BRYOLOGIE
LICHENOLOGIE
TOME 11 Fascicule 3 1990
LABORATOIRE DE CRYPTOGAMIE
MUSEUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
12 RUE DE BUFFON, 75005 PARIS
Ui
PUBLICATION TRIMESTRIELLE
Juillet.1990
І
BRYOLOGIE-LICHÉNOLOGIE
ANCIENNE REVUE BRYOLOGIQUE ET LICHÉNOLOGIQUE
Fondée par T. HUSNOT en 1874
Directeur : Mme S. JOVET-AST
Rédaction : Mme H. BISCHLER, M. D. LAMY
Éditeur : A.D.A.C.
COMITÉ DE LECTURE
Bryologie: J. BERTHIER, J.L. DE SLOOVER, P. GEISSLER, S.R. GRADSTEIN, J.P.
HÉBRARD, S. JOVET-AST, D. LAMY, М.С. NOAILLES, С. ЗОВЕ,
Lichénologie: J. ASTA, T. BERNARD, B. BODO, W.L. CULBERSON, M.C. JANEX-
FAVRE, J. LAMBINON, M.A. LETROUIT-GALINOU, CL ROUX.
MANUSCRITS
Les instructions aux auteurs sont publiées dans le premier fascicule de chaque tome.
Les auteurs sont priés d'adresser leurs manuscrits (en double exemplaire) à la Rédaction de
CRYPTOGAMIE, Bryologie-Lichénologie, Laboratoire de Cryptogemie, 12 rue Buffon,
75005 Paris.
Les tirages à part et les planches photographiques sont à la charge des auteurs.
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CRYPTOGAMIE comprend trois Sections : Cryptogamie, Algologie; Cryptogamie,
Bryologie-Lichénologie: Cryptogamie, Mycologie.
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Copyright © 1990 CRYPTOGAMIE Bryologie Lichénologie Source - MNHN. Paris-
CRYPTOGAMIE
BRYOLOGIE
LICHENOLOGIE
TOME 11 Fascicule 3 1990
En hommage à Raymond PIERROT
Publié avec le concours du Muséum National d'Histoire Naturelle
Source : MNHN, Paris
амот
Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 189-190 189
EDITORIAL
En dédiant ce volume à Raymond-Bernard PIERROT, nous avons vou-
lu honorer un amateur éclairé, pilier de la bryologie francaise. Que ce re-
cueil d'articles qui offre un aperçu de la recherche bryologique en France,
soit l'expression de notre admiration et de notre vive sympathie.
La modestie étant tout Raymond Pierrot, il nous faut bousculer cette
qualité pour évoquer trés briévement son róle dans l'étude des bryophytes en
France. R.B. Pierrot est le maillon incontournable qui nous lie avec ce que
nous ont laissé les T. Husnot, N. Boulay, С. Dismier, F. Camus, Ch.I.
Douin, P. Allorge ... et plus récemment les F. Cuynet, R. Bizot, E. Bonnot
et d'autres férus de bryologie. Fidèle descendant de l'apprentissage sur le
terrain, seul ou en compagnie de plus expérimentés, il a su accumuler le sa-
voir bryologique du passé, l'actualiser et le vulgariser pour le rendre accessi-
ble au simple amateur. A la suite de la défunte Société d'Echanges de
Muscinées (créée par F. Cuynet en 1947 et poursuivie par R. Bizot puis E.
Bonnot), R.B. Pierrot a formé au sein de sa trés chére et trés active Société
botanique du Centre-Ouest, une véritable pépinière de bryologues français;
nombreux sont ceux qui lui doivent leurs premiers pas muscologiques. Tou-
jours prét à accueillir tel ou tel visiteur, l'ile d'Oléron oü il réside, est deve-
nue un lieu de passage obligatoire de nombreux bryologues frangais et
européens. En digne instituteu , il a su communiquer son savoir avec dyna-
misme et confiance. Souvent consulté par les bryologues de l'hexagone, il a
prodigué avis éclairés et maints encouragements. Cet enseignement dépasse
le simple cadre de la France; de nombreux bryologues étrangers, amateurs
ou professionnels, sollicitent constamment son àvis critique sur telle ou telle
mousse de l'hémisphère boréale dont il connait si bien la bryoflore.
П nous est donc apparu que le moment était venu d'offrir à notre
“maître” le résultat de son rayonnement en France. Nous avons sollicité ses
amis et collègues pour constituer un aperçu des recherches bryologiques sur
le territoire francais. Raymond Pierrot, dont les premiéres promenades bota-
niques sont évoquées avec amitié par A. Hérault, s'étant surtout illustré par
la floristique, celle-ci forme l'essentiel de ce volume.
Ainsi sont décrites les bryoflores du petit Luberon (Vaucluse), de
Sierck-les-Bains (Lorraine), de Montlouis (Indre-et-Loire) et du Nivernais.
Les aspects phytogéographiques sont traités avec la répartition de quelques
genres et espèces: le genre Timmia dans le Massif Central, Sphagnum fuscum
dans les Pyrénées, S. molle en France et en Allemagne, Fissidens kosaninii en
Touraine, Plagiothecium undulatum dans le nord de la France ou Marchesinia
dans les Alpes Maritimes. Les facteurs écologiques sont pris en compte:
rareté de certains taxons comme le Marchesinia nécessitant une sauvegarde
Source : MNHN, Paris
190 EDITORIAL
du site, ou intérêt de certaines espèces comme bioindicatrices. Les aspects
phytosociologiques sont abordés aves les études des groupements
bryophytiques du Nivernais et des associations de la forêt du grand Bannot
(Doubs). Enfin les études morphologiques ne sont pas pour autant
délaissées, comme en témoignent les travaux sur Cinclidotus danubicus, ou
ceux sur la papillosité des cellules foliaires de Fissidens kosaninii.
Bien que la répartition des contributions montre des lacunes, notam-
ment dans l'ouest de la France et sur le littoral atlantique, cela ne signifie
en rien l'absence réelle de travaux dans ces régions. Il reste donc à réunir
toutes ces flores régionales pour composer “La flore des bryophytes de Fran-
се”, instrument nécessaire à l'aube du XXléme siécle. Déjà, une liste
générale des bryophytes de France est en cours d'élaboration et sera sans
doute publiée dans le courant de l'année 1991. Souhaitons qu'un tel docu-
ment puisse étre le point de départ d'une flore qui pourrait avoir comme
point d'appui la clé de détermination publiée par R.B. Pierrot en 1982. Les
rares bryologues professionnels francais ne peuvent faire face à l'ampleur du
travail, les pouvoirs publics ne semblant pas reconnaitre leurs recherches à
leur juste valeur, le renouveau doit donc venir, une fois encore, des ama-
teurs. C'est ainsi qu'au sein de la Société botanique du Centre-Ouest, gráce
à l'appui et aux encouragements de R.B. Pierrot, P. Boudier a créé en 1988
un "Groupe d'Echanges de Bryophytes"; en 1990, une "Session Bryologique”
se déroulera dans le département de la Sarthe, ce qui permettra, durant une
semaine, aux bryologues français, de se retrouver et d'échanger leurs
expériences. Nous voulons voir dans ce renouveau d'activités le fruit d'un
lent et long travail de fo-mation dont R.B. Pierrot est la figure
emblématique.
Pierre BOU DIER
Denis LAMY
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 191-196 191
MON AMI PIERROT
Exergue
Ah! mon cadet, seû bin contente:
Iz avant r'counu tan boulot!
Depeü combin d'années ... (Quarante 7)
Qu'iz ariant dû zou faire pu tôt!
Mais, t'avais pour qu'o te vieill' zisse ?
Avoue-zou, grand orighinau ?
Rin qu'en упалі chez toé z'à matin
Su la route ... qu'é-tou qu'jk'ai vu ?
D'vant тоё qui m'barriant le ch'min?
Des miyions de Cagouilles qu'arriviant à ripe-thiu!
La pu conséquente se deurs
- “Maîtresse, stelle, qu'a m'a dit:
Dau fin fond des palènes de nos départements
Jhe portons nout'houmaghe à noute grand Raymond!"
Traduction de l'exergue
Ah! mon cadet, je suis bien conten*e:
Ils ont reconnu ton travail,
Depuis combien d'années … (Quarante?)
Qu'ils auraient dû le faire plus tôt!
Mais, tu avais peur que cela te vieillisse?
Avoue-le, grand original?
Rien qu'en venant chez toi ce matin
Sur la route... qu'ai-je vu ?
Devant moi qui me barraient le chemin?
Des millions d'escargots qui arrivaient à traîne-cul”!
Le plus gros se dressa:
-"Maitresse, dit-il, qu'il me dit:
Du fin fond des sous-bois à Molinia caerulea de nos départements
Nous portons notre hommage à notre grand Raymond!”
Copie certifiée non conforme d'un extrait des oeuvres d'Odette Comandon en son
"béa parlanghe sintonjhès” de la région de Jarnac: LE SUBIET, supplément au Bul-
letin de la Société d'Etudes Folkloriques du Centre-Ouest; 3* livr. du tome VII, mai-
juin 1973.
Source : MNHN, Paris
192 A. HÉRAULT
MON AMI PIERROT
Par un beau jour de printemps 1948, tu prends ton enthousiaste plume
pour demander à la Revue du G.C.U. (Groupement des Campeurs Universi-
taires) de passer un simple mot en forme d'appel: il s'agit d'offrir à tout
sociétaire désireux de ne pas camper idiot le plasir de courir en ta compa-
gnie l Eryngium viviparum dans la région de Carnac.
Avec Ginette mon épouse, passionnée de camping "à l'ancienne”, nous
adhérons tout de suite au projet. Mais qui sera donc ce R.B. Pierrot incon-
nu qui doit nous cueillir dans une petite gare S.N.C.F. du Morbihan ? ...
Les jours heureux que nous allons passer ensemble nous donneront la "mul-
tiple réponse" car tous les aspects de la valeur de l'homme n'ont pas fini de
R.B. Pierrot en 1932
Source : MNHN, Paris
MON AMI PIERROT 193
A 34 ans, tu as déjà touché à de nombreuses branches des Sciences Na-
turelles: les Phanérogames te font encore beaucoup courir mais tu as
commencé depuis longtemps la bryologie; au cours de nos pêches aux cou-
teaux dans l'anse de Saint-Colomban, pas loin de la petite ferme où nous al-
lions chercher le lait de chaque jour, et plus tard à la Pointe du Raz et à la
Baie des Trépassés, tu nous parleras d'algues, de malacologie, de géologie,
de minéralogie, de géomorphologie, etc... Et tout ceci, tu le présentes en
naturaliste de terrain, avec le flair, l'instinct d'un homme proche de la terre.
En phrases simples tu nous fais accéder à l''allure" des choses: il y a des
ports de plantes, des “bobines” caractéristiques qui ne doivent pas tromper.
Même les biotopes n'y échapperont pas: dressés sur les pédales de nos vélos,
les shorts flottant au vent, nous apprendrons d'un seul coup d'oeil à évaluer
les potentialités d'une “niche” à Eryngium. (Surtout n'y retourne pas! Tu se-
rais terriblement déçu: nos belles "niches" ont disparu à 85%!)
Et tout se passe dans la plus franche bonne humeur. Non seulement
tout le monde se tutoie, mais le vocabulaire lui-même est familier, fort
imagé et sans aucune prétention:
mes yeux? ... ce sont mes lunettes!
mon oeil? ... c'est ma loupe!
mon foin? ... ce sont mes récoltes pour l'herbier! etc.
Le latin macaronique, forme mineur d'humour chére aux botanistes va
nous fournir: Pierrotus hirsutus, car tu ne te rases pas forcément chaque ma-
tin! Plumetus niger, l'ami Plumet à la peau et aux cheveux si bruns!
Heraultiella spectabilis pour Ginette, car il faut bien apprivoiser un peu ma
“Colombine”,
Après tout, ce n'est pas plus mal que Paul Jovet définissant en d'autres
temps et pour rire un bon coup, un Pyxidietum americanae concernant un
groupement à ... boîtes vides de conserves américaines dans une décharge
sauvage de la région parisienne!
Comme en plus tu es homme d'action et de décision, tu lances, pour
les grandes vacances de l'année suivante, un "Projet Pyrénées Orientales".
Galium trifidum sera la motivation principale, mais là encore tu vas silen-
cieusement engranger les sachets de mousses et la diversification des activités
va nous combler au-delà de toute espérance: la petite troupe de l'an dernier
adopte des nouveaux; la famille Gans, l'entomologiste Fadet qui chasse
l'Apollo, et cet instituteur cerdan, Llado, un gars du pays qui nous appren-
dra ses beaux chants en langue catalane, autour des feux de camp.
"Es cansou de la Margrideta,
Es cansou del seu trist amor!
Es la cansou d'una floureta
Mort’ una nyt de mal d'amo:
(orthographe non garantie!)
Source : MNHN, Paris
194 A. HÉRAULT
Llado arrive n'importe quand, on ne sait d'où (aurais-tu, R.B.P., le
pouvoir de faire des amis? ...) comme ce vieux berger réfugié républicain es-
pagnol qui, venu quelques instants respirer un peu de parfum de liberté, зе
méle au cercle accroupi des botanistes puis se fond dans la nuit comme le
grand-duc de Bel Gazou.
Tu n'es pas tellement doué, toi R.B.P., pour le chant choral, mais on
te voit content, discret usufruitier du bonheur de tous.
Merci, mon ami Pierrot, de nous avoir fait connaitre ces étres excep-
tionnels, ces instants de notre jeunesse que jamais nous n'oublierons; et mer-
ci au passage de nous avoir fait te connaitre.
Chaque jour, ta forte santé nous entraine: le Lac des Bouillouses, l'as-
cension du Carlitte, le refuge des fréres Aymar à la paille si courte ой, dit-
on, logent des rats blancs; le Serrat de l'Ours, Font Romeu, et les belles
vallées d'Eyne et de Llo, toutes frémissantes du vent d'Espagne. "Mes jeunes
années..
En ces lieux, tu seras aussi notre mycologue, juqu'à nous faire déguster
le Sparassis crépu, grande nouveauté pour un Vendéen!
Toi l'ainé, le sachem de la tribu des Herborisants, tu as délimité dans
le torrent d'à côté trois zones approximatives: en amont, l'eau potable; 20m
plus bas, l'eau de vaisselle; et en aval, la toilette.
Les campeurs du moment n'ont pas encore le matériel dont ils
bénéficient actuellement. Certains utilisent la fougére-aigle en attendant le
matelas pneumatique. Pour leur petite tente canadienne, les Hérault ont fait
tailler un double-toit dans de la grosse toile à ballon de l'armée du
débarquement alli
Nous sommes tous un peu bohéme. Sur le toit de ta voiture qui au-
jourd'hui nous paraîtrait digne du musée automobile, tu as traîné des per-
ches de Castanea sativa Miller et une bâche. Nous sommes en présence de
l'ancétre de l'auvent. Bonne idée! Le soir, réunion sous la bâche à la
lueur de la lampe à carbure pour déterminer le "Tom" des “fêlés”!... Mais
comme les moustiques attaquent en escadrilles serrées, nous avons convenu
dé gifles que nous nous donnons mutuellement, parfois au clair de lune,
mon ami Pierrot.
Que Dieu me punisse du four éternel à grandes ondes, mais savez-vous
que je m'honore maintenant d'avoir si fréquemment souffleté un savant ? —
Sur le retour, c'est Banyuls avec les courses torrides sous la maison de
Maillol pour dénicher Norochlaeana vellea (Ait.) R. Br.
En 1950, un bébé étant né chez les Hérault, c'est pour ces derniers la
suspension pour quelques années des grandes courses un peu risquées. Toi,
Source : MNHN, Paris
MON AMI PIERROT 195
tu continues, passant le plus clair de tes vacances sur les chemins de France,
inlassable explorateur.
Plus tard, nous verrons ensemble les coteaux de la Vallée du Grand
Lay dans le Bocage Vendéen, les sables maritimes de ton Bois-en-Ré, joli
village où le tambour municipal réveille toute la population à 4h du matin
pour pouvoir aller ensuite sulfater ses vignes au moment propice!
Les années passant, tu ne fais plus guère que de la bryologie bien que
nous te devions la découverte de deux phanérogames nouvelles pour l'Ouest.
de la France: Hypecoum procumbens et Galium murale.
Tu te lances sur les traces de Joseph Charrier, le patriarche pharmacien
de La Châtaigneraie (Vendée), de Georges Durand, le “chasseur permanent”
de Beautour (Vendée), l'homme aux 3550 oiseaux naturalisés, de Charles
Thouroude, le doux Inspecteur Primaire de Luçon, tous les trois bryologues.
Tu participes à de nombreuses sessions extraordinaires organisées par
notre sympathique S.B.C.O. (Société botanique du Centre-Ouest): Corrèze,
Cantal, Provence occidentale, Causses, Alsace-Vosges, Aubrac-Margeride,
Pyrénées Orientales, Normandie.
Te voici l'un des principaux animateurs de la S.B.C.O. dont le nombre
des adhérents s'accróit continuellement. Tu y assures aussi bien les fonctions
les plus humbles (diffusion des publications) que celles qui demandent la
plus pointue des spécialisations.
En 1974, avec la S.B.C.O., tu publies les "Clés de détermination des
Bryophytes de la région Poitou-Charentes- Vendée^, promptement épuisées,
remplacées en 1982 par les “Bryophytes du Centre-Ouest: classification,
détermination, répartition”.
Les lettres, les demandes de renseignements dont beaucoup ont pénétré
les frontières de la France, affluent à ta maison des "Andryales" dans l'Ile
d'Oléron. Tu vois bien que tu n'oublies pas les phanérogames puisque tu as
construit pour tes vieux jours au milieu d'un groupement à Andryala
integrifolia!
Ce dernier terme spécifique estil un signe que tu n'aurais pas
prémédité? Pourquoi pas? car le couple linguistique “entier-intègre”, c'est
probablement le doublet du mot latin integer, et pour tout dire, l'un des
traits de ta forte personnalité. Un exemple: si tu publies une découverte
intéressante, tu cites toujours le botaniste qui t'accompagnait sur le terrain,
méme si ce botaniste n'est pas bryologue.
Intégre et modeste aussi comme le reconnaissent tous ceux qui t'ont
approché. Un exemple: il a fallu bien des heures de conversations, d'entre-
tiens de toutes sortes, bien des jours de cohabitation avant d'apprendre que
fait prisonnier de guerre en 1940, tu t'es évadé, bravant le nazisme, marchant
de nuit, dormant de jour dans les blés, risquant ta vie à chaque instant.
Source : MNHN, Paris
196 A. HÉRAULT
Lutteur de tous les instants, lancé très tôt dans les plus rudes travaux
physiques, tu ménes par la suite - et tous nos amis le certifient - un baroud
bien particulier: celui de tes propres efforts contre la difficulté, le doute, l'in-
complet, l'illégal, le désordre, l'événement fâcheux, l'os^... mais jamais
contre l'individu en tant que tel.
N'est-ce pas d'ailleurs, la condition commune qui nous est faite à nous
"les réghents" du primaire, petits instituteurs publics de campagne, les sans-
grade, les "Hussards Noirs de la République", souvent voués à l'état de "mal
compris”, mais assignés à la morale professionnelle, matière enseignée dans
les Ecoles Normales, à la patience, souvent à ce silence dont le poéte a dit
que, seul, il était grand.
Pour illustrer mon propos, je vais te rappeler ce vieux souvenir au ras
des paquerettes: en 1949, bien avant ta mutation pour les Boucholeurs, nous
passons te voir à St-Just (Charentes-Maritimes), petite commune coincée en-
tre les marais de Brouage-St-Agnant et ceux de la Seudre, oü, royale et ma-
gnanime, la municipalité t'a gratifié d'un logement de fonction dont les
bétons eux-mêmes croulent sous l''ostéoporose" des … termites lucifuges.
Pas le choix!... Faire Гасе!...
Chaque pied de tes meubles reposera donc dans un épais couvercle de
vieille boite métallique, à distance respectueuse et craintive de la cloison. Le
luxe, la parade, sont remis sine die, probablement à jamais.
C'est ainsi... c'est simple et tranquille car, toujours, tu sais dignement
et efficacement réagir dans la sérénité.
Mon cher copain R.B.P., si tu penses que je t'ai, par ces présentes li-
gnes, un peu trop flagorné, que j'ai exagéré, que j'ai violé une partie de ton
intimité ou que je t'ai menti, viens me voir à Jard, tu connais la maison, ce
sera notre premiére querelle que nous viderons en méme temps qu'un bon
verre de Pineau des Charentes.
Fait à Jard Sur Mer, Vendée, le 11 novembre 1988.
Alfred Hérault.
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 197-209 197
PRÉCISIONS SUR LA RÉPARTITION ET LA
SOCIO-ÉCOLOGIE DE PLAGIOTHECIUM UNDULATUM
(HEDW.) B., S. & С. DANS LE NORD DE LA FRANCE
J.-R. WATTEZ! et B. de FOUCAULT?
1. - U.F.R. de Pharmacie, 3 Place Louis Dewailly,
F-80000 Amiens, France.
2. - U.F.R. de Pharmacie, rue du Professeur
Laguesse, F-59000 Lille, France
à Monsieur R.B. Pierrot en hommage respectueux
RÉSUMÉ - Les auteurs ont étudié les caractéres socio-écologiques de Plagiothecium
undulatum dans plusieurs localités du Nord de la France où cette espèce humicole est
présente. Sur le plan écologique, P. undulatum recherche les substrats les plus acides
et les régions où la pluviosité est élevée. Dans les chênaies sessiliflores à Vaccinium
myrtillus, P. undulatum constitue des peuplements "bryo-climaciques^ à rapprocher
de l'association à Mnium hornum décrite de Basse Normandie. La découverte de P.
undulatum dans un marais tourbeux de la vallée de la Somme en cours d'acidification
confirme le rôle de bio-indicateur que peuvent jouer les Cryptogames (en l'occurrence
les Bryophytes).
ABSTRACT - The authors have studied the socio-ecological characteristics of Pla-
giothecium undulatum in several localities in the northern France, where this rare
species is occurring. It thrives on acid substratum in areas with high rainfall. In oak-
forests with Vaccinium myrtillus, Plagiothecium undulatum grows as "bryo-climacic"
communities which look like the Mnium hornum association previously described
from Normandie. A peat bog situated in the Somme valley, with occurrences of P.
undulatum has also been studied; the observations made confirm the role of crypto-
gams as "bio-indicator^, particularly of Bryophytes.
PRÉAMBULE
L'identification, la répartition, l'écologie des Plagiothéciacées du Nord
de la France ont retenu l'attention de l'un de nous depuis plusieurs années;
deux publications ont apporté des précisions sur le genre /sopterygium (sensu
lato) et sur quatre espèces appartenant au genre Plagiothecium (Wattez
1985a, 1988). Parmi les espéces figurant dans la bryoflore du Nord de la
Source : MNHN, Paris
198 J.-R. WATTEZ ct B. de FOUCAULT
Figure 1. - Carte de répartition de P. undulatum dans le nord de la France selon le
maillage et le codage I.F.F.B. (réseau de 4x4km2). =: observations depuis 1960.
x: observations antérieures à 1960. - Codage des stations citées dans le texte:
haute forêt de Desvres (Pas-de-Calais) E 21-11; basse forêt de Desvres (Pas-de-
Calais) F 22-28; Triage d'Eu (Seine-Maritime) J 22-52; marais de Proyart
(Somme) K 0-38.
France, l'une d'elles attire le regard du fait de sa physionomie remarquable:
Plagiothecium undulatum. (Hedw.) B., S. et G.
La carte de répartition en réseau (Fig. 1) réalisée révèle sa rareté puis-
qu'elle n'indique la présence que d'une dizaine de localités, et seulement
dans la partie occidentale du Nord de la France; leur répartition irrégulière
s'explique par les caractéristiques écologiques strictes de cette Muscinée. A
l'aide d'observations réalisées en plusieurs sites, nous décrirons celles-ci
avant d'exposer quelles sont les affinités sociologiques de Plagiothecium
undulatum.
Source : MNHN, Paris
PLAGIOTHECIUM UNDULATUM DANS LE NORD 199
CARACTÈRES ÉCOLOGIQUES GÉNÉRAUX
DE PLAGIOTHECIUM UNDULATUM
Plagiothecium undulatum, uniquement rencontrée dans les milieux boisés
arbustifs ou arborescents, est une Muscinée recherchant une ambiance
sylvatique.
Semi-sciaphile, elle fuit les biotopes les plus ombragés, évitant en parti-
culier la pénombre des plantations de Coniféres (Picea div. Sp., Abies). Par
contre elle forme faciés en lisiére des parcelles boisées, ou bien sur les talus
bordant les chemins forestiers plus éclairés, ou encore dans les petites
clairières que ménage çà et là l'exploitation des forêts ou l'éclaircissement
des futaies. Lecointe (1981) ajoute que P. undulatum est également
humosaxicole et saprolignicole. Faute de rochers (gréseux ou granitiques),
Numéro de ^ Concentration ionique (ppm)
prélèvement Ca*t* Mett Nat К+
6,91 001 0,95 0,16
470 001 074 040
4,57 0,01 0,78 0,07
5,20 0,02 0,80 013
5:151 006 125013
Tabl. 1 - Mesure du pH.
5
bore en.
sous-bois
Tabl. 2 - Détermination des taux de carbone et d'azote (effectués au laboratoire
d'analyse des sols d'Arras). Les cinq prélèvements de sol ont été effectués dans
le Triage d'Eu, au lieu-dit "Siége-Madame".
Source : MNHN, Paris
200 J.-R. WATTEZ et B. de FOUCAULT
le caractère humosaxicole de P. undulatum n'a pu être confirmé dans la
dition. Par contre, son caractére humicole et saprolignicole apparait trés net-
tement quand on observe son abondance sur l'humus brut des chénaies à
Myrtille de la Haute Forét et du Triage d'Eu et de la forét de Desvres. P.
undulatum n'est pas rare non plus sur les souches en décomposition, sur les
branchages tombés ou sur les tapis d'aiguilles de Coniféres; sa présence a été
notée également sur un ancien touradon de Carex ou de Molinie. Rarement
corticole, P. undulatum n'est observé qu'à l'extrême base du tronc des jeunes
arbres; il constitue parfois de véritables "manchons^ entourant la tige des
baliveaux.
P. undulatum est trés nettement acidocline, comme l'indiquent tous les
auteurs et comme l'ont confirmé les analyses physico-chimiques effectuées
(Tabl. 1 et 2).
Les résultats figurant dans le tableau n° 2 sont ceux de sols
particuliérement pauvres en éléments nutritifs; la litiére s'y accumule en se
décomposant trés lentement. La matiére organique est particuliérement
abondante. Ces résultats caractérisent un humus brut intermédiaire entre le
moder et le mor. Bien que le mor soit considéré comme exceptionnel sous
forét, les chiffres de la colonne 5 sont trés proches d'un humus de ce type.
Les résultats qui précédent sont en accord avec les données de la
géologie. Bultel et Bon (1969) ont rappelé l'originalité du substrat au niveau
du "Siége-Madame"; des sédiments tertiaires sparnaciens (sables, argiles, ga-
lets) sont couronnés par des dépôts fluviatiles également acidoclines. Sur ce
substrat et dans les conditio limatiques que nous allons préciser, P.
undulatum est en mesure de proliférer localement.
P. undulatum recherche les régions de forte pluviosité comme le remar-
quent plusieurs auteurs: Gillet-Lefebvre (1965) indique que P. undulatum
^n'est trés répandu que sur les hauts plateaux ardennais oü l'humidité
atmosphérique est élevée. On ly trouve en des stations trés humides”;
Pospisil (1976) observe qu'en Tchécoslovaquie cette espèce se comporte com-
me un indicateur de régions oü se localise une flore hygrophile et
psychrophile. Lecointe (1979) la range dans le groupe dit des
"oréoatlantiques^ (terme créé par Amann 1929) qui possèdent ‘le plus sou-
vent deux centres de fréquence maximum, l'un en montagne, l'autre dans le
domaine atlantique... cette répartition bipolaire repose sur une confirmation
climatique au niveau des facteurs hydriques; en effet, les deux parties de l'ai-
re ont en commun une pluviosité généralement supérieure à 800mm/an.
répartie toute l'année et une hygrométrie trés élevée en quantité et en durée”.
Les données climatologiques locales concernant des stations proches
des peuplements les plus remarquables de P. undulatum sont rassemblées
dans le tableau n°3.
Source : MNHN, Paris
PLAGIOTHECIUM UNDULATUM DANS LE NORD 201
Е,
PbmiODES | rLuviosiré
Locaurrés | D'OBSERYATION| ANNUELLE COMMENTAIRES
MOYENNE.
Fécamp (76) 1951-1980 | 785mm | proche de la station de P. undalatun
d'Eletor-Ecceteville
Eu (76) 1891-1930 | 799mm | enre Eu et Blangy s'étendent le Triage
d'Eu et la Haute Forêt d'Eu;
le Siège-Madame est proche d'Eu
Blangy/Bresle (80) 1891-1930 | 832mm
Bray/Somme (80) | 1967-1977 | 65lmm | Bray/Somme se site à 4 ou 5 km
environ du marais de Proyart
1978-1987 | 775mm
Wicrre-au-Bois. I3années | 966mm | Localité proche de la Basse Forêt de
centrées" Desvres
sur 1970
S
Tabl. 3 - Données climatologiques locales.
Dans l'ensemble, les loca..tés où l'espèce a été observée connaissent une
assez bonne pluviosité. En année pluvieuse (telle 1974), celle-ci peut
dépasser: 1300mm près de Desvres, 1100mm en forêt d'Eu, 950mm près de
Fécamp. En année sèche (telle 1976), la pluviosité se maintient à un bon ni-
veau: 600mm environ prés de Fécamp et en forêt d'Eu. Par contre, la
pluviosité est moins élevée en Picardie intérieure. Deux remarques sont à fai-
re à propos de la station de P. undulatum découverte dans la vallée de la
Somme:
- il s'agit d'une saulaie hygrophile située au pied méme d'un coteau en
pente exposé au nord; l'humidité atmosphérique doit étre assez élevée et
compenser les effets du climat général relativement sec du plateau du
Santerre;
- on remarque une augmentation sensible de la pluviosité à Bray-sur-
Somme (localité distante de 4 à 5km de Proyart) entre les décennies 1970 et
1980. Ce changement n'est peut-étre pas étranger à l'apparition en ce site
d'un tapis de Sphaignes et d'une petite population de P. undulatum.
(N.B. - Ni les Sphaignes, ni P. undulatum ne sont mentionnées dans "la
Flore des tourbiéres de la Somme" (1912) que réalisa Caussin, botaniste ha-
bitant pourtant Proyart!).
Source : MNHN, Paris
202 J.-R. WATTEZ et B. de FOUCAULT
Comme l'indique Pospisil (1976), P. undulatum ne fructifie pas
régulièrement. Cependant, il semble que l'abondance des précipitations favo-
rise la reproduction sexuée de cette espéce. Le grand nombre des sporogones
observés au "Siége-Madame" dans le Triage d'Eu en mars 1988 aprés de for-
tes précipitations automnales et hivernales parait le confirmer.
Tels sont les principaux caractères écologiques de P. undulatum dans la
partie occidentale du Nord de la France. Envisageons maintenant dans
quelles formations végétales il est possible de rencontrer des peuplements de
P. undulatum.
LES BRYOCÉNOSES À P. UNDULATUM
Augier (1966) indique que P. undulatum se développe en compagnie de
Dicranum majus, Hookeria lucens*, Ptilium crista-castrensis*, Rhytidiadelphus
loreus ainsi que des Hépatiques Lepidozia reptans et Bazzania trilobata*. Il
décrit une "association à Рийит ^ où figurent les espèces précitées.
Préalablement, Herzog (1941-1942) avait décrit une "alliance- Verband" à P.
undulatum en Forêt Noire. L'espèce apparaît dans la composition floristique
du Leucobryo-Tetraphidetum Barkman 1969, association humocorticole
mésophytique et fortement acidocline habituellement rencontrée dans les
chênaies acidoclines (groupements du Quercion robori-petraeae). Selon
Barkman (1969), le Leucobryo-Tetraphidetum prend place dans l'alliance du
Tetraphido- Aulacomnion (Von Krusenstjerna) Barkman 1958. Curieusement,
cette association n'est pas reprise par Von Hübschmann (1986). P. undulatum
ne figure pas davantage dans ies caractéristiques d'associations et d'alliance
du Tetraphido- Aulacomnion androgynae retenues par Von Hübschmann (1986,
р. 321). Rapportons par ailleurs l'opinion émise par Lecointe (1985): ^il pa-
rait préférable d'effectuer et de traiter séparément relevés bryologiques et
relevés de plantes vasculaires. La strate muscinale devient un élément d'in-
formation supplémentaire pour déterminer chaque type de station, lequel
pourrait étre considéré comme une phytocénose plutót que révélé par une
association végétale”. A cet égard, Lecointe note la présence de P. undulatum
dans les aulnaies à sphaignes du Pays d'Auge.
P. undulatum dans les groupements forestiers acidoclines
Groupements non terricoles. - Le tableau 4 regroupe deux relevés du
Triage d'Eu d'un groupement ой P. undulatum accompagne Jsothecium
myosuroides et Mnium hornum; on peut le rapprocher du Maio horni-
Isothecietum myosuroidis Barkman 1958.
Le relevé suivant, réalisé sur souche pourrissante, possède un caractère
épixyle incontestable:
AS. 4 dg Бү
Espèces non notées dans la région étudiée.
Source : MNHN, Paris
PLAGIOTHECIUM UNDULATUM DANS LE NORD 203
Numéro de relevé 1 2
Surface (ш?) 0,1 0,1
Recouvrement (7) 100 100
Plagiotheciun undulatum 45 23
Isothecium myosuroides 13 34
Mnium hornum 22 13
Hypnum cupreset forme 23
Tabl. 4 - Triage d'Eu (76) - 1. partie d'une racine de Hêtre; 2. branchages tombés.
Basse forét de Desvres
Surface: 0,3m2; recouvrement: 95%
P. undulatum 34, Calypogeia mülleriana 22, Dicranella heteromalla 33, Hypnum
cupressiforme s.l. 12, plantules de Betula sp. +, Sorbus aucuparia +, Osmunda
regalis +.
Le relevé suivant provient d'un ancien touradon (de Molinie?) situé au
centre d'une mare colonisée par les sphaignes
Triage d'Eu
Surface: 0,25m2; recouvrement: 100%
P. undulatum 33, Mnium hornum 44, Vaccinium myrtillus 43, Dryopteris dilatata
+
Groupements terricoles. - Dans le site du "Siége-Madame", la végétation
phanérogamique est une chéna > sessiliflore acidocline à Myrtille établie sur
un sol creusé de dépressions, entonnoirs, rigoles et chenaux dont l'origine est
l'objet de controverses entre géologues. Elle prend place dans l'alliance du
Quercion robori-petraeae Braun-Blanquet 1932 et se rapporte à V llici-
Fagetum vaccinietosum myrtilli Durin et al. 1967.
Le relevé ci-après décrit de manière globale le tapis végétal de la partie
sommitale du "Siége- Madame".
Superficie: 600m?; altitude: 140m
Strate A (12-15m, recouvrement: 8096). - Quercus petraea 41, Quercus robur 11
(hybrides possibles).
Strate ау (8-10m, recouvrement: 60%), - Fagus sylvatica 32, Quercus robur 11,
Betula pubescens 11, Betula verrucosa 11, Sorbus aucuparia +.
Strate аз (2m, recouvrement: 20%). - Fagus sylvatica 11, Пех aquifolium +,
Betula verrucosa +, Sorbus aucuparia 21.
Strate herbacée. - Vaccinium myrtillus 33, Melampyrum pratense 12,
Deschampsia flexuosa 12, Pteridium aquilinum 21, Luzula sylvatica 12, Lonicera
periclymenum +, Digitalis purpurea +, Quercus plantules +2, Rubus sp. +2.
Dans ce type de forêt, la strate muscinale est souvent formée par des
touffes éparses de Polytrichum formosum, Mnium hornum et Dicranum
scoparium; P. undulatum peut abonder localement en formant des îlots
Source : MNHN, Paris
204
J.-R. WATTEZ et B. de FOUCAULT
Numéro de relevé ЖӨ Тш nce А ЧЕ: ЖЕ
Surface (m2) El GAUE 005 а 2
Recouvrement (7) 95 90 90 80 100 100 95 90 100 100 90 85 90
Bryophytes
Plagiotheciun undulatum| 43 33 34 22 33 54 35 23 34 44 23 44 34
Mnium hornum 34 43 22 33 43 22 34 44 43 23 12 22
Polytrichum formosum + 12 42 #2 42 13 42 +
Leucobryum glaucun 12 42 43 12 12 n
Dicranum scoparium +2 +2 +2 12 +
Dicranum majus 13 12 22023
Hypnum cupressiforme 190012 +2 +2
Dicranella heteromalla + +2
Isopterygium elegans +2 22
Rhytidiadelphus loreus +
Plantes vasculaires
Luzula sylvatica sa + + +
Vaccinium myrtillus * 42 12 12
Deschampsia flexuosa E 12 + 12
Pteridium aquilinum z п + +
Betula (plantules) i ++
Rubus gr. sylvatiei S #2 +
Dryopteris carthusiana +2 +2
Fagus sylvatica i i
(plantules)
Sorbus aucuparia i +
(plantules)
Accidentelles GE ENEE e A
Tabl. 5 - Bryocénose finale à Plagiothecietum undulatum - Triage d'Eu (1 à 10): 1.
clairière, butte surmontée d'un chêne; Eurhynchium praelongum 12 - 2. même
biotope, plus ombragé - 3. butte comparable surmontée d'un bouleai
Isothecium myosuroides +2 - 4. butte ombragée à Leucobryum glaucum:
Quercus plantules i - 5. versant d'une butte similaire ombragée - 6. banquette
éclairée dominant un chemin; P. undulatum abonde; Cladonia sp. + - 7. "pla-
teau” d'un petit talus forestier plutôt éclairé; Carex pilulifera 11 - 8. clairiére
dans les pessières - 9. butte dans la hétraie à /lex - 10. collerette moussue à la
base d'un chêne. - Forêt de Desvres (11 à 13): 11. haute forêt de Desvres: petit
talus; Atrichum undulatum 33, Luzula pilosa + - 12. clairière dans une plan-
tation de conifères implantée dans une bétulaie à sphaignes; Lonicera
periclymenum +, Sphagnum palustre + - 13. basse forêt de Desvres: petit talus
dans une hêtraie acidocline à Пех aquifolium; Blechnum spicant +, Lepidozia
reptans +.
Source : MNHN, Paris
PLAGIOTHECIUM UNDULATUM DANS LE NORD 205
homogènes sur les talus, les dénivellations du sol, ainsi que dans les parties
les plus éclairées du sous-bois.
Une observation attentive révèle que la végétation muscinale s'organise
selon de fines séries dynamiques menant progressivement des stades pion-
niers à des stades mûrs, "bryoclimaciques^; un stade pionnier peut corres-
pondre à un groupement d'Hépatiques où prédominent habituellement des
Calypogeia (Wattez 1979), comme dans le relevé suivant:
talus: 0,5m?; recouvrement: 70%
Calypogeia mülleriana 33, Lepidozia reptans 22, Cephalozia bicuspidata 13,
Mnium hornum 21, Dicranella heteromalla 22, Plagiothecium undulatum 21.
