BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION BIMESTRIELLE
sciences de la terre
54
N" 382 MAI-JUIN 1976
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Pr M. Vachon.
Comité directeur : Prs J. Dorst, C. Lévi et R. Laffitte.
Rédacteur général : Dr M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr N. Hallé.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes 1 à 34 (1895-1928), constituant la l w série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His-
toire naturelle, 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
Paris 9062-62) ;
— pour les abonnements et les achats au numéros, à la Librairie du Muséum,
36, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P., Paris 17591-12 —
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Cuvier, 75005 Paris.
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Sciences de la Terre : France, 110 F ; Étranger, 120 F.
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International Standard Serial Number (ISSN) : 0027-4070.
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
3 e série, n° 382, mai-juin 1976, Sciences de la Terre 54
Microstructure des coquilles de Céphalopodes.
I. Spirula spirula L. (Dibranchiata, Decapoda)
par Yannicke Dauphin *
Résumé. T. a paroi externe de la coquille de la spirulc comporte deux couches semi-pris¬
matiques, dont l’une externe — est secondaire. Les cloisons sont formées de trois couches :
sphérulitique-prismatique, nacrée et semi-prismatique. Les cols seplaux possèdent une couche
nacrée et une couche semi-prismatique, les anneaux connectifs la seule couche spbérulitique pris¬
matique. Dans l'ensemble, la coquille est (dus évoluée et montre un stade de réduction beaucoup
plus avancé que celle du nautile, bile est composée principalement d’aragonite, mais contient
des traces de phosphore (apatite!.
Abstract. The external shell wall in Spirula eonSisls of two semi-prismalie hivers, internai
and external, the Inter seeondarv. Sept:» are ruade up of splierulitie prisrnalie, naereous and semi-
prismatic layers. Septal neeks are composed of naereous and semi-prismalie loyers, whereas
connecting rings eonsist solely of the spherulitic prismatic laver. This shell is at a more advanced
stage of réduction titan the shell of X au t il us.
It is composed of aragonite, with sonie phosphorus (apatite).
SOMMAIRE
Introduction. 199
Matériel et méthodes. 201
I. Paroi externe....... 203
Travaux antérieurs. 203
Microstructure. 205
Coupe de référencée. 205
a — Couche semi-prismatique externe. 205
h — Couche semi-prismatique interne . 208
Variations. 208
a — Selon l'âge du spécimen. 208
h — Selon le lieu de coupe . 211
Conclusion . 212
II. Cloison. 212
Travaux antérieurs. 212
* Laboratoire de paléontologie des invertébrés, T 24, K3, Université Pierre et Marie Curie, 4, place Jussieu,
75230 Paris cede.r 05, et Institut de Paléontologie, Muséum national d’Histoire naturelle, 8, rue de Bujjon,
75005 Paris.
382 , 1
198
YANNICKE DAUPHIN
Microstructure.
a — Couche spliérulitique prismatique
b — Couche nacrée.
c — Couche semi-prismatique.
Conclusion ...
214
214
216
216
217
III. Insertion d’une cloison.
Travaux antérieurs.
Modalités d’insertion.
IV. Canal sifhonai.
Morphologie.
Travaux antérieurs.
Microstructure.
Coupe de référence.
a Couche nacrée.
b — Couche semi-prismatique.
c — Couche spliérulitique prismatique,
Variations. .... • .
Rapports cloison-canal siphonal.
Conclusion.
V. Protoconque .
Morphologie externe.
Travaux antérieurs. ..
Morphologie interne.
Microstructure.
Test.
Canal siphonal.
Conclusion .
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230
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232
232
VI. Compositions chimique et minéralogique
Travaux antérieurs.
Résultats actuels.
Réactions colorées.
Observations optiques.
Diffraction X.
Microanalyse .
Conclusion .
232
232
233
233
233
233
234
234
Conclusions générales.
Références bibliographiques
234
237
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
199
Introduction
L'élude «les caractères microstriieturuux (tes Céphalopodes fossiles est «l'un aliord
dillicilc, lu diagenèse ayant généralement provoqué des modifications structurales et miné¬
ralogiques irrémédiables. Dans les cas les plus favorables quelques îlots île coquille ont été
préservés, mais les données fournies sont incomplètes et ne peuvent suliire à une interpré¬
tation. Cet état tic chose est d’autant plus regret table que la eonnaissanec des mierostructures
des tests de Mollusques est un facteur favorable à la compréhension de divers mécanismes
et à la résolution de divers problèmes.
Ainsi, chez les Bivalves et les Gastéropodes, l'architecture de la coquille a permis de
définir de nouveaux caractères systématiques qui complètent heureusement les diagnoses
classiques. A partir de ces mêmes données, J. D. Taylor (1973) a proposé une esquisse
phylogénétique des Bivalves, Voisine des essais antérieurs plus classiques. S. W. Wise
(1969, 1970) a démontré que la nacre des Bivalves était différente de celles des Gastéropodes
et des Céphalopodes, et que des débris organiques de très petite taille (5 g, environ) peuvent
être attribués à un groupe systématique (famille, parfois genre) si les caractères originaux
ont été préservés. De même, la cpnebyoUne varie en poids et eu composition chimique selon
les espèces, et pour une espèce donnée, selon la couche du test.
Pour de nombreux chercheurs, les caract ères liés à la composition minérale et înicrostruc-
lurale de la coquille ont une origine génétique. Cependant, II. A. Lowenstam (1954), à
la suite d'expériences effectuées sur des Mylilus actuels, conclut que les facteurs écologiques
ont une influence primordiale sur ces caractères. Les coquilles qui se développent en eaux
chaudes sont entièrement aragonil iqoes ; la proportion de cahute augmente lorsque la tem¬
pérature diminue. En outre, une faible salinité favorise la présence d’aragonite.
Les observations de B. M. Barrer (1965) et de K. Wada (1972) appuient les expériences
de H. A. Lowenstam. Selon ces auteurs, les cristaux de nacre sont petits et ronds pendant
les périodes de croissance rapide, grands et à contour culiédral pendant les périodes à crois¬
sance ralentie. En hiver, aucun cristal n’est formé et les cristaux anciens sont corrodés.
M. Petitjean (1965) suggère que l'origine génétique de ces caractères n’exclut pas des
variations liées au milieu, variations plus étroites toutefois que celles admises par
II. A. Lowenstam.
Alors que depuis longtemps on a reconnu que l’écologie des ammonites était très diver¬
sifiée, ces organismes ne sont généralement pas utilisés dans les reconstitutions. L’étude
détaillée de l'organisation microslruetorale des coquilles pourra peut-être apporter des
renseignements nombreux sur les anciens biotopes.
La micros!meture du test des Mollusques a une influence certaine sur leur mode de
vie. Ainsi, la division en loges et la présence d’un canal siphonal chez les Céphalopodes
impliquent l’élaboration de types d’enroulement ou de dépôts internes supplémentaires
afin que l’animal vive « horizontalement ». L'absence île compensation à la légèreté de la
coquille chez la spirille fait que celle-ci vit la tête tournée vers le bas. La répartition verti¬
cale dans les océans est plus ou moins conditionnée par la présence de certaines couches
382, 2
200
YANNICKE DAUPHIN
l’ IG - !• — Spirula, spirula L. : A, face antérieure d’un individu adulte ; B, vue latérale d’une coquille d’un
individu adulte.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
201
résistantes. Ainsi. A. F. Bru un admettait que le test était poreux et assurait les échanges
gazeux nécessaires à la régulation de la pression interne pendant les migrations verticales.
II. Mctyei (1964) ayant montré que le test était imperméable, des explications différentes
ont dû être proposées pour ce mécanisme (F. .1. Dknton, .1. B. Gilpin-Bbowx, .1. V, I Iowarth,
J 967).
En lin, la mierostructure est partiellement responsable de la distribution pont rnortem
des coquilles de Céphalopodes. Certains tests très fins seront corrodés précocement par
l’eau de mer et les perforations entraîneront leur chute vers le fond. Ces attaques seront
différentes selon les couches en présence cl influenceront Faire de répartition des coquilles.
La spirale et le nautile sont actuellement les seuls représentants des Céphalopodes
à posséder une coquille enroulée, interne chez la spirule, externe chez le nautile. Les pro¬
blèmes de diagenèse n'existant pratiquement pas sur les coquilles actuelles, il a paru pré¬
férable d’étudier les cas simples et d’élargir ensuite les observations aux tissus calcifiés
fossiles des divers groupes de Céphalopodes.
Rappelons que :
— La Spirille est l’un des plus petits Céphalopodes actuels, puisque sa taille dépasse
rarement 4 cm, sans les tentacules. Son corps est massif et ovoïde, la tète entourée de huit
bras et de deux tentacules de 4 cm environ. En position normale, ceux-ci pendent vers le
bas. Au sommet du corps (extrémité postérieure), deux petites nageoires aident à la stabilisa¬
tion. On note egalement la présence d’un organe luminescent.
La coquille est complètement incluse sur l’animal vivant, et. se voit par transparence
à travers le manteau. Divisée en une trentaine de loges, sa taille atteint 3 cm. Elle ne com¬
porte pas de chambre d’habitation, étant interne, et cette absence provoque des incertitudes
quant il l’état des coquilles récoltées : il est dillieile d’allirmer qu’une coquille est vraiment
complète.
Le genre Spirula (sous-ordre des Sepioidea, famille des Spirulidae, Piveteau,
t. II, 1952) est représenté par une seule espèce : Spirula spirula Linné, que Fou trouve
dans les zones tropicales et subtropicales de l'Atlantique, du Pacifique et de l’océan Indien.
Son existence à l’état fossile n’est pas certaine.
