MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
TOME DIXIÈME
FASCICULE PREMIER
LUCIEN LEROUX
CONTRIBUTION A L’ÉTUDE DE
LALDÉHYDE FORMIQUE
Sa recherche et son dosage par le f^-naphtol
en physiologie végétale, en chimie alimentaire, en hygiène
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
57, Rue Cuvier (V e )
Janvier 1938
MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
MEMOIRES
DU
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
TOME DIXIÈME
FASCICULE PREMIER
LUCIEN LEROUX
CONTRIBUTION A L ETTRE DE
L’ALDÉHYDE FORMIQUE
Sa recherche et son dosage par le p-naphtol
en physiologie végétale, en chimie alimentaire, en hygiène
PARIS
ÉDITIONS DU MUSÉUM
57, Rue Cuvier (V e )
Janvier 1938
MÉMOIRES DU MUSÉUM NATIONAL D’HISTOIRE NATURELLE
Nouvelle série, Tome X, Fascicule 1, Pages 1 à 68.
Publié le h janvier 1938.
CONTRIBUTION
A L’ÉTUDE DE
L’ALDÉHYDE FORMIQUE
Sa recherche et son dosage par le |3-naphtol
en physiologie végétale,
f en chimie alimentaire,
en hygiène.
par Lucien LEROUX
SOMMAIRE
Introduction (p. 2).
Chapitre I.— Les procédés de recherche et de dosage de l’aldéhyde formique (p. 4).—
Recherche et dosage de l’aldéhyde formique au moyen du (3-naphtol (p. 13).
Chapitre II.— L’aldéhyde formique dans les plantes (p. 18).— Difficultés de la recherche
de l’aldéhyde formique dans les feuilles vertes (p. 27).— Recherches personnelles (p. 30).
Chapitre III.— L’aldéhyde formique dans les aliments conservés (p. 37).— Méthodes
officielles utilisées pour la recherche et le dosage de l’aldéhyde formique dans les aliments
(p. 40). — Difficultés de la recherche et du dosage du formol dans les conserves (p. 41).
— Influence des acides aminés sur le dosage de l’aldéhyde formique au moyen de jî-naph-
tol (p. 45).— Méthode nouvelle pour le dosage de l’aldéhyde formique libre contenu dans
les conserves (p. 49).
Chapitre IV.— L’aldéhyde formique dans l’air (p. 52). — L’aldéhyde formique dans l’air
normal (p. 52). — L’aldéhyde formique dans l’air des locaux désinfectés ou autres (p. 60).
Conclusions (p. 6G).
mémoires du muséum, nouvelle série, 101X10 X.
1
INTRODUCTION
Peu de questions sont aussi discutées au point de vue de la valeur des tech¬
niques et des résultats que la recherche et le dosage de petites quantités d’al¬
déhyde formique.
Ce corps présente, on le sait, non seulement un grand intérêt industriel et
thérapeutique, mais encore un immense intérêt biologique.
Son dosage sûr est d’une nécessité absolue pour son étude. La pratique jour¬
nalière d’une méthode très sensible et très précise, découverte par notre Maître,
M. le P r Richard Fosse, et deux de ses collaborateurs, P.-E. Thomas et P. de
Graeve, et basée sur l’emploi du (3-naphtol, nous a incité à entreprendre ce
travail.
Avec ce moyen nouveau, nous nous sommes proposé d’étudier la question de
l’aldéhyde formique dans trois domaines où la détermination incontestable de
très petites quantités de ce corps revêt la plus grande importance : en physio¬
logie végétale, en chimie alimentaire, en hygiène.
Notre mémoire est divisé en quatre parties.
Dans la première, nous examinerons les techniques utilisées jusqu’à présent
pour la recherche et le dosage de l’aldéhyde formique afin de juger les résultats
acquis et de fixer la valeur de ceux que nous présentons.
Dans la seconde partie, nous étudierons la question discutée depuis plus
d’un demi-siècle de l’existence de l’aldéhyde formique dans les feuilles vertes.
Question d’un intérêt puissant, car de sa solution dépend la certitude de nos
connaissances sur l’assimilation chlorophyllienne.
Dans la troisième partie, nous rechercherons dans quelles conditions la réac¬
tion d’identification et de dosage de l’aldéhyde formique peut être appliquée
à l’analyse des conserves alimentaires : qu’il s’agisse de l’expertise de produits
auxquels ce corps aurait été ajouté frauduleusement, ou qu’il s’agisse d’étudier
les phénomènes chimiques que déclanche la conservation.
Enfin, dans la quatrième partie, nous examinerons l’aide que peut apporter
cette technique analytique dans l’étude de l’atmosphère.
3
Au début de ce travail, qu’il nous soit permis d’exprimer notre respectueuse
reconnaissance à M. le P r Fosse, membre de l’Institut, pour ses nombreux
conseils et son extrême bienveillance, à M. le P r Javillier, membre de l’Institut,
qui a bien voulu accepter de présider le jury de soutenance de ce travail. Leurs
encouragements ont rendu notre tâche aisée.
Nous remercions également MM. les P rs Guichard et Plantefol qui ont accepté
de faire partie de ce jury.
Enfin notre gratitude va à M. Demorlaine, Conservateur en Chef des Pro¬
menades, qui nous a autorisé à prélever dans les immenses richesses du domaine
horticole delà Ville de Paris les plantes qui nous étaient utiles et à M. le Vété¬
rinaire Colonel Fleuret qui nous a éclairé de sa compétence et fourni des
matériaux pour l’étude des conserves alimentaires.
CHAPITRE PREMIER
LES PROCÉDÉS DE RECHERCHE ET DE DOSAGE
DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
Les procédés de recherche et de dosage de l’aldéhyde formique sont nombreux
et variés. On peut les classer de la manière suivante :
1° Réactions de coloration.
2° Formation de produits d’addition avec ou sans élimination d’eau.
3° Réactions d’oxydation.
Réactions de coloration.
Certaines réactions (type I) s’appliquent à tous les hydrates de carbone. Elles
comportent l’action d’un acide ou d’un alcali et celle d’une substance de carac¬
tère phénolique. L’acide ou l’alcali provoquent la décomposition de l’hydrate
de carbone ou, dans le cas présent, sa mise en liberté, et la substance phénolique
réagit ensuite sur le produit formé *.
D’autres réactions (type II) font toujours intervenir un acide mais utili¬
sent ensuite l’action de l’aldéhyde formique sur les protides à noyau trypto-
phanique. Le phénomène est facilité par l’emploi de la chaleur ou d’un oxydant.
D’autres enfin (type III) consistent en une condensation de l’aldéhyde avec
des bases aromatiques ou non (aniline, hydrazine,alcaloïdes, hydroxylamine, etc.).
Au contact de ces bases, il y a formation de dérivés méthyléniques que l’on
transforme ensuite en colorants variés par décomposition au moyen de la cha¬
leur, d’acides ou d’alcalis.
Voici les principales réactions de coloration.
Type i
Réaction de Cohn. Résorcine en solution aqueuse à 0,1%, acide sulfurique
concentré, en parties égales.
Anneau rouge violet. Sensibilité 1 % 1 2 .
1. Abderhalden (E.). Handbuch der biologischen Arbeitsmethoden. Abt. I. Che-
mische methoden. Kohlenhydrate I Teil. Urban., Berlin, 1922, p. 34, 35, 48.
2. Cohn (R.). Chem. Zeii., 1921, p. 997.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
5
Réaction de Lebbin. Solution alcaline à 5 % de résorcine (5 %).
Coloration rouge 1 .
Réaction de Fellenberg. Solution sulfurique de phénolphtaléine.
Anneau rouge carmin. Sensibilité 0,1 % 2 3 .
Réaction de Tollens. Solution chlorhydrique de phloroglucine.
Trouble blanc se transformant en flocons rouge clair s .
Réaction de Jorissen. Solution alcaline de phloroglucine.
Coloration rouge intense 4 5 . Sensibilité : 0,0005 %.
Réaction de Pitarelli. Solution alcaline de métol.
