FAINE DE MADAGASCAR
Publiée sous les auspices du Gouvernement de la République Malgache
36
MAMMIFÈRES CARNIVORES
par
R. ALBIGNAC
(Centre O.R.S.T.O.M. de Tananarive)
O.R.S.T.O.M. C.N.R.S.
Paris
1973
Source : MNHN, Paris
FAUNE DE MADAGASCAR
Collection fondée en 1956 par M. le Recteur Renaud Paulian
Recteur de l’Académie de Bordeaux
(alors Directeur adjoint de l’I.R.S.M.)
Comité de patronage
Son Excellence M. le Dr Rakoto Ratsimamanga, Ambassadeur
extraordinaire et plénipotentiaire de la République Malgache en France,
Paris. — M. le Ministre de l’Éducation nationale, Tananarive. — M. le
Président de l’Académie Malgache, Tananarive. — M. le Recteur de
l’Université de Madagascar, Tananarive. — M. le Professeur de Zoologie
de l’Université de Madagascar, Tananarive. — M. le Directeur général
du C.N.R.S., Paris. — M. le Directeur général de i’O.R.S.T.O.M.,
Paris. — M. le Directeur du Centre O.R.S.T.O.M. (anciennement I.R.S.-
M.), Tananarive.
M. le Professeur D^ J. MUIot, membre de l’Institut, fondateur et
ancien directeur de l’I.R.S.M., Paris.—M. le Professeur R. Heim,
membre de l’Institut, Paris.
MM. les Professeurs A.S. Balachowsky, membre de l’Institut,
Paris ; A. Chabaud, Paris ; C. Delamare Deboutteville, Paris ;
J. Güibé, Paris ; P. Lehman, Paris ; G. Petit, Paris ; J.-M. Pérès,
Marseille.
Comité de rédaction : M.R. Paulian, Président ; MM. C. Delamare
Deboutteville, P. Drach, A. Grjebine, J.-J. Petter, G. Ramanant-
soAViNA, P. Roederer, P. ViETTE (secrétaire).
Les volumes de la « Faune de Madagascar », honorés d'ime subven¬
tion de la République Malgache, sont publiés avec le concours financier
du Centre National de la Recherche Scientifique et de l'Office de la Re¬
cherche Scientifique et Technique Outre-Mer.
Source : MNHN. Paris
FAUNE DE MADAGASCAR
Publiée sous les auspices du Gouvernement de la République Malgache
36
MAMMIFÈRES CARNIVORES
par
R. ALBIGNAC
(Centre O.R.S.T.O.M. de Tananarive)
O.R.S.T.O.M. C.N.R.S.
Paris
1973
Bibliothèque Centrale Muséum
SOMMAIRE
Introduction
page
5
Première partie : Etude systématique
Famille des Vioerridae .
sous-famille des Fossinae .
sous-famlUe des GaUdiinae ...
sous-famille des Crgptoprociinae
sous-famille des Viverrinae ...
11
11
26
48
53
Deuxième partie : Ecologie des Carnivores malgaches .
A. — Les méthodes employées.
B. — Etude des espèces .
I. — Fossa fossana .
II. — Eupleres goudoiii .
III. — Galidia elegans .
IV. — Salanoia concolor .
V. — Mungotictis decemlineatas .
VL — Galidictis fasciaia .
VII. — Crgptoprocta ferox .
VIII. — Viverricula indica .
C. — Synécologle .
I. — Répartition des espèces dans les difîérents milieux.
II. — Liens entre régime alimentaire et rythme d’activité,
adaptations morphologiques et vie sociale.
III. — La compétition.
IV. — La prédation.
V. — Action de l’homme .
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Troisième partie: Origine et évolution des Carnivores malgaches . 191
I. — Recherches paléontologiques . 191
II. — Monophylétisme ou polyphylétisme des espèces malgaches 191
III. — Evolution dans les différents groupes malgaches. 193
Conclusions générales.
Bibliographie .
Glossaire des noms vernaculaires les plus utilisés
Index alphabétique.
Planches .
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201
207
209
211
Source : MNHN, Paris
INTRODUCTION
Les Carnivores de Madagascar, comme le reste de la faune et de la
flore, présentent un certain nombre de particularités propres à la Grande
Ile. Néanmoins, aucun travail d’ensemble n’avait encore pu être réalisé
sur ce groupe.
C’est dans le but de combler cette lacune que nous avons entrepris à
Madagascar, depuis 1965, une étude générale des Carnivores de ce pays.
Certes les Carnivores malgaches ont fait l’objet d’études partielles
de la part de différents auteurs. Il faut en particulier citer les travaux
au siècle dernier de I. Geoffroy Saint-ITil.\ire, M. Doyère et J.E.
Gray qui ont décrit la plupart des genres et espèces malgaches. E.L.
Trouessart (1898-99) a établi la première classification de ce groupe
malgache et au début de notre siècle A. Carlsson et R.I. Pocock ont
repris ces travaux en les amplifiant et en définissant les caractères des
sous-familles. Depuis 1939, G.M. Allen, d’abord, et W.K. Grëgory
et M. Hellman, ensuite, ont établi les classifications modernes des
Vioerridae en y incluant ceux de Madagascar.
Ce travail a pour but de reprendre l’écologie des Carnivores endé¬
miques malgaches et pour cela nous avons prospecté 22 zones différentes
caractéristiques des principaux habitats.
L’étude approfondie des Carnivores malgaches est une entreprise
considérable et nous n’avons pas la prétention d’être complet dans ce
travail. Nous nous sommes particulièrement intéressés aux espèces
endémiques les plus représentatives appartenant aux genres Galidia,
Mungotidis, Fossa et Crgploproda. Les représentants de ces genres sont
en effet des prédateurs importants à Madagascar. Nous avons en outre
pu recueillir très récemment des éléments intéressants sur le genre
Eupleres et avons obtenu, par des enquêtes de terrain, quelques rensei¬
gnements complémentaires sur le genre Galididis, ce qui nous a permis
d’obtenir une vue d’ensemble sur les Carnivores endémiques malgaches.
Enfin, nous nous sommes intéressés à l’étude des Carnivores intro¬
duits et acclimatés à Madagascar, en envisageant seulement les consé¬
quences de leur action sur les équilibres ; ces animaux sont principale¬
ment représentés par la civette {Viverricula indica) qui aurait été intro¬
duite, d’après G. Grandidier (1905), il y a plusieurs siècles et n’a subi
aucune évolution locale. Le chat {Felis catus) et le chien (Canis fami-
liaris), comme la civette, n’ont pas subi d’évolution locale et leur intro-
Source : MNHN, Paris
R. ALBIGNAC
duction est probablement récente; Us nont pas fart 1 objet d études
écolofficrues particulières dans ce travail, toutefois leur action sur le
déséquilibre de certaines espèces endémiques malgaches semble main¬
tenant devenir importante.
L’étude de Madagascar et de son milieu défini par les botanistes
(H. Humbert. 1955) a été largement reprise par un certain «ombre de
Lologistes (R. Pauuan. 1961 ; J.J. Petter. 1962 ; P Viette, 1963 ;
E.R. Brygoo, 1971). Tous ces auteurs ont déjà souligné la remarquable
vâriké du milieu et c’est donc volontairement que nous n’aborderons
pas ce problème dans cette étude des Carnivores malgaches actuels.
Cette étude a été faite à Madagascar depuis 1965, au Laboratoire
de Zoologie et d’Ecologie du Centre ORSTOM de Tanananve et je tiens
à exprimer à tous ceux qui m’ont permis de mener à bien ce travai mes
sentiments de profonde reconnaissance. Je remercie tout particulière¬
ment M. le Professeur R. Legendre et M. le Professeur F. Bourliere
ainsi aue MM. J.J. Petter et P. Roederer pour les encouragements
et le soutien qu’ils m’ont toujours apportés. Je tiens aussi a exprimer rna
gratitude à tous ceux qui m’ont conseillé ou assisté dans mon travail,
je voudrais citer: le regretté Razafimandimby, M. le Professeur I.
Assenmacher et MM. Blancou, J. Bons, E.R. Brygoo. A. Chavane
R. Deruelle, F. Petter, A. Peyrieras, G. Ramanantsoavina et
G. Randrianasolo.
Enfin, M. le Recteur R. Paulian a assuré la présentation de mon
travail et’l’a adapté aux exigences de la «Faune de Madagascar» ou
il a accepté de l’accueillir.
Source : MNHN, Paris
Première partie
ÉTUDE SYSTÉMATIQUE
I. — Classification proposée
L’ordre des Fissipèdes est actuellement représenté à Madagascar
par trois familles :
— Les Viverridae,
— Les Canidae,
— Les Felidae.
Tous les Carnivores endémiques malgaches appartiennent à la
famille des Viverridae; les autres Carnivores ont vraisemblablement été
introduits par l’homme et sont représentés par trois espèces appartenant
respectivement aux Viverridae, aux Canidae et aux Felidae. Il n’existe
aucun Ursidae, Procyonidae ou Muslelidae.
Les Viverridae endémiques malgaches se subdivisent en trois sous-
familles également endémiques : les Fossinae, les Galidiinae et les Cnjp-
toproctinae. Les représentants de ces trois sous-familles ont en commun
plusieurs caractères particuliers : ils sont tous pentadactyles ; l’anus
est entouré d’un sac glandulaire ; le scrotum et le prépuce sont toujours
situés très en avant de lui. Chez les femelles, l’utérus est double et elles
ne possèdent qu’une paire de mamelles, à l’exception des Cryploproctinae
qui en possèdent trois paires, la paire de mamelles inguinales étant
toutefois toujours plus développée que les deux autres.
La classification proposée dans ce travail tient compte des éléments
fournis par R.I. Pocock (1915) et des travaux de G.M. Allen (1939),
W.K. Gregory et M. Hellman (1939) et G.G. Simpson (1945). Nous
avons aussi intégré les données nouvelles recueillies depuis pour établir
cette classification.
Source : MNHN, Paris
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Famille des Viverridae
R. ALBIGNAC
Sous-famille des Fossinae R. Albignac, n. subfam.
Cette sous-famille exclusivement malgache comprend deux genres
monospécifiques ;
Genre Fossa J.E. Gray, 1865.
• Fossa fossana (P.L.S. Muller, 1776).
Genre Eupleres Doyère, 1835.
• Eupleres goudotii goudotii Doyère, 1835.
• Eupleres goudotii major Lavauden, 1929.
2® Sous-famille des Galidiinae Gill, 1872.
Exclusivement malgaclie, cette sous-famille se divise en quatre
genres monospécifiques :
Genre Galidia 1. Geoffroy Saint-Hilaire, 1837.
• Galidia elegans elegans I. Geoffroy, 1837.
• Galidia elegans dambrensis G.H.H. Tate et A.L.
Rand, 1941.
• Galidia elegans ocddentalis R. Albignac, 1971.
Genre Salanoia J.E. Gray, 1864.
• Salanoia concolor(l. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839).
Genre Mungoiiciis R.I. Pocock, 1915.
• Mungotictis decemlineaia decemlineata (A. Gran-
didier, 1869) ( = substriatus Pocock, 1915).
• Mungoiiciis decemlineaia lineata Pocock, 1915.
Genre Galidiclis I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839.
• Galidiclis fasciata fasciala (Gmelin, 1788).
• Galidiclis fasciata striata (E. Geoffroy Saint-
Hilaire, 1826).
3° Sous-famille des Cryploproclinae Trouessart, 1885.
Exclusivement malgache, cette sous-famille ne comprend qu’un
genre monospéciftque.
Genre Cryptoprocta Bennett, 1833.
• Cryptoprocta ferox Bennett, 1833.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
9
4° Sous-famille des Viverrinae Gill, 1872.
Introduite à Madagascar, avec un genre monospécifique.
Genre Vioerricula Hodgson, 1838.
• Viverricula indien (Desmaret, 1817).
Famille des Canidae, Gray, 1821.
Sous-famille des Caninae Gill, 1872.
Introduite à Madagascar, représenté par un genre monospécifique.
Genre Canis Linné, 1758.
• Canis familiaris Linné, 1758.
Famille des Felidae Gray, 1821.
Sous-famille des Felinae Gill, 1872.
Introduite à Madagascar et représentée par un genre monospéci¬
fique.
Genre Felis Linné, 1758.
• Felis catus Linné, 1758, avec des formes sauvages.
II. — Révision systématique, rareté relative et répartition
Famille des Viverbidae Gray, 1821.
10 Sous-famiüe des Fossinae R. Albignac n. sixbfam.
Nous isolons de la sous-famille des Hemigalinae Gill, 1872, la tribu
des Fossini et celle des Euplerini et créons la sous-famille des Fossinae,
dont la validité avait été pressentie par Pocock (1915). Nous désignons
comme genre type Fossa Gray, 1865. Voir page 11.
2° Sous-famille des Galidiinae Gill, 1872.
Cette deuxième sous-famille est très homogène et difficile à rappro¬
cher d’autres groupes africains ou asiatiques, sinon des Herpesiinae ;
mais, dans ce cas, la ressemblance est très probablement le résultat
d’une convergence écologique.
3° Sous-famille des Crgpioproclinae Trouessart, 1885.
Une seule espèce représente cette sous-famille qui tout en ayant
des affinités apparentes avec la famille des Felidae n’en demeure pas
moins un Viverridae évolué.
Source : MNHN, Paris
10
R. ALBIGNAC
4° Sous-famille des Viverrinae GUI, 1872.
Une seule espèce vit à Madagascar ; cette même espèce existe égale¬
ment en Asie et a probablement été introduite par l’homme dans la
Grande Ile.
Famille des Canidae Gray, 1821.
Sous-famille des Caninae GUI, 1872.
Une seule espèce, le chien domestique {Canis familiaris) vit à
Madagascar ; il s’est plus ou moins acclimaté dans les zones urbaines
et autour des villages.
Familles des Felidae Gray, 1821.
Un seul représentant de cette famille a été introduit par l’homme,
c’est Felis catus. Cette espèce s’est essentiellement acclimatée dans les
zones de savanes de l’Ouest et du Nord de Madagascar, surtout à proximité
des villages.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
11
FAMILLE DES VIVERRIDAE
Caractères des sous-familles
1) Fossinae: 40 dents plus ou moins développées pouvant être
parfois très réduites ; queue moyennement longue tachetée ou non, à
poils denses, où des réserves de graisse s’accumulent à certaines époques
de l’année; corps massif; museau très allongé; pattes grêles, métatarses
des pattes postérieures allongés, plante des pieds presque entièrement
recouverte de poils ; marche digitigrade ; griffes non rétractiles ; pas de
glandes périnéales. Voir page 9.
2) Galidiinae : 36 à 38 dents ; queue assez longue, parfois annelée,
garnie de poils longs et durs ; corps allongé ; museau assez court ; pattes
robustes ; plante des pieds longuement dénudée ; marche plantigrade ou
semi-digitigrade ; griffes non rétractiles ; ébauche de glandes périnéales.
3) Cryptoproclinae ; 32 à 34 dents ; queue aussi longue que le corps,
non annelée, puissante, munie de poils courts ; corps allongé ; museau
court ; pattes robustes ; plante des pieds longuement dénudée ; marche
plantigrade ou semi-digitigrade ; griffes rétractiles ; pas de glandes
périnéales.
4) Vioerrinae : 40 dents bien développées ; queue annelée assez
longue, garnie de longs poils ; corps allongé ; museau long ; pattes assez
robustes ; plante des pieds presque entièrement recouverte de poils ;
marche digitigrade ; griffes semi-rétractiles ; glandes périnéales bien
développées.
1. Sous-famille des Fossinae : Clef des genres
— Dents normalement développées (fig. 2) ; pattes grêles,
corps marqué de lignes discontinues brun foncé, l’ensemble
du corps étant brun clair ; queue également tachetée de brun
foncé . Fossa
— Dents très réduites (lig. 8); pattes plus fortes; corps et
queue uniformément brun marron, parfois plus ou moins
grisâtre . Eupleres
Genre Fossa J.E. Gray, 1865
Fossa J.E. Gray, 1865, Proc. Zool. Soc. London, 1864, p. 507, p. 518. Espèce
type : Fossa daubentonii J.E. Gray, 1864, un synonyme de Viverra fossana P.L.S.
Müller, 1776.
Source : MNHN, Paris
12
R. ALBIGNAC
Plusieurs espèces ont été nommées, mais il a été classiquement
admis que seule l’espèce Fossa fossana restait valable.
Fossa fossana {P.L.S. Millier, 1776) (‘)
(fig. 1 ; pl. I, fig. 1)
Description originale : 1776, P.L.S. Millier, Syst. Nat., suppl,, p. 32
(Viverra). Type, spécimen figuré par Buffon, introuvable et probablement perdu.
Synonymies :
— Fossane Bufîon et Daubenton, 1770, Hist. nat., 2® édit., pp. 87 et 88, pl.
21 .
— Viverra fossa Schreber, 1778, Die Saugethiere, 3, p. 424, pl. 144.
— Fossa daubentonii J.E. Gray, 1864, Proc. Zool. Soc. London, 1864, p. 518.
— Fossa majori G. Dollman, 1909, Ann. Mag. Nat. Hist., (S) 4, pp. 306 et
307. Type, un mâle conservé au British Muséum (Natural History) sous le n®
97-9-1-115 avec le nom de Fossa majori Dollman.
Etudes et mentions ultérieures :
Buffon et Daubenton, 1770 ; P.L.S. Muller, 1776 ; Schreber, 1778 ;
M.A.G. Desmarest, 1820 ; F. Eydoux et P. Gervais, 1836 ; J.E. Gray, 1864 ;
J.E. Gray, 1869 ; T. Gill, 1872 ; J.E. Gray, 1872 ; Mivart, 1882 ; E.L. Troues-
SART, 1885 ; Jentink, 1898 ; E.L. Trouessart, 1898-99 ; G. Grandidier, 1905 ;
G. Dollman, 1909 ; R.I. Pocock, 1915(5) ; G. Grandidier et G. Petit, 1932 ;
G.G. Simpson, 1934 ; A.L. Rand, 1935 ; G.M. Allen, 1939 ; W.K. Gregory et
M. Hellman, 1939 ; G.G. Simpson, 1945 ; F. Bourlière, 1955 ; G. Petter,
1961 ; D.H. Wurster et K. Benirschke, 1968 ; J.F. Eisenberg et E. Gould,
1970 ; R. Albignac, 1970(a).
a) Descriptions
Descriptions antérieures : La première description est de Buffon,
il présente une vue générale de l’animal. Les descriptions faites par
P.L.S. Muller et Schreber s’appuient sur le type décrit par Buffon,
Schreber donne une nouvelle planche sur Viverra fossa. Gray nomme
cette espèce Fossa daubentonii en se basant encore sur la description
de Buffon et ignore les travaux de Muller et Schreber.
Enfin, G. Dollman décrit en 1909 une autre espèce, Fossa majori,
provenant d’une zone d’altitude près d’Ambositra. Ce spécimen de
couleur générale un peu plus sombre ne diffère toutefois pas sensible¬
ment de Fossa fossana.
(1) La priorité appartient indiscutablement à Viverra fossana P.L.S.
Müller. Ce dernier nom doit être retenu, la Commission internationale de Nomen¬
clature zoologique ayant, en vertu de ses Pleins Pouvoirs, abrogé l’article 23 (b)
du Code concernant un nomen obUium (voir Déclaration 43, Bulletin of Zoological
Nomenclature, volume 27, parts 3/4, pp. 135 et 136, décembre 1970).
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
13
Diagnose :
Chez Fossa fossana le corps est massif et les pattes sont relativement
fines ; les surfaces plantaires et palmaires sont largement recouvertes
de poils (fig. 3 et 4). Le museau est allongé, le front large et les oreilles
très apparentes sont bien séparées à leur base. La queue n’est pas très
longue.
Fîo. 1. — Fossa fossana (P. L. S. Müller), d’après une photographie.
La fourrure, dense, est formée de poils assez courts ; la couleur
générale est brun clair mais le corps et la queue sont légèrement tachetés
et rayés ; deux lignes brun foncé, presque continues, sont situées sur la
partie dorsale ; deux autres lignes plus latérales, situées de part et d’au¬
tre, sont continues sur la première moitié puis discontinues sous forme
de taches en ligne sur la partie postérieure ; deux autres lignes de taches
brun foncé sont situées sur les flancs et quelques taches plus ou moins en
lignes parsèment les cuisses. La queue cylindrique est également recou¬
verte de poils courts ; elle est légèrement annelée de brun foncé dans
sa partie supérieure. La partie ventrale du corps est légèrement plus
claire.
Chez le jeune, le pelage est très nettement rayé et les taches brun
foncé sont également plus apparentes.
Source : MNHN, Paris
14
B. ALBIGN'AC
Fio, 2. —■ crâne de Fossa fossana.
Mensurations de l’adulte :
Le mâle est souvent un peu plus grand que la femelle :
Mâle : Tète et corps : 480-560 mm ; queue : 250-270 mm ; dimensions
du pied : 88-90 mm ; dimensions de l’oreille : 44-46 mm ; longueur du
crâne : 104-110 mm (fig. 2).
Poids : 1 885 g à 2 130 g.
FiQ. 3. — patte antérieure de Fossa fossana.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
15
Femelle : Tête et corps : 420-510 mm ; queue : 250-270 mm ; di¬
mensions du pied : 87-90 mm ; dimensions de l’oreille ; 44-45 mm ;
longueur du crâne: 100-110 mm.
Poids : 1 430 g à 1 735 g.
b) Répartition et habitat (fig. 5 et 6)
Cette espèce se rencontre dans l’ensemble des forêts ombrophiles
de l’Est, du Nord et du Sambirano (fig. 5).
L’habitat est caractérisé par une forêt dense sempervirente de type
subéquatorial avec 3 strates pour la forêt de basse altitude (inférieure
à 800 m) (fig. 6).
— La strate supérieure est composée d’arbres de 25 à 30 m de
hauteur à troncs droits, distants de 7 à 10 mètres. La couverture de
la futaie est presque complète. Les troncs sont recouverts en grande
partie d’épiphytes : fougères, orchidées et mousses aux étages plus élevés.
Fig. 4. — patte postérieure de Fossa fossana .
— La strate moyenne a une dizaine de mètres de hauteur : elle est
surtout composée d’arbustes à feuilles larges qui servent d’abris à de
nombreux Oiseaux de sous-bois.
— La strate inférieure est très discontinue ; la surface du sol est
souvent recouverte uniquement de feuilles mortes, de troncs et de
branches. Le tapis végétal herbacé est constitué de Graminées {Oplis-
menus), d’Aeanthacées, de Labiées et de Balsaminacées.
Source : MNHN, Paris
Fig. 5. — carte de répartition de quelques espèces et sous-espèces de
Carnivores malgaches.
■ Galidiclis fasciata striata, □ G. f. fasciata, • Fossa fossana, o Eupteres
goudotit goadotii, A E. g. major, A Salanoia concolor.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
17
Au-dessus de 800 mètres d’altitude, la futaie devient moins haute
mais présente de nombreux points communs avec la forêt de basse
altitude ; la strate moyenne devient moins importante et les mousses et
lichens deviennent plus abondants au fur et à mesure que l’on s’élève ;
le sous-bois devient par contre plus dense, il esttoujours très humide. Les
arbres, constituant une futaie de 10 à 20 m de hauteur, deviennent tor¬
tueux mais la couverture du sol reste pratiquement inchangée.
Ces forêts peuvent atteindre des altitudes élevées, de l’ordre de
2 000 mètres sur le versant oriental du massif de l'Andringitra par
exemple.
Le milieu ainsi créé est assez particulier. L’épaisseur importante de
la voûte intercepte largement la lumière et le rayonnement direct attei¬
gnant le sol du sous-bois est très faible. La lumière directe au niveau
du sol touche environ 10 % de la surface, par petites taches de 20 à
50 cm de diamètre.
Il existe de nombreux arbres à contreforts et des éboulis rocheux ;
des souches et des branches jonchent le sol, permettant aux animaux
de s’abriter.
Parmi les animaux susceptibles de servir de proies, les Rongeurs
(Ratius raftus principalement et quelques Rongeurs endémiques tels que
Nesomys ru/us) constituent une part importante.
Les Insectivores (Nesogale, Centetes et Ericulus) sont également
nombreux dans ces milieux.
Au bord des eaux et dans les ruisseaux, les grenouilles, crabes,
écrevisses, crevettes et anguilles sont abondants.
Les Oiseaux de sous-bois, mauvais voiliers {Coua, Alelornis, Tchi-
trea) sont relativement nombreux.
Le Potamochère {Potamochems larvatus) est toujours abondant.
c) Rareté relative :
Les Carnivores malgaches sont toujours extrêmement difficiles à
observer dans la nature et l’on comprend leur rareté apparente très
souvent signalée. Nos observations de terrain et surtout les piégeages
réalisés montrent que, dans l’ensemble, ces Carnivores ne sont pas plus
rares que bien des représentants d’autres groupes zoologiques.
Fossa fossana est assez commun mais il est très rare de le rencontrer
puisqu’il est de mœurs nocturnes et ne vit que dans la grande forêt.
Contrairement à Crgptoprocta ferox il ne s’aventure jamais dans les
zones dégradées à la recherche de nourriture.
On comprend ainsi pourquoi Fossa fossana a toujours été considéré
comme rare, peu connu et très localisé alors qu’on le rencontre, en fait,
Source : MNHN, Paris
m®'®^FiG. 6. — milieu ombrophüe de l’Est, coupe schématique d’une forêt sempervirente non dégradée avec trois strates :
— strate supérieure : arbres de 20 à 30 m de hauteur. — strate moyenne : arbustes de 8 à 10 m de hauteur. — strate inférieure :
tapis herbacé discontinu. Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 19
dans l’ensemble des formations forestières ombrophiles de l’Est et du
Nord de Madagascar.
Sa densité assez faible doit pouvoir s’expliquer par les caractères de
son habitat et son mode de vie.
Fossa fossana est encore assez abondant de nos jours. Toutefois,
le milieu dans lequel il vit est de plus en plus menacé ; il est en outre
parfois piégé par les bûcherons qui apprécient beaucoup sa chair, ce qui
accélère sa disparition progressive.
Genre Eupleres Doyère, 1835
Eapleres Doyère, 1835, Bull. Soc. Sci. nal. France, n® 3, p. 45 ; Ann. Sci.
nat. (Zool), [2] 4, p. 280. Espèce type : Eupleres goadotii Doyère.
Eupleres goudotii Doyère, 1835
(fig. 7; pl. I, fig. 2)
Lavauden, en 1929, a créé une seconde espèce {Eupleres major)
provenant du Sambirano. Les différences ne sont en réalité pas suffi¬
santes et nous préférons ramener cette espèce au rang de sous-espèce.
On pourra distinguer ces deux sous-espèces comme suit :
— Taille relativement réduite. Corps allongé qualifié de vermi-
forme par Doyère ; fourrure dense brun roux foncé. Il n’y a
qu’un seul coussinet carpien pour la face palmaire et une
zone dénudée métatarsienne très fine sur la surface plantaire
(fig. 9 et 10) . E. goudotii
— Taille un peu plus forte. Corps allongé mais beaucoup plus
massif ; fourrure un peu moins dense, brun tirant sur le gris.
Coussinets répartis de la même façon mais un coussinet car¬
pien supplémentaire existe sur la face palmaire et on re¬
marque une zone dénudée métatarsienne plus importante,
avec une brosse de poils courts au centre, sur la face plan¬
taire (fig. 11 et 12) . E. major
Eupleres goudotii goudotii Doyère, 1835
Description originale : 1835, Doyère, Bull. Soc. Sci. nat. France, n“ 3,
p. 45 ; Ami. Sci. nat. (Zool.), [2] 4, pp. 280 et 281, pl. 8. Type conservé au Muséum
national d’Histoire naturelle, Paris (salle des types). C’est un jeune d’environ
6 mois.
Etudes et mentions ultérieures :
M. Doyère, 1835 ; H.M.D. Blainville, 1864 ; J.E. Gray, 1864 ; J.E.
Gray, 1869 ; J.E. Gray, 1870 ; T. Gill, 1872 ; P. Gervais, 1874 et 1876 ; St.G.
Source : MNHN, Paris
20
R. ALBIGNAC
Mivart, 1882 ; E.L. Trouessart, 1885 ; E.L. Trouessart, 1898-99 ; A. Carlsson,
1902 : W. Kaudehn, 1914-15 et 1915 ; R.I. Pocock, 1915(c) ; G. Grandidier et
G. Petit, 1932 ; G.M. Allen, 1939 ; W.K. Gregory et M. Hellman, 1939 ;
G.G. Simpson, 1945 ; F. Boürlière, 1955 ; G. Petter, 1961 ; H. Hoogstbaal,
G.M. Kohls et H. Trapido, 1965.
Fig. 7. — Eupleres goudotii Doyère, d’après une photographie.
a) Descriptions :
Descriptions antérieures : La première description de Doyère,
1835, a été faite sur un jeune exemplaire âgé d’environ 6 mois. Les carac¬
tères du crâne, du système dentaire et l’allure générale de l’animal
ont toutefois été décrits avec beaucoup de précisions :
« Caractères du genre : Six incisives à la mâchoire supérieure, petites et
parfaitement rangées — Deux canines — Six fausses molaires séparées par de
larges intervalles (en réalité huit) — Quatre, peut être six molaires vraies à cinq
pointes.
A la mâchoire inférieure, huit incisives (en réalité seulement six). Deux
canines à double racine, se logeant en arrière des canines d’en haut comme la
taupe (l’auteur parle en réalité des deux premières fausses molaires qui sont
caninlformes). Quatre fausses molaires (en réalité huit en comptant les deux
premières fausses molaires caninlformes). Au moins six molaires vraies hérissées
de pointes aiguës (en fait quatre molaires chez l’adulte) (fig. 8).
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 21
Museau eflilé, terminé par un petit mufle. Yeux grands, Oreilles grandes
et triangulaires.
Corps vermiforme. Jambes de grandeur moyenne. Tarses allongés et garnis
en-dessous.
Cinq doigts à tous les membres, bien séparés et garnis en-dessus d’un poil
ras. Le pouce, beaucoup plus court, surtout aux membres postérieurs, touche
à peine la terre.
Ongles déprimés, aigus et semi-rétractiles, de moitié plus longs aux membres
antérieurs (griffes en réalité non rétractiles).
Corps revêtu d’une fourrure épaisse et composée de poils soyeux, garnis à
leur base d’un duvet court et serré ».
t(!«n
> ■ .J
Fig. 8. — crâne d’Eupleres goudotii.
Diagnose :
Comme pour Fossa fossana, le corps est massif et assez long chez
Eapleres ; les pattes sont relativement plus robustes, mais les plantes
sont en grande partie recouvertes de poils (fig. 9 et 10). Le museau
est exceptionnellement allongé, le front est plus étroit et les oreilles sont
bien développées.
La queue est relativement courte, cylindrique, recouverte de poils
assez longs. Cette queue peut parfois atteindre un diamètre important
(4 à 5 cm à sa base sans compter les poils) par accumulation de réserves
graisseuses.
La fourrure, comme dans le cas de Fossa fossana, est dense et les
poils sont assez courts. L’ensemble du corps et de la queue sont unifor¬
mément brun roux chez Eapleres goudotii ; la partie dorsale est un peu
plus foncée et la partie ventrale plus claire.
Mensurations de l'adulte :
Le mâle est sensiblement un peu plus grand que la femelle :
Tète et corps = 455-495 mm ; queue = 220-240 mm ; dimensions
du pied = 80-82 mm ; dimensions de l’oreille = 40-44 mm ; longueur du
crâne = 84-90 mm (fig. 8).
Source : MNHN, Paris
22
R. ALBIGNAC
Fig. 10. — patte postérieure à'Eupleres g. goudoiii.
Poids : un jeune mâle d’en^•iron 10 mois récolté à Périnet pesait
1 600 g et un mâle adulte provenant toujours de Périnet, 2 100 g.
b) Répartition et h.abitat (fig. 5 ; pl. V, fig. 4) :
Cette espèce se rencontre dans les zones forestières mais surtout
dans les zones kumides et les marais de la côte Est (fig. 5). T.Tiahftat
forestier est îdentiijue à celui de Fassa (ossana ; ITiabitat de Tnaraîs de
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
23
ces régions est caractérisé par une couverture initiale dense mais peu
élevée ; elle est formée surtout de Cypéracées de 0,50 m à 1 m de hauteur
ainsi que de Fougères ou de Raphias et parfois de Pandanus de 5 à 10 m
de haut (pl. V, fig. 4). Dans les zones très humides, le tapis herbacé
peut ne pas dépasser 20 à 30 cm de hauteur ; sa densité permet aux
animaux de trouver des abris sûrs. Les températures et le degré hygro¬
métrique subissent, comme dans les milieux dégradés, des alternances
journalières relativement importantes.
Eupleres goudofii est particulièrement bien adapté, grâce à son régi¬
me, à cet habitat de marais. M. Doyère (1935) le signale sur les sables
humides près de Tamatave et W. Kaüdern (1915) donne une observa¬
tion à Sainte-Marie où un Euplère visitait un petit point d’eau au clair
de lune. Nous avons également observé deux points de piégeage dans des
zones marécageuses. La vie probablement crépusculaire et nocturne
d’Eupleres lui permet de mieux se protéger, mais il peut entrer en con¬
currence avec la civette (Viverricula indica) qui occupe souvent ces
mêmes milieux.
c) Rareté relative :
Eupleres goudotii était fort bien connu il y a quelques dizaines
d’années. De nos jours, cette espèce semble devenir de plus en plus rare.
Eupleres goudotii major Lavauden, 1929
Description originale : 1929, C.R. Acad. Set., Paris, 189, pp. 197 et 198.
T>'pe introuvable, mais plusieurs exemplaires existent au Muséum national
d’Histoire naturelle, Paris, et au British Muséum (Natoral History). Nous en
possédons également quatre exemplaires dont le lieu de récolte est parfaitement
connu.
Synonymie :
— Eupleres major Lavauden, 1929, l.e.
Etudes et mentions ultérieures :
Lavauden, 1929 ; G. Grandidier et G. Petit, 1932 ; G.M. Allen, 1939 ;
G.G. Simpson, 1945 ; R. Decary, 1950.
a) Descriptions :
Descriptions antérieures
Lavauden avait ainsi caractérisé cette forme ;
« L’Eupleres major est beaucoup pins clair. Son pelage est grisâtre, et d’appa¬
rence tiquetée, ce qui est dû à la présence, sur le poil brun, d’un large anneau
blanc, atteignant parfois la pointe du poU. L’aspect de peiage est tout à fait celui
de la. Mangouste de l’Afrique du Nord {ilungos ichneianon numidiais G. Cov.). Le
pelage est. en outre, pins long, moins soré, et comprend moins de iMKsre. Le
Source : MNHN, Paris
24
R. ALBIGNAC
mâle est un peu plus foncé et plus roux que la femelle. La taille est beaucoup plus
grande.
Les crânes présentent aussi des différences.
On voit que le crâne de l'Eupleres major est proportionnellement un peu plus
petit, et un peu plus court que celui à’Eapleres goudotii ».
Diagnose (fig. 11 et 12) :
Eupleres goudotii major se distingue assez facilement d’Eupleres
goudotii goudotii sur des exemplaires vivants ou conservés en formol.
La taille du corps et des membres de E. g. major est certes un peu plus
forte que celle d'E. g. goudotii mais cette différence ne nous a pas apparu
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
25
clairement par l’observation des peaux plus ou moins bien préparées
des musées ; ceci est d'autant plus remarquable que les femelles sont de
taille légèrement plus faible que les mâles chez les deux sous-espèces
et l’on rencontre en fait tous les intermédiaires entre les deux formes
si les sexes ou les points de récoltes sont inconnus.
Par contre, l’observation récente d’animaux vivants des deux taxa
nous a nettement montré une différence. La caractéristique essentielle,
remarquée au premier coup d’œil, est que E. g. mafor apparaît comme
nettement plus massif que E. g. goudolii ; la taille du corps, des membres
et du crâne est toujours plus importante mais ce sont les coussinets
plantaires et palmaires qui permettent la meilleure distinction. Chez
E. g. major, la surface palmaire présente deux coussinets carpiens nette¬
ment séparés et la face plantaire une zone dénudée métatarsienne plus
importante avec une brosse de poils courts au centre, alors que chez E. g.
goudolii, on ne distingue qu’un seul coussinet carpien et la zone dénudée
métatarsienne est à peine marquée. La denture présente également
quelques différences, celle d’£. g. goudolii a en particulier des cuspides
plus développées.
Mensurations de l'adulte : le mâle a une taille un peu plus forte que
la femelle :
Tête et corps = 515 à 650 mm ; queue = 240 à 250 mm ; dimensions
du pied = 81 à 92 mm ; dimensions de l’oreille = 47 à 50 mm ; longueur
du crâne = 94-97 mm.
Poids : 2,840 à 4,610 kg suivant le sexe et l'état d’engraissement des
animaux.
b) Répartition et habitat (fig. 5) :
On rencontre E. goudolii mafor dans les formations forestières et
marécageuses de la région du Sambirano et des plaines avoisinantes,
c’est-à-dire dans le Nord-Ouest et le Nord de Madagascar. Les zones
humides sont caractérisées ici par des peuplements plus ou moins purs
de raphia (Raphia ruffia) et d’aframomun (Aframomun anguslifolium).
Kaüdern (1914-15 et 1915) signale avoir observé des Eupleres à
Marovoay, donc nettement dans les zones de l’Ouest, et nos enquêtes
de terrain nous ont également permis de les localiser dans la région de
Port-Bergé. Il est probable que dans ce cas aussi ce soit E. goudolii
major.
c) Rareté relative :
Comme E. g. goudolii, E. g. mafor semble en nette régression. Il nous
a toutefois été possible d’obtenir 8 animaux dans quatre secteurs de
Source : MNHN, Paris
26
R. ALBIGNAC
piégeage différents Ceci semble prouver que localement il est encore
possible d’en rencontrer une assez grande concentration, mais l’action
des villageois et des chiens paraît être particulièrement néfaste, comme
c’est le cas pour E. g. goudotii.
2) Sous-famille des Galidiinae : Clef des genres
1. Corps marron roux plus ou moins foncé; queue marron
roux parfois presque aussi longue que le corps, annelée
ou non . 2
— Corps gris clair tacheté de lignes longitudinales plus ou moins
bien visibles ; queue assez longue, gris clair ou blanchâtre... 3
2. Queue régulièrement striée d’anneaux marron-roux clair
et d’anneaux brun très foncé, presque noir ; denture norma¬
lement développée avec canines bien apparentes ; la première
prémolaire est souvent absente. Galidia
— Queue non annelée, plus courte et de la même couleur que le
corps ; denture à cônes plus développés avec canines plus
courtes ; la première prémolaire est presque toujours pré-
Prêsente . Salanoia
3. Pelage gris beige, tacheté de 8 lignes étroites brun foncé,
parfois très peu visibles, sur la partie dorsale et les flancs ;
queue gris beige clair ; denture moyennement développée
avec la première prémolaire souvent présente. Mungoiiclis
— Pelage gris clair, tacheté de 6 à 8 lignes larges, brun foncé
sur le dos et les flancs ; denture très développée avec en parti¬
culier les canines de la mâchoire inférieure hyperdéveloppées ;
la première prémolaire n’est jamais présente. Galidictis
Genre Galidia I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1837
Galidia I. Geoffroy Saint-Hüaire, 1837, G. R. Acad. ScL, Paris, 5, p. 580 ;
(2) 8, p. 251. Espèce : type : Galidia elegans 1. Geoffroy
Saint-Hilaire.
(2) Je remercie Monsieur A. Ch.avane pour sa collaboration efficace dans la
recherche de cet animai dans la région d’Ambanja.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 27
Galidia elegans I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1837
(fig. 13 ; pl. II. fig. 1)
G. elegans se subdivise en trois sous-espèces que l’on peut distinguer
comme suit :
1. Corps marron roux foncé; la partie ventrale, les pattes
et les flancs plus foncés . G. e. elegans
— Corps marron roux clair ; la partie venti-ale, les pattes et
les flancs de la meme couleur que le corps ou noirs. 2
2. Partie ventrale, pattes et flancs sensiblement de la même
couleur que le corps. G. e. dambrensis
— Partie ventrale, pattes et flancs noirs. G. e. occidentalis
Note : Des variations de coloration du pelage existent chez
Galidia e. elegans mais ces variations chromatiques ne nous semblent
pas suffisantes pour justifier de nouvelles sous-espèces.
Galidia elegans elegans I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1837
Description originale : 1837, I. Geoffroy Saint-Hilaire, C. R. Acad.
Sci., Paris, 5, p. 581. Type conservé au Muséum national d’Histoire naturelle,
Paris (salle des types).
Synonymie :
— Le « Vansire » Buffon et Daubenton, 1770, Hist. Nat., 2® édit., pp. 89 et
90.
— Mastela afra Kerr, 1792, Linneus's Animal Kingdom, p. 176. Descrip¬
tion basée sur le « Vansire « de Madagascar de Buffon (synonymie donnée en
1908 par O. Thomas et R.C. Wroughton, Proc. Zool. Soc. London, p. 167).
Etudes et mentions ultérieures :
Buffon et Daubenton, 1770 ; Kerr, 1792 ; I. Geoffroy Saint-Hilaire,
1837 ; I. Geoffroy saint-Hilaire, 1839 ; J.E. Gray, 1864 ; H. Schlegel et
E.P.L. Pollen, 1868 ; J.E. Gray, 1869 ; T. Gill, 1872 ; F.A. Jentink, 1879 ;
St. G. Mivart, 1882 ; E.L. Trouessart, 1885 ; E.L. Trouessart, 1898-99 ;
Thomas et Wroughton, 1908 ; A. Carlsson, 1910 ; W. Kaudern, 1914-15 ;
W. Kaudern, 1915 ; R.I. PococK 1915 (a) et 1915 (cf) ; G. Grandidier et G.
Petit, 1932 ; A.L. Rand, 1935 ; G.M. Allen, 1939 ; W.K. Gregory et M. Hell-
man, 1939 ; G.H.H. Tate et A.L. Rand, 1941 ; G.G. Simpson, 1945 ; F. Bour-
LiÈRE, 1955 ; G. Petter, 1961 ; D.H. Wurster et K. Benirschkb, 1968 ; R.
Albignac, 1969 (a) ; J.F. Eisenberg et E. Gould, 1970 ; R. Albignac, 1971 (è).
a) Descriptions
Descriptions antérieures : Une première description a été donnée
par Buffon en 1770 ; il présente une planche de l’animal sous le nom
Source : MNHN, Paris
28
R. ALBIGNAC
Fig. 13. — Galidia elegans I. Geoffroy Saint-HIlaire, d'après une photographie.
de «Vansire». En 1837 et 1839, I. Geoffroy Saint-Hilaire donne
une description de plusieurs Galidia et les sépare nettement des Mustdi-
dae en les plaçant parmi les Viverridae ; pour cela il se base sur les carac¬
tères des pattes et surtout des griffes plus fines chez les Galidia, et sur
les caractères de la denture d’un type plus coupant. I. Geoffroy Saint-
Hilaire décrit ainsi Galidia elegans :
r.«rr.c ? A ? marron foncé ; queue presque aussi longue que le
an n’i « larges anneaux alternativement noirs et de la couleur générale
du pelage, patrie : Madagascar, particulièrement les environs de Tarnatave ».
Fig. 14. — crâne de Galidia elegans.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
29
Fig. 15. — patte antérieure de Galidia elegans.
Fig. 16. — patte postérieure de Galidia elegans.
Diagnose ;
Galidia elegans a un corps allongé, les pattes sont relativement
robustes et les plantes glabres sont munies de coussinets très développés
(flg. 15 et 16) ; les pattes postérieures sont nettement plus développées
que les pattes antérieures. Le museau est relativement court et les
oreilles sont très apparentes. La queue annelée est presque aussi longue
que le corps; les poils plus longs sont en pinceau.
La fourrure est dense, formée de poils assez courts ; la couleur géné¬
rale est d’un beau marron roux foncé. La tête et le cou sont tiquetés
de poils gris clair et la partie ventrale plus foncée est parsemée de poils
Source : MNHN, Paris
30
R. ALBIGNAC
gris clair. L’extrémité des pattes est noire. La queue est de la même
couleur que le corps mais elle est striée de 5 ou 6 anneaux noirs.
Chez le jeune, le pelage est sensiblement identique à celui de l’adulte.
Mensurations de l’adulte :
Mâle et femelle ont la même taille :
Corps et tête = 300-380 mm ; queue = 260-290 mm ; dimensions
du pied = 60-70 mm ; dimensions de l’oreille = 28-30 mm : longueur
du crâne = 68-70 mm (fig. 14).
Poids : 655 à 960 g.
b) Répartition et habitat (fig. 17) :
Galidia e. elegans se rencontre dans toutes les forêts ombrophiles
de 1 Est et du Centre de Madagascar. Un exemplaire a même été capturé
dans le massif de l’Andringitra à 2 000 m d’altitude.
C’est le même habitat que celui décrit pour Fossa fossana.
c) Rareté relative :
Gahdia elegans^ est assez commun dans les zones forestières et sa
densite semble toujours être d’environ 6 animaux au km^. Comme le
reste des Carnivores endémiques malgaches, il est entièrement lié à la
torêt naturelle ; son aire de répartition se réduit donc sensiblement
chaque annee par suite de la déforestation continue
Galidia elegans dambrensis G. H. H. Tate et A. L. Rand, 1941
Description originale : 1941. G H H Tate nt a i < _ •
Mus. n« 1 112, p. 1. Type n» 100 487, un mâle adulte œnsei4 à l'ÂmenSn
Natural History, New York (Mt. d’Ambre, north Madagascar, alti¬
tude 1 000 meters, October 18, 1930, A. L. Rand and P. A. Dumont^
Etudes et mentions ultérieures ;
G. H. H. Tate et A. L. Rand, 1941 ; R. Albignac, 1971.
a) Description :
Descriptions antérieures :
■ 4 . ont décrit cette sous-espèce comme
étant plus pale que G. e. elegans ;
litüe blÏÏkTn f generaUy paJer, reddish brown, and with
litüe black in the pelage. Compared with elegans the top and sides ot the head
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
31
are fulvous brown, grizzled wlth black, not dull fulvous grizzled with black ;
rest of upper surface of body pale reddish brown, darkening to nearly chestiuit
on the rump, the tips of the hairs slightly darker, and slightly grizzling in the fore
part of the body (in elegans the general coloration is darker, chestnut changing
to dark chestnut on the rump and the grizzling on the pelage of the fore part
of the body pronounced). In dambrensis the fore feet black, hind legs like rump,
distal part of foot black (in elegans both fore and hind limbs are darker, more
blackish than the back) ; tail ringed black and reddish brown (in elegans darker) ;
imder parts of body reddish brown the fulvous gray bases of the hairs showing
tlirough, throat more fulvous brown (in elegans the underparts are very different,
with throat fulvous, sides of breast and rest of underparts black, more or less
mingled with fulvous or grayish hairs along the mid-line, and some of the black
hairs with buffy or silvery tips).
Skull not distinguishable from that of true elegans ».
Diagnose :
Galidia elegans dambrensis est caractérisé par une couleur générale
marron roux clair, beaucoup plus pâle que Galidia elegans elegans.
Les extrémités des pattes sont de la même couleur que le corps alors
qu’elles sont noires chez Galidia elegans elegans ; la queue présente
toujours 5 anneaux noirs bien visibles.
Le cou et la partie ventrale sont de la même couleur que le corps
mais tiquetés de poils blanchâtres.
Mensurations de l’adulte : mâle et femelle ont la même taille :
Corps et tête = 300-390 mm ; queue = 250-280 mm ; dimensions
du pied = 60-70 mm ; dimensions de l’oreille = 29-30 mm ; longueur
du crâne = 72 mm.
Poids : 720 à 990 g.
b) Répartition et habitat (fig. 17) :
Galidia e. dambrensis se rencontre dans le Nord de Madagascar.
Les points de récolte sont situés dans la Montagne d’Ambre, l’Ankarana
de Diégo-Suarez, la chaîne de l’Andrafiamena et dans les régions d’Am-
banja et Ambilobe.
L’habitat est soit une forêt ombrophile identique à celle occupée
par Galidia e. elegans, soit une forêt caducifoliée sur calcaire karstique
caractéristique de Galidia e. occidentalis dans l’Ouest.
c) Rareté relative :
Galidia e. dambrensis est toujours très abondant dans les formations
forestières du Nord de l’île. La densité, évaluée par piégeage, est de
l’ordre de 6 animaux au km^. Il est intéressant de remarquer que Galidia
Source : MNHN, Paris
malgaches.
♦ Galidia elegans elegans, A G. e. dambrensis, o G. e. occidenialis, A Mungo-
tictis decemlineata decemlineata, ■ M. d. Uneata.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 33
e. dambrensis occupe aussi bien les forêts ombrophiles que les formations
karstiques de la région.
Galidia elegans occidentalis R. Âlbignac, 1971
Description originale : 1971, R. Albignac, Mammalia, 35, n“ 2, pp.
307 à 310. Type conservé au Muséum national d’Histoire naturelle, Paris, sous le
n” 1970-718.
Etude et mentions ultérieures :
R. Albionac 1971 (b).
a) Description :
Descriptions antérieures :
Dans notre description de 1971, nous avons comparé les caractères
de Galidia elegans occidentalis à ceux de Galidia elegans elegans et Galidia
elegans dambrensis.
« La couleur générale de son pelage est pour une partie celle de Galidia
elegans dambrensis et pour une partie celle de Galidia elegans elegans. Le dos,
la partie supérieure des flancs ainsi que les anneaux clairs de la queue rappellent
beaucoup le rouge brun clair du Galidia elegans dambrensis ; par contre les pattes
antérieures, la partie inférieure des flancs, l’ensemble de la région ventrale, les
cuisses et les jambes sont d’un noir pur, alors que ces parties sont de la même cou¬
leur que le dos chez Galidia elegans dambrensis. La gorge est noire légèrement
tiquetée de poils gris et l’ensemble de la partie ventrale est noir pur chez notre
nouvelle sous-espèce ; chez Galidia elegans elegans les pattes sont également noires
mais cette teinte ne remonte pas très haut, elle est vite remplacée par le brun roux
foncé qui caractérise le pelage de cette forme alors que la gorge, le cou et même la
partie la plus antérieure de la poitrine sont jaune grisâtre passant au noirâtre
au pourtour de ces zones.
Les lianes sont brun rouge clair sur la moitié supérieure, puis noir pur sur la
moitié inférieure chez la nouvelle sous-espèce. C’est ainsi que les pattes antérieures
et postérieures, noires, sont reliées entre elles par une zone également noire.
Chez cette forme la queue se termine presque toujours par une touffe de poils
noirs, le nombre d’anneaux noirs est régulièrement de cinq, comme chez Galidia
elegans dambrensis. Les flancs de Galidia elegans elegans sont par contre brun-rouge
foncé et la queue a souvent 6 et même 7 anneaux brun-noir ».
Diagnose :
Galidia elegans occidentalis se caractérise par un pelage brun rouge
clair sur la partie dorsale ; la queue de la même couleur est striée
de 5 anneaux noirs. Les flancs, les pattes et la partie ventrale sont noirs.
