlorhydrique à cette même solution prolonge la dissolution du
carbonate de calcium qui se ralentit lentement selon une autre courbe asymptote à mesure
que la concentrai ion de chlorure de calcium CaCI 2 augmente (effet d’ions communs Ca+).
La quantité d’acide chlorhydrique qu’on ajoute à la solution doit donc diminuer lentement
et progressivement. Si on commettait l’erreur d'ajouter chaque jour la même quantité
d'acide chlorhydrique, la solution deviendrait plus acide (diminution du pli) et il y aurait
corrosion, puis dissolution du phospltaLe tricalcique des fossiles.
Il est indispensable de vérifier périodiquement (tous les jours ou tous les deux jours)
le pli de la solution après y avoir ajouté l’acide chlorhydrique. Un utilise un papier indicateur
du pH comme le papier prolabo 1-4,5 b Le pH ne doit pas descendre au-dessous de 3. La
lecture se fait en comparant la teinte du papier indicateur, 3 secondes après qu’il a été
trempé dans la solution avec l’cchelle colorée de la boîte, à la lumière du jour (les couleurs
sont différentes à la lumière des lampes électriques ordinaires).
On pourrait obtenir une mesure plus précise du pH en utilisant des échelles colorimé-
triques en solution, ou, mieux encore, un pH-mèlre électrique à électrode de verre ou d’anti¬
moine. Nous avons vérifié de cette façon I exactitude des mesures fournies par notre papier
indicateur. Une utilisation régulière du pli-mètre électrique serait plus dispendieuse et
beaucoup plus longue que le papier indicateur, sans utilité pratique.
Si le pH de la solution est inférieur à 3 (trop acide), on le ramène à 3 par addition d’une
petite quantité d’acétate de calcium qui peut provenir d’une récupération. Si un bain acide
usagé est neutralisé par la chaux vive Ca(OH) 2 jusqu’à un pH égal à 7, l’acétate de calcium
qui cristallise à froid est recueilli sur un tamis de nylon.
1. Prolabo, 12, rue Pelée, 75011 Paris.
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
145
L'addition d’acide chlorhydrique nécessite certaines précautions : on ajoute matin
et soir 50 à 150 ml d'acide chlorhydrique du commerce dans la solution acide usagée* On
verse l’acide chlorhydrique dans un verre gradué en plastique de 500 ml, et on finit, de le
remplir avec la solution du lia in. On verse ce mélange dans le bain acide qu’on agite doucement,
il ne faut pas verser directement l’acide chlorhydrique non dilué : comme il est plus lourd
que les solutions acides qui contiennent peu de chlorure de calcium, il tombe au fond du
bac et dissout les fossiles qui s’y trouvent.
On a intérêt à travailler avec des grands bacs qui contiennent 15 à 20 I de solution.
Un volume de bain aussi important rend l’attaque plus prolongée et plus régulière en évitant
les clochers dangereux d'hyperacidité. Une plaque de verre sert de couvercle au bac et
évite les vapeurs acides.
Quand le bain acide est usagé, la quantité de chlorure de calcium augmente et celle
d’acétate de calcium tampon diminue. La dissolution de la roche calcaire se ralentit pro¬
gressivement comme le montre la partie supérieure de la figure fi. En pratique, il faut
renouveler le bain quand la quantité totale d’acide chlorhydrique ajoutée est six à huit
fois plus élevée que celle de l’acide acétique,
Les avantages économiques sont évidents : le prix du dégagement est diminué de 5
à 6 fois. Nous avons eu la surprise de Constater que les résultats sont souvent meilleurs
que ceux de la méthode classique par la solution d’acide acétique pur. Cette affirmation
a été accueillie avec un certain scepticisme par des confrères paléontologistes. Ils répugnaient
à abandonner une méthode simple qui ne nécessite pas de mesure du pli et dont le prix
leur était indifférent. Ils pensaient que l'utilisation d'une solution pure donne de meilleurs
résultats qu’un mélange complexe contenant des impuretés variées,
Il est donc nécessaire de préciser les notions scientifiques qui expliquent nos consta¬
tations expérimentales.
1. I,'acide acétique, employé seul, coûte cher et on a tendance à prolonger l’action
de la solution usagée, riche en acétate de calcium, qui n’attaque plus que lentement le car¬
bonate tic calcium de la roche. Cette façon de faire favorise la cristallisation de l’acétate
de calcium dans les fossiles, ce qui élargit, leurs fissures et finit par les briser.
2. L’avantage le plus important est la très forte diminution de solubilité du phosphate
tricalcique dans les solutions riches en chlorure de calcium.
Solubilité du phosphate tricalcique dans les solutions riches en chlorure de
calcium
La loi chimique des concentrations ioniques (ions communs Ca + et ions communs
P0 4 ") règle la solubilité du phosphate tricalcique. Le chlorure de calcium-sel fortement
ionisable libère beaucoup plus d’ions Ca+ que l’acétate de calcium-sel faiblement ionisable.
Le tableau suivant indique les concentrations en phosphates exprimées en phosphate
tricalcique dans les solutions acides riches en chlorure de calcium, avant et après leur aci¬
dification par l’acide chlorhydrique du commerce (selon les conditions d’utilisation de la
méthode).
146
JEAN BRAILLON
Solubilité du phosphate tricalcique dans la solution acide usagée contenant
ENVIRON 22 % DE CHLORURE DE CALCIUM
Phosphate tricalcique par litre
(en mg)
Dissous dans la solution usagée filtrée et non acidi¬
fiée 93,5
Poudre insoluble en suspension recueillie sur filtre 27,5
Usagée non filtrée, acidifiée et ensuite filtrée 120
Usagée, filtrée, additionnée de phosphate trical-
eique pendant 24 h 137
Usagée, acidifiée, additionnée de phosphate tri¬
calcique pendant 24 h et filtrée 168
Les mesures indiquées dans ce tableau ont une signification théorique et pratique
importante. La quantité totale de phosphate tricalcique qui se dissout est très faible :
168 mg par litre de la solution usagée acidifiée, alors qu'elle est de 2 707 mg dans la solution
pure d’acide acétique à 15 % (sans sels solubles de calcium).
Le phosphate de calcium dissous se répartit en trois catégories t
a. 93 mg par litre de phosphate qui reste dissous dans la solution usagée, non acidifiée
el filtrée ;
b. 27 mg par litre d’un phosphate sous forme d’une poudre très fine en suspension
dans la solution usagée. Ce phosphate peut être recueilli sur un filtre ce qui permet de le
doser. Cette poudre en suspension se dissout quand on ajoute de l’acide chlorhydrique
du commerce à la solution usagée, jusqu’à un pH de 3.
c. 48 mg par litre représentant la quantité maximum de phosphate tricalcique qui
peut être dissoute dans la solution usagée en 24 h, après au’elle a été acidifiée (168 mg —
120 mg = 48 mg).
Cette faillie quantité de phosphate tricalcique qui pourrait provenir des dents et os
fossiles est un maximum puisque c’est la quantité de phosphate tricalcique finement pulvé¬
risé qui peut se dissoudre en 24 h,
La quantité de phosphate tricalcique provenant des os et des dents qui entrerait en
solution |ieut être encore fortement diminuée et presque supprimée si on enrichit matin
et soir en ions P0 4 la solu tion acide riche en ions Ca *L Le plus simple est d’ajouter une
quantité limitée de phosphate t ricalcique technique dans l’acide ehlorhvdrique du commerce
ut il isé ; 20 g dans une bonbonne d’aeide chlorhydrique de 30 1 sont largement suffisants.
On ne fera qu’une unique pesée en utilisant une cuiller mesure de médicament. — par exemple
7 mesures pour 20 g.
La poudre phosphatée moins soluble que le phosphate tricalcique, recueillie sur le
filtre (27 mg), est probablement une iluoroapatite Ca 6 (FOH) (P() 4 ) 3 .
Les paléontologistes qui voudraient rester fidèles à la méthode classique de la solu¬
tion à 15 % d’acide acétique pur doivent saturer celle-ci pendant 24 h par du phosphate
1. Prnlabo.
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTEBRES
147
tricalcique technique, finement pulvérisé, soit 2,7 g par litre, Cette solution contient des
ions PO., et des ions Ca" 1 2 3 "" 1 " (plus d'ions P0 4 et moins d'ions Ca + + que les solutions
qui contiennent une proportion importante de CaCI 2 ). La quantité correspondante d’acide
acétique concentré (150 ml) dissout beaucoup moins de phosphate tricalcique que lorsqu’il
est dilue. La solution d’acide acétique à 15 % dissout une quantité un peu plus faible de
carbonate de calcium 2,7 g par Litre — moins de 3 % de la quantité totale dissoute dans
les conditions expérimentales.