Coloration rouge sang donnant avec la magnésie une laque bleue. Sensibilité
0,00t % 6 .
Réaction de Chicrici. Solution alcoolique d’acide gallique à 5 % et acide sulfu¬
rique.
Coloration vert-émeraude. Bandes d’absorption dans le rouge. Sensibilité :
0,002 % 6 .
Réaction de Sanchez. Solution d’acide gallique à 0,01 % dans l’acide sulfurique
Même réaction que précédemment 7 .
Réaction de Nicolas. Diamidophénol en cristaux.
A la température du bain-marie bouillant, fluorescence verte 8 .
Réaction de Thévenon. Métol (sulfate de méthylparamidophénol).
Au bain-marie bouillant, coloration rouge 9 .
Type ii
Réaction de Voisenel. Eau albumineuse et acide chlorhydrique concentré
contenant 2 % d’acide nitreux. A 50° C.
Coloration violette. Sensibilité : 0,0001 % l0 .
Réaction de Fulton. Eau albumineuse, acide sulfurique dilué au 1/2 et brome.
Coloration violette 11 12 .
Réaction de Farsleiner ou de Follinger. Solution de peptone, acide sulfurique
dilué au 1 /2 et chlorure ferrique.
Coloration violette la .
1. Ogier (J.) et Kohn-Abrest (E.). Traité de chimie toxicologique, Paris, Doin, 1924,
t. I, p. 440.
2. Fellenberg (Th.). Mitl. Lebensm. u. Hyg., 1935, t. XXVI, p. 212.
3. D’après Coulooma (J.). Le formol, Montpellier, 1922, p. 54.
4. Spoto (P.). Journ. Pharm. et Chimie, 1932, t. XV, p. 257.
5. Pitarelli (J.). Ann. Falsif., 1921, t. XIV, p. 415.
6. Chicrici (Ed.). Ann. Chimie anal-, 1929, t. XVIII, p. 504.
7. Sanchez (A.). Ann. Falsif., 1932, t. XXV, p. 435.
8. Nicolas (G.). Bull. Soc. chim., 1905, t. XXXIII, p. 735.
9. Cité par Gérard (C.) et Bonn (C.). Traite d’analyse des denrées alimentaires Paris,
Vigot, 1908, p. 469.
10. Voisenet (L.). Bull. Soc. Chim., 1905, t. XXXIII, p. 1198.
11. Fulton (C.). Ind. Eng. Chem., 1931, t. III, p. 199.
12. Cité par Kohn Abrest. Loc. cit., p. 441.— Naves (A.). Parfums de France, 1935,
p. 72.
6
i.. i.F.noiTx
Réaction de Henner. Utilisée pour la recherche du formol dans le lait. Les
protéines de ce liquide remplacent l’eau albumineuse ou la peptone. Acide sul¬
furique concentré et chlorure ferrique.
Coloration violette. Sensibilité : 0,001 mg. par cc. ’.
La réaction de Farnsteiner a été utilisée pour le dosage eolorimétrique.
Type tii.
Réaction de. Bonnet. Chlorhydrate de morphine en milieu sulfurique au
sixième.
Coloration purpurine. Sensibilité : 0,001 mg. par cc. 2 .
Réaction de Aloy et Valdiguié. Solution de codéine à 1 %. Acide sulfurique
pur ; solution d’acétate de fer à 1 %.
Coloration bleue. Sensibilité : 0,001 mg. par cc. 3 .
Réaction de Schiff. Fuchsine au millième décolorée par le gaz sulfureux ou le
bisulfite de soude (10 %) en milieu sulfurique à 1 %.
Coloration rouge caractéristique par la position du maximum d’absorp¬
tion 4 .
Sensibilité : 0,001 mg. par cc.
Réactions de Trillal. 1. Fuchsine neutre en solution aqueuse à 10 %.
Coloration bleue 5 .
2. Diméthylaniline. Acide sulfurique normal. Acide acétique. Oxyde de
plomb.
Dans une première phase qui dure trois heures, on prépare le produit de
condensation
,C«H*N (CH 3 ) 2
CH 2 (
V,«IPN (CH 3 ) 2
en chauffant au bain-marie la solution formolée additionnée d’acide sulfurique
et de diméthylaniline. I.'excès de celle-ci est chassé par un courant de vapeur
après neutralisation.
Dans une seconde phase, le produit de condensation est dissous dans l’acide
acétique puis oxydé à chaud avec une solution tenant en suspension de l’oxyde
de plomb (1 gr. par litre).
Coloration bleue due à la formation de l’hydrol.
CHOH
y C 6 H 4 N (CH 3 ) 2
\c 6 N 4 N (CH 3 ) 2
1. Rupp (E.) et Schlee (H.). Bioch. Zeits., 1926, t. CLXXIf, p. 373.
2. Bonnet (J.). Journ. Pharm. et Chimie, 1905, t. I, p. 559.
3. Aloy (P.) et Valdiguié (J.). Ann. Cliim. anal., 1927, t. IX, p. 9.
4. Rumpf (P.). Bull. Soc. chim., 1932, t. Lf, p. 503.— N.vves (A.)., loc. cil., p. 71.
5. Trillat (M.). C. R. Ac. Sc., 1893, t. CXUt, p. 1382 ; Bail. Soc. chim., 1899, l. XXI,
p. 354 ; Ann. Inst. Pasteur, 1905, t. XXIII, p. 719.
ÉTUDE DE T.’AUDÉHYDE FORMIQUE 7
Réaclioti de Cambier et Brochet. Solution concentrée de chlorhydrate d’hy-
droxylamine.
Dans une première phase, on prépare une oxinie à froid suivant l’équation :
NH 1 2 OH, HCl + CH 2 0 = CH 2 NOH + H 2 0 + HCl
Dans une seconde phase, l’oxime est décomposée, à l’ébullition, en donnant
de l’acide cyanhydrique d’après la réaction :
(CH*-N-OH) s = 3 HCN + 3H s O
que l’on transforme en bleu de Prusse par addition d’un peu de soude, de quel¬
ques gouttes d’un sel ferrique, et d’acide chlorhydrique
Réaction de Praiesi. Solution de nitroprussiate de soude, cristaux d’un sel
d’hydroxylamine. Soude 2 N.
Coloration rouge violet virant au jaune par excès d’alcali 2 .
Réaction de Cavali. Solution chlorhydrique de chlorhydrate d’hydrazine.
Chlorure ferrique. Acide sulfurique concentré.
Coloration rouge passant à l’orange 3 .
Réaction de Schryver. Solution de chlorhydrate de phénylhydrazine à 1 %.
Solution de ferricyanure de potassium à 5 %. Acide chlorhydrique concentré.
Coloration rose due à l’oxydation du produit de condensation et à là forma¬
tion d’un sel coloré avec l’acide 4 .
En présence d’autres matières colorantes (chlorophylle par exemple) on
étend d’eau et on agite avec de l’éther. Le chlorhydrate de chromatogène passe
dans l’éther d’où il peut être retransformé en sel coloré par addition d’acide
chlorhydrique concentré.
Quelques réactions colorées de ce type ont donné lieu à des modes de dosage :
réaction de Schiff, réaction de Trillat, réaction de Cambier et Brochet, réac¬
tion de Schryver.
Avec les réactions de Schiff, de Trillat, de Schryver, le dosage est purement
colorimétrique et aboutit à la comparaison de la teinte obtenue à partir d’un
volume déterminé de solution formique étudiée avec celles d’une gamme pré¬
parée de la même manière.
La réaction de Cambier et Brochet, au contraire, donne lieu à une méthode
de dosage acidimétrique que nous examinerons plus loin.
1. Cambier (R.) et Brochet (A.). Bull. Soc. chim., 1894, t. XIII, p. 406.
2. Pratesi (P.). Chim. et Ind., 1932, t. XXVII, p. 1294.— Jean (F.). Journ. Pharm. cl
Chimie, 1899, t. IX, p. 405.
3. Arnold (F.) et Mentzel (A.). Journ. Pharm. el Chimie, 1902, t. XIV, p. 30.
4. Bertrand (G.) et Thomas (P,). Guide de manipulations de chimie biologique , Paris,
Dunod, 1913, p. 441. — Wattiez (N.) et Sternon (P.), filé menti de chimie végétale,
Paris, Masson, 1935, p. 443.