Les photographies ont. été effectuées au microscope électronique à balayage du Laboratoire
d’Évolution des Êtres Organisés, Université Pierre et. Marie Curie.
Les radiographies ont. été effectuées an Laboratoire de Paléontologie, Université Paris-Sud.
M.Vt ÉRII! I. ET MÉTHODES
Seules des coquilles sèches ont été utilisées. Certaines proviennent des riches collec¬
tions de l’Ecole des Mines, et du Laboratoire de Malacologie du Muséum national d’His¬
toire naturelle ; aucune localisation géographique n’était mentionnée sur les spécimens
de collection. Les plus nombreuses ont été récoltées en .Nouvelle Calédonie. Les circonstances
exactes de leur éehouage seront relatées ultérieurement.
Des lames minces ont été observées en microscopie photonique, ainsi que des sections
polies transparentes. Il est ensuite possible d’utiliser ces préparations en microscopie élec-
202
YANNICKE DAUPHIN
trouiqne à balayage (M.K.H*), traitées ou non, Le procédé le plus fructueux est le plus simple :
les éclats de coquille, faciles à orienter grâce à la morphologie du lest, donnent les meilleurs
résultats. L action de I eau oxygénée ou de l’eau de Javel élimine partiellement la matière
organique, alors que l'acide chlorhydrique met en évidence la conchynline. La disparition
des composants organiques est souvent, nécessaire pour identifier les fines structures de la
nacre. L’usage des ultra-sons a été évité chaque fois que cela était possible, car ils provoquent
des artefacts parfois difficilement reconnaissables.
Le plus souvent, les fragments ont été observés simplement sur des cassures fraîches.
En effet, nous avons pu constater que les traitements nécessaires à la confection de lames
minces ou de sections polies perturbaient les structures à des degrés divers.
Zone DORSALE
POST
ANT
paroi externe
canal siphonal
c lo i son
chamb re
d habitat ion
ouverture
de la coquille
2
Zone VENTRALE
zone dorsale
[division
supérieure
cloison
division
inférieure
■paroi
externe
zone ventrale
Fio. 2. — Terminologie et orientation d'une coquille de Céphalopode en vue dorso-ventrale (d’après
Mutvei, 196*4, modifié).
Fig. 3. ■— Section dorso-ventrale, du canal siphonal de la Spirale (d'après Mutvki, 1964, modifié) ; la
flèche indique Je sens de l’enroulement.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
203
La composition minéralogique de ia coquille a nécessité l’emploi de colorations spécifi¬
ques et de techniques de microaualyse.
H. Mutvei (1956, 1957, 1964] a défini une orientation et une terminologie (lig. 2-3)
différentes de celles des traités classiques. Hile sera pourtant choisie ici, afin de faciliter les
comparaisons avec les descriptions de cet auteur. Rappelons que la protoconque indique
l’extrémité « dorsale », la plus ancienne de la coquille, la loge la plus récente formant I extré¬
mité « ventrale ». Le coté « postérieur » morphologique de la coquille est le colé périphé¬
rique du tour, le côté « antérieur » le côté central du tour. Le canal siphonul, situé du roté
ayant le plus petit rayon de courbure (central) est antérieur. La terminologie du siphon
évolue au cours des publications de II. Mirviit; ainsi le eul septal est-il successivement
nommé : partie proximale, division inférieure (ventrale) ; l’anneau connectif forme la partie
distale ou division supérieure. Plus récemment. II. Mutvei (1972) abandonne ces termes
au profil de ceux, plus classiques, de col septal et anneau connectif.
I. PAROI EXTERNE
Travaux antérieurs
Dès 1893, A. Apckllof décrit, deux couches calcaires dans la paroi externe du test
de la Spirille. La couche externe (Aussenpial.te), épaisse sur le côté « antérieur » de la partie
dorsale de la coquille, forme, sur les faces latérales et « postérieure », des tubercules externes,
allongés et arrondis, d'une forme plus ou moins compliquée. Certains montrent une lamella¬
tion floue. La couche interne (Innenplatle) est plus épaisse dans la partie ventrale c| peut
être divisée en deux sous-cmichcs ; l'une, externe, contient localement des particules cal¬
caires allongées, et est line et transparente. Elle ne présente pas de trace (le lamellal ion.
L’autre, interne, plus épaisse et moins transparente, est formée de lamelles d'épaisseur
variable qui courent obliquement vers l’intérieur et l’extérieur, Ces lamelles croisent à
angle droit les lignes de calcilirai.ion et d'autres lignes noires noduleuses. A. Naef 1922)
distingue trois rouelles : un périosLracum externe, un ostracum moyen ; prismatique) et
un hypostraeiim épais, interne et lamelleux. O. Bqggild (1930) analyse rapidement la
Structure de la Spirille : « la coquille est entièrement aragonilique ; la coquille externe
est prismatique avec des prismes plutôt réguliers : l'extinction est quelque peu variable
mais ne dévie pas beaucoup de la direction des prismes. Lue couche supérieure très mince
est parfaitement homogène ».
Fin 1963, II. Mutvei étudie les microstructures de façon très détaillée. La paroi externe
est composée de deux couches semi-prismatiques, l’une externe, l’autre interne, probable¬
ment séparées par une couche périostracale très line. La couche semi-prismatique externe
est « faite d’éléments cristallins spicuîairos dont le grand axe a généralement une disposition
radiale par rapport à l’axe morphologique dorso-ventral de la coquille... La surface externe
montre des petits luhereules plus ou moins en rides, plus forts dans la partie dorsale ancienne
de la coquille que dans la partie ventrale jeune. Ces tubercules sont disposés de façon à
former un motif irrégulièrement réticulé. » La couche interne est composée d’éléments eiis-
3 Si, 3
204
YANNICKE DAUPHIN
tallins aciculaires identiques à ceux de la couche externe, « mais contrairement à ceux-ci,
ils sont, généralement groupés en prismes plus ou moins distincts, irrégulièrement poly¬
gonaux en section transversale ». Pour cet auteur, la couche semi-prismatique externe de
la Spirille serait l'homologue du rostre des Bélemnites, et n’aurait pas d’équivalent chez
les autres Mollusques à coquille externe : la couche moyenne non calcifiée serait l’homologue
d’une couche qui existerait entre le rostre et le phragmocmie des Bélemnites et du périos-
tracum.
!'. An OAi.ii! (1970) signale que «dans les coquilles de Spirille, les «optes et le tube sipho-
nal (HlTèrent de la paroi aragonitique crayeuse par leur couleur jaunâtre et leur surface bril-
ante ».
la s premières observations au microscope électronique à balayage sont ducs à I. S. Bars-
kov (1973). La couche externe du test est, pour cet auteur, formée de cristaux prismatiques
distincts à disposition radiale ; sa surface externe est tuberciilée. La couche moyenne de
conehyoline n’est pas calcifiée. La couche interne possède une structure semi-prismatique,
avec des cristaux lins et anguleux. Barskqv compare ces différentes couches à celles de la
coquille des autres Mollusques et formule les hypothèses suivantes :
— la couche externe n’a pas d’équivalent chez les Bélemnites, forme l’eetcstracum
des Mollusques à coquille externe, correspond à la lame interne du bouclier de la Seiche
et à la couche sphérulitique externe du Nautile ;
— la couche moyenne équivaut au rostre des Bélemnites, à l’endostracum des Mollus
ques à coquille externe, h la lame moyenne du bouclier de la Seiche ;
H. MUTVEI (1964)
I.S. 3ARSK0V (1973)
paroi externe
ext.
moy.
int.
semi- prismatique rostre
conehyoline (?)
semi-prismatique Sejné-
pA-iAmatiqat
semi-prismatique pas d'équi¬
valent
conehyoline rostre
semi-prismatique Aem
pAtAmatiqut 3emi- prisma¬
tique
dor.
sphérulitique prismatique
Aphé.A.atLtLqu.e. pAiAmattqu.e
prismatique ApkéAuLLtiqae
pAiAwat-Lqat 3è couche
moy.
nacrée nO.CA.tie.
nacrée nocAée nacrée
a
O
CO
*rd
ven.
semi-prismatique
semi-prismatique
O
r—1
O
a emt- pAÂA mcutlq ne
Aeini-pAtimcLtique semi-
prismatique antérieure
spirule ; nauti.Lt ; belermite
Tabl . 1
Comparaison des homologies établies entre nautile, spirule et
belemnites.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CEPHALOPODES
205
— la couche interne correspond à la couche .sciiu-prismatiquc interne du phragmoeone
des Bélemnites, au rtiyoslractttn des Bivalves, à la couche semi-prismatique de la laine
interne du bouclier de la Seiche, à la couche semi-prismnlique interne du Nautile.
Ces équivalences sont différentes de celles proposées par II. Mutvei tabl. I).
Microstructure
La paroi externe de la coquille de la Spirale est constituée de deux couches semi-
prismatiques, l’une externe, l’autre interne, l ue coupe de référence sera analysée : elle
est située à distance égale de deux cloisons. Les variations possibles seront ensuite décrites.
Fig. 4. — Paroi externe, vue (l'ensemble des diverses couches : A. la semelle des tubercules est différenciée ;
la cOuclie interne se divise en deux zones plus ou moins prismatiques |Sp, 7 : 320 < : 2U KV) : li, les
tubercules et leur semelle sont visibles, la partie externe de la couche interne esl peu prismatique
(Sp. 7 ; 1100 : 20 |<V) ; tuli : tubercule ; pr in : couche semi-prismatique interne ; pr ex : couche
semi-prismatique externe.
Coupe de référence
a — Couche semi-prismatique externe (fig. 4-5)
Sur la section de référence, la couche semi-prismatique externe est mince et représente
environ un quart, de l'épaisseur totale du test (fig. 4). Sa limite externe est irrégulière et
tronquée. Les tubercules montrent des parois verticales et un sommet horizontal : ils sont
tabulaires. Leur limite inférieure et celle de la couche semi-prismatique externe ne sont
pas confondues, les tubercules reposant sur une Semelle continue très mince ((ig, 4 B).
