ISSN 0181-0642
BULLETIN
du MUSÉUM NATIONAL
d’HISTOIRE NATURELLE
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
SECTION C
sciences de la terre
paléontologie
géologie
minéralogie
4« SERIE T. 8 1986 N° 1
Janvier-Mars 1986
BULLETIN
du
MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
57, rue Cuvier, 75005 Paris
Directeur : Professeur E. R. Brygoo
Section C : SCIENCES DE LA TERRE
Directeur : L. Ginburg.
Rédactrice : P. Dupérier.
Comité scientifique : J. Aubouin (Paris), R. G. C. Bathurst (Liverpool),
W. H. Berger (La Jolla), Y. Coppens (Paris), B. Cox (Londres), D. S. Cro-
NAN (Londres), J. Fabriès (Paris), H. de Lumley (Paris), W. R. Riedel
(La Jolla).
Un Comité de rédaction examine tous les manuscrits reçus et nomme des rap¬
porteurs.
Fondé en 1895, le Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle est devenu à partir de 1907 :
Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Des travaux originaux relatifs aux diverses
disciplines scientifiques représentées au Muséum y sont publiés. Il s’agit essentiellement
d’études de Systématique portant sur les collections conservées dans ses laboratoires, mais
la revue est également ouverte, depuis 1970 surtout, à des articles portant sur d’autres
aspects de la Science : biologie, écologie, etc.
La /" série (années 1895 à 1928) comprend un tome par an (t. I à 34), divisé chacun en
fascicules regroupant divers articles.
La 2^ série (années 1929 à 1970) a la même présentation : un tome (t. 1 à 42), six fasci¬
cules par an.
La 3^ série (années 1971 à 1978) est également bimestrielle. Le Bulletin est alors divisé
en cinq Sections et les articles paraissent par fascicules séparés (sauf pour l’année 1978
où ils ont été regroupés par fascicules bimestriels). Durant ces années chaque fascicule est
numéroté à la suite (n“’ 1 à 522), ainsi qu’à l’intérieur de chaque Section, soit : Zoologie,
n°® 1 à 356 ; Sciences de la Terre, n°' 1 à 70 ; Botanique, n°* 1 à 35 ; Écologie générale,
n"® 1 à 42 ; Sciences physico-chimiques, n°* 1 à 19.
La 4' série débute avec l’année 1979. Le Bulletin est divisé en trois Sections : A : Zoolo¬
gie, biologie et écologie animales ; B ; Botanique, biologie et écologie végétales, phyto¬
chimie (fusionnée à partir de 1981 avec la revue Adansonia) ; C : Sciences de la Terre, paléon¬
tologie, géologie, minéralogie. La revue est trimestrielle ; les articles sont regroupés en
quatre numéros par an pour chacune des Sections ; un tome annuel réunit les trois Sec¬
tions.
S’adresser :
— pour les échanges, à la Bibliothèque centrale du Muséum national d’Histoire naturelle,
38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris, tél. 43-31-71-24 ; 43-31-95-60.
— pour les abonnements et achats au numéro, au Service de vente des Publications du
Muséum, 38, rue Geoffroy Saint-Hilaire,, 75005 Paris, tél. 43-31-71-24 43-31-95-60.
C.C.P. Paris 9062-62.
— pour tout ce qui concerne la rédaction, au Secrétariat du Bulletin, 57, rue Cuvier,
75005 Paris, tél. 45-87-19-17,
Abonnements pour l’année 1986 (Prix h.t.)
Abonnement général ; 1320 F.
Section A : Zoologie, biologie et écologie animales ; 820 F.
Section B : Botanique, Adansonia : 380 F.
Section C ; Sciences de la Terre, paléontologie, géologie, minéralogie : 260 F
Numéro dUnscripdon à la Commission paritaire des publications et agences de presse ; 1405 AD
BULLETIN DU MUSEUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
4' série, 8, 1986, section C (Sciences de la terre. Paléontologie, Géologie, Minéralogie), n" 1
SOMMAIRE — CONTENTS
A. Lauriat-Rage. — Les Bivalves du Pliocène de Normandie. 3
Bivalvia front the Pliocène of Normandie.
Y. Dauphin. — Microstructure des coquilles de Céphalopodes : la partie apicale de
Belopterina (Coleoidea). 53
Microstructure of the Cephalopoda shells : the apical part of Belopterina (Coleoidea).
S. Wenz et A. W. A. Kellner. — Découverte du premier lonoscopidae (Pisces,
Halecomorphil) sud-américain, Oshunia brevis n. g., n. sp., dans le Crétacé infé¬
rieur de la Chapada do Araripe (nord-est du Brésil). 77
Discovery of the first south american lonoscopidae (Pisces, Halecomorphi), Oshunia bre¬
vis n. g., n. sp., from the lower Cretaceous of the Chapada do Araripe (northeastern Bra-
zil)-
M. Christophe Michel-Lévy. — Étude comparative des chondrites carbonées
d’Allende et de Léoville. 1. Minéralogie, pétrographies, chimie. 89
Comparative study of the Attende and Leoville carbonaceous chondrites.
Bull. Mus. uulii. Hisl. nul., Paris, 4' sér., 8, 1986,
section C, 11 “ 1 : 3-51.
Les Bivalves du Pliocène de Normandie
par Agnès Lauriat-Rage
Résumé, — Cette étude des Bivalves du Pliocène de Normandie est la première d'une série de
quatre article.s traités par des auteurs différents. Les prochains articles concerneront les Foraminifères
(Y. Le Calvez), les Bryozoaires (È. Buge). les Gastéropodes (Ph. Brébion). Trente gisements (sonda¬
ges et forages) allant jusqu’à 93 m de profondeur, répartis dans les bassins de Carentan (26) et de
Saint-Sauveur-le-Vicomte (4), ont été retenus et permettent de distinguer trois subdivisions principales
dans le Pliocène ; Pliocène I, à caractère chaud (deux niveau.x). Pliocène II, intermédiaire, pauvre en
fossiles, mais représenté dans les deux bassins (un niveau). Pliocène III, à cachet plus nordique (deux
niveaux qui se caractérisent par des associations fauniques bien différenciées). L'étude des Bivalves
porte sur onze gisements ; quarante-six prélèvements (ou échantillons) de sondages et forages ont été
examinés en détail. Megacardita siriatissima et Astarie (AJ onialii omulii font l’unité du Pliocène de la
Manche. Le Pliocène 1 (débutant à environ — 5,3 M. A.) était déjà connu en Haute-Normandie
(Fécamp) et a été retrouvé à la base de la coupe de la Gathe prés Saint-Sauveur-le-Vicomte. La plu¬
part des nouveaux gisements se répartissent dans le Pliocène 11! (avant et après — 3 M. A.), ancienne¬
ment connu en Basse-Normandie à Gourbesville et tout récemment découvert à Cricqueville-en-Bessin
(niveau inférieur) : le Bosq d’Aubigny correspond au niveau supérieur. Yoldia (YJ ohlongoides du
Plio-Pléistocène anglais et hollandais, ainsi que Nucula W.) lenuis et Nuculana (N.) minuta, immi¬
grants arctiques, caractérisent le niveau supérieur. Le passage Plio-Pléistocène est indiqué par la pré¬
sence simultanée de Nuculana (Lj pella, originaire du Pliocène méditerranéen et relique dans ce
niveau en Normandie, et Aciia (T.J cobboldiae, qui se prolonge ensuite pendant tout le Pléistocène
inférieur.
Abstract, — This study on Bivalvia is the first of a sériés of articles dealing with ihe marine Plio¬
cène faunas from Normandie, north-western France (further papers will be on the Foraminifera by
Y. Le Calvez, the Bryozoa by É. Buge and the Gasiropoda by Ph. Bhêbion). Thirty localities (lhat is
drillings, one of them having reached a depth of 93 m) from the basins of Carentan (26 localities) and
Saint-Sauveur-le-Vicomte (4 localities) hâve been selected and the study of three-fold subdivisions
within the Pliocène : Pliocène 1 of a warm pattern (with two levels), Pliocène 11 of an intermediate
pattern (with only one level). Pliocène 111 of a more northern pattern (with Iw'o levels equaled with
two épisodes separated by a climatic change corresponding to an aggravation of the climatic dégrada¬
tion). Each subdivision is characterized by a faunal assemblage. Eleven localities arc concerned by Ihis
study on Bivalvia. Fotty six samples from drillings conte from these localities and hâve been iho-
roughly studied. Megacardita striaiissima and Astarte (AJ ornulii omalii constilute a unifying élément
of the Channe! area Pliocène. The Pliocène 1, the base of which is dated about — 5.3 M. Y., was
already known in Haute-Normandie, at Fécamp ; it has been found in Basse-Normandie, in the iower
beds of the La Gathe outerop, near Saint-Sauveur-le-Vicomte. Although poor in localities and faunas,
the Pliocène II has been found in the two basins of Basse-Normandie. Most of the new'ly discovered
localities belong to the Pliocène 111. The Iower level of this subdivision is anierior lo the climatic
change ; it was previously known in Basse-Normandie at Gourbesville and in a recently discovered
locality (Cricqueville-en Bessin) ; the upper level ha.s been found at Le Bosq d’Aubigny, in Basse-
Normandie too. Yoldia (Y,) ohlongoides, previously known only in the English and Dutch Plio-
Pleistocene, as well as Nucula (N.) lenuis and Nucula (N.) minuta, two arctic immigrants, are charac-
terised of the upper level. The Plio-Pleistocene transition is indicated by the simultaneous occurence of
Nucula (L.) pella (immigrant from the mediterranean Pliocène and a relict here) and AcUa (TJ cob¬
boldiae lhat hâve survived in the early Pleisiocene.
— 4 —
Mots-clés. — Bivalves — Pliocène — Pléistocène — Normandie — Stratigraphie — Paléobiogéo¬
graphie.
A. Lauriat-Rage, Institut de Paléontologie et UA 12 du CNRS, 8, rue Buffon, 75005 Paris.
A VERTISSEMENT
Ce travail est le premier d’une série de publications sur les faunes marines récemment
découvertes dans le Pliocène de Normandie (fig. 1). En effet, seront traités les groupes zoo¬
logiques suivants : Foraminifères (Y. Le Calvez), Bryozoaires (É. Buge), Bivalves (A.
Lauriat-Rage), Gastéropodes (Ph. Brébion). L’origine de ces faunes revient au Professeur
Cl. Pareyn qui a entrepris plusieurs campagnes de sondages et forages (BRGM, SGEI,
etc.), de 1965 à 1984, dans le cadre de la recherche de l’eau dans le seuil du Cotentin. Ces
nombreux sondages et forages ont conduit à une connaissance géologique approfondie de la
région, révélant notamment l’existence de séries fossilifères de grande épaisseur et mettant
par là en évidence une importante activité néotectonique au Pliocène et au Pléistocène
(Pareyn, 1980). Ainsi se trouvent bouleversées les conceptions que l’on avait jusqu’alors
sur la géologie de cette région (Pareyn, 1984). La richesse en fossiles des nombreux prélè¬
vements (échantillons) nous a permis de réaliser une vaste étude paléontologique sur les fau¬
nes de la Manche et nous remercions très vivement le Professeur Cl. Pareyn qui nous a
confié le matériel, préparé dans son laboratoire.
Fio. 1. — Carte générale de la Basse-Normandie ; en cartouche, situation de Fécamp en Flaute-Normandie par
rapport à la région étudiée.
— 5 —
Nous étudierons successivement le Pliocène (les quatre notes annoncées) et le Pléisto-
cène (quatre autres notes par les mêmes auteurs). A la fin de chaque série, nous publierons
une note de synthèse sur le Pliocène et ensuite sur le Pléistocène. Par ailleurs, certains
aspects particuliers pourront être traités individuellement ou en collaboration.
Devant l’abondance des sondages et forages, nous avons été amenés à faire une sélec¬
tion des séquences les plus épaisses et (ou) les plus riches en fossiles (microfaune et macro¬
faune). Certaines séquences présentent un grand intérêt, car elles recoupent des époques dif¬
férentes, Miocène et Pliocène ou encore Pliocène et Pléistocène, ces dernières montrant net¬
tement le passage Plio-Pléistocène. Nous avons choisi de classer dans l'étude du Pliocène
certains gisements qui se trouvent à la limite des Pliocène et Pléistocène, comme l'attestent
les Foraminifères (Y. Lfi Calvez, note en préparation). Le cadre stratigraphique retenu est
celui donné à la fois par les résultats des recherches géologiques (superposition de plusieurs
niveaux à la Gathe, par exemple) et ceux fournis par la datation des terrains au moyen des
faunes, l’ensemble aboutissant naturellement à la reconnaissance et à la définition de forma¬
tions (nombreux échanges de vue entre participants à cette étude et Pareyn, 1984, tabl. p.
222 ).
En ce qui concerne le Pliocène, sujet de la présente note, la plupart des formations
géologiques ont été également reconnues par les Foraminifères qui sont les plus nombreux et
qui présentent des associations caractéristiques (Y. Le Calvez, note en préparation) et, à un
degré moindre parfois, par la macrofaune. Nous proposons, d’après les faunes, et en corré¬
lation avec les étages de la chronologie anglaise, un découpage du Pliocène en trois parties
(tabl. I).
Tableau 1. — Position stratigraphique des principales localités du Néogène et du Pléistocène inférieur
de Normandie.
EPOQUES
BASSE-NORMANDIE
HAUTE-NORMANDIE
CHRONOLOGIE ANGLAISE
PLEISTOCENE
St-Sauveur-de-Pierrepont
Icénien
Newbournien
passage
PLIO-PLEISTOCENE
Waltonien
g PLIOCENE III
U
ü
PLIOCENE II
)—1
le Bosq d’Aubigny
Cricqueville-en-Bessin
(* Gourbesville)
la Brumannérie
Gedgravien
PLIOCENE I
la Gathe (Selsouëf)
les Bohons
Fécamp, Valmont
MIOCENE
Bléhou^ Picauville
— 6
On appellera gisements les différents points de sondages ou forages. Les gisements plio¬
cènes retenus (tous situés dans le département de la Manche) sont au nombre de trente,
vingt-six dans le bassin de Carentan (fig. 2) et quatre dans le bassin de Saint-Sauveur-le-
Vicomte (fig. 3). Les gisements seront donc numérotés de 1 à 30, numéros que nous utilise¬
rons, pour simplifier, dans le texte ; mais ces gisements portent en plus, pour mémoire,
entre parenthèses, un numéro qui correspond à leur dénomination primitive, numéro pré¬
cédé d’une lettre indiquant le mode d’extraction des sédiments fossilifères (S = sondage,
T = sondage à la tarière, F = forage). La numérotation de 1 à 30 suit un regroupement
par commune ; dans le titre, chaque gisement est complété par le nom d'un heu-dit ou de
toute autre précision géographique. Nous donnons ici la liste des gisements, ainsi que la
profondeur des sondages ou forages et le niveau des couches étudiées :
Bassin de Carentan (Manche)
— Gisement n“ 1 ( = T. 47), Auxais (ruisseau Bucaille) ; profondeur : 17 m ; niveau de la couche
étudiée : de 0 à 17 m ; (BRGM).
— Gisement n" 2 (= T. 56), Auxais (église ruinée) ; profondeur ; 30 m ; niveau de la couche étu¬
diée : de 0 à 30 m ; (BRGM).
— Gisement n° 3 (= S. 12), Raids (le Clos Castel) ; profondeur : 70 m ; niveau de la couche étu¬
diée : de 1 à 70 m ; (SGEl).
— Gisement n“ 4 ( = T. 32), Raids (village des Gardinières) ; profondeur : 30 m ; niveau de la
couche étudiée : de 0 à 30 m ; (BRGM).
— Gisement n” 5 (= T. 59), Marchésicux (la Varde 1) ; profondeur : 10 m ; niveau de la couche
étudiée : de 1,50 à 10 m ; (BRGM).
— Gisement n° 6 (= S.15), Marchésieux (la Varde 2) ; profondeur : 92 m ; niveau de la couche
étudiée : de 1 à 92 m ; (SGEl).
— Gisement n“ 7 (= T. 60), Marchésicux (Champeaux) ; profondeur : 7,50 m ; niveau de la cou¬
che étudiée : de 1,50 m à 7,50 m ; (BRGM).
— Gisement n° 8 (1976-1), Marchésieux (le Bosq d’Aubigny) ; profondeur : 78,50 m ; niveau de
la couche étudiée : de 40,10 à 78,50 m ; (SGEl).
— Gisement n° 9 ( = S. 17), Remilly-sur-Lozon (l’Angle) ; profondeur : 93 m ; niveau de la cou¬
che étudiée : de 0 à 93 m ; (.SGEl).
— Gisement n° 10, Remilly-sur-Lozon (l'Angle B) ; profondeur : 29 m ; niveau de la couche étu¬
diée : de 11,50 à 29 m ,• (SGEl).
— Gisement n° 11 (= S. 23), Remilly-sur-Lozon (château ruiné de Montfort) ; profondeur :
78 m ; niveau de la couche étudiée : de 24 à 75 m ; (SGEl).
— Gisement n° 12 (= S. 22), le Mesnil-Vigot (la Butte Saint-Clair) ; profondeur : 33 m ; niveau
de la couche étudiée ; de 3 à 12 m ; (SGEl).
— Gisement n° 13 (= S. 11), Carentan (le Mesnil) ; profondeur : 56 m ; niveau de la couche étu¬
diée : de 4 à 56 m ; (SGEl).
— Gisement n® 14 (= S. 7), Carentan (Saint-Julien 1) ; profondeur : 34 m ; niveau de la couche
étudiée ; de 4 à 20 m ; (SGEl).
— Gisement n° 15 (= T. 64), Carentan (Saint-Julien 2) ; profondeur :15m; niveau de la couche
étudiée ; de 1,50 à 15 m ; (BRGM).
— Gisement n° 16 ( = T. 67), Saint-Georges-de-Bohon (réserve de chasse de l’Ermitage 1) ; pro¬
fondeur : 16 m ; niveau de la couche étudiée : de 4,50 m à 16 m ; (BRGM).
— Gisement n° 17 (= S. 6), Saint-Georges-de-Bohon (réserve de chasse de l’Ermitage 2) ; profon¬
deur : 49 m ; niveau de la couche étudiée : de 6 à 49 m ; (SGEl).
— Gisement n° 18 (= S. 20, ex F, I), Saint-Georges-de-Bohon (réserve de chasse de
l’Ermitage 3) ; profondeur : 53 m ; niveau de la couche étudiée : de 8 à 53 m ; (SGEl).
— Gisement n° 19 ( = T .57), Saint-Georges-de-Bohon (la Meslerie) ; profondeur : 12 m ; niveau
de la couche étudiée : 1,50 à 12 m; (BRGM).
— 7 —
— Gisement n” 20 (= T. 55), Saint-Georges-de-Bohon (D. 97 vers le sud) ; profondeur : 24 m ;
niveau de la couche étudiée : de 5,80 à 24 m ; (BRGM).
— Gisement n” 21 ( = T. 73), Sainl-André-de-Bohon (est de Rougeville) ; profondeur ; 30 m ;
niveau de la couche étudiée : de 7,50 à 30 m ; (BRGM).
— Gisement n° 22 (= T. 71), Saint-André-de-Bohon (le Bosq) ; profondeur : 30 m ; niveau de la
couche étudiée : de 0 à 30 m ; (BRGM).
— Gisement n” 23 (= S. 4 bis), Saint-André-de-Bohon (l’Ange 1) ; profondeur : 60 m ; niveau
de la couche étudiée t de 1 à 54 m ; (SGEl).
— Gisement n" 24 (= T. 72), Saint-André-de-Bohon (l’Ange 2) ; profondeur ; 30 m ; niveau de
la couche étudiée : de 0 à 30 m ; (BRGM).
— Gisement n'" 25 ( = T. 65), Sainl-André-de-Bohon (le Quesney) ; profondeur : 30 m ; niveau
de la couche étudiée : de 0 à 30 m ; (BRGM).
— Gisement n" 26 (= T. 58), Saint-André-de-Bohon (la Bréchollerie) ; profondeur : 30 m;
niveau de la couche étudiée : de 0 à 30 m ; (BRGM).
Bassin de Saint-Sauveur-le-Vicomte (Manche)
— Gisement n” 27 (= S. 48), Rauville-la-Place (hameau Cauvin 2) ; profondeur : 27,20 m;
niveau de la couche étudiée : de 3 à 8,5 m ; (CETE).
— Gisement n“ 28 (= S.50), Rauville-la-Place (la Brumannerie 1) ; profondeur : 35 m ; niveau de
la couche étudiée ; de 5 à 24 m ; (Perrier).
— Gisement n° 29 ( = F. 52), Rauville-la-Place (la Brumannerie 2) ; profondeur : 52,50 m ;
niveau de la couche étudiée ; de 5 â 22,5 m ; (Perrier).
— Gisement n' 30 (= F. 25 B), Saint-Sauveur-le-Vicomte (la Gathe) ; profondeur : 66 m ; niveau
de la couche étudiée : de 9.75 à 62 m ; (Cinquin).
Comme nous le pratiquons depuis longtemps déjà (nombreuses noies en collaboration
sur le Redonien depuis 1970), chaque auteur traite de l’étude de sa spécialité paléontologi-
que, des points de vue biostratigraphique, paléobiogéographique (principalement paléoclima¬
tique) et paléoécologique. Une comparaison, en fonction des divers groupes zoologiques,
avec les gisements fossilifères du Pliocène, déjà connus dans la Manche, s’avère nécessaire.
En Basse-Normandie, nous avons retenu Gourbesville, le Mesnil-Vigot, Saint-Georges-de-
Bohon, le Bosq d’Aubigny, que l'on peut appeler « gisements des auteurs », étudiés jadis et
inventoriés (Lauriat-Rage, 1981 : 14 (fig. 1), 22 et 23), auxquels nous ajoutons maintenant
Cricqueville-en-Bessin, récemment publié (Pareyn et al., 1984). Par ailleurs, une étude paly-
nologique du gisement n° 8 (le Bosq d’Aubigny, 1976-1) a été effectuée par Clet (1984). En
Haute-Normandie, la riche faune de Fécamp (Bassompierre ei al., 1970 et 1972) et celle de
Valmont découverte par Caveeier et Kuntz (1974) mettent en évidence un Pliocène chaud
et ancien, qui pourra être corrélé avec le Pliocène 1 (Formation des Bohons ou de SelsouëO-
La chronologie anglaise nous ayant servi de base aux datations des séries pliocènes et
pléistocènes en Normandie, nous serons amenés à établir, même brièvement ici, des compa¬
raisons avec les faunes de la province nordique (Angleterre, Belgique, Pays-Bas) et, naturel¬
lement aussi avec celles du reste du Redonien (Pliocène du golfe ligérien). Tous ces aspects
seront développés plus en détail dans l’article de synthèse sur le Pliocène de Normandie où
nous essaierons aussi de voir comment la chronologie ailanto-nordique peut être corrélée
avec les subdivisions du Pliocène méditerranéen.
2 km
Carentan
.N St Georges”
Sainteny 20
St André ^ 23
de Bohon .
^ 9/10
Marchésieux
les Bosqs\
1 Remilly
« \ sur Lozon
» St Martin
d’Aubigny
^le Mesnil"^
Vigot
2. — Bassin de Carentan ; localisation de tous les gisements pliocènes (chaque numéro correspond à un gise
ment, voir texte p. 6 et 7).
— 9
Fig. 3. — Bassin de Saint-Sauveur-le-Vicomte : localisation de tous les gisements pliocènes (chaque numéro cor¬
respond à un gisement, voir texte p. 7).
INTRODUCTION
Les Bivalves du Pliocène du Cotentin proviennent de quarante-six prélèvements dans
onze gisements, huit pour le bassin de Carentan et trois pour le bassin de Saint-Sauveur-le-
Vicomte. Le matériel étudié ici a été pour une part préparé au Laboratoire de Géologie à
Caen et pour l’autre part extrait par mes soins de divers sacs de sédiments dans lesquels j’ai
pu également relever des Madréporaires isolés, des Bryozoaires, des Gastéropodes, des pla¬
ques de Chitons, des Échinides (fragments de test et de radioles) et de très nombreux Cirri-
pèdes. Malgré l’état le plus souvent fragmenté des valves. J’ai pu donner, pour chaque pré¬
lèvement, une liste exhaustive de la faune et cela grâce à l’abondance de certaines espèces
(nombreuses charnières ou tout autre fragment significatif de la coquille).
Liste des onze gisements pliocènes ‘ étudiés (fig. 2 et 3) :
— n° 1 (= T. 47), Auxais (ruisseau Bucaille) ;
— n° 4 (= T. 32), Raids (village des Gardinières) ;
1. Comme je l’ai annoncé dans ravertcssemeni, nous avons adopté de classer trente gisements du Cotentin
dans le Pliocène en suivant le cadre stratigraphique donné par les Foraminifères qui sont dans tous les cas (tous les
gisements et tous les prélèvements) les plus nombreux. L’unanimité n’ayant pu se faire en ce qui concerne l’âge de
certains gisements, j’ai clas.sé les gisements n'” I et 4, l’un dans le Pléislocène (base), l’autre à la limite Plio-
Pléistocène.
— 10 —
— n° 17
— n” 21
— n° 22
— n° 23
— n“ 25
— n“ 26
— n° 27
— n° 28
— n° 30
( = S. 6), Sainl-Georges-de-Bohon (réserve de chasse de l’Ermitage 2) ;
(= T. 73), Saint-André-de-Bohon (est de Rougeville) ;
(= T, 71), Saint-André-de-Bohon (le Bosq) ;
(= S. 4 bis), Saint-André-de-Bohon (l’Ange 1) ;
( = T. 65), Saint-André-de-Bohon (le Quesney) ;
( = T. 58), Saini-André-de-Bohon (la Bréchollerie) ;
( = S. 48), Rauville-la-Place (hameau Cauvin 2) ;
(= S. 50), Rauville-la Place (la Brumannerie 1) ;
(= F. 25 B), Saint-Sauveiir-le-Vicomte (la Gathe).
Les Bivalves de ces onze gisements représentent un matériel abondant et significatif
pour l’interprétation du Pliocène de la Manche. Mais, pour mémoire, je signale que dix-sept
autres gisements, parmi les trente au total, renferment aussi des Bivalves, soit brisés, soit
entiers (deux gisements seulement en sont complètement dépourvus). L’examen de ces gise¬
ments pourrait éventuellement faire l’objet d’une étude complémentaire et supposerait au
préalable de longues opérations de tri.
Chaque gisement sera étudié suivant le même plan ;
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune : mode d’extraction des
sédiments fossilifères (sondage, sondage à la tarière, forage) ; localisation des Bivalves dans
chaque coupe ; tableau donnant à la fois la liste systématique des espèces, les points exacts
de prélèvements, la répartition stratigraphique de ces espèces du Miocène à l’Actuel dans
l’Eurafrique, leurs domaines biogéographiques ainsi que leur origine et leur migration dans
le temps et dans l’espace (voir aussi Lauriat-Rage, 1981, Annexe 1, p. 189 et suiv.) ;
aspects faciologiques, description sommaire de la faune (espèces dominantes, taille, épais¬
seur, couleur, état de conservation des coquilles). J’appelle « prélèvements » les quarante-six
échantillons fossilifères, et « niveau » plusieurs prélèvements effectués dans un même
ensemble stratigraphique.
2. Signification de la faune : cette étude venant en complément de ma thèse sur les
Bivalves du Pliocène atlantique de France, j’ai d’abord recherché, dans les nouveaux gise¬
ments du Cotentin, les espèces à caractère pliocène, communes à la faune du Redonien
(Pliocène local habituellement désigné sous ce nom). Ces espèces sont soit apparues au Plio¬
cène en Europe ainsi que dans les golfes de la Loire et (ou) de la Manche (éteintes ou
actuelles), soit endémiques du Redonien, soit encore connues dans le Miocène supérieur de
domaines relativement éloignés (Méditerranée et province nordique — Pas-de-Calais fermé)
et ayant migré dans nos golfes au Pliocène. J’ai également souligné la présence (effective)
d’espèces signalées au Redonien dans la littérature seulement et dont j’ai dû tenir compte
(Lauriat-Rage, 1981 : 159 et suiv., especes marquées d’un astérisque). Enfin, j’ai indiqué
toutes les espèces nouvelles pour la région, en donnant pour chacune d’elles leur fréquence
dans le gisement (♦ rare, peu nombreuse, *** nombreuse, **** très nombreuse), leur
extension stratigraphique et leur distribution géographique précise. Toutefois, lorsque l’étage
recouvre un domaine biogéographique limité (exemple, le Gedgravien qui correspond au
Pliocène de l’East Anglia), je ne donne pas d’autres précisions ; ce sera presque toujours le
cas pour les étages nordiques de la chronologie anglaise à laquelle je me réfère.
J’analyse ensuite les espèces intéressantes des points de vue systématique et phylogénéti¬
que ; je détaille éventuellement leur signification biogéographique (principalement climati¬
que). En effet, le rôle du climat est très important dans la période — 5,3 M.A. — 1,8 M.A.
11
(la durée du Pliocène). 11 s’agit alors d’évaluer les variations climatiques à un moment où
les influences froides font leur apparition dans l’ouest de la France (migrations venues du
nord, parfois des régions arctiques). Lorsqu’une espèce est traitée en détail à propos d’un
gisement, il est fait ensuite référence à ce gisement. Pour terminer, je dorme une brève con¬
clusion stratigraphique ; âge du gisement par rapport au Pliocène européen (découpage en
trois parties) et, à la stratigraphie locale (Redonien), avec des équivalences pour le domaine
nordique.
Il est important de souligner ici que, dans la plupart des cas, je n’ai pu observer, dans
le détail, la succession des formations (Bohons, Selsouëf, Brumannerie, Gourbesville, Bosq
d’Aubigny) (tabl. I). Donc, hormis les gisements n" 21 (tabl. V) et n” 30 (tabl. XII), pour
lesquels les Bivalves mettent en évidence deux et trois niveaux et formations stratigraphiques
différents (aspect faciologique, espèces les plus récentes dans les prélèvements supérieurs), je
suis amenée à donner, pour tous les autres gisements, un âge global qui est fixé par les
espèces les plus récentes, même si celles-ci concernent les prélèvements les plus profonds.
Prenons le cas extrême ; une espèce significative à caractère récent, récoltée seulement dans
le prélèvement le plus profond, donnera l’âge du gisement (les couches fossilifères s’échelon¬
nant verticalement). Dans te travail de synthèse annoncé en début de note, j’essaierai, cha¬
que fois que cela sera possible, de caler mes résultats avec ceux fournis par l’étude des
Foraminifères, ceux-ci ayant presque toujours permis de reconnaître les diverses formations
(Y. Le Calvez, note en préparation). Toutefois, certains désaccords pourront subsister.
1. ÉTUDE PALÉONTOLOGIQUE DES GISEMENTS
Gisement n° 1 (= T. 47)
Auxais (ruisseau Bucaille)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction ; sondage à la tarière ayant fourni des Bivalves sur 3 m d’épaisseur,
entre 14 et 17 m de profondeur ; profondeur des points de prélèvements : 14-15 m ; 15-
17 m.
Les deux prélèvements renferment exactement les mêmes espèces et à peu près dans les
mêmes proportions : Nuculana (N.) minuta est la plus rare et Yoldia (Y.) oblongoides la
plus fréquente. Toutes les coquilles sont brisées à l’exception d’une valve de Nuculana (N.)
minuta provenant du prélèvement 15-17 m, et les fragments oscillent en moyenne entre 4 et
10 mm ; la couleur grise des débris coquilliers est dominante dans ce prélèvement, tandis
que d’assez grands fragments de Yoldia (Y.) oblongoides donnent une teinte plus brune au
prélèvement 14-15 m.
12 —
Tableau II. — Répartition des Bivalves du ruisseau Bucaille en fonction de la profondeur, avec
signification stratigraphique et biogéographique de chaque espèce.
RUISSEAU BUCAILLE
(gisement n® 1)
14 - 15 m
15 - 17 m
répartition
stratigraphique
domaines
biogéographiques
Nucuta (L.) aulaata Bronn
1
+ +
M P Q A
ma n
Acila (T.) cobboldiae (Sow.)
+ +
Q
n
Nuculana (N,) minuta (Mtg.)
+ +
P Q A
n
Yoldia (ï.) oblongoides [Mooà]
+ +
(P) Q
n
M = Miocène ; P = Pliocène ; Q = Pléistocène ; A = Actuel ; R = Redonien ; ( ) = rare ; ? = présence
incertaine ; — (lettre soulignée) = répartition stratigraphique limitée à un domaine seulement (voir répartition géo¬
graphique).
m = domaine méditerranéen; a= =domaine atlantique; t = faluns helvétiens (Touraine, Anjou, Bretagne);
n = domaine nordique ; r = mer redonienne ; ( ) = rare ; ? = présence incertaine ; - (lettre
soulignée) = domaine d’origine ; — (lettre soulignée) = répartition géographique limitée à un âge seulement (voir
répartition stratigraphique).
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : aucune.
Espèces nouvelles pour la région :
— Nucuta (L.) sulcala *** Helvétien, Italie — Actuel, des îles Lofoten à l’Angola et Méditerranée.
— Acila (T.) cobboldiae *** Newbournien — Icénien.
— Nuculana (N.) minuta ** Scaldisien, niveau Luchtbal — Actuel, Atlantique nord, Arctique, Paci¬
fique nord (Californie, Japon).
— Yoldia (Y.) oblongoides **** Lenitam Beds, Waltonien ; Newbournien-Icénien.
Caractérisé par un faciès à nucules, le gisement du ruisseau Bucaille renferme Acila (T.)
cobboldiae (pl. I, 10, 11), inconnue au Pliocène et facilement identifiable en raison de son
ornementation en chevrons. Pour cette raison, il est comparable aux gisements de Saint-
Nicolas-de-Pierrepont (Lauriat in Brébion et al., 1973-1974 ; 85) et de la région de Sain-
teny (note en préparation), que je classe dans le Pléistocène (Newbournien à Icénien).
Yoldia (Y.) oblongoides (= non rnyalis Couthoiiy) (pl. 1, 3-8) est aussi une espèce inté¬
ressante sur le plan stratigraphique, car, comme Acila (T.) cobboldiae, elle ne dépasse pas
le Pléistocène ancien (Icénien). En ce qui concerne la limite inférieure, elle abonde dans le
Newbournien. Toutefois, elle est signalée dans les Lenham Beds (Pliocène (?) d'Angleterre)
et j’ai récemment noté, dans les collections du British Muséum (N. H.), la présence d’un
— 13 —
fragment de cette espèce provenant du Waltonien de Walton-on-Naze (coll. R. Bell, 1888).
Yoldia (Y.) oblotigoides est bien représentée dans le gisement du ruisseau Bucaille, et recon¬
naissable à son test mince et lisse, souvent brillant (fines stries d’accroissement irrégulières)
et à sa charnière étroite en dépit d’un resilifer bien développé.
Inversement, les deux autres espèces nouvelles pour la région sont encore actuelles.
Quelques fragments de nucules, à test épais et présentant une costulation concentrique irré¬
gulière, se rapportent à Nucula (L.) sulcata (pl. 1, 7). Lorsque ces deux caractères morpho¬
logiques sont atténués, il peut y avoir confusion avec Nucula (N.) nucléus nucléus, mais
cette dernière est généralement de plus petite taille et de plus forte convexité ; par ailleurs,
les deux espèces cohabitent rarement et même s'excluent mutuellement. Nucula (L.) sulcata,
néogène et actuelle, est signalée en Atlantique dans le Tortonien du Portugal et le Pliocène
des Cornouailles (S’-Erth) et montre de nos jours une plus vaste répartition géographique.
Nuculana (N.) minuta, connue depuis le Scaldisien de Belgique et voisine de Nuculana (N.)
pernula (Millier) par sa forme et son ornementation, s'en distingue toutefois par une nette
discontinuité entre le bord ventral et la région anale (pl. 1, 8), délimitant bien celle-ci, alors
que chez la seconde le bord ventral se raccorde au bord anal suivant une courbure très
régulière (Wood, 1850 : pl. X, fig. 12 et 13) ; d’un point de vue stratigraphique, Nuculana
(N.) pernula apparaît plus tardivement, à l’icénien seulement. Remarquons l’absence de
Nuculana (L.) pella, si fréquente dans les gisements du Pliocène étudiés ci-après, et méridio¬
nale de nos jours.
En conclusion, la limite inférieure (Newbournien) et supérieure (Icénien) du gisement
du ruisseau Bucaille est donnée par Acila (T.) cobboldiae qui caractérise le Pléistocène
ancien. ,La limite supérieure est confirmée par la disparition de Yoldia (Y.) oblongoides.
ÂGE : Pléistocène ancien (base du Newbournien).
Gisement n° 4 (= T.32)
Raids (village des Gardinières)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction ; sondage à la tarière ayant fourni des Bivalves sur 22 m d’épais¬
seur, entre 8 et 30 m de profondeur ; profondeur des points de prélèvements : 8-12 m ; 12-
16 m ; 16-20 m ; 20-22 m ; 22-28 m ; 28-30 m.
Ce gisement se compose principalement de débris coquilliers de très petite taille (en
moyenne 3 à 7 mm) et peu abondants, donc souvent de détermination incertaine. Seule, une
valve de Pteromeris (C.) corbis (L = 6 mm), provenant du prélèvement 22-28 mm, est
entière et très bien conservée. Dans les prélèvements 20-22 m et 22-28 m, figurent quelques
gros débris (jusqu’à 20 mm) d'Ostrea (O.) edulis, et, dans le prélèvement 22-28 m, un gros
fragment (14 mm) d'Acila (T.) cobboldiae. Bien que les Taxodontes soient présents dans
tous les prélèvements, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’un faciès à nucules comme c’est le
cas pour le gisement n° 1 (ruisseau Bucaille) ; Nucula (N.) tenais ? (pl. l, 2-3) et Nucula
(L.) sulcata, nouvelles pour la région, sont rares, Nuculana (N.) minuta est absente, Yoldia
— 14 —
(Y.) oblongoides est peu fréquente et les autres éléments de la faune ne sont pas négligea¬
bles.
Tableau III. — Répartition des Bivalves du village des Gardinières en fonction de la profondeur,
avec signification stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres
voir tableau II.)
VILLAGE DES GARDINIERES
(gisement n°4)
8-12 m
B
sO
T
rq
16-20 m
20-22 m
22-28 m
28-30 ra
répartition
stratigraphique
domaines
biogéographiques
Nuauta (N,) tenuis (Mtg.)
7
?
?
P? Q A
a n
Huaula (L.) sulaata Bronn
+
MP Q A
ma n
Aoila (T.) aobholdiae (Sow.)
+
Q
n
Nucula (L.) pella (L.)
+
(M)P Q A
m a
ïoldia (Ï.J oblongoides (Wood)
+
+
+
+
+
(P) Q
n
StrioToa laatea (L. )
+
MP Q A
mat n
Aroidae
+
+
Mytilidae
+
Chlamys fC.J pusio (L.)
?
+
M _P_ Q A
mat n
Chlamys (A.) opevaularis (L.)
?
+
MP Q A
ma n
Chlamys sp.
+
Ostrea (0,) sdulis L.
+
+
MP Q A
ma n
Cardita (C.) aalyaulata (L.)
+
(M)P Q A
m a
Pteromeris (C.) corbis (Phil.)
+
MP Q A
mat n
Astarte (A,) sulaata sulaata (Da Costa)
+
Q A
ma n
Cevastoderma edule (L.)
+
+
+
P Q A
ma n
Spisula (S.) solida (L.) s.l.
+
+
P Q A
a n
Tellinidae
+
Airvj sp.
+
1
Hiatella (H.) arotioa (L.)
+
M P Q A
mat n
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Cerastoderma edule, Spisula (S.) solida
s. 1.
Espèces nouvelles pour la région :
— Nucula (N.) tenuis ? ** Gedgravien ? — Actuel, de l’Arctique à Gibraltar, Floride, Pacifique nord
(Californie, Japon).
— 15
— Nucula <N.) sulcata * Helvétien, Italie — Actuel, des îles Lofoten à l’Angola et Méditerranée.
— Acila (T.) cobboldiae ** Newbournien — Icénien.
— Yoldia {Y.) oblongoides *** Lenham Beds, Waltonien ; Newbournien-Icénien.
— Astarle (A.) sulcata sulcata * post-Redonien — Actuel, de l’Islande au Maroc atlantique et Médi¬
terranée,
Le mauvais état de conservation des coquilles ne permet pas de mener certaines déter¬
minations jusqu'au niveau souhaité. Mais, comme précédemment, la présence 6'Acila (T.)
cobboldiae me conduit à ranger ce gisement dans le Pléistocène ancien. Trois espèces sur
cinq sont actuelles. Précisons toutefois que la présence d’une Arcidae (charnière appartenant
à un individu de grande taille) et des deux Carditidae, toutes trois à caractère méridional,
plaide aussi en faveur d'un âge nettement plus ancien que l’Actuel. Une nucule voisine de
Nucula (N.) nucléus nucléus, à test mince, pourrait se rapporter à Nucula (N.) tenais ; cette
espèce actuelle a été signalée dans les Crags anglais, avec doute à partir du Coralline Crag
(Gedgravien) et se répartit aujourd’hui dans diverses provinces à l’échelle mondiale . Quel¬
ques valves de Nuculana (L.) pella, espèce méridionale, toujours fréquente dans le Pliocène
du Cotentin pour des raisons climatiques et définitivement absente des gisements franche¬
ment pléistocènes des bassins de Carentan et de Saint-Sauveur-de-Pierrepont (étude en
cours), tendent à prouver que le gisement du village des Gardinières se situe à la limite Plio-
Pléistocène et qu’il est un peu plus ancien que le gisement n° 1 (ruisseau Bucaille). Qu’il
s’agisse de gisements à caractère pléistocène (ruisseau Bucaille et village des Gardinières) ou
de gisements franchement pliocènes (les neuf autres étudiés ci-après), on remarquera
l’importance des Nuculidae et des Nuculanidae sur le plan stratigraphique. Par ailleurs,
Astarle (A.) sulcata relaie, au Waltonien ou après le Waltonien, Astarte (A.) sulcata redo-
nensis du Redonien. 11 est impossible de préciser, dans le cas de ce gisement, si l’on a
affaire à Spisula (S.) solida ovalis (stade ancestral) ou à Spisula (S.) solida solida (stade
moderne), l’espèce étant trop fragmentée.
En conclusion, ce gisement, qui doit être rattaché au Pléistocène par la seule présence
de Acila (T.) cobboldiae. est vraisemblablement très proche de la limite Plio-Pléistocène,
compte tenu des indications données par Nuculana (L.) pella.
ÀOE r limite Plio-Pléistocène.
Gisement n° 17 (= S. 6)
Saint-Georges-de-Bohon (réserve de chasse de l’Ermitage 2)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction : sondage ayant fourni des Bivalves sur 23 m d’épaisseur, entre 26 et
49 m de profondeur ; profondeur des points de prélèvements : 26 m ; 33 m ; 35 m ; 38 m ;
39 m ; 41 m ; 43 m ; 45 m ; 47 m; 49 m.
On ne relève guère de variations fauniques importantes entre les onze points du son-
Tableau IV. — Répartition des Bivalves de la réserve de chasse de l’Ermitage 2 en fonction de la
profondeur, avec signification stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification
des lettres voir tableau II.)
/
RESERVE DE CHASSE DE L'ERMITAGE 2
(gisexnent ti*17)
a
sO
CM
33 m
B
irt
B
en
E
GO
en
B
os
en
B
a
en
S
m
B
P>.
S
Ov
MT
répartition
stratigraphique
domaines
biogêographiques
Nuaula (H.J nuaîeus nuaîeua (L,)
+
+
+
+
+
4
4
4
4
M P Q A
m a
n
Kuautana (H,) m'nuta (Mcg.)
4
P Q A
n
Nuoulana (L.) palla (L.)
+
+
+
+
+
■f
4
4
4
(M)r Q A
m a
ïoldia (Y.) oblortffoides (Wood)
+
(P)Q
n
Barbatia (B>) havbata (L.)
+
+
4
4
4
M P Q A
m a
t(n)
Bax>batia (A.) clathrata (De£r,)
+
+
+
M P Q A
m a
t(n)
Stritu*aa laatea (L.)
+
+
+
+
+
4-
4
4
4
4
M P Q A
m a
t n
Limopsis (P,) anomala ooxi Glib.& V.de P,
+
+
P
a
n
Limopsis (P,) raaiaa (Defr.)
+
+
+
+
+
4
4
4
4
4
M P
m a
t
Glÿaÿmerie {G^) ap.
+
+
4
4
Mytilïdae
+
+
+
+
4
4
4
4
4
Chïamya TC,) pn&io (L.)
+
+
+
+
+
4
4
4
4
4
MP Q A
m a
t n_
Chlanys (C,! <>cana (L.)
+
4
4
4
4
M F Q_ A
m a
n
Chtamya (A*) operculopia (L.)
+
+
+
+
+
4
4
4
M F Q A
m a
n
Chlamys (A,) radians (Nysc)
?
?
M P Q
m a
t n
Chlca^Q ap.
+
Lima (L,} lima (L.)
+
+
4
M P Q A 1
m a
t n
limaria hiana (Gmel,)
?