8
!.. LEROUX
Réactions de précipitation avec ou sans élimination d’eau.
Ces réactions sont surtout utilisées pour le dosage.
Méthodes à l'aniline. Le procédé à la diméthylaniline de Trillat décrit précé¬
demment peut être utilisé pour un dosage pondéral. Il suffit de peser, après
évaporation de sa solution éthérée, le tétraméthyldiamidodiphénylméthane
résultant de la condensation (première phase du procédé à l’hydrol).
Le même auteur a indiqué un autre procédé qui utilise une solution aqueuse
d’aniline à trois pour mille. Il suffit d’y laisser tomber goutte à goutte quelques
centimètres cubes de solution formolée.
Il se forme un précipité blanc suivant la réaction :
C 8 H S NH ! + CH 1 2 0 = C 6 H 5 N.CH 2 + H 2 0
Le précipité séché à 40° C. contient 0,2857 gr. de formol par gramme *.
Klar précipite le formol par un excès d’aniline et titre l’excès de cette base 2 .
Toussaint, Détrié, Vérain, utilisant la même réaction, mesurent la densité op¬
tique de la solution opalescente au moyen du photomètre de Vernes 3 .
Méthode à la dimélhyldihydrorésorcine. Dans une solution à 5-10 pour mille
de ce corps le formol détermine un précipité blanc cristallin de méthylène-bis-
diméthyldihydrorésorcine, encore appelé formodimédon, suivant l’équation :
.CO —CH 2 /CH 3
CH 2 0 + 2 H 2 C < > C<
'CO — CH 2 \CH S
CH 3 /CH 3 —CO /CO
H 2 0 + > C ( > CH — CH 2 — CH (
CH 3 y CH 2 — CO x CO
Ce précipité peut être utilisé pour le dosage 4 .
Méthodes à l'hydrazine. Par ses deux groupes NH 2 , l’hydrazine peut s’unir
une ou deux fois avec élimination de une ou deux molécules d’eau avec les
aldéhydes ou les cétones pour donner naissance aux combinaisons
R —CH=N —NH 2 et R —CH — N— N = CH-R
g‘>C=N — NH 2 et fj‘>C=N — N = C
1. Trillat (M.) . C. B. Ac. Sc., 1893, t. CXVI, p.892. —Kohn-Abrest (E.), I oc. cit.,
p. 442.
2. Klar (G.). Pharm. Zeit., XL, p. 611.
3. Toussaint (G.), Détrié (J.), Vérain (M.) . C. B. Soc. Biol., 1934, t. XCVII, p. 193.
4. Jonescu (M.). Bull. Soc. Chim., 1928, t. XXXX11I, p. 677.— Hollo (C.), Poly-
ciironiade (F.). Journ. Pharm. et Chimie, 1934, t. XIX, p. 273. — Naves (A.). Loc. cit.,
p. 72.
— CH 2 /CH 3
> C(
— CH 2 X CH 3
ÉTUDE DE L’AUDÉHYDE FORMIQUE
9
Pfafï opère cette transformation au moyen de l’hydrate d’hydrazine et titre
l’excès de celle-ci par l’acide sulfurique 1 .
Stempel se base sur la propriété que possède le groupe CHO de réagir sur le
groupe aminé comme nous l’expliquerons plus loin et dose l’acidité qui en ré¬
sulte 2 .
Riegler, utilisant le sulfate d’hydrazine, dose l’excès d’hydrazine n’ayant pas
réagi, gazométriquement, par la mesure de l’azote dégagé par ce corps au
contact de l’acide iodique 3 suivant la réaction :
5(N 2 H 4 S0 4 H 2 ) + 4 I0 3 H = 5 N 2 + 12 H 2 0 + 5 S0 4 H 2 + 4 I
Une variante du procédé est fournie par Orlow. L’azote du sulfate d’hydra¬
zine est dégagé par une solution alcaline d’iodure mercurique et d’iodure de
potassium. Il se précipite du mercure en quantité correspondante et l’on dose
ce métal.
Méthodes à la phénylhydrazine. La phénylhydrazine, C 6 H 5 — NH — NH 1 , dé¬
couverte par Em. Fischer, réagit sur les aldéhydes et les cétones en donnant des
phénylhydrazones.
L’aldéhyde formique donne avec elle plusieurs combinaisons dont l’anhydro-
formaldéhydephénylhydrazine de Wellingtion et Tollens 4 .
Avec la paradihydrazinodiphényle C 6 H 4 —NH— NII 2 l’aldéhyde formique
C 6 H 4 — NH — NH 2
donne la réaction :
C 6 H 4 — NH — NH 2 + CH a O C'H 4 NH — N = CH 2 + H 2 0
C«H 4 — NH — NH 2 + CH 2 0 C 8 H 4 NH — N = CH 2 + H 2 0
à la terrlpérature de 50-60°. L’hydrazone peut être utilisée pour le dosage
(1 gr. = 0,2521 gr. d’aldéhyde formique) 5 .
Enfin, signalons qu’en présence d’acide chlorhydrique alcoolique, l’aldéhyde
formique donne avec le phénylthiohydrazine bromé un phényl-5-parabromo-
phényl-3-dihydro 2-3 thiodiazol 1. 3. 4 6
C 6 H 5 CL X CH 2
Il I
N — N-C 6 H 4 Br
de point de fusion 112,5-113,5 qui peut servir à l’identification.
1. Pfaff (K.). Chem. Zeil., t. XXVI, p. 701. — - Neubaner (G.).Ber. dents, chem. Ges.,
1901, t. XXXII, p. 1961.
2. Stempel (B.). Zeits. anal. Chem., 1933, t. XCI, p. 412.
3. Biegler (B.). Zeits. ang. Chem., t. XL, p. 92. —Barral(E.). Précis d'analyse chi¬
mique, Paris, Baillière, 1927, II, p. 366.
4. Wurtz. Dictionnaire de Chimie, 2 e suppl., t. IV, p. 299.
5. Barral. Loc. cit., p. 363.
6. Wuyts (H.), Wachsmuth (H.). Journ. Pharm. et Chimie, 1935, t. XXII, p. 289 et
296.
10
L. LEROUX
Méthode à l’hydroxy lamine. A froid, une solution de chlorhydrate d’hydroxy-
lamine donne avec l’aldéhyde formique l’isomère triple de la formaldoxime
suivant l’équation :
NH 1 2 OH,HCl -f CH 2 0 = CH 2 NOH + H 2 0 + HCl.
Cet isomère ne possède pas de réaction alcaline et ne se combine pas avec
l’acide chlorhydrique qui devient libre. Pour connaître le poids d’aldéhyde for¬
mique entré en réaction, il suffit de doser acidimétriquement l’acide chlorhy¬
drique mis en liberté en employant l’orangé Poirier comme indicateur C
Méthode à l’ammoniaque. Par évaporation avec un excès d’ammoniaque
l’aldéhyde formique est transformée en hexaméthylènetétramine suivantl’équa-
tion :
6 C.H 2 0 + 4 N H 3 = N 4 — (CH 2 ) 6 + 6H 2 0.
Le poids de l’hexaméthylènetétramine multiplié par 1,286 donne celui de
l’aldéhyde 2 .
On peut aussi doser l’ammoniaque restée libre après vingt quatre heures de
contact 3 .
Méthodes au bisulfite. Comme d’autres aldéhydes, avec le bisulfite de soude,
l’aldéhyde formique donne une combinaison cristalline de formule 2
S0 3 NaH — C.II 2 0,H 2 0 *.
Cette combinaison peut être pesée.
On peut aussi déterminer l’excès de bisulfite employé au moyen d’une solu¬
tion d’iode 5 .