On peut le rapprocher du Calypogeietum miüllerianae décrit par Philippi,
toutefois sous une forme déjà évoluée (alliance du Dicranellion heteromallae
Phil, 1963, ordre des Diplophylletalia Phil. 1963, Von Hübschmann 1986).
Le stade initial s'enrichit en effet rapidement en petites Acrocarpes
comme Dicranella heteromalla. Le stade final est à grandes Acrocarpes et
Pleurocarpes où P. undulatum prédomine souvent de manière spectaculaire.
Le tableau 5 décrit cette bryocénose finale.
P. undulatum évite le couvert des ptéridaies ainsi que les layons recou-
verts par Agrostis tenuis. On remarque que P. undulatum est plus ou moins
fidèlement accompagné de Mnium hornum, Polytrichum ` formosum,
Leucobryum glaucum, Dicranum scoparium, D. majus, alors que Dicranella
heteromalla tend à régresser; il faut noter la surprenante rareté de
Rhytidiadelphus loreus en forêt d'Eu; toutefois cette circumboréale est
présente dans les bois voisins. Cette bryocénose est proche de l'association à
Mnium hornum décrite des hétraies bas-normandes par Lecointe (1970, tb.
36). Cette série dynamique bryocénologique peut étre représentée comme
l'indique la figure 2.
Calypogetetun niüllerianae
v
Dieranelletum heteromallae
v
bryoclimax à Plagiothecium undulatum-
Mniwn hornum
(——> flèche temporelle)
Fig. 2 - Série dynamique bryocénologique.
Source : MNHN, Paris
206 J.-R. WATTEZ et B. de FOUCAULT
P. undulatum dans les saulaies eutrophes en voie d'acidification
Dans la vallée marécageuse de la Somme, la végétation du marais de
Proyart (dans la partie sous-jacente au bois des Coteaux) est un taillis de
Saule cendré dominé par quelques Bouleaux pubescents. Le relevé ci-aprés
décrit cette saulaie eutrophe implanteé sur de la tourbe basique et qu'il faut
rapprocher du Rhamno catharticae-Viburnetum ` opuli, fourré hygrophile
fréquent dans les vallées alluviales basiques du Nord de la France (De
Foucault, à paraître):
Surface: 120m2
а (recouvrement: 20%). - Betula pubescens 21
az (recouvrement: 90%) - Salix gr. cinerea 42, Frangula alnus 12, Viburnum
opulus 11, Fraxinus excelsior +, Crataegus monogyna +, Acer pseudo-platanus
i, Rosa gr. canina +.
hauteur: 70%. - Eupatorium cannabinum 22, Mentha aquatica 32, Filipendula
ulmaria 12, Carex riparia 22, Circaea lutetiana 12, Galium palustre x, Ajuga
reptans 13, Dryopteris dilatata 12, Stachys palustris +, Arundo phragmites 12.
mousses: 50%. - Sphagnum fimbriatum 13, Sphagnum squarrosum 24,
Climacium dendroides 13, Mnium longirostrum 12, Mnium hornum 13, Thuidium
tamariscinum +, Calliergonella cuspidata 13.
Il est frappant de constater la présence en strate muscinale d'un tapis
important de Sphaignes; cette tendance à l'acifidication des milieux fores-
tiers implantés sur les sols tourbeux hydromorphes est un phénomène assez
récent qui paraît se généraliser dans le bassin de la Somme et de certains de
ses affluents (tel l'Avre). Elle est connue du marais Saint-Ladre à Boves (où
elle a été observée par Sulmont 1973-1974), des marais de Moreuil, de
Blangy-Tronville et des envirous de Curlu-Frise; l'un de nous l'a notée dans
le marais de Proyart en septembre 1988. Dans ces biotopes, l'évolution par
acidification du milieu se traduit par l'apparition puis par l'extension des
Sphaignes, lesquelles ont toujours été considérées comme exceptionnelles
dans le département de la Somme.
C'est l'occasion de rappeler le róle précieux que peuvent jouer les
Cryptogames (ici en l'occurrence les Bryophytes) en tant que "bio-
indicateurs^, c'est-à-dire "comme organisme ou systéme biologique utilisé
pour apprécier une modification de la qualité d'un milieu^ (définition
proposée par Iserentant et De Sloover 1976). On notera la promptitude avec
laquelle réagissent les Bryophytes à une modification des conditions
édaphiques dans ce milieu, alors que les Phanérogames caractéristiques des
^saulaies-aulnaies-frénaies" eutrophes continuent à se développer. Cette jux-
taposition d'éléments floristiques si différents dans leurs exigences
édaphiques a de quoi surprendre.
C'est dans ce biotope que P. undulatum s'est implanté sur une souche
de Saule cendré; le relevé suivant décrit cette bryocénose.
Source : MNHN. Paris
PLAGIOTHECIUM UNDULATUM DANS LE NORD 207
Surface: 0,10m?; recouvrement: 90%
Plagiothecium undulatum 34, Mnium hornum 33, Isothecium myosuroides x;
Leucobryum glaucum x2, Hypnum cupressiforme s.l. 12, Dicranum scoparium x2,
Dicranum undulatum 13, Cladonia sp. +2, Ajuga reptans +, plantules de
Viburnum opulus +, plantules de Frangula alnus +.
On remarquera la présence de D. undulatum qui est tout-à-fait rare en
Picardie et dans le Nord de la France; cette station de P. undulatum est à
notre connaissance la premiére qui ait été signalée dans le bassin de la Som-
me.
VÉGÉTATION MUSCINALE ET APPROCHE UNISTRATE DE LA
PHYTOSOCIOLOGIE
Ces observations sur P. undulatum, réalisées dans des groupements fo-
restiers mésophiles et dans les saulaies hygrophiles en voie d'acidification,
peuvent donner lieu à une réflexion de fond sur la végétation muscinale
forestière.
L'analyse fine des forêts mésophiles montre que sous une végétation de
plantes vasculaires stabilisée, la végétation bryologique peut réagir à de fai-
bles influences biotiques rajeunissant les substrats qui deviennent alors pro-
pices au développement d'une nouvelle série bryologique à dynamique pro-
gressive allant de stades pionniers à Hépatiques vers des stades finals à
Pleurocarpes. L'analyse des saulaies montre que la transformation du milieu
par acidification affecte d'abord la strate muscinale, avec apparition des
Sphaignes; les transformations les plus légéres sont révélées par des végétaux
inférieurs trés sensibles aux légéres variations du milieu. De fait, leur petite
taille les fait réagir à de fines modifications écologiques, alors que ces mê-
mes modifications sont pratiquement sans effet sur des végétaux supérieurs
comme des plantes herbacées et, a fortiori, des arbustes ou des arbres. Pour
que ceux-ci réagissent, il importe que des modifications plus intenses aient
lieu.
On relie par conséquent l'intensité d'une transformation écologique à la
sensibilité des végétaux capables de la révéler. Cette sensibilité différenciée
des végétaux peuplant les différentes strates d'une forét, selon leur espace vi-
tal est un argument majeur pour remettre en avant l'approche unistrate
d'étude de la végétation combattue par beaucoup de phytosociologues de-
puis qu'elle a été avancée par Lippmaa (1934). Les réflexions récentes sur les
fondements épistémologiques de la phytosociologie, associant cet argument
dynamique à bien d'autres, ont remis à l'honneur cette position marginale
(Gillet 1986, de Foucault 1986, b). On notera que la démarche de Lecointe
Converge un peu vers ces réflexions.
Dans cette optique, il devient clair que herbes, arbustes et arbres ap-
partiennent au milieu écologique (composante de nature biotique) pour les
Bryophytes. Cette position est absolument conséquente avec les consi-
Source : MNHN, Paris
208 J-R. WATTEZ et В. de FOUCAULT
dérations écologiques déjà exposées: Р. undulatum recherche une ambiance
boisée; c'est une espèce semi-sciaphile, exigeante en hygrométrie; tous ces
caractères auto-écologiques sont assurés notamment par une strate
arborescente suffisante. En définitive, selon cette approche, les plantes
vasculaires ne sont, en général, pas "associées" (au sens phytosociologique du
terme) aux Bryophytes, mais appartiennent à leur milieu, en participant à 1а
synécologie des associations muscinales.
CONCLUSION
Muscinée oréo-atlantique peu répandue dans le Nord de la France,
Plagiothecium undulatum abonde dans le site du "Siége-Madame" qui se trou-
ve dans la partie la plus occidentale du massif forestier d'Eu. Les
bryocénoses que P. undulatum caractérise ont été décrites et replacées dans
leur contexte écologique.
Par ailleurs, l'observation inédite d'une petite station de P. undulatum
dans un marais boisé en cours d'acidification de la vallée de la Somme a
permis de souligner le róle précieux que peuvent jouer les Bryophytes en
tant que bio-indicateurs. Une synthèse sur ces analyses confirme l'adoption
d'une approche unistrate d'étude de la végétation.
Elle révèle en effet l'intérêt d'effectuer des observations minutieuses sur
le terrain afin de décrire complétement les associations végétales et de mieux
comprendre leur fonctionnement. De cette maniére, la fine approche
unistrate offre un cadre ипіди > à la description systémique et structuraliste
(de Foucault 1984a, b, 1988...) de la végétation.
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Source : MNHN, Paris
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LE GENRE TIMMIA HEDW. (MUSCI) DANS LE MASSIF
CENTRAL (FRANCE)
R. ЗСНОМАСКЕКО), J.P. DE HESSELLE() & A. LECOINTEG)
(1) Université de Liége, Station scientifique des
Hautes-Fagnes, Mont-Rigi, B-4898 Waimes et
Département de botanique, Sart-Tilman, B-4000
Liége, Belgique.
(2) Université de Caen, U.E.R. des sciences de la ter-
re et de l'aménagement régional, Laboratoire de
phytogéographie, F-14032 Caen cedex, France.
RÉSUMÉ - Les échantillons d'herbiers des espèces du genre Timmia Hedw. corres-
pondant aux indications de la littérature relative au massif Central français ont été
revus de manière critique. Le matériel du massif Central, ой seuls Timmia austriaca
et T. norvegica ont été reconnus, est illustré. Une clé des espèces européenne du gen-
re, inspirée de Brassard (1984), est donnée.
ABSTRACT - Herbarium specimens of Timmia species known from the literature as
occurring in the Massif Central, France, have been critically revised. Only Timmia
austriaca and T. norvegica are occurring in the area. Both are illustrated. A key for
the identification of all European species is given following Brassard (1984).
INTRODUCTION
Les indications de la littérature concernant le genre Timmia Hedw. (1)
(Timmiaceae, Bryales, Musci) dans le massif Central français sont rares. El-
les concernent:
> Timmia austriaca Hedw., indiqué pour la première fois dans le massif
Central en trois localités du Puy-de-Dôme par Culmann (1919: 164);
- Timmia megapolitana Hedw. indiqué dans le Cantal, au Pas-de-
Roland, par Héribaud (1899: 281) qui le considére comme synonyme de T.
bavarica Hedw.;
(D Nomenclature selon Corley & al. (1982) pour les mousses et Grolle (1983) pour
les hépatiques.
Source : MNHN, Paris
212 R. SCHUMACKER et al.
- Timmia norvegica Zett. indiqué dans le Cantal, à la Roche-Taillade,
par Héribaud (1899: 281), sur base d'une récolte de Brevière.
Depuis 1980, nous avons récolté des Timmia dans diverses localités du
massif Central, mais il s'agissait chaque fois de T. austriaca. Yl restait donc
à vérifier les récoltes plus anciennes pour dresser l'état de la question.
Grâce à lobligeance de A.M. Mollet, J. Loiseau (Université de
Clermont-Ferrand, CLF et herbier personnel), A. Vivat (Muséum d'Histoire
naturelle de la Ville de Clermont-Ferrand, CLFmv), E. Urmi (Institut für
systematische Botanik, Zürich, Z), J. Vana (Prague, PR), I. Bisang (Berne,
hIB), R.B. Pierrot (Dolus d'Oléron, France, hRBP), P. Boudier (Chartres) et
J. Harrington (British Museum of Natural History), nous avons pu étudier
l'essentiel des récoltes effectuées dans cette région depuis un siécle. Nos
récoltes sont conservées dans l'herbier de la Station scientifique des Hautes-
Fagnes (LGHF, Schumacker), ou dans l'herbier personnel de A. Lecointe
(hAL).
LE GENRE TIMMIA HEDW. EN EUROPE ET DANS LE MASSIF
CENTRAL
Jusqu'à l'étude monograhique de Brassard (1979, 1980, 1984), une assez
grande confusion a régné dans la taxonomie et la nomenclature des espéces
du genre Timmia. Les espèces actuellement reconnues en Europe, peuvent
aisément étre distinguées comme suit (clé largement inspirée des travaux
précités de Brassard):
1 - Gaines foliaires orange à rouges; plantes dioiques. y
- Gaines foliaires incolores à jaunátres; plantes monoïques. та
2 - Cellules à l'insertion de la feuille, hyalines et fragiles; feuilles aisément
caduques; gaine papilleuse dorsalement ..
- Cellules à l'insertion de la feuille, ni hyalines, ni fragiles; feuilles non
caduques; gaine lisse dorsalement .... ^ Тіттіа austriaca Hedw.
3 - Cellules foliaires médianes (6) 7-10 (12)um; cellules de la partie
Has de la gaine, lisses, rarement papilleuses....
R Timmia megapolitana Hedw. subsp. bavarica (Hedw.) Brassard
= Cellules foliaires médianes (8) 9-12 (l4)um; cellules de la partie
supérieure de la gaine papilleuses... S
…Timmia megapolitana Hedw. subsp. megapolitana Hedw.
4 - Face dorsale des cellules foliaires médianes mamilleuse à pluri-
papilleuse en section transversale Timmia sibirica Lindb. & Arnell
- Face dorsale des cellules foliaires médianes, ni mamilleuse, ni pluri-
papilleuse ~ Timmia norvegica Zett,
Source : MNHN. Paris
007
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Fig. 1. - Morphologie. Timmia austriaca Hedw. 1: feuille; 2: marge de la partie
médiane de la feuille; 3: sommet de 1а feuille; 4: coupe transversale de la lami-
na; 5: coupe transversale de la nervure; 8 cellules de la face dorsale de la partie
supérieure de la gaine (leg. RS 830624/56). - Timmia norvegica Zett. 6: coupe
transversale de la lamina; 7: coupe transversale de la nervure; 9: cellules
papilleuses de la face dorsale de la partie supérieure de la gaine (leg. Brevière
1893).
Source : MNHN. Paris
214 R. SCHUMACKER ct al.
530
520
510
500
30
490
70
DI
40 50
Fig. 2. - Distribution de Timmia austriaca Hedw. (ж) et de Timmia norvegica (А)
dans le massif Central en France. Chaque signe indique la présence de l'espèce
dans un carré UTM de 10x10 km. Les zones d'altitude supérieure à 1000 m
sont en grisé, La ligne noire plus épaisse indique la limite géologique du massif
Central (fond de carte établi par J. Sapaly, Aurillac).
ЕЈ во
60
Sur la base de ces critères, tous les matériaux examinés en provenance
du massif Central doivent être rapportés à T. austriaca ou à Т. norvegica. T.
Source : MNHN. Paris
TIMMIA DANS LE MASSIF CENTRAL 215
megapolitana subsp. megapolitana et subsp. bavarica doivent, pour l'instant,
être supprimés de la liste des bryophytes du massif Central. Le matériel du
massif Central de T. austriaca et de T. norvegica est illustré sur la figure 1.
DISTRIBUTION
Timmia austriaca
T. austriaca est largement distribué dans tout l'hémisphére Nord,
particuliérement dans les massifs montagneux et dans la zone boréale. En
Europe, il est indiqué par Brassard (1984) et ОШ (1983) de tous les pays
européens à l'exception de l'Albanie, de la Belgique, du Grand-Duché de
Luxembourg, des Pays-Bas, du Danemark, du Portugal, de la Turquie, de
méme que des iles de Chypre, de Créte, de Sardaigne, de Sicile, de Corse et
des Färôers.
En France, T. austriaca est connu des Alpes, des Pyrénées, du Jura et
du massif Central (Augier 1966). Dans le massif Central, sa distribution
s'établit comme suit (fig. 2).
Ardèche
- Borée, rocher de Cruzet <UTM/EK97>, leg. Pierrot 5.1957; ibid., près
d'une cascade, 1500 m, exp. N, leg. Schumacker 830624/56, с. spor. (LGHF)
& Lecointe 830624/P44-45-46-63-66-67, 1983, c. spor. (hAL).
Cantal
- entre le Plomb-du-Cantal et ie puy Brunet, exp. N, < UTM/DK88> , leg.
Schumacker 860922/16 (LGHF) & leg. Vana (PR), 1986, stér.
Puy-de-Dóme
- rocher entre la Dore et la Dogne < UTM/ DL84- , 1580 m, leg. Culmann
1919 (PC);
- Riveau-Grand, près d'une chute d'eau « UTM/ DL84-, 1300 m, leg.
Culmann, 1919, stér. (Z, PC);
- entre le val de Cour et Riveau-Grand < UTM/DL84>, 1300-1350 m, leg.
Culmann, 1919, stér. (Z);
- val d'Enfer < UTM/DL84- , 1470, leg. Culmann, 1919, stér. (Z);
- vallée de Chaudefour, rocher au sud du ruisseau, 1580 m, leg. Culmann,
1919 (PC);
- cirque de Chaudefour, rive droite du ruisseau venant de la cascade de l'Ai-
gle < UTM/DLS847 , gros bloc sancyite, 1000 m, leg. Schumacker 860920/19
(LGHF), leg. Bisang 86812 (ҺІВ, Bern), leg. Lecointe 1986 (hAL) stér.;
- cirque de Chaudefour, paroi au-dessus de la cascade de l'Aigle
< UTM/DL84> , 1540 m, leg. Schumacker 860801/19, 1986, stér. (LGHF).
Source : MNHN, Paris
216 R. SCHUMACKER et al.
Timmia norvegica
Cantal
- Pas-de-Roland <UTM/DK79>, ca. 1540-1700 m, leg. Héribaud (sub T.
megapolitana), 1883-1888-1893-1895, stér. (BM, CLFmv, CLF, PC herb.
Bonaparte);
- flanc N du puy Магу <UTM/DK79>, leg. et det. Brevière, 1896, stér.
(CLFmv).
ÉCOLOGIE DE TIMMIA AUSTRIACA
Alors qu'en Amérique du Nord, notamment dans les montagnes Ro-
cheuses, T. austriaca est une espèce banale des humus de forêts de conifères,
en Europe par contre, il est généralement indiqué comme rare sur des sols
humifères ou sur des rochers humides, bien pourvus en base ou calcaires, à
des altitudes assez élevées.
Dans le massif Central, d’après nos observations, il semble confiné à
des altitudes supérieures à 1000 m, le plus souvent sur des rochers (gros
blocs ou parois) volcaniques riches en bases (basaltes, andésites), exposés au
М ou NE, trés abrités et à enneigement prolongé.
Dans le cirque de Chaudefour (massif du Sancy), il occupe notamment
des faces subverticales de falaises ou de gros blocs de rochers frais à humi-
des couverts de bryophytes en tapis denses, parmi lesquels nous avons noté:
Amphidium lapponicum, Marsupella emarginata et Gymnomitrion coralloides,
vers 1000 m, ou encore, Amphidium mougeotii, Anomobryum julaceum,
Bartramia halleriana, Blepharostoma trichophyllum, Dichodontium pellucidum,
Distichium capillaceum, Gymnomitrion concinnatum, Lophozia heterocolpos et
Myurella julacea, vers 1540 m.
Prés du puy Brunet (Cantal), il a été relevé sur l'humus, dans un petit
suintement en contrebas d'une combe à neige, vers 1800 m, avec
Blepharostoma ` trichophyllum, — Lophozia obtusa, Lophocolea ` minor,
Jungermannia sphaerocarpa, J. pumila, Scapania aequiloba, Trichostomum
crispulum et Tritomaria quinquedentata.
Au rocher de Cruzet (Ardèche), il se développe optimalement sur une
paroi d'andésite humide, suintante ou éclaboussée, exposée au N, en compa-
gnie de Philonotis fontana, Lophozia heterocolpos, Plagiochila porelloides,
Mnium stellare, M. ambiguum, M. thomsonii, Tortula subulata, Bartramia
ithyphylla, Encaly; ciliata, Distichium capillaceum et — Drepanocladus
uncinatus; mais il s'installe aussi dans des suintements à Pinguicula vulgaris,
en compagnie de Bryum pallens, Dichodontium pellucidum, Brachythecium
rivulare, voire sur la terre fraîche, en compagnie de Nardia scalaris,
Pogonatum urnigerum et Lophozia heterocolpos, ou sur des faces de rochers
plus sèches, en compagnie de Hylocomium splendens, Pterygynandrum filifor-
Source : MNHN., Paris.
TIMMIA DANS LE MASSIF CENTRAL 217
me, Bartramia pomiformis, Barbilophozia hatcheri, Dicranum scoparium,
Neckera complanata, Porella platyphylla, etc. On remarquera, d'une manière
générale, l'abondance des espèces calciphiles ou calcicoles et des espèces des
combes à neige.
CONCLUSIONS
Lorsque l'on considère le nombre élevé de bryologues qui ont parcouru
les paradis bryologiques du massif Central, et en particulier de l'Auvergne,
depuis 1870, une douzaine d'échantillons de Timmia constituent un bien
maigre butin pour une genre dont une espèce au moins (T. austriaca) semble
assez répandue dans le massif du Sancy et dans les monts du Cantal.
On doit en déduire que ce genre, pourtant d'assez grande taille (3-7
cm), passe aisément inaperçu. De fait, tout particulièrement à l'état sec, les
Timmia, ressemblent à s'y méprendre à des Polytrichum. Mais à l'état humi-
de, l'appartenance au genre Timmia se reconnait d'un simple coup d'oeil à la
loupe: lamina bien développée, grossièrement dentée dans le tiers supérieur,
absence de lamelle sur la nervure. Au microscope, la coupe transversale de
la nervure est particulièrement caractéristique.
Bien que localement abondant, Timmia austriaca reste néanmoins un
taxon rare dans le massif Central et doit être recherché systématiquement
dans les nombreux biotopes analogues à ceux que nous décrivons, qui exis-
tent dans les parties élevées.
Timmia norvegica est extrémement rare dans la dition; faute de récolte
récente, son écologie n’a pu être précisée.
Enfin, l'existence de T. megapolitana subsp. megapolitana ou subsp.
bavarica dans le massif Central n'a pu étre confirmée.
BIBLIOGRAPHIE
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Source : MNHN. Paris
Cryptogamie, Bryol. Lichénol, 1990, 11 (3): 219-234 219
NOTE SUR LA PRÉSENCE DE SPHAGNUM FUSCUM
(SCHIMP.) KLINGGR. DANS LES PYRÉNÉES
ET SA REPARTITION EN FRANCE.
Robert GAUTHIER
Herbier Louis-Marie, Faculté des sciences
de l'agriculture et de l'alimentation, Université Laval,
Québec, Canada, GIK 7P4.
RESUME - L'histoire de la découverte de S. fuscum en France est retracée. Sa
répartition est présentée à partir des spécimens d'herbier. La redécouverte récente
d'une localité pyrénéenne a donné lieu à une étude de l'habitat actuel, de l'histoire de
l'installation et de l'évolution probable des populations de cette espèce dans les
Hautes-Pyrénées.
ABSTRACT - A history of the discovery of S. fuscum in France is presented togeth-
er with a distribution map drawn from herbarium specimens. The rediscovery of a S.
fuscum locality in the Pyrénées mountains has prompted the study of its habitat, the
history of its occurrence and the probable evolution of its populations within the
area.
INTRODUCTION
Le Sphagnum fuscum (Schimp.) Klinggr. compte parmi les quelques ra-
res éléments boréaux de la flore sphagnologique de France qui étaient
jusqu'à maintenant cantonnés dans les massifs montagneux des Vosges, du
Jura et du Massif Central. Les Pyrénées françaises, dont la flore
sphagnologique est toutefois peu connue, n'avaient en effet livré aucun de
ces éléments d'affinité surtout septentrionale. La redécouverte toute récente
de plusieurs stations de S. fuscum au coeur de la réserve naturelle du
Néouvielle dans les Hautes-Pyrénées, nous incita d'une part à réexaminer sa
répartition en France et, d'autre part, à tenter de fixer briévement son com-
portement et les conditions de son existence dans les Pyrénées.
Source : MNHN. Paris
220 R. GAUTHIER
RÉPARTITION EN FRANCE
Lamy de la Chapelle (1875) mentionne pour la toute première fois
l'existence de S. fuscum (sub S. acutifolium var. fuscum) en France, en Haute-
Vienne. Payot (1886) le signale dans le massif du Mont-Blanc en Haute-
Savoie. Toutefois, aucun échantillon d'herbier n'est jamais venu authentifier
ces mentions qui, en conséquence, ne peuvent étre retenues.
La première mention de la présence de S. fuscum en France
authentifiée par des échantillons d'herbier revient à Cardot (1886). Il signale
sa présence dans le Massif Central (Puy-de-Dôme), les Vosges et la Loire-
Atlantique. La station du marais de Logné prés Sucé en Loire-Atlantique est
aujourd'hui disparue. Touffet (1969) n'a pu y retrouver ni le S. fuscum, ni le
S. imbricatum, trés rare en France, qui s'y trouvait aussi autrefois en sa com-
pagnie.
Dans les Vosges et le Massif. Central, plusieurs autres localités furent
découvertes subséquemment de méme que dans la chaine du Jura. Dans le
Massif Central toutefois, les mentions de la présence de S. fuscum dans les
Monts-Dores par Chassagne & Denis 1927, Batisse 1930 et Lemée 1945 n'ont
pu étre retenues faute de spécimens justificateurs. Le tableau | montre la
progression de sa découverte dans les divers départements. Des mentions
inédites permettent d'ajouter cinq nouveaux départements, dont deux dans
les Alpes, à ceux déjà mentionnés auparavant.
Tabl. 1 - Progression par département de la découverte de Sphagnum fuscum
(Schimp.) Klinger. en France.
Département Localité Collecteur Publication
Puy- Pierre-sur-Haute Gasilien 2/04/1876 CARDOT 1886
Vosges Gerbamont Pierrat 12/09/1879 CARDOT 1886
Loire-Atlantique Sucé Camus 16/09/1882 CARDOT 1886
Cantal Puy Chavaroche Héribaud ?/ ?/1891 HÉRIBAUD 1899
Jura Lac de Bonlieu Hétier 71 2/1895 HÉTIER 1896
Doubs Bois de Bonnevaux Langeron 23/10/1899 LANGERON 1905
Ain Hauteville Girod 15/08/1907 DISMIER 1927
Isère Uriage Cortey 15/09/1918 Inédit
Lozère Nasbinals Allorge ?/ ?/1926 DISMIER 1927
Hautes-Pyrénées Néouvielle Chouard 06/08/1929 Inédit
Bas-Rhin Champ-du-Feu Hée 02/06/1933 HÉE 1936
Haute-Savoie Taninges Sarrassat 2/07/1937 Inédit
Loire Chalmazel Cuynet 03/07/1949 CHASSAGNE 1938
Haute-Loire Margérides Deschatres 10/09/1964 Inédit
Allier Lavoine Deschatres 7/09/1967 Inédit
Source : MNHN, Paris
SPHAGNUM FUSCUM DANS LES PYRÉNÉES 221
ин-ин
DS
Fig. 1 - Répartition de Sphagnum fuscum (Schimp.) Klinggr. en France.
Malgré le nombre élevé de départements oü il a été découvert, le S.
fuscum demeure cependant une espèce rare en France. De fait, c'est seu-
lement dans certaines portions limitées des départements du Jura, des
Vosges et du Doubs qu'il est assez fréquent. Dans les autres départements, il
reste confiné à quelques localités, voire méme à une seule localité dans plu-
sieurs d'entre eux. La répartition actuellement connue de S. fuscum en Fran-
ce est présentée à la figure 1. Cette carte a été confectionnée à partir des
seuls échantillons d'herbier examinés dont la liste se trouve en annexe.
Source : MNHN, Paris
222 R. GAUTHIER
Fig. 2 - Répartition de Sphagnum fuscum (Schimp.) Klinggr. dans la réserve naturelle
du Néouvielle, Hautes-Pyrénées, France.
Tabl. 2 - Dimensions des buttes de Sphagnum fuscum (Schimp.), Klinggr. adjacentes
au tributaire du lac de l'Île, Vallon d'Estibére, Hautes-Pyrénées.
n° Нашеш (ст) Surface(m2) Hauteur (em) Surface (m2)
Sphagnum fuscum est limité en France aux massifs montagneux ой il se
cantonne aux altitudes supérieures à 800 mètres. La station de la Loire-
Source : MNHN, Paris
SPHAGNUM FUSCUM DANS LES PYRÉNÉES 223
Atlantique maintenant disparue, fait cependant exception par sa situation au
voisinage du niveau de la mer. Cette tourbière constituait sans doute l'un
des derniers bastions de résistance des types de végétation à S. imbricatum
du domaine atlantique maintenant disparus suite à des changements climati-
ques majeurs. Les exigences édaphiques de S. fuscum et S. imbricatum étant
assez similaires, il n'est pas impossible que d'autres localités de 5. Juscum
aient pu exister autrefois sur le littoral atlantique.
En Belgique, S. fuscum est aussi une espéce rare, confinée au district
Ardennais (De Zuttere 1965, De Sloover & Demaret 1965, Schumacker & de
Zuttere 1980) alors qu'en Suisse, Amann (1933) affirme qu'il semble fréquent
et peut atteindre jusqu'à 2000m d'altitude. S. fuscum est aussi présent dans
quelques rares localités du nord de l'Italie (Bottini 1919) et a récemment été
découvert plus au sud dans la chaine des Apennins (Aita 1977).
La localité frangaise des Hautes-Pyrénées, éloignée de sa plus proche
voisine dans le Cantal d'environ 300km, constitue la limite méridionale de
l'aire de répartition de S. fuscum en Europe. Atteignant 2290m d'altitude,
elle est certainement l'une des plus élevées d'Europe.
RÉPARTITION ET HABITAT DANS LES HAUTES-PYRÉNÉES
L'observation de la présence de S. fuscum dans la réserve naturelle du
Néouvielle dans les Hautes-Pyrénées en 1987 nous incita à examiner les
échantillons d'herbier. Cet examen révéla que P. Chouard l'avait déjà récolté
au méme endroit en 1929 sans *outefois publier sa découverte.
Dans la réserve naturelle du Néouvielle, S. fuscum est principalement
localisé dans le vallon d'Estibére, à des altitudes s'échelonnant entre 2175m
aux lacs d'Anglade et 2290m aux lacs d'Estibére (Fig. 2). Un autre groupe
de stations a été observé plus au nord, dans le vallon de Gourguet à 2220m
d'altitude.
L'étiquette de l'un des échantillons de Chouard indique qu'il provient
du lac des Guits. Nous n'avons pu retrouver S. fuscum près de ce lac dont la
configuration des berges ne parait pas favorable à son installation. Il est
probable que l'échantillon de Chouard provienne plutót du lac de Gourguet
саг sur certaines cartes méme récentes, telle celle de Defos du Rau et alii
(1968), ce dernier lac porte le nom de lac des Guits.
Dans toutes les stations, S. fuscum forme des bombements ou buttes le
plus souvent nettement délimitées et de dimensions variables, pouvant at-
teindre presque 50cm de hauteur. Leur surface varie de quelques centimètres
carrés jusqu'à plus d'une dizaine de métres carrés (Tab. 2). La topographie
des buttes est souvent trés irrégulière et un bon nombre d'entre elles sont
éventrées par le piétinement des animaux domestiques.
Source : MNHN, Paris
Numéro des buttes
Localisation et date du relevé!)
Arbustes
Vaccinium myrtillus
Calluna vulgaris
Rhododendron ferrugineum
Vaccinium uliginosum
Empetrum nigrum ssp. hermaphroditum
Juniperus commur
Pinus uncinata
Herbacées
Nardus stricta
Carex fusca
Primula integrifolia
Pinguicula vulgaris
Potentilla erecta
Selaginella selaginoides
Scirpus cespitosus
Homogyne alpina
Caltha palustris
Selinum pyrenaeum
Carex brunnescens
Carex flava ssp. oederi
Saxifraga stellaris
Carex umbrosa
Luzula sudetica
Eriophorum angustifolium
Carex echinata
Trifolium alpinum
Huperzia selago
Juncus filiformis
Bartsia alpina
Parnassia palustris
Bryophytes et lichens
Sphagnum fuscum
Pohlia nutans
Dicranum Бопјеапії
Aulacomnium palustre
Cephalozia pleniceps
Cetraria islandica
Calliergon stramineum
Mylia anomala
Campylium stellatum
Cladina mitis
Drepanocladus vemicosus
Chiloscyphus pallescens
Dicranum scoparium
Homalothecium nitens
Lophozia cf. wenselii
Rhizomnium pseudopunctatum
Sphagnum russowii
Aneura pinguis
Oncophorus virens
Sphagnum papillosum
Cephaloziella subdentata
Odontochisma sphagni
Sphagnum inundatum
Sphagnum teres
Philonotis seriata
Scleropodium purum
Barbilophozia gracilis.
Hylocomium pyrenaicum
Cladonia pleurota
Rhizomnium punctatum
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Source : MNHN. Paris
SPHAGNUM FUSCUM DANS LES PYRÉN 225
Toutes les buttes de S. fuscum observées sont situées à proximité
immédiate de l'eau, que ce soient les eaux en mouvement des ruisseaux et
torrents ou les eaux calmes des lacs. Aux lacs d'Estibére en particulier, bon
nombre de buttes sont installées sur les rochers émergeant d'un ruisseau, for-
mant ainsi de véritables îlots surélevés au-dessus des eaux courantes qui les
entourent.
A proximité des lacs, les buttes sont le plus souvent disposées au bord
méme du lac, formant souvent dans les eaux du lac des avancées qui parfois
deviennent de véritables presqu'iles miniatures. Aux lacs d'Anglade, l'une
des buttes, détachée de la berge, est juchée sur les rochers au milieu de l'eau.
Le groupe le plus imposant de buttes de S. fuscum est situé à
l'extrémité nord-ouest du lac de l'Ile où une bonne douzaine ont été
observées. Leurs dimensions sont indiquées au tableau 2. Elles s'éparpillent
sur une vaste surface, formant un champ de buttes découpé par les bras du
torrent tributaire du lac de l'Ile.
A l'exception de celles isolées au milieu de l'eau, dans l'ensemble des
stations les buttes de S. fuscum forment des éminences au-dessus d'un gazon
humide de Nardus stricta. Les buttes étant elles-mêmes constituées d'une
masse de tourbe couverte de sphaignes, la végétation qu'elles portent s'appa-
rente à celle des tourbiéres à sphaignes. La végétation de neuf buttes a été
briévement examinée et les résultats apparaissent au tableau 3.
D'une façon générale, la végétation phanérogamique est surtout
constituée de plantes herbacées parmi lesquelles Nardus stricta et Carex fusca
sont de loin les plus abondames et les plus fréquentes. Elles sont trés sou-
vent accompagnées de Pinguicula vulgaris, de Scirpus cespitosus et de
Potentilla erecta. Peu nombreuses, les rosettes de Primula integrifolia sont le
plus souvent cantonnées à la base des buttes tout comme Caltha palustris. Le
plus souvent dissimulés parmi les autres plantes herbacées, quelques indivi-
dus de Selaginella selaginoides, Homogyne alpina et Selinum pyrenaeum appa-
raissent ici et là.
Parmi les arbustes, trois éricacées sont toujours présentes sur les buttes.
Ce sont Vaccinium myrtillus, Calluna vulgaris et Rhododendron Jerrugineum; ce
dernier représenté seulement par quelques pieds isolés alors que les deux au-
Tabl. 3 - Végétation des buttes de Sphagnum fuscum (Schimp.) Klinggr. du vallon
d'Estibére, réserve naturelle du Néouvielle, Hautes-Pyrénées, France.
1) A=Lacs d'Estibére, 1/VII/1987. B— Lacs d'Anglade, 3/VII/1987. C= Lac
de Gourguet, 28/VI/1988. D — Lac de l'Ile, 1/VII/1988. E= Lacs d'Estibére,
29/1X/1988. Ф = Espèce dominante ou co-dominante. x= Présence de l'espèce
sur la butte. + = Présence de l'espèce à la base seulement de la butte. .— Ab-
sence de l'espèce.
Source : MNHN, Paris
226 R. GAUTHIER
tres sont généralement plus abondants. C'est toutefois Empetrum nigrum ssp.
hermaphroditum qui arrive parfois à s'étaler sur les buttes pour finalement en
couvrir certaines portions d'un épais tapis.
A la strate muscinale, S. fuscum est toujours dominant, ne laissant que
très peu d'espace aux autres bryophytes. Seul Pohlia nutans arrive à croître
un peu partout à travers les populations trés serrées de S. fuscum.
Aulacomnium palustre se comporte de la méme facon mais sa fréquence sur
une méme butte est nettement inférieure à celle de Pohlia nutans. Les autres
bryophytes n'apparaissent qu'en colonies peu nombreuses de trés faible
étendue. Les autres sphaignes sont trés rares et réduites à de minuscules co-
lonies de quelques individus seulement.
Ce type de végétation diffère notablement de ceux reconnus ailleurs
auxquels participe S. fuscum, d'abord par l'importance prise par Nardus
stricta et Carex fusca, mais surtout par l'absence quasi-totale d'éléments
iurficoles boréaux. D'ailleurs, ceux signalés par Chouard (1933) dans les
Pyrénées-Centrales n'ont jamais pu être retrouvés sauf Potamogeton
praelongus (Dupias im litt). Seule la végétation de quelques buttes par-
tiellement couvertes d' Empetrum nigrum ssp. hermaphroditum pourrait s'appa-
renter au Sphagnetum fusci, facies à Empetrum nigrum signalé au Puy de
Montoncel (Loire) par Lemée (1945) mais incomplétement décrit. De plus,
l'absence quasi-totale d'autres espèces de sphaignes vient encore accentuer le
caractére tout à fait particulier de ce type de végétation (Luquet 1926,
Allorge & Denis 1927, Chassagne & Denis 1927, Batisse 1930, Royer et al.
1980, Schumacker & de Zuttere 1980, Tüxen 1980).
Cinq prélèvements d'eau permettent d'apprécier la nature des eaux cou-
rantes qui approvisionnent les buttes par la base (Tab. 4). Ils ont été
effectués le 29 aoüt 1988 et leur provenance est la suivante; n^ 1, Source à
l'ouest du premier lac d'Estibére; n^ 2, Ruisseau déversoir du premier lac
d'Estibére; n° 3, Torrent tributaire du lac de l'Ile parcourant le champ de
buttes; n° 4, Torrent déversoir du lac de l'Ile; n° 5, Ruisseau de la station de
S. fuscum en contrebas du col d'Aumar.
Les analyses révélent que les eaux courantes du vallon d'Estibére sont
légèrement alcalines; un milieu reconnu comme peu propice aux sphaignes.
