ISSN 0181-0626
BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
SECTION A
zoologie
biologie et écologie
animales
4 e SERIE T. 5 1983 N° 1
Janvier-Mars 1983
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Professeur E. R. Brygoo
Section A : ZOOLOGIE
Directeurs : Pr E. R. Brygoo et M. Vachon.
Rédaction : P. Dupérier.
Comité scientifique : R. C. Anderson (Guelph), M. L. Bauchot (Paris), J.
Carayon (Paris), A. Chabaud (Paris), A. M. Clark (London), Y.Coineau
(Paris), B. Collette (Washington), J. Daget (Paris), C. Delamare Debout-
teville (Paris), J. Dorst (Paris), C. Dupuis (Paris), N. Halle (Paris),
C. Heip (Gent), R. Killick- Kendrick (Ascot), Y. Laissus (Paris), R. Lau¬
rent (Tucuman), C. Lévi (Paris), H. W. Levi (Cambridge, USA), C. Mon-
niot (Paris), G. Pasteur (Montpellier), R. Paulian (Ste Foy-la-Grande),
P. Pesson (Paris), J. Vacelet (Marseille), A. Waren (Gôteborg), P. White-
head (London).
Un Comité de lecture examine tous les manuscrits reçus et nomme des
rapporteurs.
Fondé en 1895, le Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle est devenu à partir de 1907 :
Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Des travaux originaux relatifs aux diverses
disciplines scientifiques représentées au Muséum y sont publiés. Il s’agit essentiellement
d’études de Systématique portant sur les collections conservées dans ses laboratoires, mais
la revue est également ouverte, depuis 1970 surtout, à des articles portant sur d’autres
aspects de la Science : biologie, écologie, etc.
La I re série (années 1895 à 1928) comprend un tome par an (t. 1 à 34), divisé chacun en
six fascicules regroupant divers articles.
La 2 e série (années 1929 à 1970) a la même présentation : un tome (t. 1 à 42), six
fascicules par an.
La 3 e série (années 1971 à 1978) est également bimestrielle. Le Bulletin est alors divisé
en cinq Sections et les articles paraissent par fascicules séparés (sauf pour l’année 1978
où ils ont été regroupés par fascicules bimestriels). Durant ces années chaque fascicule est
numéroté à la suite (n 08 1 à 522), ainsi qu’à l’intérieur de chaque Section, soit : Zoologie,
n 08 1 à 356 ; Sciences de la Terre, n 08 1 à 70 ; Botanique, n 08 1 à 35 ; Écologie générale,
n 08 1 à 42 ; Sciences physico-chimiques, n 08 1 à 19.
La 4 e série débute avec l’année 1979. Le Bulletin est divisé en trois Sections : A : Zoolo¬
gie, biologie et écologie animales ; B : Botanique, biologie et écologie végétales, phyto¬
chimie (fusionnée à partir de 1981 avec la revue Adansonia) ; C : Sciences de la Terre, paléon¬
tologie, géologie, minéralogie. La revue est trimestrielle ; les articles sont regroupés en
quatre numéros par an pour chacune des Sections ; un tome annuel réunit les trois Sec¬
tions.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle
38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris, tél. 331-71-24 ; 331-95-60.
— pour les abonnements et achats au numéro, au Service de vente des Publications du
Muséum, 38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris, tél. 331-71-24 ; 331-95-60.
C.C.P. Paris 9062-62.
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue Cuvier,
75005 Pans, tél. 587-19-17.
Abonnements pour l’année 1983 (Prix h.t.)
Abonnement général : 1080 F.
Section A : Zoologie, biologie et écologie animales : 670 F.
Section B : Botanique, Adansonia : 300 F.
Section C : Sciences de la Terre, paléontologie, géologie, minéralogie : 195 F.
Numéro d’inscription à la Commission paritaire des publications et agences de presse : 1403 AD
BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
4 e série, 5, 1983, section A (Zoologie, Biologie et Ecologie animales), n° 1
SOMMAIRE — CONTENTS
F. Monniot. — Ascidies littorales de Guadeloupe. I. Didemnidae.. 5
Littoral Ascidians from Guadeloupe. I. Didemnidae.
G. Monniot. — Ascidies littorales de Guadeloupe. II. Phlébobranches. 51
Littoral Ascidians from Guadeloupe. II. Phlebobranchiata.
J.-L. d’Hondt. — Nouvelle contribution à l’étude des Bryozoaires Eurystomes
bathiaux et abyssaux de l’océan Atlantique. 73
New contribution to the study of the bathyal and abysscd Eurystomatous Bryozoa from
Atlantic ocean.
C. Lévi et P. Lévi. — Eponges Tétractinellides et Lithistides bathyales de Nou¬
velle-Calédonie . 101
Bathyal Tetractinellida and Lithistida Sponges from New Caledonia.
C. Massin et M. Sibuet. — Découverte dans le bassin profond du Cap de l’espèce
antarctique Psychropotes scoliae (Vaney, 1908) (Echinodermata Holothuroi-
dea). 169
Discovery in the deep Cape Basin of the antarctic species Psychropotes scotiae (Vaney,
1908) (Echinodermata Holothuroidea).
A. G. Chabaud, G. T. Navone et 0. Bain. — Description de Mazzia bialata n. sp.,
parasite de Dasypodidés. Attribution du genre aux Nématodes Spirocercidae. 175
Description of Mazzia bialata n. sp., parasite of dasypodid mammals. Mazzia is placed
in the Spirocercidae.
M. R. Baker. — Two trichostrongyle genera (Nematoda) parasitic in malaysian
Amphibians : Batrachostrongylus Yuen, 1963 (Amphibiophilidae) and Batracho-
nema Yuen, 1965 (Nicollinidae). 181
Compléments morphologiques sur deux genres de Trichostrongyles (Nematoda) para¬
sites de Batraciens en Malaisie : Batrachostrongylus Yuen, 1963, et Batrachonema
Yuen, 1965.
1 . 1
— 2 —
J.-P. Hugot. — Deux Oxyures parasites de Petromus typicus, un Rongeur sud-
africain archaïque. 187
Two Oxyurids parasites of Petromus typicus, an archaic south-african Rock-Rat.
J. Renaud-Mornant. — Tardigrades abyssaux nouveaux de la sous-famille des
Euclavarctinae n. subfam. (Arthrotardigrada, Halechisniscidae). 201
New abyssal Tardigrada of the subfamily Euclavarctinae n. subfam. (Arthrotardi¬
grada, Halechisniscidae).
J. Renaud-Mornant, N. Gourbault et M.-N. Helléouet. — - Prospections méio-
faunistiques en Martinique. I. Les biotopes et leurs peuplements. 221
Meiofaunistic prospections in Martinique. I. The biotopes and their populations.
R. Jocqué. — Sur la synonymie de Callitrichia Fage et Atypena Simon avec la
redescription de quelques espèces paléotropicales (Araneae, Linyphiidae).... 235
On the synonymy of Callitrichia Fage and Atypena Simon with redescriptions of some
palaeotropical species (Araneae, Linyphiidae).
J.-P. Mauriès. — Cambalides nouveaux et peu connus d’Asie, d’Amérique et d’Océa¬
nie. I. Cambalidae et Cambalopsidae (Myriapoda, Diplopoda). 247
New and unknown Cambalida from Asia, America and Oceania. I. Cambalidae and
Cambalopsidae (Myriapoda, Diplopoda).
J.-M. Thibaud et J. Jérémie. -—• Microarthropodes du sol et groupements végétaux
de l’île de la Guadeloupe. 277
Soil-microarthropods and plant communities of Guadeloupe island.
J. H. Stock. — Pycnogonides des campagnes CORINDON et MUSORSTOM II
(détroit de Makassar et Philippines), avec description de Pallenopsis dentifera
sp. nov. 299
Pycnogonida from the cruises CORINDON and MUSORSTOM II (strait of Makassar
and the Philippines), with the description of Pallenopsis dentifera sp. nov.
E. R. Brygoo et R. Roux-Estève. — Feylinia, genre de Lézard africain de la famille
des Scincidae, sous-famille des Feyliniinae. 307
Feylinia, a genus of Scincidae, subfamily Feyliniinae african Lizards.
R. Rour. — Trois populations endémiques du genre Pelusios (Reptilia, Chelonii,
Pelomedusidae) aux îles Seychelles ; relations avec les espèces africaines et
malgaches. 343
Three endemic populations of the genus Pelusios from the Seychelles islands ; relation¬
ships with the african and malagasy species.
- 3
R. Bauchot, M. Thireau et M. Diagne. —- Relations pondérales encéphalo-soma-
tiques interspécifiques chez les Amphibiens anoures. 383
Interspecific brain-body weight relationships of the Anura Amphibians.
J. Daget. —• Vers une conception bio-génétique du genre chez les Poissons. 399
Towards a bio-genetical concept of genus in Fishes.
Bull. Mus. nain. Hist, nat., Paris, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 5-49.
Ascidies littorales de Guadeloupe
I. Didemnidae
par Françoise Monniot
Résumé. — Dans la zone littorale autour de la Guadeloupe, dix-neuf espèces d’Ascidies
Didemnidae ont été récoltées. Dix d’entre elles sont nouvelles pour la science. Le genre Lepto-
clinides est signalé pour la première fois aux Antilles. Les espèces sont décrites et figurées ; elles
sont rassemblées dans une clé tabulaire. Une discussion sur l’importance des divers organes des
zoïdes pour l’évolution du groupe est entreprise. La structure des larves peut être utilisée pour
comparer les genres qui ne peuvent à notre avis faire l’objet d’une évolution linéaire.
Abstract. —■ In shallow waters, around of Guadeloupe island, nineteen species of Didemnid
Ascidians were collected, ten of which are new. The genus Leptoclinides is recorded in the West
Indies for the first time. The species are described and illustrated ; they are listed in a tabular
key. A discussion is given about the importance of several organs of the zooids for the evolution
of the family. The larval structure can be used to compare genera which, in our opinion, cannot
be placed along a straight evolutionary line.
F. Monniot, Laboratoire de Biologie des Invertébrés marins et Malacologie, Muséum national d’Histoire
naturelle, 55, rue Buffon, 75005 Paris.
Au cours d’une mission réalisée dans le cadre de l’action concertée DGRST « mangrove
et zone côtière » (contrat Claude Bernard, ÉPHÉ, Salvat n° 79-7-0453), 27 stations ont été
prospectées sur le littoral de la Guadeloupe. L’étude des Ascidies fera l’objet de plusieurs
publications concernant les différentes familles. La première d’entre elles traite des Didem¬
nidae, à très faillie profondeur, la plupart à moins de cinq mètres.
La liste des stations est accompagnée d’une carte (fig. 1) qui permet de localiser rapi¬
dement les points donnés pour chaque espèce.
Les Didemnidae n’avaient pas fait l’objet d’une étude approfondie aux Antilles jusqu’à
présent. Van Name, le principal auteur ayant étudié les Ascidies de cette région (1921,
1924), ne semble pas s’être beaucoup intéressé à cette famille. A part lui, les récoltes ont
été très fragmentaires. Sluiter (1898) a décrit deux espèces de Didemnidae seulement
et si ses descriptions sont souvent inutilisables, les échantillons-types nous ont permis
de reconnaître les animaux. Nous remercions le Muséum d’Amsterdam de nous les avoir
communiqués.
Gravier (1955) ne décrit pas d’espèces nouvelles mais signale Trididemnum savignyi,
Didemnum candidum, D. vanderhorsti, Polysyncraton amethysteum et Diplosoma macdo-
naldi. Les descriptions sont absentes ou trop sommaires et l’on ne peut juger de la validité
des noms spécifiques.
- 6 —
En 1962, Millar signale à Curaçao Trididemnum solidum, Trididemnum orbiculatum,
Lissoclinum fragile, Diplosoma macdonaldi, Didemnum conchyliatum et Didemnum vander-
horsti.
Les publications ultérieures ne signalent pas de Didemnidae nouvelles, seules F. Lafar-
gue et G. Duclaux décrivent Trididemnum cyanophorum en 1979 (voir Addendum, p. 46).
Il n’est pas surprenant que dix espèces nouvelles soient décrites dans ce travail.
Comme tous les auteurs l’ont fait remarquer, la distinction entre les diverses espèces de
Didemnidae est délicate ; elle ne peut se faire avec certitude sans anesthésie, dissection
et observation des zoïdes adultes et des larves. La variabilité parfois très grande des
couleurs, de la taille ou de la densité des spicules ne facilite pas les distinctions spéci¬
fiques.
Des espèces souvent signalées aux Antilles comme Polysyncraton amethysteum ou
Tridemnum savignyi n’ont pas été trouvées au cours de nos récoltes en Guadeloupe. Il
y a deux explications possibles à cela : les stations sont toutes situées à profondeur très
faible et elles ont été choisies surtout en vue d’un inventaire des espèces vivant dans la
mangrove d’une part et d’autre part dans les ports. Ces stations ne représentent donc pas
la totalité des biotopes pouvant abriter des Didemnidae. Il est possible aussi qu’il y ait
autour des différentes îles des Antilles une répartition différente des espèces caraïbes.
Algues symbiotes
Beaucoup d’espèces de Didemnidae ont des algues symbiotes en Guadeloupe. La durée
de la mission et les conditions de travail sur place n’ont pas permis de décider avec certi¬
tude quelles étaient les espèces d’Ascidies susceptibles d’héberger des algues de façon cons¬
tante ou facultative b D’autre part, nous nous garderons bien d’identifier ces organismes,
ce que seid un spécialiste peut faire. Cependant, nous avons constaté la présence de trois
types de structures qui pourraient être des algues symbiotes dont l’aspect évoque celui
des Prochlorophycées ou des Cyanophycées :
1. un revêtement vert vif partiel à la surface de certaines colonies de Trididemnum
cyanophorum et d’une Didemnidae blanche encroûtant l’algue Halimeda ;
2. des cellules logées à l’intérieur des tissus de diverses espèces, colorées en rose plus
ou moins vif jusqu’au violet, qui se décolorent ou deviennent brunes dans les fixateurs ;
3. des cellules brunes, vert sombre ou noires, sous et dans la tunique, mais qui pour¬
raient être aussi bien des cellules pigmentaires altérées de l’Ascidie.
Remarque : Les colonies n’ont pas été figurées car seules des photographies des ani¬
maux en place, en couleurs, ont une réelle valeur. Les zoïdes, les larves et les spicules ont
été figurés dans la mesure du possible. Les détails visibles sur les photographies ou les
dessins, qui ont tous été faits à la chambre claire, n’ont pas toujours été redécrits dans le
texte pour l’alléger.
1. Des récoltes ultérieures sont prévues qui permettront de vérifier la présence d’algues symbiotes,
Prochlorophytes ou autres, dans chaque espèce de Didemnidae. Cette étude sera faite par analyse des
pigments caractéristiques, chlorophylles et autres.
— 7 -
Liste des stations
(Fig. 1)
Les espèces étudiées ici ont été récoltées du 14 décembre 1980 au 3 janvier 1981. Les récoltes
ont été effectuées en plongée libre et en scaphandre autonome à partir de la côte ou du bateau
du Centre Universitaire Antilles-Guyane. Nous remercions ici MM. Guyard et Louis, du CUAG,
qui nous ont accompagnée dans quelques sorties.
Fig. 1. — Carte des stations.
St. 1 — Plongée à partir de la plage de Petit Havre sur la côte sud de Grande Terre de 0
à 3 m. Les Ascidies ne se trouvent que sous les pierres.
St. 2 — Récoltes dans la mangrove de la Pointe Lambi, grand cul-de-sac marin, sur les
racines de palétuviers et sur les thalles d ’Halimeda sp. fixés sur fond de vase entre 1 et 3 m.
St. 3 — Récoltes en plongée libre de 0,5 à 1 m de profondeur sur la face nord de l’îlet à Chris¬
tophe dans le grand cul-de-sac marin. Les récoltes ont été faites sur des piquets de bois et sur
les thalles et feuilles d’un herbier de Phanérogames marines et sur des coquilles d ’Area sp.
— 8 -
St. 4 — Récoltes de 0 à 3m sur un « sec » au sud-ouest de l’îlet Fajou, grand cul-de-sac
marin. Les Ascidies ont été récoltées sur les coraux morts en place ( Porites sp.), sur les Halimeda
et à une profondeur de plus de 2 m sur de grandes éponges fixées sur le fond vaseux.
St. 5 — Récoltes de 1 à 2 m sur un « sec » situé au nord-ouest de l’îlet Fajou. Les Ascidies
se trouvaient sur les coraux ( Porites sp.) et les touffes d’ Halimeda.
St. 6 — Récoltes sur la mangrove au nord de l’îlet Fajou à 1 m. Les Ascidies ont été récol¬
tées sur les racines plongeantes des palétuviers et sur le feutrage des racines souterraines qui sont
là à nu et non envasées sur la bordure extrême de la mangrove.
St. 7 — Récoltes de 0 à 5 m dans l’Anse de Raille Argent, côte ouest de Basse Terre. Les
deux faces de la baie ont été explorées ; sur la face nord très propre et plus battue, les Ascidies
vivent dans des fissures ou se présentent en croûtes minces. Sur la face sud plus calme et plus
vaseuse certaines espèces vivent sur la roche à la limite du sédiment.
St. 8 - Plongée à partir de la Pointe du Carénage sur la côte est de Basse Terre. Les récoltes
ont été effectuées autour et sur un « sec » à quelques centaines de mètres de la côte à la fois sur
les coraux morts Porites, Agaricia et Millepora spp. vers 2 m de profondeur, sur la face est du
« sec » et sur des coquilles ou des coraux morts au-dessus du « sec » dans un herbier où la profon¬
deur n’est que de quelques décimètres.
St. 9 — Herbier de l’Anse du Souffleur, côte ouest de Grande Terre. Les Ascidies ont été
récoltées par 0,5 à 1 m de fond entre les racines de Phanérogames, sous des coraux morts ( Acro-
pora palmata) et sur des bois flottés.
St. 10 — Portes d’Enfer, côte nord de Grande Terre, de 1 à 2 m. Dans cette zone très agitée
et parcourue de très forts courants, les Ascidies se rencontrent sous les coraux massifs et dans les
touffes d’algues.
St. 11 — Récoltes en plongée libre sur les piliers du port de plaisance de Fouillole (Pointe-
à-Pitre) de 0 à 4 m.
St. 12 — Récoltes sous la petite jetée au nord de l’îlet à Cochons, petit cul-de-sac marin,
et dans l’herbier à Phanérogames par 1,5 à 2 m de fond.
St. 13 — Plongée (5 à 10 m) au sud du banc de sable qui prolonge à l’ouest l’ilet à Cochons.
La plupart des espèces ont été trouvées à la base des coraux vivants en place ou sous les plaques
d ’Acropora palmata morts, tombées sur le sédiment. Un appauvrissement net en espèces est constaté
au-dessus de 7 m.
St. 14 — Récoltes de 0,5 à 1 m au sud-ouest de l’îlet à Cochons. Les Ascidies ont été récol¬
tées sur les faces latérales et sous des blocs de coraux morts roulés, recouverts de petites algues
qui agglomèrent le sédiment. Dans cette station les Ascidies sont particulièrement discrètes.
St. 15 — Plongée libre sous la jetée au port de Trois Rivières, sud de Basse Terre, et sur
la face interne de la digue. Très peu d’Ascidies.
St. 16 — Récoltes sur les piliers du port de plaisance de Rivière Sens au sud de la ville de
Basse Terre et sur la face interne de la jetée. Les Ascidies sont également présentes sur les chaînes
dormantes et les flotteurs.
St. 17 - Plongée libre sur la face nord de la Pointe des Châteaux, extrémité est de Grande
Terre, dans une piscine naturelle protégée par le récif frangeant. Les récoltes ont été effectuées
sous des blocs rocheux de 1 à 2 m de profondeur, situés près de la communication de la vasque
avec l’extérieur.
St. 18 — Plongée sous le quai du port de pèche et de plaisance de Saint-François, côte sud
de Grande Terre. Les Ascidies recouvrent totalement, souvent sur plusieurs couches, les piliers
et les blocs situés sous le quai.
St. 19 Plongée sur la face sud de la pointe située au sud de Bouillante, côte ouest de Basse
Terre, de 2 à 10 m. Récoltes sous les coraux vivants, dans les fissures entre les coraux et à la base
des éponges.
St. 20 — Plongée de 5 à 15 m sur la face ouest de l’îlet Pigeon, ouest de Basse Terre. Les
— 9 -
Ascidies se trouvent en partie sur la face vivante des coraux mais surtout sous les coraux morts
et dans les fissures.
St. 21 — Plongée de 0 à 5 m sur la face nord de la pointe sud de Bouillante, au déversoir
de l’usine géothermique dans des eaux très chaudes. Peu d’Ascidies sous les coraux morts.
St. 22 — Plongée de 0 à 3 m sous les piliers de la jetée de l’Anse à la Barque, côte ouest
de Basse Terre, et sur des champs de blocs sur la face sud de l’anse. Faune peu variée à base de
Stolidobranches.
St. 23 — Plongée à l’îlet Pigeon, prolongation en profondeur 15-28 m de la station 20. Récol¬
tes sous les surplombs, à la base des grandes éponges et dans les fissures.
St. 24 — Plongées et récoltes en divers points sur la mangrove entre la Rivière Perrin et
la Pointe « j’ai fouillé » dans le grand cul-de-sac marin.
St. 25 — Plongées sur divers « secs » entre la Rivière Perrin et l’îlet Fajou entre 1 et 4 m.
Récoltes sur les coraux morts.
St. 26 — Récoltes sur les piquets de l’ancienne exploitation ostréicole dans la Manche à
Eau.
St. 27 — Même emplacement que la station 13 de 1 à 5 m de profondeur. Récoltes sous
les plaques d ’Acropora palmata morts.
Quelques échantillons ont été récoltés par J. Vacelet au cours de la mission CORANTILLES
en avril 1981. Il en sera fait mention au cours de la description des espèces.
DESCRIPTION DES ESPÈCES 1
Genre TRIDIDEMNUM Della Valle, 1881
Les espèces possèdent trois rangs de stigmates seulement, une ouverture cloacale de
faible diamètre, le plus souvent tubulaire, un spermiducte spiralé. Des spicules sont presque
toujours présents dans les colonies.
Trididemnum cyanophorum Lafargue et Duclaux, 1979
Stations : 8 — 23.
Les colonies correspondent à la description de Lafargue et Duclaux ; elles se carac¬
térisent surtout par leur bordure épaisse, leur faible adhérence au substrat. Leur couleur
varie sur le vivant, passant par le blanc, le vert, le rose et le violet. L’espèce se différencie
des deux suivantes par l’abondance des spicules beaucoup plus denses et par la larve plus
grosse et de structure différente. Nous ne refigurons pas cette espèce.
Trididemnum cyanophorum est commune surtout au-dessous de 10 m de profondeur ;
elle a été récoltée à toutes les plongées près de l’îlet Pigeon et par Vacelet près de Sainte-
Anne. Nous l’avons également trouvée à faible profondeur, près d’un sec, en face de la pointe
du carénage (petit cul-de-sac marin).
1. Les types des nouvelles espèces sont déposés au Muséum national d’Histoire naturelle.
/ ^ N ^ ^ ^ / v / V / V / ^ / Q /
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Trididemnum cyanophorum
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Diplosoma listerianum
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glandulosum
(1) ouverture cloacale découvrant toute la branchie ; (2) pelotes fécales denses dans toute la colonie.
— 11 —
Trididemnum hians n.
(Fig. 2 ; pi. I, C)
sp.
Stations : 4 — 9 — 13.
Les colonies encroûtantes ont une couleur gris foncé due à l’absence de spicules dans
la couche superficielle de la tunique qui contient des grains de pigment vert-noir. Les zoïdes
sont également teintés de vert foncé. Les colonies ont une surface lisse ; elles mesurent
3 à 4 cm d’envergure et au plus 2 mm d’épaisseur. Les zoïdes sont régulièrement disposés
et entourés dans la partie abdominale par des sortes de capsules formées par l’accumula¬
tion des spicules. Les spicules (pi. I, C) sont relativement gros (40 à 45 pm) à pointes aiguës
formées d’aiguilles soudées entre elles.
Fig. 2. — Trididemnum hians n. sp. : A et C, zoïdes ; B, larve.
Les zoïdes possèdent un pigment foncé plus ou moins dense dans leur manteau, selon
les colonies, mais la partie antérieure de l’endostyle est toujours marquée d’un point noir,
même chez les zoïdes les plus clairs. Le thorax est plus petit que l’abdomen (fig. 2 A, C),
et en est séparé par un long pédoncule œsophago-rectal. L’appendice fixateur peut être
très long et dépasser largement le niveau de l’abdomen (fig. 2 A, C). Le siphon buccal a
six lobes, sans caractères particuliers. Le siphon cloacal, large, forme un tube court à bord
ondulé (fig. 2 A) s’ouvrant au milieu du thorax. Il a un diamètre assez large chez les indi¬
vidus peu contractés ; son sphincter n’est pas très fort. Les organes thoraciques latéraux
12 —
arrondis (fig. 2 A) sont situés au niveau du troisième rang de stigmates ; ils sont placés
plus près de l’endostyle que chez Trididemnum orbiculatum. On compte généralement
quatorze stigmates au premier rang dans la branchie. Le tube digestif forme une simple
boucle large (fig. 2 A). L’estomac est sphérique ; l’intestin moyen est marqué par une por¬
tion renflée. Dans la boucle intestinale, il y a un gros testicule en forme de lentille (fig. 2 A,
C) sur lequel s’enroulent sept tours de spermiducte. Entre le testicule et l’estomac, l’ovaire
comprend au moins un ovocyte bien développé qui fait hernie sous l’abdomen et peut attein¬
dre une très grande taille (fig. 2 A, C).
Les larves (fig. 2 B) sont disposées dans la partie inférieure de la colonie et atteignent
1 mm. Leurs trois ventouses sont longuement pédonculées et sont bordées de chaque côté
par cinq papilles courtes et minces. La branchie est déjà organisée dans la larve avec trois
rangs de stigmates. Ocelle et otolithe sont présents. La queue ne décrit que les trois quarts
du périmètre de la larve, au plus.
Cette espèce ne semble pas aussi commune que Trididemnum orbiculatum ; elle n’a
été trouvée qu’à faible profondeur, entre 1 et 4 m, mais à la fois dans le grand et le petit
cul-de-sac marin. Elle diffère de Trididemnum orbiculatum par la forme du siphon cloacal,
mais surtout par la structure des larves.
Trididemnum orbiculatum (Van Name, 1902)
(Fig. 3 A, B, C, D ; pi. I A)
Didemnum orbiculatum Van Name, 1902.
Trididemnum orbiculatum-, Van Name, 1945; Millar, 1962.
Stations : 2 — 4 — 7 — 8 — 12 — 13 — 14 —- 16 — 17 —- 18 — 27.
L’espèce se présente sous plusieurs formes :
1. De petites colonies de faible extension, très minces, blanches, sur les articles de
l’algue Halimeda, à faible profondeur ou sur des branches de coraux morts. Les spicules
sont surtout disposés en une couche superficielle.
2. Des colonies de petite extension, 1 cm, mais un peu plus épaisses, à tunique résis¬
tante, ne comprenant presque pas de spiculés. Ces animaux apparaissent alors jaune pâle
sur le vivant.
3. Enfin, des colonies nettement plus épaisses (jusqu’à 5 mm) de quelques centimètres
d’envergure, de couleur variable allant du gris très pâle au gris foncé tirant sur le vert.
La couleur est due à la pigmentation plus ou moins intense des zoïdes, la tunique restant
transparente, et à l’abondance des spicules.
Les spicules, quand ils sont peu abondants, sont localisés dans la couche de la tunique
qui contient les thorax ; ils sont relativement gros à pointes aiguës (pl. 1 A).
Les zoïdes (fig. 3 A, B) mesurent au plus 1,3 mm de longueur. Les siphons buccal et
cloacal forment des tubes cylindriques nets et équivalents l’un par rapport à l’autre (fig. 3 A,
B). Le manteau est transparent avec un point noir en haut de l’endostyle ou porte un pig-
— 13 -
ment noir le long du sillon péricoronal. Pour les zoïdes les plus foncés, la pigmentation
peut s’étendre à tout le thorax ou même à l’abdomen qui reste cependant toujours le plus
clair. Le manteau est très faiblement musclé. Il y a trois rangs de neuf à dix stigmates
de chaque côté. Il existe un espace imperforé sous le troisième rang de stigmates. Les organes
thoraciques latéraux (fig. 3 A, B) ont une taille et une position variables selon les colonies.
Petits, ils sont placés au niveau du troisième rang de stigmates (fig. 3 A), plus grands, ils
sont plutôt situés au niveau du deuxième rang de stigmates (fig. 3 B). Ils sont arrondis,
en cupide.
Fig. 3. — Trididemnum orbiculatum (Van Name, 1902) : A et B, zoïdes ; C, larve ; D, abdomen.
Trididemnum savigrtyi (Herdman, 1886) : E, larve d’un exemplaire des Bermudes.
- 14 —
Le pédoncule œsophago-rectal est assez court. L’appendice fixateur part toujours de
la base de l’endostyle et ne dépasse pas le niveau de l’estomac, mais il peut être beaucoup
plus court (fig. 3 A, B). L’abdomen est plus petit que 'e thorax ou au plus égal, quand les
gonades sont bien développées. Le tube digestif forme une large boucle repliée sur elle-
même (fig. 3 A, B). L’estomac est sphérique ; l’intestin antérieur assez étroit et l’intestin
moyen est élargi, mais il n’y a pas de régions nettement marquées et la forme du tube diges¬
tif dépend beaucoup de ce qu’il contient. Les gonades (fig. 3 A, B) sont normalement situées
à droite, dans la position normale des zoïdes dans la colonie, par rapport aux thorax, mais
cette position varie en fonction de la torsion au niveau du pédoncule œsophago-rectal.
Il y a un seul testicule (fig. 3 A, B) entouré de sept et jusqu’à huit tours du spermiducte
enroulés dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. L’ovaire est situé entre le testi¬
cule et l’estomac. Les larves (fig. 3 C) sont incubées dans la couche basale de la colonie.
Elles sont de petite taille (450 à 500 pm), ont trois ventouses assez longuement pédoncu-
lées et quatre papilles épidermiques à extrémité large, dont la base est convergente. Le tho¬
rax montre déjà trois rangs de stigmates. La queue de la larve fait un tour complet.
Cette espèce ne semble habiter que les zones de très faible profondeur, mais elle y est
commune. Elle contient de façon irrégulière des algues symbiotes dans la couche la plus
profonde de la tunique. Elle se distingue des deux autres espèces de Guadeloupe par la
structure de la colonie, et celle des larves. Elle correspond tout à fait aux exemplaires
que nous avons récoltés en abondance aux Bermudes. L’espèce n’était connue que dans
la zone caraïbe. Le type de l’espèce déposé à l’American Museum, New York a été examiné.
Les larves correspondent bien à celles des spécimens de Guadeloupe.
Discussion
En dehors des trois espèces Trididemnum cyanophorum, T. hians et T. orbiculatum,
d’autres Trididemnum ont été signalés dans la région caraïbe mais nous ne les avons pas
récoltées en Guadeloupe. Ce sont :
-— T. savignyi (Herdman, 1886) que nous avons récolté aux Bermudes et qui diffère
des trois espèces citées plus haut par la structure de sa larve gemmipare (fig. 3 E) (cf. type).
— T. solidum (Van Name, 1902) qui possède des spicules denses de très grande taille
(70 à 80 pm). Cette espèce des Bermudes et des Antilles n’est peut-être qu’un synonyme
de T. cyanophorum. Seide, l’étude du type pourrait donner plus d’indications.
-— T. tenerum Verrill, 1871, qui forme des colonies épaisses, avec très peu de spicules
irréguliers. Les descriptions incomplètes ne permettent pas de comparer précisément
cette espèce à celles citées ci-dessus. Le nombre de tours du spermiducte (10) est plus
élevé.
— T. tethidis Van Name, 1945, qui n’est connu que de Floride, avec des zoïdes imma¬
tures. Sa seule caractéristique semble être la présence d’un point noir sur le thorax, carac¬
tère que nous avons constaté à la fois chez T. orbiculatum et T. hians. Seules, de nouvelles
récoltes d’individus sexuellement mûrs, et avec des larves, permettront de bien préciser
la validité des espèces citées ci-dessus.
— 15 -
Genre LEPTOCLINIDES Bjerkan, 1905
Les espèces de ce genre ont à la fois quatre rangs de stigmates, un siphon cloacal tubu¬
laire et un spermiducte spiralé. Il y a généralement des spicules dans la tunique.
Nous persistons à inclure dans la diagnose de ce genre le siphon cloacal en tube ; cepen¬
dant, dans notre nouvelle espèce Leptoclinides latus, les zoïdes situés autour des orifices
cloacaux communs de la colonie n’ont plus une ouverture cloacale tubulaire mais prolongée
dorsalement par une large languette. Tous les autres zoïdes ont un siphon cloacal en tube
simple et correspondant bien à la diagnose du genre.
La possibilité d’une large languette cloacale, de plusieurs testicules et de spires lâches
du spermiducte sont des caractères spécifiques du genre Leptoclinides, qui rappellent ce
qu’on trouve fréquemment dans le genre Polysyncraton. Le siphon cloacal tubulaire rap¬
proche les Leptoclinides des Trididemnum, mais l’allongement du siphon cloacal nous paraît
plus correspondre à un épaississement des colonies, caractère variable sans grande impor¬
tance dans l’évolution des Didemnidae.
Leptoclinides latus n. sp.
(Fig. 4 ; pi. I, B)
Stations : 4 — 8 — 13 — 20 —- 23.
Les colonies fragiles, encroûtantes, sur le corail, sont soit minces et lisses, soit plus
épaisses et repliées sur elles-mêmes. Les zoïdes ne sont disposés que dans la couche super¬
ficielle de la colonie. Les spicules sont localisés dans une croûte en surface et sont absents
de la couche profonde, sauf dans les colonies épaisses où on les trouve aussi au contact
du substrat. Les orifices cloacaux communs sont ovales, largement ouverts. Les canaux
cloacaux contiennent des pelotes fécales. Les spicules ont une petite taille, 20 pm en moyenne
avec des pointes courtes (pi. I B). Les colonies sont généralement blanches, l’une d’elles
avait une coloration orangée qui a disparu dans le fixateur.
Les zoïdes mesurent environ 1 mm de long et sont perpendiculaires à la surface de
la colonie (fig. 4 A), ou sont couchés si celle-ci est très mince. Les thorax sont souvent
contractés. Le manteau contient une musculature longitudinale assez forte avec huit à
quatorze fibrilles. Le siphon buccal a six lobes arrondis. Le siphon cloacal varie selon la
position des zoïdes (fig. 4 A) : pour les zoïdes bordant les ouvertures cloacales communes,
le siphon cloacal n’est pas élargi, mais possède une grande languette dorsale bifide. Les
autres zoïdes (fig. 4 B) ont une ouverture cloacale tubulaire dont le bord est lisse mais qui
apparaît souvent ondulé. Il y a vingt-quatre tentacules en trois ordres, six grands très
longs séparés par de plus petits triangulaires (fig. 4 D). Les organes thoraciques latéraux
sont arrondis, situés au milieu des faces latérales du thorax et en face du deuxième ou troi¬
sième sinus interstigmatique (fig. 4 B, C). La branchie compte au moins quatorze stigmates
par demi-rang (fig. 4 C), parfois un peu moins pour le premier rang. Il n’y a pas d’appen¬
dice fixateur.
- 16 -
Fig. 4. — Leptoclinides latus n. sp. : A, cloaque commun entouré de zoïdes à siphon cloacal à languette ;
B, zoïde entier ; C, thorax étalé ; D, détail des tentacules ; E, abdomen ; F, abdomen, autre face ;
G, larve.
Le pédoncule œsophago-rectal est assez long. L’abdomen est de grande taille, plus
grand que le thorax (fig. 4 D). Le tube digestif décrit un cercle ; l’estomac à peu près sphé¬
rique est situé antérieurement ; l’intestin se divise en plusieurs parties (fig. 4, C) assez nettes ;
l’intestin postérieur débute au pôle postérieur de l’abdomen. Une grosse glande pylorique
entoure l’intestin postérieur en face de l’estomac. La gonade mâle est composée de deux ou
plus souvent trois ou quatre testicules (fig. 4 B, E, F), souvent inégaux, placés au-dessus
du début du rectum. Le spermiducte décrit trois ou quatre tours de spire lâches (fig. 4, B, F),
— 17 —
mais son trajet souvent irrégulier peut avoir un rebroussement soit au départ soit au niveau
de l’ovaire. Le dernier tour du spermiducte enserre l’ovaire (lig. 4 B, F). Les ovocytes
de couleur orangée dilatent le manteau, quand ils grossissent, en une poche qui se développe
sous l’abdomen, entre le testicule et l’intestin moyen. Les gonades restent relativement
éloignées de l’estomac qui est antérieur.
Les larves, rares dans les colonies récoltées en décembre, ont une taille moyenne de
750 pm (fig. 4, G). Elles ont trois ventouses sur des pédoncules longs et quatre papilles
doubles de chaque côté formant un anneau épais et compact autour des ventouses. La
branchie est peu développée, on n’y distingue pas encore de stigmates.
Cette espèce a été récoltée à des profondeurs allant de 2 à 7 m dans des localités variées
mais pas dans les ports ni dans la mangrove. Un échantillon a été trouvé par Vacelet
entre 10 et 18 m à Sainte-Anne.
Cette espèce ne semble pas abriter d’algues symbiotes. Elle se caractérise par la lan¬
guette cloacale grande et foliacée des zoïdes bordant les ouvertures cloacales communes
et le petit nombre de tours du spermiducte ainsi que par la larve.
Aucune espèce de Leptoclinides n’est décrite dans la zone caraïbe. L’espèce géogra¬
phiquement la plus proche est Leptoclinides brasiliensis Michaelsen, 1923, qui possède
plusieurs lobes testiculaires mais six tours du spermiducte.
Leptoclinides torosus n. sp.
(Fig. 5 ; pl. 1 D)
Stations : 8 — 13.
L’espèce encroûtante peut atteindre plusieurs centimètres d’envergure avec une épais¬
seur de plus d’un centimètre, bien que les petites colonies soient le plus souvent minces.
La surface des plus grands spécimens est très irrégulière, hérissée de bosses et de papilles
tunicales qui ont souvent une accumulation de spicules à leur extrémité libre. La couleur
est souvent marbrée à cause des spicules irrégulièrement répartis mais aussi grâce à la pré¬
sence de pigments foncés. Les colonies vont du gris clair au noir en passant par le violet.
Des algues symbiotes sont souvent présentes et contribuent à cette coloration.
Les orifices cloacaux communs sont larges, bordés de spicules puis d’une couche de
tunique transparente qui forme le bord de l’orifice. Généralement, la couche tout à fait
superficielle de la colonie, sauf pour les papilles, est dépourvue de spiculés. Ceux-ci s’accu¬
mulent au niveau de la zone des abdomens des zoïdes. Les couches plus profondes de la
colonie en sont dépourvues. Les spicules ont de nombreux rayons dont l’extrémité libre
est aplatie (pl. I D) ; ils sont grands et dépassent souvent 50 pm.
Les zoïdes mesurent jusqu’à 2 mm bien que leur taille soit très variable. Ils sont tous
semblables qu’ils soient proches ou non des ouvertures cloacales communes. Ils sont diffi¬
ciles à extraire de la tunique. Le thorax montre une forte musculature (fig. 5 A) composée
de huit faisceaux longitudinaux partant du siphon buccal et de six faisceaux partant du
siphon cloacal de chaque côté. Les deux siphons sont longs, tubulaires, à bord entier et
munis d’un fort sphincter. Les organes thoraciques latéraux sont situés au niveau du troi-
1 , 2
— 18 —
sième rang de stigmates ; ils sont arrondis (fig. 5 A). Le nombre de stigmates par rang
est élevé mais nous n’avons pu les compter. L’endostyle est large.
Le pédoncule œsophago-rectal, large, ne porte pas d’appendice fixateur. Le tube
digestif forme une large boucle simple (fig. 5 A, B), l’estomac antérieur est un peu plus
large que long ; l’intestin est divisé en trois parties par des constrictions. L’intestin posté¬
rieur débute au fond de la boucle digestive ; un manchon d’ampoules pyloriques l’entoure
un peu au-dessous du niveau de l’estomac (fig. 5 B). Le testicule (fig. 5 C) est formé de trois
à six lobules, le plus souvent quatre ou cinq, entourés de cinq à neuf tours de spire (géné¬
ralement sept) du spermiducte. L’ovaire est situé antérieurement par rapport aux testi¬
cules.
Fig. 5. — Leptoclinides torosus n. sp. : A, zoïde ; B, abdomen du même zoïde ; C, testicule d’un autre exem¬
plaire ; D, larve.
Les larves mesurent 750 pm (fig. 5 D). Elles possèdent trois ventouses larges et quatre
papilles élargies à leur extrémité, de chaque côté. Ces papilles ne forment pas une couronne
comme chez Leptoclinides latus. La branchie dans le têtard a déjà quatre rangs de stigmates.
Cette espèce a été récoltée près des secs du petit Cul-de-sac marin. Une petite colonie
_a également été trouvée par Vacelet entre 10 et 18 m au sud de Sainte-Anne.
- 19 -
L’espèce diffère de L. latus par la structure du siphon cloacal, du spermiducte et des
larves. La surface de la colonie est également différente, beaucoup plus irrégulière chez
L. torosus.
Genre DIDEMNUM Savigny, 1816
Dans ce genre, les zoïdes ont quatre rangs de stigmates, un petit nombre de lobes testi¬
culaires, une ouverture cloacale non prolongée en tube et un spermiducte spiralé. Les colo¬
nies contiennent généralement des spicules.
Didemnum conchyliatum (Sluiter, 1898)
(Fig. 6 ; pl. 1 F)
Leptoclinum conchyliatum Sluiter, 1898.
Didemnum conchyliatum ; Millar, 1962.
Didemnum candidum ; part Van Name, 1921, 1945.
Stations : 4 — 5 — 10 — 13 — 19 — 20 — 23 — 25 — 27.
L’espèce semble très commune aux Antilles. Décrite à Curaçao et à la Jamaïque, elle
a été retrouvée fréquemment mais confondue avec d’autres espèces sous le nom de Didem¬
num candidum.
L’animal forme des croûtes minces, lisses qui peuvent atteindre une grande extension,
soit une dizaine de centimètres et plus. L’épaisseur reste faible, 1 à 2 mm. La couleur est
variable, blanc, rose ou mauve. Elle dépend à la fois des spicules, de la densité des zoïdes
et de la présence d’algues symbiotes. Les zoïdes sont assez régulièrement disposés, visibles
en surface de la colonie grâce aux siphons buccaux dont les lobes portent des spicules et
qui sont étoilés (pl. I F). Les zoïdes sont groupés en systèmes irréguliers entre lesquels
circulent des canaux cloacaux plus ou moins larges. Ces canaux se réunissent en de grands
chenaux parfois visibles en surface de la colonie et qui lui donnent un aspect marbré. La
tunique est constituée de deux lames, l’une en surface qui contient la partie supérieure
des thorax et qui est densément incrustée de spicules, et une autre plus profonde qui con¬
tient les abdomens et les larves. Les deux couches sont reliées par des piliers de tunique
qui contiennent les zoïdes.
Les zoïdes (fig. 6 A) sont de petite taille, ils mesurent au plus 1 mm. Le siphon buc¬
cal porte six lobes pointus. Le siphon cloacal forme une large échancrure qui découvre
une grande partie de la branchie. Les organes thoraciques latéraux sont toujours petits,
circulaires et saillants, insérés verticalement au niveau du troisième espace interstigmatique
ou du quatrième rang de stigmates, un peu en retrait du bord du manteau. Il y a sept stig¬
mates au plus par demi-rang, sauf au quatrième rang plus court.
L’appendice fixateur est bien développé (fig. 6 A) mais plus court que l’abdomen ;
il s’insère au milieu du pédoncule œsophago-rectal. L’abdomen est plus petit que le thorax.
— 20 -
Le tube digestif décrit une boucle repliée sur elle-même. L’estomac est sphérique, peu
volumineux. L’intestin a des différenciations peu nettes, mais il y a généralement un angle
externe au début de l’intestin postérieur. Le testicule unique est entouré de sept tours du
spermiducte (enroulés dans le sens contraire des aiguilles d’une montre (fig. 6 A)). L’ovaire
est placé entre le testicule et l’estomac.
Fig. 6. — Didemnum conchyliatum (Sluiter, 1898) : A, zoïde ; B, abdomen du même zoïde ; C et D, deux
thorax dans différents états de contraction ; E, larve.
Les larves (fig. 6 E) ont une taille variant entre 350 et 400 pm ; elles ont trois ven¬
touses et quatre papilles épidermiques de chaque côté ; la queue fait le tour du têtard.
Cette espèce vit sur toutes sortes de supports : algues, éponges, coraux, coquilles,
etc. Elle a été récoltée tout autour de la Guadeloupe jusqu’à une profondeur de 28 m ;
elle a également été trouvée par Vacelet à Bouillante et près de l’îlet Fortune.
— 21 —
Des algues symbiotes envahissent certaines colonies. On les trouve alors à la fois sous
forme de cellules isolées en surface des colonies et le long des canaux cloacaux, mais aussi
en amas dans la couche profonde. Nous n’avons pas pu séparer les colonies contenant
des algues de celles n’en contenant pas, les caractères anatomiques des zoïdes ne pouvant
justifier cette séparation, pas plus que les larves. Cependant, 1rs larves des colonies conte¬
nant des algues sont pigmentées.
Didemnum cineraceum (Sluiter, 1898)
(Fig. 7)
Leptoclinum cineraceum Sluiter, 1898.
Stations : 2 — 4 — 8 — 9 — 13 — 14 — 16 — 18 — 21 — 23 — 25 — 27.
Les colonies sont encroûtantes, assez minces, irrégulières, de quelques centimètres
d’envergure. L’épaisseur maximum est de 2 mm, sauf quand la colonie est repliée sur elle-
même. Les colonies ont une couleur variable du jaune pâle jusqu’au gris foncé, en passant
par le jaune sale et le gris. La coloration dépend à la fois de grains pigmentaires de la
tunique, absents, ou présents en quantités diverses, et de la présence ou non d’algues sym¬
biotes. La couleur peut n’être pas uniforme dans une même colonie.
Les zoïdes sont visibles par transparence dans la colonie. Ils sont disposés en une seule
couche perpendiculairement à la surface. Les spicules, de taille très inégale, sont disposés,
quand ils sont présents, dans la couche superficielle de la tunique tout autour des orifices
buccaux. Ils ne sont jamais denses ; ils sont formés de très nombreux rayons (fig. 7 D).
Les ouvertures cloacales communes sont de simples trous. La tunique est très molle et se
déchire facilement.
Les zoïdes (fig. 7 A) mesurent en moyenne 1,5 mm de long. L’abdomen est soit dans
le prolongement du thorax, soit replié. Le siphon buccal peut être très dilaté ; il possède
six lobes. L’orifice cloacal a une taille variable mais il ne découvre qu’une faible portion
de la Franchie (fig. 7 A). Les organes thoraciques latéraux sont généralement très petits,
situés au niveau du quatrième rang de stigmates, parfois un peu au-dessus (fig. 7 A). Dans
une colonie, les organes thoraciques latéraux étaient plus gros et plus nets. La Franchie
est toujours très contractée ; elle compte douze stigmates de chaque côté pour les premiers
rangs. Le pédoncule œsophago-rectal est long et large (fig. 7 A). L’appendice fixateur
est aussi long ou plus long que l’abdomen, il s’insère au milieu du pédoncule. L’abdomen
est souvent plus grand que le thorax. La boucle digestive est large, simple (fig. 7 B). L’esto¬
mac est petit, tronqué de façon rectiligne du côté pylorique ; l’intestin moyen est nette¬
ment renflé à son départ, il est un peu isolé de l’intestin postérieur, la constriction entre
les deux parties disparaît quand le tube digestif est plein. Le testicule est unique (fig. 7 A),
grand et plat ; le spermiducte s’enroule en sept à huit tours dans le sens contraire des aiguilles
d’une montre, sauf dans de rares cas où l’on observe la structure inverse (fig. 7 A). Lorsque
le testicule est très peu développé, le nombre de tours de spire est moins élevé et peut même
n’être que de deux ou trois.
Les larves sont grandes, jusqu’à 1 mm, et gemmipares (fig. 7 C). Les trois ventouses
sont allongées en urnes hautes ; de chaque côté les papilles épidermiques situées entre les
— 22 —
ventouses sont simples alors que les plus externes sont dédoublées : il y a donc six papilles
en tout de chaque côté. La branchie de l’oozoïde comprend trois rangs de stigmates, celle
du bourgeon quatre rangs.
E
E
m
Fig. 7. — Didemnum cineraceum (Sluiter, 1898) : A, zoïde ; B, abdomen ; C, larve ; D, spicules.
L’espèce n’a rien de bien caractéristique en ce qui concerne le zoïde, mais la struc¬
ture de la larve est particulière ; la rareté des spicules dans les colonies est aussi un carac¬
tère distinctif.
La répartition de cette espèce en Guadeloupe est vaste mais uniquement au-dessus
de 10 m de profondeur. On la trouve aussi bien dans les ports que sur des supports divers
mêmes souples, par exemple les zosteracées.
— 23 —
L’espèce est probablement présente dans toutes les Antilles.
Nous avons examiné le type de Sluiter, provenant de la Jamaïque. Les caractères
des zoïdes correspondent exactement à notre description. L’appendice fixateur est très
long, l’estomac grand. Le testicule est ici aussi très aplati. Les larves ont la même taille
que dans les échantillons de Guadeloupe ; dans la colonie-type on remarque, cependant,
une plus grande variabilité du nombre de papilles épidermiques, six ou huit de chaque
côté. Les ventouses sont également allongées en urnes. La colonie-type contient un peu
plus de spicules que celles de Guadeloupe, ceux-ci restent peu abondants. Il faut constater
une fois de plus que la description de Sluiter ne correspond pas exactement à l’échantil-
lon-type ; il n’y a pas quatre ou cinq stigmates de chaque côté, mais beaucoup plus. Ni les
gonades, ni les larves n’ont été décrites.
Didemnum duplicatum n. sp.
(Fig. 8 ; pi. I E)
Stations : 1 — 2 — 8 — 9 — 14 — 27.
Les colonies ont une taille variable (jusqu’à 7,5 cm) mais peuvent encroûter toutes
sortes de supports : algues, coquilles, autres ascidies, éponges, corail... On les trouve dans
les eaux très superficielles et dans les ports. Elles ont une couleur blanche quand les spi¬
cules sont abondants ou rosée allant jusqu’au violet foncé le long des marbrures. La cou¬
leur disparaît dans les fixateurs.
Les ouvertures cloacales arrondies forment de simples trous au confluent des canaux
cloacaux très étendus. Quand les colonies ont peu de spicules, ce sont ceux de la couche
la plus superficielle qui sont rares et se disposent alors autour des orifices buccaux. Il y a
toujours des spicules au niveau de la couche tunicale abdominale. La consistance de la
colonie varie en fonction de la densité des spicules : mais la tunique reste toujours molle.
Les spicules (pi. I E) ont des tailles très inégales, mais ne dépassent guère 30 p. m. Ils sont
formés d’astérisques dont chaque rayon est lui-même composé d’un faisceau d’aiguilles
de même longueur ; les rayons n’ont donc pas une extrémité pointue.
Les canaux cloacaux contiennent de nombreuses pelotes fécales.
Les zoïdes (fig. 8 A) ont une couleur jaune orangé à l’état vivant. Ils mesurent 1,5 mm.
Le thorax est un peu plus petit ou égal à l’abdomen ; le siphon buccal est large (fig. 8 A, C)
divisé en six lobes peu profonds. Le siphon cloacal n’est pas très largement ouvert (fig. 8 A,
C) ; il n’y a pas de languette. Les organes thoraciques latéraux sont représentés par des
lames foliacées verticales, saillantes aussi longues qu’un stigmate, le plus souvent situées
à mi-distance entre le bord du siphon et l’endostyle au niveau du troisième sinus interstig-
matique et du quatrième rang de stigmates (fig. 7 A, C). Il y a environ huit stigmates de
chaque côté, pour les premiers rangs au moins.
Le pédoncule œsophago-rectal est long et porte un appendice fixateur long, inséré
bas, près de l’abdomen (fig. 8 A). Le tube digestif (fig. 8 D) forme une boucle large, repliée
sur elle-même ; l’estomac a une forme de trapèze ; l’intestin est divisé en trois régions.
L’intestin moyen, quand il est vide, est dilaté juste avant la constriction le séparant de
l’intestin postérieur. Le testicule est constitué de deux volumineux lobules entourés par
— 24 -
un long spermiducte qui décrit, selon les individus, de cinq à neuf tours de spire (généra¬
lement sept ou huit) (fig. 8 A, B) dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. L’ovaire
est placé le long de la partie ascendante du spermiducte.
Les larves sont incubées dans la couche basale de la colonie. Allongées, elles mesurent
un peu plus de 900p,m (fig. 8 E). Elles ont un thorax bien différencié, trois ventouses portées
par des pédoncules de grand diamètre, bordées de chaque côté par quatre doubles papilles.
La duplication du testicule et des papilles larvaires justifie le nom spécifique.
Fig. 8. — Didemnum duplicatum n. sp. : A, zoïde ; B, détail des testicules ; C, thorax ; D, abdomen ; E,
larve.
Cette espèce représente le seul Didemnum à deux testicules de Guadeloupe. Comme
il s’agit d’une espèce encroûtante, blanche marbrée, elle a dû souvent être confondue avec
« Didemnum candidum ».
Didemnum duplicatum semble être une espèce d’eaux très peu profondes. De nom¬
breuses colonies abritent des algues symbiotes.
- 25 —
Didemnum halimedae n. sp.
(Fig. 9 ; pi. II C)
Station 4.
Les colonies sont petites, blanches, encroûtantes ; elles ont été trouvées sur des articles
de l’algue Halimeda ou sur du corail mort. L’extension des colonies ne dépasse guère 1 cm
en général pour une épaisseur de 1 mm environ. La surface de la colonie est marquée de
légers renflements au niveau des siphons buccaux qui sont régulièrement répartis. Les
cloaques communs s’ouvrent par de simples trous.
Fig. 9. — Didemnum halimedae n. sp. : A, zoïde en phase femelle ; B, abdomen d’un zoïde en phase mâle ;
C, larve.
Les spicules (pi. II C) sont très régidiers, d’un diamètre moyen de 30 à 35 pm, disposés
dans toute la tunique de façon uniforme. La tunique est transparente, très résistante, et
les zoïdes sont particulièrement difficiles à extraire. La couche superficielle de la colonie
est extrêmement mince et reliée à la couche plus profonde par des piliers qui contiennent
les thorax des zoïdes. Les abdomens sont inclus dans des renflements dans la partie supé¬
rieure de la deuxième lame tunicale ; les larves sont situées plus profondément, au contact
du support.
26 -
Les zoïdes sont petits (750 |xm) (fig. 9 A). Le siphon buccal a six lobes pointus, il est
long et constitue le seul point d’ancrage dans la couche supérieure de la tunique. Le siphon
cloacal a une ouverture simple ; il n’y a pas de languette. La musculature thoracique est
forte. Le thorax, non contracté, est long et étroit ; les organes thoraciques latéraux sont
constitués de boutons arrondis insérés au niveau du troisième sinus interstigmatique (fig. 9 A).
Le pédoncule œsophago-rectal, long, porte un appendice fixateur moyen ou court (fig. 9 A).
L’abdomen est de petite taille (fig. 9 A, B). Le tube digestif de faible diamètre forme une
boucle tordue sur elle-même. Il y a un seul testicule arrondi (fig. 9 B) placé au-dessus de
l’intestin moyen. Le spermiducte décrit sept tours de spire dans le sens contraire des aiguilles
d’une montre. L’ovaire n’est bien développé que dans les colonies où il n’y a plus de testi¬
cules (fig. 9 A) ; il n’y a qu’un seul gros ovocyte.
Les larves, de petite taille (300 pm, environ), ont trois ventouses et quatre papilles
épidermiques (fig. 9 C).
L’espèce est essentiellement caractérisée par la petite taille des zoïdes et des larves,
la tunique particulièrement solide et des spicules gros, réguliers, à nombreuses pointes,
de forme particulière.
Nous n’avons pas décelé dans cette espèce d’algues symbiotes. Les animaux n’ont
été récoltés qu’à la station 4, c’est-à-dire à très faible profondeur, dans le grand cul-de-sac
marin.
Didemnum inauratum n. sp.
(Fig. 10 ; pl. I G)
Stations : 23 — 27.
L’espèce ne comprend que des colonies encroûtantes, minces, de couleur orangée
de 2 ou 3 cm d’envergure. La plupart des échantillons ont été récoltés à une profondeur
de 20 à 25 m sur des éponges, mais certains aussi à 5 m au sud-ouest de l’îlet à Cochons.
Les colonies, minces (1 mm), sont complètement incrustées de petits spicules denses, mais
la colonie reste souple. La surface lisse laisse voir les siphons buccaux étoilés à six ou douze
rayons. Entre les ouvertures buccales la colonie apparaît ponctuée de petites dépressions
allongées, ceci à l’échelle microscopique. Les orifices cloacaux communs sont formés de
simples trous de la couche supérieure de la tunique. Les canaux cloacaux ne sont pas visibles
de la surface ; ils sont suffisamment étendus pour que la tunique se déchire en deux couches.
Les spicules sont de très petite taille (20 pm) et souvent dissociés dans la tunique ;
chaque rayon est formé d’aiguilles soudées (pl. I G).
Les zoïdes sont très petits (environ 750 pm). Les six lobes buccaux sont pointus ;
l’ouverture cloacale est moyenne, sans languette (fig. 10 A, B). Les organes thoraciques
latéraux sont saillants, en bouton, situés au niveau du troisième rang de stigmates (fig. 10 A,
B). L’appendice fixateur est très court, inséré à la base de l’endostyle. Le pédoncule œso¬
phago-rectal apparaît plus ou moins long selon la contraction des colonies, mais l’abdomen
est toujours bien séparé du thorax.
La boucle digestive est serrée et présente les divisions habituelles avec un petit esto¬
mac sphérique et trois régions intestinales (fig. 10 A, B). Le testicule unique, lenticulaire,
- 27 -
est gros et déborde de la boucle intestinale. Il est entouré de six à huit tours de spire du
spermiducte (fig. 10 A, B). L’ovaire contient dans certaines colonies un ovocyte bien déve¬
loppé ; il est alors de couleur rouge orangé. Les larves de petite taille (500 p.m, maximum)
n’ont pas de caractères particuliers mais seulement trois ventouses et quatre papilles (fig. 10
C).
Fig. 10. — Didemnum inauratum n. sp. : A et B, zoïdes ; C, larve.
Cette espèce se distingue des autres Didemnum de Guadeloupe par la surface des colo¬
nies, par la couleur orangée, la petite taille des zoïdes et des larves et l’appendice fixateur
court.
L’espèce semble commune au-dessous de 5 m. Elle a été aussi récoltée par Vacelet
près de l’îlet Fortune.
Didemnum ligulum n. sp.
(Fig. 11 ; pi. II A)
Stations : 8 — 20 — 23.
Plusieurs colonies de couleur grise ont été récoltées sur du corail mort devant la pointe
du Carénage et dans le petit cul-de-sac marin. Nous attribuons provisoirement (avant
de nouvelles récoltes) à cette espèce des colonies récoltées à plus grande profondeur, entre
15 et 20 m près de l’îlet Pigeon.
- 28 —
La colonie-type mesure 3 cm dans sa plus grande dimension et 2 mm d’épaisseur. Elle
est formée de zoïdes groupés autour de petits cloaques communs, chaque groupe étant
séparé du voisin par un espace plus grand que celui séparant deux zoïdes du même sys¬
tème. Les cloaques communs sont petits. Des colonies plus petites récoltées à la même
station ne contiennent qu’un seul système de zoïdes. La surface de la colonie est lisse. Les
spicules sont denses et d’un grand diamètre (jusqu’à 50 pm), ce qui rend la colonie cassante.
Les canaux cloacaux sont assez vastes pour que la colonie se déchire facilement en deux
couches. Les colonies adhèrent fortement à leur support.
Fig. 11. — Didemnum ligulum n. sp. : A et C, zoïdes ; B, abdomen.
Les zoïdes, de couleur grise, mesurent 1 mm de long en moyenne (fig. 11 A, C). Ils
ont six lobes buccaux. L’ouverture cloacale a une taille variable selon la place du zoïde
dans la colonie. Il y a une languette cloacale, elle aussi variable mais toujours nette, avec
le plus souvent deux lobes qui peuvent eux-mêmes s’échancrer chacun en deux lobes plus
petits (fig. 11 A, C). L’organe thoracique latéral est en bouton, situé au niveau du troisième
rang de stigmate (fig. 11 A, C). Nous n’avons pas pu compter le nombre de stigmates dans
- 29 -
la branchie. Le pédoncule œsophago-rectal est assez court, il porte en son milieu un appen¬
dice fixateur plus court que l’abdomen (fig. 11 A, C).
Le tube digestif forme une boucle simple et large. L’estomac est sphérique ; l’intestin
antérieur est renflé juste avant le brusque rétrécissement qui détermine l’intestin moyen ;
celui-ci est mince. L’intestin postérieur débute par un élargissement brusque, formant
souvent un angle aigu (fig. 11 B). 11 existe encore sur l’intestin postérieur une constriction
en face de l’estomac. Les deux renflements de l’intestin forment sur la courbe externe
de la boucle digestive deux excroissances caractéristiques (fig. 11 B). Le testicule unique
est entouré de six à sept tours de spire (fig. 11 A, B) du spermiducte. L’ovaire est à peine
développé (fig. 11 A). Il n’y a pas de larves dans les colonies récoltées en décembre.
Les spécimens de l’îlet Pigeon avaient une couleur orange vif due aux zoïdes, couleur
qui a disparu totalement dans l’alcool. Il est possible que cette coloration aient été masquée
par la grande abondance d’algues symbiotes dans les colonies du petit cul-de-sac marin
qui sont plus grises. Une autre différence porte sur les ouvertures cloacales communes,
lobées pour les spécimens de l’îlet Pigeon, alors que la structure n’est pas visible sur les
autres colonies. Les zoïdes ont les mêmes caractères dans les deux cas, aussi bien en ce
qui concerne la languette cloacale que les organes thoraciques latéraux, l’appendice fixa¬
teur ou la gonade mâle. Les spicules dans les deux cas ont la même structure (pi. II A)
et la même taille. Dans ces conditions nous avons rassemblé tous les spécimens cités plus
haut dans une même espèce.
Didemnum perlucidum n. sp.
(Fig. 12; pi. II D)
Stations : 9 — 13 —-14 — 16 —-18 — 19.
Les colonies sont très variables d’aspect selon la quantité de spicides qu’elles con¬
tiennent. De grande taille, la plus grande mesure 8 cm, elles n’ont qu’une épaisseur faible,
de 1 à 3 mm, qui varie selon l’état de maturité et le support. Les colonies sont souvent
marbrées : en effet, les canaux cloacaux contiennent des pelotes fécales et sont visibles
par transparence. Les spicules sont peu abondants. La couleur varie du gris au jaune ou
au brun. La consistance reste molle, même si les spicules sont relativement abondants.
Ceux-ci ne sont denses que dans la couche tout à fait superficielle de la colonie et autour
des zoïdes dans les colonies les plus calcifiées. Certaines colonies sont totalement dépourvues
de spicules. Les orifices cloacaux communs sont très peu apparents ; ils forment de simples
trous.
Les spicules sont assez petits : ils atteignent difficilement 30 pm de diamètre. Leurs
pointes sont peu nombreuses et constituées d’aiguilles soudées entre elles (pi. II D).
Les zoïdes (fig. 12 A, B, C) apparaissent avec des aspects assez différents dans les
diverses colonies. Leur état de contraction est variable et leur taille en dépend beaucoup.
Les plus grands mesurent 1,8 mm. Le siphon buccal est allongé et muni de six lobes pointus.
L’orifice cloacal peut être de dimension modeste (fig. 12 C) ou découvrir la totalité de la
branchie (fig. 12 A, B). Tous les intermédiaires sont possibles. Quand l’ouverture cloacale
est petite, ce qui est le cas de certaines colonies et de tous les bourgeons, les organes thora-
- 31 -
ciques latéraux sont grands, foliacés, verticaux et situés au niveau du quatrième rang de stig¬
mates (fig. 12 C). Lorsque l’ouverture cloacale est très grande, les organes thoraciques
latéraux sont repoussés vers l’endostyle au bord du manteau, au niveau du quatrième
rang de stigmates, verticalement ou même horizontalement sous le quatrième rang de
stigmates, ou bien ils se prolongent à la fois verticalement et horizontalement (fig. 12 B).
Le pédoncule œsophago-rectal est long et large ; il porte soit à son origine, soit au milieu,
un appendice fixateur fin, de longueur au moins égale à celle de l’abdomen, mais qui se
casse facilement à la dissection. Le tube digestif a une taille très variable qui peut varier
du simple au double selon les zoïdes et les colonies (fig. 12 B, C). Il forme une boucle repliée
sur elle-même en avant de l’estomac. L’estomac, ovale, n’a qu’un faible diamètre ; un post¬
estomac annulaire est présent (fig. 12 C). L’intestin moyen est coudé dans la partie la plus
postérieure de l’abdomen. L’intestin postérieur débute par un élargissement (fig. 12 C).
Le testicule unique est constitué d’une vésicule sphérique qui devient lenticulaire quand
elle est grande. Le spermiducte décrit jusqu’à huit tours de spire dans le sens inverse des
aiguilles d’une montre (fig. 12 A, C). L’ovaire n’a pas de caractères particuliers ; il y a un
seul ovocyte mûr à la fois (fig. 12 A, C).
Les larves sont de petite taille par rapport aux zoïdes (fig. 12 E). Elles ont les trois
ventouses habituelles, à pédoncule court, et quatre papilles massives. Elles mesurent 500 p.m.
La queue est longue et décrit un tour complet autour de la larve.
Cette espèce se rapproche beaucoup de Didemnum cineraceum en ce qui concerne
l’aspect des colonies pour les formes ayant peu de spicules. Elle en diffère surtout par la
structure des larves. Pour les colonies ayant des spicules, l’aspect général serait plus proche
de Didemnum conchyliatum, mais les colonies sont très molles ; les zoïdes sont ici nettement
plus grands. Il est curieux de remarquer que les organes thoraciques latéraux sont dans
tous les cas très développés, même dans les colonies qui n’ont pas de spiculés.
L’espèce a été trouvée en de nombreuses stations, mais les spicules n’étaient bien
développés que chez les animaux de la station 18 : la marina de Saint-François. Didemnum
perlucidum colonise tous les supports : tubes de polychètes, algues, coraux, bouées et piles
des ports et même un crabe. L’espèce n’a été récoltée qu’à faible profondeur à moins de
5 m.
Didemnum psammathodes (Sluiter, 1895)
(Fig. 13 ; pi. II B, E)
Leptoclinum psammathodes Sluiter, 1895.
Didemnum psammathodes ; Plante et Vasseur, 1966 ; Eldredge, 1967 et synonymie.
Stations : 2 — 3 — 6 — 7 — 8 — 9 — 11 — 13 — 14 — 16 — 18 — 27.
Cette espèce est bien caractéristique. Elle est très largement répandue dans toutes
les eaux tropicales littorales mais n’avait pas encore été signalée aux Antilles. Les exem¬
plaires de Guadeloupe ont été comparés au type de l’espèce et nous n’avons pas trouvé
de différences. Nous avons également examiné des exemplaires de Somalie déterminés
par Sluiter et conservés au MNIIM de Paris et des exemplaires du sud de l’Inde confiés
par le Dr. Renganathan, qui font bien partie de l’espèce Didemnum psammathodes.
- 32 -
Aux Antilles les colonies vivent aussi bien sur les racines de palétuviers, dans les man¬
groves, que sur le corail, les piles de ports, d’autres tuniciers, des coquilles. Nous ne les avons
pas trouvées à plus de 5 m de profondeur.
Fig. 13. —Didemnum psammathodes (Sluiter, 1895) : A, zoïde ; B et C, abdomens ; D, larve.
Les colonies, brun clair, sont encroûtantes, minces, à surface lisse. Elles ne dépassent
pas 2 mm d’épaisseur sauf quand elles sont repliées sur elles-mêmes ; elles peuvent atteindre
10 cm d’envergure et plus. La couleur est due à la fois à un pigment brun clair, mais aussi
à l’abondance des pelotes fécales contenues dans la tunique commune. Les zoïdes ne sont
pas visibles par transparence, leur emplacement est marqué en surface de la colonie par
des taches plus claires dues à l’accumulation des spicules autour des siphons buccaux (pi. II
B). Les spicules sont peu nombreux, petits, 30 [xm maximum (pi. Il E), très rares en dehors
du pourtour des siphons buccaux. Les ouvertures cloacales communes sont difficiles à voir,
de taille irrégulière, rondes ou ovales. Elles sont bordées d’une couche de tunique tout à
fait transparente qui ne contient pas de pelotes fécales. Les canaux cloacaux ont une grande
— 33 —
extension ce qui sépare la colonie en deux couches. Les colonies adhèrent peu au substrat
dont on peut les séparer facilement.
Les zoïdes (fig. 13 A) sont régulièrement disposés sans que l’on puisse distinguer de
systèmes. Ils mesurent un peu plus de 1 mm. Ils sont colorés en brun clair. Le siphon buc¬
cal a six lobes pointus. Le siphon cloacal est largement ouvert sur la branchie quand il
n’est pas contracté. Il ne porte pas de languette (fig. 13 A). On distingue dans de rares
cas les organes thoraciques latéraux très petits au niveau du troisième sinus interstigma-
tique, à mi-distance entre le bord du siphon et l’endostyle.
Le pédoncule œsophago-rectal est long ; il porte un appendice fixateur de longueur
égale à celle de l’abdomen (fig. 13 A). Le tube digestif (fig. 13 A, B, C) forme une boucle
serrée repliée sur elle-même ; l’estomac est brusquement tronqué au niveau du pylore,
ce qui lui donne une forme trapézoïdale. L’intestin est marqué d’une forte constriction
qui sépare la portion post-stomacale de l’intestin moyen renflé. L’intestin postérieur n’a
pas de limite bien tranchée. Il n’y a qu’un testicule conique (fig. 13 A, B, C) ; à son sommet
débute un spermiducte spiralé qui décrit généralement sept tours de spire. L’ovaire con¬
tient un seid ovocyte en maturation.
Les larves (fig. 13 D) se trouvent dans la couche basale de la colonie, elles mesurent
un peu moins de 500 p.m. Elles n’ont aucun caractère particulier.
Comme nous l’avons vu plus haut, Didemnum psammathodes est une espèce qui n’était
pas encore connue aux Antilles mais qui semble répartie dans toutes les eaux tropicales.
Elle ne vit en Guadeloupe qu’à très faible profondeur, mais elle est très commune aussi
bien dans les eaux propres, que dans les mangroves ou dans les ports.
Genre LISSOCLINUM Verrill, 1871
Ce genre comprend à notre sens les espèces de Didemnidae dont la colonie contient
des spicules, dont les zoïdes possèdent quatre rangs de stigmates et un spermiducte droit.
Le genre Echinoclinum Van Naine, 1902, ne diffère que par la forme des spicules, ce qui
ne nous paraît pas suffisant pour le conserver, les spicules des différentes espèces de Lisso-
clinum étant très variés. Le genre comprend des formes ayant ou non des organes thora¬
ciques latéraux et un appendice fixateur. Ces caractères seront donc considérés comme
spécifiques. De même, les larves peuvent être simples ou gemmipares.
Lissoclinum abdominale n. sp.
(Fig. 14)
Stations : 2 — 3 — 8 — 13.
Les exemplaires de cette nouvelle espèce ont été récoltés à la fois sur la tunique d’autres
Ascidies, sur du corail et sur des algues dans le grand et le petit cul-de-sac marin. Cette
espèce n’a été trouvée qu’à moins de 5 m de profondeur. Les colonies sont très difficiles
1, 3
A, zoïde entier, face droite ; B, face gauche de l’abdomen du
Fig. 14. — Lissoclinum abdominale n. sp,
même zoïde ; D, larve.
- 35 -
à voir, incolores, transparentes. Elles ont une consistance glaireuse, ce qui les rend très
fragiles. On ne peut les détacher sans dommage de leur support ; elles sont toujours très
minces et les zoïdes sont couchés dans la colonie.
11 n’y a que très peu de spicules, certaines parties des colonies peuvent d’ailleurs en
être presque totalement dépourvues. Les spicules (fig. 14 G, H) sont exclusivement loca¬
lisés à l’entrée du siphon buccal et sur une petite surface lenticulaire située dans l’espace
entre le thorax et l’abdomen qui sont repliés l’un contre l’autre. Les spicules sont sphé¬
riques à rayons en aiguilles, de très petit diamètre (25 qm), disposés en une seule couche.
Les zoïdes ressemblent à ceux de Lissoclinum verrilli une fois extraits de leur tunique.
Le siphon buccal a six lobes. Le siphon cloacal n’a pas de languette, il est largement ouvert
sur la branchie. Le manteau porte quelques fortes fibres musculaires longitudinales (fig. 14
A). Je n’ai pas trouvé d’organes thoraciques latéraux. Les tentacules coronaux (fig. 14 D)
sont au nombre de vingt-quatre, de deux sortes. Les stigmates sont allongés, plus nombreux
dans la partie antérieure de la branchie (neuf par demi-rang) que dans la partie postérieure
(six) (fig. 14 D). Sous les sinus transverses se disposent des filets musculaires nets comme
chez les autres espèces du genre. Il n’y a pas de pigment ni dans la branchie ni dans le
manteau, même sur l’abdomen. Le pédoncule œsophago-rectal est court ; il n’y a pas d’appen¬
dice fixateur. La boucle digestive est toujours repliée sous le thorax. La tunique adhère
très fortement au manteau du thorax et de l’abdomen. L’estomac est sphérique ; l’intestin
est très nettement divisé en trois régions (fig. 14 B). Il n’y a qu’un testicule (fig. 14 A, C) ;
à son pôle externe débute un spermiducte qui s’élargit tout de suite en une sorte d’ampoule
allongée, puis parcourt un trajet rectiligne le long du rectum. L’ovaire se situe au-dessus
du testicule, contre le spermiducte. Les larves, qui peuvent être très nombreuses dans les
colonies, sont incubées au contact du substrat. Elles sont gemmipares (fig. 14 E, F), de taille
variable (500 à 600pm). Elles sont très semblables à celles de Lissoclinum verrilli.
Les différences avec Lissoclinum verrili portent sur l’emplacement et la structure des
spicules, sur la présence des organes thoraciques latéraux, la coloration différente de l’esto¬
mac. Ces caractères nous paraissent suffisants pour établir une distinction spécifique,
d’autant plus que, près de Filet à Cochons, les colonies des deux espèces ont été trouvées
à plusieurs reprises côte à côte sur le même support avec des aspects très différents. Ceci
s’ajoute à une absence totale de variabilité des zoïdes dans diverses colonies de chacune
des espèces. Les colonies de Lissoclinum abdominale ont facilement pu échapper aux regards
jusqu’à présent, elles sont vraiment difficiles à repérer en place.
Lissoclinum fragile (Van Name, 1902)
(Fig. 15 ; pl. Il F)
Diplosomoides fragile Van Name, 1902.
Lissoclinum fragile; Eldredge, 1967, et synonymie; Rodrigues da Costa, 1969; Tokioka,
1967 ; Vasseur, 1970 ; Monniot, 1974 ; Kott, 1975.
Stations : 2 — 4 — 5 — 6 — 7 — 11 — 12 — 16 — 18 — 25.
On rencontre cette espèce tout autour de la Guadeloupe, mais seulement à très faible
profondeur. Elle est encroûtante aussi bien sur des algues ( Halimeda ) que sur d’autres
- 37 —
tuniciers, des tubes polychètes, des balanes ou du corail. On la trouve également sous les
pontons des ports.
Les colonies ont une couleur brune ou blanc sale. Elles sont molles. Les spicules ne
sont pas très denses (pi. II F). Ils sont tous du même type bien que le nombre de sommets
soit variable.
Les zoïdes (fig. 15 A) ont une taille variable mais atteignent facilement 1,5 mm. Ils
portent un pigment brun au niveau de la branchie et de l’abdomen. Le siphon buccal est
large à six lobes. La branchie est presque totalement à nu. Le manteau porte une courte
languette cloacale simple, arrondie, et des organes thoraciques latéraux saillants, implantés
au bord du manteau entre le troisième et le quatrième rang de stigmates. Ils forment des
expansions en « oreilles ». Il y a huit à neuf stigmates de chaque côté dans la partie moyenne
de la branchie. Les tentacules coronaux sont en nombre variable mais peu nombreux.
Il n’y a pas d'appendice fixateur.
L’abdomen est souvent replié sous le thorax. La boucle intestinale est serrée avec un
estomac rond, volumineux, et un intestin peu nettement divisé en régions. Les deux testi¬
cules sont situés au-dessus de l’intestin moyen (fig. 15 A, D). L’ovaire est placé le long
du spermiducte qui est droit.
Les larves (fig. 15 B), pigmentées de brun clair, mesurent de 500 à 550 pm. Elles mon¬
trent trois ventouses et quatre papilles. Elles ne sont pas gemmipares. La branchie de
l’embryon est déjà développée en quatre rangs de stigmates.
Une variété de cette espèce a été récoltée à la station 6 sur des racines de palétuviers.
Cette forme diffère de la précédente par une taille plus restreinte des zoïdes (fig. 15 C, E),
une ouverture cloacale un peu moins étendue. Les autres caractères, extension des canaux
cloacaux, forme des spicules, structure des larves (fig. 15 F), sont les mêmes. Les pigments
sont plus foncés et plus abondants que dans la forme commune.
Les différences ne nous ont pas paru suffisantes pour justifier une espèce, le milieu
particulier que constitue la station 6 explique peut-être la présence d’une forme particu¬
lière.
Lissoclinum fragile est une espèce des Bermudes. Nous avons comparé nos échan¬
tillons avec ceux que nous avons récoltés aux Bermudes et ils sont tout à fait semblables.
L’espèce a été signalée également en de nombreux points des Antilles, en Floride, et au
Venezuela. Nous l’avons trouvée aux Açores. Il est possible que des spécimens provenant
de Tuléar (Vasseur), du Brésil (Rodrigues da Costa), des Philippines (Tokioka) et
de l’Ouest australien (Kott) appartiennent aussi à cette espèce, mais une vérification
serait nécessaire.
Remarque : Les spicules figurés par Lafargue et Laubier (1980) (pl. 8, A) ne cor¬
respondent pas à ceux que nous avons figurés ici (pl. II F) ni à ceux des spécimens de la
localité-type aux Bermudes, semblables à ceux de Guadeloupe. Ces auteurs ne donnent
d’ailleurs pas la provenance de leur échantillon.
— 38 —
Lissoclinum perforatum (Giard, 1872)
(Fig. 16 A, B, C ; pi. II G)
Leptoclinum perforatum Giard, 1872.
Lissoclinum perforatum ; Lafargue, 1975, et synonymie.
Fig. 16. —• Lissoclinum perforatum (Giard, 1872) : A, zoïde ; B, branchie ouverte par la face ventrale ; C
et D, abdomen ; E, larve.
L’unique colonie de cette espèce a été récoltée à une quinzaine de mètres de profon¬
deur, sur du corail à l’îlet Pigeon (sta. 20). Encroûtante, blanche, elle mesure 2 cm dans
sa plus grande dimension, pour une épaisseur de 1,5 mm. La colonie, fragile, porte des
spicules dans la couche supérieure et dans la couche inférieure contre le substrat, mais
- 39 -
très peu dans la partie moyenne qui contient les zoïdes. Les canaux cloacaux ont une très
grande extension et seuls des piliers de tunique contiennent les zoïdes. Il y a une ouver¬
ture cloacale commune dans la colonie ovale, bordée d’un vélum de tunique sans spicules.
Les spicules (pi. II G) sont de taille irrégulière, certains gros (500 p). Ils ont peu de som¬
mets et les rayons sont aplatis.
Les zoïdes sont grands, jusqu’à 2 mm de long (fig. 16 A). Ils sont jaune ocre dans le
fixateur, sauf le testicule fortement coloré en brun foncé. Les cellules pigmentaires sont
plus denses dans la branchie et au niveau de l’estomac que sur le reste du corps, excepté
pour le testicule. Le siphon buccal a six lobes. L’ouverture cloacale est énorme, sans lan¬
guette. Les organes thoraciques latéraux forment de petites expansions arrondies au bord
du manteau, contre l’endostyle, entre le deuxième et le troisième rang de stigmates (fig. 16 A).
Il n’y a pas d’appendice fixateur. Les tentacules coronaux sont peu nombreux (douze),
de deux ordres, filiformes (fig. 16 B). La branchie a quatre rangs de stigmates (huit stig¬
mates pour le premier rang, puis dix, dix et neuf). Le pédoncule œsophago-rectal est assez
long (fig. 16 A), replié sur lui-même, de telle sorte que l’abdomen fait un angle de 90° avec
le thorax. L’estomac est allongé. L’intestin est divisé en trois parties (fig. 16 C). L’intestin
moyen est le plus large pour cette colonie. Le testicule unique (fig. 16 D) est fortement
coloré de brun en surface. Le spermiducte en sort à son pôle externe, puis suit le rectum
rectiligne. L’ovaire est placé au-dessus du testicule, contre le rectum. Les ovocytes, dès
le début de leur maturation, font hernie hors de l’abdomen, ils sont isolés dans une poche
pédonculée (fig. 16 A).
Les larves sont incubées dans la couche basale de la colonie ; elles mesurent 700 fj.m
(fig. 16 E) ; elles ont trois ventouses alignées, quatre papilles épidermiques, une branchie
déjà bien développée avec quatre rangs de stigmates. Elles ne sont pas gemmipares.
Cette espèce se distingue de Lissoclinum fragile par son testicule unique et l’absence
de languette cloacale. Elle diffère de Lissoclinum verrilli et de Lissoclinum abdominale
par l’ouverture cloacale, les organes thoraciques latéraux et la structure de la larve.
La récolte d’une seule colonie peut signifier un apport récent de l’espèce européenne
par les bateaux puisque cette forme est commune en Méditerranée et sur la côte atlantique
Est.
Lissoclinum verrilli (Van Name, 1902)
(Fig. 17)
Echinoclinum verrilli Van Name, 1902 ; Van Name, 1945; Millar, 1953; Tokioka, 1958; Kott,
1962, 1972.
Lissoclinum verrilli ; Eldredge, 1967, et synonymie.
Stations : 13 — 27.
Cette espèce est très commune à proximité de l’ilet à Cochons, dans le petit cul-de-sac
marin, mais n’a pas été récoltée ailleurs, ce qui est surprenant. Elle vit à faible profondeur,
entre 2 et 10 m, sur les coraux morts ou sur d’autres Ascidies. Les colonies vivantes sont
blanches, piquetées de rouge. La couleur rouge est due à l’estomac des zoïdes, la couleur
— 40 —
blanche est due aux spicules. Les spicules sont plus ou moins denses et forment des sortes de
capsules autour des zoïdes. Ils sont caractéristiques et nous les avons déjà représentés
(Monniot et Buge, 1971). Les colonies sont très molles, gélatineuses. Elles peuvent atteindre
une envergure de plusieurs centimètres. La tunique, adhesive retient souvent à sa surface
du sable corallien.
0,5 m m
Fig. 17. — Lissoclinum verrilli (Van Name, 1902) : A et B, zoïdes ; C, larve.
Les zoïdes sont extrêmement contractiles, grâce à une musculature thoracique puis¬
sante (fig. 17 A, B). L’ouverture cloacale est souvent réduite par suite de la contraction
des trois rubans musculaires longitudinaux qui la bordent de chaque côté (fig. 17 A, B).
Les organes thoraciques latéraux sont grands, en cupule, situés au niveau du deuxième
sinus interstigmatique. 11 n’y a pas d’appendice fixateur. Le testicule est unique, prolongé
par un spermiducte droit. L’ovaire est placé le long du spermiducte. Les larves sont incubées
dans la couche basale de la tunique ; elles mesurent 1 mm environ. Elles sont gemmipares
(fig. 17 C).
Cette espèce est surtout caractérisée par la forme de ses spicules et par la couleur
rouge de l’estomac. Nous avons comparé les exemplaires de Guadeloupe avec ceux récoltés
dans différentes stations des Bermudes. Nous n’avons trouvé aucune différence.
Lissoclinum verrilli semble une espèce circumtropicale. Décrite aux Bermudes, elle
est présente dans toute la zone caraïbe (Hartmeyer, 1909-1911 ; Plough and Jones,
1937), en Floride (Van Name, 1945) ; Millar (1953) la signale sur la côte de l’Or ; Tokioka
(1958) au Japon, et Kott (1962 et 1972) en Australie.
— 41 —
Genre DIPLOSOMA Macdonald, 1859
cules.
Les espèces du genre Diplosoma ne diffèrent des Lissoclinum que par l’absence de spi-
Diplosoma listerianum (Milne-Edwards, 1841)
(Fig. 18)
Leptoclinum listerianum Milne-Edwards, 1841.
Diplosoma listerianum; Rowe, 1966, et synonymie; Lafargue, 1968, 1975, et synonymie; Mon-
niot, 1974 ; Millar, 1978.
Stations : 2 — 4 — 7 — 9 — 10 — 13 — 17 — 18 — 27.
Cette espèce colonise tous les supports à faible profondeur. Elle est plus ou moins
densément pigmentée de vert sombre, couleur présente uniquement dans les zoïdes. La
tunique est transparente, très molle et fragile. Les caractères des zoïdes (fig. 18 A, B) ne
sont pas différents de ceux de l’espèce européenne Diplosoma listerianum. Les larves gem-
mipares (fig. 18 C) ont une taille nettement plus faible que celles de Diplosoma glandu-
losum. Le thorax n’est pas très grand et le nombre de stigmates par demi-rang ne dépasse
pas huit en général.
Fig. 18. —- Diplosoma listerianum (Milne-Edwards, 1841) : A, zoïde ; B, abdomen ; C, larve.
- 42 —
Il est bien difficile de préciser la répartition de Diplosoma listerianum qui a été signalé
à l’ouest et à l’est de l’Atlantique, aux Açores, en Méditerranée, en mer Rouge et même
en Australie. Les caractères anatomiques des zoïdes sont le plus souvent décrits sans pré¬
cisions suffisantes ; la taille et la structure des larves ne sont pas données. De plus, une
anesthésie est nécessaire avant la fixation pour une observation correcte. Enfin, la varia¬
bilité de l’espèce dans une même localité devrait permettre de préciser des limites qui
pourraient être utilisées pour une séparation taxonomique. En ce qui concerne Diplosoma
listerianum, nous avons comparé des échantillons des Antilles, des Bermudes, des Açores
et de France, préparés dans les mêmes conditions, et les variations d’un pays à l’autre ne
dépassent pas les variations observées dans une même localité.
Diplosoma glandulosum n. sp.
(Fig. 19)
L’espèce n’a été trouvée qu’à la station 13 à l’îlet à Cochons. La colonie, de couleur
jaune mesure 6 cm de diamètre pour une épaisseur de 2 mm. La tunique est molle mais
consistante ; les zoïdes y sont régulièrement répartis. Les canaux cloacaux ont une grande
extension ; les zoïdes (1,75 mm) sont situés dans des piliers de la tunique. Le thorax est
particulièrement grand (fig. 19 A). Le siphon buccal a six lobes arrondis. Les tentacules
coronaux (douze à seize) sont de trois ordres. Les quatre rangs de stigmates de la branchie
comprennent de chaque côté dix stigmates pour le premier rang, puis onze à douze poul¬
ie deuxième et le troisième, dix pour le quatrième. Le manteau est peu développé, peu
musclé. Il se prolonge sous l’endostyle par un appendice fixateur long (fig. 19 A, B). Il
n’y pas d’organes thoraciques latéraux.
Le pédoncule œsophago-rectal est mince. L’abdomen forme une boucle ouverte. L’œso¬
phage est étroit, l’estomac cylindrique, l’intestin moyen long. Les deux testicules piri-
formes sont jointifs, placés au milieu de la boucle digestive (fig. 19 B). Ils sont partiellement
couverts, ainsi que l’intestin moyen, d’une masse glandulaire ovale ou en croissant (fig. 19 A,
B). Cette glande est constituée d’ampoules allongées jointives parallèles entre elles, en une
seule couche, peu colorables à l’hémalun, qui représentent probablement la glande pylo-
rique. L’ovaire est placé contre le rectum, le long du spermiducte.
Les larves ne sont pas présentes dans la colonie de Guadeloupe. Nous avons récolté
de nombreux spécimens de cette espèce aux Bermudes, dont les zoïdes sont en tous points
semblables. Les colonies contenaient des larves et nous en figurons une ici (fig. 19 C). Ces
larves sont gemmipares et mesurent 0,8 mm.
L’espèce diffère de Diplosoma listerianum par le nombre de stigmates dans la branchie,
la glande pylorique post-testiculaire, la taille de la larve et le nombre de ses papilles épi¬
dermiques.
Cette description ne correspond pas à ce que Van Name a appelé Diplosoma macdo-
naldi aux Bermudes et que nous appelons D. listerianum, en suivant Rowe (1966).
D. glandulosum n. sp. se reconnaît facilement grâce à sa consistance, sa couleur, mais
surtout sa volumineuse glande post-testiculaire.
- 43 -
Fig. 19. —Diplosoma glandulosum n. sp. : A, zoïde ; B, abdomen ; C, larve d’un exemplaire des Bermudes.
DISCUSSION
Les Didemnidae de Guadeloupe sont abondantes et variées. Presque tous les genres
sont représentés, il ne manque que Askonides (avec un siphon à cinq lobes) et peut-être
Polysyncraton. Toutes les grandes tendances évolutives sont là, avec dans chaque genre
une variabilité intéressante.
Une fois de plus, il faut remarquer que l’abondance des spicules calcaires n’est pas
un caractère spécifique, pas plus que la présence d’algues symbiotes. De plus, ces orga¬
nites peuvent passer inaperçus après fixation. Par contre, il serait probablement intéres¬
sant de tenir compte du développement et de la position de la glande pylorique pour la
taxonomie. Malheureusement, malgré des essais répétés, nous n’avons pas réussi à colorer
cet organe de façon suffisante pour pouvoir le décrire de façon constante.
— 44 —
Nous avons examiné les hypothèses évolutives données par Lafargue et Laubier
(1980). Même pour les espèces françaises, si toutefois elles peuvent être considérées isolé¬
ment, une évolution linéaire n’est pas satisfaisante. Il y a beaucoup trop d’exceptions
pour que nous puissions l’adopter.
Les espèces de Guadeloupe sont loin de vérifier les conclusions de Lafargue et Lau¬
bier. Ils affirment par exemple au sujet du spermiducte : « le nombre de tours de spire
est caractéristique du genre ». Si on lit la colonne correspondante de la clé des Didemnidae
de Guadeloupe (tabl. I), on s’aperçoit qu’il n’en est rien, le nombre varie selon les espèces
et a un maximum de neuf dans les genres Trididemnum, Didemnum et Leptoclinides, c’est-à-
dire tous les genres à spermiducte spiralé. Au sujet des larves, Lafargue et Laurier disent
que la larve est simple dans le genre Didemnum et gemmipare dans le genre Polysyncraton.
Or, nous avons ici pour Didemnum cineraceum une larve gemmipare, et il n’y a bien qu’un
testicule. Si le genre Didemnum était strictement restreint à des espèces avec un seul testi¬
cule, alors Didemnum duplicatum qui en a deux devrait avoir une larve gemmipare, ce qui
n’est pas le cas. Et que dire aussi de Trididemnum savignyi qui a également une larve
gemmipare (fig. 3 E) )?
En ce qui concerne les spicules, nous ne reviendrons pas sur leur variabilité. L’allure
générale d’un grand nombre d’entre eux est caractéristique d’une espèce, mais un spicule
isolé ne signifie rien. La forme des spicules dépend beaucoup, sinon essentiellement, de la
composition de la tunique, de sa consistance. Pour les espèces de Guadeloupe, nous avons
remarqué, en prenant garde de ne pas faire de choix, que les spicules des Trididemnum
sont relativement symétriques et réguliers, mais que, par contre, ceux des Didemnum
sont irréguliers (longueur des rayons aussi bien que leur implantation), situation inverse
de celle décrite par Lafargue et Laubier (1980).
A notre sens, les distinctions les plus importantes entre les différents genres de Didem¬
nidae portent sur le nombre de rangs de stigmates, le spermiducte spiralé ou non. Il nous
paraît normal de considérer que les formes à trois rangs de stigmates ( Trididemnum ) sont
plus primitives que les formes à quatre rangs de stigmates. En effet, chez les larves on
retrouve pour les Didemnum de Guadeloupe, des oozoïdes à trois rangs de stigmates (fig. 6-
10, 12, 13) alors que les blastozoïdes en ont quatre, même dans la larve gemmipare de
Didemnum cineraceum. Les oozoïdes de Polysyncraton amethysteum n’ont aussi que trois
rangs de stigmates.
Au contraire, les oozoïdes des Lissoclinum (y compris L. verrilli) et des Diplosoma
(fig. 15-18) ont quatre rangs de stigmates. Il semble bien que ces genres représentent vrai¬
ment des lignées évolutives différentes.
Il est intéressant de remarquer chez Leptoclinides torosus (fig. 5 D) que l’oozoïde a
quatre rangs de stigmates. Or, la multiplication des testicules (jusqu’à six) aurait pu faire
penser à un rapprochement avec Polysyncraton. Le grand nombre de tours du spermiducte
(neuf) éloigne cette espèce de la lignée Lissoclinum-Diplosoma. Si la présence de quatre
rangs de stigmates dans l’oozoïde se vérifie chez d’autres espèces de Leptoclinides, il faudra
considérer que ce genre représente bien une direction évolutive particulière. (Ceci n’est
pas visible chez Leptoclinides latus dont les larves sont insuffisamment développées.)
Nous serions donc en présence de quatre grands groupes : les Trididemnum, les Didem¬
num-Polysyncraton, les Leptoclinides et les Lissoclinum-Diplosoma. Nous nous garderons
bien de les placer sur une même ligne évolutive. Si, effectivement, les Trididemnum peuvent
- 45 -
être considérés comme primitifs parmi les Didemnidae, les trois autres directions ne nous
semblent pas pouvoir être hiérarchisées et nous les mettons à égalité.
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England. Am. J. Sci., New Haven, ser. 3, 1 : 433-446.
ADDENDUM
J’ai adopté provisoirement ce nom après bien des hésitations. En effet, Bak, Van Duyl et
Sybesma, que je remercie, m’ont envoyé des échantillons de l’espèce qui a fait l’objet de leurs
travaux d’écologie et qu’ils ont nommée T. solidum ; cette espèce est bien identique à l’espèce
de Guadeloupe décrite de façon très complète sous le nom T. cyanophorum. N’ayant pas réussi
à obtenir le type de T. solidum et la description originale ne permettant pas de trancher, j’utilise
ici le binôme T. cyanophorum.
PLANCHE I
Spicules de : A, Trididemnum orbiculatum ; B, Leptoclinides laïus ; C, Trididemnum hians ; D, Leptoclinides
torosus ; E, Didemnum duplication ; F, ‘Didemnum conchyliatum ; G, Didemnum inauratum. (Échelle :
10 (im.)
PLANCHE 1
- 48 —
PLANCHE II
Spicules de : A, Didemnum ligulum ; C, Didemnum halimedae ; D, Didemnum perlucidum ; E, Didemnum
psammathodes ; F, Lissoclinum fragile ; G, Lissoclinum perforatum. (Echelle : 10 |im.)
B, détail de la colonie de Didemnum psammathodes montrant les spicules groupés autour des siphons
buccaux et les pelotes fécales.
PLANCHE II
1 , 4
Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 51-71.
Ascidies littorales de Guadeloupe
II. Phlébobranches
par Claude Monniot
Résumé. — Quatorze espèces de Phlébobranches ont été récoltées en Guadeloupe. Une est
nouvelle pour la science, Ascidia tenue ; quatre étaient considérées comme très rares ou n’avaient
jamais été retrouvées depuis leur description. Les synonymies des Perophoridae et de certaines
Ascidiidae sont précisées.
Abstract. — Fourteen species of Phlebobranchiata were collected in Guadeloupe. Ascidia
tenue is a new species ; four were considered as rare or had never been found again since their
description. In the Perophoridae and Ascidiidae some synonymies are stated precisely.
C. Monniot, Laboratoire de Biologie des Invertébrés marins et Malacologie, Muséum national d’Histoire
naturelle, 55, rue Bufjon, 75005 Paris.
Au cours d’une mission réalisée du 14 décembre 1980 au 3 janvier 1981, nous avons
prospecté les milieux très littoraux de Guadeloupe, en prêtant une attention particulière
à la mangrove et aux installations des ports de plaisance, lieux privilégiés pour les impor¬
tations d’Ascidies.
