BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
111 111111111111I1111111111 II 111 1111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
sciences
N» 327 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1975
de la terre
45
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle, revue bimestrielle, parait depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie. — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geolïroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéro, à la Librairie du Muséum
36, rue Geofïroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 327, septembre-octobre 1975, Sciences de la Terre 45
Les Adapisorieidae de l’Éocène Inférieur de France.
Réévaluation des formes considérées affines
par D. E. Russell. P. Louis el D. E. Savage *
Résumé. — Dans cet article sont décrits trois genres d’Érinaoéoïdes primitifs, nouveaux
pour l’Eoeène précoce de France : Matronella n. gen., Entomolesles et Macrocranion ; « Messe-
lina » est mis en synonymie avec ce dernier, et la forme française d’ Entomolesles est rapprochée
du cf. Entomolesles nitens du Wasatebien de Four Mile. Les auteurs ont en outre examiué les pro¬
blèmes taxinomiques relatifs aux Adapisoricidês nord-américains : c'est ainsi que Talpaotis, Sceno-
pagus, Entomolesles et. Isipsanol estas sont considérés comme des genres valables. Ont également
été revues les formes européennes précédemment attribuées aux Adapisoricidês t Amplnlemur
est replacé dans les Primates et. << Alsalicopi.thecus tt a été mis en synonymie avec lui. Gesne.rnpit.liex
est exclu des Adapisoricidês et une molaire supérieure isolée, autrefois rapportée à ce genre, est
attribuée à . 1 ut phi le ntur : enfin les auteurs démontrent qu Ampludozolherium et Pusclmiherium
ne sont pas non plus des Adapisoricidês. Par ailleurs, il résulte, de cette enquête que les membres
éocènes de ce groupe ne peuvent descendre de la forme paléoeéne française Adapisorex et sont,
en conséquence, tous ou probablement tous, d'origine nord-américaine, le genre Adapisorex lui-
même étant plus proche, peut-être, de l’origine des Frinaecidne.
Abstract. - Threo généra of primitive Krinaceoids new to the early Eocene of France are
deseribed : Alotrondla n, gen., Xtarronranion, apd Ent.aniol estes, Messelino " is synonymized
xvith Macrocranion ; llu> French Entomolestes is very dose to l''onr Mile Wasatchinn cf. Entomolesles
nitens. Taxonomie problème in North American Adapisoricids arc reviewed. Toi puons, Sceno-
pagus, Entomolesles and Leipsanolesles are considcred valid généra. European forms previously
considered as Adapisoricids arc reviewed. Ampliilimur is returned to the Primates and “ Alsa-
licopithccus ” is synonymized with il. Gesneropithex is not an Adapisorieid ; a single upper iiiolar,
previously referred to Gesneropilhei . is attributed to Amphilemur, Ampliiilozolherium and Ptlscha-
therium are shown to be not Adapisoricids. The Eocene members of this group are ail, or pro-
bablv ail, of North American origin, not deseending from the French Paleocene Adapisorex. The
latter may be close to the origin of the Erinaceidae.
SOMMAIRE
Introduction. 131
Famille Adapisoricidae. Diagnose.. 133
Sous-famille Adapisoricinae. Diagnose. 134
Sous-famille Dormaaltnak. Diagnose. 134
* D. E. Russell : Institut île Paléontologie, S, rue Bnfjon, Paris.
P. Lorrs : Chemin tlu Petit-(luye.neourt, Cormicy (Marne).
D. E. Savage : Muséum of Paleontology, University of California, Berkeley, USA.
130
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
I. Description des formes de l’Éocène français. 136
Malronella n. gen. 136
Macrocranion . 111
Entomolestes . 111
IL Examen des problèmes taxonomiques à l’intérieur des Adapisoricidae
NORD-AMÉRICAINS. 152
Talpavus . 152
Scenopagus . 157
Ankylodon . 160
Leipsanolestes . 161
« Leplacodon » jepseni . 163
« Nyclitherium ». 163
cf Hypacodon. sp. 161
Myolestes dasypelix . 161
LitolesteS . 165
III. Formes européennes autrefois attribuées aux Adapisoricidae. 168
Dormaalius . 168
Amphilemur. .. 170
Gesneropithex . 172
A mph idozotherium . 173
Paschatherium . 171
IV. Origine et affinités des Adapisoricidae. 175
Références bibliographiques . 178
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
131
Introduction
Le terme d'Adapisoricidae fut proposé par Schlosser (1887) pour grouper Adapisorex
et Adapisoriculm. Teilhard de Chardin (1927) rapporta dubitativement ce dernier aux
Marsupiaux didelphes et fut, d’autre part, le premier auteur à signaler la parenté probable
qui unit Adapisorex et Entomolestes. Simpson (1928) ratifia cette opinion et élargit la famille
des Adapisorieidae pour y inclure Leipsanolçstes, Il estima en outre que cette famille était
reliée de près aux Tupaiidue. Dans sa classification de 1915, cependant, il renonça à ce
rapprochement, et inclut. Adapisorex dans les I.eplietidae, Entomolnsles dans les Erinacei-
dae, mais il ne mentionna pas Leipsanolestcs. McKenna (1960a) réunit à Enlomolestes
(qu'il mil en synonymie avec Leipsarujlestrs) un certain nombre de formes qu’il jugea alliues,
et les inclut dans la famille européenne des Amphîletnurîdae : il ne prit pas position pour
Adapisorex. Van Yalen 1967) reprit le nom de la famille des Adapisorieidae et: élargit
considérablement son acception en lui attribuant quatre sous-familles : Adapisorieinae,
Creotarsinae. Gcolabidinae et Nyetithcriinne. Par la suite les Nyct.il hères furent élevés
au rang familial par Horinson (1968 a), et les Géolabidinés, actuellement eu cours de
révision par McKenna et Lilleuraven, furent inclus par Butler (1972) dans les Sori-
cornorpha en tant que famille.
Dans les Adapisorieinae Van Yalen regroupa six genres assez disparates, dont les
rapports avec le taxon-type (YAdapisorex sont discutables : Mckennalheriuin serait plutôt
congénériquc avec Leptacodon ou très proche de lui et Leptacodon. est maintenant considéré,
de Lavis général, comme un Xyct.il hère primilif ; Adunalor est peut-être un Leptietidê et
Paschallterium définitivement un Condylarthre Seuls Adapisorex et 1 fesselina sont peut-
être reliés l’un à l’autre, et nous avons mis ce dernier en synonymie avec Mcicrocranion.
Le même auteur groupa le reste c’est-à-dire la majorité 1 2 —îles Adapisorieidae dans
la sous-famille des Creotarsinae, mais à notre avis ( reotarsus ne possède pas une morphologie
dentaire semblable à celle de la plupart des autres genres a , ni d’ailleurs à celle A'Adapiso¬
rex, et doit être exclu de cet ensemble. Dans les pages suivantes nous réexaminerons le
statut des genres groupés autrefois dans les Creotarsinae (sous-famille désormais invalide en
tant qu* Adapisorieidae), et maintenant réunis sous le nom préexistant des Dijrmaalinae
(Quinet. 1964).
C’esl en étudiant les trois taxons d'Adapisoricidés présents dans LEocène de France
que nous avons été amenés à entreprendre cette réévaluation des formes supposées allines :
il ne s’agit cependant pas d'une révision complète de la famille, une trop grande partie du
matériel, essentielle pour une telle étude, étant nord-américaine et par conséquent débor¬
dant le cadre du présent travail.
1. Bien que Mills (1972) ait fait remarquer que Mckennalherium est: peut-être identique à Patenoch-
tha .
2. Par exemple, sur le seul échantillon connu, le inétaconide et l’hypoconide îles molaires dépassent
tous les deux nettement lentoconide en hauteur, et le premier de façon considérable et significative.
132
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Seuls les échantillons provenant des localités de Mutigny, Avenay, Pourcy et Grauves
ont. été pris en considération ; le matériel des autres collections, en particulier de Condé-
en-Brie et Sézanne-Broyes, sera étudié ultérieurement.
Remerciements
Cette étude, qui se situe dans la série consacrée à la faune de l’Eocène précoce de France,
est basée sur les fouilles faites en commun par l’Université de Californie à Berkeley et l’Institut
de Paléontologie du Muséum national d’Idistoire naturelle de Paris, fouilles subventionnées par
les bourses G-13425 et GB-426 de la National Science Foundation. Les auteurs tiennent à remercier
M me D. Russei.i.-Sigogneau pour son aide dans la rédaction de cet article.
Abréviations
AM N H, American Muséum of Natural History
AC, Amherst College
Av, Avenay
Bn, collection Braillon
CM, Carnegie Muséum
CB, Cernuy-Jès-Reims
C.T.M., Institut royal des Sciences naturelles de Belgique
G. P., Gosgen Pumpstation
Gr, Grauves
H. T.M., Institut royal des Sciences naturelles de Belgique
L, collection Louis
Levé, collection Levé
MN1IM, Muséum national d’IIistoire naturelle
Mu et Mut, Mutigny
Pmu, collection Poirier de Mutigny
Pv, Pourev
RAM. R. Xlf Muséum
RBN, Robiuc-Nord
UC, Université de Californie, Berkeley
UCMP, Université de Californie (Muséum of Paleontology)
YP.M, A'ale Peabody Muséum
Bans les tableaux de mensurations : L = dimension antéro-postérieure maximale ; 1 = dimen¬
sion transversale maximale ; toutes les mesures sont en millimètres.
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
133
Ordre LIPOTYPHLA TIaeckel, 1866
Sous-ordre ERINACEOMORPHA Saban, 1954
Famille Adapisoricidae Schlosser, 1887
Diagnose
. -L T U
Formule dentaire , - Trois incisives, de taille approximativement égale et
3 14 3
souvent proclives. Canine petite, de même taille que Pj. Chez les formes primitives, les
prémolaires augmentent régulièrement de taille de P 4 à P 4 ; dans la plupart des formes
tardives. P 3 est très réduite, pour devenir à la limite monoradiculée. P 4 semi-molarîforme,
avec un métaconide généralement situé bien au-dessous du sommet du proloconide, et un
paraconide petit et généralement bas. Chez les formes primitives, talonide long et excavé
sur toute sa largeur, avec trois tubercules postérieurs ; ultérieurement le talonide devient
court, la cavité du talonide est réduite et étroite (ou même absente) ; elle est située eu géné¬
ral lingualement, et elle est légèrement tordue postéro-labialement, ; tubercules postérieurs
du talonide réduits ou absents. Molaires inférieures pourvues d’un paralophide projeté
vers l’avant ; paraconide absent ou terminal et s’étendant vers le côté lingual de la dent.
Paralophide quelquefois concave antérieurement, et formant un angle aigu (de 110° à 135°)
avec la crête antérieure verticale du proloconide, ce qui donne au trigonide un aspect
carré caractéristique. Paraconide situé généralement plus bas que le niveau de l’entoconide,
et bien séparé du métaconide, Proloconide plus haut que le métaconide sur M t , mais deve¬
nant de hauteur subégale sur M 2 et M 3 . Métaconide généralement situé légèrement en arrière
du niveau dn protoeonide sur M lt tandis que sur les molaires postérieures il se situe plutôt
au même niveau que ce dernier. Trigonide bas, métaconide guère plus élevé que l’ento¬
conide. Celui-ci est le tubercule le plus élevé du talonide (en outre, l'hypoconidc s’use rapi¬
dement, laissant l’entoconide exagérément haut). Talonide primitivement long et large¬
ment excavé (souvent plus large que le trigonide, même sur M a ). La crête oblique contacte
le mur postérieur du trigonide bien au-dessous du fond de l’entaille prntoeonide-mctaco-
nide, soit au niveau de cc fond, soit labiale ment à lui. Il existe presque toujours une surface
d’usure ou un sillon, particulièrement apparents sur M t , partant du sommet du métaconide,
coupant T extrémité de la crête oblique et s’étendant, parfois jusqu’à la basa labiale de la
dent. Ifypoconulide rarement médian, mais plutôt inclus dans la crête qui descend de l'ento-
conide. Il existe rarement un tubercule accessoire sur la crête antérieure de l’entoconide.
Fn vue oeclusale, le protoeonide et l'hypoconidc sont généralement bien arrondis, ne for¬
mant que rarement un angle labial aigu. Exodaenodontie du côté labial, c’est-à-dire saillie
de l’émail à la base de la couronne. La position du trou moutonnier varie entre le niveau
de la partie postérieure de P 3 et celui du milieu de P 4 . La taille des molaires est variable :
134
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
chez les formes paléocènes la M x est la plus longue ; M 3 est en général relativement grande,
c’est-à-dire de taille identique ou légèrement supérieure à celle de M g .
P 4 supérieure simple à selui-iholâriforme ; métaeône généralement présent chez les
premières formes, absent chez les dernières. Pas de eonulcs. Molaires supérieures plus longues
que larges, devenant 1res allongées transversalement chez les formes tardives. Paracrine
et métaeône bas, légèrement renflés et présentant une crête à l'avant et à l'arrière ; bien
séparés l’un de l’autre, ils sont en général situés assez Initialement. Styles de taille petite
ou moyenne : leurs angles labiaux tendent! à être prononcés. Mésostyle absent. Conules
bien développés et reliés à leurs styles respectifs 4 , Ilvpucône de taille petite à moyenne
et de forme variable ; il se projette rarement, du côté lingual, au-delà du niveau du proto-
cône. La crête « érinacéïde », qui joint l’hypocône et le mur postérieur du protocône, absente
chez les formes précoces, est proéminente chez les formes postsparnaciennes. Crêtes inter¬
radiculaires apparemment constantes.
Sous-famille Adapisoricinae Schlosser, 1887
Diagnose
P 3 tend à se réduire mais reste toujours-biradicnlée, Talonide de P 4 allongé et largement
excavé ; entoeonide, hypoconulide et hypoconide bien distincts. Talonide des molaires
inférieures dépassant rarement en largeur le trigonide. La longueur des molaires décroît
nettement do M, à M 3 . P 1 supérieure pourvue d'un fort métaeône. Molaires supérieures
trapues et peu allongées transversalement (M 1 presque aussi longue que large'; lvvpo-
cône cresliforme ; pas de crête entre Lhypocône et le protocône.
Genre inclus : Adapisoreoc Lemoine, 1883. Paléocène moyen et tardif d’Europe.
Pour la description détaillée de ce genre, voir IIussell, 1964.
Sous-famille Dormaalinae Quinet, 1964 2
Diagnose
P 3 en général nettement plus petite que P 4 , uni- ou biradiculée. Talonide de P 4 court et
généralement excavé. ; cuvette étroite et située lingualement ; tubercules postérieurs du
talonide réduits ou absents. Talonide des molaires inférieures mndérétncnl long et large¬
ment excavé, généralement plus large que le trigonide. Taille di s molaires variable, mais
M s jamais beaucoup plus petite que M 2 - Métaeône de P 4 supérieure généralement faible
ou même absent, Mol a ires supérieures montrant une tendance à rallongement transversal.
Hypooâne constitué par un vrai tubercule, et généralement relié pur une crête an mur
postérieur du protocône.
1. Excepté étiez Adupisorex gaudryi.
2, Après l’exclusion d ’Amphilemur et de Creotarsus des Adapisoricidés, le nom Dormaalinae reste
le seul, parmi ceux des genres retenus ici, qui ait déjà été utilisé pour un groupe-famille.
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
135
Genres inclus :
Litolestes Jepsen, 1930. Paléocène tardif d’Amérique du Nord.
Leipsanolestes Simpson, 1928. Paléocène tardif d’Amérique du Nord.
Dormaalius Quinet, 1964. Éocène précoce d’Europe.
Entomolestes Mattliew, 1909. Éocène précoce et moyen d’Amérique du Nord ; Éocène
précoce d’Europe.
Matronella n. gen. Éocène précoce d’Europe.
« Leptacodon » jepseni McKenna, 1960 a. Éocène précoce d’Amérique du Nord.
Macrocranion Weitzel, 1949 (= Aculeodens Weitzel, 1949 = Messelina Tobien, 1962).
Éocène précoce à moyen d’Europe.
Scenopagus McKenna et Simpson, 1959. Éocène moyen d’Amérique du Nord.
?Proterixoides Stock, 1935. Éocène supérieur d’Amérique du Nord.
?Sespedecles Stock, 1935. Éocène supérieur d’Amérique du Nord.
Talpavus Marsh, 1872. Éocène moyen d’Amérique du Nord.
Ankylodon Patterson et McGrew, 1937. Éocène tardif à Oligocène moyen d’Amérique
du Nord.
N’ayant, pu examiner les échantillons, les auteurs ne traitent pas des formes asiatiques
qui ont parfois été incluses dans les Adapisoricidae.
136
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
I. DESCRIPTION DES FORMES DE L’ÉOCÈNE FRANÇAIS
Famille Adapisoricidae Schlosser, 1887
Sous-famille Dormaalinae Quinet, 1964
Genre MATRONELLA 1
Type. — Matronella luciannae n. sp.
Age. — Sparnacien (début de l’Éocène) de France.
Diagnose
Genre relativement petit, P 4 large postérieurement ; talonide court, largement excavé ;
crête oblique dirigée presque antéro-postérieure ment.. Paraconide de Mj et M s en forme de
lophé, convexe antérieurement et relié au métaconide ; lu crête oblique atteint le trigonide
sous le sommet du protoeonido. ProtOuonide de M x plus haut et plus volumineux que son
métaconide, M 3 dit même taille ou plus petite que M, ; faible projection de l’hypoconulide.
Lobe lingual de P 4 large antcro-postérieuremcnL, bas postéro-lingualement et dépourvu
d’hypocôiic ; rnétacône absent ou à peine distinct, et dans ce cas inclus dans la crête du
métastyle ; projection du métastyle modérée. M 1 et M 2 moyennement allongées transversa¬
lement ; paraconule et métaconide continus avec, respectivement, les bourrelets basaux
antérieur et postérieur ; le paraconule at teint le paracône du cfilé lingual et en son milieu ;
crête entre hvpoçône et. protocône faible ou absente. Métacône et métaconule de M 3 modé¬
rément réduits ; parastyle distinct: et saillant.
Matronella luciannae 2 n. sp.
Type. — Mu-112-L, M x inférieure droite.
Matériel attribué. — Voir la liste des échantillons sur le tableau des mesures.
Provenance et âge. — Carrières de Mutigny et Avenay (UCMP Locs. V-6167 et V-
6168) au nord-est d’Epernay (Marne) ; carrière, de Pourcy (Marne). Eocène précoce (Spar¬
nacien).
Diagnose. — La même que pour le genre.
1. Matronella : de Marne (la mère), rivière de Gaule, qui a donné son nom au département ; ella( L) :
diminu lit.
'2. luciannae : dédiée à Lucie-Anne Locis.
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
137
Description
Denture inférieure
En constatant l’absence complète des quatrièmes prémolaires dans la collection de
Mutigny, par opposition à l’abondance relative des molaires, on pourrait se demander
si cela vient de ce que les P 4 n’ont pas été identifiées ; pourtant deux P 4 ont. été reconnues
dans la collection plus petite d'Avenay (Av-710-Iin et Av-175-Un).
Av-175-Bu a été érodée ou abrasce sur son eôté labial. Le paraconide est. situé 1res
bas dans l’angle antéro-lingual de la dent ; il est de petite taille et erestiforinc. Il n’existe
aucune trace de inétaconide. De même il ne semble pas y avoir eu, sur le talcnide, de crête
médiane an(cro-postéricure qui aurait formé une cuvette ; mais rappelons que la dent est
endommagée du côté labial. Quoi qu'il en soit, le talonide est incliné ventro-labialement
dès le bord lingual. Il existe un entoconidc bien développé, mais la crête transversale posté¬
rieure du talonide ne porte aucun autre tubercule.
L’autre P 4 tAv-710-Bu) est très semblable à la précédente dans sa morphologie de
base, mais elle est plus typiquement AHapisoricidé dans les détails. Le paraconide y est
très bas. plus lingualement situé et, bien que plus grand que dans le cas précédent , il reste
erestiforinc. Un inétaconide de taille moyenne s'élève sur le flanc du protoconidc è peu près
à sa ini-liautLeur. Le talonide est. large et, pourvu d'une crête antéro-postérieure forte en
arrière, mais qui s'atténue pour devenir faible juste, en arrière du t.rigonide. L’entoconide
est bien délimité, et la crête transversale postérieure supporte ici aussi, quoique à un niveau
plus bas, un hypoconulide et un bypoconide. Un observe la présence d'un court, bourrelet
basal du côté antéro-labial. En résumé, l* 4 se caractérise par un paraeunide bas et ères là-
forme, la présence variable d’un assez petit mélaconidc, un talonide large et parfois excavé,
portant lui-même un entoconidc et, selon le cas, un hypoconulide et un bypoconide.
La VI, inférieure est la dent la mieux représentée dans la collection. Le paraconide
est lias el erest.iforme cl, ri'atteinl. pas le côté lingual de la dent ; il enferme, en se projetant
vers l’avant, une assez grande cuvette. Le proloeunide est légèrement plus élevé que le
inétaconide. et la crête oblique atteint la base du trigonide en arriére de celui-ci. Légère¬
ment lingual par rapport h la ligne médiane, se trouve un petit hypoconulide ; l’hypoco-
nide est notablement plus bas que l'enloeonide. A partir de l'Iiypoconubde un bourrelet
postérieur descend vetilrn-labialeme.nt. derrière l’byjmco/iide ; il existe un autre bourrelet
dans l’angle antéro-labial de la dont. L’exodacnndontie est particulièrement, marquée en
dessous de l'hypoconide. Le talonide est considérablement plus large que le trigonide. Mises
à part les modifications dues à l'usure, on constaté peu de variation parmi les sept échan¬
tillons de M,.