La solution d’acide acétique à 15 % saturée de phosphate tricalcique conserve une
indication. Pendant les premières heures, elle dissout rapidement le carbonate de calcium
(fig- 6), ce qui est commode pour les dégagements partiels dont nous parlerons plus loin.
Variétés df. roches
Les seules roches attaquées sont celles qui contiennent une quantité suffisante de car¬
bonate de calcium. Un vérifie sur un petit échantillon de roche que celle-ci est attaquée
normalement par l’acide acétique à 15 %. Le dégagement des bulles d’anhydride carbonique
C0 2 permet d’apprécier la rapidité de dissolution de carbonate de calcium. Si le dégagement
de C0 2 est très faible ou nul, la méthode est inapplicable.
D’autres fois, le dégagement de CU 2 est ao contraire trop abondant et les bulles de gaz
risqueraient d’émietter les fossiles. Dans ce cas, on utilise la méthode d’imprégnation par
le silicate de soude dilue, dont nous parlerons plus loin.
La rapidité d’atlaque de la roche dépend de plusieurs facteurs :
1. Son pourcentage, de carbonate de calcium. Elle est attaquée d’autant plus rapide¬
ment qu’elle en contient davantage.
2. La forme sous laquelle sc présente ce carbonate de calcium. La calcite cristallisée
et le marbre sont attaqués beaucoup plus lentement qu’un calcaire plus perméable et plus
tendre. Les débris de coquilles, abondants dans certains sables fossilifères, sont attaqués
avec une extrême rapidité.
3. La proportion et la nature des argiles. Les autres éléments insolubles dans l’acide
dilué comme les grains de silice ou l’oxyde de fer sont peu gênants, En pratique, toutes les
roches calcaires contiennent une proportion plus ou moins grande d’une ou de plusieurs
des variétés d’argile. Souvent, celte argile est peu gênante, elle se borne à ralentir la réaction.
Les bulles d’anhydride carbonique la mobilisent, cl elle sc met en suspension dans le bain
acide. Elle se dépose lentement au fond du bac, en même temps que les petits fossiles. Elle
se dépose également partiellement sur la face supérieure du bloc- qui est attaquée plus len¬
tement que la face inférieure. Dans les cas Les plus favorables, le rinçage périodique du
bloc (deux fois par jour) dans un bac d’eau suffit à éliminer ce film d’argile. D’autres fois,
comme dans les roches de Bouzigue et du Djebel Irhoud, l’argile est précipitée par les sels
solubles de calcium de la solution acide. Elle forme une pellicule visqueuse qui persiste
après lavage et colle à la roche et aux fossile». Ee nettoyage de ceux-ci avec un pinceau,
même manié avec précaution, comme le fait Hcxon, risque de casser les plus fragiles. Le
nettoyage par le courant, d’eau qui s’écoule doucement d’un robinet fait courir le même risque.
176 , 3
148
JEAN BRAILLON
La meilleure solution est de laver, de sécher puis de tremper le bloc fossilifère sec dans un
bac d’eau où l’argile dépolymérisée se met immédiatement en suspension. On fait ensuite
le séchage définitif.
Certaines marnes qui contiennent plus de 20 % d'argile et moins de 80 % de carbonate
de calcium ne se dissolvent pas dans les solutions acides. Kilos se transforment en une pâte
argileuse qui englobe les fossiles, [/utilisation du pétrole nous a donné de bons résultats,
mais la méthode est assez lenlc, Les blocs secs sont immergés un ou deux jours dans le
pétrole. On les place sans les sécher dans un égouttoir en plastique immergé dans une cuvette
d'eau froide. Les blocs gonflent, légèrement, se fissurent et la marne argileuse s’émulsionne
lentement, dans l’eau. On agite lentement la passoire une fois par jour. Après deux à trois
semaines on élimine la marne par lavage et tamisage ; on recueille des fragments plus durs
et plus riches en calcaire (de l’ordre de 90 %) qui ne sont pas émulsionnés. Ils se dissolvent
dans la solution d’acide acétique et on recueille les fossiles.
Manipulation des blocs fossilifères
La manipulation de ces blocs nécessite des précautions spéciales. La solution acide
est rapidement rendue (rouble par l’argile en suspension, On serait donc certain d’écraser
des fossiles si on prenait les blocs avec les mains à l’aveuglette dans les bacs,
Nous déposons un gros bloc ou plusieurs petits blocs dans un égouttoir en plastique.
On découpe facilement ces égouttoirs pour les adapter à la forme irrégulière d'un bloc.
On a intérêt à découper dans ces égouttoirs des fenêtres qui facilitent la circulation du liquide.
On saisit, les anses ou les bords de l'égouttoir pour le sortir du bain acide opaque et rincer
le bloc uu les blocs qu'il contient dans une bassine d’eau, toujours la même bassine, pour
un même gisement. On examine la face supérieure et les faces latérales du bloc et on voit
comment placer les doigts pour regarder la face inférieure. Si rien de nouveau n’est apparu,
on replace passoire et bloc dans le bain acide,
On peut facilement changer la position des blocs dans les égouttoirs pour éviter que
la dissolution de la roche ne presse les fossiles sur les parois de l'égouttoir ou sur un autre
bloc, ce qui pourrait les briser. C’est seulement pour quelques blocs très riches, montrant
des fossiles précieux sur plusieurs faces, qu’il est prudent de dégager les fossiles d’une seule
face par une immersion partielle (voir plus loin). On reprend ensuite la méthode habituelle.
Les fossiles qui mesurent plus de trois millimètres restent au fond de la passoire où
on les récupère facilement. Les fossiles plus petits tombent au fond du bac de la solution
acide ou de la cuvette de rinçage.
Lavage et séchage
Le lavage se fait; eii immergeant le bloc fossilifère dans de l’ean tiède. On renouvelle
ensuite matin et soir l’eau des bacs de rinçage pendant 24 h au moins pour les petits fossiles,
trois à quatre jours pour les os et dents plus volumineux.
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTEBRES
149
La formation de cristaux d’acétate de calcium est la cause principale de. la casse des
fossiles au cours de leur dégagement. Ces cristaux en augmentant progressivement de taille
fissurent le. fossile et le font éclater. Ce n’est pas une simple hypothèse. La preuve nous en a
été fournie lors d’une brusque maladie, A notre retour de la clinique, dix jours plus tard,
la solution acide contenait de nombreux cristaux d’acétate de calcium qui avaient brisé
tous les fossiles en cours de dégagement, alors que ceux-ci étaient intacts à notre départ.
Si l’on doit s'absenter, il faut retirer les blocs îles bains acides et les immerger dans de l’eau,
tiède de préférence,
11 faut éviter toute concentration locale d’acétate de calcium, ce qui se produit surtout
dans deux circonstances :
1. Quand un bloc fossilifère immergé partiellement dans la solution acide n’est pas
protégé parfaitement contre la dessication, des cristaux blancs d’acétate de calcium se for¬
ment sur la part ie émergée et la circulation de bas en haut de la solution acide à l’intérieur
du fossile augmente la taille des cristaux d’acétate de calcium, d’où des dégâts.
2. Quand le séchage du bloc n’est pas homogène (ventilateur ou chauffage par les
rayons infrarouges), le liquide contenu dans la pierre et dans les fossiles se déplace de la
partie encore humide vers la zone plus sèche où la concentration d'acétate de calcium
augmente.
Il est donc prudent de surveiller le séchage. Si le bloc ou le fossile ne sont pas suffisam¬
ment rincés, on voit apparaître par places, surtout sur les fossiles plus poreux que la roche,
des cristaux blancs d’acétate de calcium provenant de la profondeur du bloc. Il faut immé¬
diatement rincer à nouveau, de préférence à l’eau tiède.
Imprégnation de plastique suivie de séchage
Le plastique utilisé en solution fluide pour imprégner et consolider les fossiles doit
satisfaire à certaines conditions. Il ne doit pas être attaqué et. il ne doit pas se gonfler sous
l’action de l’eau et des acides dilués. Le plastique doit être incolore et peu cassant. Il doit
rester soluble dans le solvant choisi, c’est-à-dire ne pas se polymériser. Enfin, il doit donner
des solutions très fluides (molécules de petite taille) pour favoriser la pénétration en pro¬
fondeur.
Nous utilisons comme Rixon le métacrylate de butyle (plcxigum P24) 1 qui répond à
toutes ces conditions. Nous utilisons ce plastique en solution diluée dans l’acétone anhydre 2 .
Le fossile doit être sec et l’acétone anhydre. En effet, si le fossile est très humide, il se forme
une espèce de gelée plastique qui reste à sa surface et ne le consolide presque pas.