206
YANNICKE DAUPHIN
5. — Paroi externe, couche Scmi-prismal îque externe 4 A, aspect de la sur l'a ce externe d'un tubercule
les prismes sont bien développés cl à sommets irréguliers idia : diatomées) (Sp. 7 ; 0300 : 20 KV)
U, tuborcide d uo spécimen adulte, les lamelles horizontales et les prismes sont bien développés (tub
tubercule ; int. I : surface iuter-l.ubereulairej (Sp. 7 ; 1100 x ; 20 KV) : C, détail des lamelles horizon
taies d’un tubercule de la 11 e loge d’un individu (Sp. 5 ; 2500 X ; 20 KV) ; D, surface intertuberculam
de la face postérieure, les prismes sont plus petits que ceux des tubercules et sont jointifs, (Sp. 16
7800 X ; 30 KV).
* - ^
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J
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' : A
. : AB
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
207
Fig. 6 . Paroi externe, couche semi-prismatique interne : A t vue interne dos terminaisons bien développées
des prismes, à proximité de l’ angle septal (Sp, 1 \ : 1500 X | : lî, idem (Sp. 14 ; 800 x) ; té autre aspect
d(‘ la surface intern 1 ' : les sommets des prismes sont moins développés et ne sont pas coniques |>p. 7 ;
4700 > : 20 K Y) : 11, aspect de la surface interne : les prismes sont hieu individualisés vers la ride
annulaire supraseplale et fusionnent quand on s'éloigne de la cloison ; la flèche indique le sens de Fen-
roulemenl (Sp r \ \ ; 2fi0 < ; 20 KV).
208
YANNICKE DAUPHIN
Tubercules cl semelles sont formés par des prismes perpendiculaires à la surface externe,
plus ou moins développés, mais n’aIteignant jamais la perfection de ceux des couches
prismatiques des Unios par exemple. Ces prismes imparfaits sont composés de baguettes
d’aragonite jointives (« éléments cristallins spicudaires », II. Mutviu).
La surface externe est ornée d'un réseau de tubercules cl de bandes étroites anasto¬
mosées, disposés en mi motif rappelant une prgmnlil ■ graphique. Leurs somiuels sont
généralement lisses et plans, leurs parois pseudo-verticales (perpendiculaires h la limite
de la courbe). Cette ornementation occupe moins de la moitié de la surface totale Tig. 8).
Bandes et tubercules montrent souvent une lamellation liori/.oulale. chaque lamelle avant
0,5 p il épaisseur environ. Localement, leur sommet a perdu son aspect de glacis et est
hérissé de prismes d’environ l p de diamètre, h terminaisons coniques mais irrégulières.
Les prismes de la surface intertuberculaire sont plus petits (fig. 5 B).
h — Couche semi-prismatique interne (lig. 4-6)
Beaucoup plus épaisse que la couche externe, elle représente les trois quarts de l'épais¬
seur totale de la paroi externe dans la coupe de référence (lig. 4). Comme l'avait reconnu
A. Appeli.of, elle est formée par deux lames non nettement, délimitées :
— La lame externe est la plus épaisse et est constituée de granules grossièrement
alignés en «prismes » indistincts, perpendiculaires h la surface du test verticaux), «appelons
que selon II, Mi'ivia (1963) : « les couches semi-prismatiques internes dilïèrenl des externes
en étant plus riches eu couchyoline qui est en petits grains distincts, groupés pour former
des lamelles de croissance d'épaisseur variable ». Cette description correspond à la lame
externe de la couche semi-prismatique interne.
— Progressivement, la granulation s'estompe et la nature prismatique de la couche
dev ient, plus nette. La lame interne ressemble beaucoup à la couche externe, sans tubercules
toutefois, La surface interne du test est hérissée par les sommets des prismes de la lame
interne, sommets plus ou moins aplatis et d’un diamètre de 0,1 j j, environ ; plus petits que
les prismes des tubercules, ils sont d’une taille voisine de ceux de la surface intprtubercu-
laire externe.
Variations
a -— Selon l'âge du spécimen (lig. 7)
L’ornementation externe du test varie avec l'âge des loges. La surface de la seconde
loge est ornée de nombreux tubercules, coniques ou allongés, réunis par leurs bases sur une
épaisseur supérieure à celle de la semelle s. si., libres à leurs sommets. Leurs parois sont très
obliques et une lamellation horizontale plus ou moins distincte est présente. L élément
structural primaire est le prisme. Le croisement des directions verticale des prismes et hori¬
zontale des lamelles détermine une granulation sur toute la surface fies tubercules i lig. 5 G).
La troisième loge d’un autre spécimen a un aspect identique. Sur la cinquième loge, les
sommets de nombreux tubercules sont lisses et plans ; ce phénomène s’accentue sur les
loges plus récentes pour aboutir à la morphologie décrite antérieurement chez l'adulte
(fig- ?>•
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
209
100JU
K i G. 7. Paroi externe, variations de L'ornementa lion (rouelle semi-prismatique exlerne) : A, aspect clas¬
sique d’un spécimen adulte |Sp. 5 ; 75 ■ ; 20 KV) ; il, spécimen adulte montrant les ligures de « pegrna-
I ite graphique » formées par les tubercules et les bandes (Sp. 15 ; 220 X ; 30 KV) ; C. 8 e loge : tubercules
et bandes ont un sommet tabulaire ; les tubercules isolés sont plus nombreux que chez l’adulte (Sp. 5 ;
190 X ; 20 KV) ; D, 3 e loge : les tubercules sont de plus en plus nombreux et leurs sommets sont irré¬
guliers (Sp. 5 ; 450 x : 20 KV).
210
YANNICKE DAUPHIN
Fig. 8 . — Paroi externe de la face anterieure (adjacente au canal siphon al) ; A, coupe «h* la paroi exlcrne :
la surface externe est dépourvue de tubercules : la couche semi-prismatique interne est formée de prismes
mal développés et montre un aspect granuleux (Sp. 7 ; 500 X ; 20 KV) ; li, aspect de l'ornementation
(Sp. 17; 510 x : 30 KV) ; (1, ride de la face dorsale* antérieure du 1 er tour (Sp. 0 : 200 ; 30 KV) ;
f), face ventrale, antérieure dépourvue de tubercules (Sp. 15 ; 1300 X ; 30 KV).
in : couche semi-prisma l ique interne ; pr ex : couche seini-prisrna l ique externe; br : bourrelet ; sur :
surface externe.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
211
b — Selon le lieu de coupe (fig. 8)
Une coupe effectuée sur le côté ventral (jeune) antérieur du test (adjacent au canal
siphonal) montre une surface externe dépourvue de tubercules. La couche semi-prismatique
externe est plus fine et représente environ un cinquième de l’épaisseur du test, ce qui corres¬
pond exactement aux proportions signalées quand un élimine tubercules et semelles. La
couche semi-prismatique interne n’est pas subdivisée ; elle présente l’aspect granuleux
de la lame externe et les éléments prismatiques sont très fins (fig. 8 À).
La face antérieure de la partie dorsale (ancienne) du premier tour de la coquille présente
un épaississement bien marqué. Décrit par IL Mutvei (1963 : 267) « comme une forte éléva¬
tion en forme de ride, ornementée de stries dorso-venl raies », eet élément est composé de
côtes juxtaposées, de hauteur et épaisseur variables selon le spécimen et la situation de la
loge. Ces côtes sont formées par la couche senn-prismatique externe de la paroi du test.
Les prismes sont bien développés et amorcent localement une disposition rayonnée. De part
et d’autre de cette ride, le test est totalement dépourvu d’ornementation.
Les côtes diminuent progressivement de hauteur et disparaissent au-delà du premier
tour. Sur les spécimens très bien conservés, eet épaississement du test est. accompagné
par une membrane organique qui rend solidaires protoeonque et loges du premier tour de
spire.
face postérieure
Fig. 9. — Modification de la couche semi-prismatique sur la lace antérieure de la zone dorsale de la coquille ;
épaississement en un bourrelet irrégulier (la flèche indique le sens de l'enroulement) (Sp. G ; 800 X :
20 KV).
382, 4
212
YANNICKE DAUPHIN
Conclusion
Le test est formé de deux couches semi-prismatiques. La couche externe, d’épaisseur
variable selon son âge et. sa localisation dans le spécimen, montre des prismes bien développés.
La taille des éléments constitutifs évoque les rouelles lihrillaires îles Bivalves, mais ce terme
est réservé aux couches ealcit iques, alors que la coquille de la Spirale est nrugonitique.
Lisse sur sa face ventrale antérieure, elle est. épaissie eu un bourrelet dans sa partie dorsale
et est responsable de l'ornementation de la coquille. La couche interne est composée géné¬
ralement de deux termes : le terme externe est peu prismatique et son aspect est granuleux;
le terme interne ressemble h la couche externe et s’épaissit près de la zone d’insertion des
cloisons en une ride annulaire supraseptale.