(M)P Q A !
m a
n
Oairea (0,) aàulis L,
+
•f
4
4
4
4
M P Q A
m a
n
Pay*viluûina (M.) dentata (Defr.)
+
4
_M P
m a
c n
Luoinoma boral^is (L,)
+
M P q A
m a
n
Laainidae
4
4
Chôma (P, ) gryphoidea L,
4
_M P Q A
m a
t n
Chôma ep.
4
Cardita (C,) elongata Bronn
?
M P Q
m a
t
Cardita (C.) calyculata (L.)
+
+
+
+
4
4
(M)P Q A
m a
Glana iG, f aoulaata orpta (Chav.& Coat.)
+
4
4
P Q?
a
n
Ftenmsris l'C.J oorbia (Phil.)
+
+
+
4
4
4
4
M P Q A
m a
t n
f^gaaardîta at7*iati8ffij7)a (Caill.)
+
+
+
+
+
4
4
4
4
P Q?
a
Aatarte (Ai) auloata T&djjnéHeie L.~Rage
•f
+
4
4
R
r
Aatax'ta (D.) obViquata obliquota Sow.
+
4
P Q
a
n
Aatarte (D,) exfuiwna tgxOTd’i’ens Wood
+
P
a
n
Aatorte ap,
+
+
4
Ûigitaria digitaria (l,) forma lanaeotata
+
4
4
R
r
FarVicavdium (F, ) papitloaum (Poli)
+
M P Q A
m a
t n
Ceraetojetmi edule (L.)
+
P Q A
m a
n
Spieula (S.) eoHda avalis (Sow.)
+
+
+
4
P Q
a
n
Gpiauta (S.} aubtrunaata triangula (Ren.)
+
?
4
4
M P
m a
t n
Spiauî-a Bp.
4
Zt'ws (I.) irua (L.)
4
M _P_ Q A
m a
t n
Tapetirnae
+
Veneridaa
4
Corbula (V.) gibba gibba (01.)
+
+
+
+
+
+
4
4
4
4
4
M P Q A
m a
t n
Riatella { H .) aratioa (L.)
+
+
4
M P Q A
m a
t n
17 —
dage. Seul, le prélèvement à 38 m est très pauvre en espèces. Tous les autres prélèvements
ont à peu près les mêmes proporlions de Pteriomorphia et d’Heterodonta, avec un nombre
variable d’espèces (13 à 22, une fois seulement 8 espèces). La plupart des valves sont cassées
et calibrées de 5 à 20 mm ; citons BarbaCia, Glycymeris, Chlamys, Cardita, Spisula. Les
fragments sont inégalement usés. Les valves entières et de petites dimensions (4 à 7 mm)
reviennent soit à des espèces de petite taille, telles Siharca lactea, Pteromeris (C.) corbis,
Digitaria digitaria forma lanceolata (pl. IV. 2), Plagiocardium (P.) papillosum, soit à des
formes juvéniles, principalement de Nucula (N.) nudeus nudeus, Barbatia (B.) barbata,
Limospsis (P.) recisa (pl. II, 2) ou occasionnellement û'Astarte (D.) obtiquata obliquata
(pl. III, 4) ; Nucula ei Limopsis sont aussi représentés par des individus entiers de plus
grande taille. Les valves entières montrent le plus souvent un faible degré d’usure ; toute¬
fois, certaines d’entre elles sont de toute évidence roulées.
Les Pteriomorphia dominent en nombre d’espèces et d’individus dans la moitié des pré¬
lèvements et sont toujours présents dans les autres. Parmi les Arcoida, plusieurs familles
(Nuculidae, Nuculanidae, Arcidae, Limopsidae, Glycymerididae) sont représentées par une
ou deux espèces : Striarca lactea est de loin la plus abondante. Plusieurs espèces sont nou¬
velles pour le Pliocène atlantique. Un fragment de valve comprenant une oreillette lisse
pourrait se rapporter à Limaria hians. Parmi les Heterodonta, les familles dominantes sont
les Carditidae, les Astartidae et les Mactridae. La présence de Veneridae est exceptionnelle ;
j’y ai reconnu Irus (!.) irus. Chez les Myoida, Hiateîla (H.) arctica accompagne le plus sou¬
vent Corbula (V.) gibba gibba, (pl. IV, 9).
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Nucula (N.) nudeus s. s., Nuculana
(L.) pella, Limopsis (P.) anomala coxi. Chlamys (C.) varia. Cardita (C.) caiyculata. Clans
(C.) aculeata ampia, Megacardita striatissima, Astarte (A.) sulcata redonensis, A. (D.) obli¬
quata s. s., A. (D.) excurrens s. s., Digitaria digitaria forma lanceolata, Cerastoderma
edule, Spisula (S.) solida ovalis.
Espèces connues jusque-là dans le Redonien par citation seulement : Limaria hians 1,
Irus (I.) irus.
Espèces nouvelles pour la région :
— Nuculana (N.) minuta ♦ Scaldisien, niveau Luchtbal — Actuel, Atlantique nord, Arctique, Pacifi¬
que nord (Californie, Japon).
— Yoldia (Y.) oblongoides * Lenham Beds, Waltonien ; Nevvbournien-lcénien.
— Mytilidae indet. **** Pliocène — Actuel.
Ce gisement renferme une faune pliocène, attestée par un important apport nouveau
par comparaison avec le Miocène (14 espèces sur 37, soit plus d’un tiers de renouvellement).
Par ailleurs, la présence de Megacardita striatissima (pl. 111, 2) confirme un âge pliocène
(Lauriat-Rage, 1981 : 72) et l’absence de Adla (T.) cobboldiae infirme un âge pléistocène
18 —
(par opposition aux deux gisements étudiés précédemment). Ajoutons que Nucula (N.)
nucléus nucléus (pl. 1, 1) remplace, et exclut généralement, dans le Redonien, Nucula (L.)
sulcata, caractéristique des gisements du Pléislocène dans le Cotentin,
Précisons la signification stratigraphique et climatique des trois espèces nouvelles pour
la région. Nuculana (N.) minuta, bien que très rare à la réserve de chasse de l’Ermitage 2
(prélèvement à 45 m), a une signification intéressante, car elle est connue des sables de
Luchtbal dans le Scaldisien de Belgique (équivalent possible du Gedgravien supérieur selon
Ph. Brébion). Elle est donc un bon indicateur pour placer ce gisement un peu au-dessus des
gisements redoniens du Cotentin connus jusqu’alors (I.auriat-Rage. 1981 : 22). Du point
de vue biogéographique, elle est aujoud'hui caractéristique des régions arctique et boréale et
constitue, fait normal, une influence froide dans le Pliocène récent.
Yoldia (Y.) oblongoides, caractéristique du Pléistocène ancien (Newbournien-lcénien),
mais qui est signalée à l’état de rareté dans le Pliocène d’Angleterre (p. 12), fait également,
à cette époque, une timide apparition dans le gisement de la réserve de chasse de
l’Ermitage 2 (prélèvement à 39 m). Elle constitue aussi un bon indicateur stratigraphique
pour placer ce gisement dans la partie supérieure du Pliocène III. En raison de sa dénomi¬
nation ambiguë, soit myal'is, soit oblongnides, cette espèce est délicate à traiter ; il faut rap¬
peler à ce propos une citation dans la thèse de Vasseur, à propos des faluns redoniens de la
Dixmerie (Loire-Atlantique) (1881 : 379) ; « Leda myalis ? ? Couthouy, courante, espèce du
Crag, très abondante au Pigeon-Blanc ». Je n'ai trouvé trace de cette espèce ni dans le
matériel provenant de la Dixmerie, ni dans celui du Pigeon-Blanc. Et pourtant, il n’y a pas
de confusion possible avec les autres Nuculanidae redoniennes.
La présence de débris d’une Mytilidae — à ornementation bifurquée, chevronnée —
dans presque tous les prélèvements, mérite quelque attention. Ces débris (d’une espèce
inconnue jusqu’alors dans le Redonien) pourraient se rapporter à Septifer, à Brachiodontes
ou à Perna ; fait surprenant à cette époque, il s’agirait d’un élément simultanément nou¬
veau et chaud de la faune, Cette Mytilidae très fréquente annonce, en quelque sorte, les
faciès à moules du Pléistocène.
L’extinction après le Redonien de plusieurs espèces et sous-espèces, Limopsis (P.)
recisa, Parvilucina (M.) dentata, Astarte (A.) sulcata redonensis, Asiarle (D.) excurrens
excurrens, Digiiaria digitaria forma lanceolata (endémique du Redonien), Spisula (S.) sub-
truncata triangula, ainsi que la présence d’espèces méridionales, Nuculana (L.) pella, Barba-
tia (B. J barba ta, Barbalia (A J clallirata. Chanta (C.) gryphoides, disparues définitivement
de la région après le Pliocène, tendent à démontrer que ce gisement reste, en dépit d’un
petit apport nouveau, proche slratigraphiquement du Pliocène connu jusqu’alors en Basse-
Normandie. Principalement en raison de la présence d'éléments nouveaux, Nuculana (N.)
minuta, Yoldia (Y.) oblongoides, et aussi par comparaison avec la faune redonienne de
Gourbesville et de Cricqueville-en-Bessin, je situe le gisement de la réserve de chasse de
l’Ermitage 2 slratigraphiquement un peu au-dessus de ces derniers (niveau Bosq d’Aubigny).
Âge : Pliocène 111 (Redonien récent) ; équivalent nordique ; Gedgravien supérieur.
19
Gisement n° 21 (= T. 73)
Saint-André-de-Bohon (est de Rougeville)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction : sondage à la tarière ayant fourni des Bivalves sur 22,5 m d’épais¬
seur entre 7,5 et 30 m de profondeur , profondeur des points de prélèvements : 7,5-9 m ; 9-
12 m ; 12-15 m ; 18-22 m ; 22-26 m ; 26-30 m.
Il apparaît d'emblée qtie ce sondage traverse des niveaux différents. En effet, les trois
premiers prélèvements (niveau le plus récent) s’avèrent pauvres en espèces et deux d’entre
eux sont marqués par la présence de Yoldia (Y.) oblongoides, surtout fréquente entre 7,5 et
9 m, le prélèvement le plus récent, A l’exception de Lucinoma borealis, toutes les espèces
sont brisées et les fragments peu usés. Ostrea (O.J edidis et Spisula (S.) solida ovalis revien¬
nent à des spécimens de grande taille (30 à 50 mm) par rapport au reste de la faune. La
sédimentation calcaire est attestée par la présence de nombreux cailloutis marneux ou calca-
reux, souvent bien roulés.
Les trois prélèvements suivants (niveau le plus ancien) se caractérisent par l’abondance
de cailloutis d’origines diverses, mélangés à des débris de coquilles, les valves entières étant
assez rares ; les fragments n’excèdent généralement pas 25 mm. Les plus grosses coquilles
(Glycynieris, Ostrea, dans, Astarle) se rencontrent dans le prélèvement 18-22 m, où des
fragments de Glycymeris se rapportent à un individu d’au moins 50 mm de long. Dans ce
même prélèvement, on trouve un mélange de coquilles jaunes et grises, ces dernières large¬
ment dominantes. Les coquilles grises sont pour la plupart des Chlamys (très nombreux
individus par espèce), mais peuvent aussi revenir à des Pteriomorphia ou des Heterodonta,
et principalement à Barbuda (B.) barbota (pl. Il, II), représentée aussi par des valves de
couleur Jaune, sans doute en relation avec des provenances différentes. La très grande
majorité des coquilles (cniières et fragmentées! provenant des prélèvements 22-26 mm et 26-
30 m sont de couleur jaune et la faible proportion des Chlamys renforce l’aspect clair du
sédiment. Ces prélèvements ont à peu près la meme composition faunique et différent peu
des prélèvements du gisement n° 17 (réserve de chasse de l’Ermitage 2) quant aux propor¬
tions de Pteriomorphia (nombreux) et Heterodonta, si ce n’est qu’ils sont marqués par
l’absence de Nuculana (N.) minuta et Yoldia (Y.) oblongoides, à signification stratigraphi-
que intéressante. Notons aussi l’absence des Myoida.
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Nucula (N.) nucléus s. s., Nuculana
(L.) pella (pl. 11, 1), Chlamys varia, Cardita (C.) calyculata (pl. 111, 5), dans (C.) aculeata
ampla, Astarte (A.) omalii s. s., Astarle (A.) sulcata redanensis, Astarte (D.) excurrens
s. s., Digitaria digitaria forma lanceolata, Spisula (S.) solida ovalis, Tellina (A.) crassa s. s.
— 20 —
Tableau V. — Répartition des Bivalves de l’est de Rougeville en fonction de la profondeur, avec
signification stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres voir
tableau II.)
EST DE ROUGEVILLE
(gisement n°21)
niveau
B E
O'
1
I
m
.K ON
P*.
sup.
B
m
1
niveau
a B
CNJ vO
CS <S
1 1
00 CS
-H CS
inf.
B
O
CO
1
VO
CS
répartition
stratigraphique
domaines
biogéographiques
Nuaula (N,) nuoleus nucléus (L,)
+
+
+
+
M P Q A
ma n
Nuculana (L.) pella (L.)
+
+
Cm)p q a
m a
'îotàia Cî, ) obtongoides Wood
+
+
(P)Q
n
Barbatia (B,) barbata (L.)
+
+
+
M P Q A
m a t(n)
Barbatia (A,) clathrata (Defr.)
+
M P Q A
m a t(n)
Sti'iaroa laetea CL.)
+
+
+
+
M P Q A
m a t n
Limopsis reaisa (Defr.)
+
+
+
M P
m t
Glyayrr.erÎB (G.) sp.
+
+
Hytilus (M.) edulie L.
+
+
+
P Q A
(m)a n
Chlamys (C,) pusio (L.)
+
+
+
+
M P Q A
m a t n
Chlamys (C.) varia (L.)
+
+
M P Q A
ma n
Chlamys (A,) operaularis CL.)
+
+
+
+
M P Q A
ma n
Chlamys (A.) radians CNysC )
+
M P Q
m a t n
Lima (L.) lima (L.)
+
+
M P_ Q A
m a t ^
Ostrea (0.) eduUs L,
+
+
+
+
M P Q A
ma n
Lucinoma borealis (L.)
+
+
M P Q A
ma n
Cardita (C.) etongata CBronn)
?
M P Q
mat
Cardita (C,) calyoulata (L.)
+
+
(M)P Q A
m a
Glans (C.) aculeata ampla CChav.S Coat.)
+
+
P Q?
a n
Pteromeria (C,) eorbi-s (Phil.)
+
+
M P Q A
m a t n
Astarte (A.) omalii amalii Jonk.
+
+
+
P Q
a n
As tarte (A.) sutcata redonensis L.-Rage
+
R
r
Astarte (D, ) extrurrens exaurrens Wood
+
P
a n
Astarte sp.
+
Digitar'ia digita^ia (l.) forma tanaeolata
+
R
r
Spisula (S.) solida ovàlis (Sow.)
+
+
+
+
P Q
a n
Spisula (S.) subtrunoata triangula CRen.)
+
+
M P
m a t n
Tellïna (A,J orassa crassa (Penn.)
+
+
P Q A
ma n
Venerupis (V.) aureus CGmel.)
?
?
(M)P Q A
ma n
Tapetinae
+
— 21 —
Espèces nouvelles pour la région (niveau supérieur seulement) :
— Yoldia (Y.) oblongoides *** Lenham Beds, Waltonien ; Newbournien-lcénien.
Je considère qu’il existe deux niveaux stratigraphiques dans ce gisement situé à l’est de
Rougeville (voir tabl. V). Le niveau supérieur (7,5-15) renferme Yoldia (Y.) oblongoides,
rare au Pliocène et caractéristique du Pléistocène ancien (voir signification de cette espèce à
propos des gisements n° 1, ruisseau Bucaille, et n° 17, réserve de chasse de l’Ermitage 2) et
abondante dans ce niveau. Par ailleurs, on remarquera la disparition de plusieurs Taxodon-
tes méridionaux, ainsi que des Carditidae et Astartidae connues jusqu’alors dans le Redo-
nien du Cotentin. A cela s’ajoute un appauvrissement de la faune par comparaison avec le
niveau inférieur ou encore le gisement n° 17. Toutefois, cette petite faune conserve des
caractères archaïques par rapport à l’Actuel : présence de deux Mactridae et de Yoldia (Y.)
oblongoides, toutes trois fossiles. Donc, pour des raisons stratigraphiques et climatiques
nécessairement liées, on peut situer le niveau supérieur de ce gisement un peu au-dessus du
gisement de la réserve de chasse de l’Ermitage 2.
Le niveau inférieur (18-30 m) correspond à une faune redonienne typique (Gourbesville
— Cricqueville), attestée en particulier par la présence, dans les trois prélèvements,
d’Astarte (A.) omalii omalii (pl. 111, 7) et par l’abondance dans un prélèvement (22-26 m)
de Digitaria digitaria forma lanceolata, endémique du golfe de la Manche au Pliocène.
En conclusion, cette coupe présente un intérêt stratigraphique évident, celui de traverser
deux niveaux d’âges différents, se situant l’un et l’autre dans le Pliocène supérieur.
ÂGE : niveau supérieur : Pliocène 111 (Redonien récent, niveau Bosq d’Aubigny) ; équi¬
valent nordique ; Gedgravien supérieur — niveau inférieur : PUocène 111 (Redonien récent,
niveau Gourbesville — Cricqueville) ; équivalent nordique : Gedgravien.
Gisement n° 22 ( = T. 71)
Saint-André-de-Bohon (le Bosq)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction : sondage à la tarière ayant fourni deux Bivalves sur 4 m d’épais¬
seur, entre 26 et 30 m de profondeur.
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Clans (C.) aculeata ampla (pl. 111, 6),
Astartidae sp.
Espèces nouvelles pour la région : aucune.
— 22 —
Tableau VI. — Répartition des Bivalves du Bosq en fonction de la profondeur, avec signification
stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres voir tableau II.)
le BOSQ
(gisement n°22)
26-30 m
répartition
stratigraphique
domaines
biogéographiques
clans (C.) aouleata ampla (Chav. et Coat.)
Astarte sp.
+
+
P Q?
P
a n
a n
Le gisement du Bosq ' est trop pauvre pour discuter de sa position stratigraphique pré¬
cise par comparaison aux autres gisements de la région. Mais il est vraisemblable que les
deux éléments de la faune se rapportent au Redonien de la Brumannerie.
Âge : Pliocène II (Redonien moyen).
Gisement n° 23 ( = S.4bis)
Saint-André-de-Bohon (l’Ange 1)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction ; sondage ayant fourni des Bivalves sur 23 m d’épaisseur, entre 14
et 37 m de profondeur ; profondeur des points de prélèvements : 14-15 m ; 36-37 m.
Ces deux prélèvements, séparés par 21 m d’épaisseur de sédiments sans Bivalves déter¬
minables, sont trop pauvres en espèces pour faire l’objet d’une analyse détaillée. Toutefois,
on notera que le prélèvement 14-15 m renferme Nuculana (L.J pella (couleur jaune), telle
qu’on en rencontre dans divers prélèvements des gisements n° 17 (réserve de chasse de
l’Ermitage 2), n° 21 (est de Rougeville, niveau inférieur) et n'^ 27 (hameau Cauvin 2). Les
coquilles du prélèvement 36-37 m sont de petite taille et souvent fragmentées (3 à 5 mm) et,
pour la plupart, de couleur grise. Seule, Corbula ( V.) gibba gibba est assez bien représentée
(7 spécimens).
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Nuculana (L.J pella, Limopsis (P.)
anomala coxi, Astarte (A.) sp., Astarte (D.J excurrens s. s.
1. Ne pas confondre avec le Bosq cTAubigny (commune de Marchésieux).
— 23 —
Tableau VII. — Répartition des Bivalves de l’Ange 1 en fonction de la profondeur, avec signification
stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres voir tableau 11.)
L'ANGE 1
(gisement n®23)
14-15 m
36-37 m
répartition
stratigraphique
domaines
biogéographiques
Nuaulana (L.) pella (L.)
+
(M)P Q A
m a
Yoldia (ï.) oblongoides (Wood)
+
(P)Q
n
Stricæaa laotea (L.)
+
M P Q A
rn a t n
Limopais (P.J anomala coxi Glib.s v.de P.
+
P
a n
Limopsia (P.) veciaa (Defr.)
+
M P
mat
Aatarte (A.) sp.
+
Astarte (D.) exourrena excurrens Wood
+
P
a n
Goodallia triangularia (Mtg.)
+
M P Q A
m a t n
Corbula (V.) gibba gibba (01.)
+
M P Q A
m a t n
Espèces nouvelles pour la région :
— Yoldia (Y.) oblongoides * Lenham Beds, Waltonien ; Newbournien-Icénien.
La faune de ce gisement est pauvre ; les Taxodontes et Corbula (V.) gihba gibba sont
les plus nombreux. On retiendra deux espèces significatives, Nuculana (L.) pella, qui repré¬
sente une influence méridionale, et Yoldia (Y.) oblongoides, inconnue jusque-là dans le
Redonien et citée dans ce travail dans plusieurs giscmenls d’âge un peu plus récent que le
niveau caractérisé par l’ensemble Gourbesville-Cricqueville.
En conséquence, je pense que le gisement de l’Ange 1 peut être daté du même âge que
celui de la réserve de chasse de l’Ermitage 2 (n° 17), c’est-à-dire un peu au-dessus de Gour-
besville.
ÂGE : Pliocène 111 (Redonien récent) ; équivalent nordique : Gedgravien supérieur.
Gisement n° 25 (= T.65)
Saint-André-de-Bohon (le Quesney)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction : sondage à la tarière ayant fourni des Bivalves sur 4,5 m d’épais¬
seur, entre 18 et 22,5 m de profondeur.
— 24 —
Tableau VIII. — Répartition des Bivalves du Quesney en fonction de la profondeur, avec significa¬
tion stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres voir tableau
II.)
LE QUESNEY
(gisement n°25)
18-22,5 m
répartition
stratigraphique
domaines
biogêographiques
Stnarea lactea (L.)
+ ,
M P Q A
m a t n
Glana (C.) aauleata ampla (Chav, et Coat.)
+
P Q?
a n
Digitaria digitaria (L.) forma lanceolata
+
R
r
Goodallia triangularis (Mtg.)
+
M P Q A
m a t n
Irus (I.) irus (L.)
1
+
M _P_ Q A
m a t _n
Ces très petites coquilles (2 à 4 mm), de couleur jaune, correspondent toutes à des sta¬
des juvéniles, sauf GoodalUa triangularis naturellement petite au Redonien. Le gisement est
pauvre et chaque espèce n’a qu’un seul représentant.
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Glatis (C.) aculeata ampla, Digitaria
digitaria forma lanceolata.
Espèces nouvelles pour la région : aucune.
Compte tenu de l’absence de Yoldia (Y.) oblongoides, le gisement du Quesney peut être
rapporté au Redonien de Gourbesville, comme l’atteste la présence de Digitaria digitaria
forma lanceolata, endémique de la Manche à cette époque.
Âge : Pliocène III (Redonien récent) ; équivalent nordique : Gedgravien.
Gisement n° 26 (= T. 58)
Saint-André-de-Bohon (la Bréchollerie)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction : sondage ayant fourni des Bivalves sur 9 m d’épaisseur, entre 19 et
28 m de profondeur ; profondeur des points de prélèvements : 19-24 m ; 24-28 m.
— 25 —
Tableau IX. — Répartition des Bivalves de la Bréchollerie en fonction de la profondeur, avec signifi¬
cation stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres voir tableau
II.)
LA BRECHOLLERIE
(gisement n®26)
B
CN
f
CTt
24-28 m
répartition
stratigraphique
domaines
biogéographiques
Nuoula (L.) sulcata Bronn
+
+
M
P
Q
A
a
n
Nuoulana (L.) pella (L.)
+
(M)P
Q
A
m
a
ïoldia (Y.) obtongoides (Wood)
+
+
(P)Q
n
Barbatia (B.} barbota (L.)
+
+
M
P
Q
A
ro
a
t
(n)
Barbatia (A.) alathrata (Defr.)
+
M
P
Q
A
m
a
t
(n)
Striaraa laotea (L.)
+
M
P
Q
A
m
a
t
n
Limopsia (P.) anomala ooxi Glib. & V.de P.
+
P
a
n
Limnopsie (P.J reoisa (Defr.)
+
+
M
P
1 m
a
t
Glycymerie (G.) sp.
+
+
tfytiîus (H.) edulis L.
+
+
P
Q
A
(m)a
n
Mod-iotus (M,) modiolus (L,)
+
P
0
A
m
a
n
Chlamys (C.i pusio (L.)
+
+
M
JP
Q
A
m
a
t
n
Chlamys (C.) varia (L.)
+
+
M
P
Q
A
m
a
n
Chlamys (A.) operoularis (L.)
+
+
M
P
Q
A
m
a
n
L-ùna (L.) lima (L.)
+
M
_p
Q
A
m
a
t
n
Oatrea (0.) edulis L.
+
+
M
P
Q
A
m
a
n
ParVilucina (M.) dentata (Defr.)
+
ü
P
m
a
t
n
Luoinoma borealis (L.)
+
+
M
P
0
A
m
a
n
Cardita (C.) calyaulata (L.)
+
(M)P
Q
A
m
a
Clans (C.) aauleata ampîa (Chav.& Coat.)
+
+
P
Q?
a
n
Pteromeria (C.) oorbis (Phil.)
+
+
M
P
Q
A
m
a
t
n
Astarte (A.J omalii omalii Jonk.
+
+
P
Q
a
n
Aatarte (A.) suloata redonensis L.-Rage
+
R
r
Digitaria digitaria (L.) forma lanoeolata
+
R
r
Aoanthooardia (A.) erinaaeum (Lmk )
?
P
Q
A
m
a
n
Spisula (S.) solida ovalis (Sow.)
+
+
P
Q
a
n
Spieula subtnmcata triangula (Ren.)
+
M
P
m
a
t
n
Tellina (A.) orassa araasa (Penn.)
+
P
Q
A
m
a
n
Gastrôna sp.
+
— 26 —
Si, à une simple lecture, la liste des espèces de ces deux prélèvements ne laisse pas
apparaître de différences notables, il en est tout autrement à l’examen des coquilles (taille,
épaisseur, couleur, fréquence des espèces). Dans les deux cas, la quasi-totalité des coquilles
sont brisées. Les Pteriomorphia et les Heterodonia sont comparables à ceux des gisements
n° 17 (réserve de chasse de l’Ermitage 2) et n' 21 (est de Rougeville, niveau inférieur) ; on
notera l’absence des Veneridae et des Myoida qui. de toute façon, sont rares ou absentes
dans les autres gisements, à l’exception, parfois, de Corbula (V.) gibba gibba. A la Bréchol-
lerie, quelques espèces seulement dominent la faune.
Le prélèvement 19-24 m se caractérise par la taille relativement grande des nombreux
fragments coquilliers (en moyenne 20 mm), appartenant presque tous à quatre espèces domi¬
nantes, Barbaiia (B.) barbota, Clycymeris (G.) sp. Ostrea (O.) edulis et Spisula (S.) solida
ovalis, la dernière étant de loin la plus fréquente (charnières et régions umbonales complè¬
tes). Ces espèces, reconstituées, sont d’asscü grande taille (environ 40 mm de longueur pour
Clycymeris et Spisula) et comparables en cela aux plus gros spécimens du prélèvement 18-
22 m du gisement n° 21 (est de Rougeville, niveau inférieur). Plusieurs espèces de Chlamys
sont représentées par de rares fragments. Seuls les spécimens de Limopsis <P.) recisa, Ptero-
meris fC.J corbis et de quelques stades juvéniles de Cardita (C.) calyculata et de Spisula (S.)
solida ovalis, tous de petite taille, sont entiers. On retiendra aussi la couleur presque unifor¬
mément grise des coquilles et, en général, la forte épaisseur des tests.
Contrairement au prélèvement précédent, le prélèvement 24-28 m se compose surtout de
très nombreux petits débris coquilliers, souvent inférieurs à 10 mm, et renferme principale¬
ment des fragments de Nucula (L.J sulcata (pl. 1, 4-6). Ensuite, viennent plusieurs espèces
de Chlamys ainsi que Yoldia (Y.) oblongoides ; parmi les espèces à test épais, retenons
d’abord Spisula (S.) ovalis (les plus gros fragments comprenant toute la région untbonale et
atteignant parfois 30 mm) et ensuite Ostrea (O.) edulis. Les espèces entières sont rares et
toujours de très petite taille ; citons par ordre de fréquence Digitaria digitaria forma lanceo-
lata, Pteromeris (C.) corbis, Parvilucina (M.) dentata, Limopsis (P.) recisa, ainsi que de
rares stades juvéniles de Carditidae.
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Nucula (N.) nucléus s. s., Nuculana
(L.) pella, Limopsis (P.) anomala co.xi, Modiolus (M.) modiolus, Chlamys (C.) varia, Car¬
dita (C.) calyculata. Clans (C.) aculeata ampla, Astarte (A.) omalii s. s., Astarte (A.) sul¬
cata redonensis, Digitaria digitaria forma lanceolata (pl. IV, 3), Spisula (S.) solida ovalis,
Tellina (A.) crassa s. s.
Espèces connues jusque-là dans le Redonien par citation seulement : Acanthocardia
(A.) erinaceum ? (pl. IV, 6).
Espèces nouvelles pour la région :
— Yoldia (Y.J oblongoides *♦** Lenham Beds, Waltonien ; Newbournien-lcénien.
Ce gisement s’oppose, nous venons de le voir, aux gisements pliocènes précédemment
décrits, par la taille relativement grande des coquilles. Mais l’analyse détaillée des faunes
— 27 —
des deux prélèvements ne montre pas de différences majeures avec l’ensemble des espèces
des gisements les plus riches, le n° 17 (réserve de chasse de l’Ermitage 2) et le n° 21 (est de
Rougeville), hormis la grande abondance de Yoldia (Y.} obtongoides, abondance déjà
remarquée dans le niveau supérieur du gisement n° 21. Grâce aux très nombreuses valves de
Spisula (Sj solida ovalis (pl. IV. 5 et 7) (tendant parfois vers Spisula (S.J solida solida), on
peut admettre que les variations portant sur la forme plus ou moins arquée des bords dor¬
saux antérieur et postérieur des valves ne sont que des variations individuelles. La sous-
espèce actuelle, Spisula (S./ solida solida, connue dans la Manche et l’Atlantique, montrant
des bords antérieur et postérieur nettement déclives, comprend toutefois des variants à
région umbonale bien arquée, du type Spisula fS.) solida ovalis, mais ceux-ci sont plus
rares. D’où la difficulté de séparer les deux sous-espèces, dont l’une est du Pliocène
(ovalis), l’autre du Pliocène supérieur-Actuel (solida). Si, au Bosq d’Aubigny, j’ai reconnu
la sous-espèce moderne (Lauriat-Rage, 1981 : 1.18), ce qui m’a conduit à placer ce gise¬
ment au-dessus de Gourbesville, en revanche, il semble qu’ici le stade moderne n’est pas
tout à fait réalisé.
En conclusion, je considère que, renfermant Yoldia (Y.) oblongoides, le gisement de la
Bréchollerie doit être placé au-dessus de l’ensemble Gourbesville-Cricqueville.
ÂGE : Pliocène III (Redonien récent) ; équivalent nordique : Gedgravien supérieur.
Gisement n° 27 (= S. 48)
Rauville-la-Place (hameau Cauvin 2)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction ; sondage ayant fourni des Bivalves sur 10,2 m d’épaisseur, entre 3,3
et 13,5 m de profondeur ; profondeur des points de prélèvements : 3,3-4,4 m ; 4,4-5,1 m ;
5,1-6,2 m ; 8,1-8,5 m ; 9,2-10,7 m ; 10,7-12 m ; 12-13,5 m.
On observe, tout au long de ce sondage, de grandes variations dans la composition fau¬
nique des divers prélèvements ; dans chacun d’eux, les coquilles sont brisées (petits frag¬
ments), exception faite de l'une ou l’autre valve entière.
Le prélèvement 3,3-4,4 m, de couleur jaune, se caractérise par la grande abondance de
Spisula (S.J subtruncata triangula (nombreuses charnières et régions umbonales complètes),
accompagnée principalement de fragments de Nuculana (L.j pella (pl, 1, 9) ; les autres espè¬
ces sont rares. Le prélèvement 4,4-5,1 m se compose d’un mélange de coquilles jaunes et
grises, où Spisula (S.) subtruncata triangula et Nuculana (L.J pella dominent toujours, et où
Nucula (N.) nucléus nucléus est assez bien représentée. Le prélèvement 5,1-6,2 m renferme
en grande majorité des coquilles de couleur grise et noire. A Spisula (S.J subtruncata trian¬
gula et Nuculana (L.J pella, toujours abondantes, s’ajoutent notamment de gros fragments
à'Ostrea (O.) edulis (30 mm) et Lucinoma borealis.
Les trois prélèvements suivants (8,1-8,5 m ; 9,2-10,7 m ; 10,7-12 m) se composent pres¬
que exclusivement de débris d’Huîtres de toutes tailles et le prélèvement 12-13,5 m renferme
surtout des petits fragments de Chlamys (C.J varia.
— 28 —
Tableau X. — Répartition des Bivalves du hameau Cauvin 2 en fonction de la profondeur, avec
signification stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres voir
tableau II.)
HAMEAU CAUVIN 2
(gisement n°27)
Nuaula (N.) nuoleus nucléus (L.)
ftuoulana (L.) pella (L.)
Chlamys (C.) pusio (L.)
Chlamys (C.) varia (L.)
Fododesmue (H.) equamulus (L.)
Ostrea (0.) edulia (L.)
Luoinoma boreatia (L.)
Aatarte (A.) omalii omalii Jonk.
Bi^itaria digitaria (L.) forma lanceolata
Cerastoderma eàule (L.)
Spisula. (S. J subtrunoata triangula (Ren.)
Bnsis ensis (L.)
Tellina (A.) orassa araeaa (Penn.)
Timvclea (T.) ovata (Penn.)
Tapetinae
3.3- A,4 m
4.4- 5,1 m
5.1- 6,2 m
8.1- 8,5 m
9.2- 10,7 m
10,7-12 m
12-13,5 m
répartition
stratigraphique
domaines
biogéographiques
+ + + +
M P q A
ma n
+ + + +
(M)P Q A
m a
+
M P Q A
m a t n
+ + + + + +
M P Q A
ma n
+ +
M P Q A
ma n
+ + + + +
M P Q A
ma n
+ + +
M P Q A
ma n
+
P Q
a n
+
R
r
+
P Q A
ma n
+ + + + + +
M P
m a t n
+ +
(M?P Q A
ma n
+
P Q A
ma n
+
M P Q A
m a t n
+ +
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Nucula (N.) nucléus s. s., Nuculana
(L.) pella, Chlamys (C.) varia, Aslarte (A.) omalii s. s., Digitaria digitaria forma lanceolata,
Cerastoderma edule, Ensis ensis, Tellina (A.) crassa s. s.
Espèce connue jusque-là dans le Redonien par citation seulement : Pododesmus (H.)
squamulus.
Espèces nouvelles pour la région : aucune.
11 est difficile de comparer la faune du hameau Cauvin 2 avec celle des gisements les
plus riches étudiés précédemment (réserve de chasse de l’Ermitage 2, est de Rougeville —
niveau inférieur, la Bréchollerie). En effet, la faune, très hétérogène à l’intérieur de ce gise¬
ment pour des raisons faciologiques, est aussi beaucoup plus pauvre en espèces, surtout en
ce qui concerne les Heterodonla, e.\cepté Spisula (S.) subtruncata triangula (pl. IV, 8).
— 29 —
Toutefois, la présence à'Astarte (A.) omatii omalii (mêmes morphotypes qu’à Gourbesville)’
et de Digitaria digitaria forma lanceolata, endémique du Redonien de la Manche, ainsi que
l’absence de Yoldia (Y.) oblongoides, me permettent de classer ce gisement dans le groupe
du Pliocène supérieur, Gourbesville-Cricqueville.
Âge : Pliocène 111 (Redonien récent) ; équivalent nordique : Gedgravien.
Gisement n° 28 (= S. 50)
Rauville-la-Place (la Brumannerie 1)
1. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction : sondage au rotary ayant fourni des Bivalves sur 19 m d’épaisseur,
entre 5 et 24 m.
Tableau XI. — Répartition des Bivalves de la Brumannerie 1 en fonction de la profondeur, avec
signification stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres voir
tableau II.)
LA BRUMANNERIE 1
(gisement n®28)
5-24 m
répartition
stratigraphique
domaines
biogeographiques
Ifuoula (N.) nucléus nucléus (L.)
+
M P Q A
ma n
Yoldia (Y.) semistrn-ata (Wood)
+
P 0
n
Striarca lactea (L.)
+
M P Q A
m a t n
Oatrea (0.) edulis L.
+
M P Q A
ma n
Hiatella (H.J arctica (L.)
+
M P Q A
m a t n
Les Bivalves de ce gi.sement proviennent d’un seul niveau, sont peu nombreux, rubéfiés
et mêlés à des débris de grandes Térébratules, ainsi qu’à des concrétions calcaires. À
l’exception d’un fragment de Hiatella (H.) arctica, la faune est composée de Pteriomorphia
(Taxodontes presque exclusivement) et, parmi eux, les valves de Striarca lactea, générale¬
ment entières et de grande taille (L = 20 mm), sont relativement abondantes (une quinzaine
de spécimens).
— 30 —
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Nucula (N.) nucléus s. s.
Espèces nouvelles pour la région :
— Yoldia (Y.) semistriata * Gedgravien — Waltonien.
Ce gisement, de faciès ferrugineux et à faune pauvre, renferme deux espèces intéressan¬
tes, Yoldia (Y.) semistriata (pl. II, 9) et des individus de grande taille de Striarca lactea
(pl. II, 10). Dans les gisements précédemment étudiés, il est assez aisé d’identifier Yoldia
(Y.) oblongoides grâce aux abondantes charnières (resilifer bien développé). On ne peut rap¬
porter l’unique spécimen bivalve de la Brumannerie à cette espèce, qui s’en éloigne par des
différences morphologiques importantes en ce qui concerne la région postérieure. En effet,
si chez Yoldia (Y.) oblongoides le bord postérieur est relativement pincé (mais non rostré
comme on l’observe par exemple chez Nuculana (N.) minuta), en revanche, chez Yoldia (Y.)
semistriata, ce bord est largement arrondi, moins toutefois que le bord antérieur ce qui con¬
fère à la coquille une faible dissymétrie. Par ailleurs, le bord dorsal postérieur de Yoldia
(Y.i oblongoides est légèrement excavé et délimité par un écusson peu saillant, alors que
chez Yoldia (Y.) semistriata, ce bord est presque rectiligne et délimité par un écusson
redressé, formant une crête saillante. Ces différences morphologiques sont clairement mises
en évidence par V. R. Aliéna et al. {1962 : pl. 1, fig, 9 et 11). On notera cependant que
les stries concentriques observées sur le spécimen bivalve du Cotentin sont nettement moins
marquées que chez les individus nordiques. Du point de vue stratigraphique, Yoldia (Y.)
semistriata, connue des Pliocène et Pléistocène nordiques, semble relayer Yoldia (Y.) glaber-
rima (Munster) (= longa Bellardi) des Oligocène et Miocène européens.
Dans les gisements redoniens du golfe de la Loire, Striarca lactea n’atteint généralement
pas de grandes dimensions (rarement 15 mm de longueur pour les plus grands spécimens).
Toutefois, j'ai trouvé, dans les collections de la Sorbonne, provenant de Thorigné (Maine-
et-Loire), un individu de grand taille (L = 20 mm) en tous points semblable aux valves
récoltées à la Brumannerie. Ceux-ci sont également voisins des morphotypes des Crags des
Pliocène et Pléistocène anglais (collections du British Muséum (N. H.) et du Geological Sur-
vey, Londres). Ils se rapprochent aussi de Striarca lactea scaldensis V. R. Altena, du Mio¬
cène hollandais, par leur fine ornementation radiaire, recoupée assez régulièrement par des
arrêts de croissance, mais ont une forme beaucoup moins galbée que la sous-espèce nordi¬
que.
En conclusion, les Bivalves de ce gisement, associés à de grandes Térébratules, s’inté¬
grent bien dans la faune pliocène de la formation dite de la Brumannerie (sables et calcaires
concrétionnés), qui pourrait se situer, d’après les arguments géologiques (Pareyn, 1984) et
paléontologiques au-dessous de l’ensemble Gourbesville — Cricqueville-en-Bessin.
Âge : Pliocène II (Redonien moyen).
— 31 —
Gisement n° 30 (= F.25 B)
Saint-Sauveur-le-Vicomte (la Gathe)
I. Caractéristiques du gisement et composition de la faune
Mode d’extraction : Forage en grand diamètre ayant fourni des Bivalves sur 45 m
d’épaisseur entre 14,5 et 59,5 m de profondeur ; profondeur des points de prélèvements :
14,5-17 m ; 17-19,5 m ; 34,5-37 m ; 48-49,5 m ; 49,5-52 m ; 52-54,5 m ; 56-59,5 m.
Tableau XII. — Répartition des Bivalves de la Gathe en fonction de la profondeur, avec significa¬
tion stratigraphique et biogéographique de chaque espèce. (Signification des lettres voir tableau
II. )
LA GATHE
(gisement n°30)
Plio¬
cène
III
B B
lO
T <T>
m
1
<r
Pliocène I
1
B e B 1 e
m cvi m 1 tn
os 1 ' ox
iTi m 1 m
00 O' <N 1 sO
-<r 'T in 1 m
1
répartition
géographique
domaines
biogéographiques
Yoldia (Y.)semietriata (Wood)
?
P Q
n
Bai'batia (B.) barbata (L.)
+
+
M
P Q A
m
a
t(n)
Limopsis (P.) anomala coxi Glib.& V. de P.
+
+
P
a
n
GlyoymfiB (T.) aolossea Chav.S Coat.
+
+
+
P Q?
a
Mytilus (M.) edulis L.
+
P Q A
(m)a
n
Chlamye (A.) opercularis (L.)
+
+
+
î M
1
P Q A
m
a
n
Pecten (P.) maximus (L.)
+
+
P Q A
m
a
n
Ostpea (0.) edulis L.
+
+
+
+
M
P Q A
m
a
n
Chôma (C.) gpyphina Lmk
+
+
M
JL 9 *
m
a
t n
Cardita (C.) elongata Bronn
9
M
P Q
m
a
t
Clans (C.) aculeata ampla (Chav.S Coat.)
+
+
P Q?
a
n
Ptepomepis (C.) oophis (Phil.)
+
+
M
P Q A
m
a
t n
Megaoopdita atpiaiisaima (Caill.)
+
+
+
P Q?
a
Astajpte (A.) omalii omaLii Jonk.
+
+
+
P Q
a
n
Astaxte CD.) excurrens exauppsns Wood
+
P
a
n
Gaodallia. tpiangulapis (Mtg.)
+
M
P Q A
m
a
t n
Crassatina (C,) aonoentrica (Duj.)
+
M(P)
m
a
t
Cepastodepma edule (L.)
+
P Q A
m
a
n
Maatpa (M. ) copallina (L. ) s.1•
7
P Q A
m
a
n
LutvaT-La (L. J l^itvaTta (L.)
+
M
P Q A
m
a
t n
Venus CV.) casina L.
+
M
P Q A
m
a
t n
Clausinella soalapis (Bronn)
+
+
M
P(Q)
m
a
(n?)
Copbula (V.) gibba gibba (01.)
+
M
P Q A
m
a
t n
— 32 —
De toute évidence, ce forage traverse des niveaux stratigraphiques différents. Sur sept
prélèvements, les quatre premiers, ainsi que le dernier, sont pauvres en fossiles ; seuls, deux
prélèvements ont livré une faune assez riche et très intéressante. Ce gisement fera ultérieure¬
ment l’objet d’une étude détaillée.
Dans les prélèvements 14,5-17 m et 17-19,5 m, on compte de rares Bivalves, à coquille
fragile et d’aspect récent (un spécimen entier). Il n'y a pas de Bivalve dans le prélèvement
34-37 m, mais seulement une valve cassée de grande Térébratule provenant d’un niveau fer¬
rugineux. Les trois prélèvements suivants (de 48 à 54 m) se caractérisent par la couleur
blanche, grise ou noire des coquilles, leur taille souvent grande (atteignant 70 mm de hau¬
teur chez Glycymeris (T.) colossea et Ostrea (O.) edulis) et parfois la forte épaisseur de leur
test, principalement chez Astarte (A.) otnalii omatii (formation de SclsouëO.
Dans le détail, le prélèvement 48-49,5 m ne renferme que sept espèces, pour la plupart
représentées par un spécimen seulement. En revanche, le prélèvement 49,5-52 m. de loin le
plus riche, comprend une vingtaine d’espèces, généralement de grande taille, dont certaines
sont assez fréquentes : Glycymeris (T.) colossea, Ostrea (O.) edulis, Megacardita striatis-
sima, Astarte (A.) omalii omalii ; il y figure un nombre important de grandes valves de
Térébratules ainsi que des concrétions algatres. Notons la présence de deux fragments de
Barbatia (B.) barbata de grande taille. Cette faune comprend aussi des stades jeunes de
Glycymeris, Chlamys, Glatis, Astarte s. s., ainsi qu’une Crassatina, se situant tous autour
de 15 mm de longueur, et, de plus petites dimensions, Limopsis (P.) anomala coxi et
Astarte (D.) excurrens excurrens (3 à 10 mm).
