BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
1111111111 ! 11 II 11111111 ! 1111111111 !
PUBLICATION BIMESTRIELLE
lenc
es
de la terre
N ° 49
MAI-JUIN 1972
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : P r M, Vachon.
Comité directeur : P TS Y. Le Grand, C. Lévi, J. Dorst.
Rédacteur général : Dr. M.-L. Bauchot.
Secrétaire de rédaction : M me P. Dupérier.
Conseiller pour l’illustration : Dr. N. Halle.
Le Bulletin du Muséum national d'Histoire naturelle, revue bimestrielle, paraît depuis
1895 et publie des travaux originaux relatifs aux diverses branches de la Science.
Les tomes l à 34 (1895-1928), constituant la i re série, et les tomes 35 à 42 (1929-1970),
constituant la 2 e série, étaient formés de fascicules regroupant des articles divers.
A partir de 1971, le Bulletin 3 e série est divisé en six sections (Zoologie — Botanique —
Sciences de la Terre — Sciences de l’Homme — Sciences physico-chimiques — Écologie
générale) et les articles paraissent, en principe, par fascicules séparés.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’His¬
toire naturelle, 38, rue Geolîroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris (C.C.P.,
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BULLETIN DU MUSÉUM NATIONAL D'IIISTOIBE NATURELLE
3 e série, n° 49, mai-juin 1972, Sciences de la Terre 7
Crustacés Décapodes nouveaux
du Crétacé supérieur de Bolivie
par Sylvie Secretan *
Résumé. — Des restes assez nombreux de Crustacés, provenant du Cénomanien, ont été
récoltés par M. Branisa en Bolivie. 11 s'agit d’une part, de carapaces et de propodes représentant
le sous-ordre des Brnehyoures, d’autre part, de pinces appartenant à un Dccapode dont nous
n’avons pu encore déterminer avec certitude à quel sous-ordre il fallait le rapporter, Braehyoures
Anomoures ou même .Macroures.
Cel le incertitude, d'une rare étendue, inet en évidence à la fois le degré de convergence que
peuvent présenter des cbélipédes de Crustacés supérieurs à travers l’ordre des Décapodes tout
entier et, en même temps, leur différenciation puisque ces spécimens, bien conservés, se distinguent
nettement de tous ceux avec lesquels ils ont pu rire comparés.
Resumen. I.a présenté nota concierne restes de Crustâceos, relntivamente numerosos
recoleelados por cl Prof. Branisa en Esque.na i Bolivie) en el Oénomaninno marino de la forma-
ciôn Mira lim es (grupo Puca).
Se trntu por una parte de eaparazones y inanos propodos) pertenecientes al suborden de los
Braqiliuros, por otra parle de pinzas correspondientes a un Decâpndo euyo suburden no podemos
todaA Îa ileterminar con seguridad, pudiendo Iratarse de un Bruquiuro, de un Anumuru o auri de
un Maeruro.
Esta incertidumbre, excepcionalmente extensa, pone en evidencia el grado de convergencia
que pueden présentai- quelipedos de Crustâceos superiûres a través de todo el orden de los Decâ-
podos y, a la vez, su diferenciacion, ya que cslos eSpecimenes, bien conservados, se distingue!) cla-
ramente de todos aquéllos con los cuales hemos eompararlos.
La formation Miraflores constitue une intercalation marine, d’âge cénomanien, dans
le groupe Puca de Bolivie. Son âge et ses caractères paléontologiques ont fait l’objet d’une
publication de L. Branisa. R. Moffstetter étal. (1966). qui y ont mentionne des Ammo¬
nites, des Bivalves, des Gastéropodes et des Echinides. L’un des gisements les plus typiques
(calcaire massif gris bleuâtre) el les plus fossilifères est celui d’Esquena, situé f» quelque
100 km NNW de Potosi (voir carie in Branisa et Hoffstetter, 1966, flg. 1), Outre les
fossiles déjà cités, L. Branisa y a récolté d’assez nombreux restes de Crustacés qu’il a
communiqués à R. Hoffstetter, lequel a bien voulu me les confier pour étude ; ils cons¬
tituent l’objet de la présenLe note.