On peut enfin (cas du trioxyméthylène) utiliser le fait que la combinaison
bisulfitée est neutre à la phtaléine pour doser l’acide sulfurique nécessaire à la
réaction :
6 S O 3 N a 2 + 2 (CH 2 0) 3 + 3 S0 4 H 2 = 2 [(S0 3 IINa) 3 + (C.H 2 0) 3 ] + 3 S0 4 Na 2 .
Méthodes aux cyanures. En solution alcaline ou neutre, une molécule de for¬
mol fixe exactement une molécule de cyanure suivant la réaction :
KCN + CH 2 0 = N = C —CH 2 OK
Il se forme une combinaison potassique du nitrile de l’acide glycolique et
1. Gambier (R.) etBROCHET (A.). Ann. de Mierogr., 1895, t. VII, p. 93.
2. Gaillot (M.). Ann. Sc. agron., 1909, t. II, p. 2. — • I<ohn-Abrest. Loc. cil., p. 443. —■
Barrai.. Loc. cil., p. 360.
3. Legler. Ber. deuts. chern. Ges., 1883, t. XVI, p. 1333. — Lockemann. Ber. dents,
chem. Ges., 1889, t. XXII, p. 1929.
4. Seyewetz (A.), Gibello (A.). Bull. Soc. Chim., 1904, t. XXXI, p. 691. —- Gros (R.).
Journ. Pharm. et Chimie, 1922, t. XXVI, p. 425. —- Enry (B.). Zeils. anal. Chem., 1933,
t. XCI, p. 412.
5. Donnaly (R. -H.). Chim. et Ind., 1933, t. XXX, p. 1051.
ÉTUDE DF, L’ALDÉHYDE FORMIQUE 11
l'on dose, au moyen de nitrate d'argent, en milieu acidifié,le cyanure en excès
(Romijn).
Schulek évite cette acidification en ajoutant du sulfate de magnésium
2 CH 1 2 OKCN + SO J Mg + 6 H 2 0 = 2 CH 2 OH-C,OOK + Mg (OH) 3 + SO‘(NH 4 ) 2
Le nitrile glycolate de potassium se trouve de la sorte transformé en ammo¬
niaque et glycolate de potassium qui, en milieu alcalin, ne gêne pas le dosage.
On peut enfin, après avoir acidifié la solution formol-cyanure, ajouter un excès
de brome, fixer cet excès avec une solution de phénol à 5 % puis ajouter un
peu d’iodure de potassium et titrer l’iode mis en liberté au moyen de l’hypo-
sulfite *.
Réactions d oxydation
Le principe consiste à transformer l’aldéhyde en acide formique. On dose
celui-ci acidimétriquement ou pondéralement ; ou bien on détermine la quantité
d’oxydant utilisée dans la réaction.
Parfois, on transforme intégralement l’aldéhyde formique en anhydride
carbonique et l’on dose celui-ci.
Méthodes à l’argent. En milieu alcalin, on a la réaction :
2 Ag 2 0 + 2 NaOH + HCHO = 2 H — COONa + 4 Ag + 2H 2 0
On pèse l’argent réduit.
On peut aussi doser l’acide formique produit, à l’état de sel alcalin, par réduc¬
tion du chlorure mercurique suivant l’équation :
HCOONa + 2 HgCl 2 = Hg 2 Cl 2 + CO 2 + HCl + NaCl.
Le calomel formé est pesé ou dosé par l’iode et l’hyposulfite.
La méthode a été utilisée par Curtius et Franzen pour l’étude des aldéhydes
présents dans les distillats aqueux des feuilles 2 .
En milieu acide avec le nitrate d’argent, on a la réaction :
3 HCHO + C10 3 H + N0 3 Ag = 3 H — COOH + NO s H + AgCl.
On titre l’excès d’argent ajouté par le sulfocyanure d’ammonium.
Méthodes à l’iode. En milieu alcalin, ou en présence de carbonate de soude,
l’aldéhyde formique réagit avec l’iode de la manière suivante 3 :
1. Romijn (G.). Zeils. anal. Chem., 1899, t. XXXVI, p. 18. — Schulek (E.). Ann.
Chim. anal., 1926, t. VIII, p. 21.
2. Orchard (D.). Analyst., XXII, p. 4. — Vanino (A.). Zeils. anal. Chem., 1901, t. XL,
p. '20. — Briner (E.), Meier (R.), llelv. chim. Acta, 1929, t. XII, p. 533. — Curtius (F.),
Franzen (B). Ber. deuls. chem. Ges., 1912, t. XLV, p. 1716.
3. Bougault (M.). Journ. Pharm. et Chimie, 1917, t. XVI, p. 33. — Bougault (M.),
Gros (A.). Journ. Pharm. et Chimie, 1922, t. XXVI, p. 5 et 421.
12
L. LEROUX
HCHO + P + 3 KOH = H — COOK + 2 IK +2 H 1 2 0.
On dose l’iode en excès au moyen de l’hyposulfite.
La méthode à l’iodomercurate potassique, applicable à tous les aldéhydes,
est basée sur le même principe
R — CHO + H 2 0 + 21 = 2 III + R — COOH
Le sel mercurique sert d’intermédiaire : il se réduit et l’on dose le sel mer-
cureux produit par l’iode et l’hyposulfïte.
Méthode àl’hypochlorite. En milieu alcalin, l’aldéhyde formique est transformé
en formiate qui abaisse proportionnellement le titre de l’alcali. Du dosage de
celui-ci on déduit la quantité d’aldéhyde mise en jeu *.
Méthode à l’eau oxygénée. En milieu alcalin, l’eau oxygénée réagit suivant
l’équation :
2 HCHO + 2 NaOH + H 2 0 2 = 2 HCOO Na + 2 H 2 0 + H 2
On dose la quantité de soude non transformée en formiate 2 .
Les méthodes au permanganate alcalin s’appuient sur le même principe 3 .
Méthode au bichromate. Due à Nicloux, cette méthode est basée sur la réaction
3 HCHO + 2 CrO’K 2 + 8 S0 4 H 2 = 2 S0 4 K 2 + 2 (S0 4 ) 3 C.r 2 + 3 CO a + H 2 0.
L’aldéhyde formique est transformé intégralement en gaz carbonique que
l’on dose gazométriquement ou pondéralement (30 milligr. d’aldéhyde formique
donnent 44 milligr. de CO 2 ) 4 .
*
*
*
Ces méthodes de recherche et de dosage nombreuses et variées ont une valeur
très inégale.
La plupart des réactions de coloration sont purement qualitatives. Celles des
types I et II, quoique très sensibles, ne sont pas spécifiques. Elles sont fournies
par les divers aldéhydes gras et souvent par les cétones. Il en est de même
pour les réactions du type III utilisant les alcaloïdes 5 .
La réaction de Schiff avec examen spectrométrique, celle de Trillat, à l’hy-
1. Ormandy (W. R.) , Craven (E. C.). Ann. Chim. anal., 1923, t. V, p. 219.
2. Mach (F.), Hermann (R.). Zeils. anal. Chem., 1923, p. 104. —- Blank (A.), Frisken-
beiner (A.). Ber. deut. chem. Ges., 1898, t. XXXI, p. 2979. — Burki (F), Schaaf (A.).
Helv. chim. Acta, 1921, t. IV, p. 418.
3. Smith (H.). Analyst., t. XXI, p. 148. — Jones (C.). Amer. Chem. Journ., t. XVII,
p. 539.
4. Nicloux (M.). Bail. Soc. Chim., 1897, t. XVII, p. 839 et 1913, t. XIII, p. 937.
5. Kling (A.), Lassieur (A.). Chim. et Ind., 1924, t. XII, p. 1009.-—• Fulton (E.). Ind.
Eng. Chem., 1931, t. III, p. 200.
ÉTUDE DE ^L’ALDÉHYDE FORMIQUE, 13
drol, celle de Cambier et Brochet à l’hydroxylamine, enfin, celle de Schryver,
sous les réserves formulées plus loin, sont plus caractéristiques.
Cependant, malgré cette incertitude, les méthodes par réactions colorées
à cause de leur rapidité ont été jusqu’à présent généralement utilisées pour la
recherche et le dosage de l’aldéhyde formique dans les divers milieux.
Il paraît donc nécessaire de réviser les connaissances ainsi acquises sur le
formol.
