ISSN 0181-0642
BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
SECTION C
sciences de la terre
paléontologie
géologie
minéralogie
4 e SERIE T. 3 1981 N° 1
Janvier-Mars 1981
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Professeur E. R. Brygoo
Section C : SCIENCES DE LA TERRE
Directeur : Pr L. Leclaire, Laboratoire de Géologie.
Rédaction : P. Dupérier.
Comité scientifique : J. Aubouin (Paris), R. G. C. Bathurst (Liverpool),
W. H. Berger (La Jolla), Y. Coppens (Paris), B. Cox (Londres), D. S. Cro-
nan (Londres), J. Fabriès (Paris), de Lumley (Paris), W. R. Riedel
(La Jolla).
Comité de Lecture : J. P. Caulet, J. C. Fischer, L. Ginsburg, L. Leclaire,
E. A. Perseil.
Les Membres du Comité scientifique sont membres de droit du Comité
de Lecture qui désigne les rapporteurs dont un au moins est extérieur au Muséum.
Fondé en 1895, le Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle est devenu à partir de 1907 :
Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Des travaux originaux relatifs aux diverses
disciplines scientifiques représentées au Muséum y sont publiés. Il s’agit essentiellement
d’études de Systématique portant sur les collections conservées dans ses laboratoires, mais
la revue est également ouverte, depuis 1970 surtout, à des articles portant sur d’autres
aspects de la Science : biologie, écologie, etc.
La l Te série (années 1895 à 1928) comprend un tome par an (t. 1 à 34), divisé chacun en
six fascicules regroupant divers articles.
La 2 e série (années 1929 à 1970) a la même présentation : un tome (t. 1 à 42), six fasci¬
cules par an.
La 3 e série (années 1971 à 1978) est également bimestrielle. Le Bulletin est alors divisé
en cinq Sections et les articles paraissent par fascicules séparés (sauf pour l’année 1978
où ils ont été regroupés par fascicules bimestriels). Durant ces années chaque fascicule est
numéroté à la suite (n os 1 à 522), ainsi qu’à l’intérieur de. chaque Section, soit : Zoologie,
n os 1 à 356 ; Sciences de la Terre, n oa 1 à 70 ; Botanique, n 08 1 à 35 ; Écologie générale,
n 08 1 à 42 ; Sciences physico-chimiques, n 08 1 à 19.
La 4 e série débute avec l’année 1979. Le Bulletin est divisé en trois Sections : A : Zoolo¬
gie, biologie et écologie animales ; B : Botanique, biologie et écologie végétales, phyto¬
chimie (fusionnée à partir de 1981 avec la revue Adansonia) ; C : Sciences de la Terre, paléon¬
tologie, géologie, minéralogie. La revue est trimestrielle ; les articles sont regroupés en
quatre numéros par an pour chacune des Sections ; un tome annuel réunit les trois Sec¬
tions.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle,
38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris, tél. 331-71-24 ; 331-95-60.
— pour les abonnements et achats au numéro, au Service de vente des Publications du
Muséum, 38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris, tél. 331-71-24 ; 331-95-60.
C.C.P. Paris 9062-62.
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue Cuvier, 75005
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Abonnements pour l’année 1981
Abonnement général : 900 F.
Section A : Zoologie, biologie et écologie animales : 560 F.
Section B : Botanique, Adansonia : 280 F.
Section C : Sciences de la Terre, paléontologie, géologie, minéralogie : 180 F.
Numéro d’inscription à la Commission paritaire des publications et agences de presse : 1405 AD
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
4 e série, 3, 1981, section C (Sciences de la Terre, Paléontologie, Géologie, Minéralogie), il 0 1
SOMMAIRE — CONTENTS
J.-C. Rohart et P. Semenoff-Tian-Chansky. — Description des types de Hexa-
gonaria davidsoni (Milne-Edwards et llaiine) et de « Pseud.oacerotdaria »
profunda (Michelin), Tetra eoralliaires du Dévonien du Boulonnais. 3
Description of tlie types of llcxagonaria davidson i ( M Une-Edwards and Uni me) and nf
« Pseiidonccrviilaria » profunda (Michelin), letracorals front the Deconiun nf Boulon¬
nais.
E. Heuntz et II. Thomas. — l'u nouveau Bovidé, Kabulicornis tthmadi geri. nov.,
sp. nov., dans le gisement pliocène de Pul-e Charkhi, bassin de Kahul, Afgha¬
nistan. 31
A new bocal. Kabulicornis ahmadi gen. non., sp. non., front the Pliocène localiiy of Pul-e
Charkhi , Kahul basin, Afghanistan.
D. Gehaads. — Bovidae et Giraflîdae (Artiodactyla, Mammalia) du Pléistocène de
Terni fine (Algérie). 47
Bovidae and Giraflîdae (Artiodactyla, Mammalia) front the Pleislocene of Terni fine
( Alger ia).
P. Tassv. — Le crâne de Moerithenunt (Probosoidea, Mammalia) de l'Éocène de
Dor td Talha (Libye) et Je problème de la classification phylogénétique du genre
dans Jes Tethytheria McKenna, 1975.. ... 87
Tlte sktdl of Mneritherium ( J'rabnscide.a, Mammalia) front the Emette of Ilot- el Talha
(Libt/a) and the profilent of the phi/logenelic classification of the gênas in the Tethytheria
McKenna. 1975.
J.-P. Lehman. — Points de vue d’un paléoanatomiste des Vertébrés sur la Nomen¬
clature géologique... 149
Points of oie ic of a Vertebrate paleaanalomist on geologiccd Nomemclature.
1, 28
Bull. Mus. nain. Hist. nulParis , 4 e sér., 3, 1981
section C, n° 1 : 3-29.
Description des types de Hexagonaria davidsoni
(Milne-Edwards et Haime)
et de « Pseudoacervularia » profunda (Michelin),
Tétracoralliaires du Dévonien du Boulonnais
par Jean-Claude Hou a ut et Pierre Semenoff-Tian-Chansky *
Résumé. Les spécimens-types d’ Acervularia davidsoni M.-R, et II. et de Cypthnphyllum
profundum Michelin, dans lesquels des laines minces ont été taillées, sont fedccrite et ligures. La
première de ees espèces, qui est un / lexagonaria, provient, de la format iun de FcrqUes (Rrasnien)
de la région de Ferques (Pas-de-Calais;. La deuxième est provisoirement placée dans le goure
Pseudoavervularia Selilûler. Le spécimen-type, le seul exemplaire connu, est d’ùge givélien ou
frasnien de la même région.
Abstract. The type-speeimens of Acervularia davidsoni. M.-K. et II. and of Cyalliophjjllum
profunduni Michelin, in whieli thin seetions hâve been eut, are redescribcd and ligured. The
lirst speeies îs an Hexagonaria frorn the Ferques formation (Frasnian) of tlie Ferques région Pas-
de-Calais, France). The second is provisionally assigned to the gémis Pseudoaccrvularia Sehlüter.
The type-specimen, the only one known, is of Givetian or Frasnian âge front the same région.
Le présent travail fait partie il une série de notes consacrées à la révision des collec¬
tions Mii.NK-EinvAuns et Michelin (Muséum national d’Histoire naturelle, Paris). Les
spécimens-types ti' Acervidaria davidsoni. M.-K. et H. et de Cyathopkylluin profundum
Michelin ont pu être identifiés. Nous nous limiterons ici à leur description et à une dis¬
cussion sur leur position systématique.
La première espèce appartient au genre Hexagonaria Gfirich, 18116. La deuxième
est provisoirement attribuée au genre Pseudoacervularia Sehlüter. 1881.
La variabilité d ’Hexagonaria davidsoni , fondée sur des collections récentes, sera traitée
dans un travail ultérieur consacré par I un de nous (J.-Cl. H.) aux rugueux du Dévonien
du Boulonnais.
« Pseudoacervularia n profunda n’est actuellement, connu que par le spécimen-type.
Par ses caractères tranchés, celle espèce permet de reconnaître clairement la validité du
concept générique de Pseudoacervularia. Ce genre sera prochainement révisé par l'un de
nous (J. -Cl. 11.) d’après Pcspècc-typc, Acervularia coronata M.-E. et H., dont le type se
trouve au British Muséum (National ilistory), Londres.
* J.-Cl. Roiiaht : Laboratoire de Paléontologie , Faculté libre des Sciences, 13, rue de Tout, 59046 Lille
Cedex.
P. Semunoff-Tian-Chansky : Institut de Paléontologie, S, rue de Bufjon, 7500-5 Paris.
— 4 —
Phillipsastraeidae C. F. Roemer, 1883, sensu Hill, 1956
Hexagonaria davidsoni (Milne-Edwards et Haime, 1851)
(Fig. 1-3 ( pi. K I, 2. 4; pl. Il ; pl. III, 1, 2)
1851. — Acervularia davidsoni M,-E. et II. : 118, pl. 9, lig. 4, 4a-b. Les formes américaines attri¬
buées par ecs auteurs à la même espèce sont à exclure.
1860. Acervularia davidsoni M.-Edwards : 110.
1938. Piisinatoplii/tluin davidsoni (M.-E. et H.) ; Stewart : 53.
1915. Prismatùphf/lluin davidsoni (M.-E. et M.) ; Smith : 15, 51. pl. 25, fig. 1 (copie de M.-E.
et IL, 1851, pl. 9, fig. 4 a) et 5.
1919. Hexagonaria davidsoni (M.-E, et II.) ; Stemm, pl. 15, fig. 13 (copie de M.-E. et IL, 1851,
pl. 9, fig. 1 a).
La synonymie ci-dessus est, objective, c’est-à-dire réduite aux seuls travaux fondés
sur le matériel original ou figurant, celui-ci. Dans la répartition de l’espèce que nous donnons
plus loin, on trouvera les travaux qui ont permis d’établir celle-ci.
Matériel o mu ixai.
Dans la collection Milne-Edwards (Institut de Paléontologie, Muséum national
d’Histoire naturelle, Paris), il y a trois colonies étiquetées « Acervularia Davidsoni (Edw.
et IL ». Aucune n’appartient à cette espèce.
Trois autres colonies sont, étiquetées « Acervularia bouchardi Edw. et II. » mais cor¬
respondent à la description d' Acervularia davidsoni de Mii.ne-Kdw.vkds et II aime (1851 :
418), L’étiquetage de la collection n’esi pas celui de Milne-Edwards et comporte des erreurs.
Parmi ces trois colonies, deux onl manifestement été utilisées pour la figuration originale
qui est composite. La colonie Z 104 a-1 (pl. I, 1) a servi de modèle pour la moitié gauche
de la ligure ainsi que pour le contour de tous les corn lûtes de cette figure. Elle est aussi
probablement figurée en 4 a. Les détails de la région érodée, à droite de la figure 4, sont
inspirés d’une autre colonie, le spécimen Z 104 li (pl. I, 3), qui est aussi figurée probable¬
ment. en 4 b.
Lerloli/pe (choisi ici) : spécimen Z 104 a-1, figuré par Milne-Edwards et Haime (1851,
pl. IX, lig. 4 et 4a). Figuré également par Smith (1945, pl. 25, fig. 4), Sri mm (1949, pl. 15,
fig. 13) cl dans le présent travail (fig. 1-3, pl. 1, t, 2, pl. Il, 1-3, pl. III, 1-2). Collection
Mii.ne-Fuw vkds. Institut de Paléontologie, Muséum national d’Histoire naturelle, Paris.
État actuel : une colonie sectionnée en plusieurs fragments dont le plus grand montre la face
figurée. Deux lames transversales (Z 104 a-1 T, et T»), 5 lames longitudinales (Z 104 a-1
Li à L s ).
Pamleclotype : Le spécimen Z 104 a-2, syntype non figuré par Milne-Edwards et
Haime. Figuré ici pl. I, 4 et pl. Il, 4, 5. Une colonie, deux lames transversales, une lame
longitudinale.
Autre. Hj/nli/pe : le spécimen Z 104 b, correspondant, comme on l'a vu ci-dessus, à une
partie de la figure 4 et à la figure 4 b de Mii.nk- Edwards et. Haime. Figuré ici fig. 4, pl. I.
5 —
3, pl. III, 3*5. 1"no colonie, une lame transversale, une lame longitudinale. Comme on le
verra plus loin, cet échantillon appartient à une autre espèce.
Locus typions : Ferques, Boulonnais, Nord de la France.
Stratum typicum : Dévonien, d’après l’étiquette originale. Dans la région type, H.
davidsoni ne se trouve que dans la formation de Ferques, Frasnicn moyen, zone supérieure
à Polygnathus asymtnelricus (M, Coen in Brice et al., 1981).
Signalons que, par suite des erreurs d'étiquetage qui ont été faites dans la collection
Milne-Edwauds, et dont nous venons de voir un exemple, on trouve sous le nom (V Acer-
vularia davidsoni M.-K. et If., les spécimens suivants :
— Z 105 a = Heiagonaria nuie Taien, 1977. Celle colonie était considérée comme
type d’//. davidsoni par Sokavf, 1967 : 38.
— Z 105 b 1 — Smithia holoniensis M.- E. et H., 1851 : 423 ; c’est un Scruttonia.
— Z 105 b 2 = Cyalhophyllum davidsoni M.-E. et H., 1851 : 389. Il s’agit probable¬
ment d'un Frechastraea.
Enfin, toujours par erreur, sous le nom de Cyalhophyllum davidsoni on trouve trois
colonies (Z 71 a-1 et 2 ; Z 71 b) qui sont des Hexagonaria appartenant à d’autres espèces.
Les échantillons Z 105 et Z 71 proviennent également du Dévonien du Boulonnais.
Desciuption du lectotype
Morphologie externe
La colonie mesure dans ses plus grandes dimensions 9 X 6 cm pour 4 cm de hauteur.
La surface inférieure est érodée et n’a pas conservé d'holothèque. Sur la face supérieure,
qui est plane, s’ouvre une quarantaine de calices. Ceux de la moitié droite de la figure
(pl. I, 1) sont plus petits (distance de centre à centre : 7 à 8 mm, diamètre de la muraille
interne : 4,5 à 5 mm) que ceux de l’autre moitié (distance de centre à centre : 10-11 mm,
diamètre de la muraille interne : 6 mm). Les grands calices sont quelquefois incomplets.
La colonie a dû subir une agression qu'elle a surmontée en bourgeonnant abondamment
d’un cûté.
Chaque corallile est entouré par une muraille externe en zigzag, assez épaisse et sail¬
lante. On distingue à peine la muraille interne chez le jeune, mais l’adulte en montre une
de 0,5 mm de hauteur Son diamètre est de la moitié du diamètre total. Chez le corallite
complètement formé, la plate-forme périphérique est légèrement concave. La fosse du
calice a des bords abrupts, clic çst profonde de 2 mm environ.
Certains calices dont le fond n’est pas empâte par la gangue montrent une protu¬
bérance ou fausse colwmelle formée par les extrémités internes des septes majeurs.
Les septes des deux ordres sont lisses ou faiblement carénés et très minces, plus minces
que la muraille externe,
Coupes transversales
La forme des corallites est irrégulière car leurs côtés sont souvent inégaux. La muraille
externe montre une ligne noire médiane. Par endroits elle se dédouble, chaque partie com¬
portant sa propre ligne noire. Les septes sont au nombre de 20 X 2 à 22 X 2 dans les stades
— 6 —
adultes (grande diagonale .S à 12 mm). Dans les stades moins développés, ou trouve 17 à
19 septes majeurs. La distance de centre à centre est de 8 à 10 mm.
Les septes, très milices à la périphérie, s'épaississent légèrement en un long fuseau,
mal délimité, pour constituer une zone d’épaississement qui correspond à la muraille interne
visible extérieurement. Le plus souvent ils sont lisses, mais les plus épais portent de fines
carènes en barre, dues à l'élargissement, des trabécules (environ 4 par mm), Les septes
mineurs sont à peine plus minces que les majeurs. Ils sont droits ou à peine sinueux et vien¬
nent se souder aux couches claires de la muraille externe en s'épaississant légèrement.
Dans l'angle des plus grands eorallit.es, les septes n’atteignent pas la muraille externe aux
endroits où un finurgeon commence à se former.
Fig. 1. — Hexagonaria davidsoni (M.-E. et H., 1851) (éch. Z 104 a-1, lectotype). Coupe transversale 1\.
Quelques corallites montrant le faible renflement des septes peu ou pas carénés.
Les septes mineurs s’arrêtent à 2-3 mm du centre. Les septes majeurs, qui sont très
amincis dans le tabularium, au point d'apparaître sous forme de « filament » on coupe
transversale, atteignent presque l’axe où ils peuvent s’anastomoser et former quelquefois
une structure axiale lâche, légèrement spiralée.
— 7 —
Les traces ries dissépimcnts, espacées à l’extérieur, forment typiquement trois ou
quatre anneaux serrés à la jonction avec le tabularium. Les sections des planchers sont
également fréquentes dans le tabularium.
Coupes Iongitud.inalcs
Large dissépimentarium à bombement accentué au niveau de la muraille interne.
On distingue 4 à 5 rangs de dissépimcnts externes, plutôt grands, et 2 à 3 rangs de dissé-
piments internes plus petits, très inclinés vers l’intérieur. La limite entre le dissépimenta-
rium et le tabularium n'est pas nette. Le tabularium est relevé au centre. Il contient de
grosses vésicules périaxiales convexes, peu serrées (environ 10 sur 5 mm) et des lames axiales
convexes, un peu plus nombreuses, occupant la moitié de la largeur du tabularium, sou¬
vent interrompues par les septes majeurs. L’allure désordonnée du tabularium est très
tvpiq ne.
La largeur du tabularium est de 3 à 4 mm.
Fig. 2. — Hexagonaria davidsoni (M.-E. et H., 1851) (éeh. Z 104 a-1, lectotype). Coupe longitudinale L v
Les dissépimenls externes sont horizontaux ou faiblement inclinés vers la périphérie. Planchers axiaux
irrégulièrement relevés au centre.
Structure fine
L’éelianlillun est fortement recristallisé. On distingue néanmoins la ligne sombre
de la muraille, mais on ne peut discerner la structure intime de celle-ci (fig. 3). La nature
trabéculaire des septes n'apparaît que dans certains endroits mieux conservés. Les parties
périphériques minces des septes sont constituées de petites trabécules (0,02 à 0,04 mm de
diamètre, rarement plus) relevées vers le haut et vers l’intérieur. Au niveau de la muraille
interne, les trabécules s'individualisent mieux dans les parties épaissies des septes où elles
peuvent atteindre 0,2 mm dans leur plus grande largeur. Klles forment sporadiquement
des carènes opposées. Quand le dissépimentarium est réfléchi, les trabécules sont disposées
— 8 —
en éventail, sans ligne de divergence définie, disposition qu’on voit liien dans la coupe
longitudinale du paralectotype (pl. Il, 5). Lorsqu’il est étroit, elles partent obliquement
de la muraille et s’inclinent un peu plus au bord interne du dissépimentarium (fig. 2, à
gauche du corallite).
\ mm
t .. . i
Fig. 3. — Hexagonaria (Uividaoni (M.-E. et H., 1851) (écb. Z 104 a-1, lectotype). Lame I\. Muraille à trois
couches probablement fibreuses. Dans les sept.es on distingue quelques petites trabécules à la périphé¬
rie ainsi que les grosses trabécules de la muraille interne dont les parties latérales forment des carènes
opposées.
Paralectotype
Le spécimen Z 104 a-2 est une colonie de 7 X 10,5 cm sur 6 cm de hauteur qui montre
trois phases successives d’arrêts et de reprises de croissance.
Elle est bien conservée et. possède une holothèque pourvue de rides et de bourrelets
sur ses faces inférieure et latérales. Dans le fond des calices on voit souvent la protubé¬
rance produite pat' les planchers axiaux et les extrémités internes des septes.
Le nombre de septes et les dimensions sorti sensiblement les mêmes que celles du
lectotype ; n = 19 à 23 X 2 dans les stades adultes ; distance de centre à centre : y à 10 mm,
diamètre de la muraille interne : 5 à 6 mm, largeur du tabularium : environ 4 mm.
En coupe longitudinale, même aspect des planchers axiaux relevés et enchevêtrés
avec les septes, plus rarement aplatis, 6 à 8 rangées de dissépiments, éventails trabéculaires
correspondant au bombement de la muraille interne.
En coupe transversale, les septes, qui sont plus épais que dans le lectotype (souvent
0,2 à 0,4 mm, alors que daus le lectotype ils atteignent parfois 0.3 mm mais n’ont géné¬
ralement que 0,06 à 0,1 mm d’épaisseur), ont des trabécules plus marquées, formant assez
souvent des carènes opposées à l’extérieur du fuseau.
L’épaisseur des septes varie en fait d’un corallite à l’autre aussi bien dans le lecto¬
type que dans l'échantillon Z 104 a-2. Dans ce dernier elle augmente notamment dans les
régions supérieures ou périphériques de la colonie.
Les autres caractères étant identiques, nous pensons que les deux colonies font partie de
la même espèce, probablement aux deux extrêmes de la variation de l’épaisseur des septes.
Syntype figuré
Le spécimen Z KM b est un fragment de colonie de forme aplatie d’environ S X 9 cm
sur 2 cm de hauteur (pl. 1. 3).
Par suite de la dissolution du squelette, une partie de la colonie, et notamment la
surface inférieure, apparaît sous forme de relief inversé. A la surface distale, certains calices
se présentent de la même fayon, la fosse du calice étant en relief, En d'autres endroits,
l’érosion n’a laissé apparaître que la muraille interne. Enfin, une partie de la surface distale
est bien préservée. Elle comporte une dizaine de calices semblables à ceux du lectotype
Z 104 a-1, mais dont la muraille interne plus prononcée est formée de septes épaissis en
fuseaux dentieulés.
Fig. 4. — ! 1 e.nlguniLri a cf. bu.ruticnxia Tsien, 1977 (celi. /. 104b. syntype figuré de « Aeervularia u dai‘id-
soni M.-K. et 11., 1851. pl. 9, partie droite de la fig. 4|. Coupe transversale, I, épaississement en fuseaux
bien nets des septes est l'un des caractères qui différencie cel échantillon du lectotype et nous autorise
à le rapprocher de II. bltxuliensia. Entre le cnrallitc de gambe et celui du milieu un distingue les con¬
tours d'une muraille trabéculaire. Ailleurs, elle est régulièrement onduleuse.
— 10 —
Le nombre de septes est. de 18 X 2 à 20 X 2 dans les stades adultes pour une distance
de centre à centre de 7 à 9 mm.
La coupe transversale (pl. HT, 3, 4) montre une muraille externe à ligne noire médiane
régulièrement ondulée, les septes étant le plus souvent attachés aux parties convexes vers
l’axe des ondulations. Tant que le cnrnllite n’a pas atteint son plein développement, la
muraille s'interrompt pour former des segments inégaux, éléments d'une structure tra¬
béculaire.
Les septes s’épaississent fortement au niveau de la muraille interne où ils sont renflés
en fuseaux dont les faces latérales sont dentic.ulées par la forme des trabécules. Les septes
mineurs sont moins épais que les majeurs.
Les extrémités internes des septes majeurs sont régulièrement situées en retrait de
l’axe.
En coupe longitudinale (pl. 11!, 5), le dissépimenlarium montre une à quatre rangées
de dissépiments situées de part et d’autre du bombement correspondant à la muraille
interne. Les. planchers axiaux, relevés et. aplatis, sont entourés d une série de planchers
périaxiaux incurvés.
L'épaisseur des septes permet une bonne observation des trabécules dont, les plus
externes partent de la muraille el se relèvent vers le haut et l'intérieur, tandis que les plus
internes forment des éventails serrés au niveau de la muraille interne.
L'échantillon décrit ci-dessus diffère du leetolype Z 104 a-1 par les caractères sui¬
vants :
— cors Mites légèrement plus petits ;
— 18 à 20 septes majeurs au lieu de 20 à 22 ;
— septes régulièrement épaissis en fuseaux bien nets ;
— tabularium plus régulier et plus nettement différencié en deux régions, axiale
et pcriaxiale.
Cet échantillon, faisant pourtant partie de la figure composite de Milxe-Edwards
et 11 a i.« k, appartient donc à une espèce différente d’ Ilexagonaria davidsoni. Il est proche
de Ilexagonaria buxiitiensis Tsicn, 11*77, du Frasnien de Belgique.
Attribution générique
Acervularia davidsoni a été rangé par les auteurs récents tantôt dans Hexagonaria,
tantôt dans Marisastrum.
Hexagonaria Gitrich, 1890, a des calices à plate-forme suhhnmontale, des septes
épaissis en fuseau et carénés dans le dissépimentarium. des trabécules monaeanthes disposées
obliquement de la périphérie vers l’intérieur.
Les auteurs donnent de Marisastrum Rozkowska, 1965, la définition suivante : coral-
lites avec une muraille interne bien nette en forme d'anneau autour du tabularium, le dissé-
pimontarium étant réfléchi. Les trabécules du type rhipidacanthe forment des éventails
dans la muraille interne.
Toutefois, ce. genre n’est, pas assez bien connu car l’espèce-type, Cyathophyllum sed-
gwirki M.-K. et H., 1851, n’a pas été retrouvée dans la localité-type (Torquay, sud du
— 11 —
Devon). Le matériel ancien, conservé au British Muséum (.Nat oral 11istory) - dont le
lectotype R 48451 (figuré par M.-K. et II., 1858, pl. 52, lig. 3 et par Scrutton, 1967, pl, 40,
fig. 1) et un spécimen certainement conspécilique, H 15269 (figuré par Rozkowska. 1965,
fig. 1) — montre des carènes régulières mais faibles. La seule section oblique visible sur
le spécimen H 15269 montre des trabécules obliques vers le haut et l'intérieur, disposition
qui se retrouve sur la ligure du néotype de Hexagonuria he.ru porta (Goldfuss) publiée par
Birenheuie, 1969, pl. J. fig. 1 b. Comme il n'y a pas de lame mince, on ne peut pas alîir-
mer la présence de rhipidaeanthes.
Le matériel de référence étant donc insuffisant, nous ne retenons pas Marisaslrum
et classons Ai'wvlarm davidsom dans Hexagone, ria. Du reste, nombre d’auteurs n’accep¬
tent pas le genre Marisaslrum qu'ils considèrent, comme synonyme d’ Hexagonuria (Biren-
iieide, 1969 : 41) ou d ’Hnplolhecia Frech, 1885 (Juu,, 1969 : 66; .Iell et IIill, 1970 :
35, avec doute). //. dauidaoni n'appartient certainement pas à llaplolheria dont les septes
portent de très fortes carènes dans le dissépimenlarium et dont les trabécules sont beau¬
coup plus complexes.
Diagnose complétée d’ Hexagonuria davidsoni
D’après la description et les considérations que nous avons vues ci-dessus, on peut
donner la diagnose suivante d II. duvidsoni :
Hexagonuria à oorallile.s de taille moyenne, à plate-forme calicinalc légèrement inclinée vers
la périphérie cl 4 faible muraille interne. Septes minces, parfois renflés en fuseau et très légèrement
ou pas carénés. Dissépimenlarinin réfléchi, avec 3 à 6 rangs de dissépimejits internes serrés. Plan¬
chers composés, peu serrés, relevés dans l'étroite zone axiale où ils sont aplatis ou désordonnés.
Dimensions ; distance de centre à centre : 7 à I I mm ; diamètre de la muraille interne : 5-6 mm ;
diamètre du tabularium : 3,5 à 5 mm ; nombre de planchers sur 5 mm : 10 à 12 ; nombre de septes
majeurs : 20 à 22.
Rapports et différences, répartition
De toutes les espèces décrites appartenant réellement au genre Hexagonariu, c’est
//. mae Isien, 1977, qui se rapproche le plus de //. duoidsoni : de taille généralement plus
grande, il a moins de septes majeurs (17-18 au lieu de 20-22), plus de carènes et surtout
des septes mineurs remarquablement longs. Les parois du calice sont moins abruptes.
H. sedgtvicki (M.-E. et IL, 1851) (fondé sur le seul matériel anglais) et H. hu.ru tiensis Tsien,
1977, sont plus petits et n'ont que 15 k 17 septes majeurs et ou épaississement en fuseau
nettement plus marqué.
H. davidsoni , d'abord connu dans le Boulonnais (description originale de Mtlne-
Edwarijs et Daime, travaux de Goksei.et et de Rigaux), pois maintes fois cité ou figuré
à titre de comparaison, a été décrit pour la première fois en Pologne par M. Moenke (1954 :
468, pl. 11 . fig. 7-9), dans le Frasnien des monts de Ste-Croix. Les échantillons figurés par
cet auteur ont des septes sinueux et irrégulièrement épaissis. Nous les maintenons avec
doute dans l’espèce.
— 12 —
Kn Belgique, H. daoidsoni a été décrit par Sokai i- (1967 : 38, lig. 7*la, b) dans le
Frasnien du massif de Pliilippevillc. Par son étroit dissépinientarium fortement incliné
vers l’intérieur et les planchers aplatis, cette espèce est en fait un Argutastraea (voir Coen-
Ai'kert. 1980 : 16).
lînfin, II. davidsoni a également été décrit et figuré en Belgique par M. Coen-Aubert
(1974. 1977. 1980) et par H. II. Tsikn 1975, 1977. 1978). Dans la plupart, des cas il s'agit
bien de cette espèce. Signalons, cependant, «pie la colonie figurée par Tsien (1978 : 210,
fi g. 14 fi), qui a «les sept es mineurs mils ou réduits, est à rapprocher de Donin vesiculosa
Cocn-Auhert, 1980. Par ailleurs, l'espère en provenance du massif de la Vesdre (Coen-
Aubert, 1974. pl. 2, lig. 2) est un Afgulastraca (voir Coen-Ai bkiit, 1980 : 16). Enfin,
la colonie figurée par Coen-Aubert (1980, pl, 2, lig. 3) est également à exclure de H. david-
som pour les raisons suivantes : il y a nettement moins de septes majeurs (16-17), le dissé-
pimeiitarium est beaucoup plus convexe, le fuseau des septes est nettement marqué et
délimité. Les autres colonies figurées dans ce même travail rentrent bien dans 1 espèce
(Frasnien du «massif de Philippcville et des environs de Givet, France).
En conclusion, Hexagonaria davidsoni est actuellement connu dans le Frasnien du
Boulonnais, du bassin de Dinant (Belgique et région de Givet) et probablement en Pologne.
« Pseudoacervularia » profunda (Michelin, 1845)
(Fig. 5-8; pl. IV, V)
non 1842. CyaihophyUum profundum Germai' in Ceiiiilz : 579. pl. X, lig. 14, 14a. Cette espèce,
du Permien d'iimenan (Allemagne), appartient au genre Calophyllum Dana, 1846.
1845. Cyathophyllum profundum Michelin : 184. pl. 48, fig. 1.
1850. - Lithoslrotùm profundn (Michelin); d’Orbignv : 106 (citation).
Remarque. Le nom spécifique profundum Michelin demeure utilisable malgré 1 anté¬
riorité de Cyalhophylluni profundum Germar in Geinit.z, 1842, en vertu de l’article 17, § 1 et 3
du Code International de Nomenclature. Zoologique.
Màtériej, original
Dans la collection Michelin, deux spécimens sont étiquetés Cyathophyllum profundum.
L’un d'eux (n° M 00891) correspond bien à la figure 1 (pl. 48) de Michelin. L’autre (n° M
00927) est un petit fragment dont les calices peu profonds n’ont pas de fosse aux parois
abruptes faisant un angle droit avec le plateau ealieiiial. Un polissage longitudinal montre
qu’il s’agit d'on Hexagonaria à petits calices
Leclolype (choisi ici) : spécimen n° M 00891 ; figuré par Michelin (1846, pl. 48, fig. 1).
Figuré ici, fig. 5-8, pl. IV et V. Collection Michelin, Institut de Paléontologie. Muséum
national d’Histoire naturelle. Paris. Étal actuel : une colonie sectionnée en deux fragments,
un moulage, l ue lame et trois empreintes transversales, une lame et deux empreintes lon¬
gitudinales.
Imcu.s t y pic us : « Environs de Boulogne-sur-mer, (Pas-de-Calais) ». Dans cette région,
le Paléozoïque n'affleure qu’aux en virons de Ferques.
Stratum tijpicum : On lit dans la légende de la planche 48 de Michelin : « Terrain
13 —
Dévonien ». Les seuls étages dévoniens représentés à Ferques par des formations calcaires
sont le Givétien et le Frasnien.
Description du i.ectotypf.
Petite colonie cérioïde arrondie et bombée de 65 mm de diamètre et de 20 mm de
hauteur. La surface inférieure, à peu près plane, est constituée d’une holothèque pourvue
de stries Unes et de bourrelets et dont les ondulations correspondent aux flancs des corallites
périphériques de la colonie.
La surface supérieure (pl. IV, I, 2) comporte une cinquantaine de calices remarqua¬
blement réguliers en taille (distance de centre à centre : 7 à 8 mm), polygonaux, à 5 ou 6
côtés. Ils sont séparés par une muraille droite, nette, mais peu saillante et à zigzags peu
marqués.
La plate-forme calicinale, étroite (1 à 2 mm) est légèrement inclinée vers la périphérie.
Elle est limitée vers l’intérieur par la muraille interne (4 à 5 mm de diamètre) qui forme
une crête qui la sépare très nettement, de la fosse calicinale. Celle-ci est remarquable par
sa profondeur (5 à K mm) et par ses parois presque verticales. Du fond plat s'élève souvent
une protubérance axiale.
Les seples des deux ordres (2 X 14 à 2 X 16) sont un peu saillants niais seuls les majeurs
pénètrent au fond de la fosse du calice. Dans les meilleurs cas, on distingue bien les dente¬
lures de leur bord interne. Quelques petits bourgeons se forment à la périphérie de la colo¬
nie.
Coupes transversales
La muraille externe est relativement épaisse (0,15 à 0,2 mm) et droite. Les septes lui
sont régulièrement, soudés. Ils sont minces et à peu près lisses à la périphérie, puis ils s’épais¬
sissent en un fuseau court et épais qui se termine brutalement en pointe au bord du tabula-
riuui. Les septes mineurs s'arrêtent là et occupent un tiers ou un peu plus du rayon. Les
septes majeurs se prolongent en forme de filament rectiligne jusqu’à une faible distance
du centre. Les traces des dissépiments sont peu nombreuses à l’extérieur de la muraille
interne, mais nombreuses (3-4 rangs) et serrées à l’intérieur. A la limite de ces deux régions
il y a souvent un épaississement stéréoplasmique. On observe quelques sections de planchers
dans le tahularinm.
Coupes longitudinales
Trois à cinq rangées de dissépiments externes bien globuleux, disposés en pente douce
vers l’extérieur, deux à quatre rangs de dissépiments internes, beaucoup plus petits, beau¬
coup moins globuleux et presque verticaux. La limite entre ces deux zones correspond à
la muraille interne. File est occupée par des dissépiments spécialisés (Sorauf, 1967 : 11),
très convexes, certains en forme de fer à cheval. Ils ne sont épaissis que du côté interne.
Ils apparaissent seuls dans le bourgeon sous la forme pcneckielloïde (lig. 8). Le tabularium
contient deux sortes de planchers : des lames axiales planes ou Je plus souvent relevées
au centre, contre lesquelles s'appuient des lames pcriaxialcs plates ou concaves. On note
même quelques grosses vésicules supplémentaires au contact des dissépiments Les planchers
Fig. 5. — « Pseudoacervularîa » pro/unda (Michelin, 1845) (éch. M 00891, leetotvpei. Loupe transversale.
Fig. 6 . — « Pseuiioacervulariti » pro/unda (Michelin, 1845) Iéch. M UUS'JI lectolvpe). Coupe longitudinale.
Des dissépiments spécialisés, parfois en fer à cheval, séparent les dissépiments externes, inclinés vers
la périphérie, des dissépiments internes, petits et subverticaux. Les éventails de trabécules sont, situés
au niveau du bombement correspondant aux dissépiments spécialisés. Cette disposition distingue clai¬
rement cette espèce d’H&mgonaria ef. bnxulierinis dont la coupe transversale (fig. 4) est par ailleurs
relativement similaire à celle de « l’smtdoacoroularia » profunda (lig. 5). Comparer la ligure ci-dessus
avec la coupe longitudinale d '11, cf, bii.riitienxix, pl. IIT, 5.
15 —
axiaux interfèrent avec les extrémités des septes majeurs pour former la bosse axiale visible
au fond des calices.
Structure fine
La muraille, dans les stades les plus précoces, a une structure trabéculaire. Quand
le bourgeon coin me net* à se séparer, on voit en coupe transversale des trabécules peu nom¬
breuses, désordonnées, soudées à la partie axiale très mince, déjà formée, des septes. Ces
trabécules semblent alors faire partie de fa muraille interne. Plus tard, les trabécules, dont
certaines font, partie des septes. se touchent complètement (fig. 7).
MUR
Fin. 7. — « Pseudaacervularia » projundu (Michelin, 1845) (éch. M 00891, lectolvpe). Cuupe transversale.
Muraille externe (ou intercalicitialc) entre deux eoralliles dont l’un — celui de gauche — n’est pas
complètement développé : elle est formée de trabécules contiguës, dont certaines font partie des septes.
Les septes sont constitués de monacatilhes et de rhipidacanthus. Ceux-ci ont une disposition irrégu¬
lière dans la région épaissie des septes formant la muraille interne. Comparer avec la disposition des
rhipidacantlies en rangs serrés (pi. V, 5). MLR : muraille externe ; Int : muraille interne ; s. M : septes
majeurs ; s. m. : septes mineurs.
Entre deux eoralliles complètement formés, la nature trabéculaire de la muraille n’est
indiscutable qu'aux rares endroits où elle est un peu épaisse. Ailleurs, elle paraît soit uni¬
formément sombre, soit pourvue d une ligne médiane dilïuse : ces variations se retrouvent
dans la pallie périphérique des septes tpii la rejoignent.
— 16 -
En coupc longitudinale, la muraille externe apparaît également tantôt nettement
trabéculaire (pl. V, 1), tantôt formée par des segments à ligne noire diffuse. Ces segments
ne se superposent pas exactement dans le prolongement l’un de l'autre. Leurs extrémités
divergent légèrement par rapport au plan de la muraille (6g. 8).
En résumé, quoique d aspect variable, la structure de la muraille nous paraît être
comparable à celle des septes.
MUR
de
Pic. 8. — « Pseuduncervularia » profuntla ! Michelin, 1845) (écli. iM 00891, lcctotypd- Coupe longitudinale
perpendiculaire à la muraille externe (ou intercalicinale). A droite de la muraille, dissépiineuts externes
et « spécialisés » d’un corallite adulte. A gauche, bourgeon, dont les dissépiments spécialisés, de forme
peueckielloïde, s'appuient contre la muraille. Muraille à ligne noire diffuse, formée de segments super¬
posés dont les extrémités distales divergent par rapport au plan de la muraille. En haut à droite, éven¬
tail de trabécules rhipidacanthes montrant les alignements de « granules trabéculaires » disposés selon
les ligues d’accroissement du septe. MUR : muraille: d.e : dissépiments externes; d.s : dissépiments
« spécialisés # : d.p : dissépiments peucekielloïdes ; e.s : extrémités distales des n segments " de la
muraille.
— 17 —
La nature trabéculaire des septes esl nette dans la région épaissie en fuseau (fig. 7).
Cette zone est formée par un éventail de trabécules redressées, visible en coupe longitu¬
dinale. Vers l'intérieur, ces trabécules s’abaissent jusqua l’horizontale. Vers l'extérieur,
elles se redressent au contraire pour devenir parallèles aux trabécules les plus périphériques
<pii prennent naissance dans la muraille externe (pl. V, l).
On distingue bien les bouquets de fibres à l'intérieur des trabécules. Celles-ci montrent
des ramifications latérales bien visibles dans la coupe longitudinale perpendiculaire au
septe (pl. V, 3, 4), Ko coupe longitudinale parallèle au plan du septe, ces ramifications
apparaissent comme des « granules trabéculaires » disposés dans l’alignement des trabé¬
cules à la base un au sommet de l'éventail (pl. V, 2) ou encore selon les lignes d’accroissement
du septe flig. 8). Ces trabécules sont doue desrbipidaeantbes. Kn cuupe transversale, ceux-ci
se présentent, parfois régulièrement serrés les uns contre les autres (pl. Y, 5), mais leur
disposition est le plus souvent beaucoup moins régulière (fig. 7). Notons par ailleurs que les
parties minces ou peu épaissies des septes sont généralement, constituées de mouacanthes.
Attribution générique
« Cyathophyllum » profundum n’est rangé commodément dans aucun genre existant.
Les genres massifs de Phillipsastraeidae à muraille continue, à éventails trabéculaires
et à dissépimentarium fortement relevé sont :
Sulcorphyllurn Pedder, KM Pt
TrapezopliyUum Ktheridgc, 1899
StellatophyUuin Spassky, 1968
Frechustrava Scrutton, 1968
Smitliicyalhus llozkowska, 1979
Peneckielln Sochkiua, 1939 (formes eérioïdes)
Phillipnastrea d’Orbignv, 1849
PfMulnacen’ulnria Schlüter. 1881
« Cyathophyllum » profundum n'a pas la muraille à trois couches ni les dissépiments
externes plats de Sulcorphyllurn. Ses nombreux dissépiments bombés le distinguent nette¬
ment de 7 rapezophyUum qui ne possède qu’une rangée de dissépiments et une de dissépi¬
ments en fer à cheval.
Stellatophyllum possède un dissépimentarium relevé mais il n'a pas de dissépiments
internes et surtout la nature de- sa muraille externe et de scs trabécules n’est pas connue.
Fmhaalraea, basée, sur 1‘espèce-type, F. pentagonei (Goldfuss), a un dissépimentarium
beaucoup moins relevé et des septes à épaississement court et si fort que la muraille interne
devient presque continue. En outre, les trabécules ne montrent jamais les ramifications
des rhipidacanthes.
Smithieyathus se distingue de notre espèce par la régularité des dissépiments en fer à
cheval, l’absence de dissépiments internes, et par la dégénérescence périphérique des septes.
Notre espèce, à l’état, de bourgeon, présente les mêmes dissépiments que les formes
eérioïdes de Peneckiella, mais le dissépimentarium s’élargit beaucoup et se complique à
l’état adulte.
1. 29
— 18 —
« Ci/alhophylluni » profundum rentrerait, dans le genre Phillipsuxirea dans l'acception
de Serutton, 1968, par la forme pseudocérîoîde de la colonie (c.-à-d. à muraille formée d'élé¬
ments trabéculaires et non à muraille continue à 3 couches), les trabécules en éventails
et la présence de dissépiments en fer à cheval. Toutefois, chaque corallrte adulte est ici
complètement entouré par la muraille, ce qui nous empêche de e.lasser l'espèce dans le même
genre que P. hennahi. l'espèce-type.
Notre espèce correspond exactement au concept du genre Pseud-oarvri’ulnria créé
par S«:hi.vtkh (1881) pour des coraux proches de Phillipsastreu (Aceroularia au sens de
Milne-Kuwahds et Haime) mais à muraille externe continue. L'espèce-type de Pseudo-
acen'ularia [Acenuluria cornnala M.-E. et IL, 1861) étant encore mal connue, nous n’uti¬
lisons ce genre que provisoirement. L’un des deux spécimens figurés est d'ailleurs en cours
de révision par l'un de nous (J.-CL TL).
Affixitès : « Pxeudoacen-ularia » profunda se distingue d'espèces comme « Pseudo-
acervularia » mueront mata (Roetner, 1855) (voir Pickett, 1967, pl. 2, fig. 8) et de « Pseudo-
acermlaria » ananan (Goldfuss, 1826) par son épaississement en fuseaux plus courts se
rapprochant davantage de la forme en massue. Ce dernier caractère se retrouve bien dans
Phillipsaslnm roskawskae Serutton, 19(18, qui diffère de « Psendoacen-ultiria » profunda
par des dimensions moindres, une muraille interne et un talmlarium plus étroits et par
des septes mineurs beaucoup plus minces que les sep tes majeurs.
Répartition : Aucun exemplaire nouveau n'a été trouvé dans la localité-type, ni
décrit dans d’autres régions d’Europe. « Pseudoacervularia » profunda n’est donc présente¬
ment connu que dans le Givétien ou le Frasnien de la région de Ferques.
Remerciements
Nous remercions le l)r. IL IL Hoskn. Miss J. C. D\rbki.t, et Mr. IL L Wise British Muséum,
Natural Historv. Londres), pour leur accueil et les facilités qu'ils nous ont accordées pour l’étude
des collections dont ils ont la charge. Nous sommes reconnaissants à M lle 1). Brice (Faculté libre
des Sciences, Lille) et au Dr. .1. S. Jei.i. (University of Queensland, St Lueia, Australie), qui nous
ont fait bénéficier de leur connaissance des l’hillipsastraeidae. Nos remerciements vont également
à M. H. Vkrbeke (Muséum d’ilisfoire naturelle, Paris) pour le soin qu’il a apporté à la confection
des lames minces, ainsi qu’à M me J. Chai.avoux, M me F. Pilvbd et M. t). Sebkette (Muséum,
Paris) pour leur contribution à la partie photographique et graphique de ce travail.
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Tonies les ligures îles planches I à I se rapportent à des s péri mens-types de Mii.xk-Edwarijs et Haime
et de Mieiii-i.iN, dont la position géographique et strah graphique peu précise est discutée lions le texte.
Les échantillons figurés appartiennent aux collections de l’Institut de Paléontologie, .Muséum national
d'Histoire naturelle. Paris. Planches I à III . collection Milne-lùhvards. Planches IV et V : collection Miche¬
lin.
(Planche f, JS et IV, 1-2 : clichés 1). Skrhktte, Muséum. Paris. Planche /, t cliché .1. Chalavoux,
Muséum, Paris. I
PLANCHE I
1. — Hexagonaria davidsoni (M.-E. et IL, 1851) (éch. Z 104 a-1, lectotype). Cette colonie correspond à
la partie gauche de la figure originale de Mii.ne-Edw.irds et Haime (1851, pl. 9, fig. 4) (x 1).