Si le fossile est légèrement humide, la pénétration est moins profonde que s’il est sec.
On peut, sur le terrain, badigeonner des fossiles incomplètement secs, n’obtenant ainsi
qu’une consolidation partielle qui devra être complétée par la suite.
1. Métacrylate de butyle-Plexigum P24 fabriqué par Rohm et Haas (chemische Fabrik, Darmstadt,
Deutschland), importé par Produits chimiques de la Seine, 45, av. Kléber, 75016 Paris.
2. Prolabo.
150
JEAN BHAILLON
On vérifie facilement que la solution de plexigum colmate et consolide les fissures
du fossile. En revanche, elle ne constitue pas un « vernis imperméable ». Aucun film de plas¬
tique provenant de la dessication d’une solution n’est imperméable. 11 ralentit sans la sup¬
primer la pénétration de l’eau et des solutions aqueuses. 11 faut obtenir une pénétration
aussi profonde que possible de la solution de plexigum pour consolider les fossiles. On uti¬
lise une solution très fluide de plastique M de l'ordre de 2 à 5 %. La solution est assez fluide
quand elle pénètre suffisamment le fossile pour qu’on soit obligé de l’appliquer trois ou
quatre fois, séparées par des intervalles de séchage de quelques minutes, avant de rester
visible en surface.
La quantité de solution dépend, bien entendu, du volume du fossile. On utilise pour
les petites pièces un pinceau d’aquarelle manié avec douceur. Pour les plus grosses pièces,
on imprègne en profondeur la fissure ou le trou vasculaire qui vient de se révéler avec un
compte-gouttes qui iujeele rapidement plusieurs millilitres de la solution plastique. Dans
ce dernier cas, le séchage est évidemment plus long : un quart d'heure ou une demi-heure.
On renouvelle ees injections tant que l’os absorbe la solution et certains os spongieux
ou des dents qui ont une cavité centrale en absorbent des quantités suprenantes.
Les imprégnations partielles successives séparées par des intervalles de séchage con¬
servent une certaine cohésion au fossile. Par contre, une imprégnation totale comme celle
qui est réalisée par l’immersion dans une solution de plastique n’assure aucune cohésion.
Nous avons appris ce principe dans notre enfance quand nous faisions des pâtés de sable
humide, qui se liquéfient quand la quantité d’eau dépasse le point critique. La technique
ancienne d’immersion du fossile dans une solution de plastique doit être abandonnée.
La solution de plexigum dans l’aeétone ne reste fluide que si c.ettc dernière reste anhydre.
Le petit flacon de solution de plexigum doit rester bouché, pour éviter non seulement
l’évaporation de l’acétone, mais aussi l’absorption d’eau. Cette dernière provient de la
vapeur d’eau de l’air et en particulier de l’air expiré par le manipulateur. On s’aperçoit
que la solution n’est plus anhydre quand elle devient plus visqueuse, et pénètre moins bien
les fossiles. 11 n’y a plus qu’à la jeter.
11 vaut mieux mettre la solution utilisée dans un petit ilaeon de 20 à 30 ml qui sera
utilisé jusqu’au bout. Comme l’acétone s’évapore rapidement, on ajoutera parfois à cette
solution un peu d’acétone anhydre. On gagne du temps en préparant à l’avance une solu¬
tion concentrée et visqueuse de plexigum dans l’acétone. Celle-ci sera mélangée avec de
l'acétone pour donner la solution lluide. On utilise les flacons de verre et les couvercles
en plastique polvmérisé souple utilisés pour les médicaments, car ils ne sont pas attaqués
par l’acétone,
Recollage des blocs fossilifères avec la solution plastique
Une utilisation spéciale du plexigum est le recollage des blocs fossilifères. On repère
le plus souvent sur le terrain, mais quelquefois au laboratoire, que deux blocs montrent
sur un plan de rupture commun un fossile Intéressant, par exemple une mâchoire avec
ses dents. Ces deux blocs Sont désignés par un numéro inscrit sur fes faces à recoller.
Ils sont ensuite scellés complètement et recollés avant le dégagement par la solution
acide, au lieu d’être dégagés séparément.
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
151
On vérifie d'abord que les deux surfaces s'emboîtent parfaitement et on enlève les petits
débris qui s’opposent à une connexion parfaite, puis on badigeonne les deux surfaces avec
la solution fluide de plexiguni et immédiatement après avec la solution plus concentrée et
plus visqueuse du meme plastique. On place rapidement les deux morceaux l’un contre
l’autre pour éviter l'évaporation de l’acétone et l’on maintient les deux blocs serrés l’un
contre l’autre pendant 2 à 3 jours.
A ce moment, le. collage est solide et la rétraction finale a assuré un contact étroit
entre les deux moitiés du fossile. I.a lame mince de plexiguni qui persiste après le dégagement
chimique du fossile est enlevée facilement par un pinceau imbibé d’acétone, sans décoller
les deux moitiés du fossile.
Il est évident que cette technique de recollage ne doit pas reconstituer des blocs volu¬
mineux dont les manipulations seraient difficiles et dangereuses pour les fossiles qu’ils
contiennent.
Durcissement des fossiles dégagés par le silicate de soude concentré
Le silieate de soude du commerce, silicate de sodium (Na 2 SiU 3 ) est une solution aqueuse
concentrée, de consistance visqueuse (verre soluble). Il est utilisé depuis les débuts de la
paléontologie pour durcir des fossiles très variés,
Il y a interet à ajouter à la solution commerciale un peu d’eau, 15 à 20 % en volume.
La solution de silicate devient beaucoup plus fluide et pénètre mieux les fossiles. Lorsque
le fossile imprégné de silicate de soude a séché, il devient beaucoup plus résistant. Le prin¬
cipal inconvénient du silicate de soude est qu'il constitue une solution aqueuse et. hyper¬
tonique. Son eau ramollit momentanément le fossile qui y est immergé et on devra le mani¬
puler avec précaution tant qu'il est humide. Le fossile doit être consolidé par l'imprégnation
préalable de plastique M qui résiste à J’eau et au silicate do soude. On constate que la solu¬
tion concentrée de silicate de sonde pénètre lentement et profondément dans le fossile déjà
imprégné de plcxigum, démontrant ainsi que le vernis de plastique n’est jamais imper¬
méable. J1 laisse subsister des pores et, des fissures microscopiques par lesquelles s’infiltre
la solution de silicate de soude.
Les deux opérations d’imprégnation du fossile, d’abord par le plastique, puis par le
silicate de soude concentre se complètent ainsi admirablement. Les fossiles ainsi imprégnés
sont solides et le paléontologiste n’a plus à dire à ses visiteurs : « regardez-les, mais surtout
ne les touchez pas ! ».
La quantité de silicate de soude fixée par les os fossiles est assez faible : 3 à 5 % en
poids. Elle entraîne un durcissement important, de -f- 50 % à -j- 160 % (mesures au mio.ro-
duromètre (pic nous devons à M. Alpern du GEHCIIAR).
La pénétration du silicate de soude dans le fossile est d’autant pins lente que celui-ci
est plus gros. Elle varie de quelques heures à quelques jours. Elle est plus rapide et plus
complète à chaud. Nous avons trouvé commode de plonger les os et dents fossiles déjà conso¬
lidés par le plcxigum dans un tlacon à large embouchure, rempli do la solution concentrée
de silicate de soude. Lorsque ce llacon est chauffé jusqu’à 80° ou 100°C, pendant dix minutes
par exemple, l'air inclus dans le fossile se dégage en bulles, ce qu’on facilite en frappant
la paroi du flacon, Pour le chaulîage. on peut utiliser un bain-marie ou plus simplement
152
JEAN BRAILLON
placer le flacon contre une ampoule électrique» Lorsque l'air a été ainsi expulsé par chauffage,
la solution en se refroidissant pénètre profondément les fossiles. Ceux-ci après un rinçage
à l’eau de quelques secondes sont séchés sur un morceau d’étoffe où ils ne colleront pas.
Un inconvénient mineur du durcissement, au silicate de soude est l’apparition rare
et toujours très tardive quelques mois ou quelques années — de fins cristaux de carbo¬
nate de soude à la surface du fossile, quand le silicate de soude a été partiellement décomposé
par le C0 2 de l’air humide. Le fossile présente des taches blanchâtres et, prend l’air moisi.
On supprime cet aspect Fâcheux en lavant le fossile à l’eau pendant un à deux jours. Après
séchage, on peut faire une nouvelle imprégnation par le silicate de soude. Nous n’avons
eu besoin de faire ce lavage que très rarement, pour moins de 1 % des fossiles consolidés
au silicate.