Cette mission a été réalisée dans le cadre de l’action concertée DGRST « Mangroves
et zones côtières » (Contrat Claude Bernard, ÉPHÉ Salvat n° 79-7-0453). Elle a été gran¬
dement facilitée sur le terrain par les chercheurs du Centre Universitaire Antilles-Guyane
que nous tenons à remercier ici pour leur hospitalité et leur aide.
Les 27 stations prospectées ont été brièvement décrites dans la première note de cette
série : Monniot F. (1983) ; nous ne les redécrirons donc pas.
La faune des Ascidies simples a été autrefois plus récoltée que celle des Ascidies com¬
posées ; aussi toutes les espèces de Phlébobranches trouvées en Guadeloupe étaient déjà
décrites mais sur les quatorze espèces présentes trois n’étaient connues que par leur des¬
cription originale ; deux autres n’avaient été trouvées que deux fois.
Un certain nombre de mises au point de problèmes taxonomiques ont nécessité le
recours aux types anciens, en particulier pour comprendre les Perophoridae et les Ascidii¬
dae. Nous avons réexaminé des espèces de Sluiter, conservées au Zoological Museum
d’Amsterdam, des espèces de Traustedt, au Muséum de Copenhague, et des espèces de
Heleer, au Muséum de Vienne.
— 52 —
Famille des Cionidae
Rhopalaea abdominalis (Sluiter, 1898)
(Fig- 1)
Synonymie : Voir Van Name, 1945 : 157, fig. 77.
Références additionnelles :
Rhopalaea abdominalis ; Monniot C., 1970 : 36, fig. 1, E — Côtes du Brésil ; Millar, 1977 : 203 —
Côtes du Brésil.
Stations : 20 — 23.
Nous n’avons trouvé cette espèce que sur la pente du récif à l’îlet Pigeon entre 10 et
28 m de profondeur.
L’espèce est très caractéristique, elle se présente sous la forme d’un cylindre ovale,
nu, violet, terminé par une surface quasiment plane, percée de deux trous identiques. Sur
l’animal étendu les lobes buccaux ne sont pas visibles. Le reste du corps, toujours gros¬
sièrement cylindrique, est fixé dans une fissure. Les exemplaires sont très résistants et
difficiles à détacher du corail mort. Nos spécimens sont beaucoup plus grands que ceux
connus : 6,5 cm au lieu de 2 à 3,5 cm. La tunique est de consistance cartilagineuse dans la
région thoracique, alors que dans la région abdominale elle devient de plus en plus fibreuse
au point de rendre difficile l’extraction de l’abdomen.
Le thorax est grand ; il peut être plus grand que l’abdomen. Il est séparé de celui-ci
par une constriction nette. La musculature latérale (fig. 1 A) se dispose d’une manière
régulière. Elle est formée sur le thorax de nombreux rubans parallèles qui se courbent
vers l’endostyle et vers le raphé de manière à leur devenir perpendiculaires. C’est bien
l’aspect figuré par Van Name (1945). En réalité, ce champ régulier est formé de fibres
longitudinales provenant du siphon buccal qui se terminent au niveau de l’endostyle,
dans les deux tiers antérieurs de la face ventrale, et de fibres circulaires du siphon cloacal
sur le reste du thorax. Les siphons sont munis chacun de six lobes. Entre chaque lobe du
siphon buccal il y a un ocelle rouge vif.
On compte une quarantaine de tentacules de trois ou quatre ordres disposés assez
régulièrement. La base de chaque tentacule est reliée au cercle tentaculaire par un double
bourrelet de forme très caractéristique (fig. 1 F). Le bourrelet péricoronal est rectiligne.
Il est proche du cercle de tentacules dans sa partie dorsale et éloigné dans sa partie ventrale ;
au niveau du tubercule vibratile il forme une languette (fig. 1 F). Le tubercule vibratile
a la forme d’un entonnoir béant. Le raphé est constitué de languettes pointues aplaties
transversalement et réunies les unes aux autres par une crête basse. Les languettes du raphé
correspondent à des sinus transverses mais on observe plus de deux fois plus de sinus que
de papilles.
La branchie est fine, régulière et les papilles sont pigmentées en rouge. Chez un indi¬
vidu de 6,5 cm on compte de chaque côté environ quatre-vingt-dix sinus longitudinaux
et une centaine de sinus transverses. Les sinus transverses sont étroits mais élevés, les
papilles sont aplaties et portent un sinus longitudinal très fin sur leur face dorsale. Les
Fig ', 1 ' T R ho P alae “ abdominalis (Sluiter, 1898) : A, zoïde sorti de sa tunique ; B, C, abdomen plus déve¬
loppe laces droite et gauche ; D, coupe de l’abdomen au niveau d ; E, coupe au niveau e • F détail
des tentacules, du tubercule vibratile et du raphé. (bm, bandelette musculaire ; c, cœur ; e,’estomac •
m, intestin anterieur ; ip, intestin postérieur ; ls, lacune sanguine ; o, ovaire ; od, oviducte - sp süer-
nnducte ; t, testicule.) ’ F
— 54 —
mailles branchiales sont allongées longitudinalement et contiennent deux à quatre stig¬
mates.
L’abdomen débute par un rétrécissement. Les organes ne sont pas visibles de l’exté¬
rieur, l’ensemble du tube digestif et des gonades est emballé dans un tissu épais. Seul le
cœur, très volumineux, et les lacunes sanguines sont visibles (fig. 1 B-C). L’estomac est
situé dans la moitié antérieure de l’abdomen ; il est plissé intérieurement. Il se prolonge
par un intestin complètement inclus dans les tissus. Le rectum est long et s’ouvre par une
papille lobée à la base du siphon cloacal. Les gonades sont un peu visibles de l’extérieur
sur l’abdomen du côté opposé au cœur ; les parties mâles et femelles sont mélangées. La
portion la plus importante des gonades est située entre les deux branches de l’intestin
(fig. 1 E).
Tokioka (1971) décrit de la côte Pacifique du Costa Rica Rhopalaea birkelandi qui
semble très abondant « one of the most important members of the benthic communities
at the place » (Tokioka, 1972 : 390). Cette espèce est d’un bleu brillant. Elle se distingue
aisément de R. abdominalis par la brièveté de son abdomen dont la longueur est inférieure
au dixième de la longueur du thorax.
Famille des Corellidae
Corella minuta Traustedt, 1882
(Fig. 2)
Synonymie : Voir Van Name, 1945 : 211, fig. 123.
Stations : 4 — 10 — 13 — 14 — 17.
Cette espèce très délicate et difficile à voir n’a jusqu’à présent été signalée que quatre
fois : Saint-Thomas, Curaçao, Port-au-Prince et à l’ouest de la Floride. Nous l’avons trouvée
dans cinq stations différentes autour de la Guadeloupe : à la Pointe des Châteaux, à la Porte
d’Enfer, à l’îlet à Cochons et sur des secs au sud-ouest de l’îlet Fajou. Elle n’est jamais
abondante et se confond avec de jeunes Ascidia. Elle vit étroitement fixée au rocher par
l’ensemble de sa face droite ; elle est transparente et incolore.
La tunique est assez épaisse et peut être recouverte d’épibiotes. Les siphons sont
tous deux situés sur la face dorsale, le siphon buccal aux trois quarts et le cloacal à la moitié.
La face droite du corps est plus développée que la face gauche. Les siphons ne sont pas
saillants ; le siphon buccal a huit lobes arrondis, le siphon cloacal cinq et dans chaque
interlobe on trouve une tache pigmentaire jaune. La musculature (fig. 2 C) est formée
d’un nombre réduit de grosses fibres longitudinales courtes et asymétriques.
On compte de trente à cinquante-cinq tentacules de trois ordres, les plus grands étant
dorsaux. Us sont implantés sur un anneau saillant. Le bourrelet péricoronal est très net,
élevé. Il forme une grosse languette au niveau du raphé (fig. 2 D). Le tubercule vibratile
a la forme d’un simple trou, en urne. Le raphé est constitué de languettes aplaties trans¬
versalement qui se raccordent aux sinus transverses.
- 55 -
Fig. 2. — Corella minuta Tiaustedt, 1882 : A, exemplaire détuniqué face gauche ; B, face droite ; C, ouvert
Franchie enlevée ; D, détail de l’insertion des tentacules et du complexe neural.
La branchie est fine et régulière. On compte environ vingt-cinq sinus longitudinaux
complets de chaque côté. Ceux-ci sont portés par des papilles aplaties. Les mailles sont
carrées et contiennent chacune un infundibulum hémisphérique formé d’un stigmate spi¬
ralé qui décrit deux à trois tours de spire. Il est parfois interrompu à la base. Bien que le
siphon buccal soit reporté du côté droit, l’endostyle n’est pas plus long que le raphé. Il
se termine au niveau de la boucle intestinale.
Le tube digestif (fig. 2 C) débute par un œsophage très courbé ; l’estomac nettement
élargi est marqué par une dizaine de sillons longitudinaux. Il possède une structure en forme
- 56 -
de cæcum pylorique à la base duquel débouche le canal de la glande pylorique. L’intestin
isodiamétrique se termine par un anus à lobes obtus.
Chez tous nos exemplaires nous n’avons observé que la partie femelle des gonades.
Celle-ci recouvre tout l’intestin. L’oviducte, qui était vide, se termine avec le spermiducte
par une papille simple au niveau de l’anus. Cette situation des gonades est tout à fait par¬
ticulière, car chez les autres espèces de Corella, l’ovaire est limité à la partie centrale de
la boucle intestinale alors que la partie mâle déborde sur le tube digestif.
Rhodosoma turcicum (Savigny, 1816)
Synonymie et distribution : Voir Van Name, 1945 : 203, fig. 116-117.
Références additionnelles :
Rhodosoma turcicum ; Gravier, 1955 : 621 — Martinique, récif des trois frères ; Millar, 1962 :
71 — Curaçao.
Stations : 12 — 18.
Nous avons examiné, en outre, cette espèce en provenance de Porto Rico : La Par-
guera sur la mangrove (récoltes Morgan et Toffart).
En Guadeloupe l’espèce a été signalée dans la mangrove par J. L. Toffart ; nous ne
l’avons rencontrée que sur les piliers de la petite jetée au nord de l’îlet à Cochons et dans
le port de Saint-François.
L’espèce est très caractéristique et a été très bien décrite par de nombreux auteurs.
Famille des Perophoridae
Les Perophoridae sont très abondantes en Guadeloupe dans tous les milieux. Files
y sont très variées et l’on y rencontre cinq des six espèces tropicales atlantiques : deux
Perophora : P. çiridis et P. formosana, et trois Ecteinascidia : E. turbinata, E. styeloides
et E. minuta. Elles sont parfois difficiles à distinguer les unes des autres.
Les deux Perophora peuvent vivre ensemble dans le même milieu. Ce sont des espèces
extrêmement discrètes. Rien ne permet de les distinguer à l’œil nu. P. formosana est peut-
être un peu plus grande et transparente que P. viridis. A la loupe on peut distinguer assez
facilement P. formosana par la présence de quatre sinus transverses de chaque côté qui
sont souvent légèrement pigmentés ; ils séparent les cinq rangées de stigmates. Le testi¬
cule unique massif est rarement séparé en deux lobes. P. viridis n’a que quatre rangs de
stigmates et un testicule généralement bien lobé.
Les trois Ecteinascidia se distinguent aisément l’une de l’autre. E. turbinata est une
grande espèce de trois à quatre centimètres de long qui forme des grappes orangées sur
les racines de palétuviers et sur les piles de certains ports. E. styeloides n’a été rencontrée
que dans le port de Saint-François ; c’est une espèce transparente, blanchâtre, dont la
taille est de l’ordre du centimètre. E. minuta est beaucoups plus discrète et peut même
être couverte de sable. Elle est en Guadeloupe jaune verdâtre.
- 57 —
Perophora viridis Verrill, 1871
Synonymie et répartition : Voir Van Name, 1945 : 165, fig. 82D-83.
Références additionnelles :
Perophora viridis-, Gravier, 1955 : 614 — piliers du port de Pointe-à-Pitre ; Monniot C., 1973 :
939 — Bermudes ; Millar, 1978 : 104 — Guyana.
Stations : 4 — 6 — 18 —■ 26.
Perophora viridis et P. formosana n’ont été trouvées que deux fois ensemble dans la
même station dans la mangrove de l’îlet Fajou et sur des secs au sud-ouest de ce même îlet.
Les stations où P. viridis vit seule sont situées dans les zones très turbides : manche à eau
et le port de Saint-François. En Guadeloupe nous ne l’avons pas trouvée dans les zones
très propres comme les récifs.
P. viridis est une espèce extrêmement variable surtout en ce qui concerne la structure
de la branchie. Van Name (1945) signalait déjà que la présence de sinus dans la branchie
n’était pas constante. Dans cette collection nous avons trouvé d’une part quelques exem¬
plaires qui possédaient line branchie avec des sinus longitudinaux complets et de l’autre
de très nombreux exemplaires ne possédant que des papilles en T et ne portant que des
rudiments de sinus. Certaines d’entre elles paraissent même parfaitement lisses. L’aspect
de ces papilles est alors exactement le même que celui de l’espèce européenne P. listeri.
Le problème de l’identité éventuelle des deux espèces se posait alors. Après vérification
il apparaît que les deux espèces sont nettement distinctes. P. listeri est une espèce de grande
taille avec une musculature beaucoup plus faible que celle de P. viridis. De plus, P. viridis
possède toujours quatre à six replis au commencement de l’intestin moyen alors que l’on
en trouve deux seulement chez P. listeri.
En Méditerranée, P. listeri et P. viridis cohabitent. Une véritable étude de la varia¬
bilité des deux espèces dans cette mer reste à faire.
Perophora formosana (Oka, 1931)
Ecteinascidia formosana Oka, 1931 : 173, 3 fig. — Formose.
Perophora bermudensis Berrill, 1932 : 80, fig. 3A — Bermudes ; Van Name, 1945 : 167, fig. 81A,
82E — Caroline du Nord à Porto Rico ; Pérès, 1949 : 190 — Dakar ; Millar, 1958 : 501 —
Brésil ; Monniot C., 1973 : 940 — Bermudes.
Perophora orientalis Arnbàck-Christie-Linde, 1935 : 6, fig. 2-3 — Japon.
Perophora formosana ; Tokioka, 1953 : 218, fig. 9, pl. 31, fig. 4-5 — Japon; Tokioka, 1967 : 136 —-
Iles Palau, Ile de Wake.
Perophora africana Millar, 1953 : 304, fig. 15 — Côte de l’Or.
Stations :2 — 3 — 4 — 5 — 6 — 7 — 10 — 13 — 16 — 17 — 27, et Martinique : Plage de
Sainte-Anne et Pointe de la Caravelle.
Nous avons de plus examiné des échantillons de Dakar et de Méditerranée (golfe de
Porto Vecchio Corse).
- 58 -
Pratiquement tous les auteurs depuis Àrnback (1935) ont émis des doutes concer¬
nant le nom d’espèce : Pérès mettait en synonymie P. orientalis et P. bermudensis ;
Tokioka (1953), après avoir revu le type d ’Ecteinascidia formosana, mettait en synonymie
P. formosana, P. orientalis et P. bermudensis ; Millar (1958) ne prenait pas position mais
signalait cette synonymie comme probable mais il en excluait sa P. africana. Pour notre
part, n’ayant pas trouvé de différences entre les échantillons des Bermudes et des côtes
d’Afrique, nous considérons que les quatre espèces sont synonymes.
Un certain nombre des différences invoquées par Àrnback et Millar pour justifier
leurs espèces reposent sur des erreurs. Àrnback sépare P. orientalis de P. bermudensis
par la musculature et la forme des rétrécissements de l’intestin. Le dessin qu’elle donne
de P. bermudensis est faux pour la musculature et celui de P. orientalis pour la forme du
tube digestif. Millar signale quatre papilles au raphé pour P. africana, c’est aussi le cas
de P. bermudensis.
Une différence retenue par plusieurs auteurs est le point d’origine ou même l’absence
de pédoncule. Ceci est très variable chez les colonies et est fonction de la disposition de la
colonie sur le substrat et de la turbulence de l’eau. Dans tous les cas l’origine du vaisseau
sanguin qui parcourt le pédoncule est la même si le point d’accrochage du pédoncule sur
la tunique est variable.
Certains détails de la musculature peuvent varier. Àrnback ne figure pour P. bermu¬
densis, et à tort, que des muscles transverses postérieurs au siphon cloacal alors qu’aux
Bermudes la disposition des muscles est exactement celle figurée (fig. 2) pour P. orientalis ;
mais peut-être une inversion a-t-elle été commise. Tokioka (1953) figure des muscles
transverses de part et d’autre du siphon cloacal moins régulièrement disposés que chez
les exemplaires atlantiques, mais le plan général de la musculature est identique.
En Guadeloupe P. formosana est très abondante dans tous les milieux propres et sur
les mangroves.
Genre ECTEINASCIDIA
Ce genre est bien représenté aux Caraïbes. Les espèces suivantes ont été décrites :
Ecteinascidia turbinata Herdman, 1881, des Bermudes ; Phallusia styeloides Traustedt,
1882, de Sainte-Croix ; E. conklini et E. conklini minuta Berrill, 1932, des Bermudes et
E. tortugensis Plough and Jones, 1939, de Tortugas en Floride.
Nous avons examiné les trois espèces des Bermudes et le type de Phallusia styeloides.
Ces quatre espèces sont distinctes, trois sont présentes dans cette collection.
Ecteinascidia turbinata Herdman, 1881
Synonymie et distribution : Voir Van Name, 1945 : 169, pl. 20, fig. 82A, 85, 86 —- Ber¬
mudes (localité-type) — Sud de la Floride —■ Bahamas — Jamaïque. Van Name estimait que
les exemplaires de l’ancien monde décrits sous le nom d’E. turbinata appartenaient à une autre
espèce.
59 -
Références additionnelles concernant les Amériques :
Ecteinascidia turbinata ; Rodrigues da Costa, 1969: 290 — Brésil ; Monniot C., 1973: 940, fig. 1 —-
Bermudes ; Millar, 1977 : 203, fig. 23 — Nord du Brésil ; Millar, 1978 : 104 — Guyana.
Références de l’espèce dans l’ancien monde :
Ecteinascidia turbinata Herdman, 1882 : 243 — port d’Alexandrie.
Ecteinascidia moorei Herdman, 1891 : 155, pl. 7, fig. 1-8 — Port d’Alexandrie,
non Ecteinascidia moorei ; Sluiter, 1905a et b 1 : 100 et 6 — Djibouti = E. thurstoni Herdman,
1891 1 2 .
Ecteinascidia turbinata ; Rennie et Wiseman, 1906 : 905, pl. 65, fig. 12 — îles du Cap-Vert ; Harant
et Vernières, 1933 : 51, fig. 67 — côte nord-est de l’Espagne ; Pérès, 1949 — Sénégal ;
Pérès, 1954, 1956 et 1958 — Méditerranée ; Millar, 1956 : 411 — Sierra Leone.
Stations : 2 — 6 — 18 — 20 — 26.
J’ai moi-même examiné des E. turbinata de Tunisie, de Grèce et des îles Baléares.
Ecteinascidia turbinata est l’espèce la plus caractéristique des mangroves de la Guade¬
loupe. Nous ne l’avons rencontrée dans un autre milieu qu’à Saint-François, dans le port.
C’est une espèce très superficielle que Ton ne rencontre jamais en profondeur. Aux Ber¬
mudes, la localité-type, E. turbinata vit dans tous les milieux et en particulier sur les récifs
intérieurs du lagon.
Ecteinascidia styeloides (Traustedt, 1882)
(Fig- 3)
Phallusia styeloides Traustedt, 1882 : 277, pl. 4, fig. 5 ; pl. 5, fig. 16 — Sainte-Croix b
Ascidiella styeloides-, Van Name, 1921 : 391 ; Van Name, 1930 : 470, fig. 42.
? part Ecteinascidia conklini, nombreux auteurs.
Nous n’avons rencontré cette espèce que dans le port de Saint-François en compagnie
de E. turbinata, station 18.
E. styeloides est incolore et se présente en petites colonies étalées sur le substrat. La
taille des zoïdes (fig. 3 A, B, C) est de Tordre du cm, alors qu’elle peut atteindre 1,5 cm
pour les exemplaires de la mangrove de Puerto Rico (fig. 3 A). Le siphon buccal est allongé
et le siphon cloacal est souvent assez éloigné. La musculature est nette et sa disposition est
conforme à ce que Ton observe chez d’autres espèces du genre (fig. 3 B, C).
On compte une soixantaine de tentacules coronaux implantés tous au même niveau
sur un petit bourrelet. Ils sont pour la plupart égaux, mais quelques-uns plus petits sont
disposés sans ordre. Dans d’autres cas, ils se disposent en deux ou trois ordres mais leur
répartition n’est pas très régulière. Le bourrelet péricoronal est très large et composé de
deux lames irrégulières ; l’antérieure est plus saillante, son bord libre est godronné, la lame
postérieure est plate mais très large. Le tubercule vibratile est très petit, circulaire, com-
1. Spécimens examinés.
2. Les exemplaires décrits par Sluiter (1905) de Ecteinascidia thurstoni n’appartiennent pas à cette
espèce. Ils sont immatures. Ils seraient plus proches de E. hedwigiae Michaelsen, 1918.
- 60 -
Fig. 3. — A-C : Ecteinascidia styeloides (Traustedt, 1882) : A, exemplaire adulte de la mangrove de Porto
Rico ; B, exemplaire adulte de Saint-François ; C, exemplaire jeune de Porto Rico. — D : Ecteinasci¬
dia conklini Berrill, 1932, exemplaire immature des Bermudes. — E-H : Ecteinascidia minuta (Ber-
rill, 1932) : E et F, exemplaires immatures de la même colonie des Bermudes ; G, exemplaire couvert
de sable de l’îlet à Cochons ; H, exemplaire nu immature de la même station.
- 61 -
plètement sous le bourrelet péricoronal. Le raphé est formé d’une lame saillante. Les sinus
transverses se prolongent sur le raphé par une papille nette.
La branchie est régulière. On compte treize à quinze rangées de stigmates. La première
rangée débute à une distance du bourrelet péricoronal qui équivaut approximativement
à sa largeur. Il y a environ quinze sinus longitudinaux de chaque côté de la branchie. Ils
sont fins ; les papilles transverses sont aplaties dans le sens antéro-postérieur ; elles con¬
tiennent un amas de pigment. Les stigmates sont allongés, on en compte de deux à trois
par maille. Chez un exemplaire de Saint-François, les sinus branchiaux étaient réduits
à des papilles en T à bras courts, exceptionnellement liés deux à deux.
Le tube digestif (fig. 3 A, B, C) forme une boucle presque fermée. L’estomac est gros,
lisse, et possède une typhlosole bien marquée. L’intestin porte une constriction nette située
à peu de distance du pylore. Le rectum suit le raphé et s’ouvre vers le huitième ou le neu¬
vième rang de stigmates par un anus à bord lisse ou vaguement bilobé. La différence de
niveau entre le point le plus antérieur de la boucle intestinale et le point le plus postérieur
de la dernière courbure à la base du rectum est de trois rangées de stigmates.
La gonade (fig. 3 A, B) est composée d’un ovaire central entouré d’une demi-couronne
d’acini testiculaires. Ceux-ci sont allongés et s’étendent en travers du tube digestif sur
sa face interne, ils débordent sur le manteau. Certains s’insinuent entre l’estomac et le
manteau. L’aspect de la gonade est très caractéristique. L’oviducte s’étend sur la face
droite du corps, le spermiducte suit le rectum et s’ouvre un peu en retrait de celui-ci. Nous
n’avons pas observé de larves.
Ecteinascidia conklini Berrill, 1932
(Fig. 3 D)
Cette espèce n’a jamais été complètement décrite, ses gonades en particulier sont
inconnues. Malgré cela cette espèce se distingue aisément de E. styeloides.
Nous n’avons pas trouvé cette espèce aux Antilles, nous la décrivons à partir d’exem¬
plaires des Bermudes. L’espèce a été citée, sans être décrite, par plusieurs auteurs en Flo¬
ride et dans la mer des Caraïbes. Nous ne pouvons en tenir compte.
L’espèce peut atteindre 1,5 cm. Sur le vivant, elle est de couleur jaune soufre uni¬
forme à l’exception d’un liseré rouge sur chaque siphon. La musculature est fine et surtout
constituée de fibres transversales. On compte une cinquantaine de tentacules de trois à
quatre ordres différents assez régulièrement alternés. Le bourrelet péricoronal et le tuber¬
cule vibratile sont très semblables à ceux de E. styeloides. Le raphé est formé d’une lame
surmontée de papilles correspondant aux sinus transverses. Sur la branchie on compte
une vingtaine de rangées de stigmates et plus de vingt sinus longitudinaux de chaque côté
(21 à droite 23 à gauche chez le spécimen figuré). Il y a en moyenne deux à trois stigmates
par maille. Les mailles situées près du raphé contiennent six à sept stigmates dont la taille
va décroissant vers le raphé.
La forme du tube digestif est tout à fait caractéristique (fig. 3 D). L’estomac est ovale
et rayé, la typhlosole n’est pas nette. La courbure intestinale est peu marquée et la diffé¬
rence de niveau entre le point le plus antérieur et le plus postérieur de la dernière courbure
- 62 —
ne dépasse pas la hauteur d’une rangée de stigmates. L’anus bilobé s’ouvre vers le dou¬
zième rang de stigmates.
Les gonades n’étaient pas développées ; il semble que le nombre d’acini testiculaires
soit très grand, au moins aussi grand que chez E. turbinata.
Ecteinascidia minuta (Berrill, 1932)
(Fig. 3 E-H)
Ecteinascidia conklini minuta Berrill, 1932 : 78, fig. 2b ; Monniot C., 1973 : 942, fig. 2, B-F.
Ecteinascidia tortugensis Plough and Jones, 1939 : 50, fig. 1C, 2, pl. 1-5 ; Millar, 1962 : 69.
Stations : 2 ■— 6 ■— 8 — 13 — 19 — 27, et Martinique : Plage de Sainte-Anne.
Nous ne redécrirons pas ici cette espèce que nous avons étudiée aux Bermudes en
1973. Les exemplaires de Guadeloupe ont presque tous, sur le substrat, une position couchée.
En 1973, nous signalions que la position sur le substrat dépendait de la turbulence des
eaux. A la station 27 de Guadeloupe certains spécimens avaient une tunique couverte de
sédiment. Les exemplaires de Guadeloupe (fig. 3 E-F) ont une boucle intestinale un peu
moins marquée que celle des exemplaires des Bermudes (fig. 3 G-H) mais tous les autres
caractères sont analogues en particulier la forme de l’estomac qui est le principal critère
qui distingue E. minuta de E. herdmani de Méditerranée.
Plough and Jones distinguaient leur E. tortugensis de E. minuta par la disposition
sur le substrat et la forme du tube digestif. Le dessin de Berrill (1932) dont ils disposaient
étant manifestement faux sur ce dernier point, nous pensons qu’il s’agit d’une seule espèce.
La répartition de cette espèce s’étend de la Floride à Bonaire et à Trinidad (Millar, 1962),
aux Bahamas, aux Bermudes et l’île de Faial aux Açores (Monniot G., 1975).
Famille des Ascidiidae
Nous avons identifié six espèces d’Ascidiidae en Guadeloupe : quatre espèces de grande
taille bien connues même si leur statut taxonomique n’a pas toujours été très clair, et deux
espèces beaucoup plus discrètes qui n’étaient connues des Caraïbes ou des Bermudes que
par un très petit nombre d’exemplaires : Ascidia corelloides et A. tenue n. sp.
Phallusia nigra Savigny, 1816
Synonymie : Voir Ascidia nigra ; Van Name, 1945 : 184, fig. 98, pl. 15, fig. 1-2.
Références additionnelles :
Ascidia nigra ; Millar, 1962 : 70 — Curaçao.
Phallusia nigra ; Monniot C., 1973 : 944 — Bermudes.
Stations : 4 — 11 — 12 —18 — 25, et sud-ouest de l’îlet Fajou, 6 m (J. Vacelet).
- 63 -
Cette espèce, très caractéristique est connue des Bermudes, de toute la côte Atlantique
des Amériques de la Floride à Rio de Janeiro, et de la mer Rouge. Elle vit en général dressée
sur Je substrat. Elle est toujours nue. D’après Stoecker (1980), les caractéristiques du
pH et la teneur en vanadium de la tunique la protègent des épibiotes et des prédateurs.
Ascïdia corelloides (Van Name, 1924)
(Fig. 4)
Stations : 10 — 13 — 20.
Cette petite espèce n’était connue que par les cinq spécimens de la description ori¬
ginale : quatre de Curaçao et un de Haïti. Nous l’avons trouvée dans des zones très propres.
Généralement elle vit fixée sous des pierres mais elle peut également se fixer sur des algues
calcaires ramifiées. Les exemplaires sont fixés par toute la face gauche mais ne sont pas
aplatis sur le substrat, ainsi la face gauche est-elle souvent plus développée que la face
droite (fig. 4 B, D). La tunique est un peu papilleuse, parfaitement transparente. Dans
l’eau, l’animal ne se repère que par le contenu du tube digestif.
La musculature est formée de fibres longues et fines ; son aspect rappelle plus les Corel-
lidae ou les Agnesiidae que les Ascidiidae. Les tentacules sont très variables, leur nombre
et leur taille sont nettement fonction de la longueur du siphon buccal. Si celui-ci est court,
on trouve une vingtaine de tentacules courts, de taille peu variée et disposés sans ordre
(fig. 4 B). Si le siphon est long, les tentacules sont au nombre d’une trentaine, grands et
moyens, régulièrement disposés et il en existe de tout petits entre eux. Le bourrelet péri-
coronal est net, formé de deux lames ; dorsalement la lame postérieure forme un V très
profond avant de se transformer en raphé. Ce V s’étend un peu plus postérieurement que
le ganglion nerveux (fig. 4 C). Le tubercule vibratile est petit, il se prolonge à l’intérieur
des tissus par une partie élargie. Le raphé forme une lame mince élevée. Les sinus transverses
se prolongent par un contrefort sur les deux faces du raphé et forment une papille saillante
qui dépasse la marge du raphé. Le sinus sous-raphéen est interne par rapport à la lame
fondamentale de la branchie si bien que les stigmates se prolongent sous le raphé.
On compte de vingt à trente sinus longitudinaux de chaque côté de la branchie. Les
mailles sont plutôt allongées et contiennent de trois à cinq stigmates. Le gaufrage est peu
prononcé. Les papilles principales sont allongées en forme de crosse. Il existe régulièrement
des papilles intermédiaires plus petites. Il n’y a pas de sinus parastigmatiques.
Le tube digestif (fig. 4 A, B, D) ne forme pas une boucle aussi ouverte que Van Name
l’avait figuré. L’estomac ne présente pas d’ornementation, l’anus est vaguement bilobé.
La gonade femelle est formée par un boudin rectiligne plus ou moins boursouflé qui s’étend
dans la boucle intestinale plus sur la face externe que sur la face interne. Cet ovaire se jette
dans un oviducte large par un rétrécissement caractéristique. Les acini testiculaires nous
ont paru moins développés que chez l’exemplaire de Van Name. Nous n’en avons vu que
dans la région pylorique.
Une partie de la face interne du tube digestif est recouverte de curieuses excrois¬
sances (fig. 4 D) formées d’une vésicule centrale entourée de petits boutons saillants vive¬
ment colorables par l’hémalun. Contrairement à l’opinion de Van Name, ce ne sont pas
— 64 —
les vésicules rénales ; celles-ci s’observent dans l’épaisseur du manteau au contact du tube
digestif.
Van Name émettait des doutes sur la validité de son espèce et la comparait à A. rhabdo-
phora Sluiter, 1904, de Malaisie. La forme du tube digestif est comparable chez les deux
espèces mais A. rhabdophora possède des « spicules calcaires » d’une part, et de l’autre une
importante masse de testicules et de vésicules rénales qui suit le bord ventral de l’estomac
et de l’intestin proximal.
Fig. 4. — Ascidia corelloides (Van Name, 1924) : A et B, exemplaires sortis de leur tunique face gauche ;
C, détail du complexe neural ; D, exemplaire ouvert branchie enlevée.
- 65 -
Ascidia curvata (Traustedt, 1882) nomen conservandum
(Fig. 5 C, D)
Phallusia curvata Traustedt, 1882 : 281, pi. 4, fig. 8-10, pi. 5, fig. 19 — Saint-Thomas.
Ascidia curvata-, Van Name, 1902 : 400, fig. 80-82, pi. 66, fig. 145, 146 — Bermudes ; Van Name,
1921 : 389, fig. 66-69 — Floride ; Van Name, 1945 : 186, fig. 99 ; Millar, 1962 : 70, fig. 54 —
Arula — Bonaire.
non Ascidia curvata ; Monniot C., 1973 : 945, fig. 3A, B — Bermudes = Ascidia tenue n. sp.
Phallusia hygomiana Traustedt, 1882 : 280, pi. 4, fig. 7, pi. 5, fig. 18 — Saint-Thomas — Cuba,
non Phallusia hygomiana ; Van Name, 1921 : 383, fig. 59-61 — Floride,
non Ascidia hygomiana ; Van Name, 1924 : 27 — Curaçao.
Ascidia interrupta ; Monniot C., 1973 : 945, fig. 3, A, B — Bermudes.
Stations : 16 — 18.
Nous avons réexaminé les types de Traustedt et nous estimons que A. curvata et
P. hygomiana sont synonymes. Théoriquement la première espèce nommée est Phallusia
hygomiana mais compte tenu du fait que ce nom n’a pas été utilisé autrement que comme
synonyme de Ascidia interrupta depuis 1924 et que le nom de Ascidia curvata est commu¬
nément utilisé pour cette espèce, nous conservons ce dernier nom.
Cette espèce n’est connue que des Bermudes, de Floride, de Saint-Thomas, de Cuba,
de Porto Rico et de Curaçao. En Guadeloupe nous ne l’avons pas trouvée en dehors des
ports de Saint-François et de Rivière Sens.
La forme extérieure du corps est très variable d’autant plus qu’en Guadeloupe, l’espèce
se trouve généralement comprimée dans des blocs complexes d’Ascidies croissant les unes
sur les autres. Les deux siphons sont généralement dirigés vers l’avant, le siphon cloacal
étant implanté un peu avant la moitié de la face dorsale. La surface de la tunique est tou¬
jours lisse ou mamelonnée mais ne présente jamais les tubercules hémisphériques de
Ascidia interrupta. La musculature à droite est forte mais elle est limitée à la cavité péri-
branchiale.
Le nombre de tentacules est variable (80 à 150) sans que cela soit en relation avec
la taille de l’animal. Ils sont implantés sur plusieurs rangées, les plus postérieurs étant les
plus longs, sur un fort anneau musculaire. Ils sont longs et fins ; quand ils sont nombreux
ils sont régulièrement disposés en cinq ou six ordres. L’espace entre les tentacules et le
bourrelet péricoronal est souvent presque inexistant à droite et bien développé à gauche.
11 peut être couvert de papilles. La lame antérieure du bourrelet péricoronal est presque
toujours munie de papilles irrégulièrement disposées. Chez certains exemplaires, ces papilles
peuvent se développer considérablement et devenir digitiformes. Cet aspect semble local
car aucun auteur ne le signale et les exemplaires des Bermudes n’ont pas cette particula¬
rité. Le tubercule vibratile est en forme de U ouvert vers l’avant. Le ganglion nerveux
est généralement proche du tubercule mais, si les siphons sont particulièrement allongés,
il peut en être éloigné. Le raphé est lisse ou muni de très petits lobes indépendants des
sinus transverses.
La branchie s’étend un peu en dessous de l’estomac. Elle est bien gaufrée. Les papilles
principales ont une forme très variable qui peuvent aller d’un simple bouton à une crête
médiane flanquée de deux lobes latéraux. Il n’y a pas de papilles intermédiaires.
1 , 5
Fig. 5. — A, B : Ascidia interrupta Heller, 1878, faces droite et gauche d’un exemplaire détuniqué. — C,
D : Ascidia curvata (Traustedt, 1882), faces droite et gauche d’un exemplaire détuniqué.
Le tube digestif (fig. 5 D) forme une double boucle nette et nous n’avons jamais observé
d’épaississement de l’intestin postérieur. La gonade femelle est visible de l’extérieur dans
les deux boucles intestinales.
- 67 -
Ascidia interrupts Heller, 1878
(Fig. 5 A-B)
Synonymie : Voir Van Name, 1945 : 182, fig. 97, pi. 12, fig. 4 — de Beaufort N.C. au sud du
Brésil.
Références additionnelles :
Ascidia interrupta ; Gravier, 1955 : 621 — Fort-de-France; ? Millar, 1960 : 90, fig. 28 — Congo;
Millar, 1962 : 70 — Aruba — Curaçao ; Monniot C., 1970 : 37, fig. 2, B, C — Brésil,
non Ascidia interrupta-, Monniot C., 1973 : 945, fig. 3, A, B —Bermudes = Ascidia curvata.
Stations : 1 — 3 — 4 — 5 — 7 — 9 — 10 — 11 — 12 — 13 — 14 — 17 — 20 — 22 — 23 —
25.
C’est en Guadeloupe l’espèce d ’Ascidia la plus répandue dans tous les biotopes. Les
exemplaires, souvent de couleur vert bouteille, au moins pour les siphons, sont presque
toujours couchés sur le substrat. La longueur des siphons est extraordinairement variable :
elle est fonction de la proximité du sédiment. Lorsque l’espèce est fixée sur les coraux
vivants ou morts mais dressés, les siphons sont peu allongés. Sous les pierres, les siphons
peuvent dépasser la longueur du corps et sont généralement très divergents. La tunique
présente de petits tubercules hémisphériques surtout dans la partie postérieure du corps.
In situ, on a l’impression que l’Ascidie est recouverte d’une colonie de Perophora.
La musculature couvre toute la face droite du corps. Les fibres sont nombreuses et
anastomosées. On compte de cent à cent vingt tentacules coronaux longs, fins, régulière¬
ment disposés sur un bourrelet net. L’espace entre les tentacules et le bourrelet péricoronal
est assez large et couvert de papilles. Le bourrelet péricoronal est formé de deux lames
élevées subégales. Il forme un U peu prononcé au niveau du tubercule vibratile. Le tuber¬
cule vibratile est en forme de fer à cheval, ouvert vers l’avant. Chez les très grands spé¬
cimens, il peut se compliquer. Le ganglion nerveux est situé à une grande distance du
tubercule. Le raphé est enroulé sur la droite, sa marge est presque lisse, les petits lobes
qui la marquent ne sont pas en continuité avec les sinus transverses.
La branchie se prolonge au-delà de l’estomac. Elle est régulière, le gaufrage est pro¬
noncé. Les sinus longitudinaux portent des papilles principales formées d’une crête médiane
et deux expansions latérales, au moins chez les individus les plus âgés. Les mailles contien¬
nent six à neuf stigmates. En principe, il n’y a ni sinus parastigmatiques ni papilles inter¬
médiaires. Mais chez un individu particulièrement grand nous avons trouvé partout de
très petites papilles intermédiaires.
Le tul>e digestif (fig. 5 B) de tous les spécimens examinés, quelle que soit leur taille
et leur provenance, présentait un élargissement de l’intestin postérieur. Van Name (1945)
signale que la plupart des exemplaires des Bahamas présentent cette particularité mais
ne la figure pas. Les exemplaires du Brésil que nous avons décrits ont aussi un intestin
élargi. En Guadeloupe, l’ovaire n’est visible que dans la boucle intestinale primaire.
Remarque : Ascidia interrupta et A. curvata sont évidemment proches l’une de l’autre.
En particulier les branchies des deux espèces sont semblables. Elles sont par contre impos¬
sibles à confondre grâce au tube digestif et surtout à leur aspect externe. Nous ne les avons
— 68 -
jamais trouvées ensemble. Ascidia curvata en Guadeloupe et aux Bermudes semble confinée
à des eaux très calmes : ports, mangroves, etc. ; alors que A. interrupta préfère les biotopes
plus agités : l’espèce est particulièrement abondante à la pointe des Châteaux dans une zone
très battue.
Ascidia sydneiensis Stimpson, 1855
(Fig. 6 A-B)
Synonymie : Voir Van Name, 1945 : 189, fig. 101.
Références additionneli.es :
Ascidia sydneiensis ; Gravier, 1955 : 621 — Martinique ; Millar, 1958 : 502 — Brésil ; Millar,
1962 : 70 — Aruba — Curaçao.
Stations : 4 — 8 — 12 — 13 — 16.
Fig. 6. — A, B : Ascidia sydneiensis Stimpson, 1855, faces droite et gauche d’un exemplaire détuniqué. —
C : Ascidia tenue n. sp., face gauche.
Cette espèce a une répartition mondiale dans les mers chaudes. Elle est bien caracté¬
risée par la présence simultanée d’une musculature particulière, formée de bandes inter¬
rompues latéro-dorsales et latéro-ventrales, et d’un élargissement spectaculaire de l’intestin
- 69 -
postérieur. En Extrême-Orient et en Australie, les populations présentant ces caractères
ont été séparées en trois sous-espèces : A. sydneiensis sydneiensis, A. sydneiensis divisa et
A. sydneiensis samea (Tokioka, 1953). Nos exemplaires correspondent à A. sydneiensis
sydneiensis.
Tokioka (1967è) reprend cette question. Il se fonde sur l’opinion d’HARTMEYER
qui pense que l’exemplaire décrit par Stimpson est « quite identical with Ascidia pyri-
formis Herdman, 1880 ». Cette dernière espèce lui semblait se rapporter à A. sydneiensis
divisa. Tokioka propose de remplacer le nom de Ascidia sydneiensis sydneiensis par Asci¬
dia pacifica. Il ne précise d’ailleurs pas le statut proposé pour A. sydneiensis divisa et A.
sydneiensis samea. Il est difficile d’admettre ce point de vue et en tout cas, si le nom de A.
sydneiensis devait être supprimé, et rien ne semble le justifier, il devrait être remplacé
par le plus ancien de ses synonymes soit Ascidia canaliculata Heller, 1878.
Contrairement à Ascidia curvata, cette espèce qui est très abondante dans les ports
(Rivière Sens) se rencontre aussi, bien que rarement, dans les deux culs-de-sac marins.
Nous ne redécrivons pas cette espèce très caractéristique. 11 faut cependant signaler
que l’aspect particulier des bandes musculaires est simplement dû à l’épaississement des
extrémités des fibres des bandes musculaires latérales. Le plan de la musculature est exac¬
tement le même que chez A. interrupta et A. curvata. La dilatation de l’intestin postérieur
de cette espèce semble dû au fait qu’à l’entrée de cette dilatation le cordon alimentaire
se désagrège. Ce phénomène est bien visible à travers les tissus particulièrement fins de
l’intestin. Nous n’avons pas d’idées concernant la cause de cette lyse du cordon alimentaire.
Ascidia tenue n. sp.
(Fig. 6 C)
Nom nouveau pour Ascidia curvata (Traustedt, 1882) in Monniot C., 1973 : 945, fig. 3, A-B —
Bermudes.
Stations : 4 — 8 — 9.
Cette espèce est extrêmement fragile. Collée par toute sa face gauche sur des substrats
lisses, généralement à l’intérieur de valves de coquilles vides ou des fentes de bois, elle
passe la plupart du temps inaperçue. La tunique, quand elle n’est pas vêtue de sable, est
lisse, incolore, extrêmement fine. Sur l’animal vivant, seuls le contenu du tube digestif
et les œufs sont visibles. La musculature est importante sur la face droite. Elle est constituée
de fibres transverses anastomosées qui traversent toute la face droite pour se terminer
un peu au-delà du raphé et de l’endostyle. Sur les siphons il n’y a de musculature qu’à la
base. Ceux-ci sont très allongés.
Nos exemplaires sont plus petits que ceux décrits des Bermudes : 3 cm maximum,
mais bien adultes. Chez les exemplaires de Guadeloupe, les tentacules sont moins nom¬
breux : quatre-vingts longs, courbés et disposés en trois ordres. L’espace entre les tenta¬
cules et un fin bourrelet péricoronal est grand (plus de 2 mm), et couvert de papilles. Le
tubercule vibratile forme un U ouvert vers l’avant. Le ganglion nerveux est situé à une
assez grande distance du tubercule vibratile : au moins deux à trois fois la longueur du
ganglion. Contrairement à ce qui avait été décrit aux Bermudes, le raphé est ici élevé et
les sinus transverses se prolongent sur sa marge par une papille courte mais bien visible.
— 70 -
La branchie est très fine et se prolonge nettement au-delà de l’estomac. Elle est plate
et le gaufrage est très peu développé. On compte ici trente-trois sinus à gauche et quarante-
cinq à droite. Les mailles sont un peu allongées longitudinalement et contiennent deux à trois
stigmates largement ouverts. Les sinus longitudinaux sont réguliers. Il n’y a que des papilles
principales obtuses.
Le tube digestif et les gonades (fig. 6 C) sont semblables à ceux des exemplaires des
Bermudes, l’ovaire déborde sur la face externe de la boucle intestinale.
11 semble qu’il y ait dans cette région un certain nombre d’espèces d’Ascidiidae extrê¬
mement discrètes telle que A. xamayacana et Phallusia caguayensis Millar et Goodbody,
1974, et que Phallusia recifensis Millar, 1977. Nous pensons que des recherches en plongée,
à des profondeurs plus importantes que celles où la majorité de nos récoltes ont été faites
permettrons de découvrir d’autres « petites espèces » de ce genre.
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section A, n° 1 : 73-99.
Nouvelle contribution
à l’étude des Bryozoaires Eurystomes
bathyaux et abyssaux de l’océan Atlantique
par Jean-Loup d’Hondt
Résumé. - Détermination d’une collection de Bryozoaires bathyaux et abyssaux constituée
lors de différentes campagnes de la Woods Hole Oceanographic Institution dans l’océan Atlan¬
tique. Description de trois nouvelles espèces.
Abstract. - Identification of the bathyal and abyssal Bryozoa species collected in the Atlan¬
tic Ocean during various cruises of the Woods Hole Oceanographic Institution. Description
of three new species.
J.-L. d’Hondt, Laboratoire de Biologie des Invertébrés Marins et Malacologie, Muséum national d'Histoire
naturelle de Paris, 55, rue Buffon, 75005 Paris.
La poursuite du tri du matériel profond récolté durant les années 1963-1973, lors des
campagnes océanographiques du « Chain », de 1’ « Atlantis II » et du « Knorr », a rapporté
une nouvelle collection de Bryozoaires bathyaux et abyssaux. L’examen de ces spécimens
nous a permis de compléter l’étude que nous avions précédemment entreprise sur les Bryo¬
zoaires provenant des missions de la Woods Hole Oceanographic Institution (d’Hondt,
1978 et 1981 ; d’Hondt et Hayward, 1981) par l’adjonction de nouvelles localités et la
découverte de formes non représentées dans le matériel qui nous avait précédemment été
transmis. Un historique des précédentes recherches entreprises sur les mêmes régions et
un état de nos connaissances sur leur faune profonde, avec rappel de la bibliographie cor¬
respondante, figurent dans l’un de nos précédents travaux (d’Hondt, 1981) dont cette
note est le complément et auquel nous invitons le lecteur à se reporter.
Trente et une espèces de Cheilostomes (20 Anascina, 11 Ascophorina), cinq de Cténos-
lomes et un Entoprocte ont été dragués lors des missions étudiées ici. Trois au moins de
ces espèces sont nouvelles.
Nous sommes redevable à l’obligeance de M. le Pr. H. Sanders et du Dr. G. R. Hampson
de l’expédition de ce matériel, et tenons à leur témoigner l’expression de notre vive reconnais¬
sance. Nous remercions aussi très vivement le Dr. R. W. M. Van Soest et M. J. J. Vermeulen
qui nous ont aimablement permis de consulter les collections de référence du Zoôlogisch Museum
d’Amsterdam.
— 74 —
Liste et coordonnées des stations
1. Equalant Cruise « Chain » n° 35. Avril 1963 :
St. 12 : 770-805 m ; 07°09' S, 34°25,5' W.
2. Gayhead-Bermuda Transect., « Chain » Cruise n° 88, 17-24 février 1969 :
St. 207 : 805-811 m ; 39o51,3' à 39051' N, 70°54,3'-70o56,4' W.
3. « Atlantis II » Cruise n° 60. Montevideo-Southwestern Atlantic. 10-30 mars 1971 :
St. 240 : 2 195-2 323 m ; 36o53,4' S, 53«10,2' W.
St. 243 : 3 815-3 822 m ; 37o36,8' S, 52o23,6' W.
St. 245 : 2 707 m ; 36o55,7' S, 53o01,4' W.
St. 246 : 3 343 m ; 37ol5,l' S, 52o45,0' W.
St. 247 : 5 208-5 223 m ; 43o33,0' S, 48o58,l' W.
St. 252 : 4 435 m ; 38°29,8' S, 52o09,l' W.
4. « Knorr » Cruise n° 25. Porto-Rico, Surinam, Barbades. 20 février-4 mars 1972 :
St. 291 : 3 859-3 868 m ; 10°06,1 à 06,6' N, 55°14,0 à 15,4' W.
St. 303 : 2 842-2 853 m ; 8°28,8' N, 56«04,5' W.
5. « Chain » Cruise n° 106, Cork, Irlande-Woods Hole, 15 aoùt-6 septembre 1972 :
St. 313 : 1 500-1 491 m ; 51o32,2' N, 12o35,9' W.
St. 326 : 3 859 m ; 50o04,9 à 05,3' N, 14o23,8' à 24,8' W.
St. 330 : 4 632 m ; 50°43,5 à 43,4' N, 17o51,7 à 52,9' W.
St. 334 : 4 400 m ; 40042,6' à 44,0' N, 46ol3,8 à 14,6' W.
6. « Knorr » Cruise n° 35 Leg. 2. Gayhead Bermuda Transect. 22 novembre-3 décembre 1973 :
St. 340 : 3 264-3 356 m ; 38ol4,4 à 17,6' N, 70°20,3 à 22,8' W.
St. 344 : 1 978 m; 39°41,2' N, 69°41,5' W.
St. 346 : 457 m; 39°54,1' N, 70°10,7' W.
Liste systématique des espèces récoltées
(Les numéros des stations sont indiqués entre parenthèses.)
Ordre CTENOSTOMIDA Busk, 1852
Famille Clavoporidae Soule, 1953
Pseudalcyonidium hobinae d’Hondt, 1975 (207, 313, 346)
Famille Arachnidiidae Hincks, 1880
Nolella radicans d’Hondt et Hayward, 1981 (326)
Famille Bathyaiozoontidae d’Hondt, 1975
Bathyalozoon foresti d’Hondt, 1975 (303)
Famille Haywardozoontidae d’Hondt, sous presse
Haywardozoon inarmata (Hayward, 1978) (330)
Famille Pachyzoontidae d’Hondt, sous presse
Pachyzoon atlanticum d’Hondt, sous presse (346)
- 75 —
Ordre CHEILOSTOMIDA Busk, 1852
Sous-ordre ANASCINA Levinsen, 1909
Famille Membranicellariidae Levinsen, 1909
Cookinella flustroides d’Hondt, 1981 (247)
Famille Cellariidae Hincks, 1880
Euginoma cavalieri Lagaaij, 1963 (303, 334, 344, 346)
Euginoma reticulata d’Hondt, 1981 (291, 344)
Euginoma biseriata d’Hondt, 1981 (303)
Cryptostomaria cylindrica (Harmer, 1926) ( incertae sedis) (243)
F ormosocellaria abyssicola d’Hondt, 1981 (12, 243, 246, 252, 340, 344)
Famille Farciminariidae Busk, 1884
Columnella magna (Busk, 1884) (330)
Columnella gracilis (Busk, 1884) (243, 252, 326 ?, 330, 334, 340, 344 ?)
Famille Bugulidae Gray, 1848
Dendrobeania variabilis (Kluge, 1914) (243, 246, 247, 252, 334)
Dendrobeania formosissima n. sp. (346)
Camptoplites reticulatus (Busk, 1884) (326)
Camptoplites bicornis (Busk, 1884) (243)
Kinetoskias smitti (Danielssen, 1867) (240, 246, 247, 326, 330)
Bugula stolonifera (Ryland, 1960) (330 ?!)
Famille Sadkoidae Kluge, 1962
Nordgaardia cornucopioides n. sp. (12)
Famille Bjcellariellidae Levinsen, 1909
Cornucopina bella (Busk, 1884) (247)
Famille Scrupocellariidae Levinsen, 1909
Notoplites sp. a (F. N. damicornis Hayward et Ryland, 1978 (12)
Notoplites cymbalicus d’Hondt, 1981 (243, 334 ?)
Notoplites (?) sp. (326, 330)
Cellularina incertae sedis (303)
Sous-ordre ASCOPHORINA Levinsen, 1909
Famille Bifaxariidae Busk, 1884
Bifaxaria submucronata Busk, 1884 (12, 340)
Sclerodomus corrugatus (Busk, 1884) (243)
Urceolipora (?) sp. (247)
Famille Mucronellidae Levinsen, 1902
Pseudoflustra (?) sp. (247)
Incertae sedis : Mucronellidae ? (240)
- 76 —
Famille Celleporidae Busk, 1852
Buskea sp. (240)
Famille Vittaticellidae Harmer, 1957
Orthoscuticella (?) problematicum d’Hondt, 1981 (12, 243)
Famille Orbituliporidae Canu et Bassler, 1923 (s. 1.)
S'phaerulobryozoon pedunculatum d’IIondt, 1981 (240, 303)
Superfamille Umbonulacea Canu, 1904
Metrarabdotomorpha aenigmatistes n. g., n. sp. (247)
Famille Reteporidae Smitt, 1867 (240 : spécimens rétéporiformes indéterminables)
Famille Margarettidae Harmer, 1957
Species incertae sedis all. g. Margaretta Harmer, 1957 (245)
Annexe : Loxosoma sp. (Kamptozoa) (303 : unique spécimen contracté non identifiable).
NOTES MORPHOLOGIQUES ET SYSTÉMATIQUES
1. Pseudalcyonidium bobinae d’Hondt, 1975
D’Hondt, 1975a : 315-320; sous presse ; d’Hondt et Hayward, 1981 : 274.
Le pédoncule de cette espèce atteint, chez le plus grand exemplaire mesuré, une lon¬
gueur de 4,7 mm. Il est susceptible d’entrer en turgescence jusqu’à atteindre un diamètre
de 300 pm, en présentant alors une striation superficielle identique à celle qui orne les
peristomes de certaines espèces d’Arachnidiidae, dont Nolella gigantea.
2. Haywardozoon inarmata (Hayward, 1978)
Hayward, 1978 : 161; d’Hondt, sous presse ; d’Hondt et Hayward, 1981 : 281.
Chez les spécimens étudiés ici, les autozoécies ont une forme ovale assez régulière,
et une longueur de 1 100 pm pour une largeur de 500-700 pm. Le polypide a une longueur
totale de 550 pm, dont 250 pour le tractus digestif proprement dit et 150 pm pour l’ensemble
œsophage-cardia. L’intestin est court, l’estomac ne présente qu’un minuscule cæcum
globuleux. Il existe environ 14 tentacules. Le bourgeonnement est latéro-distal, presque
terminal.
— 11 —
3. Nolella radicans d’Hondt et Hayward, 1981
D’Hondt et Hayward, 1981 : 271-273 ; d’Hondt, sous presse.
Le péristome en extension atteint 1,8 mm de long. La région proximale ellilée est
tantôt parfaitement dans le prolongement du péristome et alors sensiblement rectiligne,
tantôt issue plus ou moins latéralement et à angle droit de la région basale du péristome
dilaté en bulbe (de diamètre moyen de 180 pm). Chaque autozoécie porte de une à trois
(exceptionnellement jusqu’à six) ramifications zoariales, représentant les parties proxi¬
males effilées de zoécies-filles, issues presque côte à côte de la partie basale du bulbe. Un
léger élargissement cloisonné de cette partie proximale marque l’implantation de la zoécie-
fille sur la zoécie-mère.
4. Pachyzoon atlanticum d'IIondt, sous presse
(PI. III, 4-6)
D’Hondt, sous presse.
Les échantillons récoltés correspondent à la description originale de cette espèce.
Nous en donnons ici une photographie complétant les documents publiés précédemment.
La diagnose générique de cette forme n’étant pas encore parue à la date du dépôt
du manuscrit de cet article, nous estimons opportun d’en donner ici une traduction fran¬
çaise :
Cténostome benthique, psammique et bathyal, au zoarium en forme de coussinet hémiglo¬
buleux. Les peristomes autozoéciaux sont localisés à la surface supérieure de la colonie, la face
inférieure ne portant que les rhizoïdes assurant la fixation zoariale dans le substrat sableux. Zoécies
étroitement cohérentes.
Le genre est actuellement monospécifique ; aussi sa diagnose générique se confond-
elle provisoirement avec la diagnose spécifique.
5. Dendrobeania (Himantozoum) variabilis Kluge, 1914
Kluge, 1914 : 632-634 (sous le nom de D. sinuosa var. variabilis) ; d’Hondt, 1975è : 568, et 1977 :
160-161 (sous le nom de D. antarctica var. variabilis) ; d’Hondt, 1981 : 32-33 (sous le nom
de D. variabilis).
La base du zoarium est monosériée, formée de 3-4 loges successives elïilées à leur base,
émettant chacune un rhizoïde, et dépourvues d’aviculaires. Chez les autozoécies fonction¬
nelles, seules les loges marginales ou pourvues d’une ovicelle présentent des aviculaires.
Les zoécies marginales ne sont pas toujours régulièrement arrondies à leur extrémité dis¬
tale, certaines d’entre elles pouvant présenter un angle droit, ou une saillie à peine ébauchée
(mais jamais d’épine) à l’angle distal externe ; cet angle est moins bien visible dans les
- 78 -
parties mono- ou bisériées de la base de la colonie. L’ancestrula a une forme générale de
noyau de pêche ; peu calcifiée, elle a une longueur de 1 mm et une épaisseur de 500 pm
et présente deux racines basales.
Cette espèce, jusqu’à ces dernières années seulement connue de la région antarctique,
avait été récemment récoltée par le « Chain » au large des côtes britanniques (d’Hondt,
1981). Ce nouveau matériel confirme sa présence dans l’Atlantique Nord et l’étend à l’Atlan¬
tique Sud, ce qui montre qu’elle n’est plus à considérer comme une espèce australe, mais
comme une forme abyssale vraisemblablement à large distribution géographique (sa dis¬
persion a sans doute été facilitée par la morphologie et la légèreté de son ancestrula).
6. Dendrobeania formosissima n. sp.
(PI. III, 1-3)
Diagnose : Dendrobeania habituellement bisériée, tri- et quadrisériée à l’approche des rami¬
fications. Aviculaires implantés au milieu du gymnocyste autozoécial proximal, constants sur les
autozoécies internes par rapport au plan sagittal de la colonie, absents sur les autozoécies externes ;
la zoécie axiale dans les parties trisériées est également pourvue d’un aviculaire. Autozoécies
étroites et régulièrement effilées en vue frontale. 3-4 paires d’épines latérales orientées vers l’avant,
portées par le cadre autozoécial ; une épine post-opésiale impaire.
Description
Le zoarium, normalement bisérié, s'élargit au niveau des ramifications zoariales où
il comporte trois, puis quatre files longitudinales d’autozoécies. La bifurcation zoariale
est du type 3 de Harmer (1923). La colonie est fixée au support par un pédoncule basal
formé par les prolongements effilés des quatre ou cinq zoécies inférieures, dont les pre¬
mières sont monosériées. Le cadre zoécial porte une épine proximale et trois à quatre paires
d’épines latérales orientées vers l’avant. La longueur autozoéciale est de 1 000-1 150 fxm,
la largeur maximale (à l’avant de la zoécie) étant de 230-260 fim ; l’opésie mesure 500-600 [xm
de long. Un aviculaire de forme hémiglobuleuse est inséré au milieu du gymnocyste proxi¬
mal ; présentant un bec court et peu saillant, il mesure 130 fxm de haut et 100 [xm de lon¬
gueur ; il n’est porté que par les autozoécies axiales dans les portions trisériées du zoarium
proches des ramifications, ainsi que par les zoécies internes par rapport au plan sagittal.
L’ovicelle (incubante), de forme générale elliptique assez régulière, a 240 (xm de long et
200 [xm de large ; elle est ornée de stries paraboliques issues du bord externe et convergeant
vers le bord de l’orifice. Les autozoécies sont étroites et régulièrement effilées en vue fron¬
tale ; en examen dorsal, comme chez toutes les Dendrobeania, il n’existe pas d’angle entre
les parties basale et dorsale de la zoécie et le bouclier calcifié typique recouvre le niveau
d’insertion des autozoécies. Les angles antérieurs portent en général chacun une épine,
exceptionnellement remplacée par une apophyse spiniforme ; cette épine manque parfois
à l’angle distal interne de l’autozoécie.
Discussion
Une seule espèce de Dendrobeania, boréale et bathyale, D. elongata (Nordgaard, 1903),
présente une morphologie zoéciale identique et un même type d’aviculaire présentant le
— 79
même niveau d’insertion. Cette espèce se différencie de D. formosissima par l’absence des
épines latérales, la présence d’un seul processus distal (à l’angle externe) et une taille deux
fois plus grande des autozoécies.
La clé de détermination des Denclrobeania publiée dans un précédent travail (19756 :
565-568) sera donc modifiée comme ci-après, avec remplacement des alternatives n os 28
et 29 (p. 567), à la suite de recherches complémentaires qui nous ont permis d’accéder à
une meilleure connaissance des limites du genre Dendrobeania et de la hiérarchie des carac¬
tères taxinomiques.
1. Zoécies étroites et régulièrement effilées en vue frontale. Aviculaires frontaux implantés au
milieu du gymnocyste proximal. Rameaux bisériés ou trisériés. 30
— Zoécies brusquement rétrécies à mi-longueur en examen frontal, la partie proximale étant
allongée et souvent plus étroite que la partie distale. Aviculaires frontaux absents ou implan¬
tés sur la partie du gymnocyste tout à fait proximale à l’area. Rameaux le plus souvent pluri-
sériés. 2
— Partie proximale des autozoécies courte et peu rétrécie par rapport à la partie distale (opésiale).
Aviculaires frontaux généralement grands, implantés soit sur la partie tout à fait proximale
du gymnocyste, soit tout à fait proximalement à l'area. Rameaux bisériés ou plurisériés,
mais zoécies toujours épineuses. 28
28. Aviculaires implantés proximalement à l’area. 32
— Aviculaires implantés à la partie tout à fait proximale du gymnocyste. 29
29. 1 à 2 paires de petites épines distales; pas d’épines latérales.
D. japonica (Ortmann, 1890) (Japon) : 33
— I paire de petites épines distales ; 4-5 épines sur le bord externe de la zoécie, 2 sur le bord
interne. D. hexacantha (Ortmann, 1890) (Japon)
30. Généralement un processus spiniforme aux angles distaux des zoécies externes. Aviculaires
hémiglobuleux ou en forme de croissants convexes vers l’arrière avec pointe du bec orientée
vers l’avant. 31
— Jamais de processus spiniforme aux angles distaux des zoécies externes. Aviculaire droit,
renflé, mais ne présentant pas de convexité vers l’arrière.
D. mirabilis (Rusk, 1884) (Atlantique Nord)
31. Pas d’épines latérales; aviculaires en forme de croissants.
D. elongata (Nordgaard, 1903) (Roréo-Atlantique ; Arctique)
— 3 ou 4 paires d’épines latérales et une épine proximale impaire nettement orientées vers l’avant;
aviculaire hémiglobuleux à bec antérieur. D. formosissima n. sp. (Bermudes)
32. Enormes aviculaires frontaux et latéraux (1/2 de la longueur zoéciale). 7-9 paires d’épines,
les 2 premières courtes et grosses. D. birostrata (Yanagi et Okada, 1918) (Japon)
— Uniquement des aviculaires frontaux, mesurant de 1/3 à 1/4 de la longueur zoéciale. 2-3 paires
d’épines latérales. D. lamellosa Canu et Bassler, 1928 (golfe du Mexique)....
33. Mandibule longue (1/3 à 1/2 de la longueur zoéciale) et très incurvée.
subsp. kurilensis (Okada, 1933) (Kurdes)
— Mandibule courte (1/5 de la longueur zoéciale) et peu incurvée.... forme typique (Japon)
Station-type de D. formosissima n. sp. : « Knorr » 35, st. 346 (1973) par 457 m de profondeur
près des Bermudes (39°54,1' N et 70°10,7' W).
— 80 —
7. Bugula stolonifera Ryland, 1960
Ryland, 1960 : 78-80 ; Prenant et Bobin, 1966 : 541-544 ; Ryland et Hayward, 1977 : 170-
171.
Les spécimens recueillis correspondent parfaitement aux descriptions publiées par
Prenant et Bobin (1966) et Ryland et Hayward (1977), ainsi qu’à un échantillon médi¬
terranéen de la collection Gautier déterminé par Ryland. La longueur zoéciale est de
600-650 |im, la largeur de 150 pm, la longueur de l’aviculaire de 150 p.m ; l’ovicelle a 170 jim
de long et 150 p.m de large. La morphologie et la situation aviculariennes sont identiques ;
il existe une épine interne et deux épines externes aux angles distaux, la plus distale étant
plus développée.
Ces échantillons ont été récoltés au large de l’Irlande lors d’un dragage réalisé par
4 632 m de profondeur. Cette espèce méditerranéo-atlantique étant connue des eaux super¬
ficielles, et sa propagation de port en port semblant assurée à partir de colonies développées
sur les coques de navires, il est possible que sa récolte dans le prélèvement considéré soit
accidentelle (entraînement de colonies lors de la remontée de la drague ?).
8. Nordgaardia cornucopioides n. sp.
(PI. I, 3-4 ; fig. 1)
Le genre Nordgaardia Kluge, 1962, n’a été défini qu’en deux lignes par son descrip¬
teur et par comparaison avec le genre Uschakovia Kluge, 1946, dont il le rapprochait. Si
le rapprochement entre ces deux taxons nous paraît effectivement justifié, il nous semble
nécessaire de donner ici une définition plus précise du genre Nordgaardia , pour lequel nous
proposerons la diagnose suivante :
Zoarium dressé brièvement pédoncule à sa base, fixé au substrat par une touffe de rhizoïdes.
Autozoécies aplaties et bisériées, disposées selon une double spirale, et à face frontale très concave.
Aviculaires rigides en forme de cornes d’abondance implantés sur la région proximale de la face
frontale ; mandibule avicularienne terminale, portée par la partie élargie distale et tronquée de
l’aviculaire. Orifice frontal subterminal. Opésie occupant toute la surface frontale. Présence, chez
certaines espèces, de ramifications secondaires. Pas de processus épineux. Ovicelle inconnue.
Espèce-type : Nordgaardia pusilla (Nordgaard, 1907).
N. cornucopioides n. sp. : Diagnose spécifique : Nordgaardia sans ramifications secondaires.
Longueur de l’aviculaire égale à moins du triple de son diamètre maximum (extrémité distale).
Aviculaire s’élargissant graduellement mais rapidement dès sa base. Autozoécies libres sur la moitié
de leur hauteur.
Description
Nordgaardia sans ramifications secondaires, présentant des autozoécies aplaties et
courbées, en forme de « grand chistera », concaves vers l’extérieur, la face frontale étant
plane ou généralement un peu déprimée en forme de gouttière. Ces autozoécies ne sont
- 81 -
sessiles que dans leur moitié proximale, la moitié distale étant libre ; leur longueur est de
950-1 450 p.m, leur largeur de 150-180 p.m, leur épaisseur maximum de 120-130 pm. L’avi-
culaire en forme de corne d’abondance a une longueur de 650 à 850 p,m, sa mandibule
mesurant 170-200 p,m de long; il est obliquement tronqué à son extrémité et porté par
la partie tout à fait proximale de la face frontale (tournée vers l’extérieur) ; très fin à sa
base, rigide, il s’élargit progressivement et assez rapidement vers son apex pour atteindre
un diamètre de 300pm à son extrémité distale. L’extrémité antérieure de la zoécie est
tronquée, sans épines ; l’orifice autozoécial, subterminal, est de forme hémicirculaire.
Probablement 20 tentacules.
Fig. 1. —• Nordgaardia cornucopioides . Échelle : 100 fini. A : aviculaire ; O : orifice autozoécial ; Z : auto-
zoécie.
Discussion
Cette espèce correspond à la définition du genre Nordgaardia, brièvement décrit par
Kluge (1962) et pour lequel cet auteur a cru bon de définir une nouvelle famille dans laquelle
il le classe avec le genre Uschakovia. Il situe cette nouvelle famille à proximité des Scru-
pocellariidae et des Bicellariellidae au sens large du terme (sans tenir compte de la dis¬
tinction, codifiée par Bassler en 1953, entre les familles Bicellariellidae Busk, 1852, et
Bugulidae Gray, 1848). Nordgaardia présente toutefois d’importantes ressemblances avec
les Camptoplites (Bugulidae), et nous estimons en premier lieu nécessaire de préciser la
distinction entre ces deux genres.
1 , 6
— 82 —
Le genre Camptoplites, rapidement décrit par Harmer (1923) et redéfini par ce même
auteur en 1926, présente de nombreuses analogies avec les Nordgaardia : la possession
d’une partie basale zoariale pédonculée, le grand développement de l’opésie, un zoarium
généralement bisérié, la présence de longs aviculaires. Toutefois, les diagnoses d’HAR-
mer, commentées et confirmées par Hastings (1943) font état d’une morphologie constante
de l’aviculaire qui présente toujours une tête rappelant plus ou moins celle d’un oiseau
et portée par un pédoncule isodiamétrique flexible d’une longueur souvent supérieure à
celle de la tête. Dans le nouveau genre décrit ici, le pédoncule avicularien n’est pas souple,
mais rigide, comparable en cela à celui qui a été décrit chez de nombreuses espèces du genre
Cornucopina ; le pédoncule des Nordgaardia et celui des Cornucopina ne sont pas homo¬
logues des pédoncules des Bugula et des Camptoplites, étant partie intégrante de l’avicu-
laire chez les deux premiers genres cités, alors qu’il sert de support à l’aviculaire chez
Bugula et Camptoplites. L’aviculaire n’a pas ici la forme de tête d’oiseau classique dans
le genre Camptoplites, mais est en forme de trompette très longuement allongée, dont l’arti¬
culation n’est pas située à la limite de la tête et du pédoncule (cf. Camptoplites et Bugula),
mais à celle du pédoncule et de la frontale autozoéciale (cf. Cornucopina ). Ces particula¬
rités confirment l’absence d’homologie entre les deux types de pédoncules.
Les aviculaires en forme de trompette ou de corne d’abondance ne sont par ailleurs
l’apanage que des Cornucopina, genre rangé dans la famille Bicellariellidae dont les repré¬
sentants présentent une opésie courte et plus ou moins arrondie, portée par la partie distale
d’une autozoécie en forme de pipe ou de club de golf ; un long et étroit gymnocyste en occupe
la face frontale. Chez Nordgaardia comme chez tous les Bugulidae, le gymnocyste est très
réduit, l’opésie allongée et étroite occupant la quasi-totalité de la frontale ; la morphologie
zoéciale ne présente pas la segmentation en une partie proximale étroite et une région
distale brusquement élargie et oblique par rapport à la précédente, nettement distinctes
et caractéristiques des Bicellariellidae. Dans sa description originale des Sadkoidae, Kluge
(1962) considère comme caractéristiques de cette famille la présence d’un long aviculaire,
et la disposition des autozoécies en paires insérées à angle droit par rapport à la paire sous-
jacente, ce qui fait que les zoécies sont orientées de façon rayonnante dans toutes les direc¬
tions à partir de l'axe zoarial ; chez les Bugulidae, Bicellariellidae et Scrupocellariidae,
il existe toujours au contraire une face dorsale dépourvue d’orifices autozoéciaux.
L’espèce-type du genre, N. pusilla (Nordgaard, 1907), récemment redécrite par Hay¬
ward (1978) se différencie de N. cornucopioides par la finesse de ses aviculaires, aux pédon¬
cules ténus ne s’élargissant que très modérément à leur extrémité (très obliquement
tronquée : 20 à 25°), et par une plus grande cohésion du zoarium, la partie distale des
autozoécies n’étant que brièvement libre.
Une autre espèce, décrite sous le nom de Camptoplites marchemarchadi Redier et d’Hondt,
1976, doit entrer dans ce même genre. Elle se définira comme suit : Nordgaardia à aviculaire
grêle et effilé, dont le diamètre maximum est compris entre le quart et le cinquième de la
longueur avicularienne totale, ne s’élargissant nettement qu’à son extrémité. Les aviculaires
ne sont portés que par les ramifications secondaires, les autozoécies des ramifications nor¬
males en étant dépourvues. Extrémité des aviculaires tronquée obliquement à 45° environ.
Remarque : Seuls les Camptoplites présentaient jusqu’ici des ramifications secon¬
daires ; la présence de ce caractère chez certaines Nordgaardia est un argument en faveur
- 83 -
d’affinités systématiques entre les Bugulidae et les Sadkoidae (Uschakovia et Nordgaar-
dia).
Station-type : Au large du Brésil, par 07°09' S et 34°25,5' W. 770-805 m de profondeur.
9. Cornucopina bella (Busk, 1884)
Busk, 1884 : 34 ; Harmer, 1926 : 427-428.
Nouvelle pour la faune atlantique, cette espèce n’était jusqu’ici connue que de la région
indo-pacifique. Les spécimens récoltés se différencient de la forme typique par un nombre
plus réduit des épines implantées sur la partie libre élargie de l’autozoécie (2-4). En plus
de l’aviculaire axillaire constant, mais dont un seid exemplaire de 150 pm de long et 50 pm
de large a été intégralement conservé, un second aviculaire de forme identique (cf. pi. VI,
fig. 3 b de Busk) a été observé (une seule fois) implanté dorsalement à mi-longueur de la
partie élargie. Ce dernier est de dimensions un peu différentes du précédent (140 pm de
long, 70pm de large) alors que Busk l’indique de même taille.
10. Notoplites sp. aff. N. damicornis Hayward et Ryland, 1978
(PI. I, 1-2)
La description d’ Hayward et Ryland (1978 : 148-149) s’applique assez bien à notre
échantillon dépourvu d’ovicelles, qui s’en différencie toutefois par une plus grande lon¬
gueur autozoéciale (800 pm ici contre 600 selon les descripteurs). Les aviculaires frontal
et latéro-distal ont les mêmes forme et taille ; il existe deux à trois épines externes et une
interne (deux chez N. damicornis). Le scutum est plus découpé que selon le schéma d’ Hay¬
ward et Ryland, mais il n’est pas impossible que les ramifications terminales en aient
été cassées sur les échantillons originaux. Vingt-deux tentacules.
11. Notoplites (?) sp.
Les fragments étudiés sont caractérisés par des ovicelles incubantes à petite fenêtre
ovale et oblique. Le zoarium est bisérié, mais les articulations étant toutes endommagées,
il ne nous a pas été possible de confirmer son appartenance générique. Un aviculaire conique
frontal persiste en présence d’ovicelle. Il existe deux épines externes (brisées sur nos échan¬
tillons), dont l une à mi-longueur de la loge.
12. Camptoplites bicornis (Busk, 1884)
Busk, 1884 : 40-41 ; Hastings, 1943 : 443-449 ; d’Hondt, 1981 : 31.
Non ovicellés, les spécimens de la station 243 appartiennent, les uns à la forme typique
avec les trois types d’aviculaires habituels, les autres à la forme à longues épines distales
— 84 —
signalée dans notre précédent travail (d’Hondt, 1981) sur les Cheilostomes de l’Institut
Océanographique de Woods Hole. Sans doute doit-il s’agir de cas de variabilité individuelle
ou génétique.
13. Cryptostomaria cylindrica (Harmer, 1926)
(PI. IV, 1-4)
Harmer, 1926 : 223-225 (sous le nom d ’Aspidostoma cylindricum).
Diagnose : Cryptostomaria bathyo-abyssale à orifice de forme presque carrée et à zoarium
quadrisérié. Cadre autozoécial denticulé.
Description
Le zoarium, dressé, quadrisérié et de forme sensiblement cylindrique, est dépourvu
de joints et d’articulations. Les autozoécies, longues de 700 [im et larges de 400 qm, sont
disposées en iiles spirales. L’orifice, de forme carrée mais à bord distal incurvé, a 100 |im
de diamètre. Contrairement aux spécimens types indonésiens, les exemplaires atlantiques
ne présentent pas d’aviculaires. La frontale est profondément déprimée par rapport au
cadre autozoécial saillant et à l’arête finement denticulée. Le bord proximal de l’orifice
présente une paire d’indentations latérales. L’ovicelle, en forme de casque, est granuleuse
comme la paroi frontale et le cadre zoécial ; son orifice, en forme de secteur de cercle, a
150 pm de diamètre. Dimensions de l’ovicelle : 200 qm de large, 150 pm de haut.
Discussion
Le genre Cryptostomaria Canu et Bassler était jusqu’ici monospécifique pour l’espèce
C. crassatina Canu et Bassler, 1927 (1927 : 4 ; 1928 : 173), décrite d’Indonésie par 175-
340 fathoms. La seconde espèce redécrite ici s’en différencie par le nombre plus réduit
des files autozoéciales (quadrisériation — une huitaine de séries chez C. crassatina , espèce-
type du genre), la minceur et la denticulation du cadre autozoécial. C. cylindrica avait
été initialement décrite par Harmer (1926) comme espèce nouvelle du genre Aspidostoma
Hincks, 1881, précisément aussi à partir de spécimens indonésiens. Les colonies que nous
avons étudiées sont identiques aux trois spécimens conservés au Musée d’Amsterdam
et qui en constituent les syntypes (un échantillon en alcool, deux réunis dans le même
montage microscopique) ; sans doute sont-ce les indentations latérales de l'orifice qui ont
été désignées par Harmer sous l’appellation de « small opesiules », mais en ont-elles réelle¬
ment la signification (lieu de passage de muscles dépresseurs) ? Le genre Aspidostoma a
quant à lui été redéfini par Brown (1952), en élargissant la diagnose rédigée par Harmer
avant la guerre mais publiée postérieurement et à titre posthume en 1957.
Selon la signification des indentations aperturales, suivant qu’elles sont ou non des
opésiules, l’espèce peut être classée dans deux genres appartenant à deux familles diffé¬
rentes. Dans l’état actuel de nos connaissances, elle concorde aussi bien avec la définition
des Aspidostomatidae qu’avec celle des Cellariidae, données toutes deux par Brown (1952)
dans le même travail. Les Aspidostoma arborescentes ayant toutefois toujours leurs orifices
— 85 -
autozoéciaux portés par une seule face du zoarium, alors qu’ils sont ici portés par toutes
les faces (caractère de Cellariidae), nous préférons classer cette espèce dans la famille Cella-
riidae à l’intérieur du genre Cryptostomaria, tout en admettant que le problème de la posi¬
tion systématique de C. cylindrica demande à être confirmé à partir d’un matériel zoolo¬
gique plus abondant.
Cette espèce n’avait jusqu’à présent été signalée que d’Indonésie, par 270-1 595 m
de profondeur. Sa présence dans l’Atlantique Sud et en milieu abyssal (3 820 m de pro¬
fondeur) étend considérablement son aire de répartition connue.
14. Formosocellaria abyssicola d’Hondt, 1981
D’Hondt, 1981 : 20-22.
Chez quelques-unes des branches de la station 12, les verticilles autozoéciaux suc¬
cessifs présentaient un rétrécissement proximal de leur diamètre non constaté sur les échan¬
tillons de la série-type.
15. Cellularina incerlae sedis
L’absence de certains caractères taxinomiques sur l’échantillon arborescent et bisérié
étudié, long de 2,8 mm, ne nous permet pas de lui assigner une position systématique plus
précise que son appartenance aux Cellularines. La frontale autozoéciale est lisse ; il n’existe
pas d’ovicelles, ni d’aviculaires, ni d’épines. La colonie, très peu calcifiée, servant de sub¬
strat à un Kamptozoaire, est formée de deux séries de zoécies enroulées l’une autour de
l’autre. L’orifice est hémicirculaire, de 90-100 pm de long, à sclérile operculaire bien net.
Une area triangulaire membraneuse de 70 pm de long, orientée vers l’arrière, est recon¬
naissable proximalement à l’orifice. Les autozoécies ont une longueur de 350 pm.
16. METRARABDOTOMORPHA n. g.
Diagnose générique : Cheilostome arborescent à cryptocyste bombé, s’étendant sur toute
la surface frontale, recouvert par une area membraneuse. Orifice hémicirculaire. Pas d’opésiules.
Surface frontale non ornée de côtes, sans ornementation régulière, mais perforée de nombreux
gros pores plus ou moins nettement polygonaux, de forme variable, et dessinant une structure
d’ensemble en forme de nid d’abeille. Zoécies de très grande taille (jusqu’à 1 700 pm de long et
700 (im de large). Six séries longitudinales de zoécies alternantes, disposées sur toute la périphérie
du zoarium. Pas d’aviculaires.
Espèce-type : M. aenigmatistes n. g. n. sp.
Metrarabdotomorpha aenigmatistes n. sp.
(PI. If, 1-5)
Diagnose spécifique : Metrarabdotomorpha abyssale dont les pores frontaux sont de taille
plus réduite proximalement à l’orifice que sur le reste de la surface autozoéciale.
— 86 —
Description
Plusieurs dizaines de fragments brisés de cette espèce érigée ont été récoltés ; aucun
d’entre eux n’était ramifié ni ne présentait d’articulations et d’aviculaires. Nous ne dispo¬
sons pas, dans ces conditions, d’un nombre suffisant d’éléments nous permettant de cer¬
tifier à quelle subdivision des Umbonulacea appartient l’espèce décrite ici.
Les branches sont formées de six files longitudinales de zoécies, disposées sur toute
la périphérie du zoarium dressé dont les branches ont 1 100-1 200 fxm de diamètre; les
zoécies atteignent une largeur maximale de 700 pm pour une longueur de 1 550-1 700 pm.
La surface zoéciale, bombée, recouverte par une épaisse membrane frontale transparente,
est constituée par un épais cryptocyste abondamment perforé de dépressions irrégulières
atteignant 140 pm de diamètre, de forme variable (d’arrondie à polygonale), ne ména¬
geant entre elles que d’étroites parois interloculaires calcifiées ; la surface frontale présente
ainsi un aspect de nid d’abeille. Les grosses perforations constituent aussi une rangée de
pores aréolaires en périphérie de la zoécie. La taille des perforations décroît de façon cen¬
tripète (jusqu’à 50 pm de diamètre) vers l’orifice. Les limites interzoéciales ne sont pas
visibles. L’orifice est perpendiculaire à l’axe zoarial et son bord, recouvert par la mem¬
brane transparente frontale, fait saillie vers l’extérieur. L’opercule est de forme hémi¬
circulaire, et d’un diamètre de 300 pm. Il existe un fin et très étroit sinus axial proximal
de 90 pm de long. L’ovicelle circulaire de 750 pm de diamètre, très aplatie, est ornée de struc¬
tures moniliformes superficielles convergeant vers l’orifice en augmentant de taille.
Discussion
La possession d’un cryptocyste développé sous une aréa membraneuse et occupant
toute la surface frontale aurait tout d’abord suggéré de classer cette forme parmi les Anas-
cina Coelostèges, mais cette attribution ne peut être retenue en l’absence d’opésie et en
raison de l’ornementation multiporée de la surface frontale. Cette structure frontale ne cor¬
respond pas au bouclier calcaire (péricyste) qui recouvre l’aréa chez les Cribrimorphes ni
à une paroi du type présenté par les Ascophorina Imperfecta. Certains Ascophora incertae
sedis ( Tropidozoum ), tout à fait différents par ailleurs de Metrarabdotomorpha et notam¬
ment par une symétrie zoariale originale, sont caractérisés par le recouvrement de la fron¬
tale autozoécialc calcifiée par une membrane cuticularisée délimitant en dessous d’elle
une vaste cavité hypostégienne ; il ne semble pas que ce soit le cas ici, mais la membrane
frontale est trop plaquée sur les échantillons pour qu’il soit possible de présumer de son
apparence in vivo. Les caractéristiques des Umbonulacea, telles qu’elles ont été redéfinies
par Cheetham (1968), correspondraient mieux — pour les critères morphologiques que
nous avons pu étudier — à ceux de nos échantillons (sécrétion de la paroi frontale par une
membrane épifrontale), mais nous manquons d’éléments pour pouvoir en faire une étude
critique satisfaisante. En l’absence de renseignements sur le mode d’incubation, le type
de ramification, la fixation au substrat, la présence réelle ou l’absence d’une cavité hyposté¬
gienne, il n’est pas possible pour l’instant d’assigner à l’espèce étudiée une place précise
dans la classification ; dans l’état actuel de nos connaissances, c’est des Umbonulacea
- 87 -
qu’elle se rapproche le plus ; étant donné qu’elle n’entre dans aucun des genres redéfinis
par Cheetham, nous proposons pour elle la distinction d’un genre nouveau.
Station-type : « Atlantis II » n° 60, st. 247, par 5 208-5 223 m de profondeur ; 43°33,0' S
et 48«>58, 1' W.
17. Incertae sedis aff. g. Margaretta Gray, 1843
(PI. IV, 5-6 ; fig. 2)
Le matériel étudié consiste en deux fragments sans ovicelles, non ramifiés, et cassés
de telle sorte qu’il est impossible de conclure sur la présence ou l’absence d’articulations
ou de joints chez cette espèce.
Fig. 2. — Margaretta (?) sp. Échelle : 400 jim. A : aviculaire ; O : orifice autozoécial ; P : pore ; S : ascopore ;
Z : autozoécie.
Le zoarium est dressé et trisérié, les péristomes des deux rangées latérales de zoécies
étant situés au même niveau ; les autozoécies sont toutes portées par la même face du
zoarium. Le diamètre d’une branche est de 1,30 mm, la longueur zoéciale 3,90 mm, sa lar¬
geur 550-700 (im ; le péristome, au bord crénelé, a un diamètre de 400 pm ; il porte un avi¬
culaire oral transverse le long de son bord proximal, ovalaire et de 120 pm de longueur
et de largeur maximale à sa base. La surface frontale présente un ascopore saillant et cir-
— 88 -
culaire de 130 [un de diamètre, porté par une tubulure cannelée longitudinalement. La
frontale est lisse ou faiblement chagrinée, et ne présente que quelques petits pores dissé¬
minés sur sa surface.
La diagnose du genre Margaretta, tel qu’il a été redéfini par Harmer (1957), s’appli¬
querait très bien à ces deux échantillons si elle ne stipulait pas que les aviculaires font
défaut dans ce genre ; ils sont en effet constants chez nos échantillons. Cette espèce est
toutefois indiscutablement très proche des Margaretta, mais sa position systématique
réelle par rapport à, ou parmi, les Margarettidae demande à être précisée à partir d’un
nouveau matériel plus complet. Harmer précisant en outre que les Margarettidae cor¬
respondent en partie aux Tubucellariidae des anciens auteurs sans pourtant en donner de
diagnose, la définition de cette famille sera elle-même à reconsidérer à cette occasion. Nos
spécimens concordent avec la définition des Margaretta par le port zoarial (dressé et cylin¬
drique), la disposition de zoécies poreuses en séries alternantes, la présence de péristomes
tubulaires avec orifices circulaires, l’existence de l’ascopore.
Cette espèce appartient probablement à un genre nouveau qui, s’il est caractérisé
par la possession de joints chitineux et d’ovicelles péristomiales, serait à classer parmi
les Margarettidae. Il est actuellement prématuré de le décrire et de le nommer à partir
du matériel incomplet à notre disposition.
18. Bifaxaria submucronata (Busk, 1884)
Busk, 1884 : 80 ; Harmer, 1957 : 861-862.
Le matériel étudié présente le mode de bifurcation figuré par Busk (1884, pi. XIII,
fig. 1), la taille et le bon état de conservation du spécimen du dragage 12 permettant une
appréciation plus précise de la morphologie générale de la colonie. Celle-ci est ramifiée
en candélabre dans un même plan, présentant huit ramifications d’un côté et neuf de l’autre ;
l’une de celles-ci possède même une ramification secondaire, basale, de même implanta¬
tion.
19. Urceolipora (?) sp.
(PI. I, 5-6)
Cette espèce avait été signalée dans notre première note sur les Cheilostomes abys¬
saux des collections de Woods Hole (1981) comme « incertae sedis (station 247) ». Les nou¬
veaux spécimens obtenus, bien qu’imparfaitement conservés, permettent néanmoins de
proposer une assignation générique que l’absence d’ovicelles ne permet pas de confirmer.
Le zoarium est bisérié, les orifices étant tournés vers la même face. Ces orifices sont de
forme circulaire, présentent une longue scissure axiale en V orientée verticalement vers
l’extérieur ; quelques rares pores aréolaires et 5-6 séries frontales de pores perforent obli¬
quement vers l’arrière la frontale autozoéciale. L’orientation du sinus péristomial suggère
un rapprochement avec Urceolipora sinuata Harmer, 1957, espèce mal connue qui pré¬
sente aussi un zoarium bisérié, mais pourvu d’aviculaires et présentant de nombreux pores
frontaux.
- 89 -
20. Pseudoflustra (?) sp.
Le matériel étudié consiste en un seul fragment, en mauvais état, d’un zoarium dressé
de section circulaire (330 p.m de diamètre), sur les contours duquel se détachent les péristo-
mes autozoéciaux de 100 pm de haut. La longueur autozoéciale est de 350-500 p.m, la lar¬
geur de 200 p.m. L’orilice, carré mais aux angles arrondis, a 80 p.m de diamètre ; il est suivi
d’un aviculaire axial proximal de 60p.m de long orienté vers l’arrière. La frontale, lisse,
est pourvue de 4-5 paires de pores aréolaires. L’ovicelle globuleuse de 170 pm de long et
150 pm de large (aux bords cassés sur l’échantillon) débouche dans le péristome ; elle pré¬
sente une ornementation frontale d’aspect fibreux convergeant vers l’orifice. 11 existe peut-
être un sinus très peu marqué.
C’est avec le genre Pseudoflustra que ce spécimen présente le plus d’affinités appa¬
rentes (port du zoarium, disposition et morphologie des loges, présence et orientation de
l’aviculaire, existence de pores aréolaires).
21. Buskea sp.
(PI. II, 6)
Espèce représentée dans la collection par un seul fragment trisérié, portant ses loges du
même côté, dépourvu d’ovicelles et sur lequel il n’a pas été observé d’aviculaires. L’orifice
présente un profond sinus. Cet échantillon, dont le port zoarial rappelle celui de Bryocryp-
tella wiebachi, n’en présente ni les limites interzoéciales saillantes (elles sont ici indistinctes)
ni la lyrule. Il ne correspond à aucune des quatre espèces de Buskea actuellement décrites.
Fig. 3. — Mucronellidae ? Échelle : 400 jim. A : aviculaire ; O : orifice autozoécial ; P : pore ; Z : auto-
zoécie.
- 90 -
22. Mucronellidae ?
(Fig- 3)
Le matériel est constitué par quatre fragments, tous incomplets, d’un zoarium arbo¬
rescent. Les autozoécies, longues de 1 050-1 250 qui, larges de 450 qm, sont de forme ova¬
laire ; il n’existe pas d’épines ni de lvrule, et il n’a pas été observé d’ovicelles. La surface
frontale est un olocyste, seulement percé de quelques petits pores aréolaires. L’orifice
de forme variable, parfois presque circulaire, parfois plus aplati (200pm de large, 110-
160 pm de haut), présente un large sinus en U représentant presque toute la largeur du
poster, et deux petites cardelles. Un petit aviculaire axial frontal existe proximalement
à l’orifice ; un second aviculaire, adventif et de même forme, mais de taille encore plus
réduite, est généralement présent en position latéro-proximale. La face dorsale présente
des zoécies aviculariennes adventives.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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1-190.
- 92 -
PLANCHE I
1 — Notoplites sp. afï. N. damicornis. Quelques zoécies. X 60.
2 —• Notoplites sp. afï. N. damicornis. Ramification zoariale. X 60.
3 — Nordgaardia cornucopioides. Extrémité d’un aviculaire. X 125.
4 — Nordgaardia cornucopioides. Zoarium. X 30.
5 —- Urceolipora (?) sp. Zoarium. X 12,5.
6 — Urceolipora (?) sp. Orifice autozoécial. X 60.
- 93 -
PLANCHE I
- 94
PLANCHE II
1 — Metrarabdotomorpha aenigmatistes. Portion zoariale. X 12,5.
2 — Metrarabdotomorpha aenigmatistes. Quelques autozoécies. X 30.
3 —* Metrarabdotomorpha aenigmatistes. Une autozoéeie. X 65.
4 —- Metrarabdotomorpha aenigmatistes. Détail de la surface frontale. X
5 —• Metrarabdotomorpha aenigmatistes. Ornementation frontale. X 300.
6 — Buskea sp. Fragment de zoarium. X 30.
125 .
- 95 -
PLANCHE II
- 96 -
PLANCHE III
1 — Dendrobeania formosissima. Portions de colonies ovicellées. X 30.
2 — Dendrobeania formosissima. Partie distale d’une autozoécie. X 125.
3 — Dendrobeania formosissima. Aviculaire proximal. X 300.
4 — Pachyzoon atlanticum. Zoarium (face supérieure). X 30.
5 — Pachyzoon atlanticum. Zoarium (vue de profil). X 60.
6 —- Pachyzoon atlanticum. Péristome et orifice autozoéciaux. X 420.
PLANCHE III
1, 7
- 98 -
PLANCHE IV
1 — Cryptostomaria cylindrica (à gauche) et Margaretta (?) sp. (en bas à droite). Fragments zoariaux.
X 12,5.
2 — Cryptostomaria cylindrica. Quelques autozoécies. X 60.
3 — Cryptostomaria cylindrica. Région aperturale (vue de profil). X 125.
4 — Cryptostomaria cylindrica. Orifice autozoécial. X 125.
5 — Margaretta (?) sp. Orifice autozoécial. X 60.
6 — Margaretta (?) sp. Quelques autozoécies. X 20.
99 -
PLANCHE IV
Hull. Mus. natn. Hist, natParis, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 101-168.
Éponges Tétractinellides et Lithistides bathyales
de Nouvelle-Calédonie
par Claude Lévi et Pierrette Lévi
Résumé. — Cette collection regroupe seize Démosponges Lithistides et quatorze Tétracti¬
nellides draguées par le N/O « Vauban » sur la partie supérieure de la pente péninsulaire au sud
de la Nouvelle-Calédonie. Vingt-cinq espèces sont nouvelles. Deux genres nouveaux, Anaderma
et Jereicopsis, sont créés ; ils ont des affinités avec d’autres genres de Lithistides vivant au Cré¬
tacé.
Abstract. — First record of deep Sea Sponges dredged by N/O “ Vauban” on the upper
slope off New Caledonia. Sixteen Litbistida and fourteen Tetractinellida were collected. Twenty-
five new species are described and two new genera, Anaderma and Jereicopsis, are related to the
cretaceous Lithistid fauna.
C. Lévi et P. Lévi, Laboratoire de Biologie des Invertébrés marins et Malacologie, Muséum national d’His¬
toire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris.
Les Spongiaires fixés sur la pente ou sur les plateaux supérieurs des talus continen¬
taux océaniques sont encore relativement mal connus. Les collections les plus intéressantes,
dont les espèces ont été identifiées, proviennent de la mer des Caraïbes et du golfe de Mexico,
des îles du Cap Vert et des Açores et de certains points du vaste domaine indopacifique
tropical (Japon, Philippines, Indonésie, golfe du Bengale, Afrique du Sud). Toutes ces
collections apportent une certaine image de la composition globale de la faune des Spon¬
giaires qui vivent au-dessous des plateaux continentaux (Lévi, 1979), sans atteindre les
profondeurs des plaines abyssales. Peu adaptables aux milieux sédimentaires, ces éponges
ne peuvent y figurer que sur substrat solide en surface du sédiment.
La collection récoltée par le N/O « Vauban » de l’ORSTOM en deux principales sta¬
tions au sud de la Nouvelle-Calédonie par des fonds de 300 à 600 m, au-dessous de la pente
récifale, est intéressante pour plusieurs raisons. Ces stations se sont révélées riches en Tétrac¬
tinellides et en Lithistides et la composition de cette faune peut être comparée notamment
à celle de la station 192 du « Challenger », relativement voisine (îles Kei), qui a révélé une
riche faune identifiée par Sollas (1888) et à celles de la région caraïbe où Schmidt (1879-
1880) a pu décrire le plus grand nombre de genres de Lithistides actuelles.
La biogéographie des Spongiaires des talus continentaux restant encore à établir,
cette collection montre qu’il existe une grande similitude dans la composition générique
de cette faune à travers les océans, et qu’elle contient sans doute un nombre appréciable
d’espèces qui représentent, actuellement, une faune beaucoup plus diversifiée au Crétacé
et bien connue à l’état fossile en Europe occidentale, (.’étude des Lithistides et des Tétrac-
102 -
tinellides est à cet égard assez démonstrative d’un fait déjà établi et discuté par les pion¬
niers de l’exploration océanique zoologique tels que Carpenter et Agassiz, et constaté
depuis par de nombreux naturalistes (par exemple Dell, 1956, pour les Mollusques de
Nouvelle-Zélande). On trouvera dans Reid (1967) une discussion sur la zoogéographie
de certains Spongiaires actuels et mésozoïques.