M a diffère peu dt M,. Elle est plus courte, mais ceci provient principalement, de la forme
du trigonide, qui s’étend beaucoup moins vers l’avant. En outre, le protoconidc y est consi¬
dérablement plus petit que sur M t puisqu'il est. plus lias et moins volumineux que le inétaco¬
nide. La différence de largeur entre le trigonide et le talonide est moindre que sur M t , mais
le trigonide reste le plus large. Il existe une crête interradiculaire. La M a d’Avenay (Av-
16-Bn) ne diffère pas des trois M 2 de Muligny
138 D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
M ;i est (tins petite que M a et, comme sur celle-ci, le trigonîde y est court ; les prwtoconide
et métaconide sont subégaux. Le talonide est plus étroit que letrigonide, et l’hypoconubde
n'est qu’à peine plus proéminent que celui de M, et M 3 ; mais la différence de hauteur entre
l'entoconide et le métaconide est plus grande que sur les deux molaires précédentes. Parmi
les quatre échantillons disponibles, on constate une variation dans le développement de
rhypoconulide. avec un maximum sur Mul-36-Levé, et un minimum sur Mut-62-Levé,
où il manque presque complètement,
Deux dents (Mut-153-Levé, Mj. et Mu-1041-L, M a ), notablement plus petites que les
autres, témoignent peut-être de l'existence d’une forme plus petite. Mais leur morphologie
est identique aux précéden tes, et un plus grand échantillonnage montrerait peut-être qu’elles
représentent simplement la limite extrême de la marge de variation de Matronella.
Denture supérieure
Deux P 4 ont été rapportées à cette espèce, Mut-45-Levé. et Av-6816 ; la dernière est
plus grande mais les deux dents se ressemblent étroitement, Dans l’angle ant.éro-labial
n’existe qu’un tout petit tubercule basal ? il n’v a ni conulcs ni indice d’un hypocône. Le
lobe, protocoual est large antéro-postérieurement, le protooôno lui-mèmc étant situé près
du bord antérieur. Une forte crête mélaslylaire relie le bord postérieur du paracône à l’angle
postérieur de la dent; sur Av-6810 il n’existe aucune trace de tnélaenne, mais sur Mut-
LVLcvé ce tubercule est légèrement indiqué au voisinage du paracône et inclus dans la
crête niétastylaire.
Sur M 1 les paracùne et inétaeùne sont de taille subégale ; il n’y a pas de styles, et les
crêtes stylaires restent modestes. Le bord labial de la dent est légèrement sinueux, la saillie
maximale se situant au niveau du métastyle. Les ennuies sont grands ; tandis que le méta-
oonulv entoure presque le métacnne lingualcment, le paraeonule ne dépasse pas à l'arrière
le niveau du milieu du paracùne. Le lobe liypoennal est subcarré et ne s'étend guère lingua-
Icmenl. au-delà du prutoçùnc ; PJiypoeùn» est bien distinct et aucune crête ne le relie au côté
postérieur du protoe.ùne. Parmi les M 1 , la variation porte sur le développement stylaire,
lu taille de riiypecùnc et sa situation par rapport au protncône. Lu outre, un échantillon
en provenance d’Avenay (Av-546-Iin) est plus large lingualcment, ce qui lui donne un pro-
lil basal subearré.
M 2 est plus allongée transversalement que M 1 , et. la région niétastylaire fait une moindre
saillie. Sur les deux échantillons disponibles, les styles sont faibles ou inexistants. La confi¬
guration des ennuies est la même que sur M 1 , bien que le paraeonule soit plus petit. Le déve¬
loppement du lobe de l’hypoeùne et celui du tubercule lui-même sont eux aussi comparable-
dans les deux cas ; le lobe de l’bypooùne ne dépasse pas linguale ment le niveau du protos
cône, et même, sur un échantillon d’Avenay (Av-775-Bn), ce lohe est extrêmement réduit.
La M 3 est représentée par deux dents, l’une de Mutigny (Mu-1004-L) et. l’autre d’Ave¬
nay {Av-370-Iln), Toutes deux sont légèrement endommagées du côté labial, et celle de
Mutigny est, quelque peu usée, ce qui lui donne un aspect un peu différent. Dans les deux
cas, le mélacùnc et le métaeonule sont réduits et il n’y a pas d’hypocône. Comme sur les
molaires précédentes, le paraeonule rejoint lingualement le paracône à peu près en son
milieu. La variation porte sur la taille du métaeône et du métaeonule ; en outre, sur Mut-
1004-L, le pnrastyle forme, du côté antéro-labial, une projection arrondie plus nettement
individualisée que sur M 1 et M 2 .
LES ADAFISOHICIDAE DE L’ÉOCÈNE INFERIEUR DE FRANCE
139
Comme dans le cas de la denture inférieure, nous disposons de plusieurs molaires supé¬
rieures qui sont notablement plus petites que celles décrites ci-dessus. Ces échantillons,
Mu-445-L, Mut-176-Levé et Av-607-Bn, sont tous des M 2 . Elles montrent entre elles une
variation de taille et d'usure, mais leur morphologie ne diffère pas, de manière significative,
de la morphologie des plus grands échantillons. Enfin, une M 2 supérieure en provenance de
Ponroy (collection Gigase) présente une taille à peu près intermédiaire entre celle des grands
et des petits échantillons.
Dimensions
p 4
L
I
P J
L
1
Av-710-Bn
1,6
1,0
Mut-45-Levé
1,5
1,6
Av-175-Bn
4,7
Av-6816
1,7
1,8
M,
Mu 6077
1,7
2,0
Mu-1060-L
1.6
2,0
Mut-112-Levé
1,8
1,2
Mut-204-Levé
1,7
2,0
Mut-138-L
1,8
1,3
Mu-1039-L
1,7
1,9
Mu-1005-L
1,9
1,3
Mu-1072-L
1,9
2.1
Mu-144-L
1,9
1,2
Av-540-Bn
1,8
2,0
Mu-214-L
1,7
1,2
Mu-112-L
1,8
1,3
Mut-153-Levé
1,6
1,1 (est.)
m 2
m 2
Av-16-Bn
1,6
1,2
Mu-1034-L
1,7
2,2
Mut-92-Levé
1,6
1,3
Mu-1051-L
1,6
2,0
Mu-1041-L
1,5
1,2
Mut-176-Levé
1,4
1,8
Mut-104-Levé
1,6
1,2
Mu-445-L
1,3
1,8
Mut-103-L
1,5
1,2
Av-775-Bn
1,7
2 2
Àv-607-Bn
1,5
2,0
Gigase (Pourcy)
1,0
2,0
M,
m 3
Mut-36-Levé
1,5
M
Mu-1004-L
1,1
1,8
Mut-62-Levé
1,4
1,0
Av-379-Bn
1,2
Mu-1055-L
1,5
1,1
Mut-30-Bn
1,4
1,0
Comparaisons
Par certains de ses caractères la denture inférieure de Malronella luciannae ressemble
à celle d ’Adapisorex gaudryi du Paléocène tardif. Sur la P 4 de l’une et l’autre espèces, le
talonide est largement excavé (davantage toutefois chez .4. gaudryi) ; la crête oblique tend
à s’orienter parallèlement au bord lingual du talonide, et on remarque à peine l'apparente
torsion de celui-ci qui caractérise son prédécesseur .4. ahundans ainsi que d’autres Ada-
pisoricidcs. Cependant, la P 4 de Matronella est plus pointue à l’avant, plus large à l’arrière
où le talonide est plus court, et (die supporte un polit bourrelet antéro-labial qui manque
chez Adapisorex : au total les différences dépassent les ressemblances en importance.
140
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
La M x et la M 2 «le MatroneUa diffèrent «le celles d’ Adapisorex par le développement
du paraconide et du bourrelet postérieur, ainsi que par la forme plus pointue des tubercules.
Tendis que le paraconide forme généralement, dans les deux espèces d'Adapisorex, un
renflement, à l’extrémité du paralophide rectiligne, renflement bien séparé du métaconide,
chez MatroneUa le paralophide- est représenté par une crête convexe antérieurement, et
reliée par une extrémité au protoeonide et par l’autre à la liane du métaconide. Le point le
plus antérieur atteint par le paralophide si? trouve plus près de la ligne médiane de la dent
chez MatroneUa que chez Adapisorex. Cependant, sur la M 1 de MatroneUa et. d'Adapisorex
gaudryi, la crête, oblique atteint la base du trigonide en un point situé sous le. sommet du
protoeonide, et non pas en dessous de l’entaille séparant Ceulooonide du protoeonide,
comme chez A. abundans. Une autre ressemblance entre Matronella et. Adapisorex gaudryi
concerne la brièveté de la M 3 , et l'orientation subparallèle de la crête oblique et du bord
lingual du talonide (caractère qui n'existe pas chez M x et M a ) ; dans les deux formes le talo-
nide est plus étroit que le trigonide. Mais il n’y a pas de bourrelet postérieur sur les molaires
d'Adapisorex, «T les tubercules n’y sont pas aussi aigus : .1. gaudryi s'est spécialisée dans
la réduction des crêtes et des bourrelets, et. en même temps dans un renflement des dents,
ce qui a eu pour conséquence d’atténuer l’individualité des tubercules.
La denture supérieure des deux formes diffère également. La P 1 supérieure d'Adapi¬
sorex porte un fort métacône, alors que ce tubercule est faible ou absent sur la P 4 de Matro-
nella. Le contour des molaires supérieures de MatroneUa n’offre pas la même tendance à
devenir subcarré, et, par le développement marqué des crêtes conulaires, ces molaires res¬
semblent davantage h celles d'Adapisorex abandons qu’à celles d’.l gaudryi■ Citez ce dernier,
eu particulier, les dents, par l'accroissement du diamètre postérieur de leur partie linguale,
ont perdu la plupart de la eonstrictiou médiane originelle que l’on trouve encore un peu
dans la denture supérieure dL4. abundans et Matronella.
En résumé, et eu égard à la dissemblance qui existe entre les dents de Matronella et
d'Adapisorex, il n’est pas possible d’envisager une relation phylogénétique directe entre
ces deux genres ; tout au plus pourrait-on imaginer l’existence d’un ancêtre hypothétique
commun aux deux genres.
Par comparaison avec la denture inférieure des espèces de l’Éocène moyen de Macro-
craniorx. celle «le Matronella se distingue parla largeur postérieure de P 4 , par la forme arquée
do paralophide des molaires et par le profil étroit et court de M s . Il n'existe aucune évidence
en faveur d’une proche allinité entre les deux formes. Par contre, la denture supérieure des
deux genres montre davantage de ressemblances : dans les deux cas la P 4 est pratiquement
dépourvue de métacftno, et dans les deux cas également les M 1 et. M 2 sont «les dents trapues,
élargies antéro-postérieurement du côté lingual, particulièrement au niveau des eonules.
Des différences existent dans l’extension labiale des styles, dans la taille «les eonules et de
l’hypocônc, triais dans l’ensemble il existe une nette ressemblance de base. En présence
de ces résultats contradictoires fournis par les dentures inférieures et supérieures, nous som¬
mes enclins à admettre des relations phylétiqucs assez lointaines entre les deux genres.
Les molaires supérieures grêles et allongées transversalement du genre de l’Eocène
précoce, Entomolesles, contrastent avec celles plus trapues de MatroneUa. La similitude ne
dépasse pas le niveau de la famille. D’autre part, puisque les molaires inférieures d’Enlo-
molestes ressemblent «le près à celles de Maerocrunitm, elles diffèrent «le celles de Matronella
par les mêmes caractères que ceux énumérés ci-dessus «fans la comparaison entre ce genre
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
141
et Macrocranion. Par conséquent, Matronella est encore plus éloignée d ’Enlomolestes que ne
l’était 1 lacroeranio n.
En ce qui concerne l'origine possible de Matronella, il peut être instructif d’examiner
la forme du Paléocène tardif, Leipsanolenles, bien que l’on ne connaisse rien de sa denture
supérieure La P 4 de Leipsanolettles (AM\1J 22231) ressemble d’assez prés à celle de Matro¬
nella, si ce n’est, que la euvette du talonide y est plus étroite antérieurement. Le trignnide
de est moins largement excavé, en même temps que la cuvette du talonide est plus étroite
antérieurement. M 2 porte un talonide légèrement plus court, et le mélaconide est situé
moins en arriére que chez Matronella. Mais c’est: M 3 qui montre la plus grande différence,
avec son talonide plus typiquement Adapisoricidé contrastant, avec celui de Matronella,
réduit, large antérieurement et presque dépourvu d’hypoconuUde.
Malgré les différences de valeur générique qui séparent les deux formes, il reste cepen¬
dant plus facile d'envisager, à l'origine de Matronella, un taxon semblable à Le ipsana! estes,
qu’il ne l’est d’unaginer son évolution a partir de la lignée Adapisorex. Il en résulte que les
ancêtres de Matronella étaient fort probablement nord-américains.
Parmi les échantillons de la faune de Eost, Cabin attribués à T al paons suUioani par
Gutiiiîie i 11171), se trouve une M t inférieure isolée (CM 22022), qui montre une forte res¬
semblance avec la même dent (par exemple Mut-lOi-Levé) de Matronella, La taille comme
la morphologie sont assez voisines : la seule différence réside dans le plus grand développe¬
ment du bourrelet antérieur chez Matronella. De toute façon, la dent CM 22022 ne peut
être rapportée à Talpaous ; il serait toutefois téméraire de conclure à la présence de Matro¬
nella en Amérique du Nord d'après ce seul échantillon. Font ce que nous pouvons dire
actuellement est qu'il y existait une forme possédant une M x voisine de celle de Matronella.
Genre MACROCRANION Weitzel, 1049
En essayant d’identifier un certain nombre de dents isolées, relativement grandes pour
des Adapisnrieidés, en provenance de Mutigny et d’Avenav, nous avons été amenés à les
comparer à celles du genre Maerocranion, décrit primitivement dans le Lutétien de Messel
(Allemagne).
Ces couches ont, en effet, fourni quelques restes d’insectivores in habituel le me ni com¬
plets ; les individus y sont peu nombreux, mais ils sont représentés par des dentures assez
complètes associées à des éléments du squelette postcrânien. Wkitzei. (1949) y a reconnu
l’existence de deux genres, Aculeodens et Miicj'orrani.on, que Tobikn (1962), dans une étude
détaillée de ces Insectivores, regroupa sous ce dernier nom, et il classa Macrocranion parmi
les Amphilemuridae de McKenna (1960a) : ce genre devint ainsi le mieux connu de la famille.
Mais Van Vai.en, dans sa classification des Insectivores de 1967, le plaça dans les Ada-
pisorlcidés eréotarsines.
Macrocranion était jusqu'ici représenté par une seule espèce, M. tupàiodon, Mais
Tobien, dans ce même travail do 1962, décrivit un autre genre d’insectivore, Messelina,
et le rapporta aux Rrinaceidés sensu lalo. En examen de ce genre nous a conduits à y voir
en fait une seconde espèce de Macrocranion, M. tenerum. Nous devons donc, avant d’entre¬
prendre la comparaison de notre propre matériel avec Macrocranion, justifier cette attri¬
bution, ce qui nous permettra de compléter notre connaissance du genre.
142
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Le type de Messelina est un jeune individu représenté, entre autres, par une mandi¬
bule où la P 4 de lait est encore présente à gauche et la M a à peine sortie : à droite la P 4
définitive est en place. Le type de Maerocranion est un individu plus grand et pleinement
adulte, comportant: lui aussi une mandibule, où les bypnrnnides et les paraconides des
molaires ont subi une très forte usure ; il en est de même de I’, où l'usure a effacé de nom¬
breux détails sur la partie postérieure du talonide. Les 1 *, des deux échantillons sont très
semblables dans leur contour général, celle de Mucrocranion étant seulement un peu plus
étroite. Le paraoonide et le ruclaconide sont plus développés sur la tient de « Messelina »,
mais il s'agit là de caractères très variables ; dans les deux cas, le paraconide est situé lin-
gualentenl et le métaconide est légèrement postérieur par rapport, au profoeonide ; dans
les deux cas également, une forte crête linguale s'étend vers l’arrière à partir du métaco-
nide, Chez « Messelina », le talonide tic P 4 est traversé par une crête médiane antéro-posté¬
rieure qui monte sur la face postérieure du trigonidc et qui délimite une petite cuvette
linguale ; chez Maerocranion. au contraire, le talonide est séparé «lu trigonide par un sillon
transversal situé il la hase du trigonide ; il y a bien une légère indication de cuvette, mais
s’il existait une crête médiane antéro-postérieure, elle a été éliminée par l'usure. Ceci mis
à part, on a l’impression que la morphologie des talnnides est assez semblable, mais l'absence
complète de la surface dorso-postérieure chez Maerocranion rend toute comparaison détail¬
lée impossible. La M t de Maerocranion est légèrement [dus allongée que celle de <( Messe¬
lina », mais si l’on élimine les autres différences dues à l'usure, les deux dents sont à peu
près identiques. On retrouve la même similitude sur les M a , si ce n’est que, chez Maero¬
cranion, l'hypoeonide et le prntoconide sont séparés, en vue horizontale, par une plus pro¬
fonde indentation. L'hypoconulide de M, et M 2 , très usé chez Maerocranion, semble avoir
été situé, dans les deux formes, entre lVntoeonide et le milieu de la dent. Enfin, M a apparaît
proportionnellement un peu plus courte chez « Messelina ».
Une comparaison des dentures supérieures des deux formes révèle une similitude
aussi poussée. I 8 supérieure est une dent assez particulière avec ses trois tubercules, mais
cette particularité existe dans les deux formes. La canine est grande chez Maerocranion ;
on ne peut rien dire de celle de « Messelina » puisqu'il s’agit d’une dent de lait. Les deux
P 1 sont différentes, mais on peut supposer que celle de « Messelina » est une dent de lait
comme le sont la P 3 et le fragment restant de P 4 : P 2 manque chez « Messelina », La M 1
de « Messelina » porte un metnstyle qui se projet te plus loin vers l’arrière, cl un lobe hvpo-
conal qui se. projette plus loin lingualetnenl. que leurs homologues de Maerocranion ; mais
par leur morphologie générale, les deux dents se ressemblent fortement. On observe la même
similitude pour les M 2 , si ce n'est que le lobe hypoeomd s’étend plus Ungunlement chez
Maerocranion. L’examen des dents supérieures de « Messelina » a montré que le métacône
attaché à la M 3 (et figuré tel) appartenait en réalité à la M 2 ; la M 2 ainsi reconstituée est
très semblable k celle de Maerocranion, et la M 3 n’offre plus ce contour postérieur anormal ;
enfin le paracône de la M 3 fie « Messelina », seul tubercule persistant, diffère peu du même
élément de Maerocranion.
En raison, donc, de la faiblesse des différences qui séparent les spécimens-types de
« Messelina » tenera et de Maerocranion tupaindon L il Apparat), difficile de justifier le maintien
de deux noms génériques. « Messelina » Leurra, par conséquent, devient Maerocranion tenerum.
I. Les différences qui apparaissent entre les deux formes sur les dessins donnés par Tiiuiln (1962)
proviennent en partie de la différence d'orientation donnée aux deux échantillons par l'artiste.
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
143
Macrocranion sp.
Matériel attribué. — Voir liste ries échantillons sur le tableau ries mesures.
Provenance et âge. — Carrières de Mutigny et d’Avenay (UCMP locs. Y-6167 et
V-6168), nord-est d’Epernay (Marne) ; début de l'Éoeène (Sparnacien).
Di ïscruPTioN
Une petite collection de dents relativement grandes et provenant presque toutes d'Ave-
nay peut être rapportée avec toute vraisemblance au genre Macrocranion. La forme fran¬
çaise diffère des deux espèces de Messel en ce que les tubercules des molaires inférieures
sont plus bas (spécialement le métaconide) et plus renflés, et que l'entocomde est plus
étendu aiiléru-poslérieuremonl : le bourrelet postérieur y est aussi plus faible que .sur les
formes d'Allemagne.
Sur les molaires supérieures, peut-être simplement en raison de la petitesse de l’échan¬
tillonnage. aucune différence significative n’a pu être relevée. Le bourrelet postérieur des
molaires de la forme française reste à la base de la couronne, tandis que sur les deux espèces
de Messel il forme un crochet et se redresse brièvement vers le niélaconule : mais cette
distinction est d’importance discutable.
II est vrai que celte forme française pourrait être rapportée presque aussi facilement
à Entomolesies. Elle diffère de celui-ci par le plus grand développement de l’entoconide
et la présence d un bourrelet postérieur sur les molaires inférieures ; ce dernier caractère
est d’importance secondaire, mais on le retrouve chez Macrocranion tandis qu'il manque
chez EntomoUmlex. La principale distinction d’avec ce genre réside toutefois dans les molaires
supérieures, qui rappellent de très près les dents trapues de Macrocranion et contrastent
avec les dénis plus grêles d’ ErUonwIesleS. Enfin, celte forme, rare à Muligny et Averiay,
devient commune dans le Cuisicn (à Loiidé-eu-Brie, par exemple en même temps qu’/fnto-
i noies tes semble disparaître.
Le genre Macrocranion présente, en effet, une ressemblance remarquable avec Ento-
> noies les. Les dents inférieures situées en avant de P 4 sont presque identiques, si ce n’est
que la i’;, est uniradioiilée chez Macrocranion, tandis qu’elle est quelquefois biradieulée chez
EntomolcsteSy mais les racines restent alors appliquées l’une contre l’autre. La P 4 est variable
dans les deux genres, mais on connaît des cas de grande ressemblance. En ce qui concerne
les molaires inférieures, il est difficile de justifier la distinction entre les petits Macrocranion
tenerum et les échantillons d’ Erdomnlestes nilem ; les tubercules sont un peu plus hauts
dans lu première espèce et l’Iiypoconulide s’y développe îi l’extrémité dorsale d’un bourrelet
oblique, situé postérieurement par rapport à l’hypoconidc. Macrocranion tupaiodon se
distingue immédiatement par sa taille, bien supérieure à celle d'Ento molestes nitens ; mais,
à pari une constrietion labiale en arrière du trigonide, la morphologie des molaires infé¬
rieures est pratiquement identique.
