BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
11111111111111111 ! I II 111111111111
PUBLICATION BIMESTRIELLE
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N 345 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 1975
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de la terre
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BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
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Le Bulletin du Muséum national d’IIistoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
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À partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 345, novembre-décembre 1975, Sciences de la Terre 50
A propos de Ceratodus sturii Teller, 1891
par Jean-Pierre Lehman *
Résumé. - Teller avait interprété un Dipncuste fossile assez fragmentaire (Ceratodus
sturii) comme très proche de l’actuel Neoeeralodus. -En réalité, la description de Teller est erronée
et Ceratodus sturii n’est pas un Ceratodus mais un autre genre que j’ai proposé d'appeler Telle-
rodus.
Abstract. — Teller considered a ralher fragmentary Dipnoan ( Ceratodus sturii.) as quite
close to the recent Neoeeralodus. Teller’s reconstruction is not right indeed and Ceratodus
sturii is not a Ceratodus but another genus, winch will be named Tellerodus.
La reconstitution du toit crânien de Ceratodus sturii, par Teller semble peu vraisem¬
blable. Ou sait que ce fossile du Trias supérieur des Alpes, trouvé dans le « Polzberg (ita¬
lien » au nord-est de Lunz (liasse Autriche), a fait l’objet d une description très précise
de Teller (1891) ; Phototype (fig. 1) et unique spécimen est conservé dans les collections
du Service Géologique d’Autriche à Vienne (Geologiscbe Bundesanstàlt). Au cours d'un
récent voyage dans cette ville, j’ai eu l’occasion de pouvoir observer cet intéressant fossile
grâce au Docteur Ilarald Lolitzf.r, auquel je désire adresser l’expression de ma grati¬
tude.
On doit tout d’abord remarquer qu’en 1891 les connaissances concernant les Dip-
neustes fossiles étaient très limitées. Il pouvait paraître logique alors de rapprocher étroi¬
tement Ceratodus sturii (fig. 1) de Factuel Neoeeralodus forxleri (fig. 2). lin réalité, s’il est
évident que Ceratodus sturii est un Dipncuste, il est peu probable qu’il s’agisse du genre
Ceratodus lui-même, lequel d’ailleurs est très probablement, hétérogène et comprend essen¬
tiellement des dents. Les genres Lriasiques apparentés à Neoeeralodus par le toit crânien
sont Parnceratodns Lehman (fig. J) (Lehman, Château, Lalrain et N ai ciiiî, 1959 ; Bel-
tan, 19G8) et Microeeralodus Teixeira, 1954 (Lehman, Chateau, Lavrain el Xaucue,
1959 ; Lehman in Piveteac, 19(»6). Nous allons démontrer ci-dessous que Ceratodus sturii
peut être considéré comme le type d’un nouveau genre que nous proposons de nommer
Tellerodus sturii (Teller) (fig. 4),
1. Étendue du toit crânien vers l’arrière
Teller suppose que sa plaque B (pariétal central) s’étend loin postérieurement, très
en arriè.re non seulement du centre de radiation mais du canal de la commissure supra-
* Institut de Paléontologie , S, nie de Bufjon } 75005 Paria.
345, 1
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JEAN-PIERRE LEHMAN
Fig. 1. — Tellerodus (Ceratodus) sturii. Kecniislilutioii Au type d'après Teller (X t/3 env.).
temporale qui est, de fait, bien visible sur le fossile. Or, chez Neoceralodu: s, celte commis¬
sure se trouve située à l’arrière du loit crânien (Houicrem et Stensio, 1936 ; fig. 2). Chez
les Dipneusl.es fossiles, la commissure est située sur les os postérieurs du toit crânien ( Dipno-
rhynchus, Scaumenacia, Ctenodus, Sagenodus) ou même est située partiellement caudale-
ment par rapport au pariétal central ( Dipterus ), Il est donc probable que chez Tellerodus
le pariétal central était beaucoup plus court que ne l'a figuré Tiîllkr. De plus, le bord
postérieur du toit crânien est, en général, chez les Dipneustes à peine convexe, rectiligne
ou nettement concave. C’est une raison de plus pour supposer que le pariétal central de
Tellerodus était moins étendu vers l’arrière que dans la reconstitution de Teller.
1. e parasphénoïde atteint eaudalement, chez Neor.eratod.ui* forsteri , le niveau de la
troisième cote (IIolmghen et Stensio 1936, fig. 2S8 A.). D’après les dessins de Teller,
on voit qu’il déborde à peine vers l'arrière du pariétal central tel qu’il a été reconstitué
par Teller. Or, les Dipneustes sont caractérisés par la présence d’une quille postérieure
très allongée (JARvik, 1954 : 69). C’est donc que la longueur du pariétal central a été exagérée
sur la reconstitution de Teller. Mais alors, si eel os est plus court, il n’a pas l'aspect du
pariétal central de Neoceratodus forsteri, mais se rapproche plutôt, par la forme, de celui
de Paraceratodus. Le pariétal central de Neoceratodus forsteri est, en effet, long et étroit.
2. Une autre différence, sur laquelle insiste d’ailleurs Tellf.r, est l’épaisseur des os
dermiques : le pariétal central atteint une épaisseur de 7 mm ; les os dermiques sont forte-
CERATODUS STURII TELLER.