La diversité spécifique des genres présents dans cette faune des talus est encore impos¬
sible à préciser et à apprécier, faute de documents. On a encore peu d'idées sur le mode
de répartition des espèces et sur les relations de ces peuplements bathyaux mal définis,
qui occupent un milieu thermique assez stable entre 10 et 20°C dans la zone tropicale,
notamment avec les faunes des niveaux supérieurs soumises à des conditions de tempé¬
rature différentes. Il sera intéressant de vérifier, en particulier dans le quadrilatère Fiji,
Nouvelle-Zélande, est de l’Australie et Nouvelle-Calédonie, si les limites des provinces
biogéographiques bathymétriques superposées correspondent, comme c’est le cas en Atlan¬
tique occidental (Briggs, 1974 : 366), ou s’il existe un décalage de leurs limites révélant
les traces de l’histoire tectonique ou climatique.
Nous remercions l’équipage du N/O « Vauban » et M. J. L. Menou, du Centre ORSTOM de
Nouméa, qui ont rassemblé cette collection, ainsi que Miss S. Stone (British Museum (nat. hist.)),
le Dr. Rützler (Smithsonian Institution Washington), le Dr Van Soest (Amsterdam Zool. Mus.)
et le Dr M. Grasshoff (Senckenbergmuseum, Frankfurt a.Main) qui nous ont permis de consulter,
ou qui nous ont envoyé les types des collections de référence indispensables. Nous remercions
également M lle J. Parétias, MM. A. Foubert et Y. Lévi pour leurs contributions en dessins
ou photographies.
Liste des espèces étudiées
Pleromidae
Plerorna menoui n. sp.
Pleroma turbinatum Sollas
Anaderma rancureli n. gen., n. sp.
CoRALLISTIDAE
Corallistes fulvodesmus n. sp.
Corallistes multiluberculalus n. sp.
Corallistes undulatus n. sp.
Corallistes microstylifer n. sp.
Macandrewia spinifoliata n. sp.
Callipelta punctata n. sp.
Jerf.idae
Neosiphonia superstes Sollas
Discodermiidae
Discodermia proliferans n. sp.
SCLERITODERMIDAE
Aciculites oxytylota n. sp.
Aciculites papillata n. sp.
Scleritoderma camusi n. sp.
Microcleroderma herdmani (Dendy)
Microscleroderma stoneae n. sp.
Leiodermatiidae
Jereicopsis graphidophora n. gen., n. sp.
Craniellidae
Craniella neocaledonica n. sp.
Geodidae
Geodia vaubani n. sp.
Erylus fibrillosus n. sp.
Erylus burtoni n. sp.
Theneidae
Thenea microspirastra n. sp.
Sphinctrella orthotriaena n. sp.
Pachastrellidae
Poecillastra laminaris (Sollas)
Stellettidae
Stelletta centroradiata n. sp.
Stelletta radicifera (Wilson)
Stelletta hyperoxea n. sp.
Stelletta vaceleti n. sp.
Chelotropella neocaledonica n. sp.
Penares schulzei (Dendy)
Pachataxa enigmatica n. sp.
Famille Pleromidae Sollas, 1888
Genre PLEROMA Sollas, 1888
Pleroma menoui n. sp.
(PI. I, 3-6; pi. II, 1-4; fig. 1)
Holotype : MNHN DCL 2764; paratypes : MNIIN DCL 2765.
Localité : Sud de la Nouvelle-Calédonie : 22°47' S-167°13' E, 410-415 m ; 22°50' S-167°16' E,
480-505 m.
L’éponge prise pour type est une masse plurilobée mesurant au maximum 110-105-
25 mm. Les lobes sont irréguliers, de couleur jaune grisâtre, à surface glabre, sauf par
zones où de longs spicules sont saillants et assez denses. Ils peuvent atteindre 12 mm de
long. Le cortex est mince ; il est chargé de petits strongyles rugueux qui correspondent
105 -
à des spirasters. On y voit aussi les cladonies serrés des dichotriaenes périphériques. Au-
dessous, un feutrage de microxes rugueux se situe au milieu des grands desnies du squelette
choanosomique. On ne voit pas de grands orifices aquifères, niais on observe çà et là
quelques petits orifices d'un millimètre environ. Sous le cortex, on peut voir les sections
de nombreux canaux et espaces aquifères périphériques. Les grands desmes constituent
une charpente très solide et les microxes abondent dans toutes les parties molles du choa-
nosome.
Les autres spécimens sont également des éponges massives formant des lobes aplatis,
à faibles points d’attache au substrat.
Spiculés
— Desnies mégaclones, avec extrémités des clones en ventouse ; ils mesurent 300 à
700 [lin de long et 120-180 (im d’épaisseur! Ce sont des spicules dont l’épaisseur des épi-
rhabdes est remarquable. Les surfaces de zvgose mesurent 150-220 pm et les esactines
mesurent jusqu’à 400 pm.
— Oxes mesurant 2,3 à 12 mm de long, suivant les zones d’bispidation examinées.
— Dichotriaenes à rhabde de 700 à 1 400 pm/35-38 pm, avec protoclades de 100 à
50 fini et deutéroclades de 500 à 200 pin.
- Microxes courbes, un peu rugueux : 170-225 pm/4-5 pm.
— Spirasters mesurant 15-18 pm/5-4 pm ; leurs actines sont enrobées dans une silice
épaisse qui arrondit tous les contours, de telle sorte tpie le spicule ressemble à un micro-
strongyle.
— Spirasters-metasters plus rares : 10 pm.
Pleroma turbinatum Sollas, 1888
(PI. I, I et 2; pl. Il, 5-8; fig. 2)
MNHN DLL 2766.
Localité : Nouvelle-Calédonie, Havannab, 22°17' S-167°14' E, 425-430 m.
La collection contient trois spécimens de cette éponge massive, en forme de lame
de 5 à 10 mm d’épaisseur, fixée sur le substrat par un de ses bords et dressée verticalement.
Ils mesurent environ 35 mm de haut et 40 à 50 mm de large. Le bord supérieur peut être
recourbé et légèrement épaissi. L’éponge a une légère courbure, avec une face convexe
où apparaissent très visiblement les cladomes des dichotriaenes superficiels et avec une
face concave, finement hispide. Le squelette est très comparable à celui du type ; la
charpente est composée de desmes mégaclones, à moelle axiale. Aucun orifice n’est
visible.
Spiculés
— Desmes mégaclones à moelle axiale jaunâtre, mesurant 500-550 pm/70-90 pm,
avec esactines de 200-300 pm et surfaces de zygose de 100-150 pm.
106 -
— Oxes courbes et fins : 1 500-1 700fxm/3fxm.
— Dichotriaenes à rhabde de 1 000-2 000 jxm/35-45 [im ; protoclades de 30-45 (xm et
deutéroclades de 150-250 fxm.
— Microxes : 130-150 (xm/2-3 (xm.
— Spirasters à petites actines pointues : 12 [xm de long.
Distribution : large de Matuku (îles Fiji), 573 m, vase corallienne.
Fig. 2. — Pleroma turbinatum Sollas : 1, 3, dichotriacne (x 80) ; 2, desme (x 80) ; 4, spiraster (x 350) ;
5, microxe (X 350).
107 -
Remarques
Le genre Pleroma Sollas, 1888, a été créé pour un spécimen unique mesurant seule¬
ment 10/11/10 mm, dragué au large des îles Fiji. C’est l’échantillon type de Pleroma tur-
binatum, qui est massif, conique, avec un plateau distal un peu déprimé au centre. Cette
forme n’est évidemment pas lamellaire mais l'éponge est trop petite pour affirmer qu’elle
est représentative de la population des Pleroma de Fiji. Si on compare les spicules du type
et ceux des spécimens de Nouvelle-Calédonie, on observe quelques différences, notamment
la longueur des spirasters (24 à 30 pm à Fiji) et la longueur des microxes (180-210 p.m à
Fiji). En revanche, les desmes sont semblables dans les deux stations. Compte tenu de
la présence en Nouvelle-Calédonie de deux espèces distinctes de Pleroma, il est possible
que le genre soit représenté dans le bathyal du Pacifique sud par d’autres espèces. Il sera
nécessaire de reconsidérer plus tard la parenté du type de P. turbinatum Sollas et des éponges
de la Havannah.
Les deux espèces de Pleroma de Nouvelle-Calédonie se distinguent aisément par leur
morphologie générale (très lobée ou lamello-auriculaire), par la forme des spirasters et par
la forme et la dimension des desmes. Les desmes de P. menoui n. sp. ressemblent beaucoup
à ceux du fragment de l’éponge figurée et décrite par Schmidt (1870) sous le nom de Lyidium
lorquila.
Le genre Pleroma Sollas est un genre relicte des Lithistides Mégamorines à desmes
mégaclones, bien représentés dans les terrains du Crétacé (Schrammen, 1910-1912 ; Moret,
1926). Sollas a d’ailleurs défini Pleroma par ses spicules « complémentaires » des spicules
principaux retrouvés dans les échantillons fossiles : desmes mégaclones et dichotriaenes.
Genre ANADERMA n. gen.
Diagnose : Lithistida [Megamorina] Pleromidae (?) à desnies monocrépides lisses, peu rami¬
fiés et peu articulés avec anatriaenes ectosomiques et dichotriaenes.
Espèce-type : Anaderma rancweli n. sp.
Anaderma rancureli n. sp.
(PI. III, 4 et 5; pi. IV; pi. XIII, 2-3; fig. 3)
Holotype : MNHN DCL 2767 ; paratypes : MNHN DCL 2768.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°46' S-167°12' E, 390-400 m ; sud du Banc de la Torche,
300 m ; sud-ouest du récif Jouan (Lifou), 300 m.
L’holotype est une éponge massive, dure, en forme de cône renversé, avec une base
d’attache de 30 mm de diamètre. La hauteur du spécimen est de 90 mm et son diamètre
d’ouverture apical mesure 90 mm également. La face supérieure est creusée en entonnoir
- 108 -
de 25 mm de profondeur, avec oscules dispersés mesurant 2 mm de diamètre. Il existe
en surface une couche molle sans desnies, relativement épaisse (3-5 mm) ; dans l’entonnoir
apical, elle contient les faisceaux d’oxes, les triaenes et les très nombreux microsclères.
Le deuxième spécimen, provenant du Banc de la Torche est un fragment d’éponge,
roulé et friable, mesurant 25/23/7-12 mm. Une face est couverte de grains calcaires incor¬
porés dans le réseau des desmes principaux, réseau régulier à tendance rectangulaire ;
du côté opposé, des oxes grêles et longs sortent des mailles du réseau et forment un hispi-
dation ; on voit de nombreux canaux parallèles entre eux, de 0,5 à l mm de diamètre.
Fig. 3. — Anaderma rancureli n. gen., n. sp. : i, 2, dichotriaene ( X 80) ; 3, anatriaene (X 80) ; 4, microxe
(X 350) ; 5, desme (x 80) ; 6, oxe (x 80) ; 7, streptaster (x 350).
109 -
Le troisième spécimen, cl» récif Jouan, est ovoïde : 35/20/15 mm, de couleur blanc
jaunâtre, fixé par une de ses faces qui est glabre. La surface supérieure est couverte de longs
spiculés saillants formant un haut feutrage. La masse centrale de l’éponge est soutenue
par un entrelacs de desmes à ramifications lisses, sans points de zygose évidents. Ce sque¬
lette reste donc assez souple. En surface, l’ectosome est soutenu par des dichotriaenes,
eux-mêmes entourés et couverts par une sorte d’enveloppe de courts anatriaenes. Le feu¬
trage saillant est surtout composé d’oxes. Sous les cladonies des dichotriaenes, des microxes
sont dispersés et abondent entre les rhabdomes.
Spiculés
Desmes mégaclones lisses, à moelle centrale, peu ramifiés, organisés de telle sorte
qu’ils constituent un réseau très flexible mais à maillage souvent circulaire ou carré
dont les côtés sont formés par la juxtaposition de deux ou trois clones de desmes
adjacents.
— Dichotriaenes ectosomiques à rhabde de 1 200/30 qm ; protoclades : 50 qm ; deuté-
roclades : 250/30 qm.
- Anatriaenes périphériques à rhabde court : 700 qm/20 qm, avec clades de 110 qm/
20 p. m.
Oxes souvent anisoxes, de longueurs variées : 1 200 à 3 000 qm.
Microxes courbés, centrotylotes, très rugueux : 130qm/10qm.
— Streptasters, souvent amphiasters : 10-15 qm.
Remarques
La famille des Pleromidae compte actuellement trois genres : Pleroma Sollas, Lyidium
Schmidt, insuffisamment décrit et certainement synonyme du précédent, et Costifer Wilson,
1925. Costifer est défini par ses spicules : desmes en baguettes sans clades, plagiotriaenes,
oxes, streptasters et microrhabdes. L’espèce C. vasiformis Wilson est vasiforme et l’unique
spécimen connu mesure 270 mm de haut.
L’éponge type d’ Anaderma a plusieurs points communs avec C. vasiformis : son arma¬
ture de desmes allongés en enchevêtrement lâche, dont les extrémités ou celle des clades
ont une remarquable disposition latéralo-fasciculée, puis les microxes sous-ectosomiques
et les microsclères strepasteroïdes. Cependant, la présence de desmes à clades (ou clones),
celle de la couverture d’anatriaenes et l’absence de microrhabdes suffisent à différencier
nettement Anaderma de Costifer. On notera les analogies de ces deux genres avec les Méga-
morines du Crétacé de genre Doryderma, dont les mégaclones ont des clades sans cuvette
ou ventouse terminale. On peut donc constater que trois espèces de Mégamorines actuelles
ont été trouvées à des profondeurs comparables, environ 500 m dans le Pacifique occi¬
dental (Fiji, Nouvelle-Calédonie, Philippines) ; seule P. ( Lyidium ) torquila (Schmidt) a
été découverte près de Cuba, par 500 m environ de fond. Ses desmes sont typiquement
mégaclones. L’échantillon du Musée de Strasbourg, que nous avons examiné après Topsent
( 1920) ne contient ni dichotriaenes, ni microsclères.
- 110 -
Famille Corallistidae Sollas, 1888
Genre CORALLISTES Schmidt, 1870
Corallistes fulvodesmus n. sp.
(PI. V, 2 et 5 ; pi. XIII, 2 ; %. 4)
Holotype : MNHN DCL 2769; paratypes : MN1IN DCL 2770.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°48' S-167°09' E, 355-360 m.
Fig. 4. — Corallistes fulvodesmus n. sp. : 1, desme ( x 80) ; 2 et 6, dichotriaene (X 80) ; 4 et 5, streptaster
(X 530).
L’éponge prise pour type est une coupe de 60 mm de haut et 80-85 mm de diamètre
d’ouverture au sommet. Elle est fixée au substrat par une assez large base de 60 mm de
diamètre. Lin peu plus étroite, vers 10 mm de hauteur, elle s’élargit ensuite régulièrement.
Ill
Sa consistance est très dure et sa couleur est ocre beige avec, par endroits, des taches mar¬
ron sur la face externe.
La face interne de la coupe est très légèrement hispide, très régulière, avec nombreux
orifices de diamètre inférieur au millimètre. La face externe est très égale, presque lisse,
sans orifices visibles. L’ectosome est mince, avec une couche de dichotriaenes. On observe
à la surface deux catégories de microsclères dont les plus superficiels sont des spirasters
à actines obtuses. La charpente principale est très solide ; elle est formée de desmes puis¬
sants, noueux, tuberculés ; des streptasters sont nombreux dans les mailles du réseau de
desmes.
Spicules
— Desmes à épirhabde de 600 fxm de long environ et 100-150 jxm d’épaisseur ; ils
sont couverts de tubercules de 40 à 80 ;xm.
— Dichotriaenes périphériques à rhabde de 600 [xm/20-40 (xm ; protoclades de 40 à
100 fxm/20 |xm ; l’extrémité des deutéroclades, très caractéristique, est généralement tron¬
quée, régressée.
— Oxes : 1 200-1 300 p.m/8 fxm.
— Streptasters dont la longueur totale varie entre 35 et 45 (xm ; axe de 12 fxm/6-
7 (im et actines aiguës de 20-25 jxm/2 [xm.
—- Spirasters spiroïdes à épines obtuses : 10-15 [xm.
Remarques
La collection renferme un très grand nombre de petits spécimens de la même espèce,
tous arrachés par la drague sur une dalle solide. Ces éponges sont cylindriques ou légère¬
ment tronconiques, à parois évasées. Elles sont toutes creusées dans leur partie supérieure,
mais la cavité est souvent peu profonde. Par exemple, ces petits Corallistes mesurent entre
10 et 35 mm de diamètre avec une cavité de 8 à 15 mm de diamètre et 5 mm de profondeur.
Le rapport h/d, variable est généralement inférieur à 1.
Corallistes multituberculatus n. sp.
(PI. V, 3; pi. XIII, 1; fig. 5)
Holotype : MNHN DCL 2771 ; paratypes : MNHN DCL 2772.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22 c ’245' S-167°14' E, 400-405 m.
Eponges en forme de coupe ou de vase, fixées par une base rigide mesurant 20/20 mm
à 20/30 mm de diamètre. Leur hauteur varie de 40 à 55 mm et leur diamètre d’ouverture
de 75/60 mm à 80/75 mm. Le plus grand spécimen choisi comme holotype mesure 55 mm
de haut. L’épaisseur de la paroi de la coupe atteint 10 à 12 mm. Toute la surface, dont
la couleur est ocre gris très clair, est rugueuse. La face intérieure concave de la coupe est
couverte d’un fin feutrage de spicules qui retiennent du sédiment. Aucun orifice exhalant
n’est visible. L’ectosome de la face concave est soutenu par des dichotriaenes et traversé
— 112 -
par les oxes saillants. La face externe de l’éponge qui est convexe est couverte également
de dichotriaenes à cladome tangentiel et contient deux strates d’asters dont la plus externe
est composée de petits amphistreptasters. Le squelette principal est très dense, ce qui
rend l’éponge pierreuse ; il se compose de desmes à gros tubercules, souvent juxtaposés.
Fig. 5. — Corallistes mullituberculalus n. sp. : 1, desme ( X 80) ; 2, dichotriaene ( x 80) ; 3, spiraster ( X 530) ;
4, streptaster (x 530).
Spicules
— Desmes à silice laminée ; sans moelle granulaire, avec abondants tubercules de
40-60 pm sur l’épirhabde et les clones. Epirhabde de 600 pm de long et 100-110 pm de
large.
— Dichotriaenes à rhabdes de 400 pm/30-40 pm, protoclades de 70-100 pm et deuté-
roclades de 200-450 pm/30-40 pm.
- 113 —
-—• Oxes : 700-1 600 p.m/7-15 p.m.
— Streptasters à actines aiguës : 20-40 p de long.
—• Spirasters à allure d’amphiasters, à actines obtuses : 10-15 pm.
Remarques
Corallistes fulaodesmus n. sp. et C. multituberculatus n. sp. ont une morphologie et
un squelette très comparables au point qu’elles sont restées associées dans la collection
pendant presque toute l’étude. Cependant, elles se distinguent parfaitement l une de l’autre
par trois caractères de leur spiculation. Chez C. fulvodesmus, les dichotriaenes ont des deu-
téroclades courts et très souvent tronqués, des spirasters spiroïdes à actines obtuses et
des desmes à moelle. C. multituberculatus a des dichotriaenes à longs deutéroclades sem¬
blables à ceux de certaines Penares, des spirasters amphiasteroïdes et des desmes sans
moelle granulaire. D’autre part, la convexité externe des coupes de cette espèce est plus
accusée que celle de C. fulvodesmus.
Ces deux espèces de Corallistes s’apparentent étroitement à un groupe d’espèces qui
ont été décrites ou signalées sous les noms de genre : Dactylocalyx Stutchbury, Coscinospon-
gia Bowerbank et Corallistes Schmidt. Trois d’entre elles proviennent de Madère : C. masoni
(Bow., 1869), C. bowerbanki (Johnson, 1862) et C. gracilis (Lendenfeld, 1906). D’autres, plus
ou moins sommairement décrites par Schmidt (1870), proviennent de l’Atlantique tropical
occidental et du large du Portugal. Parmi elles, seule C. typus Schmidt, 1870, de Floride,
a été correctement décrite et retrouvée par le « Challenger » au large de Recife (Sollas,
1886). Elle a été également signalée par Burton (1929) en Afrique du Sud.
Il est encore impossible de comparer valablement les deux espèces de Nouvelle-Calé¬
donie à celles de l’Atlantique, encore trop peu connues et dont on ne connaît pas la varia¬
bilité, mais il est évident que toutes ces Corallistes constituent un ensemble très homogène
d’espèces, alors que C. nolitangere, C. thomasi et C. microstylifer n. sp. en constituent un
autre, très distinct.
Corallistes undulatus n. sp.
(PI. V, 6; fig. 6)
Holotype : MN1IN DCL 2775; paratypes : MNHN DCL 2776.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°46' S-167°14' E, 400-410 ni.
Ces éponges lamellaires ont une forme très caractéristique ; ce sont des coupes très
largement évasées, dont la paroi est ondulée, à larges plis. Le plus grand spécimen intact,
pris pour type, mesure 160 mm de diamètre d’ouverture. Au fond de la coupe, on voit
une ouverture de 29 mm de diamètre. La paroi de la coupe mesure 10 mm d’épaisseur.
Sa couleur est brun un peu rougeâtre. Sa face concave est très égale et hispide. Sa face
convexe est aussi un peu hispide. L’ectosome contient les dichotriaenes périphériques
et les microsclères. Il recouvre un squelette de desmes qui laisse à l’éponge une certaine
flexibilité.
1 , 8
114 —
Spicules
— Desmes à moelle axiale avec gros tubercules de 20 à 50 [Ain sur épirhabde attei¬
gnant 600 pm de long et 60 (Am de large.
— Dichotriaenes à rhabde de 300-700 (Am/20 (Am ; protoclades de 30 (Am et deutéro-
clades de 70 (Am.
— Oxes : 1 200 [Am environ/12 [Am.
— Microxes : 80-90 [Ain/2 [Am, parfois légèrement, centrotylotes.
—- Spirasters à épines obtuses : 12-15 (Am/3 [Ain.
Fig. 6. — Corallistes undulatus n. sp. : 1, dichotriaene (x 80) ; 2, microxe (x 530) ; 3, spiraster (x 530) ;
4, desme (X 80).
Corallistes microstylifer n. sp.
(PI. V, 1 et 4 ; fig. 7)
Holotype : MNHN DCL 2773; paratypes : MNHN DCL 2774.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°48' S-167°09' E, 355-360 m.
Éponges massives dont cinq d’entre elles sont en forme de massue ou de tabouret
et sont fixées par une base de 10/10 à 20/20 mm de diamètre. Leurs dimensions maximum
sont les suivantes : 30/15/30 ; 35/10/35 ; 20/20/20 ; 22/15/20 ; 17/10/15 mm. Sur la face
apicale convexe ou aplatie, des oscules très petits, de moins d’un millimètre de diamètre,
sont espacés tous les 4-7 mm. La surface est égale, mais légèrement sillonnée. Ailleurs, la
surface est égale et glabre. Il existe un fin cortex souple qui contient des dichotriaenes
radiaires. Le squelette principal de desmes est rigide.
115 -
Un autre spécimen mesure 30/45/50 mm ; il se dresse sur une base de 30/40 mm et
il est subdivisé en trois lobes terminés chacun par un plateau apical osculaire.
Spicules
— Desmes à large moelle axiale, un peu tubcrculés ; clones de 250-300 p.m.
— Dichotriaenes ectosomiques caractérisés par les épines ou les tubercules des clades ;
rhabdes : 350-600 p.m/30-45 pm ; un peu fusiformes ; clades formant un plateau distal tuber-
culé ; protoclades : 30-40 pm et deutéroclades de 100 p.m ; diamètre du cladonie : 250 à 350 p.m.
— Microstrongyles courbes, rugueux : 25-45 p.m/3 p.m.
— Microstyles à base courbe, un peu rugueux, parfois subtylostyles : 110-170 p.m/2 p.m.
Fig. 7. — Corallistes microstylifer n. sp. : 1, dichotriaene (x 350) ; 2, microstyle (x 350) ; 3, microstron-
gyle (X 350).
— 116 -
Remarques
Cette éponge s’apparente tout particulièrement à Corallistes nolitangere Schmidt,
1870, dont les dichotriaenes sont presque semblables. Elle ressemble aussi à Corallistes
thomasi Sollas, trouvée aux îles Kei et au nord de Mindanao. Ces deux espèces ont en com¬
mun tous les caractères de leur spiculation, notamment la présence de « raphides » qui
correspondent aux microstyles décrits plus haut. C. thomasi, avec ses microstrongyles
sinueux est probablement l’espèce la plus proche dans ce groupe de formes très voisines,
bien que l’ornementation des clades des dichotriaenes y apparaisse plus discrète.
Genre MACANDREWIA Gray, 1859
Macandrewia spinifoliata n. sp.
(PI. VI, 3 ; pi. VIII, 4-6; fig. 8)
Holotype : MNHN DCL 2777 ; paratypes : MNHN DCL 2778.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°49' S-167°12' E, 390-395 m.
Cette éponge est très abondante dans la station prospectée. Elle est ramifiée, arbuscu-
laire. Il est probable que plusieurs spécimens récoltés sont des fragments de la même éponge.
L’holotype se compose d’une masse basale en lame épaisse d’où s’élèvent environ huit
digitations cylindriques ou lamellaires ; celles-ci se ramifient en digitations latérales courtes,
de diamètre semblable à celui des tiges. Leurs extrémités sont un peu enflées et obtuses.
Les diverses tiges sont soudées ou contiguës près de la base de fixation. L’éponge est fragile
et friable et sa couleur est ocre brunâtre. Le choanosome est soutenu par un réseau de
desmes à larges mailles. En surface, on observe une couverture de phyllotriaenes ; chaque
rhabde s’y trouve entouré par une série de faisceaux de microxes rugueux disposés en
éventail.
Le système aquifère superficiel est très développé. Les ostioles inhalants sont abon¬
dants et ouverts. Un oscule d’un millimètre de diamètre se situe à l’extrémité de chaque
tige ou digitation légèrement aplatie. Il existe en surface de nombreux filaments d’algues
symbiotiques.
Spiculés
— Desmes rhizoclones, monocrépides ; axe courbe, clones courts avec quelques tuber¬
cules ; fortes zygoses ; longueur 150-250 pm.
— Rhabdes strongyloxes : 400 pm/10 pm.
— Phyllotriaenes dont le rhabde mesure 100-125 pm/? pm ; les clades foliacés portent
de petites épines obtuses ; le cladome mesure 200 à 300 pm.
—“ Microxes centrotylotes très nombreux : 60-70 pm/4-5 pm.
— 117 -
Fig. 8. — Macandrewia spinifoliata n. sp. : 1, phyllotriaene (x 350) ; 2, desme (x 80) ; 3, pliyllotriaene
(X 80) ; 4, microxe (X 530).
Cette espèce est bien caractérisée par sa morphologie générale et par l’ornementation
des phyllotriaenes. Sa forme est analogue à celle de M. ramosa Topsent mais les phyllo-
triaenes sont plus semblables à ceux de M. azorica Gray.
118 -
Genre CALLIPELTA Sollas, 1888
Callipelta punctata n. sp.
(PI. VI, 1 ; pi. VIII, 1-3 ; fig. 9)
Holotype : MNHN DCL 2779 ; paratypes : MNHN DCL 2780.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°48' S-167°09' E, 355-360 m.
Fig. 9. — Callipelta punctata n. sp. : 1, phyllotriaene (x 350) ; 2, desme (x 80) ; 3, phyllotriaene ; 4, oxe
(X 80) ; 5, amphiaster (x 350).
Deux spécimens massifs, convexes, de 15/15/10 mm et 18/18/10 mm. La couleur
est ivoire, jaune. La surface supérieure est légèrement déprimée ; on y observe de très
petits oscules et des canaux aquifères tangentiels. Il existe un ectosome soutenu par une
- 119 -
strate régulière de phyllotriaenes à rhabde court et qui contient aussi des amphiasters.
On observe quelques paquets de rhabdes grêles au milieu de la charpente de desmes.
Spicules
— Desmes monocrépides dont les épactines mesurent 60 à 80 pm de long et dont
les nœuds de zygose ont 50-70 pm de diamètre. Diamètre des actines : 20-30 pm.
-— Phyllotriaenes dont le rhabde relativement court (75-150 pm/25 pm) paraît sou¬
vent décentré par rapport à l’axe du cladome dont le diamètre est de l’ordre de 200-300 pm.
Les clades des phyllotriaenes portent d’assez nombreux petits tubercules externes.
— Amphiasters à deux verticilles d’épines grêles, terminées par un très petit bouton
et finement granuleuses : 20 pm.
— Rhabdes : oxes : 350-500 pm/2 pm.
Remarques
Par sa forme, cette espèce se distingue des autres Callipelta. C. ornata Sollas et C.
cavernicola Vacelet et Vasseur sont finement encroûtantes et n’ont pas encore été trouvées
à l’état massif. C. thoosa Lévi est digitée.
Famille Jereidae Laubenfels, 1955
Genre NEOSIPHONIA Sollas, 1888
Neosiphonia superstes Sollas, 1888
(Fig. 10)
MNHN DCL 2808.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°32' S-166 d 25' E, 430-500 m.
Fragments d’éponge, réduits au squelette principal de desmes tétraclones, mesurant
15/10/3 mm. Il s’agit probablement d’un fragment d’éponge creuse, en lame courbée.
Spicules
— Desmes tétraclones dont l’ébauche tétraxiale reste bien visible. La plupart des
clones sont ramifiés et portent quelques tubercules ou petites ramifications isolées. Les
extrémités des ramifications principales sont sinueuses et tuberculées et participent aux
zygoses. La longueur des clones est assez variable, généralement 200pm/70pm, mais
certains clones sont nettement plus longs : 300-350 pm. Au total, un desme allongé peut
atteindre 600-700 pm. Un des clones est fréquemment plus long que les trois autres et la
zone axiale paraît décentrée.
120 —
— Dichotriaenes à rhabde court, : 100 pm ; protoclades : 50 pm ; deutéroclades :
100-150 pm ; le canal axial est souvent dilaté.
— Oxes assez rares, mesurant au minimum 900 pm et souvent plus (spicules brisés).
— Pas de microsclères visibles.
Fig. 10. — Neosiphonia superstes Sollas : 1, desme (x 80) ; 2, dichotriaene (x 80).
Remarques
Bien que ces échantillons ne soient pas complets, il est intéressant de signaler la pré¬
sence de Neosiphonia dans la région néocalédonienne. Neosiphonia est caractérisé par des
desmes tétraclones et par des dichotriaenes et des spirasters superficiels. N. schmidti Sollas
(== Jereopsis sp. Schmidt) est une espèce trouvée entre Floride et Cuba ; ses desmes sont
petits : 350-400 pm environ. N. superstes Sollas, récoltée au large de Fiji, est une petite
éponge sphéroïde à base plus étroite. N. ( Jereopsis) fruticosa Wilson, 1925, des Philippines,
121 —
est une éponge massive mais ramifiée dont chaque rameau de 7 mm de diamètre a sa région
apicale enflée. Les spicules de ces deux espèces sont très semblables ; cependant, les desmes
de N. fruticosa sont formés à partir d’une ébauche amphitriaene et sont trapus, avec de
fortes zygoses ; ceux de N. superstes ont une ébauche tétraxiale et leurs clones plus longs
sont bien ramifiés. 11 existe également entre les deux espèces des différences morpholo¬
giques des spirasters. Les dichotriaenes sont semblables avec une tendance chez N. superstes
de Fiji à l’anomalie triehotriaene.
Malgré l’absence de spirasters (qui sont normalement dans la couche la plus super¬
ficielle de l’éponge) due au caractère fragmentaire de l'échantillon, nous identifierons
ces fragments à N. superstes Sollas. Le genre Neosiphonia appartient à l’évidence aux
Tetracladina de Zittel, comme l’a reconnu Sollas (1888) qui l’apparente aux anciennes
Siphonia et Jerea du Mésozoïque. Le genre Jercopsis a été créé deux fois par Pomel
(1872) et par Schmidt (1879) sans diagnose valable. Il a été repris par Lendenfeld
(1903) et par Wilson (1925), mais il doit être abandonné. Neosiphonia, situé par Sollas
dans les Tetracladidae, doit être placé dans la famille des Jereidae de Laubenfels,
1955.
Distribution : Fiji (Matuka), 576 m.
Famille Discodermiidae Schrammen, 1910
Genre DISCODERMIA Bocage, 1869
Discodermia proliferans n. sp.
(PI. VI, 4 ; pi. VII, 1-2, 4-9)
Holotype : MNHN DCL 2781 ; paratypes : MNHN DCL 2782.
Localité : Nouvelle-Calédonie, passe de la Havannah : 22°17' N-167°14' E, 400-430 m ; 22°19' N-
167°10' E, 175-200 m.
Le type de D. proliferans est en forme de plaque convexe et mesure 60/55 mm d’enver¬
gure et 5 mm d’épaisseur. Cette lame est fixée par deux bases de 10 et 18 mm, une mar¬
ginale et une principale. Cette lame à contours irréguliers se soulève en protubérances
basses, sans doute osculaires, autour desquelles on observe une striation aquifère radiaire.
Sur le bord de la lame prolifèrent des digitations de longueur variable et de 5 mm de dia¬
mètre. Leur longueur atteint 40 mm. L’ectosome de cette éponge contient des discotriaenes
et des microxes.
Spicules
— Desmes tétraclones à moelle axiale et tubercules nombreux et forts : clones de
300 p.m/50 |im ; zygoses de 300 pm.
122 -
— Discotriaenes, à contour assez régulier, circulaire, avec généralement une ou deux
invaginations marquant la structure triradiée du cladome ; le disque mesure 250-400 pm/
200-300 jim.
— Microxes rugueux centrotylotes, courbés : 60-80 pm/3-5 pm.
— Microstrongyles rugueux, plus longs que large : 8-11 pm.
La collection contient encore divers fragments digités, peu ramifiés et tortueux qui
sont semblables aux prolongements marginaux du type et montrent la même striation
aquifère superficielle. Leur longueur atteint 40 mm.
Cette espèce est caractérisée par ses deux catégories de microsclères, par des desmes
couverts de tubercules, par des discotriaenes lisses dont les clades sont peu perceptibles
et jamais allongés et par une morphologie en plaque proliférant en rameaux périphériques.
Elle ressemble plus particulièrement à D. vermicularis Dôderlein, du Japon (Enoshima),
dont la description, malheureusement est en partie confondue avec celle de deux autres
Discodermia. L’examen du type de D. vermicularis Dôderlein, conservé au Musée de Stras¬
bourg révèle la présence de deux catégories de microxes dont les plus petits sont presque
cubiques et de discotriaenes qui ont un contour dichoclade beaucoup plus accusé que chez
D. proliferans ; les desmes y sont de plus peu tuberculeux. D. panoplia a des discotriaenes
plus comparables, mais beaucoup plus petits et la morphologie de cette éponge est très
différente de celle de D. proliferans.
Famille Scleritodermidae Sollas, 1888
Genre ACICULITES Schmidt, 1879
Aciculites oxytylota n. sp.
(PI. VI, 5; fig. 11)
Holotype : MNHN DCL 2783 ; paratypes : MNHN DCL 2784.
Localité : Nouvelle-Calédonie, sud du Grand Récif, 410 m.
Treize spécimens de cette petite éponge ont été récoltés, dont le plus grand mesure
15/12/10 mm. Ils se présentent sous forme de coussinets de couleur ocre gris, convexes,
avec protubérances rigides en forme de podia déprimées à leur extrémité. Ces protubé¬
rances mesurent 1 mm de diamètre et 1 à 3 mm de long. Elles sont irrégulièrement distri¬
buées sur la périphérie, plutôt en couronne autour de la base d’attache. La surface est glabre
et inégale. Des styles enflés, « exotyles » non saillants, forment une fine strate au-dessus du
réseau de desmes principaux. Ils sont orientés de façon radiaire, l’extrémité enflée vers
l’ouverture aquifère axiale des protubérances.
123 —
Spicules
— Desmes monocrépides, rhizoclones, courts d’environ 300 pm/30 pm, portant des
épines de 10 pm à très fines épines terminales.
— Oxytyles dont l’extrémité enflée est couverte de fines épines : 220-250 pm/5 pm.
Fig. 11. — Aciculites oxytylota n. sp. : 1, oxytyle (x 350) ; 2, desme (x 80).
Remarques
Aciculites Schmidt est considérée par Sollas comme un genre de Scleritodermidae
sans microsclères, avec desmes monocrépides et rhabdes ectosomiques. Les spicules des
six espèces actuellement décrites sont assez semblables et les espèces lamellaires A. ciliata
Wilson, A. pulchra Dendy et A. tulearensis Vacelet et Vasseur ont une face exhalante avec
strate spiculaire ectosomique tangentielle, alors que la surface inhalante contient des spi¬
cules radiaires.
Les Éponges de Nouvelle-Calédonie, en forme de coussin convexe, ont plus de res¬
semblance avec A. orientalis Dendy, A. higginsi Schmidt et A. spinosa Vacelet et Vasseur,
mais s’en distinguent par leurs tubulures osculaires. Ces courtes papilles rigides sont d’autre
part différentes des fistules caractéristiques des Siphonidium qui ont le même type de
mégasclères oxytylotes à tête rugueuse ou épineuse.
- 124 —
Aciculites oxytylota n, sp. a néanmoins beaucoup de ressemblance avec Siphonidium
capitatum Sollas, draguée près des îles Kei par 254 m. Cette éponge a des oxytyles de 420
à 570 pm de long et des desmes ectosomiques.
Aciculites papillata n. sp.
(PI. VI, 6 ; fig. 12)
Holotype : MNHN DCL 2785 ; paratypes : MNHN DCL 2786.
Localité : Nouvelle-Calédonie, Havannah : 22°16' S-167°17' E, 465-495 m.
Éponges solides de couleur gris jaune clair, fixées sur du conglomérat calcaire. Elles
se présentent sous forme de plaques de 3-4 mm ou de 10 mm d’épaisseur dont la super¬
ficie est de 30/35 mm et de 20/20 mm. Dans le premier spécimen on observe en surface
des papilles aquifères qui ressemblent à celles des Clionides ; les plus petites, les plus nom¬
breuses, mesurent 2-3 mm de diamètre et la plus grande, qui mesure 10/3 mm, a un bour¬
relet annulaire. Sur l’autre spécimen, on voit une trentaine de papilles qui mesurent 1-
1,5 mm de haut et de large.
Le squelette de desmes très rigide est couvert par un ectosome mince (environ 150 pm)
qui contient les anisostrongyles en disposition plus ou moins oblique.
Fig. 12. — Aciculites papillata n. sp. : 1 et 3, desme (x 80) ; 2, strongyle (x 350).
— 125 —
Spicules
— Desmes monocrépides rhizoclones à épines aiguës simples ou bifides de 30-60 pm
et épirhabde de 270-280 pm/40 pm.
— Strongyles ou strongyloxes dont la tige un peu courbée porte de très fines épines
dispersées et dont l’extrémité distale qui soulève légèrement la surface de l’ectosome est
couverte de très fines épines. Cette extrémité est rarement enflée.
La base peut être parfois recouverte également de petites épines rares : 180-340 p.m/
8-12 pm.
Remarques
Les strongyles isodiamétriques d’A. papillota sont moins épineux que ceux d’A.
spinosa Vacelet et Vasseur.
Genre SCLERITODERMA Schmidt, 1879
Scleritoderma camusi n. sp.
(PI. VI, 2; pi. VIII, 7-9; fig. 13)
Holotype : MNHN DCL 2787 ; paratypes : MNHN DCL 2788.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°48' S-167°09' E, 355-360 m.
Fie. 13. — Scleritoderma camusi n. sp. : 1. desme ( X 80) ; 2, signiaspire ( X 400) ; 3, microstrongyle ( X 400).
Cette éponge très abondante dans la collection est en forme de coupe complète, fermée
ou évasée, avec base pédonculée élargie en sole de fixation. Cette base mesure 10/7, 15/10,
13/11 mm de diamètre. L’éponge entière mesure, par exemple, 33/12/22 mm, 22/25/17 mm,
14/13/14 mm. Leur consistance est solide, mais ces éponges restent friables. Elles portent
sur leur face interne de petites protubérances osculaires, espacées tous les 1,5 mm et de
— 126 -
moins de 1 mm de haut. La face externe montre des ostioles espacés environ tous les 0,5 mm.
Sur les deux faces existe une couverture tangentielle d’acanthostrongyles à épines courtes
formant un revêtement continu, organisé radiairement autour des orifices. Dans la paroi
de la coupe les desmes forment une charpente régulière.
Spicules
— Desmes rhizoclones avec épirhahde sans tubercules, à longues ramifications :
250-300 pm/20-40 pm ; mailles du réseau : 100 p,m ; mailles exhalantes : 200-350 pm.
— Acanthostrongyles à fines épines : 40-70 pm/3-5 pm.
— Sigmaspires à 1-2 tours de spires : 8-12 pm.
Remarques
Cette éponge ressemble assez étroitement par sa forme et sa structure à S. packardi
Schmidt, telle qu’elle a été redécrite par Sollas (1888). Mais S. packardi a des microxes
fusiformes presque lisses, bien que très finement rugueux, mesurant 180-200 pm/10-15 pm,
très différents de ceux de S. camusi.
Genre MICROSCLERODERMA Kirkpatrick, 1903
Microscleroderma herdmani (Dendy, 1905)
(PI. IX, 3-5 ; fig. 14)
MNHN DCL 2815.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°45' S-167°14' E, 400-405 m.
Cette espèce est représentée dans la collection par plusieurs éponges très dures, en
forme de coupe. Elles mesurent 40 à 65 mm de haut et 90/90 mm à 120/105 mm de dia¬
mètre au sommet. La profondeur de la coupe ne dépasse pas 40 mm ; elle est plus souvent
de 30 mm. L’épaisseur de la paroi est de 8-10 mm. La face interne exhalante de la coupe
est hispide et des oxes de 1,5 mm de long font saillie en général en petits paquets, espacés
tous les millimètres. Chaque paquet de spicules entoure une ouverture aquifère simple
d’environ 250 pm de diamètre. La face externe inhalante est boursouflée, avec des mame¬
lons très bas séparés par des sillons de 2 mm de large ; la couleur rouille de ces sillons tranche
sur le fond ocre gris des mamelons. Toute la face externe est hispide mais les mamelons
sont seulement un peu veloutés alors que les sillons sont traversés par des oxes saillants
semblables à ceux de la face interne de la coupe.
Spicules
— Desmes à grosses épines coniques arqués ou allongés : 200pm/30pm.
— Oxes : 900 à 1 500 pm/10-12 pm.
127 —
— Sigmaspires : 1,5 fim d’épaisseur et 10-12 p,m de long, suivant leur degré de spi¬
ralisation.
Remarques
Par l’organisation de sa charpente et par la présence de sigmaspires, cette espèce
s’apparente aux Taprobane Dendy et Microscleroderma Kirkpatrick, deux genres consi¬
dérés d’ailleurs comme synonymes probables par Wilson (1925). Ayant examiné un des
deux spécimens de M. hirsutum Kirk. conservé au British Museum (N.H.), nous pouvons
confirmer la description de Kirkpatrick (1903). Toutefois les sigmaspires déroulés, qui
sont effectivement abondantes dans la membrane périphérique, sont également nombreuses
dans toute l’éponge. Nous suivrons donc l’opinion de Wilson et placerons en synonymie
Microscleroderma et Taprobane.
En ce qui concerne la parenté des diverses éponges signalées jusqu’à présent, M. hir¬
sutum Kirk. est une espèce bien caractérisée par ses sigmaspires déroulées et par les dimen¬
sions et l’ornementation des desmes. Les autres spécimens identifiés par Dendy (1905,
1921), Burton (1928, 1954), et Wilson (1925) sous le nom de M. ( Taprobane ) herdmani
sont plus variés, bien qu’ils soient tous vasiformes et qu’ils aient une épaisseur de 10 à
15 mm. Les orifices aquifères y sont plus ou moins visibles, parfois pustulaires avec couronne
spiculaire saillante (Dendy, 1905). Les sigmaspires varient également en dimensions :
6 à 16 p.m. Les spécimens de Nouvelle-Calédonie s’apparentent au groupe d’éponges citées ;
ils ont notamment la particularité d’avoir une face externe irrégulière à sillons hispides.
Distribution : Océan Indien, Philippines.
Microscleroderma stoneae n. sp.
(PI. IX, 1 et 2 ; pi. XIII, 5 et 6 ; fig. 14)
Holotype : MNHN DCL 2814.
Localité : Nouvelle-Calédonie, entre file des Pins et Grand Récif : 400 m.
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Fig. 14. — 1 et 2 : Microscleroderma stoneae n. sp. : 1, sigmaspire (x 350) ; 2, desme superficiel (x 350) ;
3 : Microscleroderma herdmani (Dendy), sigmaspire (x 350).
128 -
Le type de cette nouvelle espèce est constitué de deux grandes lames de 4 mm d’épais¬
seur s’élevant presque perpendiculairement d’un même socle basal et mesurant 60 mm
de haut et 10-20 mm de large. Ces lames constituent une sorte de coupe très évasée dont
la couleur est gris jaunâtre. Les deux faces de la lame sont couvertes de mamelons cylin¬
driques d’1 mm de diamètre et d’i mm de haut, espacés tous les 2 mm ; ds sont aquifères.
La plupart sont entourés par une forte couronne d’oxes fasciculés, perpendiculaires à la
surface. Le squelette principal de desmes est couvert sur la face concave de la lame par
une fine strate de desmes plans, ramifiés, enchevêtrés, sans zygoses.
Spicules
— Desmes principaux mesurant environ 300 p.m/30 pm.
— Desmes superficiels, très ramifiés : 150p.m/5pm.
— Oxes : 900-1 000 pm/5-13 pm.
— Sigmaspires en forme de C, un peu granuleux : 7-10 pm/1 pm.
Remarques
Cette éponge a les caractères de Microscleroderma Kirkpatrick mais s’en distingue
par la présence d’une couche périphérique de petits desmes plans, ressemblant à des phyl-
lotriaenes sans rhabde. Le Zoôlogisch Museum d’Amsterdam conserve un spécimen iden¬
tique récolté par le « Siboga » et identifié par M. Burton comme Taprobane herdmani Dendy.
On y retrouve la même couverture de petits desmes sur la face concave. Cet échantillon
mesure 6 mm d’épaisseur.
On connaît chez les Lithistida d’autres éponges caractérisées par un squelette ecto-
somique de desmes ramifiés dans un plan : ce sont les Siphonidiidae Lendenfeld (= Clado-
peltidae Sollas). Comme ceux des Siphonidiidae, les desmes superficiels de M. stoneae n. sp.
ne sont pas unis par des zygoses et sont enchevêtrés par leurs nombreuses ramifications.
Sollas avait distingué deux groupes de Lithistida sur la base de la présence ou de
l’absence de spicules ectosomiques : Hoplophora et Anoplia. Cette classification séparait
notamment les Scleritodermidae et les Siphonidiidae des Leiodermatiidae (= Azoricidae).
Wilson (1925) introduit les Taprobane et Microscleroderma dans la famille des Leioder¬
matiidae.
L’existence de desmes plans superficiels chez une Scleritodermidae est un argument
supplémentaire en faveur de l’association de cette famille des Siphonidiidae dans un ensemble
commun dont les Leiodermatiidae feraient également partie. Toutes ces éponges ont un
squelette de desmes rhizoclones (llEin, 1970) d’organisation semblable.
Revenant à M. stoneae, on pourrait aussi bien classer cette espèce dans les Siphoni¬
diidae à cause de l’existence de petits desmes de surface que dans les Scleritodermidae
par la présence de sigmaspires.
En attendant de nouvelles récoltes, il ne paraît pas raisonnable de créer un nouveau
taxon et nous préférons réunir ces éponges à sigmaspires aux autres Microscleroderma
Kirkpatrick, qu’elles aient ou non une strate de desmes ectosomiques ou une concentra¬
tion plus ou moins marquée des sigmaspires en surface et nous maintiendrons ce genre
dans la famille des Scleritodermidae.
— 129 -
Famille Leiodermatiidae Lendenfeld, 1903
Genre JEREICOPSIS n. gen.
Diagnose : Lithistida (Rhizomorina, Anoplia) à système exhalant semblable à celui des
Jereica Zittel, massives, avec oscules groupés au centre de la face supérieure, entourés chacun
d’oxes ectosomiques saillants. Structure non lamellaire ; desmes monocrépides rhizoclones.
Espèce-type : Jereicopsis graphidophora n. sp.
Jereicopsis graphidophora n. sp.
(PI. Ill, 1 à 3 ; pi. X; fig. 15)
Holotype : MNHN DCL 2789; paratypes : MNHN DCL 2790.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°47' S-167°13'E, 410-415 m.
Petites éponges massives, solides, tronconiques, avec une hase de fixation de 12-16 mm
de diamètre et un plateau distal de 15-25 mm de diamètre. La hauteur varie de 8 à 12 mm
environ. Le plateau distal présente un ensemble de petits orifices osculaires groupés. Un
des spécimens a 30 oscules élémentaires. Les parois de desmes s’élèvent entre et autour
des oscules et sont prolongées par des faisceaux d’oxes très saillants qui simulent une orga¬
nisation en collerette. Le reste de la surface du plateau distal et de la surface inhalante
latérale de l’éponge est également parsemé de faisceaux saillants d’oxes plus minces que
ceux des faisceaux distaux.
Spiculés
— Oxes ectosomiques : 2 500-3 500 p.m/10-20 p.m.
— Desmes d’environ 500 p.m de long; les plus développés portent de grosses épines
qui peuvent mesurer la largeur du rhabde, soit 50 p.m ; pas de crépis visible.
— Microxes rhaphides, abondants par millions : 20-30 p.m/0,5 p.m.
Remarques
Cette éponge appartient indiscutablement aux Rhizomorina de Zittei. ou aux Ano¬
plia de Sollas. Elle a d’autre part la structure caractéristique des espèces des genres Jereica
Zittel, Jereopsis Pomel, etc. Les oscules sont groupés dans une légère dépression apicale
de l’éponge (Moret, 1921). Sollas (1888 : 299) a créé un genre Neosiphonia pour une éponge
draguée au large de Fiji, dont le système exhalant a une organisation semblable, mais
il y observe des dichotriaenes, des trichotriaenes et des spirasters et il place ce genre dans
les Tetracladidae. Les desmes qu’il décrit ont quatre épactines. Sollas a mis en synony¬
mie avec Neosiphonia la Jereopsis décrite par Schmidt (1879 : 20), qu’il a renommée Neo-
I, 9
siphonia schmidti (1888 : 334). Malgré l’absence de spicules ectosomiques, il insiste sur
la ressemblance de ses desmes avec les spicules de Siphonia et pense que l’éponge du golfe
de Mexico était morte et roulée.
Fig. 15. —• Jereicopsis graphidophora n. gen., n. sp. : 1, oxe (x 30) ; 2, oxe (x 80) ; 3, desnie (x 80) ; 4,
raphide (X 350).
Wilson (1925), suivant Lendenfeld (1903), reprend le genre Jereopsis et décrit une
J. fruticosa des Philippines, dont les spicules sont voisins de ceux de N. superstes ; ses desmes
ont un crépi amphitriaene, mais sa morphologie est très différente de l’espèce de Sollas
et n’a rien de commun avec celle des Siphonia fossiles et celle des Jerea.
131
Famille Craniellidae de Laubenfels, 1936
Genre CRANIELLA Schmidt, 1870
Craniella neocaledonica n. sp.
(PI. XI, 4 ; fig. 16)
Holotype : MNHN DCL 2791 ; paratypes : MNHN DCL 2792.
Localité : Nouvelle-Calédonie entre File des Pins et la corne sud du Grand Récif : 410 m.
Petites éponges globulaires de 10 mm de diamètre et 8 mm de hauteur, recouvertes
par une couche de protriaenes saillants sur 1 mm. La charpente est radiaire ; aucun oscule
n’est visible. Le choanosome est charnu, soutenu par des oxes radiaires et par les rhabdes
des nombreux protriaenes périphériques. Les cladonies les plus externes sont les plus grands
et les plus ouverts. Les plus petits et étroits sont superposés au-dessus de l’ectosome. Il
existe une strate corticale d’oxcs courts et épais. Les spinispires sont visibles dans certaines
préparations.
Spicules
— Oxes principaux, anisoxes, avec une extrémité amincie : 1,4-2,9 mm/20-25 p.m.
— Oxes corticaux anisodiamétriques : 350-570 p.m/12-23 p.m.
— Protriaenes à rhabde de 2,9 mm/13-26 p.m avec clades de 110-270 p.m/22 jim ;
cladonie mesurant souvent 130 à 150 p.m.
— Anatriaenes à rhabde de 2,2 à 2,4 mm/13-18 p.m ; avec clades de 55-80 p.m et cla¬
donie de 80-100 [im.
— Sigmaspires : 10 à 15 p.m suivant le degré de spiralisation du spicule.
Remarques
La détermination précise des Craniella est encore impossible car la majorité des espèces
ont été décrites d’après un exemplaire unique, à l’exception de la C. cranium Millier, bien
connue de l’Atlantique nord. Il est très possible cpie les dimensions des mégasclères varient
en fonction du diamètre de l’éponge ; c’est ce que Topsent (1928) suggère au sujet de très
petits spécimens de Craniella atlantiques. Ce n’est pas le cas des microsclères. D’autre part,
les caractères de la surface, notamment la présence de conules ou de verrues ou celle de
spicules dilapidation, peuvent sans doute dépendre de l’âge. Toutefois, il semble que
chez la majorité des éponges, les mesures des spicules, les caractères de la surface et
ceux de la charpente se fixent très précocement et que la variabilité des caractères entre
spécimens de même taille n’excède pas celle qu’on peut observer entre espèces de tailles
différentes.
— 133 -
Famille Geodiidae Gray, 1867
Genre GEODIA Lamarck, 1815
Geodia vaubani n. sp.
(PI. XI, 1-2; fig. 17)
Holotype : MNHN DCL 2793; paratypes : MNHN DCL 2794.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°45' S-167°14' E, 400-405 rn.
Éponges tronconiques ou piriformes, de couleur ocre, fixées par des bases à peu près
circulaires de 25 à 40 mm de diamètre. La hauteur des divers spécimens varie entre 40
et 70 mm. L’éponge s’élargit peu à peu jusqu’au plateau distal bombé, dont le diamètre
atteint 60 à 105 mm. Le plus grand spécimen se termine par une protubérance convexe
médiane entourée par une légère dépression concave annulaire. Le plateau distal est percé
d’oscules assez nombreux uniporaux. Chaque oscule est entouré par un ectosome pigmenté
en brun foncé. La surface supérieure de l’éponge apparaît parsemée de pastilles brunes.
La surface latérale est égale avec une ponctuation ostiolaire dans des aires polygonales
ou fossettes criblées, d’un millimètre de diamètre. La surface latérale de couleur ocre gris
montre par endroits un feutrage de spicules très fins, très saillants, cassés à leur bout distal.
On observe ces touffes spiculaires sous la périphérie du plateau supérieur et à différentes
hauteurs de la partie inférieure de l’éponge. Le squelette est typique du genre.
Spiculés
— Oxes courbes, aux extrémités obtuses, atteignant 8,5 mm/60 pm.
— Oxes (ou protriaenes ?) fins et sinueux des chevelus latéraux, mesurant jusqu’à
3,5 mm/12-15 p.m.
— Orthotriaenes dont les rhabdes à bouts obtus mesurent 6-6,6 mm de long/60-100 |iin ;
leurs clades mesurent 300 à 900 p.m/75-80 p.m (500-600).
— Sterrasters : 110-130 p.m/95-105 p.m.
— Spherasters et oxyasters : 20-22 qm.
— Cbiasters : 4-6 pm.
— Oxyasters avec 2 à 6 actines ; chaque actine mesure 100 à 120 p,m (triactines),
140 p,m (diactines), 35 p.m (penta, hexactine). On trouve ces grands asters dans le choa-
nosome mélangés à de nombreux débris calcaires, foraminifères, etc.
- 135 -
Genre ERYLUS Gray, 1867
Erylus fibrillosus n. sp.
(Fig. 18)
Holotype : MNIIN DCL 2816.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°47' S-167°13' E, 410-415 m.
Cette éponge est massive mais de petite taille : 15/15/5 mm, à surface convexe; la
couleur est gris clair en surface et plus jaune en profondeur. Le système aquifère est uni-
poral et les nombreuses ouvertures sont régulièrement espacées.
Fig. 18. — Erylus fibrillosus n. sp. : 1, sterraster (x 400) ; 2, microxe (x 400) ; 3, anthaster (x 400).
Spicules
— Oxes courbes : 1 600 pm/30 pm.
— Orthotriaenes ou dichotriaenes calthropes : actines : 400-500 pm/25 pm.
— Aspidasters en forme de sterrasters globuleux mais ovoïdes : 160-170 pm/130 pm/
100 pm.
— Strongylasters avec centrum et actines aux extrémités épineuses : 14-15 pm de
diamètre. 4 à 7 actines.
— Microxes centrotylotes : 45-60 pm. Ces microxes sont nombreux en surface entre
les aspidasters-sterrasters et sont fortement associés par des faisceaux de fibrilles.
— 136 -
Il existe relativement peu d’Erylus dont les aspidasters sont des sterrasters presque
ovoïdes ou globulaires. E. geodioides Burton et Rao, 1932, en produit de très petits : 60/
45 pm. E. polyaster Lendenfeld, 1907, a des sterrasters assez proches des asters d’E. fibril-
losus, mais E. polyaster a de grands oxyasters absents chez E. fibrillosus.
Cette espèce à système aquifère uniporal ne peut être intégrée au genre Pachymatisma,
malgré la présence de sterrasters et non d’aspidasters vrais.
Erylus burtoni n. sp.
(PI. XI, 3 ; fig. 19)
Holotype : MNHN DCL 2804.
Localité : Nouvelle-Calédonie, passe de la Havannah, 425-430 m.
Éponge massive, mais revêtante, de couleur gris foncé, entourant complètement une
coquille de <c Siliquaria », dont seule l’ouverture est libre. La surface égale, soutenue par
un cortex d’aspidasters est percée par six petits orifices sur la face apicale convexe et par
un oscule de 2 mm de diamètre.
Spicules
— Oxes courbes : 1 600-2 200 pm/30-50 pm.
— Orthotriaenes, parfois dichotriaenes, avec un rhabde de 800-900 pm/50 pm et
des clades de 500 pm/50 pm ou des protoclades de 100 pm et deutéroclades de 400 pm.
137 -
— Aspidasters typiques mesurant 250-270 p.m/180-200 p.m/10-15 pm.
— Oxyasters à actines de 25-40 pm ; diamètre : 50-70 pm.
— Microxes centrotylotes : 35-70 pm/4-5 pm.
Remarques
Plusieurs Erylus ont déjà été signalés en association avec des « Siliquaria » ; ce sont :
E. amorphus Burton (Afrique du Sud), E. carteri Sollas (golfe de Manaar), E. proximus
Dendy (Cargados), E. geodioides Burton et Rao (Mergui). C’est E. carteri Sollas (= Stel-
letta euastrum Carter, 1880) qui a des aspidasters de grandes dimensions comparables à
ceux d’E. burtoni, mais les autres spicules sont différents ; il y existe notamment des chias-
ters au lieu d’oxyasters.
Famille Theneidae Sollas, 1886
Genre THENEA Gray, 1867
Thenea microspirastra n. sp.
(PL XI, 5 et 6; fig. 20)
Holotype : MNHN DCL 2806; paratypes : MNI1N DCL 2807.
Localité : Nouvelle-Calédonie, passe de la Havannah : 22°17' N-167°14'E, 425-430 m ; 22°16' N-
167°17' E, 465-495 m.
Cette espèce est représentée par sept spécimens. Il s’agit d’une éponge massive de
couleur ocre jaune, probablement peu fixée sur le bord. L’holotype mesure 65/60/30-
45 mm ; sa face supérieure est légèrement convexe ; sa face inférieure forme quelques gros
lobes ou plis. La surface, par endroits très hispide, est sans orifices visibles. Les autres
spécimens mesurent 60/80/50, 55/55/30, 15/15/8 mm, etc. La charpente est radiaire et
très dense ce qui donne à l’éponge une consistance ferme. Sous la surface on voit de nom¬
breux canaux obliques.
Spicules
— Oxes principaux courbes : 3,5-6 mm/30-150 p.m.
— Dichotriaenes ou orthotriaenes : rhabde de 2 800-3 600 p.m/60-65 pm, protoclades
de 200-250 pm/60 pm, deutéroclades de 300-900 pm/50-55 pm, ou clades simples de
900 p.m.
— Anatriaenes : rhabde : jusqu’à 12 mm/20-22 pm ; clades : 90 à 250 p.m ; cladome :
100-350 p.m. Les anatriaenes sont en faisceaux et la forme du cladome est assez variable
et fonction de la taille du spicule.
— 138
— Plesiasters tétractines, pentactines, tri et diactines : actines de 45-150 pm/10-25 pm.
—- Streptasters métasters de 20-25 pm à actines de 12 pm.
— Spirasters sanidasters : 10 pm.
Fig. 20. — Thenea microspirastra n. sp. : 1, anatriaene (x 80) ; 2, dichotriaene (X 80) ; 3, 4, streptaster
et plesiaster (X 80) ; 5, spiraster (X 350).
Remarques
Cette Thenea se distingue des autres espèces du genre, très voisines, par l'absence
d’orifices aquifères de grande taille et par la présence de petits spirasters multispires presque
rectilignes.
Sphinctrella orthotriaena n. sp.
(PI. XI, 7 ; fig. 21)
Holotype : MNHN DCL 2802.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°47' S-167°10' E, 360-365 m.
Petite éponge mesurant 16/14/10 mm ; elle semble subdivisée en une région supérieure
convexe de 3 mm d’épaisseur et une région inférieure de 7 mm d’épaisseur. On observe
deux dépressions ou replis de la surface à la limite des deux régions ; elles mesurent 8/3 mm
et 10/3 mm et sont bordées de spicides saillants. Les bords frangés contiennent des micros-
clères abondants des deux types. Les orthotriaenes forment la couverture normale de
l’éponge. Au centre enchevêtrement de gros oxes.
139 -
Spicules
— Oxes : 2 400-3 600 pm/12-80 pm.
— Oxes secondaires subverticillés, bosselés, très abondants : 270-400 pm/5-8 pm.
— Orthotriaenes ou parfois dichotriaenes, presque calthropes : rhabde : 900-1 200 jim/
45-50 pm ; clades : 500-700 pm/40-50 pm à la base.
— Streptasters métasters à 5-9 actines de 15-20 pm ; diamètre : 45 pm.
— Spirasters des surfaces aquifères souvent à allure d’amphiasters, avec actines
obtuses assez nombreuses.
Fig. 21. — Sphinctrella orthotriaena n. sp. : 1, microxe (X 350) ; 2, orthotriaene (X 80) ; 3, streptastcr
(X 350) ; 4, spiraster (X 350).
140 —
Remarques
Cette Sphinctrella sans plagiotriaenes est caractérisée par ses orthotriaenes, devenant
parfois dichotriacnes, dont le rhabde est toujours plus long que les clades (5/3). Elle se
distingue aussi de S. bifacialis Wilson dont les orthotriaenes ont un rhabde plus court
que les clades et de S. gracilis Schmidt et S. theneides Burton à triaenes isoactines. Elle
s’apparente plus à S. horrida Schmidt.
Famille Pachastrellidae (Carter, 1875)
Genre POECILLASTRA Sollas, 1888
Poecillastra laminaris (Sollas, 1888)
(PI. XII, 7 ; fig. 22)
MNHN DCL 2803.
Localité : Nouvelle-Calédonie, lie des Pins, 410 ni.
La collection regroupe plusieurs spécimens ou plusieurs fragments de cette éponge
lamellaire de couleur brune, brun foncé ou brun rougeâtre. Le plus grand mesure 90/120/
3-5 mm et les autres ont 5 à 10 mm d’épaisseur et environ 30/30 mm de large. Une des
faces est rugueuse, porifère ; elle est couverte d’une membrane chargée de microsclères.
Elle est soutenue par un réseau de calthropes à petits rhabdes. L’autre face est perforée
par de très nombreux petits oscules ; on y observe de longs oxes saillants ; les mêmes oxes
forment d’autre part une frange spiculaire marginale dense. Cette face osculaire contient
en surface des cellules à gros granules, des petits oxes et de rares streptasters.
Spiculés
— Oxes, pour la plupart entre 1 800 et 3 800 p.m/40-60 p.m.
— Oxes frangeants : jusqu’à 7,5 mm/7-15 p.m.
— Orthotriaenes calthropes : rhabde et clades : 200-550 p.m/15-40 p.m.
— Microxes rugueux centrotylotes ou non : 140-160 p.m ou 170-210 p.m/3-6 pan.
— Métasters à 4-5 actines ; chaque actine mesure 10 à 30 p.m.
— Spirasters à plusieurs tours de spire : 12-20 p.m.
Dans deux spécimens, les rhabdes sont plus courts que les clades et mesurent environ
250-350 p.m ; les clades mesurent 350-800 p.m/25-65 pan.
141
Fig. 22. — Poecillaslra laminaris Sollas : 1, calthrope (X 80) ; 2, microxe (x 350) ; 3, spiraster (X 350) ;
4, streptaster (X 350).
Remarques
Bien qu’il ne l’ait pas figurée, Sollas a décrit Poecillaslra laminaris comme une lame
frangée, à deux faces différentes. Sa description de la morphologie générale et des spicules
de cette éponge s’applique bien aux spécimens de Nouvelle-Calédonie, au moins en première
approximation taxonomique. P. laminaris se distingue de P. tenuilaminaris (Sollas) par
la présence de spirasters et par celle d’une frange spiculaire marginale. Lebwohl (1914)
a signalé sous le nom de Pachastrella tenuilaminaris (Sollas) une autre Poecillaslra en plaque
de 3 à 5 mm d’épaisseur draguée par 200 m de profondeur à Doketsba, Japon. Elle con¬
tient des métasters de 15 à 37 p.m de diamètre, avec 4 à 18 actines de 29 à 6 p.m. Les métas-
ters à petites actines sont des spirasters. Dendy (1916) a également décrit une P. tenui¬
laminaris (Sollas), en lame de 8 mm d’épaisseur, portant une frange marginale d’oxes
grêles.
En 1926, Dendy et Burton signalent à nouveau P. tenuilaminaris (Sollas) en pro¬
venance des îles Mergui et Andaman. Ce sont des fragments lamellaires de 3 mm d’épaisseur
qui ont des métasters et des spirasters.
La distinction des deux espèces décrites par Sollas paraît dillicile à maintenir. La
synonymie avancée par Burton (1959) qui regroupe toutes ces éponges lamellaires sous
le nom de Poecillastra schulzei (Sollas) est possible, mais elle reste encore douteuse.
Distribution : Mer de Banda, 1 829 m.
142 -
Famille Stellettidae Carter, 1875
Genre STELLETTA Schmidt, 1862
Stelletta centroradiata n. sp.
(PI. XII, 5 ; Fig. 23)
Holotype : MNHN DCL 2808.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°48' S-167°09' E, 355-360 m.
1 2
Fig. 23. — Stelletta centroradiata n. sp. : 1, plagiotriaenc (x 80) ; 2, oxe (X 80) ; 3, oxyaster et chiaster
(X 350).
- 143 -
Éponge subsphérique mesurant 10 mm de diamètre et 10 mm de haut, de couleur
jaune paille, entièrement hispide, avec plagiotriaenes et oxes saillants sur 0,5 à J mm de
haut. Aucun orifice n’est visible. Le squelette choanosomique est centro-radiaire.
Spiculés
— Ox.es fusiformes : 3,6-3,8 mm/80-110 pm ; d’autres plus courtes : 1 800 pm.
— Plagiotriaenes à rhabde fusiforme : 1,7-2,4 mm/80-100 pm ; les clades d’abord
divergents se courbent en s’allongeant et forment une fourchette qui donne au spicule
l’aspect d’un pédicellaire d’oursin; clades de 150-300 pm/50-80 pm et cladonie de 175-
300 pm.
— Chiasters polyactines minuscules : 5 pm de diamètre.
— Oxyasters polyactines : 10-12 pm.
Remarques
La spiculation de cette éponge ressemble à celle du groupe d’espèces : S. herdmani
Dendy, S. horrens Kirkpatrick, S. capensis Lévi et S. rugosa Burton ; mais cette éponge
à squelette centroradiaire et mégasclères saillants a peut-être plus d’affinités encore avec
l'espèce méditerranéenne : S. hispida Bucc.
Stelletta radicifera Wilson, 1925
(Fig. 24)
MNHN DCL 2809.
Localité : Ile des Pins, 22°48' S-167°09' E, 355-380 m.
Petite éponge sphéroïde de 10-12 mm de diamètre, sans orifices visibles. Elle est frangée
vers la base par un feutrage d’anatriaenes saillants jusqu’à 2 mm de la surface. Celle-ci
est glabre et couverte par les cladomes des dichotriaenes principaux ; le cortex mesure
0,5-1 mm d’épaisseur.
Spicules
— Oxes courbes et sinueux : 2-2,5 mm/20-25 pm.
- - Dichotriaenes à cladome court et plan ; le rhabde mesure 1,7 à 3 mm/80-85 pm ;
les protoclades mesurent 75-100 pm/60-70 pm et les deutéroclades 250-300 pm/50 pm.
— Anatriaenes à rhabde de 4,3 à 4,7 mm/25-35 pm, clades de 100-125 pm et cladome
de 50-75 pm.
— Protriaenes à rhabde grêle.
— Oxyasters polyactines : 12-15 pm.
C;tte éponge à dichotriaenes, anatriaenes et protriaenes fait partie du groupe d’espèces
S. radicifera Wilson, S. orientalis Thiele, S. validissima Thiele, dont Wilson (1925) a déjà
144 —
noté les ressemblances. Bien que l’éponge de Nouvelle-Calédonie n’ait qu’une catégorie
d’oxyasters, il paraît raisonnable de l’intégrer, au moins provisoirement, dans l’espèce
S. radicifera Wilson récoltée par Y « Albatross », par 67 m de fond.
Distribution : Philippines.
Fig. 24. — Stelletta radicifera Wilson : 1, dicbotriaene (X 75) ; 2, oxyaster (x 75) ; 3, anatriaeno
(X 320).
Stelletta hyperoxea n. sp.
(PI. XII, 4 ; fig. 25)
Holotype : MNHN DCL 2810 ; paratypes : MNHN DCL 2811.
Localité : Nouvelle-Calédonie, passe de la Havannali : 22°16' N-167°17' E, 465-495 m.
Eponge massive, mais amorphe de 10 à 20 mm d’épaisseur, de couleur grise, agglo¬
mérant des cailloutis calcaires et y étant fixée par une large surface. Cependant, la char¬
pente est typiquement radiaire, avec de gros oxes colossaux de soutien, une palissade de
dichotriaenes à cladomes en surface et des oxyasters de grande taille. La surface est égale
et rugueuse, sans orifices visibles. On observe une hispidation haute due à des oxes assez
grêles ; mais cette hispidation est très irrégulière.
Spicules
— Oxes colossaux, courbes : 3,2-4,2 mm/180-200 p.m.
— Oxes longs, d’hispidation, généralement brisées, depuis 1,3 jusqu’à 4 mm/18-60 pm.
-— Dichotriaenes à rhabde court et épais, un peu fusiforme près du cladome : 1,8-
2 mm/130-170 pm ; protoclade et deutéroclade de longueurs semblables, 150 pm ; le cla¬
dome est souvent très irrégulier.
— Oxyasters : de 130 à 190 pm de diamètre, à actines atteignant 90 pm.
— Strongylotylasters : 7-10 pm.
Remarques
Cette Stelletta, remarquable par la taille colossale de ses oxes principaux et par l’épais¬
seur du rhabde des dichotriaenes, ressemble à cet égard aux espèces de Nouvelle-Zélande :
S. lithodes Bergquist, S. crater Dendy. Elle ressemble aussi à S. gigantea Tanita, du sud
du Japon. Par ses deux catégories d’oxes principaux et d’oxes d’hispidation, elle s’appa¬
rente beaucoup à S. lithodes dont elle a aussi les dichotriaenes et les grands oxyasters ;
mais les dimensions relatives des mégasclères sont différentes. Chez S. lithodes les oxes
principaux sont presque deux fois plus épais et les dichotriaenes deux fois plus minces.
Stelletta hyperoxea n. sp. a des oxyasters et des strongylotylasters au lieu de sphérasters
de deux tailles, mais, à ces quelques détails près, il est certain que S. hyperoxea et S. lithodes
ont de nombreux caractères communs. S. gigantea Tanita se distingue immédiatement
de S. hyperoxea par l’absence de grands oxyasters.
Stelletta vaceleti n. sp.
(PL XII, 1-3; fig. 26)
Holotype : MNHN DCL 2800 ; paratypes : MNHN DCL 2801.
Localité : Nouvelle-Calédonie, passe de la Havannah : 22°17' N-167°14' E, 425-430 m.
147 —
Eponge composée d’nne masse basale se prolongeant en digitations dressées. La base
du plus grand spécimen considéré comme l’holotype mesure 55/10/15 mm d’envergure
et se prolonge en quatre digitations qui mesurent respectivement 28/8, 30/7, 75 et 82/12 mm.
Les digitations d’autres fragments mesurent 25 à 40 mm de haut. La couleur est gris-
marron et la consistance est ferme. La surface est très rugueuse et égale. L’éponge est
entourée d’un cortex de dichotriaenes dont les cladomes affleurent la surface. L’extrémité
de chaque digitation est percée d’un oscule vers lequel convergent six grands canaux aqui¬
fères longitudinaux sous-corticaux.
Fie. 26. — Stellelta vaceleti n. sp. : 1, dichotriaene (x 80) ; 2, oxyaster (x 350) ; 3, strongvlaster
(X 350).
Spicules
— Oxes : 1 300-2 500 pm/15-50 pm, nombreux à 1 500-1 600 pm.
— Dichotriaenes à rhabde de 550-700 pm/35-60 pm, cladome de 400-1 000 pm, pro-
toclades de 75-100 pm/35-60 pm, deutéroclades de 250-500 pm/35-60 pm.
— Oxyasters dont les plus petits sont polyactines, actines : 15-35 pm ; diamètre :
30-65 pm.
— Strongylasters à petit centrum ; diamètre : 10-15 pm.
148 -
Remarques
Cette éponge ressemble extérieurement à Stelletta tuba Lebwohl ; la structure des
digitations rappelle les tubes à plusieurs cavités des Tethyopsis ou Disyringa, mais il n’y
a pas cbez cette éponge de différenciation nette entre la base et la digitation aquifère carac¬
téristique de ces deux genres. D’autre part, les spicules sont ici bien différents de ceux des
Disyringa et genres voisins. Ils sont semblables à ceux de Stelletta, bien que les dichotriaenes
aient un rhabdome relativement court. La charpente périphérique est analogue à celle
des Stelletta, mais l’abondance des triaenes l’apparente aux Calthropellidae.
Genre CHELOTROPELLA Lendenfeld, 1907
Chelotropella neocaledonica n. sp.
(Fig. 27)
Holotype : MNHN DCL 2798 ; paratypes : MNHN DCL 2799.
Localité : Nouvelle-Calédonie, entre île des Pins et corne sud du grand récif, 410 m.
La collection contient de nombreux spécimens ou fragments de cette éponge en plaque
épaisse, dense et friable, bourrée de spiculés ; chaque élément mesure 20-30/10-20/5-10 mm
d’envergure ; une face est couverte de débris sédimentaires, l’autre face plane correspond
à la face d’attache au substrat. On observe latéralement sur la face convexe une plage
criblée ostiolaire, mais aucun oscule n’est visible. La charpente se compose de dichotriaenes
très nombreux en disposition radiaire sur plusieurs épaisseurs. Des anatriaenes saillants
sont également nombreux. Les microsclères sont surtout en surface et notamment autour
de la zone ostiolaire.
Spicules
—- Oxes : 2,3-3,5 mm/40-50 }xm.
— Dichotriaenes à rhabde de 1,2 à 4 mm/80-110 pm ; protoclades de 100-200 pm et
deutéroclades de 200-250 pm.
—• Calthropes dont le rhabde mesure 350-900 pm/80-130 pm et les clades 250-
800 pm.
— Anatriaenes à rhabde de 1,3-2,6 mm/25 pm, avec clades de 175-200 pm/20 pm et
cladome de 175-200 pm.
— Acanthasters à actines fines, polyactines : diamètre de 12-20 pm.
— Oxyasters à actines obtuses et épineuses : diamètre : 30 pm.
— Microstrongyles plus ou moins centrotylotes et rugueux : 12-15 pm.
— 149 -
Fig. 27. — Chelotropella neocaledonica n. sp. : 1, dichotriaene (x 80 ; 1' x 30) ; 2, calthrope (x 30 ; 2' X
80) ; 3, anatriaene (x 80) ; 4, oxyaster (x 350) ; 5, microstrongyle (x 350) ; 6, acanthaster (x 350).
Remarques
Le genre Chelotropella Lendenfeld, 1906 (p. 302) est caractérisé par la présence simul¬
tanée de dichotriaenes radiaires périphériques et de calthropes internes. Il a été introduit
par Lendenfeld dans une famille des Calthropellidae dont il constitue un genre parti-
150 -
culier, intermédiaire entre les Calthropellidae et les Stellettidae. Comme Topsent (1928 :
27), il nous semble que la famille des Calthropellidae n’a pas de signification particulière
et que l’ensemble des Astrophorida à euasters doit être regroupé dans la famille des Stel¬
lettidae, quels que soient les types de mégasclères présents. Chelotropella sphaerica Lenden-
feld, seule espèce connue du genre, a été décrite d’après un fragment récolté au sud-est de
l’Afrique du Sud (Agulhas Bank, 84 m) et retrouvée au Verna Seamount (Lévi, 1969) entre
30 et 180 m. La différence la plus nette entre les éponges de Nouvelle-Calédonie et celles
d’Afrique du Sud est la présence chez les premières de nombreux anatriaenes saillants
et celle des microstrongyles. Cette présence est d’ailleurs assez énigmatique, bien qu’il
existe d’autres Astrophorida à microstrongyles ou microrhabdes.
Genre PENARES Gray, 1867
Penares schulzei (Dendy, 1905)
(PI. XII, 6 ; fig. 28)
MNHN DCL 2795.
Localité : Nouvelle-Calédonie, passe de la Havannah, 425-430 m.
La collection contient trois spécimens de cette espèce. Il s’agit d’éponges en appa¬
rence massives, qui mesurent 45/15/30 mm, 45/20/40 mm et 60/70/30 mm ; leur couleur
est violacée ; ces éponges englobent en les revêtant divers débris étrangers et notamment
des coquilles enchevêtrées de « Siliquaria ». En fait, l’éponge atteint 10 à 20 mm d’épais¬
seur mais peut, par places, s’épaissir davantage. La surface est égale et soutenue par une
sorte de cortex avec couches superposées très denses de petits oxes ; au-dessous se trouve
la charpente choanosomique irrégulière d’oxes et de triaenes à rhabde court. On peut obser¬
ver à la surface des aires criblées porifères et deux spécimens ont des oscules de 0,5-1,5 mm
de diamètre au sommet de quelques larges lobes.
Spicules
— Oxes : 900-1 250 pm/30 pm.
— Dichotriaenes calthropes ; rhabde : 200-340 pm ; protoclades : 75-100 pm ; deuté-
roclades : 100-160 pm.
— Microxes ectosomiques courbés, centrotylotes : 40-220 pm/5-15 pm ; ou 40-400 pm/
5-15 pm.
— Oxyasters à 6-8 actines ; actines de 15 pm ; diamètre de 20 à 30 pm.
Par l’ensemble de leurs caractères, ces éponges ressemblent à Penares ( Plakinastrella)
schulzei (Dendy, 1905).
Le type de P. schulzei (Dendy) englobe également divers débris et des coquilles de
« Siliquaria », il a la même couleur et les spicules sont, à quelques détails près, très semblables.
Cependant, il existe dans le type de nombreux oxes intermédiaires en longueur entre microxes
et oxes principaux. Ce n’est pas le cas dans deux des trois spécimens de Nouvelle-Calédonie,
- 151 -
mais le troisième a des microxes qui atteignent 400 pm de long et ressemblent à de petits
macrosclères. 11 n’y a pas de spicules de longueur intermédiaire entre 500 et 1 000 pm.
Distribution : Ceylan : 12 miles au large de Galle, 182 m.
Fig. 28. — Penares scliulzei Dendy : 1, 2, microxe ectosomique ( X 350) ; 3, dichotriaene ( X 80) • 4 oxyaster
(X 350).
Genre PACHATAXA de Laubenfels, 1936
Pachataxa enigmatica n. sp.
(Fig. 29)
Ilolotype : MNHN DCL 2805; paratypes : MNHN DCL 2859.
Localité : Nouvelle-Calédonie, 22°48' S-167°09' E, 355-360 m.
- 152 -
Éponges massives fixées par de larges bases ; la face apicale est irrégulière mais aplatie
parallèlement à la base, parfois un peu déprimée ou au contraire légèrement convexe,
s’élevant en quelques larges lobes. Leur hauteur varie entre 12 et 20 mm et les dimensions
de la face supérieure, assez semblables à celles de la base, varient de 30 à 55 mm sur 20 à
35 mm. Le spécimen holotype mesure 35/35/15 mm. Les lobes mesurent 10 à 12 mm de
diamètre. On voit un certain nombre d’oscules de 100 à 300 pm de diamètre sur la face
apicale et les canaux exhalants tangentiels sont visibles par transparence sous un fin cor¬
tex de 200 (im d’épaisseur.
Le squelette se compose surtout de calthropes centrotriaenes, partout enchevêtrés ;
ils donnent à l’éponge une consistance très dure. A la surface, ces mégasclères sont plus
petits et ils sont recouverts par une strate de microstrongyles rugueux, très dense.
Fig. 29. — Pachataxa enigmatica n. sp. : 1, calthrope centrotriaene ( X 90) ; 2, oxyaster ( X 400) ; 3, micro-
strongyle (X 400).
Spicules
— Calthropes centrotriaenes de tailles variées, dont les clades les plus longues mesurent
70 à 450 pm. Les demi-rhabdes mesurent 15 à 50 pm.
— Microstrongyles ovoïdes ou allongés, parfois monstrueux, ramifiés, à surface rabo¬
teuse : 10-30 pm/4-15 pm.
— Chiasters oxyasters : 4-5 pm.
153 -
Remarques
Les éponges à calthropes centrotriaenes appartiennent surtout au genre Triptolemus
Sollas et sont peu nombreuses. Elles ont été trouvées en association avec des Lithistides
(Corallistes ou Discodermia), sauf T. parasiticus (Carter) fixée sur une Hexactinellide ou
T. simplex Sara trouvée dans des Démosponges. La nature de cette association est inconnue,
les Triptolemus se trouvant souvent dans les cavités de l’éponge-hôte. Toutes ces éponges
ont des squelettes semblables, mais leurs microsclères diffèrent : T. intexta (Carter) (= T.
parasiticus Carter) a deux sortes de spirasters ; T. cladosus Sollas et T. incertus Kirkpatrick
ont des microxes et des métasters. T. simplex Sara a des spirasters et des microrhabdes
épineux.
L’éponge de Nouvelle-Calédonie n’a pas de streptasters, mais des microstrongyles
rugueux et des eausters très petits. C’est une éponge presque identique à Pachastrella lithis-
tina, Schmidt, du golfe du Mexique (Schmidt, 1880). Leur morphologie est semblable,
comme le sont les microsclères, (Topsent, 1923). Mais les mégasclères de P. lithistina sont
des calthropes normaux. La seule différence entre les deux formes est donc le remplacement
des calthropes normaux par des centrotriaenes ; il est permis de penser que ce remplace¬
ment a même valeur relative que le remplacement des calthropes normaux par des dicho-
calthropes, comme on en observe chez les Dercitus.
De Laubenfels (1936 : 179) a créé le genre Pachataxa pour des éponges à calthropes
et ataxasters, comme P. lithistina Schmidt, type du genre. Or, cette espèce n’a que de petits
euasters. A titre provisoire, nous proposons de conserver le genre Pachataxa pour y inclure
P. lithistina Schmidt et P. enigmatica n. sp., à mégasclères calthropes normaux ou cen¬
trotriaenes et microsclères euasters. Ce genre pourrait s’apparenter aux Calthropella.
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PLANCHE I
1-2 : Pleroma turbinatum Sellas (x 1,2) ; 3-6 : Pleroma menoui n. sp. (3 : X 0,7 ; 4 : X 0,75 ; 5 : X 0,45 ;
6 : X 0,65).
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PLANCHE III
1-3 : Jereicopsis graphidophora n. gen., n. sp. (1-2 : X 3 ; 3 : X 3,3) ; 4-5 : Anaderma rancureli n. gen., n. sp.
(4 : X 0,65 ; 5 : X 0,75).
PLANCHE V
1 et 4 : Corallistes microstylifer n. sp. (1 : X 1,3 ; 4 : X 1) ; 2 et 5 : Corallistes fulvodesmus n. sp. (2 : x 0,7 ;
5 : X 0,8) ; 3 : Corallistes multituberculatus n. sp. (x 0,8) ; 6 : Corallistes undulatus n. sp. (x 2,4).
PLANCHE VI
1 : Callipelta punclata n. sp. ( X 3.o) ; 2 : Scleritoderma camusi n. sp. ( X 0,7) ; 3 : Macandrewia spinifoliata
( x 1,1) ; 4 : Discodermia proliferans n. sp. ( x 2,6) ; 5 : Aciculites oxytylota n. sp. ( x 2) ; 6 : Aciculites
papillata n. sp. (x 2).
1, 11
PLANCHE VII
1-3 : Desraes de Discodermia proliferans n. sp. ; 4-7 : D. proliferans n. sp., discotriaenes ; 8 : D.proliferans
n. sp., microxe ; 9 : D. proliferans n. sp., micros trongyle.
WBo-ui,
PLANCHE VIII
1-3 : Callipelta punctata n. sp., phyllotriaenes el desmes ; 4-6 : Macandrewia spinifoliata n. sp. phyllo-
triaenes et desmes ; 7-9 : Scleritoderma camusi n. sp., desmes et microstrongyles rugueux.
PLANCHE IX
1 : Microscleroderma stoneae n. sp. face concave ( X 0,6) ; 2 : face convexe ( x 0,6) ; 3 : Microscleroderma
herdmani (Dendy) face concave (X 0,8) ; 4-5 : détail des faces convexe et concave de Microscleroderma
herdmani (Dendy) (x 3,5).
PLANCHE XI
1-2 : Geodia vaubani n. sp. (1 : 0,5 ; 2 : x 0,75) ; 3 : Erylus burtoni n. sp. (x 1,9) ; 4 : Craniella neocale-
donica n. sp. ( X 4,5) ; 5-6 : Thenea microspiraslra n. sp. ( X 0,7) ; 7 : Sphinctrella orthotriaena n. sp.
(X 3,3).
PLANCHE XII
1-3 : Slelletta vaceleti n. sp. (1 : X 0,9 ; 2 : X 2 ; 3 : X 5) ; 4 : Stelletta hyperoxea n. sp. ( X 1,25) ; 5 : Stel-
letla centroradiata n. sp. ; 6, Penares schulzei (Dendy) ( 0,9) ; 7, Poecillastra laminaris (Solas) ( X 1,5).
PLANCHE XIII
1 : Corallistes multitub erculatus n. sp., desmes ; 2 : Corallistes fulvodesmus n. sp., desmes ; 3 : Anaderma
rancuréli n. gen., n. sp., desmes ; 4 : anatriaene ; 5-6 : Microscleroderma stoneae, desmes de la surface.
(Échelles : 1-3, 200 [xm ; 4-5, 20 (xm ; 6, 40 (xm.)
Bull. Mus. natn. Hist, nal., Paris, 4 e scr., 5, 1983,
section A, n° 1 : 169-174.
Découverte dans le bassin profond du Cap
de l’espèce antarctique Psychropotes scotiae (Yaney, 1908)
(Echinodermata Holothuroidea) 1
par Claude Massin et Myriani Sibuet
Résumé. — Un exemplaire de Psychropotes scotiae (Vaney, 1908), connu seulement, par son
holotype, a été trouvé dans le bassin profond du Cap. La description du spécimen permet de pré¬
ciser la diagnose de l’espèce. L’extension de la distribution de l’espèce dans l’océan Atlantique
sud est discutée.
Abstract. — One specimen of Psychropotes scotiae (Vaney, 1908), known only by the holo¬
type, has been found in the deep Cape Basin. The description of the specimen allows to specify
the diagnosis of the species. The zoogeographical distribution is briefly discussed.
C. Massin, I.B.S.N.B., 29, rue Vautier, 1040 Bruxelles.
M. Sibuet, Centre Océanologique de Bretagne, BP 337, Brest cedex 29273.
L’holothurie Elasipode Psychropotes scotiae (Vaney, 1908) n’était connue jusqu’ici
que par un seul exemplaire : l’holotype récolté dans l’océan Antarctique (Orcades du Sud)
en 1903, au cours de l’Expédition Antarctique Nationale Écossaise. Un nouvel exemplaire
a été recueilli dans l’Atlantique Sud en janvier 1979 au cours de la mission Walvis de bio¬
logie abyssale, organisée à bord du navire océanographique « Jean Charcot » par le Centre
Océanologique de Bretagne.
La découverte d’un deuxième exemplaire de cette espèce permet d’en préciser la des¬
cription et la distribution géographique.
Psychropotes scotiae (Vaney, 1908)
Euphronides scotiae C. Vaney, 1908 : 418, pi. I, fig. 8-9, pi. Ill, fig. 39-40.
Psychropotes scotiae ; B. Hansen, 1975 : 111.
Origine : Océan Atlantique (bassin du Cap), 32°28'6" S-13°24' E, 3 675 m. L’holotype pro¬
vient de l’océan Antarctique (Orcades du Sud), 62°10'S-41°20'W, 3 246 m (1 775 brasses).
1. Contribution n° 765 du C.O.B.
Description
Aspect général : Le corps allongé est fortement aplati dorso-ventralement (pl. 1, A,
B, C). La sole ventrale est plane et entourée d’une bande lisse à bord festonné. Cette bande
qui marque la limite entre le bivium et le trivium est surtout développée dans les régions
circumorale et périanale. Dans cette dernière la bordure se compose d’une trentaine de
festons peu découpés (pl. I, E).
L’exemplaire mesure 200 mm de long. Sa largeur est de 60 mm dans la partie anté¬
rieure, de 40 mm dans la partie postérieure et de 35 mm dans la partie médiane. La peau
est non transparente.
Face dorsale : La face dorsale convexe est caractérisée par la présence d’un appen¬
dice conique court, situé à 50 mm de l’extrémité postérieure (pl. I, C). Cet appendice mesure
55 mm de long et sa base a un diamètre de 25 mm.
Le tégument, dans l’alcool, est gris avec quelques taches mauves et roses. 11 est lisse
(sans verrue) et présente de nombreux replis tant transversaux que longitudinaux dus à
la contraction (notamment dans la partie postérieure). On distingue six paires de petites
papilles dorsales. La première paire est au niveau du pore génital. Les quatre premières
paires sont très courtes, presque entièrement rétractées et peu visibles. Les deux dernières
sont plus grandes. La dernière paire est située environ au milieu du corps et chacune des
papilles de cette paire mesure 4 mm de long et 1 mm de diamètre à sa base.
Deux orifices très nets sont visibles dorsalement dans la région antérieure (pl. I, B).
Ces ouvertures sont médianes. La première, située à 40 mm de l'extrémité antérieure,
correspond à la plaque madréporique tandis que la seconde, située 6 mm plus en arrière,
correspond au pore génital.
Face ventrale : La bouche et l’anus sont situés ventralement (pl. 1, A). Les tentacules
buccaux, au nombre de seize, sont terminés par un renflement en forme de coussin à surface
plissée et portant sur son bord de très courtes digitations souvent réduites à l’état de bou¬
tons en raison de la contraction (pi. I, D). Chaque tentacule est partiellement ou presque
complètement rétracté dans sa hampe qui forme un manchon protecteur (pl. I, D).
Sur la face ventrale une bande longitudinale centrale plus sombre porte les podia
disposés en deux rangées plus ou moins en alternance. La double rangée de podia commence
légèrement en retrait par rapport au cercle des tentacules (pl. I, A, D). Les podia sont coni¬
ques, arrondis au sommet et dépourvus de ventouses. De part et d’autre de la double rangée
de podia, la sole ventrale présente de profonds replis transversaux (pl. I, A).
Spicules (pl. Il, A-F) : Les téguments renferment des corpuscules calcaires tri- et
tétraradiés. Présents dans les téguments dorsal et ventral, ils sont plus nombreux dans la
partie anale. Il v a une dominance de spicules tétraradiés surtout dorsalement. Les branches
droites ou légèrement incurvées sont munies de nombreux piquants aux extrémités. L’apo¬
physe centrale est en général bien marquée, parfois lisse (pl. II, F) mais le plus souvent
épineuse (pl. Il, A, D, E). Les tentacules contiennent des corpuscules assez nombreux
en forme de bâtonnets épineux (pl. II, B).
Anatomie interne : La gonade est faite de deux faisceaux qui confluent en un court
canal commun débouchant dans le gonopore. Le canal du sable est très court. Le tube diges¬
tif est accolé à la paroi dorsale au niveau de l’œsophage.
171 -
Discussion
L’exemplaire prélevé en Atlantique Sud présente de très grandes similitudes avec
l’holotype (pi. Ill) tel que l’a décrit Vaney (1908). Les deux individus adultes se ressem¬
blent notamment par la présence de seize tentacules buccaux, d’un appendice caudal situé
dorsalement, et par des spicules tri- et tétraradiés épineux. Ils diffèrent toutefois par un
seul caractère d’anatomie externe, le nombre de papilles dorsales. Vaney (1908) mentionne
la présence d’une seule paire de papilles dorsales. L’observation de l’holotype n’a pas per¬
mis d’obtenir des renseignements supplémentaires car les détails de la face dorsale sont
masqués par une épaisse couche de colle utilisée lors d’une exposition. Les six paires de
papilles examinées sur le spécimen provenant du bassin du Cap pourraient indiquer une
sous-espèce géographique. En effet, la variation du nombre de papilles est un caractère
spécifique dans l’ordre des Elasipoda ; Hansen (1975) a retenu ce caractère pour définir
des sous-espèces géographiques des espèces Oneirophanta mutabilis Theel, 1879, et Elpidia
glacialis Theel, 1876. Il est à noter, par ailleurs, que le nombre de paires de papilles et leur
taille respective sont très semblables à celles de Psychropotes depressa (Theel, 1882), espèce
qui présente des affinités avec P. scotiae et qui est connue dans l’océan Atlantique Nord,
notamment dans le golfe de Guinée.
Jusqu’à présent, P. scotiae était considérée comme une espèce antarctique. Le pré¬
lèvement dans le bassin du Cap indique une extension de la distribution de cette espèce
en dehors de la zone abyssale antarctique. Celle-ci, d’après Hansen (1975), n’est pas une
région zoogéographique distincte. La dorsale médio-atlantique, prolongée au sud par la
dorsale atlantique antarctique qui sépare le bassin profond du Cap de la zone antarctique
abyssale, ne semble pas en effet être un obstacle à la distribution de P. scotiae. On peut
rappeler que la diffusion vers le nord des eaux de fond antarctique est limitée au nord du
bassin du Cap par la ride de Walvis. Le bassin abyssal du Cap a des caractéristiques hydro¬
logiques antarctiques qui peuvent expliquer la distribution d’espèce jusqu’au niveau de
cette ride transversale dans l’Atlantique Sud.
Remerciements
Nous tenons à remercier le Dr. S. Chambers, du Royal Scottish Museum à Edinburgh, qui
a bien voulu mettre à notre disposition l’holotype de P. scotiae, ainsi que le Dr. A. Guii.le qui
nous a aidé dans la recherche de cet holotype. Les photographies des planches I et Ill ont été
réalisées avec l’aide de M. P. Briand, du Centre national de tri biologique, C. O. B., Brest.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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Psychropotes scotiae : A, vue ventrale ; B, vue dorsale ; C, vue de profil ; D, détail de la bouche ; E, détail
de la région périanale.
2cm
PLANCHE I
PLANCHE II
Psychropoles scoliae : A, D, E, spicules du tégument dorsal ; C. F, spicules du tégument ventral ; B, spicule des
tentacules. Photographies réalisées au MEB type S 4 Cambridge du Centre Océanologique de Bre¬
tagne.
174 -
PLANCHE III
Psychropotes scotiae, holotype : A, face ventrale ; B, détail de l’implantation des podia ; C, détail de la bouche ;
D, détail des tentacules.