On ne connaît pas la denture supérieure du type d'Enta moles tes nitens ni des échantil¬
lons qui lui ont été rapportés ; mais la forme provenant de Four Mile, et dénommée par
144
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
McKenna (i960 a) fif. Entomolestes (mais que nous considérons comme un Entomolestes s. st.,
voir ci-dessous), de même que les échantillons français rapportés à ce genre (id.), possèdent
la P 4 et les molaires supérieures. Or la comparaison de ces P 4 avec celle, de Alacrocranion
tupaiodon (la dent manque chez M. lenerutn ) montre, chez cette espèce, l’absence du petit
métaidrie visible chez Entunwlest.es. Les molaires supérieures de M acrocranion n’oU'rent
pas de différences de détails avec celles de l’ Entomolesles de Four Mile ou des gisements
français ; elles sont seulement moins allongées transversalement. Cette différence de pro¬
portions constitue en fait la principale distinction entre M acrocranion et E ntoinolestes ;
sans elle il serait tentant de voir en Al acrocranion une forme plus grande et plus récente
de YEntomolestes de l’Eocène précoce décrit ci-dessous.
Dimensions
M 2 L 1
Mu
5533.
. 2,4
1,8
Av-
9957-Levé.
. 2,8
2,0
Av-
9956-Levé .
. 2,9
2 2
M,
Av
5076.
. 2,8
1,8
Av
123-1.
. 3,1
1,7
Av
7690.
. 2,9
1,9
M 1 I, 1
Av-9012. 2,7 3,1
M 2
Av-60-L. 2,8 3,9
Av 6805 . 2,7 3,6
Av 4880 . 3,1 —
Genre ENTOMOLESTES Matthew, 1909
Entomolestes cf. nitens Matthew et Granger, 1918
Matériel attribué. — Voir la liste des échantillons sur le tableau de mesures(p. 148).
Provenance et âge. -— Carrières de Mutigny et Àvenay (UCMP locs. V-6167 et V-
6168) ; carrière de Grauvcs ; région d’Épernay (Marne). Eocène précoce (Sparnacien et
Cuisien).
Description
Denture inférieure
La constitution de la denture antérieure de notre Entomolestes cf. nitens est quelque
peu conjecturale, puisqu’on ne possède aucune mâchoire portant les dents antérieures
à P 4 , et ce n’est qu’à Condé-en-Brie que l’on a trouvé des mandibules complètes avec les
alvéoles des dents antérieures. Cette faune sera décrite ailleurs, mais il convient de men¬
tionner dès maintenant que, sur ces mandibules, il existe sept alvéoles en avant de P 4 ;
on peut supposer que les dents qui les occupaient étaient toutes uniradiculées. Toujours
d’après les alvéoles, I t était proclive, I 2 était légèrement plus redressée et I 3 encore un
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
145
peu plus. Celle-ci n’était apparemment, qu’à peine plus petite que la canine, elle aussi incli¬
née vers l'avant. Les trois alvéoles destinés aux uniques racines de P l5 P 2 et P 3 ont approxi¬
mativement le même diamètre, et à peu près le même que ceux destinés aux racines de
I 3 et de la canine. Toutefois, l’alvéole de P 8 est plus allongé que les autres dans le sens
antéro-postérieur, mais on ne distingue aucune trace de fusion de racines, pas davantage
sur la paroi de l’alvéole que sur les cfltés de la racine conservée en place.
(/échantillonnage relativement impôt tant des P 4 en provenance de Mutigny et Ave-
nay montre que celte dent présentait une très grande variabilité morphologique, et il est
probable que cette variabilité apparaîtrait encore beaucoup plus considérable si l'échan¬
tillonnage était plus vaste. Le. paraconide y est bien individualisé (mais de taille variable),
généralement en forme de tubercule, (rarement cresliforme) et généralement situé ant.éro-
lingiialeinent par rapport à la crête antérieure du protoronide et assez bas sur la ronronne
(en vue linguale). Le métaeonide dessine nettement un tubercule (il est rare qu’il soit faible)
qui se situe postéro-lingualeriirnt par rapport au protoconide ; il se place, lui aussi, assez
lias sur la couronne, mais son sommet, dépasse presque toujours notablement celui du
paraconide. Ces deux tubercules sont bien séparés l'un de l'autre, ne confluant même pas,
ou rarement, par leur base. Lue crête linguale aiguë unit le métaeonide à la crête postérieure
transversale du talonide, au niveau de l'enloconide (quand celui-ci est présent). Le talonide
est relativement court., cl plus large que n’est le trigonide au niveau du protoconide. Il est
rarement, excavé ou en tous cas faiblement ; lorsqu'elle est présente, sa cuvette est étroite
et située du enté lingual : une légère crête a riléro-postérieure la limite labialcment. One
large gouttière transversale descend obliquement, à travers le talonide, depuis b- bord lin¬
gual de la dent jusqu’à son angle postéro-labial. La crête transversale du talonide est de
hauteur et de forme variables (en vue vert ie.ale : voirpl. à 11, fig. 7-10). et généralement dépour¬
vue de tubercules ; cependant, elle peut en porter un ou même deux, correspondant, à l'ento-
conide et l’hypoconide, L'angle postéro-labial de la dent peut apparaître, en vue horizon¬
tale, arrondi ou anguleux, avec tous les intermédiaires. L'émail s’étend davantage vent râ¬
lement sur le côté labial de la déni que sur le côté lingual, et la couronne est inclinée dorso-
lingualcment par rapport à l'implantation verticale des racines,
Le paraconide de et M„ est indistinct nu à peine développe ; dans ce cas il se situe
lingualement. sur un paraloplude long et. élevé. Celui-ci forme, en vue ocelusalc, un angle
(approximativement ll5 o -b!0°) avec la crête antérieure du protoconide. Kn vue antérieure,
il est presque perpendiculaire au côté lingual de la e.mmmne, mais oelui-ri s'incline d’env iron
15° à 25° par rapport à l'implantation verticale des racines. Ce même paralophide peut
être lisse ou, au contraire, denticulé avec un maximum de quatre petites protubérances;
il est toutefois plus commun d'en trouver deux, dont l'une occupe l’emplacement d un
paraconide ; ces «lenticules restent généralement faibles, mais on connaît, de rares cas où
ils sont, très développés, dessinant en particulier un paraconide bien distinct, et même par¬
fois dédoublé. La présence ou l'absence d’un paraconide et les variations de forme du para¬
lophide, mince ou épaissi entre le paraennide et. la base du prntnconide, ou encore pourvu
de denticulal ions, ne constituent pas des critères de distinction entre Mj et M â , pas plus
qu’elles ne différencient, les échantillons des diverses localités; toutefois le paralopbide
de M 2 est souvent concave, en vue neclusale, en raison de la projection vers l’avant de son
extrémité linguale. Le protocnnidc cl le métaeonide sont quelque peu bulbeux, modérément
élevés et de hauteur subégale; le métaeonide est situé légèrement plus en arrière que le
327 , 2
146
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
prutocnnide. Sur M, comme sur M 2 l’usure a provoqué la formation, sur la paroi postérieure
du trigonide, d'un léger sillon s’étendant obliquement depuis le sommet du rnétaconide
jusqu’au niveau de la base de l’hypoeonide ; la crête oblique atteint la paroi postérieure
du trigonide en arrière de ce sillon, au niveau de l'entaille qui sépare le rnétaconide et le
protoeonidc. Sur \1 2 comme sur Vl lt le talonidc constitue la partie la plus large de la dent ;
il est profondément excavé et limité postéro-lingualeinenl. par un entoeonide élevé et angu¬
leux. Celui-ci est le tubercule le plus important du talonidc ; sa bailleur dépasse en effet
considérablement celle de l’hypocOfiide et, se rapproche de celle du rnétaconide. C’est aussi
une entaille en V qui sépara l’entoeonide du rnétaconide, et le fond de ce V est situé à peu
près au même niveau que le fond de l’entaille qui sépare le rnétaconide du paralophide.
L’bypoeunulide est bien développé et renflé sur son côté postérieur ; il est situé tout, entier
sur la crête qui s’élève lingualement vers le sommet de l’entoeonide : il n’est donc pas placé
sur la ligue médiane de la dent. 11 existe un bourrelet antéro-lahial en dessous du paralo-
pliide, et seulement h ce niveau, l/exndaeuodonlie est présente du côté labial.
Sur M a également le paralophide est crestiforme, bien qu’il existe d’assez fréquentes
exceptions où il porte deux tubercules ; son orientation et sa morphologie sont par ailleurs
très semblables à celles qu’il a sur M â . La largeur relative du talonidc est variable ; elle est
égale ou légèrement inférieure à celle du trigonide. L’entoconide de M a est un peu plus
petit ([ne relui île M a , tandis que l'hypneonulide est considérablement plus grand puisqu’il
atteint la taille de l’enUiconide. Nous ne possédons pas d'échantillon qui conserve à la fois
la M a et la Mfj, mais d’après les mesures des alvéoles de ces dents, M 3 était aussi longue ou
plus longue que M 2 .
Les deux dents Av-6758 et 0-751)5 représentent peut-être des l)P 4 inférieures. Mlles
ressemblent fortement aux molaires inférieures décrites ci-dessus dans la structure du talo¬
nidc, mais le trigonide y est plus étendu, ce qui donne h la dent l’aspect allongé typique
d’une quatrième prémolaire, de lait.
Denture supérieure
Il est apparu que les dents identifiables comme des P 4 supérieures de la forme française
Entomolestes cl. miens étaient extrêmement rares dans toutes les collections. Ceci est d’autant
plus étonnant que les molaires supérieures y sont assez nombreuses et, même, que des
échantillons supposés être des P 4 de lait de celle espèce ont été trouvés dans les différents
gisements. Parmi les échantillons possibles, Mu-91-L semble être celui qui s’accorde le mieux
avec les molaires d 'Entomolestes cf. nitens et correspondre k la morphologie de la P 4 des
formes apparentées. Cette dent provient d'un individu âgé, car les sommets du paracône
et de la e.rêl.e stylaire sont usés ; par ailleurs, le parastyle est brisé. I.e tnétaeône est rudi¬
mentaire et en partie fusionne au paracône ; mais les sommets de ces deux tubercules sont
orientés différemment, celui du paracône s’inclinant Initialement. La crête métastylaire
est élevée, concave Initialement, et. se termine postcro-IabialeHient sur un métastyle émoussé.
Eu vue horizontale, le contour labial de la dent est nettement sinueux, avec une concavité
à la fois en avant et en arrière du paracône. Le lobe du protooùno est subcarré en vue hori¬
zontale, le protocône se situant au point de jonction des crêtes antérieure et linguale du lobe ;
cette crête, linguale porte de minuscules cuspides, l’une se situant à l’angle postéro-lingual
du lobe et l'autre à mi-chemin du protocône. Les paraconule et métaconule sont absents.
II existe un bourrelet sur les côtés labial et postérieur de la dent.
147
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
Si U morphologie de cet échantillon correspond bien à l’idée que l’on peut se faire de
la P 4 de cette espèce, il n’en est pas de même de sa taille. Elle est trop petite pour s’intégrer
raisonnablement dans une série dentaire telle que celle que Fou peut reconstituer à partir
des molaires de Mutigny, Dans l'état actuel de nos connaissances, il n’est pas possible de
décider si cette dent représente la limite inférieure de la marge de variation de cette espèce
on si elle appartient en fait à une autre espèce b
Un antre échantillon, Av-2!)9-JJn, ressemble au précédent par sa taille et apparemment
aussi par sa morphologie, si ce n’est que le bord labial de. la dent y est plus rectiligne. Mais
une comparaison plus poussée est rendue impossible par le fait que le parastyle, présent ici,
manquait sur la dent de Mutigny, tandis que le lobe du protocône, conservé sur celle-ci,
est absent ici.
M 1 est une dent allongée transversalement, pourvue de lobes larges évasés labialcment.
De forts bourrelets continus avec les styles entourent le paraoône et le métacône au niveau
des ennuies. Le para cône est un tubercule robuste, semi-tubulaire, plus élevé que le métacône
dont il est séparé par une profonde entaille eu V. Le métacône est prolongé postéru-labia-
lement par une crête élevée qui rejoint le métastyle, tandis que le paraoône et le parastyle
ne sont réunis que par une très légère crête. Le paraconule et le mctaeouule se trou vent
approximativement à la même distance: de leur tubercule respectif et sont bien développés.
Le protocône est un tubercule élevé, situé lingualement par rapport au paracône : l'hvpo-
cône se trouve au milieu d'un grand lobe ; il est généralement relié par une crête faible à la
base de la paroi postérieure du protocône. Il existe à l'avant un court bourrelet basal sur
lequel s'élève parfois un petit tubercule lingual. D’autres variations peuvent se produire
dans l’extension labiale du métastyle, dans le développement de la crête reliant le para-
cône e.t le parastyle et dans l’existence d’une protubérance sur le bord de la concavité labiale,
protubérance qui rappelle un xnosostyle.
M a présente un contour plus réel angulaire, avec son métastyle moins étalé à l’arrière
et son parastyle dit igé plus labialemenl : l'entaille labiale est, en conséquence, plus accentuée.
A tout autre égard, la morphologie de M a ressemble à celle de ML La variabilité porte sur
le développement de l’Hypoeône, l’extension linguale de son lobe, la convexité labiale et
l’extension du parastyle, et enfin sur l'élongation transversale de la dent.
Même avec le petit nombre d’échantillons dont nous disposons (10), il est clair que la
variabilité affectait M® dans presque tous ses détails. Le contour général triangulaire de la
dent, par exemple, est modifié par la longueur et la largeur du talon, la taille et la forme du
lobe parastylaire, et aussi par le développement du bourrelet basal La taille et la situation
relativ e des tubercules et des ennuies sont, elles aussi, sujettes à variation : les métacône et
métaconule sont toujours séparés par un profond sillon ; les coït nies eux-mêmes sont bien
distincts l’un de l’autre, le paraconule étant le plus lingual ; sa crête s'étend jusqu'au para-
style. Les bourrelets basaux des échantillons d’Avenav sont généralement moins bien déve-
1. Km raison île l'inccrtltuile île son attribution, nous avons comparé cette tient avec, plusieurs échan¬
tillons de taille et de morphologie voisines, appartenant à d’autics taxais. Mu-ït'l-b est plus gréln rpie la
]’ 4 Mtl-'ill l.evé rappariée à MntroHclIu, niais sa laille en est très proche. Lepeiidant, la morpllolltgie de ces
dents indique qu'elles appartiennent presque ecttaitirittriit à des genres rlillérenls, et la ferme trapue de
Alu-'i.Vl.evé s'accorde avec colle dos moluites supérieures de Mnlnmidln. Mu-'.t’l-l, est liicn dillciente des
P 4 du .Xijctilheriiuii de In tonnât um de bridger, mais elle ressemble. labialcmenl ni moins, à celle de /.r/da-
codon U'nt'r, si oc n'est que le lobe du ptoloututc est ici plus linge postérieurement, plus large aussi que sur
la P 4 du Iji'/Hanidun sp. de la forma lion de .San dose. Au loto I, c'est des molaires supérieures d' lùiloniolcxtes
que Muttl-I. se rapproche le plus pal sa morphologie, mai» la question de son ;t 11 ri I n 1 1 ion rrsle ouverte.
P 4
X.
1
Mj (suite)
L
1
M^ (suite)
L
1
Mu-457-L
1.6
1.0
Av-7 94-Bn
1. 3
1,0
Av-64-Bn
1,8
2.2
Mu-1023-L
1,8
1,1
Gr-7638
2, 2
1.6
Av-67 67
1,9
2, 2
Mu-122-Levé
1,6
1.1
Gr-7635
1.9
1. 5
Av-782-Bn
1.7
2. 1
Mu-169-Levé
1,8
1.2
Gr-7438
1,9
1,5
Av-21 5-Bn
1,8
2, 2
Mu -104-L
' 1,8
1.1
Av-7727
1,8
2, 2
Av-6847
1.6
0,9
M 2
L
1
Av-85-L
1,8
2. 3
Av-715-Bn
1,3
0,8
Mu-1028-L.
2, 0
1, 6
Av-4602
1.8
2, 2
Av-7216
1,6
0,9
Mu-6679
2, 0
1.6
Av-840-Bn
1.7*
2. 1
Av-67-Bn
1, 5
0,8
Mu-64 04
2, 0
1.5
Av-841-Bn
1.7
2. 1
Av-666-Bn
1, 5
0,8
Mu-6347
2,0
1.5
Gr-7514
2,0
2,6
Av-6l2-Bn
1,5
0,8
Mu-122-L
2, 0
1.7
M 2
L
1
Av-301 -Bn
1,4
0,7
Mu-6141
2,0
1.6
Mu-5520
2. 0
2, 6
Av-159-L
1, 5
.1.0
Mu-64 60
2, 0
1.6
Mu-127 -L
2, 1
2, 5
Av-341-Bn
1,7
0.9
Mu-64 00
2, 0
1. 5
Mu-5517
_
2,7
Av-62-L
1,6
0.9
Mu-1061-L
2, 0
1. 5
Mu-17-Bn
_
_
Av-294-Bn
1. 5
0,9
Mu-16-Bn
1.9
1.5
Mu-1042 -L
1.9
2,7
Av-11 -Bn
1.7
1. 1
Av-5020
1.9
1. 5
Mu-126-L
_
2,7
Gr-7793
1,6
0. 9
Av-7 58 -Bn
2.0
1.4
Mu-6682
„ . ♦
-
2, 6
Gr-7615
1,9
1.0
Av-7-Bn
1.7
1,2
Mu-118 -L
_ ♦
2,8
2, 0
M,
L
1
Av-6806
1.9
s
1.5
. . ♦
Av-632-Bn
1.8
2, 5
1
Mu-131-L
1,9
1,4
Av-791-Bn
1.7
1. 1
Av-4567
1,9
2,7
Mu-6135
2, 1
1.5
Av-59-Bn
Av-171-Bn
1»5
1.6
1. 1
1, 1
Av-7217
Av-18 -B n
1,7
2, 3
Mu-1043-L
2, 0
1.6
"
Mu-264-L
1, 9
1.5
M.
L
1
Av-717 6
1,9
2,4
Mu-6325
2, 0
1.6
3
Mu-1006-L.
2, 1
1.3
Av-67 66
1,9
2,6
Pmu-0055
2, 0
1.5
Mu-1044-L
2, 3
1,4
Av-706-Bn
1,8
2, 4
Mu-1048-L
1.8
1.4
Mu-101 -Levé
1,7
1,2
Av-965-Bn
1,7
2. 3
Mu-5979
2. 0
1.6
Mu-1045-L
1.6
1.1
Av-9016
1.7
2, 3
Mu-6528
1,9
1,4
Av-166-Bn
1,7
1.0
Gr-7606
-
-
Mu-1008-L
1,6
1, 1
Av-175-L
1,8
1, 1
3
M
L
1
Mu-1017-L
1,7
1, 1
Av-670-Bn
1,7
1,0
Mu-1040 -L
1,4
2, 0
Mu-1056-L
1,6
1,1
Av-7 1 -Bn
1.7
1.0
, *
My-1022-L
1, 5
2, 0
Mu-247 -L
1.6
1, l
Av-367-Bn
1.7
1.1
, *
-, , *
Mu-269-L
1.5
2, 1
Av-4768
1.8
1, 3
Av-307-Bn
1,6
1.0
Mu-1027-L
_
_
Av-57-L
1.8
1, 1
G r-105-Levé
2, 0
1.1
Av-317 -Bn
1. 1
1.9
Av-234-B
Av-335-Bn
1.7
1.8
1,2
1,3
Gr-7567
2, 0
1,0
Av-68-Bn
1,2
2, 0
Av-322-Bn
1, 1
1,9
Av-209-Bn
1, 6
1, 3
P 4
L
1
Av-304-Bn
1,2
1, 9
Av-5720
1,8
1.4
Mu-91-L
-
1.5
Av-362-Bn
1,2
1,9
Av-790-Bn
1,7
1,3
Av-299-Bn
1, 5
-
Av-549-Bn
_
.
Av-6756
1,8
1,2
M 1
Av-65-Bn
_
.
Av-7693
1, 9
1.2
L
1
Av-21-Bn
_
_
Av-69-Bn
1. 7
1,1
Mu-5985
2, 1
2, 5
Av-369-Bn
1*,2
1,8
Av-172-Bn
1, 6
1,3
Mu-7223
2, 0
2, 5
Av-777 -Bn
_
.
Av- 155-Bn
1,7
1.3
Mu-6027
-
Av-621 -Bn
1,2
2, 1
Av-744 -Bn
1,7
1,2
Mu-5509
2, 0
2,4
Av-961-Bn
1, 1
1,8
Av-5858
2, 0
1.3
Mu-1015-L
-
-
Av-946-Bn
1,2
1,9
Av-4566
1.7
1, 1
Mu-121-L
-
-
Av-784-Bn
1,2
2,2
Av- 77 3 -Bn
1,8
1,2
Mu-1019-L
-
-
Av-7713
1,7
1, 1
Mu-5510
-
-
Av-795-Bn
1,6
1,1
Av-86-L
1,9
2,4
♦ : estimation
Av-563-Bn
1,4
0, 9
Av-4583
1.9
2,3
LES ADAFISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
149
loppés que ceux des échantillons de Mutigny et, en tout cas, le bourrelet postérieur est
souvent le plus fort. L’hypoeône n’est que rarement individualisé.
De petites dents rappelant par leur morphologie les molaires supérieures d ’Enlomoleates
cf. râlent, représentent peut-être la DP 4 de cette, forme. Leur élongation antéro-postérieure,
combinée avec leur étroitesse transversale, leur confèrent, une apparence caduque. De plus,
le métarone y est parfaitement indépendant du parae.ône, alors que ces deux tubercules
étaient probablement en grande partie fusionnés sur la P 4 , Cet aspect molariforme est sou¬
ligné par la présence d’un hypoeûne bien développé.
11 existe des crêtes iirterradiculaires sur les molaires supérieures aussi bien qu’infé¬
rieures.