Les méthodes basées sur 1 ’oxydalion de l’aldéhyde formique et l’obtention de
formiates, voire de gaz carbonique, méritent le même reproche. Dans les
conditions signalées, de très nombreux corps organiques sont susceptibles de
fournir de l’acide formique, et bien plus encore du gaz carbonique. D’autre
part, l’oxydation est une opération difficile à limiter. Elle peut se poursuivre
sur l’acide formique obtenu *.
Bien préférables sont les méthodes de précipitation avec obtention de dérivés
cristallisés qui peuvent être caractérisés par l’examen microscopique et la dé¬
termination du point de fusion. Malheureusement, ces méthodes sont toujours
d’une application délicate, si la dose d’aldéhyde formique est faible, c’est-à-dire
se trouve comprise entre 1 et 300 milligrammes par litre. D’autre part leur
exécution est longue.
La méthode de recherche et de dosage de l’aldéhyde formique au moyen
du P-naphtol due à notre maître M. Richard Fosse et à ses collaborateurs 1 2 se
rattache à ce groupe. Mais son application est aisée et son exécution rapide.
Nous allons l’étudier en détail.
Recherche et dosage de l’aldéhyde formique au moyen du Ê-naphtol.
L’aldéhyde formique (une molécule) réagit sur le (3-naphtol, en solution chlo¬
rhydrique ou acétique, pour donner le dinaphtolméthane,
/H-C 10 H 6 OH X , C 10 H 6 OH
CH 2 0 -K > = H 2 0 + CH 2 (
''H-C J0 H 6 OH / v C 10 H e OH
découvert par Hosaeus et étudié par Abel et Wolff 3 * * .
En perdant une molécule d’eau, le dinaphtolméthane se cyclise en formant
le dinaphtopyrane découvert par Wolff
/C 10 H 6 OH / C 10 H 6 x
CH 2 ( —v CH 2 c ; O + H 2 0.
-OOHOOH xQiiqpj/
1 . Bougault (M.), Gros (G.). Loc. cil., p. 425.
2. Fosse (R.), Thomas (P.-E.), de Graeve (P.). C. R. Ac. Sc., 1935, t. CC, p. 1450.
3. Hosaeus (H .).Ber. deuts. chem. Ges., 1892, t. XXV, p. 2213. — Abel (J.). Ber. deuts.
chem. Ges., 1892, t. XXV, p. 3478.— Wolff (D.). Ber. deuts. chem. Gts., 1892, t. XXVI,
p. 84. — Breslauer (J.). Sur quelques nouvelles réactions de condensation de l'aldéhyde
formique. Thèse Doctorat d’Université, Grenoble, 1907, p. 27 et 47.
14
L. LEROUX
OU
/=
V
• CH '\X"
y
c
Dinaphtolméthane
-h* o -
——>
=\ CH- /*
>
%/\x\x
O
Dinaphtopyranc.
Le dinaphtopyrane engendre à son tour, au contact des halogènes, des corps
cristallisés fortement colorés: les sels de dinaphtopyryle 1 étudiés par Fosse.
Dinaphtopyrane.
Sels de Dinaphtopyryle-
Ces sels sont doués d’une remarquable activité chimique. Ils sont de très
faible solubilité, de poids moléculaire élevé, de cristallisation aisée, toutes
conditions favorables à la caractérisation et au dosage 2 .
La condensation de l’aldéhyde formique et du (3-naphtol est quantitative
dans les conditions suivantes : température de l’ébullition maintenue pendant
un quart d’heure et ramenée ensuite à 60° C. ; concentration en aldéhyde for¬
mique, 5 à 200 milligrammes par litre, soit 0,5-20 milligrammes pour 100 cen¬
timètres cubes ; concentration en p-naphtol, 250 à 300 milligrammes pour
100 centimètres cubes ; concentration en acide chlorhydrique à 22° Br, 10 cc.
pour 100 centimètres cubes de solution.
Mode opératoire.
On introduit dans un ballon, pouvant s’adapter par rodage à un réfrigérant
ascendant :
1. Fosse (R.). Bull. Soc. chim,, 1902, t. XXVII, p. 496, et 1903, t. XXIX, p. 420.
Fosse (R.)., Robyn (A.). C. R. Ac. Sc., 1903, t. CXXXVI, p. 1566.
2. Fosse (R.). Ann. Chim. et Phys., 1904, t. II, p. 267. — Fosse (R.), Lesage (L.). C. R.
Ac. Sc., 1905, t. CXL, p. 1538 ; t. CXLI, p. 625 ; 1906, t. CXLIII, p. 1543. — Lesage (L.).
Contribution à l'étude des sels de pyryle. Thèse de doctorat ès sciences, Lille, 1912. —
Fosse (R.). Bull. Soc. chim., 1909, t. V, p. 692 et p. 787.— Fosse (R.). C. R. Ac. Sc., 1912
t. CLIV, p. 1912. — Fosse (R.). C. R. Ac. Sc., 1902, t. CXXXV, p. 39530.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
15
Solution formolée 100 cc., fi-naphtol 2 , 300 mg., acide chlorhydrique 10 cc.
On chauffe au reflux et on agite le ballon pour faciliter la dissolution du naphtol 3 .
A peine celui-ci a-t-il disparu que la solution se trouble et dépose des cristaux
de dinaphtolméthane 4 5 . Après quinze minutes d’ébullition, on laisse-refroidir le
produit de la réaction vers 60°. On détache alors le ballon du réfrigérant,
après avoir rincé celui-ci avec quelques centimètres cubes d’eau distillée à 60°,
et l’on porte au bain-marie à 60° pendant un temps variant de quinze minutes
à quarante-cinq minutes suivant que le précipité paraît plus ou moins abondant.
Après ce temps, le précipité est parfaitement rassemblé et le liquide qui baigne
les cristaux est absolument limpide.
On essore à la trompe sur un filtre lavé aux acides et taré, fixé sur l’entonnoir
d’argent à surface concave de Fosse 6 utilisépour recueillir la xanthylurée. On lave
à deux ou trois reprises avec de l’eau portée à 60° 6 . On sèche à 100° pendant
une heure environ. Le poids de matière ainsi obtenu, divisé par 10, représente la
quantité d’aldéhyde formique contenu dans le volume de liqueur analysée.
L’erreur commise est comprise entre 0,1 et 1 % avec les dilutions de for¬
mol de 30 à 200 milligrammes par litre. Elle atteint rarement 5 % avec les
dilutions de 5 à 30 milligrammes par litre. La méthode convient donc parfai¬
tement aux expériences de chimie biologique. Elle est spécifique 7 , mais l’exis¬
tence de l’aldéhyde formique ne doit être affirmée qu’après caractérisation
du dinaphtolméthane.
Plusieurs procédés sont utilisables : la cristallisation, la transformation en
acétate de dinaphtolméthane, la transformation en dinaphtopyrane et en sels
de pyryle.
1. La nécessité de cette concentration en acide chlorhydrique est démontrée par
les essais suivants : 1UU cc. de solution formique contenant 18 mg. 8 d’aldéhyde sont soumis
au dosage avec 1, 5, 10 % d’acide chlorhydrique et 0,3 % de fl-naphtol. Le temps d’ébul¬
lition est de 15 minutes dans tous les cas.
Iles u liais.
Avec 1 % d’acide chlorhydrique : Aldéhyde trouvé 0,57 mg. Erreur 65,42 %.
Avec 5 % d’acide chlorhydrique : — 13,55 mg. Erreur28,19 %.
Avec 10 % d’acide chlorhydrique : — 18,90 mg. Erreur 0,53 %.
2. Le fl-naphtol du commerce doit être purifié par deux cristallisations successives.
A cet effet, on le dissout dans l’eau bouillante à raison de 5 gr. par litre. On filtre à chaud
sur papier Chardin. Le fl-naphtol cristallise par refroidissement. Les cristaux sont lavés et
essorés à l’eau distillée tiède, puis redissous dans l’eau bouillante à la même concentration
et de nouveau abandonnés à la cristallisation. On sèche sur papier filtre.