L’épreuve du temps est favorable à la méthode. Aucune des coquilles fossiles impré¬
gnées il y a 30 ans n’a bougé.
Nous avons vérifié après MM. Rixon et Lavocat que certains fossiles pléistocènes
récents, qui étaient, englobés dans de l’argile, se fendent parfois au séchage. Ils se fendent
davantage encore si, après séchage, ils sont mouillés par de l’eau ou par une solution aqueuse
(silicate de soude par exemple) puis séchés. 11 vaut mieux ne durcir ces fossiles secs que
par la solution de plexigunt. C’est la seule contre-indication du silicate de soude»
Imprégnation par le silicate de soude dilué
Quand la roche fossilifère contient peu d’argile, l’imprégnation par une solution diluée
à 20 % de silicate de soude consolide sensiblement les os et dents fossiles qu’elle contient.
Les blocs calcaires vierges et. les blocs en cours de dégagement par la solution acide, après
un lavage prolongé de 2 à 3 jours, sont séchés, puis immergés complètement pendant 24 h
dans la solution ;'i 20 % de silicate de soude. Nous avons vérifié après sciage à la scie dia-
mantee que celle solution pénètre sur une épaisseur de 10 à 20 mm les calcaires compacts
comme ceux fle Béni Mellal. La concentration du silicate de soude est plus grande dans
les us indus que dans la roche elle-même, plus grande encore dans les os et dents partielle¬
ment dégagés et devenus plus poreux. La solution pénètre le long des fissures préexistantes,
même microscopiques, et. les colmate.
Les blocs ainsi imprégnés sont rincés à l’eau pendant une douzaine d’heures pour
éviter un excès de silicate, transformé ensuite en silice dans les parties superficielles des os,
ce qui pourrait les fissurer. Les blocs rincés sont plongés sans séchage flans lu solution
acide. Le silicate de soude est transformé en silice colloïdale, puis en poudre fine de silice,
ce qui consolide les fossiles et, diminue la pénétration de l’acide à l’intérieur de ceux-ci.
L'attaque de la roche est plus sélective et les fossiles conservent une plus grande quantité
de carbonate de calcium, ce qui les consolide. Celle méthode a donné d’excellents résultats
dans les brèches fossilifères d’Aïn Briinba (Vilîafranchien de Tunisie), constituées par des
calcaires de consistances très différentes. L'attaque par le bain acide était très rapide sur
bis calcaires poreux, très lente sur les calcaires compacts ou argileux, et les fossiles s’émiet¬
taient. Après imprégnation par le silicate de soude dilué, l’attaque est beaucoup plus homo¬
gène et on peut dégager les fossiles sans qu’ils se brisent.
DÉGAGEMENT ET TRTAGE DES FOSSILES DE VERTEBRES
153
Le même procédé est utile pour les roches fossilifères où un courant d’eau a dissous
la roche calcaire plus que les fossiles. Ceux-ci apparaissent en relief sur la roche, ils sont
souvent très intéressants, mais ils sont poreux et assez fragiles. Leur imprégnation par
la solution fluide de plastique est utile, mais elle ne les consolide pas suffisamment. Ils
s’émiettent souvent dans le bain acide. L’imprégnation de ces blocs fossilifères par le sili¬
cate de soude dilué, suivie d'un lavage, complète l’action du plastique et permet de les
dégager sans les endommager.
Cette méthode a cependant deux inconvénients :
1. Elle ralentit l’attaque de la roche calcaire imprégnée qui devient 3 à li fois plus lente.
C’est, une raison de plus pour travailler à chaud, en étuve, à des températures de 30 à 45°C.
Selon la loi empirique de Berzèlius, la rapidité des réactions chimiques double à chaque
augmentation de 10°C.
2. Elle augmente la cohésion de l’argile quand la roche en contient une forte propor¬
tion. Dans les roches de Bouzigue qui se dissolvent bien dans le bain acide ordinaire, l’impré¬
gnation par le silicate de soude fait apparaître au cours du dégagement par le bain acide
une croûte ou des grumeaux d’argile et de silice. Il faut donc l’éviter.
Elimination des sulfates
Une autre cause de fragilisation des fossiles est la présence de sulfates S0 4 . Ces ions
S0 4 proviennent de deux sources :
1. Ils sont contenus à titre d’impuretés dans les solutions techniques, non purifiées,
d’acide acétique et surtout d’acide chlorhydrique du commerce.
2. Ils proviennent en grande quantité de certaines roches sédimentaires fossilifères
où ils se trouvent sous forme de sulfate de calcium hydraté (CaS0 4 -|- 2H 2 0) = gypse
cristallisé ou non.
Nous avons constaté le rôle nocif des ions S0 4 avant d’en trouver une explication.
Celle-ci est probablement la formation d’un sulfate double de calcium et d’aluminium.
Ce sel, qui est hygroscopique, est on facteur très important de désagrégation des ciments
industriels par les eaux riches en sulfate de calcium. L’élimination des ions SÜ 4 se fait
facilement en ajoutant au bain acide du chlorure de baryum soluble (BaCl 2 ) qui précipite
les sulfates sous forme de sulfate de baryum insoluble.
BaCl 2 + CaS0 4 —► BaS0 4 -f- CaCl 2
Chlorure Sulfate Sulfate Chlorure
de baryum de calcium de baryum de calcium
Il faut ajouter assez souvent le chlorure de baryum technique 1 au bain acide. Le plus
pratique est de verser dans chaque litre d’acide chlorhydrique du commerce T ICI, 40 ml
de solution saturée de chlorure de baryum, ce qui forme un précipité blanc abondant.
1. Prolabo.
154
JEAN BRAILLON
Celui-ci est constitué en partie par du sulfate de baryum insoluble, en partie par du chlorure
de baryum beaucoup moins soluble dans l’acide chlorhydrique concentré, riche en ions
CD, que dans l’eau.
Avant d’ajouter l’aride chlorhydrique aux bains acides matin et soir, on agite la bou¬
teille et on verse la quantité voulue d’acide avec le précipité en suspension. Les cristaux
microscopiques de chlorure de baryum se dissolvent dans le bain et précipitent les sulfates
sous forme de sulfate de baryum, Ce dernier n’est pas gênant. Il forme une poudre fine
et lourde qui tombe au fond des bacs. Il est éliminé en même temps que l’argile quand
on lave et tamise le dépôt du fond du bac.
Durée du dégagement — Travail par roulement
Une question m’a souvent été posée ; « Ces fossiles sont beaux, mais combien de temps
vous a-t-il fallu pour les dégager ? » La réponse est une heure ou deux heures de travail
pour le fossile, niais ce travail a été réparti sur un à deux mois.
Il faut procéder par roulement. Ou peut compter un cycle de deux à quatre jours pour
l’attaque par le bain acide, un à deux jours de lavage, une demi-journée de séchage, une
imprégnation par la solution de plastique, qui prend de cinq minutes à un quart d’heure,
suivie d’un séchage de quelques heures ; mouillage à l’eau d’une heure, et on recommence
ces opérations. Le cycle est plus long quand on utilise le silicate de soude dilué ; 24 h d’impré¬
gnation par la solution de silicate, puis 12 h de lavage à l'eau ; attaque par le bain acide
suivie d’un autre lavage plus prolongé de 2 il 3 jours, puis séchage. On peut compter pour
une étuve trois bacs de vingt litres, chaque bac contient à la fois deux passoires remplies
chacune d'un ou plusieurs blocs fossilifères. Le nombre total de passoires utilisées au cours
du cycle est, d’une quinzaine environ.
Quand le fossile est presque entièrement dégagé du bloc, il faut résister à la tenta¬
tion de finir de le dégager par une manœuvre de force, traction, levier, sciage. Le fossile
est fragile surtout quand il est mouillé et la précipitation entraîne souvent des dégâts irré¬
parables. Dans certains cas, on peut, après lavage, séchage et imprégnation de plexigurn,
avoir recours à une immersion partielle de la roche ou du fragment de roche dans la solution
acide pour compléter le dégagement du fossile, à condition de travailler en espace clos,
pour éviter tout séchage. Souvent on se borne à recueillir an fond île la passoire le fossile
qui y est. tombé.
Repérage des fossiles au cours du dégagement
Le procédé le plus pratique pour repérer les fossiles intéressants en cours de dégage¬
ment est de placer un cavalier découpé dans une feuille de plomb sur le bord de la passoire
le plus proche du fossile. Le numérotage des passoires pourrait être fait facilement avec
un nombre variable de tours de fil de plomb (fusible électrique) sur le bord de chaque pas¬
soire, mais il faudrait tenir ensuite une comptabilité fastidieuse.