Discussion et comparaisons
Les dents attribuables à Enlomolestes sont assez communes dans les gisements de
Pliocène précoce de France. Généralement, toutefois, les collections sont laites de dents
isolées, si bien qu’il est diUieile de savoir si tous les échantillons peuvent être attribués à
une seule espèce ou si l’on a affaire à plusieurs taxons. Cependant, il nous semble impro¬
bable que les variations observables sur les échantillons que nous avons rapportés à Ento-
inoiestex dépassent le niveau subspécilique. La variabilité, y est considérable, mais elle
n’excède pas celle que l'on observe chez d’autres espèces fossiles. Il est certes regrettable
de devoir fonder une taxonomie sur des dents isolées, mais notre but est de faire connaître
cette faune dans ses constituants majeurs ; nous présumons qu’une révision ultérieure
— avec d’inévitables modifications de cette taxonomie — interviendra lorsque l’on dispo¬
sera d’échantillons plus complets.
La forme qui montre la plus grande ressemblance avec celle du Sparnacieit et du Cui-
sien de France est une espèce du Wasat, chien précoce do Four Mile que décrivit McKenna
(1960 a) sans la nommer (cf. Enliinndesles nilens). J fuit P, en provenance de ce gisement
présentent une similitude frappante avec les P 4 décrites ci-dessus ; en fait, cette similitude
est telle qu’aucune comparaison n’est nécessaire ; clics sont, identiques pour l'essentiel et
pourraient être intégrées dans la collection européenne sans dillicullé.
Quant aux molaires inférieures de Four Mile, on y observe fréquemment, comme
sur les dents des gisements français, un épaississement de la crête paralophide ou même
un début de second tubercule ; toutefois, nous n’avons jamais noté la présence de plus
de deux tubercules, tuais ceci peut, n’èlre dû qu’à la petitesse de l’échanl illonnage. Parleurs
autres détails également, les dents inférieures de l’espèce de Four Mile, sont conformes aux
échantillons de France. La longueur moyenne de la série Mj-M s y est de 5,3 mm (McKenna,
1960a) 1 . Kappelons que, ni à Mutigny ni à Àvenay, nous ne disposons de série molaire;
mais les calculs elfectués pour deux mandibules de Condé-en-Brie (dont aucune, pourtant,
n’a conservé la M 3 ) donnent pour la série M l -M 3 une longueur de 5,5 mm : comme les dents
constitutives de cette série ont des dimensions qui se situent dans la moyenne des dents
isolées de Mutigny-Avenay, on peut en conclure que cette mesure de 5,5 mm représente
une approximation raisonnable pour la longueur de la série molaire de la forme européenne.
1. D’après la liste donnée par l’autour, cotte mesure ne peut p?s être basée sur plus de quatre échan¬
tillons.
150
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Étant donna l’extrême rareté des P 4 supérieures, tant à Four Mile qu'en France,
toute comparaison reste de valeur douteuse. Toutefois le dessin de l’unique (et partielle)
P 4 de Four Mile (UC 44085) montre, par rapport à la P 4 Mu-91-L supposée représenter
YEntomnlestes français, des différences dans le contour du bord labial, dans l'individuali¬
sation d’un petit rnétaeône et dans l'absence de Crète métastylaire. Les dimensions, pour¬
tant, sont à peu près identiques pour les deux dents, Si F échantillon AM N II 59678 (P 4 -
M 2 ) peut être, comme nous le pensons,rapporté lui aussi à EntonwlegU’s (et non à Scenopagus,
comme le pense McKenna, 1968 : voir discussion, p. 166), su P 4 présente une morphologie
pratiquement intermédiaire entre celles de UC 44085 et de Mn-91-l,. Comme sur cette der¬
nière, le petit inélaeone y est incorporé à Ja forte crête métastylaire, mais le contour labial
de la dent rappelle plutôt celui de UC 44085. Dans l'ensemble, toutefois, et bien que ces
trois dents soient incomplètes, clics apparaissent assez semblables à tic nombreux égards.
Les molaires supérieures, tant du Bassin de. Paris que de la loenlité. de Four Mile au
Colorado, varient dans les détails (citons, par exemple, l'ampleur du développement du lobe
hypoconal), mois aucune de ccs variations n’est sullisammcnt constante pour constituer
un critère de distinction taxonomique : chacune des faunes renferme des échantillons qui
trouvent leur équivalent, de l aulre côté de l'Atlantique.
Il est évidemment nécessaire de comparer e.es échantillons français au tvpe d ' Enlo-
mole-xU'M nitens : AM Nil 15697 (P.,-M a ) en provenance de l'horizon Cray Bull, et à son para-
type, AMNII 15674 (talonide de P 4 , Mj-Mg), île l’horizon Lysite.
Bien que plus grandes que certains échantillons européens, les P 4 de ces types n’en dif¬
fèrent pas pour l'essentiel. 11 existe d'ailleurs une certaine variation entre ces deux P 4 :
c’est ainsi que le profil vertical de la crête postérieure transversale du talonide de P 4 porte
un petit entoconide sur le para type, tandis qu’il est arrondi et de forme bien différente sur
le type. Remarquons que les deux échantillons du Wasatehien rapportés à cette espèce
(AM N H 48174 et AMNII 48178, tous les deux avec P 4 -Mjj) présentent eux aussi une version
différente de Ce profil postérieur du talonide. Un ici degré de variabilité rappelle celui que
nous avons trouvé sur les P 4 de I ' Ento molestes français, De même, l’importance de la cuvette
du talonide et de sa crête antéro-postérieure varie sur chacun des quatre échantillons cités
ci-dessus, comme sur les échantillons français ; ces caractères no peu veut donc nous per¬
mettre de délinir I "Entomnlestes sparmico-wasalelu'en. Un autre caractère observé sur la
P 4 du type (ainsi que sur AMNII 48178), et. qui traduit encore l’importance de la variabi¬
lité de cette espèce, est la saillie anguleuse située à la base de la dent du côté. antéro-Iabial ;
une telle angulation se retrouve sur certaines P, de Four Mile (ce qui constitue un autre
argument en faveur de l'affinité de celle forme avec Enlùmolvsltx ni tenu 1, ainsi que sur
les Mj-M a du parai,ype et sur les dents d’AMNil 48178 (ce caractère, particulièrement
évident sur la vue labiale des molaires, pourrait, être considéré comme nu phénomène d’exo-
daenodontie) ; cette saillie n’est au contraire que faiblement indiquée sur la M, du type,
et manque totalement sur AMNII 48174, ainsi que sur les échantillons français dont on
dispose : là encore la valeur taxonomique de ce Irait est douteuse,
Un peut dire la même, chose des molaires que des P 4 : les dents nord-américaines sont
en général plus grandes que les échantillons européens, niais leur morphologie montre peu
d'éléments qui pourraient, permettre de séparer taxonomiqueiuent le mulériel du Bassin
de Paris de relui d'Amérique du Nord : il existe évidemment une proche patenté entre les
deux formes, Mais, comme pour les P,, la variabilité des molaires est. impressionnante. Nous
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
151
avons là un excellent exemple de l’insuffisance des spécimens-types dans l’établissement
des diagnoses ; d’un autre côté, les diagnoses fondées sur une population, tout en reflétant
mieux la réalité, deviennent nécessairement moins précises qu'on ne l’aimerait, surtout
lorsque la petitesse de l’échantillonnage ne révèle pas toutes les tendances existant à l’inté¬
rieur du taxon. Dans ce cas précis, la difficulté à déterminer le point où finit la variation
individuelle et où commence la distinction spécifique nous a conduits à adopter une solu¬
tion conservatrice, et à dénommer le taxon français Entomolestes cf. nitens.
En résumé, la forme wasatchienne appelée E. nitens constitue probablement une espèce
différente de la forme française et cela malgré la similitude de leur taille et de leur
morphologie, mais il faut attendre des échantillonnages plus importants pour l’affirmer.
11 n’est, en effet, pas inconcevable que la même espèce ait existé dans la région des Mon¬
tagnes Rocheuses et celle du Bassin de Paris au début de l’Eocène. Mais il convient d’appor¬
ter autant de soins à prouver l’identité de deux formes que l’on en apporte généralement
à prouver leur distinction.
152
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
II. EXAMEN DES PROBLÈMES TAXONOMIQUES À L’INTÉRIEUR
DES ADAPISOKICIDAE NORD-AMÉRICAINS
La discussion ci-dessus, concernant, P attribution de l’Insectivore français au genre
Entamolestes, n’a évidemment de sens que si l’on admet la parenté entre l’espèce Enlomo-
lestes nilens Mal.lbew et Oranger, 1918, de l'Eoeène précoce, et l’espèce génotypique
E, grangeri Malthcw, 1909, de l’hocènc moyen. Or, Robinson (1908 b) rapporta l’espèce
nitens au genre Scenopagm McKenna et Simpson, 1959, et il considéra Enlomolestes comme
étant monospécilique, l’espèce n’étant elle-même représentée que par un seul éeliantillnn.
1 ) t: ls on (197 U, d’antre paît, suggéra que Srenopagus soit inclus dans l'ai prions Marsh,
1872, genre dont, Robinson (id.) établit la distinction précise d’avec Enlomolestes, et auquel
il rapporta en outre l'espèce Leipsanolestes siegfriedti Simpson, 1928, du Paléoeèm* tardif.
Mais cette dernière est plus généralement considérée comme étant reliée de très près à
Entomolestes nilens (McKenna, 1 960 « ; Van Vai.en, 1967 : Dei.son. 1971), Lentes les deux
étant réunies dans le genre Entomolfisl.es. En résumé, puisque l’espèce wnsatcliicnnc nilens,
espèce la plus proche de la forme française, a été rapportée successivement à Enta mol est es,
Scenopagm, et indirectement à Talpimts, une révision de ces taxons devient nécessaire.
Une grande part de la dilliculté provient de l'insuHisance du matériel : on ne connaît
aucune dent supérieure attribuable à El itomnl estes grange ri., T ni paons niliiltts ou Leip’sa-
nolest.es si.e.gfri.edt.i, toutes espèces génotypiques. En lin, la première n’est comme que par une
seule mandibule aux dents très usées, et le type de Ta!pneus mtidus est réduit b un fragment
de mâchoire portant une molaire et demie. Certaines tentatives de distinction entre Tnlpa-
vus, Entomolestrs , Leipsanolesles (et aussi Leptncodon) Ont été basées sur divers aspects
de la morphologie du Lalonide de P, ; or, les échantillons français d 1 Enlomolestes nous ont.
montre que celle partie île la dent subissait., même à l'intérieur d'un seul taxon, un degré
élevé de variabilité. Il nous faut donc rechercher de nouveaux critères pour distinguer
ces formes apparentées.
Talpavus Marsh, 1872
Le type de Talpavus est un fragment de mâchoire portant M, (à laquelle manque le
mélaconide) et le talonidc de Mj. Robins in (1968 ù) admet qu’il serait diflicile de séparer
Talpavus nil.id.us de son contemporain h'.nlnnudcstes grangeri sur la hase des seules molaires,
n’était la différence de leur pnrncmiidc. Mais cette différence n'est pas aussi décisive qu’il
le prétend. Par sa morphologie, le paraconidc des M 2 des deux types est très semblable,
mais chacun est usé de façon un peu différente (chez Enlomolestes grangeri. l’usure est très
marquée sur la crête de paraconide, là où celle-ci rejoint la crête antérieure du jirntocoriide),
ce qui rend la comparaison dillieile. Ce que Roiiinson considère chez Talpavus nil.it lu s comme
un paraconidc comprimé antéro-postéricuromrut pourrait aussi bien être interprété comme
un rapprochement du paraconide et du mélaconide, par rapport à ce que l’on connaît chez
Enlomolestes grangeri ; de toute façon, la différence est légère, les échantillons sont endom-
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
153
mages et, de plus, on peut s’attendre à une certaine variabilité de ce caractère (telle que
celle que l'on observe, par exemple, dans un échantillonnage homogène de dents île Chi¬
roptères sparnaciens ; voir Russell, Louis et Savage, 1973) ; et si c'était, là le seul critère
qui permette de distinguer l’espèce génotypique d’ Entomolestes de celle de Tal-parus (comme
l’a écrit Robinson) la validité du genre Enta moles tes pourrait être mise sérieusement en
question. Par ailleurs, la position des six tubercules et la forme générale des dents (c’est-
à-dire, M a et Lalonide de Mj) sont très voisines dans les deux cas. TnlpavuS nitidus est,
il est vrai, légèrement plus grande qu’ Entomolestes grangeri. , mais pas de manière signifi¬
cative. Par contre, une entaille labiale sépare, chez Talpavus, le protoconidc de l’hypoco-
nide en vue oeclusale, ceci étant lié à une plus grande saillie de la base du protoronide,
ce que l'on ne retrouve pas chez le type d'Entomolestes. Cette entaille produit nue constric-
tion entre le trigonide et le lalonide, qui rappelle celle mentionnée par McKenna et al.
(1962) sur une M a de Tabernacle Butte rapportée à Talpavus. Une distinction de valeur
plus douteuse concerne l'existence, chez Entomolestes grangeri. , d’une petite crête émanée
du métaeonidc et dirigée vers l’arrière, crête qui remplit partiellement l’entaille linguale
séparant TentocCmide du métaeonidc, et qu’on n’observe pas chez Talpavus nitidus.
En résumé, le type de Talpavus nitidus peut être distingué do type, d’Entomolestes
grangeri par :
— la failde distance qui sépare le paraeonide du mélaconide sur M 2 ;
— la présence d’une constriction entre le trigonide et le lalonide de M x et M a , cons-
triction provoquée par une entaille labiale ;
— une taille légèrement plus grande ;
—- l’absence de crête dans la fente qui sépare le métaconide de l’cntoconide de M 2 .
Cependant il seraiL Tort instructif, et probablement fatal pour la distinction générique,
de connaître le rôle joué, dans ces différences, par la variation individuelle.
Le spécimen YPM 16334, que l’on associe généralement au type de Talpavus dans
toutes les discussions concernant ce genre, comporte P 4 -M 2 , mais la M» est à la fois endom¬
magée et usée. C’esl. pourtant la seule dent « complète » commune entre le type et cet échan¬
tillon, et ['appartenance de celui-ci à l’espèce. Talpavus nitidus est généralement considérée
comme ne faisant pas de doute, bien que les doux échantillons ne proviennent pas de la
même localité, ni probablement du même horizon de la formation Bridger.
Un nouvel examen de ce spécimen révèle la présence, sur M a , d’une constriction labiale
de profondeur à peu près intermédiaire entre la constriction décrite sur le type de Talpavus
et celle du type d'Entomolestes grangeri. Quant à la fente qui sépare, en vue, linguale, le
métaconide et l’entocomde, elle n’est pas aussi largement ouverte que sur le type de Tal¬
pavus : elle est donc partiellement obstruée par une crête comme chez Entomolestes ; mais la
taille de la M, est. légèrement inférieure à celle de la même dent chez Entomolestes grangeri ;
enfin, et bien que cetl.e région soit assez endommagée, la distance qui sépare le paraeonide
et le métaconide semble assez proche de ce que Ton observe sur le type de Talpavus.
La également montre une constriction lia,sale moindre que sur la M x du type de
Talpavus, mais elle lui est par ailleurs t rès semblable, comme aussi à celle du type d'Ento-
molesles. Chez ce dernier le paraeonide a été brisé à Lavant (comme l’a signalé Robinson,
1968 b), tandis que. sur \ PM 16334 il est usé à ce niveau ; il est doue difficile de comparer
l’importance de la projection antérieure du paraeonide dans l'un et l’autre cas. De toute
façon la distance entre la base du paraeonide et celle du métaconide est la même sur les
154
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E, SAVAGE
deux dents, donc plus grande que chez Talpavus. Les molaires de YPM16334 ne permettent
donc pas de choisir entre son attribution à Entonmlesles ou à Talpavus.
Au contraire, sa P 4 est très différente de celle iVEfUornolestes grangeri ; le métaconide
n’est pas situé postéro-liugualemcnt par rapport au protoconide, comme chez ce dernier,
et les paraconide cl métaconide sont tous les deux particulièrement bien développés ; le
ta Ion idc est plus long et, en outre, dépourvu de la petite crête antéro-postérieure qui produit
une cuvette linguale sur le talonide de la P, d’ Entornolest.es grangeri, Il est bien connu que
l’ampleur de la olivette du t alonide est. extrêmement variable (voir p, 150) ; il en est de
même de la forme et la taille dos paraconide et métaconide (voir, par exemple, Adapisorex
garnir pi, Kcsseli., 1064), mais leur grand développement chez YPM 16334, ajouté à la nature
du talonide, contraste si fortement avec ce que l’on a va chez Eniomolestes grangeri qu’une
différence taxonomique entre les deux est inévitable. La grande taille de P 3 contribue éga¬
lement à une telle distinction 1 . Toutefois, puisque les prémolaires ne sont pas conservées
sur le type de T al pavas, on peut évidemment douter de la référence de cet échantillon
à cc genre, ou se demander si l'on doit incorporer les caractères de eus prémolaires et sa
M x dans la diagnose du genre, en supposant qu’ils soient de valeur générique. Mais, plutôt
que de créer un nouveau taxon (et en même temps un nouveau problème taxonomique)
basé une fois île plus sur un matériel inadéquat, et eu égard à l'opinion générale, nous gar¬
derons jusqu’il preuve du contraire YPM 16334 dans l’espèce Talpavus niliaus. Toutefois,
il faut garder à l'esprit que la distinction entre Talpavus nitulus el. Entamvlestes grangeri
se fonde exclusivement sur YPM 16334, et. plus précisément sur scs prémolaires, scs molaires
présentant, rappelons-le, une morphologie plus ou moins intermédiaire entre celles des types
Talpavus et d’ E ri! n ut o! estes.
Dans cette hypothèse de L'appartenance de YPM 16334 à Talpavus nilulus, il faut
admettre que la morphologie des molaires varie inl.raspéeiliqiiement ; par suite les carac¬
tères invoqués précédemment pour distinguer Talpavus d’ Entomolesles sont de. valeur
diagnostique discutable. C’est d’ailleurs une règle générale pour les Insectivores du début
du Tertiaire, que toute identification générique fondée sur la morphologie des molaires
est incertaine. Étant donné, la variabilité existant à l’intérieur de chacune de ces formes affi¬
nes, il sérail nécessaire d’entreprendre ttne révision complète du matériel, en particulier
de celui de Talpavus et d ' Entamolestex, dont la distinction est. actuelle muni si ténue.
La M 3 ( AM IN 11 55686 de Tabernacle Butte, Bridgcrion) fut rapportée à Talpavus par
McKenna et al. (qui, dans leur publication de 1962, rcvalidèrenl ce nom générique, pri¬
mitivement mis en synonymie avec NpcUtheriu.m par Mattiiew, 1909). Ces auteurs diffé¬
rencient cette M a de la même dent d’ Entoi noies les grangeri par la constriction intervenant
ent re le talonide et le trïgmiide, par la plus grande hauteur de celui-ci, et par son hypoco-
nulide mieux défini. Un pourrait mentionner aussi la plus grande taille générale, ce qui
pourrait indiquer, si l’on admet l’identité spécifique avec les M x -M 2 du type de Talpavus,
un accroissement de taille vers l’arrière de la série molaire, par contraste avec ce que l’on
connaît chez Entonmlesles grangeri ; mais cette grande taille de M 3 pourrait aussi bien
témoigner d’un individu plus grand ou d’une plus grande espece. Quant aux différences
citées plus haut par McKenna et al., la constriction est en fait à peine plus marquée que sur
1. Robinson (19686 : 4) semble en impliquer que les T’, et l‘ 2 de Talpavus n'étaient pas unnadieu-
lécs, mais il ne cite pas la source de cette information.
LES ADAPISOBTCTDAE DE L’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
155
la M 3 d 'Entomolnst.es grangeri dont la couronne est de toute façon si usée que toute appré¬
ciation de la hauteur relat ive du trigonide reste extrêmement spéculative. Enfin, il est nor¬
mal que la taille de l’iiypocnnulide de AMNH 55686 soit plus forte que sur la M 3 d ’Entamo-
lestes grangeri , puisque la dent tout entière est, plus grande ; eu outre, ce tubercule est si usé
que seule sa base persiste, et enfin il est bien connu que ses dimensions sont très variables
sur les M 3 . Tl convient, en outre, de signaler que le développement do parneonide est iden¬
tique sur tes deux échantillons, comme l'est la séparation di| paruccnide et du méluconide.
Ces remarques étant faites, il est exact que AM N H 55686 s’accorde bien avec fa M t dit type
de Talpavus nitidus [comme elle le fait d'ailleurs avec la M 3 supposée de Scenapagus pris¬
ons (par exemple, AMNIf 11488), mais cette question sera discutée plus tard].
Van Vat.kn (1967) mit cependant en doute l'attribution de AMNIf 55686 à Talpavus
et en fit, sans fc nommer, un nouveau genre [dans lequel il inclut le « Nyclitherium h de
McKenna (i960 «)J. Cel le attribution semble injustifiée et une diagnose impossible,
Robinson (1966) rapporta à Talpavus , avec une brève justification, une mâchoire
inférieure (AMNH 55226) provenant de la formation Hucrfauo (âge Cost Cabinien). Gutkrie
( 1971) fit remarquer que cet échantillon « pourrait appartenir » à T. sullivani, espèce qu’il
avait décrite dans les dépôts de Cysile et de T.ost Cabin du Wind River Basin. Ces deux
spécialistes s'accordent par conséquent sur la situation générique de AMNIl 55226. (.tuant
à son attribution spécifique, Robinson estima que l’identité avec le type de Talpavus
nitidus était douteuse ; il se peut par conséquent que la suggestion de Gutkiue 1 soit vala¬
ble.
La comparaison de la M a du type de Talpavus avec celle de l’échantillon de Iluerfano
révèle bien une similitude de base : la configuration du paraconide et sa séparation d’avec
le métaconide sont essentiellement identiques. Cependant, la longueur antéro-postérieure
du trigonide est moindre sur l'échantillon de Huerfano. En outre, ce dernier présente, en
vue occhtsale, une encoche labiale beaucoup moins profonde que sur le type de Talpavus.