En août toutefois, les eaux courantes ne sont pas en contact direct avec la
base des buttes; elles les atteignent par diffusion à travers le sol tourbeux.
Plus tót en saison par contre, la nappe phréatique est nettement plus élevée
(observations du ler juillet 1988) et la base des buttes est en contact direct
avec l'eau. L'abondance des eaux résulte de la fonte des neiges et, sans que
nous ayons de mesures à présenter, il est possible d'affirmer que la concen-
tration ionique est alors inférieure à celle mesurée en aoüt.
L'influence des eaux alcalines sur les buttes parait étre toutefois limitée
à leur base car la majorité des plantes des tourbiéres neutres ou alcalines
observées sur les buttes sont le plus souvent confinées à la base de celles-ci
Source : MNHN, Paris
SPHAGNUM FUSCUM DANS LES PYRÉNÉES 227
Tabl. 4 - Concentration en ions Ca++, Mg**, Na*, K* mesurée au
spectrophotomètre à absorption atomique Perkin-Elmer 2380 et pH des eaux
courantes du vallon d'Estibére, Hautes-Pyrénées.
Numéro de ^ Concentration ionique (ppm)
prélèvement Catt ^ Mg** Nat kt
691 001 095 0,16
4,70 0,01 0,74 010
457 001 0,78 0,07
5,20 002 0,80 013
245: 0061 14% 013
(Tab. 3). Enfin, mentionnons que les seules eaux franchement acides ob-
servées (prélèvement n° 3) coulent à travers la station qui comporte la plus
grande concentration de buttes de S. fuscum.
INSTALLATION ET MAINTIEN DES BUTTES DE 5. FUSCUM
Afin de connaître l'histoire de l'installation de S. fuscum dans le vallon
d'Estibére, un profil de tourbe a été réalisé au centre d’une butte de 35cm
de hauteur, située en marge du torrent tributaire du lac de Пе. L'analyse
de la tourbe a porté sur des blocs de 2cm? prélevés à chaque centimètre
d'épaisseur. Les résultats apparaissent à la figure 3.
Le profil révèle que la tourbiére a d'abord connu une première phase
infra-aquatique au cours de laquelle des sédiments riches en diatomées sont
venus colmater les interstices d'un champ de blocs (29cm de profondeur et
plus). Puis s'est installée la tourbière supra-aquatique dont les débuts sont
Surtout marqués par l'apparition immédiate de S. fuscum en compagnie de
Nardus stricta. La grande abondance de sédiments organiques fortement
décomposés entre 21 et 29cm de profondeur témoigne d'une étape sans dou-
te plutôt humide dans l'édification de la tourbiére supra-aquatique. L'étape
qui suivit et qui s'est maintenue jusqu'à aujourd'hui se caractérise par l'ex-
tension de S. fuscum auquel se sont joints Pohlia mutans et Calluna vulgaris,
favorisés par un isolement de plus en plus marqué de la nappe phréatique
suite à l'accumulation progressive de la tourbe. La croissance de 5. fuscum
en populations trés serrées n'est certainement pas étrangère à la nette dimi-
nution de Nardus stricta au cours de cette derniére étape.
Source : MNHN, Paris
228 R. GAUTHIER
Volume relatif (%)
9 19 2 æ 49 50 60 70 80 90 o
10 SPHAGNUM
FUSCUM
B
*oc«
5
Е 8]
£
B
& 2]
22]
E
24|
2]
ao)
32] Tourbe d'origine limnique
riche en diatomées, colmatant
les interstices d'un pierrier.
Fig. 3 - Répartition en volume des macrorestes végétaux d'un profil de tourbe mis à
jour dans une butte de Sphagnum fuscum (Schimp.) Klinggr. du vallon
d'Estibére, réserve naturelle du Néouvielle, Hautes-Pyrénées, France.
Une datation au 14C pratiquée sur un échantillon de tourbe compris en-
tre 26 et 29cm de profondeur a révélé que le début de la période supra-
aquatique, et donc de l'installation de S. fuscum sur ce site, date de 490-- 100
ans. Or, il est généralement reconnu que les éléments boréaux, dont fait par-
tie S. fuscum, présents dans les tourbiéres еп Europe méridionale, consti-
tuent des reliques des époques glaciaires. L'installation de S. fuscum sur le
site examiné étant beaucoup plus récente, force nous est de conclure que
Source : MNHN, Paris
SPHAGNUM FUSCUM DANS LES PYRÉNÉES 229
seul un renouvellement continuel des populations a permis à l'espèce de se
maintenir dans la région jusqu'à aujourd'hui.
Les buttes qu'on peut observer actuellement dans le Néouvielle ne sont
vraisemblablement que les survivants d'une période antérieure propice au
développement des tourbiéres qui fut suivie d'une autre marqué par une
forte érosion de la tourbe. Dans le profil (Fig. 3), le niveau supérieur de la
couche de tourbe d'origine limnique (29cm de profondeur) situé à 6cm au-
dessus de la surface du sol tourbeux entourant cette butte de 35cm de hau-
teur, laisse entrevoir qu'il y a eu érosion de la tourbe entre les buttes alors
que ces derniéres ont joué un róle protecteur de ces sédiments limniques.
Les buttes, isolées au milieu des torrents dont les crues périodiques em-
péchent toute accumulation de sédiments meubles à travers les pierres sur
lesquelles pourraient s'installer les sphaignes, constituent les meilleurs exem-
ples de reliques de tourbiéres antérieures. Les buttes de la périphérie des
lacs, qu'elles soient des flots, de minuscules presqu'iles ou des avancées dans
le lac, constituent elles aussi des survivants ayant résisté à l'érosion.
Un examen attentif de ces buttes révéle qu'elles sont dotées de moyens
de résistance à l'érosion. Elles sont couvertes d'une végétation serrée, notam-
ment de S. fuscum qui forme des populations particuliérement denses, of-
frant une grande résistance aux agents d'érosion. De plus, le tapis serré de S.
fuscum couvre les buttes jusqu'à la base, les protégeant contre l'action
érosive des crues ou des vagues. D'ailleurs la configuration en creux de la
marge des lacs sous les buttes témoigne de l'action érosive des eaux.
Les plaques de tourbe muse à nue par la mort locale de S. fuscum sont
Souvent colonisées par des hépatiques formant un feutrage trés serré qui
résiste bien à l'érosion. Enfin, l'absence totale de Polytrichum strictum qui,
selon Chassagne & Denis (1927) et Batisse (1930), détruit progressivement les
sphaignes, a sans doute contribué au maintien des buttes de S. fuscum.
C'est toutefois au piétinement des animaux domestiques que les buttes
de S. fuscum n'arrivent pas à résister. Plusieurs ont été éventrées et ce boule-
versement a favorisé l'expansion de Nardus stricta au détriment de S. fuscum
qui tolére mal l'asséchement de la tourbe exposée à l'air.
L'apparente résistance des buttes à l'érosion ne suffit toutefois pas à as-
surer la pérennité de S. fuscum dans le Néouvielle. Pour s'y maintenir, les
populations actuelles doivent ѕ'ассгойге et surtout y essaimer. Nos obser-
vations ne nous permettent pas d'affirmer que les buttes prennent de l'ex-
pansion quoique certaines possédent des flancs à pente douce qui laissent
croire que S. fuscum progresse latéralement. Il est toutefois certain que la
croissance annuelle des pousses de S. fuscum se poursuit et se traduit tout au
moins par un rehaussement, méme minime, des buttes. De plus, la sphaigne
est suffisamment agressive pour tout au moins recouvrer les surfaces laissées
nues auparavant par suite de sa mort locale ou encore pour enfouir une
Source : MNHN, Paris
230 R. GAUTHIER
touffe de Nardus stricta; deux phénomènes observés près de la surface au
moment du découpage du profil de tourbe décrit plus haut.
Au cours de l'été 1988, de nombreux sporophytes ont été produits par
quelques colonies aux lacs d'Estibére. Le 8 octobre, les capsules avaient
libéré leurs spores assurant ainsi la reproduction sexuée. De plus, quelques
colonies de S. fuscum d'installation récente ont été observées entre le champ
de buttes et le lac de l'Ile. De trés petites dimensions (quelques dm?), ces co-
lonies n'ont pas encore commencé à ériger des buttes; elles se situent au ras
de la surface de la tourbe environnante, à travers un gazon humide de
Nardus stricta, Carex fusca et Carex echinata oü les arbustes font prati-
quement défaut et où S. centrale et S. russowii se sont installés.
Les conditions écologiques propres à ce type de végétation sont appa-
remment favorables à l'installation et à la croissance des sphaignes, notam-
ment à celle de S. fuscum. Elles contribueront sans doute à assurer le renou-
vellement des buttes de S. fuscum, tout au moins dans la partie supérieure
du vallon d'Estibére.
CONCLUSION
Sphagnum fuscum, relique tardi-glaciaire en Europe méridionale, de-
meure confiné sur le territoire français aux tourbiéres des massifs
montagneux, à une altitude variant de 800 à prés de 3000 m. Méme s'il est.
présent dans une quinzaine de départements, S. fuscum reste une espéce rare
en France.
Dans la réserve naturelle du Néouvielle dans les Hautes-Pyrénées où il
atteint la plus haute altitude en France, 5. fuscum couvre des buttes situées à
proximité immédiate des cours d'eau et des lacs. La végétation de ces buttes
n'a pas son pareil ailleurs en France car il y manque les espèces turficoles
boréales, elles aussi reliques tardi-glaciaires tout comme le S. fuscum. De
plus, ce dernier est pratiquement la seule espéce de sphaigne présente sur ces
buttes.
A cause de leur morphologie, de leur situation et de la forte densité de
la végétation qui les couvre, les buttes paraissent avoir résisté à l'érosion qui
aurait fait disparaitre une bonne partie des tourbiéres dans lesquelles elles
auraient pris place à une époque plus favorable à l'accumulation de la
tourbe.
Ces buttes sont maintenant menacées par un nouveau type d'érosion
auquel elles ne peuvent résister: le piétinement par les animaux domestiques
qui les éventrent, mettant la tourbe à nue. L'asséchement qui s'ensuit profite
au nard au détriment de la sphaigne. Des mesures de protection des sites se-
raient souhaitables afin de sauvegarder cet élément floristique qui ajoute en-
core à la richesse de la réserve naturelle du Néouvielle.
Source : MNHN, Paris
SPHAGNUM FUSCUM DANS LES PYRÉNÉES 231
La production de spores observée à l'automne 1988 de méme que la
découverte de quelques populations de S. fuscum récemment installées avec
d'autres sphaignes dans une petite tourbiére à proximité du lac de l'Ile, nous
incitent à croire que le renouvellement des buttes de S. fuscum: pourra s'ac-
complir malgré l'hostilité apparente du milieu. L'étude de la croissance de
ces nouvelles colonies et des transformations que subissent les buttes à divers
stades de développement permettrait de jeter plus de lumière sur l'évolution
globale des populations de S. fuscum dans les Hautes-Pyrénées.
REMERCIEMENTS. - Des remerciements sincères s'adressent à M. le Profes-
seur L. Lacoste, Directeur du Laboratoire de Cryptogamie du Muséum National
d'Histoire Naturelle (Paris) qui a rendu possible la présente étude en accueillant l'au-
teur à titre de professeur associé аш Muséum et en guidant ses pas sur les sentiers
des Pyrénées. M. D. Lamy, documentaliste au méme Laboratoire n'a pas ménagé ses
efforts pour nous fournir une documentation pertinente; qu'il trouve ici l'expression
de notre sincére gratitude. L'auteur désire aussi remercier les personnes suivantes qui
ont activement participé à la réalisation technique de cette étude: Mme S. Fiset,
Mme M. Boivin et M. C. Roy de l'Herbier Louis-Marie de l'Université Laval; M. B.
Thouret du Laboratoire de Cartographie de l'Université Laval. L'auteur est aussi
reconnaissant à M. P. Boudier du Muséum de Chartres d'avoir procédé à la
détermination des échantillons de bryophytes.
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Source : MNHN, Paris
SPHAGNUM FUSCUM DANS LES PYRÉNÉES 233
Annexe: Liste des échantillons de 5. fuscum de France examinés.
La majorité de ces spécimens et les duplicata des récoltes de l'auteur sont
conservés au Laboratoire de Cryptogamie du Muséum National d'Histoire Naturelle
(Paris) (PC). Pour les autres cst portée l'indication de l'herbier où ils sont conservés.
Les acronymes utilisés sont ceux de Holmgren er al. (1981).
AIN - Marais du Vely prés Hauteville, 1050m, 15 VIII 1907, Girod.
ALLIER - Lavoine, massif du Montoncel, tourbiére de Leydir, ІХ 1967,
Deschatres.
BAS-RHIN - Champ-du-feu, 2 VI 1933, Hée.
CANTAL - Pente nord du Puy Chavaroche, 1891, Héribaud.
DOUBS - Bonnevaux, bois de Forbonnet, 24 VI 1977, Vadam (Herb. Vadam);
Tourbiére du bois de Bonnevaux, 850m, 23 X 1899, Langeron; Frasne, queue de
l'étang, 12 VII 1987, Vadam (Herb. Vadam); Eodem, tourbiére du Lotaud, 17 VII
1979, Vadam (Herb. Vadam); Lac des Pontets, 5 IX 1963, Bizot et al., ; Tourbière
de l'étang des Pontets-Reculfoz, 1000m, 17 IX 1953, Cuynet (Herb. Pierrot; PC); Les
Granges-Nardoz prés de Pontarlier, V 1987, Wattez (Herb. Wattez; QFA); Remoray,
tourbière de la Réserve, 26 VI 1978, Vadam (Herb. Vadam); Tourbière à 2,5km au
NE. de Malpas, 925m, 28 VII 1965, Cuynet (Herb. Jelenc; PC).
HAUTE-LOIRE - Margérides, tourbiére de Chenaileilles aux sources du
Pontajou, 10 IX 1964, Deschatres; Montagne de la Margéride, source de la Seuge,
1400m, 27 VIII 1978, Bonnot et al. (Herb. Bonnot; QFA).
HAUTE-SAVOIE - Taninges, Le Praz du Lys, VII 1937, Sarrassat (Herb.
Jelenc); Vállorcine, tourbière entre la route et la voie ferrée avant Le Buet, 25 VIII
1977, Boudier (Herb. Boudier); Eodem, tourbiére de la Poya, 1380 m, 6 VII 1960,
Bonnot (Herb. Bonnot).
HAUTES-PYRENEES - Lac des Guits (?), 6 УШ 1929, Chouard; Vallée
d'Estibére, lac sous Anglade, 15 VIII 1929, Chouard; Vallon d'Estibére, Lacs
d'Estibère, 2290m, 1 VII 1987 n° 8736 et 29 VIII 1988 n° 9406, Gauthier et Lacoste
(QFA); Eodem, 8 X 1988, Lacoste (QFA; PC); Eodem, lac de l'lle, 2280m, 1 VII
1987 n* 8750, 3 VII 1987 n* 8795, 29 VIII 1988 n* 9396, Gauthier et Lacoste
(ОЕА); Eodem, Ruisseau d'Estibére, 3 VIII 1987 no 8793 (2250m), no 8794 (2260m)
Gauthier et Lacoste (QFA); Eodem, marais sous le col d'Aumar, 2280m, 3 VIII 1987
n° 8779, Gauthier et Lacoste (ОРА); Eodem, lacs d'Englade, 2175m, 3 VII 1987 nos
8783, 8785, Gauthier et Lacoste (ОРА); Vallon de Gourguet, lac de Gourguet,
2220m, 28 VI 1988 n° 9247, Gauthier et Lacoste (ОКА).
ISERE - Le Marais, au-dessus d'Uriage, 15 IX 1918, Cortey (TL) [Exsiccata
n° 3274 de Ch. Duffour distribué par la Société Française en 1919 sous S. rubellum
Wils. var. flavum C.P. |,
JURA - Lac Belle-fontaine, 1895, Hétier; Lac du Boulu, 1895, Hétier;
Tourbiére de Bonlieu, 1895, Hétier; Grange Magnin, 1896, Hétier; Les Moussiéres,
IX 1901, Lingot; Eodem, IX 1902, Durafour; Tourbiére des Rousses, 1075m, 14 VI
1902, Hillier; Tourbière au S.-E. du lac des Rousses, 1058m, 15 IX 1953, Cuynet;
Tourbière à l'ouest du lac de Bellefontaine, 1093m, 16 IX 1953, Cuynet.
LOIRE - Les Bois-Noirs, Massif du Montoncel, tourbiére La Fayette à l'est du
Puy de Montoncel, 1100m, 15 VIII 1953, Cuynet (Herb. Bonnot; Herb. Pierrot;
РС); Eodem, St-Priest-la-Prugne, haute tourbière aux sources de l'Etui vers 1150m,
Source : MNHN, Paris
234 R. GAUTHIER
1964, Deschatres; Eodem, tourbière des Maucrous, sur le cours de l'Etui vers 1000m,
1964, Deschatres; Monts du Forez, Chalmazel, tourbière de la Saigne de la Morte,
1200m, 3 VII 1949, Cuynet; Eodem, 2 УП 1950, Cuynet; Eodem, 24 VII 1950,
Cuynet (Herb. Jelenc; Herb. Pierrot; PC); Eodem, 17 VII 1951, Cuynet; Eodem, 22
VII 1952, Cuynet (Herb. Bonnot; PC); Eodem, 23 VI 1962, Bonnot (Herb. Bonnot;
QFA); Eodem, VII 1950, Gaume (7); Eodem, tourbière de la Pigne, 1400 m, 4 УШ
1956, Cuynet (Herb. Bonnot; PC).
LOIRE-ATLANTIQUE - Marais de Logné prés Sucé, 16 et 17 IX 1882,
Camus; Eodem, 9 IX. 1891, Camus (Herb. Jelenc; PC); Eodem, 5 VI 1892, sans nom.
LOZERE - Margeride, environs de Nasbinals, tourbière entre le lac St-Andéole
et le lac Bord, 1926, Allorge.
PUY-DE-DÔME - Montagnes de Fayevie prés de Pierre-sur-Haute, IV 1876,
Gasilien; Eodem, 1886, Gasilien; Pierre-sur-Haute, 1600m, 10 VII 1884, Gasilien;
Eodem, 1500m et 1900m, 22 IX 1885, Gasilien; Monts du Forez, route de Lérigneux
à Saint-Anthéme, tourbiére au pied de la cote 1319, 1200m, 22 V 1952, Cuynet
(Herb. Pierrot; PC); Eodem, Baracuchet, 1320m, 22 V 1952, Cuynet; Eodem,
tourbière à l'ouest du col de Baracuchet, 1200m, 5 VI 1955, Cuynet (QFA; PC);
Eodem, versant ouest du Puy Gros, 19 X 1979, Boudier (Herb. Boudier); Tourbières
au Montoncel, 18 IV 1938, Chassagne (Herb. Jelenc; PC).
VOSGES - Gerbamont, tourbiére du Champátre, 12 et 16 IX 1879, VIII 1882,
16 IX 1883, Pierrat; Eodem, 30 VII 1884, Pierrat (Herb. Boulay; PC); Lac de
Lispach, 5 ХІ 1905, 05 ХІ 1911, 05 XI 1925, Henry; Eodem, 24 VII 1933, Gaume;
Eodem, 25 VII 1933, Bizot; Commune de Rupt-sur-Moselle, tourbiére de la Chaume,
900m, 23 VIII 1937, Balay; Tourbière de Gazon-Martin, 24 VIII 1913 et 1 УШ
1924, Henry; Eodem, 20 VIII 1948, Balay; Tourbiére du Tanet, 11 VII 1983, Boudier
(Herb. Boudier); Eodem, 5km au nord du col de la Schlucht, 1200m, 11 VII 1983,
Pierrot (Herb. Pierrot).
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 235-244 235
NOUVELLES LOCALITÉS DE SPHAGNUM MOLLE SULL.
N EUROPE MOYENNE. ÉTUDE PHYTOSOCIOLOGIQUE
COMPARATIVE AVEC LES STATIONS
NORD-ATLANTIQUES DE CETTE ESPÈCE
Serge MULLER: et Peter WOLFF**
* Laboratoire de Géobotanique, Institut National
Agronomique, 16 rue Claude Bernard, F-75231 Paris
Cedex.
** Richard Wagner-Str. 72, D- 6602 Dudweiler.
RÉSUMÉ - Après une revue bibliographique de la répartition de Sphagnum molle en
Europe (principalement en Allemagne et en France), les auteurs décrivent les
localités nouvelles où a été découverte par eux (dans un cas par H. Lauer) cette
espèce en Europe moyenne: Pays de Bitche (Lorraine) et région de Haguenau
(Alsace) en France, dépression tourbeuse palatino-sarroise en R.F.A. L'étude
phytosociologique de ces stations montre que Sphagnum molle est inféodé princi-
palement dans ces régions médiocuropéennes à des landes tourbeuses du Juncetum
squarrosi sphagnetosum compacti, groupement vicariant de l’ £ricetum tetralicis, au-
quel cette espèce est liée dans les régions atlantiques du Nord-Ouest de l'Allemagne.
ZUSAMMENFASSUNG.- Nach einer Übersicht der Literaturangaben über die
Verbreitung von Sphagnum molle in Europa (vor allem in Deutschland und
Frankreich) beschreiben die Autoren die neuen Fundorte, an denen sie (in einem
Fall: Н. Lauer) diese Art in Mitteleuropa nachgewiesen haben (Frankreicl
Land/Lothringen und Umgebung von Haguenau/Elsass; B.R.D.: Saarländisch-
Pfülzische Moorniederung). Die soziologische Analyse dieser Standorte zeigt, d
Sphagnum molle in diesem Teil Mitteleuropas ein Element torfiger Heiden ist, die
überwiegend zum Juncetum squarrosi sphagnetosum compacti gehören, Dies
Subassoziation ist als Vikariante des Ericetum tetralicis zu betrachten, an das diese
Art im atlantischen Nordwestdeutschland gebunden ist.
Source : MNHN, Paris
236 S. MULLER et P. WOLFF
INTRODUCTION: DONNÉES BIBLIOGRAPHIQUES SUR LA
RÉPARTITION DE SPHAGNUM MOLLE*
Sphagnum molle est une espèce à répartition euryatlantique, présente
dans les régions à climat océanique de part et d'autre du Nord de l'Atlanti-
que (Daniels & Eddy 1985). En Amérique elle apparait du Labrador à la
Floride. En Europe elle a été découverte dans les régions cótiéres de plaines
et basses montagnes allant du Nord de la Norvège jusqu'aux Pyrénées occi-
dentales. Quelques localités sont mentionnées dans des régions plus conti-
nentales, Finlande, Nord de l'Italie prés du lac de Cóme, Bohéme, etc.
(Podpera 1954).
En Allemagne, Sphagnum molle est assez répandu dans les plaines
côtières du Nord-Ouest, mais devient plus rare vers l'intérieur du pays où il
n'a été signalé que de quelques localités dans le Brandebourg (au Priegnitz
et en Basse-Lusace), en Bavière (prés de Memmingen), en Franconie et dans
le Haut-Palatinat (Paul 1931), ainsi qu'en Rhénanie (Düll 1980).
En France, le nombre de localité de Sphagnum molle est encore bien
plus limité. La présence de cette sphaigne a été mentionnée pour la première
fois avec certitude par Bureau et Camus (1896) dans la Montagne Noire
(Finistère), puis par Thériot et Monguillon (1899) dans la Sarthe. Elle a en-
suite été découverte par Dismier (1900) à la tourbiére de Jemnaufaing dans
les Vosges et par le méme auteur aux Aldudes dans les Pyrénées basques
(Dismier 1908), puis, en 1926, par Richard (in Cuynet 1946) au Puy Ferrand
dans les Monts Dores. Cette sphaigne a en outre été mentionnée récemment
de la tourbiére de Lispach dans les Vosges par Rastetter (1980). L'herbier du
Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris contient des échantillons
provenant de la plupart de ces stations. Des récoltes provenant de la Mon-
tagne Noire, de Jemnaufaing, des Aldudes et du Puy Ferrand ont ainsi été
revues en 1966 par le sphagnologue américain W.S.G. Maass qui a confirmé
leur détermination (mentions manuscrites sur les étiquettes). Pour d'autres
récoltes, et en particulier celles rapportées par leurs auteurs à la var.
limbatum, la confusion avec des espéces voisines est trés probable, le
Sphagnum molle var. limbatum Warnst. (= Sphagnum angermanicum Melin)
apparaissant en Europe strictement limité å la Scandinavie, dans les connais-
sances actuelles (Maass 1965, Daniels & Eddy 1985).
Le nombre de localités françaises de Sphagnum molle semble donc très
restreint, en particulier dans les régions à caractère continental. La descrip-
tion et l'étude phytosociologique de plusieurs stations nouvelles du Nord-Est
du pays et des territoires allemands voisins de la Sarre et du Palatinat
présentent donc un intérêt biogéographique évident.
* Nous avons suivi la nomenclature de Grolle (1983) pour les hépatiques, Corley et
al. (1982) pour les mousses et Oberdorfer (1983) pour les plantes vasculaires.
Source : MNHN, Paris
NOUVELLES LOCALITÉS DE SPHAGNUM MOLLE SULL. 237
DESCRIPTION DES STATIONS NOUVELLES
DÉCOUVERTES EN EUROPE MOYENNE (Fig. 1)
а) Pays de Bitche (Vosges du Nord). - Sphagnum molle n'avait jamais été
mentionné dans les travaux bryologiques relatifs à cette région de Schultz,
Hée, Koppe, Philippi, etc. (cf. Muller 1985). Nous l'avons observé pour la
première fois en 1976 au Katzenbruch sur le terrain militaire de Bitche à
TS, RHEINLAND-PFALZ [^
i MANNHÈIM
k E E
SAARLAND *'
"Homburg
SAARBRUCKEN
EON
Ga
s
^ 79 SS
Ee хуу,
\ KARLSRUHE
lies нк Б
D
í
У
= Haguenau
UE *
ALSACE
LORRAINE
STRASBOURG
10 Km
xxxxx frontiere franco-allemande
limite de régions
E ] zone de montagne
* station de Sph. mo££e
Fig. 1 - Localisation des stations nouvelles de Sphagnum molle en Europe centrale.
Source : MNHN. Paris
238 S. MULLER et P. WOLFF
une altitude de 280m dans une lande tourbeuse à Gentiana pneumonanthe
(Muller 1985). Des recherches attentives menées dans les années suivantes
dans le cadre de l'étude phytosociologique de la végétation de ce territoire
(Muller 1986) ont permis de le découvrir dans plusieurs landes tourbeuses
(Pfaffenbruch, Petit Hohguertel, Reihermoor, Katzenweïher, Frey-
buergerthal), toutes situées sur le terrain militaire de Bitche et subissant des
incendies fréquents*.
b) Région de Haguenau (Nord de l'Alsace). - A l'occasion d'études
phytosociologiques comparatives des landes du Nord de la plaine d'Alsace
avec celles du pays de Bitche (Muller 1989), Sphagnum molle a pu être
découvert еп 1982 dans une lande tourbeuse developpée dans la partie Est
du terrain militaire d'Oberhoffen près du lieu-dit "Bois Barbot”, à l'altitude
de 140m.
с) Dépression tourbeuse palatino-sarroise (R.F.A.) à des altitudes de 234m
а 240m. - L'espèce a été découverte ici pour la première fois par Н. Lauer
(їп litt) en 1970 au Kónigsbruch prés de Homburg (Sarre) dans une lande
humide, au contact avec des groupements du Sphagnion magellanici et des
Scheuchzerietalia palustris. Cette ancienne zone d'extension de tourbe est au-
jourd'hui asséchée et colonisée par Molinia et Calluna.
Par la suite, l'un de nous (P.W.) a pu découvrir dans la partie palatine
de cette région deux autres stations: la première à la lisére Nord du
Neuwoogmoor prés de Miesau, dans une lande humide, sur sable tourbeux à
pH 3.9, créée à la suite de travaux militaires de nivellement du sol; la
deuxiéme au Geissweiher prés 1e Landstuhl dans d'anciennes zones d'extrac-
tion de tourbe dominées par Calluna, Molinia, et Sphagnum papillosum.
ÉTUDE PHYTOSOCIOLOGIQUE DE CES LOCALITÉS NOUVELLES
Nous avons réalisé des relevés phytosociologiques dans les nouvelles
stations découvertes: les 9 premiers relevés (extraits du tabl. 22 de Muller
1986) proviennent des diverses stations du terrain militaire de Bitche, alors
que le relevé n°10 a été réalisé dans les environs de Haguenau et les n° 11,
12 et 13 dans la dépression tourbeuse palatino-sarroise (n^ll au
Kônigsbruch par H. Lauer, n°12 au Neuwoogmoor prés de Miesau et le n°
13 au Geissweiher prés de Landstuhl), régions où Sphagnum molle est tou-
jours bien plus localisé. Tous ces relevés, à l'exception du n* 13, sont
rassemblés dans le tabl. 1. Ce tableau a été rapporté au Juncetum squarrosi
Nordh. 1922 sous-ass. sphagnetosum compacti Burr. et Witt. 1974.
* Mr le Prof. R. Gauthier (Université Laval, Québec) a revu en juin 1988 des
échantillons en provenance du terrain militaire de Bitche et a confirmé l'identifica-
tion de Sphagnum molle.
Source : MNHN, Paris
NOUVELLES LOCALITÉS DE SPHAGNUM MOLLE SULL. 239
numéro des relevés SET S do PNE ы
surface des relevés (m?) во 20 40 1 2 2 6 120 2 4 Lag
recouvrement strate herbacée Во до до! so 3060 so 40 бо 40 бо | y 8
* — — strate muscinale 20 30 10| 20 4020 10 10 10 30 зо | 59
nombre total d'espèces 17 19 17! 12 818 12 10 14 14 22 31 [DE
car. du Juncetum squarrosi n
Juncus squarrosus TERA siig RE E E
Pedicularis sylvatica E 1 E nu
Gentiana pneumonanthe. 12 2] 1
Pokugata. &enpulLLíoLia. | a |>
diff. ss. ass. Sphagnetosum compacti !
П
Sphagnum compactum EE И
Sphagnum molle Re Ee EE El
Drosera AotundigoLia лит асу Ра "зүү
Ctadopodáekta. grancisci PAT ES “2 14 iv
Eriophorum vaginatum + ES + П
Sphagnum papillosum d а + [1
diff. var. à Vaccinium myrtillus !
Vaccinium myrtillus +e 1
Genista pilosa 12 + 12 "
diff. var. à Lycopodiella inundata 1
Lycopodiella inundata 23 ыт 12 « m |
Rhynchospora alba ge s П
Nardia scalaris + + E П
Drosera intermedia + + 1
Juncus bulbosus E 1
car. des Nardo-Callunetea | |
Calluna vulgaris HE
Салех piluligera Por E 1 + м + +3 | D
Potentébla erecta үү ЖГ! mox +2 24 | UI
transgr. des Scheuchzerio-Caricetea nigrae `
Polytrichum commune "ee etus 23 24 | M
Juncus acutiftonus ! ы эз all
Eriophorum angusti (oLium Ee 1 EI П
Салох echinata Ец H
Aulacomnium palustre. | #2 эз |1
A | |
Moginia caerulea 29 моз мз" сооз" A NIN
Betuła pendula (uv.) px + m ш
Pinus sylvestris Dee) +! + + v ol D
Betula pubescens (juv.) + + + + П
Sakix aurita (juv.) + ER v mg
Populus tremula (juv.) +] Y 1
espèces présentes dans 1 seul relevé :
rel. 1 Dactylonhiza macutata (ъл)
rel. Arnica montana (+) , Calypogeia sp. (+) , Luzula тир Еола (+)
Салех қилса (1).
I
rel. Festuca tenuifobia (+)
rel. Салех panicea (+1) , Quercus sp. (juv) (+)
ге]. Vaccinium u£igénosum (+)
rel. Gymnocolea in&£ata (12). Juncus effusus (ы)
rel.
Viola canina (+2) , Oxycoccos palustris (+) , Sphagnum tene££um (+3) ,
S. rubellum (+), S. subnitens (+) , Po£ytréchum фолто5ит (+3) .
rel 12: Agrostis canina (+2°) , Picea abies (јиу.) (с.л), Hupnum juttandicum (4,5) ,
Sphagnum Lescuii (2) `. S. palustre (+2) , Scapania 4лл4диа (хә),
Cephatozia bicuspidata (1.4) , Calypogeia gissa (ъз), PLeuxozium schreberi
(+3) , Pohtia nutans (+3) , Lycopodium clavatum (гл).
Tabl. 1 - Juncetum squarrosi sphagnetosum compacti.
Source : MNHN. Paris
240 S. MULLER et P. WOLFF
Parmi les espèces caractéristiques de l'association, Juncus squarrosus est
toujours trés régulier et assez abondant. Par contre Pedicularis sylvatica,
Gentiana pneumonanthe (écotype acidiphile) et Polygala serpyllifolia sont bien
plus disséminés.
Sphagnum molle constitue dans cette association un espèce
différentielle de la sous-association Juncetum squarrosi sphagnetosum compacti
(cf. Muller 1986, tabl. 23). Cette sphaigne y est régulièrement accompagnée
de Sphagnum compactum et de Drosera rotundifolia, ainsi que de
Cladopodiella francisci, hépatique rare qui semble liée à ce groupement dans
cette région. Sphagnum molle apparait fréquemment (rel. 4 à 12) comme
espèce pionniére dans des stades initiaux de reconstitution de la lande
tourbeuse aprés mise à nu du substrat tourbeux. ll s'y développe alors en
compagnie de Lycopodiella inundata et d'autres transgressives du Sphagno-
Rhynchosporetum. (Rhynchospora alba, Drosera intermedia..). Се caractère
d'espéce pionniére avait déjà été relevé par Dierssen (1972) dans le NO de
l'Allemagne.
Les deux derniers relevés du tableau (п°11 et 12), provenant de la
dépression tourbeuse palatino-sarroise, s'individualisent par la présence
d'Aulacomnium palustre et de Sphagnum papillosum (dans les deux relevés),
ainsi que de Sphagnum rubellum, S. palustre, S. lescurii, etc. (dans un relevé),
montrant ainsi quelques affinités avec le Sphagnetum papillosi.
C'est d'ailleurs à cette association du Sphagnetum papillosi Jonas 1932
que doit étre rattaché le relevé n*13, dont la composition floristique, établie
en 1975, est la suivante: Callun - vulgaris 4.4, Molinia caerulea 1.3, Eriophorum
angustifolium 1.3, Drosera rotundifolia +.2, Pinus sylvestris (juv.) r.l, Betula
pendula (germ.) r.l, Sphagnum papillosum 5.4, S. palustre 2, S. rubellum 1.3, S.
fimbriatum 13, S. molle +3, S. fallax +2, Hypnum julandiucm r2,
Calypogeia fissa r2, Cephalozia connivens r3. ЇЇ s'agit alors d'une
communauté du Sphagnetum papillosi en voie d'évolution vers une lande
tourbeuse. Cependant, aprés le gel des callunes au cours de l'hiver
1978/1979, la succession s'est orientée vers un groupement dominé раг 12
molinie.
Sphagnum molle avait également déjà été observé dans une association
du Sphagnion dans les Hautes-Fagnes (Belgique), en l'occurence une
communauté du Sphagnetum magellanici, dominée par Calluna vulgaris et
Empetrum nigrum (Schwickerath 1944: tabl. 10, rel. 7).
COMPARAISON AVEC LES AFFINITÉS PHYTOSOCIOLOGIQUES
DE SPHAGNUM MOLLE DANS LES RÉGIONS NORD-ATLANTIQUES
DE L'ALLEMAGNE
De nombreux relevés phytosociologiques de communautés à Sphagnum
molle dans le Nord-Ouest de l'Allemagne ont été publiés par Schumacher
Source : MNHN, Paris
NOUVELLES LOCALITÉS DE SPHAGNUM MOLLE SULL. 241
numéro des tableaux
nombre de relevés
=
a
eo
olm
12
espèces communes aux 2 groupements
Sphagnum molle
Sphagnum compactum
Drosera rotundigolia
Eriophorum vaginatum
Rhynchospora a£ba
Drosera intermedia
Sphagnum papiLtosum
Calluna vulgaris
Potentilta erecta
Mo£inia caerulea
Салех fusca
Hypnum jutéandéeum
Gentiana pneumonanthe
Eriophorum angustifolium
espèces diff. du Juncetum squarrosi et des Nardo-Callunetea
Juncus squarrosus
Pedicutaris sylvatica
Polygala serpytlifolia
Céadopodiella francisci
Салех pilulifera
Genista pilosa
Luzuta. тш ола.
Nardus stricta
Genista anglica
espèces diff. de l'Ericetum tetralicis et des 0rycocco-Sphagnetea
Erica tetralix
Trichophorum germanicum
Gymnocolea ingtata
Sphagnum tenellum
Odontoschisma sphagni
Narthecium 0554áAagum
Sphagnum mageLtanicum
Andromeda poLi4oLia
Муёќа anomala
Oxycoccos palustris
Kunzia pauciflora
У
ш Шш
еба
++<=
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п Ба ан
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EIER еве
Sem Si e с.
AN EH e
en rund eK
Е ЕР Lig on К
а Ре у
didi ж ivan
En£cetum tetraLicis
D "
moow»
Juncetum squarrosi sphagnetosum compacti (tabl.1)
: Schumacher, 1932, tabl. p. 23
: Dierssen, 1972, tabl. p. 148
: Jonas, 1935, tabl. p. 99-100, rel. 6 à 11
: Jahns, 1962, tabl. 1, col. a.
Tabl. 2 - Comparaison des relevés à Sphagnum molle du Juncetum squarrosi
sphagnetosum compacti de Y Europe moyenne et de ceux de I'Ericetum tetralicis
du NO de l'Allemagne.
Source : MNHN, Paris
242 S MULLER et Р. WOLFF
(1932), Jonas (1935), Jahns (1962), ainsi que Dierssen (1972) qui donne en
outre une synthèse sur l'écologie de cette sphaigne dans ce territoire.
Sphagnum molle y constitue une espèce caractéristique de l Ericetum
tetralicis, association de lande tourbeuse à répartition atlantique-
subatlantique.
Il apparaissait donc intéressant de comparer les cortèges floristiques des
communautés végétales à Sphagmum molle de nos stations nouvelles d'Europe
moyenne avec ceux de ces localités nord-atlantiques. Le tableau 2 présente
des listes synthétiques partielles établies à partir des relevés publiés par les
différents auteurs. Ce tableau met bien en évidence les cortéges d'espéces
communes et différentielles entre nos stations d'Europe moyenne et celles du
Nord-Ouest de l'Allemagne.