Institut de Paléontologie du Muséum, S, rue de Buffon, 75005 Paris.
49, l
2
SYLVIE SECRETAN
I. BRACHYURIDEA
Les Brachyoures sont représentés dans ce matériel par deux céphalothorax et par un
certain nombre de propodes isolés, les derniers ne se rapportant pas aux premiers.
Céphalothorax
Le plus gros des deux est en très mauvais état de conservation et la décortication du
test est telle qu’il n'est guère prudent de se prononcer sur son appartenance mais il est
probable qu’il s’agit de la même espèce que celle du second céphalothorax dont il pré¬
sente les mêmes proportions générales.
Malheureusement, la face ventrale de celui-ci est détruite, alors que c’est la seule partie
qui soit conservée chez l'échantillon de plus grande taille (où elle indique qu’il s’agit d’un
mâle).
Toute comparaison est donc impossible et ce sera sur un exemplaire unique, le second,
que nous devrons appuyer nos observations.
Ce second exemplaire est bien conservé dorsalement, ainsi que la base de ses pattes
postérieures, et nous pouvons nous assurer qu’il s’agit d’une forme nouvelle de la famille
des Dynomenidae Ürlmann, 1892.
Cette forme ne répond exactement ni aux caractères du genre Dromiopsis Reuss,
1859, bien qu’elle en soit proche, ni à ceux du genre Dynomene Latreille, 1825, avec lequel
elle a beaucoup de traits communs.
11 semble donc nécessaire de créer pour elle un genre nouveau.
Dynomenopsis branisai nov, gen., nov. sp.
(IM. I, fig. 1 et 2)
Description. — Céphalothorax de petite taille, transversalement ovale, peu bombé,
aux régions bien individualisées.
Mensurations (en millimètres) :
Longueur du céphalothorax... 9
Largeur du céphalothorax... 11,5
Épaisseur moyenne, du céphalothorax .. 4,2
Bien qu’étant endommagé, le bord frontal possède une petite avancée médiane dirigée
vers le bas, peu visible en vue surplombante, cassée d’un côté sur le spécimen.
Les orbites, bien développées, sont incomplètement refermées. Elles se terminent,
latéralement, par une dent postorbitaire qui est en même temps la première dent du bord
latéral sur lequel elle ne se différencie pas des trois autres. Celui-ci en comprend donc
quatre, sensiblement égales entre elles, légèrement aplaties en crête sur leur bord externe
qui forme une courbe, et dirigées vers l’avant.
DÉCAPODES NOUVEAUX DU CRÉTACÉ SUPÉRIEUR DE BOLIVIE
3
Il n'y a pas de rupture dans la ligne de la courbe au passage du bord latéro-antérieur
au bord latéro-postérieur. Celui-ci est lisse, fuyant, après un léger renflement, vers le bord
postérieur.
Ce dernier bord est assez large, représentant environ la moitié de la plus grande lar¬
geur du bouclier dorsal. Son contour est sinueux, comportant trois échancrures, l’une
médiane, les deux autres latérales.
Orne-meMution du céphalothorax (pl. I, lig. 1 et 2). — Le caractère le plus important
de cette ornementation est constitué par le sillon cervical étroit et profond, très marqué
en son centre, en forme d’U très ouvert, remarquable par sa situation très antérieure par
rapport h la longueur de la carapace.
Ce trait à loi seul ne permet pas de placer ce spécimen ailleurs que dans la superfamille
des Dromioidea de Uaan, 1833.
Ce sillon délimite, vers l’avant, le lobe mésogaslriqne qui porte un léger sillon médian
le subdivisant ii sa base et qui se prolonge antérieurement, en une zone étroite qui se ter¬
mine juste en arrière du bord frontal. Ce prolongement linéaire est encadré latéralement
par les deux grands lobes prnloguslriques. De part et d’autre, et légèrement en avant de
son extrémité, se situent deux petits lobes bien proéminents ; les lobes épigastriques.