3. Fosse (R.), Thomas (P.-E.), de Graeve (P.). C. R. Ac. Sc., 1935, t. CCI, p. 105.
4. Avec une solution formolée très diluée (moins de 10 milligr. par litre),les cristaux
tombent seulement lors du refroidissement à 60°, et parfois après une vingtaine de minutes
de repos à cette température.
5. Fosse (R.). L'vrée, Paris, Presses universitaires, 1928, p. 33.
6. Le volume total de l’eau de lavage ne doit pas excéder 20 centimètres cubes. La solu¬
bilité du dinaphtolméthane dans ce volume d’eau pure à la température de 55-60“ est
d’environ 0 mg. 3, ce qui correspond à 0 mg. 03 de formol.
7. L’acide glyoxylique se combine aussi au (3-naphtol, mais plus lentement et plus diffi¬
cilement. D’autre part la matière obtenue est différente du dinaphtolméthane. Alors que
celui-ci fond en se décomposant à 191-195°, le produit en question fond à 215°.
16
L. LEROUX
1. La cristallisation. On chauffe au microbrûleur, dans un petit tube à essais,
0,1 mgr. de dinaphtolméthane, 0,1 cc. de soude N /lOet 0,3 cc. d’eau. Une goutte
d’acide chlorhydrique normal portée dans la solution bouillante donne un trou¬
ble disparaissant à l’ébullition. Par refroidissement, il se dépose de longues et
fines aiguilles cristallines.
Le même résultat peut être obtenu par dissolution de dinaphtolméthane dans le
benzène bouillant et volatilisation ultérieure du solvant. Le dinaphtolméthane
fondant en se décomposant à 191-195°(bloc Maquenne), ilconvient de confirmer
cette épreuve d’authenticité du dinaphtolméthane par l’un des essais suivants.
2. Transformation en acétate de dinaphtolméthane. Quelques milligrammes de
dinaphtolméthane sont traités par 0 cc. 5 d’anhydride acétique à l’ébullition
pendant une heure, dans un tube à essai muni d’un long tube réfrigérant. La
solution refroidie laisse déposer des cristaux (longues aiguilles fines) qui,
lavés à l’acide acétique et séchés à l’air, montrent un point de fusion de 214°au
bloc Maquenne. Le rendement de cette opération est d’environ 50 %.
3. Transformation en dinaphlopyrane et en sels de pyryle. a) Dans un tube à
essais contenant quelques milligrammes (5 mg.) de dinaphtolméthane placé
dans un bain-marie bouillant, on fait tomber II gouttes d’oxychlorure de phos¬
phore. Après deux minutes, on triture avec de l’eau et de la soude, à chaud,
l’huile rouge obtenue. On lave et on sèche le résidu gris, puis on dissout celui-ci
dans 2 cc. de benzène chaud. On laisse évaporer une goutte de solution benzé-
nique sur une lame porte-objet, puis on expose à des vapeurs de brome cette
trace de substance. Un faible enduit rouge apparaît aussitôt, formé de prismes
rouges enchevêtrés, microscopiques, de tribromure de dinaphtopyryle.
b) Le précipité de dinaphtolméthane est dissous dans l’acide formique con¬
centré à l’ébullition au reflux. Après 30 minutes de chauffage, par l’action de
l’eau puis de la soude jusqu’à alcalinisation on isole le dinaphtopyrane,produit
résineux fusible à 201°. On dissout celui-ci dans un peu de chloroforme.
Si à cette solution chloroformique on ajoute une goutte de brome, il se pro¬
duit un précipité rouge cristallin de tribromure de dinaphtopyryle que l’on peut
soumettre à la microanalyse après lavage au chloroforme bouillant et séchage à
100°. Ce tribromure peut à son tour être transformé en chlorure double d’or et
de dinaphtopyryle.
A cet effet on chauffe à l’ébullition, pendant 5 minutes, le tribromure avec de
l’acide chlorhydrique concentré; on dilue avec de l’eau, on refroidit et on filtre.
Le tribromure se décompose en brome et monobromure de dinaphtopyryle
HC
/ C 10 H 6 x
\c i0 H a//
O Br
et celui-ci, par double décomposition, fournit de l’acide bromhydrique et du
chlorure de dinaphtopyryle d’après l’équation :
/C 10 H 6 V /C 10 H 6 X
HC 4 - -- O Br + HCl = HC --y OC1 + HBr.
'C l0 H 6/ x Ci°H 6/
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
17
L’addition à la liqueur de chlorure d’or chlorhydrique précipite le chlorure double
d’or et de dinaphtopyryle
, C 10 H 6 .
HC (■ - -7 OC1 + Au Cl 3
X C 10 H 6/
magnifique précipité rouge minium qui, lavé à l’eau chlorhydrique puis au
benzène bouillant et séché à 100 ° (620), présente un poids moléculaire considé¬
rable, et peut être facilement analysé.
La solution chloroformique de dinaphtopyrane peut aussi être traitée par
l'anhydride acétique à l’ébullition pendant une heure. La solution, violet foncé,
est décomposée par l’eau. La masse pâteuse obtenue séchée parfaitement et
reprise par le benzène bouillant laisse déposerpar refroidissement un corps cris¬
tallisé fondant entre 192-194°. Ce corps est un dérivé acétique du dinaphto¬
pyrane qui répond à la formule 1
HC A- 7 O. G 2 H 3 0 2 1
\ C i°H 6/
Le procédé au [1-naphtol permet donc d’identifier l’aldéhyde formique avec
une certitude absolue. Le dosage lui-même est rapide : sa durée n’excède pas
deux heures trente minutes.
Dans les applications et adaptations que nous avons faites de cette précieuse
méthode, nous avons généralement utilisé, comme moyen d’identification du
dinaphtolméthane, l’acétylation par l’anhydride acétique et la détermination
du point de fusion du corps obtenu (F : 214°) au bloc Maquenne.
Lorsque, par suite de la rareté de l'aldéhyde formique, la quantité d’acétate
obtenu était faible, nous mélangions celui-ci avec de l’acétate pur et nous dé¬
terminions le point de fusion du mélange. Toute variation de ce point de fusion
de plus d’un degré permettait de considérer l’acétate étudié comme ne con¬
tenant pas de dinaphtolméthane.
L’identification était faite pour chaque série de dosages. Dans quelques
cas seulement, le procédé à l’oxychlorure de phosphore fut appliqué.
1. Fosse (R.). Ann. Chim. el Phys., 1904, t. IX, p: 270. •
mémoires du muséum, nouvelle série, tome x.
2
CHAPITRE II
L’ALDÉHYDE FORMIQUE DANS LES PLANTES
La question tic TexisLencc de l’aldéhyde formique dans les plantes vertes
préoccupe les physiologistes depuis plus de soixante ans.
Que se passe-t-il à l’intérieur de la cellule chlorophyllienne ? L’analyse ap¬
prend que dès qu’une feuille verte est exposée à la lumière, elle s’enrichit en
glucides, particulièrement en hexoses et polyhexoses de la forme (C 6 H 10 O 6 )"H 2 O
dont le terme le plus simple pour n égal 1 est le glucose ou ses isomères, et les
termes supérieurs, pour les hautes valeurs de n, sont les corps amylacés et la
cellulose. Dans la feuille, l’anhydride carbonique se transforme donc en glu¬
cides, mais par quel mécanisme ?
Plusieurs hypothèses ont été proposées. Elles peuvent être classées en deux
catégories. Dans la première se rangent celles qui admettent l’origine pure¬
ment minérale des sucres de la feuille et ne font contribuer à leur synthèse que
les éléments de l’anhydride carbonique et de l’eau. Dans la seconde se placent
les hypothèses qui expliquent cette formation par une élaboration protoplas¬
mique à laquelle prendraient part non seulement le carbone et les éléments de l’eau
mais aussi toutes les matières nutritives utiliséespar les racines. Nousneretien-
drons ici que les premières dont la plus ancienne est due à Boussingault *.