2. — Détail de la même colonie ( 2,5).
3. — Hexagonaria cl', buxutiensis Tsien, 1977 (éch. Z 104 b, syntype figuré de « Acervularia » davidsoni
M.-E. et H., 1851). Cet échantillon correspond à la partie droite de la figure 4 (pl. 9) de Milnk- Edwards
et Haime, 1851.
Hexagonaria davidsoni (M.-E. et H., 1851) (éch. 104 a-2 Paralectotvpe). Détail montrant quelques
calices 1 x 2,0).
4 .
PLANCHE I
— 22 —
PLANCHE II
Hexagonaria clavidsoni (M.-E. et H., 1851)
1-3. — Éch. Z 104 a-1, lectotype.
1 : coupe transversale T 1 (x 3).
2 et 3 : coupes longitudinales L 4 et L 5 (x 4).
4-5. —■ Ech. Z 104 a-2, paralectotype.
4 : coupe transversale Ti (x 3).
5 : coupe longitudinale Lj_ (x 4).
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24 —
PLANCHE III
1-2. — Hexagonaria davidsoni (M.-E. et H., 1851) (éch. Z 104 a-1, lectotype). Lames T 2 et
transversales (X 6).
3-5. — Hexagonaria ci’, buxutiensis Tsien, 1977 (écli. Z 104 b, syntype figuré de « Acervularia
M-E. et H., 1851, pl. 9, partie droite de la lig. 4). 3 : coupe transversale (x 3) ; 4 : détail
coupe (x 0) ; 5 : coupe longitudinale (x 4).
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PLANCHE III
— 26 —
PLANCHE IV
1-5. — « Pseudoacervularia » projunda (Michelin, 1845) (éch. M 00891, lectotype).
1 : surface distale de la colonie (x 1).
2 : détail montrant la profondeur des calices et les protubérances axiales s’élevant du fond des fosses
calicinales (x 2,5).
3 : coupe transversale (; 3).
4 : détail de la même coupe (X 6).
5 : coupe longitudinale (X 4).
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PLANCHE IV
— 28
PLANCHE Y
1-5. — « Pseudoacervularia » profunda (Michelin) (éch. M 00891, leclotype).
1-2 : Coupes longitudinales passant par le plan d'un septe ( 35). I : les trabécules de la muraille,
dont la coupe verticale perpendiculaire passe à peu près au milieu de la photo, divergent vers le haut
et vers la gauche, puis butent contre les trabécules septales qui forment un éventail serré. A gauche,
les trabécules s’inclinent jusqu’à l’horizontale au bord interne vertical du calice. 2 : disposition com¬
parable à la précédente, ïe bord du calice étant à droite. Les « points sombres » sont les bouquets de
fibres des ramifications trabéculaires des rhipidacanthes.
3-4 : Coupes verticales perpendiculaires aux septes, montrant les ramifications latérales des rhi¬
pidacanthes | ., 35 et 72).
5 : Coupe transversale dans la partie épaissie d’un septe à trabécules rhipidacanthes régulièrement
serrées les unes contre les autres. La grande largeur des sections des rhipidacanthes est perpendicu¬
laire au plan du septe (x 83).
Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 4 e sér., 3, 1981,
section C, n° 1 : 31-44.
Un nouveau Bovidé, Kabulicornis ahmadi gen. nov., sp. nov.,
dans le gisement pliocène de Pul-e Charkhi,
bassin de Kabul, Afghanistan
par Kmile Hkintz ut Herbert Thomas*
Résumé. — L’examen des Bovidés du gisement pliocène de Pul-e Charkhi, en Afghanistan,
révèle l’existence d’une forme de grande taille, caractérisée principalement par l’orientation de
scs chevilles osseuses, dirigées dès leur base, vers l’avant, l'extérieur et le haut.. Cette forme repré¬
sente un genre nouveau et une espèce nouvelle : Kabulicamis ahmadi. Les relations de parenté
de cette espèce, connue seulement dans le Pliocène inférieur du bassin de Kabul, avec les autres
Bovidés fossiles et actuels, demeurent hypothétiques.
Abstract. — The preliminary study of lhe Bovidae Iront the Pliocène of Pul-e Charkhi reveals
the présence of a new Ünvid. Tliis furm, large in sizo, elcarly characterized hy liorn cotes, directed
forwards, upwards and to the outside, represents a new genus and species : Kabuliiurnis ahmadi.
The relationships of K. ahmadi, known only in the lower Pliocène of the Kabul Basin, with the
extarit and fossil Bovids remain hvpothetical.
Le gisement de Pul-e Charkhi se trouve dans le bassin de Kabul, à 20 km à l’est de
la ville de Kabul, à environ 5 km au nord-est. de la bourgade du Pul-e Charkhi à 69°23'30"-
34°36'00* (feuille ii° 510 «le la carte an 1/250 000 e ), 11 se situe dans les « couches de Kabul »
(Grebe et IIomiliub, 1068), connues aussi sous les noms de « pepper and sait saudstones »
(Griesbach, 1887) et « marnes sableuses du lvabulistan » (Fukon, 1025. 1927) et qui cor¬
respondent à In partie inférieure de la série «lu Lataband de Mennessier (1961, 1968).
Découvert en 1977, le gisement de Pul-e. Charkhi a livré an cours d’une première fouille
quelques restes de Poissons, Amphibïens, Reptiles et. dix-sept espèces de Mammifères.
Parmi ces derniers, les Rongeurs sont: abondants alors que les autres groupes ne sont repré¬
sentés que par peu de spécimens, généralement très fragmentaires. Trois Bovidés de tailles
petite (7 spécimens : ÀFG 117, 149, 143, 145, 144, 146, 176), moyenne (1 spécimen : AFG
151) et grande (43 spécimens) existent dans ce gisement. Les deux premiers sont trop mal
représentés pour être déterminables ; le troisième, le plus abondant du gisement,correspond
à un nouveau genre et. uouvello espèce dont la description et l’interprétation font l’objet
de ce travail, Les informations relatives au gisement et h la faune de Pul-e Charkhi ainsi
qu’une discussion circonstanciée sur l’âge pliocène inférieur de ce gisement sont données
in Brunet et al. (1980).
* LA 12 el LA 49, Institut de Paléontologie, Muséum national d'Histoire naturelle, 8, rue de Bufjon,
75005 Paris.
32 —
Famille Bovidae Gray
Incertae subfamiliae
KABULICORNIS gen. nov.
Espèce-type : Kabulicornis alirnadi sj>. nov.
Diagnose du genre : Le genre étant monospéeifique, voir la diagnose de l’espèce.
Kabulicornis ahmadi sp. nov.
Holotype (pl. I et II) : Crâne dépourvu de la région faciale et des dents, muni de la cheville
droite incomplète et de la partie basale de la cheville gauche. Crâne un peu déformé par compres¬
sion latérale. Structure superficielle de l’os altéré. AFG 139, coll. Institut de Paléontologie du
MNHN, Paris.
Paratypes : Mandibule droite avec P 2 -M a , AFG 141 (pl. II, 1). — M 3 gauche, AFG 160 (pl. Il,
2). — P 3 droite, AFG 156 (pl. II, 4).
Autre matériei. : I n fragment de cheville, AFG 196. — Un fragment de basioccipital, AFG
207. Un palais très déformé avec M’-P 3 droites cl MUNI 2 gauches, AFG 140. - Une D 4 gauche,
AFG 166 (pl. II. 3). — Plusieurs fragments de molaires supérieures. AFG 153, 158. 162, 165 et
170. Un fragment de P 2 et de P 3 , AFG 157 et 169. M s -M a droites incomplètes, \FG 152.
Fragments de P 2 , P 3 , l’ 4 et M d'une mandibule gauche, AFG 164. M 3 droite incomplète, AFG
161 (pl. Il, 5). Mj ou M a gauche, AFG 168. Fragments de molaires inférieures, \FG 154 et
159. P 4 droite et gauidie, AFG 155 et 163 (pl. Il, 6 et: 7). P g gauche, AFG 167. Incisive,
AFG 142. Deux fragments d’extrémités proximales d'omoplate, AFG 186 et 188. Deux
extrémités distales d'humérus gauche et droit, AFG 195 et 180. - Fragments de radius proxi¬
mal, AFG 172. 173 et 174, — Un eapitalo-trapézoïde et. un os crochu droits, AFG 201 et 184. -
Deux astragales droit et gauche, AFG 179 et, 190 (pl. Il, 8). Un fragment de calcanéum droit,
AFG 200. — Un eubunavJcnlaire et un grand cunéiforme droits, AFG 204 et 202. Trois poulies
distales de métapodes, AFG 192, 199 et 20.3. — lue phalange l, AFG 193.
Loc.vuiTÊ-rVPB : Pul-e Charkhi. bassin de Kabul, Afghanistan. A 20 km à l’est de Kabul.
A 5 km au nord-est de la bourgade de Pul-e Charkhi, aux coordonnées 09 o 23'30"-34 o 30'00" de la
feuille n° 510 au 1/250 000 e .
Niveau-type : Niveau argileux situé à la base d’une lentille incluse dans les « couches de
Kabul # (Gkp.be et Homii us. 1968) qui forment la partie inférieure de la série du Lataband (Men-
nessieh, 1968) ; sédiments fluvio-lacustres.
Age : Pliocène inférieur suivant Heintz et al., 1979, Brunet et al., 1980.
Dérivation de noms : Nom de genre composé de Kabul, capitale de l’Afghanistan, et du latin
cornus qui signifie corne. Espèce dédiée à Ali Ahmad Durzad, ingénieur au ministère des mines
et de l’industrie d’Afghanistan.
Diagnose
Bovidé de grande taille, voisine de celle d’un Hippotrague. Chevilles osseuses insérées au-
dessus des orbites. Bases des chevilles au contact l’une de l’autre dans le plan sagittal. Les chevilles,
— 33 —
faiblement Courbées, se dirigent dès leur base vers l’avant, l’extérieur idivcrgence) et le haut.
Cette orientation distingue Kabulwarnis de tous les autres Bovidés aetuellement connus. Cheville
à section elliptique, l’as de carènes Torsion absente ou très faible. Crâne cérébral allongé, bas
et large. Angle c.raiiio-ntiehal de l'ordre de 160°. Face occipitale en forme de dièdre. Basineeipital
en Y, plus large an niveau des tubérosités postérieures que des antérieures, muni d une. gouttière
sagittale.
Prémolaires supérieures massives. Molaires supérieures massives munies d’un dut central
d’émail, dépourvues de eolonuelte interlobaire. Série P. 2 -P, relativement longue. Prémolaires
inférieures massives. P 3 presque aussi longue que l’ 4 , I’ 4 à différents stades de mularisuliuu. Molaires
inférieures à mdiee d’hypsodoufie peu élevé (75, ti pour la M a ). Colonncttcs interlobaires présentes
mais peu développées eu moyenne et décroissantes de la VI, vers la Al,. Pli antèru-stylide ( — pli
caprin) peu ou pas apparent. Contour labial de.s lobes des molaires supérieures en ogive, Kmail
finement ridule.
Squelette postcrânien très mal connu.
Description
Chevilles osseuses
Elles sont insérées au-dessus de l’orbite. Le bord postérieur de la hase de la cheville
se situe un peu en arrière du liord orbitaire postérieur. La partie superficielle de Los étant
mal conservée, la limite entre cheville proprement dite et pédicule n’apparaît pas claire¬
ment sur tout le pourtour de la cheville ; on l'observe cependant sur ht face antéro-mterne
et postérn-extenie, ce qui permet d’alfirmer que le pédicule est, court. Les chevilles, très
massives à leur hase, se trouvent, au contact l'une de l'autre dans le plan sagittal ; ce rap¬
prochement des chevilles a pu être accentué en partie par la compression latérale du crâne.
Le caractère le plus frappant concerne l’orientation des chevilles. Eu vue latérale, elles
s’orientent, dès la hase, vers le haut et vers l'avant ; une telle orientation est quasi unique
chez les Bovidés. En vite frontale, les chevilles divergent assez fortement dès leur hase ;
la divergente par rapport au plan sagittal est de l'ordre de 3(1° dans le. tiers inférieur, elle
augmente progressivement, vers l’apex car la cheville n’est pas rectiligne mais légèrement
courbée. Du fait de cette courbure, la cheville est faiblement convexe le long de sa sur¬
face postéro-interne (face dorsale) et faiblement concave le long de sa surface antéro-externe
(face ventrale). Sur la cheville droite de Lholotype, on n'observe aucune torsion, lin revanche,
le fragment de cheville AEG 1!M> fournit l’indication d’une très faible torsion. Ce spécimen,
conservé sur 170 mm de long, n'est pas assez complet pour être orienté ; mis à part sa faible
torsion et ses diamètres moindres, il coïncide bien avec la cheville de l’holotvpe.
La cheville droite de l’holpLype n’est conservée que sur 160 mm, elje est incomplète
dans sa région apicale. Sa section est elliptique de la hase au sommet. Le grand axe (=- DAP)
de l’ellipse, d'orientation antérn-interne — postéro-exterue, recoupe le plan sagiltal du crâne
dans la région frontale sous un angle d’environ 25°. Le DAP et le DT de la cheville dimi¬
nuent assez rapidement de la hase vers l'apex en même temps que la compression de sens
postéro-interne antéro-externe s'accroît, ce qui se traduit par une diminution de l'indice
de compression (voir tableau). Malgré le mauvais état de conservation, on observe que
la surface de la cheville n’est pas lisse mais, au contraire, parcourue sur toute sa longueur
par des cannelures bien marquées.
1, 30
— 34 —
Crâne
Le crâne cérébral est allongé, large et bas. 11 ne présente pas de rétrécissement en
arrière des orbites, ni dans la région occipitale. Les lignes temporales sont à peine visibles.
La distance entre, la protubérance occipitale et le point le plus élevé des frontaux entre
les deux chevilles est d'environ 130 mm. La largeur bipariétale (90 mm) représente donc à
peu près 70% de la longueur du crâne cérébral. L'angle cranio-nuchal est de l'ordre de
160°. La face occipitale est. peu élevée. La crête sagittale de la face occipitale, assez dévelop¬
pée, constitue l’arête d'un dièdre, l ue petite portion frontale, conservée en avant des che¬
villes, suggère que l'angle cranio-facial était de l’ordre de I 40°. L’état de conservation
du spécimen rend impossible toute observation relative aux sutures, à la position des trous
sus-orbitaires, îi la présence ou l’absence de fossettes postcornuales.
Les coudyles occipitaux sont peu développés comparativement aux dimensions du
crâne cérébral. Ils sont peu étirés transversalement : en revanche, leur épaisseur antéro¬
postérieure est relativement forte.
Le basioccipital est. long de 50 mm. Scs tubérosités postérieures sont fortement déve¬
loppées en largeur (environ 55 mm) sans être très proéminentes ventralement. Les tubé¬
rosités antérieures sont beaucoup moins développées qne les postérieures; à leur niveau
la largeur du basioccipital n’atteint que 33 mm. Deux bourrelets longitudinaux, moins
proéminents que les tubérosités, relient tubérosités antérieures et postérieures et délimitent
une profonde gouttière sagittale. Un basioccipital isolé (AFL 207) présente les mêmes
caractères que ceux qui viennent d’être décrits.
Lue légère flexure semble exister à la limite basioccipital-basisphênoïde. La fosse
condvlienue semble très développée. La bulle tympanique gauche, bien que très endom¬
magée, est proéminente sur le basioccipital. D'autres observations pourraient être faites
sur la base du crâne mais le mauvais état de conservation du spécimen laisse toujours
planer un doute quant au bien fondé des observations.
Tabt.f.av 1. — Dimensions du crâne (hololype) de A ’nhuUcnrnis ahmadi. Le mauvais état de
conservation du spécimen ne permet pas d'effectuer des mesures précises. Les mesures en mm
données ci-dessous sont approximatives.
Largeur du foramen magnum.
Largeur fd-eondylienne.
Hauteur de la face occipitale (opisthion-lambda).
Longueur du basioccipital .
Largeur du basioccipital au niveau des tubérosités antérieures.
Largeur du basioccipital au niveau des tubérosités postérieures .
Angle cranio-facial rie l'ordre de ....
Angle cranio-nuchal...
Longueur de la cheville droite (incomplète).
DA P à la base.....
DT à la base.........
DAP à 7 cm.
DT à 7 cm .
DT base X 100
Indice de compression , , - .
DAP basp
19-20
88
57
50
33
55
140°
160°
160
76
62
57
42
81,6
— 35
. L>T à 7 cm x 100
Indice de compression .— . ... _ . ni, 7
' I )A I’ A 7 cm
I )ivergence des chevilles {tiers inférieur].,. 00 °
Angle formé par l’axe de la cheville el le toit crânien. 130°
\ngle formé nar le plan sagittal et le grand axe de la section de la hase de
la cheville. 25°
Largeur maximale au niveau des orbites. 144
Denture
L’holotype ne comporte aucun reste dentaire. On peut seulement signaler rpi un palais
très déformé (Ah'O 140). portant des dents mal conservées, a été trouvé à proximité du
crâne. L'attribution de dénis A K. ahuiadi repose donc avant tout sur le critère de I ni Ile :
les dents attribuées nous paraissent proportionnées à la taille de barrière-crâne. On peut
ajouter aussi que la morphologie de. ces dents n’est pas incorn pal ible avec celle du crâne.
Enfin, si on estimait cette attribution non fondée, il faudrait rapporter les dents attribuées
à K. ahniadi à une quatrième espèce de Rovidé, ce qui nous parait peu vraisemblable d’après
le matériel actuellement disponible.
Dent un' supérieure
Seules quelques rares dents ou fragments de dents permettent de réunir quelques
observations.
L ue P 2 gauche incomplète (AFC 157) montre un parastylc faible, nettement en retrait
par rapport au paraeùne qui est épais et proéminent sur la muraille externe.
La P 3 droite du palais (AEG 140) présente un contour lingual arrondi, non bilobé.
Sur la muraille labiale, le para style, épais de 4 mm, est plus proéminent que le paracône
(5 mm d’épaisseur), La P 3 , presque aussi large (18,5 mm) que longue (19,5 mm), a un aspect
massif, l ue autre P 3 droite, longue de 20,5 mm, (AEG 156) présente les mêmes caractères
morphologiques.
La P 4 droite du palais AEG 140 est trop détériorée pour se prêter à des observations.
Les deux M 1 gauche el droite du palais AEG 140 sont incomplètement conservées
et. très usées : la hauteur du métacôiie n'est plus que de 10 mm. Ces deux M 1 présentent
un îlot central, mais pas de colon nette interlobaire sur la face linguale. La scissure inter¬
lobaire (prolongée par Eliot d’émail centra]} est profonde car elle se poursuit jusqu’au
niveau des fossettes centrales. Le contour du proloeône est en quelque sorte caréné, celui
de l’hypocùtie arrondi. La M 1 gauche mesure environ 22 mm de long contre 22 mm de large
tant au niveau du 1 er que du 2 e lobe: c’est une dent d’aspect massif et de forme presque
carrée.
La M® gauche du palais AEG 140 est mal conservée cl assez usée : la hauteur du méta-
cône n'est que de 15 mm. Sur la muraille externe, longue de 28,5 mm, le parastylc est épais
(4 mm) et plus proéminent que le pilier du paracône. Le mésostyle, épais de 3 mm, est proé¬
minent ; en revanche, le pilier du métacône et le métastyle sont faiblemcnl développés.
La M 3 gauche (AFG 160) possède une muraille externe très semblable à celle de la
M 2 , hormis le métastyle qui est beaucoup mieux développé, comme c’est le cas habituel
pour les M 3 . I n îlot central d’émail est présent. Les dimensions sont : L = 33 mm : I 1 =
27 mm : l 2 = 22 mm.
— 36
Les autres fragments «le molaires supérieures énumérées «lans la liste «lu matériel pré¬
sentent une morphologie conforme à celle décrite plus haut, sauf en ce «pii concerne la
dent j u gale A FC 156 (pl. Il, 3). Sans présenter de différences vraiment importantes (absence
d’îinl central), sa morphologie, surtout celle de sa muraille externe, coïncide moins bien
avec celle des molaires décrites précédemment, Ses dimensions (L — 24,0 mm : l l - 20.5 mm ;
l 2 ■ 21.5 mm: hantiuir restante — 10 mm) sont compatibles avec celles de la ML Deux
interprétations sont possibles : ou bien cette dent représente une quatrième espèee de liovidé
dans la faillie de Pul-c Chnrkhi, ou bien cette dent correspond à une I) 1 de l\. ahmadi.
En l’absence de tout argument probant en faveur «le l'une ou l’autre hypothèse, nous pré¬
férons laisser le problème en suspens.
Denture inférieure
Une mandibule droite, mal conservée mais munie de P 2 -M 3 moyennement usées, cons¬
titue le meilleur document (AFG 141, pl. Il, 1). La longueur de la rangée prémolaire est
relativement importante car elle représente 65 % de la longueur molaire, pourcentage
qui, sans être, exceptionnel, est assez élexé pour un Bovidé. K. ahmadi n’est donc pas évolué
en ce qui concerne la réduction des prémolaires inférieures.
La denture antérieure n’est connue que par une seule incisive, assez massive, large
de 11,5 mm et épaisse de 1) mm â la base (AFG 142).
La P 2 de la mandibule possède un parastylide fortement recourbé ; la face labiale
présente une trè-s faible indication de dépression dans son tiers postérieur. Deux autres
P 2 . AFG 164 et 167, possèdent la même morphologie.
Sur la P. t de la mandibule, parastylide et paraeouide sont individualisés ; le premier
est moins épais que le second mais plus proéminent.. Métacouide, eutneouide et entosty-
lide sont orientés en direction postêro-interne. La lace labiale présente une très faible
dépression dans son tiers postérieur. La dent a un aspect général assez massif. Une deuxième
P 3 incomplète (AFG 164) ne diffère pas sensiblement de la précédente.
Sur la P 4 de lu mandibule, parastylide et paraeouide sont soudés en un bloc, ce qui
entraîne la fermeture de la vallée 1. La limite entre parastylide et paraeouide reste visible
sur la fa te interne. La vallée 2 reste largement ouverte sauf sur les G mm inférieurs de la
couronne. Le métaconide est volumineux : une amorce de développement en direction du
paraeouide (malarisation) est clairement perceptible. La vallée 3 est ouverte mais étroite ;
elle se ferme 5 6-7 mm de la base de la couronne Du fait de l’usure, entoconide et entosty-
lide sont soudés en un bloc, ec «pii entraîne la disparition «Je la vallée 4. I ne dépression
large et peu profonde occupe la moitié postérieure de la face labiale.
il existe dans le matériel trois autres P 4 qui diffèrent de la précédente par leur plus fort
degré de malarisation. La plus complète et aussi la moins usée (AFG 163. voir pl. II, 7)
possède une muraille interne, interrompue seulement dans la moitié supérieure de la cou¬
ronne par une fissure correspondant an débouché de la vallée 3. Le métaconide est soudé
au paraconide (quasi virtuel) et au parastylide, ce qui entraîne la fermeture complète
des vallées l et 2. Sur la face ocelusale, la vallée J apparaît sous forme d’un îlot circulaire,
la vallée 2 a plus ou moins la forme d un croissant. La soudure de Feutoconide avec I enlosty-
lide sur la face interne transforme la vallée 4 en une fosse étroite, oblique par rapport à
l’axe de la dent. Sur la face labiale existe au tiers postérieur un sillon vertical et profond.
Les P 4 AFG 155 et 164 (pl. Il, 6) sont, identiques à la précédente en ce qui concerne
— 37 —
la molarisation, En revanche, leur vallée 3 posta ouverte plus lias sur la ronronne et leur
face labiale 11 e présente pas de sillon mais une large dépression comme sur la P 4 de la man¬
dibule A F (J 141. Ces deux P 4 représentent. des intermédiaires entre AEG 141 et 163 dans
le processus de molarisation. Ces variations de la P 4 de K. ahmadi coïncident avec le schéma
classique du processus de molarisation des P 4 chez les Ruminants (voir Heintz, 1970,
pl. XXVU, p. 42 et. lig. 21). Il serait erroné de leur accorder une valeur taxonomique,
d’autant, plus que res quatre P 4 possèdent sensiblement les mêmes dimensions.
Fa M t de la mandibule est assez usée, sa hauteur au niveau de Fentoconide n’atteint
plus que 10 mm. Les conidcs externes ont un contour en ogive. La eolonnette interlobaire
est bien développée. Lue autre M 4 ou M a gauche (ÀFG 1681, moins usée (hauteur de l’ento-
conide = 22 mm), présente un pli antérieur peu développé mais ne possède pas de colon-
nette interlobaire.
Tableau 2. — Dimensions (en mm) des dents supérieures et inférieures de Kabulicornis ahmadi.
Longueur
l x (largeur
1 er lobe)
1» (largeur
2 e lobe)
ps _
- AFG
140
19,5
18,5
p 3
- AFG
156
20,5
M 1
AFG
140
(22)
22
22
M 2
AFG
140
28,5
M» -
- AFG
160
33
27
22
IVM.i
AFG
141
138
IVP.
AFG
141
54
M,-M,
AFG
141
83
P 2 -
- AFG
141
15,7
9,4
P 2
AFG
164
16,2
9,7
P 2
- AFG
167
16,5
9,4
P 3
AFG
141
19,2
11,1
P 3
AFG
164
11,6
P 4 -
AFG
141
20,3
13,4
1*4 -
- AFG
163
21,4
13,5
P 4 -
AFG
155
20,8
13,1
Mi
AFG
141
21,5
14,0
15,0
ou M 2
AFG
168
26,2
15,2
16,6
M,
- AFG
141
27,0
17,4
17,0
m 2
- AFG
152
26,2
18,5
19,2
m 3 -
- AFG
141
38,0
16,5
16,0
M, -
- AFG
152
19,0
18.4
Ms
- AFG
161
18,4
18.2
La M, de la mandibule (hauteur de l’entoconide = 15 mm) présente un rudiment
de pli antérieur et une eolonnette interlobaire peu élevée (9mm) et non entamée par l’usure
dentaire.
La M 3 de la mandibule présente un rudiment de pli antérieur et une eolonnette inter¬
lobaire très réduite entre 1 er et 2 e lobe. Il n’y a pas de eolonnette entre 2 e et 3 e lobe. L’usure
— 38 —
do cette M 3 est anormale : le premier lobe est bien usé, le 2 e et le 3 e fias du tout . La hauteur
de l’cntoconide, non usé, atteint 28 mm, ce qui confère à cette M., un indice d'hypsodnntic
de 75,(1, valeur peu élevée pour un Bovidé. Deux autres M 3 (AFG 152 et 161) possèdent,
comme la précédente, un pli antérieur net mais peu développé et une petite colonnctte
interlobaire. La M 3 AFG 161, peu usée, a une hauteur de 29 mm au niveau de l'entoco-
nide. La muraille interne des M 3 est faiblement ondulée, les piliers des conides sont visibles
( P i. n, 5).
Squelette postcrânien
Les restes postcrâniens livrés par le gisement, de Pul-e Charklti sont peu nombreux
et. toujours très fragmentaires, aussi l’attribution de certains d'entre eux à A. uhrnadi
est-elle conjecturale. Seuls les caractères diagnostiques de la famille des Bovidés (Heintz,
1970) et surtout le critère de taille ont conduit à attribuer à K. ahmadi. les ossements énu¬
mérés dans la liste du matériel.
L’extrémité distale de l'humérus gauche (AFG 195) présente une lèvre externe peu
saillante et arrondie : sa gorge médiane est plus profonde que le eondyle externe. Le DT
de 1 articulation atteint 59 inrn, le DAB au niveau de la gorge médiane, 29 mm.
Grand os (AFG 201). Sa facette articulaire proximale est de type Bovidé. DAP =
32,0 mm ; DT = 34,0 mm.
Us crochu (AFG 184). Ses faces articulaires proximale et distalc sont de type Bovidé.
DAP = 28,0 mm ; DT = 22,0 mm.
Astragale (pl. 11, 8)
AFG 179 : Longueur face interne = 52 mm ; DT dist. = 33,5 mm.
AFG 190 : Longueur face interne = 53mm; DT dist. = 38,5 mm.
Ces deux astragales, semblables par la morphologie de leurs troublées, diffèrent seu¬
lement par le ITI de la trochlée distale. Cette différence de proportions pourrait être liée
au dimorphisme sexuel.
L'astragale AFG 179 est peut-être associé à un fragment de calcanéum (AFG 200),
à un cubo-navieulaire (AFG 204) cl à un grand cunéiforme (AFG 202).
Le euho-navieulaire présente deux facettes articulaires aslragaliennes concaves de
même diamètre. Sur sou bord postérieur, le tenon médian est peu développé caractère
de Bovidé). La facette métatarsienne du grand cunéiforme est plus étendue que la facette
métatarsienne antéru-externe du eubo-lia vieulaire. La facette métatarsienne postérieure
du cubo-naviculaire est petite et de caractère Bovidé.
Cubo-naviculaire (AFG 204) : DAP = 36,0 ; DT = 43,5.
Grand cunéiforme (AFG 202) : DAP = 29,0; DT = 19,5.
i rois poulies distalcs de nuit,apode présentent une quille-guide aiguë tant sur la face
antérieure
que
postérieure.
AFG
192
DT
21,5 ; DAP =
28,5
AFG
199
I)T =
22,5; DAP =
28,5
AFG
203
DT =
21,5.
— 39
Phalange I, AFG 193 : L = 67,5 ; DAP prox. = 28,5 ; DT prox. = 23,5 ; DAP dist. =
19,5 ; DT dist, = 21,0.
Comparaisons
Le caractère le plus remarquable du Bovidé de Pul-e Charkhi réside dans les chevilles
osseuses, orientées, dès la base, vers Pavant, l'extérieur et le haut. Cette disposition très
particulière justifie à elle seule la création du nouveau taxon Kabulicornis n. g. ahmadi
il. sp.
En elTct, aucun Bovidé actuel ne présente ce type de chevilles Parmi les Bovidés
fossiles on peut évoquer des formes comme Hesperocems du Pliocène de Villaroya, Espagne,
Pliotragus |= Deperetia) du Pliocène des Étouaires, France, Prucamplaceras de la faune
villa franc bien ne de Seuèze, France, Kabalireras des grès de Rabat, Maroc, N unndocapra
de la faune villafranchienne de l’Aïn llanech. Algérie. Cependant, chez aucun de ces genres
la disposition et la forme des chevilles ne se rapprochent de ce que l’on observe sur Kabuli¬
cornis.
Signalons encore Megulovis de la faune villafranchienne de Senèze : ses chevilles (sec¬
tion, courbure, taille) ressemblent à celles de Kabulicornis, mais leur orientation est très
différente.
Le Bovidé fossile qui ressemble le plus à Kabulicornis est un AlceJaphini représenté par
un arrière-crâne muni de chevilles incomplètes (L. 2680) provenant du gisement pliocène (?)
de Langebaauweg eu Afrique du Sud. Ce spécimen a été signalé tout d’abord dans une note
préliminaire par Gentry (1970 : 115) qui le rapportait alors à un Aleelaphim de la même
espèce que le crâne complet qu’il figurait en pi. \, lig. A (L. 7257). Récemment, Gentry
(1980) a attribué le crâne L. 2080 h une espèce et à un genre nouveaux, bmnnlucru nennica,
dont le crâne L. 7257 constitue Phototype. Leur comparaison faite à partir de documents
photographiques nous conduit à émettre l’hypothèse que les crânes L. 7257 el L. 2680
pourraient représenter deux espèces distinctes. Quoi qu’il eu soit, Kabulicornis diffère
clairement du crâne holotype de O. nennica (L. 7257) et diffère un peu moins de Parrière-
erâne L. 2680.
Les principales différences observées entre Kabulicornis et L. 2680 sont :
— taille d'un tiers plus grande chez Kabulicornis ;
— chevilles plus fortement inclinées A-ers Pavant chez Kabulicornis :
— bases des chevilles au contact l'une de l'autre dans le plan sagittal chez Kabuli¬
cornis, écartées l’une de l'autre chez L. 2680 ; cette différence est peut-être liée à l’âge
individuel ;
— importants sinus à la base de la cheville de L. 2680, pas de sinus visible chez Kabu¬
licornis ;
— les angles cranio-nuchal et cranio-facial semblent plus ouverts chez Kabulicornis.
Kabulicornis et l’arrière-crâne L. 2680 de Langebaanweg représentent des taxons dis¬
tincts.
— 40
Discussion sur les affinités
La mise en évidence de relations phylétiques dans la famille des Bovidés reste parti¬
culièrement dillicite malgré les progrès accomplis ces quinze dernières années : la recherche
dans ce domaine en est encore au stade des balbutiements. En effet, la classification des
Bovidés repose toujours pour une part importante — trop importante - sur l’ancienne
classification horizontale établie par les zoologistes et dans laquelle certaines sous-familles
paraissent homogènes (ex, Ccphalopbinae) alors que d'autres sont manifestement hétéro¬
gènes (ex. Rupicaprinae). Ensuite, il faut souligner que les liens qui relient les nombreux
Bovidés miocènes surtout ceux du Miocène supérieur — aux Bovidés pléistocèncs et
actuels demeurent à peu près inconnus. Cet état, de choses provient, en partie au moins,
de la rareté des Bovidés du Pliocène inférieur : peu de gisements sont connus et exploités.
Kalntlicornix du Pliocène inférieur sc situe donc dans un créneau temporel intéressant,
mais cela ne résout pas pour autant les dillicultés. En effet, le mauvais état de conservation
des fossiles restreint à la fois le nombre et la précision des observations : de plus, l'informa¬
tion relative au squelette postcrânien est quasi nulle.
Essayons à présent d’évaluer la signification des principaux caractères observés.
L'orientation très particulière des chevilles singularise Kübulirornix et, de ce fait,
ne peut, guère révéler les liens phylétiques. On pourrait, être tenté d’y voir des affinités
avec les Alcelaphini, point sur lequel on reviendra plus loin à propos de la denture.
L’implantation de la cheville au-dessus de l’orbite correspond à une disposition pri¬
mitive. Les caractères de la cheville osseuse sont eux aussi primitifs : la courbure n’est,
que très faible la torsion est quasi nulle ; la spiralisation est. absente ; la section est. ellip¬
tique, donc peu différenciée : les carènes sont absentes, fait, qui va à l'encontre d’un rap¬
prochement avec les Boselaphini.
Le fait que les bases des chevilles sc trouvent au contact l’une de l’autre peut être
considéré comme un caractère spécialisé et pourrait inciter à rapprocher Kabulicornis
des Ovibovini, IJ reste cependant que le mauvais état, de conservation du crâne ne per¬
met pas une observation rigoureuse et que, par ailleurs, le crâne ne présente pas les syna-
pornorphies des Ovibovini (Thomas et ni,, 1980),
L’absence de sinus à la hase des chevilles correspond elle aussi à une disposition pri¬
mitive. Le crâne cérébral large et bas peut être interprété dans le même sens.
L’angle cranio-nuchal assez ouvert, de même que l'angle cranio-facial dans la mesure
où ou peut 1 observer) correspondent à des dispositions plus spécialisées.
Le basioccipital eti V correspond à une disposition primitive qui n’évoque en rien
le basioccipital de contour carré ou trapézoïdal de certains Ovini, Caprini et Rupicaprini.
L’importante longueur relative de P 2 -P 4 (65 % 6e la longueur l'aspect, massif
des prémolaires et des molaires supérieures et, dans une moindre, mesure, celui des pré¬
molaires inférieures, le faible degré d’hypsodontie doivent être considérés comme des carac¬
tères primitifs, A l'inverse, la tendance à la molarisation de la P 4 constitue un caractère
progressif. Les autres caractères dentaires, modelé de la muraille externe et forme des fosses
des molaires supérieures, tubercule interlobaire et pli antérieur des molaires inférieures,
etc., sont, relativement indifférenciés. Enfin, les caractères de la denture n’ont rien de
41
commun ni avec ceux des Alcelaphinac actuels ni avec ceux des Alcelaphinac pliocènes
de Langebaanweg.
Au total. Kabulicornis ahrnadi offre, d’une part, un ensemble important de caractères
qui, au sein de la famille des Bovidés, s’avèrent assez primitifs et, d'autre part, un carac¬
tère très spécial (autapomorpliie) par l'orientation de ses chevilles. La tentative de classer
ce nouveau taxon n’aboutit pas à une solution satisfaisante car toutes les tribus et sous-
familles déjà reconnues s'avèrent inadéquates. On serait tenté de classer A abniadi dans
les Rupicaprinae, mais cela n’a guère de sens puisque cette sous-famille est manifestement
polyphylétique. Peut-être eunviendrait.-il de créer une nouvelle tribu ou sous-famille.
Remerciements
Nous remercions le Ministère des Mines et de l’Industrie d’Afghanistan en la personne de
Ali Ahmad Durzad qui, grâce à son dévouement, a rendu possible le travail de terrain à Pul-e
Charkhi. Nous remercions les techniciens du LA 12 qui ont contribué à la réalisation de ce travail :
Ph. Richir pour la préparation des fossiles, D. Sebrette pour les photos, J. Seurin pour la dac¬
tylographie.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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— 42 —
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Orient, Paris, 9
Thomas, H., S. S K N, <
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latérale droite.
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Pror. K. ned. Akad. Wet.. Amsterdam, sér. B, 83 C3) : 269-287, 8 fig.
PLANCHE I
nov., sp. nov., crâne, holotype, AI’G 139 ; . 1/2 : la, vue supérieure ; lb, vue
PLANCHE I
(N CO vt 4 »Q ?T> f
— 44 —
PIjANCHÜ 11
Kabulicornis nhnuuli gcn.
sp.
1. — Vue occlusale d’une mandibule droite, AFG 141 ; X 1.
. — Vue occlusale d’une M 3 gauche, AFG 160; X 1.
. — Vue occlusale d’une D 4 gauche, AFG 166; X 1. (Voir remarques dans le texte. 1
P 3 droite, AFG 156 ; x 1.
M, droite incomplète, AFG 161 ; X 1.
I' 4 droite, AFG 155; X 1.
/. vue occlusale dune l‘ 4 gauche, AFG 163; 1.
8. Astragale gauche, AFG 190; 1.
9. Face inférieure du crâne holotypc, AFG 139; 1/2.
Vue
Vue
Vue
Vue
occlusale d’une
occlusale d'une
occlusale d'une
occlusale d'une
PLANCHE II
Bull. Mus. nain. Hist. nat., Paris, 4 e sér.. 3, 1981,
section C, n° 1 : 47-86.
Bovidae et Giraffidae (Artiodactyla, Mammalia)
du Pléistocène de Ternifine (Algérie)
par Denis Geraads *
Résumé. Le site «le Ternifine, cpii date probablement du début du Pléistocène moyen
et a livré les plus anciens Hominidés connus en Afrique du Nord, renferme .12 espèces de Pérora.
Les Bovidés sont pour la plupart rares : grand Tragelaphini (nouvelle espèce), Bnvini, oryx et
hippotragiie. culte. Caprini. mais les gazelles (spécialement une espèce nouvelle) et les Alcelaphini
sont très abondants. Cette association Faunique indique un milieu ouvert et assez see.
Abstract. The site nf Ternifine. w’hirh is probably of lowcr middle Pleistocene âge, and
bas yielded tbe oldest llominicls su far known in North Africa, includes 12 specics uf Peeora. Most
o F t be I Joviils are rare : large Tragelaphine (new specics), Bovine, oryx and Hippotrngiis, water-
buek, Caprine, but tbe gazelles (especitdly a new specics) and tbe AJcelaphines are quitc nuinerons.
This Faunal assemblage indicates un open and rallier dry environment.
Mots-clks. -- Ruminantia-, Artiodactyla, Mammalia, Algérie, Pléistocène.
Introduction
Découvert il y a plus d'un siècle, le gisement, de Ternifine est situé à 20 km à l'est de
Mascara (département de Mostaganern, Algérie), à côté du village de Palikao (aujourd’hui
Tighennif selon Jaegkr, 1975). Il a livré en [954-56 à C. Arambourc et IL JIoffstetter
les Hominidés connus sous le nom d’Allanthropcs, qui sont toujours les plus anciens fos¬
siles humains d'Afrique du Nord. L'historique et le mode de formation du gisement ont
été longuement exposés par ces auteurs (1963). Plusieurs paléontologistes y avaient aupa¬
ravant effectué des fouilles limitées : Pomel en 1882, Pallahy en 1887 et 1925, Aham-
uou rg en 1931. Selon Ahamhouiig (1979), Pallahy aurait également recueilli en 1900
un métatarse de Girallidé (v. p. 49).
Si la première mention dans la littérature du gisement, de Ternifine date de 1878
(Pomel). les premières descriptions détaillées de fossiles n'apparaissent que dans scs mono¬
graphies publiées en 1893 à 1897 où l'auteur crée de nombreuses espèces nouvelles. Depuis,
à l'exception des Prohoscidicos (Magi.io, 1973), d’une partie des Rongeurs (Jauger, 1975)
et des Équidés (Kisenmassn, 1979), la faune n’a fait l'objet que de brèves mentions ou
comparaisons, mais d'aucune description systématique. La plus récente liste faunique
est due à Arambourc (1979) qui, dans son ouvrage posthume, indique les espèces suivantes
* Laboratoire d'Anthropologie du Muséum national W Histoire naturelle, Musée de l'Homme, place du
Trocadéro, 75116 Paris.
— 48 —
parmi 1rs Pecora : Gimffa sp.. Gazella ru finit , Gazella, Oryx cf. algazel, Taurotragus cf.
derliyanus, Connochaetes prognu, Box primigeni us, AU élu pli us sp.
La plupart, des auteurs récents s’accordent à placer Ternifine à la base du Pléistocène
moyeu. Il est difficile de préciser ou de rejeter cette affirmation en raison de l’absence de
points de comparaison en Afrique du Nord, et de datations radio métriques ou paléomagné-
tiques. Selon Jaecer (1975 u), Ternilîne est plus récent que le site d*l beidiya en Israël,
daté de (350000 ans environ (Hohowit/,, Sieuner et Bah-Yqsef, 1073), mais I argument
avancé par Jaegek (l’absence de l'Arvicolidé EHobius à l beidiya) n'est pas, à mon avis,
très convaincant : cette absence pourrait bien avoir des causes écologiques plutôt que
chronologiques.
Les Peeora de Ternifine peuvent être comparés à ceux de plusieurs autres gisements
pliocènes et pléistocènes d’Afrique du Nord, dont les principaux sont :
— le lac Ichkeul et l’Aïn Brirnha, d’âge pliocène, sans Equus (Arambouhg, 1970,
1979) ;
— l’Aïn Bouchcrit et. l'Aïn Jnurdcl, d'âge plio-pléistocène (Auamboi ko, 1970, 1979) :
— l’Aïn Haneeh, clairement distinct des précédents, et datant peut-être de la fin
du Pléistocène inférieur (Aramhoiîrg, 1970, 1979) ;
— au Pléistocène moyen, mais tous nettement plus récents que Ternifine : Tihodaïne
(H. Thomas, 1977), les carrières Thomas (Gkraads, Bkhiho et Boche, 1980: Geraaijs,
sous presse), Sidi Abderrahman (Biherson, 1961), peut-être le lac Karar (Boule, 1900)
et Sidi Zin (Vaufhey, 1950).
A l’exception des deux premiers, ces gisements n’ont été que très incomplètement
étudiés.
Divers fossiles du Pléistocène supérieur ont été décrits par Arambouhg (1932, 1935,
1938, 1957).
En dehors du Maghreb, le site le plus intéressant par comparaison avec Ternifine
est celui d’Olduvai en Tanzanie, dont les niveaux supérieurs (bods III-IV) sont probable¬
ment contemporains du site algérien. Les Bovidés d'Olduvai ont été magistralement étudiés
par Gentry et Gentry (1978), dont la classification sera suivie ici.
La totalité des fossiles décrûs ci-dessous fait partie des collections de I Institut de Paléon¬
tologie du Muséum national d’Hist.oire naturelle. Paris. La numérotation des pièces correspond
à l’année de découverte (1931-8, 1954-7, 1955-13 et 1956-12); une partie des pièces, marquée
1925-2, a été recueillie par Pat.t.arv en 1925 (d’après le, eatalogue de l'Institut de Paléontologie
du Muséum) et c’est sans doute par erreur qu’ÂRAMBOLHC et f Ioffstkttfr 1 1963) indiquent
que ect auteur a fouillé à Ternifine en 1928.
Abréviations ; DT = dimension transversale; DAP - dimension antéro-postérieure; DD\ =
dimension dorSo-ventrale ; T, = longueur ; larg. = largeur ; Il = hauteur (la hauteur est indiquée
en caractères italiques si la dent est fraîche, et accompagnée du signe + si elle est peu usée) : dist. =
distal; prox. = proximal; mil. — milieu; MNHNP = Muséum national d'Ilistoire naturelle
de Paris; BM Nil) = British Muséum Natural llistory), Londres.
Les longueurs des séries dentaires sont mesurées au niveau oerlusal. Celles des dents sont
maximales, à l’exception de celles des M â , prises à mi-hauteur (cette mesure est la plus facile à pren¬
dre, et donc la plus précise, pour cette dent). Toutes les dimensions sont en millimètres.
J'appelle pédicule la partie basale de la cheville osseuse, non recouverte par l’étui corné ;
— 49 —
pédoncule le support forme par la fusion, au moins partielle, des pédicules droit et gauche : fossette
post-cornuale une dépression allongée située sur le bord posl.éro-externe de l’apophyse postorbi¬
taire du frontal, qui donne insertion, selon Vit ha (1971), au muscle fronto-seutularis. Dans les
descriptions, les rangées dentaires sont supposées horizontales : cela dans un souci d’homogénéité,
mais le port de tête est très variable suivant les groupes).