Vers barrière, le sillon cervical délimite, dans sa zone médiane, le lobe urogastrique,
très court, eu trapèze élargi, encadré par les lobes épibraitcbiaiix ; ceux-ci présentent un
contour plus ou moins ovoïde, selon un axe oblique dirigé vers l'extérieur et vers l’avant.
La partie proximale des lobes épibranebiaux, la plus étroite, est subdivisée en deux
petites bosses inégales de part et d’autre de la région urogastrique.
Le sillon cervical remonte vers les orbites, délimitant le bord antérieur des lobes épi-
brancliiaux et, à mi-chemin de son trajet, il se subdivise, sa branche externe s’incurvant
vers le bord latéral, alors que l’autre remonte vers les orbites. Les deux branches délimitent
une zone déprimée qui est la région hépatique.
La zone médiane située en arrière de la région urogastrique est la région cardiaque,
bien surélevée, disposée en largeur, et. encadrée latéralement par les lobes méso- et méta-
branchiaux.
La zone la plus postérieure, déprimée, est la zone intestinale.
Tous ces lobes sont bien individualisés et distincts, quoique l’ensemble du céphalo¬
thorax soit peu bombé.
Appendices. — La base de plusieurs péréiopodes est visible, mais assez informe. On
peut néanmoins constater que les menis sorti graciles, assez longs, et que les dernières pattes,
dont l’implantation est très postérieure, remontent sur la carapace.
L’abdomen dépasse le bord postérieur de celle-ci, mais la mauvaise conservation de
cette région n’en rend pas l'observation précise.
Il est vraisemblable, cependant, que celle disposition est naturelle et non pas le résul¬
tat d’une déformation due à la fossilisation, car le repli incomplet de l'abdomen sous le
sternum est un trait primitif que l’on trouve chez les représentants de cette famille.
Rapports et différences. — Nous pensons que cette forme nouvelle ne peut être rapportée
qu’à la famille des Dynomenîdae Ortmann, 1892 en raison, d’une part de la disposition
du sillon cervical, d'autre part de celle des lobes épibranebiaux.
4
SYLVIE SECRETAN
Elle diffère des représentants du genre 1) rondo puis Keuss par son contour transver-
salcmcnt ovale et non subcirculaire, par son ornementation plus accentuée et plus détaillée,
son Iront moins triangulaire et, surtout, par le fait que le sillon cervical remonte vers les
orbites au lien de s'étendre latéralement, transversalement, jusqu’au bord latéral.
Toutefois, toute la partie axiale centrale cl l'ensemble de la disposition des lobes leur
confère une parenté évidente.
Les caractères propres au genre bolivien le rendraient proche du genre. Dynomene
La treille, si ce n'était les proportions de la carapace dont la longueur et la largeur sont
sensiblement égales chez ce dernier qui possède également un front nettement plus « rostré ».
Ce qui nous amène à constater que Dynomenopsis hranisai n. sp. présente un contour,
une ornementation et un relief intermédiaires entre les deux genres précédents, quoique
plus proches de Dynomene. C’est ce qui a motivé le choix du nom que nous proposons de
lui donner.
11 semble, d'après les découvertes faites jusqu’à présent, que le genre Drondopsis
soit plus ancien que le genre Dynomene. En Europe, on le connaît dès le Cénomanien ainsi
qu’à Madagascar, alors que Dynomene n’apparaît que récemment.
Dynomenopsis hranisai provient du Cénomanien, étage qui a fourni la majorité des
représentants fossiles de la famille des Dynornenidae.
11 apparaît précocement évolué par rapport à la plupart des autres Dynornenidae,
en raison de l'atténuation du sillon cervical dans les régions périphériques de la carapace,
dont il ne franchît pas la crête tergoventralc, contrairement à ce que l’on observe chez les
formes primitives.
Diaonose de Dynomenopsis hranisai n. sp.
Carapace de petite taille, transversalement ovale. Courte avancée frontale médiane dirigée
vers le bas.
Orbites incomplètement refermées. Bord latéral dentelé, presque régulièrement arqué de
l’épine postorhilaire à l'angle du bord postérieur. Sillon cervical très marqué, situé dans la moitié
antérieure du bouclier dorsal, remontant vers les orbites. Régions en relief accentué et subdivisées.