Ayant remarqué, après Th. de Saussure, que les plantes n’ont pas d’action
sur l’oxyde de carbone,Boussingault supposaitque, sous l’action de la lumière,
la cellule à chlorophylle décompose simultanément une molécule d’eau et une
molécule de gaz carbonique, celle-ci seulement à moitié.
Dans cette hypothèse, il se dégage un volume d’oxygène égal à celui du
gaz carbonique dissocié
CO 2 = CO + O- H 2 0 = H 2 + O
(ce qui est conforme à la valeur trouvée expérimentalement du quotient chlo¬
rophyllien) et les deux résidus, oxyde de carbone et hydrogène, mis en liberté à
molécules égales s’unissent et se polymérisent pour former un hexose.
Berthelot appuie bientôt cette manière de voir.
1. Boussingault. Economie rurale, p. 83. Agronomie, t. IV, p. 301.
ÉTUDE DE d’aldéhyde FORMIQUE
19
Peu après la découverte de l’aldéhyde formique par Hoffmann (1868), Baeyer
(1870) fait intervenir le rôle de ce corps 1 . Simplifiant la théorie de Boussingaült,
il admet que l’action chlorophyllienne porte non pas sur l’anhydride carbonique
mais sur l’acide carbonique lui-même.
Celui-ci se décompose en une molécule d’oxygène qui se dégage et une molé¬
cule d’aldéhyde formique qui, en se polymérisant, donne ensuite naissance à
tous les hydrates de carbone.
CO
= HCHO + O 2 .
Bach (1893) et Chodat (1911) 2 pensent que l’acide carbonique se dédouble
dans la cellule verte en aldéhyde formique et un corps suroxydé qui pourrait
être un acide percarbonique, C0 4 H 2 , ou de l’acide performique isomère de
l’acide carbonique.
3 C0 3 H 2 = 2 C0 4 H 2 + HCHO
Chodat et Schweitzer admettent en outre une production simultanée de
peroxyde d’hydrogène.
3 CO 3 II 2 = 2 C0 4 H 2 + HCHO
2 C0 4 H 2 = 2 CO 2 -f- 2 H 2 O s
2 CO 2 + 2 II ! 0 2 = 2 C0 3 H 2 + O 2
Admettant également l’intervention de l’aldéhyde formique, Willstfttter et
Stoll confèrent à la chlorophylle le rôle de catalyseur chimique. Celle-ci est le
mélange de deux matières colorantes définies : la chlorophylle A (vert, bleu)
et la chlorophylle B (vert jaune), complexes magnésiens triacides 3 existant
à l’état colloïdal dans le substratum des chloroplastes, dont la molécule peut
être schématisée ainsi
R =• Mg
L’anhydride carbonique donnerait, en présence de l’eau, un produit
d’addition :
HR = Mg—O —
\
OH
1. BertheLot (M.). leçons sur les méthodes générales de synthèse en chimie organique.
Paris, Gauthier-Villars, 1864. — Baeyer (A.). Ber. dents, chem. Ges., 1870, t. III, p. 68.
2. Cités par Maquenne (P.). Bull. Soc. chim., 1924, t. XXXV, p. 649.
3. La chlorophylle A a pour formule C 55 II 72 O 8 N 4 Mg. La chlorophylle B s’en distingue
par là substitution d’un atome d’oxygène à doux d'hydrogène ; sa formule est C 55 H 70 O,
N 4 Mg.
20
L. LEROUX
Sous l’action photoehimique de la lumière, ce composé dissociable aurait
ses valences remaniées et se transformerait en un isomère peroxydé :
/O
HR = Mg — O — C I
l x o
H
Cet isomère instable laisserait alors dégager une molécule d’oxygène puis se
dissocierait, régénérant la molécule de chlorophylle et libérant l’aldéhyde for¬
mique
R Ej Mg + H. CHO + O 2
Bien différente est la théorie de Wurmser dérivée de celle deBlackman( 1920).
Celui-ci a attiré l’attention sur le rôle du protoplasme *. Ayant observé que le
coefficient de température de l’assimilation chlorophyllienne n’est pas celui
d’une réaction photochimique mais d’une réaction sombre, il considère cette
assimilation comme une suite de processus : les uns photochimiques dont la
vitesse dépend du rayonnement incident, du pouvoir absorbant de la chloro¬
phylle, de la fréquence du rayonnement et faiblement de la température, les
autres obscurs (réaction de Blackman) dont la vitesse dépend de la température,
de l’état du protoplasme incolore, et de la teneur en anhydride carbonique
du milieu extérieur. Acceptant cette thèse, Wurmser suppose l’existence d’un
métabolisme adjuvant portant sur l’eau.
Celle-ci serait décomposée dans le chloroplaste avec absorption d’une
certaine quantité d’énergie (réaction endothermique)
2 H 2 0 = 2 H 2 + O 2 .
Le produit diffuserait alors dans le stroma incolore des chloroplastes et, au
cours d’une seconde réaction, l’hydrogène serait oxydé en régénérant de l’eau
et en libérant de l’énergie.
2 FI 2 + O 2 = 2 H 2 0
ce qui rendrait alors possible une troisième réaction : la réduction du gaz car¬
bonique en présence d’eau avec formation d’aldéhyde formique et libération
d’oxygène.
//°
CO 2 + H 2 0 = HCf -f O 2
X H
Suivrait alors la polymérisation.
Il s’agirait donc d’un phénomène d’oxydo-réduclion dans lequel l’énergie
1. Blackman (E.). Soc. Boy. Lond., 1920. —- Wurmser (R.). Oxydations et réductions ,
Paris, Presses universitaires, 1930, p. 39 et suivantes. — Guilliehmond (A.), Mangenot
(G.), Plantefol (L.). Traité de cytologie végétale, Paris. Le François, 1933, p. 460.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
21
nécessitée par la réduction du gaz carbonique serait empruntée à l’énergie libé¬
rée en quantité légèrement supérieure au cours de l’oxydation précédente.
Signalons enfin que pour Rupp et Schlee 1 ,raldéhydeformiqueneserait qu’un
produit de décomposition de l’acide formique, celui-ci devant être considéré
comme le premier produit de la réduction de l’acide carbonique. Les auteurs
font intervenir le peroxyde d’hydrogène
/OH OH / H
CO( +| = CO + O 2 + H 2 0.
'flH OIT
La production de l’aldéhyde formique résulterait d’une réaction de Canni-
zaro transformant l’acide formique en acide carbonique et aldéhyde formique
.H
,H
y OH
/
/
/
2 CO =
CO +
CO
OH
LI
X OH
Telles sont les théories qui confèrent à l’aldéhyde formique le rôle d’inter¬
médiaire dans la synthèse végétale des glucides. On conçoit l’importance que
peut avoir pour leur confirmation une démonstration incontestable de la pré¬
sence de ce corps dans les feuilles vertes.
L’aldéhyde formique existe-t-il dans les feuilles vertes ?
Par l’analyse, par l’expérimentation, de nombreux savants se sont efforcés
de répondre à la question. Les uns ont affirmé l’existence du formol, d’autres
l’ont contestée. Examinons ces diverses opinions.
Première thèse : L’aldéhyde formique existe dans les feuilles.
Reinke (1881), se basant sur la réduction de la liqueur de Fehling 2 et du
nitrate d’argent ammoniacal, le signale dans les sucs de feuilles de vigne, de
peuplier et de saule.
Polacci (1900) utilisant la fuchsine bisulfitée, trouve l’adéhyde dans les
feuilles récemment insolées 3 .
Les mêmes résultats sont obtenus par Angelico et Catalano (1913) dans onze
plantes au moyen d’un réactif découvert par eux, l’atractyline, glucoside de
l ’Alraclylis dissous dans l’acide sulfurique 4 .
1. Rupp (E.), Schlee (H.). Bioch. Zeils., 1926, t. CLXXII, p. 373.
2. Reinke (F.). Ber. deuls. chem. Ges., 1881, t. XIV, p. 2144.
3. Polacci (D.). Ann. agron., 1901, t. XXVII, p. 148.
4. Angelico (F.), Catalano (G.). Bull. Soc. chim., 1913, t. XIV, p. 716.
22
L. LEROUX
Kimpflin (1907) trouve l’aldéhyde formique dans les feuilles d’agave en les
injectant, après insolation, avec une solution de bisulfite de soude additionnée
de méthylparaminométacrésol l .