Il n’y a pas de différence importante entre le prélèvement 52-54,5 m et le prélèvement
précédent. Remarquons, toutefois, un nombre moins élevé d’espèces (une douzaine),
l’absence de Barbatia (B.) barbata, la rareté à'Astarte (A,) omalii omalii, la très grande
taille de Glycymeris (T.) colossea et Glans (C.) aculeata ampla ; l’ensemble de la faune est
mêlé, là aussi, à de grandes Térébratules. On a également récolté de très petites espèces (2 à
3 mm) appartenant aux genres Limopsis, Pteromeris et Goodallia.
Le prélèvement le plus profond (56-59,5 m) provient, comme le prélèvement 34,5-37 m,
d'un niveau ferrugineux à Térébratules, et, comme celui-ci, est pauvre en espèces. Seul,
Chlamys (A.) opercularis est relativement abondant (8 spécimens) et sur tous les éléments de
la faune sont fixées des concrétions calcaires comprenant de nombreux débris fossilifères.
2. Signification de la faune
Espèces caractéristiques du Pliocène atlantique : Limopsis (P.) anomala coxi, Pecten
(P.) maximus, Glans (C.) aculeata ampla, Megacardita striatissima, Astarte (A.) omalii
s. s., Astarte (D.) excurrens s. s., Cerastoderma edule.
Espèces nouvelles pour la région ;
niveau supérieur ;
— Yoldia (Y.) semistriata * Gedgravien-Waltonien.
— Mactra (M.) coratlina s. 1 ? * Pliocène-Actuel, Eurafrique ;
niveau inférieur ;
— Glycymeris (T.) colossea *** non Waltonien
— 33 —
L’intérêt de ce forage est évident, car il traverse de façon certaine des argiles grises
(Bosq d’Aubigny ?), puis du Pliocène moyen et inférieur. En ce qui concerne le niveau des
argiles gri,ses, je me bornerai à citer, parmi les rares Bivalves recueillis entre 14.5 et 19,5 m,
Cerastoderma edule et Spisula (S.J solida s. 1. (stade juvénile). Aucune espèce e.xclusivement
pliocène ne figure dans ce niveau.
Les trois prélèvements les plus riches, s’étendant de 48 à 54,5 m, ont livré Megacardita
striatissima, caractéristique du Redonien (Pliocène atlantique). Dans cette séquence, on
relève aussi Limopsis (P.) anotnala coxi, Pecten (P.) maximus. Clans (C.) aculeata atnpla,
Astarte (A.J omalii omalii et Aslarte (D.) excurrens excurrens, communs au Pliocène nordi¬
que (Gedgravien) et au Redonien de la Manche (Gourbesville). Ajoutons quelques espèces
méridionales également signalées à Gourbesville. telles Barbuda (B.) barbota. Chôma (C.)
gryphina, Cardita (C.) calyculata, Crassatina (C.J concentrîca. La forte épaisseur des coquil¬
les, en particulier chez Astarte (A.) omalii omalii, la grande taille de Barbatia (B.) barbota,
ainsi que la présence d'un sous-genre de Glycymeris, Tucetona, inconnu à Gourbesville. à
caractère indo-paciftque, témoignent en faveur d’un climat nettement plus chaud qu’à Gour-
besville.
En conclusion, d’un point de vue stratigraphique, en accord avec les données géologi¬
ques proposées par Pareyn (1984). les trois prélèvements précités, provenant tous d'un
sable grossier gris (Formation de Selsouëf), se situent dans le Pliocène, entre la Formation
des Bohons reconnue à la base (56-59,5 m) et celle de la Brumannerie reconnue au-dessus
(34-37 m). La Formation de Selsouëf, caractérisée par un climat chaud, trouve naturelle¬
ment sa place dans le Pliocène inférieur.
ÂGE : Pliocène III (Redonien récent, niveau du Bosq d’Aubigny) — Pliocène II (Redo¬
nien moyen, niveau de la Brumannerie) — Pliocène 1 (Redonien inférieur, niveau Selsouëf
et niveau des Bohons).
IL SIGNIFICATION STRATIGRAPHIQUE, PALÉOBIOGÉOGRAPHIQUE
ET PALÉOÉCOLOGIQUE DES GISEMENTS D’APRÈS LES BIVALVES
L’analyse faunistique détaillée de chacun de ces nouveaux gisements m’a permis de les
replacer dans le contexte général du Pliocène déjà connu de Normandie. J’ai en effet attri¬
bué (1981) au Pliocène (Redonien récent) les quatre gisements mentionnés en début de note,
disparus aujourd’hui et figurant dans la littérature : Gourbesville, le Mesnil-Vigot, Saint-
Georges-de-Bohon, le Bosq d’Aubigny. Si la découverte récente (Pareyn et al., 1984) du
gisement pliocène de Cricqueville-en-Bessin dans le Calvados (faciès de Gourbesville),
repousse quelque peu vers l'est les limites paléogéographiques du Redonien connues
jusqu’alors, tous les autres gisements (anciens et nouveaux) sont, nous l’avons dit, groupés
dans deux bassins séparés du département de la Manche, celui de Carentan et celui de
Saint-Sauveur-le-Vicomte, avec Gourbesville pour limite nord et le Bosq d’Aubigny pour
limite sud (fig. 1, 2 et 3). L’aspect nouveau de cette étude réside principalement dans le fait
34 —
que les faunes récemment découvertes, provenant de sondages et forages (les gisements de
surface sont rares, épuisés ou disparus), mettent en évidence, dans deux cas, deux ou plu¬
sieurs niveaux stratigraphiques différents et permettent, par ailleurs, d’envisager un échelon¬
nement stratigraphique de huit gisements (tout ou partie) dans le Pliocène 111.
Rappel historique des gisements déjà connus
Basse-Normandie
En ce qui concerne les Bivalves, les rares gisements pliocènes du Cotentin connus dans
le passé se présentent sous des faciès très différents, rendant par là les corrélations stratigra¬
phiques difficiles. En effet, si, d’un côté, on ne comptait que quatre gisements, d’un autre
côté, on comptait trois faciès :
— Gourbesville et le Mesnil-Vigot : sables calcareux (faluns) ;
— Saint-Georges-de-Bohon : sables ferrugineux à Térébratules ;
— le Bosq d’Aubigny : argiles.
Le gisement de Gourbesville, découvert par Vasseur en 1879, a donné lieu à un travail
très intéressant, quoiqu’ancien, qui nous vient de Dollfus (1906). Malheureusement, ce
gisement n’est plus visible aujourd’hui. Lors d’une visite de reconnaissance en 1969, E.
Buge et moi-même n’en avons trouvé trace (petite carrière envahie par la végétation). J’ai
pu dénombrer dans ma thèse soixante-dix-neuf espèces (1981 ; 131 et 168), la plupart
retrouvées dans les collections des Universités de Paris et de Caen, ainsi que dans la collec¬
tion Dollfus. Ce gisement du Redonien récent (Pliocène 111), à caractère nordique, ren¬
ferme de nombreuses espèces du Gedgravien (Pliocène anglais).
Le Mesnil-Vigot, gisement très pauvre, a fourni une Astarte seulement (quelques valves)
que J’ai rapportée à Astarte (D.) excurrens excurrens, sous-espèce connue du Pliocène nordi¬
que (1981 : 137 et 169 ; 1982 ; 80). Ces spécimens sont en tout point comparables aux mor¬
photypes de cette même sous-espèce provenant de Gourbesville (grande taille des adultes),
permettant de réunir (âge et faciès) les deux localités.
À Sainl-Georges-de-Bohon, Vieillard et Dollfus (1875) ont récolté de grandes Téré¬
bratules auxquelles étaient associées des Bivalves. J'ai retenu six espèces de la sous-classe
des Pteriomorphia (1981 : 139 et 171), auxquelles on peut encore ajouter une Astarte nordi¬
que, Astarte (A.) omalii omalii. Malgré quelques influences méridionales (Arcidae), cette
faune est bien caractéristique du Pliocène atlanto-nordique.
Les argiles fossilifères du Bosq d'Aubigny, découvertes par Caumont (1835) firent
l’objet d’une publication de Deslongchamps qui donna en 1853 une petite liste d’espèces,
précisée et complétée plus tard par Vieillard et Dollfus (1875). En 1969, avec É. Buge,
J’ai pu situer assez facilement le site où les argiles affleuraient localement et reconnaître
quelques débris de coquilles. J’ai retenu seize espèces (1981 : 138 et 167) pour ce gisement
que Je situe à un niveau élevé du Pliocène ; il pourrait même être le plus récent gisement
redonien. À cela, j’ajoute que J’ai retrouvé dans mes documents une petite liste de fossiles
— 35 —
se rapportant au niveau du Bosq d’Aubigny, qui m’avait jadis été communiquée par M.
Rioult à Caen et que j’ai omis de joindre à la liste des faunes dans ma thèse. Ces Bivalves
proviennent principalement des Alouets (commune de Marchésieux) ; citons ; Barbatia (B.)
barbota, Glycymeris (G.) variabiUs, Ostrea (O.) edulis, Spisula (S.) solida solida, Tapelinae
indet. ; par ailleurs, le bord du Bosq d’Aubigny (sur la commune de Feugères) a livré deux
valves à'Ostrea (O.) edulis. On peut encore ajouter deux spécimens de Spisula (S.) solida
solida, provenant du Bosq d'Aubigny même (puits du garage).
Également dans le Cotentin, il faut mentionner les Bivalves dü havre de Blainville-sur-
Mer (15 espèces). Chavan et Coatmen (1943) avaient proposé de les dater approximative¬
ment du Waltonien, qu’ils plaçaient dans le Pliocène moyen ; je les avais également classés
dans le Waltonien, que je situais alors dans le Pliocène supérieur (Lauriat in Brébion et
al., 1974 ; 114). Nous verrons, dans une note ultérieure, que l’âge de ce gisement est remis
en question et pourrait être rapporté au Pliocène inférieur.
Une publication récente (Pareyn et al., 1984) a montré l’existence d’un gisement de
faluns redoniens à Cricqueville-en-Bessin (Calvados), renfermant une faune de Bivalves plio¬
cènes, du même type que celle de Gourbesville, mais beaucoup plus pauvre (9 espèces seule¬
ment).
Haute-Normandie
Dans le domaine de la Manche orientale, deux gisements ont été étudiés : Fécamp
(Bassompierre et al., 1970 et 1972) et Valmont (CAVELtER et Kuntz, 1974). Si les Bivalves
de Fécamp sont moins marqués par les influences froides que ceux du Cotentin, c’est en rai¬
son de leur âge plus ancien (refroidissement progressif des côtes atlantiques au cours du
Pliocène). Toutefois, la position abritée du gisement dans le golfe de la Manche (Pas-de-
Calais fermé au Pliocène) renforce le caractère chaud de la faune (Lauriat-Rage et Ver-
GNAUD Grazzini, 1977).
Discussion
Je ne discuterai pas ici de l’attribution du Redonien, selon les auteurs, au Miocène
supérieur ou au Pliocène, sujet développé dans ma thèse (1981 : 13 et suiv.). Je préciserai
seulement mon point de vue. J’ai échelonné le Redonien (transgression locale) dans la plus
grande partie du Pliocène ; de — 5,3 M. A. à la base pour les plus anciens gisements qui
sont aussi les plus chaud.s (majorité des gisements angevins. Haute-Normandie) à environ
3 M. A,, période correspondant a la phase « froide » du Pliocène (Oléron, Vendée, trois
gisements sur quatre du Cotentin anciennement connus). Des mesures isotopiques ('*0/^*0)
effectuées sur Astarte (A.) omalii provenant de Gourbesville et Palluau (le second en Ven¬
dée) confirment le caractère « froid » des gisements, tandis que les mêmes mesures sur des
spécimens provenant de Fécamp et Saint-Clément-de-la-Place (le second en Anjou) indiquent
un climat chaud. Entre ces extrêmes, se situent plusieurs gisements de l’Anjou et de la
Basse-Loire (échelonnement stratigraphique et paléoclimatique) (Lauriat-Rage et Ver-
GNAUD Grazzini, 1977 ; Lauriat-Rage, 1981 ; 127, fig. 7).
— 36 —
L’étude des onze nouveaux gisements du Cotentin présentent un double intérêt strati-
graphique : 1) reconnaissance en Basse-Normandie d’un Pliocène I (Redonien inférieur) et
d’un Pliocène II (Redonien moyen), et mise en évidence de la succession stratigraphique en
un même lieu (forage de la Gathe) de formations appartenant aux Pliocènes 1, II et proba¬
blement lll ; 2) essai d’un classement stratigraphique de la plupart des nouveaux gisements
tout au long du Pliocène III, dont la période comprise entre — 3 M. A. et environ — 1,8
M. A., c’est-à-dire jusqu’à la limite Plio-Pléistocène.
En accord avec les données géologiques de Cl. Pareyn, l’étude paléontologique des
gisements et de leurs faunes me conduit à présenter aujourd’hui des résultats synthétiques,
établis en partie grâce à la coupe du forage de la Gathe (gisement n° 30).
Pliocène I
Le forage de la Gathe, qui met en évidence plusieurs formations successives, avec le
niveau des Bohons ‘ à la base et probablement celui du Bosq d’Aubigny au sommet (p. 31),
m’a permis de confirmer l’attribution de la formation des sables gris à oncolites de Sel-
souëf, située au-dessus du niveau des Bohons (Pareyn, 1984 : 222, tabl. I), au Pliocène 1.
En effet, la faune de Bivalves du niveau de Selsouëf, qui se caractérise par une majorité
d'espèces redoniennes, c’est-à-dire du Pliocène atlantique, est toutefois bien différente de
celle de Gourbesville, ne serait-ce que par l'absence de nombreuses espèces nordiques et par
la grande taille des coquilles ainsi que la forte épaisseur de leur test, généralement en rela¬
tion avec un climat chaud. Ce niveau renferme, en outre, Tucetona, sous-genre de Glycyme-
ris à côtes radiaires, connu au Pliocène dans les mers américaines et également présent,
actuellement, dans le sud-ouest Pacifique. Les formes indo-pacifiques, qui sont abondantes
sur les côtes atlantiques françaises à l’Éocène (Lauriat-Rage in Blondeau el al., 1982 :
128), deviennent peu nombreuses à partir du Miocène (Lauriat-Rage et Makinsky, 1983)
et il est tout à fait exceptionnel d’en rencontrer au Pliocène, les influences chaudes prove¬
nant alors des provinces méditerranéenne el sénégalienne.
Venant sous le niveau de Selsouëf (coupe la Gathe), le niveau des Bohons, pauvre en
fossiles, constitue normalement la base du Pliocène 1. Le falun roux des Bohons, caractérisé
ici par la présence de Chlamys (A.) opercularis (espèce absente des faluns miocènes dans la
région) et d'Ostrea (O.) eciulis, est l’équivalent faciologique du Savignéen. Le faciès voisin
de ces deux niveaux tient sans doute au fait que les conditions de milieu ont peu varié entre
le Miocène et la base du Pliocène.
Pliocène II
Par ailleurs, le niveau de la Brumannerie (nombreuses Térébratules) a été retrouvé à la
Gathe, au-dessus des sables de Selsouëf (Pareyn, 1984 : 222, tabl.) et doit se placer dans
le Pliocène II. Par comparaison avec les gisements redoniens du golfe ligérien, le gisement
de la Brumannerie près Rauville-la-Place, qui a donné son nom à la formation précitée lui
1, Ne pas confondre «niveau des Bohons» (= tormalion des taluns rous de Saint-Georges-de-Bohon)
(Pareyn, 1984 ; 222, tabl.), date du Pliocène I et auquel on peut vraisemblablement rapporter le gisement « classi¬
que » de Saint-Georges-de-Bohon. avec divers gisements du Pliocène lll (Gedgravien) situés sur la commune de
Saint-Georges-de-Bohon.
— 37 —
étant assimilable, occupe à mon avis une position stratigraphique intermédiaire entre le
Redonien ancien et le Redonien récent ; bien que peu différent du gisement de Gourbesviile,
le gisement de la Brumannerie, qui renferme une faune pauvre, montre quelques affinités
avec le gisement de Thorigné en Anjou, grâce à la présence de plusieurs valves de Siriarca
lactea de grande taille (p. 29), situant ce dernier au-dessus du Redonien inférieur.
Pliocène 111
Revenons à la coupe de la Gathe ; au sommet, on rencontre des argiles grises très pau¬
vres en fossiles, probablement du type Bosq d’Aubigny, niveau élevé du Pliocène III. Tou¬
tefois, on ne peut exclure complètement le passage Plio-Pléistocène ou le niveau Pléistocène
de Saint-Sauveur-de-Pierrepont. D’après les Foraminifères (Y. Le Calvez, note en prépara¬
tion), il s’agit d’une faune appauvrie, sans forme caractéristique du Pléistocène.
Dans le forage de la Gathe, manque le niveau de Gourbesviile. Mais la reconnaissance,
au moyen des Bivalves, de deux niveaux stratigraphiques différents dans le Pliocène 111 est
chose acquise : Gourbesviile — Cricqueville à la base et le Bosq d’Aubigny au sommet
(Lauriat-Rage, 1981 : 138 ; Lauriat-Rage in Pareyn et al., 1984 : 384).
Tableau XIII. — Position stratigraphique des gisements à Bivalves de Basse-Normandie.
AGES
FORMATIONS
GISEMENTS
PLEISTOCENE ANCIEN
= Newbournien
1 Icénien
Saint-Sauveur-
de-Pierrepont
Ruisseau Bucaille (n°1)
Village des Gardinières (n°4)
passage
Plio-Pléistocène
= Waltonien
PLIOCENE III
le Bosq d’Aubigny
la Gathe (n°30)
Est de Rougeville (n°21)
la Bréchollerie (n°26)
[Réserve de chasse de l'Ermitage^ (n"!?)
U'Ange t (n'’23t
= Gedgravien
Gourbesviile
= Cricqueville
le Quesney
Est de Rougeville (n“21)
Haîneau Cauvin^ tn®27)
PLIOCENE II
la Brumannerie
la Brumannerie ' (n°28)
le Bosq {n'’22)
la Gathe (n^BO)
PLIOCENE I
Selsouëf
la Gathe (n“30)
les Bohons
la Gathe (n°30)
MIOCENE
Bléhou, Picauville
— 38 —
Ainsi, la succession stratigraphique des principales formations pliocènes en Basse-
Normandie est établie : Pliocène I (les Bohons, puis Selsouëf) ; Pliocène II (la
Brumannerie) ; Pliocène III (Gourbesville, puis le Bosq d’Aubigny) (tabl. I).
En outre, j’ai pu retenir quatre types de gisements dans la zone supérieure du Pliocène
III (tabl. XIII), qui devraient correspondre approximativement, en partie au moins, au
niveau du Bosq d’Aubigny, bien qu’ils ne se présentent pas sous un faciès argileux, sauf à
la Gathe (prélèvement au sommet) et, par conséquent, ne renferment pas forcément les
mêmes espèces, pour des raisons écologiques. D’où la difficulté d’établir des corrélations
stratigraphiques précises entre les gisements argileux (rares) et les gisements sablo-calcareux
(fréquents) (Laüriat-Rage, 1981 ; 16). Ces quatre sous-ensembles sont définis par la pré¬
sence ainsi que par la fréquence de certaines espèces ; j'ai pu, de celte manière, montrer
l’homogénéité du niveau de Gourbesville — Cricqueville, par comparaison avec le niveau
supérieur du Pliocène III. Il ressort de cette analyse que les espèces caractérisant les niveaux
et leurs subdivisions sont en nombre réduit, car, pour être significatives, elles doivent figu¬
rer dans tous ces gisements ou, tout au moins, dans les limites inférieure et supérieure des
tranches de temps considérés (tabl. XIV).
Espèces et sous-espèces caractérisant le Pliocène de Basse-Normandie :
— Clans (C.) aculeata anipla
— Megacardita striatissima
— Astarte (A.J omalii omalii
— Astarte (D.j excurrens excurrens.
Espèces caractérisant le Pliocène III :
— Digitaria dîgitaria forma lanceolata
— Nuculana (L.) pella.
Espèces caractérisant le niveau supérieur du Pliocène III et le Pléistocène inférieur :
— Nuculana (N.) minuta
— Yoldia (Y.) oblongoides.
Espèce caractérisant le Pléistocène inférieur :
— Acila (T.) cobboldiae.
On retiendra donc les observations suivantes :
— les quatre espèces citées en premier, communes à tous les niveaux du Pliocène de
Basse-Normandie, caractérisent aussi le Redonien du golfe ligérien (les différences relatives
aux sous-espèces étant dues à des problèmes biogéographiques) ;
— le niveau supérieur du Pliocène III (sables calcareux fossilifères équivalents proba¬
bles des argiles du Bosq d’Aubigny) est caractérisé par la présence de Nuculana (N.) minuta
et Yoldia (Y.) oblongoides, qui ne figurent pas dans le niveau de Gourbesville, situé juste
au-dessous, justifiant ainsi le découpage en deux parties du Pliocène III ;
— la présence ù'Acila (T.) cobboldiae atteste un âge Pléistocène inférieur ;
— toutefois la présence simultanée de Nuculana (L.) pella (qui se cantonne à la Médi¬
terranée au Pléistocène) et d'Acila (T.) cobboldiae pourrait indiquer la limite Plio-Pléistocène.
— 39 —
Tableau XIV. — Présence et fréquence des espèces significatives.
PLEISTOCENE ANCIEN
= Newbournien Saint-Sauveur-
à Icénien de-Pierrepont n® 1 : cob (+++), obi (++++), min (++)
-jjO 4 ; (♦+), obi (♦+•♦•), pel (+)
passage
PLIO-PLEISTOCENE
* Waltonien
n® 30: faciès argileux du type Bosq d’Aubigny.
les autres gisements: faciès sablo-calcareux
.II” 21 (niveau supérieur): obi (•♦■+■*')
Aubigny 26 ; obi pel oma (+), lanc (+), a a (•»■)
fh“ 17: obi (+}, min (+)» pel (+♦), ex (+), lanc (♦), str (+), a a (+)
ln“ 23: obi (♦), pel (+)» ex (♦)
PLIOCENE III---
n® 25: lanc (+)
n® 21 (niveau inférieur): pel (++), oma (+), ex (+), lanc (+++), a a (+)
_n“ 2/: pel (+++), onja (+), lanc (♦+)
Gourbesville
= Cricqueville
PLIOCENE II
PLIOCENE I
la Brumannerie
Selsouëf
les Bohons
h® 28: lact (++)
n® 22 : a a (+)
n® 30 (Térébratules)
n® 30: col (+•♦•+), oma (+++),
n® 30: (ChlamyB et OetreaJ
ex {+), str (+++), a a (++)
Signification des abréviations (à lire de bas en haut) et des signes : col = colossea ; oma = omalii ; ex = ex-
currens ; str = striatissima ; a a = aculeata ampla ; lact = Saclea ; pel = pella ; lanc = tanceolata ; obi = oblon-
goides ; min = minuta ; cob = cobholdiae ; (*) = rare ; (**) = peu nombreuse ; (**•) = nombreuse ;
(»»»*) = iré.s nombreuse.
Dans le futur article de synthèse sur les faunes pliocènes de Normandie, figurera un
tableau de répartition de toutes les espèces de Bivalves, par gisement, et sera donnée la
signification stratigraphique de la faune d’après les familles les plus intéressantes. Les corré¬
lations stratigraphiques établies par comparaison avec les Bivalves du domaine nordique me
conduisent à proposer (selon Heering, 1950 ; Glebert, 1958 ; Brébion et Brunet, 1973 ;
Cavelier et coll., 1980 ; Lauriat-Rage in Pareyn et al., 1984 ; Lautridou, 1985), les
équivalences suivantes pour ta base du Pléistocène, la limite Plio-Pléistocène (— 1,8 M. A.)
et le Pliocène III :
— NW France (Pléistocène inférieur) ;
East Anglia (Newbournien) ;
Belgique (Merxémien) ;
Pays-Bas (Waalien).
— NW France (limite Plio-Pléistocène) ;
East Anglia (Waltonien) ;
Belgique (Scaldisien, niveau de Kallo) ;
Pays-Bas (Eburonien).
— NW France (Redonien récent, niveau du Bosq d’Aubigny) ;
East Anglia (Gedgravien supérieur) ;
Belgique (Scaldi.sien, niveau de Luchtbal) ;
Pays-Bas (Tiglien).
— 40 —
— NW France (Redonien récent, niveau de Gourbesville) ;
East Anglia (Gedgravien) ;
Belgique (Scaldisien, niveau de Kattendijk supérieur) ;
Pays-Bas (Prétiglien).
Je résumerai brièvement ici les indications paléobiogéographiques apportées par l’étude
de la faune de Bivalves. On assiste, dans le domaine de la Manche, à un affrontement des
influences méridionales (pour la plupart anciennement installées) et des influences nordi¬
ques, nouvellement arrivées et éliminant progressivement les premières. Grâce à la décou¬
verte d’un Pliocène I et de plusieurs gisements échelonnés dans la partie supérieure du Plio¬
cène 111, j’ai pu préciser les étapes des changements fauniques, depuis la base du Pliocène
jusqu’au Pléistocène ancien déjà connu dans la région (Brébion et al., 1974). D’un point de
vue plus général, on peut dire que la dégradation climatique lente et ressentie par paliers,
commencée après l’Èocène (le Burdigalien faisant exception car il s’agit de nouveau d’un
épisode très chaud), conduit à rélimination progressive des taxons indo-pacifiques et endé¬
miques, ainsi qu’à la diminution du nombre total des espèces (renouvellement compris),
allant de pair avec l'augmentation de la fréquence d’un certain nombre d’entre elles (tout en
considérant les variations fauniques dues aux changements dans les faciès).
En Basse-Normandie, de grandes différences apparaissent d’emblée entre les faunes du
Pliocène I et celles du Pliocène 111, qui deviennent graduellement plus nordiques. En effet,
l’association faunique du niveau des Bohons (Çhlamy.'i et Oslrea) évoque celle qui caracté¬
rise le faciès savignéen pendant le Miocène, à caractère subtropical. Par ailleurs, le niveau
de Selsouëf comprend essentiellement de grandes coquilles, comme l’on en rencontre fré¬
quemment dans les faluns miocènes de la région ou le Pliocène méditerranéen. Elles s’oppo¬
sent en cela à l’ensemble des Bivalves redoniens qui comportent peu de spécimens de grande
taille (Lauriat-Rage, 1981 : 115-116) ; toutefois l’âge phocène de la formation de Selsouëf
n’est pas remis en cause, compte tenu de la présence de Pecten (P.) tnaxitnus, Astarte (A.)
omalii, Astarte (D.) excurrens. De plus, les Glycymerididae à côtes radiaires (dont Tuce-
tond) sont aujourd’hui cantonnés dans les provinces tropicales et subtropicales. Autant
d’arguments pour démontrer le caractère chaud de la faune du Pliocène 1, en accord d’ail¬
leurs avec l’étude des Foraminifères et des Bryozoaires (Y. Le Calvez et É. Buge, notes en
préparation).
Les rares gisements se rapportant au Pliocène II (niveau de la Brumannerie) sont trop
pauvres en espèces pour que l’on puisse en discuter avec précision les affinités paléobiogéo¬
graphiques. Cependant, on pourra retenir que la grande taille de Striarca lactea, seule Arci-
dae subsistant actuellement sur les côtes atlantiques et ayant atteint de petites dimensions
dès le Pliocène 111, résulte d’un climat encore chaud et de conditions de milieu non retrou¬
vées ensuite.
Au Pliocène 111, dans la Manche, les espèces dites méridionales, c’est-à-dire celles réfu¬
giées aujourd’hui en Méditerranée, ne sont pas toutes éliminées au profit des espèces nordi¬
ques ; on peut clas.ser ces formes méditerranéennes en deux catégories : d’un côté, les espè¬
ces vastement réparties dans toute l’Europe depuis le Miocène, qui n’ont pas encore aban¬
donné le domaine atlantique grâce à une certaine adaptation, et qui sont les plus nombreu¬
ses (principalement Arcidae et Carditidae), d’un autre côté, quelques espèces qui ont fait le
chemin inverse et qui sont donc remontées dans la Manche au Pliocène (le climat le permet-
— Al¬
lant encore) et pour lesquelles Nuculana (L.) pella constitue un très bon exemple ; mais, à
la limite Plio-Pléistocène, cette espèce et d'autres quitteront la Manche devenue trop froide
pour se cantonner alors définitivement à la Méditerranée.
Les Astartidae ainsi que les Nuculidae et les Nuculanidae représentent la plus grande
partie de l’apport nordique. Les Astartidae ont pénétré dès le Pliocène 1 dans le golfe ligé-
rien (Redonien inférieur de l’Anjou, où elles figurent en grand nombre). Dans le golfe de la
Manche, on retrouve les mêmes espèces et les différences entre les deux golfes sont liées aux
problèmes biogéographiques (Lauriat-Rage, 1982). Une variété de Digifaria digitaria, dite
lanceolata, en raison de son ornementation particulière, constitue Jusqu’à présent la seule
forme endémique de la Manche connue au Pliocène. Si les Nuculidae et les Nuculanidae
tiennent lieu de marqueurs stratigraphiques (permettant de distinguer un niveau inférieur et
un niveau supérieur dans le Pliocène 111, ou bien caractérisant le Pléistocènc), clics donnent
également des indications climatiques (successivement immigrants nordiques, puis arctiques).
Il semble probable que le climat se soit progressivement dégradé, sans réchauffement inter¬
médiaire, entre les glaciations de Biber (environ — 2,3 M. A. ?) et de Donau (environ
— 1,8 M. A. ?).
Les onze gisements étudiés ici sont tous des éléments de thanatocénoses transportés à
faible distance (biotopes et conditions de milieu différents — changement dans la couleur et
l’épaisseur du test — fossiles entiers rares, espèces de grande et de petite taille, présence de
stades jeunes et adulte.s). Ces accumulations ont été constituées au cours du temp.s, comme
l’attestent les séries sédimentaires (colonnes stratigraphiques établies à partir des sondages
et forages). D’après les Bivalves, il s’agit d’un milieu marin franc et, par comparaison avec
les gisements redoniens, comme eux la faune a vécu sous une faible profondeur d’eau,
allant jusqu’à 30 ou 40 m (étage infra-littoral). On compte moins d’espèces appartenant à
l’épifaune qu’à l’endofaune et le substrat presque toujours meuble est de nature variée
(sables plus ou moins grossiers et sables vaseux principalement).
CONCLUSIONS
L’intérêt de ce travail tient d’abord à la découverte de nombreux gisements pliocènes en
Basse-Normandie, et ensuite au fait que les faunes proviennent de sondages et forages per¬
mettant, dans plusieurs cas, de mettre en évidence des subdivisions stratigraphiques, ce qui
n’avait jamais pu être fait jusqu’alors dans le Redonien avec les Bivalves (le Redonien de la
Groussiniére en Bretagne, provenant également de sondages, n’a pas révélé l’existence de
niveaux stratigraphiques différents). Parmi les nombreuses espèces inventoriées, la plupart
ont pu être comparées à la riche faune pliocène, déjà connue, de Oourbesville, Les quelques
nouvelles espèces pour la région ont toutes une signification intéressante au point de vue
stratigraphique et paléobiogéographique (reliquat méridional s’opposant aux immigrants
nordiques, puis arctiques). J’ai pu montrer qu’il existait un niveau stratigraphique plus
récent que la formation de Oourbesville et correspondant sans doute au niveau du Bosq
d’Aubigny, divisant ainsi le Pliocène III en deux parties. Connaissant par ailleurs la faune
— 42 —
Pléistocène de Saint-Nicolas-de-Pierrepont et de Sainl-Sauveur-de-Pierrepont, j’ai pu identi¬
fier une faune de transition, définissant le passage Plio-Pléistocène et comblant ainsi une
importante lacune stratigraphique. 11 m’a été possible de caractériser deux niveaux
« froids » dans le Pliocène récent, où s’inscrit le plus grand nombre de gisements et, j’ai pu
retenir aussi un niveau dans le Pliocène II, intermédiaire, plus chaud, pauvre mais repré¬
senté dans les deux bassins (Carentan et Saint-Sauveur-le-Vicomte) et deux niveaux dans le
Pliocène I, déjà connu à Fécamp en Haute-Normandie et beaucoup plus chaud que précé¬
demment. L’interprétation de ces diverses formations, toutes recoupées (sauf celle de Gour-
besville) dans un forage à la Gathe près Saint-Sauveur-le-Vicomte, a été élaborée à partir
d’une large concertation, utilisant à la fois les données géologiques et paléontologiques.
Si l’on a dénombré jadis quelques gisements seulement dans le Pliocène de Basse-
Normandie, l'addition d’une dizaine de gisements nouveaux constitue un exceptionnel maté¬
riel de comparaison avec les Bivalves redoniens du golfe ligérien. Grâce à la richesse de ce
Pliocène, il m’a été possible de retrouver pour le golfe de la Manche, les trois niveaux stra-
tigraphiques reconnus dans le bassin de la Loire.
Remerciements
J’exprime toute ma reconnaissance au Pr Cl. Pareyn qui m’a confié ce matériel d’étude et j’asso¬
cie dans lin même remerciement les chercheurs de l’institut de Paléontologie, Y. Le Calvez, Ph.
Brébion, È. Buge et J. Roman, qui m'ont apporté leur aide au cours de nos nombreux entretiens et
sur le terrain. Je remercie également M. Rtouir, qui m'a jadis communiqué des fossiles, et N. Poupi-
NET, pour la préparation du matériel (Université de Caen, Départemeni de Géologie), ainsi que
P. Nuttall et M. Cooper (Briiish Muséum of naiural History, Department of Palaeontology) et
A. Morter, Directeur du Geological Survey à Londres, qui m'ont donné accès aux collections dont ils
ont la charge.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Pour une bibliographie plus complète, se reporter à l'article de synthèse sur les Bivalves redoniens (Lauriat-
Race, 1981).
Bassompierre, P., Ph. Brébion, É. Buge, A. Lauriat, Y. Le Calvez et P. Martin, 1970. — Décou¬
verte d’un gisement fossilifère d’âge redonien dans la région de Fécamp (Seine-Maritime). C. r.
hebd. Séanc. Acad. Sci. Paris, sér. D, 271 : 159-160.
Bassompierre, P., Ph. Brébion, É. Buge, A. Lauriat, Y. Le Calvez et P. Martin, 1972. — Le gise¬
ment redonien de Fécamp (Seine-Maritime). Bull. Bur. Rech. géol. & minières, 2‘ sér., I (1) :
29-48, 2 fig,, 2 pl. phot., 5 tabl.
Blondeau, A., Ph. Brébion, É. Buge, J. -P. Chevalier *, R. Damotte, A, Laurut-Rage, Y. Le
Calvez, J. Roman, M. Ters, J.-M. Viaud, 1982, — Le Lutétien supérieur de Pierre-Aiguë près
Saint-Aignan-Grand-Lieu (Loire-Atlantique). Bull. Bur. Rech. géol. & minières, 2' sér., 1 (1-2) :
115-142, 1 fig., 3 pl., 6 tabl.
Brébion, Ph., et J. Brunet, 1973. — La limite Pliocène-Pléistocène dans le domaine européen nord-
occidental d’après les faunes de Gastéropodes ; corrélation continentale d'après la répartition
des Equidés. Bull. Mus. nain. Hist. nai., Paris, 3' sér., n° 129, Sci. Terre 21 ; 1-13, 1 tabl.
— 43 —
Brébion, Ph., É. Buge, G. Fn.Y, A. Lauriat, J.-P. Margerei et Cl. Pareyn, 1974. — Le Quater¬
naire ancien de Saint-Nicolas-de-Pierrepont et Saint-Sauveur-dc-Pierrepont (Manche). Bull. Soc.
linn. Normandie, 104, 1973-1974 ; 70-106, 5 fig., 2 pl., 4 tabl.
Caumont, É. de, 1835. — Essais sur la distribution géographique des roches dans le département de
la Manche. Mém. Soc. linn. Normandie, S : 239-281.
Cavelier, C., et G. Kuntz, 1974. — Découverte du Pliocène marin (Redonien) à Valmont (Seine-
Maritime) dans le Pays de Caux. Conséquences sur l’âge post-redonien des Argiles rouges à
silex de Haute-Normandie. C. r. somm. Soc. géol. Fr., suppl. XVI (6) : 160-162.
Cavelier, C., en collah. avec C. Kuntz, J.-P. Lautridoo, .1. Manivit, C. Pareyn, !.. Rasplus et
J. Tourenq, 1980. — Miocène et Pliocène. In Synthèse Géologique du Bassin de Paris, Strati¬
graphie et Paléogéographie. Mém. Bur. Rech. géol. &. minières, 1 (101) : 416-436, fig., tabl.
Chavan, a., et J. CoATMEN, 1943. — Étude paléontologique et stratigraphique du havre de Blainville-
sur-Mer (Manche). Bull. Soc. géol. Fr., 5' sér., 13 (4-6) : 159-176, 5 fig.
Clet, M., 1984. — Le Pléistocène inférieur en Normandie, description d’un sondage : le Bosq
d'Aubigny (Manche). Revue Paléobiol., Mus, Hist. nai. Genève, vol. spéc. : 41-53, 2 fig.,
2 tabl.
Deslonochamps, E , 1853. — Sur les coquilles fos.siles du Bosq d’Aubigny. Mém. Soc. linn. Nor¬
mandie, 9 ; Lll-LV,
Dollfus, G. F., 1906. — Faune malacologique du Miocène supérieur de Gourbesville (Manche), étage
Redonien. Ass.fr, Avanc. Sci., 34' sess. (Cherbourg 1905) : 358-371.
Glibert, M., 1958. — Tableau stratigraphique des Mollusques du Néogène de la Belgique. Bull. Inst,
roy. Sci. nat, Belgique, 34 (32) : 1-20, tabl.
Heerino, J.. 1950. — Pelecypoda (and Scaphopoda) of the Pliocène and Older Pleistocene deposits of
the Nederlands. Meded- geol. Slichl., sér. C, IV, 1 (9) : 225 p., 4 fig., 17 pl., 1 tabl..
Lauriat-Rage, A., 1981. — Les Bivalves du Redonien (Pliocène atlantique de France). Signification
stratigraphique et paléobiogéographique. Mém. Mus. natn. Ilisi. nat., Paris, n. s., sér. C, Sci.
Terre, 45 : 173 p., 8 fig,, 18 pl,, 1 tabl
— 1982. — Les Astartidae (Bivalvia) du Redonien (Pliocène atlantique de France). Systématique,
Biosiratigraphie, Biogéographie. Mém. Mus. natn. Hist. nat., Paris, n. s., sér. C, Sci. Terre,
48 ; 118 p., 30 fig., 16 pl., 4 tabl.
Lauriat-Race, a., et M. Makinsky, 1983. — Mise en évidence du sous-genre Monothyra (Pholadi-
dae, Bivalvia) dans le Miocène européen. Le problème des plaques accessoires chez les Pho-
lades. C. r. hebd. Sèanc. Acad. Sci., Paris, sér. Il, 296 : 1745-1747, 1 fig.
Lauriat-Rage. A., et C. Vergnauû GRAzztNi, 1977. — Signification climatique des Bivalves du Plio¬
cène de rOue.st de la France (Redonien) d’après leur étude biogéographique et isotopique. C. r.
hebd Séanc. Acad. Sci., Paris, sér. D, 284 : 2475-2478, 2 fig.
Lautridou, J.-P., 1985. — Le cycle périglaciaire pléistocène en Europe du Nord-Ouest et plus parti¬
culièrement en Normandie. Thèse Doctorat État, Caen. Centre Géomorphologie CNRS Caen,
édit. ; 908 p.. 191 fig., 60 tabl., 19 pl., 4 dépl.
PA.REYN, CL, 1980. — Mise en évidence d’une activité néotectonique pliocène et quaternaire dans le
Cotentin, le bassin de Carentan et le Bessin (Manche et Calvados). Bull. Soc. géol. Fr., 7' sér.,
22 (4) ; 695-701.
— 1984. — Les découvertes récentes sur les séries marines néogènes et pléistocènes ouvrent la voie
à une conception nouvelle de l’évolution structurale et morphologique de la Bas.se- Normandie.
Livre Jubilaire A. Journaux : 215-232, 1 fig., 1 tabl.. Ch. Corlei éd.
Pareyn, CL, P. Brébion, E. Buge, R.-P. Carriol, A. Lauriat-Rage, Y. Le Calvez et .1. Roman,
1984. — Le gisement pliocène de Cricqueville-en-Bessin (Calvados). Étude géologique et paléon¬
tologique. Bull. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 4' sér., 5, C, (4), 1983 : 367-405, 2 pL, 4 tabl.
— 44 —
Reoteren Altena, C. O. v., A. Bloklander et L. P. Pouderoyen, 1962. — De fossiele Schelpen
van de Nederlandse stranden en zeegaten, tweede sérié, 1 Basteria, 26 (1-2) : 5-16, 5 pl.
Vasseur, G., 1881. — Recherches géologiques sur les tepains tertiaires de la France occidentale. Stra¬
tigraphie. 1' partie : Bretagne. Biblique Éc. ht. Êtud. Paris Secl. Sci. nat., 23, 1. — art. (1) :
432 p., 29 fig., pl., tabl.
Vieillard, E., et G. Dollfus, 1875. — Étude géologique sur les terrains crétacés et tertiaires du Co¬
tentin. Bull. Soc. linn. Normandie, 2' sér., 9 ; 5-181, tabl., 1 dépl.
WooD, S. V., 1850. — A Monograph of the Crag Mollusca. Palaeont. Soc., London, Part 11, Bival¬
ves : 342 p., 31 pl.
Planche 1
1. — Nucula (Nucula) nucléus nucléus (L.) : VD ; gisement n“ 17 : réserve de chasse de l’Ermitage 2 (prélève¬
ment à 35 m) ; X 2 (R.06569 ; MNHN).
2. — Nucula (Nucula) tenais (Mig.) : VD ; gisement n° 4 : village des Gardinières (prélèvement 16-20 m) ; x 2
(R.06570 ; MNHN).
3. — Nucula (Nucula) tenais (Mig.) : VD ; gisement n” 4 : village des Gardinières (prélèvement 16-20 m) ; x 2
(R.06571 : MNHN).
4. — Nucula (Lamellinucula) sulcala Bronn ; gisement n° 26 : la Bréchollerie (prélèvemeni 24-28 m) ; x 2
(R.06572 ; MNHN).
5. — Nucula (Lainellinucula) sulcala Bronn ; gisement n” 26 : la Bréchollerie (prélèvemeni 24-28 m) ; x 2
(R.06573 ; MNHN).
6. — Nucula (Lamellinucula) sulcala Bronn ; gisement n“ 26 : la Bréchollerie (prélèvemeni 24-28 m) ; x 2
(R.06574 ; MNHN).
7. — Nucula (Lamellinucula) sulcala Bronn ; VG ; gisement n" I : ruisseau Bucaille (prélèvemeni 14-15 m) ; x 2
(R.06575 ; MNHN).
8. — Nuculana (Nuculana) minuta (Mtg.) : VD ; gisement n° I : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ; x 2
(R.06576 ; MNHN).
9. — Nuculana (Lemhulus) pella (L.) : VD ; gisement n” 27 : hameau Cauvin 2 (prélèvement 5,1-6,2 m) ; x 2
(R.06577 ; MNHN).
10. — Acila (Truncacila) cobboldiae (Sow.) ; gisement n° 1 : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ; x 2
(R.06578 ; MNHN).
11. — Acila (Truncacila) cobboldiae (Sow.); gisement n“ I : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ; x 2
(R.06579 ; MNHN).
a = face externe ; b = face interne ; VD = valve droite ; VG = valve gauche ; MNHN = Muséum national
d’Histoire naturelle, Paris.
— 45 —
9
— 46 —
Planche II
1- — Nucula (Lembulus) pella (L.) : VG ; gisement n" 21 : est de Rougeville (prélèvement 26-30) ; x 2 (R 06580 •
MNHN).
2. — Limopsis (Peclunculina) recisa (Defr.) : VG ; gisement n° 17 : réserve de chasse de l’Ermitage 2 (prélève¬
ment 47 m) ; x 2 (R.06581 ; MNHN).
3- — Yoldia (YoldiaJ oblongoides (Wood) ; VD ; gisement n° 1 : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ; x 2
(R.06582 : MNHN).
3- — Yoldia (Yoldia) oblongoides (Wood) : VD ; gisement n° 1 : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ; x 2
(R.06583 : MNHN).
5 — Yoldia (Yoldia) oblongoides (Wood) : VD ; gisement n" 1 : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ■ x 2
(R.06584) ; MNHN).
— Yoldia (Yoldia) oblongoides (Wood) : VG ; gisement n° 1 : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ; x 2
(R.06585 ; MNHN).
7. — Yoldia (Yoldia) oblongoides (Wood) : VD ; gisement n° 1 : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ; x 2
(R.06586 ; MNHN).
8. — Yoldia (Yoldia) oblongoides (Wood) : VG ; gisement n° 1 : ruisseau Bucaille (prélèvement 15-17 m) ; x 2
(R.06587 ; MNHN).
9- — Yoldia (Yoldia) semislriala (Wood) : VG ; gisement n° 28 : la Brumannerie 1 (prélèvement 5-24 m) ; x 2
(R.06588 ; MNHN).