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
Famille des Giraffidae
Sous-famille des Giraffinae
Giraffa ? cf. pomeli Àrambourg, 1979
Celte intéressante espèce, malheureusement rare, n’est représentée que par six dents
isolées, deux phalanges, deux fragments de métapodes, et un métatarse entier (recueilli,
selon Akamboiirg, par Pallary en 1900).
Les pièces les plus caractéristiques sont deux DP 3 et le métatarse.
Description
La DP 3 est aussi large, mais un peu plus longue, que celle de Giraffa camelopardalis, la
girafe actuelle (L X larg. = 23 X 13,8 au lieu de 20,6 X 13,7 en moyenne chez cette der¬
nière selon Singer et. Boné, I960). Le lobe antérieur, grand, est formé d'un parastylide
et d'un paraconide unis en V il l'extrémité antérieure du protoeonide, et bien séparés lin-
gualement. Le paraconide fusionne, au moins partiellement, avec le métaeonide pour for¬
mer une muraille interne continue, extraordinairement longue (particulièrement sur l’un
des deux spécimens, malheureusement incomplet) qui s’étend jusqu'à l'arrière de la dent
(entoconide) et. reste complètement isolée du protoeonide, dont la branche postérieure
bifurqüée vient s’intercaler entre cette muraille interne et l'hypoconide. Ce dernier, mal
séparé du protoeonide, porte un petit crochet postéro-externe.
Vu la variabilité de ces dents chez les Ruminants, et spécialement chez les Girallidés,
ces deux DP 3 droites sont remarquablement semblables, malgré quelques différences de
détail.
La face plantaire du métatarse est peu creusée. Il u'est pas sûr qu'il ait existé, comme
chez G. camelopardalis, une deuxième surface (postérieure) pour le cubo-naviculaire. Comme
Ta déjà noté Arambourg (1979), cet os, tout en étant aussi massif que celui d'un mâle de
l’espèce actuelle, est nettement plus court, plus court même que celui de G. gracilis de
l’Est-Africain.
Une molaire supérieure (probablement M a ) est plus large que longue ; le pilier du
métacône est faible. Une DP 2 et deux DP t (dont une incomplète), toutes droites, appartien¬
nent peut-être aux mêmes individus que les DP 3 .
1, 31
50 —
Dim f.nsions
Dents (L X larg.) : M l = 33 X 35 ; DP 2 = 16,5 X 10 ; DP 3 = 23 X 13,8 et — X 14 ; DP 4 =
38,5 X 21. DP,-DP 4 = env. 77,5 (pl. II, 4).
Métatarse : L = 555 ; DT prox. = 76 ; DT mil. = 45 ; DT dist. = env. 87,5.
Extrémité distale de métacarpe : DT = env. 105 ; de métatarse : DT = 90.
Phalange I (n° 1954-7-145) : L = 118; DT prox. = 47.
Phalange II (n° 1955-13-063) : L = env. 58; DT prox. = 44,5.
Comparaisons
Tons les spécimens indiquent des individus de dimensions voisines, et rien ne sug¬
gère la présence de plusieurs espèces. Bien que la pauvreté du matériel ne permette pas
de détermination formelle, il semble que la morphologie de l)P 3 autorise le rattachement
du Girallidé de Ternifirip à la sous-famille des Girallinae.
Chez les Palaeolraginae (comprenant principalement les genres Palaeolragm et Samo-
therinin). la 1>P 3 présente un aspect différent 1 . Quand le métaconide est bien développé
(cas fréquent dans les formes poslvallésionnes), le premier lobe est réduit, sinon presque
absent, et les croissants du talonide ont une orientation plus transversale, l'entoconide
rejoignant le plu s souvent le protoeonide (v. p. ex. Boulin, 1926, pl. Il, fig. 8-9 ; pl. VII,
fig- 3).
Chez les Sivatberiinae, le talonide est très grand, le métaconide peu développé (v. p.
ex. An a mb o u ho, 1979, pl. 29, fig. I citez Libylherium maunmnrn du Pliocène du lac
Ichkeul).
On ne trouve à la fois un premier lobe et ou métaconide bien développés, et. un ento-
conidc orienté presque antero-postérieurement que citez les Girallinae Honanothenum Bolilin
(dont la DP;, a été figurée par Schlosskh, 1.903, pl. 19, fig. 8, sous le nom de Camelopardalis
cf. sivaleuxis) et Giraffa. Honanothenum est, cependant, surtout connu dans le Pliocène
chinois et, bien qu’aucun caractère morphologique ne vienne le démontrer, il est peu vrai¬
semblable qu'il s'agisse ici du même genre.
Malgré leur morphologie particulière, les UP 3 de Terni fuie ressemblent à celles de
Giraffa, genre dans lequel II a mus (1976) reconnaît jusqu'à cinq espèces dans le Quater¬
naire est-africain. L’une des caractéristiques principales de Giraffa est cependant l'allon¬
gement considérable des extrémités, nettement plus accentué, sur tous les spécimens et
dans toutes les espèces doul les membres sont connus, que dans le cas du Girafliné de Ter¬
ni fine, dont le métatarse est relativement massif. Il s’agit donc probablement ici d’un
genre différent, quoique voisin, de Giraffa.
Ou ne rencontre dans le Pléistoeène nord-africain que deux espèces de Giraffidae :
Libylherium maurusium Poinel et Giraffa (?) ponieli Arambourg. Libylherium est un Siva-
theriiné de très grande taille, à membres massifs, à dents liantes mais à prémolaires pri-
1. Iî milton a récemment (1978) tenté d’établir une phylogénie des Giraiftdac par îles méthodes
cladisliqurs. Sim analyse esl malheureusement trop superficielle et. comporte, trop d’inexactitudes (por¬
tant en particulier sur rallongement des membres, principal caractère utilisé par l’auteur pour la division
en sous-familles) pour qu'on puisse la retenir, même dans ses grandes lignes. Les Pnlaeotraginae (au moins
ceux plus récents que le Miocène moyen) semblent former un ensemble homogène, et probablement mono-
phylélique.
— 51 —
mitives, qui iiu peut donc être comparé au Giralliné de Tcrnitine. Giraffa (?) pumeli, rat¬
tachée avec réserves à ce genre par Aramboerg, a été décrite de l’Ain llancch à partir
de matériaux très Fragmentaires (quelques dents isolées), auxquels il faut ajouter un astra¬
gale, n" 1949-2-270, non mentionné par Aramboerg, mais qui semble confirmer (par sa
massivité et la saillie externe de la lèvre externe de la trochlée proximale) Je rattachement
de cette espèce à la sous-famille des Ciraflinae.
Il est probable, compte tenu des âges de ces gisements, que le GiraUidé de Terni (inc
n’est autre que G. (?) pomeli, mais aucun élément, dentaire ou squelettique ne permet de
comparer directement les formes de l'Ain llancch et de Terni fine. Cette dernière est en
tout cas différente de toutes les espèces du Pléistocène est-africain. Cet endémisme mérite
d’être signalé, vu les nombreuses similitudes observées par ailleurs entre les faunes de l’est
et du nord de l’Afrique à cette époque.
Famille des Bovidae
Sous-famille des Bovinae
Tribu des Tragelaphini
Genre TRAGELAPHUS de Blainville, 1816
Espèce-type : Tragelaphus scriptus (l'allas, 1766).
Diagnose générique : Gentry et Gentry, 1978 : 297.
Le genre Tragelaphus, qui comprend tous les Tragelaphini autres que Taurolragus
(genre parfaitement défini par des caractères apomorphes), constitue manifestement un
groupe paraphylétique, à l’intérieur duquel l’ordre des dichotomies est inconnu (y. p. ex.
Gentry, 1978, lig. 27-2) el la position phylétique dans ce groupe de la lignée envisagée
ci-dessous n’est pas plus claire.
Tragelaphus algericus n. sp.
1979 Taurotragus cf. derbyanus Gray. Arambouhg : 140.
Holotype : une cheville gauche, avec des fragments du frontal, du pariétal et du squamosal,
conservée à l’Institut de Paléontologie, MNHNP (pi. I, 3). Cette pièce porte la mention « Tauro¬
tragus, Ternifine 1956 », bien qu’elle ait: été découverte en 1955 (R. IIoffstetter, comm. pers.).
Locai.ité-type : Ternifine.
Diagnose : Tragelaphini de très grande Laille. Chevilles très longues et robustes, proches
de l’orbite, largement divergentes, peu inclinées vers l’arrière, formant une hélice longue (environ
1 tour 1/2), mais peu écartée de l’axe de révolution. Section de la cheville très peu comprimée
transversalement, forte carène antérieure, carène postéro-interno présente mais indistincte. Trous
sus-orbitaires grands el assez écartés, arrière-crâne relativement long.
— 52 —
Cf Ut* espèce, qui n'est actuellement, représentée avec certitude que par l'holotype,
est à mon avis une étape d’une lignée qui se poursuit avec le Tragclaphinë des « poches
d’argiles rouges de décalcification de. la carrière Schneider » (Maroc), décrit par Aiiam-
boiiik; (1938) sous le nom de « Taurolragus derbyanus mut. maroccanus » (Arambourg,
1938. pl. IV, fig. 3: II. Thomas, 1979 : 69). Je propose pour ce dernier, que je désigne par
Tragelaphm maroccanus (Arambourg, 1938), la diagnose suivante :
Espèce pins petite que Tr. (liguriens. Chevilles plus courtes et. relativement plus massives,
à hélice aussi longue (1 tour 1/2), mais moins étirée et plus serrée autour de son axe. Carène postéro-
interne mieux marquée. Cornes moins divergentes et peut-être plus inclinées vers l’arrière.
Presque tous les caractères qui différencient Tr. maroccanus de Tr. algériens sont des
convergences vers Taurolragus, ce qui explique c[u’Arambovrg, qui ne connaissait pas
en 1938 le Tragelaphini de Ternifine, ait rattaché le massacre de la carrière Schneider
au groupe des élands.
Dimensions comparées
Tr. algericus
Ternifine
Tr. maroccanus
Casablanca
L cheville (en ligne droite)
500
370
DAT X DT base
82 X 75
65 X 60
larg. entre les hnrds externes
des pédicules
'l X # 88
145
lare, entre les bords latéraux
des trous sus-orbitaires
2 X # 52
89
Ca cheville du Tragelaphini de Ternifine ressemble plus au premier abord à celle d’un
koudou, tel Tragdaphus im herbus. qu’à celle d'un éland. Chez Taurolragus, en effet, si la
torsion est aussi marquée qu’içi, l’hélice décrite par la cheville est en revanche très serrée,
et ne s’écarte que très peu ou pas du tout de l’axe de révolution (enroulement en vis). Chez
les lioudnus, et surtout chez Tr. stt'upsiceros, l’hélice est. au contraire très lâche et très écartée
de Taxe (enroulement en (ire-bouchon). La disposition est ici intermédiaire, mais clairement
distincte d’un type comme de l’autre. La cheville est aussi plus courte et plus massive
que chez Tr. strepsiceros, plus longue et relativement plus grêle que chez Taurolragus (mais
les diamètres à la hase sont semblables à ceux des plus forts élands), très peu comprimée
transversalement à la base, certainement moins que chez les kouilous de taille comparable
(Genthy et Gkxtry, 1978, fig. 4). La carène antérieure, de beaucoup la mieux marquée,
reste visible jusqu'à la pointe et. atteint presque, à la base, la suture sagittale, comme chez
les élands. Seul un vestige de carène postéro-externe subsiste vers l’extrémité. Le bord
postérn-interne, sans être anguleux, est un peu caréné, et non régulièrement arrondi comme
la lace postéro-externe.
— 53
li est regroLLable que la région fronlo-pariétale ne soit qu’încomplètement préservée,
ce qui ne permet d’apprécier exactement ni le degré de divergence, ni le degré d inclinaison
vers l’arrière. On peut néanmoins estimer ceux-ci grâce aux vestiges de la cavité cérébrale
et la disposition de la face latérale de la boîte crânienne, qui comporte en particulier la
suture pnriét.n-squainnsale. Les cornes étaient certainement beaucoup moins inclinées
«[ne chez l’actuel Taurairagus oryx, et probablement même moins que cliez Taurolragus
arkelli du lied IV d'Olduvai (L.eakey, 1965, pl. 44 J ou que (liez Tr. imberbis. Cette posi¬
tion redressée des cornes est d ailleurs confirmée par le rapprochement corrélatif entre la
cheville et l’orbite. Les cornes divergeaient sans doute autant que celles du grand koudou
actuel, et peut-être même que celles de la sous-espèce Tr. slrepsiceros grandis d'Olduvai
(Leakev, 1965, pl. 38).
La distance entre la cheville et la face occipitale est plus grande que chez Taurairagus
oryx , probablement aussi grande que chez Tuurolragus arkelli ou même les koudous (ce
caractère est. en partie lié à la position redressée des cornes). Les trous sus-orbitaires sont
très vastes, comme chez Taurolragus ou Tr. slrepsiceros.
Les dents de Tragelaphini sont complètement absentes à Ternifme, et le seul autre
fossile qui puisse appartenir ii Tr. algériens est un métacarpe, n° 1954-7-857 dont les dimen¬
sions sont : L = 278 ; DT prnx. = 61,5 ; DT mil. = 36 ; DT dist. = 60,5.
Ce métacarpe ne pourrait être confondu qu’avec ceux du Bovini présent dans le gise¬
ment, mais il est plus long, plus grêle, l’extrémité distale est étroite, la facette pour Cunéi¬
forme est relativement plus grande et arrondie. La détermination de cet os est néanmoins
incertaine.
Comparaisons
Le type de Tr. algériens ayant, fréquemment, été rapporté au genre Tnurolragus (en
particulier par II. Thomas, 1977, et. par Arambouro, 1979), il n’est pas inutile de rap¬
peler que ce dernier est connu dès le bed IV’ d’Olduvai (niveau sensiblement contemporain
de Ternifme) avec Tuurolragus arkelli qui possède déjà tous les caractères essentiels des
élands modernes, et surtout, la torsion « en vis », indubitablement autapomorphe. Le Tra¬
gelaphini de Ternifme n’appartient certainement pas à cette lignée, probablement indivi¬
dualisée dès le bed 11, comme le montre un fragment de cheville, de ce niveau, BM(,\H)
M 29415 (mentionne par Gentry et Gentry, 1978 307). à torsion forte, mais peu courbé.
Le phyluin de Taurolragus est peut-être passé par un stade voisin de celui représenté à
Ternifme, mais certainement bien avant le Pléistocène moyen. Il n'est cependant peut-
être pas nécessaire de faire, remonter L'origine de Tnurolragus jusqu’au Miocène, comme le
propose Gentry (1978, ftg. 27-2) ; le croisement Taurairagus oryx X Tragelaphus strepsi-
ceros est en effet fertile, au moins jusqu’à la première génération (Van Gelder, 1977).
Rien ne venant indiquer une proche parenté, le maintien du Tragelaphini de Ternifme
dans le genre Tuurolragus me semble injustifié.
Il ne fait en revanche, à mon avis, aucun doute que Tr. algériens est Lancêtre direct
du Tragelaphini des argiles rouges de décalcification de la carrière Schneider près de Casa¬
blanca, décrit et figuré par àramiiovrg (1938). Aucun autre fossile n’a cependant, à ma
connaissance, été découvert dans ces argiles, d’âge par conséquent incertain Des rem¬
plissages de grottes ou de fissures ont eu lieu à de nombreuses reprises au cours du Pléisto-
— 54 —
cène moyen et supérieur sur le littoral marocain, et il serait téméraire d'avancer un âge
plus précis.
Les chevilles de TV. maroccanus sont très semblables à celle de Tr. algericus, mais elles
sont moins grandes, moins divergentes, l’hélice qu’elles décrivent, aussi longue (1 tour 1/2),
s’écarte encore moins de l'axe de révolution, et son pas est plus court. : la distance (mesurée
sur la face antérieure) entre la carène postéro-iulerne et la carène antérieure du tour suivant
ne mesure ici que 85 mm. au lieu de 200 environ à Terni fine. La carène postéro-iulerne
est mieux marquée, la surface comprise, entre celle-ci et la carène antérieure étant nette¬
ment concave, sauf à l’extrême hase.
Tous les autres Tragelaphini du Pléistoeène moyen et supérieur d'Afrique du Nord,
à l’exception d’une cheville du Pléistoeène supérieur de Pointe Pescadc (Pomkl, 1894,
pl. 7) qui appartient sans doute à Taurolragus, ne sont représentés que par des dents et
os des membres, probablement indéterminables génériquement, mais qui pourraient aussi
bien être rattachés à Tragelaphus qu’à Taurolragus.
De l’Aj'n Ifanech, AnAMuornu (1979, pl. 49, lig. 5-6) a décrit et figuré, sous le nom
de Taurolragus gaudryi, deux molaires supérieures qui, comme Ta déjà noté II. Thomas,
^appartiennent, manifestement pas à un Tragelaphini. Ln revanche, de Bel llaeel (gise¬
ment peut-être contemporain du précédent), Aramboi m. (1979, pl. 50, fig. 7-8) a décrit,
et figuré, sous le nom de Hippotragm prisant, deux molaires supérieures à face externe
aplatie et piliers peu arrondis, qu’on ne peut certainement pas rattacher aux I lippotra-
gini. Il pourrait, s’agir d'un Boselaphini si cette tribu n’était pas inconnue eu Afrique au
Pléistoeène. Ces dents sont sans doute celles d'un Tragelaphini, peut-être voisin de celui
de Terni fine-. La présence d’une colonnette, absente chez les Tragelaphini actuels, n’est
qu’un caractère primitif ; on la retrouve d’ailleurs au Pléistoeène supérieur sur les molaires
supérieures d'un grand Tragelaphini à Kl Khenzira au Maroc (An ambol'RG, 1938, pl. 1,
fig. 5) et à la carrière Anglade en Algérie (il s'agit d’un fragment de maxillaire déterminé
par Arambovuo en 1935 comme Camelus cf. dromedariits).
De TAïn Jourdel, Ph. Thomas (1889) a décrit, sous le nom de Palaeoreas gaudryi,
un fragment basal de cheville de corne droite qui évoque celle du Tragelaphini de Terni-
fine par l'absence de compression transversale, la prépondérance de la carène antérieure,
la torsion et la spiralisation assez lâches, la nette divergence par rapport au plan sagittal.
Bien que « P. » garnir pi soit de taille médiocre (DAP ;< DT hase = 50 X 50), il constitue
un ancêtre acceptable de Tragelaphus algériens.
Gentry (1976, 1978, et manuscrit) a rattaché à Tragelaphus gaudryi le Tragelaphini
le plus commun dans les membres K à G de TOmo. Son évolution ost marquée, selon cet
auteur, par de légères augmentations de la compression transversale, de la taille et de la
torsion des chevilles, l’accentuation de la carène antérieure, et la diminution de l’angle
de divergence. Certaines de ces modifications montrent que le Tr gaudryi des membres
supérieurs de J’Omo n’est certainement pas l'ancêtre de Tragelaphus algericus. Ce dernier
pourrait en revanche s'enraciner dans le Tragelaphus du membre C, de grande taille pour
son âge géologique, à cornes bien divergentes et à carène externe atténuée vers la base.
Il est regrettable qu’à l’exception de celle de Tr. strepsiceros, l’histoire du genre Trage¬
laphus soit en fait, très mal connue.
HippoLragini indéterminé. N° 1931-3-27. Série dentaire P 3 -M 3 droite. 1
? Caprini gen. et. sp. indét. M 8 . a : v r uc occlusale ; h : vue linguale. 1.
Tragelaphus algériens n. sp. Cheville gauche (hololype). a ; vue antérieure
vue externe,
— 56 —
Tribu des Bovini
Bos ? cf. bubaloides Arambourg, 1979
Aucune dent ni fragment de corne de Terni fine ne peut être attribué avec certitude
à un Bovini. 11 n'est cependant pas impossible, quoique peu probable, (pie certaines des
molaires supérieures mentionnées plus loin comme « Hippotragini indéterminés » doivent
en réalité être rattachées à la même espèce que quelques os des membres (deux métacarpes,
deux métatarses et probablement trois astragales) dont les dimensions et la massivité
ne permettent aucun doute quant à leur appartenance à la tribu des Bovini.
Sur le métacarpe, la surface articulaire pour l unciforme est triangulaire ; la diaphyse
du métatarse est traversée par les trous vasculaires qui communiquent, le sillon antérieur
est large. Les épiphyses sont plus étroites que celles des Bovini actuels, et même que celles
de Pelorovis (Gentrv, 1967, pl. 5, fig. 1-2), à l’exception de la moitié interne de l’articu¬
lation pour la phalange, médiale, très étalée (en particulier sur le métatarse 1954-7-102).
Seules les proportions des métapodes donnent des indications sur les affinités de ce Bovini.
Dimensions
Métacarpe
L
DT prox.
DT mil.
DT dist
Ternifine 1955-13-423
255
70
42
75
Ternifine 1954-7-829
270
72
#46
76,5
Bos ? pritro[ricanas
260
#70
43
#75
Aïn Hanech (Arambovrg, 1979)
Peloroi’is aldawayensis
238
48,8
(88) *
Olduvai (Gentrv, 1967)
Bos primigenius * *
266
82
44
84
Tamar Hat (H. Thomas,
1977)
Astragale
H externe
DT dist.
1954-7-175
84
57
1956-12-122
54
sans n°
87
Métatarse
L
DT prox
. DT mil.
DT dist.
Ternifine 1954-7-102
#280
59,5
38
Ternifine 1955-13-1126
284
60,5
40,5
70
— 57 —
L
DT prox.
DT mil.
DT dist
lios ? praeafricanus
Aïn Hanech (Arambourg, 1979)
61
#40
Bos ? bubaloides
Aïn Hanech (Aramboi kg. 1979)
370?
74
45
Pelotwis oldiwayensis
Olduvai (Gentry, 1967)
275
(68)
39
(76)
Bus primigenias
Pléisto. sup., Chine
298
67
37
77
* Les valeurs entre parenthèses, sont estimées d’après Genthy, 1967, pl. 5.
** Parmi les métacarpes de Tainar Hat, ce spécimen est le plus proche par ses dimensions de ceux
de Terni line.
Ce tableau montre que les métapodes de Terni fine sont, par leurs dimensions et leurs
proportions, presque identitpies à ceux attribués par Akambourg (1979) à son Bos ? praea-
fricanus de l’Ain Hanech. Les âges de res deux gisements n'étant pas très différents, tous
ces métapodes sont sans doute co-spécifiques. D’autres métapodcs de l'Ain Ilanech ont
été rapportés par Le même auteur à son Bas ? bubaloides ; leurs dimensions surpassent, cepen¬
dant celles des os homologues de tous les autres Bovidés (dont seuls les représentants récents
atteignent des dimensions voisines) et le métacarpe de B, ? bubaloides (et peut-être aussi
le métatarse) appartient sans doute en fait au Giralfidé Libytheriuui, abondant ii l'Ain
Hanech.
Le type de JJ. ? bubaloides est une cheville dont j’ai déjà indiqué (Gehaads. 1981)
qu'elle avait été mal orientée par Arambolru. Elle s’adapte presque parfaitement sur
1’arrière-rrâne, type de B. ? praeafriranus, et il est évident que ces deux pièces-types (Imites
deux de LAïn Ilanech) appartiennent, sinon au même individu, au moins à la même espèce,
pour laquelle le nom de B os ? bubaloides a quelques pages de priorité.
Bas bubaloides se distingue de Bos pritnigenius (et. du genre B os s. str.) par l'absence
de <c chignon » supra-occipital, la proximité des fosses temporales sur la face occipitale,
la section nettement comprimée des chevilles, la simplicité du schéma ocelusal des molaires
et la relative gracilité des métapodes. Quelques-uns de ces caractères évoquent en revanche
certains Bovini primitifs, tel le Leptobos eurasiatique, et c'est peut-être de ees formes que
Bos ? bubaloides se rapproche le plus, malgré son âge relativement récent.
Sous-famille des Hippotraginae
Tribu des Hippotragini
Genre Oryx de Blainville, 1816
Espèce-tape : Oryx guzella (L.).
Cette espèce comprend le getnsbok d’Afrique du Sud, et l’oryx beisa d’Afrique de l’Est.
— 58 —
Oryx cf. gazella (L.)
? 1979 Oryx eleulmensis Arambourg : 82.
Quelques chevilles longues, grêles et presque rectilignes appartiennent à un oryx
manifestement, rlilièrent de 1 actuel O. dammah nord-africain, mais voisin en revanche de
l’oryx Iteisa d’Afrique de l’Est.
Dimensions : 1956-12-30 : DT base = 50,5 ; DAF base = 49,5. — 1956-12-134 : DT base =
48.5 : DAP base = 42. - 1954-7-92 : DT base = 50,5 ; DAF base = 46. — Sans n° : DT base =
46.5 : DAF base = 45.
I.a longueur de la cheville incomplète 1956-12-30 (pi. Il, 1) est de 330 mm ; les autres
spécimens sont plus fragmentaires, mais toutes les chevilles mesuraient sans doute environ
400 à 450 mm.
Ces Cornes ne sont cependant associées qu’à de très petits fragments de frontaux, et
leurs inclinaison, divergence et même situation (droite on gauche) ne peuvent être déter¬
minées en toute certitude. Elles sont, apparemment très inclinées vers l'arrière, et très
légèrement courbées vers l’arrière et l’extérieur. Leur section est faiblement, mais cons¬
tamment, comprimée antéro-postérieurement, avec une face postérieure un peu aplatie.
Tous ces caractères se retrouvent chez O. gazella, tandis que chez O. dammah, les chevilles
sont fortement, courbées et ont une section ronde. Il serait cependant téméraire d’assi¬
miler I oryx de Termline à Une espèce actuelle.
Les dents d’1 lippdtragirii de Ternifine sont indéterminables au-dessous du niveau
tribal, et seront décrites séparément (p. 60).
Comparaisons
Le genre Oryx comprend aujourd’hui quatre groupes (espèces ?) bien séparées géo¬
graphiquement, mais avait probablement jadis une extension plus vaste, et on ne peut
manquer d’être surpris de la rareté îles oryx fossiles, d’autant plus que les formes actuelles
vivent habituellement en troupeaux parfois importants.
Du bed I d’Olduvai, et. du membre Cl de l’Umo (niveaux sensiblement contemporains),
Genthv et Gentry (1978) ont décrit des Oryx se distinguant des formes récentes comme
de celle de Ternifine par la compression transversale (et non antéro-postérieure) des che¬
villes. Joleaud 1918) a décrit. sous le nom de O. leurnryx, une cheville du V illafranebien (?)
de Mansoura près de Constautine. Mais si les diamètres à la base de ce fragment sont bien
ceux indiqués par cet auteur (DAP 44, DT 30), il ne s'agit certainement pas d'uu Oryx,
le degré de compression étant beaucoup trop fort, mais peut-être d’un llippotragus,
Dr I Am Hanech. Akamkoukc (1979) a décrit sous le nom de Oryx eleulmensis un frag¬
ment de cheville dont les dimensions, les très faibles courbures vers l'arrière et l’extérieur,
la section « presque circulaire avec un léger méplat postérieur » sont identiques à ceux
à’O. gazella. 11 en est de même des quelques dents attribuées par Arambourg à la même
espèce, et le nom à'O. eleulmensis n’est probablement qu’un synonyme d’O. gazella. Les
oryx de FAïn Hanech et de Ternifine sont les plus anciens représentants connus des orvx
— 59 —
de type moderne, à chevilles très inclinées vers l’arrière, et à section comprimée antéro¬
postérieure me ni,.
Pa rmi les gisements plus récents du Pléistocène moyen, les carrières Thomas (Gehaads,
sous presse) et le lac Karâr ont livré des dents d'Ilippotragini, probablement A'Oryx (les
dents du lac Karâr n'ont pas été signalées par Boule en 1900, mais figurent dans les col¬
lections de l'Instilut de Paléontologie du M.MIINP sous les n° KAR 70 et KAlt 80). Ces
restes sont spécifiquement indéterminables.
A Tihodaïne, un oryx a été rapporté par II. Thomas (1977) à O. afi'. dammali mais
les chevilles de ce gisement sont trop fragmentaires pour permettre une détermination
spécifique. Les dents de Tihodaïne sont plus grandes que celles de O. dammali (longueurs
Mj-Mg respectivement 85 et 73, in IL Thomas, 1977), et rien n’interdit à mon avis de rat¬
tacher l’oryx du Tassili à O. gazeUa.
O. dammali serait alors inconnu à l’état fossile ; peut-être s’agit-il effectivement d’une
espèce d'origine très récente.
Genre HIPPOTRAGUS Sundevall, 1846
Espèce-tape : llippotragus leucophaeus ( l’allas, 1766).
Hippotragus cf. gigas Leakey, 1965
Cette espèce, est représentée par dix chevilles incomplètes et très certainement aussi
par quelques dents, qui ne paraissent cependant pas pouvoir être distinguées de celles
A'Oryx, et seront décrites séparément, comme « Ilippotragini indéterminés ».
Les chevilles sont longues, recourbées vers 1 arrière (pl. Il, 2), comprimées transver¬
salement mais non aplaties et dépourvues de bourrelets transversaux. Une hase de corne
gauche n° 1956-12-136 (pl. Il, 3), encore fixée à un fragment de frontal, s’insère assez loin
de l’orbite ; son bord antérieur prolonge, en vue latérale, la partie inler-orbitaire des fron¬
taux ; elle est donc assez fortement inclinée vers l'arrière; les cornes étaient très proches
l une de l'autre à la base, ot très peu, ou pas du tout, divergentes.
Dimensions
L
DAP
(base)
DT
(base)
DAP
(mi-L.)
DT
(mi-L.)
1956-12-136
64
54
1955-13-359
460+
60
49
35
32
1955-13-350
#495
55
42,5
39
32
1931-8-23
550?
58
48
41
38
1954-7-126
37
33
1955-13-605
37
30
1955-13-1021
33,5
27
1956-12-44
40
33
1956-12-133
39
35
sans n°
36
31
— 60 —
Comparaisons
Cet Hippotragini a été rapproché par H. Thomas (1977) d'Oryx dammah, et ses cornes
inclinées et recourbées vers Carrière rappellent effectivement l’Oryx algazelle. Néanmoins,
la taille et la massivité des plus gros spécimens et surtout la très nette compression trans¬
versale distinguent ces chevilles de celles d'Oryx. Les diamètres à la hase (absente) du
n° 1956-12-133 atteignaient environ 70 X 60, cl; le spécimen 1955-13-350 est beaucoup
plus comprimé transversalement qu'aucune corne d'Oryx fossile (la compression étant
antéro-postérieure chez les Oryx récents).
Cos chevilles se distinguent aussi de celles de TAlcelaphini Darmliscus itiro (qui ont
une allure générale semblable : Leakey, 1965, pl. 54. 55, 86, 92 ; Ge N tu y et Gentry,
1978, pl. 27, 28) par l absence complète de lvration, de bourrelets transversaux, d’apla¬
tissement de la face latérale sur la plupart des spécimens, par la très faible divergence,
et par la position moyenne, et non antérieure, de la plus grande dimension transversale
de la section, et la forte inclinaison vers Carrière. Ces trois derniers caractères ne sont obser¬
vables que sur 1956-12-136, mais les autres différences su disent à écarter tout rapproche¬
ment. avec les Aleelaphini.
Ces chevilles rappellent en revanche celles du genre Hippolrugus. La faible courbure
du frontal, peu surélevé entre les cornes, et l'absence d’aplatissement des faces latérales
de celles-ci. distinguent Tbippotrague algérien de //. niger , mais évoquent II. equinus,
l'actuelle antilope chevaline. Il gigas, de nombreux sites du Pléistocène inférieur et moyen
d'Afrique orientale et méridionale (Gentry et Gentry, 1978), a généralement des cornes
plus grandes et plus redressées que 1956-12-136, seul spécimen de Ternifine où le mode
d'implantation soit visible, mais la variabilité de ce caractère n'est qu'in complètement,
connue ii Ohluvai et totalement inconnue à Ternifine. lîn tout cas, 1956-12-136 a des cornes
trop inclinées vers Carrière, pour être à l’origine des formes modernes. 11 n'existe par ailleurs
à Ternifine aucune dent semblable à celles des Hippotragus actuels et, bien que cette déter¬
mination ne soit pas entièrement satisfaisante, on peut rattacher cette espèce à Hippo¬
tragus ef gigas, en attendant que des matériaux plus complets permettent de préciser sa
position phylélique.
Ilippolragus est très rare en Afrique du Nord, et la relative abondance de ce genre
à Ternifine est un des aspects « est-africains » de ce site. Du Pléist.ocène inférieur de Bel-
Hacel, A ram» o U R r, (1979) a décrit, et figuré, sous le nom de II. prisais , deux molaires
supérieures qui n’appartiennent certainement, pas à un Hippotragini (y, p, 54). Du Plcisto-
cène moyen, une M 3 du Tensiftien D 0 de. Sidi Aberrahman, conservée à l'Institut de Paléon¬
tologie du MN1INP et déterminée par le même auteur (Ms) comme Hippotragus, appartient
peut-être aussi à ce genre, qui persiste jusqu’au Pléistocène supérieur en Algérie (Aram-
boitrg in Arambourg et al., 1934).
Dentitions d’IIippotragini indéterminés
11 est nécessaire de décrire séparément les restes dentaires de cette tribu, dont le rat¬
tachement à Oryx et. gazella plutôt qu’à Hippotragus cf. gigas semble impossible. Comme
- Ory.C cf. gazella (C.). N° 1950-12-30. Cheville gauche : a. vue interne; h, vue postérieure.
- Hippolragun cf. gtgtis Loakey. X° 1955-13-350. Cheville. 1/4,
- Hippotragns cl. fiiga/s Leakey. N u 1056-12-136. Fragments de cheville et de frontal gauches
antérieure ; h, vue interne, x 1/3.
- G ira U n ? cf. porneli Aramhourg. Série dentaire reconstituée : DP,-DP 4 droites» X 1.
- ? Kobus sp. Série dentaire droite P 3 -JV1 3 . x 1.
- Parmularius ambiguus (Pomel). N° 1956-12-232. Série dentaire P 2 -M 2 . X 1.
62 —
l’ont signalé II. Thomas (1977) et Centra et Centra- (1978), cette distinction, dilïîcile
pour les formes actuelles, 1 est encore plus pour les fossiles (selon Centra et Centra',
1978 : 346, « the teeth of //. gigas... are aimost indistinguishal>le front Oryx »),
La dentition supérieure n'est représentée que par deux prémolaires et huit molaires
(longueurs des molaires : 30 à 31 mm), à piliers externes modérément, saillants et à colon-
nettes beaucoup plus faibles que chez les Jlippolrngus actuels. 11 n'esl pas impossible (pie
certaines de ces dents supérieures appartiennent au Hovini présent dans le gisement, mais
ce n’est le cas d'aucune des molaires inférieures, toutes pourvues d’un pli caprin.
La pièce la plus complète est une série dentaire inférieure, n° 1931-3-27 (pl. 1, 1),
assez usée, et à laquelle manque P 2 (longueur P 3 -P 4 = 37, Mj-Mg - 83). La rangée
des prémolaires était certainement plus courte que chez les Hippôtragus actuels, mais
correspondrait aussi bien à celle d 'Oryx que de H. gigas (Centra et Centra, 1978,
lig. 17).
Quatre dents isolées, numérotées 1954-7-244 (P s ), 240 (P 3 ), 238 (P 4 ), 24? (n° effacé,
MjJ appartiennent très certainement à un même individu (P 2 -P 4 = 45), P a est relati-
vement grosse et biradiculée. P 4 est semblable à trois autres P 4 isolées : le paraconide
n'est pas dédoublé, et se prolonge sur la face externe par un net pli caprin : le métaco-
Jiide est gros, mais bien séparé du paraconide. Les longueurs de ces P 4 sont d’environ
19 à 20 mm.
Les dents les plus nombreuses sont les M s (8 spécimens) : le développement du pli
caprin et celui des colonnei tes varient à peu près parallèlement. Il serait tentant de rattacher
à Hippairagus les M s à pli caprin et colonnett.es forts (comme chez les Hippôtragus actuels)
mais ces M 3 ne sont pas plus brachyudoiites que les autres, contrairement à ce qu'on aurait
pu attendre. Toutes ces dents sont un peu plus grandes en moyenne, mais pas plus hypso-
dontes, que celles d Oryx cf. gazella de l'Ain Ilanech. Elles sont en revanche, de même que
les prémolaires, un peu plus basses que celles de YOryx de Tihodalne.
Dimensions : M 3 1954-7-237 : L = 40 ; M 3 1955-13-83 : L = 41,5. Les autres ne sont pas
numérotées : L = 39,5 (H = 46 -j- ; env. 49) ; 40 ; env. 41 ; 41,5 ; 43 ; 44,5.
Il est statistiquement très improbable que toutes ces dents appartiennent, soit à Oryx,
soit à IIip point gus. S'il s’agit vraiment à Ternifine d'une forme terminale de II. gigas,
il est. aisément concevable que ses dents soient devenues très hautes. N’ayant en revanche
pas développé les forts pli caprin et. enlonnettes des litppolragus récents, elles ont conservé
une morphologie très voisine de celle dos dents d 'Oryx. Cela indique peut-être aussi que
les habitudes alimentaires de H. gigas étaient, plus proches de celles des Oryx que de celles
des hippolragues actuels.
Tribu des Reduncini
Genre ? KOBUS A. Smith, 1840
Espèce-type : Kobus ellipsiprymnus (Ogilby, 1833).
— 63 —
Kobus ? sp.
Cette espèce n’est représentée que par une mandibule incomplète avec P 3 -M 3 (pl. II,
5) et six dents isolées (toutes ces pièces sont dépourvues de numéros). Les caractères de
ces den ts sont ceux des Reduncini : piliers arrondis et saillants, colonnettes sur les molaires,
pli caprin bien développe : sur P 4 le talon nie est bien séparé du t.rigonide et très saillant,
le métaconide est allongé mais reste bien séparé du paraconidc.
Dimensions : M t -M 3 : 48 ; M 1 ou .VI 2 : 13,5 X 13.2 ; M* : 17.2 X 15,(i ; DP* : 12,8 X 11; P* *
9,2 X 12 (Il = env. 18) ; 2 M, : L = env. 11.
La taille de ces pièces correspond à celle des actuels K. ko b ou Hedunca arundinum.
La seule différence nette entre les dentitions de ces deux espèces porte sur l'indice P 2 -
P 4 /M 1 -M 3 . mais ce critère n’est pas utilisable ici. Comme il n’existe aucune cheville de
Reduncini à Ternifîne, la position systématique de ces restes dentaires demeure incer¬
taine.
Comparaisons
Si les Reduncini sont relativement abondants (surtout à l’Omo) en Afrique de l’Est,
ils ne sont représentes en Afrique du Nord que par Redunca khraumiremis A ram bourg,
1979, du Pliocène du lac Ichkeul ( Redunca eulmensix Ara m bourg, 1979, est probablement
un Alcelapbini, v. p. 70), et au Pléistncène supérieur par R. redunca (selon Rentra' et
(Ientry, 1978 : 338). L’espèce pliocène (trop grande pour appartenir au genre Redunca)
est plus grande mais plus brachyodonte que celle de Terniiine, comme le montrent les
dimensions suivantes : Ichkcul : L M a = 25,5, Il = 28,5 (rapport ll/L = 1,12) ; Ternifîne :
L M h = 20, Il =27 (rapport ll/L = 1,35).
Quant au Reduncini du Pléistncène supérieur, décrit par Pomei. (1894) sous les noms
de Antilope nelenocera, A. Lriquetrieornis (pars) et .1. maupasi, il appartient sans aucun
doute au genre Redunca, et n'a certainement aucune relation phylélique directe avec celui
de Ternifîne qui apparaît assez isolé. On a l’impression qu’il s’agit d’incursions répétées
au Maghreb d’immigrants venus d’Afrique de l'Est ou d’Asie, mais les matériaux nord-
africains sont insuffisants pour le démontrer.
Sous-famille des Alcelapiiinae
Tribu des Alcelaphini
Cette tribu, presque exclusivement africaine, est aussi la plus diversifiée dans ce conti¬
nent au Quaternaire. Seuls deux genres sont cependant présents à Ternifîne : Parmularius
(aujourd'hui éteint), et Connochaetes.
— 64
Genre PARMULARIUS llopwood, 1934
Espèce-type : Parmularius altidens Hopwood, 1934.
Diagnose générique : Gentry et Gentry, 1978 : 371.
Parmularius ambiguus (Pomel, 1894)
1894 Boselaphus ambiguus Pomel : 52.
1894 Cùnnochoetes prognu Pomel : pl. III, lig. 3-4.
Boselaphus esi une antilope asiatique, sans rapport avec les Meélaphinés.
Type : Le problème de la désignation d’un spéeimen-type est délicat. Il doit en effet être
choisi parmi les spécimens décrits (et tous figurés) par Pomei. en 1894. La pièce la plus caracté¬
ristique est le fragment de cheville de sa pl. 111, lig. 3-4, malheureusement probablement perdu,
et attribué par Pomf.l (avec réserves) à Connorhaetes prognu, ce qui empêche de le retenir. Seules
subsistent alors quelques dents. Je choisirai comme leetntype la première décrite, figurée par Pomf.l
en 1894, pl. VI. (ig. 14-17 (et non pl. V, fig. 1-4 comme indiqué dans son texte). Cette dent fait
partie des collections de l'Institut de Paléontologie du MNIINP,
Diagnose : Parmularius de taille moyenne. Bases des cornes très massives, éloignées des orbites,
très proches l’une de l’autre cl peu divergentes, très inclinées vers l'arrière et portées par une ébauche
de pédoncule commun. Cornes fortement courbées vers l’arrière à quelque distance de la base,
et s’amincissant ensuite rapidement. Bourrelets transversaux inconstants. Rangée des prémolaires
relativement longue, molaires supérieures habituellement pourvues de faibles crochets. P, constante.
Métacarpe presque aussi long que le métatarse.
Cette espèce est le Bovidé le plus commun à Terni fine. Le nombre minimum d'indi¬
vidus peut être estimé (principalement d’après le nombre de M 3 ) à environ 40. Il existe
par ailleurs une vingtaine de chevilles osseuses, parfois fixées à des fragments de frontal,
de très nombreuses dents isolées et quelques mandibules, plusieurs dizaines de métapodes
(souvent incomplets) et astragales, les autres os des membres étant assez rares (comme
ceux des autres Bovidés).
Description
La partie du frontal située en avant des cornes est longue et presque plane. En vue
antérieure, ses bords latéraux sont faiblement ou très faiblement concaves entre les cornes
et les orbites, ces dernières étant peu saillantes. 11 semble que les trous sus-orbitaires, très
éloignés des chevilles, soient d’autant plus proches l’un de l’autre que la région frontale
est étirée antéro-postérieurement, mais les massacres ne sont, pas assez nombreux pour
qu'on puisse l'affirmer. Cette région frontale sc prolonge par les pédicules des cornes, très
proches du plan sagittal et partiellement fusionnés à leur base pour former un tronc commun
court mais net, creusé de vastes sinus. Il résulte de la formation de cette ébauche de pédon¬
cule que la partie postérieure du frontal fait avec la partie antérieure un angle nettement
inférieur à 90°. Les pédicules de chaque corne restent cependant bien distincts, contraire¬
ment à ceux de la plupart des bubales actuels, chez qui ils se fondent complètement dans
le pédoncule. Ea fossette postcornuale est bien marquée, longue et étroite. Le caractère
— 65 —
le plus remarquable des eûmes est leur courbure, souvent brutale, vers l'arrière, située
vers le tiers ou la moitié de leur longueur, et qui sépare deux segments sensiblement recti¬
lignes. Le segment basal, massif, ne s'amincit que très peu à partir de la base, et porte sou¬
vent sur sa face interne un épaississement allongé, oblique vers le liant et Lavant, Le bord
antérieur de ce premier segment forme avec le frontal, en vue latérale, un angle un peu
supérieur, égal, ou un peu inférieur à 180°, Les cornes sont donc très inclinées vers l’arrière.
Le deuxième segment s'amincit assez rapidement et porte parfois quelques bourrelets
transversaux. La pointe a parfois tendance à se recourber un peu vers l'avant,
En vue antérieure, la divergence des cornes, faible ou très faible {» la base, s’accentue
un peu à partir de la courbure, mais reste modérée. La torsion est rare (les cornes sont en
général courbées dans un plan) : quand elle existe, elle est très faiblement hétéronyme.
La section a la base est peu comprimée transversalement (UT =■ cnv. 1/5 de. UAP), avec
un grand axe oblique vers l'avant et l'intérieur, mais cette compression s’accentue forte¬
ment vers la pointe.
Il existe naturellement une certaine variabilité portant sur la plupart des caractères
mentionnés ci-dessus, mais même les cas extrêmes se distinguent encore nettement de tous
les autres Alcelaphini. 11 s’agit manifestement de variations autour d’un même modèle.
Dimensions
Spécimens les plus complets
1 (pi-
1955
13-47
ur, i)
1955
13-357
1956
12-28
(pl- HL
3)
1956
12-26
Sans n°
(pl. III, 2)
L cheville
210 4-
_
175 +
180 +
_
DAP x UT (base)
59
X 50
55
X 41 +
59 x
45
55 X 43
52 x 44
Distance de la cheville à
l’orbite
42
55
58
62
60
Distance de la cheville au
trou sus-orbitaire
Distance entre les
trous
55
62
59
62
s us-orbii:ait'es
Largeur entre les
bords
2
X 35
58
externes des pédic
ules
2
X 65
2 X
63
2 x 57
105
Autres spécimens
DAP x DT
(base)
L
Autres spécimens
DAP x DT
( base)
L
1954-7-91
53 X
47+
1956-12-243
50
X 40
1954-7-1.73
55 X
37
Sans
48+ x 41
1955-13-42
54 X
48
135
(180)
* Sans
54
X 45?