Lorsque les fossiles intéressants sont très petits (mâchoires de rongeurs ou de chei-
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
155
roptères par exemple), il faut pouvoir les retrouver facilement dans la passoire, ou au fond
du bac où ils sont tombés quand leur dégagement est terminé.
Nous avons trouvé commode, quand le fossile imprégné de plastique M a séché, d’y
coller un bout de fil à coudre de 2 à 4 cm. L’extrémité du fd est d’abord imprégnée d’une
colle plastique (Scotch ou Rubafix). On la fixe ensuite sur le fossile avec le pinceau imbibé
de la solution de plexigurn, cette dernière étant trop fluide pour permettre à elle seule
de bien coller le fil. On retrouvera plus facilement, grâce à cc fil, le fossile précieux et minus¬
cule.
Au cours du dégagement, on peut, réunir par un fil coloré les fragments d’un os brisé
et séparés dans la roche.
Conservation de la connexion des pièces osseuses par dégagement partiel
Certains fossiles sont, composés de pièces osseuses multiples et on peut vouloir les main¬
tenir en connexion. C’est le cas des pièces osseuses des membres, sur)mit chez les petits
animaux. Nous avons ainsi dégagé, en les maintenant en connexion, une aile de chauve-
souris de Ccrcslc, les os du carpe d’une autre chauve-souris de Bouzigue.
Le procédé que nous préférons est le dégagement des pièces osseuses sur une seule
face du bloc. Pour cela, le bloc fossilifère en coins de dégagement est lavé, séché, au besoin
débarrassé de la couche d'argile par un deuxième lavage, suivi d’un deuxième séchage.
On imprègne de la solution diluée de plexigurn non seulement les pièces osseuses découvertes,
mais aussi la partie de la roche que l’on désire conserver.
Cette imprégnation, bien qu elle n’assure pas une protection totale de la roche, retarde
nettement son attaque. Le bloc ainsi préparé est imprégné d’eau, puis il est immergé par¬
tiellement dans la solution acide. La solution d'acide acétique à 15 %, saturée de phosphate
tricalcique pendant h et non usagée (sans acétate de calcium et sans chlorure de calcium),
est commode pour les dégagements partiels, car elle dissout rapidement le carbonate de
calcium de la roche, (juand l’attaque so ralentit au bout de quelques heures, cette solution
usagée est versée dans le bac de solution usagée qu’on additionne d'acide chlorhydrique.
Fig. 1 et 2. — Attaque partielle d’un bloc fossilifère par le bain acide.
1, tampon d'ouate imbibé d'eau ; 2, bloc fossilifère immergé partiellement dans le bain acide (3) ; 4, feuille
de plomb pliable à volonté ; 5, récipient en verre ou en plastique ; 6, plaque de verre ou cloche évitant
la dessication ; 7, couvercle en plastique souple.
156
JEAN B HAILLON
La face à dégager du bloc fossilifère est placée vers le bas (fig. ! et 2). On obtient l’incli¬
naison voulue des fragments de roche avec des cales de plasticine ou, pour les gros blocs,
avec des feuilles de plomb pliées dont on modifie la courbure à volonté. On verse la solu¬
tion acide jusqu’à la limite de la roche à attaquer. Il faut, bien entendu éviter que la roche
et les fossiles situes au-dessus du bain acide ne puissent sécher, ce qui produirait des efflo¬
rescence» d'acétate de. calcium qui risqueraient de briser les fossiles. On recouvre l’ensemble
avec un couvercle et ou a intérêt à mettre une feuille d'ouate mouillée d'eau sur la face
supérieure du bloc fossilifère. On surveille l’attaque du bloc à tics intervalles rapprochés,
toutes les heures ou toutes les deux heures. Il est prudent de placer le bloc pendant la nuit
dans un bac de rinçage rempli d’eau. Il faut, compter plusieurs cycles d’attaque, rinçage,
séchage, imprégnation de plastique pour que toutes les pièces osseuses restant en connexion
apparaissent sur la face conservée du bloc.
Il est nécessaire de dépister et colmater les fissures qui fendraient la roche et les fossiles.
Certaines, récentes et peu visibles, sont élargies par la pénétration du bain acide. D’autres
sont anciennes et colmatées par des cristaux de ealeite plus solubles que la roche argileuse.
Quand on découvre line de ces fissures, il faut, après lavage cl séchage, l’imprégner
avec la solution diluée de plastique. Ce procédé n’est pas suffisant à lui seul, car la couche
de plastique n’est pas imperméable. La solution acide la traverse après un jour ou deux,
et chemine à nouveau le long de la fissure. Il faut compléter l'imprégnation de plastique
en colmatant la fissure avec de la pâte à modeler grasse (plasticine), ce qui assure une pro¬
tection bien meilleure que celle que l’on obtiendrait par un seul de ces éléments.
La méthode de dégagement partiel s’applique aussi bien aux petits mammifères (aile
de chauve-souris de Céreste par exemple) qu'aux plus gros (patte de Girallidé du Pontien
de Salonique). .Nous avons dégagé sur les deux faces les plaques d'un Dicoccosteus d’Ecosse,
en dégageant d’abord le fossile sur une seule face, imprégnant les plaques osseuses de plexi-
gum, réunissant, quelques intervalles entre ces plaques par de l araldite 1 et enfin en déga¬
geant l’autre face de la même manière. Il aurait été impossible de dégager ce fossile si on
l’avait abandonné dans le bain acide. Quand on ne dispose pas d’une scie diamantée, on
peut réduire l’épaisseur de la plaque rocheuse qui porte le fossile par une dissolution par¬
tielle au bain acide, qui fait parfois découvrir quelque chose d’intéressant.
On utilise également l’immersion partielle dans le bain acide pour dissoudre un ou
plusieurs fragments de roche qui restent attachés au fossile. Les pots à crème à couvercle
de plastique souple où l’on découpe une fenêtre de la dimension et. de la forme voulue sont
très commodes (fig. 2). Le même couvercle de plastique posé sur un verre à boire ou un
autre récipient de verre permet de voir la face inférieure du fragment pour régler avec pré¬
cision le niveau du bain acide. Les gros fils de plomb (fusibles électriques) permettent de
suspendre les petits blocs fossilifères ou de les caler dans la position voulue,
Nous n’avons eu que très rarement recours à l’inclusion totale du fossile dans un bloc
de plastique transparent. On le fait en imprégnant de plastique polymérîsable la face du
fossile mise à nu par l'attaque, puis en dissolvant le reste du bloc pour dégager l’autre
face du fossile et l’inclure dans le même plastique. Cette méthode séduisante a deux graves
inconvénients :
L Elle est définitive. Aucune retouche ou dégagement complémentaire n’est possible,
1. Araldite Ciba.
DÉGAGEMENT ET TRTAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
157
alors que les paléontologistes nous ont demandé plusieurs fois de photographier l’ensemble
des pièces en connexion, puis de dégager entièrement chacune des pièces osseuses, comme
dans le cas d’une patte de gazelle du Pikermien de Salonique.
2. Le risque d’opacification du plastique. Le bloc plastique parfaitement transparent
peut s'opacifier progressivement, au bout de quelques années. Comine ce plastique poly-
mérisé est insoluble, le fossile est perdu, comme le spécimen du Cœlacanthe actuel du Muséum
de Paris. Rien ne remplace l’épreuve du temps et il est impossible de savoir si un nouveau
plastique polvmérisahle parfaitement transparent actuellement ne s’opacifiera pas dans
dix ou vingt ans.
Nettoyage des fossiles
Le nettoyage de la surface des fossiles est une nécessité. La présence d’une couche
de plastique, souvent colorée par de l'argile, à la surface du fossile, n’est pas seulement
disgracieuse, elle masque les détails. Le silicatage du fossile avec une. solution concentrée
de silicate de soude, pratiqué à chaud et suivi de séchage, consolide le fossile et permet
un nettoyage qui n'nurnil pas été possible autrement. Un nettoie le fossile avec des tampons
d’ouate imbibés d’acétone, mais ceux-ci ont l’inconvénient de perdre des libres visibles
aux forts grossissements quand la surface du fossile est rugueuse. Dans ce cas, il vaut mieux
utiliser des petits morceaux d’étolTe roulés en boule et. imprégnés d'acétone. Le durcisse¬
ment par le silicate de soude permet de dégager avec une pointe ou une plume d’acier des
fragments de silice ou d’oxyde de fer fixés sur les fossiles. Si le fossile est très fragile, on
le nettoie avec un pinceau d’aquarelle trempé dans l'acétone. Si le nettoyage reste incom¬
plet après une minute, il est prudent de laisser sécher cinq minutes avant de recommencer.