10. — Striarca laclea (L.) : VD ; gisement n° 28 : la Brumannerie 1 (prélèvement 5-24 m) ; x 1 (R 06589 •
MNHN).
11. — Barbalia (Barbatia) barbota (L.) : VG ; gisement n" 21 ; est de Rougeville (prélèvement 18-22 m) ; x 1
(R.06590 ; MNHN).
Signification des lettres voir planche I.
— 48 —
Planche 111
1. — Glycymeris (Glycymerisj sp. : VG ; gisement n° 26 : la Bréehollerie (prélèvement 19-24 m) ; x 1 (R.06591 ;
MNHN).
2. — Megacardita sirialissima (Caill.) (juv.) : VG ; gisement n° 17 ; réserve de chasse de l’Ermitage 2 (prélève¬
ment 33 m) ; x 2 (R.06592 : MNHN).
3. — Anomia (Anomia) ephippium L. s.l. : VG ; gisement n° 27 : hameau Cauvin 2 (prélèvement 9,2-10,7 m) ;
X 2 (R.06593 ; MNHN).
4. — Aslarte (DigilariopsisJ obUquala obliquata Sow. (juv.) : VD ; gisement n° 17 ; réserve de chasse de l’Ermi¬
tage 2 (prélèvement 37 m) ; x 2 (R.06594 ; MNHN).
5. — Cardita (Cardita) calyculata (L.) : VG ; gisement n° 21 : est de Rougeville (prélèvement 22-26 m) ; x 2
(R.06595 ; MNHN).
6. — Glans (CenlrocardilaJ aculeala amp/a (Chav. et Coat.) : VG ; gisement n° 22 : le Bosq (prélèvement 26-
30 m) ; X 2 (R.06596 ; MNHN).
7. — Aslarte (Aslarte) omalii omalii Jonk. : VG ; gisement n“ 21 : est de Rougeville (prélèvement 22-26 m) ;
X 1 (R.06597 ; MNHN).
Signification des lettres voir planche I.
PLANCHE III
— 50 —
Planche IV
1. — Astarle (Digitariopsis) excurrens excurrens Wood : VG ; gisement n° 23 : l’Ange 1 (prélèvement 36-37 m) ;
X 3 (R.06598 ; MNHN).
2. — Digitaria digilaria (L.) forma lanceolala : VG ; gisement n“ 17 ; réserve de chasse de l’Ermitage 2 (prélève¬
ment 35 m) : X 2 (R.06599 ; MNHN).
3. _ Digitaria digilaria (L.) forma lanceolata : VG : gisement n° 26 : la Bréchollerie (prélèvement 24-28 m) ;
X 2 (R.06600 ; MNHN).
4. _ Digitaria digitaria (L.) forma ianceolata : VD ; gisement n° 25 : le Quesney (prélèvement 18-22,5 m) ;
X 5 (R.06601 ; .MNHN).
5. — Spisula (Spisula) soiida ovalis (Sow.) : VD ; gisement n” 26 : la Bréchollerie (prélèvement 24-28 m) ; x 1
(R.06602 ; MNHN).
6. _ Acanlhocardia (Acamhocardia) erinaceum (Lmk) ; gisement n° 26 : la Bréchollerie (prélèvement 24-28 m) ;
X 2 (R.06603 ; MNHN).
7. — Spisula (Spisula) soiida ovaiis (Sow.) : VG ; gisement n° 26 ; la Bréchollerie (prélèvement 24-28 m) ; x 1
(R.06604 ; MNHN).
8. — Spisula (Spisula) subtruncaia triangula (Ren.) : VG ; gisement n° 27 : Hameau Cauvin 2 (prélèvement
3,3-4,4 m) ; X 2 (R.06605 ; MNHN).
9. — Corbula (Varicorbula) gibba gibba (Ol.) : VD ; gisement n° 17 : réserve de chasse de l’Ermitage 2 (prélève¬
ment 41 m) ; X 2 (R.06606 ; MNHN).
Photos D. Serreite. Signification des lettres voir planche 1.
PLANCHE IV
BuU. Mus. nain. Hisl. nal., Paris, 4= sér., 8, 1986,
section C, n° 1 : 53-75.
Microstructure des coquilles de Céphalopodes :
la partie apicale de Belopterina (Coleoidea)
par Yannicke Dauphin
Résumé. — La partie apicale de Belopterina esi composée de prismes aragonitiques très fins répar¬
tis en secteurs radiaires irréguliers dans la « ligne apicale », et devenant progressivement réguliers vers
la périphérie. Les coupes antéro-postérieures montrent que ces secteurs sont formés de sphéroHtes
régulièrement superposés. Une telle organisation est très proche de celle de Belaptera, et présente de
nombreux points communs avec certains Aiilacocéridés triasiques. Cependant,les re.ssemblanccs avec
ces derniers résultent très probablement d’une convergence et non pas d’une filiation directe.
Abstract. — The apical part of Belopterina consists of radial sectors. Each sector is composed by
thin aragonitic prisins diverging front the « apical line ». This apical line bends from the end of the
alveolar cavity to the ventral face of the posterior rostral apex. Longitudinal (antero-posterior) sections
shows that each radial sector consists of numerous regularly superposed spherolites. Such a structure is
very similar lo that of Belopierg and some triassic Aulacocerids ; however direct relationships between
Aulacocerids and Belopterina are not known and similarities appear to be due to a convergence.
Y. Dauphin, Laboratoire de paléontotogie des vertébrés. Université Paris 6, 4 place Jussieu, 75230 Paris cedex 05,
et U A 723 du CNRS.
Introduction
Les Belopterina, comme les Beloptera dont elles ont été séparées en 1872 par Munier-
CHALMA.S, font partie de ces CéphaJopodes Coléoïdes du Tertiaire dont la position systémati¬
que reste des plus incertaines. Peu d’auteurs en effet se sont attachés à décrire et étudier de
façon détaillée cette forme (genre ou sous-genre ?) considérée comme mineure. 11 en résulte
que ses rapports avec les autres Beloptéridés ne sont pas encore clairement définis, et que sa
situation dans les lignées phylétiques des Coléoïdes est fluctuante. En fait, cet état de choses
concerne l'ensemble des Coléoïdes, ainsi que le faisait remarquer Avnimeiech (1958) :
« The classification of the tertiary belemnoids lacks general agreement and changes greatly
from author to author. Even the subdivision into the suborders of Belemnoidea and Sepioi-
dea is not well deftned so that it almost looses its theoretical and practical significance ».
Le fait que généralement seule la partie apicale de ces coquilles soit conservée et que leur
morphologie externe soit assez simple n’est pas étranger à cette situation.
Dans ces conditions, l’analyse microstructurale des Belopterina rentre alors tout natu¬
rellement dans le cadre plus général de l’étude entreprise sur ces taxons du Tertiaire, afin de
déterminer l’éventuelle valeur systématique et phylétique des caractères microstructuraux et
minéralogiques.
— 54 —
Positions systématique et phylétique
DE Belopterina
1. Position systématique (tabl. I)
On doit à Munier-Chalmas (1872) d’avoir différencié le genre Beloptera « muni
d’appendices aliformes », du genre Belopterina « privé de ces appendices et n’offrant plus
que des crêtes latérales ». Mais à cette date, l’auteur ne précise pas s’il considère ces formes
comme des Bélemnitidés ou des Sépiidés.
Tableau I. — Hypothèses sur la position systématique du genre Belopterina dans les traités de
paléontologie les plus usuels.
Auteur Position systématique
ZiTTEL, 1887
Fischer, 1887
Bernard, 1895
Munier-Chalmas, 1903
Abel, 1916
Naef, 1922
PiVETEAU, 1952
Avnimelech, 1958
Jeletzky, 1966
Orlov, 1976
Phragmophora-Belemnitidae
Phragmophora-Belopteridae
Phragmophora-Béloptéridés
Phragmophora-Belopteridae
Bélemnitidés-Béloptéridés
Sepioidea-Belopteridae
Belemtioidea-Neobelemnitidae
Belemnoïdes-Belemnosisidae
Sepiida-Belopteridae
Sepioidea-Belopteridae
Décrit comme un sous-genre de Beloptera par Zittel (1887), Belopterina est inclus dans
les Decapoda Phragmophora, c’est-à-dire les formes munies d’un test calcaire, d’une poche
à encre, la coquille étant en partie cloisonnée et traversée par un siphon. Le type des Phrag¬
mophora est représenté par les bélemnites. Bien que seule la partie apicale des Belopterina
soit connue, la présence d’une alvéole indique l’existence très probable d’un phragmocône
(fig. 3). La même année (1887), Fischer reconnaît Belopterina comme un sous-genre de
Beloptera, les Belopteridae étant, comme les Belosepiidae, des Phragmophora. Cette attribu¬
tion est admise par Bernard (1895) et reprise par Munier-Chalmas (1903).
Pratiquement entièrement consacré aux Coléoïdes vivants et à leur mode de vie, le texte
d’AsEL (1916) comporte certains chapitres consacrés aux fossiles ; il en ressort que les
Béloptéridés sont des bélemnites tertiaires. L’ouvrage de Naef (1922), qui lui aussi fait une
part importante à la biologie des formes actuelles, est cependant beaucoup plus complet que
le précédent en ce qui concerne la systématique et la phylogénie. Naef semble être le pre¬
mier auteur à estimer que les Belopteridae, et donc le genre Belopterina, appartiennent non
pas aux Bélemnitidés, mais aux Sepioidea.
— 55 —
Pour Roger (in Piveteau, 1952), Belopterina fait partie des Neobelemnitidae, famille
« utile à conserver pour désigner des formes qui indiquent le passage du type Bélemnite du
Crétacé au Tertiaire et celles qui marquent une transition aux Sepioidea ». Sur la base de la
forme du rostre et du phragmocône, Avnimelech (1958) propose une nouvelle classification
des Bélemnoïdes tertiaires qu’il répartit en trois groupes ; Belopterina appartiendrait aux
Belemnosisidae, caractérisés par un court rostre émoussé et un phragmocône plus au moins
courbe. Cet auteur semble être le seul à séparer aussi nettement Belopterina et Beloptera,
puisque si ce dernier est un Belopterinae, Belopterina est un Belemnosisidae. Quant à
Jeletzky (1966), il signale simplement que les Belopteridae sont des Sepiida. Il en est de
même pour Orlov (1976).
Cette brève revue des principaux auteurs montre que, comme pour le genre Beloptera
auquel elle est généralement étroitement associée, la position systématique de Belopterina
oscille entre les Bélemnoïdes et les Sépioïdes. Il apparaît en outre une gêne certaine de la
plupart des auteurs qui hésite à attribuer aux Bélemnoïdes une forme indéniablement ter¬
tiaire.
2. Position phylétique
Appartenant à une famille « intermédiaire » entre les Belemnoidea et les Sepioidea,
Belopterina occupe à l’intérieur même de cette famille une position de transition entre les
genres de Belopteridae. Dans l’ensemble, les auteurs (Naef, 1922 ; Roger in Piveteau,
1952 ; Teichert, 1967 t Orlov, 1976) s’accordent pour situer les Belopteridae au cœur des
relations Belemnoseidae — Sepiidae — Spirulidae — Spirulirostridae.
Sur des critères partiellement stratigraphiques, Abel (1916) présente Belopterina comme
une forme plus primitive que Beloptera, dans une série à spécialisation croissante : Vasseu-
ria — Belopterina — Beloptera.
Selon Roger {in Piveteau, 1952), Belopterina « offre à la fois des rapports avec
Belemnosis et Beloptera » par sa morphologie, mais entre Belopterina et Beloptera vient
s’insérer le genre Belopterella (fig. 1). Orlov (1976) a décelé deux tendances chez les Belop¬
teridae ; le genre Belopterella par diminution de taille donnerait Belopterina et Belopteri-
dium, et par augmentation des excroissances latérales : Beloptera et Belosepiella. Belopte¬
rina et Beloptera ne sont donc pas directement reliés dans cette hypothèse (fig. 2) et la suc¬
cession proposée diffère de celle de Roger.
Belopterina
t
Belopterella
t
Beloptera
Fig. 1. — Position phylétique de Belopterina d’après Roger (in Piveteau, 1952).
Belopteridium Belopterina
Belopterella
^ N
optera Belosepiella
Fig. 2. — Position phylétique de Belopterina d’après Orlov (1976).
— 56 —
Étant donné la diversité des propositions systématiques et phylétiques, et le nombre de
taxons impliqués, il est peu probable que l’analyse microstructurale de ce seul genre, même
si on le compare à Beloptera (Dauphin, 1985), puisse résoudre à elle seule les questions
posées. L’étude de l’ensemble des genres concernés sera nécessaire.
Matériel et méthodes d’étude
1. Matériel
Les Belopterina étudiées proviennent des collections de l’Institut de paléontologie du
Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Deux spécimens de B. boriesi portaient pour
toute indication Fontas ou Fontes, sans autre précision. La seule commune française pou¬
vant correspondre est située près de Béziers (Hérault) : il s’agit de Fontes. Mais il pourrait
également s’agir d’un hameau ou d’un lieu-dit. Un troisième spécimen, légèrement plus
grand et provenant de Chalons-sur-Vesle (Marne, Éocène), était répertorié sous le numéro
B 68824 ; B. levesquei Ferr. d’Orb.
2. Méthodes d’étude
Compte tenu des faibles dimensions des représentants de ce genre, les divers spécimens
ont été sectionnés à la scie à fil. Un fil de diamètre de 0,1-0,2 mm, chargé d’émeri, est
entraîné par deux disques rotatifs. La perte de matériel provoquée par le sciage est ainsi
nettement inférieure à celles des méthodes plus habituelles de scies à lame.
L’un des deux spécimens de Fontas (?), B. boriesi, a été sectionné dans le sens longitu¬
dinal, selon un plan dorso-ventral qui n’est pas parfaitement médian. Huit coupes transver¬
sales ont été effectuées sur le second individu du même gisement, grâce au même procédé.
B. levesquei du Bassin de Paris (B 68824), beaucoup plus friable, n’a pu être coupé trans¬
versalement (8 coupes) qu’après avoir été inclus dans une résine fluide (Scandiplast de Scan¬
dia) ; la couleur verte de cette résine tran.sparente présentait en outre l’avantage de permet¬
tre une localisation précise de l’échantillon dans le bloc de résine, de telle sorte qu’il était
possible de bien repérer les emplacements des coupes.
Afin d’éliminer l’émeri ayant pu pénétrer dans les structures lors du sciage, les frag¬
ments ont été soumis à un bref passage aux ultra-sons. Les surfaces ont été ensuite légère¬
ment attaquées (HCl, 5 25 s ou acide formique, 25 20 s). Après un long temps de
séchage dû à la porosité des structures, les coupes ont été métallisées à l’or par sputtering et
examinées au microscope électronique à balayage (JSM SI jeol du laboratoire de paléonto¬
logie des vertébrés. Université Paris 6 ; SEM 505 Philips du laboratoire de pétrologie sédi-
mentaire et paléontologie. Université Paris 11 — Orsay).
— 57 —
Morphologie externe
Les coquilles de Belopterina sont moins bien conservées, et moins bien connues que ne
le laissent supposer les reconstitutions proposées par Naef (1922) (fig. 3). Seul, le rostre,
avec dans les cas les plus favorables une partie de l’alvéole, a jusqu’ici été récolté. Ces for¬
mes sont petites ; pour B. boriesi la longueur maximale était de 1,3 cm, et le diamètre
dorso-ventral (le plus grand) de 0,5 cm.
Fig. 3. — Morphologie de Belopterina : a, reconstitution en vue latérale ; b, coupe médiane de la coquille.
D’après Naef (1922) x 2.
PR : proostracum ; AL ; arête latérale ; N : nageoire ; S : siphon ; R : rostre ; P : protoconque.
Le rostre est comprimé latéralement de sorte que le diamètre dorso-ventral est le plus
grand (pl. 1, b). Sur la face ventrale, au niveau de l’alvéole surtout, le rostre possède un ou
deux bourrelets contigus séparés par une fente très étroite (pl. 1, b), le tout disparaissant
vers l’apex. La majorité des spécimens est brisée à ce niveau et les bourrelets sont absents
(pl. I, d). La zone post-alvéolaire est légèrement courbée ventralement, élargie vers l’arrière
et montre de fines stries longitudinales régulières. L’apex est émoussé (pl. 1, c, e) et séparé
du reste du rostre par une constriction, l’ensemble rappelant la disposition rostre/épirostre
des bélemnites du Mésozoïque. Les stries longitudinales sont plus nettes sur cet apex
émoussé que dans les zones plus antérieures.
— 58 —
Microstructures
Peu étudiées pour leur morphologie externe, les Belopterina ne semblent pas avoir été
davantage analysées pour leur composition minéralogique ou leur microstructure. La surface
externe des échantillons montre une alternance plutôt régulière de sillons et rides longitudi¬
naux (pl. I, a, e) ; par comparaison avec les Belopiera (Dauphin, 1985), cette ornementa¬
tion, d’autant plus visible que le spécimen est érodé, doit correspondre à une structure en
feuillets ou secteurs radiaires longitudinaux qui divergent probablement à partir d’une zone
située à l’extrémité de l’alvéole. Deux niveaux de structure sont à décrire : la disposition des
feuillets dans le rostre et leur structure interne.
1. Sections longitudinales
a — La structure du rostre
Une section dorso-ventrale (pl. 1, a) confirme la présence de tels feuillets longitudinaux
divergeant à partir d’une zone dont la position reste à préciser. Variable selon l’emplace¬
ment du plan de coupe par rapport au centre de divergence, l’épaisseur des feuillets est de
60 gm en moyenne. La surface latérale (verticale) de l’un de ces secteurs radiaires montre
des vagues de renflements dont la surface est hérissée d'extrémités de fibres (pl. 1, g). Vers
la face ventrale, dans la zone du bourrelet ventral, les vagues successives de renflements
plus ou moins accentués sont parallèles à la surface de la cavité alvéolaire. Dans la zone
médiane du rostre, les coupes ventro-dorsales légèrement obliques, recoupant plusieurs feuil¬
lets ou secteurs radiaires contigus, font apparaître leur disposition divergente à partir de la
surface de l’alvéole (pl. l, a). Les mêmes coupes montrent également que, si la position
exacte de l’origine des vagues de renflements ne peut être située avec précision, l’équivalent
de la ligne apicale des bélemnites est très nettement décentrée vers la face ventrale du rostre.
b — La structure des feuillets ou secteurs radiaires
Sur les coupes antéro-postérieures tangentielles, c’est-à-dire parallèles à la surface
externe du rostre, la structure interne des feuillets verticaux devient visible (fig. 4). A faible
grandissement (pl. 1, f), les secteurs longitudinaux semblent composés de deux bandes verti¬
cales (antéro-postérieures) de fibres, bandes séparées par une mince lacune à peu près
médiane. À des grandissements plus importants, chaque bande de fibres apparaît en réalité
formée par une succession de sphérolites (pl. Il, a, b, c). Ces sphérolites, plus ou moins
parfaitement circulaires selon l’orientation exacte de la coupe, présentent selon l’état de con¬
servation des axes ponctuels ou au contraire très élargis en une cavité autour de laquelle de
fines fibres divergent. C’est l’alignement régulier de ces sphérolites qui donne la disposition
en feuillets verticaux radiaires et, sur la surface externe du spécimen, les rides et sillons lon¬
gitudinaux. De plus, chaque sphérolite correspond à l’un des renflements observés sur les
faces latérales verticales des feuillets radiaires (pl. 1, g). Les sphérolites sont présents dans la
zone post-alvéolaire du rostre, mais aussi dans la partie dorsale de la zone alvéolaire (pl. II,
— 59 —
b, c). Les coupes tangentielles parallèles à la face latérale verticale des feuillets permettent
de compléter le schéma structural du rostre. On y reconnaît en effet des bandes plus ou
moins parallèles, se divisant assez rarement et divergeant à partir d’un point proche de la
protoconque. Ces bandes sont composées de fibres divergentes, régulièrement organisées en
bandes de croissance convexes vers la surface externe du rostre (pl. Il, e, f).
L’examen des coupes longitudinales diversement orientées confirme que le rostre est
constitué de feuillets ou secteurs radiaires, divergeant à partir d’un point situé à proximité
du sommet de l’alvéole. Ces secteurs radiaires sont composés de sphéroliles régulièrement
alignés antéro-postérieurement ; mais ces sphéroliles ne sont pas équidimensionnels : dans
un feuillet donné, l’axe d’un sphérolite va du point de divergence (« ligne apicale » dans la
terminologie utilisée pour les bélemnites) jusqu’à la périphérie du rostre, comme des cylin¬
dres curvilignes, ce qui correspond aux vagues de renflements des faces latérales (fig. 4).
2. Sections transversales
a — La structure du rostre
Le second échantillon de B. boriesi, coupé transversalement, était moins complet dans
la zone alvéolaire que celui coupé longitudinalement. Comme le précédent, il est possible
d’observer sur les sections la disposition des divers secteurs et du centre de divergence, mais
la microstructure n’est pas assez bien conservée pour en analyser l’organisation interne.
Celle-ci sera décrite à partir de B. levesquei.
De l’apex jusqu’à l'extrémité postérieure de l’alvéole, la face dorsale est plus dévelop¬
pée que la face ventrale (pl. 111 ; pl. V, a). On reconnaît un « cœur » ou « centre » com¬
posé de très nombreux replis assez semblables, mais plus accentués que ceux qui sont signa¬
lés chez Beloptera (Dauphin, 1985), donnant une disposition plicimorphe (pl. 111 ; pl. V, c).
Dans la série de coupes transversales, ce « cœur » ou « centre » de divergence est toujours
très nettement excentré vers la face ventrale, ce qui correspond aux observations effectuées
sur les coupes longitudinales de B. boriesi. Vient ensuite une zone largement développée
dans les quadrants latéraux et dorsal, et très étroite dans la face ventrale ; les secteurs
radiaires divergeant à partir du centre sont beaucoup plus réguliers, mais présentent encore
un aspect dissymétrique (pl. 111 ; pl. IV, b ; pl. V,. a) ; l’une des bandes d'un secteur
devient assez rapidement radiaire, tandis que la seconde conserve les replis du centre. Toute¬
fois, ces derniers s’allongent et sont dirigés presque sans exception vers le centre du rostre.
L’aspect de cette zone ressemble assez à un ensemble de feuilles de chêne irrégulières dont
tous les lobes seraient tournés dans la même direction (pl IV, b ; pl. V, b). Cette disposi¬
tion persiste dans les deux quadrants latéraux presque jusqu’à la surface externe du rostre ;
dans la dernière phase de croissance, cependant, les replis sont moins abondants tandis que
les secteurs se subdivisent une dernière fois. Sur les faces Ventrale et dorsale, la disposition
régulière des secteurs est atteinte beaucoup plus rapidement que dans les quadrants latéraux,
avec persistance de quelques lobes ou subdivisions (pl. IV, a, c).
Sur cet échantillon, l’alvéole n’a pas été coupée au niveau de la première loge du
phragmoeôme. et la coupe la plus apicale passant par la cavité alvéolaire montre que
celle-ci, décentrée, est située dans l’alignement des « cœurs » des coupes plus postérieures
(pl. V, a). Il convient cependant de noter que selon la reconstitution de Naef (fig. 3), les
60 —
premières loges du phragmocône sont très recourbées vers la face dorsale. Si globalement la
zone de divergence des secteurs est tout à fait ventrale sur une coupe longitudinale médiane
(pi. 1, a), par rapport à la protoconque il est probable que la zone d'apparition du rostre au
cours du développement est située sur la face dorsale du phragmocône. Selon Jeletzky
(1966), ce fait serait l’une des caractéristiques permettant de différencier les Bélemnitidés et
les Sépiidés.
Dans la zone alvéolaire, la face dorsale est dans sa plus grande partie composée de sec¬
teurs radiaires plutôt réguliers, peu divisés (pl, V, a). Les secteurs représentent environ
90 % de l'épaisseur du rostre dans cette coupe (pl. IV, f ; pl. VI, c). La zone interne, lon¬
geant la cavité alvéolaire, est dépourvue de secteurs (pl. IV, d). Vers les quadrants latéraux,
les secteurs sont nettement moins développés et n’apparaissent que dans la périphérie (pl.
IV, d). Ils disparaissent pratiquement complètement au profit de lignes de croissance con¬
centriques plus ou moins distinctes dans toute la partie ventrale.
b — La structure des feuillets ou secteurs radiaires
Sur les coupes transversales, chaque feuillet radiaire, qu’il soit situé dans les replis du
cœur ou dans les zones plus externes, est composé de fibres divergentes à partir d’un axe
généralement médian. Les V successifs ont leurs pointes dirigées vers la « ligne apicale » ou
« centre de divergence » du rostre ; secteurs et fibres divergent donc dans le même sens.
Toutefois, dans la zone plicimorphc ou dans son voisinage immédiat, les fibres ne
divergent pas régulièrement de part et d’autre d’un axe médian continu. Localement, l’axe
d’un feuillet ou repli est composé par une succession de centres alignés, centres autour des¬
quels les fibres rayonnent très imparfaitement (pl. IV, a, b ; fig. 4). Dans la partie post¬
alvéolaire, les subdivisions et replis des secteurs disparaissent dans la périphérie du rostre.
La répartition des fibres en secteurs y est moins marquée, et généralement l’axe du secteur
est décentré. Dans la zone interne de la face dorsale, et sur la partie des quadrants latéraux
et ventral qui est conservée, les fibres sont disposées régulièrement en montrant parfois des
stries de croissance espacées de 10 /[^m en moyenne (pl. VI, a). La morphologie des prismes
ou fibres est identique à celle des autres zones du rostre.
Dans les coupes transversales plus antérieures, la partie ventrale n’est plus conservée et
la cavité alvéolaire s’agrandit sensiblement. Là aussi, les secteurs sont présents sur environ
les 90 % externes de la face dorsale du rostre, tandis que la partie interne est formée de
prismes disposés en couches concentriques, L’évolution vers les faces latérales, incomplètes,
semble identique à celles des coupes plus apicales.
La coupe la plus antérieure (pl. VI, c) montre que la face dorsale est devenue beaucoup
plu.s mince (800 /im environ) et beaucoup plus aplatie. Trois zones microstructurales peuvent
y être observées : une zone externe composée de secteurs radiaires ; une zone médiane, un
peu moins épaisse, constituée de prismes' radiaires non répartis en secteurs, avec des stries
de croissance (pl. VI. d). Cette coupe transversale, bien que partielle, montre cependant que
la zone des secteurs est encore plus réduite que dans les précédentes, et que cette régression
s’effectue au profit de la zone médiane. La dernière partie (pl. VI, e), longeant l’alvéole, est
très irrégulière puisqu’elle comporte des fibres radiaires avec une zonation de croissance, et
des secteurs imparfaits similaires à ceux du bouclier dorsal de Sepia, ces deux types de
structures étant imbriqués l’un dans l’autre.
— 61 —
Fig. 4. — Bloc-diagramme schématique de la structure de la zone externe post-alvéolaire du rostre.
CT : coupe transversale ; CL : coupe longitudinale tangentielle ; FL : lace latérale antéro-postérieure. Sans
échelle. La flèche indique la « ligne apicale ».
Conclusions
La structure du rostre de Belopterina est complexe, notamment dans sa zone post¬
alvéolaire dont la figure 4 représente un essai de synthèse. Les sphérolites fibreux qui cons¬
tituent la structure fondamentale sont alignés dans les plans antéro-postérieurs et donnent
cet aspect de bandes verticales, mais ces sphérolites ne sont pas isodiamétriques ; ce sont en
réalité plutôt des cylindres non rectilignes, mais divergents à partir d'une zone située à
proximité de la protoconque. Toutes ces courbures et divergences, associées à des subdivi¬
sions, aboutissent aux nombreux replis visibles sur les coupes transversales. La zone alvéo¬
laire semble plus simple, puisque, au moins dans sa face dorsale, les secteurs régressent au
profit d’une structure fibreuse avec une zonation de croissance.
Compte tenu des hypothèses concernant la position de ce genre Belopterina chez les
Coléoïdes du Tertiaire, il est intéressant de comparer cette structure rostrale à celle de
Beloptera, puis de Belosepia.
— 62 —
1. Comparaison avec Beloptera
a — La structure du rostre
Les deux genres possèdent un rostre qui sur sa face externe montre des feuillets longitu¬
dinaux parallèles (Dauphin, 1985, fig. 3) traduisant l’existence de feuillets divergents à par¬
tir d’une « ligne apicale ».
En coupe transversale, les zones post-alvéolaires sont très similaires, si l’on excepte la
présence des ailes latérales chez Beloptera, La « ligne apicale » est représentée par une zone
plicimorphe assez large, très excentrée dans les deux genres. Cette zone plicimorphe
« axiale » est suivie par une zone nettement plus développée sur la face dorsale que sur la
face ventrale, et composée de secteurs divergents radiaires pourvus de nombreux replis et
d’abondantes lacunes (Dauphin, 1985, fig. 5 g, 6 f, 7, 8). Vient enfin une zone plus régu¬
lière et compacte, également formée de secteurs jointifs et dépourvus des replis de la phase
précédente. Dans les deux genres, les coupes transversales successives révèlent que la ligne
apicale n’est pas rectiligne, mais au contraire très nettement incurvée.
Certaines différences entre les coupes transversales des deux genres sont sensibles. Chez
Beloptera, la zone plicimorphe est plus excentrée que chez Belopterina, puisqu'elle n’est pas
totalement entourée par la zone à secteurs radiaires (Dauphin, 1985, fig. 7). En outre, alors
que les replis des secteurs de la seconde zone sont presque tous dirigés vers la zone plici¬
morphe (c’est-à-dire la zone interne) chez Belopterina, ces replis sont dans la zone équiva¬
lente de Beloptera pratiquement tous dirigés vers la surface externe du rostre (Dauphin,
1985, fig. 6 c, e ; fig. 8).
b — La structure des feuillets
Sur les coupes longitudinales, les feuillets apparaissent dans les deux genres composés
de sphérolites fibreux régulièrement alignés dans la direction antéro-postérieure. Sur les
faces latérales de ces feuillets radiaires, les boules correspondant à ces sphérolites sont légè¬
rement plus accentuées chez Beloptera (Dauphin, 1985, fig. 4 a).
Les secteurs radiaires des coupes transversales possèdent deux zones d’épaisseurs inéga¬
les, dans les deux genres. À cause de la divergence à partir de la protoconque ou tout du
moins d’un point voisin, les secteurs sont recoupés en oblique par les coupes transversales
avec de nombreuses terminaisons en V. Belopterina et Beloptera comportent tous deux une
zone externe compacte.
2. Comparaison avec Belosepia
Les sections longitudinales (antéro-postérieures) du rostre de Belosepia montrent nette¬
ment la disposition classique en cônes emboîtés, cônes qui correspondent à des fibres ou
prismes très fins répartis en stries de croissance régulières (Dauphin, 1984, fig. 2 D, E).
Dans l’épine médiane, on ne reconnaît sur ces coupes ni secteurs ni sphérolites. Il n’en est
pas de même en ce qui concerne les coupes transversales de la partie post-alvéolaire. 11
apparaît, sur ces séries de coupes, que si la zone axiale est également dépourvue de secteurs
— 63 —
et montre une disposition très similaire à celle des bélemnites (Dauphin, 1984, fig. 3), la
partie externe de l’épine centrale est composée de secteurs radiaires divergents bien déve¬
loppés. Quant à la crête postérieure et au processus ventral, ces deux éléments morphologi¬
ques sont absents chez Belopferina et Beloptera.
L’organisation microstructurale des Belopterina est plus proche de celle de Beloptera
que de celle de Belosepia. Cependant, compte tenu des genres impliqués dans la phylogénie
des Belopteridae, et de l'absence totale de données sur la structure de leur test, les consé¬
quences de cette étude des Belopterina sont encore très limitées. Il en est de même en ce qui
concerne la position des Belopteridae à l’intérieur des Coléoïdes, et la transition Bélem-
noïdes/Sépioïdes. Par contre, la distinction établie par iVIünier-Chalmas (1872) entre Belop¬
terina et Beloptera semble justifiée par les microstructures qui, si elles présentent de nom¬
breux points communs, montrent toutefois une différence importante dans l’orientation des
replis des secteurs dans les coupes transversales.
Si la similitude de structure et d’organisation des rostres de Belopterina et Beloptera, et
même Belosepia, semble normale compte tenu de leurs autres ressemblances et des hypothè¬
ses sur leurs liens de parenté, certains points communs avec les Aulacocéridés triasiques sont
à priori plus surprenants. Outre la présence des secteurs radiaires dans les deux cas, la divi¬
sion de ces secteurs en sphérolites alignés antéro-postérieurement et l’aspect de.s surfaces
latérales des feuillets sont similaires. Toutefois, aucune forme permettant de supposer l’exis¬
tence d’un lien de patenté direct entre les Aulacocéridés (.riasiques et les taxons tertiaires
n’étant connue, il semble raisonnable de considérer ces faits comme le résultat de conver¬
gences.
Remerciements
Je liens à exprimer ma reconnaissance à MM. J. C. Fischer et P. Brébion, de l’Institut de
Paléontologie du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, qui ont bien voulu me confier plu¬
sieurs spécimens de Belopterina pour cette étude, et qui m’ont autorisée à préparer ces échantillons
pour les observations au microscope électronique à balayage.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Abel, O., 1916. — Palâobiologie der Cephalopoden aus den Gruppe der Dibranchiaten. Fischer ed.,
Jena : 281 p.
Avnimelech, M., 1958. — A new belemnoid genus from the Paleocene from Israël. Bull. Res. Coun.
Israël, sect. G, I : 61-65.
Bernard, F., 1895. — Éléments de paléontologie. Baillière & fils éd., Paris : 1168 p.
Dauphin, Y., 1984. — Microstructures des Céphalopodes. IV — Le « rostre » de Belosepia (Dibran-
chiaia). Palaont Z., 58 (1/2) : 99-117,
— 1985. — Microstruciural siudies on cephalopod shells. V — The apical part of Beloptera
(Dibranchiata). Neues Jh. Ceol. Palaont., 170 (3) : 323-341.
Dauphin, Y., & J. P. Cuif, 1980. — Implications systématiques de l’analyse microstructurale des ros¬
tres de trois genres d’Aulacocéridés triasiques (Cephalopoda — Coleoidea). Palaeontographica,
A, 169 : 28-50.
— 64 —
Fischer, P., 1887. — Manuel de conchyologie. Librairie S. Savy, Paris, : 1369 p.
Jeletzky, J. A., 1966. — Comparative morphology, phylogeny and classification of fossil Coleoidea.
Paleont. Contr. Univ. Kans., Mollusca 7 : 1-162.
Munier-Chalmas, M., 1872. — Sur les nouveaux genres Bayanoteuthis et Belopterina. Bull. Soc.
géol. Fr., sér., 29 : 530-531.
— 1903. — Notice sur les travaux scientifiques. Le Bigot Fr., impr. éd. Lille : 119 p.
Naef, a., 1922. — Die fossilen Tintenfische ; eine palâozoologische Monographie. Fischer ed., Jena :
322 p.
Orlov, Yu. D., 1976. — Fundamentals of paleontology. Vol. VI : Mollusca, Cephalopoda II. Israël
Program for Scientific translations, Keter publ. house Jérusalem Itd : 474 p.
PrvETEAu, J., 1952. — Traité de paléontologie, t. IL Masson & Cie éd., Paris : 790 p.
Teichert, C., 1967. — Major features of Cephalopod évolution. In Essays in paleontology and strati-
graphy, R. C. Moore Comm. Vol., Univ. Kansas spec. pap., 2 ; 162-210.
ZiTTEL, K. A., 1887. — Traité de paléontologie, t. IL Doin éd., Paris ; 897 p.
Planche I
a : Coupe longitudinale dorso-ventrale montrant les replis sur la face externe de l’apex, replis coupés en oblique
sur la face ventrale, x 20.
b : Vue transversale au niveau de l’alvéole ; la face ventrale est munie de deux bourrelets bien développés séparés
par un étroit sillon, x 4.
c, d, e : Vues externes montrant l’apex émoussé, sillonné et isolé par une constriction (fig. c, e) et la paroi de
l’alvéole cassée sur la face ventrale (fig. d). x 4.
f : Cassure longitudinale dans la zone plicimorphe (c/. pl. 111), montrant la disposition des feuillets radiaires for¬
més de boules irrégulières alignées, x 80.
g : Détail de la surface latérale d’un feuillet montrant les extrémités fermées en boules (c/. fig. 5). x 215.
a-e : Belopterina boriesi ; f-g : B. tevesquei.
A : alvéole ; FD : face dorsale.
PLANCHE I
Planche II
Microstructure de B. levesquei
a : Coupe longitudinale tangenlielle (cf. l'ig. 5) montrant les feuillets verticaux radiaires composés de sphérolites
superposés. La double flèche indique l’axe antéro-postérieur, x 360.
b : Coupe presque longitudinale plus profonde que la précédente montrant les axes et les sphérolites alignés. La
flèche indique la face dorsale, x 240.
c : Détail de la même structure sur une coupe similaire, x 835.
d : Face longitudinale radiaire (cf. fig. 5) d’un feuillet montrant les secteurs et les stries de croissance convexes
vers la face ventrale (indiquée par la flèche), x 235.
e : Détail de la précédente, x 820.
f : Coupe oblique montrant un aspect similaire avec quelques subdivisions des secteurs, x 240.
PLANCHE II
Planche III
B. levesquei
Coupe transversale de la zone post-alvéolaire du rostre montrant un « cœur »
cale des Bélemnites, nettement décentré vers la face ventrale (FV), puis une zone
dans les quadrants latéraux, enfin la disposition en secteurs radiaires plus réguliers
X 22.
FD : face dorsale.
, correspondant à la ligne api-
plicimorphe mieux développée
dans la partie la plus externe.
— 69 —
PLANCHE III
Planche IV
Microstructure de B. levesquei
a ; Coupe transversale de la zone post-avéolaire montrant des secteurs radiaires périphériques réguliers composés
de deux bandes de prismes très fins, x 240.
b : Coupe transversale de la zone post-alvéolaire dans sa partie plicimorphe : les secteurs comportent une bande
prismatique régulière et étroite, la seconde bande formant de nombreux replis dirigés vers le centre ou « ligne
apicale » (flèche), x 235.
c : Secteurs radiaires d’une coupe transversale dans la zone dorsale alvéolaire, x 215.
d : Même coupe que la précédente, même rayon, mais sur le bord de l’alvéole dépourvu de secteurs radiaires.
x 290.
e : Coupe transversale plus antérieure que la fig. c ; face latérale presque totalement dépourvue de secteurs.
X 840.
f : Même coupe que la précédente : premiers secteurs dans la face dorsale, x 240.
La flèche indique la position de l’alvéole : fig. c à f.
-’ÎX'
' rt‘'
■ ■ ■ '
'■
. '■
'" V\ .
. if
‘
•- 1
PLANCHE IV
Planche V
B. levesquei
a : Coupe transversale dans la zone alvéolaire. L’alvéole (A) est nettement décentrée vers la face ventrale (FV). La
majeure partie de la face dorsale (FD) est composée de secteurs radiaires qui disparaissent progressivement
vers les quadrants latéraux et sont absents dans la face ventrale incomplète sur ce spécimen, x 28.
b : Zone plicimorphe de la partie post-alvéolaire du rostre avec la disposition en « feuilles de chêne ». x 255.
c : « Centre » ou « cœur » (= ligne apicale) de la zone post-alvéolaire du rostre, en coupe transversale, x 80.
Planche VI
B. levesquei
a : Coupe transversale de la zone alvéolaire, zone interne de la face ventrale sans secteurs radiaires mais avec stries
de croissance visibles, x 990.
b : Coupe transversale de la zone alvéolaire — détail des fibres aragonitiques dans un quadrant latéral, x 9 800.
c : Coupe transversale la plus antérieure dans la zone alvéolaire ; seule la face dorsale est conservée. La face
interne est dépourvue de secteurs radiaires ; ceux-ci se développent seulement sur la face externe, x 36.
d : Détail de la précédente : transition entre la face interne sans secteurs (Fl) et les premiers secteurs imparfaits (S).
X 305.
e : Détail de la fig. c : face interne (Fl) longeant l’alvéole, x 960.
PLANCHE VI
BuH. Mus. natn. Hist. nat., Paris, 4' sér., 8, 1986,
section C, n° 1 : 77-88.
Découverte du premier lonoscopidae (Pisces, Halecomorphi)
sud-américain, Oshunia brevis n. g., n. sp.,
dans le Crétacé inférieur de la Chapada do Araripe
(nord-est du Brésil)
par Sylvie Wenz et Alexander W. A. Kellner
Résumé. — Identification et description d’un nouveau genre et d’une nouvelle espèce, Oshunia
brevis n. g., n. sp., dans la formation Santana (Aptien) de la Chapada do Araripe, nord-est du Brésil.
Les caractères spécialisés de l’endosqüelette caudal montrent l’étroite parenté d'Oshunia brevis avec les
lonoscopidae. La mise en évidence chez Oshunia brevis et Jonosiopus desori de la disposition carré-
symplectique, significative des Halecomorphi, a permis de préciser la position taxinomique des lonos¬
copidae. C’est la première mention de la famille en Amérique du Sud.
Abstract. — Identification and description of a new genus, new specics, Oshunia brevis n. g.,
n. sp., fiom the Santana formation (Aptian) of the Chapada do Araripe (northeastern Brazil). The
specialised endoskeletal characters hear the évidence of a close phylogenetical relutionship of Oshunia
brevis with the lonoscopidae. The same quadratc-sympleeticum relationship, typical ot the Halecomor¬
phi, has been found in both Oshunia brevis and lonoscopus desori, thus determining the taxonomie
position of the lonoscopidae. The family is mentioned for the first lime in South America.
S. Wenz, U A 12 du CNKS, Insiilui de Paléomolugie, Muséum national d'Hisluire nalurélle, S rue BuJJ'on, 7S005
Paris.
A. W. A. Kellner, DNPM, Seçào de Paleonlologia, av. Pasteur 404, 22290 Rio de Janeiro, RJ. Brésil.
Introduction
Les nodules calcaires du Bassin de Araripe (nord-est du Brésil) sont célèbres depuis le
début du siècle dernier par la riche faune de Vertébrés qu’ils ont livrée. Elle comprend de
rares Reptiles (Crocodiliens, Tortues, Ptérosaures) et de très nombreux Poissons : Sélaciens
(rares), Actinopiérygiens (au moins douze genres dont certains représentés par un grand
nombre d’individus) et Actinistiens (rares).
La Chapada do Araripe, plateau de 180 km de long sur 30 à 50 de large, est située au
nord-est du Brésil à la limite des états de Ccarâ au nord et de Pernambuco au sud, elle
atteint à l’ouest l’étal de Piaüi. Les gisements fossilifères sont situés sur tout le pourtour de
la Chapada.
La formation Santana, qui a livré les nodules fossilifères, est divisée en trois membres :
Crato (inférieur), Ipubi (moyen) et Romualdo (supérieur). Les nodules proviennent de la
base du membre Romualdo. Crato et Ipubi sont aptiens. La partie supérieure du membre
— 78 —
Romualdo est albienne (c/. Campos et Wenz, 1982 ; Asmus et Campos, 1983 ; Schobben-
HAUS et Campos, 1984). Les nodules sont donc aptiens ou proches de la limite Aptien-
Albien. Les fossiles recueillis dans les nodules sont associés à des Ostracodes non marins,
témoignant d’un environnement continental (Bâte, 1972).
Depuis quelques années, les nodules sont l’objet d’une exploitation intensive en vue de
la commercialisation des fossiles avec deux conséquences fâcheuses entraînant une perte
considérable d’informations : la localisation exacte des découvertes nous est inconnue dans
la plupart des cas et un grand nombre de spécimens sont soigneusement falsifiés dans
l’espoir de les rendre plus spectaculaires. Le nodule étudié ici n’a pas échappé à ce triste
sort, localisation imprécise et falsification : sur l’un des deux demi-nodules, la forme du
corps, la forme et l'extension des nageoires ont été redessinées par la main d’un artiste
anonyme à l’aide d’une meule.
Le matériel comprend les deux moitiés d’un même nodule, l’une « améliorée », l’autre
intacte (fig. 1). Le poisson est presque complet, mais la tête et l’exosquelette caudal ne sont
que partiellement conservés. 11 est écrasé latéralement et légèrement ventralement dans la
région antérieure (tête et nageoires pectorales). L’endosquelette caudal a pu être dégagé.
Ce spécimen est conservé dans la collection particulière de M. Rainer Alexander von
Blittersdorf qui a eu l’amabilité de nous le confier pour étude.
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
ACTINOPTERYGII
HALECOMORPHl
lONOSCOPIDAE
Genre OSHUNIA n. g.
Espèce-Type : Oshunia brevis
Diagnose : Genre monospécifique, cf. diagnose de l’espèce.
Oshunia brevis n. sp.
Holotype : Collection Désirée, propriété de M. Rainer Alexander von Blittersdorf, CD-P-31.
Locls typk us : Chapada do Araripe, N-E Brésil.
Stratum typicu.m : Partie inférieure du membre Romualdo, Formation Santana, Aptien.
Derivatio nominis : Oshunia, référence à Oshun, divinité des rivières dans le culte afro-brésilien ;
brevis, allusion à la présence d'un corps court.