152 (170)
1955-13-506
50 X
40
Sans
220 (230)
1955-13-895
52 X
42
215
(230)
Sans
50
X 40
1955-13-942
228
(240)
Sans
63
— X46+
246 (246)
1956-12-27
63 X
46
Sans
51
X 47
220 (225)
1956-12-45
56 x
43
191
(220)
Sans
53
X 46
166 (210)
1956-12-46
53 X
44
Sans
55
X 44
1956-12-60
48 x
38
165
(210)
Sans
u 0
53
X 44
190 (220)
* Entre parenthèses : longueur estimée de la cheville complète.
1 , 32
— 66 —
Le seul autre, reste crânien conservé est un liasinccipit.al. Les tubérosités antérieures
sont très allongées et rejoignent les postérieures de part et d’autre d'une dépression cen¬
trale. Les dimensions modérées de cet os incitent à le rapporter à Parmulariuu : longueur
entre J’arriére des tubérosités postérieures et l’avant des antérieures : 42; DT sur les tub.
post. : 33 ; DT sur les tub. ant. : 23,5.
Dentition
Le schéma occlusal des molaires est relativement simple. Les molaires inférieures sont
dépourvues de crochets dans les vallées, mais ceux-ci sont en revanche constants (quoique
petits) sur les molaires supérieures qui portent exceptionnellement une colonnette. Les
piliers des dents supérieures ne sont que faiblement convexes. P. ambiguu .v se différencie
nettement sur ce critère de « fiottelaphutt » firohuhnlis Porriel (semblable aux bubales récents)
et iJ faut ici rendre justice à cet auteur qui avait parfaitement réalisé l'importance de cette
différence (d’où le nom de « Bosélaphe ambigu ») et qui. malgré l’extrême pauvreté du
matériel dont il disposait, avait clairement distingué des espèces trop souvent: abandonnées
par la suite.
La P 4 est toujours bien molarisée (jonction paraeonido-métaeonide complète), mais
la muraille interne de la 1 J 3 ne se ferme qu’après avoir été largement entamée par l’usure.
La P a est toujours présente. La rangée des prémolaires est longue pour un Alcelaphini,
et surtout pour un Parmularius (pl. Il, 6).
Dimensions
Longueurs des segments dentaires
Pj-Mj
Pa-Pi
M r M 3
1954-7-230
_
31
1955-13-154
97
31,5
64
1955-13-661
86
26,5
59
1955-13-1046
96
30
64
1956-12-203
86
27,5
57
sans n°
89
63
sans n°
90
62,5
1956-12-232
30
sans n°
28
Longueurs Mj-M 3 de 4 mandibules sans
n° : 59,
5 ; 63 ;
66 ; 66,5.
Longueurs des M 3 : N = 34 ; L mini. =
= 26; L
max. :
= 32 ; L moy. = 28,7 ; es = 1,42.
Toutes les dents sont très hautes. Deux dents fraîches mesurent : P 4 : L = 15, H = 29 ; M 3 :
L = 29, H = 49.
Squelette
Les os des membres sont identifiés comme Alcelaphini grâce aux critères mis en évi¬
dence par Gentry et Gentry (1978 : 355, 374), et à l’intérieur de ce groupe, comme Par-
— 67 —
mularius par leur taille, et surtout leur gracilité, qui les distinguent de prime abord de ceux
de Connochaetes.
Dimensions
Humérus : DT de l’articulation distale (valeurs extrêmes ; entre parenthèses : valeurs moyen¬
nes) : 43-47 (44,7) ; N = 8. DAP minimum de l'articulation distale : 20,5-22 (21,2) ; N = 10.
Radius
L
DT prox.
DT mil.
DT dist.
1955-13-417
264
26
37
1955-13-1030
282
48
26
40
1955-13-1120
45
sans n°
268
47
25
37
sans n°
—-
47
27
Métacarpe
L
DT prox.
DT mil.
DT dist.
1954-7-859
215+ 32+
20,5
36,5
1955-13-814
240
37,5
20,5
1956-12-38
224
32
21
35
1956-12-178
233
20+
37
sans n°
235
36
21,5
37
sans n°
227
20
38
Tibia : 1956-12-265 : L = 306 ; DT prox. = 60 ; DT mini. = 26 ; DT dist. = 41.
L’extrémité proximale manque sur tous les autres spécimens : DT mil. = 22-27 (24,3) ; N =
12 ; DT dist. = 35-41 (38,0) ; N = 13.
Astragale : II int. = 37,7-40,3 (38,7) ; N = 9 j DT dist. = 24,2-26,3 (25,7) ; N = 9.
Métatarse : Dimensions de 11 spécimens complets : I. - 226-249 (240) ; DT prox. = 27-33
(29,8) ; DT mil. - 16,2-20,5 (18,3) : DT dist. = 30-37 (33,3).
De nombreux spécimens sont dépourvus d'extrémité distale : DT prox. - 27-32 (29,2) ; N =
13 ; DT mil. = 15,7-19,5 (17,4) : N = 16.
Les os des membres de petite taille : tarsiens (sauf astragale), carpiens, phalanges...
sont rarissimes dans les collections de Ternifine, et aucun ne peut être attribué avec cer¬
titude à P. ambiguus.
Comparaisons
Les restes crâniens, bien que limités à la région frontale, sont suffisamment caracté¬
ristiques pour autoriser le rattachement de « Bosephalus » ambiguus Pomel au genre Par-
— 68 —
malarias. La forte angulation du frontal, les cornes très inclinées vers l’arrière, éloignées
des orbites et pourvues d’un épaississement médial, les longs pédicules partiellement fusion¬
nés (tous ces caractères sont évolués) distinguent en elfet très nettement cette espèce de
Damatwcus, Seul le genre actuel AMaphm rappelle Parmnlnrim par la morphologie de
cette région, mais ses cornes présentent toujours une très forte torsion homonyme qui
existe déjà chez son probable ancêtre du Pléistocènc inférieur et moyeu, 1iahaliceras (Gen-
tiiy el Gentry, 1978). Les similitudes entre Pnrnudarius et Alcelapltas montrent l’impor¬
tance des phénomènes de parallélisme évolutif chez les Aleélaphinés.
Cinq espèces de Parmularius ont été décrites, dont trois : P. altidens, P. angusticornis
et P. rugosus se succèdent dans cet ordre à OJduvai (Gentry et Gentry. 1978) : P. braini
a été décrit de Makapansgat par Vrba (1977) qui a également créé (1978) pour un petit
Alccdaphini de Kromdraai A l’espèce P. par sms, dont les chevilles sont cependant inconnues.
De ces espèces, P. angusticornis est la plus voisine de P. ambignus par sa taille, l’angu¬
lation du frontal, l'inclinaison des cornes vers Carrière, leur éloignement de l'orbite, leur
divergence, faible à la hase mais qui augmente vers le sommet, la massivité de leur portion
basale suivie d'un rapide amincissement, mais les cornes d’Oldiivai sont dépourvues de
la forte courbure de celles de Ternifine. La forte courbure des cornes vers l'arrière est pro¬
bablement un caractère primitif, comme le suppose Vrb.v (1977). Le plus ancien repré¬
sentant du groupe de Parmularius, du gisement Pliocène de Laetoli, a en effet des chevilles
fortement et assez brusquement (comme de nombreux spécimens île Ternifine) courbées
(Gentry et Gentry. 1978, pl. 21). Ces auteurs ont aussi montré (pl. 17) un exemple d'atté¬
nuation puis de disparition de courbure chez P. allidens, On peut, donc penser que la cour¬
bure primitive, s'est, conservée chez P ambignus, mais l’hypothèse inverse (l’acquisition
de la courbure à partir de chevilles presque droites, semblables à celles de P. angusticornis)
n’est pas inconcevable.
La dentition de cette dernière esjrècc n a pas été reconnue avec certitude, mais dans
leur « Si/.e grmip 11 », Gkntrv et. Gentry (1978 : 12 !j incluent de nombreuses séries den¬
taires dont certaines appartiennent sans doute à P. an gusticornis. telle MNK 11 I36(P 2 -P 4 =
21,5; M 1 -M 3 — 69,3). La rangée des prémolaires est donc extrêmement courte, et déjà
chez P. i iltidc r ls du bed 1, les prémolaires sont plu» réduites (Gentry et Gentry, 1978,
fig. 22) que chez P. ambignus qui a donc conservé, malgré son âge relativement récent, une
dentition plus primitive que celles des formes est-africaines. Même chez P. braini du Plio-
Plèistoeène d’Afrique du Sud, dont la P 2 est. constante, les prémolaires sont relativement
plus courtes (longueurs des segments dentaires du paratype, selon Vuba : P 2 -P 4 = 26;
M]-M 3 = 68,5) (jue celles de Ternifine. Les chevilles de P. braini ressemblent un peu à
celles de P ambignus , mais elles sont beaucoup pl us comprimées transversalement, presque
dépourvues d’épaississement basal, leur courbure est. moins forte, plus régulière, les bour¬
relets sont plus nets (Vrb.v. 1977, fig. 3-4). P. braini ressemble à P. allidens et les carac¬
tères qui l’en distinguent (grande taille et compression transversale des chevilles) le rappro¬
chent en revanche de P, angusticornis (qui succède à P. alùdcns à Olduvai), Cela inciterait
à douter de l’âge pliocène fréquemment attribué aux membres 2 et 3 de Makapan, si P.
braini ne possédait pas toujours des chevilles simples, encore presque complètement dépour¬
vues de l’épaississement basai constant chez les autres Parmularius.
Par son métacarpe un peu plus court que le métatarse, P. ambignus est très semblable
à P. aUidens, mais plus primitif que Alcelaphus, dont le métacarpe s’est allongé jusqu’à
— 70
dépasser en longueur le métatarse (Gentry et Gentry, 1978 : 376). Les os des membres
(et les dentitions) sont de même taille que ceux de P. altidens, bien que les cornes soient
beaucoup plus massives.
R Et-AVIONS PH YLOGKNIQUES
Les caractères primitifs de P, ambi.guus (prémolaires longues, et probablement cour¬
bure des chevilles) empêchent apparemment de rechercher son ancêtre parmi les formes
d’Olduvai, toutes plus évoluées sous ces rapports. Les ressemblances entre P. ambiguus
et P. angusticarnis ne, peuvent s’expliquer que par parallélisme à partir d’une forme
peut-être voisine des plus anciens P. altidens, ou du Parrnularius de Laetoli, l’ancêtre de
l’espèce de Ternifine ayant quitté l’Afrique de l’Est dès le début du Pléistoccne, au plus
tard.
A cette époque, les seules pièces du Maghreb évoquant Parrnularius proviennent de.
l’Aïn Uouchcrit et ont été décrites par Arambourg (1979) sous les noms de Redunca eul-
mensis el Duniuliscus cuiculi. L’holotype de cette dernière espèce est une cheville dépourvue
de son pédicule, plutôt petite, bien courbée vers l’arrière (surtout sa moitié distale) peu
comprimée transversalement et portant quelques bourrelets transversaux. Damaliscus ?
cuiculi pourrait constituer un ancêtre de P, ambi.guus, mais l’absence d'informations sur
sa morphologie crânienne retid vaine toute hypothèse concernant les relations phylétiques
de cette espèce. L’inclusion du type de D. ? cuiculi par Vhba (1977) dans son P. braini
me semble, pour la même raison, téméraire, surtout si on tient compte de la grande dis¬
tance qui les sépare.
L'holotype (et unique spécimen) de Redunc-a eulmensis est aussi une cheville dont
le pédicule est creusé d'un unique et vaste sinus. Cela montre que cette corne ne peut appar¬
tenir au genre Redunca (cl. Gentry et Gentiiy, 1978 : 338). Elle a probablement été mal
orientée par Arambouhg ; si on suppose que la pointe se recourbe vers l’arrière (et non
vers l’avant), elle devient très semblable h celles de. P. altidens. Parrnularius ? eulmensis
n’annonce cependant guère P ambiguus : la faible courbure est limitée à la moitié distale,
et semble plutôt en voie de disparition. Le matériel nord-africain est de toute façon trop
fragmentaire pour qu’on puisse en tirer une phylogénie. De plus, tous les Aleelaphini connus
au Maghreb après le niveau de Ternifine sont sans rapport avec Parrnularius, mais appar¬
tiennent, outre Connochaetcs, aux genres Rabaticeras et Alcelaphus, complètement absents
à Ternifine.
Genre CONNOCHAETES Lichstenstein, 1814
1850 Gorgon Gray.
Espèce-type : Connochaetcs gnou (Zimmermann, 1780).
Diagnose générique : Gentry et Gentry, 1978 : 364.
Connochaetcs taurinus (Burchell, 1823)
Diagnose : Gentry et Gentry, 1978 : 368.
— 71 —
Connochaetes taurinus prognu Pomel, 1894
1894 Connochoetes prognu Pomel : 9 (non pl. 111, fig. 3-4).
1965 Gnrgon uhluvaiennis Leakey : 45.
1978 Connochaetes taurinus olduoaiensis (Leakey) Gentry et Gentry' : 368.
Leototype : la partie basale d’une corne droite, figurée par Pomei en 1894, pl. lit. fig. 1-2 ;
le fragment de cheville de sa pl. III, fig. 3-4 n’appartient pas, en réalité, à Connochaetes, mais à
Pa rmulurius. Le leetotype apparaît comme gauche sur les ligures qui sont toutes inversées. Je
n'ai pas retrouvé ce spécimen à l'Institut de Paléontologie du VIN UN P, mais la désignation d'un
néotype ne se justifierait pas (art. 75a du t’.ode International de Nomenclature Zoologique).
Diagnose : Gentry et Gentry-, 1978 : 368, pour C, t. otduoaimsis -, * An extinct subspecies
differing froin livîng C. taurinus in the horn cures lieing inserted at a slightly less post.erior level
and passirig less downwurds as they emerge frorn Lhe skull », On pourrait ajouter que la taille de
C. t. prognu est supérieure à celle de l’actuel C. taurinus, mais si cette différence est très nette à
Ternifine, elle ne l’est peut-être pas dans le bed II d'Oldnvai.
Malhci ircusement, les restes osseux crâniens de cette sous-espècc assez abondante
se limitent presque exclusivement à des chevilles qui n’apportent guère d'informations
nouvelles. Ternifine offre cependant l’intérêt de permettre d’associer avec certitude les
cornes, les dents et les os des membres, ce qui n’est pas le cas d'Oldnvai, gisement-type
de C. t. « olduvaiensis ».
Description
Le spécimen crânien le moins fragmentaire est un frontal portant encore la cheville
gauche presque complète (pl. IV, 1). la gracilité de celle-ci incite à rapporter ce spécimen
à une femelle. La cheville se dirige, d’abord vers l’extérieur et un peu vers l’arrière, puis
se recourbe vers l’avant et le haut. Elle est peu comprimée dorso-ventrâlement, mais d’autres
pièces, appartenant probablement à des mâles, le sont davantage, cette compression attei¬
gnant son maximum à quelques centimètres de la base. Comme l’ont noté Gentry et Gen¬
try (1978), chez C. t. « olduvaiensis », la cheville part moins vers le lias, en vue occipitale,
que dans la forme actuelle ; cela est également visible sur le lectolype (Pomel, 1894, pl. III,
fig. 2). La lace supérieure de la base des cornes mâles est souvent rugueuse, et ou devine
parfois un vestige de la crête oblique bien marquée sur les chevilles de gnous plus anciens
(Gentry et Gentry, 1978 : 366, sur Connochaetes sp., n° IIVVK EE II 2315 de la base
du Lcd II d'Oldnvai ; Arambochg, 1979, pl. 55, lig. la, sur « Oreonagor Umrnouevi » de l’Aïn
Boucherit).
Dim ensjons
Frontal : largeur postorbitaire = 2 X # 75 ; DAP X DDV de la cheville à 5 cm de la base =
53 x 43.
Chevilles isolées (DAP X DDV à 5 cm de la base) : 1955-13-355 : 68 X 36,5 (pl. IV, 3) ; 1956-
12-48 : 75 X 38 ; 1931-8-25 : 67 X 34,5 ; 1956-12-47 : 70 X 42 ; sans n° : 62 X 35.
La dentition inférieure est représentée par quelques mandibules et de nombreuses
dents isolées. Les dimensions des séries dentaires sont assez homogènes, et nettement
— 72 —
supérieures à celles du C. laurinus actuel. La I’ 2 est toujours absente, la P 3 n’est, qu’incom-
plèteinont niolarisée (paraconide séparé du niétaconide), niais la P 4 Test toujours. Toutes
les dents sont très hautes.
Dimensions : 1955-13-894 (pl. IV, 2) : P a -M s = env, 127 : SL-Mj = env. 95; hauteur de la
mandibule sous M a = 00 -h ; en avant de P 3 = 32 : distance de P 3 au trou symphysaire : 82. —
1955-13-358 • l’ 3 -M 3 = env. 125; VI,-M 3 — 93. 1950-12-127 (très usée) : P 3 -\l 3 = env. 102,5.—
1950-12-29 (très usée) . P 3 -M 3 — env. 110. 1955-13-282 (modérément usée) : P s -M g = env. 115. —
Longueur à mi-hauteur des M ; , complètes ; N — 25 ; L min. = 37 ; 1. max. — 42 ; L inuy. = 39,2 ;
a — 1,71. l 'ne M s fraîche mesure : L = 37 ; Il — 6-5. — Dimensions de deux P, isolées : L max. = 18
(H =35 ,-) et L max. --= 20 (Il = 40+)..
Ces dimensions sont très supérieures à celles de l’autre Alcelaphini de Ternifine
(v. p. 66), et toutes les dents, même isolées, ainsi d'ailleurs que la plupart des os du sque¬
lette, peuvent facilement être déterminés spécifiquement.
Aucun fragment de maxillaire n’est conservé. Toutes les molaires supérieures portent
un crochet mésial dans le premier lobe, et un crochet distal dans le deuxième, mais ceux
situés de part et d’autre de l’îlot central sont faillies ou absents.
Squelette
La plupart des os des membres sont rares ; ils sont un peu plus grands que ceux de 1 actuel
C. taurinus, mais (au moins les métapodes) de proport ions semblables.
Dimensions
Humérus : sans n° : L = 285 ; DT mini. = 40,5 ; DT dist. = 68. — 1954-7-306 : DT dist. =
67,5.
Métacarpe (dimensions extrêmes ; entre parenthèses : moyennes) : 6 spécimens complets :
L - 247-256 (251) ; DT prox. = 47,5-53 (51) ; DT mil. = 26,5-32 (29,5) ; DT dist, = 51-59 (54,5).
Tibia : 1954-7-119 : DT dist, = 64; sans n° : DT dist. = 58. La détermination de ces deux
fragments est incertaine.
Astragale : Deux spécimens (1954-7-1049 et sans n°) sont très semblables, sauf par leurs dimen¬
sions (respectivement : Il int. = 57 et 56 ; DT dist, = 38 et 39,5), aux astragales de Pnrmularius
et appartiennent certainement à Connochaeles. La différence de hauteur entre les deux lèvres de
la troeblée proximale est peu marquée. La détermination de quelques autres pièces mal conservées,
où elle l’est davantage, est incertaine.
Métatarse
aux précédentes.
L
DT prox.
DT mil.
DT dist
1954-7-156
262
_
24
47,5
1955-13-145
267
46
26,5
54
1955-13-503
291
27
53
1955-13-833
268
46
27,5
52
1956-12-1
267
45
26
51
u métatarse
liguré par
Pomel (1894,
pl. III,
fig- 6-7)
7) sont très semblables
PLANCHE IV
Connaehaetes taurinus prognu Pomel. fragment de crâne et cheville gauche : a, vue postérieure ;
, vue inférieure. 1/3.
Connochaeles taurinus prognu Pomel. N° 1955-13-894. Série dentaire gauche. < 4/5.
Connuchaeles taurinus prognu Pomel. N° 1955-13-355. Cheville droite : a, vue supérieure ; b, vue
postérieure. 2/5.
— 74 —
Comparaisons
C. I. prognu ne peut être distingué de C. I. olduvaiensis, dont le type provient de la
limite entre les beds III et IV d’Olduvai (Gentry et Gentry, 1978 : 368), d’âge très proche
de celui de Terni fine, Comme l’ont suggéré ces auteurs, ces deux noms sont certainement
synonymes, celui créé par Pomki. ayant priorité.
H. Thomas (1977) a proposé de distinguer à titre spécifique le gnou nord-africain
en raison de la forme liante et étroite d’un occipital du Pléistocène supérieur du Maroc,
décrit par Arambourg en 1938. Rien n’indique cependant que cet arrière-crâne, d’ailleurs
mal conservé, appartienne à la même espèce que le gnou de Terni fine. Ces seuls autres sites
nord-africains où la présence de C. t. prognu soit certaine sont les carrières Thomas au Maroc
(Gkhaaus, Béai no et Roche, 1980; Gbhaads, sous presse), mais il est probable que cette
sous-espèce était, en fait très répandue.
Ile l’Ain Ilane.ch, Arambourg (1979) a décrit Gorgon ? mediterranew, espèce qui
n’est représentée que par des dents et os des membres assez longs et graciles. II s'agit peut-
être effectivement d'on gnou, mais Gorgon P méditer raruuts pourrait mi contraire être iden¬
tique à Numidocapra awssi-cornis, espèce qui n’est connue qu'à l'Ain llanecb (Arambourg,
1979, pl. .88, (ig. fi). La très forte floxure du frontal, l’allure des cornes et le très grand déve¬
loppement d'un sinus dans iè pédicule d'un spécimen non menti aimé par Arambourg
(li° 1949-2-102) montrent que Numidotapra est peut-être, non un Caprinae, mais un Alce-
laphini, Remarquons que l’Aïn Hanech n’a livré ni corne de Connochaetes (= Gorgon),
ni dent de Caprinae.
Connochaeles est inconnu dans les gisements plus anciens d’Afrique du Nord, où ses
précurseurs ont des chevilles moins éloignées de l’orbite et moins divergentes (p. ex. Aram¬
bourg, 1979, pl. 55, fig. I).
Sous-famille des Antilopinae
Tribu des Antilopini
Genre GAZELLA de Blainville, 1816
Espèce-type : Guzella doreas (L.).
Diagnose générique : Gentry et Gentry, 1978 : 436.
Ce genre, peut-être le Bovidé dont l’étude est la plus délicate, est très diversifié dans
le Quaternaire nord-africain. Le nombre d’espèces valides décrites approche la dizaine,
et il est fort possible que ce chilfrc soit très inférieur à la réalité. Les difficultés viennent
de l’absence presque totale de caractères dentaires utilisables, de la rareté des crânes et de
la faible variabilité des chevilles. Les critères distinctifs qu’on peut mettre en évidence
sur ces dernières (taille, courbures, inclinaison, forme de la section, position par rapport
à l’orbite) ont, de plus, probablement, tous pu être acquis dans des lignées différentes et
l’utilisation de méthodes cladistiques dans l’établissement de phylogénies est actuellement
impossible.
— 75 —
Des trois espèces présentes à Ternifme, deux sont très rares, mais la troisième, nou¬
velle, est très abondante.
Gazella dracula n. sp.
Hoi.otype : un massacre avec les deux chevilles, auxquelles ne manquent que les derniers
millimètres des pointes ; n° 1955-13-352 dans les collections de l’Institut de Paléontologie, MNHNP
(pl- V, 1).
Localité-type : Ternifme,
Derivatio nominis : les chevilles de cette espèce évoquent les « canines » du célèbre vam¬
pire.
Diaunose : Gazelle de taille, moyenne. Chevilles mâles longues et grêles, très éloignées de l’orbite,
fortement inclinées vers l'arrière, mais très peu ou pas du tout courbées, presque parallèles sur
toute leur longueur. Section, à grand axe un peu oblique vers l’avant et l'intérieur, peu comprimée
à la base mais fortement vers la pointe. Face externe très peu ou pas du tout aplatie. Frontal peu
courbé, fossette posteornuale bien marquée, Chevilles femelles beaucoup plus petites et de section
presque ronde. Dents grandes par rapport aux cornes.
Dimensions
Massacres
1955-13-352
1954-7-137
(holotype)
(pl. V, 2)
L chevilles
180
# 150
DAP x DT (base)
29 X 22
27,5 X 21
Distance à l’orbite
25
25
Écartement des chevilles :
entre leurs bords internes
27
19
entre leurs bords externes
72
64
Sur 1954-7-137, la distance minimale entre les lignes temporales est de : 2 X 15,5.
Chevilles complètes ou presque complètes (longueur approximative, DAP X DT à la base)
1955-13-1074
: 150, 27 X 21) ;
sans n°
170. 30
X
22
1955-13-647
i 180, 29 X
21,5 ;
sans u°
155, 27
X
20
1954-7-134
: 155, 27 X
il ;
sans n°
140, 27,
5 x
18,5
Chevilles incomplètes
DAP
X DT à
la base)
1955-13-875 :
28 X 20,5
sans
28
X 21 ;
sans
n° :
27,5
X
20
1955-13-58 :
29 x 22,5
sans
28
X 21 ;
sans
n° :
26,5
X
21,5
1954-7-858 :
— X 26
sa ns
29
X 20 ;
sans
n° ;
26,5
X
21,5
1925-2-30 :
28,5 x 22,5
sans
29
X 24 ;
sans
n° :
31,5
X
24
1925-2-29 :
29,5 x 22
sans
29
X 20 ;
sans
n° :
28,5
X
21,5
1931-8-19 :
30,5 X 23,5
sans
29
X 23,5;
sans
n° :
26,5
X
19
1956-12-25 :
27 x 18
sans
26
X 18,5;
sans
n° :
28
X
21,5
— 76 —
Chevilles femelles
1955'13-1019 : 17 x 15,5, L = 95.
1955-13-269 : 18,5 x 16
sans n° : 20 X 17,5
Description
La morphologie de toutes les chevilles mâles est très homogène. La courbure vers l’arrière
est toujours très faible, souvent complètement absente, avec parfois même peut-être ten¬
dance à une faillie courbure vers Pavant (1951-7-858). La cheville la plus courbée (1925-2-
29) est aussi la plus proche de l'orbite. N'ayant pas été recueillie par Abamboübg, sa pro¬
venance exacte est incertaine, cl il n’est pas impossihl • qu'elle ait appartenu à une popu¬
lation. sinon nue sous-espèce, particulière, d'âge différent.
L'inclinaison vers J'arriére, toujours forte, bien visible sur le massacre 1954-7-137
(pl V. 2), qui comprend une partie des pariétaux, est parfois extrêmement marquée, comme
sur 1955-13-647, où le bord antérieur de la corne est presque parallèle à la partie antérieure
de la suture métopiqiie. Tîn vue frontale, les cornes sont presque parallèles à la base, et.
le restent le plus souvent sur toute leur longueur mais, sur certains spécimens, les pointes
divergent très légèrement-. L’impression générale est néanmoins toujours de deux droites
parallèles. Un autre caractère constant, à [ except ion du spécimen 1925-2-29 déjà mentionné,
est la grande distance de la base de la cheville (limite pédicule-étui corné) à l’orbite, pro¬
bablement en relation avec (mais non directement due il) l'inclinaison vers l'arrière. Il
existe toujours un pédicule bien individualisé du frontal, à bords sensiblement parallèles.
Les chevilles sont modérément comprimées à la base (rapport DT/ÜAP environ
3/4) et, caractère rare chez les gazelles modernes, peu ou pas du tout aplaties sur la face
externe. La section à la base est en général presque symétrique, avec un grand axe un peu
oblique vers l'avant et l'intérieur, et une dimension transversale maximale se situant vers
la mi-longueur de Celui-ci ; dans quelques cas seulement elle se situe vers barrière, comme
chez la plupart des gazelles. Compression et aplatissement s'accentuent cependant forte¬
ment vers la pointe, qui prend la forme d’une lame.
Le trou sns-orbit.aire, rarement, préservé, s’ouvre au fond d'une profonde dépression
triangulaire, dont le bord latéral est à peu près parasagittal, La fossette posteornuale est
bien marquée, longue et étroite. Le frontal est peu courbé le long de la suture sagittale,
et souvent assez épais, cette suture étant, de plus, souvent surélevée entre les cornes, et bordée
de deux dépressions juste en avant des pariétaux.
Le reste du crâne, et en particulier les régions basilaire et occipitale, est inconnu.
Les chevilles femelles (trois spécimens) sont beaucoup plus courtes, rectilignes, et
de section presque circulaire, avec un léger aplatissement de la face postéro-médiale. filles
se distinguent immédiatement des chevilles mâles, mais difficilement des chevilles femelles
d'autres espèces, en particulier celles également présentes à Ternifine (Gazella et. allantica
et Gazella sp. B). Les cornes des femelles sont toujours moins caractéristiques que celles
des mâles, et n'apportent de toute façon guère d'informations supplémentaires. Selon
AitAMRottHG (1957), les femelles de G. allantica ont des chevilles courbées vers l’arrière
(ce. qui n’est pas le cas ici), mais par ailleurs très semblables (taille, section) à nos trois
— 77 —
spécimens. Les chevilles femelles de Gazella sp. B sont inconnues. Vu les nombres respectifs
de chevilles mâles de chaque espèce à Terni fine, il est évidemment beaucoup plus probable
que ces trois spécimens appartiennent à G. dracula.
Dentition
Le gisement de Terni fine a livré de nombreuses dents isolées de gazelles ainsi que
deux séries dentaires, inférieure et supérieure. Les dimensions de ces dents sont homo¬
gènes, et le critère de taille ne permet pas mieux que la morphologie de distinguer deux ou
trois groupes, comme aurait pu le laisser espérer la présence de trois espèces de gazelles
dont les chevilles diffèrent nettement par leurs dimensions et leur robustesse. La majorité,
sinon la totalité, des restes dentaires appartient certainement, en raison de l’abondance
des chevilles de cette espèce, à G. dracula. Les dents et séries dentaires sont, aussi longues
que celles de G. atlaniica ou G. cuvieri, alors que les chevilles sont plutôt petites.
Dimensions
Longueurs des segments dentaires : 1956-12-248 : P»-M s = 67,6 ; P„-P 4 = 23,2 ; M,-M s = 44,2.
Sans i,o : P®-M* # 63,5 ; M’-.M 3 = 41,3.
Une M® isolée mesure : L = 16,4 ; larg. - 11,2 ; Il — 22. Les longueurs de 24 M a s’échelonnent
de 17,3 à 21,7 mm, avec une distribution assez régulière ; plus de la moitié des spécimens mesurent
de 19 à 20 mm. Étant donné les incertitudes concernant l’homogénéité spécifique de ces M 3 , tout
calcul de paramètre statistique serait évidemment sans signification.
Squelette
Les os des membres de gazelles sont très peu nombreux. Ils se limitent à : une extré¬
mité proximale de métatarse (DI’ = 22,4), une extrémité distale de métatarse (n° 1925-2-5,
DT dist. = 23,9, DT de la diaphyse = 13,5), et 6 astragales :
Dimensions
H int.
DT dist.
H int.
DT dist.
1954-7-186
27,6
18
1955-13-1142
29,2
18,1
1955-13-533
28,2
18
1956-12-97
26,5
17,6
1955-13-1201
30,6
18,1
sans n°
27,6
17,7
Comparaisons
Les chevilles grêles et rectilignes de G. dracula distinguent immédiatement cette espèce
des gazelles actuelles d’Afrique du Nord G. dama ou G. damas, ainsi que des fossiles G.
atlaniica ou G. lingitana, toutes à cornes fortement courbées vers l’arrière (Aramboukg,
1957). D’autres espèces pléistocènes et actuelles présentent en revanche quelques simi-
— 78
Etudes avec la gazelle de Terni fine. Il s’agit de G. « setifensis » de la hase du Pléistocène
de l’Aïn Bouchent, G. pomel-i du Plcistocène inférieur de l’Aïn Hanech, et des actuelles
G. ciwieri , G. rujinu, G. leploceros et G. Ihomsoni.
G. cwieri, dot*l. Ahambolrg avait rapproché en 1957 la gazelle de Ternifinc, est plus
grande que celle-ci, l’implantation de ses cornes est. plus verticale ; celles-ci sont plus longues,
plus éourliées, plus massives, plus divergentes, leur section à la hase est plus comprimée,
plus aplatie, sou grand axe est plus oblique par rapport au plan sagillal, le frontal n’est
pas déprimé en avant des pariétaux, Je bord latéral du trou sus-orbitaire est oblique vers
l’extérieur. Les ressemblances entre G. auvieri et G. dracula no sont que très superficielles,
et ces deux espèces ne sont pas particulièrement- voisines,
Chez G, rufina, espèce peut-être éteinte et rarissime dans tes collections, les cornes
sont plus grosses, un peu divergentes, moins inclinées vers l’arrière, mais nettement plus
courbées, et leur section est plus comprimée (rapport DT/DAP : env. 2/3) et aplatie sur-
la face externe. Ces caractères suffisent à distinguer complètement cette espèce de G. dra¬
cula.
G. le placeras est peut-être l’espèce actuelle la plus voisine de G. dracula. Ses cornes
sont en effet pou ou très peu courbées, et le degré de compression transversale est le même.
Le frontal est cependant moins convexe, pins étroit, les cornes sont plus proches l’une de
l’autre, un peu plus divergentes, moins inclinées vers J'arriére, plus proches de l’orbite,
leur face latérale est plus aplatie. G. leptoceros est aussi en général plus petite que G. dra¬
cula Compte tenu de la relative uniformité des cornes de gazelles, il me semble que toutes
ces dilîcrences, en particulier celles qui indiquent un état plus évolué chez G. dracula (taille
supérieure, frontal plus courbé, cornes encore moins courbées en moyenne, parallèles, plus
inclinées vers Carrière et plus éloignées de l’orbite.) suffisent largement pour justifier une
distinction spécifique.
G ihomsoni., espèce actuelle d’Afrique de l’Est, évoque au premier abord G. dracula
par scs longues chevilles grêles, mais cette espèce est nettement plus grande, ses chevilles
sont plus courbées et surtout beaucoup plus comprimées et plus aplaties (rapport DT/DAP
inférieur à 2/3).
G. pomeli Ararnbourg, 1979, de l'Aïn Hanech, dilîcre de G. dracula par scs cornes plus
courbées, plus massives, très peu comprimées (rapport DT/DAP : environ 5/6) et la très
forte courbure du frontal, Tous ces caractères évoquent G. atlantica et ces deux espèces
sont probablement voisines, sinon directement, liées, mais certainement sans rapport avec
G. dracula , malgré la proximité géographique et chronologique des gisements de l’Aïn
Hanech et de Ternifinc.
Le type, de G. setifensis (Pnmel, 1.894) est une hase de cheville droite de grande taille,
bien comprimée et aplatie extérieurement (à la base 37,5 X 26,5). Ce spécimen ne peut
être distingué de G. rufina , mais trop peu de caractères sont visibles pour qu’on puisse
attribuer a\cc certitude à G. setifensis aucun autre spécimen.
ÂnAMBOunG (1979) a cependant regroupé sous ce dernier nom toutes les gazelles de
l’Aïn Bouchent, de même âge, selon lui, que le type de celte espèce ; cette contemporanéité
n’est cependant pas démontrée. La diversité morphologique et dimensionnelle îles chevilles
de l’Aïn Boucherit contraste avec 1 homogénéité qu’on observe par exemple chez G. pomeli
à l’Aïn Hanech ou G. dracula à Terni fine. Toutes les chevilles sont plus petites que le type
de G. setifensis (la plus petite cheville mâle ne mesure que 26 X 19,5 à la base) ; certaines
- Gazella dracula n, sp. N° 1955-13-352 (hololype). Massacre, a : vue externe de la cheville gauche ;
b : vue antérieure. X 1/2.
- Gazella clracula n. sp. N° 1954-7-137. Massacre. Vue externe. X 1/2.
- Gazella sp. A ( Gazella cf. atlantica Bourg.). N° 1954-7-162. Cheville gauche : a, vue antérieure ; b, vue
externe. X 1 /2.
- Gazella sp. B. N° 1954-7-282. Arrière-crâne et chevilles. Vue externe. X 1/2.
— 80 —
(celles figurées par Ahamboiiru) sont l*ien courbées, la plupart le sont à peine plus que
celles île G. dracula ; certaines sont plus comprimées que le type, d'autres beaucoup moins,
et avec leur petite taille, leur faible courbure, leur extrémité aplatie eu lame, elles sont
presque identiques à celles de G. dracula, mais leur base est toujours plus proche de l’orbite
(pédicule court). 11 est impossible d’inclure ces cornes dans G. setifensis (Pomel), mais
il serait hasardeux, compte tenu de l'insuHisunce des matériaux et des âges des gisements,
de les rattacher h G. dracula.
Il est diilicile de dire si les gazelles de l’Aïn Bourherit appartiennent à une seule espèce
très variable ou à plusieurs ; des différences dans le mode de fossilisation dos divers spéci¬
mens suggèrent aussi que tous ne sont pas rigoureusement contemporains, mais cos diffé¬
rences ne paraissent pas être en rapport avec la morphologie.
Il semble possible de trouver, parmi les gazelles de P Aïn Boucherit, les ancêtres de
nombreuses espèces du Plôistocène nord-africain , il ne s’agît peut-être que d’une illusion
due au manque d'informations sur la morphologie crânienne de plusieurs d’entre elles,
mais il serait, surprenant que ne s’v trouve pas au moins I ancêtre de G. dracula.
Gazella sp. A
(Gazella cf. atlantica Bourguignat, 1870)
Je rattache à cette espèce une cheville gauche avec un fragment du frontal, n° 1954-
7-162 (pl. V, 3), et avec doute un deuxième spécimen, n° 1954-7-120.
Dimensio.vs : 1954-7-162 : L env. 180 ; DAP X DT base : 38,5 X 31. — 1954-7-120 : DAP X
DT base : 35 X 29.
Le n° 1954-7-162 se distingue de G. dracula et de Gazella sp. B (v. p. 81), comme
de toutes les gazelles du Plôistocène nord-africain à l’exception de G. allant ica du Pléisto-
cène moyen et supérieur, par l’éloignement de la eheville du plan sagittal et sa forte diver¬
gence par rapport à celui-ci. Trois autres importantes ressembla ruses avec l’espèce de Bouit-
guignat sont la faible compression transversale (rapport DT/DAP env. 4/5). la forte con¬
vexité de la race interne, et la nette courbure plutôt brutale vers l'arrière. Cette cheville
ne présente cependant pas la coudure vers la mi-longueur ni le parallélisme des faces laté¬
rale et médiale de la partie basale- qu’on observe dans les spécimens les plus typiques de
cette espèce (p. ex. Arambourg, 1957, lig. 1) ; sa taille est aussi plus grande que celle de
la majorité des chevilles du Pléistocèue supérieur, mais ce s différences sont faibles.
La cheville 1954-7-120 diffère de la précédente par sa taille uti peu inférieure, son
éloignement moindre du plan sagittal, ses plus faibles divergence et courbure vers l'arrière.
Tous ces caractères sont des ressemblances avec G. pomeli de P Aïn llanech, dont ce spéci¬
men est à peine distinguable ; le frontal est moins courbé que sur le type, mais cette flexurc
est peut-être moins marquée sur d'autres spécimens de P Aïn llanech.
La détermination spécifique de ces deux chevilles est incertaine. Les attribuer à deux
espèces différentes conduirait à admettre la coexistence, peu probable quoique non invrai¬
semblable, de 4 espèces de gazelles à Ternïfine. 11 semble préférable de les considérer comme
co-spécifiques, leurs particularités n’affectant pas leurs caractéristiques principales.
— 81 —
Seule, cependant, une des deux chevilles entrerait peut-être dans les limites de varia¬
tion de G. porneli, espèce très homogène, dont la caractérisation soüil'rirait beaucoup de
l’inclusion de 1954-7-162 ; un rattachement à G. lUlanlica ne serait pas entièrement satis¬
faisant non plus. Peut-être s'agit;-il d’une forme de passage entre ces deux espèces, dans
la mesure où elles sont bien phylétiquement liées.
Gazella sp. B
1957 Gazella rufina O. Thomas — Arambourg : 68.
Un arrière-crâne avec les chevilles incomplètes, n° 1954-7-282, mentionné par Aram-
bourg 1957 : 68), ainsi qu un fragment de cheville, n° 1955-13-267, n’appartiennent mani¬
festement ni à G. dracula, ni à une forme voisine de G. atlantica.
Dimkxsions (1954-7-282 : pl. V, 4) : DAP X DT des chevilles à la base : il X 28,5; largeur
entre leurs bords externes : 81 ; largeur entre leurs bords internes : 25. Distance de la corne à l’orbite :
# 20. Largeur rie la botte crânienne : 66,5. Largeur biemidylienne : 49. Distance entre le basion
et la suture sagittale entre les trous sus-orbitaires ; 108.
Les chevilles se distinguent immédiatement de celles de G. dracula par leur taille très
supérieure, par leur courbure nette (quoique modérée) vers l'arrière cl leur faible inclinaison,
leur légère divergence, leur forte compression (rapport DT/DAP env. 2/3), l’aplatissement
de leur face externe, leur proximité à l'orbite. Le frontal est aussi plus courbé.
Ce spécimen a été attribué par Ahambourg à G . rufina, espèce actuelle ou récemment
éteinte d'Afrique du Nord, très rare dans les collections, et dont je n'ai pu examiner que
le type (conservé au BM(NH), Zoology Department, n" 94.6.4.1), un spécimen au labo¬
ratoire de Mamtnalogie du MNUNP (n° 1975-118), ainsi que les figures de G. pallnrm Pomel
1894).
Gazella sp. B ressemble â G. rufina par la faible courbure de ses chevilles, leur faible
divergence, la forme de leur section, leur degré de compression transversale, mais la gazelle
de Terni fine, est plus grande, le frontal est plus courbé, les chevilles sont plus massives et
plus redressées, la fossette pustcornuale est petite et peu profonde, les tubérosités anté¬
rieures du basiocci pi (al sont moins écartées ; surtout, l'angulation entre les faces supérieure
et occipitale du crâne est beaucoup moins obtuse, moins arrondie (cette région n’est pas
conservée sur le type de G. rufina, mais elle n’était certainement pas construite comme
sur 1 arrière-crune (le Terni fine). La forme de l’arrière-erâne su (lit à distinguer complète¬
ment Gazella sp. B de G. rufina.
Comparées à celles de G. c t/vier i, les cornes de Gazella sp. B sont implantées plus ver¬
ticalement, elles sont moins divergentes, leur section est plus asymétrique, le grand axe
de celle-ci moins oblique par rapport au plan sagittal. Le frontal est plus courbé, la région
basioccipitale est relativement plus courte, le basioccipital plus incliné par rapport au basi-
sphénoïde, et, ses tubérosités antérieures sont moins écartées. Enfin, le foramen ouate est
rond, et non ovale comme chez G. cuvieri.
Les cornes de Gazella sp. B, comme celles de l’actuelle G. rufina, sont presque iden¬
tiques à la corne droite, type de G. setifensis (Pomel), mais comme il a été indiqué plus haut
1, 33
— 82 —
(p. 78), ce nom ne peut être appliqué avec certitude qu’au spécimen-type, et doit donc,
pratiquement, être abandonné.
Comme G. dracula , Gazella sp. B pourrait dériver de certains spécimens de l'Aïn Bou¬
chent (G. « selifensis », senau Arambourg), quoique cette phylogénie implique une clado-
genèse sans isolement géographique.
Sous-famille des Caprinae
Tribu des ? Caprini
Caprini ? gen. et sp. indét.
Ce groupe n’est représenté que par une troisième molaire inférieure droite (pl. 1, 2) dont le
dernier lobe est incomplet. Son pli caprin, ses lobes externes anguleux, sa muraille interne
aplatie ne permettent aucun doute quant à son appartenance à la sous-famille des Caprinae,
et bien qu’il ne soit pas absolument exclu qu’il s’agisse d’un Ovibovini, on peut rapprocher
cette dent des Caprini. Une détermination plus précise est. impossible.
Dimensions : 1. totale estimée = 35 ; larg. = 13,5 ; H estimée de la dent fraîche = 49.
Cette tribu n'est connue en Afrique du Nord qu’au Plcistocène supérieur (« Arrtino-
tragus » lervia ?) et dans le Pliocène de l’Aïn Briniba, avec Vapra prirnae.ua Arambourg,
1979. Numidocapra de l’Aïn Hanech est en effet probablement un Alcelaphini, et non
un Caprinae (v. p. 74). Le ? Caprini de Ternifine est un peu plus grand que « Capra » pri-
maevn, et son pli caprin est plus fort. Il existe un Caprini (inédit) de la taille de celui de
Ternifine à ‘Ubeidiya en Israël. Quelques os des membres ont aussi été décrits par Gentry
et Gentry, 1978. du bed I d’Olduvai. Toute hypothèse concernant la phylogénie des Caprini
africains reposerait cependant sur des bases insuffisantes.
CONCLUSIONS
Les Pecora de Ternifine sont donc les suivants :
Giraffa ? cf, pameli. Arambourg
Tragr.laplms algériens n. sp.
Bus ? ci', bubalnides Arambourg
■Ory.r rf. gazella (L.)
Hippotragus cf. gigas Leakey
Kohus ? sp.
Parmularius antbiguus (Pomel)
Connoehaetes taurinus prognu Pomel
Gazella dracula n. sp.
Gazella sp. A (G. cf. atlantica Bourguignat)
Gazella sp. B
Caprini ? gen. et sp. indet.
83 —
La faune de Terni fine, avec unze espèces de Bovidés, est celle où cette famille est la
mieux représentée dans toute l’Afrique du Nord, et la diversité de ce groupe y est compa¬
rable à celle mise en évidence par Gentry et Gentry (1978) à Olduvai (jusqu’à 14 espèces
dans les sites les plus riches, SU K II et BK II).