Péréiopodes grêles, remontant sur la carapace.
Propodes isolés
Le matériel recueilli à Esquena comprend huit propodes de Brachyoures appartenant
tous, curieusement, à des ehélipèdes droits.
Dimensions (en millimètres) du plus gros et du plus petit exemplaire :
Longueur du corps du propode.... 15 8,5
Largeur » ... 12 7
Epaisseur moyenne » .. 7 4,5
L’articulation carpo-propodiale est très oblique antéro-poslérieurement ; le bord infé¬
rieur est très arrondi ; le bord supérieur forme une crête non coupante.
La face externe est assez fortement renflée et la face interne l’est plus légèrement.
Les doigts ne sont pas conservés, sauf la base du doigt fixe sur quelques échantillons
DÉCAPODES NOUVEAUX DU CRÉTACÉ SUPÉRIEUR DE BOLIVIE
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où l'on voit deux tubercules jumelés, l'un au-dessus de l’autre, presque confondus, en
pointe arrondie*
Non seulement les dactyles ne sont pas conservés, mais l’articulation dactylo-propo-
diale n’est intacte sur aucun des spécimens.
Aussi existe-t-il de nombreux hrachyoures qui peuvent, présenter ceux des caractères
qui sont visibles sur ces propodes.
Il semble pourtant que ce soit surtout chez les Cancridae La treille, 1803, que l’on
trouve ces caractères. Les propodes du genre Cancer Linné, 1758, ne sont guère différents
quant aux traits observables ici* y compris la naissance du doigt fixe et les tubercules
décrits.
Toutefois, on ne peut complètement éliminer l’éventualité de l’appartenance de ces
propodes à des représentants de la famille des Xanthidac Dana, 1851.
La découverte de nouveaux spécimens de propodes pourvus de leurs doigts permettra
peut-être, par la suite, d’aller plus loin dans les hypothèses.
II. DECAPODA sp.
(PI. II et III, fig. 1 à 4)
Douze pinces de Décapodes sont assez énigmatiques. Deux d'entre elles sont com¬
plètes, les propodes possédant leur doigt lixe et leur dactyle refermé. Deux autres sont des
propodes n'ayant conservé que leur doigt lixe presque complet, ce qui permet d’observer
T ornementation de la face interne de celui-ci. Les autres ne sont représentés que par le corps
du propode.
Description
Nous avons pris pour type le plus gros des deux propodes complets qui est également
le plus gros de tous les spécimens ù l’exception de l’un d’eux, mal conservé. Il s’agit d’une
pince gauche.
Dimensions (en millimètres) :
Longueur du corps du propode. 12,5
Largeur maximale... 13
Épaisseur maximale.. 8
Longueur du doigt fixe . 11
Largeur à la base du doigt fixe. 7,5
Largeur à l’extrémité du doigt fixe. 1
Epaisseur moyenne du doigt fixe. 6
Longueur du dactyle... 11,5
Largeur à In base du dactyle . 4
Epaisseur moyenne du dactyle . . .. .... 3,5
Extrémité du dactyle en pointe
Le propode est donc assez globuleux, la face externe étant assez fortement bombée,
la face interne l’est moins, mais elle porte dans sa région médiane, assez postérieurement,
une véritable bosse proéminente.
6
SYLVIE SECRETAX
Le doigt fixe est plus ou moins triangulaire sur sa face externe qui est couverte d’une
granulation plus accentuée que sur le reste du propode. La granulation est très atténuée,
presque nulle, sur la partie la plus renflée de ce dernier, sur sa face externe comme sur sa
face interne.
Le fiord supérieur du propode forme une légère crête émoussée, irrégulièrement tufier-
culée. Le contour de ce fiord présente un large décrochement par rapport à la surface arti¬
culaire dactylo-propodiale qui ne couvre qu’une partie de la largeur fiasale du propode.
Le bord inférieur est très arrondi, sans démarcation nette sur le passage d’une face
à l’autre.
Sur le doigt fixe, cette démarcation est plus nette, surtout en raison de la différence
d’ornementation, la tuberculisation étant pratiquement inexistante sur toute la surface
de la face interne.