Diagnose ; lonoscopidae de moyennes dimensions, atteignant 175 mm de longueur standard ;
grande fente buccale : articulation quadratomandibulaire située au-delà du bord postérieur de l’orbite ;
centres vertébraux aussi hauts que longs ; parois vertébrales des centres renforcées par un trabécule
longitudinal séparant deux fossettes profondes ; au moins dix centres uraux et douze hypuraux ; élé¬
ments hypochordaux décrochés ; épines neuraies complètes sur vertèbres urales Ui à Us ; six épu-
raux ; présence d'urodermaux ; corps trapu : longueur de la tête = 31 <70 de la longueur standard,
— 79 —
hauteur maximum = 27 >t'o ; grandes pectorales : 2 + 22 lépidoiriches ; pelviennes précédant l’origine
de la nageoire dorsale ; dorsale allongée ; 25 lépidoiriches au moins ; anale reculée (3 f 12 lépidotri-
ches) opposée aux derniers rayons de la dorsale ; écailles cycloïdes.
Description
Caractères généraux
C’esl un Poisson de moyennes dimensions, la longueur standard de l'holoiype et unique
spécimen atteignant 175 mm. La l'urme générale du corps est courte et trapue : la hauteur
ma.ximum, atteinte au niveau du bord d’attaque de la nageoire dorsale, représente environ
27 I/o de la longueur standard. La tête est relativement longue (31 % de cette même lon¬
gueur). La nageoire dorsale, étendue, formée de 25 lépidotriches au moins, débute peu
après la seconde moitié de la longueur du corps sans la caudale ( = 54 f'o de la longueur
standard) ; la nageoire anale est reculée (75 % de celte longueur), opposée aux derniers
rayons de la dorsale. Les nageoires paires sont très développées, notamment les pectorales ;
les pelviennes sont situées légèrement en avant de la dorsale (53 % de la longueur standard).
Le corps est entièremenl recouvert d’écailles minces et cycloïdes (l’ig. I).
Mensurations du type (en mm) : Longueur standard, 175 ; longueur du spécimen, 185 ; longueur
de la tête, 55 ; hauteur maximum du corps, 47 ; hauteur du pédoncule caudal, 18 ; distance prédor¬
sale, 95 ; distance préanale, 132 ; distance prépelvienne, 93.
Fig. 1. — Oshunia brevis, holotype, corps x 3/4.
Squelette crânien
La tête n’est que partiellement conservée : mâchoires pro parte, squelette viscéral et
appareil operculaire sont observables. La tête est caractérisée par une longue fente buccale,
l’articulation quadratomandibulaire étant reportée au-delà du bord postérieur de l’orbite.
La région préorbitaire, dont seuls le prémaxillaire et des traces de l’extrémité antérieure du
frontal et de l’antorbitaire ont pu être identifiés, est courte. L’orbite, dont les dimensions
/ / /
Gu Qu CHyg
Rbr
t u.. 2 — Oshunia hrevk, holoiypc, tête x 2.
r//vi, tcralohyal proximal ; CHy^, ccralohyal distal, C7, cleiilirum ; ticplg, ecioplérygoïde ; Enptg, entoptéry-
goïdc ; hr, l'rontal ; Cu. gulaiic ; l/yiiiil. Iiyomandibulaire ; top, imeropcrcule : AM. mandibule ; Pmx, prémaxil¬
laire ; pr. asc, pioeessii.s aseendam du prémaxillaire : Op, opercule ; Qu, carré ; Pu. radial ; Kbr, rayon branchios-
lége ; Sel, anneau scléroliqiie ; Sup. sousopercule ; .Vf, symplectique.
— 81 —
sont déduites de celles de l’anneau sclérotique, est relativement grande ; la région postorbi¬
taire, appareil operculaire compris, est large (fig. 2).
Le prémaxillaire, en place, est de type amiiforme, avec un bord oral garni de dents for¬
tes et pointues et un long processus ascendant dorsal qui devait être percé par le foramen
olfactif. Seule l’extrémité symphysaire de la mandibule est conservée, elle est basse. Le bord
oral de la mandibule est muni de dents comparables à celles du prémaxillaire. Quelques
pores du canal mandibulaire sont bien visibles.
L’appareil operculaire est complet. L’opercule est grand, aussi large que haut. 11 a la
forme d’un trapèze aux angles arrondis, son bord ventral est légèrement oblique vers
l’arrière et vers le haut. Le sousopercule, partiellement recouvert par l’opercule, est nette¬
ment moins élevé que ce dernier, sa hauteur moyenne représentant sensiblement le quart de
celle de l’opercule. L’angle antérodorsal du sousopercule envoie un court processus qui
remonte le long du bord antérieur de l’opercule. L’interopercule est triangulaire, il prolonge
vers l’avant le bord antérieur du sousopercule, Les rayons branchiostèges, dont le nombre
exact n’a pu être compté, sont nombreux (plus de 8). 11 existe une grande et large gniaire
dont le bord postérieur présente de courtes indentations.
Le carré est petit, massif, muni d’un fort condyle articulaire pour la mandibule, dirigé
vers le bas (fig. 3). L'os occupe donc une position verticale. Le méiaptérygoïde est l’os le
plus développé des os ptérygoïdes,. Il est étroitement accolé au bord dorsal du carré dans
lequel il s’encastre par une profonde indentation. Vers l’avant, le métaptérygoïde envoie un
processus en forme de V couché qui surmonte et partiellement recouvre l’entoptérygoïde.
L’ectoptérygoïde et l’entoptérygoïde sont allongés antéropostérieurement. Le premier, en
forme de baguette, est un peu plus allongé vers l’arrière, le second est nettement plus élevé.
L’extension antérieure de ces os est inconnue.
Fig. 3 — Oshunia brevis, holotype, leconstilulion de la région du plérygo-carré x 2.
Chy\, cératohyal proximal ; CHyi, céraiohyal disial ; Ecplg, eclopiérygoïde ; Enplg, entoptérygoïde ; Hymd,
hyomandibulaire ; Mptg, métaptérygoïde ; Qu, carré ; Sy, symplectique.
— 82 —
L’hyomandibulairc est incomplet, seul le corps de Tos étant conservé. Il est redressé,
son bord ventral est large. Un court symplectique, massif et effilé vers le bas, double le
bord postérieur du carré et vient s'accoler contre la région antérieure du bord ventral de
l’hyomandibulaire. Le cératohyal proximal est triangulaire et court, le cératohyal distal est
robuste, allongé antéropostérieurement, arqué, nettement moins élevé à l’avant qu’à
l’arrière, non perforé.
L'un des intérêts de ce spécimen est de bien montrer les rapports carré-symplectique-
hyomandibulaire (fig. 3). La disposition de ces os correspond à celle qui a été définie par
Pattf.rson (1973) chez les Halécomorphes : symplectique indépendant du carré, doublant
cet os vers l’arrière et responsable, pro pane, de la suspension de la mandibule.
Squelette postcrânien
Squelette axial : Les vingt dernières vertèbres sont conservées, elles sont toutes postab¬
dominales et quinze d'entre elles participent au soutien de l’exosquelette caudal. Les vertè¬
bres sont monospondyles. Les centres vertébraux sont fortement ossifiés, aussi hauts que
longs. Les parois vertébrales sont renforcées par un trabécule longitudinal séparant deux
profondes fossettes, allongées anteropostérieurement.
Squelette caudal ; L’endosquelette caudal (fig. 4 A et B) est formé de cinq vertèbres
préurales et d’au moins dix vertèbres urales. Elles se relèvent régulièrement vers le haut.
Les éléments hypochordaux, six épines hémales et douze hypuraux, sont peu modifiés,
c’est-à-dire à peine plus robustes et dilatés que les épines hémales à extrémités distales libres
qui les précèdent. Tous ces éléments sont décrochés, non soudés aux centres. Il n’y a pas de
radial distal indépendant prolongeant l’extrcmite distale des épines hémales et des premiers
hypuraux. Les éléments hypochordaux antérieurs sont disposés en éventail, leurs bords dis¬
taux dessinant un arc de cercle régulier, lis sont suivis vers l’arrière et vers le haut par les
sept ou huit derniers hypuraux dont les bords distaux débordent largement vers l’arrière
l’arc de cercle dessiné par les éléments antérieurs. Ces derniers hypuraux sont de petites
baguettes, allongées antéropostérieurement, presque horizontales, avec des têtes à peine dif¬
férenciées. La première vertèbre urale (Ui) porte, outre le premier hypural, la dernière épine
hémale. Il n'y a pas correspondance exacte entre centres uraiix et hypuraux. deux hypuraux
pouvant être supportés par un même centre.
Les arcs neuraux des vertèbres préurales et de la vertèbre Ui sont prolongés par une
épine neurale complète et longue. Les épines neurales des vertèbres urales 2 à 6 diminuent
de longueur ; malgré leur réduction, elles restent bien individualisées. Des épines neurales
complètes persistent donc jusqu’à la vertèbre Ua et il y a correspondance exacte entre cen¬
tres uraux et arcs neuraux/épines neurales. On compte six épuraux doublant l’extrémité dis¬
tale des épines neurales des vertèbres PU4 à U5. Les épuraux sont allongés, en forme de
baguettes à peine aplaties ; ils diminuent progre.s.sivement de longueur vers l’arrière, les deux
derniers étant nettement plus courts.
Trois urodermaux sont présents, le premier surmontant les trois dernières vertèbres ura¬
les. Le nombre réel d’urodermaux devait être nettement plus élevé mais ces éléments n’ont
pas pu être dégagés.
l'ici. 4. — Osluitiiu brevis, holoiype, endosqueletie caudal x 3.
EH, épine hémalc ; £7V'. épine neurale ; E/J, épurai ; Fb, l'ulere basilaire ; Hy, hypural ; El, lépidotriche ;
PU, centre préural ; U, centre ural ; Uü. urodernial.
— 84 —
La forme de la nageoire caudale n’est pas connue, seules les fulcres basilaires et l’extré¬
mité proximale des lépidotriches (article basal et segments transversaux proximaux) étant
conservés. On compte au moins dix grands fulcres basilaires en avant du bord dorsal de la
nageoire et seulement trois au bord ventral. Dans ce dernier cas, les fulcres font place vers
l’arrière à de courts rayons marginaux, segmentés transversalement à leurs e.xtrémités dista¬
les et non dichotomes. Les rayons n'étant que partiellement conservés, il est difficile de
faire la part entre rayons marginaux et rayons principaux ; il n’en reste pas moins que le
nombre de ces derniers e.sl élevé, de l’ordre de vingt-quatre. Les lépidotriches dorsaux ont
un article basal long et étroit, effilé en pointe, certains fortement recourbés vers le bas. Ils
recouvrent largement les derniers hypuraux. Les articles basaux des lépidotriches des régions
moyenne et ventrale de la nageoire sont beaucoup plus courts, rectilignes, et recouvrent fai¬
blement les hypuraux antérieurs et les épines hémales. Dans la région moyenne de la
nageoire chaque hypural supporte un lépidotriche.
Nageoires
Les nageoires pectorales sont insérées légèrement au-dessus du profil ventral. On
compte sept radiaux allongés, en forme de massue. Les pectorales sont très développées tant
par le nombre élevé des lépidotriches (au moins 22) que par leur longueur. Les lépidotri¬
ches, segmentés et dichotomes, sont précédés de deux petits rayons marginaux insegmentés
et courts. Le maximum de longueur est atteint par le premier lépidotriche, les suivants dimi¬
nuant régulièrement de longueur jusqu’au dernier. Les rayons les plus longs atteignent prati¬
quement le niveau des pelviennes vers Tarrière, Les fulcres n’ont pas été observés.
L’origine des nageoires pelviennes précède de peu le bord antérieur de la nageoire dor¬
sale. La plaque de l’endosquelette pelvien a la forme d'une baguette allongée, étranglée au
niveau du quart postérieur de sa longueur. Elle est plus dilatée à l’avant qu’à l’arrière. Elle
est dépourvue de tout relief. Seuls trois ou quatre lépidotriches, très longs, sont conservés.
Le nombre total des rayons dermiques devait être peu élevé.
La nageoire dorsale débute au milieu de la ligne du dos entre l’occiput et le pédoncule
caudal. Elle est allongée, occupant plus du tiers de cette même ligne du dos. On compte au
moins ving-cinq lépidotriches et rayons marginaux. La hauteur de la nageoire n’est pas con¬
nue mais les lépidotriches de la moitié postérieure sont courts.
La nageoire anale est opposée aux derniers rayons de la dorsale et sa base s’étend légè¬
rement au-delà. On compte trois rayons marginaux courts, indivis ou segmentés transversa¬
lement seulement, suivis de douze lépidotriches segmentés transversalement et dichotomes, le
premier est le plus long, le dernier est de moitié aussi long, ce qui donne à la nageoire une
forme trapézoïdale.
Revêtement écailleux
Les écailles sont minces, cycloïdes, allongées antéropostérieurement, fortement imbri¬
quées, de type amioide.
— 85 —
Affinités D’Oshunia brevis
Les rapports carré-symplectique-hyomandibulaire sont du type halécomorphe tel qu’il a
été défini par Patterson (1973). Comme le carré, le symplectique est directement responsa¬
ble de la suspension de la mandibule. L’os s’appuie contre la moitié antérieure du bord dis¬
tal d’un hyomandibulaire redressé. La position du symplectique par rapport au carré montre
que cet os, bien que cassé dans sa région distale, est indépendant du carré et double le bord
postérieur de ce dernier. Une telle disposition se retrouve chez les Caturidés, les Amiidés,
les Parasemionotidés et (?) les Ophiopsidés avec toutefois de légères variantes portant essen¬
tiellement sur la persistance et les modifications du quadratojugal ou sur la disparition de
cet os.
Le statut de la famille des lonoscopidés a également été discuté par Patterson. Au vu
de la structure de l’endosquelette caudal, l’auteur rapproche lonoscopidés et Oligopleuridés
et rattache aux lonoscopidés le genre Calloplerus décrit tantôt comme un Caturidé (Wood-
WARD, 1895, et la plupart des auteurs) tantôt comme un Sémionotidé (SAtNT-SEiNE, 1949).
La région du carré n’étant pas connue jusqu’ici chez les lonoscopidés et les Oligopleuridés,
PATTER.SON Ics considèrc comme des Halécostomes incertae sedis.
Nous avons pu mettre en évidence sur un lonoscopus du Kimméridgïen supérieur de
Cerin la présence d’un symplectique indépendant du carré et comparable en tout point à
celui qui est décrit chez Oshunia. L’indépendance du carré et du symplectique est confirmée
sur divers autres spécimens de Cerin par l’observation de la fossette articulaire de la mandi¬
bule, fossette qui est subdivisée en deux parties bien distinctes correspondant au carré et au
symplectique confirmant ainsi le rôle de ce dernier dans la suspension de la mandibule. Ces
observations impliquent que lonoscopus au moins est bien un Halécomorphe ; pai contre,
elles ne préjugent pas de la position systématique des Oligopleuridés d’une part, de Callop-
terus d’autre part.
Parmi les caractères crâniens, la présence d’un prémaxillaire muni d’une forte branche
postérieure ascendante qui devait être percée par le foramen olfactif, prémaxillaire compara¬
ble à celui à'Amin par exemple, et la présence d’un hyomandibulaire redressé confirment le
rapprochement Oshunia et Halécomorphes. À ces caractères, il convient d’ajouter une série
de dispositions primitives rencontrées chez les Halécomorphes et pouvant persister chez cer¬
tains Téléostéens primitifs tels qu'une grande fente buccale, un appareil operculaire com¬
plet, une grande gulaire, un nombre élevé de rayons branchiostèges.
Au vu des caractères crâniens, Oshunia doit être comparé aux Halécomorphes et à une
série de formes provisoirement considérées comme des Halécomorphes incertae sedis.
La présence de centres vertébraux ossifiés interdit tout rapprochement avec la plupart
des Caturidés qui sont dépourvus de centres vertébraux ossifiés. Les rares genres de la
famille présentant des centres vertébraux ossifiés ou partiellement ossifiés ou bien ont été
rapportés à d’autres familles (Macrepistius, cf. Bartram, 1975) ou bien présentent des cen¬
tres très différents dont le degré et le mode d’ossification ne sont pas comparables.
La monospondylie permet de distinguer Oshunia des Amiidés.
— 86 —
L’endosquelette caudal est très significatif, il est caractérisé par :
— le nombre élevé des centres uraux (au moins 10) ;
— le nombre élevé des hypuraux (au moins 12), non soudés aux centres vertébraux ;
— l’orientation des derniers hypuraux ;
— l’absence de radiaux distaux ;
— la présence d’épines neurales complètes sur les vertèbres urales Ui à Uô ;
— la présence de six épuraux ;
— la présence d’urodermaux.
Les deux premiers caractères se retrouvent che?: les Halécomorphes en général. Oshunia
se distingue des Caturidés, des Parasémionotidés et de Calloplenis (cf. Saint-Seine, 1949)
par la présence de centres uraux ossifiés, des Caturidés et de Lepisosteus par l’absence de
radiaux distaux individualisés, des Amiidés par la persistance d’épines neurales complètes
sur les vertèbres urales Ui à Ue et par l’orientation des derniers hypuraux, orientation qui
rappelle celle de Lepisosteus et se retrouve chez certains Calitrus (observations personnelles).
L’endosquelette caudal est significatif des lonoscopidés. On retrouve chez lonoscopus
l’ensemble des caractères énumérés ci-dessus avec de légères différences portant sur le nom¬
bre plus élevé des vertèbres urales (13). des hypuraux (20) et des urodermaux (au moins 7).
Certaines de ces différences sont plus apparentes que réelles (non conservation d’une partie
des urodermaux chez Oshunia), d'autres peuvent relever de variations d’ordre générique.
D’après Patterson, les Oligopleuridés présentent un endosquelette caudal très proche de
celui des lonoscopidés.
Bien que le nombre de rayons principaux de l’exosquelette caudal soit inconnu chez
Oshunia, ce nombre devait être élevé (24 environ) et comparable à celui à'lonoscopus.
Le revêtement écailleux rappelle ce que l’on connaît chez lonoscopus.
De ce qui précède, il résulte que les relations phylogénétiques d'Oshunia s’établissent
avec les lonoscopidés et les Oligopleuridés au vu de la structure de l’endosquelette caudal.
La disposition de la région du carré se retrouve chez lonoscopus, rapprochement confirmé
par l’ensemble des caractères crâniens et postcrâniens observables.
Les Oligopleuridés sont connus par le seul genre Oligopleurus, les lonoscopidés par les
genres lonoscopus et Sparhiurus, le genre Opsigonus étant pro parte ou en totalité
synonyme de lonoscopus. Les proportions relatives des régions pré-orbitaire, orbitaire et
postorbitaire et celles de la tête et du corps interdisent tout rapprochement avec Oligopleu¬
rus et Callopierus. Oshunia se distingue du premier par la présence d’une longue fente buc¬
cale et du second par la présence de centres vertébraux ossifiés et par le revêtement écail¬
leux. L’extension de la nageoire dorsale sépare Oshunia à la fois de lonoscopus, Oligopleu¬
rus et Callopierus (dorsale courte) et de Sparhiurus, caractérisé par une dorsale très allongée
(44 lépidotriches, cf. Davis, 1887). En conclusion, dans l’état actuel de nos connaissances, il
semble difficile d’identifier le genre du Brésil à aucun des taxons connus. Nous l’avons
donc décrit sous le nom de Oshunia brevis n. g., n. sp.
— 87 —
Répartition géographique et stratigraphique des Ionoscopidés
La famille est connue du Kimméridgien supérieur de Cerin (lonoscopus desori)
jusqu’au Cénomanien du Liban (Spaihiurus dorsalis). Le genre lonoscopus existe également
dans le Tithonique de Bavière où il est représenté par /. cyphnoides et un certain nombre
d’espèces assez mal définies, et dans le Crétacé inférieur de Pietraroia (Italie du Sud) avec
/. petrarojae.
Les Ionoscopidés ont été également signalés dans le Crétacé supérieur de Lésina (Dal-
matie) sous le nom de Spathiurus (? Opsigonus) inegaluriformis (Kramberger-Gorjanovic,
1895, Arambourg, 1954) et dans le Karst triesiain sous le nom de Opsigonus sp.
(d’Erasmo, 1952). La découverte d’Oshunia est la première mention des Ionoscopidés hors
de l’Europe et du pourtour de la Méditerranée (Italie, Liban).
Conclusion
Nous retiendrons les points suivants :
1. L’association ichtyologique du Crétacé inférieur de la Chapada do Araripe s’est
enrichie d’un taxon nouveau, Oshunia brevis n. g., n. sp., dont les affinités s’établissent
avec les Ionoscopidés.
2.. Les Ionoscopidés sont des Halécomorphes au même titre que les Caturidés et les
Amiidés.
3. L’aire de distribution des Ionoscopidés est considérablement modifiée par la décou¬
verte d'Oshunia au Brésil. La famille des Ionoscopidés perd le caractère strictement marin
qu’elle avait jusqu’ici.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Arambourg, C., 1954. — Les Poissons crétacés du Jebel Tselfat (Maroc). Notes Mém. Serv. Mines
Carte géol. Maroc, 118 : 170 p., 68 fig., 20 pl., 5 tabl.
Asmus, h. E., et D. de A. Campos, 1983. — Stratigraphie division of the Brazilian continental mar-
gin and its paleogeographic significance. Zitteliana, München, 10 : 265-276, 5 fig.
Bartram, A., 1975. — The holostean fish genus Ophiopsis Agassiz. Zool. J. Linn. Soc., 56 (3) : 183-
205, 8 fig.
Bâte, R. H., 1972. — Phosphaiized ostracods with appendages front the Power Cretaceous of Brazil.
Palaeontology, London, 15 : 379-393, pl, 66-71.
Campos, D. de A., et S. Wenz, 1982. — Première découverte de Coelacanthes dans le Crétacé infé¬
rieur de la Chapada do Araripe (Brésil). C. r. hebd. Séanc. Acad. Sci., Paris, D, 294 : 1151-
1154.
— 88 —
Davis, J. W., 1887. — The fossil fishes of the Chalk of Mount Lebanon, in Syria. Scient. Trans. R.
Dabi. Soc., 4 (II) : 457-636, 25 pl.
Erasmo, g. d’, 1946. — L’ittiofauna cretacea dei dintorni di Comeno nel Carso Triestino. Atti.
Accad. Sci. fis. mat. Napoli, 2 (8) : 136 p., 34 fig., 1 pl.
Kramberger-Gorjanovic, C., 1895. — De piscibus fossilibus Comeni, Mrzleci, Lesinae et M. Liba-
nonis. Djela jugosl. Akad. Znan. Umjetn., Zagreb, 16 : 76 p., 12 pl.
Patterson, C., 1973. — Interrelationships of holosteans. In : P. H. Greenwood, R. S. Miles &
C. Patterson (edit), Interrelationships of fishes. Zool. J. Linn. Soc., 53, suppl. I : 233-305,
27 fig.
Saint-Seine, P. de, 1949. — Les Poissons des calcaires lithographiques de Cerin (Ain). Nouv. Arcfis.
Mus. Hist. nat. Lyon, 2 : 357 p., 120 fig., 26 pl.
ScHOBBENHAUS, C., et D. de A. Campos, 1984. — A evoluçao da plataforma Sul-Americana no Brasil
e suas principais concentraçoes minerais. In : C. Schobbenhaus et alii, ed., Geologia do Brasil.
Brasilia, DNPM.
WooDWARD, A. S., 1895. — Catalogue of the fossil fishes in the British Muséum (Natural History),
3 : XLII -I- 544 p., 18 pl. London : Brit. Mus. (Nat. Hist.).
BuU. Mus. nain. Hisl. nat., Paris, 4' sér., 8, 1986,
section C, n° 1 : 89-147.
Étude comparative des chondrites carbonées
d’Allende et de Léoville ^
1. Minéralogie, pétrographie, chimie
par Mireille Christophe Michel-Lévy
Résumé. — Cette première partie décrit les différents types d’objets rencontrés dans les météorites
d’Allende et de Léoville, appartenant toutes deux au groupe CV3, mais dont l’une est un terme oxydé,
l’autre un terme réduit. On passe successivement en revue les inclusions magnésiennes, les inclusions
alumino-calciques, leurs types macro- et microcristallins, les enclaves de chondrites carbonées, les pro¬
duits fins appelés matrice entourant le tout. Les observations originales sont situées dans le cadre des
très nombreux travaux publiés sur ces météorites sans prétendre à une revue exhaustive. On essaye de
montrer les difficultés d'interprétalion, les apparentes contradictions rencontrées lorsqu'on cherche à
reconstituer l’histoire de ces roches vieilles de quatre milliards et demi d’années.
Absiract. — This first paper is a description of the different kinds of objects vt'hich are met in the
Allende and Leoville mctcoriies, both CV3 chondrites, the first, an oxidised spécimen, the oiher, a
reduced one. Magnesian inclusions, calco-aluminous inclusions (CAI), their coarse and fine-grmned
types, some of the xenoliths lhey enclose, the matrix are shortly described. New observations are joint
to the numerous aiready known ones, without the possibility of a complète review in the restricied
frame of this work. It has been tried lo show the difficulties of interprétation, the contradictions we
are encountered when a reconstitution of the history of these four and a halih billion years old slones
is attempted.
M. Christophe Michel-Lévy, Laboratoire de Minéralogie-Cristallographie associé au CNRS, Université PARIS VI,
4, pl. Jussieu, 75252 Paris cedex 05.
INTRODUCTION
Allende et Léoville sont deux météorites qui contiennent des inclusions blanches, riches
en éléments réfractaires, spectaculaires par leurs dimensions et leur variété.
C’est dans certaines de ces inclusions qu’ont été décelées les premières anomalies isoto¬
piques du magnésium, puis du silicium, du calcium, du titane, et les excès les plus impor¬
tants de ‘*0, anomalies dont les implications cosmochimiques et astrophysiques, encore mal
compri.ses, sont considérables.
Une littérature abondante est apparue au cours des quinze dernières années à ce sujet,
il est donc difficile, dans le cadre de cet exposé de résumer à la fois nos propres observa-
1. Une deuxième partie, « Données isotopiques » par J. C. Lorin de la Grandmaison, est en préparation.
— 90 —
lions et les données publiées ; un choix s’impose, mais il est évident que pour essayer de
comprendre l’histoire de ces pierres, tous les éléments qui les composent méritent un exa¬
men attentif.
Cette première partie est consacrée à la minéralogie, la pétrographie, la composition
chimique des deux météorites qui font partie du type « Vigarano » dont on connaît une
douzaine de spécimens. Elle résume des recherches conduites principalement à l'aide de la
microscopie optique et électronique à balayage (MEB), parfois de la microscopie électroni¬
que par transmission (TEM) et d’analyses ponctuelles à la microsonde électronique.
Certains des échantillons décrits ont servi de support aux mesures isotopiques réalisées
par J.-C. Lorjn à l’aide du microanalyseur ionique. Celui-ci exposera (article en prépara¬
tion) les expériences qu’il a réali.sées ainsi que l’ensemble des données isotopiques recueillies
sur ces matériaux.
11 concluera en envisageant les scénarios proposés pour expliquer les faits, tandis que je
me bornerai ici à souligner les contraintes physico-chimiques dont doivent tenir compte les
hypothèses génétiques.
Choix des échantillons
Depuis sa chute en « averse » au Mexique en 1969, plusieurs centaines de publications
ont été consacrées à la météorite d’Allende dont deux à trois tonnes d’échantillons ont été
recueillis sur une aire allongée de 300 km^ Par contre, la météorite de Léoville qui a été
identifiée au Kansas en 1965, ne pèse que 1,629 kg. Une trentaine de publications s’y réfè¬
rent rapportant des données sur des points particuliers, sans élude d’ensemble jusqu’à pré¬
sent.
Dans la mesure où les spécimens connus constituent un groupe assez bien défini, Léo-
ville représente d’après McSween (1977) un des termes peu métamorphisé et chimiquement
réduit, tandis qu'Allende serait un des termes le plus métamorphisé et oxydé, sans qu’une
relation puisse être établie entre degré d’oxydo-réduction et intensité de métamorphisme
thermique. L’existence d’un tel métamorphisme est d’ailleurs controversée (MacPherson et
Grossman, 1981). Pour notre part, nous pensons que l’histoire de Léoville est relativement
plus simple, du point de vue des interactions chimiques entre ses différentes composantes,
que celle d’Allende.
Les échantillons utilisés proviennent ;
— pour Allende ; échantillons ÏAM I à 5, de l’Université Nationale Autonome de Mexico ;
H103-133 de l’American Meteorite Laboratory ;
— pour Léoville : échantillons L ou LV... prêtés par Gérard Poupeau et Robert Walker et
n“ H40.99 « LH » de l'American Meteorite Laboratory.
En outre, B. Mason nous a prêté les sections minces polies n"' 3529-42 (Allende) et 3536b (Léo-
ville) de la Smithsonian Institution, Washington, E. A. King, plusieurs plaques minces couvertes
d’Allende, ,A. El Goresy, une section polie de Léoville de la collection de l’Institut Max Planck
d’Heidelberg, et F. Begemann nous a donné des fragments .xénolithiqties des deux chondrites de la
collection de l’Institut Max Planck de Mayence.
— 91
Ces météorites appartiennent au type apparemment le plus conforme au modèle défini
par Anders dès 1964 d’après des considérations chimiques : les chondrites seraient un
mélange d'un composant à granulométrie très fine, riche en éléments volatils, représentant
un condensai primaire de la nébuleuse et d’un composant plus grossier, pauvre en éléments
volatils, formé à haute température. La distinction entre matériaux grossiers, chondres,
fragments de roches et de minéraux, inclus dans une matrice microcristalline est en effet
très nette, mais elle recouvre une réalité complexe que nous allons essayer d’élucider.
Texture
La texture d’Allende semble isotrope quand on considère la répartition des objets
arrondis (0.3 à 2 mm pour la plupart) (pi. I, 1) mais la disposition semi-parallèle de fila¬
ments microcristallins et un rubanement visible par endroits dans la matrice permettent de
supposer une accrétion finale par sédimentation. Des mesures réalisées par T. V. King et al.
(1978) confirment l’existence de foliation et de linéation. L’ensemble est poreux. Des objets
fragiles se sont brisés sur place : c’est notamment le cas de grandes (8-10 mm) inclusions
blanches à contours très irréguliers dont on trouve souvent les fragments groupés les uns
auprès des autres.
Par contraste, Léoville (pl. I, 2), qui est très compacte, montre une déformation nette
de tous les objets qui sont aplatis parallèlement avec un rapport longueur/largeur de 1,25 à
1,5.
Cette déformation affecte également les chondres inclus dans une enclave sombre, cen¬
timétrique qui recoupe obliquement la stratification générale. Une anisotropie texturale aussi
forte n’est pas fréquente dans les chondrites et reste mal expliquée dans ce cas précis. C’est
la marque d’une compression perpendiculaire à la sédimentation primitive (d’après la dispo¬
sition des filaments microcristallins qui sont parallèles au plan d'aplatissement) ; elle n’a pas
été accompagnée de dégazage. Elle semble avoir eu lieu sur du matériel si chaud qu’il était
encore plastique : un chondre lenticulaire présente des barres d’olivine déformées dans du
verre limpide non fracturé ; le verre n’étant pas dévitrifié, le refroidissement ultérieur a
nécessairement etc rapide. La déformation sous l'effet d’une surcharge lors de l’accréiion —
solution préconisée par Caïn et McSween (1984) — ne convient donc pas. Cependant, un
effet de choc ne semble pas pouvoir non plus résoudre la question ; la météorite a subi un
choc d’intensité moyenne comme le prouve la présence de bandes de Neumann dans la
kamacite et de dislocations dans l’olivine correspondant à une déformation modérée à forte,
à température faible (Christophe ei al., 1979 , Muller et Wlotzka, 1982), choc insuffisant
pour provoquer la déformation des chondres (d’après les expériences de E. A. King et al.,
1978).
Composition chimique
L’homogénéité chimique a pu être testée sur Allende à cause de la quantité de matériau
disponible : les concentrations d’inclusions blanches, facilement repérables visuellement,
laissent croire à des hétérogénéités ; celles-ci sont évidentes sur des échantillons de quelques
— 92 —
grammes mais des analyses effectuées sur des échantillons de 100 g montrent à cette échelle
une grande homogénéité (P. H. Johnson et E. A. King, 1978).
Les compositions chimiques des deux chondrites sont indiquées sur le tableau I, anal. 1
et 10 (p. 112).
Les fortes différences de teneur en fer métal, fer oxydé, l’existence de nickel sous
forme sulfurée (en fait, pentlandite (Fe, Ni) 9 S 8 ) dans Allende reflètent nettement les degrés
d’oxydo-réduction opposés des deux météorites, très semblables par ailleurs.
Constituants
Les proportions relatives de matrice microcristalline et d’inclusions variées sont diffi¬
ciles à estimer : lorsqu’on observe une plaque mince d’épaisseur standard (30 /^m), la
matrice est opaque et on mesure les proportions de ce matériel opaque. Mais dans une sec¬
tion amincie à 10 /^m, la matrice devenue transparente révèle son hétérogénéité : de nom¬
breuses inclusions de petites dimensions s’y rencontrent ; les exclure reviendrait à diminuer
les proportions de matrice.
On trouve dans la littérature des mesures par analyse modale qui vont du simple au
double. Celles de McSween et Richardson (1977) semblent les plus proches de la réalité
tout en étant des valeurs maxima puisqu’elles comprennent beaucoup d’inclusions inférieu¬
res à 100/im. Allende et Léoville contiendraient respectivement 38 et 35 % de matrice. Le
reste, formé de chondres, de fragments rocheux, de débris minéraux, contient de 5 %
(Clarke et al., 1970) à 8 % (Marvin et al., 1970) de matériaux silicatés riches en alumi¬
nium et calcium à côté des silicates magnésiens plus banaux.
Ces proportions exceptionnelles de matériaux réfractaires — aisément repérables par
leur couleur claire — sont caractéristiques des chondrites carbonées du type Vigarano, mais
ceux-ci sont aussi présents dans d’autres chondrites carbonées et ne sont pas totalement
absents des chondrites ordinaires non équilibrées (Bischoff et al., 1983 par exemple). Leur
étude a été beaucoup plus développée que celle des matériaux magnésiens dont les différen¬
ces avec ceux des chondrites ordinaires ne sont pas évidentes.
1. INCLUSIONS MACROCRISTALLINES
A — Prédominance de silicates magnésiens
Les chondres sphériques sont peu abondants en regard de ceux à forme irrégulière aussi
appelés fragments rocheux, mais on les remarque, car ce sont surtout des chondres à barres
d’olivine (pl. II, 3). Les chondres fibroradiés sont très rares, la texture porphyrique est
beaucoup moins fréquente que la texture microgrenue (différence notable avec les chondrites
ordinaires). Comme on trouve un plus grand nombre de lacunes, de gouttes de verre, de
gouttes opaques dans cette texture, on peut penser que les germes d’olivine ont été plus
nombreux dans un verre silicaté fondu plus fluide que dans celui ayant généré la texture
— 93 —
porphyrique, dont les cristaux se développeraient dans un milieu plus visqueux, soit parce
que moins riche en volatils, soit parce que déjà au subsolidus. Beaucoup de fragments ont
une histoire ignée apparemment en deux temps, soulignée par la présence de minéraux opa¬
ques qui semblent intervenir surtout dans le deuxième temps, à granulométrie plus fine. Sui¬
vant les auteurs, les termes de halo (Clarke et ai, 1970), de bordure accrétionnaire (Wood,
1984), de bordure à gros grain (Rubin, 1984) sont employés pour les décrire. Le terme de
halo a été ensuite réservé à la bordure de matrice à grain très fin qui ourle les chondres.
RuBtN remarque l’abondance de ce type de « chondres » dans Allende (59 %) et sa
rareté dans Léoville (< 1 %). En comparant les analyses chimiques des chondres, de la bor¬
dure et de la matrice, il conclut à une parenté matrice-bordure, ce qui l’oblige à concevoir
des amas de matrice portés à une température proche de la fusion à l’endroit même où se
forment les chondres. Différents cas de figures sont illustrés dans la planche II.
Nous distinguerons deux types d’objets.
Le premier est représenté probablement en proportions analogues dans Léoville et
Allende. Nous ne disposons pas de suffisamment de surface d’observation en plaque mince
pour l’affirmer. Les silicates en cristaux atteignant 1/2 mm se trouvent au milieu d’une
couronne plus ou moins régulière à granulométrie plus fine, mais pas très fine, où sont
aussi présents des minéraux opaques à contours globuleux Dans le cas de la figure 1 (pl.
Il), il s’agit d’un chondre pyroxénique à bordure pyroxénique, avec quelques petits grains
d’olivine ; la figure 2 montre trois fragments à olivine et feldspath dans une pâte où la cli-
noenstatite prédomine, Même en l’absence d'analyses chimiques, on peut affirmer que dans
les cas d’écorce pyroxénique, la matrice (ou l’olivine prédomine largement) n’intervient
guère. Ce qui est vrai pour les fragments à dominante pyroxénique (les moins abondants)
peut l’être aussi pour ceux à dominante olivine (pl. Il, 4 et 5). La cristallisation a pu se
faire en une seule fois dans des conditions où les forces de tension superficielle prédominent
sur les forces de gravité avec immiscibilité silicates-minéraux opaques ; elle a pu aussi avoir
lieu en deux temps avec inclusion de fragments déjà cristallisés dans du matériel fondu, ou
encore résulter de la modification des conditions physico-chimiques en cours de cristallisa¬
tion.
Le second type d’objet (pl. 11, 3), montrant une auréole transparente à grain fin autour
des chondres ou fragments à olivine ou pyro,xène, n’est représenté que dans Allende où il
est très fréquent. Son étude détaillée prouve l’influence considérable de modifications secon¬
daires dans cette météorite sur la périphérie et parfois jusqu’au cœur de certains chondres.
Le pyroxème est pseudomorphosé par les bords et peut se débiter en petits prismes d’olivine
ferreuse : MgSiOs H- FeO — (Mg,Fe) 2 Si 04 ; du verre interstitiel est dissous libérant les cris¬
taux aciculaires qui .s’y étaient formés et un enrichissement en FeO se produit dans tous les
silicates présents (pl. II, 7 et 8).
L’olivine, partout présente, a une composition dominante forstéritique (< FalO) et le
pyroxène est de la clinoenstatite (Clarke et al., 1970), mais on peut trouver quelques olivi-
nes jusqu’à Fa 50, surtout parmi les cristaux isolés d’ Allende (Simon et Haggerty, 1980).
Les silicates magnésiens de Léoville sont encore moins ferreux que ceux d’Allende. Si nous
prenons en e.xemple un chondre irrégulier de Léoville que nous avons étudié, nous voyons
que le cœur est formé de forstérite et de clinoenstatite pures en cristaux d’environ 500 /xm,
alors que la périphérie, riche en minéraux opaques, est formée de petites olivines (50 gm)
zonées de Fo 98 au cœur à Fo 93 au bord et de clinoenstatite En 99. La clinoenstatite est
— 94 —
assez alumineuse (0,8-1,3 % Ah 03 ) ; les teneurs en éléments mineurs (Ca, Cr, Ti) sont du
même ordre que celles analysées par Simon et Haggerty (1980) dans Allende.
Le verre interstitiel, dévitrifié ou non, est peu abondant dans des fragments rocheux
mais il peut atteindre 40 % dans les chondres sphériques (Simon et Haggerty, 1980) ; il
concentre aluminium, calcium et alcalins.
Les minéraux opaques associés au chondres magnésiens sont nettement différents dans
les deux météorites.
Allende
Au cœur de certains chondres compacts, on trouve quelques sphèrules (5-20 /im de dia¬
mètre) de magnétite avec traces de chrome accompagnée ou non de ferro-nickel voisin de
NUFe et parfois d’un peu de FeS ; ces sphèrules sont contemporaines de la cristallisation
des silicates. Les grains opaques, à contour plus ou moins lobé, situés à la périphérie, sont
souvent beaucoup plus grands (jusqu’à 100 /xm) et les sulfures, troïlite et/ou pentlandite à
16-21 "/o Ni 1 % Co, y dominent. Des plans de clivages dans les silicates et des fissures sont
aussi remplis de sulfures. La magnétite, lorsqu’elle est présente, est chromifère (3 % Cr 203
par exemple dans la sphérule figure 6. pl. Il) ; il y a peu de ferro-nickel. Plusieurs de ces
grains opaques sont en réalité des mini-géodes de sulfure (pl. III, 1). Des résidus de gouttes
métalliques ou des remplissages de bulles de roches scoriacées sont maintenant formées seu¬
lement de sulfure et de silicate riche en fer et ne se repèrent plus que par leur contour
annelé (pl. 11, 7) ; cette modification des gouttes métalliques pourrait être contemporaine de
l’altération ferreu.se des silicates.
Certains chondres sont encerclés par des concentrations sulfurées qui peuvent contenir
des amas à structure et chimie complexe où l’analyse qualitative au microscope électronique
à balayage décèle en plus de S. Fe, Ni un peu de Si, Mg et des traces de Cr, Ca parfois Ti,
Zn. Des chondres à dominante sulfurée existent (Christophe et al., 1977). Ils ont une struc¬
ture microcristalline complexe, contiennent de petits grains silicatés dans une masse de sul¬
fure de fer, nickel et chrome. Des grains de phosphate de calcium se trouvent dans leur
couronne. Wlotzka (1976) trouve dans un chondre sulfuré à la fois des phosphates de Na,
Fe, Mg et la whitlockite CaslPtU)! (merrilite).
Le soufre a donc été extrêmement mobile dans Allende, et on peut trouver des exem¬
ples de cristallisation simultanée avec les silicates dans des chondres, de dépôt de sulfures,
ou au contraire de désulfuration, de cristallLsation tardive (troïlite englobant des fuseaux
d'oiivine dans la matrice figure 4, pl. 111) liés à des modifications de l’environnement
gazeux et de son potentiel redox.
Léoville
Quelques grains opaques situés au cœur de chondres ou isolés, atteignant 0,8 mm, sont
formés de kamacite et de taenite claire associée à un peu de troïlite. La déformation géné¬
rale qui affecte les chondres se traduit par un étirement du métal. La kamacite polycristal-
line contient 6-7 % Ni ; elle peut présenter des bandes de Neumann ; la taenite est riche en
nickel : 37-42 % à 50-54 % Ni ; elle est polycristalline (pl. 111, 6). Des traces de chrome
sont parfois présentes ou de très fines chromites (< 5 gm) dispersées aussi bien dans la
kamacite que dans la taenite. Du phosphate de calcium peut former de fines gouttelettes
— 95 —
dans le métal ou se concentrer au bord avec la troïlite (pl. III, 7). Les chondres métalliques
peuvent englober une goutte ou une larme silicatée (pl. 111, 5, 6). Des grains opaques plus
petits se trouvent à la périphérie des chondres ou uniformément répartis dans certains
d’entre eux. 11 s’agit le plus souvent de kamacite et troïlite associées, mais on peut trouver
de la magnétite et de la taenite claire.
Le sulfure semble appartenir clairement à une phase fondue conjointement aux silicates
et au métal. On n’en trouve pas en anneaux extéiieurs aux chondres et on en do.se peu dans
la matrice où la magnétite et le métal en grains très fins souhgnent la stratification.
D’après les données de la littérature, pour une même teneur globale de 2,05 % S,
Allende en contiendrait 1,13 % dans la matrice et Léoville seulement 0,15 %.
Ainsi, dans Léoville, les phénomènes d’immiscibilité silicates-phases Fe-Ni-S-O et de
démixion de ces phases entre elles apparaissent nettement alors qu’ils sont plus ou moins
masqués dans Allende par une mobilisation du soufre (observations en accord avec celles de
McMahon et Haooerty, 1980),
Les chondres magnésiens à gouttes opaques sont caractéristiques des chondrites carbo¬
nées C2 et C3 où ils constituent plus de la moitié du matériel non matriciel, jusqu'à 80 %
dans Léoville ; dans les C2, une hydratation partielle ou complète des minéraux opaques
donne naissance à des phases mal cristallisées remplaçant les associations sulfures-oxyde-
métal.
Composition chimique
Il est difficile d’obtenir des analyses précises. La masse des inclusions prises individuel¬
lement est de l’ordre du mg. Les analyses ont été effectuées sur des inclusions ou chondres
multiples ou isolés, sur sections polies ou après séparation, en utilisant les diverses méthodes
disponibles, et seulement dans le cas d’Allende. Des différentes données de la littérature
(Clarke et al., 1970 ; Osborn et ai, 1974 ; Graham, 1975, Simon et Hagoerty, 1980), il
résulte que, par rapport aux chondres des chondrites non équilibrées (Gooding et al., 1980),
les inclusions magnésiennes d’Allende sont plus magnésiennes (34-39 % MgO contre 26-
29 %), plus alumineuses (5,5 Wo AbOj contre 2-3 Vo), plus calciques (4 % CaO contre
1,6-2,4 %) et moins ferreuses. Un concentré de tamisage analysé par Clarke et al. (1970)
semble représentatif ;
Si 02 ri 02 AI 2 O 3 Cr 203 FeO MnO MgO CaO Na20 K 2 O P 2 OS FeS NiS
41,87 0,26 5.57 0,47 9,44 0,14 34,34 4,06 0,82 0,06 0,11 1,78 0,87
La concentration des Terres Rares dans ce matériau est environ 1,8 fois celle trouvée dans
l’analyse globale (Osborn et al., 1974) donc multipliée par un même facteur que les concen¬
trations en aluminium et en calcium.