Dans les deux régions Sphagnum molle apparait comme une espéce typi-
que des landes tourbeuses à Sphagnum compactum, comportant également
Drosera rotundifolia, Eriophorum vaginatum, Calluna vulgaris, Molinia caerulea,
Potentilla erecta, ainsi que des espèces des Scheuchzerio-Caricetea fuscae
(Eriophorum angustifolium, Carex fusca, Rhynchospora alba,
Nos stations médioeuropéennes (col. A) se distinguent des localités
nordatlantiques avant tout par l'absence ou la grande rareté des espéces at-
lantiques caractéristiques de l'Ericetum tetralicis (Erica tetralix, Trichophorum
germanicum, Gymnocolea inflata, Sphagnum tenellum etc. …), ainsi que des
transgressives des Oxycocco-Sphagnetea. Elles s'individualisent également par
la présence d'espèces propres au Juncetum squarrosi et aux landes des Nardo-
Callunetea, comme Juncus squarrosus, Pedicularis sylvatica, Polygala
serpyllifolia, Carex pilulifera, Genista pilosa, ete. Les relevés de Schumacher
(col. B) présentent un caractère nettement intermédiaire entre les 2 unités et
correspondent vraisemblablement à une sous-association, Ericetum tetralicis
juncetosum squarrosi, déterminée par un assèchement et un compactage plus
importants de la lande tourbeuse atlantique.
CONCLUSIONS
La découverte de nouvelles stations de Sphagnum molle en Europe
moyenne à l'étage collinéen nous a permis d'y étudier ses affinités
phytosociologiques. Cette espéce, pratiquement toujours accompagnée de
Sphagnum compactum, y apparait inféodée principalement aux landes
tourbeuses du Juncetum squarrosi sphagnetosum compacti, groupement qui
remplace dans les régions subcontinentales U Ericetum tetralicis auquel cette
sphaigne est liée dans les régions nordatlantiques de l'Allemagne.
Sphagnum molle semble donc présenter une niche phytocénotique et
écologique trés étroite en Europe, ce qui pourrait expliquer, au moins en
partie, sa rareté.
Source : MNHN, Paris
NOUVELLES LOCALITÉS DE SPHAGNUM MOLLE SULL. 243
L'étude comparative des caractères phytosociologiques et écologiques.
des stations nord-américaines et européennes permettrait d'analyser dans
quelle mesure le fractionnement de son aire de répartition s'est accompagné
d'une différenciation phytocénotique et écologique des populations situées
de part et d'autre de l'Atlantique.
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ÉTUDE DE LA PAPILLOSITÉ DU LIMBE
P. BOUDIER
Muséum de Chartres, 12, rue St-Michel, F-28000
Chartres.
RÉSUMÉ - Fissidens kosaninii Latz. est signalé à Montlouis, Lussault et
Savonniéres (Indre-et-Loire). Une cartographie de cette muscinée est établie pour la
France. Une étude de la papillosité du limbe permet d'en préciser la nature: la
microscopie électronique à transmission permet de mettre en évidence de légères on-
dulations des parois cellulaires foliaires expliquant l'opacité ponctuelle décelable en
microscopie photonique.
ABSTRACT - Fissidens kosaninii Latz. has been recently collected in Montlouis,
Lussault and Savonnières (department of Indre-et-Loire, France). A map shows its
known distribution in France. A transmission electron microscopic study of leaf pa-
pillae has revealed the existence 01 very small undulations of the cellular walls which
elucidate the pinpoint opacity observed under the light microscope.
FISSIDENS KOSANINII LATZ. EN FRANCE
En compagnie de Mr F.Botté et de Mme O. Aicardi, nous avons par-
couru au printemps de 1988 les affleurements de craie turonienne situés dans
le village de Montlouis en rive gauche de la Loire, en amont de Tours
(Indre-et-Loire). Le site est fort pittoresque. En exploitant la craie, en creu-
sant des caves et en établissant des habitations troglodytiques dans la falaise,
l'homme a fortement influencé son environnement naturel. De ce fait, il a
créé de nombreux alfleurements crayeux qui ont particulièrement retenu no-
tre attention au cours de cette herborisation.
C'est dans un de ces biotopes d'origine anthropique que Fissidens
kosaninii Latz. a été découvert. Cette muscinée poussait sur les marches
usées, taillées à méme la craie, d'un viel escalier ombragé et humide, peu
fréquenté à l'heure actuelle. La plante était fructifiée et végétait étroitement
Travail réalisé au laboratoire de Cryptogamie Ultrastructurale de l'E.P.H.E.,
Muséum National d'Histoire Naturelle, 12 rue Buffon, F-75005 Paris.
Source : MNHN. Paris
246 Р. BOUDIER
e Localités anciennes
$ Stations nouvellement découver-
tes en Touraine
y
Carte 1 - Répartition en France de Fissidens Kosanini Latz., dans le quadrillage
UTM 20x20 km. (données anciennes d'après Bizot & Pierrot (1964) et Pierrot
& Rogeon (1974).
mélée au Tortula marginata (B., S. & G.) Spruce. Sur le terrain, nous pen-
sions avoir récolté Fissidens gracilifolius Brugg-Nann. & Nyholm
(Bruggeman-Nannenga & Nyholm in Nyholm 1986) (= Fissidens pusillus var.
tenuifolius Воџі:), espèce commune sur les affleurements crayeux que nous
rencontrons fréquemment en Eure-et-Loir en compagnie de T. marginata.
Lors de l'étude de notre récolte, nous avons été frappés par le port à sec de
notre Fissidens dont les tiges plus ou moins arquées avaient perdu leur as-
pect distique, les feuilles se courbant et devenant homotropes, leur surface
restant tendue sans plis ni rides tel que le décrivent Pierrot & Rogeon
(1974). Au microscope, la présence d'un limbidium faible et intralaminal
Source : MNHN, Paris
FISSIDENS KOSANINII EN TOURAINE 247
seulement dans la lame vraie liée à une légère papillosité du limbe permet de
conclure à la présence де F. kosaninii, détermination que confirma R.B.
Pierrot. Suite à cette découverte, Mme Aicardi a bien voulu réviser ses
récoltes de "Fissidens minutulus”. L'une d'elles est à rapporter au F. kosaninii.
La récolte a été faite dans les anciennes carriéres de Lussault sur un bloc de
craie turonienne. En cours de rédaction de cet article, Mme Aicardi nous
signale une troisiéme localité tourangelle qu'elle vient de découvrir dans le
village de Savonniéres en bordure du Cher, ой cette mousse a été découverte
“dans le grand escalier en pierre exposé au Nord.. voisinant avec le
Plagiomnium rostratum (Schrad.) T.Kop."
Fissidens kosaninii est une espéce européenne fort rare, connue de
Yougoslavie (Latzel 1931), de Hongrie (Vajda 1958), d'Espagne (Potier de la
Varde 1946) et de France (Bizot & Pierrot 1965; Pierrot & Rogeon 1974).
Pour la France, cette muscinée est connue de sept localités (carte 1):
- Charente-Maritime, Port d'Envaux (R.B. Pierrot, 1951, récolte n*607 et
n°607bis - UTM 10х10: XR 77).
- Charente-Maritime, Agonnaix (R.B. Pierrot, 1954, récolte n*54.052 - UTM
10х10: XR 78).
- Charente, Vieux-Ruffec (M.A. Rogeon, 1971, UTM 10x10: BL 99).
- Vienne, Brux (M.A. Rogeon, 1974, UTM 10x10: BM 82).
- Indre-et-Loire, Montlouis (P. Boudier, 1988, récolte n°1538-02 - UTM
10x10: CN 35).
- Indre-et-Loire, Lussault (O. Aicardi, 1987, UTM 10 x10: CN 45).
- Indre-et-Loire, Savonniéres (O. Aicardi, 1989, UTM 10x10: CN 14).
L'aire de répartition de F. kosaninii apparait constituée de populations
disjointes. Pierrot & Rogeon (1974) pensent pouvoir le classer dans le
cortège des méditerranéennes-atlantiques. П faut cependant remarquer sa
pénétration en Europe centrale (Hongrie) et sa localisation dans les zones
montagneuses pour les stations périméditerranéennes. Les stations
tourangelles pourraient bien correspondre à la limite Nord de l'espèce pour
les populations Ouest européennes. En effet, cette muscinée n'est pas connue
plus au Nord dans des secteurs bien visités comme l'Eure-et-Loir ou, plus
proche de la mer, la Haute-Normandie, secteurs pour lesquels l'espèce classi-
quement rencontrée sur les rochers crayeux est F. gracilifolius.
PAPILLOSITÉ DU LIMBE DE F. KOSANINII
La possibilité de disposer d'un matériel de qualité, nous a permis
d'aborder le probléme lié à la papillosité du limbe. En effet, F. kosaninii a
été décrit en 1931 par Latzel lequel ne fait nullement allusion à la papillosité
du limbe (cf. traduction in Pierrot & Rogeon 1974). Plus tard, Potier de la
Varde (1946) а décrit Fissidens valiae avec un limbe papilleux, que Bizot &
Pierrot (1967) ont mis en synonymie avec F. kosaninii en établissant , entre
autre, une faible papiliosité dam les échantillons types des ces deux espèces.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
FISSIDENS KOSANINII EN TOURAINE 249
Dans une étude des Fissidens de Grande-Bretagne, Corley (1980) écrit qu'il
ne lui a pas été possible de voir des papilles chez F. kosaninii, remarque
corroborée par Bruggeman-Nannenga (in Corley 1980). A partir des
échantillons tourangeaux, nous avons essayé d'appréhender ce qu'il en était
exactement.
En microscopie optique, il est possible de mettre en évidence une légère
papillosité qui apparait soit comme une ponctuation sombre (fig.3), soit
comme des points lumineux (fig.4). Sur coupe semi-fine, еп microscopie
photonique, quelques protubérances sont perceptibles localement (fig. 1, voir
fléches) mais il est difficile d'en apprécier avec justesse leur véritable nature
et origine. L'utilisation de la microscopie électronique à balayage (MEB)
s'est avérée délicate sur nos échantillons. En effet, si leur nettoyage par les
ultrasons est efficace pour éliminer les particules terreuses, cette technique
est totalement inopérante pour soustraire les micro-algues gélatineuses fixées
sur les feuilles, ce qui rend la lecture des documents difficile et discutable
(fig. 2). En microscopie électronique à transmission (MET) de légères ondu-
lations des parois cellulaires sont nettement visibles (fig. 5, 6 et 7). Elles af-
fectent l'ensemble de la structure et peuvent étre perques au niveau des
différentes stratifications pariétales. Le plus souvent, ces ondulations corres-
pondent à un surépaississement mais qui reste toujours faible (environ 10%
de l'épaisseur moyenne de la paroi).
Ces observations au MET permettent de mieux comprendre celles
réalisées en microscopie photonique. Ces ondulations liées à des
surépaississements ponctuels, créent des zones ayant une densité optique
légèrement différente du reste de la paroi. Aussi, suivant la mise au point du
microscope, suivant les divers montages optiques utilisés et les différents ty-
pes de traitement auxquels le matériel a pu être soumis (décoloration à
l'hypochlorite de soude dans le cas de la figure 4), ces ondulations seront
perçues soit comme des taches sombres soit comme des points luminescents.
Les parois cellulaires des feuilles de F. kosaninii présentent donc bien
une légére ornementation que Bizot & Pierrot (1967) ont décrit en des ter-
Fig. 1-4 - 1. Coupe transversale d'une feuille dans la lame apicale. Fléches:
a isées (Coupe semi-fine. Fixation à la glutaraldéhyde.
Imprégnation dans la résine Spurr. Coloration au bleu de toluidine) - 2. As-
pect générale de la feuille (MEB avec point critique. Matériel nettoyé aux
ultrasons) - 3. Vue générale du limbe en microscopie photonique avec mise au
point sur la paroi inférieure des cellules (Photo avec filtre interférenciel 5489 В
40) - 4. Vue générale du limbe en microscopie photonique avec mise au point
sur la paroi supérieure des cellules (Feuille décolorée à l'hypochlorite de soude.
Photo avec les filtres K3 et bleu). Abréviations: C: cellules du limbe;
nervure. Matériel: Montlouis (Indre-et-Loire), P.Boudier n°1538-02.
Source : MNHN, Paris
250 P. BOU DIER
Fig. 5-7 - 5. Coupe transversale de cellules foliaires en bordure du limbe - 6 et 1. Ра-
rois extérieures des cellules foliaires. MET. Fixation à la glutaraldéhyde. Dou-
ble contraste acétate d'uranyle et citrate de plomb. Abréviations: Cy:
cytoplasme; Pa: paroi cellulaire; P: plaste. Matériel: Lussault (Indre-et-Loire)
leg. Mme Aicardi.
Source : MNHN, Paris
FISSIDENS KOSANINII EN TOURAINE 251
mes imagés reflétant parfaitement nos observations: "la paroi de la cellule
(chez F. kosanini) ressemble à une plaine légèrement vallonnée où les
monticules ont des pentes peu marquées qui viennent insensiblement se rat-
tacher à la zone horizontale”.
CONCLUSION
Fissidens kosaninii, espèce connue seulement en Europe et pouvant être
considérée comme endémique européenne, se trouve étre localisé en France
dans le Centre-Ouest. Les stations tourangelles reconnues, situées dans les
environs immédiats de Tours, font remonter d'une centaine de kilomètres
plus au Nord sa répartition en France. Ces nouvelles localités pourraient
bien étre sur la limite Nord de l'espéce en France.
Les parois cellulaires du limbe de Fissidens kosaninii possédent de trés
faibles ondulations perceptibles en microscopie photonique. Ces observations
posent le probléme des limites à donner au terme de "papilleux" qui, pris
dans son sens large, correspond "à une ornementation de la surface des
cellulles; protubérances pleines souvent localement épaissies” (cf.
Glossarium polyglottum bryologiae, 1990).
Chez F. kosaninii, comme également chez de nombreuses hépatiques
(Jungermanniacées, Gymnomitriacées, etc.), cette papillosité se révèle dans sa
plus simple expression d'où la difficulté de perception du phénomène qui
reste fort tributaire de l'observateur et de la qualité de l'appareillage mis en
oeuvre, remarques déjà formu'^es par Boulay dès 1904 (cf. p.XXXIV). П
existe donc un domaine flou entre "le lisse” et “le papilleux” dont les limites
tiennnent plus de l'observateur que toutes définitions.
Si l'utilisation d'un vocabulaire approprié pour tenter d'exprimer les
différentes formes de papillosité, tel que le propose, par exemple, Boulay
(1904), semble une meilleure approche de la réalité, il n'en demeure pas
moins qu'aucun terme ne peut traduire ce passage insensible du lisse au
papilleux et pour certaines espéces le classement dans l'une ou l'autre
catégorie ne peut résulter, à l'appui d'observations précises, que d'un accord
des différents observateurs.
REMERCIEMENTS.- Nous tenons à remercier Mme Aicardi pour les геп
gnements qu'elle nous а aimablement communiqués. Que soient également remerciés
R.B. Pierrot qui a bien voulu vérifier notre matériel, М.А. Rogeon qui nous a fourni
des renseignements complémentaires pour l'établissement de la cartographie et M.
Abadie, directeur du Laboratoire de Cryptogamie Ultrastructurale de l'E.P.H.E.,
pour son aide à la réalisation de l'étude microscopique.
Source : MNHN, Paris
252 Р. BOUDIER
BIBLIOGRAPHIE
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Klincksieck. CLVIII + 224 + 9p.
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CORLEY M.F.V., Hon - The Fissidens viridulus complex in British Isles and Euro-
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Zentralbl, 2: 437-512.
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dans la Péninsule Ibérique par Mr et Mme Allorge. Rev. Bryol. Lichénol.
"19457 1946, 15: 30-39.
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Bryol. Lichénol. 27: 49-51.
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 253-254
D
©
FLORULE BRYOLOGIQUE DE MONTLOUIS
(INDRE-ET-LOIRE)
O. Aicardi (1) et P. Boudier (2)
(1) 109 avenue de Grammont, F-37000 Tours
(2) Muséum de Chartres, 12, rue St-Michel,
F-28000 Chartres
ABSTRACT - List of Bryophytes found on the chalky hillside of Montlouis (Indre-
et-Loire).
Le projet d'aménagement d'un sentier "troglodytique" traversant le vil-
lage de Montlouis (Indre-et-Loire), a suscité un premier travail d'inventaire
floristique en vue d'une meilleure connaissance des biotopes intéressants et
d'une meilleure prise en compte des richesses biologiques du site. Une
journée a été consacrée à l'étude de la bryoflore des coteaux de Montlouis.
Certes, cela est trop court pou. établir un inventaire exhaustif, mais suffisant
pour permettre d'apprécier la richesse globale du site. La Bryoflore de
l'Indre-et-Loire étant encore mal connue, il nous a semblé intéressant de pu-
blier la liste des espéces observées durant cette herborisation dans l'espoir de
créer chez les bryologues un plus grand intérét pour cette région du val de
Loire.
La nomenclature suivie est celle de Corley et al. (J. Bryol. 1982, 11
609-689) et Grolle (J. Bryol. 1983, 12: 403-459)
Localisation et liste des espèces récoltées
Toutes les stations visités se situent dans la localité de Montlouis,
U.T.M. 10x10:CN 35.
- Dans une vigne, sur le plateau, sol sableux avec Veronica triphyllos L.
et Holosteum umbellatum L.:
Sphaerocarpos michelii, Riccia sorocarpa.
- Chemin de Montaigut:
+ falaise crayeuse: Didymodon acutus, Barbula unguiculata.
Source : MNHN, Paris
254 О. AICARDI et Р. BOUDIER
+ mur humide avec des touffes d'Asplenium scolopendrium L.: Amblystegium
serpens, Barbula convoluta var. sardoa B.,S.& С. (vid. R.B. Pierrot), Didymo-
don vinealis subsp. vinealis, Leptobarbula berica (det. R.B. Pierrot), Zygodon
baumgartneri;
+ escalier peu fréquenté, creusé dans la craie: Barbula unguiculata, Cir-
riphyllum crassinervium, Fissidens kosaninii (vid. R.B. Pierrot), Tortula margi-
nata, Rhynchostegiella tenella.
- Chemin troglodytique:
+ sur un mur humide au Nord: Cephaloziella baumgartneri, Didymodon rigi-
dulus, Tortula marginata;
+ sur le sol du chemin: Barbula unguiculata, Didymodon luridus, Didymodon
vinealis subsp. vinealis, Hypnum cupressiforme, Tortula muralis;
+ sur un rebord de falaise humide: Scleropodium cespitans;
+ sur un mur ensoleillé: Pseudocrossidium revolutum.
- Vigne abandonnée sur le plateau:
+ sur le sol: Pseudocrossidium hornschuchianum:
+ sur un cep de vigne: Leucodon sciuroides.
- Falaise crayeuse surplombant la cave coopérative viticole: Bryoerytro-
phyllum recurvirostrum, Gyroweisia tenuis, Seligeria pusilla.
- Bois à l'entrée Est du village, le long du GR3, à la rupture de pente
du plateau:
+ sur le sol: Plagiomnium undulatum, Rhytidiadelphus triquetrus, Scleropodium
purum;
+ sur le tronc d'un chêne: Orthotrichum affine, О. striatum.
Aucun travail de synthése n'existant pour l'Indre-et-Loire, il n'est pas
possible d'apprécier la rareté relative de nos récoltes. Cependant d'après les
données de l'un de nous (O.A.), certaines espèces semblent rares pour la di-
tion. Ce sont notamment Fissidens kosaninii (cf. article de Р. Boudier, dans
le présent fascicule), Leptobarbula berica, Gyroweisia tenuis, Seligeria pusilla et
Bryoerytrophyllum recurvirostrum.
Dans ce relevé, il faut également remarquer l'importance des espéces
appartenant au cortège des méditerranéennes sensu lato. Ce sont Leptobar-
bula berica, Barbula convoluta var. sardoa, Didymodon vinealis subsp. vinealis,
D. luridus, Pseudocrossidium hornschuchianum, P. revolutum, Gyroweisia tenuis,
Tortula marginata, Fissidens kosaninii, Zygodon baumgartneri, Rhynschostegiel-
la tenella et Cephaloziella baumgartneri.
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 255-266 255
LA FLORE BRYOLOGIQUE DES ENVIRONS DE
SIERCK-LES-BAINS (LORRAINE) ET SON INTERET
PHYTOGÉOGRAPHIQUE
Jean WERNER*
32, rue Michel Rodange, L-7248 Bereldange (G.D.
de Luxembourg).
ABSTRACT - The bryophyte flora of the surroundings of Sierck-les Bains, situated
at the border between France, Germany and Luxembourg has been studied. The oc-
currence of some rare or poorly known taxa is discussed; Rhychostegiella jacquinii
Seems to be new to Lorraine, as well as, apparently, Bryum klinggraeffii and B. rude-
rale; R. jacquinii is even new to France. A total number of 221 taxa have been ob-
served. A phytogeographical study of both calcicolous and silicolous floras is pre-
sented.
RÉSUMÉ - La flore bryologique des environs de Sierck-les-Bains, à la frontière
franco-germano-luxembourgeoise, a été explorée. Un commentaire est consacré aux
taxons rares ou méconnus; Rhynchostegiella jacquinii semble nouveau pour la
Lorraine, de méme que, vraisemblablement, Bryum klingraeffü et B. ruderale; К.
jacquinii est méme nouveau pour la France. Au total 221 taxons ont été observés. Le
travail s'achève par une ventilation phytogéographique des deux flores de bryophytes
(l'une calcicole et l'autre silicicole) de Ia région.
INTRODUCTION
La région pittoresque de Sierck-les-Bains, située dans la vallée de la
Moselle à proximité des frontières luxembourgeoise et allemande, avait déjà
attiré l'attention des botanistes (not. Haffner 1982). Parent (1985) trace un
tableau rapide des richesses scientifiques de la région qui est bien connue
pour ses orchidées (Montenach!). Quelques bryologues l'ont également
visitée au XIXe (Friren 1908), dans la première moitié du XXe siècle
(Koppe 1943) et tout récemment (Werner 19852).
Au cours des derniéres années nous avons tenté d'y inventorier de
facon aussi compléte que possible la végétation bryophytique. Nous consa-
crerons d'abord un commentaire floristique à quelques découvertes récentes
non publiées d'espéces rares ou méconnues en Lorraine. Nous examinerons
Source : MNHN, Paris
256 J. WERNER
ensuite la flore bryologique de la région, principalement sous l'angle
phytogéographique. La liste compléte des taxons observés est jointe en an-
nexe.
Quelques précisions méthodologiques et introductives s'imposent au
préalable:
a) Nous n'avons eu accès qu'à un seul des herbiers anciens (Koppe,
DUIS), ce qui nous a permis tout de méme de confirmer la présence du rare
Bryum funckii. Comme la quasi totalité des espèces citées par Friren (1908)
ont été revues récemment, nous avons tenu compte de toutes ses obser-
vations, en écartant toutefois Drepanocladus fluitans, espéce pour laquelle le
biotope adéquat ne semble pas exister dans la région.
b) Le périmétre de nos recherches déborde en deux endroits sur le ter-
ritoire allemand (au Hammelsberg-nord) ou luxembourgeois (au Stromberg-
nord, Werner 1985b, 1986, 1988), alors qu'il s'agissait d'examiner l'ensemble
d'une région naturelle. Nos recherches se sont concentrées particulièrement
sur les collines du Stromberg et du Hammelsberg (anciennes carrières, pe-
MERS ONSCHENGEN BRD
GS
х= T
HAMMELSBERG
APACH M'WEILLER o
SCHLEWENBERG
A
CONTZ
©
STROMBERG
© KIRSCH
RETTEL FRANCE 08
SIERCK DIABLE
MARIENFLOSSE
ALTENBERG A
337
ESSEN Prin
0 1 2 km
PALMBUSCH
Fig. 1. - Carte schématique des environs de Sierck-les-Bains (France, Moselle); les af-
fleurements de quartzite dévonien sont indiqués en grisé.
Source : MNHN, Paris
BRYOFLORE DE SIERCK-LES-BAINS 257
louses calcaires, vignobles, forêt de ravin), les environs immédiats de Sierck
(forêts, vergers, milieux rudéraux), la vallée de Sierck à Montenach (rochers
en forêt, cours d'eau), la vallée du ruisseau d'Apach (éteules, rochers
ombragés, murets, ravins, arbres isolés), les hauteurs à l'ouest et au sud de
Contz-les-Bains (vignobles, broussailles) et les environs de Rettel (ravin,
bord de la Moselle) (carte, fig. 1).
с) Quelques informations géologiques et morphologiques sur la région
figurent dans Haffner (1982) et Werner (1985а). L'alternance de couches
siliceuses (quartzite de Sierck) et calcaires (Muschelkalk) a des répercussions
intéressantes sur la flore bryologique, comme nous le constaterons plus loin.
d) Le mésoclimat de la région a été esquissé par Haffner (1982). En
complétant ces données avec les cartes climatiques du G.D. de Luxembourg
(Faber 1971), nous pouvons faire état, pour le fonds de la vallée, de
températures moyennes relativement élevées (environ 10°С), de précipitations
modérées (autour de 700mm/an) et de jours de gelée assez peu nombreux, ce
qui se traduit e.a. par une viticulture prospére. Nous ne disposons malheu-
reusement d'aucune information sur les inversions de températures dans les
vallées.
€) Les espéces rares ou critiques ont été consignées dans l'herbier de
lauteur; les autres ont été notées sur une check-list (y compris une liste
dressée avec le concours de MM. Haffner, Mues et Sauer au site du
Hammelsberg). MM. Hans et Mues ont mis à notre disposition leurs obser-
vations au Palmbusch prés de Rettel.
COMMENTAIRE FLORISTIQUE: ESPÉCES RARES OU MÉCONNUES
Hépatiquest)
Anastrophyllum minutum - Cette hépatique boréomontagnarde
acidophile a été trouvée en abondance sur une paroi de quartzite ombragée
à Sierck-Marienflosse (leg. Werner 4388, 20.2.1988).
Cephalozia bicuspidata var. lammersiana (Hüb.) Breidl. - Ce taxon,
caractérisé e.a. par des cellules corticales de la tige beaucoup plus longues
que chez la variété type, n'avait pas encore été signalé en Lorraine
extravosgienne. Nous l'avons récolté sur une paroi de quartzite ombragée, à
Sierck-Marienflosse (leg. Werner 588-5, 5.5.1985).
(1) Nomenclature selon Grolle (1983) pour les hépatiques et Corley et al. (1982)
pour les mousses.
Source : MNHN, Paris
258 J. WERNER
Lejeunea ulicina - On ne s'attendait pas à trouver cette minuscule
hépatique subocéanique au milieu d'un paysage viticole! Elle a été récoltée
en fait dans un vallon étroit, à forte humidité, fameux pour sa végétation de
buis (le Palmbusch près de Rettel, Parent 1980). Sa présence illustre l'im-
portance des microclimats en bryologie (leg. Mues 8.5.1985, herb. Werner
3442). L. ulcina a également été trouvée en abondance sur des rochers de
quartzite, situés dans une forêt au sud-est de Merschweiller; l'écologie est ex-
ceptionnelle pour cet épiphyte presqu'obligatoire (leg. Werner 4489, 7.1988).
Lophozia bicrenata - Déjà observée par Friren (1908), cette hépatique a
été récoltée récemment sur un mur de grès bigarré, prés de Rettel (leg. Hans
9.1988).
Mousses
Ата rigida - Nous avons observé deux fois ce bryothérophyte
thermophile sur le versant sud du Stromberg: sur un rebord de dolomie du
Muschelkalk (leg. Werner 3274/1, c.sp., 11.1984) et sur de petits rochers de
grès à Voltzias (Buntsandstein), le long de la route de Contz vers Schengen.
Bryum funckii - Le matériel récolté par Koppe (1943) il y a près d'un
demi-siécle correspond vraiment à cette espéce rare en Europe occidentale,
parfois confondue avec B. bicolor (leg. Koppe 21.7.1941; herb. Koppe
(DUIS), teste К. Demaret (B-Meisc). Nous l'avons cherché en vain au
Stromberg; l'exploitation plus intensive des vignobles a sans doute
profondément altéré le milieu uepuis quelques décennies.
Bryum klinggraeffii, Bryum ruderale - Ces deux petites espèces du com-
plexe erythrocarpum n'ont pas encore à notre connaissance été signalées en
Lorraine. La première a été trouvée au Hammelsberg-nord (leg. Haffner,
Sauer, Mues & Werner, 1985), et à Haute-Apach (leg. Werner 4354, 1.1988,
c.sp.). B. ruderale a été trouvé dans le site xérique du Hammelsberg-sud
(leg. Werner 827-3, 2.1986).
Didymodon acutus - Cette espèce caractéristique des pelouses calcaires
ouvertes (en Lorraine, comme au Luxembourg et dans l'Eifel, selon nos ob-
servations) a été trouvée au Hammelsberg-sud (leg. Werner 3655, 2.1986).
Distichium capillaceum - Récolté sur un rocher calcaire du vallon de
Palmbusch (Rettel, leg. Hans 8.1988).
Ephemerum recurvifolium - Rare en Lorraine (Bizot & Gardet 1934), cet-
te minuscule mousse à protonéma persistant est en fait méconnue et passe
facilement inaperçue. Nous l'avons récoltée dans une éteule sur sol calcaire
lourd, entre Apach et Manderen, en exposition nord (leg. Werner 951-1,
1.10.1988). F. Hans (comm. pers.) vient de la découvrir plusieurs fois en
Sarre voisine. Ephemerum serratum (stérile) se trouvait dans la méme éteule.
Source : MNHN, Paris
BRYOFLORE DE SIERCK-LES-BAINS 259
Eurhynchium pumilum - Friren (1898) ne signale qu'une seule localité de
cette mousse pleurocarpe calcicole, alors que Bizot et Gardet (1934) ne la
mentionnent pas. Nous l'avons recueillie sur le sol forestier argileux, enrichi
en carbonate de calcium par les eaux de ruissellement, à Sierck-Marienflosse
(leg. Werner 3432, 5.1985). Elle a également été observée en terrain calcaire,
au ravin du Diable prés de Kirsch.
Grimmia decipiens - Malgré les modifications du site intervenues depuis
un siècle, ce rare Grimmia existe toujours, sur un pierrier, à Sierck-
Marienflosse, où il avait été signalé par Friren (1908) (leg. Werner 4393,
2.1988).
Paraleucobryum longifolium - Sur des blocs de quartzite à Merschweiller
(leg. Werner 4491, 7.1988).
Phascum curvicolle, P. floerkeanum - Ces deux bryothérophytes
subméditerranéens ont été récoltés sur le versant sud du Stromberg.
L'élargissement récent du chemin conduisant vers une ancienne carrière de
calcaire dolomitique a créé un biotope pionnier favorable à ces espèces
fugaces (leg. Werner 913-1, 11.1987, t. F. Hans). Pterygoneurum ovatum, une
autre mousse annuelle, était également présente. Ces trois espèces seraient
rares en Lorraine (Bizot & Gardet 1934); P. floerkeamum en particulier n'y
avait été signalé qu'une fois (à Hombourg l'Evéque, Friren 1902). Au cou-
rant de l'automne 1988, nous l'avons encore observé dans une éteule entre
Apach et Manderen (leg. Werner 4596, 10.1988).
Pleurochaete squarrosa - La découverte de quelques brins de cette mous-
se terricole xérophile (au Hammelsberg-sud, leg. Werner 4395, 2.1988), com-
mune dans les régions méditerranéennes, а une signification
phytogéographique intéressante. Ce site est l'un des "missing links” entre le
Sud de la Lorraine, où l'espèce était connue prés de Nancy (Bizot & Gardet
1934), et la Rhénanie (Düll 1980). Ajoutons que nous l'avions aussi
découverte à Metz en 1985. De même que pour plusieurs plantes
supérieures, telles que le buis (Parent 1980), la vallée de Moselle a servi de
couloir d'expansion à de nombreuses bryophytes méridionales.
Rhynchostegiella curviseta - Avec le concours de F. Hans, cette mousse
subméditerranéenne-océanique fit l'objet de recherches attentives; elle a été
découverte d'abord au Palmbusch (Rettel), sur les pierres calcaires d'un ruis-
seau ombragé, à sec pendant l'été (leg. Hans, 8.1988, herb. Werner 4560)
C'est là l'écologie-type d'une mousse davantage méconnue que rare. La
premiére observation pour la Lorraine avait été faite par Hans (1987) dans
la vallée de Nied française. К. curviseta a encore été récolté à l'est de Kirsch
au ravin du Diable, dans un site semblable au précédent (leg. Werner 4595,
22.10.1988, c.sp.!).
R. jacquinii - Kirsch, ravin du Diable (leg. Werner 4600, 29.10.1988, c.
sp.! det. К. Düll (Duisburg).
Source : MNHN, Paris
260 J. WERNER
Trouvée, comme l'espèce précédente, sur des pierres calcaires humides
et ombragées, cette bryophyte avait d'abord été attribuée à R. teesdalei,
espèce non distinguée de R. curviseta par maints auteurs du XIXe siècle. La
nervure percurrente et les cellules relativement allongées (cf. Düll 1986) nous
causèrent des doutes et R. Düll confirma notre supposition qu'il s'agissait en
fait de R. jacquinii, espèce nouvelle non seulement pour la Lorraine, mais
également - semble-t-il - pour la France. Elle possède une répartition
subocéanique-subméditerranéenne en Europe et a été signalée e.a. en Alle-
magne fédérale (Düll 1985). Le traitement taxonomique de ces deux espèces
très voisines n'est pas encore très clair (Düll, comm. pers.).
Seligera recurvata - Récolté sur la face nord du Hammelsberg, en terri-
toire sarrois, sur des pierres calcaires (leg. Haffner, Sauer, Mues & Werner
4481, 1985, c. sp.).
Weissia brachycarpa, W. longifolia - Pottiacées thermophiles et calcicoles
récoltées au Hammelsberg-sud (pelouse calcaire) (leg. Werner 4390, 2.1988).
La première de ces espèces a également été récoltée en terrain quartzitique,
sur un remblai de carrière bien ensoleillé (leg. Werner 4737, 3.1989).
Weissia condensa - Cette espèce thermophile subméditerranéenne
caractérise les versants sud abrités de la vallée de la Moselle, en terrain
calcaire. Récolté au Hammelsberg-sud par Mues (1985, stérile; ibid. leg.
Werner 4389, 2.1988, c.sp.!).
Pour le commentaire d'autres espèces rares, telles que Cinclidotus
mucronatus et C. fontinaloides, Campylium stellatum var. stellatum et Grimmia
laevigata nous renvoyons à Werner (1985a). En ce qui concerne la derniére
espéce - exceptionnelle en terrain calcaire - nous avons soumis le matériel à
notre collégue A. Sotiaux qui confirma la détermination.
Une dernière précision floristique s'impose: Gymnostomum aeruginosum,
à Schengen (De Zuttere & al. 1985), est en réalité Didymodon tophaceus (rev.
T. Arts 1990).
LES DEUX FLORES BRYOLOGIQUES DE LA RÉGION ET LEUR
INTÉRÊT PHYTOGÉOGRAPHIQUE
Les bryoflores calcicole et silicicole
En totalisant les bryophytes énumérées en annexe, on arrive à 221
taxons (29 hépatiques et 192 mousses) dont, il est vrai, 13 n'ont plus été re-
vus récemment. Voilà une flore bryologique trés riche pour un territoire
prospecté de l'ordre de 50km? ! Il est frappant, d'autre part, que le nombre
des hépatiques soit relativement faible.
Une premiére explication vient à l'esprit: La région étudiée a été for-
tement marquée par l'intervention humaine au cours des siècles. Beaucoup
Source : MNHN, Paris
BRYOFLORE DE SIERCK-LES-BAINS 261
de sites pionniers artificiels ont été créés, tels que murets de vignobles,
carrières désaffectées, cultures diverses, talus de routes, etc... La pollution de
leau et de l'air, par contre, est restée modérée. La destruction de la
végétation primaire a en outre favorisé l'introduction de maintes mousses,
souvent xérophytiques, au détriment des hépatiques (cf. Adamek 1984).
Une deuxième explication tient au climat qui offre une certaine
diversité du fond de la vallée jusqu'aux plus hautes collines. Le climat rela-
tivement sec et doux défavorise les hépatiques d'une manière générale.
La cause déterminante de cette richesse floristique nous semble cepen-
dant provenir, avant tout, de la diversité des substrats géologiques et de
lexistence, en particulier, de deux flores bryologiques bien distinctes,
associées en mosaique:
- une flore silicicole sur les affleurements nombreux, mais peu étendus,
des quartzites de Sierck (Taunusquartzit, Dévonien supérieur);
- une flore calcicole dans tout le reste de la région, et plus
particuliérement sur les affleurements du Muschelkalk supérieur dont les ro-
chers (naturels et artificiels!) portent une couverture de bryophytes trés riche.
Sont également calcaires (ou riches en bases) les marnes jurassiques, les
alluvions de la Moselle et les couches de grés à Voltzias (Buntsandstein
supérieur) à ciment dolomitique (Bintz, comm. pers.).
On peut ventiler les deux flores de la maniére suivante:
Nombre de sur sul strat. sur substrat Total de la
taxons observés siliceux calcaire région de Sierck
hépatiques 24 14 29
mousses 96 152 192
Total 120 166 221
La flore calcicole est la plus riche e.a. parce qu'elle occupe l'essentiel
du territoire et qu'elle profite de sites naturels ou artificiels fort variés. La
flore silicicole est plus pauvre, mais comporte relativement plus
d'hépatiques. On constate aussi que ces deux flores n'ont en commun que
29,4% des espéces!
Notons cependant qu'elles s'interpénétrent localement, parce que l'eau
(dans le sol et les ruisseaux) véhicule des ions calcaires. Ainsi avons-nous
trouvé ` Eucladium verticillatum et Eurhynchium pumilum еп terrain
quartzitique. Inversément, une hépatique silicole (Lophozia bicrenata) a été
récoltée sur un mur en grés bigarré décalcifié.
Intérét phytogéographique
Dans le tableau 1 les bryophytes ont été regroupées selon leur apparte-
nance aux différents cortéges phytogéographiques européens. A titre de com-
Source : MNHN, Paris
Eléments Nombre de taxons observés Pour comparaison:
phytogéographiques en terrain en terrain Bryoflore du G.D.
européens (2) siliceux calcaire au total de Luxembourg
en % en % en % en $ e
(sub) océanique 19 15,8 17 10,2 29 13,1 20,9
boréal et continental 32 26,7 33 19,9 53 24,- 33,1
(sub) méditerranéen $ 4,2 18 10,9 21 9,5 6,9
(sub) méditerranéen -
(sub) océanique 10 8,3 17 10,2 22 10,- 8,-
tempéré-cosmopolite 54 45,- 81 48,8 96 43,4 31,-
120 (100,-) 166 (100,-) 221 (100,-) (100,-)
dont orophytes 27 22,5 32 1979 58 26,2 38,4
(1) Werner 1988
(2) 0011 1983, 1984, 1985
Tabl. 1 - Ventilation phytogéographique des bryophytes de la région de Sierck-
les-Bains (Moselle, France).
coc
VANYAM T
Source : MNHN. Paris
BRYOFLORE DE SIERCK-LES-BAINS 263
paraison, les pourcentages obtenus au Grand-Duché de Luxembourg ont été
ajoutés (Werner 1988). Les critères sont tirés de Düll (1983, 1984, 1986).