Quand le fossile est extrêmement fragile, nous utilisons un procédé spécial : une face
du fossile est collée sur une lame d'aluminium mince et. étroite, courbée selon la forme du
fossile avec une colle soluble dans l'eau et insoluble dans l'acétone, par exemple de la sec-
cotine, Il faut attendre plusieurs heures pour que celle colle sèche dans toute son épaisseur.
On nettoie alors la moitié du fossile libre de colle avec un pinceau imbibé d'acétone. S’il
reste des tissures après ce nettoyage, on les colmate avec une gouttelette de solution de
plexigum. On laisse sécher complètement l’acétone, par exemple pendant une heure. On
plonge la lamelle d’aluminium et le fossile dans l’eau. La soeeotinc ne se dissout qu’au bout
de quelques heures. Signalons qu'a près séchage, on voit apparaître une auréole de plas¬
tique extrêmement, mince, qui recouvrait la surface de la colle. Cette pellicule sc dissout
immédiatement par le contact du pinceau imbibé d'acétone.
Après séchage, on procède de la même manière sur l’autre face du fossile. Ce procédé
minutieux est plus rapide qu’on ne pourrait le croire, car chacune des manoeuvres réparties
sur 24 heures ne dure qu’une à deux minutes.
Lavage des boues fossilifères du fond des bacs
Les boues fossilifères qui se déposent au fond des bacs de solution acide et des bacs
de rinçage contiennent presque toujours des petits fossiles intéressants, par exemple des
158
JEAN BRAILLON
dents de rongeurs ou de chéiroptères. Il faut les laver en évitant toute manœuvre brutale
qui pourrait briser ces fossiles. Quand on veut les changer de récipient, il faut les verser
ou les faire tomber dans une autre cuvette de plastique remplie de plusieurs centimètres
d’eau.
Le lavage des boucs fossilifères se fait en versant le rinçage du fond des bacs sur un
tamis fin en nylon immergé à moitié dans une cuvette d’eau. Les tamis de nylon utilisés
en boulangerie pour le tamisage de la farine conviennent fort bien. On élève et on abaisse
le tamis dans l'eau, puis on fait tomber ee qui reste sur le tamis dans un autre bac rempli
d'eau pour un rinçage de 12 à 2 / î b, qui éliminera les dernières traces de sels de calcium
solubles. Les argiles sont souvent visqueuses ; elles recouvrent les fossiles d'une pellicule
colorée et forment parfois des petits grumeaux. La façon la plus simple d’émulsionner
cette argile est de sécher le tamisage et de le mouiller à nouveau pour met Ire l’argile en sus¬
pension. Ce deuxième rinçage ne prend que quelques minutes, il est suivi du séchage définitif
avant le triage.
Des grumeaux d’argile diircic persistent parfois, Surtout quand il y a eu imprégnation
par le silicate de soude. Il faut immerger le matériel dans une solution diluée — 5 g par
litre— de soude caustique pendant vingt-quatre heures, de préférence à une température
de 30 à 40°C. Les grumeaux d’argile sc ramollissent et sont éliminés par lavage et tamisage.
Concentration des fossiles dans les sables et argiles fossilifères
Les sables et les argiles fossilifères contiennent des petits fossiles dispersés dans une
grande quantité de matériaux inutiles. On éliminera successivement les gros fragments
qui seront triés directement, les argiles, le sulfate de calcium, le carbonate de calcium,
la silice, les oxydes de fer.
On utilise un tamis aux mailles larges pour séparer le gros matériel qui sera trié faci¬
lement après lavage et séchage, La limite entre ce que nous appelons le gros matériel et
le matériel plus fi m dépend de l’opérateur et des moyens dont il dispose. Elle se situe à 4 mm
pour les uns, et à 2 mm pour les autres.
Le lavage et le tamisage avec un tamis de boulanger en nylon à mailles très fines éli¬
minent les sables et les débris très fins. On jette ce sable après avoir vérifié à la loupe qu’il
ne contient pas de fossiles.
Élimination des argiles
Le premier lavage et tamisage n’élimine pas toujours complètement les argiles et il
faut ajouter aux sédiments de l’hexamétaphosphate de sodium technique ',5 g par litre
d’eau, pour les émulsionner.
Les blocs d’argile compacte ne doivent jamais être déposés au fond d'un bac d’eau où
ils formeraient une couche pâteuse et visqueuse qui ne. s’émulsionne que très lentement
et qu’on ne peut mobiliser sans briser une partie des fossiles qu’elle contient. Il faut placer
les blocs d’argile, après dessiccation complète, dans une passoire de plastique qu’on immerge
1. Prolabo.
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
L59
dans un bac rempli d’une solution diluée de soude caustique, 5 à 10 ml pour un litre d’eau.
La passoire est agitée doucement toutes les heures : l’argile s’émulsionne presque complète¬
ment. Le dépôt qui sédimente au fond du bac est formé par du sable fossilifère et un peu
d’argile fluide qui sera facilement éliminée par lavage et tamisage. L’eau oxygénée s’est
montrée moins efficace, peut-être parce que notre matériel contenait peu de matières orga¬
niques.
Elimination du sulfate de calcium
Certains argiles et sables argileux comme ceux de Reims et d’Épernay contiennent
du sulfate de calcium hydraté (gypse — CaS0 4 + 2 lf 2 0), qui constitue souvent les 4/5
du tamisage. Le gypse est faiblement soluble dans l’eau (1,8 g à 2 g par litre) ; on l’élimine
par lavage. Une paléontologiste m’a dit qu’elle craignait que cette dissolution ne se fasse
à l'échelle des temps géologiques. Ce serait presque vrai si on abandonnait le sable gypseux
au fond d'un récipient rempli d’eau. Cette dissolution est heureusement beaucoup plus
rapide quand un courant d’eau froide (le sulfate de calcium est le seul sel aussi soluble dans
l’eau froide que dans l’eau chaude) traverse lentement le sable gypseux.
Fig. 3. — Montage en cascade avec quatre seaux en plastique pour dissolution du sulfate de calcium.
1, eau de lavage (les flèches indiquent la direction du courant) : 2, sable fossilifère ; 3, tuyau d’écoulement ;
4, briques de calage.
Fig. 4* — l ne partie agrandie de ce même montage montre le fond perforé du seau intérieur
supportant (5) un morceau de tamis fin en nylon.
Les figures 3 et 4 montrent l’installation qu'il est facile de réaliser avec deux seaux
de plastique placés l’un dans l’autre ou mieux encore le montage en cascade utilisant quatre
seaux. L’eau s’écoule doucement d’une façon continue et le niveau du sable gypseux s’abaisse
d’un à deux centimètres par jour pendant quatre à six jours. A ce moment, l’argile incluse
dans les grains de gypse est libérée et rend le sable moins perméable.
160
JEAN BRAILLON
On fait un lavage tamisage qui élimine des sables très lins en même temps que l’argile
et on recommence. On reconnaît que le gypse est complètement dissous quand le niveau
du sable cesse de s’abaisser. Dans le montage en cascade, la dissolution est plus rapide
et plus complète dans le seau en amont que dans le seau en aval.
Élimination du carbonate de calcium
Le carbonate de calcium est représenté par des débris de coquilles, de petits fragments
de roches calcaires ou des cristaux de cal cite. 11 est dissous dans des bains acides, comme
les blocs de roches calcaires, mais l’attaque des petits fragments est beaucoup plus rapide,
car leur surface totale est beaucoup plus grande. La dissolution des fragments de coquilles
est particulièrement rapide.
On peut donc utiliser une solution acide usagée qui attaque lentement les blocs.
Il faut éviter de verser une quantité importante de débris calcaires (I kg par exemple)
au fond du bac de solution acide, La dissolution du calcaire est d'abord très rapide avec
dégagement important de C0 2 . Si la solution acide est peu Usagée —■ donc riche en acétate
de calcium - celui-ci peut cristalliser. Une- croûte dure d’acétate de calcium et de matériel
fossilifère se forme au fond du bac, ce qui brise une partie des fossiles. Si l’on évite cette
cristallisation en acidifiant la solution, tout en contrôlant le pH, la dissolution du calcaire
se ralentit progressivement. Après quelques jours, elle devient très lente, alors que l’argile
qui était contenue dans le calcaire se dépose sur le matériel fossilifère du fond du bac.
T,a dissolution du calcaire est plus régulière et plus e limace si l’on place dans le bac
de solution acide un égouttoir percé de petits trous. Le niveau du bain acide doit dépasser
de plusieurs centimètres le bord supérieur de l’égouttoir pour assurer une bonne circulation
du liquide. L'égouttoir est lesté par deux morceaux de plomb (un à chaque anse) afin que
le dégagement des bulles de C0 2 ne le fasse pas basculer. On verse chaque jour dans cet
égouttoir une partie des débris calcaires, 250 g par exemple, L’atgile se dépose beaucoup
plus au fond du bac que sur les fragments de calcaire qui restent dans l’égouttoir. On ajoute
l’acide chlorhydrique matin et soir en surveillant le pH.