Mensurations de l’adulte :
Mâle et femelle ont la même taille :
Corps et tête = 315-390 mm ; queue = 260-280 mm ; dimensions du
Source : MNHN, Paris
34
R. AIBIGNAC
pied = 65-70 mm ; dimensions de l'oreille = 21-28 mn ; longueur du
crâne = 65 mm.
Poids : 680 à 920 g.
b) Répartition et habitat (fig. 17).
Galidia e. occidenlalis se rencontre dans les formations karstiques
de l’Ouest malgache. L’aire de répartition est ainsi discontinue, mais les
animaux ne présentent pas pour autant de variations morphologiques
ou chromatiques.
Cet habitat est caractérisé par une forêt de 10 à 15 m de hauteur de
type caducifoliée et formée de nombreux arbres à tronc bouteille. Le
sous-bois, assez clair, est constitué principalement d’Euphorbiacées
(Euphorbia) et d’Apocynacées (Pachgpodiam). La strate herbacée est
pratiquement inexistante. Quatre régions présentant ce type d’habitat
sont connues. Trois sont situées dans le domaine de l’Ouest (RNI n» 8
de Soalala, RNI n» 9 d’Antsalova et forêt de Kasije dans les Causses
du Kelifely) ; elles abritent la même sous-espèce, Galidia elegans occi-
dentalis. La quatrième région présentant ces formations est située au
nord de l’IIe (Ankarana de Diégo-Suarez et Montagne des Français),
elle abrite une autre sous-espèce, Galidia elegans dambrensis.
Le biotope représenté par ces formations calcaires est très parti¬
culier. La surface de sol ensoleillé est, comme dans les zones sableuses,
forte en saison sèche (environ 50 %) et faible en saison des pluies (environ
20 %). La différence essentielle réside dans le fait que la température
et le degré hygrométrique sont beaucoup mieux équilibrés.
Les anfractuosités du karst, faiblement ensoleillées, forment un
biotope recherché par des animaux de milieux ombrophiles. Dans ces
forêts se rencontrent des Rongeurs, des Serpents et quelques Insecti¬
vores et Lémuriens.
Les Oiseaux comme les Pintades (Numida), les Hémipodes (Turnix)
et les Couas (Coua) sont également abondants et en saison humide on
y rencontre de nombreux Batraciens.
c) Rareté relative :
Galidia e. occidenlalis est assez commun et sa densité semble voisine
de celle des autres sous-espèces de Galidia elegans.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
Genre Salanoia J.E. Gray, 1865
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Salanoia J.E. Gray, 1865, Proc. Zool. Soc. London, 1864, p. 523. Espèce
type : Galidia concolor I. Geoffroy Saint-Hilaire.
Salanoia concolor (I. Geoffroy Saint-Hüaire, 1839)
Description originale : 1837, I- Geoffroy Saint-Hilaire, C. R. Acad. Sci.,
Paris, 5, p. 581 (Galidia). Type conservé au Muséum national d’Histoire naturelle,
Paris (salle des types).
Synonymie :
— Galidia unicolor I. Geoffroy Saint-Hilaire, l. c. (err. typogr.).
— Galidia concolor I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839, Mag. de Zool., (2) 1,
Mamm., p. 30. Rectification de l’auteur, qui écrit :
" Les personnes qui compareront ce mémoire à l’extrait étendu qui en a été
inséré dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences (année 1837) pourront
remarquer deux légères différences entre l’un et l’autre. Le genre qui est indiqué
ici sous le nom de Galidictis l’est, dans les Comptes rendus (tome V, p. 581), sous
le nom de Galictis, et la Galidie concolore, Galidia concolor, est nommée, dans
le même extrait Galidia unicolor. De ces deux différences, l’une est de mon fait
et résulte d’une légère modification que j’ai dû faire subir à ce nom d’abord adopté,
afin d’éviter une confusion dans la synonymie. Cette modification est le seul
changement fait à mon travail, que j’ai cru devoir faire paraître d’ailleurs absolu¬
ment tel qu’il a été lu à l’Académie en octobre 1837. — Quant au nom spécifique
d’unicoZor, il n’avait été donné à la Galidia concolor que par suite d'une erreur
typographique, rectifiée dans le même volume des Comptes rendus, p. 976. »
_ Galidia olivacea I. Geoffroy Saint-Hilaire 1839, Mag. de Zool., (2) 1,
Mamm. p. 38.
— Hemigalidia concolor St G. Mivart, 1882, Proc. Zool. Soc, London, 1882,
p. 143 = Galidia oZtoacea, I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839.
Etudes et mentions ultérieures :
1. Geoffroy Saint-Hilaire, 1837 ; I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839 ;
J E Gray, 1864 ; H. Schlegel et F.P.L. Pollen, 1868 ; J.E. Gray, 1869 ;
T. GiLL, 1872; Jentink, 1879; St. G. Mivart, 1882; E.L. Trouessart, 1885;
E.L. Trouessart, 1898-99 ; R.I. Pocock, 1915 (d); G.M. Allen, 1939; G.G.
Simpson, 1945 ; F. Bourlière, 1955 ; G. Petter, 1961.
a) Descriptions :
Descriptions antérieures :
Salanoia concolor a été précédemment décrit par I. Geoffroy
Saint-Hilaire en 1837 sous le nom de Galidia unicolor puis en 1839
sous le nom de Galidia concolor. Cet auteur avait surtout noté des diffé¬
rences de coloration du pelage par rapport à Galidia elegans, le corps
étant brun rougeâtre tiqueté de fauve et la queue plus courte non annelée,
entièrement de la couleur du corps. J.E. Gray en 1864 en a fait très
Source : MNHN, Paris
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R. ALBIGNAC
justement un autre genre, le genre Salanoia. La denture (fig. 18) en
particulier, assez différente, est d’un type broyeur.
Fig. 18. — crâne de Salanoia concolor (I. Geoffroy Saint-Hilaire).
Diagnose :
L’allure générale de l’animal est celle de Galidia ; le corps est allongé
et les pattes assez robustes. Les pattes postérieures sont plus développées
que les pattes antérieures mais les griffes sont plus longues que chez
Galidia.
La coloration du pelage de l’animal est brun roux foncé, les poils
plus longs que chez Galidia sont annelés de roux et de noir ; la queue
plus courte est de la même couleur que le corps et n’est pas annelée.
Le crâne est sensiblement identique à celui de Galidia mais la denture
est de type broyeur alors qu’elle est de type nettement coupant chez
Galidia.
Mensurations de l’adulte :
Mâle et femelle ont la même taille :
Tête et corps = 350-380 mm; queue = 180-200 mm; dimensions
du pied = 66-70 mm ; dimension de l’oreille = 29 mm ; longueur du
crâne = 70 mm (fig. 18).
Poids : 780 g.
b) Répartition et habitat (fig. 5) :
On ne rencontre cette espèce que dans les forêts ombrophiles de
moyenne altitude du Nord-Est de Madagascar. Une grande partie des
collectes faites se situe au Nord et à l’Ouest du lac Alaotra.
L habitat est identique à celui de Galidia e. elegans et Fossa fossana.
c) Rareté relative :
La densité de Salanoia concolor semble toujours assez faible. En
tout cas, il est beaucoup moins fréquent que Galidia e. elegans dans la
région du Cap Masoala et la forêt Sihanaka.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
37
Note : Salanoia concolor et Galidia e. elegans, tous deux diurnes,
sont parfois sympatriques. Ceci semble pouvoir s’expliquer par des
tendances alimentaires différentes : Salanoia serait à tendance insecti¬
vore, Galidia à tendance carnivore.
Genre Mungotictis R.I. Pocok, 1915
Mungotictis R.I. Pocock, 1915, Ann. Mag. Nat. Hist., (8) 16, p. 120. Espèce
type : Mungotictis vitlatus = Mungotictis lineatus (un synonyme de Galidia
decemlineata A. Grandidier) = Galidictis vittata J.E. Gray, 1948, non Galididiciis
viiiata Schinz, 1844.
Mungotictis decemlineata (A. Grandidier, 1863) (^)
(fig. 19 ; pl. II, fig. 2)
M. decemlineata se subdivise en deux sous-espèces, que l’on peut
distinguer comme suit :
— Corps gris clair avec huit lignes brun foncé apparentes sur
le dos et les flancs ; queue claire, blanchâtre - M. d. lineata
— Corps gris beige avec huit ou dix lignes brunes peu visibles
sur le dos et les flancs ; queue gris beige .... M. d. decemlineata
Mungotictis decemlineata decemlineata (A. Grandidier, 1867)
Description originale : 1867, A. Grandidier, Rev. Mag. Zool., (2) 19,
p. 85 {Galidia).
Synonymies :
— Galidictis vittata var. rufa A. Grandidier, 1869, Rev. Mag. Zool., 21,
p. 338.
— Mungotictis lineatus substriatus R.I. Pocock, 1915, Ann. Mag. Nat.
Hist., (8) 16, pp. 121-122, pl. 7 (n. syn.). Type conservé au British Muséum (Natu-
ral History), femelle enregistrée sous le n® 15-9-18-1. Récolte de B. Muller
(spécimen reçu le 16-IX-1886, mort le 26-IX-1886).
(3) La priorité appartient indiscutailement à Galidia decemlineata A.,
Grandidier. La Commission internationale de Nomenclature zoologique ayant
en vertu de ses Pleins Pouvoirs, abrogé l’article 23 (b) du Code concernant un
nomen oblitum (voir Déclaration 43, Bulletin of Zoological Nomenclature, volume
27, parts 3 /4, pp. 135 et 136, décembre 1970), on se doit de rétablir le nom d’Alfred
Grandidier.
Source : MNHN, Paris
38
R. ALBIGNAC
Etudes et mentions ultérieures :
A. Grandidier, 1867 ; A. Grandidier, 1869 ; R.I. Pocock, 1915 (a);
R.I. Pocock, 1915 (d); R.I, Pocock, 1915 (e) ; G. Grandidier et G. Petit,
1932 ; G.M. Allen, 1939 ; W.K. Gregory et M. Hellman, 1939 ; G.G. Simpson.
1945 ; R. Albignac, 1971 (a).
Fig. 19. — Mungoiictis decemlineata (A. Grandidier), d’après une photographie.
a) Descriptions :
Descriptions antérieures : La première description de cette sous-
espèce, en réalité la plus abondante de nos jours, a été faite par A. Gran¬
didier en 1867.
O Albida, brunneo-tessellata, ut pluraeaque mangustae. Dorso octo, lateribus
duabus lineis rufescentibus notatis. Jugulo, pectore, abdomine, artubus intus,
pedibusque extus fulvis. — Long. corp. 0,30 m ; caud. 0,24 m,
Ce sont de petits animaux très-vifs et très-gracieux qui s’apprivoisent
facilement. Iis ont toutes les habitudes des autres galidies. Nom malgache •
Bouqui ».
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
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Le nom malgache de Bouqui, donné uniquement par les habitants
de la région de Morondava, laisse à penser que les exemplaires décrits
provenaient de cette région. Malheureusement, aucune planche et aucune
trace de type ne sont indiquées dans cette brève description d’A.
Grandidier.
Deux ans plus tard, le même auteur décrit Galidiclis vittata var.
rufa, qui provient vraisemblablement de la même région et dans ce cas
aussi nous n’avons pas pu retrouver la trace du type.
Une nouvelle description plus détaillée fut publiée, sous un nouveau
nom, par R.I. Pocock en 1915 dans Ann. Mag. Nat. Hist., (8) 16, p. 121.
Diagnose :
Mungotictis d. decemlineaia a une couleur générale nettement
gris beige. Les 8 ou 10 lignes dorsales et latérales sont brun roux et
beaucoup moins visibles que chez M. d. lineaia. La queue est également
plus foncée et tire nettement sur le beige. La plante des pattes est gla¬
bre et munie de nombreux coussinets (fig. 21 et 22).
Mensurations de l'adulte :
Le mâle et la femelle ont sensiblement la même taille :
Tête et corps = 300-350 mm ; queue = 240-270 mm ; dimensions
du pied = 65-68 mm ; dimension de l’oreille = 28 mm ; longueur du
crâne = 58-60 mm (fig. 20).
Poids : 725-880 g.
Fig. 20. — crâne de Mungoticiis decemlineaia.
b) Répartition et habitat (fig. 17 et 23) :
Mungoticiis d. decemlineaia se rencontre dans les forêts sur sable
de l’Ouest malgache. L’aire géographique est assez réduite, au Nord
elle est limitée par la Tsiribihina et au Sud par le Mangoky.
L’habitat est assez particulier. La végétation qui caractérise les
sols sableux de ces régions est constituée par une forêt tropophile cadu-
cifoliée haute de 15 m environ avec quelques très grands arbres, en
Source : MNHN, Paris
40
R. ALBIGNAC
particulier les Baobabs qui dominent une futaie assez claire. 11 y a de
nombreuses lianes sur les troncs mais pratiquement pas de plantes
épiphytes.
Le sous-bois arbustif est assez dense. Par contre, le sol, recouvert
d un tapis de feuilles mortes, est presque complètement dépourvu de
végétation herbacée.
La forêt couvre presque totalement le sol en saison chaude et humide,
d’octobre à avril ; la lumière directe au sol n’atteint alors qu’environ
10 % de la surface. Le degré hygrométrique est élevé. Mais, le reste de
l’année, les arbres ne portent plus de feuilles et la lumière directe au
sol occupe une surface très importante, de l’ordre de 50 à 60 % de la
surface totale. Le degré hygrométrique est alors faible et le thermo-
périodisme journalier important. Les nappes d’eau permanente sont
rares. Le sous-bois assez dense et épineux permet aux animaux de trou¬
ver de nombreux refuges.
c) Rareté relative :
Mmgotictis d. decemlineata est assez commun dans son habitat
forestier. Un couple semble occuper une centaine d’hectares. Néanmoins,
11 paraît important de signaler la faible superficie relative des forêts
naturelles subsistant encore dans l’aire de répartition de cette sous-espèce
qui risque ainsi de disparaître rapidement. Il serait donc du plus grand
intérêt de la protéger plus efficacement par l’implantation d’une Réserve
naturelle dans cet habitat particulier où d’autres espèces, comme par
exemple le Rongeur Hypogeomys antimena et certains Lémuriens égale¬
ment très localisés, pourraient trouver un dernier refuge.
Mungotictis decemlineata lineata R.I. Pocock, 1915
(fig. 19 à 22, planche IV)
Description originale : 1915, R.I. Pocock, Ann. Mag. Nat. Hist., (8) 16
p. 120 (d’après la description de J.E. Gray, 1848). Type de la description de J.E.
Gray conservé au British Muséum (Natural History) sous le no 47-10-19-3.
Synonymies :
— Galidictis vittata J.E. Gray, 1848, Proc. Zool. Soc. London, 1848, pp.
21-23, pi. I, non Galidictis vittata Schinz, 1844.
— Mungoticits oittatus R.I.
p. 120.
Pocock, 1915, Ann. Mag. Nat. Hist., (8) 16,
— Mungotictis lineaius R.I. Pocock, 1915, Ann. Mag. Nat. Hist., (8) 16,
p. 506, nouveau nom donné par Pocock à la suite d’une remarque d’A. Cabrera :
« In my recent révision of the species formerly referred to the genus Galidic¬
tis, I pointed out that the form described by Gray as G. vittata (P. Z. S. 1848,
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
41
Fig. 21. - patte antérieure de Mungoticüs decemlineala.
p. 22 inay be placed in a distinct geiiiis, for which the name Mungoticlis was
proposed. At the same time I adopted for that animal the name vittata, or, rather,
viitalus, given to it by Gray. Senor A. Cabrera, of the Museo de Ciencias Nalurales,
Madrid, bas, however, kindly written to inform me that that name is inadmissible,
because in 1844 Schinz (Syst. Verz. Sâug. i.p. 360) employed it for the species
descrlbed and figured by I. Geoffroy as Galidictis striata (Mag. de Zool. 2nd ser.
i. 1839, pp. 32-33, pl. xviii). Although, according to modem views, Schinz had
no right to make this aiteration, his action, nevertheless, invalidated the use of
vittata for a second species assigned to Galidictis ; and this conclusion is, of course,
not in any way afiected by the subséquent removal of vittatus, Gray, to the genus
Mungoticüs.
I propose, therefore, to rename the species in question Mungoticüs lineaius ».
Etudes et mentions ultérieures :
J.E. Gray, 1848 ; J.E. Gray, 1864 ; J.E. Gray, 1869 ; T. Gill, 1872 ;
St. G. Mivart, 1882 ; E.L. Trouessart, 1885 ; E.L. Trouessaht, 1898-1899 ;
R.I. PococK, 1915 (a); R.I. Pocock, 1915 (d) ; R.I. Pocock, 1915 («) ; A.L.
Rand, 1935 ; G.M. Allen, 1939.
Source MNHN, Paris
— une strate supérieure plus ou moins discontinue avec des arbres de 20 à 30 m de hauteur. — une strate moyenne avec des
arbustes de 3 à 6 m de hauteur à feuillage parfois persistant. — une strate inférieure inexistante, le sol est recouvert de
feuüles mortes.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
43
a) Descriptions
Descriptions antérieures :
J.E. Gray a ainsi décrit en 1848 cette espèce :
. Grey, black and whlte grizzled ; back and sides eight nearly equal, parallel,
narrow, black-brown streaks ; chin and beneath pale brown ; hind-feet and outer
sides of fore-legs reddish brown. Tai! subcylindrical, bushy, black and grey
grizzled, white towards the ends ; hairs elongate, brownish white, with two
(rarely three) broad black rings.
Hab : « Dr. T.R.H. Thomson, Surgeon R.N., who had one of these animais
for six months on board ship, says it was procured at Tulyah Bay, Madagascar ».
Galidictis vitfala Gray, 1848 (nom donné par Schinz en 1844 pour
une autre espèce) a été mis à juste titre en synonymie par R.I. Pocock
en 1915.
Diagnose :
L’allure générale de l’animal est identique aux autres GaUdiinae ;
le corps est allongé et les pattes sont assez robustes.
Les pattes postérieures sont plus développées que les pattes anté¬
rieures et les griffes sont plus longues que chez Galidia. Les coussinets
plantaires et palmaires sont sensiblement les mêmes.
La coloration du pelage est gris très pâle ; les poils sont blancs
annelés de brun foncé. Huit stries dorsales et latérales brun foncé, larges
d’environ 4 mm, sont très apparentes. La queue très pâle, blanchâtre,
n’est pas annelée. La partie ventrale, le cou et le dessous des pattes sont
gris clair.
Le crâne est proche de celui de Salanoia et la denture est également
de type broyeur.
Mensurations de l’adulte :
Tête et corps = 340 mm ; queue = 270 mm ; dimension du pied =
68 mm ; dimension de l’oreille = 28 mm ; longueur du crâne = 58 mm.
b) Répartition et habitat (fig. 17 ; pl. V, fig. 3) :
L’aire géographique de Mungotictis d. lineata semble limitée aux
formations à Didiéracées et Euphorbiacées ainsi qu’aux forêts sèches du
Sud de Madagascar. Deux récoltes sont actuellement connues : l’une
citée par J.E. Gray dans la baie de Tuléar en 1847 et l’autre par A.L.
Rand au lac Tsimanampetsotsa en 1930.
Source : MNHN,. Paris
44
B. ALBIGNAC
Fig. 24. — Galidicfis fasciata (Gmelin).
c) Rareté relative :
Mungotictis à. lineata semble actuellement être devenu très rare.
Les fortes dégradations du milieu naturel et l’acclimatation de Viverricula
indica dans ces zones contribuent probablement à la régression de cette
sous-espèce.
Galidictis I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839
Gamctis I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839, Mag. de ZooL, (2) 1, texte de la
pianctie XI, Hg. 3 (nom nouveau pour Galictis I, Geoffroy Saint-Hilaire 1837
nom préoccupé par Galictis Bell, 1826, Mammifères Musielidae). Espèce type •
Viiierra sinala Desmarest, 1820. . e j-r
Galidictis fasciata (Gmelin, 1788) (fig. 24 et 25)
R.I. PococK dans sa révision du genre Galidiciis (1915, Ann. Mag.
A at. Hist., (8) 16, pp. 11 à 120) a tenu compte des caractères de coloration
de la queue et de la partie ventrale du corps, ainsi que de la répartition
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
45
géographique, pour diviser ce genre en deux espèces. Il nous paraît,
par contre, beaucoup plus net de voir ces différences au niveau des bandes
brun foncé dorsales et latérales (parfois au nombre de 8 et parfois au
nombre de 6). Il nous semble également préférable de ramener les espèces
établies par Pocock au rang de sous-espèces, liées à des répartitions géo¬
graphiques différentes, qui pourront être distinguées dans la clef suivante :
— Pelage beige clair, presque blanc, avec six bandes larges brun
foncé sur le dos et les flancs . G. f. fasciata
_ Pelage plus foncé, brun clair tirant sur le jaune, avec huit
larges bandes d’un brun roux foncé sur le dos et les flancs
. G. f. slriata
Galidictis fasciata fasciata (Gmelin, 1788)
Description originale : 1788, Gmelin, Syst. Nat., (13) 1, p. 98 (Viverra).
Type introuvable.
Synonymies :
_ Le chat sauvage à bandes noires des Indes, Sonnerai, 1781, Voyage aux
Indes et à la Chine, 2, pp. 143 à 145.
— Le putois rayé de l’Inde, Buffon et Daubenton, 1789, Hist. Nat., suppl.,
7. p. 231.
— Viverra slriata Desmarest, 1820, Encycl. méthod., Mammalogie, p. 210
(description d’après Sonnebat et Buffon).
— Galidictis vittata Schinz, 1844, Syst. Verz. Saugethiere, 1, p. 360.
_ Galidiclis eximius Pocock, 1915, Ann. Mag. Nat. Hist., (8) 16, p. 116.
Holotype femelle conservé au British Muséum (Natural History) sous le nom de
Galidictis eximius et avec le no 15-9-18-2 ; provenance : Ambinanindrano (proche
d’Ifanadiana). Description anatomique de Beddabd (1907) sous le nom de
Galidictis striata.
Etudes et mentions ultérieures :
Sonnebat, 1781 ; Gmelin, 1788 ; Buffon et Daubenton, 1789 ; M.A.G.
Desmarest, 1820 ; E. Geoffroy, 1826 ; Fischer, 1829 ; Cuvier, 1829 ; I.
Geoffroy, 1837 ; I. Geoffroy, 1839 ; Schinz, 1844 ; J.E. Gray, 1864 ; J.E.
Gray, 1869 ; T. Gill, 1872 ; St. G. Mivart, 1882 ; E.L. Trouessart, 1885 ;
E. L. Trouessart, 1898-99 ; F.E. Beddard, 1907 ; E. Schwarz, 1911 ; R.I.
Pocock, 1915 (a); R.I. Pocock, 1915 (d) ; G. Grandidier et G. Petit, 1932 ;
G.M. Allen, 1939 ; W.K. Gregohy et M. Hellman, 1939 ; G.G. Simpson, 1945 ;
F. Bourlièbe, 1955 ; G. Petter, 1961.
a) Descriptions
Descriptions antérieures :
SONNERAT donne en 1781 une planche et décrit cette espèce comme
étant gris lavé de roux, le corps est rayé de six bandes noires qui com¬
mencent derrière la tête et se terminent au niveau de la queue, qualifiée
de « grêle ».
Source : MNHN, Paris
46
R. ALBIGNAC
Buffon, en 1789, décrit la même espèce et donne une nouvelle
figure. Desmarest, en 1820, donne le nom de Viverra striata en se réfé¬
rant aux planches de Sonnerat et Buffon et en ignorant le travail
de Gmelin publié en 1788. Pocock, en 1915, dans une révision du genre,
proposa le nom de Galidiciis eximius ; il refait la description, précise
la localité d’origine et désigne un type.
Diagnose :
L allure générale de 1 animal est celle des autres Galidiinae mais
les caractères crâniens, surtout, et la coloration du pelage sont, par contre,
nettement différents ; les pavillons des oreilles sont également plus
développés.
La denture est d'un type particulier, la troisième incisive est canini-
formc et les canines sont hyperdéveloppées chez cette espèce, donnant
ainsi une allure plus massive au crâne, surtout à la mâchoire inférieure.
Le pelage est beige très clair, presque blanc, et six lignes dorsales
et latérales brun foncé de 10 à 15 mm de largeur partent de la base de la
tête et vont jusqu’au niveau de la queue. La partie ventrale, le cou et la
queue sont blanc sale ; toutefois la base de la queue, assez peu fournie
par rapport aux autres Galidiinae, est de couleur brun roux, légèrement
annelée sur les 7 à 10 premiers centimètres.
Mensurations de l'adulte :
Tête et corps = 298-316 mm ; queue = 215-242 ram ; dimensions
du pied = 64-65 mm ; dimensions de l’oreille = 24-26 mm ; longueur
du crâne = 74 mm (fig. 25). “
b) Répartition géographique (fig. 5) :
Galidiciis f. fasciata semble occuper essentiellement les forêts
ombrophiles de la région Sud-Est de Madagascar.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
47
Un exemplaire provient d’Ambinanindrano (près d’Ifanadiana)
il est conservé au British Muséum (National History) sous le n® 15-9-18-2
et est identifié Galidiciis eximius. Nous avons également pu obtenir
une récolte à Kianjavato.
c) Rareté relative :
Galidictis f. fasciala est toujours très discret et paraît être assez
rare.
Galidictis fasciata striata (E. Geoffroy Saint-Hilaire, 1826)
Description originale : 1826, E. Geoffroy Saint-Hilaire, Diction, classique
d’Hist. nat., 10, p. 214 (Mustela). Type introuvable.
Synonymies :
— Putorius slriatus G. Cuvier, 1829, Règne animal, (2) 1, p. 144.
_ Galidiciis striala I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839, Mag. de ZooL, (2) 1,
p. 33, pl. 18 et 19.
— Galidictis ornatus Pocock, 1915, Ann. Mag. Nat. Hist., (8) 16, pp. 118 à
120. Holotype mâle conservé au British Muséum (Natural History) sous le nom
de Galidiciis ornatus et avec le n° 76-1-31-22 ; récolteur R. Martin ; provenance :
Andevoranto (20 km au Sud-Est de Brickaville).
Etudes et mentions ultérieures :
E. Geoffroy Saint-Hilaire, 1826 ; G. Cuvier, 1829 ; Fischer, 1829 ;
I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1837 ; 1. Geoffroy Saint-Hilaire, 1839 ; Schwarz,
1911 ; R.I. Pocock, 1915 (a) ; R.I. Pocock, 1915 (d) ; G.M. Allen, 1939.
a) Descriptions :
Descriptions antérieures :
La première description de ce taxon semble être celle de
E. Geoffroy Saint-Hilaire en 1826. G. Cuvier, en 1829, décrit le
même spécimen sous le nom de Putorius striatus :
n de la taille de la belette d’Europe, d’un brun roussâtre avec cinq lignes
longitudinales blanchâtres ; le dessous et presque toute la queue blanchâtre ».
I. Geoffroy Saint-Hilaire, en 1839, après avoir examiné le type
de son père, décrit à nouveau cette espèce sur un adulte envoyé par
J. Goudot en signalant que
« La Musiela slriata est établie sur le jeune âge d’une espèce dont M. Goudot
a envoyé, en 1834, l’adulte».
Dans sa description, I. Geoffroy insiste sur le caractère particulier
du crâne et de la denture et indique que
Source : MNHN, Paris
48
R. ALBIGNAC
» le corps présente en dessus cinq grandes bandes noires longitudinales
et deux autres plus petites de même couleur sur un fond grisâtre, tandis que
la queue est, au contraire, sa base exceptée, uniformément blanche ».
Enfin R.I. Pogock, en 1915, a repris la description sous le nom de
Galidictis ornatus et déposé un type au British Muséum (Natural Histoiy).
Diagnose :
La couleur générale est plus sombre ; le fond du pelage beige clair
presque blanc de Galidictis f. fasciata est brun clair tirant sur le jaune
chez Galidictis /. striata; huit bandes brun roux foncé qui se rejoignent
parfois au niveau des épaules se répartissent sur les parties dorsales
et latérales du corps. La partie ventrale et les pattes sont jaunâtres et
la queue grêle est entièrement blanchâtre.
Mensurations de l'adulte :
Tête et corps = 325 mm ; queue = 255 mm ; dimensions du pied =
65-71 mm; dimensions de l’oreille = 25-29 mm .
b) Répartition et habitat (fig. 5) :
Galidictis f. striata occupe le Nord-Est de l’île. Plusieurs spécimens
proviennent de la région de Brickaville.
c) Rareté relative
Galidictis f. striata, comme Galidictis /. fasciata, paraît être assez
rare de nos jours.
3. Sous-famille des Cryptoproctinae
Un seul genre, monospécifique, représente cette sous-famille.
Genre Cryptoprocta Bennet, 1833
Cryptoprocta Bennett, 1833, Proc. Zool. Soc. London, I, p. 46. Espèce type •
Cryptoprocta ferox Bennett.
On n’a toujours admis dans ce genre qu’une seule espèce vivante.
Gr 5 rptoprocta ferox Bennett, 1833
(fig. 26 ; pl. III, fig. I)
Description originale : 1833, Bennett, 1833, Proc. Zool. Soc. London,
I, p. 46. Type conservé au British Muséum (Natural History) sous le n® 55-12-24-
222. C’est un jeune d’environ 6 mois.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
49
Synonymie :
_ Crÿptoprocla iypicus A. Smith, 1834, South African Quart. Journ., 2,
p. 134. Type, un mâle adulte provenant de la forêt Sihanaka, conservé au British
Muséum (Natural History) sous le n» 32-7-19-12.
Etudes et mentions ultérieures :
Bennett, 1833-1834 ; A. Smith, 1834 ; Bennett, 1835 ; H.M.D. Blainville,
1864 : J.E. Gray, 1864 ; A.M. Milne Edwards et A. Grandidier, 1867 ; E.
Thenius, 1867 ; H. Schlegel et F.P.L. Pollen, 1868 ; J.E. Gray, 1869 ; P.
Gervais, 1870 ; T. Gill, 1872 ; St. G. Mivart, 1882 ; E.L. Trouessart, 1885 ;
H Filhol, 1894 ; F.E. Beddard, 1895 ; E.L. Trouessart, 1898-99 ; J. Kunstler
et J Chaîne, 1906 ; A. Garlsson, 1911 ; W. Kaudern, 1915 ; R.I. Pocock, 1916 ;
J. VossELER, 1929 : G. Petit, 1931 ; G, Grandidier et G. Petit, 1932 ; G.M.
Allen, 1939 ; W.K. Gregory et M. Hellman, 1939 ; Mohr, 1942 ; G.G. Simpson,
1945 ; R. Decary, 1950 ; M. Louvel, 1954 ; F. Bourlièrë, 1955 ; M. Kr^zoi,
1957 ; G. Petter, 1961 ; D.H. Wurster et K. Benirschke, 1968 ; C.A. Hill,
1968 ; R. Albionac, 1969 (5) ; J.F. Eisenbero et E. Gould, 1970 ; R. Albi-
QNAC, 1970 (6).
a) Description
Descriptions antérieures :
La première description est de Bennett, en 1833. Cet auteur a
décrit l’espèce Cryptoprocta ferox sur un seul spécimen âgé d’environ six
mois et, malgré cela, avait déjà nettement différencié cette espèce et vu
ses caractères particuliers.
A. Smith nomme ensuite, l’année suivante, une autre espèce
Cryptoprocta typicus passée depuis en synonymie.
Source : MNHN, Paris
50
R. ALBIGNAC
Diagnose :
Le corps de Crypioproda ferox est très allongé ; les pattes sont cour¬
tes et robustes, les postérieures étant nettement plus développées que
les antérieures. Les griffes sont rétractiles, la marche est semi-plantigrade
ou plantigrade et la plante des pattes est largement glabre et munie
de nombreux coussinets (fig. 28 et 29). Le museau est court, le front
large et les oreilles apparentes sont bien séparées à leur base. La queue
musclée est presque aussi longue que le corps.
La couleur générale du corps et delà queue est brun roux sans tache;
la partie dorsale est plus foncée, tendant vers le gris sombre, la partie
ventrale est plus claire, tirant sur le beige ; les flancs sont plus ou moins
orangés. Cette fourrure est composée de poils courts ; la queue aussi
n’est recouverte que de poils de un à deux centimètres de long.
Mensurations de Vadulte :
Le mâle est souvent un peu plus développé que la femelle.
Tête et corps = 700-800 mm ; queue = 650-700 mm ; dimensions
du pied = 120-128 mm; longueur du crâne = 123-130 mm (fig. 27).
Poids : 7 à 12 kg.
Fig. 27. — crâne de Crypioproda ferox.
b) Répartition et habitat (fig. 30) :
Cette espèce occupe l’ensemble des zones boisées de Madagascar
et se rencontre même à 2 000 m d’altitude dans le massif de l’Andringitra.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
51
c) Rareté relative ;
A part quelques zones où Cryptoprocta ferox semble particulière¬
ment abondant, comme dans les régions de Morondava, du Bongolava
et d’Antalaha, il paraît toujours assez dispersé.
Fio. 28. — patte antérieure de Cryptoprocta ferox.
Fig. 29. — patte postérieure de Cryptoprocta ferox.
Source : MNHN,. Paris
52
R. ALBIGNAC
Fig. 30. — carte de répartiUon de Cryptoprocta ferox et Viuerricula indica.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
53
Cryptoprocta ferox s’aventure assez fréquemment dans les villages
et il est alors souvent piégé mais il ne semble toutefois pas encore trop
menacé.
4) Sous-Famille des Viverrinae
Genre Viverricula Hodgson, 1838
Vioenicula Hodgson, 1838, Ann. Nat. HisL, 1 (2), p. 152. L’espèce type
n’est pas indiquée, mais le genre inclut Viverra indica (Desmarest, 1817).
P.RoncJriamariQnUoa
— Vîîiern'cu/a indica (Desmarest).
d'oprâs
Fig. 31.
Viverricula indica (Desmarest, 1817)
(fig. 31, pl. III, flg- 2)
Les individus vivant à Madagascar sont identiques à ceux d’Asie.
L’espèce a certainement été introduite dans la Grande Ile il y a quelques
siècles (G. Grandidier, 1905).
Description origin.4LE : 1817, Desmarest, Nouv. diction. d’Hist. nat.,
7, p. 170 (Viverra).
Synonymies :
— Viverra rasse Horsfleld, 1821, Zool. Res. in Java, 6, planche et texte
[non numérotés].
— Viperra schlegelii Pollen, 1866, in Schlegel, Nederl. Tijdschr. v. Dier-
kunde, 3, p. 78.
Etudes et mentions ultérieures :
M.A.G. Desmarest, 1817 ; M.A.G. Desmarest, 1820 ; D
T. Horsfield, 1832 ; F. Eydoux et P. Gervats, 1836 ; Hodgson, 1838 , H.M.D.
Source : MNHN, Paris
54
R. ALBIGNAC
Blainville, 1864 ; J.E. Gray, 1864; H. Schlegel, 1866 ; H. Schlegel et
F. P.L. Pollen, 1868 ; J.E. Gray, 1869 ; T. Gill, 1872 ; St. G. Mivart, 1882 •
E.L. Trouessart, 1885 ; J.L, Bonhote, 1898 ; E.L. Tbouessart, 1898-99 •
W. Kaudern, 1915 ; G. Grandidier, 1905 ; G. Grandidier et G. Petit, 1932 •
G. M. Allen, 1939 ; G.G. Simpson, 1945 ; F. Boublière, 1955.
a) Description
Descriptions antérieures :
La Civette malgache a souvent été considérée comme différente de
celle d’Asie. En fait, son introduction relativement récente, probable¬
ment contemporaine de l’homme à Madagascar, n’a certainement pas
permis une évolution locale suffisante. Les descriptions de l’espèce
asiatique restent donc ainsi valables pour l’espèce malgache.
Diagnose :
Chez Viverricula indica, le corps est relativement allongé et les
pattes sont courtes ; la plante est presque entièrement recouverte de
poils (fig. 32 et 33). Le museau est long, le front est étroit et les oreilles
très apparentes sont assez rapprochées à leur base. La queue longue est
effilée et annelée.
La fourrure dense est beige clair ; il existe 6 lignes dorsales plus ou
moins continues et des taches noires sur les flancs, ces taches étant
alignées. La région ventrale est beige. La queue, munie de poils assez
courts, est beige clair, striée de 7 ou 8 anneaux noirs très visibles.
Mensurations de l'adulte :
Le mâle et la femelle ont sensiblement la même taille.
Tête et corps : 510-570 mm ; queue : 340-365 mm ; dimensions du
pied : 80-84 mm ; dimensions de l’oreille : 48-50 mm ; longueur du
crâne : 88-92 mm.
Poids : 1 850-2 120 g.
Répartition
b) Répartition et habitat (fig. 30) :
Viverricula indica, vraisemblablement introduit dans le Nord de
l’ile par les premiers immigrants indo-malais, s’est répandu sur tout le
territoire même sur les plus hauts sommets (au-dessus de 2 000 m
d altitude). Actuellement, on rencontre Viverricula sur l’ensemble des
foiroations dégradées, dans les zones marécageuses et dans la végétation
naturelle du Sud. Il est intéressant de remarquer qu’à l’exception du
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
55
Fig. 32. — patte antérieure de Viverricula indica.
FiQ. 33. — patte postérieure de Viverricula indica.
Sud de l’île Viverricula n’a pu pénétrer dans les formations forestières
non dégradées.
c) Rareté relative :
Viverricula est très commun aux environs des villages et semble
en nette expansion dans toutes les formations dégradées.
Source : MNHN, Paris
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Deuxième partie
ÉCOLOGIE DES CARNIVORES MALGACHES
A. — LES MÉTHODES EMPLOYÉES
J _ Technique de capture et intérêt des piégeages pour l’étude
de l'écologie
L’ensemble des captures a été réalisé au cours de nos tournées sur
le terrain L’aide des bûcherons n’a pu que rarement être utilisée, car
les pièces locaux tuent dans la plupart des cas les animaux. Nous avons
en outre constaté que les villageois se contentent souvent de pieger
aux alentours immédiats de leur village. La réalisation personnelle de
ces piégeages nous a permis :
— d’étudier les niches écologiques particulières à chaque espèce,
_(je connaître avec précision les endroits de captures, ce qui nous
a permis d’établir des cartes de répartition des animaux dans les zones
prospectées et d’apprécier leurs densités relatives,
— de piéger systématiquement, dans une même région, dans tous
les habitats qui semblaient intéressants,
_ enfin, de disposer d'un matériel vivant en bon état pour les
études de laboratoire.
Pièges utilisés et appats
(pl. IV, fig. 1 à 4)
Nous avons utilisé 20 pièges, trappe en fer de différentes dimensims.
Ces pièges sont pliants ; un principe de déclenchement simp e permet
à une porte de tomber derrière l’animal et de le capturer sans le blesser.
L’emploi comme appât des rats morts et de U viande bÇeuf ne
donne que des résultats assez médiocres ; 1 emploi de
de rats vivants est à peine plus satisfaisant. Nous avons obtenu nos
Ailleurs résultats avec des morceaux d’anguilles fraîches et du poisson ,
Source : MNHN, Paris
58
R. ALBIGNAC
l’odeur dégagée par ces appâts est très forte, elle doit beaucoup mieux
attirer les animaux.
Le piège appâté est posé sur le sol à proximité des chemins de pas¬
sage des animaux (très visibles en forêt). Pour éviter que les animaux
ne prennent l’appât sur le côté ou par le fond du piège, celui-ci est en¬
touré de branches et de feuilles mortes retenues à l’aide de piauets
(pl. rv, fig. 1).
Nous avons pu capturer :
— plus de 100 Galidia elegans.
— 15 Mungotids decemlineaia.
— 16 Fossa lossana.
— 7 Cryptoprocia ferox.
— 2 Viverricula indica.
Nous avons parfois utilisé des pièges locaux pour Cryptoprocta
jerox et Eupleres goudotii.
— Pour Cryptoprocta ferox, le piège utilisé par les paysans est une
véritable cage de bois munie d’une porte à glissière qui tombe au moment
du déclenchement ; le piège est appâté avec un poulet vivant.
— Pour capturer Eupleres goudotii, nous avons notamment utilisé
le piège à collet posé sur le sol (pl. IV, fig. 4) ; ce piège nous a donné les
meilleurs résultats et il a été ainsi possible de capturer quatre animaux
en parfait état.
Le nombre des animaux étudiés en captivité est détaillé dans le
tableau ci-dessous.
Espèce
Total
des
spécimens
étudiés
en
captivité
M
F
A
J
Spécimens
étudiés
vivants
pendant
plus
de 6 mois
Galidia eleçans cli’ffrm's
57
15
22
37
20
52
Galidia elegans dambrensis ....
13
i
6
10
3
II
Galidia elegans occidenlalis ....
13
6
3
9
4
13
Mungolicüs d. decemlineaia _
20
4
7
11
9
8
Fossa fossana .
22
9
7
16
6
19
Eupleres goudotii goudotii .
2
1
1
2
Eupleres goudotii major .
7
4
3
6
1
Crgptoprocla ferox .
13
3
4
7
6
13
Viverricula indica .
5
2
2
4
1
5
M : mâle. — F : femelle. — A : adulte. — J : Jeune.
1
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
59
II. — Alimentation en captivité
La nourriture offerte aux animaux est essentiellement composée
de viande fraîche et de cœur de bœuf (2/3 viande, 1 /3 cœur).
A cette ration de base nous ajoutons une fois par semaine, le lundi,
de la poudre d’os (environ 50 g, pour 9 kg de viande) ; les autres jours,
V compris le dimanche, 2 cuillerées à soupe d’huile de foie de morue sont
nioutées pour l’ensemble des rations. Du lait en poudre dissous dans
l’eau et additionné d’une mesure d’Alvityl (sirop polyvitaminc) est
distribué chaque jour. Deux fois par semaine, nous ajoutons du poisson
dans la ration et une fois par semaine, des œufs.
Ce régime de base est parfois modifié en tenant compte des exigences
des différentes espèces et de l’état physiologique des animaux.
Galidia et Mungolictis reçoivent environ 100 g de la ration type
chaque jour, distribués en deux fois, vers 10 h 30 du matin et à 14 h 30,
et 10 cc de lait par animal. Les femelles gestantes ou qui élèvent des
jeunes sont nourries un peu différemment ; en plus de la ration normale,
nous ajoutons un peu plus de lait, environ 20 cc, et remplaçons la poudre
d’os par 4 ou 5 petites grenouilles par jour et par îcinelle gestante. Au
moment du sevrage, le jeune reçoit, en plus de la ration normale, 4 ou
5 petites grenouilles.
Pour Fossa, la quantité de nourriture est portée à environ 200 g
par jour, distribuée uniquement le soir vers 17 l^eures ; à la ration type,
on ajoute, chaque semaine, anguilles et batraciens (20 g par animal).
La quantité de lait est portée à 20 cc par jour et par animal.
Les femelles gestantes reçoivent quelques petits batraciens en plus
de la ration normale ; la poudre d'os est alors supprimée.
La ration journalière de Viverricula se compose de 150 g de viande
et cœur, ainsi que de deux bananes par animal. La distribution se fait
également dans l’après-midi.
Crijptoproda a un régime un peu différent comportant relativement
plus de viande.
300 g de cœur de bœuf sont distribués par animal le^in, vers
10 h 30 et 400 g de viande l’après-midi. Le cœur de bœuf est enduit
d’huile de foie de morue tous les matins et une fois par semaine d
poudre d’os.
Chaque animal reçoit également 20 à 30 ce de lait tons les jours.
Des Rongeurs et des poulets vivants sont parfois distribués.
Eupleres goadolii a un régime tout à fait P^^^kulier composé es¬
sentiellement de vers de terre (500 à 600 g par jour), de viande coupée
Source : MNHN, Paris
60
R. ALBIGNAC
en lamelles (100 à 120 g par jour) ; cette ration est complétée par quel¬
ques sauterelles, des batraciens et parfois des larves ou des escargots
préalablement écrasés.
Tous les animaux disposent d’eau en permanence. Dans presque
tous les cas, les couples, une fois formés, vivent dans une même cage
jusqu’au moment de la naissance d’un jeune.
B. — ÉTUDE DES ESPÈCES
I. — Fossa fossana (P.L.S. Müller, 1776)
Nom commun : Genette fossane.
Nom vernaculaire : Tombokatosody, Kavahy et Fanaioka (ce dernier nom
est commun à Eupleres et à Fossa).
1. Abris
a) Dans la nature. — Peu de renseignements précis ont pu être
recueillis sur les abris utilisés par Fossa dans la nature. Cette espèce
forestiere, de mœurs nocturne, est très rarement signalée par les bûche¬
rons et elle est difficile à observer.
, , Un couple a toutefois été piégé près d’éboulis rocheux et les animaux
s abntaient vraisemblablement dans les anfractuosités de ces rochers.
b) En captivité. — Fossa choisit toujours un tronc creux pour
s abriter (pl. VI, fig. 5). Cinq couples de Fossa ont été observés en serai-
captmté et jamais ils n’ont construit de terrier, ils peuvent tout au plus
gratter légèrement le sol à l’aide de leurs pattes antérieures.
En cage, les animaux disposent de niches toujours utilisées par le
couple. Généralement le couple dort dans la même niche, mais quelques
jours avant la naissance d’un jeune, la femelle cherche à en éloigner
le mâle. ®
La présence d’abris disponibles semble donc très importante pour
cette espèce. Les abris possibles dans le milieu naturel, souches creuses
et eboulis rocheux, sont plus ou moins nombreux et leur abondance a
probablement une influence sur la densité des animaux.
2. Rythme d’activité
a) Dans la nature. — Nous n’avons pu observer cette espèce dans
la nature que fortuitement et de loin ; les bûcherons la rencontrent par¬
fois la nuit et la décrivent toujours disparaissant très rapidement dans
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
61
l’épaisseur de la forêt, ce qui confirme nos observations. Ce serait une
espèce exclusivement nocturne.
b) En captivité (fig. 34). — Aussitôt après la capture, Fossa fossana
montre un rythme typiquement nocturne. Il ne se réveille jamais avant
la tombée de la nuit et se couche au plus tard au lever du jour.
Un enregistrement automatique des passages (appareils Mémotop)
fait en chambre terrarium, parallèlement sur un couple de Galidia
elegans et sur un couple de Fossa fossana montre bien leur rythme
inverse (fig. 34).
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Fio. 34. — histogramme d'activité de Fos&a fossana, activité nocturne ;
entre 6 h et 17 h 30, les animaux ne sont jamais actifs.
L’activité est réduite au réveil puis devient importante, un peu
plus d’une heure après. Au milieu de la nuit, les repos sont nombreux
mais toujours assez courts. Enfln, une période d’activité assez impor¬
tante précède le coucher des animaux.
3. Postures, locomotion, manipulations
a) Postures (pl. VI, fig. 1). —fossa fossana présente peu de pos¬
tures différentes : au repos, il adopte le plus souvent position cochée
sur le côté, enroulé plus ou moins sur lui-même avec la tete généralement
posée sur une patte antérieure.
Source : MNHN, Paris
62
H. ALBIGNAC
Il peut aussi parfois rester assis sur le train arrière, appuyé sur
les pattes antérieures, attentif au moindre bruit.
En activité, nous ne l’avons jamais vu en position dressée, debout
sur les pattes postérieures.
La posture à l’arrêt est celle qui est habituelle chez les quadru¬
pèdes : l’animal se tient dressé sur ses quatre pattes avec la queue dans
le prolongement du corps.
Lorsqu’il est inquiet, alerté par un bruit inhabituel assez éloigné
(10 mètres au moins), il dresse les oreilles et oriente d’abord les pavillons
vers la source de bruit puis tourne ensuite la tête dans ce sens (pl. VI,
fig. 1). Apeuré, il fuit très rapidement.
La distance de fuite est relativement importante : 10 à 15 mètres
en semi-liberté pour des animaux fraîchement capturés. Dans la nature,
cette distance est nettement plus importante, de l’ordre d’une centaine
(le mètres.
b) Locomotion. — Les membres de Fossa jossana sont très frêles
par rapport à la taille du corps ; les pattes postérieures sont à peine plus
développées que les pattes antérieures. La description des membres a été
faite en détail par R.I. Pocock (1915). Il faut remarquer un très grand
développement du métatarse des pattes postérieures. Fossa fossana se
déplace normalement en n’appuyant sur le sol que l’extrémité des doigts
dépourvue de poils ; la marche et la course sont ainsi nettement digiti¬
grades et les soles plantaires et palmaires sont bien différentes de celles
des Galidiinae (fig. 3 et 4).
Les déplacements se font à des allures variables mais toujours
à terre ou sur des supports plus ou moins horizontaux. L’espèce ne
grimpe presque jamais dans les branches. Fossa fossana adopte le plus
souvent la marche ; la course est un galop rapide.
— Analyse de la marche (fig. 35). — L’analyse d’un film tourné à
24 images/secondes nous montre qu’après la patte antérieure gauche
c’est la patte postérieure droite qui avance ; c’est ainsi la patte du côté
opposé qui entre en mouvement et l’animal n’est pas déséquilibré.
Ensuite, c’est la patte antérieure droite qui se lève en même temps que
la patte postérieure droite se pose ; ce sont donc les deux pattes du même
côté qui permettent à l’animal de poursuivre sa progression. Dans le
cas de Fossa ce changement de côté ne s’accompagne pas d’un bascule¬
ment du corps comme chez Galidia. Les pattes des côtés gauche et
droit sont très rapprochées du centre de gravité de l’animal, ce qui ne le
déséquilibre pratiquement pas.
La progression en avant est de l’ordre de 30 cm à chaque cycle.
— Analyse de la course (fig. 36). — L’animal peut accélérer légère¬
ment les mouvements de la marche mais pour les déplacements rapides
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
63
Fig. 35. — marche de Fossa fossana, dessins d’après des prises de vue ciné¬
matographiques.
la course adoptée est une sorte de galop. La progression en avant pour
un cycle est alors d’environ 60 à 80 cm.
Au cours du galop, les pattes antérieures ne se posent pas ensemble
mais l’une après l’autre, alors que les pattes postérieures s’appuient
simultanément sur le sol.
Fig. 36. — galop de Fossa /bssana, d’après des prises de vue cinématographiques.
Source : MNHN, Paris
64
H. ALBIGNAC
Cette course est très caractéristique de l'espèce et peut la faire
reconnaître au premier coup d’œil quand on l’observe de nuit au bord
d’une route. J’ai toujours été frappé par la rapidité avec laquelle cet
animal s’enfuyait. En réalité, cette course ne dure qu’un court instant ;
Fossa s’arrête brusquement, écoute avec soin, puis repart pour une
nouvelle course brève. Cette fuite saccadée rend probablement la pour¬
suite difficile car la fourrure de l’animal se confond avec l’environnement
et l’absence de mouvements continus en fait perdre la trace.
Cet animal n’est pas arboricole. Il peut toutefois monter le long des
branches assez grosses et inclinées au plus de 50o ; c’est ainsi qu'on peut
parfois le voir à 2 à 3 mètres au-dessus du sol sur des branches, mais il
est incapable d’attaquer une proie dans les arbres.