Comparaisons biostratigraphiques
Le gisement le plus intéressant par rapport à celui de Ternifine est l’Aïn Hanech,
attribué au Villafranchien supérieur par Arambourg (1979). Les Pecora y sont les suivants :
Libytherium maurmium, Giraffa ? pomeli, Bos ? bubaloidcx, Numidocapra r.rnssicornis,
Gazella pomeli, Oryx et', gazella, Aleelaphini indéterminé (( ’onnochnetes ?), Les ressem¬
blances avec ceux de Ternifine se limitant à quelques espèces rares ou d'affinités incer¬
taines (? Giraffa, ? Bos, Oryx, Connochaetes ?). Les formes dominantes dans les deux gise¬
ments ( Gazella et probablement tous les Aleelaphini) sont totalement différentes. 11 en
est de même des Proboscidiens, des Suidés et des Équidés. Les rares formes communes
(en particulier Hippopotninus et Ceratotheriurn) sont connues dans tout le Pléistocène
africain, et ri attcnuent guère la netteté de la coupure faunique entre ces deux sites, L’abon¬
dance à TAïn Ilaneeb du Girafiidé « villafranchien » Libytherium, absent à Ternifine, montre
que ce dernier gisement est le plus réeent.. .Iaeger (1975 a) a rattaché TAïn Hanech au
Pléistocène moyen parce que le gisement ravine le Villafranchien de l'Ain Bon clic rit, et
est recouvert c-n concordance par une formation à lufaees archaïques. Mais TAïn Boueherit
appartient à un Pléistocène 1res ancien, et les premiers Lifaces apparaissent, en Afrique
de l’Est avant le Pléistocène moyen. L'Ain llaniich date à mon avis du Pléistocène infé¬
rieur, et peut-être même du milieu de cette époque plutôt que de sa partie supérieure.
Au Maroc, certains gisements (carrière de la STIC à Casablanca) sont peut-être con¬
temporain» de Ternifine, mais les listes fauniques publiées (Btberson, 1961) sont mani¬
festement très incomplètes, et les déterminations de Bovidés, presque toujours établies
à partir de dents isolées, ne peuvent guère être acceptées au-delà du niveau tribal. I! en
est d’ailleurs souvent de même dans d’autres groupes et les comparaisons possibles sont
de ce fait très limitées. A ces incertitudes s’ajoute l’éloigne ment géographique, la presque
totalité des sites du Pléistocène moyen étant située sur le littoral atlantique (Sidi A bd er¬
ra hman, carrières Thomas, grès de Rabat, Salé..,), les seules exceptions notables étant
Tihodaïne (II. Thomas, 1977) dans le Sahara algérien ainsi que Sidi Ziu (Vaui-rev, 1950)
et le lac Karar (Boom, 1900) qui oui livré des faunes hétérogènes. Tous ces gisements
sont manifestement plus récents que Ternifine. Aucun ne contient Parmuiarius ni Gazella
dracula ou une forme voisine : les Aleelaphini les plus fréquents semblent être Connochaetes
et Rabat Lieras. Bien que Alcepbalus ait été mentionné à de nombreuses reprises, aucun
fossile ne vient démontrer l’existence de ce genre avant le Pléistocène supérieur en Afrique
du Nord ; la plupart des dentitions qui lui ont été rapportées soûl probablement celles
de Rabaticeras, La gazelle la plus commune, jusqu'au Pléistocène supérieur, est G. ntlan-
tica, mais des gazelles à chevilles plus comprimées ne sont pas rares,
L’ensemble des Bovidés de Ternifine a un cachet est-africain assez marqué (Parmu¬
iarius , Ory.r rf. gazella, Hippolragus cf. gigus), niais peu de taxons soûl directement com¬
parables. Connochaetes taurinus prognu et Parmuiarius ambiguus (voisin de P. angusti-
cornis) montrent que Ternifine n'est pas plus ancien que la deuxième moitié du bed II
— 84
d'Olditvai, mais pourrait aussi être beaucoup plus récent. 11 n’esl probablement pas pos¬
sible d'établir des corrélations biochronologiques précises avec l'Afrique au sud du Sahara.
A l’autre extrémité du continent, Cornclia et Elandsfontein (Gentry et Gentry, 1978) sont
sans doute d'âge voisin mais, des Bovidés de Terni line, seul llippotragas gigas se retrouve
à Elandsfontein (sur 18 espèeesj, Cornelia ne renfermant aucun des Bovidés du site algé¬
rien. L’origine de ces différences est sans doute surtout géographique.
Indications paléoécologiques
Si on estime les abondances relatives des diverses espèces à partir du nombre de M 3 ,
le classement s’établit de la manière suivante : Parmulariws nmbiguus (62 M 3 ), C-onno-
chaeles (48), Gazella (32), Hippotragini (9), ? Kobm (T), ? Caprini (1), Bovini et Tragela-
phus (0). Les deux espèces d Alcelaphini représentent donc plus de 70 % des Bovidés.
Les membres de cette tribu vivent en Iroupeaux souvent immenses dans les savanes plu¬
tôt sèches, et un tel milieu convient aussi très bien aux gazelles et aux orj’x. Les autres
Pérora, qui préfèrent les prairies, les régions buissonneuses ou rocheuses, ne constituent
guère plus de 50 % de l'ensemble. Même si ou n’exclut pas de ce groupe l'IiippOtrague dont,
l’écologie était cependant sans doute voisine de celle d’Ort/x (v. p. 02), la prédominance des
formes indiquant un milieu assez aride reste extrêmement forte. Dans les autres groupes, la
plupart des genres parlent d’ailleurs dans le même sens (Equus, ('eratotherinm, Stylochoe-
rm : Cooke in Cooke et Wm-kinson, 1978, Cnmelm) et la savane environnant le site était
de toute évidence très peu arborée et assez sèche, même s’il existe des indications ( (J r/s us
et Theropilhecus ) de l’existence d’un autre type de milieu.
Cette savane ouverte semble présente en Afrique du Mord depuis le début du Pléisto-
cènc, avec la même prépondérance de l'ensemble Anliiopini -f Alcelaphini ( Parantidorcas
et Gazella « selifenns » 4- ? Oreonagor à l’Aïn Boucherit ; Gazella potneli -(- JV umidocapru
et peut-être Cannuchaeten à l’Aïn llaneeh). En Afrique de l’Est (Olduvai), les conditions
sont peu différentes, mais Aniidorc.as remplace presque complètement Gazella (Gentry
et Gentry, 1978). Le bassin du lac Turkana bénéficiait en revanche d’un climat nettement
plus humide, avec prédominance des Reduncini (Gentry, 1976).
Remerciements
Je suis particulièrement reconnaissant à M. R. Hoffstetter, Professeur honoraire à l’Uni¬
versité P. et M. Curie, d’avoir bien voulu me confier l’étude des Pecora de Ternifine. Je remercie
également L. Ginsburg et H. Thomas qui ont facilité mes recherches dans les collections de l’Ins-
tiliil de Paléontologie du Muséum de Paris, A. W. Gentry qui a fuit de même pour celles du Depart¬
ment of Palaeontology du British Muséum (Naturel 1 lis tory) et m'a aimablement autorisé à con¬
sulter son manuscrit encore inédit sur les Bovidés de l’Omo, et Y. Coppens, Directeur du laboratoire
d'Anlhropologie du Muséum et responsable de la HCP 292 du CNBS, grâce auxquels j’ai pu effectuer
les missions en relation avec ce travail.
— 85 —
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dans les Tethytheria McKenna, 1975
par Pascal Tassy *
Résumé. — L’étude du crâne de Moeritherium de FÉocène de Dor el Talha (Libye) découvert
par Aiiamiioi'hg cL Maunier (1901) apporte des éléments nouveaux concernant notamment la
morphologie de la fosse orhito-teniporalc. La position systématique de Moeritherium, tradition¬
nellement considéré comme l'ancêtre des proboscidiens, avait été récemment remise, en cause par
différents auteurs. Toutefois, l’analyse eladistique des caractères crâniens confirme que le genre
Moeritherium est plus apparenté aux éléphants qu’à tout autre groupe actuel de suhongulég, mais
sur des critères en partie différents de ceux qu’avait retenus Andrews au début du siècle. Les
caractères crâniens auparavant invoqués pour faire de Moeritherium soit un prnboseidien, soit
un Sirénien sont analysés, il en ressort que l’on peut retenir plusieurs synapomorplues permettant
de rattacher Moeritherium à l'ensemble éJéphantnïdes dcinot.hères : disparition du processus
ascendant du palatin dans la fosse orbito-lcmporalc ; même morphologie de l’arcade zygoma¬
tique (réduction du jugal à Lavant et développement marqué du processus infra-orbitaire du maxil¬
laire qui ferme latéralement l’orbite; extension du jugal vers l’arrière jusqu’au bord postérieur
de la fosse glfnrude) ; position et fermeture ventrale du trou auditif externe par l'extension du
processus posl-tympanique du sqtmmosal ; passage du nerf XII dans le trou déchiré postérieur
{foramen metoticumj et disparition du foramen condylien ; amastoïdie ; position du trou optique;
peut-être aussi ouverture ventrnle du rurudis tempnrnlis. Après que I on a tenté de justifier le bien-
fondé d'une classification destinée a exprimer la phylogénie e! analysé les diverses conventions
proposées par divers auteurs dans cette perspective, la classification phylogénétique de Moerithe¬
rium est discutée. Le genre peut être inclus dans les proboseidiens comme les anciens auteurs
(Andrews et MATSu moto notamment) Lavaient proposé.
Abstract. The study of 1 lie sluill of Moeritherium from the Eocene of Dor el Talha (Libya)
found bv Aramuulrg and Magnieh (1961), lirings new data eoncerning in particular the mor-
phology of the nrbito-tempural fossa. Recently several authors eriticized the tradilional sys-
tematic position of Moeritherium as the ancestor of later proboscideans. But the cia distic analysis
of the characters of the skull shows thaï the gentis Moeritherium is more related to éléphants tiian
to anv other living subungulate group. The erileria are in part different front those used by
Andrews. The characters of the skull prcviously held as prohoscideon or as sirenian characters
are also diseusâCfl. The synapomorphies shnred by Moeritherium and elephuntoids -|- deino-
theres are ; the loss of the processus orhitalis of the palatine in the orbite-temporal fossa ; the raor-
phology of the zygomalie areh (réduction of the front part of the jugal and strong processus zygo-
malicus of the maxillu wbtch closes laterally the erbit ; extension of the jugal to the posterior
edge of the fossa mcmdibularis of the squamosal, dorso-lateral extension of the squamosal) ; the
high position of the cxternal auditory meatus whieh is closed ventrally by the posttympanic process
* Laboratoire, de Paléontologie des Vertébrés et de Paléontologie Humaine, Université Paris VI, 4, place
Jussieu, 75230 Paris Cedex 05.
— 88 —
of the squamosal ; lh(* Inss of the condyloid foramen; réduction of t lie mastoid (;" amastoidy ”) ;
the position of the optie foramen : and pcrhaps the ventral opcning of the cantdis tempurulis. The
adoption of a ph y loge ne tic (= oladistic) classification is favoured and ils conventions are discussed
witli the exemple of Moerilherium. The geuus eau be includcd in the Prohoscidea, on the basis
of the shared derived characters eit.ed almve. as the aneient authors thought (particularly Andrews
and Matsumoto).
I. PROVENANCE DU FOSSILE
Le crâne de Moerilherium qui fait l'objet de la présente étude provient du gisement
de Dor el Talha (Libye). Il a été signalé, mais non décrit, sons le nom de Moerilheriumlyonsi
par Arambourg et Magxier (1961). Le gisement de Dor cl Talha (Libye) a été découvert
par le. géologue français Lefranc en 1952 (Bellaik, F ii bu i on et Lf. franc, 1954, qui ortho¬
graphiaient le nom du gisement Dor el Talha), II a été rebaptisé Gebel Coquin par Aram-
bourc et Mac NIER niais la première appellation, de Surcroît la plus répandue, fait autorité.
La faune caractérisée par l’association Darytherium et Moerilherium a été parallélisme
par Arambourg et Ma&nteb avec celle de l'horizon de Qasr ci Sagha dans Je Favouni
(Egypte), d’âge bartonien tardif d’après Suions (1968). Savage (1969) défend également
l’opinion d’un âge éocène supérieur polir la formation de Qasr el Sagha.
Abréviations
AM N H
BM(NH)
LP VP H
MNIHN
SM NS
: American Muséum of Nat oral llistory New York.
: Britislt Muséum (Naturel Histnry) Londres.
: Laboratoire de Paléontologie des Vertébrés et de Paléontologie humaine — Uni¬
versité Paris Vf
; Muséum National d’Histoire Naturelle Paris,
: Staallirhes Muséum fur Naturkuride in Stuttgart - Stuttgart et Ludwigsburg.
IL SYSTÉMATIQUE
II. A — HtSTOHlpUE ET DISCUSSION
Sept espèces de Moerilherium ont été décrites sur des fossiles découverts dans le Eayoum
(Égypte). Cinq proviennent de la formation de Qasr el Sagha (Éocène supérieur) : Moeri-
therium lyonsi Andrews, 1901 ; M. gracile Andrews, 1902 ; M. ancestrale Petronievics,
1923; M. latidens Deranyagala, 1955, et M. pharaohensis Deranyagala, 1955. Deux espèces
proviennent de la formation de Gebel el Qatrani (Oligocène inférieur) ; Moerilherium tri-
godon Andrews, 1904, et M. andrmvsi Scblosser, 1911. Savage (1971) pense qu’au Eayoum
il n’y a pas plus de deux Formes, une grande et une petite. Tobien (1971) n’en retient éga-
— 89 —
lement que deux mais sur des critères différents : une d'âge éocène ( Moeritherium lyonsi)
aux dents jugales inférieures relativement larges et l'autre, d’âge oligocène (A/. Irigudon)
aux dents jugales inférieures relativement étroites. Tobien est suivi par Cobpens et Rëuiîn
(1978) qui mentionnent la position s Irai igrapliique dans les diagnoses des deux espèces.
Par ailleurs, les quelques différences crâniennes invoquées pat- Petbonievics (1923) pour
caractériser son espèce Moeritherium ancestrale (position du foramen incisif et inclinaison
de l’occipital) et par Matsumoto (1923) pour distinguer les formes oligocènes ne sont pas
retenues par Tobien.
Dans la formation de Qasr el Sagba, de même âge que Dur cl Tallia, Matsumoto oppo¬
sait une grande forme ( Moeritherium lyonsi) et une petite (Al, gracile). C'est probablement
sur ce critère qu'An vmiioi i,<; et Maonieh (1961) ont. rapporté le crâne de Dur el Tallia
à la grande forme. Or, si l’on se réfère aux données de Matsumoto, les mensurations des
longueurs des prémolaires et des molaires donnent des chiffres plus proches de la petite
forme [Moeritherium gracile) que de la grande. Sur le crâne de Dor el Tallia, la longueur
des prémolaires prise aux racines est de 61 mm (on peut estimer la longueur des prémo¬
laires à lu couronne à 63 ou 64 mm) ; la longueur des molaires prise aux racines est de 79 mm
(ce qui donne une estimation de 82 à 84 mm pour la longueur prise à la couronne). Matsu-
moto (1923) définit: Moeritherium lyonsi comme ayant des prémolaires (P*-P 4 ) mesurant
de 67 à 78 mm de long et des molaires (M'-M a ) mesurant 85 mm de long (il n’a à sa dispo¬
sition qu’une mensuration). Pour Moeritherium gracile, il donne une mensuration de 62 mm
pour la longueur des prémolaires et. une variation de 75 à 79 mm pour la longueur des
molaires, rie fossile de Dor el Tallia se situe donc au-delà des plus grands Moeritheriam
gracile el en defà des plus petits M. lyonsi.
D’autre part, la morphologie dentaire ne peut être étudiée sur le crâne de Dor el Tallia,
les dents étant toutes sectionnées au collet, rie nom ayant priorité, c’est également à Moeri¬
therium lyonsi qu’il faudrait rapporter le crâne selon les critères de Tobien (âge éocène).
Toutefois, d’après Tobien (1971), les éléments diagnostiques ne portent ((ue sur les dents
inférieures et non supérieures qui ne présentent pas de différence. Il reste que l’opposi¬
tion entre une forme aux dents jugales inférieures relativement larges et une autre aux dents
jugales inférieures relativement étroites n’est pas très nette sur les schémas biomélriques
de Tobien (1971, fig- 2 à 6). L’hiatus n'est pas sulfisamment marqué et certains spécimens
sont inidentifiables en dehors d'une information slraligraphiquc.
Du point de vue de la morphologie crânienne, je n’ai pas vu de différence paraissant
aller au-delà d’une variabilité individuelle normale sur les crânes ou fragments crâniens
examinés. L ne variation de taille est notable aussi bien sur les spécimens d’âge éocène
que sur ceux d’âge oligocène, pour drs crânes de même âge individuel. La même variation
existe sur les mandibules et se reflète dans les mensurations dentaires (voir chiffres et tableaux
de Matsumoto, 1923, et Tobien, 1971). Mais s’il existe bien de petits et de grands individus,
il n’y a pas d’hiatus permettant de les distinguer d’un point de vue systématique. Pour
toutes ces raisons, le problème de la division du genre Moeritherium ne me parait pas défi¬
nitivement résolu. C'est pourquoi je rapporte le crâne de Dor el Talha avec doute à T espèce-
type du genre : Moeritherium cf. lyonsi.
90 —
Fig. 1. — Répartition géographique (le Moeritherium. 1, Fayoum (Égyptel ; 2, Dor el Talha (Libye) ;
3, In Tafidek (NE de Gao, Mali) ; 4, M'Bodione Dadere, région de Kaolack (Sénégal) ; 5, Khenchela
(Algérie).
II. B — Répartition géographique du genre
(Fig- 1)
Moeritherium a d'abord été décrit en Égypte dans la province du Fayoum où il est
le plus abondant. D’autres spécimens ont été retrouvés un peu plus à l’ouest, en Libye
(Éocène de Dor el Talha) par A ram bourg et Magnier (1961) puis Savage (1969). Aupa¬
ravant. Arambourg, Kjkoixe et Lavocat (1951) avaient décrit des restes dentaires (M x g,
M a dr. 1 et P fragmentaires) provenant du puits d'In Talidek à 60 km au NE de Gao au
Mali (alors Soudan français) dans des niveaux éoeènes. Un fragment de M sup. provenant
de T Éocène moyen du Sénégal (trouvé dans les déblais du puits de M’Bodione Dadere)
a été rapporté à Moerilherium (dont c'est le plus ancien spécimen connu) par Gorodiski
et Lavocat (1953). La répartition géographique de Moeritherium s'étend peut-être plus
au nord. Sa présence serait attestée à Khenchela (Nord-Est. algérien) par une molaire
inférieure d’abord décrite par Gaudry (1891) comme étant nue dent de lait de « Mastodon
turic.ensis ». Sur l’étiquette d’origine on peut lire « Mastodon turicensis ? tout petit. 2 e
molaire de lait, à Khenchela au pied N de l’Aurès, Algérie. Trouvé par le Capitaine Vais-
sière. Donné par M. Papier. 1890 — 14 ». A la suite de Gaudry, Arambourg (1959) inter¬
préta cette dent comme celle d’un mastodonte zygolophodontc. explication qui fit autorité
et qui est reprise par Coppens el al. (1978). Or l’examen du spécimen montre qu’il s’agit
d’une molaire inférieure gauche (probablement MjJ de Moeritherium. Schlesinger (1912)
fut le seul paléontologue à rectifier l’erreur de Gaudry dans un article qui passa inaperçu,
sauf de Joleaud (1921) et de Laffitte (1939) qui mentionnent la détermination de Schle¬
singer (« Moeritherium trigonodon » = trigodon). I.a dent, conservée au Muséum national
91
d’Histoire naturelle à Paris, a été brisée depuis sa figuration par Gaijdhy et le coin antéro-
lingual manque (fig. 2). Cette dent est réputée provenir de niveaux rouges supposés d’une
part miocènes, ce que l’interprétation systématique de Gaudiiv et d'ARAMBouHG pouvait
confirmer; eette interprétation est donc erronée. D'autre part, les géologues Joleavo et
Laffitte penchaient plutôt pour un âge oligocène des couches rouges du nord de l’A tirés
susceptibles d’avoir livré la dent de Moeritheriurn , ce que l'interprétation Systématique
ne contredit pas. Récemment, Vu .a (1977) a tenté la synthèse inappropriée d'assigner à
ces couches rouges un âge aquitano-burdigalicn à cause de la présence de Moeritheriiun.
Line prospection en juin 1980 dans les couches rouges de la région de Klienchela (en colla
boration avec J. J. Jaecek, Université Paris VI, J. !.. Dallais, Université de Caen, et
Ph. Coiffait, Université de Constanl.ine) ne nous a pas permis de trouver de niveau fossi
lifère. Le problème reste entier à la fois en ce qui concerne la provenance exacte de la dent
de Moeritheriurn et l'àge des couches ronges de l’Aurès.
Fig. 2. — M, g. de Moeritheriurn sp. provenant (?) de Khenchela (Algérie), 1890-14, MNHN. 1.
II. C — Description anatomique
IL C.l État du crâne
Le crâne est incomplet. La partie gauche est particulièrement abîmée. Toutefois, lors¬
qu’il est préservé, l’os est bien fossilisé. On peut suivre notamment un certain nombre
de sutures mieux que sut' aucun des crânes précédemment découverts, ce qui a été source
d’intéressants renseignements d'ordre phylogénétique. Kn outre, les foramens de la fosse
orbito-tcmporalc, tous visibles sur le côté droit, sont décrits pour la première fois. Les
arcades zygomatiques sont brisées ainsi que l’avant du crâne, la région des condyles et la
région auditive. En revanche, le moulage naturel de l'eudoerâue laisse voir l'intérieur du
périotique (labyrinthe . Les alvéoles de l 1 (en partie), de I a et I 3 , de C (à droite) sont visibles
ainsi que les racines de P 2 à M 3 (à droite) et M 2 et M 3 (alvéoles) à gauche.
Tableau 1. — Dimensions (en mm) du crâne de Moeritheriurn de Dor el Talha (Libye). Les
mensurations entre parenthèses sont prises sur les parties conservées du crâne.
Longueur maximale (du point le plus saillant de l’occipital au prémaxil¬
laire droit)___ «.,............ (314)
Largeur maximale prise aux squamosatix . (165)
Hauteur de la face occipitale prise du basioccipital à la protubérance
occipitale externe.. .................. (105,3)
Largeur maximale (prise aux apophyses postorbitaires). 70,8
Largeur minimale (prise an niveau du départ de la crête sagittale)... 64
— 92
Largeur du palais au niveau de l’intervalle osseux entre M 2 et M 3 . . (75)
Largeur des ehoanes (fosse ptérygo-palatine).. 35,2
Longueur de la Fosse orbito-temporale droite de l’avant de l’orbite à
l’ouverture antérieure du canal de l’alisphénoïde,...,.. 183,4
Dimension antéro-postérieure du processus infra-orbitaire du maxillaire. . . 80,6
11 C.2 — Vue supérieure (fig 3, pi. I)
La face, très courte, est mal conservée. Une. partie de la région sus-orbitaire gauche
et la paroi latérale droite sont conservées. Le crâne est brisé de telle sorte que le moulage
interne naturel des fosses nasales est visible. Dans le prémaxillaire droit, les alvéoles de
I* (très étroit) et, de I 2 (le plus vaste.) sont visibles et correspondent à des dents implantées
presque horizontalement. Le diamètre vestihulo-lingual de l'alvéole de I 2 mesure 23 mm
alors que le creux bordant la suture prémaxillaire-maxillaire correspondant au fond de
l’alvéole de I 1 ne mesure que àniiii de large. La branche montante du prémaxillaire ou
apophyse nasale (processus nasalis) préservée en partie h droite est assez courte et n'atteint
pas le frontal. La partie dorsale du nasal gauche est, conservée et la suture naso-rnaxillaire
surmonte l’orbite. Les nasaux remontent sur le toit crânien en arrière du bord antérieur
des orbites. Ils s’encastrent dans le frontal par un court processus dorsal (pii s'enfonce
d’un centimètre environ de part et d’autre de l’épine frontale, Les maxillaires, visibles
latéralement, s'élèvent en un fort processus frontal (processus frnntalis) qui borde l’orbite.
Le sommet du processus est brisé à droite, oe qui laisse voir le plancher de l'orbite tout
entière ouverte dans le maxillaire.
— 93 —
Sur le toit crânien, 1rs frontaux sont très allongés antéro-postérieurement et donnent,
avec les pariétaux, sa forme tubulaire au crâne, fis bordent dorsalernent l'orbite où ils s’arti¬
culent chacun avec le nasal et latéralement avec le maxillaire. Plus en arrière le processus
postorbitaire du frontal (processus zygomaticus ) est réduit à un très léger gonflement de
l’os et il n'y a pas de constriction postorbitaire. Partant de l’orbite, les lignes temporales
(linea lemporalis) se rejoignent, au sommet du crâne en une crête sagittale ( crista mgitlalis
entama) à la suture fronto-pariélale. Le pariétal s’encastre dans le frontal par deux inden¬
tations. L'une, sagittale, supporte l'origine de la crctc sagittale; l’autre est latérale. La
crête sagittale, légèrement dilatée à nu-longueur, se poursuit postérieurement jusqu’à
la saillie de la protubérance occipitale externe [prolulwranUa occipilalU externe*). De part
et d’autre de la crête sagittale, la face dorsale des pariétaux ( planum. temporale) a la forme
d'un cylindre régulier, cc qui confère au crâne un aspect tubulaire. Il n'y a pas de pla-
num pariétale puisque les lignes temporales s’unissent à la sut ure fronto-pariétale. A l’arrière,
le pariétal s'élargit et répond au squamosal, La surface du pariétal est légèrement con¬
cave dorsalernent avant de se gonfler à la suture squamoso-pariétale qui est haut placée.
Le supraoceipital est visible dorsalernent et remonte par un processus interpariétal sagit¬
tal sur le sommet du crâne en avant, de la protubérance occipitale externe où se résoud
la crête sagittale et qui forme le sommet du crâne. Il n'y a pas d’os interpariétal. La pro¬
tubérance occipitale externe se poursuit latéralement par une crête nuchabî saillante ( crista
nuchae). La partie sus-auditive du squamosal (écaille) qui s’articule avec le pariétal est
puissante et dilatée. Les squamosaux sont percés dorsalement et à la suture squamoso-
pariétale par des orifices qui peuvent être interprétés comme des foramens accessoires
du conduit temporal ( rcmalis lemporalis). Ces orifices avaient, été décrits par Anokkws
(1906) comme étant des sinus crâniens annonçant, la pneumatisation exceptionnelle du
crâne des éléphants. Il s'agit, en fait, d’orifices qui s ouvrent à l’extérieur, ce qui ne peut
manifestement pas être le cas de sinus crâniens. Au contraire, les orifices accessoires du
canal temporal (canal vasculaire) percent le squamosal. Ces foramens sont assez nombreux
sur le crâne de Dor el Talha ainsi que sur tous les crânes de Moerilheium connus.
11. C.3 Vue latérale (fig. 4, 5, 6; pl. 111 et IV)
La face latérale droite est. la mieux préservée dans son ensemble. Le palais (maxillaire
et palatin) est. brisé à gauche ; le maxillaire érodé laisse voir le moulage interne naturel des
fosses nasales. L'arcade zygomatique est brisée de chaque côté mais on peut en observer les
attaches : processus infra-orbitaire du maxillaire (processus zygomaticus) à l’avant et. partie
zygoma ique du squamosal à l’arrière.
L'alvéole de I 3 , oblique, est limité postérieurement par la suture maxillo-prémaxil-
laire. L’alvéole de la canine, vertical, s’ouvre juste en arrière de la suture. Celle-ci remonte
devant et au-dessus de l’orhite. Le toit de l’orbite, préservé à gauche, est formé par le frontal
et le processus frontal du maxillaire. Ce dernier borde entièrement l’orbite à Lavant et
latéralement. L’orbite est ainsi entièrement ouverte dans le maxillaire, et le frontal. Il n’y
a pas de lacrymal. Le plancher de l’orbite est tout cnlicr constitué par le maxillaire qui
forme une forte apophyse infra-orbitaire qui s’enracine le long des prémolaires (P 2 -P 4 )
et de la première molaire (M 1 ). Le crâne une fois orienté dans le plan occlusal (ou palatin),
4. — Crâne de Moerith?rium de Dor el Talha (Éocène supérieur de Libye) : vue latérale droite (MNLIN).
aC, alvéole de la canine; al 3 , alvéole de I 5 ; Al, alisphénoïde : aP 2 , alvéole de P 2 ; Boc, basioccipital ; c.a.,
conduit auditif; e.a.a., ouverture antérieure du canal de l'alisphénoïde : c,a,p., ouverture postérieure
du canal de l'alisphénoïde ; c.1., r ris ta orbilotfltnpnraHf< ; Kxo, exoccipital ; f,a,c.t. T foratnen accessoire
du canalis tempumlis ; I.»*., foramen ethmnïdien ; f.g., fosse glénnïde : Lt.o., foramen infra-orbitaire;
f.p., foramen p té ry go-palatin ; l'r, frontal; Afx, maxillaire: Os, nrlutnsphènnïde ; l’a, Pariétal; Pal,
palatin ; Pmx, prèmaxillairc ; Sue, stipraoccipital ; Sq, squamosal ; L.u., trou optique. 4/0.
5. — Crâne de Moeritherium de Dor el Talha (Eocène supérieur de Libye) : vue latérale gauche
(MNHN). Voir légende de la figure 4. Na, nasal. ; : 4/9.
— 95 —
l’orbite s'ouvre très en avant, au-delà de la première dent jugale (P 2 ). Le processus infra-
orbitaire du maxillaire est traversé par le canal infra-orbitaire (canalis infraorbitalis)
qui s’ouvre à l’avant par un large foramen sous-orbitaire (foramen infraorbüald), situé
immédiatement sous l’orbite. 11 n’y a pas de dépression en avant du foramen sous-orbitaire
(fo.ssa cnnina) mais une fosse [nommée fosse sous-orbitaire par Matsumoto (1923)] est
située dans le maxillaire, sous le processus infra-orbitaire et au-dessus du bord alvéolaire.
Le bord interalvéolaire entre la canine et P 2 est également creusé. Le processus infra-orbi¬
taire du maxillaire est brisé avant le plan de suture entre maxillaire et. jugal.
Fig. 6. Crâne de MoerifHerium de Dur el Talha (Éocnne supérieur de Libye) z détail de la fosse orbito-
temporale en vue antéro-inléro-Iatérale (MNHN). Al, alisphènoïde ; c.t., crista orbitolemporalis : f.e.,
foramen ethmoïdion ; f.p., foramen ptérygo-palatin ; Fr, frontal ; f.s., fente sphénorbitaire ; Mx, maxil¬
laire ; Pa, pariétal ; Pal, palatin ; Sq, squaniosal ; t.o., trou optique ; t.r. trou rond. La flèche indique
le trajet du canal de l aiispliéionde.
La fosse orbito-temporale est vaste et allongée. L’orbite conflue entièrement avec
la fosse temporale car l'apophvsc postorbitaire du frontal est réduite à un bombement
à peine marqué. De la région sus-orbitaire part la ligne temporale qui atteint, sagittalement
la suture fronto-pariétale ; ainsi qu'un repli latéral rectiligne (crista. nrbitote.mporalis) qui
aboutit à l’alisphénoïde dont il forme le rebord antérieur qui surplombe le fond de la fosse
temporale. Ce repli sc situe sur son plus grand trajet sur le frontal puis, en arrière, sur
l’orbitosphénoïde. La hauteur de la fosse orbito-temporale est formée pour les 2/3 supé¬
rieurs par le frontal et pour le 1/3 inférieur par le maxillaire. La suture fronto-maxillaire
— 96 —
est. à peu près parallèle à la crisla orbilolnmporalix. Klle est limitée- à l’arrière par l’orbito-
sphénoïde. La laine, perpendiculaire du palatin située entre le maxillaire et l’apophyse
ptèrygoïde de Lalisphénoïde ne remonte pas dans la losse orhito-temjporâlc. 11 n’y a donc
pas de processus ascendant du palatin (processus orbilalis) dans la fosse.
Le crâne étant orienté dans un plan occlusal (ou palatin), le point le plus antérieur
de la suture fronto-pariétale se situe à l'aplomb des ML Le pariétal descend dans la fosse
temporale en nue digitation verticale se terminant eu pointe (angulus sphenoitlalis) sans
atteindre, semble-t-il, l’alisphénoïde. Bien que l’érosion de la table osseuse laisse la part
à quelque incertitude, il semble bien que le vide osseux visible à droite corresponde à une
altération de Los frontal et qu’il y ail eu un contact cuire frontal et sqiiumoa»! Ce contact
n’est pas mieux visible à gauche, De toute façon cette connexion est réduite. La même
constatation vaut pour un contact — s'il existait - outre pariétal cl alisphénoïdc qui ne
pourrait être que ponctuel. Lalisphénoïde est percé par un large canal. L’apophyse pté-
rygoïde de Lalisphénoïde (processus p lenj go idc us) est sectionnée an niveau du canal. La
partie supérieure de Lalisphénoïde (faciès temporaUs de l’aile proprement dite), étroite,
surplombe la partie maxillaire (faciès maxillaris) percée par un foratnen au fond de la fosse
temporale, juste au-dessus de l’ouverture antérieure du canal de Lalisphénoïde. C’est le
trou rond (foramen ratundum). En avant de la partie maxillaire de lalisphénoïde, entre
le frontal et le maxillaire, s’avance l’orhitosphénoïde relativement allongé (4 cm). Juste
en avant, du foramen rotundum s’ouvre un autre Foramen, plus étroit, que l'on peut inter¬
préter comme la fente sphénorbitaire (foramen sphenorliitnle), à la limite alispbénoïde-
orbilosphénoïde. À mi-longueur de Lorbitospbénoïde, près de la suture dorsale entre nrhito-
et alisphénoïde, s'ouvre un troisième foramen qui doit être le trou optique ( foramen opti-
cum). Ces trois foramens situés au fond de la fosse temporale sont alignés sous la crisla
orbitolemporalis. Plus en avant, au coin antéro-dorsal de la suture entre frontal et alisphé¬
noïde, un peu décalé au-dessus de la crisla orbilotemparalis , s’ouvre un foramen qui est proba¬
blement le foramen ethinoïdieu (foramen ethmoideuni). Plus lias, sous et devant le foramen
optique s'ouvre, vraisemblablement (la région est mal conservée des deux côtés) à la limite
fronto-maxillairp, un foramen qui peut être le foramen ptérygopalatin (— sphénopalatin..
A barrière, les squamosaux sont brisés. La section des processus zygomatiques laisse
voir quelques cellules qu’À.Nutîiivvs (1906) avait interprétées comme des sinus crâniens
de type éléphantin ; mais leur développement n’a rien d'exceptionnel. Le trajet interne
du conduit auditif dans le squamosnl est visible. 11 est dirigé presque verticalement, et.
s’ouvre assez haut dans le squamosal. à peu près au niveau du plafond de l’orbite. La partie
dorsale du squamosal est très dilatée et sa surface est convexe auléro-postérieurement.
Vcntraleruent, une partie de la fosse glénoïde (fossa, mandibularis ) est conservée. Légèrement
inclinée vers le haut et l'extérieur, elle est en partie visible en vue latérale.
Sur le pariétal, la crête sagittale est légèrement bombée à mi-longueur. La protubé¬
rance occipitale externe du supraoccipitâl forme le sommet du crâne. Les exoccipitaux
sont brisés latéralement au contact avec le squamosal et au niveau du foramen magnum.
IL C.4 — Vue inférieure (fig. 7 ; pl. II ; pl. V, 2)
L’avant et la partie gauche du palais sont brisés. On peut observer le moulage natu¬
rel des fosses nasales ainsi que le septum nasal ( septum nasi.) formé par le vomer et la lame
Fig. 7. Crâne de Moerilherium de Dor el Talha (Éocène supérieur de Libye) : vue inférieure (MNHN).
aC, alvéole de la canine ; al 3 , alvéole de I a ; Al, alisphénoïde : Bot', basioccipital ; Bs, basisphénoide ;
c.a.p., ouverture postérieure du eaual de l'alisphénoïde ; Exo, exoccipilal ; f.g., fosse gléuoïde ; f.i.o.,
foramen infra-orbitaire ; f.o., foramen orale ; Mx, maxillaire ; Os, nrbitospbénoïde ; Pa, pariétal ; Pal,
palatin ; Pmx, prémaxillaire ; s.n., septum nasal ; Sq, srjuamnsal ; Vo, vomer. X 4/9.
perpendiculaire de lYlhmoïde. Sur le côté droit sont conservés les alvéoles de I 3 (liordé
postérieurement par la suture prèmaxillo-maxillaire) et de la canine, juste en arrière. IJn
diastème de 28 mm sépare la canine de- la première prémolaire (P 2 ), Les dents jugales (P 2
à M 3 ) sont brisées et l’on n’eu voit que les racines. La P 2 est biradjculée : toutes les autres
dents sont Iriradieulées. Les P 3 et P* ont une racine antéro-vestibulaire, une racine linguale
et une racine postéro-veslihnlairr ; les deux dernières sont coaleseentes. Les molaires ont
une racine antéro-vestibulaire, une racine antéro-linguale et une racine postérieure plutôt
vestibulaire. Le processus infra-orbitaire du maxillaire, très antérieur, s'étend de la P 2
à la M 1 . Le foramen infra-orbitaire est situé au niveau de la racine antérieure de P 2 . Plus
en arrière, la région des choanes est à peu près préservée. La s pim nusfilia du palatin manque
et la région ptérvgoVdieune. (lame perpendiculaire du palatin et apophyse plèrygoïdienne
de l’alisphénoïde) est un peu érodée superficiellement. Néanmoins, on peut en observer
la massivité. Le processus ptérygoïdien du palatin (processus pyramidalia) est court et épais
et l’apophyse ptérygoïde de Falisphénoïdc (processus plerygoideus) forme la moitié posté¬
rieure de la crête ptérygopalatine bordant les choanes. L’alisphénoïde est percé par un canal
1 , 34
— 98 —
dont l'ouverture postérieure est visible en vue ventrale. Kn arrière, on observe un foramen
opale assez large. La face dorsale de la fosse ptérygopa latine (choanes) est formée soit par
le présphénoïde, soit parle voilier (comme chez les éléphantoïdes et les Siréniens) ipii recouvre
dans ce cas le présphénoïde. Los est muni d'uue crête médiane et de deux ailes s’unissant
aux palatins. Quelle que soit l'hypothèse, la suture vomer-ailes du présphéuoïde n’est pas
apparente. De par sa morphologie très proche de ce que l’on observe chez les éléphants
(et les Siréniens), je pense qu’il s’agit d’un vomer avec une épine saillante ( cris ta vomeris)
et des ailes (aine vomeris) dont les sutures latérales ne sont pas décelables. La suture entre
cel os et le hasiphénoïde est en revanche apparente. Au contraire, la suture basisphénoïde-
basioccipital est effacée, L’aile du hasisphénoïde, comme la crête plérygoïdienne, forme
un rebord épais où s’appuie l'apophyse ptcrygoïdienne de l’alisphénoïde. Le corps du
hasisphénoïde est plat, avec une crête médiane mousse qui s'élargit pour former un bour¬
relet au niveau de l’articulation avec le basioccipital. Ce dernier est brisé en avant du fora¬
men magnum
La partie zygomatique du squamosal est réduite à la moitié médiale de la cavité glé-
no'ide (fossa mandibularis) qui est plane à légèrement concave et orientée obliquement
vers le haut et l'extérieur. L'attache du squamosal sur l'alisphénoïde est massive. La suture
est placée en contrebas de la cav ité glénoïde. Le squamosal étant brisé.au niveau du conduit
auditif, toute la partie post-tympanique manque.
La hase du crâne, brisée, ne laisse voir qu’une partie de la région auditive, Le pério-
tique est éclaté et on u'en observe que le plafond avec le moulage naturel de l'oreille interne.
Le tracé en volume de la cnehlée ( pars cochlearis ) entièrement moulée est ainsi visible. Le
squamosal est creusé d'une cupule en arrière du trou auditif externe proprement dit qui
se poursuit par le conduit auditif dirigé vers le haut et l’extérieur. Celte cupule à la surface
irrégulière était vraisemblablement destinée à recevoir tout ou partie de la pars mastoidea.
du périotique. Juste en arrière, line cupule plus vaste aux parois régulières et lisses est creu¬
sée dans l'exoccipital. Il devait s’y loger une bulle qui s'y appliquait probablement de façon
étroite. A cel endroit la paroi osseuse de l'exoccipital est minee. Cette bulle pourrait cor¬
respondre à une dilatation postérieure de la pars pelrosa du périotique. La pars mastoidea,
dans cette hypothèse, serait alors réduite à la surface de la cupule du squamosal. Il est
possible aussi que la cavité de l’exoccipital, située juste en arrière de celle du squamosal,
ait reçu également une partie de la pars mastoidea qui aurait été, dans ce cas, très développée
vers l’arrière. Je reviendrai plus loin sur les différentes significations de ces hypothèses.
IL C.5 — Vue postérieure (fig, 8; pi. V, I)
Les régions latérales et condyliennes sont brisées de telle manière que seuls le supra-
occipital, une petite partie des exoccipitaux et la section du basioccipital sont visibles,
ainsi que le squamosal dont on peut observer le conduit auditif dirigé vers le haut et l’exté¬
rieur (puisque la partie post-tympanique manque). La hauteur du squamosal (9 cm) est
remarquable. La suture entre supraoccipit.al et exoceipital n'est pas apparente. Le sommet,
du crâne, eu forme de toit, est érodé : la pointe, émoussée, est constituée par la protubé¬
rance occipitale externe qui se continue latéralement par une crête nuchale. Le supra-
occipital est pourvu d’une crête mousse (tubérosité nuchale) médiane. De chaque côté
de cette crête, le supraoccipital est légèrement creusé en une fosse délimitée latéralement
— 99 —
par un relief peu saillant. Plus latéralement encore, l’exoccipital est également creusé
d’une fosse peu profonde, allongée vers le haut et l'extérieur (fosse condylienne). Ces dilîé-
rentes fosses sont le lieu d’insertion des muscles nuchaux [grand complexes (imnsvrrso-
spinaliÿ capilis), grand et petit droit dorsal de la tête (Ion g us capilis ), petit oblique de la
tète (obliquas capitis cranialls) et peut-être au sommet un ligament nuchal (ligamentum
nuchae)]. Mais rien ne révèle la présence d’un ligament nuchal puissant tel qu’on le connaît
chez les éléphantoïdes.
Exo ^Soc
f.a.c.t.
fg-
Fig. 8. —- Crâne (te Moerilherium de Dor el Talha lÉocène supérieur de Libye) : vue occipitale (MNHN).
Boc, basioccipital ; c.a., conduit auditif : Kxo, exoccipital ; f.a.c.t., foramen accessoire du canalis tem-
poralis ; f.g., fosse glénoïde ; Soc, supraoccipital ; Sq, squamosal. 4/9.
III. RELATIONS PHYLOGÉNÉTIQUES DE MOERITHERIUM
L’architecture crânienne do Moerilherium est connue dans ses grandes lignes depuis
la description détaillée par Andrews (1906) du crâne de jeune adulte G 7867 — Le Caire
[moulage M8875 BM(NH)J provenant du Fayotim (Oligocène inférieur du Gehel el Qatrani =
« Fluvio-marine lieds »). Quelques éléments supplémentaires ont été apportés par les des¬
criptions successives de Schlosser (1911), Matsiimoto (1923), Pbtronievics (1923) et
Lehmann (1950). La description et. la reconstitution d’AxDREws (1906) restent la référence
indispensable à la connaissance de Moerilherium. En particulier, la reconstitution d’Osim un
(1936), la plus reprise dans les manuels, est moins exacte. Le foramen infra-orbitaire per-
— 100 —
Fig. 9. — Reconstitution du crâne de Moerilherium de Dor el Talha (Libye). Les parties manquantes
(museau, arcades zygomatiques, base du crâne) ont été reconstituées à partir des crânes M 8191, M
8875, M 8907, M 9225, M 10220 [BM(NH)], AM 13430 (AMNH) et 13093 (SMNS). La forme du tym-
panique est conjecturale. A, vue latérale ; B, vue supérieure ; C, vue inférieure. Les chiffres 5' à 10
correspondent, aux caractères de proboscidien attestés reconnaissables sur le crâne de Moeritherium
[synapomorphies mentionnées sur la figure 12 ; voir légende de la figure 12 ainsi que pour les autres
caractères non retenus ici (? 11, ? 12, ? 13)]. X 1/3.
— 102
çant le processus infra-orbitaire du maxillaire y est énorme et visible en vue dorsale, ce qui
est erroné. 1.'examen du crâne de Dor el Tailla m’a permis dans le chapitre précédent
de préciser quelques points discutés ou de décrire certains traits jusqu'alors ignorés. Je
les rappelle brièvement. 11 n’v a pas de lacrymal devant ou dans l'orbite. Les foramens
perçant dorsalemeirt les squamosaux appartiennent au système vasculaire du catialis
temporal-in. Il existe vraisemblablemettt un contact fronto-squamnsal, quoique réduit,
dans la fosse orbite-temporale. Trou optique, fente spliénorbitaire et Irou rond sont alignés
sous une arête rectiligne qui part de l'orbite (crinta orhitatemporalis). Le trou ethmoïdien,
plus en avant, est légèrement décalé au-dessus de l’arête. L'nrbilosphénoïde. n’esl pas réduit
Frontal et maxillaire forment la plus grande partie de la fosse. [1 n'y a pas de processus
ascendant du palatin. Ces caractères ont différentes significations phylogénétiques qu’il
convient de préciser.