Malgré les ressemblances, on voit que les inclusions magnésiennes ne sont pas dans leur
majorité identiques à leurs liomologues des chondrites ordinaires non équilibrées tant par
leur composition chimique que par leur texture.
— 96 —
B — Prédominance de silicates alumino-calciques
Les inclusions alumino-calciques tranchent par leur couleur claire sur les pierres som¬
bres. Souvent de grandes dimensions, pouvant dépasser le centimètre, elles sont, contraire¬
ment aux précédentes, presque complètement dépourvues de ferro-nickel, mais on y rencon¬
tre des quantités exceptionnelles de métaux rares. Presque toutes les inclusions grenues que
nous avons observées contiennent des cristaux cassés ou déformés. Les fissures créées ont
permis dans le cas d’Allende des circulations gazeuses provoquant altération et cristallisation
secondaires. Ces inclusions sont entourées d’une bordure rubanée caractéristique.
Les inclusions basaltiques ne sont pas bordées ; elles ne sont pas non plus choquées et
semblent avoir cristallisé à partir de gouttes fondues.
Nous allons passer en revue les minéraux constituants avant de décrire les différentes
inclusions.
Les minéraux
1. Silicates
Les mélilites, minéraux prépondérants, sont des solutions solides des termes gehlenite
CaaAUSiO? et akermanite Ca2MgSi207 sans Na20 ; des teneurs mineures en TiOi (jusqu’à
0,19 % dans L2) peuvent exister. Des variations de composition se reproduisent dans un
même cristal en plages irrégulières ou en zones. Le zonage peut être normal, inversé ou
complexe (MacPherson et al., 1984). En dehors du fait que la mélilite englobe poecilitique-
ment d’autres minéraux, elle peut contenir une poussière d’inclusions micromélriques mal
définies du fait de leur taille, mais probablement de perovskite, d’aluminate de calcium, de
pyroxènes. Dans Allende, la mélilite s’altère le long de fissures et suivant une bordure plus
ou moins large tout autour des inclusions, surtout dans celles qui sont pauvres en pyroxène.
Beaucoup trop fins pour une détermination chimique ou optique des phases, ces produits
d’altération ont été identifiés par rayons X sur prélèvement de fragments de plaque mince.
On trouve surtout du grossulaire CajALSiaOu, ce qui nécessite un enrichissement en silice ;
Allen et al., (1978) signalent aussi dans les produits d’altération la présence de néphéline
NaAlSi04 et de sodalite Na 8 Cl 2 (AlSi 04)6 correspondant à un apport de sodium et de chlore
mais ces minéraux existent en petite quantité également comme phases primaires. Certaines
cavités dans la mélilite, bordées de diopside CaMgSi 206 , contiennent des cristaux de grossu¬
laire et de longues aiguilles de wollastonite CaSi 03 (pl. IV, 1).
Wlotzka et Wark (1982) ont découvert une zéolite potassique altérant la mélilite de
Léoville, mais il s’agit vraisemblablement d’un produit d’altération terrestre.
Les pyroxènes : Les teneurs très élevées en Al et Ti du pyroxène vert-bleuté analysé
pour la première fois dans une inclusion réfractaire de Vigarano (Christophe et ai, 1970)
sont spécifiques de ces matériaux. B. Mason (1974) définit un domaine de composition rela¬
tivement restreint pour l’alumine (16 à 22 %) et un domaine plus large pour le titane (3,9 à
17,7 % TiCb) coupé en deux par l’absence de cristaux contenant 12 à 15 % Ti02. Nos analy-
— 97 —
ses réalisées sur plusieurs inclusions permettent d’étendre le domaine de l’alumine (3 à 24 %
AI 2 O 3 ) et d’unifier celui du titane, dans ces pyroxènes non ferreux très particuliers, du
domaine des fassaites (fig. ci-dessus).
Dans les inclusions lAM 1, 3 et 5, les variations de composition dans un même cristal
montrent qu’il s’agit de cristaux cassés (comme le suggère leur morphologie) où le zonage
ne correspond pas avec les limites actuelles des minéraux. Les relations de composition
pyroxène-mélilite font apparaître une correspondance entre les pyroxènes les plus titanifères
et alumineux et les mélilites les plus réfractaires, comme déjà signalé (Mason, 1974). Cer¬
tains auteurs, par exemple Fuchs (1978), ont trouvé, accompagnant rarement le pyroxène
titanifère, de la rhônite Ca 4 (Mg,Al,Ti)i 2 (Si,Al)i 204 o ; nous n’en avons pas rencontré dans
nos échantillons. Vanorthite CaAhShOa contient à peine de sodium (< 0,1 % Na20 en
98 —
général). Elle semble avoir cristallisé soit après la mélilite en phase interstitielle, soit en
même temps que les phases majeures, par exemple dans lAMl où elle atteint 20 % du
volume de l’inclusion, soit avant le pyroxène dans les inclusions basaltiques où elle forme
des lattes automorphes, un peu plus sodique Jusqu’à 0.32 % Na20. Elle contient moins de
0,15 % MgO et des traces de K, Ba ; la répartition en zones ou en taches des éléments en
trace n’est visible que par des images obtenues au microanalyseur ionique (Lorin et al.,
1981) ou par cathodoluminescence (Hutcheon et al., 1978).
L’olivine se rencontre dans de rares inclusions. 11 s’agit alors de forstérite Mg 2 Si 04 à
teneur élevée en CaO (Dominik et al., 1978 ; Clayton et al., 1984).
2. Oxydes
Les spinelles sont présents presque partout, soit en cristaux de 50 à 100 /tm plus ou
moins irréguliers, groupés en amas, soit en « framboïdes », chaînettes, palissades, de cris¬
taux de 10 à 20 /rm (pl. IV, 8), soit dispersés de façon plus ou moins dense, poecilitique-
ment englobés par le pyroxène, la mélilite ou l’anorthite. Les cristaux sont souvent à angles
vifs dans le pyroxène alors que les angles sont arrondis dans les autres phases, signifiant
peut-être un début de résorption (pl. IV, 6). Ils peuvent contenir ou être recouverts d’une
multitude de perovskites très fines (de l’ordre du 1/10' de micron), donnant alors l’impres¬
sion de s'être formés dans un milieu sursaturé en titane comme dans l’inclusion L4b pour
les spinelles inclus dans le pyroxène titanifère. Dans ce cas on peut déceler une différence de
composition pour le titane entre spinelle inclus dans le pyroxène où la teneur est anormale¬
ment élevée (0,96 à 1,85 % Ti02) et inclus dans la mélilite (0,55 à 0,65 % Ti02). Les cristaux
sont d’une taille suffisante pour que le titane dosé ne soit pas influencé par celui du
pyroxène adjacent. Il y a probablement eu équilibre entre spinelle et pyroxène comme l’ont
noté Meeker et al. (1983). Dans la plupart des inclusions, les spinelles contiennent 0,15 à
0,40 % Ti02. La teneur en chrome quoique faible (0,10 à 0,30 % Cr 203 ) mérite d’être notée
car c’est un élément modérément volatil qu’on ne s’attend pas à rencontrer dans ces inclu¬
sions très réfractaires. En général, tous les spinelles analysés sont MgAUO* avec moins de
1 <70 Ca, Cr, Ti, V, Fe, mais toutes les inclusions sont bordées d’un ourlet comprenant
entre autres une palissade de spinelles plus ferreux que ceux du cœur (jusqu’à 16 % FeO
d’après Wark, 1983) et parfois plus chromifères (0,57 % Cr 203 dans LH). Même lorsque
l’ourlet n’est pas constitué, des spinelles près du contact avec la matrice peuvent s’enrichir
en fer, par une réaction secondaire. Ainsi, l’inclusion JAM5, cassée, contient en bordure de
la cassure quelques cristaux de spinelle à 11-15 % FeO alors que ceux qui s’en écartent de
50 /rm n’en ont plus que 0,8 %, et au-delà FeO devient insignifiant (pl. VII, 4). Les spinelles
dans les zones d’altération de la mélilite sont aussi enrichis en fer. Le spinelle au contact de
la matrice dans l'inclusion cassée Léoville L4b ne contient par contre que 0,82 % FeO.
La pérovskite CaTiOa existe dans la plupart des inclusions en teneur faible très variable
en grains roses à incolores, isolés ou en amas. Elle est toujours présente dans la bordure
des inclusions (pl. VII, 1 et 5). Dans ce cas, elle peut contenir un peu de fer. Certains cris¬
taux concentrent des éléments rares très réfractaires tels que Zr, Hf, Y, ce qui pourrait en
faire un minéral-repère du type d’inclusion (Kornacki et Wood, 1984 ; Wark et al., 1980).
Dans l’inclusion d’Allende H103.133, elle contient des gouttes micrométriques de gehlenite
pure alors qu’elle est incluse dans de la gehlenite ak 14 (pl IV, 3). Quand ils ne sont pas
— 99 —
localisés dans la pérovskite, des éléments rares lithophiles sont concentrés dans des grains
micrométriques de pyrochlore CazNbzO?, thorianite (Th.LDOz, badde leyite (Zr, Ti)02...
(Lovering et al., 1979).
La hibonite (Ca, Mg) (Al, Ti)i20i9 n’a été rencontrée comme une phase majeure que
dans l’inclusion dénommée « HAL » (Lee et Wasserburo, 1979). On la trouve en petits
prismes polychroïques bleus ou jaunes (toujours bleus dans Léoville), associés à spinelle et
pérovskite dans les inclusions pauvres en pyroxène. Elle est très fréquente quoique souvent
difficile à repérer dans la bordure interne de l’ourlet à spinelle de presque toutes les inclu¬
sions (pl. Vil, 1). Sous l'impact du faisceau d’électrons, elle montre une luminescence
bleue, rose ou orangée mais les relations entre la composition chimique, la couleur, la teinte
de luminescence ne sont pas élucidées car nous (Christophe et Kurat, 1982) avons trouvé
des résultats qui diffèrent de ceux de Keil et Fochs (1971). Cependant, StOlper et Ihin-
GER (1983) ont montré expérimentalement l’influence des conditions d'oxydation sur la cou¬
leur.
Ualuminate CaAUO? forme des inclusions micrométnques dans la mélilite de l’inclusion
L2 où il a été identifié pour la première fois (Christophe et Kurat, 1982), et où il a ten¬
dance à se concentrer dans les régions riches en pérovskite (pl. VU. 2). 11 se peut qu'il soit
assez fréquent en traces, sous forme de très petits grains biréfringents dont un indice de
réfraction est nettement inférieur à la mélilite encaissante, lorsque celle-ci est peu magné¬
sienne.
3. Grains métalliques et métaux rares
Par rapport aux inclusions à silicates magnésiens riches en globules métalliques et sulfu¬
rés, la plupart des inclusions alumino-calciques contiennent à peine de ferro-nickel. Font
exception l’inclusion L4b et quelques inclusions basaltiques qui, dans leur pourtour, con¬
tiennent de petites globules de NiFe et de sulfures. L’inclusion L4b qui est la plus réfrac¬
taire parmi les inclusions à pyroxène que nous avons étudiées (d’apres la composition du
couple mélilite-pyroxène) contient des grains de kamacite irréguliers atteignant 50 gm qui
englobent de la taenite, de la schreibersite riche en nickel et qui sont bordés d’oxydes de fer
à teneur notable en vanadium et chrome.
Les autres inclusions ne contiennent que des grains micrométriques de kamacite et de
taenite. Certains de ceux-ci sont associés à de remarquables concentrations de métaux rares.
El Goresï et al. (1978) on appelé « fremdlinge » ces agrégats étranges atteignant exception¬
nellement 50 gni, d’une grande complexité, où des granules riches en Os, Ir, Pl, Ru, Rh, Re
voisinent avec des .sulfures M 0 S 2 , VVS 2 , des silicates, des phosphates, des oxydes en propor¬
tions très variées. Un agrégat géant (150 /un) dénommé « Willy » est particulièrement hété¬
rogène (Armstrong et al., 1984). Ces agrégats .sont en total déséquilibre chimique et allient
des éléments réfractaires sidérophiles et des éléments volatils, des phases très réduites et des
phases oxydées. Par contre, des grains micrométriques d’alliages des mêmes métaux nobles,
mais en proportions cosmiques, se rencontrent aussi (voir par ex. Blandek et al., 1980).
Ces deux types de grains découverts presque en même temps par Wark et Lovering (1976,
1977), Palme et Wlotzka (1976), El Goresy et al. (1978) se trouvent dans des inclusions
différentes dans Allende, mais non dans Léoville. Les cas les plus remarquables que nous
avons observés sont les suivants :
— 100 —
— Allende (inclusion n° 3529-42) : De nombreux grains riches en nickel truffés de parti¬
cules Os-Ir en proportions variables, avec un peu de Ru et de petites plages ou P, Ca, V
sont présents, se trouvent dans une zone où le spinelle et très abondant. L’un d’entre eux
est étiré entre spinelle et hibonite (pl. V, 1 et 2). Leur formation est antérieure ou au plus
contemporaine de celle du spinelle, puisque plusieurs grains y sont inclus. Ailleurs, dans une
zone à mélilite, on trouve des cristaux très nickelifères pleins d’inclusions d’oxydes de fer et
de vanadium. Ailleurs encore, un cube platinifère d’alliage Ni-Fe associé à du sulfure de
nickel a trouvé place dans une zone à grain plus fin (pl. V. 3).
— Léoville (inclusion LV 6B, également observée par A. El Goresy) : La grande
variabilité de composition de sa mélilite jointe à la présence d’une fassaite peu titanifère
(mais qui contient du vanadium) n’en fait probablement pas une inclusion typique. Sa tex¬
ture est complexe et comporte des parties grenues, d’autres microgrenues, des lacunes, des
framboïdes et des chaînettes de spinelles, comme si elle était formée de matériaux partielle¬
ment refondus. On y rencontre tous les types de grains à métaux rares : l’un à Ir .seulement,
l’autre à Pt seulement, un troisième à Mo, W et Zr à l’état métallique (El Goresy, comm.
pers.). Au voisinage d’une lacune plusieurs grains scoriacés montrent du ferro-nickel enrichi
en Ru, Pt, Os associés à du silicate de calcium (pl. V, 4).
— Dans l’inclusion LV6c on n’a trouvé que des grains micrométriques à métaux rares
(Os, Ir, Ru. parfois Pt) inclus dans les spinelles, tandis que dans LH un amas complexe
montre toutes sortes de grains métalliques dans une gangue silico-phosphatée (pl. V, 5).
La complexité des grains métalliques à métaux rares est une preuve de l’histoire compli¬
quée qu’ont subi les éléments chimiques dès avant leur incorporation dans les inclusions
réfractaires. Si certains grains ont pu être inclus tels quels, d’autres ont été modifiés (frag¬
mentés, partiellement fondus, évaporés, recondensés, attaqués, oxydés) lorsqu’ils ont été
associés aux silicates.
Les types d’inclusions
Plusieurs classifications ont été proposées par Mason (Clarke et al., 1970 ; Mason et
Taylor, 1982), Grossman (1975, 1980), Wark et Lovering (1977) et Kornacki et Wood
(1984). Elles groupent à la fois les inclusions macro- et microcristallines que nous avons
séparées ici de façon assez artificielle, en partie pour la commodité de Texposé.
Celle de Grossman, purement minéralogique, est pratique mais trop restrictive, par les
proportions de minéraux acceptés dans chaque type ; Wark et Lovering l’utilisent en l’affi¬
nant ; celle de Mason et Taylor s’appuie sur la composition chimique, surtout sur la distri¬
bution des Terres Rares et ne concerne que des inclusions assez grandes pour avoir été
extraites aux fins d’analyse et de confection de plaques minces ; celle de Kornacki et Wood
cherche à tenir compte de tous les objets > 0,2 mm sur plaque mince polie en s’appuyant
sur des critères pétrographiques.
Nous n’introduisons aucune nouvelle systématique mais décrivons les inclusions étudiées
d’après les associations des principales phases minérales qui reflètent leur composition chi¬
mique ; nous trouvons les associations suivantes : 1) spinelle + mélilite ; 2) spinelle -t- méli¬
lite + pyroxène ; 3) spinelle + mélilite -l- pyroxène -I- anorthite ; 4) spinelle -I- pyroxène -l-
anorthite.
— 101 —
1. Ce premier type correspond à peu près au type A de la classification proposée par
Grossman (1975, 1980). Il comprend des inclusions amiboïdes où spinelle, hibonite, perovs-
kite, des traces de CaAUO? en proportions très variables sont inclus dans une mélilite alumi¬
neuse (Ak < 30%). Il y a très peu de pyroxène (petits grains arrondis enrobant souvent la
pérovskite) mais des ourlets de diopside bordent des cavités où se développent, dans
Allende, des gerbes de woUastonite accompagnées ou non de grossulaire. Dans cette météo¬
rite, ces inclusions sont presque toujours fortement altérées sur leur pourtour en produits
microcristallins.
Exemples
Allende : Telle est l'inclusion de réchantillon H103.133. Elle s’est ici brisée en une centaine de
débris visibles sur une même plaque mince et en beaucoup plus si l'on ob.servc des coupes successives
donnant la troi.sième dimension. Ces débris se sont desoriemés les uns par rapport aux autres mais
sont restés à proximité de la masse principale, sur une aire de 12 x 7 mm (pl. VI, 1) La mélilite y a
une composition moyenne de Ak14, On y trouve des pérovskites à inclusions de gehlenite et un peu de
hibonite.
On est tenté d’associer à ce type une inclusion observée dans une plaque mince d’E. A. King (pl.
VI, 2). La morphologie tourmentée et l’accumulation des débris cassés sont semblables. Les grains de
pérovskite et de spinelle sont inclus dans du verre que nous n'avons pas pu analyser, la plaque étant
couverte. L'intérêt de cette inclusion, comme nous le verrons plus loin, est qu’elle est ourlée d’une
bordure rubanée analogue à celle des inclusions cristallines mais plus étroite ; on y trouve une rangée
de pérovskite sur 2 ^m suivie d'une bande de spinelle sort 10 /tm et d’une frange externe de pyroxène
de 3 fim. Cette inclusion n’est pas altérée, non plus que celles qu’on trouve dans LéovUle.
Nous en avons étudié deux qui ne sont pas brisées mais la mélilite y csr très déformée : L2 décrite
en détails (1984), à cause de la présence de CaAUO? dont c’est le premier gi.semenl tnétéoritique
reconnu, est riche en amas de pérovskite et en spinelle dans les méhlitcs Ak 0-30 et est bordée d’un
ourlet de 100 à 200 >tm d’épaisseur ; L4a ne contient que peu de spinelle mais possède une large bor¬
dure riche en hibonite bleue sur 200 à 400 ^tm (pl. Vil, I). Les mélilites, plus alumineuses au bord de
l’inclusion sont Ak 6-25.
2 et 3. Ces inclusions correspondent au type B de Grossman. La mélilite (Ak 10-90), le
pyroxène fassaïtique, l’anorthite en proportions très variables englobent poecilitiquement le
spinelle et parfois la pérovskite. Wark et Lovering (1977) distinguent les inclusions arron¬
dies B1 qui ont une couronne de gehlenite formant palissade entourant un noyau où se
trouvent les autres minéraux, des inclusions B2 qui ne .sont pas zonées, La bordure rubanée
qui entoure les indasions est mieux définie dans les A et les B1 que dans les B2. Le cœur
des B1 et des B2 est formé de matériaux brisés. Dans leur article de 1982, ces auteurs affi¬
nent leurs critères de distinction (texture et minéralogie) tout en soulignant qu’il y a conti¬
nuité entre la chimie des éléments majeurs des deqx sous-groupes.
Exemples
Allende (type 2)
— IAM5 (pl. IV, 4 ; pl. Vil, 4 et 5 ; pl. XI, 6) est une inclusion de 4 mm où nous notons ;
1) un cœur formé de morceaux pyroxéniques (à 12-15 % Ti02 ; 17-20 % AI2O3) et de mélilite (Ak
20-49 %) chargés de spinelles euhédraux de 50-100 /<m sur lesquels adhèrent des pérovskites micromé¬
triques, et une couronne de mélilite (Ak 6-14 %) à petits spinelles arrondis ; 2) une bordure rubanée
interrompue problablement par fracture ; les gros spinelles de l’inclusion situés de ce fait en comact
avec la matrice sont ferrifères ; ils sont accompagnés de traces d’alumino-silicales alcalins (13 %
Na20 ; 1,7 % K2O) dans la zone d’altération de la mélilite ; 3) quatre inclusions rondes zonées de 400 à
— 102 —
600 ;»m, dont une cassée, se trouvent à proximité, en relation génétique probable avec l’inclusion prin¬
cipale ; 4) d’anciennes fissures sont soulignées par des produits d’altération, mais non les fractures
récentes.
— 1AM3 est une inclusion centimétrique à contours assez irréguliers où les spinelles (0,20-0,40 %
TiOi ; <0,17 % CrjOi) peu abondants, arrondis, sont fissurés comme les autres minéraux, beaucoup
se disposant en files discontinues traversant ou contournant l’inclusion. Le pyroxène verdâtre (TiCb 8-
18,2 % ; .MaOj 16,6-21,6 “Vo) est en fragments brisés, plus ou moins corrodés, jusqu’au bord de l’inclu¬
sion ; les cristaux de mélilite (Ak 23-41) sont très déformés et ne présentent pas de variation de com¬
position liée à leur situation dans l’inclusion. La bordure est nette, mais avec assez peu de pérovskite
quoique l’inclusion ne soit pas zonée ; d’anciennes fissures sont remplies de produits d’altération, assez
abondants également au bord. Nous n’avons pas trouvé de petites inclusions associées à celle-ci, tout
au moins dans le plan de coupe. Elle ne répond pas aux critères de distinction B1-B2.
LéovUle (type 2)
— L4b est un morceau d’inclusion (la bordure rubanée n’est présente que d’un côté) qui a la par¬
ticularité d’être à la fois très réfractaire : association de pyroxène (Ti02 16,1-16,6 % ; AI2O3
16,6-18,3 %) et de mélilite alumineuse (Ak 2-28 Vo) et riche en globules de ferro-nickel complexes.
— L'inclusion LV6B est arrondie de 3 mm de diamètre ; elle est accompagnée de plusieurs petites
inclusions acces.soires. Elle contient des chaînettes et framboïdes de spinelle. Le pyroxène (à 6,8 %
TiOz, 19,1 AI2Ü3) et la mélilite (Ak 18) dans un tel framboïde sont plus réfractaires que le pyro.xène
(à 1,7-5,45 Vo TiOî ; 8,8-17,4 % AhOs) et la mélilite (Ak 27-87) très variables, plus ou moins lacunai¬
res, formant la masse de l’inclusion ; celle-ci englobe des grains métalliques à métaux rares hétérogè¬
nes. La bordure n’est pas rubanee, mais large, floue, riche en spinelles.
LéoviUe (type 3)
— L’inclusion 3535B (Washington) est l’illustration parfaite du type B1 de Wark et Lovering
avec sa forme ovale, son cœur formé de pyroxène, de mélilite, d’un peu d’anorthite choqués entouré
d’une palissade de gehlenite et d’une bordure rubanée.
— L1 à contours irréguhers, contient un lambeau de matrice soumis à haute température lors de
son inclusion car il renferme des gouttelettes de FcNi-FeS. Le pyroxène (TiO^ 4,4 à 6,8 %, AI2O3 15,4 à
21 èt») est associé à des mélilites Ak 30 à Ak 50 et à de l'anorthite (Lorin et FIaveite, 1985). La bor¬
dure est réduite et soulignée par une rangée de spinelles. Par contre, LH qui contient également des
lambeaux de matrice, développe à leur contact une large bordure riche en hibonite bleue présente éga¬
lement tout autour de l’inchtsion. Le spinelle est réparti de façon assez irrégulière ; il semble possible
ici de distinguer le.s régions à spinelle, où le pyroxène (TiO; 5.6 à 11,7 Wo ; AI2O3 19,8 à 23,8 <70) très
alumineux, est associé à des mélilites (Ak 12-30) et à de l’anorthite, d’une région dépourvue de spinelle
où le pyroxène (TiOz 6,4-7 % ; A2O3 18,5-18,9 %) est associé à une mélilite (Ak 70) et à de l’anorthite.
Remarquons que cette mélilite est proche de celle (Ak 72) qui cristallise à la température minimum de
nsS^C au liquidus pour des bains de mélili’es pures.
Comme type 3 dans Allende, nous avons étudié l'inclusion centimétrique lAMl qui est sphérique
mais qui contient une cavité oblongue, remplie de matrice, correspondant avec l’extérieur par un col
étroit. La bordure riche en spinelle et en pérovskite cerne toute l’inclusion ainsi que les bords de la
cavité autour de laquelle elle est plus large.
Dans l’inclusion, les minéraux sont brisés, le pyroxène à macles polysynthétiques de choc (TiOi
5,2-8,2 ttî) ; AIzOs 15,8-20,6 %) est associé à des mélilites (Ak 28-56) et à l’anorthite maclée ; on trouve
plusieurs petits grains à sulfures + FeNi oxyde dans le pyroxène surtout ; nous n’avons pas vu de
hibonite.
Par contre, ce minéral est très abondant dans l'inclusion très cataclasée 3529-42, où il donne un
aspect porcelaine à des partie de l’inclusion (pl. IV, 9) et où il se développe également le long de fissu¬
res : mais cette inclusion est extrêmement hétérogène : dans la partie taillée en plaque mince, on
trouve une région où le spinelle et la hibonite automorphes sont très abondants dans anorthite et
pyro,\ène (avec grains à Os, Ir), une autre à mélilite pure (Ak 1-4) qui présente une très large bordure
— 103 —
rubanée au contact de la matrice, des débris porcelainés à hibonite prédominante au voisinage de pro¬
duits fins ressemblant à la matrice et de composition chimique hybride. La composition chimique de
cette inclusion (Mason et Tavlor, 1982, groupe lil pour les Terres Rares, avec 51 % AI 2 O 3 , 18 %
Si02) est effectivement nettement différente de la moyenne des analyses des types 2 et 3, de même que
l’inclusion 3643 étudiée par Warx (1980) à noyau très riche en hibonite, mais dépourvue de pyroxène.
4. Les inclusions à spinelle, pyroxène et anorthite que nous avons étudiées diffèrent
notablement des précédentes : à contour arrondi elles ne sont pas cataclasées, leur texture
est basaltique, elles ne présentent pas de bordure rubanée ou enrichie en spinelles quoique
la zone externe se distingue quand même : grain plus fin, composition du pyroxène plus
diopsidique, présence de globules métalliques et/ou sulfurés (pl. IV, 8 ; pl. VI, 3). Nous en
avons rencontré aussi bien dans Allende (IAM2 et plaque mince King) que dans Léoville. Le
pyroxène, cristallisé postérieurement à l’anorthitc, est notablement moins riche en titane et
en alumine que dans les types 2 et 3 lTi02 1,6-4 % ; AI 2 O 3 3-19 % dans 1AM2, TiOz 0,6-
3 %, AI 2 O 3 1-4 % dans LV2C). À ce type, nous pouvons rattacher le type « I » pour
« intermédiaire » de Grossman (1975) représenté par son inclusion TS26F1 (50 ®/o an., 30 %
pyrox. alumineux mais peu titanifère, 20 % spinelle) ; rebaptisé « C » par Wark, il com¬
prend des inclusions à 50 % d'anorlhite mais contenant aussi de la mélilite et correspond à
des textures variées, avec un ordre de cristallisation différent puisque l’anorthite, formée en
premier dans nos inclusions, est la dermère phase à cristalliser dans celles de Wark. Cela
est peut-être dû à la vitesse de refroidissement plus grande de ses inclusions comme il le
suggère (W’ark, 1984).
Nous avons observé neuf inclusions de type B ; nous disposons d’analyses de minéraux
pour six d’entre elles. Sur ces six, trois appartiennent au type B1 (avec réserve pour lAMl,
à cause de ses grains métalliques), les trois autres ne peuvent être classées suivant les critères
définis par Wark (1983).
Inclusions à forstérite : Nous n’avons pas rencontré d’inclusion à forstérite, spinelle,
fassaïte. Celles-ci sont rares ; on en connaissait cinq ; les inclusions 9/16 de Blander ef al.
(1975), AL6S3 de Clayton et al. (1977), Alvin de MacPherson, TE de Domintk et al.
(1978) et GG 14 de Ccayton et al. (1984) où de petits grains de spinelle et de forstérite
(avec > 1 % CaO) sont inclus dans des fassaïtes relativement peu titanifères (2-6 % Ti02)
quoique riche en alumine (10-21 %) ; quand la mélilite est présente, elle est riche en magné¬
sium. Ces inclusions ne présentent pas de bordure rubanée, de même que celles à spinelle,
forstérite, anorthite (chondre b de Clarke et ai, 1970). Wark et al. (1985) en décrivent
deux nouvelles et d’après leur composition chimique, pensent que l’ensemble de ces sept
inclusions (classées B3) forment un continuum avec les B1 et B2.
Les bordures des inclusions réfractaires
Toutes les inclusions à mélilite sont entourées d’une bordure rubanée caractéristique.
Wark et Lovering (1977) ont trouvé des différences systématiques suivant les types d’inclu¬
sions et ont considéré la composition de chaque bande comme résultant du milieu chimique
où se trouvaient les inclusions à un moment donné. Ils en déduisaient que la nébuleuse où
flottaienl les inclusions avait une composition hétérogène.
— 104 —
MacPherson et al. (1982) préfèrent distinguer les bordures bien développées de celles
qui le sont moins, surtout après avoir observé les deux types sur la même inclusion, mais
ces deux types ne sont pas identiques à ceux de Wark et Lovering. Ils lient la formation
de la bordure rubanée à un processus d’altération.
Étant données les conséquences importantes susceptibles d’être déduites de l’existence
de ces bordures, il vaut la peine de les observer attentivement chaque fois qu’elles se présen¬
tent.
Remarquons tout d’abord, d’une part, que la distinction entre bordure des différents
types ne paraît pas justifiée, d’autre part, qu’il n’y a pas de relation directe avec le proces¬
sus d’altération ; nous avons des bordures parfaitement développées dans Léoville où les
inclusions ne sont pas altérées. Mais U est vrai que dans Allende l’altération, qui est posté¬
rieure à l’établissement d’une partie de la bordure, la modifie partiellement, d’où l’intérêt
de comparer les bordures non altérées des inclusions de Léoville aux bordures altérées des
inclusions d’Allende,
Au bord de la plupart des inclusions de Léoville on rencontre ; )) une concentration de
spinelles accompagnée de pérovskite, doublée 2) d’un ruban étroit de pyroxène ; 3) au con¬
tact dt la matrice, une frange d’épaisseur variable est composée surtout d’oiivine.
Les variantes sont ;
— présence de hibonite, mêlée à la mélilite, à l’intérieur de la couche (1) ou passant
progressivement à celle-ci (L2, L4a par exemple, pl. VU, I) ;
— présence d’une couche lacunaire à anorthite, spinelle entre (1) et (2) (3535b)
(pl. VII, 3) ;
— absence de (2) et (3) (Ll).
Comme nous l’avons vu p. 98, la spinelle dans (1) contient un peu de FeO (et parfois
de CrzOs) de même que le pyroxène dans (2) et l’olivine dans (3). Une inclusion cassée
comme L4b porte la bordure rubanée d’un côté, mais un spinelle primaire au contact de la
matrice de l’autre côté contient 0,82 FeO, montrant que la migration du fer peut être
postérieure à la cristallisation du spinelle.
Des morceaux de bordure avec beaux développements de hibonite. auxquels adhère un
peu de matrice, se trouvent parfois à l’intérieur de l’inclusion ainsi que des fragments de
matrice dépourvus de bordure ; ces fragments contiennent des globules NiFe ou
NiFe + FeS micrométriques montrant qu’ils ont été portés au-dessus de 1000°C et refroidis
rapidement. Le refroidissement rapide explique l’absence de diffusion chimique au contact
de milieux si différents lors d’un phénomène thermique de courte durée ; cependant, le
milieu matriciel et les inclusions se sont trouvés contigus dès l’époque de formation des bor¬
dures, d’après l’enrichissement en fer des spinelles du contact et la cristallisation de la cou¬
che (3) dont la composition est intermédiaire entre celle des inclusions et celle de la matrice,
pour plusieurs éléments, notamment Mg et Fe.
Les inclusions d’Allende présentent les mêmes bandes (1) et (2). Notons que dans
lAMl, la bande (I) est plus large au bord de la poche à matrice qu’à la périphérie ; cette
poche interne a refroidi plus lentement que la surface. L’éventualité d'une relation entre la
largeur de la bordure et le temps de refroidissement est confortée par l’observation de
l’inclusion vitreuse (pl. VI, 2). Le fait que cette inclusion vitreuse ait acquis une bordure
très étroite (15 /tm) sans hibonite tend à prouver que la formation de la bordure peut précé¬
der la cristallisation de la masse de l’inclusion, et que son développement ultérieur dépend
— 105 —
de la vitesse de cristallisation, donc de refroidissement de l’inclusion et probablement aussi
de la température initiale commandant la viscosité donc les migrations chimiques (évapora¬
tion différentielle à la surface, groupement en chaînette des premiers cristaux de spinelle,
etc.). Les cristaux d’hibonite poussent souvent en gerbes à croissance centripète à partir de
la couche à spinelle, précédant la cristallisation de la gehlenile.
Les inclusions qui ont subi une fusion au moins partielle posséderaient une bordure,
bordure qui serait mal définie en l'absence de fusion notable (type B2).
À l'intérieur de la bande (1), la mélilite est altérée sur une épaisseur variable, avec
adjonction d'éléments volatils ; la couche lacunaire entre les bandes (1) et (2) contient aussi
des minéraux riches en éléments volatils : néphéline, sodalite à côté d’anorthite, forstérite...
la couche (3) montre un développement très irrégulier, parfois stratifiée d’après MacPher-
SON et al. (1985),de minéraux à la fois calciques et ferrifères : andradite et hédenbergite ; on
trouve aussi olivine et néphéline.
Pour nous, il s’agit de matériel hybride comme pour Léoville mais où l’apport d’élé¬
ments chimiques propres à l’inclusion est plu.s important que dans Léoville car l’altération
de la mélilite dépendant probablement de l’abondance des volatils, la décomposition de la
mélilite a libéré notamment du calcium. L'abondance des minéraux de la couche (3) semble
être fonction soit de l’intensité de l’altération de l’inclusion, soit du temps de séjour à
chaud au contact du matériel matriciel, soit des deux.
Cette couche ferait partie de ce que MacPherson et Grossman (1981) dé.signaient sous
le nom de bordure élastique et préfèrent appeler maintenant « accrétionnaire » (MacPher-
soN et al., 1985).
L’étude des bordures d’Allende et de Léoville nous renseigne donc sur l’histoire des
inclusions lorsqu’elles subissent un évènement de haute température amenant leur fusion
partielle. Cette fusion s'accompagne de la formation d’une bordure rubanée, la plasticité est
telle que se forment des replis avec inclusion de bordures déjà constituées, des boursouflu¬
res, des pédoncules. Ces bordures pourraient aussi s’expliquer à l’examen du diagramme du
liquidus du système CaO-MgO-AUOi-SiOz saturé en spinelle (STOtPER, 1982) où l’on voit que
spinelle + hibonite et spinelle -t clinopyroxène peuvent cristalliser avant la mélilite si une
évaporation partielle (Kurat in Christophe et al., 1982) modifiait la composition chimique
à la surface de l’inclusion. Le refroidissement de l’inclusion serait accompagné de l’accré-
tion autour d’elle de matériel matriciel plus (Allende) ou moins (Léoville) chargé de volatils.
L’action des volatils dans Allende intensifierait les réactions mutuelles.
Des fracturations, à chaud, provoqueraient des inclusions de matrice, mais plus de
réactions chimiques importantes (dans Léoville). Suivrait un refroidissement suffisamment
rapide pour que le métal reste en gouttelettes (Léoville).
Composition chimique
On rencontre les mêmes difficultés analytiques que pour les inclusions magnésiennes,
mais on dispose de masses plus importantes à cause de la dimension presque centimétrique
des inclusions, ce qui permet de coupler analyses et observations de plaque mince, mais le
zonage des inclusions, leur degré d’altération, le fait qu’on analyse des prélèvements faits
sans souci d’homogénéisation compliquent l’interprétation des résultats.
— 106 —
Palme et Wlotzka (1979) trouvent dix fois moins de Fe, Na, Cl, Br dans une inclusion
de Léoville que dans celle d’Allende, car elle n’a pas été modifiée par des éléments volatils ;
par contre, elle contient du potassium dû probablement en partie à la contamination terres¬
tre puisque Léoville a longtemps séjourné dans le sol. Les données concernant Léoville sont
rares à côté des nombreuses analyses publiées sur les inclusions d’Allende.
Pour les éléments majeurs cependant, puisque l’on connaît les analogies de composition
chimique des minéraux, il n’y a pas lieu de penser qu’il y ait des différences notables ; il y
a d'ailleurs une large fourchette de composition dans chaque groupe et on ne remarque pas
de hiatus entre les groupes. L’altération de la mélilite introduit une modification chimique
des inclusions qui en contiennent dans Allende et modifie la composition primaire qui serait
moins siliceuse et plus calcique. Les inclusions basaltiques représentées par TS26F1 de
Grossman sont donc probablement les plus siliceuses et les moins calciques de la série.
I
2 + 3
4
A
B
C
TS26F1
Si02
19-31
25-35
22-39
37,9
AI 2 O 3
30-42
25-34
26-46
33
MgO
1.5-9
9-16
4-13
8
CaO
23-36
24-32
18-25
19,8
Ce sont ces compositions chimiques riches en calcium et en aluminium, avec une con¬
centration relativement élevée en titane (1 à 2 % Ti 02 ) qui correspondent à celles obtenues
par le calcul pour des assemblages de condensats de haute température à partir d'un gaz de
composition solaire avant que les majeures parties du magnésium, du silicium et du fer se
condensent à leur tour, qui ont particulièrement intrigué les chercheurs. Elles sont aussi
compatibles avec l’idée que ces inclusions réfractaires seraient au contraire le résidu de la
volatilisation incomplète de matériaux semblables aux chondrites Cl (Kurat 1970 ; Chou et
al., 1976).
Les éléments-traces
Les concentrations des éléments-traces confirment la surabondance aussi bien des plati-
noïdes (présents sous forme d’alliages ; et de grains métalliques complexes, voir p. 101) que
des éléments réfractaires lithophiles (Zr, Hf, Y, Sc et Terres Rares) dans la proportion de
quinze à vingt fois leur conceniration dans les chondrites Cl, quand on considère un ensem¬
ble d’inclusions : 73 inclusions d’Allende analysées signalées par Grossman (1980). Pour les
inclusions prises individuellement, ces proportions peuvent se retrouver ou des différences
s’établir et il peut y avoir une concentration X 30 de platinoides accompagnant une concen¬
tration X 10 de Terres Rares comme dans 3529-42, ou au contraire une concentration X 15
de platinoides atteignant X 40 pour les Terres Rares comme dans l’inclusion de Léoville
analysée par Palme et Wlotzka (1979), Toutes les Terres Rares ne sont pas concentrées
dans les mêmes proportions : il y a des « anomalies » comme des concentrations plus fortes
(ou moindres) en europium et en ytterbium, ou une distribution très fractionnée pour toute
une série d’inclusions (surtout microcristallines) qui ont servi de base à la classification pro¬
posée par Mason et Taylor (1978, 1982). Boynton et Wark (1984) ont analysé la bordure
— 107 —
d’une inclusion riche en mélilite qui contient cinq fois plus de Terres Rares à l’exclusion des
plus volatiles (Eu et Yb) que le cœur de l’inclusion.
Les concentrations des Terres Rares dans la mélilite et le pyroxène associés dans une
même inclusion (Martin et Mason, 1974) montrent une complémentarité qui ne peut guère
s’expliquer que par une redistribution après fusion. Toutefois, Palme et Wlotzka (1979)
distinguent dans l’inclusion de Léoville LeOl deux sortes de mélilite et d'anorthite l'une,
« sale », à poussières de spinelles, platinoïdes, pyroxènes ; l’autre, « propre », ayant une
concentration de Terres Rares moindre, et une anomalie d’europium plus forte que la
« sale » et qui aurait nettement refondu, tandis que les autres minéraux (mélilite « sale »,
pyroxène, spinelles) ne se seraient rééquilibrés que partiellement au subsolidus.
Les données chimiques recueillies montrent la complexité des processus impliqués, com¬
plexité soupçonnée lors des observations minéralogiques et pétrologiques, et qui sera encore
accrue par les résultats isotopiques.
11 n’est pas étonnant qu’on éprouve de grosses difficultés à décrypter la succession des
évènements et que chaque inclusion conserve une signature de son histoire individuelle, tout
en possédant des caractéristiques communes avec d’autres, provenant du même stock initial.
C — Inclusions à composition intermédiaire et inclusions hybrides
La composition plus magnésienne des inclusions à forstérite (p. 103) les rapproche
d’inclusions à caractère intermédiaire comme par exemple le sphéroïde AL 13-6 décrit par
Haggerty (1977) à anorthite, spinelle, fassaïte, olivine mais aussi à oxyde de fer et titane,
puisqu’il contient de l’arrnalcolile et un nouveau tiianate et qu’il est bordé de sulfures,
métal et pyroxènes ou encore de l’inclusion à cordiérite découverte par Fuchs (1969), avec
spinelle, anorthite, enstatite alumineuse, bordée de pentlandite. Citons aussi le chondre à
olivine (Fa 26), sodaliie, néphéline, diopside n“ 3509 de Mason et Taylor (1982). Dans
cette catégorie, nous pouvons classer aussi plusieurs chondres à barres d’olivine parsemés de
petits spinelles. L’analyse des minéraux de l’un d'entre eux montre que le spinelle est fer¬
reux et chromifère (13 à 19 % MgO, 18 à 24 ®/o FeO, 7 à 17 % CraOj, 52 à 61 % AhOj, 0,07
à 0,14 % Va O3, 0,12 à 0,27 TiOa). Les barres d’olivine ont Fall à Fa40 ; le verre entre les
barres est dévitiifié en plagioclasc et diopside.
À côté de ces chondres homogènes à compositions intermédiaire, il existe des fragments
hybrides où sont associés par exemple une partie aluminocalcique à anorthite fine, et une
autre à olivine porphyrique analogue à l’association signalée par Nelen ei ah (1975) dans la
chondrite carbonée Coolidge, ou encore comme les exemples figurant pl. VI (fig, 4 à 7) ; les
cristaux de forstérite à luminescence bleue inclus dans une écorce d'olivine ferreuse décrits
par STEEt.P et al. (1985) peuvent probablement aussi être considérés comme des grains mix¬
tes. Lorsque la composition intermédiaire est plus homogène, on peut penser qu’il y a eu
soit fusion totale entre les grains entrechoqués, soit séparation d'un liquide ou d’un verre de
composition correspondante, soit encore, pour les tenants de la condensation, capture de
grains réfractaires par des condensais de plus basse température, idée développée par
Grossman (1977) pour des agrégats microcristallins, autres matériaux à composition
hybride, que nous étudierons plus loin.
Remarquons que ces inclusions mixtes n’ont été rencontrées que dans Allende, non
dans Léoville ; est-ce à cause de l'abondance du matériel disponible et des observations réa-
— 108 —
Usées, ou cela correspond-il à une différence réelle entre les deux météorites ? C’est aussi
dans Allende que se rencontrent quelques inclusions échappant à toute classification par leur
composition, unique telle l’inclusion « HAL » (Grossman et al., 1980) formée de trois
grands cristaux de hibonite très proche de la composition idéale CaAli20j9 inclus dans un
produit noir d’aspect vitreux riche en oxydes Al-Fe et entourés d’une auréole stratifiée.
II. LES INCLUSIONS MICROCRISTALLINES
On trouve les inclusions microcristallines en amas irréguliers, nuageux, effilochés, par¬
fois aplatis ou étirés plus ou moins parallèlement, donnant alors un aspect stratifié aux
échantillons (pl. I). La dimension micrométrique des cristaux, la présence de plusieurs pha¬
ses minérales associées rendent difficile leur détermination. On a utilisé tour à tour ou con¬
jointement les diagrammes de rayons X, les analyses chimiques globales ou par microsonde
délocalisée, les analyses qualitatives au microscope électronique à balayage.
Certaines se trouvent dans le voisinage immédiat des inclusions macrocristallines
alumino-calciques, ce qui, joint à des similitudes minéralogiques avec les bordures de ces
inclusions, suggère des relations génétiques.
La distinction entre inclusions macro- et microcristallines peut sembler artificielle pour
les inclusions alumino-calciques tandis que la morphologie des inclusions où domine l’oli-
vine diffère de celle des chondres et fragments rocheux.
A — Les inclusions à olivine
Grossman et Steele (1976) puis Grossman et al. (1979) ont consacré une étude détail¬
lée à ces agrégats amiboïdes dans Allende et ont remarqué que l’olivine y a une teneur en
fer variée (Fo 64 à Fo 99), qu’on y trouve aussi de petits grains de spinelle à FeO/MgO varié
et parfois un peu de pérovskite ; pyroxène, anorthite, néphéline et sodalite peuvent être pré¬
sents.