Fossa jossana ne va jamais en eau profonde, par contre il ne craint
pas de marcher dans l’eau en s’y enfonçant jusqu’à la hauteur du corps
ÔO à 15 cm au maximum) à la recherche de proies aquatiques comme les
crabes, écrevisses, batraciens et anguilles.
c) Manipulations. — Contrairement à Galidia, Fossa ne se sert
que très rarement de ses pattes pour les manipulations, il ne peut pas
saisir un objet avec les pattes ni même le projeter, comme le font les
Galidiinae. La capture des proies se fait uniquement à l’aide de la gueule
qui peut s'ouvrir très largement. La musculature du cou et des mâchoires
est du reste très importante. Une fois que la proie est saisie dans la gueule
et si elle est relativement grosse (rat ou anguille par exemple), l’animal
peut par contre s’aider de ses pattes antérieures pour la maintenir au
sol, afin de la déchiqueter plus facilement. Ses griffes l’aident à tenir
la proie et servent aussi à gratter superficiellement le sol à la recherche
de vers de terre et de larves.
4. Moyens d’intercommunication
a) Signaux auditifs (planche XVI). — Contrairement à d’autres
espèces de carnivores malgaches, Fossa fossana ne paraît émettre que
peu de cris différents. Aucun cri de contact ne semble exister entre
adultes; les déplacements du couple sont toujours extrêmement dis¬
crets.
Les seuls cris ayant pu être mis normalement en évidence sont des
cris d’intimidation, de défense ou d’attaque ; ils sont très peu fréquents.
Un cri de contact entre parents et jeune a d’autre part été remarqué
au moment de la reproduction.
Un certain nombre de cris sont également émis au moment des
accouplements ; ces derniers se rapprochent des cris d’intimidation et
de défense.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
65
_ Ci-js d’intimidation, de défense et d'attaque. — Fossa n’émet
aucun son quand on l’approche et c’est seulement s’il se sent acculé qu’il
pousse une sorte de grognement sopd continu emis sai^ ouvrir la
gueule ; le maximum d’intensité se situe entre 0,5 à 0,6 kHz.
Dans le cas où on essaie de le saisir (cri de défense ultime) ou au
cours de combats entre individus, il pousse un miaulement rauque
saccadé d’une intensité relativement forte ; il ouvre en meme temps la
gueule et menace de mordre son agresseur ; le premier son est générale¬
ment plus long et dure 5 secondes (intensité situee entre 0 et J.5 kHz
et entre 3,5 et 4,5 kHz), les autres cris sont ensuite plus courts (2 se¬
condes) et la zone d’intensité maximale se situe de 0 à 1 kHz ; ils se ré¬
pètent toutes les demi-secondes au début, puis toutes les 2 secondes.
— Cris émis pendant l'accouplement et après la partuntion. — Pen¬
dant la période d’approches précédant le coït, le male et la femelle
poussent assez souvent des grognements sourds pouvant durer plusieurs
secondes, identiques aux cris d’intimidation.
Les animaux peuvent aussi se trouver face à face, la gueule grande
ouverte, et ils émettent en même temps un miaÿement rauque très
saccadé variable, très proche du cri d’attaque ; f
coudes ; sa zone d’intensité maximale se situe de 0 à 0,5 kHz et de 1 a
1,5 kHz. Ce cri se répète toutes les demi-secondes.
Enfin au moment de la parturition et pendant 4 à 5 mois, en pré¬
sence du jeune uniquement, le mâle et la femelle poussent fréquemment
des petitreris secs d’une seconde pouvant être répétés plusieurs fois
(toutes les 1 12 sec). C’est un hoquet, sorte de « coq » dont le maximurn
d’intensité se trouve situé entre 0,5 et 1,5 kHz. Ce cri de contact est
émis chaque fois que le jeune s’éloigne de sa mère ou après un cri d ap
Del du iâine. Ce son est perceptible même si la mère porte so" peM
dans la gueule. Si l’on sépare le jeune de sa mère, un jour plus tard o
ne remarque plus ce cri.
Le ieune émet pendant les 4 ou 5 premier mois le même en de
contL que les parLts, parfois suivi d’un
aigu qui semble pouvoir être interprète comme un cri d ^
cil est émis pendant 4 à 5 secondes et sa zone d’mtensité maximale est
de 1 kHz.
b) Signaux ollactifs. - Les sigeaux oHactifs et priacip.lemeat
les marquages sont assez fréquents chez Fossa fossana.
St G Mivart (1882) puis R.I. Pocock (1915) ont déjà signale
l’abseLe^de glandes préputiales chez cette espèce
d’une glande anale très nettement différenciée n a pas été vue p
auteurs.
Source : MNHN, Paris
66
R. ALBIGNAC
— Comportement de marquage et zones glandulaires. — L’étude du
comportement de marquage et l’observation directe sur des animaux
vivants ont permis de localiser un certain nombre de zones glandulaires.
Le mâle et la femelle frottent en effet assez souvent, surtout en
période de reproduction, leur région anale sur le sol, sur les pierres ou
sur les branches plus ou moins horizontales. Le frottement de cette région
s’accompagne de mouvements longitudinaux et plus ou moins latéraux
de l’arrière train ; parfois même l’animal se traîne sur 4 ou 5 centimètres.
En examinant cette région on remarque, chez le mâle et chez la
femelle, un anneau glandulaire qui entoure l’ouvertui-e anale. Cet anneau
est plus développé au cours de la période d’activité sexuelle.
Pour marquer les supports verticaux, la base d’un tronc d’arbre
par exemple, les animaux frottent longuement la partie inférieure du
cou. On peut observer à ce niveau une zone presque sans poils de 3 mm
de diamètre. Deux autres zones moins importantes existent sur chaque
côté de la face (zone maxillaire). Quelques longs poils tactiles sont im¬
plantés dans chacune de ces régions. Les vibrisses sont bien développées.
Une coupe dans la glande péri-anale montre un épiderme assez
épais. Au-dessous de cet épiderme, on remarque de très importants amas
de lobules sébacés non annexés à des poils, indiquant une zone glandu¬
laire bien développée.
Les zones maxillaires et la zone du cou montrent des amas de
glandes sébacées toujours annexés aux poils, en surface, et des glandes
sudoripares, en profondeur. Ces régions ne semblent donc pas être des
zones de sécrétion très importantes.
c) Signaux visuels. — Les signaux visuels ne sont pas nettement
apparents chez cette espèce nocturne. C’est certainement l’olfaction ou
l’ouïe qui jouent le rôle majeur dans la plupart des comportements
Au cours de la parade sexuelle, il semble cependant que certains
signaux visuels, comme l’ouverture démesurée des mâchoires, puissent
jouer un certain rôle.
5. Vie sociale
a) Structure sociale. — Fossa est toujours très peu sociable. Plu¬
sieurs piégeages ont permis de le constater ; il semble en effet que cette
espèce vive surtout par couples isolés. Dans trois cas nous avons pu
capturer mâle et femelle au même endroit, et bien souvent aussi dans
des pièges voisins.
En captivité, je n’ai jamais pu mettre deux couples dans la même
chambre terrarium. Cette espèce, qui semble à la fois craintive et dis¬
crète, est très agressive envers ses congénères ; dans tous les cas, il a
fallu rapidement séparer les animaux pour ne pas les perdre.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
67
Le couple fonné est très lié ; le mâle et la femelle dorment généra¬
lement dans le même abri pendant la journée.
Au cours des déplacements, le couple est toujours très silencieux et
comme nous l’avons vu, les animaux n’émettent aucun en de contact
en dehors de la période où il y a un jeune.
h\ Jeux - Il est exceptionnel que le mâle et la femelle jouent en-
sembll it les séances de léchage réciproque sont relativement rares i
on les compare à celles des Galidia. , • j „
Les Fossa sont dans l’ensemble très peu actifs en dehors des pénodes
de chasse ou de défense du territoire.
np/ense et attaaue. — La femelle qui est sur le point de mettre
U A 1 «vress ve et le jour de la parturition, elle ne supporte plus
fe" ses même en chambre terrarium il a été nécessmre de
Te m^ême'typrde comportement se remarque dans la défense du
territoL i Ss attaques sont même dans ce cas plus vmlentes.
6 Domaine vital et territoire
apprï^iîæSSÆ^-S- 7
La technique de piégeage la Pl“ lignest
pièges eu ligne, toijoL poursuivi 3 à 8 jours après
Ctê”:.Tcre“de leur^areté relative, les animaux n'ont
toutefois presque jamais pu être relâches. caractérisée
Dans la zone d’aUitufc, un’seul couple a
par une forêt «nibroplnle situee à mèt ^ kilomètre. Le mâle
"erprerVTSTrsitt est iaMe et ii est possible qne chaque
couple occupe environ une ^ p, localiser trois
Dans la zone de Faralangana (fig. ). endroit, la densité est
couples sur 100 hectares (pièges 1 à 11). En cet enar
Source : MNHN, Paris
68
R. ALBIGNAC
Fig. 37. — zone d’Ambohitralanana (Antalaha). Les pièges 1 à 4 sont
posés le long d’un ruisseau ; les autres sont posés le long d’une ligne de crête.
voisine d’un couple pour 35 hectares ; elle correspond au maximum
de ce que nous avons pu observer.
Dans la zone de Vondrozo (fig. 39), la densité de Fossa fossana semble
très faible et ne pas dépasser un couple pour 100 hectares.
Un mâle capturé une première fois a été relâché et capturé à nouveau
au même endroit 11 mois plus tard.
On peut admettre chez cette espèce, très attachée à son territoire,
que le domaine vital peut grossièrement être évalué à partir de la densité.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
69
^,v^Q/î.;-.s
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LEGENDE
Ligne de cfiangement
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Ligne de crête ^
Rivières et ttialwegs\
Pièges
Forêts
Savane \ŸC.^“'^r,
Route principale;--';^
BB'P.ùî.' ';
ECHELIE==
SCO ni ^
REFEItENCIS :
CARIE ICN •- PO 57 • 1/10000
Fig. 38. — zone de Farafangana. L’ensemble des pièges est pratiquement
posé le long de petits cours d’eau, à l’exception toutefois de la série B.
Source : MNHN, Paris
70
R. ALBIGNAC
Fig. 39. — zone de Vondrozo. La direction générale du piégeage est orienté
perpendiculairement aux lignes de crêtes ; des petits cours d’eau existent dans le
fond de chaque vallée.
La surface du domaine vital paraît ainsi varier entre 35 et 100
hectares. Ces écarts très importants peuvent être liés à la densité des
petits cours d’eau et des abris disponibles.
Une étude faite en captivité avec enregistrement automatique des
passages sur «appareil Memotop » permet d’obtenir, outre les rythmes
d’activité, des renseignements sur les distances parcourues chaque jour.
Ainsi dans la nuit du 30 novembre au l«r décembre (voir chapitre rythme
d’activité et fig. 34) 314 passages ont été enregistrés ; dans les conditions
de l’observation, chaque passage correspond à un parcours d’environ
Source : MNHN. Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 71
20 mètres ; le couple a donc couvert environ 6 kilomètres, soit 3 kilo¬
mètres par animai.
Dans un domaine vital circulaire d'une surface de 40 à 100 hectares,
en supposant le gîte au centre, il faut que l’animal couvre de 800 à
1 200 mètres pour effectuer un aller retour en suivant un rayon. La
distance parcourue chaque jour en captivité est nettement supérieure
à ce chiffre, mais cette différence est peut être en relation avec le type
particulier d’alimentation de cet animal.
Comme nous le verrons, le mode de capture des proies est moins
varié que celui des Galidiinae.
Fossa fossana se nourrit en outre surtout d’animaux aquatiques ou
localisés au bord des eaux. En examinant avec soin les points de capture
de ces animaux, on constate qu’ils sont toujours localisés près d’un ruis¬
seau alors qu’on avait également tenté de les piéger ailleurs; dans la zone
3, dense en petits ruisseaux riches en faune aquatique, on a pu localiser
un couple à proximité de chacun d’eux. On peut donc supposer que Fossa
jossana, pendant ses déplacements, longe uniquement les zones humides.
Le domaine vital n’est alors pas circulaire mais allongé sur deux ou
trois kilomètres, ce qui explique les distances quotidiennes importantes
que l’animal est obligé de parcourir pour satisfaire ses besoins alimentaires
7. Alimentation
a) Dans la nature. — Le régime alimentaire dans la nature n’a
pu être étudié que par la récupération de quelques fécès au moment de
la capture. Leur analyse nous a permis d’identifier des élytres d’Insectcs
et de petits fragments d’os (certainement de Batraciens), et, dans deux
cas, des poils de Rongeurs. A.L. Rand (1935) a pu relever quatre conte¬
nus stomacaux ; ils renfermaient tous des Insectes et l’un d’entre eux un
Lézard.
b) En captivité. — Le régime en captivité apparaît assez spécialisé,
comme le montrent les tests réalisés.
Les proies les plus couramment choisies sont des animaux aqua¬
tiques ou que l’on rencontre fréquemment au bord de l’eau. Comme nous
l’avons vu cette espèce n’a été capturée qu’à proximité des ruisseaux.
8. Mode de capture des proies
Pour analyser les modes de capture des proies, des expériences ont
été réalisées dans les chambres terrarium où des proies vivantes ont été
lâchées avec les animaux. Deux types d’expériences ont été tentés :
— les proies ont été libérées dans les pièces occupées par les Car¬
nivores.
Source : MNHN, Paris
72
R. AiBIGNAC
— Les Carnivores ont été introduits dans une chambre terrarium
occupée par des proies.
Pour mieux comprendre le comportement lors de la capture des
proies, il est intéressant de rappeler que, chez cet animal, le corps est
assez massif, les pattes fines, et la démarche très nettement digitigrade ;
l’odorat, la vision nocturne et surtout l’ouïe sont bien développés. L’ouïe
semble même exceptionnellement fine ; l’attention de l’animal est mise
en éveil au moindre bruit inhabituel et aussitôt les pavillons de ses
oreilles se mettent à bouger et à chercher la source du bruit. Ces pavillons
sont du reste très mobiles et peuvent s’orienter latéralement ce qui per¬
met au Fossa de localiser avec grande précision, un bruit produit der¬
rière lui.
a) Les Insectes et les Batraciens sont très appréciés et posent en
outre peu de problèmes pour leur capture. Ils constituent ainsi la base de
Aliments
Résultats des tests
Vers de terre - Larves
+ +
— Aliments refusés
Insectes
+ -1-
Gastéropodes (escargots
s’ils sont écrasés)
+ +
+ Aliments souvent
refusés
Crustacés
+ + -1-
Anguilles
+ + +
Autres poissons
+ -1-
Batraciens
+ + +
+ + Aliments acceptés
sans hésitation
Serpents
-
Lézards
-f-
Caméléons
-
Oiseaux
+ -1-
Œufs
-
+ + + Aliments très
appréciés
Insectivores à piquants
+
Autres insectivores
+
Rongeurs -
Petits lémuriens
+ -I-
Fruits divers
+
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
73
l’alimentation de cette espèce. Ces proies se repèrent facilement à quel¬
ques mètres. Une course de courte durée permet de saisir les Batraciens
entre deux sauts.
Insectes et Batraciens sont saisis directement par les dents et
avalés immédiatement sur place.
b) Les Crustacés, les Poissons et surtout les Anguilles sont très
habilement capturés.
Fossa repère sa proie jusqu’à 5 mètres de distance puis la suit au
bord de l’eau ou même souvent dans l’eau si la profondeur ne dépasse
pas 10 à 15 cm. Il la rejoint et très rapidement la saisit alors dans ses
mâchoires au niveau de la tête ou juste en arrière, et ne la lâche qu’une
fois morte et dans une zone sûre. Il commence toujours à dévorer ses
proies par la tête.
c) Les petits Mammifères, Rongeurs et Insectivores sont capturés
après une course rapide. Fossa repère sa proie par le bruit (ce repérage
peut se faire à plus d’une dizaine de mètres pour un Rongeur), puis il
fonce directement dessus et tente de la capturer très rapidement avant
qu’elle ne se réfugie dans un terrier ou ne grimpe sur un arbre. L’animal
saisit la proie dans ses mâchoires, généralement à la tête, pour la tuer
immédiatement. Il va ensuite dans un coin, le plus isolé possible, pour
la dévorer, en commençant toujours par la tête.
Les Insectivores des genres Ericulus, Echinops et Ilemicenietes sont
très souvent délaissés ; l’animal se contente généralement de venir les
sentir de temps à autre ; parfois seulement le Fossa les attaque en les
tuant directement à l’aide des mâchoires.
Des réserves de graisse peuvent être amassées, surtout au niveau de
la queue, ce qui permet ainsi à Fossa de résister à deux ou trois jours de
jeûne.
Les besoins en eau sont importants et il n’a pas été possible de
laisser un Fossa plus de 24 heures sans eau, sans risque de mort. Pour
boire, l’animal lape l’eau, comme un chat.
9. Besoins alimentaires (fig. 40, A)
Pour préciser l’efficacité de chaque prédateur et mieux comprendre
l’importance de son action sur l’équilibre de la petite faune, nous avons
cherché à évaluer expérimentalement ses besoins journaliers pour les
comparer à ceux des autres prédateurs de taille équivalente.
La nourriture donnée pour évaluer les besoins alimentaires était
composée de viande et de poisson. Les pesées étaient faites au moment
de la distribution, le soir ; les restes étaient contrôlés le lendemain matin
et pesés en tenant compte du dessèchement des aliments.
Source : MNHN, Paris
74
B. ALBIGNAC
A
grs ç
150 -
Fio. 40. — besoins alimentaires : A, Fossa fossana. — B, Galidia elegans. —
C, Mungoticlis decemlineata. Ces besoins sont déterminés par la quantité de
nourriture acceptée chaque jour n’entralnant pas d’augmentation sensible de
poids.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 75
Le poids des animaux a été contrôlé au début et à la fm de l’expé¬
rience et il n’a pas été constaté de variation sensible de poids.
Le poids de nourriture absorbé en 24 heures est de 7 à 9 % du poids
total de l’animal. Etant donné l’énergie dépensée par cette espèce
pour parcourir de grandes distances, on peut penser que son rythme
de vie lui demande une énergie moindre ou que son comportement
particulier, lors de la capture des proies et le choix d’un type de proies
faciles, lui permet de réaliser une économie d’énergie importante.
Le rôle de prédateur de Fossa dans les équilibres écologiques est
important surtout pour les animaux aquatiques tels que Batraciens,
Anguilles, Ecrevisses et Crabes. Dans une moins large mesure, il inter¬
vient aussi sur l’équilibre des Rongeurs et Insectivores. L’action sur les
autres groupes zoologiques semble pratiquement nulle.
10. Reproduction
a) Période d’aciwüé sexuelle et accouplements. — Il semble qu’il
y ait un maximum d’activité sexuelle au cours de la période printanière.
La période d’accouplements se situe en août ou septembre, comme
nous avons pu l'observer dans les élevages de 1966 à 1970.
Dans les élevages, les naissances ont lieu en novembre ou décembre.
Une femelle a été capturée dans le Sud-Est en novembre 1967 alors
qu’elle était en pleine période de lactation.
— Mode d’accouplement (pl. VI, fig. 2 et 3). — Les préliminaires
de l’accouplement ont pu être suivis en détail sur nos animaux captifs.
Une observation en montre le déroulement ;
le 14 août 1966
— « 14 h 30 : Le mâle flaire la région génito-anale de ia femelle. La femelle
marche dans la cage et semble indifférente. Le mâle la suit puis lèche le cou de la
femelle qui répond en léchant le cou du mâle. La femelle mordille le cou du mâle
qui la suit et les deux animaux se mettent face à face en ouvrant la gueule et ils
grognent.
— 14 h 40: Le mâle vient lécher la région génito-anale de la femelle, elle
avance et tourne toujours dans la cage. Le mâle mordille le cou de la femelle et elle
lui mordille le cou à son tour.
Ils grognent, toujours face à face, en ouvrant la gueule, deux fois de suite,
puis se séparent et marchent dans la cage.
Le mâle vient encore lécher la région génito-anale de la femelle puis il
vient lui mordiller le cou et elle semble répondre en lui léchant à son tour la région
génito-anale. Ils se séparent puis recommencent la même scène.
— 14 h 48 : Le mâle monte rapidement sur la femelle et le coït dure un peu
moins de 4 minutes.
Source : MNHN, Paris
76
R. ALBIGNAC
— 74 /i 52 ; Le mâle et la femelle, immédiatement après le coït, se séparent
et se frottent le dos et les flancs sur les parois de la cage pendant une minute
environ, puis ils se couchent séparément dans deux endroits différents de la cage.
Ce comportement a été observé plusieurs fois, il était toujours identique.
Les préliminaires de l’accouplement durent donc environ 15 à
20 minutes ; ils sont entrecoupés de moments plus calmes où le mâle
et la femelle se lèchent réciproquement les parties génito-anales.
Le coït proprement dit est rapide puisqu’il dure de 3 à 5 minutes
dans les observations que nous avons pu faire.
Remarquons qu’au cours de ce coït, le mâle monte sur la femelle,
la prend par la taille à l’aide de ses pattes antérieures et appuie son
corps sur le sien ; elle baisse ainsi légèrement son arrière-train et se
présente dans la position la plus favorable à l’intromission.
Après le coït, mâle et femelle se frottent les flancs contre le gril¬
lage de la cage ; ils sont alors très nerveux. Cette période dure quelques
minutes ; elle est suivie d’un moment de repos de 15 à 30 minutes avant
une nouvelle série d’approches conduisant à un nouveau coït. Nous
avons pu en dénombrer cinq au cours d’une observation de 24 heures.
b) Gestalion. — Les cinq naissances obtenues en captivité permet¬
tent d’évaluer la durée de gestation à 3 mois.
Pour cette estimation, nous avons particulièrement contrôlé deux
accouplements. Mâles et femelles ont été placés ensemble après avoir
repéré les périodes d’œstrus. Nous avons noté les premiers accouplements
qui sont en général immédiats et laissé ensuite le mâle seulement 8
jours avec la femelle.
Tableau des naissances et durée de gestation
Fossa fossana
Date
de
l’accouplement
Date
de naissance
du jeune
Durée
de
gestation
Femelle
Mâle
FF n" 2
FF 11° 17
FF n» 1
FF no 1
6 et 7-Vni-I966
29-VIII-1968
3-XM966
18-XI-1968
88-89 j
82 j
c) Parlurition et période de mise-bas (fig. 41, A). — Une semaine
avant la naissance du jeune, la mère reste très souvent dans son abri
et n’en sort qu’assez rarement. Son ventre grossit alors dans des pro¬
portions sensibles. Les mamelles se développent et, 3 jours avant la
naissance, elles sont bien apparentes.
Source : MNHN, Paris
Nombre de naissances Nombre de naissances Nombre de naissances
MAMMIFÈRES CARNIVORES
77
NAISSANCES CARNIVORES DE 1966 A 1970
3 -
2 -
B
1] î
P
%
i
T-1-1-F- 1 -1-1
^—1- 1
mois
I
i
M
Fig. 41. — période de mise-bas : A, Fossa fossana. — B, Galidia
C, Mungotictis decemlineala. La période de mise-bas des Carnivores
s’étend en général au cours des saisons printanières et estivales.
mois
elegans. —
malgaches
Source : MNHN, Paris
78
H. ALBIGNAC
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
79
La veille de la mise bas, la femelle est très nerveuse ; elle cherche à
être seule et, en présence du mâle, grogne souvent et le chasse de son
abri pour y rester seule.
Le jeune sera simplement déposé dans l’abri habituel de la femelle
sans aucun aménagement particulier.
Après la naissance, la mère prend grand soin du petit ; elle le lèche
très souvent et le garde toujours contre elle, sur la partie ventrale de
son corps. Au moindre bruit, elle le saisit par le cou entre ses mâchoires.
Observations du 4 octobre 1967
« Le couple est installé dans une chambre terrarium. Les observations com¬
mencent à 17 heures. Une naissance est attendue puisque les mamelles de la
femelle sont maintenant bien développées.
Les Fossa se réveillent à 18 heures comme pendant les jours précédents
et jusqu’à 18 h 30 « marquent » différentes pierres et souches comme d’habitude.
Puis la femelle devient plus nerveuse que les jours précédents, elle grogne lorsque
le mâle s’approche d’elle et les animaux évoluent sans repos, dans leur pièce, en
mangeant de temps en temps jusqu’à 22 heures, heure à laquelle ils observent
un repos de 20 minutes environ.
Ensuite, une nouvelle période d’activité reprend et la femelle devient de
plus en plus nerveuse (ceci est probablement dû en partie à notre présence, aussi
nous arrêtons les observations à 22 h 30).
Le lendemain matin à 8 heures, il n’y a toujours pas eu de naissance. A
10 h 30, en apportant de la nourriture au couple, je trouve le jeune dans la souche
d’arbre avec la mère qui s’occupe beaucoup de lui, et le lèche sur tout le corps.
Le placenta a dû être immédiatement mangé par la mère car on n’en observe
aucun reste. Le jeune ne semble plus avoir de traces du cordon ombilical. Le
mâle se tient à 3 mètres de la femelle de l’autre côté de la pièce d’eau et il ne bouge
absolument pas. Au cours de la nuit suivante, de peur de perdre le jeune, je serai
obligé d’éloigner le mâle ; la femelle devenue très nerveuse ne pensait qu’à sur¬
veiller ses moindres gestes ».
Après la naissance, la mère ne quitte pas son petit ; elle le lèche
beaucoup, surtout sur la partie ventrale ; elle ne s’alimente que lorsque
la nourriture est apportée près d’elle.
La mise-bas a toujours eu lieu en novembre ou décembre et la portée
unique de l’année se compose d’un seul jeune.
Sex ratio : Sur 5 naissances obtenues en captivité, nous avons eu
2 mâles et 3 femelles ; les piégeages nous ont permis de capturer sensi¬
blement autant de mâles que de femelles, on peut ainsi estimer qu’il y a
égalité des sexes à la naissance.
d) Croissance (fig. 42 et 43). — Nous avons pu suivre en grande
partie les différentes étapes d’évolution du jeune et étudier les rapports
des parents et du jeune pendant les premières heures suivant la naissance
puis ceux de la mère et du jeune ensuite. Il a été en effet toujours néces¬
saire de séparer le mâle quelques heures après la naissance.
Source : MNHN, Paris
80 R- ALBIGNAC
Fio. 43. — croissance pondérale et staturale de Fossa fossana (rapportée à
l'adulte).
Les courbes de croissance donnent une idée assez précise du dévelop¬
pement du jeune (fig. 42 et 43).
A la naissance, le jeune a une fourrure bien développée, sensible¬
ment de la même couleur que celle des parents, mais les taches brun très
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 81
foncé forment des lignes continues pendant le premier mois. Le poids est
alors de 60 à 70 g.
- - Sortie des dents. — La sortie des dents n’a pu être suivie com¬
plètement chez le jeune par suite des difficultés de manipulations. Il a
été cependant possible de noter de temps à antre leur état de développe¬
ment.
la naissance, le jeune n’a pas de dents.
Il faut attendre 1 mois pour commencer à voir sortir les incisives
de lait : celles-ci sont bien sorties un mois et demi après la naissance.
C’est à ce moment que le jeune commence à manger de la viande.
A l’âge de 2 mois, le jeune possède des canines de lait déjà bien
sorties, surtout les canines supérieures.
A l’âge de 2 mois et demi, 8 molaires de lait (4 supérieures et 4
inférieures) sont sorties et les 8 autres sont sur le point de percer. C’est
l’époque du sevrage.
A l’âge de 3 mois, le jeune a ses incisives, canines et molaires de lait
en place. Les incisives et canines restent blanches, les molaires de lait
se colorent légèrement en noir.
A l’âge de 4 mois, il ne possède toujours pas de molaires définitives ;
elles sortiront entre le cinquième et le sixième mois.
La denture définitive apparaît entre le onzième et le quatorzième
mois.
e) Allaitement et sevrage. — L’allaitement dure environ 2 mois et
demi. Pour la tétée, la mère, couchée sur un côté, se place de telle sorte
que ses 2 mamelles se présentent bien apparentes pour le jeune. Le petit
est alors lui aussi couché sur le côté et tête indifféremment une des deux
mamelles. Chaque tétée dure de 1 à 10 mn, le plus souvent 4 à 5 mn.
La mère peut également rester assise pour la tétée, elle garde ses pattes
antérieures tendues et reste attentive au moindre bruit, ceci pendant
toute la durée d’une tétée.
Pendant un mois et demi, le jeune est nourri uniquement avec le
lait maternel. Il commence ensuite à manger de la viande et, au fur et à
mesure qu’il devient plus âgé, il mangera de plus en plus de viande
et tétera de moins en moins, pour ne plus s’allaiter à l'âge de deux mois
et demi.
Pendant cette dernière période, le jeune mange toujours en compa¬
gnie de sa mère qu’il se contente d’imiter.
Celle-ci, avant la naissance du jeune et pendant le premier mois
après cette naissance, n’amenait que très rarement de la nourriture
sur un talus où elle avait l’habitude de venir se reposer ; elle commençait
Source : MNHN, Paris
82
R. ALBIGNAC
à le faire souvent à partir de la fin du premier mois et mangeait alors sa
proie petit à petit, le jeune restant à ses côtés.
Le jeune dépend de sa mère pour les captures de proies et ceci
jusqu'à un âge assez avancé, surtout pour les proies rapides telles que
les Rongeurs qu’il ne pourra attraper qu’à partir du onzième mois ;
par contre, dès l’âge de 4 mois, il saisit facilement des grenouilles et
joue même avec elles avant de les manger.
f) Transport du petit (pl. VI, fig. 4).—A la naissance, le jeune
est incapable de marcher ; pour le déplacer, la mère le saisit par le cou,
dans sa gueule. Le petit se met alors en boule et ne bouge pas du tout
pendant le transport. Lorsque la mère le dépose, il reprend sa position,
couché sur un côté.
La mère peut ainsi déplacer le jeune jusqu’à l’âge de 1 mois et demi ;
son transport devient ensuite trop difficile mais le jeune est alors capable
de marcher, de courir et même de faire des sauts de 50 cm ; il peut
suivre sa mère à peu près partout. Son poids est alors de 320 g.
g) Développement du jeune et comportement parents-jeune. — A la
naissance, le jeune qui pèse de 65 à 70 g est couvert de poils, ses yeux
sont ouverts mais opaques et blanchâtres, et ce n’est qu’à l’âge de 10 jours
qu’ils seront complètement transparents (au bout de 6 jours ils se sont
déjà bien éclaircis et le jeune semble alors bien y voir).
Dès la mise-bas et pendant les jours suivants, la mère s’occupe
beaucoup de son petit.
Observations du 5 octobre 1967 :
" Le premier jour la présence du mâle, laissé dans la pièce avec la femelle,
semble beaucoup la gêner. Le jeune est né vers 10 heures. Seul le mâle mange
la nourriture apportée dans la cage.
Au cours de la journée, la femelle reste constamment avec son petit dans
le creux d’une souche. Le mâle séparé d’elle par une petite mare d’un mètre de
large ne bouge lui-même que très peu.
Lorsque vers 18 heures on apporte à nouveau de la nourriture, le mâle mange
puis, après avoir émis un miaulement, s’asseoit en regardant la femelle.
A 19 h 30, le mâle se déplace pour boire et revient ensuite sur ses pas.
A 20 h 07, la femelle n'ayant jusqu’à présent rien mangé, de la nourriture
est déposée devant le trou de la souche où elle s’est retirée. Elle se précipite
Immédiatement sur la viande et la mange avidement.
A 20 h 12, la femelle semble vouloir sortir de la souche mais la présence du
mâle l'en empêche. Lorsque le mâle s’approche un peu trop près, la mère grogne
pour le chasser et le surveille avec attention.
A 20 h 20, le mâle s’étant rapproché, la femelle pousse un cri caractéristique
que l’on peut transcrire par « coq-coq » ; le mâle retourne alors à sa place et les
deux animaux restent calmes.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
83
A 20 h 25, la femelle tenant le petit dans la gueule se met à courir derrière le
mâle, en tournant autour de la pièce. Le Jeune semble gémir en émettant une
sorte de long miaulement.
A 23 heures, nous assistons à une bataille entre le mâle et la femelle. La
femelle étant très excitée, le petit risque de se faire tuer et nous décidons de
retirer le mâle.
A 23 h 30, la femelle se calme et se couche avec le petit dans le creux de la
souche où elle reste immobile au moins une demie heure, jusqu’à l’arrêt de nos
observations ».
Il est intéressant de remarquer que le premier jour la mère ne
quitte son petit que pour attaquer le père ; elle ne cherche même pas à
prendre de la nourriture qui se trouve à un mètre d’elle et ce n’est que
lorsqu’on pose de la viande très près d’elle qu’elle se décide à manger
avidement.
Le mâle n’a, à aucun moment, essayé d’apporter une proie à la
mère ; il est probable que dans la nature la mère reste dans le trou d’une
souche avec son petit sans manger pendant un jour ou deux.
Le jeune commence à se lever sur ses pattes à l’âge de trois jours.
A l’âge de 5 jours, il arrive à grimper sur le dos de sa mère ; elle le
quitte alors un peu plus souvent mais au moindre bruit re\aent très
rapidement vers lui.
A l’âge de 20 jours, le jeune commence â jouer avec sa mère, il
marche alors à peu près normalement mais ses pas sont encore très
saccadés.
A partir de ce moment, il essaie de suivre sa mère partout et imite
tout ce qu’elle fait.
A l’âge de 30 jours, le jeune semble aussi commencer à s’intéresser
à ce que mange sa mère ; une fois qu’elle a mangé une proie, il vient sentir
les restes. Pour jouer, il mordille également souvent des brins d’herbe et
les retient pliés à l’aide de ses pattes antérieures comme s’il tenait une
proie.
A l’âge de 40 jours, le petit est très vif, il marche parfois même
dans l’eau peu profonde (3 à 5 cm au plus). Il ne sait pas encore bien
sauter.
A l’âge de 1 mois et demi, alors que la mère saute sur une branche
située à 50 cm du sol, le jeune veut la suivre, il ne peut pas et miaule
longuement. La mère pousse de nombreux « coq-coq » et redescend ensuite
voyant que son petit ne peut pas la suivre.
Peu après ce même jour il est observé en train de marcher dans
l’eau puis, alors que la mère vient manger un oiseau, il arrache une plume
en la tirant avec sa gueule et mordille deux fois dans la proie en jouant,
comme s’il voulait que l’oiseau remue.
Spurce ; MNHN, Paris
84
R. ALBIGNAC
Le jeune devient ensuite de plus en plus joueur ; à l’âge de 49 jours,
il est devenu très vif. Dès le réveil, il joue en mordillant sa mère au
museau et à la queue et il saute souvent sur son dos. Il peut maintenant
sauter sur une branche horizontale à 40 cm du sol et ainsi suivre la mère
à peu près partout. II va très souvent dans l’eau. Il lui arrive de faire
des sauts en hauteur sans obstacle pour jouer. Il peut même monter sur
une branche inclinée à 70 cm au-dessus du sol, mais a encore besoin de
sa mère comme le montre l’observation suivante.
Le 22 décembre 1966 :
Il Le jeune est monté à l’extrémité d’une branche, à 70 cm au-dessus du sol
et ne peut redescendre ; il miaule alors longuement pour appeler sa mère.
Il essaie de descendre en allant en avant ou en arrière, il n’y arrive pas et finale¬
ment tombe et se rattrape sur ses pattes. La mère vient tout de suite le lécher.
Un peu plus tard la scène recommence ; il monte encore à l’extrémité de la
branche et une nouvelle fois, arrivé en haut, il ne sait comment en redescendre
il miaule très fort pour appeler sa mère ; celle-ci vient près de lui puis elle redes¬
cend comme pour lui montrer où sauter. En même temps elle pousse de nombreux
0 coq-coq )■. Le jeune la suit et peut cette fois-ci descendre sans tomber.
Deux heures après, le jeune est observé en train de grimper sur la branche
et il en redrescend tout seul.
Au cours de cette même nuit le jeune boit pour la première fois un peu de
lait ».
Les jeux ne feront que s’intensifier au cours des semaines suivantes
et c’est probablement par le jeu que le jeune apprend à chasser. A l’âge
de 3 mois et 8 jours, le jeune est observé en train de jouer, il fait le
simulacre d'attaquer sa mère en se tapissant et en lui sautant ensuite
dessus comme il le fera un peu plus tard pour capturer des petites proies.
A l’âge de 4 mois, le jeune attrape facilement des grenouilles, mais
à l’âge de 7 mois, il ne peut encore tuer un rat, ce qu’il fera pour la
première fois à 11 mois.
Ce n’est donc probablement qu’à l’âge d’un an environ que le jeune
peut quitter sa mère dans la nature. En effet, une jeune femelle s’est
battue très brutalement avec sa mère à l’âge de 11 mois et a dû être
séparée d’elle.
II. — Eupleres goudotii (Doyère, 1835)
Nom commun : Euplère.
Nom vernaculaire : Fanaloka ou Ridaridy.
Cette espèce semble être très menacée de nos jours et devenir de
plus en plus rare. A cela il y a deux explications possibles qui sont même
probablement liées : en premier lieu, l’action directe de l’homme et des
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
85
chiens paraît importante sur Eupleres goudolii qui possède très peu de
moyens de défense ; en second lieu, la destruction des habitats et le
déséquilibre causé par la Civette introduite peuvent aussi expliquer en
partie ce phénomène.
Nous possédons actuellement deux exemplaires vivants provenant
de la région de Périnet (sous-espèce Eupleres g. goudotii) et sept exem¬
plaires provenant de la région d’Ambanja (sous-espèce Eupleres g.
major). Les deux sous-espèces ont exactement le même comportement,
aussi notre étude s’étendra à l’ensemble de l’espèce.
1. Abris
a) Dans la nature. — Il est classiquement admis qu’Eupleres peut
creuser des terriers pour s’abriter le jour, ou pour hiverner en saison
froide (juillet-août).
La forme particulière des griffes, très fines et allongées, ne paraît
cependant pas très adaptée pour le creusement de terriers profonds. Cet
animal semble pouvoir à la rigueur aménager des terriers déjà existants.
L’observation des peaux ne montre d’ailleurs aucun signe d’usure des
griffes.
Certains paysans prétendent qn’Eupleres cherche, parfois un abri
dans les touffes denses de végétation ; on m’a même parfois montré de
CCS dortoirs qui visiblement venaient d’être occupés par des animaux ;
mais Viverricula s’abritant généralement de cette façon, il est difficile
d’affirmer qu’il n’y a pas eu confusion.
b) En captivité. — Les neuf Eupleres captifs que nous avons conser¬
vés en chambre terrarium (pl. V, fig. 2) ont toujours choisi une zone
proche d’une souche ou d’un rocher pour établir le gîte, en essayant de
se soustraire au maximum à notre vue. Les animaux sont couchés à
même le sol et n’amassent pas de litière en cet endroit. Contrairement à
Fossa, ils n’ont pas tenté d’occuper les souches creuses mises à leur dis¬
position ; ils n’ont pas non plus tenté de creuser un terrier pour s’y ré¬
fugier au cours de leur période de repos, bien qu’ils en aient eu largement
la possibilité.
Il nous apparaît ainsi peu vraisemblable qii’Eupleres soit capable
de creuser des terriers comme cela a parfois été signalé (Doyère, 1835),
ou même d’aménager des terriers existants. Le gîte normal semble bien
être la base de touffes denses de végétation et plus particulièrement
celles de Zingibéracées.
2. Rythme d’activité
a) Dans la nature. — L’activité de cette espèce semble être essen¬
tiellement crépusculaire et nocturne. On rencontre en effet Eupleres sur
Source : MNHN, Paris
R. ALBIGNAC
86
les pistes, au cours de la nuit (communication de A. Peyrieras), et
divers témoignages confirment cette observation. W. Kaudern (1914
et 1915) signale également trois observations nocturnes, dont une au
moment où un Eupleres visitait un petit point d’eau.
En constatant l’état d’engraissement de la queue on peut penser
que cet animal est capable d’hiberner. Eupleres ne semble cependant pas
pouvoir rester inactif plus de quelques jours ; l’étude de Fossa fossana,
espèce très proche qui peut, comme nous l’avons vu, faire des réserves
relativement importantes dans sa queue sans pour autant hiberner,
nous fait douter des possibilités d’Eupleres. W. Kaudern (1915) pense
également qu'Eiipleres n’hiberne pas mais signale qu’il est capable
d’amasser des réserves de graisse sous la peau, et en particulier dans la
queue, lorsque la nourriture est abondante.
b) En capiwité. — Les animaux étudiés en captivité ont adopté,
dès le premier jour, une activité essentiellement nocturne. Toutefois,
ils deviennent actifs dès 17 heures au mois de mai, au moment où l’on
peut encore écrire très facilement sans lumière dans la chambre terrarium.
Le début de l’activité d’Eupkres, le soir, est donc plus avancé que chez
Fossa. Le matin, vers 8 ou 9 heures, les animaux sont capables de venir
prendre une nouvelle distribution de nourriture mais se recouchent
ensuite immédiatement. Le soir au contraire, ils restent toujours beau¬
coup plus actifs.
Eupleres a donc un rythme d’activité nettement crépusculaire et
nocturne ; au cours de la journée les animaux restent toujours au repos ;
pendant la nuit au contraire, ils sont souvent actifs jusqu’au lever du
jour. Pendant cette activité les animaux marchent beaucoup, toujours
lentement et en silence.
Il n’est pas encore possible d’affirmer qu'Eupleres n’hiberne pas
pendant un mois ou deux, au cours de la période fraîche. Il nous a été
cependant possible d’obtenir des captures dans le courant du mois de
juin, moment pendant lequel des Insectivores hibernants comme le
Tenrec (Centetes ecaadatus) sont en période de léthargie depuis un mois,
dans des terriers.
Néanmoins les Euplères capturés à cette période de l’année sont
beaucoup plus gras et des réserves importantes de graisse se remarquent
sous la peau de l’ensemble du corps et surtout au niveau de la queue.
On peut les estimer au minimum à 700 ou 800 g pour un mâle de 4,600 kg
capturé le 15 mai.
Ces réserves graisseuses peuvent ainsi permettre à un animal de
résister à plusieurs jours de jeûne sans pour cela en conclure qu’il hiberne.
En effet pendant la période sèche, de juin à septembre, les vers de terre,
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
87
source principale de leur alimentation, sont plus rares ; il est donc pos¬
sible qu'Eapleres amasse des réserves, lorsque la période est encore
favorable et que ces vers sont abondants.
3. Postures, locomotion, manipulations
a) Postures (pl. VII, fig. 1, 2 et 4). — L’allure générale d'Eupleres
est assez comparable à celle de Fossa ; le corps en particulier est massif,
mais les pattes sont plus robustes et, contrairement à Fossa, les pattes
postérieures sont nettement plus développées que les pattes antérieures.
Les postures d’Eupleres sont toutefois très comparables à celles de
Fossa et sont également peu variées.
Au repos, Eupleres adopte le plus souvent une position couchée sur
un côté, le corps enroulé sur lui même et la tête également posée le plus
souvent sur une patte antérieure (pl. VII, fig. 4).
Comme dans le cas de Fossa, Eupleres n’a jamais été observé en
position dressée, debout sur les pattes postérieures, pendant les moments
d’activité.
La posture à l’arrêt est identique à celle de Fossa.
En présence d’un danger lointain ou d’un bruit inhabituel éloigné,
Eupleres réagit à peu près de la même manière que Fossa ; généralement
il oriente immédiatement les pavillons de ses oreilles vers la source du
bruit puis tourne la tête dans la même direction ; parfois c’est d’abord
la tête qui se tourne vers la source du bruit (pl. VII, fig. 1 et 2). Par
contre si l’animal est apeuré il reste immobile beaucoup plus longtemps
que ne le ferait un Fossa et ne fuit qu’à 1 ou 2 mètres du danger. La
distance de fuite paraît être ainsi dans tous les cas excessivement réduite
chez Eupleres. Lorsqu’on a observé le crâne effilé et fragile et la denture
exceptionnellement réduite du genre Eupleres, on comprend aisément
qu’il est impossible à cet animal de se défendre contre le moindre petit
prédateur ; le seul moyen d’échapper reste donc l’immobilisme. Ce com¬
portement nous a particulièrement frappé dès les premières heures
d’observation. En présence d’un observateur, il peut rester plus d’une
heure complètement immobile, attentif au moindre bruit, et ne se dé¬
cide à reprendre son activité qu’au moment où il ne se sent plus directe¬
ment menacé.
b) Locomotion. — La caractéristique essentielle de cette locomo¬
tion, qui frappe les observateurs, est une démarche sautillante, peu
rapide et assez lourde. Les paysans signalent également souvent cette
progression lente et sautillante. Cette allure semble marquer une diffé¬
rence essentielle avec Fossa qui, comme nous l’avons vu, est particulière¬
ment adapté à une course rapide.
Source : MNHN. Paris
88
R. ALBIGNAC
Comme il a été vu plus haut, les membres d'Eapleres sont beaucoup
plus robustes que ceux de Fossa et les pattes postérieures sont plus
développées que les pattes antérieures. Les soles palmaires et plantaires
sont plus larges et plus épaisses, mais les métatarses sont allongés, comme
chez Fossa et il n’existe pas non plus de coussinets à ce niveau. La marche
et la course sont cependant nettement digitigrades et se décomposent
de la même manière que pour Fossa ; la démarche est néanmoins beau¬
coup plus lourde et la course moins rapide. Ces caractères semblent en
rapport avec des possibilités de marches prolongées et une faible adapta¬
tion à la course. Eupleres peut faire des sauts en longueur de 30 ou 40 cm
à peine.
Au cours de la progression la queue se trouve généralement dans le
prolongement du corps ; les griffes très longues des pattes antérieures
n’étant pas rétractiles, l’Euplère les relève nettement au-dessus du sol,
ce qui fait qu’elles ne s’usent pratiquement pas au cours de la locomo¬
tion.
Eupleres est exclusivement terrestre, il ne peut même pas grimper
le long d’une branche inclinée comme le fait Fossa. Par contre, comme
Fossa, Eupleres ne craint absolument pas l’eau et nous l’avons vu à
plusieurs reprises marcher dans l’eau jusqu’au niveau des flancs sans
que cela ne le gêne spécialement ; il semble par contre ne pas pouvoir
aller en eau plus profonde à la recherche de proies.
c) Manipulations. — Le développement des griffes des pattes
antérieures, longues, fines et arquées est tout à fait exceptionnel et
seul Crossarchus paraît comparable à ce point de vue. Ces griffes,
contrairement à ce que l’on pensait, ne jouent pratiquement aucun
rôle dans la capture et l’immobilisation des proies au sol. Malgré le
faible développement du crâne et de la denture, l’animal saisit ses proies
directement entre les mâchoires et ne se sert jamais de ses pattes,
même pour les maintenir au sol, comme on aurait pu le croire. Elles ont
par contre un rôle important dans les comportements de défense.
La relative fragilité des griffes permet à cet animal de gratter fai¬
blement le sol en surface à la recherche de vers de terre ou de vers de
vase, situés à faible profondeur. Pour creuser le sol, Eupleres ne se sert
que d’une des pattes antérieures qui peut, par un mouvement rapide,
faire un trou de 4 ou 5 cm de diamètre et de profondeur.
4. Moyens d’intercommunication
a) Signaux auditifs. — Eupleres goudotii est encore plus silen¬
cieux que Fossa et n’émet aucun cri pendant ses déplacements. Il sem¬
ble bien que l’EupIère ne possède aucun cri de communication.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
89
Les deux seules émissions sonores que nous avons pu mettre en
évidence sont des cris d’intimidation ou de défense. Ces cris sont de
plus très discrets et rarement émis.
— Cris d'inlimidation, de défense et d’ailaque. — Eupleres, comme
Fossa, n’émet aucun son si on l’approche et c’est uniquement s’il se
sent acculé qu’il ouvre largement ses mâchoires en laissant entendre un
léger souffle peu perceptible. Eupleres peut aussi émettre un petit
crachotement bref, d’une seconde environ, qui peut se répéter deux ou
trois fois de suite, juste avant de courir pour tenter d’échapper à son
ennemi éventuel, si celui-ci se trouve à peine à 50 cm de lui. Ce dernier
cri peut être interprété comme un cri de défense ultime.
Si l’on introduit un nouvel animal dans la chambre terrarium déjà
occupée par un Eupleres, le nouveau se tapit dans un coin de la pièce
et l’autre cherche à attaquer ; mais aucun cri n’est émis avant l’affron¬
tement.
b) Signaux olfactifs. — Comme chez Fossa les signaux olfactifs
sont bien développés et ils se manifestent aussi essentiellement par des
comportements de marquage.
Le mâle et la femelle frottent assez fréquemment la région génito-
anale sur les souches et certaines pierres, de la même manière que le fait
Fossa. A ce niveau, on remarque un anneau glandulaire anal bien déve¬
loppé, caractérisé surtout par d’importants amas de lobules sébacés non
annexés à des poils, indiquant une zone glandulaire bien développée.
Parfois seulement, les animaux frottent le cou sur des supports plus
ou moins verticaux. En examinant de plus près cette région, on distingue
une petite zone dénudée sous le cou et quatre autres sur les zones maxil¬
laires où sont implantées 5 à 7 longs poils. Histologiquement ces zones
comportent quelques glandes sébacées toujours annexées à des poils.
Les vibrisses sont normalement développées, elles paraissent un peu
plus longues chez Eupleres g. goudolii.
c) Signaux oisuels. — Comme dans le cas de Fossa, les signaux
visuels paraissent jouer un rôle minime ; par contre l’olfaction et l’ouïe
sont probablement beaucoup plus importants.
Le comportement d’ouvrir les mâchoires, au moment de la défense
et pendant les préludes de l’accouplement, est étrangement proche de
celui de Fossa et peut être interprété de la même façon.
5. Vie sociale
Toutes les observations recueillies tendent à montrer que, comme
Fossa fossana, Eupleres goadotii vit le plus souvent en groupe familial
avec le jeune de l’année.
Source : MNHN, Paris
90
R. ALBIGNAC
6. Domaine vital et territoire
Le domaine vital est probablement très vaste si, comme pour les
autres espèces, il est lié au mode particulier de locomotion et d’alimen¬
tation.
7. Alimentation
a) Dans la nature. — Le régime alimentaire d'Eupleres semble
très spécialisé. L’anatomie de cet animal montre qu’il ne peut probable¬
ment capturer que des petites proies peu rapides ; les contenus stomacaux
signalés dans la bibliographie, confirment cette déduction ;
W. Kaudern (1915) signale la présence de limaces dans l’estomac
d’un Eupleres, et des fragments d’insectes dans les excréments.
G. Grandidier et G. Petit (1932) signalent un contenu stomacal
où ont été reconnus 6 grenouilles et 1 caméléon.