IL CLOISON
Travaux antérieurs
La face ventrale des cloisons est. décrite par A. Appeli.of comme recouverte localement
par une substance calcaire ayant un indice de réfraction élevé. L’angle formé par une cloison
et le test possède une formation calcaire qui présente une réfraction plus élevée que celle
de la paroi et de la cloison, et dans lesquels elle passe sans limites définies. La cloison s. st.
est constituée par de nombreuses lamelles fragiles qui sont coupées normalement par les
«lignes de calcification », Selon Bdacit.u, « les cloisons, au contraire, sont nacrées ». G. Gré¬
goire (19f.il ) a étudié uniquement la nacre septale -, « Contrairement à la eonehyoline de
nacre, libérée par décalcification sous forme de membranes molles, la substance organique
des septa décalcifiés des Spirulidac est un matériel semi-rigide, qui garde la forme initiale,
en verre île montre ou en dôme, du septum minéralisé... Ce matériel... est constitué exclusi¬
vement de fibrilles... Dans les plans successifs, les fibrilles se croisent orthogonalement ou
sous divers angles ». Les cloisons seraient aragonitiqiies : « une lamelle minérale corrodée
de Spirulidae paraît composée de longs bourrelets imbriqués, constitués d’éléments en forme
d’écailles arrondies, ou de disques lenticulaires de diamètres très variables, incurvés les uns
sur les autres ».
Mutvei (1964) reconnaît quatre couches dans une cloison de Spirule :
— une couche dorsale de eonehyoline ;
— une couche sphériditique prismatique constituée de granules d’aragonite polygo¬
naux, épaisse sur la périphérie, absente dans le centre de la cloison ;
— une couche nacrée, la plus épaisse, et à petits éléments aragonitiques ;
— une couche semi-prismatique composée d’éléments cristallins spiculaires générale¬
ment groupés en prismes, qui occupe une zone centrale étroite sur la face ventrale autour
du canal siphonal.
Ces couches sont équivalentes de celles de la cloison du nautile.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
213
Fig. 10. — Couche sphérulitique prismatique d'uno cloison : A, zone d’insertion d’une cloison r la couche
sphérulitique prismatique (gr) détermine un triangle qui s'appuie sur la ride annulaire supraseptale
(ssr), la flèche indique le sens de l'enroulement (Sp. S ; 110 : : ; 20 KV) ; B, coupe dans l'insertion cloi¬
son-test (test : pr in : couche semi-prismatique interne formant la ride annulaire supraseptale (ssr) —
cloison (cl) : couche sphérulitique prismatique (gr) à aspect de nacre grossière) (Sp. 14 ; 1250 X ; 30 KV) ;
C, surface convexe (dorsale) d’uno cloison, près du tost : les sphérulites sont composés de lamelles succes¬
sives (Sp. 17 ; 560 X ; 30 KV) : D, section du sommet d’un sphérulite dont la structure radiée est bien
visible (Sp. 14 ; 2000 X ; 30 KV).
214
YANNICKE DAUPHIN
L’étude, la plus récente est celle effectuée par Barskov. La cloison, dans sa partie libre,
est formée d’une couche adapicale prismatique, qui correspondrait à la couche sphérulitique
prismatique du Nautile, et d’une couche adorale nacrée homologue de la couche nacrée du
Nautile. Une troisième couche, semi-prismatique, apparaît à proximité du canal siphonal.
Microstructure
Toutes les couches participant à la formation d’une cloison ne sont pas présentes
simultanément sur une coupe ; nous les étudierons successivement, de la face dorsale con¬
vexe vers la face ventrale concave.
a — Couche sphérulitique prismatique (fig. 10)
La couche sphérulitique prismatique s’appuie sur la ride annulaire supraseptale ;
son épaisseur est maximale vers le test et diminue rapidement vers le centre de la cloison,
qu’elle n’atteint pas. Cette formation triangulaire, très nette aux faibles grossissements,
est constituée île lamelles légèrement convergentes. L’aspect de la couche sphérulitique
prismatique en coupe transversale est identique a celui de la nacre en section oblique. Aux
forts grossissements, couches nacrée et sphérulitique prismatique deviennent, difficiles
à identifier ; toutes deux semblent formées de lamelles fines empilées. On ne reconnaît,
en section transversale, aucun prisme ou sphérulite. Cette couche déborde largement de la
ride annulaire supraseptale, et il est ainsi possible d'observer sa surface. Certaines zones
favorables montrent dçs éléments en période de croissance, (fig, 10 C, D), Ces cristaux
ressemblent alors à ceux des couches nacrées : de grande taille, tabulaires, ils sont empilés
en colonnes. Mais leur section révèle une structure rayonnante de cristallites aciculaires,
composés eux-mêmes de granules. Leur aspect est tout à fait semblable à celui des cristaux
de la couche sphérulitique prismatique de l'extrémité distale du col septal du nautile, décrits
par II. Mutvi-.i (1072 : 247, pi, 14, fig. 3-4). Certaines plages de ces éléments tabulaires repo¬
sent sur des prismes verticaux (perpendiculaires à la surface de la cloison), composés d’unités
aciculaires verticales, identiques à ceux reconnus par IL Mutvki (1972, pl. 6, fig. 5-6)
dans la couche sphérulitique prismatique de la cloison du nautile. Ces cristaux tabulaires
horizontaux (parallèles à la surface de la cloison), plus épais que les lamelles de nacre,
donnent aux scellons l’aspect de nacre grossière, les éléments verticaux étant beaucoup
moins abondants que les éléments horizontaux.
L’aspect sphérulitique de cette couche est diversement développé selon les zones de
la coquille.
Selon les auteurs, cette couche reste localisée près de l’angle septal, ou est continue
sur toute la face dorsale convexe de la cloison. Notons que, bien que restreignant la couche
sphérulitique prismatique à l’angle septal, H. Mutvei la représente sur certains schémas
sur toute la longueur de la face adapicale (1964 : 252, fig. 1.9).
Il semble que cette couche s’interrompe réellement peu après la ride annulaire supra¬
septale, les surfaces des cloisons montrant une structure nacrée au-delà de cette zone.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
215
Fig. 11. —- Couche nacrée d’une cloison : A, section transversale médiane d’une cloison : la couche nacrée
forme toute l'épaisseur de la se.pte (Sp. 1 : 1020 X ; 20 KV) ; H, vue de la face » dorsale » d’une cloison,
à proximité du canal sîphonal ; les baguettes des couches successives sont orientées différemment
(Sp. 16 ; 2300 x ; 30 KV) ; C, surface convexe (dorsale) d’une cloison adulte : les lamelles consécu¬
tives de la nacre sont constituées d’aiguilles d’aragonite orientées différemment (Sp, 16 ; 5800 x ; 30
KV) ; D, détail de C (Sp. 16 ; 12 000 X ; 30 KV).
216
YANNICKE DAUPHIN
1) — Couche nacrée (fig. 11)
La nacre est l’une des structures les mieux connues chez les Mollusques, grâce à l’inté¬
rêt commercial qu’elle présente. Les études classiques d’après des lames minces laissaient
présager que la nacre de la Spirille était du type habituel. Les préparations observées par
Grégoire ont révélé des différences dans la structure de la conchyoltne ; mais les études
en microscopie à balayage elfoctuécs par IL Mpyvki ont permis de démontrer que la nacre
de la Spirille ne ressemble pas à celle des autres Mollusques.
Cet auteur en a donné une description très complète, partiellement reproduite ici :
« On voit nettement que chaque lamelle minérale horizontale (parallèle à la surface de la
cloison) est composée par une seule couche de luigueM.es d'aragonite, nombreuses et parallèles,
d’environ 0,1 p d'épaisseur, et apparemment circulaires en sections transversales. Chaque
baguette d'aragonite semble s’étendre sur une grande distance à travers la lamelle minérale,
parallèlement h ses faces externe et. interne. Les laces externes des baguai les d’aragonite sont
irrégulières et. forment des renflements tubcrculairc? de forme et de taille variées, en plu¬
sieurs endroits. Dans les lamelles minérales consécutives, l’orientation des baguettes varie
beaucoup »,
Tl précise également que :
« dans les lamelles horizontales, les cristaux d’aragonite polygonaux tabulaires sont totale¬
ment absents... Chaque baguette semble être composée d’éléments cristallins aciculaires
encore plus petits, orientés approximativement à angles droits avec 1e. grand axe de la
baguette ».
Cette structure définit la nacre de type IL
L’aspect observé sur les spécimens étudiés est identique à celui décrit par H. Mutvei ;
ajoutons seulement, que les lamelles minérales s’associent de façon à présenter un débit
en feuillet semblable au débit de la nacre de type I.
Toutefois, EttRKN (1972) considère que la nacre de la Spirule et des autres dibranchiaux
est une fausse nacre et propose le terme de lamcllo-fibrillaire.
Mais, selon les auteurs, les couches de type librillaire sont une variation des couches
lamelleuses croisées (A. Denis, 1972 : 42 )ou des couches prismatiques (G. Bignot, 1974 :
103). Si les couches prismatiques sont bien connues chez les Céphalopodes, en revanche
les couches lamelleuses croisées n’ont été décrites que chez les Bivalves et les Gastéropodes,
Elles peuvent être ealeitiques ou aragonitiques.
L’incertitude qui règne en ce qui concerne la nature des couches fibrillaîres et leur
mode de formation conduit à conserver pour la suite de cet exposé le terme de nacre de
type IL
En outre, certaines zones ont permis d’observer la ressemblance de développement
(formation de lamelles successives superposées de taille décroissante) entre la nacre de la
Spirule et la nacre classique de type I.
c — Couche senti-prismatique
La couche semi-prismatique se développe uniquement autour du canal siphonal et ne
participe pas réellement à la formation de la cloison. Elle sera décrite ultérieurement, lors
des solutions de continuité existant entre siphon et cloison.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
217
Conclusion
Comme les cloisons du Nautile, les cloisons de la Spîrule comportent trois couches
minérales :
— la couche nacrée, la plus épaisse, présente une architecture différente de celle des
autres Mollusques, puisqu’elle n’est pas constituée de lamelles mais de baguettes ;
— la couche sphérulitique prismatique, localisée dans la zone dorsale d’insertion
des cloisons, montre en section un aspect de nacre grossière ; sa structure sphérulitique
apparaît pleinement sur les vues de surface ;
— la couche semi-prismatique entoure le canal siphonal.