Pour l'ensemble de la région l'élément tempéré-cosmopolite est le plus
important, suivi par l'élément boréal. Les éléments méridionaux
(subméditerranéen et océanique-subméditerranéen) atteignent malgré tout
19,5%, et l'emportent sur les éléments océaniques, peu nombreux (contrai-
rement à ce qui se passe pour le Luxembourg!).
Dans la partie calcaire les éléments nordiques et occidentaux s'effacent
encore davantage au profit des cosmopolites et des méridionaux (sites à
microclimat xérique, culture de la vigne!); ces derniers y atteignant au total
21%! Dans la partie siliceuse, au contraire, les composantes nordiques et
océaniques prennent plus d'importance, au détriment des éléments
cosmopolite-tempéré et méridionaux.
En conclusion les espéces méridionales - qui sont les plus remarquables
sur le plan floristique - ne dépassent en importance relative que légérement
la moyenne suprarégionale. Dans cette région ouverte, profondément
transformée par l'activité humaine, ce sont les bryophytes des régions
tempérées et les cosmopolites qui l'emportent de loin, ce que nous avions
déjà constaté dans la vallée de la Pétrusse, au milieu de la Ville de Luxem-
bourg (Werner 1987).
La part des orophytes est inférieure à celle constatée pour la bryoflore
luxembourgeoise, mais atteint cependant un quart. П y a une légère
différence entre terrains siliceux et calcaires, les premiers hébergeant plus
d'orophytes.
Que ces conclusions ne soient pas comprises dans un sens trop absolu!
La recherche patiente ou l'heureux hasard permettront encore, assurément,
de mettre en valeur la flore bryologique de cette région attachante et de
nuancer son spectre phytogéographique.
REMERCIEMENTS. - Les personnes suivantes ont contribué à ce travail en
nous accompagnant sur le terrain, en révisant des taxons critiques ou en fournissant
d'importants renseignements: T. Arts (B - St. Job іп t'Goor), J. Bintz (L - Luxem-
bourg), R. Demaret (B - Meise), R. Düll (D - Duisburg), P. Haffner (D -
Saarbrücken) F. Hans (D - Schwalbach), D. Lamy (F - Paris), К. Mues (D -
Saarbrücken), L. Reichling (1. - Luxembourg), E. Sauer (D - Saarbrücken), A.
Sotiaux (B - Waterloo). Qu'elles soient sincèrement remerciées!
Addendum
Au mois de février 1990 la pelouse calcaire du Hammelsberg (Apach) nous
vra encore une mousse thermophile subméditerranéenne: Fissidens incurvus!
Source : MNHN, Paris
264 J. WERNER
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ANNEXE
Liste des bryophytes observées dans la région de Sierck-les-Bains
Abbréviations utilisées:
+ = taxon non revu depuis 1950
F, K = taxons signalés par Friren (1908) et Koppe (1943)
Я uniquement dans la parti: luxembourgeoise
*
* = uniquement dans la partie allemande
Les taxons trouvés exclusivement en terrain siliceux sont en italiques,
ceux observés exclusivement en terrain calcaire sont en lettres grasses, les au-
tres taxons (en caractères normaux) ont été observés dans les deux zones.
1) Hépatiques (29)
Anastrophyllum minutum, Barbilophozia barbata, Cephalozia bicuspidata (var.
lammersiana), Cephaloziella divaricata, Diplophyllum albicans, Frullania dilatata, +
F. fragilifolia (F, К), + F. tamarisci (F), Lejeunea cavifolia, L. ulicina, Lepidozia
reptans, Lophocolea bidentata (var. bidentata & var. cuspidata), L. heterophylla, L.
minor, Lophozia bicrenata (F), + L. excisa (К), L. ventricosa, Marchantia
polymorpha, Metzgeria conjugata, M. furcata, Pellia endiviifolia, Plagiochila
asplenioides, P. porelloides (F), Porella platyphylla, Radula complanata, Riccia
glauca, Scapania nemorea, Tritomaria quinquedentata (F).
2) Mousses (192)
Aloina aloides, A. ambigua, A. rigida, + Amblystegium fluviatile (К), А.
riparium (F), A. serpens (var. serpens & var. juratzkanum), A. tenax, A. varium,
Anomodon attenuatus, *А. longifolius, A. viticulosus, + Antitrichia curtipendula
(F), Atrichum undulatum, Barbula convoluta, B. unguiculata, + Bartramia
Source : MNHN, Paris
266 J. WERNER
pomiformis (F), Brachythecium albicans, B. glareosum, B. populeum, B. rivulare, B.
rutabulum, В. salebrosum, B. velutinum, Bryoerythrophyllum recurvirostrum, Bryum
argenteum, B. bicolor, B. caespiticium, B. capillare, B. flaccidum, + B. funckii (K),
B. gemmiferum, B. gemmilucens, B. klinggraeffii, B. pseudotriquetrum, B. rubens, В.
ruderale, Calliergonella cuspidata, Campylium calcareum, C. chrysophyllum, C.
stellatum (var. stellatum), Ceratodon purpureus (F), Cinclidotus fontinaloides (K), C.
mucronatus (K), Cirriphyllum crassinervium, C. piliferum, C. tenuinerve, Cratoneuron
commutatum, C. filicinum (К), Ctenidium molluscum, Cymodontium bruntonii,
Dichodontium pellucidum, Dicranella heteromalla, D. schreberana, D. varia,
Dicranoweisia cirrata, Dicranum montanum, D. scoparium, Didymodon acutus, D.
fallax (K), D. insulanus, D. luridus D. rigidulus, D. sinuosus, D. tophaceus, D, vinealis,
+ Diphyscium foliosum (K), Distichium capillaceum, Ditrichum cylindricum, D.
flexicaule, Drepanocladus aduncus, Encalypta streptocarpa, E. vulgaris (K), Entodon
concinnus, Ephemerum recurvifolium, E. serratum, Eucladium verticillatum,
Eurhynchium hians, ** E. praelongum, * E. pulchellum, E. pumilum, E. schleicheri,
E. striatum, ^E. striatulum, Fissidens bryoides, F. cristatus, F. exilis, F. pusillus, F.
taxifolius, F. viridulus, Funaria hygrometrica, Grimmia decipiens (F, K), G.
laevigata, G. orbicularis, + G. ovalis (F, K), G. pulvinata, Gymnostomum calcareum,
Gyroweisia tenuis (К), Medwigia ciliata (F), Homalia trichomanoides, Homalothecium
lutescens (К), H. sericeum, Homomallium incurvatum, Hygrohypnum luridum,
Hylocomium brevirostre, H. splendens, Hypnum cupressiforme (var. cupressiforme &
var. lacunosum) (F), Zsopterygium elegans, Isothecium alopecuroides, /. myosuroides
(F), Leskea polycarpa, Leucodon sciuroides (F), Mnium hornum, M. stellare, Neckera
complanata, N. crispa, Orthotrichum affine, О. anomalum, О. cupulatum (F, K), О.
diaphanum, O. lyellii, O. pumilum, Paraleucobryum longifolium, Phascum curvicolle,
P. cuspidatum, P. Поегкеапшт, ** Plagiomnium affine, ** P. cuspidatum, P.
undulatum (F), Plagiothecium cavifolium, P. curvifolium, P. denticulatum, P. laetum,
P. succulentum, Platygyrium repens, Pleurochaete squarrosa, + Pogonatum nanum
(Е), Pohlia delicatula, P. nutans, ** P. wahlenbergii, Polytrichum formosum, + Р.
juniperinum (F), P. piliferum, Poda bryoides (K), P. davalliana, P. intermedia, Р.
lanceolata, Pseudocrossidium hornschuchianum, Péerogonium gracile (Р),
Pterygoneurum ovatum (K), Pylaisia polyantha, Racomitrium canescens (var.
canescens) (F, K), A. Aeterostichum, R. lanuginosum (F, К), Rhizomnium punctatum,
* Rhodobryum roseum, Rhynchostegiella curviseta, R. jacqui R. tenella,
Rhynchostegium confertum, R. murale, R. riparioides (F), Rhytidiadelphus
squarrosus (F), R. triquetrus (F), Rhytidium rugosum (K), Schistidium apocarpum,
+ S. rivulare (К), Scleropodium purum (F), Seligeria pusilla, ** S. recurvata,
Taxiphyllum wissgrillii, Thamnobryum alopecurum, Thuidium abietinum, 7. erectum,
T. philibertii (F), T. tamariscinum (F), Tortella tortuosa (K), Tortula intermedia, T.
laevipila, Т. latifolia, T. muralis (var. aestiva & var. muralis), T. ruralis, T. subulata
(var. subulata & var. angustata) (F), Ulota crispa (var. bruchii), Weissia brachycarpa,
W. condensa, W. controversa (K), W. longifolia, Zygodon baumgartneri.
Note: Une liste précise des localités sera déposée au Muséum National d'Histoire
Naturelle à Paris, laboratoire de Cryptogamie. Signalons que la région étudiée figure
intégralement dans le carré LV 1 (Atlas Florae Europae).
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 267-278 267
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA FLORE ET DE LA
VÉGÉTATION BRYOPHYTIQUES DES SUBSTRATS
CALCAIRES DANS LE SUD-EST DU BASSIN PARISIEN
Jean-Edme LOISEAU! et René BRAQUE?
1.Professeur émérite, Université Blaise Pascal, 4 rue
Ledru, F-63038 Clermont-Ferrand Cedex, France.
2. Professeur émérite, Université de Paris VIII, 2 rue
de la Liberté, F-93526Saint-Denis Cedex 02, France.
En hommage à R.B. PIERROT
RÉSUMÉ - Des prospections sur les substrats calcaires du Nivernais ont permis
l'addition de onze espèces à la flore bryophytique du département de la Nièvre, et la
mise en évidence de groupement à conditionnement écologique strict, peu répandus
dans le centre de la France. La localisation et les affinités sociologiques du Bryum
canariense Brid. var. provinciale (Philib.) Husn. dans la Nièvre et le Cher sont
précisées.
ABSTRACT - Prospections in the calcareous part of the southeastern part of the
parisian bassin allowed the additions of 11 species to the flora of the Nièvre French
department (France). Bryophytic communities with a rare occurrence in the Central
France exhibited a strict ecological determinism. Localisation and phytosociology of
Bryum canariense Brid. var. provinciale (Philib.) Husn. in Nièvre and Cher depart-
ments are presented.
A l'occasion d'investigations phytosociologiques, nous poursuivons des
prospections bryologiques dans le sud et le sud-est du Bassin Parisien. Nos
travaux ont pu se développer gráce à l'aide efficace et inlassable de R.B.
Pierrot, qui chaque année a examiné une grande partie de nos récoltes. Deux
notes (Loiseau & Braque 1973, Loiseau et al. 1985) ont déjà fourni des
données sur la flore et sur le comportement écologique des Bryophytes de la
dition. Elles concernent surtout le Berry et le Val de Loire. Le présent tra-
vail se rapporte principalement au Nivernais: en dehors du Morvan, exploré
par l'abbé Guillaumot, la bryoflore du département de la Niévre reste mal
connue, au point que Dhien, établissant son catalogue (1950), estimait que
l'étude de la partie calcaire du territoire devrait permettre d'ajouter "au
moins une trentaine d'espéces".
Source : MNHN, Paris
268 J.E. LOISEAU et R. BRAQUE
Nous présentons ici trois groupes d'observations. Le premier concerne
l'environnement sociologique d'une mousse rare dans le sud-est du Bassin
Parisien, Bryum canariense Brid. var. provinciale (Philib.) Husn., trouvée à ce
jour seulement dans deux localités distantes d'une soixantaine de kilomètres,
lune berrichonne, l'autre nivernaise. Le second définit des groupements
bryophytiques des carrières et des rochers. En effet, notre attention s'est
récemment portée sur les carrières abandonnées dont les biotopes trés typés
hébergent des végétations spécialisées, et offrent une gamme assez compléte
des stades évolutifs de la reconquéte des substrats mis à nu, permettant d'en
appréhender la dynamique. Jadis nombreuses, en particulier dans les affleu-
rements de l'Oxfordien supérieur et du Séquanien, qui au-delà de la Loire
prolongent dans le Donziais les paysages de la Champagne berrichonne,
beaucoup de ces carriéres ont déjà disparu, ou sont en voie de comblement,
et leur description risque de n'avoir plus bientót qu'un intérét historique.
Enfin sont évoqués quelques aspects des cortèges muscinaux des végétations
herbacées calcicoles en Nivernais. (Un astérisque signale les taxons nouveaux
pour le Nivernais).
LES GROUPEMENTS BRYOPHYTIQUES DES CARRIÈRES
ET DES ROCHERS
Nos observations, étendues des abords immédiats du "fossé ligérien" au
Donziais septentrional et aux confins bas-bourguignons, révèlent une modifi-
cation progressive de la composition des groupements.
L'arriére-Pays du vignoble de Pouilly
LES VÉGÉTATIONS SAXI-CALCICOLES PIONNIÈRES
L'association à Southbya nigrella et Cephaloziella baumgartneri Allorge 1922
L'association des parois subhumides ou humides à Southbya nigrella
(De Not.) Henriques et Cephaloziella baumgartneri Schiffn. (Allorge 1922),
qui entre dans l'alliance récemment définie du Cephaloziello-Southbyion
nigrellae Guerra et Gil 1982, est bien représentée dans trois stations. Les
carriéres abandonnées de la Montain (Bulcy) ont été ouvertes dans les
calcaires blancs détritiques de l'Oxfordien moyen. La méme pierre est encore
exploitée à Malvaux, en limite des communes de Garchy et Pouilly, ой le
groupement se localise prés de la base de fronts de taille anciens, d'une di-
zaine de métres de hauteur, orientés au nord. Aux environs de Saint-
Laurent, les restes d'une petite excavation dans les calcaires gris du
Séquanien, comblée en partie, sont dépourvus de grands pans rocheux... l'as-
sociation s'y localise sur de petites facettes tournées vers l'ouest.
Source : MNHN, Paris
BRYOPHYTES DU NIVERNAIS CALCAIRE 269
L'unité de végétation est fortement individualisée par deux
caractéristiques exclusives, *Southbya nigrella et *Cephaloziella baumgartneri,
auxquelles s'ajoutent des espèces préférentes, Gymnostomum calcareum Nees
& Hornsch., ainsi que Eucladium verticillatum (Brid.) B., S. & G., qui tapis-
se les anfractuosités. Trentepohlia aurea Mart., algue chlorophycée à pigment
orangé est constante et souvent abondante. Des Cyanophytes et des
Chlorophycées gélatineuses forment des croütes brun-verdátre sombre, qui
peuvent prendre une grande extension (Malvaux) Deux lichens non
déterminés sont à peu prés constants. Dans le bas transgressent des taxons
appartenant aux groupements du pied de la paroi: à la Montain Fissidens
cristatus Wils. ex Mitt., Barbula convoluta Hedw., Dicranella varia (Hedw.)
Schimp., à Malvaux Pellia endiviifolia (Dicks.) Dum. Dans l'ambiance moins
fraîche de Saint-Laurent, on note la pénétration de bryophytes banales à
tendance xérophile. On soupçonne donc l'existence de variantes de l'asso-
ciation que l'analyse floristique, dans son état actuel, ne permet pas de
définir.
La comparaison de la composition de notre groupement avec la liste
donnée par Allorge (1921-22) pour le Vexin, montre que le Nivernais ne
possède qu'une forme appauvrie de l'association, à laquelle manquent plu-
sieurs exclusives: Southbya tophacea (Spruce) Spruce, Tortula marginata (B. &
S.) Spruce, Leptobarbula berica (De Not.) Schimp., ainsi que des préférentes,
comme Gyroweisia tenuis (Hedw.) Schimp., qui existe dans le Centre-Ouest et
en Bourgogne, et doit étre recherché dans notre dition.
Le biotope de l'association à Southbya est constitué par des parois ver-
ticales fraiches, parfois suintantes, protégées de l'insolation directe du fait de
leur orientation ou (et) de la protection d'un couvert arbustif. La roche,
altérée superficiellement par les agents climatiques et biotiques (dont les
pionniers sont les algues et les lichens), devient tendre et poreuse. Les
éléments de surface horizontales, les fissures et les cavités superficielles où
s'accumulent résidus d'altération, poussières minérales allogénes et débris or-
ganiques, constituent des sites favorables à la colonisation par des muscinées
saxicoles sciaphiles. Les fronts rocheux bénéficient, au voisinage des plan-
chers de carrière, de micro-climats d'abri, et notamment de conditions ther-
miques et hydriques, autorisant la croissance des éléments distinctifs du
groupement, des méditerranéo-atlantiques (les deux caractéristiques exclu-
sives, Southbya et Cephaloziella) et des euryméditerranéennes (Eucladium,
Gymnostomum). Mais les biotopes sont trop diversifiés pour que se dessine
une zonation verticale des unités de végétation qui jouxtent l'association à
Southbya, et qui, d'une carriére à l'autre, sont changeants.
Le groupement, dont l'aire s'étend sur le bassin méditerranéen, a été
décrit en France en localisations éparses qui dessinent une distribution à tra-
vers l'ouest du territoire. Les stations de la partie occidentale de la Champa-
gne donziaise appartiennent encore à ce domaine.
Source : MNHN, Paris
270 J.E. LOISEAU et К. BRAQUE
La végétation des parois plus séches
Des surfaces, d'apparence bien séche en été, surmontant sur les faces
nord la zone à Southbya, ou exposées à l'est et mieux éclairées, portent un
cortége dans lequel on retrouve Gymnostomum calcareum, qui témoigne donc
d'une amplitude écologique relativement importante. Y croissent des
mésophiles banales, dont plusieurs membres de l'ordre des Ctenidetalia
mollusci Hadac & Smarda, mêlées à des xérophytes: à Ctenidium molluscum
(Hedw.) Mitt. sont associées Frullania dilatata (L.) Dum., *Didymon fallax
(Hedw.) Zander, Radula complanata (L. Dum., Ditrichum flexicaule
(Schwaegr. Hampe, Hypnum cupressiforme Hedw., Trichostomum crispulum
Buch, Cladonia pyxidata (L.) Hoffm.
Sur les rochers et replats orientés au sud-est, dans la carrière de Saint-
Laurent, le caractère xérophile et héliophile de la couverture cryptogamique
s'affirme dans la coexistence de Pseudocrossidium revolutum (Brid.) Zander
(= Barbula revoluta Brid.), Didymodon luridus Hornsch. ex Spreng.,
Encalypta streptocarpa Hedw., Tortula intermedia (Brid.) De Not., Tortula
muralis Hedw., Cladonia pyxidata, Toninia caeruleonigricans (Light) Th. Fr.
Cet ensemble n'occupe que de faibles surfaces. Les prospections devront
étre poursuivies en vue d'établir sa répétitivité: à ce prix cette unité de
végétation pourra vraisemblablement être rapportée au Schistidion apocarpi
Jezek & Vondracek (Schistidium apocarpum (Hedw.) B. & S. est dans la
carriére), et rapprochée d'une association jurassienne décrite il y a quelques
années, le Grimmio apocarpae-Tortuletum montanae Vadam 1983.
LES VÉGÉTATIONS DU PIED DES PAROIS
A la Montain, au pied des parois qui hébergent l'association à
Southbya, à cóté d'éboulis grossiers, des pentes de matériaux fins constituent
un milieu faiblement humide, favorable à la croissance de fougéres,
Asplenium ruta-muraria L., Asplenium trichomanes L. ssp. quadrivalens D.E.
Meyer, et de mousses terri-humicoles, Ctenidium molluscum, Fissidens
cristatus, Ditrichum flexicaule. Geranium robertianum L. et Linaria repens (L.)
Mill. apparaissent parfois. Le groupement réalisé peut être assimilé à l'
Asplenietum trichomano-rutae murariae Kuhn, Tx., de la classe des Asplenietea
rupestria Br.-Bl.
A Malvaux, une partie surcreusée de la carrière est occupée par une
fosse en eau, surmontée d'une étroite corniche garnie d'une végétation
hygrophile, luxuriante mais pauvre en espéce: Cratoneuron filicinum (Hedw.)
Spruce, Реја endivüfolia, Eurhynchium ` striatum ` (Hedw.) Schimp.,
Calliergonella cuspidata (Hedw.) Loeske.
Dans la carriére proche de Saint-Laurent, le pied des enrochements est
ennoyé dans un matériel fin. Sur les rochers terreux, secs, une végétation
saxi-terricole se constitue, avec des épilithes et un ensemble de mousses et de
Source : MNHN, Paris
BRYOPHYTES DU NIVERNAIS CALCAIRE 271
lichens pionniers des substrats calcaires: *Weissia longifolia Mitt. (=
Astomum crispum (Hedw.) Hampe), Ditrichum flexicaule, Pottia lanceolata
(Hedw.) C. Muell., Thuidium abietinum (Hedw.) B., S.& G., Fulgensia fulgens
(Sw. Elenk, Cladonia pyxidata var. pocillum (Асһ) Flot, Cladonia
rangiformis Hoffm., Toninia caeruleonigricans, Collémacées.
Donziais central et oriental et confins bas-bourguignons
A partir du Donziais central, la présence de l'association à Southbya
n'est plus assurée. D'autres unités de végétation apparaissent.
1 - Aux limites de la Puisaye, dans la carrière de Villesauge (Bouthy),
exploitant comme celle de Saint-Laurent le calcaire séquanien, sous un
éclairement il est vrai fort réduit par le développement d'un couvert fores-
tier, une balme ne conserve plus, avec Eucladium verticillatum recouvert de
lichens pulvérulents, que quelques tiges dépérissantes de Southbya nigrella.
2 - Aux carrières de Champcelée, prés de Donzy, l'Oxfordien moyen est
un calcaire à grain fin, trés compact et trés pur (moins de 3% de silicates et
d'oxydes). Dans la carriére en activité, sur un vieux front de taille regardant
au nord, le cortège cryptogamique comprend, localisées le long des fissures,
*Seligeria calcarea (Hedw.) B., S. & G., Cephaloziella baumgartneri, Encalypta
streptocarpa, Barbula sp. Ctenidium molluscum, Trichostomum crispulum,
Cladonia pyxidata, et plus largement réparties Trentepohlia aurea et des al-
gues gélatineuses.
Au voisinage de la base, à la faveur d'accumulations de débris rocheux
et d'humus, apparaissent cà et là des muscinées pleurocarpes et l' Asplenium
trichomanes ssp. quadrivalens. Le talus d'éboulis surmontant une fosse en
eau, à l'extrémité ouest du front de taille, porte un important peuplement
d'une fougère RR dans la Nièvre, Gymnocarpium robertianum (Hoffm.)
Newm.
Une carriére abandonnée, située au nord de la précédente, a permis de
retrouver, sur des faces regardant l'ouest mais séches en été, Cephaloziella et
Seligeria, accompagnés de Ditrichum flexicaule et de Trentepohlia aurea.
L'aspect de l'hépatique, qui s'applique étroitement au support en prenant
une teinte noirátre, la décoloration des filaments de Trentepohlia, témoignent
d'une réduction de la vitalité des espéces.
Peut-on assimiler le groupement à Cephaloziella et Seligeria à une va-
riante appauvrie et fragmentaire de l'association à Southbya, ou faut-il le
rapporter à un autre type de végétation? Lachmann (1955), confronté à un
probléme semblable lors de la découverte de Sansat, dans l'Allier, oü
Southbya nigrella n'est pas connu, de Cephaloziella baumgartneri dans un en-
vironnement floristique où figurait Seligeria calcarea, estimait préférable de
rapprocher l'unité locale de végétation du Seligerietum pusillae décrit en Bel-
Source : MNHN, Paris
272 J.E. LOISEAU et R. BRAQUE
gique (Demaret 1944). Depuis cette époque, une association à Cephaloziella
et Seligeria a été définie, le Seligerietum calcareae Marstaller 1979, dont S.
calcarea constitue l'unique caractéristique. Nous lui rattacherons le grou-
pement de Champcelée, car il renferme six des huit espèces retenues dans le
tableau établi par von Hübschmann (1986), compagnes de faible présence
exclues.
L'unité de végétation a été placée par Marstaller (1979) dans le
Trichostomion crispuli Marstaller 1979, et раг von Hübschmann (1986) dans
une nouvelle alliance, le Seligerio-Fissidention, de l'ordre des Ctenidetalia
mollusci Hadac & Smarda.
Cette association spécialisée, floristiquement pauvre, possède une large
répartition, allant de l'Europe centrale à l'Amérique du Nord. Le grou-
pement de Champcelée, comme celui de l'Allier, pourrait correspondre à
une sous-unité, dont Cephaloziella baumgartneri serait la différentielle.
3 - Prés de Donzy, la carriére de la Grande Borne (Oxfordien
supérieur), où une reprise d'exploitation a entraîné d'importantes pertur-
bations, n'a permis que la découverte de *Didymodon spadiceus (Mitt)
Limpr., relictuel à la partie supérieure d'une paroi face au nord, épargnée
par le comblement.
4 - Au sud de Clamecy, les carrières de Rix, dans le Callovien, n'of-
frent ni grands abrupts ni expositions fraiches. Un pan rocheux peu élevé,
fort ombragé par un couvert dense d'arbres et d'arbustes, porte à exposition
ouest-nord-ouest, un cortège mésophile-au caractère sciaphile très prononcé:
Rhynchostegiella tenella (Dicks.) Limpr. var. tenella, qui supporte de faibles
éclairements, est accompagné par Neckera complanata (Hedw.) Hueb.,
Porella platyphylla (L.) Pfeiff., Dicranella varia.
Un flanc sud, érodé, présente entre des roches dénudées soumises à une
insolation intense, des ravines encaissées au micro-relief tourmenté, avec des
recoins protégés de la radiation directe où s'accumule de la terre fine. On y
trouve *Aloina ambigua (B. & S.) Limpr., Bryum capillare Hedw., Didymodon
luridus, Tortula muralis. Dans les diaclases et dans les anfractuosités qui
conservent mieux l'humidité, Eucladium verticillatum se développe avec vi-
gueur en coussinets ou en petits tapis denses.
BRYUM CANARIENSE VAR. PROVINCIALE
EN NIVERNAIS ET EN BERRY
De fortes populations de *Brywm canariense var. provinciale (Philib.)
Husn. ont été trouvées dans deux localités du sud-est du Bassin Parisien. La
mousse a été découverte d'abord, en 1973, dans la grande carriére de la
Montain à Bulcy (Niévre), puis en 1982 à Morthomiers (Cher), en bordure
du bois de la Coudre. Les deux stations, surveillées depuis lors, se sont
Source : MNHN, Paris
BRYOPHYTES DU NIVERNAIS CALCAIRE 273
révélées très stables. Elles sont éloignées de celles du Centre-Ouest de la
France. Vers l'est, le taxon n'a été signalé en Bourgogne, où Bryum
canariense Brid. var. canariense est assez commun, que dans une combe de
la Côte (Bizot 1966).
A Bulcy, la mousse occupe deux sites: le flanc sud d'un tertre
caillouteux occupé par une pelouse sèche à Bromus erectus Huds., et une
plate-forme horizontale, surmontant le fond de la carrière, à strate herbacée
claire (Tableau 1, relevés 26 et 279). А Morthomiers, Bryum canariense var.
provinciale apparaît sur la corniche qui limite le plateau de calcaire ludien,
couvert par le pré-bois de chêne pubescent et son ourlet à Spirea hypericifolia
L. ssp. obovata Dostal (relevés 137 et 270). Disséminé dans les ouvértures de
la pelouse ombragée, il devient fort abondant sur les rochers calcaires à
l'extrémité ouest du plateau.
Le tableau 1 donne une esquisse de l'environnement sociologique de
Bryum canariense var. provinciale dans la région. Le lot de spermaphytes
commun aux quatre relevés est constitué d'espèces des Fesruco- Brometea Br.-
Bl. & Tx. Les relevés berrichons comprennent en outre des taxons
caractéristiques du Xerobromion (Br-Bl. & Moor) Moravec et (ou) de
l'Alysso-Sedion Oberd. & Th. Müller. Nous rapportons le relevé 270 au
Xerobromion, le relevé 137 à l' Alysso-Sedion. Les relevés nivernais, moins
typés, comportent des plantes des Brometalia erecti Br.-Bl. Tous deux entrent
dans le Mesobromion erecti (Br.-Bl. & Moor) Knapp ex Oberd.: le n° 26 est
un Mesobromion sec, le n° 279 représente un stade peu évolué; le passage de
l'un à l'autre nous paraît extrémement lent.
La disparité d'appartenance sociologique de Bryum canariense var. pro-
vinciale laisse néanmoins subsister quatre traits constants du comportement
écologique: dans les sites étudiés, la mousse est un peu thermophile, assez
héliophile, xérophile, et liée à des sols embryonnaires.
CORTÉGES BRYOPHYTIQUES DES VÉGÉTATIONS HERBACÉES EN
NIVERNAIS
Les données suivantes sont extraites de l'étude en cours sur les grou-
pements de pelouses et d'ourlets, qui occupent des étendues en régression
dans la Champagne donziaise et sur les secteurs calcaires des talus du pla-
teau nivernais à couverture d'éluvium décaicifié (argiles à chailles).
Mesobromion erecti sec
Les pelouses à Bromus erectus Huds. et Brachypodium pinnatum (L.)
Beauv., plus ou moins ouvertes, possèdent une strate bryo-lichénique assez
riche, ой se mêlent des acrocarpes et des pleurocarpes banales. Une statisti-
Source : MNHN, Paris
N° des relevés
270 137 26 279]
Arenaria controversa Boiss. 1 2)
Ain #аелосгуйайап L- + 22
Koeteria vallesana (Honck.) Gaudin і az
Sedm album |. w2 1/2
He£ianthemm carum (L..) Вал. zz 2/2
Brym cae piticium неди. +0 1/2
Erealupta милл неди. des
Cladonia ka sep- emgoen) (а) x
Gen.) Fr« 2/2 am 2/2
Bez dMexicaufe. (Schsaegr.) Hampe кы Үч
Cladonia rangigormis Hoffm. Ke
Festuca henvieni (St-Yves) Patzke М2 2/2 272 im
Potentia. reumannianx seichenb. TENT ч?
Teucrium chamaedrys L- SE e?
Agenda cynanchica |. A RAM n
Tom serpylðm L. ет. Fzies. 12 M V2 1
Вшит canariense var. puovineiae (5) > 12 W2 u
Trichostomm c^iAgulum Bruch vL м ЖЫ
Thuidium abit£inum ege! б.,5. & б. "ЫЫ rs fU)
Carptothecium lutescens (Hedw. ) Robins. 1 id 12 12
Нит cupressiforme Hedu. x Ns 7+
Bytiden A dom неди.) Ga LT ue
Cia (plena. зз. ste (0) di м? ©
Collémacée + 1 + +
Hornungia petraea (L.) Reichenb. 12 12
Teuchium montanum L - du
Toninia caerukeonigricans Light.) Th. CH
Stachys recta L. + + +
Plenochaete squarrosa (В:1д.) Lindo. + >
ium pémnatim (L.) Beauv. 1
Hienacum pilos ba L. Ж
Hippocrepis comosa L- 2 +
Sanguisorba minor Scop. LE
Cladonia pyxidata (L.) ortu. 12 12
s-Cladonia. furcata ssp. Abrangifonnis (Sandst.) Pisut
Late canariense Brid. var. provinciale (Philib.) Husn.
. 4obiacea (Huds.) Willd. ssp. Convoluta (Lam.) Clauzade а Roux
LOCALISATION DES RELEVES ET ESPECES PRESENTES UNE FOIS
[270-MORTHOMIERS (Cher), élément de corniche de calcaire lacustre, en|
bordure d'ourlet à spirée.
Ajuga genevensis L. (+);Ctenidim тоёт (Hedw. ) Mitt. (1/2);
Entodon coneimus (De Not.) Par. (+); Cladonia AubcoAvicotni^
(vain. ) Kernst. (4) sPolitigota, rujesens Ceis.) Hunt. (1/2);Реё-
tigra ponojensia Gyeln. (1); Sofotina. Aaccata. (L.) Ach. (1).
L37-MORTHONIERS élément de corniche de calcaire lacustre.
Cerastium panilum Curt. (1) ; Erophila vema (L.) Chevall. (1);
ах лада tridactyLites L. (+) Тамд glauca (L.) Dum. (Oster:
nos anvenais (Lam) Dandy (+);Салех humilis Leys. (1/2);Hyperi-
сит pergoratum L. (+); Inula montana L. (+); Salvia pratensis L-
C) Hebianthemum agerisum (L.) м1. (+); Rosa pimpinellifolia
L. (o5Bwum capillare Hedw. (+) ; Bupm radiculoam Brio. (+);
Squamarima cartilaginea (uitn.) P. James (1);Cataapenim Lach-
neum Cach.) В. Sant. ssp. {делиецт Ci);Cladonia furcata (Huds. )
Schrad. («);Tottula. intemmedia (Grid. De Not. (+).
26-BuLCY (Niévre),carrióre de 1а Montain,petit mamelon détritique.
Bonus erectus Huds. (1/2) ; Салох {басса Schreb. (1) ; Coronilla!
minim L. (1/2);Lénum болш 4оЁйт 2. (1) 5 Helianthemm amb:
лт (L.) ill. Q)sFumena. procumbens (Dun.) Gren. & Godr. (1);
Leontodon hispidus L. (1); Sabi montanum L. (1) ; Arabis hirsuta
(L.) Scop. (+); Eughrasia stricta Wolff ex Lehm. (+) : Ола)
rotundifolia `. (+);Globularia punctata Lapeyre. C) :Thesim lu-
тилт D.C. (+) ; Euhorbia cyparissias L. (+) ; Cércium асац
Scop. (+): Cuscuta epithumum (L) L(+) sEchüm уле Le t);
Aem. рид Ва. (+) ; Vincetoxicum hinundinaria Med. (+
Tortula satt? (Hedw.) Gaertn. Meyer & Scherb. (+);Nostoe (+).
75-auLcY, carrière de la Montain,plate-forme détritique.
Briza media L. (+); Coronilla varia L. (1/2) ; Galim mollago L-
CosHünacium Aabaudam L. (+);Lotus coniculatus L. (+) ; Camgy
Rim chaysophyélum (Brid) 2. Lange (1/2) s Fissidens cristatus
Mile. ex mitt. (1) ; Cladonia ciliata Stirt. var. tenuis (Flërke)
anti (1/2).
Tabi. 1 - Environnement sociologique de Bryum canariense Brid.
ciale (Philib.) Husn.
var. provin-
PL
ANdVA 73 1 ПУЯ5101 ‘AT
ource - MNHN, Paris
BRYOPHYTES DU NIVERNAIS CALCAIRE 275
ec? présences sur
20 relevés
|Camptothecium lutescens (нейи. ) Robins. m
Hyrum cupte si ote. Hedu.
[Entodon concinnus (De Not.) Par. 12
Ditrichum flexicaute (5стаеўт.) Нате m
5
Rhytidium rugosum нед.) Kindo.
(Ctonidüm wëfuee (Fedn.) Witt. 7
Fissidens cristatus Vis, ex Mitt. E
Pleuxochaete. aquarrosa (Brid.) Lindo. П
Buchythozium лиабийт (Нейн) 8.,5. & б.
Thuidium {аталат (Hedw) B.,5. & б. з
ма contuversa неди.
Eurhynchium phaeFongam (Hedu.) 8.,5. & б. QE
Racanitium can sens (Timm ех Неди.) Sc,
luzissia Топо оба vitt. |
Encalypta streptocarpa “edu.
Ueissia brachycarpa (Nees а Hornsch.) Jur.
Fissidens taxt{olius en. i
Eurhynchim hians (Hedu. ) Sande Lac.
Tortula rabis Cedu.) Gaertn. Meyer & Scherb,
Taichostonm слит Bruch
|-ICHENS ASSOCIES:
|Fréquents : Cladonia pyxidata (L.) Hoffm. ; С. ланд болтів Hotta. . С.
éotiacea Ue convolita. (Lan.) Clauzade & Roux.
Époradiques : Cadenia chlorghaga (Flórke ex Somerf.) Spreng. em.
nti;C. филса{а sso. Aubtangifotmi (Sandst.) Pisut iC. Awhucanpa
Ach.) Fr ciliata Stirt. var. tenuis e) Ant s Coetocauton]
lacufeatum (Schreb.) Link. ; Di ЖлиролиА (Schreb. ) Norm. i|
[Squamsina. cartilaginea (itn) P. James.
Tabl. 2 - Fréquence des Bryophytes dans le Mesobromion sec et Lichens associés.
que portant sur vingt relevés effectués à des expositions variées permet
d'évaluer le degré de fréquence des divers représentants de cette strate (Ta-
bleau 2).
Le tableau montre la prédominance des espéces xérophiles et méso-
xérophiles et (ou) héliophiles, qui constituent la majeure partie de la liste, et
occupent les premiéres places dans l'ordre des présences décroissantes. La
fréquence élevée d' Entodon concinnus (De Not.) Par. confirme qu'il s'agit
d'une plante commune en Nivernais, comme nous l'avions suggéré
antérieurement (Loiseau et Braque 1973). L'apparition discrète de
Racomitrium canescens (Timm ex Hedw.) Brid. marque l'emplacement de
décalcifications superficielles locales.
Source : MNHN. Paris
276 J.E. LOISEAU et R. BRAQUE
Dans le domaine du Mesobromion sec, la reconquête des espaces ayant
subi une dénudation comporte le développement d'autres taxons:
* Pseudocrossidium hornschuchianum (K.F. Schultz) Zander, Barbula convoluta,
Didymodon luridus, mêlés aux calcicoles courantes, avec Peltigera rufescens
(Weis.) Humb.
Association à Blakstonia perfoliata (L.) Huds.
Une association du Mesobromion, liée au régime hydrique alternant de
substrats marno-calcaires, la pelouse à Blakstonia perfoliata (L.) Huds., se
distingue des autres groupements par la réduction du cortège lichénique, par
l'absence de Brachythecium rutabulum (Hedw.) B., S. & G. et de Weissia
controversa Hedw., et par la présence de deux mésophiles, Eurhynchium
striatum et Campylium calcareum Crundw. & Nyh. Sur les marnes dénudées
apparaissent Pterygoneurum ovatum (Hedw.) Dix. et Barbula unguiculata
Hedw.
Ourlets des forêts baso-thermophiles
Dans les ourlets des forêts baso-thermophiles (Trifolio-Gereniatea
sanguinei Th. Müller), dont la couverture herbacée est souvent dense, les
mousses à tendance sciaphile prennent plus d'importance: Scleropodium
purum (Hedw.) Limpr., Eurhynchium praelongum (Hedw.) B., S. & G.,
Brachythecium rutabulum, Fissidens taxifolius Hedw., Ctenidium molluscum,
parfois Rhytidiadelphus triquetrus (Hedw.) Warnst. transgresse à partir du
manteau forestier.
En Nivernais septentrional et aux confins bas-bourguignons, parmi les
espèces banales apparaissent dans l'ourlet à Chamaecytisus supinus (L.) Link
(Braque 1979) *Encalypta streptocarpa (Pouques-Lormes, au Mont-Vigne),
*Thuidium philibertii Limpr. (Trucy l'Orgueilleux), et même *Weissia conden-
sa (Уой) Lindb. (= Hymenostomum tortile (Schwaegr.) B., S. & G.) à Billy
(coteau de la Motte), dans la sous-association à Limodorum abortivum (L.)