Aliments
Résultats des tests
Vers de terre
+ + +
Insectes (sauterelles)
+
— Aliments refusés
Gastéropodes
+
Crustacés
_
Anguilles
-
+ Aliments souvent
refusés
Autres poissons
-
Batraciens
+ +
Serpents
-
+ + Aliments acceptés
sans hésitation
Lézards
-
Caméléons
-
Oiseaux
-
+ + + Aliments très
appréciés
Insectivores
-
Rongeurs
-
Viande ou cœur de zébu
+
Fruits divers
-
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
91
Selon les paysans, Eupleres se nourrirait aussi fréquemment de
fruits de «longozo» (Aframomum angusiifolium) ; ils signalent presque
toujours que l'Euplère a sensiblement le même régime alimentaire que
le tenrec (Centetes ecaudalus). Insectivore malgache qu’ils connaissent
bien pour le consommer fréquemment.
b) En captivité. — Les tests réalisés avec Eupleres g. goudoüi et
Eupleres g. major montrent que le régime en captivité apparaît comme
très spécialisé.
Les résultats des tests, faits sur Eupleres g. goudoiii et Eupleres g.
major, montrent que ces deux sous-espèces ont exactement le même type
d’alimentation ; le régime est dans tous les cas très strict, souvent même
beaucoup plus spécialisé qu’on aurait pu le croire.
Malgré la grande variété des aliments régulièrement présentés
pendant un mois, la nourriture se compose en fait essentiellement de
vers de terre. Les Batraciens, certains Gastéropodes et les Insectes ne
semblent être qu’un complément à ce régime de base et il paraît donc
normal que ces proies soient plus ou moins bien acceptées en captivité,
en fonction de la quantité de vers disponibles.
8. Mode de capture des proies
Comme dans le cas de Fossa les expériences de capture des proies
ont été faites en chambre terrarium ; les proies étaient toujours vivantes
au moment de leur mise en place.
Pour capturer une proie Eupleres goudoüi, comme Fossa fossana, ne
se sert jamais de ses pattes mais uniquement de ses mâchoires. C’est
avec la partie antérieure des mâchoires que l’animal saisit la proie. Il la
fait ensuite passer sur un côté de la bouche, au niveau des carnassières,
pour la couper en morceaux qui sont alors avalés au fur et à mesure
(pl. VII, fig. 3).
Une observation faite avec des vers de terre donne une idée assez
exacte sur la façon de procéder pour saisir et avaler une petite proie.
« Le 19 mai 1972, après avoir donné des vers de terre vivants l’Euplère
s’approche presque aussitôt. Il vient les sentir puis en saisit un dans la partie
antérieure des mâchoires, le plus souvent par une extrémité. Puis, d'un mouvement
brusque de la tête vers l’avant, il fait alors passer le ver au niveau des carnassières,
sur un côté des mâchoires (la langue doit également jouer un rôle important pour
aider à faire passer la proie en arrière). C’est alors que l’Euplère coupe le ver en
morceaux, d’un mouvement rapide des mâchoires, en inclinant la tête du côté
qui coupe ; l’animal avale ensuite au fur et à mesure les parties coupées.
L’Euplère met ainsi de 6 à 10 secondes pour manger un ver de terre d’envi¬
ron 10 cm de long et de 4 à 5 mm de diamètre.
Généralement après avoir avalé le ver l’animal se pourléche plus ou moins
avant d’en saisir un autre.
Source : MNHN, Paris
92
R. ALBIGNAC
Les grenouilles, les Gastéropodes (limaces ou escargots dont la
coquille a été préalablement écrasée) ainsi que les sauterelles et les larves
sont avalés exactement de la même manière ; l’Euplère semble toutefois
moins s’y intéresser, du moins en captivité.
En examinant la denture de l’Euplère, on constate en effet, d’une
part, que les incisives, les canines et la première prémolaire à l’aspect
de canine forment un appareil propre à retenir une petite proie (toutes
ces dents cylindriques sont recourbées vers l’arrière et nettement sé¬
parées des autres prémolaires et des molaires), d’autre part, la troisième
et quatrième prémolaire supérieure, la quatrième prémolaire inférieure
et les molaires sont minces et leurs cuspides bien développées, formant
ainsi un appareil propre à trancher et couper plutôt qu’à écraser.
9. Besoins alimentaires
Les besoins alimentaires d'Eupleres goudotii paraissent assez im¬
portants, au moins pendant la période estivale. Ces besoins sont même
proportionnellement plus forts que ceux de Fossa fossana pourtant de
taille plus réduite.
En captivité, la nourriture se compose principalement de vers de
terre et de viande. Les besoins quotidiens sont de 400 à 500 g de vers de
terre et de 100 g environ de viande. Les excréments sont généralement
faits une seule fois par 24 heures, et leur poids total varie entre 25 et
39 g.
10. Reproduction
Dans nos élevages, une reproduction vient d’être obtenue avec
Eupleres goudotii major, il nous est donc possible de donner ici les pre¬
miers résultats de nos observations.
a) Période d'activité sexuelle et accouplement. — Le mode d’accou¬
plement n’a encore pu être observé, mais la période d’activité sexuelle
semble se situer à la fin de l’hiver et pendant le printemps austral, comme
chez les autres Carnivores malgaches.
En effet, de juillet à septembre, la spermatogenèse est importante.
La date de la mise-bas de notre reproduction en captivité, le 13 novembre
1972, semble également confirmer ce fait.
b) Parturition et période de mise-bas. — La femelle gestante paraît
beaucoup plus agressive et ceci déjà un mois avant la parturition.
En dehors de ce comportement, aucun signe apparent n’a pu être
mis en évidence, même la veille de la mise-bas. En particulier la mère
n’a pas tenté de construire un terrier ni même d’aménager un nid pour
y déposer le jeune.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
93
La mise-bas s’est faite simplement au gîte habituel et le jeune a été
déposé directement sur le sol, sans que la mère ait même tenté d’amener
une litière.
Après la parturition la mère prend grand soin de son petit. Elle le
lèche pratiquement sans interruption pendant les trois ou quatre pre¬
mières heures. Elle garde le jeune contre elle, sur sa partie ventrale, en se
tenant couchée sur le côté, le corps roulé en boule.
La naissance que nous avons pu observer en chambre terrarium,
le 13 novembre, a eu lieu en début de matinée, puisque à 8 heures, mo¬
ment où nous avons constaté la naissance, le petit était encore entière¬
ment recouvert de liquide amniotique, mais aucune trace du placenta
ne subsistait.
Observation du 13 novembre 1972
Le 13 novembre, en pénétrant comme chaque jour dans la chambre terra¬
rium, la mère tient un petit entre les mâchoires.
Le jeune est encore entièrement recouvert de liquide amniotique ce qui fait
penser que la naissance a probablement eu lieu au maximum une heure plus tôt.
Après être sorti de la pièce, je me place dans le couloir d’observation, la
mère dépose son jeune et le lèche abondamment sur toute la surface du corps et
porte une attention plus particulière à la zone ventrale, surtout celle du cordon
ombilical.
La mère très silencieuse n’émet aucun cri. Elle se tient couchée sur le côté,
le corps roulé en boule ; le jeune se trouve situé dans le creux fait par la région
ventrale de la mère.
Le jeune n’est pas encore capable de marcher, il rampe seulement un peu,
très près de sa mère. Il peut par contre déjà émettre un cri plaintif si la mère le
déplace. Ce cri est identique à celui émis par un jeune Fossa.
Malgré cette activité Incessante la mère reste très attentive au moindre
bruit et si ma présence dans le couloir d’observation ne semble nullement la
déranger, elle réagit brutalement au moindre bruit inhabituel en saisissant le
jeune au niveau du cou, entre ses mâchoires, comme le fait la femelle Fossa. Le
jeune se met aussi plus ou moins en boule mais son corps plus allongé oblige la
mère à relever nettement la tête pendant la progression.
La nourriture du matin, habituellement consommée tout de suite après la
distribution, est laissée par la mère qui semble simplement vouloir s’occuper de
son petit.
Comme dans le cas des autres Carnivores malgaches, la parturition
semble avoir lieu pendant la période estivale.
Il ne paraît y avoir qu’un seul jeune par portée et une seule portée
dans l’année.
c) Transport du petit. — A la naissance le jeune ne peut encore
marcher convenablement ; il peut toutefois ramper sur le sol et pour le
déplacer la mère saisit son petit par le cou, entre ses mâchoires. Le jeune
Source : MNHN, Paris
94
R. ALBIGNAC
se met alors plus ou moins en boule et il ne bouge absolument pas pen¬
dant toute la durée du transport. Il reprend sa position normale de
repos, couché sur un côté, uniquement après avoir été déposé par sa
mère.
Au cours du déplacement la tête de la mère est nettement relevée,
ceci pour éviter semble-t-il que le jeune, plus long que celui de Fossa,
ne touche le sol.
d) Développement du jeune et comportement mère-jeune. — A la
naissance le jeune pèse à peu près 150 g. Le corps et la tête mesurent
environ 15 cm et la queue 5 cm.
La fourrure est déjà importante, brun foncé presque noir, alors que la
couleur de celle des adultes est brun clair, tirant plus ou moins sur le
gris.
Les yeux du jeune sont bien ouverts dès la naissance ; les oreilles
sont particulièrement apparentes.
Le petit peut déjà ramper à la naissance. La mère s’occupe beaucoup
de lui et elle ne le quitte jamais pendant la première journée.
Pour les premières tétées, la mère se couche sur le côté et c’est le
jeune qui vient vers les tétines.
Au cours de la première nuit, la mère qui n’avait pas encore mangé
se décide à laisser quelques instants son jeune pour aller prendre la
nourriture déposée à 1,50 m du gîte. Six minutes plus tard elle revient
vers son petit et le lèche longuement. Après chaque transport du petit,
au moment où elle le repose, la mère agit de la même manière en le léchant
pendant deux ou trois minutes sur l’ensemble du corps. Entre-temps
elle ne le lèche presque plus.
Pendant cette première nuit, comme dans le cas de Fossa, la mère
pousse une sorte de « coq ». Ce cri est assez proche de celui émis dans les
mêmes circonstances par Fossa, mais il est moins fréquemment entendu.
Chez Eupleres, ce son n’est jamais émis en séries de 2 ou 3 cris successifs.
Le miaulement du jeune est par contre identique à celui émis par un
jeune Fossa du même âge.
Ces deux genres paraissent normalement très silencieux au cours de
leur progression et aucun cri de contact ne semble être émis entre adultes.
Par contre, dès la mise-bas, un cri particulier est souvent audible ; ce
cri paraît pouvoir être interprété comme un cri de contact entre les
parents et le jeune. Il nous faut remarquer que ces cris sont très proches
sinon identiques dans les deux genres, et qu’ils se déclenchent vraisem¬
blablement pour les mêmes raisons.
Agé de 24 heures, le jeune Eupleres remue déjà beaucoup ; il est
même capable de marcher presque normalement et tourne parfois
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
95
autour de sa mère. La mère paraît plus inquiète qu’au premier jour ;
au moindre bruit elle saisit le jeune et le garde ainsi parfois plus de
5 minutes, le petit pousse alors des miaulements plaintifs.
48 heures après la naissance la mère reprend son rythme habituel et
se nourrit normalement, comme par le passé. Le petit se tient maintenant
debout sur ses quatre pattes, la queue dans le prolongement du corps
et la marche devient assurée mais reste encore lente. Si la mère le quitte
il est maintenant capable de se réfugier dans une touffe dense de végé¬
tation située à proximité immédiate du gîte. En rentrant dans la pièce,
au moment où la mère est séparée du petit, elle ne cherche pas à le pren¬
dre, contrairement à ce qu’elle fait habituellement ; elle reste immobile
et le petit ne dit rien, bien dissimulé dans la touffe.
Cette expérience a été répétée de nombreuses fois et les réactions
de la mère et du jeune sont toujours restées identiques. Toutefois si la
mère est couchée au gîte avec son petit, elle le prend dans ses mâchoires
et cherche à fuir le danger. Ce type de réaction du jeune, qui reste caché
et immobile une fois séparé de sa mère, est vraisemblablement lié à la
prédation, comme cela semble être le cas pour le jeune Hapalemur
(J.-J. Petter et A. Peyrieras, 1970).
A l’âge de trois jours, le jeune est maintenant capable de suivre la
mère vers le point de distribution de nourriture (situé à 1,50 m du gîte).
Après quelques minutes de présence près delà mère,il retourne toujours
au gîte et se glisse ensuite dans la même touffe de végétation. Il reste
immobile en attendant que la mère revienne au gîte. Celle-ci le lèche
maintenant beaucoup moins souvent ; il semble que le léchage soit réservé
au moment des tétées ou après un transport assez long.
A l’âge de huit jours la marche du jeune est maintenant bien assurée
et devient rapide ; il est même capable de monter sur une souche de
40 cm de hauteur et commence à vouloir jouer avec sa mère en la mor¬
dillant à la tête ; sa mère reste généralement indifférente.
De ces observations préliminaires sur le comportement de la repro¬
duction chez Eupleres, il est intéressant de remarquer dès à présent les
nombreuses analogies qui peuvent exister entre Fossa et Eupleres.
III. — Galidia elegans (I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1937)
Nom commun : Galidia, galidie.
Nom vernaculaire : Vontsira, Kokia.
1. Abris
a) Dojïs la nature. — Il existe peu de renseignements précis sur les
abris utilisés par Galidia dans la nature. J’ai observé une seule fois un
Source : MNHN, Paris
96
R. ALBIGNAC
abri de Galidia dans une forêt située dans ia région de Farafangana,
c’était un tronc creux ; il était occupé par un animal que j’ai vu sortir
au moment de mon approche. Ce refuge semblait très souvent fréquenté.
Les villageois m'ont confirmé que les Galidia dorment le plus souvent
dans des souches creuses et parfois aussi dans des terriers.
Fio. 44. — terrier de Galidia elegans à une seule issue.
b) En captivité, (fig. 44 et 45). — Les animaux élevés en semi-
liberté, sur une île artificielle ou maintenus en chambre terrarium,
utilisent différents types d’abris :
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
97
Fia. 45. — terrier de Galidia elegans à double issue.
— sur l’île où se trouvent un couple et un mâle isolé, les trois ani¬
maux se sont tout simplement abrités sous les arbres. Le couple est
installé sous une grosse souche de frêne et le mâle au pied d un buisson
important de Mélastomacées.
Les dortoirs, facilement remarquables, forment une dépression de
quelques centimètres de profondeur et de 15 à 25 cm de diamètre. Les
Galidia n’accumulent jamais de litière ni de poils dans ces gîtes.
Après une période de 10 jours de pluies ininterrompues, en janvier
1971, le couple conservé sur l’île a confectionné un terrier au voisinage
du sommet d’un talus, tandis que le mâle isolé reste à la même place.
Source : MNHN, Paris
98
R. ALBIGNAC
Au début, le terrier est très grossièrement creusé. Le premier jour,
il n’est muni que d’une seule entrée, sa profondeur dans le sol est faible,
10 à 20 cm de terre le recouvrent. Sa forme est très simple, c’est une
loge presque parfaitement ronde dont la partie supérieure est aplatie ;
la terre rejetée est ramenée devant le terrier (fig. 44).
Par la suite les terriers se compliquent un peu et les animaux amé¬
nagent petit à petit leur gîte en les dotant d’une ou deux issues supplé¬
mentaires (fig. 45). Toutefois, même à ce stade, ils n’amènent jamais de
litière ni de poils et se contentent de se rouler en boule pour dormir à
même le sol. Au moment de la mise-bas, la femelle renvoie le mâle de
son gîte habituel mais, même à cette occasion, elle n’aménage rien de
particulier dans le terrier pour le jeune.
Pour creuser le terrier l’animal se sert uniquement d’un mouvement
alternatif de ses pattes antérieures ; elles ramènent la terre meuble vers
l’arrière et les pattes postérieures, agissant de concert à la manière
d’une pelle, projettent cette terre à 30 ou 40 cm derrière.
— en cage, la possession d’un abri est un facteur également impor¬
tant. Les animaux disposent d’une niche qui est très souvent utilisée
par le couple pour dormir le soir, et pour se reposer dans la journée.
Parfois seulement (2 cas sur II), les animaux préfèrent se mettre en
boule sur la litière, à même le sol.
Même en captivité, les animaux ne cherchent jamais à s’assembler
nombreux dans le même terrier et ils restent toujours isolés ou en groupes
familiaux.
2. Rythme d’activité
a) Dans la nature. — Galidia se rencontre souvent très actif à
n’importe quelle heure du jour; il semble exclusivement diurne. Quel¬
ques observations précises donnent une indication sur le rythme d’acti¬
vité dans la nature.
Dans la montagne d’Ambre, le 16 décembre, j’ai rencontré à 10 h 30
un couple de Galidia traversant une piste forestière, à 11 h 15 un autre
couple était en train de manger un rat capturé par un piège tapette.
Le 18 novembre à 16 h 30, j’ai piégé une femelle, le mâle était encore
autour du piège à mon arrivée et il fut capturé 10 minutes plus tard.
Dans la région d’Antalaha, j’ai piégé le 16 juillet, une femelle entre
10 h et 10 h 20.
Dans les «Tsingy» des Causses du Kelifely, le 3 novembre, j’ai
capturé un mâle entre 9 h 30 et 10 h 10.
Dans la forêt de Vondrozo, le 15 novembre, un mâle a été capturé à
8 h 15 et la femelle était près du piège à mon arrivée.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
99
Ces observations de terrain montrent également que les Galidia n'ont
pas de période d’engourdissement ; ils sont en effet actifs même pen¬
dant l’hiver austral, en juillet et août.
b) En captivité (fig. 46). — Les rythmes étudiés en captivité
confirment les données recueillies dans la nature. Dès leur capture, les
Galidia ont en effet un rythme typiquement diurne.
En chambre terrarium, l'enregistrement automatique des passages
d’un couple de Galidia avec un jeune de 10 mois nous donne une bonne
idée du rythme d’activité de cette espèce.
Le 30 novembre 1970, 'île temps est assez beau et ensoleillé pendant toute
la journée, le couple s’est levé à 5 h 30, mais l’activité est ralentie jusqu’à 7 heures ;
à partir de ce moment et jusqu’à 8 h 30 les animaux deviennent très actifs. A
8 h 30, les animaux se reposent environ une demi-heure puis leur activité reprend
jusque vers 11 h 20 (la nourriture est donnée à 10 h 30). L’activité normale reprend
ensuite à 12 h 15 avec des repos de 10 à 15 minutes et un arrêt d’environ 30 minu¬
tes à 14 h 15. A 16 h 45 l’activité se réduit beaucoup et les animaux se couchent
à 17 h 30 ».
L’activité est donc assez importante le matin ; elle se réduit une
demi-heure après la distribution de nourriture puis elle reprend une
Fig. 46. — histogramme d’activité de Galidia elegans, activité diurne ;
entre 17 h 30 et 5 h 30 du matin, les animaux ne sont jamais actifs.
Source : MNHN, Paris
R. ALBIGNAC
100
demi-heure plus tard. Dans l’ensemble, les animaux sont moins actifs
l’après-midi et les repos, de courte durée, sont nombreux jusqu’au cou¬
cher (les piégeages dans la nature nous indiquaient déjà un pic d activité
matinale). Cette activité est variable suivant les saisons et elle est très
nettement dépendante des durées du jour. Les animaux se réveillent
au lever du jour, au moment où l’on peut écrire sans lumière, et ils se
couchent peu avant l’obscurité complète.
3. Postures, locomotion, manipulations
a) Postures (pl. VIII, fig. 1 à 3). — Au repos les Galidia adoptent
très souvent la position couchée. Les animaux sont alors posés sur un
côté, le corps enroulé sur lui-même, les pattes repliées, la tête souvent
appuyée sur les pattes antérieures, la queue enroulée et passant par
dessus la tête (pl. VIII, fig. 3). Cette posture assure certainement une
protection efficace contre les moustiques.
Les Galidia peuvent également se tenir assis sur l’arrière train,
la tète repliée sur le ventre, la queue forme alors une écharpe qui
s’enroule autour du corps et de la tête. Cette posture est toutefois
beaucoup plus rarement adoptée (pl. VIII, fig. 2).
Dès que leur attention est éveillée par quelques chose d’insolite,
ces animaux peuvent prendre trois types principaux de postures :
— se tenir assis sur le train arrière ou debout sur leurs quatre pattes,
attentifs, les oreilles dressées dans la direction d’où vient le bruit. La
queue peut prendre différentes positions mais elle est le plus souvent
relevée (pl. VIII, fig. 1).
— prendre une posture d’<( arrêt », exactement à la manière d’un
chien, oreilles tendues et une patte antérieure levée ; cette position
est très fréquente ;
— se tenir debout sur leurs pattes postérieures, en position verti¬
cale, ou parfois plus ou moins assis, les pattes antérieures sont alors
repliées, à la manière d’un « chien savant ».
Quelques autres postures plus particulières peuvent être observées
dans certaines circonstances, elles seront décrites plus loin à propos
de l’étude du territoire et de la vie sociale.
b) Locomotion. — Les membres de Galidia sont relativement
robustes et les pattes postérieures nettement plus longues que les anté¬
rieures. Les descriptions de détail ont été faites par A. Carlsson (1910)
et R.I. PococK (1915).
Rappelons que les soles plantaires et palmaires sont munies de
nombreux coussinets et qu’une petite membrane relie la base des doigts
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
101
(fig. 15-16). Toutes ces formations permettent à l’animal de s’agripper
sans glisser sur n’importe quel support, même vertical, et de pratiquer
aussi une nage rapide dans certaines circonstances.
Dans la progression arboricole, la queue semble avoir un rôle non
négligeable. Elle est en effet assez musclée et sert de balancier au cours
des sauts ; elle peut aussi parfois plus ou moins freiner la descente en
s’enroulant légèrement autour du support, au cours de la progression
sur un tronc vertical.
Les déplacements se font à des allures variables : à terre et sur des
branches horizontales, Galidia emploie le plus souvent la marche. Il
peut également dans ces mêmes conditions, pratiquer un galop rapide.
— Analyse de la marche. — La marche est identique à celle de
Fossa. Au cours de cette marche, pour maintenir l’équilibre du corps dans
le cas où ce sont les pattes du même côté qui se déplacent, l’animal
se penche légèrement vers le côté opposé. C’est ce qui provoque pendant
la marche, un mouvement de bascule périodiquement sur la droite et sur
la gauche du corps.
La progression en avant est de l’ordre de 10 cm à chaque cycle.
— Analyse de la course. — C’est une sorte de galop rapide ; lors
de cette course, l’animal peut changer de direction en sautant contre un
support vertical, il se reçoit alors sur les quatre pattes qu’il détend en¬
suite brusquement, de façon à repartir dans une nouvelle direction,
pouvant même être opposée à la première.
On peut décomposer le galop en cinq mouvements, comme pour
Fossa. La progression en avant est d’environ 40 cm à chaque cycle.
Galidia peut grimper et descendre le long des branches ou troncs
verticaux. Si le support est assez gros (au-dessus de 3 cm de diamètre)
Galidia déplace alternativement les pattes antérieures puis les pattes
postérieures qui enlacent le tronc. Si le support est plus fin (inférieur à
3 cm de diamètre) Galidia déplace en même temps une patte antérieure
et la patte postérieure opposée ; la plante des pattes enserre le support
(pl. IX, fig. 1 et 4).
Il faut remarquer qu’au cours de cette progression, le premier et
surtout le second doigt jouent un rôle important. Le premier doigt
(pouce) s’oppose presque aux autres, et la griffe du deuxième doigt
accroche fortement le support (pl. IX, fig. 2 et 3).
Sur l’île expérimentale, nous avons souvent observé les Galidia
dans les arbres ou même sur le mirador. Ils y montaient très souvent
par simple curiosité sans qu’une proie les attire particulièrement. Dans
le milieu naturel, ces animaux fréquentent sûrement plus souvent les
arbres qu’en semi-captivité et A.L. Rand (1935) les a même vus, le
jour, dans les arbres et les lianes.
Source : MNHN. Paris
102
R. ALBIGNAC
Galidia peut également progresser à l’intérieur des troncs creux.
Dans ce cas, il s’arc-boute en appuyant son dos sur une paroi et ses
pattes sur l’autre; il monte et descend ainsi avec aisance dans ces
cavités.
Galidia ne craint absolument pas d’entrer dans l’eau pour saisir
entre ses mâchoires Poissons et Batraciens. Une nage rapide a même
été observée en captivité ; l’animal déplaçait alternativement ses pattes
à la manière d’un chien.
Par ses divers types de locomotion, cette espèce est donc adaptée
à une progression rapide dans tous les milieux ; elle peut ainsi facilement
capturer des proies très différentes.
c) Manipulations. — Les griffes de Galidia ne sont pas rétractiles
mais lorsqu’il marche, il peut relever ses doigts pour qu elles n accro¬
chent pas le support. L’extrême mobilité de ses doigts lui permet en
outre de saisir de petits objets entre les pattes antérieures, de les soulever
au-dessus du sol et même de les amener à sa gueule. Bien entendu, il
s’aide également de ses pattes antérieures pour maintenir ses proies
au sol, afin de pouvoir les déchiqueter.
Lorsqu’il tient un objet avec une patte antérieure, Galidia peut
l’agripper entre le premier et les autres doigts. Il fait de même avec les
pattes postérieures lorsqu’il tient un support.
II est en outre intéressant de signaler un curieux usage des pattes
postérieures que l’on retrouve, à peu près identique, chez Mungoticiis.
Lorsqu’on lui donne un œuf, Galidia le saisit à l’aide de ses pattes anté¬
rieures, puis ü se couche sur le côté, ramène ses pattes postérieures vers
l’avant au contact de l’œuf, le saisit entre les deux pattes et d’une brus¬
que détente le projette contre une paroi. Il vient ensuite lécher le contenu
de l’œuf brisé.
Ce comportement est très fréquent ; il se manifeste quand on lui
présente un objet dur : caillou, crayon, etc. II peut alors le projeter
à deux ou trois mètres. En captivité, il casse ainsi pour les manger
les gros escargots {Achatina par exemple). Ce comportement se rapproche
curieusement de celui de certaines mangoustes, décrit par H.E. Hinton
et A.M.S. Dunn (1967) ; mais il en diffère sensiblement dans la manière
de projeter l’objet. La mangouste utilise essentiellement les pattes
antérieures alors que Galidia projette l’objet avec les pattes postérieures.
Les griffes ont également une grande utilité pour creuser les terriers.
4. Moyens d'intercommunication
a) Signaux auditifs. — On peut classer les cris des Galidia en
quatre catégories (pl. XVII et XVIII) :
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 103
— cris de contact émis par les animaux d’un groupe familial au
cours du déplacement,
— cris émis pendant la capture des proies,
— cris d’intimidation, de défense ou d’attaque émis par les animaux
du groupe familial,
— cris émis pendant l’accouplement.
— Cris de contact. — Ces cris semblent avoir pour but de maintenir
le contact entre les animaux qui se suivent à courte distance.
Le cri habituel émis par les animaux d’un groupe familial qui se
déplace, est une sorte de petit sifflement léger qu’on peut très facilement
confondre avec les appels d’un oiseau. Le cri est fait de successions d’émis¬
sions brèves (1 /2 s) se répétant de 2 à 6 fois (1 par seconde) et séparées
par des intervalles de 4 à 5 s ; il présente un maximum d’intensité entre
2 et 2,5 kHz.
Chez le jeune, le cri de contact est identique à celui de l'adulte ;
ü peut l’émettre quelques heures après sa naissance. Si le jeune appelle
sa mère et qu’elle tarde à venir, le petit sifflement émis plusieurs fois
de suite se prolonge par un miaulement plaintif d’intensité variable
(intensité maximum 1 à 2 kHz) assez prolongé (7 s) qui se termine parfois
par un grognement sourd de 3 s et d’intensité maximum de 1 kHz.
— Cm émis pendant la capture des proies. — Lorsqu’un Galidia
trouve une petite proie peu rapide (grenouille, insectivore dans un ter¬
rier, crabe sous une pierre) il émet un petit cri sourd qu’il répète plu¬
sieurs fois de suite, même en mangeant. Ce cri dure une demi-seconde
et se répète toutes les une à deux secondes.
Si un des congénères s’approche, même si c’est le conjoint, il pousse
ensuite un second cri aigu d’intimidation (maximun d’intensité 1,5 à
2 kHz) qui peut se répéter deux ou trois fois (toutes les 3 secondes) en
diminuant à chaque fois d’intensité (maximun d’intensité 0,5 à 1,5 kHz).
Lorsque l’animal mange il émet souvent des grognements plaintifs
entrecoupés de cris de contact. Ces grognements rappellent un peu,
en plus faible, les grognements d’intimidation (que nous verrons plus
loin) et leur mélange avec des cris de contact peut signifier une situation
intermédiaire entre l’appel et la défense.
— Cris d’intimidation, de défense et d'attaque. — Le cri d’intimida¬
tion le plus fréquent, émis très souvent si le danger n’est pas immédiat,
est une sorte de grognement sourd continu de basse intensité (maximum
d’intensité 0,5 à 1 kHz).
Si le danger se rapproche, le grognement sourd augmente d’intensité
et se termine brutalement. L’animal est dressé sur ses pattes, la queue est
Source : MNHN, Paris
R. ALBIGNAC
104
alors relevée au-dessus du corps et les poils sont plus ou moins hérissés ;
la tête fait parfois un mouvement de va-et-vient de haut en bas.
Si le danger est plus pressant, Galidia pousse toujours le même
grognement sourd mais il est alors suivi de quatre ou cinq sortes de
« crachottements » (1 /2 s) émis en ouvrant à chaque fois la gueule
(toutes les secondes), les poils de la queue sont hérissés, l’animal est
plus ou moins tapi sur le sol.
Enfin lorsqu’il attaque, Galidia pousse un cri très aigu de 4 à 5 s
en même temps qu’il cherche à mordre (maximum d’intensité 1,5 kHz).
Ce cri est également émis par un animal qui se sent en très grand danger ;
dans ce cas, il semble servir de cri de défense ultime.
Ces derniers cris sont émis en particulier lors de la défense du terri¬
toire. L’animal qui attaque a la queue dressée et les poils hérissés. Celui
qui prend la fuite s’arrête parfois, relève la queue, présente son arrière
train à l’agresseur et essaye de le mordre en se retournant. A cette
occasion il émet ce même cri aigu.
Le jeune peut pousser des cris de défense et d’attaque quelques
heures après la naissance. Le grognement est identique à celui de 1 adulte,
mais le crachottement est très atténué ; le petit réagit ainsi si on essaye
de le prendre. Si on le touche il émet alors un cri d’attaque très aigu
(d’une seconde et demie) (maximum d’intensité entre 2,5 et 3 kHz).
— Cris émis au moment de l’accouplement. — Il n’y a pas érnission
de cris caractéristiques à cette occasion, les animaux poussent simple¬
ment des cris de contact et surtout des cris d’intimidation et de défense.
b) Signaux olfactifs. — Galidia a un comportement de marquage
très facile à observer, les animaux frottent certaines parties de leur cage,
les branches et les pierres avec leur région génito-anale, et parfois même
avec le cou.
— Comportement de marquage et zones glandulaires (pl. X, fig. 3 et
4 ). _ En période de reproduction, d’août à novembre, c’est généralement
la femelle qui commence à marquer et le mâle qui la suit l’imite.
Parfois la femelle urine sur une branche et le mâle vient ensuite
lécher et marquer longuement cette zone avec sa région géiüto-anale.
Un exemple de ce marquage a été observé le 18 novembre 1970.
« Il est 10 h 30, la femelle vient uriner sur une branche légèrement inclinée,
le mâle qui la suivait se met aussitôt à lécher la branche et frotte ensuite longue¬
ment cette zone avec sa région génito-anale. Pour marquer, l’animal frotte sa
région génito-anale sur le support, il lève plus ou moins la queue ; ce marquage
s’accompagne de légers mouvements latéraux et longitudinaux du corps et surtout
de la région anale ».
En examinant cette région génito-anale sur des animaux vivants,
on remarque un léger renflement au niveau de la vtilve et du pénis.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
105
A. Carlsson (1910) et R.I. Pocock (1915) parlent de « scent gland»
seulement pour les femelles Galidia. En fait, il existe bien un léger
renflement au niveau de la vulve, mais il ne semble pas correspondre
à une véritable zone glandulaire périnéale importante.
Par contre ces auteurs ne mentionnent pas une autre zone glandulaire
très importante, la glande anale. Cette glande, aussi bien développée
chez le mâle que chez la femelle, est très souvent utilisée dans le marquage.
Cette zone n’est visible que chez l'animal vivant ; elle est en effet complè¬
tement retractée dans l’anus et ne se gonfle qu’au moment du marquage
(pl. X, fig. 3).
Lorsqu’on saisit brutalement un animal, la région anale augmente
d’importance et un liquide jaunâtre, assez clair, à très forte odeur, se
dégage.
Très souvent aussi on peut remarquer, en particulier lorsqu’on
libère un animal, mâle ou femelle, qu’il marque en frottant non seulement
sa région génito-anale mais aussi une zone de son cou.
On observe le même comportement lorsqu’on introduit un objet
nouveau dans le territoire d’un couple.
Un exemple de ce comportement est donné par l'observation du 10
février 1971.
« J’accoste avec la barque près du territoire d’un couple de Galidia vivant en
semi-liberté sur l’ile. La femelle s’approche et marque de sa région génito-anale
le plat bord de la barque, le mâle qui la suit adopte ensuite le même comporte¬
ment. Après ce premier marquage le mâle frotte la zone glandulaire de son cou
au même endroit et la femelle l'imite un peu plus loin».
L’observation de la région maxillaire et du cou montre 5 petites
zones maxillaires dénudées de 2 à 3 mm de diamètre. Sur chacune des
zones sont implantés 5 à 7 très longs poils ; la plus importante est située
sous le cou, les autres sont latérales (pl. X, fig. 4).
La zone anale est caractérisée par des amas très importants de glan¬
des sébacées souvent non annexés aux poils. Ceci constitue donc un
véritable système glandulaire anal.
Par contre la région vulvaire ne comporte, en dehors d’organes
érectiles, que quelques rares glandes sébacées.
Dans les zones glandulaires du cou on peut voir des amas de glandes
sébacées toujours annexés aux poils et, plus en profondeur, des glandes
sudoripares assez rares. Dans ces deux derniers cas la spécialisation
glandulaire de la région est moins poussée.
Les longs poils implantés dans les zones maxillaires ont une structure
typique de poils tactiles avec la présence d’une vascularisation importante
entre les gaines épithéliales et la gaine fibreuse. Les vibrisses sont moyen¬
nement développées.
Source : MNHN, Paris
106
R. ALBIGNAG
c) Signaux visuels. — Les signaux visuels semblent jouer un cer¬
tain rôle chez cette espèce diurne. La queue, très colorée, annelée, munie
de longs poils, est très visible ; elle est souvent en évidence dans le com¬
portement (parades d’intimidation, attaque et défense).
Il est probable aussi que certaines postures, comme par exemple
la posture verticale précédemment décrite, servent de signal dans le
groupe familial.
5. Vie sociale
a) Structure sociale. — Les Galidia sont relativement peu sociables.
Ils vivent par couple avec le jeune de l’année et parfois avec celui de
l’année précédente. Dans le milieu naturel une douzaine d’observations
nous ont montré des groupes familiaux toujours composés de deux à
quatre individus.
Même en captivité, dans les chambres terrarium ou sur l'île, si
l’on met deux couples ensemble, ils se partageront l’espace disponible,
les couples restant toujours très indépendants. Dans une expérience
en chambre terrarium, deux couples sont restés vingt mois formés de la
même manière, et il est probable que, dans la nature, le couple une fois
formé soit très stable.
Dans les déplacements c’est souvent la femelle qui est en tête ;
le mâle la suit ou ferme plus généralement la marche lorsqu’il y a un
jeune.
Ces animaux ne se déplacent de toute façon jamais de front. Ils
utilisent toujours les mêmes chemins qui sont ainsi très visibles, même
dans le milieu naturel. Ils émettent souvent un petit cri, décrit plus haut,
pour vraisemblablement garder le contact entre eux.
Dans les moments de repos, les animaux sont presque toujours en¬
semble. C’est seulement, comme nous le verrons, au moment de la
naissance d’un jeune que la femelle s’isole avec son petit pendant un
mois et demi environ, éloignant le mâle à quelques mètres.
b) Jeux. — Les Ga/idia sont toujours très actifs pendant la journée
et de nombreux moments sont consacrés aux jeux.
Le mâle et la femelle, même sans jeune, jouent beaucoup. Ils se
mordillent le cou, la queue, font des volte-face pour se courir après.
Ces jeux rappellent en moins vifs, les préparatifs de capture des proies.
Les deux individus d’un couple, même pour de courts déplacements,
ne se séparent presque jamais.
c) Défense et attaque. — Le mâle et la femelle d’un même couple
peuvent se battre violemment, surtout au moment de la naissance du
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
107
jeune. Dans ce cas, la femelle intimide très souvent le mâle en levant la
queue dont les poils sont hérissés. Parfois, elle l’attaque en se jetant
sur lui et en cherchant à le mordre.
L’attitude de défense du mâle est toujours la même. S’il sent que le
danger n’est pas immédiat, lorsque la femelle prend simplement une
attitude menaçante, il se retourne et lève la queue ; mais si la femelle
l’attaque, il prend la fuite et essaye de temps à autre de se retourner
pour la mordre à son tour.
Les positions d’attaque et de défense sont identiques lorsque deux
mâles se rencontrent et que l’un d’entre eux pénètre dans le territoire
REFE8ENCES : CARIE <CN : V 32 - 1/100D0
LEGENDE
_ Ligne de changement
de Dente
i-i ■ Ligne de crSte
Thafweg
□ (2) Pièges
iSU FOfétS
I 1 Savane
=== Piste
ECHELLE
Fio, 47. — zone de l'Ankarana de Diégo-Suarez. Pièges posés dans une faille
boisée large de 200 à 500 m.
Source : MNHN, Paris
R. ALBIGNAC
108
de l’autre. La femelle participe, comme le mâle, à la défense du territoire ;
elle attaque tout animal étranger qui s’y aventure.
Les batailles à l’intérieur du domaine vital n’ont lieu que si il y a
intrusion d’un mâle ou d’une femelle complètement étranger (nouvelle
introduction). Si par contre les animaux ont des domaines vitaux voisins,
mais qui se recoupent, ils ne s’attaquent jamais violemment lorsqu’ils
se rencontrent dans cette zone commune.
Ces différents comportements sont accompagnés des cris caracté¬
ristiques décrits dans le chapitre précédent.
6. Domaine vital et territoire
a) Domaine vital — Nos observations sur le domaine vital, dans
le milieu naturel, ont été réalisées dans cinq régions de piégeages.
Dans tous les cas j’ai noté l’emplacement des pièges, placés en
général tous les 100 m, et enregistré les résultats obtenus. Dans certains
cas des animaux piégés ont été marqués puis relâchés et recapturés
ensuite un ou deux jours plus tard.
Les Galidia sont relativement faciles à piéger ou à observer et
ont peu de chance de passer inaperçus. J’ai de plus, dans tous les cas,
poursuivi le piégeage trois à huit jours après la dernière capture. Etant
donné la sûreté de capture de Galidia, il est ainsi possible d’estimer que
les animaux présents dans la zone de piégeage ont tous été localisés.
Dans une région étudiée, ceci nous a permis de déterminer la densité
approximative et d’évaluer l’étendue du domaine vital.
— Zone de l’Ankarana (Diégo Suarez) (fig. 47). — C’est une zone
de forêt caducifoliée sur calcaire karstique où l’on rencontre Galidia
elegans dambrensis.
Nous supposons (d’après nos constatations sur les animaux captifs)
qu’un mâle, une femelle et les jeunes capturés dans des pièges voisins,
appartiennent au même groupe familial.
On peut admettre qu’il existe dans cette zone un groupe familial
pour 20 à 25 ha.
— Zone d’Ambohüralanana (Antalaha) (fig. 37). — C’est une forêt
ombrophile de l’Est où l’on rencontre Galidia elegans elegans.
Les deux couples capturés semblaient occuper chaque côté d’un
versant de colline (un couple de Fossa fossana a également été capturé
dans le même piège qu’un des couples). Le domaine vital de Galidia
recoupe donc très largement celui d’une espèce nocturne qui vit dans le
même habitat.
Dans cette deuxième zone, la densité paraît être du même ordre
que dans la zone n° 1, soit un couple pour 20 à 25 ha.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
109
— Zone de Farafangana (fig.
où l’on rencontre Galidia elegans
38). — Forêt ombrophile côtière
elegans.
REFERENCES : »RIE ICN : C 17 ■ 1/SQOD
ECHELLE
0 190 200 SOOm
I-1-^-1-1-'-1
LEGENDE
Ligne de cnangement
de pente
Ligne de crête
Rivières et thalwegs
Pièges
Forêts
Savane
□ ( 2 )
Fio. 48. — zone de Bekopaka (au Sud d’Antsavola). Les pièges 1 à 12 sont
placés le long d'une falaise calcaire de 60 à 80 m de hauteur ; les pièges 13 à 15
sont placés le long d’un petit cours d'eau.
Source : MNHN, Paris
110
R. ALBIGNAC
Quatre groupes et un mâle isolé ont été localisés sur la zone de
piégeage. Celle-ci a une surface telle que la densité semble toujours
voisine d’un groupe familial pour 20 à 25 ha.
— Zone de Vondrozo (fig. 39). — Forêt ombrophile de moyenne
altitude (800 m) où vit Galidia elegans elegans (forme à ventre gris toncé
intermédiaire entre les sous-espèces G. elegans et e. occidentalis).
La disposition des pièges dans une direction perpendiculaire aux
lignes de crête a permis de localiser un groupe familial sur chaque ver¬
sant de colline.
— Zone de Bekopaka (fig. 48). — Forêt caducifoliée sur calcaire
karstique où se rencontre Galidia elegans occidentalis.
Deux couples, un mâle et une femelle isolés ont pu être localisés.
On peut admettre que les domaines vitaux se recoupent légèrement
mais il semble bien, d’après les quelques repiègeages réalisés, que les
animaux fréquentent toujours à peu près le même secteur. L’étendue
du domaine vital peut donc être grossièrement évaluée à partir de la
densité.
En captivité, l’enregistrement des passages sur « appareil Memotop «
permet d’avoir, en plus des informations déjà mentionnées sur les pics
d’activité, une idée du chemin parcouru tous les jours.
L’étude faite le 30 juillet 1970 (voir chapitre « rythme d’activité «)
a permis d’enregistrer 237 passages pendant la journée. Chaque passage
enregistré correspond à un parcours de 10 à 12 m, soit au total environ
2500 mètres couverts pour trois animaux. On peut ainsi admettre que
chaque animal a parcouru 800 à 1 000 m.
En envisageant un domaine vital théorique circulaire d’une surface
de 25 ha, et en supposant le gîte près du centre, il faudrait que l’animal
couvre une distance d’environ 600 m pour effectuer un aller retour sui¬
vant un rayon. L’évaluation de cette distance minimale à parcourir est à
peu près en accord avec le résultat obtenu, compte tenu que l’animal
peut effectuer quelques détours sur son parcours.
b) Territoire (fig. 49 ; pl. V, fig. 1). — Il était impossible d’obtenir
des renseignements précis sur le territoire des Galidia dans les milieux
naturels.
Une île artificielle de 40 m sur 50, créée dans le parc de l’ORSTOM,
a permis de reconstituer un cadre naturel où deux couples de Galidia
ont pu évoluer normalement. Des observations sur l’établissement des
territoires et leur défense ont pu être ainsi réalisées.
Un premier couple est tout d’abord installé ; il occupe l’ensemble
de l’île mais reste surtout dans la partie ouest. Le gîte est établi près
d’un gros arbre.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
111
Un mois plus tard un second couple est introduit, il semble vouloir
s'installer dans le secteur Sud-Ouest de l’île. Au début le premier couple
attaque très violemment les nouveaux venus et la nouvelle femelle se
fait tuer deux jours plus tard. Le mâle occupe surtout le secteur Sud-
Ouest.
Un mois plus tard je relève les chemins parcourus par les animaux.
Ils fréquentent l’ensemble de File, mais plus souvent les secteurs Ouest
et Nord, comme on peut le voir sur la carte de l’île (fig. 46). La zone
la plus intéressante est la partie Ouest où, le couple d’une part, et le mâle
isolé d’autre part, ont établi leurs territoires très près l’un de l’autre.
Les deux territoires ont pu être mis en évidence assez facilement
par l’observation directe et par le relevé des chemins parcourus, très
nettement marqués. Ces territoires sont énergiquement défendus par
leurs occupants mais, au delà des limites, les animaux se supportent.
Les chemins situés dans la zone commune sont ainsi très nettement
déviés au niveau de la limite des territoires.
Le territoire du couple couvre ainsi une surface de 112 m^ (soit
un rectangle d’environ 7 m sur 16) et celui du mâle isolé 60 m^ (soit
un rectangle de 4 m sur 15).
Si les animaux se rencontrent dans une autre partie de l’île, il y
a rarement attaque violente ; on remarque des tentatives d’intimidation
réciproque ; les animaux semblent souvent même s’ignorer.
Trois semaines après ces observations, pendant une grande période
de pluies, le couple s’installe dans un terrier au centre de File où il
établit son nouveau territoire sur une butte moins humide. Le mâle
isolé reste à la même place.
Avant la fin de l’expérience un nouveau couple a été introduit ;
il y a eu aussitôt des combats très violents, pendant deux jours, entre les
trois occupants de Fîle et les animaux introduits. Le nouveau couple
semble alors occuper la zone Est de Fîle, moins fréquentée. Le 4® jour
les combats sont toujours aussi violents, le nouveau couple ne peut
établir son territoire et l’expérience est arrêtée.
Ces différentes observations permettent les remarques suivantes :
— le territoire est toujours très efficacement défendu par ses
occupants,
— dans le domaine vital, les animaux marquent peu d’agressivité
envers leurs voisins habituels, par contre la combativité est très forte
envers un animal nouvellement introduit.
La reconnaissance des individus entre eux semble donc évidente ;
elle peut être visuelle ou olfactive. Une expérience sur des animaux
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
113
maintenus dans deux cages séparées m’a permis de constater qu’elle est
surtout olfactive. Il est en effet aisé d’habituer une femelle aux odeurs
d’un mâle en échangeant régulièrement (tous les 2 jours pendant 2
semaines) les branches contenues dans les deux cages ; en plaçant ensuite
le mâle dans la cage de la femelle il n’y a pas d’attaque violente mais
uniquement des comportements d’intimidation pendant la première
journée.
7) Alimentation
a) Dans la nature. — Le régime alimentaire des Galidia semble
très varié dans la nature. L’étude de deux contenus stomacaux n’a appor¬
té que très peu d’informations.
Dans le premier contenu il a été possible de reconnaître des débris
de sauterelles et des restes d’un rat ; dans le second, des morceaux de
grenouilles.
L’analyse des excréments, au moment de la capture, a permis d’iden-
tifler des fragments d’os, certainement de Rongeurs et de Batraciens,
des restes d’insectes et surtout beaucoup de poils de Rongeurs ou
d’insectivores.
On a rencontré à plusieurs reprises au bord de l’eau, des restes encore
frais d’écrevisses venant certainement d’être pêchées par des Galidia-,
seules les pinces restaient intactes, comme c’est le cas pour les Crustacés
dévorés en captivité.
Dans l’Andringitra, des restes (surtout des plumes) d’un Coua
raynaudi fraîchement tué, ont été trouvés à proximité de Galidia.
Dans l’Ouest, un Coua gigas, pris vivant dans un piège a été tué
par un couple de Galidia.
A.L. Rand (1935) donne le résultat de quatre contenus stomacaux :
— dans le premier : Sauterelles et restes de viande,
— dans le second : Insectes et restes d’un Reptile,
— dans le troisième : restes d’un Reptile,
— dans le quatrième ; Coléoptères et Insectes divers.
b) En captivité. — La variété des aliments acceptés par les Galidia
en captivité est très grande ; il est probable que dans la nature le régime
est essentiellement fonction des proies disponibles dans un milieu donné,
à une époque déterminée.
Le tableau suivant résume l’ensemble des tests que nous avons réali¬
sés avec cette espèce.
Source : MNHN, Paris
114
R. ALBIGNAC
Aliments
Résultats des tests
Vers de terre. Larves
+ +
Insectes (sauterelles,
blattes)
+ +
— Aliments refusés
Gastéropodes
+ +
Crustacés (écrevis.ses,
crabes)
+ +
Poissons (Tilapias)
+ +
+ Aliments souvent
Batraciens
+ + +
refusés
Serpents
+ +
Lézards
+ +
+ + Aliments acceptés
Caméléons
+
sans hésitation
Oiseaux et œufs
+ + +
Insectivores à piquants
+ +
+ + + Aliments très
Autres insectivores
+ + +
appréciés
Rongeurs
+ + +
Petits lémuriens (Mlcro-
cébus, petits Hapalé-
murs...)
+ + +
Fruits (bananes), riz,
pâtes...
+ +
Ce tableau montre bien la variété considérable des aliments acceptés
par le Galidia.
8) Mode de capture des proies
La technique d’étude est identique à celle utilisée pour Fossa
fossana.
Le comportement des animaux a été filmé au cours des expériences.
a) Insectes et Batraciens sont saisis directement et avalés après avoir
été déchiquetés. Les blattes sont recherchées activement, à l’aide des
pattes antérieures, sous les écorces d’arbres.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
115
b) Les Gastéropodes sont, comme nous l’avons vu pour les œufs,
projetés fortement contre un obstacle par les pattes postérieures ; la
coquille est ainsi brisée et l’animal peut ensuite consommer les parties
molles.
c) Les Crustacés et les Poissons sont repérés en eau peu profonde
(5 à 10 cm d’eau). Galidia chasse à vue et suit la proie ; lorsqu’il estime
pouvoir la capturer, il plonge alors la tête en avant et peut s’enfoncer
dans l’eau jusqu’à mi-corps, mais il garde normalement toujours un
point d’appui sur la berge en se tenant à l’aide de ses pattes postérieures.
Il saisit rapidement la proie entre ses dents, en la tenant toujours derrière
la tête. Puis, comme pour les autres proies, il commence par manger la
tête et termine rapidement l’ensemble. Pour les crabes, qui s’enfoncent
dans l’eau, Galidia essaye de les faire sortir de leur trou à l’aide de ses
pattes antérieures, il saisit ensuite les animaux directement avec la
gueule et les tue aussitôt, ce qui lui évite de se faire pincer ; il dévore le
Crustacé en commençant par l’arrière ; une partie des grosses pinces reste
généralement intacte. Il procède de la même manière pour capturer les
écrevisses.
d) Les Reptiles (pl. VIII, fig. 4). Des petits serpents peuvent être
parfois capturés. Ils sont saisis par la tête. Mais si la taille du serpent
est importante, celui-ci peut devenir le prédateur, ce qui se produit
avec certains Boïdés malgaches. C’est ainsi que sur l’île de Nosy-Behenty,
(à l’extrémité du cap Masoala) célèbre pour son abondante population
de rats, mais aussi du « Dô » (serpents Boïdés du genre Acranthophis),
nous avions lâché à titre d’expérience trois couples de Galidia ; un des
Galidia a été observé en train de se faire étouffer par un « Dô » qui
mesurait près de deux mètres de long et dont le diamètre maximal du
corps atteignait environ dix centimètres (observations communiquées
par M. Thinaire). Après que le c< Dô » ait été tué, deux autres Galidia
sont venus dévorer en partie le cadavre du serpent.
e) Les Oiseaux peuvent parfois se faire surprendre par un Galidia
mais, bien que ces proies soient très appréciées, elles sont probablement
rarement capturées. En captivité, un Galidia ne craint pas de monter aux
arbres à la recherche d’un oiseau. Chaque fois qu’il en a l’occasion,
il cherche à en capturer un et le dévore, après l’avoir plumé, comme
le montre l’observation suivante.