III. INSERTION D’UNE CLOISON
Travaux antérieurs
Appellqe signale dans l’angle seplal la présence d’une formation calcaire à indice
élevé. Les illustrations choisies par Bqc.r.ir.n montrent un renforcement au niveau de l’inser¬
tion de la cloison, mais cette structure n'est pas décrite par l’auteur. Pour Mutvki, la couche
semi-prismatique interne du test s’épaissit considérablement dans l'angle de la face dorsale
d’une cloison et de la paroi externe en une ride annulaire suprasoptnlc, Les éléments spicu-
laires sont disposés en prismes plus ou moins distincts, de taille variée. Cette ride est. l’équi¬
valent de celle présente chez le Nautile. I. S. Barskov n’aualvse pas le mode d’insertion
des septes sur le test. La ride annulaire supra septale n’est pas figurée sur ses schémas ;
test et cloisons sont représentés jointifs, sans structure supplémentaire.
Modalités d’insertion
(Fig. 12)
La ride annulaire supraseptale est constituée par la laine interne de la couche semi-
prismatique interne de la paroi et est bien développée sur tous les spécimens étudiés. L’épais¬
seur et la structure de la lame externe de la couche interne ne sont pas modifiées en ee point.
Généralement, les sommets îles prismes sont bien individualisés près de cet angle, alors
qu’ils sont effacés vers le milieu de la paroi,
La couche semi-prismatique externe ne subit apparemment aucune modification.
Toutefois les éléments de l’ornementation externe s’alignent et déterminent des bandes
parallèles, groupées par deux ou trois ; cet alignement est plus ou moins parfait et peut
être absent, Les sommets des prismes sont distincts, de petite taille.
Cloison et test ne sont pas simplement superposés, ainsi que le représente la plupart
des auteurs. La cloison s’amincit et se termine par une pointe ellllée recouverte de part et
218
YANNICKE DAUPHIN
Fig. 12. — Insertion de la eloisun sur la paroi externe : A, vue d’ensemble, en section dorso-ventrale ; l’as¬
pect de la couelic sphcrulitique prismatique est identique à celui de la nacre en section plus oblique
(la flèche indique le sens de lYnroulrinén I.J (Sp. 3 ; 250 X ; 20 KV) ; B, section transversale : la couche
nacrée s'insère dans la couche semi-prismatique interne du test (Sp. 21 ; 750 x ; 30 KV) ; C, extrémité
d’une cloison (la floche indique le sens de l'enroulement) (Sp. 7 ; 310 X ; 20 KV) ; D, ornementation
externe au niveau de l’insertion : les bandes deviennent parallèles ; individu adulte (Sp. 15 ; 210 x ;
20 KV).
pr in ; couche semi-prismatique interne du test ; ssr : ride supraseptaie ; gr : couche sphérulitiquo prismatique
de la cloison ; nac ; couche, nacrée ; pr ex : couche, semi-prismatique externe du test.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES 219
d’autre par la couche semi-prismatique interne du test. La couche sphérulitique prismatique
ne participe pas à l’élaboration de cette terminaison.
Une section antéro-postérieure de cette zone présente la disposition suivante (fig. 12 B) :
la couche semi-prismatique externe du test puis la couche semi-prismatique interne du test,
la couche nacrée de. la cloison et à nouveau la couche semi-prismatique interne du test.
La distance séparant la ride annulaire supraseptale et la pointe de la cloison représente
environ un quart de celle existant entre deux cloisons successives dans la partie ventrale
de la coquille.
Cette topographie implique le processus suivant :
— sécrétion partielle de la couche semi-prismatique interne du test par la division
pariétale de l'épithélium ;
— sécrétion simultanée de la couche sphérulitique prismatique de la cloison par la
division septale de l’épithelium ;
— sécrétion de la couche nacrée de la cloison ;
(La sécrétion de la couche semi-prismatique interne du test se continue pendant ces deux
derniers points.)
— accroissement en longueur des couches semi-prismatique interne du test et de la
couche nacrée de la cloison ;
— arrêt de l'accroissement en longueur de la nacre et épaississement de la cloison ;
— épaississement de la couche semi-prismatique interne du test et recouvrement par
celui-ci de la nacre de la cloison ;
— accroissement en longueur du test.
Celle complexité assure à la coquille une cohésion et une rigidité plus grandes que ne le
ferait une simple juxtaposition test-septe.
Cette zone permet d’observer l’extension de la couche sphérulitique prismatique. Débor¬
dant généralement la ride annulaire supraseptale, elle peut être beaucoup plus restreinte. A
l’endroit même où les cristaux de croissance de la couche sphérulitique prismatique ont été
décrits, sur d'autres spécimens ce sont «les lamelles de nacre qui se sont développées. Les
strates successives, écaillées, montrent parfaitement les baguettes d'aragonite qui cons¬
tituer)! les lamelles, et leurs orientations dill'érentes d’une lamelle à l’autre. Les contours
des piles formées par écaillage sont beaucoup plus aigus que ceux des cristaux de la couche
sphérulitique prismatique (fig. 11 B).
IV. CANAL SIPHONAL
Morphologie
(Fig. 13)
Le canal siphonal de la Spirule, situé du côté de la coquille ayant le plus faible rayon
de courbure, est antérieur. Adjacent au test, il est visible par transparence.
Son diamètre n’est pas constant à l’intérieur d’une loge. Large dans sa partie dorsale
(la plus ancienne), il se rétrécit sur moins de 1 mm de longueur, puis s’évase jusqu’à la cloi-
220
YANNICKE DAUPHIN
Fig. 13. — Morphologie du tube siphonal : A, miororadiographic montrant les variations du diamètre dans
uni' loge donnée ; II, surface externe ornée de bourrelets longitudinaux et transverses (la flèche indique
le sens de l'enroulement) (Sp. 3 : 58a X ; 20 KV).
En B le rond blanc supérieur indique le col septal; l’inférieur l'anneau connectif.
son suivante (fig. 13-21), Sa section transversale n’est pas parfaitement circulaire : la face
antérieure, liée au test, est plane.
Sa surface externe est ornementée longitudinalement et transversalement. Les bour¬
relets longitudinaux sont souples, et les plus importants délimitent des lentilles très allongées,
plus ou moins recoupées par les plus faibles. Les stries transversales sont distinctes surtout
dans la partie dorsale du canal siphonal ; courtes et parallèles, elles déterminent avec les
bourrelets un grossier quadrillage dans cette zone. Elles deviennent moins accentuées
ensuite.
Travaux antérieurs
A. Naef (1922) représente le canal siphonal composé d’un tube calcaire externe, formé
de deux parois. La paroi externe nacrée est le prolongement des cloisons ; la paroi interne
est prismatique. Ce tube est tapissé intérieurement par un second tube organique (chiti-
neux). B0GCILD et Grégoire ne mentionnent pas le siphon de la Spirule. Selon II. Mutvei,
les divisions inférieures (ventrales) du canal siphonal sont constituées par une couche nacrée
externe, prolongement de la couche nacrée des cloisons, et par une couche semi-prismatique
interne ; les divisions supérieures ne comportent que la couche sphérulitique prismatique.
I. S. Barskov, bien que n'ayant pas décrit le canal siphonal, le figure sur différents schémas ;
il le représente comme Un prolongement des cloisons, avec une couche sphérulitique pris¬
matique ventrale (adapicale), une couche nacrée et, peu visible, une troisième couche qui
forme partiellement les anneaux connectifs et apparaît sur les cols septaux.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
221
Microstructure
Coupe de référence
Elle se situe à égale distance de deux cloisons successives.
Fig. 14. — Localisation des coupes du canal siphonal : 1, coupc de référence ; 2, coupe oblique : jonction
cloison-siphon ; (a, couche nacrée du col septal 1 ; h, couche semi-prismatique du col septal 1 ; c, couche
sphérulitique prismatique de l’anneau connectif 2 ; d, couche nacrée du col septal 2 ; e, couche semi-
prismatique du col septal 2 ; f, couche sphérulitique prismatique de l’anneau connectif 3).
a — Couche nacrée (fig. 15-16)
C'est la plus épaisse puisqu’elle représente les cinq huitièmes de l’épaisseur totale
du siphon. Non traitée la nacre, sur des vues de surface à faillie grossissement (900), présente
un aspect strié. Un observe des bourrelets très minces et serrés, de longueur variable, paral¬
lèles. A un grossissement plus fort, les bourrelets se révèlent, être les « baguettes d’arago¬
nite » décrites par II. Mutvki (1970), et dont l’épaisseur varie de 0,1 à 0,2 p, Ces baguettes
ne sont pas parallèles dans les conches successives et forment ainsi un mut if réticulé, I,'aspect
général est. semblable à celui décrit, par Mutvei pour les couches nacrées des cloisons (1970).
L’utilisation du terme nacre pour désigner celte structure semble abusive quand on
la compare à la nacre classique (nacre de type I — Mutvei, 1970). Les sections des couches
permettent une justification : les baguet tes observées en surface constituent des lames paral¬
lèles, très minces (une seule couche de baguettes par lame), et la nacre de type II se débite
en lamelles comme le fait la nacre de type I.
b — Couche semi-prismatique (fig. 15)
Moins épaisse que la précédente, elle occupe un quart de l’épaisseur totale du siphon.
anneau
connectif
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é liiiiirir
Fig. 15. — Canal siphonal : A, vue d’ensemble en coupe transversale (antéro-postérieure) (Sp. 2.1 ; 1130 X ;
20 KV) un montage de trois clichés modifie un peu la perspective des structures ; B, coupe oblique
montrant les rapports des couches (Sp. 12 ; 450 X ; 20 KV) ; C, idem. (Sp. 2.2 ; 1260 X ; 20 KV).
nac : couche nacrée du col septal ; pr : couche semi-prismatique lacuneuse du col septal : gr : couche sphéru-
litique prismatique de l'anneau connectif.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
223
Fig. 16. — Couche nacrée du canal siphonal : A, surface externe : deux James de la couche nacrée montrent
des aiguilles d'aragonite orientées différemment (6p. 2,2 ; 1800 X ; 20 KV) ; B, détail de la précédente
(la flèche indique le sens de l’enroulement) (12800 X ) ; C, section transversale : la couche nacrée se
débite en feuillets (Sp. 2.2. ; 2500 X ; 20 KV) ; D, détail de la précédente (2600 X).