Enfin, le prot.oconide et l’enloconidc y sont plus bas. La comparaison de AMNIl 55226
avec le type de Talpavus confirme donc l’existence de différences qui peuvent être de valeur
spécifique, d'autant que co dernier est plus récent.
Si nous comparons maintenant la met ne mâchoire AMNH 55226 avec Y PM 16334,
rapporté, lui, à Talpavus nitidus, on constate que la VQ est très semblable dans les deux cas,
mais les P 4 diffèrent nettement dans les détails : le métaconide et le paraconide y sont
petits sur l’échantillon de Huerfano, bien que ce dernier tubercule occupe la même dispo¬
sition transversale à Pavant de la dent que chez Y PM 16334, Quant au talonide, il est court,
peu développé, et il supporte une pot Ho crête antcro-postérieurc; l’usure en a masqué
les détails, mais il n’est pas douteux que cette crête contribuait à former une petite cusette
linguale sur co talonide ; cclui-ci diffère donc du talonide de la P, de YPM 16334. Par consé¬
quent, si les deux échantillons sont congénériques, il faut admettre une variation consi¬
dérable de la P 4 à l'intérieur du genre cl Robinson ignore les indications fournies par la
P 4 de la mâchoire de Huerfano, décrite par lui-même (1966), lorsque, en 1968 fi, il caracté¬
risa Talpavus par le talonide de sa P 4 , « enlarged » (allongé ?). Il n’est pas sans intérêt de
remarquer que. cette P, est en fait plus semblable à celle d ’Entomolestes grangeri qu’elle
ne l’est, à la P 4 de YPM 16334, lui-même rapporté, rappelons-le, à Talpavus nitidus, La seule
1. Toutefois, en 1971, Gutiirie met en Joute l'appartenance de cet échantillon à T. sullivan!.
156
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D, E. SAVACE
différence notable, en fait, entre la série dentaire d’E. grangeri et. celle de Huerfano réside
dans la plus grande saillie du paraeonide de M â chez le premier. Pour le reste, l’usure de la
denture rend difficile toute comparaison détaillée ; d'ailleurs la différence d’âge entre E.
grangeri et AM N H 55226 pourrait, très bien rendre compte de leurs différences morpholo¬
giques, même si Ce dernier était rapporté it Entonialvsl.es.
La ii hI me des dents antérieures de AMNIf 55226 devrait, être décisive pour la déter¬
mination de scs affinités. Sur Y PM 16334, la P 8 était relativement grande, et présentait
deux racines bien distinctes ; chez E. grangeri cette dent est réduite et ses racines sont fusion¬
nées, bien qu'eiieore discernables l’une de l’autre (la P a de cette espèce porte le même type
de racines : IIoiiinson, 1668 h). Sur l'échantillon «le Hueel'ano, l’intérieur de l’alvéole immé¬
diatement antérieur h P, n'a pas été suffisamment dégagé pour que l’on puisse savoir s’il
était occupé par une dent à racine unique ou bipartite, mais les deux alvéoles précédant
celle P 4 ont uii contour qui rappelle fortement ceux qui contiennent les deux racines de
la P 3 chez Y PM 16334. Lnlln, un ne peut rien dire de certain en ce qui concerne la taille
de ces prémolaires. Par conséquent la détermination générique de l’échantillon de Iluerfano
peut être considérée comme incertaine.
(jutiiikk (1667 et 1671) rapporta brièvement, à Talpavus quelques autres échantillons.
C’csl ainsi qu’il (it d'une mâchoire inférieure en provenance de l’horizon de Lysif.e, pour¬
vue de Mjj-M.,, le type de T, sullivani, et il inclut dans cette espèce trois molaires supérieures
et deux molaires inférieures de l'horizon de Lost Culiin. Il figura tous ces échantillons,
sauf une molaire supérieure. Par ailleurs II remarqua (1971 : 57) que, à sou avis, les échan¬
tillons de pour Mile appelés ? (i N yvt.il lierium » sp. par McKk.vna ('I960 «) constituaient
un ancêtre possible pour Talpavus sullivani et devraient être probablement inclus dans
le genre Talpavus, T. sullivani lui-même étant ancêtre de T, nitidus, Malheureusement il ne
justifie pas ces opinions. Le dessin de la M a du spccinien-typc de T. sullivani (dont la perte
a été consultée eu 1673) figure une eonstrielion labiale inhabiluellemenl, profonde, comme
si la dent était brisée ; ce caractère ne se retrouve chez aucun des échantillons rapportés à
Talpavus, Le paraeonide semble assez étendu, rappelant plutôt lu condition d ’E nin molestes
que celle supposée caractériser Talpavus, La M s est. elle aussi comprimée entre le lalonidc
et le trigonide, mais celte particularité n’annulc pas la forte ressemblance de celte dent
avec celles rapportées ici à E. cF. nitens, aussi bien qu’avec la M : , du parai y pe de celte espèce
(AMNIf 14674).
(jcikrie rapporta à sa nouvelle espèce, T al pavas sullivani , trois molaires supérieures
et deux molaires inférieures (on peut d’ailleurs se demander sur quelle base ces dents supé¬
rieures ont été attribuées à T. sullivani, puisqu'aucune molaire supérieure certaine de
Talpavus n’a été décrite), Parmi les dents ainsi attribuées, une molaire, supérieure, CM 22016,
et nue M 3 inférieure. CM 22021 (GüTHRIE, 1971. fig. 5) ressemblent elles aussi beaucoup
aux mêmes dents d 'Enta ni oies tes. Au contraire, la molaire supérieure CM 22020, également
figurée (idem) diffère de celles d ' Entunudestes et représente peu!-être un élément de la den¬
ture supérieure de Talpavus. Enfin, l’autre molaire inférieure, CM 22022, figurée dans
le même article, ne ressemble ni à Talpavus ni à Entomolestes (voir discussion au sujet de
MalronelUi, p. 141). Eu résumé, les échantillons inclus dans T. sullivani , tels qu’ils nous sont
actuellement, connus, ne contribuent guère à nous éclairer sur la morphologie dentaire de
T alpavus.
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFERIEUR DE FRANCE
157
Scenopagus McKenna et Simpson, 1959
Le genre Scenopagus, avec l’espèce incgrwi• fut basé sur un maxillaire provenant
de la formation Bridger comportant P 3 -M-, lue M 3 inférieure fut associée, avec quelque
doute, à ee type. Kn 1962, Robinson rapporta à Sceau pu,"iis l’espèce « D incodon » edenensis
McGrew et al. (1959), cl, la considéra meme comme eonspceilique avec le maxillaire cl M 3 ;
le type « !>. » edenensis étant constitue par une mandibule fragmentaire avec notre
connaissance de la denture de l’espèce-type de Scenopagus (dorénavant 5, edenensis) en
devint notablement accrue. Kn outre dix fragments de mandibule de la même formai ion
Bridger furent attribués à celle espèce par McKenna el ul. (19(12), en addition à une série
dentaire comportant P 4 -M 3 et provenant, elle, de la formation Huerfano Robinson (1962)
remarqua une certaine variation entre la M 3 de « /). » edenensis et la M, associée an type
de Scenopagus, mais il considéra cette variation comme étant d’ordre individuel ou subspé¬
cifique. Le même auteur mentionna, sans la décrire, l’existence d’une Collection (provenant
de la formation Green Hiver et conservée au Carnegie Muséum comportant des maxil¬
laires et y vil un argument supplémentaire pour l'attribution de « />. » edenensis à Sceno¬
pagus. On peut donc considérer que la denture de celle espèce est relativement bien connue
(West, 1979, cite d'ailleurs S. edenensis comme étant l’espèce d’Insectivores la plus com¬
mune de la collection Bridger). Celle denture est par ailleurs bien distinctive : la taille et
l’étroitesse du talon idc de M 8 , la position médiane du sommet du paraconide (ou plutôt
du paralophide sont les traits les plus caractéristiques de sa denture inférieure.
Robinson (1969) enrichit le genre Scenopagus de l'espèce prisais, placée par Marsh
(1872) dans le genre .Y ijclitlwrimn. McKenna ci al. (1962) avaient déjà dissocié de ee genre
Njjclilheriuni l'espèce nili.du.s , et revalidé pour elle le genre T al pneus (créé par Marsh,
1872). Robinson, dans le travail cité ci-dessus, fit remarquer que les deux espèces ainsi
exclues de A yrtilhcriu-m (nitidus et prisais) étaient difficiles h distinguer l'une de l’autre sur la
base des seuls types, mais il mentionna qu'il existait des échantillon*! plus complets qui
permettaient d établir celle distinction, et, rapporta doue l'espèce prisais à Scenopagus.
Le spécimen-type de Scenopagus (« N petitlie rium ») prisais (YRM 13509) est un frag¬
ment de mandibule portant M 2 : le mélaeonide \ est complètement absent, mais la dent
n’est que peu usée, I n autre échant illon portant M 2 -M 3 (AMN11 11188), légèrement plus
petit, présente une morphologie très voisine de celle du type, Cependant, il ne faut pas
perdre de v ite que ces molaires présentent une structure très généralisée et que. en consé¬
quence, elles offrent souvent peu de différences entre formes affines.
Plus tard enfin 1968a), Robinson rapporta à son tour le type de Ni/ctitherium curti-
dens Mattfievv, 1909, à la même espèce Scenopagus prisais ; ce type (AMNII 12055) présente
l\l 2 et une part ie de M 4 et M 3 . Lu fin, un autre échantillon en provenance d’I luerfano AMNH
55156, P,-Mj), également rapporté h cette espèce prisais tout en n’étant pas directement
comparable au précédent, montre cependant une ressemblance marquée avec lui.
Ainsi celte espèce S. prisais est-elle supposée connue par un assortiment de mandi¬
bules partielles montrant la série P 4 -M 3 . Mais, si le rapprochement, do type de « Nyctüherium »
priscuru du type de Scenopagus edenensis nous semble justifié Isa M s est eu effet un peu plus
proche de celle île .V, edenensis que de celle de Nÿclitherium el aussi de celle de Talpavus
158
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
nilidus 1 ), certaines des attributions faites par Robinson à Scenopagus priscus nous parais¬
sent plus discutables.
C’est ainsi, par exemple, que la M 2 de A\1M( 11488 diffère peu de la M, du type de
T al pat'us nilidus (espèce à laquelle Matthew, 1909, l’avait d’ailleurs rapportée), moins,
en fait, qu'elle ne diffère de la M 2 du type de Scenopagus priscus. D’autre part, il existe
une forte ressemblance entre la M a du meme AM N II 11488 et celle de AMNH 55686, nom¬
mée « Diacodon hacchanalis » par McGkkw et al., 1959, mais attribuée à Tut pavas par Robin¬
son, 1962. Enfin, la M, de AM N II 55156 est plus grande que la M, de AMMI 16334, rap¬
portée elle aussi à Talpavus nilidus, mais elle lui est très semblable. An total, lions consi¬
dérons donc AMNH 11488 comme un représentant, de T. nilidus, et A-V1 NI I 55156 comme
Talpavus sp.
Quant au type de « Nt/ctilherium » vurtidens, il s’intégre bien dans le genre Scenopagus
(mieux même que ne le faisait le type de « Nyclitherium » prisewn). Il est possible que cet
échantillon constitue un variant de S. priscus, la variation portant sur la longueur de M 2
et la largeur du talonide. Nous acceptons donc provisoirement la synonymie de ces deux
échantillons type de « curlidens h et type de priscus) proposée par Robinson. Il en résulte
que S. priscus est représente, selon nous, par le type YPM 13509, cl par le type de « curli¬
dens » AMNH 12055.
Quant à la suggestion de Dklson (1971), d’inclure les espèces de Scenopagus dans
le genre Talpavus , elle n’est pas sans valeur ; comme nous l’avons déjà signalé, lui grand
nombre de similitudes entre les deux genres retiennent l’attention : ce sont les seuls Ada-
pisorieides dont la P 4 possède un paraeonide pincé si haut, dominant les tubercules du
talonide ; sur les molaires de l'un et, tic l'autre, le tnéiacontde et Je pmtoconidc sont situés
au même niveau (alors que, chez les autres Adapisorieidés et sur M a au inc ins, le premier
est postérieur par rapport au second) ; ciilln le contact de la crête oblique sur le trigonide
se fait remarquablement bas, bien au-dessous du fond de l’entaille protoeonidemiétaconide.
Par ailleurs, nous avons déjà signalé la ressemblance particulière qui unit Scenopagus
priscus à Talpavus.
Toutefois, les différences l’emportent sur les ressemblances : c est ainsi que la P 3 était
grande chez Talpavus , tandis que, si l’on en juge d’après sa P 3 supérieure, celle de Sceno¬
pagus était probablement réduite. D’autre part le talonide de P,, est excave chez Scenopagus,
et non chez Talpavus ; chez ce dernier (d’ailleurs comme citez les autres Adapisorieidés),
la surface postérieure do trigonide est creusée d'un sillon partant du sommet «lu métaco-
nide : rien de loi chez Scenopagus. Dans ce genre, le protoeoiiide cl. I'li\ pueonide de Mj-
M 3 ne forment pas, en vue labiale, des tubercules aigus comme chez Talpavus , mais arron¬
dis (comme chez Enlomolestes niions). Enfin l’étroitesse du talonide de M a caractérise les
échantillons de Scenopagus , tandis que, chez Talpavus, cette formation est tie largeur
égale ou supérieure à celle du trigonide. Nous maintenons, par conséquent, la séparation
générique.
Parmi les suggestions intéressantes et souvent imprévues faites par Robinson à pro¬
pos de ce groupe d’Insectivores, omis relevons celle d’inclure Enlomolestes nitens dans le
1. Wkst <1973*1 rem arqua lin* aussi la resÿçfnblanee morphologique entre N. prisais H .S\ alrnrnsis ,
ressemblance qui s'oppuse à leur dilférunce fit* taille ; il signala, eu attire, apparemment sur la base d'un
matériel inédit, que* l'une et l'autre espèce s'étageaient à travers tout le Bridgérien. Par ailleurs, il signala
l'existence d'une molaire supérieure de S. priscus.
LES ADAPISORTCTDAE DE T.’ÉOCÈNE INFERIEUR DE FRANCE
159
genre Seenopagus, ce qui laisserait le genre Entomolestes aven la seule espèce génotypique
E. grdngeri elle-même représentée par un seul échantillon). La comparaison des types
wasatchiens (VE. min ns avec le type bridgerien de Seenopagus edenensis d'une péri et
celui d’ Entomolestes grnngeri d'autre part ne nous convainc pas de la nécessité d’une telle
association. Les molaires de cette dernière espèce sont si usées que de nombreux détails
ont été éliminés : toutefois leur contour général est Ires semblable à celui des molaires
d’/i. nilens, et bien différent de celui dos dents de Seenopagus edenensis, avec leurs talonides
étroits. Le degré de développement du paraeonide, variable selon l'usure et les individus,
est dilheile a évaluer ; cependant, au moins sur les \1 2 et M s de S. edenensis, e.e tubercule
apparaît moins étalé an'ém-h'ngunlemcni que dans les deux espèces d 'Entomolestes. D’autre
part, la morphologie de P 4 , avec son métaconide légèrement en arrière du protoeonîde,
est voisine chez Lune et l’autre de celles-ci ; chez Seenopagus edenensis, la P 4 n'est connue,
selon Hhuixson, que par un échantillon de I lucrl’ano (AMN 11 1 7483) rapporte à cette espèce ;
or, le métacnnide y est. plus grand et situé plus antérieurement que chez Entomolestes ;
il est vrai que le laloiiidc de cette dent ne diffère pas grandement dans les trois espèces,
si on élimine les effets dus à l’usure.
Gutiirie (1971) plaide aussi en laveur du maintien de l’espèce nilens dans le genre
Entomolestes, mais en s’appuyant sur les particularités des dents supérieures (encore iné¬
dites, sauf pour une molaire du Lostcabinien, qu'il figure). Sa remarque relative au degré
de développement de Lhypocônc paraît en tous cas valable : chez l'animal de Four Mile
rapproché d 'Enlotuolest.es, on trouve aussi, sur les molaires supérieures, un fort hvpocône,
et celui-ci est relié au trigone par une crête, deux caractères moins accentués chez Sreno-
pugus. L'espèce nilens, donc, reste pour nous partie intégrante du genre Entomolestes.
En 1971, Delson tente à son tour de distinguer les dents d 'Enlomolesl.es de celles de
Seenopagus .considéré par lui comme un constituant du genre T al. paons), sur la hase du
talonide de P 4 ; celui-ci présenterait une cuvette dans le premier genre seulement. En fait,
on rencontre tous les degrés dans le développement de cel te cuvette ; en effet, deux fauteurs
interviennent dans sa formation : la présence de la crête antéro-postérieure médiane, et. la
hauteur relative de cette crête et du bord lingual de la dent. C’est, ainsi que, chez Enlo-
molestes gmngeri. par exemple, malgré la présence d’une crèlc élevée, la cuvette reste peu
profonde eu raison de la faillie hauteur du bord lingual du talonide ; but les échantillons
français d ‘Entomolestes, la crête médiane manque le plus souvent totalement et la cuvette
manque généralement ; au contraire, sur AMN H 17483, rapporté à Seenopagus, la reconsti¬
tution minimale de la crête antéro-postérieure et du bord lingual, érodés par l’usure, indi¬
que que le talonide était excavé. Entomolestes, par conséquent, ne peut être distingué de
Seenopagus par et* caractère.
On pourrait par ailleurs tenter de faire intervenir une autre distinction, à savoir l’orien¬
tation de cette cuvette : sur le talonide de la P 4 de Tnlpavus nilidus, par exemple, il n'est
pas impossible qu'une faible crête antéro-postérieure ait existé (maintenant pratiquement
éliminée par l’usure), mais le bord lingual la dépassait certainement : si donc une cuvette
peu profonde existait, elle était orientée en direction opposée à celle que l’on observe chez
Entomolestes gmngeri et Seenopagus edenensis, Mais, chez Entomolestes nilens, on trouve
les deux types de cuvette : par exemple, siir AMNI1 48174 de Wasatch, la crête est basse
tandis que le bord lingual est élevé ; sur AMN1I 48178, au contraire, le bord lingual est bas
et c’est la crête antéro-postérieure qui est élevée.
160
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVACE
Cos particularités do la cuvette du talonide sont donc de valeur taxonomique douteuse
en ce qui concerne les genres Enlomolesles, Talpavus et Scenopagus.
Etant donné le peu de connaissances que nous possédons sur les P 4 de la plupart de
cos formes, la mention par McKiîxna (1068) d'un fragment de maxillaire (AM \ 11 59678)
contenant P'-M 2 , et provenant de la base de Pliocène do Four Mile, est d’un intérêt tout
particulier, McKenna attribua col. échantillon an genre Scenopagus, tout on pensant que
sa P 1 pouvait représenter un état intermédiaire entre celle do cl'. Enlomolesles PC 44085
(où le métaeône est bien défini et la crête rnétastyJaire absente) et la P 1 do Scenopagus do
Bridger ou du Mac roc/•union IuLétien (où le métaeône manque taudis que la crête métasty-
laire est bien développée).
Cette constatation est intéressante, mais il persiste quelque doute sur l'attribution
do cet échantillon au genre Scenopagus. En fait, il s'agit on effet, d’un échantillon insolite
mais, comme on témoigne sa P 4 , il est difficile d'affirmer qu'il ressemble davantage à
Scenopagus qu'à Enlomolesles. Ses molaires sont en effet très voisines de celles de Y Enta¬
nt niante* de la même localité, si ce n’est que le lobe de Phypocone y est plus étalé postérieu¬
rement et moins lingualement que chez la plupart fies représentants de ee genre. Mais
ce lohe de Phypoeùne varie considérablement sur les Enlomolesles du début de Pliocène :
sur une M 2 de Four Mile (UC 59099), par exemple, ce lobe est identique pour l'essentiel
à celui de Scenopagus et, sur une autre dent (UC 44952) figurée par McKenna (1960 a),
il ressemble lui aussi davantage à celui de SceltopUgHS que ne le fait AMNII o9678 attribué
à ee genre. Sur M 1 , le lobe de Phypoeùne s’étend davantage lahialemeiit (au-delà du niveau
du métaeonule) chez Scenopagus que sur les échantillons (Y Enlomolesles-, or, à cet égard
encore, AM .NI f 59678 est identique à Entoniolesles. Enfin, en vue linguale, la jonction du
lobe île Phypoeùne UVeC le prolOiùne est très Semblable SOI' leS M'-.M 2 de AMNII 59678
et celles des échantillons rapportés à Entomolesl.es ; sur les mêmes tient s de Scenopagus,
au contraire, le lobe est séparé do prolocùne par une étroite et profonde crevasse.
En résumé, les molaires supérieures de AMM H 59678 évoquent plutôt les échantillons
contemporains d *Enlomolesles que ceux du Scenopagus de Bridger. Et. eu égard à la varia¬
bilité que l'on observe sur les P, inférieures, il ne serait pas do tout étonnant de constater
que la P 4 des deux individus de Four Mile (« Scenopagus » AMNII 59678 et Enlomolesles
UC 44085) constituent des cas extrêmes de la variation d’un échantillonnage par ailleurs
inconnu. En tous cas, et en attendant, la découv erte d’un matériel supplémentaire, AMM H
59678 trouve mieux sa place, semble-t-il. dans Enlomolesles dont elle peut être, tout au plus,
considérée comme une forme un peu aberrante.
Ankylodon Patterson et MoGrew, 1937
Dans notre recherche des affinités possibles de Scenopagus, il faut mentionner l’exis¬
tence de certains caractères que ce genre partage avec Ankylodon. Ce dernier fut inclus
dans les Adapisoricidae par Humer (1966) puis par Butler (1972), et. Robinson (19686)
fit remarquer qu 'Ankylodon était probablement apparenté à Tnlpm'us.