Neoceratodus forsteri d’après Günther [in Teller)
wmmë
I I A\ X V-—•—
Fig. 3. — Paraceratodus germaini (x 1/2).
Dpt, derraoptérotique ; Frc, frontal central ; Fri, frontal latéral ; Pac, pariétal central
ral ; Ptr, postrostral.
Pal, pariétal laté-
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JEAN-PIERRE LEHMAN
nient ornés chez Tellerodus ; les os sont au contraire minces, écailleux, chez Neoceratodus.
Les lignes sensorielles de Tellerodus sont des sillons creusés dans Los ; chez les Dipneustes
paléozoïques, ce sont de véritables canaux débouchant à l’extérieur par des pores grâce
à des canalioules ; chez Neoceratodus forsteri, au contraire, les canaux sensoriels sont situés
au-dessus des os et ne laissent sur ceux-ci aucune trace.
3. La topographie des plaques
Si la plaque B paraît bien essentiellement être une pariétale centrale (frontopariétal
médial de Holmcrex et Stensiô), la plaque D de Telleis est un dermoptéroliqiie avec
probablement des éléments pariétaux latéraux ; elle, correspond donc à la partie postérieure
de la plaque C de Neoceratodus (frontopariétal latéral de Holmgren et Stensiô). Sauf,
encore une fois, la plaque pariétale centrale, les plaques ne sont donc pas homologues chez
Tellerodus et Neoceratodus . Nous n’avons aucune raison de croire, d’ailleurs, que la série
dermoptérotique-dermosphénotique est ici bien distincte de la série frontopariétale laté¬
rale et est bien individualisée ; elle serait située vers l’extérieur (latéralement) par rapport
au canal infraorbitaire : or, chez Neoceratodus comme chez les formes fossiles, le canal
est proche'de la limite externe du toit crânien. Le très fort développement du processus
Fig 'i . — Tellerodus slurii (X 1/2 env.).
com,st, commissure supratemporalo ; ioc, canal infraorbitaire ; soc, canal supraorbitaire.
CERATODUS STURII TELLER, 1891
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postorbitaire confirme ce point <le vue : d n y aurait pas eu la place pour des os dermiques
derntoptérotique et dermosphénotique libres au-dessus de ce processus ; I hypothèse la plus
simple est donc d’admettre que de tels os août pas existé. Tl est donc probable que 1 elle-
rodus est le Dipneuste dont les os du toit crânien sont le moins nombreux, puisque ce genre
ne possédait vraisemblablement ni dermoptéroliquc ni derinosphênotique indépendant
comme Seoceruludus forsleri.
4. Les os infraorbitaires décrits par 1f.li.ich ont etc presque totalement détruits au
cours de la guerre. Le fait que l’on n’ait ni gulaire ni rayons branehioxtèges conservés ne
peut être interprété dans le sens d’une parenté avec Neocernlodus, car ces os peuvent bien
n’avoir pas été fossilisés.
5. .V l’arrière de l'orbite et, comme chez Cliirodiplarus (S a ve-S6d ë n n E R« u, 1952),
se trouve la trace du pnlalocarré intimement soudé à l’endocrâne : ce fait montre que Telle-
rodus é Lai t encore très ossifié. L'épihyal de Teller est, en fait, un eératohyal. Il semble
que l’orbite ait contenu une (ou des) ossifications sclérotiques. La ceinture scapulaire (mar¬
quée cr.i et H.rar.hn sur la reconstitution de Tei.i.eh, pi. I\ ) était bien développée.
Tellerodus apparaît donc bien comine un genre différent de .Xeoceralodus par le nombre
et la forme île ses os dermiques, par la nature de ceux-ci, par I étendue du toit- crânien
vers l'arrière. Lu fait, il n’esl pas vrai qu’au Trias l'évolution des Dipneustes soit terminée ;
la régression du I issu osseux, la position des canaux sous la peau, le plan des os dermiques
du toit crânien ne sont pas encore réalisés. Il n est pas sur, en fait, que I ellennltts s insère
dans une lignée qui donnera naissance à Xeocerutodus , puisque Tellerodun a moins d’os
que Neacemlodus. Toutefois cette possibilité, qui est en contradiction avec la loi de Wil-
liston, ne saurait être exclue ; car contrairement à la « loi », il est vraisemblable qu il n y
a pas toujours réduction du nombre des os au cours de 1 Évolution, en particuber des os
dermiques.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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Lehman. J. P., C. CiiateaL, VI. I,aurais et M. Naechk, 1959. — Les Poissons de la Sakamena
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JEAN-PIERRE LEHMAN
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rias (Classe des Sciences, Tomo 7).
Teller, F., 1891. Über den Schadel eines fossilen Dipnoers Ceratodus sturii nov. sp. aus den
Schichten der oberen Trias der Nordalpen. Abh. IC.K. geol. Reichanstalt, 15 (3).
Manuscrit déposé le 3 juin 1976.
Bull. Mus. nain. Hist. nat., Paris, 3 e sér., n° 345, nov.-déc. 1975,
Sciences de la Terre 50 : 241-246.
Achevé d’imprimer le 27 février 1976.
IMI'RIMERIE NATIONALE
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Baucuot, M.-L., J. Daget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Ilist, nal., Paris, 2 e ser., 42 (2) ; 301-304.
Tiimhkkcen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
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