Swartz. Dans la sous-association à Coronilla varia L., plus mésophile, figu-
rent Neckera crispa Hedw. (Menou, à tête Ronde), et Weissia longifolia
(Nannay).
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LA TÉRATOLOGIE DE CINCLIDOTUS DANUBICUS
ЅСНІЕЕМ. ET BAUMG. DANS LE RHIN FRANÇAIS
P. CRIVELLI
8 rue Lamartine, F-68100 Mulhouse, France
RÉSUMÉ - Il semble que les pousses tératologiques de Cinclidotus danubicus
Schiffn. et Baumg. soient limitées au Rhin et au Danube. Leur fréquence est grande.
Outre les feuilles "dichotomisées" on en trouve aussi à trois ailes.
ABSTRACT - The occurrence of teratological shoots of Cinclidotus danubicus seems
to be limited to the Rhin and Danube areas. Their frequency is high. "Dichotom-
ized” leaves and three-winged leaves are both observed.
J'ai rapporté précédemment (Crivelli 1982) l'existence de nombreuses
feuilles anormales chez Сїлсї dotus danubicus Schiffn. et Baumg. récolté
dans le Rhin français. Ce modeste travail, trés peu scientifique, m'ayant
attiré des manifestations d'intérét de personnes dont la compétence m'hono-
те, je me suis senti encouragé à y apporter une suite, en hommage, en parti-
culier, à Monsieur R.B. PIERROT. Les quelques observations nouvelles que
je présente ont toutes été faites sur des échantillons rhénans, récoltés dans
les environs du barrage de Kembs, en Haute Alsace. Les spécimens d'autres
provenances que j'ai pu examiner ont été trop rares pour autoriser une
conclusion définitive, mais je n'y ai trouvé aucune feuille monstrueuse; tous
les bryologues à qui j'ai posé la question, m'ont répondu n'en avoir pas vu.
Il semble donc que le Rhin et le Danube en aient l'exclusivité.
Est-ce par suite d'une recherche plus aiguë, ou leur nombre a-t-il
réellement augmenté? Dans tous les prélévements récents que j'ai étudiés, les
éléments tératologiques m'ont paru nettement plus nombreux qu'il y a six
ou sept ans. Un échantillonnage beaucoup plus restreint au alors m'a fourni
un nombre supérieur de feuilles monstrueuses; on y trouve peut-étre de 2%
à 3% de feuilles bifides. Ceci n'est qu'une estimation purement subjective,
mais qui est ressentie comme nettement plus élevée que la méme faite il y a
plusieurs années, et je ne doute pas qu'un comptage comparatif n'cüt
confirmé le fait.
Source : MNHN, Paris
280 P. CRIVELLI
Je ne crois pas que cette multiplication soit un effet des nombreuses et
intenses pollutions récentes dues aux grandes usines chimiques en amont
(Ciba, Sandoz etc.), lesquelles ont causé plutót des déformations, torsions,
brülures et autres atteintes, qu'on retrouve sur les échantillons prélevés sur
les rives et au niveau moyen des eaux, là oü l'on récolte aussi en abondance
Cinclidotus danubicus. En plein courant, la dilution des produits étant plus
grande, sans doute, et la durée de leur action plus brève, les feuilles qu'on
peut dire "abimées^ sont beaucoup plus rares; l'aspect général des plantes y
est normal, et ce sont des feuilles à double innervation qu'on y découvre, ce
qui incite à penser que la malformation en question est d'ordre génétique, et
non ра$ acquise ou subie.
Etant donnée l'importance de la pollution chimique de 1987, brutale,
répétée et variée, il serait sans aucun doute bien intéressant de dater les
feuilles difformes, en ayant à l'esprit leur probable multiplication récente. Je
n'ai, pour cela, aucun moyen à ma disposition, hormis une estimation hasar-
deuse qui leur attribue en moyenne deux ans d'áge. Toutes sont adultes,
vieilles (jaunissantes) ou relativement jeunes encore (chlorophylliennes), mais
aucune n'a été vue au début de son développement, alors que tous les stades
de malformation sont observables. On voit deux feuilles (Crivelli 1982) appa-
remment normales soudées "en soeurs siamoises” aussi bien qu'une simple
irrégularité du contour, avec un sinus profond, aigu ou à peine marqué. La
nervure est tantôt nette, tantôt évanescente mais, d'une façon générale,
déformation du limbe et déformation de la nervure vont ensemble.
La nervure, de la base jusqu'à la bifurcation, est habituellement deux
fois plus large que la normale, et la dichotomie apparait pratiquement tou-
jours aux environs de la moitié de la longueur de la feuille, parfois plus prés
du sommet, parfois plus proche de la base, mais son niveau ne semble aucu-
nement en rapport avec l'âge de la feuille. Certaines nervures s'évanouissent
avant la pointe, d'autres dépassent nettement le limbe en un mucron bien
marqué. À partir de la division, chaque aile paraît se développer pour elle-
méme, ce développment étant égal de part et d'autre, ou tout à fait aberrant
et déséquilibré.
Certaines touffes de Cinclidotus danubicus comportent des tiges sans au-
cune feuille anormale tandis que d'autres en comptent un nombre variable.
Certaines sont méme groupées, comme si elles étaient issues d'un bourgeon
commun. Souvent planes, elles sont occasionnellement crispées-ondulées, ce
qui laisse à penser qu'elles ont aussi subi une atteinte externe directe, proba-
blement chimique.
Je n'ai pas insisté, еп 1982, sur l'existence de feuilles qu'on pourrait
dire "triples" parce que je n'en avais alors vu que quelques-unes qui pou-
vaient être considérées comme des anomalies exceptionnelles. Mais depuis
j'en ai découvert un assez grand nombre, suffisant pour qu'on ne pense plus
à un accident. Ce n'est pas, ici, une "trifurcation" de la nervure qui se révèle,
Source : MNHN, Paris
TÉRATOLOGIE DE CINCLIDOTUS DANUBICUS 281
Эбим: del,
PI. 1 - Chez Cinclidotus danubicus, feuilles monstrueuses à "aile" - a: feuilles des tiges
+ b: feuille périchétiale.
mais la présence d'une sorte de troisième lame du limbe, plus ou moins
marquée, allant de l'ébauche, petite bosse sur la nervure, jusqu'à une for-
mation importante, véritable petite aile surnuméraire. Cette néoformation se
présente toujours, à un niveau variable, sur la nervure principale ou sur une
Source : MNHN, Paris
282 P. CRIVELLI
de ses ramifications déjà pourvue d'une lame (Pl. 1). Pour user d'un style
trés peu scientifique, mais bien imagé, on a l'impression d'une sorte
d'ectoplasme de la nervure!
Je regrette de n'avoir ni les moyens ni la compétence qui me permet-
traient de tirer une conclusion intéressante des quelques faits que je viens de
décrire. Je ne pense pas que la pollution chimique soit en cause, du moins
directement. J'opinerais plutôt pour une explication génétique, mais je laisse
le soin d'en décider à de plus savants que moi.
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Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 283-298 283
MARCHESINIA MACKAII (HOOK.) S. GRAY DANS LES
` ALPES-MARITIMES: ÉTUDE FLORISTIQUE ET
ÉCOLOGIQUE DE SA STATION; POSSIBILITÉS DE
SAUVEGARDE ?
Robert SALANONI, Jean-Félix GANDIOLI! et Patricia GEISSLER2
1. Université de Nice-Sophia-Antipolis,
Phytosociologie et Ecologie, campus de Valrose,
F-06034 Nice Cedex, France.
2. Conservatoire et Jardin botaniques de la ville de
Genève, C.P. 60, CH-1292 Chambésy/GE, Suisse,
RÉSUMÉ - Au vallon des Serres prés de Nice, dans un environnement local de
Querco-Fagetea en situation d'inversion d'étage, la station de Marchesinia mackaii se
caractérise par une amplitude thermique réduite et la permanence d'une trés forte
humidité de l'air. L'espèce y est soit épiphyte, soit épilithe basophile, se comportant
en aérohygrophile et en sciaphyte plus ou moins obscuricole. Le contexte
bryosociologique s'intègre au Plasieurhynchion meridionalis, avec des affinités pour le
Cololejeuneo-Rhynchostegielletum ` tenellae. Cette station, unique en France
méditerranéenne, a été partiellement détruite en 1986 et est menacée de disparition.
Des essais de transplantation de l'espèce au vallon de Magnan ont donné des
résultats encourageants.
ABSTRACT - In ‘vallon des Serres” near Nice, the habitat of Marchesinia mackaii
is characterized by a short thermic range and a constant high atmospheric humidity.
It is situated in a microenvironment of the Querco-Fagetea due to belt inversion.
Marchesinia mackaii, an aerohygrophilous and sciaphilous species, grows here as an
epiphytic or epilithic basiphilous species. The bryological community to which it be-
longs relates to the Plasteurhynchion meridionalis, with some affinities with the Colo-
lejeuneo-Rhynchostegielletum tenellae. This unique station in mediterranean France
has been partly destroyed in 1986 and therefore its survivance is endangered. At-
tempts of transplantation of Marchesinia mackaii in the neighbouring “vallon de
Magnan” gave encouring results.
INTRODUCTION
Un certain nombre de Bryophytes à aire de distribution atlantique-
subtropicale, comme Harpalejeunea ovata ou Lejeunea lamacerina (Bisang et
al. 1986, Geissler 1987), pénètrent dans le domaine méditerranéen occiden-
Source : MNHN, Paris
284 R. SALANON, J.F. GANDIOLI et P. GEISSLER
TIS
Fig. 1 - Distribution de Marchesinia mackaii (Hook.) S. Gray, en Europe, selon la
grille U.T.M. simplifiée de l'Atlas de "Flora Europaea". А matériaux
d'herbiers, avant 1950; ж matériaux d'herbiers, depuis 1950; * données de la
littérature et matériaux d'herbier sans distinction de date.
Source : MNHN, Paris
MARCHESINIA MACKAII DANS LES ALPES-MARITIMES 285
tal à la faveur de topoclimats principalement caractérisés par la constance
d'une humidité atmosphérique élevée. Il en est ainsi pour l'hépatique
Marchesinia mackaii (Hook.) S. Gray, dont la seule station méditerranéenne
francaise se trouve au vallon des Serres, dans les environs de Nice.
Cette station ayant été partiellement détruite en 1986, il nous a paru
d'autant plus nécessaire d'en effectuer l'étude floristique et écologique que
des risques d'une proche et totale disparition se précisent aujourd'hui.
AIRE DE DISTRIBUTION
DE MARCHESINIA MACKAII (HOOK.) S. GRAY
Le genre Marchesinia (Piychanthoideae, Lejeuneaceae) occupe essen-
tiellement la moyenne montagne de la zone intertropicale d'Amérique et
d'Afrique à l'exception de l'espèce-type Marchesinia таскай.
La figure 1, préparée pour la cartographie européenne des Bryophytes
(Schumacker 1982), précise la distribution de cette espéce en Europe et aux
Açores d'après les connaissances actuelles. Elle est présente à Madère, aux
Canaries (Eggers 1982), et est citée des iles du Cap Vert (Jovet-Ast 1946).
М. mackaii est trés fréquent dans la partie occidentale des îles britanni-
ques (Smith 1980), répandu sur la cóte atlantique espagnole du Pays basque
à la Galice, puis abondant au Portugal dans les environs de Sintra
(Coutinho 1917). En Méditerranée, il s'agit de stations disjointes de faible
étendue: environs d'Algésiras (V. & P. АПогве 1945) et de Tarragona
(Brugués & Folch 1981), facade tyrrhénienne de l'Italie (De Notaris 1864,
Barsali 1907, Schiffner 1936), et Dalmatie (Schiffner 1936). Enfin, l'espèce a
été découverte récemment au Monte Circeo par G. Schwab et au lac de Gar-
de par G. Philippi (non publié) Confirmant l'opinion émise par Schiffner
(1894), nous n’accordons aucune valeur taxonomique à la var. italica décrite
par De Notaris des environs de Pegli prés de Génes.
Pour la France, hormis les stations connues depuis le tournant du
siécle au Pays basque, en Bretagne et dans les Alpes-Maritimes, nous devons
la découverte de trois nouvelles localités à R.B. Pierrot: Saint-Cast dans les
Cótes-du-Nord (in Gaume 1955), Saint-Porchaire (1950) et Trizay
Charente-Maritime. Quant à la citation de la Grande-Verri
Morvan (Grognot in Boulay 1904), elle nous semble trés douteuse; nous n'en
avons pu contróler le bien-fondé d'aprés les échantillons d'herbier.
LE VALLON DES SERRES DANS LE CONTEXTE RÉGIONAL
Découverte en 1894 par N. Orzeszko (Camus 1901, 1912), l'unique
localité connue de Marchesinia mackaii dans les Alpes-Maritimes se trouve
dans la partie aval du vallon des Serres, court diverticule du vallon de
Source : MNHN, Paris
286 R. SALANON, J.F. GANDIOLI et P. GEISSLER
Lingostière, affluent de la rive gauche du Var à 7km de son embouchure.
Ses coordonnées sont 48,5792gr de latitude N et 5,4059gr de longitude E.
Géologie, géomorphologie, hydrologie
Ces vallons font partie d'un réseau très ramifié de ruisseaux permanents
ou saisonniers qui drainent les conglomérats plio-quaternaires, de type
poudingue, associés au cours inférieur du Var. Les galets roulés (calcaires,
granites, gneiss, grès, etc.), sont noyés dans un ciment limono-sableux conte-
nant de 20 à 25% de CaCO;. L'exceptionnelle dureté de ce substrat se mani-
feste par la fréquence des ponts naturels, abris-sous-roche, ravins et canyons
d'une impressionnante exiguité qui leur vaut parfois le qualificatif de
"vallons obscurs” dans la toponymie locale.
Les conglomérats, bien alimentés en eau par des résurgences sous-
karstiques, sont comparables à une éponge dont le ressuyage se prolonge du-
rant des mois aprés les pluies importantes. La teneur en eau du ciment
interstitiel et de la pellicule de “sol” pariétal est souvent proche de la
porosité totale en période humide (Salanon & Gandioli 1987). Cependant, le
pendage plus ou moins accusé des bancs de galets induit toujours une
différence d'humidité édaphique entre les deux parois d'un canyon.
Données climatologiques
Sur une profondeur d'une quinzaine de km à partir du littoral, la
température moyenne passe de 15 à 13*C, la moyenne des maxima du mois
le plus chaud (M) de 26 à 29°С et celle des minima du mois le plus froid
(m) de 4 à 1°C. De méme, les précipitations croissent de 800 à 1050mm; leur
régime est du type méditerranéen N°1 d'Emberger: ler maximum d'autom-
ne, 2ème maximum de fin d'hiver-début de printemps. La "période sèche”
estivale s'étend sur un mois et demi à trois mois. Avec un quotient
pluviométrique (Q 2) compris entre 115 et 130, la majorité des stations se si-
tue dans la variante à hiver frais de l'étage méditerranéen humide, la frange
littorale s'intégrant seule à la variante à hiver tempéré du méditerranéen
subhumide. L'influence du golfe de Gênes devient nette: atténuation
décisive du mistral, prédominance des vents marins de secteur E à S-W et
d'une humidité atmosphérique élevée (55 à 75%). En France
méditerranéenne continentale, c'est l'un des traits les plus originaux du sec-
teur préligure, d'une incidence primordiale sur le plan phytogéographique.
Des mesures comparatives ponctuelles au psychrométre, ou perma-
nentes (évaporimètres de Piche, thermo-hygrographes), effectuées dans le ca-
dre d'un inventaire cartographique de la flore de ce réseau hydrographique
(Salanon & Gandioli 1987, 1988), ont mis en évidence l'originalité
microclimatique de ce dernier par rapport aux interfluves avoisinants:
-valeurs trés faibles de l'évaporation potentielle, humidité relative de
l'air souvent proche de la saturation (minimum à 70% par mistral);
Source : MNHN, Paris
MARCHESINIA МАСКАП DANS LES ALPES-MARITIMES 287
-amortissement des écarts thermiques journaliers, avec maxima péjorés
de 7 à 8°С de mai à octobre, alors que certaines températures hivernales de
fin de journée se trouvent relevées par “effet tampon”. La température
moyenne annuelle accuse une chute de 3 à 4°С par rapport aux crétes, chif-
fres équivalents à un gain altitudinal de 600 à 800 mètres.
Peuplement végétal
Malgré la multiplicité des stades transitoires dus à une action
anthropique multimillénaire, il est possible de distinguer schématiquement :
1. Sur les interfluves, toutes formes de dégradation ou de reconquéte
du Lathyro-Quercetum pubescentis, chênaie mixte à chêne vert et chêne
pubescent de l'étage mésoméditerranéen: fruticées xéro-thermophiles des
Pistacio-Rhamnetalia, garrigues de l'Aphyllanthion généralement enrésinées,
cistaies, oxycédraies, friches à brachypodes, Bromus erectus, Spartium
junceum, etc.
2. Au niveau de l'horizon inférieur des vallons, et plus particulièrement
à l'ubac, des chênaies vertes affines de I’ Epipactido-Quercetum ilicis Barbéro
& Loisel 1983, ou des chénaies mixtes méso-xérophiles à Quercus ilex, О.
pubescens, Ostrya carpinifolia et Fraxinus ornus (Ostryo-Quercenum ilicis
Lapraz 1975), dont la richesse en espèces des Querco-Fagetea, du Buxo-
Quercion pubescentis et de l'Ostryo-Carpinion orientalis permet de les situer à
la frontière entre les étages méso- et supraméditerranéen.
3. Au fond des talwegs les plus encaissés, oü fraicheur et humidité
atmosphérique s'amplifient, des ostryaies méso-hygrophiles à mélique
(Melico uniflorae-Ostryetum Lapraz 1979), ainsi que divers groupements
hygro- ou hydrophiles: ripisylve des Populetalia albae, mégaphorbiaies du
Convolvulion, groupements pariétaux à Thamnobryum alopecurum, Asplenium
scolopendrium, Pteris cretica, Polystichum aculeatum, Carex grioletii, asso-
ciations de cascades et rochers suintants plus ou moins concrétionnés,
Eucladio-Adiantetum par exemple. La plupart de ces phytocénoses présentent
un important contingent d'éléments supraméditerranéens ou montagnards
qui, “per descensum”, trouvent là de remarquables stations abyssales.
ÉTUDE FLORISTIQUE ET ÉCOLOGIQUE DE LA STATION DE
MARCHESINIA MACKAII
Pour ce chapitre, l'on se reportera à l'exemple de coupe du vallon des
Serres illustré par la figure 2.
Extension actuelle et biotopes
Afin de suivre le devenir de cette espéce et d'envisager des mesures
conservatoires, nous avons noté de manière précise sa répartition actuelle
Source : MNHN, Paris
288 R. SALANON, J.F. GANDIOLI et P. GEISSLER
See?
о
R.Salènon
Source : MNHN, Paris
MARCHESINIA МАСКАП DANS LES ALPES-MARITIMES 289
par rapport au confluent des deux branches principales du vallon des Serres
à 75m d'altitude. Là se trouve une statuette de madone (ex-voto) signalée
par une croix dans la carte de l'I.G.N. au 1:25.000ème.
A 15m à l'aval de ce point, en rive gauche du canyon, M. mackaii se
présente sur quelques m? (relevé 1). C'est tout ce qui reste d'un vaste peu-
plement qui s'étendait à l'origine sur une quarantaine de mètres
supplémentaires, avant qu'en 1986, lors de travaux d'agrandissement d'une
cimenterie, la déforestation et l'ouverture d'une piste gravissant la rive droite
ne se solde par un ennoyage d'une partie du canyon sous les déblais, puis
sous le colluvionnement consécutif aux pluies torrentielles.
En amont du confluent, dans la branche se dirigeant vers l'E, M.
mackaii est assez commun en rive gauche (relevés 5 et 6), trés rare en rive
droite. Il s'amenuise avec le rétrécissement du défilé à l'approche d'une cas-
cade, puis redevient abondant, toujours en rive gauche, sur une trentaine de
métres au-delà de ce point (relevés 2, 3 et 4; fig. 2). Au total, l'espéce est
présente sur 105m dans le sens E-W. On la retrouve enfin sur 70m environ
en rive gauche de la branche qui monte vers le N, sa densité accusant une
chute brutale peu aprés le début de l'étranglement du canyon.
Marchesinia mackaii posséde deux microbiotopes dans la limite des 3 à
3,5m au-dessus du fond du talweg. D'une part, il est épiphyte sur racines et
écorces de Clematis vitalba, Hedera helix, Ficus carica, Laurus nobilis, isolé ou
avec une à deux espèces accompagnantes, Lejeunea cavifolia par exemple.
D'autre part, dans les falaises, il colonise les galets constitutifs du
poudingue, avec une nette pré'érence pour les calcaires durs et les calcaires
marneux, les autres roches (granites, gneiss, arkoses, grès siliceux) étant net-
tement délaissées, de méme que les plages pariétales de terre fine.
Il est donc probable que M. mackaii, indifférent au substrat dans son
aire principale, devienne calcicole en stations disjointes, phénomène banal de
compensation écologique; il n'est d'ailleurs signalé que sur calcaire en région
méditerranéenne, et croit sur calcaire dolomitique au lac de Garde. Ici, plus
étonnante est sa rareté sur le ciment interstitiel, riche еп СаСОз, de pH
compris entre 7,1 et 8,3. L'espèce fuit les substrats grenus, trop friables, à
Fig. 2 - Exemple de coupe du vallon des Serres. A: vue générale; la différence de
densité de la trame traduit la différence d'humidité entre la rive droite et la rive
gauche. B: détail du relevé 3 montrant la microhétérogénéité du substrat; a: ga-
let; b: ciment interstitiel, M. m.: Marchesinia mackaii. 1: Adiantum capillus-
veneris, 2: Asplenium scolopendrium, 3: A. trichomanes, 4: Cytisus sessilifolius,
5: Eucladium verticillatum, 6: Hedera helix, 7: Homalia lusitanica, 8: Laurus
nobilis, 9: Marchesinia mackaii, 10: Melica uniflora, 11: Neckera crispa, 12:
Polystichum aculeatum, 13: Pinus pinaster subsp. mesogeensis, 14: Plagiomnium
undulatum, 15: Quercus ilex, 16: Ruscus aculeatus.
Source : MNHN, Paris
290 R. SALANON, J.F. GANDIOLI et Р. GEISSLER
désagrégation rapide en arène meuble. Ces diverses exigences édaphiques
pourraient expliquer en partie l'absence de l'espèce sur les grès de Menton
ou le flysch gréseux de Ligurie, malgré des conditions topographiques et cli-
matiques a priori extrémement favorables.
Microclimat lumineux
Aux parois verticales ou en léger surplomb, hautes de 5 à 20m dans ce
secteur, succèdent vers le haut des pentes raides bien boisées. D'une largeur
de 1,5 à 4m, souvent tortueux, surmontés d'un écran végétal associant dans
des proportions variables espèces sempervirentes (Quercus ilex, Laurus nobilis,
Viburnum tinus, Arbutus unedo,
caducifoliées (Ostrya carpinifolia, Fraxinus ornus, Tilia platyphyllos, Acer
opalus, Ficus carica, Prunus avium eic. les canyons ne reçoivent qu'une
réduite. C'est се qu'illustre le tableau (fig. 3) dans le-
quel apparaissent des valeurs d'éclairement notées respectivement en phase
d'ombre (20.X.1988) et en phase de lumière (27.X1.1988), à 1,5m au-dessus
du fond du talweg. S'il est difficile de faire la part de chaque composante du
lumière indirecte trè:
Ruscus aculeatus,
Hedera helix) et
largeur du canyon
phase d'ombre | phase de lumière
lieux d'observation
ntrée du vallon, à découvert
2- axe du canyon, ombre de la falaise
3- axe du canyon, ombre de la falaise
4- (*) confluent des deux branches (madone)
5- (7) premier coude de la branche nord
(7 relevé 1; 15 m à l'aval du confluent
(7) relevé 5; débouché de Іа branche est
(7 secteur aval de la branche est
() entrée du défilé de la branche nord
10- (') défilé de la branche nord,
M. таскай en limite
11- (*) relevé 6; 50 m en amont du confluent
12- (*) branche est, au pied de la cascade,
M. mackaii plus ou moins nécrosé
6.
7.
в.
9.
зот
10m
8m
4m
4m
25m
3m
25m
25m
15m
63.000
5.700
4.100
2.200
860
830
520
340
420
130
80
30
42.500
5.100
3.500
2.050
750
980
760
290
370
150
50
20
Nature de l'écran végétal dominant le canyon - 4 :
(déforestation) . 5 ` Ostrya clairsemés, Laurus trés recouvrants . 6 : surtout caducifolié
: Ostrya, Fraxinus ornus, Cytisus sessilifolius . 7
carica . 8 : semi-sempervirent : Quercus ilex, Laurus,
sempervirent : Quercus ilex, Laurus . 10 : surtout caducifolié : Ostrya, Ficus .
—————— M — MES]
Fig. 3 - Valeurs maximales de l'éclairement, en lux, de 13h15 à 14h T.U., en
différents points du vallon des Serres, au cours de deux Jeun
20 octobre 1988 (phase d'ombre de la végétation) ct 27 novembre 1988 (phase
caducifolié, trés réduit
Ostrya .
. : Ostrya, Acer opalus, Ficus
9,11 et 12 :
5 de plein soleil:
de lumière); l'astérisque (*) signale la présence de Marchesinia mackaii.
Source > MNHN, Paris
MARCHESINIA МАСКАП DANS LES ALPES-MARITIMES 291
bilan journalier ou saisonnier de l'éclairement, il est par contre évident que
M. mackaii tolère des intensités lumineuses très faibles, de l'ordre de quel-
ques dizaines de lux, durant plusieurs mois. L'apparition d'une obscurité
quasi-permanente au seuil des défilés les plus étroits s'accompagne de
nanisme et de nécrose touchant la plupart des individus, alors que les peu-
plements se diluent et finissent par disparaître. Il est d'ailleurs significatif de
noter en ces lieux la présence d'espèces sciaphiles ou même obscuricoles
comme Geranium robertianum, Asplenium scolopendrium, ou encore Pteris
cretica et Carex grioletii, rarissimes en France.
Microclimat hydrique
Seules les fortes pluies créent un ruisseau temporaire dans chaque af-
fluent, mais les alluvions conservent en permanence une bonne humidité. П
en est de méme pour les parois situées en rive droite, favorablement
orientées par rapport au pendage des bancs de poudingue, d'une valeur de
15° vers le SE (fig. 2); on y relève, sur un sol pelliculaire alimenté par un
ressuyage abondant et prolongé, une riche flore mésophile ou hygrophile des
Querco-Fagetea, notamment Plagiomnium undulatum, Polystichum aculeatum,
Melica uniflora, Brachypodium sylvaticum, Euphorbia dulcis, Hypericum
androsaemum, Sanicula europaea, etc. Les parois suitantes sont tapissées
d'Adiantum capillus-veneris et де Conocephalum conicum, auxquels s'ajoutent
localement Реа endiviifolia et Lunularia cruciata. Ces différents apports
hydriques contribuent à la persistance d'une humidité atmosphérique très
élevée.
Pour deux périodes de l'eté 1986, l'une correspondant à une situation
météorologique "normale" de flux marin de secteur E à S-W, l'autre se si-
tuant en régime de mistral -phénomène dont nous avons souligné la rareté-,
il nous a paru intéressant de comparer les rythmes journaliers des variations
de l'humidité relative de l'air (H.R.), d'une part au niveau des biotopes de
M. таскай, d'autre part sous abri installé en garrigue à proximité
immédiate. Nous y ajoutons les données relatives aux aéroports de Nice et
de Marseille, ainsi que les roses des vents à l'aéroport de Nice, lors de ces
mémes périodes. L'examen des figures 4a à 4d confirme (cf. "Données
climatologiques^):
- l'existence d'une humidité atmosphérique élevée dans la région
nicoise, la station de l'aéroport de Nice enregistrant, par rapport à celle de
Marseille, un mistral trés atténué;
- un état hydrique de l'air proche de la saturation au fond des ravins
(77-87%), seul se produisant, par mistral, un léger fléchissement vers les
65-70% à la mi-journée (tranche des 11 à 16 heures T.U.);
- le "pouvoir tampon” remarquablement efficace de cette
géomorphologie vis-à-vis du microclimat hydrique, bien mis en évidence par
les fortes valeurs atteintes dans les histogrammes de la figure 4b.
Source : MNHN, Paris
292 R. SALANON, J.F. GANDIOLI et P. GEISSLER
Fig. 4 - Rythme journalier comparé des variations de l'humidité relative de l'air
(H.R) pour le biotope de Marchesinia mackaii (ж), un abri voisin sur garrigue
(о), et deux stations de référence: Nice-aéroport (А) et Marseille-Marignane
(H). La moyenne des valeurs de Н.В. est calculée, à Oh, 3h, … 21h T.U.: a.
pour la première décade du mois de juillet 1986 (absence de mistral); b: pour
les 24, 25, 27, 28, 29 et 30 aoüt 1986 (régime de mistral, secteur ouest à Nice).
Les histogrammes représentent la différence entre la station de Marchesinia
mackaii et l'abri sur garrigue. En c et d: rose des vents à l'aéroport de Nice lors
de ces mêmes périodes: les secteurs sont proportionnels à l'importance relative
des vents. А noter qu'à Nice-aéroport, le vent du nord est fréquent en raison
des échanges locaux terre-mer canalisés par la vallée du Var.
Dans la mesure où M. таскай (en dehors de sa position d'épiphyte) ne
colonise à peu près que la rive gauche des canyons, où se manifeste un im-
portant déficit hydrique durant une bonne partie de l'année, on peut dire
qu'il s'agit d’une espèce essentiellement aérohygrophile, ce qui est en total
accord avec sa chorologie.
Source : MNHN, Paris
MARCHESINIA MACKAII DANS LES ALPES-MARITIMES 293
N? du relevé Tow а cse ec s cm TE
Altitude (m) . . 75 | во | во | 80 | 75 | 75 | 120 | 120
N | N | N | М INNWINNW] E |NNW
90 | 70 | во | 80 | во | во | 80 | 70
Surface (m2) 15 2 | 6 | 10 | 2 |15| 2 |004
Couverture cryptogames (т). зо | 80 | 5 | 8 | 40 | 30 | зо | a
Couverture plantes vasculaires 27 TEAR AEE
A-espèces méditerranéo-atlantiques
Marchesinia mackaii (Hook.) S. Gray ү АН ү го[о
Tortella inflexa (Bruch) Broth. d EENEG >
Rhynchostegiella tenella (Dicks.) Limpr. PD КУА Йе lesen EA [2 1
Homalia lusitanica Schimp. 4|-]t4 r
Cololejeunea rossettiana (Mass.) Schiff г r + | +
Eurhynchium meridionale (Schimp.) De Not. | 3 | 4 1 +
B-espèces des Neckeretalia complanatae
Eurhynchium speciosum (Brid.) Jur. i а Pen men wea EE?
Lejeunea cavifolia (Ehrh.) Lindb...........| + | + | + | + А
Anomodon viticulosus (Hedw.) Hook. &
Tayl. rca us S Net ж! +
Neckera crispa Нейм... *
C-espèces des Ctenidietalia mollusci
Fissidens cristatus Mitt. ..... GE etes ЕЕ mee
Pedinophyllum interruptum (ees) Kaal. ... |. какы der Ete ten Ж
Ctenidium molluscum (Hedw.) Mitt. 2 Е
Сатруйит calcareum Crundw. & Nyh. .... |. д + [+
D-espèces des Adiantetalia
Adiantum capillus-veneris L. ........... +11 : у х ^ e ens
Lophozia turbinata (Raddi) Steph. Mss : * Bo isa eas
Eucladium verticillatum (Brid.) B., S. & б. | | ү * » ү e 1 1
Gymnostomum calcareum Nees, Hornsch.
HE PLOTS UE d , а S 1 +
E-autres espèces
Hedera helix L. +|+ |+ E 2
Asplenium trichomanes aggr. Eee [== d
Jungermannia atrovirens Dum. А я" 3 r | +
Fissidens taxifolius Hedw. . А „си e
Quercus ilex 1. juv. ëch + + а `
Mycelis muralis (L.) Dum. .. + š r
Espèces présentes une fois:
1: Solidago virgaurea L. +, Rubus caesius L. +, Ostrya carpinifolia Scop. +, Rubia peregrina L. +, Campa-
nula medium L. +, Hieracium murorum aggr. +, Coronilla emerus L. +, Asplenium onopteris L. +,
Tanacetum corymbosum (L.) Schultz Bip. +, Galium mollugo L. subsp. dumetorum Jord. +, Polypo-
dium cambricum L. +, Cladonia sp. т, cf. Pannaria sp. r.
cf. Pannaria sp. +.
Brachythecium velutinum (Hedw.) Schimp. +, Weissia sp. +.
Asplenium scolopendrium L. т, Plagiochila porelloides (Nees) Lindenb. +, Plagiomnium undulatum
(Hedw.) T. Kop. 2.
Parietaria officinalis L. 1, Orobanche hederae Duby r, Viola reichenbachiana Boreau s, lichen indet. +.
ichen indet. 1.
Carex pendula Hudson r, Impatiens balsamina L. т, Cephaloziella cf. divaricata т, Plagiomnium affine
(Bland.) T. Kop. +.
Fig. 5 - Données phytosociologiques. Pour la localisation des relevés, se reporter au
texte.
Source : MNHN, Paris
294 R. SALANON, J.F. GANDIOLI et P. GEISSLER
Données phytocénotiques
Nous regroupons dans un tableau (fig. 5) 8 relevés phytosociologiques
effectués dans les biotopes de M. mackaii: les 6 premiers proviennent du
vallon des Serres, les 2 derniers du vallon de Magnan, oü des transplan-
tations de l'espèce ont été tentées (cf. “Evolution de la station de
Marchesinia таскай "1
Le groupe A rassemble des espéces de répartition méditerranéo-
atlantique dont la signification. phytosociologique n'est pas connue avec
précision; il s'agit essentiellement de taxons aérohygrophiles de rochers
calcaires ombragés. Dans les groupes B et C apparait le rattachement
phytosociologique de taxons centre-européens, respectivement méso-
hygrophiles et méso-xérophiles, de substrats neutres ou basiques. Le groupe
D réunit des espèces méridionales hygro-hydrophiles communes sur les tufs
calcaires suitants: à l'exception d'Adiantum capillus-veneris, elles sont presque
uniquement représentées dans les relevés du vallon de Magnan, en raison de
la proximité d'un ruisseau permanent. Dans le groupe E enfin apparaît la
constance d'Hedera helix et la présence élevée d'Asplenium trichomanes, deux
espèces saxicoles sciaphiles; cet ensemble floristique est pauvre, ce que
confirme la liste des espéces présentes une seule fois, de caractére souvent
accidentel au moins pour ce qui est des plantes vasculaires.
Mais cette pauvreté n'est que relative en comparaison de celle observée
par P. Geissler dans les stations ligures et dans le domaine atlantique
Íranco-ibérique, où M. таскай forme des peuplements quasi
monospécifiques. On doit doc se demander si cette espéce, étroitement
inféodée ici aux galets nus (fig. 2B), fait vraiment partie intégrante du grou-
pement que le tableau de relevés est supposé définir! Au sujet des
microbiotopes de M. mackaii, manifestement liés à une trés forte
microhétérogénéité du substrat, il semble assez pertinent de reprendre les
termes d’’enclave” ou d'inclusion” proposés par Kissling et al. (1988) à
propos de certaines microcénoses sylvicoles de complexes forestiers, com-
plexes justiciables de relevés "par éléments" ou relevés "mérocénotiques", se-
lon le qualificatif créé par ces auteurs.
S'agissant ici de donner une idée globale du contexte bryosociologique,
précisons que les associations muscinales des rochers calcaires sont réunies
dans les Tortulo-Homalothecietea sericei. Les descriptions provenant en
majorité d'Europe Centrale, nous ne disposons que de peu de données sur la
composition de ces groupements dans le domaine méditerranéen, à l'excep-
tion des travaux de Giacomini (1951), de Varo et al. (1977), ou de Guerra &
Varo (1981). Les relevés de rochers calcaires à l'étage subalpin des Abruzzes
(Hébrard 1978) se situent, quant à eux, dans un contexte centre-européen.
Le rattachement de nos relevés à l'un des syntaxons bryosociologiques
précédemment décrits ne va pas sans difficultés; ils entrent probablement
dans lalliance du Plasteurhynchion meridionalis Guerra & Varo 1981, mais
Source : MNHN, Paris
MARCHESINIA MACKAII DANS LES ALPES-MARITIMES 295
présentent des affinités notables avec le Cololejeuneo- Rhynchostegielletum
tenellae Varo et al. 1977, deux unités décrites de la péninsule ibérique.
ÉVOLUTION DE LA STATION DE MARCHESINIA МАСКАП,
ESSAIS DE TRANSPLANTATION AU VALLON DE MAGNAN
Bien qu'ayant prospecté systématiquement la quasi-totalité des ravins
des environs de Nice, nous n'avons pas découvert de nouvelle localité de M.
mackaii. Cela n'est pas surprenant a priori, car les stations isolées sont bien
souvent uniques au sein d'un territoire donné. En janvier 1989, le bilan de la
station du vallon des Serres est le suivant:
l. Destruction des 40 derniers mètres du canyon, colmatage
sédimentaire alimenté par les déblais laissés en place lors des travaux de
1986. Là, quelques Marchesinia ont résisté jusqu'à l'automne 1987 au stress
hydrique et à un certain ensoleillement direct, puis ont été rapidement
éliminés par dessiccation des axes et des appendices phyllidiens.
2. Au confluent des deux branches du vallon, fort ennoyage et risques
d'un comblement supplémentaire si les éboulements ne sont pas compensés
par leur évacuation en saison pluvieuse. La dégradation de l'écran végétal
paraît responsable, chez M. mackaii, d'une amorce des phénomènes régressifs
précédemment cités, aussi bien sur galets que sur écorces.
3. Pas de modification apparente des biotopes dans les autres secteurs.
Mais ce site, déjà gravem: at endommagé, semble voué à disparaître саг
de nouvelles carrières doivent être créées: à la fois proches de Nice et d'accès
facile, les vallons des Serres et de Lingostiére sont les mieux placés dans cet-
te perspective. Plus concrètement, nous avons noté à l'automne 1988 des pi-
quets d'arpentage dans la moitié inférieure du vallon des Serres. Ce
piquetage aurait été fait, d'aprés divers témoignages, à la demande du princi-
pal exploitant de carriéres du département. En l'absence de renseignements
plus précis à ce sujet, il semble cependant qu'un projet de carrière vise ce
site. Rappelons qu'il abrite Carex grioletii, espèce protégée, ainsi que le très
rare Pteris cretica. En tout état de cause, méme si certains biotopes pou-
vaient être sauvés, une telle exploitation aménerait un asséchement des
poudingues et un saupoudrage considérable de poussiéres polluantes.