La denture, inférieure Ankylodon présente bien un dessin adapisoricide, mais les
dents supérieures montrent en même temps une similitude troublante avec (leolubis. En effet,
LES ADAPISORICLDAE DE T.’ÉOCF.NE INFÉRIEUR DE FRANCE
161
Ankylodon est, avec Talpaous et Seenopagus , le seul autre Adapisnrieidc où le. métaconide
soit, sur toutes les molaires, situé au même niveau que le protoconide. Un autre trait com¬
mun aux trois genres est la position de l'extrémité antérieure de Ja crête oblique bien en
dessous île l’entaille protoennide-mélaconide : mais or n’est que riiez Srenopngus et. Anky¬
lodon qu’il n’existe pas de surface d’usure oblique, encore moins de sillon, entre le sommet
du métaconide et l'extrémité antérieure de la crête oblique. I,‘étroitesse du talonide de
Mj constitue un lien encore plus fort, entre A nkylodun et Seenopagus. Au cont raire, les tuber¬
cules labiaux des molaires d’ Ankylodon sont assez aigus en vue occlusale, rappelant davan¬
tage ceux de Talpavus que ceux de Seenopagiu v. De même la P ;t n'a pas subi de réduction,
et reste biradieulée nomme ebez Tnlpaous (rappelons que celle de Seenopagus était proba¬
blement pet ite), et le talonide de P 4 est plus voisin du même élément de Talpavus que de
Seenopagus.
Notre discussion à propos de la denture supérieure se fonde sur un maxillaire, pro¬
venant de Bate’s Mole (qui sera décrit eu détail par McKenna). P 1 n’v est pas conservée.
Quant aux molaires, malgré leur ressemblance générale superficielle avec celles de Geo-
labis (RAM 4514, figuré par McKenna, 1960 6), elles s’en distinguent par des caractéris¬
tiques de cachet adnpisoricide. L’une d’elles réside dans le contraste entre la hauteur de
la crête antérieure du prolocône, relativement grande, et celle de la crête postérieure,
nettement plus faible ; ce Irait existait, aussi riiez Seenopagus, bien qu’à un degré moindre ;
chez Geotabis, au contraire, ccs deux crêtes présentent ii peu près la même hauteur, D'autre
part, le pararême et le métaeone sont plus proches l’un de l’autre chez Ankylodon que riiez
Seenopagus, mais moins que riiez Geotabis, où ils sont fusionnés à leur base d une façon
qui évoque, le cas de certains Palaeorycliilé.s. l-n Irait singulier de Geotabis est l'indépendance
de la racine de I bypcicûnc qui, chez Ankylodon , est à peine distincte de celle du prolocône,
guère davantage en fait que chez Seenopagus ; on ne peut, donc arguer de ce trait pour rap¬
procher Ankylodon de Geotabis. Chez Ankylodon. une forte crête « crinacéide » relie I hypo-
cône au prolocône ; tandis que cette crête est plus faible riiez Seenopagus, elle manque
entièrement chez Geotabis, De nombreux autres caractères présentés par les molaires supé¬
rieures d'Ankylodon ne représentent qu’une exagération de ceux observés chez Seenopagus :
citons l'allongement transversal des molaires supérieures, rallongement des styles avec
extension labiale du métaslyle de M 1 et du paras tvlc de M 2 , et enfin le grand développement
du lobe de l’hypocône. Il nous paraît au total qu'une étroite- albnité <Y Ankylodon avec
Geotabis doit, être écartée. Par contre, il serait peut-être intéressant de grouper Ankylodon,
Seenopagus et Talpavus dans un taxon supragénérique distinct : les trois genres diffèrent,
en effet, par un certain nombre de caractères communs, du reste des Adapisoricidés.
Leipsanolestes Simpson, 1928
Diverses opinions ont été avancées sur les relations d 7 Entomolestes nitens et Leipsa-
nolesles siegfriedti., Cette dernière espèce est en fait, souvent considérée comme une espèce
d’ Entomolestes, ou tout au plus comme un sons-genre, mais parfois aussi comme une espèce
de Talpttous (Kouinson, 1968 b). La discussion ci-dessous est basée sur trois échantillons
de Leipsanolestes : le type, AMMf 22157 AMNH 22179 (P 4 -M 2 ), et AMNH 22231
(P4-M2). Trois autres ont été cités par Simpson (1928).
327, 3
162
D. E. HCJSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Autant que l’on puisse en juger (la région de l’entoeonide est. endommagée sur AMNII
22179 et celle de l’hypoconide sur AMNII 22231), le talonide de la P 4 de Leipsanolest.es
est très semblable sur les deux échantillons où il est conservé. Bien que l'on puisse supposer
qu’il existait une certaine variabilité, on doit donc actuellement caractériser le talo¬
nide de ce genre par son entoconide triangulaire élevé (ce tubercule forme le point le plus
élevé de la crête transversale postérieure), par Son livpocomdidc petit mais distinct et sa
crête antéro-postérieure basse ; il n’y a pas d’hypoeonide. Par contraste, sur la P 4 du type
d ' EntomoLstes h item, c’eut l’hypoconulide. qui forme le point le plus élevé de la crête posté¬
rieure, tandis que l'entoconide. manque complètement Cependant nous avons vu que dans
l’échantillonnage plus important de P,„ appartenant à V Entoniolestes français, ce profil
peut présenter un grand nombre de variantes. La partie antérieure de la P 4 de Leipsano¬
lestes montre moins d’homogénéité que ne le faisait son talonide ; la taille du pnraconide
est variable (tout en étant, sur les deux échantillons, supérieure à celle du type d’£. nitens),
le métaeonide est grand et atteint presque le niveau du protoeonide. (tandis qu’il est petit
et bas situé sur le type d’£. nitens), et un seul des échantillons présente, à l’angle antéro-
labial de P 4 et Mj, un rendement anguleux, identique à celui que l’on observe, chez E. nitens.
En bref, on observe, entre les deux P 4 disponibles de Leipsanolestes , la même variation
que celle constatée entre le type et le paraiype d 'JinUtmolestes nitens ; mais les échantillons
de Leipsanolestes proviennent île la même localité, ce qui n'était pas le cas pour les types
d ’Entoniolestes nitens.
La P,, «le Leipsanolestes est très semblable à celle de V Lntumnlest.es français pour l’ensem¬
ble de sa morphologie ; les différences (d’ailleurs de valeur discutable étant donné la petitesse
de l’échantillonnage) concernent la taille et la hauteur plus fortes du métaeonide, le déve¬
loppement pins accentué de la crête antéro-postérieure du talonide et par conséquent de
sa cuvette. On peut, admettre que celle dernière particularité, est primitive cl traduit, l’âge
plus ancien (Paléocène tardif) de ce genre.
Quant aux molaires, elles diffèrent de celles d’E. nitens par leur forme plus ramassée,
avec un talonide et un trigonidc de largeur approximativement égale ; ces caractères sont
particulièrement nets sur la M 2 . En outre, le paralopbide a tendance à être plus court et
à s’étendre moins loin lingnnlcment. Sur M a , les différences sont, atténuées sur le trigonide ;
cependant, la dent diffère nettement de celle d’£, nitens en ce que l'hypoconulide est situé
sur le milieu de la dent, et non sur son bord lingual. En outre, M a et M a sont probablement
plus courtes que Vf, : chez E. nitens, M a est à peu tirés de même taille que M x .
Enfin, chez Leipsanolestes comme chez. E. nitens, la hauteur et la forme des tubercules
varient quelque peu à travers la série molaire, et il en est de même de la forme de l’entaille
séparant le métaeonide de l’entoconide. Au total, ce sont les mêmes différences morpholo¬
giques qui séparent. Leipsanolestes d ’Lnlomolestes nitens et. de YEnttnnùlesles français.
Il n’en reste pas moins évident qu’une affinité existe entre Leipsanolestes siegfrirdti
et Enlumolestes nitens, mais seul un échantillonnage plus important pourrait confirmer
ou infirmer leur caractère congénère ; aussi, étant donné l’importance des différences signa¬
lées ci-dessus, nous maintiendrons provisoirement le genre Leipsanolestes. Quant à la rela¬
tion entre celui-ci et Talpavus, suggérée par Robinson (1968), rien, dans les échantillons
examinés, ne la montre.
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
163
« Leptacodon » jepseni McKenna, 1960 a
Parmi les formes qui ont soulevé des divergences d'opinion quant à l’appréciation
de leurs caractères, il faut citer « Leptacodon » jepseni.
Delson (1971) refusa P attribution de cette espèce de Four Mile au genre Leptacodon ;
cette forme lui semblait , en effet, structuralement intermédiaire entre Leptacodon tener,
d’une part, et les espèces d’Entomolestes, et, de T al paons, d’autre part (sensu Delson : Ento¬
molestes comprend Leipsanolesles et Tapalrus inclut Scenopagus ) ; en conséquence, il plaça
« Leptacodon » jepseni parmi les Adapisoricidae.
Les dents inférieures de cette forme sont, étroites, davantage que chez T al pua us ;
elles évoquent celles de Scenopagus prisais (y compris celles de 5. « curlidens »), et diffè¬
rent de celles d’ EntomnUsles. La faible hauteur de l’hypoconide, la taille et la configuration
du paralophide, et même la grande hauteur du métauonide par rapport: à rentoeonide
sont bien compatibles avec la morphologie adapisnricidc et, si le trigonide est. élevé, il ne
l’est pas ou a peine davantage que chez T al parus ou Scenopagus, Sur la P,, le métueonide
est haut, comme chez Talpavus, et situé en face du protoconide ; mais le paraconide est
grand et se projette vers l’avant ; quant au talonide, il est. excavé : ces deux particularités
donnent à la dent nu aspect bien distinctif. La P 3 , enfin, y est probablement de même taille,
à peu près, que chez Talpai’us ( et la P 2 est, uniradiculée.
A notre avis, et en accord avec Delson, nous considérons que « Leptacodon » jepseni
doit être rapporté aux Adapisoricidae dont, il constitue probablement un genre nouveau.
Il ne montre guère plus qu’une ressemblance d’ordre familial avec Entomolestes, mais paraît
relié de plus près à Talpavus ou Scenopagus.
« Nyctitherium » McKenna, 1960 a
En 1960, McKenna groupe à l’intérieur d’un taxon dénommé par lui « Nyctitherium »
plusieurs formes originaires do Bridger qui furent plus tard dissociées et rapportées à d’autres
genres.
Ce taxon était constitué par l’espèce « N. >> ni.tidum Marsh, 1872, « N. » curlidens Mat-
thew, 1909 (deux espèces que Matthew avait précédemment incluses dans le genre Nycti¬
therium) et enfin les échantillons autrefois attribués à N. çelatum par Matthew et Chan¬
ger, 1918.
Deux ans plus tard, toutefois, McKenna replaça a N. » nitidum dans le genre Talpavus.
En 1966, Robinson, après avoir placé Nyctitherium priscum Marsh dans le genre Sceno¬
pagus, mit # N. » curlidens en synonymie avec cette espèce. Dans ce même article, il attri¬
bua les échantillons autrefois rapportés à N. celatum (AMNH 15103) à N. serolinum Marsh ;
le problème de la justification de eet,to dénomination sort du cadre de cet article x , mais
il est certain que ni les dents supérieures ni les dents inférieures de cette forme ne sont
adapisoricides. Le groupe constitué par les trois espèces de McKenna n’est en tout cas
1. Rappelons que Butler (1972) doute que ces échantillons soient congénères de Nyelülierium.
164
I). E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
pas naturel, et ne doit pas être cité comme représentant une seule et unique forme, deux
d’entre clics seulement étant par ailleurs des Adapisoricidés.
D’autre part McKenna isola (I960 a), de la faune de Four Mile, un petit nombre de
dents qu’il rapprocha de son # Nyctil.hcri.um n et dénomma ? « Nyctitherium » sp. ; il estimait
qu'elles étaient surtout proches du taxon constitue par les échantillons rapportés à N.
celutum par Matthew et Changer (ÀMNH 15:103). Van Valen (1967) vil au contraire
dans ces dents les représentants d’un nouveau genre d'Adapisoricidés qu'il ne nomma
d’ailleurs pas (genre dans lequel il inclut également la M 3 55686 de Tabernacle Hutte, et
acceptée ici comme étant la M 3 de Tulpavus, selon une suggestion faite par McKenna et
al., 1962).
Gutiirie (1971) estima enfin que ces dents devaient probablement être rapportées
à T al peu 1 ms. Nous n’avons pas été en mesure d’examiner l’échantillonnage complet de ces
dents, mais pour deux d’entre elles au moins (l C 47024, P 1 -M l , et UC 44953, probablement
Moi. d n’v a pas identité générique.
Enfin, McKenna ligura, dans la même publication (1960 a) et sous la même dénomi¬
nation ? « Nyclilherium » sp., une molaire supérieure où il vit une ressemblance avec le même
taxon représente par AMNH 15103 (rapporté à N. relation par Matthew et Oranger) ;
cette ressemblance ne nous a pas paru convaincante.
L’échantillonnage entier doit donc être revu et: son homogénéité rediscutée, ainsi
évidemment que ses ailinités.
cf. Hypacodon sp., McKenna, 1960 h
Un autre animal problématique de la faune de Four Mile est celui décrit et figuré
par McKenna (1960 b) comme cf. Hypacodon sp. (UC 44954, P 4 -M 8 ). En 1962, cet auteur
mit en synonymie les types d'Hypacodon et Centetodon (= Geolahis ?), mais Hobinson
(1968 a) écrivit alors que l’animal de Four Mile, LC 44954, évoquaiL plutôt les Adapisori¬
cidés.
Ceci est vrai, dans une certaine mesure, de ses molaires inférieures, mais sa P., est très
allongée et différente de celle des Adapisoricidés, malgré quelques ressemblances avec la
P 4 de AMNII 2223, Leipmnolestes xiegfriedti.
McKenna mentionna, en outre, un certain nombre d’autres dents, qu’il rapporta
elles aussi à cf. Hypacodon sp. 11 conviendrait de revoir l’ensemble de F échantillonnage
avant de fC prononcer.
Myolestes dasypelix Matthew, 1909
Parmi les formes parfois classées comme Adapisoricidés, se trouve Myolestes, avec
son unique espèce M. dasypelix Matthew, 1909, Ce genre avait été mis en synonymie avec
Nyclilherium par Robinson (1968 a), qui considérait que le type et unique échantillon
de M. dasypelix (AMNH 11490) était, un Nyetithèrc pathologique. Cet auteur le décrivit
en interprétant les alvéoles de la partie anormale de la mandibule, et. justifia son exclu¬
sion des Étinacéidés géolabidines, où l’avait rnis McKenna (1960 b), par l’absence de com-
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
165
pression du paraconide, la présence de trois tubercules sur le talonidc de M 3 , la situation
du trou rnentonnier et enfin la présence d'une bosse à la base du processus coronoïde,
sur son bord antéro-lingual.
Robinson admit, cependant, qu’un autre échantillon (YPM 13609, P 1 -M 2 ), considéré
par McKenna (idem) connue relié de près à Mijote Mes, était bien un Géolabidhté. Gutiiisie
(1971), au contraire, dépassa la prudente attribution de McKenna (« cl. Myolestes ») et
inclut carrément uct échantillon dans Myolestes, genre dont il fit un Adapisoricidé, sans
préciser son classement sous-familial. Enfin, West (1.973) suivit Gutiirie en considérant
Myolestes comme un genre valide d*Adapisoricidé, et. McKenna, en Patlribnanl aux Géo-
labidinés, mais il ne lit. pas mention de la synonymie de Ce genre avec Nyctilheriutu, proposée
par Robinson,
A notre avis, l’échantillon-type de Myolestes dasypelix est beaucoup plus proche du
type de A yctitheriiVtn eelox qu’il ne l’est du type de Geolabis marginalis, Nous estimons
donc que la synonymie proposée par Robinson entre Myolestes et. Nyctitherium peut être
maintenue, l’espèce dasypelix gardant son individualité et devenant N. dasypelyx ; mais
il ne s’agit pas d’un Adapisoricidé. En ce qui concerne cf. Myolestes , nous adoptons l’opinion
de Robinson selon laquelle il s’agit d’un Géolabidiné.
Litolestes Je.psen, 1930
Avec Leipsanolestes, Litolestes est, parmi les genres déjà publiés, le seul Adapisori¬
cidé possible du Paléocène d’Amérique du Nord, il n’est donc pas sans intérêt de le compa¬
rer à son contemporain d’Europe, Adapisorex. Nous n’avons pu étudier le matériel de
l’espèce-type Litolestes ignotns Jepsen, 1930 ; notre comparaison sera donc basée sur les
mâchoires nombreuses et bien préservées de L. notissimus Simpson, 1936, de Searrit.t Quarry ;
dans une troisième espèce du Bison Basin, L. lacunatus Gazin, 1050, l’iiypoeonide des molai¬
res est. Hiir l èchantillon-type, plus élevé que Eentoc.onide, ce qui laisse quelque doute sur
l'attribution générique et familiale de. cet échantillon.
Chez L, notissimus , la canine reste de taille modeste et la P A est probablement uni-
radiculée ; les autres prémolaires inférieures sont Idradieulées et non réduites. Cette situa¬
tion rappelle Adapisorex abîmions de Walbcck, mais chez l’espèce plus récente, A, gaudnji,
la P 3 a déjà subi une réduction. Les molaires inférieures à'A. abandons et gaudryi sont
plus allongées que celles de Litolestes noUssimus, et les paraconides y sont plus grands et
se projettent davantage vers l’avaut ; en ce qui concerne les proportions générales des
molaires, Litolestes se rapproche davantage de Leipsanolestes : en particulier sa M a est plus
longue que celle d’Adapisorex (comme l’est celle de Leipsanolestes). Au contraire la hauteur
et la forme des tubercules sont très voisines dans les trois genres.
A la P* supérieure, le rnétaeôiie est faible ou plus généralement, absent, eecî contrastant
avec la situation connue chez Adapisorex. Toujours en contraste avec Adapisorex, le para¬
conide de cet te P 4 est très renflé, la crête métastylaire est brève et. le parastylc développé
et situé bien avant ; les P 1 des deux formes diffèrent, donc assez notablement. Les molaires
supérieures de Litolestes sont caractérisées par nu contour labial sinueux, les styles y étant
arrondis et séparés par une profonde indentation médiane ; ces dents présentent peu de
ressemblance avec les molaires supérieures spécialisées dM, gaudryi., mais davantage avec
166
D, E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
celles d\4. abandons ; toutefois, même dans ce cas, la distinction est nette avec Litolestes
où les dents sont plus allongées transversalement, et. les paracône et métacône presque
coniques. La conclusion que l’on peut tirer de cette comparaison entre Litolestes et Adapi-
sorex est que ces genres ont poursuivi nue longue évolution indépendante. Jour denture
inférieure restant primitive, tandis que leur denture supérieure subissait une évolution
divergente 5 de toutes façons leur parenté reste lointaine.
Simpson (1936) classa Litolestes parmi les Corulylarthres hyopsodontides en insistant
sur les affinités avec II aplat? tes, Il est vrai que. si la denture inférieure de Litolestes pré¬
sente de nombreux caractères adapisoricides, ses dents supérieures offrent un aspect qui
évoque bien davantage les Condylnrtlires que les Adapisoricides A Cependant, nous laisse¬
rons provisoirement à Litolestes son statut d’Adapisoricidé, mais nous admettons que ce
genre serait, mieux à sa place dans une sous-famille indépendante.
McKenna (in Clkmens, 1973) estimait, lui, que Litolestes présentait une affinité étroite
avec l'ensemble des genres Creolursus Maiibow et Grangor, 1918, Xenaeodon Mattheiv et
Granger, 1921, et Tnlpaous , ces trois genres étant considérés comme des Adapisoricides.
Mais nous avons montré que Cpeotarsus doit être exclu de ce groupe ; le cas de Xenaeodon
est encore plus net en ce qu'il diffère largement de toute forme reliée même de loin à cette
famille ; ees deux genres Ont peut-être une parenté, mais pas à l'intérieur des Adapisori-
cidés. Quant à Tnlpaeus, il a bien aussi des singularités (dans sa P a et sa PA. mais rien qui
doive l’exclure de cette famille ; toutefois sa relation particulière avec Litolestes reste à
prouver. Ci.kmf.ns id.) fait remarquer que, dans les quatre genres grimpés par McKenna,
le protoeorude et le métaconidc de P t) sont de hauteur subégale, mais que toutefois, citez
Litolestes , le développement du métaeonide varie entre une taille moyenne et une quasi-
absence (AMN1I 33938), Mais sur les échantillons que nous avons examinés, jamais le
métaeonide n’atteint, la hauteur du protoeonide 5 il est possible que ce cas »« soit produit
une fois, niais en général le premier reste bien plus bas que le second. Clkmi-.ns cite encore,
à l’appui de l'hypothèse de McKenna, la petitesse du talonide des P 4 et du paraconide
des molaires, en faisant remarquer toutefois que ce talonide reste généralement lias chez
Litolestes tandis qu’il est élevé chez T al peu 1 us. On peut ajouter que les tubercules du tri-
gonide sont eux aussi plus hauts chez Talpavus. En l'ait, il s’est produit une évolution consi¬
dérable dans l'espace de temps qui sépare l'apparition de l’un et de l’autre genre : les
tubercules peu élevés du Litolestes paléocène peuvent être considérés comme primitifs
comparativement à ceux, relativement élevés et semi-tubulaires du TalpaMUs de Bridger.
Quant à la petitesse des talonides, on l’observe souvent chez les Adapisorioidae, et on ne
voit, pas très bien en quoi les paraconides des dents de Litolestes et de Talpavns se ressem¬
blent davantage entre eux qu'ils ne le font avec ceux des autres Adapisoricides.