III. A — Historique
Moeritherium est généralement considéré comme l’ancêtre des proboscidiens. Pour¬
tant, le problème de sa position phylogénétique lors de sa découverte a soulevé nombre
de controverses. Récemment, le débat s’est renouvelé presque dans les mêmes termes qu'au
début du siècle. L’inventeur de Moeritherium, Andrews, I avait tenu comme étant dans
l’ascendance directe des éléphants et des mastodontes : puis, lorsqu'il le découvrit associé
à Pataeomastodon dans les couches de l’Oligocène inférieur du Fayoum (et non plus seule¬
ment à rFoeènç). il le tint seulement pour très proche du véritable ancêtre, sinon l'ancêtre
même (Andrews, 1906). Une polémique s'engagea avec Oshorn (1909) qui rapprocha
Moeritherium des Siréniens tandis qu’AxuREWs (1909) maintenait son genre parmi les
proboscidiens. Osborn écrivait néanmoins à la fois que « Moeritherium is doser to the
Sirenians and less close to the. Proboscidea than has hitherto been supposed » et que « Moe¬
ritherium is an ollshnot of the Prohoseidco-Sirenian stock, with nearer kinsiiip to the ele-
phaots, than to the Sirenians », Une étude détaillée de Ma.tsi m.oto, parue en 1923, con¬
vainquit Osborn (1921, 1936) qui plaça définitivement Moeritherium dans l'ordre des
Proboscidea. Préfigurant d'une certaine manière la taxonomie numérique, Matsumoto
avait minutieusement comparé Moeritherium aux proboscidiens. aux Siréniens et aux
hyracoïdes. Il avait compté le nombre de caractères communs à Moeritherium et à chacun
de ees groupes, et distingué ceux qui sont propres à Moeritherium et à chacun de ces groupes
pris on à un de ceux qui sont aussi rencontrés dans les autres groupes. Matsumoto avait
ainsi retenu chez Moeritherium 26 caractères en commun avec les hyracoïdes dont 4 seu¬
lement en commun avec les seuls hyracoïdes, et 17 caractères distincts des hyracoïdes.
Il avait retenu d’autre part 16 caractères communs à Moeritherium et aux Siréniens dont
2 seulement entre Moeritherium et les seuls siréniens et 34 caractères distincts des Siré¬
niens. Enfin il avait retenu chez Moeritherium 35 caractères en commun avec les probosci¬
diens dont 1 1 en commun avec les seids proboscidiens. En conclusion. Matsumoto sélec¬
tionnait 23 caractères de type « particulier et pré-palâeomastodontes » et écrivait : « In
my opinion Moeritherium is to be trealed as a very archétypal mendier of the probosci-
— 103 —
deans as correct!y stated by Andrews at. the first. Moeritherium has many pre-Palaeo-
mastodont. eharaeters. Consequôntly a presumed ancestral type of Palaeomuelodon sliould
resemble Moeritherium in many eharaeters ». Pareillement, la même année, Petronievccs
(1923) écrivait que « the ancestry of Moeritherium ta Palaeomaslodon lias become vr.ry
probable » en retenant 35 ressemblances entre les deux genres contre 31 différences. Il ne
s’agit pas ici de discuter chaque caractère invoqué par Matsumoto et Pkthontevics.
Comme on peut s’y attendre, il est à noter que tous deux se sont évertués à préciser res¬
semblances et différences, sans toujours chercher à donner le sens de l’évolution des carac¬
tères (polarité) ni à traiter différemment caractères dérivés et caractères primitifs pour
étayer leur conclusion phylogénétique. Mais, dans certains cas, Matsumoto avait donné
une indication sur l'évolution des caractères. El il reste qu’il a, sans toutefois en tirer toute
la signification, indiqué un certain nombre do caractères morphologiques porteurs d’infor¬
mation phylogénétique — qui auraient pu le dispenser de faire ce fastidieux décompte
des caractères. Curieusement, de l’avalanche de caractères morphologiques provoquée
par Matsumoto, Osborn (1936) n’en retint qu’un pour classer Moeritherium parmi les
proboseidiens : l'agrandissement des incisives (P) évoquant l’ébauche de défenses. Osborn
concluait abruptement « t.lierc the resemblance ends ».
Toui an long de ces prises de position, rapidement résumées, ce sont bien évidem¬
ment les caractères pouvant être dus à la vie semi-aquatique de Moeritherium (et dont
on imaginait mal qu’ils aient pu être ceux d'un proboscidien) qui ont pesé dans la contro¬
verse : crâne bas et allongé, trou auditif haut placé auxquels on ajoutait la position des
narines, tenues pour rétractées, ainsi que la position antérieure des orbites sans qu’un lien
direct avec la vie aquatique ait etc démontré. Le problème était, de savoir si lesdit.s carac¬
tères étaient des caractères de sirénien (animaux adaptés à la vie aquatique) ou bien conver¬
gents en fonction de cette adaptation.
En 1945, Simpson entérina l’avis final d’OsnoRN (1936) qui fut repris dans tous les
manuels 11 fallut attendre plus de vingt ans pour que Romer (1968) reprenne le problème
de la classification de Moeritherium. Un temps de réflexion était nécessaire, écrivait-il,
pour déterminer son appartenance systématique. Auparavant, en 1964, Simons (x'oir
Tobïen, 1971, 1976) avait fait connaître un squelette presque complet de Moeritherium.
Allongé, aux membres courts, avec des proportions très différentes de celles des probosci-
diens, ce squelette pouvait être effectivement celui d’un animal aquatique ou semi-aqua¬
tique. Tobïen (1971, 1976) rapprocha d’abord Moeritherium des Siréniens — essentielle¬
ment d’après le squelette post-crânien — puis le plaça plus généralement parmi les Paenun-
gulata. Plus récemment, Tobïen (1978) écrit ; « So far the molar structure is coneerned
the relationsbip between Moeritherium and Palaeomustodon, Phiomiu and t lie la ter masto-
donts is rather remote ». Ce point de vue est partagé par Coppens et Beuen (1978) qui écri¬
vent : « For the présent we tnay sïmply include (this enigmatic group) as Moeritheriidae :
Proboseidea, Sirenia or Desmostylia incertae .india ». Auparavant, McKenna (1975) avait
classé Moeritherium dans les proboseidiens et l'ensemble Proboseidea, Sirenia, Desmostylia
dans son mirordre Tet-hytheria, Au contraire. Savage (1976) avait fait des Moeritherioidea
le groupe frère des Sirenia. Dernièrement, j’ai montré (Tassv, 1979) que Moeritherium
pouvait être inclus dans les proboseidiens, étant le groupe frère de l’ensemble deinothères -j-
éléphantoïdes, à l’issu de l’analyse cladistiquo que je détaille ci-après.
— 104
III. B — Analyse cladistique des caractères crâniens
L’analyse cladistique des caractères crâniens de Moeritherium fondée non seulement
sur le crâne, de Dor el Talha mais sur tous les autres crânes ou fragments crâniens impor¬
tants connus à ce jour (au llritish Muséum (N 11.) ; M 8898, M 8904, M 8906, M 8907, M
8914, M 9225, M 10220, M 12068 et moulages M 8191, M 8192, M 8875 ; à LA meneau Muséum
of Natural llistory : AM 13430 et AM 13432 : à Stuttgart 13093 et un crâne non numéroté)
m a permis de distinguer plusieurs synapomorpliîes entre Moeritherium- et les éléplian-
toïdes (éléphants el mastodontes). Les premières vues d’ Andrews sont ainsi confirmées
mais sur des critères différents. Les synapornorphies concernent essentiellement la fosse
orbito-temporale, l’arcade zygomatique, le trou auditif externe, les foramens de la base
du crâne (passage du nerf XII), Je périotique et peut-être l'orifice ventral du mnalis tern-
poralis. Ce ne sont donc pas les caractères cléphantins les plus spectaculaires -, pas de recul
des fosses nasales, pas d extension des prémaxillaires, pas d’élévation du crâne ni de pneu¬
matisation ; quant à savoir si les I* sont les homologues des défenses, j’y reviendrai plus
loin.
III. B.l — Synapornorphies Moeritherium — éléphantoïdes
a — Fusse orbito-temporale
Le palatin n’apparaît pas dans la fosse orbito-temporale, ce qui est dû à la disparition
du processus ascendant du palatin (processus orbitalis). De ce fait, il existe une longue suture
fronto-maxillairc dans la fosse (fig. 4, 5 et 9). Ce caractère est visible sur le crâne de Dor
el Talha et sur le crâne de Moeritherium trigodon AM J3430, AM.NH. C’est un caractère apo-
morphe partagé par Moeritherium. et les- éléphantoïdes. L’état plésiomorphe, largement
répandu chez les Mammifères et particulièrement les ongulés primitifs, est le suivant : le pro¬
cessus orbitalis du palatin est visible dans la fosse orbito-temporale où il est logé entre le
frontal et le maxillaire et bordé postérieurement par l’alisphénoïde et l’orbitospliénoïde. Cet
état persiste chez les Siréniens, quoique le processus soit réduit chez le genre Dugong. Un
palatin pourvu d’un processus orbitalis existe chez les hyracoïdes. La disparition du palatin
de la fusse orbito-temporale n’avait pas été remarquée auparavant ; elle me semble signi¬
ficative, dans la mesure où la comparaison extra-groupe, montre qu’il s’agit d’une dispo¬
sition particulière et vraisemblablement héritée d’un ancêtre commun aux éléphantoïdes
et à Moeritherium.
Les autres éléments de la fosse orbito-temporale qui rapproche Moeritherium des
éléphantoïdes sont moins nets. Dans la fosse, Je pariétal s’amincit vers le bas et ne. semble
pas toucher l’alisphénoïdc, laissant au contraire frontal el squamosal rentrer en contact
(fig. 4, 6 el 9). J’ai déjà souligné que l'état du fossile ne permettait pas d’être absolument
affirmatif. L’état des autres crânes connus n apporta pas d'élément supplémentaire et
Pëtrqnie vies (1923), sur le crâne M 9925 (BMN1I) nommé par lui Moeritherium ancestrale,
avait envisagé les deux contacts possibles ; il est exact que la conservation des parois laté¬
rales ne permet pas de trancher. Sur le crâne de Dor el Talha, il reste que l’état de la surface
osseuse permet d’opter plutôt pour un contact fronto-squamosal. Ce contact correspond
— 105 —
à un état apoinurphc des relations des os de la fosse temporale, partagé par les éléphantoïdes
chez lesquels la suture, fronto-squamosale est beaucoup plus longue. L'état plésiomorphe
est connu chez de nombreux groupes dont les insectivores, Galmiupiihecus, les primates,
les ongulés primitifs [arctocyonidés, mioelaenidés ( Pleuraspidotherium ) — voir Russell
(1963),, chez des artiodactyles y compris les formes primitives ( Cchorhœrus, Acotherulutn
figuré par Supbk (1977)] et chez les hvracoïdes. Dans tous ces cas on observe une suture
entre le pariétal et l’alisphcnoïde. Chez les Siréniens, il existe un contact réduit (moins d’un
centimètre) cuire pariétal et alisphénnïde. Il peut, même arriver qu'il y ait contact ponctuel
entre les 4 os : pariétal, frontal, alisphénnïde et squamosal. Une telle, réduction du contact
pariéto-alisphénoïde petit être considérée comme une synapomorphie entre Siréniens, Moeri¬
therium et éléphantoïdes. L'état le plus apûtriorphc du caractère est le type de suture squa-
inoso-froutale longue des éléphantoïdes. Chez les périssodactyles, il existe également une
suture entre frontal et squamosal (convergence). On observe aussi le même contact, par
convergence, pour des raisons tout à fait autre», chez les cétacés.
Le crâne de Dor el Talha est le premier crâne, de Moeritherium dont les foramen orbito-
temporaux sont aussi bien conservés (fig. H). Leur disposition rappelle d’une certaine manière
celle qui est connue chez les éléphantoïdes mais dans un état plus plésiomorphe. Chez
les éléphantoïdes, la fosse orhito-tempnrale se caractérise par un télescopage antéro-posté¬
rieur des os participant à sa formation et en particulier l'orhitosphénoïde réduit à un long
processus. Les os du fond de la fosse temporale (frontal, orbitusphénoïde, alisphénoïde)
ont ainsi un aspect feuilleté. La compression est telle que les foramens sont contigus et
ne sont pas visibles en vue latérale. Cette disposition des trous du fond de la fosse orbito-
temporale a été bien figurée chez un jeune Elephas tnaximus par Grecorv (1903, fig. 4,
p. 393). La morphologie du fond de la fosse orbito-temporale n'est évidemment pas com¬
parable chez Mueniheriurn qui présente par rapport à la disposition décrite citez les élé¬
phants un état plésiomorphe avec — en outre — un allongement remarquable du crâne.
L’orbitosphénoïde est relativement vaste et allongé. Le trou optique (foramen opUruni),
à l’inverse des éléphants, est. situé en avant de la fente sphénorbitaire [foramen sphenorhi-
tale ) et non juste au-dessus. On peut néanmoins comparer l'alignement sous la crista orbilo-
temporalis des trous Optique, sphénorbitaire et rond à celui que l’on observe chez les élé¬
phantoïdes. Le recul du trou optique au voisinage de la fente sphénorbitaire serait ébauché
chez Moeritherium. 11 s'ouvre sous la crista orbitotemporalis et la suture orbito-alisphé-
noïde et non au centre de 1 orbitosphénoïde. La disposition plésiomorphe du trou optique
situé vers l'avant de l’orhitosphénoïde un peu au-dessus du foramen plèrygo-palatin [fora¬
men sphenopalatinnm) persiste chez les Siréniens. Pour ce caractère (position du trou optique),
Moeritherium correspondrait à un stade apnnmrphe du morphocline par rapport aux Siré¬
niens et plésiomorphe par rapport aux éléphantoïdes. Les autres foramens de la fosse tem¬
porale ne sont pas signes d'allinités étroites de Moeritherium par rapport aux éléphantoïdes.
Le trou rond ( foramen rutundurn) et la fente sphénorbitaire sont séparés selon une dispo¬
sition que l'on observe à la fois chez les Siréniens et les éléphantoïdes. Pour Stauck (1967),
le trou rond se sépare secondairement de la fente sphénorbitaire. Les deux foramens ne
sont pas dissociés chez Pleuraspidotherium décrit par Russell (1963) ainsi que chez Hyopxo-
das décrit par Gazin (1968). En revanche, Gazin (1965) décrit un trou rond situé postéro-
ventralemeul à la fente sphénorbitaire chez Menisr.atherium ; une telle, disposition est
décrite par Russell (1963) chez Arrtonjon et Arctocyonides. Quoi qu’il en soit, la séparation
— 106 —
du trou rond et de la fente sphénorbitaire est plésiomorphe à l’intérieur de l’ensemble
Sirenia + Prohoseidea. D’autre part, le trou rond s’ouvre au-dessus de l’ouverture anté¬
rieure du canal de l’alisphénoïde. La présence d’un canal de l'alisphénoïde chez Moerilhe-
rium et les éléphantoïdes est un caractère, plésiomorphe à l’intérieur de l’ensemble Pro-
boseidea Sirenia. Son absence chez les lamantins et dugongs actuels est. un caractère
apumorphe. Chez les Siréniens, un canal de l’alisphénoïde est présent chez les fuîmes pri¬
mitives, dès Proraslomus. Il disparaît au moins deux fois indépendamment (Savage, 1976).
Dans la fusse orbito-temporaie, le foramen le plus dorsal peul s’interpréter comme
le foramen ethmoïdien [foramen elhmoideum) des éléphantoïdes dans la mesure où il s’ouvre
au même endroit (dans le frontal, près de lu suture fronto-orbitosphenoïde). Éloigné du
trou optique, il a. de ce point de vue, une position plésiomorphe par rapport aux éléphan¬
toïdes chez lesquels le foramen ethmoïdien est contigu au trou optique en raison de. la
compression antéro-postérieure de la fosse. 11 n'y a pas de foramen ethmoïdien chez les
Siréniens (caractère apomorphe), Chez Arclacyon et Arrtnr.yonides, Russell (1963) a décrit
un ft foramen cranio-orbitaire » proche du foramen ethmoïdien. Il n'y a pas d’antre foramen
dans cette région chez Moeritherium ni chez les éléphantoïdes.
En dernier lieu, nu foramen plus ventral s’ouvre, probablement chez Moeritherium
à la suture fronto-maxillairc, en bas et eu avant du foramen optique, bien que cette région
soit trop mal conservée pour que l’on soit affirmatif. 11 semble bien que l’arrondi de la cas¬
sure (visible des deux côtés) corresponde au rebord d’un foramen. De par sa situation,
il s’agirait d’un foramen ptérygu-palatin [foramen sphenopalulinum). Sa persistance (bien
que le processus orbilalis du palatin ait disparu) doit être considérée connue un caractère
plésiomorphe. Ce foramen a disparu chez les éléphantoïdes. Il existe chez les ongulés pri¬
mitifs l'eondylarl lires décrits par Rosse LL (1963) : Arclocyon, Arctacyonidex, Pleuraxpi-
dotherium et Gazix (1965, 1968) : Meniscolherium, H yopsudus).
De ect ensemble, je retire que l'alignement, sous la rrisla orbitotemporalis et la suture
orbitu-alisphéiioïde, du trou optique avec la fente sphénorliitaire est peut,-être une syna-
porrmrphie à un premier stade d’évolution, entre Moeritherium et les éléphantoïdes. Ces
derniers présentent, pour ce caractère, l’état le plus apomorphe du morphocline avec réduc¬
tion de l’orlntosphénoïde et Contiguïté des foramens. Il reste que, dans l'ensemble, la dis¬
position des foramens de la fosse orbito-temporaie de Moeritherium est primitive par rap¬
port aux éléphantoïdes.
En conclusion, en ce qui concerne la morphologie de la fosse orbito-temporaie, la
disparition du processus orbitalis du palatin est le caractère qui apparente indéniablement
Moeritherium aux éléphantoïdes.
b — Arcade, zygomatique
Moeritherium présente une disposition de l’arcade zygomatique comparable à celle
des éléphantoïdes et qui peut être tenue pour une synapomorphie. Elle intéresse de sur¬
croît tous les constituants de l’arcade (fig. 9). En premier lieu, comme l’a observé Matsu-
moto (1923), l’orbite s’ouvre non pas dans le jugal mais dans le maxillaire, à l'inverse des
Mammifères eu général et des ongulés primitifs en particulier. Chez Moeritherium l’orbite
est bordée latéralement par un fort, processus infra-orbitaire du maxillaire [processus zygo-
matirus) où s’accroche postérieurement le jugal qui ne forme pas le rebord latéral de l’orbite.
— 107 —
Dans la disposition plésiomorphe, l'orbite est fermée antéro-veiitralement par le jngal
et antéro-dorsalernent par le lacrymal. Cette disposition persiste chez les Siréniens. Mais
il est intéressant de noter que la branche orbitaire du jngal est relativement amincie chez
les Siréniens (y compris Proraslomus sur le crâne 44897 BM(All) dont la région orbitaire
fendillée reste néanmoins difficile à interpréter> ainsi que, dans une moindre mesure, chez
les hyracuïdes. Chez le condylarl lire ptériptyehidé P le ri pl.y ch us (crâne AM 27601, AMNtl)
le jngal esl également réduit et aminci à l avant. Mais, dans tous ces cas, le jugâl ferme
toujours latéralement l’orbite. D'autre pari., chez Moei'itheriuin, la racine du processus
infra-orbitaire du maxillaire est étirée antéro-pnstériniremciit et la surface d’insertion
pour le jngal située en deçà de I orbite, bien visible sur le spécimen M 8191 (BMNH), est
assez vaste. La surface de suture est plus réduite chez les élèphantuïdes eu fonction de la
compression antéro-postérieure du crâne. Pour cette raison l’arcade zygomatique est elle-
même proportionnellement plus courte chez les éléphants. Plus en arrière, l’insertion du
jngal sur le squamosal (processus temporal is du jngal) se prolonge, comme chez les èléphan-
toïdes, jusqu'au bord postérieur de la fosse glénoïde (fossa mandihularis ), ce qui constitue
une synapomorphie (observée par Matsumoto). Chez divers ongulés primitifs (Loxolnphus,
Meniseotheriuin, Hyopsodus), chez les Siréniens, le jngal né dépasse pas vers Panière la
fosse glénoïde (disposition plésiomorphe}. Le caractère apomorphe existe aussi chez les
hyracoïdes, apparu dans ce cas par convergence. En dernier lieu, la branche zygomatique
du squamosal (processus zUgoinaticus) de Moerilhenum et des éléphantoïdes est très dévelop¬
pée vers l’extérieur, La partie crânienne (écaille) du squamosal est gonflée et le squamosal
monte haut vers le sommet du crâne. Du fait de l'élévation secondaire du crâne des êlo-
phant.oïdes, la partie crânienne du squamosal paraît moins massive, que chez Moenthei'i um,
mais chez ce dernier et chez les éléphantoïdes la dilatation latérale du squamosal surplombe
le trou auditif externe en prolongeant le pariétal Chez les Siréniens le squamosal est éga¬
lement. très développé, mais In branche zygomatique est étirée verticalement et non laté¬
ralement. Dans son état plésiomorphe, le squamosal est gracile et peu élevé (ongulés pri¬
mitifs comme Loxolophus). Chez le Sirénien Proraslomus la branche zygomatique du squa¬
mosal esl d’un type primitif : elle est relativement gracile et moyennement développée
verticalement. Cette dilatation vers le haut, à I inverse des autres Siréniens, se place en
avant du trou auditif externe et non sur toute la longueur du processus zy go ma liens. < >n
voit en vue postérieure (fig. 10) qu'un tel développement transforme moins la disposition
primitive du squamosal que chez les prnhoseidiens. Le développement vertical du processus
zygomaticus du squamosal des Siréniens, ébauché chez Proraslomus, est donc différent île
celui observé chez Moenthertunt Ct les éléphanloïde.s. Les desmostyliens possèdent un
squamosal comparable à celui des Siréniens. Il pourrait s'agir d’une synapomorphie ou,
dans la mesure où Proraslomus est assez primitif de ce point de. vue, d’une convergence.
Il reste que dans tous ces groupes (rassemblés sous le nom de Tethythcria par McKbnna,
1975) on observe une tendance au gonflement plus ou moins accentué et selon des moda¬
lités un peu différentes, du processus zygomatique du squamosal.
En conclusion, il apparaît que tous les éléments do l’arcade zygomatique sont com¬
parables chez Maerithe.rium et les éléphantoïdes : développement du processus infra-orbi¬
taire du maxillaire, relations du jugal avec le maxillaire et le squamosal, disposition du
squamosal. On peut considérer qu’il s’agit là d’une synapomorphie complexe caractéris¬
tique des proboscidiens.
— 108 —
Fig. 10. — Arcades zygomatiques gauches en vue postérieure. La flèche indique la position du trou audi¬
tif externe. A, Ijoxolophus (AM 16343, AMNH) ; B, Triehechus actuel ; C, Moeritherium. (Non à l’échelle.)
C — Trou auditif externe.
Le trou auditif externe visible en vue latérale est, en fait, l’orifice externe d’un conduit
auditif creusé dans le squamosal, Il est bordé ventralement d'une paît par la région glé-
noïdienne du squamosal et d’autre part par un prolongement post-tvmpanique, appar¬
tenant au squamosal, qui se rejoignent. Cette disposition existe aussi chez les éléphan-
toîdes. Mais comparée à ces derniers la région post-tympanique chez Moeritherium est
relativement étroite. Chez les éléphants adultes, en outre, il y a véritable suture alors que
chez Moeritherium — ainsi que Palaeomastodon et Phiomia — il y a plutôt contact. Ici
encore, on peut relever une polarité dans l’évolution d’un caractère depuis Moeritherium
jusqu’aux éléphants. Une telle fermeture osseuse du trou auditif externe apparaît dans
d'autres groupes où elle est d’ailleurs assez variable (rhinocérotidés par exemple). Mais,
du fait que le squamosal est par ailleurs de type proboscidien. je considère que la présence
d’une région posl-tyrnpanique chez Moeritherium est une synapomorplue de proboscidien.
Ce caractère avait d’ailleurs été observé par Andrews (1906). Le type plésiomorphpe (trou
auditif externe ouvert ventralement) connu chez les ongulés primitifs persiste chez les
Siréniens.
Le trou auditif externe est haut placé, au-dessus du niveau des orbites. La position
élevée du trou auditif externe avait, été invoquée par Osborn (1909) pour démontrer l’adap¬
tation à la vie aquatique ou semi-aquatique de Moeritherium, ce que Matsumoto (1923)
avait contesté en soulignant que nombre de groupes d'ongulés terrestres possédaient un
trou auditif externe haut placé relativement aux condyles. Mais je pense que c’est rela¬
tivement aux orbites qu’il faut apprécier la position du trou auditif externe, le crâne étant
orienté dans le plan occlusal (ou palatin). Dans cc cas, comme chez les éléphautoïdes, le
trou auditif externe est haut placé, ee qui est. évidemment une position originale. Cela
est peut-être une synapomorphie liée à l’élévation de. Ja partie postérieure du crâne par
rapport à la face. Celte élévation a aussi pour résultat qu'en vue latérale les ailes ptéry-
goïdiennes de l’alisphénoïde bordant l’ouverture des choanes sont situées au-dessus du
plan ocelusal. Certains condylarlhres, comme Meniscotherium décrit par Gazin (1965),
présentent une telle disposition des ailes ptérygoïdiennes mais, dans ce cas, le trou auditif
externe reste sous le niveau des orbites. Chez les Siréniens le trou auditif externe est aussi
— 109 —
relativement élevé (à l'inverse des desmostyliens), mais l’extrémité ventrale des ailes ptc-
rygoïdiennes descend plus bas que le plan oeclusal (disposition plésiomorphe). La position
haute du trou auditif externe probablement liée à une élévation de l’arrière-crâne est donc
peut-être une synapomorphie entre Moeritherium et les éléphantoïdes ou entre Siréniens
et proboscidiens.
d — Passage du nerf XII
La base du crâne de Moeritherium est dépourvue de foramen condylien pour le nerf XII
(,foramen hypoglnssi), Cette disparition est un caractère apomorphe, également observé
chez les éléphantoïdes chez lesquels le nerf XI1 passe par le trou déchiré postérieur {foramen
metolicum). Il y a également tendance à la disparition (mais irrégulière) du foramen condy¬
lien chez les Siréniens actuels. Toutefois, le fait que chez les Siréniens primitifs {ProrasUnnus,
Eolheroides, Protosiren) un foramen condylien persiste, m’autorise à penser que sa dispa¬
rition tardive chez les Siréniens est due à une convergence. Il y a également un foramen
condylien distinct chez les desmostyliens. Au contraire, le passage du nerf XII dans le
trou déchiré postérieur chez Moeritherium et les éléphantoïdes peut être considéré comme
une synapomorphie. Ce caractère avait été vu par Matsumoto (1923).
III. B.2 Autres caractères précédemment interprétés comme des caractères de pro-
boscidien ou d'affinités incertaines
a — L'occipital
Andrews (1906) avait considéré l’occipital de Moeritherium comme de type probosci-
dien. Les légers reliefs observés ressemblent, au contraire à ceux qui sont présents chez
les ongulés primitifs ainsi que chez les Siréniens. L’écaille est. creusée de deux concavités
peu profondes de part et d'autre d'un relief médian (t ubérosité nuchale) et fermées de chacpie
côté par un bombement peu saillant. Il n’y a pas trace de véritable fosse d’insertion pro¬
fonde et munie d’une crête médiane aiguë pour un ligament nuehal développé telle qu’on
l’observe chez les éléphantoïdes. lin conséquence, la face occipitale de Moeritherium est
d’un type primitif qui ne préfigure pas la disposition éléphantoîde.
b — Le canalis temporalis
J’ai déjà signalé les nombreux foramens perçant le sommet du crâne cérébral (fora¬
mens accessoires du canalis temporalis) qu’ÂNDREWs (1906) avait interprétés à tort
comme étant l'ébauche de la forte pneumatisation crânienne typique des proboscidiens. Le
système du canalis temporalis de Moeritherium, pourvu de nombreux foramens accessoires,
est un caractère plésiomorphe qui persiste chez Palaeomastodon et Phiomia et disparaît
chez les éléphantoïdes ultérieurs. On connaît un tel complexe temporal avec de nombreux
foramens perforant le toit, crânien (pariétal, squamosal et exoccipital) chez les divers groupes
de condylarthres. Cette disposition existe encore chez de nombreux ongulés artiodactyles
(cervidés, bovidés) et périssodactyles où le nombre des conduits secondaires est variable
(quelquefois un seul) selon les espèces. Le canal temporal contient la vena cerehralis dorsalis,
c’est une continuation du sinus transverse de la dure-mère ; les canaux vasculaires circu-
— 110 —
lant dans les conduits secondaires se raccordent an canal temporal. Le. canal s’ouvre vers
le bas par un foramen postglcnoïdien (foramen postglenoideum). Citez les éléphants il n'y
a ni foramen perçant le toit crânien, ni foramen postglénoïdicn (caractère apomorphe).
I.a base du crâne de Moeritherium est visible, quoique jamais bien conservée, sur quelques
spécimens : crâne C 7867 (moulage M 8875 BMNH) décrit par Anukkws (1906), crâne
AM 13430 (AM N H) décrit par Mats f .moto (1923), crânes M 9225 et M 10220 (BMNH).
La base du crâne de Moeritherium est primitive eu de nombreux traits. A l’inverse de la
disposition éléphantine, foramen ovale et foramen lacera m medium sont séparés. On peut
remarquer qu'ils ne sont malgré tout pas bien éloignés, mais c’est ce que 1 ntt observe aussi
chez les hyraeoides, lin outre, il existe un foramen situé latéralement an foramen lacerum
medium et niédialerneiit par rapport à la fosse glénoïde du squamosal, que j’interprète
comme un oriliue ventral du oanali.it Lcmporalis (pl. V I). Le véritable foramen postglénoïdicn
a disparu. Ce foramen ventral existe (pl. VI), eri même position, sur le crâne M 8464 (BMNH)
figuré par Andrews (1906) sous le nom de Pnlaeornaslodon (?) headne/li où le foramen
est représenté mais non interprété, sur le crâne AM 13448 (AMNH) nommé Phiamia rninor
par Matsumoto (1924) ainsi que sur le crâne inédit de Phiomiu serridens 12616 (SMNS).
Le. fait que ce foramen soit présent chez Palueontas/odon et Phiomia, dont le toit crânien
est également percé de nombreux foramens accessoires du ctmalis tant para lis, montre que
les deux structures sont liées et que le Foramen ventral est l’orifice du canal temporal.
En outre, il est intéressant de noter que chez le chameau ( Camelus baclrianm) le canal
temporal s'ouvre dorsalernent par un foramen qui perce le squamosal, latéralement par
un foramen postglémiïdien el ventralement par un gros orifice situé médialcrnent par rap¬
port à la fussa mandibularis du squamosal [observation sur le crâne 11-1 (LPVPH)], Ce
foramen ventral est, donc, situé dans la même position que chez Moeritherium , Palaeo-
mastodon et Phiomia. Il y a donc aussi ouverture d’un gros orifice ventral du canal tempo¬
ral chez les proboscidiens primitifs et demi la taille est liée h l'importance do ranalis tem-
poraliit. Corrélativement, il y a réduction du foramen postglénoïdicn, peut-être due en
l’occurrence au développement considérable des régions posi.glénoïdiennes et post-tym-
paniques du squamosal qui bordent ventralement le trou auditif externe. En première
hypothèse on peut considérer que la réduction du foramen poslglenoideum et le développe¬
ment d'un orifice ventral du canalin letnporalis représentent une sviiapomorphie de pro-
boseidicn. La perte du canal temporal et de ses annexes serait alors une synapoinorphie
pour l'ensemble des mastodontes (s.l.) -f- éléphants, c’est-à-dire tous les clépbantoïdes
néogènes Toutefois, VanderIIoof (1937, fig. 10) a décrit chez Denmonlj/lun un « posterior
squamosal Foramen » qui a Ja même position que l’orifice ventral du canalis te.mporalis
de Moeritherium. S’il y a là véritablement, hotpologie, cette disposition serait dans ce cas
présente à l'origine des Tcthythoria et aurait disparu au moins deux fois, chez les Siréniens
el chez les éléphatitoïdes au Miocène, ainsi que vraisemblablement une troisième fois,
chez les deinothères, puisque IIarbis (1973) ne décrit pas d'orifice du canal temporal chez
Prodei notheri a m.
c — La région nasale
Andrews (1906) et Matsumoto (1923) avaient interprété la région nasale de Moeri¬
therium comme pouvant annoncer la structure proboscidienne et Andrews pensait même
que Moeritherium possédait une petite trompe. Ces deux auteurs considéraient que les
— 111 —
narines externes étaient sensiblement rétractées chez Moeritherinm, Mais, comparées à
celles des éléphantuïdes, les fosses nasales sont primitives. La réduction des os nasaux,
peu marquée chez Moeritherinm , existe d'ailleurs à la fois chez les Siréniens et les probosei-
diens. Matsumoto (1923) ne croyait d'ailleurs pas, étant donné la position faciale des
fosses nasales et le surplomb que faisaient les nasaux au-dessus des fosses, à l’existence
d’une trompe chez Moeritherium mais plutôt à une lèvre supérieure préhensile comme
chez les tapirs ou les artiodactyles A lues et Saiga. Il est à noter, d’autre part, que chez
Palaeomaslodon et Phiornia Pou vert lire nasale se situe au-dessus des orbites, le crâne étant
orienté dans le plan ooehisal. Or, chez Moeritherium, elle se place en avant des orbites
qui sont, par ailleurs, en position très antérieure, (en avant des P*) : il n’y a donc pas recul
des fosses nasales. Les salures osseuses de la face autour des fosses nasales sont visibles
sur le museau M 8904 (BMN11), les crânes M 9225 et M 10220 (BMN1I) et un crâne inédit
non numérote conservé à Ludwigsburg {SMNS) , le contact naso-maxtllaire est visible
sur le crâne de Dor cl Talha (à gauche, fîg. 5). Il n’y a pas d'extension dorsale des pré-
maxillaires et dune pas de Contact fronto-préinaxillaires. Il existe au contraire chez Moe-
ritherium un contact naso-maxillaire, ce qui correspond à une disposition plésionmrphe
chez les mammifères, en particulier les ongulés primitifs et les hyraeoïdes. Chez les élcphan-
toïdes, du fait du recul et de la réduction des nasaux et. de P extension dorsale considérable
des prémaxillaires, il existe une suture fronto-prémaxillaire (disposition apomorphe). Il est
intéressant de constater que chez les Siréniens les prémaxillaires sont également très étirés
dorsale me ni et rentrent en contact avec les frontaux, y compris chez Prorastomus. 11 y a
là parallélisme et c’est chez Moeritherium (et les desmostyliens) que l’on peut observer
la disposition primitive. La face et la région nasale de Moeritherium ne présentent donc
rien de typiquement proboseidien.
d Le processus paroccipilai de Vexm-nipilnl
Matsvmoto (1923) avait observé que, centralement, la fosse glénoïde du squamosal
(fossa niündibuUtris ) et le processus paroccipital de PexOCeipital étaient rapprochés et il
avait considéré ce caractère comme un caractère de proboseidien. 11 reste que le processus
paroccipital, saillant chez Moeritherium . (caractère plésiomorphe), est réduit à une bosse
peu massive chez les éléphantoïdes. Cette réduction existe ehez Palaeornastodon et Phiornia.
e — La région auditive
Dans la région auditive, le tympanique n’est préservé sur aucun des crânes de Moeri¬
therium Mais, étant donné sa configuration, le tympanique devait être plus proche de
celui d'un type primitif que de celui, dérivé, des éléphantoïdes. En effet, une « bulle » mas¬
sive, très ossifiée comme celle des éléphants se serait, fossilisée sur les quelques crânes dont
la base est préservée an moins en partie. Seule la région la plus latérale en arrière du squa¬
mosal est parfois conservée (crâne AM 13430, AMNII, pl. VI). Elle est allongée entre le
squamosal à l’avant et le processus paroccipital de l'exoeeipital à Carrière, ce qui est peut-
être une disposition dérivée. A son extrémité latérale se trouve le foramen stylomastoïdien
{foramen stylomasloideus). En revanche, l’absence d’apophyse mastoïde proprement dite
est un caractère significatif, apomorphe, que l'on retrouve chez les éléphants. Chez les
Siréniens la mastoïde ne forme pas non plus d’apophvse mais elle apparaît à l’angle pnstéro-
— 112 —
latéral du crâne dans une fenêtre creusée entre le squamosal et l'exoccipital. Une apophyse
mastoïde est présente chez les desmostvliens (VanderHoof, 1937). C’est, chez ces derniers
que l’on observe la morphologie la plus proche de celle des ongulés primitifs qui sont « mas¬
toïdiens ». On peut envisager un morphocline allant dans le sens de la réduction de la pars
rnasloidea du périotique : présence d une apophyse mastoïde (desmostvliens) puis réduction
de l’apophyse et pars rnasloidea visible seulement sur la face occipitale (Siréniens) et enfin
disparition de la pars rnasloidea de la face externe du crâne, c’est-à-dire « amastoïdie »
(Moeritherium et éléphantoïdes). Kn revanche, on a vu que chez Moeritherium l’exoeci-
pital est creusé intérieurement, pour recevoir une bulle correspondant à la partie posté¬
rieure du périotique. 11 pourrait s’agir d’une dilatation «le la partie pusléro-interne de
la pars petrosa qui serait propre à Moeritherium (caractère aut.apumorphe). S'il s'agissait,
de la pars rnasloidea , celle-ci aurait une orientation postérieure, et non pas externe, tout
à Fait originale. Il y aurait dans ce cas réduction de cette bulle chez les éléphantoïdes ou
bien parallélisme entre MoerUlierium et les Siréniens, encore que chez ces derniers la pars
rnastoidea est bien dirigée vers l'extérieur. Chez les éléphantoïdes il reste que la pars rnas-
toidea du périotique s'appuie sur l'exoecipital mais n’a pas la forme d'une huile ; l’exocci-
pital n'est pas non plus creusé. J'opte plutôt pour l’hypothèse (pi, V, 2) d'une dilatation
de la pars petrosa chez Moeritherium (caractère autapomorphe). D'autre part, le pério¬
tique des Siréniens se distingue de celui de Moeritherium par un legmen lympani gonflé,
typique. Savage (1976) a d’ailleurs fait remarquer que le Sirénien primitif Prorastomus
ne présentait pas toutes les spécialisations de la région auditive propres aux autres Siré¬
niens. D’après cet auteur, le te y me n. lympani du périotique de Prorastomus est plésiomorphe.
Eu revanche, l'ossification du tyriipaniquc rappelle celle des autres Siréniens. Il n’y a donc
pas de caractère de Sirénien dans la région auditive de Moeritherium. Eu conclusion, il
semble bien que la disparition de la mastoïde de la surface du crâne soit le. seule, synapo-
morphie dans la région auditive entre Moeritherium et les éléphantoïdes. Moeritherium
possédait en outre quelques caractéristiques propres qu’il serait intéressant d’observer
sur un meilleur matériel.
f — L’agrandissement, des incisives (/*)
En dernier lieu, Matsumoto (1.923) reprend l’hypothèse d’ANDRE\vs (1906) selon
laquelle les I* agrandies de Moeritherium sont les homologues des défenses des éléphan¬
toïdes. C'est d’ailleurs ce seul caractère qu'OsHORN (1936) avait sélectionné pour faire de
Moeritherium un proboscidien. L'homologie n'est pas impossible mais elle n'est pas véri¬
tablement démontrée. Anthony (1933) avait rejeté cette homologie mais son interpré¬
tation des incisives des proboscidiens ne me semble pas correspondre non plus avec les
observations que j’ai faites, en particulier sur des crânes juvéniles de différents masto¬
dontes et chez Moeritherium.
Chez l’adulte de Moeritherium, I 1 , I 2 et I 3 sont présentes sur le crâne. j a est la plus
développée. Elle fait éruption tardivement, juste avant la sortie des M 3 , Andrews (1906,
pl. V1I-VJII) a précisément figuré le crâne C 7867 (moulage M 8875, BMÏSH) avec P 2 -M 2
en fonction et dont la M 3 n’a pas fait éruption. Sur ce crâne, les I 2 sont eu éruption. A la
mandibule, il n’y a que deux incisives qui sont interprétées, à la suite d’A.NnnEws (1906),
comme I, et 1 2 étant donné leur position par rapport à la symphyse. La I 3 aurait donc
113 —
disparu. Cette interprétation suppose qu’il n’y a pas eu de déplacement vers la symphyse
des incisives. L’incisive la plus latérale (interprétée comme T 2 ) fait éruption, comme la
I 2 , juste avant, la sortie de la M 3 . Une mandibule inédite conservée à Ludwigsburg (SMNS,
sans n°, fig. 11) présente à chaque demi-mâchoire une incisive médiale fraîche (émail bour¬
geonné non entamé latéralement) et une incisive latérale présentant une facette d'usure.
Cette dernière incisive (que j’interprète comme l'incisive de lait) eht suivie postéro-média-
lement du germe de l’incisive de remplacement (incisive définitive), Les dents jugales
sont sorties à l’exception de la P 8 qui est en éruption et de la M s dont le germe, visible sur
le spécimen a été disséqué. Il est, donc attesté que les défenses de Moeritherium sont des
incisives définitives et vraisemblablement les L*.
Chez les éléphants actuels, on saiL qu'une petite incisive supérieure, dite de lait, pré¬
cède la défense proprement dite. Certains pensent qu’il y a véritable remplacement, den¬
taire d’une incisive de lait par une incisive définitive (Sykes, 1971) ; d’autres (Anthony,
1933), qu'il y a succession de. deux dents «Je lait. : II 2 (dite incisive temporaire) et 11 3 (la
défense définitive). Chez le.s mastodontes et gomphothères j'ai pu observer quelques cas
(individus jeunes) où les deux incisives sont associées. Il y a une petite défense, compa¬
rable à celle des éléphants, qui tombe très vite et une autre plus médiale qui est la défense
définitive et qui se forme un peu après la petite incisive. Le problème est de savoir si elles
appartiennent à la même dentition. Les dents de remplacement ne sont pas, en général,
véritablement situées dans le prolongement de la dent de lait. Au contraire, le germe de
a dent de deuxième dentition peut être contigu à la racine de la dent de première denti¬
tion. De telle sorte qu’on ne peut abandonner, dans ce cas, l’hypothèse du remplacement
d’une dent de lait par une dent définitive en ce qui concerne les deux incisives des masto¬
dontes et éléphants. De toute manière, la défense définitive ne peut être la 11 3 comme
le prétend Anthony (1933) puisqu'elle est médiale par rapport à la petite incisive. Il y
a donc cinq interprétations possibles des incisives supérieures des éléphantoïdes (un asté¬
risque désigne la défense définitive) :
IP-p*
IP-p*
II 3 - - - - I 3 *
II 1 * - -- 11 2
II 2 * --- II 3
Les trois premières solutions représentent l’hypothèse d’un remplacement dentaire,
les deux dernières supposent que les deux incisives appartiennent à la première dentition.
La précocité de leur apparition est un argument pour cette dernière interprétation. On
ne doit pas s’étonner que les importantes défenses (à croissance continue) des éléphants
puissent être des dents de lait. Moss-Salicntijn (1978) a montré «pie chez les rongeurs
et les lagornorphes les incisives à croissance continue appartiennent à la première den¬
tition. D’autre part, l’incisive, latérale étant située très près de la suture prémaxillo-maxil-
laire, on pourrait opter pour les deux solutions suivantes : II 3 -! 3 * ou bien II 2 *-!! 3 . Dans
ce cas, les défenses des éléphantoïdes ne seraient pas les homologues de celles de Moerilhe-
rium. Mais une translation des dents dans le prémaxillaire a pu avoir lieu, de telle sorte
que leur position ne serait pas significative. Seule la deuxième solution ci-dessus (II 2 -
I 2 *) permet d’avancer l’hypothèse de l’homologie. Mais il y aurait alors renversement
1, 35
— 114 —
de tendance dans l’éruption de la défense définitive : tardive chez Moerilherium, précoce
chez les éléphantoïdes.
La mandibule des éléphants est dépourvue d’incisive. Mais à l'origine du groupe il
y a deux incisives comme sur le crâne. La petite incisive latérale disparaît très tôt. L’inci¬
sive définitive, dont le germe est médial par rapport à la racine de la petite incisive tem¬
poraire se met en place précocement alors que les molaires définitives (d’abord la Mj) 11 e
sont pas sorties. Pour les défenses inférieures des éléphants les cinq interprétations pos¬
sibles sont les suivantes :
ïli ---- II*
II* - - - - I,*
H3-I 3 *
IV-II,
IV - - - - Ils
Fig. 11. — Mandibule de Moeritherium, Fayoum (SMNS, sans numéro) : détail de la région symphy-
saire montrant la mise en place de I 2 postéro-médialement à Il 2 . X 3/4.
Si l’on n’envisage pas la translation possible des dents, on peut retenir trois solutions :
Ilx-II*
IV - - - - V
IV-I1.>
— 115 —
Ces trois hypothèses impliquent que la disparition de l'incisive latérale (I 3 ou Il 3 )
est une synapomorphie entre Moeritherium et les éléphantoïdes. En revanche, seule la
solution ll 2 -l a * supporte l'homologie entre les défenses inférieures définitives de Moeri¬
therium et. celles des éléphantoïdes. Là encore il y aurait renversement de tendance dans
l’éruption de la défense (réversion) : tardive chez Moeritherium, et précoce chez les éléphan¬
toïdes. Ou peut difficilement concevoir que le retard d’éruption de l’incisive definitive
de Moeritherium (juste avant M 3 ) soit un caractère plésiomorphe. On peut envisager au
contraire que ce retard d’éruption est un premier Stade de résorption de la I*. Auquel cas
cette dent, ne serait pas l’homologue de la défense des éléphantoïdes.