Bull. Mus. nain. Hist, nal., Paris, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 175-179.
Description de Mazzia bialata n. sp., parasite de Dasypodidés.
Attribution du genre aux Nématodes Spirocercidae
par Alain G. Chabaud, Graciela T. Navone et Odile Bain
Résumé. Mazzia bialata n. sp., parasite du Tatou Chaetophractus villosus (province de
Buenos-Aires, Argentine), diffère surtout de l’espèce-type par ses ailes latérales simples et par
la touffe d’épines caudales de la femelle. La structure céphalique en vue apicale (qui était restée
inconnue dans le genre) se révèle proche de celle du genre Physocephalus. Le genre Mazzia se range
donc dans les Spirocercidae — Spirocercinae. 11 est morphologiquement plus spécialisé que les
autres genres de Spirocercidae néotropicaux parasites de Mammifères paléoendémiques.
Abstract.. — Description of Mazzia bialata n. sp., parasite of dasypodid mammals. Mazzia
is placed in the Spirocercidae. — Mazzia bialata n. sp., a parasite of Chaetophractus oillosus (from
Buenos-Aires, Argentina), is distinguished from the type-species mainly by its simple lateral alae
and by the tuft of spines on the tail of the female. Cephalic structure as seen in apical view (hitherto
unknown for the genus) is similar to that of Physocephalus and Mazzia is therefore placed in the
Spirocercidae, subfamily Spirocercinae. The genus is morphologically more specialized than
other neotropical genera parasites of paleoendemic mammals.
A. G. Chabaud et O. Bain, Laboratoire de Zoologie (Vers), associé au CNBS, Muséum, national d’Histoire
naturelle, 61, rue Buffon, 75231 Paris cedex 05.
G. T. Navone, Catedra de Zoologie General, Facultad de Ciencias Naturelles y Museo de La Plata, Paseo
del Bosque, 1900 La Plata, Argentine.
Mazzia bialata n. sp.
Matériel. — Une femelle holotype, un mâle allotype, deux femelles paratypes, parasites
de Chaetophractus uillosus provenant de Chascomus (province de Buenos-Aires, Argentine). N°
d’enregistrement au MNHN : 241 NE.
Description
Tête constituée par deux pseudo-lèvres latérales jointes sur la ligne médiane, si bien
que les lobes labiaux ne laissent ouverts que trois petits orifices, un ventral, un dorsal
et un apical. Celui-ci, de forme hexagonale allongée (6 p,m X 4pm), surplombe l’ouverture
du pharynx, également hexagonal, mais un peu plus grande (10 pm X 6p.ni). Cette extré¬
mité antérieure du pharynx est armée de six denticules arrondis, deux latéraux et quatre
latéro-médians (fig. 1, A). Six papilles labiales internes, quatre papilles labiales externes
grandes et plates, quatre papilles céphaliques et deux amphides. Extrémité antérieure
entourée d’une grande vésicule céphalique à peu près sphérique (hauteur 120 pm, largeur
105 p.m) (fig. 1, B).
1. — Mazzia bialata n. sp. A, $, tête, vue apicale ; B, Ç, tête, vue ventrale ; C, 2, coupe transversale
du corps au niveau de l’extrémité postérieure de l’œsophage ; D, ovéjecteur ; E, œuf ; F, 2> pointe
caudale, vue latérale ; G, ç£, extrémité postérieure, vue ventrale ; H, <$, région cloacale, vue ventrale ;
I, Si pointe caudale, vue ventrale ; J, spicule droit, vue ventrale ; K, pointes des spicules.
Échelles : A, E, I, K : 50 uni ; C : 75 fxm ; B, F, H, J : 100 p.m ; D : 150 um ; G : 500 [xm.
uirY ooi uirY ooç
177 -
En arrière de cette vésicule naissent deux ailes latérales, simples (fig. 1, C), étendues
tout le long du corps. Deirides asymétriques, la gauche au niveau de la limite postérieure
de la vésicule céphalique, la droite en arrière de l’anneau nerveux. Pharynx cylindrique,
un peu atténué en avant, faiblement chitinoïde. Œsophage antérieur plus étroit que le
postérieur, mais d’aspect peu différent. Vulve nettement en avant de la partie moyenne
du corps. Ovéjecteur impair dirigé vers l’arrière, enflé en réservoir (fig. 1, D) ; oeufs avec
deux bosselures à l’un des pôles (fig. 1, E).
Pointe caudale de la femelle ornée d’une touffe d’épines mousses (fig. 1, F). Queue
du mâle figurée en G, H et I.
Femelle holotype : Longueur 22 mm, largeur 200 (xm. Interstries espacées de 13,5 [xm. Pharynx
95 fxm. Œsophage 5,1 mm. Deiride gauche, anneau nerveux, pore excréteur, deiride droite res¬
pectivement à 110 (xm, 320 |xm, 335 fxm et 365 [xm de l’apex. Vulve à 8,7 mm de la tête. Œufs
de 35 sur 14 [xm. Queue longue de 110 (xm.
Mâle allotype : Longueur 8 mm, largeur 130 [xm. Pharynx 70 jxm. Œsophage 3,48 mm. Dei¬
ride gauche, anneau nerveux, deiride droite respectivement à 95 |xm, 270 (xm et 310 [xm de l’apex.
Boucle du testicule à 500 fxm en arrière de la fin de l’œsophage ; spicule droit de 215 (xm ; spicule
gauche de 1 620 (xm (manche 390 fxm, lame 1 230 (xm). Début de l’area rugosa à 1 045 fxm de l’extré¬
mité postérieure. Ailes caudales longues de 350 [xm. Queue 45 [xm.
Discussion
Statut spécifique
L’espèce est proche de Mazzia mazzia Khalil et Vogelsang, 1931, décrit chez Chaeto-
phractus vellerosus çellerosus d’Argentine (sans autre précision géographique). M. mazzia
a été redécrit en 1977 par Lombardero et Moriena chez le même hôte dans la province
de Cordoba et chez Euphractus sexcinctus dans la province de Corrientes.
Le Chaetophr actus, hôte de l’espèce-type, et celui qui héberge le parasite décrit ci-
dessus sont des Tatous d’écologie différente. Le premier est une espèce andine ; le second,
une espèce de pampas.
En plus de différences dans les dimensions (telles que vulve plus antérieure, spicule
droit plus petit), l’espèce que nous décrivons se distingue facilement de l’espèce-type par
les ailes latérales simples et non trifurquées et par la touffe de petites épines sur la pointe
caudale de la femelle.
Il s’agit donc d’une espèce nouvelle que nous nommons Mazzia bialata n. sp.
Place du genre Mazzia
La tête de l’espèce-type n’ayant jamais été étudiée en vue apicale, la place systéma¬
tique du genre a donné lieu à de nombreuses divergences. Khalil et Vogelsang le consi¬
dèrent comme un Ancyracanthidae-Schistorophinae. Skrjabin et coll. paraissent l’avoir
omis, aussi bien dans les Opredelitel (Skrjabin, Schikhobalova et Sobolev, 1949) que
dans les Osnovi (Skrjabin, Sobolev et Ivascjikin, 1967). Yamaguti (1961) crée pour
lui une sous-famille particulière, qu’il place parmi les Spiruridae. Chabaud (1975) ne le
classe pas, mais indique qu’il s’agit probablement d’un genre valide de Spirocercinae.
1 , 12
178 -
La vue apicale de Mazzia bialata indique que le genre est proche de Physocephalus.
Il en diffère par la vésicule céphalique sphérique, par le pharynx peu chitinoïde et non
annelé, et par des caractères mineurs. Il s’en rapproche nettement par l’existence de deux
pseudo-lèvres plates, plurilobées, ce qui ne se retrouve pas chez les autres Spirocercidae.
Comme il a été indiqué à différentes reprises (voir en particulier Chabaud et Bain,
1981), la distinction entre Spirocercinae-Ascaropsinae n’a été conservée que pour des rai¬
sons historiques et de commodité, mais, dans le cas présent, cette distinction est parti¬
culièrement mauvaise puisque, en se fondant sur le pharynx, les deux genres très proches
appartiendraient à deux sous-familles différentes : Ascaropsinae pour Physocephalus,
Spirocercinae pour Mazzia. Il semble donc plus raisonnable, pour une classification natu¬
relle, de mettre en synonymie la sous-famille des Ascaropsinae avec celle des Spirocercinae.
Spirocercidae néotropicaux
Une récente revue des Spirocercidae néotropicaux (1981) nous a conduits à reconnaître
six groupes distincts :
a — le genre Didelphonema chez les Marsupiaux ;
b — le genre Spirobakerus chez les Cricetidae ;
c — le genre Leiuris chez les Bradypodidae ;
d — le genre Tejeraia chez les Caviomorphes et les Tapirs ;
e —- le genre Texicospirura chez les Suidés ;
f ■— l’espèce endémique Physocephalus lassancei chez les Cervidés.
a, c et d sont des Nématodes très primitifs, parasites de Mammifères paléoendémiques
(c’est-à-dire ayant évolué pendant l’ère tertiaire avant que l’Amérique du Sud ne soit
reliée à l’Amérique du Nord), e et f sont des Nématodes plus spécialisés, parasites de Mam¬
mifères néoendémiques. Le groupe b du Spirobakerus est particulier, car il s’agit d’un
Spirocercidae morphologiquement primitif chez un Mammifère néoendémique. Il s’agit
donc peut-être d’un phénomène de capture.
Le septième groupe représenté par le genre Mazzia parasite des Dasypodidae constitue
une nouvelle exception, inverse de celle du groupe b. En effet, la morphologie relativement
évoluée des Mazzia s’oppose au caractère paléoendémique des Tatous, hôtes de ces para¬
sites. Peut-être s’agit-il encore d’une capture, peut-être, plus vraisemblablement, d’évo¬
lutions parallèles au cours du Tertiaire ayant abouti à Physocephalus d’une part, à Mazzia
d’autre part.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Chabaud, A. G., 1975. — Keys to genera of the Order Spirurida. Part 2. Spiruroidea, Habro-
nematoidea and Acuarioidea. ClH Keys to the Nematode Parasites of Vertebrates, n° 3,
R. C. Anderson, A. G. Chabaud & S. Willmott Edit., Commonwealth Agricultural
Bureaux, Farnham Royal, Bucks : 29-58.
Chabaud, A. G., et 0. Bain, 1981. — Description de Spirobakerus weitzeli n. g., n. sp., et remar¬
ques sur les Nématodes Spirocercidae. Annls Parasit. hum. comp., 56 (1) : 73-80.
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n. sp. from an Argentine Edentate. VII Reun. Soc. argent. Patol. reg. N., Tucuman (5-6-7
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Lombardero, O. J., et R. A. Moriena, 1977. — Mazzia mazzia Khalil & Vogelsang, 1932, en dasi-
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Skrjabin, K. I., N. P. Sciiikholalova, et A. A. Sobolev, 1949. — Opredelitel parasititcheskii
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Skrjabin, K. I., A. A. Sobolev, et V. M. Ivaschkin, 1967. — Osnovi nematodologii, Vol. 19.
Spirurata. Part V. Complément. Moscou, Izdat. « Nauka », 239 p. (En russe).
Yamaguti, S., 1961. — Systema Helminthum. Vol. 3. The nematode parasites of vertebrates.
New-York, Interscience Publishers, Inc., 1261 p.
Bull. Mus. natn. Hist, nal., Paris, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 181-185.
Two trichostrongyle genera (Nematoda)
parasitic in malaysian Amphibians :
Batrachostrongylus Yuen, 1963 (Amphibiophilidae)
and Batrachonema Yuen, 1965 (Nicollinidae)
by Michael R. Baker
Abstract. — Batrachostrongylus longispiculus Yuen, 1963, has unique cephalic structures
(anterior end of oesophagus swollen anteriorly and divided into three projections, buccal capsule
lacking but large dorsal tooth present, mouth wide, corona radiata lacking) and female reproduc¬
tive organs of a strongyle type (vagina vera 1.7 mm long, both branches of vestibule of ove-
jector directed anteriorly). The body cuticle is devoid of longitudinal ridges. This species
may be related to the Amphibiophilidae based only on bursal characters. The synlophe (21
ridges with dorsal and vertical ridges larger) and male caudal morphology of Batrachonema synap-
tospicula Yuen, 1965, indicates that this genus belongs to the Nicollinidae. However, the cepha¬
lic structures are unique in that there are no lips and the mouth opening is supported by six colu¬
mnar thickenings.
Résumé. — La morphologie céphalique et celle de l’ovéjecteur de Batrachostrongylus lon¬
gispiculus Yuen, 1963, n’indiquent aucune relation avec d’autres trichostrongles : partie antérieure
de l’œsophage gonflée et divisée en trois parties, capsule buccale absente, mais présence d’une
forte dent dorsale, bouche très large, corona radiata absente, vagina vera long de 1,7 mm, les deux
branches de Tovéjecteur dirigées vers l’avant (type strongle). Le corps n’a pas de crêtes cuticulaires.
Cette espèce est liée aux Amphibiophilidae uniquement par la bourse caudale. Le synlophe de
Batrachonema synaptospicula Yuen, 1965 (21 crêtes, dont les médianes sont les plus grandes),
et la disposition des côtes bursales des mâles de ce genre indiquent qu’il appartient aux Nicol¬
linidae ; cependant, sa morphologie céphalique est unique du fait que les lèvres sont absentes et
que la bouche est soutenue par six éléments cuticulaires allongés.
M. Baker, Laboratoire de Zoologie (Vers), associé au CNRS, Muséum national d'Histoire naturelle, 61,
rue Buffon, 75231 Paris cedex 05. ( Present address : Dept, of Zooloeu, University of Guelph, Guelph,
Ontario, NIG 2W1, Canada.)
Batrachostrongylus Yuen, 1963 (Amphibiophilidae Durette-Desset & Chabaud, 1981),
and Batrachonema Yuen, 1965 [Nicollinidae (Skrjabin & Schulz, 1937, tribe) Durette-
Desset & Chabaud, 1981], are both monospecific genera occurring in frogs of Malaysia.
Although the original descriptions are adequate for details of the male caudal end, the
morphology of the synlophe and cephalic end of both type species remain inadequately
known. Details of these structures, which are important for classification of trichostron-
gyles, are provided herein. In addition, the ovejector of Batrachostrongylus, which is unique
for the Trichostrongyloidea, is described in detail.
182 -
BATRACHOSTRONGYLUS
Batrachostrongylus longispiculus Yuen, 1963
(Fig. 1A-C)
Material examined : MNHN no. 418KL.
Host : Megophrys montana nasuta (Pelobatidae).
Locality : Selangor, Malaysia.
Synlophe : The body cuticle is devoid of longitudinal or transverse ridges. In con¬
tracted specimens transverse groove-like fixation artifacts occur.
Cephalic structures : There is no cephalic vesicle. The anterior end of the oesophagus
is conspicuously swollen. Anteriorly it is divided into a large dorsal and two large sub-
ventral apical protuberances which extend up to the mouth opening. The apical edge
of each protuberance is lined with thick cuticle. A large dorsal oesophageal tooth is located
just below the dorsal apical protuberance. There is no buccal capsule. The oral opening
is large and round. Fourteen cephalic papillae were observed : two subdorsal and two
subventral digitiform papillae located close beside the edge of the mouth, two lateral digi-
tiform papillae located close to the small amphids, and four outer subdorsal and four outer
subventral sessile papillae.
Ovejector : Vagina markedly elongate, divided into short (120 fxm), posteriorly directed
cuticle-lined duct, and elongate (1.7 mm) anteriorly directed duct surrounded by thin
tissue. Vagina vera containing up to 34 eggs arranged in single row. Vestibule 70 fxm
long, anteriorly directed throughout its length, dividing into two equal muscular sphinc¬
ters 150 fxm long. Both infundibula about 200 [xm long. One uterus anteriorly, and one
posteriorly directed. Eggs in ovejector at early cleavage stage.
Comments
Batrachostrongylus and Amphibiophilus Skrjabin, 1916, were separated from other
trichostrongyles in a particular family (Amphibiophilidae) by Durette-Desset & Cha-
baud (1981). This was to serve to bring together primitive trichostrongyles of frogs
presumed to be phylogenetically related to Strongyloidea and to primitive trichostrongyle
parasites of mammals and birds such as the Dromaeostrongylidae. Thus Amphibiophilus
has primitive strongyle-like cephalic structures (buccal capsule present) and a typical
trichostrongyle ovejector, whereas Batrachostrongylus has trichostrongyle-like cephalic
structures and an ovejector strongly resembling a type I strongyle ovejector (see Lich-
tenfels, 1980). No other trichostrongyles have this forme of ovejector. It is only in
the resemblance of their bursas that these two genera may be directly associated. Simi¬
larly, a supposed relationship between Batrachostrongylus and Peramelistrongylus Mawson,
1960 (Dromaeostrongylidae), parasitic in australian marsupials, rests on bursal characters
183 -
Fig. 1. — A-G : Balrachostrongylus longispiculus Yuen, 1963. A, ovejector, lateral view; B, anterior
extremity of female, apical view ; C, idem, lateral view. — D-F : Batrachonema synaptospicula Yuen,
1965 ; D, synlophe of female, at mid-body ; E, anterior extremity, apical view ; F, idem lateral view.
(see Durette-Desset & Beveridge, 19816). Batrachostrongylus could easily be sepa¬
rated from Amphibiophilus and given the rank of a subfamily or even a family because
of its unusual cephalic and female reproductive morphology, but it would be prudent to
keep the classification relatively conservative until the trichostrongyle fauna of the Far
East, New Guinea and Australia become better known. It is quite possible that similarity
between the bursas of certain Strongyloidea, Amphibiophilidae and Dromaeostrongylidae
reflect a true phylogenetic relationship and that this may be revealed with greater clarity
when more species become known.
- 184 —
BATRACHONEMA
Batrachonema synaptospicula Yuen, 1965
(Fig. 1D-F)
Material examined : U.S. Nat. Mus. Helm. Coll. no. 75173.
Host : Rana macrodon (Ranidae).
Locality : Burong River, Tg. Karang, Malaysia.
Synlophe : The body is tightly coiled with ridges of the synlophe extending from the
anterior to the posterior ends. The synlophe is similar in both sexes, consisting of about
21 ridges. The five dorsal and five ventral ridges are larger than the laterals and have
internal sclerotized supports.
Cephalic structures : The cephalic vesicle is large. There are six minute labial papillae
and four small cephalic papillae. The amphids are small. The oral opening is markedly
small in diameter, with the mouth being formed by a 6-7 pm long tube supported by six
columnar cuticular thickenings. The large buccal capsule is thick-walled and supported
posteriorly by a cuticular ring set over the anterior extremity of the oesophagus. There
is a single large dorsal tooth.
Comments
The Nicollinidae include two other genera in addition to Batrachonema : Nicollina
Baylis, 1930 (seven species), in Australian monotremes and Copemania Durette-Desset &
Beveridge, 1981 (one species), in an Australian dasyuroid marsupial. Durette-Desset
& Beveridge (1981a) have interpreted this family as having evolved essentially in mono¬
tremes with Copemania and Batrachonema as isolated “ captures ” from Nicollina. The
synlophe, bursa, spicules, and ovejector of Batrachonema are close to those of Nicollina
indicating a close relationship between these genera. However, the cephalic end differs
in that lips are lacking in Batrachonema and the mouth opening is supported by columnar
cuticular structures which may be interpreted as a vestigial corona radiata or as neoforma¬
tions. These supports do not closely resemble any oral structures observed in other tri-
chostrongyles. This suggests that Batrachonema is indeed a specialized “ capture ” from
Nicollina. Its distribution in ranid frogs of Malaysia, far from the present distribution
of monotremes, remains to be explained. We note that monotremes and ranid frogs
overlap in distribution in New Guinea. Ranidae also occur widely and in considerable
diversity in the Indonesian islands and continental Southeast Asia. One monotreme
species, the platypus (Ornithorhynchus ), is aquatic in habits which would bring it into
contact with frogs.
Acknowledgement. — Dr. J. R. Liciitenfels, curator of the United States National Museum
Helminthological Collection, kindly lent specimens for study.
185 -
REFERENCES
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Durette-Desset, M.-C., & I. Beveridge, 1981 &. — Peramelistrongylus Mawson, 1960 et Pro-
filarinema n. gen. Nématodes Trichostrongyloïdes paraissant faire transition entre les
Strongyloidea et le genre atypique Filarinema Monning, 1929. Annls Parasit. hum. comp.,
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Yuen, P. H., 1963. — Three nematodes from Malayan amphibians including a new genus and two
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— 1965. — A new bursate nematode, Batrachonema synaptospicula gen. et sp. nov., from
a Malayan frog. Can. J. Zool., 43 : 411-415.
Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris , 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 187-199.
Deux Oxyures parasites de Petromus typicus ,
un Rongeur sud-africain archaïque
par Jean-Pierre IIugot
Résumé. — Un Oxyuridae, Acanthoxyurus shortridgei Mônnig, 1931, et un Heteroxynema-
tidae, Heteroxynema cafer n. sp., ont été rencontrés simultanément chez Petromus typicus. A. shor¬
tridgei, qui s’oppose par une série de caractères très évolués aux autres espèces du genre, toutes
parasites d’Anomalures, devient le type d’un nouveau sous-genre : Petronema. La présence chez
un Rongeur Hystricognathe d’un Oxyure d’Anomalure hyper-évolué est interprétée comme une
capture. H. cafer, décrit sur des femelles, est provisoirement rattaché au genre Heteroxynema dans
un nouveau sous-genre, Nadinema. H. cafer est le seul Heteroxynematidae décrit chez un Ron¬
geur Hystricognathe éthiopien ; la répartition des autres espèces du genre Heteroxynema en deux
blocs, l’un parasite de Sciuridés holarctiques, l’autre de Caviomorphes néotropicaux, reste énig¬
matique. La présence chez le même hôte d’un Oxyuridae et d’un Heteroxynematidae est fréquente
chez les Rongeurs, exceptionnelle chez d’autres Mammifères.
Abstract. — Two Oxyurids parasites of the South- African Rock-Rat are studied : Acanthoxyu¬
rus shortridgei Mônnig, 1931 (Oxyuridae) and Heteroxynema cafer n. sp. (Heteroxynematidae).
A. shortridgei, which its very specialized characters oppose to the five other species of the genus,
all parasites in Anomalurid Rodents, is considered as the type-species of a new sub-genus : Petro¬
nema. The presence of a very evolved parasite of Anomalurids in an Hystricognathi Rodent
is interpreted as a “ capture ”. //. cafer n. sp., described only by the females, is provisionally
related to the genus Heteroxynema and considered as the type-specie of a new sub-genus : Nadi¬
nema. H. cafer is the first Heteroxynematidae described in an Ethiopian Hystricognathi Rodent.
Ry now it seems still difficult to interpret the distribution of the remaining species of Heteroxy¬
nema, in Ilolarctic squirrels on the one hand, in Neotropical Caviomorpha on the other hand.
The simultaneous presence of both an Oxyuridae and a Heteroxynematidae in the same host is
frequent in Rodents, but is exceptionnal in other Mammals.
J.-P. Hugot, Muséum national d’Histoire naturelle. Laboratoire des Vers, associé au CNRS, 61, rue Bufjon,
75231 Paris cedex 05.
Deux Oxyures peuvent parasiter simultanément le tube digestif de Petromus typicus
A. Smith, Rongeur Hystricognathe Phiomorphe 1 : un Oxyuridae : Acanthoxyurus ( Petro¬
nema) shortridgei Mônnig, 1931, n. subgen. ; un Heteroxynematidae : Heteroxynema ( Nadi¬
nema) cafer n. subgen. n. sp.
1. Les Phiomorphes, exclusivement africains à leurs origines, sont représentés actuellement par les
Thryonomyidés ( Petromus et Thryonomys), les Rathyergidés (Rongeurs fouisseurs africains) et les Hystri-
cidés (Porc-épics de l’Ancien Monde) (voir Layooat, 1973, Chaline et Mein, 1979). Les Phiomorphes
constituent avec les Caviomorphes (Rongeurs sud-américains) le groupe des Hystricognathes. Certains
auteurs (Lavocat, 1971 ; Hoffstetter, 1972 ; Chaline et Mein, 1979) opposent les Hystricognathes,
considérés comme monophylétiques, à l’ensemble des autres Rongeurs : les Sciurognathes.
- 188 —
La morphologie, la position systématique et les affinités évolutives de ces deux para¬
sites font l’objet du présent travail.
Acanthoxyurus (Petronema) shortridgei Mônnig, 1931, n. subgen.
Matériel. — Nombreux parasites collectés dans les tubes digestifs de plusieurs P. typicus
provenant d’Afrique du Sud : 1) Institut de Recherche vétérinaire (Onderstepoort coll., 1912),
dix femelles adultes à différents stades de maturité, MNHN 133 KH. — 2) Collection du Labo¬
ratoire de l’École de Médecine : a) Upington area, 76-12 : 13, quatre femelles adultes gravides,
MNHN 199 KB ; 71-29 : 2, quinze femelles adultes à différents stades de maturité, MNHN 200 KB ;
76-12 : 14, trois mâles adultes, MNHN 201 KB. b) Pella Kenhardt District, 76-19 : 11, quatre mâles
adultes associés à onze femelles d ’Heteroxynema cafer, MNHN 202 KB.
Description
Caractères céphaliques : Dans les deux sexes, bouche limitée par six lobes labiaux (fig. IB
et 3H) ; terminaisons nerveuses étroitement regroupées sur deux pédoncules en position
latéro-dorsale (fig. IB, 2A, B et E) ; bouclier céphalique prolongé par deux forts crochets
dorsaux et deux ailes cervicales bilobées, déportées dorsalement (fig. 1, 2 et 3) auxquels
est annexée une musculature très différenciée (fig. 2 C et D et 3 E).
Caractères cuticulaires : Dans les deux sexes il existe une ornementation de la cuticule
dorsale, à la base de chacune des ailes cervicales (fig. 2 A, C et D), et une aile latérale orientée
ventralement, s’arrêtant brusquement au niveau de la vulve chez la femelle, et du premier
mamelon chez le mâle (fig. IA, 2F, 3A, B et D). Chez la femelle, en arrière de la vulve,
la cuticule porte une ornementation figurée en 3G. Chez le mâle, en arrière du pore excré¬
teur et jusqu’au cloaque, la cuticule ventrale est ornée par des séries de crêtes longitudinales
parallèles et par deux mamelons (fig. 1 et 2) ; l’ensemble de cette ornementation est légè¬
rement dissymétrique par rapport au plan sagittal (fig. 2F, G, et H).
Le spécimen représenté en 1 A porte une selle de copulation déposée par un autre
mâle. Il s’agit d’un exemple d’aberration copulatoire déjà signalée par Seurat (1920).
Caractères génitaux femelles : Vulve en relief (fig. 3A et D) suivie chez les jeunes adultes
par un rétrécissement important du diamètre du corps (fig. 3A). Vagin marqué en arrière
de la vulve par une série de plis longitudinaux crénelés (fig. 3C et F) ; le vagin dirigé anté¬
rieurement est très long ; chez les femelles gravides de forte taille (fig. 3D) on peut y dis¬
tinguer quatre segments bien différenciés (fig. 4A, B, C et D). Œuf triangulaire entouré
par une double coque, non operculé, non embryonné.
Mensurations (voir tabl. I).
Discussion
Les caractères et les mensurations de nos spécimens concordent avec ceux d ’Acan¬
thoxyurus shortridgei Mônnig, 1931, décrit chez le même hôte.
Le genre Acanthoxyurus Sandground, 1928 (sensu Quentin 1974), comprend actuelle¬
ment cinq autres espèces toutes parasites de Rongeurs Anomalurinés. Les six espèces du
genre ont en commun la présence chez les femelles de crochets céphaliques dorsaux et
Fig. 1. — Acanthoxyurus (Petronema) shortridgei Mônnig, 1931. $ A, vue latérale droite, sujet portant
une selle de copulation ; B, plateau céphalique, vue apicale ; C, spermatozoïdes ; D, bourse caudale,
vue latérale gauche ; E, région du cloaque, vue latérale droite ; F, bourse caudale, vue ventrale ; G,
organes copulateurs, vue latérale droite ; H, ouverture du cloaque, vue postéro-ventrale. (Echelle :
A, 500 pm ; B et H, 60 pm ; C, 30 pm ; D et F, 300 pm ; E et G, 150 pm.)
wmfSm
2. — Acanthoxyurus (Petronema) shorlridgei Mônnig, 1931. A-E, Extrémité céphalique : A, vue
dorsale ; B, vue dorso-latérale droite ; C, coupe transversale au niveau des ailes cervicales ; D, détail
de la précédente ; E, vue apicale. — F-I, Ornementation ventrale : F, coupe transversale au milieu
du corps ; G, id. au niveau du premier mamelon ; H, mamelon en vue ventrale ; I, détail de la précé¬
dente. (Échelle : D et I, 100 pm ; le reste, 250 pm.)
Fig. 3. — Acanihoxyurus (Petronema) shortridgei Mônnig, 1931, $. A-C, Jeune adulte inséminée (1 mm,
portant une selle de copulation) : A, vue latérale gauche ; coupes transversales, B, antérieure à la vulve,
C, au niveau de la vulve. — D-J, Adulte gravide (3 mm) : D, vue latérale droite ; E, tête, coupe para-
sagittale ; F, vulve, vue ventrale ; G, détail de l’ornementation cuticulaire post-vulvaire ; H, ouver¬
ture buccale ; I, œuf ; J, coupe optique au niveau des dents œsophagiennes, vue apicale, (sc, selle
de copulation ; td, tube digestif ; tg, tube génital ; tu, trompe utérine ; vg, vagin.) (Échelle : A, 2 mm ;
B, C et F, 600 [im ; D, 6 mm ; E, 300 pm ; G et I, 180 pm ; H et J, 60 pm.)
Fig. 4. —Acanthoxyurus (Petronema) shortridgei Mônnig, 1931. Ovéjecteur d’une femelle gravide de 3 mm :
A, B, C et D, vue dorsale de quatre segments du vagin ; E, trompe utérine. A t , Bj, C x et D x coupes
transversales des segments A, B, C et D respectivement. A 2 , couche musculaire superficielle et A 3>
couche profonde du segment A, vue de face. B 2 et B 3 , id., pour le segment B. (aa', bb', C, D et E en coupe
optique.) (Échelle : A à E, 1 mm ; A lt B L et C lt 300 pm ; A a et A 3 , 60 pm ; B 2 , B 3 et Dj, 120 pm.)
- 193 -
d’ailes cervicales en position latéro-dorsale, et la présence chez les mâles connus (quatre
espèces sur six) d’une ornementation ventrale, d’une bourse caudale et d’un crochet acces¬
soire au gubernaculum analogues à ceux que nous venons de décrire.
Le parasite du Petromus se distingue pourtant des parasites d’Anomalurinés par les
caractères suivants :
— la disposition de l’ouverture buccale ; dans les autres espèces on observe en effet
soit une ouverture béante, sans lèvres, soit trois lèvres bien développées ;
— la disposition des terminaisons nerveuses céphaliques qui ne sont regroupées en
position latéro-dorsale dans aucune autre espèce ;
— la longueur importante du vagin et sa différenciation en segments morphologi¬
quement distincts ; chez les parasites d’Anomalurinés le vagin est court et simple ;
— la forme triangulaire de l’œuf qui dans les autres espèces est arrondi ;
— la taille importante des femelles adultes qui approche 3 cm chez A. shortridgei
alors qu’elle dépasse rarement 1 cm dans les autres espèces ;
— l’absence chez les mâles des parasites d’Anomalurinés de crochets céphàliques et
d’ailes cervicales.
A. shortridgei possède par conséquent des caractères particuliers importants et para¬
site un hôte appartenant à un groupe zoologique et provenant d’une sous-région géogra¬
phique distincts. Nous proposons de créer pour cette espèce un nouveau sous-genre : Petro-
nema n. subgen.
Tableau I. — Mensurations (en [xm)
Acanthoxyurus
3
shortridgei
?
Heteroxynema c
?
Écart des pores amphidiaux
100
140
30
Longueur du corps
7 300
10 100
5 350
Largeur du corps
550
730
250
Diamètre du bulbe
160
200
100
Longueur de l’œsophage
700
850
575
Distance apex :
a. nerveux
180
60
130
pore excréteur
1000
850
820
vulve
4 800
2 400
1 er mamelon
3 500
2 e mamelon
4 500
Longueur de la queue
1 000
2 200
500
Longueur de la pointe caudale
800
Longueur du spicule
410
Longueur du gubernaculum
260
Dimensions des œufs
110 x 40
60 x 30
1, 13
— 194 —
Systématique
Genre Acanthoxyurus Sandground, 1928 (sensu Quentin, 1974) [= Syphaciuris Skrja-
bin et Schikhobalova, 1951 ; Acanthoxyuris (Sandground, 1928) Skrjabin, Schikhobalova
et Lagodovskaya, 1960], Oxyuridae parasite de Rongeurs éthiopiens.
Deux sous-genres :
1. Sous-genre Acanthoxyurus, Sandground, 1928, parasite de Rongeurs Anomalu-
rmés. Espèce-type : Acanthoxyurus ( Acanthoxyurus ) anomaluri Sandground, 1928, para¬
site d’ Anomalurus derbianus (Gray) au Tanganyka et en Angola. Autres espèces : A. ( Acan¬
thoxyurus) obubra (Baylis, 1936), parasite d’A. peli Temminck au Cameroun, au Nigeria
et en Côte d’ivoire ; A. (Acanthoxyurus ) oincenti Quentin, 1974, parasite à'Anomalurus sp.
et d ’A. derbianus au Cameroun ; A. ( Acanthoxyurus) hunkereli Quentin, 1974, parasite
d’A. peli en Côte d’ivoire ; A. ( Acanthoxyurus ) coronata Quentin, 1974, parasite d’A. der¬
bianus en Côte d’ivoire.
2. Sous-genre Petronema n. subgen. parasite de Rongeurs Thryonomyidés. Espèce-
type unique : Acanthoxyurus (Petronema ) shortridgei Mônnig, 1931, parasite de Petromus
typicus A. Smith en Afrique du Sud.
Interprétation
Le sous-genre Petronema possède des caractères très spécialisés : regroupement des
terminaisons nerveuses céphaliques sur deux pédoncules latéraux ; présence chez le mâle
d’un type d’ornementation céphalique qui dans l’autre sous-genre n’appartient qu’aux
femelles ; différenciation poussée du vagin.
Or, dans un travail récent (Hugot, 1982), nous avons montré que le genre Acanthoxyu¬
rus, parasite d’Ànomalurinés, et le genre Zenkoxyuris Quentin, 1974, parasite de Zenke-
rellinés, forment un petit ensemble particulier, bien diversifié et spécifique des Anoma-
luridés.
La présence chez Petromus, qui appartient à un groupe de Rongeurs très différent,
d’un parasite d’Anomalure hyperévolué doit donc vraisemblablement être interprétée
comme le résultat d’une capture.
Heteroxynema (Nadinema) cafer n. subgen. n. sp.
Matériel. — Onze femelles adultes à différents stades de maturité provenant du tube digestif
d’un P. typicus, Med. Ec. Lab. coll. 76-19 : 11 (Pella Kenhardt District), associées à quatre mâles
adultes d’A. shortridgei. MNHN 202 KB.
Description
Caractères céphaliques : Ouverture buccale hexagonale, limitée par six lobes labiaux cor¬
respondant chacun à une des papilles du cycle labial interne (fig. 5 D) ; six appendices digiti-
E
Fig. 5. — Heteroxynema (Nadinema) cafer n. sp. Ç. A, vue latérale gauche ; B, tête, vue apicale ; C, id.,
vue ventrale, coupe optique passant par les amphides ; D, ouverture buccale (détail) ; E, région cer¬
vicale, vue latérale gauche ; F, œuf segmenté (trompe utérine) ; G, œuf non segmenté (utérus) ; H,
extrémité caudale, vue latérale gauche ; I, bouchon de copulation et vulve, vue ventrale ; J, détail
d’une coupe transversale passant par la vulve ; K, région périvulvaire, vue latérale droite ; L, id.,
spécimen portant une selle de copulation ; M, selle de copulation, (bc, bouchon de copulation ; ov,
ovaire ; ovd, oviducte ; sg, segment glandulaire ; ut, utérus ; v, vulve ; vg, vagin.) (Echelle : A, 1 mm ;
B et C, 30 pm ; D, 15 pm ; E, F, G, I et J, 60 (im ; H et K, 300 pm ; L, 500 pm ; M, 150 pm.)
— 196 —
formes, qui semblent chacun prolonger une papille labiale interne, font saillie dans la lumière
buccale (fig. 5 D et C) ; trois dents œsophagiennes fortes se terminent chacune antérieure¬
ment par un petit denticule médian (fig. 5 C et D) ; quatre papilles céphaliques rapprochées
des amphides encadrent l’ouverture buccale (fig. 5 B).
Caractères cuticulaires : Ailes cervicales et latérales absentes. Dans la région cervicale,
cuticule dilatée ornée par des interstries légèrement recouvrantes effectuant leur jonction
de chaque côté sur une ligne de séquence latérale (fig. 5 C et E).
Caractères génitaux : Ovéjecteur constitué par trois segments ; la trompe utérine (tu)
prend naissance dans la région anale et se prolonge un peu en avant de la vulve par un
segment glandulaire (sg) puis par le vagin (vg) en forme de V renversé, à paroi fortement
muscularisée (fig. 5 H, J et K). L’un des spécimens étudiés portait une selle de copulation,
formation sécrétée par le mâle au cours de l’accouplement (fig. 5 L et M) ; on remarque
sa position très latérale, ne recouvrant pas l’ouverture vulvaire, et sur sa face « externe »
l’empreinte laissée par la région caudale du mâle (fig. 5 M). Bouchon de copulation (fig. 5 A,
I, J, K), formation qui obture l’ouverture vulvaire après l’insémination, présent chez
tous les spécimens étudiés (y compris la jeune femelle portant la selle de copulation). Œuf
à paroi mince, non operculé, non embryonné (fig. 5 F et G).
Mensurations (voir tabl. I).
Discussion
La disposition de l’ovéjecteur observée chez nos spécimens est caractéristique de la
sous-famille des Heteroxynematinae (Skrjabin et Schikhobalova, 1950) sensu Quentin,
1975. A l’intérieur de cette sous-famille, les différents genres sont caractérisés essentielle¬
ment par les caractères génitaux des mâles et il nous est par conséquent difficile de préciser
la position systématique des parasites du Petromus.
On peut toutefois faire les remarques suivantes :
— les caractères de nos spécimens ne correspondent à aucune des espèces connues
et il s’agit donc d’une espèce nouvelle ;
— la présence simultanée d’un bulbe valvulé, de dents œsophagiennes fortes, d’un
vagin en V, d’un segment glandulaire dilaté en ampoule et relativement long, et d’œufs
à coque mince, n’est rencontrée que dans le genre Heteroxynema Hall, 1916 ;
— nos spécimens ne peuvent toutefois être classés dans aucun des trois sous-genres
distingués chez Heteroxynema par Quentin (1975) en raison de leurs structures buccales
très particulières, et de l’absence chez eux d’ailes cervicales (présentes dans toutes les autres
espèces du genre et chez la plupart des Heteroxynematinae) ;
— le genre Heteroxynema est connu soit chez des Sciuridés holarctiques, soit chez
des Caviomorphes néotropicaux et il s’agit donc pour ce genre d’une localisation géogra¬
phique et d’un hôte nouveau.
Nous proposons par conséquent de classer provisoirement notre matériel dans un
nouveau sous-genre rattaché au genre Heteroxynema, Nadinema n. subgen. dédié à
M me Nadine Vayssairat, et dans une nouvelle espèce, Heteroxynema ( Nadinema ) cafer
n. subgen. n. sp., en raison de sa provenance sud-africaine.
- 197 -
Systématique
Genre Heteroxynema Hall, 1916, Heteroxynematidae, Heteroxynematinae, parasite de
Rongeurs.
Quatre sous-genres :
1. Sous-genre Heteroxynema Hall, 1916, parasite de Rongeurs Sciuridés néarctiques.
Espèce-type unique : Heteroxynema ( Heteroxynema) cucullatum Hall, 1916, parasite d’Euta-
mias amoenus (J. A. Allen) au Colorado, d’E. minimus (Bachman) en Alaska et d’E. palmeri
Merriam au Nevada.
2. Sous-genre Proxyuronema Quentin, 1975, parasite de Sciuridés paléarctiques.
Espèce-type : Heteroxynema ( Proxyuronema ) getula (Seurat, 1915), parasite d ’Atlantoxerus
getulus (Gessner) au Maroc. Autre espèce H. (P.) proboscidophora (Biocca et Chabaud,
1955), parasite de Xerus rutilus Cretzchm en Somalie.
3. Sous-genre Cavioxyura Quentin, 1975, parasite de Caviomorphes néotropicaux.
Espèce-type : Heteroxynema ( Cavioxyura ) chilensis Quentin, 1975, parasite d 'Octodon degus
(Molina) au Chili. Autres espèces : II. (C.) wernecki Freitas et Almeida, 1936, parasite de
Galea rnusteloides leucoblephara Bumeister en Argentine, et H. ( C.) caviella (Freitas, Lent
et Almeida, 1937), parasite de Caviella australis (Geolïr.) en Argentine.
4. Sous-genre Nadimena n. subgen., parasite de Rongeurs Thryonomyidés éthiopiens.
Espèce-type unique : Heteroxynema ( Nadinema) cafer n. sp., parasite de Petromus typicus
A. Smith en Sud-Afrique.
Interprétation
Le genre Heteroxynema n’était pas connu jusqu’ici dans la région éthiopienne et le
parasite du Petromus est d’autre part le premier Heteroxynematidae décrit chez un Rongeur
Hystricognathe de l’Ancien Monde.
La connaissance complète de la morphologie d’H. cafer permettra peut-être de mieux
comprendre l’évolution du genre Heteroxynema dont la répartition en deux blocs, l’un
parasite de Sciuridés holarctiques, l’autre de Caviomorphes néotropicaux, paraît pour
le moment difficile à interpréter.
CONCLUSION
Les Oxyures appartenant à la sous-famille des Heteroxynematinae (Heteroxynemati¬
dae) parasitent presque exclusivement des Rongeurs et il est fréquent de les trouver asso¬
ciés chez le même animal avec un Oxyuridae. Deux lignées parasitaires, bien distinctes
par leur morphologie, ont donc évolué parallèlement chez les mêmes hôtes. Le cas des
Rongeurs est particulier : chez la plupart des autres Mammifères on connaît en effet un
seul Oxyure et il s’agit presque toujours d’un Oxyuridae.
198 -
Remerciements
L’ensemble du matériel utilisé pour ce travail nous a été prêté par le Dr. A. Vester du Vete¬
rinary Research Institute de Prétoria que nous remercions pour son aimable collaboration.
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the russian by Israel Program for Scientific Translation. Jérusalem, 1974.
Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 201-219.
Tardigrades abyssaux nouveaux
de la sous-famille des Euclavarctinae n. subfam.
(Arthrotardigrada, Halechiniscidae)
par Jeanne Renaud-Mornant
Résumé. — Une sous-famille Euclavarctinae n. subfam. est créée parmi les Halechinisci¬
dae. Elle comprend cinq taxa de mer profonde : Proclavarctus fragilis n. g., n. sp., Euclavarctus
thieli Renaud-Mornant, 1975, E. convergeas n. sp., Clavarctus falculus n. g., n. sp. de l’océen Indien,
et Exoclavarctus dineti n. g., n. sp. de l’Atlantique Nord. Une évolution, comparable en certains
points à celle qui a été observée chez les Stygarctidae, est discutée.
Abstract. — A new subfamily Euclavarctinae n. subfam. is erected within the Halechi¬
niscidae. Five deep-sea taxa : Proclavarctus fragilis n. g., n. sp., Euclavarctus thieli Renaud-
Mornant, 1975, E. convergeas n. sp., Clavarctus falculus n. g., n. sp. from Indian Ocean and
Exoclavarctus dineti n. g., n. sp. from Northern Atlantic are included in this new subfamily.
Evolutionary lines, similar to some extent to those found in Stygarctidae are discussed.
J. Renaud-Mornant, Muséum national d’ Histoire naturelle, Laboratoire des Vers, associé au CNBS, 61,
rue Bufjon, 75231 Paris cedex 05.
Des campagnes océanographiques récentes entreprises sous l’égide du CNEXO ont
permis la récolte de nouvelles formes de Tardigrades de mer profonde. Il s’agit surtout
d’exemplaires d’Halechiniscidae Thulin, 1928, se rapprochant plus ou moins du genre
abyssal Euclavarctus Renaud-Mornant, 1975. Celui-ci, décrit de l’océan Indien, a été récem¬
ment signalé au large du Pérou (Renaud-Mornant, 1981). Les spécimens étudiés ici pro¬
viennent soit des campagnes Biogas, N/O « Jean Charcot », Atlantique Nord, golfe de Gas¬
cogne, récolteur A. Dinet, soit de la campagne Benthedi, N/O « Suroît », océan Indien,
canal de Mozambique, récolteur B. Thomassin, tri CENTOB ; ils constituent un ensemble
de formes à caractères très originaux. Ils peuvent être groupés dans une série de niveau
générique, incluant le genre Euclavarctus qu’il est nécessaire d’isoler des Halechiniscinae
dans une nouvelle sous-famille. Ceci illustre la diversité morphologique des Tardigrades
marins qui ne cesse de s’accroître à mesure que les récoltes s’intensifient dans le benthos
marin, ainsi que le montrait déjà la mise au point de Renaud-Mornant (1982a).
Halechiniscidae Thulin, 1928
Diagnose : Arthrotardigrades sans plaques ; appendices céphaliques complets, adultes avec
pattes terminées par quatre doigts, chacun portant une griffe.
Genre et espèce types : Halechiniscus guiteli Richters, 1908.
— 202 —
Cette famille, très hétérogène, qui groupait les genres de Tardigrades marins porteurs
de doigts à griffes, a été divisée récemment en sous-familles Tanarctinae Renaud-Mornant,
1980, et Florarctinae Renaud-Mornant, 19826, pour inclure respectivement les genres
Tanarctus Renaud-Debyser, 1959, et Actinarctus Schulz, 1935, d’une part, et Florarctus
Delamare Deboutteville et Renaud-Mornant, 1965, et Ligiarctus Renaud-Mornant, 19826
d’autre part. Les taxa restant dans la sous-famille des Halechiniscinae à la suite de ces
créations sont les suivants : Halechiniscus, Euclavarctus et Pleocola Cantacuzène, 1951,
porteurs de griffes simples, Bathyechiniscus Steiner, 1926, Tetrakentron Cuénot, 1892,
Styraconyx Thulin, 1942, Angursa Pollock, 1979, et Raiarctus Renaud-Mornant, 1981,
porteurs de griffes composées à éperons supplémentaires. Le genre Echinursellus Iharos,
1968, est non digité et doit être révisé en vue d’un nouveau classement.
Chez les taxa nouveaux groupés autour du genre Euclavarctus on trouve une grande
homogénéité dans la morphologie du corps et des griffes ainsi qu’un schéma général de
disposition des appendices céphaliques très stable. Les différences, jugées d’ordre générique,
portent sur le dimorphisme de taille et de structure de ces appendices céphaliques ainsi
que sur une modification dérivée et très originale des griffes.
La nouvelle sous-famille dont Euclavarctus est le genre-type se définit comme suit :
Etjclavarctinae n. subfam.
Diagnose : Halechiniscidae à corps nu sans expansions, tête conique. Deux paires de clavas
de forme très différente. Cirres A et clavas insérés séparément. Tarse peu individualisé, griffes
simples ou avec épine accessoire sur griffe médiane.
Genre-type : Euclavarctus Renaud-Mornant, 1975.
Ce genre demeuré monospécifique a été récemment réexaminé (Renaud-Mornant,
1981). La description d’une espèce nouvelle et une émendation de la diagnose générique
seront données ici, ainsi que la description de genres et espèces nouveaux qui en sont phy¬
logénétiquement voisins et sont inclus dans la nouvelle sous-famille.
Genre PROCLAVARCTUS n. gen.
Diagnose : Clavarctinae avec cirres céphaliques composés d’un cirrophore formant une gaine
étroite, un scapus allongé, annelé à sa base, un flagellum en baïonnette ; cirre médian et cirre A
plus grands que les cirres médians internes et externes. Clavas postérieures érigées, clavas anté¬
rieures sphériques, peu individualisées. Griffes simples.
Espèce-type : Proclavarctus fragilis n. sp. ; diagnose confondue avec celle du genre.
Proclavarctus fragilis n. sp.
(Fig. 1, A-C ; fig. 2)
Holotype : Une femelle adulte déposée au MNHN, Paris, sous le n° AR 330. Coll. B. Tho-
massin, tri CENTOB, campagne Benthedi, 1977.
- 203 -
Paratype : Une femelle adulte, déposée au MNHN sous le n° AR 329.
Localité : St. CH 90 : 11°44' S — 47°30' E, 3 700 m de profondeur.
Autre spécimen : Une femelle adulte, enregistrée au MNHN sous le n° AF 03. Coll. A. Dinet,
campagne Polygas.
Localité : St. KR 03 : 47°34'6 N — 09°02' W, 3 039 m de profondeur.
Description de l’holotype
Corps ovoïde de 190 pm de long et de 75 |im de large entre les insertions P 2 et P 3 .
Cuticule légèrement ponctuée dorsalement et ventralement. Légers replis dorsaux immé¬
diatement postérieurs aux cirres A et entre chaque paire de pattes. La tête, étroite, nette¬
ment conique, prolonge le corps sans séparation et sans expansion latérale à la hauteur
des cirres A ; cône buccal à repli, nettement apical. Répartition des cirres et appendices
céphaliques différant légèrement de celle du genre-type de la sous-famille : cirre médian
inséré très en arrière, cirres médians dorsaux externes, par rapport aux cirres médians
ventraux ; clavas postérieures et cirres A, séparés par une distance de 9 [im et leurs inner¬
vations respectives distantes de 8 pm. Cirres céphaliques composés d’un cirrophore formé
d’une simple gaine, d’un scapus comprenant 5 ou 6 anneaux proximaux, puis lisse et fuselé,
d’un flagellum court, en baïonnette rétréci par une encoche proximale. Cirre médian impair
(18 |im : cirrophore = 3, scapus = 11, flagellum = 4) et cirres A (19 (im : 4, 11 et 4) recour¬
bés vers l’arrière. Cirres médians dorsaux externes (13 pm : 3, 7, et 3) et cirres médians
ventraux internes (11 pm : 3, 5 et 3) droits, dirigés vers l’avant. Clavas postérieures implan¬
tées sur organite réfringent à 9 pm en avant des cirres A, érigées, oblongues (12 pm) à
hase ponctiforme et cuticule mince. Clavas antérieures insérées entre les cirres médians
internes et externes, subsphériques (dm 4 à 5 pm), à base légèrement aplatie, recouvertes
d’une lame cuticulaire. Latéralement entre clava postérieure et cirre médian dorsal, pré¬
sence d’une fossette cuticulaire (3 à 4 pm). Tube buccal et stylets longs et minces (55 pm) ;
bulbe sphérique, étroit (10 pm), à trois placoïdes effilés. Pattes télescopiques, tibia long
et mince, tarse à peine marqué de type « Halechiniscus » ; coxa large, porteuse de soie de 10-
12 pm, à base annelée sur P 1; P 2 et P 3 . Doigts tors dans leur partie proximale (5 ou 6 plis) ;
doigts médians plus longs (17 pm) que les externes (13 pm). Griffes semi-circulaires, rétrac¬
tables dans des gaines dont elles peuvent s’extraire complètement. Un faible ligament s’éten¬
dant du milieu delà griffe vers le doigt (fig. 1, B et C). Papille coxale P 4 , allongée (^ 3 pm)
mince, insérée sur organite sphérique, réfringent. Dorsalement, au-dessus de la coxa P 4)
large insertion du cirre E (75-80 pm) ; lui-même, épais dans sa partie proximale, est considéra,
blement effilé dans le tiers distal. Epaississement caudal absent entre l’insertion dorsale des P 4
Anatomie interne : Cerveau en arc de cercle, innervation des appendices céphaliques
selon la figure 2. Glandes salivaires coniques, de grande taille et dorsales. Estomac allongé,
sans diverticules apparents. Anus en fente à multiples replis. Ovaire dorsal, gonopore
ventral localisé très postérieurement, à 10 pm au-dessus de l’anus. L’ouverture génitale
en rosette à six plaques est flanquée de deux pores latéraux reliés à de fins conduits formant
une longue boucle latérale s’ouvrant dans une vésicule élargie et coudée où s’observent
des éléments flagellés vraisemblablement spermiques.
Mâle inconnu.
— 205 —
i--
10 pm
Fig. 2. — Disposition des appendices céphaliques chez Proclavarctus fragilis .
Discussion
L’allure générale du corps avec une tête fuselée est tout à fait semblable à celle d’Eucla-
varctus. Cependant, la disposition des clavas et leurs structures sont très différentes. Les
cirres sont constitués par des éléments très dissemblables : cirrophore droit et rectiligne,
scapus long et annelé, qui ne peuvent être assimilés à ceux qui sont présents chez le genre-
type. Le cirre médian et les cirres A sont nettement plus longs que les cirres pairs.
L’implantation de la clava postérieure est différente de celle d’ Euclavarctus : son
innervation est complètement indépendante de celle du cirre A, alors que chez le genre
décrit précédemment les nerfs respectifs sont issus d’un point commun du cerveau (Renaud-
Mornant, 1981A). L’allure générale de la clava elle-même l’éloigne de celle d’ Euclavarctus
qui est massive à sa base et plaquée sur la tête, alors que celle de Proclavarctus est mince
et érigée, comme chez beaucoup d’Halechiniscinae.
Tous les éléments céphaliques présents chez Euclavarctus le sont chez Proclavarctus,
mais ils présentent des traits moins poussés chez le second que chez le premier. Il est
alors permis de penser que Proclavarctus pourrait constituer un stade évolutif précédant
l’élaboration des caractères plus accentués du genre-type, d’où le nom qui lui a été
donné.
- 206
Genre EUCLAVARCTUS Renaud-Mornant, 1975
Diagnose (emend.) : Euclavarctinae avec cirres céphaliques de taille semblable. Clavas pos¬
térieures rabattues vers l’avant, plaquées sur la tête. Clavas antérieures sphériques. Griffes sim¬
ples.
Espèce-type : Euclavarctus thieli Renaud-Mornant, 1975.
Euclavarctus fut décrit de l'océan Indien ; depuis, une forme en provenance de l’océan
Pacifique et répondant aux mêmes critères a été étudiée (Renaud-Mornant, 1981). D’autres
spécimens de l’océan Atlantique doivent également lui être rattachés.
Ainsi, une meilleure connaissance de l’espèce-type et de sa variabilité, et la découverte
d’une espèce nouvelle dans le canal de Mozambique, qui sera décrite ci-dessous, justifient
une émendation de la diagnose de l’espèce E. thieli.
Euclavarctus thieli Renaud-Mornant, 1975
(Fig. 3)
Diagnose (emend.) : Euclavarctus avec eirropliore en entonnoir et formant anneau ; scapus
court, dissymétrique. Clavas postérieures à base élargie, beaucoup plus grandes que le cirre A.
L’espèce-type provient de l’océan Indien occidental dans la plaine abyssale au large
de la côte des Somalies, à 2 000-2 600 m de profondeur.
Fig. 3. — Disposition et innervation des appendices céphaliques chez Euclavarctus thieli. Forme de l’Atlan¬
tique.
— 207 —
Une vingtaine de spécimens en provenance du domaine abyssal au large du Pérou
(3 200 m de profondeur) possèdent des scapus en forme d’entonnoir, mieux individualisés
que ceux de l’océan Indien : forme qui est commune à tous les cirres céphaliques (Renaud-
Mornant, 1981). Ces caractères se retrouvent chez les spécimens suivants de l’Atlantique
Nord-Oriental :
Matériel examiné : Une femelle déposée au MNHN, Paris, sous le n° AF 1, st. KR 11 :
47°31' 2 N -—- 09°04' 2 W, 2 726 m de profondeur ; un exemplaire de sexe indéterminé MNHN
n° AF 4, st. KR 03 : 47°34' 6 N — 09°02' W, 3 039 m de profondeur ; deux exemplaires : un mâle
MNHN n° AP 344 et une femelle MNHN AP 343, st. KR 37 : 47°33' 8 N — 08°38'6 W, 2 205 m de
profondeur, golfe de Gascogne. Coll. A. Dinet, M. H. Vivier, Campagnes Biogas II et IV.
La taille du corps, la structure des appendices céphaliques et leur disposition, ainsi
que les proportions entre la taille des cirres et celle des clavas, sont en tous points semblables
aux spécimens récemment décrits de l’océan Pacifique.
L’homogénéité de ces caractères permet de différencier les spécimens suivants comme
faisant partie d’une espèce nouvelle.
Euclavarctus convergens n. sp.
(Fig. 4, A-F ; %. 5)
Diagnose : Euclavarctus avec cirrophore arrondi, scapus long ; clavas postérieures approxi¬
mativement de même taille que le cirre A.
Holotype : Une femelle adulte déposée au MNHN, Paris, sous le n° AR 328. Coll. B. Tho-
massin, tri CENTOB, campagne Benthedi, 1977.
Paratype : Une femelle adulte déposée au MNHN, sous le n° AR 327.
Localité : St. CH 90 : 11°44' S — 47°30' E, 3 700 m de profondeur.
Autre spécimen : Un mâle adulte, enregistré au MNHN sous le n 01 AR 320. Coll. B. Tho-
massin, tri CENTOB, campagne Benthedi.
Localité : St. DS 62 : 12°46'5 S — 44°57'6 E, 530 m de profondeur, sable vaseux.
Description de l’holotype
Corps oblong, lisse, de 172 p.m de long et de 60 p.m de large entre l’insertion P 2 et P 3 .
Des plis cuticulaires dorsaux entre la base de la tête et P 4 , et entre chaque paire de pattes,
ceux-ci formant des ébauches de plaques dorsales notamment au-dessus des P 4 . Cuticule
finement ponctuée, dorsalement et ventralement. Rétrécissement du corps au-dessus des
P x formant un épaulement à la base de la tête. Celle-ci étroite (32 p.m), de forme pentago¬
nale, avec cône buccal distal.
Appendices céphaliques distribués comme chez l’espèce-type, mais cirres composés
d’un cirrophore arrondi sphérique, auquel fait suite un scapus à bord irrégulièrement con¬
tourné et assez long, et un flagellum très court (hg. 4, C, D et E, fig. 5).
Les mesures sont les suivantes : cirre A : 11 p.m, cirre médian : 8 p.m, cirres médians
internes dorsaux : 9 p.m, et cirres médians externes ventraux : 8 p.m. Ces cirres paraissent
— 209 —
assez rigides et sont tous dirigés vers l’avant. Les clavas postérieures sont implantées à
4 pm en avant des cirres A, elles mesurent 10 pm de long, et sont régulièrement oblongues,
et rabattues vers l’avant, leur partie distale légèrement au-dessus du bord céphalique.
Les clavas antérieures sphériques, de 4 pm de diamètre, se situent entre l’insertion des cirres
médians dorsaux et ventraux. Légère fossette cuticulaire dorsale entre cirres médians
internes et cirres A. Cône buccal en position apicale et à extrémité dentelée. Stylets et tube
buccaux de 38 pm de long ; bulbe massif (dm 13 pm), avec trois placoïdes. Pattes télésco¬
piques (fig. 4, B), tibia rectiligne, tarse à peine évasé, doigts tors à leur base, porteurs de
grilles simples à gaine large ; ligament visible dans le doigt à la base des griffes. Coxas
porteuses de soies constituées d’un cirrophore, scapus et flagellum de structure identique
à celle des cirres céphaliques. Soie plus grande (8 pm) sur P 4 que sur P 2 et P 3 (4 et 3 pm).
Très petite papille ovoïde 4 pm) à pointe distale, sur coxa des P 4 . Cirre E inséré sur cir¬
rophore très postérieurement, juste au-dessus des coxa P 4 ; d’une longueur de 38 pm, et
assez épais dans le tiers proximal, il s’effile distalement. Épaississement caudal cuticulaire
en lunule, présent dorsalement entre l’insertion des P 4 , au-dessus de l’anus.
Fig. 5. — Disposition et innervation des appendices céphaliques chez Euclavarclus convergeas n. sp.
Anatomie interne : Masse cervicale formant deux lobes médians et dorsaux et deux
lobes latéraux (11 pm) s’étendant postérieurement à l’insertion des cirres A. Paires de
glandes salivaires massives, dorsales et antérieures au bulbe buccal. Estomac rectiligne
sans diverticules. Anus à plusieurs replis, souligné d’une aire cuticulaire ovoïde, plissée.
Ovaire dorsal à ovocytes peu nombreux, gonopore en rosette à six plaques, situé à moins
1, 14
— 210 —
de 10 [Am au-dessus de l’anus. Deux pores s’ouvrent de chaque côté sur un petit mamelon ;
ils sont reliés à des conduits ascendants formant une boucle dirigée postérieurement vers
le tube élargi constituant une vésicule allongée.
Description du mâle
Allure semblable à celle de la femelle, mais corps plus petit (L : 142 pm, 1 : 60 pm).
Tête de forme identique à celle de l’holotype, de 30 pm de largeur à sa base. Structure
et taille des appendices céphaliques très proches de celles de l’holotype ; seule différence,
les clavas postérieures sont de taille supérieure à celle des cirres A : cirre A : 9 pm (clavas
post. : 11 pm), cirre médian : 8 pm, cirres médians internes dorsaux ^ 8 pm, cirres médians
externes ventraux : 8 pm. Clavas antérieures : 4 pm. Soies coxales plus longues sur P x
(8 pm) que sur P 2 et P 3 (4 pm). Papille P 4 oblongue, à pointe distale, longueur totale :
4 pm. Cirre E semblable à celui de la femelle (40 pm). Epaississement caudal présent.
Stylets et tube buccaux fins, de 38 pm de long. Bulbe sphérique de 11 pm de dia¬
mètre. Estomac sans diverticules ; masse génitale dorsale s’étendant de part et d’autre de
l’insertion des P 3 . Pore génital ventral à quelques microns au-dessus de l’anus ; ouverture
génitale contenant deux petits globules, et faisant saillie autour d’un repli cuticulaire
(fig. 4, F).
Discussion
Cette espèce est classée dans le genre Euclavarctus en raison de la disposition et de la
structure de ses appendices céphaliques. L’allongement des cirres par rapport à ceux d’E.
thieli est homogène pour tous les cirres céphaliques et ne présente pas le dimorphisme
constaté chez Pro- ou Exoclavarctus n. g.
Chez ces derniers genres, en effet, les cirres céphaliques postérieurs (cirre A et cirre
médian) sont deux fois plus longs que les cirres céphaliques antérieurs (cirres médians
dorsaux ou ventraux). Ici, malgré l’allongement du scapus, ce dimorphisme n’existe pas
et la structure des cirres suit le modèle de ceux qui ont été définis pour Euclavarctus :
cirrophore arrondi bien marqué, et flagellum court.
Comme pour beaucoup d’Arthrotardigrades, ce sont des caractères de taille et de
proportion entre les cirres A et les clavas qui constituent les meilleurs critères spécifiques ;
ainsi que l’ont montré les travaux de McKirdy (1975) pour Batillipes Richters, 1908, de
Schulz (1955) pour Halechiniscus, de Thulin (1942) et de Renaud-Mornant (1981)
pour Styraconyx. Ici les clavas ressemblent beaucoup par leur disposition à celles d’E. thieli
mais la proportion entre la taille des cirres A et celle des clavas postérieures permet la sépa¬
ration entre les deux espèces. II est curieux de constater que chez le mâle d’E. convergens,
comme chez certains Halechiniscinae, notamment les Halechiniscus, la clava postérieure
mâle est de taille supérieure à celle de la femelle. La longueur des cirres céphaliques et leur
allure nettement simplifiée par rapport à ceux d’iï. thieli ne sont pas sans rappeler la mor¬
phologie des cirres médians pairs de P. fragilis. L’espèce E. convergens pourrait alors repré¬
senter une étape intermédiaire entre Proclavarctus et Euclavarctus thieli. Elle posséderait
des cirres allongés et d’allure symétrique semblables à une partie des cirres de P. fragilis,
et des clavas nettement formées comme celles d’ Euclavarctus. Le nom d’espèce rappelle
- 211 -
la convergence d’une partie des caractères des deux autres espèces, présente dans ce taxon
nouveau. L’étape suivante aboutirait aux cirres plus élaborés et courts d’E. thieli.
Genre CLAVARCTUS n. gen.
Diagnose : Clavarctinae avec cirres céphaliques de taille réduite, composés d’un scapus
court et renflé, et d’un flagellum court, en biseau. Cirrophore absent. Griffes médianes porteuses
d’une épine accessoire de grande taille se refermant en pince.
Espèce-type : Clavarctus falculus n. sp. ; diagnose confondue avec celle du genre.
La réduction des cirres et la structure des griffes médianes, dont la forte épine externe
peut se replier totalement sur l’article principal, ou s’en écarter pour former un bec, justi¬
fient par leur originalité la création d’un nouveau genre.
Clavarctus falculus n. sp.
(Fig. 6, A-F ; fig. 7)
Holotype : Une femelle adulte déposée au MNHN, Paris, sous le n° AR 296. Coll. B. Tho-
massin, tri CENTOB, campagne Benthedi 1977.
Paratypes : Trois mâles adultes déposés au MNHN sous les n 03 AR 297 — AR 299 — AR
303. Quatre femelles adultes déposées au MNHN sous les n os AR 298 — AR 301 — AR 304 —
A R 305.
Localité : St. DR 33 : 12°53'5 S — 45°16'3 E, 275 à 400 m de profondeur, sable vaseux.
Autres spécimens : Une femelle adulte enregistrée au MNHN sous le n** AR 306. Coll. B. Tho-
massin, tri CENTOB, Campagne Benthedi 1977.
Localité : St. DR 34 : 12°53'7 S — 45°16'1 E, 500 m de profondeur, sable vaseux.
Description de l’holotype
Corps oblong, lisse, de 220 pm de long et de 60 pm de large entre l’insertion de P 2
et P 3 . Plis cuticulaires dorsaux faiblement marqués entre P x et P 2 et entre P 2 et P 3 . Cuticule
finement ponctuée sur faces dorsale et ventrale. Tète conique peu distincte du corps, de
35 pm de large en dessous des cirres A.
Appendices céphaliques complets distribués comme dans le genre Euclavarctus. Cirre
médian nettement plus antérieur que cirre A et clavas postérieures. Cirres céphaliques
courts, sans cirrophore, scapus large, arrondi, d’apparence flasque, auquel fait suite un
flagellum très court à pointe biseautée. Dimensions : cirres A : 8 pm (5 et 3), cirre médian :
6 pm (4 et 2), cirres médians internes dorsaux et cirres médians externes ventraux ^ 6 pm
(4 et 2). Clavas postérieures en forme de banane, 10-11 pm, recouvertes d’une lame cuti-
culaire, à base élargie et insérée sur organite réfringent à 3 pm en avant du cirre A. Inner¬
vation respective des clavas et cirres A issue d’un point commun du cerveau. Clavas anté-
— 213 -
rieures sphériques (dm : 4 pm) insérées entre cirres médians dorsaux et ventraux. Fossette
dorsale cuticulaire entre clavas postérieures et cirres médians dorsaux. Cône buccal nette¬
ment apical entouré de bourrelets latéraux. Tube buccal et stylets lins, légèrement courbes
(40 et 39 pm), bulbe sphérique (11 pm) avec trois placoïdes.
Pattes courtes et larges, télescopiques, à coxa munie d’une soie dorsale (6 pm) à pointe
fine sur Pi> r*2> ^3- Papille fuselée (6 pm) insérée sur organite réfringent, sur P 4 . Tibia
court terminé par tarse peu marqué, insertion des doigts semblable à celle des autres Cla-
varctinae (fig. 1, B). Doigts courts et larges, tors à leur base (4 à 5 plis), munis de griffes
de grande taille (fig. 6, B, C, D, E), de forme semi-circulaire. Celles-ci, simples sur les doigts
externes, sont munies d’une forte épine accessoire égale à la moitié de la taille de la griffe,
sur les doigts médians. Epine accessoire plaquée le long de la griffe lors de la rétractation
dans les gaines digitales, donnant l’impression de griffe simple ; elle s’ouvre progressivement
et largement au cours de la sortie de la gaine (fig. 6, B, C, D), formant un bec courbe. Griffes
de taille semblable sur toutes les pattes.
Dorsalement et antérieurement à la coxa P 4 , insertion sur cirrophore des cirres E
(40 pm) régulièrement effilés. Épaississement cuticulaire caudal en lunule entre l’insertion
des P 4 .
Anatomie interne : Masse cervicale semi-circulaire avec lobes latéraux s’étendant
largement au-dessous des cirres A. Innervation des appendices céphaliques bien visible
(fig. 7). Glandes salivaires dorsales s’étendant le long des deux tiers du tube buccal. Esto¬
mac sans diverticules marqués, anus à plusieurs replis, entouré d’un champ cuticulaire
cordiforme. Ovaire à ovocytes de 21, 28 et 38 pm ; gonopore ventral en rosette à 15 pm
au-dessus de l’anus, pores latéraux présents, conduits coudés, très fins, s’élargissant bru¬
talement pour former des vésicules en forme d’U.
— 214 —
Description du paratype mâle
Corps de 212 pm de long sur 60 de large. Spécimen de taille semblable à celle de la
femelle : appendices céphaliques et pédieux sans différence de taille analysable.
Testicule dorsal de 60 pm de long. Gonopore localisé à 5 pm au-dessus de l’anus;
pore à deux lobes à l’extrémité d’un tube saillant. Anus à trois replis principaux, entouré
d’un long champ cuticulaire plissé, subsphérique (fig. 6, F).
Discussion
L’allure générale de Clavarctus est en tous points celle d’Euclavarctus ; cependant,
des caractères morphologiques primordiaux portant sur les cirres et sur les griffes l’en
écartent au niveau générique. En effet, l’absence de cirrophores à tous les cirres, qui sont
présents chez Pro et Euclavarctus, ne permet pas de classer cette espèce parmi ces genres.
Un important caractère, la présence sur les griffes d’une épine accessoire de grande taille
et douée d’une souplesse suffisante pour s’écarter ou se rabattre sur l’article principal,
est tout à fait original et ne peut être rapproché d’aucun autre type de griffe chez les Arthro-
tardigrades. L’aspect de griffe simple, une fois rétractée dans les gaines, devenant tout
à fait semblable à une griffe ordinaire d’Euclavarctinae, permet d’affirmer que les genres
contenus dans cette famille sont très voisins. Ils appartiennent tous à la même lignée évo¬
lutive illustrée par des variantes, portant soit sur la morphologie des griffes avec épine
accessoire mobile, soit sur celle des cirres avec la réduction des éléments constitutifs des
cirres ou, au contraire, leur élongation ou complexité ainsi qu’on le constate dans le genre
suivant.
EXOCLAVARCTUS n. gen.
Diagnose : Euclavarctinae avec cirres céphaliques présentant un net dimorphisme : cirre
médian et cirres A munis d’un long flagellum, cirres médians pairs avec flagellum très court. Cir-
rophore et base du scapus confondus en un bulbe renflé. Extrémité du scapus en pointe donnant
une allure bifide aux articles. Cia vas postérieures rabattues vers l’avant. Griffes simples.
Espèce-type : Exoclavarctus dineti n. sp. ; diagnose confondue avec celle du genre.
La structure bifide très nette des cirres, due à l’allongement du scapus en une pointe bien
individualisée et distincte de l’insertion du flagellum, fait de ce genre le premier exemple d’une
ébauche de bipartition et de pré-articulation des cirres céphaliques chez les Tardigrades.
Exoclavarctus dineti n. sp.
(Fig. 8, A-F ; fig. 9)
Holotype : Une femelle adulte déposée au MNHN, Paris, sous le n° AP 332. Coll. A. Dinet,
campagne Biogas II.
Localité : St. KR 13 : 47°38'3 N — 8°06'3 W, 1 369 m de profondeur.
- 216 -
Fig. 9. — Disposition et innervation des appendices céphaliques chez Exoclavarctus dineti .
Description de l’holotype
Corps ovoïde de 160 pm de long et de 62 de large. Cuticule légèrement ponctuée dor-
salement et ventralement. Nettes constrictions entre les pattes Pj^Pg et P 2 -P 3 - Tète conique
plus étroite que le corps par net rétrécissement de 32 pm de large à sa base. Appendices
céphaliques disposés comme chez les Euclavarctus convergeas : cirres médians internes
dorsaux et cirres médians externes ventraux ; cirre médian situé en avant des cirres A
et clavas. Clavas postérieures et cirres A implantés latéralement à 1 pm de distance, sans
socle commun. Cirre médian et cirres A composés d’un cirrophore court et renflé confondu
avec la base du scapus, celui-ci élargi distalement avec pointe médiane, et d’un flagellum
long. Mesures : cirre médian (30 pm : cirrophore et scapus prolongé = 13 pm, flagellum =
20 pm), cirres A (38 pm : 15 et 27) ; cirres médians à flagellum court : cirres médians dor¬
saux (12 pm : 8 et 5), cirres médians ventraux (11 pm : 7 et 5). Bien entendu, dans la mesure
totale du cirre la pointe accessoire du scapus n’est pas comprise. Clavas postérieures en
forme de banane dirigées vers l’avant, de taille (12 pm) nettement inférieure à celle du
cirre A, implantées en avant de celui-ci, sur organite réfringent ; innervation rejoignant
celle du cirre A, visible sur le bord cervical. Clavas antérieures secondaires sphériques
(dm : 3 pm), implantées sur léger mamelon entre les cirres médians dorsaux et ventraux.
Légère fossette dorsale, cuticulaire, à égale distance entre cirres médians internes et cirres
A (fig. 8, B, C, D ; fîg. 9). Cône buccal en situation apicale ; stylets de 36 pm de longueur,
tube buccal étroit aboutissant au bulbe de 11 pm de diamètre muni de trois fins placoïdes
(8pm). Pattes télescopiques semblables à celles d’Euclavarctus : tibia rectiligne, tarse peu
marqué, doigts tors à leurs bases (5 replis), avec griffes simples (fig. 8, E, F). Doigts externes
- 217 -
légèrement plus courts que les doigts internes. Griffes simples, rétractables dans des gaines
fines. Soies coxales présentes sur P 4 , P 2 et P 3 ; situées dorsalement, elles sont de structure
semblable à celle des cirres médians pairs, donc avec une courte pointe flagellaire visible ;
elles mesurent 7-8 p.m. Sur P 4 , papille allongée (7 pm, à faible pointe) implantée sur orga¬
nite réfringent. Latéralement, au niveau de l’insertion des P 4 , présence des cirres E de 43 pm
de longueur, insérés sur large cirrophore. Deux épaississements caudaux bien distincts,
en forme de lunule cuticulaire, s’étendent postérieurement à l’insertion des P 4 , en position
dorsale.
Anatomie interne : Paire de glandes salivaires piriformes, dorsales, en avant du bulbe ;
en arrière de celui-ci une paire de glandes plus petites au départ de l’estomac ; celui-ci
large et sans diverticule aboutit à un anus à replis entouré d’une plaque grossièrement
triangulaire. Ovaire dorsal, avec plusieurs ovocytes, dont deux de 20 et 28 pm de diamètre.
Gonopore en rosette, à 16 pm au-dessus de l’anus. Pores latéraux, conduits annexes et
réceptacles, présents de part et d’autre du gonopore ; boucles des conduits peu étendues
latéralement.
Mâle inconnu.
Discussion
La très grande originalité du genre Exoclavarctus se situe au niveau de la structure
des cirres céphaliques qui présentent un développement du scapus et du flagellum tout à
fait nouveau. Ici le scapus d’aspect dissymétrique développe une pointe distale libre, dépor¬
tée sur le côté ; le flagellum ne se trouve plus dans le prolongement de l’axe du scapus,
donnant de ce fait l’impression d’articulation. Cette disposition paraît nouvelle et serait
tout à fait incompréhensible sans la connaissance des cirres des genres Pro- et Euclavarctus
dont elle est dérivée. En effet, chez Proclavarctus on trouve déjà un flagellum légèrement
coudé, donc dissymétrique, sur scapus symétrique le long d’un axe. Chez Euclavarctus
la tendance à la dissymétrie s’accentue avec un flagellum dissymétrique sur un scapus
également dissymétrique et flasque. La modification des structures des cirres, ébauchée
chez Proclavarctus, constitue donc une série passant par Euclavarctus et aboutissant à
Exoclavarctus. Le degré d’évolution de la structure des cirres nous paraît s’inscrire pour
l’instant dans une série de rang générique. Elle annonce peut-être d’autres stades de bipar¬
tition et de pré-articulation, traits morphologiques et fonctionnels qui renforceraient le
caractère pro-arthropodien des Arthrotardigrada.
DISCUSSION ET CONCLUSION
La sous-famille des Euclavarctinae présente une succession de genres parmi lesquels
on peut reconnaître les modifications progressives de la structure des appendices cépha¬
liques. Cette série apparaît d’autant plus originale que d’autres caractères restent parti¬
culièrement stables : forme du corps et de la tête, position de la bouche, localisation et
nombre des appendices céphaliques. Les griffes sont toutes semblables à l’exception d’une
— 218 —
très notable dérivation, chez Clavarctus, due à l’acquisition d’une épine mobile. Grâce à
des découvertes récentes (McKirdy et al., 1976 ; Renaud-Mornant, 1979), on peut trouver
parmi les Arthrotardigrada une série similaire, alors que jusqu’ici ce sous-ordre était resté
primordialement constitué de genres nettement disparates. Cette série comprend les cinq
genres de la famille des Stygarctidae. Dans cette famille, les modifications les plus sen¬
sibles de la morphologie portent sur les plaques formant le corps et aussi sur la constitu¬
tion des appendices céphaliques allant de pair avec de très larges modifications de la forme
de la tête. Les griffes simples possèdent des épines supplémentaires localisées comme chez
les Euclavarctinae, mais de morphologie plus diversifiée. Chez les Stygarctidae, cependant,
le nombre des griffes est erratique. Un rapprochement intéressant peut se faire entre les
deux familles au plan des différences morphologiques que l’on observe au niveau des cla-
vas. En effet, ces organes sensoriels sont composés de deux paires, dont la paire antérieure
est souvent considérablement altérée ou à l’état de vestige, chez de nombreux Hetero-
tardigrada. Dans les séries que nous étudions ici, les deux lots de clavas sont présents.
Des modifications progressives intéressent les clavas postérieures chez les Euclavarctinae,
dans leur implantation et leur forme, et les clavas antérieures chez les Stygarctidae, qui
passent d’une morphologie très classique en palette à une réduction en forme de ventouse.
Les autres paires respectives varient peu à l’intérieur des deux groupes-familles.
L’existence de ces lignées montre comment des modifications progressives ont pu
affecter les organes sensoriels des Tardigrades marins. Leur connaissance permet de mieux
comprendre comment se sont constitués les appendices céphaliques de forme aberrante
rencontrés chez les Coronarctus animaux abyssaux (Renaud-Mornant, 1975), ou chez
les Tetrakentron ectoparasites intcrtidaux (Kristensen, 1980).
On peut ainsi entrevoir par quelles étapes progressives les clavas secondaires ont pu
régresser à l’état de papilles chez Halechiniscus ou de vestiges chez Batillipes, tous deux
genres littoraux (Kristensen, 1981) ; on peut envisager des étapes semblables menant
à la régression ou à la perte du cirre médian impair, chez Anisonyches et Archechiniscus,
respectivement.
Les séries évolutives prenant en compte la morphologie et l’implantation des appen¬
dices céphaliques en rapport avec la forme de la tête, la position de la bouche et la consti¬
tution du cerveau, semblent, à l’heure actuelle, devoir éclairer considérablement l’étude
de la phylogénie des Heterotardigrada.
Remerciements
Je remercie les Drs. A. Dinet et B. Thomassin de la Station Marine d’Endoume, d’avoir bien
voulu me confier leur matériel ; ainsi que l’équipe du CENTOB-Brest pour le tri des récoltes de
la campagne Benthedi.
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I. Les biotopes et leurs peuplements
par Jeanne Renaud-Mornant, Nicole Gourbault et Marie-Noëlle Helléouet
Résumé. — En introduction à l’étude de la méiofaune littorale de la Martinique, dans le
cadre de la mission Muséum-Antilles, les auteurs décrivent les biotopes des 21 stations où ils ont
effectué 42 prélèvements par diverses méthodes de récoltes en fonction de la géomorphologie des
sites. Les caractéristiques granulométriques complètent les données faunistiques préliminaires.
Abstract. — Prior to a detailed study of Martinique littoral meiofauna collected during
the survey Program “ Muséum-Antilles ”, an account of the 21 stations and 42 sampling sites
is given. It includes description of biotopes and choice of sampling methods according to sites
geomorphology ; additional data on grain-size analyses and collected fauna are also given.
J. Renaud-Mornant, N. Gourbault et M.-N. Helléouet, Laboratoire des Vers, associé au CNRS, Muséum
national d’Histoire naturelle, 61, rue Buf/on, Paris 75231 Cedex 05.
L’île de la Martinique est située sur le 14 e parallèle Nord, par 61° de longitude Ouest ;
elle fait partie de l’arc interne des Petites Antilles, volcaniques pour la plupart. De forme
ovoïde, l’île est constituée par de nombreux édifices volcaniques culminant à la montagne
Pelée. Les formations sédimentaires (calcaires et tufs marins) sont peu importantes et
datent du Miocène ou du Pliocène (calcaires soulevés coralliens). Le littoral montre une
grande diversité en fonction de son orientation, ce qui permet de distinguer quatre grandes
catégories de zones côtières (fig. 1) :
— à l’est, la Martinique est bordée par une mer corallienne, peu profonde au sud de
la presqu’île de la Caravelle ; on trouve sur cette côte orientale des plages de sable blanc
formé de débris de coraux et d’algues calcaires, ainsi que des baies vaseuses avec man¬
groves ;
— au sud de l’île, un haut fond limitant le canal Sainte-Lucie permet également
l’établissement d’estrans de sable corallien ou de mangroves selon la force du courant ;
— à l’ouest, la côte plonge abruptement dans la fosse Caraïbe ; les plages sont réduites
à d’étroits cordons à forte pente de sables noirs volcaniques ; une vaste mangrove s’étend
dans la grande baie alluviale du Lamentin, et, plus au sud se sont constituées des plages
de sable mixte (grains calcaires et volcaniques mélangés) ;
— au nord et au nord-est de l’île, le haut relief (falaises) et le courant violent du canal
de la Dominique ne permettent pas la formation de plages (Grunevald, 1961).
- 222 —
Les types de plages sont donc très diversifiés en Martinique puisque l’on rencontre
de vastes estrans coralliens, mais aussi de petites anses de mode très calme de sable mixte,
et des bordures littorales abruptes de sable noir. Aussi, après notre précédent travail concer¬
nant la Guadeloupe (Renaud-Mornant et Gourbault, 1981) était-il intéressant d’étudier
en détail, à des fins comparatives, les peuplements méiobenthiques des localités de modes
et de sédiments si différents.
Fig. 1. — Localisation des stations prospectées en Martinique.
C’est à cette précédente note qu’il conviendra d’ailleurs de se référer pour toutes les
données ayant trait aux techniques de récoltes, de tris et de préparation du matériel d’étude
qui sont analogues dans ces deux contributions à la connaissance de la méiofaune des Petites
Antilles.
Les premières recherches sur la méiofaune de la Martinique sont dues à Nouzarède
(1976) dans son travail sur les Ciliés mésopsammiques. Cet auteur a effectué de nombreuses
prospections notamment sur la côte sud-ouest (Lamentin, Le Marin, Sainte-Anne) plus favo¬
rable au groupe recherché, et a donné des indications physico-chimiques, granulométriques
et méiofaunistiques principalement sur la station du Marin.
— 223 —
Nos prospections en Martinique ont été effectuées du 15 au 28 février 1981 dans le cadre
de la mission Muséum-Antilles. 21 stations ont été établies sur toutes les côtes accessibles
de l’île, d’est en ouest (fig. 1). La localisation et les coordonnées des stations ainsi
que les 42 prélèvements qui y ont été effectués sont reportés sur le tableau I. Les
différents prélèvements consistent en sondages Karaman-Chappuis, pompages Bou-Rouch,
carottages ou lavages de sable et lavages d’algues, comme il sera précisé dans le texte.
L’analyse granulométrique de la plupart des sédiments rencontrés est consignée dans le
tableau IL
Cette note constitue une introduction à l’étude spécifique des divers peuplements
de l’intertidal de la Martinique qui représente l’axe essentiel de nos recherches.
Tableau I.
0 Coordonnées
•STATIONS
Localités
Prélèvements
Dates
1
14047' N-61°00'l W
Rade de Sainte-Marie
4
15.02.81
2
14°44' N-60°57'6 W
Havre de la Trinité
1 à
3
15.02.81
3
14°45'4 N-60°55'5 W
Baie de Tartane, la Caravelle
23
19.02.81
4
14°45'9 N-60°54'5 W
Anse l’Étang, la Caravelle
22
19.02.81
5
14°32'4 N-60°50' W
Baie du Vauclin
17 à
20
18.02.81
6
14°30'3 N-60°48'7 W
Petite anse Macabou
21
18.02.81
7
14°24'6 N-60°51'l W
Anse Trabaud
40 à
42
28.02.81
8
14°23'6 N-60°52'l W
Salines, est îlet Cabrits
26-27
20.02.81
» (carottage)
Cl à
C4
9
14<>24' N-60°52'8 W
Grande anse des Salines
28
20.02.81
10
14°26'6 N-60°53T W
Sainte-Anne, plage nord
37-38
24.02.81
11
14°27'5 N-60°54'9 W
Anse Figuiers
34 à
36
24.02.81
12
14°27'8 N-60°55'7 W
Sainte-Luce
24-25
20.02.81
13
14°28'4 N-61°02'5 W
Grande anse du Diamant
29-30
23.02.81
14
14°29'4 N-61°05'l W
Les Anses d’Arlets
31 à
33
23.02.81
15
14O30T N-61°05'4 W
Grande anse d’Arlets
8 à
10
16.02.81
16
14°32'3 N-61°04'l W
Anse à l’Ane
5 à
7
16.02.81
17
14°36'9 N-61°06'5 W
Schoelcher
39
26.02.81
18
14°41'8 N-61°11'2 W
Le Carbet, le Coin
u-12
17.02.81
19
14°42'4 N-61°11'3 W
Le Carbet, grande anse
13
17.02.81
20
14°43'8 N-61°11'0 W
Anse Latouche
16
17.02.81
21
14°49'9 N-61°13'7 W
Anse Céron
14-15
17.02.81
I. LA CÔTE EST
Les localités prospectées sur la côte est (stations 1 à 7 ; fig. 1 et tabl. I) s’échelonnent
depuis la rade de Sainte-Marie jusqu’à l’anse Trabaud. On y rencontre une très large variété
de sédiments noirs (volcaniques), gris (mixtes) et blancs (entièrement organogènes).
- 224 —
Station 1
Rade de Sainte-Marie, exposée à la houle atlantique. La plage prospectée, située au
nord de la ville de Sainte-Marie et de Filet du même nom, est constituée par des alluvions
(Eocène et Pliocène) de nature volcanique, apportées par le torrent Bézaudin. Pente faible,
mais estran de mode battu et à haute énergie ; sable noir, fin et tassé, brillant en surface.
La méthode des sondages KC n’a pas pu être utilisée, les vagues atteignant par inter¬
mittence (gros temps) le contrefort herbeux du haut de plage. Seul, un prélèvement (n° 4)
entre la surface et — 10 cm au niveau des HM a pu être effectué. De nombreux détritus
d’origine humaine et des débris ligneux encombraient le haut de cette plage.
Seuls quatre Nématodes et un Copépode ont été récoltés.
Station 2
La plage de La Trinité, plus au sud, est formée d’un cordon sableux étroit au fond
de la baie délimitée à l’est par la presqu’île de la Caravelle. Estran de mode semi-battu,
exposé au nord. Sable gris où les éléments volcaniques et terrigènes charriés par un ruisseau
se mêlent à une fraction carbonatée en parties presque égales (C0 3 Ca : 57,6 %).
Tableau II.
Stations
Prélèvements
Md
Q1
Q2
So
% C0 3 Ca
2
i
698
490
950
1,9
57,6
3
23
206
102
304
2,9
63,6
5
19
309
184
490
2,6
84,8
6
21
102
94
139
1,4
81,5
7
40
398
218
552
2,5
85
8
26
155
128
206
1,6
74
10
37
212
132
357
2,7
83
11
34
200
146
287
1,9
78
12
24
271
172
366
2,1
76,7
13
29
323
224
415
1,8
67
14
32
254
218
315
65
15 a
8
500
349
617
1,7
60,5
15 b
9
270
142
470
3,3
40,6
16
5
254
120
1 000
8,3
58,5
18
h
323
188
617
3,2
1,8
20
16
233
160
293
1,8
0,05
21
14
176
139
239
1,7
0,12
Un sond
age KC (n° 1) a
été effectué au niveau
HM où l’eau d’
imbibition a
été atteinte
à — 40 cm.
A ce niveau, le
sable est
fin et tassé
en
surface, puis devient beaucoup plus
grossier à —
30 cm (dm 698
fj.m ; tabl.
11 ; fig. 2,
2).
Lavage de s
able fin avec
: élutriation
- 225 -
sur le terrain (n° 2). Un pompage BR (n° 3), au niveau moyen de la zone de déferlement,
a révélé une eau interstitielle trouble et chargée de débris organiques. Le sable grossier,
relativement bien classé (So : 1,9), doit permettre un drainage suffisant de la plage, malgré
la présence de débris organiques amenés par le ruisseau et susceptibles de colmater les
interstices intergranulaires.
Des 124 individus recensés dans le sondage, les Nématodes représentent 72 %, les
Copépodes 15 % et les Oligochètes 12 %.
Station 3
La plage de Tartane occupe le versant nord de la presqu’île de la Caravelle, et serait
exposée à la houle atlantique si une bande de roches madréporiques ne donnait des hauts
fonds brisant la force de la houle océanique. L’estran, bordé dans sa partie haute par une
plantation de Mancenilliers et de Coccolobas, se présente comme un cordon étroit formé
par l’amoncellement de sédiment jaunâtre composé d’une forte proportion de coquilles
brisées et de débris d’algues calcaires (C0 3 Ca : 63,6 %). Sable très hétérométrique (So :
2,9 ; tabl. II ; fig. 2, 3) : une coupe dans son épaisseur révèle tous les 10 cm une couche
de 3 cm de sédiment à grains moyens (304 pm) alternant avec du sable fin (102 pm). Pente
faible, mode assez calme.
Un sondage KC (n° 23) a atteint une importante nappe d’eau d’imbibition à — 45 cm.
Les Nématodes dominent : 74 % des 112 individus récoltés ; les Copépodes représentent
19 %.
Station 4
L’anse de l’Étang, plus à l’est et de plus faible dimension, est de mode plus battu
et à pente forte ; sable calcaire, plus grossier. Le constant remaniement par les vagues
homogénéise la déposition des éléments coquilliers et algaux, sans superposition marquée
de strates de grains de différentes tailles comme à la station précédente.
La forte pente n’a permis d’effectuer ni sondage KC ni pompage BR. Deux litres de
sable ont été prélevés (n° 22) dans la partie moyenne de la zone de déferlement, entre la
surface et — 15 cm de profondeur, lavés et filtrés (filtre 40 pm) sur place.
369 méiobenthontes : 42 % de Copépodes, 19,5 % de micro-Isopodes, 18 % de Nématodes.
Station 5
Au sud de la presqu’île de la Caravelle, la mangrove occupe les baies de la côte basse
et découpée. Sable blanc, envahi par des herbiers à Thalassia testudineum Kônig à partir
de la baie du Vauclin. Cette baie, envahie par les alluvions de la rivière du même nom,
est encadrée par les socles érodés d’anciens édifices volcaniques fortement démantelés
(Grunevald, 1961). La station 5, établie à égale distance entre la pointe rocheuse pro¬
tégeant le port du Vauclin au sud, et la pointe Théogène, est bordée dans sa partie haute
(HMVE) par une laisse, très large (10 m environ), de Phanérogames marines où pullulaient
les Talitres. L’herbier lui-même occupe un fond plat (0 à 1 m d’eau) et s’étend sur plusieurs
centaines de mètres vers la barre madréporique. Entre ces formations végétales, vastes
1 , 15
- 226 -
plaques de sable blanc presque entièrement d’origine carbonatée (C0 3 Ca : 84 %) de taille
moyenne à grossière (Qj : 184 pm, Q 2 : 490 pm) et mal classé (So : 2,6 ; tabl. II et fig. 2, 5).
La faible profondeur, l’absence de pente et le mode calme, provoquent réchauffement
de l’eau qui atteint 32,5°C, ainsi qu’une réduction rapide du sable dès les premiers centi¬
mètres.
40 50 ÎOO SOO 1000 4000 40 50 (00 500 1000 4000
Fig. 2. -— Courbes granulométriques et diagrammes pondéraux des sédiments des stations prospectées
(n° prélèvement) : 2 (n° 1), 3 (n° 23), 5 (n° 19), 6 (n° 21), 7 (n° 40), 8 (n° 26), 10 (n° 37), et 11 (n° 34).
— 227 -
Étant donné ces conditions, un pompage BR (n° 17) de 20 1 a été effectué dans une
petite langue de sable sous quelques centimètres d’eau au bord de la laisse de HM ainsi
que des lavages de sable de la couche superficielle, à 5 m (n° 18) et 20 m (n° 19) au-delà.
De nombreuses Sargasses flottantes, amenées par le flot et rassemblées contre la laisse
de HM ont été récoltées (101, n° 20), lavées, et leur faune recueillie sur filtre de 40 pm.
277 animaux ont été obtenus par pompage dont 81 % de Nématodes et 14 % de Poly-
chètes. Absence de Copépodes.
Station 6
La petite anse Macabou, entourée par les tufs supérieurs du Marin, est bordée au nord
par des tufs altérés, des calcaires silicifiés de l’Éocène, des tufs oligocènes et des calcaires
soulevés récents ; au sud, par des calcaires pulvérulents éocènes et du calcaire massif oli¬
gocène (Grunevald, 1961). La plage actuelle, exposée à l’est, est de faible pente, large
de plusieurs dizaines de mètres et de mode battu. Une importante laisse de HM formée
de débris de Thalassia constitue l’habitat des Talitres. Sable blanc (C0 3 Ca : 81,5 %), très fin
(dm 102 pm), très homogène, bien classé (So : 1,4) et de tassement moyen (tabl. II et
flg. 2, 6).
Un sondage KC (n° 21) a atteint la nappe d’eau d’imbibition à —35 cm. Les 309
individus recueillis se répartissent en 71 % de Nématodes et 25 % d’Oligochètes ; Copé¬
podes 4 %.
Station 7
L’anse Trabaud est la station la plus méridionale de la côte est. Elle est limitée au
nord par la pointe Baham constituée de basalte, de tufs altérés éocènes et au sud par des
Labradorites oligocènes ; formations marécageuses en arrière de la plage. Estran d’une
trentaine de mètres, de faible pente et de mode battu. Sable blanc organogène (C0 3 Ca :
85 %), fin en surface et plus grossier en profondeur. Cette couche plus grossière affleure
en bas de l’estran dans la zone de déferlement. Des galets plus ou moins gros et d’origine
corallienne sont épars sur l’estran.
Un sondage KC (n° 40) en HM a atteint la nappe d’eau à — 30 cm dans un sédiment
peu tassé, mal classé (So : 2,5) et de dm 398 pm (tabl. II et fig. 2, 7). Un pompage BR (n° 41)
dans la microfalaise en bas de la zone de ressac, dans le sédiment plus grossier (circa 550 pm),
a permis de filtrer 30 1 d’eau pratiquement sans sédiment. Un pompage semblable (n° 42)
a été effectué un peu plus haut sur la pente de la zone de déferlement.
Par sondage, 271 méiobenthontes dont 79 % de Nématodes et 17 % de Copépodes
ont été obtenus.
IL LA CÔTE SUD
Les stations de la côte sud sont situées entre la pointe d’Enfer à l’est et la pointe du
Diamant à l’ouest (stations 8 à 13 ; fig. 1 et tabl. I).
— 228 -
Station 8
L’anse est protégée par des rochers formés par le complexe de base des tufs altérés
et des calcaires silicifiés éocènes à l’est et par l’édifice basique ancien, également éocène,
de l’îlet à Cabrits au sud et de la pointe des Salines à l’ouest. Bordée au nord par des maré¬
cages, la plage est constituée d’un estran d’une vingtaine de mètres de large, descendant
en pente douce vers des herbiers et des dalles rocheuses, couvertes aussi de végétation
algale. Mode très calme. Sable blanc et rose, mixte (C0 3 Ca : 74 %) et tassé (tabl. II et
fig. 2, 8).