Devant ces menaces, il nous a paru utile de rechercher une aire poten-
tielle de survie pour M. mackaii et d'y faire des essais de transplantation. Le
site retenu fut le "pont du Génie”, à quelques km au N-W de Nice
(X —5,4279 gr; Y = 48,5987 gr), où des taillis d'ostrya et de chêne vert cou-
vrent un profond canyon alimenté en permanence par le ruisseau du
Magnan. Une quinzaine d'individus épilithes ou épiphytes, prélevés en octo-
bre 1987 dans des biotopes condamnés, ont été transplantés, d'une part dans
la branche N du vallon des Serres à titre de témoins, d'autre part au vallon
Source : MNHN, Paris
296 R. SALANON, J.F. GANDIOLI et P. GEISSLER
de Magnan. Dans ce dernier, les transplants se situent en rive droite à 30m à
l'aval du pont (relevé 7), et en rive gauche à 17m à l'amont du pont (relevé
8).
A ce jour, le taux global de survie est de 45%, sans étre supérieur chez
les témoins; il est plus élevé sur galets, quelques individus manifestant une
forte croissance. Ceci est encourageant dans la mesure où la transplantation
ne peut qu'opposer de nouvelles barrières d'isolement à une espèce qui y est
déjà particuliérement sensible. Nous suivons de prés l'état des transplants et
envisageons de nouvelles introductions dans d'autres canyons, la région de
Nice offrant de grandes possibilités. Mais succés provisoire ne signifie pas
réussite à long terme: rien ne permet, en particulier, de déterminer le "nom-
bre critique" d'individus à introduire dans tel biotope pour que leur
pérennité soit assurée, ni de prévoir la nature et l'ampleur des phénonémes
de compétition.
L'on ne saurait par conséquent perdre de vue le caractère irremplaçable
d'un écosystéme naturel - ^a fortiori” lorsqu'il constitue un exemple
véritablement unique -, et la priorité des actions conservatoires. Car, comme
le dit Klótzli (1987) fort justement et non sans sourire, en concluant un tra-
vail consacré à des transplantations de végétation prés de l'aéroport de
Zürich, "a good copy of a Mona Lisa is still not “the” Mona Lisa”.
REMERCIEMENTS Nos chaleureux remerciement vont à M. J.-L.
BOURRIAN des services de la Météorologie Nationale de l'aéroport de Nice, pour
les données météorologiques qu'il nous a communiquées ainsi qu'à notre jubilaire, M.
R.B. PIERROT, pour ses intications précieuses sur les stations atlantiques
françaises.
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Source : MNHN, Paris
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LES BRYO-ASSOCIATIONS EN FORÊT DU GRAND
BANNOT A AUDINCOURT (DOUBS)
Jean-Claude VADAM
17 rue de Montbouton, Dasle, F-25230 Seloncourt,
France.
En hommage à Raymond Bernard PIERROT
RÉSUMÉ - Inventaire et discussion synsystématique de 8 ass
associations, 2 variantes et 2 groupements bryophytiques d'une forét caducifoliée de
la partie nord-occidentale du Jura français.
ABSTRACT - Synsystematic survey and discussion on the bryophytes communities
(8 associations, 10 subassociations, 2 variants and 2 groups) of a deciduous forest in
the north-western part of the French Jura.
SITUATION ET CARACTÉRES GÉNÉRAUX DE LA ZONE ÉTUDIÉE
Le grand Bannot, qui constitue un exemple représentatif des plateaux
boisés en Pays de Montbéliard, se compose d'une parcelle d'environ 130 ha,
séparée des foréts plus importantes du Fays, des Ecouteaux et de la
Combotte par l'emprise de la route départementale D 126, reliant
Audincourt à Dasle.
L'altitude générale du secteur est comprise entre 350 et 400m. Le sub-
strat géologique est formé par quelques lits de calcaires bioclastiques,
séparés par des intercalations marneuses plus puissantes à Exogyra virgula du
Kimméridgien supérieur. La formation climacique est une hétraie-chénaie-
Charmaie de caractère méso-neutrophile ou Poo chaixii-Carpinetum Oberd.
1958 emend. Rameau 1981, association regroupant toutes les chénaies-
charmaies collinéennes méso-neutrophiles à méso-acidophiles du Nord-Est
de la France.
La composition de la strate arborescente refléte le traitement sylvicole,
mais reste trés influencé par la profondeur du sol et notamment par la
présence d'argile de décalcification, enrichie superficiellement en limons.
Source : MNHN, Paris
Numéro du relevé
Recouvrement muscinal (%)
Nombre d'espèces
Différentielles d'association
Eurhynchium praelongum var. stokesii
Atrichum undulatum
Différentielles de sous-associations
Fissidens taxifolius
Polytrichum formosum
Dicranella heteromalla
Différentielles de variante
Ditrichum pallidum
Pleuridium acuminatum
Espèces du Dicranellion
Fissidens bryoides
Calypogeia fissa
Espèces d.
Eurhynchium striatum
Thuidium tamariscinum
Plagiomnium undulatum
Lophocolea bidentata
Plagiochila asplenoides
Plagiomnium affine
Hylocomion et Hylocomietea
Compagnes
Brachythecium rutabulum
Isothecium alopecuroides
Plagiothecium nemorale
Brachythecium salebrosum
Tableau I. - Associations épigéiques humicoles. Eurhynchieto stokesii -
Atrichetum undulati
ass.
nov.
sous
ssociation fissidentetosum (relevés
1-3), variante à Ditrichum pallidum (relevés 4-6), sous-association typicum
relevé 7), sous-association polytrichetosum (relevés 8-10).
Classes de
fréquence
(présence)
00€
WVGVA DT
Source : MNHN, Paris
BRYOASSOCIATIONS EN FORÊT DU GRAND BANNOT 301
Le climat général de la dition est de type tempéré, où l'influence atlan-
tique se traduit par des vents dominants et souvent violents de secteur sud-
ouest, qui apportent d'abondantes précipitations. Celles-ci s'élèvent en
moyenne annuelle à 1130mm, au cours des vingt derniéres années; elles se
répartissent sur 180 jours, dont prés de 25 avec chute et couverture nei-
geuses. La tendance continentale se manifeste par l'importance de l'amplitu-
de des variations thermiques pendant l'année, pouvant étre supérieure à
55°С; la température moyenne annuelle reste comprise entre 9 et 10°С,
Les associations bryophytiques observables dans cette forét, tant
épigéiques, saxicoles, corticoles que saprolignicoles, sont peu nombreuses; el-
les montrent une relative homogénéité.
LES ASSOCIATIONS ÉPIGÉIQUES (Tabl. I)
La nomenclature des bryophytes se réfère à Frahm & Frey (1983), ainsi
qu'à Wilezek & Demaret (1982), pour les espèces du groupe de Bryum
capillare Hedw.
L'ordre de grandeur des surfaces relevées au cours de cette étude (indi-
cation non reprise dans la présentation des tableaux phytosociologiques) est
voisine du métre carré pour les associations muscinales épiphytiques et
saprolignicoles; d'au moins 3 à 4 métres carrés pour les associatins
épigéiques et épilithiques. Cet échantillonnage atteint l'aire minimale et évite
l'obtention de relevés fragmentaires.
La distribution des muscinées terricoles reste limitée aux espaces
dépourvus de litiére; elle est surtout importante dans les stations liées à des
remaniements du sol: orniéres, talus, fossés, fouilles diverses... L'exposition
est un facteur négligeable, le terrain étant pratiquement plat.
La teneur en matiére organique, la concentration des ions échangeables
et le taux de l'hygrométrie déterminent la nature des associations
muscinales; celles-ci sont donc étroitement dépendantes de la nature de la
couverture arborescente et ont été fréquemment traitées par de nombreux
auteurs comme des synusies. De ce fait, négligées en tant que telles, leurs
descriptions restent encore imprécises.
L'association dominante s'apparente au Fissidentetum taxifolit Wald-
heim 1944, groupement qui correspond à un type de colonisation de talus
forestiers neutrophiles; elle s'en écarte par l'absence totale d^ Eurhynchium
swartzii, retenue comme caractéristique de l'association. Celle-ci est
remplacée par Eurhynchium praelongum var. stokesii, calcifuge et hygrophile.
Elle montre des affinités avec l'association sylvatique mésophile à
Plagiomnium undulatum, décrite par Lecointe et Provost (1970) en
Normandie et semble proche de la sous-association atrichetosum du
Fissidento taxifolii - Eurhynchietum striati Gillet 1986, liée à des chénaies-
Source : MNHN, Paris
302 J.C. VADAM
charmaies-hêtraies de plateau, où l'humus est ип mull mésotrophe argilo-
limoneux. Elle s'en distingue encore par l'importance physionomique et si-
gnificative d’ Eurhynchium praelongum var. stokesii, en liaison avec un taux
hygrométrique plus important. De fait, ces groupements muscinaux sont
mieux développés dans les cuvettes et en bordure des fondrières qui retien-
nent assez longtemps les eaux de pluie.
Pour ces raisons, il paraît préférable de rassembler les relevés d'espèces
aux exigences neutroclines à méso-acidophiles dans une nouvelle association,
Y Eurhynchieto stokesii = Atrichetum undulati (relevé typique n° 4).
La combinaison spécifique comporte Eurhynchium praelongum var.
stokesii et Atrichum undulatum. Les espèces fréquentes sont de grandes
pleurocarpes des Hylocomion et Hylocomietalia, qui permettent le ratta-
chement synsystématique à ces unités.
La présence de Fissidens taxifolius individualise la sous-association
fissidentetosum, aile à tendance neutrophile, tandis que l'acidophilie se tra-
duit par l'apparition de Polytrichum formosum et Dicranella heteromalla, qui
occupent des surfaces réduites, au voisinage des vieux hétres et en sommet.
de buttes. Cette nouvelle combinaison spécifique a été retenue par Gillet
(1986) comme caractéristique du Dicranello heteromallae - Polytrichetum
formosi; nous la validerons par la sous-association, polytrichetosum, dont les
exigences édaphiques sont plus oligotrophes et xéroclines. En effet, les
caractéristiques retenues par cet auteur sont des espéces qui se retrouvent
dans de nombreuses associations du Dicranellion heteromallae Philippi 1963,
alliance regroupant des taxor^ typiquement minérotrophes, alors que les
groupements observés dans le Jura sont toujours fortement introgressés
d'éléments humicoles, de sorte qu'aucun individu d'association apparenté au
Dicranellion heteromallae Philippi 1963 n'est typique. Quand quelques
éléments de cette alliance sont présents, ils se trouvent constamment associés
à ceux de l’ Hylocomion, probablement en raison de l'activité importante des
micro-organismes du sol.
Un pôle méso-acidophile, plus minérotrophe est concrétisé par l'appari-
tion de Ditrichum pallidum et Pleuridium acuminatum, présentant des analo-
gies avec la variante à Ditrichum pallidum de Y Eurhynchietum swartzii
Waldheim ex Willmanns 1966, décrite par Marstaller (1983) dans les foréts
de Thuringe. Des points de vue écologique et dynamique, cette variante oc-
cupe des stations plus vivement éclairées et constitue une phase pionnière de
recolonisation d'un sol perturbé.
LES ASSOCIATIONS CORTICOLES
Les muscinées épiphytes sont sensibles aux variations écologiques dues
à la nature et à la structure des écorces, au diamétre du support et à la dis-
tance par rapport au sol. Cependant certaines conditions particuliéres d'une
Source : MNHN, Paris:
BRYOASSOCIATIONS EN FORÊT DU GRAND BANNOT 303
Numéro du relevé
Recouvrement (4) Classes de
Phorophyte
Hauteur par rapport au sol (m) fréquence
Circonférence (п)
Nombre d'espàces
Caractéristiques d'associations
Orthotrichum lyellii
Ulota crispa
Pylaisia polyantha
Caractéristiques du Frullanion
dilatatae
Frullania dilatata
Normandina pulchella
Orthotrichum speciosum
Caractéristiques di
Leucodontetalia
Metzgerla furcata
Radula complanata
Bryum laevifilum
Isothecium myurum
Compagnes
Hypnum cupressiforme
var. filiforme
Lepraria aeruginosa
Dicranum viride
Tableau П - Ulotetum crispae Ochsner 1928 (relevés 1-3). Pylaisietum polyanthae
(Gams ex Fórfóldy 1941) Sjögren 1961 (relevés 4-5). C Carpinus betulus;
F= Fagus sylvatica; P= Populus tremula; Ор = Quercus petraea.
essence forestiere rendent parfois peu discernables les communautés
épiphytiques des associations saprolignicoles. Par ailleurs, les associations
corticoles ont une large extension sur la longueur des füts. Elles ont été re-
connues, pour des raisons pratiques évidentes, dans les parties facilement ac-
cessibles des arbres.
Ulotetum crispae et Pylaisietum polyanthae (Tabl. П)
Ces associations se développent sur des füts de faible diamétre, mais ce
n'est pas la taille du tronc seule qui détermine la présence de l'association;
l'héliophilie semble jouer un rôle important (groupements se développant
sur de gros arbres isolés en clairière ou en lisière). Cependant, d'une
manière générale, les variations d'exposition semblent n'exercer qu'une influ-
Source : MNHN, Paris
Tableau Ш - Orthodicrano montani - Hypnetum filiformis Wisniewski 1930
sous-association typicum (relevés 1-23); sous-association mnietosum horni
Carpinus betulus;
Souche non identifiée.
(relevés 24-26). B= Betula verrucosa, C
sylvatica, P= Prunus avium; Q= Quercus sp. S
Numéro du relevé
Recouvrement (9)
Phorophyte
auteur par rapport au sol (m)
Cireonférence (m)
Nombre d'espèces
Caractéristique d'a
Orthodicranum montanum
pifférentielle
Plagiothecium curvifolium
nium hornum
caractéristiques et différentielle
d'alliance et d'ordre
Dicranum scoparium
Dicranum viride
Ptilidium pulcherrimum
Dicranoweisia cirrata
Caractéristiques de cli
Lophocolea heterophylla
Cladonia coniocraea
Plagiothecium denticulatum
Plagiothecium laetum
compagne:
Hypnum cupressiforme var.filiforme
Voten cupressiforae
Lepraria aeruginosa
Metsgeria furcata
Isothecium alopecuroides
Platysyrium repens
Frullania dilai
Orthotrichum lyellii
Шога crispa
Parmelia saxatilis
Parmelia acetabulum
Hypogyania physodes
Fagus
аа} ыз
ia| +
zaj +
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Source : MNHN, Paris
Numéro du relevé
Recouvrement (4)
Phorophyte
Hauteur par rapport au sol (m)
Circonférence (m)
caractéristique
Orthodicranum montanum
Différentielles
de sous-assoctation
Plagiothecium curvifolium
Maium hornum
Caractéristiques et différentielli
d'alliance et d'ordre
Dicranum scoparium
Dicranum viride
Ptilidium pulcherrimum
Dicranoweisia cirrata
Caractéristiques de cl
Lophocolea heterophylla
Cladonia coniocraea
Plagiothecium denticulatum
Plagiothecium laetum
compagne
Hypnum cupressiforme var.filiforme
Hypnum cupressiforme
Lepraria aeruginos,
Metzgeria furcata
Iscthecium alopecuroides
Platygyrium repens
Frullania dilatata
Orthotrichum lyellii
Ulota crispa
Parmelia saxatilis
Parmelia acetabulum
Hypogymnia pħysodes
Pleurococcus ap.
LONNV4 амучо NA L330H NA SNOLLVIDOSSVOA?I8
SOE
Source : MNHN, Paris
306 J.C. VADAM
ence négligeable par le peu de modifications observées dans la composition
des communautés bryophytiques établies sur les diverses faces d'un même
tronc.
Le groupement le plus répandu, sans toutefois être très fréquent, est
Y Ulotetum crispae Ochsner 1928, qui connaît une grande répartition
géographique. Il renferme surtout des muscinées cespiteuses et des
hépatiques appliquées contre le support. Les variations de composition
spécifique sur l'ensemble de l'aire sont mineures. En Franche-Comté, s'ob-
servent. Normandina pulchella, lichen épibryophytique subatlantique et Bryum
laevifilum, espèce pulvinée propagulifère, dont la dispersion et la fréquence
restent encore mal connues pour la région.
А la partie supérieure des troncs, (à partir de 7-8m) l'association cède
la place à des groupements lichéniques dominés par diverses Parméliacées.
Le Pylaisietum polyanthae (Gams ex Fórfóldy 1941) Sjögren 1961, assez
proche de l'association précédente, se distingue par la présence de Pylaisia
polyantha; il paraît localisé sur des troncs à écorce crevassée (saule, tremble,
chêne) de striations plus fraîches.
Orthodicrano montani- Hypnetum filiformis (Tabl. Ш)
Les parties moyennes des füts sont le domaine de l Orthodicrano
montani - Hypnetum filiformis Wisniewski 1930. Ce groupement trés commun
semble favorisé par une exposition septentrionale (facteur non exclusif) et af-
fectionne les troncs à écorce lisse et oligotrophe, tels que ceux des hétres,
plus rarement et de maniére plus fragmentaire ceux des charmes, des
merisiers et des bouleaux verruqueux; parfois il colonise les souches de ché-
ne en voie de décomposition.
Son extension en hauteur est trés variable; elle peut dépasser 10m sur
les hêtres, jusqu'à la naissance de la couronne, où se substituent des grou-
pements purement lichéniques.
Orthodicranum montanum monte jusqu'au houppier, aux environs d'une
douzaine de mètres par rapport au niveau du sol. Son comportement se si-
tue à l'opposé de celui d^ Hypnum cupressiforme var. filiforme, beaucoup plus
recouvrant au voisinage des souches.
Des tendances sub-montagnardes peuvent être décelées par les présences
de Ptilidium pulcherrimum et de Plagiothecium laetum, celui-ci formant faciès
dans les crevasses profondes de l'écorce des hêtres.
Les muscinées pulvinées fructifient peu (Dicranoweisia cirrata),
l'hépatique Lophocolea heterophylla ne porte des capsules qu'en situation
saprolignicole. En revanche, les modes de prolifération végétative sont habi-
tuels: des propagules se forment chez Plagiothecium laetum, Platygyrium re-
pens, Orthotrichum brell, Metzgeria furcata (sous la forme ulvula) et
Source : MNHN, Paris:
BRYOASSOCIATIONS EN FORÊT DU GRAND BANNOT 307
Dicranoweisia cirrata, concurrement à la maturation de sporogones. La
présence de tels éléments bouturaux est peu mentionnée chez cette espèce
rare de la bryoflore jurassienne, où elle ne s'observe qu'en épiphyte. Ses
propagules sont cloisonnées transversalement, délimitant 4 à 5 étages cellu-
laires qui présentent accessoirement des cloisons longitudinales.
100 p
Propagules de Dicranoweisia cirrata
La richesse en Dicranum viride paraît plus particulièrement typique des
forêts méso-acidophiles (hêtraies physionomiques) et semble plus importante
dans le Jura alsacien que dans le Jura central. Les plages de Lepraria
aeruginosa constituent une marque de sénescence de l'association.
A promixité du sol, sur les saillies des racines, apparait parfois une va-
riation spécifique, liée à des conditions plus sciaphiles et psychrophiles, sous
la forme de coussinets de Mnium hornum et de petits tapis de Plagiothecium
curvifolium. Se réalise ainsi un^ combinaison spécifique proche du Mnietum
horni Nôrr 1969, qui ne correspond pas à une association bien définie par
son manque de bonnes caractéristiques et de biotopes particuliers. П semble
légitime de valider cette composition sous la forme de la sous-association
mnietosum horni (Nôrr 1969) emend., très proche d'une variante à Mnium
hornum signalée par Marstaller (1986). Par ailleurs, l'association à Mnium
hornum décrite en Normandie par Lecointe et Provost (1970) s'éloigne signi-
ficativement de nos relevés.
Anomodonteto - Isothecietum myuri (Tabl. IV)
Sur les troncs de diamètre important se constituent des manchons peu
épais de pleurocarpes dendroides ou rampantes, qui peuvent revétir les ar-
bres jusqu'à près de 1,5m de hauteur, surtout quand ceux-ci servent de sup-
port aux tiges du lierre grimpant. La structure de l'écorce recouverte est le
plus souvent rugueuse ou crevassée; en revanche sa nature semble peu influ-
ente.
L'association se rattache à V Anomodonteto - Isothecietum myuri
Lippmaa 1935. Cependant les individus montrent une assez grande
variabilité; souvent méme, ils ne réalisent qu'une forme appauvrie du grou-
pement, en raison du fort recouvrement d'une espèce sociale, où les
Source : MNHN, Paris
Iesse du sien
Jecowerenant (0)
Fhorephyte
autour per rappert au acl (m)
Semer D
Nombre d'espáces
RTE
ane
GE
E
EE
E
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e
E
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о
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EE
SE
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cations
2/22
WVGVA OT
al pe m
Si p ш
ы Ну (0n an
=
Tableau IV - Anomodonteto - Isothecietum myuri Lippmaa 193
ciation plagiothecietosum (relevi
1-8); sous
sous asso-
ociation typicum (relevé
9-15); sous-association neckeretosum (relevés 16-22). A= Acer campestre;
C= Carpinus betulus; P= Populus tremula; Qp= Quercus petraea; Qr
Quercus robur; T= Tilia cordata.
Source : MNHN. Paris
BRYOASSOCIATIONS EN FORÊT DU GRAND BANNOT 309
bryochaméphytes rampantes (Isothecium alopecuroides, ` Homalothecium
sericeum, Hypnum cupressiforme, Brachythecium rutabulum) dominent les
espèces cespiteuses (Homalia írichomanoides, Bryum laevifilum, Zygodon
viridissimus).
La position phytosociologique de cette association a été controversée
dans le Jura; ici, elle montre des rapports évidents avec les Leucodontetalia
tandis que les espèces des Dicranetalia n'y figurent qu'accidentellement.
Trois subdivisions se dégagent:
1. La sous-association plagiothecietosum, plus acidophile, avec des
éléments des Brachythecietalia rutabulo-salebrosi, marquant le passage vers
les groupements saprolignicoles.
2. Une sous-association typique, sans éléments différentiels.
3. Une sous-association meckeretosum, ой transgressent des espèces
neutroclines des Neckeretalia complanatae, qui ne sont pas des mousses stric-
tement corticoles, mais souvent des muscinées épilithes ou terricoles. Cette
composition spécifique est proche alors du Neckero - Anomodontetum
viticulosi (Gams 1927) Philippi 1965 Aomalietosum Philippi 1972.
De nombreuses espèces se couvrent de capsules (Homalia
trichomanoides, — Isothecium alopecuroides, — Plasteurhynchium striatum,
Plagiothecium nemorale, Amblystegiella subtilis). Une phase de multiplication
végétative existe chez Bryum laevifolium et Zygodon viridissimus dont les
propagules se rencontrent exclusivement chez la variété vulgaris.
LES ASSOCIATIONS SAPROLIGNICOLES (Tabl. V)
Les souches de chênes, longues à disparaître, portent une
bryoassociation peu différente de celle des écorces lisses et acides des arbes
vivants (hêtre, тегіѕіег,...); elle se rattache à I Orthodicrano montani -
Hypnetum filiformis Wisniewski 1930.
Les muscinées apparaissant au cours des divers stades de
décomposition des bois tendres constituent un ensemble spécifique net-
tement différencié par rapport à celui de la dégradation du bois de chêne.
L'altération du merisier se reconnait à des produits de couleur rougeä-
tre, tandis qu'ils sont noirs en surface et marbrés en profondeur chez le
charme. Les hétres engendrent une pourriture brunátre; mais pour quelques
souches, l'identification de l'essence n'est plus possible.
Selon le pH du support et son état d'altération, deux ensembles
spécifiques peuvent être distingués:
1. - Les souches fragiles et engagées dans une transformation humique
avancée portent des bryophytes peu acidophiles. Souvent subsistent les stipes
Source : MNHN, Paris
`чолёто du relevé
Recouvrement (4)
Nature de la souche
Différentielles 4
Plagiothecium nemorale
Brachythecium rutabulum
Différentielles de
Sharplella seligeri
Orthodicranum montanum
Dicranum scoparium
ociation
caractéristiques et différentiel
d'alliance өк d'ordre
Brachytheeium velutinum
Brechythecium salebrosum
Rhiromnium punctatum (+ protonema)
Xylaria hypoxylon
Xylaria polymorpha
Caractéristiques
Lephocoles heterophylla
Plagiothecium denticulatum
Plagiothecium curvifolium
Dicranum viride
Cladonta coniocraea
compagnes
Hypnum cupressiforme
leotbecium alopecuroides
Thuidium tamariscinum
Plagiomium undulatum
Eurhynchium praelongum var. stekesii
Plasteurbynchtum stristulum
Eurhynchium striatum
Homalia trichomanoides
Lepraris aeruginosa
de classe
Tableau V -
во foo [са
12122} E
s E 12| + R
ОРЕ Е
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H 4 + |] [s
zr EM E e 12
aaf o faz | 2-2 | 2-2 [1-2
s ze]
Associations
Brachythecietum | rutabuli
thecetosum (relevés 14-21).
saprolignicoles.
nemoralis -
Plagiothecio
nov. typicum (relevés 1-13); dolicho-
zl
fréquence
1
т
т
т
т
ш
о
del
WVGVA OT
Source : MNHN, Paris
BRYOASSOCIATIONS EN FORÊT DU GRAND BANNOT 311
vestigiaux des carpophores de basidiomycétes ou les rhizomorphes
d'Armillaria mellea; les germinations de phanérogames y sont fréquentes. Les
muscinées colonisent électivement les flancs de la souche plutót que la sec-
tion. Un groupement identique se développe aussi sur les grosses branches
pourrissant au sol; il est lié à des exigences sciaphiles et méso-hygrophiles.
Cette association semble avoir peu retenu l'attention des phytosociologues;
elle est largement dominée par Brachythecium rutabulum et Plagiothecium
nemorale.
Ce dernier taxon, qui n’est pas exclusivement saprolignicole, a un
développement important et fructifie réguliérement. Dans ce type de station,
il doit trouver des conditions proches de son optimum écologique; il consti-
tue une bonne différentielle locale de l'association que nous proposons d'in-
dividualiser sous l'appellation de Plagiothecio nemoralis - Brachythecietum
rutabuli (relevé type n? 10). Les présences inconstantes, mais
physionomiquement importantes de Brachythecium velutinum, Brachythecium
salebrosum, autorisent le rattachement de l'association à l'alliance
Bryo-Brachythecion Lecointe 1975. L'existence discrète de pyrénomycétes in-
dique une parenté de ce groupement avec l' Hypno-Xylarietum hypoxyli
Philippi 1965.
2. - Sur les flancs des souches souvent déjà débarrassées de leur écorce,
mais non encore désagrégées et où l'humus est rare, s'installent des pulvinées
(Dicranacées), tandis que les bryochaméphytes rampantes occupent les zones
planes. Ces espèces acidophiles marquent le passage vers le
Lophocoleo-Dolichothecietum seligeri Philippi 1965, plus abondant et mieux
caractérisé en altitude (étage montagnard) sur feuillus. Elles réalisent la
sous-association dolichothecetosum (relevé type n° 16), concurrement avec les
espéces de l'association précédente; cette sous-association ne s'observe pas
sur les souches des charmes.
LES ASSOCIATIONS ÉPILITHIQUES (Tabl. VI)
Les affleurements de rochers calcaires sont absents; seules quelques
pierres, au ras du sol, ou utilisées pour le bornage de parcelles, permettent
l'installation de bryophytes saxicoles. Une mince couche d'humus favorise le
développement des petites exochomophytes rampantes et plusieurs espéces
possédent des aptitudes tout à la fois lithophiles et corticoles. De tels
biotopes sont réalisés en lisiére de forét oü subsiste un fossé de ceinture, en-
vahi par les broussailles et les buissons.
Les petites pleurocarpes (Campylium ` calcareum, | Amblystegiella
confervoides, Leskea polycarpa, Rhynchostegium ` murale, Homomallium
incurvatum,...) se couvrent de capsules.
Souvent les petites pierres plates ne portent qu'un peuplement
monospécifique, d'où ia nécessité d'inclure dans un méme relevé les éléments
Source : MNHN, Paris
312 J.C. VADAM
Numéro du relevé
Recouvrement Di
Nonbre d'espèces
Classe de
fréquence
Caractéristiques et
différentielle,
ciation:
Homomallium incurvatum
Anblystegiella confervoides
Barbula rigidula
Campylium calcareum
Eurhynchium swartzii (d)
Leskea polycarpa (d)
Caractéristiques d'alliance]
Rhynchostegium murale
Amblystegium juratzkanum
Amblystegium serpens
Fissidens minutulus
Caractéristiques d'ordre
et classe
Anomodon viticulosus
Schistidium apocarpum
agnes
Brachythecium populeum
Homalia trichomanoides
Brachythecium rutabulum
Eurhynchium striatum
Brachythecium salebrosum
Bryum laevifilum
Tableau VI - Associations épilithiques. Homomallietum incurvati (Winterhoff 1960)
Philippi 1965. Groupement à Campylium calcareum.
bryophytiques provenant de plusieurs surfaces rocheuses proches les unes des
autres. Par la faiblesse du nombre de stations étudiées, les résultats obtenus
dans le Bois du Grand Bannot ne correspondent peut-être qu'à des frag-
ments d'associations plus vastes. Néanmoins, parmi les groupements
muscinaux observés, possédant tous des exigences sciaphiles, deux ensembles
se dégagent:
1. - Quelques relevés se rapprochent sans peine de | Homomallietum
incurvati (Winterhoff 1960) Philippi 1965, caractérisé par des espèces
saxicoles calciphiles préférentes de stations séches et un peu thermophiles.
2. - D'autres, dominés par Campylium calcareum, colonisent des stations
plus franchement humicoles et plus fraiches. Ces relevés ne s'assimilent pas
au Brachythecietum populei Philippi 1972, association plus typiquement
anthropogène, ni au Taxiphyllo- Rhynchostegietum muralis (Herzog et Hófler
Source : MNHN, Paris:
BRYOASSOCIATIONS EN FORÊT DU GRAND BANNOT 313
1944) Breuer 1968, plus hygrophile. Le manque d'éléments de comparaison
suffisants ne nous permet pas de mieux analyser cet ensemble, que nous re-
tenons à titre provisoire sous l'appellation de groupement à Campylium
calcareum.
LES ASSOCIATIONS ANTHROPOGENES (Tabl. VII)
1. - Dans le secteur de débardage des grumes, en lisière du bois, le sol
est profondément perturbé par les engins forestiers et le site se trouve
rudéralisé. Sur l'espace nivelé se développent de petites muscinées pionnières,
réalisant un groupement probablement fragmentaire, car dépourvu de
caractéristiques; il ne comporte que des acrocarpes annuelles terricoles aux
exigences édaphiques plutót acidoclines, surtout visibles au cours de l'hiver
et au début du printemps, par la formation et la maturation des capsules
(Entosthodon fascicularis, Pleuridium subulatum, Phascum cuspidatum). La
multiplication végétative existe chez Bryum rubens, sous forme d'une abon-
dante production de propagules rhizoidiques et axiales.
Numéro du relevé
Recouvrement (+)
Nombre d'espèces
Caractéristique d'association
Funaria hygrometrica
Différentielles de variante
Bryum caespiticium
Ceratodon purpureus
Caractéristiques d'alliance,
ordre et с1ав
Barbula convoluta
Octospora hetieri
Marchantia polymorpha
Pleuridium subulatum
Barbula unguiculata
Compagnes
Bryum argenteum
Hypnum cupressiforme
Tableau VII - Association anthropogène. Funarietum hygrometricae Gams 1927.
Source : MNHN, Paris
314 J.C. VADAM
Par sa composition spécifique, trés proche de celles des associations
muscinales messicoles, le groupement se rattache d'un point de vue
synsystématique, au Phascion cuspidatae Waldheim 1944.
Exemple d'un relevé, dont le recouvrement avoisine 70%
Caractéristiques d'alliance
Entosthodon fascicularis 1.1
Phascum cuspidatum +
Caractéristiques d'ordre et de classe
Bryum rubens 33
Pleuridium subulatum 23
Barbula unguiculata +
2. - Une association anthracophile occupe les fauldes ou places à feu
récentes, ainsi que le bord des sentiers aménagés où ont été déposées des
scories d'origine industrielle. L'envahissement muscinal est assuré par une
population souvent exclusive de Funaria hygrometrica, couverte de capsules,
où s'associent parfois quelques petits discomycètes à la coupe hyméniale
orangée (Octospora hetieri, О. polytrichi...). Ces champignons entretiennent
des relations anatomiques étroites avec les parties gamétophytiques de la
funaire; ils en. provoquent la décoloration et le dessèchement (parasitisme
probable);-ils disparaissent rapidement avant la sporulation de la mousse.
D'autres espèces fongiques sont inféodées à ces milieux déséquilibrés, très ri-
ches en sels minéraux (Geopyxis, Anthracobia, Ascobolus, Geopetalum,
Omphalia, Coprinu.
Cette association nitrophue fragmentaire correspond au stade initial du
Funarietum hygrometricae Gams 1927; elle se développe hors des places à feu
dans les fondriéres oü les charbons de bois ont été entrainés par le ruissel-
lement.
Sur les scories, le groupement s'enrichit d'espéces rudérales à fort re-
couvrement et souvent trés fertiles (Bryum caespiticium, Ceratodon purpureus);
cette variante marque une transition avec les Polytrichetalia piliferi Herzog
1943, groupements colonisateurs des substrats arénacés.
CONCLUSIONS
Ce travail sur les associations bryophytiques du Bois du Grand Bannot
révèle le caractère “montagnard” plus affirmé des chénaies-charmaies du Jura
septentrional. Ces tendances se manifestent au niveau des synusies
muscinales par l'absence (ou le faible développement), sur les parties moyen-
nes des troncs, du Metzgerio furcatae - Zygodontetum borealis Gillet 1986 et
sa substitution par l” Orthodicrano montani - Hypnetum filiformis, riche en
Dicranum viride. Les formations saprolignicoles font preuve d'une certaine
originalité.
Source : MNHN, Paris:
BRYOASSOCIATIONS EN FORÊT DU GRAND BANNOT 315
Enfin, ce modèle forestier peut être extrapolé aux formations boisées
dévelopées sur les alluvions siliceuses de l'ancienne Aar-Doubs; il marque la
transition avec le domaine sundgovien.
Synsystéme des associations observées
Ord. Hylocomietalia Gillet 1986.
АП. Hylocomion splendentis (Herzog 1948) Vadam 1983.
Ass. Eurhynchieto stokesii - Atrichetum undulati ass. nov.
- fissidentetosum sous-ass. nov.
- polytrichetosum sous-ass. nov.
- typicum
- variante à Ditrichum pallidum.
СІ. Frullanio dilatatae - Leucodontetea sciuroidis Mohar 1978 emend.
Marstaller 1987.
Ord. Leucodontetalia von Hübschmann 1952 emend. Lecointe 1975.
All. Frullanion dilatatae (Peciar 1965) Lecointe 1975.
Ass. Ulotetum crispae Ochsner 1928,
Pylaisietum polyanthae (Gams ex Fórfóldy 1941) Sjögren
1961.
АП. Anomodontion eu 3paeum Barkman 1958.
Ass. Anomodonteto - Isothecietum myuri Lippmaa 1935.
- plagiothecietosum
- typicum
- neckeretosum
CI. Lepidozietetea reptantis Hertel ex Marstaller 1984.
Ord. Dicranetalia scoparii Barkman 1958.
All. Dicrano-Hypnion filiformis Barkman 1958.
Ass. Orthodicrano montani - Hypnetum filiformis Wisniewski
1930.
- typicum
- mnietosum horni
Ord. Brachythecietalia rutabulo-salebrosi Marstaller 1987
АП. Bryo- Brachythecion Lecointe 1975.
Ass. Plagiothecio nemoralis - Brachythecietum rutabuli ass. nov.
- typicum
Source : MNHN, Paris
316 1.С. VADAM
- dolichothecetosum sous-ass. nov.
CI. Tortulo-Homalothecietea sericei Hertel 1974.
Ord. Neckeretalia complanatae Jezek et Vondracek 1962.
All. RAynchosporion muralis Gillet 1986.
Ass. Homomallietum incurvati (Winterhoff 1960) Philippi 1965.
Groupement provisoire à Campylium calcareum.
Cl. Barbuletea unguiculatae von Hübschmann 1967.
Ord. Barbuletalia unguiculatae von Hübschmann 1967.
All. Phascion cuspidatae Waldheim 1944.
Ord. Funarietalia hygrometricae von Hübschmann 1967.
All. Funarion hygrometricae Hadac 1948.
Ass. Funarietum hygrometricae Gams 1927.
- variante à Bryum caespiticium
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CONTRIBUTION A L'ÉTUDE BRYOLOGIQUE DU PETIT
LUBERON (VAUCLUSE) I. LES CONTREFORTS
ORIENTAUX (RÉGION DE BONNIEUX)
J.P. HÉBRARD
U.A. 1152, Faculté des Sciences et Techniques de
Saint-Jéróme, Botanique et Ecologie
Méditerranéenne, avenue de l'escadrille Normandie-
Niemen, F-13397 Marseille, Cedex 13, France.
en hommage à Raymond Bernard PIERROT
RÉSUMÉ - Des prospections bryologiques effectuées en terrain calcaire, sur les
contreforts orientaux du Petit Luberon, près de Bonnieux (Vaucluse), ont permis de
recenser 118 espèces de bryophytes (103 mousses, 15 hépatiques). Parmi les
découvertes intéressantes, il convient de signaler Orthotrichum philibertii et Tortella
inflexa qui sont trés rares dans le sud-est de la France.
ABSTRACT - Bryological prospections carried out on calcareous substratum in the
eastern foot-hills of the Petit Luberon, near Bonnieux (Vaucluse) enabled the author
to record 118 species of bryophytes (103 mosses, 15 liverworts). Among the most in-
teresting discoveries, Orthotrichum philibertii and Tortella inflexa, which are very
rare in southeastern France, are worth mentioning.
GÉNÉRALITÉS
La flore muscinale du Vaucluse demeure imparfaitement connue. La
principale source de documentation récente, pour l'ensemble du
département, est constituée par ma thèse de Doctorat d’ État (Hébrard 1973),
ой sont rassemblées, entre autres, plusieurs dizaines de relevés d'origine
vauclusienne, effectués dans des milieux variés. Toutefois, les données
concernant le petit Luberon sont extrémement fragmentaires.
Ce massif calcaire culmine à environ 730m d'altitude. Il est limité au
sud par la vallée de la Durance, et au nord par les plaines cultivées se trou-
vant sur les communes de Robion, Ménerbes, Lacoste et Bonnieux. Sa ligne
de crête s'étend, sur prés de 21km, depuis les abords immédiats de Cavaillon
à l'ouest, jusqu'à la Combe de Lourmarin à l'est (gorges de l'Aigue Brun).