<1 Un fody (Foudia madagascariensis) est làclié dans la cage ; immédiatement
avant qu’il ne s’envole, Galidia se jette sur lui en essayant de la rabattre au sol à
l’aide de ses pattes antérieures. Il le mord à la tête en enfonçant ses dents pro¬
fondément et attend que l’oiseau soit mort. Il va ensuite tremper sa proie dans
l’abreuvoir. Puis il relâche l’oiseau et essaie de le faire bouger en le poussant à
l’aide de ses pattes antérieures ; puis il le prend et le trempe à nouveau dans
l’abreuvoir.
Source : MNHN, Paris
116
R. ALBIGNAC
Peu après, il plume l’oiseau ; pour cela, il le tient au sol avec ses pattes
antérieures et tire sur les plumes mouiüées en les tenant entre ses dents puis il
les rejette et recommence. Au bout d’environ deux minutes, le corps de l’oiseau
est à peu près plumé ; il le retourne sur le dos, l’éventre et lèche le sang puis il
le dévore en commençant par la tête. Une minute plus tard, U ne reste que l’extré¬
mité des pattes qui n’est habituellement pas mangée ».
II a été également remarqué que les Galidia trempaient assez fré¬
quemment de la même manière, leur viande dans l’eau avant de la man¬
ger.
f) Les Insectivores pourvus de piquants (Ericulus, Echinops, et
Hemicentetes) peuvent être attaqués par Galidia ; mais ces animaux sont
diificiles à tuer puisqu’ils se mettent en boule. L’animal essaye d’ouvrir
la boule de piquants à l’aide de ses pattes antérieures et arrache un par un
les piquants au niveau du cou, en les saisissant entre les dents. Lorsque
la zone dégagée est suffisamment importante, il mord sa victime, alors
vulnérable, et il la tue en atteignant la tête. Il dévore ensuite sa proie
en commençant par le ventre et ne laisse que la peau couverte de pi¬
quants. Pendant l’attaque, si les Galidia sont en couple, ils poussent des
petits cris de communication tandis que l’Insectivore, roulé en boule,
émet de temps en temps un cri de défense.
_ g) Autres Insectivores et Rongeurs. Ces petits mammifères sont
facilement capturés ; Galidia court très rapidement derrière sa proie
et semble chercher à lui couper le chemin en prévoyant la direction de sa
fuite ; il peut changer de direction pendant la course, poursuit sa proie
jusque dans les terriers ou sur les arbres. Ce mode de chasse est très parti¬
culier et bien différent de celui de Fossa.
Lorsque Galidia est au niveau de sa victime, il la saisit rapidement
derrière la tête et serre fortement jusqu'à ce qu’elle ne bouge plus. Il
va ensuite sur un rocher ou dans un endroit retiré pour la manger et
commence toujours par la tête.
Si un rat est mis en présence d’un couple de Galidia, ceux-ci agissent
ensemble en poussant des cris caractéristiques (voir chapitre intercommu¬
nication) mais il est impossible de préciser si leur action est coordonnée.
La poursuite semble en tous cas plus efficace que lorsqu’un animal
chasse seul (il est intéressant de remarquer à ce propos que, dans la
nature, les animaux sont généralement observés par couple et il n’est
pas impossible que cette chasse soit ainsi coordonnée).
Après la capture, l’animal qui a tué la proie s’en va avec elle, suivi
du conjoint qui essaie de la prendre. Il y a alors quelques disputes assez
agressives et finalement, après avoir mangé la tête de la proie, le premier
des animaux laisse l’autre profiter des restes. Ce n’est pas toujours le
même Galidia qui commence à dévorer la proie mais c’est toujours celui
qui l’a tuée.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
117
h) Les petits Lémuriens nocturnes (Microcebus et Cheirogaleus)
sont probablement aussi parfois les victimes des Galidia pendant le jour
lorsqu’ils dorment dans leur nid. Les Lémuriens du genre Hapalemur,
vivant normalement dans les zones de bambous ou de phragmites, sont
à l’abri de la plupart des prédateurs à cause de la nature assez fragile
de leur support et grâce à leur agilité. Les jeunes qui restent cependant
de temps en temps isolés des parents, sont certainement une proie fré¬
quente et il est très possible que le comportement particulier du jeune
Hapalemur (J.J. Petter et A. Peyrieras, 1970) soit le résultat d’une
sélection défensive à l’égard de ce prédateur.
Dans tous les cas Galidia saisit ses proies avec la gueule, il plante
fortement ses canines et ne lâche sa victime qu’une fois morte. Il s’aide
ensuite de ses pattes antérieures pour maintenir la proie au sol afin de
mieux la déchiqueter. Le plus généralement il la dévore en commençant
par la tête.
Galidia doit se nourrir fréquemment et ne semble pouvoir résister
à plus de deux jours de jeûne sans graves dommages. Les besoins en
eau sont également assez importants chez cette espèce. Un Galidia
résiste un peu plus de 24 h sans boire, avec une ration alimentaire norma¬
le. Lorsque l’animal dispose d’eau, il boit fréquemment au cours de la
journée. Pour boire il lèche les feuilles humides mais il s’abreuve aussi
souvent au bord des points d’eau en lapant la surface de l’eau. Parfois
aussi nous avons remarqué un curieux comportement: l’animal trempait
une patte antérieure dans l’eau puis la léchait ; parfois même il essayait
de retenir plus d’eau en repliant plus ou moins sa patte pour la porter
à sa bouche. Notre Galidia apprivoisé ne pouvait laper l’eau gazeuse,
il trempait alors une patte antérieure dans l’eau pour pouvoir boire
en léchant ensuite sa patte mouillée.
9) Besoins alimentaires (fig. 40, B)
La nourriture donnée pour tenter d’estimer les besoins énergétiques
de cette espèce, était uniquement composée de viande et de poisson. La
distribution se faisait le matin à 11 h et l’après-midi à 14 h 30. Les restes
étaient pesés le soir à 17 h.
Le poids des animaux, contrôlé au début et à la fin de l’expérience,
n’a pas varié de façon sensible. Le poids de nourriture absorbé quoti¬
diennement est de 13 à 17 % du poids de l’animal, parfois même près de
20 %. Galidia elegans a donc des besoins alimentaires assez importants.
Son action de prédateur doit être très sensible puisque sa densité, dans
le milieu naturel, semble assez forte.
Son influence paraît être assez marquée sur l’équilibre des popula¬
tions de Rongeurs et principalement sur l’équilibre, en forêt naturelle,
de Battus railus (envahisseur récent et de plus en plus abondant).
Source : MNHN, Paris
118
R. ALBIGNAC
Son action sur les autres groupes n’est toutefois pas négligeable,
en particulier sur les oiseaux mauvais voiliers tels que les Coua, et sur les
nichées de nombreux petits oiseaux.
L’action sur la faune des ruisseaux, si elle est originale, ne semble
toutefois pas très importante.
10) Reproduction
a) Période d'activité sexuelle et accouplements. — La période d’ac¬
couplement de Galidia est limitée à la fin de l’Iiiver austral et au prin¬
temps soit, à Madagascar, entre fin juillet et novembre. Le maximum
des accouplements a lieu en septembre et octobre.
Nous avons pu en observer plusieurs en captivité. Les postures
présentent de nombreuses analogies avec celles de Fossa fossana et
de Mungotictis decemlineata.
Mode d’accouplement (pl. X, fig. 1). —Les préliminaires du premier
coït sont assez longs et durent 40 mn environ ; ils sont très rapides pour
les 3 ou 4 accouplements suivants.
L’observation du 31 août 1967 donne une bonne idée de ce comportement.
— A 14 h 10, le mâle est couché à côté de la femelle. Les deux animaux se
lèvent et la femelle lèche le dos du mâle ; le mâle monte sur la femelle, mais celle-
ci s’éloigne. Le mâle lèche le cou de la femelle puis se lèche le ventre.
— A 14 h 16, le mâle passe sur le dos de la femelle, puis lui lèche la région
génito-anale, et l’oreille droite. Le mâle tient le cou de la femelle entre ses deux
pattes antérieures, mais il est déporté sur le côté et les deux partenaires se séparent
quelques secondes après. La femeUe vient lécher le cou du mâle. Le mâle lèche
ensuite le cou de la femelle et la mordille légèrement. Le mâle lèche l’intérieur
d'une oreille de la femelle.
— A 14 h 18, la femelle lèche le cou du mâle et celui-ci répond en léchant la
région génitale de la femelle et les animaux s’accouplent.
— A 14 h 28 le coït est terminé ; il a duré 10 minutes. Le mâle et la femelle
se lèchent ensuite chacun de leur côté, leur propre région génitale.
Pendant les préliminaires de l’accouplement, le mâle et la femelle poussaient
de temps en temps de petits grognements. Pendant le coït le mâle mordillait et
léchait le cou de la femelle. Il la tenait par la taille à l’aide de ses pattes antérieures,
la queue de la femelle étant rejetée sur le côté droit.
— A 15 h 08, la femelle se retourne devant le mâle (posture d’invite à
l’accouplement). Un second coït se produit qui dure à peine 30 secondes ; le mâle
lèche ensuite la région génito-anale de la femelle et ils s’accouplent une troisième
fois pendant trois minutes.
— A 15 h 11, après un troisième accouplement, le mâle et la femelle se
lèchent encore chacun de leur côté leur propre région génitale.
— A 15 h 12, un nouvel accouplement a lieu ; le mâle mordille et lèche le
cou de la femelle derrière les oreilles (ceci surtout lorsque la femelle se retourne).
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
119
— A 15 h 16, le mâle mord le cou de la femelle et la ramène vers lui en
accentuant son étreinte car la femelle veut avancer. Le mâle lèche le dos de la
femelle pendant 20 secondes, puis lèche sa propre cuisse tout en restant toujours
accouplé.
— A 15 h 25, ce nouveau coït se termine. Il aura duré 13 minutes. Aussitôt
après le mâle et la femelle se lèchent chacun de leur côté leur propre région génitale.
— A 15 h 36, le mâle lèche la région génitale de la femelle, puis ils s’accou¬
plent à nouveau.
— A 15 h 40, le cinquième coït est terminé, et comme toujours après leur
séparation, le mâle et la femelle lèchent leur propre région génitale. Les deux
animaux se couchent chacun séparément sur le sol. Ils restent ainsi au repos
pendant 50 minutes et ne cherchent plus à s’accoupler de la journée.
b) Gestation. — Pour évaluer la durée de gestation, des femelles
conservées en captivité depuis plus d’uu an furent mises pendant 10 jours,
au moment du début de l’œstrus, en présence d’un mâle.
Pour déterminer le début des œstrus, des frottis vaginaux ont été
tentés mais ils n’ont donné aucun résultat satisfaisant; ils ont eu pour
effet de perturber complètement le cycle des femelles.
Au début de l’œstrus les dilatations de la région vulvaire ne sont pas
nettement visibles.
C’est surtout par l’étude du comportement des femelles qu’il a été
possible de déterminer approximativement le début du cycle œstrien ;
c’est ce qui explique les variations de quelques jours de la durée de
gestation notée.
Le tableau page 120 donne une idée générale des durées de gesta¬
tion et des époques des accouplements et mise-bas, pour 12 naissances
contrôlées.
c) Parturition et période de mise-bas (fig. 41, B). — Aucune particu¬
larité du comportement de la femelle ne laisse présager de façon cer¬
taine la mise-bas. En particulier, il n’y a pas de tentative de construction
de nouveau terrier. Seul un léger gonflement des mamelles peut-être
remarqué quelques jours avant la naissance.
La mère est très nerveuse, 24 h avant la naissance. Elle renvoie le
mâle du dortoir habituel. Au moment de la parturition, elle ne le supporte
pas près d’elle et l’attaque violemment s’il s’approche à moins de deux
mètres de l’endroit où se tient le jeune. Ce territoire sera ainsi vigoureu¬
sement défendu pendant un mois et demi. Le mâle ne cherche pas à
contre-attaquer, il semble ne pas très bien comprendre et se contente
de se sauver en poussant des cris de défense ; il revient seulement de
temps en temps voir ce qui se passe. L’observation suivante donne
une idée de ce comportement :
— Le 7 avril 1970, une naissance se produit dans la chambre terrarium
où se trouve un couple de Galidia installé depuis plus d’un an. La naissance a eu
lieu le matin très tôt, mais l’observation ne débute qu’à 9 h 15.
Source : MNHN, Paris
120
R. ALBIGNAC
Mâle
Galidia
Femelle
Galidia
Date
de
l’accouplement
Date
de naissance
du jeune
Durée
de gestatiou
évaluée à partir
du dernier
accouplement
(j)
G 16
G 5
16-IV-68
18-IV-68
15-VII-68
88
G 16
G 6
26-X-67
28-X-67
21-1-68
85
G 3
G 9
21-VIII-67
28-VIII-67
27-XI-67
90
G 25
G 21
27-Xr-69
10-11-70
75
G 16
G 27
7-IX-70
6-XII-70
89
G 25
G 31
5- X-68
6- X-68
4-1-69
88
G 15
G 32
lI-XI-69
30-1-70
80
G 12
G 32
25-V-70
9-VIII-70
76
G 59
G 58
5-XII-69
24-11-70
81
G 59
G 58
5-X-70
27-XII-70
83
G 79
G 74
18-YII-70
30-IX-70
74
— La femelle est très nerveuse et attaque le mâle qui vient alors se poster
près de la fenêtre d’observation à 6 mètres de la femelle et du jeune. La mère reste
sur le lieu habituel de repos du couple, au fond de la pièce ; elle n’a rien aménagé
pour la naissance du jeune.
— 9 h 20, la femelle tourne un peu autour du jeune dans un rayon de deux à
trois mètres. Le mâle est toujours à la même place près de la fenêtre d’observation.
Les animaux sont calmes et le mâle pousse simplement des petits cris d’appel de
temps en temps.
— 9 h 23, le mâle va sur les pierres situées à 2,50 mètres de la femelle et du
jeune et il les regarde. La femelle grogne pour l’intimider.
— 9 h 25, le mâle ne bouge pas, il semble inquiet et il revient vers la fenêtre
d’observation.
— 9 h 30, le mâle retourne sur les pierres à 2,50 m de la mère et du jeune
et la mère l’attaque violemment, elle le poursuit jusqu’à la fenêtre d’observation
puis retourne lentement vers le jeune et tourne autour de lui.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
121
— 9 h 45, le mâle ne bouge toujours pas, la femelle fait sa toilette puis
lèche le jeune, le prend ensuite dans sa gueule, le repose, vient sur les pierres pour
voir où est le mâle, revient vers le jeune, le lèche longuement et s’enroule autour
de lui. Le mâle est toujours près de la fenêtre d’observation.
Une naissance avait eu lieu 13 mois auparavant dans cette chambre terra¬
rium mais il y avait deux couples de Galidia dans la pièce et le jeune avait été
tué par son père trois heures après la naissance.
La plus grande partie des mises-bas que nous avons pu observer eurent lieu
entre 5 et 10 heures du matin et entre 14 et 16 heures de l'après-midi.
La mère lèche très souvent le petit et pousse de nombreux cris de défense
lorsque l’on s’approche de la cage. Voici le détail d’une naissance alors que nous
avions laissé le mâle avec la femelle (observation du 18 janvier 1968) :
— A 14 h 40, la femelle est couchée sur le côté gauche et à 14 h 45 on s’aper¬
çoit qu’eüe vient d’accoucher. La mère reste couchée sur le côté gauche et lèclie
continuellement son petit ; en même temps, elle tire avec ses dents sur le cordon
ombilical.
— A 14 h 50, ce dernier ne fait plus que 10 mm de long et la mère lèche le
nouveau-né (nous n’avons pas retrouvé trace du placenta qui a dû être mangé
avant). Le léchage se poursuit pendant deux minutes, puis la mère lèche sa pro¬
pre région génitale et s'occupe à nouveau du petit qui est encore tout humide. Le
jeune donne l’impression de respirer avec peine en faisant de profondes inspira¬
tions.
— A 14 h 55, la femelle se lèche à nouveau la région génitale, et reste près
du jeune qui remue les pattes et dont les yeux sont fermés. Elle lèche encore
plusieurs fois le jeune et sa propre région génitale. Elle tourne le petit à l’aide de
ses pattes antérieures pour le lécher partout. Le mâle est perché sur une branche
et regarde la scène sans bouger.
— A 15 h le jeune est sec. Un morceau de cordon ombilical d’environ 10 mm
adhère encore à son ombilic. Les oreilles sont collées à la tête. Il peut se traîner
sur le sol et pousse deux petits cris, sorte de « puch-puch ». II est presque toujours
enroulé sur lui-même et la mère ne le quitte pas. Elle le lèche souvent, ainsi que
sa propre région génitale qui n’est que très légèrement dilatée (la vulve fait 1 cm
de long et il n’y a pas de traces de sang). Elle lèche parfois le jeune en posant une
patte antérieure sur lui, comme pour éviter qu’il ne glisse.
— A 15 h 20, l’oreille droite du jeune s’est décollée de la tête ; il pousse
trois petits cris. La mère se couche sur le côté, en rond, et tient son petit contre
son ventre.
— A 15 h 30, l’oreille gauche est décollée. La mère surveille le mâle et
pousse des cris de défense dès qu’il remue un peu. Celui-ci est pourtant toujours
perché sur sa branche et ne semble pas du tout agressif.
— A 15 h 52, le jeune cherche une mamelle, d’abord sans succès ; il la trouve
5 minutes après et tète un peu moins d’une minute. La mère, tout en restant avec
le jeune, commence à manger un morceau de viande. Elle quitte ensuite le petit
et prend dans sa gamelle trois autres morceaux qu’elle va manger à côté du petit.
— A 16 h 15, le jeune commence à pousser de légers sifflements et semble
nerveux.
— A 16 h 20, le jeune semble tèter (1 minute) puis reste avec la mère.
— A 16 h 40, le jeune tète, la femelle est couchée sur le côté gauche, le
petit contre son ventre. Elle le lèche encore souvent.
Source : MNHN, Paris
122
R. ALBIGNAC
— A 17 11 20, la femelle attaque le mâle et il est décidé de retirer ce dernier
de la cage.
— A 18 heures, le jeune, seul avec sa mère, tète pendant trois minutes, puis
la mère et le jeune semblent s’endormir.
Les mises-bas ont essentiellement lieu entre septembre et avril
et la portée unique de l’année se compose d'un seul jeune.
Sex ratio : Sur 25 naissances obtenues en captivité, nous avons eu
13 mâles et 12 femelles ; comme pour Fossa fossana on peut donc admettre
qu’il y a égalité des sexes à la naissance.
sevrage
Fig. 50. — courbe de croissance pondérale de Galidia etegans.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
123
100
FiG. 51. — croissance pondérale et staturale de Galidia elegans (rapportée
à l’adulte).
d) Croissance (fig. 50 et 51). A la naissance, le jeune Galidia
a déjà une fourrure dense, de la même couleur que celle de ses parents.
Son poids est en moyenne de 50 g ; le corps avec la tête mesure 11 à 13 cm
de longueur et la queue 7 à 8 cm.
Les graphiques permettent de se faire une idée de la croissance
pondérale de l’espèce et de l’accroissement en longueur du corps et de
la tête ainsi que de la queue (fig. 50 et 51).
Source : MNHN, Paris
124
R. ALBIGNAC
Avec un jeune élevé en captivité, séparé de sa mère, des bourrelets
apparaissent à l’emplacement futur des incisives neuf jours après la
naissance.
Le seizième jour les incisives de lait sortent.
Le vingt-cinquième jour les canines de lait de la mâchoire inférieure
percent à leur tour et celles de la mâchoire supérieure apparaissent deux
jours plus tard, c’est-à-dire le vingt cinquième jour.
A l’âge d’un mois, on remarque la sortie de plusieurs molaires de
lait, une à la mâchoire supérieure et trois à la mâchoire inférieure.
La même chronologie d’apparition des dents a été notée chez un
second jeune élevé par sa mère. Le jeune Galidia commence à manger
de la viande, même s’il s’agit d’un jeune séparé de sa mère.
C’est à un mois et demi que les deux dernières molaires de lait de la
mâchoire supérieure apparaissent. Les vraies molaires sortiront à
l’âge de huit mois ; le jeune Galidia commence alors à perdre sa dentition
de lait, qui sera remplacée par la dentition définitive adulte à un an.
e) Allaitement et sevrage. — L’allaitement dure environ deux mois.
Pour la première tétée, la mère se couche sur le flanc et présente ses
mamelles tout près de la tête du petit. Puis, s’aidant de sa gueule et de
ses pattes, elle rapproche la bouche du jeune des deux tétons et lui donne
de légers coups de patte jusqu’à ce qu’il sente le bout de la mamelle
et se décide à téter.
Au cours du premier mois, le jeune est exclusivement nourri du
lait de sa mère et ce n’est que pendant le deuxième mois qu’il complétera
ce régime par de la viande.
Des observations sur un jeune élevé artificiellement, après avoir
été séparé de sa mère à l’âge de 15 jours, et dont la croissance a suivi
sensiblement une courbe normale, nous donnent une idée des besoins
quotidiens en lait et nous permettent de voir l’évolution du régime du
jeune.
Heures
Poids du jeune
avant la têtée
(g)
Poids du jeune
après la têtée
(g)
Poids du lait
absorbé
(g)
9 h
111
115
4
12 h
114
121
7
15 h 30 mn
115
120
5
18 h
112
119
7
20 11
115
119
4
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
125
Jeune âgé de 17 jours (7 avril 1967).
Au total, le jeune a absorbé 27 g de lait (lait reconstitué Galliasec)
soit environ 1 /4 de son poids en cinq prises.
Le jeune met 10 jours pour doubler son poids de naissance (le nom¬
bre de tétées étant maintenu à cinq).
Heures
Poids du jeune
avant la têtée
(g)
Poids du jeune
après la têtée
(g)
Poids de lait
absorbé
(g)
8 h
139
150
11
10 h 30 mil
149
156
7
12 h 20 mn
153
158
5
14 h 40 mn
147
155
8
19 h
150
160
10
Jeune âgé de 36 joui-s (26 avril 1967).
Au total il a absorbé 41 g de lait. Ce sont les tétées du matin et du
soir qui sont les plus importantes.
Il mange aussi deux petits morceaux de foie de volaille à 11 h 30,
soit 5 g.
A cet âge sa croissance est rapide et les besoins sont plus importants,
le jeune absorbe alors le 1 /3 de son poids par jour.
f) Transport du petit (fig. 52). — Au début, le jeune qui n’a pas
encore les yeux ouverts, ne marche pas. La mère le déplace en le prenant
par le cou, dans sa gueule, comme le font les chats. Le petit se met
en boule, pattes repliées, queue enroulée autour du corps et ne bouge
absolument pas pendant le transport. Ce n’est qu’au moment où la mère
le déposera à nouveau qu’il reprendra sa position normale de repos,
couché en rond sur le côté.
Il pourra ainsi être porté jusqu’à l’âge d’un mois.
g) Développement du jeune et comportement parents-jeune. — Pen¬
dant les heures qui suivent la naissance, la mère s’affaire à nettoyer
le jeune. Elle le lèche beaucoup, surtout au niveau du cordon ombilical,
de la face et de la région anale. Ce dernier comportement provoque
l’élimination de l’urine et des excréments, comme chez la plupart des
autres mammifères (pl. X, fig. 2).
Peu après la naissance, lorsque le mère émet des grognements
agressifs, le jeune est déjà capable de répondre en poussant de faibles cris
de défense.
Source : MNHN, Paris
126
R. AI-BIGNAC
Les yeux s’ouvrent entre six et huit jours. A ce moment, le petit
ne peut encore marcher ; il peut à peine se déplacer en s’aidant des pattes
antérieures.
A douze jours, il présente un début de comportement agressif,
caractéristique de l’espèce, et pousse de légers grognements identiques à
ceux de la mère, mais plus atténués. La mère empêche toujours le mâle
d’approcher le petit, mais la distance minimum n’est plus que d’un mètre.
La mère va maintenant avec le mâle, elle quitte ainsi le jeune, mais si le
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 127
mâle veut aller vers lui, elle l’attaque encore pour l’empêcher de s’appro¬
cher.
Seize jours après la naissance, la mère promène le jeune dans toute
la pièce ; il la suit généralement de très près. Elle ne laisse pas le mâle
s’approcher à moins de deux mètres du jeune si elle n’est pas couchée
avec lui. Si elle est avec son petit, elle tolère alors le mâle à un mètre.
Le mâle et la femelle ne sont plus nerveux et le jeune commence à s’inté¬
resser à tout, en compagnie de sa mère.
25 jours après la naissance, un jeune mis à l’eau est capable de
très bien nager. Après sa sortie de l’eau, et bien qu’il ait été séparé de sa
mère peu après sa naissance, il sait se sécher exactement comme l’aurait
fait un adulte, en se léchant, en se frottant sur le sol et en rampant sur le
ventre, tout en s’aidant de ses pattes antérieures.
A l’âge de trois semaines le jeune se met à marcher, bien qu’encore
maladroitement ; peu après, il sera capable de courir et commencera
à jouer.
Ces jeux consistent surtout à mordiller tout ce qui est à sa portée ;
lorsqu’il est avec sa mère, c’est à sa queue qu’il s’en prend. Impassible,
elle le regarde et répond parfois en le mordillant ou en le faisant rouler
sur le sol.
La mère laisse de plus en plus souvent le jeune seul et elle va même
assez fréquemment près du male. Elle reste néanmoins encore agressive
si elle sent que le mâle veut aller vers le jeune ; lorsqu’elle revient près
de son petit, elle commence toujours par le lécher longuement.
Le petit suit la mère partout et imite tout ce qu’elle peut faire.
A un mois et demi, il commence à sauter et devient très turbulent.
Souvent la mère reste couchée, indifférente, alors que le petit lui saute
dessus et ne cesse de la mordiller partout.
C’est à ce moment-là que le mâle peut pour la première fois s’appro¬
cher très près du jeune ; le petit reste néanmoins toujours derrière sa
mère et imite tout ce qu’elle peut faire.
A un mois et vingt jours, on observe pour la première fois le mâle
dans le territoire de la femelle et du jeune. La mère ne le renvoie pas. Le
soir, le mâle et la mère dorment ensemble avec le jeune au milieu d’eux.
C’est à partir de ce moment que le jeune joue beaucoup avec ses
parents, il va alternativement vers le mâle et la femelle, leur saute dessus,
mordille les queues et gratte même parfois le sol comme les adultes.
A l’âge de trois mois le jeune s’empare facilement de sauterelles
et parfois de grenouilles. Il est très joueur avec ses parents.
Lorsqu’il atteint l’âge de quatre mois et demi, le jeune ne peut
encore capturer tout seul ni les Rongeurs, ni les Oiseaux, ni même les
Source : MNHN, Paris
128
R. ALBIGNAC
Poissons. Les parents tuent ou pèchent les proies et le jeune se contente
ensuite de les leur prendre sans qu’il y ait de résistance des parents.
Le jeune ne commence à pêcher qu’à l’âge de 10 mois. A cette époque,
les parents s’accoupleront devant le jeune et nous avons remarqué,
à cette occasion, un comportement assez particulier du jeune mâle :
après trois accouplements des parents, ce jeune a tenté, à plusieurs
reprises, de monter sur sa mère et d’imiter ainsi la posture de l’accouple¬
ment de l’adulte.
Le jeune commence à capturer les proies comme les adultes, à l’âge
de quatorze mois.
Il est probable que le jeune quitte ses parents à cet âge et au plus
tard à deux ans. En effet, dans la nature, on rencontre généralement le
couple avec le jeune de l’année, mais parfois le groupe familial comprend
quatre animaux.
IV. — Salanoia concolor (I. Geoffroy Saint Hilaire, 1839)
Nom commun : Salanoia.
Nom vernaculaire : Salano ou Vontsira (nom commun à Galidia et Salanoia).
Salanoia paraît beaucoup plus rare que Galidia. Ces deux genres
sont très proches et Salanoia fut, comme nous l’avons vu, longtemps
placé dans le genre Galidia.
Un jeune mâle Salanoia a été observé en captivité pendant une
période de 15 jours. Il est intéressant de remarquer que le genre de vie
de Salanoia présente de nombreuses analogies avec Galidia ; seul le régime
alimentaire paraît plus spécialisé, avec une tendance insectivore plus
marquée. H. Schlegel et F.P.L. Pollen (1868) avaient déjà noté le
comportement à peu près identique de ces deux genres voisins, d’après
des remarques de Ch. Coquerel qui avait élevé un Salanoia en captivité.
1) Abris
Comme Galidia, Salanoia est capable de creuser des terriers pour
s’y abriter la nuit. Il peut également occuper des souches creuses. L’ani¬
mal observé en captivité se mettait sous la litière de sa cage, un peu
à la façon des Mungotictis.
2) Rythme d’activité
Les observations faites au Cap Masoala semblent indiquer, pour
cette espèce, une activité purement diurne. Salanoia a été en effet ren¬
contré à plusieurs reprises actif à différents moments de la journée.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
129
Le rythme est typiquement diurne en captivité.
L’anima! observé se levait le matin vers 5 h 30, en même temps
que Galidia et Mungoficlis. Le soir il se couchait sensiblement à la même
heure, vers 18 h.
3) Postures, locomotion, manipulations
L’ensemble du comportement de Salanoia est identique à celui
de Galidia.
Les postures sont sensiblement les mêmes.
Les modes de locomotion adoptés sont proches, en particulier la
progression arboricole semble également aisée.
Les manipulations sont tout aussi variées et Salanoia peut en
particulier briser les œufs comme le fait Galidia.
4) Vie sociale
Comme Galidia, Salanoia semble vivre le plus souvent par couple,
avec le jeune de l’année.
5) Domaine vital et territoire
Le domaine vital de Salanoia semble un peu plus vaste que celui
de Galidia ; ce fait est probablement lié à un régime à tendance plus
insectivore, l’animal ayant probablement ainsi besoin d’un plus long
parcours journalier pour rechercher sa nourriture.
Il est intéressant de remarquer, qu’au moins au niveau du Cap
Masoala, ces deux genres diurnes, très voisins (Galidia et Salanoia)
cohabitent et ont été observés fréquemment à peu de distance dans le
même habitat. Il semble que cette région soit une zone limite, le Galidia
se faisant ensuite plus rare dans le Sambirano et dans les forêts d’altitude
du Nord-Est de la Grande Ile.
6) Alimentation
Comme indiqué, Salanoia a une tendance insectivore certainement
plus marquée que Galidia ; Salanoia accepte les Insectes, les fruits et
même le miel ; il se nourrit aussi de Batraciens et parfois de petits
Reptiles. Bien qu’en captivité il accepte de la viande et des Rongeurs,
il ne semble pas le faire aussi avidement que Galidia.
7) Reproduction
La reproduction de cette espèce n’a pu être observée. Les enquêtes
de terrain semblent indiquer, comme on pouvait le supposer, un mode
de reproduction identique à Galidia ; le comportement des parents et
du jeune doit également être très voisin de celui de Galidia.
Source : MNHN, Paris
130
R. ALBIGNAC
V. — Mungotictis decemlineata (A. Grandidier, 1869)
Nom commun : Le Mungotictis.
Nom vernaculaire : Boky ou Boky-Boky.
1) Abris
a) Dans la nature. — Dans la région où vit Mungotictis le sol léger
se prête bien à la construction de terriers. J’ai effectivement, à plusieurs
reprises, observé des terriers dans la nature, mais il m’a été impossible
d’apporter la preuve qu’il s’agissait de terriers de ce prédateur; en effet
plusieurs fois, en fouillant un terrier signalé par les bûcherons comme
appartenant à Mungotictis, j’y ai trouvé un gros Rongeur fouisseur
également très localisé dans la même région, Hypogeomys antimena.
Les habitants de la région signalent que Mungotictis vit aussi dans
les souches creuses. Ces refuges seraient simplement temporaires et
utilisés en cas de danger. Mungotictis s’y réfugie quand il est poursuivi
par les chiens des chasseurs.
b) En captivité. — Tous les Mungotictis observés en chambre
terrarium ont creusé des terriers. Ces terriers sont toujours très simples
et munis d’une, ou au plus, de deux ouvertures.
Pour creuser un terrier, l’animal se sert alternativement de ses
pattes antérieures puis de ses pattes postérieures qu’il utilise presque
simultanément. Ce sont les pattes antérieures, munies de longues griffes,
qui grattent et fouissent le sol ; elles ramènent ensuite la terre au niveau
des pattes postérieures et celles-ci l’enlèvent au fur et à mesure. Les
pattes postérieures forment une pelle qui projette énergiquement la
terre derrière l’animal, comme c’est le cas pour Galidia.
Une heure après le lâcher d’un animal dans la chambre terrarium,
un premier abri est creusé. Il est alors muni d’une seule entrée et s’enfonce
à 30 ou 40 cm dans le sol. Le fond du terrier est un peu plus large ce qui
permet à l’animal, qui entre toujours la tête la première, d’exécuter
un demi-tour pour sortir.
Certains animaux aménagent parfois un peu plus tard une seconde
issue, mais ils se contentent généralement du premier gîte établi. Comme
Galidia, ces animaux n’apportent jamais de litière au fond du terrier.
Dans les cages munies d’une épaisse litière, ils se cachent très souvent
sous l’herbe où ils peuvent même faire des galeries. Ils dorment aussi
dans des niches en bois, installées dans leur cage.
Mungotictis semble construire un terrier beaucoup plus souvent que
ne le fait Galidia ; dans le milieu naturel, le gîte principal doit certaine¬
ment toujours être un terrier.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
131
Il ne semble pas que les animaux changent souvent de gîte principal.
En effet, un couple installé huit mois dans une chambre terrarium n’a
jamais changé, ni même modifié, son terrier.
2) Rythme d’activité
a) Dans la nature. — Nous avons, à plusieurs reprises, observé
Mungotidis actif à différentes heures, pendant la journée.
Nous avons pu préciser l’heure de capture pour deux piégeages.
L’un fut réalisé entre neuf heures et onze heures du matin et l’autre entre
quatorze heures et quinze heures, deux jours plus tard dans la même zone.
Les habitants des villages de cette région nous ont également
confirmé les mœurs typiquement diurnes de cette espèce.
Fig. 53. — histogramme d’activité de Mungoliclis decemlineaia, activité
diurne ; entre 18 li et 5 h 15 du matin, les animaux ne sont jamais actifs.
b) En captivité (fig. 53). — Même pour les animaux venant d’être
capturés, nous n’avons jamais remarqué la moindre activité nocturne.
De jour, l’activité matinale semble relativement faible ; elle devient
maximale dans le courant de l’après-midi entre 13 h et 17 h.
Le matin, les animaux font surtout de longues toilettes ; l’après-
midi, ils parcourent de plus longues distances. Dans la journée, ils ont
également de nombreux moments de repos, surtout un peu après la
distribution de nourriture.
Un relevé de l’activité d’un couple pendant une journée d’observa¬
tion, le 20 novembre 1970, donne une idée du rythme.
Source : MNHN, Paris
132
R. ALBIGNAC
A 4 h 30, les animaux dorment encore ; ils se réveillent à 4 h 45 ; les animaux
baillent ; le début de leur activité se manifeste par des séances où ils se lèchent les
pattes et le corps et se font assez souvent la toilette des oreilles et de la tête.
A 5 heures, les animaux bougent peu ; chacun d’entre eux fait environ
20 à 30 mètres entre 5 heures et 5 h 10.
Un long moment de repos a lieu entre 5 h 10 et 6 h 10. Les animaux sont
alors plus ou moins couchés et ils font leur toilette ou se lèchent réciproquement
la tête, le cou et les oreilles.
Une période d’activité reprend entre 6 h 10 et 6 h 40 et chaque animal
parcourt environ 50 à 70 mètres.
Ensuite, une nouvelle période de repos a lieu de 6 h 40 à 8 h 10 ; les animaux
se reposent puis ont deux petites périodes d’activité jusqu’à 11 heures, heure à
laquelle se fait la distribution de nourriture. Le mâle parcourt pendant cette pé¬
riode 120 à 130 mètres.
A 11 heures, les animaux mangent et parcourent une centaine de mètres
jusqu’à 12 h 15. Puis de 12 h 15 à 13 h, le repos est général.
A partir de 13 heures, les animaux deviennent plus actifs jusqu’à 13 h 45.
Le mâle parcourt 50 à 70 mètres.
Après un repos de près d’une heure, les animaux redeviennent actifs à
14 h 30, moment où se fait la deuxième distribution de nourriture. Jusqu’au
coucher, à 17 h 40, les animaux restent actifs et les moments de repos sont peu
nombreux (essentiellement deux périodes de 10 minutes). Les animaux parcourent
300 à 500 mètres chacun pendant cette période.
3) Postures, locomotion, manipulations
a) Postures. — La posture à l’arrêt, précédant une locomotion
normale, est une posture quadrupédale classique : les membres antérieurs
sont tendus, les pattes postérieures sont légèrement repliées et l’animal
est en appui sur les quatre membres, en position plantigrade.
Au repos, Mungofictis adopte principalement deux postures. Il
peut être couché sur le côté, enroulé sur lui-même ; sa queue entoure le
corps et abrite la tête qui est rentrée sous la poitrine. Il peut également
se tenir allongé sur le sol, couché sur le ventre, la tête dans le prolonge¬
ment du corps.
Lorsque l’animal est intrigué, il adopte plusieurs positions selon
l’importance du danger.
Si le danger semble lointain, tout en se tenant debout sur ses quatre
pattes ou assis sur son train arrière, les pattes antérieures touchant
toujours le sol, l’animal lève et baisse la tête et en même temps pousse
un grognement d’intimidation assez long ; il peut ainsi hocher la tête
trois ou quatre fois de suite ; sa queue n’est pas hérissée.
Il peut aussi gonfler immédiatement la queue et faire face au danger
(pl. XI, fig. 4).
Lorsque le danger est plus immédiat, Mungotictis hoche la tête,
lève la patte, rabat ses oreilles vers l’arrière et pousse en même temps
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
133
un grognement. Il peut également prendre la posture d’n arrêt », comme
Galidia (pl. XII, fig. 2).
Enfin, Mungoticiis peut se tenir le corps vertical, dressé sur les
pattes postérieures ou assis sur l’arrière-train, et rester dans cette posi¬
tion avec les deux pattes antérieures repliées contre le corps.
b) Locomotion (pl. XI, fig. 1 à 3 et pl. XII, fig. 1). — Les membres
de Mungoticiis sont relativement robustes et cet animal peut adopter
différents modes de locomotion. La structure des soles palmaires et
plantaires est très semblable à celle de Galidia et le nombre de coussinets
est le même (fig. 21 et 22).
Sur le sol ou les branches plus ou moins horizontales, il peut progres¬
ser lentement tout à fait comme Galidia. Pour une progression plus rapide,
il adopte le galop ; ce galop est identique à celui de Galidia ; c’est-à-dire
que les pattes postérieures passent en avant des pattes antérieures, comme
chez le lapin par exemple.
L’animal peut aussi effectuer des volte-faces en prenant appui contre
un support vertical, pour se retourner ; la réception se fait alors sur les
quatre pattes, puis il les détend brutalement pour prendre sa nouvelle
direction.
Pour grimper ou descendre de supports verticaux, Mungoticiis
adopte exactement le même mode de locomotion que Galidia ; on remar¬
que, comme pour cette dernière espèce, l'action importante des doigts
et surtout des griffes, qui permettent à l’animal de ne pas glisser. Les
nombreux coussinets des pattes aident également à mieux tenir le
support.
Pour monter, la progression se fait en alternant les mouvements des
pattes antérieures et postérieures et l’animal garde trois points d’appui
avec le support (pl. XI, fig. 1 à 3 et pl. XII, fig. 1). Ce type de progression
a lieu si la branche fait un angle de 50° et plus par rapport à l’horizon¬
tale. Au-dessous de 50'^, la progression se fait de la même manière que
sur le sol.
Pour descendre, et si la branche a une inclinaison de plus de 50°,
les pattes antérieures agissent ensemble et agrippent le support pendant
que les pattes postérieures se déplacent en même temps et enlacent
plus ou moins le support ; c’est ensuite l’inverse, et la progression se fait
ainsi en chenille arpenteuse.
Les pattes de Mungoticiis sont légèrement palmées mais cet animal
n’a pas le même comportement que Galidia au bord de l’eau ; il ne
pêche jamais et ne va pas spontanément dans l’eau. Par contre, il nage
très bien pour rejoindre la berge lorsqu’on le met dans une mare. Au
cours de la période des pluies, son habitat étant alors entrecoupé de
Source : MNHN, Paris
134
R. ALBIGNAC
nombreux petits cours d'eau et de mares, cette possibilité lui est ainsi
probablement très utile.
c) Manipulation (pl. XII, fig. 3 et 4 ; pl. XIII, fig. I à 3). — Mungo-
tictis peut saisir les objets et même les soulever, comme le fait Galidia.
Pour la capture des proies vivantes, l’animal ne se sert que de ses
dents ; en particulier pour chasser les rats, il saisit le Rongeur très rapi¬
dement derrière la tête, au niveau du cou, et le tue en quelques secondes.
Ensuite il se sert de ses pattes antérieures pour maintenir sa proie au
sol, pendant qu’il la déchiquette avec ses dents.
Il utilise également ses pattes pour soulever les écorces d’arbres et
saisir les différents insectes qu’elles protègent.
Mungoliciis peut briser les œufs de la même façon que Galidia.
Il prend l’œuf entre ses pattes antérieures, se couche sur un côté et
glisse l’œuf entre les pattes postérieures qui sont repliées en avant ;
une fois la prise bien assurée, il projette l’œuf en détendant brusquement
les pattes postérieures. Ainsi l’œuf est brisé à 40 ou 50 cm de l’animal ;
il va ensuite immédiatement lécher le contenu qui se répand sur le sol.
Il procède de la même manière pour briser les escargots (pl. XII, fig. 3
et 4 ; pl. XIII, flg. 1 à 3). Mungoliciis peut aussi, contrairement à Galidia,
projeter l'œuf directement avec ses pattes antérieures. Pour cela il ne
se couche pas sur le côté mais reste debout sur ses pattes et projette
l’œuf en arrière, entre les pattes postérieures. Cette dernière méthode
est très voisine de celle utilisée par Miingos (H.E. Hinton et A.M. S.
Dunn, 1967).
4) Moyens d’intercommunication
a) Signaux auditifs. — Comme pour Galidia on peut classer les
cris de Mungofictis en quatre catégories (pl. XIX) :
— cris de contact émis par les animaux d’un groupe familial au
cours du déplacement,
— cris émis pendant la capture d’une proie,
— cris d’intimidation, de défense ou d’attaque émis par les animaux
du groupe familial,
— cris émis pendant l’accouplement.
— Cris de contact. — Comme pour Galidia, ces cris semblent avoir
pour but de maintenir le contact entre les animaux d’un même groupe.
L’émission de ces cris est en effet répétée, tout au long de la journée,
par les individus d’un groupe familial qui viennent d’être séparés. Le
même type de réaction a également été observé chez Galidia. Le cri
habituel émis par Mungotictis est un son bref assez grave (d’une seconde),
sorte de « Bouk » qui se répète généralement de deux à huit fois (maximum
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
135
d’intensité 0,5 à 1,5 IcHz), parfois même davantage. Le nom vernacu¬
laire « bouky-bouky » (le y terminal ne se prononçant pratiquement pas
en malgache) vient probablement de cette observation.
Ce cri de contact est très sourd, ce qui le différencie nettement de
celui du Galidia qui est plus aigu.
Chez le jeune, le cri de contact est identique à celui de l’adulte ;
il peut être émis peu après la naissance. Comme pour le jeune Galidia, ce
cri peut être suivi d'un miaulement aigu et plaintif (3 s), d’intensité
variable (maximum d’intensité 1 à 1,5 kHz), si la mère ne vient pas
immédiatement vers lui.
— Cris émis pendant la capture des proies. — Au moment de captu¬
rer une petite proie, comme par exemple une grenouille, Mungotictis
émet un cri assez aigu (2 s), suivi de six ou sept cris plus graves, très brefs
(1 /2 s) et d’intensité variable.
Cet animal peut également, lors de la capture de Rongeurs par
exemple, pousser des cris d’attaque en même temps qu’il cherche à
capturer sa proie.
— Cm d’intimidation, de défense et d’attaque. — Le cri d’intimi¬
dation le plus fréquent, émis très souvent au moindre signe de danger,
même très lointain, est un petit grognement sourd d’une seconde (maxi¬
mum d’intensité 0 et 0,5 kHz), qui se répété toutes les 6 à 8 s environ.
En même temps qu’il émet ce cri, l’animal redresse sa queue dont il
hérisse les poils et effectue avec la tête une série de mouvements verti¬
caux vers le bas, la tête reprenant à chaque fois sa position normale ;
parfois même il peut se mettre debout sur ses pattes postérieures à cette
occasion.
Si le danger se rapproche, ces petits cris sourds (d’une durée d’une
1 /2 s) augmentent d’intensité et leur émission est plus fréquente (un
par seconde). Après une série de deux à quatre petits cris, l’animal émet
un cri plus aigu et un peu plus long, de 2 s (maximum d’intensité entre
0,7 et 0,9 kHz) ; cette succession de cris peut se répéter plusieurs fois.
Souvent les poils d’une partie du dos de l’animal se hérissent en
même temps que ceux de la queue.
Enfin, si le danger est très proche, ou si les animaux défendent leur
territoire, ils émettent des cris aigus d’intensité variable d’une durée de
3 à 4 s, se répétant toutes les 2 à 3 s et pouvant être entrecoupés de
cris d’intimidation plus sourds (maximum d’intensité entre 1 et 2 kHz).
— Cris émis au moment de l'accouplement. — Comme chez les
Galidia, les cris émis à cette occasion par Mungotictis ne sont pas carac¬
téristiques. Les animaux poussent simplement des cris de contact,
d’intimidation et de défense pendant les parades.
Source : MNHN, Paris
136
B. ALBIGNAG
b) Signaux olfactifs. — Comme pour Galidia, le comportement
de marquage de Mungotictis est aisé à observer ; il se manifeste égale¬
ment par le frottement de la zone génito-anale sur des surfaces plus ou
moins planes et parfois aussi par le frottement de la partie inférieure
du cou et des zones maxillaires sur certains supports.
— Comportement de marquage et zones glandulaires. — Le compor¬
tement de marquage est identique à celui de Galidia ; il se déclenche
pour les mêmes raisons et il est beaucoup plus fréquent pendant la
période d’activité sexuelle.
On peut mettre en évidence un anneau glandulaire bien développé
autour de la région anale ; cette glande péri-anale peut se rétracter
plus ou moins, comme chez Gahdia ; elle est composée d’importants amas
de lobules sébacés, souvent non annexés à des poils, indiquant une
zone glandulaire bien développée. Une ébauche de glande périnéale existe
aussi chez Mungotictis, comme c’est le cas pour Galidia. La partie infé¬
rieure du cou et les zones maxillaires dénudées sont identiques à celles
de Galidia ; les vibrisses sont normalement développées.
c) Signaux visuels. — Les signaux visuels semblent jouer un rôle
important chez cette espèce diurne. La queue, munie de très longs poils,
joue souvent un rôle actif dans le comportement ; elle se relève souvent
et ses poils se hérissent fortement à chaque parade d’intimidation.
Au cours des parades d’attaque ou de défense, les poils du corps
eux-mêmes se redressent très nettement.
Comme pour Galidia, il est probable que la posture verticale peut
jouer un rôle de signal ô l’intérieur du groupe familial.
5) Vie sociale
a) Structure sociale. — Comme dans le cas des Carnivores déjà
étudiés, les Mungotictis paraissent peu sociables ; ils vivent par couple,
accompagnés du jeune de l’année. Quelques observations dans le milieu
naturel et le résultat de piégeages confirment nos études en chambre
terrarium où il n’a jamais été possible de maintenir deux couples en
même temps.
Comme les Galidia, ces animaux se déplacent toujours en se suivant
sur les chemins de parcours très nettement visibles, même dans le milieu
naturel. Au cours des déplacements, ils émettent très souvent le cri
caractéristique qui a été décrit plus haut.
Les signaux visuels, et en particulier le gonflement de la queue,
semblent, avec les signaux auditifs, très importants dans les communica¬
tions au sein du groupe pour signaler une proie ou un danger éventuel.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
137
Dans les moments de repos, les animaux d’un groupe familial
sont presque toujours groupés. Ils dorment notamment toujours ensem¬
ble, dans la même niche ou le même terrier. Comme chez Galidia, au
moment de la naissance d’un jeune, la femelle s’isole avec son petit
pendant 1 mois 1 /2 environ, éloignant le mâle à quelques mètres du jeune.
b) Jeux. — Mungotictis est toujours actif pendant la journée,
mais le jeu semble avoir relativement moins d’importance que pour
Galidia. C’est surtout le jeune qui cherche à jouer avec ses parents et
ils lui répondent le plus souvent en le mordillant.
Le mâle et la femelle, sans jeune, jouent très peu ensemble; leurs
relations sont essentiellement des séances de léchage réciproque.
c) Défense el attaque. — Lors de la défense du territoire, les combats
peuvent être violents. Ce sont toujours les occupants du territoire qui
attaquent les premiers.
Au début, on remarque surtout des parades d’intimidation réci¬
proques : les animaux dressent leur queue au-dessus du corps : les poils
sont hérissés, la tête a un mouvement vertical de va-et-vient. Si l’intrus
avance, les occupants l'attaquent également en hérissant les poils de
leur corps ; ils foncent sur leur adversaire la gueule entrouverte et
cherchent à le mordre. L’intrus adopte la même attitude que les atta¬
quants, et, tout en prenant la fuite, se retourne et essaye de les mordre.
Ces positions d’attaque et de défense se remarquent aussi lorsqu’une
femelle vient d’avoir un jeune ; elle attaque alors très souvent le mâle
qui est ainsi obligé de rester à quelques mètres du nouveau-né.
Au cours de ces différents comportements, des cris caractéristiques
sont émis par les animaux.
6) Domaine vital et territoire
Chez cette espèce très localisée, la densité et le domaine vital n’ont
pu être évalués que dans une seule zone de piégeage. A cause du plus
faible nombre d’animaux récoltés, il n’a jamais été possible d’en relâcher.
Dans la zone du secteur de Belo sur Tsiribihina (flg. 54), deux couples
et un mâle ont été localisés. La distance entre chaque couple était de
400 à 500 m. Si l’on admet que ce renseignement limité nous donne
une indication de la surface du domaine vital d’un groupe familial,
celui-ci devrait couvrir 20 à 25 ha. La densité de peuplement serait ainsi
de 4 à 5 groupes au km^.
L’étude des rythmes d’activité a permis d’évaluer la distance par¬
courue à différents moments de la journée ; le parcours quotidien est
ainsi d’environ 700 m pour Mungotictis. Ce parcours est légèrement
inférieur à celui qui a été mesuré pour Galidia, dont le domaine vital
paraît être comparable en étendue. On peut expliquer cette différence
Source : MNHN, Paris
138
R. ALBIGNAC
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Fig. 54. — zone de Belo sur Tsiribihlna (au Nord de Morondava). Le relief
est très peu accentué dans cette région uniformément recouverte d'une forêt
caducifoliée ; les pièges sont posés le long d’un chemin forestier.
par l’analyse de leurs habitats. Chez Galidia, l’habitat est en effet beaucoup
moins ouvert, ce qui l'oblige très certainement à effectuer des courses
plus longues pour rechercher ses proies.
7) Alimentation
a) Dans la nature. — Mungoiietis peut se nourrir de Rongeurs.
Il peut également varier son régime et capturer des Oiseaux mauvais
voiliers tels que les Couas et surtout les petits Hémipodes, nombreux
dans son habitat. Il peut rechercher les nids et se nourrir d’œufs au
moment des reproductions. Il doit pouvoir, pendant le jour, saisir les
petits lémuriens nocturnes qui dorment dans les troncs d’arbres creux
ou dans des nids. Il se nourrit aussi certainement très souvent d’insectes
dont il est friand en captivité.
Selon une légende des bûcherons, Mungotictis est capable de tuer
le gros Boïdé malgache Acranthopis madagascariensis ou « Dô » espèce
pouvant atteindre deux mètres de long. Pour celà, il se laisserait, selon
eux, enlacer par le « Dô » et, pour ne pas être étouffé, se gonflerait la
poitrine et se libérerait, en la contractant brusquement ; il recommence-
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
139
rait ce manège plusieurs fois et attaquerait enfin le « Dô » en le mordant
derrière la tête.
Cette histoire est peut être le résultat de l’observation fréquente
de combats entre ces deux animaux, dont Munçjotictis sortirait parfois
vainqueur.
Une expérience de ce type tentée avec un Galidia lui ayant été fatale,
nous n’avons pas cherché à la vérifier pour Mangoiictis, par suite du
petit nombre d’individus dont nous disposions en captivité.
Ces mêmes bûcherons prétendent que Mungotictis se nourrirait
souvent de miel dans la nature. Ce goût s’observe en captivité. Selon
nos informateurs, le Mungotictis s’envelopperait dans des toiles d’arai¬
gnées et irait ensuite directement manger le miel.
b) En captivité. — Comme pour Galidia, les aliments offerts ont
été groupés en quatre categories :
Aliments
Résultats des tests
Vers de terre. Larves
+ -I-
Insectes
+ -I-
— Aliments refusés
Gastéropodes (Achatlnes)
+ +
Crustacés
+ +
Poissons (Tilapias)
+ -I-
+ Aliments souvent
refusés
Batraciens
-i- + +
Serpents
-1- +
Lézards
+ +
+ + Aliments acceptés
sans hésitation
Caméléons
-1-
Oiseaux et œufs
Insectivores à piquants
+ + + Aliments très
appréciés
Autres insectivores
+ -i-
Rongeurs
Petits lémuriens
(Microcebus)
Fruits (bananes)
-I- +
Source : MNHN, Paris
140
R. ALBIGNAG
Ce tableau indique que Mungoüctis a un régime voisin de celui de
Galidia ; le régime alimentaire est très souple ; la tendance insectivore
est légèrement plus marquée.
8) Mode de capture des proies
Comme dans le cas de Galidia, les tests ont été faits avec des proies
vivantes, en chambre terrarium. Le plus souvent, les proies ont été
lâchées dans la pièce où se trouvaient préalablement les Mungotictis.
Les réations des animaux et le mode de capture des proies ont été
observés directement ou filmés.
a) Les Poissons ne sont pas pêchés, bien que les Mungotictis appré¬
cient pourtant beaucoup leur chair en captivité. Les Crustacés et Gasté¬
ropodes sont par contre toujours capturés au bord du point d’eau de la
chambre terrarium.
b) Les Reptiles sont aussi attaqués, eu particulier les lézards et
les petits serpents, parfois aussi les caméléons. Ils sont, comme les
autres proies, saisis directement à la tête et ne sont relâchés qu’une fois
tués.
c) La capture des Oiseaux se fait de la même façon que pour Galidia ;
Mungotictis grimpe très bien aux arbres et il n’hésite pas à le faire si une
proie se présente.
d) Les Insectivores des genres Ericulus et Echinops sont parfois
capturés. La façon de procéder est exactement identique à celle employée
par Galidia.
e) Les Rongeurs et les autres Insectivores sont fréquemment capturés.
En particulier, Rattus rattus est immédiatement attaqué à la tête.
Mungotictis le poursuit et le tue très rapidement (environ 5 à 10 s) en
plantant profondément ses dents derrière la tête. Il va ensuite, sur un
rocher ou sur une souche pour le dévorer, en commençant toujours par
la tête. Il met 15 mn environ pour manger la moitié d'un rat.
Comme chez les Galidia, lorsqu'un couple vit ensemble, les animaux
semblent coordonner leurs actes pour la capture et c’est celui qui a tué
la proie qui commence à la dévorer.
Les besoins en eau de Mungotictis semblent moins importants que
ceux de Galidia. Le nombre relativement réduit d’animaux disponibles
en captivité n’a pas permis de tenter d’expérience sur leur résistance,
mais en captivité, ils boivent nettement moins souvent que les Galidia.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
141
9) Besoins alimentaires (fig. 40 C)
Pour cette évaluation, la nourriture donnée aux animaux se com¬
pose de viande et de poisson.
Les besoins énergétiques de cette espèce semblent assez nettement
inférieurs à ceux de Galidia, dont la taille est identique. Le poids de la
nourriture consommée par jour, varie en effet entre 8 et 12 % du poids
total de l’animal.
Le milieu plus ouvert où vit Mungoiictis lui permet probablement
d'économiser de l’énergie en détectant plus facilement ses proies.
Il faut aussi souligner que le milieu particulier, périodiquement très
sec où il vit, impose à cet animal des périodes de soudure difficiles. Ceci
a peut-être eu pour rôle d’améliorer au cours de l’évolution les possibilités
de résistance et d’économie de son organisme. Les animaux piégés en
fin de saison sèche présentent un état physiologique souvent assez critique :
ils sont généralement maigres et couverts de tiques, et sont particulière¬
ment attirés par la nourriture des pièges.
10) Reproduction
a) Période d’actwité sexuelle ei accouplement. — En captivité,
les accouplements semblent se limiter à une période comprise entre
juillet et décembre et les naissances se déroulent surtout d’octobre à
mars. Deux mises-bas chez des femelles capturées gravides, se situent aux
mêmes dates.
Plusieurs accouplements ont été observés en captivité. L’accouple¬
ment se déroule de façon très analogue chez Mungoiictis et chez Galidia,
seuls les cris émis à cette occasion sont bien différents.
Les préliminaires du premier coït durent de 15 à 30 mn ; le mâle
mordille la femelle aux environs du cou et des épaules, il pousse en même
temps de petits cris plaintifs ; la femelle répond en mordillant également
le mâle. Ils sentent et lèchent réciproquement leur région génito-anale.
Puis l’accouplement se réalise.
Le coït dure de 3 à 10 mn ; il peut y en avoir cinq ou six le premier
jour.
Observations d’un accouplement le 19 juillet 1967.
« — A15 heures, le mâle est très nerveux, il pousse de petits cris « grou-rou-
rou ». La femelle semble vouloir éviter le mâle et se réfugie sous la paille. Le mâle
la fait sortir puis va à côté d’elle.
— A 15 h 20, le mâle s’agite, pousse la femelle avec ses pattes antérieures
pour lécher sa région génito-anale. La femelle avance. Le mâle la suit et flaire sa
région génito-anale qu’il lèche à nouveau. La femelle avance toujours et urine,
le mâle vient alors et lèche en partie cette urine.
Source : MNHN, Paris
142
B. ALBIGN'AC
— A 15 11 25, les deux animaux poussent maintenant les mêmes cris et le
mâle lèche encore la région génito-anale de la femelle puis il s’avance et lui mor¬
dille trois fois le cou. Elle vient sentir la région génito-anale du mâle et semble
un peu la lécher.
— A 15 h 30, le mâle monte sur la femelle, celle-ci se retourne et veut le
mordre ; il redescend.
— A 15 h 33, le mâle tente à nouveau de monter sur la femelle. Le coït a
lieu mais la femelle semble nerveuse. Pour la calmer, le mâle mordille et lèche son
cou. Dès que la femelle bouge, le mâle semble s’énerver, il pousse des cris et
cherche à la calmer en lui léchant le cou.
— A 15 h 35, le premier accouplement est terminé et le couple se calme,
mâle et femelle vont chacun dans un coin de cage et lèchent leur propre région
génito-anale.
— A 15 h 41, six minutes après le premier accouplement, le mâle s’approche
de la femelle. Les approches recommencent jusqu’à 15 h 59. Le coït a ensuite lieu
et dure 10 minutes. A 16 h 20 un dernier coït de 4 minutes est observé ».
Pendant le coït, le mâle mordille et lèche tour à tour la partie anté¬
rieure du dos et le cou de la femelle ; il saisit la femelle par la taille à
l’aide de ses pattes antérieures et semble la serrer assez fortement.
Comme chez Galidia, les pattes postérieures s’appuient sur le sol. La
queue du mâle traîne par terre au moment de l’accouplement, celle de la
femelle est déportée sur un côté.
Après le coït, le mâle et la femelle se lèchent chacun de leur côté la
région génito-anale et cinq à dix minutes de repos suivent chaque coït,
avant que ne reprennent les approches.
b) Gestation. — La durée de gestation approximative de cette espèce
a été déterminée en laissant le mâle deux jours après les premiers accou¬
plements, au contact de la femelle. L’observation de trois naissances nous
a permis d’évaluer ainsi la durée de gestation à environ 90 à 105 jours,
donc plus longue que chez Galidia.
Tableau des naissances et durée de gestation
Mungotictis
Date de
l’accouplement
Date de naissance
du jeune
Durée de
gestation
(J)
Mâle
Femelle
GA 3
GA 1
le 16-VI-70
le 25-IX-70
104
GA 7
GA 9
le 31-VIII-70
le 14-XII-70
105
GA 2
GA 10
le 22-IX-70
le 21-XII-70
90
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
143
c) Parturition et période de mise-bas (fig. 41, C), — Ce n’est que
4 à 5 jours avant la mise-bas que se remarque un changement net dans
le comportement de la mère ; elle devient plus agitée et renvoie le mâle
à l’extérieur de la niche ; on peut également voir, à ce moment là, un
développement sensible de ses mamelles. Le bas ventre est un peu plus
gonflé.
La mise-bas se passe comme chez Galidia. Toutefois il est beaucoup
plus difficile d’observer le jeune à la naissance ; la mère cherche à l’abri¬
ter et le cache au maximum. Une mise-bas complète a cependant été
observée dans de bonnes conditions.
Lundi 21 décembre 1970, il est 14 h 13 :
a — 14 h 15, la mère s’assied plus ou moins sur son train arrière, écarte
très largement les pattes postérieures et, une minute pius tard, le jeune commence
à apparaître la tête la première. La sortie est rapide ; le jeune et le placenta sont
expulsés en une minute environ. Le jeune a les yeux ouverts et il est couché sur
le côté, roulé plus ou moins en boule. La mère le lèche un peu partout pour le
nettoyer ; à 14 h 20, elle commence à manger le placenta et arrive au niveau du
cordon ombiiical une minute pius tard, eile le mange aussi et ne laissera qu’un
morceau d’environ 3 ou 4 mm de cordon adhérer à l’ombilic. Ensuite elle lèche
encore le jeune, surtout maintenant au niveau de la tête et de la région ventrale et
anale, pour provoquer semble-t-il, l’émission de l’urine et des excréments. Elie
lèche aussi sa propre région génito-anaie en se couchant sur le côté. Le jeune est à
peu près sec 5 minutes après la naissance et c’est alors qu’il commence à téter.
Le jeune tète exactement 6 minutes après la naissance ; la première tétée semble
durer 4 minutes.
— A 14 h 28, le jeune essaie de marcher et la mère le regarde faire, mais au
moindre bruit elle le prend par le cou, dans sa bouche ; il se tient en boule et ne
bouge pas. Elle va ensuite le cacher dans son trou.
— A 14 h 45, le jeune tète une deuxième fois 5 minutes ; cette fois-ci la
mère est couchée sur le côté et le jeune tête indifféremment l’une des deux ma¬
melles de sa mère.
— A 15 h 10, le jeune tète pour la troisième fois encore 5 minutes, il est
cette fois-ci couché sur le dos pour tèter. Il marche ensuite et monte même sur le
dos de sa mère à 15 h 20 ; il semble déjà bien y voir u.
La mise-bas est donc rapide et le placenta est immédiatement
mangé par la mère qui restera ensuite 24 heures sans accepter de nourri¬
ture.
Le lieu de la naissance est l’endroit habituel où le couple dort,
mais le mâle en est chassé pour plusieurs semaines et la mère l’attaque
s’il s’approche à moins d’un mètre cinquante du jeune. Les mises-bas
ont lieu le plus souvent dans la journée, surtout entre 10 et 15 heures.
Ces naissances s’étalent d’octobre à mars ; il n’y a qu’une portée
par an et un seul petit.
d) Croissance (flg. 55 et 56). — A la naissance, le jeune Mungo-
ticiis a un pelage assez dense, un peu plus clair que celui de sa mère ;
Source : MNHN, Paris
144
R. ALBIGN'AC
la couleur du pelage est légèrement brun fauve, les poils deviendront
ensuite gris un mois plus tard. Les lignes dorsales brun foncé de l’adulte
sont assez peu visibles chez le jeune.
Le poids du jeune à la naissance est d’environ 50 g. Le corps et la
tête mesurent 12 à 13 cm, la queue 7 à 8 cm.
Les courbes de croissance donnent une idée du développement
(fig. 55 et 56).
,,
grs
700
600
0153456789 lO ■'2
t
Sevrage
Fig. 55. — courbes de croissance pondérale de Mangotictis decemlineata.
Quatre jours après la naissance, des bourrelets apparaissent à
remplacement des incisives; celles-ci sortiront le huitième jour, donc
près de 6 à 8 jours plus tôt que celles de Galidia. Quinze jours après la
naissance, les canines de lait de la mâchoire inférieure percent et, deux
jours plus tard, les canines de la mâchoire supérieure apparaissent.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 145
Entre le 26® et le 27® jour, on constate la sortie des 2 grosses molaires
lactéales supérieures et inférieures.
A l’âge d'un mois, les petites molaires de lait antérieures commencent
à percer en haut et en bas (fig. 57).
Les premières molaires vraies ne sortiront qu’à l’âge de 6 mois,
les secondes à 8 mois.
A un an, Mungolictis perd sa dentition de lait.
Il paraît intéressant de souligner ici la précocité du développement
de Mnngotictis par rapport à Galidia ; les dents sortent beaucoup plus
vite et le jeune commence à manger de la nourriture solide plus tôt : au
bout de 15 jours, soit avec plus de 10 jours d’avance sur Galidia. Ce
caractère est peut-être lié aux conditions plus rudes de l’habitat de
Mungotictis.
Fig. 66. — croissance pondérale et staturale de Mungotictis decemlineaia
(rapportée à l’adulte).
Source : MNHN, Paris
146
R. ALBIGNAC
e) AUaitement et sevrage. — L’aliaitement dure environ 2 mois.
Toutefois, dès l’âge de 15 jours, le jeune commence à manger des matières
solides, telles que viande et grenouilles. Après le sevrage, c’est-à-dire
vers l’âge de deux mois, le jeune mange surtout de la viande et des gre¬
nouilles que la mère tue pour lui.
Pour téter, le jeune vient vers sa mère ; il pousse un petit cri plaintif
et la mère se couche alors en rond sur le côté ; elle lève une patte posté¬
rieure de manière à bien dégager ses mamelles ; le jeune prend ensuite
une des deux mamelles et tête. Il est le plus souvent couché en rond et
ferme très fréquemment les yeux en tétant. Ses pattes antérieures font
parfois de légers mouvements d’avant en arrière mais elles ne pétrissent
pas le ventre de la mère comme c’est le cas pour Crgptoprocta. Le jeune
tête toujours goulûment, surtout pendant les deux premières minutes
de chaque tétée; mais comme le jeune Galidia, il n’émet aucun cri pen¬
dant cette période.
Fig. 57. — crâne de MungoUctis decemlineata (jeune de 4 mois).
Le 20 novembre 1970, à 7 h 25 :
•< — A 7 h 25, le jeune veut téter ; sa mère est assise sur le train arrière ;
le jeune va vers les tétines que la mère dégage en levant une patte postérieure ;
le petit se couche sur le côté et tête sur la tétine droite de sa mère. Pendant la
tétée, elle lui lèche le eou et la tête en lui tenant le corps à l’aide de ses pattes
antérieures. Deux minutes plus tard elle se couche sur le côté gauche et le jeune
continue à téter. D a toujours les yeux fermés et ses pattes remuent légèrement
au début de la tétée. Cette tétée se termine à 7 h 32 ».
La tétée dure de 2 à 10 minutes, le plus souvent 4 à 6 minutes.
Au début, les tétées sont plus courtes mais plus fréquentes. Un jeune
MungoUctis âgé de 13 jours a tété 30 fois au cours d’une journée ; au
total sur 24 h, le jeune a ainsi tété pendant 2 heures et 17 minutes.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
147
f) Transport du jeune. — Le jeune Mungolictis est porté comme
Galidia, il est aussi roulé en boule ; la mère le tient par les mâchoires au
niveau du cou ; il ne bouge pas pendant le transport. Dès que le jeune
est posé à terre, il reprend une position de repos normale ou bien se met
debout sur ses pattes. La mère porte souvent son jeune pendant le pre¬
mier mois suivant la naissance.
g) Développement du jeune et rapports parents-jeune. — Les yeux
du jeune sont ouverts au moment de la naissance ; il peut alors presque
marcher mais ne peut lever complètement son corps au-dessus du sol ;
la progression qu’il adopte est une sorte de « ramper » sur le ventre.
Six semaines après la naissance, la femelle laisse le mâle à nouveau
revenir au dortoir habituel, en compagnie du jeune. Mais le mâle s’occupe
toujours très peu de son petit ; il joue avec lui seulement de temps en
temps.
Après la naissance, le jeune émet un petit cri d’appel très aigu
pour appeler sa mère ; ce cri ressemble au cri caractéristique d’inter¬
communication entre mâle et femelle qui se déplacent, mais il est plus
atténué.
A l’àge de trois jours, le jeune peut marcher normalement, ce que
ne fait pas un Galidia du même âge. Il pousse de petits miaulements
plaintifs pour appeler sa mère.
A l’âge de onze jours, la fourrure du jeune passe du brun fauve au
gris foncé, proche de l’adulte. La partie supérieure du dos ainsi que la
queue sont gris très clair, les flancs et le ventre sont beige clair ; les
lignes longitudinales du dos sont bien apparentes, mais sont toutefois
plus claires que chez l’adulte. Les deux taches très claires entre les deux
yeux sont bien apparentes. Le jeune joue beaucoup et gratte souvent le
sol. Il est très curieux et il s’intéresse à tout ce qui l’entoure. II commen¬
ce à courir et à faire des sauts en longueur de 20 cm ; il peut monter
sur une branche de 10 cm de diamètre et inclinée à 30°. Il monte très
souvent sur le dos de sa mère et l’attaque à la tête ou lui tire la queue.
Il se met sur le dos, les pattes en l’air (position de défense ultime) si la
mère le mord. Le jeune quitte même sa mère pour venir vers l’observa¬
teur ; au cours des déplacements, en avançant, il pousse ses petits cris
d’appel caractéristiques.
Lorsque le jeune est âgé de 13 jours, la mère ne le lèche guère qu’au
moment des tétées (la mère d’un jeune Galidia s’occupe encore beaucoup
de son petit). Il est très joueur, mordille les pattes et la queue de sa mère
et sautille beaucoup autour d’elle ; il se met sur le dos et mord les pattes
puis les oreilles de sa mère. Le jeune est déjà capable de se mettre en
position d’<( arrêt » s’il sent un danger lointain ; il commence à s’intéresser
à la viande. Il urine et défèque seul, puis se frotte l’anus sur le sol (à cet
Source : MNHN, Paris
148
R. ALBIGNAC
âge, le jeune Galidia marche à peine normalement). Si la mère sent un
danger, elle pousse aussitôt ses cris d’appel pour attirer le jeune. S’il ne
vient pas assez rapidement, elle va le chercher et peut encore le trans¬
porter dans sa bouche.
A l’âge de vingt jours, le jeune mange de la viande ; il déchiquette un
morceau à la manière des adultes, en le tenant sur le sol à l’aide de ses
pattes antérieures. Il gratte souvent le sol en imitant sa mère.
A l'âge de vingt sept jours, le jeune Mungoticlis court très rapide¬
ment, il est très vif et très joueur (à cet âge le jeune Galidia commence à
peine à courir normalement). La mère participe assez peu à ses jeux
(alors qu’une mère de jeune Galidia du même âge s’occupe encore beau¬
coup de son petit). Au moindre bruit inhabituel, le ieunc Mungoticlis
rejoint sa mère en courant vers elle ; en même temps qu’il la rejoint, il
hérisse nettement les poils de sa queue.
A l’âge de trente cinq jours, le jeune commence à courir derrière
une mouche ; il saute partout et joue avec une feuille, comme s’il s’agis¬
sait d’une proie. Il peut maintenant faire un saut de 30 cm de hauteur
(au même âge le jeune Galidia devient également vif, il sautille, suit sa
mère sur une branche inclinée à 30° ; mais elle joue encore beaucoup avec
son petit). Au contraire, le jeune Mungoticlis joue souventseul, avec une
feuille ou une brindille de sa cage. Il prend la gamelle contenant la viande
et la pousse à l’aide de ses pattes antérieures pour la projeter un peu plus
loin (c’est la première observation de ce geste, fréquent chez les adultes).
Le jeune ne peut plus être porté par le cou. Pour la première fois un
jeune mâle est observé en train de marquer :
«— Le 18 décembre 1968, il est 9 h 40 : la mère Mungoticlis défèque, le
jeune s’approche puis, une fois éloignée, il frotte la crotte de sa mère avec sa
région génito-anale ».
A l’âge d’un mois et demi, le jeune est très vif, il court très bien ;
il peut également sauter et ainsi monter sur une branche horizontale
située à 40 cm au-dessus du sol, en sautant dessus. Il marche très bien
sur les branches plus ou moins horizontales avec une inclinaison allant
jusqu'à 40°. Il y monte mieux qu’il n’en redescend. Seules les branches
presque verticales (angle supérieur à 50°) lui résistent encore. Le jeune
veut jouer avec sa mère et la mordille surtout au niveau des oreilles
et de la queue ; parfois la mère répond en le mordant, il se couche alors
sur le dos, les pattes en l’air. Le jeune joue également très souvent avec
des brindilles ou des feuilles qu’il mord comme s’il s’agissait d’une proie
vivante ; il les prend dans ses pattes, se couche sur le côté, les mord et
les projette avec les pattes postérieures. Il gratte également souvent le
sol avec ses pattes antérieures. Lorsque la mère a peur et court vers la
niche, le jeune la suit immédiatement; mais lorsqu’il joue, il devient
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
149
plus indépendant et s’amuse souvent seul avec divers objets. Le jeune
est toutefois encore incapable de capturer une proie vivante, même les
grenouilles. C’est encore la mère qui les tue et le jeune vient les lui prendre.
Lorsqu’il sent un danger lointain, le jeune fait maintenant un
hochement de tête à la manière des adultes. Il peut également prendre
la posture d’a arrêt », une patte antérieure levée, et si le danger semble
proche, il hérisse aussi les poils de sa queue. Lorsqu’il a envie de téter,
il pousse un cri plaintif qu’il répète plusieurs fois jusqu’à ce qu’il obtienne
ce qu’il désire. Il s'étire comme les adultes, debout sur ses quatre pattes,
il fléchit ses pattes antérieures et bâille en même temps. II peut se dé¬
placer dans les arbres en se tenant sous les branches, les paumes des
pattes antérieures et postérieures s’appuyant au-dessus. Il se déplace
ainsi à la manière d’une chenille arpenteuse.
A l’âge de trois mois, le jeune peut attaquer des grenouilles vivantes
mais ce n’est que lorsqu’il sera âgé de six mois à un an que le jeune
Mungoiidis pourra capturer les mêmes proies que l’adulte, après un
apprentissage de quelques mois. Le jeune doit certainement quitter ses
parents à l’âge de un an environ. Dans la nature on ne rencontre jamais
plus d’un jeune avec ses parents. Il est probablement en âge de se re¬
produire, comme Galidia, vers l’âge de deux ans.
VI .— Galidictis fasciata (Gmelin, 1788)
Nom commun : Galidictis.
Nom vernaculaire : Vontsira fotsy.
Ce genre est relativement voisin des autres Galidiinae et de nom¬
breux auteurs avaient, comme nous l’avons vu, rapproché Galidictis et
Mungoticüs. Cependant, la structure de la denture de Galidictis fasciata
et surtout des canines hyperdéveloppées à la mâchoire inférieure semble
indiquer, comme l’a signalé R.I. Pocock (1915), une espèce probable¬
ment plus carnivore que ne le sont les autres Galidiinae.
1) Abris
Galidictis semble utiliser les mêmes types d’abris que les autres
Galidiinae. Il est certainement capable de creuser des terriers où il peut
s’abriter pendant le jour,
2) Rythme d’activité
Selon les paysans, cette espèce très carnivore attaquerait, de nuit,
les élevages domestiques des villages situés à proximité de forêts natu¬
relles.
Source : MNHN, Paris
150
R. ALBIGNAC
Il semble que cette espèce soit essentiellement nocturne. Nousl’ayons
d’ailleurs rencontrée en pleine activité à 9 heures du soir près de Périnet,
sur la route de Tamatave.
3) Postures, locomotion, manipulations
Si l’on en juge par comparaison avec les autres Galidiinae, dont la
morphologie est très semblable, Galidictis adopte les mêmes types de
postures que les autres représentants du groupe. Les moyens de loco¬
motion sont vraisemblablement très voisins et Galididis peut probable¬
ment aussi très bien grimper aux arbres, k la recherche de ses proies.
4) Vie sociale
Il semble aussi que la vie sociale de Gülididis soit très proche de
celle des autres Galidiinae. Selon le témoignage des paysans, cet animal
semble toujours se déplacer par couple.
5) Domaine vital et territoire
Aucun renseignement, même approximatif, n’a pu être obtenu sur
l’importance du domaine vital de ces animaux rares. Toutefois, leur
densité paraît nettement plus faible que celle de Galidia.
6) Alimentation
Galididis est certainement un Carnivore strict qui se nourrit essen¬
tiellement de Rongeurs et de petits Lémuriens qu’il rencontre au cours
de ses chasses nocturnes. Il est possible qu’il se nourrisse également
de Reptiles et de Batraciens; mais il semble peu probable, en considérant sa
denture plus spécialisée, que son régime soit aussi varié que celui de Galidia.
Cette opinion est aussi renforcée par le témoignage des paysans
malgaches.
7) Reproduction
La reproduction de cette espèce n’a pu être obserbée, mais rien ne
permet de penser qu’elle diffère sensiblement de celle des autres Gali¬
diinae ; comme c’est le cas dans les autres genres de cette sous-famille,
il naît vraisemblablement un seul jeune au cours de la période printanière.
VII. — Cryptoprocta ferox (Bennet, 1833)
Nom commun : Cryptoprocte, Posa.
Nom vernaculaire : Posa.
1) Abris
a) Dans la nature. — Un abri de Cryptoprocte, où des jeunes d’un
mois étaient élevés par leur mère, a été observé dans la nature.
Source : MNHN,. Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
151
Cet abri était une ancienne termitière située dans une forêt d’euca¬
lyptus, proche d’une grande forêt naturelle, dans la région de Moramanga.
Cette termitière avait certainement été creusée par les adultes, mais il
n’y avait aucune litière à l’intérieur, ni paille, ni feuilles, ni poils ; les
jeunes étaient simplement déposés, à même le sol, sur un tapis de débris
d’alvéoles maintenu très propre.
Ce repaire était situé près d’une ligne de crête dominant une vallée;
l’entrée était orientée du côté de la vallée. L’orifice, ovale, avait 35 cm
de large et 25 cm de hauteur. La cavité intérieure, également de forme
ovale, était profonde de 70 cm, large d’un mètre et haute de 30 cm. Ce
faible espace laisse supposer que la mère seule, élevait ses jeunes. Les
déblais étaient déposés devant l’entrée.
Un autre gîte a été observé dans la région de Morondava dans un
très gros baobab creusé d’une cavité importante à sa base (environ
1 mètre de profondeur et 80 cm de large). Le trou d’entrée était de forme
triangulaire, sa base mesurait environ 30 cm et sa hauteur 50 cm.
Selon les paysans, Cryptoproda chercherait également assez souvent
un abri dans des grottes.
Les bûcherons prétendent aussi que cette espèce peut dormir sur
les fourches de gros arbres. Nous avons vu des Cryptoproctes occuper
ainsi la voûte forestière pour dormir. Il est fort possible que cet animal
puisse déposer ses jeunes sur des fourches d’arbres, ce qui leur assurerait
probablement une excellente protection et expliquerait que les captures
de jeunes soient tout à fait exceptionnelles.
b) En captivité. — Au zoo de Tananarive (centre ORSTOM), les
animaux captifs disposent soit de niches cubiques situées à 1,50 m au-
dessus du sol, soit de grottes ou de niches situées au niveau du sol.
Généralement les animaux utilisent la niche en hauteur, et lors d’une
naissance en captivité la mère a préféré déposer ses jeunes dans cette
niche. Ceci pourrait confirmer l’hypothèse de l’utilisation plus fréquente
d’arbres comme abri dans la nature.
Des animaux installés en chambre terrarium ont gratté le sol, en
particulier sous les pierres, mais n’ont jamais creusé de véritables ter¬
riers.
2) Rythme d’activité
a) Dans ta nature. — Cryptoproda semble avoir une activité
surtout crépusculaire et nocturne. Une observation de piégeage le confir¬
me : un Cryptoprocta a été piégé dans la région d’Antalaha, dans un
petit village situé à 1 km d’une forêt, à 1 h 30 du matin.
II n’est cependant pas impossible de le rencontrer actif en plein
jour, dans certaines circonstances : dans la forêt du Bongolava, située
Source : MNHN, Paris
152
R. ALBIGNAC
au Nord Ouest de Tsiroanomandidy, plusieurs animaux ont été vus en
activité au milieu de la journée (en période d’accouplements) ; ils n’étaient
pas très actifs et se reposaient fréquemment. Ils se déplaçaient lentement,
et la présence de l’observateur ne semblait pas les déranger. Au début
de la nuit, ces animaux ont paru beaucoup plus vifs, ils réagissaient
brutalement à la présence humaine.
On peut aussi rencontrer Crypioprocta actif en fin d’après-midi,
au détour d’une piste. C’est ainsi par exemple qu’il a été observé dans le
Sud, entre Tuléar et Ampanihy, dans la région de l’Ankarafantsika et
dans la Réserve naturelle intégrale n° 8 de Soalala, entre 16 h et 18 li.
b) En captivité. — Cryptoprocta est relativement actif le matin
mais généralement il est peu agressif et les périodes de repos sont pro¬
longées tout au long de la journée.
Il devient actif vers 16 heures, c’est-à-dire un peu après la distribu¬
tion de la nourriture et on peut penser que l’horaire de l’alimentation
modifie sensiblement ce rythme. Cette activité se maintient jusqu’à
20 ou 21 heures ; il est alors beaucoup plus agressif ; l’activité se ralentit
ensuite beaucoup, et les périodes de repos sont prolongées. L’activité
normale reprend entre 3 et 5 heures du matin.
3) Postures, locomotion, manipulations
a) Postures. — La posture à l’arrêt, précédant une locomotion
normale, est une posture quadrupédale classique ; les membres antérieurs
sont tendus, les pattes postérieures sont légèrement repliées.
Au repos, Cryptoprocta adopte plusieurs postures.
Le plus souvent, il s’allonge sur le sol ou dans la niche, couché sur
le flanc et enroulé sur lui-même, la tête reposant sur une patte antérieure
et la queue enroulée sur le corps.
Parfois aussi, il s’allonge complètement, le ventre posé sur le sol
ou bien couché sur une grosse branche, la queue et les pattes pendantes ;
quelquefois il se couche sur le dos.
Si l’animal est intrigué, il tourne immédiatement la tête dans la
direction d’où vient le bruit. Il prend la fuite si le danger se trouve entre
40 et 100 mètres. Cette distance de fuite peut être très réduite, au moins
à certaines époques de l’année, et il a été ainsi possible de rester en con¬
tact de très près, plusieurs jours de suite, avec des Cryptoprocta en période
d’accouplements.
Si le danger se rapproche, l’animal peut adopter des attitudes défen¬
sives ou d’attaques, avec des mimiques particulières décrites à propos des
moyens d’intercommunication.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
153
Les attitudes variées des Galidiinae et les « postures d’arrêt i>
caractéristiques de ceux-ci n’ont jamais été remarquées chez Crypto-
procta.
b) Locomotion (pl. XIV, fig. 1 et 2). — Cryptoprocta paraît tout
aussi à l’aise pour se déplacer dans les arbres qu’à terre. Nous l’avons
observé en train de sauter d’arbre en arbre, et malgré une parfaite
connaissance de cet animal en captivité, il était dilficile d’imaginer une
telle aisance de déplacement.
Au cours de la progression, Cryptoprocta peut en effet utiliser
n’importe quel support, petits et gros troncs (même verticaux), branches
et lianes. Il peut aussi sauter très facilement d’une extrémité de branche
à une autre, exactement comme le font les Lémurs, en se servant de
l’élasticité de la branche pour remonter jusqu’au tronc.
Un tel comportement est rendu possible par certaines particularités
anatomiques des pattes et de la queue, particularités qui avaient été
interprétées jusqu’ici comme des caractères archaïques conserves. Les
pattes, robustes, aussi bien antérieures que postérieures, sont munies
de coussinets digitaux et plantaires qui assurent une parfaite adhérence
au support. Comme chez les Galidiinae, ces différenciations occupent
toute la surface palmaire et plantaire alors que, chez les Félidés, elles
n’occupent que l’extrémité de la patte.
Les griffes sont rétractiles, comme chez les Félidés, ce qui distingue
Cryptoprocta des autres Viverridés malgaches. Elles lui permettent
notamment de mieux prendre appui sur les écorces quand il grimpe à un
tronc vertical.
La queue, (aussi longue que le corps, soit environ 70 cm chez l’adul¬
te) joue un rôle important au cours de la progression dans les arbres; elle
sert de balancier lorsqu’il marche en équilibre sur une branche étroite,
et de dispositif antidérapant ou même de frein, lorsqu’il descend verti¬
calement.
Bien que cette queue ne soit pas vraiment préhensile, elle peut
entourer plus ou moins une branche ou un tronc quand l’animal monte ou
descend.
Sur le sol ou sur les branches plus ou moins horizontales, Crypio-
procta peut progresser lentement ; sa marche est alors nettement planti¬
grade ; elle est parfois digitigrade sur le sol. Un film tourné à 24 images /
seconde montre que ce type de locomotion est identique à celui des
autres Carnivores déjà étudiés.
Le long des gros troncs verticaux (pouvant atteindre 80 cm et plus)
Cryptoprocta se déplace, aussi bien pour monter que pour descendre,
en mobilisant successivement ses membres antérieurs et postérieurs ;
pour monter, les pattes antérieures sont écartées du corps et enlacent
Source : MNHN, Paris
154
R. ALBIGNAC
le tronc alors que les pattes postérieures sont repliées et lui permettent,
en se détendant, de se propulser en avant. Le corps reste plaqué contre
le support ; la queue sert très souvent d’appui au moment de cette
progression ascendante.
L’animal peut monter ainsi rapidement ; il escalade 20 mètres en
quatre à cinq secondes, le long d’un tronc de 80 centimètres de diamètre.
Pour descendre, les pattes antérieures sont repliées vers l’avant ;
les pattes postérieures sont écartées et enlacent le tronc, ce qui lui
permet de contrôler la vitesse en lâchant plus ou moins la prise. La
queue, en plus du rôle de balancier, est également utilisée pour freiner
la descente, elle s’enroule en tire bouchon au support.
S’il s’agit de lianes verticales ou de petits troncs d’un diamètre
compris entre 3 et 7 cm, Cryptoprocta monte sur ce type de support en
déplaçant ses pattes antérieures et postérieures alternativement, l’une
après l’autre, comme le ferait un homme pour grimper à une échelle de
corde ; l’animal garde ainsi trois points d’appni au cours de cette pro¬
gression. Pour en redescendre, il procède exactement de la même façon,
mais la tête en bas. La paume de ses pattes s’appuie de l’autre côté du
support, ce qui lui permet de tirer sur ses pattes pour éviter de glisser.
Cryptoprocta a été également vu en train de descendre d’une liane,
tête en bas, à la manière d’une chenille arpenteuse, c’est-à-dire pattes
antérieures, puis pattes postérieures se mouvant tour à tour ensemble.
Enfin, pour sauter d’arbre en arbre ou de branche en branche,
Cryptoprocta se replie sur ses membres postérieurs, la queue retombant
légèrement ; puis, lâchant le support avec ses pattes antérieures, il
s’élance en avant d’une brusque détente des membres postérieurs.
Pendant le saut, les quatre pattes sont écartées latéralement. La récep¬
tion se fait sur les pattes antérieures ; elle est souvent amortie par la
souplesse du feuillage où l’animal tombe avec grand bruit, la queue
relevée.
Pour de longs déplacements (supérieurs à 50 mètres) Cryptoprocta
redescend sur le sol. Il ne semble se déplacer de branche en brandie que
sur de courtes distances.
Ce double mode de locomotion, terrestre et arboricole, est peut être
à l’origine d’une information fréquemment donnée par les bûcherons.
Selon ces derniers, ii existerait en effet deux formes différentes de
Cryptoprocta ; l’une terrestre, l’autre arboricole.
Le « Posa varika » des bûcherons, c’est-à-dire le Cryptoprocte
mangeur de lémuriens, vivrait dans les arbres. En réalité les bûcWons
n’ont peut être fait qu’interpréter ainsi les possibilités de locomotion
variées que nous avons constatées.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
155
Crypioprodn est en outre capable de nager lorsqu’on le met à
l’eau, mais il ne semble pas avoir normalement recours à ce mode de
locomotion qui doit être tout à fait exceptionnel.
c) Manipulations. — Cnjptoprocla utilise ses pattes antérieures
relativement puissantes pour la capture de ses proies, ce qui le différencie
des autres Viverridae malgaches.
L’animal immobilise sa proie en l’agrippant entre ses deux pattes
antérieures, avant de la tuer avec ses dents.
En captivité, il a également été remarqué que Cryptoproda pouvait,
un peu à la manière des Galidiinae, projeter des objets avec ses pattes
postérieures. Il lui est ainsi possible de projeter une pierre ou une bûche
de 4 à 5 kg ; il la saisit entre les pattes antérieures, la soulève légèrement
en la faisant glisser vers les pattes postérieures qui la saisissent et la
projettent en arrière, à 2 ou 3 mètres. A la différence d’un Mungotidis
qui peut projeter un escargot tout en restant en position debout, uni¬
quement à l’aide de ses pattes antérieures, Cryptoproda s’aide de ses
pattes postérieures ; il s’appuie alors, au moment de la projection, sur
les pattes antérieures.
Les pattes antérieures peuvent aussi être utilisées pour gratter
le sol ce qui lui permet d’aménager, comme nous l’avons vu, des abris
dans une termitière ou sous une roche.
4) Moyens d’intercommunication
a) Signaux auditifs. — Ils sont relativement peu nombreux et
l’on peut les classer en trois catégories (pl. XX) :
— cris d’intimidation, de défense ou d’attaque,
— cris émis pendant l’accouplement et cris d’appel,
— le ronronnement.
— Cris d’intimidation, de défense ou d’attaque. — Le premier cri
d’intimidation émis dès que l’animal se sent en danger, ou s’il se prépare
à attaquer, est un cri très bref de 1 /6 de seconde qui se répète rapidement
5 à 7 fois et dont la zone d’intensité se situe entre 0 et 1 kHz.
Ce cri peut être suivi d’un grognement sourd plus ou moins saccadé,
lorsque l’animal attaque ; il dure 4 à 5 secondes et son maximum d inten¬
sité se situe entre 1 et 2 kHz.
— Cris émis pendant l'accouplement et cris d’appel. — Le cri le
plus caractéristique, émis pendant cette période, est un miaulement
plaintif de longue durée que la femelle émet, surtout lorsqu’elle est à la
cime des arbres. Ce cri plaintif rappelle celui d’un oiseau (Leptosomus) ;
il porte assez loin et la femelle l’émet probablement pour attirer les
Source : MNHN, Paris
156
B. ALBIGNAC
mâles de la région. Ce cri peut durer de 15 à 16 secondes, et son maximum
d’intensité est variable ; au début (pendant 3 secondes) il se situe entre
0,5 et 1,2 kHz, puis entre 1 et 2 kHz pendant 8 à 9 secondes, enfin son
intensité baisse pendant 3 à 4 secondes.
Le jeune émet un cri d’appel équivalent, mais, à l’âge de trois
semaines, ce cri est très aigu et peut durer 20 secondes lorsqu’il appelle
sa mère.
A partir du troisième mois, le jeune peut aussi pousser un cri d’appel
un peu différent. Au début le cri a son maximum d’intensité à 1,5 kHz
pendant 4 secondes, puis l’intensité baisse vers 0,5 kHz pendant 11
secondes.
— Le ronronnement. — Crgpfoprocta peut également ronronner.
Ce ronronnement est émis par le jeune, au début des tétées.
Au cours des jeux, les animaux ronronnent assez fréquemment ;
les animaux apprivoisés émettaient encore ce signal à l’âge de deux ans
et demi, lorsqu’on les caressait.
Ce ronronnement est constitué d’un son très bref de 1 /8 de seconde,
qui se répète à chaque 1 /lO de seconde, par séries de 15 à 18 émissions ;
chaque série est séparée de une à deux secondes. Le maximum d’intensité
est situé entre 1 et 1,8 kHz.
b) Signaux olfactifs. — Le comportement de marquage est aisé à
observer chez cette espèce. Il se manifeste par le frottement de la zone
cutanée anale, sur les surfaces horizontales plus ou moins planes. Parfois
aussi, surtout chez le mâle, l’animal frotte sa région génitale, parti¬
culièrement l’extrémité du pénis (situé très avant chez cette espèce)
sur des supports verticaux, généralement des branches ou des troncs.
Ce marquage s’accompagne de mouvements verticaux et latéraux du
corps, permettant de frotter ainsi une surface relativement importante
(pl. XV, fig. 3). Il n’a pas été possible de trouver la glande sternale
signalée par J. Vosseleb (1929). Il est probable que cet auteur, ayant
remarqué le comportement de marquage en position verticale, ait mal
localisé la zone préputiale au milieu du ventre de l’animal.
Enfin nous avons également remarqué que les animaux, aussi
bien mâles que femelles, frottaient une zone de leur cou sur des supports
très variés.
— Zones glandulaires. — Autour de la région anale existe un
anneau glandulaire assez nettement marqué, déjà signalé par A. Carlson
(1902) et R.I. PococK (1916). Cette glande péri-anale est toujours bien
marquée dans les deux sexes (pl. XIV, fig. 3).
Dans la région génitale, surtout au niveau du pénis chez le mâle,
il semble exister une zone glandulaire nettement différenciée si l’on en
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
157
juge par l’importance du marquage réalisé avec cette région et par
l’exsudât, à très forte odeur, qui s’en dégage. Au contact de l’air, cet
exsudât s’oxyde et colore en brun orangé toute la région génitale.
Cliez la femelle, un faible ei^udat d’apparence semblable est parfois
excrété par la région vulvaire ; elle marque différents supports par
frottement de cette zone.
A cause du petit nombre d’animaux conservés en captivité, aucun
prélèvement lüstologique n’a pu être réalisé dans la région préputiale.
Enfin les zones cutanées, utilisées lors du marquage au niveau du
cou, correspondent à celles remarquées chez les autres Carnivores mal¬
gaches.
La zone anale nous montre d’importants amas de glandes sébacées
non annexées à des poils, indiquant une zone glandulaire bien développée.
Dans les zones maxillaires (au niveau du cou), on remarque des
amas de glandes sébacées toujours annexés aux poils, et de longs poils
tactiles à structures caractéristiques, présentant une vascularisation
importante entre les gaines épithéliales et la gaine fibreuse. Les vibrisses
sont assez bien développées.
c) Signaux visuels. — Ces signaux ne sont pas très importants
chez cette espèce et sont toujours assez discrets.
Les poils de la queue, assez courts, peuvent se hérisser lorsque l’ani¬
mal est prêt à attaquer, mais la queue ne se redresse pas comme chez les
Galidiinae.
Les signaux visuels les plus marquants se situent au niveau de la
face ; comme chez certains Canidae ou Felidae, ils indiquent un état
d’excitation plus ou moins intense. Le front se plisse et des replis appa¬
raissent au-dessus des yeux, en même temps que les oreilles et les vibrisses
se rabattent vers l’avant, au fur et à mesure que l’animal passe de
l’intimidation à l’attaque. A l’extrême, l’animal pousse en même temps
son cri d’intimidation qui précède généralement une attaque violente.
Dans la défense, ou lors de l’exploration d’un territoire nouveau,
les oreilles se rabattent en arrière et les vibrisses se dressent très large¬
ment vers l’avant. En même temps, l’animal, qui avance avec prudence,
flaire tout ce qui l’entoure.
5) Vie sociale
a) Siradure sociale. — Contrairement aux autres Carnivores mal¬
gaches, cette espèce ne semble pas vivre par couple.
Tous les animaux piégés ou rencontrés dans le milieu naturel étaient
isolés ; il est à peu près certain que c’est le cas le plus général.
Source : MNHN, Paris
158
R. ALBIGNAC
En effet, même en captivité, il a toujours été nécessaire de séparer
mâle et femelle ; il n’y a que pendant la période d’œstrus de la femelle
qu’il est possible de laisser un couple dans la même cage.
Dans le milieu naturel, c’est seulement pendant la période des accou¬
plements que plusieurs mâles se rassemblent autour d’une femelle en
œstrus.
b) Jeux. — Contrairement aux Galidiinae, Cryploprocia adulte
est très peu joueur. Seuls les jeunes cherchent à mordiller la mère ou
jouent entre eux en simulant surtout des attaques et défenses. Ces jeux
sont très intenses pendant la première année et diminuent peu à peu au
cours des années suivantes.
e) Défense et attaque. — Des attitudes de défense ou d’attaque
sont assez fréquemment observées au moment des accouplements ;
les mâles peuvent alors s’attaquer violemment ; la femelle peut égale¬
ment attaquer un mâle, comme nous l’avons observé dans la nature.
Au moment de l’attaque, les animaux se tapissent prêts à bondir ;
en même temps, ils émettent leur cri d’attaque et prennent l’attitude
d’intimidation.
Les animaux s’affrontent ensuite, parfois assez énergiquement, et
essayent de mordre leur adversaire.
Ces attaques sont généralement de courte durée, l’animal dominé
prenant immédiatement la fuite et le dominant se contentant souvent
d’une poursuite de quelques mètres seulement.
En captivité, ces attaques sont toujours d’une extrême violence,
même entre mâle et femelle préalablement habitués l’un à l’autre.
6) Domaine vital et territoire
Les piégeages réalisés dans plusieurs régions de Madagascar laissent
supposer que cette espèce a un domaine vital très vaste. Dans quelques
régions privilégiées cependant, la densité de Cryptoprocta semble plus
forte (principalement dans les zones de Morondava et d’Antalaha).
Dans ces deux régions, les proies existent en plus grande abondance
et la densité semble voisine d’un animal au kilomètre carré.
Les sept piégeages réussis sur l’ensemble de l’île et quelques obser¬
vations complémentaires ne permettent pas d’estimer de façon certaine
le domaine vital de cette espèce.
7) Alimentation
a) Dans la nature. — Cryptoprocta se nourrit principalement
d’Oiseaux et de Rongeurs. Il peut également capturer, comme le si¬
gnalent les bûcherons, des lémuriens du genre Lemur, de jeunes pota-
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 159
moclières et bien souvent des animaux domestiques variés : poulets,
lapins et même moutons.
A moins qu’il ne soit dérangé, il tue généralement tous les occupants
d’une basse-cour et n’emporte souvent qu’une ou deux poules ; il ne
consomme aucune proie sur place.
Cryptoproda semble pouvoir capturer des lémuriens nocturnes
comme les Cheirogales (Cheirogaleus) et surtout des Insectivores, princi¬
palement les tenrecs (Cenfeies ecaudatus).
b) En captivité. — Comme dans le cas des autres Carnivores déjà
étudiés, les aliments présentés aux animaux ont été groupés en quatre
catégories ;
Aliments
Résultats des tests
Vers de terre, larves
-
Insectes (blattes)
-1-
— Aliments refusés
Gastéropodes (Achatines)
-
Crustacés
-
Poissons (Tilapias)
-
+ Aliments souvent
refusés
Batraciens
+
Serpents
-1-
Lézards
-1-
+ + Aliments acceptés
sans hésitation
Caméléons
-
Oiseaux et œufs
+ -!- +
Insectivores à piquants
+ + +
-i- -1- + Aliments très
appréciés
Autres insectivores
Rongeurs
Lémuriens
Fruits (bananes)
-
Ce tableau indique une tendance nettement carnivore de Crypto¬
proda ferox. En captivité, cette espèce peut consommer du poisson mais
ce type de proie, peu apprécié, ne semble normalement pas être pêché
Source : MNHN, Paris
160
R. ALBIGNAC
dans le milieu naturel. Les petites proies comme les Batraciens, les
Crustacés et les Insectes ne sont toujours consommés qu’en très petite
quantité.
8).Mode de capture des proies
Comme pour les autres Carnivores, les tests se sont déroulés en
chambre terrarium ou en cages. Les différentes actions ont été observées
directement ou filmées.
Nous avons signalé plus haut l'importance, chez Cryptoprocta,
des pattes antérieures dans la capture des proies ; ce mode de capture
diffère nettement de celui des autres Carnivores déjà étudiés.
Même avec de petits animaux comme les Batraciens, Cryptoprocta
immobilise sa proie préalablement au sol à l'aide des pattes antérieures
qui agissent de concert et se rabattent en même temps.
a) Seuls les Insectes, généralement peu appréciés, sont saisis direc¬
tement dans la gueule.
b) Les Reptiles, lézards et petits serpents, sont normalement
immobilisés puis tués rapidement par morsure à la tête avant d’être
consommés sur place.
c) Les Oiseaux sont toujours immédiatement attaqués. En présence
d’un poulet, Cryptoprocta saute tout de suite sur sa proie, l’immobilise
à l’aide des pattes antérieures et la tue en broyant sa tête ; il tourne
ensuite dans la pièce, en tenant sa proie par la tête, dans ses mâchoires,
et semble chercher une zone calme pour la dévorer.
