LABORATOIRE DE CRYPTOGAMIE
MUSÉUM NATIONAL D'HISTOIRE NATURELLE
12 RUE DE BUFFON, 75005 PARIS
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PUBLICATION TRIMESTRIELLE SUBVENTIONNEE PAR LE CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE
SOMMAIRE
M. CLERJEAU. — Réflexions sur l'évolution des objectifs et critères de
sélection pour la résistance variétale des plantes ................ 305
J. DAVY de VIRVILLE, C. LANCE et G. DOUSSINAULT . — Réponse
respiratoire au cours des premiers stades de l'infection chez diverses
lignées de Triticinées sensibles ou résistantes à Pseudocercosporella
herpotrichoides (Fron) Deighton ........................., 319
H. LECOQ, E. POCHARD, M. PITRAT, H. LATERROT et G. MAR-
CHOUX. — Identification et exploitation de résistances aux virus chez
les planter maraichiéress vrei wee me es OUI ees 333
J.M. LEMAIRE, G. DOUSSINAULT, P. LUCAS, B. PERRATON, A.
MESSAGER. — Possibilités de sélection pour l'aptitude à la prémuni-
tion dans le cas du piétin-échaudage des céréales (Gaeumannomyces
AE cD na El TA RE 347
J-M. OLIVIER et Y. LESPINASSE. — Résistance du pommier à la tave-
lure Venturia inaequalis (Cke) Wint. : sources de résistance, comporte-
ment du parasite, programme de sélection . ........ EEG 361
P. PERENNEC. — Amélioration de la résistance aux virus chez la pomme
de terre 377
M. TROTTET. — Sélection du Blé tendre pour l'amélioration du compor-
tement vis-à-vis de Septoria nodorum Berk. Résultats obtenus, pers-
GE RO RE A AMAR Re AREA ae 385
G. MANACHERE et Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES. — Recherches
cyto-physiologiques sur la sporogenése de Coprinus congregatus Bull. ex
Fr. : Introduction à l'étude du déroulement de la méiose en rapport
avec les conditions lumineuses et thermiques .............. 2. dE
M. LOCQUIN-LINARD. — Pseudogymnoascus dendroideus Locquin-
Linard, nouvelle espèce de Gymnascale (Ascomycetes) coprophile
d'Afrique du Nord
Tables du Tome 3 . .
415
Les manuscrits doivent étre adressés à Madame M.F. ROQUEBERT, Laboratoire de
Cryptogamie, 12 rue de Buffon, 75005 Paris.
Source : MNHN. Paris
CRYPTOGAMIE
MYCOLOGIE
TOME 3 Fascicule 4 1982
Ancienne Revue de Mycologie. Dirigée par Roger HEIM
Bibliothèque Centrale Muséum
3 3001 00227800 9
MM. BOIDIN, J. (Lyon), CAILLEUX, R. (Paris), Mme CHARPENTIÉ, M.J. (Paris),
MM. GAMS, W. (Baarn, Hollande), JOLY, P. (Paris), MANGENOT, F. (Nancy),
MOREAU, Cl. (Brest), MOUCHACCA, J. (Paris), Mme NICOT, J. (Paris), M. PEGLER,
D.N. (Kew, G.B.), Mme PERREAU, J. (Paris), Mme ROQUEBERT M.F. (Paris),
M. SUTTON, B.C. (Kew, G.B.)
COMITÉ DE LECTURE
DIRECTEUR DE LA PUBLICATION: Madame J NICOT
ADMINISTRATION : Mme LOCQUIN-LINARD M. et M ZAMBETTAKIS Ch
SECRÉTAIRE DE RÉDACTION: Mme M.F. ROQUEBERT EDITEUR: A.D.A.C.
Copyright © 1982. Cryptogamie Mycologie
Source : MNHN, Paris
CRYPTOGAMIE MYCOLOGIE
CONTENTS
(Tome 3, Fasc. 4, 1982)
M. CLERJEAU. — Reflexions on evolution of breeding objectives for
Memenirestence di Blant CU D oe ea. 305
J. DAVY de VIRVILLE, C. LANCE et G. DOUSSINAULT . — Changes in
respiratory rates during infection of some varieties of wheat by Pseudo-
cercosporella herpotrichoides (Fron) Deighton ................. 319
H. LECOQ, E. POCHARD, M. PITRAT, H. LATERROT et G. MAR-
CHOUX. — Research and utilization of virus resistance in vegetables .. 333
J.M. LEMAIRE, G. DOUSSINAULT, P. LUCAS, B. PERRATON, A.
MESSAGER. — Wheat selection for cross-protection in the case of
take-all disease (Gaeumannomyces graminis) .................. 347
J.M. OLIVIER et Y. LESPINASSE. — Apple scab resistance (Venturia
inaequalis (Cke.) Wint.), sources of resistance, behaviour of the patho-
gen, breeding program eo e 2 i065 es eee eG 361
P, PERENNEC. — Breeding for virus resistance in the potato ......... 377
M. TROTTET. — Breeding of bread wheat for improved behaviour to-
wards Septoria nodorum Berk. Results and prospects s E 385
G. MANACHERE et Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES. — Cyto-physio-
logical research on sporogenesis in Coprinus congregatus Bull. ex Fr. :
an introduction to the study of meiosis under varying light and tempe-
rature conditions o er mc ce cer nel). 391
M. LOCQUIN-LINARD. — Pseudogymnoascus dendroideus Locquin-
Linard (Ascomycetes, Gymnascale), a new coprophilous species from
North Africa 409
IndenofiVo lames (1982) ne est 415
Source : MNHN, Paris
Les 7 premiers articles de ce fascicule sont consacrés
au 22ème Colloque de la Société Française de Phytopathologie
tenu à Le Rheu (LN.R.A. Rennes) les 13, 14 et 15 mai 1982 :
RÉSISTANCE AUX MALADIES
ET AMÉLIORATION DES PLANTES
Source : MNHN, Paris
306 M. CLERJEAU
After considering biological and genetical basis of partial resistance, it is incorrect to
say that monogenic, specific, vertical and non durable resistance are identical concepts,
In the similarly polygenic, non specific, horizontal and durable resistance, no longer cannot
be considered identical. Durability of a given resistant gene cannot be donea priori. This
requires exposure and observation of resistant genes during a long time and under varying
pathogen populations and environmental conditions. Furthermore, the durability of a gene
is not an absolute for it depends on the strategy of its use whether alone or combined with
other resistance factors and whether or not it is used in combination with chemical pro-
tection.
INTRODUCTION
De la masse et de la diversité des travaux effectués au cours des derniéres
années dans le domaine des recherches sur la résistance des plantes aux maladies,
de grandes orientations se dégagent. La première est que la résistance variétale
tend à s'affirmer de plus en plus comme une composante essentielle des sys-
témes de lutte intégrée, c'est-à-dire une méthode de lutte dont l'emploi est à
raisonner parmi un ensemble d'autres procédés. Ceci découle du fait que la
résistance n'est plus considérée aujourd'hui comme une panacée susceptible de
résoudre un jour la plupart des problèmes parasitaires ni comme vouée inéluc-
tablement à l'échec en raison de l'adaptation des parasites aux gènes de résis-
tance. Dans un tel contexte, les sélectionneurs sont amenés à exploiter non
seulement des résistances absolues ou de haut niveau mais aussi des résistances
partielles ou incomplètes dont l’utilisation doit permettre de réduire le nombre
de traitements chimiques. Dans tous les cas, il est en outre devenu essentiel que
ces résistances aient une action durable dans le temps. Ceci pose des problèmes
de méthodologie de sélection ou d’utilisation en pratique des résistances.
La réalisation de ces trois objectifs interdépendants que constituent l'exploi-
tation de résistances partielles, l'amélioration de la durabilité des résistances et
lintégration de la lutte génétique aux autres méthodes de lutte est soumise
à des nombreuses contraintes. Celles-ci tiennent souvent à la logique même du
développement des systèmes de culture des différentes espèces végétales. Nous
tenterons d'analyser, au cours de l'exposé, le contenu de ces objectifs et de
leurs contraintes en soulignant que les concepts relatifs à la nature des interac-
tions hôte-parasite peuvent être énoncés aujourd’hui avec moins de dogmatisme.
I. — RESISTANCE VARIETALE ET LUTTE INTEGREE
Ne pouvant être exhaustif, l'exposé sera limité à l’étude du modèle constitué
par la lutte génétique et la lutte chimique dans leurs inter-relations. Il tentera
de dégager les raisons qui, jusqu’à présent, ont concouru à opposer ces deux
méthodes puis d'indiquer par quelles voies on peut envisager de les valoriser
réciproquement notamment réduire significativement le nombre de traitements
Source : MNHN. Paris
RÉSISTANCE VARIÉTALE DES PLANTES 307
chimiques grâce à l'introduction de caractères de résistance dans les variétés.
1) Analyse de la situation actuelle
Les cas où la lutte génétique et la lutte chimique sont utilisées en complé-
mentarité correspondent le plus souvent à des situations où on traite chimique-
ment les maladies vis-à-vis desquelles on ne dispose d'aucune source de résistance
chez la plante et où les variétés possèdent une résistance à l'égard de parasites
incontrôlable par d'autres méthodes (certaines maladies virales ou certains
parasites telluriques). Cette complémentarité n’est harmonieuse qu'en apparence
car elle ne peut masquer les défauts pouvant être inhérents à chacune des deux
méthodes (coûts de la lutte chimique, résidus de pesticides, développement de
souches de parasites adaptées aux pesticides ou aux gènes de résistance).
Plus souvent, pour lutter contre un parasite donné, l'agriculteur peut avoir
à sa disposition le choix des deux méthodes. Plusieurs raisons l'aménent géné-
ralement à retenir la solution chimique : son attachement à des types variétaux
bien connus s'il sait en maitriser la protection phytosanitaire, son hésitation
à retenir une variété nouvelle dont la qualité essentielle serait la résistance.
Cette hésitation est justifiée par le fait que la longue durée nécessaire à lintro-
duction d’un caractère de résistance dans une variété est peu compatible avec
la fréquence des renouvellements variétaux imposés par diverses exigences éco-
nomiques ou agronomiques, Les variétés résistantes peuvent ainsi donner l'im-
pression d'une certaine inadéquation aux exigences du moment. S'il parait
essentiel que le sélectionneur pour la résistance fasse une évaluation pertinente
des besoins variétaux du futur, il faut reconnaitre qu'une telle appréciation
est particuliérement délicate chez les plantes pérennes en raison de la durée
des générations (5 ans chez le Pommier, 18 mois chez la Vigne, 9 mois seulement
chez le Blé).
En dépit de ces facteurs défavorables à la voie génétique le choix de la voie
chimique présente aussi des limites : outre les inconvénients déjà évoqués des
pesticides, il apparaît de plus en plus que le coût des traitements est assimilé
à une prime d'assurance qu'on accepte de payer non pas en fonction des véri-
tables risques d'accidents mais selon l'importance des prévisions de revenus.
Ainsi, ces coüts qui peuvent étre considérés comme modiques eu égard aux
pertes économisées, ne sont pas acceptables par tous : Pays du Tiers-Monde
mais aussi certaines productions des pays occidentaux (ex : lutte contre le
Botrytis cinerea dans les vignobles produisant du vin de consommation courante).
Par ailleurs, les productions qui constituent un trop faible marché porteur
pour les firmes ne font pas l'objet de demandes d'homologation des spécialités
phytosanitaires. Pour les mêmes raisons de rentabilité, la recherche de molécules
nouvelles ne concerne que certaines espèces limitées d'importance mondiale
(Coton, Maïs, Soja, Riz, Céréales, Vigne). Si l’on ajoute à ces constats les phéno-
ménes d'acquisitions de résistance aux fongicides qui ont concerné plusieurs
grands groupes de molécules dans le passé récent (benzimidazoles, imides cy-
cliques, acylalanines), on peut dire aujourd'hui que la lutte chimique a atteint
Source : MNHN. Paris
308 M. CLERJEAU
une période charnière de son évolution. ll sera nécessaire, dans le futur, de
raisonner davantage son utilisation.
L'attrait immédiat du cultivateur pour les pesticides évoluera probablement
vers une attitude plus critique. Il sera, dans cette perspective, de plus en plus
fait appel aux potentialités génétiques de résistance des plantes.
2) Perspectives d'utilisation complémentaire des traitements
chimiques et de la résistance variétale pour lutter contre les
maladies.
Le nombre de recherches ou d'expérimentations réalisées aujourd'hui pour
préciser l'intérét du cumul de ces deux méthodes de lutte évolue significative-
ment. L'objectif des stratégies de cumul est de réduire le nombre de traitements
chimiques, tout en maintenant le niveau de protection du végétal, grâce à une
élévation du niveau de résistance des plantes, ceci tout en limitant les risques
d'apparition de souches d'agents pathogénes adaptées aux pesticides ou aux
gènes de résistance.
Plusieurs exemples de telles stratégies ont ainsi déjà été proposés.
a) Combinaison lutte chimique - gènes faibles de résistance absolue.
Sur le plan épidémiologique, dans le cas des maladies à intérêts composés,
l'adaptation d’une race de parasite de résistance se traduit par un retard dans
le développement des épidémies égal à un temps TR. Un traitement fongicide
réalisé en début de végétation peut permettre de retarder le délai d'adaptation
d'un temps TF égal à la durée de fongistase. Si TR + TF est supérieur a la durée
de végétation de la culture, les risques de maladie deviennent nuls (CLERJEAU
et al., 1981). Cette stratégie est proposée dans le cas de la lutte contre le Bremia
de la Laitue où 8 gènes de résistance ont déjà été surmontés (CRUTE, 1979).
Des stratégies beaucoup plus élaborées sont proposées par WOLFE (1981)
pour lutter contre l'Oidium de l'Orge. Cet auteur suggère d'utiliser les variétés
multilignées en laissant inutilisée l'une des composantes tous les ans et de traiter
à l'éthirimol les semences de cette composante lors de la dernière année de son
utilisation (Fig. 1).
COMPOSANTES
1 ère année Ar) B € -
2ème année = Ber) c D
3ème année A - Gr) D
4ème année A B - Dey
(F) : traitement de semence à l’éthinimol.
Fig. 1. — Utilisation du traitement des semences chez une variété d'Orge multilignée résis-
tante à l'Oidium, selon WOLFE (1981).
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE VARIÉTALE DES PLANTES 309
Ces exemples, encore théoriques, montrent que la lutte chimique peut per-
mettre d'accroître la durabilité des gènes faibles et donc, que la force d’un gène
est une notion relative dont l'appréciation découle du mode d'utilisation de ce
gène.
b) Combinaison lutte chimique - gènes de résistance partielle.
Des résultats de plus en plus nombreux indiquent que la lutte chimique et
l'augmentation de la résistance générale des plantes peuvent aboutir à des effets
additifs. Ainsi, chez la Pomme de terre, FRY (1975, 1978) a pu chiffrer le gain
conféré par l'accroissement de résistance au Mildiou en poids de mancozèbe
économisé par hectare cultivé. Chez l'Orge, SLOOTMAKER et al. (1975) ont
pu montrer que le taux d'attaques d'Oïdium était identique chez une variété
sensible traitée à forte dose, une variété non traitée possédant un haut niveau
de résistance ou une variété partiellement résistante traitée avec de faibles doses
de fongicide. Des résultats du même type ont été obtenus dans la lutte contre
Phytophthora capsici sur Poivron à l'aide du phoséthyLAl par CLERJEAU
et al (1981).
L'ensemble des exemples présentés montre que, si une source de résistance
donnée ne présente pas un intérêt suffisant pour être exploitée individuellement
(faible niveau ou risque élevé de faillite), certains modes d'utilisation peuvent
permettre sa valorisation. Outre la lutte chimique, certaines méthodes culturales
agissant sur l'épidémiologie des agents pathogènes peuvent également assurer
la valorisation des gènes de résistance. C’est le cas notamment du paillage plas-
tique dans la lutte contre le virus de la Mosaique du Concombre chez le Melon
(LECOQ et PITRAT, 1982), ou des rotations culturales dans la lutte contre
les nématodes (RIVOAL, 1979). Chez des variétés de Céréales (Blé ou Avoine)
résistantes aux nématodes par exemple, le niveau de résistance exploité ne
permet pas de résoudre en une seule année les problèmes nématologiques. En
revanche, il permet d'abaisser fortement, à moyen ou à long terme, la nocivité
des parasites (RIVOAL, 1979).
c) Approche nécessaire pour une réduction significative des traitements au
niveau d'une culture
Les traitements chimiques appliqués aux cultures font généralement appel
à des pesticides polyvalents agissant simultanément sur plusieurs maladies.
L'introduction dans les variétés, d’une résistance à l'une de ces maladies, la
plus importante par exemple, ne permet en fait de limiter significativement
les traitements que si les autres maladies impliquent peu d'interventions.
La nécessité, toutefois, de maintenir une certaine couverture fongicide pour
lutter contre ces maladies peut présenter un intérêt : améliorer la durabilité
du gène de résistance introduit, permettre un effet additif avec ce gène. Il est
possible, dans ces conditions, d’exploiter une résistance incomplète, le problème
étant alors de déterminer le programme de traitement minimum le plus adéquat
qui devra assurer un soutien efficace à la résistance tout en étant suffisamment
efficace à l'égard des autres maladies (ex : lutte contre l'alternariose chez les
Source : MNHN, Paris
310 M. CLERJEAU
variétés de Tomate résistantes au Mildiou, à l’aide de dithiocarbamates).
En fait, une réduction notable du nombre de traitements sur les cultures
faisant l'objet d'interventions nombreuses ne peut être obtenue qu’au prix
de l'introduction de résistances de haut niveau à l'égard des maladies les plus
dommageables et de résistances partielles vis-à-vis des parasites secondaires.
C'est dans cette direction que sont conduits actuellement en France les travaux
de sélection chez la Vigne (une bonne résistance au Mildiou associée à une
moindre sensibilité à l'Oidium, au Black-rot, au Botrytis et à l'anthracnose
devraient réduire à deux applications seulement les interventions chimiques).
Chez le Pommier, l'objectif poursuivi est d'associer au gene Vf de résistance
À la tavelure, une moindre sensibilité à l'Oidium et au Puceron cendré (LES-
PINASSE et al., 1976; OLIVIER et MARTIN, 1979).
En résumé, il ressort de ces éléments que l'introduction de caractéres de
résistance dans une variété doit étre réfléchie en fonction de toutes les impli-
cations qu'elle détermine au niveau de la culture. Ces implications sont quelque-
fois difficiles à apprécier lorsque les agents pathogénes que l'on veut combattre
interviennent dans des complexes parasitaires ou sont antagonistes d'autres
agents pathogénes (ex : le cas du Cercosporella herpotrichoides et de Rhizocto-
nia solani chez le Blé).
3) Nécessité d’une analyse prospective de l’évolution des cultures
pour l'amélioration de la résistance des plantes.
Si l'introduction de caractéres de résistance ou de moindre sensibilité dans
une variété doit être conçue dans la perspective de l’évolution des autres mé-
thodes de lutte qui en découlera, elle doit aussi tenir compte de plus en plus
des conséquences prévisibles au plan phytosanitaire de l’évolution des techniques
culturales ou des propriétés agronomiques des nouvelles variétés. C'est donc
une œuvre de prospective que doit faire le sélectionneur s'il souhaite éviter
d'apporter avec trop de retard la réponse à un problème par la voie génétique.
Plusieurs domaines peuvent servir d'exemple :
L'une des conséquences de l'intensification des cultures céréaliéres, en
particulier la monoculture, est l'accumulation dans le sol des germes pathogénes
se conservant dans les résidus de paille. Si l'on souhaite ne pas rendre ces cultures
trop dépendantes des traitements chimiques dans le futur, il convient donc
d'améliorer conjointement les caractéres de qualité ou de productivité et les
caractéres de résistance. Sachant qu'il existe une relation inverse entre la hauteur
des pailles et la sensibilité à la septoriose (TROTTET, MERIEN, 1982), il est
aisé de deviner les conséquences qu'il y aurait à créer des variétés à paille courte
très productives mais plus sensibles au parasitisme (septoriose mais aussi fusa-
riose et cecydomie).
— En arboriculture fruitière, la création de porte-greffes de Pommier mieux
adaptés aux conditions d’asphyxie du sol entrainera nécessairement une exten-
sion des cultures vers des zones particulièrement propices aux Phytophthora
Source : MNHN. Paris
RÉSISTANCE VARIÉTALE DES PLANTES 311
donc un développement de ces parasites si une moindre sensibilité n’est pas
associée à la résistance à l’asphyxie.
— L'amélioration des variétés de Tomate pour une meilleure adaptation
à la récolte mécanique devrait être menée conjointement avec l'introduction
de caractères de moindre sensibilité aux Alternaria, parasites particulièrement
agressifs sur les fruits surmuris récoltés mécaniquement,
En conclusion, sans faire preuve d'un idéalisme excessif, on pourrait émettre
le vœu que les variétés nouvelles ne soient pas plus sensibles que leurs ascen-
dantes. Cet objectif minimum qui devrait être celui de tous les sélectionneurs
implique de conduire certains programmes d'amélioration dans des parcelles
peu protégées chimiquement. Dans le cas contraire d'une couverture chimique
maximum, on risque de perdre des gènes mineurs et rendre ainsi les végétaux
de plus en plus dépendants de la phytopharmacie. Si dans le passé, on a négligé
cet aspect c'est sans doute parce qu’on savait mal apprécier l’action des gènes
mineurs de résistance partielle ou leurs possibilités d'exploitation en pratique.
II. — PROPRIETES DES RESISTANCES PARTIELLES
L'intérêt d'exploiter des résistances partielles dans les programmes de sélec-
tion ayant été souligné, il convient d'en préciser ici les principales propriétés.
1) Définition.
Par opposition aux résistances absolues qui inhibent totalement la multi-
plication des agents pathogènes, les résistances partielles ou résistances incom-
pletes ne font que réduire le taux d'infection apparent des plantes. C'est au
niveau du développement des épidémies que leur effet est le plus notable.
Dans le cas des maladies à intéréts composés (plusieurs cycles successifs
de multiplication), VAN DER PLANK (1975) a attribué à de telles résistances
la terminologie de résistances horizontales, résistances considérées par ROBIN-
SON (1976) comme non spécifiques, donc durables. Pour beaucoup, leur sup-
port génétique est polygenique.
Par le biais des assimilations on a eu tendance, au cours de la dernière dé-
cennie, à cataloguer les résistances des plantes en deux catégories : les résistances
horizontales, polygéniques, non spécifiques, durables ralentissant le développe-
ment des épidémies et les résistances verticales, monogéniques, spécifiques,
non durables retardant seulement le début des épidémies. Les connaissances
acquises aujourd’hui sur le déterminisme des résistances partielles permettent de
considérer comme simpliste cette appréciation manichéenne de la nature.
2) Composantes des résistances partielles
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à réduire la gravité d’une maladie :
la résistance à l'infection, à la colonisation des tissus où à la reproduction de
Source
MNHN. Paris
312 M. CLERJEAU
l'agent pathogène. Le cumul de ces facteurs de résistance aboutit chez les plantes
à une réduction du nombre de lésions lesquelles apparaissent plus tardivement,
sont plus petites ou produisent moins d'inoculum. Souvent, ces résistances
sont conditionnelles c’est-à-dire conditionnées par les paramètres du milieu
(température, lumière, nutrition par ex).
a) Nature et mesure des composantes de résistance partielle
Les composantes généralement prises en compte dans les programmes de
sélection sont :
— La fréquence d'infections (F.1.). Celle-ci peut être mesurée par le nombre
d'infections positives par unité de surface. Cette composante est fréquemment
influencé par l'áge de la plante ou de l'organe. Dans le cas de maladies virales,
elle peut étre influencée par le vecteur.
— La période de latence (P.L.). La durée de cette période est assez souvent
correllée avec celle de la période d'incubation (P.I.). Dans certains cas, la mesure
de P.I. est plus aisée que celle que P.L. par exemple chez le Blé infecté par
Septoria nodorum (RAPILLY et al., 1981).
— La production de particules infectieuses, spores de champignons par ex.,
(P.S.). Cette composante est généralement difficile à mesurer car elle varie
dans le temps. Elle peut être exprimée par unité de surface de feuille mais,
dans la mesure où P.S. peut dépendre de la taille des lésions, on peut aussi
l'exprimer par unité de surface de lésion ou de surface sporulante. Par commo-
dité, on apprécie souvent P.S. sur des plantes au stade plantule, en conditions
contrólées. Ce stade n'est cependant pas toujours représentatif.
D'autres composantes peuvent faire l'objet d'importantes différences entre
variétés, telles que la durée de période infectieuse ou la vitesse d'extension des
lésions. Ce sont les caractéristiques de chaque maladie ou les particularités du
comportement de certaines variétés qui doivent déterminer le choix des compo-
santes à mesurer. En plein champ, leur appréciation est quelquefois délicate
en raison des interactions entre parcelles qui aboutissent à une sous-estimation
des résistances dans les petites parcelles. Dans de telles conditions, cependant,
le rang de classement des variétés mises en comparaison n'est pas modifié,
b) Interactions entre composantes.
Chez la plupart des couples hóte-parasite, les diverses composantes de résis-
tance sont étroitement associées. On observe alors que les variétés les plus résis-
tantes sont celles chez qui FI et PS sont les plus faibles et PL le plus élevé.
C'est le cas des composantes de résistance de l'Orge à Puccinia hordei (PARLEV-
LIET, 1979) ou de la Pomme de terre à Phytophthora infestans (UMAREUS,
1970; UMAREUS et LINHNELL, 1976).
Il y a cependant des exceptions. Par exemple, chez l'Orge contaminée par
Rhynchosporium secalis (HABGOOD, 1977), la taille des lésions et la période
de latence ne varient pas selon les variétés. Des différences importantes portent,
en revanche, sur le taux de production de spores.
Source : MNHN. Paris
RÉSISTANCE VARIÉTALE DES PLANTES 313
Lorsque certaines composantes sont mieux correllées que d'autres avec la
résistance observée au champ, le programme de sélection doit prendre en compte
le ou les paramétres les plus significatifs choisis en fonction des facilités d'ap-
préciation et à un stade oà on peut établir les plus grandes différences entre
variétés. Chez l'Avoine, par exemple, pour apprécier les différences de sensi-
bilité à Ditylenchus dipsaci, il est préférable de mesurer le taux de multiplication
du nématode dans les tissus plutót que l'intensité du gonflement de l'hóte
(RIVOAL et al., 1978). Chez le Blé, RAPILLY et al. (1981) ont pu montrer
aprés des études de simulation et l'analyse de résultats d'inoculations artificielles
que la période d'incubation est le facteur le plus aisément mesurable qui puisse
le mieux rendre compte du niveau de résistance des variétés à S. nodorum.
3) Déterminisme génétique - spécificité des résistances partielles
Si la grande majorité des cas étudiés a permis de montrer que les résistances
partielles sont déterminées par l'action cumulative de nombreux gènes mineurs,
plusieurs exemples de résistance partielle à support monogénique sont également
connus : résistance à la Cladosporiose conférée par les gènes Cf1 ou Cf3 chez
la Tomate (BOUKEMA, GARRETSEN, 1975) ou résistance du Maïs à Helmin-
thosporium turcicum due aux gènes Ht1 et Ht2 (CALUB et al., 1973). Certains
auteurs attribuent ces résistances à l'action résiduelle de gènes majeurs surmon-
tés par des races adaptées d'agents pathogènes.
Le nombre de gènes qui conditionne la résistance d'une variété ne peut,
d'autre part, permettre de conclure sur la spécificité de cette résistance c’est-a-
dire sur l'existence de races physiologiques virulentes sur cette variété. En effet,
si de nombreux auteurs ont longtemps pensé que la nature polygénique d'une
résistance impliquait, presque par définition, l'absence d'interactions différen-
tielles entre les génotypes de l'hôte et ceux de l'agent pathogène, les résultats
obtenus par CATEN (1974) et LATIN et al. (1978) sur le couple Pomme de
terre / P. infestans, par PARLEVLIET (1978) sur le couple Orge / Puccinia
hordei, par POCHARD et DAUBEZE (1980), sur le couple Piment / P. capsici
montrent qu'il peut exister des pathotypes spécifiquement adaptés à certains
gènes mineurs de l'hôte. A partir d'un exemple théorique, PARLEVLIET et
ZADOKS (1977) ont d'ailleurs pu mettre en évidence par le calcul que les
interactions différentielles entre gènes mineurs de l'hôte et du parasite peuvent
se traduire par des effets observables non spécifiques lorsqu'on confronte une
gamme de variétés.
Ces données indiquent qu'il est probablement vain de vouloir opposer les
gènes mineurs et les gènes majeurs par des critères autres que le niveau de ré-
sistance qu'il confèrent aux plantes. Le fait qu'une résistance soit partielle
ne permet pas de conclure a priori sur le nombre de gènes qui la conditionnent,
ni sur sa spécificité donc sur le risque d'apparition de pathotypes qui viendront
éroder son efficacité.
Enfin, si l'on observe que des propriétés telles que la réduction des fréquences
d'infection ou de la production de spores et telles que l'augmentation de la
Source : MNHN, Paris
314 M. CLERJEAU
période de latence qui caractérisent habituellement les résistances partielles
sont des facteurs qui, sur le plan épidémiologique, déterminent soit un retard
dans le développement des maladies (critères de résistance verticale), soit un
ralentissement de leur développement (critère de résistance horizontale), on doit
conclure, comme CLIFFORD (1975) et PARLEVLIET (1978), que l'opposition
entre ces deux types (vertical et horizontal) est tout à fait arbitraire.
IN. — DURABILITE DE L’EFFICACITE DES GENES DE RÉSISTANCE
C'est tout particulièrement dans le domaine des espèces pérennes ligneuses
que se justifie la nécessité d'exploiter des résistances ayant une efficacité stable
dans le temps, compte-tenu de la durée d'implantation des vergers ou des vi-
gnobles. Dans la mesure où, cependant, l'appréciation de la durabilité ne peut
être faite que à posteriori, c'est-à-dire après plusieurs années d'exposition du ou
des gènes aux populations parasitaires, il est essentiel que la résistance soit
introduite dans des types variétaux de très grande qualité afin qu'en cas de
faillite de la résistance, la variété demeure suffisamment intéressante.
Dans le domaine des plantes annuelles, la notion de long terme attachée à
celle de durabilité peut paraître, en première analyse, sans intérêt eu égard
aux renouvellements fréquents de variétés imposés par l'évolution des types
de production ou des exigences des consommateurs, Le temps nécessaire à
l'introduction de caractères de résistance dans un type variétal donné peut
même quelquefois être supérieur au temps pendant lequel la variété restera
attractive, Cela n’est cependant pas une loi générale : certains types variétaux
ont une bonne pérennité et certaines résistances peuvent être exploitées rapide-
ment. Lorsque le sélectionneur a, par exemple, créé plusieurs variétés nouvelles
résistantes, mais dépassées sur le plan agronomique, il dispose néanmoins d'un
matériel amélioré utilisable pour un second cycle de sélection. Ainsi, en croisant
de telles variétés, il peut obtenir des types nouveaux résistants sans même devoir
pour cela réaliser d'inoculations artificielles (CLERJEAU et al., 1979).
Si la durabilité en pratique des gènes introduits dans les variétés dépend
en partie de la gestion (ou stratégie) de leur utilisation dans le temps ou dans
l'espace, en combinaison avec d'autres méthodes de lutte, elle dépend aussi
d'autres facteurs inhérents au travail du sélectionneur que MESSIAEN (1981)
appelle tactique d'utilisation des génes de résistance. Les éléments de tactique
les plus fréquemment exploités consistent dans :
— Le choix de gènes ou de systèmes de gènes «forts»
La «force» des gènes peut être appréciée par la recherche de souches d'agents
pathogènes virulentes à l'égard de ces gènes. Cette recherche peut consister à
isoler dans la nature un maximum d’isolats puis a les inoculer sur une collection
d'hôtes différentiel ou bien à exposer dans la nature, les différents gènes dont
on dispose sous une forte pression d'inoculum de populations variées. C'est
la technique des vergers pièges que LESPINASSE et al. (1979) ont retenu
pour éprouver la solidité des gènes de résistance du Pommier à la Tavelure.
Source : MNHN Paris
RÉSISTANCE VARIÉTALE DES PLANTES 315
Pour la sélection des Céréales, DOUSSINAULT (1980) comme JOHNSON
(1981) propose d'utiliser comme sources de résistance, des géniteurs qui ont
fait leurs preuves sur une longue période et une grande échelle et d'effectuer
les tris à l'aide des souches qui se sont montrées les plus agressives sur ces gé-
niteurs.
— Le cumul de gènes ayant un mode d'action différent
Plusieurs exemples montrent que l'addition de plusieurs gènes ou systèmes
géniques de résistance au sein d’une même variété peut permettre d'améliorer
la stabilité dans le temps de la résistance : association des gènes Tm-i et Tm-2?
chez la Tomate contre le virus de la mosaïque du Tabac, association des gènes
Fom 1 et Fom 2 et d’une résistance polygénique issue du géniteur Kogane
Nashi Makuwa chez le Melon contre Fusarium oxysporum f. sp. melonis (CLER-
JEAU et al., 1981); associatiôn du gène VF et d’une résistance polygénique
issue de vieilles variétés européennes (LESPINASSE ct OLIVIER, 1981). Pour
parvenir à cumuler un nombre élevé de gènes, la méthode des rétrocroisements
peut rapidement présenter des limites. La méthode de sélection récurrente ou
récurrente réciproque peut, en revanche, présenter de nombreux avantages.
S'il est constaté qu'un agencement donné d'un nombre élevé de gènes permet
d'améliorer la durabilité d’une résistance, il est cependant très difficile de savoir,
a priori, quelle combinaison de gènes est susceptible de mieux assurer cette
durabilité. Rien ne prouve, en effet, que l'absence d'attaques chez un géniteur
donné, n'est pas due à l'action d'un seul gène, non caractérisé (JOHNSON,
1981). En fait, il apparaît qu’une solide connaissance, de la part des sélection.
neurs, des systèmes de relations hôtes-agents pathogènes est la meilleure garantie
que la résistance exploitée est la mieux appropriée à la situation concernée. Ainsi,
la philosophie de NELSON (1978) en matière de sélection pour la résistance
paraît tout à fait satisfaisante : «Go back youngman and gather-up your weary
and defeated resistance genes of the past, take your currently successful genes,
find some new ones if you can and build yourself a genetic pyramid».
CONCLUSION
Si l'on peut considérer que le domaine de la création de variétés résistantes
et de leur utilisation constitue aujourd'hui un sujet agronomique d'actualité,
il ne s'agit pourtant pas d'une préoccupation nouvelle, Depuis les origines de
l'agriculture, l’homme a su cultiver les populations végétales en tenant compte
de leur comportement vis-a-vis des agressions du milieu et en déterminant
avec patience les conditions culturales les plus aptes à réduire l'effet de ces
agressions. Naturellement, ces conditions étaient celles qui convenaient à une
économie de subsistance. Plus récemment, mais cependant au siécle dernier,
c'est grâce à l’utilisation conjointe de la lutte chimique alors naissante et de la
résistance variétale obtenue par hybridation interspécifique (alors révolution-
naire) que la viticulture française a pu surmonter les arrivées successives et
catastrophiques de l'Oïdium (1850), du Phylloxera (1865) et du Mildiou (1878).
Source : MNHN, Paris
316 M. CLERJEAU
En fait, ce qui détermine l'actualité du sujet réside dans la tentative d'expli-
cation et d'exploitation du fonctionnement des systémes hótes-parasites dans le
cadre d'une agriculture nouvelle, à caractére industriel, en constante évolution.
La difficulté de parvenir à une bonne adéquation des méthodologies de création
ou de gestion des variétés résistantes aux exigences des systèmes de culture
justifie l'importance des travaux actuellement engagés sur le sujet. Grâce à une
approche du probléme qui s'affirme de plus en plus comme pluridisciplinaire,
on peut constater aujourd'hui une évolution des conceptions mais il serait grave
de vouloir ériger en vérité intangible ce que nous croyons être la meilleure
démarche pour parvenir aux objectifs définis. C'est sans a priori sur l'opportunité
d'exploiter des résistances de haut niveau ou des résistances partielles, mono-
factorielles ou polyfactorielles, que le sélectionneur, aidé par le pathologiste,
doit choisir parmi les ressources génétiques de défense des plantes, celles qui
lui paraissent les mieux adaptées à l'espèce annuelle ou pérenne qu'il doit
améliorer. Pour cela, il doit tenir compte de l'ensemble des paramètres agro-
techniques ou agroéconomiques qui caractérisent la culture et doit pouvoir
apprécier dans quel sens ces paramètres (autres méthodes de lutte, techniques
culturales) vont évoluer dans le futur.
REMERCIEMENTS
J'exprime toute ma reconnaissance à Gérard DOUSSINAULT (INRA Rennes), à Jean-
Marc OLIVIER et Yves LESPINASSE (INRA Angers) pour les avis dont ils m'ont fait
bénéficier pour la réalisation de mon exposé.
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Source : MNHN, Paris
319
Réponse respiratoire au cours des premiers stades de l'infection
chez diverses lignées de Triticinées sensibles ou résistantes
à Pseudocercosporella herpotrichoides (Fron) Deighton
par J. DAVY de VIRVILLE*, C. LANCE* et G. DOUSSINAULT**
RÉSUMÉ. — Une méthode permettant de réaliser une infection rapide des tissus de l'hóte
est décrite. L'évolution de l'intensité respiratoire de segments de plantules de Blé a été
déterminée après 1, 2, 4 et 7 jours d'infection pour 2 lignées, l'une résistante («VPM»),
l'autre, sensible («Capelle»). Pour cette dernière, on observe rapidement (aprés 2 jours]
une stimulation de l'intensité respiratoire, qui reste à peu près constante par la suite. Pour
la lignée «VPM», cette stimulation n'intervient que plus tardivement (aprés 4 jours). Quand
les infections sont réalisées par une souche d'agressivité atténuée, on n'observe aucune
augmentation de la respiration.
La comparaison de différentes lignées de Blé («Moisson», «Cappelle», «Roazon», «VPM») et
d'une lignée d'Aegilops ventricosa («Vent 11») a été effectuée apris 4 jours d'infection.
Ces lignées peuvent être séparées en deux groupes selon qu'il y a stimulation de l'intensité
respiratoire («Moisson», «Cappelles, Roazon») ou non («VPM», «Vent 11»). Cette réparti.
tion peut être mise en relation avec deux mécanismes de résistance distincts,
La possibilité d'utiliser cette méthode d'infection rapide pour sélectionner des souches
agressives du parasite peut être envisagée.
SUMMARY. — A method allowing a rapid infection of the host tissues is described. The
changes in respiratory rates of segments of wheat seedlings were measured 1, 2, 4 and 7
days after infection for two varieties of wheat, one being resistant («VPM»), the other
one being sensitive («Cappelle»). With the variety «Cappelle», a rapid increase of respiration
was observed (after 2 days) and remained constant afterwards, With the variety «VPM»,
this increase occurred only on the 4th day. When the infection was carried out with a non
agressive strain, no increase in respiration was observed.
The comparison of different varieties of wheat («Moisson», Cappelle», Roazon»,
«VPM») and of one variety of Aegilops ventricosa («Vent 11») was made after four days of
infection. These varieties can be distributed into two groups whether tissue respiration i sti-
mulated («Moisson», «Cappelle», «Roazon») or not («VPM», Vent 11»). This distribution
can be related to two different mechanisms of resistance.
This method of rapid infection could be used for the selection of agressive strains of
the parasite.
* Laboratoire de Biologie Végétale IV, Université Pierre et Marie Curie, 12, rue Cuvier,
75005 Paris.
** Station d’Amélioration des Plantes, Centre de recherches de Rennes, INRA, Domaine
de la Motte, B.P. 29, 35650 Le Rheu.
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE (Cryptog., Mycol.) TOME 4 (1982).
Source : MNHN. Paris
320 J. DAVY DE VIRVILLE ET AL.
1. — INTRODUCTION
La verse du Blé causée par le champignon pathogène Pseudocercosporella
herpotrichoides (Fron) Deighton est une maladie répandue dans pratiquement
toutes les régions de la France (RAPILLY, 1980) et dont les conséquences
agronomiques sont très importantes (LUPTON et MACER, 1955; PONCHET,
1959; DOUSSINAULT, 1970).
Jusqu’à présent, les recherches entreprises sur cette maladie se sont principa-
lement orientées vers la création de lignées à haut niveau de résistance (MAIA,
1967; DOUSSINAULT, 1973; DOUSSINAULT et al., 1974; DOSBA et DOUS-
SINAULT, 1978; JAHIER et al., 1978) ou vers l'étude des modifications cyto-
logiques survenant dans les tissus de l'hóte sous l'influence du parasite (DE-
FOSSE et DEKEGEL, 1974; RASSEL, 1974; FERHMANN et MENDGEN,
1974; GUILLOT-SALOMON et DOUSSINAULT, 1981). C'est pourquoi, il
apparaissait important d'examiner aussi les réactions métaboliques des plantules
en présence du parasite, et en tout premier lieu les réactions au niveau respi-
ratoire.
Dans un premier travail, l'étude de la respiration des plantules aprés 2 mois
et demi d'infection a ainsi été entreprise (DAVY de VIRVILLE et al., 1981).
Les résultats obtenus ont révélé, dans les lignées sensibles, peu de différences
entre la respiration des tissus infectés ou non. Par contre, pour les tissus infectés
des lignées résistantes, une inhibition assez importante était observée. En fait,
ces mesures ont été effectuées alors que l'infection était déjà largement répan-
due. Ces résultats correspondaient donc plutôt à un effet tardif des processus
infectieux. I] convenait donc de mesurer l’évolution de l'intensité respiratoire
à des stades de croissance plus précoces.
Jusqu'à présent, la technique d'inoculation employée, reproduisant sensi-
blement l'infection dans les conditions naturelles, mettait en œuvre des man-
chons de paille infectés et pesés à la base des gaines foliaires (MACER, 1966).
Pour mesurer les conséquences de l'infection après des temps de contact courts
entre le parasite et la plante, il fallait tout d’abord élaborer une nouvelle tech-
nique permettant de réaliser les infections en conditions de laboratoire, Cette
nouvelle méthode a été employée pour mesurer l'évolution de l'intensité respi-
ratoire au cours des premiers jours de contact entre une souche virulente de
Pseudocercosporella herpotrichoides et des segments de plantules de Blé prove-
nant de deux lignées, l'une sensible, l’autre résistante. Cette méthode d'infection
a ensuite servi à comparer entre elles les réactions de différentes Triticinées
sensibles ou résistantes au parasite.
II. — MATÉRIEL ET MÉTHODES
A. - Matériel végétal et techniques de culture
Cinq lignées de Triticinées ont été choisies d'après leur niveau de résistance
au Piétinverse : une lignée particulièrement résistante d'Aegilops ventricosa
Source : MNHN. Paris
PSEUDOCERCOSPORELL A HERPOTRICHOIDES 321
Tausch («Vent 11»); une lignée («VPM»), obtenue à partir du croisement
Aegilops ventricosa X Triticum persicum X Marne? (MAIA, 1967), présentant
un niveau de résistance supérieur à celui obtenu jusqu’alors chez les Blés; une
lignée de résistance plus faible («Roazon»), obtenue par croisement entre
«VPM» et «Moisson» (DOUSSINAULT et al., 1974); enfin, deux lignées de
Blé tendre Triticum aestivum L. ssp. vulgare, l'une («Moisson»), très sensible,
lautre («Cappelle») présentant une moins grande sensibilité à la maladie.
Les caryopses ont été mis à germer en laboratoire sur vermiculite humidi-
fiée. Les plantules étaient placées à 23 + 1°Cet éclairées pendant 15 heures par
jour (tubes Phytor, 4500 lux environ). Les plantules ont été utilisées à l’âge
de 8 jours.
B.- Culture et préparation des souches de P. berpotricboides
La croissance du champignon a été effectuée dans tous les cas sur milieu
gélosé à 2 %, additionné d'extrait de malt à la même concentration,
expérience au laboratoire, à partir d'une souche, un deuxième puis un troisióme
repiquage étaient effectués. Ils permettaient ainsi l'obtention, en 9 semaines
environ, d'un nombre de boites de mycélium suffisamment important pour
réaliser les infections.
Une souche d'agressivité atténuée à également été utilisée: il s'agit d'une
souche conservée depuis longtemps au laboratoire et qui avait été repiquée
de nombreuses fois. Dans ce cas, il en résulte une perte Progressive de l'agressi-
vité, Lors des différentes expériences, elle était repiquée en même temps et dans
les mêmes conditions que la souche agressive.
La température de développement du parasite était dans tous les cas de
DEI
C.- Technique d’inoculation,
À l'âge de 8 jours, les plantules étaient prélevées et débarrassées de la vermi-
culite pouvant les souiller,
Des segments de 2cm de hauteur, correspondant à la base des plantules,
étaient prélevés et placés dans des boîtes de Petri stériles, puis disposés en
chambre stérile à la surface des colonies du mycélium. Les boîtes contenant
le mycélium étaient ensuite fermées hermétiquement à l'aide d'un ruban adhésif,
Vingt segments environ étaient placés par boîte. Il en était de même pour les
segments placés sur le mycélium de la souche d’agressivité atténuée, Pour les
plantules témoins, 40 segments environ étaient placés dans une boîte de Pétri
stérile en présence d’un coton humidifié par 2 ou 3 ml d’eau stérile. Ces boîtes
de Petri étaient conservées à 19 + 1°C sous éclairage réduit (75 lux environ).
D. - Mesure d'intensité respiratoire.
L'intensité respiratoire des plantules a été mesurée après 1, 2, 4 et 7 jours
d'infection dans la première partie du travail, et après 4 jours dans la deuxième
Source : MNHN. Paris
322 J. DAVY DE VIRVILLE ET AL.
partie. Pour chaque mesure, 40 à 60 segments de plantules étaient prélevés
sur les boîtes contenant les souches, virulentes ou atténuées. Un nombre corres-
pondant de segments était prélevé sur les boites témoins. Chaque type d'expé-
rience a été répété de 5 à 6 fois. Pour chaque mesure ou point expérimental,
250 à 300 segments de plantules environ ont donc été utilisés.
Pour chaque mesure, les segments étaient prélevés délicatement à la surface
du mycélium et leur respiration était immédiatement mesurée à l'aide de la
technique manométrique de Warburg (UMBREIT et al., 1957). Les mesures
étaient effectuées à l'obscurité et à la température de 20°C. Après équilibrage
de la température, les mesures étaient poursuivies durant 60 à 90 minutes.
E.- Expression des résultats.
L’agressivit des souches s'atténuant rapidement lorsqu'elles sont repiquées
sur un milieu au malt, différentes souches ont du être utilisées. Les résultats
rapportés ici correspondent donc aux moyennes obtenues après infection de
segments de plantules par ces différentes souches.
Parallèlement aux mesures de l'intensité respiratoire, on a aussi déterminé,
pour chaque condition, le nombre de segments utilisés, le poids de matiére
fraiche et le poids de matiére séche. Dans les tableaux ou figures, l'intensité
respiratoire est rapportée au gramme de matiére séche. Cette expression est
celle qui donne les meilleurs résultats : en effet, il est difficile de calibrer exac-
tement la taille des segments et, d'autre part, il peut y avoir de légères variations
dans Vhydratation des tissus frais; l'expression de l'intensité respiratoire rappor-
tée à ces deux critéres (nombre de segments, poids de matiére fraiche) est donc
moins précise.
IIl. — RÉSULTATS
L'évolution de l'intensité respiratoire de segments de plantules témoins ou
conservés au contact du mycéliuma été suivie pendant 7 jours. Cette période
représente le temps maximum de conservation des segments. En effet, il se
produit ensuite, malgré la fermeture hermétique des boîtes, une déshydratation
et parfois même une dégénérescence des segments de plantules conduisant à
une baisse rapide dans l'intensité respiratoire des segments.
A. - Évolution de l'bydratation des segments de plantules.
Les modifications de l'hydratation des segments de plantules sont estimées
d'après les variations du rapport du poids de matière fraîche à celui de matière
sèche (MF/MS). Le tableau 1 donne ainsi l'évolution de ce rapport au cours
des 7 premiers jours de conservation des segments de plantules des lignées
«Cappelley et «VPM».
Pour la lignée «Cappelle», chez le témoin, l'hydratation se maintient à peu
près constante pendant deux jours, puis diminue un peu au 4ème et au 7ème
jour. Cette diminution reste faible, le rapport MF/MS passant de 12,8 à 10,3
Source : MNHN. Paris
PSEUDOCERCOSPORELLA HERPOTRICHOIDES 323
Tableau 1 : Evolution de l'hydratation (MF/MS) des segments de plantules de Blé des lignées
«Cappelle» et «VPM» infectés ou non par P. herpotrichoides.
Condition Rapport MF/MS
I a RI E RSRNME SM
0 1j 2j 439873
Lignée «Cappelle»
Té. 109 0117 512 8: to in
Agr. 19 103: TCR iis 20
Att. Do 1010‘
Lignée «VPM»
Té 10,7 9,8 9,9 9,6 9,3
Agr. 107089811902 -12 00 952: 0091177
Att. 10,700 811,4 00321 4211108145
segments témoins conservés en présence d'un coton humide.
segments infectés par une souche agressive,
Att. : segments infectés par une souche d'agressivité atténuée.
entre le 2ème et le 7ème jour. Chez les segments infectés, Vhydratation se main-
tient constante jusqu’au 4ème jour puis augmente très légèrement.
Pour les segments de la lignée «VPM», on voit, par comparaison avec les seg-
ments témoins de la lignée «Cappelle», que l'hydratation des plantules est en
général plus faible, le rapport MF/MS étant ici en général inférieur à 10,0. Chez
le témoin, l'hydratation diminue légèrement au cours des 7 jours de survie.
Chez les segments infectés, l'hydratation augmente nettement au cours de
l'infection dès le premier jour, mais surtout entre le 4ème et le 7ème jour, le
rapport MF/MS passant de 11,2 a 14,7. On voit alors la différence importante
qui existe entre segments témoins et infectés, au 7ème jour. Il existe donc un
effet certain positif de l'infection sur l'hydratation des segments de plantules
de la lignée «VPM».
Comme on peut le constater, aussi bien pour la lignée «Cappelle» que pour
la lignée «VPMb, et bien que les segments de plantules n’aient plus aucun apport
nutritif, il ny a pas globalement de déshydratation des segments de plantules
au cours de cette période de 7 jours, l'infection pouvant même (essentiellement
dans le cas de la lignée (VPM») conduire au contraire à une légère hydratation
de ces segments.
Quant aux segments des deux lignées placés sur un mycélium de souche
d'agressivité atténuée, ils manifestent des variations de leur hydratation paral-
lèles à celles des segments placés sur souches virulentes.
B.- Évolution de l'intensité respiratoire
La figure 1 représente l'évolution de l'intensité respiratoire des segments de
Source : MNHN, Paris
IR (ul O,/h/g MS)
3 3
S 8
=
O
Q
e
0 2 4 6
Temps (j)
IR (ul O,/h/g MS)
=
eo
e
eo
Temps (j)
Fig. 1. — Évolution de l'intensité respiratoire de segments de plantules de Blé conservé 7
ours en boîte de Petri. — A : lignée «Cappelle»; B : lignée «VPM». Té. : segments
Témoins: Agr. : segments infectés par une souche agressive de Pseudocercosporella
herpotrichoides; Att. : segments infectés par une souche d'agressivité atténuée.
Source : MNHN. Paris
PSEUDOCERCOSPORELLA HERPOTRICHOIDES 325
plantules témoins ou infectées des lignées «Cappelle» et «VPM». Le point
origine correspond à des segments de plantules qui viennent d'être prélevés
et dont l'intensité respiratoire est immédiatement mesurée.
Pour la lignée «Cappelle» (figure 1A), l'intensité respiratoire des segments
de plantules témoins diminue de manière importante au cours du premier
jour (environ des 2/3). Elle se maintient ensuite à peu près constante jusqu'au
7éme jour. Par cette méthode de conservation, il est donc possible de maintenir
constante l'intensité respiratoire de segments de plantules pendant 7 jours
environ, sans aucun apport nutritif. Cet absence d'apport nutritif est d’ailleurs
sans doute la cause d'un ralentissement important du métabolisme auquel
correspond la diminution de l'intensité respiratoire.
Chez les segments infectés par la souche d'agressivité atténuée, l'intensité
respiratoire diminue aussi fortement au cours du premier jour, puis se maintient
à peu prés constante. En fait, on voit qu'il n'y a pas de différences d'évolution
par rapport au témoin. Il n'y a donc pas de modifications sensibles du méta-
bolisme respiratoire quand les segments de plantules sont mis au contact d'une
souche ayant été repiquée de nombreuses fois.
En ce qui concerne l'intensité respiratoire des segments infectés par la souche
agressive, il n'y a pas de différences avec le témoin au cours du premier jour
infection. Aprés le deuxiéme jour, on voit alors que la consommation d'oxy-
gène des tissus infectés devient nettement plus importante que celle des témoins
correspondants. Elle augmente ensuite au cours du temps surtout entre le ler
et le 4ème jour.
Pour la lignée «VPM» (figure 1B), l'évolution de l'intensité respiratoire des
segments témoins est semblable à celle observée pour la lignée «Cappelle».
Après une diminution rapide au cours du premier jour, l'intensité respiratoire
se maintient à peu prés constante par la suite. En ce qui concerne les segments
infectés, l'évolution de l'intensité respiratoire est strictement identique à celle
du témoin, jusqu'au 4ème jour. La consommation d'oxygène des tissus augmente
alors fortement à partir de cette période, que ce soit avec la souche agressive
ou avec celle ayant été repiquée de nombreuses fois, bien que l'effet soit moin-
dre dans ce dernier cas.
Le tableau 2 donne l'évolution du pourcentage de stimulation de l'intensité
respiratoire des segments infectés par la souche agressive par rapport à celle
de segments témoins ou infectés par la souche d'agressivité atténuée. Ces deux
rapports expriment respectivement, d’une part, l'évolution de la stimulation
totale des tissus et, d'autre part, celle liée uniquement à l'agressivité de la
souche.
Pour la lignée «Cappelle» on voit que, par rapport au témoin, la stimulation
de la respiration survient principalement entre le ler et le 2éme jour, reste
constante entre le 2ème et le 4ème jour, puis augmente de nouveau. L'évolution
est semblable lorsqu'on considère la stimulation liée à l'agressivité propre de
la souche. Dans ce cas, toutefois, il n'y a plus d'augmentation après le 4ème
jour et la stimulation de la respiration reste tout à fait constante à partir du
2ème jour.
Source : MNHN, Paris
326 J. DAVY DE VIRVILLE ET AL.
Tableau 2 : Stimulation (en %) de l'intensité respiratoire de segments de plantules de Blé
infectés par P. herpotrichoides.
Condition Stimulation (%)
1j 2j Sie
Lignée «Capelle»
Agr./ Té. 21 44 41 . 65
Agr. Att. 10 60 60 56
Lignée «VPM»
Agr.]TE. 11 9 8 70)
Agr. /Att. 0 0 18 13
Agr|/Té. : comparaison entre segments infectés par une souche agressive et segments
témoins.
Agr.Att. : comparaison entre segments infectés par une souche agressive et segments
infectés par une souche d'agressivité atténuée.
En ce qui concerne la lignée « VPM», la stimulation de la respiration n'inter-
vient qu'après le 4ème jour. Elle est alors assez élevée (70 %), si l'on effectue
la comparaison par rapport aux segments témoins. Le point important ici est
que cette stimulation n'est pratiquement pas liée à l'agressivité de la souche
puisqu'elle n'est plus alors que de 13 % par rapport aux segments infectés par
la souche d'agressivité atténuée.
C.- Aspect des segments de plantules.
Pour les segments de plantules de la lignée «Cappelle», on observe aucun
symptôme visible au cours du 1er jour d'infection. Les symptômes apparaissent
au cours du 2ème jour, de manière réduite, puis principalement du 4ème au
7éme jour. On peut alors observer de nombreuses lésions ocellées caractéristiques
de l'attaque par ce parasite. Dans le cas de fortes attaques, un peu de mycélium
peut méme adhérer au niveau des zones infectées. L'infection est assez hétéro-
gène, et l'importance des lésions trés variable d'un segment à l'autre. Par contre,
pour les segments placés sur la souche d'agressivité atténuée, les lésions sont
rares et peu marquées.
En ce qui concerne la lignée VPM, on n'observe que trés peu de lésions
ocellées méme aprés le 7ème jour, et la plupart des segments ne présentent
pas de symptômes visibles. Par contre à partir du 4ème jour, et surtout au
7ème jour, aussi bien chez les segments infectés par la souche virulente que
chez ceux infectés par la souche de virulence atténuée, se développe une colo-
ration brune, répandue uniformément sur l'ensemble des segments. Le déve-
loppement de cette coloration va alors de pair avec l'augmentation de l'hydra-
tation et de la consommation d'oxygéne par les tissus à partir du 4ème jo rr,
Source : MNHN, Paris
PSEUDOCERCOSPORELLA HERPOTRICHOIDES 327
telle qu'elle a été rapportée précédemment.
D.- Comparaison de différentes lignées.
Cette comparaison a porté sur les cinq lignées de Triticinées qui ont été
précédemment. présentées (cf. Matériel et Méthodes). De la plus sensible à la
plus résistante, on trouve : «Moisson», «Cappelle», «Roazon», «VPM» et «Vent
11».
Dans le but d'améliorer la qualité des résultats il a été choisi de tester les
cinq lignées à la fois. Étant donné le nombre important de boîtes de champi-
gnon à utiliser, il n'était pas alors possible de mesurer l'évolution de l'intensité
respiratoire de chaque lignée au cours du temps. Aussi, un temps de contact
optimum a-t-il été défini d'après les résultats précédents et fixé à 4 jours. En
effet, à ce stade, l'infection et donc la stimulation de la respiration des tissus,
sont déjà bien établies dans le cas de la lignée «Cappelle». Par contre, pour la
lignée «VPM», la stimulation n’est observable que plus tardivement après cette
période et n'est due que pour une faible partie à l'agressivité propre de la souche.
Ce temps de contact (4 jours) devrait donc permettre de mettre en évidence
une différence de comportement entre les différentes lignées. Les résultats
de cette expérience sont rapportés dans le tableau 3.
Tableau 3 : Effet de l'infection par P. herpotrichoides sur l'intensité respiratoire des diffé-
rentes lignées de Triticinées.
Condition IR (U1O3/h/g MS)
Moisson Cappelle Roazon VPM Vent 11
Témoins 2030 1830 2120 1950 2460
Infectés 2650 2620 2840 2090 2570
(+31 %) (+44 %) (+34 %) (+7 %) (+4 %)
On voit tout d’abord que les intensités respiratoires des segments de plantules
témoins sont assez comparables entre elles. La diminution de l'intensité respi-
ratoire des segments des lignées «Cappelle» et «VPM» observée au cours du ler
jour de conservation semble donc avoir eu lieu également dans le cas des seg-
ments des autres lignées. Seule l'intensité respiratoire des segments témoins de
la lignée «Vent 11» est légèrement plus élevée.
Si l'on considère l'intensité respiratoire des segments infectés, on voit que,
sur la base du poids de matière sèche, elle est supérieure à celle des témoins
dans le cas des trois lignées «Moisson», «Cappelle» et «Roazon». Elle n'est
par contre que peu modifiée dans le cas des lignées «VPM» et «Vent 11».
Pour les lignées «Moisson» et «Roazon», l'infection par le champignon en-
traîne donc, comme pour la lignée «Cappelle», une augmentation de la con-
sommation d'oxygène par les tissus. Par contre, pour la lignée «Vent 11»,
Source : MNHN, Paris
328 J. DAVY DE VIRVILLE ET AL.
comme pour la lignée «VPM», l'infection modifie trés peu le métabolisme
respiratoire. Les pourcentages de stimulation permettent de comparer encore
plus finement les différentes lignées entre elles. On voit alors que c’est pour la
lignée «Cappelle» que la plus forte stimulation de la respiration peut être ob-
servée.
On peut donc séparer ces lignées en deux groupes en relation avec l’absence
(«VPM» et «Vent 11») ou l'existence («Moisson», «Cappelle» et «Roazon»)
d'une stimulation respiratoire des tissus lors de l'infection. L'augmentation
de la résistance à la maladie ne se traduit donc pas, comme on aurait pu s'y
attendre, par une augmentation comparative de la respiration des tissus infectés.
IV.— DISCUSSION
Avant de commencer les expériences rapportées dans ce travail, il a été
nécessaire d'élaborer une nouvelle méthode d'infection. Celle-ci consiste essen-
tiellement à déposer des segments de plantules sur le mycélium du champignon
parasite cultivé en boite de Petri. Cette méthode est maintenant bien au point,
simple et facile à mettre en œuvre. Elle permet de réaliser des infections ra
dement, en moins de 7 jours, et les résultats montrent clairement qu'il est ainsi
possible d'étudier les modalités de l'infection des tissus par le parasite. Ce
premier résultat est trés important. En effet, jusqu'à présent, les seules tech-
niques utilisées pour réaliser des infections nécessitaient de 3 mois à 1 an d'at-
tente pour l'obtention des résultats. En plus, un autre avantage de cette méthode
consiste à pouvoir déterminer les changements métaboliques survenant en tout
début d'infection, ce qui était d'ailleurs le but recherché à la suite des résultats
obtenus dans un travail antérieur (DAVY de VIRVILLE et al., 1981). Par cette
technique d'infection, un certain nombre de résultats ont ainsi pu étre obtenus.
Tout d'abord, on a pu mettre en évidence une stimulation rapide de la respi-
ration des tissus de lignées de Blé sensibles lorsqu'ils sont infectés par une
souche virulente de P. herpotrichoides. Cette augmentation de la consommation
d'oxygène des tissus infectés correspond à ce qui est en général observé dans le
cas d’autres parasites (BECKMAN, 1964; DALY, 1967; GOODMAN et al.,
1967; WHEELER, 1975; DALY, 1976), mais qui est établi ici pour la premiére
fois dans le cas de la maladie du Piétin-verse.
Comme pour d’autres maladies qui ont pu être étudiées, se pose évidemment
le problème de la participation de la respiration du pathogène. Dans toutes
les études entreprises jusqu'à présent, l'importance de cette participation est
trés controversée (DALY, 1967, 1976). En général, il semble plutót établi
que la participation du pathogéne dans la respiration globale des tissus reste
faible (DALY, 1976), ce qui pourrait étre également le cas ici.
Deux arguments sont en faveur de cette hypothèse. Pour la lignée «Cappelle»,
par exemple, l'augmentation de la consommation d'oxygéne des tissus infectés
intervient rapidement dans le temps (entre le ler et le 2ème jour), alors qu’il
y a peu de lésions apparentes. Inversement, alors que les lésions se multiplient,
Source : MNHN, Paris
PSEUDOCERCOSPORELL A HERPOTRICHOIDES 329
l'augmentation de la consommation d'oxygène par les tissus reste faible. Si
l'augmentation de la respiration des tissus était essentiellement due à la proli-
fération du parasite, on pourrait s'attendre à ce que la stimulation de la respi-
ration des tissus infectés augmente progressivement au cours des 7 jours de
l'expérimentation, ce qui n'est pas le cas. D'autre part, on a pu observer une
stimulation de la respiration plus élevée pour la lignée «Cappelle» que pour
la lignée «Moisson», chez qui on peut s'attendre à une prolifération au moins
aussi importante, si ce n’est plus, du parasite. D'après ces arguments, il semble
bien que l'augmentation de la consommation d'oxygène des tissus infectés
corresponde pour sa plus grande part à une stimulation propre du métabolisme
des tissus. Même s'il est fort possible que la respiration du pathogène participe
à la respiration globale des tissus, cette participation semble ne constituer
qu'un phénomène mineur,
Un autre résultat important rapporté dans ce travail concerne la comparaison
qui peut être faite entre les différentes lignées, et tout d'abord entre la lignée
résistante «VPM», et la lignée plus sensible «Cappelle». Il y a stimulation rapide
et précoce de la respiration des tissus pour la lignée «Cappelle». Cette stimula-
tion n'intervient que tardivement dans le cas de la lignée « VPM» et reste faible.
Ce résultat est en contradiction apparente avec les données bibliographiques,
En effet, il est en général établi, pour d'autres maladies, que la rapidité et l'im-
portance de la réaction respiratoire va de pair avec le degré de résistance de la.
lignée étudiée (BECKMAN, 1964; GOODMAN et al., 1967). En fait, nos ré-
sultats semblent suggérer l'existence d'une résistance de type mécanique, peut
être liée à une certaine structure des parois et capable de retarder la pénétration
du parasite chez la lignée «VPM», mais également chez la lignée «Vent 11»,
où les réactions sont similaires.
En effet, la présence du parasite dans les tissus de ces deux lignées entraîne
en général une forte réaction fongitoxique (GUILLOT-SALOMON et DOUSSI-
NAULT, 1981; KAMEL, 1981). L'absence de stimulation observée jusqu'au
4ème jour dans le cas des lignées «VPM» et «Vent 11» peut donc s'expliquer
par une pénétration retardée du parasite. Il s’en suit une fréquence des lésions
plus faible telle qu’elle a été rapportée dans ce travail en ce qui concerne la
lignée «VPM», et également telle qu’elle a pu être mise en évidence expérimen-
talement au champ dans le cas de la lignée «Vent 11» (JAHIER, 1978). On
voit alors que cette résistance à la pénétration se serait transmise de l'Aegilops
ventricosa à la lignée «VPM», mais par contre de manière moins marquée à la
lignée «Roazon» («VPM» X «Moisson»), chez qui on observe une stimulation
de la respiration des tissus du même ordre que chez la lignée «Moisson».
Cette moins grande résistance de type mécanique pourrait d'ailleurs expliquer
le caractère de résistance plus faible de la lignée «Roazon» par rapport à la
lignée «VPM».
Les lignées «Moisson» et «Cappelle» n’ont par contre aucun gène commun
avec Aegilops ventricosa. La résistance de type mécanique ne serait donc pas
présente. Il en résulterait une pénétration plus aisée du parasite, d'où les sti-
mulations observées, la plus importante étant obtenue dans le cas de la lignée
Source - MNHN. Paris
330 J. DAVY DE VIRVILLE ET AL.
«Cappelle» (plus résistante), en relation avec l'existence accrue des mécanismes
de défense.
Ce type de résistance mécanique n’est donc mis en évidence que pour les
lignées les plus résistantes. Il pourrait donc être un des facteurs majeurs de la
résistance des plantes en début d'infection.
Enfin, un dernier point important de ce travail correspond à l'absence de
réaction respiratoire des segments de plantules de la lignée «Cappelle» lorsqu'ils
sont placés sur une souche repiquée de nombreuses fois. Ce résultat montre
bien la diminution de l'agressivité des souches survenant lorsqu'elles sont repi-
quées sur milieu artificiel (extrait de malt). Une application pratique des résul-
tats rapportés ici pourrait étre la possibilité, par l'utilisation d'une lignée sensible
telle que «Cappelle», de déterminer la plus ou moins grande agressivité des
mycéliums utilisés ou, au moins, d'éliminer ceux présentant une agressivité
par trop faible. Ce résultat est important. En effet, il n'existe actuellement
pas de critéres permettant d'évaluer quantitativement et de maniére rapide
lagressivité des souches qui vont étre utilisées pour réaliser les infections au
champ. Il s'en suit une perte de temps importante, certaines expériences ne
pouvant être exploitées par suite de l'infection trop faible des tissus. De plus,
dans tous les cas, les résultats, positifs ou négatifs, ne peuvent être obtenus
que dans un délai de six mois. La méthode proposée permet donc de réduire
ce délai dans des proportions considérables. Des recherches concernant la sélec-
tion de souches hautement agressives ainsi que l'étude de certains facteurs
pouvant contribuer à la modification de cette agressivité sont actuellement
en cours.
REMERCIEMENTS
Les auteurs remercient vivement Mme M. POUGET et Mile M.-F. ALIN de leur précieuse
collaboration technique. Ces recherches ont été effectuées dans le cadre de l'Action Thé-
matique Programmée 4253.
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333
IDENTIFICATION ET EXPLOITATION DE RÉSISTANCES
AUX VIRUS CHEZ LES PLANTES MARAICHERES
par H. LECOQ, E. POCHARD*, M. PITRAT*, H. LATERROT* et.G. MARCHOUX
RÉSUMÉ. — La création de variétés résistantes aux virus apparait souvent comme le moyen
le plus efficace et le plus économique de lutter contre ces agents pathogénes.
Plusieurs formes de résistances partielles sont utilisées pour la création de variétés de
Melon, Piment et Tomate résistantes aux virus. Nous présentons quelques mécanismes
intervenant à différents stades de l'infection virale. La résistance peut s'exprimer lors de
l'inoculation du virus ce qui se traduit par un taux de plantes infectées plus faible (tendance
à échapper à l'infection). Le virus est parfois séquestré dans l'organe contaminé ou demeure
localisé à certaines parties de la plante sans devenir systémique (résistance à la migration)
ou sa synthèse est réduite (résistance à la multiplication). Enfin le virus peut être diffici-
lement accessible aux vecteurs, ce qui peut réduire le développement ultérieur des épidémies
(résistance à l'acquisition de virus). Pour un certain nombre de ces cas des tests simples,
appliqués en sélection, ont été mis au point.
L'association chez une même plante de mécanismes de résistances agissant à des stades
différents du développement de l'infection virale a pour but d'augmenter le niveau de la
protection. Cependant cette addition de résistances partielles ne conduit pas dans toutes
les circonstances à une protection satisfaisante de l'hôte. L'association de pratiques cultu-
rales retardant le développement des épidémies virales et de variétés partiellement
résistantes peut alors conduire à une protection efficace de la culture.
SUMMARY. — Breeding for virus resistance appears often as the more efficient, the cheaper
and sometimes the only way to control these pathogens. In vegetables, Plant breeders and
Virologists meet three difficulties : 1) the great number of species and cultivar types invol-
ved, 2) the diversity and variability of the viruses which have a real economical incidence,
3) the frequent absence of major resistance genes.
Therefore partial resistances has to be looked for and examples of resistance mechanisms
used in Muskmelon, Pepper or Tomato breeding programs are presented. Resistance may
occur at different stages of the viral infection (virus inoculation, virus migration, virus
multiplication, virus acquisition); for each resistance form, a specific simple screening
test must be established.
The association within a same cultivar of resistances involving different mechanisms
should increase the protection level. However, sometimes, partial resistances are not suffi-
cient to give a complete protection : in these cases the joint use of cultural practices in-
tended to delay virus spread and partial resistances - within an integrated control scheme -
should lead to a satisfactory protection.
Station de Pathologie Végétale et
* Station d’Amélioration des Plantes Maraichéres, INRA, Centre de Recherches Agrono-
miques d’Avignon, Domaine St Maurice - 84140 Montfavet.
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE (Cryptog., Mycol.) TOME 3 (1982).
Source : MNHN. Paris
334 H. LECOQ ET AL.
Parmi les agents pathogènes dont les attaques sont les plus préjudiciables
aux cultures maraîchères, les virus occupent une place prépondérante. Certains
d'entre eux, tel le Virus de la Mosaïque du Concombre (CMV), présentent
chaque année le même caractère de gravité chez les diverses espèces légumières
sensibles (Courgette, Melon, Poivron, Tomate) alors que d’autres, tels le Virus
Y de la Pomme de Terre (PVY) ou le Virus du Rabougrissement Jaune du Melon
(MYSV), ne sont graves que certaines années, lorsqu'ils rencontrent des condi-
tions épidémiologiques favorables.
Les méthodes de lutte contre les virus sont extrémement variées car ceux-ci
présentent une grande diversité dans leur cycle biologique (LOEBENSTEIN
et RACCAH, 1980; ZITTER et SIMONS, 1980). On peut évoquer l'élimination
des sources de virus dans ou à proximité des parcelles (obtenue par le désherbage
qui permet la destruction des plantes «réservoirs» de virus, ou par l'utilisation
de semences- indemnes: de virus), l'utilisation de paillages plastiques ayant un
effet répulsif sur certains vecteurs, l'emploi de pulvérisations d'huiles qui ré-
duisent l'efficacité des piqüres d'inoculation des pucerons et la protection
des plantes par l'inoculation de souches de virus peu pathogènes (prémunition).
Ces diverses méthodes présentent toutefois l'inconvénient de n'avoir souvent
qu'une efficacité temporaire, de ne s'appliquer qu'à certains virus et parfois
seulement dans des types de cultures particuliers. Ainsi, la prémunition de la
Tomate par le Virus de la Mosaique du Tabac (TMV) n'est applicable qu'en
culture sous abri d'hiver-printemps.
Dans ce contexte, la création de variétés résistantes aux virus apparait souvent
comme le moyen le plus efficace — parfois méme le seul — et le plus économique
de lutte contre ces agents pathogénes. Cependant, dans le cas des cultures marai-
chéres, sélectionneurs et pathologistes se trouvent confrontés à une triple
difficulté :
— le grand nombre d'espèces et de types variétaux concernés;
— la diversité et la variabilité des virus ayant une réelle importance économique;
— et, souvent, l'absence de gènes majeurs de résistances.
Ce dernier point rend nécessaire l'exploitation de résistances partielles ou de
moindres sensibilités. Celles-ci sont généralement mises en évidence dans les
conditions naturelles d'infection, mais une sélection en plein champ pour ces
caractères est peu efficace en raison de la présence d'autres virus et de l'irrégu-
larité des contaminations.
On sait que la résistance d'une plante à un virus peut intervenir à des niveaux
très variés du cycle biologique viral : l'inoculation, l'infection proprement dite,
ou la dissémination, Cependant, les mécanismes biochimiques, sans doute
divers, mis en jeu dans ces différentes formes de résistance demeurent fort mal
connus.
Sur un plan méthodologique, il faut donc, dans un premier temps, définir
le niveau d'action des résistances que l'on se propose d'exploiter en vue éventuel-
lement de les associer si elles sont différentes, puis, dans un second temps,
mettre au point des tests applicables en sélection permettant de différencier les
plantes résistantes des plantes sensibles.
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE AUX VIRUS CHEZ LES PLANTES MARAICHERES 335
Nous présenterons quelques exemples de mécanismes de résistance rencontrés
chez certaines espèces maraîchères étudiées dans les laboratoires de l'I.N.R.A,
d'Avignon - Montfavet (Tableau 1) en suivant les différentes phases du cycle
biologique viral. Les problèmes liés à une gestion optimale de ces résistances
seront ensuite abordés.
Tableau 1. — Espèces chez lesquelles des programmes de création de variétés résistantes aux
virus sont réalisés dans les Laboratoires de l'INRA d'Avignon - Montfavet..
m Espace le ein Piment | Tomate
Mosaïque du Concombre + + + +
Mosaïque de la Pastèque 1 + +
Mosaïque de la Pastéque 2 + +
Mosaïque du Tabac + +
Rabougrissement Jaune du Melon + +
Y de la Pomme de Terre +
«Yellow leaf curl» de la Tomate +
1) RÉSISTANCE À L'INOCULATION
1.1. - Résistance à la transmission de virus par les vecteurs.
Une résistance à la transmission de virus par Aphis gossypii, le puceron du
Melon, a été observée chez certaines lignées de Melon originaires d’Extreme
Orient ou d'Inde (LECOQ et al, 1979). Cette résistance gouvernée par un gène
dominant (Vat) n'est pas spécifique d'un virus donné mais elle joue vis-à-vis
de tous les virus testés et transmissibles par À. gossypii. Par contre, la résistance
n'est pas efficace lorsqu'on considère d’autres vecteurs importants de ces virus
tels que Myzus persicae ou Aphis fabae (Tab, 2) (LECOQ et al., 1980; RISSER
et al., 1981).
Les variétés possédant cette forme de résistance sont sensibles aux différents
virus aprés inoculation mécanique : il se pose donc un probléme méthodologique
car il est difficile d’introduire des tests de transmissions de virus par A. gossypii
dans un programme de sélection en raison des contraintes (en temps, en occupa-
tion de serre, etc.) associées à ce type d'essai.
La démonstration du lien existant entre la résistance à la transmission et la
résistance à A. gossypii par non acceptation, a permis de mettre au point un
test très simple, déjà largement utilisé en sélection, le «test 10 pucerons» (PI-
TRAT et LECOQ, 1980). Ce test consiste à déposer sur les plantes à éprouver
au stade 1 feuille, 10 jeunes adultes aptères d'A. gossypii; le nombre (n) de
pucerons demeurant sur la plantule 24 heures plus tard indique si la plante
est sensible (n > 8) ou résistante (n < 8). La figure 1 montre l'excellente corré.
lation observée entre la réponse du «test 10 pucerons» et la résistance à la
transmission dans deux populations en disjonction.
Source : MNHN. Paris
Tableau 2. — Spécificité de la résistance à la transmission de virus par les pucerons chez
le Melon.
ml
Va Variété Charentais P.I. 161375
ze Songwhan Charmi
Mosaïque du Concombre 90 2? 0%
(pathotype «Song»)
Mosaïque de la Pastèque 1 67% 0%
Mosaïque de la Pastèque 2 83% 0%
Rabougrissement Jaune du Melon 83% 0%
Variété! | Charentais | P.1. 161375
Puceron Songwhan Charmi
Aphis gossypii 90% 0%
Aphis citricola 1% 1%
Aphis craccivora 18% 12%
Aphis fabae 13 % 1%
Myzus persicae 67% 45%
1. Les variétés «Charentais» et «Songwhan Charmi» sont sensibles, après inoculations
mécaniques aux différents virus étudiés.
2. Taux de transmission assurés par Aphis gossypii (3 pucerons/plante test).
3. Taux de transmission du virus de la Mosaïque du Concombre (pathotype «Song»)
(3 pucerons / plante test).
NOMBRE DE
PLANTES
2 Fe ne BC:
Fi x Doublon
30 30
20- 20|
10) 10
ET =
CNE Ne 0 DNS
NOMBRE DE
PUCERONS
Fig. 1. — Relation existant entre la résistance à Aphis gossypii par non acceptation (estimée
par le nombre d'adultes d'A. gossypii restant sur les plantes 24 h après le dépôt de 10
individus) et la résistance D ou la sensibilité @ & la transmission du CMV par A. gossypii
(après 2 inoculations par 3 pucerons virulifères par plante). Étude de 2 populations en
disjonction pour ces caractères : les générations F 2 et BC 1 (F 1 x Doublon) réalisées
emite une variété doublement sensible (Doublon) et une variété doublement résistante
(PI 161375).
Source : MNHN. Paris
RÉSISTANCE AUX VIRUS CHEZ LES PLANTES MARAICHERES 337
12 - Résistance à l'inoculation mécanique : tendance à échapper à l'infection.
Lors de tests d'inoculation artificielle de CMV à divers génotypes de Piment,
il s'est avéré que quelques uns montraient des taux de plantes échappées à
l'infection plus élevés que la normale. Trois introductions non apparentées et
proches du type sauvage qui présentaient cette propriété ont été étudiées :
«Rama», «Perennial» et «PM 687» (POCHARD, 1977 et données non publiées).
Par analogie avec les résultats de TROUTMAN et FULTON (1958) obtenus
chez le Tabac, il est apparu possible de révéler cette propriété par des tests
quantitatifs à l'échelle de la feuille contaminée ; le nombre de foyers infectieux
primaires obtenus après frottis devrait, en effet, être plus faible que chez les
autres variétés. L'emploi d'une souche déficiente (CMV-N de FULTON) ne
donnant que des lésions locales facilement comptables, s’est révélé un outil
privilégié. Les 3 géniteurs présentent, en effet, beaucoup moins de lésions
locales que les autres variétés (Tab. 3) (POCHARD, 1977).
Tableau 3. — Relation entre la tendance à échapper à l'infection après inoculation méca-
nique d'une souche de CMV normalement virulente (souche TL) et le nombre de lésions
locales provoquées par la souche N de CMV chez le piment, Comparaison de 3 variétés
sensibles et de 3 variétés partiellement résistantes.
EE Sensibles Résistantes
Variétés
Yolo YoloY Narval PM687 Perennial Rama
Wonder
Nombre de lésions 43 7719 483 3,0 34 0,03
locales" (souche N)
Intervalle de confiance 2,6 5,0 43 0,4 0,6 —
Pourcentage de plantes 10% - - 40% 94% 83%
échappées! (souche TL)
1. L'inoculation est réalisée par frottis, en présence de Carborundum, des 1ères et 2èmes
feuilles de jeunes plantules.
Ce phénomène se manifeste aussi en présence des souches normalement
virulentes isolées dans le sud de la France mais le comptage des foyers infec-
tieux est beaucoup plus incertain, surtout chez les plantes sensibles. Sur un en-
semble de 5 souches, le coefficient de réduction a varié de 3 à 110 suivant la
souche et le génotype, en comparaison à un témoin non résistant,
Les différents géniteurs ont été croisés avec la variété sensible «Yolo Wonder»
afin de préciser le mode de transmission héréditaire de ces propriétés. Chez
«Rama», un gène majeur dominant est responsable de la réduction d'un facteur
de 250 environ du nombre de lésions locales induites par la souche N (PO-
CHARD, 1982). Chez «Perennial» et «PM 687», on observe une hérédité poly-
génique récessive. La recherche de structures cellulaires associées à ces proprié-
tés pourrait permettre de préciser l’origine de cette forme de résistance.
Source : MNHN. Paris
338 H. LECOQ ET AL
2) RESISTANCE A LA MIGRATION DU VIRUS DANS LA PLANTE
2.1 - Séquestration dans l'organe contaminé.
Chez la Tomate, il existe deux allèles dominants : Tm2 et Tm2° — tous deux
issus de l'espèce sauvage Lycopersicon peruvianum — gouvernant une résistance
par hypersensibilité au TMV (Tab. 4) (LATERROT, 1973, 1977). La sélection
pour chacun de cesalléles est aisée : l'inoculation mécanique d'une souche
«jaune» de race «commune» (race 0) de TMV permet de séparer 10 jours plus
tard les plantes sensibles (qui présentent une mosaïque), des plantes résistantes
(qui ne présentent pas de symptômes, ou seulement des lésions nécrotiques
sur les organes contaminés lorsque l'inoculation a lieu sur les cotyledons).
On connaît un pathotype de TMV adapté à Tm2 (race 2) mais il n'a pas été
rencontré de souches adaptées à Tm2_. Par ailleurs à l'état hétérozygote, des
nécroses graves peuvent apparaître sur les parties végétatives et sur les fruits
lorsque la température, la lumière et la pression d'inoculum sont élevées : il
apparait donc que si ce type de résistance n'offre pas de difficulté au sélection-
neur sur un plan méthodologique, son emploi dans la création de variétés
résistantes nécessite une connaissance précise de la variabilité du virus d'une
part, et de l'efficacité de la résistance dans diverses conditions de milieu d'autre
part (LATERROT, 1973).
La sequestration du virus dans l'organe inoculé ne s'accompagne pas toujours
de réactions nécrotiques : ainsi les plantes de la lignée PI 161375 de Melon
contaminées par les souches «communes» de CMV présentent seulement des
táches chlorotiques sur l'organe contaminé, et pas de symptómes généralisés.
Le tri entre plantes sensibles et résistantes est ici aussi très simple, les premières
présentant des symptômes de mosaïque généralisée et les secondes pas de symp-
tômes (RISSER et al., 1977).
2.2- Localisation dans certains secteurs de la plante.
L’observation attentive des collections de Piment en plein champ fait appa-
raître le comportement remarquable de quelques génotypes de Capsicum an-
nuum («Piment sucette», «Antibois», (Niora» ...) et de C. baccatum (Pen 3-4)
vis-à-vis du CMV. Sur certaines plantes, on peut apercevoir simultanément des
secteurs très malades et d’autres qui restent sains pendant de longues périodes.
Le virus n'est pas mis en évidence par rétroinoculation dans les secteurs d'appa-
rence saine. ll semble donc que ces plantes aient la possibilité de limiter la migra-
tion du virus d'un rameau à l'autre.
Il est possible de reproduire à volonté ce phénomène de localisation secto-
rielle grâce à un test comportant la décapitation de jeunes plantes possédant
4 à 6 feuilles étalées (fig. 2) (POCHARD, 1977). Un temps de latence est néces-
saire entre la décapitation et l'inoculation pour permettre une certaine «matu-
ration» des tissus. Le critère principal est le temps nécessaire pour que le virus
diffuse du rameau axillaire correspondant à la feuille inoculée au rameau situé
plus haut (fig. 3).
Source : MNHN, Paris
(AWL) eqe np ənbresow er ap snara ne axeuI0 , v[ op aouristegz v] ap sonumsodwon — y neo[qe,
Sa|[an32e
suoian,os
22uL / o2ul
| Tuyau 14 Sopt4gAH
ajuejiodul elquez
1 edfjou3ed
930642049384 3278, | np
? a4nje4gduej ajneu e anbi30458U uOt32e2. uo.qest | euauab sa3 uL
DT no
e3o6Azouoy 3?e38,| ? 233111348) 9[qiej sqnejaq
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2?LLLqLsuas 92ue48[03
Sed/30u1ed
u 9. 92ue351sa. gr us
aouezsisau uezsisau 971 [Lqisuas co de
22U8FSLS94 aoueqsisau o2ue4a8|03 u0132e8y
Au Sues
9L2LLV
wngnsaty ‘7
224n0$
6 S awosowouy)
oul tu] $0201
Source : MNHN, Paris
340 H. LECOQ ET AL.
INOCULATION NOTATION
Plantes inoculées 4 jours après décapitation
Fig. 2. — Test de décapitation utilisé pour mettre en évidence chez le Piment, la localisation
du CMV à certains secteurs de plantes (r3, r4 — ramcaux axillaires correspondant à la
feuille inoculée et à la feuille située un rang plus haut).
NOMBRE DE
PLANTES
Yoro Y VAL
an
BH C.BACCATUM 3-4 m
2
IKEDA Moura
JOURS APRES
L’ INOCULATION
Fig. 3. — Progression des symptômes de mosaique sur les rameaux axillaires apparus après
le test de décapitation chez diverses variétés de Piments. Inoculation sur la 3ème feuille
par la souche de CMV Ter 75. - rameau r3; rameau r4 (voir la fig. 2).
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE AUX VIRUS CHEZ LES PLANTES MARAICHERES 341
Deux sources principales de résistance ont été utilisées et plusieurs sources
secondaires d'origines aussi variées que possible. Par recombinaison progressive
on a pu obtenir des lignées qui montrent un niveau de résistance, en inoculation
artificielle comme en plein champ, très supérieur à celui des meilleurs parents. Il
devient donc nécessaire de mettre au point des tests plus sévères ou de trouver
des souches de virus d'une agressivité supérieure pour continuer à progresser
(POCHARD, 1977 et données non publiées).
3) RÉSISTANCE A LA MULTIPLICATION VIRALE
Cette forme de résistance est vraisemblablement assez courante mais géné-
ralement négligée en raison de la difficulté de doser avec précision les virus
dans les tissus foliaires et donc de définir un outil fiable de sélection.
Dans le cas du couple TMV/Tomate, on connaît une résistance de ce type
gouvernée par un gène dominant (Tm1) issu de Lycopersicon hirsutum (Tab. 4)
(LATERROT, 1973, 1977). La sélection pour ce caractère est aisée du fait du
retard dans l'apparition des symptómes observé chez les variétés possédant
Tm 1 : un tri précoce, 10 jours aprés l'inoculation mécanique d'une race com-
mune (race 0), permet donc de séparer les plantes résistantes des plantes sen-
sibles.
On observe également chez certaines lignées de Melon qui possèdent une
résistance efficace vis-à-vis des souches «communes» de CMV, une moindre
sensibilité à l'égard des souches adaptées, les souches «Song», qui s'exprime
entre autres caractères, par une moindre multiplication virale, décelable tant
Tableau 5. — Résistance au CMV chez le Melon : réduction de la multiplication virale
(les différents dosages correspondent à des essais indépendants).
Dane PI 161375
Does Charentais | Songwhan Charmi
Biologique sur Vigna sinensis
(nombre moyen de lésions 60 0,5
locales / feuille)
Sérologique
Méthode E.L.I.S.A. 246 S
(Ug ml d'extrait)
Rétroinoculation CA 1 ; |
par Myzus persicae 50 22
(taux de transmission en %)
Rétroinoculation i à |
par Aphis gossypii 64 31
(taux de transmission en %)
1. pourcentage de plantes tests (Charentais) infectées : un puceron ayant acquis le CMV
(Pathotype «Song») pendant 2,5 min sur «Songwhan Charmiy ou «Charentaisy est
déposé par plante test.
Source : MNHN, Paris
342 H. LECOQ ET AL.
par tests biologiques (indexage sur l'hôte hypersensible : Vigna sinensis) que
sérologiques (test ELISA) (Tab. 5). Une situation analogue est rencontrée chez
certaines lignées de Piment vis-à-vis du CMV (MARCHOUX et al., 1967 et
données non publiées).
Le test biologique est difficilement utilisable en sélection en raison de l'im-
portante variabilité de la réponse du V. sinensis et de la présence, chez certaines
lignées, d'inhibiteurs pouvant modifier la relation existant,dans certaines gammes
de dilution, entre le nombre de lésions locales produites et la concentration
en particules virales. C'est pourquoi, des essais sont actuellement entrepris
pour rendre quantitative la méthode ELISA (DEVERGNE et CARDIN, résultats
non publiés). L'intérét pratique de ce type de résistance réside dans le fait
que les plantes infectées seront des sources moins efficaces de virus pour les
pucerons vecteurs que les variétés sensibles (Tab. 5).
4) RÉSISTANCE A L'ACQUISITION DE VIRUS PAR LES VECTEURS
L'ultime phase du cycle biologique viral correspond au stade où la plante
est infectée et va devenir une source de virus pour les vecteurs qui iront alors
contaminer de nouvelles plantes dans la culture ou dans des cultures voisines.
La résistance à la multiplication de virus, nous venons de le voir, peut se
traduire par une réduction du taux d'acquisition de ce virus par ses vecteurs
(Tab. 5), ce qui dans une certaine mesure devrait ralentir le développement
des épidémies virales. On peut également concevoir des résistances n'intervenant
qu'au niveau de l'acquisition des virus : en particulier dans le cas desPotyvirus,
il a été mis en évidence une substance, le «facteur assistant» («helper compo-
nent» des Anglo Saxons) nécessaire à la fixation du virus au stylet du puceron
vecteur (PIRONE, 1977). Chez le Melon, le Virus de la Mosaïque de la Pastèque
2 (WMV 2) est un potyvirus grave pour lequel on ne connaît pas encore de
résistance, si ce n'est la résistance à la transmission par A. gossypii (LECOQ
et al., 1980). Nous cherchons actuellement dans cette espèce des variétés chez
lesquelles la synthèse de «facteur assistant» ne serait pas assurée. Dans ce cas,
il n'y aurait pas de développement secondaire des épidémies puisque les plantes,
même infectées, ne pourraient plus être des sources de virus.
CONCLUSION
STRATÉGIE DE CRÉATION VARIÉTALE
POUR L’EXPLOITATION DE RESISTANCES PARTIELLES
On peut théoriquement distinguer 4 étapes successives dans la mise en ceuvre
d'un programme de création de variétés résistantes aux virus. Dans la première,
on cherche à identifier des mécanismes précis et à mettre au point des tests
Source : MNHN. Paris
RÉSISTANCE AUX VIRUS CHEZ LES PLANTES MARAICHERES 343
d'évaluation quantitative aussi simples et aussi fiables que possible. La seconde
étape consiste à repérer les génotypes non apparentés qui présentent le méca-
nisme choisi au plus haut niveau. Dans la troisième étape, la plus longue et la
plus complexe, on cherche à effectuer le maximum de recombinaisons de gènes
utiles, La quatrième étape est la fixation et la comparaison aux parents d’ori-
gines, des lignées ou populations transgressives qui présentent des associations
encore inédites de caractères favorables.
Dans le cas du Piment et du CMV, on a choisi de traiter de façon complète-
ment séparée les 3 filières liées aux 3 principaux mécanismes de résistance
identifiés.
Seule, la filiére comportant l'exploitation de la résistance à la migration
du virus est prés d'aboutir. Le nombre total de générations nécessaire à l'obten-
tion des premiéres variétés fixées présentant des caractéristiques agronomiques
intéressantes n'aura pas été inférieur à 22 à partir de l'espèce voisine C. bacca-
tum, l'une des principales sources utilisées. Alors que l'on ne disposait, au dé-
part, que de moindres sensibilités au champ qui paraissaient très difficilement
exploitables, on a déjà obtenu des lignées d'un niveau de résistance en plein
champ encore jamais observé, et il semble que cette filière n’ait pas encore
montré les limites de ses potentialités. On peut donc espérer aboutir, en fin de
programme, à une résistance de très haut niveau, avoisinant peut-être l'immu-
nité. Si les autres filières s'avèrent aussi productives, il ne sera sans doute pas
nécessaire de faire une recombinaison d’ensemble. Nous garderons, au contraire,
la possibilité d’utiliser chacun des mécanismes de résistance dans une sorte de
rotation afin d'éviter une adaptation de l'agent pathogène.
Dans le cas de la Tomate et du TMV, la stratégie de création variétale a du
prendre en compte deux aspects : les liens existants entre résistance et carac-
tères agronomiques défavorables d'une part (Tm2 et nanisme chlorotique con-
trólé par l'allle mv, mauvaise fertilité des plantes homozygotes pour Tml,
nécroses associées aux hétérozygotes pour Tm2 ou pour Tm?? ) et la variabilité
du virus d'autre part. L'une des solutions proposées est l'association à l'état
hétérozygote de Tm1 et Tm2 (Tab. 4) (LATERROT, 1973, 1977). Cette combi-
naison assure une protection totale envers les souches les plus fréquentes ainsi
que vis-à-vis d'une souche hollandaise nécrogène sur les plantes homozygotes
pour Tm2? ; mais elle ne permet pas d'éviter les nécroses que peut provoquer
la race 1 par température et ensoleillement élevé. Plus de la moitié des tomates
sous serre sont des hybrides résistants au TMV possédant cette combinaison
génétique qui, dans des conditions pratiques des cultures assure une protection
quasi absolue.
STRATÉGIE DE GESTION DES VARIÉTÉS
POSSÉDANT DES RÉSISTANCES PARTIELLES
Dans certains cas comme pour le Melon et le CMV, l'association de l'ensemble
des mécanismes de résistance que l'on connaisse à ce jour n'assure pas une pro-
Source : MNHN. Paris
344 H. LECOQ ET AL.
tection complete de la culture, et, en particulier dans certaines conditions
épidémiologiques, des attaques de CMV préjudiciables à la production peuvent
se développer chez les variétés à résistance partielle.
Dans une telle situation, il est possible d'intervenir sur l'environnement de
la culture afin de retarder le développement des épidémies virales. L'association
de l'emploi de variétés à résistance partielle et de pratiques culturales telles
que l'élimination des sources de virus et l'utilisation de paillages plastiques
— dans le cadre d'une lutte intégrée — aboutit alors à une protection efficace
de la culture (Fig. 4) (LECOQ et PITRAT, 1982, a et b).
POURCENTAGE
DE PLANTES VIROSEES
100
75
Rdp
50
25
10 20 30 40 50 60
JOURS APRES.
LA PLANTATION
Fig. 4. — Développement des épidémies de virus dans des parcelles de variétés de Melon
sensible (S) ou partiellement résistante au CMV (R). Certaines parcelles (dp) étaient
paillées à l'aide de plastique transparent et leurs abords soigneusement désherbés.
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Source : MNHN. Paris
RÉSISTANCE AUX VIRUS CHEZ LES PLANTES MARAICHERES 345
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Source - MNHN. Paris
Source : MNHN. Paris
347
POSSIBILITÉS DE SÉLECTION
POUR L’APTITUDE A LA PREMUNITION
DANS LE CAS DU PIETIN-ECHAUDAGE DES CEREALES
(GAEUMANNOMYCES GRAMINIS)
par J.M.- LEMAIRE*, G. DOUSSINAULT**,
P. LUCAS**, B. PERRATON**, A. MESSAGER**
RESUME. — La lutte biologique contre le Piétin-échaudage des céréales est basée sur la
perte d'agressivité naturelle (ou provoquée) des souches sauvages agressives et par ailleurs
sur l'aptitude de l'hôte à la prémunition. Des souches hypoagressives de Gaeumannomyces
graminis inoculées à un Blé, provoquent des réactions de défense vis-à-vis des souches
naturelles agressives. La résistance induite ainsi réalisée, varie dans sa réponse en fonction
du cultivar, et une telle variabilité est exploitée, depuis 1973, dans un programme de sélec-
tion original ayant pour objectif de créer des cultivars bien adaptés à la prémunition.
La présente communication a pour objet de décrire les méthodes de sélection (basées
sur la méthode des bulks), les techniques d'appréciation de la qualité des géniteurs et des
variétés pour l'aptitude à la prémunition et les résultats déjà obtenus qui montrent l'intérêt
de ce critère original de sélection.
SUMMARY. — The biological control of cereals take-all is based on the natural or induced
decrease of agressivity of the fungus and on the host capacity of cross-protection. Hypo-
agressive isolates of Gaeumannomyces graminis inoculated to a wheat induce some resis-
tance capacity against normal agressive fungus of the soil. This induced resistance is variable
among the wheat cultivars. The variability has been used in an original selection program
since 1973; we want to improve the level and the stability of cross protection capacity
in selected lines.
The methods of selection (using the bulk technic), the tests to appreciate the value
of genitors and selected lines are described in this paper. The first results are encouraging
and point out the interest of this original method of selection.
* Station de Pathologie Végétale, INRA, Centre de Recherches Agronomiques d'Avignon
Domaine St Maurice - 84140 Montfavet.
** Stations d'Amélioration des Plantes et de Pathologie Végétale, INRA, Domaine de la
Motte-au-Vicomte, 35650 Le Rheu.
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE (Cryptog., Mycol.) TOME 3 (1982).
Source : MNHN, Paris
348 J.-M. LEMAIRE ET AL.
INTRODUCTION
Le piétinéchaudage des céréales provoqué par Gaeumannomyces graminis
(Sacc.) Arx et Olivier = Ophiobolus graminis Sacc. est une maladie grave dans les
assolements céréaliers intensifs. C'est un des facteurs biologiques qui limite la
durée des successions de blés ou d'orges en entrainant des chutes de rendements
importantes parfois dès le 2ème blé, le plus souvent après 3 ou 4 années de
monoculture.
Le champignon responsable, d'origine tellurique, n’est pas, pour l'instant,
détruit par des traitements fongicides. Il n'existe par ailleurs, que trés peu
d'espoir de mettre au point des variétés résistantes, aucun géniteur, aucune
espèce voisine du blé ne présente un niveau de résistance intéressant. D'où
l'intérêt de poursuivre les recherches relatives à une méthode de lutte biologique
basée sur la découverte et l'exploitation de souches hypoagressives du même
parasite (LEMAIRE, 1973; WONG, 1975) ou de champignons voisins (DEA-
CON, 1976).
Le principe de cette méthode repose sur l’évolution d'un phénomène naturel :
en culture continue de Blé, les attaques de Piétin-échaudage apparaissent géné-
ralement dès la 2ème ou la 3éme année de monoculture pour atteindre un
maximum d'intensité en 4ème ou 5ème année. Ensuite une atténuation natu-
relle de la maladie se crée (GARRETT, 1970; LEMAIRE et COPPENET, 1968)
qui semble en relation avec la perte d’agressivité des souches de G. graminis
et les modifications de métabolismes sous l'effet semble-t-il de particules virales
(LAPIERRE et al., 1970; FERAULT, 1980).
En introduisant dans le sol des souches hypoagressives virosées on parvient
à prévenir les attaques graves de Piétin-échaudage (LEMAIRE et JOUAN,
1973). L'effet du traitement est double. Il semble d'une part qu'il y ait conta-
gion du facteur hypoagressif de l'inoculum apporté, aux souches agressives
naturelles (LEMAIRE et al., 1976); et que d'autre part, la souche hypoagressive
induise une certaine résistance chez la plante sur laquelle elle s'installe (TIVOLI
et al., 1974).
Le niveau de résistance induite, varie en fonction du cultivar, d'oà l'idée
dès 1973, de chercher à sélectionner pour ce critère qualitatif qu'est l'aptitude
à la prémunition ou à la résistance induite.
MATÉRIEL ET MÉTHODES
1.— LES GÉNITEURS
Les géniteurs ont été choisis parmi les cultivars placés dans trois situations
différentes en premier Blé (1), en 2ème ou 3ème Blé (quand apparaissent les
dégâts de Piétin-échaudage) (2), dans une parcelle en 2ème ou 3ème Blé dont
le précédent cultural est un blé inoculé avec une souche hypoagressive et eux-
Source : MNHN, Paris
APTITUDE A LA PRÉMUNITION CONTRE G. GRAMINIS 349
mêmes inoculés (3).
Les cultivars dont les différences de rendements entre la situation (1) et la
situation (3) sont faibles et dont les différences de rendement entre les situations
(3) et (2) sont élevés, sont choisis pour leur meilleure aptitude à la prémunition.
Des tests in vitro confirment ce choix.
Parmi les cultivars intéressants, nous avons retenu :
Kavkaz : variété issue d’un croisement interspécifique entre le Blé et le Seigle (K)
Maris-Bilbo : lignée demi-naine obtenue en Grande Bretagne (P.B.I. Cambridge)
(TL 34).
Lutin, Maris- Huntsman, et les géniteurs obtenus à la station d’Amélioration
des plantes de Rennes : (V.P.M. x Moisson) 9; (V.P.M. x Moisson) 4; Roazon;
(Champlein x Aronde) 68; Cappelle x Élite) 24. (DOUSSINAULT et al., 1974)
2. — LES CROISEMENTS
Dés 1973, les croisements suivants furent réalisés :
(V.P.M. x Moisson) 4 x Maris- Huntsman;
(Cappelle x Elite) x (V.P.M. x Moisson) 9;
(Champlein x Aronde) 68 x (V.P.M. x Moisson) 9;
(TL 34) x (K)
Un deuxième cycle de sélection est entrepris dans des croisements meilleurs
lignées issues des croisements précédents et ayant des origines différentes.
3. — LES SOUCHES DE G. GRAMINIS; LES TECHNIQUES D'INOCULATION
Deux types de souches servent dans les essais. Une souche hypoagressive
(a) (911 de la collection) isolée en 1969 d’une monoculture de blé à Quimper,
et différentes souches agressives isolées l'année précédant les essais et dont on
vérifie préalablement le pouvoir pathogène.
La souche hypoagressive est apportée aux semences par un enrobage à base
dune poudre contenant l'inoculum et constituée du mycélium et de grain
d'orge (support de sa croissance). A cette poudre de base sont ajoutés des
adjuvants qui permettent de faire adhérer de 5 à 10 kg de poudre par quintal
de semences.
4.— TECHNIQUE DE SÉLECTION (Fig. 1)
La technique est adaptée de la méthode dite des Bulks, proposée par NILS-
SON EHLE en 1908. Elle consiste à semer en mélange les descendants d'un
croisement, laisser agir la sélection naturelle, semer à nouveau le produit de
l'année précédente jusqu'à atteinte de l'homozygotie.
Les modifications proposées concernent :
le milieu :
Les blés enrobés sont semés dans des parcelles susceptibles d'étra attaquées
Source : MNHN, Paris
350 J.-M. LEMAIRE ET AL.
CROISEMENTS
CHOIX DES
GÉNITEURS
S
—_— a.
Fo SELECTION OBSERVATION EN
EN BULK CULTURE
ET
Fa EN TERRE CHOIX DES PLANTES
INFESTEE PAR SUR LA HAUTEUR
LE PIÉTIN ET LE POIDS DES
ÉPIS
UN
| || || ELIMINATION DU MATÉRIEL]
F5 SÉLECTION PAR RAPPORT À DES
CRITERES AGRONOMIQUES
GENEALOG IQUE
: I IN
«zm — MM M EE ES
ETUDE DU COMPORTEMENT
AU CHAMP, SÉLECTION DES
MEILLEURES LIGNÉES
Fg ESSAI EN PARCELLES
ET (ou) EN PAQUETS
Fig. 1.— Schéma d'un cycle de sélection pour l'aptitude à la prémunition.
d'une façon naturelle par le Piétin-échaudage (soit second blé lorsque la tête
d'assolement est le Maïs, soit troisième blé lorsque le blé succède à une cruci-
fre ou une légumineuse), le blé précédent étant lui-méme enrobé avec une
souche hypoagressive de G. graminis. La notation de la préssion de sélection
est appréciée par la cartographie des foyers de Piétin-échaudage et leur évolu-
tion (Fig. 2).
Source : MNHN, Paris
PARCELLES D'UN CROISEMENT (Y x 7) DISPOSÉES DANS DES
BLOCS SUR UN TERRAIN INFECTÉ
F2
PLANTES CHOISIES
TRI DENSIMÉTRIQUE
DANS LES FOYERS
DES GRAINS DES
PLANTES COURTES
PRÉMUNIES
Fig. 2. — Schéma de la sélection d'un croisement en F2, F3 ou F4 pour l'aptitude à la
prémunition au piétin-échaudage.
le choix des plantes :
Après élimination des plantes hautes, on choisit des plantes non échaudées
à l'intérieur des foyers ou, lorsque la maladie est généralisée, on trie les grains
non échaudés.
la durée du Bulk :
Elle est limitée à 3 ans, F2, F3, F4 et s'achève par un ultime choix des
plantes : (les plus saines dans les foyers, ou les plantes les plus courtes ayant
un poids d'épi élevé en dehors des foyers).
Ensuite débute une sélection généalogique classique sur les caractéres agrono-
miques visibles en pépiniére en F5 et F6. Enfin, les descendants retenus sont
semés en pépinière et analysés pour leur réponse à la prémunition.
5.— TESTS POUR L’APTITUDE A LA PREMUNITION (Fig. 3).
L'aptitude à la prémunition est mesurée in vitro en tubes remplis de perlite
selon la technique décrite par TIVOLI et al. (1974) à la différence prés que
linoculum hypoagressif est apporté sous forme d'enrobage. L'indice de nécrose :
Source : MNHN. Paris
352 J.M. LEMAIRE ET AL.
1 = Longueur de nécrose en cm / Nombre de racines ayant atteint l'inoculum
des blés inoculés et des blés témoins est mesuré dans le temps.
Une épreuve en vase de végétation compléte le test in vitro. Des semences
enrobées ou non sont mises en vase de végétation contenant un mélange terreux
et dans lequel un inoculum agressif a été localisé,
SEMENCES ENROBEES SEMENCES NUES
ÜIBSERVATIONS :
NÉCROSES RACINAIRES
ATTAQUE TIGE
MORTALITÉ DES PLANTES
NOMBRE DE PÉRITHÉCES
EN TUBE
(SUBSTRAT, PERLITE)
soudhe
AGRESSIVE
|
ATTAQUE
TIGE
DESSÈCHE-
MENT DES
FEUILLES
ECHAUDAGE
PROPAGATI
À L'ATTAGUE
EN POT
(MÉLANGE
TERREUX)
SOUCHE AGRESSIVE |
LOCALISEE
Fig. 3. — Analyse de l'aptitude à la prémunition.
Source : MNHN. Paris
APTITUDE A LA PREMUNITION CONTRE G. GRAMINIS 353
A lissu de ces tests, les lignées qui répondent le mieux à la prémunition
servent à leur tour de géniteur et sont étudiées au champ à la fois pour leur
valeur agronomique propre et pour leur adaptation aux assolements céréaliers
intensifs.
RÉSULTATS
1.— OBSERVATION DES «BULKS»
Trois croisements effectués en 1973 : TL 34 x K, TB 3.8.B x V.M., VM4 x K,
ont été récoltés en 1975 (F2), semés après sélection et récoltés er 1976. La
hauteur moyenne ainsi que le poids moyen de l'épi sont modifiés par l'enrobage
ce qui permet de retenir pour l'année suivante des limites plus restrictives (Tab. 1)
Tableau 1. — Influence de l'enrobage des semences avec une souche hypoagressive de
G. graminis sur la récolte des plantes F2 et F3
F2
conte 1974 = 1975
Gatien kee Ge Récolte Limite retenue Récolte
Poids
m
1975 ~ 1976
Buks” $ H en en pe
p Pe IO inc c IL eee!
o 1 is iow 2 8 i Le OP 6 1 no
max =
T a 1,96 7 m us iacit 20
o a CERN 2 *" i nHOI OM .onD
TER Bk V H — à
| T 7 na i o£ 2 m i Ww ^ ione
o m2 s% 2 m izo i w iaw
T n" 17 wo i 2 DEE | no
D + sans traitement biologique des semences
T : avec traitement biologique des semences
La réduction de la hauteur moyenne des plantes lorsque les semences ont
été inoculées provient surtout de la réduction de taille des plantes les plus
hautes, il s'agirait plutôt d'une modification
physiologique apportée par le
traitement.
L'augmentation du poids de grain par épi est surtout liée à une diminution
du nombre de plantes à poids de grain par épi faible.
Enfin, la diminution des variances taille des plantes et poids moyen d'un épi
est due à une réduction globale des attaques de Piétin-échaudage.
2. — APTITUDE A LA PRÉMUNITION
Les indices de nécrose calculés dans l'épreuve en tube perlite pour les blés
témoins et les blés inoculés issus du croisement TL 34 x K sont placés sur le
Source : MNHN. Paris
354 J.M. LEMAIRE ET AL.
INDICE DU TÉMOIN
12x
RONNE APTITUDE À LA
PRÉMUNITION
4
/ EG x18-6
D
x22-5
x55-6 x95
TRÈS BONNE LIGNÉES SENSIBLES is
APTITUDE À LA ILS 93-31
PREMUNITION Rare
LIGNÉES PRÉSENTANT UNÆERTAIN NIVEAU DE RÉSISTANCE
X15 X534
129x
x8 Me eo
24 161-5X x144 SENSIBILISATION PAR LE
i TRAITEMENT
x 52.6 mu EE
nn,
lo2-
Sn x193-1 x255 x86
INDICE APRÉS INOCULATION
T T 7 T
1 2 3 4
Fig. 4. — Classement des lignées selon leur sensibilité er leur aptitude à la prémunition.
graphique de la figure 4. En abscisse, sont portés les indices de nécrose des
blés inoculés, en ordonnées ceux des blés témoins. Chaque cultivar est représenté
par un point; ceux qui sont situés au-dessus de la première bissectrice corres-
pondent à des blés qui, dans les conditions de l’experience, sont sensibilisé
par le traitement biologique.
Par ailleurs, on peut noter que plus l'indice de nécrose est élevé chez le
témoin, plus le blé est sensible au Piétin-échaudage.
Source : MNHN. Paris
APTITUDE A LA PREMUNITION CONTRE G. GRAMINIS 355
Du graphique de la figure 4, on peut retenir les cultivar 102-1, 12, 161-5
notamment.
Une deuxième notation des nécroses racinaires permet d'apprécier leur évo-
lution plus ou moins rapide. Un cultivar inoculé dont les nécroses évoluent
moins vite par rapport à son homologue témoin, présente un intérêt appréciable,
| INOCULÉ
AUGMENTATION DU NIVEAU DE
LA PRÉMUNITION
DIMINUTION DU NIVEAU
DE LA PRÉMUNITION
161-2X
120-1
x137-8
1 x174-4 AE
x8 x32
x35
xus
T TÉMOIN |
e A
T T 1 x
1 2 3 4
Fig.5.— Évolution du niveau de la prémunition en dix jours.
Source : MNHN, Paris
356 J.M. LEMAIRE ET AL.
La fig. 5 montre l'évolution des nécroses au cours d'une période de 10 jours.
Tous les cultivars qui sont représentés au-dessus de la bissectrice présentent
des nécroses qui évoluent moins vite que dans le témoin homologue. Les culti-
vars 102-1, 12 et 161-5 sont encore parmi les plus intéressants.
Les mesures effectuées en pot portent à la fois sur la vigueur comparée
entre les blés enrobés et les blés témoins. Dans le croisement TL 34 x K, les
cultivars 55-6, 100-1, 102-1 sont parmi les meilleurs alors que dans un croise-
ment effectué en 1975 entre le V.P.M. M. 9 et trois lignées 1° 87 et 1? 48 et
79 semblent très intéressantes. Par ailleurs, quand les attaques de G. graminis
sur la tige sont notées, il est possible de trouver des cultivars intéressants comme
Tab. 2. — Influence de l'enrobage des semences avec une souche hypoagressive de
G. graminis sur les dégâts observés sur la tige de quelques cultivars
ee
Pourcentage de tiges attaquées
Référence =
5 Témoin : Inoculé :
MSN 0e. ee : 8 i
Mead Rok asco coe cess: : 92 : 29
IARE oC : 36 : 0
URSI CEE : 67 : 43
À TL 34 x K. 100 * «seed : 58 : 0 3
Lye ae MV. 2.644... à 54 : 2 i
Tab. 3. — Rendement parcellaire en g des lignées sélectionnées pour leur réponse favorable
au traitement biologique en présence d’une attaque naturelle de piétin-échaudage
Rendements parcellaires
Lignées
: Blé “inoculé
i Y par rapport:
Blé témoin : Blé "inoculé": au témoin
TL3A x K : 52.6 200 : 2400
TL 34 x K : 102.1 ? 100 : 2 600
ESE Foals TTL 2 250 : 2 600
Te Le ee 190 : 2450
TL34 x K : 191.6 E 2000
TEIE K leo 2 300 : 2 600
Maris huntsman x V.M.4 : 101.1. 1 800 : 2500
120
124
115
129
114
113
139
Les meilleurs rendements sont ceux de trois cultivars enrobés : 102.1, 114.1 et 120.
Source : MNHN. Paris
APTITUDE A LA PRÉMUNITION CONTRE G. GRAMINIS 357
dans le croisement TL 34 x K : les numéros 67 et 100 qui sont, dans les condi-
tions de l'expérience, totalement indemnes (Tab. 2)
Les lignées ayant donné en cours de sélection les résultats qualitatifs les plus
intéressants sont enfin mises en essais de rendement avec ou sans inoculation
des semences (Tab. 3).
DISCUSSION - CONCLUSION
Le schéma de sélection présenté a été amélioré chaque année. En effet, la
sélection pour un caractère qualitatif comme
l'aptitude à une résistance induite
PI. I. — Prémunition
en tube perlite. A droite,
cultivar A10 qui réagit
favorablement (peu de
nécroses sur les racines
plantules vivantes); à
gauche cultivar A9 qui
ne réagit pas à la
prémunition. — 1: Ino-
culum agressif apporté
sous forme de poudre
en couche fine; N
Noircissement des ra-
cines, symptôme occa-
sionné par le champi-
gnon agressif.
Source : MNHN. Paris
358 J-M. LEMAIRE ET AL.
ne peut être définie avec précision qu'après quelques années de sélection quand
les critères de choix se précisent. Cependant, les progrès très importants réalisés
(Pl. 1 et 2) montrent l'intérêt de telles études. Un cultivar du type 102.1 pour-
rait devenir une variété cultivée.
PI. 2.— Prémunition en pot, en terre infestée par une souche agressive de G. graminis.
A droite, les plantes dont les semences ont été enrobées restent saines : aucune attaque
au niveau des tiges alors que le témoin à gauche est gravement malade.
Par ailleurs, l'enrobage des semences avec une souche hypoagressive de G.
graminis, outre l'effet bénéfique dans le domaine de la lutte biologique contre
le Piétin-échaudage, a un aspect intéressant sur des modifications physiologiques
observées sur certains cultivars (LEMAIRE et al., 1979). La sélection pour ce
caractère présente un intérêt évident étant donné qu'il est possible dans certaines
situations d'augmenter les rendements d'une variété dans un sol dépourvu de
Piétin-échaudage par le seul fait de modifications physiologiques favorables.
Le programme actuel de sélection s'oriente maintenant vers ce nouvel aspect.
Enfin, au cours des nombreuses manipulations effectuées sur les cultivars,
nous avons pu distinguer ceux qui réagissaient vite (de 2 à 4 jours à 20°C)
mais d’une façon peu durable de ceux qui répondaient plus lentement (1 semaine
à 20°C) mais d’une façon quasi définitive.
Source : MNHN. Paris
APTITUDE A LA PRÉMUNITION CONTRE G. GRAMINIS 359
BIBLIOGRAPHIE
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Source : MNHN. Paris
Source : MNHN. Paris
361
RÉSISTANCE DU POMMIER
A LA TAVELURE VENTURIA INAEQUALIS (CKE.) WINT.
SOURCES DE RÉSISTANCE, COMPORTEMENT DU PARASITE,
PROGRAMME DE SÉLECTION
par J.M. OLIVIER* et Y, LESPINASSE**
RESUME. — Les principales sources de résistance du pommier à la tavelure appartiennent à
deux catégories : résistances à contrôle monogénique et résistances à contrôle polygénique.
Deux variétés ont été récemment proposées aux arboriculteurs, «Priam», et «Quérinas
(gène Vf). Les résistances à contrôle polygénique, plus difficiles à sélectionner font l'objet
d'études particulières à partir d'anciennes variétés comme «Antonovkay, «Rouchetaudes
L'objectif est d'obtenir une résistance durable compte tenu du caractère pérenne du
pommier. Actuellement 5 races du parasite sont connues et permettent une approche de
la virulence. Les travaux de sélection engagés à partir de la résistance conférée par le gène
Vm ont été suspendus après observation en France de la race 5 contournant ce gène, Le
couple Vm - race 5 est un des modèles utilisés pour étudier le devenir d'une souche virulente
confrontée à Ia population sauvage; le pathotype se révèle peu compétitif et régresse rapi.
dement dans les conditions de l'étude, Le comportement de cette race 5 permet une dis
cussion de la notion de sélection stabilisatrice.
L'évolution des populations parasitaires confrontées aux différents pathodèmes est
suivie grâce à un dispositif particulier de vergers à haute-densité, implantés dans les trois
grandes zones de production. On a pu ainsi déceler les races 2 et 5 et mesurer tant en phase
parasitaire qu'en phase saprophytique, les limites des résistances & controle polygénique,
Les résultats obtenus autorisent une réflexion sur les différentes stratégies d'emploi
des gènes de résistance aux maladies dans le contexte propre à une culture perenne. Ces
stratégies, impliquant une utilisation raisonnée des différents moyens de lutte, contribuent
à la mise en place d’une protection intégrée en verger.
SUMMARY. — The main sources of apple scab resistance are classified in two types : mono-
genic and polygenic systems. Two varieties have been recently proposed for plantation by
the French growers : «Priamy and «Querina» (Vf). The polygenic systems which are more
difficult to use for breeding are now studied, specially from old varieties as «Antonovka»
or «Rouchetaude».
* Station de Pathologie Végétale et
** Station d'Arboriculture Fruitiére, INRA, route de Saint-Clément, Beaucouze , 49000
Angers - France.
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE (Cryptog., Mycol.), TOME 3 (1982).
Source : MNHN. Paris
362 J.M. OLIVIER & Y. LESPINASSE
The objective of the breeding program is to obtain a durable resistance because the
perennity of the host. 5 races of the scab fungus have been described till today, which
facilitates a genetic study of the virulence. The breeding work using the Vm gene has been
delayed after the observation in France of the race 5, overcoming this gene. Vm and race 5
Are now used as a model for studying the behaviour of a virulent strain in competition
with a wild population. Under greenhouse conditions, the virulent pathotype expresses a
low relative fitness. These results permit to discuss VAN DER PLANK's concept of stabilizing
selection.
À special design of high density orchards, planted in 3 areas in France, is used to follow
the evolution of parasitic populations on the different pathodemes. Races 2 and 5 have
been observed after 3 years in such an orchard, The quantitative aspects of polygenic
resistances are also studied during both phases of the fungal cycle, parasitic and saprophytic.
From the results, it is possible to discuss the value of different strategies for the use
of resistance systems in perennial cultures. These strategies are built up with a view of a
true integrated control of diseases and pests in apple orchards.
INTRODUCTION
Le pommier cultivé (Malus pumila Mill.) comporte un nombre considérable
de variétés, environ 6000. Malgré ce chiffre impressionnant, la majeure partie
de la production de pommes ne provient que d’un nombre restreint de variétés,
environ une quinzaine. Notre marché se trouve aujourd'hui dans une conjonc-
ture difficile du fait essentiellement de la surproduction de «Golden delicious».
Cette situation doit évoluer progressivement grâce à la rénovation variétale
de notre verger. C’est dire l'importance des travaux engagés à Angers, mais la
création de nouvelles variétés de pommier représente un travail long et coûteux,
du fait de la complexité de la plante (espèce hétérozygote à longue période
juvénile) et de l'espace nécessaire à son étude. Le délai entre la conception
d’un programme d'amélioration et l'obtention de nouvelles variétés est de
l'ordre de 15 à 20 ans; cela rend particuliérement important le choix des ob-
jectifs de sélection. La priorité retenue est la résistance aux principaux parasites
et arthropodes nuisibles, essentiellement la résistance à la tavelure, à l'oidium,
au feu bactérien et au puceron cendré (LESPINASSE, MILAIRE et DECOUR-
TYE, 1976). Dans cet article, nous nous limiterons aux travaux engagés pour
la résistance à la tavelure.
I. — LE PROGRAMME DE CREATION DE NOUVELLES VARIETES DE
POMMIER RÉSISTANTES A LA TAVELURE (Venturia inaequalis (Cke.) Wint.)
a) Sources de résistance
Les pommiers aujourd’hui cultivés sont tous sensibles à la tavelure. Il
existe toutefois quelques vieilles variétés, disparues des vergers de production,
qui présentent une très faible sensibilité. Ce caractère de faible sensibilité est
Source : MNHN, Paris
RESISTANCE DU POMMIER A VENTURIA INAEQUALIS 363
dans tous les cas, sous contrôle polygénique et donc difficile d'emploi pour le
sélectionneur. C'est la résistance conférée par des espèces sauvages qui a ouvert
des perspectives prometteuses pour un Programme d’amélioration génétique.
HOUGH (1944) met en évidence la résistance de certains semis du clone 821
de Malus floribunda. Cette résistance est sous la dépendance d'un gène majeur
dominant, Vf. HOUGH et SHAY prospectèrent alors parmi l'ensemble du
genre Malus pour faire l'inventaire des sources de résistance possibles. En 1947
ils avaient sélectionné au sein d’une collection vingt clones portant une Loe
tance à hérédité simple, dominante. D’autres sources de résistance, à hérédité
polygenique, ont été rassemblées, Ainsi,
1 nit genes de nombreuses espéces et variétés
sont à la disposition du sélectionneur (tableau 1)
HEREDITE SIMPLE (résistance dominante) HEREDITE POLYGENIQUE
M. floribunda (821) gène V£ | M. baccata (certainssemis)
M. atrosanguinea (804), type 3
M. micromalus (245.38), type 3 M. sargenti (843)
M. prunifolia (19 651)
M. prunifolia microcarpa (782.26) M. sieboldii (2982.22)
M. prunifolia xanthocarpa (691.25)
M. species (M.A. 4) M. toringo (852)
M. species (M.A. 8)
M. species (M.A. 16) M. zumi calocarpa
M. species (M.A. 1255)
Hansen's baccata n°1 Antonovka
Antonovka selection P.I. 172 612 gène Va | Vieilles variétés européennes
Hansen's baccata n°2 gene Vb
M. baccata jackii gène Vbj
M. punila R 127 40.7 A gène Vr
Tab. 1.— Espèces et variétés de pommier utilisées comme géniteurs de résistance.
Pour les espèces dont la résistance est à hérédité simple, des tests d’allelisme
ont permis d'identifier 5 gènes indépendants, Va, Vb, Vbj, V£ et Vr. Un sixième
gène Vm issu de Malus micromalus, non répertorié dans le tableau 1, a été
contourné par la race 5. Ce sont les gènes V£ et Vr qui sont les plus utilisés
dans les programmes d’hybridation.
Le schéma commun des hybridations consiste en une succession de croise-
ments en retour entre le géniteur de résistance qui apporte un fruit petit et de
Source : MNHN. Paris
364 JM. OLIVIER & Y. LESPINASSE
mauvaise qualité et des variétés commerciales utilisées comme parents récurrents,
Généralement, on change de variété récurrente pour des raisons de vigueur ou
de compatibilité de fécondation (voir tableau 2).
"Golden Delicious"
we 9433-2-2 "Rome Beauty"
612-1 F) 26829-2-2
Mom “Starking, Simpson! s'' 9433-2-8 M. floribunda
"Querini Siant Li eni Rd
im Giant Limb
"Jonathan"
RC 4* RC 3 RC 2 RC 1 FI
* RC y - y est le nombre de rétro-croisements (RC) effectués aprés la Fl.
Tab. 2. — Généalogie de la variété «Querina» (R) (Florina).
Les pépins hybrides obtenus sont semés en serre; la résistance est évaluée
en contaminant les très jeunes feuilles des plants issus de semis. La contami-
nation est effectuée par la pulvérisation d'une suspension de conidies suivie
d'une incubation en milieu très humide à une température voisine de 18°C.
Une échelle de notation a été définie en fonction des différents symptômes
foliaires consécutifs à l'infection (LESPINASSE et OLIVIER, 1981). Les semis
ainsi sélectionnés et porteurs d’une résistance à hérédité simple Vf conservent
leur résistance en verger : il existe une très bonne corrélation entre le stade
plantule et le stade adulte.
A la station INRA d'Angers, nous utilisons principalement dans nos pro-
grammes de sélection le géne Vf, et dans une moindre mesure, les génes Vr et
Va. En outre, nous nous intéressons particuliérement aux résistances à con-
tróle polygénique. Ces résistances se rencontrent chez des variétés de l'espéce
cultivée; elles présentent donc des fruits d'un calibre commercial et d'une qualité
convenables. C'est donc un avantage considérable par rapport aux espéces
sauvages ci-dessus mentionnées. D'autre part ces résistances, théoriquement
non spécifiques, devraient étre une meilleure garantie vis-à-vis de l'apparition
de virulence chez le champignon parasite. Enfin, nous voulons associer dans
un méme génotype résistance à contróle polygénique et résistance à contróle
monogénique. Plusieurs variétés reconnues peu sensibles en collection ont fait
l'objet d'études et de tests de descendances. Deux d'entre elles ont été retenues :
«Antonovka» et «Rouchetaude» ainsi que certains de leurs descendants. Avant
d'associer dans un méme génotype ces deux types de résistance, il est très
important de bien connaître le comportement de chacune et de comparer leur
intérét.
Source : MNHN, Paris
RESISTANCE DU POMMIER A VENTURIA INAEQUALIS 365
b) Resultats
Une première série de croisements effectués au début des a
à la sélection de la variété «Quérina» (tableau 2).
Sous nos conditions pédo-climatiques, «Quérina» est la meilleure variété
résistante à la tavelure de toutes celles aujourd'hui connues (voir tableau 3)
De maturité tardive, de bonne qualité gustative, et d'assez bonne cones ice
«Quérina» correspond à l'une des demandes de la profesioni: ane sacii Ai
maturité après «Golden delicious» et s'en différenciant nettement (coloration
rouge de l'épiderme). «Priam» est une a
nnées 60 a conduit
co-obtention franco-américaine; de maturité avant «Golden delicious) et de
conservation moyenne, «Priam»
échelle mais donne satisfaction au
où la coloration est maximum (le Limousin Par exemple).
U.S.A. CANADA FRANCE ANGLETERRE
Prima VE- 1970" (Mae Free VE-1974 | ram VE 1974 Gavia VE-4977
Priscilla V£-1972 Nova Easygro Vr-1975 Querina Vf - 1977
Sir Prize Vf-1975 Nova mac Vf - 1978
Liberty Vf - 1978
Jonafree Vf - 1979
Redfree Vf - 1981
Tab. 3. — Douze variétés résistantes à la t avelure (contróle monogénique).
Il est remarquable de souligner que onze des douze variétés nommées (tab.
3) sont résistantes par le même mécanisme génétique (gène Vf). Seule la variété
«Nova Easygro» est résistante par un gène indépendant, le gène Vr. La malti,
plication d'un ensemble de variétés portant la même résistance (pathodéme
Vf) est une situation préoccupante et justifie la diversification des sources de
résistance.
c) Les races du champignon parasite (Venturia inaequalis)
Lors des premiers travaux réalisés par les pathologistes américains, aucune
différence de pouvoir pathogène n'était considérée au sein de la population
de tavelure. Lorsque quelques années plus tard, certains des 20 clones préala-
blement reconnus résistants se sont avérés sensibles, les souches virulentes
ont été isolées et étudiées. Quatre races ont été ainsi définies par leur virulence
spécifique (tableau 4). La race 1 appelée aussi la race commune représente un
ensemble hétérogène de souches défini dans ce tableau par l'incapacité à atta-
quer les hótes différentiels des autres races. La race 5 est apparue simultanément
À Angers et à l'institut John Innes en Angleterre en 1968. Elle fait aujourd'hui
Source : MNHN, Paris
366 J-M. OLIVIER & Y. LESPINASSE
l'objet d’une étude particulière pour apprécier l'importance d’une virulence
nouvelle.
poro | eweva [R 12 740-7A [R 12 740-7A|m . micro- |M. atrosan-
(M. baccata)(M.p.nied- |(M. punila) malus | guinea 804
(it type)| (pit type)
Vo,
: NE: SE
s mo CRE TRE
Dc T
i
: la sensibilité ne s'observe que si on replace les arbres en atmosphère
humide pendant 24 heures après 14 jours d'incubation.
Tab. 4. — Relations pathodémes-pathotypes.
II. — RECHERCHES SUR LA STABILITE ET L’EXPRESSION
DES RESISTANCES A CONTROLE MONO ET POLYGENIQUES
a) Principe des parcelles d’étude
L'exemple de la race 5 montre la nécessité d'une anticipation sur les contour-
nements des génes de résistance. Il est important de savoir s'il s'agit d'une
éventualité fréquente, donnant naissance à des souches plus ou moins compé-
titives. Pour réaliser cette anticipation sans recours à la mutagenése, trois condi-
tions peuvent étre posées en préambule :
- une densité élevée d'hótes différentiels représentant une pression de sélec-
tion plus forte que l'arbre isolé dans une parcelle d'étude de descendance;
- une pression du parasite importante ou au moins régulière, ce qui implique
le recours à des dispositifs comme la haute densité d’arbres sensibles, la brumi-
sation, une taille laissant une végétation dense ...
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE DU POMMIER A VENTURIA INAEQUALIS 367
-une diversité dans les populations dı
u parasite nécessitant une implantation
dans différentes zones où sévit la maladie
Dans notre programme, nous avons conçu des unités dites «vergers-pièges»,
plantations à haute densité (blocs de 16 arbres en double rang, chaque bloc
comportant un hybride défini par son système génétique de résistance — patho-
dème). Les blocs sont séparés par des rangs de «Golden delicious», sensibles
à la maladie et non traités (OLIVIER et LESPINASSE, 1981).
De telles unités sont implantées dans les 3 grandes zones de production de
pommes : Val de Loire (INRA Angers), Vallée du Rhône (INRA Gotheron)
Vallée de la Garonne (INRA Toulenne). Trois sous-unités constituent le verger
piège d'Angers, l'une d’entre elles étant dotée d'un système de brumisation
permettant de tempérer l’action néfaste des périodes sèches. A côté d'hybrides
résistants (mécanismes mono ou polygéniques), les hôtes différentiels
définies par WILLIAMS et al. (1969) (et dans le tableau 4)
ces parcelles.
des races
sont implantés dans
Les objectifs poursuivis sont les suivants :
- Vérifier la stabilité des résistances à contrôle monogénique actuellement
employées dans les programmes de création de variétés.
- Explorer Vhétérogénéité des populations parasitaires dans les 3 régions
d’implantation.
~ Mettre en évidence d'éventuelles races non détectées en France.
; Comparer la phénologie des différents hybrides dans des conditions patho-
logiques identiques.
- Mesurer l'expression de la maladie dans le cas de systèmes de résistance
partielle (polygénique),
7 Observer d'éventuelles modifications de l'incidence d'
autres parasites en
absence de traitements anti-tavelure.
Les résultats actuellement disponibles ont été collectés dans les parcelles
les plus âgées (Angers) qui ont connu en 1981, une situation épidémique parti-
culièrement grave avec multiplication continue du parasite de mars à novembre
(au 25 septembre, 100% de feuilles et 75% de fruits malades sur «Golden
delicious»). Ces résultats sont les suivants :
- Absence de tout contournement sur les hybrides portant Vf.
- Manifestation de la race 5 (cf. ci-dessous) et de la race 2 (nouvelle en France).
; Mesures des différences phénologiques et pathologiques entre hybrides
à résistance polygénique (cf. ci-dessous).
Compte-tenu des niveaux épidémiques enregistrés en 1981, on constate que
la structure du verger-piège assure plus une régularité de la pression parasitaire
qu'un véritable «forcage» du champignon. Les conditions sont donc intermé-
diaires entre celles, très sévères, des tests en serre et celles trop hétérogènes
des vergers de type commercial.
Source : MNHN. Paris
368 JM. OLIVIER & Y. LESPINASSE
b) Le contournement du gene Vm
Le développement d'une race virulente, capable de contourner le mécanisme
de résistance porté par un hybride, est une éventualité qui se concrétise parfois
(MESSIAEN, 1981). Dans le cas du pommier, le gène Vm a été contourné en
France, dès 1968, au cours du programme de sélection réalisé par DECOURTYE.
Une telle situation réduit pratiquement à zéro les efforts du sélectionneur;
ceci peut se produire particulièrement en fin de programme ou après h diffusion
commerciale des variétés, c’est-à-dire lorsque des superficies moyennes ou
importantes se trouvent plantées avec le pathodème censé résister à la maladie.
Il est donc important de comprendre les mécanismes conduisant à un tel phéno-
méne et, si possible, de prévoir le comportement des souches dotées de la viru-
lence «nouvelle». Sur ce point le concept de «sélection stabilisatrice» émis par
VAN DER PLANK (1968) constitue un guide pour de nombreuses recherches.
Dans le cas du couple pommier-tavelure, la simulation de compétitions entre
souches (ou entre populations) est possible sur jeunes plantes issues de semis.
Il s'agit de suivre l'évolution quantitative et qualitative d'un mélange d'isolats
au cours de générations conidiennes successives. Cette approche a été largement
développée dans la thèse de MARTIN (1982). Nous ne rapportons ici que des
observations différentes, relatives à la race 5. La figure 1 concrétise la disparition
de deux isolats de race 5, l'un d'origine ancienne (1969) conservé au laboratoire
(51), l'autre isolé récemment aux U.S.A. (52). Les confrontations avec une
LOGIT (% X)
NIVEAU 50 %
GENERATIONS
= — NIVEAU 5 %
E e Qo
Too)
Fig. 1.— Disparition de la race 5(,) dans un mélange race 1 + race 5 au cours de généra-
tions conidiennes successives (nidlange initial : 30 % race 1, 50 % race 5).
2 souches race 1 : 1() et 1 (2); 2 souches race 5 : 5.1) et 5 (2).
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE DU POMMIER A VENTURIA INAEQUALIS 369
souche de la race 1, marquée par une résistance au bénomyl, conduisent à une
régression rapide de l'effectif de la race 5; en une génération, la race 5 ne repré-
sente plus que 5 % du mélange (initialement 50 %). Au cours des 6 générations
suivantes, on observe cependant la persistance d'un faible effectif de race 5
(<1%).
Une telle régression va tout à fait dans le sens d’une sélection stabilisatrice
associée à un gène «fort» au sens de VAN DER PLANK puisque le fait de
contourner une résistance s'accompagne d'une faible aptitude à la compétition.
Des observations en vergers peuvent appuyer cette présomption; en 1981, à
partir d’une seule tache de tavelure sur l'hôte Vm, la dissémination a été très
faible malgré des conditions climatiques très favorables (quelques 30 taches
en 5 mois dans un volume de 70 cm de rayon autour de
la tache initiale, sans
passage sur les arbres voisins ayant le méme génotype)
Il faut cependant discuter ces points à partir des observations suivantes :
la race 5 est apparue en France en 1968. Aprés 2 ou 3 ans, les hótes susceptibles
de Vhéberger ont été arrachés. Or 12 ans après, à l'occasion d'une épidémie
de forte intensité, la race 5 se manifeste à nouveau sur des hótes différentiels
plantés depuis 3 ans.
La premiére hypothése d'un tel maintien serait que la virulence «race 5»
est une variation relativement fréquente dans la population du parasite. La
seconde serait que la race 5 bien que peu compétitive peut se maintenir au sein de
la population du parasite méme en absence de l'hôte différentiel (voir faibles 7;
aprés plusieurs générations de compétitions en serre).
Ces réflexions mettent en cause la valeur pratique de la sélection stabilisa-
trice dans le cas de la race 5. De plus, il faut considérer le passage obligatoire
(en France) de la tavelure par une phase sexuée hivernale. Si des colonies de la
race 5 peuvent se maintenir et se croiser avec des souches complémentaires
de la race 1, on peut s'attendre à observer en un seul hiver une population de
souches «race 5» issues de ces croisements et possédant des compétitivités
variables.
Il existera alors au moins quelques descendants (race 5) plus compétitifs
que le parent (race 5), ceci grace à l'hérédité conférée par l'autre parent (race 1).
La faible aptitude à la dissémination observée avec la race 5 contrebalance
quelque peu ces réflexions pessimistes puisqu'elle limite la probabilité de ren-
contre d'une telle virulence avec un thalle complémentaire de la race 1. Cette
observation plaide plutét en faveur de la 1ère hypothèse développée ci-dessus.
Pour juger de la valeur pratique de la sélection stabilisatrice, il ne faut donc
pas considérer les seules qualités des souches mais aussi les conditions de l'épi-
démie.
Le seul recours à la sélection naturelle pour limiter le développement d'une
nouvelle virulence ne semble pas sans risque; par contre, les caractéristiques
peu «dynamiques» des souches race 5 actuellement étudiées laissent prévoir
quelques succès pour une stratégie intégrée permettant quelques applications
fongicides en cas de périodes trop favorables à la maladie.
Source : MNHN. Paris
370 J-M. OLIVIER & Y. LESPINASSE
c) Étude des systèmes polygéniques de résistance à la tavelure
Plusieurs hybrides portant une résistance à contrôle polygénique ont mani-
festé des symptômes de maladie dans les conditions sévères de 1981. D'autres
sont restés indemnes dans la même situation. Les tableaux 5 à 10 donnent
quelques exemples numériques issus des observations sur les hôtes suivants :
- «Golden delicious», référence sensible
- X 3082 = «Richared delicious» x «Reinette de Landsberg»
- P 20R 1:57 O Malus hupehensis x «Jonathan» (4x)
- TNA 48-9 — «Rouchetaude» x «Melrose»
- P7R4A4 — Fécondation libre de Z 185 («Golden delicious» x «Anto-
novka» 34-16).
Sur ces différents hótes, on note les éléments suivants :
— Des différences de phénologie (tab. 5) :
Deux types principaux de comportement sont observés :
+ sans croissance estivale (Golden, P29 R157)
+ avec croissance estivale (3082, P7R4A4, TNA 48-9), impliquant la pro-
duction de jeunes feuilles pendant plus de 6 mois.
Juin Août A
Golden delicious 15,3 15,9% (17,9) + 0,6
x 3082 20,8 30,3 * 9,5
PR A 19,4 29,8 +10,4
Po Ry 57 17,4 20,4 +3,0
TAa 9 20,6 30,4 +9,8
X Chute d'été
Tab. 5. — Étude phénologique des hybrides. Nombre de feuilles par pousse en juin et aoüt.
- Des différences de sensil
ité à la tavelure
- Selon la saison (tab. 6) le classement des hybrides établi fin juin est modifié
en fin d'été. L’hybride P20R1 57 est relativement plus attaqué à cette période.
1 Feuilles tavelées
Pathodèmes
Juin Août A
Golden delicious 37,5 83,0 + 45,5
X 3082 13,9 20,8 + 6,9
P, Ry Ay 4,1 7,4 ASS
Pep Ry oh 2,3 27,9 + 25,6
TNus-o o o
Tab. 6.-- Sensibilité des hybrides à la maladie. Pourcentage de feuilles malades.
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE DU POMMIER A VENTURIA INAEQUALIS 371
août
Uésions/feuilie Lésions/feuille [Localisation des 1ésion]
Pathodènes (total) tavelée 1 face inférieure
Juin ‘ode Juin | aoû Juin p
Golden delicious 2,70 12,1 269) haee 40,6 a,
x 5082 0,83 0,57 3,1 2,1 a1 72,1
P Ry Ay ox 0,7 1,28 18 o 22,
Pay R 57 0,02 0,92 1 33 o 6,4
go o o o o o o
Tab. 7. — Nombre de lésions par feuille
le malade et localisation de ces lésions (% lésions
sur la face inférieure des feuilles).
— Peu de différences dans les surfaces des lésions (tab. 8)
Si on calcule la moyenne sur toutes les lésions, les écarts sont faibles. En
fait une telle moyenne ne reflète pas des différences de nature qualitative comme
la tendance à une nécrose rapide sur P7R4A4 et P20R1 57.
Surface des lésions?) Spores/cn lésions
Pathodèmes
Juin Aout Juin Aout
Golden delicious 0,446 0,107 | 6,9.108 11,0.10
X3082 0,341 omi | 3,6.108 5,8.10°
PL Ry Ay 0,125 0,06% | 3,7.108 2,8.10
Pop Ry 57 0,150 0,049 | 8,510 5,7.10*
LM o o o o
X lésions jeunes, nécrotiques, pas ou peu sporulantes.
Tab. 8. — Surface des lésions et sporulation sur différents hybrides.
— Peu de différences dans le nombre de spores/cm? (tab. 9)
La mesure du nombre de spores portées par une lésion à une date donnée
est délicate à interpréter. Les nombreuses périodes favorables à a contamina,
tion font qu'on s'adresse à une «population» de taches d'âge très variable.
Source : MNHN, Paris
372 J.M. OLIVIER & Y. LESPINASSE
Il n'en demeure pas moins vrai que les différences entre hybrides sont faibles,
comparées à celles enregistrées avec le nombre de lésions.
Indice de sporulation (Nb de spores/10 pousses)
Pathodènes
a Juin Août
Golden delicious 1,3.10°
x 30 82 s ao
os
Py Ry Ay 2 10
7 5 à
Pop Ry 57 1,510 s 10
gs o o
Tab.9.— Indice de sporulation (nombre de conidies pour 10 rameaux).
Parmi les paramètres mesurés, certains révèlent donc la présence ou l'absence
de différences entre les hybrides étudiés. Pour synthétiser ces données, on utilise
un indice de sporulation qui représente le pouvoir infectieux des lésions portées
par chaque hybride. (Calcul du nombre moyen de spores portées par 10 pousses
à bois réparties sur 10 arbres, tab. 9). La comparaison avec «Golden delicious»
est faussée en août par une chute importante de feuilles (indice corrigé selon
les données de juin, > 5.107). On note une grande hétérogénéité des indices
selon les hybrides; nul pour TNA 48-9, il évolue peu en été pour P7R4A4 et
X 3082 alors qu'il s'accroît fortement pour P20R1 57.
Enfin le nombre d'ascospores produites aprés l'hiver (en mars 1982) dans
les feuilles de chaque hybride (tab. 10) montre que la capacité de transmission
de la maladie d'une année sur l'autre est pratiquement nulle pour plusieurs
hybrides bien qu'ils aient portés des lésions en cours de végétation.
MOS Nb d'ascospores libérés/cm?*
(mars 1982)
Golden delicious 2100
X 3082 200
P7R4A4 0
P20R1 57 =i
TNA 48.9 0
QUERINA 0
PRIMA 0
* mesuré à partir d'une surface foliaire de 100 cm?.
Tab. 10.— Mesure du nombre d'ascospores libérées par les feuilles malades des différents
hybrides. (aprés un hiver passé en conditions naturelles)
En somme, cette étude des hybrides à résistance polygénique réalisée dans
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE DU POMMIER À VENTURIA INAEQUALIS 373
le verger «piège» dans des conditions d'épidémie sévère met en évidence des
différences de comportement vis-à-vis de la mal.
de X 3082, les hybrides ont été peu ou pas
pas transmis d'inoculum viable pour l'année suivante. II sera intéressant de
comparer ces données avec les éléments enregistrés en 1982, année au contraire
peu favorable à la tavelure de printemps. Le verger «piège» est donc un outil
intéressant pour l'étude quantitative des hybrides à résistance partielle. Diffé-
rentes variantes à partir du schéma de base sont conçus pour d’autres types
d'expérience; relation entre dissémination de la maladie et mélange d’hybrides,
mise en œuvre concrète de stratégies raisonnées pour l'emploi des hybrides.
adie. On note qu'à l'exception
ttaqués et n’ont pratiquement
III. — LES STRATEGIES
L'utilisation des variétés résistantes à une maladie est limitée, chez le pom-
mier, par quelques paramètres liés :
- aux conditions d'une culture pérenne; investissement initial lourd tant
pour la recherche que la production commerciale, inertie au changement …
- aux problèmes épidémiques, pérennité des pressions de sélection, archi.
tecture des arbres, grande étendue des vergers pour un nombre faible de variétés,
concentration géographique …
Il est donc nécessaire, par des stratégies judicieuses, d'éviter ou au moins
de limiter l'érosion des résistances introduites dans une variété commerciali-
sable aprés un travail long et difficile.
Dans le cas du pommier, la situation la plus «simple» est celle de Vf, un
gène (supposé fort puisque non contourné depuis plus de 30 ans) est présent
dans une variété de bonne qualité agronomique. De même on peut concevoir
qu'un hybride à résistance polygénique totale, comme TNA 48-9, puisse être
diffusé, dans la mesure où ses qualités gustatives et agronomiques le permet-
traient. Dans ces deux exemples on utilise donc un seul système de résistance
plus ou moins vulnérable.
Pour accroître la «durabilité» au champ de la résistance, en particulier pour
celle à effet partiel ou celle conférée par des gènes moins forts que VE, différents
moyens sont étudiés sur la base d'une double sécurité.
La premiére voie consiste à associer plusieurs mécanismes de résistance à
la maladie au sein d'une méme variété. LESPINASSE et al. (1979) proposent
une approche originale associant au géne Vf une résistance à contxóle polygé-
nique.
Une seconde voie tente de conserver à l'hybride commercialisé une certaine
plus value, malgré un éventuel contournement d'une résistance à un parasite
l'application actuelle de ce principe réside dans l'association de plusieurs résis-
tances à différents ennemis du pommier. L’hybride P20R1 57 porte une triple
résistance tavelure-oidium-puceron cendré. Une double résistance tavelure-feu
Source : MNHN. Paris
374 J.M. OLIVIER & Y. LESPINASSE
bactérien est également en cours d'étude.
Enfin la recherche d'une plus grande sécurité améne à concevoir des stratégies
associant à la résistance génétique d'autres moyens de réduire la pression para-
sitaire, par exemple : techniques culturales et traitements chimiques (OLIVIER
et MARTIN, 1982). Cette voie de travail se place dans la conception générale
de la lutte intégrée, à laquelle l'apport d'hybrides non ou peu traités contre
un ou plusieurs ennemis principaux constitue une contribution importante.
Actuellement, plusieurs solutions sont expérimentées :
- sur une variété portant un systéme unique de résistance (ex. : Vf), on cher-
che à bloquer le parasite au niveau du passage obligé représenté par la phase
hivernale (apport spécifique d’un agent chimique en automne, si nécessaire).
- sur une variété présentant une résistance partielle, on peut réduire linci-
dence de la tavelure si le climat de l’année est trop favorable à la maladie; des
applications limitées de fongicides sont alors utilisées judicieusement grâce à
des indicateurs de risque (OLIVIER et al., 1982).
Enfin, avec ce dernier type de variété, on peut valoriser la trés faible sensi-
bilité à la maladie en privilégiant leur plantation dans des zones climatiques
connues pour être défavorables à la tavelure.
Différentes voies existent donc pour développer l'emploi des variétés de
pommier résistantes à la tavelure, tout en préservant un niveau minimum de
sécurité exigé par l'arboriculteur avant d'investir pour 20 ou 30 ans dans une
nouvelle plantation.
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Source : MNHN, Paris
Source : MNHN. Paris
377
AMÉLIORATION DE LA RÉSISTANCE AUX VIRUS
CHEZ LA POMME DE TERRE
par P. PERENNEC*
RÉSUMÉ. — La production de plants sains dans les zones favorables demeure aujourd’hui
la seule méthode efficace pour lutter contre les maladies à virus de la Pomme de terre et
limiter leur extension. L'amélioration de la résistance variétale peut permettre de réduire
les fortes contraintes matérielles d'une telle production.
Il existe chez la Pomme de terre cultivée et les nombreuses espéces tubériféres qui lui
sont apparentées trois formes de résistance aux viroses : l'hypersensibilité, la résistance
extrême et la résistance à l'infection.
La résistance extrême se distingue de l'hypersensibilité par une absence de réaction
tissulaire visible à la suite d'une inoculation virale par voie mécanique, où par greffage et
une moindre spécificité à l'égard des pathotypes. La résistance à l'infection exprime le
degré de réceptivité d'une variété à une contamination virale. Elle se traduit si on cultive
des variétés dans un milieu où les contaminations sont importantes, par un pourcentage
plus ou moins élevé de plantes virosées dans les descendances clonales successives de chacune
des variétés à l'étude : quelques unités pour cent pour les plus résistantes à 100 % pour
les très sensibles.
Ces formes de résistance ont été utilisées dans l'amélioration de la Pomme de terre avec
plus ou moins de succès, selon les virus et les sources de résistance disponibles. Des résis-
tances extrêmes au virus X à partir de S. acaule et S. andigenum et aux virus Y et A à partir
de S. stoloniferum ont été introduites dans des variétés cultivées. Malgré certaines diffi-
cultés de sélection, des progrès notables ont été obtenus dans l'amélioration de la résistance
à l'infection aux virus Y et de l'enroulement.
SUMMARY. — Healthy seed tuber production in areas with favourable climatic conditions
is, today, the best method to control and prevent the spreading of potato virus diseases.
Breeding varieties with an improved resistance to viruses would make easier the seed pro-
duction scheme.
Three types of resistance can be distinguished in the potato and its numerous related
tuber bearing species Solanum : hypersensitivity, extreme resistance or immunity and
infection resistance.
* INRA - Station d’Amélioration de la Pomme de terre et des Plantes à bulbes, B.P. 5,
29207 Landerneau.
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE (Cryptog., Mycol.), TOME 3 (1982).
Source : MNHN. Paris
378 P. PERRENNEC
Extreme resistance differs from hypersensitivity by the absence of necrotic tissue reac-
tion after grafting or mechanical transmission of the virus and by a less specificity to the
pathotyps.
Infection resistance expresses the degree of receptivity of a variety against infection
in the field. When healthy tubers of different varieties are planted in areas with a high
level of contamination, the proportion of infected hills in the tuber progeny is more or
less important : a small percentage for the most resistant to 100 % for the most susceptible
ones.
These three types of resistance have already been used in breeding, with more or less
success, depending upon the virus and the available sources of resistance. Extreme resistance
to potato virus X from S. acaule and S. andigenum, as well as to potato viruses Y and A
from S. stoloniferum has been introduced in new commercial varieties.
Breeding for infection resistance to potato viruses Y and leafroll has brought noteworthy
improvement, in spite of difficulties in testing this character.
INTRODUCTION
Les maladies à virus sont extrémement dommageables aux cultures de pommes
de terre. Selon REESTMAN (1970), les symptómes graves provoqués par les
virus Y, A et de l'enroulement, entrainent en moyenne une réduction de rende-
ment de l'ordre de 50 %. Celle-ci peut d'ailleurs être notablement plus forte
chez les variétés sensibles.
Il n'existe pas de méthodes de lutte directe, préventives ou curatives, contre
les viroses qui soient applicables dans la pratique courante. Le seul moyen de
les combattre et de limiter leur extension, est de produire un matériel sain et
de le multiplier pendant cinq à dix années dans des régions dites favorables
(c'est-à-dire défavorables à la pullulation des pucerons agents vecteurs des
principaux virus de la pomme de terre) pour obtenir des plants qui seront
utilisés pour l'emblavement des cultures de pommes de terre.
Cette production de plants, qui fait appel à des techniques de laboratoire
assez élaborées pour la détection des viroses, est très exigeante en main d'œuvre
et en personnel de surveillance. Elle est donc coûteuse et souvent aléatoire,
car des accidents sanitaires sont toujours à craindre en particulier à la suite
de conditions climatiques exceptionnelles. Les accidents sont d'autant plus
fréquents que la région de production a une situation plus continentale, mais
ils peuvent aussi se manifester dans les zones maritimes au climat plus favorable.
Ainsi en France, en 1970 et surtout en 1976, la propagation des viroses a été
assez importante pour compromettre pendant plusieurs années la production
de plants de qualité de certaines de nos meilleures variétés de pommes de terre.
L’amélioration de la résistance aux virus de nos variétés cultivées doit per-
mettre de réduire les fortes contraintes et le coût d’une telle production en
ouvrant la possibilité d'obtenir des plants de bonne valeur sanitaire dans des
zones considérées aujourd'hui comme peu favorables, en allégeant les travaux
d'épuration et d'inspection dans les cultures de plants, en limitant les risques
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE AUX VIRUS CHEZ LA POMME DE TERRE 379
d'accidents sanitaires et en diminuant les beso
nouvellement moins fréquent de ceux-ci en culi
des travaux réalisés dans les stations de séleci
en particulier dans les pays européens les plus c
l'Allemagne et la Pologne oà les possibilités
sont limitées.
ins annuels en plants par un re-
ture, Ceci explique l'importance
tion pour atteindre cet objectif,
ontinentaux, comme par exemple
d'une bonne sélection sanitaire
I. — LES FORMES DE RÉSISTANCE
Il existe chez la pomme de terre cultivée
tubérifères qui lui sont apparentées, plusieurs fo
virus susceptibles de la contaminer.
Dans l'hypersensibilité, le virus peut pénétrer dans la plante et se multiplier
pendant un certain temps, mais trés tót les cellules-hótes se nécrosent et la
multiplication du virus s'arréte. Sur les feuilles contaminées mécaniquement
par frottement, il se forme des taches nécrotiques autour desquelles le virus
reste localisé pendant un certain temps. Le Breffage d'une plante sensible por-
teuse du virus sur une plante hypersensible entraine chez cette derniére la né
crose du sommet végétatif, et dans certains cas une nécrose généralisée suivie
de la mort prématurée de la plante. Sous les conditions naturelles de contami-
mation, les variétés hypersensibles ne sont jamais contaminées par le virus,
l'hypersensibilité leur conférant ainsi une «immunité pratique» au champ!
Ce caractère est sous le contrôle d'un petit nombre de gènes dominants, chaque
gène étant efficace contre seulement certains pathotypes du virus.
et chez les nombreuses espèces
rmes de résistance aux différents
La «résistance extrême» désignée parfois par «immunitó» se distingue de
l'hypersensibilité par l'absence de toute réaction tissulaire quand le virus est
inoculé aux plantes par voie mécanique ou par greffage et dans ces conditions
il est rarement possible, du moins avec les méthodes habituelles de détection,
de mettre en évidence la présence du virus dans les divers organes de la plante
(feuillage, tubercules, racines). Cependant, le virus peut pénétrer dans la plante
et y circuler. Ainsi si on greffe sur une plante porteuse du virus X, une plante à
résistance extrême et sur cette dernière une plante sensible, le greffon terminal
manifeste au bout de quelque temps des symptômes de virose (WETTER,
1961). 11 semble aussi, du moins si on se réfère aux expériences de DELHEY
(1974, 1975), qu'il puisse aussi se multiplier. Cet auteur a en effet montré
que chez des plantes extrêmement résistantes au virus X, à qui le virus est
inoculé par greffage, une petite multiplication virale peur intervenir dans certains
organes de la plante et sous certaines conditions de température. En particulier,
si les plantes sont cultivées à des températures basses inférieures à 20°, le virus
peut être décelé dans les feuilles. Dans les tubercules, le virus n'est pas déce-
lable à la récolte, mais il le devient après une conservation de plusieurs mois
à 5° et peut même migrer dans les germes. Cette multiplication virale s'accom-
pagne toujours, comme dans le cas de l'hypersensibilité, de la formation de
taches nécrotiques localisées.
Source MNHN. Paris
380 P. PERRENNEC
Le fait que l'expression de la résistance extrême, tout comme l’hypersensi-
bilite, peut être modifiée par la température, laisse supposer que nous ne sommes
pas en présence d'une véritable immunité, mais d’une forme d’hypersensibilité
où la répression de la multiplication virale intervient très tôt.
La résistance à l'infection ou degré de «réceptivité» caractérise les différences
variétales de comportement à l'égard d'une contamination naturelle par un
virus. Elle se traduit selon les variétés par un pourcentage plus ou moins élevé
de contaminations aprés une ou plusieurs années de culture dans un milieu
favorable à la transmission des virus : quelques unités pour cent pour les variétés
peu sensibles à 100 % pour les variétés trés sensibles. Ceci est illustré par les
résultats d'expériences qui sont réalisées annuellement à Landerneau pour tester
la résistance des nouvelles variétés aux virus Y et de l’enroulement. Des tuber-
cules sains de chaque variété à l'étude sont plantés chaque année au voisinage
d'infecteurs constitués par des plantes contaminées : 1 rang de plantes saines
alternant avec 1 rang de plantes virosées. A la récolte, 3 tubercules sont prélevés
par plante et sont plantés l'année suivante au champ ou en serre afin de déter-
miner leur taux de contamination. Les tableaux 1 et 2 donnent les taux de
contamination par le virus Y ou de l'enroulement observés dans la descendance
clonale de quelques variétés caractéristiques aprés 1 an de culture à Landerneau.
Tableau 1.— Pourcentage de contamination par le virus Y dans la descendance clonale de
variétés après un an de culture à Landerneau.
Année 1979 1980 1981
Variétés
Bintje ... ms 77 21
Climax ... 88 78 9
Ackersegen 34 37 21
Clivia. . . 0 1 0
Marita . . 0 0 0
Tableau 2. — Pourcentage de contamination par le virus de l'enroulement dans la descen-
dance clonale de variétés aprés un an de culture à Landerneau.
Année 1975 1976 1979 1980
Variétés
Bintje * 14 34 37 18
Sieglinde . . . 49 94 74 47
Schwalbe N 9 4 4 4
Pana ...... N 4 0 3 0
Les variétés Bintje et Climax sont trés sensibles à la contamination par le
virus Y, Clivia et Maritta sont peu sensibles. Il existe des différences du méme
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE AUX VIRUS CHEZ LA POMME DE TERRE 381
ordre en ce qui concerne le virus de l'enroulement :
Sieglinde est trés sensible,
Pana résistante.
Cette forme de résistance, moins parfaite que l'hypersensibilité ou la résis-
tance extréme, est intéressante car elle paraît être relativement stable à l'égard
des pathotypes des virus, du moins en ce qui concerne ceux précités. Elle pro-
cède d’un mécanisme très complexe et très mal connu. Divers facteurs peuvent
intervenir à différents niveaux pour déterminer une plus ou moins grande
réceptivité des variétés à une contamination virale (inappétence des pucerons,
quantité d'inoculum nécessaire à l'infection, vitesse de multiplication et de
diffusion du virus dans la plante-hóte, rapidité de migration vers les tubercules-
fils, etc.). Son hérédité est polygénique et sa sélection est difficile.
La dissémination de la majorité des virus chez la pomme de terre étant le
fait de pucerons, l'obtention de formes résistantes aux vecteurs pourrait aussi
constituer un moyen de limiter les contaminations virales.
ARENZ (1951) a montré que certaines variétés de pommes de terre se laissent
plus ou moins facilement coloniser par Myzus persicae, mais n'a pu toujours
établir de corrélation entre ce comportement et leur résistance aux virus, en
particulier pour le virus Y.
Des études sur le comportement à l'égard des pucerons de diverses espéces
tubériféres du genre Solanum ont été réalisées, surtout aux États-Unis (RAD-
CLIFFE et al., 1981) Elles ont mis en évidence des différences importantes
qui s'expliquent par des phénoménes d’antibiosis ou de caractères morpholo-
giques très particuliers, comme la présence de poils glanduleux collant aux pattes
des pucerons chez S. berthaulti et S. polytrichon (GIBSON, 1971, 1974).
Malheureusement, de tels caractères, étant donné leurs difficultés d'appréciation,
ne sont pas faciles à sélectionner.
Il. — LEUR UTILISATION DANS L'AMÉLIORA TION
Les formes de résistance décrites précédemment ont été utilisées avec plus
ou moins de succés, selon les virus et les sources de résistance disponibles chez
les diverses solanées tubérifères apparentées à la pomme de terre.
Ce sont l’hypersensibilité et la résistance extrême qui ont le plus souvent
retenu l'attention des sélectionneurs. Ces deux formes de résistance parfaites,
obéissant à la loi du tout ou rien, sont à hérédité simple et de sélection facile.
Le tri des clones résistants dans la descendance d'un croisement peut se faire
trés tót au stade semis. De jeunes plantules au stade 3 à 4 feuilles manifestent
des symptómes visibles 2 à 3 semaines aprés une inoculation mécanique.
Une hypersensibilité à l'égard de certains pathotypes du virus X a été mise
en évidence depuis déjà longtemps chez quelques variétés cultivées. Deux gènes
dominants, Ny, Np, confèrent chacun l’hypersensibilité à un groupe de patho-
types sur les quatre qu'il est possible de différencier avec ces 2 gènes (COCKER-
HAM, 1955). Il a été possible de les combiner sur une méme variété, comme
Source : MNHN, Paris
382 P. PERRENNEC
par exemple la variété anglaise Craig's Defiance. Mais la spécificité de ce carac-
tère à l'égard des pathotypes limite beaucoup l'intérêt d’une telle sélection.
Le problème se présente différemment en ce qui concerne le virus A. Un
gène d'hypersensibilité dominant N,, lié au gène N,, est présent chez de nom-
breuses variétés cultivées, dont certaines très anciennes comme Bintje, et qui
jusqu'ici ne semble pas avoir été surmonté par l'apparition de nouveaux patho-
types. Ceci explique l'importance donnée à ce caractère dans tout programme
d'amélioration et dans le jugement des nouvelles variétés. En France, 43 variétés
de pommes de terre sur la centaine inscrite au Catalogue des Espèces et Variétés
cultivées sont hypersensibles à A, ce qui leur confère une immunité pratique
au champ à ce virus.
La résistance extrême au virus X a été trouvée chez quelques clones de Sola-
num andigenum (COCKERHAM, 1958, 1970), espèce primitive cultivée dans
les Andes et chez S. acaule (ROSS, 1954). Son hérédité est monogénique domi-
nante (ROSS, 1954, COCKERHAM, 1958, 1970). Ces deux espèces ont été
introduites dans des programmes d'amélioration et de nombreuses variétés,
extrêmement résistantes à X, ont été obtenues et sont actuellement cultivées.
12 variétés possédant ce caractère figurent aujourd'hui au Catalogue Français.
Cette forme de résistance a pendant très longtemps été considérée comme
étant efficace contre l'ensemble des pathotypes du virus X. La découverte
récente (FRIBOURG, 1977) en Bolivie d’un nouveau pathotype de X, capable
de surmonter cette résistance extrême, pose à nouveau le problème de stabilité
de cette forme de résistance.
Certains clones de S. stoloniferum, espèce sauvage originaire du Mexique,
possèdent une résistance extrême au virus Y. Ce caractère est sous la dépendance
d'un gène dominant qui confère à la fois la résistance à Y et à A. Un important
travail est réalisé dans divers pays européens pour l'introduire dans le patrimoine
de nos variétés cultivées. Des variétés extrêmement résistantes ont été obtenues
et mises récemment en culture en Allemagne. En France, les travaux dans ce
domaine sont déjà très avancés.
La résistance à l'infection ou «degré de réceptivité» est connue depuis déjà
longtemps. Elle a été mise en évidence pour le virus Y chez quelques variétés
cultivées et chez de nombreuses espèces tubérifères sauvages du genre Solanum.
C'est actuellement la seule forme de résistance connue pour le virus de l'enrou-
lement et certains clones de S. acaule et S. demissum possédent ce caractére
à un fort degré.
Étant donné la nature polygénique de ce type de résistance, les schémas
de sélection pour maintenir ou élever son niveau, parfois insuffisant dans nos
variétés cultivées, sont nécessairement plus complexes. Le problème se com-
plique encore par la difficulté rencontrée dans la sélection de ce caractère.
Actuellement, on ne sait faire ce travail que par la mise en place d'essais au
champ, exigeant un grand nombre de plantes et la présence de plantes contami-
nées servant d'infecteurs. En raison de la grande variabilité du taux de pullu-
lation des pucerons selon les années et les régions, ces essais doivent nécessai-
rement étre répétés dans l'espace et le temps et en fonction du taux de conta-
Source : MNHN, Paris
RÉSISTANCE AUX VIRUS CHEZ LA POMME DE TERRE 383
mination par les viroses, les résultats ne sont pas toujours faciles à interpréter.
Tableau 3. — Pourcentage de contamination par le virus Y dans la descendance clonale de
variétés aprés un an de culture dans trois lieux différents (1981)
Lieux Landerneau Rennes Versailles
Variétés
EGON EETS 21 59 92
Ackersegen ........ 21 92 96
Don MN * 2 16 95
Clivia.. . Sor 0 18 92
Marita b o vertente 0 0 75
Pentland Crown ... 0 67 89
Ceci ressort des résultats d'essais de ce type réalisés dans trois lieux diffé-
rents : Landerneau, Rennes et Versailles (Tabl. 3). Si le taux de contamination
est élevé, comme cela est le cas à Versailles en 1981, les différences de sensibilité
entre variétés n'apparaissent plus. Il en est de même si ce taux est trop faible.
La meilleure discrimination est obtenue quand le taux de contamination n'est
ni trop faible ni trop fort, comme cela est le cas à Rennes.
Dans de telles conditions, il est compréhensible que les progrés à attendre
de la sélection pour ce caractére de résistance ont été et seront toujours trés
lents et peu spectaculaires. L'étude des mécanismes de cette résistance, non
seulement pour les connaître, mais aussi avec l'objectif de faire déboucher
cette connaissance sur des tests simples ou critères de sélection, serait d'un grand
secours pour permettre au sélectionneur de progresser plus rapidement.
CONCLUSION
L'amélioration de la résistance aux virus chez la pomme de terre est un
travail de longue haleine. Des progrès sensibles ont été obtenus et les perspectives
sont loin d’être épuisées. Les résultats les plus probants ont été obtenus dans
les pays européens les plus continentaux, là où le problème des virus se pose
avec le plus d’acuité. Aujourd'hui, leur assortiment varictal est nettement plus
résistant que celui des pays plus maritimes comme la France et les Pays-Bas.
Il est dommage que la qualité ne soit pas toujours en rapport avec le niveau
de résistance.
Il est certain que la seule amélioration de la résistance variétale ne pourra
jamais, à elle seule, résoudre le problème des maladies à virus chez la pomme
de terre dont le spectre est trés large. Mais elle peut, en combinaison avec d'au-
tres méthodes, contribuer trés fortement à limiter leur extension et à réduire
l'importance de leurs dégâts dans les cultures.
Source : MNHN. Paris
384 P. PERRENNEC
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Source : MNHN. Paris
385
SÉLECTION DU BLÉ TENDRE POUR L’AMELIORATION DU
COMPORTEMENT VIS-A-VIS DE SEPTORIA NODORUM BERK.
RESULTATS OBTENUS, PERSPECTIVES
par M. TROTTET*
Cet article présente les principaux résultats obtenus par cette méthode ainsi que les
limites de la selection en «bulk». Les possibilités d'améliorer la méthode de selection sont
discutées.
SUMMARY. — Wheat yield decrease induced by Septoria nodorum is not strongly related
to disease development on the plants. The method of measure of wheat behaviour towards
Septoria glume blotch consists in the study of the incidence of the disease on 1000 grains
weight. A «bulk» method of breeding has been used to improve the resistance and the
agronomic value of wheat. This paper gives the main results obtained using this method
and the limits of the bulk method of breeding. Some ways of improving the method are
discussed.
La Septoriose provoquée par Septoria nodorum est une maladie grave du blé
tendre lorsque le temps est pluvieux après l'épiaison. Elle provoque des nécroses
sur toutes les parties aériennes de la plante et une diminution du rendement
en réduisant la vitesse d'accumulation de ia matière sèche dans le grain, ce qui
conduit à un échaudage. Le nombre de grains par épi n'est réduit que pour des
attaques très fortes et sur des lignées très sensibles (TROTTET et MERIEN,
1982). Pour une lignée donnée, la diminution du poids de 1000 grains (PMG)
est d'autant plus forte que les symptômes sont plus intenses. Mais lorsque l’on
* INRA - Station d'Amélioration des Plantes , B.P. 29 - F 35650 Le Rheu.
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE (Cryptog., Mycol.) TOME 3 (1982).
Source : MNHN, Paris
386 M. TROTTET
veut comparer différentes lignées, on n’observe généralement pas une très bonne
relation entre l'intensité des symptômes et la diminution du poids de 1000
grains. Cela est dû au fait que la physiologie de la formation du grain est diffé-
rente pour chaque lignée et qu'il existe des phénomènes de tolérance.
Pour tenir compte de tous ces facteurs, nous avons choisi de juger le com-
portement des lignées par le rapport du PMG dans des parcelles contaminées par
S. nodorum au PMG dans des parcelles saines. Ce rapport appelé PMG relatif
intègre les phénomènes de résistance et de tolérance. Le dispositif expérimental
est présenté dans la figure 1, la parcelle élémentaire est un poquet de 15 plantes.
Les parcelles contaminées et témoins sont regroupées dans deux bandes de 1,5 m
de largeur séparées par six lignes de blé pour éviter le passage du parasite de la
zone contaminée à la zone témoin.
PARCELLES INOCULEES PARCELLES TEMOINS
PAR S. NODORUM
© ®© ® © ©
© © © © © ©
© ®© © ® O
Pons DE MILLE Pois DE MILLE
GRAINS INOCULE GRAINS TEMOIN
PAR S NODORUM
PMG tNOCULE
PMG RELATIF = 0 —
PMG TEMOIN
Fig. 1. — Mesure du comportement de lignées de Blé vis-à-vis de Septoria nodorum Berk.
La contamination est réalisée par pulvérisation d'une suspension de spores
à la concentration de 10$ spores par millilitre.
Les premiers travaux de sélection de variétés résistantes, réalisés à Rennes,
ont utilisé une méthode «bulk». Pour chaque croisement, chaque génération
Source : MNHN. Paris
RESISTANCE DU BLE TENDRE A S. NODORUM 387
est semée en mélange; à l'épiaison, les plantes sont contamindes par pulvéri-
sation d'une suspension de spores puis les épis les plus hauts, favorisés dans la
compétition interplantes, sont coupés car nous voulons sélectionner des plantes
courtes, résistantes à la verse. A maturité, chaque croisement est récolté en
mélange et un tri par ventilation permet de ne conserver que les grains les moins
échaudés, supposés provenir des plantes les moins attaquées, donc les plus ré-
sistantes. En fait, la taille des plantes intervient également, les grains des plantes
les plus courtes étant en moyenne plus échaudés que ceux des plantes de taille
moyenne.
Après trois années de sélection en «bulk», un retour à la sélection généalo-
gique est opéré en F5 (Fig. 2). Pour cela, toutes les plantes F4 sont arrachées
et on sélectionne les plantes les plus courtes dont le poids moyen des épis est
le plus élevé.
Choix des parents
Croisement simple ou multiple
Culture de la. F1 sans sélection
Semis en mélange dela F 2
“bulk 1°
BI
“bulk 2°
|
“bulk 3°
pu x l
Multiplication des lignées F5 | | | | | | | | | | | |
Multiplication des familles F6 ooolllooo
Test de comportement ace
ooolllooo
Multiplication des familles F7 00111000
Test de résistance ooo|looo
Estimation du rendement ooojllooo
Fig. 2. — Schéma de sélection de variétés de Blé résistantes à Septoria nodorum Berk.
Cette méthode de sélection a permis d'obtenir des résultats intéressants.
A partir de certains croisements, nous avons obtenu des lignées d'un niveau
de résistance au moins égal à celui de «Comtal», variété française la plus résis-
Source : MNHN. Paris
388 M. TROTTET
tante, avec une taille égale ou inférieure et une valeur agronomique égale ou
supérieure.
Différentes conditions sont nécessaires à l'efficacité de cette méthode. 1l
faut que le développement de S. nodorum soit suffisamment important, cela
ne peut étre obtenu réguliérement que si on pratique des contaminations arti-
ficielles et de l'irrigation par aspersion pendant la phase critique du développe-
ment de la maladie. Il est également important que l'ensemble des plantes ait
une valeur agronomique suffisante surtout en ce qui concerne la résistance à
la verse, et que les disjonctions pour la taille ne soit pas trop importantes. En
effet, la verse tend à produire un échaudage du grain indépendamment du niveau
de résistance des plantes, et dans une population en disjonction la présence des
plantes trop hautes augmente la sensibilité à la verse de l'ensemble de la popu-
lation et peut augmenter l'échaudage des plantes les plus courtes du fait de la
compétition pour la lumiére. Les plantes doivent aussi avoir un bon niveau de
fertilité car les plantes peu fertiles ont souvent des grams peu échaudés méme
si elles sont fortement attaquées.
La méthode «bulk» utilisée nous a donné de bons résultats surtout pour des
croisements entre lignées adaptées à nos conditions culturales («Comtal»,
Champlein/Aronde 68», « VPM/Moisson», «Huntsman» ...). Elle est peu adaptée
à l'utilisation directe de géniteurs de grande taille («VPM», «Mironovskaia
808» ..) et n'a donné aucun résultat pour l'utilisation directe de géniteurs
exotiques.
Pour l'utilisation de géniteurs de grande taille, nous avons obtenu de meilleurs
résultats en faisant précéder la sélection en «bulk» d'une année de sélection
généalogique dans le but de raccourcir la taille. Cette méthode s’est montrée
efficace pour les croisements entre «VPM» ot «Mironoyskaia 808» d’une part
et «Talent», «(US (60) 43 x Prieur) 61», ou «Courtot» d'autre part. L'amélio-
ration de la valeur agronomique par la sélection généalogique avant le passage
en «bulk» devrait permettre de mieux utiliser certains géniteurs de grande taille.
Pour des géniteurs d'un niveau très élevé de résistance mais de très faible
valeur agronomique (grande taille, forte sensibilité à la verse et à d’autres mala-
dies), des rétrocroisements limités sur des géniteurs de taille courte et de bonne
valeur agronomique peuvent permettre d'obtenir une forme courte des géniteurs
qui seront intercroisés. Si l'on choisit des lignées courtes portant un ou deux
gènes «rht» déterminés, on n'aura plus de problèmes de distinction de la taille
à la génération F2, Dans la plupart des cas, un seul rétrocroisement par le
géniteur de résistance sur la FI avec la lignée portant les gènes de nanisme
devrait suffire si l'on prend la précaution de choisir un nombre suffisant de
plantes dans la F2 de ce rétrocroisement. Cela permettrait en outre d'introduire
d’autres caractères (résistance au piétin-verse, aux rouilles ...), indispensables
pour créer une variété de Blé. Les plantes issues de l'intercroisement des formes
courtes des géniteurs pourront être plus facilement sélectionnées par une mé-
thode «bulk» ou généalogique.
L'amélioration des méthodes de mesure du comportement vis-à-vis de la
septriose et surtout la mise au point de tests permettant de juger une plante
Source : MNHN. Paris
RESISTANCE DU BLE TENDRE A S. NODORUM 389
avant la floraison dans une population en disjonction par exemple tests sur
feuilles détachées maintenues en survie) pourrait permettre de réaliser une
sélection récurrente simultanément pour la résistance et la valeur agronomique.
Le perfectionnement de ces différentes méthodes devrait permettre d'élargir
la variabilité du matériel résistant à S. nodorum utilisal
menter nos chances d'obtenir des trans;
bonne valeur agronomique très résistantes.
ble en sélection, d’aug-
gressions et d’obtenir des lignées de
BIBLIOGRAPHIE
TROTTET M. et MERIEN P., 1982 — Analyse du comportement de vingt lignées de Blé
tendre vis-à-vis de Septoria nodorum Berk. Agronomie, 2 (8): 727-734,
Source : MNHN. Paris
Source : MNHN. Paris
391
Recherches cyto-physiologiques sur la sporogenése
de Coprinus congregatus Bull. ex Fr. :
Introduction à l'étude du déroulement de la méiose
en rapport avec les conditions lumineuses et thermiques.
G. MANACHERE et Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES *
RÉSUMÉ. — Le comportement nucléaire des cellules hyméniales et les stades physiologiques
de développement des carpophores de Coprinus congregatus Bull. ex Fr. sont déterminés
corrélativement par les alternances «Lumiere - Obscurité».
Le développement des primordiums présente des phases successives à la température
de référence de 25°C : — lére phase photostimulée (2,5 à 3,5 jours); — phase photo-
inhibée pour l'accomplissement de laquelle l'obscurité nécessaire et suffisante (ex : 4 à 5
heures) peut être remplacée par un abaissement thermique (ex. : 6 heures à 10°C); — 2ème
phase photo-stimulée (quelques heures); — une dernière phase photo-indifférente.
A l'échelle microscopique les évènements nucléaires sont étudiés de façon à permettre
une étude statistique du phénomène méiotique, et une étude comparée à l'évolution cyto-
logique et morphogénétique des carpophores.
Il a été établi que : — la lumière donnée en fin de 1ère phase photo-stimulée est néces-
saire à l'initiation de la méiose; — un abaissement thermique peut lever le blocage de la
méiose au stade caryogamie, résultant du non-accomplissement de la phase photo-inhibee;
que cette phase photo-inhibée soit réalisée par abaissement thermique ou par obscurcisse-
ment, la dynamique de la méiose reste comparable.
SUMMARY. — The nuclear behaviour of hymenial cells and the physiological stages of
development of Coprinus congregatus fruit-bodies are correlatively determined by daily
«light» and «dark» periods.
Primordia development was characterized at a standard temperature of 25°C by the
following successive phases : — a first photo-stimulated phase (2,5 to 3,5 days); — a photo-
inhibited phase (4 or 5 hours of darkness minimum); this dark period can be substituted
by a lowering of the temperature (e. g. : 25 to 10°C during 6 hours); — a second photo-
stimulated phase (few hours); — a photo-indifferent phase.
* Université Lyon I - Département de Biologie Végétale et Laboratoire de Mycologie associé
au CNRS n° 44, Batiment 405, 43 Bd du 11 novembre 1918 - 69622 Villeurbanne Cedex
France.
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE (Cryptog., Mycol.) TOME 3 (1982).
Source : MNHN. Paris
392 G. MANACHERE & Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES
At the microscopical level nuclear events were studied in such a way to allow a statis
cal analysis of meiosis, as well as a comparison of cytological and morphological develop-
ment of the fruit-bodies.
It has been established that : — light provided at the end of first photo-stimulated phase
is necessary for meiosis initiation; —lowering the temperature suppressed meiotic arrest
at the «nuclear fusion» stage in the absence of the photo-inhibited phase. The kinetics of
meiosis were found to be similar whether darkness or a lower temperature was given to
satisfy the photo-inhibited phase.
I. — INTRODUCTION
Au cours des deux derniéres décennies, de nombreux travaux ont été con-
duits, afin de préciser les déterminismes de la morphogenése des champignons.
Nous avons tenté récemment de dresser un état de l'avancement de ces recher-
ches pour ce qui concerne les Basidiomycétes (MANACHERE 1978, 1980;
MANACHERE et al., sous presse). Il ressort de ces mises au point que, actuelle-
ment, certains axes sont privilégiés par une majorité de chercheurs : ainsi ceux
concernant la biochimie métabolique de la différenciation des carpophores,
depuis l'apparition de leurs primordiums à partir du mycélium originel jusqu'à
leur maturation, celle-ci concrétisée en particulier par la formation de basi-
diospores müres et leur projection.
Ces recherches nécessitent, en pratique, une bonne «domestication» des
espéces étudiées : ainsi, l'analyse de la composition d'un carpophore, au plan
biochimique, n’a de sens que si le chercheur connaît l'état physiologique de
celui-ci, et peut en outre avoir à sa disposition un nombre suffisant d’échantil-
lons au stade correspondant. Cette maitrise du matériel biologique reste excep-
tionnelle dans le cas de la plupart des Basidiomycètes. Quand cette maitrise
est possible, les chercheurs se bornent le plus souvent à prendre pour référence
des stades de développement physiologiques reconnaissables, plus ou moins
aisément, macroscopiquement, par leurs éventuelles caractéristiques morpho-
logiques.
Or tout carpophore de Basidiomycètes (qualifié de «sporophore» par les
scientifiques anglo-saxons) est normalement producteur de basidiospores. Son
degré d'évolution doit donc pouvoir être apprécié par celui de sa sporogenèse
et l'on devrait, par voie de conséquence, être en mesure de préciser les stades
physiologiques, usuellement définis macroscopiquement, par des observations
microscopiques de l'état d'avancement de la sporogenèse : ceci implique la
recherche d’un complément d'information à l'échelle microscopique.
Les influences respectives de la lumière et de l'obscurité sur la sporogenèse
au niveau de jeunes basides de Coprinus congregatus ont été reconnues de longue
date (MANACHERE 1968). La régulation du phénomène par le photopério-
disme a été démontrée. La portée générale de nos observations a été établie
par plusieurs auteurs se consacrant à d'autres espèces de Coprins. En particulier,
le «blocage» de la méiose au stade «noyau de fusion» sous éclairement ininter-
Source : MNHN, Paris
COPRINUS CONGREGATUS 393
rompu, que nous avions observé pour la première fois au niveau de basides de
carpophores de C. congregatus développés à 25°C (MANACHERE 1968), a
été confirmé ultérieurement dans le cas de carpophores de Coprinus «lagopus»
à 35°C (LU 1972) et de Coprinus macrorhizus à 28°C (KAMADA et al. 1978)
Dans nos conditions expérimentales usuelles (cf. ci-aprés, «cultures des
mycéliums fructiféres»), après leur bouturage, les cultures de Coprinus congre-
gatus sont soumises généralement à un préséjour à l'obscurité (P.C.O, = pré-
culture à l'obscurité). Au cours de celui-ci, la croissance végétative s'effectue,
à l'abri des radiations lumineuses qui seraient susceptibles d'induire la fructi-
fication.
A l'issue de la P.C.O., à la température de 25 + 1°C, et sous l'éclairement
de référence, des cultures éclairées sans interruption (régime lumineux quotidien
dit «L,L») ou à raison de 12 heures par jour (régime lumineux quotidien dit
«L,O» ou «L,D» - alias «lumiére, obscuríté» ou «light, darkness) - «12,12»)
portent le plus souvent après 3,5 à 4,5 jours des primordiums dits au «stade
de sensibilité à l'obscurité» (stade - 36 h dans nos conditions expérimentales).
En pratique, ce stade témoigne de l'achèvement d’une «première phase photo-
stimulée» au cours de laquelle la lumière a été nécessaire à la naissance et
développement des primordiums (MANACHERE 1970),
Nous avons établi que, à ce stade de sensibilité à l'obscurité, et toujours
à la température de 25°C, un obscurcissement temporaire est indispensable
pour que les carpophores poursuivent leur développement (phase photo-inhibée):
en particulier pour que leurs stipes s'allongent normalement et que la maturité
générale des chapeaux s'effectue, particulièrement Pour ce qui concerne la
sporogenèse. Un obscurcissement d'une durée de 12 heures est alors efficace,
à condition d'être suivi dun nouvel clairement convenable en intensité et
durée, nécessaire à l'accomplissement d'une «seconde phase photo-stimuléey
(MANACHERE 1970). En pratique, à 25°C, un obscurcissement d'une durée
de 5 heures est «inducteur à 100 75» (ROBERT et DURAND 1979),
Diverses expériences conduites dans le cadre de l'étude des interactions
des facteurs lumière et température sur la fructification ont permis d'établir
que l'obscurité «nécessaire et suffisante» à 25°C peut être remplacée par un
abaissement de température convenable, les primordiums au stade de sensibilité
à l'obscurité étant alors maintenus à la lumière, C'est ainsi qu'un abaissement
de la température de 25 à 10°C pendant 12 heures à compter de ce stade est
pleinement efficace et compense le non obscurcissement (ROBERT 1971).
En pratique, un abaissement de température de 25 à 10°C pendant 6 heures
est «inducteur à 100 %» (ROBERT et DURAND 1979), Au demeurant, quand
obscurité et basse température interviennent simultanément, la basse tempéra-
ture amplifie l'induction liée à l'obscurcissement, et ceci d'autant mieux qu'elle
est donnée à la fin de la période d'induction (DURAND et ROBERT 1980).
Nos données initiales sur la cyto-physiologie des carpophores de C. congre-
gatus seront rappelées et précisées ci-après, compte-tenu d'observations plus
récentes. L'apport de ces résultats à une meilleure connaissance des détermi-
nismes de la morphogenése de ces carpophores sera envisagé.
au
Source - MNHN. Paris
394 G. MANACHERE & Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES
II. — MATÉRIEL ET MÉTHODES
1) CULTURE DES MYCÉLIUMS FRUCTIFERES
Les cultures de Coprinus congregatus Bull. ex Fr. sont faites selon notre
technique usuelle (cf. MANACHERE 1970), en tubes à essais, par confronta-
tion de deux mycéliums compatibles d'origine monosperme, sur notre milieu
semi-synthétique type n° 3 modifié (g/l) : malt (Cristomalt) Difal : 10 g; hydro-
lysat de caséine (Fluka) : 0,7 g; KH2PO, : 0,2 g; (MgCOs)4 Ma(OH);, 5 H2O :
0,125 g; MgSO4, 7 H20 : 0,1 gi Cas (PO4)5 OH : 0,05 g; gélose (Serlabo) : 12 g.
Les conditions générales de culture ont été rappelées en introduction. Sauf
indications contraires, les cultures sont maintenues dans une pièce climatisée,
à la température de 25 + 1°C soit dans une enceinte obscure, soit sous éclaire-
ment artificiel. Dans ce dernier cas, la lumière est donnée par des tubes fluo-
rescents Mazdafluor «lumière du jour de luxe» (énergie lumineuse au niveau
des cultures : environ 30 uW.cm^ , soit sensiblement 150 Ix).
2) OBSERVATIONS CYTOLOGIQUES
a.- Coloration des noyaux par l'hématoxyline ferrique :
Des fragments de chapeaux prélevés sur des carpophores aux différents
stades à étudier sont fixés dans le mélange de Hollande (BOIDIN 1954). Aprés
8 jours ou plus de fixation, le matériel est rincé abondamment, déshydraté et
inclus dans la paraffine fondue à 60°C. Ces fragments sont alors coupés au
microtome, à 5um d'épaisseur. Les coupes sériées sont étalées sur lame de verre
et, après séchage, déparaffinage et réhydratation, elles sont hydrolysées dans
une solution de HCI N, à 60°C, pendant 10 minutes, puis mordancées dans
Palun de fer ammoniacal (en solution aqueuse à 5 %) et finalement colorées
par immersion dans I’hématoxyline ferrique (la solution employée est obtenue
par dilution au 1/10e dans l'alcool à 70" d'une solution mère - cette dernière
préparée en dissolvant de l'hématoxyline ferrique dans de l'alcool à 95° à raison
de 10 g/100 ml). Après 3 jours, la coloration est régressée par l'alcool picriqué;
les coupes sont ensuite déshydratées et montées dans une goutte de Baume
du Canada.
Cette méthode a été retenue car elle présente l'avantage de permettre un
comptage complet des basides à un niveau choisi des lamelles (dans leur moitié
inférieure). Cette étude a été effectuée pour chaque stade sur 6 exemplaires
différents de primordiums; chacun d’entre eux a été étudié au niveau d'une
lamelle et sur tout le profil de celle-ci; ainsi dans chaque comptage la différence
de maturation des basides existant entre la base des lames et leur arête est prise
en compte de manière identique. Le pourcentage des basides correspondant
à un état nucléaire précis est donc calculé pour chaque stade de développement
des carpophores à partir de 6 comptages différents. Ceci permet l'étude statis-
Source - MNHN. Paris
COPRINUS CONGREGATUS 395
tique de la méiose à ses diverses étapes (fig. 2 et 3).
Cette technique de coloration présente néanmoins d.
elle ne permet pas une observation fine des divers étai
prophase I de la méiose.
les limites : en particulier,
ts chromosomiques de la
b.- Coloration des noyaux par l'hématoxyline propionique :
La méthode des étalements de LU (1967) - modifiée par ZICKLER (1973) -
aprés coloration à l'hématoxyline propionique, présente 1'
l'observation des chromosomes plus aisée, leur image appara
tée sur un cytoplasme homogéne et transparent.
Le fixateur utilisé est un mélange butanol - acide acétique glacial - acide
chromique à 2 %, dans les proportions 9/6/2 (v/v). Aprés huit jours de fixation,
les fragments de chapeaux sont hydrolysés dans HCI N à 70°C pendant 10
minutes; "hydrolyse est arrêtée par refroidissement trés rapide dans la glace.
Un fragment de lamelle hyméniale est séché, dilacéré pendant 30 secondes
sur une lame de verre dans 2 gouttes d'acétate de fer (préparation à partir
d'une solution saturée d'acétate de fer basique purifié, par dilution à 34%
dans l'acide acétique à 45 %). Deux gouttes d'hématoxyline propionique à 2 %
sont déposées sur la lame et mélangées lentement au mordant (le colorant qui
a vieilli est d'autant plus efficace). Le matériel est étalé sur la lame par légère
pression sur la lamelle couvre-objet. L'observation est faite au contraste de
phase.
avantage de rendre
issant bien contras-
IIl. — RÉSULTATS
1) ÉVOLUTION DE LA MÉIOSE ET DE LA SPOROGENESE SOUS RÉGIME
PHOTOPÉRIODIQUE (L,D : 12,12), A 25°C. (Fig. 2)
Dans ces conditions expérimentales, la plupart des cultures portent des
carpophores mûrs (stade Oh) au début de la 6ème photopériode, soit donc
5 jours après la fin du pré-séjour à l'obscurité. La morphologie des primordiums
aux débuts et fins des photopériodes permet trés généralement de prévoir dans
quel délai ils atteindront leur maturité et donc de définir trés précisément des
stades — 72h, — 60 h, etc. (MANACHERE 1970).
Nos comptages ont permis de constater que les jeunes basides ont encore
2 noyaux aux stades — 48h et — 36h. A — 48h les noyaux sont de petite taille;
entre — 48h et — 36h, les basides en grossissant passent de la forme cylindrique
à la forme en massue, les noyaux grossissent, la chromatine s'organise, les
chromosomes semblent s’individualiser, les noyaux se rapprochent. A — 36h la
fusion nucléaire paraît imminente pour les basides de plus grande taille. La
caryogamie débute une fois atteint le stade — 36h et se poursuit au cours de la
période osbcure séparant les stades — 36h et — 24h, période obscure dont on
sait qu’elle est ici nécessaire et suffisante à une maturation «normale» des car-
Source : MNHN. Paris
396 G. MANACHERE & Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES
pophores, tant au plan de la morphogenése que celui de la sporogenése. Plus
précisément, il apparaît que, au stade — 24h, les basides les plus grosses — c'est
à dire celles qui émergent et constituent la «1ére génération» — sont au stade
«noyau de fusion». Par contre les plus jeunes contiennent encore 2 noyaux,
mais proches l'un de l'autre et dans lesquels les chromosomes commencent à
s'individualiser, montrant bien que la fusion est imminente (Fig. 1, f - g). Ainsi
à ce stade — 24h environ 50 % des basides renferment un seul noyau diploïde
ou noyau de fusion. Toutes les basides présentent finalement un noyau de fusion
entre — 20h et — 16h. Les stades méiotiques bi- puis tétranucléés sont observés
dans les 4 heures qui suivent. Il est possible d'estimer la durée de la Prophase I
à 18 heures maximum pour les basides de la 1ère génération et à 8 heures ma-
ximum pour les basides les plus jeunes. Ce décalage dans l'évolution des basides
se retrouve aprés le stade — 12h dans la taille et la pigmentation des spores.
Au stade — 12h, de nombreuses basides ont 4 noyaux et montrent des sté-
rigmates, dont la plupart n'ont pas encore d'ébauche de spore à leur extrémité,
La sporogenése proprement dite se produit au cours de la période obscure
séparant les stades — 12h et Oh, période dont il convient de rappeler qu'elle
peut être remplacée par une période éclairée d'égale durée sans préjudice appa-
rent pour le développement normal des carpophores (MANACHERE 1970).
Au stade — 8h, les stérigmates de la plupart des basides sont porteurs de
spores, dans la majorité des cas peu colorées et non nucléées.
Au stade — 4h la coloration des spores s'est accentuée, les 4 noyaux de
chaque baside ont généralement franchi les stérigmates, gagnant chacun respec-
tivement une spore. Suite à une division mitotique, les spores mûres de C.
congregatus ont 2 noyaux, comme celles de la plupart des Agaricales chromo-
Fig. 1. : Évolution nucléaire depuis le stade «2 noyaux préméiotiques» jusqu'au stade
«tétrade postméiotique». (x 1400).
a - b : «stade — 48h» : basidioles cylindriques à 2 noyaux compacts.
€ - d : «stade — 36h» obtenu en 12,12 : les basides prennent la forme de massue; dans les
noyaux dont la fusion est imminente, la chromatine s'organise.
e : «stade — 36h» obtenu en LL (lumière continue) : la caryogamie a débuté dans quel-
ques basides.
f- g -h : «stade — 24h» : les basides les plus développées présentent un noyau de fusion
à l'état prophase I, les plus jeunes ont 2 noyaux sur le point de fusionner.
i- j : «stade — 18 à — 20h» : toutes les basides possèdent un noyau méiotique à l'état
prophase I.
k - I : «stade — 16h» : tous les stades nucléaires entre la métaphase et la télophase T
peuvent étre observés.
m - n - o : «stade — 12 à — 8h» : la tétrade de noyaux formés à la fin de la 2ème division
de méiose va de pair avec l'apparition des stérigmates et la naissance des spores.
Remarque : A — 10h les spores n'ont pas encore atteint leur taille adulte (environ 12
x 6m). À — 8h la pigmentation des spores a commencé. La sporogenèse se poursuit par
la migration des noyaux dans les spores, aux environs de — 4h. Dans chaque spore se produit
alors une mitose qui aboutit à la formation de spores binucléées. Les basides ne gardent
donc aucun noyau résiduel.
Source : MNHN, Paris
COPRINUS CONGREG/
VE m
A e erii
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3 s x
AA Sec
B» $
100%
75% L
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25% |
À
-36h -32h
-28h
-24h -20h
-16h-12h
stade de
sensibilite a
Lobscurité
n
-48h -36h
—— —----
T phase photostimulée «
phase
photoinhibee
2
ET
> 2 phase
photostimulée
i
-12h -8h -éh Oh
>
phase
photo indifférente
Source : MNHN. Paris
COPRINUS CONGREGATUS 399
75%
50%
um” -un E a meta
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— ——— — —— —)
= ES ‘le Äh
Fig. 2 : Évolution de la méiose et de la sporogenèse sous régime photopériodique (L,O :
12,12) à 25°C.
— Représentation statistique de l'évolution de la méiose entre le stade de sensibilité à
l'obscurité et l'obtention des 4 noyaux méiotiques.
— Étude comparée des évolutions cytologique et morphogénétique des carpophores
de Coprinus congregatus.
Fig. 3 : Étude statistique de l’évolution de la méiose dans les basides de Coprinus congrega
tus, dans le cas où la phase photo-stimulée de précaryogamie est retardée par une période
obscure surnuméraire de 48 heures.
Remarque : Ces observations démontrent que l'induction de la méiose est ici strictement
photodépendante : si les ébauches au stade — 48h ne sont pas éclairées la caryogamie n'a pas.
lieu. Pour que celle-ci soit initiée une période lumineuse d'au plus 12 heures est nécessaire.
sporées et contrairement à celles généralement uninucléées de la majorité des
Agaricales leucosporées (KUHNER 1926; YEN 1949).
Au stade Oh, les spores peuvent se détacher des lames hyméniales, en relation
avec l’ouverture et la liquéfaction progressive du chapeau.
Source : MNHN, Paris
400 G. MANACHERE & Y, BASTOUILL-DESCOLLONGES
Remarque : On sait (cf. introduction) que la morphogenèse des carpophores
et la sporogenèse peuvent se dérouler normalement sous éclairement ininter-
rompu, à 25°C, quand les cultures subissent un obscurcissement convenable,
par exemple 12 heures d'obscurité aprés 3,5 jours d'illumination (fig. 6). On
verra ci-après que la caryogamie et les autres étapes de la méiose se produisent
de manière sensiblement similaire. Toutefois, au «stade de sensibilité à l'obscu-
rité» ainsi obtenu sous éclairement ininterrompu, un certain nombre de basides
présentent un noyau de fusion, pratiquement jamais observé au stade — 36h,
sous régime 12,12.
2) INFLUENCE DE LA LUMIERE ET DE L'OBSCURITÉ SUR LE DÉCLEN-
CHEMENT DE LA CARYOGAMIE DE PRIMORDIUMS N'AYANT PAS
ATTEINT LE STADE DE SENSIBILITÉ A L'OBSCURITÉ (Fig. 3).
Après 3 jours sous régime photopériodique (L,O : 12,12), les primordiums
sont générelement au stade — 48h, ce stade étant évidemment observé en début
de photopériode. Tout comme au stade — 36h ultérieur (stade de sensibilité
à l'obscurité), les cellules hyméniales présentent uniquement des jeunes basides
binucléées. Nous savons de longue date, que, au stade — 48h, les primordiums
n'ont pas encore atteint le stade de sensibilité à l'obscurité : un éclairement
complémentaire reste indispensable, une photopériode d'une durée de 12 heures
convenant (MANACHERE 1967), L’obscurcissement de cultures porteuses
d'ébauches de carpophores au. stade — 48h (ou à des stades encore plus jeunes)
détermine un allongement des stipes sans augmentation du diamétre de leur
section et avec arrét corrélatif de l'évolution des chapeaux. Si le séjour à l'obs-
curité persiste, les primordiums avortent sous une forme que nous qualifions
d'étiolée, à pieds gréles et chapeaux punctiformes (MANACHERE 1967) -
(Fig. 5 C).
Nous avons vérifié au plan cytologique, que indépendamment de l'étiolement
des stipes, les cellules hyméniales n'évoluent pas et demeurent au stade binucléé,
caractéristique du stade — 48h, tant que les ébauches de carpophores demeurent
à l'obscurité, L'évolution cytologique des jeunes basides apparait donc, en
pratique, comme très intimement liée à l'évolution morphologique générale
des chapeaux.
Mais, dans la mesure où les cultures sont de nouveau soumises au régime
photopériodique de référence avant avortement des primordiums (par exemple
après un séjour surnuméraire de 24 ou même 48 heures à l'obscurité, Fig. 3)
non seulement la morphogenèse des carpophores reprend normalement, mais
également le déroulement de la méiose et la sporogenése consécutive. C'est-à-
dire que, dés la reprise de l'éclairement,les noyaux des basides entrent dans une
période d'activité méiotique visible : la chromatine s'organise, les chromosomes
s'individualisent, 12 heures après la reprise de l'éclairement la caryogamie
débute dans la population de basides. Le fait remarquable est que l'ensemble
des évènements, tant morphologique que cytologique, demeure «programmé»
comme dans les témoins : le passage obscurité-lumière correspondant au stade
Source -MNHN. Paris
COPRINUS CONGREGATUS 401
— 48h dans le cas normal (cultures témoins, cf. fig. 2) ou résultant dun obs-
curcissement prolongé (cf. fig. 3) détermine l'épaississement des stipes, le déve-
loppement morphologique des chapeaux, la méiose et la sporogenése dans les
délais analogues de 48 heures, sans différence notable, La seule variation étant
dans le fait que les carpophores ayant séjourné excessivement à l'obscurité
à compter du stade —48h présentent à leur base une pseudorhize, conséquence
de leur étiolement en l'absence de lumière,
CT)
a)
(3)
o 1 2 3 Jours
Fig. 4 : Essai d'évaluation de la durée minimale d'éclairement nécessaire à l'accomplisse-
ment de la phase photo-stimulde de précaryogamie : — 1/2 h et 1 h de lumière données
au stade — 48h ne suffisent pas pour initier la caryogamie; — 6 h de lumière données au
stade — 48h ne permettent pas à toutes les cultures l'initiation de la caryogamie.
Le probléme se pose de savoir si la durée de l'étape de préfusion, qui se révèle
être photodépendante, pourrait être réduite tout en permettant la caryogamie.
Il a été établi (fig. 4) que 1/2 h et 1 h de lumière ne suffisent pas pour permettre
la fusion nucléaire, tandis que 6 heures de lumière permettent à plus de la moitié
des cultures de présenter des carpophores allant à terme dans un délai normal
Source : MNHN, Paris
402 G. MANACHERE & Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES
(Fig. 4). Des études ultérieures devraient permettre de préciser les conditions
d’éclairement permettant aux primordiums au stade — 48h de franchir
l'étape précédant la méiose, la caryogamie, en recherchant la durée de cette
étape préméiotique photodépendante.
3) PERTURBATION DE LA MÉIOSE PAR NON-ACCOMPLISSEMENT DE
LA «PHASE PHOTO-INHIBEE». (Fig. 5 b).
La suppression de tout obscurcissement à compter du stade de sensibilité à
l'obscurité, à 25°C, détermine un blocage morphogénétique caractéristique,
et empêche en particulier l'allongement des pieds des carpophores ainsi que
l'ouverture et l'autolyse des chapeaux. Au plan méiotique, cette perturbation
stade de
sensibilité à
porte
-48h -36h -24h
48h
| ®
60h
Source : MNHN. Paris
COPRINUS CONGREGATUS 403
du régime photopériodique n'empêche pas en pratique la fusion nucléaire, ni
ne semble la retarder (en effet après 4,5 jours de lumière continue pratiquement
toutes les basides présentent un noyau de fusion). Toutefois, l'évolution de
la méiose au-delà de la caryogamie est strictement dépendante de l'accomplis-
sement de la phase photo-inhibée, fonction de l’obscurcissement nécessaire et
suffisant usuellement subi par les cultures à compter du stade — 36h sous régime
LO : 12.2. La méthode des étalement utilisée sur des carpophores s'étant
développés pendant 5 jours en lumière continue nous a permis de noter que la
grande majorité des basides étaient bloquées en prophase I de la méiose, quel-
ques unes - peu nombreuses - atteignent le stade métaphase I ou méme la fin
stade de
sensibilite a
Vobscurite
au
ado 0
m =
RCO.—e« 35]. LE —e—5h. 25
Q
Ra m E
80 Q5
V
RCO ——— 3,5). LC —À— sh. 102
22,24, —
Fig. 5 : Influence des conditions d'éclairage sur la morphologie générale des carpophores de
Coprinus congregatus et sur l'évolution cytologique corrélative des basides. (a) - Le non.
accomplissement de la 2ème phase photo-timulée entraîne une perturbation de l'achéve-
ment de la meiose. (b) - Le non-accomplissement de la phase photo-inhibée aboutit à
un blocage de la méiose au stade «noyau de tusion». (c) - Le non-accomplissement de
la phase photo-stimulée de préfusion empéche l'induction de la caryogamie.
Fig. 6 : Étude comparée de l'évolution de la meiose à partir du stade de sensibilité à l'obscu-
rité obtenu en LL (Lumière continue) : — suite à une scotophase réduite à 5 h à 25°C;
— suite à une scotophase de 12 h à 25°C; — quand la scotophase est remplacée par un
abaissement thermique, soit 6 h à 10°C.
Source : MNHN. Paris
404 G. MANACHERE & Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES
de la première division méiotique, rarement la 2ême division (avec dans ce cas
apparition des stérigmates).
4) PERTURBATION DE LA MEIOSE PAR NON-ACCOMPLISSEMENT DE LA
«2ème PHASE PHOTO-STIMULÉE» (Fig. 5 a).
La suppression de tout éclairage à compter du stade — 24h, donc après
accomplissement de la «phase photo-inhibée», conduit à l'avortement des
carpophores sous une forme caractéristique à pied allongé et chapeau non ouvert
et peu sporifére. Les hyméniums ainsi obtenus peuvent présenter, en proportions
variables selon les cas, des basides à tous les stades possibles d'évolution (1 à 4
noyaux; stérigmates avec spores plus ou moins évoluées et très rarement nu-
cléées).
On retiendra essentiellement que l'obscurité permettant l'accomplissement
de la phase photo-inhibée du développement des carpophores permet à la fois
le grand allongement terminal des pieds et l'évolution normale de la méiose
au delà de la caryogamie. L'éclairage permettant l'accomplissement de la 2ème
phase photo-stimulée conditionne à la fois l'achèvement de la méiose et la pro-
duction de spores binucléées ainsi que l'ouverture et l'autolyse des chapeaux.
L'évolution cytologique des cellules hyméniales et l'évolution morphologique
des carpophores sont donc déterminées corrélativement par les conditions
d'éclairage.
5) ÉTUDE COMPARATIVE DE L'INFLUENCE DE L'OBSCURITÉ ET D'UN
ABAISSEMENT DE LA TEMPERATURE SUR LA MEIOSE DE PRIMORDIUMS
AYANT ATTEINT LE STADE DE SENSIBILITE A L’OBSCURITE (Fig. 6).
On sait que, au «stade de sensibilité à l'obscurité», la morphogenèse des
carpophores se poursuit normalement dans la mesure où les cultures subissent
soit un obscurcissement de durée convenable (5 heures, au minimum, à la tempé-
rature de 25°C) soit un abaissement thermique d'amplitude et de durée conve-
nable (exemple : chute de 25 à 10°C pendant 6 heures au minimum). Suite à
ce traitement inducteur, les cultures doivent être éclairées pour que s’accom-
plisse la 2ème phase photo-stimulée. Le stade de maturité (dit usuellement
stade Oh à25°C) étant observé environ 24 heures après la fin du traitement
inducteur.
Au plan cytologique, on retiendra que les évènements méiotiques et la sporo-
genèse corrélative se déroulent de manière sensiblement analogue, quels que
soient les traitements inducteurs pratiqués dans les expériences rapportées ici,
à savoir obscurcissement d’une durée de 5 à 12 heures, ou abaissement ther-
mique de 25 à 10°C d’une durée de 6 heures. Dans les 3 cas envisagés l’évolution
morphogénétique et l'évolution méiotique puis sporogénétique corrélatives
restent indissociées et semblent relever des mémes déterminismes.
Source : MNHN, Paris
COPRINUS CONGREGATUS 405
IV. — DISCUSSION
Les résultats rapportés ci-dessus confirment
des hyméniums, du point de vue de la méiose et
genèse consécutive est liée au développement général du chapeau. Toutefois,
il ne nous semble pas possible, dans l'état actuel des données expérimentales,
de préjuger des relations éventuelles de cause à effet entre les divers phénomènes
simultanés ou consécutifs au cours de la morphogenèse des carpophores de C.
congregatus. Ainsi, a-t-on pu noter, en particulier, que les relations tempo-
relles des divers phénomènes morphologiques et cytologiques observés sous
régime photopériodique L,O : 12,12 semblent constantes et se retrouvent
pratiquement inchangées, quand le développement des carpophores est artifi-
ciellement retardé mais non empêché de manière irréversible. C'est ainsi que le
non achèvement de la 1ère phase photo-stimulée par un obscurcissement supplé-
mentaire au stade — 48h conduit au maintien des jeunes basides au stade bi-
nucléé : en pratique, c'est l'ensemble du chapeau des primordiums qui demeure
à un stade physiologique «— 48h» (Fig. 5b). En effet, (Fig. 3) la reprise du
régime photopériodique détermine une maturation normale des primordiums
encore viables, ceci dans les 48 heures. Le fait que la fusion ne puisse avoir lieu
si on garde à l'obscurité des cultures au stade — 48h, et que, par contre, 12
heures de lumière données à ces mêmes cultures permettent la caryogamie,
prouve que la fusion nucléaire est précédée par une étape photo-dépendante,
indispensable à l'initiation de la méiose. Plusieurs auteurs (ROSSEN et WES-
TERGAARD 1966 sur un discomycéte Neotiella rutilans - LU 1975 sur C. lago-
pus - IYENGAR et al. 1977 sur Neurospora crassa) ont étudié par microspectro-
photométrie et par des études cinétiques d'incorporation de 32 P l'évolution
du taux d'ADN dans le noyau des basides, et montré que la phase S de réplica-
tion de l'ADN préméiotique précédait la caryogamie. Chez C. lagopus (LU
1974 a et b) la lumière est nécessaire à la différenciation des cellules hyméniales
conduisant à la méiose. Les 6-7 heures avant la caryogamie correspondent à une
étape d’initiation de la méiose dont les 2 premières heures seraient sensibles à
la température en lumière continue; linhibition de la caryogamie dans les
conditions restrictives peut être levée par l'obscurité. Ce minimum de 2 heures
correspondrait à l'initiation de tous les sites de réplication dans la population
de basides (LU et JENG 1975). Notre matériel C. congregatus serait, lui, photo-
dépendant pour cette période précaryotique - sans doute de réplication de
l'ADN - pendant une durée qui reste à déterminer. Des études microspectro-
photométriques seraient à conduire pour préciser les limites temporelles de cette
réplication. Une fois la caryogamie accomplie, C. congregafus a besoin d'obscu-
rité pour que le processus méiotique puisse continuer.
que l'évolution cytologique
du point de vue de la sporo-
Le nonaccomplissement de la phase photo-inhibée par excés d'éclairement
permet la caryogamie mais bloque les basides au stade «noyau de fusion», dans
des pourcentages variables selon la durée de l’éclairement surnuméraire au delà
du stade — 36h. L'application d'un obscurcissement convenable, ou d’un refroi-
Source - MNHN. Paris
406 G. MANACHERE & Y. BASTOUILL-DESCOLLONGES
dissement d'efficacité équivalente, lève létat d'inhibition et rend possible
la poursuite de la méiose au delà de la caryogamie, dans la mesure où la 2ème
phase photo-stimulee peut s’accomplir : le non-accomplissement de cette der-
nière phase empêche non seulement l'ouverture et l'autolyse normales des
chapeaux, mais également une sporogenése et une sporulation abondantes,
ceci en relation avec une méiose le plus souvent perturbée (Fig, 5).
Il convient de souligner que les perturbations diverses, dues soit à des éclai-
rements excessifs soit à des obscurcissements excessifs se manifestent non
seulement au niveau des chapeaux de C. congregatus (développement général;
méiose; sporulation ...) mais atteignent aussi les stipes (Fig. 5) ... Le probleme
reste entier de savoir si la lumière, tant par excès que par défaut, agit de façon
déterminante sur l’un des phénomènes observés pratiquement simultanément
(épaississement et élongation des stipes; maturation générale des chapeaux;
évolution méiotique ...). La reconnaissance d’un «phénoméne clé», à supposer
qu'elle soit possible, permettrait de progresser dans la connaissance des corré-
lations intervenant dans le contróle de la morphogenése et de la sporogenése
des carpophores des Basidiomycétes. On sait actuellement que si les stipes
«transmettent» aux chapeaux des aliments provenant du substrat nutritif et du
mycélium originel, leur élongation n’en est pas moins sous le contrôle de subs-
tances élaborées au niveau des lamelles hyméniales (BRET 1977 et cf. mise au
point : MANACHERE et al. sous presse). D'autres travaux restent à accomplir
pour répondre clairement à la question posée.
Quoiqu'il en soit, il apparaît particulièrement utile de connaître le déroule-
ment des phénomènes méiotiques, parallèlement aux autres phénomènes physio-
logiques caractérisant la morphogenése des carpophores de champignons supé-
rieurs. Cette connaissance assurera, d'une part, une approche plus intime de cette
morphogenése, dont la méiose est partie intégrante, sinon déterminante, et,
d’autre part, apportera, compte-tenu de la bonne synchronisation de l'évolution
des cellules hyméniales des Coprins, d'excellents repéres du degré d'évolution
des carpophores, y compris sur le plan temporel.
L'étude comparative de l'influence de l'obscurité et d'un abaissement de température sur la
méiose dont les principaux résultats sont rapportés au paragraphe III, 5 de cette publication
découle de travaux de R. DURAND et J.C. ROBERT relatifs aux influences des interactions des
facteurs «lumière» et «température» sur la fructification de C. congregatus. Nous les remer-
cions très vivement pour leur étroite collaboration au cours de l'ensemble de nos expériences
et pour leurs utiles suggestions pendant la rédaction de cet article.
Source : MNHN, Paris
COPRINUS CONGREGATUS 407
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409
PSEUDOGYMNOASCUS DENDROIDEUS LOCQUIN-LINARD,
NOUVELLE ESPECE DE GYMNASCALE (ASCOMYCETES)
COPROPHILE D'AFRIQUE DU NORD
par Monique LOCQUIN-LINARD*
RÉSUMÉ. — Description, illustration et diagnose latine de Pseudog ymnoascus dendroideus,
nouvelle espèce isolée de bouses de vache récoltées près de la Calle, Algérie (Afrique), carac.
térisée par la plus grande taille de ses ascospores et par ses appendices abondemment
ramifiés.
SUMMARY. — A new species of Pseudogymnoascus, Pseudogymnoascus dendroideus is
described and illustrated. The new species was isolated from cow dung collected near La
Calle, Algeria (Africa) and is characterized by large ascospores and ramose appendages,
Parmi les champignons coprophiles récoltés dans la zone méditerranéenne,
nous avons isolé une gymnascale qui ne semble pas avoir été décrite et pour
laquelle nous proposons le nom : Pseudogymnascus dendroideus Locquin-Linard
sp. nov., à cause de ses appendices ramifiés.
Pseudogymnoascus dendroideus Locquin-Linard sp. nov.
Diagnose latine :
Ascomycetes, Gymnascales. Gymnocarpus 150-230um diametro, griseus;
hyphae peridii rigidae, laeves, anastomosantes; appendiculis hypharum dendroi-
deis, 1,5-3um diametro. Asci sphaero-pedonculati, carpus 10-12 x (8) 9-10um,
pedoncule 5-13 x 2-3um, hexa- vel octospori, e dangeardiae nascentes. Asco-
sporae 6-7 x 4,5-5 x 3-3,5um, rufae, subellipsoideae leviter aplanatae, leves,
* Laboratoire de Cryptogamie, MNHN, 12 rue Buffon, F 75005 Paris. L.A. 257 (CNRS).
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE (Cryptog., Mycol.), TOME 3 (1982).
Source : MNHN, Paris
Fig. 1 à 8 : Pseudogymnoascus dendroideus. — 1 : Gymnocarpe. 2 : Péridium, réseau et
appendices; a, extrémités arrondies et peu colorées d’un jeune appendice; b, filament
cassé qui unissait deux gymnocarpes. 3 : Ascospores prisonnières des appendices, 4 :
Asques et crochets «dangeardiens». 5 : Filament ascogéne, on notera la présence d'une
aleurie. 6 : Filaments ascogènes à différents stades de développement, les noyaux sont
figures en noir (préparation par écrasement, coloration : carmin acétique). 7 : Aleuries.
8 : Arthrospores.
Source : MNHN. Paris
PSEUDOGYMNOASCUS DENDROIDEUS SP. NOV. 41
sub MEB rugatae. Aleuriae 5-7um diametro,
hyalinae.
Holotypus : in stercore vaccae. La Calle, Algeria, Africa, PC M:
RU ac Mycotheca
Ab. aliis speciebus Pseudogymnoasci differt ascosporis majoris ac pilis den-
droideis.
arthrosporaeque 2,5-7 x 1,5-2um,
En culture, sur milieu gélosé à 1,5%
laboratoire, la colonie atteint un diamètre de 25-30 mm en 20 ore tit oo
d'abord cotonneuse blanchâtre, puis la présence dans le mycélam air, qi
jeunes gymnocarpes la fait paraître grisâtre avec un revers gris foncé. Un exudat
hyalin ou jaune clair peut être secrété. Les flaments mycéliens non a
hyalins, ramifiés, septés, assez irréguliers, parfois ampuliformes au niveag nt
cloisons, sont peu chromophiles dans le bleu lactique et le lacto-fuchoine (Cay
michael 1955). Rapidement naissent sur des filaments latéraux de longueur
variable, de petites vésicules globuleuses, plus chromophiles que le mycin,
lisses, hyalines, de 5-7um de diamètre qui semblent être des aleures (hy. 9)
Le carmin acétique les colore uniformément en rouge brun, Plus ard Io eee
mités de certaines hyphes non différenciées se segmentent au niveau des cloisons
donnant naissance à de petites arthrospores de 2,5.7 x 1,5-2um à un ou deux
globules (fig. 8). D'après les travaux de SIGLER et CARMICHAEL (1976) et
van OORSCHOT (1980), cette forme peut étre classée dans le genre
TRAAEN (1914).
Malgré les nombreux prélèvements que nous avons faits, nous n’avons pas pu
définir clairement la formation des primordiums, Nous avons pu constater que
les aleuries peuvent, mais pas forcément, étre incorporées dans la pelote formée
par des filaments ascogènes (fig. 5).
d'extrait de malt, à la température du
Geomyces
Les gymnocarpes bien différenciés, 150-230um (appendices compris), noyés
dans le mycélium, isolés ou groupés, à maturation lente, gris globuleux, ont un
péridium composé d'un réseau de filaments de diamètre variant de 1,5 à 3um,
brun, rigides, à paroi épaisse et lisse, septés, généralement non enflés au niveau
des cloisons, ramifiés, anastomosés. Les appendices de méme nature. que le gym-
nocarpe et d'un seul type (fig. 1 et 9), nombreux, réguliérement répartis, den-
droïdes, à extrémités arrondies, peu colorées, à paroi fine, fragile et lisse, se
cassent ou se collapsent très facilement (fig. 2, 10 à 12). Les gymnocarpes peu-
vent être unis entre eux par quelques rares filaments qui ressemblent à de longs
poils, ces filaments sont souvent cassés (fig. 2 b). Sur un milieu mal adapté,
les appendices sont moins ramifiés.
Les asques nombreux, hexa ou octosporés, m. sp. 10-12 x (8) 9-10um), à paroi
fine et évanescente se forment sans ordre apparent à partir de crochets «dan-
geardiens». Jeunes, ils ont un pied mince de 5-13 x 2-3um, qui disparait les
faisant paraître globuleux ou elliptiques (fig. 4).
Les ascospores, unicellulaires, elliptiques -fusiformes 6-7 x 4,5-5 x 3-3,5um ,
un peu aplaties, sans pore germinatif, À paroi épaisse, à contour légèrement
Source : MNHN. Paris
412 M. LOCQUIN-LINARD
Fig. 9 à 14 : Pseudogymnoascus dendroideus. — 9 : Gymnocarpe au microscope photo-
nique. 10 à 12 : Péridium et appendices, on notera qu'ils se cassent trés facilement.
13 et 14 : Ascospores cótelées longitudinalement avec une cóte équatoriale un peu plus
volumineuse (photos 10 à 14 (M.E.B.), matériel non fixé).
irrégulier, paraissent lisses au microscope photonique (fig. 3) mais nettement
côtelées longitudinalement au microscope à balayage avec une côte équatoriale
Source : MNHN, Paris
PSEUDOGYMNOASCUS DENDROIDEUS SP. NOV. 413
un peu plus volumineuse (fig. 13 et 14). Jaune clair par transparence, orange
roux en masse, elles restent, à maturité, prisonnières du gymnocarpe.
Ce champignon a été isolé sur bouses de vache (lot 272
Algérie, département de Constantine, pointe Sud
en Aoüt 1971 par J.P. Thomas que nous reme
et Mycothèque n° 3309,
) récoltées en Afrique :
du Lac Melah près de La Calle.
rcions vivement, Holotype PC
Les auteurs von ARX (1971) et ORR et KUEHN (1971
dérer comme primordiale la forme et l'ornementation des
nascales pour leur classification, caractéres plus stables qu
carpes et de leurs appendices, mais difficiles à interpréte
taille des ascospores.
) s'accordent à consi-
ascospores des Gym-
e la morphologie des
r du fait de la petite
Les quatre genres à ascospores fusiformes-elliptiques cételées généralement
retenus sont : Byssoascus von Arx (1971) et Eidamella Matruchot et Dassonville
(1901) à gymnocarpes peu différenciés ou absents; Myxotrichum Kunze (1823)
(Toxotrichum Orr and Kuehn (1964) inclus) et Pseudogymnoascus Raillo
(1929) à gymnocarpes formés d'un réseau bien organisé à filaments anastomosés,
Nous classons Pseudogymnoascus dendroideus dans le genre Pseudogymno-
ascus en raison de la structure des appendices du gymnocarpe à excremitós
arrondies et fragiles, caractéres qui paraissent signalétiques du genre comme la
clef de von ARX (1981) le fait ressortir,
Quatre autres espéces ont été classées dans ce genre : P. bhattii Samson
(1972), P. caucassicus Cejp et Milko (1966), P. roseus Raillo 1929 (= Gymno-
ascus rhousiogongylinus Werner and Cain (1970) d’après Samson (1972) et
P. vinaceus Raillo (1929). Les auteurs qui les ont étudiées ne sont d
"accord ni
sur l'espàce type, ni sur les synonymies.
Le Dr. von ARX nous a aimablement transmis les souches de P. roseus (=
P. vinaceus) n° 320.62 et P. roseus no 395.65, nous l'en remercions vivement.
L'absence de fructifications, en culture, ne nous a pas permis de refaire une
étude approfondie de ces taxons comme nous l’avions projeté.
De toute façon, si Pseudogymnoascus dendroideus se rapproche de P. roseus
et P. bhattii par la formation de ses primordiums, comparaison faite avec les
illustrations de SAMSON (1972) il diffère de toutes 1.
ls espèces du genre par
ses appendices dendroïdes et ses ascospores plus grandes
Les photos au MEB ont été faites avec la collaboration technique de M. Diop que nous
remercions vivement.
Source : MNHN, Paris
414 M. LOCQUIN-LINARD
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Source : MNHN, Paris
Jani 149%
COLLOQUE INTERNATIONAL
du CNRS N° 258
ÉCHANGES IONIQUES TRANSMEMBRANAIRES
CHEZ LES VÉGÉTAUX
TRANSMEMBRANE IONIC EXCHANGES IN PLANTS
org.: G. Ducet, R. Heller, M. Thellier
Universités de Rouen et Paris VII - 5-11 juillet 1976
€ analyse des modèles théoriques @ recherche des couplages métaboliques ou autres
ides électrophysiologiques @ cas particulier des transferts d'anions et de molécules
organiques 6 localisation d'ions et aspects structuraux et moléculaires 6 intervention
d'échanges ioniques dans les regulations intercellulaires
@ kinetic and thermodynamic considerations, model systems
lic and other couplings, ATPases
far features of anionic transfers
logy of the ionic transfer
ion of organic molécules
molecular and structural aspect of the transfers
of the transmembrane transfers in other processes than absorption
les in cell organites
(69 commu ications dont 64 en anglais et 5 en français)
7 - 608 pages - broché 180 F
tabl. - - 30 phot.
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