Source : MNHN, Paris
320 J.P. HÉBRARD
DECENNIES
* -| Moyenne
: 1951-60 | 1961-70 | 1971-80
d ч
i м : 19,51 18,79 19,15
R m F 6,73 6,66 6,69
А = - 13,18 12,73 12,93
2 меп z 12,78 12,13 12,45
E Me - 30,95 29,70 30,32
ү пп = -0,90 +0,60 -0,15
A Me-ah - 31,85 29,10 30,47
Р НР т98,3 | 691,1 829 772,9
R JP 91 та 78 вт
Е
с н 215,8 | 184,75 | 233,55 | 211,37
т ИРЕТ 195,3 | 143,65 | 216,9 184,95
Р Е 130 113,2 161,1 130,17
1 А 258,3 | 219,9 217,05 | 21,88
H R АНРЕ АНРЕ НАРЕ AHPE
D
1 н 28 22 2 24,67
т Kee 24 20,5 2u 22,83
o E 17 11 13,5 13,83
x а 2% 20,5 16,5 20,33
s
с - 75,31 98,8 87,05
Tabl. 1 - Données climatologiques pour la station d'Apt (moyennes décennales). Do-
cument inédit extrait de l'enseignement pratique d'écologie (Faculté des Scien-
ces de Saint-Jérôme), publié avec l'autorisation de M.G. Aubert, maître de
conférences. Températures (°С): moyenne annuelle des maxima (M) et des mi-
nima (m); moyenne des maxima du mois le plus chaud (Mo) et des minima du
mois le plus froid (mh); précipitations (mm): hauteurs de pluie annuelle (HP) et
isonniéres (HP^; nombre de jours de pluie, valeurs annuelle (JP) et
saisonnières (JP^), R: régime; Q2: quotient pluviométrique d'Emberger.
La présente étude est consacrée à la bryoflore d'un petit territoire, situé
à l'extrémité orientale du massif, dans un triangle dont les sommets corres-
pondent aux villages de Bonnieux, Lauris et Lourmarin.
Le tableau п°1 donne un aperçu du climat de la zone considérée раг
référence à la station d'Apt, toute proche (altitude: 234m).
Ainsi, la valeur moyenne de Q2 et mh, calculée sur deux décennies, in-
dique que l'on se trouve dans l'étage bioclimatique subhumide à hiver froid
(classification d'Emberger). Le régime des pluies est de type AHPE. En hi-
ver, lenneigement est de courte durée. En ce qui concerne la géologie
Source : MNHN, Paris
BRYOFLORE DU PETIT LUBERON 321
(Cavaillon XXXI-42, échelle 1/50000, réimpression 1974, éditeur: bureau de
recherches géologiques et miniéres, Orléans) les prélévements ont été
effectués en majeure partie, soit sur la molasse calcaire du Burdigalien (ml),
soit sur des calcaires compacts (Ca.c.) appartenant à l'Urgonien (Barrémien-
Bédoulie U), rarement au Hauterivien (n3). Enfin, plusieurs observations
ont été réalisées sur les calcaires et argiles blanches (Ca.ag.) de l'Oligocéne
(g), sur des alluvions argileuses anciennes (Fyl) et sur des argiles de
décalcification de l'Urgonien.
LISTE DES STATIONS DES PRÉLEVEMENTS
Pour chaque station, la longitude (E) et la latitude (N) sont données en
grades. L'orthographe utilisée pour les vallons, lieux dits etc... est celle de
la carte de l'institut géographique national (Cavaillon XXXI - 42,
échelle1/50000).
Les chiffres entre parenthèses après le numéro de station correspondent
au code de l'"herbier bryophytes J.P. HÉBRARD”. En ce qui concerne l'ex-
position, ind. signifie qu'elle est indéfinie (en terrain plat). Enfin, les obser-
vations effectuées sur substrat rocheux regroupent les muscinées récoltées à
la surface de la roche et dans les fissures.
1 (1.11980) - L'Aigue Brun, rive gauche, 350m au NE du croisement des routes
N543 et D36, 3,3435 x 48,6810, 280m/ind., gros rochers (surface émergée) dans le
ruisseau, ml.
2 (2.11980, 1.10684) - Prér du précédent, 3,3421 x 48,6790, 280m/N, Ca.c
(nU);
A - paroi rocheuse sèche ombragée;
B - talus, au pied de la paroi.
3 (1.1380) - L'Aigue Brun, rive droite, 250m au SW du croisement des N543 et
D36, 3,3386 x 48,6770, 290m, Ca.c (nU);
А - paroi rocheuse, falaise, exposition: E;
B - argile calcaire humide au pied d'une falaise, exposition: E;
C - paroi rocheuse humide, bordure de petit canal, exposition: N;
D - talus suintant, exposition : E.
4 (5.131180) - Route D36, La Combette, 3,3317 x 48,6805, 330m/ind., fond de
dépression, sol humide peuplé par Equisetum telmateia Ehrh., ml.
5 (B.181179) - Route D36, Les Auziéres, 3,3214 x 48,6850, 430m/SW, paroi
suintante, ml.
6 (1.2980) - Entre les Crests et la Teyssiére, 3,3214 x 48,6720, 450m/W, bran-
ches d'un vieux chéne pubescent.
7 (А.131180) - 150m à I'W des Crests, 3,3173 x 48,6690, 500m/W, rochers secs,
ml.
8 (1.13980) - Au SE du Gest, vers l'Aigue Brun, 3,3324 x 48,6615, 330m/W;
A.- rochers secs, chênaie pubescente, Ca.c (nU);
B - tronc de chêne pubescent, à Im du sol.
Source : MNHN, Paris
322 J.P. HÉBRARD
9 (2.13980) - Entre le Gest et Val du Loup, 3,3221 x 46,6635, 460m/N, talus
sec en bordure de taillis de chêne vert, Ca.ag. (p).
10 (1.6481) - Bertet, 3,30 x 48, 6690, 540m/ind., sol nu, oliveraie, ml.
11 - Prés du croisement des chemins communaux de la Chambarelle ct de Val
du Loup, 3,3069 x 48,6700, 520m, ml;
A - (1.5478) - tronc de jeune chêne pubescent;
B - (A.6978) - sur le sol, bordure de taillis de chêne vert.
12 - Au pied de la falaise, en surplomb de la ferme de Val du Loup, 3,3159 x
48,6665, 500m/W, ml;
А - (1.8978, 2.8978A) - rochers secs vmbragés, taillis;
B - (2.8978 B) - sur le sol, taillis de chêne vert.
13 - Étang artificiel, au S de la ferme de Val du Loup, 3,3166 x 48,6640, 430m,
Ca.c (nU);
А - (2.5478) - paroi humide, prés de la source;
В - (B.10684) - tronc d'un vieux Salix;
C - (A.10684) - sol ombragé;
D - (4.5478) - paroi rocheuse séche, exposition: N;
E - (1.3980) - vieux mur ombragé, taillis de chêne vert, exposition: N.
14 (3.5478, А.17283, С.10684) - Ravin obscur, en aval de l'étang de Val du
Loup, 3,3179 x 48,6640, 420m/ind., blocs temporairement humides, tuf calcaire
récent.
15 (4.5478A) - 300m à l'E de la maison de la Chambarelle, 3,3104 x 48,6640,
460m/ind., sol, clairière avec Pinus halepensis Miller, Ca.ag. (в).
16 (5.5478) - Comme le précédent, 460m/N, sol sec, forét dense de Pimus
halepensis Miller, Ca.ag. (8).
17 (3.291175) - 300m au „ЧЕ de la maison de la Chambarelle, 3,3083 x
48,6660, 470m/ind., sol sec, champ de lavande, Ca.ag. (р).
18 (2.291175) - 150m à l'E de la maison de la Chambarelle, 3,3069 x 48,6640,
510m/ind., sol sec, peuplement de Genista cinerea (Vill) DC. subsp. cinerea, Ca.c.
(nU).
19 (1.4980) - Entre la maison de la Chambarelle et les ruines de Pantayon,
3,3021 x 48,6625, 560m/NE, rochers secs ombragés, taillis de chêne vert, ml.
20 (6.5478) - Environ 300m à I'W de la maison de la Chambarelle, vers les rui-
nes de Pantayon, 3,2987 x 48,6635, 560m/E, rochers secs, m1.
21 - 200m à I'W de la maison de la Chambarelle, 3,3014 x 48,6635, 560m, ml;
A - (X4478B, 1.5481) - rochers secs et fissures, exposition: N;
B - (1.5481B) - bois mort;
C - (1.291175) - tronc d'un gros chêne pubescent.
22 - 100m à I'W de la maison de la Chambarelle, 3,3028 x 48,6635, SS0m/NE,
ml;
A (X.4478A) - sol sec, taillis de chêne vert;
B (C.9684) - base du tronc d'un gros chéne pubescent.
23 (2.6481) - 200m au NNW de la maison de la Chambarelle, 3,3028 x
48,6655, 510m/ind., sol sec, friche, m1.
24 - Près de la maison de la Chambarelle, 3,3048 x 48,6640, 530m;
Source : MNHN, Paris
BRYOFLORE DU PETIT LUBERON 323
А (B.9684) - faite de mur, ml;
В (A.9684) - troncs d Aesculus hippocastanum L. et de Tilia sp., dans le parc;
C - boue calcaire et rochers dans un bassin;
D - (A.7387) - talus humide, m1.
25 (1.5979) - Surplomb du vallon du Perrussier, 3,3090 x 48,6565, 550m/E,
tronc de chéne pubescent;
À - sol, taillis de chêne vert, Ca.c (nU).
26 (1.4478) - Surplomb du vallon du Perrussier, 3,3117 x 48,6565, 540m, Ca.c
(nU);
À - pelouse sèche, exposition: ind.:
B - rochers secs, exposition: N.
27 (2.4478) - Surplomb du vallon du Реггиѕѕіег, 3,3131 x 48,6570, 530m/NE,
talus sec, bordure de taillis de chêne vert, argile rouge (décalcification de nU).
28 (2.4478A) - Surplomb du vallon du Perrussier, 3,3152 x 48,6575, 530m/NE,
talus sec, bordure de taillis de chêne vert, argile rouge (décalcification de nU).
29 (3.4478) - Surplomb du vallon du Perrussier, 3,3200 x 48,6540, 520m/N, ta-
lus sec, bordure de taillis de chêne vert, Ca.c. (nU).
30 - Surplomb du vallon du Perrussier, 3,3248 x 48,6530, 510m;
А (44478) - sur les cendres (brûlis);
В (4.4478B) - talus sec, exposition: N, Ca.c (n3);
C (4.4478C) - tronc de chéne vert;
D (4.4478) - vieux mur, exposition: N, Ca.c. (n3).
31 - Vallon du Perrussier, 3,3152 x 48,6595, 430m, Ca.c. (nU);
A (1.131180) - rochers secs et fissures, exposition: SE;
B (2.131180) - sol sec, peuplement de Genista cinerea subsp. cinerea et Buxus
sempervirens L., exposition: ind.;
C (3.131 180A) - rochers secs, taillis dense de chêne vert, exposition: NE;
D (3.131180B) - talus sec, taillis de chéne vert, exposition: NE.
32 - Vallon du Perrussier, 3,3207 x 48,6600, 370m, Ca.c. (nU);
A (4.131180A) - rochers secs et fissures, exposition: N;
B (4.131180B) - sol sec, place à charbon de bois, exposition: ind.
33 (1.181179) - Début de la Combe du Sautadou, au SE de la Tour Philippe,
3,2932 x 48,6690, 520m/W, Ca.c (nU);
A - paroi rocheuse sèche, sous couvert de chêne vert;
B - talus, en bordure de taillis de chéne vert.
34 (C.181179) - A Ikm de Lauris, en venant de la Combe du Sautadou, 3,3007
X 48,6185, 190m/S, anfractuosités d'un vieux mur, ml.
35 (D.181179) - A 2km de Lauris, en venant de la Combe du Sautadou, 3,2973
x 48,6280, 215m/ind., sur la terre nue, vigne, argile calcaire (Fy1).
36 (3.6481) - Flanc nord du Luberon, au S du Val Masque, 3,2800 x 48,6740,
600m/N, rochers secs et fissures, Ca.c (nU).
37 (4.6481) - Comme le précédent, 600m/N, pelouse rocailleuse sèche avec
Thymus vulgaris L. et Buxus sempervirens, Ca.c. (nU).
38 (A.11684) - Route D36, environ 900m aprés Bonnieux, vers Lourmarin,
3,3076 x 48,6875, 430m/E, paroi rocheuse et fissures, m1.
Source : MNHN, Paris
324 ЈР. HÉBRARD
39 (2.2980) - Bonnieux, dans le village, 3,3007 x 48,6925, 420m/N, crépi de
vieux mur, ml;
A - vieux mur humide, lavoir.
ÉTUDE BRYOLOGIQUE
La nomenclature employée pour les hépatiques correspond à celle
proposée par Grolle (1983). Pour les mousses, nous nous référons à Corley
et al. (1982); chaque fois que nous avons jugé nécessaire de préciser le rang
infraspécifique d'un taxon, nous avons surtout utilisé l'ouvrage de Smith
(1978) et quelquefois les contributions de Düll (1984 et 1985).
Les symboles figurant dans la liste ci-après sont les suivants: ° = plan-
te portant des sporophytes et * — présence de gynécies et (ou) d'andrécies.
A - Hépatiques
Conocephalum conicum (L.) Underw. - 3C.
Frullania dilatata (L.) Dum. - 8B°, 11А°, 27; F. tamarisci (L.) Dum. - 27, 28.
Lejeunea cavifolia (Ehrh.) Lindb. - 2А, 31C, 3D.
Lophocolea minor Nees - 28.
Lophozia turbinata (Raddi) Steph. - 3A°.
Lunularia cruciata (L.) Lindb. - 3B.
Marchantia polymorpha L. - 1°.
Pellia endiviifolia (Dicks.) Dum. - 1, ЗС”, 4.
Porella obtusata (Tayl.) Trev. - 31C, 33A; P. platyphylla (L.) Pfeiff. - 2A,
3A, 12A.
Radula complanata (L.) Dum. - 2A*, 14°, 19°, 21B°, 27°, 31C*.
Reboulia hemisphaerica (L.) Raddi - 2A, 39°.
Southbya tophacea (Spruce) Spruce - 3A*, ЗВ”.
Targionia hypophylla L. - 2A*.
B - Mousses
Acaulon triquetrum (Spruce) C. Müll. - 35°.
Anomodon viticulosus (Hedw.) Hook. et Tayl. - 2A, 3A.
Barbula convoluta Hedw. var. convoluta - 32В°; B. unguiculata Hedw. - 10,
22А°, 24А°, 30B*.
Brachythecium. glareosum (Spruce) B. S. et G. - 2А, 29; B. rutabulum
(Hedw.) B., S. et G. - 13C*, I3E*; B. velutinum (Hedw.) B., S. et G. - 15°,
30B°.
Bryum argenteum Hedw. - 22A°, 26A, 31A; B. canariense Brid. var. provin-
ciale (Philib.) Husn. = 27*, 29*, 33B°; B. capillare Hedw. var. capillare - 4*,
37*; B. dunense AE. Sm. et H. Whiteh. - 10°, 23, 33B°; B. radiculosum
Brid. - 10; B. torquescens B. et S. - 12В°, 15°, 22А°, 39°.
Source : MNHN, Paris
BRYOFLORE DU PETIT LUBERON 325
Campylium calcareum Crundw. et Nyh. - 19°; C. chrysophyllum (Brid.) J.
Lange - 9, 15.
Cirriphyllum crassinervium (Tayl.) Loeske et Fleisch. - 13D, 14.
Cratoneuron filicinum (Hedw.) Spruce var. fallax (Brid.) Roth - 1, 4, 13A,
24C; fo. trichodes (Brid.) Mónk. - 3D.
Crossidium squamiferum (Viv.) Jur. var. squamiferum - 32A°, 34°.
Ctenidium molluscum (Hedw.) Mitt. - 2А, ЗА, 3B, 27, ЗІС, ЗЗА, 36.
Dicranella howei Ren. et Card. - 24D°.
Dicranum scoparium Hedw. - 27, 28.
Didymodon acutus (Brid.) К. Saito - 10, 23; D. fallax (Hedw.) Zander - 17,
22А; D. luridus Hornsch. ex Spreng. - 7, 19, 21A, 22A, 24A, 33B; D. sinuosus
(Mitt) Delogne - 12A, 14, 19, 20, 21A; D. tophaceus (Brid.) Lisa - ІЗА; D.
vinealis (Brid.) Zander - 3B, 11B, 24A, 33B.
Ditrichum flexicaule (Schwaegr.) Hampe - 2A, 26A, 28, 31C, 32A, 36, 37.
Encalypta. streptocarpa Hedw. - 2A, ЗА, 13D, 28, 30B, 32A, 33A, 36; E.
vulgaris Hedw. - 22A", 26A°, 32A°, 33B°.
Eucladium verticillatum (Brid.) B., S. et G. - 3B, 5°.
Eurhynchium hians (Hedw.) Sande Lac. - 3C°, 4°, 30B; E. meridionale (В., S.
et G.) De Not. - 3A, 31C, 32A, 33A; E. striatulum (Spruce) B., S. et G. -
2А, 3A, 14, 27, 31C; E. striatum (Hedw.) Schimp. - 16.
Fabronia pusilla Raddi - 6°, 21C°.
Fissidens crassipes Wils. ex B., S. et G. - 1; F. cristatus Wils. ex Mitt. - 2A,
3B, 15°, 28°, 30B, 31D, 33B, 37; F. incurvus Starke ex Röhl. - 30B°; E
taxifolius Hedw. subsp. taxifolius - 27; F. viridulus (Sw.) Wahlenb. var.
viridulus - 14°.
Funaria hygrometrica Hedw. - 22А°, 30A°, 33B°; Р. pulchella Philib. - 2В°,
Grimmia crinita Brid. - 20°, 31A*; G. orbicularis Bruch ex Wils. - 26B*,
31A°, 32A°, 36°; G. pulvinata (Hedw.) Sm. var. pulvinata - 2A°, 8A°, 12A°,
20°, 21A°, 26B°, 30D°, 31A°, 32A°, 33A°, 36°, 39°; G. trichophylla Grev. -
32A, 36.
Gymnostomum calcareum Nees et Hornsch. - 3B; G. luisieri (Sergio) Sergio
ex Crundw. - 38.
Habrodon perpusillus (De Not.) Lindb. - МА.
Homalothecium aureum (Spruce) Robins. - 8A, 16, 31B; Н. lutescens (Hedw.)
Robins. var. lutescens - 2A, 12B, 15, 16, 27, 30B, 30D, 31B, 37; var. fallax
(Philib. ex Schimp.) Düll - 3A, 9, 20, 31C; H. sericeum (Hedw.) B., S. et G.
- 6, 12A, 19, 21A, 26B, 36, 39.
Hypnum cupressiforme Hedw. var. cupressiforme - 2A, 8A, 12A, 15, 16, 19,
21A, 26B, 28°, 31A, 31C, 32A; var. filiforme Brid. (non Hypnum andoi A JE.
Sm.: cf. Ando 1985) - 8B, 30C; var. lacunosum Brid. - ЗЗА (det. H. Ando),
36, 37.
Leucodon sciuroides (Hedw.) Schwaegr. - 6, 21C*, 32A.
Neckera complanata (Hedw.) Hüb. - 2А, ЗА, 13D, 13E, 14, 27, 30C; N. cris-
pa Hedw. - 32A, 36.
Source : MNHN, Paris
326 J.P. HÉBRARD
Orthotrichum affine Brid. (incl. var. fastigiatum (Brid.) Hüb.) - 8B°, 11A",
25°; O. anomalum Hedw. - 12А°, 21A*, 26B*, 31A°, 32A*; О. cupulatum Brid.
var. cupulatum - 31C*, 36°; O. diaphanum Brid. - 8B°, 13B, 21С°, 24В°; О.
lyellii Hook. et Tayl. - 8B, ПА; O. philibertii Vent. - 13B°, 24B*; О. pumilum
Sw. - 24B*; О. striatum Hedw. - 25°; O. tenellum Bruch ex Brid. - 8B*, 13B°,
24B*.
Phascum cuspidatum Hedw. var. cuspidatum - 10°, 23°.
Plagiomnium undulatum (Hedw.) T.Kop. - 1, 2B, ЗС.
Pleurochaete squarrosa (Brid.) Lindb. - 2A, 12B, 15, 18, 22A, 26A, 28, 31B,
33A, 36, 37.
Роша davalliana (Sm.) C. Jens. - 26A*; P. lanceolata (Hedw.) C. Müll. -
10°, 22А°, 26A°, 29°.
Pseudocrossidium revolutum (Brid.) Zander - 14, 33B.
Pterogonium gracile (Hedw.) Sm. - ЗЗА.
Pierygoneurum ovatum (Hedw.) Dix. - 10°, 17°, 23°.
Rhynchostegiella curviseta (Brid.) Limpr. - 3C*; R. tenella (Dicks) Limpr.
var. tenella - 2A°, 8A°, 12A*, 14°, 19°, 20°, 30D°, 33B*, 39°.
Rhynchostegium confertum (Dicks.) B., S. et G. - 14°, 21B°, 26B°, 30С°; R.
megapolitamim (Web. et Mohr) В., S. et G. - 13С°, 15°, 22A*, 30B*; К.
riparioides (Hedw.) Card. - 1°, 3C°, 39A°.
Schistidium apocarpum (Hedw.) B. et S. var. apocarpum - 2A*, 27°, 32A°,
36°.
Scleropodium purum (Hedw.) Limpr. = 16; S. touretii (Brid.) L. Koch - 25А,
31D.
Scorpiurium circinatum (Brid.) Fleisch. et Locke - 2A, ЗА, 3B, 8A, 12A, 29,
32A, 33A.
Tortella humilis (Hedw.) Jenn. - 12B°, 21A°, 27°, 29°, 30B*, 31C*, 31D°,
33B*; T. inflexa (Bruch) Broth. - 12A, 20; T. inclinata (Hedw. f.) Limpr.- 15,
26A; T. nitida (Lindb.) Broth. - 2A, 3A, 36; T. tortuosa (Hedw.) Limpr. -
2A, 15, 26B, 27, 29, 31B, 31C, 33A, 36, 37.
Tortula inermis (Brid.) Mont. - 31A°, 33B*; T. intermedia (Brid.) De Not. -
3A*, 12A°, 20, 32A, 33A, 36*, 39*; T. laevipila (Brid.) Schwaegr. var.
асура - 6°, 8B°, 21C*; T. muralis Hedw. var. muralis - 19°, 20°, 39°; T.
pagorum (Milde) De Not. - 13B; T. papillosa Wils. - 24B; T. princeps De Not.
` 20*; T. ruralis (Hedw.) Gaertn., Meyer et Scherb. subsp. ruralis - 12B, 18,
22A; subsp. calcicolens (W. Kramer) Düll - 38; T. subulata Hedw. - 28°; T.
virescens (De Not.) De Not. - 22B.
Trichostomum brachydontium Bruch var. brachydontium - 3A, 27, 28, 33B; T.
crispulum Bruch - 2A, 3B, 27, 31A, 31B, 33A, 36.
Weissia condensa (Voit) Lindb. - 29°, 37°; W. controversa Hedw. var.
controversa - 27°, 28°, 31B*.
Zygodon baumgartneri Malta - 22B.
Source : MNHN, Paris
BRYOFLORE DU PETIT LUBERON 327
CONCLUSION
Compte tenu de son exiguité et de la nature essentiellement calcaire des
terrains, le territoire étudié est assez riche du point de vue bryologique (118
espèces, dont 103 mousses et 15 hépatiques). Bryum radiculosum (R),
Didymodon sinuosus (R), Orthotrichum philibertii (RR), Tortella inflexa (RR),
Tortula pagorum (R), T. papillosa (R), T. virescens (R) et Porella obtusata (R)
sont très rares (RR) ou rares (R) dans le sud-est de la France où la
répartition de Bryum dunense, Dicranella howei, Funaria pulchella et
Gymnostomum luisieri est encore mal connue.
D'autre part, Eurhynchium striatum (La Chambarelle) et Marchantia
polymorpha (l'Aigue Brun) appartiennent déjà, dans le midi, à la bryoflore
des étages montagnard et subalpin. Leur présence à plus basse altitude est
donc à mettre ici en parallèle avec celle de certaines spermaphytes
“réfractaires au climat méditerranéen”, notamment Chaerophyllum temulentum
L., Geranium pyrenaicum Burm. fil., Geum urbanum L., Heracleum spondylium
L. et Veronica chamaedrys L., que Girerd (1978) mentionne dans la vallée de
l'Aigue Brun.
Enfin, du point de vue chorologique (1), les résultats obtenus montrent
que les espéces à répartition mondiale vaste (circumboréales: 31,36% du to-
tal, cosmopolites + subcosmopolites: 14,41%) sont ici bien représentées,
ainsi que les éléments méditerranéen au sens large (euryméditerranéennes +
subméditerranéennes: 27,12%) et méditerranéen-atlantique (21,19%). On re-
marque par contre la faible proportion d'altantiques au sens large
(euryatlantiques + subatlan ‘ques + oréo-atlantiques: 3,39%) et de
méditerranéennes strictes ('euméditerranéennes": 0,85%, aire non précisée
pour Bryum dunense et Gymnostomum luisieri).
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BRYUM TENUISETUM LIMPR., DICRANELLA PALUSTRIS
(DICKS.) CRUNDW. ex E. WARB., LOPHOZIA LONGIDENS
(LINDB.) MACOUN et ORTHODONTIUM LINEARE
SCHWAEGR., BRYOPHYTES NOUVELLES POUR LA
NORMANDIE
Alain LECOINTE
Laboratoire de Phytogéographie, U.F.R. Sciences de
la Terre et Aménagement Régional, Université,
F-14032 Caen Cedex, France.
(en amical hommage à К.В. PIERROT, mon Maître en
déterminations bryologiques, en remerciement de sa compétence, de
son efficacité et de son aide permanentes).
RÉSUMÉ - Dicranella palustris (Musci) et Lophozia longidens (Hepaticae) ont une
répartition de type circumboréale-orophile et sont aussi nouvelles pour l'Ouest et
l'ensemble des plaines françaises. Jrthodontium lineare (Musci) est une espèce d'ori-
gine australe, actuellement en pleine extension dans l'ouest de la France. Quant à
Bryum tenuisetum (Musci), récemment bien individualisé dans le ‘complexe Bryum
erythrocarpum ", il possède une aire actuellement mal connue.
ABSTRACT - Dicranella palustris (Musci) and Lophozia longidens (Hepaticae), new
records for the West and the French plains as a whole, have a circumboreal-orophi-
lous type of distribution. Orthodontium lineare (Musci), a species of Austral origin, is
currently in full extension in western France. As to Bryum tenuisetum (Musch), re-
cently well recognized within the” Bryum erythrocarpum complex”, its distribution is
at present poorly known.
Dicranella palustris (Dicks.) Crundw. ex E. Warb.
Cette Dicranaceae est assez commune en France, aux étages
montagnard et subalpin (Vosges, Jura, Alpes, Massif Central, Pyrénées), ce
qui correspond bien à son aire de répartition de type circumboréale-
orophile, suivant une nomenclature définie précédemment (Lecointe 1981b).
On pourrait aussi la qualifier de boréo-montagnarde, au sens de Düll (1984).
La carte de la distribution connue de cette espéce (carte 1) ne permet
pas de rendre compte qu'il est parfois fait mention, dans la littérature, de
Source : MNHN, Paris
330 A. LECOINTE
OP
(e
e
GO
An
Ў
Carte 1 - Distribution de Dicranella palustris еп France. ж station norman:
récoltes personnelles antérieures; А stations localisées avec pré
(littérature, herbiers); * littérature: indications générales (région, département,
.); ? station planitiaire ancienne (Forêt de Compiègne, in Boulay 1872, citation
non reprise ensuite, matériel non revu); -- limite approximative de l'aire princi-
pale orophile.
stations de basse altitude. Ainsi, Boulay (1872) précise descend dans les
vallées; à Coinches sur le gneiss (altitude 450m) ..." L'existence de telles si-
tuations se comprend fort bien par le transport longitudinal des spores. sous
laction de l'eau des ruisseaux et des torrents. Par contre, ce mode de
dissémination ne permet pas d'expliquer la présence de Dicranella palustris
en Normandie. On peut cependant noter que les caractéristiques écologiques
stationnelles sont proches des stations de montagne: grès, ruisseau à cours
rapide, pluviosité de "ordre de 1200mm/an, température moyenne annuelle
Source : MNHN, Paris
BRYOPHYTES NOUVELLES POUR LA NORMANDIE 331
Fig. 1 - Dicranella palustris. 1: feuilles; 2: apex; 3: base de la feuille.
entre 8,5 et 9°C, hygrométrie élevée. Le ruisseau circule en limite de bois et
de prairies; le talus de la parcelle étudiée, en limite de Chénaie-Hétraie, por-
te deux Fougères plutôt montagnardes: Orcopreris limbosperma (All) Hollub
et Phegopteris connectilis (Mich.) Watt.
La distribution de D. palustris en Normandie s'établit ainsi:
- MANCHE, Saint-Georges-de-Rouelley, berges de la Sonce au Gué-
Safray, 200m, 12.09.1983; UTM: XU.68, FE: XU (herb.AL п°83/9000,
matériel utilisé pour la fig. 1).
Source : MNHN, Paris
332 A. LECOINTE
D. palustris a été observé en compagnie de Marchantia polymorpha,
Pellia epiphylla et Plagiomnium undulatum, tandis que plus bas sur la berge se
développaient Fissidens curnowii, Riccardia chamedryfolia et Rhynchostegium
riparioides.
Lophozia longidens (Lindb.) Macoun
Cette petite Hépatique possède le même type de réparition
géographique que l'espèce précédente: circumboréale-orophile ou, selon Düll
OO
5000
Carte 2 - Distribution de Lophozia longidens en France. = station normande; *
récoltes personnelles antérieures; A Stations anciennes localisées avec précision
(littérature); * littérature: indications générales (région, département, SE
1 Nomenclature selon Corley et al. (1982) pour les Mousses et selon Grolle (1983)
pour les Hépatiques.
Source : MNHN, Paris
BRYOPHYTES NOUVELLES POUR LA NORMANDIE 333
(1983), boréo-montagnarde. Elle est cependant réputée beaucoup plus rare
(cf. carte 2) mais peut-être sa petite taille et son mélange fréquent avec d'au-
tres espèces la font passer inaperçue. C'est d’ailleurs ce qui s'est produit sur
le terrain oü j'ai prélévé Douinia ovata sans voir que je récoltais aussi
Lophozia longidens. Cette espéce est pourtant bien caractéristique par ses
bouquets de propagules rouges et ses feuilles dressées-squarreuses; le matériel
normand est tout à fait conforme aux descriptions classiques et de taille
comparable.
La distribution de L. longidens en Normandie s'établit ainsi:
- MANCHE, Bion, forét de Mortain, rochers d'Hamon, 280m; bloc de
grès armoricain humifére et ombragé, 22.08.1985; UTM: XU.58, FE: XU.3
(herb.AL. n* 85/0802).
2000000
0000964
Carte 3 - Distribution d' Orthodontium lineare en France. » stations normandes; e
localités antérieures.
Source : MNHN, Paris
334 A. LECOINTE
L. longidens se présente sous forme de brins isolés, ou peu groupés,
dans des touffes de Douinia ovata c.spor. ou de Lophozia ventricosa var.
silvicola (Buch) Jones. Parmi les autres espéces compagnes, on peut citer
Campylopus flexuosus et, parmi les lichens, Hypogymnia physodes, Parmelia
sulcata et Р. revoluta.
Nota. Dans la dernière station où Lophozia longidens vient d'être découvert en
Belgique, il pousse aussi dans des peuplements de Douinia ovata, mais sur des troncs
(comm. pers. de К. Schumacker).
Orthodontium lineare Schwaegr.
Suite à la première découverte d Orthodontium lineare en France, à
Civray (Vienne) en 1977, Rogeon (1978) a recomposé les stades successifs de
l'extension de cette Bryaceae d'origine australe, arrivée en Europe par
l'Angleterre en 1911. En Europe, l'espèce s'étend rapidement depuis 1940
(Danemark, Hollande, Belgique, Allemagne, Pologne, Suède, ..) et рап
(1985) qualifie son aire européenne de subocéanique.
Pour la France, les mentions successives permettent d'établir la carte 3
qui, bien que fragmentaire, montre la rapide progression de l'espèce, proba-
blement encore fortement méconnue dans de nombreuses stations. En
résumé:
- Vienne, 1977, М.А. Rogeon; 1984, М.А. Корсоп;
- Nord (Bailleul), 1978, B. de Foucault (comm. pers.);
- Deux-Sèvres, 1982, R.B. Pierrot; 1984, М.А. Rogeon;
- Charente, 1984, M.A. Rogeon & J. Charraud;
- Eure-et-Loir, 1984, P. Boudier; '985, P.Boudier; 1987, P. Boudier;
- Calvados, 1985, A. Lecointe & C. Pakula, 1988-89, A. Lecointe.
La distribution d'O. lineare en Normandie s'établit ainsi:
Fig. 2 - Coupe transversale dans une feuille d'Orthodontium lineare, montrant les
stéréides.
Source : MNHN, Paris
BRYOPHYTES NOUVELLES POUR LA NORMANDIE 335
- CALVADOS, Le Plessis-Grimoult, bois du Roi, flanc nord du Mont-
Pinçon, souche pourrissante, 340m, 17.05.1985; UTM: XV.72, FE: XV.4
(herb. AL. n°85/0501, c.spor.).
- CALVADOS, Monts-en-Bessin, à l'est du bourg, grosse souche pour-
rissante (probablement de Hêtre) dans un talus de haie, 140m, 04.06.1988;
UTM: XV.74, FE: XV.4 (herb.AL. n°88/0601, c. spor., matériel utilisé pour
la fig. 2). Station revue en 1989; l'Orthodontium lineare y est toujours abon-
dant et forme un peuplement pratiquement monospécifique. Seuls quelques
brins de Lophocolea heterophylla vivent encore en bordure de la souche.
Comme le faisait remarquer R.B. Pierrot dans une correspondance à P.
Boudier (in Boudier 1985), la présence de stéréides dans la nervure des
feuilles est un bon caractère de reconnaissance d'O. lineare. J'insiste donc
Carte 4 - Distribution de Bryam 4enuisetum en France. » station normande; e
localités antérieures.
Source : MNHN, Paris
336 A. LECOINTE
sur la justesse de ce caractère en proposant un dessin (fig. 2) d'une coupe
de feuille.
Bryum tenuisetum Limpr.
Lors de la révision des espèces du "complexe Bryum erythrocarpum" par
Crundwell & Nyholm (1964), puis Wilczek & Demaret (1974), aucun
échantillon provenant de France n'est cité par ses auteurs et j'écrivais qu'il
fallait l'y rechercher (Lecointe 1978). C'est en Bretagne que De Zuttere
(1978) signala l'espèce pour la première fois. Nous l'avons ensuite retrouvée
еп Corréze en 1979 (Lecointe & al. 1980), еп Charente-Maritime (Pierrot
1986) et dans le Loiret (Boudier, in Pierrot & coll. 1987). Bryum tenuisetum
affectionne les sols plus ou moins tourbeux, brülés ou non. En Normandie,
il n'échappe pas à la règle et a été récolté sur tourbe dénudée.
Bryum tenuisetum se distingue essentiellement des autres espéces du
groupe par ses propagules rhizoidales jaunes ou orangées de moins de
200um, à cellules nombreuses, plus ou moins proéminentes et de tailles
variées.
La distribution de B. tenuisetum en Normandie s'établit ainsi:
- ORNE, Bellou-en-Houlme, marais du Grand-Hazé, tourbe dénudée et
ensoleillée, 200m, 01.09.1988; UTM: XV.99, FE: XV.3 (herb.AL n°88/0904).
REMERCIEMENTS. - Ils s'adressent tout particulièrement à R.B. Pierrot
pour la vérification de toutes ces espèces intéressantes pour la bryoflore normande,
ainsi qu'à R. Schumacker pour la vérification du Lophozia longidens.
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Commission paritaire 15-9-1981 - Ne 58611 - Dépôt légal n° 15135 - Imprimerie de Montligeon
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être abrégés suivant le B-P-H (Botanico-Periodicum-Huntianum, Pittsburg: Hunt
Botanical Library, 1968), les ouvrages cités selon F.A. Stafleu & R.S. Cowan, 1976-
… Taxonomic literature. Ed. 2 Utrecht/Antwerpen: Bohn, Scheltema & Holkema
( Regnum vegetabile 94, 98, 105, 110...). Les références suivront les modèles suivants:
MONTAGNE C., 1838 - Centurie des plantes cellulaires exotiques nouvelles.
Ann. Sci. Nat., Bot., Sér. 2, 8-57.
NEES VON ESENBECK C.G., 1836 - Hepaticae. /n: Lindley J., A natural
system of Botany... Ed. 2. London. Pp. 412-414.
WATSON E.V., 1971 - The structure and life history of bryophytes. Ed. 3.
London: Hutschinson University Library. 211 p., 26 fig.
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Source : MNHN. Paris
06 wn 1990
SOMMAIRE
Éditorial — 189
A. HÉRAULT - Mon ami Pierrot — 191
J.R. WATTEZ et B. DE FOUCAULT - Précisions sur la répartition
et la socio-écologie de Plagiothecium undulatum (Hedw.) B., S. & G.
dans le Nord de la France ..... 197
R. SCHUMACKER, J.P. DE HESSELLE et A. LECOINTE - Le
genre Timmia Hedw. (Musci) dans le Massif Central (France) . 211
R. GAUTHIER - Note sur la présence de Sphagnum fuscum
(Schimp.) Klinggr. dans les Pyrénées et sa répartition en France .... 219
S. MULLER et P. WOLF - Nouvelles localités de Sphagnum molle
Sull. en Europe moyenne. Étude phytosociologique comparative
avec les stations nord-atlantiques de cette espèce 235
P. BOUDIER - Fissidens kosaninii Latzel en Touraine. Étude de la
papillosité du limbe 245
O. AICARDI et P. BOUDIER - Florule bryologique de Montlouis
(Indre-et-Loire) . 253
J. WERNER - La flore bryologique des environs de Sierck-les-Bains
(Lorraine) et son intérêt phytogéographique En 255
J.E. LOISEAU et R. BRAQUE - Contribution à l'étude de la flore et
de la végétation GE des substrats calcaires dans le sud-est
du Bassin Parisien . 267.
P. CRIVELLI - La tératologie de Cinclidotus danubicus Schiffn. et
Baumg. dans le Rhin français ... 079
В. SALANON, Ј.Е. GANDIOLI et Р. GEISSLER - Marchesinia
mackaii (Hook.) S. Gray dans les Alpes-Maritimes: étude ршщ
et écologique de sa station: possibilités de sauvegarde? ... 283
dg VADAM - Les bryo-associations en forét du Grand Bannot à
Audincourt (Doubs) 299
. HÉBRARD - Contribution à l'étude bryologique du petit
Luberon (Vaucluse), 1. Les contreforts orientaux (région de Bonnieux) 319
A. LECOINTE - Bryum tenuisetum Limpr, Dicranella palustris
Dicks.) Crund. ex E. Warb., Lophozia longidens (Lindb.) Macoun
et Orthodontium lineare Schwaegr., bryophytes nouvelles pour la
Normandie
329
Cryptogamie, Bryol. Lichénol. 1990, 11 (3): 189-338.