A des intervalles d’un à deux jours, on rince le contenu de l'égouttoir sous un robinet
en recueillant au fond d'une bassine le matériel qui traverse l’égouttoir pour l’attaquer
à nouveau, Les boucs fossilifères déposées ait fond des bacs sont lavées et tamisées 1 à 2
fois par semaine. Ces boues argileuses contiennent du sable siliceux, des petits fragments
de calcaire et de coquilles, et parfois des cristaux d'acétate de calcium. Ces derniers sont
peu nombreux quand la solution est assez acide (pH compris entre 3 et 5).
On est. souvent gêné, comme <i Cernay, par l'abondance de l’argile qui ralentit la disso¬
lution du carbonate de calcium. On élimine cette argile quand on vidange les bacs pour
recueillir les boues fossilifères. On verse d’abord lentement la solution peu argileuse qui
va être utilisée immédiatement. On verse ensuite dans une cuvette, de décantation un à deux
litres de liquide trouble, beaucoup plus argileux, qui est situé au-dessus de la boue fossi¬
lifère, Cette argile qui n’est plus agitée par les bulles de C0 2 sédimente complètement en
24 ou 48 li et on récupère ainsi le reste de la solution acide.
On a intérêt à travailler avec plusieurs bacs et plusieurs égouttoirs. Souvent, comme
dans les sables spat naciens, les fragments de calcaire ont des solubilités très différentes
DÉGAGEMENT F.T TRIAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
161
dans la solation acide : très rapide pour les fragments de coquilles, moyenne, pour la ealeite,
très lente pour les calcaires argileux. On immerge d’abord le sable fossilifère vierge dans
la solution la plus usagée qui contient moins d’acide acétique et plus de CaCl 2 . Après disso¬
lution des fragments calcaires les plus solubles, lavage et tamisage, on met le résidu moins
soluble dans un bain moins usage. On renouvelle ces manœuvres avec une solution acide
encore moins usagée, On jette la solution très usagée quand elle ivattaque plus que lente¬
ment les débris de coquilles.
Il est préférable d'arrêter la dissolution du carbonate de calcium quand celui-ci est
presque complètement dissons et que Je dégagement de CQ a devient très faible. On accepte
de conserver une petite quantité de fragments de roche calcaire (1 à 2 % du résidu) pour
ne pas dissoudre le carbonate de calcium contenu dans les os et les dents, ce qui les rendrait
plus fragiles.
Élimination de la silice par les liquides lourds
Cette méthode est fondée sur la dilîérence de densité entre la silice (densité de 2,5 à
2,6) et les fossiles (densité de 2,8 à 2,9). Le carbonate de calcium a également une densité
de l’ordre de 2,8 à 2,9 ; les oxydes de fer et la barytine sont beaucoup plus lourds.
On utilise le bromoforme technique stabilisé par 1 % d’éthanol 1 , moins cher et moins
toxique que les autres liquides lourds dont la densité est 2,89. On obtient un liquide lourd
d’une densité de 2,7 en ajoutant au bromoforme du benzène lourd comme le solvant, naphta,
moins volatil et moins toxique que le benzène. La densité du mélange est contrôlée avec
un densimètre.
Le principe est simple : le sable fossilifère est mélangé au liquide lourd, la silice llolte,
les fossiles et les minéraux lourds se déposent au fond.
Deux précautions sont indispensables :
1. Le matériel doit être parfaitement sec et le séchage doit être fait à chaud. La pré¬
sence de petites quantités d'eau diminuerait la densité des fossiles. De plus, une petite
quantité d’eau peut se dissoudre dans le bromoforme, et se fixer par la suite sur des fossiles
secs, ce qui diminue leur densité,
2. L’air inclus dans les fossiles doit être expulsé. Il sulfit d’une bulle d’air microsco¬
pique pour diminuer la densité des fossiles et les faire flotter. Le matériel fossilifère doit
tremper ao moins 24 b dans le liquide lourd pour que les dernières bulles d'air soient expul¬
sées des petits fossiles. Les fossiles plus gros, d’un diamètre dépassant trois millimètres,
conservent généralement un peu d’air et flottent sur le liquide lourd. Lin tamisage préalable
qui sépare Je matériel plus gros, facile à trier, évite cet inconvénient.
Ori gagne du temps en travaillant avec deux bocaux. Dans Un premier bocal d’imprégna¬
tion, le matériel fossilifère mélangé au liquide lourd reste 24 h au mpins pour perdre l’air
inclus. On frappe le bocal à plusieurs reprises, car les vibrations facilitent l’expulsion des bul¬
les d’air. On verse ensuite dans le deuxième bocal de triage 1/3 du mélange liquide et matériel
1. Prolabo.
162
JEAN BRAILLON
Fig, 5. — Appareil de récupération du liquide lourd.
1, ampoule électrique veilleuse, source de chaleur : 2, filtres eu toile de cuivre remplis du matériel imbibé
de liquide lourd; 3, couvercle étanche; hoîte de plastique dont le fond est échancré d’une large
fenêtre ; 5, enveloppe de coton pour l’isolement thermique ; 6, gaze de coton mince, perméable aux
gaz, tendue sur un cadre ; 7, entonnoir de plastique à rebord vertical et à large tuyau ; 8, flacon de verre
de plusieurs litres ; 9, liquide lourd récupéré.
fossilifère et 2/3 du liquide lourd. II faut en effet un excès de liquide lourd qui sépare de
cinq centimètres au moins la couche du matériel léger de celle du matériel lourd. On agite
ensuite doucement ce bocal de triage, de préférence par une rotation assez lente, ce qu’on
peut faire avec un vieux tourne-disques récupéré. La rotation du liquide lourd et des fos¬
siles se fait bien si le bocal n’est pas cylindrique, mais quadrangulaire par exemple. On
laisse ensuite le liquide au repos pendant cinq minutes et la séparation est complète. On
écume la couche supérieure de matériel léger avec une petite écumoire faite avec un morceau
de (il de cuivre terminé par un anneau fermé sur lequel est soudée une toile métallique
de cuivre. On dépose le matériel prélevé sur un filtre placé dans un entonnoir au-dessus
d’un flacon vide. L’écumoire ne permet pas de retirer complètement les fragments qui
flottent et on vide doucement la partie supérieure du liquide sur le filtre. S’il reste encore
des fragments à la surface, on rajoute du liquide lourd et on verse à nouveau. Les filtres
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
163
les plus commodes sont, confectionnés avec la toile de cuivre fine vendue pour les carbura¬
teurs d’automobile. Ils sont plus rigides et filtrent plus rapidement que les filtres de papier.
Quand le filtre est rempli du matériel qui flotte, on recouvre l’entonnoir avec une
soucoupe et on laisse égoutter cinq minutes. Ce filtre est placé avec son contenu dans l’appa¬
reil de récupération par distillation (fig. 5). On verse dans un deuxième filtre ce qui reste
au fond du bocal de triage et on rince ce bocal avec un peu de liquide lourd, pour enlever
les fragments restés au fond. On laisse égoutter cinq minutes sous couvercle, et on place
ce deuxième filtre et son contenu dans l’appareil de récupération.
Dans les cas fréquents où le matériel léger à base de silice est plus abondant que le
matériel lourd, on simplifie les manipulations en prélevant la plus grande partie de ce maté¬
riel léger avec la petite écumoire à la surface du bocal de triage, et on enlève un peu de liquide.
On rajoute ensuite dans le bocal de triage du matériel provenant du bocal d'imprégnation,
par exemple un tiers du volume de ce dernier. On renouvelle cette manœuvre plusieurs
fois, avant de verser sur le ou les premiers filtres le reste du matériel léger : ou verse ensuite
sur le dernier filtre tout le matériel lourd du fond du bocal de triage.
Récupération des liquides lourds
La récupération du liquide lourd a un double avantage : économie et suppression presque
totale des vapeurs irritantes et d’odeur désagréable. Ces vapeurs qui sont lourdes, se répan¬
dent souvent d’une façon imprévue dans les autres salles du bâtiment de recherche.