A l’occasion d’une capture, Cryptoprocta peut monter sur les branches
à la poursuite de sa proie. C’est ainsi que dans le milieu naturel, la nuit,
il doit probablement chercher à capturer les pintades qui dorment au
sommet des arbres.
d) Les Insectivores à piquants tels que les tenrecs sont, dès le lâcher
dans la cage, immobilisés au sol à l’aide des pattes antérieures ; Crypto¬
procta tue ensuite sa proie à la tête. Parfois le tenrec peut s’échapper en
dressant ses piquants ; il est aussitôt poursuivi et tué rapidement (pl.
XV, fig. 1). Il semble dans ce cas que les piquants, assez peu nombreux
chez cette espèce et situés surtout sur la partie antérieure dorsale et sur
la tête, ne soient pas une protection suffisante contre ce prédateur.
Les Insectivores bien pourvus de piquants comme Hemicentetes ou
Ericulus, se protègent mieux. Nous avons cependant constaté que ce type
d’Insectivores peut aussi être consommé par Cryptoprocta.
e) Les Rongeurs, plus rapides, échappent parfois.
En chambre terrarium Cryptoprocta poursuit sa proie qui trouve
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
161
de nombreux refuges pour tenter de lui échapper. Le Cnjptoprocta court
derrière le rat, gratte le sol pour essayer de le capturer dans un terrier.
Il faudra une poursuite d’un quart d’heure avant que le rat ne
soit pris.
Il est possible que dans le milieu naturel, Crijptoproda soit obligé
de surprendre très rapidement les rats pour pouvoir les capturer.
f) Les Lémuriens sont très appréciés. Aucun test n’a cependant pu
être effectué avec ces animaux rares et protégés ; un accident a cependant
montré qu’un Cryptoproda, normalement installé dans une chambre
terrarium, pouvait briser deux parois de grillage pour atteindre un
Lemur catta installé dans une cage à proximité. Au matin il ne restait
plus que les pattes postérieures, les cuisses et l’extrémité des pattes
antérieures ainsi qu’une partie de la peau du Lemur.
Dans la nature un Cryptoproda peut, de nuit, grâce à ses possibilités
remarquables de locomotion, capturer les animaux arboricoles. II est
capable de capturer les lémuriens tels que les Lemur qui se déplacent
principalement sur les branches horizontales.
Le Propitlièque semble pouvoir se défendre beaucoup mieux ;
il peut en effet sauter de tronc en tronc et donc progresser beaucoup plus
rapidement que ne peut le faire le Cryptoproda. Toutefois nous avons eu
l’occasion, dans la région du Bongolava, d’observer des restes d’un Pro-
phithèque qui avait certainement été capturé par ce Carnivore ; il est
probable que la capture ait eu lieu pendant la nuit. Les bûcherons
pignalent avoir observé des Propithèques attaqués par des Crypto-
sroctes.
Le jour, la relative sécurité des Propithèques semble encore confirmée
par le fait qu’ils ne craignent absolument pas de s’approcher, même
à moins de 10 m, d’un Cryptoproda. C’est ainsi que le 14 octobre 1969,
à 11 h du matin, deux groupes de Propithèques furent observés, dans la
forêt du Bongolava, à 50 m de l’arbre où s’accouplaient deux de ces
animaux. Les Propithèques se rapprochèrent lentement en poussant
des grognements ou des cris de défense ; à 11 h 10, ils n’étaient plus qu’à
10 m d’eux. A 11 h 14, un Propithèque s’avança même sur un arbre
voisin, à une distance de moins de 6 m. Ils s’éloignèrent ensuite, toujours
excités, sans que pour cela les Cryptoproda leur manifestent de l’intérêt.
L’absence totale de Lemur dans la forêt du Bongolava semble
par contre difficile à expliquer et il n’est pas impossible qu’ils aient été
éliminés par une forte densité de Cryptoproda.
9) Besoins alimentaires (fig. 58)
Pour l’évaluation de leurs besoins alimentaires, la nourriture donnée
aux animaux se composait de viande et de cœur de bœuf. Le cœur
Source : MNHN, Paris
162
R. ALBIGNAC
était distribué le matin vers 11 h. et la viande, l’après-midi entre 15
et 16 h. Les restes étaient pesés le lendemain matin. La figure 58 donne
une idée des besoins quotidiens de cette espèce.
BESOINS ALIMENTAIRES
Cryptoprocta ferox
700
600
SCO
dOO
300 -
JOO-
1O0-
-i a' fle 12,6 kgr
26 - 1-71
27
T-
28
1 - 2-71 2
que ces besoins sont parfois très irréguliers chez certains individus”
Jours
Crypioprocla ferox. Il faut remarquer
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
163
Les besoins correspondent ainsi à environ 7 à 10 % du poids de
l’animal. Ces besoins sont proportionnellement moins importants que
ceux de la plupart des Carnivores déjà étudiés ; la taille plus importante
de cette espèce explique ce meilleur rendement alimentaire. Il permet
à cette espèce d’être présente dans toutes les formations naturelles de
l’île, même celles aux conditions les plus dures.
CnjptopTOcla agit sur l’équilibre d’un certain nombre d’animaux
mais son action est différente de celle des autres Carnivores. Sa taille,
plus importante, lui permet en effet de s’attaquer à de nombreuses espè¬
ces, et même aux autres Carnivores peuplant l’île.
10) Reproduction
a) Période d’activité sexuelle et accouplements. — La période d’ac¬
couplement de Cryptoprocta semble se limiter à une assez courte saison,
principalement aux mois de septembre et octobre.
Des accouplements observés en captivité et même dans le milieu
naturel (forêt du Bongolava) en montrent le déroulement :
Le 13 octobre 1969, ü est 13 h.
« — Deux Cryptoprocta sont perchés dans les arbres. Il s’agit d’un mâle
et d’une femelle et il devient bien vite clair que nous assistons aux préludes d’un
accouplement. Nous découvrons, peu après, trois autres mâles sur un arbre voisin
situé à environ,20 m ; ceci porte le nombre total des animaux assemblés à cet
endroit à cinq : quatre mâles dont deux jeunes d’environ deux ans, et une femelle.
Les accouplements auxquels nous avons assisté se sont déroulés de façon
à peu près identique à ceux que nous avions observés en captivité. ’
Les Cryptoproctes poussent de longs miaulements plaintifs (voir chapitre
Moyens d’intercommunications). Ce cri est émis surtout par la femelle qui paraît
très excitée pendant les préludes de l’accouplement.
Le mâle et la femelle grognent et miaulent à tour de rôle, üs semblent
simuler des morsures en se croisant sur les branches.
Le mâle monte ensuite sur la femelle, il lui lèche alors très souvent le cou,
comme pour la calmer. La femelle se laisse faire et ferme les yeux tandis que le
mâle garde la gueule ouverte.
Le premier accouplement observé dure de 13 h 40 à 15 h 05, soit une heure
quinze minutes.
Chaque fols que la femelle bouge, le mâle la retient à l’aide de ses pattes
antérieures ; il lui lèche les oreilles et le dos et grogne légèrement. Une lois la
femelle calmée, le mâle entrouvre à nouveau sa gueule et ne bouge plus.
Au cours de l’accouplement, la femelle est couchée sur le ventre, sur une
branche horizontale de 20 cm de diamètre environ, à 20 mètres au-dessus du sol ;
elle enlace le tronc avec ses membres antérieurs, alors que les pattes de derrière
sont repliées et posées sur le dessus de la branche. Le mâle tient la femelle par la
taille. Il est couché sur elle, légèrement sur le côté. La position très postérieure
des testicules chez cette espèce, semble favorable à cette position d’accouplement
couché.
Source : MNHN, Paris
164
R. ALBIGNAC
A 14 h 30, alors que l’accouplement dure depuis 50 minutes, un autre mâle
(mâle no 2) s’approche du couple (à 10 mètres environ) ; la femelle devient plus
nerveuse et le mâle n® I semble essayer de la calmer en lui léchant très souvent le
cou et les oreilles.
J. couple est à nouveau calme, mais le mâle n® 2 reste toujours
à 10 mètres de là, paraissant attendre ia fin de l’accouplement.
A 15 h 05 le mâle n’» 2 s’approche, la queue hérissée, semblant prêt à l’atta¬
que ; Il parvient ainsi à 5 mètres du couple. La femelie l’attaque alors très violem¬
ment et il se sauve en gardant la queue toujours hérissée.
A 15 h 10. la femelle se lèche la région génito-anale et elle miaule en direcUon
du mâle n® 1, qui se rapproche d'elle. Le couple change ensuite d’arbre.
A 15 h 34, les animaux s’accouplent à nouveau pendant 8 minutes Mâle
et femelle se séparent ensuite, font leur toüette et se lèchent très souvent la
région gémto-anale, puis ils se reposent jusqu’au soir».
Il est intéressant de remarquer qu’une femelle Crypioprocta attire
plusieurs mâles au moment de l’œstrus.
^ Ces faits nous avaient déjà été relatés par certains paysans mais
n avaient jamais pu jusqu’alors, être vérifiés de façon sûre.
Toutefois, il ne semble pas que plusieurs mâles soient nécessaires à
la fécondation de la femelle puisque, en captivité, nous avons pu obtenir
une gestation avec un seul mâle et que dans la nature le mâle qui s’appro¬
chait du couple s’est fait repousser.
Ces rassemblements de mâles autour d’une femelle doivent être
temporaires puisque trois jours après notre première observation, les
animaux n’étaient plus au même endroit ; trois mois après il nous a été
impossible de les retrouver dans ce même secteur.
Il faut remarquer que le comportement sexuel de Crypioprocta
est tout à fait différent de celui des autres Viverridae malgaches.
Une fois de plus, nous observons chez cet animal des caractères
parfois plus proches des Felidae, ou même des Canidae, que des Viverri-
dae.
■ Gestation. La durée de gestation n’a pu être évaluée en capti¬
vité. loutefois, tous les accouplements observés dans la nature et en
captivité ont eu lieu en septembre et en octobre.
Les naissances s’étalent de décembre à janvier.
On peut donc grossièrement estimer cette durée de gestation à trois
mois environ.
c) Période de mise~ba$ et parturition. — Deux mois avant la mise-
bas, la femelle ne présente aucun signe extérieur de gravidité ; mais dix
jours avant la naissance, les mamelles et le bas-ventre commencent à
augmenter de volume. Cette évolution s’accentue par la suite et en parti¬
culier pendant les trois derniers jours précédant la mise-bas. La femelle
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 165
semble maintenant souffrir ; elle reste très souvent allongée sur le sol
en respirant fortement et irrégulièrement.
La veille de la mise-bas, elle est restée dans sa niche et n’a pratique¬
ment rien mangé.
Une mise-bas a été vue en captivité mais, au début, les observations
n’ont pu être que partielles, étant donné les difficultés rencontrées pour
voir les jeunes ; la mère les défendait énergiquement à la moindre appro¬
che.
La naissance a eu lieu au cours de la nuit ou très tôt le matin. C’est
vers 10 h (23 décembre 1967), au moment de donner la nourriture, que
nous avons pu apercevoir deux jeunes abrités entre les pattes de la mère,
alors très menaçante à la moindre tentative d’approche.
Le jour de la naissance, la mère a très peu mangé. Pensant qu’elle ne
voulait pas quitter ses petits, on a déposé la nourriture près de son abri.
L’appétit normal n’est revenu que le troisième jour : elle a accepté
environ 400 g de nourriture composée de viande de zébu, d’oiseaux
et de rats. L’appétit a augmenté encore les jours suivants, elle consom¬
mait régulièrement 500 à 600 g de nourriture par jour.
Après huit jours de soins continuels, la mère se hasarda à sortir
peu de temps, la nuit, en laissant les jeunes dans l’abri. Par la suite elle
sortait de plus en plus, même le jour.
Il est intéressant de remarquer que Cryptoprocla ferox est la seule
espèce endémique malgache qui puisse donner plusieurs petits, géné¬
ralement de deux à quatre par portée.
L’époque de reproduction semble dans tous les cas se situer pendant
la période estivale, de novembre à janvier. En jilus de nos observations,
G. Petit (1931) signale avoir obtenu trois jeunes femelles en février
1922 et deux autres jeunes le 9 février, alors âgés d’environ un mois.
Il semble y avoir égalité des sexes à la naissance.
d) Croissance (fig. 59 et 60 ; pl. XIV, fig. 4). — A la naissance, les
jeunes Cryptoprocla ont une fourrure dense. La couleur du pelage est
gris très clair, presque blanc. Les yeux sont fermés. Les jeunes semblent
incapables de marcher, ils peuvent tout au plus se traîner. Leur poids
est d’environ 100 g. Les graphiques donnent une idée de leur développe¬
ment (fig. 59 et 60).
On a pu noter avec précision la sortie des dents et l’évolution du
poids et de la coloration de quatre jeunes élevés séparés de leur mère
et de deux autres jeunes élevés avec elle.
A douze jours, la couleur du pelage fonce très légèrement et devient
gris perle ; le poids est estimé à 150 g.
A l’âge de un mois, la partie ventrale est beige clair ; le creux
Source : MNHN, Paris
166
R. ALBIGNAC
inguinal, les cuisses et les avant-bras sont brun clair orangé. Une tache
brun foncé, presque noire, apparaît derrière chaque oreille.
Les incisives de lait percent à l’âge de 50 jours, chez tous les jeunes
en même temps ; les animaux pèsent de 500 à 600 g ; le corps et la tête
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
167
mesurent de 27 à 29 cm, la queue de 22 à 24 cm. Les mâles sont toujours
sensiblement plus développés que les femelles. A cet âge, les jeunes
viennent sentir la viande mais ils n’essayent pas encore d’en manger.
L’ensemble du corps reste gris mais devient un peu plus foncé. Autour
des yeux apparaît une zone brun clair (couleur générale du pelage des
adultes) qui, petit à petit, s’étendra à la tête et à l’ensemble du corps.
C’est à l’âge de deux mois et demi que les canines de lait de la
mâchoire inférieure percent ; puis trois jours plus tard, ce sont celles de
Fio. 60. — croissance pondérale et staturale de Crgpfoprocta ferox (rapportée
à l’adulte).
Source : MNHN, Paris
168
R. ALBIGNAC
la mâchoire supérieure. Les jeunes ne mangent toujours pas de viande
et la coloration du pelage s’accentue légèrement vers le brun clair.
A deux mois et vingt jours, les deux grosses molaires de lait de la
mâchoire inférieure apparaissent. En même temps, deux bandes brun
clair, en bordure des zones brun foncé situées derrière les oreilles, se
différencient. La tête devient très nettement brun fauve ; le corps gris
fauve, tend de plus en plus au gris foncé.
A trois mois, la première molaire de lait de la mâchoire inférieure
sort, pendant que la deuxième molaire de lait de la mâchoire supérieure
perce. Les dents deviennent puissantes et les jeunes commencent à
manger de la viande, Le poids des jeunes varie entre 820 et 970 g. Le
corps et la tête deviennent progressivement brun fauve ; le dos est par
contre gris très foncé ; l’ensemble de la région ventrale devient beige
clair et seules les cuisses et la région génitale restent brun orangé ;
les taches noires situées derrière les oreilles restent bien visibles.
A trois mois et demi, la troisième molaire de lait de la mâchoire
supérieure perce mais la première molaire de lait n’apparaîtra qu’à l’âge
de quatre mois.
A quatre mois et demi, toutes les dents de lait sont normalement
formées ; c’est à cette époque que se fait le sevrage définitif. La colora¬
tion du corps passe de plus en plus au brun fauve, seul le dos reste encore
gris foncé. La partie ventrale est beige clair et la région génitale nettement
orangée. Les jeunes pèsent entre I 200 et I 500 g.
Ce^ n’est qu’entre l’âge de six et sept mois que la couleur définitive
apparaît graduellement par remplacement progressif des poils.
Les premières molaires vraies de la mâchoire supérieure ne sortiront
qu à 1 âge de dix mois et demi ; celles de la mâchoire inférieure ainsi que
les deux dernières petites molaires de la mâchoire supérieure et inférieure,
n’apparaîtront qu'entre le onzième et le douzième mois.
Le remplacement des dents de lait a lieu à partir du quinzième
mois, et ce n’est qu’à l’âge de vingt mois que la denture définitive complè¬
te sera mise en place.
Le développement des jeunes Crypioprocta ferox est donc beaucoup
plus lent que celui des autres Carnivores étudiés.
e) Allaitement et sevrage. — L’allaitement dure pendant quatre
mois à quatre mois et demi.
Pour les tétées, la mère se couche généralement sur le côté, elle
lève la patte postérieure libre au-dessus du sol de manière à bien dégager
ses mamelles. Dès le début, deux jeunes élevés avec leur mère ont utilisé
les deux mamelles inguinales (une femelle possède trois paires de ma¬
melles).
Source : MNHN. Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 169
Pour téter, les jeunes pétrissent de leurs pattes antérieures le ventre
de leur mère pendant les deux premières minutes de la tétée.
A partir du quarantième jour, j’ai remarqué un ronronnement régu¬
lier émis par les jeunes au moment de la tétée ; il est cependant fort
possible que ce ronronnement existe dès les premiers jours.
Les tétées sont toujours relativement courtes ; elles durent de deux
à dix minutes et le plus souvent moins de cinq minutes.
Pendant les trois premiers mois, les jeunes sont exclusivement
nourris du lait de la mère et ce n’est que pendant le quatrième mois que
cette ration sera complétée par de la viande.
Les quatre jeunes élevés artificiellement séparés de leur mère à l’âge
de quarante jours ont permis, comme pour Galidia, de se faire une idée
des besoins quotidiens en lait et de voir l’évolution du régime.
Ainsi les jeunes âgés de quarante jours ont eu au total six tétées en
24 h et chaque jeune a absorbé 90 g de lait (lait reconstitué Galliasec).
Jeunes âgés de quarante jours le 12.1.1970.
Heures
10
13,30
17
22,30
3
7,30
Poids de lait absorbé
par animal (g)
10
10
20
20
15
15
A l’âge de soixante dix jours, les jeunes avaient quatre tétées par
jour et un peu de foie écrasé. Au total, les animaux absorbaient environ
1 /3 de leur propre poids par jour; leur croissance était alors rapide.
Jeunes âgés de soixante dix jours, le 10.11.1970.
Heures .
8
13
20
2
Total
Poids lait (g) .
45
40
45
50
180
Poids foie (g) .
15
18
14
0
47
Total absorbé par
animal (g).
60
58
59
50
227
Le sevrage des jeunes élevés avec leur mère a lieu à quatre mois
environ.
A l’âge de quatre mois, on ne faisait que deux distributions de nour¬
riture par jour pour les quatre jeunes élevés artificiellement.
Source : MNHN, Paris
170
B. ALBIGNAC
Jeunes âgés de quatre mois, le 2.IV.1970.
Heures .
7,30
20
Total
Lait (g).
90 à 100
90 à 100
180 à 200
Foie (g).
60 à 70
60 à 70
120 à 140
Total absorbé par
animal (g).
150 à 170
150 à 170
300 à 340
A l’âge de dix mois, chaque jeune était nourri de 400g de viande et
de foie et de 200 g de lait, par jour.
f) Transport des petits. — Le transport des jeunes par la mère
semble tout à fait exceptionnel chez cette espèce.
On n’a observé qu’une seule fois la mère saisir un jeune et le porter
sur un mètre à peine, comme le font les autres Carnivores malgaches.
On peut penser que la mère laisse les jeunes dans leur abri et ce n’est
qu’au moment où ils peuvent se déplacer aisément seuls qu’ils sortent
et la suivent.
g) Développement des jeunes et comportement mère-jeunes (pl. XV,
fig. 2). — A la naissance, les jeunes poussent un miaulement aigu peu
soutenu mais qui deviendra très perceptible à une dizaine de mètres,
à partir du huitième jour. Ce miaulement est un cri d’appel poussé
lorsque la mère les laisse trop longtemps seuls.
A 12 jours, les yeux commencent à s’ouvrir. A 15 jours, ils sont bien
ouverts. Les yeux sont bleu clair, ce qui confirme l’observation faite par
G. Grandidier et G. Petit (1932).
A 19 jours, la couleur du pelage est gris perle.
A l’âge de 1 mois, un des jeunes sort pour la première fois sa tête de
la niche pour regarder à l’extérieur.
A 40 jours, la mère joue avec les jeunes qui commencent à devenir
vifs et à marcher, mais encore très lentement. Elle les mordille et leur
donne des coups de pattes, mais les jeunes ne sont jusqu’à présent
jamais sortis de leur abri. La couleur des yeux change et passe progressi¬
vement du bleu au marron clair.
A 45 jours, les jeunes deviennent très joueurs.
Les quatre jeunes élevés séparés de leur mère jouent souvent en¬
semble, en se mordillant et en simulant déjà des attaques. Ces jeux
peuvent durer plus d’une heure. Les jeunes ronronnent très souvent en
jouant.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
171
A 53 jours, les yeux sont marron comme ceux de la mère. Les grilles
sont déjà puissantes. La marche, bien plantigrade, devient assurée mais
donne une impression de lourdeur. Les jeunes ne sautent pas encore et
leur course est tout au plus une marche rapide.
A l’âge de deux mois, les jeunes sont capables de faire des petits sauts
de 20 à 30 cm. Ils courent assez bien mais toujours aussi lourdement.
Ils commencent alors à grimper dans les branches. Ils sont de plus en plus
vifs. Ils aiment tirer sur un chiffon qu’on leur présente. Ils cherchent
à mordiller tout ce qui se présente à eux et s’arc-boutent sur les pattes
postérieures pour tenter de l’entraîner. Si une personne étrangère entre
dans la pièce, les animaux se regroupent au fond de leur cage et flairent
très fort.
A 2 mois et 10 jours, les jeunes font des sauts d’environ 50 cm et sont
capables de grimper le long de petits troncs, en s’aidant alternativement
des pattes antérieures et des pattes postérieures. Ils sont très vifs et
ne pensent qu’à jouer et à tout mordiller, même la queue et les oreilles
de la mère qui reste généralement très calme et se contente de les laisser
faire. En même temps, les jeunes ronronnent très souvent. Ils viennent
sentir la viande mais ne veulent pas encore y goûter.
Les jeunes animaux apprivoisés n’osent pas encore sauter directe¬
ment à terre depuis leur cage qui est posée sur une table à 1,20 m
au-dessus du sol. Un mâle descend en glissant le long du pied de la table,
puis l’autre mâle le suit et enfin les deux femelles se décident à descen¬
dre de la même façon. Ils courent les uns derrière les autres, en colonne,
et c’est toujours le même mâle qui est en tête. Pour la première fois,
on les observe en train de « faire leurs griffes » exactement à la manière
des chats.
A l’âge de trois mois, les jeunes commencent à manger de la viande.
Les quatre jeunes élevés sans leur mère font des sauts en longueur de
près de 1,50 m ; ils sont capables de sauter directement de la cage sur
le sol. Ils peuvent grimper et descendre sur n’importe quel type de
support ; ils se laissent même pendre en se retenant à l’aide des pattes
postérieures sur un tuyau appuyé au mur à 3 m au-dessus du sol. Les
jeunes sont encore très méfiants A cette époque le changement de tétine
est difficile, bien que la nouvelle soit identique à la précédente.
A l’âge de 3 mois 1 /2, les jeunes peuvent sauter de branche en
branche et faire des bonds de deux mètres de long sans aucune hésita¬
tion. La course et le saut sont maintenant très sûrs. Les jeunes traînent
tout ce qu’on leur donne dans un trou ou sous l’armoire pour le déchi¬
queter, comme ils le feraient avec une proie. Ils peuvent projeter un
petit ballon à la manière des adultes ou aussi, comme chez Galidia,
en se couchant sur le côté pour projeter l’objet à l’aide des pattes pos¬
térieures.
Source : MNHN, Paris
172
R. ALBIGNAC
A 4 mois, les animaux apprivoisés jouent maintenant souvent deux
par deux, un mâle avec une femelle. Ces jeux consistent à mordiller le
compagnon, à le saisir à l’aide des pattes antérieures par la taille pour le
coucher au sol et à le poursuivre. S’ils jouent tous les quatre ensemble,
ils se poursuivent en courant dans les branches d’arbre les uns derrière
les autres.
A 6 mois, les animaux frottent souvent leur région anale sur le sol,
mais presque toujours après avoir déposé leurs excréments. Ils «font»
souvent leur griffes, toujours à la manière d’un chat.
A 7 mois, on remarque pour la première fois qu’un mâle frotte sa
zone ventrale (au niveau du pénis) sur une branche verticale, comme le
font souvent les adultes.
C’est à partir de ce moment que ce type de marquage devient
fréquent ehez les jeunes mâles. Ils le feront chaque fois qu’on les libérera
de leur cage dans la pièce, ou s’ils se trouvent dans une nouvelle zone.
A 8 mois 1 /2, ils sont enlevés pour trois semaines de leur pièce ;
à leur retour, ils reconnaissent parfaitement les lieux et les mâles mar¬
quent à nouveau immédiatement tous les supports verticaux de la pièce.
Ensuite ils jouent comme auparavant.
Le marquage avec la région anale débute très nettement à l’âge
de 9 mois chez les mâles et les femelles en même temps.
Ces animaux ne semblent pas devenir adultes avant l’âge de trois
ans.
Deux jeunes ont été piégés à l’âge de deux ans environ ; ils étaient
déjà certainement séparés des parents et l’on peut supposer que cette
séparation se fait normalement lorsque les jeunes sont âgés de 15 à 20
mois.
VIII. — Viverriculamdica(Desmaret, 1817)
Nom commun : Civette.
Nom vernaculaire : Jaboady, Alazy.
Cette espèce d’origine asiatique est, comme nous l’avons vu, accli¬
matée depuis fort longtemps à Madagascar ; elle a occupé toutes les
zones de savane et le Sud de l’Ile.
1) Abris
a) Dans la nature. — Les abris utilisés par Viverricula sont des
zones de broussailles denses situées au milieu de la savane, générale¬
ment dans les bas-fonds mieux protégés des feux de brousse. Cet animal
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 173
se contente de se coucher à même le sol et n’aménage jamais de terrier,
même au moment des mises-bas.
Plusieurs de ces abris ont été observés dans le milieu naturel ;
ils sont toujours très difficiles à localiser, môme à quelques mètres.
b) En captivité. — Les animaux captifs disposaient d’une petite
niche et d’un tas de foin assez volumineux ; ils ont presque toujours
choisi le tas d’herbes sèches en y aménageant une sorte de tunnel pour
y faire un gîte bien abrité. Un couple installé en semi-liberté, dans un
enclos, a choisi la base d’une touffe de Philippia comme gîte diurne.
2) Rythme d’activité
a) Dans la nature. — Viverricula s’introduit assez fréquemment
de nuit dans les poulaillers. Nous l’avons souvent rencontré actif entre
19 et 22 h.
b) En captivité. — Les animaux ont toujours montré un lythme
nocturne dès le moment de leur capture.
Le réveil a lieu un peu avant la nuit complète et les animaux se
recouchent le matin, au moment du lever du soleil, L’activité est très
importante au début de la soirée et se maintient jusqu’aux environs de
une heure du matin. Un repos presque complet de une heure ou deux a
lieu alors avant que l’activité ne reprenne normalement jusqu’au
coucher des animaux, vers 5 h 30 du matin.
Une observation faite au cours d’une nuit complète sur un couple
en semi-liberté donne une idée plus précise de cette activité nocturne.
» Le 15 mars 1971, le temps est couvert, la température assez douce est
de 21 "C à 17 h.
Les animaux se réveillent à 17 h 30 (on peut écrire normalement sans lu¬
mière) l'activité est moyenne et le couple mange petit à petit la ration distribuée
2 h plus tôt.
A partir de 19 h, les animaux sont très actifs jusqu’à 0 h 50. Une période
de repos commence alors et dure presque sans arrêt Jusqu’à 2 li 20 ; puis les
animaux tournent à nouveau dans l’enclos et ils se couchent à 5 h 40 ».
L’activité de Viverricula est donc très voisine de celle de Fossa,
et d’Eupleres.
3) Postures, locomotion, manipulations
a) Postures. — La position de repos est identique à celle des autres
Carnivores étudiés ; les animaux sont couchés sur le côté, le corps enroulé
sur lui-même, la queue autour du corps.
Les animaux ne bougent pas dans la journée, même si l’on passe
très près de leur gîte. De nuit, au moindre bruit inhabituel, Viverricula
Source : MNHN, Paris
174
R. AI.BIGNAC
s’immobilise et reste attentif, debout sur les quatre pattes. Les pavillons
des oreilles sont très mobiles et s’orientent dans la direction du bruit.
Si le danger est encore assez lointain, Viverricula flaire en même temps
qu’il relève la tête.
Viverricula peut adopter une posture «d’arrêt»; il prend parfois
une position dressée, assis sur les pattes postérieures.
Si le danger se rapproche, Vit»erricu/a prend la fuite mais reste
toujours très silencieux.
b) Locomotion. — Viverricula n’est pas arboricole et ne peut même
pas grimper le long d’un grillage vertical, comme le font les Galidiinae
et Cryptoprocta.
La marche est plus ou moins digitigrade et la surface plantaire et
palmaire est très largement recouverte de poils.
La marche, très souvent adoptée, peut être plus ou moins rapide et
se transformer en course. Cette locomotion est très silencieuse et géné¬
ralement aucun bruit n’est perceptible à l’oreille humaine. Le galop
ne semble pas être fréquemment utilisé par Viverricula.
c) Manipulations. — Viverricula ne se sert pas de ses pattes pour
creuser des terriers ni pour capturer des proies. Les pattes antérieures
ne sont utilisées que pour maintenir au sol des proies préalablement
tuées à l’aide des mâchoires.
4) Moyens d’intercommunication
a) Signaux auditifs. — Viverricula ne paraît émettre aucun cri
au cours de ses déplacements. Des grognements sourds sont seulement
parfois émis lorsque le mâle et la femelle cherchent à s’accoupler.
b) Signaux olfactifs. — Viyerricufa dépose ses excréments toujours
aux mêmes endroits et il est aisé de remarquer ses zones de défécation le
long de ses chemins de parcours.
La poche anale, très importante, a déjà fait l’objet d’études ana¬
tomiques (P.P. Grasse, 1955, Traité de Zoologie, XVII, p. 197).
Cette glande semble jouer un grand rôle dans le comportement
sexuel et territorial de Viverricula.
c) Signaux visuels. — Ces types de signaux semblent, comme chez
Fossa, pratiquement inexistants.
5) Vie sociale
Viverricula semble se rencontrer le plus souvent isolé ou par couple
en compagnie des jeunes de l’année.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
175
6) Domaine vital et territoire
Le domaine vital de Viverricula paraît être dans tous les cas assez
vaste. Cependant Viverricula semble un peu plus abondant à proximité
des villages et même des agglomérations importantes.
7) Alimentation
a) Dans la nature. — L’analyse de trois contenus stomacaux montre
que cette espèce se nourrit d’insectes, de Batraciens, de Rongeurs,
d’Oiseaux, de fruits et même de feuilles de graminées, en très grande
abondance dans un des contenus étudiés.
A.L. Rand (1935) donne le résultat de deux contenus stomacaux :
— dans le premier, il a pu identifier des Insectes et des restes de
poulet,
— dans le second des Insectes, les restes d’un rat et d’un serpent.
b) En caplivité. — La Civette se nourrit de fruits autant que de
viande. Elle consomme également, lorsqu’on lui en offre, des insectes
et des vers de terre. Le régime alimentaire de cette espèce est donc très
varié et il dépend surtout de l’alimentation disponible.
Les tests réalisés avec Viverricula confirment ces observations.
Aliments
Résultats des tests
Vers de terre, larves
+ +
— Aliments refusés
Insectes (blattes)
+ +
Gastéropodes (Achatines)
-
+ Aliments souvent
refusés
Crustacés
+
Poissons
+
+ + Aliments acceptés
sans hésitation
Reptiles (serpents,
lézards, caméléons)
+
Oiseaux et œufs
+ + +
Insectivores à piquants
-
+ + + Aliments très
appréciés
Autres Insectivores
+ +
Rongeurs
+ + +
Fruits (bananes)
+ + +
Source : MNHN, Paris
176
R. ALBIGNAC
8) Reproduction
La reproduction de Viverricula semble saisonnière.
Les jeunes naissent au cours de la période printanière, surtout de
septembre à décembre. A.L. Rakd (1935) signale avoir récolté une femelle
gravide avec quatre fœtus développés le 8 novembre 1930.
Les portées sont composées de deux à quatre petits chaque année.
Cette espèce, très bien adaptée au milieu de savane, est ainsi en cons¬
tante progression.
C. — Synécologie
L’étude comparative des divers milieux fréquentés par les Carni¬
vores malgaches, ainsi que la comparaison des principaux traits de leur
biologie permettent de mieux mettre en relief leur adaptation particu¬
lière et de juger de leur plasticité.
I- — Répartition des espèces dans les différents milieux
D’une façon générale, il nous faut souligner ici le caractère essen¬
tiellement forestier des Carnivores endémiques de Madagascar. Crgpio-
procta ferox seul peut s’aventurer de nuit dans les zones dégradées.
Ces milieux dégradés ont partout été occupés par la Civette (Viverricula
indica) introduite par l’homme.
En considérant les facteurs climatiques, édapliiques et les caractère
de la végétation, on peut définir à Madagascar huit types de milieux
principaux entre lesquels se répartissent les différentes espèces de Carni¬
vores.
Le tableau de la page 177 donne une idée de la répartition des diffé¬
rentes formes dans ces milieux.
IL — Liens entre régime alimentaire et rythme d'activité,
adaptations morphologiques et vie sociale
Il est évident que la recherche de la nourriture est le facteur le
plus important dans la compétition entre les différentes espèces de
Mammifères carnivores et les autres prédateurs.
Le rôle de la prédation est en outre souvent prépondérant comme
facteur de l’évolution chez les Mammifères. Il peut être important
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
177
ESPECES
Forêt
humide
de TEît
cl du Centre
Forêt
liumldc
du N/E
de moyenne
et haute
altitude
fSambirano)
Forêt
humide de
la Montagne
d'Ambre et
Ankara*
nana
de Dléfio
Marais
et zones
humides de
rsst et du
Nord* Ouest
Forêt sèche
de l'Ouest
sur sable
Porét sèche
de l'Ouest
sur calcaire
karstique
Forêt
du Sud
Savanes
de rSst
et de
l^Ouest
PofSfj fosactia
Enpiera guudolll
Galidia tlegans
eUgans
X X
X
Galidia eUgana
dambramis
X X
Calidia elaçana
oaeldtnlalls
X x
SahMiû contoior
X X
X X
M ungoiMii
decemlintufa
dtcemlir.eata
X X
MungollcUs
daeemlineaiti
lineata
X X
Calldlclli faseiaia
Cryptopncla
fefox
^gx x^^
Viotrrieule
ùiiiiea
E$pice dlume
Es|>èc« nocturne
Présence plue ou
moins exceptionnelle
Espèce diurne
Espèce noolurne
Normalemeot présente
parfois aussi sur les Carnivores eux-mêmes, considérés comme proies
par des super-prédateurs.
Le régime alimentaire des Carnivores est lié à de nombreux facteurs
(rythme d’activité, locomotion, etc.) ; l’analyse de ces facteurs et l’étude
de leurs relations peut permettre de mieux préciser, pour chaque espèce,
les caractères qui différencient les niches écologiques de ces différents
Carnivores.
1) Régime alimentaire et rythme d’activité
La plupart des petits Mammifères ont une activité nocturne ; ceci
leur permet d’échapper à la prédation très efficace des Rapaces diurnes.
Ces petites proies se réfugient souvent dans des terriers ou des troncs
creux pendant le jour ; elles sont alors généralement très difficiles à
Source : MNHN, Paris
178
R. ALBIGNAC
atteindre. C’est le cas d’un grand nombre de Rongeurs, d’insectivores
et de petits Lémuriens. C’est donc de nuit que ces petits Mammifères
sont le plus vulnérables : leur capture nécessite ainsi une dépense d’éner¬
gie minimale pour leurs prédateurs.
Beaucoup de Batraciens et de nombreux animaux aquatiques
sortent aussi de leur abri au cours de la nuit et peuvent alors facilement
servir de proies.
Les Oiseaux diurnes sont également plus faciles à saisir de nuit,
lorsqu’ils dorment dans les arbres.
En considérant le mode de vie et les habitudes des proies possibles,
l’activité nocturne semble donc particulièrement favorable pour un
Mammifère prédateur.
Fossa fossana et surtout Eupleres goudotii sont, comme nous l’avons
vu, des prédateurs peu armés. L’analyse de leurs caractères anatomiques
et de leur comportement nous montre bien leurs nombreuses incapacités.
Leur survie en tant qu’espèce est probablement due en grande partie
à l’utilisation de techniques de capture particulières (nous avons décrit
la course rapide de Fossa jossana et la quête, sur de longues distances,
de petites proies peu rapides chez Eupleres goudotii) et à leur mode de
vie nocturne.
Pour Galidictis striata, le mode de vie nocturne est moins indispen¬
sable ; il semble pouvoir, comme nous l’avons vu, capturer ses proies
dans tous les milieux et même les chercher dans leurs abris. Son activité
nocturne paraît avoir un intérêt dans la compétition qui l’oppose, dans
le même milieu, à Galidia elegans.
Vioerricula indien est également une espèce nocturne mais son mode
de vie et son habitat, essentiellement de savane, ne la mettent probable¬
ment que très peu en compétition avec les autres Carnivores. Son régime
alimentaire est très varié, ce qui la rend particulièrement bien adaptée
à la pauvreté des milieux dégradés de Madagascar.
Cryptoprocta ferox doit probablement chasser le plus souvent des
proies d’une taille moyenne ; leur valeur énergétique doit être suffisante
pour compenser les pertes d’énergie nécessaire à leur capture. Le rythme
crépusculaire et nocturne permet probablement à cette espèce d’atta¬
quer plus facilement un tel type de proies.
Comme nous l’avons vu, son agilité lui permet de s’attaquer dans
les arbres aux animaux endormis (pintades, coqs des bois, lémurs, etc.)
ou sur le sol aux animaux actifs (tenrecs, rats, jeunes potamochères,
etc.). Sa taille plus forte lui permet aussi de devenir un ennemi direct des
autres Carnivores dont il a probablement, en partie, orienté l’évolution.
Galidia, Salanoia et Mungolictis ont une activité diurne et c’est
peut être précisément la pression exercée par Cryptoprocta sur l’évolu¬
tion qui peut expliquer leur mode de vie.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
179
Ces petits Carnivores doivent évidemment être menacés par les
Rapaces diurnes, mais la protection du couvert végétal de la forêt où
ils vivent les protège certainement beaucoup.
Leurs adaptations variées et leurs capacités exceptionnelles com¬
pensent en outre ces risques. Ils sont en effet capables, contrairement
à presque toutes les espèces noctures, de rechercher activement les
proies dans leurs abris, en pénétrant dans les troncs d’arbre et les terriers.
Ils peuvent également retourner les cailloux à la recherche d’insectes
ou de Batraciens et monter aux arbres pour capturer des oiseaux ou
dénicher les œufs.
Ce mode de capture des proies demande une dépense d’énergie
plus importante et il peut entraîner l’adaptation à un régime alimentaire
très varié.
2) Régime alimentaire et adaptations morphologiques.
Comme nous l’avons vu, les Carnivores nocturnes semblent chasser
leurs proies essentiellement à la course et à l'affût, sur le sol ou dans les
arbres. Les Carnivores diurnes vont par contre souvent chercher les
proies dans leurs abris. On constate que des adaptations morphologiques
particulières sont liées au mode de recherche de la nourriture.
L’analyse de ces adaptations peut aider à préciser le niveau d’évo¬
lution des différentes espèces de Carnivores malgaches.
Comme nous l’avons déjà dit, l’allure générale de Fossa est assez
particulière : le corps est lourd et massif, le cou est assez bien développé,
les mâchoires sont allongées et relativement puissantes. Les pattes
sont par contre nettement effilées et caractérisées par un allongement
des métatarses des pattes postérieures. La démarche est nettement
digitigrade. Cet animal est ainsi adapté à la capture de proies rapides
qu’il saisit avec précision grâce à ses larges mâchoires, après une course
rapide et de courte durée.
Eupleres semble plutôt adapté à la capture de petites proies qu’il
saisit au cours de ses marches nocturnes prolongées.
Les Galidiinae sont d’allure plus effilée. Les pattes postérieures
sont plus développées que les antérieures. La plante des pieds est
glabre et munie de coussinets importants. Les animaux de cette sous-
famille sont capables de gratter, de creuser et de grimper ; ils peuvent
ainsi s’attaquer à des proies très diverses.
Crgptoprocta est aussi une forme arboricole. Il est bas sur pattes,
les coussinets plantaires et palmaires sont très bien développés et la
queue joue un rôle important de balancier et de frein au cours de la
progression. Cet animal doit donc avancer en silence, sur le sol ou dans
les arbres, à la recherche de proies de taille moyenne. Il les approche
Source : MNHN, Paris
180
n. ALBIGNAC
certainement par une marche silencieuse et bondit ensuite rapidement,
pour les immobiliser immédiatement.
3) Régime alimentaire et vie sociale
Comme nous l’avons vu, la plupart des espèces de Carnivores
malgaches vivent par couple ; dans tous les déplacements, mâle et
femelle restent à proximité l’un de l’autre. Ce mode de vie, bien qu’on
ne puisse le lier uniquement à l’efficacité de la prédation, représente
certainement une adaptation utile lors de la capture des proies ; celle-ci
est nettement facilitée quand il y a participation de deux animaux,
ainsi que de nombreuses expériences faites en captivité avec Galidia
elegans et Mungoticlis subslriata nous l’ont clairement montré : à l’occa¬
sion de la capture d un rat, les deux individus formant un couple com¬
mencent à courir de concert puis se séparent généralement ; l’un d’eux,
faisant un détour, coupe semble-t-il toute possibilité de retraite à la
proie pendant que l’autre attaque. Ce comportement n’apparaît pas
chez Fossa fossana. Chez cette dernière espèce la poursuite est en effet
beaucoup plus limitée et un tel comportement de coopération ne serait
probablement pas efficace.
Le type de chasse des Galidiinae montre peut être l’ébauche d’une
évolution vers une collaboration entre individus ; il peut permettre
de diminuer les pertes d’énergie liées à une poursuite prolongée. Les
cris de contact émis chez ces animaux, au cours des déplacements du
couple et de l’attaque d’une proie, semblent aussi des signes d’une telle
collaboration. Il est intéressant de remarquer qu’un comportement un
peu analogue existe chez Mungos par exemple et C.D. Simpson (1964) a
observé une dizaine de Mungos mungo attaquant un gros serpent.
^ D après toutes les informations recueillies, contrairement aux
Galidiinae, Cnjptoprocta ferox semble vivre isolé, il chasserait habituel¬
lement à l’affût.
III. — Compétition
1) La compétition entre carnivores et les rapports avec
LES proies
Une compétition entre les espèces de Carnivores peut se manifester
de deux façons différentes :
par action directe des plus gros sur les plus petis ;
par action indirecte en se partageant les proies disponibles.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
181
a) Action directe
Crijptoprocta, en particulier, est capable d’attaquer tous les petits
Carnivores nocturnes, Fossa, Eupleres et Galidictis. Des observations
faites en captivité ont montré que cette superprédation était possible
avec Fossa fossana et Eupleres goiidotii ; c’est peut-être cette menace
qui, pesant sur ces espèces au même titre que sur un Rongeur par exem¬
ple, explique leur comportement particulier devant un danger. Fossa
peut, comme nous l’avons dit, s’enfuir d’une course rapide puis s’im¬
mobiliser parfois très longtemps, en restant attentif au moindre bruit.
Il peut ensuite, s’il se sent découvert, repartir très rapidement dans une
autre direction. Cette progression discontinue luipermet probablement
d’échapper facilement à ses ennemis éventuels. C’est notamment de
cette façon qu’il peut vraisemblablement échapper aux chiens.
Devant un danger, Eupleres a également le môme type de réaction
que Fossa et peut même, semble-t-il, rester encore plus longtemps im¬
mobile et fuir seulement si le danger est très proche. Etant donné les
faibles moyens de défense d'Eupleres, ce comportement semble le plus
approprié ; l’animal doit ainsi pouvoir souvent échapper à ses ennemis,
Cryptoproctes et cliiens principalement.
Les espèces diurnes peuvent également être attaquées par Crypto-
procta quand l’occasion se présente :
Lors d’un piégeage dans la région de Morondava, nous avons re¬
trouvé un de nos pièges traîné sur une cinquantaine de mètres ; des
restes d’un Mungotictis, très probablement attaqué par un Crijptoprocta,
s’y trouvaient ; un chien errant n’aurait pas pu le dévorer de la même
manière et les traces laissées par l’animal signalaient facilement le
passage d’un Cryptoprocte.
Cependant dans les conditions normales Mungotictis, comme les
autres Galidiinae diurnes, se protège dans des terriers de petit diamètre,
ce qui lui permet certainement d’échapper à ce prédateur.
b) Action indirecte
— Milieux ombrophiles de l’Est et du Nord
Bien que Fossa capture aussi de temps à autre des Rongeurs après
une course rapide, son mode de vie, lié aux milieux forestiers humides
des bords de ruisseaux, oriente cet animal vers la capture de proies
aquatiques. Fossa capture ainsi avec une grande précision les Batraciens,
les Crustacés et même les anguilles.
Ce sont les grenouilles, très abondantes, qui constituent néanmoins
la base du régime de cet animal. Fossa, bien que n’ayant pas atteint le
Source : MNHN, Paris
182
R. ALBIGNAC
degré de spécialisation d'EupUres, a déjà un régime alimentaire assez
limité.
Comme il a été dit plus haut, les caractères crâniens et la denture
di’Euple.res ne lui permettent certainement pas de s’attaquer à des
Rongeurs ; ce prédateur se nourrit de vers de terre qui constituent
l’essentiel de sa nourriture, parfois seulement il complète ce régime par
des Batraciens, des Mollusques et des Insectes. Il est ainsi possible que
Fossa et Eupleres entrent parfois un peu en compétition.
Galidiciis, également nocturne, vit dans le meme habitat que
Fossa ; c’est certainement un carnivore plus strict. Il est armé pour se
nourrir de proies vivantes plus difficiles à capturer, qu’il peut, contrai¬
rement à Fossa, aller chercher dans les arbres. La compétition entre
ces deux espèces est donc certainement limitée.
Comme nous l’avons dit, Cryptoproda fréquente tous les habitats
forestiers de l’île ; sa taille plus importante lui permet de s’attaquer
aux plus grosses proies et le met ainsi en dehors de la compétition. Il
peut en outre parcourir de grandes distances et s’aventurer de nuit
en zones dégradées, à la recherche de proies de savanes ou d’animaux
domestiques dans les villages isolés.
Gaîidia et Salanoia, tous deux diurnes, n’entrent pas en compétition
avec les genres précédents ; ils ne sont que très peu spécialisés et peuvent
se nourrir de proies diverses ; ceci les rend particulièrement adaptés à
un mode de vie diurne, nécessitant un effort et une dépense d’énergie plus
grands, pour la recherche des proies. Ils sont en effet obligés dans ce cas,
contrairement aux Carnivores nocturnes, de chercher activement leurs
proies sous les écorces, sous les pierres et même dans les terriers.
Galidia elegans et Salanoia concolor sont parfois sympatriques,
ce qui pose le problème de la compétition entre ces deux espèces relati¬
vement voisines. Comme nous l’avons vu, c’est la tendance plus carni¬
vore de Galidia et celle plus insectivore de Salanoia qui explique vrai¬
semblablement leur coexistence. La compétition entre ces deux espèces
est ainsi certainement très réduite.
— Milieux de l’Ouest
Dans l’Ouest, les espèces de Carnivores sont moins nombreuses.
De nuit, Cryptoproda seul est actif dans les habitats de forêt. Eupleres
ne fréquente que les zones marécageuses du Nord Ouest et Viverricula
n’occupe que les zones dégradées. De jour, il n’y a que Mungoüdis qui
soit actif dans les forêts sur sable, et Galidia dans les forêts sur calcaire
karstique. II semble donc que, dans les milieux de l’Ouest, la compé¬
tition directe entre les espèces de Carnivores soit toujours très réduite.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 183
2) Compétition avec d’autres prédateurs ; les ennemis natu¬
rels
L’action d’autres prédateurs sur les Carnivores malgaches semble
faible. Le seul Rapace qui paraît capable d’attaquer les petits Carni¬
vores malgaches est Gymnogenys radialus, mais cette prédation est
probablement tout à fait occasionnelle. Les buses et de nombreux
autres Rapaces, s’ils peuvent avoir une action sur les Lémuriens vivant
au sommet de la voûte forestière, ne peuvent certainement que très
rarement capturer les petits Carnivores généralement situés dans le
sous-bois et l’étage moyen de la forêt.
Les Boïdés malgaches comme le « Dô » (Acranlhopis madagascarien-
sis) peuvent atteindre plus de 2 mètres de long, ils sont alors capables
d’étouffer un Galidia, comme nous l’avons signalé sur l’île de Nossy
Behenty. Ce Reptile est certainement le plus grand ennemi naturel des
petits Carnivores à Madagascar.
Cryptoprocta, par contre, ne semble pas connaître d’ennemis natu¬
rels sauf peut-être le crocodile qui, jadis très abondant, représentait
d’ailleurs un danger pour presque toute la faune d’une certaine taille.
IV. — La prédation (fig. 61)
1) Etude des proies
a) Vers de terre, larves et Insectes. — Ces invertébrés sont consom¬
més par de nombreux Carnivores ; seul Cryptoprocta semble ne pas s’y
intéresser.
Pour Eupleres, et dans une moins large mesure pour Salanoia et
Mungoticiis, ce type de proies entre pour une part importante dans le
régime quotidien. Pour les autres espèces de Carnivores malgaches ces
proies paraissent surtout constituer un complément de nourriture.
b) Gastéropodes. — Limaces et escargots semblent être des proies
occasionnelles pour l’ensemble des Carnivores malgaches ; les Gaîidiinae
sont probablement les seuls capables de briser les coquilles d’escargot
pour en absorber le contenu; Eupleres est capable de se nourrir de
limaces et d’escargots, s’ils sont préalablement écrasés.
c) Crustacés. — Ils sont assez fréquemment capturés par les
Carnivores qui longent les ruisseaux.
Fossa chasse à vue ce type de proies lorsqu’il les découvre, en acti¬
vité, sous une mince épaisseur d’eau.
Galidia, Salanoia et, dans une moins large mesure, Mungotictis et
Galidiciis chassent aussi à vue, mais ils ont la possibilité de fouiller
Source : MNHN, Paris
184
R. ALBIGNAG
SOUS les pierres immergées et d’extraire, à l’aide des pattes antérieures,
les divers Crustacés qu’ils découvrent de cette manière.
Ce type de proie semble fréquemment consommé par Fossa et
les Galidiinae, ainsi que l’atteste la découverte d’un trématode transmis
par les Crustacés, chez un üalidia capturé six mois plus tôt (R. Albignac
et J. Blancou, 1970).
d) Anguilles et autres poissons. — Fossa est particulièrement
adroit pour la pêche à l’anguille et cette proie paraît relativement
fréquente dans son régime alimentaire.