Un sondage KC (n° 26) en HM, de 60 cm de profondeur, a montré un sédiment fin
(dm 155 p,m) homogène (So : 1,6) sans stratification visible ; eau d’imbibition claire, rela¬
tivement propre. Un pompage BR (n° 27) a été effectué en BM entre la bordure de l’herbier
immergé et la microfalaise érigée à la base de la zone de ressac ; 30 1 d’eau filtrés dont le
premier tiers a drainé un sable réduit. Une carotte (n° 27b) de 20 cm de longueur et 2,7
de diamètre a été extraite du sable humide du niveau de mi-marée, puis découpée en tron¬
çons de 5 cm de hauteur (C x à C 4 ) pour étude quantitative.
La faune récoltée par sondage se répartit en 49 % de Nématodes, 31 % de Copépodes,
13 % de Tardigrades et 6 % d’Acariens.
Station 9
La grande anse des Salines, exposée au sud-ouest, est également limitée, au nord
et au sud, par des édifices basiques anciens et à l’est par des marécages ; une bande boisée
(Cocotiers, Coccolobas, Mancenilliers) borde l’estran. Celui-ci, large (plusieurs dizaines
de mètres), de pente faible, était de mode battu en raison du gros temps. Seul un pompage
BR (n° 28) de 10 1 a pu être effectué au niveau moyen de la zone de déferlement, dans un
sable blanc légèrement plus grossier que celui de la station précédente.
738 méiobenthontes : les Copépodes dominent à 62 %, les Nématodes représentent
32 %.
Station 10
A l’entrée du Grand Cul-de-Sac du Marin, le très vaste cordon sableux de Sainte-
Anne s’étend au nord du village du même nom, construit sur du calcaire massif oligocène.
L’étendue sablonneuse elle-même est bordée à l’est par des alluvions torrentielles et des
marécages. Un talus herbeux limite l’estran exigu (^ 10 m) exposé à l’ouest et de mode
très calme. Sable blanc (CO s Ca : 83 %), fin (dm 212 p.m) et mal classé (So : 2,7 ; tabl. II
et fig. 2, 10).
Un sondage KC (n° 37) effectué en HM à —50 cm a révélé une couche de minéraux
lourds (^ 17 %) à — 15 cm et un ensemble de sable coquillier, débris de coraux et algues cal¬
caires en profondeur, affleurant ensuite en bas de plage. Un pompage BR (n° 28) à proximité
d’un herbier de faible extension a été effectué sous 50 cm d’eau : filtrage de 151 d’eau, nom¬
breux éléments fins en provenance d’une couche tassée, vaseuse et probablement réduite.
Faune très pauvre récoltée par sondage ; 50 individus dont 36 Nématodes et 10 Copé¬
podes.
— 229
Station 11
L’anse Figuiers, exposée au sud, située au pied des tufs altérés et des brèches de la
rivière Pilote, est de mode calme et de pente faible. Sable fin (dm : 200 pm) blanc, car-
bonaté à 78 %, peu tassé et d’apparence homogène (So : 1,9) sans stratification sédimen-
taire notable (tabl. II et fig. 2, 11).
Un sondage KC (n° 34) a atteint la nappe d’eau d’imbibition à — 65 cm ; celle-ci
était chargée en débris organiques (estran exigu et à proximité d’habitations avec jardins).
Un pompage BR (n° 35) dans le sable grossier et graveleux de la microfalaise édifiée en
bas de la plage a révélé l’existence d’une dalle corallienne à —-30 cm ; un autre BR. (n° 36)
dans des ripple-marks sous 80 cm à 1 m d’eau à proximité d’une dalle rocheuse a montré
un sable rapidement réduit en profondeur à ce niveau en raison du faible drainage du sédi¬
ment. Dans ce dernier, 180 individus ont été obtenus dont 53 % de Copépodes, 31 % de
Nématodes et 11 % de Polychètes.
Station 12
La plage de Sainte-Luce, exposée au sud, s’étend en bordure de tufs altérés éocènes.
Plage à haute énergie, de pente faible. Sable moyen (dm 271 p.m), mal classé (So : 2,1), gris
(tabl. II et fig. 3, 12) ; la proportion de minéraux d’origine volcanique (23 %) est rendue
visible au niveau des IIM par l’organisation en strates grises plus ou moins foncées du
sédiment vers 70 à 90 cm de profondeur où vivent des crabes.
Un sondage KC (n° 24) atteint à — 90 cm la nappe d’eau trouble et chargée en matières
organiques. Un pompage BR (n° 25) de 30 1 a été effectué en BM dans la zone de déferle¬
ment ; de nombreux débris algaux se trouvaient dans les filtres en raison de la forte énergie
du ressac.
Faune pauvre (48 individus dont 38 Nématodes et 6 Acariens) dans le sondage.
Station 13
La grande anse du Diamant, exposée au sud-sud-est, est adossée aux tufs et aux
ponces de l’Eocène. Elle a été échantillonnée à plusieurs centaines de mètres à l’ouest
du torrent qui la partage en son milieu. De pente faible et de mode battu, la plage de sable
gris-blanc (C0 3 Ca : 67 % ; éléments siliceux : 33 %) présente un large estran (^ 50 m)
avec une importante laisse de haute mer à débris algaux et plaques d’hydrocarbures. Sable
de caractéristiques granulométriques et de classement moyens (dm 323 p.m et So : 1,8 ;
tabl. II et fig. 3, 13).
Un sondage KC (n° 29) a atteint la nappe phréatique à —’75 cm et a révélé la présence
d’une couche de quelques cm de minéraux lourds à — 20 cm. Un pompage BR (n° 30)
en bas de la zone de déferlement, sous 10 cm d’eau, a permis de filtrer 15 1 d’eau très for¬
tement chargée en sédiment.
275 individus proviennent du sondage ; les Nématodes en représentent 55 %, les Copé¬
podes 37 % et les Oligochètes 4 %.
Fir, 3. — Courbes granulométriques et diagrammes pondéraux des sédiments des stations prospectées
(n° prélèvement) : 12 (n° 24), 13 (n° 29), 14 (n° 32), 15 a (n° 8) et b (n° 9), 16 (n° 5), 18 (n° 11), 20 (n° 16)
et 21 (n° 14).
231 -
III. LA CÔTE OUEST
S’étendant de la pointe Diamant à l’anse Céron, les plages de la côte ouest, exposées
à la mer des Antilles, présentent, du sud au nord, un gradient sédimentaire allant des sables
calcaires blancs à des sables rigoureusement volcaniques et noirs (stations 14 à 21, fig. 1
et tabl. I).
Station 14
Situé au nord du village Les Anses d’Arlets, l’anse prospectée est limitée par un
édifice volcanique éocène avec tufs indifférenciés pliocènes au nord et par des tufs éocènes
et des coulées andésitiques miocènes au sud. Estran étroit, à forte pente, de mode calme ;
sable en majorité coquillier auquel se mêlent 35 % d’éléments volcaniques. Grains de taille
moyenne (dm 254 pm), bien classés (So : 1,4) et très tassés en profondeur comme l’a montré
un sondage KC (n° 32) à— 80 cm en HM (tabl. II et fig. 3, 14). En bas de la zone de défer¬
lement, présence d’une microfalaise de sable plus grossier à laquelle font suite de larges
dalles rocheuses (3 m) recouvertes d’algues. Un pompage BR (n° 31) dans le sable grossier
a filtré 40 1 d’eau. Les algues fixées sur les dalles ont été récoltées en plongée et lavées
(n° 33) ; la faune associée en a été détachée et concentrée sur filtre de 40 pm.
Le pompage a permis d’obtenir une faune riche, diversifiée en huit groupes dominés
à 90 % par les Copépodes. Les Acariens représentent 6 % et les Nématodes seulement
3%.
Station 15
La grande anse d’Arlets, exposée à l’ouest, est profondément encastrée entre les édi¬
fices andésitiques miocènes au nord, et éocènes au sud, séparés par des tufs indifférenciés
miocènes et des cônes d’alluvions torrentielles. Plage très abritée et de mode calme ; estran
très étroit (quelques mètres) et de pente peu accentuée ; limité en haut par des Cocotiers,
il présente au-delà du niveau de BM des ripple-marks géants de 15 à 20 cm de haut, espacés
de 5 à 6 cm et constitués de sédiment coquillier détritique (dm 500 pm ; tabl. II et fig. 3,
15a). Sur la plage même, sable gris, moyen (dm 270 pm), mélangé d’éléments fins (142 pm)
et grossiers (470 pm), donc hétérométrique et très mal classé (So : 3,3 ; tabl. II et fig. 3,
15b). La fraction carbonatée en HM ne domine plus et la proportion d’éléments d’origine
volcanique atteint 60 %.
En HM, un sondage KC (il 0 9) a atteint la nappe d’eau à — 60 cm ; tassement du sable
variable, abondants Crustacés de la macrofaune. Un pompage BR (n° 10) a été effectué
dans un creux de ripple-marks, ainsi qu’un lavage (n° 8) de deux litres de sable sous 60
à 70 cm d’eau.
Dans ce dernier, 549 animaux sont dominés par les Copépodes, 52 %, et les Nématodes,
41 % ; 6 % d’Acariens.
— 232 —
Station 16
L’anse à l’Ane est formée d’alluvions en provenance de tufs pliocènes et se trouve
encadrée par deux coulées andésitiques miocènes. La plage, exposée au nord-ouest, est de
mode calme, bordée dans sa partie haute par un cordon plat planté de Cocotiers, constituée
de sable gris mixte (C0 3 Ca : 58,5 %) dans sa moitié est, de graviers et galets alluviaux
gris à l’ouest. Estran étroit de pente faible, échantillonné dans la partie orientale où un
sondage KC (n° 5) a montré, au niveau des HM, un sable moyen, tassé, plus grossier en
profondeur et mêlé de gros galets (tabl. II et fîg. 3, 16) au niveau de la nappe d’eau d’imbi-
bition à — 50 cm. Ces conditions sédimentaires donnent un sable très mal classé (So : 8,3),
moyen (dm 254 pm), de 120 pm à 1 000 pm. La zone de déferlement n’existant pas, un
pompage BR (n° 6) a été fait en bas de plage sous 40 cm d’eau dans un sable fin et tassé
encastré entre blocs et galets. Des algues fixées sur des pilotis de bois à deux mètres du bord
ont été récoltées (n° 7), lavées et l’eau de lavage filtrée en vue de rassembler la petite macro¬
faune associée aux végétaux.
Le mauvais classement du sédiment du sondage expliquerait la pauvreté de la méio-
faune. Les 48 Nématodes dominent parmi les 71 animaux obtenus ; 17 Copépodes.
Station 17
Appartenant au massif des Carbets, la plage de Schœlcher est située en contrebas
de la ville construite sur les tufs dacitiques pliocènes. La plage présente un large estran
(^ 50 m) de sable noir fin et peu tassé, bordé par des habitations. Le haut de plage est
large mais la pente devient très brusque dans la zone de déferlement, qui présente une
forte énergie.
De ce fait, seul un pompage BR (n° 39) y a été effectué : 301 d’eau chargée en débris
et matière organique ont été filtrés.
1308 méiobenthontes à forte dominance d’Ostracodes (80,5 %) ; 14,6 % de Copépodes.
Station 18
Les plages de la région du Carbet proprement dit sont formées d’un seul cordon sableux
continu et étroit, établi au pied d’édifices volcaniques (Dacite du Carbet) avec brèches
et tufs récents (Pliocène). La station 18, à « Le Coin », est bordée par des habitations. Plage
de sable noir entièrement volcanique (C0 3 Ca : 1,8 %) large dans sa partie haute (50 m
environ), à pente plus forte dans la zone de ressac.
Un sondage KC (n° 11) au niveau de la partie plate (HM) dans un sable moyen (dm
323 pm) à tassement fort et mal classé (So : 3,2) a révélé la présence de graviers et de galets
au niveau de la nappe d’eau d’imbibition qui était limpide (tabl. II et fîg. 3, 18). Dans la
zone battue par les vagues à forte énergie, filtrage de 30 1 d’eau (n° 12) par pompage dans
un sédiment composé de graviers et de galets.
Les conditions sédimentologiques sont défavorables à l’implantation d’une commu¬
nauté abondante. 64 méiobenthontes parmi lesquels dominent les Copépodes : 56.
— 233
Station 19
A un kilomètre plus au nord, la grande anse du Carbet a été échantillonnée en un
seul point dans le cône d’alluvions entre les deux bras de l’embouchure de la rivière du
Carbet. La topographie de l’estran est très semblable à celle de la plage précédente. Un
pompage BR (n° 13) a été effectué en haut de la zone de déferlement à pente forte dans
un sable noir et hétérogène.
511 individus se répartissent en 81 % de Copépodes, 10 % d’Acariens et 5 % de Néma¬
todes ; sept groupes sont représentés.
Station 20
L’anse Latouche, au sud de la rade Saint-Pierre est adossée aux tufs dacitiques du
Carbet et aux brèches et coulées miocènes de ce même massif. La plage fait partie du même
ensemble que les deux précédentes, mais ici l’estran est très exigu et limité plus étroite¬
ment par la route à la sortie du tunnel qui le jouxte au sud. La pente de la zone de défer¬
lement est encore plus forte et le sable complètement volcanique, andésitique. Un sondage
KC (n° 16) n’a pu atteindre la nappe qu’à — 95 cm après avoir traversé un sable noir (C0 3 Ca :
0,05 %) moyen et assez bien classé (So : 1,7) avec galets en profondeur (tabl. II et fig. 3,
20 ).
Faune pauvre : 36 Nématodes, 28 Copépodes et 2 Acariens.
Station 21
Station la plus septentrionale de l’île, l’anse Céron comprend une plage assez vaste,
au pied du versant ouest de la montagne Pelée, constituée de ponces et brèches péléennes.
Estran de pente plus faible qu’aux Carbets et de mode battu. La partie haute, constituée
par le cône alluvionnaire de la rivière Céron, forme une bande plate où s’enracinent Coco¬
tiers et Mancenilliers. En HM le sable noir, fin (dm 176 pm), très tassé et bien classé (So 1,7 ;
tabl. II et fig. 3, 21) est d’origine volcanique (C0 3 Ca : 0,1 %). Il est mélangé à d’importants
débris ligneux enfouis jusqu’à plus de 50 cm de profondeur.
Un sondage KC (n° 14) a atteint la nappe d’eau riche en matériaux végétaux à •— 60 cm.
Un pompage BR (n° 15) dans la zone de ressac à forte énergie et à pente peu accentuée
a permis de filtrer 15 1 d’eau mélangée à un volume important de sable fin où les Copé¬
podes dominent à 88 % une faune peu abondante (150 individus) relativement diversifiée
(7 groupes).
La côte particulièrement abrupte ou rendue dangereuse par les forts courants océa¬
niques n’a pas été échantillonnée entre le nord de l’anse Céron et de la pointe Ténos.
- 234 -
Remerciements
Nous adressons tous nos remerciements aux chercheurs de la mission Muséum-Antilles et en
particulier à MM. C. Delamare Deboutteville, J.-P. Mauriès et J.-M. Thibaud ; nous sommes
très reconnaissantes à J.-L. Toffart (ÉPHÉ, Muséum) pour son aide efficace au laboratoire.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Grunevald, H., 1961. — Carte géologique de la Martinique au l/50.000 e , Paris, lmp. nation.
Nouzarède, M., 1976. — Cytologie fonctionnelle et morphologie expérimentale de quelques Pro¬
tozoaires ciliés mésopsammiques géants de la famille des Geleiidae (Kahl). Bull. Arcachon,
N. S., (28) : 1-315.
Renaud-Mornant, J., et N. Gourbault, 1981. — Premières prospections méiofaunistiques
en Guadeloupe. I. Les biotopes et leurs peuplements. Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris,
4e sér., 3, A, (4) : 1011-1034.
Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 235-245.
Sur la synonymie de Callitrichia Fage et Atypena Simon
avec la redescription de quelques espèces paléotropicales
(Araneae, Linypliiidae)
par Rudy Jocqué
Résumé. — Atypena superciliosa Simon et Piesoealus jaoanus sont redécrits alors que A.
ellioti nom. nud. et A. simoni n. sp. sont décrits pour la première fois. Callitrichia Fage doit être
considéré comme synonyme A’Atypena Simon. Piesoealus Simon a priorité de page sur Atypena
et pourrait appartenir au même genre mais, puisque le premier mentionné n’est connu que d’une
seule femelle tératologique et incomplète, il est actuellement impossible de le prouver. L’auteur
propose de considérer désormais Atypena comme le nom valable du genre en question.
Abstract. — It is argued that Atypena is a senior synonym of Callitrichia. Atypena super¬
ciliosa Simon and Piesoealus jaoanus Simon are redescribed whereas A. ellioti nom. nud. and A.
simoni n. sp. are described for the first time. Piesoealus has page priority over Atypena and
might belong to the same genus. As it is only known from a single incomplete and deformed
female it is impossible to decide whether it really does. It is therefore proposed to consider Aty¬
pena from now on as the valid name of the genus in question.
R. Jocqué, Musée royal de l’Afrique Centrale, B-1980 Tervuren, Belgique.
Introduction
Le genre Callitrichia (espèce-type : C. hamifer) fut créé par Fage (1936) pour trois
espèces inédites originaires d’Afrique orientale. Depuis lors, treize autres espèces lui ont
été rapportées par Holm (1962), Miller (1970) et Bosmans (1977).
Holm (1962) avait déjà remarqué que les genres Oedothorax Bertkau, 1883, Toschia
Caporiacco, 1949, et Callitrichia étaient très proches mais que des différences, notamment
dans la structure des genitalia secondaires, justifiaient leur séparation. Toutefois, Wun¬
derlich (1978) a placé les deux derniers taxa en synonymie, tenant compte de la grande
variabilité des représentants du genre Oedothorax. D’après cet auteur, la plupart des carac¬
tères sur lesquels Holm ( l. c.) se fonde pour séparer les trois genres seraient présents chez
l’une ou l’autre espèce d’Oedothorax décrite du Nepal par Wunderlich (1974). Holm
(1979) et Locket & Russell-Smith (1980) ne sont pourtant pas du même avis et main¬
tiennent les genres Callitrichia et Toschia en se fondant de nouveau sur les caractères des
organes sexuels secondaires.
Depuis la création du genre Callitrichia, un grand nombre de caractères ont été uti¬
lisés pour le séparer d’autres genres, plus spécialement d’ Oedothorax : courbure des lignes
— 236 —
oculaires, forme du quadrangle des yeux médians, hauteur du bandeau, forme de l’embo-
lus et nombre d’apophyses portées sur la partie distale de la section embolique (embolie
division, sensu Millidge, 1977), forme de la partie céphalique du céphalothorax et empla¬
cement des yeux par rapport à celle-ci, longueur des épines tibiales et forme du paracym-
bium. Tous ces caractères furent mentionnés par Holm (1962) qui en reprit quelques-uns
de Fage (1936). Locket & Russell-Smith (1980) citant Holm (1979) y ajoutèrent : défi¬
nition de la base de l’embolus et trajet du tube séminifère. Ces données sont vraisembla¬
blement extraites de Holm (in litteris), puisque cet auteur ne fait pas mention de ces carac¬
tères dans sa publication de 1979 où il ne fait que répéter l’importance de la forme et la
chétotaxie du paracymbium comme caractère diagnostique au niveau du genre.
Puisque le but de la présente publication n’est pas de trancher la question concernant
Oedothorax —- Callitrichia mais d’établir la synonymie entre ce dernier et Atypena, nous
nous contenterons d’énumérer ici les caractères qui semblent être des synapomorphies
]iant les espèces appartenant à Callitrichia et les séparant en même temps A’Oedothorax
(Holm, in litteris ) :
1. Embolus court et obtus.
2. Protegulum (sensu Holm, 1979) peu développé.
3. Céphalothorax du mâle avec la partie céphalique en lobe, celui-ci portant les yeux médians
postérieurs.
4. Partie basale du paracymbium étroite, partie médiane plus large, les deux pourvues d’un groupe
de poils.
Nons pouvons y ajouter deux caractères déjà mentionnés par Holm (1962) :
5. Partie distale de la section embolique (scaphium sensu Holm, 1962) pourvue de deux apo¬
physes.
6. Tarses des deux paires de pattes antérieures fusiformes.
L’espèce-type à'Atypena, A. superciliosa Simon, présente les six caractères mentionnés
ci-dessus.
Tout le matériel décrit ci-dessous appartient au Muséum national d’Histoire natu¬
relle de Paris (MNHN).
ATYPENA Simon, 1894
Atypena Simon, 1894, Hist. nat. araignées, 1 : 668.
Callitrichia Fage, 1936, in Fage & Simon, Miss. Scient. Omo, 3 (30) : 330, nov. syn.
Espèce-type : Atypena superciliosa Simon, 1894, par désignation originale.
Atypena superciliosa Simon
(Fig. 1-7)
A. superciliosa Simon, 1894, Hist. nat. araignées, 1 : 668.
— 237 —
Description
Mâle (femelle inconnue) : céphalothorax 0,67 mm de long, 0,55 mm de large ; lon¬
gueur totale 1,35 mm.
Coloration en alcool : Partie céphalique du céphalothorax fauve, partie thoracique
brun jaunâtre, pourvue d’une bande noire assez large sur le bord ; stries rayonnantes peu
prononcées. Pattes jaunes, face latérale des tibias, patellas et fémurs plus foncés. Sternum
jaune, plus foncé sur les bords. Chélicères fauves. Abdomen gris, pourvu d’un dessin noir ;
deux larges bandes noires sur toute la longueur de la face dorsale se touchant à l’avant
et en arrière au-dessus des filières ; elles continuent sur la face ventro-latérale devant les
filières. Une petite tache foncée de chaque côté du pli épigastrique.
Céphalothorax (fig. 1 et 2) lisse ; la partie céphalique est nettement en lobe creusé
au milieu et portant les yeux MP. Le lobe écliancré est séparé du reste de la partie cépha¬
lique par un sillon horizontal pourvu d’une paire de fossettes situées en dessous des yeux
MP. Front pourvu d’un groupe de poils entre les yeux MA et le sillon horizontal. Yeux
plutôt petits ; yeux AM à peine plus petits que ceux des autres paires qui sont subégaux.
Chélicères de 0,31 mm de long ; 5 dents à la marge antérieure, la postérieure non observée ;
stries stridulatoires difficiles à voir. Sternum lisse (longueur 0,22 mm, largeur 0,22 mm)
séparant les coxas de la quatrième paire de pattes des trois quarts de leur diamètre maxi¬
mal.
Mensurations (mm) des pattes.
t
Mt
T + P
F
Total
I
0,37
0,46
0,68
0,58
2,09
IV
0,36
0,58
0,72
0,63
2,29
TM1 : 0,78 ; TM2
: 0,84 ; TM3
: 0,81 ; TM4
: 0,75.
Pas d’épines sur les tibias I et II, une épine sur les tibias III (position 0,29, longueur
2 fois le diamètre de l’article) et IV (position 0,30, longueur 2,5 fois le diamètre de l’article).
Tarses des deux premières paires de pattes distinctement fusiformes. Griffes non pectinées.
Palpe (fig. 3-7) : Tibia pourvu d’une courbe apophyse médiane, pointue et courbée
vers l’extérieur. Partie médiane du paracymbium plus large que la partie proximale, toutes
les deux pourvues de quelques soies ou épines. Embolus court et trapu. Partie distale de
la section embolique (ED sensu Millidge, 1977) avec deux apophyses, une antérieure
et une postérieure assez longue (fig. 6 et 7).
Diagnose : Espèce facile à reconnaître par les caractères du céphalothorax mâle, la forme du
tibia du palpe mâle et la forme de la section embolique du bulbe.
Matériel étudié : Holotype mâle (MNHN 13696), île de Luzon, Manille.
— 238 -
Fig. 1-7. — Atypena superciliosa Simon : 1, céphalothorax du mâle, vue dorsale ; 2, id., vue latérale ; 3,
tibia du palpe, vue dorsale ; 4, palpe du mâle, vue latérale ; 5, id., vue de l’intérieur ; 6, id., dans le
salicylate de méthyle ; 7, section embolique, vue ventrale (a = apophyse antérieure, b = apophyse
postérieure de la partie distale de la section embolique, E = embolus, AS = apophyse suprategulaire,
T = tegulum.) (Échelle = 0,1 mm.)
- 239 -
Atypena ellioti nom. nud.
(Fig. 8-12)
Atypena ellioti, Simon, 1894, Hist. nat. araignées, 1 : 636.
Description
Mâle
Céphalothorax 0,78 mm de long, 0,62 mm de large ; longueur totale 1,56 mm.
Coloration en alcool : Céphalothorax brun jaunâtre légèrement plus foncé sur les
stries rayonnantes. Pattes et chélicères jaunes. Sternum jaune, plus foncé sur les bords.
Abdomen gris pâle avec deux rangées de taches plus foncées sur la face dorsale.
Céphalothorax (fig. 8) lisse ; partie céphalique surélevée en lobe portant les yeux
MP, limité latéralement par de profonds sillons. Ligne antérieure des yeux droite ; les yeux
latéraux se touchent. AM séparés d’un peu moins que leur diamètre mais de plus d’un dia¬
mètre (1,25 X) des AL dont le diamètre est de 1,5 fois celui des AM. Chélicères de 0,32 mm
de long ; 4 dents à la marge antérieure ; la marge postérieure et les stries stridulatoires
n’ont pas pu être observées. Sternum lisse ; 0,42 mm de long, 0,41 mm de large ; le bout
tronqué d’arrière sépare les coxas des pattes IV d’à peu près les trois quarts de leur dia¬
mètre maximal.
Mensurations (mm) des pattes.
t
Mt
T
P
F
Total
I
0,37
0,46
0,54
0,21
0,66
2,24
IV
0,37
0,56
0,59
0,17
0,71
2,40
TM1 : 0,79 ; TM2 : 0,81 ; TM3 : 0,73 ; TM4 : 0,79.
Tibias I et II pourvus de deux épines, III et IV d’une épine. Positions des épines sur
le tibia I : 0,23 et 0,72 ; leur longueur 0,7 fois le diamètre de l’article ; sur le tibia IV, posi¬
tion de l’épine : 0,28 ; sa longueur plus de 2 fois le diamètre de l’article. Tarses des premières
paires de pattes fusiformes. Griffes non pectinées.
Palpe (fig. 9-10) : Tibia du palpe pourvu d’une apophyse dorso-latérale en forme de
soucoupe et une deuxième apophyse dorsale plus courte et pointue. Paracymbium avec
les deux extrémités effilées. Apophyse postérieure de la partie distale de la section embo¬
lique très longue.
Femelle
Céphalothorax 0,90 mm de long, 0,66 mm de large ; longueur totale 2,14 mm. Couleur
comme chez le mâle.
- 240 -
Céphalothorax (fig. 11) lisse. Ligne antérieure des yeux recurvée, ligne postérieure
presque droite. Les yeux AM les plus petits, séparés de la moitié de leur diamètre et aussi
loin des yeux AL qui sont d’un quart plus grands. Diamètre des yeux PM une fois et demie
celui des AM et séparés des deux tiers de cette distance. Eloignés de la même distance
des yeux PL. Chélicères de 0,41 mm de long ; marge antérieure pourvue de 5 dents, la
postérieure de 3 dents ; stries stridulatoires invisibles au stéréomicroscope. Sternum lisse ;
de 0,54 mm de long et 0,49 mm de large ; coxas de la quatrième paire séparés de 0,8 fois
leur diamètre.
Fig. 8-12. — Atypena ellioti nom. nud. : 8, céphalothorax mâle, vue latérale ; 9, tibia du palpe mâle, vue-
dorsale ; 10, palpe mâle, vue latérale ; 11, céphalothorax de la femelle, vue latérale ; 12, épigyne..
(Échelle = 0,1 mm.)
- 241 -
Mensurations (mm) des pattes.
t
Mt
T
P
F
Total
[
0,45
0,65
0,68
0,23
0,76
2,77
IV
0,40
0,76
0,72
0,25
0,84
2,97
TM1 : 0,80 ; TM2 : 0,85 ; TM3 : 0,81 ; TM4 : 0,86.
Chétotaxie des tibias comme chez le mâle ; positions des épines sur le tibia I : 0,22
et 0,74 ; leurs longueurs 1,25 et 1,0 fois le diamètre de l’article ; sur le tibia IV : position
de l’épine 0,34 ; sa longueur 2 fois le diamètre de l’article.
Épigyne (fig. 12).
Diagnose : Espèce reconnaissable par la forme du céphalothorax et les caractères du palpe
chez le mâle, ceux de l’épigyne chez la femelle.
Matériet. examiné : Holotype mâle (MNIIN 16363), Ceylan, Galle ; deux paratypes femelles,
mêmes données.
Atypena simoni n. sp.
(Fig. 13-16)
Description
Femelle (mâle inconnu) : céphalothorax 0,82 mm de long, 0,64 mm de large ; longueur
totale 1,93 mm.
Coloration en alcool : Céphalothorax brun jaunâtre, plus foncé dans la région cépha¬
lique. Région oculaire presque noire. Une marque foncée presque quadrangulaire devant
la strie thoracique. Chélicères et sternum brun jaunâtre, légèrement couverts de noir ;
pattes jaunes. Abdomen gris clair avec deux larges bandes longitudinales noires sur les
faces ventrale et dorsale, se joignant au niveau fies filières et de l’épigyne.
Céphalothorax (fig. 13 et 14) lisse. Yeux grands ; les deux lignes sont droites. AL,
PL et PM de la même taille, AM plus petits. Yeux antérieurs serrés, séparés d’à peu près
le tiers du diamètre d’un œil AM. PM séparés entre eux des deux tiers de leur diamètre
et des PL du tiers. Chélicères de 0,48 mm de long ; marge antérieure avec 5 dents, marge
postérieure pourvue de 3 (à gauche) ou de 2 dents (à droite). Pourvus d’un appareil stri-
dulatoire. Sternum lisse, 0,49 mm de long, 0,48 mm de large. Coxas IV séparés de 0,87 fois
leur plus grand diamètre.
Mensurations (mm) des pattes.
t
Mt
T
P
F
Total
I 0,40
0,62
0,64
0,23
0,75
2,64
IV 0,35
0,64
0,70
0,21
0,77
2,67
TM1 : 0,56 ; TM2 : 0,56 ;
TM3 : 0,57 ;
TM4 : 0,58.
— 242 —
Fig. 13-16. — 13-15 : Atypena simoni n. sp. : 13, céphalothorax de la femelle, vue latérale ; 14, id., vue
dorsale ; 15, épigyne. 16 : Piesocalus javanus Simon, épigyne. (Échelle = 0,1 mm.)
Deux épines sur les tibias I et II, une seule sur III et IV. Positions des épines sur le
tibia I : 0,24 et 0,72 ; leurs longueurs : 1,6 et 1,4 fois le diamètre de l’article. Sur le tibia IV :
position de l’épine 0,30 ; sa longueur 2,7 fois le diamètre de l’article. Griffes tarsales non
pectinées.
Epigyne (fig. 15).
Diagnose : L’attribution de cette espèce reste incertaine, tant qu’on ne connaît pas le mâle.
Si elle appartient à Atypena, elle diffère des autres espèces connues du genre par la taille des yeux,
la forme du céphalothorax et l’aspect de l’épigyne.
Matériel examiné : Holotype femelle, dans le même tube que A. ellioti nom. nud. (MNHN
16363), vraisemblablement de la même station : Ceylari, Galle.
- 243 —
PIESOCALUS Simon, 1894
Piesocalus Simon, 1894, Hist. nat. araignées, 1 : 667.
Espèce-type : P. javanus Simon, par monotypie.
Piesocalus javanus Si mon
P. javanus Simon, 1894, Hist. nat. araignées, 1 : 668.
Description
Femelle (mâle inconnu) : céphalothorax 1,00 mm de long, 0,78 mm de large ; longueur
totale 2,50 mm.
Coloration en alcool : Céphalothorax brun jaunâtre avec une ligne noire médiane
s’élargissant devant la strie thoracique. Appendices et sternum jaunes. Abdomen gris pâle,
pourvu de deux bandes noires sur presque toute sa longueur mais s’arrêtant devant les
filières où elles joignent deux taches triangulaires latérales, une de chaque côté des filières.
Céphalothorax lisse ; profil atteignant son sommet à mi-chemin entre les yeux PM
et la strie thoracique ; à partir de là, légèrement en pente jusqu’à la strie thoracique et
en pente forte jusqu’à l’extrémité postérieure. Yeux assez grands, la ligne antérieure légè¬
rement, la postérieure fortement procurvée. Yeux antérieurs équidistants, séparés d’un
peu moins que la moitié du diamètre des yeux AM qui atteignent les deux tiers du dia¬
mètre des AL. Yeux postérieurs de la même taille, les PM séparés par une distance égale
à leur diamètre, un petit peu plus éloignés des PL. Clypéus moins haut que la longueur
du quadrangle oculaire. Chélicères de 0,52 mm de long ; 5 dents à la marge antérieure,
la postérieure et les stries stridulatoires non observées. Sternum lisse, de 0,61 mm de long
et 0,57 mm de large.
Mensurations (i
uni) des
pattes.
t Mt
T
P
F
Total
I
IV gauche
droite
0,48 0,72
0,76
0,30
0,89
0,94
0,71
3,15
Il apparaît que la patte IV de droite est tératologique en ce sens qu’elle est plus courte
que la troisième patte et que son fémur est plus court que celui de la patte du côté droit,
à laquelle il ne reste que cet article-là. TM1 de 0,83 mm ; TM4 présent. Deux épines sur
— 244 —
les tibias des deux paires de pattes antérieures, une seule sur les tibias III et IV. Leurs
position et longueur sur le tibia I : 0,20 et 0,75, un peu moins long que le diamètre de l'article.
Épigyne (V 16).
Diagnose : Ce spécimen unique, tératologique et, de plus, incomplet, ne permet pas de situer
l’espèce avec certitude bien que le type de l’épigyne indique qu’elle appartient au complexe de
genres groupant Oedothorax et Atypena.
Matériel examiné : Holotype femelle (MNHN 15980), Java, baie de Palabouan.
Conclusion
Pour les raisons mentionnées dans l’introduction, Atypena doit être considéré comme
un synonyme plus ancien de Callitrichia. Il n’est pas impossible que Piesocalus javanus,
connu d’une femelle seulement, doit un jour être placé dans le même genre lorsque le mâle
sera connu. Le nom du genre devrait alors être Piesocalus puisqu’il a priorité de page.
Nous proposons pourtant de considérer désormais le nom Atypena comme le nom valable
et d’abandonner Piesocalus si P. javanus s’avérait appartenir au même genre.
Remerciements
Je remercie M. M. Hubert pour le prêt du matériel. Je suis très reconnaissant à Mr. G. Locket
et au Dr. A. Holm qui n’ont pas hésité de m’expliquer leur point de vue concernant le problème
de synonymie abordé dans cette publication.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 247-276.
Cambalides nouveaux et peu connus d’Asie, d’Amérique et d’Océanie.
I. Cambalidae et Cambalopsidae
(Myriapoda, Diplopoda)
par Jean-Paul Mauriès
Résumé. — L’ordre des Cambalida, dont la place parmi les Diplopodes Iuliformes est dis¬
cutée, est divisé en deux sous-ordres : Cambalidea et Pseudonannolenidea. Le premier comprend
deux familles : Cambalidae et Cambalopsidae (cette dernière incluant les Pericambalinae) ; le
deuxième en compte quatre : Iulomorphidae, Pseudonannolenidae, Physiostreptidae et Choctel-
lidae. Seuls les Cambalidea d’Asie, d’Amérique et de la zone indo-australienne sont étudiés ici :
descriptions, figurations des gonopodes, répartition géographique de quelques taxons de rang
spécifique (dont sept sont nouveaux pour la Science) appartenant aux genres Cambala, Nanno-
lene, Ëumastigonus (Cambalidae) et Trachyiulus, Glyphiulus, Hypocambala, Podoglyphiulus,
Plusioglyphiulus (Cambalopsidae). Un sous-genre nouveau, Chiraziulus, est créé pour un Nanno-
lene de l’Iran. Une espèce-type ( aveburyi ) est désignée pour Hawaicambala Verh.
Abstract. — The classification of the order Cambalida among the Diplopoda Iuliformia
is discussed. This order is divided in two sub-orders : Cambalidea and Pseudonannolenidea. The
first one includes two families : Cambalidae and Cambalopsidae (the latter including Pericam¬
balinae) ; the second one includes four : Iulomorphidae, Pseudonannolenidae, Physiostreptidae
and Choctellidae. Only the Cambalidea from Asia, America and Indo-australian zone are studied
in this note : descriptions, figurations of gonopods, distribution of some taxa (seven of which
new to Science) belonging to the genera Cambala, Nannolene, Eumastigonus (Cambalidae) and
Trachyiulus, Glyphiulus, Hypocambala, Podoglyphiulus, Plusioglyphiulus (Cambalopsidae). A
new sub-genus, Chiraziulus, is erected for a Nannolene from Iran. A type-species {aveburyi) is
designated for Hawaicambala Verh.
J.-P. Mauriès, Laboratoire de Zoologie ( Arthropodes ) du Muséum national d'Histoire naturelle, 61, rue
Buffon, 75005 Paris, France.
Les diverses tendances évolutives que l’on peut voir s’ébaucher à l’intérieur de l’ordre
des Cambalida font qu’il est considéré, à juste titre, comme un groupe charnière parmi
les Diplopodes Iuliformes et, de ce fait, est l’un des plus instructifs pour l’étude de leur
phylogénie.
C’est pourquoi il m’a paru opportun de faire connaître les résultats, rassemblés depuis
plusieurs années, de l’examen de matériaux (dont certains sont des échantillons de réfé¬
rence) appartenant aux Institutions suivantes : Muséum national d’Histoire naturelle
de Paris ; Zoologisk Museum de l’Université de Copenhague ; Museum of Comparative
Zoology de Cambridge (USA) ; British Museum (Natural History) ; Institut Royal des
Sciences Naturelles de Belgique.
- 248 -
Ces résultats seront publiés en deux parties : la présente note, après quelques remarques
sur la classification des Cambalida, traite du premier sous-ordre, celui des Cambalidea ;
une deuxième note sera consacrée au deuxième sous-ordre, celui des Pseudonannolenidea.
Je remercie bien vivement pour la confiance qu’ils m’ont témoignée et l’aide qu’ils m’ont
apportée MM. P. M. Johns (Christchurch), H. B. Levi (Harvard), D. Macfarlane (Londres),
J. Kekenbosch (Bruxelles) et surtout Henrik Enghoff (Copenhague).
Classification des Cambalida
Les classifications les plus récentes concernant les Cambalides sont dues à Mauriès
(1977) et à Hoffman (1979). Une connaissance plus approfondie de ce groupe me conduit
à présenter aujourd’hui une classification différant, sur les quelques points exposés ci-
après, de ma tentative de 1977 et se rapprochant, sans l’adopter intégralement, de celle
d’ Hoffman :
— Je rectifie une malencontreuse interversion de mon texte de 1977 : les Leioderinae
rejoignent les Cambalidae et les Glyphiulinae les Cambalopsidae, ce qui est leur place
normale.
— Ma sous-famille des Cambalomminae de 1977 ne se justifie pas si l’on admet par
ailleurs (ce qui est mon cas aujourd’hui) que les Pseudonannolene et Epinannolene ne doivent
pas être séparés dans deux sous-familles distinctes.
— En désaccord aussi bien avec ma classification de 1977 qu’avec celle d’HoFFMAN,
je place les Pericambalidae, aujourd’hui un peu mieux connus (Zhang & Li, 1981), parmi
les Cambalopsidae (avec le rang de sous-famille).
— En accord avec Hoffman (1979), mes Dimerogoninae doivent réintégrer les Cam-
balidae ; ainsi, mes Dimerogonidae de 1977 deviennent les lulomorphidae.
Ces corrections m’amènent à admettre grosso modo la division en familles adoptée par
Hoffman (1977) (à l’exception des Pericambalidae) : Cambalidae, Cambalopsidae, Iulo-
morphidae, Pseudonannolenidae, Physiostreptidae, Choctellidae.
J’admets également, avec cependant quelques réserves et des modifications sur le
contenu, la partition, proposée par Hoffman, de ces familles en deux sous-ordres, car
elle semble prendre en compte, en le confirmant, le concept sur lequel j’avais fondé ma
classification de 1977 : le développement relatif des P.8 et des P.9 dans le bloc gonopodial.
Ainsi, le sous-ordre des Pseudonannolenidea (= Epinannolenidea) chez qui les P.9
ont pratiquement disparu (c’est pourquoi j’en écarte les Pericambalidae), les P.8 (avec
rainure séminale) étant seuls gonopodes, s’oppose au sous-ordre des Cambalidea chez qui
les P.9 sont plus ou moins développés et partagent la fonction gonopodiale avec des P.8
relativement simples et pourvus ou non de flagelles.
Selon moi, deux familles seulement, les Cambalidae et les Cambalopsidae, consti¬
tuent le sous-ordre des Cambalidea ; la famille des lulomorphidae ne peut en faire partie
et doit être transférée dans le deuxième sous-ordre, celui des Pseudonannolenidea, avec
les Pseudonannolenidae, Physiostreptidae et Choctellidae.
En effet, dans cette famille des lulomorphidae, qui n’est pas encore très bien connue
— 249 -
et qui apparaît comme très hétérogène, il existe plusieurs taxons de rang générique, tels
Amastigogonus (cf. Brôlemann, 1913, et Hoffman, 1972) chez qui la présence d’une rai¬
nure séminale différenciée sur la partie coxale des P.8 est évidente. Une telle structure,
liée à une forte réduction des P.9 çj, réalise une combinaison gonopodiale qui, pour moi,
conduit naturellement, par simple réduction des P.9 et disparition du télopodite des P.8,
aux Pseudonannolenidea.
Un tel concept n’a pas pour seule conséquence le transfert des Iulomorphidae d’un
sous-ordre à l’autre; il me conduit également à classer les Cambalida, parmi les luli-
formes, d’une manière différente de celle de mon collègue R. L. Hoffman.
En effet, Hoffman (1972) voit, dans les mêmes gonopodes A'Amastigogonus, non
un Pseudonannolenidea primitif, mais plutôt une préfiguration de la structure gonopo¬
diale des Spirostreptides. C’est pourquoi il associe étroitement les deux groupes dans ses
classifications, considérant les Cambalides comme sous-ordre de Spirostreptida (Hoffman,
1969, 1972, 1979).
J’ai quelques réticences à admettre un tel rapprochement, car il ne peut être accepté
pour la totalité des Cambalides, une partie au moins de ces derniers, les Cambalidea, ayant
des affinités manifestes non avec les Spirostreptida mais avec les Iulida et, à un degré
moindre, avec les Spirobolida. En revanche, pour ce qui concerne l’autre sous-ordre, celui
des Pseudonannolenidea, on peut très bien imaginer, comme le fait Hoffman, que ses
représentants actuels ont eu un ancêtre commun avec les Spirostreptides (dans les deux
groupes, les P.9 $ sont régressées et la rainure séminale se trouve sur les P.8 $). Cepen¬
dant, ceci me paraît bien hypothétique et tenir plutôt de la convergence, et je continue,
en attendant de nouveaux éléments d’appréciation, à penser que les Pseudonannolenidea,
qui constituent indubitablement un phyllum particulier, ont, comme semble l’attester la
construction générale de leurs gonopodes (et notamment la position et le faible développe¬
ment du télopodite), une origine commune avec les autres Cambalides.
C’est pourquoi je considère provisoirement les Cambalides comme un seul ordre distinct
malgré leur biphyllétisme, au même titre que les Iulida, Spirobolida et Spirostreptida.
Ordre CAMBALIDA (Bollman, 1893)
Sous-ordre CAMBALIDEA (Bollman, 1893)
Famille Cambalidae (Bollman, 1893)
A la liste des genres d’HoFFMAN (1979) ajouter : Zinagon.
Famille Cambalopsidae Cook, 1895
Sous-famille Cambalopsinae (Cook, 1895)
Trachyiulus
Sous-famille Glyphiulinae Chamberlin, 1922
Glyphiulus — Hypocambala (? = Trichocambala) — Podoglyphiulus — Plusioglyphiu-
lus — Dolichoglyphius.
Sous-famille Pericambalinae (Silvestri, 1909)
Pericambala — Bilingulus — Parabilingulus.
- 250 —
Sous-ordre PSEUDONANNOLENIDEA (Silvestri, 1895)
Famille Iulomorphidae Verlioeff, 1924
Iuloniorpha —- Stenjulomorpha — Dinocambala — Amastigogonus — Victoriocambala —
Atelomastix.
Famille Pseudonannolenidae Silvestri, 1895
Pseudonannolene — Epinannolene (? = Typhlonannolene) — Cambalomma.
Famille Physiostreptidae Silvestri, 1903
Physiostreptus — Haplopodostreptus.
Famille Choctellidae Chamberlin & Hoffman, 1950
Choctella.
Genres incerte sedis : Prosceliomeron (Cambalidae pour Hoffman, 1979) —- Thaumaceratopus —
Samichus — Merioproscelum —- Podykipus
CAMBALIDAE
CAMBALA Gray, 1832
Cambala speobia (Chamberlin, 1952)
Loc. : USA, Texas, Comté de Kerr, 20 miles à l’est de Kerrville, Wilson’s Ranch, grotte n° 2,
5 juin 1956, coll. B. Condé, J. Norris et E. Wilson, 2 £ 5 Ç (MNHN Paris).
Cette espèce, dont la diagnose, la synonymie et les vicissitudes du point de vue de
la nomenclature ont été exposées par Causey (1964) et surtout Shelley (1979 et 1981),
est connue de plusieurs grottes du Texas, du Nouveau Mexique et du nord du Mexique.
Elle n’avait pas encore été signalée du Comté de Kerr, qui se trouve dans l’aire de répar¬
tition actuellement connue de l’espèce, non loin du Comté d’Edwards, d’où elle est déjà
connue. Je figure ici (fig. 1-3) les gonopodes de l’un des mâles récoltés par Bruno Condé.
NANNOLENE Bollman, 1887, HAWAICAMBALA Verh., 1944,
CHIRAZIULUS n. subg.
Ma surprise a été grande de découvrir, dans le matériel du Musée de Copenhague,
un Cambalide originaire de l’Iran, la faune diplopodologique de ce pays ayant pour l’essen¬
tiel un caractère paléarctique. Non seulement ce Diplopode ne peut être rapproché des
Cambalides asiatiques tropicaux (Cambalopsidae), mais il manifeste une parenté évidente
- 251 -
avec le genre néarctique Nannolene (Cambalidae). Rappelons que dans sa définition actuelle
(Hoffman, 1979) ce genre inclut, outre les espèces californiennes, les espèces décrites
d’Hawaii par Silvestri (1904) sous le nom générique de Dimerogonus. C’est pour ces der¬
nières que Veriioeff (1944) a créé son genre Hawaicambala. Bien que ce taxon soit pro¬
bablement synonyme de Nannolene, je pense qu’il faut lui attribuer un statut en nomen¬
clature ; c’est pourquoi je désigne ici comme espèce-type, aveburyi Silvestri, 1904.
Fig. 1-3. — Cambala speobia (Chamberlin, 1952), <$ du Comté de Kerr (Texas, USA) : 1, P.8 (gonopodes
antérieurs) en vue caudale ; 2, P.9 (gonopodes postérieurs) en vue externe ; 3, P.9 en vue cau¬
dale.
Les gonopodes antérieurs de notre espèce iranienne, avec leurs flagelles démesuré¬
ment longs et enroulés parasagittalement sur un tour de spire, ne laissent aucun doute
sur sa parenté avec les Nannolene -j- Hawaicambala. Mais, le plus grand développement
des parties coxales parasagittales, par rapport aux parties externes des gonopodes anté¬
rieurs, semble bien la singulariser, en lui donnant une certaine ressemblance avec les gono¬
podes antérieurs d ’ Eumastigonus. En ce qui concerne les autres caractères sexuels, l’espèce
ne semble se distinguer (pour autant qu’on puisse en juger, les figurations et descriptions
des espèces californiennes étant très insuffisantes) que par la non-déformation des P.l
du mâle. Elle se singularise également par ses caractères externes : absence d’yeux et pré¬
sence aux métatergites de cannelures longitudinales dorsales et de fines crêtes longitudi¬
nales latérales. Les caractères différentiels mentionnés ci-dessus et l’isolement géographique
de cette espèce justifient la création d’un taxon subgénérique : Chiraziulus.
— 252 —
Nannolene (Chiraziulus n. subg.) kaiseri n. sp.
Loc. typ. : Iran, Chiraz, montagne gréseuse au nord de la ville, alt. 1 600 m, station très aride,
à végétation en début de floraison printanière, sous les pierres et mottes de terre ; 16 février 1937,
coll. E. W. Kaiser, 1 holotype, 51 (J (adultes et jeunes) et 53 $ (adultes et jeunes) paratypes
(M. Z. Copenhague) ; 1 j., 5 $ et 4 Ç paratypes sont retenus pour les collections du MNHN.
Caractères morphologiques externes
Iuliformes de taille moyenne (longueur maximum : 39 mm (çj) et 52 mm ($)), en cylindre
régulier à peu près 15-20 fois plus long que large, aveugles et presque entièrement dépig¬
mentés, pourvus de cannelures et côtes métatergales longitudinales.
Mensurations et nombre d'anneaux
Pour éviter l’énumération fastidieuse des dimensions relevées sur les 105 individus, et sans
prétendre (en l’absence d’yeux, si utiles en général pour la définition des stades) reconstituer
ne serait-ce qu’une partie du développement post-embryonnaire, j’ai d’abord regroupé les indi¬
vidus en catégories fondées sur le nombre d’anneaux apodes. Mais, comme il apparaît que l’évo¬
lution du nombre d’apodes au fur et à mesure de la croissance s’effectue d’abord dans le sens 4 —
5 — 6, puis dans le sens 6/5 — 4 — 3 — 2, sans que l’on puisse définir les stades réels, nous avons
séparé (car c’était possible) les individus à 4 apodes en deux catégories, de telle sorte que, dans
le tableau ci-après, les grandes catégories, qui correspondent non à des stades mais à des étapes
successives de la croissance pouvant correspondre à plus d’un stade, sont successivement désignées
par le nombre d’apodes : 4 — 5 — 6 — 4 — 3 — 2. Cette succession est en corrélation avec l’aug¬
mentation de la taille et du nombre d’anneaux. La maturation sexuelle apparaît (du moins chez
le mâle) dans la catégorie à 5 apodes ; la disparité des nombres s’accentue dans les catégories ter¬
minales. Dans le tableau ainsi constitué, À désigne le nombre d’anneaux (apodes et pygidium
compris), L la longueur du corps en mm, h le diamètre vertical (hauteur) en mm, et N le nombre
de spécimens.
4
5
Nombre
6
d’apodes
4
3
2
C? j-
A
38-39
34-47
42
45
h
1,2-1,3
1,2-1,6
1,4
1,6
L
14-16
13-26
19,5
25
N
3
13
1
1
$
A
44-48 54 *
45-48
50-57
53-61
55-64
h
1,3-1,7
1,5-1,7
1,5-1,9
1,7-2
1,7-2,1
L
20,5-31
22-26
26,5-39
35-39
36-46
N
12
5
4
8
5
?
A
36-40
37-47
41-48
43+ 51-58
55-64
59,68
h
1-1,3
1,1-1,7
1,4-1,8
1,5+ 1,8-2
1,8-2,2
1,9 2,1
L
12-17,5
16-27
21-28
22 + 32-39
37-52
39 52
N
4
32
5
6
4
2
* Un seul individu ; + Immature, se situant en fait entre les deux catégories à 4 apodes.
- 253 —
Capsule céphalique courte, à profil arrondi, sans soies occipitales, mais à sillon médian
occipital. Labre tridenté. Face glabre, mais 5 —|— 5 soies paralabiales et 30-40 soies mar¬
ginales au labre. Pas d’yeux, ni trace de cornée, mais, à leur place, une tache blanche qui
contraste avec la coloration jaunâtre générale. Gnathochilarium à duplomentum ; la pièce
basale, légèrement excavée, est à bords latéraux arrondis (plus accusés chez le mâle que
chez la femelle) ; la pièce distale, en triangle dont la base est le tiers de la largeur de la pièce
basale, est deux fois plus haute que large, et sa pointe affleure au même niveau que le bord
distal des lames linguales. Antennes plus courtes que le diamètre vertical du corps : chez
le mâle holotype, elles mesurent 1,2 mm (diamètre du corps, 1,9 mm) ; les antennomères
II, III, IV, V, VI sont subégaux (environ 0,20 mm chez le holotype) ; le V est clavi-
forme ; le VI, qui est le plus large, est 1,3 fois plus long que large.
Collum lisse dorsalement, à lobes latéro-ventraux arrondis ; ces derniers sont par¬
courus par 4-5 côtes longitudinales dont la plus dorsale se transforme postérieurement
en strie. Plus dorsalement, on observe quelques vagues stries longitudinales postérieures.
Anneaux moyens sans sillon dorso-médian, à section parfaitement circulaire. Pas
de sillon zonital, mais prozonite et métazonite sont séparés par un net étranglement ;
prozonite lisse, sauf ventralement où s’observent de chaque côté une dizaine de stries
longitudinales. Ozopores dès le 5 e anneau, s’ouvrant au milieu d’un petit tubercule situé
exactement à mi-hauteur des flancs et dans la moitié antérieure du métazonite. Ce tuber¬
cule, presque circulaire en vue distale sur les anneaux les plus antérieurs, tend à s’étirer
longitudinalement, à prendre un aspect fusiforme sur les anneaux moyens, puis à s’effacer
sur les derniers anneaux. Les métazonites présentent deux types d’ornementation : au-
dessus des pores, toute la voûte dorsale est garnie de 16 (8 -|- 8) cannelures convexes séparées
par des stries ; leur nombre peut varier sur un même individu : 9 —J— 8, 9-)-9, 7 —(— 8, 7 -f- 7 ;
les derniers chiffres sont relevés sur les jeunes. Au-dessous du pore, les stries, au nombre
d’une douzaine de chaque côté, déterminent de légères surélévations tégumentaires à crête
longitudinale aiguë.
Pygidium sans prolongement telsonien, pourvu dorsalement de quelques traces de
cannelures longitudinales ; valves lisses et glabres, sauf les bords postérieurs qui sont garnis
de petites soies (15-20).
Pattes courtes (1,1 mm de long chez le mâle holotype) ; uncus long, flanqué d’un
court éperon.
Caractères sexuels du mâle
Pleurites du 6 e anneau différenciés en lobes largement arrondis en arrière et saillants
postérieurement. Pleurites du 7 e anneau formant de chaque côté, au-dessus des gonopodes,
un lobe sub-carré. P.l (fig. 4) presque normales, à télopodite de 5 articles et uncus normal.
Aucune particularité sur les premières paires de pattes.
Gonopodes antérieurs (P.8, fig. 5-6) : Aspect général des gonopodes d’ Eumastigonus :
processus sternal antérieur impair (S) deux fois plus long que large et à sommet arrondi,
plus bas que la moitié de la hauteur des coxoïdes (C). Ces derniers sont un peu plus larges
à la base qu’au sommet ; dans le tiers distal, ils se divisent en deux lames : une interne (i),
parasagittale (à profil arrondi) qui dépasse nettement le reste du gonopode ; une externe (e),
Fig. 4-7. — Nannolene (Chiraziulus n.subg.) kaiseri n. sp., cJ holotype (Chiraz, Iran) : 4, P.l ; 5, P.8 (gono-
podes antérieurs) en vue caudale (flagelle gauche en noir) ; 6, P.8 en vue latérale ; 7, les mêmes en vue
— 255 -
nettement plus courte, située dans un plan transverse, à profil distal vaguement arrondi
et formant vers l’intérieur une petite dent (d). En vue caudale, la lame (e) est garnie dans
sa partie distale interne d’une demi-douzaine de courtes soies en crochets ; de plus, à sa
base, elle est accompagnée par une petite digitation (T) garnie de soies, qui correspond
probablement au télopodite des Eumastigonus. Le flagelle (F), d’une longueur démesurée,
est implanté à mi-hauteur du coxoïde, sur le bord médial de la face postérieure, et dessine
un tour de spire, comme chez Nannolene, dans un plan parasagittal.
Fig. 8-10. —Nannolene (Chiraziulus n. subg.) kaiseri n. sp., $ holotype (Chiraz, Iran) : 8, P.9 (gonopodes
postérieurs) en vue orale ; 9, P.9 isolé en vue post-médiale ; 10, le même en vue antéro-latérale.
Gonopodes postérieurs (P.9, fig. 6-7) : Les deux gonopodes, de structure assez simple,
sont unis basalement par une large partie membraneuse (M), concave oralement (fig. 7),
qui correspond probablement à un reste de sternite. Chaque gonopode paraît constitué
par trois articles : un article basal coxosternal (C) dont la face interne, plane, a un aspect
râpeux ; un article moyen (K), colpocoxal dont un prolongement aigu (k), implanté orale-
— 256 —
ment, constitue l’apex du gonopode ; caudalement, on observe un mamelon (L) ; un article
distal (T = reste de télopodite ?) abondamment garni de soies. Il est important de signaler
qu’en vue orale, la limite entre (K) et (T) est marquée par une profonde rigole qui est peut-
être une rainure séminale ou tout au moins un guide pour l’extrémité du flagelle des P.8.
EUMASTIGONUS Chamberlin, 1920
Le statut de ce genre a été déjà partiellement débrouillé par Hoffman (1972), mais
l’espèce-type reste encore inconnue, mes démarches pour essayer d’obtenir des échan¬
tillons de la série-type de cette espèce n’ayant pas abouti. Le doute qui résulte de cette
inconnue ne se limite d’ailleurs pas seulement au genre lui-même, mais à la grande majo¬
rité des espèces. Seules, insulanus, correctement figurée par Attems (1903), et distinctior,
revue par Hoffman (1972), peuvent être reconnues. Les autres espèces rapportées par
leur auteur, Chamberlin (1920), au genre Dimerogonus (ater et kaorinus), ou au genre
Eumastigonus (kaorinus bis, fasciatus, parvus et maior), ont été décrites très succinctement
et sans aucune figure. Parmi elles, je n’ai pu examiner que les mâles paratypes de Dimero¬
gonus kaorinus et le mâle holotype d’ Eumastogonus fasciatus. Quatre taxons au moins
restent donc encore bien imprécis. Malgré cela, je décris une espèce nouvelle parce qu’elle
n’a manifestement, si l’on en juge par les quelques renseignements tirés des descriptions
originales, que très peu de chances de devenir synonyme de l’un d’entre eux. Ce jugement
est partagé par le Pr. P. M. Johns (in litt.) à qui j’ai soumis mes dessins et descriptions
de cette espèce.
Eumastigonus insulanus (Attems, 1903)
Matériel examiné : Nouvelle-Zélande, « Mamaku Buch », à 18 miles au nord de Rotorua
(île du Nord), janvier 1963, coll. J. Eibf.rg, 1 $ (Zool. Mus. Copenhague). — Nouvelle-Zélande,
Kaori Forest, près Swainson, coll. Wheeler, 2 (J, 1 Ç paratypes de Dimerogonus kaorinus Ch.,
1920 (Mus. Comp. Zool. Harvard, MCZ 4866). — Nouvelle-Zélande, Milford Sound (île du Sud :
44°40 S-167°56 E), 16 janvier 1952, coll. Galathea Exp. 50-52 (Zool. Mus. Copenhague), 1 —
Nouvelle-Zélande, Taumarunni, coll. Wheeler, holotype A'Eumastigonus fasciatus Ch., 1920
(Mus. Comp. Zool. Harvard, MCZ 4870).
J’ai rassemblé sous la même dénomination l’ensemble du matériel ci-dessus, car bien
qu’aucun des mâles examinés n’ait exactement les gonopodes A’insulanus tels que les a
figurés Attems (1903), ils ne s’en distinguent que faiblement, et chacun d’une manière
particulière, ce qui semble indiquer que cette espèce, qui apparemment couvre la quasi¬
totalité du territoire néo-zélandais, est sujette à bien des variations :
1. Le mâle unique de Mamaku Buch est, par ses gonopodes, identique aux deux mâles
paratypes de Dimerogonus kaorinus Ch., 1920. Les figures 11 à 14 représentent les gono¬
podes de l’un de ces derniers. Ils se distinguent de ceux des figures d’Ai'TEMS par la struc¬
ture des lobes distaux des coxoïdes des P.8 (gonopodes antérieurs) :
Fig. 11-18. — Eumastigonus insulanus (Atteins, 1903) : 11-14 : g paratype de Dimerogonus kaorinus Chamb.,
1920 : 11, P.8 (gonopodes antérieurs) en vue orale ; 12, les mêmes en vue caudale ; 13, P.9 (gonopodes
postérieurs), membre droit en vue caudale ; 14, P.9 en vue orale. — 15-18 : (J de Milford Sound : 15,
P.8 en vue orale ; 16, P.8 en vue caudale ; 17, P.9 droite isolée en vue caudale : 18, P.9 en vue orale.
- 258 —
— processus distal interne plus clavaté et légèrement courbé vers l’extérieur ;
— processus médian membraneux plus aigu ;
•— lobe externe nettement plus bas et plus large.
Signalons qu’à notre surprise les P.l de l’un de ces deux mâles paratypes de l’espèce
de Chamberlin présentent un uncus bien formé, ce qui n’est probablement pas le cas du
mâle holotype (que nous n’avons pas pu voir 1 ) sinon Chamberlin l’aurait, classé dans son
genre Eumastigonus ! Il y a donc tout lieu d’admettre que la transformation régressive
Cl 'S P.l des mâles n’est pas toujours complète, ce qui diminue beaucoup, comme on pou¬
vait s’y attendre, l’importance de ce caractère en systématique.
2. Les échantillons les plus méridionaux, ceux de Milford Sound, montrent (fig. 15-
18) des gonopodes identiques à ceux qui ont été figurés par Attems (1903), sauf pour un
caractère non négligeable : l’ornementation du lobe coxal distal externe est assurée ici,
non par un couvert de petites soies fines, mais par un rang transverse de fortes soies
aplaties (pectinae sensu Chamberlin, 1920).
3. Les gonopodes du mâle holotype d ’Eumastigonus fasciatus (fig. 19-22) sont ceux
qui montrent le plus de ressemblances avec les gonopodes figurés par Attems (1903) : les
P.8 sont identiques ; l’extrémité des P.9 montre un fort développement en largeur qui
n’est peut-être qu’une variation individuelle. Signalons que les P.l de ce mâle sont pour¬
vus, ici également, d’un uncus bien développé, ce qui montre que Chamberlin (1920),
n’a pas toujours confondu P.l et P.2, ce qui est à mettre à son crédit ! Rappelons que ce
mâle, que Chamberlin avait distingué pour ses caractères de coloration, se signale aussi
par sa taille médiocre ; il possède 42 anneaux pour deux apodes, a des yeux formés de deux
rangs de sept et huit ocelles et une striation métatergale très réduite.
Les variations observées d’une localité à l’autre, mais sur un très faible nombre d’indi¬
vidus, ne peuvent être interprétées correctement. Il est impossible de dire si ces varia¬
tions sont individuelles ou si elles traduisent des processus de spéciation favorisés par
l’insularité. C’est pourquoi je les ai regroupées ici sous la même dénomination spécifique.
Mais il est certain que les documents encore inédits du Pr. P. M. Johns, qui rassemblent
des observations effectuées sur le terrain et sur un grand nombre d’individus depuis de
nombreuses années, seront très instructifs et conduiront probablement à l’éclatement
du concept actuel de cette espèce.
Eumastigonus distinctior Chamberlin, 1920
Matériel examiné : Nouvelle-Zélande, Wellington, Porirua P. A., 24 décembre 1951, coll.
Galathea Exp. 50-52, 2 1 ? (Zool. Mus. Copenhague).
Cette espèce ayant déjà été caractérisée par Hoffman (1972), je ne donne ici (fig. 23)
qu’un dessin du gonopode antérieur pour montrer une petite différence, simple variation
par rapport aux figures publiées par mon collègue : la pièce d (= T, télopodite) est ici
un peu plus courte que b (processus coxal interne postérieur) au lieu d’être plus longue.
1. Ce mâle holotype appartient, selon le Pr. P. M. Johns, à une espèce différente qui doit, du fait de
sa synonymie avec E. kaorinus, recevoir un autre nom : otekaorinus Johns [in lift.).
- 259 -
Les deux mâles examinés ont 43/2 et 47/3 anneaux, mesurent respectivement 31 et
35 mm de long pour 2,3 et 2,2 mm de diamètre. La femelle a 47/3 anneaux et mesure 42 mm
de long pour 3,4 mm de diamètre. A signaler que la P.l est bien, ici, comme l’a figurée
Hoffman, c’est-à-dire régressée, sans uncus.
Fig. 19-23. — 19-22 : Eumastigonus insulanus (Atteins, 1903), d holotype de E. fascialus Chamb., 1920 :
19, P.8 (gonopodes antérieurs) en vue orale ; 20, extrémité de l’une des P.8, en vue caudale ; 21,
P.9 (gonopodes postérieurs), membre isolé en vue caudale ; 22, P.9 en vue latérale externe. — 23 :
Eumastigonus dislinctior Chamberlin, 1920, de la région de Wellington : P.8 (gonopodes antérieurs)
en vue caudale.
Eumastigonus hemmingseni n. sp.
Loc. typ. : Nouvelle-Zélande, île du Nord, mont Kaimanawa (State Forest), 12 décembre
1972, coll. A. M. Hemmingseni, 1 $ holotype, 2 <J, 2 $, 1 Ç j. paratypes (Zool. Mus. Copenhague),
1 paratype (MNHN Paris).
Caractères morphologiques externes
Coloration générale sombre, gris ardoise, prozonites et tiers antérieur des métazo-
nites grisâtres, deuxième tiers des métazonites noirâtres, troisième tiers formant un annu-
— 260 —
lus blanc roussâtre ; collum sombre complètement entouré d’un large limbe blanc rous-
sâtre. Tête sombre, plus roussâtre vers la bouche, avec 3 paires de taches claires inter-
antennaires (une ronde d’un diamètre égal à une fosse antennaire, située à l’intérieur et
près de chaque fosse, et deux très petites parasagittales) ; antennes sombres ; pygidium
gris sombre, telson et valves roussâtres. Pattes claires, blanchâtres à roussâtres.
Mensurations et nombre d’anneaux : Les adultes des deux sexes ont sensiblement les mêmes
mensurations : longueur comprise entre 35 et 44 mm, diamètre entre 2,8 et 3,1 mm. Nombre
d’anneaux : 47/2 pour le mâle holotype, 46/2, 50/2, 50/2 chez les mâles paratypes, 49/2 pour la
femelle paratype, 45/3 pour la femelle jeune.
Capsule céphalique lisse et convexe, labre tridenté, sillon occipital faiblement marqué ;
pilosité réduite à 3 + 3 sétules prélabiales et 10 -f- 10 petites soies marginales labiales.
Yeux grands, réniformes, les ocelles (au nombre de 27 chez le mâle holotype) répartis en
4 rangs transverses.
Antennes de longueur médiocre (les 3/5 environ du diamètre du corps), les antenno-
mères distaux à peine plus larges que les distaux, les antennomères 2 à 6 subégaux en lon¬
gueur et modérément clavatés.
Gnathochilarium à stipes remarquables par la présence, chez les mâles, d’une saillie
ventrale globuleuse (marquée de deux courtes et fortes soies), située très distalement.
Partie basale du mentum concave, à limites latérales convexes et bords antérieurs et posté¬
rieurs droits ; postmentum glabre, en triangle court dont la pointe reste éloignée du bord
antérieur du fait des lames linguales ; ces dernières portent chacune deux soies (une anté¬
rieure et une postérieure). Joues du mâle à prolongements antérieurs et ventraux.
Collum à lobes latéraux en angle aigu arrondi ; le bord antérieur, rebordé par une
strie paramarginale depuis l’œil jusqu’à l’angle, effectue une légère saillie en avant, un
peu au-dessous du niveau de l’œil. En plus de la strie paramarginale, il n’y a que quelques
ébauches de stries postérieures très ventrales ; le reste du collum est lisse, à l’exception de
vagues strioles longitudinales visibles dorsalement et latéralement sur le tiers postérieur.
Anneaux moyens : Prozonite entièrement lisse ; quelques traces de faibles strioles
transverses sinueuses et plus ou moins anastomosées entre elles sur les premiers anneaux.
Métazonite à peine plus haut que le prozonite ; stries métatergales présentes sur le tiers
inférieur de chaque côté, les plus distales étant plus effacées postérieurement ; la strie
la plus distale (la plus courte donc) dessine en avant une courbure brusque pour se con¬
fondre, en prenant une direction transverse, avec le sillon zonital ; les autres stries longi¬
tudinales dessinent également une telle courbure vers le haut, mais sans établir une con¬
tinuité avec le sillon zonital et en empiétant légèrement sur le prozonite. Ozopore à mi-
distance du sillon zonital et du bord postérieur.
Pygidium à processus telsonien court (angle obtus émoussé), dépassé par les valves
anales. Celles-ci ne sont pas marginées, bien qu’elles le paraissent en vue latérale (rebord
interne vu en semi-transparence) ; elles portent 3-4 minuscules soies marginales.
Caractères sexuels du mâle
P.l très comparables à ceux de distinctior (voir Hoffman, 1972) ; sternite et coxites
identiques, télopodite 4-articulé ; mais ici, l’article préfémoral est nettement plus large
— 261 —
à la base et les trois articles distaux sont plus courts. P.8 (fig. 24-25) remarquables par
l’absence de longues soies et de soies aplaties (pectinae) distales qui sont présentes chez
les autres espèces, sauf distinctior. Un autre caractère les rapproche de cette dernière espèce :
le télépodite T constitue la partie la plus haute du gonopode. Ils s’en distinguent cependant
aisément par la forme du processus coxal postérieur (a) ; les autres différenciations coxales
(b) et (c) ne sont pas très différentes. P.9 (fig. 26) ayant, comme celles de distinctior et celles
d’ater, une structure intermédiaire entre les Eumastigonus et Dimerogonus.
Fig. 24-26. — Eumastigonus hemmingseni n. sp., o holotype du mont Kaimanawa : 24, P. 8 (gonopodes
antérieurs) en vue caudale ; 25, P.8 en vue orale ; 26, P.9 (gonopodes postérieurs) en vue orale.
CAMBALOPSIDAE
Cette famille qui, du point de vue des gonopodes, se caractérise par une relative sim¬
plicité des P.8 (télopodite articulé à une plaque coxosternale), l’absence constante de fla¬
gelle et une relative différenciation des P.9, se signale par la déformation quasi constante
des P.l du mâle et la présence, chez presque tous les genres, de côtes ou tubercules méta-
tergaux. A noter aussi son homogénéité chorologique, puisque, à l’exception des quelques
espèces dispersées par l’homme dans les îles du Pacifique et au-delà, la famille est con¬
centrée dans le sud-est asiatique (Ryu-Kyu, Taïwan, sud de la Chine, Népal, Inde, Sri
Lanka, Birmanie, Thaïlande, Viêt-Nam, Cambodge, Malaysia, Indonésie).
- 262 —
Clé des sous-familles
1 — P.8 (J : télopodite en général petit, plus ou moins articulé sur le côté d’une plaque coxoster-
nale plus grande que lui. Gnathochilarium à mentum divisé en deux ou trois pièces.. 2
— P.8 : télopodite en général long et grêle, quelquefois bifide, plus long ou aussi long que
les processus paramédians qui prolongent le coxosternite. Gnathochilarium à mentum d’une
seule pièce. Cambalopsinae
2 — Gnathochilarium à mentum divisé en 2 pièces. Glyphiulinae
— Gnathochilarium à mentum divisé en 3 pièces. Pericambalinae
Cambalopsinae
Trachyiulus nordquisti ambiguus n. ssp.
Loc. typ. : Thaïlande, Kanchanaburi (150 km à l’ouest de Bangkok), Daowdaeng Cave, 21
décembre 1981, coll. N. Mdller Andersen, 1 £ holotype, 2 <J, 2 Çparatypes (Zool. Mus. Copenhague).
Fig. 27-30. — Trachyiulus nordquisti ambiguus n. ssp., holotype de Thaïlande : 27, P.8 (gonopodes
antérieurs) en vue caudale ; 28, P.8 en vue orale ; 29, gonopode postérieur (P.9) isolé, en vue médiale ;
30, P.9 en vue caudale.
Forme très proche de calvus et surtout de nordquisti, dont elle ne se distingue que
par les détails des gonopodes (fig. 27-30) :
263 —
— aux P.8 : dent interne (t) du télopodite presque nulle ; extrémité de la branche
accessoire du télopodite (u) non renflée ;
— aux P.9 : processus distal (d) plus allongé et plus grêle, à base moins large (en vue
latérale).
Mensurations , nombre d'anneaux et d'ocelles
Sexe
Nb anneaux/
APODES
Longueur
(mm)
Diamètre
(mm)
Nb ocelles
œil droit œil gauche
$ holotype
60/3
27
1,2
4
5
(J paratype
49/4
17
0,8
4
5
c? ~
52/4
20
I
5
5
? ~
54/3
22
1
5
5
? -
48/6
16
0,8
5
5
Il est permis de se demander si calons, nordquisti et la nouvelle forme ne constitue¬
raient pas, en fait, des variations d’une même espèce, tant les différences sont faibles entre
elles au niveau des gonopodes. Il est à noter qu’elles forment, avec heteropus Silv., 1923,
un petit groupe très homogène, localisé à la péninsule malaise qui est certainement la patrie
d’origine de l’expansive nordquisti.
Trachyiulus sp. (calvus Pocock, 1893 ?)
Il n’est pas possible, en l’absence de mâles, de préciser à quelle espèce appartiennent
réellement les Cambala calva déterminés par Pocock et déposés au Muzée Zoologique de
Copenhague. Ils proviennent en effet de la localité « Palon in Pegu » (Birmanie) ; ils ne sont
donc pas topotypes des échantillons du British Muséum (Beef Island near Tavoy) que
j’ai examinés il y a quelques années, et dont le mâle (figuré in Mauriès, 1970) avait été
désigné comme lectotype ; on ne peut donc affirmer qu’ils appartiennent à la même espèce.
Trachyiulus wilsonae n. sp.
Loc. typ. : Népal, Pokhara, Oderibunan Gup-ha (grotte), 18 octobre 1976, coll. Jane Wilson
(1100 N), 1 $ holotype (MNHN Paris). — Autres loc. : Même grotte, 16 octobre 1976, coll. J. Wil¬
son 1106 N), 1 Ç. Même grotte, 15 octobre 1976, coll. J. Wilson (1112 N), 1 j., 2 Ç. Népal, Pokhara,
Mahendra Gup-ha (grotte), sur roche et argile, 21 septembre 1976, coll. J. Wilson (621-622 N),
1 (J j., 1 $. Même grotte, sur guano, 24 septembre 1976, coll. J. Wilson (575 N), 1 Ç j. Même grotte,
24 septembre 1976, coll. J. Wilson (568 N), 1 Ç j. Népal, Bagmati (près Kathmandu), Twan Reng
Gup-ha (grotte), entrée et zone sombre, guano abondant, 10 octobre 1976, coll. J. Wilson (689 N),
3 Ç, 2 Ç j. Népal, grotte de Bagmati, 30 novembre 1966, coll. Michel Hubert, 1 $ (en tous points
identiques au holotype, pourtant distant de 135 km !).
- 264 -
Caractères morphologiques externes
Coloration générale brune uniforme ; pattes à peine plus claires.
Mensurations et nombre d’anneaux
Nb anneaux/
APODES
L (mm)
1 (mm)
$ holotype
(1100 N)
57/3
29,5
IA
âi
(1112 N)
43/3
18
1
?
(1112 N)
54/5
28
1,5
?
(1112 N)
61/3
36
1,6
?
(1106 N)
60/3
40
1,6
?j
(568 N)
44/7
16
1,2
?j
(575 N)
52/7
22
1,3
3 j (621-622 N)
47/7
18
1,3
? (621-622 N)
60/4
27
1,7
?
(689 N)
59/3
34
1,5
?
(689 N)
65/2
40
1,6
?
(689 N)
61/3
37
1,6
?j
(689 N)
46/7
15
1,3
? j
(689 N)
47/6
20
1,1
$ (RCP Népal)
49/5
18
1,1
Tête : Œil de 3 ocelles (adultes) ; antenne de longueur médiocre : 1,65 mm chez le ^
holotype ; 5 e antennomère à peine plus long que large. Gnathochilarium à mentum d’une
seule pièce.
Collum parcouru par 13 côtes longitudinales complètes, régulières, un peu plus hautes
en arrière qu’en avant et effacées à leur extrémité antérieure ; de chaque côté, la côte la
plus latérale est invisible en vue dorsale, moins haute et plus effacée à ses extrémités que
les autres. Carinotaxie (formule d’HoFFMAN, 1977) : VI m VI/6 m 6.
Anneaux antérieurs et moyens à 17 côtes longitudinales (formule carinotaxique :
VIII M VI11/8 m 8) longitudinales; les latérales sont basses et échancrées, les dorsales
plus hautes et coupées d’une échancrure qui les partage en deux parties subégales ; chaque
partie porte une dent postérieure sur les anneaux moyens et postérieurs ; sur les premiers
anneaux, la partie postérieure de chaque crête est plus basse que la partie antérieure. La
crête médiane est plus basse que les autres. C’est la quatrième crête (en partant du milieu)
qui est porifère. Anneaux postérieurs : le nombre de côtes longitudinales infra-pore augmente
progressivement de telle sorte qu’au 50 e anneau (chez le mâle holotype) la formule cari¬
notaxique devient : XII M X11/12 m 12.
Pattes plus courtes que le diamètre du corps (1 mm de long chez le mâle holotype).
31-36. — Trachyiulus wilsonae n. sp., <J holotype de la grotte Odenbuwan (Népal) : 31, P.l en vue
caudale ; 32, base des P.l et pénis ; 33, P.8 (gonopodes antérieurs) en vue caudale ; 34, P.8 en vue
orale ; 35, P.9 (gonopodes postérieurs) en vue caudale ; 36, P.9 en vue latérale externe.
- 266 -
Caractères sexuels du mâle
P.l (fig. 31) : expansions parasagittales du coxosternite en crochets courts et forts
(k) ; télopodites en moignons bi-articulés. P.2 (fig. 32) : pénis double court. P.8 (gono-
podes antérieurs, fig. 33-34) en écusson triangulaire à sommet arrondi, dont le côté externe
est échancré et porteur d’une petite lame pileuse (T) qui représente le télopodite. P.9 (gono-
podes postérieurs, fig. 35-36) remarquables par le fort renflement postlatéral de leur moitié
basale et par la présence, subapicalement et distalement par rapport à la moitié distale
membraneuse, d’un long processus rubané dirigé vers l’extérieur (e).
Affinités
Si cette espèce se distingue aisément de ses congénères par les P.l et les P.9 du mâle,
elle se singularise par le télopodite du gonopode antérieur qui est inhabituellement simple
et court. A cet égard, le wilsonae, comme quelques autres espèces du genre ( butteli, flssispi-
nus, tjampeana), se rapproche des Glyphiulinae.
Nouveau pour le Népal, le genre Trachyiulus a une remarquable unité chorologique
puisqu’il est connu des pays suivants : Birmanie, Inde, Indonésie, Malaysia, Népal, Sri
Lanka, Viêt-Nam. Une clé des espèces a été publiée par Jeekel (1963) ; à cette liste il
faut ajouter T. calvus Poe. (cf. Mauriès, 1970), T. silvestrii Hoffman, 1977, T. aelleni
et T. wïlleyi montanus Mauriès, 1981.
Glyphiulinae
GLYPHIULUS Gervais, 1847
Peu d’éléments susceptibles de favoriser les regroupements en sous-genres étant inter¬
venus depuis Mauriès (1977), le concept de ce genre, avec toutes les imperfections que
je lui reconnaissais alors, reste inchangé. S’il est relativement facile de définir un sous-
genre Glyphiulus par le groupe d’espèces granulatus, anophthalmus, balazsi et peut-être
tuberculatus, et comme sous-genre Octoglyphus un groupe comprenant pulcher, mediator
et peut-être formosa, s’il est possible d’admettre un sous-genre Koinoglyphus pour super¬
bus, il me paraît en revanche prématuré et inutile de créer un sous-genre pour chacune des
espèces suivantes : vietnamiens, septentrionalis, capucinus, javanicus et siamensis. C’est
pourquoi je garde du genre Glyphiulus un concept assez large, et je ne prends pas en compte,
au moins pour le moment, les taxons énumérés ci-dessus.
— 267 -
Glyphiulus granulatus (Gervais, 1847)
Les échantillons types du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, originaires
de La Réunion (= île Bourbon), étant des femelles, le statut de cette espèce peut sembler
imprécis, car les caractères gonopodiaux qui la définissent actuellement sont, faute de
mieux (des récoltes plus récentes effectuées dans cette île n’ayant fourni qu’une seule femelle),
ceux d’un mâle des Séchelles figuré par Attems (1900). S’il y a doute, il y a aussi de fortes
probabilités pour que les échantillons de La Réunion et ceux des Séchelles soient conspé-
cifiques, comme le sont probablement aussi, ainsi que je l’ai déjà écrit (Mauriès, 1970),
non seulement les Glyphiulus granulatus trouvés dans la zone de l’océan Indien et les îles
du Pacifique (La Réunion, Comores, Séchelles, Maurice, Nouvelle-Calédonie, Loyauté
Tahiti), mais aussi le Formosoglyphius tuberculatus Verh., 1936, de Taïwan.
Les collections du Zoologisk Museum de Copenhague nous font connaître deux loca¬
lités dont l’une, la deuxième, étend encore plus vers l’Est l’aire de distribution de cette
espèce, probablement dispersée par l’homme : Tahiti, Papeari, mars 1926, coll. G. Osten-
feld, 1 (J, 3 $ (ZMK) ; Iles Marquises, Hiva Oa, 7 mars 1934, coll. Monsunen, 1 <£, 2 j.
(ZMK).
Glyphiulus siamensis n. sp.
Loc. typ. : Thaïlande (Nord), Doi Sutep, 14 septembre 1958, coll. Birgit Degerbol, 1 G holo-
type (Zool. Mus. Copenhague, ZMK 1252).
Il est toujours un peu risqué de décrire une espèce sur un seul individu, d’autant que
celui-ci est mutilé de sa capsule céphalique et de la première paire de pattes. Cependant,
en raison de son intérêt chorologique, je pense devoir la décrire, car on devrait pouvoir la
reconnaître facilement grâce à la carinotaxie et aux gonopodes.
Caractères morphologiques externes
53 anneaux, dont 3 apodes ; longueur 23 mm ; diamètre au prozonite 0,65 mm ; dia¬
mètre au métazonite 0,8 mm ; coloration brun rougeâtre.
Collum parcouru longitudinalement par 12 côtes complètes (6 -fi 6) et une petite côte
postérieure sagittale (formule carinotaxique d’ Hoffman : VI-VI/6 m 6) ; donc très sem¬
blable au collum de G. vietnamiens Mauriès, 1977, avec une paire de côtes en plus.
Carinotaxie des autres anneaux identique à celle de G. septentrionales Murakami,
1975, mais aussi de capucinus Att., 1938, et superbus Silv., 1923 (formule d’HoFFMAN : V
M V/5 m 5). Il y a deux tubercules par rang longitudinal ; à noter le développement rela¬
tivement fort des tubercules ventraux qui sont presque aussi développés que les porifères ;
ces derniers (qui apparaissent dès le 5 e anneau) se trouvent sur le 4 e rang en partant du
bas ; tous les tubercules, porifères ou non, ont un aspect de mamelon arrondi.
- 268 -
Caractères sexuels du mâle (fig. 37-38)
P.8 (gonopodes antérieurs, fig. 37) d’une constitution très semblable à ceux de seplen-
trionalis ; chacun est composé d’un coxosternite (K) en bouclier sur le côté duquel s’arti¬
cule un court télopodite arqué (T). P.9 (gonopodes postérieurs, fig. 38) très simples et
rappelant davantage, par leur construction générale, les gonopodes de Trachyiulus que
ceux de Glyphiulus.
C’est la première mention du genre Glyphiulus en Thaïlande, les autres espèces se
trouvant dans les pays suivants : Japon (Okinawa), Chine (Sud), Taïwan, Viêt-Nam, Cam¬
bodge, Indonésie (Java) et plusieurs îles de l’océan Indien et du Pacifique (cf. Murakami,
1975). Une clé des espèces a été publiée par Mauriès (1977).
HYPOCAMBALA Silvestri, 1897
Ce genre, qui a peut-être Trichocamhala pour synonyme, est maintenant connu de
manière satisfaisante depuis Jeekel (1963). Il n’avait encore été signalé qu’une seule fois
( gracilis du Viêt-Nam) sur le continent asiatique, la plupart des espèces étant connues
dans diverses îles de l’océan Indien et du Pacifique (où l’action disséminatrice de l’homme,
pour deux des espèces au moins, est indéniable).
Hypocambala helleri Silvestri, 1897
Matériel examiné : Thaïlande, prov. Chieng Mai, Doi Inthanon N.P., route principale,
alt. 1 900 m, 7 octobre 1981, nombreux çJcJÇÇ (Zool. Mus. de Copenhague), 2 $ j., 3 3 Ç (donnés
au MNHN de Paris).
Il semble que cette espèce, trouvée dans les Célèbes, les Fidji, les îles Aroe, et jus¬
qu’aux États-Unis et en Guyana (cf. Jeekel, 1963 ; Hoffman, 1972), soit sujette à quelques
variations au niveau des gonopodes. C’est pourquoi je donne ici (fig. 39-42) une figuration
des caractères sexuels d’un mâle de Thaïlande. On notera, par comparaison avec les figures
de Silvestri (1935), quelques différences, aussi bien sur les gonopodes antérieurs (la forme
de l’expansion médiale et celle du crochet apical sont un peu différentes) que sur les gono¬
podes postérieurs (absence du petit prolongement distal externe). De plus, les échantillons
thaïlandais montrent, au lieu d’une teinte uniforme, une coloration brune des flancs qui
contraste avec la coloration claire (blanc jaunâtre) d’une large bande dorsale aux bords
presque droits.
Fig. 37-42. — 37-38 : Glyphiulus siamensis n. sp., $ holotype de Doi Sutep (Thaïlande) : 37, P.8 (gonopodes
antérieurs) ; 38, P.9 (gonopodes postérieurs) en vue orale. — 39-42 : Hypocambala helleri Silvestri,
1897, (J de Thaïlande : 39, P.l ; 40, P.8 ; 41, P.9 en vue orale ; 42, les mêmes en vue caudale.
— 270 -
Hypocambala anguina (Atteins, 1900)
Matériel examiné : (Archipel Bismarck : Nouvelle-Irlande) Dyaul Sumana, 7 mars 1962,
Noona Dan. Exp., 1 (Zool. Mus. Copenhague). Lenkamin, 15 avril 1962, Noona Dan. Exp.,
1 Ç (ZMK). Lenkamin, 23 avril 1962, Noona Dan. Exp., 1 (J, 1 j. (ZMK). Ved Kavieng, 12 janvier
1962, Noona Dan. Exp., 1 £ (ZMK).
Cette espèce, comme la précédente, mais à un degré moindre, a été dispersée par l’homme
dans plusieurs îles du Pacifique et de l’océan Indien : Séchelles, Samoa et peut-être aussi
Marquises (autre espèce ?).
PODOGLYPHIULUS (Atteins, 1909)
Ce genre (avec liste des espèces) a été caractérisé par Mauriès (1970). 11 reste défini
par la tendance à l'allongement des gonopodes postérieurs, la fixité de la carinotaxie et
du type de P.l ainsi que par sa grande unité chorologique, qui n’est pas altérée par la
découverte de son existence au Népal.
Podoglyphiulus elegans nepalensis n. ssp.
Loc. typ. : Népal, Kathmandu (5 km au sud-ouest de la ville), Twan Reng Gup-ha (grotte),
entrée et zone sombre, guano abondant, 10 octobre 1976, coll. Jane Wilson (689 N), 1 holotype
et 2 Ç j. paratypes (MNHN Paris).
L’espèce-type (de l’Inde) a été décrite par Silvestri (1923) de la région de Satara,
et une autre sous-espèce, whroughteri Cari, 1941, est connue de la région de Bombay. Nos
dessins (fig. 43-48) montrent les faibles différences qui séparent la nouvelle sous-espèce,
notamment par les P.8 et P.9 Les différentes parties des pièces gonopodiales montrent
des inégalités dans leur taille relative. Ainsi, aux P.8, les lobes coxo-sternaux latéraux
sont nettement plus courts que les télopodites ; aux P.9, la partie distale n’est pas bifide
et l’expansion coxolatérale est beaucoup plus discrète.
Mensurations et nombre d’anneaux
$ holotype 50 anneaux dont 3 apodes ; longueur 19 mm ; diamètre 1,1 mm
Ç j paratype 44 anneaux dont 4 apodes ; longueur 13 mm ; diamètre 0,95 mm
Ç j paratype 41 anneaux dont 5 apodes ; longueur 12 mm ; diamètre 0,90 mm
A noter que les yeux sont presque entièrement effacés, sans bombements ocellaires,
et repérables seulement grâce à quelques taches pigmentées (fig. 43).
IG. 43-48. — Podoglyphiulus elegans nepalensis n. ssp., $ holotype de la grotte Twan Reng (Népal)
43, tête et premiers anneaux, vue latérale ; 44, gnathochilarium ; 45, P.l ; 46, P.8 (gonopodes anté¬
rieurs) en vue caudale ; 47, P.9 (gonopodes postérieurs) en vue latérale externe ; 48, P.9 en vue eau-
272 -
Podoglyphiulus (?) feae (Pocock, 1893)
Le Musée de Copenhague possède des topotypes (1 <J, 1 Ç j) de Cambala feae Poe. qui,
malheureusement et en l’absence de mâles, n’apportent pas davantage de certitudes que
les types du British Museum (cf. Mauriès, 1970) quant à la place générique de cette espèce.
Son appartenance au genre Podoglyphiulus reste donc incertaine, bien que probable.
Podoglyphiulus doriae (Pocock, 1893)
Le Musée de Copenhague possède également des topotypes (1 (J, 1 Ç) de Cambala.
doriae Poe. ; ils peuvent être considérés comme paralectotypes, les gonopodes du mâle
sont, en effet, identiques à ceux du $ lectotype du British Muséum (cf. Mauriès, 1970).
PLUSIOGLYPHIULUS (Silvestri, 1923)
L’hétérogénéité de ce genre, caractérisé essentiellement par le nombre relativement
élevé (13-15 au lieu de 9-11) de crêtes métatergales, déjà perceptible (Hoffman, 1977)
au niveau de la carinotaxie et de la morphologie gonopodiale, nous apparaît encore plus
grande aujourd’hui, avec la découverte de l’espèce décrite ci-après. En effet, celle-ci se
distingue de ses congénères, non seulement par sa silhouette robuste (faible nombre
d’anneaux) et d’autres caractères externes (notamment par le non-alignement, mais l’alter¬
nance des tubercules métatergaux), mais aussi par les caractères sexuels, notamment les
gonopodes antérieurs qui se singularisent par l’absence d’une pièce sternale impaire.
Néanmoins, il est préférable d’attendre, pour créer de nouveaux taxons génériques,
les futures découvertes que l’on a toutes les raisons d’espérer dans cette zone géographique
encore assez mal connue.
Clé des espèces
1 — Anneaux moyens : tubercules (ou crêtes) dorsaux en deux rangs transverses. 2
— Anneaux moyens : tubercules (ou crêtes) dorsaux en trois rangs transverses . 3
2 — Collum : 5 crêtes ininterrompues de chaque côté ; P.8 (J : une paire de longs processus para-
médians. cavernicolus Silv., 1923 (Sarawak)
— Collum : toutes les crêtes sont interrompues ; P.8 £ : un long processus sternal médian impair.
grandicollis Hoffman 1977 (Malaysia)
3 — Collum : 17 crêtes postérieures. Anneaux moyens : tubercules dorsaux du 2 e rang transverse
alignés longitudinalement avec ceux des 1 er et 3 e rangs. 4
— Collum : 31 crêtes postérieures. Anneaux moyens : tubercules dorsaux du 2 e rang transverse
alternés avec ceux des 1 er et 3 e rangs. macfarlanei n. sp. (Bornéo)
4 — Crêtes trituberculées à partir du 7 e anneau. boutini Mauriès, 1970 (Cambodge)
— Crêtes trituberculées à partir du 6 e anneau. dubius (Attems, 1938) (Cambodge)
— 273 —
Plusioglyphiulus macfarlanei n. sp.
Loc. typ. : Indonésie, Bornéo, Sabah, 1 £ holotype ; introduit accidentellement en 1979 en
Angleterre avec des Orchidées et des Rhododendrons (envoi Donald Macfarlane, British Museum).
Caractères morphologiques externes
Petit Iulide trapu, seulement 14 fois plus long que large, très renflé au niveau des
trois premiers anneaux ; coloration brun foncé rehaussée par des bandes plus claires
latéro-dorsales et latéro-ventrales ; seulement 46 anneaux (contre 56 chez cavernicolus
et environ 70 chez boutini et grandicollis ) ; longueur 23 mm ; diamètre 1,6 mm ; largeur
du collum 2,2 mm.
Tête : capsule céphalique subcarrée en vue de face, à bord antérieur large et labre
quadridenté. Gnathochilarium comme chez cavernicolus , mais pointe antérieure du pro-
mentum tronquée et remplacée par une petite plaquette ovoïde longitudinale. Yeux : 7
ocelles disposés en deux rangs (3 antérieurs, 4 postérieurs). Antennes perdues.
Collum (fig. 49) caractérisé par la présence d’un nombre inhabituellement grand de
côtes longitudinales : 31 peuvent être décomptées postérieurement (15 + 1 + 15), et seu¬
lement 10 antérieurement (5 5) ; seules les crêtes 14-E et 12-D parviennent sans inter¬
ruption du bord antérieur au bord postérieur ; les crêtes 8-C et 6-B ne sont que faiblement
interrompues, chacune par deux courtes interruptions assez postérieures. La crête 7, qui
ne parvient pas tout à fait au bord antérieur, est affectée de trois interruptions. Les crêtes
15, 13, 11, 9, 5, 2 et 1 sont courtes, postérieures et sans prolongement antérieur (à l’excep¬
tion de la 2). D’autres sont un peu plus longues, telles que les crêtes 10, 4, 3 et la médiane 0.
Une seule, la paramédiane A, n’a pas de prolongement postérieur, mais sa limite caudale
est soulignée par une petite crête transverse en demi-cercle (a).
Deuxième métatergite parcouru par 25 (12 -|- 1 + 12) crêtes longitudinales bituber-
culées ; le tubercule postérieur est, en fait, une crête basse. Troisième métatergite à 18
(9 + 9) crêtes longitudinales simples, très réduites, les plus latérales étant plus ou moins
divisées en deux. Quatrième métatergite à 16 (8 + 8) crêtes semblables à celles du 3 e .
A partir du cinquième métatergite (premier anneau porifère), si l’on observe trois
rangs longitudinaux de deux tubercules au-dessous des pores, il n’y a plus dorsalement
(au-dessus des pores) qu’apparence d’alignement longitudinal dans une vue latérale hâtive ;
car en réalité, il n’y a plus de crêtes, mais seulement des tubercules coniques qui sont dis¬
posés en trois rangs transverses : les tubercules du 2 e rang, au nombre de 7 (3 + 1 + 3)
et qui sont uniquement supra-porifères, sont alternés avec ceux des 1 er et 3 e rangs, qui
sont au nombre de 14 (7 —f- 7 par rang). Le tubercule porifère, un peu plus gros, est
dans le rang antérieur. Cette disposition des tubercules métatergaux peut être transcrite
comme ci-dessous (T indique la présence d’un tubercule, O l’absence, et P le tubercule
porifère) :
1 er rang (antérieur) : T T T P T 3’ T O T T T P T T T
2 e rang . 0 0 0 T T T T T T T O O O
3e rang (postérieur) : T T T T T T T O T T T T T T T
1, 18
- 275 -
ou encore, suivant Ja formule carinotaxique d’ Hoffman :
III P III-III P III
3 m 3
3 4 4 3
A noter que les tubercules du deuxième rang dorsal s’estompent progressivement
puis disparaissent sur les derniers anneaux.
Pygidium pourvu de trois tubercules coniques (1-m-l), le médian plus petit que les
autres ; pas de prolongement telsonien, le bord postérieur étant largement et régulièrement
arqué en vue dorsale. Valves anales presque plates, sans bourrelet marginal. Valve sous-
anale à bord postérieur légèrement échancré.
Caractères sexuels du mâle
P. 1 (fîg. 52) très semblables, notamment par le développement du télopodite, à ceux
de cavernicolus et grandicollis ; à noter l’arcature prononcée vers l’avant du processus
sternal médian. P.2 (fîg. 51) remarquables par le renflement du fémur, comme chez gran¬
dicollis. P.3 (fig. 53) comme chez grandicollis.