La récupération par égouttage sur entonnoirs de toile métallique est utile, mais elle
reste insuffisante. Elle laisse subsister le liquide qui a pénétré dans le matériel et remplit
par capillarité les intervalles entre les fragments.
iNous avons construit un appareil de récupération par distillation qui nous a donné
d’excellents résultats (fig. 5). Les filtres remplis de matériel mouillé de liquide lourd sont
placés dans un récipient chauffé à 80°C environ. Cette enceinte chaude est placée au-dessus
d’un récipient de verre froid, à la température du laboratoire, où se condensent les vapeurs
de liquide lourd. L’appareil est confectionné avec un entonnoir à rebord 1 et une boîte
de plastique munie d’un couvercle dit à fermeture étanche 2 . Le fond de la boîte est entaillé
d’une large fenêtre que recouvre un tulle de coton mince, perméable aux gaz. Le chauffage
est assuré par une petite ampoule électrique veilleuse, et toute la partie chaude de l'appareil
est enveloppée d'une couche épaisse de coton hydrophile maintenu par une enveloppe.
L’étanchéité est assurée avec de I ’araldite A Y 138 et durcisseur HV 998 3 qui colle fortement
au verre sans adhérer au plastique, surtout si ee dernier est couvert d’une trace de graisse
de silicone 4 .
Les filtres remplis de matériel léger ou lourd sont placés dans la partie supérieure.
Cet appareil permet de sécher en 24 h le matériel, fossilifère ou non, qui ne conservera qu'une
1. Soupledur.
2. L’Hermetic Mielex, 192 min de diamètre.
3. Sodîema, 397, rue de Vaugirard, 75015 Paris.
4. Prolabo.
164
JEAN BRAILLON
très faible quantité de bromoforme sous forme gazeuse. On l’éliminera en laissant les fossiles
à l’extérieur pendant 24 h. La quantité de liquide lourd ainsi récupéré est de 5 à 10 ml
par jour.
Fie. 6. — Quantité de carbonate de calcium en grammes dissoute dans un litre de solution pure à 15 %
d'acide acétique (trait plein) ; après addition matin et soir à cette solution d’acide chlorhydrique du
commerce à 34 % jusqu'à un pli de 3 (tiretés). Le volume total de la solution augmente par l'acide
chlorhydrique ajouté et les sels de calcium dissous. Les temps sont exprimés en jours.
Séparation magnétique des oxydes de fer
Le plus fréquent des matériaux lourds est l’oxyde de fer hydraté — limonite — 2 Fe 2 0 3
3 1I 2 0, dont la densité est de 3,7.
Le triage magnétique est la seule façon pratique de l’éliminer. Les oxydes de fer comme
la limcmite sont faiblement magnétiques. Ils sont attirés par un électro-aimant si celui-ci
est très puissant. Le séparateur magnétique de Frantz (Frantz isodynamie separator),
utilisé par les minéralogistes, ne s’applique qu’à des petites quantités de matériel (quelques
dizaines de grammes) dont le diamètre est inférieur à un demi-millimètre. Son intérêt en
paléontologie est donc très limité.
La meilleure solution est le séparateur magnétique à roues dentées. Cet appareil indus¬
triel est prévu pour trier de grosses quantités de minerais (plusieurs tonnes à l’heure). Il
faut séparer par un tamisage préalable les particules dont le diamètre est supérieur à 1,4 mm
de celles dont le diamètre est inférieur à 1,4 mm. Elles seront triées séparément. Nous sommes
reconnaissants à l’Institut de valorisation des minerais de Nancy d’avoir bien voulu pro¬
céder à des essais de triage. Nous avons constaté que l’appareil élimine complètement la
limonite, mais qu’une partie des fossiles est entraînée avec elle. Il faut, donc faire un deuxième
passage de la limonite déjà triée dans l’appareil, pour récupérer les fossiles.
L’appareil industriel est puissant et brutal, il casse une partie des fossiles fragiles.
DÉGAGEMENT ET TRIAGE DES FOSSILES DE VERTÉBRÉS
165
11 y a interet à ajouter au mélange de fossiles et de linionite un corps non magnétique qui
accompagnera les fossiles dans le séparateur, qui soit assez tendre et assez fin pour atténuer
les chocs et qu’on éliminera facilement par la suite. Le sucre en poudre, en quantité dix
à vingt fois supérieure à celle des fossiles, donne d’excellents résultats. Il sera éliminé faci¬
lement par tamisage. En cas de mouillage accidentel, on l'éliminerait par lavage.
Impossibilité d’éliminer le phosphate triealcique. 11 n’est évidemment pas possible
de séparer les os et dents fossiles des débris d’os ni des fragments co itéré lionnes de phosphate
triealcique (phosphoriles) puisqu’ils ont la même coin position chimique. Pour faciliter le
triage, il faut éviter la fragmentation des os fossiles sans intérêt. L’imprégnation par le
silicate de soude dilué, l’imprégnation rapide par la solution de plexigum des os spongieux
diminuent, cette fragmentation.
Indications des méthodes de triage et contrôle de leur efficacité
L’examen d’un échantillon de sable fossilifère au moyen d’une forte loupe avant chaque
stade d’élimination indique la nature et l’abondance des substances à éliminer (Caili.kux et
Charan), Si la quantité de silice ou de limonite est faible (par exempfc 10 ou 20 %), on
renonce à employer les liquides lourds ou le triage magnétique qui prendraient plus de temps
que le triage visuel,
Un vérifie que les substances triées qui vont être jetées ne contiennent pas de fossiles.
On regarde si les fossiles présentent des cassures non usées qui peuvent s’être produites
au moment du dépôt des sables fossilifères ou de leur tassement ultérieur. Elles peuvent
également être causées par le prélèvement, le transport, le tamisage et les méthodes de triage
elles-mêmes. Les grains de limonite assez fragiles permettent un contrôle. Si on tamise à
sec le matériel fossilifère avec le même tamis aux différents stades d’élimination, les débris
de limonite et les débris de fossiles qui traversent le tamis au 2 e tamisage ont été brisés
entre le I er et le 2 e tamisage.
Résultats
L’élimination des éléments non fossilifères réduit de 99 % ou de 99,5 % le volume du
matériel à trier. Elle permet de découvrir des fossiles très petits qui étaient noyés dans une
masse considérable de sable fin. Elle est précieuse lorsqu’une partie du matériel inerte
a la même couleur et. le même aspect que les fossiles, comme les petits fragments de silex
noir de Condé-en-Bric. Le triage par la vue n’est pas seulement fatigant et monotone, il
est trompeur, car l’ceil ne voit que ce qu’il connaît déjà.
Conseils pratiques
Gants de caoutchouc remontant sur l’avant-bras ; les plus pratiques sont ceux dont
l’intérieur est doublé de fibres de coton. Vérifier qu’ils ne sont pas percés.
166
JEAN B RAI LEON
Les cuvettes de plastique doivent avoir une solidité donc une épaisseur suffisante
pour leur capacité. Les anses ne doivent pas dépasser le bord supérieur (couvercle). Les
bacs sont recouverts d’une plaque de verre demi-double pour réduire les vapeurs acides.
La bonbonne d’acide chlorhydrique du commerce est conservée h l’extérieur chaque fois
que c'est possible. Elle ne risque pas de geler et on remplit à l’extérieur les litres qui seront
utilisés.
Lin local spécial qu’on peut aérer et dont on peut laver le sol est réservé aux manipu¬
lations acides.
Les vapeurs acides, surtout dans les locaux humides, rouillent le fer. et cette corrosion
se poursuit automatiquement une fois déclenchée. 11 faut badigeonner tous les tuyaux
ou pièces de fer avec une peinture anti-rouille ou plus simplement avec de l’huile fluide
pour machines.
Les meubles sont recouverts d’une feuille épaisse de polyvinvle qui résiste bien aux
produits chimiques (sauf aux liquides lourds) et aux chocs.
L’acide chlorhydrique est funeste au nylon ; des gouttelettes même microscopiques
font immédiatement des trous dans chaussettes, bas, vêtements en nylon.
Les sels de calcium font des taches solubles à l’eau. Le silicate de soude fait des taches
incomplètement solubles dans l’eau et qui résistent à tous les autres solvants. Les pantoufles
de caoutchouc, les chaussettes et les blouses de coton sont ce qui résiste le mieux.
H F, F K H R NC ES BIBLIOGRAPHIQUES
Cailleux et Charan, 1963. — Détermination pratique des minéraux. Paris, Sedes.
Kummel, B., et D. Raup, 1965. — Handbook of paleontological techniques. London, Freeman.
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Manuscrit déposé le 29 mars 1973.
Bull. Mus. natn. Ilist. nat., Paris, 3 e sér., n° 176, juillet-août 1973,
Sciences de la Terre 30 : 141-166.
Achevé d'imprimer le 30 mars 1974.
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11 convient do numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux
compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Baucuot, M.-L., .1. Daget, J.-C. Huheau et 1 h. M o.noi), 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en tnxionomie. Bull. Mus. fJisl. nul., Paris, 2 e sér., 42 (2 ; - 301-304.
Tinbbbgbn, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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