Ces compositions hétérogènes jointes à la texture assez lâche des amas sont les argu¬
ments principaux en faveur de l’agrégation de cristaux d’abord dispersés.
Wark (1978) insiste sur le déséquilibre des phases juxtaposées comme preuve d’une
condensation rapide. 11 distingue les agrégats à olivine dont la composition chimique est la
même que celle des chondres des agrégats à olivine et alcalins qui ont une composition
intermédiaire entre agrégats à olivine et agrégats alumino-calciques. En fait, deux des neuf
agrégats étudiés par Grossman et al. (1979) correspondent à ce deuxième groupe et l’exa¬
men de plaques minces montre qu’il n’y a probablement pas de coupure entre eux (exemple
des agrégats décrits par Hashimoto et Grossman (1984). Pour Kornacki (1983), ce sont des
.xénolithes alumino-calciques. Dans Léoville, nous avons trouvé des inclusions à olivine com¬
pactes, la dimension des olivines est souvent homogène dans une même inclusion, de moins
de 1 fim (aspect de verre dévitrifié) à quelques /im mais on trouve aussi comme dans
Allende des inclusions où Folivine forme une palissade de cristaux plus grands en bordure.
Les olivines analysées dans une inclusion sont très forstéritiques (Fo 98) et accompagnées
— 109 —
d’un peu d’anorthite. Dans une autre à texture mosaïque les teneurs en fer sont plus variées
suivant les zones. La présence au même endroit de plusieurs petites inclusions semblables
s’explique vraisemblablement par le fait que la section coupe les diverticules d’un même
individu très digité (pl. Vlll, 1).
Dans Allende, il semble que l’aspect en agrégat de boulettes (pl. VIII, 2) soit d’autant
plus marqué que la teneur en phases autres que l’olivine est plus importante. Par consé¬
quent, les phases seraient présentes initialement mais l’aspect fragile de l'ensemble peut
résulter d’altérations secondaires semblables à celles qui affectent les chondres, ce qui expli¬
querait aussi les teneurs variables en FeO des minéraux. Plutôt que l'agrégation de cristaux
dispersés, l’observation comparative de Léoville et d’Allende permet d’interpréter ces inclu¬
sions comme des sortes de scories vitreuses qui ont été as.sez fluides (d’autant plus que plus
alcalines), qui ont été dévittifiées, puis plus ou moins altérées.
Les analyses chimiques des éléments-traces — notamment des Terres Rares — semblent
confirmer qu’il s'agit soit de matériel analogue aux chondres (Mason et Martin, 1977, ne
séparaient pas dans leur groupe IV ce qui est macro- de ce qui est microcristallin), soit de
mélanges se rapprochant des inclusions alumino-calciques.
B — Les inclusions alumino-calciques
Malgré des ressemblances, leur variété est grande, d'où les difficultés de classement.
MacPherson et Grossman (1982) étudiant sept inclusions à spinelle notent qu’il n’y en a
pas deux identiques. La classification chimique de Mason (Mason et Martin, 1977) met en
évidence des tendances à différenciations chimiques intéressantes mais ne peut s’appliquer
qu’à des échantillons de plusieurs millimètres. Kornacki (in Kornacki et Wood, 1984) éta¬
blit une classification pétrologique et minéralogique qu’il compare à celles de Grosman
et al. (1975) et de Wark et Loverino, comprenant des inclusions aussi petites que 0,2 mm
et qui tente d’éviter la coupure artificielle entre inclusions macro- et microcnstallines.
Les inclusions microcristallines de Léoville sont pour la plupart vermiculées ou collofor-
mes avec des appendices amiboides dans la matrice (pl. IX, 4 et 5), ou englobant de minces
inclusions de celle-ci (pl. IX, 1 et 3) montrant d’étroites relations spatiales mais ne semblent
guère avoir échangé des éléments chimiques avec elle. L’inclusion vermiculée (fig. 5) est
composée essentiellement de mélilite, d’anorthite et de pyroxène uès calcique tpeut-être avec
wollastonite) alors que l’inclusion colloforme (fig. 1) contient spinelle. anorthite. mélilite,
pyroxène (avec Al et Ti) et parfois néphéline ou verre calco-sodique (fig. 2 et 6).
L’aspect vermiculé ou colloforme ne rappelle aucune cristallisation connue dans les
roches terrestres. On pense à un verre très fluide dévitrifié, à cause des contorsions du ruba-
nement.mais on ne sait rien du comportement de tels verres dans des conditions de micro¬
gravité probable où les forces de tension superficielle jouent un rôle prédominant. Remar¬
quons une analogie avec les « bull’s eye patterns >> développés dans un liquide homogène à
l’origine, par instabilité dynamique (1. R. Epstein, 1984).
Les minéraux sont les mêmes que dans des inclusions macrocrislallines mais la cristalli¬
sation a eu lieu dans des conditions nettement différentes. Le tableau se complique encore si
l’on regarde les inclusions d'Allende probablement à cause de la présence d’éléments volatils
plus abondants ayant permis aux inclusions de poursuivre leur évolution à température plus
110 —
basse, ou ayant provoqué la formation d’un matériel plus poreux. Ainsi, elles ont pu subir
les mêmes altérations que les inclusions grenues, entraînant la cristallisation de grossulaire
ou d’andradite aux dépens de la mélilite, de sorte que l’absence ou la rareté actuelle de
mélilite n’est pas la preuve de son absence initiale. On peut presque toujours retrouver
l’aspect vermiculé ou colloforme dans des portions d’inclusions (pl. VllI, 4) ; mais, ailleurs,
des cristaux automorphes se développent dans les espaces libres ou des cristaux brisés rem¬
plissent des lacunes, ce qui donne un aspect illusoire d’agrégat formé au hasard avec des
grains cristallisés indépendamment (pl. Vlll, 3). Le grenat calcique, non repéré dans Léo-
ville, la sodaliie (minéral chloré), la néphéhne sont ici fréquents. Les teneurs en fer du spi-
nelle, du grenat, du pyroxène sont notables ; quand une inclusion blanche comporte des
régions vermiculées compactes et des zones poreuses, on remarque une concentration supé¬
rieure en fer dans ces régions poreuses.
Au point de vue chimique, la composition des inclusions microcristallines diffère peu
des inclusions réfractaires macrocristallines pour les éléments majeurs quoique le rapport
AUOj/CaO s’écarte plus de la valeur unitaire, avec généralement excédent d’alumine, et que
les éléments volatils soient plus abondants.
Mais Martin et Mason (1974) et Mason et Taylor (1982) distinguent pour les Terres
Rares deux types de comportement différents : leur groupe 11, le plus abondant, est caracté¬
risé par une proportion élevée de Terres Rares légères (La-Sm) mais bien plus faible des
Terres Rares lourdes, avec anomalie négative d’Eu et positive de Tm et Yb ; le groupe III
comporte des inclusions grenues et microgrenues ainsi que l’inclusion hyperalumineuse 3529-
42 qui a une concentration non fractionnée de Terres Rares 10 à 40 fois supérieure aux
abondances chondritiques, sauf pour Eu (4 fois) et Yb (6 fois). Les concentrations en
métaux rares y sont fortes alors qu’elles sont normales dans le groupe IL
Nous ne disposons pas de données chimiques pour Léoville.
III. LES ENCLAVES
Des fragments de roches plus ou moins arrondis, parfois centimétriques, nettement dif¬
férents des chondrites-hôtes, ayant subi (comme le soulignent Grossman et al., 1976, pour
Allende) une histoire compliquée avant de rejoindre leur situation actuelle, confirment le
caractère hétérogène des brèches d’Allende et de Léoville.
Plusieurs enclaves ont été étudiées dans Allende (notamment par Grossman et al.,
1976 ; Frudland et al., 1978 ; Palme et al., 1985) et dans Léoville (Kracher et al., 1985).
Qu’elle soient constituées seulement des cristaux brisés ou aussi des chondres et fragments
lithiques inclus dans une matrice microcristalline, elles ont en général une granulométrie
plus fine que leur hôte. Dans le type le plus fréquent rencontré dans Allende (pl. .X, 1), les
chondres ne .se reconnaissent que par l’anneau opaque qui les encercle, opacité à laquelle
contribue la présence de sulfure ; l’intérieur est pseudomorphosé en petits cristaux d’olivine.
Un diffractogramme de rayons X sur un fragment de l’inclusion (C) de Palme et al. (1985)
ne laisse ressortir que les raies d’une olivine Fa 48 ± 5 (le calcul de norme d’après l’analyse
indique environ 90 % d’olivine Fa 45). S’agit-il d’une altération du type de celle décrite
— 111 —
pour les chondres magnésiens mais poussée jusqu’à son terme ou y a-t-il eu passage inter¬
médiaire par serpentinisation suivie de déshydratation ?
Bunch et Chang (1980) ne reconnaissent pas de chondres dans ce type d’enclave, mais
les pseudomorphoses seraient le résultat de métamorphisme de choc sur des porphyroblastes
suivi de recristallisation par recuit plus ou moins long dans des couches d’ejecta. Ce serait
donc du matériel type Allende remanié. Cependant, le fait de trouver des fragments ayant
gardé leur contour amiboïdal originel (observation déjà faite par Clarke el al., 1970) est en
contradiction avec l’idée d’un métamorphisme de choc.
Le calibrage des chondres nous rappelle les chondrites du sous-groupe Ornans C03 ou
du groupe C2 bien plus que du sous-groupe Vigarano C3V ; l’existence éventuelle dans
une phase antérieure de phyllosilicates nous oriente vers les chondrites C2 dont on connaît
de nombreux cas d’inclusion dans des hôtes différents. L’analyse publiée par Palme et al.
(1985) ne contredit pas celte hypothèse, quoique les éléments-traces lithophiles réfractaires
Sc et Terres Rares soient plus proches des C03 d’après les données de Kallemeyn et Was-
SON (1981).
Un trait remarquable est la faible teneur en Na et K qui pourrait être en rapport avec
un lessivage du matériel initial dans l'hypothèse d’une période d’hydratation ou qui refléte¬
rait des inhomogénéités de répartition des minéraux-porteurs (ces éléments sont, en revan¬
che, plus abondants dans une autre enclave décrite par Palme et al., 1985),
Le caractère exotique de certaines enclaves est plus net dans le cas de LéoviUe. Ici, en
effet, toutes les inclusions observées se caractérisent par leur degré d’oxydation élevé et par
l’abondance de la magnétite, dans une roche considérée comme un des termes réduits de la
série de Vigarano.
On trouve quelques grains de métal, kamacite et taenite. mais la troïlite ne subsiste que
dans la roche la moins altérée. Nous avons observé trois enclaves nettement apparentées,
qui se distinguent par le degré d’altération plus ou moins poussé (il peut être total) des
chondres qu’elles contiennent et dont les plus grandes dimensions en section polie varient de
18 mm à quelques mm. On voit par ailleurs dans la matrice de Léoville des linéations à
magnétite qu’on serait tenté d’interpréter comme des fragments d’enclaves laminés entre les
chondres, La grosse enclave figurée planche I, si elle repose elle-même en discordance sur la
direction d’élongation des chondres et des inclusions blanches microcristallines, a subi la
compression globale, car ses propres chondres, partiellement pseudomorphosés (pl. X, 2)
sont aplatis parallèlement à raplatissemem général. On remarque quelques inclusions à spi-
nelle confirmant une parenté avec les chondrites C2 ou C3. Sur la même section se trouve
une enclave à contours indécis sans chondres, ou la magnétite souligne des plissoiements en
accordéon. La troisième enclave montre des chondres totalement pseudomorphosés.
L’aspect (pl. X, 3) fait penser à un phyllosilicate, mais un diffractogramme de rayons X ne
décèle que les raies d’olivine à 30 ± 5 % Fa. La magnétite se rencontre en amas de très
petits grains, en sphérolites, parfois en cubes (pl. X, 4). Le développement des cristaux est
variable d’une inclusion à l’autre.
Les analyses ponctuelles à la microsonde montrent que l’olivine Fa 35 domine tant dans
les pseudomorphoses de chondres que dans la matrice interstitielle. La compacité des pro¬
duits fins dans Léoville est telle que les analyses bouclent bien et confirment qu’il n’y a pas
actuellement de phyllosilicates de façon notable sauf peut-être dans la pseudomorphose de
la mésostase plus alumineuse d’un fragment rocheux pyroxénique. Nous préférons les analy-
— 112 —
ses ponctuelles (sur 3 /un environ) aux analyses défocalisées sur 50 /tm qui intègrent des
débris cristallins élastiques ainsi que des grains métalliques et de la magnétite. Mais nos
analyses ne sont pas de ce fait directement comparables à celles de la littérature (McSween,
1977 : Kracher et al., 1985). Dans le tableau 1 elles sont comparées à celles de la matrice
hors enclave. On notera leur similitude.
Le processus de pseudomorphose des enclaves n’a pas eu lieu dans les mêmes condi¬
tions dans les deux chondrites puisque celles d'Allende sont très sulfurées et celles de Léo-
ville, très riches en magnétite. Quoiqu’une caractéristique importante des chondrites C2 soit
la présence de minéraux hydratés, on peut supposer qu’elles ont appartenu à ce groupe,
même si on ne trouve plus actuellement de phyllosilicates. Étaient-elles déjà déshydratées
lorsqu’elles ont rejoint leur position actuelle dans leur météorite respective ? C’est probable
dans le cas de Léoville où elles sont dominées par l'association Fa35 + magnétite, très dif¬
férente de la composition des fractions fines de l’hôte mais il ne semble pas possible de
répondre à cette question dans le cas d'Allende.
Tableau i
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
Si02
35,0
36,55
36,24
37,17
34,51
35,7
32,3
33,2
34,1
34,28
31,8
33,11
28,0
Ti 02
0,10
0,02
—
0,10
—
0,09
0,09
0,07
0,11
0,15
0,14
0,13
0,09
AI 2 O 3
3,46
2,82
1,61
3,40
2,56
2,52
2.42
1,76
2.20
3,29
2,25
3,07
2,30
Cr203
0,50
0,62
0,11
0,34
0,46
0,37
0,55
0,5
0,51
0,52
0,37
0,55
0,38
FeO
17,95
32,12
31,26
25,38
38,79
32,2
39,9
37,2
33,6
27,15
32,4
29,68
31,9
MnO
0,19
0,24
0,17
0,30
0,25
0,3
0,33
0,35
0,27
0,18
0,26
0,22
0,21
MgO
25,03
26,80
29,18
25,56
23,11
19,5
18,4
21,8
22,11
24,63
23,4
21.42
20,2
CaO
2,31
0,45
0,26
0,80
0,72
5.7
0,86
0,76
2,16
2,59
2,37
2,67
2,37
Na 20
0,30
0,22
0,06
0,23
0,14
0,64
0,48
0,31
0,16
0,46
0,12
0,44
0,22
K 2 O
0,03
0,20
0,01
0,29
0,04
0,14
0,15
0,10
0,04
0,03
0,01
0,03
0,01
E
99,40
100,04
98,90
93,56
100,59
97,56
95,8
96,57
97,23
99,96
96,78
99,83
90,33
Léoville (anal. 1 à 9)
1 — analyse globale, d’après Wiik H. (1969) avec P 2 O 5 0,27, C 0,77, FeS 5,60, Fe 6,38, Ni 1,51 ;
2 — enclave noire-moyenne de 4 analyses de sa matrice ;
3 — enclave noire-pseudomorphose d'un chondre ;
4 — enclave noirc-mésostase d'un fragment de roche fluidale à pyroxène calcique ;
5 — matrice à 5 /^m de l’inclusion LH ;
6, 7, 8 — matrice à 20, 50, 80 /im de l’inclusion L2 (anal. Kurat) avec respectivement 0,4, 0,32,
0,52 NiO ;
9 — matrice sur 100/nm par microsonde défocalisée (McSween, 1976) avec NiO 1,59, SO 3 0,39.
Allende (anal. 10 à 13) :
10 — analyse globale (Clarke et al., 1970 et Martin et Mason, 1974) avec P 2 O 5 0,23 C 0,29 Fes
4,03, NiS 1,60, Fe 0,17, Ni 0,36 ;
11 — enclave sombre d’après anal. Palme avec Ni 1,63, S 2,03, du Fe compté en FeO doit exister en
FeS.
12 — matrice (anal. Clarke et ai, 1970) avec C 0,36, FeS 5,49, NiS 2,37, CoS 0,09, NiFe 1,25.
13 — matrice sur 100 gm par microsonde défocalisée (McSween, 1976) avec NiO 1,83, SO3 2,82.
113 —
IV. LA MATRICE
Quels sont les constituants de la matrice, comment distinguer le matériel qu’on pourrait
appeler primitif, s’il en reste, du matériel ayant subi des transformations peut-être multiples,
chimiques et physiques ? Les chiffres de 35-40 de matrice retenus sont certainement très
exagérés si l’on élimine la fraction élastique, débris détachés d’objets plus gros mais fragiles
ou ayant subi une altération chimique ayant provoqué la désagrégation, ou encore parce
qu’ils résultent de la pulvérisation par choc comme le suggèrent Bunch et Chang (1980).
Les produits fins se sont-ils déposés en même temps que les inclusions à la surface d’un
objet en formant un régolithe ? II faut alors comprendre la répartition bi-modale de la
dimension des grains de ce régolithe. Ont-ils enrobé les inclusions avant accrétion, les bor¬
dures rapprochées perdant en.suite apparemment leur identité ? Un tel processus est nette¬
ment illustré dans le cas de ta chondiite non équilibrée de Tieschitz où l’ourlet à grain fin
de chaque chondre a gardé son individualité, mais ne l’est pas dans les chondrites carbo¬
nées, peut-être parce que l'accumulation de produits fins, commencée autour des chondres,
a continué au cours de l’accrétion.
Ces emballages de produits fins pourraient avoir évité que les inclusions amiboïdes très
fragiles ne se brisent lors de leur accrétion (comme le pensent MacPherson et Grossman,
1981) où, lorsqu’elles se fragmentent quand même, que les morceaux ne se dispersent. Ils
préservent une relation spatiale entre inclusions alumino-calciques grenues et microgrenues
laissant entrevoir une relation génétique entre elles. On peut reconnaître encore de tels our¬
lets, mais ils ne sont pas répérables autour de toutes les inclusions, Bunch et Chang (1980)
les appellent halos et en distinguent autour de 15 % d’entre elles dans Allende. Ils ne con¬
tiennent presque pas de débris cristallins grossiers.
Ces halos représentent-ils la matrice non élastique à l’état pur, ou y a-t-il eu réaction
chimique entre les inclusions-support et le dépôt de surface ? Y a-t-il eu, par ailleurs, modi¬
fication globale de la météorite par un métamorphisme oblitérant les caractéristiques ini¬
tiales des matériaux (McSween, 1977) ou non (MacPherson et Grossman, 1981) ? Dans ce
dernier cas, pourrait-on encore reconnaître dans la matrice des produits bruts datant de
l’accrétion de la nébuleuse solaire ? On comprend la nécessité d’une étude particulièrement
soignée.
Des différences notables existent entre Léoville et Attende, les relations chondres et
inclusions-matrice semblent beaucoup plus tranchées dans Léoville que dans Allende, c’est
pourquoi nous commencerons par étudier la matrice de Léoville mais la compaction subie
par la météorite oblitère la microtexture et empêche toute étude morphologique au MEB de
la matrice. Il reste l’observation optique, en microscopie électronique par transmission, ainsi
que les analyses chimiques ponctuelles.
Léoville
Les grains micrométriques de minéraux opaques (ferro-nickel, magnétite, troïlite) sont
répartis en traînées irrégulières. Doit-on les considérer comme des débris minéraux et
114 —
n’appeler « matrice s. s » que le matériel silicate qui prend, au plus fort grossissement du
microscope par réflexion, un aspect chagriné laissant supposer des inhomogénéités submi¬
croniques ? Dans les bords amincis à 10/rm d’épaisseur des sections, la matrice apparaît
verdâtre, sans structure hors des débris cristallins et des grains opaques.
En microscopie électronique par transmission après amincissement ionique, les images
obtenues par C. WacAiME (pl. .XI, 1 et 2) montrent qu’il s’agit de matériau amorphe à très
finement cristallisé ; les anneaux continus de diffraction obtenus sur la région ponctuée
(fig. 1) paraissent correspondre à la wüstile FeO, tandis que les anneaux discontinus obtenus
sur les microcristaux de la figure 2 correspondent à de l’olivine, accompagnée d’autres pha¬
ses non identifiées. J. R. Ashworth {coni/n. pers.) a reconnu beaucoup d’oiivinc parmi les
grains plus développés (micrometriques) dispersç.s dans la matrice. Le carbone n’a pu être
identifié en particules séparées mais il est présent dans la matrice. Le spectre que nous
avons obtenu à la microsonde Raman Mole montre qu’il s’agit d'un carbone désordonné.
La matrice a été analysée par McSween (1977) par microsonde défocalisée sur diamètre
de 100 nm. Il est intéressant de comparer ses résultats avec les analyses ponctuelles. Un dia¬
mètre de 100 /rm intègre nécessairement plusieurs débris élastiques, c’est ce qui explique la
variabilité des analyses de McSween comme il le montre sur l'exemple de Bali. Nos analy¬
ses ont été effectuées en bordure d’inclusions alumino-calciques pour essayer de déceler une
éventuelle contamination chimique de la matrice par l’inclusion, contamination qu’il n’y
aurait pas de chance de détecter en bordure des inclusions magnésiennes, à cause de leur
similitude chimique (sauf pour FeO). Des analyses de G. Kurat à 20, 50, 80 fim du contact
de l’inclusion L2 semblent indiquer une diminution, en s’écartant de l’inclusion de Al, Ca,
Na, alors qu’une analyse à 5 /rm du contact de LH (an. 5), ne diffère pas de la composition
normale. La composition modale de la matrice est dominée par une olivine à 50 Vo Fa,
résultat qu’on retrouve par diffractogramme de rayons X. Le rapport AhOs/CaO de la
matrice de la météorite (an. 5,8) et de celle de l’enclave noire (an. 2) s’écarte nettement du
rapport de l’ensemble de la météorite, comme c’est le cas dans les chondrites non équili¬
brées (Huss ei al,, 1981), le calcium est beaucoup plus localisé que l’aluminium probable¬
ment dans des débris silicatés évités dans nos analyses.
On rencontre à l’intérieur de plusieurs inclusions alumino-calciques de la matrice qui à
été enrobée par l’inclusion à chaud comme le prouvent les gouttelettes sphériques métalli¬
ques ou à métal + troïlite.
On sait donc que des particules fines de la matrice sont entrées en contact avec les
inclusions réfractaires à température d’environ 1000°C avant d’être refroidies suffisamment
rapidement pour conserver ces sphérules et ne pas recristalliser de cristaux supérieurs au
micron.
Allende
Dès 1970, Clarke et al. montrent que la matrice est formée essentiellement de fins cris¬
taux d’olivine riche en fer (Fa50) et contient des sulfures (pentlandite et troïlite), quelques
grains d’awaruite NfiFe, des traces de chromite. La matière carbonée formerait un film
mince recouvrant les cristallites. Green et al. (1971) repèrent en microdiffraction électroni¬
que entre des grains d’olivine l’anneau de diffraction du graphite, le carbone est aussi
115 —
observé par Bauman et al. (1973) sur des débris après attaque fluorée, et concentré par des
attaques sévères éliminant les silicates, par Lewis et al. (1977) qui cherchent à localiser les
gaz rares. En 1980, Bunch et Chang montrent qu’il y a des différences morphologiques
entre le halo à grain très fin et le reste de la matrice ainsi qu’une plus forte concentration
de carbone et de soufre dans le halo. Us attribuent au carbone les fines boursouflures trou¬
vées exclusivement sur les divines. La matrice d’Allende est pulvérulente et lacunaire ; cela
permet l’étude morphologique au MEB, mais cela oblige à imprégner le matériel pour con¬
fectionner les sections polies, ce qui peut entraîner des artefacts. Aussi, devant certaines
contradictions de la littérature, avons-nous regardé au MEB des éclats bruts et des sections
polies, ainsi qu’une section très mince polie, où la matrice devient transparente mais où les
halos demeurent opaques.
Étude sur éclats bruts (pl. XI, 3, 4, 5) : on ne trouve presque pas de cristaux à formes
cristallographiques parfaites mais surtout des débris à contours plus ou moins géométriques,
des fuseaux d’olivine recouverts de pustules qui peuvent représenter des produits de réaction
restés sur place, des produits de condensation, du carbone.
Étude sur sections polies : l’observation optique préalable permet de distinguer la zone
d’altération des chondres, le halo étroit qui les entoure dépourvu de fuseaux d’olivine où
aucun grain n’a de contour géométrique (pl. XII, 1). la matrice proprement dite et des amas
de produits fins. Ceux-ci sont souvent des inclusions totalement altérées comme on peut
s’en rendre compte à fort grossissement (pl. Xll, 3). Leur désagrégation libère des cristaux
qui font alors partie de la matrice proprement dite dans laquelle, par conséquent, il est pra¬
tiquement impossible de reconnaître la fraction fine originelle. D’autre part, l’abondance
des produits d’altération des chondres dans le halo ne permet pas non plus de considérer
celui-ci comme de la matrice « pure ».
Dans l’entourage d’inclusions alumino-calciques, la matrice se charge de sorte d’épon¬
ges riches en chaux, silice, FeO qui .sont des objets très comple.xes auxquels on ne peut assi¬
gner une composition minéralogique déterminée, c’est probablement pourquoi Kornacki et
WooD (1984) les appellent « chaotic objects ».
La réalisation de profils de traversée en bordure de lAMl et 1AM5 montre qu’il y a
contamination de calcium, mais pas d’aluminium dans la matrice au contact de l’inclusion,
elle-même enrichie en fer au bord, mais ce n’est pas de façon régulière. Même lorsque
l’inclusion est cassée, lorsqu’elle ne préserve pas de bordure, il y a encore eu certains échan¬
ges sur une frange limitée à quelques microns, comme on peut l’observer dans le cas de
IAM5.
MacPherson et al. (1985) distinguent plusieurs couches accrétionnaires autour des
inclusions réfractaires. Leurs analy.ses quantitatives montrent de fortes variations d’une
inclusion à l’autre dans la composition des couches accrétionnaires, ce qui rejoint nos obser¬
vations qualitatives. Ils les interprètent comme des couches successives de cristaux accrétés
dans la nébuleuse à température insuffisante pour atteindre un équilibre chimique, alors que
nous pensons qu’il s’agit plus simplement d’accrétion de matériau matriciel, qui a réagi de
façon incomplète avec leur support. La matrice a été occasionnellement en contact avec des
inclusions alumino-calciques chaudes qui l’ont « cuite » et lui ont apporté aluminium et cal¬
cium. Les olivines néogènes y ont un faciès en petits rectangles caractéristiques (ex. 3529-42,
pl. XII, 4).
Commencée probablement dans un nuage de poussières denses, des modifications
116 —
chimico-physiques ont dû s’achever après l’accrétion totale, d’après les relations spatiales
entre objets altérés, objets partiellement altérés et matrice, avec circulation de gaz chargés
de composés sulfurés et carbonés. Le soufre a certainement été très mobile d’après les nom¬
breux anneaux sulfurés à cœur de silicates ferreux, témoins d’anciens globules de troïlite-
penilandite. Le carbone, plus désordonné que dans Léoville, est inégalement réparti dans la
matrice pour ce qui est de sa fraction mal graphitisée repérée par son spectre Raman.
Il semble beaucoup plus difficile de trouver encore dans la matrice des produits non
transformés datant de l’accrétion de la nébuleuse, dans Allende que dans Léoville.
CONCLUSION PROVISOIRE
Les météorites carbonées ont une composition chimique globale proche de la composi¬
tion de la photosphère solaire (particulièrement le type Cl) et sont en conséquence considé¬
rées comme les objets les plus primitifs que nous puissions étudier. Les observations décrites
ici montrent cependant leur complexité, à la fois par la diversité de leurs composants (chon-
dres magnésiens, inclusions alumino-calciques, débris météoritiques, matrice) et par l’his¬
toire de ceux-ci.
Les objets les plus complexes et les plus difficiles à expliquer sont les inclusions alu¬
mino-calciques, et d’abord les grains à métaux rares qu’elles englobent. Le fait de trouver
plusieurs de ces grains avec des caractéristiques voisines dans un même cristal-hôte (ex.
5629-42, LV6B) peut s’accorder avec l’idée que celui-ci aurait partiellement « digéré » en le
modifiant un type plus primitif, plus volumineux de grain à métaux rares tel que « Willy »
(Armstrong et al., 1985), objet ayant eu lui-même auparavant une histoire à étapes multi¬
ples dont une au moins en un milieu beaucoup plus oxydant que celui de la nébuleuse
d’après les teneurs en Mo et W (Fegley et Palme, 1985).
Le pyroxène contient par contre du Ti 3 +, correspondant à une formation sous pres¬
sion d’oxygène faible, de l'ordre de celle de la nébuleuse, donc dans des conditions très dif¬
férentes de celle des grains à métaux rares voisins ou inclus.
Dans beaucoup d’inclusions on reconnaît des fragments ou des cristaux qui ont été
associés sans atteindre un équilibre chimique total entre eux.
11 peut y avoir eu réactions entre solides dans certains cas, fusion partielle dans
d’autres cas, lors d’un phénomène thermique de courte durée. Celle-ci a souvent été suffi¬
sante pour enrober complètement le noyau non fondu et donner aux inclusions une forme
arrondie. Une évaporation partielle des inclusions est invoquée pour expliquer leur bordure
rubanée mais Murrell et Burnett (1985) font remarquer que les teneurs en thorium et
uranium de ces bordures ne montrent pas de fractionnement quoique Boynton et Wark
(1985) y trouvent les concentrations en Terres Rares qu’on pourrait attendre d’un tel méca¬
nisme.
11 serait séduisant de considérer les inclusions alumino-calciques à grain fin comme des
dérivés plus riches en volatils provenant de la fusion partielle des inclusions macrocristal¬
lines, mais la répartition des Terres Rares entre les deux catégories ne permet pas d’accepter
cette hypothèse sous celte forme simplifiée.
117 —
C’est par un phénomène thermique également brusque que se forment parallèlement les
chondres magnésiens, provoquant la fusion en atmosphère réductrice de matériaux (pous¬
sières ?, condensats préexistants ?) un peu plus riches en éléments réfractaires que ceux des
chondrites ordinaires. Le soufre y joue un rôle plus actif dans Allende que dans Léoville.
Les histoires très incomplètes mais à peu près semblables jusqu’ici dans Léoville et Allende
vont ensuite diverger,
Les lieux de formation ultime des inclusions alumino-calciques et magnésiennes ont-ils
été séparés dans l’espace ou dans le temps ? À quel moment sont-elles mélangées ? Quand
s’y sont associées les enclaves de chondrites préexistantes ?
Pour Léoville. le contact à chaud de matrice avec les inclusions alumino-calciques,
matrice dont la composition n’est pas fondamentalement différente des chondres. semble
établi : le refroidissement rapide au moins initialement (l2()0-6f>0°C environ) est nécessaire
pour expliquer le maintien de la forme des gouttes métalliques et l’état cristallin à peine ini¬
tié de la matrice. Celle-ci peut .s’être formée par condensation (ou recondensation) de
vapeurs sous forme amorphe, forme de nucléation plus favorable que la forme cristalline.
On voudrait pouvoir associer le façonnement final des inclusions alumino-calciques au
même évènement thermique qui a provoqué la formation des chondres magnésiens. L’accré-
tion sur un corps parental en même temps que celle de débris d’autres chondrites carbonées
aurait suivi rapidement de sorte que la fin du refroidissement aurait été très ralentie permet¬
tant la séparation de la taenite en kamaciie et en alliage à 50 % Ni. Le choc ayant provo¬
qué des déformations et la polycristallinité du métal n’a pas donné lieu à un réchauffement
durable, cependant il explique mal à lui seul les textures observées.
Pour Allende, les inclusions alumino-calciques et les chondres magnésiens ont dû se
trouver pris dans des tourbillons bien plus riches en gaz que pour Léoville.
Ils ont probablement évolué d’abord dans des nuages différents car les inclusions
réfractaires se sont altérées sous l’influence de vapeurs oxydantes riches en fer, ou le
sodium, le chlore... étaients présents mais non le soufre, alors que la mobilité de cet élé¬
ment est un caractère dominant des chondres magnésiens. Ces vapeurs ont pu suffisamment
freiner les grains pour que, les nuages se mélangeant, les solides se rencontrent sans se vola¬
tiliser, donnant naissance aux grains mixtes. Les chondres alumino-calciques basaltiques, qui
possèdent invariablement des gouttes sulfurées dans leur couronne .se seraient peut-être for¬
més à la même époque. Les poussières fines en suspension dans les gaz ont accrété simulta¬
nément autour de tous les objets et beaucoup ont réagi avec eux formant les diverses enve¬
loppes que l’on reconnaît actuellement. Ces observations vont dans le sens d'une açcrétion
relativement lente, suivie d’un dépôt régolithique conjointement à celui de fragments prove¬
nant d’autres chondrites carbonées, et d’un refroidissement progressif dans un milieu suffi¬
samment riche en gaz et poreux pour provoquer l'homogénéité actuelle globale tout en
maintenant les déséquilibres notoires des grains silicates mitoyens.
Pour les deux météorites, il n’y a pas lieu d’évoquer un métamorphisme quelconque de
sorte que d’éventuelles poussières interstellaires ou des condensats nébulaires de basse tem¬
pérature devraient pouvoir être identifiés s’ils n’ont pas été totalement occultés par des réac¬
tions gaz-solides. Par contre, les matériaux ont été trop remaniés pour pouvoir reconnaître
autre chose que des reliquats éventuels de la séquence de condensation de la matière solaire.
118 —
Que de lacunes dans cette ébauche historique, que de contradictions aussi ! Peu ou pas
d’indications sur le matériau dont sont issus les composants de ces chondrites ; sur le lieu,
l’époque de formation, puis de leur accrétion sur le corps parental qui les a stockés. Ne
sont indiquées ici que des données minéralogiques, pétrologiques et chimiques, insuffisantes
pour aller plus loin.
La publication de J. C. Lorin de la Grandmaison (en préparation) apportera des
informations complémentaires qui permettront de combler beaucoup de lacunes, d’ébaucher
un scénario, tout en montrant les limites actuelles de nos connaissances.
Remerciements
Celte élude, poursuivie au Laboratoire de Minéralogie-Cristallographie associé au CNRS de l’Uni¬
versité Pierre et Marie Curie, a été rendue possible par le don ou le prêt d'échantillons des personnali¬
tés mentionnées dans l’introduction, que je remercie vivement et grâce au concours des services de
microscopie à balayage du BRGM (Mlle Vuibert et M. Jeanrot) et du Laboratoire de micropaléonto¬
logie de l’Université (M. P. Blanc), des services d’analyse à la microsonde électronique du BRGM et
du MNHN, de M. A. Jeanne-Michaud pour la photographie, et de Mme D. Raddas pour la réalisa¬
tion technique. Je remercie vivement J. C. Lorin et G. Manhès qui m’ont aidée de leurs conseils ainsi
que P. Pellas qui a bien voulu relire le manuscrit.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
Il sera tréquemmem tau rétcrenee aux périodiques suivants dont on abrégera les titres comme suit :
Earlh and Planeiary Sciences Leilers : EPSL
Geochimica Cosmochinncu Acia : GCA
Lunar and Planeiary Science (abstract volumes) : LPS
Proceedings of Lunar and Planeiary Science Conférence ; PL PSC
Allen, J. M., L. Grossman, A. M. Davis, et L D. Hutcheon, 1978. — Mineralogy, textures and
mode of formation of a hibonite-bearing Allende inclusion, PLPSC, 9 : 1209-1233.
Anders, E., 1964. — Origin, âge and composition of meteoriles. Space Science Kev., III : 583 ; 714.
Armstrong, J. T., A. El Goresy, et G. J. Wasserburg, 1985. — Willy, a prize noble fremdling.
GCA, 49 : 1001-1022.
Bauman, a. S., J. R. Delaney, et E. M. Bollin 1973. — Allende meteorite carbonaceous phase ;
imractable nature and SE morphology. Nature, 241 : 264-268.
Bischoff, Am K. Keil, et D. Stoffler, 1983. — Al-rich objects in ordinary chondrites. Meteoritics,
18 : 268-269.
Biander, m., et L. H. Fuchs, 1975. — Calcium-aluminium rich inclusions in the Allende meteorite :
evidence for a liquid origin. GCA, 391 : 1605-1619.
Blander, m., L. H. Fuchs. C. Horowitz, et R. Land, 1980. — Primordial refractory métal parti-
cles in the Allende meteorite. GCA, 44 ; 217-223.
Boynton, W. V., et D. A. Wark, 1984. —Trace élément abundances in rim layers of an Allende
type A coarse-grained Ca, Al-rich inclusion. Meteoritics, 19 : 195-197.
Boynton W. V., et D. k. Wark, 1985. — Refractory rims : evidence for high température events in
the post-formation history of Ca-Al-rich inclusions. Meteoritics, 20 ; 613-614.
Bunch, T.E., et S. Chang, 1980. — Carbonaceous chondrites. 1. — carbonaceous chondrite phyllo-
silicates and lighi élément geochemistry as indicators of parent body processes and surface con¬
ditions. GCA, 44 ; 1543-1577.
— 119 —
Caïn, P. M., el H. Y. McSween, 1984. — Strain analysis of the Léoville chondrite and conditions in
asteroidal interiors. Meleoritics, 19 : 203-204.
Chou, C. L., P. A. Baedecker. et J. T. Wasson, 1976. — Allende inclusions ; volatile-element dis¬
tribution and evidence for incomplète volatilization of presolar solids. GCA, 40 ; 85-94.
Christophe Michel-Lévy, M., R. Caye, et J. Nelen, 1970. — A new minerai in the Vigarano
météorite. Meleoritics, 5 : 211.
Christophe Michel-Lévy, M., B. Cervelle, et C. Desnoyers, 1977. — Localisation de sulfures et
d’o.xydes chromifères dans la météorite d’Allende. Bull. Soc. fr. Minér. Cristallogr., 100 : 258-
262.’
Christophe Miçhel-Lèvy, M., M. Madon, et C. Willaime, 1979. — Optical and TEM siudies of
sonie Leoville textural features. Meleoritics, 14 : 366.
Christophe Michel-Lévy, M.. G. Kurat, et F. Branostatter, 1982. — A new calcium aluminate
from a refractory inclusion in the Leoville carbonaceous chondrite. EPSL, 61 ; 13-22.
Clarke, R. S., E. Jarosewicu, B. Mason, J. Nelen, M. Gomez, et J. R. Hyde, 1970. — The
Allende, Mexico, meteorite shower. Smithson. Coulr. Earth ScL, 5 : 53 p.
Clayton. R. N , N. Onuma, L. Grossman, cl T. K. Mayeda, 1977. — Distribution of the pre-solar
component iti Allende and other carbonaceous chondntes. EPSL, 34 ; 209-224.
Clayton. R. N., G. J. McPherson, L D. Hutcheon, A. M. DAVts, L. Grossman, T. K. Mayeda, C.
Molint-Velsko, et J. M. Allen, 1984. — Two forsterite-bearing FUN inclusions in the Allende
meteorite. GCA, 48 : 535-548.
Dominik, b., E. K. Jessberger, Th. Staudacher, K. Nagel, et A. El Goresy, 1978. — A new type
of white inclusion in Allende : petrography, minerai chemistry, 40 Ar-39 Ar âges, and genetic
implications. PI.PSC, 9 : 1249-1266.
El Goresy, A., K. Nagel, et P. Ramdohr, 1978. — Fremdlinge and their noble relatives. PLPSC,
9 ; 1279-1303.
Epstein, L R.. 1984. — Chemically generated spatial structures. Nature, 307 : 692.
Fegley, b. Jr., et H. Palme, 1985. — Evidence for oxidizing conditions in the solar nebula from Mo
and W déplétions in refractory inclusions in carbonaceous chondrites. EPSL, 72 : 311-326.
Frudland, R. M-, E. King, et D. S. McRay, 1978. — Allende dark inclusions. PLPSC, 9 : 1305-
1329.
Fuchs, L. H., 1969. — Occurence of cordieriie and aluminous orihoenstatite in the Allende chon¬
drite. Amer. Miner, 54 ; 1645-1653.
_ 197 g, _ jhe inineralogy of a rhonite-bearing calcium-aluminium rich inclusion in the Allende
meteorite. Meleoritics, 13 : 73-88.
Gooding, J. L.. K. Keil, T. Fukuoka, et R. A. Schmitt, 1980. — Elemental abundances in chron-
drules from unecjuilibrated chondrites . evidence for chondrule origin by melting of pre-
existing material.s. EPSL, 50 ; 171-180.
Graham, a.. 1975. — The Allende meteorite chondrule composition and the early history of the
solar System. Smithson. Contr. Earth Sci., 14 : 35-40.
Green., H. VV.. S. V. Radcliffe, et A. H. Heuer, 1971. — Allende meteorite ; a high-voltage élec¬
tron pétrographie study. Science, 172 : 936-939.
Grossman, L., 1975. — Petrography and minerai chemistry of Ca-rich inclusions in the Allende
meteorite. GCA, 39 ; 433-454.
— 1977. — High lempcrature condensâtes in C chondrites ; dans : Comets, asteroids, meteorites.
A. H. Delsemme, éd. ; 507-516.
— 1980. — Refractory inclusions in the Allende meteorite. Rev. Earth Planet. Sci, 8 : 559-608.
Grossman, L., et R. Ganapathy, 1976. — Trace éléments in the Allende meteorite. 11. Fine-grained,
Ca-rich inclusions . GCA, 40 ; 967-977.
— 120 —
Grossman, L., et I. M. Steele, 1976. — Amoeboid olivine aggregates in the Allende météorite. GCA,
40 : 149-155.
Grossman, L., C. A. Leitch, R. Ganapathy, et R. L. Methot, 1976. — Before Allende. Meteori-
lics, 11 : 293 (abstract).
Grossman, L., R. Ganapathy, R. L. Methot, et A. M. Davis, 1979. — Trace éléments in the
Allende meteorite. IV- Amoeboid olivine aggregates. GCA, 43 ; 817-829.
Hagoerty, s. E., 1977. — Refinement of the Ti-cosmothermometer in the Allende meteorite and the
significance of a new minerai R^TijO? in association with armalcolite. LPS, 8 ; 389-391.
Haggerty, s, E., et B. M. McMahon, 1979. — Magnelitc-sulfide métal complexes in the Allende
meteorite. PLPSC, 10 ; 851-870.
Hashtmoto, a., et L. Grossman, 1984. — Refractory inclusions in amoeboid olivine aggregates in
Allende. Meteoritics, 19 : 234-235.
Huss, G. R., K. Keu., et G. J. Tayi.or, 1981. — The matrices of unequilibrated ordinary chondrites :
implications for the origin and history of chondrites. GCA, 45 ; 33-51.
Hutcheon, I. p., I. M. Steele, J. V. Smith, et R. N. Clayton, 1978. — Ion microprobe, électron
microprobe and cathodoluminescence data for Allende inclusions with emphasis on plagioclase
chemistry. PLPSC, 9 : 1345-1368.
Johnson, P. H., et E. A. King, 1978. — Chemical homogeneity in the Allende meteorite. Meteoritics,
13 : 505-506.
Kallemeyn, g. W., et J. T. Wasson, 1981, — The compositional classification of chondrites. 1.
The carbonaceous chondrite groups. GCA, 45 : 1217-1230.
Keil, K., G. 1. Huss, et H. B. WitK, 1969. — The Leoville, Kansas meteorite (abstract) ; dans :
Meteorite research, éditeur P. M. Millman, Reidel : 217.
Keil, K., et L. H. Fuchs, 1971. — Hiboniie frora the Leoville and Allende meteorites. EPSL, 12 :
184-190.
King, T. V., J. C. Butler, et £. A. King, 1978. — Petrofabric study of the Allende meteorite. Meteo¬
ritics, 13 : 517-518.
King, E. A., T. V. King, J. Arndt, et U. Hornemann, 1978. — Experimental investigation of the
textures of CV3 carbonaceous chondrites. Meteoritics, 13 : 549-550.
Kornacki, a. J., et J. A. Wood, 1984. — Petrography and classification of Ca-Al-rich inclusions in
the Allende CV3 chondrite. PLPSC, 14 B ; 573-587.
Kornackj, a. s., et J. A. Wood, 1984. — The identification of group 11 inclusions by électron probe
microanalysis of perovskite. EPSL (preprint).
Kracher, a.. K. Keil, G. W. Kallemeyn, J, T. Wasson, et R. N. Clayton, 1985. — Composition
and petrology of inclusions in the Leoville (a) chondrite : implications for accretion of the CV
parent body. PLPSC. 16 D ; 123-135,
Kurat, g., 1970. — Zur Genese der Ca-Al reichen Einschlüsse im chondriten von Lancé. EPSL, 9 ;
225-231.
Lewis, R. S., J. Gros, et E. Anders, 1977. — Isotopic anomalies of noble gases in meteorites and
their origins. 2. Separated minerais from Allende. J. geophys. Res., 82 : 779-792.