Il est donc délicat de trancher eri ce qui concerne le problème de l'homologie de la
défense des éléphantoïdes et. de Moeritherium. Si la défense des éléphantoïdes n'est pas
la lj, il y a convergence flans l’agrandissement d’une incisive dans les deux taxons. Si la
défense des éléphantoïdes est la I*. il y a réversion dans le mode d’éruption de cette dent.
Cette dernière solution est peut-être la plus économique si l’on tient, compte de l’hypo¬
thèse, étayée par ailleurs, selon laquelle Moeritherium est appareillé aux éléphantoïdes
(mais ceci n’est pas déterminant), et. dans la mesure où chez les éléphants le mode de crois¬
sance tellement dérivé, non seulement des incisives mais aussi du crâne tout entier, pour¬
rait expliquer cette réversion. Le même problème se pose d'ailleurs pour l’interprétation
de la défense des dugongs et, récemment encore, Domninc (1978) qui la tient pour « presum-
ably I 2 » n’est pas affirmatif.
III. B.3 — Caractères autapomorphes de Moeritherium : la région orbitaire
Le crâne de Moeritherium présente quelques particularités qui peuvent servir de cri-
tères de monophylie pour le genre.
La position avancée de l'orbite au-dessus des prémolaires et. non des molaires est un
caractère également partagé par les Siréniens cl. les desmostyliens. À mon avis, c’est un
caractère apotnnrphe de Tethytheria ( sensu McKenna, 1975). La position plus reculée
de l’orbite des éléphantoïdes serait secondaire, due au retrait des fosses nasales et. à l’exten¬
sion des prémaxillaires liés à l’apparition d’une trompe. Mais Moeritherium possède des
orbites situées en avant de la première dent jugale (P s ). C'est J'élat. le plus apoinorphe du
morphoeline. Il y a parallélisme chez les Siréniens actuels car chez les Siréniens primitifs
( Prorastumus et Prolottiren), l’orbite n’est pas aussi avancée.
La question de l’existence d'un lacrymal chez Moeritherium a posé quelques problèmes
aux auteurs qui l’ont abordée. Àndukws (1906) n’en a pas observé mais dans un cas, écrit-
il, il y a an bord de l’orbite un potit tubercule dont on peut présumer qu'il est sur le lacry¬
mal — mais il n’y a pas de preuve de l’existence d'un foramen lacrymal (c’est le spécimen
M 8904 BMNH). Petiionievics (1923) n’a pas observé de lacrymal et Matsumoto (1923)
non plus. Or sur le crâne AM 13432 (AM N II) étudié par Matsumoto, il y a un foramen
devant l’orbite et qui est figuré par Osuob.n (1930, fig. 42). le ne pense pas que ce foramen
soit d’origine, 11 n’y a d’ailleurs pas de suture osseuse délimitant un éventuel lacrymal.
Matsumoto écrivait, précisément que, sur ce crâne, « no undoubted lacrymal is observed ».
Sur le spécimen de Dor el Talha il n’y a ni suture ni foramen lacrymal. Il n’y a pas de place
non plus pour un lacrymal à l’intérieur de l'orbite sur aucun des spécimens observés : M
8192, M 8875 (moulages), M 8904, M 9225, M 10220 et M 12068 (BMNII). 11 y a donc dis-
— 116 —
parition du lacrymal chez Moeritherium (ou fusion précoce avec les autres os de sorte qu’au¬
cune suture n'est visible). C’est un caractère autapomorphe. Le lacrymal est régressé chez
les éléphantoïdes et les Siréniens mais non pas absent. 11 y a même à l’état adulte un fora¬
men lacrymal chez les Siréniens primitifs et les éléphantoïdes primitifs. Chez le fœtus de
l’éléphant d’Afrique, Eai.es (1926) a décrit un foramen lacrymal vestigial. Cette dispari¬
tion du furamen lacrymal est peut-être un indice de vie aquatique, encore que les Siréniens
primitifs chez lesquels il persiste étaient parfaitement adaptés à la vie aquatique, et que
les éléphants iront pas de canal lacrymal. De ce point de vue, il est curieux que dans sa
monographie, sur l’os lacrymal, Ghegory (1920) ait. écrit « 1 he lacrymal région of Moeri¬
therium is lar more primitive than that of Pulaeornmtodon and, in connection wrlh other
evidence, it. supports the view that. Palaeornastodon was derived froin a Moeritherium-
like stage ». La région lacrymale me paraît au contraire spécialisée et, sur ce seul carac¬
tère, Moeritherium ne peut, être situé dans l’ascendance des proboscidiens du Fayoum.
III. B.4 — Ressemblances entre Moeritherium et les Siréniens : caractères plésio-
morphes et convergences
La ressemblance générale, qu’on peut observer entre un crâne de Moeritherium et
celui des Siréniens est due à quelques convergences à partir d'un type primitif, Le crâne
bas est un caractère d'ougulé primitif comme l’avait souligné Matsumoto (1923). La forme
de l’occipital est également comparable à celle des divers condylarthres. J’ai déjà signalé
que la position avancée de l’orbite, était due à un parallélisme avec les Siréniens actuels.
Le crâne tubulaire est également dû à une convergence que l’on peut déceler par quelques
petites différences. Moeritherium est pourvu d’une crête sagittale de type, plésiomorphe
(ongulés primitifs), alors que chez les Siréniens on observe un carénage : bords latéraux
droits, toit, crânien aplati bordé de chaque côté par une crête latérale (disposition apo-
morphe). Mais, chez le Sirénien primitif Prorastomus, s’il n'y a pas noir plus de crête sagit¬
tale, le toit crânien est arrondi et il n’y a pas de carénage. D’autre part, il y a chez tous
les Siréniens un processus postorbitaire du frontal suivi d'une consiriction postorbitaire
(caractère plésiomorphe); au contraire chez Moeritherium le processus est excessivement
réduit (aponiorphie), ce qui accentue, l’aspect tubulaire du crâne. Ce dernier trait appa¬
raît également par convergence chez les desmostyliens chez lesquels le processus postorbi¬
taire du frontal est plus réduit que chez les Siréniens.
En dernier lieu, l’avancée des orbites fait que, en vue palatine-, le processus infra-
orbitaire du maxillaire se situe à la moitié antérieure de la série dentaire et non à l’arrière
(disposition apomorphe), à la différence des ongulés primitifs et des hyracoïdes. L'ne telle
disposition existe bien chez les lamantins mais il s’agit encore d’une convergence car Pro-
raxtomus possède une denture en position avancée (plésiomorphe).
III. B.5 — Conclusion
La figure 12 illustre et résume les relations de parenté de Moeritherium. fondées sur
la reconnaissance des synapomorphies. C’est la solution la plus simple expliquant l’appa¬
rition des caractères morphologiques du crâne et. le sens de leur évolution (morphocline).
Les synapomorphies retenues entre Moeritherium. et les éléphantoïdes permettent d’afïir-
PROBOSCIDEA
Fig. 12. — Relations de parenté de Aloerithcriurn à l’intérieur des Tethytheria fondées sur les synapo-
morpliies relevées sur le crâne (le genre Barytherium classé généralement, dans les Proboscidea est
exclu de la discussion — voir texte!. 1 : orbites avancées. 1' : orbites en avant, de P 2 . 2 ; foramen infra-
orbitaire sous l’orbite (ees deux caractères sont liés). 3 : prmrexwr zygomatiais du squamnsal étiré
vers l'extérieur 4 : molaires bilophodontes bunolophodonleB (caractère hérité de l'ancêtre des Tethy¬
theria ou de l'ancêtre de l’ensemble Sire.nia 4 l'robnscidi a| 5 : réduction d» l'apnpbySe maslnïde.
5' : la maslnïde ne participe) pas à la formation de la paroi latérale du crâne (amasliiïdic). 6 : dispa¬
rition du processus ascendant du palatin dans la fosse orbito-temporale. 7 • morphologie de l'arrade
zygomatique lorbite bordée latéralement par le processus infra-orbitaire du maxillaire, réduction
du jugal à i'avanl. et exteusinn du jugal à l'arrière jusqu'au bord postérieur de la fusse glénnïdc du
squainosal, dilatation durso-latérale du squamnsal). 8 : trou auditif externe haut, placé el fermé ven¬
trale ment par le proceasüi t poattynipanicuà du squaruosal en contant avec la partie postglé.n indien ne.
9 : disparilioii du foramen eoudylicn cl passage du nerf XII dans le foramen mcloticnm. 10 : recul du
trou optique aligné avec la fente sphénorbilairc sous la crista orbitnlempOfalis. 10' : recul du foramen
ethntoïdien. 10” : compression des foramens au fond de la fosse orbito-temporale. 11 : ouverture cen¬
trale du mrutlis temporal is ; la présence d’un canal in Irmporalin est plésioinorphe dans le groupe des
Tethytheria mais la réduction du foramen pnstglénnïdien et l'ouverture duo foramen ventral est
a) ou bien apnmorpjie pnur les Proboscidea (puis disparition du cariait s Icntporalis chez les (Ici nu Ibères
et les éléplumtoiVles évuluCS), bl mi bien plesiomorphe s’il e.xistc un foramen ventral chez les deâmosty-
liens (voir t.exifc) — dans ce cas il y aurait disparition du cantllis Icmporalia et de son oriliee ventral
chez les Sirenia, les Deiholheriidae et les Klephantoidea évolués. 12 : agrandissement des incisives
en défenses (caractère hérité de l'ancêtre des Proboscidea s’il y a homologie enlre les I: de Afoerithe-
rium el les défenses des éléphantoïdes ; ou bien caractère apomnrplir pour l’ensemble iKinotheriidae +
Elepltanloidea Si I on accepte une réihicliim Secondaire des défenses supérieures chez les deinothères
(caractère 2tl)j. 13 suIure squamoso-frunlkle dans la lusse temporale : I cxistmce de cette suture
est conjecturale chez MôrrithêHuni (voir texte) , il existe Un contact ponctuel entre SqUamosal et fron¬
tal riiez certains Siréniens. 14 : crâne tubulaire (apparu par convergence chez les Siréniens et les des-
moslyliens). 15 : réduction de l'apophyse postorbilairc du frontal (également par Convergence chez
les deârnostyliensl. 16 . perle du lacrymal. 17 : développement de la pneumatisation du crâne. 18 :
développement d'une trompe (recul des fosses nasales, uonlacl l'ronlo-prémaxillnirc). 19 : occipital
creusé d'une fosse nucbale. munie d'une crête médiane pour l'insertion du ligament nuchal. 30 : réduc¬
tion tics incisives supérieures. 21 ; défenses inférieures fortes ot recourbées vers le bas. 22 : crâne élevé
et comprimé antéro-posterirurcment. 23 : réduction du processus pamceipital. 24 ■ tympanique par¬
ticipant à la formation de la face interne de la paroi du Crâne. 25 : branche zygomatique du squainosal
développée verticalement (Ce caractère étant à un stade relativement peu dérivé chez le Sirénien fos¬
sile Pronmlomun, il est peut-être apparu deux fois, chez les Sirenia et chez les Dosmostylia. 26 : dents
jugales munies de tubercules formant des colonnes cylindriques 27 : remplacement dentaire « hori¬
zontal a. à l’exception peut-être de PaXeùimradnxin iec caractère est apparu indépendamment chez
les lamantins et les élépliaufoïdcs miocènes). 28 : paçhyoslosc.
118
Fig. 13. — Phylogénie des Tethytheria fondée sur le oladogramme (fig. 12) et sur l’hypothèse selon laquelle
les Sirenia sont le groupe frère des Proboscidea (synapomorphic 5 : réduction de l’apophyse raastoïde).
Le genre éocène Barytherium, généralement classé dans les Proboscidea, est exclu de ce schéma (voir
texte).
mer que Moeritherium est plus apparenté aux éléphants, mastodontes et deinothères qu’à
tout autre groupe. 11 n’existe pas de synapomorphie entre Moeritherium et les Siréniens,
les ressemblances superficielles s’expliquant par des convergences. Je n’ai pas relevé de
caractères poslerâiiîens réfutant l’analyse faite sur le crâne. Les proportions du squelette
de Moeritherium (corps allongé, membres courts), qui ne sont certes pas proboscidiennes,
peuvent être dues à une adaptation à la vie semi-aquatique (ce serait une autapomorphie).
Il faudrait également vérifier que le squelette du Peabody Muséum de Yale est effective¬
ment celui d'un seul individu. D’antre part, les molaires de Moeritherium sont évi¬
demment primitives (bilopliodoiites), bunolophodontes par rapport à celles des éléphan-
toïdes mais, à l’inverse de ce qu’en déduit Tobien (1978), cela n’implique pas l’absence
de parenté phylogénétique Les dents jugales de Moeritherium me paraissent proches de
celles du morphotype ancestral commun aux proboscidiens et aux Siréniens ; peut-être
aussi aux desrnostyliens bien que la structure hautement dérivée des dents jugales de ces
derniers (autapomorphie) ne nous renseigne guère. Il faut noter pour conclure un cas remar¬
quable de parallélisme chez les téthythériens : le mode de remplacement dit horizontal
des dents jugales. Chez l’adulte les dents jugales sont toutes en fonction chez Moeritherium ,
Palaeomasl-odon et Phiomia. D'autre part, sur la face latérale du crâne de ces trois taxons
— 119 —
l’alisphénoïde n'est pas gonflé, à l’inverse des éléphants. Chez ces derniers l’alisphénoïde
enveloppe la partie postérieure dilatée du maxillaire <pii renferme la capsule dentaire de
la dernière molaire en formation. Chez Moerilherium, Paltteomaslodon et Phiomia, qui ne
présentent, pas de remplacement dentaire « horizontal », il n'y a pas de capsule dentaire
de ce type. Ce type éléphantin de remplacement dentaire (apparition successive des diffé¬
rentes molaires) apparaît donc chez les éléphantoïdes au Miocène (mais pas chez les dei-
nothères). I n tel remplacement n'existe pas chez les Siréniens primitifs ( Pmrtwlonius).
11 apparaît chez les lamantins mais pas chez les dugongs. D’autre part, il est connu chez
les desmoslyliens. Chez les desmoslyliens et les lamantins l’alisphénoïde ne recouvre pas
la capsule du maxillaire. Il apparaît donc trois fois indépendamment. Ce mécanisme est
dû à des modes de croissance crânienne qu’il n’est pas dans le but de cet article de discuter
plus eu détail. L’agrandissement d’une (ou plusieurs) incisives chez les desmostylie.ns,
dugongs, Moerilherium et les éléphantoïdes pourrait être dû aussi à un parallélisme.
IV. CLASSIFICATION PHYLOGÉNÉTIQUE DU GENRE MOERITHERIIJM
IV. A — Justification de la classification phylogénétioue
On a beaucoup écrit non seulement sur les méthodes hennigîcnnes de reconstruction
de la phylogénie mais aussi sur la conception hemiigienne de la classification zoologique
(dite phylogénétique ou encore cladistique). Le souci de construire une classification évo¬
lutionniste n’est certes pas nouveau. D’ailleurs, même avant de concevoir le phénomène
de l’évolution, des naturalistes prétlarwrnicns ont cherché U construire un système destiné
à rendre compte d’un ordre naturel qu’il fallait découvrir. C'est, ainsi que la classification
zoologique de la |fl e édition du Syslema Nul urne, établi par Linné, datant de 1758, sert
de point de départ à la nomenclature zoologique moderne La classification, dite linnéerme,
est une hiérarchie, à savoir une construction systématique où les groupes sont subordonnés
les uns aux autres. Selon Linné, l'ordre naturel représenté par la classification était le
plan de la Création, I.' « essence », la véritable nature des choses, persistait au cœur du
système liiinéen. A cette pensée dite essentialiste, s'est opposée une pensée dite nomina¬
liste, selon laquelle seuls les individus existent : tout regroupement était un artifice de
la pensée humaine. Ainsi, le botaniste Auanson écrivait en 1763 : « quoiqu’il soit très diffi¬
cile de donner une définition absolue et générale d’aucun objet de l'histoire naturelle,
on pourrait dire assez exactement qu’il existe autant d’espèces qu'il y a d’individus diffé¬
rant entre eux d’une, ou plusieurs différences quelconques, constantes ou non... ». Autre¬
ment dit, pour les nominalistes, souligne Ma vu (1,969), il n’y a pas d’oiseaux ni de serpents
mais seulement des noms inventés par l'homme et attachés à des groupes d’individus consi¬
dérés par lui comme similaires. Mais lu compréhension, au milieu du xix e siècle, du phé¬
nomène de l'évolution allait définitivement, semble-t-il, sonner le glas du nominalisme
(aussi bien que de l’essentialisme). Si la classification zoologique traditionnelle avec, par
exemple, ses classes Reptilia, Aves, Mammalia est à l’origine une classification fixiste
et typologique, héritée de Linné, paradoxalement, le besoin de classification des êtres
— 120
vivants trouva sa justification dans la mise en évidence de l'évolution et de son histoire
(la phylogénie) avec la notion corollaire de relation de parenté. Si l’ordre naturel était le
plan de la Création, point n’était besoin, au fond, d'y chercher un fil directeur. Chaque
espèce du monde vivant aurait pu avoir été créée indépendamment. Mais l'observation
montrait qu’il ne devait pas en être ainsi et Limité lui-même s’était attaché à retrouver
le (' plan », le fil directeur, qui était, sans qu’il le sache, l’évolution. Comme l’ont défini
notamment Simpson (1961 : 9) et Mayr (1969 : 4), la classification zoologique est l’arran¬
gement des animaux en groupes en fonction île leurs relations de parenté. Nous savons
ce que L.inné ignorait : la diversité des formes animales est. due à l'évolution, dont l'aspeet,
historique est compris sous le nom de phylogénie, terme forgé par Haeckel en 1866 qui
le définissait ainsi : l’histoire du développement des espèces.
Ces préliminaires étant admis, on peut s’étonner des réticences de nombreux évolu¬
tionnistes (Simpson et Mayr les premiers) envers la classification phylogénétique. Sans
entrer dans des discussions aussi sophistiquées que. partisanes qui sont aujourd'hui légion,
il me semble que l’accord sur deux ou trois définitions de termes courants permettrait
de lever nombre d'incompréhensions.
C’est sur la définition des relations de parenté que se fonde d’abord l’opposition actuelle
entre les partisans d’une classification longtemps appelée « évolutionniste » puis, de plus
en plus, « éclectique » selon le mot revendiqué par Simpson (1978) qui en est l’un des prin¬
cipaux promoteurs [Simpson, 1945, 1961) et les partisans d’une classification phylogéné¬
tique dont les principes essentiels ont été publiés par Hennig (1950, 1966 notamment).
Sans citer les partisans de la taxonomie numérique dite encore phénétique qui, à l’origine
(Sokal et Sneath, 1963), ignorent délibérément et explicitement la phylogénie ; ce n’est,
plus le cas aujourd'hui (Faruis, 1977).
Pour les eladistes, à la suite de Hennig, les relations de parenté sont strictement
phylogénétiques. Si deux espèces A et B sont plus proches parentes qu’elles un le sont
chacune d’une troisième C, elles ont en rorntrnin un ancêtre qui n’est pas également ancêtre
de C. Les relations de parenté sont ainsi définies de façon phylogénétique par référence
à un ancêtre commun immédiat. Autrement dit, sans évolution pas de parenté phylogé¬
nétique. Darwin lui-même avait bien exprimé la nature des relations de parenté : « Le
lien que nous révèlent partiellement nos classifications — écrivait-il — lien déguisé comme
il l’est, par divers degrés de modifications, n’est autre que la communauté de descendance,
la seule cause connue de la similitude des êtres organisés » (Darwin, 1859 : 413 cl. 490 de
l'édition française de 1951). La communauté de descendance peut se traduire, pour un
morphologiste, par l’héritage h partir d'un ancêtre commun de divers caractères morpho¬
logiques. Depuis longtemps déjà on sait qu’une classification fondée sur la convergence
(caractères semblables non hérités d’un ancêtre commun) n’a aucune signification phylo¬
génétique.
Toutefois Simpson (1961 : 9) ajoute que classifier c'est regrouper les animaux sur
la hase de leurs relations de parenté, c’est-à-dire, — écrit-il — de leur association par conti¬
guïté, similarité, ou les deux. Pour Simpson, c’est l’association par contiguïté qui est un
concept: phylogénétique, ü en donne l’exemple suivant : les relations existant entre tous
les descendants d’une population. 11 est clair que selon Simpson la similarité, en revanche,
n’est pas nécessairement une notion phylogénétique. La classification zoologique tend
alors à exprimer à la fois la phylogénie et la ressemblance. Cette définition des relations
121 —
de parenté est au cœur des contradictions entre les systèmes éclectique et cladistique.
Pourtant, il est difficile de concevoir dans un système évolutionniste des ressemblances
significatives qui ne soient pas, précisément, le résultat de révolution. Si la ressemblance
morphologique n’est pas interprétée dans un contexte phylogénétique, on en revient à
l’approche fixiste prédarwinienne. Ce n’est évidemment, pas à ce résultat qu'amène l'étude
de plus en plus allinée de la phylogénie. Il semble donc que c’est bien plus à cause de la
définition inutilement surchargée et ambiguë de Simpson [reprise par Mayii (1974 : 102)
d’après qui la définition cladistique des relations de parenté est « hautement spécialisée »]
qu’à cause des lacunes de connaissance souvent invoquées à propos des constructions
phylogénétiques, que découle l'affirmation de Simpson et de Mayb, à savoir que la classi¬
fication zoologique doit être « compatible » avec la phylogénie mais ne peut en être la tra¬
duction. Exprimer à la fois phylogénie et similarité dans une classification c’est, dans la
perspective éclectique, faire appel à I’ « ingéniosité humaine », à 1' « art » du syst.émalieien
selon le mot de Simpson. Au contraire, pour Hkm.mb (1975) c’est une erreur logique fon¬
damentale que de rechercher un compromis entre deux systèmes différents, l’uu phylo¬
génétique, l’autre morphologique — autrement dit typologique. Un exemple en est donné
par la récente polémique suscitée par Halsteaij (1978) sur la position systématique des
dipneustes. Il s’agit de savoir si un dipneuSte est plus proche d'une vache que d’un saumon.
A première vue, il apparaît bien que non. Pourtant, si proche vent dire apparenté (phylo¬
génétiquement), la réponse devient affirmative. Un grand nombre de caractères de tétra¬
podes sont présents chez les dipneustes (choanes, épiglotte, structure du membre anté¬
rieur, etc.), et ont été vraisemblablement hérités d’un ancêtre commun. Cela justifie dans
une perspective phylogénétique I inclusion des dipneustes et des tétrapodes dans un groupe
monophylétique (Choaiiata).
J’ai dit. auparavant que les naturalistes ont toujours cherché à rendre compte d’un
ordre naturel, autrement dit ont cherché à construire des classifications naturelles plutôt
qu'artificielles. Ici encore, le concept de groupe naturel en zoologie a fait couler beaucoup
d'encre. Le problème à résoudre est. celui de la classification d'espèces en taxons de rang
supérieur. Sur quels principes reconnaître ces taxons s’ils doivent avoir une signification
phylogénétique ? Pour les dadistes, la classification a pour seul but. d'exprimer la phylo¬
génie. Cria en accord avec la définition phylogénétique des relations de parenté. Le système
hennigien, en la matière, est parfaitement rigoureux. Si la classification a pour but. d'expri¬
mer la phylogénie, c’est-à-dire un « processus historique unique » selon le mot. d’ÏIoEFSTET-
ter (1978), elle ne fait place aucunement, en principe, à l’arbitraire, à l'art. Car chacun
s’efforce, malgré tout, à faire en sorte que la classification ne soit pas totalement arbitraire
et, précisément, s’efforce de classifier des groupes naturels. Comment, si l’on tient compte
de l’histoire de révolution, pourrait-on définir des groupes naturels de rang supérieur
sinon en termes phylogénétiques ? Un groupe naturel (qui ne dépende pas entièrement
de l’arbitraire du systématicien) ne peut être, de ec point, de vue, qu'un groupe dont les
membres descendent d’un ancêtre commun. Mayr (1969 : 61) écrit : « les groupes naturels
existent parce que les membres d’un tel groupe descendent, d’un ancêtre, commun ». La
confusion peut naître à ce stade. Qu’est-ce qu'un ancêtre commun ? Selon la définition
de Mavh, n’importe quel groupement est naturel. Un groupe réunissant l’homme et le
cheval à l'exclusion du gorille, par exemple, est, de ce point de vue, naturel, puisque homme
et cheval descendent nécessairement d'un ancêtre commun. Au contraire, nous sommes
— 122 —
amenés à regrouper, dans l’ordre des Primates, l’homme et le gorille qui descendent d’un
ancêtre commun qui n'est pas aussi celui du cheval, c’est-à-dire plus récent dans l’histoire
de l’évolution que l’ancêtre des trois taxons. 11 apparaît que l’ancienneté relative de l'ancêtre
commun est déterminante pour la reconnaissance d’un groupe naturel de rang supérieur.
Pour les cladistes les groupes naturels sont les groupes monuphylétiques. Et seuls
les groupes monophylétiques doivent être retenus dans une classification zoologique. Mais,
curieusement, une notion aussi fondamentalement phylogénétique qu'un groupe raono-
phylétique a reçu plusieurs définitions.
D'après Hesmik (11)66 : 73) — cl bien d’autres avant Hennir — un groupe mono-
phylét.ique est un groupe qui contient tous les descendants d’une espèce ancestrale com¬
mune. Cette définition est d’ailleurs donnée par Rom km (1973) dans un article concernant
la signification des classes des vertébrés, sans que Rosier, qui ne fait aucune allusion aux
aspects polémiques des différentes approches en systématique, ne se réclame en cela par¬
tisan dp? méthodes cladist.iques. Cette définition est la seule possible, si elle doit, avoir
urie signification phylogénétique. Comment concevoir dans une perspective biologique
moderne un ancêtre commun qui ne soit pas une espèce puisque révolution « opère » au
niveau spécifique, sinon à celui de la population ? Au contraire, pour Simpson (1961), suivi
par Mayr (1969), un groupe est monophylétique s’il descend d’un groupe de. même rang
ou de rang inférieur. La monophylie n minimale » ainsi définie par Simpson permet —
comme il a été souvent souligné (Bonue, 1977) — de faire tous lp? regroupements pos¬
sibles. I ne telle définition permet aussi — et encourage — la pratique courante de la cons¬
truction de groupes dits ancestraux. Mais, bien entendu, une famille tout entière ne peut
être l’ancêtre d'une antre famille. Il est donc dillieile de trouver une raison pour rejeter
une définition phylogénétique d'un concept phylogénétique comme la monophylie. Or
des partisans de la systématique, éclectique (Asmi.ock, 1971, suivi par Mayr, 1974) ont
été amenés à nommer « holophylétiques » les groupes monophylétiques et à nommer « mono-
phvlétiques » des groupes qui ne le soûl manifestement pas, c’est-à-dire des groupes qui
ne renferment pas tous les descendants d’un ancêtre commun (qu’IfENNir. nomme « para-
phylctiques », voir plus loin). Si une espèce A est plus proche parente d'une espèce B que
d une troisième €, elle a en commun avec B une espèce ancestrale qui n’esl pas aussi ances¬
trale à C : dans ce cas A -f- B forment un groupe monophylétique. Cela implique que l’espèce
ancestrale à A et B est nécessairement plus récente que l’espèce ancestrale à A, B et C.
Cette notion d’ancienneté relative de l’ancêtre commun [« reeency of comnion aneestry »
de Bigelow (1956)] est similaire a celle de « propinquif.y of descenl » de Darwin (1859).
Cela a amené Simpson (1961 : 146) lui-même à écrire : « the phylogenetic System, with ils
degrpes of propinquity of descent, from commun aneestry, provides the basis for recognizing
priorités tlint are literally prier, in the temporal sense, and are ccrtainly nat.ural in the
fullest sense of the Word ». Les zoologistes el paléontologistes modernes ont toujours essayé
de penser et de communiquer dans un contexte évolutionniste fondé sur la connaissance
sans cesse améliorée de la phylogénie. On ne peut, imaginer un évolutionniste ignorant
délibérément la phylogénie. C’est pourtant à ce paradoxe qu’uboulil l’application des
méthodes éclectiques en matière de classification zoologique. En effet, la volonté d’expri¬
mer à la fois la phylogénie et la ressemblance (caractères primitifs et dérivés confondus)
est vouée à l’échec. Mayr a particulièrement souligné que la plus ou moins grande res¬
semblance morphologique entre les taxons, due habituellement à l’adaptation à un milieu
123 —
Fig. 14. Relations île parenté, divergence morphologique et classification, a, b, c, d et e : carac¬
tères morphologiques. La polarité dns caractères (morphocline) se fait de a vers a', de b vers b' et de
c vers c'. Les cercles noirs sont les taxons classifiés, les cercles hlaries les ancêtres hypothétiques (mnr-
photype ancestral). Sur la figure. 14 B, on a éloigné le taxon D du taxon C pour représenter la diver¬
gence morphologique (caractère di.
particulier, devait être exprimée dans la classification. C’est et: qu’il appelle également
divergence adaptative nu encore similarité génétique générale. Celte attitude a irrémé¬
diablement pour résultat de ne plus retenir de groupe monophylétique dans la classifica¬
tion. Par exemple (iîg. 14), deux taxons C el D sont plus apparentés phylogénétiquement
qu’ils ne le sont chacun du taxon IL Si D est extrêmement divergent en raison d’une adap¬
tation originale, le. groupe monophylétique C -f D n’est pas retenu dans la classification
que souhaite Mayh. On voil que choisir d exprimer la divergence morphologique dans
une classification revient à abandonner lés données de la phylogénie, Autrement dit, la
classification des seuls groupes monopliylétiques ressortit à l’idée que des taxons de rang
supérieur n’ont d'existence réelle que d'un point de vue généalogique (phylogénétique),
la phylogénie étant un phénomène historique qui s’est produit au cours de l’histoire de
la Terre, en dehors même de tout système d’analyse humain. Cela est d’une importance
considérable et renouvelle le vieux déliât concernant les classifications horizontale et ver¬
ticale, e’esl-ît-dire l’inclusion de grades et de eJades dans la classification zoologique. Un
sait qu’un ensemble d'espèces (nu de taxons) partageant un même plan adaptatif général
correspond à un grade. Au contraire, les espèces ayant la même origine phylogénétique
(groupe monophylétique) forment un clade. Simpson (1961) donne la priorité ,4 la classi¬
fication verticale de elades chaque fois que cela est possible. Mais dans la mesure où la
recherche de caractères primitifs (généraux) permet dans le système éclectique la construc¬
tion de grades, c’est-à-dire de groupes souches (« grade reptilien » par exemple), Simpson
accepte l'inclusion dans la classification de grades dont les membres sont reliés par des
« relations horizontales ». D'autre part, le parallélisme peut permettre la réunion de taxons
dans un grade qui, dans ce cas, peut être pnlyphylétique. D’un point de vue cladistique,
les relations horizontales n'existent pas Elles sont le résultat à une époque donnée de
parentés phylogénétiques (relations verticales) dues à un ancêtre commun. Dans la polé-
— 124 —
inique engagée par Halstead (1978) à propos de la classification des dipneustes, ce dernier
juge qu’une classification « gradiste u illustre mieux l’évolution qu'une classification cla-
distique. C’est aller au-delà de ce que conseille Simpson, comme il vient d’être dit. En
outre, une telle assertion oppose de façon artificielle évolution et phylogénie. Un exemple
nous est donné par l’histoire des équidés, Uyracolheriuin , réputé ancêtre des équidés, qui
vécut à l’Eoeène, est une forme de la taille d’un renard, pourvue de quatre doigts antérieurs
et trois doigts postérieurs, possédant des dents basses, bunudontes à tubercules arrondis.
Il est souvent dit (Simpson, 1945) que cet animal aurait pu être aussi l'ancêtre d'autres
pémsodactvles. Or, s’il est classé parmi les équidés, ce n'est fias en fonction de son grade,
équidé que, de toute évidence, il ne présente pas. En fait, plus encore que la découverte
en Amérique du Nord d’une série de formes de plus en plus proches des chevaux actuels,
c'est l'existence chez Hyracollutrium de deux ou trois caractères crâniens, uniquement
connus par ailleurs chez les chevaux (synapomorphies) qui fait d’Hyracotherium défini¬
tivement lui équidé (MacFaduen, 1976). Ce sont doue des relations phylétiques verticales
qui définissent la position systématique.
Une fois l’accord fait sur les définitions des relations de parenté et des groupes mono*
phylétiques, il ne reste plus qu’à s’entendre sur des conventions qui permettent de. tra¬
duire au mieux la phylogénie dans une classification. Il importe auparavant de définir
ce que sont, les groupes frères du système hennigien. Deux groupes d'espèces issus d’un
ancêtre commun (espèce souche) sont appelés par Hunnig (1966 : 139, 159) groupes frères
(= « sisiçr grnups »). On voit sur la figure 15A que l'arrangement des taxons en groupes
monophylétiques est fonction de l’ancienneté relative de l'ascendance commune (l’espèce
souche), c’est-à-dire de la succession des branchements dichotomiques. Toutefois l’espèce
ancestrale n'est pas recherchée en tant que telle ; elle est déduite à partir des synapomor¬
phies relevées sur les taxons étudiés : c’est le morphotype ancestral. La recherche des groupes
frères remplace dans le système cladistique celle des groupes souches ou ancestraux des
phylogénies traditionnelles. Ce bouleversement dans les habitudes qu’implique la recherche
des groupes frères n’a pas échappé à Iîiu'nuin (1972) qui écrit : « il lie fait guère de doute
que les travaux de llennig portant sur la systématique phylogénétique et ses principes
phylogénétiques de recherche du groupe frère seront jugés par les scientifiques de demain
comme constituant J’un des progrès méthodologiques les plus importants en biologie cau¬
sale depuis Darwin ». Les phylogénies traditionnelles montrent des groupes souches d’où
dérivent divers autres groupes plus évolués. Ces groupes souches sont classifiés. Ce sont
par exemple les reptiles c ancêtres » à la fois des mammifères cl des oiseaux, les condylar-
tlires à l’origine notamment des divers crcodantes et des ongulés, ou même les Arctocyonia
et les Arctooyonidae au sens de Van Vai.en (1978). Les groupes souches, paraphylétiques,
renferment des espèces réunies sur la base de caractères primitifs partagés (symplésio-
morphie) qui ne témoignent pas de relations de parenté étroites. La recherche des groupes
frères monophylétiques a notamment, pour résultat la destruction de ees groupes. Ce n’est
pas le moindre aspect novateur de la méthodologie hemiigïenne.
Un autre, plus philosophique, peut éclairer certaines réticences. I ne conception déter¬
ministe de l’évolution qui relèverait plus ou moins du finalisme pourrait expliquer l'image
de la dérivation des lignées à partir d’un groupe ancestral de rang supérieur. Le groupe
primitif renfermerait, dans cette perspective les potentialités évolutives des groupes qui
en sont issus ; il serait en quelque sorte le substrat d’où naissent les groupes évolués s’affran-
— 125 —
chissant de leur état primitif. Ce lien direct de primitif à évolué (non pas au niveau des
caractères morphologiques mais au niveau des groupes systématiques) est le corollaire
de l’idée d'un inéluctable progrès. Progrès qui, dans cette perspective, a abouti après une
succession de grades évolutifs à l’apparition de l’homme, considéré comme le. point cul¬
minant de l’évolution. L’homme étant un vertébré, la classification traditionnelle des
Yertefarata a particulièrement souffert de cette conception anthropomorphique de révo¬
lution. Dès 1934, Save-Soderbekgh avait, remarquablement exprimé cette opinion. Il
écrivait : « Supposons que nous découvrions un groupe d’invertébrés présentant les mêmes
types de ramifications phylogénétiques que ceux des vertébrés. Une classification de ce
groupe d’invertébrés, analogue à la vieille classification des vertébrés, paraîtrait tout à
fait absurde, à quiconque familier des méthodes systématiques et phylogénétiques. La
raison pour laquelle une telle absurdité n’a pas paru évidente aux spécialistes de vertébrés
semble bien être qu'ils n’ont pas envisagé le problème avec 1 impartialité et l’objectivité
voulues. En fait, ils sont eux-mêmes des vertébrés. En d’autres termes, en ce qui me con¬
cerne, je pense que la vieille classification des vertébrés exprime un point de vue anthro¬
pocentrique dans la mesure où le groupe Vertebrata dans son entier est regardé comme
une succession d’étapes menant à l’homme ». J’ajoute dans cette même perspective, qu’à
la vision élitiste de groupes évolués prenant Je pas sur des groupes primitifs, Hennic a
substitue la notion cgalitariste de groupes frères dérivant deux à deux, dichotomiquement,
d une espece ancestrale et qui définissent ensemble un groupe monophylétique de rang
supérieur. On peut évidemment être réticent sur ce qu’implique la dérivation de deux espèces
sœurs à partir d’une espèce ancestrale en ce qui concerne le mode de spéciation. Mais il
faut souligner que le meilleur témoignage de la validité de cette approche méthodologique
réside, dans le pouvoir explicatif de ses résultats. D’un point de vue biologique, la notion
de groupe ancestral de rang supérieur n’est ni plus exacte ni plus féconde. Par exemple,
dans la figure 14, même si le taxon C est dans son ensemble primitif par rapport au taxon
D (divergence représentée par l'écartement entre C et D). il est plus apparenté à D qu’à
A ou B. Les deux taxons C et D sont issus d une même espèce ancestrale qui leur a légué
au moins un caractère morphologique (c). Ce sont, deux groupes frères. Ea classification
d un taxon C -f- 1> et. non pas d’un taxon B C primitif et pseudo-ancestral est ainsi jus¬
tifiée. D’une certaine manière, C se trouve être 1’ « égal » de D, même si D est extrêmement
divergent.
Le but de la systématique eladistique est donc de ne classifier que des groupes mono-
phylétiques. Bien des auteurs considèrent au contraire, que le. but de la classification zoo¬
logique n’est pas d’exprimer la phylogénie ou bien encore que les essais de classification
eladistique proposés ces dernières années ne sont pas convaincants. Simpson (1975 ; 14)
connue Math (1974 : 98) ont reconnu que l’analyse eladistique était le meilleur outil pour
I édification de la phylogénie, lout.efois, ces deux auteurs persistent à vouloir exprimer
dans la classification qu’ils préconisent, à la fois la phylogénie et la divergence morpholo-
gique, grâce à une pondération judicieuse des caractères. Or, on ne peut exprimer les deux
à la fois. Ou voit sur la ligure 14 que si l’oit exclut le taxon D de l’enscmlde C -f- D en rai¬
son d une forte divergence morphologique (illustrée par le caractère d) et que l’on clas¬
sifie le taxon C avec le taxon B, l'ensemble B f C est paraphylétique. Les taxons B et C
peuvent être très ressemblants si le caractère b' est peu différent de b et si le caractère c
(sous son état plésiomorphe c ou apornorphe c') est un caraclère apparemment peu irripor-
— 126 —
tant. Mais les caractères a' et L» communs aux taxons B et C et qui servent dans ce cas à
définir l’ensemble B -(- C, sont, hérités d'un ancêtre commun qui est également ancêtre
du taxon D. Ce sont des caractères jdésiomorplies à l’intérieur du groupe B + C -j- U.
Il rfy a pas de caractère propre à B -f C qui ne soit également pirésent- chez D. Ce sont
les groupes B -f- C —|— D et C 4- D qui sont monophylétiques. Il est donc clair que si 1 on
classifie les groupes en fonction de la divergence morphologique on construit immanqua¬
blement des groupes parnphylétiques qui n’ont pas d'histoire phylogénétique propre.
Récemment encore. Goulu (1980) reconnaît, l’aspect positif de I analyse eladistique, eu
particulier l’aspect objectif des « branching séquences » (dichotomies) qu'il est possible
de reconstruire au moyen des synapomorphies ; la notion importante de groupe paraphy-
létique : le fait que la similarité ne peut être que généalogique d’un point de vue biolo¬
gique (souligné par Gould), Il en conclut pourtant à l'inutilité de la classification eladis¬
tique Ca contradiction qui caractérise ces points de vue n'est pas levée. L ne fois la phy¬
logénie construite après analyse eladistique, il reste à nommer les groupes monophylétiques
de rang supérieur : on élabore dès lors une classification eladistique car il est dillicile de
concevoir que l'on s’attache à nommer des groupes paraphylétiqnes plutôt que monophy¬
létiques une fois que les relations de parenté entre taxons ont été mises en évidence. Si
la classification, zoologique no retient que des groupes monophylétiques, elle est et ne peut
être par définition que phylogénétique. On ne peut échapper à cette problématique.
Selon certains cladistes, la recherche des synapomorphies et la classification des groupes
monophylétiques a un autre avantage, sur le plan épistémologique. L'analyse eladistique
est une méthode hypothético-dédiietive, Pour cette raison de nombreux cladistes dont.
Miles (1975), Wiley (1975), Box de (1977), G asc (1978) et G affine y (1979) se sont référés
à Karl Popper pour affirmer que la classification phylogénétique fondée sur fi* cladogrammc,
qui peut être testé sur la base du principe d’économie d’hypothèses, est une véritable disci¬
pline scientifique au sens poppérien. En effet, la recherche des synapomorphies et la cons¬
truction des groupes monophylétiques sont des hypothèses scientifiques réfutables (« fal¬
sifiables » au sens de Popper). Une classification eladistique est donc également réfutable.
Au contraire, traduits dans la classification, une opinion, un argument d'autorité, qui
souvent dans le système éclectique tiennent lieu d hypothèse scientifique, ne sont pas
réfutables. L’appréciation de la divergence morphologique n'est, pas réfutable, de même
que la construction de groupes de rang supérieur fondée sur ht ressemblance générale.
Par exemple Vax Valen (1978) a proposé récemment une phylogénie des Unguia ta. Les
Arctocyonidae sont le groupe souche (paraphylétique). En dérivent neuf taxons de rang
supérieur. La racine du groupe souche est formée par les Oxyclaeninae (inclus dans le
groupe Arctocyonidae) qui sont à l’origine de trois sous-familles maintenues dans les Arcto-
evonidae, de trois familles (Mioclaenidae, I lyopsodonlidae et Periptychidac) et de deux
ordres (Pantndmita et Artiodactyla). l'ne telle classification ne renseigne pas sur les rela¬
tions phylogénétiques entre les groupes ni sur leur nature mofiophylètique ou non. Cette
classification n’est pas réfutable. Elle peut absorber sans transformation toute donnée
phylogénétique nouvelle. Quant aux rangs qui sont assignés aux taxons, ils ressortissent
à une conception artistique, de la classification [au sens de Simpson (1961)]. Sans remonter
à Descartes, je rappellerai au passage que si certains naturalistes ont quelque réticence
à se référer à Popper pour justifier leur démarche scientifique, le parrainage de Claude
Bernard ne devrait pas leur paraître indigne. Claude Bernard, dès 1865 dans son « Intro-
127 —
duction à l’élude de la médecine expérimentale », parlait d'« induction » et de « syllogisme »
(qu’il identifiait à la déduction), ce qui correspond à la méthode hypothétîco-déductive
de Popper, Il parlait de « contre épreuve >> et de « contrôle » à la place de « réfutation » (« fal-
sifiability » de Popper). Enfin, lorsque Popper affirme qu'une théorie n’est, scientifique
que si elle peut être soumise à réfutation, Claude Bernard écrivait : « lorsque (...) nous
Fig. 15. — Subordination et mise en séquence.
15 A : Classification phylogénétique d’un ordre, (subordination hiérarchique). Tous les groupes monophy-
létiques sont nommés et les groupes frères occupent le même rang hiérarchique. Cercles noirs : taxons
classifiés (V à Z) ; cercles blancs : ancêtres hypothétiques (morpholype ancestral). Dans cet exemple
la classification combinant subordination et mise en séquence serait la suivante. :
Sous-ordre A : V
Sous-ordre B • W 4- X -f- Y -j- Z
Su perlant il le B'1 : W
Superfamille B2 : X
Superfaniille B3 : Y
Supertamille B4 : Z
où deux sous-ordres sont subordonnés à l’ordre classifié et les taxons du groupe famille (W à
Z) sont mis en séquence à fintéiiour du sous-ordre B. La lecture de la classification implique que la
superfaniille DI est le groupe feère de 1 ensemble B2 B3 -f B4, que la superfaniille B2 est le grimpe
frère de l'ensemble 113 -f- B4 et que la superfamille 1Î3 est le groupe frère de B4.
15 B : Mise en séquence d'un taxnn fossile (Y) aux illimités imprécises. On suit que Y est plus apparenté
à W et X qu'à V mais ou ne sait pas s’il est plus proche de W que de X et inversement, ou s’il est
plus proche de l’ensemble W + X. La classification des taxons serait la suivante :
Groupe A r V
Groupe B : W -|“ X H- Y
Sous-groupe Bt ; W
Sous-groupe B2 : X
Groupe B incerlae sedis sous-groupe B3 : Y
Dans ce cas, le taxon fossile Y est mis en séquence dans le groupe B avec les sous-groupes B1 et B2.
— 128 —
avons émis une idée ou une théorie, nous ne devons pas avoir pour but de la conserver
en cherchant tout ce qui peut l’appuyer (...), nous devons au contraire examiner (...) les
faits qui semblent la renverser » et il concluait déjà : « quand on veut trouver la vérité,
on ne peut asseoir solidement ses idées qu’en cherchant à détruire ses propres conclusions
par des contre-expériences ».