Gonopodes antérieurs (P.8, fig. 50) : Complètement différents de ceux des autres espèces
par : l’absence de pièce sternale impaire antérieure ; l’allongement inhabituel du télopodite
(T) ; la présence de chaque côté d’un long processus coxosternal (K) qui est encore plus
long que le télopodite. Le sternite n’existe pas en tant que pièce autonome, mais doit cer¬
tainement être fondu avec les deux moitiés du coxoïde (S). Le bord externe des processus
coxosternaux (K), (pii sont grêles et élargis vers l’extrémité, est garni d’un rang de créne-
lures. Le télopodite (T) est très allongé et présente les traces d’articulation habituelles
des Cambalides et lulides.
Gonopodes postérieurs (P.9, fig. 54-55) : Egalement bien différents de ceux des autres
espèces et rappi lant, par leur simplicité apparente, ceux de certains Glyphiulus. Ils sont
en masse allongée compacte, jointifs sans être soudés l’un à l’autre, avec des différencia¬
tions seulement dans le tiers distal : à ce niveau, la face postérieure apparaît comme exca¬
vée ; une petite membrane (m), implantée au bord proximal de l’excavation, la masque
partiellement ; vers l'apex, on observe un repli membraneux qui donne naissance à une
longue épine aiguë dirigée post-basalement.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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section A, n° 1 : 277-297.
Microarthropodes du sol et groupements végétaux
de Pile de la Guadeloupe
par Jean-Marc Thibaud et Joël Jérémie
Résumé. — Première étude, à l’aide d’extracteurs « Berlèse-Tullgren » de terrain, des micro¬
arthropodes du sol de l’île de la Guadeloupe. Résultats quantifiés de 41 prélèvements effectués
dans 10 groupements végétaux différents. Analyse des résultats par groupes zoologiques. Les
Acariens (43 %) et les Insectes Collemboles (32 %) dominent, puis les Fourmis (16 %).
Abstract. — First study, with extractors “ Berlese-Tullgren ” of ground, soil-microarthro¬
pods of Guadeloupe island (West Indies). Quantitative results of 41 samplings made in 10 various
plant communities. Analysis of the results through zoological groups. Mites (43 %) and Spring-
tails Insects (32 %) dominate, then Ants (16 %).
J.-M. Thibaud, Laboratoire d’ Écologie Générale, Muséum national d’Histoire naturelle, 4, avenue du Petit-
Château, 91800 Brunoy, France.
J. Jérémie, Laboratoire de Phanirogamie, Muséum national d’Histoire naturelle, 16, rue Buffon, 75005
Paris, France.
Introduction
Dans le cadre des missions « Muséum-Antilles » nous avons entrepris une étude éco¬
logique sur les microarthropodes du sol des Petites Antilles, en particulier sur ceux des
sols de la Guadeloupe (Basse-Terre, volcanique, et Grande-Terre, calcaire), en fonction
des groupements végétaux.
Sur la « diversité écologique » de ces îles nous ne pouvons que citer Lasserre (1961) :
« Des forêts denses toujours vertes de l’île volcanique aux brousses à Cactées des petites
dépendances, la diversité est grande, dans l'archipel guadeloupéen, des types de végé¬
tation. A l’habituelle monotonie zonale des paysages végétaux des régions intertropicales,
se substitue, ici, sur 1 780 km 2 de terre, une surprenante variété phytogéographique. Ce
privilège, la Guadeloupe le doit, d’abord, aux contrastes de la pluviométrie et à l’inégale
longueur de la saison sèche sur les diverses régions de l’archipel. A quelques kilomètres
de distance, sous l’effet du relief, voisinent des secteurs constamment arrosés, recevant
près de 10 m d’eau par an, et des zones soumises aux rigueurs d’un long « carême », avec
moins d’un mètre de hauteur de pluie. Les autres éléments du climat (nébulosité, humi¬
dité de l’air, insolation, évaporation), obéissant aux mêmes facteurs que les pluies, agissent
dans le même sens sur la végétation et renforcent les contrastes entre régions humides
et régions sèches ».
— 278 —
Pour la géographie de ces îles, nous renvoyons d’ailleurs le lecteur à cette excellente
étude de Lasserre (1961).
Notre travail a été effectué dans divers milieux qui peuvent être assimilés aux prin¬
cipaux groupements végétaux définis par Portecop (1979) dans son travail sur la phyto-
géographie de la Martinique (île proche de la Guadeloupe) ; pour la localisation écologique,
nous nous sommes donc inspirés des observations de cet auteur qui rassemble les grou¬
pements végétaux en séries ou successions, elles-mêmes regroupées en étage. Il existe en
Guadeloupe une vingtaine de groupements végétaux disposés en fonction de l’altitude
et des facteurs climatiques, et s’échelonnant de l’étage tropical inférieur avec les succes¬
sions littorales édaphiques, les séries xérophytiques et mésophytiques, à Y étage tropical
de montagne, en passant par l’étage tropical supérieur avec la série hygrophytique. Nous
avons retenu pour cette étude dix de ces groupements que nous définissons et localisons
brièvement (fig. 1).
ANSE
MOULE
ANNE
Mangrove maritime
et "lacustre"
Série xérophytique
Forêt mésophile
Forêt hygrophile
Forêt de transition
+ Série de montagne
Cultures : Canne à sucre
Cultures : Banane
Principales agglomérations'
EU
Fig. 1. — Représentation schématique des principaux groupements végétaux de la Guadeloupe et loca¬
lisation des lieux de prélèvement (•). La taille des points est fonction du nombre de prélèvements
effectués. La série xérophytique est presque partout morcelée par de nombreuses habitations et des
cultures vivrières variées.
— 279 —
I. GROUPEMENTS VÉGÉTAUX
A. Mangrove « lacustre » (= forêt marécageuse à eau douce ou peu saumâtre)
Ce groupement est localisé en arrière de la mangrove maritime. Un arbre aux contre-
forts puissants ( Pterocarpus officinalis) forme parfois un peuplement homogène et est por¬
teur de nombreuses épiphytes (Broméliacées, Fougères, Pipéracées, Aracées...) et lianes.
Plus vers l’intérieur des terres, les Pterocarpus deviennent moins nombreux et sont souvent
accompagnés d’une Aracée ( Montrichardia arborescens) et de la grande fougère dorée ( Acrosti -
chum aureum ). On passe ensuite, parfois, à un marécage d’eau douce, sorte de savane her¬
beuse inondée, à Cypéracées, Polygonum, Hydrocotyle, etc. Les individus récoltés provien¬
nent de la litière de peuplements à Pterocarpus.
B. Série xérophytique (forêts sèches dr dégradées)
En Grande-Terre, ainsi que sur la côte sous le vent de la Basse-Terre, à basse alti¬
tude, lorsque la pluviométrie annuelle ne dépasse pas 1 800 mm, se trouvent des lambeaux
de forêt sèche, mais surtout des stades de dégradation de ces forêts ; des prélèvements
de litière et de terre ont été effectués dans deux d’entre eux.
1. Fourrés à Croton
Le long de la côte sous le vent de la Basse-Terre, quelques espèces de Croton en com¬
pagnie d’autres plantes à feuilles caduques ou succulentes (Cactées, Crassulacées, Apo-
cynacées...) forment des fourrés ne dépassant pas généralement 2 m de hauteur. En Grande-
Terre, sur les plateaux calcaires, on trouve l’homologue de cette formation avec plusieurs
espèces d ’Acacia, de Lantana, Croton flaoens (= C. balsamifer), Randia aculeata, ici aussi
accompagnés de Cactées.
2. Bois-halliers à épineux
Dans certaines régions de la Grande-Terre (surtout de la Pointe de la Grande Vigie
à la Pointe des Châteaux), le Campèche ( Haematoxylon campechianum) domine et forme,
en compagnie d’autres Légumineuses ( Acacia , Albizzia, Pithecellobium) , des bosquets
épineux de 3-5 m de hauteur, avec, çà et là, quelques arbres de petite taille ( Pisonia sub-
cordata, P. fragans, Tabebuia pallida, Byrsonima lucida...). Sur la côte sous le vent de la
Basse-Terre, entre Baillif et Bouillante et vers 200 m d’altitude, ces bois-halliers ont une
composition floristique un peu différente : ils sont essentiellement constitués de divers
Lépinés (. Zanthoxylum ), le Bois savonnette ( Lonchocarpus benthamianus), le Gommier
rouge ( Bursera simaruba), ... et atteignent généralement 8-10 m de hauteur.
C. Série mésophytique (forêts mésophiles i dégradées)
Une végétation mésophytique subsiste encore par endroits en Basse-Terre, dans des
zones situées entre 250 et 500 m d’altitude (côte sous le vent) et entre 50 et 300 m (côte
— 280 -
au vent), régions où les précipitations varient de 1 800 à 3 000 mm par an. Lasserre (1961)
la définit comme une « simple forêt dense humide, à tendance mésophytique ». Cette forêt
est composée de divers arbres, parfois de haute taille (jusqu’à 30 m) et portant des épi-
phytes et des lianes, et d’arbustes en proportion importante (Mélastomatacées, Pipéracées,
Rubiacées, Myrtacées) et d’herbacées (Fougères, Orchidées, Graminées). Ce type de végé¬
tation est en régression : située dans les zones de forte concentration humaine, elle est
progressivement remplacée par des plantations diverses (Canne à sucre et Banane à l’est ;
cultures vivrières, Café, Cacao à l’ouest).
Une importante partie de la forêt mésophile (et hygrophile) a été exploitée puis replan¬
tée en Mahoganis ( Swietenia macrophylla ) ; selon Fournet (1981), sur les 28 000 ha de
forêt domaniale, 7 500 ha seront utilisés pour ces plantations, 3 500 ha ayant déjà été
plantés.
D. Série hygrophytique (forêts primaire, secondaire et de transition)
1. Forêt hygrophile
Succédant à la forêt mésophile et jusqu’à environ 1 000 m d’altitude, c’est le domaine
de la forêt hygrophile, humide (pluviométrie annuelle variant de 3 000 à 7 000 mm), tou¬
jours verte. La végétation est, ici aussi, étagée en strates superposées : les arbres de haute
taille (30-35 m) et à contreforts puissants sont abondants ainsi que les épiphytes et les
lianes, tandis que la strate arbustive et le tapis herbacé sont peu diversifiés. Le nombre
des espèces végétales est ici particulièrement abondant ; des listes ont été données par
Stehlé (1945), Lasserre (1961) et Fournet (1981).
2. Forêt secondaire
Partout où la forêt primaire dégradée n’a pas été replantée, il existe une forêt secon¬
daire composée surtout d’arbres à croissance rapide, généralement grêles, plusieurs d’entre
eux présentant un tronc et des feuilles gris ou blanchâtres ( Cecropia peltata, Oreopanax
dussii, Hibiscus tulipiflorus, Ochroma pyramidale) ; ils sont par endroits associés à Eugenia
gambos, des Bambous ( Bambusa vulgaris) et des Fougères arborescentes. Les strates arbus-
tives et herbacées sont plus importantes que dans la forêt primaire. Ces forêts secondaires
ont parfois une physionomie rappelant certaines forêts mésophiles.
3. Forêt rabougrie d’altitude (ou de transition)
A partir de 1 000 m d’altitude, on assiste à un changement physionomique de la forêt
hygrophile dû à des modifications de divers facteurs climatiques (précipitations, tempé¬
rature, nébulosité, vents). On passe brusquement à une forêt de transition de 4-5 m de
hauteur « composée d’espèces rabougries de la forêt hygrophile et d’espèces qui lui sont
propres » (Lasserre, 1961) : Clusia mangle (Mangle montagne), Richeria grandis (Marbri
ou Bois bander), Cyrilla racemiflora (Olivier montagne), Didymopanax attenuatum (Trom¬
pette à canon)... Les strates arbustives et herbacées, composées essentiellement de Rubia¬
cées, d’Orchidées et de Fougères, sont relativement denses. Au fur et à mesure que l’alti¬
tude augmente la taille des arbres et arbustes diminue.
- 281 -
E. Série de montagne (« Savanes » et prairies d’altitude)
1. « Savanes d'altitude »
Lorsque l’altitude atteint 1 100 m (pluviométrie annuelle comprise entre 8 et 10 m),
la forêt de transition est remplacée par une végétation constituée d’arbustes et d’arbris¬
seaux de petite taille (0,5-1,5 m) avec des herbacées souvent caractéristiques de ces milieux ;
ils forment des groupements appelés improprement « savanes d’altitude ». Le Clusia forme
souvent des peuplements denses ; il est accompagné principalement de Rubiacées et Mélas-
tomatacées ( Psychotria , Cephaelis, Miconia, Charianthus, Tibouchina), de deux Bromé¬
liacées ( Pitcairnia bifrons et Guzmania plumieri), d’Orchidées ( Epidendrum spp.), d’une
Cvpéracée ( Machaerina restioides ), ainsi que de diverses espèces de Mousses, d’Hépatiques,
de Lycopodes et de Lichens.
2. Prairies d'altitude
L’écologie des sommets les plus élevés présente des caractéristiques propres aux hautes
altitudes (pluies très abondantes : env. 10 m ; température relativement peu élevée ; vents
violents...), malgré leur hauteur relativement modeste (la Soufrière culmine à 1 467 m).
On y trouve une végétation rase, sorte de prairies constamment gorgées d’eau, composées
essentiellement de Sphaignes, Mousses, Lycopodes, associées à quelques petites Graminées
et Cvpéracées.
IL MÉTHODE DE TRAVAIL
Une quarantaine de prélèvements (env. 1 000 cc chacun) de terre, litière, herbe ou
Mousse ont été effectués en mars et en novembre-décembre 1977, en juin 1978, en avril
1979 et en janvier 1980. L’extraction a été faite sur des batteries de « Berlèse-Tullgren »
chauffées par des ampoules électriques à cause de la forte humidité relative de l’air et pour
accélérer le processus de dessèchement en 5 à 6 jours. Ces batteries sont des « batteries de
terrain » et les conditions de travail et d’extraction ne sont bien sûr pas toujours aussi
efficaces que celles rencontrées dans nos laboratoires habituels. Nous avons recueilli ainsi
les microarthropodes terrestres, ce qui exclut des groupes importants de la faune du sol
tels les Protozoaires, les Nématodes, les Rotifères, les Tardigrades et surtout les Vers de
terre.
III. RÉSULTATS GLOBAUX
Nous donnons dans le tableau I le nombre d’individus récoltés, le nombre moyen
d’individus par prélèvement, l’abondance relative du groupe dans le biotope et cela pour
Tableau I. — Microarthropodes terrestres
Séries
Groupements
végétaux
Nb. prélèvements |
(
|
i
)
Mangrove
lacustre
Litière
2
XÉROPHYTIQUE
Fourré à l> • u n*
rr, • « nois-hallier
libaumes
Litière Terre Litière Terre
4 3 2 2
Mésophytique
Bois Forêt
et forêts de
dégradés mahoganis
Litière Litière
4 2
Acariens
1
320
428
225
852
118
965
3 900
2
160
107
75
426
59
241,25
1 950
3
36,7
28,5
30,7
44,3
28,7
48,1
50,4
Araignées
1
3
6
3
4
0
11
9
2
1,5
1,5
1
2
0
2,75
4,5
3
0,3
0,4
0,4
0,2
0
0,6
0,1
Pseudoscorpions
1
1
4
0
2
0
44
3
2
0,5
1
0
1
0
11
1,5
3
0,1
0,3
0
0,1
0
2,2
0,04
Isopodes
1
0
0
6
28
6
0
3
2
0
0
2
14
3
0
1,5
3
0
0
0,8
1,5
1,5
0
0 , 0 *
Chilopodes
1
2
4
0
2
1
3
3
2
1
1
0
1
0,5
0,75
1,5
3
0,2
0,3
0
0,1
0,2
0,2
0,04
Diplopodes
1
4
9
0
4
2
14
6
Chilognathes
2
2
2,25
0
2
1
3,5
3
3
0,5
0,6
0
0,2
0,5
0,7
0,1
Diplopodes
1
3
8
9
2
0
7
6
Pénicillates
2
1,5
2
3
1
0
1,75
3
3
0,3
0,5
1,2
0,1
0
0,4
0,1
Symphyles
1
0
0
0
0
0
2
0
2
0
0
0
0
0
0,5
0
3
0
0
0
0
0
0,1
0
1 : nombre d’individus récoltés ; 2 : nombre moyen d’individus par
283
obtenus par extraction au « Berlèse-Tullgren ».
Forêt
secondaire
Litière
3
Hygrophytique
Forêt primaire
Litière Terre
10 3
Forêt
rabougrie
Litière
1
DE
« Savanes
d’altitude »
Litière
1
Montagne
Prairies
Herbe
et terre
2
d’altitude
Mousses
2
Totaux
10
41
771
1 900
699
107
161
102
122
10 670
257
190
233
107
161
51
61
260,2
44,2
40,4
31,2
41,3
71,6
28,3
49,4
42,7
13
37
9
1
1
3
7
107
4,3
3,7
3
1
1
1,5
3,5
2,6
0,7
0,8
0,4
0,4
0,4
0,8
2,8
0,4
29
51
24
3
0
0
0
161
9,7
5,1
8
3
0
0
0
3,9
1,7
1,1
1,1
1,2
0
0
0
0,6
18
87
66
6
0
0
0
220
6
8,7
22
6
0
0
0
5,4
1
1,9
3
2,3
0
0
0
0,9
3
8
5
1
1
0
0
33
1
0,8
1,7
1
1
0
0
0,8
0,2
0,2
0,2
0,4
0,4
0
0
0,1
19
34
22
6
0
0
0
120
6,3
3,4
7,3
6
0
0
0
2,9
1,1
0,7
1
2,3
0
0
0
0,5
5
19
7
1
0
0
0
67
1,7
1,9
2,3
1
0
0
0
1,6
0,3
0,4
0,3
0,4
0
0
0
0,3
3
8
7
1
0
0
0
21
1
0,8
2,3
1
0
0
0
0,5
0,2
0,2
0,3
0,4
0
0
0
0,1
prélèvement ; 3 : abondance relative (%) du groupe dans le biotope.
Tableau
Séries j
Groupements 1
VÉGÉTAUX (
Nb. prélèvements |
1
)
1
/
I
Mangrove
lacustre
Litière
2
XÉROPHYTIQUE
Fourrés à r> • i n-
rr,., Bois-hallier
iibaumes
Litière Terre Litière Terre
4 3 2 2
Mésophytique
Bois Forêt
et forêts de
dégradés mahogan
Litière Litière
4 2
Collemboles
i
450
840
342
842
186
692
766
2
225
210
114
421
93
173
383
3
51,7
55,9
46,7
43,8
45,3
34,5
9,£
Diploures
1
0
4
3
0
0
0
1
et Tysanoures
2
0
1
1
0
0
0
0,£
3
0
0,3
0,4
0
0
0
o,(
Ptérygotes
1
16
90
36
78
40
57
67
2
8
22,5
12
39
20
14,25
33,J
3
1,8
6
4,9
4,1
9,7
2,8
0,£
Fourmis
1
34
48
54
56
30
172
2 856
2
17
12
18
28
15
43
1 428
3
3,9
3,2
7,4
2,9
7,3
8,6
36, î
Psocoptères
1
8
7
6
4
0
10
0
2
4
1,75
2
2
0
2,5
0
3
0,9
0,5
0,8
0,2
0
0,5
0
Larves d'insectes
1
30
56
48
48
28
29
117
2
15
14
16
24
14
7,25
58,î
3
3,4
3,7
6,6
2,5
6,8
1,5
1,.’
Totaux
1
871
1 504
732
1 922
411
2 006
7 737
2
435,5
376
244
961
205,5
501,5
3 868,'
3
99,8
100,2
99,9
100
100
100,2
100
1 : nombre d’individus récoltés ; 2 : nombre moyen d’individus p
- 285 -
ite).
Hygrophytique
DE
Montagne
Totaux
'orêt
mdaire
Forêt
primaire
F orêt
rabougrie
« Savanes
d’altitude »
Prairies d’
altitude
10
ière
Litière
Terre
Litière
Litière
Herbe
Mousses
41
3
10
3
i
1
2
2
15
1 688
1 023
117
42
222
83
7 908
05
168,8
341
117
42
111
41,5
192,9
35,3
35,9
45,7
45,2
18,7
61,7
33,6
31,7
1
6
3
1
0
2
1
22
0,3
0,6
1
1
0
1
0,5
0,5
0,1
0,1
0,1
0,4
0
0,6
0,4
0,1
27
136
69
7
12
16
18
669
9
13,6
23
7
12
8
9
16,3
1,6
2,9
3,1
2,7
5,3
4,4
7,3
2,7
47
440
195
5
5
7
9
4 058
49
44
65
5
5
3,5
4,5
99
8,4
9,3
8,7
1,9
2,2
1,9
3,6
16,3
0
25
7
0
0
0
0
67
0
2,5
2,3
0
0
0
0
1,6
0
0,5
0,3
0
0
0
0
0,3
92
270
105
3
3
8
7
844
30,7
27
35
3
3
4
3,5
20,6
5,3
5,7
4,7
1,2
1,3
2,2
2,8
3,4
43
4 709
2 241
259
225
360
247
24 967
81
470,9
747
259
225
180
123,5
609
00,1
100,1
100,1
100,1
99,9
99,9
99,9
100,1
lèvement ; 3 : abondance relative (%) du groupe dans le biotope.
— 286 —
les Arachnides : Acariens, Araignées, Pseudoscorpions ; les Crustacés Isopodes ; les Myria¬
podes : Chilopodes, Diplopodes (dont les Pénicillates), Symphyles ; les Insectes : Collem-
boles, Diploures et Thysanoures, Ptérygotes dont Fourmis, Psocoptères et larves.
24 967 individus ont été récoltés en 41 prélèvements, ce qui fait une moyenne, assez
faible, de 609 individus par prélèvement de 1 000 cc environ. Les variations sont très grandes
d’un prélèvement à l’autre. Les groupes les mieux représentés sont les Acariens (42,7 %
en moyenne) et les Insectes Collemboles (31,7 %), puis les Fourmis (16,3 %), les larves
d’insectes (3,4 %) et les Insectes Ptérygotes divers (2,9 %).
Le faible nombre de prélèvements effectués dans chaque station ne permet pas de dire
quelle est la richesse relative en individus de chaque biotope. Pour arriver à de telles con¬
clusions, il faudrait pouvoir réaliser un nombre de prélèvements statistiquement signi¬
ficatif dans chaque station, répétés plusieurs fois dans l’année afin de prendre en consi¬
dération les variations saisonnières qui affectent les populations animales envisagées.
Une telle étude ne peut être menée à son terme que par un chercheur installé sur place
durant plusieurs années.
Pourtant, les résultats globaux donnés par le tableau I ont été, a priori, confirmés
à maintes reprises par les observations effectuées rapidement sur le terrain et il semblerait
que la litière des forêts de mahoganis et des bois-halliers xérophiles, la terre des forêts
primaires, et la litière des forêts primaires et secondaires soient beaucoup plus riches en
individus que les biotopes de la série de montagne.
IV. RÉSULTATS PAR GROUPES ZOOLOGIQUES
A. Arachnides
1. Les Acariens
Dans nos prélèvements du sol en Guadeloupe, les Acariens sont les plus nombreux
(42,7 %) et les plus constants des microarthropodes (de 28 à 71 %) (cf. tabl. II).
Cinq ordres sont représentés, dont le détail est donné dans le tableau IL Le tri par
grands groupes a été effectué par P. Robaux que nous remercions bien vivement.
a — Gamasida (Mesostigmata ) : Dans les sols étudiés en Guadeloupe les Gamasides
représentent 18,4 % des Acariens et près de 8 % des microarthropodes. Ils sont présents
dans toutes les séries et groupements végétaux, en particulier dans la litière et la terre des
bois-halliers xéropbiles, des forêts mésophytiques et dans la terre des forêts primaires
et les mousses des prairies d’altitude.
b — Actinedida (Prostigmata s. 1. et Trombidiform.es s. s.) : Les Actinedides sont moins
bien représentés que les Gamasides ; ils ne forment en effet que près de 9 % des Acariens
et près de 4 % des microarthropodes. Ils sont présents, eux aussi, dans tous les groupe¬
ments et très nombreux dans la litière des plantations de mahoganis.
c ■— Oribatida ( Cryptostigmata ) : Les Oribates sont les plus nombreux des Acariens
(près de 72 %) et des microarthropodes des sols de Guadeloupe (près de 31 %). On les ren-
- 287 -
contre dans tous les groupements étudiés ; ils sont très nombreux dans la litière des plan¬
tations de mahoganis.
d — Acaridida (Astigmata ; Acaridiae = Sarcoptiformes s. str.) : Peu nombreux
dans les sols de Guadeloupe, ils représentent seulement 0,7 % des Acariens et 0,3 % des
microarthropodes. Ils sont absents dans certains groupements et très peu nombreux dans
les autres.
e — Tarsonemida : Ils sont encore moins nombreux que les Acaridida puisqu’ils ne
représentent que 0,4 % des Acariens et 0,2 % des microarthropodes des sols de Guadeloupe.
Ils sont la plupart du temps absents de la série xérophytique et de la série de montagne.
2. Les Araignées
Dans les sols de Guadeloupe elles représentent 0,4 % du total des microarthropodes.
Elles sont pratiquement toujours présentes, mais en petit nombre (un à cinq individus
par prélèvement).
Elles sont étudiées par H. W. Lévi et d’autres spécialistes.
3. Les Pseudoscorpions
Ils représentent 0,6 % du nombre total des microarthropodes du sol en Guadeloupe. Ils
sont présents dans toutes les séries sauf celle de montagne. On les rencontre surtout dans
la litière des forêts dégradées mésophiles et des forêts secondaires et primaires hygrophiles.
Ils sont étudiés par M mes Vitali di Castri et J. Heuthault ( sous presse). Elles signa¬
lent six espèces en Guadeloupe et dépendances, dont cinq nouvelles ; citons Lustrochernes
mauriesi et Aphelolpium thibaudi. Certaines espèces de la famille des Olphiidae, telle celles
du g. Aphelolpium, caractérisent la série xérophytique (fourré et forêt xérophiles). Par
contre, d’autres espèces des genres Pseudochthonius et Tyrannochthonius se rencontrent
dans presque toutes les séries, ainsi que, chez les Neobisiidae, l’espèce du g. Ideobisium.
B. Crustacés
4. Les Crustacés Isopodes Oniscoides (= Cloportes)
Ils forment 0,9 % du nombre total des microarthropodes du sol en Guadeloupe. Ils
sont présents dans toutes les séries sauf celle de montagne. On les rencontre surtout dans la
litière des bois-halliers xérophiles et dans la litière et l’humus de la forêt primaire hygrophile.
Ils sont étudiés par H. Dalens. Les deux familles dominantes dans nos récoltes sont
les Styloniscidae et les Phillosciidae.
C. Myriapodes
5. Les Chilopodes
Ils représentent 0,1 % des microarthropodes du sol en Guadeloupe. Ce chiffre est
faible, mais soulignons que les Chilopodes, animaux assez gros, se chassent « à vue », les
mailles du Berlèse-Tullgren les arrêtant souvent. On les rencontre dans toutes les séries,
mais en petit nombre (un à deux par prélèvement).
Tableau II. — Acariens obtenus j
Séries
1
XÉROPHYTIQUE
Mésoph ytiqui
Mangrove
Bois
Forêt
Groupements
i
lacustre
F ourrf
i à
-hall ici*
et forêt
de
végétaux
\
libaumes
dégradés
mahoga
i
Litière
Litière
Terre
Litière
Terre
Litière
Litiè
\
2
4
3
2
2
4
2
Gamasides
i
104
96
15
240
54
305
189
2
52
24
5
120
27
76,25
94
3
11,9
6,4
2
12,5
13,1
15,2
2
4
32,5
22,4
6,7
28,2
45,8
31,6
4
Actinedides
1
10
10
5
33
10
34
597
2
5
2,5
1,7
16,5
5
8,5
298
3
1,1
0,7
0,7
1,7
2,4
1,7
7
4
3,1
2,3
2,3
3,9
8,5
3,5
15
Oribates
1
206
322
195
571
50
608
3 100
2
103
80,5
65
285,5
25
152
1 550
3
23,7
21,4
26,6
29,7
12,2
30,3
40
4
64,4
75,2
86,7
67
42,4
63
79
Acaridides
1
0
0
10
8
0
14
10
2
0
0
3,3
4
0
3,5
5
3
0
0
1,4
0,4
0
0,7
0
4
0
0
4,4
0,9
0
1,5
0
Tarsonemides
1
0
0
0
0
4
4
4
2
0
0
0
0
2
1
2
3
0
0
0
0
1
0,2
0
4
0
0
0
0
3,4
0,4
0
Totaux
1
320
428
225
852
118
965
3 900
2
160
107
75
426
59
241,25
l 950
3
36,7
28,5
30,7
44,3
28,7
48,1
50
4
100
99,9
100,1
100
100,1
100
100
1 : nombre d’in
divid
us récoltés ;
2 : nombre moyen d’individus
par pré
■lèvement ; 3 :
: abondance re
lative en
groupe dans le biotope par rapport à
l’ensemble des Acariens.
— 289 -
raction au « Berlèse-Tullgren ».
orêt
•ndaire
ière
Hygroph ytique
Forêt primaire
Litière Terre
10 3
Forêt
rabougrie
Litière
1
DE
« Savanes
d’altitude »
Litière
1
: Montagne
Prairies d’altitude
Herbe ,,
Mousses
et terre 9
2 Z
Totaux
10
41
so
451
293
12
9
5
41
1 964
so
45,1
97,7
12
9
2,5
20,5
47,9
8,6
9,6
13,1
4,6
4
1,4
16,6
7,9
L9,5
23,7
41,9
11,2
5,6
4,9
33,6
18,4
il
116
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10
4
2
8
929
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11,6
16,3
10
4
1
4
22,7
2,4
2,5
2,2
3.9
1,8
0,6
3,2
3,7
5,3
6,1
7
9,3
2,5
2
6,6
8,7
SO
1 296
350
82
138
93
70
7 661
13,3
129,6
116,7
82
138
46,5
35
186,9
33,3
27,5
15,6
31,7
61,3
25,8
28,3
30,7
75,2
68,2
50,1
76,6
85,7
91,2
57,4
71,8
0
14
2
3
10
2
1
74
0
1,4
0,7
3
10
1
0,5
1,8
0
0,3
0,1
1,2
4,4
0,6
0,4
0,3
0
0,7
0,3
2,8
6,2
2
0,8
0,7
0
23
5
0
0
0
2
42
0
2,3
1,7
0
0
0
1
1
0
0,5
0,2
0
0
0
0,8
0,2
0
1,2
0,7
0
0
0
1,6
0,4
11
1 900
699
107
161
102
122
10 670
>7
190
233
107
161
51
61
260,2
‘4,2
40,4
31,2
41,3
71,6
28,3
49,4
42,7
)0
99,9
100
99,9
100
100,1
100
100
groupe dans le biotope par rapport à l'ensemble des microarthropodes du sol ; 4 : abondance relative en % du
1 . 19
- 290 -
Ils sont étudiés par J.-M. Démangé et par L. Pereira. Démangé (1981) signale une
dizaine d’espèces en Guadeloupe. Chez les Scolopendromorphes certains caractérisent
les milieux secs ou semi-secs, tels les genres Scolopendra et Cormocephalus, d’autres carac¬
térisent les milieux humides telle Newportia longitarsis guadeloupensis, sous-espèce d’alti¬
tude (500 à 1 500 m), remplacée par N. thibaudi en zone plus basse (200 à 300 m). Ce sont
toutes des espèces à large répartition (pour certaines néotropicales), sauf les deux dernières
citées et Lamyctes mauriesi (Lithobiomorphes) des zones xérophytiques de Grande-Terre.
6. Les Diplopodes
On les divise en deux sous-classes : les Chilognathes (Iules) et les Pselaphognathes
(Pénicillates).
a — Diplopodes Chilognathes (Iules)
Les Diplopodes Chilognathes n’étaient connus aux Petites Antilles que de quelques
récoltes ponctuelles (six espèces en Grande-Terre et douze en Basse-Terre en Guadeloupe,
trois à Saint-Martin et une à Saint-Barthélémy).
J.-P. Mauriès et nous-mêmes en avons récolté un assez grand nombre par chasse
à vue et par extraction au Berlèse-Tullgren dans toutes les îles des Petites Antilles. Ils
représentent 0,5 % des microarthropodes du sol en Guadeloupe. Mais ici, comme pour
les Chilopodes, ce chiffre doit être corrigé en hausse, car ces animaux, souvent d’assez
grande taille « passent » assez mal au Berlèse-Tullgren. On les rencontre surtout en forêts
secondaires et primaires hygrophiles, ainsi qu’en forêt rabougrie de la sous-série de tran¬
sition.
Les vingt et une espèces du département de la Guadeloupe ont été étudiées par
J.-P. Mauriès (1980). Celui-ci regroupe ces espèces (dont sept nouvelles pour la Science)
en deux groupes extrêmes :
1 — Le premier avec les espèces les plus hygrophiles qui ne se trouvent qu’en Basse-
Terre, le plus souvent en zone forestière de la série hygrophytique et en prairies d’altitude
de la série de montagne, parfois dans la zone des cultures ou en bois de la série mésophy-
tique et très rarement en forêt xérophile décidue de la côte ouest. La limite altitudinale
inférieure de l’espèce est d’autant plus basse que celle-ci est moins hygrophile. J.-P. Mau¬
riès classe ainsi, de la moins hygrophile (la plus abondante) qui se rencontre à basse alti¬
tude, à la plus hygrophile (la plus rare) qui ne se rencontre qu’au-dessus de 600 m d’alti¬
tude, les espèces suivantes, qui sont, pour les deux tiers endémiques :
—■ Proaspis sahlii, le plus gros Polydesmes, très commun en Guadeloupe, et Glomeri-
desmus marmoreus, à allure d’Isopode allongé, décrit de Saint-Vincent et commun en
Guadeloupe. Ces deux espèces vivent de 400 à 1 200 m.
— Anadenobolus politus forme a, décrit d’Antigua, c’est le gros Iule noir de la forêt gua¬
deloupéenne, très commun, vivant de 250 à 1 000 m environ. La forme P, plus petite,
est le plus souvent cantonnée en altitude (600 à 1 200 m).
—- Iomus thibaudi, espèce fréquente en forêt, mais assez difficile à distinguer dans la litière
à -cause de son aspect terreux, de sa couleur brun foncé et de son immobilité ; elle vit
de 600 à 1 200 m.
- 291
D’après J.-P. Mauriès, ces espèces se rattachent toutes à des genres bien connus
des Antilles, d’Amérique Centrale et d’Amérique du Sud ; elles constituent le fonds le plus
ancien de la faune diplopodologique de Guadeloupe.
2 — Le second groupe avec les espèces les plus xérophiles ne se rencontrant la plu¬
part du temps que dans la série xérophytique (Grande-Terre et Marie-Galante notamment).
D’après J.-P. Mauriès, ce sont des espèces à très large répartition, très certainement assez
récemment introduites par l’homme, qui peuplent donc les plus arides îles des Petites
Antilles, mais aussi, pour certaines d’entre elles, les îles du Pacifique et de l’océan Indien.
Ce sont des espèces difficiles à trouver ; elles sont plus faciles à « chasser » par temps de
pluie. Citons :
— Orthomorpha coarctata, de Grande-Terre, Marie-Galante et des Saintes.
•— Chondrornorpha xanthotricha et Pseudospirobolellus bulbiferus, de Grande-Terre et
Marie-Galante.
— Ancidenobolus monilioornis, originaire du nord de l’Amérique du Sud, signalée de toutes
les Petites Antilles, cette espèce présente une coloration assez remarquable sur le vivant :
teinte générale grise, avec des annelures jaunes et une bande médio-dorsale orange
vif.
Entre ces deux groupes d’espèces nous en trouvons d’autres plus difficiles à caracté¬
riser. Citons :
—- Epinannolene pittien , espèce commune, représentée par deux sous-espèces : guade-
loupensis qui se rattacherait au groupe hygrophile et mariagalandae trouvée dans le
guano de la grotte du Grand Trou à Diable à Marie-Galante, dans les zones cultivées
du pourtour de la forêt de Basse-Terre, ainsi que dans cette forêt hygrophile.
— Rhinotus purpureus et Poratia granulofrons , espèces remarquables par leur petite taille
et leur xylophiline, à large répartition géographique, se rencontrent presque partout,
sauf dans les zones découvertes les plus arides et les zones les plus humides de la
forêt.
d — Diplopodes Pselaphognathes (Pénicillates ou Polyxènes)
Ils représentent 0,26 % du total des microarthropodes du sol de Guadeloupe. On les
trouve dans toutes les séries, sauf celle de montagne. Ils sont toujours présents mais en
petit nombre (un à trois par prélèvement). Trois formes nouvelles ont été décrites par
B. Condé et D. Terver (1979). Citons :
— Lophoturus longisetis scopiger de Basse-Terre (séries mésophytique et hygrophytique),
de Grande-Terre et de la Désirade (série xérophytique).
— Lophoturus vicarius de Basse-Terre (forêt de mahoganis) et de Marie-Galante (bois-
hallier).
7. Les Symphyles
Peu nombreux dans le sol en Guadeloupe, ils représentent à peine 0,1 % du total
des microarthropodes. Ils se rencontrent surtout dans la série hygrophytique, toujours
en petit nombre (un à deux par prélèvement).
Tableau III. — Collemboles obte
Séries
;
XÉRO
PHYTIQUE
Mésopii ytiqui
Mangrove
Bois
Foré
Groupements
LACUSTRE
T ourre a
Bois-hallier
et forêt
de
\
dégradés
mahogî
i
Litière
Litière
Terre
Litière
Terre
Litière
Lit
Nb. prélèvements
\
2
4
3
2
2
4
Poduromorphes
i
22
73
114
252
42
127
5
2
11
18,25
38
126
21
31,75
2
3
2,5
4,9
15,6
13,1
10,2
6,3
4
4,9
8,7
33,3
29,9
22,6
18,4
Isotomides
1
258
422
126
480
104
313
26
2
129
105,5
42
240
52
78,25
13
3
29,6
28,1
17,2
25
25,3
15,6
4
57,3
50,2
36,8
57
55,9
45,2
3
Entomobryens
1
60
147
53
76
14
222
25
2
30
36,75
17,7
38
7
55,5
12
3
6,9
9,8
7,3
4
3,4
11,1
4
13,3
17,5
15,5
9
7,5
32,1
3
Svmphvpléones
1
110
198
49
34
26
30
18
2
55
49,5
16,3
17
13
7,5
8
3
12,6
13,2
6,7
1,8
6,3
1,5
4
24,4
23,6
14,3
4
14
4,3
2
Totaux
1
450
840
342
842
186
692
76
2
225
210
114
421
93
173
38
3
51,6
56
46,8
43,9
45,2
34,5
1
4
99,9
100
99,9
99,9
100
100
1(
1 : nombre d’individus récoltés ; 2 : nombre moyen d’individus par prélèvement ; 3 : abondance relative en
groupe dans le biotope par rapport à l’ensemble des Collemboles.
- 293 -
extraction au « Berlèse-Tullgren ».
>rêt
îdaire
Hygroph ytique
Forêt primaire
Forêt
rabougrie
de Montagne
« Savanes
d’altitude »
Prairies d’altitude
Totaux
10
ère
Litière
10
Terre
3
Litière
1
Litière
1
Herbe
et terre
2
Mousses
2
41
6
439
248
30
17
67
4
1 575
8,7
43,9
82,7
30
17
33,5
2
38,4
4,9
9,3
11,1
11,6
7,6
18,6
1,6
6,3
4
26
24,3
25,6
40,5
30,2
4,8
19,9
6
388
257
9
3
3
2
2 951
8,7
38,8
85,7
9
3
1,5
1
72
8,7
8,2
11,5
3,5
1,3
0,8
0,8
11,8
3
23
25,1
7,7
7,1
1,4
2,4
37,3
8
608
297
68
12
114
70
2 102
6
60,8
99
68
12
57
35
51,3
6,2
12,9
13,3
26,3
5,3
31,7
28,3
8,4
7,6
36
29
58,1
28,6
51,4
84,3
26,6
5
253
221
10
10
38
7
1 280
1,7
25,3
73,7
10
10
19
3,5
31,2
5,5
5,4
9,9
3,9
4,4
10,6
2,8
5,1
5,5
15
21,6
8,5
23,8
17,1
8,4
16,2
5
1 688
1 023
117
42
222
83
7 908
5
168,8
341
117
42
111
41,5
192,9
5,3
35,8
45,8
45,3
18,6
61,7
33,5
31,6
0,1
100
100
99,9
100
100,1
99,9
100
roupe dans le biotope par rapport à l’ensemble des microarthropodes du sol ; 4 : abondance relative en % du
— 294 —
D. I NSECTES
8. Les Collemboles
Les Collemboles (tabl. Ill) représentent près de 32% des microarthropodes du sol
de la Guadeloupe. Ce sont, après les Acariens, les plus abondants et les plus constants
(de 10 % dans la litière des plantations de mahoganis, à près de 62 % dans la terre et l’herbe
de la savane herbacée de montagne, à Lycopode et à Mousse).
Nous les étudions en collaboration avec Z. Massoud et trois notes sont déjà parues
(1979, 1980, 1983).
a — Les Poduromorphes
Dans les sols étudiés de Guadeloupe, les Poduromorphes représentent près de 20 %
des Collemboles et 6,3 % des microarthropodes. Ils sont présents dans toutes les séries
et groupements végétaux, particulièrement dans la terre des fourrés à tibaumes et dans
la litière des bois-halliers xérophytiques, dans la litière et la terre de la forêt primaire et
de la forêt rabougrie de transition, ainsi que dans l’herbe et la terre des prairies d’altitude.
Ils sont peu nombreux dans les mousses des prairies d’altitude et dans la litière de la man¬
grove lacustre et des plantations de mahoganis.
L’étude systématique et écologique de ce groupe aux Petites Antilles nous permet
déjà de dire que, chez les Hypogastruridae, les sept espèces de Xenylla (dont une nouvelle
pour la Science : X. capitata) caractérisent les bois et les rochers littoraux xérophiles, la
série xérophytique et, dans la série mésophytique, la zone des cultures (canne à sucre,
palmiers, mahoganis, bananier).
Par contre, les Onychiuridae (4 espèces dont 2 nouvelles : Onychiurus pseudojusti
et Protaphorura sensilata) se rencontrent très rarement en zone xérophile, mais le plus
souvent dans les séries mésophytique et hygrophytique. Signalons que Mesaphorura du
groupe sylvatica a été trouvée en forêt xérophile et en fourrés semi-arborés de montagne.
Chez les Neanuridae (une vingtaine d’espèces dont 5 nouvelles ; citons : Friesea albi-
thorax, Odontella jeremiei et Arlesia variabilis), Brachystomella agrosa a été trouvée dans
presque toutes les îles des Petites Antilles : c’est l’espèce de Poduromorphes la plus abon¬
dante et la plus répandue ; on la rencontre dans tous les groupements végétaux et dans les
substrats les plus divers. B. contorta caractérise les successions littorales édaphiques, les
séries xérophytique et mésophytique ; par contre B. cf. parvula et B. stachi caractérisent
la série hygrophytique (forêt primaire et sous-série de transition). Rapoporthella rapoporti,
Friesea arlei et F. albithorax se rencontrent dans tous les groupements végétaux. Cette
étude en cours se poursuivra pour les autres familles de Collemboles.
b — Les Entomobryomorphes
Ils se divisent en deux familles principales : les Isotomidae et les Entomobryidae.
— Les Isotomidae : Ils représentent ici 37 % des Collemboles et près de 12 % de
la faune microarthropodienne totale. Ils sont eux aussi présents dans tous les groupements
végétaux, particulièrement dans tous les groupements de la série xérophytique et en man¬
grove lacustre. Ils sont beaucoup plus rares dans la série de montagne.
- 295 -
— Les Entomobbyidae : Ils représentent près de 27 % des Collemboles et 8,4 %
des microarthropodes du sol de Guadeloupe. Présents dans tous les groupements végétaux,
ils le sont surtout dans les séries hygrophytique (forêts primaire et rabougrie de transi¬
tion) et de montagne (prairies d’altitude à Lycopodes et Mousses). Ils sont plus rares dans
les bois-halliers xérophiles et les plantations de mahoganis. Certaines espèces sont myrmé-
cophiles ou termitophiles.
c — Les Neelipléones et les Symphypléones
Ils représentent 16 % des Collemboles et 5,1 % de la faune microarthropodienne
totale. Ils sont eux aussi représentés dans tous les groupements végétaux, particulière¬
ment dans la litière des fourrés à tibaumes, dans les plantations de mahoganis et la man¬
grove lacustre, ainsi que dans la terre de la forêt primaire. Ils sont plus rares dans la litière
des bois-halliers xérophiles et des bois et forêts dégradés mésophiles.
9. Les Diploures et les Thysanoures
Ils sont peu nombreux dans nos prélèvements où ils représentent à peine 0,1 % des
microarthropodes. On les trouve dans toutes les séries mais en très petit nombre (un indi¬
vidu par prélèvement). Signalons cependant que ces animaux, relativement gros, « passent »
mal dans les mailles du Berlèse-Tullgren.
Les Diploures Campodéidés ont été étudiés par B. Condé et C. Bareth ( sous presse).
Ils signalent en Guadeloupe Lepidocampa zeteki et en Martinique une n. sp. : Lepidocampa
martinicensis, ainsi qu’un Campodea sp.
10. Les Insectes Ptérygotes
Les Ptérygotes, non compris les Fourmis, les Psoques et les larves, forment à peine
3 % des microarthropodes du sol de la Guadeloupe. Ils sont présents dans tous les grou¬
pements végétaux, particulièrement dans la série xérophytique et la série de mon¬
tagne.
11. Les Fourmis
Elles représentent 16,3 % des microarthropodes du sol de nos récoltes en Guadeloupe,
ce qui en fait le troisième groupe de la faune du sol après les Acariens et les Insectes Col¬
lemboles. Elles ont été trouvées dans tous les groupements, tout spécialement dans la
litière des plantations de mahoganis et dans la litière et la terre des forêts secondaires et
primaires. Elles sont plus rares dans la série de montagne.
12. Les Psoques
Ils constituent à peine 0,3 % des microarthropodes de nos prélèvements en Guade¬
loupe, et ce sont, la plupart du temps, des larves, à tous les stades. Ils sont présents dans
les séries xérophytique, mésophytique et hygrophytique (un à quatre individus par pré¬
lèvement), mais absents de la sous-série de transition et de la série de montagne.
Ils ont été étudiés par A. Badonnel (1979 et 1981), qui a décrit une nouvelle espèce
de la Guadeloupe (Grande-Terre ; les Saintes et Marie-Galante), retrouvée à Sainte-Lucie
en 1980 : Ectopsocus thibaudi, dans la série xérophytique (bush aride littoral et lambeau
forestier xérophile décidue ou bois-hallier). Cette espèce, du groupe hirsutus, présente un
- 296 -
dimorphisme sexuel caractérisé par un mâle plus petit que la femelle. Badonnel signale
en outre huit espèces en Guadeloupe (1981).
13. Les larves d'insectes
Elles constituent près de 3,4 % des microarthropodes de nos prélèvements en Gua¬
deloupe. Elles sont présentes dans le sol et la litière de tous les groupements végétaux,
spécialement dans le sol des fourrés à tihaumes et des bois-halliers et la litière des forêts
secondaires et primaires ; elles sont plus rares dans la sous-série de transition et la série
de montagne.
CONCLUSION
Cette étude est donc le premier bilan effectué sur les microarthropodes du sol en Gua¬
deloupe (Basse-Terre et Grande-Terre), en fonction des groupements végétaux.
Les 41 prélèvements, extraits sur des « Berlèse-Tullgren » de terrain, ont fourni près
de 25 000 individus. Ces prélèvements sont très divers, ils ont été faits dans la litière ou
la terre de dix groupements végétaux principaux, afin de constituer un inventaire fau¬
nistique valable.
Les densités moyennes (609 pour 1 000 cc) sont faibles par rapport aux autres milieux
tropicaux ; elles varient beaucoup d’un biotope à l’autre (de 123 à 3 868 individus).
Comme dans la plupart des biotopes édaphiques, les Acariens (près de 43 % en moyenne)
et les Insectes Collemboles (près de 32 %) constituent la plus grande partie des microarthro¬
podes du sol. Les Oribates dominent chez les Acariens. Les Entomobryomorphes dominent
chez les Collemboles. Viennent ensuite les Fourmis (16,3 %), les diverses larves d’insectes
Ptérygotes (3,4 %) et les Insectes Ptérygotes adultes (près de 3 %). Les autres groupes
restants sont beaucoup moins nombreux (2,3 % du total) ; rappelons, cependant, que
pour certains d’entre eux la « chasse à vue » est préférable à l’extraction sur Berlèse-Tullgren
utilisée ici.
Les biotopes les plus riches semblent être la litière des plantations de mahoganis,
puis celle des bois-halliers xérophdes et la terre de la forêt primaire, ainsi que la litière
des forêts primaire et secondaire ; les biotopes les plus pauvres, ceux de la série de mon¬
tagne.
Remerciements
Nous remercions ici, pour leur aide, tous les participants aux missions « Muséum-Antilles » :
MM. les Pr. Cl. Delamahe Deboutteville et Coineau ; MM. Baudoin, Boudinot, Cleva, Coûté ;
M mes Couteaux et Gourbault ; MM. Juberthie, Matile, Mauriès, Menier ; M mes Raynal-
Roques, Renaud-Mornant et Roquebert ; M. Sastre. Nous remercions aussi bien vivement
M. le Pr. Doumenge, alors Recteur de l’Université Antilles-Guyane, pour son accueil sympathique
et efficace, ainsi que le personnel et les chercheurs de l’INRA, de Petit-Bourg et ceux de la Faculté
des Sciences de Pointe-à-Pitre, sans oublier nos amis canadiens de la Mission franco-canadienne
de Fonds-Saint-Jacques.
- 297 -
Notre gratitude et notre sympathie vont à tous nos amis antillais, tout particulièrement à
M me Marot et M. Sylvie.
Nous remercions enfin M lle M.-A. Delamare Deboutteville qui a la lourde tâche de trier
notre matériel Faune du sol et tous nos collègues français et étrangers qui ont bien voulu étudier
le matériel récolté par la mission « Muséum-Antilles ».
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Badonnel, A., 1979. — Ectopsocus thibaudi n. sp., du département de la Guadeloupe, avec remar¬
ques sur le groupe hirsutus (Psocoptera Ectopsocidae). Bull. Soc. ent. Fr., 84 : 52-57.
— 1981. — Psocoptères géophiles des Petites Antilles. Revue Écol. Biol. Sol, 18 : 425-434.
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Bull. Mus. nain. Hist, rial., Paris , 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 299-305.
Pycnogonides des campagnes CORINDON et MUSORSTOM II
(détroit de Makassar et Philippines),
avec description de Pallenopsis dentifera sp. nov.
par Jan H. Stock
Résumé. — Quatre espèces identifiables et des fragments de deux espèces indéterminables
sont signalées, provenant de profondeurs entre 46 et 970 m aux Philippines et en Indonésie. Une
espèce nouvelle, Pallenopsis ( Pallenopsis ) dentifera, est caractérisée par la présence de dents sur
le doigt fixe de la pince.
Abstract. — Four identifyable species and fragments of two unidentifyable species of Pyc-
nogonida are recorded from depths between 46 and 970 meters in Philippine and Indonesian
waters. One new species, Pallenopsis ( Pallenopsis) dentifera, is characterized by the presence
of teeth on the immovable finger of the chela.
J. H. Stock, Institut de Zoologie taxonomique, Université d’Amsterdam, B.P. 20125, 1000 HC Amsterdam,
Pays-Bas.
Les Pycnogonides de la Campagne MUSORSTOM I aux Philippines ont fait l’objet
de deux articles antérieurs (Stock, 1981a, 1981&). La présente note traite des exemplaires,
peu nombreux, obtenus par les Campagnes MUSORSTOM II et CORINDON dans la
même région, le plateau et la pente continentaux des Philippines et du Détroit de Makassar,
Indonésie.
Je tiens à remercier Jacques Forest, organisateur des campagnes MUSORSTOM, qui m’a
confié cette collection, petite mais intéressante. La majeure partie du matériel est conservée au
Muséum national d’Histoire naturelle, Paris (MNHN) ; quelques spécimens seulement au Zoô-
logisch Museum, Amsterdam (ZMA).
Famille des Colossendeidae
Colossendeis leptorhynchus Hoek, 1881
Synonymie : voir Stock, 1978 : 400.
Matériel : 1 spécimen (MNHN Py 530), CORINDON, stat. 290 : 02°37,56' S-118°10,90' E,
chalut, par 798 m de profondeur, 9 novembre 1980. 1 spécimen (MNHN, Py 529), MUSORSTOM II,
stat. 56 : 13°53,7' N-119°56,3' E à 13°54,4' N-U9°57,0' E, chalut, 970 m, 28 novembre 1980.
— 300 —
Remarques : Selon les critères utilisés par Stock (1978 : 408), et surtout celui de la
longueur relative des articles du palpe, ces exemplaires ressemblent plus à C. leptorhynchus
Hoek, 1881, qu’à C. macerrima Wilson, 1881, espèce avec laquelle elle a été confondue
pendant presque un siècle. A cause de la confusion taxonomique sur l'identité de C. lep¬
torhynchus, on n’en connaît pas exactement l’aire de distribution.
Colossendeis colossea Wilson, 1881
Matériel : 1 exemplaire (MNHN, Py 536), MUSORSTOM II, stat. 55 : 13°53,7' N-U9°
58,5' E à 13053,1' N- 119057 , 0 ' E, chalut, 865-866 m, 27 novembre 1980. 2 exemplaires (MNHN,
Py 528), MUSORSTOM II, stat. 56 (pour les coordonnées, voir ci-dessus).
Remarque : Cette espèce est mondialement répandue dans les eaux profondes des
grands océans.
Famille des Piioxichilidiidae
Pallenopsis (Pallenopsis) dentifera sp. nov.
(Fig. 1-10)
Matériel : 1 çj (holotype), 1 $ (allotype), et 7 Ç, 3 çj et 1 juv. (paratypes), tous au MNHN
(Py 531, 533, 534), sauf 4 paratypes au ZMA (Pa 2983), MUSORSTOM II, stat. 41 : 13°15,3' N-
122°45,9' E à 13°16,9' N-122°46,6' E, chalut, 166-172 m, 25 novembre 1980.
Description
Corps complètement segmenté. Prolongements latéraux lisses, plus long que le dia¬
mètre du corps. Tubercule oculaire cylindrique dans sa partie basale, distalement acuminé ;
yeux bien pigmentés, les antérieurs légèrement plus grands que les postérieurs. Abdomen
dirigé obliquement vers le haut, beaucoup plus long que les 4 es prolongements latéraux.
Proboscis quasi cylindrique, légèrement renflé en son milieu.
Scape des chéliphores aussi long que le somite céphalique. Paume de la pince rectan¬
gulaire pourvue de nombreuses soies. Doigt mobile plus long que le doigt fixe ; base du
doigt mobile pourvu d’un coussinet épineux ; marge interne du doigt mobile glabre, celle du
doigt fixe pourvue de trois dents un peu plus grandes et d’une série de dents minuscules.
Palpe réduit à un bouton inerme.
Pattes ovigères de la femelle 9-articulées (par fusion incomplète des articles originaux
7 et 8), celles du mâle 10-articulées. Chez la femelle, les articles 2 et 4 sont de longueur
égale, l’article 5 est plus long que l’article 4 ; les articles 6 à 9 sont allongés, les articles
distaux sont armés de plusieurs soies rigides assez courtes. Chez le mâle, l’article 2 est
plus court que l’article 4 ; l’article 5, claviforme, est légèrement plus long que l’article 4 ;
l’article 6, légèrement courbe, n’est pas renflé ; les articles distaux sont allongés ; l’article
distal porte plusieurs soies rigides, dont les plus longues dépassent la largeur de l’article
IG. 1-5. — Pallenopsis (Pallenopsis) dentifera sp. nov. (MUSORSTOM II, stat. 41) : 1, corps, vue dor¬
sale, $ (échelle ac) ; 2, tubercule oculaire, Ç, de gauche (croquis à main levée) ; 3, proboscis, Ç, vue
ventrale (ac) ; 4, pince, $ (ae) ; 5, article distaux de la 3 e patte, cJ (ac). (Échelles, voir fig. 6-10).
0.5 mm
Fig. 6-10. — Pallenopsis (Pallenopsis) dentifera sp. nov. (MUSORSTOM II, stat. 41) : 6, ovigère, Ç (échelle
ad) ; 7, articles distaux de l’ovigère, $ (ae) ; 8, ovigère, (J (ad) ; 9, articles distaux de l’ovigère, <? ( ae ) i
10, troisième patte, $ (ab) -
— 303 -
Les pattes sont grêles. La l re coxa porte un tubercule distal minuscule. La 2 e coxa
est très allongée ; elle porte les orifices sexuels (sur toutes les pattes chez la femelle, sur les
pattes 3 et 4 chez le mâle) ; chez le mâle, les orifices sont situés sur un prolongement digi-
tiforme, chez la femelle sur un processus peu marqué. Le tube cémentaire sur le fémur
du mâle est aussi long que le diamètre de l’article. Les articles longs des pattes sont dépour¬
vus d’éperons ; ils ne portent qu’un nombre réduit de soies. Le 2 e tibia est l’article le plus
long. Propode svelte, légèrement courbe ; talon à 3 épines ; sole avec une rangée de 15 à
20 petites épines de longueur irrégulière. Griffe principale très svelte ; griffes auxiliaires
minces, longues de plus des deux tiers de la longueur de la griffe principale.
Dimensions (mm) d’une femelle (paralype).
Longueur du somite céphalique 1,85
Longueur du 2 e somite thoracique 0,84
Longueur du 3 e somite thoracique 0,93
Longueur du 4 e somite thoracique (y inclus l’abdomen) 1,76
Largeur du corps (entre les 2 es prolongements latéraux) 2,88
Longueur de la trompe (face ventrale) 2,46
Largeur maximum de la partie distale de la trompe 0,74
Première coxa 0,75
Deuxième coxa 3,02
Troisième coxa 1,29
Fémur 7,18
Premier tibia 7,87
Deuxième tibia 8,81
Tarse 0,17
Propode 1,44
Griffe principale 0,95
Griffes auxiliaires 0,69
Dimensions (mm) d’un mâle (paratype).
Longueur du tube cémentaire 0,58
Diamètre du fémur 0,59
Remarques
J’ai comparé l’espèce nouvelle aux autres membres du sous-genre Pallenopsis, tout
au moins à ceux qui ont des griffes auxiliaires plus longues que la moitié de la griffe prin¬
cipale. Ces espèces sont assez nombreuses : 32 au total. Un certain nombre d’entre elles
diffèrent de l’espèce nouvelle par (1) leur corps compact (peu ou pas d’espace entre les
processus latéraux, donc du type « Rigona ») ; ou (2) la présence de tubercules ou d’éperons
sur les articles longs (fémur, tibias 1 et 2) des pattes ou sur les processus latéraux ; ou (3) le
nombre différent d’articles des pattes ovigères de la femelle (soit 10, soit inférieur à 9) ;
ou (4) leur propode d’allure compacte.
Les autres espèces ont un habitus assez semblable à celui de la forme nouvelle. La
plupart se distinguent nettement par l’absence de dents sur les doigts de la pince, mais
il y a d’autre différences :
— 304 -
— P. (P.) meinerti Schiinkewitsch, 1930, de la côte atlantique de l’Amérique du Sud,
se caractérise par son tube cémentaire mâle plus court, ses griffes auxiliaires moins longues,
et l’allure moins allongée des articles distaux de l’ovigère femelle.
— P. (P.) temperans Stock, 1953, des Indes orientales, possède également un tube
cémentaire mâle plus court ; de plus, la chétotaxie des articles distaux de l’ovigère mâle
est plus courte.
-— P. (P.) boehmi Schimkewitsch, 1930, du Détroit de Magellan (espèce connue seu¬
lement par des individus de sexe femelle) est proche de P. (P.) longicoxa Stock, 1966 (dont
on ne connaît que le mâle), provenant des côtes atlantiques de l’Amérique du Sud ; les
deux espèces possèdent chez les deux sexes un article distal de l’ovigère plus court ; les
soies sur cet article ($) sont plus longues que chez l’espèce nouvelle.
P. (P.) capensis Barnard, 1946, et P. (P.) intermedia Flynn, 1928, toutes deux du
Cap de Bonne Espérance, diffèrent nettement par leur abdomen plus court, le tube cémen¬
taire mâle plus court, et par l’aspect renflé du 6 e article de l’ovigère (<J).
— P. (P.) maui Clark, 1958, de Nouvelle-Zélande, possède des griffes principales
plus courtes et plus compactes ; l’article distal de l’ovigère mâle est plus court, tandis que
les 2 e et 5 e articles sont de longueur égale.
11 existe deux espèces dans le sous-genre, chez lesquelles on a décrit des dents sur les
doigts des pinces (toutes les autres ont des doigts inermes). Chez l’une, P. (P.) denticulata
Hedgpeth, 1944, de l’Australie occidentale, ces dents se trouvent sur le doigt mobile comme
sur le doigt fixe (chez l’espèce nouvelle, les dents sont limitées au doigt fixe). Abstraction
faite de l’armature des doigts, P. denticulata ne semble pas être très proche de l’espèce
nouvelle (corps compact, propode robuste, éperons sur le fémur et le 1 er tibia).
L’autre espèce à doigts denticulés, P. (P.) tongaensis Clark, 1973, dont la provenance
se reflète dans son nom spécifique, ressemble à l’espèce nouvelle par le fait que les dents
sont restreintes au doigt fixe. L’espèce de Polynésie diffère cependant de celle des Philip¬
pines par la paume des pinces plus courte et plus gonllée, par les articles distaux de l’ovi-
gère mâle plus courts et d’une sétosité moins poussée, par la griffe principale moins allongée
et par le corps un peu plus compact.
Pallenopsis sp.
Matériel : 1 $ (sans pattes) (MNHN), MUSORSTOM II, stat. 33 : 13°32,3' N-121°07,5' E
à 130.31,7’ N-121°07,5' E, chalut, 130-137 m, 24 novembre 1980.
Remarque : Le corps (dépourvu de pattes) ressemble à celui de P. (P.) temperans
Stock, 1953.
Anoplodactylus versluysi Loman, 1908
Lit. : Loman, 1908 : 73-74, pi. Ill, fig. 33-39 ; Stock, 1954 : 84-85, fig. 38a, 39 ; Stock, 1965 :
29, fig. 46 ; Stock, 1968 : 50, fig. 18i.
305 -
Materiel : 1 ovigère (MNHN, Py 532), CORINDON, stat. 292 : 02»37,25' S-117°52,99' E,
drague, 46 m, 10 novembre 1980.
Remarque : L’espèce est répandue dans l’ Indo-Pacifique occidental et connue de
l’Indonésie jusqu’à Madagascar.
Anoplodactylus sp.
Matériel : 1 Ç (sans pattes) (MNHN), MUSORSTOM II, stat. 33 : 13°32,3' N-121°07,5' E
à 13«31,7' N-121°07,5' E, chalut, 130-137 m, 24 novembre 1980.
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1, 20
Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris , 4 e scr., 5, 1983,
section A, n° 1 : 307-341.
Feylinia , genre de Lézards africains
de la famille des Scincidae,
sous-famille des Feyliniinae
par Édouard R. Brygoo et Rolande Roux-Estève
Résumé. — La révision du genre Feylinia, fondée sur l’examen des spécimens des princi¬
pales collections, a amené les auteurs à réhabiliter l’espèce Feylinia macrolepis Boettger, 1887,
et à confirmer la validité de Feylinia boulengeri Chabanaud, 1917, dont un nouveau spécimen
a été découvert. La forme grandisquamis Müller, 1910, est élevée au rang d’espèce. Le genre Cha-
banaudia Witte et Laurent, 1943, est placé dans la synonymie de Feylinia. Un néotype pour F.
polylepis et un lectotype pour F. currori ont été choisis. Le genre Feylinia comprend maintenant
six espèces. Deux d’entre elles, F. elegans et grandisquamis, sont morphologiquement très proches
l’une de l’autre. Seules de nouvelles récoltes et l’utilisation de nouvelles techniques permettront
peut-être de préciser certains points de taxinomie. Cette étude donne les cartes de répartition
et une clef de détermination des espèces. La limite nord de l’aire géographique du genre reste encore
imprécise.
Abstract. - A revision of the genus Feylinia based on specimens of the main collections
results in the revalidation of the species Feylinia macrolepis Boettger, 1887, and in the confirmation
of the validity of Feylinia boulengeri Chabanaud, 1917, a new specimen of which has been dis¬
covered. The “ forma grandisquamis Müller, 1910 ” is upgraded to species level and the genus
Chabanaudia Witte et Laurent, 1943, is placed into the synonymy of Feylinia. A neotype of
F. polylepis and a lectotype for F. currori are selected. The genus Feylinia now comprises six
species. Two of them F. elegans and F. grandisquamis are closely related morphologically. Only
new captures and utilization of new techniques could perhaps enlighten us on certain problems
of taxinomy. Distribution maps and an identification key to the species are given. The northern
limit of the geographical range of the genus still remains unclear.
E. R. Brygoo et R. Roux-Estève, Laboratoire des Reptiles et Amphibiens, Muséum national d' Histoire
naturelle, 25, rue Cuvier, 75005 Paris.
Ce qu’écrivait Loveridge voici vingt-cinq ans est toujours d’actualité. Personne
ne s’est penché sur le problème du genre Feylinia Gray, 1845, depuis la révision systéma¬
tique proposée par de Witte et Laurent en 1943.
Cependant, après le traité d’ostéologie des Reptiles de Romer (1956), nombreux ont
été les travaux d’anatomie et d’histologie portant sur tel ou tel point particulier des Fey¬
linia : l’ostéologie crânienne en général (Propach, 1968 ; Greer, 1970) ; l’oreille interne
(Miller, 1966) ; l’artère stapédienne (McDowell, 1967 ; Underwood, 1971 ; Greer,
1976) ; la denture (Edmund, 1969) ; la morphologie des vertèbres caudales et le processus
d’autotomie (Etheridge, 1967) ; les vertèbres et les côtes (Hoffstetter et Gasc, 1969) ;
308 -
la musculature et l’adaptation au fouissage (Gasc, 1965) ; la musculature axiale (Gasc,
1966, 1967, 1971, 1981) ; les muscles de la mâchoire (Haas, 1973) ; la morphologie de la
thyroïde (Lynn et Walsh, 1957 ; Lynn, 1970) ; celle de la glande surrénale (Gabe, Mar-
toja et H. Saint-Girons, 1964) et de l’hypophyse (H. Saint-Girons, 1967) ; les glandes
endocrines et leur rapport avec la phylogénie (H. Saint-Girons, 1968) ; la glande pitui¬
taire (H. Saint-Girons, 1970) ; les hématies (M. C. Saint-Girons, 1970) ; l’œil pinéal (Gundy
et Ralph, 1971). De plus, Gabe et Saint-Girons ont étudié les glandes épidermoïdes des
régions cloacale (1965) et céphalique (1967), les glandes salivaires (1969), les glandes nasales
(1971, 1976), celles du duodénum (1972a) et de l’estomac (1972è) puis, en 1976, présenté
la morphologie de l’ensemble des fosses nasales et de leurs annexes.
Curieusement, et malgré l’intérêt porté par les anatomistes et les histologistes à cette
famille de lézards, les travaux de systématique sont très rares. Cela conduit à des consta¬
tations inattendues. Ainsi, Lynn et Walsh (1957) groupant V oeltzkowia mira (Scincinae
de Madagascar) et Feylinia currori dans la famille des Feyliniidae s’étonnent : « ... The
two representatives of the Feyliniidae ( Feylinia and Voltzkowia (sic)) differed widely in
thyroid form which may indicate that they are not closely related... », ce que Lynn répète
en 1970. De même, Gasc (1965), ignorant les autres espèces de Feylinia, ainsi que le genre
Chabanaudia, écrit : « Feylinia currori... forme à lui seul la famille des Feyliuidés ».
C’est pourquoi, la mise à notre disposition d’un lot de Feylinia du Zaïre et la présence
dans les collections du Muséum de Paris de séries importantes de provenances variées
nous ont conduits à entreprendre la révision de ce groupe mal connu.
Place des Feylinia parmi les Scincoidea
Le genre Feylinia a été créé par Gray (1845 : 128, 129) et placé dans la famille des
Typhlinidae à côté des genres Typhline et Dibamus. En 1864, Cope (1864 : 228, 230) pro¬
pose un nouveau nom de famille, celui des Anelytropidae pour remplacer celui des Typhli¬
nidae (« preoccupied »). Il groupe alors dans la tribu des Typhlopthalmi trois familles :
les Acontiidae, les Aniellidae (sic) et les Anelytropidae. Pour ce dernier nom de famille,
Cope utilise le genre Anelytrops de A. Duméril (1856 : pour Acontias elegans Hallowell,
1852). Bocage (1873 : 214, 215) replace l’espèce d’HALLowELL et Y Anelytrops de A. Dumé-
ril dans le genre Feylinia.
De ce fait, Anelytrops devient un synonyme postérieur de Feylinia. C’est pourquoi,
en 1875, Cope substitue Feyliniidae à Anelytropidae (1875 : 20). Le nom de famille des
Anelytropidae, bien qu’invalide, est toutefois conservé en 1884 par Boulenger qui, en
1887, y comprend trois genres : Anelytropsis Cope, 1885, Feylinia Gray, 1845, et Typhlo-
saurus Wiegman, 1834. En 1893, Boettger y place son nouveau genre Voeltzkowia 1 créé
pour un lézard apode de Madagascar, genre qu’il place ensuite (1913) dans la famille des
Scincidae (Brygoo, 1981). La famille des Anelytropidae avec ses trois genres regroupés
par Boulenger est acceptée par Bocage (1895), Boulenger (1905), Müller (1910) et
même Loveridge (1933) quoique Mertens (1922) ait utilisé ce nom de famille pour y
1. D’où vient probablement l’erreur de Lynn et Walsh, 1957, signalée plus haut.
- 309 -
placer les genres Feylinia et Voeltzkowia. On peut signaler, toutefois, que dès 1906 Mocquard
considère que Feylinia appartient à la famille des Scincidae 1 .
Ce n’est qu’en 1923 que Camp reprend le nom de Feyliniidae (Feylinidae) qu’il groupe
avec les Scincidae, les Anelytropidae et les Dibamidae pour constituer la superfamille
des Scincoidea. Cependant, les Feyliniidae de Camp comprennent encore les Typhlosaurus.
En 1942 et 1943, de Witte et Laurent considèrent le genre Feylinia (dont ils séparent
le genre Chabanaudia, 1943) comme composé de formes dégradées de la famille des Scin¬
cidae, apparentées au genre Scelotes.
Ils sont suivis par Romer (1956), Perret et Mertens (1957), Mertens (1967). En
revanche, d’autres auteurs conservent la famille des Feyliniidae. Guibé, en 1954, la consi¬
dère comme formée des trois genres Feylinia, Chabanaudia et Typhlosaurus, puis en 1970
ne garde plus que Feylinia en ajoutant : « la validité de cette famille en tant qu’unité natu¬
relle plutôt que fin de lignée d’un stock scincoïde dégénéré peut se poser ; divers auteurs
(Romer par exemple) placent le genre parmi les Scincidae : tout récemment Miller (1966)
après une étude de morphologie comparée du canal cochléaire arrive à la même conclu¬
sion ». Pour Hoffstetter (1962 : 254) : « Les Feylinidae africains (inconnus à l’état fos¬
sile), caractérisés par l’atrophie des membres et la perte des arcs crâniens, constituent
une petite famille satellite des Scincidae... ». Alors que Bellairs (1957 : 128) admet une
famille des Feyliniidae, en 1966, Bellairs et Carrington ne la mentionnent plus. Pro-
pach, en 1968, après l’étude de l’ostéologie crânienne, confirme l’indépendance de cette
famille. Pour Greer (1970a : 155-158), les Feyliniidae avec les Feylinia et Chabanaudia
ne constituent plus que l’une des quatre sous-familles des Scincidae à côté des Scincinae,
Acontinae et Lygosominae. En revanche, Saint-Girons (1970 : 194 ; 1971 : 698), après
étude, en particulier, de la grande pituitaire, en fait une famille distincte « closely related
to but not included in the Scincidae ». Pour Friederich (1978 : 23), il s’agit d’une famille
monogénérique.
Famille ou sous-famille, actuellement, les auteurs semblent s’accorder pour ne placer
dans ce taxon que le genre Feylinia et éventuellement le genre Chabanaudia lorsque ce
dernier est admis 2 .
Caractères externes
Les Feylinia sont des lézards fouisseurs de forme allongée et cylindrique, apodes, sans
orifices auriculaires. Ils peuvent atteindre 400 mm.
1. Hors son travail sur la faune lierpétologique du Congo, Mocquard n’a jamais rien publié sur le
genre Feylinia. Cependant, ainsi que. l’attestent ses annotations manuscrites sur les registres du Muséum
national de Paris et sur une étiquette, il a envisagé, un moment, de créer une espèce « Feylinia vergnesii »
sur les spécimens MNHP 1902-200 de Majumba (Gabon), récolté par Vergnes et MNHP 9216 de Bata
(Guinée équatoriale) par Pobéguin, spécimens rattachés aujourd’hui à l’espèce Feylinia currori.
2. Les incertitudes quant à la composition de la famille des Feyliniidae ont eu des conséquences variées.
L’une d’elles a déjà été signalée (note, p. 308) ; l’autre intéresse la biogéographie. Pienaar (1966 : 26) inclut
des Feyliniidae dans la faune du Kruger Park. En fait, il s’agit de deux espèces du genre Typhlosaurus
Wiegmann, 1834, genre rapproché des Acontias Cuvier, 1817, par de Witte et Laurent (1943 : 7) et placé
par Greer (1970 : 160) dans la sous-famille des Acontinae avec Acontias et Acanthophiophs Sternfeld,
1911.
- 310 -
Écaillure céphalique
Le museau est pointu, recouvert d’une rostrale importante, engainante. Les narines
sont situées sur les côtés de la rostrale. Elles sont reliées au bord de la rostrale par une
suture incurvée vers le bas, ce qui distingue aisément les Feylinia des Acontias où cette
suture est horizontale.
La rostrale est suivie dorsalement d’une (F. boulengeri) ou deux supranasales et de
trois grandes écailles impaires (préfrontale, frontale, interpariétale). Ces trois écailles sont
bordées généralement par trois susoculaires (dont la première est en fait une loréale). La
première susoculaire peut manquer (pas de loréale) ; c’est le cas de l’espèce F. macrolepis.
Cette absence de loréale n’est pas, contrairement à ce qu’affirment de Witte et Laurent
(1942), une variation individuelle, mais doit être considérée comme une variation spé¬
cifique.
En arrière de l’interpariétale sont disposées les pariétales plus ou moins bien indivi¬
dualisées : elles peuvent être simplement paires ou alors subdivisées en plusieurs écailles.
Latéralement, sous les trois susoculaires (ou loréale -)- deux susoculaires), on distingue
une préoculaire, une oculaire et deux postoculaires. Le long de la bouche se trouvent trois
labiales : 11, la première, est la pins haute, elle atteint la supranasale ; 12, la deuxième,
est (F. elegans, boulengeri, macrolepis) ou n’est pas en contact avec l’oculaire et 13, la troi¬
sième, est soit en contact avec l’oculaire (F. currori, grandis quamis, polylepis) soit séparée
de l’oculaire par la postoculaire infère (F. elegans, macrolepis, boulengeri). Sous l’oculaire
on distingue une tache sombre parfois centrée de blanc ; c’est l’œil protégé par l’écaille.
Il peut parfois être légèrement décalé vers l’avant et se trouver sous la suture préoculaire-
oculaire.
La mentale, assez grande, protège l’extrémité de la mâchoire inférieure. Elle est suivie
par une première infralabiale qui, selon les espèces, peut couvrir la presque totalité du
bord de la mâchoire (elle dépasse alors l’arrière du bord postérieur de l’œil), ou être beau¬
coup plus courte (elle est alors entièrement située à l’avant du bord antérieur de l’œil).
Comme on le voit, l’examen des caractères céphaliques permet une bonne séparation
des espèces si l’on dispose d’un nombre suffisant de spécimens. Les erreurs et les confu¬
sions des auteurs, dans un passé plus ou moins lointain, s’expliquent surtout par le très
petit nombre d’individus dont ils disposaient. Ces confusions portent sur trois points :
1. Les supranasales : Bocage (1873 : 7) avait noté à propos de F. currori : « Chez l’un
de nos individus les supéronasales (internasales de Hallowell) sont divisées, tandis qu’elles
sont remplacées chez l’autre par une seule plaque ». En 1917, Chabanaud, observant à
nouveau une supranasale impaire sur un seul spécimen, crée l’espèce F. boulengeri pour
laquelle de Witte et Laurent (1943 : 6) à leur tour écrivent : « l’espèce..., possédant des
supranasales soudées en une seule plaque, alors que les autres espèces les ont paires, nous
apparaît devoir être considérée comme le type d’un genre nouveau, Chabanaudia... ». Sur
plus de 300 individus examinés, deux seulement ont une seule supranasale, l’holotype
de F. boulengeri, et un autre spécimen que nous rapportons à cette espèce. Ces deux indi¬
vidus, déjà distingués des autres par leur supranasale unique (le spécimen de Bocage
pouvant être considéré comme un troisième), se séparent de plus des autres Feylinia par
leurs caractères quantitatifs (nombres d’écailles et proportions).
- 311 -
2. Présence ou absence d’une loréale : Boettger en 1887 a créé l’espèce macrolepis
sur deux syntypes ne possédant pas de loréale. Comme nous l’avons dit plus haut, il ne s’agit
pas de variations individuelles puisque nous avons, cette fois, vingt-neuf spécimens possé¬
dant ce caractère et les caractères quantitatifs, là aussi, confirment la validité de cette
espèce.
3. Labiale supérieure en contact avec l’oculaire : Boulenger (1887 : 431) place, avec
un doute, l’espèce elegans dans la synonymie de F. currori. Il décrit ainsi cette dernière
comme possédant : « a loreal, a praeocular and supraocular ; first upper labial largest,
third in contact with the ocular ». Ce dernier point ne correspond pas à la description ori¬
ginale de F. elegans où l’oculaire est en contact avec la deuxième labiale supérieure. Bou¬
lenger disposait alors de spécimens d’Angola, du Gabon et de Sierra Leone, puis ensuite
(1905 : 206) de spécimens du Cameroun et du Congo français. Il écrit alors : « second upper
labial (instead of third) sometimes in contact with the ocular ». Le doute continue. Cela
peut s’expliquer par l’existence d’individus à côtés droit et gauche possédant un nombre
de labiales différent. Ces anomalies que nous avons aussi constatées peuvent être corrigées
en fonction du plus grand nombre des résultats et en associant une fois encore les carac¬
tères quantitatifs (écailles et proportions).
Écaillure du corps
Nombre de rangs d’écailles autour du corps : Boulenger (1887 : 431) semble admettre
le fait d’avoir un nombre impair de rangs d’écailles autour du corps comme une des carac¬
téristiques du genre Feylinia. Dès 1895, Bocage (p. 57, 58) écrit « Le nombre impair des ran¬
gées d’écailles sur le tronc est considéré par M. Boulenger comme un des caractères diffé¬
rentiels du genre Feylinia, ce qui ne sous semble pas rigoureusement exact ». Schmidt
(1919 : 567-568) confirme ce point et note même une prédominance des nombres pairs de
rangs d’écailles.
Nombre d’écailles longitudinales : Il est impossible de donner le nombre total des écailles
longitudinales, la queue des Feylinia est presque toujours tronquée et régénérée. C’est
pourquoi, le nombre d’écailles longitudinales est remplacé ici par le nombre des écailles
comptées à partir de la mentale jusqu’à l’anus.
Feylinia currori Gray, 1845
1845, Cat. Liz. Brit. Mus. : 129.
1856, Anelytrops elegans : A. Duméril (nec Acontias elegans Hallowell, 1852). Rev. Mag. Zool.,
8 : 420, pi. XXII, fig. 1.
1933, Feylinia currori elegans : Loveridge, 1933, Bull. Mus. comp. Zool., 74 (7) : 328.
Décrite par Gray, retrouvée par Bocage (1873, 1887), étudiée par Boulenger (1887),
Feylinia currori, espèce-type du genre est la plus connue. Une fois admise la synonymie
d’Anelytrops elegans A. Duméril proposée par Boulenger, sa nomenclature ne pose plus
de problème. A. Duméril a créé Anelytrops elegans pour un spécimen qu’il a cru être
un Acontias elegans Hallowell, individu, qui, en fait, est un Feylinia currori Gray.
— 312 —
Les types de Feylinia currori
Gray (1845 : 129) a décrit l’espèce et créé le genre sur deux spécimens dus à J. Cur-
ror esq., l’un, adulte, venant d’Angola, tandis que l’autre, un jeune, avait pour origine
la côte d’Afrique. Pour une raison non précisée, Boulenger (1887 : 432) donne les deux
types comme provenant d’Angola. Il s’agit là d’une simplification abusive d’autant plus
regrettable que les deux spécimens BM 1 1946.8.13.79 et 80 n’appartiennent manifestement
pas à la même espèce.
Nous désignons ici comme lectotype l’adulte n° 1946.8.13.79 des descriptions de Gray
et Boulenger. L’autre spécimen, le « jeune », diffère profondément du précédent, et de
tous les autres représentants de l’espèce currori, par une forme de tète plus allongée (d’où,
des labiales plus longues que hautes), par des écailles plus nombreuses : 30 rangs autour
du milieu du corps, au lieu de 24 à 26 et 161 écailles entre le menton et l’anus, au lieu de
115 à 140. Ces caractères correspondent à ceux de F. polylepis de l’île du Prince. Malgré
cela ce « syntype » de currori possède une coloration générale noire intense, jamais ren¬
contrée parmi les autres Feylinia examinés.
Le spécimen BM. 1946.8.13.80, syntype de F. currori, dans l’état actuel de nos con¬
naissances, doit donc être rattaché à l’espèce F. polylepis, espèce endémique de l’île du
Prince. D’ailleurs, l’indication d’origine « côte d’Afrique » n’exclut pas qu’il ait été récolté
sur l’île du Prince.
Matériel examiné
141 spécimens.
Syntype, choisi comme lectotype : BM. RR. 1946.8.13.79, Angola, J. Curhor, esq.
Angola : 11 sp. : Sans localité : BM 73.7.28.10, ach. de Monteiro, et ZMH Ro 1757, Joh.
Eberl., IX.1933. Roca Novo Duro, Piri im Dembos : ZMH Ro 1758 à 62, G. A. von Maydell,
X-XI.1952, Angola-Expédition 1952-54. Golungo Alto : BM 1904.5.2.63, W. Ansorge. Congulu,
dist. Amboim, 7-800 m : BM. 1936.8.1.637, K. Jordan. Chiloango : NMW 10664, 18.IV.1912.
Schinga : RMNH 20638. — Congo-Brazzaville : 39 sp. : Sans localité : MHNP 1982.175. Pointe-
Noire : MHNP 1956.105, M™ Roux ; 1967.298 à 300, Stauch, IV.1964 ; 1971.386 à 406, F. Vin¬
cent ; 1982.172 à 74, Cronier. Sibiti (13°24' E-3°40' S) : MHNP 1966.813 à 827 à 29, Descar-
pentries et Villiers. Brazzaville : MHNP 1966.826, Descarpentries et Villif.rs. Mts du
Mayombe, 80 km de Loango, vers Loudima : MNHP 1890.51, Brusseaux. — Gabon : 16 sp. :
Sans localité : MHNP 3099, Aubry-Leconte, type du genre Anelytrops A. Duméril 2 ; MHNP
1935.394, Maclatchy ; MHNP 1954.06, Maurice Patry. Makokou : MHNP 1973.1534 à 38, Knoep-
1. BM : British Museum (Natural History) ; AMNH : Américain Museum natural History ; ANSP :
Acad, nat, Sci., Philadelphia ; FMNH : Field Museum of nat. Hist., Chicago ; MCZ : Museum of compara¬
tive Zoology, Harvard ; MHNP : Muséum national d’Histoire naturelle, Paris ; MHNG : Muséum d’His-
toire naturelle, Genève ; MSNG : Museo storia naturale Genova ; MNW : Naturhistorisches Museum Wien ;
NMZ : National Museum of Zambie ; RGMC : Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren ; RMNH : Rijks-
Museum, Leiden ; SMF : Senckenberg Museum, Frankfurt ; UM : Umtali Museum ; USNM : Smithonian
Institution, Washington ; ZFMK : Museum A. Koenig, Bonn ; ZMA : Zoiilogish Museum, Amsterdam ;
ZMH : Zoologisches Museum, Hamburg.
2. Guibé (1954 : 104) en fait « l’holotype » d’ Anelytrops elegans ; c’est le type du genre, lui-même syno¬
nyme postérieur de Feylinia. De plus, la dimension donnée (190 mm) est inexacte : Duméril indiquait
225 mm et nous avons relevé 223 mm.
- 313 -
ffler, 1964-65. 50 km au sud-ouest de Lambaréné : MHNP 1901.541, A et B. Haug. Riv. Bilo-
gone : MHNP 1969-104, M. Patry. Mekambo : MHNP 1973-1539, Knoepffler. Oyem : MHNP
1973-1540, Knoepffler. Ogooué : USNM 20409 (ex. MHNP 1886-206). Majumba : MHNP 1902-
200, Vergnes, « F. vergnesii, » Mocq., manusc. — Guinée équatoriale : 2 sp. : Benito Riv. : BM.
1901.8.1.17, G. L. Bates ; Bata : MHNP 1892.16, Pobéguin, « Feylinia vergnesii » Mocq. manusc. —
Cameroun : 22 sp. : Sans localité : NMW 8145 B, ex-coll. Werner n° 313 ; AMNH 64505 ; CHNM
58944, A. I. Good. Victoria : ZMFK 26660, Dr. F. Werner ; Victoria : NMW 17259.1 et 2, Stein-
dachner, 1899. Wum, Bemenda, 3 000 ft : BM. 1950.1.1.83, A. B. Cozens ; Sangmelima : NMW
10666-667, Steindachner, 31.X.1914. Bitye : NMW 10665, Steindachner, 1.XII.1913 ; NMW
10668.1-2, ibid,., 1.VIII.1910. Bitye, Ja riv. : MCZ 7260, T. Barbour. Bitye, Ja riv. : CNWH 3991,
G. L. Bates. Meyo : SMF 52541, J.-L. Perret, 3.IV.1954. Foulassi : SMF 52542, J.-L. Perret,
14.11.1955. Dist. Batouri : BM. 1937.1.1.24, F. G. Merfield. Kribi : BM. 1902.11.12.24, G. L. Bates.
Dist. Lomié : BM. 1937.12.1.61, F. G. Merfield. Lolodorf : FMNH 26336, A. I. Good, 10.VI.1936.
Tibati : A. Monard 11.VI.1947, Musée La Chaux de Fonds. Molundu : SMF 16082, exp. Herz.
A. F. von Mecklemburg, 1.1911. — Centrafrique : 6 sp. : Haut-Oubangui : MHNP. 1895.314,
Viancin. Sans localité : MHNP 1931.79, J. Thomas. Boukoko, Maboké : MHNP8 632, Bruniquel,
1954. Env. Bangui : ZFMK 33643 et 44, Grépin et Hervé, 11.1981. Bangui résidentiel : MCZ
128529, Roberts Tyson, 12.VI.1971. — Nigeria : 1 sp., Zaria : BM. 1911.3.21.4, A. C. Francis. —
Sierra Leone : 2 sp. : BM. R 1964.12, A et B, Dr. A. Günther. — Zaire : 26 sp. : Parc National
Albert : RGMC 10458, emb. Semliki (lac Édouard), Brédo, 12.VI 1.1935. Kamondo, lac Édouard,
ait. 925 m : RGMC 13544 et 45, G. F. de Witte, 11-16.XI.1933. Tschambi, ait. 975 m : RGMC
13546, de Witte, 3-8.XI.1933. Tschauzerva, alt. 1 076 m : RGMC 13547, de Witte, 28.V-2.VII.
1934. Parc National de l’Upemba, Kaziba riv. : UM 10775-76 et RMNH 14962, 8-9.11.1948. N.
Kasaï, Dekese (3°28' S-21°24' E) : MHNG 1229, 715.76 et 2086.50, S. Battoni, 1959. Banana :
ZMA 15.525 A et B, leg. L. Anema, 1884. Povo Netonna : SMF 160.79, P. Hesse, 1887. Inkongo,
Lusambo : BM. 1938.4.4.1 à 3, H. Willson. Kiambi : RGMC 6777, Girard, 1930. Env. Thysville :
MCZ 106990-91, 1949. Lac Tumba, Bwanlanga Matali : CNMH 168840, Laurent, 21.XI.1955.
Medjé : AMNH 11291. Akongo : AMNH 11294. Stanleyville : AMNH 11289-90. Panga : Musée
La Chaux de Fonds, Schouteden. (Seule, une partie de la collection, très importante, de F. cur-
rori du Musée de Tervuren, a été examinée.) — Uganda : 12 sp. : Entebbe : BM. 1901.6.24 et 26-27,
3 000 ft, Sir H. Johnton ; BM. 1963.947, T. S. Jones ; NMZB 133 ; MCZ 31078, A. Loveridge,
27.VI.1930. Msozi : BM. 1903.12.2.17, Doggett. Namasagali : BM. 1954.1.11.68, J. W. Lester.
Burgiri alt. 1 400 m : RGMC 21884, P. Basilewsky et N. Leleup, 5-8.VIII.1957. Arch. Sessé,
Victoria Nyanza : MSNG 39461 A et B, E. Bayon, 1908. Budongo, Bunyaro : NMZB 1194. Toro
dist., Toro game reserve Wasa camp : USNM 206983, H. K. Buechner, 8. XI.1962. — Origine
inconnue : 3 sp. : NMW 19127 ; ZMH Ro 1749 « Nossi Be » ; ZMH Ro 1755.
Caractères spécifiques
Morphologie (fig. 1) : La tête est courte, comme chez les autres espèces continentales,
par opposition à la tête relativement allongée de F. polylepis de l’île du Prince. Norma¬
lement, l’écaillure céphalique comprend deux supranasales et, de chaque côté, une loréale.
L’oculaire est en contact avec la troisième labiale supérieure. La première infralabiale est
courte. De nombreuses variations peuvent être observées, en particulier sur le rang de la
labiale en contact avec l’oculaire. Nous y reviendrons ultérieurement. Le nombre des rangs
d’écailles autour du corps varie de 22 à 28 ; celui des écailles entre le menton et l’anus de
115 à 150. La variation du nombre des vertèbres présacrées (VPS) est importante 1 : elle
s’étend de 72 à 82 avec de notables différences selon l’origine géographique des spécimens.
1. Le nombre des VPS des Feylinia n’a été, semble-t-il, que peu étudié. Gasc (1965, 1967) donne
72-75.
- 314 —
Taille : La taille que peut atteindre cette espèce est remarquable. Le plus grand
spécimen examiné (BM 1938.4.4.1. d’Inkongo, Lusambo, Zaïre) mesure 367 mm dont
295 pour la tête et le corps, la queue étant partiellement régénérée. Il est loin d’atteindre
la taille maximale, citée par de Witte et Laurent (1942) : 333 mm (tête + corps) chez
un individu du Zaïre.
Coloration : La coloration varie beaucoup. Elle va du beige clair au brun presque
noir. Certains individus présentent différentes teintes de gris. La proximité de la mue influe
sans doute sur la coloration. Cette dernière est habituellement homogène, aussi intense
ventralement que dorsalement avec parfois les écailles rostrale et mentale plus claires.
La juxtaposition des taches sombres de chaque écaille forme un réseau régulier sur l’ensemble
du corps.
Carte 1. — Répartition des lieux de capture de Feylinia currori.
Répartition géographique (carte 1) : Gray, dans la description originale, signale
deux spécimens. Comme nous l’avons dit plus haut, le jeune spécimen-type n’appartient
pas à l’espèce Feylinia currori. La « terra typica » se trouve donc restreinte à l’Angola. Si
l’on examine le matériel étudié, seul le spécimen ZMH Ro 1749 (ex EK 1437) signalé comme
- 315 -
ayant été récolté par A. O’Swald à Nossi bé (Madagascar) a une origine manifestement
erronée. Tous les autres spécimens, à origine connue, proviennent d’Afrique. La limite
sud du domaine de Feylinia currori se trouve en Angola et au Zaïre. L’Uganda marque
ses limites est. Vers le nord, elles sont plus imprécises. Boulenger, en 1887, signale le don
par A. Günther de deux spécimens de Sierra Leone. On aurait pu penser que leur origine
était erronée. Cela paraît moins vraisemblable depuis que A. C. Francis a rapporté un
spécimen du Nigeria (province de Zaria). Ces trois récoltes, les plus septentrionales, parmi
tant d’autres, concernent des Feylinia currori. Ils ont l’oculaire en contact avec la troi¬
sième labiale supérieure et 23 ou 24 rangs d’écailles autour du corps. Le plus grand spé¬
cimen de Sierra Leone mesure 203 mm (tête -f- corps), celui du Nigeria, 211. Les limites
nord de la répartition de cette espèce, abondamment récoltée au Cameroun et en Centra-
frique, ne semblent pas définitives, surtout en ce qui concerne l’Ouest africain.
Étude de deux groupes de spécimens de Feylinia currori
Le nombre important de spécimens à origine géographique précise dont nous avons
pu disposer a permis de comparer entre elles des séries provenant de Pointe Noire, du
Gabon, du Cameroun, du Zaïre, de Centrafrique et d’Uganda. L’étude de deux groupes,
les plus éloignés géographiquement, a donné des résultats particulièrement intéressants.
Avant de les présenter, il convient de rappeler l’historique des récoltes d’Afrique Orien¬
tale.
Les Feylinia d’Afrique orientale
En 1897, Tornier signale deux individus de Feylinia currori récoltés par Stuhlman
en Afrique orientale allemande, l’un à Bukoba, W. Nianza, le 19.X.1890, et l’autre pro¬
bablement de la même localité b En 1900, cet auteur cite à nouveau cette espèce en Afrique
orientale allemande, sans autre précision. En 1909, Boulenger signale la récolte de l’espèce
par E. Baton (1908) à Bugala, Sesse Islands, Victoria Nyanza (Uganda). Puis, en 1920, Love-
ridge mentionne (p. 160) un nouveau spécimen de F. currori : « A single specimen of this
aberrant skink was found in a bottle in a german house at Morogoro. it measured 4 inches
(92 mm) » 1 2 . En 1933, Loveridge note la récolte d’un Feylinia currori elegans (Hallowed),
MCZ 31078, à Entebbe, lake Victoria ; il ajoute « The present record appears to be the most
eastern published but there are three Entebbe examples collected by Sir Harry Johnston
(1900) and Hoare (1929) in the British Museum Collection ». Quelques lignes plus loin,
il mentionne l’existence, dans la même collection, d’un spécimen de Msori, Uganda. Tous
ces spécimens ont l’oculaire en contact avec la deuxième labiale. Et Loveridge (1957 :
223) donne la répartition suivante pour Feylinia currori elegans (Hallowed) : « Uganda
(Entebbe, Sesse Islands, etc...) and Western Tanganyika Territory (Bukoba), west through
the Belgian and French Congo ».
1. Loveridge (1933 : 28) attribue cette annonce de récolte à Nieden (1913) ; or, ce dernier ne fait
que citer Tornier, comme l’a fait Sternfeld en 1911.
2. Morogoro est situé à 180 km à l’ouest de Dar es Salam ; on doit constater que Loveridge, ulté¬
rieurement, ne fera plus mention de cette récolte (1933 : 328 ; 1957 : 223).
— 316 —
Comparaison des F. currori de Pointe Noire et d’Uganda
Si l’on compare les tailles, la série d’Uganda est en moyenne plus grande que celle
de Pointe Noire. Des différences notables apparaissent au niveau de l’écaillure. Vingt-
deux individus sur vingt-huit à Pointe Noire ont l’oculaire en contact avec la troisième
labiale supérieure des deux côtés de la tête (3/3). Les six restants sont asymétriques, avec
un contact d’un côté, soit avec la troisième, soit avec la deuxième labiale (3/2 ou 2/3).
Pour les douze spécimens d’Uganda, on trouve sept individus à contact 2/2, deux à con¬
tact asymétrique (2/3 ou 3/2) et trois seulement ont une formule 3/3. L’étude de ce carac¬
tère dans les autres séries géographiques donne 3/3 au Congo-Brazzaville (13 sp.), en Angola
(12 sp.), au Cameroun (22 sp.) ainsi que pour quatorze des quinze spécimens du Gabon
et pour vingt et un sur vingt-quatre du Zaïre. Dans ces deux dernières séries, les autres
spécimens sont asymétriques avec la formule 2/3. Les individus d’Uganda sont aussi por¬
teurs d’un certain nombre d’anomalies. C’est ainsi que les spécimens BM 1901.6.24.27,
NMZB 133 et 1194, MCZ 31078 ont la première labiale supérieure plus basse ; cela permet
à l’extrémité de la supranasale de séparer le haut de la labiale supérieure de la rostrale
au niveau de la suture nasale (fig. 2). Chez le MSNG 39461 A, frontale et préfrontale sont
fusionnées, tandis que chez le MSNG 39461 B, la frontale (ou la préfrontale) est au con¬
traire dédoublée.