Lorin, J. C., A. Havette, et G. Slodzian, 1981. — Ion Microscopy of chondritic components : a
search for prechondritic materials. Meteoritics, 16 : 324.
Lorin J. C., et A. Havette, 1985. — Extrême magnésium isotope fractionation in the Leoville
meteorite. Isotopic ratios in the solar System, CNES : 43-69.
Lovering, J. F., D. A. Wark, et D. K. Sewell, 1979. — Refractory oxide, titanate, niobate and sili¬
cate accessory mineralogy of some type B Ca-Al-rich inclusions in the Allende meteorite. LPS,
10 : 745-747.
— 121 —
McMahon, b. M., et S. E. Haggerty, 1980. — Experimental studies on the magnetite-alloy-sulfide
association in the Allende meteorite» Constraints on the conditions of chondrule formation.
PLPSC. 11 : 1003-1025.
MacPherson, g. J., et L. Grossman, 1979. — Melted and non-melted coarse grained Ca-AI-rich
inclusions. Meteoriucs, 14 : 479-480.
MacPherson, G. J-, et L. Grossman, 1981. — Clastic rims on inclusions : dues to the accretion of
the Allende parent body. LPS, 12 : 646-647.
MacPherson, G. J., L. Grossman, J. M. Allen, et J. R. Beckett, 1982. — Origin of rims on
coarse-grained inclusions in the Allende meteorite. PLPSC, 12B : 1079-1092.
MacPherson, G. J., J> M. Paque, E. Stolper, et L. Gro.ssman, 1984. — The origin and significance
of reverse /.oning in meliUte from Allende type B inclusions. J. Geot., 92 : 289-306.
MacPherson, G. J., A. Hashimoto, et L. Grossman, 1985. — Accretionary rims on inclusions in the
Allende meteorite. GCA, 49 ; 2267-2280.
McSween, h. y., 1977. — Pétrographie variations among carbonaceous chondrites of the Vigarano
type. GCA, 41 ; 1777-1790.
McSween, H, Y,, et S. M. Richardson, 1977. — The composition of carbonaceous chondrite
matrix. GCA, 41 ; 1145-1161.
Martin, P. M., et B. Mason, 1974. — Major and trace éléments in the Allende meteorite. Nature,
249 : 333-334,
Marvin, U. B., J. A. Wood, et J. S, Dickey, 1970. — Calcium-aluminium rich phases in the Allende
meteorite. EPSL, 7 ; 346-350.
Mason, B., 1974. — Aluminium-titanium-rich pyroxenes, with spécial référencé to the Allende meteo¬
rite. Amer. Miner., 59 : 1198-1202.
Mason, B., et S. R. Taylor, 1982. — Inclusions in the Allende meteorite. Smithson. Conir. Earth
Sci., n'’ 25 ; 30 p.
Meeker, g. P., G. J. Wasserburg, et J. T. Armstrong, 1983. — Replacement textures in CAI and
implications regarding planetary metamorphism. GCA, 47 : 707-721.
Muller, W. F., et F. Wlotzka, 1982. — Macroscopie texture and transmission électron microscopie
observations. LPS, 13 ; 558-559.
Murrell, m. T., et D. S. Burnett, 1985. — Another look at actinide chemistry in Ca-Al-rich inclu¬
sions. Meteohiics, 20 ; 713-714.
Nagasawa, h.. D. P. Blanchard, J. W. Jacobs, J. C. Brannon, J. A. Philpotts, et N. Onuma,
1977. — Trace élément distribution in minerai séparâtes of the Allende inclusions and their
genetic implications. GCA. 41 : 1587-1600.
Nelen, J., A. Noonan, et K. Fredriksson, 1975. — Al-Ca rich chondrules in the Coolidge chon¬
drite. Meteoritics, 10 : 90-91.
Olsen, e , I. Hutcheon, A. Davis, et T. Mayeda. 1982. — Xenoljthic clast in Murchison : a new
type of carbonaceous chondrite. Meteoritics, 17 ; 264-265.
OsBORN, T. W., R. G. Warren, R. H. Smith, H. Wakita, D. L. Zellner, et R. A. Schmitt, 1974 —
Elemental composition of individual chondrules from carbonaceous chondrites, including
Allende. GCA, 38 ; 1359-1378.
Palme, H., et F. Wlotzka, 1976. — A métal particle from a Ca-AI-rich inclusion from the meteorite
Allende, and condensation of refractory siderophile éléments. EPSL, 33 : 45-60.
Palme, H., et F. Wlotzka, 1979. — A Ca-Al-rich inclusion from the Leoville meteorite. Meteoritics,
14 : 508-511.
Palme, H., G. Kurat, F. BrandstAtter, A. Blirchele, J. Huth, B. Spettel, et F. Wlotzka,
1985. — An unusual chondritic fragment from the Allende meteorite. LPS, 16 : 645-646.
122 —
Simon, S. B., et S. E. Haggerty, 1980. — Bulk compositions of chondruies in the Allende meteorite.
PLPSC, 11 ; 901-927.
Steele, I. M., J. V. Smith, et C. M. Skirius, 1985. — Unique forsterite in chondrites. LPS, 16 :
815-818.
Stolper, E., 1982. — Crysiallization sequences of Ca-Al-rich inclusions from Allende : an experimen¬
tal study. GCA, 46 : 2159-2180.
Stolper, E., et P. Ihinger, 1 '83. — The color of meteoritie hibonite : an indicator of oxygen fuga-
city. LPS. 14 : 749-750.
Taylor, S. R., et B. H. Mason, 1978. — Chemical characleristics of Ca-AI inclusions in the Allende
meteorite. LPS, 9 : 1158-1160.
WXnke, h., h. Baddenhausen, H. Palme, et B. Spettel, 1974. — On the chemistry of the Allende
inclusions and their origiii as high température condensâtes. EPSL, 23 : 1-7.
Wark, D. a., 1978. — Early System stratigraphy : the condensation sequence from Allende to chon¬
drites and the origin of chondruies. LPS, 9 ; 1208-1210.
— 1980. — Allende CAl-3643. A layered record of protosolar nebula condensation. LPS, 11 :
1202-1204.
— 1981. — Alteration and metasomatisin of Allende Ca-Al-rich materials. LPS, 12 : 1145-1147.
— 1984. — The Allende meteorite ; information from Ca-Al-rich inclusions on the formation and
early évolution of the solar nebula. Ph. D. thesis, 385 p. Univ. Melbourne, Australie.
Wark, D. A., et J. F. Lovering, 1976. — Refractory platinum métal grains in Allende calcium-
aluminium-rich clasts ; possible exotic presolar material ? LPS, 7 : 912-914.
Wark, D. A., et J. F. Lovering, 1977 — Marker events in the early évolution of the solar System :
evidence from rims in Ca-Al-rich inclusions in carbonaceous chondrites. PLPSC, 8 : 95-112.
Wark, D. A., et J. F. Lovering, 1978. — Platinum metals and other opaque phases in Allende CAL
LPS, 9 : 1214-1216.
Wark, D. A., et J. F. Lovering, 1978. — Classification of Allende coarse-grained CAL LPS, 9,
1211-1213.
Wark, D. A., et J. F. Lovering, 1982. — The nature and origin of type B1 and B2 CAI in the
Allende meteorite. GCA, 46 : 2581-2594.
Wark, D. A., et J. F. Lovering, 1982. — Evolution of Ca-Al-rich bodies in the earliest solar System ;
growth by incorporation. GCA, 46 : 2595-2607.
Wark, D. A., T. C. Hughes, M. Lucas, et C. D. McKenzie, 1980. — Proton microprobe analysis
of perovskite in Allende CAL LPS, 11 : 1205-1207.
Wark, D. A., W. V. Bovnton, R. R. Keays, et T. C. Hughes, 1985. — Trace element and petrolo-
gic dues to the formation of forsterite-bearing Ca-Al-rich inclusions in the Allende meteorite.
GCA, à paraître.
WiiK, H. B., 1969. — On regular discontinuities in the composition of météorites. Commentât, phy¬
sico-math., 34 : 135-145.
Wlotzka, F., 1976. — Phosphates in the Allende carbonaceous chondrite. Meteoritics, 11 ; 393-394.
Wlotzka, F., et D. A. Wark, 1982. — The significance of zeolites and other hydrous alteration
Products in Leoville Ca-Al-rich inclusions. LPS, 13 : 869-870.
Planche I
Tranches des météorites d’Allende et de Léoville. La diversité des objets inclus dans la matrice sombre à grain
fin apparaît nettement. La barre représente 1 mm.
1. — Allende : les chondres sont arrondis. Un halo foncé cerne certains d’entre eux. Les inclusions blanches
microcristallines ont des contours très irréguliers. Celles qui sont allongées montrent une orientation préférentielle.
2. — Léoville ; la section est traversée par des fissures remplies de rouille. Les chondres sont déformés, apla¬
tis. On remarque dans un angle une inclusion blanche macrocristalline et de l’autre côté une enclave noire.
Slices of the Allende and Leoville meteorites. The scale bars represent 1 mm. The diversity of the abjects
included in the fine-grained dark matrix is noteworthy.
1. — Attende : the chondrules are rounded. Some of them are rimmed by a halo which is darker than the
surrounding matrix. The fine-grained white inclusions hâve very irregular contours. The elongated ones show a
prefered orientation.
2. — Leoville : the potished section is crossed by rusty cracks. The chondrules are flattened. A coarse-
grained white inclusion is visible at the right low corner and a large black xenolith at the left one.
PLANCHE I
126 —
Planche U
1. — Chondre pyroxénique à couronne pyroxénique à grain plus fin au-delà d’un anneau de minéraux opa¬
ques. Photo en lumière transmise x 30. Léoville.
2. — Trois fragments de roche à olivine et feldspath sont inclus dans une pâte à grain plus fin où prédomi¬
nent la clinoenstatite et les minéraux opaques. Lumière transmise x 30. Léoville.
3. — Chondre d’olivine en barres entouré d’une première auréole étroite à grain fin riche en pyroxène, puis
d’une seconde auréole à grain très fin, presque opaque. Lumière transmise x 30. Allende.
4. — Grands cristaux d’olivine entourés d’une auréole à olivines plus petites et globules opaques. Lumière
transmise x 30. Allende.
5. — Chondre à olivine dans la bordure duquel s’accumulent des gouttes de minéraux opaques (FeNi et FeS)
et des olivines plus petites. MEB x 200. Léoville.
6. — Sphérule de minéraux opaques dans un chondre d’Allende. M métal NijFe ; T troïlite. P pentlandite ; O
oxyde, une magnélite chromifère.. Lumière réfléchie X 400.
7. — Chondre magnésien en voie d’altération ; les cœurs des cristaux d’olivine intacte sont gris foncé, l’enri¬
chissement en fer se produit par les bords ; le matériel interstitiel devient poreux ; les gouttes de minéraux opaques
sont partiellement désulfurées et ne se reconnaissent plus que par leur forme circulaire. 2 sur 6 ou 7 ont été cer¬
clées de noir. MEB x 375. Allende.
8. — Détail de l’altération du bord d’un chondre : la clinoenstatite grise se transforme en olivine ferreuse
(plus clair) par appori de FeO. MEB x 20(X). Allende.
L — A pyroxen chondrule with a finer-grained pyroxene ring delimited from the core by opaque minerais.
LeovUle. Transmitted lighl x 30.
2. — Three olivine and feldspar-rich fragments are included in a finer grained mesoslasis in which clinoensta¬
tite and opaques prevail. LeovUle. Transmitted light x 30.
3. — A barred-olivine chondrule surrounded by a first thin pyroxen rich fine-grained ring and by a second
very fine grained nearly opaque larger ring. Allende, transmitted light x 30.
4. — Large olivine crystals surrounded by smaller ones together with opaque globules. Allende. Transmitted
light X 30.
5. — An olivine chondrule surrounded by opaque minerai drops (NiFe and FeS) and smaller olivine crystals.
LeovUle. SEM x 200.
6. — Detail of an opaque minerai drop in Allende : M, métal NizFe ; T troïlite, P pentlandite, O oxide, a
chrominan magnetite ; holes are black ; reflected light x 400.
7. — The beginning of alteration of a magnesian chondrule : the dark cores of the olivine crystals are intact ;
the iron enrichment proceeds by their border ; the mesoslasis becomes porous. The opaque drops hâve lost part of
the sulfur and may be recognized by their rounded shapes ; 2 of the 6 or 7 ones are cercled on the photo.
Allende. SEM x 375.
8. — Detail of the alteration on the boarder of a chondrule ; the clinoenstatite, by gaining FeO, is pseudo-
morphosed in iron-magnesian olivine fwhitish). Allende. SEM x 2000.
PLANCHE II
— 128
Planche 111
Attende
1. — Une minigéode à sulfures dans un chondre où l’on remarque un remplissage en zones successives ; au-
dessus, une autre avec lacune centrale . MEB x 500.
2. — Dans la couronne d’altération du même chondre, une goutte opaque est partiellement désulfurée ; celle-
ci contient un peu de chrome. MEB x 750.
3. — Dans la matrice, une goutte encore désulfurée, poreuse, provenant probablement d’un chondre totale¬
ment désagrégé. MEB x 1000.
4. — Fuseaux d’olivine de la matrice englobé par la iroïlite au bord d’un chondre où l’altération commence à
peine ; on aperçoit cependant une sphérule partiellement désulfurée dans l’olivine. MEB x 600.
Léo vit te
5, 6, 7. — Un « chondre » métallique déformé contenant une goutte de verre dévitrifié en forme de larme.
Dans la figure 5 (MEB x 100) on distingue mal la taenite (T) un peu plus claire, au centre du grain, de la kama-
cite (K). Le sulfure (S) est concentré en bordure, ainsi qu’un peu de phosphase (grains sombres P) ; détail de
l’encadré figure 7 (MEB x 1000). La figure 6 montre la région centrale après attaque au nital, en lumière réflé¬
chie. On note que la taenite claire comme la kamacite est polycristalline, les joints de grains étant soulignés par de
fines inclusions ou lacunes. Les bandes de Neumann sont particulièrement nettes près de la larme silicatée.
Attende
1. — An etongated opaque minerai drop in a magnesian chondrute, where may be noticed successive fiiting
zonation. Another drop above shows a centrai cavity. SEM x 500.
2. — In ihe aiteration ring around the .sanie chondrute (f. JJ an opaque drop which is siightiy chromiferous is
partialiy desutfurised. SEM x 750.
3. — in the matrix, a stiii more desutfurised porous drop, probabiy toosened from a whoiiy aitered chon¬
drute. SEM X tOOO.
4. — Otivine matrix spindtes embedded in Iroïiite on the boarder of a chondrute which is scarceiy attered ;
however a partiaiiy desutfurised bieb is visibte in its otivine. SEM x 600.
Leovitie
5, 6, 7. — A deformed metaiiic « chondrute » containing a devitrified siiicate gtass tear drop. The siightiy
tighter taenite (TJ is difficutt to distinguish from the kamacite (K) in figure 5 (SEM x JOOJ. The suifide (SJ is con-
centrated in the boarder with some phosphate (dark grains PJ ; detaii of the box in figure 7 (x JOOOJ. The figure
6 shows in reftected tight the centrai portion of the chondrute after a nitai attack. We may notice that the ctear
taenite, tike the kamacite is potycristaitine, tiny inctusions or hôtes underiining the joints of grains. Neumann
bands are aiso visibte, speciaity near the tear drop.
P/ a
PLANCHE III
130 —
Planche IV
1. — Aiguilles de wollastonite et prisme cannelé de néphéline dans une cavité d’une inclusion à mélilite
d’AIIende. MEB x 4000.
2. — Amas de grains de pérovskite (grains blancs arrondis et poussière) et d’aluminate de calcium (en noir)
dans la gehlenite de l.éoville L2. MEB x 1000.
3. — Cristal de pérovskite contenant des gouttes de gehlenite pure et des lacunes en forme de cristau.x néga¬
tifs inclus dans la gehlenite de l'inclusion d’Allende H103.133. En bas de la photo, on aperçoit des produits d’alté¬
ration de la gehlenite. MEB X 500.
4. — L’inclusion d’Allende IAM5 vue en éclairage oblique. On aperçoit des morceaux irréguliers de pyroxène
(en gris) groupés au cœur de l’inclusion entourée d’une couronne de mélilite x 5.
5. — La mélilite lacunaire et scs produits d’altération en bordure de l’inclusion ÏAMI. MEB sur fragment
X 2000.
6 et 7. — Spinelle en cristaux automorphes à angles vifs dans le pyroxène à gauche, à angles émoussés dans
la mélilite à droite. Dans l’encart, des spinelles inclus dans la mélilite .sont entourés d'un liseré pyroxénique, mais
non dans l’anorthite au-dessus. Léoville L1 x 300.
8. — L'inclusion basaltique (AM2 dans Ailende présente des guirlandes et des palissades de spinelle en relief
sur la section polie où l’on remarque en gris foncé les lattes d’anorthite et en gris clair le pyroxène interstitiel. On
n'observe pas de bordure rubanée au contact de la matrice à droite. Lumière réfléchie x 30.
9. — Dans l’inclusion d’Allende 3529-42, la hibonite formée des lattes associées au spinelle dans le pyroxène
et l’anorthite à gauche en haut, et donne un aspect porcelainé à l’inclusion tellement elle est abondante en bas et à
droite. Lumière réfléchie x 120.
Some minerais in lhe CAI
/. _ Wollastonite needtes and a striated prism of nepheline in a cavity of a melilite-rich CAI of Attende.
SEM X 4000.
2, — A group of pérovskite grains (white rounded specks and dust) and of the calcium aluminale (black) in
lhe gehlenite of Leovilte L2 inclusion. SEM X 1000.
X — A pérovskite cry.stal in which are round drops of pure gehlenite and hôtes (négative crystals) in the
melilite of Attende CAI HI03.I33 ; below, fine grained alteration products of melilite. SEM x 500.
4 , _ The IAM5 Attende CA I viewed with inctined light. Irregular clasts of fassaitic pyroxene which are grou-
ped in lhe core (grey) are surrounded by melilite. x 5.
6. — Euhedral spinet crystals wiih acute angles in fassaite on the lefl of the picture, wilh slightly rounded
angles in the melilite on the righr : reflecled light x 300. Leovilte Ll.
7 . — An irregular rim of pyroxene encloses lhe spinels in melilite, but not ihose in anorlhite, above. Leovilte
LI. reflecled light x 300.
8. — The bosallic inclusion Attende IAM2 shows spinet gartands and patisades Crossing over the anorthite
taths (dark grey) and the interstitial pyroxene. There is no layered rim on the boarder towards the matrix on the
right side of lhe picture. Reflecled light X 30.
P. _ in the Ailende CAI 3529-42, hibonite is shown as laths associated wilh spinet in pyroxene and anorthite
on the left upwards, as compact overabundant needles on the right, downwards.
132 —
Planche V
Grains riches en métaux rares
1 . _ Allende 3529-42. Un grain de ferro-nickel très riche en nickel est coincé entre un cristal de hibonite et
un spinelle qui l’ont étranglé mais qu’on ne peut voir dans les conditions de prise de vue ; il contient des granules
d’osmiridium en proportions variées Os-lr de granule à granule. MEB x 6000.
2. — Allende 3529-42. Le plus gros grain il métau.'t rares trouvé dans la section(40 fim). Les taches blanches
sont des alliages Os-lr dans un ferro-nickel riche en nickel. Les parties les plus sombres contiennent du vanadium
probablement sous forme oxydée et du phosphate de calcium. MEB x 2000.
3. — Allende 3529-42. Un sulfure de nickel contenant un cube d’alliage nickel-fer platinifère. La tache som¬
bre sur celui-ci est due au point d'analyse. MEB x 6000.
4. — Léoville I.V6B. Un grain de ferro-nickel réticulé enrichi en ruthénium et qui contient aussi du platine
dans la bordure blanche. Il fait partie d’un ensemble de grains où l’on trouve aussi Os-lr dont c’est le plus gros
(lOgm) inclus dans la mélilite. MEB x 5000. Des grains à métaux rares très variés ont été trouvés dans cette
même section par A. El Gorbsy.
5 — Léoville LH. Les grains blancs sont des alliages de ferro-nickel très riches en Os et Ir, avec un peu de
Ru cl Mo. Les grains gris clair sont un sulfure de fer et nickel avec traces de V. On délecte dans les régions gris
foncé plus ou moins nuageuses Ru, Si, S, P, Cl, Ca, Ti, V. Fe, Ni, Os, Ir, Mo, des traces de W en proportions
différentes d’un point à un autre, ces régions étant probablement formées de grains submicroniques ne contenant
chacun qu’une partie de ces éléments parfois sous forme d’oxydes. MEB x 6000.
Noble métal rich grains
1 _ Allende 3529-42. A nickel-iron grain with much nickel Is crushed between a hibonite and a spinel crystal
which strangle it (but which cannot be viewed on the picture according to the operative conditions). The white
specks are osmium-iridium alloys with different proportions from speck to speck. SEM x 6000.
2. — Allende 3529-42. The largest noble métal bearing nlckel-iron grain incluied in the section (40 ym). The
white specks are osmium-iridium alloys. the darker régions contain vanadium probably as oxide and calcium phos¬
phate. SEM X 2000.
3 . — .Allende 3529-42. A nickel sulfide grain in which a plaliniferous nickel-iron cube is included. The dark
spot on it is related lo the électron heam Impact. SEM x 6000.
4. — Leoville LV6B A rettculated nickel-iron grain is enriched in ruthénium; platinum is noticed in the
white margin. It is the largest (JO ym) of a group of grains (with also Ir and Os) included in melilite. Quite diffe¬
rent noble métal grains hâve also been found in thaï section by A. El Coresy. SEM X 5000.
5. — Leoville LH. The white specks are nickel-iron alloys very Os and Ir rich where are also noticed a Utile
Ru and Mo. The light-grey areas are Ni Ee sulfides with traces of V. Many éléments are detected in the dark grey
more or less cloudy areas : Ru. Si. S, P. Cl, Ca. Ti, V, Fe, Ni, Os, Ir, traces of W in different proportions from
point to point. These areas may be agglomérâtes of submicronic grains which galher only some of ihese probably
parti}' oxidized éléments. SEM X 6000.
PLANCHE V
— 134 —
Planche VI
Attende
1. — Une petite partie de l’inclusion à gehlenite H103.133 vue en lumière transmise. On remarque l’abon¬
dance des débris dont certains sont bordés partiellement d’un li.seré rubané. Les zones altérées de la gehlenite sont
gris foncé, x 20.
2. — Une inclusion vitreuse brisée qui ressemble par sa morphologie aux inelusions à gehlenite. Un liseré
rubané de 15 gm d’épaisseur la cerne et se prolonge à l’intérieur comme si le silicate fondu s’était replié sur lui-
même après acquisition du liseré, avant de se solidifier. Lumière transmise à travers plaque mince couverte ainsi
que les figures suivantes, x 20.
3 . — Inclusion basaltique. On voit en blanc les lattes feldspathiques entre lesquelles se trouve le pyroxène ; en
chaînettes grises, les petits grains de spinelle. Des minéraux opaques s’accumulent en bordure, où le pyroxène est
plus abondant qu’au cœur, mais il n’y a pas de bordure rubanée. À comparer avec IAM2, pl. IV, 8. x 20.
Objets mixtes
4. — Un cristal d’oiivine isolé dans la matrice, qui contient de petits grains irréguliers de spinelle. x 120.
5. — Chondre au cœur duquel sont concentrés des amas de petits spinelles roses ; autour, des lattes de felds¬
path, olivine et minéraux opaques, x 40.
6. — Autre chondre où le feldspath se développe en éventail à gauche, l’olivine et les minéraux opaques à
droite, x 20.
7. — Les portions alumino-calciques (feldspath et spinelle) en haut et magnésiennes sont ici séparées par une
barrière de minéraux opaques, et le tout est entouré d’une couronne à grain fin d’oiivine, pyroxène et opaques, x
20 .
Attende
j, — A smatt portion of tlie H103. t33 gehtenite inctusion viewed by transmitted tight. There are pienty oj
ctasts some of them with a iayered rim on one side. The attered gehtenite zones took durk. x 20.
2. — A gtassy broken inetuston the morphotogy of whieh seents tike that of sonie gehienite-rich inctusions. tt
is surrounded by a 15 gm w'tde iayered rim whieh aiso pénétrâtes inside us if the metted siiicate had faiten back on
itseif after forming the rim and before soiidifying. Transmitted light accross covered ihin section as the fottowing
figures, x 20.
3. — A rypicat basaitic inctusion. The pyroxene is inlergrown between the whiie ubiindant feidspathic iaths ;
chains and aggiomerates of tiny spinets make grey patches. Opaque minerais are grouped in the margin where
pyroxene is more abundant than in the core, but there is no iayered rim. To be compared to IAM2, pi. IV, 8, in
refiected tight. x 20.
Mixed abjects
4. — An otisine crystai isoiated in the matrix, peppered with Itny irregutar spinets. x 20.
5. — Aggregaies of tiny pink spinets are J'ound in the core of the chondrute whieh contains aiso fetdspar
iaths, otivine and opaques.
6. — Another chondrute where feidspathic fans devetope an the ieft, pyro.xene, otivine and opaques on the
right of the picture. x 20.
7. — The caico-aturntnous (fetdspar and spinet upwards) and magnesian parts are separated by a barrier of
opaques and the whote is surrounded by a Jiner-gratned margin of otivine, pyroxene, opaques, x 20.
PLANCHE VI
— 136 —
Planche Vil
Bordures des inclusions atumino-caiciques
1. — La hibonite accompagnée de grains de pérovskite cristallise dans la gehlenile sur une large bande en
bordure de l’inclusion de Léoville L4a, bordure dont on voit en bas la bande de spinelle sombre. MEB x 400.
2. — De la matrice repérée par les fines gouttes métalliques en haut, à droite a été englobée dans l’inclusion
dont on voit, traversant l’image verticalement, la bordure rubanée. Le développement de la frange externe à oli-
vinc est irrégulier, au contact de la matrice. Léoville. MEB x 500.
3. — Détails de la bordure de l’inclusion 3535b. A, anorthite ; H, hibonite ; P, pyroxenc ; S, spinelle. En
noir, lacunes. La gchlenite à droite n’est pas altérée ; la bordure à divine à gauche semble plus ou moins vermicu-
lée. Léoville. MEB x lOOO.
4. — L’inclusion d'Allende 1AM5 est en contact direct avec la matrice. On voit l’altération de la mélilite. Les
grains de spinelle marqués 1 à 4 contiennent respectivement 15,8 ; 11,0 ; 0,83 et 0,37 FeO. MEB x 300.
5. — Bordure bien développée, rubanée, de la même inclusion dans le golfe (pl. XI, 6) et large frange externe
au contact de la matrice avec « éponges » à silicates de calcium et fer prédominants. Un liseré sombre à néphéline,
sodalite, etc., est situé entre la bordure à spinelle + pérovskite (angle droit en bas) et le liseré pyro.xénique. MEB
x 500.
The CAI ri/ns
1. — Hibonite lalhs with pérovskite grains hâve crystallized in gehlenitejn a thick band on lhe boarder of lhe
Leoville inclusion L4a, inside lhe spinel loyer which is below, dark grey. SEM x 400.
2. — Some matrix, idenlified by minute meiallic blebs, upwards right, has been induded in lhe CAI, the iay-
ered rim of which crosses lhe piclure .front top to bottom. The olivine outer loyer has an irregular development
towards lhe matrix. Leoville. SEM x SOO.
3. — Detail oj the CAI 3535b. A, anorthite ; H, hibonite ; P, pyroxene ; S, spinel. Gehlenile on lhe right is
nol allered al ail. The olivine outer laver on the ieft seems more or less wortny. Leoville. SEM x 1000.
4. — Broker! boarder of the Attende CA! IAM5 and ils contact with matrix. The alteration of melilile is visi¬
ble. The dark spinel cryslals 1-4 bear respeclively 15.8, II.O. 0.83 and 0,37 % FeO.
5. — The sanie CAI bears a nice ctassical layered rim which. along the guif (pL XL 6) gets a thick outer
loyer with spongey iron-calcium silicate bodies. A dark loyer with nepheline. sodalite... lies between the
spinel + perovskile boarder (low-right corner) and the pyroxene loyer. SEM x 500.
PLANCHE VII
138 —
Planche VI11
1. — Inclusions microcristallines à olivine stratifiées dans LéoviUe. 11 s'agit soit de plusieurs inclusions de
même nature déposées ou accrètées en même temps au même endroit, soit d’une inclusion fragile brisée lors de
compression, soit d’une inclusion très diverticulée dont les diverticules sont sectionnés par le plan de coupe. La
dimension des cristaux d'oiivine est assez uniforme mais par endroit la bordure est un peu plus grossière suggérant
une palissade. Une inclusion sombre, semblable à du verre dévitrifié, à grain très fin se trouve dans l’angle infé¬
rieur droit (flèche) lumière transmise x 100.
2. — Une inclusion microcristalline à olivine dans Allende aux contours très déchiquetés et avec des boulettes
à spinelle dont l’une (flèche) est bien visible. Lumière transmise x 20.
3. — Détail de l’inclusion blanche microcristalline étirée marquée A sur la figure 1 pl. I, d’Allende. G andra-
dite, N néphéline, P pyroxène calcique et alumineux. MEB x 1000.
4. — Détail de l’inclusion colloforme B (pl. I, I) à comparer au même type dans LéoviUe (pl. IX). Des
noyaux de spinelle à bordures plus ferrifères sont entourés d’un ourlet pyroxénique. Entre, une frange sombre
étroite à minéraux sodiques. On voit combien ce résidu d’inclusion est altéré et transformé. On remarque à droite
de la photo de nombreux objets arrondis, spongieux à Si, Ca, Fe. Attende. MEB x 300.
Fine-grained inctusions
t. — Fine-grained tayered otivine inctusions in Leovitie. Eiiher many of the same sort were accreted or
deposited at the same ptace in the same time, either a brittie one was broken when pressed, or a very diverticuia-
ted one had its branches eut by the thin-section. The size of the crystats is rather uniform except when the boarder
gets iarger grains, suggesting a palisade. A dark. very fine-grained inctusion, tike devitrified gtass, ties in the right
tower corner (arrowj. Transmitted tight X 100.
2. — A fine-grained otivine inctusion in .Attende with very corrugated boarders and with spinet gtobutes one
of which is obvious (arrow). Transmitted tight x 20.
3. — Detait of the white eiongated inctusion marked « A » figure i, pi. I. G andradite, N nepheiine,
P catco-atuminous pyroxene. Attende. SEM x J000.
4. — Detait of the cottoform inctusion marked « B » (pl. I, t) to be compared to the same type in Leovitie
(pl. IX). Spinet cores (with iron rims) are surrounded by a pyroxene rim. Between, a very thin sodium-rich tayer.
This residual inclusion has been deepty attered and passes progressively to matrix maierial. tVe may notice in the
right side of the picture numerous rounded spongy Si, Ca, Fe-rich abjects. Attende. SEM x 300.
139 —
PLANCHE VIII
— 140 —
Planche IX
Inclusions microcristallines alumino-calciques dans Léoville
1. — Partie d’une grande inclusion colloforme vue en lumière transmise x 300. Des détails au MEB figurent
en 2, 3, 4, et 6. L’inclusion peut être considérée comme une association de spltérulcs ou plutôt comme un verre
qui a été très fluide et très instable. Les parties noires sont formées de matrice coincée entre les sphérules comme
on peut le voir en 3. La zone limpide en haut à gauche est aussi photographiée en 2. C’est un silicate alumineux et
sodique, mais des variations de teneurs font hésiter entre néphéline et verre. De toute façon, le sodium semble bien
d'origine primaire et non d’altération secondaire. Le fer est présent en faible teneur.
2. — Les grains clairs inclus dans la zone sodique sont des pyroxènes à forte teneur en Al et Ti. Contre
l’inclusion en haut se trouve un amas riche en olivine polygonale line. MEB X 300.
3. — On trouve dans les sphérules des spinelles avec V et traces de Cr et de la mélilite ; entre, de la matrice.
La bordure est détaillée en 6. MEB /, 500.
4. — L’inclusion possède une apophyse boursouflée qui a manqué de se détacher de la masse principale lors
de l’accrétion ou d’un choc mais qui est cependant restée sur place (flèche). MEB x 50.
5. — Une autre inclusion vermiculée semble avoir essaimé de fins globules dans la matrice. MEB x 400.
6. — Détails de la bordure ; le pyroxéne forme une frange zonée de moins en moins riche en Al et Ti vers la
matrice : les grains sombres correspondent à anorihite el néphéline, puis viennent mélilite et spinelle. MEB x
1000.
Fine-grained CAI in Leoville
1. — Part of a large colloform inclusion viewed in iransmitted tighl x 300. SEM details are found figures
1, 2, 3, 4 and 6. The inclusion may be considered as an association of spherules, or more probably as a gtassy
mass which bas been fluid and very unslabte. The blacks prove to be matrix which bas been squeezed between the
spherules or the convoluied gtass as seen figure 3. The transparent zone on the left upwards is also viewed figure
2. Il is an aluminous and sodic silicate, but, because of Chemical variations from point lo point, we cannot décidé
between nephetine and gtass. In uny case, sodium is bere primary and nol secondarily introduced. A Utile iron is
présent everywhere.
2. — The light grains in the .sodic durk zone are Ti and Al rich pyro.xenes. Against the CAI, on the left
upwurd is a fine-grained polygonal olivine mass. SEM x 300.
3. — In the spherules are a liltle P and Cr bearing spinets and metilile ; between, .some matrix. Detail of rim
figure 6. SEM X 500.
4. — The CA! gels a diverticulum which is nearty broken (arrowl but still remains al ils place in spile of the
compression. SEM x 50.
5. — Another convoluied inclusion seems to hâve tosl fine globules in the matrix. SEM x 400.
6. — Details of the spherute rims. The pyroxene fringe gels more Al and Ti lowards the spherule core lhan
towards the matrix. The dark grains are anorihite and nepheline. Then, inside are melilite and spinel. SEM x
1000.
*
Ur
' '
■
C*
• ^ 4 ' %*
- • •*“ ■ ' -S ^
'*■ '<'
< V.*
•#
♦ t'
_:__S
PLANCHE IX
142 —
Planche X
Les enclaves
1. — Le type le plus fréquent d’enclave trouvé dans Allende. Tous les chondres et fragments sont pseudo-
morphosés en une olivine ferreuse, x 30.
2. — Enclave noire de Léoville. Aspect plissoté. MEB x 1000.
3. — Chondre à barre d’olivine dans l’enclave noire de Léoville de la figure 1, pl. 1. La limite de l’enclave
est soulignée par un trait noir. On remarque l’altération partielle de l’olivine ainsi que l’étirement de la matrice
autour du chondre. MEB x 80.
4. — La magnétite dans l’échantillon de la figure 2 ; accumulation de globules, cube, rosette ovale sur section
polie X 2000.
5. — Sphérolite de magnétite. MEB x 10000.
The xenolilhs
J. — The most frequent type of xenolith found in Allende. AU the chondrules and fragments are pseudomor-
phosed in ferrous olivine. x 30.
2. — A black xenolith in Leoville and its foided aspect. SEM x 1000.
3. — A barred-olivine chondrule in the black xenolith of figure 1, pl. l. The boundary of the xenolith is
underlined. We may notice the partial alteration of the olivine, and the flattening of the matrix around the chon¬
drule. SEM X 80.
4. — The magnetite in the sample figure 2 ; grouping of tiny globules, a cube, an elongated spherolite. SEM
on a polished section x 2000.
5. — Detail of a spherolite of magnetite in the clast of figure 2. SEM x 10000.
PLANCHE X
— 144 —
Planche XI
1 et 2. — Deux régions voisines de la matrice de Léovi/le vues par microscopie électronique en transmission :
I X 40000, celte zone ponctuée a donné trois anneaux de dilTraclion continus pouvant correspondre à la wüstite
PeO ; 2 X 27000, celte zone microcristalline est surtout formée d'ojivinc.
3 et 4. — Le meme objet dans la matrice d'AUende vu au MEB après mélallisalion au carbone à droite, puis
remétallisé à l'or à gauche, presque dans la même position ; il apparaît, comme prévu, plus de détails sur l’image
de gauche, les pustules déposées sur les cristaux se voient mieux ; celle désignée par une flèche est nettement plus
grosse, ce qui permet de supposer qu'elle est revêtue d’une pellicule d’éléments légers, probablement carbonés, que
la métallisation au carbone seul ne permet pas de mettre en évidence. La baguette en diagonale semble feuilletée et
n'a pas de faces cristallines nettes, ce qui est très fréquent. MEB x 18000.
5. — Vue plus générale de la matrice d’AUende montrant l'abondance de débris ou de grains sans forme
mêlés à des fuseaux d’oiivinc. MEB x 2250.
6. — Section polie d’un bord de l'inclusion d'Attende IAM5 formant un golfe arrondi ; une bande de gehle-
niie pauvre en spinelle est altérée à la limite du liseré rubané de bordure (vu à plus fort grossissement pl. VII, 5).
Ce golfe est rempli de produits fins apparentés à la matrice mais plus calciques. MEB x 50.
1 and 2. — Two neîghbounng spots of Ihe Leovitte matrix viewed by TEM : J x AOOOO, this punctuated area
gave 3 continuous diffraction rings that may correspond to wüstite FeO ; 2 X 27000, this very fine-grained area
gives punctuated diffraction rings many of which correspond ta otivine.
3 and 4. — The saine abject in Attende matrix after coating wiih carbon on ihe right, carbon + gotd on the
ieft, wilh neariy the saine position. As predicted, more detaiis are visible on the left namely the mounds deposited
on LCySfats. The one indicated by the arrow is ctearty targer on the tefi ihan on the right, which may irnpty that it
is coaled by a skin mode of tight éléments, supposedly carbon rich, that the carbon urtificiaily superirnposed can-
not undertine. The loth obUqueiy Crossing the picture seems to be teafty and doesn ’t get crystalline faces, which is
very frequent. SEM x J8000.
i. — A more general vièH' of Attende matrix showing how abundant are clasts and débris mixed wilh otivine
spindtes. SEM x 2250.
6. — On the gulf like boarder of the IAM5 .Atiende inclusion is a continuous band of gehlenile wilh few spi-
nei crysiais (biack), which is atlered towards the layered rim (eniarged pl. VII, 5). Fine-grained material, related to
matrix but enriched mainty in calcium, is filling the gulf. SEM x 50.
Planche Xll
I et 2. — Bord d’un chondre vu en lumière transmise (2) et au MEB (1). La région opaque de la figure 2
englobe halo et matrice, dont les limites sont soulignées. Le halo à grain fin ne contient pas de cristaux à contours
géométriques. Il semble y avoir tout à la fois une ligne de démarcation et un passage progressif aux produits
d’altération du chondre, mais avec barrage pour le carbone qui s’accumule dans le halo. Allende. 1, MEB x
1000 ; 2, lumière transmise x 700.
3. — Inclusion totalement altérée et transformée en produits fias ; au centre, une olivine au cœur encore
forstéritique (gris foncé). Une telle inclusion est repérée au microscope en éclairage oblique parce qu’elle est
claire, et non sombre comme la matrice. Sa texture permet de la différencier des inclusions microcristallines à oli¬
vine. En haut une « éponge » riche en silice, calcium et fer. Attende. MEB x 525.
4. — L’inclusion très alumineuse 3529-42 contient une poche à grain fin où de petits rectangles d’olivine fer¬
reuse sont nombreux ; la composition du matériau, intermédiaire entre celles de la matrice et de l’inclusion, pour¬
rait être interprétée par l’assimilation partielle de la matrice par l’inclusion. Attende. MEB x 1000.
/ and 2. — A chondrute rim viewed in transmitled tight (2) and wilh SEM (JJ. The opaque area of figure 2
corresponds to the haio and matrix, lhe iimits of which are undertined. The fine-grained hato doesn’l hotd welt
defined crysiats. Jl seeins thaï there are both a boundary and a progressive passage towards lhe atleralion products
of the chondrute boarder, but ihat there has been a barrier for lhe carbon which accumuiated in the hato.
Attende. I, SEM X 1000 ; 2, transmitled tight x 700.
3. — A compietely attered inciusion is Iransformed in fine-grained materiat ; in the cenler, an otivine cryslat
the core of which is stiii forsteriiic (dark grey). Such an inciusion may be noticed wilh inctined tight by ils lighier
aibedo than that of the matrix. Il can be differencialed from lhe fine-grained otivine inctusions by ils texture.
Above, a catcium, iron, siiica rounded « sponge ». Attende. SEM x 525.
4. — In the highty atuminous inciusion 3529-42, a fine-grained pocket wilh smatt squares of iron-rich otivine
gels a Chemical composition iniermediate beiween matrix and CAI, which coutd be understood as matrix being
parliatty assimiiated and cooked by the CAI. Attende. SEM x tOOO.
PLANCHE XII
Achevé d’imprimer le 30 mai 1986.
Le Bulletin du 4 “’ trimestre de l’année 1985 a été diffusé le 28 avril 1986.
IMPRIMERIE NATIONALE
5 564 001 5
Recommandations aux auteurs
Les articles doivent être adressés directement au Sécrétariat du Bulletin du Muséum national
d’Histoire naturelle, 57, rue Cuvier, 75005 Paris. Ils seront accompagnés : de la traduction du titre
en anglais, d’un résumé en français et en anglais, de l’adresse du Laboratoire dans lequel le travail
a été effectué (en note infrapaginale sur la première page).
Le texte doit être dactylographié à double interligne, avec une marge suffisante, recto seule¬
ment. Pas de mots en majuscules, pas de soulignages (à l’exception des noms de genres et d’espèces
soulignés d’un trait). 11 convient de numéroter les tableaux et de leur donner un titre ; les tableaux
importants et complexes devront être préparés de façon à pouvoir être clichés comme des figures.
La liste des références bibliographiques, à la fin de l’article, devra être présentée par ordre
alphabétique des noms d’auteurs, chaque référence étant indiquée ainsi : auteur, initiales du (ou
des) prénom, date, titre d’article ou d’ouvrage (en entier), revue abrégée selon la World list of Scientific
Periodicals, tome (souligné), numéro (entre parenthèses), deux points, pagination et illustrations.
Les dessins et cartes doivent être réalisés à l’encre de chine. Les photographies seront le plus
nettes possible et tirées sur papier brillant. Tenir compte de la justification du Bulletin : 14,5 cm x
19 cm. L’auteur devra indiquer l’emplacement des figures dans la marge de son manuscrit. Les
légendes seront regroupées à la fin du texte sur un feuillet séparé.
Tirés à pari ; 50 tirés à part seront fournis gratuitement par article. Les auteurs peuvent
éventuellement commander des tirés à part supplémentaires qui leur seront facturés directement
par l’imprimeur.
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Collection à périodicité irrégulière. Paraît depuis 1935. A partir de 1950, les Mémoires se subdivisent
en quatre séries spécialisées : A, Zoologie ; B, Botanique ; C, Sciences de la Terre ; D, Sciences physico-chi¬
mique. (Format in-4°).
Dernières parutions dans la série C
T. 41 — Gaudant (Mireille). — Recherches sur l’anatomie et la systématique des Cténothrissiformes et des
Pattersonichthyiformes (Poissons Téléostéens) du Cénomanien du Liban. 1978, 124 p., 57 fig., 10 pl. h.-t.
T. 42 — Lange-Badré (Brigitte). — Les Créodontes (Mammalia) d’Europe occidentale de l’Éocène supérieur
à l’Oligocène supérieur. 1979, 249 p., 32 fig., 48 gr., 30 pl. h.-t.
T. 43 — Recherches océanographiques dans l’Océan Indien. (Entretiens du Muséum, Paris, 20-22 juin 1977.)
1979, 253 p., fig., pl,
T. 44 — Gayet (Mireille). — Contribution à l’étude anatomique et systématique des Poissons Cénomaniens
du Liban anciennement placés dans les Acanthoptérygiens. 1980, 151 p., fig., 29 pl.
T. 45 — Lauriat-Raoe (Agnès). — Les Bivalves du Redonien (Pliocène atlantique de France). Signification
stratigraphique et paléobiogèographique. 1981, 175 p., fig., 16 pl.
T. 46 — FrOhuch (François). — Les silicates dans l’environnement pélagique de l’océan Indien au Cénozoïque.
1981, 208 p., fig., pl.
T. 47 — Loreau (Jean-Paul). — Sédiments argonitiques et leur genèse. 1982, 314 p., fig., pl.
T. 48 — Lauriat-Raoe (Agnès). — Les Astaridae (Bivalvia) du Redonien (Pliocène atlantique de France).
Systématique, biostratigraphie, biogéographie. 1982, 118 p., fig., 16 pl.
T. 49 — Colloque sur le Turonien. (Entretiens du Muséum, Paris, 26-27 octobre 1981.) 1982, 240 p., 61 fig.,
8 tabl., 4 pl.
T. 50 — Rouchy (Jean-Marie). — La genèse des évaporites messiniennes de Méditerranée. 1982, 267 p. 72 fig.,
18 pl.
T. 51. — Gayet (Mireille). — Ramallichthys Gayet du Cénomanien inférieur marin de Ramallah (Judée). Une
introduction aux relations phylogénétiques des Ostariophysi. 1986, 119 p., 53 fig.
Ouvrages disponibles au Service de vente des Publications du Muséum,
38, rue Geoffroy Saint-Hilaire, 75005 Paris