224
YANNICKE DAUPHIN
Elle est formée de prismes généralement perpendiculaires aux lamelles de la couche nacrée.
Ces prismes sont séparés par des intervalles de dimensions variables ; plusieurs prismes
peuvent fusionner sur une partie ou toute leur hauteur. Un prisme donné n’a pas un diamètre
constant et tous n’ont pas le même diamètre.
La base de ces prismes repose sur la couche nacrée ; cette surface est plane, mais striée
dans une seule direction. La lame de base paraît constituée, comme la couune nacrée, de
baguettes d’aragonite perpendiculaires à la hauteur du prisme. Cette hase est toutefois plus
épaisse <|u'urie lamelle de la nacre de type II,
Un prisme est composé de plusieurs unités, chacune formée de lamelles parallèles nom¬
breuses de 0,2 p. d’épaisseur environ. Les différentes unités ayant des croissances inégales,
la section transversale du prisme est souvent festonnée.
La structure obtenue est très poreuse, les lacunes étant abondantes.
c — Couche sphérulitique prismatique (fig. 15-1.7)
Elle occupe un huitième de l’épaisseur totale des couches. Sa limite basale n’est pas
uniforme et elle semble en continuité avec la couche semi-prismatique sous-jacente. Les
prismes se transforment : ils perdent leur stratification horizontale, cl des éléments verti¬
caux deviennent prédominants. Des lames cristallines séparées par des lacunes très fines
les remplacent. En surface, les lames cristallines apparaissent, disposées en étoiles, chaque
centre de cristallisation coïncidant grossièrement avec, le sommet du prisme de lu couche
semi-prismatique. Chaque lame est formée de très nombreuses aiguilles d’aragonite, plus
ou moins divergentes par rapport à la hase de la couche.
L’ensemble est très poreux et fragile.
Variations
Les principales variations interviennent au niveau des points de contacts cloison-
siphon et seront donc étudiées ci-dessous.
Rapports cloison-canal siphonal
(Fig. 18 à 21)
Line section oblique immédiatement ventrale par rapport à une cloison offre la succes¬
sion suivante, de l’extérieur vers l’intérieur (fig. 14) :
— une couche nacrée (a) de la cloison 1 et du canal siphonal 1 ;
— une couche semi-prismatique (b) de la cloison 1 et de la division inférieure du canal
siphonal 1 j
— une couche sphérulitique prismatique (c) de la division supérieure du canal sipho¬
nal 2 ;
— une couche nacrée (d) de la cloison 2 et de la division inférieure du canal siphonal 2 ;
— une couche semi-prismatique (e) de la cloison 2 et de la division inférieure du canal
siphonal 2 ;
— une couche sphérulitique prismatique (f) de la division supérieure du canal sipho¬
nal 3.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
225
Fig. 17. — Couche sphérulitique prismatique du canal siphonal : A, surface interne de la couche (Sp, 12;
970 x ; 20 KV) ; H, aiguilles d’aragonite formant les sphérulites (Sp. 10 ; 1900 X ; 30 KV).
Fig. 18. — Zone de transition entre septc et tube siphonal t A, vue ventrale oblique montrant la terminaison
poreuse de la couche semi-prismatique (Sp. 9 ; 100 X ; 20 KV) ; B, vue dorsale montrant les positions
relatives des diverses couches du tube siphonal (Sp. 19 ; lia X ; 30 KV).
cl : cloison ; s pr : couche semi-prismatique du siphon ; gr : couche sphérulitique prismatique du siphon ;
nac : couche nacrée du siphon.
226
YANNICKE DAUPHIN
La couche semi-prismatique (b) est très épaisse et modifiée : elle se divise eu deux zones.
S’appuyant sur la couche nacrée (a) de la cloison, la première zone est peu épaisse, 10 p.
environ, prismatique et compacte. La seconde zone est beaucoup plus épaisse, semi-pris¬
matique et poreuse. Les prismes ont généralement la forme d'un T, la barre horizontale
côté cloison. Los piliers verticaux, sont donc en retrait ; ils sont composés de lamelles hori¬
zontales ci l’ensemble montre un aspect granuleux. Ils possèdent une base épaisse et nette.
Leur hauteur totale atteint 0,6 mm (fig. 18-21).
Une autre modification, plus rare, peut intervenir. La division en deux zones de la
couche semi-prismatique u’exisle plus. Les « piliers # ne sont plus granuleux, bien que for¬
més également de lamelles horizontales. Ces dcnliculations sont en surplomb par rapport
tube
si phona
Fig. 19. — Aspects de la terminaison de la couche semi-prismatique dans la zone de transition entre septe
et siphon : A, vue. d’ensemble et situations relatives des éléments (125 x) ; B, dentieulation composée
du type t< patte d'éléphant, i > (1000 X) ; C, aspect le plus fréquent (1250 x) ; D, dentieulation à bord
arrondi et lisse (Sp. 13 ; 2100 X ; 20 KV).
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CEPHALOPODES
227
à la couche sphérulitiqiie prismatique (c) ; continues côté cloison, elles présentent des lacunes
plus ou moins précoces et oui l'aspect de k doigts de patte d’éléphant » dans le cas de denti-
culations composées. Certaines sont pins simples. Alors que les piliers précédents représen¬
taient le prolongement direct de la couche semi-prisiiiatique, ces denticulaliniLs sont beau¬
coup plus modifiées par rapport h cette couche (fig. 19 B).
Un troisième aspect existe : doubles ou simples, les piliers sont formés de couches
horizontales d'épaisseur variable, à bord arrondi et dont toute granulation a disparu :
ils sont parfaitement lisses (Itg. 19 c).
Ces differentes structures reposent sur une couche continue, compacte, à bord festonné :
la couche spbéruliliqut- prismatique (ej. Plus épaisse que dans une section médiane, elle
n’est plus constituée de faisceaux de baguettes d'aragonite et a perdu son aspect étoilé
en surface. Iles lames assez épaisses sont disposées en strates horizontales (concentriques
si l'on considère l’ensemble du canal siphonal) ; non jointives, ces lames sont soutenues
par des piliers perpendiculaires (« verticaux »), irrégulièrement espacés. Lorsque cette couche
est en position externe, sa structure ne révèle aucune lacune permettant la porosité.
Les couches semi-prismatique (e) et sphérulitique prismatique (f) se terminent vent râ¬
lement par rapport à la cloison 2. Elles diminuent progressivement d'épaisseur et consti¬
tuent un bourrelet dont l’abrupt est dû principalement à la couche semi-prismatique (fig-
20 A).
20. — Modifications de la couche sphéruli tique du siphon : A, coupe dorso-venlrale : les touches sphé-
rulilhpics prismatique, et seini-prismatique s'amincissent à l'extrémité dorsale (In flèche indique le
sens de l'enroulement) (Sp. 15 : 000 ; 30 KV( ; H, coupe transversale (vue dorsale) : aspect de nacre
grossière (la flèche indique la cavité siphonale) (Sp. 8 ; 240 X ; 20 KV).
228
YANNICICE DAUPHIN
Fig. 21. — Tube siphonal : A, vue dorso-veulrale de deux cols septaux successifs (Sp. 2 ; 85 X ; 20 KV) ;
11, coupe transversale partielle du tube siplnmal (Sp. 8; 200 x).
pr 1 : couche semi-prismatique du col septal le plus ancien, 1 ; gr 2 : couche sphérulitique prismatique de
l'anneau connectif 2 ; pr 2 : couche scmi-pi'ismatique du eol septal 2 ; nac 2 : couche nacrée du col
septal 2 ; gr 3 : couche sphérulitique prismatique de l'auneau connectif le plus récent, 3 ; el : cloison.
(La flèche indique le sens de l’enroulement.)
Conclusion
La couche semi-prismatique de la division inférieure du canal siphonal est extrême¬
ment lacunense. Considérée comme semi-prismatique par II. Mutvei, cette couche ne res¬
semble guère aux couches semi-prismatiques de la paroi externe du test, qu’elles soient
interne ou externe. L'adjonction du terme lacunense à la définition semi-prismatique
suffit à les différencier et à les caractériser. Les prismes qui constituent cette couche sipho-
nalc sont beaucoup plus épais que ceux du test et sont formés de lamelles empilées. Leur
morphologie est modifiée à l'extrémité ventrale de ta division inférieure (vers la cloison).
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CEPHALOPODES
229
Les prismes de cette couche sont différents de ceux de la couche équivalente du col
septal du Nautile : ces derniers sont composés de crislallit.es aciculaires verticaux de <1,2 g.
de diamètre, alors que ceux de la Spirale ont une stratification horizontale prédominante
sur toute leur hauteur. Toutefois, chez les deux organismes, l'élément de hase est le granule,
plus ou moins arrondi.
La couche nacrée externe de la division inférieure est identique à celle de la cloison.