Avant d'aborder les problèmes de langage «pie pose l'expression de la phylogénie
dans la classification zoologique à l’aide de l’exemple concret de Moerüherium, je voudrais,
à propos de la dualité phylogénie et. classification, faire un rapprochement entre Lamarck,
Stmpson et Ma vu d’une part et Darwin et IIennig d'autre part. Sans pousser trop loin
l’analogie, il est singulier de constater comment Lamarck en 1809 avait opposé d’une
certaine manière phylogénie et classification lorsqu'il opposait sa « distribution générale »
des êtres vivants et la classification. Je pense qu il est légitime de paralléliser la <« distri¬
bution générale » destinée selon Lamarck à représenter l'ordre naturel avec la phylogénie
qui est effectivement l'ordre (historique) naturel. Dans sa « Philosophie Zoologique »,
Lamarck écrit : <c Le bot d’une distribution générale des animaux (...) est (...) un ordre
représentant le plus possible celui même de la nature, c’est-à-dire l’ordre qu'elle a suivi
dans la production des animaux et qu’elle a éminemment caractérisée par les rapports
qu elle a mis entre les uns et les autres ». Lamarck poursuit : « Le but (...) d’une classifi¬
cation des animaux est de fournir, à l’aide de lignes de séparation tracées de distance en
distance dans la. série générale de ces êtres des points de repos à notre imagination, afin
que nous puissions plus aisément reconnaître chaque race déjà observée, saisir ses rapports
avec les autres animaux connus et. placer dans chaque cadre les nouvelles espèces que nous
parviendrons à découvrir (...) (e') est un produit de l'art ». C'est à cette même conclusion
qu’aboutit Simpson (1961).
Au contraire Darwin (1859) annonçait que « nos classifications deviendraient des
généalogies ». La méthode eladistique de reconstruction de la phylogénie et son applica¬
tion à la classification semblent plus proches du but recherché par Darwin. Je ne sais
pas si c’est en cela que certains zélateurs de IIennig en font le Darwin du xx e siècle, mais
cotte parenté me semble particulièrement démonstrative.
IV. B — Subordination et mise en séquence : l’exemple de Moeritherium
Dans un système phylogénétique il n’y a que deux solutions à une classification de
groupes monophylétiques : la subordination (que l’on pourrait appeler l'orthodoxie henni-
gienne) et la mise en séquence (= « sequeneing » de Nelson. 1972, 1974). En fait, pour
des raisons de commodité (voir (îg. 15). une combinaison des deux est le plus souvent pra¬
tiquée (Crachait, 1974 ; Patterson et Rosen, 1977).
Dans la discussion qui suit, Moeritluiriurn est considéré comme monophylétique (voir
fig. 12). Ce genre présente des synapomorphies avec les éléplumts (prohoscidirns actuels).
11 se pose donc le problème de sa classification par rapport aux Proboscidea. Les éléphan-
toïdes font naturellement partie des proboscidiens auxquels se rapportent les deinothères
(groupe monophylétique fossile renfermant Prodeinotherium et Deinolherium). Est omis
de la discussion le genre Banjlherium très mal connu et d'alTinités incertaines, dont la
diagnose la plus récente (Harris, 1978) renferme certains caractères, observés sur un
— 129
matériel inédit, qui sont peut-être des caractères dérivés de proboseidien (position défendue
par Harris) : I* agrandies, narines externes reculées, squelette de proportions elephan-
tines.
Une solution simple, déjà préconisée, qui a le mérite en la circonstance de ne pas bou¬
leverser la tradition et de respecter la stabilité île la classification zoologique, est de subor¬
donner Moentheriiim aux Prohoseidea puisqu'il est plus apparenté aux éléphants qu’à
tout autre groupe actuel. A l'intérieur des Prohoseidea, il se révèle être le groupe frère
de l'ensemble deinuthères -|- éléphantoïdes. La subordination hiérarchique préconisée
par 11 ex MO implique que les groupes frères ont le même rang (fig. I 5 A V, La classification
serait la suivante
O. Proboseiden llliger, 1811
S.-U. Moeritheria Deranyagala, 1955
S.-O. non nommé
SF. Deinotherioidea Bonaparte, 1841
S F. Fbphanloidea Gray, 1821
Le nom des taxons, leur date et leur auteur répondent à l’exigence de l’article 36 du
Code International de Nomenclature Zonlogique.
11 1 <nN tc a précisé que la classification devait être d’abord fondée sur les formes actuelles
et qu’ensuite il convenait d'y inclure les formes fossiles. Mais il a vu la difficulté fréquente
de subordonner des taxons fossiles, parfois nombreux et mal définis. Dans la classification
ci-dessus existe déjà un taxuo nouveau pour l’ensemble Deinotherioidea -F Flcphnnloidea.
11 un ni g (1969) a envisagé ainsi d'insérer dans la classification fondée sur les formes actuelles
des catégories intermédiaires (« Zwischeukalegurien #) pour les fossiles. Nki.son (1972,
1974), Pattkhson et Rosen (1977) ont répondu à ee souhait de IIe.vnig. lin cll'el, si I on
veut classifier tous les groupes monophylétiques déduits d’une phylogénie, on se trouve
confronté à un problème majeur, Le systémalieien qui veut nommer-tous les groupes mono-
phylétiques subordonnés (par exemple McKenna (1975) dans sa classification des Mn ni ma¬
fia] doit créer un nombre considérable de termes nouveaux pour chaque catégorie. I) notre
part, tout changement d’opinion sur les positions respectives des groupes frères implique
une transformation de la classification qui se répercutera à chaque niveau. Dans l'exemple
ci-dessus, I inclusion de Bavylherium , une lois ses illimités précisées, transformerait la hié¬
rarchie des taxons de rang supérieur et leur compréhension. Il est possible d'éviter cette
difficulté pratique en acceptant In convention du « sequencing » de Nelson (1972, 1974)
que l’on peut traduire par « mise en séquence #. Il siill'n de classifier les taxons monophy-
létiques dans un ordre tel que chaque taxon cité soit le groupe frère de tous les autres taxons
de même rang cités après lui, On ne viole dans aucun cas le principe de nionophylie. Celte
convention est particulièrement utile dans le cas de fossiles lorsque les relations phylo¬
génétiques sont sujettes à de nombreux changements potentiels (fig. 15B), Dans la pra¬
tique, le systématieien aboutit généralement à une combinaison de la subordination et
de la mise en séquence. Un pourrait par exemple mettre en séquence, cités dans cet ordre,
moerithères et deinothères avec les Proboseiden, en les élevant chacun au rang d'ordre. Il
est néanmoins préférable de les subordonner au groupe actuel auquel ils sont apparentés (ce
qui lui donne une signification évolutive) et de les mettre en séquence à l’intérieur du groupe
lui-même. La mise en séquence de MnerUherium serait la suivante :
I, 36
— 130 —
O. Proboscidea llliger, 1811
SF. Moerithcrioidea Andrews, 1906
SF. Deinotherioidea Bonaparte, 1841
SF 1 . Elcphanl.oidea Gray, 1821
Dans cette elassMicatinn les taxons fossiles sont subordonnés aux Proboscidea et mis
eu séquence à l'intérieur de l’ordre au rang de superfamillc. Les noms, dates et auteurs des
taxons répondent à I exigence de l'article 36 du Code International de Nomenclature Zoo¬
logique. La lecture de cette classification implique que Moerithcrioidea est le groupe frère
de Deinotlierioidea -f- Flephantoidea et que Deiuollievioîdea est le groupe frère des Ele-
pliautoidea. Cette classification est conforme à celle de Sim csun (1945) et de McKenna
( 1975), que je n’ai d'abord pas contestée (Tassv, 1979), à une différence de nomenclature
près. Ces auteurs ont entériné la nomenclature iI’Usbohn (1921, 1936) qui utilise pour les
noms de sous-ordre le sullixr -oidea des noms de superfamille, ce qui est contraire à la
recommandation 29 A de l’article 29 du Code International de Nomenclature Zoologique.
Il faut remarquer qu'OsBORN lui-même en 1921 avait divisé les probuscidicns en super¬
familles ; plus tard, en 1936, il les considéra comme des sons-ordres sans changer Je suf¬
fixe.
Dans cette perspective de mise en séquence des formes fossiles, un autre type de clas¬
sification préconisé notamment par Patterson et Hoskn (1977) et Wiley (1979) résulte
de l'inclusion des plésions dans la classification. Selon Patterson et Kosi.n. sont nommés
plésions les groupes nu espèces qui sont mis eu séquence dans la classification en respec¬
tant la convention de Nelson selon laquelle chacun de ces groupes est le groupe frère
de tous les autres qui lui succèdent dans la classification. De tels plésions peuvent être
insérés à tout niveau dans une classification sans changer le rang ou le nom de tout autre
groupe. Cette proposition n'évite pas le problème du choix du rang que l’on doit assigner
à tel ou tel taxon fossile, Mofii'Uhcri.uni doit-il être inclus dans les Proboscidea en tant
que plésion de rang générique, familial, superl'amilial, sous-ordinal Patterson et Rosk.n
utilisent les noms traditionnels par souci de communication. Cela est codifié par Wiley
(1979) dans sa « convention 2 » selon laquelle la classification doit être la moins redondante
possible et utiliser an mieux les rangs traditionnels compatibles aA'ee les relations de parenté.
On peut se demander ce que signifie alors le rang d'un plésion dans une classification phy¬
logénétique s’il est un héritage de la classification morphologique (qu'l Ienmg nomme
typologique) dont la seule vertu est d'être traditionnelle, Mais il est vrai que la notion
de plésion bouleverse assez considérablement le traitement habituel des taxons fossiles.
L’argumentation de Patterson, H or en et Wiley est surtout développée dans un souci
de faciliter la communication (la classification est aussi on moyen de communication) à
partir du moment où la forme de ce type de classification est assez nouvelle. La question
a. en revanche, le mérite de montrer clairement la relativité de la forme de la classification
zoologique, surtout des rangs utilisés. On est eu tout cas loin de la stricte subordination
préconisée à l’origine par Hennig, selon laquelle les groupes frères doivent occuper le même
rang. Par contre, le principe de ne classifier que des groupes monophylêtiques esi respecté,
ce qui me paraît le plus important. En ce qui concerne les noms traditionnels, dans le cas
de Moeritherium, le taxon de rang générique est aussi habituel que celui de rang super-
familial Moerithcrioidea qui est dans bien des manuels (v compris eu tant que sous-ordre
— 131 —
comme je l ui déjà signalé). Deux exemples de classification comportant des plésions mis
en séquence sont les suivants :
O. Prohoscidea llliger, 181 I
plésion Moerit.hrri.um. Andrews, 1901
plésion Deinotheriidae Bonaparte, 1841
SF. Elephantoidea Gray, 1821
O. Prohoscidea llliger, 1811
plésion Moeritherioidea Andrews, 1906
plésion 1 )ei nul lierioide.a Bonaparte, 1841
8F. Elephantoidea Gray, 1821
11 convient de souligner que les quatre classifications proposées expriment toutes
les mêmes relations phylogénétiques quelle que soit leur forme. Ces quatre exemples mon¬
trent que, dans une classification phylogénétique, l'ordre dans lequel sont cités les taxons
importe plus (pic le rang qui leur est assigné pour des raisons de nomenclature. C'est nue
constatation qui va à rencontre des habitudes, conséquence du passage d’un système
morphologique à un système réellement phylogénétique. Comme K faut, choisir, je retiens
la classification (troisième exemple) où les plésions sont Mornllterium de rang générique
et Deinnlheriidae taxon du groupe famille comprenant deux genres Prodeinotlieriitin et
Deinotherium).
A l’intérieur des Tethytheria, une classification combinant subordination et mise
en séquence avec introduction des plésions pourrait être la suivante si l'on veut (aire res¬
sortir l'incertitude concernant les relations entre desmoslyliens et Siréniens (cas théorique
de la lig. 15B et alternative trait plein —- trait en pointillé de la fig. 12).
Superordre Tethytheria McKenna, 1975
Tethytcria incertae sedi.t plésion Desmostylia Reinhart, 1959
Tethytheria iMurine sedix t>. Sirenia llliger, 1811
O. Prohoscidea llliger, 181 l
plésion Moerithcrium Andrews, 1906
plésion Deinotheriidae Bonaparte, 1841
SF. Elephantoidea Gray, 1821
A la suite de Wii.ky (1979) (fui utilise le procédé de mise en séquence pour simplifier
la classification des Mammalia de McKenna (1975), les Tethytheria peuvent être consi¬
dérés comme un superordre et non plus un mirordre (catégorie créée par McKenna!. La
classification ci-dessus est. proche de celle adoptée au niveau de l'ordre par Wn.ev (1979)
à la différence près que cet auteur emploie la locution tiédis nmlabilù à la place incertae
■ledis. S'il apparaissait que les Desmostylia cl les Sirenia sont deux groupes frères, il faudrait
inclure les desmoslyliens dans l'ordre des Sirenia. En attendant des ree.Viereltes plus appro¬
fondies concernant les affinités des desmostyliens et des Siréniens qui permettraient de
tester les hypothèses présentées dans la figure 12, je choisis l'hypothèse selon laquelle les
Desmostylia sont le groupe frère de l’ensemble Sirenia -+■ Prohoscidea et les Sirenia le groupe
frère des Prohoscidea sur la hase de l’apparition de PamastoVdie (réduction de l'apophyse
mastoïde). La classification ainsi retenue est la suivante :
— 132
Stipcrordre Telhythcria McKenna, 1975
plésion Desmostylia Reinhart, 1959
ü. Sirenia llliger, 1811
O. Proboscidoa llligcr, 1811
plésion Moerilherium Andrews, 1901
plésion Deiuulheriidao Bonaparte, 1841
SF. Klephantoidea Gray, 1821
Cette longue discussion concernant la classification phylogénétique ne doit pas masquer
le fait que la classification est aussi un langage. Peut-être, en 1 occurrence, un nouveau
langage systématique est-il en train île naître à la suite des recherches phylogénétiques
de ces dernières années (à la fois pratiques et méthodologiques) suscitées notamment par
la dilTnsinn de l'œuvre de Hkmnh.. Si I on se place dans le cadre de l'évolution des êtres
vivants. je ne vois guère de raisons de refuser d'adopter les principes de la classification
phylogénctiqiiq. Mais l'utilisation d’un tel système n implique pas que la classification
suit le luit ultime du traçai) du systématieien ! Néanmoins, la hase de départ de la réflexion
paléontologique devrait être la connaissance sans cesse améliorée de la phylogénie. En
ce qui concerne la classification, il sullil de reconnaître à la notion de relations de parenté
un sens généalogique cl d’admettre que tous les descendants d une espèce ancestrale forment
un groupe mnnophylétîque pour que l’on s'accorde sur les notions essentielles de la méthode
cladistique. Il n’y a rien là d'insurmontable. Quant à la classification de Moeritherium,
le retour, peut-être inattendu, aux idées originelles (I’Andbews montre qu'entre les Anciens
et les Modernes il n’v a pas forcément toujours querelle !
Remerciements
Je remercie !.. Ginsulhg (MNIIN) qui m'a permis d'étudier le crâne de Dur el Tnlha conservé
dans les collections de l'Institut de Paléontologie du Muséum. Mes remerciements vont également
à ceux qui m'ont donné toute facilité puni étudier le matériel dont ils avaient In responsabilité :
R. Tmiford et F Manning A MA H), J. J. IfoQKEH (RMN II) ; K. P. J. Hekmann (SM NS) m’a
autorisé en mitre à étudier un matériel inédit. K. Simoxs (Duke Fniversity Center, Iturliam, North
Carolina! m’a permis de regarder de près le squelette qu’il a découvert et qui est conservé au l’eabody
Muséum Aale) où M. A. Tu hm.ii m’a guidé dans le» collections. Je remercie R. Hofpstettkr
(MNIIN • dont les remarques et critiques lors de nos discussions en matière de taxonomie ont été
source d’un grand enrichissement: C. Pcrrr.nsoN (BMNI1) qui m’a fait pari de ses commentaires
à propos de la classification des groupes souche» et. des plésion» ; ainsi que Ph. Janvikh (LPA Pli!
et B. C.oi ici iMNHN). H. S a ban (MNIIN) m’a conseillé en matière d'anatomie de la région audi¬
tive. Les dessins sont dus à la plume légère el précise de |J. Visset; la plupart des photographies
à fil. Allai,u. (LPVPIIi.
Les missions au Péabndy Muséum de Yale (New Haven) et à l’American Muséum of Naturel
Ilistorv New York) en 1978, au Staallielies Muséum fiir Naturknnde in Stuttgart (Ludwigsburgi
en 1979 et dans PAnrès (Algérie) en 1980 ont été financées par la R CP 292 du CNRS (resp. À . Coi>-
pf.ns). Les missions au Rrilish Muséum (Nalural llistory) eu 1978 ont été financées par le LA 12
du CNRS dir. J. -P. Lerman i.
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PLANCHE I
Moeritherium de Dor el Talha (Libye), Éocène supérieur. Crâne en vue supérieure (MNHN). 5/9 (Cliché
Cl. Abrial .)
PLANCHE I
— 138 —
PLANCHE tl
Moeritheriurn de Dor el Talha (Libye), Éocène supérieur. Crâne en vue inférieure (MNHN). ,< 5/9. (Cliché
Cl, Abrinl.)
PLANCHE II
— 140 —
PLANCHE III
Moeritherium de Dor el Talha (Libye), Éocène supérieur. Crâne en vue latérale droite (MNHN). X 5/9.
(Cliché Cl. Abrinl.)
PLANCHE III
— 142 —
PLANCHE IV
Moeritherium de Dor el Talha (Libye), Éocène supérieur. Crâne en vue latérale gauche (MNHNJ, X 5/9.
(Cliché Cl. Abrial.)
PLANCHE IV
— 144 —
PLANCHE V
Mocritherium de Dor cl Talha (Libye), Éocène supérieur (MNHN).
1 — Crâne en vue occipitale. 5/9. {Cliché Cl. Ahriul.)
2 —- Vue ventrale iogèreirionl postérieure de la région auditive. Boc : basioceipital ; c.a. : conduit, auditif ;
co : moulage naturel de la coehléo : Exo : exoccipital : f.g. : fosse glénoïde ; f.o, : foramen ovale ; p.m. :
logement de la pars mastoidea du périnlique : p.p. : logement de la partie postérieure de la pars petrosa
du périotique ; Sq : squarnosaL 9/10. ( Cliché CL Abrial. )
PLANCHE V
1, 37
146 —
PLANCHE VI
1 — Base du crâne de Phiomia [= Palaeomastodon ? beadnelli 8964 BM(NH)] de la formation oligocène
de Gebel el Qatrani (= fluvio-marine formation) du Fayoum, Egypte (voir également Andrews,
1906 : 134, 152-153). ( Cliché P. Tassy.)
2 — Base du crâne de Moeritherium (M. trigodon AM 13430, AMNH) de la formation oligocène de Gebel
el Qatrani (= fluvio-marine formation) du Fayoum, Egypte (voir également Matsumoto, 1923 :
133-134). Le basicranium est légèrement comprimé de l’arrière vers l’avant. ( Cliché P. Tassy.)
Bas : basisphénoïde ; Boc : basioccipital ; c.a.p. : ouverture postérieure du canal de l’alisphé-
noïde ; f.c. : foramen carotidien ; f.g. : fosse glénoïde ; f.l.m. : foramen lacerum medium ; f.m. : foramen
metoticum (trou déchiré postérieur -f- foramen condylien) ; f.o. : foramen ovale ; f.s. : foramen stylo-
mastoïdien ; o.c.t. : orifice ventral du canalis temporalis ; Pal : palatin ; p.p. : processus paroccipital
de l’exoccipital ; p.p.sq. : processus post-tympanique du squamosal ; Ty : tympanique ; Yo : vomer.
2 W «r
PLANCHE VI
1, 37
Bull. Mus. natn. Hist. natParis , 4 e sér., 3, 1981,
section C, n° 1 : 149-156.
Points de vue d’un paléoanatomiste des Vertébrés
sur la Nomenclature géologique
par Jean-Pierre Lehman
Résumé. — L’auteur propose une nouvelle classification des Ères (quoique assez proche
de l’ancienne classification de Dana) ; tenant compte des progrès récents de la Paléontologie des
Vertébrés, il montre que la classification en anciennes Ères, quoique toute classification en Ères
soit en partie subjective, est devenue résolument archaïque. 11 propose les nouvelles Ères suivantes :
1) l’Ère aspondylienno correspondant au Cambrn-Ordovicicti ; 2) l’Ere ichthycrme équivalente
au Silurien et ait Dévonien; 3) l’Ère thérapsidienne correspondant au Carbonifère, au Permien
et au Trias-, 4) l'Ère sauropsidienne équivalante au Jurassique et au Crétacé ; l’Ère placentalienne
correspondant au Tertiaire. Cette nouvelle elasssi beat ion est un essai de synthèse qui essaie d’inté¬
grer les nouveaux résultats de la Paléontologie des Vertébrés, science qui a toujours joué un rôle
évolutif essentiel.
Abstract. Pointu of t'ietv of a Vertébrale puleontotogint on geological Nomenclature. — The
Era notion vvas not acceptcd until 1885; an agrcemenl was aehieveil afterwards ami it appears
that geologists do not diseuss any more nowadays the division of Earth bistory into Paleozoic,
Mesozoie and Cenozoic. Lyrm., atone arnong the lirst. geologists, supported whollv the primacy
of the palenntological priuctple, aecording to which only the fossils allow us to giVe datation to
the geological formations. The modem définition of an Era was propuâed h y Phimpps ; but in
spite of the merits of tliose foreruntiers (Lyem., Puu.ipps... i, one gets the impression that the Era
had mainly the meantng of a brace and only the Systems alone had for the eigbleenlh eentury
geologists an aetual rcality. During the years 1850-1880, geologists hegan to use the vvord Era
in a modem sense, but without explanation about the extension of the Eras, which seems to be
rather arbitrary. At last. the Era notion was generally accepted during the lirst geological con-
gresses but at this tinte, wlu'li the delitiition and extension of the Systems was alteady clcar, the
définition of the Era was only provision»l "wailing for the progrès» of science to demonsfrate
the value of another mode of grouping". The author undeiiines the faut that the définition of
the Eras was extretnely délicate tu estahlish, eontrary to the définition of the Systems, and not
originally elearly founded. The définition of an Era used nowadays seems inadéquate. This défi¬
nition disregards the leugth of geological time, beeause the Eras are very uncqual. The fai t is
that, before^the last World War, the lengths of time in geology were completely underestiniated.
It seems necessarv and rational to bave l'iras more or less equal in lengtn. Ilot as the criterion
of geologicaJ classification is in font, the évolution of organisms and no physical critçria eau be
put in ils place, the old définition of Eras has to be changed. It muSt lake into aceoünt the pro-
gress of the study of the évolution of lieings, as the last décades Paleontology had demunstrated
it occurs. The geological classification wotild be related to the I listory of Life, as it indeed happened
and there are two groupa where this évolution is partieulurly clear : Vortchrates and Plants. The
author proposes a ucw Era classification (allhough rather near to the old Dana classification) ;
he takes into aceount the recent progrès* of Vertebrate Paleontology and shows that the old Era
classification, allhough eveiy Era classification is parlly subjective, lias beeome nowadays abso-
lutely obsolète. He proposes new Eras : 1) the Aspundylian Era équivalent to the Cambro-Ordo-
Inslitut de Paléontologie, Muséum national d'Histoire naturelle, 8, rue de Bufjon, 7500,5 Paris.
— 150 —
vn ian ; 2) the lehthyan Era équivalent lu Silurian ami Devonian ; 3) the Theraspiiliau Era équi¬
valent to the Cat-boniferous, Permian and Triassie ; 4) the Sauropsidian Era équivalent to the
Jurassir and CretaeeuUs ; lhe Plaeenlalian Era équivalent to (lie Tertiary. Tliis new classification
is a tentative synthesis wliich tries to integrate new results of Vertebratê Paleuntology. a science
which lias always played a leading rôle in évolution.
Historique de la notion d’ère
Si l’accord s'est fait assez rapidement au xix e siècle, en ce qui concerne la définition
des systèmes, il n'en fui pas de même en ce qui concerne la notion d’ère bien qu’elle ait
eu des précurseurs. L extension des ères lut établie avec quelque précision seulement lors
des premiers congrès géologiques internationaux (Paris, 1878; Bologne, 1881: Berlin,
1885) et reprise dans le Traité de Lapparknt (1885).
Mais quelles étaient les bases des divisions majeures de la nomenclature géologique
admises par les auteurs au xix e siècle Nous distinguerons, pour la commodité de l'exposé,
trois phases principales successives : les premières synthèses, datant en général d’avant
1850; la seconde moitié du xtx e siècle jusqu'à 1880; les discussions des congrès interna¬
tionaux et les prises de position vont emporaines de 1880 à 1000 environ.
1. C’est en 1833, avec les Principes de Géologie de Lvull, qu’un essai de classification
sérieuse des formations géologiques voit Je jour pour la première fois. Les travaux anté¬
rieurs utilisaient divers critères de classification, à la fois paléonlologiqtios et lithologiques,
dont aucun des termes n’a été retenu pour la science ultérieure (ex. Alexandre Bron-
gniart et Cuvier, 1822). Mais Lyicli admet au contraire la primauté du principe paléon-
tologiquc, selon lequel seuls les fossiles peuvent permettre de dater des courbes géologiques
(sauf en ce qui concerne les roches cristallines et métamorphiques d'âge variable). Lyell
se fondait sur les travaux de Desiiaves qui avait montré, grâce aux coquilles des différents
bassins tertiaires, que ces bassins n'étaient que partiellement synchrones. I.a classification
de B RO N-.N (1835-1838) faisait aussi appel à la Paléontologie suivant un postulat en partie
faux ou du moins trop général : il y aurait d’autant plus de formes actuelles dans une couche
qu on est dans un niveau plus jeune. Il distingue rinq périodes (ère dans notre vocabulaire) :
la plus ancienne appelée Carbonifère correspond à notre Primaire, la seconde à notre Trias,
la troisième à notre Jurassique, la quatrième à noter Crétacé, la cinquième à notre Tertiaire
et notre Quaternaire. De même, Seogwick (1838) avait appelé Paléozoïque notre Silurien
et Protozoique notre Cambrien. Ce lut Prilipps qui proposa pour la première fois une défi¬
nition moderne des ères en incluant dans le Paléozoïque le Silurien, le Dévonien, le Carbo¬
nifère et le Zechstein ; de même, les terrains mésozoïques ou secondaires et les terrains
cétiozoïques ou tertiaires sont correctement nommés par cet auteur. Malgré les mérites
de ces précurseurs, on a l'impression que l'ère, appelée aussi groupe, a surtout une v aleur
d’accolade; seuls les systèmes semblent avoir pour ces géologues une réalité vraiment
concrète.
2. Dans la seconde phase la notion d’ères telles qu’elle est communément employée
de nos jours est encore peu utilisée. Citons quelques exemples : Édouard d’Eichwald (1853-
— 151 —
1868), dans sa Paléontologie de la Russie, distingue trois périodes (ce terme étant, pour
l’auteur, pris dans le sens d'ère) : 1) une période ancienne caractérisée par un climat chaud,
égal; elle comprend trois termes : des grauwaekes, des calcaires carbonifères, des grès
cuivreux ; clic serait caractérisée par une universalité de la faune dans ccs trois termes ;
2) une période moyenne à trois constituants : Trias, Jurassique et Crétacé avec une certaine
différenciation de la faune ; 3) une période récente correspondant à nos Rassi ns tertiaires.
On voit doue que le critère rie la faune paraît essentiel à d’Eiciiwald mais on remarque
aussi que les ères sont paléontologiquement mal définies et que la nomenclature actuelle
avec Primaire. Secondaire et Tertiaire n'est pas proposée. Dana (1863) reconnaît un âge
des Mollusques au Silurien, un âge des Poissons au Dévonien, un âge Carbonifère à plantes
spéciales, un âge des Reptiles, un âge des Mammifères, un âge de ITIomme; il regroupe
Silurien, Dévonien et Carbonifère dans le Paléozoïque qui serait caractérisé par des formes
anciennes, et des tribus encore actuelles. I.à aussi les ères ne sont pas prises dans leur sens
courant actuel. D Arciiiac (1866) désigne par terrains primaires 1rs terrains cristallins
et garde le terme terrains intermédiaires ou de transition pour le Paléozoïque : il s’agit
d’un terme emprunté à Wekxer et dont l’emploi tardif en 1860 n'était pas heureux. Mais
le point de vue défendu par u'Ahciiiac était en revanche très valable : il soulignait
« l'influence complètement nulle des phénomènes dynamiques qui ont accidenté la surface
de la terre sur la marche générale et le développement des phénomènes biologiques et par
conséquent l'indépendance complète des uns et des autres ». A. Geikik (1882) admet déjà
nos divisions en Archéen, Paléozoïque, Mésozoïque, Cénnzoïque et. Quaternaire mais croit
au contraire pouvoir donner encore une définition pétrographiqne du Paléozoïque (en
plus de la définition paléuntologique). Ainsi, écrit-il, les roches du paléozoïque « eonsists
mainly uf sandy and muddy sédiments wilh oecasional, mtercalated zones of bmestoncs.
They everywhere bear on witness to comparative!)' shallow water and the proximité of
land. Thetr frequent alternations of sandstone, shale, conglomérats and other detrital
materials, I hoir abondant rippied and suit cracked surfaces... as wtdl as the prevent eharacter
of their orgauie romains show thaï 1 bey must bave been deposited in areas of slow subsidence
hordering continental or iusular masses of land ». Au total, donc, il semble que durant celte
période (1850-1880) les- géologues commencent à parler d’ères dans le sens actuel du terme,
mais sans justifier l’extension de celles-ci qui paraît assez arbitraire.
3. C'est au premier Congrès géologique international (Paris, 1878) que fut posé pour
la première fois par le délégué roumain (Stephamcsco) le problème de l'uniformisation
de la nomenclature géologique, ce problème étant rendu assez aigu parla nécessité du choix
des échelles des cartes géologiques, mais on discuta en fait fort peu des ères principales
des temps fossilifères. An contraire, au Congrès de Bologne (1881). IIkukht donna la pré¬
férence aux termes de Primaire, Secondaire, Tertiaire, Quaternaire, tout en remarquant
que les termes de Paléozoïque, Mésozoïque, Cénnzoïque, étaient parallèles et équivalents
aux précédents. Bien que prévalents en pays anglophones, ces derniers sont cependant,
comme le remarquait u'Ahciiiac (1864), assez difficiles à employer dans un pays comme la
France où la plupart des intellectuels connaissaient les racines grecques, car étymologi¬
quement il est absurde de parler d’une plante paléozoïque ; cependant, il serait peut-être
trop ambitieux de chercher la rigueur dans la langue. Toutefois, même la classification
en Primaire, Secondaire, Tertiaire et Quaternaire soulevait dans ces congrès quelques
152 —
critiques et le rapport du Comité hongrois au Congrès de Bologne soulignait : « comme
le point de départ n’est pas absolument exact, on commence à les supprimer (« les » dési¬
gnant le Primaire, le Secondaire, Tertiaire et Quaternaire) de même qu'on a déjà éliminé
les terrains de transition ». De mémo, la délégation américaine (p. 630), tout en admet¬
tant les termes de Paléozoïque, Mésozoïque, Cénozoïque, proposait pour le Quaternaire
le terme de Psychozoïquc ou d’Ère de l’esprit et employait soit les termes d’Eozoïque
et d’Azoïque, soit celui d’Archéen ; mais plus intéressantes, à notre sens, sont les classi¬
fications en âges proposés par les savants américains, l'âge étant une unité de temps infé¬
rieure à Père mais supérieure au système.
Dana
Le Conte
Age de l'Homme ou Quaternaire Age de l’Homme
Age des Mammifères ou Tertiaire Age des Mammifères
Age des Reptiles Age des Reptiles
Age des Plantes à charbon ou Carbonifère Age des Acrogènes
Age des Poissons ou Dévonien Age des Poissons
Age des Invertébrés ou Silurien Age des Invertébrés
Age Aozoïque Age Arcbéen.
Age Ozoïque
Toutefois ce fut seulement au Congrès de Berlin (1885) que l’emploi du critère paléon-
tologique fut particulièrement recommandé. Seul le critère paléontologique apparaît valable
pour toute la terre. 11 ne s’agit pas, bien entendu, de faire appel à un seul fossile, mais à
des ensembles d’organismes. On peut aboutir à des résultats différents selon que l’on con¬
sidère tel ou tel groupe de fossiles (par exemple fossiles animaux et végétaux). Comme
les océans occupent une plus grande surface, que les continents, les fossiles marins péla¬
giques seraient par excellence ceux sur lesquels devraient être fondées les corrélations à
distance. Le nom de série avait été proposé comme synonyme de celui d'ère, mais l’usage
ti'a pas ratifié cette proposition. La distinction des ères se fondait sur les fossiles suivants :
Primaire : règne des Trilobites. développement prépondérant des Brachiopodes (surtout Spirifer
et Pruductus), Orlhocères, Guniatitcs.
Secondaire : grands Reptiles marins. Prépondérance des Ammonites et des Bélemnites.
Tertiaire : Mammifères, Mollusques peetinibranches et Nunimulites.
(Rapport du Comité français pour l’uniformité de la nomenclature. Congrès de Berlin, p. 344-356.)
Au total il nous semble donc que la définition des ères a été. extrêmement délicate
à établir, au contraire de celle des systèmes, que l’on en a peu discuté et enfin qu’elle a
été essentiellement européenne ; si l’on avait d’abord travaillé dans une autre région, ces
définitions auraient été probablement différentes.
Signification de la classification actuelle
Les progrès du critère paléontologique sont liés à ceux du transformisme ; tant que
la théorie fixiste était admise, il n’y avait pas de support rationnel à une classification
en ères et en systèmes fondés sur la paléontologie à moins d’admettre un nombre consi-
— 153 —
déraille de révolutions du globe. D’Orhigny (1849) allait jusqu'à soutenir qu’il y avait
eu vingt-huit créations successives. Mais comme ces créations successives étaient peu
vraisemblables, l'évolution des êtres vivants, que la Paléontologie du xrx e siècle avait
su peu à peu mettre en évidence, exigeait l'abandon du fixisme. Or, celui-ci ne fut rejeté
par les paléontologistes qu'assez tardivement avec Gaudry (les Enchaînements du monde
animal. 1878-1890) et Th. Hi xley (1876). D'où la classification puremenl évolutive en
ères du Traité de Lapparent. Dk Lapparent distinguait : I ) le groupe primaire on Paléo¬
zoïque, caractérisé par la grande distance qui sépare scs types organiques de ceux du temps
préseni ; les Poissons et les Amphihiens y sont, presque jusqu'à la lin, les seuls représen¬
tants de l’embranchement des Vertébrés et on voit prédominer plusieurs familles de Rra-
chiopodes, telles que S pi ri fer et Productifs ; 2) le groupe secondaire ou Mésozoïque où com¬
mencent à apparaître les précurseurs du monde organique actuel ; les Reptiles sont pré¬
pondérants, tandis que règne dans les mers la grande famille des Armnoriitidés ; 3) le groupe
tertiaire ou Ccnozoïque dans lequel la faune et la flore noffreut pour ainsi dire que des
types modernes et où les Mammifères se développent avec ampleur ; 4) le Quaternaire
caractérisé par l'apparition de l’Homme. Cependant, de Lapparent avait été frappé, par
l'épaisseur des formations primaires et ne recommandait l’emploi de cette classification
que provisoirement « en attendant que les progrès de la science aient démontré l'oppor¬
tunité d’un autre mode de groupement ».
On voit donc que, seul, le critère paléontologique a été pris en considération par de
Lapparent. Mais l'on voit aussi que la classification adoptée par de L,apparent ne l’est
en quelque sorte qu’à titre provisoire et qu’il suggérait déjà, à l'égard de celle-ci, des réserves
fondamentales. Ce qui est essentiel donc, c’est le rôle attribué par de Lapparent à l’évo¬
lution des Vertébrés, car, tandis que l’évolution des Invertébrés est presque achevée au
Cambrien — tout au moins quant à l’apparition des classes — celle des Vertébrés nous
permet de jalonner toute T Histoire géologique. Mais de Lapparent considérait aussi
que les fossiles pélagiques étaient tout particulièrement utiles pour dater les terrains ;
cependant, ees fossiles peuvent manifester une certaine évolution mais d'une ampleur
beaucoup moins grande que les Vertébrés ; nous né le» retiendrons donc pas ici On pour¬
rait aussi fonder la nouvelle, classification en ères sur l'évolution des plantes . je crois cepen¬
dant,, préférable de tenir compte surtout de l'évolution animale, plus lice à l’apparil.ron
de l’Homme.
La définition actuelle, des ères paraît inadéquate. Cette définition ne tient pas compte
de la durée des temps géologiques, en sorte que les trois ères sont, très inégales (j’évite le
cas du Quaternaire qui n’est une ère que grâce à une subjectivité humaine bien compré¬
hensible). D’après Kulp (1961), le Primaire dure 380 millions d'années, le Secondaire
150, le Tertiaire 70. Ces durées inégales faussent tout : en ce sens que le Dévonien est presque
égal au Tertiaire (moins le Paléocène) et que les étages du Primaire sont chacun, en durée,
équivalents au Cénozoïquc. Autrement dit, le Primaire a duré environ deux fois plus que le
Secondaire et quatre fois plus que le Tertiaire. Dès avant la guerre de 1940, cette durée
relative approchée des ères était admise (voir Boule et Piveteau, 1935), mais la durée
absolue des temps fossilifères était estimée encore à 100 millions d’années. Or, précisé¬
ment, c’est cette très longue durée des temps fossilifères qui n'était pas comprise par les
premiers auteurs. Cuvier croyait démontrer qu’il n’y aurait, pas évolution, en étudiant
une momie d’ibis d’Égypte et en observant qu’elle était identique à l’espèce actuelle. Or,
— 154 —
il ii’y a aucune raison de ne pas utiliser des ères d'une compréhension sensiblement égale.
Prétendre que la compréhension des ères est tout à l'ait subjective et qu’il s’agit
d’une convention sans importance est bien entendu exact dans une certaine mesure ;
mais il n’en reste pas moins que cette solution privilégie le Tertiaire qui était déjà favorisé
du fait que trois des grandes métropoles où la géologie a été d’abord étudiée, Paris, Londres.
Berlin, sonl dans des bassins tertiaires. Du point de vue paléontulogique, l’importance
du Tertiaire qui u a vu que l’expansion non des Mammifères, mais des Placentaires et des
Marsupiaux, et aucune apparition d'une classe, de Vertèbres,, est évidemment surestimée.
D’autre part, la notion de Permotrias s’oppose à une séparation d'ère à l'intérieur de cet
étage ; il n’y a pas de changement brusque de la faune quand on passe du Permien au Trias
et eeei est particulièrement vrai de l'évolution continue des Reptiles niammaliens dans
le Karroo prn parle (Permnlrias d’Afrique du Sud).
Il y a deux sortes d’inconvénients, conséquence île l’actuelle compréhension des ères :
1) un inconvénient pratique; les spécialistes des fossiles primaires (surtout des Vertébrés)
sont beaucoup moins nombreux que ceux des fossiles tertiaires et secondaires ; 2) comme
l’idée d’une égalité des ères est toujours plus ou moins consciemment présente, cela implique
que dévolution s’est ralentie jusqu'à nos jours, proposition ne reposant, à irai dire, sur
aucune base et au sujet de laquelle les avis les plus divers ont été soutenus. De plus, on ne
doit pas oublier que I adoption d’une classification a, en raison d'habitude mentale, pour
effet de moduler inconsciemment notre pensée.
Le critère pftlêontologique semble devoir rester fondamental dans la définition des
ères et, comme à la fin du xiX e siècle, on n’a pas trouvé depuis d’autres critères d’évolu¬
tion de la terre ; on n’a pu mettre en évidence aucun critère physique valable et un livre
comme <t lhe puise cif 1 lie earth » (Umdgiiove) est en défaut., malgré son titre, lorsqu'il s’agit
de décrire des phénomènes périodiques liés à T Histoire de la terre. De même, les faits de
transgression et de surrection de chaînes de montagnes, malgré les intéressants travaux
des tectouieiens (voir en particulier Stim.e, 1925), ne peuvent nous fournir un cadre évo¬
lutif de T Histoire de la Terre, parce que ces événements sont en général relativement loca¬
lisés et qu'ils s'étalent, dans le temps. Mais nous ne nous faisons pas du tout de révolution
biologique des organismes — et surtout des Vertébrés - une idée comparable à celle
qu’admettaient les savants de la fin du xix e siècle. Selon ceux-ci, qui tenaient essentielle¬
ment compte des formes actuelles, l’ossification des Vertébrés fossiles aurait été de plus
en plus développée au cours des temps géologiques, tandis qu'actuellement on pense plutôt —
se fondant sur les formes fossiles — qu’il y a eu régression de celle-ci. Or, si nous considé¬
rons par exemple le schéma phylogénique proposé par Jmivik (1966), nous constatons
que ce schéma implique des dominances particulièrement nettes de certains groupes de
Vertébrés fossiles au cours des temps géologiques (il résume les principaux résultats obte¬
nus par Jakvik et Stensiô). Ainsi les Agnalhes, bien qu’apparaissant à l'Ordovicien, sont
dominants (expansion maxima) au Gntlandien supérieur et an Dévonien, de même que les
Placodermes : c’est aussi au Dévonien que les Rhipidistiens sont les plus abondants ; les
Stégoeéphales sont surtout abondants au Permotrias; les Thérapsidés (ce n'est pas appa¬
rent dans le schéma qui ne concerne que des lignées et non pas des populations en nombre
absolu d'individus) sont surtout permotriasiques (Thérapsidés = Reptiles niammaliens),
taudis que les grands Reptiles sont surtout jurassiques et crétacés ; enfin les Mammifères,
bien qu’apparaissant au Trias supérieur, resteront très discrets dans le peuplement jusqu’au
— 155 —
Paléocène, dans lequel ils seront uniquement représentés par des Marsupiaux et des Pla¬
centaires. Ce sont des éléments essentiels qui méritent d’être inclus dans une définition
des ères. Je proposerai donc la classification suivante :
1. L’ère axpundylienne durant laquelle les Vertébrés étaient rares mais existaient (Astraspides)
ou devaient exister (de nombreux Vertébrés ont dû apparaître durant cette ère), Cette ère est
caractérisée par l’absence ou la très grande rareté des Cryptogames vasculaires. Durée : environ
1 AO .MA. Elle correspond au Cambro-Ordovieien.
2. U ère ithlliyenne durant laquelle la faune des Vertébrés consiste essentiellement en Agnathes
et Poissons, même si les Slégocéphales I I c.hlhymlega a]iparaissent alors, mais ce sont des animaux
rares. Apparition des Cryptogames vasculaires. Durée : environ 110 MA environ. Elle correspond
au Silurien (Gotlaridirn) el, au Dévonien.
3. L’ère tluira pxidienne caractérisée par l’apparition des Reptiles marumaliens et leur expan¬
sion et par l’expansion des Phanérogames gymnospermes. Durée : 165 MA environ. Elle cor¬
respond au Carbonifère, au Permien et au Trias. El elle se termine par la grande crise de la vie du
Trias qui a vu le.s disparitions d'un grand nombre d’espèces.
4. L’ère stmrupsidimne marquée par le succès des grands Reptiles, l’apparition des Oiseaux
et des Angiospermes. Durée : 120 MA environ. Elle correspond au Jurassique et au Crétacé et se
termine par une grande crise de la vie à la lin du Crétacé.
5. L’ère plticenlalimrw marquée par l'expansion des Mammifères placentaires qui existaient
cependant dés le Crétacé et par celle des Angiospermes. Il serait peu opportun de l’appeler ère
mammalienne, car les Mammifères apparaissent au Rhétien mais avee des groupes qui ne dépassent
pas le Crétacé. Durée : 65 MA. Equivalent au Tertiaire (Paléocène inclus). Ce Quaternaire n’est
considéré que comme un système récent du Tertiaire (Placentalien).
Avee ces définitions, la règle souhaitable de l égalité en durée des ères géologiques
est à peu près respectée, sauf pour le Placentalien. Mais en raison de l’apparition des Mammi¬
fères et de l’Homme, cette ère nous paraît tout de même devoir être un peu surestimée
d’un point de vue humain. Dans rétablissement de cette classification qui cherche à suivre
l’évolution des Vertébrés, on voit de plus que le critère choisi n'est pas l'apparition d’une
classe de Vertébrés mais celui de sou succès. Ces anciennes classifications en présence,
en Primaire, Secondaire, Tertiaire ou en Paléozoïque, Mésozoïque, Cénozoïque, ont l'incon¬
vénient de ne rien préciser par leur terminologie sur l’évolution même.
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Achevé d’imprimer le 30 juin 1981
le 4 e trimestre de l’année 1980, a été diffusé le 13 mai 1981
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MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Collection à périodicité irrégulière. Parait depuis 1935. A partir de 1950, les Mémoires se subdivisent
en quatre séries spécialisées : A, Zoologie ; B, Botanique ; C, Sciences de la l’erre ; D, Sciences physico-chi¬
mique. (Format in-i°.)
Dernières parutions dans la série C
T. 41 — Gaudant (Mireille). — Recherches sur l’anatomie et la systématique des Cténothrissiformes
et des Paltersonichthyiformes (Poissons Téléostéens) du Cénomanien du Liban. 1978, 124 p., 57 fie ,
10 pl. h.-t.
T. 42 — Lange-Badré (Brigitte). — Les Créodontes (Mammalia) d’Europe occidentale de l’Éocène supé¬
rieur à l’Oligocène supérieur. 1979, 249 p., 32 fig., 48 gr., 30 pl. h.-t.
T. 43. — Recherches océanographiques dans l’océan Indien. (Entretiens du Muséum, Paris, 20-22 juin
1977.) 1979, 253 p., fig. pl.
T. 44 — Gayet (Mireille). — Contribution à l’étude anatomique et systématique des Poissons Céno¬
maniens du Liban anciennement placés dans les Acanthoptérygiens. 1980, 151 p., fig., 29 pl.
A paraître
T. 45 — Lauriat-Rage (Agnès). — Les Bivalves du Redonien (Pliocène atlantique de France). Signi¬
fication stratigraphique et paléobiogéographique.
Ouvrages disponibles au Service de Vente des Publications du Muséum,
38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris