д
= B З
YPTOGAMIE
MYCOLOGIE
| TOME 9 Fascicule 3 1988
|
|
|
|
|
|
|
|
|
| ў
|
SOMMAIRE
M. BRUNETEAU et P. RICCI — Elicitation et résistance induite ........
P. RICCI, Ph. BONNET, M. PONCHET, P.M. MOLOT et M. BRUNETEAU
— Recherche et intérét d'éliciteurs fongiques dans les interactions de
trois espéces végétales avec des champignons phytopathogénes du genre
РОН ее RE ETSI INE ce:
V. GIANINAZZLI-PEARSON, S. GIANINAZZI, J. DEXHEIMER, D. MO-
RANDI, A. TROUVELOT et E. DUMAS — Recherche sur les mécanis-
mes intervenant dans les interactions symbiotiques plante-champignons
endamycorbizopénes VA а
G. GAY — Róle des hormones fongiques dans l'association ectomycorhi-
а
J.L. HILBERT et F. MARTIN — Modifications des profils polypeptidiques
lors de l'établissement de la symbiose ectomycorhizienne ...........
J. MUGNIER — Exemples d'études d'organismes parasites des racines dans
des cultures de racines transformées par Agrobacterium rhizogenes
G. TURIAN — Polarité de croissance-différenciation des hyphes fongiques
ES A E O ER PNE UN
B. BOTTON and M. KHOURY — Coremium and rhizomorph differentiation
in Sphaerostilbe repens. I. — Interactions between aggregated organs
during morphogenesis of the thallus .
N. ARPIN et M.L. BOUILLANT — Métabolites secondaires fongiques :
diversité de structures mais unité de fonction, la protection .........
C. ANDARY, M.J. BOURRIER et R. HAUPERT — Róle des polyols et des
acides aminés dans la différenciation des Bolets ...,.............
О ОСА За
СОМТЕМТ$
M. BRUNETEAU et P. RICCI — Elicitation and induced resistance (In
reno ео В AMAT Me MEN A EM WU ME RC RE n
P. RICCI, Ph. BONNET, M. PONCHET, P.M. MOLOT et M. BRUNETEAU
— Fungal elicitors involved in the interaction between three plant species
and phytopathogenic fungi of the genus Phytophthora (In French) .
V. GIANINAZZI-PEARSON, S. GIANINAZZI, J. DEXHEIMER, D. MO-
RANDI, A. TROUVELOT et E. DUMAS — Studies on mechanisms
involved in symbiotic plant/fungal interactions in VA endomycorrhi-
Zed Tgp Tench) Ae Meine RON RE ENTRER CURSEUR
G. GAY — Role of fungal hormones in ectomycorrhizal symbiosis (In
I OBL IAS REP NNNM qM
J.L. HILBERT et F. MARTIN — Changes in Protein Patterns induced by
the Ectomycorrhizal Symbiosis (In French) ....................
J. MUGNIER — Studies on soil-borne plant pathogens in root organ cultures
transformed with Agrobacterium rhizogenes (In French) ...+... +++»
G. TURIAN — Polarized growth-differentiation of fungal hyphae (models)
(In French) ag ;
B. BOTTON and M. KHOURY — Coremium and rhizomorph differentiatio:
in Sphaerostilbe repens. L. — Interactions between aggregated organs
during morphogenesis of the thallus ........,..... ..........
N. ARPIN et M.L. BOUILLANT — Secondary fungal metabolites : structu-
ral diversity but unity of function, the protection (In French) ........
C. ANDARY, M.J. BOURRIER et R. HAUPERT — Polyols and amino-
acids contribution in Boletes differentiation (In French) ..
Bibliography
Source
191
201
211
233
239
267
277
289
173
191
267
277
289
MNHN. Paris
CRYPTOGAMIE
LE PÉRIODIQUE FRANCAIS CONSACRÉ A LA CRYPTOGAMIE
CRYPTOGAMIE est un périodique édité par l'A.D.A.C. (Association des Amis des
Cryptogames), dont le siége est au Laboratoire de Cryptogamie du Muséum
National d'Histoire Naturelle. Les chercheurs de tous pays y publient leurs tra-
vaux en francais, allemand, anglais et espagnol, aprés accord des Comités de
Lecture constitués de spécialistes de réputation internationale.
Chaque trimestre, CRYPTOGAMIE propose à ses lecteurs trois Sections :
CRYPTOGAMIE, Algologie
CRYPTOGAMIE, Mycologie
CRYPTOGAMIE, Bryologie-Lichénologie
Abonnements annuels 1989 (Tome 10) :
France Étranger
Une Section 332,80 F (ht 320 F) ht 350 F
Trois Sections 936 F (ht 900F) ht 980F
Bulletin d'abonnement ou de réabonnement, à joindre au paiement et à adresser à
A.D.A.C. — CRYPTOGAMIE, 12, rue Buffon, F-75005 Paris
Nom
Institut
Adresse
Code postal Ville
Pays
Abonnement Û Réabonnement C
Section(s) choisie(s) O Cryptogamie, les trois Sections
C] Cryptogamie, Algologie
C] Cryptogamie, Mycologie
C] Cryptogamie, Bryologie-Lichénologie
Cocher les cases concernées
Ci-joint un chèque de à l'ordre de A.D.A.C. — CRYPTOGAMIE
C.C.P. n? : La Source 34 764 05 S
A.D.A.C.
n9 SIREN 302 655170 00017 Source - MNHM®Paris
CRYPTOGAMIE
THE FRENCH JOURNAL DEVOTED TO CRYPTOGAMY
CRYPTOGAMIE is a periodical published by A.D.A.C. (Association des Amis des
Cryptogames), settled at Laboratoire de Cryptogamie, Muséum National d’His-
toire Naturelle. Research workers from the whole world publish their papers in
French, German, English and Spanish, after acceptation by a selection commettee
that comprises experts of international renown.
CRYPTOGAMIE offers to its subscribers quarterly three Sections :
CRYPTOGAMIE, Algologie
CRYPTOGAMIE, Mycologie
CRYPTOGAMIE, Bryologie-L ichénologie
Annual subscription rate 1989 (vol. 10) :
France Foreign
One Section 332,80 F(ht 320 F) ht 350 F
The three Sections 936 F (ht 900 F) ht 980 F
Subscription or renewal order, to be sent together with payment to
A.D.A.C. — CRYPTOGAMIE, 12, rue Buffon, F-75005 Paris.
Name
Institution
Address
Post code City
Country
Subscription O Renewal O
Selected section(s) O Cryptogamie, the three Sections
D Cryptogamie, Algologie
CJ Cryptogamie, Mycologie
C1 Cryptogamie, Bryologie-Lichénologie
Please cross the concerned squares
Included draft of
C.C.P. n9 : La Source 34 76405 S
A.D.A.C., n° SIREN 302 655170 00017
to the order of A.D.A.C. — CRYPTOGAMIE
Source : MNHNtwaris
|
CRYPTOGAMIE
MYCOLOGIE
TOME 9 Fascicule 3 1988
Ancienne Revue de Mycologie. Dirigée par Roger HEIM
Conférences présentées
lors de la 4éme Rencontre Nationale
du Réseau Mycologie
Lyon, 23-24 octobre 1987
Bibliothéque Centrale Muséum
ШШ
3 3001 00226858 8
DIRECTEUR SCIENTIFIQUE : Madame J. NICOT
SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : Mme M.C. BOISSELIER. ÉDITEUR : A.D.A.C
Publié avec le concours du Muséum National d'Histoire Naturelle
CRYPTOGAMIE, MYCOLOGIE est indexé par : Biological Abstracts, Current Contents,
Publications bibliographiques du CDST (Pascal)
Copyright © 1988. Cryptogamie Mycologie
Source : MNHN, Paris
ET Eu BC EE rod
k EM Ju Е xd
puru. A d. Engine HD eoo унс
РАЗ яго
зом ИСТОМ, aq SATAY
ex site в sage
m d [inita diee avit SIME a mr icit ie Зевс але
EI nemis 1507 шиле дон ur
pe gne! ў ; p Ко ое КЕ
Cryptogamie, Mycol. 1988, 9 (3) : 173-189 173
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE
par Maud BRUNETEAU* et Pierre RICCI**
RÉSUMÉ. — Au cours des interactions plantes-parasites, des molécules appelées élici-
teurs et provenant de l'un ou de l'autre partenaire interviennent comme signaux pour
déclencher chez le végétal des mécanismes actifs de défense. L'effet caractéristique de
ces éliciteurs est d'induire une protection de la plante à l'égard d'infections ultérieures.
Selon les cas, cette protection est localisée aux tissus directement traités ou s'étend
de maniére systémique à l'ensemble de l'organisme.
SUMMARY. — Elicitors are signal-molecules which are produced during the interactions
plant-parasite by either of the partners. They trigger off self-defense mechanisms of the
vegetal and induce a protective effect against further infections. This effect in either
located in the tissues directly implicated or spreads the whole organism in a systemic
way.
MOTS CLES : interactions, éliciteurs, signaux, protection, systémique.
INTRODUCTION
Les plantes subissent au cours de leur vie toutes sortes d’agressions dont
celles de nombreux parasites qui provoquent chez le végétal des états patho-
logiques plus ou moins graves,
Le devenir de l'interaction entre plante et parasite se décide dans les pre-
miéres heures qui suivent la phase de pénétration et au cours desquelles se
manifestent localement d'importantes modifications biochimiques et histo-
logiques. Ces modifications peuvent aboutir à créer un état de résistance lo-
cale ou s'étendant de maniére systémique (DE WIT, 1985). Ces deux compo-
santes peuvent d'ailleurs être simultanément présentes dans la réponse de la
plante.
On admet actuellement que les réactions de défense des plantes sont
induites par la reconnaissance du «non soi» qui peut avoir lieu soit au cours
* Laboratoire de Biochimie Microbienne, Université Claude Bernard, Lyon I, CNRS
UA 1176,43 Bd du 11 Novembre 1918, F-69622 Villeurbanne Cedex.
** LN.R.A, Villa Thuret, BP. 2078, F-06606 Antibes Cedex.
Source : MNHN, Paris
174 M. BRUNETEAU et P. RICCI
de l'infection (KUC, 1982 a, b, c), ou étre provoquée artificiellement par un
prétraitement de la plante avec des composés appelés éliciteurs.
Pendant longtemps les phénomènes de la résistance induite chez les végé-
taux ont surtout été envisagés sous leur aspect défense. Ce n'est que depuis
quelques années seulement qu'a été entrepris l'isolement à partir d'agents
pathogènes de substances responsables du déclenchement chez la plante d'un
état de résistance induite ou de phénomènes corrélatifs de cette résistance.
Nous proposons dans le présent article de décrire la nature des effecteurs
de la résistance induite et des inducteurs de résistance connus actuellement.
Nous rapporterons aussi les résultats de nombreux travaux qui permettent
d'avoir une approche du niveau et du mode d'action primaire de ces éliciteurs
et de leur attribuer un róle éventuel dans les interactions höte-parasite.
LES EFFECTEURS DE LA RÉSISTANCE INDUITE
Une plante réagit activement aux tentatives d'infection par un ensemble
de mécanismes qui aboutissent à la résistance induite. Les premiéres mani-
festations de cette fonction de défense générale de la plante consistent le
plus souvent en une synthése d'éthyléne (ESQUERRE-TUGAYE & al., 1980;
TOPPAN & ESQUERRE-TUGAYE, 1984), en une synthése d’enzymes ly-
tiques susceptibles de lyser les parois fongiques, chitinase, ß (1,3) glucanase
(HAMMERSCHMIDT & KUC, 1982; ROBY & al., 1987; KUROSAKI & al.,
1987a), en une synthése d’inhibiteurs protéasiques. Cette activité métabo-
lique s'accompagne souvent également d'une synthése et d'une accumulation
localisée de métabolites secondaires, phénolamides et phytoalexines
(STOESSL, 1965, 1967; PONCHET & al., 1982, 1984; MANSFIELD, 1982;
BOUILLANT & al., 1983), d'une modification locale de la composition des
parois végétales avec accumulation de callose, cellulose, lignine, cutine
(HACHLER & HOHL, 1982), de glycoprotéines riches en hydroxyproline
(ESQUERRE-TUGAYE & LAMPORT, 1979; ESQUERRE-TUGAYE & al.,
1979).
Ces effecteurs de résistance s’opposent A la progression des microorga-
nismes pathogènes. Parmi ces mécanismes, les plus étudiés sont la synthèse
et l'accumulation des phytoalexines; PAXTON (1981) définit les phyto-
alexines comme étant des composés antimicrobiens de faible masse molécu-
laire synthétisés et accumulés dans les plantes aprés exposition à des micro-
organismes. Ce sont des produits issus du métabolisme secondaire des végé-
taux, trés divers selon les espéces dans leur nature et leur voie de biosynthése
(Fig. 1).
Les phytoalexines ne sont pas seulement des agents antimicrobiens, elles
sont également phytotoxiques pour la plante qui les produit (SMITH, 1982;
ZERINGUE, 1987); AMIN & al. (1987) ont démontré que l'effet phyto-
toxique de la 6-méthoxy-melléine, phytoalexine accumulée chez la carotte,
se traduit par une inhibition de la phosphorylation des protéines solubles
par inactivation du systéme calmoduline-calcium.
Source : MNHN, Paris
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE 175
co,
photosynthèse
sucres
cycle dés pentoses glycolyse
acide phosphoénolpyruviqu
—acide "shikimique
ide pyruvique
acétyl CoA.
ac.aminés ALCALOIDES | D
aromatiques r
1 i
i ac.amines_ Cycle de Krebs б
ac.cinnamiques. malonyl CoA :
ac.mévalonique
phénylpropanoides !
ac.gras ie
stéroides
| caroténoïdes
FLAVONOIDES STILBENES PHENANTHRENES POLYKETIDES POLYACETYLENES TERPENOIDES
Exemples :
glycéollineI resvératrol orchinol 6-méthoxymelléine safynol capsidiol
(soja) (arachide,vigne) (orchis) ^ (carotte) (carthame) (piment)
Figure 1 — Nature chimique et voies de biosynthèse des phytoalexines (d’après RICCI, 1986).
Figure 1 — Chemical nature and biosynthesis pathways of phytoalexines (from RICCI, 1986).
LES INDUCTEURS DE RÉSISTANCE.
DÉFINITION ET NATURE CHIMIQUE
L'implication de la synthése et de l'accumulation des phytoalexines dans la
résistance a été démontrée dans de nombreuses interactions (MANSFIELD,
1982; FABRE & al., 1986) et les phytoalexines sont des marqueurs métabo-
liques trés souvent utilisés pour définir si une substance est biologiquement
active dans le processus de l'élicitation.
Ainsi à l'origine KEEN & al. (1972) ont introduit le terme d'éliciteur pour
désigner les substances capables de déclencher la production de phytoalexines
dans une plante, en l'absence de l'organisme pathogéne vivant. Toutefois comme
le note STOESSL (1982), les phytoalexines ne sont aucunement les agents
Source : MNHN, Paris
176 M. BRUNETEAU et P. RICCI
x PLANTE INDUCTION
MATURE DE L'ELICITEUR. ORIGINE PAE REFERENCES
NATURE DE L'ELICITEUR REFERENCES.
ELICITEURS POLYSACCHARIDIQUES
B(1-3)(1—6)-D-GLUCANES PHYTOPHTHORA MEGASPERMA SOJA GLYCEOLLINE SHARP & al. (19840)
SACCHAROMYCES CEREVISIAE SOJA —— GLYCEOLLINE MANN & ALBERSHEIM (1978)
RHIZOBIUM JAPONICUM HARICOT PHaseoLLINeE pupmas (1980)
B(1=3) єт B(1-0)-5- COLLETOTRICHUN
HARICOT PHASEOLLINE ANDERSON (1978)
GLUCANES LINDEMUTHIANUN
GLUCOHANNANE PHYTOPHTHORA MEGASPERMA SOJA GLYCEOLLINE KEEN 4 YOSHIKAWA (1983)
CHLTOSANE FUSARIUM SOLANI POIS PISATINE MADICER & BECKMAN(1980)
(POLYGLUCOSAMINE B(1—4)
ELICITEURS GLYCOPROTEIQUES
GLYCOPROTEINES THERMOSTABLES
CONTENANT
R MANNOSE ET GLUCOSE PHYTOPHTHORA MEGASPERMA sova GLYCEOLLINE KEEN a LEGRAND (1980)
PHYTOPHTHORA PARASITICA OEILLET DIANTHALEXINE
er
DIANTHRAMIDE A FABRE & al. (1986)
X MANNOSE ET GALACTOSE COLLETOTRICHUM
Lass
JAR IUM MELON ETHYLENE TOPPAN & ESQUERRE-TUCAYE
(ae)
X MANNOSE, GLUCOSE ET DE WIT 4 ROSEBOOM(ISBO)
Ыс CLADOSPORIUN FULVUM TOMATE RISHITINE E s
lI GLYCOPROTEINES THERMOSENSIRLES
À ACTIVITE ENZYMATIQUE
X ENDOPOLYGALACTURONASE RHIZOPUS STOLONIFER RICIN CASBENE Lee & west (1981)
% POLYGALACTURONIQUE ERWINIA CAROTOVORA sova GLYCEOLLINE DAVIS 8 at. (1982)
LYASE
Tableau 1 — Éliciteurs Polysaccharidiques et Glycoprotéiques.
Table I — Polysaccharidic and Glycoproteic Elicitors.
Source : MNHN, Paris
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE 177
d'un mécanisme de défense unique et méme, dans certains cas, elles ne jouent
aucun róle dans la résistance induite (MOLOT & al., 1986) ce qui fait qu’actuel-
lement nous préférons définir un éliciteur comme une substance intervenant
dans une interaction hóte-parasite et capable d'induire chez le végétal un état
de résistance ou de déclencher des phénoménes corrélatifs de cette résistance
(RICCI & BRUNETEAU, 1984; RICCI, 1986).
Les éliciteurs actuellement connus, peuvent étre classés en éliciteurs exogénes
et en éliciteurs endogènes. Parmi les éliciteurs exogénes, il faut distinguer ceux
qui sont d'origine biotique et abiotique.
Éliciteurs exogènes biotiques
Les éliciteurs exogènes biotiques regroupent les composés fongiques et
bactériens isolés de la paroi ou du filtrat de culture. Ce sont soit des polysaccha-
rides, soit des glycoprotéines, soit des lipides.
De trés nombreux glycanes montrent une activité inductrice de phytoalexine
(Tabl. I). Une seule structure est actuellement connue, il s’agit d’un heptaglu-
coside isolé de la paroi de Phytophthora megasperma (Fig. 2) (SHARP & al.,
1984 a, b).
8-D-Glcp 1-6 BD Glcp 1-6 0DGlcp 1-6 BD-Gicp 1-6 B-D-Gicp
3 3
\ 1
1 1
ВО бер 8D-Glcp
Figure 2 — Structure de l'heptaglucoside fongique isolé de Phytophthora megasperma.
(d'aprés SHARP & al., 1984 b).
Figure 2 — Structure of the fungal heptaglucoside from Phytophthora megasperma. (from
SHARP & al., 1984b).
Des glycopeptides inducteurs de glycéolline, phytoalexine accumulée chez
le soja ont également été extraits de la paroi de Phytophthora megasperma
(KEEN & LEGRAND, 1980). Des glycopeptides isolés de Cladosporium fulvum
élicitent l'accumulation de rishitine chez la tomate (DE WIT & ROSEBOOM,
1980; РЕ WIT & KODDE, 1981). Chez le melon, la synthèse d'éthylène est
stimulée par des fractions phosphoglycopeptidiques isolées du mycélium de
Colletotrichum lagenarium (TOPPAN & ESQUERRE-TUGAYE, 1984; ROBY &
al, 1985). FABRE & al. (1986) ont isolé de la paroi de Phytophthora parasi-
tica des éliciteurs glycopeptidiques qui induisent chez l'œillet une protection
vis-à-vis du parasite, corrélée à l'accumulation de dianthalexine et de dian-
thramide A (Tabl. I).
Ont également été isolées d'autres glycoprotéines dont le pouvoir éliciteur
est lié à une activité enzymatique : activité endopeptidasique (SWINBURNE,
1975), ou encore activité s'exerçant au niveau des composés pectiques (LEE &
WEST, 1981; DAVIS & al., 1982, 1984) (Tabl. I).
Source : MNHN, Paris
178 M. BRUNETEAU et P. RICCI
Les éliciteurs lipidiques (Tabl. IT) ont été surtout isolés du mycélium de
Phytophthora infestans. Ce sont des fractions lipoconjuguées contenant des
acides gras insaturés en Co, l'acide arachidonique et l'acide eicosapentaénoique
(BOSTOCK & KUC, 1980; BOSTOCK & al., 1981; KURANTZ & OSMAN,
1983). Dans la paroi fongique, ces acides pourraient amidifier les groupements
aminés des résidus glucosamine (GARAS & KUC, 1981).
NATURE DE L'ELICITEUR ORIGINE M PLANTE INDUCTION:
a == SWR DE REFERENCES
ACIDES GRAS INSATURES EN Coy
x ACIDE 5,8,11,14,17 KURANTZ & OSMAN (1983)
CIS-EICOSAPENTAENOTOUE r
x ACIDE 5,8,11,14
CIS-EICOSATETRAENOTQUE
Bostock & KüC (1980)
GLYCOLIPIDES
GLEN эбен „бск
1 | 1
Ан ан а
1 ie)
RCo
R-CO = ACIDES GRAS INSATURES EN Cop
canas a RUC (1981
TRIGLYCERIDES
Cy ~ CH — Ch;
IS IE
9 9 9 KURANTZ & OSMAN (1983)
пе
R-CO = ACIDES GR NC
0 = ACIDES GRAS INSATURES EN Cop
PHOSPHOLIPIDES
х CERAMIDE AMINOETHYL PHOSPHONATE
YR CREAMER 4 aosTocK (1986)
e Jane
1
CH5- (CHCH = CH-CH-CH 0-7 — Сн -Сну- Ну
HM б
со
R- CO 7 AcibE 5,8,11,14
CIS-EICOSATETRAENOTQUE
Tableau II — Éliciteurs Lipidiques
Table II — Lipidic Elicitors.
Récemment des éliciteurs phospholipidiques ont été isolés du mycélium de
Phytophthora infestans (CREAMER & BOSTOCK, 1986) et de Phytophthora
capsici (LHOMME & al., 1986).
Ainsi la nature chimique des éliciteurs exogénes biotiques présente une grande
diversité.
Source : MNHN, Paris
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE 179
Dans le cas d'éliciteurs glycoconjugués l'intégrité de la molécule ou une partie
seulement est indispensable pour l'expression de son activité élicitrice.
L'activité des fractions glycopeptidiques isolées de Colletotrichum lagenarium
ou de Phytophthora megasperma dépend de la partie polysaccharidique; dans le
cas des glycopeptides isolés de Cladosporium fulvum, l'activité élicitrice de
rishitine chez la tomate dépend de la partie protéique. En ce qui concerne les
éliciteurs de dianthalexine et de dianthramide A chez l'oiillet, l'intégrité de la
molécule glycopeptidique est nécessaire pour l'expression de son activité bio-
logique.
Par ailleurs la structure des composés fongiques, biologiquement actifs,
intervenant dans le système Phytophthora megasperma-soja, semble avoir une
incidence dans la réaction d’élicitation puisque les diverses fractions élicitrices
différent par leur niveau d'activité (KEEN & al., 1983).
L'incidence de la composition et de la structure des composés fongiques dans
le phénoméne d’élicitation a également été observée récemment par HAMDAN
& DIXON (1987). Ces auteurs ont noté que l'induction de l'activité des enzymes
intervenant dans la biosynthése des phytoalexines dépendait du taux de mannose
présent dans les fractions actives isolées du filtrat de culture de Colletotrichum
lindemuthianum.
Éliciteurs exogènes abiotiques
L'accumulation de phytoalexines a été depuis longtemps observée lorsqu'une
plante est soumise à l'action d'un traitement physicochimique (BAILEY, 1982).
Cette élicitation dite «abiotique» (YOSHIKAWA, 1978) provoque des dom-
mages cellulaires ou une nécrose consécutive à un effet de blessure ou de cyto-
toxicité (ISHIGURI & al., 1978). RICCI & ROUSSE (1983) ont démontré que
l'induction de phytoalexines par un herbicide sélectif n'a lieu que chez les
plantes pour lesquelles ce composé est phytotoxique.
Éliciteurs endogènes
L'existence d’éliciteurs constitutifs (HARGREAVES & BAILEY, 1978) ou
endogènes (HAHN & al., 1981) a été démontrée par les travaux de HARGREA-
VES & BAILEY (1978), de HARGREAVES & SELBY (1978) et de LYON
& ALBERSHEIM (1982). Elle a été confirmée par les travaux de DIXON & al.
(1983). Ces auteurs ont montré que la plante peut relarguer à partir de ses
propres tissus des substances ayant une activité élicitrice sur elle-même. Un
éliciteur endogéne du soja extrait de la paroi végétale par hydrolyse acide ou
hydrolyse enzymatique (DAVIS & al., 1982, 1984) est un polysaccharide pec-
tique, un a-D-dodécagalacturonide (NOTHNAGEL & al., 1983).
MODE ET NIVEAU D'ACTION DES INDUCTEURS DE RÉSISTANCE
Le mode et le niveau d'action des éliciteurs chez le végétal sont assez mal
définis actuellement.
Source : MNHN, Paris
180 M. BRUNETEAU et P. RICCI
Certains éliciteurs exogénes peuvent avoir un effet cytotoxique qui aboutit
à la libération d'un médiateur d'origine végétale, l'éliciteur endogéne (Fig. 3).
Il parait trés vraisemblable que les mécanismes de défense des plantes puissent
s'orienter sous la dépendance de fragments polysaccharidiques de leur propre
paroi cellulaire, fragments qui se comportent comme des substances de régu-
lation. ALBERSHEIM & DARVILL (1985) les appellent les oligosaccharines.
ELICITEUR EXOGENE [SIGNAL PRIMAIRE)
PAROI
EFFET HYOROLYSE
CYTOTOXIQUE ENZYMATIQUE
ELICITEUR ENDOGENE ACCES ÉLICITEUR EXOGENE MODIFIE
D DIRECT
SIGNAL SIGNAL
SECONDAIRE SECONDAIRE
MEMBRANE PLASMIQUE
Figure 3 — Voies d'accès de l'éliciteur exogène de la paroi à la membrane de la cellule
végétale.
Figure 3 — Access ways of the exogenous elicitor from the cell wall to the membrane of
the plant cell.
La découverte d'éliciteurs endogénes dans des tissus nécrosés a conduit
BAILEY (1982) à proposer l'hypothése selon laquelle l'élicitation passerait
obligatoirement par une nécrose cellulaire. Récemment BONNET & al. (1985,
1986) ont isolé du milieu de culture de diverses espéces de Phytophthora incom-
patibles pour le tabac des inducteurs de nécrose foliaire, qui élicitent en méme
temps une protection de cette plante vis-à-vis de son parasite, Phytophthora
nicotianae. Il n'est pas certain que cette situation soit générale.
La cible finale de l'éliciteur, éventuellement via certains médiateurs, est le
généme. L’élicitation à pour effet d’activer les gènes codant pour les enzymes
de la voie de biosynthése des phytoalexines (LAWTON & al., 1983 a, b).
Le chitosane, éliciteur chez le pois confronté a Fusarium solani, accèderait
au noyau de la cellule-hôte et HADWIGER & BECKMAN (1980) supposent
qu'il interférerait directement avec le matériel génétique. Mais les cibles pri-
maires de l'éliciteur peuvent être aussi des récepteurs portés par la membrane
plasmique de la cellule végétale.
L'existence de récepteurs membranaires n'a été que partiellement démontrée
par YOSHIKAWA & al. (1983) puis récemment par SCHMIDT & EBEL (1987).
La transmission du message à travers la membrane pourrait alors résulter
d’une interaction avec un effecteur membranaire, ce qui suppose l'existence de
Source : MNHN, Paris
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE 181
messagers secondaires. Il est. postulé à l'heure actuelle que ces messagers pour-
raient étre l'éthyléne et le calcium.
Рано! CELLULAIRE
MEMBRANE PLASMIQUE
ng
X дом mann 7 \ \
+ 4 mco
| ама
Chitinase
Modification
Е Ide la |
composition
cat ett cal de la
parol
teur Exogène ЕР, EF :Etfecteur membranaire
EM:Eliciteur exogéne Modifié par hydrolyse x ET: Ethyléne
enzymatique —— EM,:Heptaglucoside ou EL
dodecagalacturonide ET
S oa PAL:Phénylalanine Ammonia -Lyase
E protéine PE Prothine sative RCH дао бика a Hyd rare
rome: Y CCL:4-Coumaroy! CoA Ligase
Récepteur M inhibiteur FS : Flavanone Synthase
Figure 4 — Mode d’action primaire des éliciteurs (d’après KÖHLE & al., 1985).
Figure 4 — Mode of action of the elicitors (from KOHLE & al., 1985).
De nombreux travaux de l'équipe d'ESQUERRE-TUGAYE (TOPPAN & al.,
1982; TOPPAN & ESQUERRE-TUGAYE, 1984; ROBY & al., 1985) ont montré
qu’un effet primaire des éliciteurs est de stimuler chez la plante la production
d’éthylène, considéré comme un signal dans la synthèse protéique.
STAB & EBEL (1987) ont montré pour leur part que la réponse à l'éliciteur
était calcium dépendante. Ce dernier peut alors jouer un rôle de messager se-
condaire activant des systèmes enzymatiques impliqués dans la biosynthèse
des métabolites secondaires (ZOOK & al., 1987).
Selon les travaux de KUROSAKI & al. (1987 b) le calcium interviendrait
dans la synthèse de la 6-méthoxy-melléine, phytoalexine induite dans les cellules
de carotte, corrélativement avec l'AMP-cyclique. En revanche, chez le soja,
HAHN & GRISEBACH (1983) n'observent aucune corrélation entre l'élicitation
de glycéolline et le taux d'AMP-cyclique.
On peut aussi supposer une intervention de la calmoduline chez l'ceillet; la
chlorpromazine, un inhibiteur de la calmoduline, bloque l’elieitation des phyto-
alexines par les glycopeptides de Phytophthora parasitica (FERRARIS, 1987).
Source : MNHN, Paris
182 M. BRUNETEAU et P. RICCI
RÓLE ÉVENTUEL DES ÉLICITEURS
DANS L'INTERACTION HÔTE -PARASITE
Il est bien acquis aujourd’hui que des substances isolées de champignons ou
bactéries pathogènes induisent chez les plantes des mécanismes de défense et,
qu'apportées antérieurement à une inoculation, elles puissent assurer une protec-
tion. En revanche, il n'a pas été démontré en général que ces éliciteurs inter-
viennent effectivement au cours des interactions plantes-parasites, mais c'est là
une hypothése raisonnable.
Dans une telle interaction, éliciteurs microbiens libérés par les enzymes de
la plante (KEEN & YOSHIKAWA, 1983; WOODWARD & al., 1980; HADWI-
GER & al, 1981; GALLIARD, 1978) et éliciteurs endogénes libérés par les
enzymes du parasite (DAVIS & al., 1982, 1984) ou par suite de l'action nécro-
tique de ses phytotoxines pourraient concourir de manière additive voire syner-
gique (DAVIS & al., 1986) à induire la mise en place de mécanismes multiples
contribuant à créer dans les tissus du végétal un état de résistance à l'infection
(Fig. 5). La résistance effective dépendrait d’une part de la rapidité d'installation
du parasite, d'autre part d'une régulation des modalités de réponse de la plante
à l'éliciteur.
extraction ELICITEUR
BIOTIQUE
PARASITE
ELICITEURS
ABIOTIQUES
physiques
&
chimiques
eli.end
inhibition
MBRUNETEAU.PRICCL 1984
Figure 5 — Rôle des éliciteurs dans l'interaction hôte-parasite (d’après RICCI & BRUNE-
TEAU, 1984).
Figure 5 — Role of the elicitors in host-parasite interaction (from RICCI & BRUNETEAU,
1984).
MNHN.
D
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE 183
Ainsi, la capacité des isolats de Phytophthora parasitica à infecter l'osillet
dépend essentiellement de leur aptitude à coloniser les tissus avant l'apparition
des phytoalexines (RICCI, 1986). Pour éviter la résistance qu'ils induisent chez
la plante, d'autres parasites en réduisent les effets, par exemple en détoxifiant
les phytoalexines (VAN ETTEN, 1982), ou dépriment la capacité de réaction
du végétal par émission d'une pathotoxine.
Il a aussi été proposé que les éliciteurs pourraient étre directement des sup-
ports de la spécificité parasitaire. L’interaction compatible correspondrait a la
non-reconnaissance de «l'éliciteur spécifique» par la plante sensible (KEEN,
1982). Dans les feuilles de tomates infectées par Cladosporium fulvum on trouve
des protéines qui portent la spécificité parasitaire du champignon : elles n'in-
duisent de nécrose que chez les variétés de tomate incompatibles avec la race
de C. fulvum utilisée; ces protéines peuvent étre considérées comme des élici-
teurs de nécrose spécifiques (DE WIT & al., 1984, 1985).
Une situation comparable pourrait exister, au niveau de la spécificité d'hôte
cette fois, dans les interactions tabac-Phytophthora : P. nicotianae est la seule
espèce à n'induire ni nécrose foliaire ni protection chez cette plante (BONNET,
1985).
De ce point de vue cependant, la plupart des éliciteurs actuellement isolés
doivent être considérés comme aspécifiques (DARVILL & ALBERSHEIM,
1984). Ce qui n'empéche pas qu'ils soient reconnus par la plante avec une grande
spécificité chimique : dans le cas de l'heptaglucoside de Phytophthora mega-
sperma (Fig. 2), la position des deux ramifications (1,3) conditionne l'activité
élicitrice chez le soja (SHARP & al., 1984 c).
CONCLUSION
La caractérisation de molécules naturelles capables d'induire chez les plantes
un état de résistance ouvre des perspectives passionnantes pour la compréhension
du parasitisme comme pour la lutte phytosanitaire.
L'utilisation directe des éliciteurs comme agents de traitement préventif
des cultures a évidemment été tentée. Elle se heurte cependant à des difficultés
pratiques : complexité, diversité et dégradabilité des motifs actifs, difficulté de
pénétration, caractère généralement local, temporaire et partiel de la protection
obtenue. Elle n’est peut-être pas sans inconvénient non plus si on songe aux
possibles effets physiologiques non intentionnels des éliciteurs ou au risque de
voir les populations parasitaires s'adapter aux mécanismes de défense de la plante
d'autant plus vite que ceux-ci seront exposés en permanence.
Mais les éliciteurs sont aussi des révélateurs de la nature et de l'intensité du
potentiel de défense d'un végétal. A ce titre, ils peuvent constituer des outils
précieux pour identifier les traitements chimiques et culturaux capables de
limiter les risques d'infection parasitaire, ou pour la sélection de nouvelles sour-
ces de résistance.
Source : MNHN, Paris
184 M. BRUNETEAU et P. RICCI
Enfin, c'est sárement de l'élucidation du mode d'action des divers éliciteurs
sur la cellule végétale et sur la plante entiére que découleront les progrès les
plus significatifs. La connaissance que nous en avons aujourd’hui est encore
fragmentaire et imprécise.
Il faut souligner en particulier que la plupart des expériences sont réalisées
avec des extraits éliciteurs bruts ou seulement partiellement purifiés. L'isole-
ment et la caractérisation complète des motifs éliciteurs, l'obtention de prépa-
rations élicitrices chimiquement définies pour les essais biologiques constituent
une étape indispensable que le Biochimiste et le Phytopathologiste doivent
franchir de concert.
BIBLIOGRAPHIE
ALBERSHEIM P. et DARVILL A., 1985 — Les oligosaccharines. Pour la Science 97 :18-26.
AMIN N., KUROSAKI F. and NISHI A., 1987 — Carrot phytoalexin inhibits Ca**, calmo-
dulin dependent protein phosphorylation in carrot cells, Phytochemistry 26 : 51-53.
ANDERSON A., 1978 — Isolation from three species of Colletotrichum of glucan-contai-
ning polysaccharides that elicit browning and phytoalexin production in bean. Phyto-
pathology 68 : 189-194.
BAILEY J.A., 1982 — Physiological and biochemical events associated with the expression
of resistance to disease. In : WOOD R.K.S., Active Defense Mechanisms in Plants. New
York, Plenum Press : 39-65.
BONNET Ph. 1985 — Réactions différentielles du tabac à 9 espèces de Phytophthora.
Agronomie 5 : 801-808.
BONNET Ph., POUPET A. et BRUNETEAU M., 1985 — Toxicité vis-à-vis du tabac des
fractions purifies d'un filtrat de culture de Phytophthora cryptogea Pethyb. Laff.
Agronomie 5 :275-282.
BONNET Ph., POUPET A., ABAD P., VENARD P. et CARDIN L., 1986 — Induction de
Mécroses foliaires, de protéines b et de résistance dans les interactions Tabac-Phytophtho-
ra. Agronomie 6 : 829-837.
BOSTOCK R.M. and KUC J.A., 1980 — A lipophilic fraction from Phytophthora infestans
elicits the accumulation of sesquiterpenoid stress metabolites in potato tuber, Phyto-
pathology 70 : 688.
BOSTOCK R.M., KUC J.A. and LAINE R.A., 1981 — Eicosapentaenoic and arachidonic
acids from Phytophthora infestans elicit fungitoxic sesquiterpenes in potato. Science
212 167-69.
BOUILLANT M.L., FAVRE-BONVIN J. et RICCI P., 1983 — Dianthalexine, nouvelle
phytoalexine de type benzoxazinone isolée de l'œillet Dianthus caryophyllus L. (Caryo-
phyllacées). Tetrahedron Lett. 24 : 51-52.
CREAMER J.R. and ВОЅТОСК R.M., 1986 — Characterization and biological activity of
Phytophthora infestans phospholipids in the hypersensitive response of potato tuber.
Physiol. & Molec. Pl. Pathol. 28 : 215-225.
DARVILL AG. and ALBERSHEIM P., 1984 — Phytoalexins and their elicitors - A defense
against microbial infection in plants. Annual Rev. Pl, Physiol. 35 : 243-275.
DAVIS K.R., LYON G.D., DARVILL AG and ALBERSHEIM P., 1982 — A polygalac-
Source : MNHN, Paris
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE 185
turonic acid lyase isolated from Erwinia carotovora is an elicitor of phytoalexins in soy-
beans. Pl. Physiol, (Lancaster) 69 : S-142.
DAVIS K.R., LYON G.D., DARVILL A.G. and ALBERSHEIM P., 1984 — Host-pathogen
interactions XXV. Endopolygalacturonic acid lyase from Erwinia carotovora elicits
phytoalexin accumulation by releasing plant cell wall fragment. Pl. Physiol. (Lancaster)
74 :52-60.
DAVIS K.R., DARVILL A.G. and ALBERSHEIM P., 1986 — Host-pathogen interactions.
XXXI - Several biotic and abiotic elicitors act synergistically in the induction of phyto-
alexin accumulation in soybean. Pl. Molec. Biol. 6 : 23-32.
DE WIT PJ.G. and ROSEBOOM P.H., 1980 — Isolation, partial characterization and speci-
ficity of glycoprotein elicitors from culture filtrates, mycelium and cell walls of Clado-
sporium fulvum (syn. Fulvia fulva). Physiol. Pl. Pathol. 16 : 391-408.
DE WIT P.J.G. and KODDE E., 1981 — Further characterization and cultivar - specificity
of glycoprotein elicitors from culture filtrates and cell walls of Cladosporium fulvum
(syn. Fulvia fulva). Physiol. Pl, Pathol, 18 : 297-314.
DE WIT P.J.G., HOFMAN A.E.and AARTS M.MJJ.G., 1984 — Origin of specific elicitors
of chlorosis and necrosis occuring in intercellular fluids of compatible interactions of
Cladosporium fulvum (syn, Fulvia fulva) and tomato. Physiol. Pl. Pathol. 24 : 17-23.
DE WIT PJ.G., 1985 — Induced resistance to fungal and bacterial diseases. In : FRASER
RS.S., Mechanisms of resistance to plant diseases. Dordrecht, The Hague, Nijhoff M. :
405-424.
DE WIT PJ.G., HOFMAN A.E., VELTHVIS G.C.M. and KUC J.A., 1985 — Isolation and
characterization of an elicitor of necrosis isolated from intercellular fluids of compa-
tible interactions of Cladosporium fulvum (syn. Fulvia fulva) and tomato. Pl. Physiol.
(Lancaster) 77 : 642647.
DIXON R.A., DEY P.M., LAWTON M.A. and LAMB C.J., 1983 — Phytoalexin induction in
French bean, Intercellular transmission of elicitation in cell suspension culture and hypo-
cotyl sections of Phaseolus vulgaris. Pl. Physiol. (Lancaster) 71 :251-256.
DUDMAN F., 1980 — The extracellular glucans of Rhizobium japonicum strain 319 b 71
aC. Carbohyd. Res. 84 : 358-364.
ESQUERRE-TUGAYE M.T. and LAMPORT D.T.A., 1979 — Cell surfaces in plant-micro-
organisms interactions. I. A structural investigation of cell wall hydroxyproline contai-
ning glycoproteins which accumulate in fungus infected plants. Pl. Physiol. (Lancaster)
64 :314.319.
ESQUERRE-TUGAYE M.T., LAFITTE C., MAZAU D., TOPPAN A. and TOUZE A., 1979
— Cell surfaces in plant-microorganisms interactions. II. Evidence for the accumulation
of hydroxyproline-rich glycoproteins in cell wall of diseased plant as a defense mecha-
nism. Pl. Physiol. (Lancaster) 64 : 320-326.
ESQUERRE-TUGAYE M.T., MAZAU D., TOPPAN A. et ROBY D., 1980 — Elicitation
via l'échyléne, de glycoprotéines pariétales associées à la défense des plantes. Ann. Phyto-
pathol, 12 : 403-411.
FABRE I., BRUNETEAU M., RICCI P. et MICHEL G., 1986 — Isolement, composition et
activité élicitrice chez l’æillet de fractions extraites de la paroi de Phytophthora parasi-
tica Dastur. Agronomie 6 : 35-45.
FERRARIS E., 1987 — Elicitation de phytoalexines N-benzoylanthraniliques dans des sus-
pensions cellulaires d’ceillet (Dianthus caryophyllus L.), traitées par des extraits parié-
taux du champignon parasite Phytophthora parasitica Dastur. Diplôme de Doctorat,
Paris-Sud.
GALLIARD T., 1978 — Lipolytic and lipoxygenase enzymes in plants and their action in
Source : MNHN, Paris
186 M. BRUNETEAU et P. RICCI
wounded tissues. In : KAHL G., Biochemistry of wounded plant tissues. New York,
Berlin, De Gruyter : 151201.
GARAS N.A. and KUC J.A., 1981 — Potato lectin lyses zoospores of Phytophthora infes-
tans and precipitates elicitors of terpenoid accumulation produced by the fungus. Phy-
siol. Pl. Pathol. 18 : 227-237.
HACHLER H. and HOHL H.R., 1982 — Histochemistry of papillae in potato tuber tissue
infected with Phytophthora infestans, Bot. Helvetica 92 : 23-31.
HADWIGER L.A. and BECKMAN J.M., 1980 — Chitosan, as a component of pea - Fusa-
rium solani interactions. Pl. Physiol. (Lancaster) 66 : 205-211.
HADWIGER L.A., BECKMANN J.M. and ADAMS H.J., 1981 — Localization of fungal com-
ponents in the pea - Fusarium interaction detected immunochemically with anti-chitosan
and anti-fungal cell-wall antisera. Pl. Physiol. (Lancaster) 67 : 170-175.
HAHN M.G. and ALBERSHEIM P., 1978 — Host-pathogen interactions XIV. Isolation and
partial characterization of an elicitor from yeast extract. Pl. Physiol, (Lancaster) 62: 107.
HAHN M.G., DARVILL A.G. and ALBERSHEIM P., 1981 — Host-pathogen interactions
XIX. The endogenous elicitor, a fragment of a plant cell wall polysaccharide that elicits
phytoalexin accumulation in soybeans. Pl. Physiol. (Lancaster) 68 : 1161-1169.
HAHN M.G. and GRISEBACH H., 1983 — Cyclic AMP is not involved as a second messen-
ger in the response of soybean to infection by Phytophthora megasperma f. sp. glycinea.
Z. Naturf. 38c : 578-582.
HAMDAN M.A.M.S. and DIXON R.A., 1987 — Fractionation and properties of elicitors of
the phenylpropanoid pathway from culture filtrates of Colletotrichum lindemuthianum.
Physiol. & Molec. Pl. Pathol. 31 : 91-103.
HAMMERSCHMIDT R. and KUC J.A., 1982 — Lignification as a mechanism for induced
systemic resistance in cucumber. Physiol. Pl. Pathol. 20 : 61-71.
HARGREAVES J.A. and BAILEY J.A., 1978 — Phytoalexin production by hypocotyls
of Phaseolus vulgaris in response to constitutive metabolites released by damaged bean
cells. Physiol, Pl. Pathol. 13 : 89-100.
HARGREAVES J.A. and SELBY C., 1978 — Phytoalexin formation in cell suspensions of
Phaseolus vulgaris in response to an extract of bean hypocotyls. Phytochemistry 17 :
1099-1102.
ISHIGURI Y., TOMIYAMA K., DOKE N., MURAI A., KATSUI N., YAGIHASHI F. and
MASAMUNE T., 1978 — Induction of rishitin - metabolizing activity in potato tuber
tissue disks by wounding and identification of rishitin metabolites. Phytopathology 68 :
720-725.
KEEN N.T., PARTRIDGE J.E. and ZAKI A.I., 1972 — Pathogen-produced elicitor of a
chemical defense mechanism in soybeans monogenically resistant to Phytophthora
megasperma var. sojae. Phytopathology 62 : 768.
KEEN N.T. and LEGRAND H., 1980 — Surface glycoproteins : evidence that they may
function as the race specific phytoalexin elicitors of Phytophthora megasperma f. sp.
glycinea. Physiol, Pl. Pathol. 17 :175-192.
KEEN N.T., 1982 — Specific recognition in gene-for-gene host-parasite systems. Advances
Pl Pathol. 1 : 35-82.
KEEN NT. and YOSHIKAWA M., 1983 — fi 1,3 endoglucanase from soybean releases
elicitor active carbohydrates from fungus cell walls. Pl. Physiol. (Lancaster) 71 : 460-
465.
KEEN N.T., YASHIKAWA M. and WANG M.C., 1983 — Phytoalexin elicitor activity of
carbohydrates from Phytophthora megasperma f, sp. glycinea and other sources. Pl.
Physiol. (Lancaster) 71 : 466-471.
Source : MNHN, Paris
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE 187
KÓHLE H., JEBLICK W., POTEN F., BLASCHEK W. and KAUSS H., 1985 — Chitosan-
elicited callose synthesis in soybean cells as a Ca’ -dependent process. Pl. Physiol.
(Lancaster) 77 : 544-551.
KUC J.A. 1982 a — The immunization of cucurbits against fungal, bacterial and viral
diseases. In : ASADA Y., Plant infection, the physiological and biochemical basis.
Tokyo, Jap. Sci. Soc. Press; Berlin, Springer Verlag : 137-155.
KUC J.A., 1982 b — Plant immunization mechanisms and pratical implications. In : WOOD.
R.K.S. & JANOS E.T., Active defense mechanisms in plants. New York, Plenum Press :
157-178.
KUC J.A., 1982 c — Induced immunity to plant diseases. Bioscience 32 : 854-860.
KURANTZ MJ. and OSMAN S.F., 1983 — Class distribution, fatty acid composition and
elicitor activity of Phytophthora infestans mycelial lipids. Physiol. Pl. Pathol. 22 : 363-
370.
KUROSAKI F., TASHIRO N. and NISHI A., 1987a — Induction of chitinase and phenyl
alanine ammoniadyase in culture carrot cells treated with fungal (mycelial) walls. Pl.
Cell, Physiol. 27 :1587.
KUROSAKI F., TSURUSAWA Y. and NISHI A., 1987 b — The elicitation of phytoalexine
by Ca”* and cyclic AMP in carrot cells. Phytochemistry 26 : 1919-1923.
LAWTON M.A., DIXON R.A., HAHLBROCK K. and LAMB C.J., 1983 a — Rapid induction
of the synthesis of phenylanine ammonia-lyase and chalcone synthase in elicitor-treated
plant cells. Eur. J. Biochem. 129 : 593-601.
LAWTON M.A., DIXON R.A., HAHLBROCK K. and LAMB C.J., 1983 b — Elicitor induc-
tion of mRNA activity. Rapid effects of elicitor on phenylalanine ammonia-lyase and
chalcone synthase mRNA activities in bean cells. Eur. J. Biochem. 130 : 131-139.
LEE S.C. and WEST C.A., 1981 — Polygalacturonase from Rhizopus stolonifer is an elicitor
of casbene synthase activity in castor bean (Ricinus communis) seedlings. PI. Physiol.
(Lancaster) 67 : 633-639.
LHOMME O., FABRE I., MAS P., BRUNETEAU M., MOLOT P.M., STARON T. et MI-
CHEL G., 1986 — Mise en évidence et activité biologique chez Capsicum annuum (pi-
ment) d’un inducteur de résistance isolé du mycélium de P. capsici (mildiou). Compt.
Rend. Hebd. Séances Acad. Sci., Ser. III, 302 : 471-473.
LYON G.D. and ALBERSHEIM P., 1982 — Host-pathogen interactions XXI - Extraction of
a heat-labile elicitor of phytoalexin accumulation from frozen soybean stems. Pl. Phy-
siol. (Lancaster) 70 : 406-409.
MANSFIELD J.W., 1982 — The role of phytoalexins in disease resistance. In : BAILEY J.A.
& MANSFIELD J.W., Phytoalexins. New York, Halsted Press : 253-288.
MOLOT P.M., POCHARD Е. et MAS P., 1985 — Le capsidiol conditionne-t-il la resistance
du piment à Phytophthora capsici ? Phytopathol. Medit. 24 : 249-254.
NOTHNAGEL E.A., Mc NEIL M., DELL A. and ALBERSHEIM P., 1983 — Host-pathogen
interactions XXII. A galacturonic acid oligosaccharide from plant cell walls elicits phyto-
alexins. PI. Physiol. (Lancaster) 71 :916-926,
PAXTON J.D., 1981 — Phytoalexins. A working redefinition. Phytopathol. Z. 101 : 106-
109.
PONCHET M., MARTIN-TANGUY J., ANDREOLI C. et MARTIN C., 1982 — Apparition
de substances de type phénolamide lors de l'interaction Dianthus caryophyllus L. var.
«Scania» - Phytophthora parasitica Dastur. Agronomie 2 : 37-44.
PONCHET M., MARTIN-TANGUY J., MARAIS A. and POUPET A., 1984 — Dianthramides
A and B : two N-benzoylanthranilic acid derivatives from elicited tissues of Dianthus
caryophyllus. Phytochemistry 23 : 1901-1903.
Source : MNHN, Paris
188 M. BRUNETEAU et P. RICCI
RICCI P. and ROUSSE G., 1983 — Absence of induction of phytoalexins and resistance in
carnation by the selective herbicide oxadiazon. Acta Horticulturae 141 : 103-113.
RICCI P. et BRUNETEAU M., 1984 — Mécanismes biochimiques de la résistance induite
dans les maladies causées par les Phytophthora (1ére Réunion du Groupe International
de Travail sur les Phytophthora du Cacaoyer). Alliance des Pays Producteurs de Cacao
(Lagos) : 132-156.
RICCI P., 1986 — Étude des relations hóte-parasite dans l'interaction compatible entre
Dianthus caryophyllus L. et Phytophthora parasitica Dastur. Nature et Intervention
d'un mécanisme de défense élicitable. Thèse Doctorat État, Paris-Sud.
ROBY D., TOPPAN A. and ESQUERRE-TUGAYE M.T., 1985 — Cell surfaces in plant-
microorganism interaction. V. Elicitors of fungal and of plant origin trigger the synthesis
of ethylene and of cell wall hydroxyproline-rich glycoproteins in plants. Pl, Physiol.
(Lancaster) 77 : 700-704.
ROBY D., GADELLE A. and TOPPAN A., 1987 — Chitin oligosaccharides as elicitors of
chitinase activity in melon plant. Biochem. Biophys. Res. Commun. 143 : 885-892.
SCHMIDT W.E. and EBEL J., 1987 — Specific binding of a fungal glucan phytoalexin
elicitor to membrane fractions from soybean Glycine max. Proc. Natl. Acad. U.S.A.
84: 4117-4121.
SHARP J.K., VALENT B. and ALBERSHEIM P., 1984 a — Host-pathogen Interactions
XXVI. Purification and partial characterization of a Bglucan fragment that elicits phyto-
alexin accumulation in soybean. J. Biol. Chem, 259 : 11312-11320.
SHARP J.K., Mc NEIL M. and ALBERSHEIM P., 1984 b — Host-pathogen interactions
XXVII. The primary structures of one elicitor-active and seven elicitor-inactive hexa
(B-D-glucopyranosyl) glucitols isolated from the mycelial walls of Phytophthora mega-
sperma £. sp.glycinea. J. Biol, Chem. 259 :11321-11336.
SHARP J.K., ALBERSHEIM P., OSSOWSKI P., PILOTTI A., GAREGG P. and LINDBERG
B., 1984 c — Host-pathogen interactions XXVIII, Comparison of the structures and
elicitor activities of a synthetic and a mycelial-wall-derived hexa (-D-glucopyranosy!)
Deglucitol. J. Biol. Chem. 259 : 11341-11345.
SMITH D.A., 1982 — Toxicity of phytoalexins. In : BAILEY J.A. & MANSFIELD J.W.,
Phytoalexins. New York, J. Wiley & Sons : 218-252.
STAB M.R. and EBEL J., 1987 — Effects of Ca?” on phytoalexin induction by fungal
elicitor in soybean cell. Arch. Biochem. Biophys. 257 : 416-423.
STOESSL A., 1965 — The antifungal factors in Barley. Ш. Isolation of p-coumarylagmatine.
Phytochemistry 4 :973-976.
STOESSL A., 1967 —The antifungal factors in Barley. IV. Isolation, structure and synthesis
of the hordatines. Canad. J. Chem. 45 : 1745-1760.
STOESSL A., 1982 — Biosynthesis of phytoalexins. In : BAILEY J.A. & MANSFIELD J.W.,
Phytoalexins. New York, J. Wiley & Sons : 133-180.
SWINBURNE T.R., 1975 — Microbial proteases as elicitors of benzoic acid accumulation
in apples. Phytopathol. Z. 82 : 152-162.
TOPPAN A., ROBY D. and ESQUERRE-TUGAYE M.T., 1982 — Cell surfaces in plant -
microorganism interaction, Ill. In vitro effect of ethylene on hydroxyproline - rich
glycoprotein accumulation in the cell wall of diseased plants. Pl. Physiol. (Lancaster)
70 :82-86.
TOPPAN A. and ESQUERRE TUGAYE M.T., 1984 — Cell surfaces in plant-microorganism
interaction. IV. Fungal glycopeptides which elicit the synthesis of ethylene in plants.
Pl. Physiol. (Lancaster) 75 : 1133-1138.
Source : MNHN, Paris
ÉLICITATION ET RÉSISTANCE INDUITE 189
VAN ETTEN H.D., 1982 — Phytoalexin detoxification by monooxygenases and its impor-
tance for pathogenicity. In : ASADA Y., Plant Infection. Berlin, Springer Verlag :315-
327.
WOODWARD J.R., KEANE PJ. et STONE B.A., 1980 — B-glucans and ß-glucan hydrolases
in plant pathogenesis with special reference to wilt-inducing toxins from Phytophthora
species. In : STANFORD P.A, & MATSUDA K., Fungal polysaccharides, Advances
Chem. Ser. Amer. Chem. Soc. 126 : 131-141,
YOSHIKAWA M., 1978 — Diverses modes of action of biotic and abiotic phytoalexin
elicitors. Nature (London) 275 : 546-547.
YOSHIKAWA M., KEEN N.T. and WANG M.C., 1983 — A receptor on soybean membranes
for a fungal elicitor of phytoalexin accumulation. Pl. Physiol. (Lancaster) 73 : 497-
506.
ZERINGUE H.J., 1987 — A possible relationship between phytoalexin production in the
cotton leaf and a phytotoxic response. Phytochemistry 26 :975.
ZOOK M.N., RUSH J.S. and KUC J.A., 1987 — A role for Ca?” in the elicitation of Rishi-
tin and lubimin accumulation in potato tuber tissue. Pl. Physiol. (Lancaster) 84 : 520-
525.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN. Paris
Cryptogamie, Mycol, 1988, 9 (3) : 191-200 191
RECHERCHE ET INTÉRÉT D'ÉLICITEURS FONGIQUES
DANS LES INTERACTIONS DE TROIS ESPECES VÉGÉTALES
AVEC DES CHAMPIGNONS PHYTOPATHOGENES
DU GENRE PHYTOPHTHORA
par Pierre RICCI*, Philippe BONNET*, Michel PONCHET*,
Paul Michel MOLOT** et Maud BRUNETEAU***
RESUME — Chez des champignons du genre Phytophthora, on a recherché des éliciteurs
capables d'induire chez l'eeillet, le piment ou le tabac une protection vis-a-vis de P. parasi-
tica, P. capsici ou P. nicotianae, respectivement. On a ainsi identifié une fraction parictale
glycopeptidique active sur œillet, des éliciteurs lipidiques (en particulier, un sphingophos-
pholipide à inositol) protecteurs du piment et des protéines élicitrices chez le tabac. La
comparaison des trois systèmes a révélé que les éliciteurs présentent une certaine spécifi-
cité selon la plante-cible, en méme temps que des modes d'action différents. Chez l'œillet, la
protection localisée est liée à l'accumulation de phytoalexines N-benzoylanthraniliques.
L'effet des éliciteurs lipidiques chez le piment n'implique pas l'intervention du capsidiol et
peut s'étendre à la plante entière. La protection du tabac par des protéines extracellulaires
de Phytophthora spp. s'accompagne d’une réaction de type hypersensible et paraît caracté-
ristique des espèces incapables de coloniser cette plante.
SUMMARY — In fungi belonging to the genus Phytophthora, we have looked for elicitors
able to protect carnation, pepper or tobacco against P. parasitica, P. capsici or P. nicotianae,
respectively. We have thus identified a cell wall glycopeptidic fraction active on carnation,
lipidic elicitors (especially an inositol-containing sphingophospholipid) which protect
pepper and proteins with elicitor activity on tobacco. A comparison of the three systems
indicated that elicitors are rather plant-specific and diverse in their mode of action. In car-
nation, local protection depends on the accumulation of N-benzoylanthranilic phytoalexins.
Pepper protection by the lipidic elicitors does not involve capsidiol and can be systemic.
Extracellular proteins from Phytophthora spp., together with protecting tobacco, induce an
hypersensitive-like reaction which appears characteristic of the Phytophthora species unable
to colonize tobacco.
MOTS CLÉS : Phytophthora, Dianthus caryophylius, Capsicum annuum, Nicotiana taba-
cum, éliciteurs, résistance induite, phytoalexines.
* Station de Botanique et de Pathologie végétale, Villa Thuret, I.N.R.A., В.Р. 2078, 06606
Antibes Cedex, France.
** Station de Pathologie végétale, I.N.R.A., B.P. 94, 84140 Monfavet, France.
*** Laboratoire de Biochimie microbienne, Université Claude Bernard - Lyon 1, 43 Bd du
11 novembre 1918, 69622 Villeurbanne Cedex, France.
Source
MNHN, Paris
192 RICCI et al.
INTRODUCTION
Le concept d'éliciteur de réactions de défense chez les plantes a reçu ses
premières vérifications expérimentales dans les années soixante-dix (cf. BRUNE-
TEAU & RICCI, 1988). Ces expériences concernaient des maladies des Légu-
mineuses, en particulier l'interaction entre le soja et Phytophthora megasperma,
et il se révéla que les motifs actifs impliqués étaient des polysaccharides. On a
eu tendance à considérer par la suite qu'il devait en étre de méme pour tous les
éliciteurs en général et que les mêmes molécules, ou des molécules voisines,
devaient étre actives chez des plantes diverses (DARVILL & ALBERSHEIM,
1984). Pour vérifier la validité de cette conception, il était important d'étendre
la recherche d'éliciteurs à d'autres systémes biologiques.
Nous rapporterons ici un ensemble de travaux dans lesquels nous nous som-
mes attachés à identifier des éliciteurs provenant de champignons du genre
Phytophthora, actifs sur trois espèces végétales : l’ceillet (Dianthus caryophyllus
L.), le piment (Capsicum annuum L.) et le tabac (Nicotiana tabacum L.). Tout
en démontrant que les molécules élicitrices sont en réalité de nature chimique
différente selon la plante-cible, ces recherches ont éclairé, dans chacun des
systèmes étudiés, un aspect particulier des mécanismes de défense mis en jeu.
L'intérét de l'étude des éliciteurs s'en trouve ainsi diversement illustré.
RÉSULTATS
Choix d’un critère commun d’élicitation.
Dans une première étape, il était nécessaire de choisir une définition opéra-
toire de l’activité élicitrice, applicable aux trois systèmes envisagés. Le critère
communément retenu est l'induction de phytoalexines (BLOCH & al., 1984),
ce qui n’est pas entièrement satisfaisant lorsque ces métabolites résultent de
voies de biosynthèse différentes chez les plantes à comparer (STOESSL, 1982).
Dans le cas présent, ce seul critère ne pouvait convenir. En effet, si l'infection
du piment par Phytophthora capsici s'accompagne d'une accumulation de capsi-
diol, cette phytoalexine ne joue pas un rôle essentiel dans la résistance au cham-
pignon (MOLOT & al., 1981). Il en est de même chez le tabac (où le capsidiol
et d'autres sesquiterpènes antifongiques ont été signalés) vis-à-vis de P. nicotia-
nae (BUDDE & HELGESON, 1981).
Pour les besoins de notre étude, nous avons donc considéré qu'une molécule
avait une activité élicitrice chez une plante lorsqu'elle était capable de la pro-
téger contre une inoculation ultérieure par une espéce de Phytophthora patho-
gène pour cette plante. Un protocole expérimental d'appréciation du pouvoir
éliciteur a été défini pour chaque interaction. Le principe en est toujours le
même : la molécule ou la fraction à tester est appliquée en solution ou en sus-
pension dans l'eau sur un organe blessé. Pour l'œillet, il s’agit de boutures non
encore enracinées et fraîchement recoupées dont la base trempe dans la prépa-
ration élicitrice; pour le piment, de cotylédons détachés en survie, flottant sur
Source : MNHN, Paris
ÉLICITEURS EXTRAITS DE PHYTOPHTHORA 193
l'eau, qui reçoivent une goutte de 25 ul de préparation au centre du limbe;
dans le cas du tabac, une goutte de 20 ul est apportée sur la tige, fraîchement
décapitée, d'un plant de 2 à 3 mois. Un jour plus tard (2 jours dans le cas du ta-
bac), on apporte au même site un inoculum calibré d'un isolat agressif. On ob-
serve ensuite les symptómes révélateurs d'une invasion de l'organe par le champi-
gnon, en comparaison avec des plantes témoins inoculées aprés apport d'eau
stérile au lieu et place de l'éliciteur.
En considérant de la sorte des «éliciteurs de protection», nous étions assurés
d'impliquer des mécanismes de défense efficaces et nous évitions toute hypo-
thése a priori sur la nature de ces mécanismes. Comme nous le verrons plus loin,
c’est en utilisant une fraction inductrice de protection que nous avons pu, à
l'inverse, démontrer l'existence et l'importance de phytoalexines chez l’eillet.
Diversité chimique des motifs éliciteurs.
Dans les cultures d’ceillet, les boutures récemment plantées sont parfois
détruites par P. parasitica qui provoque une pourriture du collet. Nous avons
montré qu'on peut étudier ce système, de façon simplifiée, sur des boutures
non encore enracinées (RICCI, 1986). En traitant à l’eau chaude, selon AYERS
& al. (1976), des parois purifiées de P. parasitica, nous avons obtenu un extrait
pariétal hydrosoluble (EP) qui, dans le test précédemment décrit, assure une
protection compléte de ces boutures à partir d'une concentration de l'ordre de
20 à 100 ug/ml. Nous avons d'abord recherché les motifs responsables de cette
activité parmi les polysaccharides neutres contenus dans l'extrait pariétal (EP),
par analoge avec les résultats publiés chez le soja (AYERS & al., 1976) et le
haricot (ANDERSON, 1978). Des chromatographies d'échange d'ions, d'affini-
té et d’exclusion ont abouti à la séparation de trois catégories de 81-3 Р glu-
canes différant par leur masse moléculaire et leur degré de ramification en 1-6
(FABRE & al., 1984). Appliqués à l'œillet, ils se sont montrés trop peu élici-
teurs pour pouvoir rendre compte de l'activité de EP (FABRE & al., 1986).
Dans un autre domaine cependant, ces glucanes ont révélé une activité anti-
tumorale intéressante (BRUNETEAU & al., 1988).
Dans les différents types de fractionnement de EP que nous avons utilisés,
le pouvoir éliciteur sur œillet a toujours été associé à des fractions glycopepti-
diques riches en mannose (résult. non publ.). Cette activité est d'ailleurs sensible
non seulement à l'oxydation périodique (d’où l'implication d’un motif poly-
saccharidique), mais aussi à l’action de la pronase, ce qui indique qu’une partie
protéique est indispensable (FABRE & al., 1986).
Considérons maintenant le cas du piment qui est également sujet à une
pourriture des racines et du collet, due cette fois à P. capsici. Une activité
élicitrice de protection (dans le test sur cotylédons en survie) a été trouvée
chez l'agent pathogène, dans un extrait mycélien d'une part, dans des filtrats
de culture d'autre part (MOLOT & al., 1980). Dans le premier cas, le motif
actif a pu être isolé et caractérisé (LHOMME & al., 1986) : il s'agit d'un sphingo-
phospholipide à inositol dont la structure exacte vient d’être élucidée (LHOM-
ME, com. pers.). Dans le second cas, il a été démontré que l'activité était liée,
Source : MNHN, Paris
194 RICCI et al.
là aussi, à une fraction lipidique. Ce résultat n'est pas sans rappeler le róle de
certains acides gras insaturés dans l'élicitation chez la pomme de terre (cf.
BRUNETEAU & RICCI, 1988). Pour autant, il ne faudrait pas généraliser à
toutes les Solanacées : ce n'est pas à des lipides qu'a abouti la recherche d'éli-
citeurs actifs chez le tabac.
La maladie du «black shank» du tabac correspond à un envahissement du
collet et de la base de la tige par P. nicotianae. Le prétraitement de tiges de
tabac décapités avec des filtrats de culture d’autres Phytophthora, non parasites
du tabac (xénoparasites), les protège contre une inoculation ultérieure par P.
nicotianae (BONNET & al., 1986). A partir de l'espèce xénoparasite P. crypto-
gea, la molécule élicitrice a été complétement purifiée : il s’agit d’une protéine
de masse moléculaire proche de 10000 d (BONNET & al., 1985) que nous avons
appelée cryptogéine. Des résultats très récents indiquent que l'effet protecteur
sur tabac observé avec le filtrat de culture de P. capsici est également lié à une
protéine de masse moléculaire voisine. Ni phosphore, ni sucre n'ont été détectés
dans ces éliciteurs purifiés (BILLARD & al., 1988).
Ayant ainsi étudié chaque système séparément, nous avons ensuite comparé
l'activité des différents éliciteurs sur les trois plantes-hótes (RICCI & al., 1986).
Comme on peut le voir sur le tableau I, il n'y a qu'un cas d'élicitation croisée :
la cryptogéine, active sur le tabac, a aussi un effet protecteur chez le piment.
En revanche, les f-glucanes extraits de la paroi de P. parasitica n'ont aucune
Espéce fongique Source Nature de la Activité protectrice sur :
fraction. Oeillet Tabac Piment
P. parasitica paroi B-glucanes € 0 0
" " glycopeptides ++ 0 0
P. capsici mycélium — phospholipide 0 0 ++
т filtrat de lipoconjugués 0 0 +
culture
" " glycopeptides Е ++ 0
P. cryptogea filtrat € ++ ++
Tableau I — Induction de protection de trois espèces végétales vis-à-vis de l'infection par des
Phytophthora par application de fractions élicitrices extraites de Phytophthora spp.
(daprès RICCI & al., 1986).
Table I — Induction of protection in three plant species against infection by Phytophthora
with elicitor fractions extracted from Phytophthora spp. (from RICCI & al., 1986).
Source : MNHN, Paris
ÉLICITEURS EXTRAITS DE PHYTOPHTHORA 195
action et la fraction glycopeptidique qui élicite les phytoalexines de l'œillet ne
protège ni le piment, ni le tabac. De même, les polysaccharides et glycoconju-
gués extraits du mycélium de P. capsici ont très peu d'action sur le piment
Enfin, des trois plantes envisagées, seul le piment réagit à des composés lipidi
ques. En effet, dans la préparation extracellulaire de P. capsici signalée anté-
rieurement comme élicitrice à la fois sur piment et tabac (RICCI & al., 1986),
un fractionnement ultérieur a permis de séparer une fraction lipidique active
seulement sur piment et une fraction glycopeptidique élicitrice de protection
chez le tabac (résult. non publ.).
Comme on ne dispose habituellement, pour les essais d'élicitation, que d'ex-
traits fongiques bruts contenant ces différents types de molécules, l'opinion
s'est répandue que les éliciteurs ont une activité universelle. Nos expériences,
conduites avec des molécules pures ou des extraits purifiés, montrent au con-
traire que chaque espèce végétale reconnaît des motifs particuliers comme
signaux déclenchant ses mécanismes actifs de défense.
Protection et production de phytoalexines chez l’œillet.
Les boutures d'eillet trempées dans l'extrait éliciteur EP à concentration
suffisante se comportent comme totalement résistantes à une inoculation par
P. parasitica pratiquée après 16 à 24 heures de traitement. Ces boutures ne
développent aucun symptôme d'invasion et,tant par réisolement à partir de
coupes transversales que par observation histologique, il n'est pas possible de
mettre en évidence le parasite à l'intérieur des tissus, alors méme que l'éliciteur
EP est dépourvu d'effet direct sur les zoospores ou le mycélium du champignon
(RICCI, 1986).
L'analyse des tissus de la base des boutures ayant été en contact avec l'élici-
teur a révélé laccumulation de molécules nouvelles. Les deux composés majori-
taires (Fig. 1), baptisés dianthalexine (BOUILLANT & al., 1983) et méthoxy-
dianthramide S (précédemment, dianthramide A : PONCHET & al., 1984),
peuvent être considérés comme résultant de la formation d'une liaison amide
entre un dérivé de l'acide anthranilique et un dérivé de l'acide benzoique. Ces
o
‘COOH
j KX
E
a b HO
Figure 1 — Structure des deux principales phytoalexines de l'œillet : la dianthalexine (a) et
la méthoxydianthramide S (b) (d'aprés BOUILLANT & al., 1983; PONCHET & al.,
1984, 19884).
Figure 1 — Structure of the two main phytoalexins of carnation : dianthalexin (a) and
methoxydianthramide S (b) (from BOUILLANT & al., 1983; PONCHET & al., 1984,
19883).
Source : MNHN, Paris
196 RICCI et al.
deux composés sont, en fait, les représentants prépondérants d'une famille de
dérivés N-benzoyl- (ou N-cinnamoyl-) anthraniliques particuliers aux Caryophyl-
lacées (PONCHET & al., 19882).
La plupart de ces molécules ont été synthétisées chimiquement (HAUTE-
VILLE & al., 1988), ce qui a facilité l'étude de leur activité antifongique. Elles
interférent avec la croissance mycélienne de P. parasitica; elles sont particuliére-
ment efficaces sur les zoospores, dont elles provoquent la lyse ou dont elles
inhibent la germination à partir d'une concentration de l'ordre de 10 ug/ml
(RICCI, 1986).
Ces molécules antifongiques s'accumulent également au cours de l'interaction
entre la plante et le champignon vivant (RICCI, 1986); elles présentent donc
tous les caractéres de phytoalexines (PAXTON, 1981). Nous avons vérifié par
ailleurs que, aprés application d’éliciteur et quelles que soient les conditions
du traitement, il existe une corrélation entre le taux de boutures protégées et
la quantité de phytoalexines accumulées (RICCI, 1986). Il apparaît ainsi que la
production de phytoalexines constitue, concurremment avec la protection, une
mesure fiable de la réponse de l'ocillet à l'élicitation.
Dans ce cas précis, la recherche d’un éliciteur a donc contribué à révéler des
phytoalexines de nature chimique nouvelle. Comme leur activité antifongique
ne se limite pas aux Phytophthora (PONCHET & al., 1988b), c'est un mécanisme
de défense de portée sans doute assez générale qui a été ainsi mis en évidence
chez l'œillet.
Elicitation et protection systémique chez le piment,
Le sphingophospholipide qui protége le piment constitue, avec l'heptaglu-
coside éliciteur de glycéolline chez le soja et les acides arachidonique et eicosa-
pentaénoique actifs sur pomme de terre, l'un des rares motifs éliciteurs com-
plétement caractérisés (BRUNETEAU & RICCI, 1988). Son mode d’action
demeure en revanche mystérieux.
L'utilisation de préparations purifióes a permis en tout cas d'établir que la
protection du piment par les éliciteurs lipidiques mycélien ou extracellulaire
n'implique pas le capsidiol. Cette phytoalexine ne s'accumule qu’aprés inocula-
tion et n'est pas plus abondante dans les tissus protégés que dans les tissus non
élicités (MOLOT & al., 1985).
Un autre aspect remarquable de leur action est son caractère systémique sur
plantule entière. Lorsqu'un cotylédon non détaché, mais dont l'extrémité a
été excisée, est trempé dans une préparation du phospholipide mycélien, on
constate que le feuillage de la jeune plante est partiellement protégé vis-à-vis
d'une pulvérisation ultérieure de zoospores de P. capsici. Les mêmes plantules
de piment, ainsi traitées par l'éliciteur, produisent des exsudats racinaires qui ont
une activité dépressive sur la sporocystogénése du parasite (MOLOT & al., 1987).
On ignore pour l'instant si ces effets résultent d’une migration de l'éliciteur
lui-même ou s’il y a propagation d’un signal endogène dans la plante.
Source : MNHN, Paris
ÉLICITEURS EXTRAITS DE PHYTOPHTHORA 197
Elicitation et spécificité parasitaire chez le tabac.
La protection du tabac par les filtrats de culture des Phytophthora xéno-
parasites présente un caractère singulier : elle s'accompagne de manifestations
nécrotiques foliaires, plus ou moins intenses, à distance du point d'application
de Véliciteur. Les mémes nécroses s'observent lorsque le tabac est inoculé par ces
Phytophthora (BONNET, 1985). L'obtention de cryptogéine purifiée a permis
de démontrer que nécroses foliaires et protection sont provoquées par la méme
molécule élicitrice; il y a simultanément production de protéines b (BONNET,
1988). L'association de ces diverses manifestations rappelle le faciès classique
de la réaction d'hypersensibilité, telle qu'elle s'observe dans l'interaction entre
Nicotiana tabacum et le Virus de la Mosaïque du Tabac, et ses répercussions
sur la résistance à P. nicotianae (Mc INTYRE & DODDS, 1979). Les protéines
du type cryptogéine sont peut-être à considérer comme des éliciteurs d'hyper-
sensibilité.
Par ailleurs, les seuls filtrats de culture auxquels il n'a pas été trouvé d'acti-
vité nécrosante et protectrice proviennent d'isolats du parasite : P. nicotianae
(BONNET, 1985). Il est donc permis de se demander si un facteur important
du pouvoir pathogéne spécifique de l'agent du «black shank» à l'égard du tabac
ne serait pas une absence ou une réduction de la production d’éliciteurs. En
évitant d'être reconnu par le végétal, le parasite échapperait à un déclenchement
précoce des mécanismes de défense. Cette hypothèse correspond précisément
au modèle «éliciteur-récepteur» proposé par КЕЕМ (1982) pour expliquer la
spécificité parasitaire.
Pour tenter de vérifier cette hypothèse, une situation favorable se présente :
la comparaison entre P. nicotianae et P. parasitica. Il s'agit en effet d'espèces
très proches; pour certains auteurs, la première ne serait même qu'une «forme
spéciale» de la seconde, inféodée au tabac (ERWIN, 1982). S'il se confirmait en
tout cas qu'elles sont interfertiles, il serait possible de vérifier génétiquement
la corrélation inverse qui semble exister entre production d'éliciteur protéique
et pouvoir pathogène à l'égard du tabac.
CONCLUSION
Il ressort de cette étude que le concept d'éliciteur recouvre une réalité tout
aussi diversifiée que celui, par exemple, de phytoalexine. Les molécules à activité
protectrice diffèrent par leur nature chimique, leur localisation chez le parasite
(pariétale ou extra-cellulaire) et leur mode d'action sur la plante (locale ou sys-
témique, via les phytoalexines ou d'autres réactions cellulaires).
Cette diversité ne refléte pas seulement celle des agents pathogénes, mais
au moins autant celle des plantes-cibles. Chaque espéce végétale semble avoir, en
amont de ses dispositifs de défense, un système de reconnaissance des signaux
d'alerte (un mode de perception du «non-soi») qui lui est propre.
Il est probable également que, selon le critère retenu pour définir l'élicita-
tion, on découvre des aspects quelque peu différents de ce système de reconnais-
Source : MNHN, Paris
198 RICCI et al.
sance. Le critére de l'induction de protection, s'il n'est pas le plus commode sur
le plan opératoire, est sans doute le plus significatif pour le Phytopathologiste.
Enfin, il n’est pas impossible que des parasites aient acquis une aptitude a
échapper à la reconnaissance par une plante donnée et que ce mécanisme puisse
expliquer certains aspects de la spécialisation parasitaire.
BIBLIOGRAPHIE
ANDERSON A., 1978 — Isolation from three species of Colletotrichum of glucan-contai-
ning polysaccharides that elicit browning and phytoalexin production in bean. Phyto-
pathology 68 : 189-194.
AYERS A.R., EBEL J., VALENT B. ^nd ALBERSHEIM P., 1976 — Host-pathogen interac-
tions. X. Fractionation and biological activity of an elicitor isolated from the mycelial
walls of Phytophthora megasperma var. sojae. Pl. Physiol. (Lancaster) 57 : 760-765.
BILLARD V., BRUNETEAU M., BONNET Ph., RICCI P., PERNOLLET J.C., HUET J.C.,
VERGNE A., RICHARD C. and MICHEL G., 1988 — Chromatographic purification and
characterization of elicitors of necrosis on tobacco produced by incompatible Phytoph-
thora species. J. Chromatogr. 44 : 87-94,
BLOCH C.B., DE WIT P.D.G.M. and KUC J., 1984 — Elicitation of phytoalexins by arachi-
donic and eicospentaenoic acids : a host survey. Physiol. Pl. Pathol. 25 : 199-208.
BONNET Ph., 1985 — Réactions différentielles du tabac à 9 espèces de Phytophthora.
Agronomie 5 : 801-808.
BONNET Ph., POUPET A.et BRUNETEAU M., 1985 — Toxicité vis-à-vis du tabac des
fractions purifiées d'un filtrat de culture de Phytophthora cryptogea Pethyb. Laff.
Agronomie 5 :275-282.
BONNET Ph., POUPET A., ABAD P., VENARD P. et CARDIN L., 1986 — Induction de
nécroses foliaires, de protéines b et de résistance dans les interactions tabac-Phytoph-
thora. Agronomie 6 :829-837.
BONNET Ph., 1988 — Purification de divers filtrats de culture de Phytophthora et activités
biologiques sur le tabac des différentes fractions. Agronomie 8 : 347-350.
BOUILLANT M.L., FAVRE-BONVIN J. et RICCI P., 1983 — Dianthalexine, nouvelle
phytoalexine de type benzoxazinone isolée de l'œillet Dianthus caryophyllus L. (Сагуо-
phyllacées). Tetrahedron Lett. 24 : 51-52.
BRUNETEAU M. et RICCI P., 1988 — Eliciteurs et résistance induite. Cryptogamie, Mycol.
9 :173-189.
BRUNETEAU M., FABRE I., PERRET J., MICHEL G., RICCI P., JOSELEAU J.P., KRAUS
J., SCHNEIDER M., BLASCHEK W. and FRANZ G., 1988 — Antitumor active B-D-
glucans from Phytophthora parasitica. Carbohyd. Res. 175 : 137-143.
BUDDE A.D. and HELGESON J.P., 1981 — Chronology of phytoalexin production and
histological changes in tobacco callus infected with Phytophthora parasitica var. nico-
tianae. Phytopathology 71 : 864.
DARVILL A.G. and ALBERSHEIM P., 1984 — Phytoalexins and their elicitors - A defense
against microbial infection in plants. Annual Rev, Pl, Physiol. 35 : 243-275.
ERWIN D.C., 1982 — Variability within and among species of Phytophthora, In : ERWIN
Source : MNHN, Paris.
ÉLICITEURS EXTRAITS DE PHYTOPHTHORA 199
& al., Phytophthora, its biology, taxonomy, ecology and pathology. St. Paul, American
Phytopathological Society : 149-165.
FABRE I., BRUNETEAU M., RICCI P. et MICHEL G., 1984 — Isolement et étude structu-
rale de glucanes de Phytophthora parasitica. Eur. J. Biochem. 142 :99-103.
FABRE I., BRUNETEAU M., RICCI P. et MICHEL G., 1986 — Isolement, composition et
activité élicitrice chez l’œillet de fractions extraites de la paroi de Phytophthora para-
sitica Dastur. Agronomie 6 : 35-45.
HAUTEVILLE M., PONCHET M., RICCI P. et FAVRE-BONVIN J., 1988 — Nouvelle
synthése de la dianthalexine (phytoalexine). Préparation d'analogues. J. Heterocyclic
Compounds (sous presse).
KEEN N.T., 1982 — Specific recognition in gene-for-gene host-parasite systems. Advances
Pl. Pathol. 1 : 35-82.
LHOMME O., FABRE 1., MAS P., BRUNETEAU M., MOLOT P.M., STARON T. et MI-
CHEL G., 1986 — Mise en évidence et activité biologique chez Capsicum annuum (pi-
ment) d'un inducteur de résistance isolé du mycélium de P. capsici (mildiou). Compt.
Rend. Hebd. Séances Acad. Sci., Sér. II, 302 : 471-473.
McINTYRE J.L. and DODDS J.A., 1979 — Induction of localized and systemic protection
against Phytophthora parasitica var. nicotianae by tobacco mosaic virus infection of
tobacco hypersensitive to the virus. Physiol. Pl. Pathol. 15 : 321-330.
MOLOT P.M., STARON T. et MAS P., 1980 — La résistance du piment à Phytophthora
capsici. VIII. Induction de résistance et de capsidiol chez Capsicum annuum avec des
fractions obtenues à partir des filtrats de culture et du mycélium de Phytophthora
capsici. Ann. Phytopathol. 12 : 379-387.
MOLOT P.M., MAS P., CONUS M., FERRIERE H. and RICCI P., 1981 — Relations bet-
ween capsidiol concentration, speed of fungal invasion and level of induced resistance in
cultivars of pepper (Capsicum annuum) susceptible or resistant to Phytophthora capsici.
Physiol. Pl. Pathol. 18 : 379-389.
MOLOT P.M., POCHARD E. et MAS P., 1985 — Le capsidiol conditionne-t-il la résistance
du piment à Phytophthora capsici ? Phytopathol. Medit. 24 : 249-254.
MOLOT P.M., MAS P., BURGERJON-GLANDARD A., DENIZOT Y., STARON T., LHOM-
ME O. et LEMAIRE J.M., 1987 — Essais préliminaire d’application d’éliciteurs fongiques
sur diverses plantes. (ler Congr. Soc. Franç. Phytopathol.). Ann. Agric. Rennes (sous
presse).
PAXTON J.D., 1981 — Phytoalexins. A working redifinition. Phytopathol. Z. 101 : 106-
109.
PONCHET M., MARTIN-TANGUY J., MARAIS A. and POUPET A., 1984 — Dianthramides
А and B. : two N-benzoylanthranilic acid derivatives from elicited tissues of Dianthus
caryophyllus. Phytochemistry 23 : 1901-1903.
PONCHET M., FAVRE-BONVIN J., HAUTEVILLE M. and RICCI P., 1988a
mides (N-benzoyl and N-paracoumarylanthranilic acid derivatives) from el:
of Dianthus caryophyllus L. Phytochemistry 27 : 725-730.
PONCHET M., RICCI P., HAUTEVILLE M. et AUGE G., 1988b — Activité antifongique in
vitro de la dianthramide A. Compt. Rend. Hebd. Séances Acad. Sci., Sér. III, 306 : 173-
178.
RICCI P., 1986 — Étude des relations hôte- parasite dans l'interaction compatible entre
Dianthus caryophyllus L. et Phytophthora parasitica Dastur. Nature et intervention
d’un mécanisme de défense élicitable. Thèse Doctorat d'État, Paris-Sud.
RICCI P., BONNET Ph., ABAD P., MOLOT P.M., MAS P., BRUNETEAU M., FABRE 1.,
Dianthra-
ited tissues
Source : MNHN, Paris
200 RICCI et al.
LHOMME O. and MICHEL G., 1986 — Differential elicitation activities of fractions
from Phytophthora spp. on several host-plants. In : BAILEY J.A., Biology and Molecular
Biology of Plant Pathogen Interactions. Berlin, Springer-Verlag : 191-196.
STOESSL A., 1982 — Biosynthesis of phytoalexins. In : BAILEY J.A. et MANSFIELD J.W.,
Phytoalexins. New York, J. Wiley & Sons : 133-180.
Source : MNHN, Paris.
Cryptogamie, Mycol. 1988, 9 (3) : 201-209 201
RECHERCHE SUR LES MÉCANISMES INTERVENANT
DANS LES INTERACTIONS SYMBIOTIQUES
PLANTE-CHAMPIGNONS ENDOMYCORHIZOGÈNES VA
par V. GIANINAZZI-PEARSON*, S. GIANINAZZI*, J. DEXHEIMER**,
D. MORANDI*, A. TROUVELOT* et E. DUMAS*
RÉSUMÉ — Comme la plupart des plantes forment des endomycorhizes à vésicules et
arbuscules (VA), il est vraisemblable que des systèmes de compatibilité plante-hóte / cham-
pignons VA aient été développés au cours de l'évolution. Dans cet article, nous discutons
l'existence de phénomènes de reconnaissance, du contrôle de l'hôte sur le développement
du champignon VA et de la mise en place d'une compatibilité fonctionnelle permettant les
échanges nutritifs entre les deux symbiotes.
SUMMARY — Since the large majority of plant species form vesicular arbuscular (VA)
endomycorrhizae, it is highly probable that compatibility systems have been specifically
developed by the mycorrhizal associates during their evolution. This paper discusses evi-
dence for recognition phenomena and host control over fungal development in VA endo-
mycorrhizae, together with the role of these processes in the establishment of functional
compatibility, characterized by nutrient exchange, between the symbionts,
MOTS CLES : endomycorhizes VA, interactions symbiotiques, infection endomycorhi-
zienne, compatibilité.
INTRODUCTION
Lorsqu'on considére les différentes relations plante/microorganismes, il est
remarquable de constater que la presque totalité des espéces végétales forme le
méme type d'association symbiotique, à savoir les endomycorhizes à vésicules
et arbuscules (VA) (GIANINAZZI-PEARSON, 1984). On peut alors se demander
si, au cours de leur évolution, les plantes et les champignons VA n'ont pas déve-
loppé spécifiquement des systémes de compatibilité réciproque assurant leur
développement dans les différents écosystémes colonisés.
* Station d'Amélioration des Plantes, INRA, BV 1540, 21034 Dijon Cedex, France.
** Laboratoire de Biologie des Ligneux, BP 235, 54500 Vandceuvre-les-Nancy Cedex,
France.
Source : MNHN, Paris
202 V. GIANINAZZI-PEARSON et al.
cellules
externes
уте
parench
cortical
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS PLANTES / CHAMPIGNONS VA 203
L'utilisation raisonnée en pratique culturale des associations endomycorhi-
ziennes pour optimiser la croissance des végétaux nécessite de bien comprendre
les mécanismes qui permettent l'établissement et le fonctionnement de cette
symbiose. Pour que des endomycorhizes se forment, il doit exister entre le
champignon et la plante-hôte des phénomènes de reconnaissance réciproque qui
assurent l'intégration morphologique et la compatibilité fonctionnelle entre les
deux partenaires (GIANINAZZI-PEARSON & GIANINAZZI, 1988). Vu la
complexité structurale et physiologique des associations endomycorhiziennes
(GIANINAZZLPEARSON & GIANINAZZI, 1986), les phénomènes de recon-
naissance entre les deux symbiotes peuvent se situer à plusieurs niveaux de
l'interaction entre les deux organismes, à savoir, avant, durant et aprés le con-
tact initial. C'est ainsi que nous étudions les interactions au niveau cellulaire
et moléculaire entre les deux partenaires pour préciser les mécanismes qui dé-
terminent la mise en place et le contrôle de l'infection endomycorhizienne
ainsi que la compatibilité fonctionnelle entre plante et champignon. En parti-
culier, nous essayons de répondre à un certain nombre de questions fondamen-
tales :
— Y-a-til des phénoménes de reconnaissance entre les deux symbiotes ? Des
signaux sont-ils échangés entre les cellules des deux organismes ? Et quelles sont
les molécules spécifiques impliquées ?
— Quelle est la nature morphologique et biochimique des interfaces entre
plante et champignon VA ? Et quel rôle jouent-elles dans les échanges entre
les deux partenaires ?
I. — MISE EN PLACE DE LA SYMBIOSE
AU NIVEAU TISSULAIRE ET CELLULAIRE
Chez les endomycorhizes VA, la rencontre entre le champignon et une racine
semble se faire au hasard. Les hyphes, une fois entrées en contact avec la surface
racinaire de l'hôte, se différencient d'une façon plus ou moins marquée, en
appressorium, traduisant ainsi la reconnaissance des cellules hôtes par l’endo-
phyte. La pénétration qui s'en suit est intercellulaire ou intracellulaire, les deux
Planche 1 — A : pénétration de Glomus mosseae dans une racine d'Allium porrum; on y ob-
serve la formation d’un appressorium (ap) et des hyphes (h) traversant les cellules ex-
ternes et formant des arbuscules (a) dans les cellules internes du parenchyme. — B :
représentation schématique de la localisation d’activité ATPasique plasmalemmique (*)
de la plante-hóte dans les cellules d'une racine infectée (M) ou non (NM) par un champi-
gnon endomycorhizogéne VA.
Plate 1 — A : Infection of an Allium porrum root by Glomus mosseae; an appressorium
(ap) is formed at the root surface, hyphae (h) cross the outer cells and arbuscules (a)
develop in the parenchymal cells of the cortex. — B: Diagrammatic representation of
host plasmalemma-bound ATPase activity (*) in cells of an endomycorrhizal (M) and
nonmycorrhizal (NM) root.
Source : MNHN, Paris
V. GIANINAZZI-PEARSON et al.
204
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS PLANTES / CHAMPIGNONS VA 205
processus étant facilités par l’action lytique du champignon VA (KINDEN &
BROWN, 1975; GIANINAZZI-PEARSON & al., 1981; JACQUELINET-JEAN-
MOUGIN & al., 1988). Dans le cas d'une pénétration intracellulaire, l'hyphe
traverse les cellules des couches externes de la racine linéairement ou en formant
une simple boucle. Ensuite au niveau du parenchyme cortical, le champignon
prolifére et forme des arbuscules intracellulaires (Pl. 1). Cette modification
morphologique, spécifiquement induite dans les cellules du parenchyme cortical,
aboutit à la formation d’un haustorium endocellulaire où la paroi modifiée
du champignon (BONFANTE-FASOLO, 1982) est en contact étroit avec le
plasmalemme de la cellule-hôte (DEXHEIMER & al., 1979). Les bases molécu-
laires de cette induction ne sont pas connues, mais il est évident que les molé-
cules ou signaux responsables doivent être communs à la plupart des espèces
végétales. Ces observations jointes au fait que le champignon VA ne franchit
jamais le cylindre central ni le méristème racinaire traduisent l'existence d'un
contrôle de l'infection par la plante-hôte au niveau tissulaire.
La réaction de la plante à la pénétration fongique, au niveau des cellules
externes de la racine, semble se limiter à la prolifération du plasmalemme autour
de l'hyphe et au dépôt, par cette membrane, de matériel pariétal contre la paroi
fongique (BONFANTE-FASOLO, 1984). Dans les cellules du parenchyme
cortical, la réaction de la cellule-hôte à la pénétration du champignon est dans
un premier temps semblable à ce qui se passe dans une cellule externe; ensuite
avec le développement de l'arbuscule, l'aspect de la cellule-hôte change complé-
tement pour ressembler à celui d'une cellule juvénile : la vacuole est très frag-
mentée et son volume extrêmement réduit, alors que le volume du cytoplasme,
le nombre d'organites et la surface des systèmes membranaires (plasmalemme et
réticulum endoplasmique) augmentent considérablement. Simultanément et
avec la progression du champignon VA dans la cellule, le dépôt de matériel
pariétal dans l'interface devient de plus en plus faible jusqu'à étre réduit à quel-
ques fibrilles éparses (BONFANTE-FASOLO & al, 1981). Le champignon
semble donc interférer avec l'activité de la cellule-héte pour empécher le dépot
Planche 2 — Visualisation en microscopie optique de protéines b codées par la plante (GIA-
NINAZZI, 1984), par la technique d'immunomarquage avec amplification à l'argent
(VANDERBOSCH, 1986), dans les racines de Nicotiana tabacum var. Xanthi-nc infec-
tées par Glomus mosseae (résultats non publiés). — A, B : incubation de coupes semi-
fines avec un anticorps monoclonal anti-b; (CARR & al., 1987) et localisation d'immu-
nomarquage dans les cellules contenant des arbuscules vivants («afgms). C, D : témoin
sans incubation avec l'anticorps; absence d'immunomarquage dans les cellules infectées
«ә
Plate 2 — Light microscope localisation of plant-coded b-proteins (GIANINAZZI, 1984),
using the silver enhancement technique (VANDERBOSCH, 1986), in roots of Nicotiana
fabacum var. Xanthi-nc infected by Glomus mosseae (unpublished results). — A, B :
immunolabelling in cells with living arbuscules ( in a root section incubated with
anti-b; monoclonal antibody (CARR & al., 1987). — C, D : control section incubated
without antibody; absence of immunolabelling in infected cells (<1).
Source : MNHN, Paris
206 V. GIANINAZZI-PEARSON et al.
de ce matériel et ainsi échapper à son contróle. Ces interactions champignon
VAI cellule-hôte présentent aussi l'avantage de rapprocher au maximum les deux
protoplastes (fongique et végétal) en favorisant ainsi des échanges nutritionnels
réciproques entre les deux symbiotes. Toutefois cette situation est limitée dans
le temps, au bout de quelques jours l'arbuscule meurt encapsidé par ce matériel
glycoprotéique et la cellule-hôte retrouve graduellement son aspect normal
(JACQUELINET-JEANMOUGIN & al, 1988). Le champignon poursuit son
développement en infectant d'autres cellules de la racine, mais l'infection n’est
pas synchronisée au niveau tissulaire et on peut retrouver les différentes étapes
dans une même section de la racine.
Ces observations font ressortir l'existence de phénomènes de reconnaissance
réciproque entre champignon VA et plante : la morphologie du champignon
ainsi que sa structure pariétale changent avec son développement dans les tissus
racinaires; l'hóte réagit à cette colonisation et met en place des processus pour
la limiter.
II. — MÉCANISMES DE CONTRÔLE
DE L'INFECTION MYCORHIZIENNE
Bien qu’on ne sache pas encore comment la plante exerce un contrôle sur le
développement du champignon, nous avons constaté que l'infection VA induit
chez la plante-hôte l'apparition de molécules considérées comme indicatrices
des phénomènes de résistance aux microorganismes. En effet, nous avons montré
chez le soja (MORANDI & al., 1984) que le champignon VA provoque dans les
racines une augmentation de la teneur en phytoalexines et en certains isoflavo-
noides analogues, composés dont l'action antimicrobienne est connue (BAILEY
& MANSFIELD, 1982). De plus, nous venons de mettre en évidence, dans les
cellules infectées de mycorhizes de tabac, la présence de protéines b (Pl. 2)
connues pour étre associées à la localisation d'une infection fongique au niveau
des parties aériennes (GIANINAZZI & al., 1980).
III. — COMPATIBILITÉ FONCTIONNELLE
L'intégration morphologique qui résulte de la cohabitation des deux parte-
naires endomycorhiziens permet la mise en place d'échanges bidirectionnels
entre macro et microsymbiote. L'interface vivante qui se développe au niveau
de l'arbuscule entre le plasmalemme de l'hóte et la paroi de l'endophyte est
considérée comme une structure essentielle à l'état symbiotique de l'associa-
tion endomycorhizienne VA. Comme cette interface fonctionnelle doit jouer
un róle trés important non seulement dans l'échange des métabolites, mais
aussi au niveau des phénoménes de reconnaissance entre plante et champignon
VA, nous nous efforgons de la caractériser au niveau moléculaire (GIANI-
NAZZLPEARSON & al., 1984). Ainsi nous avons montré que dans une cellule
corticale renfermant un arbuscule, le plasmalemme - hóte synthétisé autour du
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS PLANTES / CHAMPIGNONS VA 207
champignon est, d'une part, morphologiquement et cytochimiquement iden-
tique au plasmalemme normal (DEXHEIMER & al., 1985) et, d'autre part,
doté de certaines activités enzymatiques (phosphatase neutre, ATPase) géné-
ralement absentes des cellules non-infectées du parenchyme cortical, mais
typiques des cellules juvéniles et non différenciées (JEANMAIRE & al., 1985;
GIANINAZZI-PEARSON & GIANINAZZI, 1988).
Les phosphatases neutres sont considérées comme des marqueurs biochimiques
de sites de production de polysaccharides pour l'édification des parois (GOFF,
1973; JEANMAIRE & al., 1985). Il est donc particulièrement intéressant de
constater une activité phosphatasique neutre très intense le long du plasma-
lemme de l'hôte en contact avec l'arbuscule, y compris autour des jeunes hyphes
où le dépôt pariétal est très réduit ou absent. Cela conforte l'hypothèse que le
champignon VA interfére activement avec les processus de production du maté.
riel pariétal, ce qui pourrait libérer des oligosaccharides qui joueraient alors le
rôle de messagers chimiques cellulaires, comme il est proposé pour d'autres
interactions plante/microbe (McNIEL & al., 1984).
La présence d’une activité ATPasique sur le plasmalemme est considérée
comme une indication de l'existence de phénomènes actifs de transports trans-
membranaires (SMITH & SMITH, 1986). Au niveau des cellules du parenchyme
cortical, cette enzyme est spécifiquement localisée sur le plasmalemme de la
plante-héte entourant les branches de l'arbuscule, alors que, contrairement aux
phosphatases neutres, elle est absente lorsque les hyphes sont mortes. De méme
nous n'avons jamais observé une activité ATPasique intense sur le plasmalemme
autour des hyphes colonisant les cellules externes de la racine alors que l'enzyme
est trés active au niveau du plasmalemme non invaginé (Pl. 1B) (GIANINAZZI-
PEARSON & GIANINAZZI, 1988). Cette localisation spécifique, autour de l'ar-
buscule vivant, de l'activité ATPasique plasmalemmique de l'hôte met en évi.
dence, encore une fois, l'existence de phénomènes de reconnaissance entre plante
et champignon VA. De plus la présence d'une enzyme fonctionnelle liée au
transport transmembranaire sur le plasmalemme, là oà l'apoplaste entre les
deux symbiotes est réduite au minimum, permet de penser que les cellules
infectées du parenchyme cortical acquièrent la capacité d'absorber des éléments
nutritifs du sol via le champignon endomycorhizogéne VA et d'expliquer, du
moins partiellement, la meilleure croissance des plantes endomycorhizées.
CONCLUSIONS
De l'ensemble de ces travaux, il ressort clairement que de nombreux méca-
nismes doivent intervenir dans les interactions symbiotiques plante-champignon
endomycorhizogéne VA . Toutefois certains de ces mécanismes mis en route ont
été observés aussi lors de l'infection par des champignons pathogènes (dépôt
pariétal, stimulation de la production de phytoalexines, accumulation de pro-
téines b), alors que d’autres apparaissent comme spécifiques à l'association
symbiotique endomycorhizienne. En particulier le maintien de l'intégrité struc-
Source : MNHN, Paris
208 V. GIANINAZZI-PEARSON et al.
turale et physiologique du plasmalemme de la cellule-hóte, contraste avec les
altérations observées dans le cas des infections par des pathogénes biotrophes
(MANNERS & GAY, 1983; WOODS & GAY, 1987). La connaissance de cette
membrane et des modifications qu'elle subit en présence du symbiote fongique
est donc essentielle à la compréhension des phénomènes impliqués dans la spéci-
ficité symbiotique des associations endomycorhiziennes VA. Cela parait d'autant
plus vrai que chez des plantes non hótes, les infections par les champignons VA
ne comptent pas d'arbuscules (HIRREL & al., 1978; OCAMPO & al., 1980;
PLENCHETTE & TROUVELOT, 1986) et les rares cas de pénétrations intra-
cellulaires par ces champignons n'ont été trouvé que dans des cellules mortes
(GLENN & al., 1985; GIANINAZZI-PEARSON & GIANINAZZI, 1988).
BIBLIOGRAPHIE
BAILEY J.A. and MANSFIELD J.W., 1982 — Phytoalexins. Glasgow, Blackie & Son, 334 p.
BONFANTE-FASOLO P., DEXHEIMER J., GIANINAZZI S., GIANINAZZI-PEARSON V.
and SCANNERINI S., 1981 — Cytochemical modifications in the host-fungus interface
during intracellular interactions in vesicular-arbuscular mycorrhizae. Pl. Sci. Lett. 22 :
13-21.
BONFANTE-FASOLO P., 1982 — Interactions entre plante-höte et champignon mycorhizo-
gène : rôle des polysaccharides et des protéines des parois cellulaires. Les Colloques de
l'INRA 13 :41-47.
BONFANTE-FASOLO P., 1984 — Anatomy and morphology of VA mycorrhizae. In :
POWELL C.L. & BAGYARAJ D.J., VA Mycorrhizae. Boca Raton, Florida, CRC Press :
532.
CARR J.P., DIXON D.C., NIKOLAU B.T., VOELKERDING K.V. and KLESSIG D.F., 1987
— Synthesis and localization of parthogenesis-related proteins in tobacco. Mol. & Cell.
Biol. 7 : 1580-1583.
DEXHEIMER J., GIANINAZZI S. and GIANINAZZI-PEARSON V., 1979 — Ultrastructural
cytochemistry of the host-fungus interfaces in the endomycorrhizal association Glomus
mosseae | Allium cepa. Z. Pflanzenphysiol. 92 : 191-206.
DEXHEIMER J., MARX C., GIANINAZZI-PEARSON V. and GIANINAZZI S., 1985 —
Ultracytological studies of plasmalemma formations produced by host and fungus in
vesicular-arbuscular mycorrhizae. Cytología 50 : 461471.
GIANINAZZI S., AHL P., CORNU A., SCALLA R. and CASSINI R., 1980 — First report
of host b-protein appearance in response to a fungal infection in tobacco. Physiol. Pl.
Pathol. 16 : 337-342.
GIANINAZZI S., 1984 — Genetic and molecular aspects of resistance induced by infections
or chemicals. In : NESTER T. & KOSUGE E.W., Plant Microbe Interactions. Molecular
and Genetic Perspectives. New York, MacMillan Publishing Co. Inc., 1 : 321-342.
GIANINAZZI-PEARSON V., MORANDI D., DEXHEIMER J. and GIANINAZZI S., 1981 —
Ultrastructural and ultracytochemical features of a Glomus tenuis mycorrhiza. New
Phytol. 88 :633-638.
GIANINAZZI-PEARSON V., 1984 — Host-fungus specificity, recognition and compatibility
in mycorrhizae. In : DENNIS E.S., HOHN B., HOHN Th., KING P.T., SCHELL J. &
VERMA D.PS., Genes Involved in Microbe Plant Interactions. Advances in Plant Gene
Research, Basic Knowledge and Application. Vienne, New York, Springer-Verlag : 225-
253.
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS PLANTES / CHAMPIGNONS VA 209
GIANINAZZLPEARSON V., DEXHEIMER J., GIANINAZZI S. and JEANMAIRE C.,
1984 — Plasmalemma structure and function in endomycorrhizal symbioses. Z. Pflas.
zenphysiol. 114 : 201-205.
GIANINAZZI-PEARSON V. et GIANINAZZI S., 1986 — Connaissance actuelles des bases
physiologiques et biochimiques des effets des endomycorhizes sur le comportement
des plantes. Physiol. Vég. 24 :253-262.
GIANINAZZI-PEARSON V. and GIANINAZZI S., 1988 — Morphological and functional
compatibility between symbionts in vesicular arbuscular endomycorrhizal associations,
In : SCANNERINI S., SMITH D.C., BONFANTE-FASOLO P. & GIANINAZZI-PEAR.
SON V. Cell to Cell Signals in Plant Animal and Microbial Symbiosis, NATO ASI,
série H, Cell Biology 17 : 73-84.
GLENN MG., CHEW F.S. and WILLIAMS P.H., 1985 — Hyphal penetration of Brassica
(Cruciferae) roots by a vesicular-arbuscular mycorrhizal fungus. New Phytol. 99 : 463-
GOFF C.W., 1973 — Localization of nucleoside diphosphatase in the onion root tip. Proto-
plasma 78 : 397-416.
HIRREL M.C., MEHRAVARAN H. and GERDEMANN J.W., 1978 — Vesicular-arbuscular
mycorrhizae in the Chenopodiaceae and Cruciferae : do they occur ? Canad. J. Bot.
56 : 2813-2817.
JACQUELINETJEANMOUGIN J. GIANINAZZI-PEARSON V. and GIANINAZZI S.,
1988 — Endomycorrhizae in the Gentianaceae. II. Ultrastructural aspects of symbiont
relationships in Gentiana lutea L. Symbiosis 3 : 1-17.
JEANMAIRE C., DEXHEIMER J., MARX C., GIANINAZZI S, and GIANINAZZI-PEAR-
SON V., 1985 — Effect of vesicular-arbuscular mycorrhizal infection on the distribution
of neutral phosphatase activities in root cortical cells. J. Pl. Physiol. 119 : 285-293.
KINDEN D.A. and BROWN M.R., 1975 — Electron microscopy of vesicular-arbuscular
mycorrhizae of yellow poplar. Il. Intracellular hyphae and vesicules. Canad. J. Microbiol.
21 : 1768-1780.
MANNERS J.M. and GAY J.L., 1983 — The host-parasite interface and nutrient transfer
in biotrophic parasitism. In; CALLOW J.A., Biochemical Plant Pathology. Chichester,
John Wiley : 163-195.
Mc NIEL M., DARVILLE A.G., FRY S.G. and ALBERSHEIM P., 1984 — Structure and
function of primary cell walls of plants. Annual Rev. Biochem. 53 :625-63.
MORANDI D., BAILEY J.A. and GIANINAZZI-PEARSON V., 1984 — Isoflavonoid accu-
mulation in soybean roots infected with vesicular-arbuscular mycorrhizal fungi, Physiol.
Pl. Pathol, 24 : 357-364.
OCAMPO J.A., MARTIN J. and HAYMAN D.S., 1980 — Influence of plant interactions on
vesicular-arbuscular mycorrhizal infections. І. Host and non-host plants grown together.
New Phytol. 84 : 463-472.
PLENCHETTE C. et TROUVELOT A., 1986 — Influence du génome de la betterave à sucre
(Beta vulgaris) sur son aptitude à la mycorhization. In : GIANINAZZI-PEARSON V.
& GIANINAZZI S., Physiological and Genetical Aspects of Mycorrhizae. Paris, INRA :
559-561.
SMITH F.A. and SMITH S.E., 1986 — Movement across membranes : physiology and bio-
chemistry. In : GIANINAZZI-PEARSON V. & GIANINAZZI S., Physiological and Gene-
tical Aspects of Mycorrhizae. Paris, INRA : 75-84.
VANDERBOSCH K.A., 1986 — Light and electron microscopic visualisation of uricase by
immunogold labelling of sections of resin-embedded soybean nodules. J. Microscopy
143 : 187-197.
WOODS A.M. and GAY J.L., 1987 — The interface between haustoria of Puccinia poarum
(monokaryon) and Tussilago farfara. Physiol. & Molec. Pl. Pathol. 30 : 167-185.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Mycol. 1988, 9 (3) : 211-219 211
RÓLE DES HORMONES FONGIQUES
DANS L'ASSOCIATION ECTOMYCORHIZIENNE
par Gilles GAY*
RESUME — L’aptitude des champignons ectomycorhiziens à libérer des hormones ainsi que
le rôle de ces substances dans l'établissement et le maintien de l'association symbiotique
sont précisés dans cet exposé. La plupart des champignons ectomycorhiziens libèrent de
l'acide indole-3-acétique (АТА) lorsqu'ils sont cultivés en présence d'un précurseur, le
tryptophane. L'AIA d'origine fongique est en grande partie responsable de l'hyperramifi-
cation caractéristique des systèmes racinaires portant des mycorhizes. Outre son effet rhizo-
géne, ce métabolite pourrait affecter la perméabilité membranaire des cellules de la racine
hôte, le fonctionnement de leur génome ainsi que la mise en place de leur paroi.
Certains champignons ectomycorhiziens libérent aussi des gibbérellines, des cytokinines
ou de l'éthylène. L'aptitude à produire ces métabolites n'a toutefois été observée que pour
un nombre limité de champignons et leur rôle dans l'association symbiotique est encore
mal connu,
SUMMARY — The capability of ectomycorrhizal fungi to release hormones and the func-
tion of these metabolites in the ectomycorrhizal symbiosis are reviewed. Most ectomycor-
thizal fungi release indole-3-acetic (IAA) when cultivated in the presence of a precursor
containing the indole ring (e.g. tryptophan). Fungal IAA enhances branching of the invaded
root systems and is mainly responsible for the typical morphology of ectomycorrhizas.
Moreover, AA released by ectomycorrhizal fungi is symbiotic association might affect the
permeability of host cells. It might also modify genome transcription and translation and
induce an impaired host cell wall organisation.
Some ectomycorrhizal fungi also release gibberellins, cytokinins or ethylene. As yet,
this capability has been detected in a limited number of fungi. Hence, the function of these
metabolites in the ectomycorrhizal symbiosis has never been studied in depth,
MOTS CLES : mycorhize, champignon, acide indole-3-acétique, cytokinine, éthyléne,
hormone.
ABRÉVIATIONS : AIA : Acide indole-3acétique, AIB : Acide indole-3-butyrique, АТР
acide indole-3-propionique, ANA : acide naphtaléne acétique.
* Université Claude-Bernard. Lyon 1, Institut de Chimie et de Biologie Moléculaires et
Cellulaires, Unité de Mycologie associée au CNRS (UA 1127), Bátiment 405, 43 Boulevard
du 11 Novembre, 69622 Villeurbanne Cedex.
Source : MNHN, Paris
212 С. САУ
INTRODUCTION
L'association ectomycorhizienne est une symbiose racinaire faisant intervenir
deux partenaires, une plante supérieure et un champignon. Cette association
symbiotique concerne surtout les essences forestières des zones tempérées.
Le champignon, en général un basidiomycète ou un ascomycète, envahit princi-
palement les racines absorbantes de l'arbre qui sont transformées en ectomyco-
rhizes. Celles-ci sont caractérisées par l'absence de poils absorbants et par la pré-
sence d’un manchon mycélien pseudo-parenchymateux qui entoure totalement
la racine : c'est le manteau fongique. A partir de la zone interne du manteau,
des hyphes s'insinuent entre les cellules du parenchyme cortical de la racine hóte
oà elles forment un réseau trés dense appelé réseau de HARTIG, mais elles ne
pénétrent jamais à l'intérieur des cellules de l'hóte. Sous l'influence du champi-
gnon, les systémes racinaires colonisés émettent de nombreuses ramifications
qui sont elles aussi transformées en mycorhizes. Cette stimulation par le champi-
gnon de l'activité rhizogéne de la plante est à l'origine de l'hyperramification
caractéristique des systémes racinaires colonisés par des champignons ectomyco-
rhiziens.
L'effet bénéfique de l'association ectomycorhizienne sur la croissance et la
nutrition minérale de la plante hôte a été mis en évidence par HATCH dés 1937.
Depuis cette date, de nombreux auteurs (cf. HARLEY, 1969; HARLEY &
SMITH, 1983; GIANINAZZI & al., 1982; GIANINAZZI-PEARSON & GIANI-
NAZZI, 1986) ont montré que l'infection ectomycorhizienne stimule l'absorp-
tion des éléments minéraux (principalement l'azote et le phosphore) et leur
intégration dans le métabolisme de la plante. L'association symbiotique est de
même bénéfique pour les champignons mycorhiziens. Ceux-ci ont en général une
aptitude très faible à dégrader la cellulose ou les composés pectiques. Ils trou-
vent donc dans les exsudats racinaires de la plante hôte les hydrates de carbone
simples dont ils ont besoin. De nombreux autres composés organiques (acides
aminés, vitamines, etc...) contenus dans les exsudats racinaires sont également
utilisés par les champignons, certains d'entre eux étant probablement indis-
pensables au déroulement complet de leur cycle et notamment de leur fructi-
fication (MELIN, 1963; DEBAUD & GAY, 1987).
Les aspects nutritionnels de l'association ectomycorhizienne ont fait l'objet
de nombreuses études physiologiques et biochimiques et sont maintenant
relativement bien compris. Par contre, les mécanismes impliqués dans l'établis-
sement et le maintien de l'association symbiotique ont été peu étudiés. Les
métabolites fongiques susceptibles d'intervenir à ce niveau sont, soit des sub-
stances impliquées dans les phénoménes de reconnaissance entre les deux parte-
naires, soit des composés ayant un róle de régulateur de croissance ou exergant
une action de type hormonal sur le développement des tissus de l'hóte. Des sub-
stances affectant la libération de métabolites par les cellules de l'hóte ou permet-
tant aux champignons mycorhiziens d'étre compétitifs vis-à-vis des saprophytes
ou des pathogènes pourraient aussi être impliquées. Parmi ces différentes sub-
stances, les hormones ont été les plus étudiées. Certains champignons ectomyco-
Source : MNHN, Paris.
HORMONES FONGIQUES ET ECTOMYCORHIZES 213
thiziens en culture pure libèrent en effet des cytokinines, des gibbérellines ou de
l'éthylène. La production de ces metabolites, qui pourraient intervenir dans
certaines séquences morphogénétiques de l'établissement de l'association sym-
biotique, n'a toutefois été observée que pour un nombre limité de champignons.
Par contre, pratiquement tous les champignons ectomycorhiziens liberent de
Vauxine ou acide indole-3-acétique (AIA) lorsqu'ils sont cultivés en présence
de tryptophane.
C'est pourquoi l'aptitude des champignons ectomycorhiziens à produire des
hormones et notamment de l'AIA a tout d'abord été précisée dans ce travail.
Le róle de ces métabolites dans l'établissement et le maintien de l'association
symbiotique a ensuite été envisagé à la lumière des connaissances actuelles
concernant le mode d’action des hormones et leur influence sur la croissance
des végétaux supérieurs.
PRODUCTION ET RÔLE DE L'AIA FONGIQUE
DANS L'ASSOCIATION ECTOMYCORHIZIENNE
Le rôle de l'AIA en tant que médiateur de l'activité mycorhizogène des
champignons a été étudié à la suite des travaux de Mc DOUGALL & DUFRE-
NOY (1944) mettant en évidence l'hyperauxinie des ectomycorhizes. Ce méta-
bolite peut étre produit par de nombreux microorganismes, qu'il s'agisse de
bactéries ou de champignons. Il n’est donc pas surprenant de constater que
pratiquement tous les champignons ectomycorhiziens libèrent de l'AIA lorsqu'ils
sont cultivés en présence d'un précurseur de l'auxine, le tryptophane (MOSER,
1959; ULRICH, 1960; HORAK, 1963, 1964; TOMASZEWSKI & WOJCIE-
CHOWSKA, 1975; STRZELCZYK & al, 1977; GAY & al, 1982; EK & al.,
1983; ROUILLON & al, 1986 ). Cette production nécessite le plus souvent
un apport de quantités importantes de précurseurs contenant le noyau indole.
Elle est extrémement dépendante des conditions de culture (GAY, 1986, 1987),
de l'espéce fongique et méme de la souche étudiée (GAY & DEBAUD, 1987).
SLANKIS fut le premier à étudier le róle de l'auxine fongique dans les ecto-
mycorhizes. П а notamment montré (1948) que des racines excisées de pin,
cultivées en présence de Suillus luteus ou de Suillus variegatus, forment de
nombreuses racines latérales courtes présentant la morphologie caractéristique
des ectomycorhizes : elles sont en effet dépourvues de poils absorbants, renflées
ct ramifiées dichotomiquement. Les filtrats de culture de ces champignons
produisent le méme effet, ce qui conduit SLANKIS à considérer que des régu-
lateurs de croissance sont libérés dans le milieu de culture par le champignon
et qu’ils affectent la croissance des racines de pin. En effet, différentes auxines
(АТА, АТВ, АТР, ANA) ont des effets similaires à ceux des filtrats de culture et
Peuvent provoquer les modifications morphologiques caractéristiques des ecto-
mycorhizes (SLANKIS, 1949, 1950, 1951). Selon cet auteur, la production
ФАТА par le champignon serait donc indispensable à l'établissement et au main-
Hen de l'asociation symbiotique. Il a noté à ce propos (SLANKIS, 1967)
Source : MNHN, Paris
214 G.GAY
qu'une augmentation de la teneur en azote des milieux de culture empéche la
formation des mycorhizes de pin et provoque la disparition des mycorhizes
préexistantes. Il a établi un parallèle entre cette observation et le fait qu’un
apport d'azote inhibe la production d'AIA par des champignons mycorhiziens
en culture pure (MOSER, 1959). Ce rapprochement l'a amené à conclure que
l'inhibition de la synthése d'AIA fongique par de fortes teneurs en azote pourrait
être responsable de l'absence fréquente de mycorhizes sur des sols riches en cet
élément. Cette hypothèse, qui n'a pas reçu de preuve expérimentale directe,
constitue l'une des rares tentatives d'explication de l'influence des facteurs du
milieu sur l'établissement de l'association symbiotique. Les résultats sur lesquels
elle est basée sont cependant difficiles à comparer car ils concernent des cham-
pignons différents, cultivés dans des conditions elles aussi différentes.
L'hypothèse de SLANKIS (1967) concernant le rôle de l'AIA fongique dans
l'association ectomycorhizienne a été contestée par RITTER (1968). Le fait
que la production d'AIA par les champignons mycorhiziens en culture pure
soit toujours faible et nécessite de fortes quantités de précurseur (tryptophane
ou composés contenant le noyau indole) a conduit cet auteur à considérer que,
dans la mycorhize, l'AIA fongique n'est pas produit en quantité suffisante pour
affecter la physiologie de la racine hóte. L'exemple du champignon ectomyco-
rhizien Hebeloma hiemale montre qu'il est difficile d'extrapoler à la mycorhize
les résultats obtenus avec un champignon en culture pure (GAY, 1987). En
effet, l'action rhizogène de H. hiemale sur des microboutures de Pinus halepensis
est maximale en présence de concentrations très faibles en tryptophane (com-
parables à celles des exsudats racinaires des plantes hôtes), bien que de telles
concentrations ne permettent qu'une production d'AIA à peine décelable par
ce champignon en culture pure. Ceci montre que le faible taux de conversion
du tryptophane en AIA par le champignon en culture pure ne signifie pas,
comme le pensait RITTER. (1968), que le champignon soit incapable de produire
dans la mycorhize des quantités d'AIA physiologiquement actives.
De plus, les champignons mycorhiziens ont une croissance mycélienne lente
et sont généralement cultivés sur des milieux riches en glucose, azote et phos-
phore. Ces milieux, favorables au métabolisme primaire du champignon, per-
mettent une bonne croissance mycélienne mais conduisent à une forte sous-
estimation du métabolisme secondaire du champignon et notamment de son
aptitude à produire de l'AIA (GAY, 1986, 1987). La production d'AIA fongique
est en effet d'autant plus importante que les conditions de culture sont défavo-
rables à la croissance mycélienne. Cette observation va dans le sens de l'hypo-
thése de SLANKIS (1973) selon laquelle l'absence de mycorhizes sur des sols
riches en éléments nutritifs serait due à l'inhibition de la synthése d'auxine
fongique. L'étude du couple symbiotique Hebeloma hiemale X Pinus halepensis
montre à ce propos que les concentrations en azote et en phosphore des milieux
de culture affectent dans le même sens l'aptitude du champignon à produire
de ГАТА et sa capacité à stimuler l'activité rhizogàne de la plante hóte. Ceci
indique que les variations de l'effet rhizogéne de H. hiemale en fonction des
conditions de culture sont probablement dues à des modifications de son apti-
tude à synthétiser de l'AIA.
Source : MNHN, Paris
HORMONES FONGIQUES ET ECTOMYCORHIZES 215
Les données actuelles concernant le mode d'action de l'auxine montrent,
comme le soulignait déjà SLANKIS (1961), que la présence d'un excés d'AIA
dans les mycorhizes peut affecter profondément leur physiologie et leur méta-
bolisme de sorte que les mycorhizes ne doivent pas étre considérées seulement
comme le résultat de simples modifications morphologiques et structurales des
racines non infectées mais aussi comme des structures reflétant un état physio-
logique particulier. En effet, outre son action rhizogéne, l'AIA fongique pour-
rait provoquer une augmentation de l'apport et de l'excrétion au niveau des
mycorhizes des produits de la photosynthèse et de composés susceptibles de fa-
voriser la croissance du champignon. L'AIA libéré par le champignon pourrait
de même perturber la mise en place des parois de l'hôte et provoquer une dimi-
nution de leur rigidité comparable à celle observée par DUDDRIDGE & READ
(1984) au niveau du réseau de HARTIG de mycorhizes de pin. Cette diminution
de rigidité des parois cellulaires de la plante hôte pourrait favoriser la pénétration
des hyphes du réseau de HARTIG. L'AIA fongique exercerait ainsi un effet
sensibilisateur sur les tissus racinaires en augmentant leur réceptivité à l'infection
mycorhizienne. L'auxine libérée par le champignon dans la mycorhize pourrait
enfin affecter le fonctionnement du génome de la plante hôte et induire no-
tamment la synthèse de nouvelles protéines caractéristiques de l’état symbio-
tique.
L'ensemble de ces résultats montre que l'AIA pourrait étre un des détermi-
nants du pouvoir symbiotique des champignons ectomycorhiziens. Ils n'indi-
quent cependant pas que l'AIA est le seul composé responsable de l'effet myco-
rhizogène des champignons. D'autres métabolites secondaires d'origine fongique,
parmi lesquels des hormones autres que l'AIA, pourraient aussi être détermi.
nants, sinon nécessaires, pour la réalisation de certaines étapes de l'établissement
de l'association symbiotique.
PRODUCTION DE CYTOKININES ET DE GIBBÉRELLINES
PAR LES CHAMPIGNONS ECTOMYCORHIZIENS
GOGALA (1967) a signalé la présence de gibbérellines dans les milieux de
culture et les fructifications de Boletus edulis, mais cette observation n'a jamais
été vérifiée depuis. De même, MILLER (1971) a montré, en utilisant le test cal
de soja, que le champignon ectomycorhizien Rhizopogon roseolus produit des
Cytokinines (transzéatine, trans-ibosyl zéatine, isopentyladénine) alors que
22 espèces d'hébélomes et 6 rhizopogons différents ne semblent pas en produire
(CRAFT & MILLER, 1974). La production de cytokinines par les champignons
&ctomycorhiziens semble donc beaucoup moins fréquente que celle de AIA. En
ce qui concerne leur rôle potentiel dans l'association ectomycorhizienne, on sait
que les cytokinines, à des concentrations élevées, induisent des déviations
morphologiques comparables à celles notées dans le cas des ectomycorhizes.
Elles inhibent la croissance en longueur des racines et la formation des poils
absorbants; elles stimulent par contre la formation des racines latérales. Dans
Source : MNHN, Paris
216 G.GAY
les ectomycorhizes, les cytokinines pourraient aussi provoquer une rupture
du contact entre les cellules corticales adjacentes, ce qui favoriserait la pénétra-
tion des hyphes du réseau de HARTIG. Elles pourraient aussi jouer un róle
important en interagissant avec les auxines ou d'autres hormones.
RÔLE DE L'ÉTHYLÈNE DANS L'ASSOCIATION ECTOMYCORHIZIENNE
Certains champignons ectomycorhiziens sont capables de produire de l'éthy-
lène lorsqu'ils sont cultivés en présence de méthionine (GRAHAM & LINDER-
MAN, 1981). L'effet morphogéne de ce composé au niveau des systémes raci-
naires de pins est comparable a celui de l'AIA. En effet, des systémes racinaires
de Pinus radiata traités par de l'acide chloroéthane sulfonique (qui libére de
l'éthyléne) forment des racines courtes, dichotomes, ressemblant à des ecto-
mycorhizes (WILSON & FIELD, 1984). RUPP & MUDGE (1985) ont obtenu
des résultats comparables en traitant des racines de Pinus mugo par de l'éthé-
phon qui libère aussi de l'éthylène. Un traitement par de l'ANA produit les
mêmes symptômes alors que le thiosulfate d'argent (inhibiteur de l'action de
Péthylène) réduit de 35 % la réponse à l'auxine. Ceci indique, selon ces auteurs,
que la production d'éthyléne induite par РАМА pourrait être responsable, au
moins en partie, de la ramification dichotome consécutive à un traitement
par cette auxine.
En ce qui concerne le rôle de l'éthylène dans l'établissement de l'association
ectomycorhizienne, RUPP & MUDGE (1985) ont montré que la formation des
mycorhizes de Laccaria laccata et de Pisolithus tinctorius s'accompagne d’une
augmentation de la production d’éthyléne alors qu'un apport d'éthéphon ou de
thiosulfate d’argent n’affectent pas le taux de mycorhization de ces champi-
gnons. Ces auteurs en concluent que l'éthyléne endogéne de la plante peut
affecter la formation des mycorhizes et étre responsable des changements de
morphologie des racines colonisées. Comme le suggéraient RUPP & MUDGE,
la forte production d’éthyléne notée lors de la formation des mycorhizes pour-
rait étre une conséquence de la modification du métabolisme auxinique des
racines colonisées. On sait en effet que de nombreuses modifications de la phy-
siologie des systèmes racinaires consécutive à un traitement par l'AIA sont en
fait induites par l’éthylène produit par la racine en réponse au traitement hormo-
mal. C’est pourquoi la production et le rôle de l'AIA et de l'éthyléne dans une
mycorhize sont probablement liés.
DISCUSSION
Les phytohormones contrólent presque tous les aspects de la croissance et du
développement des plantes supérieures, particuliérement ceux dépendant de fac-
teurs environnementaux. Les résultats présentés ici indiquent qu’elles sont aussi
impliquées dans l'établissement de la symbiose ectomycorhizienne. Les connais-
Source : MNHN, Paris
HORMONES FONGIQUES ET ECTOMYCORHIZES 217
sances actuelles concernant le mode d'action des auxines montrent que, outre
son effet rhizogéne, l'AIA fongique pourrait affecter profondément la physiolo-
gie des racines infectées. De plus, l'hyperauxinie des mycorhizes ainsi que la pro-
duction par le champignon de cytokinines ou de gibbérellines induit probable-
ment des modifications de la balance hormonale de la plante, susceptibles d'af-
fecter la physiologie non seulement du systéme racinaire mais aussi de la partie
aérienne. En effet, de nombreuses modifications de la physiologie de la plante
Caractéristiques de l'association ectomycorhizienne correspondent à des proces-
sus sous contrôle hormonal : pour qu'une amélioration de l'absorption minérale
s'accompagne d’une augmentation de l’activité photosynthétique de la plante
conduisant à un enrichissement en hydrates de carbone des exsudats racinaires
(HARLEY & SMITH, 1983), il faut que différentes modifications métaboliques
sous contrôle hormonal aient lieu simultanément. La question fondamentale
est donc de savoir si une production, même faible, d'hormones par le champi-
gnon dans la mycorhize peut affecter la balance hormonale de la plante et étre
à l'origine de telles modifications. L'utilisation de mutants, soit incapables de
produire des hormones, et notamment de ГАГА, зо surproducteurs, devrait
permettre d'apporter des éléments de réponse à cette question.
BIBLIOGRAPHIE
CRAFT C-B. and MILLER C.O., 1974 — Detection and quantification of cytokinins pro-
duced by mycorrhizal fungi. Pl. Physiol. (Lancaster) 54 : 586-588.
DEBAUD J.C. and GAY G., 1987 — In vitro fruiting under controlled conditions of the
ectomycorrhizal fungus Heleboma cylindrosporum associated with Pinus pinaster. New
Phytol. 105 : 429-435.
DUDDRIDGE J.M. and READ D.J., 1984 — Modification of the host-fungus interface in
mycorrhizas synthesized between Suillus bovinus (Fr.) O. Kunz. and Pinus sylvestris
L. New Phytol. 96 : 583-589.
EK M., LJUNGQUIST P.O. and STENSTROM E., 1983 — Indole-3-acetic acid production
by ‘mycorrhizal fungi determined by gas chromatography-mass spectrometry. New
Phytol. 94 : 401-407.
GAY G., ROUILLON R. et BRUCHET G., 1982 — Róle des substances libérées par les
champignons dans l'association. ectomycorhizienne. [n : GIANINAZZI S., GIANINAZZI-
PEARSON V. & TROUVELOT A., Les mycorhizes partie integrante de la plante. Paris,
INRA : 163-177.
GAY G., 1986 — Effect of glucose on indole-3-acetic acid production by the ectomycorrhi-
zal fungus Hebeloma hiemale in pure culture. Physiol. Vég. 24 : 185-192.
GAY G., 1987 — Influence d'un champignon ectomycorhizien, Hebeloma hiemale, et de
VATA qu'il libère sur l'activité rhizogéne de Pinus halepensis; étude de la production
dAIA par ce champignon. These Doc. Etat, Univ. Lyon, 170 p.
GAY G. and DEBAUD J.C., 1987 — Genetic study on indole-3-acetic acid production by
ectomycorrhizal Hebeloma species : inter- and intraspecific variability in homo- and
dikaryotic mycelia. Appl. Microbiol. Biotechnol. 26 : 141-146.
GIANINAZZI S., GIANINAZZI-PEARSON V. et TROUVELOT A., 1982 — Les mycorhizes
partie intégrante de la plante. Paris, INRA, 397 p.
Source : MNHN, Paris
218 G.GAY
GIANINAZZLPEARSON V. et GIANINAZZI S., 1986 — Aspects génétiques et physio-
logiques des mycorhizes. Paris, INRA, 832 p.
GOGALA N., 1967 — Die Wuchsstoffe des Pilzes Boletus edulis var. pinicolus Vitt. und ihre
Wirkung auf die keimenden Samme des Kiefer Pinus sylvestris L. Biol. Vest. 15 : 29-39.
GRAHAM J.H. and LINDERMAN R.C., 1981 — Effect of ethylene on root growth, ecto-
mycorrhizal formation and Fusarium infection of Douglas fir. Canad. J. Bot. 59 : 149-
155.
HARLEY J.L., 1969 — The biology of mycorrhiza. 2nd Ed. London, Leonard Hill, 234 p.
HARLEY J.L. and SMITH S.E., 1983 — Mycorrhizal symbiosis, London, Academic Press,
483 p.
HATCH A.B., 1937 — The physiological basis of mycotrophy in the genus Pinus. Black
Rock Forest Bull. 6 : 1-168.
HORAK E., 1963 — Untersuchungen zur Wuchstoffsynthese der Mykorrhiza Pilze. In :
RAWALD W. & LYR H., Mykorrhiza. Jena, Fischer Verlag : 147-163.
HORAK E., 1964 — Die Bildung von IES-Derivaten durch ectotrophe Mykorrhizapilze
(Phlegmacium spp.) von Picea Karsten. Phytopathol. 7. 51 : 491-515.
Mc DOUGALL D.T. and DUFRENOY J., 1944 — Mycorrhizal symbiosis in Aplectrum
corallorhiza and Pinus. Pl. Physiol. (Lancaster) 19 : 440-465.
MELIN E., 1963 — Some effects of forest tree roots on mycorrhizal Basidiomycetes. In :
MOSSE B. & NUTMAN P.S., Symbiotic associations. Cambridge, Cambridge University
Press : 124-145.
MILLER C.O., 1971 — Cytokinin production by mycorrhizal fungi. In : HACSKAYLO E.,
Mycorrhizae. (Proc. 1st NACOM). New York, USDA For. Serv. Publ. : 168-174.
MOSER M., 1959 — Beiträge zur Kentniss der Wuchsstoffbeziehungen im Bereich ekto-
tropher Mykorrhizen. Arch. Mikrobiol. 34 : 251-269.
RITTER O., 1968 — Auxin relation between mycorrhizal fungi and their partner trees.
Acta Mycol. 4 : 421-431.
ROUILLON R., GAY G., BERNILLON J., FAVRE-BONVIN J. and BRUCHET G., 1986 —
Analysis by HPLC-mass spectrometry of the indole compounds released by the ecto-
mycorrhizal fungus Hebeloma hiemale in pure culture. Canad. J. Bot. 64 : 1893-1897.
RUPP L.A. & MUDGE K.W., 1985 — Ethephon and auxin induce mycorrhiza-like changes
in the morphology of root organ cultures of mugo pine. Physiol. Pl, 64 : 316-323.
SLANKIS V., 1948 — Einfluss von Exudaten von Boletus variegatus auf die dikotomische
Verzweigung isolierter Kiefernwurzeln. Physiol. Pl. 1 : 390-400.
SLANKIS V., 1949 — Wirkung von B-Indolessigsaüere auf die dikotomische Verzweigung
isolierter Wurzeln von Pinus sylvestris. Svensk. Bot. Tidskr. 43 : 603-607.
SLANKIS V., 1950 — Effect of naphthalene acetic acid on dichotomous branching of iso-
lated roots of Pinus sylvestris. Physiol. Pl. 3 : 40-44.
SLANKIS V., 1951 — Über den Einfluss von Bindolylessigsaüere und anderen Wuchsstoffen
auf das Wachstum von Kiefernwurzeln. Symb. Bot. Upsal. 11 : 1-63.
SLANKIS V., 1961 — On the factors determining the establishment of ectotrophic mycor-
rhiza of forest trees. Recent Advances Bot. 9 :1738-1742.
SLANKIS V., 1967 — Reneweved growth of ectotrophic mycorrhizae as indication of an
unstable symbiotic relationship. In Proc. 14th Congr. IUFRO (Münich), part V, sect.
24 :88-99.
SLANKIS V., 1973 — Hormonal relationship in ectomycorrhizae. In : MARKS G.C. & KOZ-
LOWSKI T.T., Ectomycorrhizae. London, New York, Academic Press : 231-298.
Source : MNHN, Paris
HORMONES FONGIQUES ET ECTOMYCORHIZES 219
SPRZELCZYE H, SITBK J. and KOWALSKI S., 1977 — Synthesis of auxins from trypto-
phan and tryptophan precursors by fungi isolated from mycorrhizae of pine (Pinus
sylvestris L.). Acta Microbiol. Polon. 26 : 255-264.
TOMASZEWSKI M. and WOJCIECHOWSKA B., 1975 — The role of growth regulators
released by fungi in pine mycorrhizae. In : CARR D.J., Plant growth substances, Tokyo,
Hirokawa Publ. Co. : 217-227.
ULRICH J., 1960 — Auxin production by ectomycorrhizal fungi. Physiol. Pl. 13 : 429-
443.
WILSON E.R.L. and FIELD R.J., 1984 — Dichotomous branching in lateral roots of pine :
the effect of 2-chloroethylsulfonic acid on seedlings of Pinus radiata D. Don. New
Phytol. 98 : 465-473.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Mycol. 1988, 9 (3) : 221-231 221
MODIFICATIONS DES PROFILS POLYPEPTIDIQUES
LORS DE L'ÉTABLISSEMENT DE LA SYMBIOSE
ECTOMYCORHIZIENNE
par Jean-Louis HILBERT et Francis MARTIN*
RÉSUMÉ. — Dans le but de mettre en évidence (i) les modifications induites dans l'expres-
sion des génes fongiques et racinaires et (ii) les éventuels polypeptides spécifiques de l'état
symbiotique, l'lectrophorése bidimensionnelle a été appliquée aux protéines solubles et
membranaires du mycélium de Pisolithus tinctorius, des racines mycorhizées et non myco-
rhizées d'Eucalyptus globulus. Le niveau d'expression de 30 % des polypeptides fongiques
et de plus de 50 % des polypeptides racinaires caractérisés, est modifié au cours de l'établis-
sement de la symbiose ectomycorhizienne. Les changements observés consistent en une
diminution prononcée ou une augmentation de la concentration de nombreux polypeptides
accumulés dans le mycélium ou la racine en culture pure. Quatre polypeptides (E15, E24,
E27, E28), pour lesquels nous proposons le terme générique d'ectomycorhizines, ont été
identifiés uniquement dans les ectomycorhizes. Ces polypeptides peuvent étre synthétisés
de novo dans les tissus symbiotiques ou apparaître comme de nouvelles isoformes, consé-
quence de modifications post-transcriptionnelles. L'abondance des ectomycorhizines rend
probable leur róle dans le développement de la symbiose.
ABSTRACT. — In an effort to examine the changes in protein patterns and for the presence
of any «symbiosis-specific» genes, that are expressed specifically during the ectomycorrhizal
development, the polypeptide content of Eucalyptus-Pisolithus ectomycorrhizas, unin-
fected Eucalyptus globulus short roots, and free-living Pisolithus tinctorius mycelia have
been compared. Analysis of the soluble and membrane proteins by sodium dodecylsulfate
and two dimensional polyacrylamide gel electrophoresis showed that the majority of the
polypeptides observed in mycorrhizas are already synthesized in either uninfected roots or
free-living mycelia. The levels of approximately 30 76 of the fungal polypeptides and more
than 50 % of the plant polypeptides resolved on gels are regulated during the development
of ectomycorrhizas. Most of the changes detected involve a decrease or an increase in the
concentration of proteins synthesized in free-living mycelia or root cells. Four polypeptides
are ectomycorrhiza-specific in that they are present in ectomycorrhizas, but not in free
living mycelia nor non-infected short roots. We suggest the name of ectomycorrhizins for
this class of «ectomycorrhiza-specificy polypeptides, It seems likely that they have a role
in the development of the symbiosis.
MOTS CLÉS : ectomycorhizes, électrophorése bidimensionnelle, Eucalyptus, Pisolithus,
ectomycorhizines.
* Laboratoire de Microbiologie Forestiére, INRA, Centre de Recherches Forestiéres de
Nancy, Champenoux, BP 35, 54280 Seichamps, France.
Source : MNHN, Paris
222 J.L. HILBERT et F. MARTIN
INTRODUCTION
De l'association entre le systéme racinaire des végétaux ligneux et certains
champignons du sol résulte la formation d'actomycorhizes, organes symbiotiques
jouant un róle primordial dans la nutrition de la plante (LE TACON, 1985). Les
recherches effectuées ces dernières années sur le métabolisme primaire des
champignons ectomycorhiziens (MARTIN & al., 1987) et des ectomycorhizes
(BLEDSOE & ZASOSKI, 1983), ont montré que la participation des différents
partenaires à la symbiose modifie de nombreuses étapes de leur métabolisme
primaire (MARTIN, 1986; MARTIN & al., 1987). L'établissement et le dévelop-
pement de la symbiose nécessitent l'intervention de mécanismes de reconnais-
sance (HARLEY & SMITH, 1983), des modifications dans les échanges cellu-
laires (HARLEY & SMITH, 1983) et les teneurs en catalyseurs enzymatiques
(MARTIN & al., 1987). L’approche immunologique a ainsi permis de démontrer
que la biosynthése de la glutamate déshydrogénase à NADPH et de la glutamate
oxaloacétate transaminase fongiques était réprimée dans l'ectomycorhize de
Hétre (CHALLOT, 1987). Au contraire, l'activité des phosphatases (MOUSAIN
& SALSAC, 1982; LACAZE, 1983) et des catalyseurs de la voie des hexoses
monophosphates (NASMYL, 1987) est fortement stimulée dans les tissus sym-
biotiques. Enfin, la mycorhization par Rhizopogon vinicolor des racines de
Pseudotsuga douglasii conduit à la mise en place de mécanismes de résistance
dont la manifestation est identique à celle observée lors de l'attaque des tissus
végétaux par un champignon pathogène avec accumulation de tannins et de
phytoalexines (COLEMAN & ANDERSON, 1985) dont la biosynthèse suppose
Fi duction de biocatalyseurs spécifiques (COLLINGE & SLUSARENKO, 1987).
Ces remaniements enzymatiques et métaboliques multiples ne peuvent résulter
que de modifications importantes dans l'expression des genes des partenaires
symbiotiques. La mise en place d'un nouveau métabolisme azoté et carboné
dans Pectomycothize suggère également l'existence de gènes spécifiques qui
gouverneraient la synthèse de protéines spécifiques de l'état symbiotique.
"existence de protéines spécifiques d'un état symbiotique a été largement
démontrée et étudiée chez les associations du type Légumineuses-Rhizobium
(LEGOCKI & VERMA, 1980; STROZYCKI & al., 1985) oà une quinzaine de
polypeptides ont été caractérisés et pour certains leur rôle déterminé (VERMA
E al. 1979; GOVERS & al., 1985). Dans le cas des relations plantes-pathogenes
l'apparition de polypeptides spécifiques de l'état infecté a également été observé
los de l'infection par des virus, bactéries et champignons (GIANINAZZI, 1985;
COLLINGE & SLUSARENKO, 1987).
Dans le but de mettre en évidence (i) les modifications induites dans l’expres-
sion des gènes fongiques et racinaires et (ii) les éventuels polypeptides spéci-
fiques de létat symbiotique, les profils électrophorétiques des racines non
mycorhizées, du mycélium extramatriciel et des ectomycorhizes ont été com-
parées.
Source : MNHN, Paris
ECTOMYCORHIZINES DE L'ASSOCIATION PISOLITHUS-EUCALYPTUS 223
MATÉRIEL ET MÉTHODES
Matériel végétal
La synthése axénique d'ectomycorhizes a été réalisée à partir d'Eucalyptus
globulus Kirp et de Pisolithus tinctorius souche Cocker et Couch en employant
la technique du «sandwich paper» (CHILVERS & al., 1986). Des graines d'Eucalyp-
tus globulus sont désinfectées 20 mn à l'aide d'une solution d'hypochlorite de
sodium à 20 % et mises à germer 3 jours sur papier absorbant. Les germinations
exemptes de contamination sont transférées dans une boîte de Pétri (100 mm.
diam.) et alimentées par 20 ml de milieu gélosé de Shemakanova pendant 3
jours. Le champignon est placé sur un carton absorbant sur milieu gélosé
renfermant de l'extrait de pomme de terre. Lorsque le mycélium recouvre le
carton, les deux partenaires sont mis en contact. Aprés 4 semaines de développe-
ment en conditions axéniques les ectomycorhizes obtenues sont récoltées et
conservées à — 70°C.
La température de la chambre de croissance est maintenue à 22°C le jour et
16°C la nuit. L’hygrométrie est de 80 % de saturation. La photopériode est de
10 h avec une intensité lumineuse de 200peinstein/m? dans la bande des radia-
tions visibles (400-700 nm).
Extraction des protéines
L'extraction des protéines est effectuée à 4°C par broyage de matériel, dans
un potter, en présence d'un tampon Tris-HCl 50 mM pH 7,5 contenant du
phénylméthylsulfonylfluorure 1 mM, du dithiothréitol 5 mM, de l'acide ascor-
bique 1 mM, de l'éthylénediaminetétraacétate 1 mM et du Triton X100 0,1%,
aprés addition de polyvinylpyrrolidone insoluble à raison de 10 46 (p / p). Aprés
centrifugation à 10000 g pendant 30 mn, le surnageant renfermant les pro-
téines solubles est prélevé. Un dosage de la quantité de protéines est réalisé à
l'aide du réactif préconisé par Biorad d’après la technique de BRADFORD (1976)
La quantité de protéines désirée par échantillon est ensuite mise à précipiter
45 mn à — 20°C par addition de 5 volumes de mélange acide trichloroacétique
10 % (p/v), B-mercaptoéthanol 0.07 76 (v/v) dans de l'acétone. Une centrifuga-
tion de 30 mn à 10000 g permet de recueillir les protéines sous forme d'un culot
protéique. Celui ci est rincé par 5 volumes du mélange 6-mercaptoéthanol 0.07 %
(v/v) dans de l’acétone, afin de débarrasser le culot de l’excès d’acide trichloro-
acétique. Une nouvelle centrifugation de 15 mn à 10000 g est affectuée, puis le
culot protéique est séché au dessicateur une nuit afin d'éliminer l'acétone.
Les protéines sont solubilisées dans le tampon de lyse préconisé par O'FARRELL
(1975) et dont la composition est la suivante : urée 9,5 M, Nonidet P40 2 %
(v/v), ampholines 2 % (v/v) et B-mercaptoéthanol 5 % (v/v).
Électrophorése
— Électrophorèse bidimensionnelle
Première dimension : les gels sont coulés dans des tubes de 1mim de diamètre
sur une longueur de 12,5 cm. Ils contiennent en composition finale 3,5 % d'acry-
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
ECTOMYCORHIZINES DE L'ASSOCIATION PISOLITHUS-EUCALYPTUS 225
lamide, 0,24 % de methylene bisacrylamide, 9,2 M d'urée, 4 % d’ampholines
(3/4 de Pharmacia 5-8, 1/4 de LKB 3,5-10) et 2 % de Nonidet P40. Les solu-
tions d'électrodes sont de l'acide phosphorique 10 mM et de la soude NaOH 20 mM.
Les paramètres électriques de l'isofocalisation sont une puissance de 1 W pour
8 gels, voltage toujours limité à 1200 V, intensité non limitée. L'électrop horése
est arrétée aprés passage de 21000 V.H.
Un dépôt d'environ 150 ug de protéines par gel est effectué. Aprés l'isoclec-
trofocalisation, les gels sont extrudés des tubes par pression a l'aide d'une se-
ringue et sont mis en agitation douce 15 mn dans 5 ml d’un tampon d’équili-
bration préconisé par O'FARRELL (1975) mais dont nous avons supprimé le f-
mercaptoéthanol qui provoque des artéfacts lors de la révélation argentique
(TASHEVA & DESSEV, 1983). La composition de ce tampon d’équilibration
est la suivante : Tris HCl 62,5 mM pH 6,8, sodium dodécyl sulfate 2,3 %, glycé-
rol 10 % (m/v), bleu de bromophénol : 150 jl d'une solution à 0,05 %.
Deuxiéme dimension : le gel de séparation des protéines est coulé entre deux
plaques de verre (140 x 150 x 1 mm). La concentration finale est de 15 % en
acrylamide-bisacrylamide. Il n'y a pas de gel de concentration des protéines. Le
gel de 1ère dimension, après passage dans le tampon d'équilibration, est déposé
sur le gel de séparation. Il n'y a pas de gel de soudure. Le tampon d'électropho-
rése est celui de LAEMMLI (1970) : Tris 0,025 M, glycine 0,192 M, SDS 0,1%.
Les conditions électriques sont de 1 W par gel pendant 10 mn puis de 6W
jusqu'à la fin de la migration, voltage et intensité non limités.
— Electrophorése monodimensionnelle
Les protéines sont préparées comme pour l'électrophorése bidimensionnelle,
cependant leur solubilisation est effectuée par reprise du culot protéique dans du
tampon de LAEMMLI (1970) : Tris-HCl 0,0625 M pH 6,8, glycérol 10 %, so-
dium dodécyl sulfate 2 %, mercaptoéthanol 5 %, bleu de bromophénol 0,01%.
L'ensemble est chauffé 4 100°C pendant 5 mn. Le gel de séparation des pro-
téines est de composition identique à celui utilisé pour la 2ème dimension lors
de l’électrophorèse bidimensionnelle. Aprés polymérisation il est recouvert
d'un gel de concentration des protéines de concentration finale à 5 % en acryla-
mide-bisacrylamide. Le gel de concentration est coulé après insertion d’un peigne
Figure 1 : Profil électrophorétique monodimensionnel des protéines solubles de Pisolithus
tinctorius (A), d'Eucalyptus globulus (C) et des ectomycorhizes obtenues à partir de
leur association (B). (V) — polypeptides dont l'accumulation est réduite dans la myco-
тре. (>) = polypeptides dont l'accumulation est augmentée dans la mycorhize (-eE) —
polypeptides spécifiques dela symbiose. Le puit S contient les protéines standards de
poids moléculaire dans l'ordre suivant 14,4; 20,1; 30,0; 43,0; 67,0 et 94,0 КР.
Figure 1 ; Silver-stained SDS-gel of polypeptides of Pisolithus tinctorius (A), Eucalyptus
globulus (C) and their ectomycorthizas (B). Extracted proteins were boiled in an SDS-
containing solution and proteins equivalent to 150 pg bovine serum albumin in the
protein assay were loaded into each lane. Lane S shows protein markers of the following
molecular weights : 14.4; 20.1; 30.0; 43.0; 67.0;94.0 kD.
Source : MNHN, Paris.
226 J-L. HILBERT et F. MARTIN
Figure 2 : Électrophorégramme bidimensionnel des protéines solubles extraites à partir du
mycélium libre de Pisolithus tinctorius. Lêre dimension : isofocalisation (IEF) dans un
gradient de pH variant de 7 (droite) à 5 (gauche); 2ème dimension : gel de polyacryla-
mide 15 % en présence de sodium dodécyl sulfate.
Figure 2 : Silverstained two-dimensional gel of polypeptides of free-living mycelia of
Pisolithus tinctorius. Proteins were loaded into the basic end of a tube gel for the first
dimension electrophoresis (isoelectrofocusing). The gel was run, equilibrated, and loaded
onto the second sodium dodecyl sulfate-dimension (15 % acrylamide).
qui permettra la formation des puits dans lesquels seront déposés les échantillons
protéiques. De 4 à 5 ug de protéines sont déposés par puit. La révélation des
protéines est effectuée par coloration argentique d'après MORRISSEY (1981).
RÉSULTATS ET DISCUSSION
La chromatographie par électrophorèse dénaturante des protéines solubles et
membranaires du mycélium de Pisolithus tinctorius (Fig. 1A), des racines myco-
rhizées (Fig. 1B) et non mycorhizées (Fig. 1C) d'Eucalyptus globulus permet
l'observation d'une centaine de polypeptides dans les tissus des partenaires
étudiés isolément et dans les ectomycorhizes.
La comparaison de ces profils polypeptidiques met en évidence des modi-
fications quantitatives et qualitatives importantes dans l'accumulation des pro-
Source : MNHN, Paris
ECTOMYCORHIZINES DE L'ASSOCIATION PISOLITHUS-EUCALYPTUS 227
Figure 3 : Électrophorégramme bidimensionnel des protéines solubles extraites à partir des
racines courtes latérales d'Eucalyptus globulus non associés à Pisolithus tinctorius.
Figure 3 : Silver-stained two-dimensional gel of polypeptides of non-mycorrhizal short
roots of Eucalyptus globulus.
téines. La composition polypeptidique des ectomycorhizes (Fig. 1B), prélevées
4 semaines aprés l'infection, est trés proche de celle des hyphes fongiques culti-
vées isolément (Fig. 1A) suggérant que le contenu protéique des mycorhizes
est essentiellement d'origine fongique. Il s'agit là d'une confirmation biochi-
mique des multiples observations microscopiques (KOTTKE & OBERWINKLER,
1986) soulignant la richesse relative en organites du cytoplasme fongique cons-
tituant le réseau de Hartig et la vacuolisation intense des cellules corticales de
la racine mycorhizée. Toutes les ectomycorhizes étudiées (Pinus nigra-Hebeloma
crustuliniforme, Picea abies-Hebeloma sp., ... [HILBERT, EL ABRAS & MAR-
TIN, résultats non. publiés]) présentent la méme caractéristique que celle des
mycorhizes de Pisolithus-Eucalyptus.
Si la plupart des polypeptides du mycélium en culture pure sont synthétisés
dans les ectomycorhizes, plus de 20 % d'entre eux voient leur concentration
fortement diminuée (Fig. 1A-B) indiquant des modifications dans leur taux
de renouvellement et/ou leur biosynthèse. Ces protéines pourraient contrôler
des processus dont l'activité est fortement limitée par l'établissement de la
mycorhize tels que la croissance hyphale et la biosynthése des parois. Certains
Source : MNHN, Paris
228 J.L. HILBERT et F. MARTIN
Figure 4 : Électrophorégramme bidimensionnel des protéines solubles extraites à partir des
ectomycorhizes résultant de lassociation entre Pisolithus tinctorius et Eucalyptus
globulus. Es, E24, E21, Ez8 : polypeptides spécifiques de la symbiose (= ectomyco-
thizines).
Figure 4 : Silveratained two-dimensional gel of polypeptides of short roots of Eucalyptus
lobulus infected by Pisolithus tinctorius E15, E24, E27, F28 : symbiosis-specific poly-
peptides (=ectomycorrhizins).
polypeptides racinaires sont également accumulés en moindre quantité dans
les organes symbiotiques (Fig. 1B-C), mais la faible abondance des protéines
végétales limite l'observation du phénomène.
Enfin, l'infection des racines courtes d'E. globulus par P. tinctorius induit.
l'accumulation de polypeptides n'existant pas dans les cellules fongiques et raci-
naires cultivées séparément. Deux polypeptides, dont les poids moléculaires
sont respectivement de 12kD (annoté E1, Fig. 1B) et 30 kD (annoté E, Fig. 1B),
s'accumulent en grande quantité.
L'étude des modifications quantitatives et qualitatives de tissus aussi riches
en polypeptides que les ectomycorhizes nécessitait une technique électropho-
rétique plus résolutive que l'électrophorèse dénaturante. L'électrophorése
Tension nelle a donc été développée et appliquée aux protéines solubles et
membranaires du mycélium de Pisolithus tinctorius (Fig. 2), des racines myco-
thizées (Fig. 4) et non mycorhizées (Fig. 3) d’Eucalyptus globulus. La carte
Source : MNHN, Paris
ECTOMYCORHIZINES DE L'ASSOCIATION PISOLITHUS-EUCALYPTUS 229
polypeptidique du mycélium permet l'observation de 135 spots parfaitement
résolus (Fig. 2). La majorité de ces polypeptides sont neutres et acides et ont un
poids moléculaire inférieur à 30 kD. Les polypeptides des racines non mycorhi-
zées (Fig. 3) sont moins nombreux et sont pour l'essentiel de haut poids molé-
culaire et neutres.
L'essentiel des polypeptides observés dans les mycorhizes (Fig. 4) est égale-
ment détecté dans le mycélium de Pisolithus tinctorius ou dans la racine non
infectée et préexistent donc dans les tissus non symbiotiques. Le profil polypep-
tidique des organes symbiotiques est composé majoritairement de polypeptides
d'origine fongique confirmant ainsi les données de l'électrophorèse dénaturante
(Fig. 1). Le développement des ectomycorhizes est toutefois accompagné par
la diminution et l'apparition de nombreux polypeptides. Il est à noter une dimi-
nution plus prononcée des polypeptides racinaires que des polypeptides fon-
giques. Sur les 135 polypeptides fongiques résolus, 30 % sont exprimés de façon
différente dans la symbiose; 17 voient leur concentration diminuée : il s'agit de
molécules de faible poids moléculaire et ayant un point isoélectrique acide
(quadrant 4, Fig. 2 et 4). La quantité d'au moins 4 polypeptides augmente.
Dans les tissus de la plante, 125 polypeptides sont caractérisés sur les racines
courtes latérales non infectées. La majorité d'entre eux voie leur concentration
fortement diminuée (e. g., HP1, HP2, HP3; quadrant 2, Fig. 3 et 4) dans les ecto-
mycorhizes. L'établissement de la symbiose se manifeste clairement par la
répression de la biosynthése de nombreuses protéines fongiques et racinaires.
Les ectomycorhizes se caractérisent donc par une simplification des profils
polypeptidiques.
Enfin, 4 polypeptides (E15, E24, E27, Ezs) (Fig. 4) sont spécifiques de la
symbiose P. tinctorius - E. globulus, étant présents dans les ectomycorhizes et
absents du mycélium en culture pure et des racines non infectées. Leur: poids
moléculaires et points isoélectriques sont respectivement de 15 kD (5,8), 24 kD
(6,9),27 kD (6,5) et 27,3 kD (6,6). Ces polypeptides sont abondants et les pro-
priétés physico-chimiques voisines de E24, E27, et Ezg suggèrent une parenté
entre ces 3 poly peptides.
CONCLUSION
Les niveaux d’expression de 30 % des polypeptides fongiques et de plus de
50 % des polypeptides racinaires caractérisés par électrophorése bidimension-
nelle, sont modifiés au cours de l'établissement de la symbiose ectomycorhi-
zienne. Les changements observés consistent en une diminution prononcée ou
une augmentation de la concentration de nombreux polypeptides accumulés
dans le mycélium ou la racine en culture pure. La répression qui affecte la bio-
synthése des polypeptides, d'origine fongique et racinaire, confirme les observa-
tions biochimiques (MARTIN & al., 1987) et microscopiques (DEXHEIMER &
al., 1986) démontrant les modifications induites chez les symbiotes par l'établis-
sement de l'ectomycorhize. Quatre polypeptides (E15, E24, E25, Eos), pour
Source : MNHN, Paris
230 J-L. HILBERT et F. MARTIN
lesquels nous proposons le terme générique d'ectomycorhizines, ont été identi-
fiés uniquement dans les ectomycorhizes. Ces polypeptides peuvent être synthé-
tisés de novo dans les tissus symbiotiques ou apparaitre comme de nouvelles
isoformes, conséquence de modifications post-transcriptionnelles. La compar-
timentation de ces polypeptides spécifiques n’a pas été déterminée et, de ce fait,
lappartenance des génes codant pour les ectomycorhizines à l'un ou l'autre
des génomes reste à déterminer. Des études sont en cours afin de caractériser (i)
la nature (glycoprotéines, protéines membranaires, enzymes, ...) et les fonctions
des ectomycorhizines et (ii) leur mécanisme d'induction. L'abondance des ecto-
mycorhizines rend probable un róle dans le développement de la symbiose.
Elles constituent un outil remarquable dans l'étude de la physiologie du déve-
loppement de la symbiose ectomycorhizienne et permettra, en particulier, de
tester l'existence de médiateurs chimiques assurant l'échange d'informations
entre les symbiotes.
REMERCIEMENTS
Les auteurs remercient Mrs F. Lapeyrie et F. Le Tacon (Laboratoire de Microbiologie
Forestière), ainsi que le Professeur B. Botton (Laboratoire de Physiologie Vegetale et
Forestière) pour les discussions et encouragements prodigués au cours de la présente étude.
BIBLIOGRAPHIE
BLEDSOE C. and ZASOSKI R.J., 1983 — Effects of ammonium and nitrate on growth
and nitrogen uptake by mycorrhizal Douglas-fir seedlings. Pl. & Soil 71 : 445-454.
BRADFORD M.M., 1976 — A rapid and sensitive method for the quantitation of microgram
quantities of protein utilizing the principle of protein-dye binding. Analytical Biochem.
72 :248-254.
CHALLOT M., 1987 — Influence de la mycorhization sur le métabolisme azoté et le déve-
loppement d'espèces forestières. Application au Douglas (Pseudotsuga menziesii (Mirb.)
Franco) et à l'épicéa (Picea abies L. Karsten). DEA Université de Nancy I, U.E.R.
Physique-Chimie Biologie.
CHILVERS G.A., DOUGLASS P.A, and LAPEYRIE F.F., 1986 — A paper-sandwich
technique for rapid synthesis of ectomycorthizas. New Phytol. 103 : 397-402.
COLEMAN M.W. and ANDERSON AJ., 1985 — The role of elicitors in ectomycorrhizal
formation. In : В. MOLINA, Proc. 6th North Am. Conf. Mycorrhizae. Oregon State
University Press : 361-362.
COLLINGE D.B. and SLUSARENKO AJ., 1987 — Plant gene expression in response to
pathogens. Pl. Molec. Biol. 9 : 389-410.
DEXHEIMER J., AUBERT-DUFRESNE MP., GERARD J., LE TACON F. et MOUSAIN
D., 1986 — Étude de la localisation ultrastructurale des activités phosphatasiques acides
dans deux types d'Ectomycorhizes : Pinus nigra nigricans/ Heleboma crustiliniforme et
Pinus nigra pinaster/Pisolithus tinctorius. Bull. Soc. Bot. France 133, Lettres Bot. :
343-352.
Source : MNHN, Paris.
ECTOMYCORHIZINES DE L'ASSOCIATION PISOLITHUS-EUCALYPTUS 231
GIANINAZZI S., 1985 — Genetic and molecular aspects of resistance induced by infections
or chemicals. In : T. KOSUGE & E.W. NESTER, Plant-Microbe Interactions. New York,
Macmillan Publishing Company : 312-342.
GOVERS S., GIOUDEMANS T., MOERMAN M., VAN KAMMEN A. and BISSELING T.,
1083 c Expression of plant genes during the development of pea root nodules, EMBO J.
4:816-817.
HARLEY J. and SMITH S., 1983 — Mycorrhizal symbiosis. London, Academic Press.
KOTTKE I. and OBERWINKLER F., 1986 — Mycorrhiza of forest trees - structure and
function. Trees 1 : 1-24.
LACAZE B., 1983 — Localisation cytochimique des activités phosphatasiques acides de
champignons mycorhiziens développés sur milieu complet ou carencé en phosphate.
Canad. J. Bot. 61 : 1411-1414.
LAEMMLI U.K., 1970 — Cleavage of structural proteins during the assembly of the head of
bacteriophage T4. Nature (London) 227 :680-685.
LEGOCKI P- and VERMA D.P.S., 1980 — Identification of «nodule specific» host proteins
(nodulins) involved in the development of Rhizobium-legume symbiosis. Cell 20 + 153.
163.
LE TACON F., 1985 — Les mycorhizes : une coopération entre plantes et champignons.
La Recherche 166 : 624632.
MARTIN F., 1986 — Contribution à l'étude du métabolisme primaire de symbiotes ecto-
mycorhiziens. Thése d’Etat, Université Paris-Sud.
MARTIN F., RAMSTEDT M. and SÓDERHÁLL K., 1987 — Carbon and nitrogen metabo-
lism in ectomycorrhizal fungi and ectomycorrhizas. Biochimie 69 : 569-581.
MORRISSEY J.H., 1981 — Silver stain for proteins in polyacrylamide gels : a modified
procedure with enhanced sensitivity. Analytical Biochem. 117 : 307-310.
MOUSAIN D. et SALSAC L., 1982 — Nutrition phosphatée et activités phosphatases
acides des symbiotes ectomycorhiziens cultivés isolément ou en association. Les Col.
loques de l'INRA 13 : 87-100.
NASMYL C., 1987 — Effets de la mycorhization sur le métabolisme carboné des racines
d'Épicéa (Picea abies L. Karsten). Approche enzymatique liée au dépérissement, D.E A,
Université de Nancy I.
O'FARRELL P.H., 1975 — High resolution two dimensional electrophoresis of proteins.
J. Biol. Chem. 250 : 4007-4021.
STROZYCKI P., KONIECZNY A. and LEGOCKI A.B., 1985 — Identification and synthesis
in vitro of plant-specific proteins in yellow lupin root nodules. Acta Biochim, Polon,
32 : 27-34,
TASHEVA B. and DESSEV G., 1983 — Artifacts in sodium dodecyl sulfate polyacrylamide
gel electrophoresis due to 2-mercaptoethanol. Analytical Biochem. 129 :98-102.
VERMA D.PS., BALL S., GUERIN C.W. and WANAMAKER L., 1979 — Leghaemoglo-
bin biosynthesis in soybean root nodules characterization of the nascent and released
Peptides and the relative rate of synthesis of the major leghaemoglobins. Biochemistry
18 : 476-483.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris.
Cryptogamie, Mycol. 1988, 9 (3) : 233-238 233
EXEMPLES D'ÉTUDES D'ORGANISMES PARASITES
DES RACINES DANS DES CULTURES DE RACINES
TRANSFORMÉES PAR AGROBACTERIUM RHIZOGENES
par Jacques MUGNIER*
RÉSUMÉ — Des racines transformées par Agrobacterium rhizogenes sont inoculées avec
des organismes parasites des racines. Les réponses tactiques et tropiques et les modes de
colonisation des parasites sont étudiés.
SUMMARY — Roots transformed by Agrobacterium rhizogenes were inoculated with soil-
borne parasites. Taxic and tropic responses and infection developed by the parasites were
analysed.
MOTS CLES : racines transformées, Agrobacterium rhizogenes, parasites des racines.
LES RACINES DU HAIRY-ROOT
Le terme de «hairy-root» (chevelu racinaire) apparait dans la littérature dés
le début du siècle (HILDERBRAND, 1934) pour désigner le développement de
masses de racines à la base des troncs de pommier. Le syndrome du hairy-root
est causé par une bactérie du sol, Agrobacterium rhizogenes Riker, laquelle est
capable d'infecter un grand nombre de dicotylédones (DE CLEENE & DE LEY,
1981). Le hairy-root est analogue sur de nombreux points avec la maladie du
«crown-gally causée par Agrobacterium tumefaciens (Sm. & Town.) Conn. Dans
les deux cas, les bactéries possèdent un grand plasmide (le «rootinducing»
plasmide chez A. rhizogenes) dont un segment, le T-DNA (ADN transféré),
est intégré dans le génome des cellules de la plante infectée (CHILTON & al.,
1982). Les cellules qui ont reçu le T-DNA se différencient en méristèmes raci-
naires (Fig.1, 2) et les racines induites peuvent se développer indéfiniment dans
des milieux nutritifs stériles, sans l'addition d'hormones de croissance (TEP-
FER & TEMPÉ, 1981). Ce phénomène, bien qu’imparfaitement élucidé, est dû
à la présence d’auxines endogènes, et d’autres précurseurs d'hormones, issus
du produit de l'activité des gènes du T-DNA (WHITE & al., 1985).
* Rhóne-Poulenc Agrochimie, 69263 Lyon Cédex 9, France.
Source : MNHN, Paris
234 J. MUGNIER
Figures 1-2 — Symptéme du hairy sur les disques de racines de navet (1) et de panais (2)
inoculés avec Agrobacterium rhizogenes (photo de ARK & THOMPSON, 1961; avec
la permission de la Société Américaine de Phytopathologie).
Figures 1-2 — Hairy roots emerged from turnip (1) and parsnip (2) root disks inoculated
with Agrobacterium rhizogenes (photo by ARK & THOMPSON, 1961; with the permis-
sion of the American Phytopathological Society).
Figure 3 — Racines transformées d’arachide (Arachis hypogaea L.) cultivées dans le milieu
liquide de Murashige & Skoog (boîte de Pétri de 14 cm et 15 jours d’incubation).
Figure 3 — Transformed roots of peanuts (Arachis hypogaea L.) in the Murashige & Skoog
liquid medium (Petri dish, 14 cm in diam., 15 days).
PARASITES DES RACINES ET RACINES TRANSFORMÉES 235
Les racines cultivées dans le milieu M & S de MURASHIGE & SKOOG (1962)
possèdent les mêmes caractéristiques morphologiques que celles de racines
normales. Elles ont des morphotypes très précis, du type à fines racines et nom-
breux poils absorbants, au type à grosses racines (MUGNIER, 1988a; Fig. 3).
De nombreux phénomènes physiologiques qui caractérisent des racines
normales sont retrouvés dans les racines du hairy-root, comme la production
d'alcaloïdes (HAMILL & al., 1987; FLORES & al., 1987) ou de polyacétylénes
(thiophénes) impliqués dans les réactions d'élicitation (FLORES, 1987; FLO-
RES & al., 1988).
LES CULTURES BICOMPARTIMENTEES
Les essais d’infection des racines transformées sont réalisés dans des boites
de Pétri bicompartimentées où le parasite n'est pas nourri par le milieu de cul,
ture des racines. Le système, illustré à la figure 4, est composé d’un comparti-
ment a contenant le milieu M & S gélosé, et d’un compartiment b contenant
de l'eau gélosée ou non. Les racines placées sur le milieu nutritif poussent par
dessus la barrière séparant les deux compartiments et dans le compartiment b
où les inoculums de parasites sont placés.
L'étude des associations est différente selon la nature des parasites; il peut
s'agir d'un parasite obligatoire qui n'a jamais été cultivé au laboratoire sur milieu
synthétique (Plasmodiophorales, mycorhizes A arbuscules et à vésicules) ou d'un.
parasite cultivé au laboratoire, comme par exemple Pythium ou Rhizoctonia.
Figure 4 — Racines transformées de tomate (Lycopersicon esculentum Mill.) dans une boite
de Pétri bicompartimentée (9 cm) aprés 6 jours d'incubation. Le compartiment a сон.
tient le milieu gélosé de Murashige & Skoog, et le compartiment b de l'eau gélosée.
Figure 4 — Six days growth of transformed roots of tomato (Lycopersicon esculentum Mill. )
in a 9 cm Petri dish. Compartment a contains the Murashige & Skoog agar medium,
compartment b contains water agar.
Figure 5 — Agrégation de zoospores de Pythium aphanidermatum (Edson) Fitzp au niveau
d'une blessure faite sur une racine transformée de muflier (Anthirrhinum majus L.),
10 secondes aprés la blessure (Echelle = 0,2 mm).
Figure 5 — Masses of encysted zoospores of Pythium aphanidermatum (Edson) Fitzp at a
wounding site of a transformed root of snapdragon (Antirrhinum majus L.), 10 seconds
after the wounding (Scale = 0.2 mm).
Figures 67 — Infection d'une racine transformée de moutarde (Brassica hirta Moench) par
Rhizoctonia solani groupe d'anastomose 2-1. 6. Développement des hyphes sur la surface
de la racine. 7. Pénétration intercellulaire d'un hyphe (Échelle = 10 um),
Figures 6-7 — Infection of a transformed root of mustard (Brassica hirta Moench) by Rhi-
Zoctonia solani anastomosis group 2-1. 6. Hyphal growth on the root surface. 7. Hyphal
penetration in a cell lumen (Scale — 10 Jim).
Source : MNHN, Paris
236 J. MUGNIER
LES PARASITES OBLIGATOIRES
La culture associée de champignons parasites obligatoires et aussi l'élevage
de nématodes endoparasites sont présentés.
Les Plasmodiophorales
Les cycles de développement de Plasmodiophora brassicae Woron., l'agent de
la hernie des Cruciféres, et de Polymyxa betae Keskin, associé à la rhizomanie de
la betterave à sucre, ne sont qu'imparfaitement connus, mais certains stades tels
que les cystosores de P. betae sont facilement reconnaissables.
Les cystosores ont été observés dans les tissus de racines transformées de
betteraves inoculées par P. betae (MUGNIER, 1987; YACOUB, 1987).
Les champignons mycorhiziens à arbuscules et à vésicules
Ces champignons, plus généralement qualifiés de symbiotes obligatoires, sont
capables de mycorhizer les racines transformées (MUGNIER & MOSSE, 1987;
BECARD & FORTIN, 1988).
Les nématodes endoparasites
PAUL & al. (1988) réussissent l'élevage d'Heterodera schachti Schmidt dans
des cultures de racines transformées de betterave à sucre et MUGNIERY (comm.
pers.) celui de Meloidogyne spp. et de Globodera spp. dans des cultures de ra-
cines transformées de leurs hótes respectifs. Des expériences similaires ont été
effectuées avec Н. schachtii et M. incognita dans des cultures de racines trans-
formées (MUGNIER, 1988b).
LES AGENTS DES NECROSES RACINAIRES ET DES FONTES DE SEMIS
Les espèces de champignons pathogènes les plus fréquemment isolées des
racines ou des collets de plantes malades, et cultivées sur des milieux nutritifs,
appartiennent aux genres Fusarium, Pythium et Rhizoctonia.
Pythium et autres Pythiaceae produisant des zoospores
Les zoospores de Pythium et aussi d'Aphanomyces et de Phytophthora,
inoculées à des racines transformées de leurs hôtes répondent à un stimulus
chémotactique émis par la racine transformée. Elles nagent vers les zones d'exu-
dation situées au niveau de la zone d'élongation derrière l'apex et de la zone où
émerge une racine latérale, s’y accumulent puis s’y enkystent. La réponse chémo-
tactique est aussi obtenue par une blessure faite sur la racine (Fig. 5). Un tube
germinatif émerge de la zoospore enkystée et forme sur l'épiderme de la racine
un appressorium par lequel le champignon pénètre à l'intérieur des tissus.
Fusarium oxysporum
Les tests d'infection de racines transformées par des Fusarium oxysporum,
agents des vascularioses, ont été réalisés avec des racines de Dianthus caryophyl-
Source : MNHN, Paris
PARASITES DES RACINES ET RACINES TRANSFORMÉES 237
lus L., Lycopersicon esculentum Mill., Cucumis sativus L., Tagetes erecta L.,
Linum grandiflorum Desf. inoculées respectivement avec les formes spéciales de
F. oxysporum, dianthi, lycopersici, melonis, callistephi et lini. Dans tous les cas,
aucun tube germinatif ou hyphe des différentes formes spéciales n’a infecté
un poil absorbant ou l'épiderme des racines, et par conséquent les tissus vascu-
laires. La raison de la résistance des racines transformées à Р. oxysporum n’est
pas connue.
Rbizoctonia solani
L'espéce regroupe treize formes intraspécifiques, classées selon leur groupe
d'anastomose (AG), leur spécificité d'hôte et la morphologie des cultures (OGO-
SHI, 1987). La forme parfaite (Thanathephorus cucumeris Frank) est obtenue
au laboratoire (MUGNIER & CAMPOROTA, 1988).
Les différentes formes intraspécifiques, et aussi des cultures issues de basi-
diospores, ont été inoculées à des racines transformées de leurs hôtes respectifs.
Par exemple, des isolats AG 2-1 ont été inoculés à des racines de Crucifères,
AG 2-2 à des racines de betterave, AG 3 à des racines de pomme de terre, AGs
1 et 4 à différentes espèces de racines transformées. Le processus de l'infection
des racines est celui observé dans des infections naturelles, et est composé par
les phases suivantes :
1. croissance végétative du mycélium,
2. développement d'hyphes à la surface de la racine (Fig. 6).
3. formation d’appressoria simples ou lobés, et éventuellement de coussinets
d'infection,
4. pénétration intercellulaire (Fig. 7),
5. colonisation inter- et intra cellulaire des tissus.
Toutes ces phases sont observées pour les cultures hétérokaryotiques et les
cultures dérivées de basidiospores quand elles sont associées à une racine-hôte
Téceptive. Par contre, quand R. solani est inoculé à des racines non hôtes, le
processus de l'infection est arrêté à une des phases pré-infectives 1 ou 2.
Ces quelques exemples montrent que les cultures de racines transformées
permettent d'étudier, dans des boîtes de Pétri, le développement d'infections
réussies par des parasites du sol. Elles offrent aussi la possibilité d'étudier d'au-
tres aspects physiologiques et nutritionels des systèmes racinaires, afin d'appor-
ter des réponses aux problèmes qui leur sont posés dans le sol.
BIBLIOGRAPHIE
ААК Р.А. and THOMPSON J.P., 1961 — Detection of hairy root pathogen, Agrobacterium
rhizogenes, by the use of fleshy roots. Phytopathology 51 : 69-71.
BECARD G. and FORTIN J.A., 1988 — Early events of vesicular-arbuscular mycorrhiza
formation on Ri T-DNA transformed roots. New Phytol. 108 : 211-218.
Source : MNHN, Paris
238 J. MUGNIER
CHILTON M., TEPFER D., PETIT A., DAVID C., CASSE-DELBART F. and TEMPE J.,
1982 — Agrobacterium rhizogenes inserts T-DNA into the genome of the host plant
root cells. Nature (London) 295 : 432-434.
DE CLEENE M. and DE LEY J., 1981 — The host range of infectious hairy-root. Bot.
Rev. (Lancaster) 47 : 147-194.
FLORES H.E., 1987 — Use of plant cells and organ culture in the production of biological
chemicals. In : LE BARON H., MUMMA R.O., HONEYCUTT, DUESING J.H., PHIL-
LIPS J.F. & HAAS M... Biotechnology in Agricultural Chemistry. Washington D. C.
American Chemical Society, Symposium 334 : 66-86.
FLORES H.E., HOY M.W. and PICKARD J.J. 1987 — Secondary metabolites from root
cultures. Trends Biotechnol. 5 : 64-69.
FLORES H.E., PICKARD J.J. and HOY M.W., 1988 — Production of polyacetylenes and
thiophenes in heterotrophic and photosynthetic root cultures of Asteraceae. In : LAM J.
& BRETELER H., Naturally Occurring Acetylenes and Related Compounds. Amster-
dam, Elsevier (in press).
HAMILL J.D., PARR A.J., RHODES M.J.C., ROBINS R.J. and WALTON N.
New routes to plant secondary products. Biotechnology 5 : 800-804.
HILDERBRAND E.M., 1934 — Life history of the hairy-root organism in relation to its
parthogenesis on nursery apple trees. J. Agric. Res. 10 : 857-885.
MUGNIER J., 1987 — Infection by Polymyxa betae and Plasmodiophora brassicae of roots
containing root-inducing transferred DNA of Agrobacterium rhizogenes. Phytopathology
71 : 539-542.
MUGNIER J. and MOSSE B., 1987 — Vesicular-arbuscular mycorrhizal infection in trans-
formed root-inducing T-DNA roots grown axenically. Phytopathology 77 : 1045-1050.
ДЕ
MUGNIER J., 1988a — Establishment of new axenic hairy root lines by inoculation with
Agrobacterium rhizogenes. PL. Cell Reports 7 :9-19.
MUGNIER J., 1988b — Transport of the nematicide oxamyl in roots transformed with
Agrobacterium rhizogenes. Ann. Appl. Nematol. (in press).
MUGNIER J. et CAMPOROTA P.
et les facteurs d'incompatibili
un. Cryptogamie, Mycol. (soumis).
MURASHIGE T. and SKOOG F., 1962 — A revised medium for rapid growth and bio-
assays with tobacco tissue culture. Physiol. PL. 15 : 473-497.
988 — La formation d'homokaryons et d'hétérokaryons
chez Thanatephorus cucumeris groupe d'anastomose
OGOSHI A. 1987 — Ecology and pathogenicity of anastomosis and intraspecific groups
of Rhizoctonia solani Kühn. Annual Rev. Phytopathol. 25 : 125-143.
PAUL H., ZIJLSTRA C., LEEUWANGH J.E., KRENS F.A. and HUIZING H.J., 1988 —
Reproduction of the beet cyst nematode Heterodera schachtii Schm. on transformed
root cultures of Beta vulgaris L. Pl. Cell Reports 6 : 379-381.
TEPFER D. et TEMPÉ J., 1981 — Production d’agropine par des racines formées sous l'ac-
tion d'Agrobacterium rhizogenes, souche Aa. Compt. Rend. Hedb. Séances Acad. Sci.
Sér. III, 292 : 153156.
WHITE F.F., TAYLOR B.H., HUFFMAN G.A., GORDON M.P. and NESTER E.W., 1985 —
Molecular and genetic analysis of the transferred DNA regions of the root-inducing
plasmid of Agrobacterium rhizogenes. J. Bacteriol. 164 : 33-44.
YACOUB A., 1987 — Culture in vitro de Polymyxa betae en association avec des racines de
betterave transformées par Agrobacterium rhizogenes. These 3ème cycle, INA Paris
Grignon.
Source : MNHN, Paris.
Cryptogamie, Mycol. 1988, 9 (3) : 239-249 239
POLARITÉ DE CROISSANCE-DIFFÉRENCIATION
DES HYPHES FONGIQUES (MODÈLES)
par G. TURIAN*
RÉSUMÉ — La polarité (mono-) d'émergence du tube germinatif conidien chez Neurospora
crassa paraît dépendre d'une dépolarisation localisée électrique du plasmalemme consé-
cutive au positionnement de mitochondries à ce niveau. Cette polarité d'émergence peut
être perturbée par une dépolarisation généralisée de la membrane plasmique imposée
Par un protonophore tel que le 2,4-dinitrophénol. Les apex des hyphes en croissance mono-
polaire montrent une «tache» apicale réductrice et acide centrée sur l'agrégat micro-vésicu-
laire du «Spitzenkörper». Les apex des hyphes tortueux d'un mutant colonial (col-3)
sont dépourvus de cette zone acide, présente seulement à l'origine de ramifications. Le
cytoplasme apical est enrichi en protéines contractiles, actine et myosine, pouvant contri-
buer, avec une force électrochimique, à la propulsion polarisée des vésicules de paroi amor-
cée le long de microtubules.
SUMMARY — Polarity (mono-) of germ tube outgrowth from a conidium in Neurospora
crassa appears to depend upon localized depolarization of the plasmalemma following
mitochondrial positioning at that level. Outgrowth polarity can be disturbed by a generali-
zed depolarization of the plasmalemma with a protonophore such as 2,4-dinitrophenol.
Monopolarly growing hyphae show a reductive and acidic apical «spot» spatially centered
on the microvesicular aggregate of the «Spitzenkérper». Apices of contorted hyphae of a
colonial mutant (col-3) are devoid of that acidic zone which is only present at the inception
of its branchings. The apical cytoplasm is enriched in the contractile proteins, actin and myo-
sin, which may contribute, with the electrochemical force, to the polarized driving of wall
vesicles initiated along microtubules.
MOTS CLÉS : hyphes, croissance, polarité, Neurospora.
Les processus de croissance et différenciation des hyphes fongiques sont
étroitement intriqués et cela dés l'émergence de ces derniers comme tubes ger-
minatifs à partir de spores achevant leur stade dit de gonflement («swelling
stage», GOTTLIEB, 1978). Ce stade de type isodiamétrique peut étre bloqué
par des inhibiteurs spécifiques de la synthése des protéines, en particulier la
cycloheximide (KATZ & ROSENBERG, 1971); il peut donc étre considéré
comme résultant d’une croissance pratiquement pure («isometrical growth»,
* Laboratoire de Microbiologie générale, Département de Biologie végétale, Université de
Genéve, CH-1211 Genéve 4, Suisse.
Source : MNHN, Paris
240 G. TURIAN
BARTNICKLGARCIA, 1973), plutôt que d'une simple inhibition aqueuse. Ce
gonflement par croissance isodiamétrique de la spore fongique est d'ailleurs
plus ou moins accentué selon les espèces : accroissement du diamètre sporal
de 2-3 fois chez Aspergillus niger, etc., pratiquement nul chez Botrytis cinerea,
etc. (cf. HAWKER, 1966). Le stade de croissance isodiamétrique est plutót
modéré chez les conidies de Neurospora crassa (environ 2 fois le diamètre
sporal).
Figure 1 — Macroconidjes de Neurospora crassa germées après incubation de 6 h A 25°C
en présence de 107 M de 2,4-dinitrophénol en milieu synthétique liquide de Vogel.
Noter l'élargissement des tubes germinatifs (*) sur les conidies exagérément gonflées.
М.О. «in vivo» (Échelle : 10 Jim).
Figure 1 — Macroconidia of Neurospora crassa germinated after 6 h of incubation at 25°C
in liquid Vogel's synthetic medium containing 10^ M of 2,4-dinitrophenol. Notice the
widening of the germ tubes (*) on overswollen conidia. M.O. «in vivo» (Bar : 10 Hm).
Le stade de croissance isodiamétrique peut étre prolongé lors de l'incubation
de conidies de Neurospora crassa A 46°C, induisant la synthèse de «heat-shock
proteins» dont certaines sont associées à la voie oxydative alternative (cyano-
insensible, MICHEA-HAMZEHPOUR & TURIAN, 1984) Un «gonflement»
isodiamétrique peut être aussi produit en présence de doses subléthales (104 M)
du découplant classique, le 2,4-dinitrophénol ou 2,4-DNP. La aussi, une énergie
de source alternative à celle de la respiration, présumément glycolytique, pour-
rait suppléer pour les synthèses protéiques (SANDERS & SLAYMAN, 1982).
Le 2,4-DNP est connu pour son effet dépolarisant sur les membranes plasmiques
(PALL, 1977) et, de ce fait, tend à généraliser la dépolarisation plasmalemmique
normalement localisée au seul site d'émergence du tube germinatif (TURIAN &
Source : MNHN, Paris
POLARITÉ HYPHALE 241
al., 1985b). La conidie «gonflée» en présence de doses sublethales de 2,4-DNP
pourrait étre considérée comme étant ainsi devenue tout entiére un énorme
tube germinatif; cela expliquerait la modulation de cet effet par des doses inter-
médiaires de 2,4-DNP, à savoir un élargissement plus ou moins notoire de la
base d’émergence du tube germinatif (Fig. 1). Aux faibles doses, de 10-5 - 10% M
de 2,4-DNP ou d'autres découplants tels que le dicoumarol à 10% M ou le
CCCP à 107 M, la phase de croissance sphérique est par contre raccourcie au
profit d’une émergence du tube germinatif prématurée (2 h à 25°C) par rapport
au témoin (moyenne de 2,5 h à 25°C), ce que nous avons attribué à une acti-
vation de l'ATPase mitochondrienne (TURIAN & MICHEA-HAMZEHPOUR,
1983) produisant un efflux de protons au-delà de la membrane interne des
mitochondries dans le cytosol proximal ainsi acidifié. En nous fondant sur
diverses observations électro-microscopiques d’une proximité aléatoire ou diri-
gée par microtubules d'un lot de mitochondries au niveau d'une zone plasmalem-
mique de la conidie sphériquement gonflée (PL. 1-1), nous avons pu suggérer
une possibilité de dépolarisation locale de la membrane plasmique, processus
alors électif du site d'émergence du tube (TURIAN & GEISSLER, 1984). A ce
propos, il est utile de rappeler que toutes les spores fongiques ne nécessitent
pas d'élection d'un póle germinatif par positionnement mitochondrien aléatoire
ou génétiquement orienté par microtubules interposés. La plupart des Ascomy-
cètes et Basidiomycètes présentent, en effet, un pore préexistant dans la paroi
de leurs spores d’origine sexuée. Ce terme de pore germinatif est d'ailleurs ap-
proximatif car il n'y a pas d'ouverture complète à son niveau maïs plutôt une
modification chimique locale de matériaux de la paroi (MARCHANT, 1979).
En fait, il y a là une différenciation secondaire de la paroi comme dans les basi-
diospores de Coprin présentant un capuchon sporal repoussé lorsque le tube
germinatif émerge. Cependant, comme il y a aussi attraction vésiculaire à ce
point d'émergence au travers de la matiére porale, le méme mécanisme décrit
plus loin devrait aussi y présider aux mouvements des vésicules de parois au tra-
vers de la zone d’exclusion des mitochondries.
Le site d'émergence peut étre considéré comme une zone de redifférenciation
par rapport à la spore précédemment dédifférenciée dés le déclic inducteur de
sa croissance sphérique, le plus probablement l'imbibition aqueuse initiale
(GOTTLIEB, 1978). Cette redifférenciation comprend l'apparition de «taches»
cytosoliques réagissant acide aux indicateurs de pH, colorants ou fluorescents
(TURIAN, 1983), et correspondant à des zones apicales pratiquement dépour-
vues de ribosomes et rapidement envahies de vésicules (Pl. I-2,3). Elles sont qua-
lifiées de restrictives ou d'exclusion pour les mitochondries, lesquelles, dés
l'émergence des tubes germinatifs, régressent à une position subapicale; elles
s'y alignent dans l'axe du tube puis de l'hyphe végétatif par des microtubules
avec lesquels elles sont parfois en contact intime (NAJIM & TURIAN, 1979;
HEATH & HEATH, 1978). Le système endomembranaire de Golgi chez les
Oomycètes (GROVE, 1978), mais essentiellement réticulaire endoplasmique
chez les autres Fungi (GOODAY, 1983) est générateur de vésicules de types
divers : vésicules dites de paroi («wall vesicles»), microvésicules agrégées en
«Spitzenkórper» chez les Septomycétes (Pl. I-3), vésicules enveloppées («coated
Source : MNHN, Paris
242 G. TURIAN
Source : MNHN, Paris
POLARITÉ HYPHALE 243
vesicles») entourées d'un triskelion (CAESAR-TON THAT & al., 1987). Le
probléme de la migration apicale et de l'exocytose des vésicules de paroi n’est
pas résolu. Proposition a été faite (BARTNICKI-GARCIA, 1973) d'une migra-
tion self-électrophorétique en direction du póle apical positif. Cette proposition
rejoindrait celle concernant l'entrée des boucles de courant électrique positif.
découvertes au site de germination des zygotes d'algues fucoides (JAFFE, 1979;
NUCCITELLI, 1982). Ces derniers résultats ont été confirmés chez les champi-
gnons par la détection d'une acidité différencielle dans l'apex d'hyphes divers à
l'aide d'indicateurs de PH tels que le vert de bromocrésol (TURIAN, 1978,
1979; Mc GILLVIRAY & GOW, 1987) et de sondes fluorescentes, 5-méthyl
esculétine (TURIAN, 1981) ou orange d'acridine (TURIAN, 1983; TURIAN &
al., 1985a-b).
Les mesures de l’école de Franklin Harold (KROPF & al., 1983, GOW & al.
1984) à l'aide d'une électrode vibrante ont confirmé l'entrée de courant positif.
dans les apex des hyphes fongiques. Le problème majeur reste cependant de
savoir ce qui contribue à la séparation des pompes expulsant des protons —
H'-ATPase membranaire à localisation subapicale — des canaux perméants
(«leaks» ou «channels») admettant l'entrée de protons acidifiants au niveau
de la membrane plasmique apicale. Ayant récemment observé cytochimique-
ment, par réaction à la diamino-benzidine (DAB), une déficience oxydative
Planche I — Electro-micrographies de stades d’émergence et d’élongation de macroconidies :
1. Site d'émergence présumé (fléche épaisse) du tube germinatif d’une conidie de Neuro-
spora crassa élu par le positionnement de mitochondries sous le plasmalemme; matiére
électro-dense (flèche mince) intermédiaire entre les membranes mitochondrienne et plas-
mique (Échelle : 1 Him; fixation-coupe, cf. TURIAN & GEISSLER, 1984). 2. Tube en
émergence de macroconidie de N. crassa montrant la zone apicale d'exclusion des ribo-
somes (flèche noire) correspondant à la zone d'acidité maxima détectée par le virage à
l'orange-rougeâtre de la fluorescence verte de l'orange d'acridine (flèche blanche) (É-
chelle noire : 1 Um; échelle blanche : 5 Um; fixation-coupe, cf. TURIAN & al., 1985a)
3. Apex hyphal de Monilia fructigena en élongation avec ses deux types principaux de
vésicules : vésicules de paroi (vp) et microvésicules (v) agregees en «Spitzenkörper»
(Echelle : 3 im). Encart : hyphes colorées au bleu de méthyléne réduit (tache blanche)
au niveau du «Spitzenkôrper» (Échelle : 104m; M.E. inédit avec Dr. L. NAJIM, M. O.
selon TURIAN, 1978).
Plate I — Electron micrographs of germinating conidia at their outgrowth and elongation
stages : 1. Presumed outgrowth site (thick arrow) of the conidial germ tube in Neuro-
spora crassa, elected by the positioning of mitochondria below the plasmalemma, elec-
tron dense patch (thin arrow) between the mitochondrial and plasmalemmic membranes
(Bars : 1 Um; fixation-sectioning, see TURIAN & GEISSLER, 1984). 2. Outgrowth tube
from a macroconidium of N. crassa showing the apical zone of ribosomal exclusion
(black arrow) corresponding to the zone of maximal acidity detected by the switch to
reddish orange of the green fluorescence of acridine orange (white arrow) (Black bar :
1 Hm, white bar : 5 Hm; fixation-sectioning, see TURIAN & al., 19853). 3. Elongating
hyphal apex of Monilia fructigena showing its two major types of vesicles : wall vesicles
(vp) and microvesicles (v) aggregated into «Spitzenkórper» (Bar : 3 Um). Insert : hyphae
stained with methylene blue reduced (white spot) at the level of the «Spitzenkórper»
(Bar : 10 Hm; E.M. unpublished with Dr. L. NAJIM, O.M. according to TURIAN, 1978)
Source : MNHN, Paris
244 G. TURIAN
(cytochrome oxydase) au niveau des mitochondries frontales de tubes germi-
natifs de conidies de N. crassa, nous avons suggéré une possibilité de carence
de livraison d'ATP aux pompes dans cette zone fronto-apicale (TURIAN & al.,
1988). La déficience oxydative des mitochondries pourrait elle-méme étre rela-
tive à leur découplage présumé lors de leur contact électif avec la membrane
plasmique. La matière électro-dense interposée entre les crêtes des mitochondries
et la membrane plasmique (Pl. 1-1) pourrait refléter la présence de composés
lipidiques découplants à ce niveau.
La contribution des vésicules au rapide allongement hyphal est sans doute
celle d’enzymes hydrolytiques (glucanases, chitinase, cellulase) et synthétisants
(glucanes-, cellulose-, chitine-synthétases). A ce niveau apical, les travaux du
groupe de Michel FEVRE (Univ. Lyon) tendent en outre à démontrer l'absence
de polyméres élaborés dans les vésicules, les polysaccharides étant assemblés à
l'interface plasmalemme-paroi en formation continue.
Le plus généralement, les conidies et autres spores fongiques non cloisonnées
n'émettent qu'un tube germinatif — germination monopolaire — à l'instar de la.
conidie de N. crassa. Cependant, des conidies telles que celles de Monilia - Scle-
rotinia, en particulier de Monilia fructigena, émettent en majorité et successi-
vement deux tubes germinatifs en figure bipolaire le plus souvent selon leur
axe conidiogénique (TURIAN, 1985). Une telle contingence démontre un con-
tróle génétique des sites d'émission du ou des tube(s) germinatif(s). Cette consta-
tation est renforcée, d'une part, par l'obtention récente de mutants morpholo-
giques déviant de la mono à la pluripolarité de germination (mutant «amycelial»
de N. crassa, TURIAN & CAESAR, 1987) et d’autre part, par le retour a la mo-
nopolarité d'un mutant résistant à l'agent anti-microtubule benomyl (ROSSIER
& TURIAN, 1987) connu pour son effet phénotypique de germination multi-
polaire chez diverses moisissures (RICHMOND, 1975; TURIAN & al., 1985b).
Ces considérations nous ramènent à notre hypothèse de départ, à savoir le
rôle directeur des mitochondries dans le déterminisme de la polarité de germi-
nation et d'allongement des hyphes. Des mesures récentes d'intensité de fluo-
rescence du colorant-laser Rhodamine 123 dans les mitochondries, reflet de leur
niveau de potentiel de membrane, a révélé une forte intensité dans les mitochon-
dries frontales des «monotubes» émergeant de conidies du type sauvage de N.
crassa, avec un maximum dans les mitochondries frontales (TURIAN & CAE-
SAR, 1987; CAESAR-TON THAT & al., 1988) interprété comme résultant de
leur efflux protonique par activation de la mit-ATPase. Ces activités sont toutes
fortement affaiblies dans les mitochondries de «polytubes» émis soit par des
conidies du mutant «amycelial» (TURIAN & CAESAR, 1987) soit par des
conidies germées en présence de benomyl (CAESAR-TON THAT & al., 1988).
Notre interprétation de ces interrelations, à la lumière des données actuelles,
est que l'intensité d'activité génératrice d'ATP et donc d'un fort courant proto-
nique des mitochondries positionnées par des microtubules intacts détermine
la dominance apicale d'un seul tube s’il n'y a qu'un lot de mitochondries (N.
crassa) ou de 2 tubes émergeant aux antipodes sporaux, s'il y en a 2 séparés
par une vacuole centrale (M. fructigena, cf. TURIAN, 1985).
Source : MNHN, Paris
POLARITÉ HYPHALE 245
Figure 2 — Hyphes vésiculeux d'un mutant colonial (col-3) de N. crassa prélevés sur la marge.
d'une colonie dense de 10 j à 25 C sur milieu synthétique agarisé. Au centre (c), ultra-
structure sur coupe mince (avec N. OULEVEY, fixation OsO4-glutaraldéhyde) révéla-
trice d'une pauvreté relative en petites mitochondries contrastant avec un hyper-dévelop-
pement du système endomembranaire (flèches) (Échelle : 1 т). L'absence de zone
d'exclusion acide à l'apex des hyphes est corroborée par : a. La coloration rouge grenat
(= grise en noir-blanc) uniforme avec l'indicateur de pH jaune d'alizarine S (10^ a-
queux); ce dernier n'est jaune et donc acide qu'au seul site d'émergence d'une ramifi-
cation (flèche); les granules foncés (violet) seraient ceux des mitochondries (relativement
plus alcalines que le cytosol). b. La coloration uniformément verdátre (grise en noir-
blanc) du vert de bromocrésol (10 aqueux), sans virage apical au jaune révélateur
d'une acidification locale (TURIAN, 1983) (Échelle : 5 um).
Figure 2 — Vesicular hyphae of a colonial mutant (col-3) of N. crassa taken from the margin
of a dense colony grown for 10 days at 25 C on the agarized synthetic medium. Center
(c), ultrastructure from a thin section (with N. OULEVEY, OsOa glutaraldehyde fixa-
tion) revealing only a few small mitochondria contrasting with the hyper-developed
endomembrane system (arrows) (Bar : 1 Jim). The absence of an acidic exclusion zone at
the tip of the hyphae is corroborated by : a. The generalized pink red (= grey in the
black-white photograph) staining with the pH indicator alizarin yellow S (10% in water);
this stain is yellow (acid pH) only at the outgrowth site of a branching (arrow); the dark
granules (violet) could correspond to mitochondria (relatively more alkaline than the
cytosol). b. The uniformly greenish staining (grey here) of the bromocresol green (10
in water), without apical turning to acidic yellow (TURIAN, 1983) (Ваг : 5 Шт).
Source : MNHN, Paris
246 G. TURIAN
La dominance apicale exercée dans les hyphes en croissance élongative a été
considérée par LARPENT (1962) comme résultant d’un drainage sélectif de
nutriments vers les apex. Cet effet de «sink» est sans doute important pour
fournir des précurseurs à l’énergétique mitochondrienne régénératrice de l'in-
dispensable ATP protogène. Celle-ci assure, parallèlement à l'effet proglyco-
lytique du glucose (TURIAN, 1972) le maintien d’une croissance élongative de
P'hyphe cylindrique c'est-à-dire à forte polarité axiale. Lorsque l’énergétique est
déficiente comme dans le cas du mutant «amycelial», c'est une croissance vésicu-
laire des hyphes pseudo-levuriformes qui se substitue à la croissance normale.
Cette déviation morphogène est reflétée par un positionnement défectueux
des mitochondries hypodéveloppées et, parallèlement, la perte du gradient acido
apical (TURIAN, 1976); cette uniformisation se manifeste par la disparition du
virage au jaune des réactifs de pH (vert de bromocrésol, sulfo-alizarine, etc.)
dans l'apex des courts hyphes vésiculeux et contournés de divers mutants colo-
niaux dont col-3 (Fig. 2).
Dans la course élongative des hyphes, l'état physico-chimique apical parait
aussi jouer un rôle moteur important. LANGERON avait déjà déclaré, en 1945,
que Phyphe fongique pouvait être considéré comme «une amibe canalisée
par les parois rigides dans un long tube». Nous-mêmes avons considéré le cyto-
plasme apical comme un pseudopode de cette amibe, et comme tel, y avons
distingué un ectoplasme bordant un endoplasme plus fluide, siège des courants
basifuges et acropètes (TURIAN, 1978). Mc KERRACHER & HEATH (1987)
ont repris ces idées en les plaçant sur le plan macromoléculaire des protéines
contractiles telle l'actine. Celle-ci capuchonne l'apex et a été isolée de Neuro-
spora crassa (SIKORA & MARZLUF, 1982). Cette protéine contractile avait
déjà été soupçonnée comme étant responsable de la gélification de l'apex ultime
où elle serait présente comme actíne polymérisée ou F-actine par déplacement
acide de l'équilibre thixotropique (sol = gel), par rapport à la zone sous-apicale
endoplasmique relativement alcaline (TURIAN, 1979). L'actine a été repérée
cytochimiquement dans les tubes germinatifs d’urédospores (HOCH & STA-
PLES, 1983) par la même méthode la phalloidine (phalacrine) - Rhodamine
utilisée pour sa détection dans les bourgeons de la levure Saccharomyces
cerevisiae (KILMARTIN & ADAMS, 1984; ADAMS & PRINGLE, 1984) ainsi
que dans les tubes germinatifs de conidies de N. crassa par les méthodes d'ex-
traction au glycérol et de formation d'«arrow-heads» de méromyosine (TURIAN
& al., 1985b).
En outre, pour assurer la motricité du cytoplasme apical, il est prévisible
d'associer l'actine à son partenaire contractile habituel, la myosine, présente
tant dans les systémes musculaires que non musculaires (FULTON, 1984).
Une premiére tentative dans cette direction a révélé une activité Ca?* - ATPasi-
que et myosine-kinase dans des extraits d'hyphes en croissance de N. crassa
(VAN TUINEN & al, 1986) et, tout récemment, une bande protéique re-
pérée au méme Rf qu'un témoin de myosine animale de 105 kdaltons en co-
électrophorése SDS-PAGE d'extraits similaires (HOANG- VAN & TURIAN,
1987).
Source : MNHN, Paris
POLARITÉ HYPHALE 247
Il est en outre à prévoir que ces systèmes endogènes répondent à des signa-
lisations externes par le canal de récepteurs membranaires périphériques encore
à découvrir chez les champignons. On y suspecte actuellement la présence chez
ces derniers du systéme inositide-triphosphate et de ses médiateurs de trans-
duction interne pour contróler les teneurs en calcium cytosoluble par l'intermé-
diaire de la protéine kinase C récemment identifice dans des extraits d’hyphes
de N. crassa (FAVRE & TURIAN, 1987). Dans ce contexte, il faut relever le
róle du calcium, complexé avec la protéine calmoduline dans le maintien de
l’elongation cylindrique normale des hyphes (ORTEGA PEREZ & TURIAN,
1987).
La structure polarisée (monopolarité apicale) de l'hyphe végétatif en crois-
sance élongative se maintiendra jusqu'à son écroulement ou dissipation lors de
la transition fondamentale apex à différenciation végétative > apex à différen-
ciation sporogène, suite à une induction par facteurs externes (inanition, lux,
etc.) sur une base de compétence génétique comme le prouve l'existence de
nombreux mutants stériles (aconidiens, etc.). Cette transition, un modele de dif-
férenciation cellulaire (COLE, 1986), a pu étre anticipée (développement micro-
cyclique) chez diverses moisissures (Aspergillus niger, Neurospora crassa, Tricho-
derma viride, Penicillium urticae, etc.) par action de chocs thermiques et/ou
de stress nutritionnel (carence en azote, GUIGNARD & al., 1984).
BIBLIOGRAPHIE
ADAMS A.E.M. and PRINGLE J.R., 1984 — Relationship of actin and tubulin distribution
to bud growth in wild-type and morphogenetic-mutant Saccharomyces cerevisiae. J.
Cell Biol. 98 :934-945.
BARTNICKI-GARCIA S., 1973 — Fundamental aspects of hyphal morphogenesis. Symp.
Soc. Gen. Microbiol. 23 : 245-267.
CAESAR-TON THAT T.C., HOANG-VAN K., TURIAN G. and HOCH H.C., 1987 — Isola-
tion and characterization of coated vesicles from filamentous fungi. Eur. J. Cell Biol.
43 : 189-194.
CAESAR-TON THAT T.C., ROSSIER C., BARJA F., TURIAN G. and ROOS U.-P., 1988 —
Induction of multiple germ tubes in Neurospora crassa by antitubulin agents. Eur. J.
Cell Biol. 46 : 68-79.
COLE G.T., 1986 — Models of cell differentiation in conidial fungi. Microbiol. Rev. 50 :
94-132.
FAVRE B. and TURIAN G., 1987 — Identification of a calcium- and phospholipid-depen-
dent protein kinase (protein kinase c) in Neurospora crassa. Pl. Sci. 49 : 15-21.
FULTON A.B., 1984 — The Cytoskeleton. Cellular architecture and choreography. New
York, London, Chapman & Hall, 80 p.
GOODAY G.W., 1983 — The hyphal tip. In : SMITH J.E., Fungal Differentiation. A con-
temporary synthesis. New York & Basel, Marcel Dekker Inc. : 315-356.
Source : MNHN, Paris
248 G. TURIAN
GOTTLIEB D., 1978 — COOK J.G., The germination of fungus spores. Durham, England,
Meadowfield Press, 166 p.
GOW N.A.R., KROPF D.L. and HAROLD F.M., 1984 — Proton currents and pH gradients
along growing hyphae of the water mould Achlya bisexualis. J. Gen. Microbiol. 130 :
2967-2974.
GROVE S.N., 1978 — The cytology of hyphal tip growth. In : SMITH J.E. & BERRY D.R.,
The Filamentous Fungi. London, Edward Arnold, vol. III : 28-50.
GUIGNARD R., GRANGE F. and TURIAN G., 1984 — Microcycle conidiation induced by
partial nitrogen deprivation in Neurospora crassa. Canad. J. Microbiol, 30 : 1210-1215.
HAWKER L.E., 1966 — Germination : morphological and anatomical changes. In : MADE-
LIN M.F., The Fungus spore. London, Butterworths : 151-162.
HEATH LB. and HEATH M.C., 1978 — Microtubules and organelle movements in the rust
fungus Uromyces phaseoli var. vignae. Cytobiologie 16 : 393-411.
HOANG-VAN K. and TURIAN G., 1987 — Myosin-like and other proteins associated with
clathrin-coated vesicles in growing hyphae of Neurospora crassa. Arch. Sci, Genève
40 : 379-382.
HOCH H.C. and STAPLES R.C., 1983 — Visualization of actin in situ by rhodamine-conju-
gated phalloidin in the fungus Uromyces phaseoli. Eur. J. Cell Biol. 32 : 52-58.
JAFFE L.F., 1979 — Control of development by ionic currents. In : CONE R.A. & DOW-
LING J.E., Membranes Transduction Mechanisms. New York, Raven Press : 199-231.
KATZ D. and ROSENBERGER R.F., 1971 — Hyphal wall synthesis in Aspergillus nidulans :
effect of protein synthesis inhibition and osmotic shock on chitin insertion and morpho-
genesis. J. Bacteriol. 108 : 184-190.
KILMARTIN J.V. and ADAMS A.E.M., 1984 — Structural rearrangements of tubulin and
actin during the cell cycle of the yeast Saccharomyces. J. Cell Biol. 98 : 922-933.
KROPF D.L., LUPA M.D.A., CALDWELL J.H. and HAROLD F.M., 1983 — Cell polarity :
endogenous ion currents precede and predict branching in the water mold Achlya.
Science 220 : 1385- 1387.
LANGERON M., 1945 — Précis de Mycologie. Paris, Masson et Cie, 674 p.
LARPENT J.P., 1962 — La notion de dominance apicale chez Rhizoctonia solani Kuhn.
Compt. Rend. Hebd. Séances Acad. Sci., Sér. II, , 264 : 1137-1139.
MARCHANT R., 1979 — Wall growth during spore differentiation and germination. In :
BURNETT J.H. & TRINCI A.P.J., Fungal walls and hyphal growth. Cambridge, Cam-
bridge University Press : 115-148.
Mc GILLVIRAY A.M. and GOW N.A.R., 1987 — The transhyphal electrical current of
Neurospora crassa is carried principally by protons. J. Gen. Microbiol. 133 : 2875-
2881.
Mc KERRACHER L.J. and HEATH L.B., 1987 — Cytoplasmic migration and intracellular
organelle movements during tip growth of fungal hyphae. Exp. Mycol. 11 : 79-100.
MICHEA-HAMZEHPOUR M. and TURIAN G., 1984 — Temperature-controlled alternative
respiration and outgrowth rate from conidia of Neurospora crassa. Experientia 40 :
1441-1443.
NAJIM L. et TURIAN G., 1979 — Ultrastructure de l'hyphe végétatif de Sclerotinia fructi-
gena. Canad. J. Bot. 57 : 1299-1313.
NUCCITELLI R., 1982 — Transcellular ion currents : Signals and effectors of cell polarity.
Modern Cell Biol. 2 : 451-481.
ORTEGA PEREZ R. and TURIAN G., 1987 — Cytomorphological defects produced by
Source : MNHN, Paris
POLARITÉ HYPHALE 249
anti-calmodulin agents in outgrowing germ tubes and elongating hyphae of Neurospora
crassa. Cytobios 49 :137-145.
PALL M.L., 1977 — Cyclic AMP and the plasma membrane potential in Neurospora crassa.
J. Biol. Chem. 252 : 7146-7150.
RICHMOND D.V., 1975 — Effects of toxicants on the morphology and fine structure of
fungi, Advances Appl. Microbiol. 19 : 289-319.
ROSSIER C. and TURIAN G., 1987 — Action of the antimicrotubular drug benomyl on
Neurospora crassa developmental polarity. Experientia 43 : 692.
SANDERS D. and SLAYMAN C.L., 1982 — Control of intracellular pH. Predominant role
of oxidative metabolism, not proton transport, in the eukaryotic microorganism Neuro-
spora. J. Gen. Physiol. 80 : 377-402.
SIKORA L. and MARZLUF G.A., 1982 — Identification and isolation of actin from Neuro-
spora crassa. J. Gen. Microbiol. 128 : 439-445.
TURIAN G., 1972 — Maintien de l'élongation végétative par répression catabolique dans
l'apex hyphal de Neurospora crassa. Compt. Rend. Hebd. Séances Acad. Sci., Sér. Ill,
275 : 1371-1374.
TURIAN G., 1976 — Reducing power of hyphal tips and vegetative apical dominance in
fungi. Experientia 32 : 989-991.
TURIAN G., 1978 — The «Spitzenkórper», centre of the reducing power in the growing
hyphal apices of two septomycetous fungi. Experientia 34 : 1277-1279.
TURIAN G., 1979 — Cytochemical gradients and mitochondrial exclusion in the apices of
vegetative hyphae. Experientia 35 : 1164-1166.
TURIAN G., 1981 — Low pH in fungal bud initials. Experientia 37 : 1278-1279.
TURIAN G., 1983 — Polarized acidification at germ tube outgrowth from fungal spores
(Morchella ascospores, Neurospora conidia). Bot. Helvetica 93 : 27-32.
TURIAN С and, MICHEA-HAMZEHPOUR. M., 1983 — Parallel stimulation of mitochon-
drial H^ (Mg?")-ATPase and rate of germ tube outgrowth from conidia of Neurospora
crassa. FEMS Microbiol. Lett. 20 : 249-252.
TURIAN G. and GEISSLER C.-L., 1984 — Further clues for the involvement of mitochon-
dria in the initiation of germ tube outgrowth from fungal conidia (Neurospora model).
Bot. Helvetica 94 : 407-410.
TURIAN G., 1985 — Polarizing processes for germ tube outgrowth from monilioid fungal
spores (Neurospora conidial model). Proc. Indian Acad. Sci. (Pl. Sci.) 94 : 165-173.
ТОКАМ G., GEISSLER C.-L. and TON-THAT T.C., 1985a — Ribosomal exclusion from
the most acidic tip zone of fungal hyphae. Microbios 30 : 19-22.
TURIAN G., TON-THAT T.C. and ORTEGA PEREZ R., 1985b — Acid tip linear growth
in Fungi : requirements for H'/Ca?* inverse gradients and cytoskeleton integrity. Bot.
Helvetica 95 : 311-322.
TURIAN G. and CAESAR T.C., 1987 — Multipolar germination of conditionally-produced
conidia in an «amycelial) mutant of Neurospora crassa. J. Gen. Appl. Microbiol. 33:
543-545.
TURIAN G., CAESAR T.C. and GEISSLER C.-L., 1988 — Polarity effectors of germ tube
outgrowth in conidia of Neurospora crassa, Bot. Helvetica 98 : 133-145.
VAN TUINEN D., ORTEGA PEREZ R. and TURIAN G., 1986 — A search for myosin
in elongating hyphae of Neurospora crassa. Bot. Helvetica 96 : 299-302.
Source : MNHN, Paris.
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Mycol. 1988, 9 (3) : 251-265 251
COREMIUM AND RHIZOMORPH DIFFERENTIATION
IN SPHAEROSTILBE REPENS.
I. — INTERACTIONS BETWEEN AGGREGATED ORGANS
DURING MORPHOGENESIS OF THE THALLUS!
by B. BOTTON* and M. KHOURY**
ABSTRACT — The Ascomycete Sphaerostilbe repens Berk. & Br. grown on agar medium
gave rise to coremia and rhizomorphs distributed in two series or waves separated by vege-
tative mycelium. The first group appeared at the centre of the colony, then as the mycelium
grew, the second group differentiated at the periphery of the colony. During morphogene-
sis of the thallus, inhibitory correlations occurred between aggregated organs in the course
of differentiation. By using transplanting, or diffusion barriers created by inserting obstacles
or cutting trenches in the agar medium, and by triggering aggregation at different sites on
the colony, the ensuing distribution of coremia and rhizomorphs showed that these organs
inhibited primordia development in their vicinity. The inhibition occurred between aggre-
gated organs produced within a wave as well as between waves of organs. When the distance
between the mycelial margin and aggregated organs increased, the mycelium gradually
and temporarily lost its aggregating capability which was recovered when hyphal apices
were sufficiently distant from the aggregating centers. The inhibition ascribable to a wave
was directed both centrifugally and centripetally. These numerous correlations obviously
regulate the observed pattern of coremium and rhizomorph development in the colony and
some possible interpretative hypotheses are proposed.
RESUME — L’ascomycéte Sphaerostilbe repens Berk. & Br. cultivé sur milieu gélosé diffé-
rencie des corémies et des rhizomorphes qui se répartissent en deux vagues séparées par du
mycélium végétatif; l’une est localisée au centre du thalle et l'autre à sa périphérie, Lors de
la morphogenése, le thalle est le siège de corrélations d’inhibition entre organes agrégés.
En utilisant les techniques de bouturage, de barrières de diffusion (obstacles, fossés creusés
dans la gélose) et en provoquant la différenciation des organes à différents emplacements sur
le thalle, il est possible de montrer que la différenciation des organes agrégés inhibe à proxi-
mité la formation de nouvelles structures. Cette inhibition se manifeste entre les organes agré-
gés formés au sein d'une même vague et entre les vagues d'organes agrégés elles-méme. Les
extrémités mycéliennes qui s'éloignent d’une vague au cours de la croissance, perdent tem-
porairement leur capacité à s'agréger puis la retrouvent lorsqu'elles sont suffisamment éloi-
gnées des centres d'agrégation. L'inhibition imputable à une vague peut s'exercer aussi bien
en direction centrifuge qu’en direction centripéte. Ces corrélations multiples régulent mani-
festement la distribution des corémies et des rhizomorphes sur le thalle et quelques hypo-
théses explicatives possibles sont évoquées.
1. Part of an invited paper presented at the «4éme Rencontre Nationale du Réseau Myco-
logie» held in Lyon, France, 23-24 October 1987.
* Université de Nancy I, Laboratoire de Physiologie Végétale et Forestiére, BP 239, 54506
Vandeeuvre-les-Nancy Cedex, France.
** Am Klufterhaf 8, Postfach 20 11 35. D 5300 Bonn 2, F.R.G.
Source : MNHN, Paris.
252 B. BOTTON and M. KHOURY
KEY WORDS : aggregated organ, Ascomycete, coremium, differentiation, morphogenesis,
pattern control, rhizomorph, Sphaerostilbe repens.
INTRODUCTION
Several factors combine to decide the time and place of origin of aggregated
organs in a fungal colony. External parameters such as nutritional and physical
factors play significant roles in the initiation and development of aggregated
structures.
The successive phases of morphogenesis are also controlled by internal
correlations which can very often be interpreted as a trophic intercellular com-
petition or an internal circulation of hormonal substances or excretions. The
soundness of both has been verified in fungi and seem capable of regulating
developmental phenomena of numerous parts or organs within a mycelium.
According to BUTLER. (1961) the dominance of the axis over the ramifi-
cations might be controlled by internal competition. The experiments carried
out by LARPENT (1966) and FEVRE (1972) confirmed this and showed that
the apices of the axes were powerful enough to convert a significant amount of.
metabolites for their own use. In the genus Doratomyces, there also exists a
trophic competition between vegetative hyphae, ascendant filaments of coremia
and rhizoids which grow in the opposite direction (BRETON, 1974).
The intervention of morphogenetic substances or excretions controlling
morphogenesis is also suggested. Indeed, the development of excised coremia of
Doratomyces purpureofuscus required the presence of mycelium which seemed
able to produce molecules provided to the reproductive organs (BRETON, 1978).
It has been shown experimentally that there exist branching factors in Neuro-
spora crassa (ROBERTSON, 1959), Ascobolus immersus (CHEVAUGEON,
1959) and Podospora anserina (NGUYEN VAN HUONG, 1962; CHEVAUGEON
& NGUYEN VAN HUONG, 1969).
According to GOUJON (1967) the initiation of sclerotia buds in Corticium
rolfsii depends both on the synthesis of inductors and on the trophic competi-
tion produced by the filament apices located at the margin of the colony. The
same interpretations have been put forward to explain localizations and rhyth-
mic appearances of basidiocarps on thalli of Basidiomycetes where a competition
occurs between primordia of fruit bodies during the process of differentiation
(SINDEN & al., 1962; INGOLD & NAWAZ, 1967; MANACHERE, 1971).
However, in Coprinus congregatus, the carpophores successively exert an inhi-
bitory and a stimulatory effect on the producing mycelium according to whether
they are at the juvenile or mature stage (MANACHERE, 1971, 1977; ROBERT,
1978).
It seems obvious that the importance of the competitions for nutrients and
the interventions of morphogenetic factors are common characteristics involved
in initiation and development of differentiated organs in fungi.
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS BETWEEN AGGREGATED ORGANS 253
The Ascomycete Sphaerostilbe repens gives rise to aerial coremia and rhizo-
morphs immersed in the culture medium. These two types of structures are
anatomically continuous and their ensemble has been named «aggregated units»
(GUILLAUMIN, 1970; BOTTON, 1983a-b).
During growth of the fungus, a first series or wave of aggregated organs is
formed in the centre of the colony. After 3 1/2 days, thizomorphs and coremia
stop differentiating and the colony extends radially exclusively as undifferen-
tiated mycelium. A second series of organs differentiates from the seventh
day of culture on. This second group is composed of several circles of aggregated
units formed progressively as the hyphae elongate (Fig. 1).
Fig. 1 — Top view on agar medium of a 13-day-old thallus of Sphaerostilbe repens. A first
series of aggregated units has been formed in the centre of the culture, then separated
by about 10 mm of undifferentiated mycelium, a second series of organs is being formed
at the periphery of the colony as filament elongation proceeds. Rhizomorphs which
elongate more rapidly than mycelium are being extended beyond the hyphal margin.
(Scale= 10 mm).
Fig. 1 — Vue de dessus d’un thalle de Sphaerostilbe repens ágé de 13 jours cultivé sur milieu
gélosé. Une première série d'unités agrégées s'est différenciée au centre de la culture, puis
séparée par environ 10 mm de mycélium végétatif, une deuxième série d'organes se
forme à la périphérie de la colonie au fur et à mesure que les hyphes s'allongent. Les
rhizomorphes qui s'accroissent plus vite que les hyphes dépassent le mycélium à sa péri-
phérie. (Échelle = 10 mm).
Source : MNHN, Paris
254 B. BOTTON and M. KHOURY
The aim of the present work was to study the interactions that could arise
between aggregated organs and subsequently between the different series of ag-
gregated organs during morphogenesis of the fungus.
MATERIALS AND METHODS
Organism and culture methods
Sphaerostilbe repens Berkeley and Broome (strain C.B.S. 275.60), supplied
by the Centraalbureau voor Schimmelcultures of Baarn (Holland), was kept
on a 2 % malt agar medium. The fungus was cultivated in Petri dishes on a syn-
thetic agar medium whose composition in g/l was as follows : sucrose, 45;
tartaric acid, 2.64; NH4NO3, 3; (NH4 )2 SO4, 0.2; KH» POq, 0.6; K2 CO3, 0.4;
MgSOq.7 H20, 0.85; FeSO4.7 H20, 0.086; ZnSOs.7 H20, 0.04; MnSOq.H2 0,
0.008; CaCl;.2 H5O, 0.014, Agar (Difco), 20. The pH was adjusted to 5.4 with
NaOH before autoclaving at 120°C for 20 min. After autoclaving the pH was
5.3. Cultures were inoculated by spores harvested from coremia. The inoculum
contained 103 spores in suspension in 10 ul of distilled water. Sphaerostilbe
repens was grown in the dark at 28°C.
Experimental procedures used to study the pattern of aggregated organ
development
Interactions between primordia of aggregated units were analyzed by remo-
ving small areas of the colony which were examined as concerns their capability
of giving rise to coremia and thizomorphs. The central zone of the thallus where
the aggregated organs normally form was divided into cubic portions of 1 x 1
x 1 mm which were deposited on a new agar medium. The mean lag period for
differentiating coremia was determined by periodically examining the explants
under a binocular lens. This technique was also used to estimate the aggregative
capacity of the vegetative mycelium.
Interactions between series of organs were studied by interrupting the conti-
nuity of the hyphae. Obstacles such as coverglasses were inserted in the deve-
loping colonies and the number of coremia formed at obstacles was determined.
Similarly, diffusion barriers were created by removing circular strips of agar
with the overlying hyphae. Each trench extended to the plate bottom. Aggre-
gation was estimated by the number of coremia differentiated along the trench
edges.
Differentiation of the central wave was inhibited by placing 35 mm diameter
plastic discs on 32-houi-old thalli. In these conditions, hyphae turned into im-
mersed mycelium» unable to aggregate (EL-KHOURI & BOTTON, 1982).
Once apices reached the edge, they differentiated coremia and rhizomorphs
along the discs which were removed at several developmental stages in order
to induce organ differentiation in the central part of the colonies.
Source : MNHN, Paris.
INTERACTIONS BETWEEN AGGREGATED ORGANS 255
Simultaneous differentiation of the central organs and of an experimental
wave at the periphery of the colony was obtained by placing a glass plate (50 x
50 x 3 mm) on а 32-hour-old thallus. Aggregation was triggered by removing
glass plates at different times before the hyphae had reached the edges of the
plates.
Techniques of measurement
Production of aggregated units was determined as the average number of
organs per unit area of an agar culture by using the following technique : cylin-
ders of the colony were punched out wiht a cork borer of cross section 78 mm?.
With a hand microtome the samples were cut horizontally by a razor blade in
order to separate agar and rhizomorphs from overlying mycelium and coremia.
The aggregated units were then distinguishable by their thizomorph cross sec-
tions which were counted under a binocular lens.
Production of coremia was simply determined by counting them under a
binocular lens from a cylinder of the colony punched out with a cork borer
of cross section 28 mm?.
RESULTS
Interactions between aggregated organs during the process of differentiation
In the central area of the thallus, numerous aggregated units (up to one
hundred or so) differentiate simultaneously over approximately 28 mm?. It
seems obvious that the distribution of these organs does not occur at random
but results from interactions between primordia.
The central zone was cut into cubes of 1 mm’, the organ regeneration of
which was observed after transfer into a new medium. The time required for
aggregation of the first coremium (aggregate of mycelium clearly erected) was
determined on each transplant by observation every two hours under a binocular
lens.
In control cultures, aggregation occurred, on the average, after 42 hours of
incubation. When the transplants were transferred after 20 hours of incubation,
the greatest number differentiated at the 47th hour of incubation with a conti-
nuous distribution on both sides of this modal class (Fig. 2). When the trans-
plants were transferred after 30 hours of incubation, the distribution curve level-
led off from 47 to 51 hours and when the transfer was performed at the 38th
hour of incubation the curve became clearly bimodal with one peak of aggre-
gation at the 47th hour and the other at the 51st hour of incubation (Fig. 2).
Although no sign of aggregation was distinguishable at any time of trans-
plantation, a difference of behaviour progressively appeared and by the 38th
hour two populations of transplants could be separated on the basis of their
capacity to differentiate aggregated structures.
Source : MNHN, Paris
256 B. BOTTON and M. KHOURY
36 +
5
а зо
Е
o
= 24}
$
<
a
= 18
=
ш
ш 12}
=
5
2
5
аз 45 47 49 51 53 55 57 59
TIME OF DIFFERENTIATION (Hours)
Fig. 2 — Frequency curves of the times of aggregation of the transplants taken from thalli
at 3 different ages : 20 hours (@), 30 hours (0) and 38 hours (4).
Transplants consisted of cubic mycelial parts cut from central regions of cultures where
aggregation is expected, Coremium differentiation was observed every 2 hours with a
sample of 100 transplants cut at each time from four colonies. The number of differen-
tiated transplants at each time is indicated on the ordinate. Times on the abscissa include
the growth period of the fungus prior to the transplanting.
Fig. 2 — Courbes de fréquences des délais d’agrégation des boutures prélevées sur des thalles
âgés de 20 heures (@), 30 heures (©) et 38 heures (A).
Les boutures cubiques sont prélevées à partir de la région centrale des cultures oà l'agré-
gation doit se situer. La différenciation des corémies est observée toutes les 2 heures sur
une population de 100 boutures prélevées à chaque temps à partir de quatre colonies.
Le nombre de boutures différenciées à chacune des périodes est porté en ordonnée. Les
délais d’agrégation mentionnés en abcisse sont déterminés depuis l’ensemencement des
cultures fournissant les boutures.
These results suggest that the aggregated units in the process of differentia-
tion inhibit the surrounding regions of the thallus; consequently the former
group gave rise to coremia after an incubation period of 47 hours, while the
latter group coming from the inhibited areas differentiated 4 hours later.
Influence of a series of aggregated organs on subsequent differentiation
of the thallus
As coremia and rhizomorphs are formed first in the central region of the
thallus, they may inhibit production of new organs in their vicinity and it
seemed of importance to study the capability of hyphae to give rise to aggrega-
ted structures from the colony margin to the central aggregating zone.
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS BETWEEN AGGREGATED ORGANS 257
— Aggregating capability of excised transplants of vegetative mycelium
With young cultures, the best capability of the transplants to regenerate
coremia was found near the central aggregated units (Fig. 3a). Then, as hyphae
elongated, the zone next to the central area progressively lost its high morpho-
genetic potential (Fig. 3b-c) and development of coremia gradually became
restricted to a peripheral zone located at several mm from the central wave
(Fig. 3c-d). Inocula taken from the apices always exhibited a weak regenerating
capacity.
It appears that the aggregating capacity of the hyphae shifted from the cen-
tral old region to the subapical cells of the filaments to constitute the area where
the second wave of aggregated structures normally forms.
ы
=
5
а
а b c
2 10 2
4
i
a L
5
a
Eo
=
ga
$
8
u
5 2
=
ш
SS CS Ad as у: o) O cuit са ыр cq UGS
z
z
REFERENCE NUMBER OF THE TRANSPLANTS
Fig. 3 — Number of coremia differentiated on transplants, depending on their origin on the
thallus, Transfers were done from 4-day-old thalli (a), 6-day-old thalli (b), 8-day-old
thalli (c) and 12-day-old thalli (d). Mycelial samples of uniform size (1x1x1mm) were
cut along radii and transferred to a new culture medium. Reference numbers correspond
to number one which represents fragments taken from hyphal apices to the last number
which represents fragments located near central waves. Coremium aggregation was deter-
mined on 6-day-old subcultures. Results are the mean of 30 transplants taken at each site.
Fig. 3 — Nombre de corémies différenciées sur les boutures selon leur emplacement d'origine
sur le thalle. Le bouturage est réalisé à partir de cultures âgées de 4 jours (a), 6 jours (b),
8 jours (c) et 12 jours (d). Les boutures de taille uniforme (1x1xl mm) sont prélevées
selon plusieurs rayons de la colonie et repiquées sur un milieu de culture neuf. Les bou-
tures sont numérotées, le numéro un constituant l’apex des hyphes et le dernier numéro
étant la bouture juxtaposée à la vague centrale. La formation des corémies a été enre-
gistrée 6 jours aprés le bouturage. Les résultats sont la moyenne de 30 boutures par
emplacement.
— Effect of a physical barrier on differentiation
When a transverse barrier such as a coverglass was placed in the culture
between the two waves of aggregated units, coremia and rhizomorphs were
Source : MNHN, Paris
258 B. BOTTON and M. KHOURY
formed preferentially at the side of the barrier exterior to the centre of the
mycelium (Fig. 4a, Fig. 5). A coverglass placed along one radius of the thallus
did not allow differentiating organs at either side (Fig. 4b). It appears thus,
that the central wave inhibits production of new organs in its proximity. Maxi-
mal inhibition was found between 6 and 9 mm from the central series of diffe-
rentiating organs. Indeed, when the obstacles were near the centre of the colony
or at some 12 mm or more from the central aggregated units, coremium diffe-
rentiation increased (Fig. 5). However, when barriers were placed at the margin
of a 15-day-old colony (at about 25 mm from the colony centre), differentiation
was the same at both sides of the barrier whatever its disposition with regard
to the hyphae. The influence of the central group of organs obviously no longer
extends to this distance.
Fig. 4 — Pattern of coremium development at barriers inserted transversally (a) and radially
(b) in a developing colony. Top view of 18-day-old thalli.
In this experiment, sterile cover glasses (5 mm width) were inserted down to the plate
bottom on 8-day-old thalli, in the vegetative mycelium which lies between central and
peripheral waves. A transverse orientation of the barrier led to coremium production
located on the external side of the obstacle (a) while a radial orientation of the barrier
was without any effect (b). (Scale = 5 mm).
Fig. 4 — Localisation des corémies à proximité des barrières placées transversalement (a)
ou radialement (b) dans un thalle en croissance. Vue de dessus des thalles âgés de 18
jours.
Dans cette expérience, des lamelles stériles de 5 mm de largeur, sont insérées jusqu'au
fond de la boîte sur des thalles de 8 jours, au niveau du mycélium végétatif localisé entre
les deux vagues d'organes agrégés. Le barrage transversal engendre une production de
corémies du côté externe (a) alors qu'un barrage dans le sens radial de la culture demeure
sans effet (b). (Échelle = 5 mm).
When a barrier was created by cutting a trench in cultures of different ages at
4 mm behind the mycelium margin, aggregated structures differentiated exclu-
sively along the outer edge within 48 hours after the strips were removed (not
shown). As the diameter of the circular channels increased, the experimental
Source : MNHN, Paris
259
в +
5
o
NUMBER OF COREMIA
> o
5
o
6 9 12 15
DISTANCE CENTRAL WAVE -BARRIER (mm)
Fig. 5 — Number of coremia differentiated at transversal barriers inserted at different posi-
tions between the central wave and the mycelium margin. Diffusion barriers were created
by inserting coverglasses in 10-day-old colonies. Coremia were numbered along the outer
side (6) and along the inner side (O) of the obstacle after 6 days of incubation.
Fig. 5 — Nombre de corémies formées au niveau des barrages transversaux mis en place en
différents endroits entre la vague centrale et l’apex des hyphes. Les barrières de diffusion
sont créées en insérant des lamelles dans des thalles âgés de 10 jours. Les corémies sont
dénombrées de long de la lamelle, sur la face externe (@) et sur la face interne (O) après
6 jours d’incubation.
EDO
E
E
x
E
5 20
=
ES
a
u |
2 10
=
CULTURE AGE (days)
6 — Influence of an experimental wave of aggregated organs on the subsequent diffe-
rentiation of the thallus. A circular trench of increasing diameter stimulated aggregation
along the outer edge and resulted in rejecting the subsequent second wave provided that
thalli were less than 8-day-old. Diameter of the experimental wave along the outer edge
of the trench (@). Internal diameter of the second wave (0)
Fig. 6 — Influence d’une vague expérimentale d’organes agrégés sur la différenciation consé-
cutive du thalle. Un fossé circulaire de diamètre croissant provoque l'agrégation sur la
lévre externe située du cóté des apex et a pour conséquence de repousser dans l'espace
la différenciation de la deuxième vague pourvu que les thalles soient âgés de moins de
8 jours. Diamètre de la vague expérimentale sur la lèvre externe du fossé (@). Diamètre
interne de la seconde vague (0).
Source : MNHN, Paris
260 B. BOTTON and M. KHOURY
induced series of organs increased in diameter too, and consequently the second
wave of organs differentiated further out at an approximately constant distance
from the experimental series (Fig. 6). From the 8th day of culture on, making
a trench did not hinder differentiation of the second wave in the proximity of
the trench suggesting that between the 7th and 8th day of culture, an irreversible
change must occur in the apices.
These results indicate that the central series of organs, as well as the series
induced by wounding the colony, inhibit production of new organs in their
vicinity.
— Bidirectional translocation of the inhibition generated by aggregated organs
The previous experiments lead to believing that the central wave inhibits the
experimental wave, this latter being in turn able to inhibit the second wave of
aggregated organs. This inhibition exerted outwards the colony, is actually due
to the successive production of organs as the elongation of filaments proceeds
2 $
2 s
= =
5 so {в ?
a =
g
à $
ч Е
© 5
E Е
20 44
©
© x
= E
5 È
2 5
Е u
3 10 4 5
ш
5
2 =
E
7 10 13 16 19
CULTURE AGE (days)
Fig. 7 — Influence of a peripheral wave on differentiation of the central region of the thal-
lus. Plastic discs were placed on 32-hour-old thalli and were removed at several different
ages of the cultures indicated on the abscissa; 9 days later, aggregated units were counted
following the procedure described in the experimental part.
Number of aggregated units along the disc (4); number of aggregated units in the central
region of the thallus (@); time of differentiation of the aggregated units in the central
region of the thallus after removal of the disc (0).
Fig. 7 — Influence d'une vague périphérique sur la différenciation de la partie centrale du
thalle. Des disques de plastique sont placés sur les thalles âgés de 32 heures puis sont en-
levés à différents ages de la culture indiqués en abscisse; 9 jours plus tard les unités agré-
gées sont dénombrées selon le procédé décrit dans la partie expérimentale.
Nombre d'unités agrégées autour du disque (A); nombre d'unités agrégées dans la région
centrale du thalle (@); délai d'apparition des unités agrégées dans la région centrale du
thalle après l'enlèvement du disque (0).
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS BETWEEN AGGREGATED ORGANS 261
and one might question what the influence of the external wave is on the deve-
lopment of the central series of organs.
In order to respond to this, an experimental series of coremia and rhizo-
morphs was at first induced at the periphery of a disc and in order to allow
differentiating of central organs, discs were removed as a function of time.
As shown in figure 7, the number of aggregated organs on the experimental
wave increased with time of removing the disc and a maximum of organs was
differentiated from the 13th day of incubation on. Moreover, the later the disc
was removed, the fewer were the central aggregated units and the longer was
the time required for their differentiation. Beyond 13 days of incubation, no
organ was formed in the central region of the thallus.
The inhibitory effect of a differentiating wave can obviously be directed
towards the centre of the colony.
Simultaneous regeneration of central and peripheral waves and influence on
the differentiation of the intercalary region of the thallus
Glass plates deposited on young mycelium were removed before apices had
reached the edge and organ differentiation occurred preferentially, both in the
central area and at the margin of the colony, this latter group of aggregated
units being qualified as an experimental wave. As this procedure has been shown
to considerably stimulate organogenesis (EL-KHOURY & BOTTON, 1982)
regeneration of coremia could also be more or less induced everywhere in the
space separating the two waves, depending on the distance between them.
In control cultures, the coremium density of the central wave was high,
greater than that of the second wave (Fig. 8a). Removing the glass plates after
5 days was accompanied only by a regeneration of the central and experimental
waves with no coremia formed in the interval (Fig. 8b). When plates were
removed later, distances between the waves increased and coremium regenera-
tion occurred everywhere, although organs were fewer near the central wave
(Fig. 8c).
This technique clearly shows that aggregation can occur between differentia-
ted organs provided that organogenesis centers are distant enough from each
other.
Suppression of a series of aggregated organs and incidence on regeneration
of the other regions of the thallus
If early differentiated organs inhibit the potential aggregation sites, the eli-
mination of such organs should promote differentiation in the inhibited areas.
By using the same device as in the previous experiment, the elimination of the
future central wave at the same time as the glass plate was removed, stimulated
coremium formation in the proximity of the ablation (Fig. 8d). The elimination
of the mycelium margin led to an increase of the density of the coremia in the
median zone and particularly in the central region of the colony (Fig. 8e).
Source : MNHN, Paris.
262 B. BOTTON and M. KHOURY
50
40
30
20
10
NUMBER OF COREMIA ON 28 mm? AREA
e
$
зор © 1 f
20 ||| 1
10 | i
ll iit Im mm | m. mj ‚il
20 o 20 20 o 20
MYCELIUM RADIUS (mm)
Fig. 8 — Coremium distribution following simultaneous triggering of aggregation on the
whole colony. Vegetative mycelium developed for several different periods under a glass
plate. After its removal which triggered aggregation, regenerated coremia were counted
8 days later on 28 mm? areas taken along two perpendicular diameters for each culture.
Figures are the mean of 20 determinations at each site.
a) Control culture. b) Aggregation triggered on a 5-day-old thallus. c) Aggregation trig-
gered on a 9-day-old thallus. d) Aggregation triggered on a 9-day-old thallus with simul-
taneous elimination of the central region. e) Aggregation triggered on a 9-day-old thallus
with simultaneous elimination of the mycelium margin. f) Aggregation triggered on a
9-day-old thallus with simultaneous elimination of central and peripheral regions.
Fig. 8 — Distribution des corémies à la suite d'un déclenchement simultané de l'agrégation
sur tout le thalle. Le mycélium végétatif se développe pendant différentes périodes sous
une plaque de verre. Le retrait de la plaque déclenche l’aggrégation et les corémies
formées sont dénombrées 8 jours plus tard sur des surfaces de 28 mm” prises suivant
deux diamètres perpendiculaires pour chaque culture. Les chiffres sont la moyenne de
20 déterminations à chaque emplacement.
a) Culture témoin. b) Agrégation déclenchée sur un thalle âgé de 5 jours. c) Agrégation
déclenchée sur un thalle âgé de 9 jours. d) Agrégation déclenchée sur un thalle âgé de
9 jours avec élimination simultanée de la région centrale. e) Agrégation déclenchée sur
un thalle âgé de 9 jours avec élimination simultanée de la périphérie du mycélium. f)
Agrégation déclenchée sur un thalle âgé de 9 jours avec élimination simultanée des ré-
gions centrale et périphérique.
The inhibitory effect of the peripheral aggregated units thus influenced all
the thallus. The elimination of both potential waves promoted coremium diffe-
rentiation in the median zone (Fig. 8f).
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS BETWEEN AGGREGATED ORGANS 263
DISCUSSION
The results of this study demonstrate that in Sphaerostilbe repens aggregated
organs are not distributed sporadically but that correlations by competition
between structures in the process of differentiation regulate their distribution
on the mycelium.
Differentiation of an aggregated unit inhibits formation of new organs in the
vicinity. The inhibition occurs between organs formed within a group as well as
between waves of aggregated units themselves and is translocated centrifugally
and centripetally.
Morphogenesis in Sphaerostilbe repens and especially the characteristic
concentric series of coremia and thizomorphs produced when a colony grows
from a point inoculum can also be regulated by various other factors such as
external, chemical and physical factors (BOTTON, 1977; BOTTON, 1980),
but these may be overriden by the internal correlations. In addition to the
competition between aggregated organs, several other mutual relations have
been observed, e.g. between mycelium and rhizomorphs (BOTTON & CASALIS-
GOUGEROT, 1979) and between immersed and aerial mycelia (EL-KHOURI &
BOTTON, 1982).
Several questions have been raised by these results, especially what is the inhi-
bition ascribed to and how is the inhibition translocated ? The mechanism of
inhibition so far remains unknown; it could result either from nutrient depri-
vation by the early formed organs or from the production of inhibitory sub-
stances. In the central part of the thallus, inhibition due to the differentiating
organs is effective only over short distances (usually there exists less than one
millimiter between primordia) and it is likely that the inhibition is translocated
by filaments rather than by the external medium. Series of aggregated organs
are inhibitory over much longer distances; this was especially true for peripheral
waves which modified coremium regeneration on the whole colony including
the central wave. The removing of plastic discs during the time peripheral
aggregated units were developing, suggests that immersed mycelium might
translocate the inhibition as it was the sole type of filaments existing at that
time. This experiment in which central organs were all the more inhibited as
peripheral aggregated units were more fully developed, indicates that inhibition
was not temporary but lasted both during initiation and growth of aggregated
units. In addition, experiments using transplants lead to believing that the inhi-
bitory effect is persistent and efficient long after the building of series of aggre-
gated organs; indeed vegetative zones gave rise to weak regenerations, once
excised.
The pattern of aggregated organ development in Sphaerostilbe repens has
some similarities with Sordaria fimicola where perithecium production was
restricted along the outer edge of a trench and a diffusible central inhibitor has
been put forward to explain this (POLLOCK, 1975). However, in many fungi
including Sordaria, reproductive organs usually occur when the mycelium
reaches obstacles such as the edge of a dish and its linear growth is thus restric-
Source : MNHN, Paris
264 B. BOTTON and M. KHOURY
ted (BAHN & HOCK, 1973; LYSEK, 1976). Two major hypotheses have been
put forward : the first is that the colony margin is stimulated when it encounters
an increase in concentration of secreted metabolites as it approaches a barrier
(BUSTON & RICKARD, 1956); the second is that stimulation is a consequence
of inactivation of an inhibitory by an increased concentration of metabolites
in the apices following cessation of growth at a barrier (CHET & HENIS, 1968).
However, in Sclerotium rolfsii, inhibition of linear mycelial growth by itself
is not a major simple cause for sclerotium induction (OKON & al., 1972). In
Sphaerostilbe repens, additional experiments have not led to the conclusion
that the ceasing of hyphal elongation is a prerequisite of the formation of core-
mia and rhizomorphs (BOTTON, 1980) and further investigations are needed
to explain the formation and distribution of the aggregated organs on the co-
lony. Studies concerning the translocation and the nature of the inhibitory
effect are being published in separate papers.
ACKNOWLEDGEMENTS : Stimulating discussions with Professor J. CHEVAUGEON
University of Paris-Orsay, have helped to clarify certains aspects of this research, and the
authors are deeply grateful for his help.
REFERENCES
BAHN M. and HOCK B., 1973 — Genetic and physiological control of perithecia formation
of the Ascomycete Sordaria macrospora. Genetics 74 : 14-15.
BOTTON B. 1977 — Action de quelques facteurs du milieu sur la morphogenése des or-
ganes agrégés du Sphaerostilbe repens B. et Br. Phyton 35 : 29-37.
BOTTON B. and CASALIS-GOUGEROT C., 1979 — Corrélations de croissance entre le
mycélium et les rhizomorphes chez le Sphaerostilbe repens. Physiol. Pl. 45 : 407-414.
BOTTON B., 1980 — Morphogenése des organes agrégés chez l'Ascomycéte Sphaerostilbe
repens Berk et Br.Thése de Doctorat d'État, Université de Nancy I, 374 p.
BOTTON B. 1983a — Morphogenesis of coremia and rhizomorphs in the Ascomycete
Sphaerostilbe repens. 1. Light microscopic investigations. Protoplasma 116 : 91-98.
BOTTON B. 1983b — Morphogenesis of coremia and rhizomorphs in the Ascomycete
Sphaerostilbe repens. IL. Ultrastructural aspects of developing primordia. Protoplasma
116 : 99-114.
BRETON A., 1974 — Rôle des interactions multiples dans l'édification des corémies du
Doratomyces purpureofuscus (Fries) Morton et Smith. Rev. Cytol. Biol. Vég. 37 : 265-
284.
BRETON A., 1978 — Evidence for the existence of an intramycelial morphogenetic factor
controlling the development of coremia of Doratomyces purpureofuscus. Canad. J. Bot.
56 : 1533-1536.
BUSTON H.W. and RICKARD B., 1956 — The effect of a physical barrier on sporulation
of Chaetomium globosum. J. Gen. Microbiol. 15 : 194-197.
Source : MNHN, Paris
INTERACTIONS BETWEEN AGGREGATED ORGANS 265
BUTLER G.M., 1961 — Growth of hyphal branching systems in Coprinus disseminatus.
Ann. Bot. (London) 25 :341-352.
CHET I. and HENIS Y., 1968 — The control mechanism of sclerotial formation in Sclero-
tium rolfsii Sacc. J. Gen. Microbiol. 54 : 231-236.
CHEVAUGEON J., 1959 — Sur le déterminisme interne du rythme de croissance chez un
mutant «vague» de I'Ascobolus immersus, Compt. Rend. Hebd. Séances Acad. Sci., Sér.
D, 248 : 1841-1844.
CHEVAUGEON J., and NGUYEN VAN HUONG, 1969 — Internal determinism of hyphal
growth rhythms. Trans. Brit. Mycol. Soc. 53 : 1-14.
EL-KHOURI M. and BOTTON B., 1982 — Mise en évidence de deux types de mycélium
chez le Sphaerostilbe repens et étude de leur capacité d’agrégation. Mycopathologia 77 :
145452.
FEVRE M., 1972 — Contribution to the study of the determination of mycelium branching
of Saprolegnia monoica Pringsheim. Z. Pflanzenphysiol. 68 : 1-10.
GOUJON M., 1967 — Mise en évidence de trois phases distinctes dans le développement du
Corticium rolfsii (Sacc.) Curzi. Compt. Rend. Hebd. Séances Acad. Sci., Sér. D, 264 :
2989-2991.
GUILLAUMIN J.J., 1970 — Morphologie et anatomie des organes agrégés chez l'Ascomy-
cète parasite Sphaerostilbe repens B. et Br. Cah. ORSTOM, Sér. Biol., 12 : 51-64,
INGOLD C.T. and NAWAZ M., 1967 — Sporophore production in Sphaerobolus with spe-
cial reference to periodicity. Ann. Bot. (London) 31 : 791-802.
LARPENT J.P., 1966 — Caractéres et déterminisme des corrélations d’inhibition dans le
mycélium jeune de quelques champignons. Ann. Sci. Nat. Bot., Sér. 12, 7 : 1-130.
LYSEK G., 1976 — Formation of perithecia in colonies of Podospora anserina, Planta 133 :
81-83.
MANACHERE G., 1971 — Research on the fruiting rhythm of a basidiomycete mushroom
Coprinus congregatus Bull, ex Fr. J. Interdiscipl. Cycle Res. 2 : 199-209.
MANACHERE G., 1977 — Modifications du rythme de fructification de Coprinus congre-
gatus par le depöt de carpophores mürs exogenes & la surface des cultures. Physiol. Pl.
39 :201-205.
NGUYEN VAN HUONG M., 1962 — Róle des facteurs internes et externes dans la mani-
festation de rythmes de croissance chez l'Ascomycéte Podospora anserina. Compt.
Rend, Hebd. Séances Acad. Sci., Ser. D, 254 : 2646-2648.
OKON Y., CHET I. and HENIS Y., 1972 — Lactose-induced synchronous sclerotium forma-
tion in Sclerotium rolfsii. J. Gen. Microbiol. 71 : 465-470.
POLLOCK R.T., 1975 — Control of the pattern of perithecium development in Sordaria
fimicola on agar medium, Growth 39 : 223-232.
ROBERT J.C., 1978 — Quelques aspects métaboliques de la fructification du basidiomycéte
Coprinus congregatus Bull. ex Fr. Mushroom Science 10 : 683-702.
ROBERTSON N.F., 1959 — Experimental control of hyphal branching and branch form in
hyphomycetous fungi. J. Linn. Soc, Bot. 56 : 207-211.
SINDEN J.W., TSCHIERPE H.J. and HAUSER E., 1962 — Transplantation of sporophores
as a new method for studying growth and nutritional factors of mushrooms. Mushroom
Science 5 : 250-266.
Source : MNHN, Paris.
Source : MNHN, Paris
Cryptogamie, Mycol, 1988, 9 (3) : 267-276 267
MÉTABOLITES SECONDAIRES FONGIQUES :
Diversité de structures mais unité de fonction, la protection
par Noél ARPIN et Marie-Louise BOUILLANT*
RÉSUMÉ — Les Champignons ont une extraordinaire capacité à synthétiser les métabolites
les plus varies. L’examen des Y-glutamylanilines/hydrazines et des mycosporines — ensemble
de molécules à rôle protecteur vis-à-vis des microorganismes et des radiations ultraviolettes
respectivement — montre bien qu'une diversité structurale peut s'exprimer malgré des ori-
gines biosynthétiques similaires (voie du shikimate et glutamine). De plus, il est montré
avec l'exemple des mélanines fongiques que les Champignons utilisent diverses voies méta-
boliques pour la synthése de molécules différentes mais ayant toutes le méme róle protec-
teur évident. En conclusion il est indiqué que la variété des métabolites fongiques doit
correspondre à une nécessité écophysiologique. Les espèces qui se sont pérennisées sont
vraisemblablement celles qui ont su utiliser au mieux les sous-produits de leur métabolisme
pour les transformer, en fonction de leur environnement, en molécules protectrices, agents
de survie.
SUMMARY — Fungi show an extraordinary ability to synthesize the most various secondary
metabolites. The study of Y-glutamylanilines/hydrazines and mycosporines — all compounds
with protective effect against microorganisms and UV radiations respectively — shows
that an important structural diversity can be expressed despite similar biosynthetic path-
ways. Moreover it is known with the example of fungal melanins that fungi use several
metabolic pathways to synthesize compounds, whose protective effect is clearly apparent.
In conclusion we point out that the diversity of secondary fungal metabolites should corres-
pond to an ecophysiological need. Species that have made the best use of their own by-
products to transform them into protective molecules, according to their usual environment,
have been the most suited for the survival.
MOTS CLES : champignons, métabolites secondaires, Y-glutamylanilines/hydrazines, myco-
sporines, mélanines, fonction de protection.
INTRODUCTION
Les Champignons offrent une extraordinaire diversité tant au niveau de leurs
formes que de leurs modes de reproduction. Moins connue mais tout aussi
étonnante est leur capacité à synthetiser des metabolites secondaires : le nombre
* Laboratoire de Mycochimie (Unité associée au CNRS, 1127), Institut de Chimie et de Bio-
logie cellulaire et moléculaire, Université Claude Bernard, 69622 Villeurbanne Cedex:
Source : MNHN, Paris
268 N. ARPIN et M.L. BOUILLANT
déjà impressionnant de 3000 molécules fongiques recensées (TURNER, 1971;
TURNER & ALDRIDGE, 1983) ne représente certainement qu'une partie
infime de ce qui existe.
Bien que l'on ignore, dans la plupart des cas, les conditions précises dans
lesquelles sont produits ces métabolites secondaires, nous savons que trés sou-
vent leur apparition accompagne une phase de différenciation. L'intérét que
nous leur manifestons se justifie parce que leur synthèse correspond à l'acti-
vation de gènes qui ne s'expriment qu'au moment de la morphogenèse.
La diversité de ces métabolites secondaires peut masquer des processus
fondamentaux et généraux; aussi convient-il d'étre trés attentif à leurs modalités
de formation, autant qu'à leurs structures. L'étude comparée des mycosporines
et des y-glutamylanilines/hydrazines nous fournit un exemple de métabolites
secondaires différents bien qu'ayant une origine biosynthétique similaire.
Par ailleurs, les Champignons ont su diversifier les voies de biosynthèse
conduisant à des molécules aux caractéristiques et aux propriétés voisines;
ainsi, la polymérisation et l'oxydation de précurseurs variés concourent à la pro-
duction de différentes mélanines fongiques selon des mécanismes qui seront ici
succinctement rappelés et discutés. Nous tenterons, dans ce texte, de dégager
quelques aspects essentiels relatifs à la biosynthèse et aux rôles physiologiques
de ces métabolites secondaires.
I— LES COMPOSÉS PRÉAROMATIQUES
ET AROMATIQUES LIÉS A LA GLUTAMINE
L'analyse des structures de la mycosporine glutamine, isolée de la partie
fructifère de Morchella esculenta, et de l'agaritine, obtenue à partir des carpo-
phores d'Agaricus bisporus (Fig. 1) montre que, dans les deux cas :
— Pun des membres du couple glutamine/acide glutamique est lié à une molé-
cule cyclique, de type cyclohexénone ou aromatique, par l'intermédiaire de
son NH, en a dans le premier cas, par le carbonyle en y dans le deuxième cas.
_ la fonction carboxylique liée au cycle a subi une réduction en alcool
primaire.
Les études de biosynthèse de l’agaritine (SCHUTTE & al., 1972) et des myco-
sporines (FAVRE-BONVIN & al., 1987) ont révélé que la partie cyclique de ces
molécules est issue de la voie du shikimate, soit en amont de ce dernier — plus
précisément au niveau du déhydro-3 quinate — pour les mycosporines, soit en
aval — au niveau de l'acide p-OH benzoïque — pour l'agaritine. Les principales
étapes assurant la biosynthèse de ces composés ont été présentées sur la Fig.
2; notons que les intermédiaires entre le déhydro-3 quinate et la cyclohexénone
n’ont pas été isolés à ce jour.
Nous allons discuter brièvement des aspects biochimiques et physiologiques
relatifs à la formation de ces composés.
Source : MNHN, Paris
METABOLITES SECONDAIRES FONGIQUES 269
MYCOSPORINE GLUTAMINE
o
OMe
соон (Morchella esculenta)
HO 1
HOH3C NH — CH — (CH35— CONH?
a glutamine —»
€ H50H
AGARITINE
(Agaricus bisporu s)
„соон
NH- NH - Co -C H;-CH,-CH
SNH,
--— glutamine —
Figure 1 — Comparaison des structures de la mycosporine glutamine et de l'Agaritine.
Figure 1 — Comparison of mycosporine glutamine and agaritine structures.
Au plan biochimique, l'activation de la voie du shikimate a déja été observée
au cours de la morphogenése fongique; de nombreux composés, issus de cette
voie, tels les pigments des Macromycètes (grévillines, terphénylquinones, dérivés
de l'acide pulvinique. . ., (GILL & STEGLICH, 1987)) ou les alcaloïdes de type
cyclopénine-cyclopénol produits au moment de la sporulation de Penicillium
cyclopium (NOVER & LUCKNER, 1974) illustrent ce fait. La réduction du
groupement carboxylique pourrait étre concomitante à la réoxydation des
coenzymes réduits, mais la signification précise de ce processus n'est pas encore
éclaircie.
Compte-tenu du róle central joué par le couple glutamine/acide glutamique
dans le contróle du métabolisme azoté (MARZLUF, 1981; MOORE, 1984),
la fixation de ces acides aminés constitue un processus important d'immobili-
sation de PN. Il y a là un moyen de neutraliser l'NH3 toxique. Cette immo-
bilisation de l'N peut être momentanée ou prolongée. Dans certains cas, comme
celui de Pyronema omphalodes, il y a chute trés importante de la teneur en nor-
mycosporine glutamine au moment de la libération/germination des spores
(ARPIN & BOUILLANT, 1981); dans d'autres cas, plus fréquents, la mycospo-
rine glutaminol présente dans les spores n'est pas remaniée au cours de la germi-
nation (PITTET & al., 1983).
Source : MNHN, Paris
-souyzespky/sourrue [Aueanjs- pue souriodsoo tu jo our&o [eooqauÁsojq uounuo) — z am
-soutzexpAy/sourueyAureanyB- sap 29 sourzodso»4]y sop sununuoo onbnpquuÁsorq euro — c mira
jeunteby IIIS
nIB-HN-HN - @-0H9 "HN-HN- &.-H002. =
анау
vum Desv ys SS fone
2 4299 DIOS HOOD
nI5-HN- HN —9.-H2OH ^IÓ-HN-HN- 8.7 HOOD ape
н
2 но
2 5 1 5
a nIB-HN-HN-'&-HO 7x, "HN-HN- 9.-HO
5 Ba = 209 “ò
© D эешз 11949
a
i а
= внао:но= MH ӨЧ HN- &- HO
g 2 -—
E MD EM aye wy YS
4 THN SR, a
- )-02-H
à moog - “НО! N
e euizesphy/outjiue -jAwernjg = À sep JIOA она|- $
2 > 1009
seullodsooAW sap JIOA но
2 он
HotH9 HOH H
Noo CHO) HO HN Ho °
o
ч ону — он X
ewo эй о S
jou nuejniB -o24w:H 0H 9 7 8 о о
A
sunuv)n|B '02&£4:HOO 0 7 а-әѕогцуќаз аза
=
Fields пр 910A
270
Source : MNHN, Paris
METABOLITES SECONDAIRES FONGIQUES 271
En ce qui concerne l'agaritine du Champignon de couche, GIGLIOTTI &
LEVENBERG (1964) ont montré que cette molécule pouvait servir comme
donneur du résidu y-glutamyle; ils ont, en effet, isolé d'Agaricus bisporus, une
enzyme, la y-glutamyltransférase, particulièrement active dans le transfert du
groupement Y-glutamyle sur des accepteurs tels que l'eau (hydrolyse) et d'autres
amines et hydrazines. Selon RAST & al. (1981), le residu Y-glutamyle de Vaga-
ritine se fixe sur le NH; de la p-OH aniline pour donner la N-(y-L-glutamyl)
p-hydroxyaniline (GHB in Fig. 2), précurseur, via le GDHB (Fig. 2), des méla-
nines de cette espéce.
A ces aspects biochimiques de régulation, se superpose très vraisemblablement
un róle de protection vis-à-vis de l'environnement. Du fait de leur intense absorp-
tion à 310 nm, zone limite du rayonnement UV au niveau de la biosphére, les
mycosporines participent activement à la photoprotection, comme cela fut
démontré pour les spores de Glomerella cingulata (BROOK, 1981). En cédant
son extrémité y-glutamyle, l’agaritine participe indirectement à la photoprotec-
tion (formation de mélanine protégeant les spores de l’Agaricus bisporus (RAST
& al, 1981)). En outre, les hydrazines de type agaritine ont été nettement
impliquées dans un róle de défense efficace vis-à-vis des microorganismes du
milieu (STIJ VE & al., 1986).
Ainsi, selon les nécessités dues à l'environnement, les espéces fongiques, à
partir des mémes matériaux de base, ont synthétisé des métabolites secondaires
différents, chacun étant plus efficacement adapté soit à un róle de photopro-
tection, soit à un róle de défense vis-à-vis d'espéces concurrentes.
II — MÉLANINES FONGIQUES
En avant propos, il est important de préciser que ce texte ne constitue pas
une mise au point sur ce trés vaste sujet. Pour plus d'informations nous ren-
voyons le lecteur au travail de BELL & WHEELER (1986), beaucoup plus ex-
haustif, ainsi qu'à la revue sur les pigments des Champignons supérieurs de
GILL & STEGLICH (1987). Nous voulons simplement ici dégager certains
concepts concernant ces molécules qui sont un nouvel exemple de la diversité
des moyens développés par les Champignons pour aboutir à une méme fonction.
1. Le concept de mélanine
Le nom de mélanine est attribué, sans présumer de leur nature chimique,
aux pigments noirs, bruns ou gris que l'on rencontre aussi bien chez les animaux
que chez les végétaux ou les microorganismes. Il faut cependant en exclure les
pigments bruns présents chez les plantes vertes qui sont de nature anthocya-
nique, non polymérisés.
Chez les Champignons (Macro ou Micromycétes) ces pigments colorent le
plus souvent les formes reproductrices (spores), de résistance (sclérotes, chlamy-
dospores) ou les structures d'attaque (appressoriums), c'est à dire les parties
responsables de la survie de l'espèce.
Source : MNHN, Paris
272 N. ARPIN et M.L. BOUILLANT
Овтетме BrosvwTHÉTIQUE: VOIE nu SHIKIMATE
DOPA MELANINE NH,
ү aedes mensem
окш ej: Н Е
HO
ПОРА
GDHB MELANINE
OH OH
OH
TYROSINASE
ud wc cs
she
m
MH- Youu ло de
GHB GDHR POLYMERISATION
GLUTAMYL TRANSFERASE
er,
он
OH rs
ev
POLYPHENOLOXYDASE
NH2
CATECHOL MELANINE
0H
он
СТ а QUINONISATION / POLYMÉRISATION ————> _MELANINE
DRIGINE BIOSYNTHETIAUE: Vorr nes POLYACETATES
DHN MELANINE
OH OH OH 0 OH OH
— LI
HO OH HO OH
DHN
1,3,5,8 THN SCYTALONE
MELANINE 4—— POLYMÉRISATION/ QUINONISATION
Figure 3 — Précurseurs clés des différentes voies de biosynthése des mélanines chez les
Champignons.
Figure 3 — Keys precursors of several biosynthetic pathways of fungal melanins.
Source : MNHN, Paris
METABOLITES SECONDAIRES FONGIQUES 273
Du point de vue biochimique, elles se définissent comme des polyméres
aromatiques, susceptibles de s'associer avec d'autres macromolécules : protéines,
sucres... et de cette nature même découle leur difficulté d'étude. Leur insolu-
bilité, dans l'eau ou les solvants organiques, les rend difficiles à extraire sans
dégradation, mais l'utilisation de méthodes dégradatives conduit à des mélanges
complexes d'analyse difficile.
Chez les Champignons, il faut distinguer :
—les mélanines produites de maniére extracellulaire, que l'on retrouve dans
les milieux de culture ou dans l'environnement mycélien. Celles-ci peuvent étre
synthétisées à partir de substrats divers, endogénes (issus du Champignon lui-
méme) ou exogénes (issus du milieu), sous l'action d'enzymes extracellulaires
ou tout simplement de l'oxygéne de l'ai
Ces mélanines contribuent à la formation de l'humus; ce sont, pro parte, les
acides humiques fongiques qui constituent parfois une partie importante (jus-
qu'à 30 %) de la biomasse produite par les Champignons.
— les mélanines liées à la paroi fongique, oà elles s'accumulent, ce qui se tra-
duit en microscopie électronique par une zone opaque aux électrons. Leur
formation, exclusivement intracellulaire, explique leur spécificité. Leurs biosyn-
théses ont fait l'objet, cette derniére décennie, de nombreuses études; celles-ci
ont montré que, suivant l'espéce considérée, les Champignons utilisent diverses
voies du métabolisme secondaire pour cette synthése pigmentaire.
2. Biochimie des mélanines
La figure 3 résume les diverses possibilités rencontrées que nous commente-
rons briévement :
DOPA mélanine
C'est la melanine du monde animal oü elle a été bien étudiée. Le substrat
clé est la dihydroxyphénylalanine (DOPA), issue de la tyrosine sous l'action
de la tyrosinase. La réaction suivante est la formation d'une diquinone — la
Dopaquinone — susceptible de nouvelles transformations mais également de
polymérisation. Ce premier exemple illustre un autre fait unitaire chez les méla-
nines : dans tous les cas il y a quinonisation suivie de polymérisation des molé-
cules phénoliques. Le polymére obtenu peut étre le produit à la fois d'auto ou
d'hétéropolymérisation des différents monoméres, ce qui conduit, du simple
point de vue phénolique, à des macromolécules complexes.
Il est un fait paradoxal : contrairement à une idée depuis longtemps admise,
la DOPA mélanine n'a pas, en réalité, été démontrée comme mélanine liée à la
paroi fongique. Les Champignons possédent l'enzyme (la tyrosinase commerciale
est celle du Champignon de couche) et le ou les substrats (tyrosine, DOPA) de
cette réaction. Ils sont donc trés certainement capables de produire ce type de
mélanine, mais son existence «constitutive» n'est pas établie.
Par contre, des études récentes ont montré la présence de trois autres types
de mélanine :
Source : MNHN, Paris
274 N. ARPIN et M.L. BOUILLANT
GDHB mélanine
Bien étudié par RAST & al. (1981), la GDHB mélanine a pour substrat le
y-glutamyldihydroxybenzine (GDHB) issu, sous l'action d'une enzyme qui
pourrait étre la tyrosinase (in vitro cette enzyme réalise cette réaction), du Y-
glutamylhydroxybenzène (GHB), lui-même formé par la voie du shikimate.
Le GDHB est, comme la DOPA, susceptible de quinonisation et, avec ou sans
leur groupement glutamyle, les quinones obtenues sont polymérisées.
Ce type de mélanine colore les spores du Champignon de couche Agaricus
bisporus. STUSSI & RAST (1981) ont démontré la présence ubiquiste du GHB
dans le carpophore et méme dans le mycélium du Champignon; par contre, le
GDHB n'est présent que dans les lamelles où apparaît le pigment corrélativement
à la différenciation sporale.
Le brunissement facile des tissus fongiques lors du vieillissement, de trauma-
tismes ou de maladies (tache bactérienne) laisse supposer la formation de méla-
nines. Leur nature n'est pas connue mais il est probable qu'elles sont, comme
les mélanines extracellulaires, formées à partir des différents substrats présents
ou libérés à l'endroit de l'agression.
DHN mélanine
Les premières analyses élémentaires de cette mélanine ont révélé qu’elle con-
tient une proportion d'N bien inférieure aux deux précédentes.
L'isolement de mutants apigmentés et l’utilisation de substances chimiques
inhibitrices de mélanogenése ont permis, d’abord à BELL & WHEELER (1986),
chez Verticillium dahliae, puis à d’autres auteurs sur d’autres Champignons,
d'établir que cette mélanine a pour précurseurs toute une série de penta-acétates
de type naphtalénique, la substance la plus facilement isolée étant la scytalone.
L'originalité de cette voie de biosynthése, par rapport aux précédentes est
qu'elle utilise uniquement des unités acétyles, que les intermédiaires ne compor-
tent pas dN et qu’elle procède par une succession de réductions (réductases)
et de déshydratations (déshydratases) pour aboutir au dihydroxynaphtalène
(DHN), déjà soupçonné par ALLPORT & BU'LOCK (1960)et BU'LOCK
(1967), susceptible de quinonisation et de polymérisation.
Il semble bien établi aujourd'hui que la DHN Mélanine est fréquente chez les
Ascomycétes. La connaissance de cette voie de biosynthése s'est révélée d'un
grand intérét appliqué, car de nombreux Ascomycètes pathogènes réalisent leur
parasitisme par le biais d'appressoriums mélanisés. Lorsque la pigmentation de
ces structures est supprimée, elles perdent leur rigidité et donc leur pouvoir
de pénétration. Cette observation motive actuellement de nombreuses études
sur ce sujet.
Catéchol mélanine
Nous cterons pour mémoire ce dernier type de mélanine formé d'unités
catéchol, quinonisées et polymérisées, qui colore les téliospores d'Ustilago
maydis (PIATELLI & al., 1965) car les résultats obtenus par voie exclusivement
dégradative demandent confirmation.
Source : MNHN, Paris.
METABOLITES SECONDAIRES FONGIQUES 275
3. Structure et fonction des mélanines
La fonction de Protection des mélanines découle trés certainement de leurs
propriétés physiques et chimiques :
— elles absorbent les rayonnements, particuliérement les ultraviolets, elles
possèdent de nombreux groupements quinoniques susceptibles d'exister sous
forme de radicaux libres. En conséquence, elles rendent les Champignons résis-
tants aux diverses radiations soit en les absorbant, soit en en dispersant l'éner-
gie, les structures sous-jacentes se trouvant de ce fait protégées;
— elles peuvent à la fois jouer le rôle de réducteurs et d'oxydants; elles sont
d'une grande stabilité chimique : elles permettent donc à l'organisme de résister
aux agressions chimiques et enzymatiques des autres organismes présents, sans
négliger le fait que leur dégradation méme relargue des composés phénoliques
toxiques pour l'agresseur;
— elles sont des polymères aromatiques rigides, insolubles et hydrophobes,
donc participent probablement à la résistance à la dessiccation et à la chaleur.
En conclusion, la Protection pourrait être, comme chez les animaux, le rôle
principal et peut-être unique, des mélanines chez les Champignons.
Bien qu’en l'absence de ces métabolites de différenciation des mutants
apigmentés soient aptes à se reproduire, il semble que les mélanines soient, pour
certaines espèces, indispensables à leur survie. Elles constituent, parmi bien
d'autres, l'un des moyens mis en œuvre par le monde fongique pour sa défense.
Cette notion «d'utilisation» de métabolites secondaires, issus ou composés
parfois de produits du métabolisme primaire (tyrosine, acide glutamique..)
pour accomplir des fonctions physiologiques essentielles doit être soulignée.
Pour croître et se différencier le Champignon peut être amené à accumuler
les métabolites les plus divers, mais ces molécules ne sont rarement des «dé-
chets» sensu stricto. L’organisme les réutilise, soit comme réserves, soit pour sa
défense. Cela semble évident pour les mélanines, moins pour d'autres molécules;
il est pourtant probable que les espèces qui se sont pérennisées sont celles qui
ont su, le plus «économiquement et le plus intelligemment» possible réutiliser
leurs sous-produits comme agents de survie.
BIBLIOGRAPHIE
ALLPORT D.C. and BU'LOCK J.D., 1960 — Biosynthetic pathways in Daldinia concentrica.
J. Chem, Soc. 1960 : 654-662.
ARPIN N. and BOUILLANT M.L., 1981 — Light and mycosporines. In : TURIAN G. &
HOHL H.R., The Fungal Spore : Morphogenetic Controls. London, Academic Press :
434454.
BELL A.E. and WHEELER M.H., 1986 — Biosynthesis and functions of fungal melanines.
Annual Rev. Phytopathol, 24 : 411-451.
BROOK PJ., 1981 — Protective function of an UV absorbing compound associated with
Source : MNHN, Paris
276 N. ARPIN et M.L. BOUILLANT
conidia of Glomerella cingulata. New Zealand J. Bot. 19 : 299-304.
BU'LOCK J.D., 1967 — Fungal metabolites with structural functions. In : Essays in Bio-
synthesis and Microbial Development. London, Wiley & Sons : 1-18.
FAVRE-BONVIN J., BERNILLON J., SALIN N. and ARPIN N., 1987 — Biosynthesis of
mycosporines : mycosporine glutaminol in Trichothecium roseum. Phytochemistry 26 :
2509-2514.
GIGLIOTTI HJ. and LEVENBERG B., 1964 — Studies on the ‘glutamyltransferase of
Agaricus bisporus, J. Biol. Chem. 239 : 2274-2284.
GILL M. and STEGLICH W., 1987 — Pigments of Fungi (Macromycetes). Fortschr. Chem.
Organ. Naturstoffe 51 : 317 p.
MARZLUF G.A., 1981 — Regulation of nitrogen metabolism and gene expression in Fungi.
Microbiol. Rev. 45 : 437-461.
MOORE D., 1984 — Developmental biology of the Coprinus cinereus carpophore : meta-
bolic regulation in relation to cap morphogenesis. Exp. Mycol. 8 : 411-451.
NOVER L. and LUCKNER M., 1974 — Expression of secondary metabolism as part of the
differentiation process during the idiophase development of Penicillium cyclopium
Westling, Biochem. Physiol. Pflanzen 166 : 293-305.
PIATELLI M., FATTORUSSO E., NICOLAUS R.A. and MAGNO S., 1965 — The structure
of melanins and melanogenesis. V. Ustilago melanin. Tetrahedron 21 13229-3236.
PITTET J.L., BOUILLANT M.L., BERNILLON J., ARPIN N. et FAVRE-BONVIN J., 1983
— Sur la présence de mycosporines-glutamine réduites, nouvelles molécules, chez plu-
sieurs Deutéromycétes. Tetrahedron Lett. 24 : 65-68.
RAST D.M., STUSSI H., HEGNAUER Н. and NYHLEN L.E., 1981 — Melanins. In : TU-
RIAN G. & HOHL H.R., The Fungal spore : Morphogenetic Controls. London, Academic
Press, 507-531.
SCHÜTTE H.R., LIEBISCH H.W., MIERSCH O. und SENF L., 1972 — Untersuchungen
zur biosynthese des agaritins in Agaricus bisporus. Anales Quim. 11 : 899-903.
STIJVE T., FUMEAUX R. and PHILIPPOSSIAN G., 1986 — Agaritine, a p-hydroxymethyl-
phenylhydrazine derivative in cultivated mushrooms (Agaricus bisporus), and in some
of its wild growing relatives. Deutsche Lebensmittel Rundschau 82 : 243-248.
STUSSI H. and RAST D.M., 1981 — The biosynthesis and possible function of Y-glutami-
nyl4-OH benzene in Agaricus bisporus. Phytochemistry 20 : 2347-2352.
TURNER W.B., 1971 — Fungal Metabolites. London, Academic Press.
TURNER W.B. and ALDRIDGE D.C., 1983 — Fungal Metabolites II. London, Academic
Press.
Source : MNHN. Paris
Cryptogamie, Mycol. 1988, 9 (3) : 277-288 277
RÓLE DES POLYOLS ET DES ACIDES AMINÉS
DANS LA DIFFÉRENCIATION DES BOLETS
par C. ANDARY*, M.J. BOURRIER** et R. HAUPERT*
RÉSUMÉ — L'étude du mannitol et de l'arabitol ainsi que celle qualitative et quantitative
des acides aminés libres chez les Bolets permet de dresser des profils biochimiques caracté-
ristiques des différentes espèces. De plus le rapport entre les deux polyols cités nous fournit
des indications supplémentaires d'ordre chimiotaxinomique. La mise en évidence de certains
métabolites azotés réagissant à la ninhydrine permet une détection trés fiable des espèces
suspectes et toxiques qui appartiennent à la section Luridi.
SUMMARY — Study of mannitol, arabitol and qualitative and quantitative amino acids
evaluation in Boletes, permit to establish a caracteristical and biochemical profile for the
different species. Moreover the two polyols ratio gives additional chemotaxonomic indica-
tions, Finally some ninhydrin reacting metabolites allow a good reliable detection for the
suspected and toxic species into Luridi section.
MOTS CLÉS : Bolets, polyols, acides aminés, chimiotaxinomie, différenciation des espèces.
INTRODUCTION
Les Bolets commercialisés sous l'étiquette «Cépes de Bordeaux» doivent
normalement correspondre a Boletus edulis Bull. : Fr. et B. aereus Bull.:Fr.
Les autres espéces comestibles, mais de valeur gastronomique inférieure, sont
parfois mélangées aux précédentes soit accidentellement soit sous forme de
fraudes.
Parmi ces dernières espèces, il faut citer Suillus luteus (L.: Fr.) S.F. Gray, S.
granulatus (L.:Fr.) Kuntze, S. collinitus (Fr.) Kuntze et Xerocomus badius
(Fr.:Fr.) Gilb. qui sont, en petits fragments, pratiquement impossible à distin-
guer les uns des autres. Il n'existe en effet aucune méthode ou norme biochi-
mique permettant le contróle spécifique et l'analyse de la qualité des différentes
espèces.
* Laboratoire de Botanique, Phytochimie et Mycologie, Faculté de Pharmacie, 34060 Mont-
pellier.
** Laboratoire Interrégional, Service de la Répression des Fraudes, 34000 Montpellier.
Source : MNHN, Paris
278 C. ANDARY, M.J. BOURRIER et R. HAUPERT
De plus, il faut savoir que certains Bolets peuvent occasionner, même après
cuisson, des troubles gastro-intestinaux parfois très violents (SINGER, 1986).
Ces bolets sont regroupés dans la section Luridi, à cóté de Boletus satanas Lenz.
La mise en évidence de la présence d'un fragment de Bolet appartenant à cette
section revêt donc toute son importance dans le cadre d'un contrôle toxicologique.
Dans un travail précédent, nous avions, par une méthode originale d'identi-
fication et de dosage des polyols acycliques, différencié B. edulis des divers
Suillus (ANDARY & al., 1979).
Poursuivant notre recherche de marqueurs biochimiques pour la différencia-
ton d'un plus grand nombre de Bolets, nous avons mis au point l'étude des
acides aminés libres par chromatographie sur couche mince a haute performance
(CCMHP). Cette analyse a été complétée par le dosage de ces acides aminés par
chromatographie liquide à haute pression (CLHP).
D'autre part la généralisation de l'étude des polyols à un plus grand nombre
d'espèces, associée à l'étude des acides aminés pour chaque espèce, a permis
l'exploitation de ces marqueurs tant pour la distinction des espèces qu'en chi-
miotaxinomie.
MATÉRIELS ET MÉTHODES
Espèces étudiées
(Classification selon ALESSIO & REDEUILH in BRILLOUET, 1987).
Boletinus cavipes (Opat.) Kalchbr.;
Boletus aereus Bull.:Fr.; B. appendiculatus Schaeff., B. calopus Pers.:Fr., В.
dupainii Boud., B. edulis Bull.:Fr., B. erythropus (Fr.:Fr.) Krombh., B. fechtneri
Velen., B. impolitus Fr., B. lupinus Fr., B. luridus Schaeff.: Fr., B. pulchrotinctus
Aless., B. queletii Schulz., B. radicans Pers.:Fr., B. regius Krombh., B. rhodo-
purpureus Smotl. fo. xanthopurpureus Smotl., B. rhodoxanthus (Krombh.)
Kall., B. satanas Lenz, B. speciosus Frost;
Chalciporus piperatus (Bull.:Fr.) Bat.;
Krombholziella duriuscula (Schulz. apud. Fr.) Imler;
Porphyrellus porphyrosporus (Fr.) Gilb., Strobilomyces strobilaceus (Scop.:Fr.)
Berk.;
Suillus bellinii (Izeng.) Watl., S. bovinus (L.:Fr.) Kuntze, S. collinitus (Fr.)
Kuntze, S. granulatus (L.:Fr.) Kuntze, S. grevillei (Klotzsch :Fr.) Sing., S. luteus
(L.:Fr.) S.F. Gray, S. tridentinus (Bres.) Sing., S. variegatus (Swartz.:Fr.)
Kuntze, S. viscidus (L.);
Xerocomus badius (Fr.:Fr.) Gilb., X. chrysenteron (Bull.) Quel., X. pulverulen-
tus (Opat.) Gilb.
Analyse des polyols
La méthode de détection et de dosage des polyols est réalisée sur chromato-
plaque de gel de silice à haute performance et a déjà fait l'objet d'un travail
précédent (ANDARY & al., 1979).
Source : MNHN, Paris
DIFFÉRENCIATION CHIMIQUE DES BOLETS 279
Analyse des acides aminés libres
— Analyse par chromatographie sur couche mince (CCM)
L'extraction des acides aminés est réalisée à partir de 500 mg de poudre de
Bolet à analyser. Après macération en deux fois pendant 15 mn dans 2 x 25 ml
d’eau portée à ébullition et filtration, l'extrait est concentré à l'évaporateur
rotatif (35°C) et ramené à 10 ml. Cet extrait est additionné de quelques gouttes
d'acide sulfurique à 10 % jusqu’à pH = 2-3, puis délipidé par épuisement avec
de l'éther éthylique (4 x 10 ml).
L'extrait acidifié est passé sur une résine Amberlite IR. 120 H* (Prolabo :
200 x 10 mm). Aprés lavage de la résine à l'eau, ces acides aminés fixés sont
élués par 50 ml d'ammoniaque à 10%. L'éluat est concentré à sec (évaporateur
rotatif) et repris par 1 ou 2 ml d'éthanol à 50 %. Cet extrait purifié sert à la
CCM bidimensionnelle ainsi qu'à la chromatographie liquide à haute pression.
La CCM bidimensionnelle est réalisée sur une petite plaque de cellulose
(Merck, réf. : 5552) (10 x 10 cm) en déposant la quantité d'extrait purifié de
Bolet correctement évaluée (entre 2 et 5 ul), de maniére à obtenir des taches
bien individualisées.
Les acides aminés témoins sont mis en solution à un pour mille, dans du mé-
thanol à 30 75.
Les solvants de développement sont les suivants :
- 1ère dimension : N-butanol-acétone-diéthylamine-eau (10:10:2:5)
- 2ème dimension : isopropanol-acide formique-eau (40:2:10)
Les migrations pour les deux solvants se font sur une hauteur de 7 em. Bien
insister sur le séchage du chromatogramme après la première migration.
La révélation des acides aminés est réalisée au moyen d'un réactif polychro-
matique composé de deux solutions :
- solution (a) : 10 ml d'ac. acétique +2 ml de collidine +0,1 g de ninhydrine
dissous dans 50 ml d’éthanol.
-solution (b) : 0,5 g de nitrate de cuivre (Cu(NO3)2, 3 H2 O) dissous dans
50 ml d’éthanol.
25 ml de la solution (a) sont mélangés à 1,5 ml de la solution (b) et aprés
vaporisation du mélange, les chromatoplaques sont chauffées à 110^ pendant
5 mn. Les acides aminés apparaissent colorés en violet, bleu, marron ou jaune.
— Analyse par chromatographie liquide à haute pression (CLHP)
L'extrait purifié, préparé selon la méthode développée au paragraphe pré
dent, est filtré avec une seringue porte-filtre (0,2 Hi). L'analyse et le dosage Hs
acides aminés libres sont effectués avec un analyseur automatique Chromakon
400 (Kontron). La séparation des acides aminés se fait par passage de l'extrait
sur une résine échangeuse de cations (DC 6A Durrum) et élution au moyen
de cinq tampons différents au citrate de lithium (Pierce «Pico Buffer» lithium).
Ces divers tampons passent sur la phase stationnaire à diverses températures.
Cette derniére est précédée d'une précolonne renfermant une résine (DC 3A
Source : MNHN, Paris.
280 C. ANDARY, M.J. BOURRIER et R. HAUPERT
Durum) qui fixe l'ammoniaque éventuellement présent dans les tampons.
A la sortie de la colonne de séparation, la mise en évidence des acides aminés
se fait par coloration à chaud avec un réactif à base de ninhydrine. Les chro-
mophores obtenus sont détectés et dosés simultanément à 440 nm (en parti-
culier pour la proline et l'hydroxyproline : coloration jaune) et à 570 nm (pour
les autres acides aminés). L'identification d'acides aminés présentant des temps
de rétention voisins est facilitée par l'enregistrement simultané des absorptions, à
ces deux longueurs d'onde, dont le rapport est une constante pour chaque
molécule.
La solution étalon correspondant à l'ensemble de tous les acides aminés est
obtenue par le mélange des solutions suivantes — 0,1 ml de «Standard Pan Hamil-
ton» + 0,1 ml de «Standard PB Hamilton» + 0,1 ml de solution de glutamine
+ 0,1 ml d’asparagine à 12,5 mM/l + 0,1 ml de proline à 10 mM/l + 0,1 ml de
norleucine à 5 mM/l (utilisée comme étalon interne) + 0,4 ml de tampon «ci-
trate de lithium» à pH = 2,2.
L'échantillon à analyser (0,5 ml) est mélangé à 0,1 ml de norleucine à 5 mM/l
et 0,4 m] de tampon «citrate de lithium».
- "
roro. а à s»
G .. *
ад nn
AED, AE, CA, AL, AP, SP, FE, RE, I PL, PO, SF, A, GR, CO, EE, LU, GE, VI, TR, VA, EO, BC, EP, i
N к. 4, Ё
: Suillus granulatus
S. collinitus
A et M : arabitol et mannitol
Boletus edulis
B. aereus 5. bellinii
B. calopus S. luteus
B. radicans S. grevillei
B. appendiculatus S. viscidus
B. speciosus S. tridentinus
EE S. variegatus
. regius S. bovinus
. impolitus Boletinus cavipes
Xerocomus pulverulentus
’orphyrellus porphyrosporus
: Strobilomyces stro И,
: Chalciporus piperatus
Fig. 1 + Chromatographie sur couche mince de gel de silice à haute performance du man-
nitol et de l'arabitol chez les différents Bolets.
Fig. 1 — High performance thin layer chromatography of polyols in some Boletes species.
Source : MNHN, Paris
DIFFERENCIATION CHIMIQUE DES BOLETS 281
RÉSULTATS ET DISCUSSION
Les polyols
Les seuls polyols trouvés chez les Bolets sont le D-mannitol et le D-arabitol.
La méthode d'analyse préconisée nous a permis de mettre en évidence et de
POLYOLS
GENRE SECTION ESPECE x A ax
ng/g
Champignon sec
edulis 10 - 00,0
EDULES aereus 20 - 040,05
calopus ыз 26 0,25
CALOPODES radicans 104 2 0,21
satanas 70 16 0,23
Boletus lupinus 50 63 1,25
pulchrotinctus 100 80 0,8
rhodoxanthus 100 150 15
LURIDI xanthopurpureus 62 100 1,6
luridus 100 20 0,2
queletii 100 180 18
erythropus 112 10 0,09
dupainii 80. рен ië
APPENDICULATI appendiculatus 127 - 0-01
granulatus БО s EIS.
SUILLI collinitus dz в
luteus 45 63 1,4
Suillus
variegatus 14 60 4
FUNGOSI bovinus 50 15 2,5
Boletinus cavipes AO) 151 9358
badius 70 - 000,05)
Xerocomus chrysenteron 83 - 00,05
Krombholziella SCABRAE duriuscula 140 30 0,2
les chiffres entre parenthèses correspondent à des rapports rencontrés exceptionnellenent
Tableau 1 — Dosage du mannitol (M), de l'arabitol (A) et évaluation du rapport A/M chez
les différents Bolets.
Table 1 — Mannitol (M) and arabitol (A) concentration and evaluation of A/M ratio in some
Boletes species.
Source : MNHN, Paris.
282 C. ANDARY, M.J. BOURRIER et R. HAUPERT
doser ces molécules à partir d'un extrait brut de champignon d'une facon précise
et spécifique (Fig. 1 et Tabl. 1). La mise en évidence elle-même des polyols
est trés rapide (30 mn) et le dosage par spectrofluorimétrie directe sur chroma-
togramme (A ex. = 375 nm, А ёт. — 490 nm) est jusqu'à 100 fois plus sensible
que par les techniques classiques (limite de sensibilité de l'ordre de 20 nano-
grammes de polyol). Par ailleurs, le rapport arabitol/mannitol (A/M) est intéres-
sant à considérer car il ajoute une indication supplémentaire d'ordre chimique au
classement des espéces. Les polyols sont en effet de bons marqueurs chimio-
taxinomiques qui paraissent trés fiables comme l'ont montré PFYFFER & RAST
(1986).
Ainsi le genre Suillus apparait trés homogéne avec un rapport A/M toujours
supérieur à 1, ce qui correspond bien à une écologie identique pour toutes
ces espèces. En effet, les Suillus sont tous mycorhiziens inféodés aux genres Pi-
nus et Larix. La section Edules (= Boletus) se caractérise par un rapport A/M
pratiquement nul mais avec des concentrations en mannitol particulièrement
basses (10 à 20 mg/g de champignon sec). On peut, de ce fait, différencier très
aisément sur un chromatogramme une espèce de la section Edules d'une espèce
appartenant au genre Xerocomus qui possède également un rapport A/M presque
nul mais avec une concentration en mannitol plus élevée (Tabl. 1).
Si nous examinons la section Luridi, il est difficile de classer ces espèces
mais nous distinguons deux groupes :
— B. erythropus, B. luridus, B. pulchrotinctus et B. satanas avec un rapport
A/M (1.
— B. dupainii, B. queletii, B. lupinus, B. rhodopurpureus fo. xanthopurpureus
et B. rhodoxanthus, avec un rapport A/M) 1.
Une étude plus poussée serait nécessaire pour confirmer ce classement. Du
point de vue pratique certaines espéces telles que B. edulis, Xerocomus badius
et Suillus sp., à l'état de petits fragments, peuvent étre trés rapidement distin-
guées par l'analyse des polyols. Ces espéces, souvent mélangées, posent des
problémes délicats de contróle de qualité dans le domaine alimentaire du fait de
l'inégalité de leur valeur gastronomique.
Les acides aminés
La CLHP nous permet de séparer et de doser 40 molécules réagissant à la
ninhydrine : 35 acides aminés et 5 molécules apparentées (amines et dérivés
basiques) (Fig. 2). L'ordre d'élution de ces différentes molécules est le suivant:
phosphosérine (Ser (POa H )), taurine (Tau), phosphoethanolamine (Eta (PO4H2)),
urée (Ur), acide aspartique (Asp), hydroxyproline (Hypro), thréonine (Thr),
sérine (Ser), asparagine (Asp (NHz)), acide glutamique (Glu), glutamine (Glu
(МН, )), sarcosine (Sar), acide a-amino adipique (a-AAd), proline (Pro), glycine
(Gly), alanine (Ala), citrulline (Cit), acide a-aminobutyrique (@-AB), valine
(Val), cystéine (Cyst), méthionine (Met), cystathionine (Cysta), isoleucine
(Ieu), leucine (Leu), Norleucine (NLeu), tyrosine (Tyr), B-alanine (fala),
Source : MNHN, Paris
DIFFÉRENCIATION CHIMIQUE DES BOLETS 283
phénylalanine (Phe), acide f-aminobutyrique (f-AB), acide y-aminobutyrique
(1-AB), éthanolamine (EtA), ammoniaque (Amc), DL-allohydroxyproline
(A-Hypro), ornithine (Orn), lysine (Lys), 1-méthylhistidine (1-MH), histidine
(His), tryptophane (Try), carnosine (Car), arginine (Arg).
4 | t
| LA
а NN
И ЕЕ
Fig. 2 — Chromatographie par CLHP d'un mélange d'acides aminés témoins (appareil chro-
makon 400).
Fig. 2 — HPLC chromatography of an amino acids mixture.
Parmi ces acides aminés, nous avons pu en identifier 27 chez les Bolets
analysés qui représentent la quasi totalité des acides aminés libres décelables
ainsi que 3 autres composés apparentés : la glutamine, l'éthanolamine et l'ammo-
niaque. Un acide aminé : la sarcosine, retrouvée sur certains aminogrammes, ne
semblait pas être identifiée d’une façon certaine. De plus, il réagit difficilement
avec la ninhydrine. Nous avons pu par CCM bidimensionnelle et au moyen d'un
révélateur beaucoup plus sensible (réactif au nitroprussiate de sodium, MERCK,
1975), avec et sans ajout d'étalon interne de sarcosine, confirmer l'absence de
cette molécule dans les extraits. Soulignons que la technique par CCM bidimen-
sionnelle que nous avons utilisée nous permet de séparer 24 acides aminés et
amines en moins de deux heures en matérialisant très concrètement ces molé-
cules (Fig. 3). À partir des extraits de Bolets, nous avons identifié, par CCM,22
acides aminés libres et distingué 4 molécules apparentées, appelées X1, X2, X3
Source : MNHN, Paris
"siopog siuoxggip zou dH T9 Ted ssipeox (2s uoufidureqo op $/$ur uo) soxqr sourure soprov sop aBesoq— z nto[qe1.
vz0'0 v00'0
osso =
gro -
0520 800'0
v£0*0 уно'о
v91'0 0p0^0
- osto
- vo
8Lt'0 0920
980'0 BO 860'0 090'0 210*0
810*0 OEl*O 960'0 gIS'0 ZIO'O
- 9560 иго - 080'0
- 200‘ орто -= 812'0
- 056'0 0020 v6l*0 9:0'0
pigtu
С
ne'e
090'2
299°2
}зг*0 у11°0 с0'0
эгу'о 960°0 }21°0
800°1 062*0 9›0°1
эвг'о 0»5'0 у/1°0
888'0 255'0 910'0
уютуу |
wovopuasinapo
[I
gmp noq
smyobayvon
avssvos
1s09n4
280'0 910*0
050*0 910
921'0 gz2'0
voi‘ 0 851"0
»00'0 258'0 SLl'O 9ST'0 60U
800'0 059'0 81'0 CTU P910
вос"
es
0890 v6E*0 8/0*0
0*0 969*0 8s0*0.
mn]
emo»
17125
тэзтдоцашдуу
СЕ
СЯ
sms
B'o gto
I'0 21'0
851'0 008'ê BST 060
9251
095'2 069'0 00с'0
ryvamoypuaddp.
1iymolasaday
Qro -
- 3970 OSV't 5
vso‘
9c0'O 500 -
mam
O00 -
82E'0 8000
soo -
0$0*0 01U*u
orr‘o pt1'o
220'0 2610
auı'o zuz'u
951°0 962*0
Betu opto
wI0'0 pSO'l 9t0'O -, 920'0
8L0*0 90/0 8850 890'0 OlU'O
= эну'1 8280 - 290'0
vos*2 в28°0 0955 - ИГО
в00“о 220°1 021'0 9610 910*0
ров'о
изо
905°1
000*»
2900
8050 922'0 >
9L8*0 981*0 v£O*0.
959*0 шо -
v6'0 209*0 862*0
88£°0 Bez'o 890*0
run
sndowpfhiva
тпуәнууоуцәут!
sue
mar
ео“ в80"0,
0900 ~
zero 910*0
£0" 0 otu
220'0 90'0
250'0 get*o
950*0 v62'2 vt90 292*0 901*0
900*0 2t2*T 891*0 SET*0 920°O
900*0 8£0*T OL1*0 OtO*0 zoD'O
vS6*
90v
66'1
296'0
vez"o
oge*t vép'o 221‘o
99c'0 820 volo
06Е*0 911*0 920*0
opr
guvoypyu
mmo
1a1anı
3atuotvo
002*1 259'0
260'0 092'0
U2l'O OOI'F 0901 UCl'U s2l'O
809*1
900'1
E61 O0E'T 210'0
mp
313
СТ
СЕЕ
23549 Lea
Suy ely K9 оза рио
(ENMI M9
w)dsy 295 зщ ду
393453
N01123S.
Source : MNHN, Paris
920'0
800 250°0 860°0 9910 01'0 #200
Stt'U = zw0'0 - 965'0 290'0 wvO'0.
vam mrp
avimvos
зоо
88p*0 0p0'0
vOT'O 280'0 O9v*O OTE*O vOI'O G6l'O.
эг“ т 10*О 810°0 2vl'O 8L0'0 800"0 020'0
wovoyuavinag
smuo3ox ax
gbz‘t
260'0 889'0 - USS*0 bhE‘O 020'0
boso - 5150 020'0 952'0 - 260°0
[n
32709
818'0
PL0'0 2920 9/5*0 292*1 981°0 900'0
290'0 890° OEE'O - 9120 8T0 890'0
murnog,
810'1
g'o
OCl*O 2w2*0 O2v*O v0S'U 999'0 890*0
2L0'0 8110 0L1*0 96:"0 85с'0 Вь0'0
095°0 991°0 002*0 060'0 8EZ'0 8v2*0 g91*0
9L2'0 vCE*0 v91*0 050*0 992°0 952*0 0L1‘o
smavbavvon
mm
86L*T
»92*0 vtv*U 9SI*O B6'0 9520 0/0*0
OLl'O OI2*0 8E2*0 8600 9/£*0 960*0 v60'0
mn
mins
етот
282'0
- WII'O v9E*0 Opv'2 g2*0 9/0*0
2CE*1 992*0 892*0 8v2*0 212*0 99»*0 9tt'0
emynoypusddo
11YanotoN3dav.
v20*0
210'0 920*0 962*0 912*0 9£0'0
205"0 00 910°0 800'0 220'0 020'0 -
madm
000
- 200 BLU'U BOt*U Sul"O 0tO'0.
900 =- в20*0 010*0 O10*0 szo*o
уэмутїпр
seeto
210*0 260° 9оо*о 29›*о 951°0 9г0'0
26670 - 200 - wv0'0 850'0 OOl'O
mdovyyh va
22'0
S10*0 280*0 962*0 210'T 92t'0 80'0
5г5*0 у90°0 901°0 ВУ1°0 ›52*0 961°0 уу“
үтуомууоуузутй.
2u
- 202'0 OSt*O BI8*0 9p2*1 zOT*0.
996'0 = 2010 - 801*0 851"0 bO
svuvyve
OL0*0
2$0'0 950*0 210"0 090'0 812*0 v20'0
$99*0 S21*0 850*0 pro‘o BII*O OG0'O OL0'O
mb
BELO
210'0 261*0 Ott'O O8s'0 Вус'О OvO*O
ZS2'1 u60*0 821"0 260"0 202"0 252"0 282'0
"nm
101001
89t*o
8l1*0 080*0 ZOI*O 961*0 96t*0 v10*0
*L2*0 vS2'0 9»0'0 2v0'0 950'0 BI0'0 220*0
geo
Y90*0 v90'0 2S1*0 OP1*0 Opt*O g20'0
OES*0 8/0*0 2$0*0 Ot0'O v20'0 zvO'0 090'0
$замолүз
1*2 |069*0
1*0 O0t*0 v0/*0 025'0 ш15°0 90*0
000'2 29*0 t9t*0 O8l*0 z12*0 029'0 Gzt'U
sanma
970708
55
"duep| Bay
x o1
ae)
A SH SA шо ay з
Sw ave aud elves 41 na) nalr
323453
*soroods soxoog ouos ur OTaH 49 (шоозцепш рәр 3/8u ur) Kesse spe ourue 2214 — Z [QI
NU1123S
Tarinsy
38435
Source : MNHN, Paris
286 C. ANDARY, M.J. BOURRIER et R. HAUPERT
et X4, mais de structure inconnue. Les molécules X4 et X4 semblent caracté-
ristiques de certains représentants de la section Luridi : B. satanas, B. pulchro-
tinctus, B. lupinus et B. rhodoxanthus. Nous pourrons donc les utiliser comme
marqueurs biochimiques trés précieux pour déceler des fragments de Bolets
susceptibles d'étre toxiques (nous avons été témoin durant l'automne de l'année
1986 d'intoxications dues à B. pulchrotinctus). La molécule X;, (peu concen-
trée), semble caractéristique de B. edulis.
Fig. 3 — Chromatographie bidimensionnelle sur couche mince de cellulose d'un mélange
d'acides aminés témoins.
Fig. 3 — Two dimensional thin layer chromatography on cellulose of an amino acids mix-
ture.
D'une façon générale l'a
anine, l'acide glutamique, la glutamine, l'acide y-ami-
nobutyrique et la sérine se trouvent à des concentrations relativement élevées
chez la plupart des espèces étudiées. GENETET & al. (1984) ont montré que
chez les champignons ectomycorhyziens l’évolution de la teneur en acides
aminés libres est orientée vers la synthèse de la glutamine : glutamate et gluta-
mine sont toujours les dérivés aminés les plus concentrés. Par contre, nous
constatons que les acides aminés soufrés (cystéine et méthionine) sont très fai-
blement représentés pour l'ensemble des Bolets.
Source : MNHN, Paris
DIFFÉRENCIATION CHIMIQUE DES BOLETS 287
Notons également que certains acides aminés tels que : acide a-aminobuty-
rique, acide B-aminobutyrique, cystathionine et carnosine, n’avaient pas encore
été décelés chez les Macromycétes. La carnosine qui se trouve à de faibles
concentrations et uniquement chez Suillus collinitus et Xerocomus chrysente-
ron, est un acide aminé caractéristique du tissu musculaire. A notre connais-
sance, il n’avait pas encore été identifié chez les végétaux.
Enfin, à la lecture du Tableau 2, nous pouvons regrouper les Bolets analysés
en trois catégories en fonction de la teneur globale en acides aminés libres (sans
établir, pour autant, de relations taxinomiques) :
— B. appendiculatus, B. edulis, B. satanas : teneur en acides aminés supérieure
22%.
— S. bovinus, B. cavipes, S. collinitus, B. lupinus, B. luridus, S. luteus, B. pul-
chrotinctus, S. variegatus : teneur en acides aminés comprise entre 1 et 2 %.
— B. calopus, X. chrysenteron, B. dupainii, K. duriuscula, B. erythropus, B.
queletii, B. radicans : teneur en acides aminés inférieure à 1 %.
Signalons que B. satanas, qui est l'espèce la plus riche en acides aminés libres,
possède les taux les plus élevés en acide glutamique, en ammoniaque et parti-
culièrement en acide a-aminobutyrique.
CONCLUSION
Par des méthodes simples, sensibles et rapides, nous avons étudié des mar-
queurs appartenant aussi bien au métabolisme primaire (polyols) qu'au méta-
bolisme secondaire (acides aminés), chez les Bolets. Cette étude a permis de
signaler la présence d'acides aminés qui n'avaient pas encore été rencontrés
chez les Macromycétes (acide a- et f-aminobutyrique, cystathionine). De méme
la carnosine, acide aminé spécifique de la fibre musculaire a été trouvée pour la
premiére fois chez les végétaux.
En comparant les divers champignons analysés, nous avons pu constater que
la différenciation des espèces pouvait non seulement se faire par la combinaison
de ces deux types de marqueurs, mais aussi par la variation quantitative des po-
lyols et des acides aminés. L'ensemble de ces données biochimiques a été stocké
grâce à un programme informatisé adapté permettant une exploitation pratique
de ces marqueurs sur le plan taxinomique et également dans le domaine du con-
trôle toxicologique et de la qualité des aliments comportant des Bolets.
REMERCIEMENTS : nous tenons à remercier M. et Mme DOUMERGUE qui nous ont
aidés efficacement dans la réalisation des aminogrammes, ainsi que Paul BERTEA, qui
nous a fait bénéficier de ses excellentes connaissances sur la morphologie des Bolets et de
ses exsiccata.
Source : MNHN, Paris.
288 C. ANDARY, M.J. BOURRIER et R. HAUPERT
BIBLIOGRAPHIE
ANDARY C., PERSONNE D. et PRIVAT G., 1979 — Mise en évidence et dosage du manni-
tol et de l'arabitol chez les Bolets granulés. Ann. Fals. Exp. Chim. 72 : 527-537.
BRILLOUET J.M., 1987 — Les plus beaux Bolets de France. L'Univers du vivant 24 : 35-66.
GENETET I., MARTIN F. and STEWART J.R., 1984 — Nitrogen assimilation in mycorrhi-
zas : ammonium assimilation in the N-starved ectomycorrhizal Cenococcum graniforme.
Pl. Physiol. (Lancaster) 76 : 395-399.
MERCK E., 1975 — Révélateurs pour la chromatographie en couches minces et sur papier.
R.F.A., Darmstadt, 149 p.
PFYFFER G.E. and RAST D.M., 1986 — The polyol pattern and chemosystematics of the
fungi. Bull. Brit. Mycol. Soc. 20:9.
SINGER R., 1986 — The agaricales in modern taxonomy. Koenigstein, R.F.A., Koeltz
Scientific Books, 46 ed., 981 p.
Source : MNHN. Paris
289
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
BAIRD R.E., 1986 — Type studies of North American and other related taxa of
stipitate hydnums : Genera Bankera, Hydnellum, Phellodon, Sarcodon.
Berlin, Stuttgart, J. Cramer, Gebriider Borntraeger, Bibliotheca Mycologica,
Band 103, 89 p.
Ce livre est la compilation des observations de l'auteur sur l'ensemble des
spécimens-type d'espéces appartenant aux genres Bankera, Hydnellum, Phello-
don et Sacordon, décrites d'Amérique du Nord, mais aussi d'autres régions du
globe (Europe et zones subtropicales et tropicales).
Les descriptions sont personnelles et regroupent des informations détaillées
sur les caractéres macroscopiques (généralement notées sur les échantillons-type
desséchés et parfois complétées par des observations sur le frais d'aprés les des-
criptions originales), microscopiques et macrochimiques (sur exsiccatum-type).
C'est un travail trés sérieux dans lequel chacun des 131 noms considérés est
présenté par ordre alphabétique sous son étiquette générique d'origine. Pourtant,
cette règle souffre quelques exceptions regrettables : Hydnum fuligineo-album
se trouve inséré entre Hydnellum alachuanum et Hydnum albonigrum, de méme
que Phellodon excentrici-mexicani entre Hydnum melaleucum et Hydnum
mirabile (donc a l'initiale de la deuxième partie de leur épithète composée),
alors que Hydnum albonigrum est bien rangé dans les «a». Les épithètes infra-
spéficiques sont généralement rangées dans l'ordre alphabétique intégral, sans
rappel au niveau de l'espèce à laquelle elles sont attribuées (Hydnum squamosus
ssp. maximus dans les «m», Hydnum calvatum var. odoratum dans les «o»,
Hydnum graveolens var. subzonatum dans les «s», etc...) alors que, par exemple,
Sarcodon scabrosus var. fennicus se trouve à «scabrosus», sans rappel cette fois
dans les «f».
L'étude de chaque épithéte se termine par des observations courtes, mais
précises et claires, donnant le statut actuel du taxon considéré, selon l'auteur
et aussi d'aprés les avis émis par d'autres spécialistes modernes de ces genres.
L'ouvrage s’acheve par une liste bibliographique de 51 titres.
Outre le petit défaut de rangement alphabétique sus-cité, signalons que la
page 71 et la page 70 sont identiques, à la différence d'une ligne, la derniére,
qui manque à la p. 70. Il faut également déplorer l'absence totale de schémas.
Malgré ces quelques imperfections, ce livre est indispensable à toute personne
intéressée par une étude sérieuse de ces genres de Basidiomycétes à hyménium
aculéolé. h
R. Courtecuisse
BAIRD R.E., 1986 — Study of the stipitate hydnums from the Southern Appa-
lachian Mountains. Genera Bankera, Hydnellum, Phellodon, Sarcodon. Berlin,
Stuttgart, J. Cramer, Gebrüder Borntraeger, Bibliotheca Mycologica, Band
104, 156 p., 1 fig.
Après une introduction où figure un bref historique de la dénomination
générique des «hydnes stipités», de leur attribution à différentes familles et de
Source : MNHN, Paris
290 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
leur étude en Amérique du Nord (trés insuffisante d'aprés l'auteur), une revue
des méthodes taxonomiques utilisées pour ce travail est présentée par R.E. Baird.
Outre la méthode dite traditionnelle, faisant intervenir l'examen d'échantillons
d'herbiers et d'échantillons frais, sur le plan macroscopique, macrochimique et
microscopique, ce travail fait appel à des éléments chimiotaxonomiques, par la
recherche systématique de trois terphénylquinones (atromentine, aurantiacine et
acide théléphorique) et à des informations écologiques par la recherche des
arbres (d'un diamétre supérieur à 1 inch, soir environ 2,5 cm) les plus fréquem-
ment présents dans un rayon de 20 métres autour des carpophores récoltés.
Les relations symbiotiques entre champignons et arbres ne sont pourtant que
suggérées, aucune démonstration expérimentale concrète ne venant supporter
cet élément statistique.
Parmi les caractères taxonomiques envisagés dans la littérature concernant
ce groupe, la forme et la taille des carpophores, dépendant en grande partie des
conditions atmosphériques, la taille des basides, la structure des basidiocarpes
sont rejetés comme étant très peu importants. Par contre, sont retenus la couleur
des carpophores, leur odeur et leur saveur (dans certains cas), la couleur et la
forme des spores, la présence de boucles, de cystides (caractères inhabituel dans
ce groupe), et la nature des arbres associés (statistiquement).
Suit la monographie des 4 genres Bankera, Hydnellum, Phellodon et Sarcodon
pour la zone géographique considérée. Pour chacun d'entre eux, on trouve une
clé des espéces, puis sous chaque épithéte une liste synonymique compléte, une
description macro- et micromorphologique, des informations chimiotaxonomi-
ques, chorologiques et une discussion incluant la liste des arbres associés et
l'argumentation concernant la plupart des synonymes proposés.
L'ouvrage se termine par une bibliographie de 104 titres et par des Addenda,
regroupant la liste des spécimens étudiés (plus de 1000), une planche représen-
tant les cystides reconnues chez 4 espéces et une liste cumulative des arbres
«associés».
Comme pour l'ouvrage précédent (Ibid., Band 103), nous déplorerons l'ab-
sence trés regrettable de dessins des éléments microscopiques (spores en parti-
culier) et aussi l'absence (préjudiciable à la consultation pratique du livre) d'un
index cumulatif de toutes les épithètes citées, y-compris les nombreux syno-
nymes. Seul figure en effet, en tête de l'ouvrage, un court index des 31 espèces
acceptées par l'auteur.
Malgré ces négligences, ce livre qui est le résultat d'une patiente et trés sé-
rieuse étude de ces genres d'hydnes stipités doit étre conseillé à toute personne
intéressée par le sujet.
R. Courtecuisse
Commission paritaire no 58611
Dépôt légal n» 14012 - Imprimerie de Montligeon
Sortie des presses le 20 septembre 1988
Imprimé en France
Editeur : A.D.A.C. (Association des Amis des Cryptogames)
Président : A. Couté; Secrétaire : D. Lamy
Trésorier : R. Baudouin; Directeur de la publication : H. Causse
Source : MNHN, Paris
CRYPTOGAMIE — MYCOLOGIE
BUREAU DE RÉDACTION
MM. DURRIEU G., pour les articles traitant d'Écologie et de Phytopathologie
Laboratoire de Botanique, Faculté des Sciences,
Allées Jules Guesde, 31000 Toulouse (France).
JOLY P., pour les articles traitant de Systématique
Laboratoire de Cryptogamie, Muséum National d'Histoire Naturelle
12, rue de Buffon, 75005 Paris (France).
MANACHERE G., pour les articles traitant de Physiologie
Laboratoire de Mycologie, Université de Lyon I,
43, Bd du 11 Novembre 1918, 69622 Villeurbanne Cedex (France).
Mmes ZICKLER D. pour les articles traitant de Cytologie
Laboratoire de Génétique, Université de Paris Sud,
Bât. 400, Centre d'Orsay, 91405 Orsay (France).
ROQUEBERT M.F., s’occupera des autres spécialités.
Laboratoire de Cryptogamie, Muséum National d'Histoire Naturelle
12, rue Buffon, 75005 Paris (France).
COMITÉ DE LECTURE
BOIDIN J., Lyon (France) MONTANT Ch., Toulouse (France)
CHEVAUGEON J., Orsay (France) MOREAU Cl., Brest (France)
GAMS W., Baarn (Hollande) PEGLER D.N., Kew (Grande-Bretagne)
HENNEBERT G., Louvain-la-Neuve SUTTON B., Kew (Grande-Bretagne)
(Belgique) TURIAN G., Genève (Suisse)
LACOSTE L., Paris (France)
Les manuscrits doivent étre adressés (en 3 exemplaires) directement à un
membre du Bureau de Rédaction, choisi pour sa spécialité, Chaque membre du
Bureau se charge d'envoyer l'article à 2 membres du Comité de Lecture (ou
autres lecteurs compétants).
Bien qu’étant avant tout une revue de langue française, les articles rédigés en
Anglais, Allemand et Espagnol sont acceptés.
Les recommandations aux auteurs sont publiées dans le ler fascicule de
chaque tome.
Source : MNHN, Paris
ART 320 E) m
... MTA5000F
M
u (hT soor) e qu
TR NT 00
ae de la MA
a Sont toujours disponibles.
ааа ا‎
раг А, Ulrich, 44 pages ı 15 Р. |
ш RISE bnt tire sur les Hy нудна supi ны
No 7 (1958). Les А
7 (1959). niques ^
Е Ет reer
8 1966). Catalogue de ta Mycothéque de la C! рода
B T dd AA. Muséum National UI DEN
1 E een dnd partie). 08 pages : 25 F,
Ne 9 11967). "таз: дез Мате» (1936-1965). 85 pages : 20 F. —
i { |. 11966-1975], 30 pages = or |
À
3
FLORE MYCOLOGIQUE DE MADAGASCAR ET DÉFENDANCES
д Dés sous Ja ditautlon de М. баре ЦЕМ
Tome I. Les Lactarió Russulés, par Roger Hein (1938) épuisé).
Tome I. Les Broder ii, par Henzi Romagnesi (1941). 164 pages,
46
Tome Il]. tas My ur Par Georges Métrod (1949). 144 pagen
Tome IV. Les Discom: scar , par Marcelle Le Gal
! (1953). coc me "iso F.
AR Les U N ilbert Bouriquet et J.P. Bassino
(1965). ip gn horstexte : 90 F. І
" y А
= рат virement postal au ni AD А С. CRYPTOGAMIE
12, rwe Buffon, 75005 Paris, C.C.P. SCE 34 764 055.
— pur chêque bancaire FORME М
5