Le dactyle est plus aigu et plus mince que le doigt fixe, et présente une légère crête
le long de son fiord supérieur. Tubercule sur sa face externe, il est presque lisse sur sa face
interne.
Les deux doigts, serrés l’un contre l’autre, ne laissent voir que le bord des faces
broyeuses.
Ces fiords sont marqués d’assez fortes dents régulières sur toute la longueur des doigts.
Sur le dactyle, chacune de ces dents s’accompagne extérieurement d’un petit trou bien
marqué, ou pore.
Enfin, le doigt fixe présente une caractéristique primordiale : il est incurvé légèrement
dans le sens supéro-inférieur et externe-interne.
La face broveuse des doigts, invisible sur le type, est partiellement observable, en ce
qui concerne le doigt fixe, sur un autre spécimen où sa base est conservée mais dont le
dactyle est absent (pi. 11).
L'ornementation de cette face broyeuse est la suivante. Des tubercules assez forts,
molariformes, subcarrés à leur base, sont alignés (on les observe de profil sur le type) départ
et d’autre de la surface centrale, le long des deux bords. Entre ces deux rangées, qui
deviennent jointives aux deux tiers de la longueur du doigt, s’insère une rangée médiane
de trois tubercules beaucoup moins élevés, qui se subdivise, vers la base, en un « pavage »
DÉCAPODES NOUVEAUX DU CRÉTACÉ SUPERIEUR DE BOLIVIE
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peu distinct, en retrait, si atténué que la zone basale centrale devient presque une surface
lisse.
La face broyetise du dactyle est inobservable, mais les bords qui affleurent sur les deux
échantillons où il est conservé, collé au doigt fixe, montrent une forte dent iodation, analogue
à celle du doigt fixe mais un peu plus protubérante encore.
Rapports et différences. — N’ayant pu rapporter avec certitude cette pince à aucun
genre, nous nous sommes aperçu qu elle présentait des traits communs avec nombre de
représentants des Décapodes.
Parmi les groupes qui présentent des possibilités d’appartenance nous citerons les sui¬
vants, par ordre de probabilité croissante.
MACROURES
PARASTACIDAE Huxley, 1878
La forme générale des doigts pointus, l’orientation articulaire du dactyle, l’incurva¬
tion des bords du propode ne permettent pas de les écarter définitivement. Bien que cer¬
tains possèdent des pinces relativ eruenl globuleuses, il est rare île trouver dans cette famille
des représentants dont le prnpotlc est proportionnellement aussi court et épais. Nous avons
pourtant pu constnler sur des espèces ncluclles que. les variations individuelles sont impor¬
tantes, mais nous considérons comme improbable que les spécimens boliviens doivent leur
être rapportés, l’habitat dulcicole actuel de cette famille augmentant cette improbabilité.
BRACHYOURES
GRAPSIDAE Maclay, 1838
Les proportions générales de ees pinces, et, surtout, le plan d’orientation de l’articu¬
lation daetylo-propodiale concordent avec celles que présentent certains représentants
actuels de la famille des Grapsidae, le genre Sesarma Say, 1817, par exemple, connu à l’état
fossile en Amérique du Sud, au Tertiaire.
Mais les spécimens boliviens en diffèrent par l'incurvation des doigts, l’épaisseur du
doigt fixe et la crête du bord supérieur du propode.
[On doit aussi, parmi les Braehyourcs, considérer les Oxyrhynques qui présentent habi¬
tuellement des propodes allongés et grêles mais dont certains Pisinés actuels des côtes bré¬
siliennes, encore non déterminés (collections de Zoologie du Muséum d’Histoire naturelle),
possèdent curieusement une pince courte et globuleuse qui, sans être entièrement conforme
à celles que nous étudions, ne montre pas, au niveau de la famille, d’incompatibilités réelles
d’appartenance.)