Fig. 1. — Feylinia currori du Gabon.
Fig. 2. —• Rapports comparés de la rostrale, de la première labiale et de la supranasale chez BM 1946.8.13.79,
lectotype de Feylinia currori, et BM 1901.6.24.27, F. currori d’Entebbé, Uganda.
— 317 —
Si, dans les deux séries, le nombre de rangs d’écailles autour du corps est comparable,
en revanche, celui des écailles entre menton et anus est nettement plus élevé chez les spé¬
cimens d’Uganda : dix des douze individus ont au moins 135 écailles alors qu’à Pointe Noire,
sur vingt-quatre individus, dix-neuf en ont au plus 126 et deux seulement atteignent 130.
C’est au niveau des VPS qu’une différence significative est plus facile à mettre en évidence.
Pour les vingt-huit individus de Pointe Noire la variation du nombre de VPS va de 72
à 75 avec le mode à 74 (11 sp.). Pour les douze spécimens d’Uganda, la variation est de
75 à 81, avec le mode à 80 ; seuls deux individus ont moins de 80 VPS. L’étude statistique
donne pour le groupe de Pointe Noire, une moyenne de 73, 79 (erreur-type 0,38) et pour
celui d’Uganda, une moyenne de 79, 75 (erreur-type 0,50). La comparaison, non seulement
de ces groupes entre eux, mais aussi avec l’ensemble des autres F. currori montre que les
différences sont significatives à 99 %.
Conclusion
L’existence de populations de Feylinia currori qui, comme celles de Pointe Noire et
d’Uganda, ont des caractères numériques (en particulier le nombre de VPS) nettement
différents, conduit à envisager une ou des éventuelles subdivisions de l’espèce. Pour le
moment, il semble préférable d’attendre que des observations d’animaux vivants aient
permis de mieux connaître l’ensemble « currori » avant de procéder à certaines coupures.
Le fait qu’aux deux extrémités de l’aire de répartition des populations se différencient à
l’intérieur du groupe n’en reste pas moins digne d’intérêt.
Feylinia elegans (Hallowell, 1852)
1852, Acontias elegans Hallowell, Proc. Acad. nat. Sci. Philad., 6 : 64.
1857, Sphenorhina elegans : Hallowell, Proc. Acad. nat. Sci. Philad., 9 : 51.
Historique de Feylinia elegans
A — Les premières descriptions
La description originale, longue et détaillée, se trouve dans un article intitulé : « Des¬
cription of new species of Reptilia from Western Africa ». Elle est précédée par celles de
deux autres espèces provenant l’une du Liberia, l’autre de la côte occidentale d’Afrique.
Les points suivants doivent être soulignés :
— Un seul spécimen est utilisé pour la description.
— Supranasales : « the internasal articulate which each other by their narrowest
of internal margin, with the frontal, the frenal and first labial », ce que contredit le petit
schéma des écailles de l’apex de la tête où les deux internasales sont séparées.
— Loréale : « the frenal plate is quadrangular articulating with the internasal, the
frontal, the supraocular, the freno-orbitar and the first labial ».
- 318 -
— Labiale supérieure en contact avec l’oculaire : « ... (the eyes) are situated in an
interspace formed by five scales and covered by a scale a very little larger than the eyes ;
the inferior of the five is the second supralabial ».
— Nombre de rangs d’écailles autour du corps : « twenty longitudinal scales around
the body ».
— Fente anale : « A single scale in front of the anus ».
Cinq ans plus tard, dans un article intitulé « Notice of a collection of reptiles from
the Gaboon country, West Africa, recently presented to the Academy of Natural Sciences
of Philadelphia, by Dr. H. A. Ford », Hallowell rectifie sa première description et pro¬
pose la création d’un nouveau genre Sphenorhina. Il précise les caractères de l’espèce S.
elegans, cette fois sur deux spécimens offerts par le Dr. Ford, provenant du Gabon. Les
rectifications portent donc sur les points suivants :
—• Deux individus sont utilisés.
— Dimensions : p. 51, Hallowell écrit « This specimen measures 8 inches and 8
lines in extend, the tail 2 inches 10 lines, circumference 1 inch 3 lines », alors que pour ce
même spécimen (?) les mensurations de 1852 étaient : « Length of head 4 lines, greatest
breadth 2 lines. Length of head and body 5 inch (Fr.) ; of tail 2 inches 4 lines ». Le second
spécimen (p. 52) : « Total length 9 inches 7 lines ; tail 2 3/4 inches ; circumference 13 lines ».
— Nombre des écailles : « There are twenty-two transverse rows of scales, and one
hundred and seventy-three longitudinal including fifty-six upon the tail ».
— Fente anale : « ... four scales in front of the anus, smaller than those which cover
the rest of the body ».
Deux problèmes surgissent après la deuxième description de cette espèce, le premier
conserne la localité-type, le second le matériel-type.
a — Localité-type d 'Acontias elegans
En 1852, Hallowell écrit : « Geographical distribution. — Liberia, West Coast of
Africa » ; plus loin il précise que le matériel a été offert à l’Académie de Philadelphie par
le Dr. H. A. Ford « of Liberia ». En 1857, on lit : « Habitat. Gaboon. Two specimens in Mus.
Acad. N. S. presented hy Dr. H. Ford ». Schmidt (1919 : 607) a bien évoqué le problème :
« The original locality given by Hallowell in 1852 is Liberia ; his failure to mention Liberia
in 1857, however, introduces an unfortunate element of doubt as to whether Gaboons is
meant as a correction, or whether the failure to mention Liberia is an oversight ».
L’hypothèse de deux envois distincts, dus à H. A. Ford, l’un en 1852 du Liberia et
l’autre, en 1857, du Gabon, avec des spécimens « recently presented », peut être envisagée
puisqu’en 1857 Hallowell se réfère à un seul spécimen étudié en 1852, alors qu’il en cite
deux à propos du Gabon. D’où, l’analyse de Bocage (1895 : 57) : « Chez un individu de
Libéria, type de son Acontias elegans, Hallowell avait trouvé vingt rangées d’écailles et
vingt-deux chez l’individu du Gabon décrit plus tard par lui sous le nom de Sphenorhina
elegans... » Cependant, dans la liste récapitulative d’IlALLowELL (1856 : 71-72) avec, côte
à côte, les reptiles du Liberia et du Gabon, Sphenorhina elegans ne figure que parmi les
espèces du Gabon. Faut-il admettre que la localité-type « Liberia », non rectifiée en 1857,
- 319 -
est erronée et doit être corrigée en Gabon ? C’est ce que fait Loveridge (1957 : 223) : « Libe¬
ria, probably in error for Gabon ». Ceci semble mieux correspondre à ce que l’on sait de
la répartition du genre Feylinia, quoique les récoltes de Feylinia currori du Sierra Leone,
signalée par Boulenger (1887 : 432), semblent étendre le domaine du genre vers le nord.
b — Matériel-type d ’Acontias elegans
Schmidt (1919 : 605), en examinant le matériel de l’Academy of Natural Sciences
of Philadelphia, a trouvé, sous le nom de genre Sphenorhina, quatre spécimens. L’un « Sphe-
norhina sp. » est un Acontias rneleagris x , les trois autres « Sphenorhina elegans » se révèlent
être un autre Acontias rneleagris, un Feylinia currori et le ri 0 ANSP 9456 que Schmidt
considère « as the type on which Acontias elegans was based ». A propos de Feylinia currori,
il écrit en note : « The writer believes that he is justified in identifying this specimen with
Hallowell’s second specimen of Sphenorhina elegans, from Gaboon » 1 2 .
B — Anelytrops elegans A. Duméril, 1856
A. Duméril a créé le genre Anelytrops sur un spécimen du Gabon, envoyé par M. Aubry-
Lecomte, aide-commissaire de la marine. Duméril l’assimile à l’espèce d’IlALLOWELL.
Il note cependant que son spécimen possède 23 rangs d’écailles au lieu de 20 autour du
corps et que : « ... c’est la troisième plaque labiale et non la deuxième qui monte jusqu’à
l’œil ». En 1861, A. Duméril est toujours persuadé de l’identité spécifique entre son spé¬
cimen et celui d’HALLowELL. Le n° MNHP 3099 sur lequel a été créé le genre Anelytrops
a été reconnu par la suite comme appartenant à l’espèce Feylinia currori s. s.
C — Position taxinomique de Feylinia elegans (Hallowell, 1852)
a — Mise en synonymie avec Feylinia currori
Bocage (1873 : 214-15) considère Anelytrops elegans comme synonyme de Feylinia
currori ; il le confirme en 1887, sans préciser s’il se réfère à la forme décrite par Hallowell
ou à celle de A. Duméril. C’est Boulenger, en 1887, qui fait la distinction ; il met Ane¬
lytrops elegans sensu Duméril dans la synonymie de F. currori et, avec doute, VAcontias
elegans d’HALLowELL. Et en 1905, lorsqu’il écrit, à propos de Feylinia currori : « Second
upper labial (instead of third) sometimes in contact with the ocular », il paraît admettre la
synonymie des deux espèces, le caractère cité n’étant qu’une variation intraspécifique.
b — Réhabilitation de l’espèce
En 1919, Schmidt (p. 607) réhabilite l’espèce et la sépare de currori par son oculaire
en contact avec la deuxième labiale tandis qu’il sépare elegans de macrolepis par la pré¬
sence d’une loréale. Toutefois, il ajoute : « It is of course possible that both Boettger’s
Feylinia macrolepis and IIallowell’s species, agreeing in the essential point of the posi¬
tion of the ocular, may have to be united with F. currori. Pending study of the specimens
1. Que par lapsus Schmidt désigne comme Acontias elegans Cuvier.
2. Magnate (1971 : 356), tout en renvoyant aux remarques de Schmidt, n’en écrit pas moins : « Syn-
types : (2) ANSP 9456, 9667 ; Liberia ; Dr. Henry A. Ford ».
— 320 —
of all of the species for the status of this character, the writer follows Werner and Boettger
in regarding it of specific importance ».
De Witte et Laurent (1942 : 108-110 ; 1943 : 36) conservent le rang d’espèce à F.
elegans. Ils la séparent de F. currori non plus sur la labiale supérieure en contact avec
l’oculaire, mais sur le nombre d’écailles autour du corps, plus faible chez elegans (18-20)
que chez currori (22-28). En revanche, ils admettent deux sous-espèces chez elegans : la
nominale à deuxième labiale au contact de l’oculaire et elegans grandisquamis (Müller,
1910) qui possède la troisième labiale au contact de l’oculaire.
D — Feylinia elegans, sous-espèce de Feylinia currori
Loveridge (1933 : 328) propose le trinôme Feylinia currori elegans et garde elegans
en sous-espèce (1957 : 223) malgré le travail de de Witte et Laurent.
Matériel examiné
43 spécimens.
Holotype, par monotypie, ANSP 9456, Liberia, Dr. H. A. Ford.
Zaïre : 40 spécimens : RGMC (Musée de Tervuren) 1 : Kunungu, lac Léopold II : RGMC 5672,
Dr. Schouteden, 12.VI. 1927 ; RGMC 5716,12.VI.1925 ; RGMC 8786 à 94,1932 ; RGMC 10308, 1935.
?, RGMC 11849. Flandria, Équateur : RGMC 6132, Hustaf.rt, 28.III.1928 ; RGMC 6351 à 54,
1930. Botanankasa (Bolobo) : RGMC 17049 à 59, R. C. Eloy, 1958 ; RGMC 20236, 1956. Buta :
RGMC 10175, R. F. Hutsebaut, 1935. Djamba : RGMC 5777, Dr. Schouteden, XI.1924. Bolobo,
Nkele : RGMC 21057 à 62, 1957. MCZ (Museum of Comparative Zoology), Kunungu : MCZ 42887-
88 , Dr. Schouteden, 1932. — Congo-Brazzaville : 1 sp. ; Brazzaville : MNHP 1966-825, 8.II.1964,
Descarpentries et Villiers. — Guinée équatoriale : 1 sp. Bata : MNHP 1890-359, Pobeguin.
Caractères spécifiques
(Tabl. I et II)
Morphologie (fig. 3) : Les labiales supérieures sont constamment plus hautes que
larges. L’importance de la première labiale inférieure varie selon les individus. Elle est
fréquemment plus longue que les deux labiales situées au-dessus d’elle. Parfois, s’il y a
subdivision de la labiale inférieure, la première écaille qui suit la mentale est égale à une
labiale supérieure. Le spécimen RGMC 21060 présente, seul, l’oculaire en contact d’un
côté avec la 2 e labiale supérieure, de l’autre avec la 3 e . Il se singularise également en pos¬
sédant le plus petit nombre d’écailles (100) entre le menton et l’anus. Comme l’ont signalé
de Witte et Laurent (1942), plusieurs spécimens de Kunungu présentent une fusion
de la préoculaire avec la loréale : elle est bilatérale chez le RGMC 5716 et 10308, unilaté¬
rale chez les MCZ 42888 et RGMC 8788 ; chez ce dernier, à gauche, préoculaire, loréale
et supranasale ne forment qu’une seide écaille. Le nombre des rangs d’écailles autour du
corps varie de 18 à 21 avec une fréquence maximum de 20 (31 sp.). Il y a de 100 à 127 écailles
1. Cela représente environ les deux tiers de la collection du Musée de Tervuren, particulièrement
ceux que de Witte et Laurent ont signalés et qui présentent quelque atypie.
321
entre la mentale et l’anus et 27 spécimens sur 39 en possèdent 110 à 117. L’holotype a 20
rangs d’écailles et 123 écailles entre la mentale et l’anus. Le nombre de VPS, qui est de
76 pour l’holotype, varie de 68 à 75 pour 40 spécimens ; 28 ont un nombre de VPS compris
entre 70 et 73. La radiographie a mis en évidence un embryon au squelette bien formé
chez le RGMC 17058.
Fig. 3. — Holotype de Feylinia elegans.
Fig. 4. — Feylinia elegans de Bata, Guinée équatoriale.
Taille : En dehors de l’holotype, le plus grand spécimen observé, RGMC 6351, mesure
150 mm dont 125 pour la tête et le corps. Sa queue est partiellement régénérée. Le diamètre
est de 5,8 mm. La distance entre l’extrémité du museau et l’arrière de l’interpariétale est
de 5,5 mm. La moyenne de la taille des N/2 plus grands spécimens (holotype exclu) est
de 98,5 mm avec un diamètre moyen de 5,58 mm. Deux individus ont une queue non régé¬
nérée : chez le RGMC 6132, elle atteint 43 % de la longueur (T + C : 82 mm ; Q : 63 mm)
et pour le RGMC 10175, 37 % (85 50 mm).
Coloration : Elle varie le plus souvent du brun rouge au marron ; elle est homogène
sans éclaircissement notable au niveau de l’abdomen ; la rostrale et la mentale sont sou¬
vent légèrement plus claires. Une tache plus foncée au niveau de chaque écaille donne à
1, 21
— 322 —
l’ensemble de l’animal un aspect réticulé. La coloration vire au gris clair chez les spéci¬
mens proches de la mue.
Répartition géographique (carte 2) : A l’exception de l'holotype dont l’origine
est incertaine (Liberia ou Gabon) et de deux récoltes, l’une en Guinée équatoriale, l’autre
au Congo-Brazzaville, tous les spécimens rapportés à cette espèce proviennent du Zaïre.
Les localités suivantes ont été soit signalées par de Witte et Laurent, soit relevées sur
le matériel du Musée de Tervuren : Bokuma (Equateur), Bolobo, Botanankasa (Bolobo),
Buta (Uele), Djamba (Uele), Flandria, Kunungu (lac Léopold II), Lukolela.
Carte 2. — Répartition des lieux de capture des cinq autres espèces de Feylinia.
Conclusions
Un doute subsiste quant à l’appartenance des Feylinia étudiés ci-dessus à l’espèce
F. elegans. Comme elle, ils ont une taille réduite, deux supranasales, des loréales, des ocu¬
laires en contact avec la 2 e labiale et 18 à 20 rangs d’écailles autour du corps. Aucun des
spécimens examinés n’atteint cependant les 140 mm (tête -)- corps) de l'holotype ; aucun
Tableau I.
— Principales d
onnées sur les
espèces
du genre
Feylinia.
Espèces
D
Nbre
SPÉCIMENS
IMENSIONS
tête
+ corps
maximales (mm)
queue diam.
Moyenne
tête -|- corps
des N/2
plus grands
Nbre
autour
du corps
ÉCAILLES 1
entre
mentale
et anus
Nbre vertèbres 1
PRÉSACRÉES
F. currori
lectotype
1
260
18
14,2
26
138
77
Pointe Noire
28
270
96
14,8
215
(22)
24 (26)
(115) 124 (130)
(72)
74 (75)
Uganda
12
280
97
15,5
227
(22)
25 (26)
(127) 136 (138)
(75)
80 (81)
autres
100
295
118
16,9
205
(22)
26 (28)
(120) 133 (150)
(72)
76 (82)
F. elegans
holotype
1
140
64
5,5
—.
20
123
76
autres
42
125
63
5,8
98,5
(18)
20 (21)
(100) 112 (127)
(68)
70 (74)
F. polylepis
35
160
66
9,6
150
28 (32)
150-178
(71)
72 (75)
F. macrolepis
syntypes
2
72
30
4,2
18
97-98
60
autres
27
94
35
5
83,4
(17)
18 (20)
(90) 94 (103)
(59)
60 (62)
F. grandisquamis
132
140
58
6,8
108,6
(18)
20 (21)
(93) 110 (135)
(71)
72 (75)
F. boulengeri
holotype
1
62
21
3,3
•—
16-18
123
73
autres
1
81
25
3,7
18
123
73
1. Un nombre précédé ou suivi d’un autre entre parenthèses indique un « mode )> et les extrêmes ; deux nombres séparés par un tiret
indiquent les extrêmes.
Tableau IL — Répartition des Feylinia en fonction du nombre des vertèbres présacrées.
Nbhe Nbre vertèbres présacrées
spécimens 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82
F. currori
lectotype 1
autres 137
F. elegans
holotype 1
autres 40
F. polylepis 34
F. macrolepis
syntypes 2
autres 27
F. grandisquamis 130
F. boulengeri
holotype 1
autres 1
2
1 13 10 3
1
8 10 25 14 25 12 14 13 9 6 1
2 4 9 8
5 6 5
1
1
5 20 4 3 2
3 6 7 11 13 22 27 24
7 1 1
1
1
— 325 -
ne possède un nombre aussi important de VPS. De plus, l’origine géographique du type
paraît incertaine. La solution de ce problème ne pourra être acquise que lorsque de nou¬
velles récoltes, au Liberia et au Gabon, auront permis de trouver des spécimens plus proches
de l’holotype. À ce moment là, il sera possible de décider si les populations que nous venons
d’étudier appartiennent bien à l’espèce F. elegans. Actuellement, afin de ne pas encombrer
la nomenclature, il vaut mieux considérer qu’il en est ainsi. Les rapports de F. elegans
avec F. grandisquainis seront étudiés plus loin.
Feylinia macrolepis Boettger, 1887
1887, Zool. Anz., 10 : 650.
1942, Feylinia elegans elegans (non Hallowell) sensu de Witte et Laurent, pro parte, Rev. Zool.
Rot. afr., 36.
La description originale, en latin, très complète, de Boettger est fondée sur deux
syntypes. L’année suivante (1888 : 36), il revient sur les caractères propres à cette nouvelle
espèce qui la séparent aussi bien de F. elegans que de F. currori, espèce bien connue de
Boettger, puisqu’il en possédait des exemplaires. De plus, dans ce travail, il donne une
série de dessins de l’écaillure de la tête de F. macrolepis. L’espèce de Boettger est admise
par Bocage (1895 : XVII, 58), par Werner (1902 : 342) qui signale la récolte d’un exem¬
plaire du Congo (probablement Bas-Congo) et par Schmidt (1919 : 606, 607).
En 1942, de Witte et Laurent placent F. macrolepis dans la synonymie de Feylinia
elegans. Ils ne tiennent pas compte de l’existence des deux syntypes, à localité précise, de
Boettger, ni de la récolte citée par Werner ; il écrivent : « ... L’absence de frênaie cons¬
tatée chez un individu de Kunungu paraît n’être qu’une variation individuelle, elle n’est
en tout cas accompagnée d’aucune autre différence. Il nous semble bien par conséquent
que F. macrolepis Boettger doit être rangé dans la synonymie de F. elegans elegans (Hal¬
lowell) ». Cette mise en synonymie a été aussi favorisée par la présence, dans les collections
belges, d’un spécimen (RGMC 11431 de l’Uele, Ituri) portant une étiquette de G. A. Bou-
lenger qui l’avait identifié en 1929 comme un F. macrolepis , alors qu’il s’agit manifeste¬
ment d’un F. grandisquamis. Cela explique peut-être pourquoi, en 1943, dans leur « Révi¬
sion des formes dégradées de la famille des Scincidés », les mêmes auteurs, malgré une
présentation nouvelle de la systématique et de la nomenclature des espèces de Feylinia,
confirment la mise en synonymie de F. macrolepis avec F. elegans s. s.
En 1956, à la suite de nouvelles récoltes déterminées Feylinia elegans grandisquamis,
Laurent écrit : « Cependant, il faut noter dans la série de Lunianga, l’existence d’un exem¬
plaire dont les deux premières labiales sont soudées comme chez la forme typique ; un
exemplaire similaire se trouve dans la série de Weka, mais il est très petit et sa tête n’est
pas en bon état. Ces deux individus diffèrent aussi des autres par leur tête plus pigmentée
et plus étroite, avec l’interpariétale proportionnellement plus large. En cela, ils s’opposent
également aux spécimens rapportés à elegans, on peut donc supposer qu’ils représentent
une espèce différente, ce qui remettrait en question le système adopté ici. Un matériel
supplémentaire du Mayombe serait cependant nécessaire au préalable pour établir l’exis¬
tence éventuelle de ces deux espèces cryptiques ; alors seulement, se reposerait le problème
— 326 —
de l’identité réelle de elegans Hallowell et macrolepis Boettger ». Laurent semble oublier
que le caractère spécifique le plus important de macrolepis est l’absence de loréale. La
réhabilitation de cette espèce — si justifiée soit-elle pour d’autres raisons — ne pouvait
se faire à partir des seuls critères labiales et pariétales
Matériel examiné
31 spécimens.
Les deux syntypes, ont été récoltés à Massabé, Loango, par Paul Hk.sse de Venise, le 1.V.1877,
et achetés en 1887. Boettger (1893 : 116) les signale sous le n° 6431, 2 a. Mertens (1961) désigne
comme lectotype l’un des spécimens (SMF 16084), le deuxième (SMF 16085) devient ipso facto
le paralectotype.
29 spécimens : Muséum de Paris : un premier lot, MNHP 1967.283-297 et 1967.301, Pointe-
Noire, Congo-Brazzaville, récoltés par Stauch en novembre 1963; un deuxième, MNHP 1982-
176-188, Congo-Brazzaville, sans autre précision.
Le spécimen signalé par Werner (1902) n’a pas été retrouvé, ni même localisé.
Caractères spécifiques
Morphologie : Les spécimens examinés forment une série très homogène. L’oculaire
est constamment en contact avec la deuxième labiale supérieure et la préoculaire avec
la supranasale. Il n’y a pas de loréale. La première labiale inférieure est longue, son bord
postérieur arrive à l’aplomb ou en arrière de la tache oculaire, ce qui correspond à environ
la longueur de deux labiales supérieures. Chez la plupart des spécimens, l’interpariétale
est généralement bordée par deux écailles. Les spécimens MHNP 1967. 295 et 296 n’en ont
qu’une (cf. fig. 6). Le nombre de rangs d’écailles au niveau du milieu du corps varie de
17 à 20 avec un maximum de fréquence à 18 (2 sp. à 17 ; 19 sp. à 18 ; 5 sp. à 19 ; 3 sp. à
20). Le nombre d’écailles entre le menton et l’anus varie de 90 à 103 avec 24 spécimens
sur 31 possédant 94 à 98 écailles. Le nombre de VPS (sur 29 sp.) varie de 59 à 62 (1 sp.
à 59 ; 15 sp. à 60 ; 10 sp. à 61 et 3 sp. à 62). Le MHNP 1982.179 qui a 61 VPS, a ses ver¬
tèbres 25 et 26 partiellement soudées. Le MHNP 1982.44 est une femelle contenant trois
embryons déjà bien formés.
Taille : Le plus grand des spécimens (MHNP 1982.178) mesure 112 mm dont 18
pour la queue qui est partiellement régénérée. Le diamètre est de 4,6 mm. La moyenne
de la taille (tète + corps) calculée chez les plus grands spécimens (N/2 = 12) est de 82,9.
L’importance relative de la queue, par rapport à la longueur totale, varie de 33,2 à 35,4 %
chez les quatre individus à queue la plus longue.
Coloration : La coloration de fond passe du beige au brun-roux : les taches sombres
portées par chaque écaille forment un réseau régulier.
Répartition géographique (carte 2) : Comme les syntypes, tous les spécimens exa¬
minés proviennent du Bas-Congo, avec, pour ceux dont la localité est précisée, l’indica¬
tion Pointe-Noire. Actuellement le domaine de cette espèce se trouve limité à la région
côtière, au nord de l’embouchure du fleuve Congo.
— 327 —
Fig. 5. — Lectotype de Feylinia macrolepis.
Fig. 6. — Feylinia macrolepis de Pointe-Noire, sujet à pariétales simples.
Conclusions
La validité de l’espèce décrite par Boettger ne peut être mise en doute. La mise en
synonymie avec Feylinia elegans, proposée par de Witte et Laurent, doit être rejetée.
L’association des caractères ostéologiques (nombre de VPS) et des caractères de l’écail-
lure céphalique (absence de loréale) montre que l’espèce macrolepis occupe une place à
part parmi les Feylinia. Toutes les autres espèces du genre, outre la présence d’une loréale,
ont un nombre de VPS nettement plus important. L’association de ces deux caractères
pose d’ailleurs un problème. 11 est tentant de voir dans la disparition de la loréale une
meilleure adaptation à la vie fouisseuse ; en revanche, le nombre relativement restreint
de VPS indique une évolution moins poussée vers ce mode de vie. Seules de nouvelles études
comparatives sur la biologie des différentes espèces de Feylinia permettront d’interpréter
ces observations.
- 328 -
Feylinia polylepis (Bocage, 1887)
1887, Feylinia currori var. polylepis, Jorn. Sci., Lisboa, 44 : 198.
En 1887, examinant deux individus recueillis sur File du Prince par Francisco Newton,
Bocage constate qu’ils se séparent de Feylinia currori « par leur taille ramassée et par un
plus grand nombre de série d’écailles ». Ils ont en effet 29 rangées d’écailles autour du corps
au lieu des 21-22 de F. currori. Bocage ajoute : « ... nous pensons qu’il vaut mieux les consi¬
dérer comme constituant une variété à part, var. polylepis, que de les rapporter à une espèce
nouvelle ». Huit ans plus tard (1895 : 58-59), le même auteur, ayant examiné de nouvelles
récoltes, conserve encore son statut à cette forme. Ce n’est qu’en 1905 que Boulenger,
toujours sur du matériel de File du Prince, cette fois ramené par L. Fea, élève cette forme
décrite par Bocage au rang d’espèce 1 : « A very distinct species, characterized by the
narrow snout and the subegual size of the three azygous shields on the head (praefrontal,
frontal and interparietal) 28 to 30 scales round the middle of the body. End of snout
and end of tail often withe ». Depuis, la validité de l’espèce n’a plus été mise en doute.
Matériel examiné
33 spécimens.
Les deux syntypes de Bocage ont été détruits en 1977 lors de l’incendie du Musée Bocage
à Lisbonne.
Ile du Prince : MHNP 1920.5-7, M. Nave ; MSNG 3559 A et B, L. Fea, 1901, Bahia do Ceste
et Boça Inf. don Enrique ; BM 1933.11.16.18 à 22 W. H. T. Tams ; BM 1906.3.30.59 à 62 L. Fea ;
BM 1927.2.10.1, R. Essex ; MCZ 61215, 61217 ; ZMH Ro 1751 à 54, R. Greef, IV.1880 ; FM NII
81939 à 43, F. D. Simmons, 1957 ; FMNH 12Ô967 et 68, L. Fea ; SMF 16080, L. Kathariner,
1902.
A ces 33 spécimens, il faut ajouter le BM RR 1946.8.13.80, syntype de Feylinia currori, J. Cur-
ror, « Coast of Africa » et le BM 69.2.20.12, acquis de Higgins comme provenant du Gabon.
Caractères spécifiques
Morphologie : Le caractère le plus remarquable de cette espèce, caractère qui la
sépare de tous les autres représentants du genre, est la forme allongée de la tète. La largeur
relevée à l’arrière de la rostrale est inférieure ou tout au plus égale à la moitié de la largeur
prise au niveau de l’interpariétale. Il en résulte des labiales supérieures à forme allongée,
nettement plus larges que hautes. L’écaillure céphalique est homogène dans le lot étudié ;
les supranasales sont en contact sur la ligne médiane. Il y a deux pariétales en arrière et,
de chaque côté de l’interpariétale, une loréale et l’oculaire est en contact avec la troisième
labiale supérieure. La première infralabiale est relativement courte et n’atteint pas le niveau
de la structure entre la 2 e et la 3 e labiale supérieure (fig. 7 et 8). Cette espèce possède aussi
1. C’est par erreur que de Witte et Laurent (1943 : 37) attribuent cette modification taxinomique
à Schmidt (1919).
- 329 -
un nombre élevé d’écailles sur le corps. Le nombre de rangs d’écailles autour du milieu du
corps varie de 28 à 32 (11 sp. à 28, 6 sp. à 29, 14 sp. à 30, 1 sp. à 31 ; 3 sp. à 32). Le nombre
d’écailles entre la mentale et l’anus varie largement, de 150 à 178 : seize spécimens entre
150 et 159, treize spécimens entre 160 et 166, un seul à 178. En revanche le nombre de
VPS varie peu. Sur trente-quatre spécimens, il oscille entre 71 et 75 avec un maximum
de fréquence à 72 (21 sp. sur 34).
Fig. 7. — Feylinia polylepis de l’île du Prince.
Fig. 8. —• Syntype de Feylinia currori « Coast of Africa », = F. polylepis.
Taille : La taille maximale observée est de 160 mm (du bout du museau à l’anus) :
FMNH 120968. La moyenne de la taille des N/2 plus grands spécimens est de 150. La queue
est très fréquemment régénérée ; son importance relative peut dépasser 25 % de la lon¬
gueur totale de l’animal : 29,2 % pour le spécimen précédemment cité, 27,1 % pour le
MHNP 1920.6 (173 mm dont 47 mm de queue), 27 % pour le MHNP 1920.7 (181,49) et
26,4 % pour le FMNH 81941 (125,33).
Coloration : Elle varie du brun au brun-rouge ; la teinte ventrale est le plus sou¬
vent la même que celle du dos. Chaque écaille porte une tache plus sombre, ce qui donne
à l’ensemble un aspect chagriné. Comme le dit Boulenger, certains spécimens possèdent
- 330 —
des petites zones dépigmentées, soit sur le museau, soit, le plus souvent, au niveau de la
queue. Ce caractère n’a pas été relevé sur les espèces continentales. Le syntype de Feylinia
currori rattaché à cette espèce est entièrement noir.
Répartition géographique (carte 2) : L’espèce est endémique de l’île du Prince.
Désignation d’un néotype
La destruction des syntypes nous amène à désigner un néotype. Nous choisissons le spé¬
cimen MSNG 35593 A ; il fait partie du lot des spécimens qui ont conduit Boulenger
(1905) à ériger en espèce la variété décrite par Bocage. Le néotype mesure 166 mm, dont
16 mm de queue régénérée et en grande partie dépigmentée. Le diamètre du corps est de
7,5 mm. La distance entre l’extrémité antérieure de la tète et l’angle postérieur de l’inter-
pariétale est de 8 mm. La largeur au niveau de la rostrale est de 3 mm et au niveau de
l’interpariétale de 6 mm. Le nombre des écailles autour du corps est de 30 à 32 et celui
des écailles entre mentale et anus de 178. Il possède 75 VPS. Ces deux derniers nombres
sont les plus élevés de la série étudiée.
Feylinia grandisquamis Müller, 1910
1910, Feylinia currori grandisquamis, Abh. bayer. Akad. VLiss., München, Kl. 2, 24 (3) : 591.
1942, Feylinia elegans grandisquamis : de Witte et Laurent, Revue Zool. Bot. afr., 36.
La sous-espèce grandisquamis a été décrite par Müller sur cinq spécimens récoltés
à Dibongo, par Édéa (Cameroun), en 1908, par Rohde. Ce taxon, admis par Schmidt
(1919) a été transféré en 1942 par de Witte et Laurent de l'espèce currori à l’espèce ele¬
gans.
Matériel examiné
Les syntypes de cette espèce ont apparemment disparu. Il nous a été impossible d’en retrou¬
ver la trace. Pourtant cette espèce est bien représentée dans les collections. Nous avons pu en
examiner 132 spécimens.
Cameroun : 2 sp. : « Kamerun » : ZMH Ro 1748, Schenkling. Kribi : ZMH 1756, L. Holstein,
17.XI.1914. — Centrafrique : 1 sp. : district du Chari : BM. 1918.11.12.22, A. Baudon. — Gabon :
3 sp. : Ogouma : USMN 62113, R. Aschemeier, 22.1.1.1919. Alima Leketi, 130 km E. Franceville,
mission Brazza : MHNP 1886-207. BM. 1906.3.30.58, Fernand Vaz, L. Fea. — Congo-Brazzaville :
27 sp. : Kinkala, 60 km de Brazzaville : MNHP 1966.805 à 812, 1966.817 à 821, 1966.823 et 824,
Descarpentries et Villiers, I-II.1964 (10 de ces 15 exemplaires ont été déterminés en 1966
par de Witte comme des F. elegans grandisquamis) ; MHNP 1932.67, Baudon ; MHNP 1982.189
à 198 ; MHNP 1982.201, X.1980. — Zaïre : 98 sp. : Dekese, N. Kasaï : MHNG 2086.17 à 49 et 51 à
54, S. Battoni, 1959. Omaniundu, terr. Lodja, Sankuru : BM. 1973.1140 à 43, L. Poelman et
FMNH 168875 à 79, R. F. Laurent, 18-26.VIII.1959. Djeka, Kasaï : RGMC 17393, R. Roiseux,
1954. Leopoldville : FMNH 56368, Alfred E. Emerson, 5.VI. 1948, d’un nid de termites. RGMC
15126, R. Henrion, 1946 ; RGMC 15786 à 801, Major Marée, IV.1949, forêt Lunianga. Weka,
terr. Borna, route Boma-Banana : RGMC 17254 à 264, Mesmaekers, 5.IX.1954, plantation de
- 331 -
manioc en lisière de forêt. Riv. Luibi, région forestière, terr. Borna : RGMC 19175 à 182, Mesmae-
kehs, IX.1954. Zambi, Ras Congo : RGMC 10996 à 11006, Dartevelle, 1937 et RGMC 22.
Mayumbe : RGMC 1489, Gilson. Uele, Ituri : RGMC 11431, Dr. Christy. — Angola : 1 sp. : Cabra,
Kakongo : RM. 1901.3.12.56.
Les 50 spécimens en provenance du Musée de Tervuren ne représentent que les 2/3 environ
de la collection de F. grandisquamis de cet établissement.
Le spécimen isolé NMW 8145.1 provenant de la collection Werner (n° 313) et récolté au Congo
ou au Cameroun peut être considéré comme proche de F. grandisquamis, sans toutefois faire partie
de cette espèce.
Caractères spécifiques
Morphologie : L’écaillure céphalique est dans l’ensemble très homogène. 11 y a deux
supranasales en contact, derrière la rostrale, des loréales ; les labiales supérieures 2 et 3
sont plus hautes que larges, la troisième est en contact avec l’oculaire (3/3). Sur les 132
spécimens examinés seuls quatre ont 2/3 et un spécimen a 3/4. Le FMNH 168875 a la loréale
et la préoculaire fusionnées sur le côté gauche. Chez certains spécimens, le bord inférieur
de la troisième labiale est très étroit et touche à peine le rebord labial. Un seul spécimen
ne possède de chaque côté qu’une seule pariétale au lieu des deux habituelles. Le nombre
d’écailles autour du milieu du corps varie de 18 à 21 avec un maximum de fréquence à
20 : 95 spécimens sur 132. La description originale donne 19 à 20 rangs d’écailles autour
du corps pour la série-type. Entre la mentale et l’anus les viarations du nombre d’écailles
sont plus importantes, de 93 à 135, mais 84, sur les 128 spécimens examinés, en ont de
108 à 118. Le nombre de VPS a été compté sur 130 spécimens ; il varie de 66 à 77 avec
73 spécimens de 71 à 73 VPS.
Taille : Le spécimen le plus grand de notre série provient du Congo-Brazzaville (MHNP
1932.67). Il mesure 198 mm dont 58 de queue partiellement régénérée avec un diamètre
de 6,8 mm. Ceci ne dépasse pas le maximum observé par de Witte et Laurent (1953) :
150 mm (tête -f- corps). Le plus grand spécimen de la série-type mesurait 203 mm (138 -f-
35). Une femelle du Congo-Brazzaville contient deux embryons bien formés. Alors qu’elle
ne mesure que 92 mm (tête -f- corps), chaque embryon a une longueur de 50 mm avec un
diamètre de 2,8 mm (MHNP 1982.199). Le FNMH 168878 contient lui aussi un embryon
bien formé. Le spécimen NMW 8145.1, que nous considérons comme proche de F. gran¬
disquamis et qui n’appartient peut-être pas à cette espèce, mesure 206 mm dont 6,5 mm
de tête et 38 de queue avec un diamètre de 8 mm. Il a l’oculaire en contact avec la troi¬
sième labiale, 22 rangs d’écailles autour du corps, 119 écailles entre la mentale et l’anus
et 74 VPS. Avec ses 168 mm (tête + corps), ce spécimen dépasse de 18 mm le plus grand
des F. grandisquamis connus. Cependant, sa taille et son petit nombre d’écailles entre
mentale et anus ne permettent pas de le placer dans l’espèce F. currori.
Coloration : Elle varie du marron plus ou moins foncé au gris noirâtre sans éclair¬
cissement notable au niveau ventral. Les taches, une par écaille, forment un réseau régu¬
lier. Quelques individus ont une coloration homogène, gris perle, due à la proximité de la
mue.
— 332 —
Répartition géographique (carte 2) : Dans l’état actuel de nos connaissances, le
domaine géographique de Feylinia grandisquamis s’étend du Cameroun au nord de l’Angola
et de Centrafrique au sud du Kasaï. Apparemment, la répartition de F. grandisquamis
au Zaïre coïncide avec celle de F. elegans.
Conclusion
Décrite, comme sous-espèce de F. currori, la forme gra?idisquamis est, ainsi que l’ont
bien vu de Witte et Laurent (1942, 1943), beaucoup plus proche de F. elegans par la
taille et le nombre d’écailles autour du corps. Elle l’est aussi par le nombre de VPS dont
la moyenne est de 71,32 (40 sp.) pour F. elegans et de 71,33 (126 sp.) pour F. grandisqua¬
mis. Le seul caractère qui sépare elegans de grandisquamis est la place occupée par la labiale
supérieure en contact avec l’oculaire (2 e pour elegans, 3 e pour grandisquamis). Or, chez
les Feylinia, on observe de fréquentes anomalies au niveau des écailles labiales.
i mm
MHNP 17 120
Fig. 9. — Feylinia grandisquamis du Congo-Brazzaville.
Fig. 10. — Holotype de Feylinia boulengeri.
Pour de Witte et Laurent, elegans et grandisquamis sont deux sous-espèces de
F. elegans. Ils ajoutent même, en 1942, « le fait que leurs aires de dispersion sont complé¬
mentaires, alors qu’elles se superposent à celle de F. currori ». Pour eux, tandis que gran¬
disquamis occupe le Cameroun, le Bas Congo et le Sankuru, le domaine de la forme nomi¬
nale comprend le Congo Central et l’Uganda. Ils négligent ainsi la localité-type de F. ele¬
gans (Liberia ou Gabon). Sur ces liases géographiques les auteurs allirment : « il paraît
clair que ces deux formes sont considérées comme des races d’une même espèce ». Ils rec-
- 333 —
tifient toutefois l’année suivante (1943 : 36-37), donnant le Gabon comme patrie aussi
bien de F. elegans elegans que de F. e. grandisquamis. Le statut de sous-espèce aurait dû
alors être remis en question. En fait, les aires géographiques de ces deux formes ne sont
pas séparées mais se recouvrent largement, il est donc difficile de les considérer comme
des sous-espèces. C’est pourquoi nous nous proposons d’élever la forme décrite par Müller
au rang d’espèce, tout en la reconnaissant très proche de F. elegans ; elle devient Feylinia
grandisquamis Müller, 1910.
Feylinia boulengeri Chabanaud, 1917
1917, Bull. Mus. natn. Hist, nat., Paris, 23 (4) : 221-222, fig. 3-5.
1943, Chabanaudia boulengeri : de Witte et Laurent, Mém. Mus. r. Hist. nat. Belg., (2), 26 : 37.
L’espèce décrite par Chabanaud n’était connue jusqu’à présent que par l’holotype.
Parmi les Feylinia à oculaire en contact avec la deuxième labiale supérieure et possédant
une loréale, cette espèce ne se distingue, au premier abord, que par la présence d’une supra-
nasale unique. Ce caractère observé sur un seul spécimen (l’holotype) a paru sulfisant à
de Witte et Laurent pour justifier la création d’un genre nouveau, Chabanaudia, genre
accepté par Guibé (1954 : 104), mais placé par Loveridge (1957) dans la synonymie de
Feylinia. En revanche, Greer (1970 : 158) conserve le genre Chabanaudia dans la sous-
famille des Feyliniinae.
Matériel étudié
2 spécimens. Holotype MHNP 1917-120, N’Gomo Ogooué, Gabon ; Victor Ellenberger,
1913. MHNP 1969-105, riv. Bilogone, Gabon, Maurice Patry, 1947-1950.
Caractères spécifiques
Morphologie : La tète est courte, massive, comme celle des autres Feylinia conti¬
nentaux, contrairement à la forme observée chez Feylinia polylepis de l’île du Prince.
La rostrale n’est suivie que d’une seule écaille formée par la fusion des deux supranasales.
La première sus-oculaire tient lieu de loréale. L’oculaire est en contact avec la deuxième
labiale supérieure. Chez le type, la tache oculaire est en partie sous la moitié arrière de la
préoculaire et sous l’oculaire ; deux pariétales allongées bordent postérieurement l’inter-
pariétale. Chez l’autre spécimen les pariétales sont, de chaque côté, remplacées par deux
écailles. Les labiales supérieures sont plus hautes que larges ; la première labiale inférieure
est longue et correspond aux deux labiales supérieures. Le nombre de rangs d’écailles autour
du corps varie légèrement d’avant en arrière (16 à 18 chez le type) ; il est de 18 au milieu
du corps. Tous deux ont 123 écailles entre la mentonnière et le cloaque. L’un et l’autre
ont 73 VPS.
Taille : L’holotype mesure 83 mm dont 21 mm de queue. Par rapport à la longueur
totale, le pourcentage d’importance relative de la queue est de 25,3. Son diamètre est de
— 334 -
3,5 mm. Le second spécimen mesure 106 mm, dont 25 de queue partiellement régénérée,
avec un diamètre de 3,7 mm.
Coloration : Le type est actuellement d’une coloration générale blanc crème avec
la partie arrière de chaque écaille légèrement plus sombre. Le second spécimen est brun-
noir, sans éclaircissement notable ventralement ; la ponctuation sombre de chaque écaille
donne à l’ensemble un aspect réticulé.
Répartition géographique (carte 2) : Les spécimens proviennent tous deux de la
région côtière du Gabon. Il faut signaler que le collecteur du second individu a récolté un
Feylinia currori (MHNP 1969-104) dans la même localité.
Conclusions
Appartenant au groupe des Feylinia de petite taille, avec une loréale et plus de 70
YPS, l’espèce boulengeri partage avec Feylinia elegans le caractère « oculaire en contact
avec la deuxième labiale » mais, seule, elle possède les deux supranasales fusionnées en une
seule écaille. Le maintien d’un taxon de rang spécifique fondé sur ce seul caractère paraît
valable en raison du grand nombre de spécimens examinés pour l’ensemble des Feylinia.
Cependant, les données dont nous disposons ne semblent pas justifier la création d’un genre
particulier pour accueillir cette espèce et, comme Loveridge, nous considérons Chaba-
naudia comme synonyme de Feylinia. Conserver le taxon Chabanaudia au rang de sous-
genre ne peut être retenu. S’il devenait utile ou nécessaire de subdiviser le genre, la pre¬
mière coupure générique ou subgénérique pourrait séparer F. rnacrolepis des autres espèces
actuellement reconnues dans le genre. Cette espèce se distingue en effet nettement des
autres par l’absence de loréale et par le nombre nettement moins important de VPS.
LE GENRE FEYLINIA
Le genre Feylinia doit être considéré comme l’unique représentant actuel de la sous-
famille des Feyliniidae, famille des Scincidae, ce qui est l’avis de Greer (1970a), auteur
des travaux ostéologiques récents sur un grand nombre de Scincidae, en ce qui concerne
le rang du taxon. Le genre Chabanaudia est placé dans la synonymie de Feylinia.
Composition
Feylinia Gray, 1845, Cat. Liz. Brit. Mus. : 129 ; type par monotypie : F. currori Gray, 1845.
= 1856 Anelytrops A. Duméril, Rev. Mag. Zool., 8 (2) : 420 ; type par monotypie : Acontias ele¬
gans Hallowell, 1852.
= 1857, Sphenorphina Hallowell, Proc. Acad. nat. Sci. Philad. : 52 ; type par monotypie : Acon¬
tias elegans Hallowell, 1852.
— 336 —
= 1943, Chabanaudia de Witte et Laurent, Mém. Mus. r. Hist. nat. Belg., (2), 26 : 37 ; type par
désignation originale Feylinia boulengeri Chabanaud, 1917.
Ce genre comprend six espèces : F. currori Gray, 1845 ; F. elegans (Hallowell, 1852) ;
F. polylepis (Bocage, 1887) ; F. macrolepis Boettger, 1887 ; F. grandisquamis Müller, 1910;
F. boulengeri Chabanaud, 1917.
D’une part, cinq espèces ont en commun la présence d’une loréale et un nombre
important de VPS (au moins 70) et, d’autre part, l’espèce macrolepis n’a pas de loréale
et a un nombre moindre de YPS (59 à 62). Les espèces du premier groupe peuvent être
séparées ainsi : d’abord l’espèce endémique de l’île du Prince, F. polylepis, bien caracté¬
risée aussi bien par le nombre élevé de ses écailles que par la forme allongée de sa tête ;
puis F. boulengeri qui possède une supranasale impaire. Restent trois espèces très proches,
deux de faible taille (moins de 150 mm pour la tête et le corps), F. elegans et F. grandisqua¬
mis, et une de plus grande taille (200 mm et plus), F. currori. Seules, une meilleure connais¬
sance de leur écologie et une étude de leur génome permettront de préciser les rapports
entre ces trois espèces. On peut, en effet, envisager l’hypothèse selon laquelle F. currori,
dont la taille dépasse nettement celle de toutes les autres espèces du genre, serait une forme
polyploïde de F. elegans ou de F. grandisquamis.
Clef des espèces du genre Feylinia
(1) supranasale impaire ; oculaires en contact avec les 2 e labiales supérieures ; des loréales ; 18
rangs d’écailles autour du corps; taille (tête -)- corps) inférieure à 100mm; 73 VPS.
Feylinia boulengeri
(1) 2 supranasales. cf. (2)
(2) pas de loréales ; préoculaires en contact avec les supranasales ; oculaires en contact avec les
2 e labiales supérieures ; 18 à 20 rangs d’écailles ; taille inférieure à 100 mm ; 59 à 62 VPS. .
Feylinia macrolepis
(2) des loréales séparant les supranasales des préoculaires. cf. (3)
(3) oculaires en contact avec les 2 e labiales supérieures ; 18 à 20 rangs d’écailles ; taille inférieure
à 150 mm. Feylinia elegans
(3) oculaires en contact avec les 3 e labiales supérieures. cf. (4)
(4) 18-20 rangs d’écailles : taille inférieure à 150 mm. Feylinia grandisquamis
(4) 22-28 rangs d’écailles; grande taille, jusqu’à 340mm. Feylinia currori
(4) 28-30 rangs d’écailles ; taille modérée (maximum 160 mm). Feylinia polylepis
Remerciements
Nous remercions tout spécialement M me Ursel Friederich de Stuttgart, qui nous a fourni
le texte du travail de Manfred Propach, et M. Volker Mahnert, conservateur de la section Ver¬
tébrés du Musée d’Histoire naturelle de Genève, qui a mis à notre disposition l’importante série
de Feylinia qui est à l’origine de ce travail.
Nous remercions également les conservateurs et responsables de collections qui nous ont confié
le matériel indispensable à cette étude : M me Lilia Capocaccia, Museo Civico di Storia Naturale,
Genova ; Pere Albf.rch et Jose P. Rosado, Museum of Comparative Zoology, Cambridge ; Wolfgang
Bohme, Zoologisches Museum, Bonn ; Donald G. Broadley, National Museum, Bulawayo ; Ronald
- 337 -
I. Chombie, Smithsonian Institution, Washington ; Richard Forissier, Musée d’Histoire natu¬
relle de la Chaux de Fonds, Suisse ; H. Hillenius, Institut voor taxonomische Zoologie, Amster¬
dam ; M. S. Hoogmoed, Rijksmuseum van Natuurlijke Histoire, Leiden ; R. F. Inger et Alan
Resetar, Field Museum of Natural History, Chicago ; Konrad Klemmer, Senckenberg Museum,
Frankfurt a. M. ; Hans Wilhelm Koepcke, Zoologisches Museum, Hamburg ; A. F. Stimson,
British Museum (Natural History), London ; 1). Thys Van den Audenaerde et M. Louette,
Musée Royal de l’Afrique centrale, Tervuren ; Franz Tiedemann, Naturhistorisches Museum,
Wien ; T. M. Uzzell, Academy of Natural Sciences of Philadelphia ; R. G. Zweifel, American
Museum of Natural History, New York.
Nous sommes particulièrement reconnaissants à R. Laurent d’avoir accepté de relire et
de critiquer notre manuscrit ; qu’il trouve ici un témoignage de notre gratitude.
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Trois populations endémiques du genre Pelusios
(Reptilia, Chelonii, Pelomedusidae) aux îles Seychelles ;
relations avec les espèces africaines et malgaches
par Roger Bour
Résumé. — Le genre Pelusios Wagler, 1830, est représenté aux îles Seychelles par trois
espèces différentes ; les populations seychelloises sont distinctes (au niveau spécifique ou subspé¬
cifique) de celles d’Afrique et de Madagascar. En annexes sont proposées une clé de détermina¬
tion et des cartes de répartition géographique permettant l’identification des espèces.
Abstract. — Three different species of Pelusios have been collected in the granitic Seychelles :
P. seychellensis (closely related to P. castaneus), and P. castanoides and P. subniger which both
are easily distinguished from the african and malagasy specimens, belonging to the nominative
subspecies. A key and range maps to help identify of the genus Pelusios are presented.
R. Bour, Laboratoire des Reptiles et Amphibiens, Muséum national d’Histoire naturelle, 25, rue Cuvier,
75005 Paris.
I. LE GENRE PELUSIOS DANS LES ÎLES DE L’OCÉAN INDIEN
A. — Définitions et diagnoses
Le genre Pelusios Wagler, 1830, est l’un des deux genres (le second étant Pelomedusa
Wagler, 1830) de la sous-famille des Pelomedusinae, famille des Pelomedusidae. Les Pelo-
medusinae (africains et malgaches) se distinguent des Podocnemidinae (sud-américains et
malgaches) par des caractères essentiellement non spécialisés : absence d’une fossa musculi
pterygoidei commune avec le foramen posterius canalis carotid interni ; pariétal séparé du
quadratojugal par le postorbitaire, dégageant une vaste échancrure temporale ; seconde
vertèbre cervicale biconvexe, les suivantes procèles ; écailles supraoculaires (= préfron¬
tales) non soudées ; présence de cinq griffes à chaque patte.
Dans le genre Pelomedusa (espèce-type : Testudo galeata Schœpff, 1792 *), le plastron
est rigide, les épiplastrons sont longuement en contact avec les hyoplastrons, séparant le
mésoplastrons latéraux. Les branches dentaires ne sont pas soudées, mais unies par une
symphyse médiane. On ne reconnaît actuellement qu'une espèce polytypique.
1. Testudo galeata est un synonyme subjectif plus récent de T. subrufa I.acepède, 1788.
- 344 —
Dans le genre Pelusios (espèce-type : Testudo subnigra Lacepède, 1788), le plastron
possède une articulation transversale (coïncidence du sillon pectoro-abdominal et de la
suture hyo-mésoplastrale, disjointe au cours de l’ontogenèse), permettant la mobilité du
lobe antérieur ; les mésoplastrons sont en contact. Les branches dentaires sont soudées,
formant un os dentaire impair.
Rappelons enfin que jusqu’en 1940 le nom de genre Sternothaerus Bell, 1825, était
utilisé de préférence au nom de genre Pelusios Wagler, 1830 ; la validité et la priorité (théo¬
riques, la stabilité de la nomenclature s’y opposant) du premier nom seront montrées dans
un travail actuellement en cours, en collaboration avec Alain Dubois. L’espèce-type du
genre Sternothaerus Bell, 1825, est St. leachianus Bell, 1825 (holotype OUM 8618), que
nous considérons comme un synonyme subjectif plus récent de Pelusios castaneus (Schweig-
ger, 1812).
B. — Le genre Pelusios À Madagascar
L’existence à Madagascar d’une Tortue du genre Pelusios 1 est attestée dès 1658 par
E. de Flacourt (p. 159) qui la nomme « Hilintsoca ». En novembre 1770, Ph. Commerson
et P. de Jossigny sont sur la Grande Ile ; le premier en rapportera le type de Pelusios
subniger, qu’avait dessiné son compagnon (Bour, 1982è). En 1835, Duméril & Bibron
reconnaissent déjà l’existence de deux espèces distinctes de « Sternothaerus » (= Pelusios)
à Madagascar : « S. nigricans » (= P. subniger), « S. castaneus » (= P. castanoides). A partir
de cette date, la confusion qui règne à propos de la systématique du genre Pelusios est
grande, et elle n’épargne pas les espèces malgaches.
Récemment encore, nous ne reconnaissions (Bour, 1979) que deux espèces sur la Grande
Ile : P. subniger, et P. castaneus kapika. Depuis, D. Broadley (1981) a montré la validité
du taxon P. c. castanoides ; nous l’élevons ici au rang d’espèce, et admettons, provisoire¬
ment, l’identité des populations africaines et malgaches 2 . Cette omission de « castanoides »
provenait du fait que le spécimen-type, le seul que nous connaissions alors de cette espèce,
est très âgé et particulièrement aberrant (forme de l’écaille intergulaire notamment).
Actuellement, nous admettons la situation suivante :
1. Pelusios castaneus (Schweigger, 1812) (localité-type inconnue, restreinte à l’Afrique
occidentale (Etats du golfe de Guinée) ; cf. Bour, 1979) : une localité seulement est connue
avec certitude : Mahajanga (Majunga), sur la côte occidentale de Madagascar (spécimen
SMF 7936, récolté en 1900 par Voeltzkow ; figuré par Mertens, 1969, comme P. sub¬
niger). Il est possible qu’il s’agisse d’une introduction accidentelle ; il est donc nécessaire
1. Notre collègue A. Dubois nous suggère l’utilisation du nom commun français « Péluse » pour dési¬
gner ces Tortues.
2. Une analyse utilisant des méthodes raffinées permettra peut-être de reconnaître l’individualité
de la population malgache (Pelusios castanoides kapika). Il est également possible que les individus de Pile
Pemba appartiennent à une sous-espèce particulière. Ainsi, nous avons constaté que, sur les trois spécimens
de cette île examinés, la série neurale n’est que modérément réduite : N7 et N8 sont présentes, N7 étant
en contact avec N6 ; NI est également présente, ce qui fait que la série est complète. Sur le continent afri¬
cain, P. c. castanoides ne possède que 5 à 7 neurales, NI, N7 et N8 étant réduites ou absentes (Broadley,
1981 : 639). Nous avons compté 7 ou 8 neurales sur les Tortues sevchelloises, constamment 5 sur les mal¬
gaches.
- 345 -
de rechercher l’éventuelle présence d’autres individus (population indigène, ou acclimatée)
pour préciser le statut de P. castaneus à Madagascar.
2. Pelusios castanoides castanoides Hewitt, 1931 (localité-type : lac Sainte-Lucie,
Kwazulu (Natal) ; cf. Broadley, 1981) : Antsiranana (= Diego-Suarez), Ambilobe, Ambanja,
Mahajanga, Marovoay, Soalala, Miandrivazo, Morondava, Toliary (= Tuléar) (Ambo-
himahavelona), Amboasary, Ilaka.
3. Pelusios subniger subniger (Lacepède, 1788) (localité-type : Toamasina (= Tama-
tave) ; cf. Bour, 1979 ; 19826) : Maroantsetra, Nosy Boraha (= île Sainte-Marie), Toa¬
masina, Tampina, Vatomandry, Ilaka, Nosy-Varika.
Par leur morphologie, les représentants malgaches de ces trois espèces sont prati¬
quement indistincts de ceux des populations africaines. Nous notons cependant une plus
grande homogénéité chez les spécimens malgaches, les spécimens africains montrant des
variations individuelles relativement importantes.
C. — Le genre Pelusios aux Seychelles
Iles granitiques de l’océan Indien occidental, habitées depuis 1770, les Seychelles
sont bien connues pour leurs Tortues terrestres géantes, que décimèrent les navigateurs
et les premiers colons. Depuis un peu plus d’un siècle, on sait que des Tortues d’eau douce
y vivent également. Et l’on admet généralement (Mertens, 1934 : 49 ; Honegger, 1966 :
26) que celles-ci ne représentent qu’une seule espèce, probablement introduite par l’Homme
depuis l’Afrique, Pelusios subniger.
En 1874, K. Moebius récolte à Mahé, île principale des Seychelles, un Pelusios sub¬
niger, mentionné par W. Peters en 1877 (p. 455). La même année, A. Günther récolte
à La Digue, autre île de l’archipel, un Pelusios castanoides, mentionné par G. A. Boulenger
en 1889 (p. 194). En 1890, P. subniger est découvert sur La Digue (Stejneger, 1894 :
713), tandis qu’en 1907, P. castanoides l’est sur Mahé (Boulenger, 1909 : 295). Enfin,
en 1895, A. Brauer rapporte des Seychelles trois Pelusios que Siebenrock décrit en 1906
(p. 38) sous le nom nouveau de Sternothaerus nigricans seychellensis ; cette espèce ne sera
jamais plus récoltée sur ces îles.
L’examen de Tortues du genre Pelusios récoltées aux Seychelles montre que ces îles
abritent, ou ont abrité, trois espèces différentes, représentant trois taxons endémiques,
peut-être strictement sympatriques : P. seychellensis (Siebenrock, 1906), espèce probable¬
ment apparentée à P. castaneus (Schweigger, 1812) de l’Ouest africain, et retrouvé une fois
à Madasgacar ; P. castanoides intergularis et P. subniger parietalis, sous-espèces insidaires
nouvelles, décrites à partir de caractères morphologiques permettant de les distinguer
des sous-espèces nominatives, P. castanoides castanoides Hewitt, 1931, et P. subniger sub¬
niger (Lacepède, 1788), africaines et malgaches.
Actuellement, l’existence de Pelusios sur Mahé (nord : Beauvallon ; sud : Pointe Police)
et sur La Digue est bien établie. R. Honegger (1966) signale la présence de Tortues (« P.
subniger ») sur les îles Praslin, Silhouette (où elles auraient été introduites en 1927) et Fré¬
gate ; il figure un P. castanoides de Praslin. R. Touboul (1979 : 109) ajoute l’île Cousin
- 346 —
à cette liste. G. Lionnet (in litt., 27.III.1981) nous apprend la présence de Pelusios sur
les îles Cerf (« actuellement »), Sainte-Anne et Aride (« autrefois »).
Le nom vernaculaire seychellois des Pelusios est « soupape » (Honegger, 1966 : 27 ;
I. Swingland, comm, pers., 25.11.1982) ; l’allusion à la mobilité du lobe antérieur du plas¬
tron est évidente.
Il y a une quinzaine d’années, les Pelusios des Seychelles étaient grossièrement empail¬
lés pour être vendus aux touristes (Honegger, 1966 : 27 ; Gaymer, 1967 : 27) ; c’est là
l’origine des spécimens TM 49338-49339, mentionnés plus loin, achetés à Mahé en 1976.
Il semble donc que malgré la protection légale dont jouissent théoriquement ces Tortues,
cette fin triste et stupide ne soit pas encore épargnée à certaines d’entre elles. Selon J. High
(c. 1975 : 42), les Pelusios sont consommés par les Créoles lors de certaines festivités.
D. — Le genre Pelusios À Maurice, Glorieuse et à Diego Garcia
P. subniger est récolté à Maurice (= Mauritius) par N. Pike en 1871 et par G. Schnei¬
der en 1882 (cf. Bour, 1982a). Cette même espèce est rapportée de Glorieuse par
W. L. Abbott en 1893 (Stejneger, 1894 : 713) et de Diego Garcia (Chagos) par J. Stanley-
Gardiner en 1905 (Boulenger, 1909 : 295).
J. Stanley-Gardiner (1907 : 48) a précisé la localité d’origine des deux Pelusios
qu’il avait rapportés de Diego Garcia : étang près de East Point. L’existence actuelle d'une
petite population de Pelusios subniger sur cet atoll est très probable, quoique non prouvée
par une récolte récente et l’identification d’un spécimen. D. Stoddart (1971 : 168) rappelle
la présence ancienne (1886) d’une autre Tortue aquatique, cinghalaise, Melanochelys tri-
juga thermalis (Lesson, 1831) L Le même auteur cite un témoignage de J. Frazier et
J. M. Vinson, selon lequel le personnel de la station météorologique a constaté (c. 1970)
l’existence de Tortues d’eau douce sur l’atoll.
A. Hutson (1975 : 23) a recherché ces Tortues en 1971 dans les zones marécageuses
de l’ouest et de Test de l’île, mais en vain ; la promesse d’une récompense en cas de décou¬
verte par un indigène n’a pas été plus fructueuse. Cependant, certains témoins ont con¬
firmé la présence de Tortues près de East Point ; deux spécimens étaient maintenus en
captivité en 1968. Tout récemment, D. Stoddart ( comm. pers., 22.1.1982) nous a signalé
la présence effective de Pelusios subniger à Diego Garcia.
E. — Particularités des espèces présentes dans les îles de l’océan Indien
Le tableau I donne les caractères particuliers, distinctifs ou non, des espèces de Pelu¬
sios représentées à Madagascar et aux îles Seychelles. Rappelons que trois de ces espèces
sont également africaines ; leur répartition géographique, en Afrique, est schématique¬
ment la suivante (cf. cartes 5, 6 et 13) :
— P. castaneus : Ouest (de la Sénégambie au Zaïre occidental, île de Sâo Tomé) ;
1. Spécimen déterminé et mentionné par G. A. Boulenger (1889 : 122).
Tableau I. — Comparaison entre P. castaneus, P. seychellensis, P. castanoides et P. subniger ; les caractères particuliers à P. seychellensis sont mentionnés
entre parenthèses, mais les particularités majeures justifiant la validation de cette espèce sont exposées dans le texte.
P. castaneus
(P. seychellensis )
P. castanoides
P. subniger
Longueur maximale de la dossière
220 (165) mm
230 mm
200 mm
Position de l’articulation du lobe antérieur
au milieu de M5
en arrière de M5, ou
sous le sillon M5-M6
Etrécissement abdominal du lobe postérieur :
modéré :
nul ou modéré :
important :
rapport largeur maximale/largeur abdominale
Forme de l’écaille intergulaire
1,05-1,10
1,00-1,10
1,15-1,28
elliptique (pentagonale)
pentagonale, étroite
pentagonale, large
Longueur distale des écailles pectorales : rapport
courte :
longue :
longue :
bord externe pectorales/bord ext. humérales
0,5-0,7
0,8-1,0
1,0-1,1
Coloration du plastron
variable, généralement claire,
avec une bordure sombre ^
régulière (noire)
entièrement claire, ou avec de
petites taches périphériques
isolées
typique, claire, avec des grands
triangles sombres périphériques
Contour de la dossière : rapport longueur/largeur
large : 1,30-1,45
étroit : 1,40-1,60
large : 1,25-1,35
NI (première neurale) ; contact avec la nuchale
longue ; oui
réduite ou absente ; non
longue ; oui
Ml (première marginale) /M2
subégale
subégale
nettement plus étroite
Ml + Ml/bord antérieur de VI (première verté¬
brale)
subégales : 0,9-1,05
plus étroites : 0,75-0,8
plus étroites : 0,65-0,8
Bords latéraux de VI
anguleux, resserrés
rectilignes ou à peine sinueux, bien divergents
V2 plus longue que large
à partir de L = 140 mm
non
non
Ecailles falciformes sur les avant-bras
oui
oui
non
Couleur des avant-bras
jaunâtre
jaunâtre
gris foncé
Écaille supralabiale
présente
absente ou, rarement, très
réduite
présente
Triangle pariétal ; grandes écailles antérieures
court ; 5
court ; 2-4
long ; 10-12
Mentonnières
développées
développées, grandes
absentes ou insignifiantes
Coloration du dessus de la tête
vermiculations
vermiculations, parfois estom-
sombre, généralement unie ou
pées
pointillée
— 348
— P. castanoides : Est (du Kenya au Malawi et au Natal, avec les îles Pemba et Zan¬
zibar) ;
— P. subniger : Centre et sud-est (Burundi, Tanzanie, Mozambique, N-Transvaal 1 ,
N-Botswana, Zambie, Zimbawe, S-Zaïre).
II. LES PELUSIOS ENDÉMIQUES DES SEYCHELLES
A. — Nomenclature et systématique des espèces du genre Pelusios
Dès la fin du xix e siècle, la confusion est grande : les auteurs ne disposent que d’un
ou de quelques spécimens d’une seule espèce, et dans les travaux un seul taxon correspond
à l’ensemble des trois espèces présentes sur les îles de l’océan Indien, taxon différent selon
le ou les spécimens examinés. Ce n’est qu’en 1939 que Rendahl (1939a : 303-314) démontre
clairement l’existence de deux espèces seychelloises sympatriques (La Digue), en employant
toutefois une nomenclature erronée.
Cette confusion est mise en évidence dans la synonymie que nous présentons ici ; elle
contribue à la mauvaise compréhension que l’on a toujours eu du genre Pelusios : on admet
une grande variabilité individuelle, plutôt que la coexistence d’espèces distinctes. Ainsi,
en 1941, A. Loveridge, rejetant notamment les conclusions de Rendahl, ne reconnais¬
sait que quatre espèces au total pour l’Afrique, Madagascar et les îles voisines.
Le premier, R. Laurent (1956 ; 1965) s’est efforcé de clarifier la systématique de ce
genre difficile ; ses travaux sont pleinement confirmés par ceux de D. Broadley (1981)
et par la présente étude, les seules divergences étant d’ordre nomenclatural. Il est regret¬
table que quelques auteurs (Wermuth & Mertens, 1961 : 286-291 ; R. C. Wood, 1974 :
303 ; W. Auffenrerg, 1981 : 514) aient délibérément négligé, ou même contesté les résul¬
tats de Laurent sans apporter le moindre argument.
R. Laurent (1956 ; 1965) puis récemment D. Broadley (1981) ont pu analyser et
évaluer les caractères spécifiques à partir d’un nombre important de spécimens. Laurent
reconnaît sept, puis dix espèces (et quatre sous-espèces non nominatives) ; Broadley
reconnaît de même dix espèces et six sous-espèces. Enfin, nous distinguons aujourd’hui
quinze espèces (dont un « complexe ») et deux sous-espèces géographiques. Il est fort pos¬
sible que cet état ne soit pas définitif, plusieurs espèces montrant une certaine variabilité
selon la localité d’origine des individus examinés : P. castaneus ; P. chapini ; P. rhodesia-
nus ; P. williamsi.
Voici donc une liste, encore provisoire, des espèces actuelles du genre Pelusios :
Pelusios adansonii (Schweigger, 1812) : la Péluse d’ Ad anson.
Pelusios bechuanicus Fitzsimons, 1932 : la Péluse de Fitzsimons.
Pelusios carinatus Laurent, 1956 : la Péluse de Laurent.
Pelusios castaneus (Schweigger, 1812) : la Péluse de Schweigger.
Pelusios castanoides Hewitt, 1931 (+ subsp.) : la Péluse de Bianconi.
1. D. Broadley, comm, pers., 20.VII.1981 ; nord du Parc Kruger.
- 349 —
Pelusios chapini Laurent, 1965 : la Péluse de Chapin.
Pelusios gabonensis (Duméril, 1856) : la Péluse du Gabon.
Pelusios nanus Laurent, 1956 : la Péluse naine.
Pelusios niger (Duméril & Bibron, 1835) : la Péluse à bec crochu.
Pelusios rhodesianus Hewitt, 1927 : la Péluse de Hewitt.
Pelusios seychellensis (Siebenrock, 1906) : la Péluse de Siebenrock.
Pelusios sinuatus (Smith, 1838) : la Péluse de Smith.
Pelusios subniger (Lacepède, 1788) (+ subsp.) : la Péluse de Lacepède.
Pelusios upembae Broadley, 1981 : la Péluse de Broadley.
Pelusios williamsi Laurent, 1965 (« complexe », incluant plusieurs espèces ou sous-espèces) : la
Péluse de Williams.
La systématique, certaines particularités morphologiques et ostéologiques, et la bio¬
géographie de ces espèces seront étudiées dans un travail en préparation ; plusieurs élé¬
ments nous permettent d’élever au rang d’espèce les taxons P. castanoides, P. chapini,
P. seychellensis, P. upembae, à partir des critères morphologiques (écaillure), ostéologiques
(crâne, plaques osseuses de la carapace) et biogéographiques (sympatrie, ou isolement).
Carte 1. — Le genre Pelusios aux îles Seychelles.
— 350 —
Cartes 2 à 15. — Le genre Pelusios en Afrique et à Madagascar.
La précision de ces cartes, préparées à partir de spécimens examinés ou dont la détermination était
certaine (dans quelques cas seulement), a pu être grandement améliorée pour l’Afrique méridionale grâce
au récent travail de D. G. Broadley (1981). Le cercle indique une localité demandant confirmation, soit
qu’elle nous semble douteuse malgré sa précision et l’examen du spécimen récolté, soit au contraire qu’elle
nous semble probable mais que nous n’avons pu identifier le spécimen d’une manière incontestable (données
de la littérature le plus souvent).
2 : P. adansonii ; 3 : P. bechuanicus ; 4 : P. carinatus ; 5 : P. castaneus.
Les cartes 1 à 15 montrent la répartition géographique de chaque espèce ; une clé
de détermination, présentée en annexe, et le schéma de l’écaillure de chaque plastron
permettent l’identification des différents Pelusios par l’examen de caractères externes.
J. B. Iverson (in litt., 26.V.1980) projette d’entreprendre une révision complète de ce
genre.
6 : P. castanoides ; 7 : P. cliapini ; 8 : P. gabonensis ; 9 : P. nanus.
— 352 —
P. niger ; 11 : P. rhodesianus ; 12 : P. sinuatus ; 13 : P. subniger.
- 353
B. — Pelusios seychellensis (Siebenrock, 1906)
(PI. III)
Lectotype : NMW 13247, Ç, L = 127 mm ; collecteur A. Brauer, « Seychelles », 1895. Para-
lectotype : ZMH R 00983, Ç, L = 132 mm ; même collecteur. Ces deux spécimens sont mention¬
nés dans la description originale ; le lectotype est désigné selon D. Broadley (1981 : 655). Autre
spécimen : ZMH H 00982, L = 165 mm ; même collecteur.
Terra typica : Seychelles ; Malié, fide Siebenrock, 19096 : 362.
Citations antérieures
Sternothaerus nigricans seychellensis Siebenrock, 1906 : 38. Seychelles ( non Glorieuse) ; Sieben¬
rock, 1909a : 558 (partim) ; 19096 : 359, fig. 1-2 (lectotype).
Sternothaerus nigricans (Donndorf, 1798) : Nieden, 1913 : 59-60 (partim) ; Siebenrock, 1916 :
6 (partim).
Pelusios subniger seychellensis (Siebenrock, 1906) : Mertens, Müller & Rust, 1934 : 64 (par¬
tim) ; Blanc, 1971 : 104 (partim).
Pelusios subniger (Lacepède, 1788) : Loveridge, 1941 : 489 (partim) ; Mertens & Wermuth,
1955 : 357 (partim) ; Gaymeb, 1967 : 27 (partim).
Pelusios castaneus seychellensis (Siebenrock, 1906) : Blanc, 1971 : 104, note infra (partim) ; Bour,
1979 : 150, carte (partim).
Pelusios seychellensis (Siebenrock, 1906) comb. nov.
August Brauer se rendit aux Seychelles en 1895 : en août, il était à Mahé et y étudiait
l’écologie d’un Amphibien (Brauer, 1898 : 89) ; mais nous ignorons son périple précis
1, 23
— 354 —
parmi les îles. Il en rapporta notamment un Scincidé d’une nouvelle espèce (Boettger,
1896 : 349), des Tortues terrestres (Rothschild, 1915 : 433) et trois Tortues d’eau douce
qui furent déposées au Muséum de Hambourg (enregistrées en 1901) ; en 1905, l’une d’entre
elles sera remise au Muséum de Vienne (Siebenrock, 1906 : 38).
Caractères morphologiques
Ces trois Tortues d’eau douce sont à première vue semblables, comme le remarque
F. Siebenrock lui-même, à celles qui sont originaires de l’Afrique occidentale (Pelusios
castaneus). L’écaille intergulaire est pentagonale, plutôt qu’elliptique. Le sillon pectoral
médian est proportionnellement plus long aux Seychelles qu’en Afrique de l’Ouest : com¬
pris 1,8 à 2 fois dans le sillon huméral, contre 3 à 9 fois ou davantage. Les écailles falci-
formes de la face antérieure de l’avant-bras sont moins nombreuses et beaucoup moins
larges chez les individus seychellois : 8-10 écailles, contre 15-20. Le spécimen mâle, très
âgé, mesure 165 mm de long ; les grands spécimens africains dépassent 200 mm. Ce même
mâle a ses neurales N7 et N8 réduites et isolées ; la série neurale est normalement complète
et continue en Afrique.
Particularités de la coloration
Nous avons examiné une centaine de P. castaneus, pratiquement de chacun des états
côtiers compris entre le Sénégal et le Zaïre, et de Sâo-Tomé : le plastron est de couleur
corne à jaunâtre, ou brunâtre (régions forestières), avec des taches périphériques brunes
diffuses et irrégulières (ouest de l’aire de répartition) ou (centre et est de cette aire) une
étroite bordure sombre, régulière, symétrique, parfois très semblable à celle de P. sinua-
tus.
Chez les trois P. seychellensis, le plastron est noir, la pigmentation étant profonde
et non pas seulement superficielle. Cette coloration est uniforme ($$), le mâle portant une
étroite tache cruciforme jaunâtre au milieu de l’articulation. La dossière, de même, est
uniformément noire. La coloration de la tête (vermiculations brunes et jaunes), des membres
(brun jaunâtre) et de la peau interne (jaune pâle) contraste étonnamment avec celle de la
carapace.
P. chapini, d’Afrique centrale (environ 65 spécimens examinés), est une espèce également
apparentée, qui se distingue par sa morphologie, ses proportions, sa grande taille, et par sa colo¬
ration des Tortues seychelloises (cf. clé de détermination).
Particularités du crâne
Lors de l’élaboration d’une clé permettant la détermination des espèces du genre
Pelusios d’après leur crâne, nous avions distingué P. castaneus et P. castanoides par les
différences suivantes :
Chez Pelusios castaneus : largeur des narines externes inférieure à la largeur de l’espace
interorbitaire ; méat auditif plus haut que long ; fossette précolumellaire réduite, sa hau¬
teur inférieure ou égale à la demi-hauteur de ce méat.
- 355 -
Chez Pelusios castanoides : largeur des narines externes supérieure à la largeur de
l’espace interorbitaire ; méat auditif plus long que haut ; vaste fossette précolumellaire,
sa hauteur supérieure à la demi-hauteur du méat.
(Les proportions du contour du méat auditif sont assez fidèlement reproduites par
celles de l’écaille tympanique, sensiblement circulaire chez P. castaneus, nettement ovale
et plus étroite vers l’avant chez P. castanoides.)
L’écaille tympanique, le méat auditif et le cavum lympani du spécimen de P. casta¬
neus récolté à Madagascar (SMF 7936) montrent les particularités notées chez les indi¬
vidus africains.
Nous nous attendions, connaissant les similitudes morphologiques des espèces, à ce
que le crâne de P. seychellensis soit proche de celui de P. castaneus, ou identique à ce der¬
nier. La rareté des spécimens nous a empêché d’en mutiler un pour préparer son crâne.
La différence entre la mesure des narines et celle de l’espace osseux interorbitaire est trop
subtile pour être mesurée avec sécurité sur une tête entière. Mais nous avons d’abord noté
la forme nettement ovale de l’écaille tympanique de P. seychellensis ; puis, cette écaille
étant soulevée, nous avons constaté que les proportions du méat étaient celles que l’on
rencontre chez P. castanoides ; enfin, la vaste fossette précolumellaire de cette dernière
espèce était présente dans le cavum tympani de P. seychellensis (un seul côté de deux spéci¬
mens examinés).
Par ces caractères, le crâne de P. seychellensis apparaît donc plus proche de celui de
P. castanoides que de celui de P. castaneus.
Statut de Pelusios seychellensis
Les Tortues seychelloises étant tout à fait semblables entre elles, on ne peut prétendre
que l’épithète « seychellensis » ait été appliquée à un individu aberrant. Parmi les nom¬
breux spécimens de P. castaneus et de P. chapini examinés, nous n’en avons pas observé
un seul qui s’en approche (morphologie et coloration) : une introduction par l’Homme
depuis la côte occidentale de l’Afrique paraît, à priori, peu probable. Cette population
de Tortues des Seychelles (dont l’existence demeure problématique) semble bien appar¬
tenir à une espèce affine mais distincte de P. castaneus ; après hésitation, nous avons choisi
le rang spécifique pour la désigner.
Depuis la récolte de Brauer de 1895, aucun autre spécimen n’a donc été retrouvé
aux Seychelles. Mais il faut noter que les îles hébergeant, ou ayant hébergé, des Pelusios
sont relativement nombreuses, tandis que le nombre de spécimens correctement déter¬
minés est très petit (environ 40 !) ; tous ces spécimens provenaient exclusivement de Mahé
ou de La Digue, lorsque leur origine était précisée.
C. Pelusios castanoides intergularis subsp. nov.
(PI. IV, VI ; fig. 1, 3)
Holotype : BM(NH) 74.8.7.1, Ç, L = 203,5 mm ; collecteur A. Günther, La Digue, 1874. —
Paratypes : BM(NH) 1907.10.15.2 ; J. Stanley-Gardineh, La Digue, 1907. BM(NH) 1911.4.7.2 ;
J. Stanley-Gardiner, La Digue, 1911. MNHN 5366 ; G. de L’Isle, Seychelles, c.1875. MNHN
— 357 —
5367 ; même collecteur. MNHN 5300 A ; même collecteur. MNHN 5300 B ; même collecteur.
MNHN 4138 ; J. R. C. Quoy & J. P. Gaimard, « Madagascar », c.1820. AMNH 93805 ; S. A. Min-
ton, Mahé (près de Beauvallon), 1X-1962. TM 49338; acheté à Mahé, XI-1976. MCZ 45506;
D. Vesey-Fitzgerald, La Digue, 1938. MCZ 45507 ; même collecteur. MCZ 45508 ; même col¬
lecteur. MCZ 45509 ; même collecteur. MCZ 45510 ; même collecteur. MCZ 45512 ; même collec¬
teur. MCZ 45513 ; même collecteur. MCZ 45514 ; même collecteur. MCZ 45515 ; même collecteur.
UMMZ 144461 ; A. Niole, La Digue (Anse Réunion), XII-1976.
Terra typica : La Digue Island, Seychelles.
Distribution géographique : Seychelles granitiques. Mahé ; La Digue ; Praslin. Éventuelle¬
ment sur Silhouette ; Sainte-Anne ; Cerf ; Frégate ; Aride ; Cousin.
Remarques : Un dépôt superficiel noir masque la pigmentation naturelle de BM(NH) 1907.
10.15.2 ; BM(NH) 1911.4.7.2 ; UMMZ 144461 (partiellement). Le plus grand spécimen femelle
est MNHN 5367, L = 212 mm; le plus grand mâle est AMNH 93805, L = 180,5 mm. MNHN
5300 A et B, nouveau-nés, mesurent 30 mm.
Citations antérieures
Sternothaerus castaneus (non Schweigger, 1812) : Duméril & Bibron, 1835 : 401, « Madagascar » 1 ;
Vaillant & Grandidier, 1910 : 58 (partim), pl. 19 A, 2 L
Sternothaerus sinuatus (Smith, 1838) : Boulenger, 1889 : 194 (partim), La Digue ; 1909 : 295
( non Smith !), La Digue et Mahé ; Dupont, 1935 : 144 ( non Smith), Seychelles.
Sternothaerus nigricans seyehellensis Siebenrock, 1906 : Siebenrock, 1909a : 558 (partim).
Sternothaerus castaneus seyehellensis (non Siebenrock, 1906) : Rendahl, 1939a : 308, fig. 13, La
Digue (H. Sundberg, 1935, NHRMS 173 a-c ; non vus 2 ) ; 19396 : 1.
Pelusios subniger (Lacepède, 1788) : Loveridge, 1941 : 489 (partim), La Digue ; Honegger,
1966 : 27 (partim), fig. 5, Seychelles ; Praslin.
Pelusios castaneus castaneus (non Schweigger, 1812) : Laurent, 1965 : 29.
Pelusios castaneus seyehellensis (Siebenrock, 1906) : Blanc, 1971 : 104, note infra (partim) ; Bour,
1979 : 150, carte (partim).
Pelusios subniger seyehellensis (Siebenrock, 1906) : Blanc., 1971 : 104 (partim).
Pelusios castaneus kapika Bour, 1979 : 149 (partim) '.
Pelusios castaneus castanoides Hewitt, 1931 : Broadley, 1981 : 672 (partim).
1. Ces trois citations font référence à un spécimen (MNHN 4138) qui, selon Duméril & Bibron (1835 :
401), aurait été rapporté de Madagascar par Quoy et Gaimard. Ces derniers ont séjourné (en 1818, puis
en 1828) à file de France (= Mauritius) et à Bourbon (= la Réunion), mais ni à Madagascar, ni aux Sey¬
chelles ; cf. également Vaillant & Grandidier (1910 : 64, note 1). Il se peut que cette Tortue ait été remise
aux voyageurs lors de leurs escales aux Mascareignes ; il se peut aussi qu'elle ait été rapportée par Péron
et Lesuf.ur (1804), Dussumier (c. 1830) ou Eydoux (1832), qui récoltèrent et remirent au Muséum de Paris
plusieurs espèces de Reptiles des Seychelles.
2. NHRMS = Naturhistoriske Riksmuseum, Stockholm. Nous n’avons pas eu de réponse de cette
Institution.
Fig. 1. — Variation de la forme de l’écaille intergulaire chez Pelusios castanoides. A, P. c. castanoides, Afrique
(K, Kenya ; T, Tanzanie ; P, Pemba ; N, Natal) et Madagascar (M) (L, longueur de la dossière, en mm).
1 : MNHN 1929-238, M, L = 82 ; 2 : MNHN 99-158, M, L i 90 ; 3 : USNM 149819, M, L = 123 •
4 : Z MB 9682, K, L = 124 ; 5 : MNHN 8367, M, L - 136,5 ; 6 : TM 52543, N, L = 140 ; 7 : MNHN
AC 86-200, M, L = 142,5 ; 8 : MNHN AC 85-395, M, L = 145 ; 9 : SM F 60858, P, L = 150 ; 10 : UMMZ
61424, P. L = 158 ; 11 : TM 52544, N. L = 160 ; 12 : MNHN 9400, M, L = 168 ; 13 : MNHN AC 80-
466, M, L = 169 ; 14 : MCZ 18165, P, L = 176 ; 15 : MB(NH) 1922.9.7.1, T, L = 183 ; 16 : MNHN
AC 80-464, M, L = 191 ; 17 : MCZ 61425, T, L = 195 ; 18 : TM 13433, N, L = 219 (holotype).
B, P. c. intergularis, Seychelles (M, « Madagascar », cf. texte). 1 : MCZ 45515, L = 105 ; 2 : MCZ
45510, L = 107,5 ; 3 : UMMZ 144461, L = 120 ; 4 : MNHN 4138, L = 122,5 (M) ; 5 : MCZ 45514
L = 141 ; 6 : MCZ 45508, L = 145 ; 7 : MCZ 45509, L = 145 ; 8 : MCZ 45507, L = 146 ; 9 : MCZ
45513, L = 150 ; 10 : TM 49338, L = 159 ; 11 : MCZ 45512, L = 160 ; 12 : BM(HN) 1907.10.15.2
L = 166,5 ; 13 : MCZ 45506, L = 167 ; 14 : BM(NH) 1911.4.7.2, L = 179 ; 15 : AMHN 93805, L =
180,5 ; 16 : MNHN 5366, L = 193 ; 17 : BM(NH) 74.9.7.1, L = 203 ; 18 : MNHN 5367, L = 212.
- 358 -
Cette sous-espèce insulaire, rare en collection, ayant une répartition géographique
limitée, a néanmoins une histoire nomenclaturale complexe. Ce n’est que tout récemment
que D. Broadley (1981), revalidant le taxon « castanoides » (en tant que sous-espèce de
P. castaneus ), y inclut la population seychelloise. Nous confirmons ce point de vue. Tou¬
tefois, nous élevons Pelusios castanoides au rang d’espèce, le distinguant à partir de cri¬
tères anatomiques (tabl. I) et géographiques de P. castaneus, et nous reconnaissons une
sous-espèce seychelloise endémique. La forme particulière de son écaille intergulaire (d’où
intergularis) permet de distinguer celle-ci au premier coup d’œil.
Caractères morphologiques
Écaille intergulaire : les bords antéro-latéraux de cette écaille pentagonale, étroite,
ne sont pas convergents, mais à peu près parallèles, ayant précisément la forme typique
d’un S allongé : une petite courbure sous le sommet postérieur de chaque gulaire, une autre
antérieure de chaque côté du bord libre. Tous les spécimens examinés présentent ce carac¬
tère, à l’exception de BM(NH) 1911.4.7.2, qui ne le montre nettement que d’un seul côté.
La courbure du sommet postérieur du triangle des gulaires devient de plus en plus large
avec l’âge.
Les individus africains et malgaches ont une intergulaire de forme variable, mais ne
montrant pas les petites courbures postérieures caractéristiques. Antérieurement, les bords
latéraux convergent, dessinant une demi-ellipse plus ou moins régulière, souvent tronquée.
Le sommet postérieur des gulaires demeure toujours anguleux.
La figure 1 montre les variations de la forme de cette écaille.
Contour de la dossière : apparemment, car le nombre des spécimens mesurés est très
faible, la carapace des très grands individus (L ^ 160 mm) est proportionnellement plus
étroite aux Seychelles qu’en Afrique ou à Madagascar (fig. 2) ; cela semble particulièrement
évident pour les mâles dont la dossière a un contour d’aspect « contracté » en avant des
marginales postérieures légèrement explanées ; l’avant, au contraire, semble étiré.
Particularités de la coloration
A Madagascar, et peut-être en Afrique, certains individus âgés ont une carapace par¬
tiellement dépigmentée. La dossière de tous les spécimens seychellois examinés, même
celle des plus petits (L = 105 mm), n’est pigmentée que sur la portion centrale des écailles
dorsales, celles-ci montrant de larges zones périphériques claires. Chez les plus grands
individus, la coloration prend un aspect marbré, quelques taches brunes irrégulières se
détachant sur un fond jaunâtre.
Particularité ostéologique du crâne
Le basioccipital de Pelusios castanoides castanoides (5 crânes examinés) est prolongé
postérieurement, de chaque côté du condyle, par deux apophyses pointues, très saillantes.
Ces apophyses sont absentes ou réduites à deux protubérances émoussées sur les crânes
(6 examinés) de Pelusios castanoides intergularis.
- 359 -
R
1.7
1.4
1.3
<9
<9,
iso 180 200 Lmm ieo iso 200 220 Lmm
Fig. 2. — Proportions du contour de la dossière de Pelusios castanoides (à gauche, spécimens mâles ; à
droite, spécimens femelles). L : longueur (en mm) de la dossière ; R : L/l (1 : largeur au niveau de V3) ;
o : spécimens africains et malgaches (P. c. castanoides ) ; • : spécimens des Seychelles (P. c. inlergu-
laris).
Cette différence nous semble être plus considérable que celle que nous estimions sus¬
ceptible d’être rencontrée entre deux taxons de rang subspécifique ; il est possible que la
population seychelloise ait atteint son individualité spécifique. Toutefois, nous attendons
d’autres études (biochimiques, génétiques...) qui pourraient confirmer cette éventualité.
D. — Pelusios subniger parietalis subsp. nov.
(PI. V, VI ; fig. 3)
Holotype : USNM 19802, Ç, L = 138,5 mm ; collecteur W. L. Abbott, La Digue, V-1890. —
Paratypes : USNM 19803 ; même collecteur. USNM 19804 ; même collecteur. USNM 10989 ; ex-
MNHN, Seychelles. USNM 20954 ; W. L. Abbott, Glorieuse, 1-1893. ZMB 8675 ; K. Moebius,
Mahé, 1874. MNHN 5300 ; G. de L’Isle, Seychelles, c.1875. TM 49339 ; acheté à Mahé, XI-1976.
MCZ 45511 ; D. Vesey-Fitzgerald, La Digue, 1938. BM(NH) 1907.10.15.3 ; J. Stanley-Gardi-
ner, Diego Garcia, 1907. BM(NH) 1907.10.15.4 ; même collecteur. — Autres spécimens : ZIN
5949 ; G. Schneider, Mauritius, 1882. MCZ 4487 ; N. Pike, Mauritius, 1871.
Terra typica : La Digue Island, Seychelles.
Distribution géographique : Seychelles granitiques : Mahé ; La Digue ; éventuellement
sur Praslin ; Silhouette ; Sainte-Anne ; Cerf ; Frégate ; Aride ; Cousin. Glorieuse (probablement
accidentel). Diego Garcia (introduit ?). Mauritius (?).
Remarques : Un dépôt superficiel noir masque la pigmentation naturelle de USNM 19804;
USNM 20954 ; BM(NH) 1907.10.15.3 ; BM(NH) 1907.10.15.4. Le plus grand spécimen est ZMB
8675, Ç, L = 165,5 mm. MNHN 5300, nouveau-né, mesure 34 mm.
— 361 -
Citations antérieures
Sternothaerus nigricans (Donndorf, 1798) : Peters, 1877 : 455, Mahé ; Stejneger, 1894 : 713,
La Digue et Glorieuse ; Boulenger, 1909 : 295, Diego Garcia ; Rendahl, 1939a : 304, fig. 11,
La Digue (H. Sundberg, 1935, NHRMS 172 a-d ; non vus).
Sternothaerus negricans seychellensis Siebenrock, 1906 : Siebenrock, 1909a : 558 (partim).
Pelusios subniger (Lacepède, 1788) : Loveridge, 1941 : 489 (partim), La Digue ; Honegger,
1966 : 27 (partim) ; Gaymer, 1967 : 27 (partim) ; Stoddart, 1971 : 168 ; Bour, 1979 : 152 ;
Broadley, 1981 : 660, La Digue et Mahé.
Pelusios subniger seychellensis (Siebenrock, 1906) : Mertens, Müller & Rust, 1934 : 64 (par¬
tim) ; Blanc, 1971 : 104 (partim).
Cette sous-espèce a une synonymie plus simple que la précédente, car elle appartient
à l’espèce la plus anciennement décrite du genre Pelusios, P. subniger. Même les systéma-
ticiens « rassembleurs » ne pouvaient que l’inclure dans ce taxon (dont S. nigricans est
un synonyme objectif). Elle montre, avec plus ou moins d’intensité, une particularité
unique dans le genre : les écailles céphaliques, pariétales (d’où parietalis), supraoculaires,
et même les massétériennes sont morcelées par des sillons surnuméraires. Simultanément,
comme pour P. c. intergularis , la forme de l’intergulaire est un bon élément diagnostique.
Caractères morphologiques
Écailles pariétales : le triangle pariétal, allongé, est presque ou tout à fait en contact
avec la supraoculaire, ou avec une écaille supplémentaire présente en arrière de cette supra-
oculaire ; le sillon fronto-temporal est donc très court ou nul. La fragmentation de cette
région est peut-être progressive (comparaison entre individus juvéniles et adultes).
Chez les Tortues africaines ou malgaches, le sillon fronto-temporal est long de 2 à
7 mm. Exceptions : sillon nul d’un côté (USNM 72490, Dodoma), sillon nul des deux côtés
(USNM 141756, « Epulu »>).
Supraoculaire : cette écaille est progressivement fragmentée, au cours de la croissance,
par des sillons profonds, en petites écailles irrégulières (2 à 5, ou davantage). Le nouveau-
né (MNHN 5300) montre déjà une ébauche de fragmentation.
En Afrique et à Madagascar, cette écaille est entière. Exception : un sillon supplé¬
mentaire est présent de chaque côté sur un spécimen malgache (MNHN 2125).
La figure 3 précise la dénomination des écailles céphaliques de ces Tortues, et montre
les variations caractéristiques rencontrées entre les spécimens afro-malgaches et les spé¬
cimens seychellois.
Écaille intergulaire : cette écaille est remarquablement large et les gulaires sont simul¬
tanément très courtes ; le rapport K (largeur maximale de l’intergulaire/longueur du sillon
gulo-intergulaire) est donc grand (fig. 4). Voici les données moyennes des spécimens mesu¬
rés :
Fig. 3. — Écaillure céphalique chez le genre Pelusios (le triangle pariétal est formé par les écailles parié¬
tales antérieures). A, P. seychellensis (ZMH R 00983) ; B, P. c. intergularis (BM(NH) 74.8.7.1) ; C,
P. s. subniger (AMNH 118725, Zimbabwe) ; D, P. s. subniger (USNM 149277, Madagascar) ; E, P. s.
parietalis (USNM 19802) ; F, P. s. parietalis (ZMB 8675).
362
Seychelles et îles : K = 2,11 (1,79 — 2,67) (N = 13, L = 127,5 mm)
Madagascar : K = 1,49 (1,18 — 1,79) (N = 12, L = 114,2 mm)
Afrique : K = 1,38 (1,00 — 1,81) (N = 12, L = 111,1 mm)
La différenciation d’avec les populations africaines et malgaches se fait donc à partir
de K ^ 1,8.
so loo 150 200 Lmm
Fig. 4. — Proportions de l’écaille intergulaire de Pelusios subniger. L : longueur (en mm) de la dossière ;
K : largeur maximale de l’écaille intergulaire/longueur du sillon gulo-intergulaire ; ^ : spécimens
africains ; ■ : spécimens malgaches ; • : spécimens des Seychelles et des autres îles de l'océan Indien
(G : Glorieuse ; M : Mauritius ; D : Diego Garcia).
Cas des Tortues insulaires non seychelloises
Glorieuse : l’unique spécimen connu (USNM 20954) est identique à ceux des Sey¬
chelles.
Diego Garcia : un spécimen est identique (BM(NH) 1907.10.15.4), un second spéci¬
men (BM(NH) 1907.10.15.3) possède une supraoculaire non fragmentée d’un côté ; chez
ce même individu, le triangle pariétal n’atteint pas l’écaille surnuméraire située en arrière
de la supraoculaire.
Maurice : un spécimen (MCZ 4487) est sous forme de squelette ; chez un second spé¬
cimen (ZIN 5949), le sillon frontopariétal est long (4,5 mm) et il n’y a pas d’écaille supplé¬
mentaire en arrière des supraoculaires. Ces supraoculaires ne sont divisées que par un seul
sillon, malgré les grandes dimensions de cette Tortue (L = 141,5 mm).
Tous ces individus ont une intergulaire large, typique. Comme la Tortue mauricienne
examinée semble être intermédiaire, par son écaillure céphalique, entre les populations
— 363 -
seychelloises et afro-malgaches, nous avons exclu les deux spécimens provenant de l’île
Maurice de la série-type de P. s. parietalis.