Les autres poissons à activité diurne sont exceptionnellement cap¬
turés par Fossa ; ils sont par contre souvent la proie, pendant le jour, des
Galidiinae diurnes. Le rythme d’activité des proies et celui des prédateurs
est ici en cause. Il semble ainsi que Galidictis, animal nocturne, a en
effet rarement l’occasion de pêcher des poissons.
e) Batraciens. — Ce groupe de proies joue un rôle important pour
tous les petits Carnivores.
Les Batraciens constituent vraisemblablement une part très impor¬
tante de la nourriture des Fossinae et surtout de Fossa. Un certain
nombre d’insectivores comme le tenrec leur font d’ailleurs concurrence.
Ces proies sont également capturées par les Galidiinae, mais ils
constituent, sans doute dans ce cas, une part relativement moins impor¬
tante du régime.
11 semble que Crgptoprocta ne cherche pas ce type de proies, du
moins s’en désintéresse-t-il totalement en captivité.
f) Reptiles (serpents, lézards et caméléons) — Ces animaux ne sont
pas très couramment attaqués par les Carnivores. Cependant, comme
nous l’avons vu, la présence de restes de Reptiles a été signalée dans
quelques contenus stomacaux.
Toutefois en captivité, les Galidiinae peuvent attaquer les lézards
et les petits serpents qu’ils tuent sans hésitation avec une grande agilité ;
mais d’une façon générale, les Reptiles ne semblent pas occuper une
place prépondérante dans l’alimentation des Carnivores malgaches.
g) Les Oiseaux
— Oiseaux de forêt mauvais voiliers. — Ces Oiseaux, surtout les
jeunes, peuvent dans une certaine mesure, servir de proies. En effet,
les Oiseaux mauvais voiliers ou marcheurs comme les Coua et les Turnix
sont assez nombreux dans le sous-bois ; ils peuvent être parfois surpris
par les Galidiinae et Crgptoprocta.
— Oiseaux de savanes. — Ces oiseaux sont probablement très
vulnérables ; de nuit surtout, ils représentent certainement une proie
courante de Crgptoprocta lorsque celui-ci va chasser hors de la forêt. La
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 185
Pintade (Nuniida mUrala) semble ainsi constituer une part importante
de l’alimentation du Cryptoprocte.
h) Insectivores. — Les Insectivores constituent une part non
négligeable dans l’alimentation des petits Carnivores et leurs moyens de
protection semblent souvent assez peu efficaces, comme le montre notre
étude et celle de J.F. Eisenberg et E. Gould (1970). Cryptoprocia peut
aussi attaquer sans grande difficulté le tenrec (Cenleies ecaudatus) qui
doit certainement, plus que les Rongeurs, constituer avec certains
Oiseaux de savane, la base de son alimentation.
Les petits Insectivores à piquants, comme Ericulus et Hemicenteles,
ainsi que les Insectivores sans piquants, semblent assez fréquemment
attaqués par les Galidiinae (bien que ces derniers préfèrent générale¬
ment les Rongeurs).
Dans les zones dégradées, Viverricula peut parfois capturer les
Insectivores sans piquants, souvent très abondants autour des villages.
i) Rongeurs. - - Les Rongeurs introduits, assez abondants à Ma¬
dagascar, semblent constituer aujourd’hui une part importante de
l’alimentation de la plupart des petits Carnivores ; seul Eupleres ne les
capture jamais. Tous les autres se nourrissent plus ou moins de Rongeurs,
capturés de diverses manières, à la course ou en les cherchant dans leur
gîte suivant le rythme du prédateur.
On peut ici souligner l’abondance actuelle de Ratius raitus, acclimaté
à Madagascar depuis l’arrivée de l’homme, qui s’est maintenant adapté à
tous les habitats. Etant donné l’importance de ce groupe dans l’alimen¬
tation des prédateurs, on peut imaginer qu’avant l’introduction du
rat domestique certains Rongeurs endémiques, tels que Nesomys rufus,
étaient moins concun'encés et pouvaient peut être exister en beaucoup
plus grand nombre.
j) Lémuriens. — Certains Lémuriens sont assez peu vulnérables
mais quelques espèces qui courent sur les branches, comme les Lemur,
semblent pouvoir être attaquées assez fréquemment par Cryptoprocta.
Les Lémuriens qui progressent par sauts de tronc en tronc, comme les
Propithèques, se protègent par contre beaucoup plus efficacement et
sont certainement pratiquement inaccessibles lorsqu’ils sont éveillés. Les
jeunes sont cependant vulnérables pendant le premier mois après la
naissance ; au cours des sauts, lors d’une poursuite prolongée, ils peuvent
facilement être arrachés du pelage de leur mère par les secousses.
Les Hapalemur, vivant dans les touffes de bambous ou de cypéra-
cées et adoptant aussi une progression par bonds, sont bien protégés
des prédateurs. Cependant, comme dans le cas des Propithèques, le
jeune qui s’aggrippe en plus très mal à la fourrure de sa mère est vulné¬
rable, surtout pendant le premier mois, et peut être facilement la proie
Source : MNHN, Paris
PROIES
BILAN DE LA PREDATION A MADAGASCAR
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Pintades
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Fio. 61. — Tableau du bilan de la prédation.
pr 4 ^éteA(i«li «1
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
187
des Galidia. Contrairement an jeune Lemur qui est toujours porté par
sa mère, le jeune Hapalemur est souvent laissé seul et son comportement
très particulier, lorsqu’il se tapit au ras du sol immobile et muet, est
probablement une adaptation en rapport avec la défense contre ce
prédateur (J.J. Petter et A. Peyrieras, 1971).
Les petits Lémuriens nocturnes, en particulier Cheirogaleus, Phaner
et Microcebus, sont certainement attaqués, de jour, dans leur gîte, par
Galidia, Salanoia et Mungoticiis. Avahi et Lepilemur peuvent aussi
être attaqués, mais leur type de progression de brandie en
branche est certainement très cfiicace pour échapper aux prédateurs
nocturnes. L’habitude fréquente de Lepilemur d’utiliser un abri et son
comportement défensif particulier, sont certainement en partie en
relation avec la prédation (J.J. Petter, 1962).
k) Divers
— Oeufs. — A l’exception de Fossa et Eupleres qui, du moins
en captivité, ne s’y intéressent jamais, les œufs sont toujours très appré¬
ciés des Carnivores. Nous avons décrit plus haut les méthodes utilisées
et notamment la manière très particulière des Galidiinae.
— Fruits et miel. — Dans le milieu naturel, Fossa consomme les
fruits de Zingibéracées et de Moracées ; il apprécie aussi les bananes.
Eupleres a par contre probablement un régime composé exceptionnelle¬
ment de fruits. En captivité, Viverricula indica accepte n’importe quel
fruit. Les Galidiinae en consomment également mais toujours en petite
quantité ; en captivité, ils apprécient surtout les bananes. Seul Crgpto-
procta ne semble pas s’intéresser à ce type d'aliment.
Le miel est toujours très avidement recherché par les Galidiinae
dont certains, au moins, semblent exploiter les nids d’abeilles et de
raélipones dans le milieu naturel.
2) Bilan de la préd.ation (fig. 61)
Le tableau de la figure 61 indique, pour chaque habitat, l’action
des diïïérents prédateurs sur les proies, et cela en tenant compte des
possibilités morphologiques de chaque espèce.
On remarque que les Rongeurs pour les petits Carnivores, les Insec¬
tivores ainsi que certains Oiseaux pour Cryptoprocta, constituent la
base de l’alimentation. La proportion relative des autres proies dépend
de la plus ou moins grande spécialisation des prédateurs que l’on peut
classer en cinq groupes :
— Carnivores terrestres ou arboricoles de petite taille ; Galidiinae ;
— Carnivores terrestres ou arboricoles de taille moyenne : Crypto¬
procta ferox ;
Source : MNHN, Paris
188
R. ALBIGNAC
-- Carnivores terrestres de forêt, capturant les proies par une
course rapide : Fossa fossana ;
— Carnivores terrestres spécialisés à tendance très nettement
insectivore : Eupleres goudotii ;
— Carnivores terrestres de savane : Viverricula indica.
V. - Action de l'homme
L’action humaine la plus importante est bien entendu la destruction
des habitats ; elle est plus particulièrement nette dans les zones maré¬
cageuses et forestières.
En plus de cette action indirecte, qui prend actuellement des pro¬
portions catastrophiques dans certaines régions, les villageois piègent
traditionnellement les animaux ; cette action directe a certainement
joué un rôle sur l’équilibre de la faune dans les régions les plus peuplées.
Il est intéressant d’en tenir compte, car le piégeage est pratiqué
en fonction d’observations très précises sur le comportement des espèces
que nous étudions.
Les pièges les plus couramment utilisés sont faits pour détruire
les Carnivores, Civette et Cryptoprocte, qui viennent dans les villages.
Parfois aussi les paysans posent des pièges en forêt pour des espèces
dont la chair est appréciée (Eupleres et Fossa principalement). Quelques
pièges de ce type sont souvent utilisés.
a) Le piège à collet vertical. — Le piège se compose d’un arc et
d’un câble avec un nœud coulant. Au moment du passage, l’arc se
détend, et l’animal se trouve généralement pendu par le cou.
Ce piège est plus particulièrement utilisé pour la civette et il est
très eflicace. Une première incursion d’un animal dans un poulailler
signale sa présence dans les environs ; on pose alors le collet près de
l’entrée et généralement, dès le soir suivant, la civette est capturée.
Ce système est parfois aussi utilisé pour capturer Cryptoprocta, il
n est pas toujours bien adapté à cet animal qui a tendance à gratter avec
ses pattes antérieures avant de pénétrer. Le piège se déclenche ainsi
souvent à vide, ou parfois l’animal est pris par une patte, il peut alors
s’échapper.
b) Le piège à collet horizontal. — Le principe de ce piège est à peu
près identique, une cale tient une série de petits bouts de bois posés
horizontalement, le nœud coulant étant placé au-dessus ; le piège se
déclenche au moment où l’animal pose la patte sur les morceaux de
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
189
bois, et il se trouve ainsi suspendu par une patte et peut être capturé
vivant (pl. lY, fig. 4).
Ce piège est utilisé pour de nombreux petits animaux (il sert à
capturer les pintades par exemple), mais on peut aussi l’utiliser pour
capturer Eapleres. Le piège est alors posé sur le passage d’un animal
et un barrage de branches de quelques mètres empêche de le contourner.
Une variante, en utilisant un appât, semble bien adaptée à Crypto-
procta et à Viuerricula : au fond d’un trou on place l’appât. Le collet
est posé sur le sol, au-dessus du trou, et l’animal en enfonçant la tête
déclenche le piège et se trouve pendu par le cor (pl. IV, fig. 2 et 3).
Tous ces pièges sont pratiquement ineflicaces pour Galidia et
Mungoiictis. Ces animaux grattent à l’aide de leurs pattes antérieures et
le plus souvent les déclenchent ainsi sans se faire prendre.
c) Piège trappe. — Les villageois utilisent aussi des pièges en forme
de cages munis d’une porte de bois qui se rabat.
Ce piège est généralement formé d’une double cage faite de rondins
de bois. Dans la première cage on installe une proie vivante, le plus
souvent un poulet et dans l’autre partie, la plus grande, un système de
cales maintient une porte de bois suspendue ; lorsque l’animal entre pour
capturer la proie, la porte tombe derrière lui et l’emprisonne vivant.
Ce piège est assez efficace et très utile pour la capture de Crypto¬
procia, Galidia, Mungotictis et Fossa. D’après les villageois, il n’est pas
efficace pour Eupleres.
Nous avons en outre vu, dans la région d’Antanambe (près de Mana-
nara sur la côte Est), un piège à Crgptoprocta assez inhabituel. Le prin¬
cipe de ce piège était d’empaler l’animal au milieu du corps. Une rampe
de rondins de bois permet à l’animal de monter pour aller chercher un
appât, mais en montant il doit passer entre un épieu et un arceau lesté
de pierres et maintenu tendu par une cale. C’est au moment où il passe
sous l’arceau que le piège se déclenche. L’arceau plaque alors le corps
de l'animal sur l’épieu.
Source : MNHN, Paris
1
I
*
à
Troisième partie
ORIGINE ET ÉVOLUTION DES CARNIVORES MALGACHES
I. — Recherches paléontologiques
Hormis les formes actuelles, on ne connaît, à Madagascar, que des
Carnivores subfossiles : les gisements quaternaires du Sud n’ont fourni
que des formes voisines des espèces actuelles et ne donnent aucun rensei¬
gnement concernant l’origine et l’évolution du groupe à Madagascar.
Les fouilles ont permis de mettre à jour des crânes d’un Crypto-
procta de plus grande taille, Cryptoprocia spelaea et la mandibule d’une
autre forme un peu différente, Cryptoprocia aniamba (Lamberton,
1916-17 et 1939 ; G. Petit, 1935), ainsi qu’un Fossa de grande taille,
Fossa fossana var. alluaudi (G. Graxdidier, 1905).
Il y aurait donc eu au moins une forme de Fossa de grande taille,
contemporaine de Cryptoprocta spelaea.
II. — Monophylétisme ou pol 3 rphylétisme des espèces malgaches
Géologiquement, on peut admettre que Madagascar est séparé
du continent africain depuis le Crétacé supérieur; à l’Oligocène une
liaison africano-malgache s’est peut-être établie (R. Furon, 1958 et
1959) mais la question demeure de savoir comment s’est faite la péné¬
tration des Mammifères dans l’Ile.
A la suite de W.D. Matthew et G.G. Simpson, J. Millot (1952) se
rallie, pour expliquer l’arrivée du premier stock de Mammifères à Ma¬
dagascar, à l’hypothèse des radeaux naturels.
On peut se demander s’il y a eu une période favorable et très limitée
dans le temps, pour l’arrivée de ces radeaux, ou bien s’il y a eu succession
fréquente de ces apports de faunes.
Le déséquilibre de la faune des Carnivores, qui ne comprend pas
de Musielidae et pas de Canidae, en dehors des introductions dues à
l’homme, paraît être un argument assez favorable à un apport limité
dans le temps ; toutefois l’écologie des espèces et leur plus ou moins
Source : MNHN, Paris
192
R. ALBIGNAC
grande résistance au jeûne ont pu jouer un rôle important dans le
« criblage » de certaines formes. Ces considérations sont néanmoins
purement spéculatives et aucun argument important ne semble pouvoir
être tiré de l’hypothèse des radeaux pour discuter sans équivoque du
monophylétisme ou du polyphylétisme des Mammifères malgaches.
Dans ce travail, nous nous sommes efforcés d’aborder cette question
en nous basant essentiellement sur des caractères anatomiques et éco-
éthologiques, Ces observations nous ont permis d’apprécier les affinités
qui existent entre certains des genres actuels, mais il est bien évident
que seule une étude des formes disparues pourrait permettre une recons¬
titution correcte des lignées. De nouvelles recherches paléontologiques
sont souhaitables pour apporter des arguments sûrs à notre interpré¬
tation.
Chacun des trois groupes reconnus à Madagascar (les Fossinae, les
Galidiinae et les Cryptoprodinae) paraît à première vue assez différent
des deux autres ; le problème revient à chercher si l’on peut ou non
distinguer entre eux des liaisons suffisamment apparentes pour envisager
qu’ils aient pu dériver d’ancêtres communs, compte tenu de la dispa¬
rition de certaines formes intermédiaires.
A la suite de nos recherches, nous n’avons pas plus d’éléments pour
soutenir l’hypothèse d’une origine monophylétique du groupe des Car¬
nivores malgaches actuels et de son évolution convergente avec les
groupes africains et asiatiques, que pour combattre cette idée. Cette
hypothèse a déjà été envisagée par les paléontologistes, R. Lavocat
(1952) la mentionne sans prendre parti. Ce n’est néanmoins pas une
thèse impossible à argumenter, car dans de nombreux groupes zooîo-
giques, Madagascar a montré son originalité de peuplement et plusieurs
auteurs ont insisté sur l’évolution locale très poussée de nombreuses
lignées.
Chez les Invertébrés, à la vérité d’origine beaucoup plus ancienne
que les Mammifères, R. Legendre (1970) l’a notamment très bien ana¬
lysé pour les Araignées du genre Archaea et de nombreux autres exemples
sont donnés par R. Paulian (1961).
Chez les Vertébrés, on trouve également de très nettes radiations
évolutives locales plus ou moins limitées, notamment dans la classe des
Oiseaux, et il est possible qu’il en existe à un niveau générique chez les
Lémuriens.
On peut donc considérer qu’une évolution insulaire malgache a
conduit à une importante diversification des genres et des espèces dans
différents groupes zoologiques et il est tentant d’envisager, bien que
l’on ne puisse encore en apporter la démonstration, qu’un processus
analogue a pu jouer pour les Carnivores.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFERES CARNIVORES
193
III. — Evolution dans les différents groupes malgaches
W.K. Gregory et M. Hellman (1939), dans leur étude sur l’évo¬
lution et la classification des Viverridae, se sont surtout inspirés, pour
définir les groupes et tenter d’interpréter leur origine et leur évolution,
des caractères du crâne et de la denture ; ils ont aussi tenu compte des
types de glandes de marquage et de l’appareil génital de chaque genre.
1) Evolution chez les fossinae
W.K. Gregory et M. Hellman (1939 : 353) ont insisté sur les
caractères primitifs du crâne et de la denture de Fossa fossam « The
cheek teeth of Fossa are of primitive generalized carnivorous type,
much like those of Eocene Miacidae, and far more primitive than those
of the Paradoxurinae and Ardogalidiinae ».
Fossa fossana présente un ensemble de caractères archaïques qui
se reflètent, d’une part dans la forme des « carnassières » (P* et M,) et
des « tuberculeuses » (MS M* et Mj) et d’autre part dans l’importance
relative des unes par rapport aux autres. P* est une dent allongée,
formée d’une muraille externe relativement coupante bien développée
et d’un protocône relativement réduit. M, présente un trigonide impor¬
tant par rapport au talonide et ses cuspides sont bien séparées les unes
des autres ; le talonide est relativement court et ne présente qu’un seul
tubercule différencié. Enfin, les « tuberculeuses » sont réduites en com¬
paraison des «carnassières»; MS très élargie transversalement, offre
un contour triangulaire et un lobe parastylaire nettement projeté vers
l’extérieur; et Mj sont normalement développées.
Eupîeres goudotii peut dériver d’une forme de Fossa aussi bien que
d’une forme de Chrotogale, comme ontvoulu le démontrer W.K. Gregory
et M. Hellman (1939).
C’est certainement par un processus d’allométrie de croissance,
entraînant un arrêt partiel de développement, qu'Eupîeres dériverait de
Fossa. Le crâne et la dentition de lait du jeune Fossa rappellent en effet
beaucoup les caractères de ceux d’Eupleres : le museau est relativement
plus allongé que celui de l’adulte, et la denture est encore peu différen¬
ciée. On peut considérer que la denture d’Eupleres est d’un type régressé.
La comparaison des crânes d’adultes des deux genres montre qu’il
existe chez Eupîeres un effilement du museau et un développement
plus marqué de la cavité cérébrale.
La structure de l’appareil génital et les glandes de marquage des deux
genres sont identiques.
Source : MNHN, Paris
194
B. ALBIGNAC
Les observations que nous avons pu recueillir sur l’éthologie et
l’écologie d’Eupleres nous montrent clairement qu'il existe une filiation
entre les deux genres. Les différences portent essentiellement sur la
régression de la denture chez Eupleres, ce qui entraîne pour cet animal
la nécessité de capturer des petites proies peu mobiles et faciles à déchi¬
rer.
L’hypothèse d’une origine d’Eupleres à partir d’un proche parent de
Fossa semble donc très probable ; celle de son origine asiatique, soutenue
par W. Gregory et M. Hellman, paraît par contre beaucoup plus déli¬
cate à soutenir.
2) Evolution chez les Galidiinae
a) Origine de Galidia. — W.K. Gregory et M. Hellman (1939;
369) soulignent certaines ressemblances entre cette sous-famille et celle
des Herpesiinae pour les caractères du crâne et de la denture. Ces deux
sous-familles diffèrent toutefois par l’absence de poche anale bien
développée et par la position relative du pénis et du scrotum (le pénis
est situé bien en avant du scrotum chez les Gaîidiinae, caractère qui les
rapproche beaucoup des Fossinae et Cryptoproclinae).
Galidia elegans, par ses caractères crâniens et sa denture de type
assez primitif, peut être considéré comme dérivant d’un genre proche
de Fossa. W.K. Gregory et M. Hellman (1939) avaient déjà remarqué
l’analogie assez grande entre Fossa et Galidia ; Galidia pourrait dériver
d’un Fossa pri mi tif par raccourcissement du museau : à la mâchoire
supérieure, la distance entre les incisives et les canines diminue nettement.
Généralement P ^ est réduite ou absente et les « tuberculeuses » sont
moins développées, ce qui semble permettre le raccourcissement du
museau. P* est un peu plus allongée avec une muraille externe coupante,
plus nettement différenciée. M* et sont plus réduites.
A la mâchoire inférieure, les incisives sont proches des canines.
Ml présente un trigonide encore développé, le métaconide et le talonide
sont réduits.
Les « carnassières » de Galidia sont donc plus coupantes que chez
Fossa. Ce caractère est considéré par W.K. Gregory et M. Hellman
(1939) comme le signe d’une affinité plus nette avec les Herpesiinae. Il
est cependant impossible de savoir s’il ne s’agit pas d’une convergence.
Comme nous l’avons vu, le comportement de Galidia se rapproche
aussi beaucoup de celui de certains Herpesiinae, mais l’appareil génital
et le mode de reproduction sont identiques à ceux de Fossa ; les glandes
de marquage sont également semblables, mais Galidia possède toutefois
une ébauche de glandes périnéales qui n’existe pas chez les Fossinae.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES
195
L’origine de Galidia pourrait donc être recherchée au niveau d’un
Fossa primitif, mais il est encore impossible de la préciser de façon sûre.
b) Evolution chez les autres Galidiinae. — G. Petter (1969),
remarque à propos de l’évolution des Viverridae africains que celle-ci
s’est principalement faite « à partir d’une denture initialement coupante
vers un appareil propre à écraser, broyer et triturer ». Il semble que
révolution à l’intérieur de la sous-famille des Galidiinae se soit faite
dans le même sens.
Salanoia concolor est très proche de Galidia par ses caractères
crâniens ; seule la dimension du crâne est légèrement plus réduite. Ce
sont les caractères de la denture qui permettent de bien différencier ces
deux genres : à la mâchoire supérieure P ^ est plus souvent présente ;
P* devient plus courte et le protocone se développe légèrement. et
se développent nettement, A la mâchoire inférieure, M, possède un
trigonide et un talonide bien marqués. Mj est plus développée. Les cuspi-
des sont dans l’ensemble plus apparentes et la denture a une allure plus
n piquante ».
Sur le plan étho-écologique, peu de différences séparent ces deux
genres ; le régime alimentaire de Salanoia semble cependant à tendance
insectivore plus marquée.
Mungoticiis substriata est très proche de Salanoia. Les différences
crâniennes sont presque inapparentes et la denture est très comparable :
P* devient légèrement plus courte, les « tuberculeuses » sont un peu plus
développées. C’est certainement une forme de Salanoia adaptée aux
milieux forestiers secs de l’Ouest.
Galidiclis fasciata est caractérisé par un hyperdéveloppement des
canines, qui forment de puissants crochets, surtout à la mâchoire infé¬
rieure ; P** et M, ne présentent aucune différence avec celles de Salanoia ;
les «tuberculeuses» sont également identiques.
L’ensemble de ces caractères permet de supposer que Galidiciis
dérive donc d’une forme voisine de Galidia. Ses habitudes nocturnes le
rattachent probablement à un ancêtre encore nocturne de Galidia actuel
dont ce serait une forme évoluée en fonction d’un régime spécialisé.
3) Evolution chez les Cryptoprocti.nae
Le genre Crgploprocta pose un problème particulier : les caractères
de sa denture, où M * à l’aspect d’une carnassière de Felidae, ont conduit
plusieurs auteurs, dont W.K. Gregory et M. Hellman, à placer Crypto-
procta parmi les Felidae.
A la mâchoire supérieure, P‘* est une dent allongée, M‘ est réduite
et est absente.
Source : MNHN, Paris
196
R. ALBIGNAC
A la mâchoire inférieure, Mj est nettement de type coupant, elle a
perdu son métaconide et son talonide est très réduit (une ébauche de
métaconide existe cependant sur la M, du jeune) et M 2 n’existe plus.
Par sa morphologie, notamment la forme des bulles tympaniques et
la disposition des orifices crâniens, Crypioprocta se place cependant
nettement parmi les Viverridae, position qui lui est d’ailleurs reconnue
par plusieurs auteurs (G. Petit, 1935 ; G.G. Simpson, 1945 ; R. Lavocat,
1952 et G. Petter, 1961).
La tendance de nombreux paléontologistes est de considérer Crypto-
procta comme l’unique représentant actuel d’une lignée très ancienne
qui se rapprocherait des formes fossiles des Phosphorites du Quercy.
R. Lavocat (1952) émet cependant l’hypothèse, sans prendre nette¬
ment position, qu’il pourrait peut-être s’être formé sur place à Mada¬
gascar. Malgré le désir de considérer cette espèce comme une forme
évoluée et convergente des Felidae, il faut bien reconnaître qu'il n’y a
pas encore assez d’éléments pour savoir si sa différenciation a pu se
faire ou non à Madagascar et il est donc préférable d’adopter l’attitude
de R. Lavocat.
Source : MNHN, Paris
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Madagascar, du fait de sa position géographique et de son relief,
présente des habitats très variés d’Est en Ouest et du Nord au Sud et
la faune qui peuple ce pays est généralement très originale.
Les Carnivores malgaches n’échappent pas à cette règle ; tous sont
endémiques et essentiellement liés aux milieux forestiers.
Toutes les zones dégradées, qui couvrent pourtant actuellement les
9 /lO® de la surface de Madagascar, seraient pratiquement vides de
Carnivores s’il n’y avait pas eu introduction par l’homme des civettes
{Vioerricula indica) et, dans une certaine mesure, des chats et des chiens
domestiques. Ces animaux se sont plus ou moins acclimatés dans les
zones dégradées où la faune locale n’existe pratiquement pas et ils ne
semblent pas perturber les biocénoses forestières, comme on aurait pu
le craindre.
Un travail de prospection, réalisé dans 22 stations principales sur
l’ensemble du territoire de Madagascar, permet d’avoir une idée, certes
incomplète, du peuplement en Carnivores de ce pays. Les études sur le
terrain et sur des animaux conservés en captivité permettent en outre
de préciser les principales caractéristiques de la biologie des différentes
espèces.
Les Carnivores endémiques malgaches peuvent se classer en trois
sous-familles (les Fossinae, les Galidiinae et les Cryptoproctinae) appar¬
tenant à la famille des Viverridae.
Ils ont un certain nombre de points communs originaux et présentent
aussi des différences d’adaptation parfois très importantes.
Parmi les caractères communs, on peut citer en premier lieu la
reproduction qui est très souvent identique d’un genre à l’autre, seul
Cryptoprocta étant un peu différent à ce point de vue.
Le mode et la durée de l’accouplement sont à peu près les mêmes
que chez les autres Viverridae ; cette durée est en général de 2 à 10 mi¬
nutes, à l’exception de Cryptoprocta qui peut rester accouplé pendant
une heure ou deux.
La durée de gestation est dans l’ensemble relativement plus longue
que celle des autres Viverridae. Elle est en effet de 70 à 100 jours, suivant
les genres.
Source : MNHN, Paris
198
B. ALBIGNAC
A l’exception des Cryptoproclinae qui peuvent avoir de 2 à 4 petits
par portée, tous les Carnivores malgaches n’ont qu’un seul jeune, ce qui
les dilTérencie nettement des autres Viverridae. Il n’y a de plus qu'une
seule portée par an et la période des mises-bas se situe au cours du prin¬
temps et de l’été austral. Ces caractères semblent très originaux puisque,
si on les compare aux espèces voisines d’Afrique, les Carnivores malgaches
s’en distinguent par le nombre de jeunes à chaque portée (1 seul au
lieu de 2 à 4) et par le nombre de portées annuelles (une seule portée
au lieu de deux pour la civette et la genette d’Afrique : Asdeli., 1946).
Le déterminisme du cycle de reproduction ne semble pas être ali¬
mentaire puisqu’il est inchangé en captivité, mais il semble plutôt
thermique et surtout lié aux photopériodes, comme c’est le cas pour les
lémuriens.
Les jeunes naissent toujours assez bien développés ; leur pelage est
déjà important à la naissance, parfois d’une couleur nettement diffé¬
rente de celle des adultes. Ils peuvent généralement se déplacer seuls,
presque immédiatement après la naissance.
Pendant le premier mois, le jeune est souvent transporté par la
mère qui le tient par le cou, entre ses mâchoires. Dans tous les cas observés,
le mâle a été chassé du gîte par la femelle peu avant la mise-bas et
celle-ci a élevé seule son jeune pendant un ou deux mois; ensuite le
mâle peut revenir cohabiter dans le même gîte.
Les glandes et le comportement de marquage sont aussi à peu
près identiques chez tous les Carnivores endémiques malgaches. Les
Galidiinae possèdent toutefois une ébauche de glande périnéale et les
Cryptoprodinae semblent avoir une glande préputiale nettement diffé¬
renciée.
Parmi les différences d’adaptation, on remarque chez les diverses
espèces, des particularités morphologiques et écologiques très nettes :
Fossa fossana est une espèce nocturne très particulière qui vit dans
les forêts ombrophiles de l’Est. Son mode de vie est essentiellement lié
à la fréquentation du bord des ruisseaux. Sa locomotion est très nette¬
ment digitigrade. Pour échapper à un ennemi, Fossa peut entrecouper
une course rapide d’arrêts prolongés, son immobilité et la couleur de
son pelage le dissimulant alors efficacement.
Cet animal ne peut creuser, il capture ses proies au hasard d’une
rencontre après une poursuite rapide et de courte durée. Il est remarqua¬
ble de constater qu’il se nourrit essentiellement de proies aquatiques ou
vivant au bord des cours d’eau (il est en particulier capable de capturer
des anguilles). Il peut faire des réserves de graisse, surtout dans la queue,
mais il n’hiberne pas.
Source : MNHN, Paris
MAMMIFÈRES CARNIVORES 199
Ses cris sont peu variés et très rarement émis, à l’exception d’un
cri de contact qui est fréquemment entendu lorsqu’il y a un jeune.
C’est un animal relativement rare qui vit par couple avec le jeune
de l’année ; chaque groupe familial semble occuper de 40 à 100 ha.
Eupleres goudotii est proche, à bien des égards, de Fossa (ossana.
C’est un animal crépusculaire et nocturne qui fréquente essentiellement
les zones humides de l’Est et du Nord-Ouest où il semble toujours
assez rare. Les différences avec l’espèce précédente résident dans son
type de denture régressée et son mode de locomotion moins adapté à
la course. Eupleres se nourrit essentiellement de petites proies capturées
au cours de longues marches nocturnes , en particulier de vers de terre
et dans une moins large mesure de Batraciens.
Galidia elegans est une espèce diurne, caractéristique des milieux
forestiers ombrophiles de l’Est et du Nord de l'Ile, qui se rencontre
également dans les formations de calcaire karstique de l’Ouest.
Cet animal est caractérisé, comme l’ensemble des Galidiinae, par
un mode de locomotion aussi bien terrestre qu’arboricole. Il peut aussi
pêcher ou creuser des terriers pour chercher sa nourriture et il est capa¬
ble de briser les coquilles d’escargots et les œufs, un peu à la façon de
certains Herpestinae.
Galidia a un régime alimentaire très large lui permettant de s’adap¬
ter facilement lorsque les conditions locales varient.
La gamme des cris qu’il peut émettre est relativement plus riche
que celle des autres Carnivores malgaches.
Il est partout assez commun et comme tous les autres Galidiinae,
il vit par couple avec le plus souvent le jeune de l’année.
Son coîhportement territorial est bien développé et le groupe
familial défend énergiquement les 100 à 120 m* qui entourent le gîte
nocturne. Un groupe fréquente un domaine vital d’environ 20 à 25 ha
dans le milieu naturel.
Mungoticiis decemlineata est également diurne et caractéristique
des forêts caducifoliées sur sable de l’Ouest malgache où il est parfois
relativement abondant. Cet animal est très proche de Galidia ; seules
l’en distinguent les variations de coloration du pelage et quelques parti¬
cularités de la denture.
Il en est de même pour Salanoia concolor qui paraît assez rare et se
trouve parfois sympatrique de Galidia.
Galidictis fasciata est le seul Galidiinae nocturne ; il semble assez
rare et vit dans les forêts ombrophiles de l’Est. Le grand développement
de ses canines suggère un régime carnivore plus strict.
Cryptoprocta ferox est une espèce crépusculaire et nocturne. Pour
Source : MNHN, Paris
200
R. ALBIGNAC
la majeure partie de ses caractères il est assez différent des autres Carni¬
vores malgaches. On le rencontre dans toutes les formations naturelles
de rile. Sa taille est plus importante que celle des autres espèces mal¬
gaches et son mode de locomotion est terrestre aussi bien qu’arboricole.
Grâce à ses coussinets plantaires et palmaires importants et à sa queue
longue et musclée, Crgptoprocla grimpe avec agilité et peut ainsi s’atta¬
quer à des oiseaux et à certains Lémuriens. A terre il peut tuer des
Insectivores comme le Tenrec (Centetes ecaudatus) et même les jeunes
potamochères (Polamochems larvatus)
Le comportement de Cryptoprocta présente parfois des caractères
de Felidae mais l’essentiel est nettement de type Viverridae.
Ses cris sont peu variés. Il vit semble-t-il le plus souvent isolé,
mais plusieurs mâles ont été observés dans les arbres, rassemblés autour
d’une femelle en œstrus.
L’étude des différentes espèces de Carnivores malgaches permet
de préciser les caractères de leurs niches écologiques. On peut diffé¬
rencier ces niches principalement en considérant les rythmes d’activité,
les adaptations morphologiques et la vie sociale. Il est ainsi possible de
préciser l’importance de la compétition entre les différentes espèces de
Carnivores et d'autres prédateurs. Il semble qu’en fait il y ait très peu
de compétition entre les Carnivores eux-mêmes, mais Cryptoprocta ferox
peut jouer le rôle de superprédateur envers plusieurs autres espèces.
La détermination des proies consommées par les différentes espèces
montre un large éventail zoologique. Les modes de capture utilisés
varient selon les espèces. Fossa fossana et Eupleres goudotii sont sélec¬
tives dans leur choix, d’autres au contraire, comme les espèces de Gali-
diinae, peuvent chasser n'importe quel type de proie adaptée à leur taille ;
Cryptoprocta ferox présente un régime moins varié mais peut s’attaquer
aux plus grosses proies.
L’homme a une action destructrice de plus en plus marquée sur
tous les milieux naturels mais son action directe par piégeage des Carni¬
vores n’est sensible que dans les zones les plus peuplées.
Si l’on essaye de placer les espèces malgaches dans l’ensemble du
groupe des Carnivores, on doit faire appel à des notions paléontolo-
giques, Malheureusement de grosses lacunes dans les collectes de fossiles
rendent ces efforts assez vains. Les comparaisons morphologiques (en
particulier le crâne et la denture) et étho-écologiques entre les formes
malgaches actuelles d’une part, et les autres Viverridae d’autre part,
permettent d’établir des filiations à l’intérieur des sous-familles; mais
il est encore trop tôt pour déterminer de façon précise si le peuplement
en Carnivores de Madagascar est le résultat d’apports successifs africains,
ou d’une évolution sur place à partir d’un Carnivore primitif voisin de
Fossa.
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ViETTE (P.), 1963. — Noctuelles Trifides de Madagascar, écologie, biogéographie,
morphologie et taxonomie (Lep.) [1^® partie] (Ann. Soc. enl. France, 131,
(1962), pp. 1-294).
VossELER (J.), 1929. — Beitrag zur Kenntnis der Fossa (Cryptoprocla ferox
Benn.) und ihrer Fortpflanzung (Zool. Gari., 2, pp. 1-9).
WuRSTER (D.H.) & Benirschke (K,), 1968. — Comparatives cytogenetic studies
in the order Carnivora (C/iromosoma, 24, pp. 346-350).
Source : MNHN, Paris
Glossaire des noms vernaculaires les plus utilisés
Alasy
Viverricala indica (sur la côte Est).
Boky-boky
Mungolictis decemlineala.
Boky
Mungotictis decemlineata.
Fanaloka
Eupleres goudotii ou Fossa fossana. (Sur la côte Est).
Fosa
Crijptoprocta ferox.
Jaboady
Viverricula indica (sur les plateaux et l’Ouest)
Kavahy
Fossa fossana (dans le Nord).
Kokia
Galidia elegans (sur la côte Ouest).
Rldaridy
Eupleres goudotii (dans le Nord-Ouest).
Salano
Salanoia concolor.
Tombokatosody
Fossa fossana.
Vontsira
Galidia elegans (sur la côte Est et le Centre) ou Salanoia
concolor.
Vontsira fotsy
Galidictis fasciala.
Source : MNHN, Paris
INDEX ALPHABÉTIQUE
Les noms des taxa du groupe famille sont en capitales, ceux des genres
en égyptiennes et les synonymes en italique.
Le nouveau taxon décrit dans ce volume est précédé d’un astérisque (•).
ajra, 27
lineata, 40
alluaudi, 191
lineatus, 37
antamba, 191
concolor, 35
major, 23
mafori, 12
Gryptoprocta, 48
Mungotictis, 37
Cryptoproctinae, 48
dambrensis, 30
occidentalis, 33
olivacea, 35
daubenlonii, 12
ornalus, 47
decemlineata, 37
elegans, 27
russe, 53
rufa, 37
Eupleres, 19
eximius, 45
Salanoia, 35
fasciata, 45
schlegelii, 53
spelaea, 191
ferox, 48
striata, 45
Fossa, 11
striata, 47
fossa, 12
subslrialus, 37
fossana, 12
*Fossinae. 9 et 11
typicus, 49
G-alidia, 26
Linicolor, 35
Galidictis, 44
Galidiinae, 26
Viverricula
goudotii, 19
VlVERRIDAE, 11
indica, 53
ViVERBINAE, 53
villata, 40, 45
Source : MNHN, Paris
PLANCHES
Source : MNHN, Paris
Planche I
P'ig. 1, Fossa fossana (P.L.S. Millier).
Fig. 2, Eupleres goudotii Doyère.
Source : MNHN, Paris
Planche I
Source : MNHN, Paris
Planche II
Fig. 1, Galidia elegans (I. Geoffroy Saint-Hüaire) (mère et jeune âgé de deux
mois).
Fig. 2, Mungodclis decemlineata (A. Grandidier).
Source : MNHN, Paris
Planche II
BIBL, OU
-^RS/
Source : MNHN, Paris
Planche III
Fig. 1, Crypioprncta ferox Bennett.
Fig. 2, Viverricuta indica (Desmarest).
Source : MNHN, Paris
Pl.ANCHK III
Source : MNHN, Paris
Planche IV
Fig. 1, piège trappe instalJé en forêt pour la capture des petits Carnivores.
Fig. 2 et 3, piège à collet horizontal pour la capture de Cryploprocta {vue du
dessus et vue générale).
Fig. 4, piège à collet utilisé pour la capture des petits Carnivores.
Source : MNHN, Paris
Planche IV
Source : MNHN, Paris
Planche V
Fig, 1, île îi Carnivores aménagée dans le parc de l’ORSTOM à Tananarlve.
Fig. 2, chambre terrarium avec reconstitution d’un milieu ombrophile.
Fig. 3, fourré du Sud malgache,
Fig. 4, zone humide à Pandanus.
Source : MNHN, Paris
Planche V
Planche VI
Fossa fossona :
Fig. 1, attitude d’intimidation.
Fig. 2, préludes à l'accoupiement ; menaces.
Fig- 3, posture d’accouplement.
Fig. 4, prise du jeune pour le transport.
Fig. 5, posture de repos dans un tronc creux.
Source : MNHN, Paris
Planche VI
Source : MNHN, Paris
Planciik vu
Eupleres goadolii :
Fig. 1, attitude d’attente ; remarquer les griffes nettement relevées au-dessus
du sol-
Fig. 2, altitude défensive ; les pavillons des oreilles sont orientés vers la
source du bruit.
Fig. 3, Eupleres s’alimente de vers de terre.
Fig. 4, posture normale de repos.
Source : MNHN, Paris
BIBL DU
iMUSEUMj
.PARIS,
k'*’.
Source : MNHN, Paris
Planche VII
I,
l'i.ANCÜK VIII
Galidia elegans :
Fig. 1, attitude d’attente en présence d’un danger lointain.
Fig. 2, posture de repos adoptée assez exceptionnellement.
Fig. 3, posture normale de repos.
Fig. 4, capture d'un serpent ; Galidia saisit sa proie derrière la tête.
Source : MNHN, Paris
3
Source : MNHN, Paris
Pi-ANCHE vni
Planche IX
Galidia elegans :
Fig. I, montée le long d’un support vertical de moins de 3 cm de diamètre.
Fig. 2, au cours de cette progression le 1®'' doigt de la patte antérieure est
opposé aux autres doigts.
Fig. 3, le deuxième doigt est replié et la grifle se plante dans le support pen¬
dant cette marche ascendante.
Fig. 4, descente sur le même support.
Source : MNHN, Paris
Planche IX
Source : MNHN, Paris
Planche X
Galidia elegans ;
Fig, 1, posture d’accouplement.
Fig- 2, toilettage du jeune âgé de 15 jours ; la mère lèche très souvent la région
génito-anale de son petit.
Fig. 3, région génito-anale d’une femelle (sur la zone sombre l’anneau glan¬
dulaire anal, sur la zone claire l’ébauche de la glande périnéale).
Fig. 4, glande du cou.
Source : MNHN, Paris
•lUSÉUM
I PARIS/
Source : MNHN, Paris
Pl.ANCHE X
Planche XI
Mungoliciis decamlineata :
Fig. 1 et 2, attitudes avant le saut.
Fig. 3, le grimper en chenille arpenteuse sur un tronc d’un diamètre supérieur
à 3 cm,
Fig. 4, attitude d’intimidation ; la queue est relevée et les poils hérissés.
Source : MNHN, Paris
Planche XI
Source : MNHN, Paris
PlANCHE XII
Mungolictis decemlineala :
Fig. 1, descente sur un tronc incliné ; remarquer l’action importante des
grifîes.
Fig, 2, posture « d'arrêt «.
Fig- 3, Mungoüctis saisit un œuf de pigeon.
Fig. 4, après avoir brisé l'œuf il en lèche le contenu.
Source : MNHN, Paris
SL. UU
Source : MNHN, Paris
Planche XII
Planche XIII
Mimgoticlis decemlineala ;
Fig. I, Mungoiictis saisit l’escargot à l’aide des pattes antérieures.
Fig. 2, il ramène l’escargot vers l’arrière.
Fig. 3, après avoir passé i’escargot sur les pattes postérieures il se prépare à
le projeter pour briser la coquille.
Source : MNHN, Paris
. 5L, DU
.ÜSÉUM,
PARIS >
Source : MNHN. Paris
Planche XIll
Planche XIV
Cryploprocta ferox :
Fig. 1, l’animal descend et se prépare à sauter ; les griffes s’accrochent au
support et la queue sert de balancier.
l’ig. 2, descente le long d’un tronc vertical ; la queue s'enroule légèrement
autour du support.
Fig. 3, région anale de Cryploprocta femelle.
Pig- 4» jeunes âgés de quelques heures, nés en captivité.
Source .' MNHN, Paris
Planche XIV
Source : MNHN, Paris
Pl-ANCIIE XV
Crypioprocta ferox :
Fig, 1, Crypioprocta vient de tuer un Tenrec (Insectivore malgache) et il se
prépare à l’éventrer.
l'ig. 2, mère en attitude d'intimidation et jeune âgé de 1 mois,
Fig. 3. marquage de supports verticaux avec la région génitale.
Source : MNHN, Paris
Planche XV
Source : MNHN, Paris
Planche XVL —SIGNAUX AUDITIFS CHEZ FOSSA FOSSANA
1. — Cris d'intimidation. 2. — Cris de défense. 3. — Cris émis pendant la phase d’approche précédent un coït. 4. — Cris de contact
émis par la mère en présence du jeune. 5. — Cri d’appel du jeune âgé de 9 jours.
Source : MNHN, Paris
Planche XVII. — SIGNAUX AUDITIFS CHEZ GALIDIA ELEGANS
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1. — Cris de contact suivi d’un grognement plaintif. 2. — Cris d'appel du jeune âgé d’un mois. 3. — Cris émis au moment de la capture
d'une proie.
Source : MNHN, Paris
Planche XVIII. — SIGNAUX AUDITIFS CHEZ GALIDIA ELEGANS
1. — Cris émis après avoir capturé une proie si un congénère s’approche. 2. — Cris émis pendant que l’animal dévore sa proie. 3. — Gro
gnement d’intimidation. 4. — Cris d’intimidation et de défense. 5. — Cris de défense ultime d'un jeune âgé de quelques heures.
Source : MNHN, Paris
Planche XIX. —SIGNAUX AUDITIFS CHEZ MUNGOTICTIS DECEMLINEATA
1. — Cris de contact et miaulement plaintif. 2. — Cris émis pendant la capture d’une proie. 3. — Cris de défense.
Source : MNHN, Paris
Planche XX. — SIGNAUX AUDITIFS CHEZ CRYPTOPROCTA FEROX
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Imprimerie Marcel Bon - 70001 Vesoul
Dépôt légal ; 1834,11-73
Source : MNHN, Paris
LA FAUNE DE MADAGASCAR
est pxibliée par livraisons séparées correspondant chacune à un groupe
zoologique. L’ordre de publication est indépendant de l’ordre systémati¬
que général.
Adresser toute la correspondance concernant la « Faune de Mada¬
gascar » au Secrétaire de la « Faune » : P. Viette, 45 bis, rue de Bufîon,
Paris (5«), ou à :
M. Paul Griveaud, Centre O.R.S.T.O.M. (anciennement I.R.S.M.)
B.P. 434, Tananarive (Madagascar).
En vente à la Librairie René Thomas
36, rue Geoffroy - Saint-Hilaire, Paris (5®),
et à la Librairie de Madagascar,
avenue de l’Indépendance, Tananarive (Madagascar).
Date de publication de ce volume : le 27 juillet 1973.
Fascicules publiés
F malgacties F français
I. — Odonates Anisoptères, par le Dr F.-C. Fraser, 1956 1 750 P 35 P
II. — Lépidoptères Danaidae, Nymphalidae, Acraeidae,
parR.PAULiAN, 1956 . 2 000 P 40 F
III. — Lépidoptères Hesperiidae, par P. Viette, 1956 . 1 500 P 30 F
IV. — Coléoptères Cerambycidae Lamiinae, par S. Breu-
NING, 1957 . 3 500 P 70 P
V. — Mantodea, parR. Paulian, 1957 . 1 500 F 30 F
VI. — Coléoptères Anthicidae, par P. Bonadona, 1957 .... 2 000 F 40 F
VII. — HémiptèresEnicocephalidae, par A. ViLLiERS, 1958 1 500 F 30 F
VIII. — Lépidoptères Sphingidae, par P. Griveaud, 1959 ... 2 500 F 50 P
IX. — Arachnides. Opilions, par le Dr R.-F. Lawrence,
1959 . 1 500 F 30 F
X. — Poissons des eaux douces, par J. Arnoult, 1959 .... 3 000 F 60 P
XI. — Insectes. Coléoptères Scarabaeidae, Scarabaeina et
Onthophagini, par R. Paulian ; Helictopleurina,
par E. Lebis, 1960 . 2 500 F 50 F
XII. — Myriapodes. Chilopodes, par le Dr R.-F. Lawrence,
1960 . 2 500 F 50 P
XIII. — Zoogéographie de Madagascar et des îles voisines,
par R. Paulian, 1961 5 000 F 100 F
XIV. — Lépidoptères Eupterotidae et Attacidae, par P.
Griveaud, 1961 . 2 500 F 50 F
XV. — Aphaniptères, parle Dr Lumaret, 1962 . 2 500 F 50 F
XVI. — Crustacés. Décapodes Portunidae, par A. Crosnier,
1962 . 2 500 F 50 F
Source : MNHN, Paris
FAUNE DE MADAGASCAR
Fascicules publiés (suite)
F malgaches F français
XVII. — Insectes. Lépidoptères Amatidae, par P. Griveaud,
1964 . 2 500 F 50 F
XVIII. — Crustacés. Décapodes Grapsidae et Ocypodidae, par
A. Crosnier, 1965 . 2 500 F 50 P
XIX. — Insectes. Coléoptères Erotylidae, par H. Philipp,
1965 . 1750 P 35 F
XX(1). — Insectes. Lépidoptères Noctuidae Amphipyrinae
(par/.), par P. ViETTE, 1965 . 2 500 P 50 F
(2).—■ id. Amphipyrinae (part.) et Melicleptriinae, 1967 ... 35 00 P 70 F
XXL ^— Octocoralliaires, par A. Tixier-Dürivault, 1969 ... 3 500 F 70 P
XXII. — Insectes. Diptères Culicidae Anophelinae, par A.
Grjebine, 1966 . 6 000 F 120 P
XXIII. — Insectes. Psocoptères, par A. Badonnel, 1967. 3 500 F 70 F
XXIV. — Insectes. Lépidoptères Thyrididae, par P.E.S.
Whalley, 1967 . 1 500 F 30 F
XXV. — Insectes. Hétéroptères Lygaeidae Bîissinae, par J.A.
Slater, 1967 . 1 500 F 30 P
XXVI. — Insectes. Orthoptères Acridoidea (Pyrgomorphidae
et Acrididae), par V.M. Dirsh et M. Desgamps, 1968 3 500 F 70 P
XXVII. — Insectes. Lépidoptères Papilionidae, par R. Paulian
et P. ViETTE, 1968 . 3 000 F 60 F
XXVIII. — Insectes, Hémiptères Reduviidae (Re partie), par
A. Villiers, 1968 . 3 500 F 70 P
XXIX. — Insectes. Lépidoptères Notodontidae, par S.G.
Kiriakoff, 1969 . 4 000 F 80 F
XXX. — Insectes. Dermaptères, par A. Brindle, 1969 . 2 000 F 40 F
XXXI. ■— Insectes. Lépidoptères Noctuidae Plusiinae, par C.
Dufay, 1970 . 4 000 F 80 F
XXXII. — Arachnides. Araignées Archaeidae, par R. Legen¬
dre, 1970 . 2 500 F 50 F
XXXIII. —■ Reptiles. Sauriens Chamaeleonidae, le genre Chamae-
Zeo, par E.-R.Brygoo, 1971 . 6 000 F 120 F
XXXIV. — Insectes. Lépidoptères Lasiocampidae, par Y. de
Lajonquière, 1972 . 6 000 P 120 F
XXXV. — Oiseaux, par Ph. Milon, J.-J. Petter et G. Ran-
drianasolo, 1973 . 9 000 F 180 F
36. —Mammifères. Carnivores, par R. Albignac, 1973 7 500 F 150 F
Sourc<^-