8
SYLVIE SECRETAN
AN O MOU RE S
PAGURIDAE Latreille, 1802
Sous-famille Diogeninae Ortmann, 1892
C’est, d’un certain nombre de représentants de cette sous-famille, du genre Diogenets
Dana, 1850, que les pinces d’Lsquena se rapprochent le plus. KUes n'en diffèrent,, en réalité,
que par l'orientation de l’axe d'articulation dactylo-propodialc et earpo-propodiale. L’une
et l'autre sont presque droites chez l'exemplaire bolivien. Elles sont toujours très obliques
chez les Diogeninae. En ce qui concerne la seconde articulation, earpo-propodiale, cette
disposition oblique constitue un caractère pratiquement absolu de la superfamille des
Paguroidea. De plus, la sous-famille des Diogeninae est totalement inconnue, en Amérique
du Sud, dans la nature actuelle.
Mais l’homologie de tous les autres caractères, y compris l’ornementation de la face
interne du doigt, est telle que, si la logique nous oblige à ne pas en tenir compte, nous ne
pouvions omettre de la signaler.
AEGLIDAE Dana, 1852
Le genre Aegla est représenté actuellement par de nombreuses espèces en Amérique
du Sud.
Parmi elles, plusieurs espèces, celles dont les doigts présentent une simplification de
l’ornementaLion, sont proches îles spécimens étudiés ici.
Les proportions générales, la forme du contour des doigts, l’épaisseur du propode, la
granulation, rendent probable leur rattachement à cette famille. Lin caractère augmente
cette probabilité, le décrochement latéral de la crête du bord supérieur du propode, décro¬
chement très accentué chez la majorité des espèces d’Arg/«, mais plus atténué dans une
minorité de cas, et semblable, alors, à celui des spécimens boliviens.
La grande richesse de l’Amérique du Sud actuelle en Aeglidae joue en faveur de ce
rapprochement. Par contre, leur mode de vie dulcieole pose un problème dans le cas qui
nous occupe.
En dépit de ceci, nous devons retenir cette famille comme étant la plus susceptible
d’avoir renfermé, au Cénomanien, en Bolivie, une espèce présentant des pinces semblables
à celles que nous nous efforçons d’étudier.
Conclusion
Les éléments de faune recueillis à Esquena nous laissent dans l’incertitude en raison
des difficultés de détermination pour une partie de son contenu. Ces difficultés sont tou-
DÉCAPODES NOUVEAUX DU CRÉTACÉ SUPÉRIEUR DE BOLIVIE
9
jours importantes lorsque l’on ne ilis-pqse que de pinces. Mais dans le cas présent, nous
l’avons vu, les interprétations possibles sont d’une grande diversité.
Le fait que l'interprétation la plus satisfaisante joue en faveur des Aegtidae pose le
problème, de la salinité : les Aeglidae connues sont duleieoles alors que le gisement d’Es-
quena est, typiquement marin. Cependant, il n’est pas impossible qu’au Crétacé supérieur
une branche ancestrale de Cette famille ail possédé des espèces vivant en eao salée.
En considérant le fait que le milieu uriginel des Décapodes est l'eau de mer, la vie
dulcicole de certains d'entre eux est une adaptation secondaire qui peut, parfois,
être relativement récente. Parmi les Brachyoures, à l'exception des Potamoràdee qui se
reproduisent en eau douce, toutes les espèces duleieoles regagnent la mer au moment de
la reproduction.
Il n’est donc pas invraisemblable de considérer notre éventuel « Psmdoaegla » boli¬
vien comme un ancêtre marin d’une famille secondairement adaptée à la vie en eau douce.
De plus, la configuration du gisement; rendrait plausible, semble-t-il, la proximité d’un
rivage, avec des possibilités de vie en eau saumâtre de ces animaux dont les restes, par
ailleurs, ont pu être transportés à quelque distance de leur lieu d existence.
Quant aux rapports assez étroits que nous constatons, grâce à ces derniers échan¬
tillons, entre les pinces du genre Aegla et celles du genre IHogvnex, puisque l'espèce boli¬
vienne se rapproche de Fun et de l'autre, ils ne sont pas très surprenants car les Acglidae
et les Paguridae présentent certains traits communs dans le reste de leur organisation.
Des spécialistes de Pagures ont relevé ces rapports et des études sont en cours.