E. —- Détermination des espèces seychelloises
Carapaces (Gratter les écailles pour éliminer un éventuel dépôt sombre superficiel)
A. 1. Plastron jaune et brun (taches triangulaires périphériques, symétriques, plus ou moins
étendues, présentes constamment sur les anales) ; bord libre de l’intergulaire 1,5 à 3 fois
plus large que celui de chaque gulaire ; largeur de Ml (première marginale) inférieure à
celle de M2. Pelusios subniger parietalis
— 2. Plastron pratiquement uni (jaune ou noir) ; bord libre de l’intergulaire subégal à, ou plus
court que celui de chaque gulaire ; largeur de Ml subégale à celle de M2. B
B. 1. Plastron noir ; bord libre de l’intergulaire 1,5 à 3 fois plus étroit que celui de chaque gulaire ;
Ml + Ml subégal à la largeur antérieure de VI (première vertébrale). Pelusios seychellensis
— 2. Plastron jaune ; bord libre de l’intergulaire subégal à celui de chaque gulaire ; Ml -f- Ml
inférieur à la largeur antérieure de VI. Pelusios castanoides intergularis
Tètes
A. 1. Coloration frontale sombre, uniforme, ou vaguement pointillée ; triangle pariétal très allongé
de chaque côté de la frontale ; mentonnières nulles ou insignifiantes ; peau grise.
Pelusios subniger parietalis
— 2. Coloration frontale contrastée, formée par un réseau de vermiculations sinueuses ; triangle
pariétal court (long contact frontale-temporale) ; 3 à 5 mentonnières arrondies, bien déve¬
loppées, en avant des barbillons; peau jaunâtre. B
B. 1. Supralabiale grande, séparant postoculaire et massétérienne. Pelusios seychellensis
—- 2. Supralabiale nulle ou très réduite, ne séparant pas postoculaire et massétérienne.
Pelusios castanoides intergularis
Conclusion
L’apport de cette étude est, croyons-nous, de montrer l’individualité des popu¬
lations de Pelusios des îles Seychelles, par rapport aux populations africaines ou malgaches,
et ce pour chacune des trois espèces qui habitent ces îles. Comme nous l’avons déjà men¬
tionné, les Tortues africaines montrent une importante variabilité ; celles de Madagascar
sont plus homogènes, tout en ne montrant pas de variation (d’un point de vue morpho¬
logique) par rapport à celles du continent ; enfin, celles des Seychelles sont à la fois homo¬
gènes et bien distinctes.
Cette particularité est probablement en relation avec l’étendue des surfaces peuplées,
et donc l’importance des populations ; elle est peut-être liée aussi à leur éloignement res¬
pectif (diminution des possibilités d’échanges génétiques). Elle a certainement un intérêt
pour la compréhension de la biogéographie insulaire et de la spéciation.
P. castanoides et P. subniger habitent plusieurs îles parmi les Seychelles ; ces espèces
sont également largement représentées à Madagascar et le long de la côte orientale afri¬
caine. L’individualité des individus seychellois de Tune et l’autre espèce permet d’admettre
que ces Tortues sont arrivées depuis longtemps, sans intervention humaine, surtout si l’on
- 364 -
considère que la colonisation de ces îles est récente (deux siècles), que la succession des
générations chez les Tortues est lente et que les spécimens actuels et ceux qui ont été récol¬
tés il y a un siècle et plus sont semblables. Pourtant, R. Gaymer (1967 : 27) est, à notre
connaissance, le seul auteur ayant explicitement envisagé que l’Homme n’était pas le
responsable de l’introduction des Pelusios aux Seychelles.
P. subniger semble avoir disparu de l’île Maurice, et les spécimens examinés ne per¬
mettent pas de les identifier avec suffisamment de précision. Mais l’étude d’autres spéci¬
mens mauriciens 1 et de ceux de la population actuelle de Diego Garcia pourrait révéler
certaines particularités intéressantes pour la compréhension de l’évolution insulaire de
l’espèce, sur les conséquences de son isolement. Comme il semble qu’il y ait malgré tout
un transport volontaire par l’Homme, depuis l’arrivée de ce dernier sur ces îles, et notam¬
ment de cette espèce (Glorieuse ; Silhouette ? ; Maurice ; Diego Garcia...), il est possible
qu’une introduction de la sous-espèce insulaire dans l’aire géographique de la sous-espèce
nominative (en particulier à Madagascar) soit un jour constatée.
Le cas de P. castaneus et de P. seychellensis est plus problématique. A Madagascar
comme aux Seychelles, le nombre de spécimens connus est infime, et ces espèces n’y ont
plus été retrouvées depuis leur découverte. L’extrême éloignement de la population afri¬
caine ne permet guère d’admettre une arrivée « naturelle » de l’individu récolté sur la Grande
lie, mais plutôt une introduction par l’Homme. Aujourd’hui, P. castaneus se retrouve
à la Guadeloupe (Grande-Terre ; Marie-Galante ?) et, dans ce cas, l’intervention humaine
seule peut être envisagée.
Mais cette explication n’est pas satisfaisante en ce qui concerne la population sey-
chelloise qui a atteint son individualité spécifique. S’il y a réellement eu une introduction
« volontaire » depuis l’Afrique occidentale, celle-ci ne peut, dans l’état actuel de nos con¬
naissances, être antérieure au xvi e siècle. L’espèce africaine aurait-elle pu, en si peu de
temps (moins de quatre siècles), évoluer pour donner ces trois spécimens seychellois, remar¬
quables à la fois par l’homogénéité, et par l’individualité de leurs caractères ?
Nous espérons qu’une investigation systématique aux Seychelles, destinée à préciser
la répartition géographique des Tortues, leur biologie et les conditions d’une éventuelle
stricte sympatrie, permettra également de préciser le statut actuel de Pelusios seychellensis,
et de répondre à cette question.
Comme c’est le cas pour les espèces terrestres (genre Dipsochelys Bour, 1982), les Tor¬
tues d’eau douce des Seychelles granitiques appartiennent à des populations bien diffé¬
renciées, endémiques. Les premières sont maintenant virtuellement éteintes, les secondes
survivent toujours, bien que l’une des espèces n’ait pas été retrouvée depuis la fin du siècle
dernier. Ce nouvel exemple montre bien à la fois l'individualité, et aussi la fragilité, des
faunes insulaires. Si l’on veut espérer découvrir l’origine de celles-ci et comprendre leur
évolution, il est indispensable d’accorder immédiatement une totale protection aux der¬
niers représentants des espèces subsistantes.
1. Deux, à notre connaissance, existent ou ont existé : l’un, monté, est au Muséum de Léningrad (ZIN
5950), l’autre, en alcool, était dans les collections du Mauritius Institute (cf. Bour, 1982a). A. Cheke,
que nous remercions sincèrement, nous a communiqué des renseignements complétant ceux que nous avons
donnés à propos de ces Pelusios. Selon les notes (I’Edwards (1872) et de Vitry (1883) (Trans, r. Soc. Arts
Sci. Maurit., n. s., 6 : 12 : 13 : 8), cette Tortue, dite « à tabatière », habitait la mare de Beau Plan (Pam¬
plemousses) mais avait aussi été rencontrée dans les égouts de Port-Louis (1871). L’une de ces notes (1883)
précise simultanément que « 5 Tortues de mare » avaient été expédiées de Diego Garcia par Spurs.
- 365 -
III. CLÉ DE DÉTERMINATION DES ESPÈCES ACTUELLES
DU GENRE PELUSIOS
Variations individuelles et caractères spécifiques
L’élaboration d’une clé dichotomique de détermination des espèces, fondée sur des
caractères externes, semble être particulièrement ardue pour cinq genres de Chéloniens
(Chrysemys , inch Pseudemys ; Emydura, inch Elseya ; Kinosternon ; Phrynops, inch Batra-
chemys ; Pelusios), genres importants par le nombre d’espèces qu’ils comprennent et par
l’aire géographique qu’ils recouvrent.
Cette difficulté provient sans doute de la méconnaissance que l’on a encore de quelques
espèces, mais aussi du fait que certaines d’entre elles montrent une importante variabilité
pour des caractères qui sont constants et apparemment typiques chez d’autres, les varia¬
tions étant individuelles ou ontogénétiques.
Nous avons vu qu’en quarante ans le nombre d’espèces reconnues dans le genre Pelu¬
sios était passé de quatre à quinze, et qu’il n’est probablement pas encore définitif. La
complexité de la détermination de ces espèces est bien reflétée par le nombre de caractères
distinctifs que Ton a pu utiliser, caractères qui ont été énumérés et analysés en détail par
1). Broadley (1981). Ajoutons simplement que les variations ontogénétiques sont impor¬
tantes, ce qui rend toujours délicate l’identification d’un nouveau-né, ou celle d’un indi¬
vidu très âgé (choisi assez fréquemment comme type, bien qu’il ne soit plus « typique »
de son espèce).
Les modifications morphologiques majeures qui se produisent, avec plus ou moins
d’intensité, au cours de la croissance, sont les suivantes (proportions par rapport à la lon¬
gueur de la carapace) : raccourcissement du lobe antérieur du plastron, de l’intergulaire
et des marginales ; élargissement de l’intergulaire avec, parfois, un rétrécissement anté¬
rieur ; étrécissement des vertébrales, notamment des médianes (V2-V4) et de la tête ; effa¬
cement des carènes, des denticulations du bord libre ; éventuellement, développement du
bec ou des dents maxillaires ; incurvation de certains sillons (bords latéraux de VI, bord
antérieur des pectorales...).
La coloration est également très variable, celle du nouveau-né pouvant profondément
différer de celle de l’adulte et même de celle du juvénile. Par exemple, le plastron du nou¬
veau-né de P. williams i est noir, avec quelques taches claires périphériques, et celui de
l’adulte montre un « pattern-color » pratiquement inverse ; le plastron de P. carinatus
est brun au centre et jaune sur son pourtour, puis jaune bordé de quelques taches noires
isolées ; celui de P. sinuatus est rose ponctué de grisâtre, puis jaune vif largement bordé
de noir. D’autre part, chez presque toutes les espèces, certains individus sont plus ou moins
recouverts d’un dépôt sombre (brun rougeâtre à noir d’encre, à reflets métalliques) super¬
ficiel, masquant la pigmentation naturelle.
La dossière des nouveau-nés peut être ornée de dessins réticulés, de taches claires,
ou encore de points sombres ; cette ornementation s’estompe rapidement. Enfin, la colo¬
ration de la tête, parfois caractéristique, se complique toujours au cours de la croissance.
w w
- 367 —
Quelques taches isolées claires (P. carinatus, P. rhodesianus...) ou sombres (P. niger ) se
multiplient, forment un réseau de pointillés puis de vermiculations sinueuses de plus en
plus serrées, qui peuvent finalement s’effacer. Les vermiculations frontales sont typiques
de la plupart des Pelomedusinae.
La clé suivante, simplifiée, comprend après le nom de l’espèce quelques caractères
permettant de confirmer l’identification. Elle est fondée essentiellement sur les particu¬
larités externes des individus subadultes et adultes. Bien entendu, elle n’est pas d’une
fiabilité absolue et toutes suggestions visant à l’améliorer seront les bienvenues. Nous
n’avons pu élaborer une clé qui reflète rigoureusement, par les regroupements présentés,
les affinités phylogénétiques probables des espèces ; en particulier P. williamsi a été placé
aux côtés de P. subniger, pour ne pas trop alourdir sa difficile diagnose, mais nous pensons
que cette « espèce » extrêmement variable est certainement plus proche de P. castanoides.
Il est évident, en effet, que la révision de P. williamsi est nécessaire ; la population
de l’île Ukerewe, notamment, devrait représenter un taxon distinct. Grâce à l’amabilité
des collègues étrangers, nous avons pu étudier presque tous les spécimens de P. w. wil¬
liamsi connus ; en revanche, nous n’avons examiné que quelques P. w. lutescens, la grande
majorité des spécimens de la série-type (collection de l'Institut royal des Sciences natu¬
relles de Belgique) étant en prêt depuis plusieurs années déjà.
Espèces du genre Pelusios pouvant avoir le plastron entièrement noir : P. bechuani-
cus, P. chapini, P. gabonensis, P. niger, P. rhodesianus, P. seychellensis.
Espèces du genre Pelusios pouvant avoir le plastron entièrement jaune : P. adansonii,
P. carinatus, P. castaneus, P. castanoides, P. nanus, P. rhodesianus, P. williamsi.
Espèces du genre Pelusios ayant toujours le plastron bicolore : P. sinuatus, P. sub¬
niger, P. upembae ?
La figure 5 représente schématiquement l’écaillure du plastron de chacune de ces
espèces ; les sympatries éventuelles sont précisées dans le tableau III.
Clé dichotomique
Abréviations utilisées
Ml : première écaille marginale, etc. ; VI : première écaille vertébrale... L : longueur (en ligne droite) ;
1 : largeur. Ld : longueur distale (= bord libre) ; Lm : longueur médiane, ld : largeur distale (= bord libre) ;
Ip : largeur proximale. Le : longueur de la carapace (précisément, de la dossière, le plastron étant parfois
proéminent). Certains individus sont adultes ou même âgés à une taille bien inférieure (du tiers, parfois
de moitié) à celle, maximale, qui est donnée pour chaque espèce.
Fig. 5. — Plastron des espèces actuelles du genre Pelusios. ad : P. adansonii (MNHN 1904-133, $), Sarh,
Tchad ; be : P. bechuanicus (BM(NH) 1980-265, Ç), Kalabo, Zambie ; cr : P. carinatus (MRAC 2821,
2), Eala, Zaïre ; es : P. castaneus (MNHN 1978-3011, (J), Ahozon, Bénin ; cd : P. c. castanoides (TM
52543, 2), Charter’s Creek, Kwazulu ; ch : P. chapini (AMNH 45855, 2), Lukolela, Zaïre ; ga : P. gabo¬
nensis (MNHN 9008, $), Boukoko, Centrafrique ; na : P. nanus (AMNH 50749, $), Huambo, Angola ;
ni : P. niger (MNHN 83-432, 2), Assinie, Côte d’ivoire ; rh : P. rhodesianus (AMNH 50747, 2), Huambo,
Angola ; se : P. seychellensis (ZMH 00983, 2)> Mahé ?, Seychelles ; si : P. sinuatus (MNHN 95-68, 2)>
« Afrique orientale » ; su : P. s. subniger (USNM 141755, $), « Epulu », Zaïre ; up : P. upembae (MRAC
5157, 2), Nyonga, Zaïre ; wl : P. w. lutescens (MCZ 48013, cj), Butiaba, Uganda) ; ww : P. w. williamsi
(MCZ 40039, 2), Kakamega, Kenya.
- 368 -
A. 1. Très long lobe antérieur du plastron : L lobe antérieur > 2 Lm abdominales ; costales ^
ornées de stries rayonnantes bien délimitées. B
-— 2. L lobe antérieur < 2 Lm abdominales ; costales non ornées de nettes stries rayonnantes. D
B. 1. Lm anales i=a Lm fémorales ; articulation du plastron anguleuse ; plastron brun ou noir,
peu ou pas taché de clair ; pas de mentonnières ; écailles des avant-bras régulières ; Y noir
sur la tête. Pelusios gabonensis
Le = 27 (30 ?). Carapace très déprimée ; vertébrales larges ; 1 ligne dorsale médiane
noire ; costales tachées.
— 2. Lm anales < Lm fémorales ; articulation du plastron rectiligne ; plastron clair, peu ou pas
taché de noir ; mentonnières présentes en avant des barbillons ; écaillure des avant-bras
hétérogène; tête ornée de taches ou de vermiculations claires. C
C. 1. Intergulaire pentagonale ou losangique, anguleuse en avant ; encoche anale aiguë ; con¬
tour ovale, plus large en arrière ; carène dorsale formant une protubérance médiane sail¬
lante sur V3 et V4 ; écailles falciformes sur la face antérieure des avant-bras.
Pelusios adansonii
Le = 18,5. Ornementation rayonnante des écailles dorsales de type « Emys », très carac¬
téristique ; tête vermiculée.
— 2. Intergulaire largement arrondie en avant ; encoche anale obtuse ; contour elliptique, à
bords latéraux parallèles ; carène dorsale faible ou nulle ; écailles des avant-bras polygo¬
nales ou arrondies. Pelusios nanus
Le = 12,2. F J eau du cou très granuleuse ; petite taille ; tête étroite, tachetée sur le dessus.
D. 1. Une écaille axillaire ; bord libre postérieur sinueux, lobé, ou fortement dentelé ; protu¬
bérances vertébrales saillantes, formant une crête dorsale ; ornementation du plastron
typique : centre jaune, entouré d’une bande périphérique noire, anguleuse, continue, symé¬
trique. Pelusios sinuatus
Le = 46,5. Dossière haute et large ; lobe antérieur court, souvent ^ Lm abdominales ;
vertébrales étroites chez les subadultes et les adultes : V2 plus longue que large dès Le =
17 ; mentonnières réduites, très courtes.
— 2. Pas d'axillaire ; bord libre postérieur régulier (parfois légèrement dentelé chez les juvéniles
de P. williamsi, P. niger, P. carinatus) ; pas de fortes protubérances vertébrales ; plastron
uni ou taché, mais sans nette bordure périphérique noire continue (sauf chez certains P.
castaneus ). E
E. 1. Lobe antérieur du plastron bordé de chaque côté, en arrière, par une expansion antérieure
des mésoplastrons (comme chez P. sinuatus, mais recouverte par l’abdominale, et non par
une axillaire distincte) ; ce lobe antérieur court, parfois f=» Lm abdominales (adultes), son
articulation sous le sillon M4-M5, ou en avant de M5 ; Ml longue, L sillon M1-M2 L/2
bord latéral de VI; bec crochu caractéristique (particularité unique dans le genre)....
Pelusios niger
Le = 28. Pectorales très courtes : Ld et Lm pectorales contenues respectivement 1,5
à 2 fois et 3 à 6 fois dans Ld et Lm humérales ; intergulaire large, à bords antéro-latéraux ±
parallèles ; encoche fémoro-anale insignifiante ; mentonnières absentes ou très petites ;
carène saillante sur V4 ; plastron clair au centre, marqué de deux larges bandes sombres
latérales, pouvant confluer ; une ligne dorsale médiane noirâtre ; dessus de la tête tacheté.
— 2. Lobe antérieur du plastron non bordé latéralement par les mésoplastrons, plus long que
Lm abdominales ; son articulation située entre le milieu de M5 et le sillon M5-M6 ; L sillon
M1-M2 < L/2 bord latéral de VI ; maxillaire sans bec médian crochu. F
F. 1. Intergulaire modérément large, ou étroite : 1 intergulaire ^ 1/4 sillon abdomino-fémoral. G
— 2. Intergulaire très large : 1 intergulaire > 1/4 sillon abdomino-fémoral. K
- 369 -
G. 1. Première marginale étroite et ^ carrée : lp Ml < 0,8 lp M2 ; lp Ml ?=a L sillon médian Ml-
M1. Il
— 2. Première marginale rectangulaire : lp Ml > 0,8 lp M2 ; lp Ml > L sillon médian Ml-Mi. L
H. 1. Intergulaire à bords antéro-latéraux peu ou pas convergents : Id intergulaire > ld gulaires ;
écaillure des avant-bras plutôt homogène, sans grandes écailles falciformes ; mentonnières
très courtes ; dents maxillaires indistinctes (mais bord libre maxillaire parfois sinueux) ;
tête large : 1 tète 1/2 sillon abdomino-fémoral. I
— 2. Intergulaire à bords antéro-latéraux fortement convergents, son contour ^ losangique :
ld intergulaire < ld gulaires (et L intergulaire < L/2 lobe antérieur du plastron) ; écaillure
des avant-bras hétérogène, comprenant de larges écailles falciformes ; grandes mentonnières
en avant des barbillons ; deux dents maxillaires bien distinctes : bec bicuspide ; tête étroite :
1 tète < 1/2 sillon abdomino-fémoral. J
I. 1. Trois barbillons, ou deux barbillons et un tubercule granuleux intermédiaire ; tête noire,
ornée de taches jaunes symétriques, caractéristiques ; écailles de la face antérieure des
avant-bras rectangulaires, ^ élargies. Pelusios bechuanicus
Le = 33. Tête de l’adulte très large ; dossière légèrement tectiforme, puis bombée ;
carapace noire, le plastron parfois vaguement éclairci vers le milieu.
— 2. Deux barbillons ; tête brun jaunâtre, unie (1 spécimen, apparemment âgé), ou ornée de
vermiculations jaunes (5 spécimens) ; écailles des avant-bras tendant à être légèrement
falciformes. Pelusios upembae
Le = 23,5. Espèce à la répartition géographique vraisemblablement très limitée, et
isolée ; proche de P. bechuanicus, mais ressemblant superficiellement à P. rhodesianus.
J. 1. Profil transversal tectiforme, anguleux (l’angle médian = 110° à 90°) ; bords libres des
fémorales J; convergents vers l’arrière ; encoche fémoro-anale très peu profonde, obtuse ;
sillons du plastron le plus souvent rectilignes. Pelusios carinatus
Le = 23,5. Dossière noire, les aréoles des écailles très postérieures ; plastron jaune,
orné d’étroites taches noires sur la périphérie, celle du lobe antérieur notamment ; tète
tachetée, puis vermiculée ; l’ornementation s’estompe avec l’âge ; supralabiale d’importance
variable, ou absente.
— 2. Profil transversal élevé, mais obtus ou arrondi, puis aplati au milieu ; bords libres des fémo¬
rales J; divergents vers l’arrière, à partir du sillon abdomino-fémoral ; encoche fémoro-
anale profonde, anguleuse ; plusieurs sillons du plastron sont sinueux. Pelusios rhodesianus
Le = 25,5 .(Cf tabl. II : comparaison avec P. chapini.) Dossière noire, colorations du
plastron et de la tête très variables : plastron uniformément jaune, uniformément noir,
ou plus ou moins taché latéralement, de façon dissymétrique ; tête comme celle de P. cari¬
natus, ou uniformément brune ; supralabiale absente ou, plus rarement, réduite, mais ne
séparant pas complètement postoculaire et massétérienne. Ces variations semblent être
plus ou moins intimement liées à l’origine géographique des individus.
K. 1. Vertébrales V3 et V4 typiquement courtes, plus larges que longues : L V3 < L V2, 1 sillon
V3-V4 > L V4 ; écaillure de la face antérieure des avant-bras homogène ; supralabiale
présente, grande ; mentonnières nulles ou insignifiantes ; tête uniformément sombre, ou
confusément piquetée de noirâtre ; plastron clair, toujours marqué de taches triangulaires
sombres symétriques, ^ étendues, notamment sur les anales et les gulaires ; peau gris sombre ;
contour toujours régulier, écailles costales lisses, les vertébrales sans carène anguleuse. .
Pelusios subniger
Le = 20. Lobe postérieur fortement resserré en avant (au niveau du sillon abdomino-
fémoral), donnant au plastron un contour caractéristique de guitare ; L intergulaire > L/2
lobe antérieur du plastron.
1. 24
- 370 -
— 2. Vertébrales V3 et V4 longues : L V3 O L V2, 1 sillon V3-V4 < L V4 ; grandes écailles fal-
ciformes sur les avant-bras ; supralabiale le plus souvent absente ou réduite, mais quelque¬
fois développée ; grandes mentonnières en avant des barbillons ; tête sombre ornée de ver-
miculations claires ; plastron uniformément clair, ou taché de noir sur sa périphérie ; peau
jaunâtre ; jusque vers Le = 15, dossière au contour dentelé, écailles dorsales rugueuses et
nettement saillantes. Pelusios williamsi
Le = 25. Probablement une superespèce, à la morphologie extrêmement variable
(individuellement, mais surtout selon l’origine géographique) ; seule la très large intergu-
laire (pentagonale, au bord libre large ou étroit) est bien caractéristique. Les individus
examinés peuvent être classés en groupes distincts, selon les caractères suivants :
— 2. a. L intergulaire Js L/2 lobe antérieur du plastron.... « Pelusios williamsi williamsi »
a-1. Ld et Lm pectorales contenues respectivement 1 à 1,2 fois et 2 à 5 fois dans Ld et
Lm humérales ; sillon huméro-pectoral rectiligne ; VI à bords latéraux un peu arqués ;
supralabiale absente, très rarement réduite ; lobe antérieur du plastron très long :
L lobe antérieur ^ L lobe postérieur (incluant les anales).
Pelusios williamsi s.s. (topotypes)
Le = 25. Kakamega, Kaimosi, Kenya ; « Karagwe » ; « Uganda ». 25 spécimens
examinés.
a-2. Bord distal des pectorales plus court : Ld et Lm pectorales contenues respectivement
1,45 à 1,6 fois et 2,5 à 3 fois dans Ld et Lm humérales ; sillon huméro-pectoral sinueux ;
VI à bords latéraux à peine à fortement sinueux ; supralabiale présente (1 sp.) ; L
lobe antérieur O L lobe postérieur : individus non topotypiques, apparemment inter¬
médiaires entre les précédents et P. w. lutescens.
Le = 18,2. Malikisi (près de Tororo, Uganda) ; « Entebbe ». 1 spécimen et 1 cara¬
pace examinés.
a-3. Bord distal des pectorales plus court, bord médian plus long : Ld et Lm pectorales
contenues respectivement 1,4 à 1,5 fois et 1,4 à 1,8 fois dans Ld et Lm humérales ;
sillon huméro-pectoral sinueux; VI à bords latéraux très sinueux, coudés près du
bord antérieur, donnant un contour en T à cette écaille; supralabiale présente (1/1
et 1/0, pour 2 sp.) ; L lobe antérieur nettement < L lobe postérieur ; mentonnières
particulièrement développées.
Le = 22,5. Ukerewe ld., Tanzanie (L. Victoria). 2 spécimens examinés (MCZ
30016-30017), appartenant à une population isolée et très probablement identifiable
taxonomiquement.
— 2. b. L intergulaire < L/2 lobe antérieur du plastron. Pelusios williamsi lutescens
Le = 22,5 (24 ?). Les variations dans les proportions des écailles pectorales mentionnées
pour a-1, a-2 et a-3 se rencontrent parmi les individus originaires du système lac Édouard-
lac Albert, mais n’ont pu être étudiées en détail. Cette sous-espèce est néanmoins bien carac¬
térisée par la courte intergulaire ; la supralabiale est présente chez 70 % des individus : le
triangle des pariétales montre une nette tendance à s’étirer vers l’avant (particularité
également observée parmi 70 % des spécimens) ; le lobe antérieur du plastron est long,
toujours subégal au lobe postérieur ; les aspérités de la carapace (dentelures du contour,
bosses des écailles dorsales) s’estompent plus rapidement que chez les topotypes de la forme
nominative (vers L = 15 cm) ; toutefois, les nouveau-nés et les juvéniles ont une dossière
très rugueuse. Plusieurs caractères, typiques pour d’autres populations, semblent être
encore mal fixés chez P. w. lutescens. 59 spécimens examinés L
L. 1. Articulation du lobe antérieur du plastron en arrière de M5, ou sous le sillon M5-M6 ; bords
latéraux de VI rectilignes ou légèrement sinueux, mais pas franchement coudés au milieu ;
1. Les spécimens de l’IRSNB étaient en prêt depuis plusieurs années, et nous désespérions d’avoir la
possibilité de les examiner. Ce travail était pratiquement achevé, lorsque J. P. Gosse parvint à récupérer
ces spécimens. Malheureusement, de nouveaux problèmes ont retardé l’acheminement de ceux-ci, nous
n’avons donc pu les étudier que trop superficiellement.
— 371
V2 pas plus longue que large ; pectorales longues, Ld et Lm pectorales contenues respec¬
tivement 1 à 1,25 fois et 1 à 2 fois dans Ld et Lm humérales ; supralabiale absente ou très
petite, ne séparant pas postoculaire et massétérienne. Pelusios castanoides
L = 23. Plastron jaune, uni, ou marqué de quelques taches noires étroites, périphé¬
riques, le long des sutures ; L lobe antérieur du plastron = L lobe postérieur ou, le plus
souvent (90 % des observations), le lobe postérieur est nettement le plus long.
— 2. Articulation du plastron à peu près au milieu de M5 ; sauf chez les jeunes, bords latéraux
de VI coudés vers leur milieu, formant un angle obtus, les portions antérieures fortement
divergentes ; V2 plus longue que large vers L = 15 ; pectorales courtes, Ld et Lm pectorales
contenues respectivement 1,3 à 2 fois et 2 à 10 fois dans Ld et Lm humérales ; supralabiale
présente, bien développée, séparant les écailles adjacentes. M
M. 1. Bord antérieur de VI plus large (1,15 à 1,40) que lp Ml + Ml ; lp Ml < lp M2 ; L intergu-
laire «5 L/2 lobe antérieur ; tête brune, marquée sur le dessus de nombreuses petites taches
(points ou tirets) plus claires, peu distinctes; profil transversal bombé, légèrement tecti-
forme chez les subadultes. Pelusios chapini
Le = 33 (38 ?). Plastron toujours sombre, uni ou avec une zone centrale un peu éclair¬
cie, brune ou roussâtre, rayonnante et symétrique ; intergulaire de forme très variable,
pentagonale, elliptique, ou losangique : ld intergulaire =SÇ ld gulaires. Dans le tableau II,
cette espèce est comparée à P. rhodesianus, parfois très semblable superficiellement.
Tableau IL — Comparaison entre P. chapini et P. rhodesianus.
P. chapini
P. rhodesianus
Vertébrales médianes (V2-V4)
V2 plus longue que large
Marginales antérieures (Ml)
bord proximal de M2/id. Ml
Extension latérale des pectorales :
bord distal humérales/id. pectorales
Bord libre distal des pectorales régulière¬
ment et fortement arrondi sur toute sa
longueur
Tache médiane du plastron (éventuelle)
Dents maxillaires
Supralabiale
Mentonnières
Écailles de la gorge
leur diamètre par rapport à celui des
barbillons
Angle antérieur de la frontale
Ornementation frontale
Longueur maximale (cm)
Répartition, par rapport à la forêt dense
d’Afrique équatoriale
étroites
vers Le = 15 cm
rectangulaires
< 1,3
1,3 à 1,6
non
brune, symétrique
insignifiantes ou peu
marquées
présente, large
modérées, courtes
très fines
très inférieur
obtus
petites taches peu nettes,
nombreuses sur un fond
brun
33 (38 ?)
Ouest et Nord
larges
non
db carrées, étroites
> 1,3
1 à 1,3
oui
jaune, dissymétrique
très nettes, rapprochées :
bec bicuspide
absente ou réduite
très grandes, typiques
grosses
égal
aigu
vermiculations nettes ou
estompées, ou fond brun
uniforme
25,5
Sud-Ouest, Sud et Est
- 372 —
Ta.ui.eau III. — Sympatrie et allopatrie des espèces du genre Pelusios.
i- P. adansonll
P. bechuanicus
P. carinatus
P. castaneus
P. castanoides
P. chapini
P. gabonensis
P. nanus
P. nlger
P. rhodesianus
P. seyahellensiB
P. sinuatus
P. subniger
P. upembae
P. Williams!
-
r J
P. bechuanicus
-
r
Pi carinatus
+
-
0
|- P. castaneus
-
-
-
w
L
P. castanoides
0
-
+
0
r
P. chapini
-
-
+
+
-
+
p P. gabonensis
»
+
-
-
-
-
+
P J
nanus
0
-
O
+
-
-
+
-
r ■
?. nlger
-
+
-
O
+
O
+
+
-
p P. rhodesianus
-
-
-
-
+
-
-
-
-
P. seychellensis
HI
+
-
-
+
-
+
-
+
p P. sinuatus
-
+
-
-
+
-
+
+
-
+
+
+
p P. subniger
-
-
-
-
-
+
O
-
O
-
-
+
|- P. upembae
0
-
-
-
-
+
O
-
-
+
-
-
-
-
T- : sympatrie (au sens large) ; — : allopatrie ; o : aires complémentaires mais avec une zone de contact
possible ; (1) : est lac Turkana, Kenya ? ; (2) : Mahajanga, Madagascar ?.
— 2. Bord antérieur de VI subégal (0,95 à 1,05) à lp Ml + Ml ; lp Ml Ri lp M2 ; L intergulaire
le plus souvent > L/2 lobe antérieur du plastron ; bord libre de l’intergulaire étroit : ld
intergulaire < ld gulaires ; tête ornée de vermiculations sinueuses et contrastées ; profil
transversal bas, presque aplati sur les vertébrales. N
N. 1. Pectorales très courtes : Lm pectorales contenue 3 à 10 fois dans Lm humérales ; intergu¬
laire régulièrement elliptique (s’élargissant en son milieu avec l’âge), ses bords antéro¬
latéraux habituellement beaucoup plus longs que les postérieurs ; plastron clair, uni, ou bordé
de taches sombres périphériques, symétriques, ^ rayonnantes, pouvant former une bande
continue analogue à celle de P. sinuatus . Pelusios castaneus
Le = 22. Coloration du plastron variant selon l’origine géographique, sans que l’on
puisse nettement distinguer un cline ; toutefois, les taches sont plus nettes, puis noires
plutôt que brunes, de l’ouest à l’est de l’aire de répartition ; de la même façon, les vermi¬
culations de la tête semblent plus contrastées ; indépendamment, le plastron est plus sombre
dans les régions de forêts.
- 373 -
— 2. Sillon pectoral médian relativement long : Lm pectorales contenue environ 2 fois dans
Lm humérales ; intergulaire pentagonale, ses quatre côtés latéraux subégaux ; carapace
noire. Pelusios seychellensis
Le = 16,5. L’historique et quelques autres particularités de cette espèce sont donnés
avec sa description ; rappelons que les écailles falciformes de la l’ace antérieure des avant-
bras sont peu nombreuses et modérément larges.
Spécimens examinés 1
P. adansonii (34) : BM(NH) : 20; MNHN : 9 (dont l’holotype, MNHN 7972) ; MRAC : 5.
P. bechuanicus (6) : BM(NH) : 1 ; MNHN : I ; MRAC : 1 ; TM : 3 (dont l’holotype, TM 14688).
P. carinatus (39) : MNHN : 4 ; MAAO : 1 ; MRAC : 33 (dont l’holotype, MRAC 2821) ; UMMZ :
1.
P. castaneus (105) : BM(NH) : 24 ; MNHN : 22 ; OUM : 2 ; UMMZ : 1 ; AMNH : 1 ; MRAC :
17 ; SMF : 1 (Madagascar, SMF 7936) ; MAAO : 7 ; vivants : 30.
P. castanoides castanoides (59) : Afrique : BM(NH) : 2 ; UMMZ : 2 ; MCZ : 1 ; AMNH : 1 ;
SMF ; 1 ; ZMB : 1 ; TM : 3 (dont l’holotype, TM 13433). — Madagascar : BM(NH) : 1 ; MNHN :
11 ; MAAO : 24 ; USNM ; 1 ; AMNH : 1 ; vivants : 10.
P. castanoides intergularis (20) : BM(NH) : 3 (dont l’holotype, RM(NH) 74.8.7.1) ; MNHN :
5 ; AMNH : 1 ; TM : 1 ; MCZ : 9 ; UMMZ : 1.
P. chapini (70) : MNHN : 7 ; AMNH : 4 ; MZN : 1 ; MRAC : 54 (dont l’holotype, MRAC 20937) ;
1RSNB : 4.
P. gabonensis (121) : BM(NH) : 10 ; MNHN : 37 (dont l’holotype, MNHN 4137) ; MRAC :
71 ; vivants ; 3.
P. nanus (11) ; BM(NH) : 2 ; AMNH : 2 ; MRAC : 7 (dont l’holotype, MRAC 7833).
P. niger (19) : BM(NH) : 9 ; MNHN ; 7 (dont l’holotype, MNHN 8954) ; MRAC : 1 ; vivants :
2.
P. rhodesianus (63) ; RM(NH) : 16 ; MNHN : 1 ; ZIN : 1 ; OUM ; 1 ; USNM : 1 ; AMNH ;
9; MRAC : 34.
P. seychellensis (3) : NMW : 1 (lectotype, NMW 13247) ; ZMH : 2.
P. sinuatus (42) : BM(NH) : 25 ; MNHN : 7 ; UMMZ : 1 ; MRAC : 9.
P. subniger subniger (59) : Afrique : BM(NH) : 8 ; MNHN : 1 ; MRAC : 13 ; AMNH : 1 ; USNM :
10. — Madagascar : BM(NH) : 2 ; MNHN : 14 (dont l’holotype, MNHN 8366) ; USNM : 2 ; MAAO :
5 ; MZN : 1 ; vivants : 2.
P. subniger parietalis (13) : USNM : 5 (dont l’holotype, USNM 19802) ; ZMB : 1 ; MNHN :
1 ; TM : 1 ; MCZ : 2 ; ZIN ; 1 ; BM(NH) : 2.
P. upembae (5) : MRAC : 5 (paratypes).
P. williamsi williamsi (29) : BM(NH) : 1 ; MCZ : 23 (dont l’holotype, MCZ 40021) ; UMMZ :
1 ; AMNH : 1 ; ZMB : 1 ; MRAC : 2.
P. williamsi lutescens (59) : MRAC : 14 ; IRSNB ; 44 (dont l’holotype, IRSNR 6822) ; MCZ : 1.
Remerciements
Nous remercions sincèrement les membres et dirigeants des Institutions suivantes, pour
le prêt de spécimens de Pelusios : AMNH, American Museum of Natural History, New-York ;
BM(NH), British Museum (Natural History), London ; IRSNB, Institut Royal des Sciences Natu¬
relles de Belgique, Bruxelles ; MAAO, Musée des Arts Africains et Océaniens, Paris ; MCZ, Museum
of Comparative Zoology, Cambridge (Mass.) ; MRAC, Musée Royal d’Afrique Centrale, Tervuren ;
MNHN, Muséum National d’Histoire Naturelle, Paris (Laboratoire d’Anatomie Comparée ; Labo-
1. La liste détaillée de ces spécimens a été remise au MNHN, Paris, Laboratoire des Reptiles et Amphi-
biens.
374 -
ratoire des Reptiles et Amphibiens) ; MZN, Musée de Zoologie, Nancy ; NMW, Naturhistorisches
Museum, Wien ; OUM, University Museum, Oxford ; SMF, Natur Museum und Forschung-Insti-
tut Senckenberg, Frankfurt ; TM, Transvaal Museum, Pretoria ; UMMZ, University of Michigan,
Museum of Zoology, Ann Arbor : USNM, National Museum of Natural Flistory (Smithsonian
Institution), Washington ; ZIN, Zoological Institute of the Academy of Sciences of the USSR,
Leningrad; ZMB, Zoologisches Museum an der Humboldt-Universitat zu Berlin; ZMH, Zoo-
logisches Museum, Universitàt Hamburg.
Nous remercions également D. Bboadley, F. de Broin, A. Dubois, R. Forissier, J. Iverson,
G. Lionnet, J.-J. Morère, R. Roux-Estève, D. Stoddart, I. Swingland, N. Viloteau, pour
les renseignements qu’ils nous ont volontiers communiqués ; F. Jullien et M. Jullien, pour
leur collaboration technique ; E. N. Arnold (Londres), D. Thys van den Audenaerde (Tervu-
ren) et E. R. Brygoo (Paris), pour leur bienveillant accueil. F. de Broin, R. F. Laurent et
M. Th i r eau ont bien voulu relire et commenter le manuscrit.
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- 376 -
PLANCHE I
Pelusios africains et malgaches (holotypes). En haut : P. castanoides castanoides (TM 13433) ; en bas : P.
subniger subriiger (MNHN 8366).
PLANCHE II
Pelusios de Madagascar. En haut : P. castaneus castaneus (SMF 79.36), Mahajanga (= Majunga) ; en bas
à gauche : P. castanoides castanoides (USNM 149819), Ambanja ; en bas à droite : P. subniger subniger
(USNM 149277), Nosy-Varika.
PLANCHE Y
Pelusios subniger parietalis. En haut : USNM 19802, holotype ; en bas : Z MB 8675, paratype.
PLANCHE VI
Pelusios des Seychelles, nouveau-nés. En haut : P. c. intergularis (MNHN 5300 B) ; en bas : P. s. parietalis
(MNHN 5S00).
Bull. Mus. nain. Hist, nat., Paris, 4 e sér., 5, 1983,
section A, n° 1 : 383-398.
Relations pondérales encéphalo-somatiques interspécifiques
chez les Amphibiens Anoures
par Roland Bauchot, Michel Thireau et Monique Diagne
Résumé. — 72 espèces d’Anoures, représentées par 695 individus, ont servi à l’étude de la
relation pondérale encéphalosomatique. Les Anoures appartiennent au groupe de Vertébrés le
moins encéphalisé. Deux faits sont avancés pour interpréter la valeur de leur allométrie interspé¬
cifique, qui est inférieure à la valeur théorique 2/3 : les Anoures les plus encéphalisés ont en général
les tailles somatiques les plus faibles ; la variabilité totale de l’ordre des Anoures semble être de
même amplitude que celle d’une famille chez la plupart des autres Vertébrés. De plus, la varia¬
bilité intraspécilique de l’encéphalisation est élevée, ce qui limite le crédit des argumentations
d’ordre taxinomique ou écologique que l’on peut avancer pour interpréter les divers niveaux d’encé-
phalisation. Le seul facteur qui semble expliquer les variations de l’encéphalisation est la loco¬
motion. Nous avons pu répartir (parfois avec quelque difficulté) les genres ou les espèces étudiés
en animaux aquatiques (deux lots), terrestres, fouisseurs et arboricoles. Les animaux des familles
réputées primitives sont peu encéphalisés ; terrestres et fouisseurs forment l’essentiel du polygone
de dispersion des Anoures. Les indices encéphaliques les plus élevés sont atteints soit par des aqua¬
tiques évolués (Ranidés, Leptodactylidés), soit surtout par des espèces arboricoles (Rylidés essen¬
tiellement).
Abstract. — 72 species of Anura, represented by 695 individuals, have been studied for
brain-body weight relationships. The Anura belong to the least encephalized vertebrate group.
Two facts are put forward to interpret the value of their interspecific allometry which is less than
the theoretical 2/3 value : the most encephalized Anura generally have the weakest somatic sizes,
and the total variability in the order Anura seems to be the same amplitude as that found in most
vertebrate families. Furthermore, the intraspecific encephalization variability is high, which
limits the taxinomie or ecological arguments for explaining the various encephalization levels.
The only factor that seems to explain encephalization variability is locomotion. We have been
able to distribute (sometimes with difficulty) the genera or species studied in aquatic (two groups),
terrestrial, fossoreal and arboreal animals. The aquatic genera and species that belong to pri¬
mitive families are not very encephalized, while the terrestrials and fossoreals represent the essen¬
tial part of the dispersal polygon in the Anura. The highest encephalization indices occur either
in evolved aquatics (Ranidae and Leptodactylidae) or especially in arboreal species (essentially
Hylidae).
R. Bauchot et M. Diagne, Laboratoire d’ Anatomie comparée, Université PARIS VII, 2, place Jussieu,
75251 Paris cedex 05.
M. Thireau, Laboratoire de Zoologie (Reptiles et Amphibiens), Muséum national d'Histoire naturelle, 25,
rue Cuvier, 75231 Paris cedex 05.
Cette étude des relations pondérales encéphalosoinatiques interspécifiques chez les
Amphibiens Anoures fait suite à celle qui a été réalisée, par les mêmes auteurs et sur le même
groupe systématique, sur l’allométrie de croissance encéphalique (Diagne, Thireau et
— 384 -
Bauchot, 1981). Elle a pour but de situer les Anoures par rapport aux autres groupes
de Vertébrés, puis de chercher à différencier, parmi les Anoures, les ensembles qui se carac¬
térisent par des indices d’encéphalisation particuliers. Elle porte sur 695 individus, appar¬
tenant aux 3 sous-ordres d’Anoures, aux 6 super-familles, à 15 familles sur 22, enfin à 33
genres et 72 espèces dont la place dans la classification est telle qu’on peut au moins espé¬
rer en tirer des résultats généralisables à l’ensemble de l’ordre des Anoures.
Matériel et méthode d’étude
Les Anoures étudiés proviennent de sources variées : animaux récoltés dans la nature,
en France ou à l’étranger à l’occasion de missions scientifiques ; animaux reçus vivants
de pays lointains grâce à l’obligeance de collègues étrangers, ou rarement enfin animaux
achetés chez des marchands d’animaux de terrarium. Les animaux ont été endormis puis
pesés et mesurés avant prélèvement de l’encéphale qui a été pesé à son tour avec une balance
de précision. Nous remercions toutes les personnes qui nous ont aidés dans la récolte des
animaux ou la préparation des encéphales, et notamment MM. Clairambault, Platel,
Ridet, Thomson et Tollu.
Le tableau I fournit, pour les 72 espèces, les données numériques et les indices d’encé¬
phalisation, en suivant la classification des Anoures telle qu’elle a été récemment fixée
par Laurent (1980 et MS sous presse). La corrélation pondérale encéphalo-somatique
est étudiée en doubles coordonnées logarithmiques, avec 3 décimales, et fournit les résul¬
tats suivants (X étant Je logarithme du poids somatique et Y celui du poids encéphalique) :
(régression linéaire) : Y = 0,504 X + 0,699
(régression quadratique) : Y = — 0,005 X 2 -f- 0,506 X + 0,717.
Comme chez la plupart des groupes de Vertébrés étudiés jusqu’ici, les espèces de grande
taille d’un genre donné ont tendance à fournir un indice d’encéphalisation plus faible que
celui des espèces plus petites. C’est pourquoi nous avons donné la préférence à la régres¬
sion quadratique qui minimise cette diminution pour les fortes tailles et donne pour les
diverses espèces d’un même genre des indices moins dispersés.
Ces indices d’encéphalisation ont été calculés de telle sorte que le centre de gravité des 72
points représentant les espèces soit affecté de l’indice de référence 100. Les 72 indices du
tableau I fournissent ainsi une moyenne ï = 99,96 ± 20,66. Nous dégageons ainsi un pre¬
mier caractère propre aux Amphibiens Anoures : la faible variabilité des indices d’encé¬
phalisation, qui se situent pour la plupart entre 79 et 121.
Tableau I. — Données quantitatives brutes et indices d’encéphalisation des Anoures étudiés.
Les colonnes fournissent successivement : le nombre d’exemplaires étudiés, le poids somatique
moyen (en g), le poids encéphalique moyen (en mg) et l’indice d’encéphalisation calculé à
partir de la régression quadratique. Pour chaque genre représenté par plusieurs espèces,
l’indice quadratique moyen est donné entre parenthèses avec son écart-type.
Sous-ordre I : Archaeobatrachia
Superfamille 1 : Discoglossoidea
01. Famille des Discoglossidae
- 385
1 1 Genre Alytes (i = 89,5 ± 3,5)
01. A. cisternasii
1
5,50
33,8
87
02. A. obstetricans
3
6,90
40,9
92
02. Genre Bombina (i = 79,5 ± 2,1)
03. B. orientalis
1
6,00
33,2
81
04. B. varie gata
5
6,80
33,9
78
03. Genre Discoglossus
05. D. pictus
31
22,10
66,6
86
Sous-ordre II : Mesobatrachia
Superfamille 2 : Pipoidea
02. Famille des Pipidae
04. Genre Xenopus
06. X. laevis
1
38,90
71,0
70
Superfamille 3 : Pelobatoidea
03. Famille des Pelobatidae
05. Genre Pelobates (i = 108,0 ± 9,9)
07. P. cultripes
1
25,69
80,9
101
08. P. syriacus
30
28,77
103,3
115
04. Famille des Pelodytidae
06. Genre Pelodytes
09. P. punctatus
1
15,50
45,0
69
Sous-ordre III : Neobatrachia
Superfamille 4 : Bufonoidea
05. Famille des Myobatrachidae
Sous-famille des Limnodynastinae
07. Genre Adelotus
10. A. brevis
2
4,73
22,4
61
08. Genre Mixophyes
11. M. fasciolatus
2
51,24
110,8
96
Sous-famille des Myobatrachinae
09. Genre Uperoleia
12. U. marmorata
2
1,05
11,6
67
06. Famille des Leptodactylidae
10. Genre Leptodactylus (i = 110,0
13. L. ocellatus
± 8,5)
1
20,61
80,8
109
14. L. pentadactylus
2
195,00
266,7
119
15. L. wagneri
1
5,25
38,2
102
07. Famille des Phyllobatidae
11. Genre Dendrobates (i = 99,0 ^
16. D. histrionicus
7,0)
2
2,22
27,7
107
17. D. pumilio
2
0,52
11,5
96
18. D. speciosus
2
0,94
15,2
94
1, 25
- 386 -
12. Genre Phyllobates
19. P. lugubris
1
1,29
20,9
109
08.
Famille des Bufonidae
13. Genre Atelopus (i = 75,3 i 8,1)
20. A. chiriquiensis
1
2,01
20,8
84
21. A. flavescens
4
2,00
17,8
74
22. A. varius
1
3,29
19,9
68
14. Genre Bufo (i = 86,8 i 4,9)
23. B. bufo
100
128,20
154,6
87
24. B. calamita
1
28,59
74,3
86
25. B. « marinus »
14
355,00
243,3
86
26. B. « regularis » Afrique
31
100,00
149,5
89
27. B. « regularis » Réunion
29
27,45
85,3
90
28. B. spinulosus
1
223,00
132,0
79
29. B. « typhonius »
3
11,22
36,3
140,1
81
30. B. viridis arabicus
28
48,75
96
31. B. woodhousei
3
28,10
74,2
87
15. Genre Nectophrynoides
32. N. occidentalis
80
0,75
11,2
76
09.
Famille des Pseudidae
16. Genre Pseudis
33. P. paradoxus
1
24,10
73,8
92
10. Famille des Hylidae
Sous-famille des Phyllomedusinae
17. Genre Agalychnis (i = 158,5 ± 0,7)
34. A. annae
1
6,04
65,0
158
35. A. callidryas
2
5,35
61,4
159
18. Genre Phyllomeduda (i = 100,0 i 2,8)
36. P. bicolor
2
1,32
20,1
102
37. P. sauvagii
1
12,40
56,3
98
Sous-famille des Hylinae
19. Genre Hyla (i = 113.8 ± 4,5)
38. H. arborea
31
8,28
47,0
110
39. H. cinerea
1
6,27
43,7
111
40. H. lineomaculata
2
1,82
29,2
117
41. H. meridionalis
1
6,21
39,2
109
42. H. pseudopuma
1
1,80
30,5
119
43. H. raniceps
1
14,28
75,2
115
44. H. rubra
2
6,00
38,8
109
45. H. arborea savignyi
30
8,92
54,8
113
46. H. uranochroa
1
0,90
22,9
121
20. Genre Phrynohyas
47. P. venulosa
1
35,93
113,2
116
21. Genre Smilisca (i = 123,0 Ai 5,7)
48. S. phaeota
1
2,84
36,2
127
49. S. sordida
1
4,00
39,5
119
- 387 -
11. Famille des Centholenidae
22. Genre Centrolenella
50. C. fleischmanni
1
0,78
21,3
142
12. Famille des Pelodryadidae
23. Genre Litoria (i = 122,0 ± 15,0)
51. L. bicolor
2
0,97
22,4
130
52. L. caerulea
2
112,90
153,5
101
53. L. lesueurii
2
1,78
27,4
122
54. L. peronii
2
9,63
72,7
135
Superfamille 5 : Microhyloidea
13. Famille des Microhylidae
Sous-famille des Scaphiophryninae
24. Genre Pseudohemisus
55. P. pustulosus
8
20,52
53,3
73
Sous-famille des Brevicipitinae
25. Genre Breviceps
56. B. gibbosus
2
6,01
42,7
104
Sous-famille des Phrynomerinae
26. Genre Phrynomerus
57. P. bifasciatus
2
4,57
29,0
81
Superfamille 6 : Ranoidea
14. Famille des Hyperoliidae
Sous-famille des Arthroleptinae
27. Genre Arthroleptis
58. A. nimbaensis
58
1,50
17,3
83
Sous-famille des Hyperoliinae
28. Genre Afrixalus (i = 89,0 ± 5,7)
59. A. dorsalis
1
1,13
14,9
85
60. A. fulvovittatus
1
1,06
16,6
93
29. Genre Hyperolius
61. H. concolor
1
1,17
14,9
81
30. Genre Kassina (i = 91,5 i 7,8)
62. K. senegalensis
1
3,95
28,0
86
63. K. wealii
1
1,01
16,8
97
15. Famille des Ranidae
Sous-famille des Raninae
31. Genre Rana (i = 113,3 i 5,5)
64. R. catesbeiana
1
199,70
289,0
119
65. R. « esculenta »
89
133,10
207,4
114
66. R. mascareniensis
2
7,25
40,0
105
67. R. palmipes
3
68,40
173,6
119
68. R. pipiens
3
200,00
235,4
111
69. R. ridibunda
20
31,70
114,4
117
70. R. temporaria
3
52,20
112,2
108
— 388 —
Sous-famille des Phrynobatrachinae
32. Genre Phrynobatrachus
71. P. calcaratus 21 1,21 12,4 66
Sous-famille des Rhacophorinae
33. Genre Chiromantis
72. C. xerampelina 2 18,08 75,8 108
Place des Anoures chez les Vertébrés
La figure 1 fournit, en doubles coordonnées logarithmiques, la représentation de l’ensem¬
ble des classes de Vertébrés. On a figuré en fait les polygones de dispersion des unités sys¬
tématiques suivantes : poissons Ostéichthyens, poissons Chondrichthyens, Reptiles, Oiseaux
et Mammifères (voir par ex. Bauchot, Ridet et Bauchot, 1979). Les Amphibiens sont
représentés par le polygone de dispersion des Anoures, celui des Urodèles, alors que les
Cécilies ne sont représentées que par une seule espèce.
Fig. 1. — Représentation en doubles coordonnées logarithmiques des polygones de dispersion de la rela¬
tion encéphalo-somatique des Anoures (trait épais), des Urodèles (tireté), des Ostéichthyens (trait
mince, surface O), des Reptiles (grisé dense), des Chondrichthyens (trait mince, surface C), des Oiseaux
(trait mince, surface A), des Mammifères (grisé peu dense). Les Amphibiens Apodes sont figurés par
un point. La droite de pente 2/3 représente l’allométrie théorique de la relation ercéphalo-somatique.
- 389 -
On peut constater d’une part que les Amphibiens sont des animaux de taille petite
à moyenne (nous n’avons pas eu de grenouille goliath ni de salamandre géante, mais même
dans ce cas l’affirmation resterait valable) et que leur variabilité est faible, d’autre part
qu’ils sont très proches des espèces de Vertébrés les moins encéphalisés (Téléostéens). Les
Anoures sont plutôt un peu moins encéphalisés que les Urodèles, notamment chez les espèces
de grande taille, ce qui pourrait traduire une sous-encéphalisation encore plus nette si
l’on songe que les Urodèles ont une queue qui peut diminuer d’autant leur indice d’encé-
phalisation.
La figure 1 fournit d’autres sujets de remarques. Si l’on compare en effet la pente géné¬
rale des Anoures à celle des autres classes ou à la pente théorique 2/3 qui a été figurée,
on constate que les Anoures fournissent, Sélaciens mis à part, la pente la plus faible.
La valeur 2/3 a des justifications à la fois théoriques et pratiques. Si l’on admet, comme
l’avait proposé le premier A. Brandt en 1867, que le volume encéphalique est proportion¬
nel à la surface corporelle, parce que cette dernière renferme une partie importante de
l’innervation, le coefficient d’allométrie ne peut être que 2/3. En fait, l’étude de groupes
systématiques divers montre que les coefficients d’allométrie calculés à partir des données
brutes sont très proches de cette valeur (et notamment dans l’ensemble des Mammifères).
11 reste donc à chercher pourquoi les Anoures ne satisfont pas à cette règle, leur coefficient
d’allométrie étant plutôt voisin de 1/2. On peut proposer deux explications de ce fait :
1. Nous avons vu que le taux d’allométrie de croissance des Anoures se situe aux envi¬
rons de 0,458 (Diagne, Thireau et Bauchot, 1981). Or une évolution des Anoures par
perte de taille, c’est-à-dire suivant des pentes proches de 1/2, est susceptible de faire bascu¬
ler la droite de régression générale de l’ordre vers ces mêmes valeurs proches de 1/2. Nous
constatons en effet que, parmi les espèces les plus encéphalisées, se trouvent celles qui
ont les tailles somatiques les plus faibles, et notamment les Hylidés. Cette explication par
« miniaturisation », déjà avancée pour expliquer un indice d’encéphalisation très élevé
chez le talapoin, comparé aux autres cercopithèques (Bauchot et Stephan, 1969), est
donc possible.
2. Nous avons déjà mis en relief la grande homogénéité des Anoures quand on les
compare aux autres groupes de Vertébrés. Entre l’espèce la moins encéphalisée, Adelotus
brevis (i = 61), et l’espèce la plus encéphalisée, Agalychnis callidryas (i = 159), l’indice
d’encéphalisation ne varie même pas du simple au triple, amplitude de variation qu’on
observe, chez les Téléostéens par exemple, dans une même famille. Le mode conservateur
des Anoures dans leur morphologie générale, leur locomotion, leur alimentation à l’état
adulte, concourt évidemment à limiter les causes de variabilité des centres encéphaliques :
la variabilité totale de l’ordre des Anoures semble être de même amplitude que celle d’une
famille chez les autres Vertébrés. Or une étude réalisée chez les Téléostéens (Ridet, Bau¬
chot, Diagne et Platel, 1977) avait fourni les divers coefficients d’allométrie suivants :
intraspécifique : 0,477 ; intragénérique : 0,485 ; intrafamilial : 0,511 ; intraordinal : 0,584 ;
enfin, pour l’ensemble du super-ordre des Téléostéens : 0,663. On retrouve là encore ce
fait que le coefficient d’allométrie de l’ordre des Anoures (0,504) est voisin de la moyenne
intrafamiliale des Téléostéens (0,511). L’examen de la figure 6, dans laquelle on a tracé
les polygones de dispersion de diverses familles d’Anoures, montre bien que, Myobatra-
chidés et Ranidés exceptés, l’allométrie intrafamiliale ne diffère pas significativement
- 390 -
de celle de l’ensemble des Anoures. Un calcul analogue à celui qui avait été effectué chez
les Téléostéens montre d’ailleurs les mêmes tendances, bien que les échantillons étudiés
soient bien plus faibles. L’allométrie intraspécifîque est donc, chez les Anoures, de 0,458,
l’allométrie intragénérique (calculée à partir des sept genres les plus riches en espèces dans
notre étude : Leptodactylus, Dendrobates, Atelopus, Bufo, Hyla, Litoria et Rana) est de
0,471, et l’allométrie intrafamiliale (calculée à partir des dix familles des Discoglossidés,
Myobatrachidés, Leptodactylidés, Phyllobatidés, Bufonidés, Hylidés, Pélodryadidés,
Microhylidés, Hypéroliidés et Ranidés) est de 0,510, valeur pratiquement identique à celle
de l’ordre tout entier (0,504).
Les deux explications ci-dessus ne sont d’ailleurs pas contradictoires et il se peut
qu’elles ajoutent leurs effets et rendent ainsi compte à la fois de la faible variabilité d’encé-
phalisation des Anoures et de la faible importance de l’évolution suprafamiliale.
L’encéphalisation des Anoures
La figure 2 fournit, en doubles coordonnées logarithmiques, la position des diverses
espèces étudiées en fonction de leur appartenance familiale. On constate une certaine
stratification des espèces en fonction de leur position systématique, mais cette stratification
1 1,5 2 2.5 3 3,5
Fig. 2. — Représentation en doubles coordonnées logarithmiques de la relation encéphalo-somatique des
72 espèces étudiées selon leur appartenance familiale.
- 391 -
apparaît davantage sur la simple prise en considération des indices d’encéphalisation.
Il est tout d’abord important de chercher si cette hiérarchie des Anoures, telle que la four¬
nissent les indices d’encéphalisation, correspond bien à la classification moderne de ces
animaux (Laurent, 1980 et MS sous presse). Pour cela, nous avons dressé les figures 3
et 4 qui fournissent, pour les super-familles puis pour les familles, la valeur moyenne et
l’écart-type des indices d’encéphalisation. L’examen de la figure 3 montre que le sous-
ordre le plus primitif (Archaeobatrachia), représenté par la super-famille des Discoglos-
soidea, vient en second, avec un indice moyen de 84,8 ± 5,5. Le sous-ordre intermédiaire
(Mesobatrachia), représenté par les deux super-familles des Pipoidea et des Pelobatoidea,
se classe en position inférieure avec les Pipoidea (70) et intermédiaire avec les Peloba¬
toidea (88,5 rb 27,6). Enfin, le sous-ordre le plus évolué (Neobatrachia), qui regroupe toutes
les autres super-familles, est représentée par les Microhyloidea (86,0 dr 16,1), les Ranoidea
(97,5 ± 14,1) et enfin par les Bufonoidea (105,6 ± 22,2). On observe donc une certaine
disparité entre la classification et la hiérarchie fournie par les indices d’encéphalisation ;
elle peut être due en partie au fait que certains groupes sont peu représentés, mais aussi
sans doute à la faible variabilité des Anoures et enfin au fait, vérifié chez d’autres groupes
de Vertébrés, que les adaptations biologiques peuvent avoir une influence considérable
sur l’organisation encéphalique.
140
Super-familles
130
120
110
100
90
80
70
<i>
o
A
«c
.o
is
-c
O
U
§
Fig. 3. — Représentation ordonnée des indices d’encéphalisation moyens, avec leur écart-type, des six
superfamiîles d’Anoures.
- 392 -
En ce qui concerne les familles, la disparité entre la classification du tableau I (rang
donné entre parenthèses) et celle que fournissent les indices encéphaliques n’est pas moindre,
comme le montre le tableau ci-dessous :
1 : Pelodytidae (4) : 69. 2 : Pipidae (2) : 70. 3 : Myobatrachidae (5) : 74,7 ± 18,7. 4 : Bufonidae
(8) : 79,4 i 6,5. 5 : Discoglossidae (1) : 85,0 i 5,1. 6 : Microhylidae (13) : 86,0 16,1. 7 : Hype-
roliidae (14) : 86,1 ± 4,9. 8 : Pseudidae (9) : 92. 9 : Ranidae (15) : 95,8 ± 25,9. 10 : Phyllobatidae
(7) : 104,0 ± 7,0. 11 : Pelobatidae (3) : 108,0 ± 9,9. 12 : Leptodactylidae (6) : 110,0 ± 8,5. 13 :
Pelodryadidae (12) : 122,0 ± 15,0. 14 : Hylidae (10) : 122,3 ± 21,9. 15 : Centrolenidae (11) : 142.
Fig. 4. — Représentation ordonnée des indices d’encéphalisation moyens, avec leur écart-type, de 15 familles
d’Anoures.
Variabilités intra- et interspécifique
Avant d’analyser les indices d’encéphalisation au niveau générique (fig. 5), il est néces¬
saire de comparer la variabilité des indices au sein des espèces à celle qui sépare les espèces
du même genre, pour savoir à partir de quelle variation une différence interspécifique
— 393 -
pourra être tenue pour significative. Nous avons retenu, pour l’estimation interspécifique
du genre, les trois genres Bufo, Hyla et Rana. Le tableau I permet de calculer l’écart-type
% des indices, qui est respectivement de 5,65 (Bufo), 4,85 (Rana) et 3,95 (Hyla), soit une
variabilité moyenne de l’ordre de 5 %.
Fig. 5. — Représentation ordonnée des indices d’encéphalisation moyens, avec leur écart-type, de 33 genres
d’Anoures.
Nous avons comparé cette variabilité intragénérique (mais établie à partir des indices
moyens de chaque espèce) à la variabilité intraspécifique, en recourant pour cela aux qua¬
torze espèces dont nous avions le plus d’exemplaires. Les résultats sont les suivants :
Arthroleptis nimbaensis
83,2 ±
8,05
9,68 %
Bufo bufo
86,6 ±
5,84
6,74 %
B. marinus
86,6 ±
5,83
6,73 %
B. regularis Afrique
88,9 ±
8,50
9,56 %
B. regularis Réunion
90,0 ±
6,30
7,00 %
B. viridis
96,1 ±
7,99
8,31 %
Discoglossus pictus
86,6 ±
7,08
8,18 %
Hyla arborea arborea
110,0 ±
6,69
6,08 %
H. a. savignyi
112,6 ±
7,35
6,53 %
Nectophrynoides occidentalis
75,5 ±
7,07
9,36 %
Pelobates syriacus
114,5 ±
4,41
3,85 %
Phrynobatrachus calcaratus
66,6 ±
3,00
4,50 %
1, 26
Rana esculenta
R. ridibunda
— 394 -
114,4 ± 8,29
117,0 ± 10,77
7,25 %
9,21 %
Pour ces quatorze espèces, la variabilité intraspécifique moyenne est 7,4 1,8 %,
donc supérieure à celle que nous avions notée entre espèces du même genre. On ne peut
donc pas argumenter sur l’encéphalisation entre espèces du même genre, et on ne pourra
tenir compte que de différences d’indices de l’ordre de 10 %.
Encéphalisation et écologie
Une recherche attentive des modes de vie des diverses espèces que nous étudions nous
a permis de les classer (bien qu’avec quelque difficulté parfois) en quatre catégories, portant
sur le type écologique (ainsi que sur le mode de locomotion). Nous n’avons pas pu mettre
en évidence de différences précises sur le mode d’alimentation, tous les Anoures étant,
à l’état adulte, carnivores et prédateurs, et les différences dans le mode de reproduction
ne nous fournissent pas de critère solide (Amiet, 1972, 1973 ; Angel 1946, 1950 ; Arnold
et Burton, 1978 ; Barker et Grigg, 1977 ; Boulenger, 1910 ; Cochran, 1965 ; Cochran
et Goin, 1970 ; Duellman, 1970, 1978 ; Goin, Goin et Zug, 1978 ; Lamotte et Lescure,
1977 ; Laurent, 1980 et MS sous presse ; Lescure, 1973 ; Mertens, 1959 ; Moore, 1961 ;
Passmore et Carruthers, 1979 ; Perret, 1966 ; Razarihelisoa, 1979 ; Savage, 1972 ;
Silverstone, 1973, 1976 ; Stebbins, 1962). Ces catégories écologiques sont les suivantes :
aquatique, terrestre, fouisseur et arboricole. Nous donnons ci-dessous, repérés par leur
numéro de genre dans le tableau I, les principaux genres en fonction de ces catégories :
Aquatiques : 2 3 4 10 16 31 (sp. 64, 65, 67 et 69) 32
Terrestres : 6 7 8 9 11 12 13 14 15 24 27 28 29 30 31 (sp. 66, 68 et 70)
Fouisseurs : 1 5 25 26
Arboricoles : 17 18 19 20 21 22 23 33
Les indices moyens de ces quatre catégories sont les suivants : aquatiques (7 genres) :
88,6 i 19,2 ; terrestres (15 genres) : 84,3 dr 14,6 ; fouisseurs (4 genres) : 95,6 i 12,6 ;
arboricoles (8 genres) : 122,9 ± 18,9.
En fait, l’examen de la figure 7 montre que les espèces aquatiques forment deux groupes
distincts et qu’il faut isoler les genres Rana et Leptodactylus. On obtient ainsi un pre¬
mier groupe aquatique, avec cinq genres et un indice moyen de 78,7 ± 10,8, et un second
groupe avec deux genres et un indice moyen de 113,5 fi; 5,0. Etant donnée la variabilité
intraspécifique que nous avons calcifiée ci-dessus, nous en concluons que les aquatiques
du premier groupe et les terrestres ne peuvent guère être distingués, alors que les fouisseurs
montrent un net progrès d’encéphalisation par rapport à ces deux groupes, et que deux
autres étapes peuvent être dégagées : l’une correspondant à des espèces qui seraient rede¬
venues aquatiques, l’autre formée de tous les Anoures arboricoles.
Le mode de vie et ses incidences sur la locomotion semblent donc bien fournir une
des clés de la variabilité générique de l’encéphalisation chez les Anoures. Deux autres
critères jouent certainement aussi un rôle mais plus modeste et en partie masqué par l’adap¬
tation écologique : il s’agit d’une part du niveau phylogénétique des diverses familles,
dont nous avons parlé plus haut, d’autre part de certaines particularités de la reproduction.
— 396 -
Fig. 7. — Représentation, en doubles coordonnées logarithmiques, des polygones de dispersion encéphalo-
somatique en fonction des tendance® écologiques (aquatique, terrestre, fouisseur, arboricole) des 72
espèces d’Anoures étudiées.
Discussion
Par rapport à d’autres groupes de Vertébrés, les Anoures offrent bien des difficultés
dans l’étude des corrélations liant Jes indices d’encéphalisation des espèces à leur écologie
ou à leur mode de vie. Ces difficultés proviennent d’abord du fait que la plupart des Anoures
sont des animaux des zones tropicales ou tempérées chaudes, et qu’il a été difficile de trou¬
ver des représentants de tous les genres et des représentants en nombre suffisant pour en
extraire des valeurs moyennes sûres. Ensuite, on a pu constater que les Anoures sont peu
variés dans leurs modes de vie : leur fragilité vis-à-vis des échanges d’eau les rend tous
crépusculaires ou nocturnes sinon aquatiques ; ils sont de plus tous prédateurs de petites
proies, si bien que les seules variations que nous ayons pu mettre en évidence ne concernent
que le mode de locomotion, fixé par l’écologie, et éventuellement le mode de reproduc¬
tion, pour lequel les résultats ne sont d’ailleurs pas vraiment significatifs.
Le seul facteur qui semble réellement corrélé avec les variations des indices d’encépha¬
lisation, variations d’ailleurs assez faibles chez les Anoures par suite de leur relative homo¬
généité, reste celui de la locomotion, et nous avons réparti les genres ou les espèces étudiés
en animaux aquatiques (deux lots), terrestres, fouisseurs et arboricoles. Les Anoures aqua-
— 397 -
tiques des familles réputées primitives sont peu encéphalisés ; terrestres et fouisseurs for¬
ment l’essentiel du polygone de répartition des Anoures (avec un léger avantage pour les
fouisseurs, mais peu significatif vu l’importance de la variation intraspécifique) ; les indices
les plus élevés sont atteints soit par les espèces les plus aquatiques des Ranidae et des
Leptodactylidae, soit surtout par les espèces arboricoles. Comment expliquer cette encé-
phalisation plus importante chez les arboricoles ? Par une plus grande importance des
centres vestibulaires et cérébelleux, due à une locomotion dans un monde tridimensionnel
(notons la convergence avec les espèces aquatiques qui ont des problèmes analogues), mais
aussi et surtout des centres visuels qui sont plus élaborés, soit pour une vision plus précise
et peut-être stéréoscopique, soit pour stabiliser le champ visuel dans le cas des espèces
de petite taille posées sur des feuilles remuant au gré des vents. On sait en effet que la
détection des images mobiles (petites proies) nécessite la stabilité du fond visuel et appa¬
remment seules les espèces arboricoles de petite taille sont confrontées à ces problèmes
de stabilisation rétinienne dans leur mode d’alimentation.
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section A, n° 1 : 399-406.
Vers une conception bio-génétique du genre chez les Poissons
par Jacques Daget
Résumé. — Le genre est compris de façon très différente suivant les auteurs. Certains ont
récemment mis l’accent sur l’importance de l’hybridation pour évaluer la parenté phylogéné¬
tique et la ressemblance génétique entre les espèces. Ils ont proposé de réunir dans un même genre
toutes les espèces capables de donner des hybrides viables adultes. Les conséquences d’une telle
proposition sont examinées en ce qui concerne les poissons européens de mer et d’eau douce. Les
avantages du nouveau concept de genre ainsi défini seraient : 1) d’être fondé sur des bases géné¬
tiques et phylogénétiques ; 2) d’avoir la même valeur et la même signification évolutive pour tous
les groupes ; 3) d’être cohérent avec le concept biologique d’espèce et les tendances actuelles de
la Systématique.
Abstract. — Genus is understood very differently by authors. Some of them have recently
emphasized the meaning of hybridization to evaluate the phylogenetical kinship and the geneti-
cal similarity between species. They have proposed to join together in the same genus all the
species able to give viable adult hybrids. The consequences of such a proposition are examined
with regard to european marine and freshwater fish. The advantages of this new concept of
genus would be : 1) to be founded on genetical and phylogenetical bases ; 2) to have the same
value and evolutive meaning in every group ; 3) to be consistent with the biological concept of
species and the new trends in Systematics.
J. Daget, Laboratoire d’ Ichtyologie générale et appliquée, 43, rue Cuvier, 75231 Paris cedex 05.
La notion d’espèce et celle de genre sont familières aux zoologistes qui emploient tous
couramment la nomenclature binominale. Un consensus sur l’acception et l’étendue de
la première semble pouvoir se faire assez facilement bien que des divergences subsistent,
par exemple entre défenseurs du concept morphologique et adeptes du concept biologique.
En revanche, la notion de genre reste beaucoup plus floue : elle n’a pas la même signification
systématique pour tous les spécialistes ni dans tous les groupes. Ainsi, dans une récente
révision, Vari (1979), pour des raisons de monophylétisme au sens cladiste du terme, réu¬
nit dans le genre Neolebias des espèces assez différentes qui étaient réparties auparavant
dans trois genres distincts. A l’inverse, et pour les mêmes raisons, Daget (1980) scinde
l’ensemble homogène des Citharinidae en trois genres, Citharinus, Citharinops et Citha-
ridium, au lieu des deux habituellement admis. Il est probable que ces trois genres n’ont
pas la même valeur ni la même signification au point de vue évolutif que le genre Neolebias
au sens de Vari (1979). De tels exemples pourraient être multipliés.
On admet en général que la spéciation procède par dichotomies successives et par
évolution divergente de deux populations issues d’un même stock ancestral. Que l’isole¬
ment de reproduction au moins partiel (espèces biologiques) soit acquis d’emblée ou pro¬
gressivement, le genre devrait donc logiquement regrouper des espèces qui sont plus proches
— 400 —
entre elles, au triple point de vue de la parenté phylogénétique, des ressemblances géné¬
tiques et des adaptations écologiques, qu’elles ne le sont des espèces des genres voisins.
Hormis le cas des genres monospécifiques, on devrait donc s’attendre à ce que la proxi¬
mité génétique et les possibilités d’hybridation qui en sont la conséquence et la manifes¬
tation apparente soient plus grandes et plus fréquentes entre espèces d’un même genre
qu’entre espèces de genres différents. D’où l’idée d’utiliser un critère mixiologique pour
définir les limites du genre.
Dubois (1981a) énonce la règle suivante : « Lorsque deux espèces sont susceptibles
de donner naissance entre elles à des hybrides viables adultes, ces deux espèces doivent
être incluses dans le même genre ; de plus, si ces deux espèces étaient auparavant classées,
sur la foi d’autres critères, dans deux genres distincts, ces deux genres doivent être réunis ».
Le même auteur ajoute trois remarques dont la formulation, en ce qui concerne la seconde,
a été légèrement amendée.
1. Pour que le test d’hybridation soit jugé positif, il subit que les deux espèces consi¬
dérées aient donné naissance au moins une fois à des hybrides adultes viables et ceci que
l’hybridation ait été naturelle ou expérimentale, qu’elle ait ou non échoué dans d’autres
cas, que le croisement puisse réussir dans un seul sens ou dans les deux, et enfin que les
hybrides soient féconds ou non.
2. Il faut s’assurer que les produits obtenus sont de vrais hybrides, possédant un jeu
complet de matériel génétique de chacune des deux espèces parentes, et non de faux hybrides
gynogénétiques ou aneuploïdes.
3. Le critère ne prend en compte que les résultats positifs de l’hybridation, jamais
les résultats négatifs, c’est-à-dire qu’il permet de réunir des espèces dans un même genre,
jamais de séparer des genres.
L’application stricte de ces règles aurait l’avantage de conduire à la reconnaissance
de genres qui seraient des unités supraspécifiques naturelles, uniformes pour tous les groupes
puisque ayant les mêmes bases phylogénétiques, génétiques et écologiques, en accord avec
les tendances actuelles de la Systématique (Dubois, 1981& ; Plateaux, 1981). Il ne faut
cependant pas minimiser les problèmes soulevés concernant d’une part la façon pratique
d’appliquer les règles sus-dites, d’autre part les regroupements et suppressions de genres
d’usage courant qui en seront la conséquence immédiate. Nous nous proposons d’examiner
ici l’étendue des modifications nomenclaturales qui en résulteraient pour les Poissons de
mer et d’eau douce. Les exemples seront empruntés à la faune européenne des Osteichthyes
dont la nomenclature est, au moins provisoirement, stabilisée (Banarescu, Blanc, Gaudet,
Hureau, 1971 ; Hureau, Monod, 1973) et dont on pourra tirer des conclusions valables
pour l’ensemble des Poissons.
A — Poissons de mer
Les hybrides naturels de Poissons marins sont relativement rares. Dans les mers euro¬
péennes, on en rencontre surtout chez les Pleuronectiformes. C’est ainsi que les produits
du croisement entre la Plie, Pleuronectes platessa, et le Flet, Platichthys flesus, ont été signa-
- 401 -
lés par Norman (1934) et plusieurs autres auteurs (Berg, 1949 ; Shatunovsky, 1963).
En réalité, le genre Platichthys Girard, 1856, est très proche du genre Pleuronectes Linnaeus,
1758, dont Platessa Cuvier, 1817, est un synonyme objectif puisque tous deux ont la même
espèce-type : Pleuronectes platessa Linnaeus, 1758. Les Plies et les Flets sont donc restés
génétiquement très proches. De plus, leur écologie est identique. Ce sont des poissons lit¬
toraux benthiques, se reproduisant aux mêmes endroits et aux mêmes époques, conditions
nécessaires pour que l’hybridation naturelle puisse se produire. Pleuronectes (= Platessa)
comprend de sept à neuf espèces, Platichthys environ sept. Le regroupement aboutirait
à un seid genre Pleuronectes, comprenant une quinzaine d’espèces. Rien n’empêcherait
d’ailleurs, si cela s’avérait utile, de conserver deux sous-genres : Pleuronectes s. str. pour
les Plies et Platichthys pour les Flets.
Il est possible que les hybridations naturelles et les possibilités d’hybridations expé¬
rimentales, donnant des produits viables adultes, soient plus fréquentes chez les poissons
marins qu’on ne le pense actuellement. En conséquence, l’application des règles mention¬
nées précédemment pourrait conduire à d’autres regroupements de genres considérés comme
distincts. Néanmoins, il est probable que la prise en considération d’un critère mixiolo-
gique pour la délimitation des genres n’entraînera jamais de perturbations vraiment notables
ni de la Nomenclature, ni de la Systématique des Poissons de mer.
B — Poissons d’eau douce
11 en va tout autrement pour les Poissons d’eau douce. Chez ceux-ci, la fréquence
des hybrides « intergénériques » est telle que les genres admis dans certaines familles (ex.
Cyprinidés) ne peuvent manifestement pas avoir la même signification systématique que
les genres de la plupart des familles marines. Une homogénéisation de la notion de genre
permettrait une nouvelle approche et une meilleure compréhension des mécanismes de la
spéciation qui font surtout appel, dans les eaux continentales, à l’isolement de position
et au morcellement des niches écologiques, alors que, dans les eaux marines, ils sont prin¬
cipalement fondés sur l’isolement de reproduction.
Chez les Acipenseridae, les hybrides d ’Acipenser sont pour la plupart viables adultes,
mais stériles. Toutefois, le croisement du Bélouga et du Sterlet, dans le sens Huso huso Ç X
Acipenser ruthenus donne un hybride fertile, appelé Bester que l’on envisage de pro¬
duire en pisciculture. Huso huso se croise également, dans les conditions naturelles, avec
Acipenser nudivenlris, A. güldenstàdti et A. stellatus (Berg, 1948). Le genre Huso a été
créé par Brandt en 1869 pour les deux espèces Acipenser huso Linnaeus, 1758, et Acipenser
dauricus Georgi, 1775. Réintégrer ces deux espèces dans le genre Acipenser ne poserait
aucun problème majeur, Huso pouvant être conservé comme sous-genre.
Chez les Salmonidae, sous-famille des Coregoninae, de nombreux hybrides naturels
ont été signalés entre diverses espèces du genre Coregonus. De plus, dans le bassin de la
Lena, on trouve des hybrides adultes de Stenodus leucichthys nelma (Pallas, 1773) par Core¬
gonus autumnalis (Pallas, 1776) et par Coregonus muksun (Pallas, 1776) (Kuznetzov,
1932 ; Berg, 1948). Le genre Stenodus créé par Richardson en 1823 ne mériterait donc
pas d’être séparé du genre Coregonus bien qu’il en diffère par la présence d’un petit os der¬
mique, sans canal sensoriel, à la jonction de l’articulaire et du dentaire. On ne connaît
— 402 —
d’ailleurs qu’une seule espèce de Stenodus, l’espèce-type du genre, Stenodus mackensii
Richardson, 1823, étant synonyme de Stenodus leucichthys (Güldenstâdt, 1772). La sous-
famille des Coregoninae ne comporterait donc en réalité que le seul genre Coregonus.
La sous-famille des Salmoninae verrait également le nombre de ses genres notable¬
ment diminuer. En Bosnie-Herzégovine, des hybrides naturels de Salmothymus obtusi-
rostris oxyrhynchus et de Salmo trutta fario ont été signalés par Vu ko vie (1977). Or, le genre
Salmothymus a été créé par Berg en 1908 pour l’espèce Salmo obtusirostris Heckel, 1852,
dont plusieurs sous-espèces endémiques de la Yougoslavie ont été reconnues et décrites.
Il devrait donc être réuni au genre Salmo.
Salvelinus alpinus (Linnaeus, 1758), espèce-type du genre Salvelinus créé par Richard¬
son en 1836, s’hybride facilement avec le Saumon et la Truite. Les hybrides Salmo salar X
Salvelinus alpinus ont, d’après Mac Crimmon et Gots [in Balon, 1980), un taux de crois¬
sance supérieur à celui des espèces parentes jusqu’à l’âge de 11 mois. D’après Svardson
(1949), les hybrides Salmo trutta X Salvelinus alpinus ont également une croissance plus
rapide que les espèces parentes dans les pays Scandinaves où on les rencontre fréquem¬
ment. Le Saumon de fontaine, Salvelinus fontinalis Mitchill, 1814, donne avec les Truites
des hybrides viables adultes, mais stériles. Le croisement Salvelinus fontinalis X Salmo
irideus (= S. gairdneri ) Ç ne donne d’après Spillmann (1961) qu’un pourcentage réduit
de produits viables. En revanche, le croisement Salmo trutta $ X Salvelinus fontinalis $
donne l’hybride connu sous le nom de « Truite tigre » et réputé pour sa voracité. D’après
Mac Crimmon et Grots [in Balon, 1980), il est utilisé comme poisson sportif pour le repeu¬
plement des plans d’eau d’Afrique du Sud, notamment le Steenbras Reservoir. D’après
Chevassus (in Billard, 1980), on l’utilise en Tchécoslovaquie dans les lacs réservoirs
pour y contrôler la prolifération des poissons blancs. Il en résulte que le genre Salvelinus
à l’intérieur duquel certains auteurs distinguent le sous-genre Salvelinus (espèce-type
Salvelinus alpinus (Linnaeus, 1758)) et le sous-genre Baione (espèce-type Salmo fontinalis
Mitchill, 1814) devrait lui aussi être réuni au genre Salmo. Quant à l’espèce décrite sous
le nom de Salmo namayeush par Walbaum en 1792, comme elle s’hybride très facilement
avec Salvelinus fontinalis pour donner un produit connu sous le nom de « Splake » (Berst,
Ihssen, Spangler, Avles et Martin in Balon, 1908), elle devrait également être ratta¬
chée au genre Salmo. La question controversée de savoir si Cristivomer Gill et Jordan,
1878, dont Salmo namayeush est l’espèce-type, doit être considéré comme un genre équi¬
valent à Salvelinus ou un troisième sous-genre de Salvelinus ne se poserait donc plus.
La famille des Salmonidae comporte en fait des espèces capables de s’adapter à des
conditions de vie très diverses puisque certaines sont des migrateurs amphibiotiques et
peuvent vivre aussi bien en eau douce qu’en eau de mer. La plupart sont polymorphes
et, historiquement, des formes géographiques ou de simples écophénotypes ont été dis¬
tingués et décrits comme espèces nominales. Corrélativement les genres et les sous-genres
ont été multipliés, fondés sur des caractères peu tranchés et d’observation difficile. Ces
tendances, loin de clarifier la Systématique, n’ont contribué qu’à la rendre plus confuse
et à masquer les caractéristiques fondamentales de la famille au point de vue évolutif,
à savoir que beaucoup d’espèces actuelles de Salmonidae sont encore mal isolées généti¬
quement les unes des autres. Des révisions récentes ont mis, à juste titre, en synonymie
un grand nombre d’espèces nominales anciennes. Le nombre des genres devrait à son tour
être réduit en tenant compte des possibilités d’hybridation de façon à ne conserver que
— 403 —
ceux qui correspondent à de grandes unités naturelles, écologiques et évolutives (Dubois,
1982).
Chez les Cyprinidae, l’une des familles les plus riches en espèces de l’Ancien et du
Nouveau Monde, les genres ont été multipliés de façon excessive et les « hybrides inter¬
génériques » signalés dans la littérature sont particulièrement nombreux. Il apparaît utile
de rappeler que les Cyprinidae comportent des genres tétraploïdes à 2n = 96-104 ( Cypri-
nus, Carassius, Barbus européens, Aulopyge...) et des genres diploïdes à 2n = 48-52 (tous
les autres genres de la faune européenne). La Carpe et les Carassins se croisent facilement.
La Carpe de Kollar est l’hybride naturel Cyprinus carpio Ç X Carassius carassius $ (Berg,
1948 ; Spillmann, 1961 ; Banarescu, 1964). On connaît également des hybrides naturels
Cyprinus carpio X Carassius auratus (Berg, 1948 ; Banarescu, 1964). Le genre Carassius
Nilsson, 1832, comprenant deux espèces devrait donc être réuni au genre Cyprinus Lin¬
naeus, 1758, qui en comprend trois dans son acception actuelle. Toutes sont d’origine
asiatique et tétraploïdes. Cyprinus carpio ne s’hybride apparemment jamais avec les Barbus
européens.
Des essais d’hybridation entre Cyprinus carpio (2n = 100-104) et Hypophthalmichthys
molitrix ou Hypophthalmichthys nobilis (2n = 48) ont donné des produits viables, mais
pentaploïdes (2n = 124-125) ou triploïdes (2n = 72-80) (Marian, Kraznai et Bakos,
1981). Il en est probablement de même pour les hybrides obtenus par divers auteurs et
cités par Schwartz (1981) entre la Carpe et des Cyprinidae diploïdes appartenant aux
genres Alburnus, Abramis, Rutilas, Scardinius, Tinea, etc. Quelques hybrides viables adultes
ont été obtenus expérimentalement par le croisement Carassius auratus $ X Scardinius
erythrophthalmus (J. Ces hybrides qui ressemblent à l’espèce maternelle se sont révélés
être pentaploïdes (2n = 124-125) (d’Aubenton, Scheel et Spillmann, 1979). D’après
Spillmann (1965), un croisement Carassius auratus Ç X Phoxinus phoxinus $ n’a donné,
sur plusieurs centaines d’œufs fécondés, qu’un seul hybride qui a pu être gardé vivant
18 mois bien qu’il ait été chétif et mal formé. Comme ce poisson présentait des caractères
maternels très dominants, il s’agissait vraisemblablement, comme dans le cas précédent,
d’un individu pentaploïde. En ce qui concerne les Barbus européens tétraploïdes, deux
cas seulement d’hybridation intergénérique ont été signalés jusqu’à présent : Barbus meri-
dionalis petenyi X Phoxinus phoxinus en Bosnie-Herzégovine, bassin de la mer Noire (Vuko-
vic, 1971) et Barbus capilo conocephalus X Schizothorax pseudaksaiensis issykkuli, dans
la rivière Chu, région des Montagnes Kurdai (Berg, 1948). Les Phoxinus ont 2n = 50,
quant au nombre de chromosomes des Schizothorax et des hybrides, il n’a pas été précisé.
Les genres diploïdes sont les plus nombreux. Certains ont déjà été regroupés. Ainsi,
les genres Idus Heckel, 1858, dont l’espèce-type est Leuciscus idus (Linnaeus, 1758), Telestes
Bonaparte, 1840, dont l’espèce-type est Leuciscus multicellus (Bonaparte, 1839) et Squalius
Bonaparte, 1840, dont l’espècc-type est Leuciscus cephalus (Linnaeus, 1758) ont été réunis
au genre Leuciscus Cuvier, 1817, dont l’espèce-type est Leuciscus leuciscus (Linnaeus,
1758). Malgré ce regroupement limité, les hybrides « intergénériques » sont fréquemment
mentionnés.
Le Gardon, Rutilus rutilus, se croise facilement avec la Brême, Abramis brama, pour
donner le Brême de Buggenhagen (Berg, 1948 ; Spillmann, 1961 ; Banarescu, 1964 ;
Pépin et al., 1970 ; Vukovic, 1977). On connaît également des hybrides naturels adultes
Rutilus rutilus X Blicca bjoerkna (Berg, 1948 ; Spillmann, 1961 ; Banarescu, 1964 ;
— 404
Yi Kovic. 1977), Rutilus rutilus X Scardinius erythrophthalmus (Berg, 1948 ; Spillmann,
1961), Rutilus rutilus X Alburnus alburnus (Berg, 1948 ; Banarescu, 1964 ; Vukovic,
1977), Rutilus rubilio X Alburnus alburnus alborella (Vukovic, 1977), Rutilus rubilio X
Pachychilon pictum (Vukovic et al., 1981), Rutilus rutilus aralensis X Chalcalburnus chal-
coides aralensis considéré comme rare dans la mer d’Aral (Berg, 1948).
Le Rotengle, Scardinius erythrophthalmus, donne également de nombreux hybrides
« intergénériques » autres qu’avec le Gardon. On connaît les suivants : Scardinius erythroph¬
thalmus X Blicca bjoerkna (Berg, 1948; Spillmann, 1961, Banarescu, 1964; Vukovic,
1977), Scardinius erythrophthalmus X Alburnus alburnus (Berg, 1948 ; Vukovic, 1977),
Scardinius erythrophthalmus X Leuciscus turskyi (Vukovic, 1977), Scardinius erythroph¬
thalmus X Paraphoxinus alepidotus (Vukovic, 1977).
Parmi les autres hybrides naturels signalés dans la littérature, on peut citer Abramis
brama X Blicca bjoerkna (Berg, 1948 ; Spillmann, 1961 ; Banarescu, 1964 ; Vukovic,
1977), Abramis brama X Alburnus alburnus (Banarescu, 1964; Vukovic, 1977), Abramis
ballerus X Blicca bjoerkna (Grgincevic et Pujin, 1981), Blicca bjoerkna X Alburnus alburnus
(Brauer, 1909, cité par Spillmann, 1961), Blicca bjoerkna X Vimba vimba (Berg, 1948),
Blicca bjoerkna X Vimba vimba carinata (Vukovic, 1977), Leuciscus cephalus X Alburnus
alburnus (Spillmann, 1961 ; Banarescu, 1964; Vukovic, 1977), Leuciscus cephalus X Chon-
drostoma nasus (Spillmann, 1961), Leuciscus cephalus X Chalcalburnus chalcoides (Berg,
1948), Leuciscus cephalus orientalis X Acanthalburnus punctulatus (Berg, 1948), Leuciscus
idus X Aspius aspius (Berg, 1948; Vukovic, 1977), Leuciscus soufia X Chondrostoma
nasus (Spillmann, 1961), Leuciscus soufia X Phoxinus phoxinus (Arnoult et Spillmann,
1966), Chondrostoma phoxinus X Paraphoxinus alepidotus (Vukovic, 1977), Chalcalburnus
chalcoides X Vimba vimba (Berg, 1948), Alburnus charusini hohenackeri X Alburnoides
bipunctatus eichwaldi (Berg, 1948).
Cette liste ne prétend nullement être exhaustive : elle comprend les hybrides viables
adultes qui ont été reconnus dans les conditions naturelles et qui sont les hybrides « inter-
génériques » les plus courants. D’autres ont été signalés dans la littérature, mais sans preuve
péremptoire d’une véritable hybridation donnant un produit viable adulte entre les deux
espèces parentes. Des essais systématiques de fécondation artificielle entre espèces de genres
différents donnent parfois de faux hybrides gynogénétiques ou de vrais hybrides, mais
non viables adultes et survivant difficilement malgré tous les soins qu’on peut leur pro¬
diguer dans un élevage expérimental bien contrôlé, fl existe donc un certain nombre de
cas signalés dont il paraît préférable de ne pas tenir compte jusqu’à plus ample informé.
Il convient en effet d’être très prudent dans l’interprétation de ces tentatives d’hybrida¬
tion, avant de proposer de réunir plusieurs genres en un seul, et de ne les accepter que sous
réserve d’une étude sérieuse et d’un contrôle chromosomique, en particulier lorsqu’il s’agit
d’un croisement entre une espèce diploïde et une espèce tétraploïde. Dans ce dernier cas,
à notre avis, les produits pentaploïdes, à prédominance phénotypique maternelle, ne sont
pas à considérer comme de vrais hybrides.
Les exemples rappelés plus haut suffisent à montrer qu’au moins dans un premier
temps un grand nombre de genres devraient être réunis au genre Leuciscus Cuvier, 1817.
En ce qui concerne la faune de France, par exemple, les genres Rutilus, Scardinius, Abramis,
Blicca, Alburnus, Alburnoides, Chondrostoma, Phoxinus disparaîtraient ou seraient ramenés
au rang de sous-genres. Ne subsisteraient alors dans la famille des Cyprinidae que les genres
— 405 -
Cyprinus (comprenant Carassius), Barbus, Leuciscus (au sens large), Gobio, Tinea et Rho-
deus. Ces genres sont bien caractérisés et, dans la pratique courante, même les non-spécia¬
listes pourraient les reconnaître sans hésitation. Le grand nombre d’espèces réunies dans
le genre Leuciscus traduirait un caractère fondamental de l’évolution des Cyprinidae,
famille à l’intérieur de laquelle la spéciation a porté beaucoup plus sur des adaptations
à des niches écologiques variées, à des modalités de ponte et à des périodes de maturité
sexuelle différentes, que sur des divergences d’ordre génétique. Il est en outre possible
que, dans un second temps, on soit amené à réunir le genre Leuciscus au genre Barbus.
Dans les autres familles qui ne comportent chacune qu’un petit nombre d’espèces,
les possibilités d’hybridation sont beaucoup plus restreintes. Kammerer (cité par Spill¬
mann, 1961) a signalé des hybrides viables adultes et féconds, issus du croisement dans
les deux sens Perea fluviatilis X Acerina cernua. Le genre Acerina Cuvier, 1817, dont l’espèce-
type est Perça cernua Linnaeus, 1758, est actuellement considéré comme synonyme de
Gymnocephalus Bloch, 1793, dont l’espèce-type est Perea schraetser Linnaeus, 1758. Gymno-
cephalus (= Acerina) devrait donc être réuni à Perça.
Comme on le voit, la prise en considération des possibilités de produire de vrais hybrides
viables adultes pour délimiter les genres ne poserait de problèmes que dans la famille des
Cyprinidae, car un grand nombre de genres actuellement reconnus, mais incontestablement
voisins et assez dilliciles à caractériser, devraient être réunis. Une situation comparable,
due à un état d’évolution analogue, se rencontrerait probablement dans les faunes améri¬
caines et africaines avec les familles des Cichlidae et des Cyprinodontidae par exemple.
Il est à remarquer, au moins dans les limites de la faune européenne, que les genres qui
seraient maintenus correspondraient à des taxons que certains auteurs considèrent comme
des sous-familles, parfois même des familles : ainsi, Salmo regrouperait les Salmoninae
ou Salmonidae, Coregonus les Coregoninae ou Coregonidae, Cyprinus les Cyprininae, Barbus
les Barbinae, Leuciscus les Leuciscinae, etc. En effet, dans les familles et les genres très
chargés en espèces, la tendance des systématiciens a été, jusqu’à présent, de subdiviser
les taxons et de surestimer le rang systématique de chacun d’eux. Line application judi¬
cieuse des critères mixiologiques devrait permettre de restituer les taxons à leur vraie
place en ramenant des sous-familles ou des familles au rang générique, des genres au rang
subgénérique et en négligeant des sous-genres inutiles. Ainsi pourrait-on rendre équiva¬
lents tous les taxons de même rang dans l’ensemble des Poissons et des autres groupes
zoologiques.
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Les 3 e et 4 e trimestres de l’année 1982 ont été diffusés le 21 janvier 1983.
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tuidae, Ophiderinae). 1978, 143 p., 158 fig., 6 pl. h.-t.
T. 111 — Heim (Jean-Louis). — Les squelettes de la sépulture familiale de Bufïon à Montbard (Côte d’Or).
Étude anthropologique et génétique. 1979, 79 p., 22 tabl., 19 fig., 8 pl. h.-t.
T. 112 — Guinot (Danièle). — Données nouvelles sur la morphologie, la phylogenèse et la taxonomie
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