Pour résumer l’enclievètrement assez embrouillé des désignations taxonomiques dis¬
cutées ci-dessus, nous considérons Talpavus, Entomolest.es, Leipsanolest.es et Scenopagus,
dont l’individualité fut, à un moment ou à un autre, contestée, comme des genres valables
d’Adapisoricidés. Les espèces incluses dans chacun d’eux sont les suivantes : Talpavus
nitidus, Enta molestes niL-ns, E. grangeri, Leipsanol estes siegfriedli, Scenopagus edenensis,
1. l*rolftri.inities et la forme très voisine Ses peclecles) sont elles aussi des formes à affinités incertaines,
allant des Coud vlarl lires li\opsodontirlcs aux Insectivores adapisoricides. Ces deux genres sont en cours
de révision par Novocf.k.
LES ADAPISORICIDAE DE L EOCENE INFERIEUR DE FRANCE
167
S. priscus (comprenant « Nyctitherium curtidens »), Talpavus sullivanus n’a pu être revu,
en raison de la perte de l’échantillon-type, mais le matériel rapporté à cette espèce semble
être un mélange composé en particulier d 'Enlomolestes.
Sont considérés par nous comme attribuables à Tcdpavus, les échantillons suivants :
YPM 16334 (P 4 -M 2 , Bridger), T. nitidus ; AMN11 11488 (M 2 -M 3 , Bridger), T. nitidus ; AMNH
55686 (M 3 , Tabernacle Butte), probablement T. nitidus ; AMNH 55156 (P 4 -M,, Huerfano),
T. sp. A ; AMNH 55226 (P 4 -M 3 , Huerfano), incertain T. sp. B ; AMNH 17483 (P 4 -M 3 , Huer¬
fano) est accepté comme un représentant de Scenopagus eienensis, tandis que AMNH
59678 (P 4 -M 2 , Four Mile) est considéré comme attribuable à Entamolestes et non à Sceno¬
pagus. Ankylodon est, pour nous, un Adapisoricidé, mais Lilolestes et Proterixoides (et la
forme voisine Sespedectes) n’y sont inclus qu’à titre de suggestion, en raison d’une cer¬
taine ressemblance avec les Condylartbres, ressemblance dont la signification n’est pas
éclaircie. « Leptacodon » jepseni serait un nouveau genre d’Adapisoricidé. Le taxon dénommé
« Nyctitherium » par McKenna représente une association artificielle, renfermant des espè¬
ces attribuables à Talpaous , Scenopagus et peut-être Nyctitherium ; l’ensemble intitulé
? « Nyctitherium » sp. par le même auteur semble lui aussi manquer d’homogénéité et néces¬
siter une révision. Au contraire, le spécimen que McKenna décrivit comme cf. Ilypacodon
sp. est peut-être un Adapisoricidé. Myolestes dasypelix apparaît comme une espèce de Nycti¬
therium et sort, par conséquent, de cette famille ; l’échantillon rapporté dubitativement
à Myolestes, YPM 13609, semble, lui, devoir se classer parmi les Géolabidinés. Enfin, McKen-
natherium , Leptacodon, Xenacodon et Creotarsus sont exclus des Adapisoricidés.
168
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
ITI. FORMES EUROPÉENNES
AUTREFOIS ATTRIBUÉES AUX ADAPISORICIDAE
Nous avons décrit ci-dessus, dans l'Éocène inférieur de France, trois formes d’Adapi-
soricidés ; mais un certain nombre d’autres genres ont, à un moment ou à un autre, été
apparentés ou rapportés aux Adapisoricidae.
Dormaalius Quinet, 1964
J.a mandibule destinée à devenir le type de Dormaalius fut d’abord figurée par Teil-
haud de Chardin (1927), qui la rapporta alors à Omomijs bel. gi eus ; mais plus tard, dans
une note infrapaginale, il la considéra comme une forme nouvelle, pour la faune de Dor-
maal. McKenna (1960 a), en établissant son concept de la famille, des Amphilemuridae,
y inclut cet échantillon, non sans quelque, doute. A la suite de Teilhah» ue Chardin,
Qi inet (1964) y vit un Primate, refigura la mandibule et la nomma Dormaalius. Il établit,
sans les définir, deux espèces et proposa pour elles la famille des Dormaalidae. Ce terme fut
mis en synonymie avec celui des Crcotarsinae par Van Valen (1967), et Dormaalius devint
ainsi un Adapisorieidé.
É’éolwmtillnn-type (1I.T.M. 66) de D. vandebrueJii , a conservé tous ses alvéoles, mais
seule P 4 est restée en place. Ce matériel attribué inclut une P 4 isolée (C.T.M, 1274),
un fragment de mâchoire avec les racines des incisives, la canine et la P 4 (C.T.M. 1343)
et, enfin, une mandibule avec les alvéoles de la canine à M ;i , M 2 seule restant en place
(C.T.M. 1273). Le type et. unique échantillon de la second espèce, D. simonsi, , est. une P 4
isolée (C.T.M. 1276), un peu plus grande que la même déni, de D. uanih'bnirki , mais se situant
très vraisemblablement a l'intérieur de la marge de variation de celle espèce ; nous consi¬
dérons ccs deux espèces comme synonymes. Par ailleurs, une. molaire inférieure isolée de
la collection IIioasr (Dr P. Uiuase, Anvers) semble représenter une M x de Dormaalius.
D. oundehrnehi est connue, par conséquent, par la canine, plusieurs P 4 , une M x et une M 2 .
Aucune dent supérieure n’a été attribuée à celte espèce.
La mandibule portait trois incisives, senii-prqclivos. Sur H.T.M. 66, I 4 et l a sont peti¬
tes et de taille su bégaie, L étant plus grande ; sur C.T.M. 1343, au contraire, l t et I., sont
grandes et de taille subégale, l 3 restant petite. P x et P 2 étaient; petites, uniradiculées, tandis
que P 3 portail apparemment ou bien deux racines accolées ou fusionnées (C.T.M, 1343),
ou bien une seule racine (H.T.M. 66 et C.T.M. 1273).
Mj et M 2 de Dormaalius ressemblent fortement aux mêmes dents de Leipsanolesl.es,
bien que la \1 2 de ce dernier soit plus courte. La P 4 , cependant, présente des proportions
notablement différentes de la P 4 de Leipsunolestes, tout en gardant avec elle une simili¬
tude de base. Elle est plus arrondie, celle de Lcipsonolestrs étant plus étroite et allongée.
Le paraconide et le métaconide y ont à peu près le même développement dans les deux
genres et le tulonide y est semblablement excavé ; trois tubercules sont indiqués sur le
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
169
Lord postérieur du talnnide chez Leipsunolesles ; ils existaient aussi, mais moins marqués,
chez Dormaalius. Par conséquent, si l’on en juge sur les quelques dents comparables, Dor-
maalius présente une alfînité assez étroite avec Leipmnolestes,
Comme on pouvait s’y attendre, la denture d’ Enta molestes nilens (et des formes appa¬
rentées du bmir Mile et de France) offre un grand nom lire de traits communs avec celle de
Dormaalius. Le fragment de mâchoire LC 44106 fM Kkn.na, I960 a, lig. 26) est tout à
fait comparable à C.T.M, 1.143 : ne sont les trois mêmes incisives semi-prodives dans les
deux cas : la canine est plus grande sur l’échantillon de Four Mile, mais sa morphologie
diffère peu de celle de la canine belge ; dans les deux eas également 1 et IL sont petites
et imiradicule es ; l> 3 est plus petite à Four Mile, mais sur un autre échantillon AMNH
56318), cette dent y est probablement de même taille que celle de C.T.M. 1343 et, comme
chez celui-ci, elle porte deux racines étroitement accolées. Les l’ 4 de Dnrmwulius montrent
une ressemblance frappante, aussi bien aveu celles de V Entomafestes de France ou de Four
Mile, qu'avec celles du type (VE. nilens : les seules différences que l’on remarque, par exem¬
ple entre I C 44106 et C.T.M. 1343, sont des différences de détail du talnnide. La olivette
du talonide est variable chez Y Entomolestes wasatchien : chez la forme française elle varie
aussi, mais la plupart des P., ont un talonide non excavé ; au contraire, si les quatre échan¬
tillons de celle dent rapportés à Dormaalius sont indicatifs de la population, alors le creu¬
sement du talonide y intervient, plus fréquemment que chez V Ento molestes fiançais. Tou¬
tefois, étant donné la variabilité de P 4 , évidente même sur le petit nombre d’échantillons
dont nous disposons, il serait difficile d’établir une distinction diagnosique entre les deux
taxons sur cette seule dent.
La M, de Dormaalius (collection Ch.asi:) est plus étroite au niveau du talonide que
celle des divers Entomolestes ; son paraeonide (ou, plutôt, paralophide) est plus court que
dans ce dernier genre, puisqu'il n’atteint pas le bord lingual de la dent. Mais, à d’autres
égards, la ressemblance est étroite. M 2 (C.T.M. 1273) diffère moins de son homologue d 'Ento-
molesles que ne Je fait AQ pour les deux caractères énumérés ci-dessus et, par conséquent,
lui est plus semblable. A moins que ces deux échantillons ne soient atypiques, cependant,
les différences existantes sont suffisantes pour maintenir les deux genres séparés. Kl, malgré
la rareté de leurs caractères distinctifs, il est nécessaire d'at tendre de nouvelles informations
sur la denture avant de proposer une synonymie entre eux.
Quant aux ancêtres de Dormaalius. nous ne connaissons que peu de genres suscepti¬
bles de l’être. Nous avons montré la similitude de Dormaalius avec LeipSanolesles. mais la
forme la plus proche géographiquement et chronologiquement est YAdapisorex gaudryi
de Cernav Cette dernière espèce présente un certain nombre de caractères primitifs par
rapport â Dormaalius : par exemple, la (■*„ y est apparemment toujours biradiculée, et la
P 4 et les molaires sont plus longues et plus étroites. Mais les P 4 des deux espèces diffèrent
en outre en ce que le talonide présente en général, chez . 1 . gaudryi, une cuvette plus large,
en même temps que ses bords lingual et labial tendent à être parallèles l’un à l’autre, et
moins tordus sur le trigonide (cependant un échantillon [CR 1258, lig. Russell, 1964]
présente un talonide approchant celui de Dormaalius). Enfin les molaires inférieures <1.4.
gaudryi Se distinguent de celles de Dormaalius parla grande taille du protoconide, et souvent
aussi du paraeonide, par la hauteur subégale du métaconide et de l’entoconide, et par
l’étroitesse du talnnide de la M a .
Bien que plus éloignée dans le temps, l’espèce de AA’albeck, .4. abundans, constitue un
170
D. E. RUSSELL. P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
meilleur ancêtre pour Üormaulius en ce qui concerne les P 4 , par son talonide en particulier.
Les molaires inférieures d’A. abandons sont aussi moins spécialisées que celles A'A. gau-
dryi, et un peu plus proches de celles de Dormaalius. Cependant aucune des deux espèces
d 'Adapisarex ne constitue un parfait ancêtre pour la forme belge, et, en tout cas, A. gau-
dri/i peut être définitivement exclue de celle ascendance.
La P 4 de fd.Lolesl.es diffère de celle de Dormaalius , mais ses molaires inférieures sont,
à maints égards, plus voisines de celles de ce genre que ne l’étaient celles A'Adapisorex.
Mais c'est finalement peut-être avec Leipsànaleslcs que l’on trouve la ressemblance la pins
élroite : cependant, même dans ce cas, la forme trapue de la M 2 s’oppose à une ascendance
directe. De toute façon l’absence d’informations concernant M 3 et l’ensemble de la denture
supérieure de Dormaalius , ainsi que la petitesse de l’échantillonnage des dents inférieures,
rendent hasardeuse toute tentative île rapprochement phylogénétique.
Amphilemur Heller, 1935
L’espèce Amphilemur eocaenicus Heller, 1935, provenant des couches allemandes
de Geiseltal, est d’un intérêt particulier. Son histoire s'anima en 1960, lorsque McKenna
démembra la famille des Nyctitheriidae telle qu’elle avait été constituée par Simpson
(1929 et 1937), Après avoir démontré que cette famille formait un ensemble artificiel et
proposé l'abandon du nom, il lui substitua un concept notablement, différent de celui repré¬
senté par la forme-type, TV i/clithorium relax. Le nouvel ensemble, qui eu fait n’avait pas
grand-chose à voir avec NyetUlieriurn, fut rapporté aux Amphilemuridae (Hri.lek, 1935) ;
il renfermait un certain nombre de formes que Van Vai.en considéra plus tard (1967)
comme appartenant à des Adapisoricidcs créotarsincs.
Bien qu 'Amphilemur ait. été, au cours de la dernière décade, maintes fois mentionné,
il persiste encore un grand nombre d'inconnues concernant sa morphologie dentaire. Hel-
lkk décrivit deux mâchoires inférieures partielles (Halle 7416 et Halle 7417) qui forment.,
avec une M t fort usée et une dentition supérieure très endommagée et d’attribution incer¬
taine, loule la source de notre connaissance do genre.
I n premier élément d'incertitude concerne la denture antérieure : Heller interpréta
les six dents antérieures à î’ 4 comme représentant deux incisives, une canine et trois pré¬
molaires. Il ne put retrouver aucune trace, sur les mandibules, ni de I x ni de son alvéole,
mais la région correspondante est très endommagée et il est possible que l’emplacement
de Ij ait été détruit. McKenna estima au contraire que I, était présente, et, que la dent
manquante était, soit la canine, soit, l’une des prémolaires. De toute façon, et quelle que
soit l’hypothèse adoptée, nous n’avons pas lâ une denture d’Adapisorioidé typique.
Les dents postérieures A'Amphilemur (P 4 -M g ) s'intégrent mal, elles aussi, parmi celles
des Adapi.sorieidés : le paracooide des molaires y présente on développement différent
(il ne sc projette que peu vers l’avant et, sur M 2 , il se situe centralement en même temps
qu’il s’accole étroitement au mètaennide) ; le métaconide de M 2 est remarquablement
élevé el, fait d’une signification particulière, l'bypoconide y est le tubercule le plus élevé
du talonide : or, nette condition est inhabituelle chez les Kriuacéoïdes el en tout cas ne se
trouve jamais chez les Âdapisorjcidés tels que nous les avons compris ici, En outre, jamais,
dans cette famille, les molaires et P 4 ne sont aussi renflées et pourvues d'un talonide aussi
LES ADAFISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
171
large relativement au trigonide ; les molaires enfin sont arrondies à l’arrière en vue ocelusale,
d’une façon commune chez les Primates, Il est regrettable qu’aucune M 3 n’ait [mètre rap¬
portée à cette forme, car cel te déni est souvent particulièrement importante du point de vue
taxonomique. Au contraire, il a peut-être été accordé une trop grande importance à la réduc¬
tion ries prémolaires antérieures ii P 4 : ce phénomène peut se retrouver chez des formes non
affines (par exemple Atnphilentur et \mphidozoiherium). Comme l’a souligné Szalay (1971),
lors de sa réévaluation tic CeanernpUlwv, les caractères qui permettent de distinguer les
Primates des insectivores primatoïdes du Tertiaire précoce sont difficiles à établir. A ce
propos, il es! intéressant de remarquer qu'une grande partie de son argumentation en
faveur du transfert de Gcs/wropithex parmi les Ermocéoïdes dit type Adupisore.r, pourrait
être utilisée pour appuyer le retour d' Arnpliilemur à l'intérieur des Primates, où ce genre
avait été originellement placé par [Tklleh,
La hauteur de la mandibule est souvent utilisée pour suggérer des affinités, et les Pri¬
mates sont fréquemment cités comme possédant une mandibule élevée. Celle d'Awphi-
lemur, mesurée au niveau de Vl 2 , est relativement basse ; cependant celle de certains échan¬
tillons de Pelywtlus, ilemiacodbn ou Omomys peut être plus liasse même que celle d ! Amphi-
lemur ; mais il est évident que ce caractère est loin d’être un fidèle indicateur des affinités
d’une forme. Une P, grêle n’est peut-être pas commune cliez les Primates (bien qu’on la
connaisse chez Periconodon), mais ce n’est pas non plus un caractère constant chez les
Adapîsocieides, où la dent peill aussi être tout ù lait triangulaire (a hase postérieure), comme
c’est le cas par exemple sur le type de J ) or moulins « ximomi ». Les Vf 1 et M a inférieures
d’Amphilemur, qui soni Ires primatoïdes, peuvent être comparées favorablement à celles
de divers genres d’Oinomyiriés ou d’Ànaptomorphiiiés nord-américains. Kl il serait proba¬
blement plus simple et moins hasardeux de replacer Anipkilemur parmi les Primates ineer-
tae sedis, comme lavait proposé. Hühzuler (1947). Chiant au choix de la famille, le nom
créé par IIei.lek (1985) reste disponible.
A propos d'Amphikrnur, il nous parait opportun d’envisager ici le cas d’ Alsaticopi-
thecus. Ce genre est, avec son unique espèce A. Itvmanni. Hürzeler, 1947, le Primate d’Europe
qui présente la série P 4 -M 3 la plus similaire ù celle d’ Aniphilemur. Sa denture antérieure
elle-même n'est pas connue avec plus de précision que celle dvt iitpldlenmr.
Les dents interprétées par Hijrzcuur comme les canines, Pj et P 2 , tout en différant
de celles d ’Amphilemnr par des détails mineurs, leur ressemblent en forme et en réduction.
Les P 4 d'ALuticopitlieciifi et A'Amphilemnr se ressemblent par l'absence d’un paraconide
en forme de tubercule et par la courbure de la crête antérieure du protoconide ; la crête
postérieure émanée du métuconide et continue avec les bords postérieur et lingual du talo-
nide. et dépourvue d’entoconide, est pratiquement identique dans les deux cas. D’ailleurs,
la morphologie générale de cette dent est essentiellement la même chez Amphilemur et
Alsaticapithecus, aussi bien en ce qui concerne le trigonide que le talonide. On peut en dire
autant des molaires M 2 et M l : la disposition et la taille des tubercules laissent peu de doute
sur la parenté et l’affinité des deux taxons.
Cet ensemble de faits nous a conduits à proposer la synonymie de ces deux genres.
Les différences persistantes — taille plus grande, d’.L leemarmi, renflement plus impor¬
tant des dents antérieures à P 4 , plus grande force de la canine (en supposant que cette, dent
ait été correctement, identifiée) —, justifient le maintien de la distinction spécifique,
La famille des Araphilemuridae hébergerait doue les Primates marginaux que sont
172
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Amphilemur ooca.eni.cus de Gciseltal, « Ahaticopiihecus » leernanni de Bouxvviler, ces deux
formes étant d’âge bitétien (= Eocène moyen), et enfin Amphilemur sp. de Gôsgen Pump
Station (G.P. 127), d’âge Indien (= Eocène supérieur) représenté par une seule molaire
(voir ci-dessous).
Gesneropithex I lürzeler, 1946
Gesneropilhex peyeri, de l’Eocène tardif de Suisse, constitue un autre candidat dilli-
cile au titre d’Adapisoricidé. Longtemps considérée comme un Adapidé (attribution mise
en doute par Russell, Louis et Savage, 1967), cette espèce lut. récemment révisée par
Szalay (1971) qui y reconnut des affinités ériuacéoïdcs. En effet, comme cet auteur l’a
remarqué, les dents dont un dispose, c'est-à-dire P 4 à M s , présentent bien des caractères
d'Adapisoricidés. Mais les molaires de Gf.snernpil.hex se distinguent de celles de celle famille
par la hauteur de leur bypoconide, supérieure à celle de J’entoeonide ; chez les Adapiso¬
ricidés au contraire, et même lorsque la denture est fraîche, l’entoconide dépasse toujours
l’hypoconide. D’autres particularités de ces dents, telles que la grande taille probable de
P 9 , la situation élevée du paraconide de P 4 et la configuration de son Lalonide, ne se. retrou¬
vent que rarement chez les Adapisoricidés. Quant, à la réduction du paraconide des molaires
et son aceolement étroit au métaconide, oe ne sont pas non plus des caractères typiques
d’Adapisoricidés. Enfin l’angle obtus que forme le paralophide avec la crête antérieure du
protneonide, cl qui caractérise les molaires des Adapisoricidés. ne s'observe pas ici. Sza-
lay pensail que Gesneropilhex pouvait facilement descendre d'un laxon voisin d Adopi-
sorex gandryi. S’il est vrai que, dans les deux formes, la cuvette du lalonide des molaires
reste large antérieurement (sur certains échantillons d'Adapisorex, même, la crête oblique
court presque parallèlement au bord lingual de la oovel te), les autres caractères significa¬
tifs, communs à ers deux formes, sont peu nombreux. Quant, à l’espèce plus ancienne et
plus primitive, A. a bandana, elle diffère encore, davantage de Gesneropilhex ,
Dans sa discussion, Szalay' ne fait aucune mention des caractéristiques des dents
antérieures à P 4 . Il est vrai que le nombre des prémolaires antérieures, et encore moins
le nombre des racines portées par chacune d’elles, ne peut être déterminé av ec certitude,
mais sur G.P. 129 (fragment de mâchoire portant P 4 ), quatre alvéoles et demi sont conser¬
vés. Le plus antérieur est aussi le plus grand, ce qui suggérerait qu’il correspond à la canine.
Il est eu effet assez peu probable qu’un tel grand alvéole ait logé une incisive ; au contraire,
chez les Adapisoricidés, et là oi’i la canine inférieure est connue (Mucroernnion et Enta-
molestes par exemple), sa racine est de taille peu différente de celle do la troisième incisive.
Si donc nous avons affaire à une canine, et que les prémolaires étaient au nombre — pri¬
mitif — de quatre, la P 3 aurait été une dent assez grande et biradieulée, ce dernier caractère
étant suggéré par la hauteur du bord alvéolaire entre les deux alvéoles postérieurs.