Il faut donc espérer que des carapaces accompagnées de pinces semblables à celles
que nous avons décrites seront un jour recueillies et l'un pourra alors vérifier laquelle des
propositions émises plus haut devra être retenue, Mais cet. espoir risque fort de ne jamais
se réaliser s’il s’agit bien d’une forme proche des deux derniers genres, et principalement
des Pagures, car ils possèdent justement une carapace fragile, peu ou pas calcifiée, et dont
les chances de fossilisation sont, très minces.
RÉFÉRENCES RIBLIOGRAPIIIQUES
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Bd. 10 : J 44-183, 7 Fig.
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Schmitt, N. L., 1942. — Some remarks on the endemic South American freshwater crustaceans
Aegla laevis (Latreille). Proc. Sth. Amer. Sci. Congr., 3 : 491-492.
Manuscrit déposé le 9 décembre 1971.
PLANCHE I
Fig. 1. — Dynomenopsis branisai nov. gen., nov. sp. (X 6).
Fig. 2. — Dynomenopsis branisai nov. gen., nov. sp.
c., lobe cardiaque ; e.b., lobe épibranchial ; e.g., lobe épigastrique ; h., lobe hépatique ; lobe intestinal ;
mes.b., lobe méso-branchial ; met.b., lobe méta-branchial ; m.g., lobe méso-gastrique ; p.g., lobe pro¬
togastrique ; u.g., lobe urogénital.
PLANCHE I
12
SYLVIE SECRETAN
PLANCHE II
Fig. 1. — Propode gauche (X 6). Face externe.
Fig. 2. — Propode gauche (X 6). Bord inférieur.
Fig. 3. — Propode gauche (x 6). Face interne.
Fig. 4. —- Propode gauche (X 6). Bord supérieur.
PLANCHE II
14
SYLVIE SECRETAN
PLANCHE III
Fig. 1. — Propode gauche (x 6 env.). Face externe.
Fig. 2. — Propode gauche (X 6 env.). Face interne.
Fig. 3. — Propode gauche (X 6 env.). Bord supérieur.
Fig. 4. — Propode gauche (X 6 env.). Bord inférieur.
PLANCHE III
IMPRIMERIE
Achevé d’imprimer le 30 décembre 1972.
NATIONALE
2 564 002 5
Recommandations aux auteurs
Les articles à publier doivent être adressés directement au Secrétariat du Bulletin du
Muséum national d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris. Ils seront accompa¬
gnés d’un résumé en une ou plusieurs langues. L’adresse du Laboratoire dans lequel le
travail a été e.lîectué figurera sur la première page, en note infrapaginale.
Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto
seulement. Pas de mots eu majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres
et d’espèces soulignés d’un trait).
Il convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux
compliqués devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme une figure.
Les références bibliographiques apparaîtront selon les modèles suivants :
Bauchot, M.-L., J. LIaget, J.-C. Hureau et Th. Monod, 1970. — Le problème des
« auteurs secondaires » en taxionomie. Bull. Mus. Hist. nat., Paris, 2 e sér., 42 (2) : 301-304.
Tiisbergen, N., 1952. — The study of instinct. Oxford, Clarendon Press, 228 p.
Les dessins et cartes doivent être faits sur bristol blanc ou calque, à l’encre de chine.
Envoyer les originaux. Les photographies seront le plus nettes possible, sur papier brillant,
et normalement contrastées. L’emplacement des figures sera indiqué dans la marge et les
légendes seront regroupées à la fin du texte, sur un feuillet séparé.
Un auteur ne pourra publier plus de 100 pages imprimées par an dans le Bulletin,
en une ou plusieurs fois.
Une seule épreuve sera envoyée à l’auteur qui devra la retourner dans les quatre jours
au Secrétariat, avec son manuscrit. Les « corrections d’auteurs » (modifications ou addi¬
tions de texte) trop nombreuses, et non justifiées par une information de dernière heure,
pourront être facturées aux auteurs.
Ceux-ci recevront gratuitement 50 exemplaires imprimés de leur travail. Ils pourront
obtenir à leur frais des fascicules supplémentaires en s’adressant à la Bibliothèque cen¬
trale du Muséum : 38, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, 75005 Paris.