La couche sphérulilique prismatique de la division supérieure du canal siphnnal est
très variable cl diffère de celle des sepl.es. L'élude au microscope électronique à balayage
s’est révélée particulièrement fructueuse dans ce cas. Composée de lames et baguettes
associées rayonnantes, cel le couche est identique à celle du Nautile et n'a rien de granuleux,
ainsi que le suggèrent les figurations de II. Mutvei. Elle est fragile et poreuse. Les prismes,
disposés ou non radiairement, sont formés de cristallit.es allongés dont le grand axe est
parallèle à celui du prisme.
V. PROTOCONQUE
Morphologie externe
Rarement conservée sur les spécimens de collection, la protoounque est assez fréquente
sur les coquilles récoltées sur les plages. Globuleuse, plus volumineuse que la loge suivante
à laquelle elle est reliée par une eonstrietîon plus prononcée que les autres, la proloeonque
peut se détacher très facilement. Son diamètre est de I mm environ. Certaines figurations
la représentent prolongée par une pointe très fine : cette pointe n a jamais été observée,
même sur les spirilles très bien conservées, et aucun indice ne permet d’affirmer I existence
de cet appendice.
Travaux antérieurs
Munier-Cuat.m (1873) note que « chez les spirilles et les ammonites, le siphon prend
naissance dans Povisae, un peu avant la naissance de la première cloison. II commence
par un renflement en forme de ca:cmu, qui supporte dans son prolongement le prosiphoit...
Il prend naissance dans l'nvisae, en face do renflement. siphnnal sur lequel il vient se terminer,
sans avoir de communication intérieure avec, ce dernier... Il est formé par une membrane
(fui est simplement étalée, comme dans la Spinihi pmwi,,, »,
A. Naek (1922-1923) considère que la paroi de la prntoenuque est formée de deux con¬
ciles : le périoslracum externe et une couche interne prismatique groupant oslracum et
hypostraeum. La constrietion entre la protoeonque et la première loge est une cloison rudi¬
mentaire et correspond surtout à un épaississement de la couche externe du test. Le canal
siphonal est constitué par une couche calcaire externe et par une couche organique interne ;
il se termine en doigt de gant par une lame organique. Le prosiphon est également organique.
[.es observations de II. Mutvei apportent peu de nouveauté par rapport à ces descrip¬
tions. Toutefois, il précise la structure des couches. La paroi est: composée de deux couches
semi-prismatiques ; le canal siphonal n’est représenté que par la division inférieure ou col
L'ig. 22. Paroi de la protoconque : A, les Jeux couches semi-pnsma tiques interne el externe sont, nette
meut discontinues : H, sur le même spécimen, les deux couches sont indistinctes (Sp. 21 ; 2400 X ;
30 KV).
pr in : couche semi-prismatique interne ; pr ex ; couche semi-prismatique externe ; sur ; surface externe
YANNICKE DAUPHIN
septal (conciles nacrée et sphérulitique prismatique). L’extrémité du siphon et le prosiphon
sont en coriehyoline.
La première cloison est. en réalité un épaississement du test, et ne comporte ni couche
nacrée, ni couche sphérulitique prismatique.
M O RP H O LO GIE IN T E tt N E
(Fig. 23)
Le canal siphonal se termine par un cæcum en forme de cloche dont l’extrémité dorsale
fermée esl prolongée par un processus memhrauetix. le prftsiphon. Celui-ci se fixe sur la
paroi opposée de la prolocoiique sans se diviser.
La surface externe de la partie « ouverte » ventrale du cæcum présente un réseau
dense do rides souples peu élevées. La zone plus étroite, le col, est neltcmen! délimitée
et les rides s sont moins nombreuses ; quelques larges bourrelets verticaux apparaissent.
L'cxtrémit.é fermée arrondie, striée, se détache facilement du canal siphonal ; elle se
prolonge sans discontinuité apparente par le prosiphnn, strié longitudinalement.
Michostri CTI ItE
Test lig. 22,i
La surface externe de la protoconque est très peu ornementée ; seules quelques irrégu¬
larités coniques de faible hauteur la rendent rugueuse. L’épaisseur de la paroi est de 15 à
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
231
l'rr.. '1',). Morphologie du siphon «le la proloeouque : A t tnîeroradiographiv : seule la partie calcaire esl
visible ; I», liirtnr •• en cloche du être uni ; lo prostphon menibraiiniix est conservé (Sp. \ : 100 X *,20 KV) ;
C, parût' basale du siphon, le chapeau de conchyoline a été détruit (Sp. 22 ; 600 X ; 30 KV) ; 1), détail
de la précédente : paroi du tube siphonal (2100 X).
232
YANNICKE DAUPHIN
20 (*, et sa structure varie sur un même spécimen. Localement on reconnaît une couche
interne et Une couche externe, celle-ci étant légèrement moins épaisse. Toutes deux sont
prismatiques et leur structure ne diffère pas de celle de l'ensemble du lest. La disconti¬
nuité entre les deux couches est très marquée puisqu’elle aboutit à la formation de gradins.
Cette limite peut se résoudre à un trait à peine discerna hic, cl disparaît même totalement ;
cette évolution est progressive et se répète sur un individu. De telles variations ont été
retrouvées sur plusieurs spécimens, sans localisation constante.
La surface interne est irrégulière et les sommets des prismes sont jointifs.
Canal siphonal fig. 23
Les mieroradiographies de la protoconque révèlent des différences de nature entre la
base, le sommet du siphon cl le prosiphon. Seule la hase de la « cloche » imprime la pellicule,
prosiphon et sommet étant traversés par les rayons X. Le prosiphon, ainsi que le sommet
du tube siphonal sont en eonchyoline, le col et la base de la « cloche » sont calcaires. Le fait
que certaines strucl ures soient composées de eonchyoline ne permet pas de le traiter afin
d’éliminer les matières organiques, puisque cela entraînerait leur destruction cl une disso¬
ciation des éléments. La microsI,meturc des zones calcaires n’a pu ainsi être observée en
détail. Aucune ileiilicnlatiou, aucun pilier n'enl.nurc la hase du canal siphonal, lors de son
passage à travers la u première cloison ». Celle « première cloison » est. comme l'avaient
reconnu les auteurs précédents, un épaississement du test. Dès son origine, le tube siphonal
est décentré et longe le côté postérieur (à faible rayon de courbure). Il conserve cette posi¬
tion dans toutes les loges suivantes.
Conclusion
La paroi de la protoconque est composée de deux couches semi-prismatiques qui fusion¬
nent localement. Le tube siphonal est représente par le col septal et débute par un chapeau
de eonchyoline. le prosiphon est également en eonchyoline.
VI. COMPOSITIONS CHIMIQUE ET MINÉRALOGIQUE DE LA COQUILLE
Travaux antérieurs
La composition minéralogique des coquilles d’Ammonites, notamment du tube siphonal,
est un sujet de controverse malgré des investigations toujours plus précises.
Gra.nlijka.n (191(1) est l’un des premiers à eu tic prendre une élude approfondie de la
composition originelle du (est des Ammonites. Avant « laissé de côté, svstémal iquement,
tous les terrains phosphatés où Ton pourrait croire h une épigénie », il constate la présence
de phosphate de calcium dans le test, les cloisons et le tube siphonal. La détermination au
microscope polarisant et les réactions colorées spécifiques sont les deux méthodes utilisées.
Truema.n 1920) considère que le tube siphonal est composé d’une membrane organique,
et que la sécrétion de phosphate par l’organisme intervient postérieurement. Spath (1920)
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
233
signale n'avoir jamais obtenu la réaction spécifique îles phosphates. Rkyment (1956)
pense que le I ube sipliuual «les Anniionîtes est composé de ealeite et de phosphate de calcium.
Mc TV Kl I 11)67) amorce la nouvelle tendance et suggère que le tube siplnmal était en eon-
elivoline et aragonite, sans phosphate originel. Kriiex et Ricin {1971), observent au M.K.B.,
sur une Ammonite très bien conservée, que le prosijdmn est en matériel carbonate identique
au proseplqm, et que le siphon est en conchvnlinc, Sc.mindkwolf (1920-1907) affirme à
plusieurs reprises que la membrane siplmnnle est en conchyoline. Andvlih (1972) observe
de l'apaiitc dans le siphon d Antinomies de pruvemmees siratigraphîques et géographiques
diverses. (lotte; composition diffère de etdle <ln lest et dus cloisons.
Tons ces résultats ont été obtenus sur des fossiles très variés, grâce à des techniques
plus on moins précises: ils n'ont pas permis la résolution du problème du la composition
originelle du siphon des Ammonites.
L'un des arguments les plus importants des auteurs favorables à une origine diagéné-
tique du phosphore est son absence chez les Céphalopodes actuels; mais on oublie généra¬
lement que |e Nautile, formé de 99 % d'aragonite, contient des traces de phosphate de cal-
ciu m.
De nombreux auteurs étudiant la inierostructure du test ont négligé le problème de
sa composition chimique ou minéralogique.
L'une des premières analyses a été effectuée par Turek (1933) et a fourni les résultats
suivants ; | |.,t i : l.s| " n • matières organiques : 4,52 % : N : iu>2. r > u 0 ; Ca : 37,06 : Mg :
0,041 % ; l e : 0,0032 % : I* : 0,0079 % ; SIQ a : 0,511 %. En faible quantité, le phosphore
est présent : toutefois, la coquille a été analysée dans sa totalité et nous ignorons la loca¬
lisation de cet élément.
Selon Um.c.n.n, la coquille de la Spirulc est entièrement aragonitique. Les moyens d'in¬
vestigation semblent être l'observation au microscope photonique. Le résultat est proba¬
blement déduit de In niierostructiiro et n’est pas dû à une analyse.
Il en est de même pour Grégoire (1961) en ce qui concerne les cloisons.
Anualiw (1972) signale que les cloisons et le tube siphonat de la Spirille sont composés
d’aragonite (plus de 95 %) et d'apatile. Le lest serait aragonitique.