I n fragment de mâchoire inférieure contenant M 3 et. la moitié antérieure de M 3 , cité
par Si dre (1969), en provenance de Robiac (Eocène lardif du sud de la France), accroît
quelque peu notre connaissance de Gesneropilhex. Tandis que la hauteur de la mandibule
au niveau de M a est presque la même sur cet échantillon (RBN 5294) et, sur celui de Gôs-
geu (G.P, 128) la taille de M 2 esl, bien différente dans les deux cas, celle de Robiac étant
de beaucoup la plus grande. Au contraire, la longueur de M 3 , calculée d’après son alvéole,
y est relativement plus faible ; ce qui semble contredire l’hypothèse selon laquelle, sur
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
173
G.P. 128, M ;i possédait un grand talonide, hypothèse basée elle aussi sur la dimension de
l’alvéole. A moins donc que la mâchoire de Robîac ne représente une espèee différente,
M 3 semble avoir varié considérablement chez cette forme, et une telle variation iritragéné-
rique de la laille de M 3 est inconnue chez les Adapisorieidés.
ha molaire supérieure G.P. 127 décrite par 1 lu hzeleh comme un élément de la denture
de Gÿsncropithe.c présente des affinités plus précises que celles suggérées par les molaires
inférieures. Elle, est dépourvue de para- H. métastylcs, le bourrelet ne s’évase pas à l'arrière
et ne rentre pas en contact avec le mélacouide, le proloconule n’y est pas lié au paracône
et. il existe un petit mésostyle. Ces traits sont rares ou inconnus chez les Adapisorieidés.
En fait, ils évoquent, plutôt les molaires supérieures d'Amphilemur leenutnni. Jointes à la
différence d'âge (Lutétion et Ludien), la plus grande taille de l’hypoeûne et les autres par¬
ticularités relativement mineures perceptibles sur la molaire isolée de Gôsgen, G.P. 127,
peuvent correspondre simplement à une distinction d’ordre spécifique par rapport à Ainphi-
lemur (eemtinni,.
Line comparaison de cette même dent avec celle des Krinacéoïdes du Tertiaire plus
récent montre l’existence d’une certaine ressemblance, comme l’a l’ait remarquer Szalay :
il paraît, en effet y avoir, sur G.P. 127, une crête « ériliacéidée » reliant l'hypoeône et le pro¬
tocône. Mais, bien que les mêla- et parastyles soient faiblement développés chez quelques
Erinacéidés ( Pseudogcilerix ou Lnnl.hanotheriu.ni , par exemple), les angles labiaux des dents
tendent au moins à être aigus, ce qui n’est pas le cas sur la dent G,P, 127 au pourtour labial
arrondi. Enfin, il est difficile d’envisager pour cet échantillon des rapports avec les Ada-
pisoricidés. Par ailleurs, même si l’on garde à l’esprit le décalage notable qui existe, pour
une forme donnée, entre les indications fournies par les dentures supérieure et inférieure,
il apparaît difficile d’admettre T association de cette dent isolée avec les quatre dentures
inférieures de Gesneropilhex. Le Pr IIürzelek, qui est l’inventeur des échantillons, a signalé
(connu, pas., 1973) qu’en fait la délit supérieure ne fut trouvée en association avec aucune
des quatre mandibules. Il est d'autre part, d’accord pour prendre G.P. 128, contenant
P 4 -M 2 , comme lectotype du genre Gesneropilhex ; puisqu’il n’existait pas de type préalable
pour ce taxon, nous pouvons rapprocher la dent supérieure isolée G.P, 127 d'Amphilemur
leemarmi en tant qu’ Amptnleniur sp., sans porter préjudice mi concept, de GcsnurnpUhex.
Quant aux affinités taxonomiques de Gesneropilhex sensu stricto, elles ne sont pas,
à notre a\is. à chercher parmi les Adapisorieidés. Sz.uav [ni.) déclare ce genre « différent
de tous les Primates connus dans le début du Tertiaire s. Il est hors du domaine de ce travail
d’explorer davantage ces affinités, mais il est possible que l’espèce « Am homomys " grisol-
lensis décrite dans le Bartonien du gisement de Grisolles (Aisne) par Louis et Sudrk (sous
presse ), permettra de résoudre certains problèmes soulevés par le matériel insuffisant de
Gesneropithex peyeri.
Amphidozotherium Fil bol, 1876
Amphidozotherium , tout en présentant avec les Adapisorieidés une convergence dans
la réduction des prémolaires, n'est pas relié de près h cette famille, comme l’avait suggéré
Van Valkn (1967), Le trigonide tritubemilc de sa P 4 n'est pas très différent de celui de
Macrocranion tenerum, mais le talonidc étroit, et tordu rappelle davantage Nyctitherium
velox. La morphologie îles molaires inférieures (mise à part la situation de l'hypononulide)
174
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
évoque plutôt, elle aussi, Nyctitherlum que les Adapisoricidés. La ressemblance entre Amphi-
dozotherium et Amphilemur remarquée par Clemens (1973) ne s’applique qu’à la denture
antérieure, réduite dans les deux cas. Dans une étude en cours, Sigé démontre pleinement
la nature nyctithériide de ce genre.
Paschatherium Russell, 1964
Paschatherium, primitivement classé parmi les Condylarthres hyopsodontides, fut
cité connue Adapisoricidé, en particulier par IIomer (1966) et Van Valex (1967) ; seul
Clemens (1973) mit en doute ce nouveau statut.
Les prémolaires antérieures de Paschatherium, toutes biradiculées, ne sont pas réduites,
et la canine pas davantage ; les molaires inférieures tendent à devenir bunodontes, avec
un paraconide petit ou absent. Le trou menton nier se situe au-dessous de ou légèrement
plus en avant. Or, aucun de ces traits ne se retrouve chez les Adapisoricidés. Quant aux
molaires supérieures, elles présentent les mêmes tubercules renflés et coniques que les
molaires inférieures, et le métaconule n’y est jamais relié à la région métastylaire par une
crête, comme c’est généralement le cas chez les Adapisoricidés.
En conséquence, il n’est pas possible d’inclure Paschatherium parmi les Adapisori-
cidae. Il forme, avec Louisina Russell, 1964, et probablement Microhyus Teilhard de Char¬
din, 1927, un groupe distinct de Condylarthres (dans ce dernier genre, la fusion de l’hypocône
et du métaconule constitue un semblant de caractère artiodactyle).
En résumé, nous avons montré que la plupart des genres européens considérés, par
un auteur ou un autre, comme appartenant aux Adapisoricidae, n’en sont généralement
pas. Amphilemur, enrichi « d ’Alsaticopithecus » est replacé dans les Primates incertae sedis,
et une dent supérieure isolée, attribuée à Gesneropithex, est rapportée ici à Amphilemur.
La situation ordinale de Gesneropithex reste incertaine, mais il ne s’agit certainement pas
d’un Adapisoricidé. Enfin Amphidozotherium et Paschatherium sont rejetés en tant qu’Ada-
pisoricidés.
LES ADAPISORICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
175
IV. CONCLUSION
Origine et affinités des Adapisoricidae
Il est très fréquent que d’étroites ressemblances morphologiques entre les dentures
inférieures de dons, taxons soient, contredites, ou leur signification amoindrie, par les diffé¬
rences entre leurs dent ures supérieures ; en conséquence la construction d'hypothétiques
phylogénies fondées sur le matériel d’Àdapisoricidés actuellement disponible (tel que les
mandibules partielles qui forment la hase de notre connaissance de Lri psanolestes, IJorrnaa-
litts et Talpm'nm) serait de valeur douteuse. I) est cependant vraisemblable, que les formes
étudiées ici présentent au moins quelques affinités : mais une tentative pour préciser celles-
ci serait, dans l’état actuel de nos connaissances, certainement, prématurée.
I] aurait été satisfaisant de pouvoir dire sur quel continent ont pris naissance les Ada-
pisorieidés. Malheureuse ment le faune du Paléocène d'Kurope est très incomplètement
connue ; en Amérique du Nord, le groupe est représenté par un matériel plus abondant
distribué en un plus grand nombre de genres, mais on ignore si cette situation indique une
abondance réelle des Adapisoricidés dans le Nouveau Monde (et en même temps leur centre
de dispersion ou si elle n’est qu'un artefact, dû à une plus grande intensité des fouilles à
Lravers une succession stratigraphique plus favorable.
Les plus anciens Adapisoricidés certains d’Europe et d’Amérique du Nord sont res¬
pectivement 1 dapittorttx ahundans cl Leipsanolestes siegfriedti, cette dernière espèce étant
du Paléocène tardif, donc un peu plus jeune que la première qui se. situe approximativement
vers la fin du Paléocène moyen. Une migration à partir d’un stock commun a pu intervenir
antérieurement au Paléocène moyen, mais il n’est pas possible de préciser actuellement
d'où est partie cette migration.
Quoi qu'il en soit, Adapixorex n'est probablement, pas à la source des Adapisoricidés
ultérieurs. Son espèce la plus ancienne, A. uhundanx, est. aussi la plus primitive, mais l’espèce
plus tardive, .1. gundn/i. est trop spécialisée pour avtfir pu donner naissance à L’un quelcon¬
que des Adapisoricidés éocènes ; il serait cependant intéressant d’étudier ses rapports éven¬
tuels avec d'autres Lrinneéoides précoces (voir ei-dessous, p, 176),
Le plus ancien des genres sparnaciens, fhinnuaJiux, est atissi à de nombreux égards
le moins bien connu. Principalement en raison de sa ressemblance avec le genre mieux
connu Entantolestes , il semble plus aisé de le faire dériver, comme Entomolestes lui-mème,
d’une forme voisine du Lri.psanolesles du Paléocène tardif d'Amérique du Nord, que d'.L/n-
pisorex.
Eptonwlestes est un genre-clef ; il est bien représenté tant en Europe que dans l’ouest
de l'Amérique du Nord, et constitue la base d'un grand nombre de nos études comparatives.
La forme européenne est très certainement d'origine nord-américaine. L’existence, en Amé¬
rique du Nord, du genre alline Lrip.mnoleM.es témoigne que vivaient, sur ce continent,
des ancêtres potentiels d ’Entomolestes, ce qui n’est, pas le cas cri Europe, Macrocranion,
bien que déjà connu au Sparnacien, s’est surtout épanoui au Cuisien ; les différences qui
176 D. E. RUSSEUL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
séparent. Entornolesl.es et Macrocranion résident surtout dans les M 1 et M 2 supérieures.
Sans vouloir prétendre que le genre dominant du Sparnacien, Entomolesles, ait donné nais¬
sance à Macrocranion, on peut dire que ces deux genres constituent, probablement avec
Dormaalim, un groupe cohérent provenant apparemment d’un ancêtre nord-américain
voisin de Leipsanolestes.
I,r seul autre taxon européen, Malronella, se singularise à plusieurs égards et se place
légèrement h part des trois genres envisagés ci-dessus. Néanmoins, en l'absence d’une plus
grande variété de formes du Paléocène d’Europe, nous sommes contraints de le considérer
comme un autre immigrant en provenance du Nouveau Monde, dérivé lui aussi d’un animal
dont la morphologie dentaire approchait celle de Leipsanolestes.
Les Adapisoricidés de l’Eocêne européen, par conséquent, ont apparemment traversé,
au début du Sparnacien, le couloir qui relie le Groenland et ce qui est actuellement le pla¬
teau continental de la mer de Barents ; ils n’ont, ensuite prospéré en Europe que pendant
la brève période qui a suivi leur arrivée, et ont disparu à la fin du Lulélien ; en effet, on
ne connaît pas d’indices de leur existence plus récents que ceux laissés dans les dépôts
lutétiens de Messe). Us ne peuvent, en tout cas, avoir donné naissance aux Erinacéidés
ultérieurs.
Les plus anciens Erinacéidés connus sont européens, et représentés par les genres sui¬
vants (âges selon Van Yai.kn, 1967) :
Gaïerictnae : Ncurogynmurus, Eocènc tardif à Oligocène moyen; Telracus. Oligocène
précoce ;
Erinaccinae : Amphechinm, début de l’Oligocène à la lin du Miocène.
Les premiers Amphechinm sont déjà bien spécialisés, comparés aux Galcrieinae plus
conservateurs, et présentent, peu de caractères communs avec leurs précurseurs européens.
Au contraire, il n'est pas impossible d’envisager une relation phylétique entre les Galeri-
cinae et le genre du Paléocène tardif, Adapisorex.
Les molaires supérieures d'Adapisorex gnudryi sont en effet remarquablement simi¬
laires à celles de Nmrogymnxtrns cayluxi, certainement assez en tout cas pour témoigner
d’une parenté. Les P 4 supérieures diffèrent, certes, mais celle d'Adapisorex est normale¬
ment plus primitive, avec son métaeûne persistant et un lobe du protocône moyennement
large. D'autre part, et autant que l’on sache, la denture antérieure à P 4 est la même dans
les deux genres.
Cependant, les dents inférieures, au moins celles situées en arrière de P.,, présentent
une morphologie assez différente dans l’un et l’autre genre. Les modifications principales
qu’auraient, dû subir les descendants de la lignée Adapisorex pour parvenir à une morpho¬
logie représentée par les Erinacéidés galéricines, comprennent une réduction du talonido
de P 4 avec une quasi-élimination de la cuvette et. un accroissement de sa largeur basale. Aux
molaires, il faut envisager un accroissement de taille du paraeonide (et do paralophide)
et une exagération de la projection antérieure de ce tubercule, en même temps qu’un dépla¬
cement du métaconide vers l’avant relativement au protoconide, et un accroissement
de taille de l’entoconide jusqu’à ce qu’il dépasse l’hypoeônido vers l’arrière. Ceci représente,
assurément un changement appréciable, et si les dents supérieures n'étaient pas si sembla¬
bles dans les deux genres un ne tenterait pas de voir en Adapisorex un ancêtre possible
des Erinaceidac. Toutefois, meme dans les dents inférieures, il existe des ressemblances
entre Adapisorex et Neurogyninurus : citons l’extrême petitesse de M a par rapport à M x ,
LES ADAPISOHICIDAE DE l’ÉOCÈNE INFÉRIEUR DE FRANCE
177
la largeur antérieure des talonides, le point de contact de la crête oblique sur le mur posté¬
rieur du trigonide (bas situé, et labial par rapport au niveau de l’entaille métaeonide-
protoconide, parfois même presque en dessous du sommet du protoconide), l’étroitesse
relative des talonides, la taille enfin et la constitution des tubercules — mises à part les
exceptions citées ci-dessus —, et la position de l’hypoconulide chez Neurogymnurus.
D’un autre côté, les chercheurs du laboratoire de Paléontologie de Montpellier, qui
effectuent des fouilles dans les phosphorit.es du Querey depuis plusieurs années, nous ont
informés que les Erinaceidae ne sont apparemment pas représentés en Europe avant la
Grande Coupure (voir Lopez, X., et L. Thaler, 1975). D’assertion de Van Yalen (1967)
selon laquelle Neurogymnurus serait connu dans l’Eoeène tardif repose sur une opinion
absolument sans fondement de Filhol. Par contre, le genre existe bien dans les dépôts
du Querey post-Grande Coupure, et on le trouve aussi à la localité oligocène d’Antoingt ;
Tetracus est connu également aussitôt après la Grande Coupure à Ronzon. Une telle absence
des Erinaceidés avant la Grande Coupure, et leur apparition immédiatement après celle-ci,
tendent plutôt à confirmer l’hypothèse selon laquelle ces formes ont accompagné les enva¬
hisseurs asiatiques qui ont renouvelé la faune européenne au début de l’Oligocène.
Le témoignage d ’Adapisorex est donc contradictoire avec une telle hypothèse. Peut-
être alors la ressemblance existant entre ses dents supérieures et celles des Ërinacéidés
ne fait-elle que traduire une commune origine, Adapisorex n’étant alors qu’une forme ter¬
minale ? Seule la découverte de pré-Érinacéidés dans l’Éocène d’Europe ou d’Asie per¬
mettra de donner une réponse à cette question.
Les auteurs, ayant appris que le nom générique Matronella avait déjà été utilisé pour un
Invertébré du Secondaire, proposent de le remplacer par le 7iom Neomatronella.
327, 4
178
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
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Manuscrit déposé le 10 octobre 1971.
PLANCHE I
1-1G.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Matronella luciannae n. gen., n. sp.
1. — Mul-'io-Lové, P 4 supérieure gauche; stéréophoto, vue occlusale.
2. — Mu-1039-t,, M l supérieure droite; stéréophoto, vue occlusale.
3. — Mu-1034-L, M 2 supérieure droite; stéréophoto, vue occlusale.
'\. — Mu-100'i-L, M 3 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
5. A v-710-Bn, P 4 inférieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
fi. — A v-7Î0-i!n, P 4 inférieure gauche ; vue linguale.
7. - Mu-112-L, .Mj inférieure droite, type ; vue linguale.
8. — Alu-112-L, M, inférieure droite, type ; stéréophoto, vue occlusale.
9. - Mu-104-L, Al 2 inférieure droite; stéréophoto, vue occlusale.
1U. Mu-10'i-L, M 2 inférieure droite ; vue linguale.
11, Mu-1055-L, M 3 inférieure gauche; vue linguale.
12. — Mu-Kl.i.'i-1,, Al 3 inférieure gauche; stéréophoto, vue occlusale.
(Toutes . 12.)
PLANCHE I
182
D. E. RUSSEI.L, I*. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Fig.
Fig. 2.
Fig. 3.
Fig. 4.
Fig. 5.
Fig. G.
PLANCHE II
Macrocranion sp.
— Av-9012, .VI 1 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-60-L, .VI 2 supérieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-9957-Levé, M 2 inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-123-L, M 3 inférieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-9957-Levé, .VI 2 inférieure droite ; vue linguale.
— Av-123-L, M 3 inférieure gauche ; vue linguale.
(Toutes x 12.)
PLANCHE II
184
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Fig. 1.
Fig. 2.
Fig. 3.
Fig. 4.
Fig. 5.
Fig. 6.
Fig. 7.
Fig. 8.
PLANCHE III
Ento molestes cf. nitens.
— Mu-91-L, P 4 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
— Mu-5985, M 1 supérieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
— Mu-7223, M 1 supérieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
-- Mu-5520, M 2 supérieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
— Mu-127-L, M 2 supérieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
— Mu-118-L, M 2 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
— Mu-1040-L, M 3 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale
— Mu-269-L, M 3 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
(Toutes X 12.)
PLANCHE III
186
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Fig. 1.
Fig. 2.
Fig. 3.
Fig. 4.
Fig. 5.
Fig. 6.
Fig. 7.
Fig. 8.
Fig. 9.
PLANCHE IV
Entomolestes cf. nitens.
— Av-944-Bn, HP 4 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-299-Bn, P 4 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-86-L, M 1 supérieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-841-Bn, M 1 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-7678, M 1 supérieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-4567, M 2 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
—- Av-7176, M 2 supérieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
Av-322-Bn, M 3 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
— Av-317-Bn, M 3 supérieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
(Toutes X 12.)
PLANCHE IV
188
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
PLANCHE Y
Entomolestes cf. nitens.
1. — Av-376-Bn, DP 4 inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
2. — Av-376-Bn, J)P 4 inférieure droite ; vue linguale.
3. — Av-62-L, P 4 inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
4. — Av-6847, P 4 inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
5. — Av-6847, P 4 inférieure droite ; vue linguale.
6. — Av-57-L, inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
7. — Av-4768, \1 l inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
8. — Av-4768, .VI! inférieure droite; vue linguale.
9. — Av-155-Bn, M a inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
10. — Av-6806, M a inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
11. — Av-6806, M 2 inférieure droite ; vue linguale.
12. — Av-71-Bn, M 3 inférieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
13. — Av-670-Bn, M 3 inférieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
14. — Av-670-Bn, M 3 inférieure gauche ; vue linguale.
[Toutes X 12.)
PLANCHE V
190
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Fig. 1. -
Fig. 2. -
Fig. 3. —
Fig. 4. -
Fig. 5. -
Fig. 6. —
Fig. 7. —
Fig. 8. -
Fig. 9. -
Fig. 10. -
PLANCHE VI
Entornolestcs cf. nilens.
Mu-457-L, P 4 inférieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
Mu-457-L, P 4 inférieure gauche ; vue linguale.
Mu-169-Levé, P 4 inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
Mu-1023-L, P 4 inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
Mu-1060-L, P 4 inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
Mu-6528, inférieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
Mu-6528, Mj inférieure gauche ; vue linguale.
Mu-1043-L, M x inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
Mu-1028-L, M 2 inférieure droite ; stéréophoto, vue occlusale.
Mu-1028-L, M 2 inférieure droite ; vue linguale.
(Toutes >< 12.)
PLANCHE VI
192
D. E. RUSSELL, P. LOUIS ET D. E. SAVAGE
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
Fig.
PLANCHE VII
Entomolestes cl', nitens.
1. — Gr-7793, P 4 inferieure droite ; stéréoplioto, vue occlusale.
2. — Gr-7793, P 4 inférieure droite ; vue linguale.
3. — Gr-7638, Jlj inférieure droite ; vue linguale.
4. — Gr-7638, M x inférieure droite ; stéréoplioto, vue occlusale.
5. - - Gi-105-Levé, M 3 inférieure droite; stéréoplioto, vue occlusale.
6. — Gr-105-Levé, M 3 inférieure droite ; vue linguale.
7. — Av-301-Bn, P 4 inférieure gauche ; vue postérieure.
8. — Av 341-Bn, P 4 inférieure droite ; vue postérieure.
9. — Av-6847, P 4 inférieure droite ; vue postéiieure.
10. — Av-62-L, P 4 inférieure droite ; vue postérieure.
11. — Mu-101-Levé, i\l 3 inférieure gauclie ; stéréoplioto, vue occlusale.
12. — Mu-1006-L, M s inférieure gauche ; stéréophoto, vue occlusale.
13. — Mu-1006-L, M s inférieure gauche ; vue linguale.
14. — Mu-1044-L, il 3 inférieure gauche : stéréophoto, vue ccclusale.
(Toutes x 12.)
PLANCHE VII
Bull. Mus. nain. Hist. nul., Paris , 3 e sér., n° 327, sept.-oct. 1975,
Sciences de la Terre 45 : 129-194.
Achevé d’imprimer le 31 octobre 1975.
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compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. Daget, J.-C. Htjreau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
* auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tinbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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