Résultats actuels
Réactions colorées
La présence d'aragonite dans la coquille de Spirille étant incontestable, seule la réaction
phosphn-molybdique a été utilisée. Bien que très sensible (C)n gr 015, selon Cayeux), cette
réaction a été négative pour les diverses parties du test, cloison et siphon.
Observations optiques
De nombreux auteurs ont décrit les microstruetures à partir de lames minces, et aucun
n’a signalé d’apalito.
Diffraction X
L’une des difficultés d’utilisation des diffractomètres à rayons X est la quantité de
234
YANNICKE DAUPHIN
pondre nécessaire. Il est peu aisé de détacher et d'isoler avec certitude, en quantité suHi-
sante, des fragments des différentes parties de la coquille. Nous avons noté, en effet, que la
cloison se prolongeait h l’intérieur du test. Cette méthode ne sera pas utilisée ici, malgré
ses avantages (détermination du minéral, et non de l’élément).
Microanalyse
Les microanalyses ont été effectuées sur les spécimens choisis pour l'observation des
mieroslriielores au M.E.B. L’adjonction du système ORTEC 6200 X ray multichannel
analyser au M.E.B. 07 CAMECÀ a permis ces opérations.
Trois échantillons provenant de. Spirilles différentes, recollées en .Nouvelle Calédonie,
ont été soumis à ee test, et les analyses (une douzaine} ont pu être parfaitement localisées.
La paroi externe, le tube siphnnal et les cloisons contiennent du calcium, du phosphore
et du strontium.
Sur un même individu, on ne remarque aucune évolution de composition selon la posi¬
tion de l’analyse (test ou cloison) et selon l’âge de la zone étudiée. Les quantités de phosphore
changent selon les endroits, mais sans constance. En très faible quantité, il est toujours
présent.
Conclusion
La présence de phosphate primaire chez la Spirille et le Nautile est un argument en
faveur des hypothèses de Gbandjuan et Anoalib. Tl se peut que ee phosphate ait servi
d’amorce à une fixation secondaire préférentielle lors d’une dîagenèse.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Résultat d’une longue évolution, la coquille de la Spirale est très spécialisée et ne
remplit qu’itnparfaitement son rôle. En effet, les autres Céphalopodes, afin de maintenir
leur corps en position horizontale, ont expérimenté diverses solutions (dépôts camcraux,
rostre...). Il convient alors de comparer la coquille de la Spirille avec les autres coquilles
des Céphalopodes et, plus généralement, des Mollusques. Cette comparaison peut intervenir
sur deux plans :
— On peut tenter d'identifier les différentes couches des coquilles en fonction de leurs
rapports de position, leur rôle dans l’architecture des tests, leurs zones épithéliales de sécré¬
tion, leur mode de croissance...
On peut également comparer les caractéristiques minéralogiques et miernstructu-
ralcs des éléments constitutifs de chaque type de couche (couches prismatique, nacrée...)
Les principaux travaux se sont surtout attachés à développer le premier point, et les
principales hypothèses ont été résumées dans un tableau récapitulatif (p. 204). Si les équi¬
valences établies entre la Spirule et le Nautile paraissent claires, il n’en est pas de même en
ce qui concerne les Béleninîtes et les Bivalves.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CEPHALOPODES
235
Comparaison Nautile-Spirule
Les éléments microstruel uraux des differentes couches du Nautile et de la Spirule sont
ici comparés selon leur situation dans les diverses parties des coquilles de ces deux orga¬
nismes.
Composition
Principalement aragonitique (99 % pour le Nautile, 95 % pour la Spirule), les tests con¬
tiennent du phosphore, sous forme d’apatite. La présence de phosphore primaire dans
ces coquilles n'implique pas son existence obligatoire chez les Ammonites, mais on ne
peut certifier désormais qu’il y soit toujours et totalement secondaire.
Paroi, externe
La paroi île la Spirule est formée de deux couches semi-prismatique. La taille et la
morphologie des « prismes » sont compatibles avec celle des « fibres », terme utilisé pour
d’autres groupes zoologiques. La couche externe responsable de l oruementation, dépourvue
•le stries d’accroissement, se modifie sur la face antérieure de la zone « dorsale » en un bourre¬
let. Secondaire, elle semble sans équivalent chez le Nautile. La couche interne, primaire,
représente probablement la couche semi-prismatique de la paroi externe du Nautile.
Cloison
Les cloisons de la Spirule possèdent trois couches minérales, semblables à celles du
Nautile mais de localisation plus restreinte. Les couches sphérulitiques prismatiques de la
Spirule et du Nautile ont des extensions et des structures différentes ; identiques dans les
septes et les cols septaux du Nautile, elles diffèrent eu ces mêmes lieux chez la Spirule : la
microstructure en « nacre grossière » est beaucoup plus compacte, résistante et imperméable
que celle du Nautile.
La nacre, de type II chez la Spirule, est de type I (type que l’on retrouve chez tous les
autres Mollusques) chez le Nautile. La modification de structure est probablement en rela¬
tion avec la finesse des cloisons de In Spirule. Lu effet, dans les deux cas, la nacre esl mi assem¬
blage de lamelles formées de eristallit.es neieulaires, résultats de la fusion de granules. Seule
la taille des éléments change Les deux architectures sont imperméables et résistantes.
Les couches semi-prismatiques diffèrent dans leur localisation ; celle du Nautile se
prolonge sur toute la cloison, alors que celle de Ja Spirule entoure le canal sipllonal. Leur
structure, semblable, est poreuse et fragile.
Tulw siplumal
Holochoarié chez la Spirule, le col septal du Nautile est beaucoup plus court.
Le col septal de la Spirule (division inférieure) possède une couche nacrée externe qui
prolonge celle de la cloison, eL une couche sfimi-prismatique interne et poreuse. Le col septal
du Nautile comporte les couches sphérulitique prismatique, nacrée et semi-prismatique.
L’anneau connectif (division supérieure) de la Spirule contient seulement la couche
236
YANNICKE DAUPHIN
sphérulitique prismatique ; différente de celle (1rs cloisons, elle est formée de lamelles rayon¬
nantes non jointives ; celle couche est poreuse et fragile.
I, anneau connectif <!u Nautile ne possède pas de couche semi-prismatique. Les couches
nacrées et sphérulil iqnes prismatiques sont semblables à celles de la cloison, et la seconde
esl identique à celle de l'anneau connectif de lu Spirule. Toutes ces couches, différentes dans
leur architecture, semblent, être construites à partir d’un seul élément : le granule.
Intérêt des observations microstructurales pour une comparaison avec les autres Cépha¬
lopodes
IJientjue l'intérêt, porté aux structures mises en place dans les premiers stades du déve¬
loppement des Céphalopodes ait été très précoce et que les résultats acquis aient abouti
à des interprétations désormais classiques, la terminologie utilisée à ce sujet n'en présente
pas moins certaines ambiguïtés. Ainsi, l'emploi du terme protoconque pour désigner la
première loge d'une coquille est courant, maïs sa définition même varie. La protoconque
des Céphalopodes esl l'homologue de la coquille embryonnaire des autres Mollusques ;
« sa partie apicale, séparée du reste, de la coquille par le premier cloisonnement constitue
la loge initiale » (K. Basse, in Pivhteau, TT, 11152 ; 532),
Dans le cas dos Ammonites, 1c terme « cloisonnement » est lui même ambigu, puisque
les deux premières cloisons sont dites embryonnaires. La protoconque. comporte, alors la
loge initiale et. les « chambres » construites jusqu’au premier nacroseptum. Nous avons vu
que la première « cloison » de la Spirale était une constrietion du test ; la protoconque devrait
alors inclure la loge initiale et. la suivante.
Dans le langage courant, la protoconque est la première chambre habitée par l'animal,
et ou ne tient pas compte du cloisonnement. La protoconque de la Spirule correspond alors
à la boule initiale.
Or, jusqu’à présent, les données mierostriietorales relatives aux coquilles de. Cépha¬
lopodes n’ont pratiquement, pas été utilisées dans la recherche des homologies entre les
constituants des protoconques mises en place dans les divers taxons fossiles. Les stades
précoces du développement des Céphalopodes actuels sont eux-mèmes très peu connus,
et l'incertitude règne en ce qui concerne l'existence de stades larvaires. M. IL Clakke
considère que la Spirale rie subit pas de métamorphose. La présence (1e métamorphoses
est admise par Erren, Dkustuc et K ni ami chez les Ammonites, et est reliée à la présence
de la première varice ou « ncpionic constrietion ».
On peut penser qu'une meilleure connaissance du déroulement des stades initiaux
de l'ontogenèse des formes actuelles permettrait de déterminer une corrélation entre les
phases successives du développement des parties molles et la mise en place des diverses
couches constituant les tests embryonnaire et juvénile.
Il est clair que seule Une étude de ce genre, dans laquelle doivent naturellement être
pris eu compte les divers paramètres d'ordre écologique intervenant au cours de la crois¬
sance, peut fournir la hase de l'interpréta lion des structures correspondantes chez les Cépha¬
lopodes fossiles. Chez ces derniers, l’interprétation doit également intégrer les phénomènes
diagénètiques ayant affecté les tests. Toute précision apportée à la connaissance du dévelop¬
pement initial est de nature à améliorer notre représentation des rapports entre les diffé¬
rents groupes taxinomiques.
MICROSTRUCTURE DES COQUILLES DE CÉPHALOPODES
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Manuscrit déposé le 21 juillet 1975.
Bull. Mus. natn. Ilist. nat., Paris, 3 e sér., n° 382, mai-juin 1976,
Sciences de la Terre 54 : 197-238.
Achevé d’imprimer le 30 juillet 1976.
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Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
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« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
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