Usher et Priestley (1906) le voient apparaître dans des feuilles d 'Elodea
tuées par l’eau bouillante et ensuite exposées au soleil dans une solution de
gaz carbonique.
Grafe le décèle au moyen de la diphénylamine 2 .
Gentil, utilisant la réaction de Farsteiner, la réduction du nitrate d’argent
alcalin, la réaction de l’hydrol en trouve dans la feuille de betterave et dans la
racine même 3 . Au moyen de la méthode à l’oxyde d’argent il trouve 5,1 à
5,6 milligr. d’aldéhyde par kilog. dans les feuilles et 3,5 à 5,0 millig. par kilog.
dans les racines.
Schryver, avec un réactif très sensible (chlorhydrate de phénylhydrazine, fer-
ricyanure de potassium, acide chlorhydrique), trouve le formaldéhyde dans
l’herbe et de nombreuses plantes insolées durant plusieurs heures.
Après quelques jours, la solution de chlorophylle ne donne plus la réaction 4 .
Schryver pense que la chlorophylle renferme l’aldéhyde formique sous la forme
d’une combinaison assez stable, qui ne subit en présence d’eau qu’une faible
hydrolyse. L’équilibre se maintient en présence d’une trace de formaldéhyde
libre.
Rimini 5 trouve l’aldéhyde formique avec le chlorhydrate de phénylhydrazine
et le nitroprussiate de soude, Gibson au moyen d’acide gallique et d’acide sul¬
furique.
Klein et Werner captent le formaldéhyde par culture de la plante dans un
milieu contenant de la diméthylhydrorésorcine et obtiennent un dérivé cris¬
tallisé identifié par son point de fusion et son aspect microscopique 6 .
Enfin Curtius et Franzen 7 opérant sur les feuilles de charme, paraissent dé¬
montrer d’une façon définitive la présence du formol au cours d’une recherche
en quelque sorte industrielle que nous croyons utile de décrire.
Quinze cents kilogrammes de feuilles, mélangées avec un égal volume d’eau,
sont soumis à une distillation à la vapeur d’eau, jusqu’à ce que le distillât ne
possède plus de propriétés réductrices. Le distillât, faiblement acide, est aleali-
nisé avec l’eau de baryte puis redistillé. Les acides volatils restent à l’état de
sels de baryum dans le résidu de distillation.
Le distillât est agité avec de l’oxyde d’argent fraîchement précipité qui trans¬
forme les aldéhydes en acides correspondants. Après oxydation complète, on
1. Kimpflin. Cité par Maquenne (L.). Précis de physiologie végélul Paris, Payot,
1927, p. 154.
2. Grafe (F.). Cité par Czapek. Biochemie der Pflanzen, Iéna,Fischer, 1922, 1.1, p. 623.
3. Gentil (L.). Bull. Assoc. chim. Sucrerie, 1909, t. XXVII, p. 169.
4. Schryver (S. B.}. Proc. roy. Soc. London B., 1910, t. LXXXI1, p. 226.
5. Rimini (B). Chem. Zenlrabl., 1898, t. I, p. 1152.
6. Klein (G.), Werner (O.). Bioch. Zeiis., 1926, t. CLXVIII, p. 361.
7. Curtius (B.). Franzen, (A.). Ber. deuts. Chem. Ges., 1912, t. XLV, p. 1716.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
23
ajoute de l’eau de baryte. L’argent est précipité et les acides transformés en
leurs sels de baryum. On filtre. Le filtrat est alors distillé pour séparer les al¬
cools et cétones obtenus. Dans le résidu de distillation se trouvent les acides
correspondant aux aldéhydes primitifs comme sels de baryum.
La solution de ceux-ci est évaporée à siccité.
Curtius et Franzen effectuent alors leur recherche sur vingt grammes des
sels de baryum ainsi obtenus.
A cet effet, ceux-ci repris par un peu d’eau sont distillés en présence d’acide
phosphorique. Le distillât est épuisé parl’éther.La solution aqueuse dans la¬
quelle se trouve l’acide formique est neutralisée par la soude et évaporée au
bain-marie. Le sel de sodium de l’acide formique est alors caractérisé par les
réactions suivantes : obtention d’un sel d’argent incolore qui noircit à la cha¬
leur, transformation du chlorure mercurique en calomel, formation d’oxyde de
carbone avec l’acide sulfurique. Le dosage est opéré par réduction du chlo¬
rure mercurique *. Suivant ce mode opératoire, Curtius et Franzen évaluent la
quantité d’aldéhyde formique à 0,8 milligr. par kilogramme de feuilles de
charme.
A ces preuves analytiques, les physiologistes ajoutent des preuves expérimen¬
tales.
L’action du formol comme aliment est d’abord étudiée. G. et G. Nicolas 1 2
font croître le haricot dans une solution nutritive de Knop contenant de l'al¬
déhyde formique (125 milligr. par litre) ou de l’hexaméthylènetétramine, et
constatent que la plante accuse un excédent de poids par rapport au témoin. La
signification et l’amylogénèse paraissent activées. Mais cette action favorable
ne s’exerce qu’à partir du moment où la chlorophylle se trouve dans la
plante en quantité suffisante. Sinon l’aldéhyde formique a un effet toxique.
Bodnar, E. Roth et C. Bernauer 3 observent que la teneur en sucre de feuilles
de Tropœolum soumises à une atmosphère formolée est plus élevée que celle des
feuilles au début de l’expérience et que la teneur des feuilles témoins. D’après
ces auteurs la transformation en sucre de l’aldéhyde formique serait due à une
enzyme.
Sabalitschka, expérimentant avec la même plante, avait déjà constaté la
présence du formol dans les feuilles etles fleurs soumises à une atmosphère for¬
molée 4 .
Bokorny, utilisant le méthylal qui se dédouble facilement en alcool méthy-
lique et aldéhyde formique, puis l’oxyméthylsulfite de sodium que l’eau dé¬
double, à une température peu élevée, en aldéhyde formique et sulfite acide de
sodium, montre que, en l’absence de gaz carbonique, mais à la lumière, 1 ’Elodea,
le Spirogyr peuvent former de l’amidon.
1. Franzen (H.) et Egger (F.). Journ. f. prakl-Chem., 1911, t. LXXXIII, p. 323.
2. Nicolas (G. et G.). C. B. Ac. Sc., 1922, t. CLXXV, p. 1437 ; 1923, t. CLXXVI, p. 405.
3. Bodnar (J.), Roth (Ed.) et Bernauer (Cl.). Bioch. Zeils., 1927, t. CL, p. 304-405.
4. Sabalitschka (A.). Bioch. Zeils., 1924, t. CXLV, p. 373.
24
L. LEROUX
Le même auteur faisant vivre les plantes dans des atmosphères contenant
jusqu’à 1,3 % de formol, constate une augmentation de récolte et un accroisse¬
ment des sucres réducteurs *.
Le rôle toxique du formol préoccupe ensuite les expérimentateurs. Sans doute
Bose a montré qu’une solution d’aldéhyde formique agit comme poison sur
diverses activités de la plante : qu’elle arrête les pulsations rythmiques de la
feuille de Desmodium et qu’une application sur une racine ou la partie coupée
d’une tige arrête définitivement l’ascension de la sève 1 2 . Mais le même auteur
ne démontre-t-il pas aussi qu’à dose très faible l’aldéhyde, loin d’être toxique,
augmente l’activité de l’assimilation 3 . Une solution d’une partie d’aldéhyde
pour dix billions de parties d’eau détermine une augmentation d’activité de
40 % et une solution d’une partie pour un billion augmente cette activité du
double.
Effets opposés de la dose faible ou forte qui ne sont pas rares en physiologie.
Enfin les phénomènes de photolyse retiennent l’attention. Schryver expéri¬
mente sur des films à base de chlorophylle, préparés en évaporant une solution
éthérée de ce corps sur des bandes de gaze et montre que l’aldhéhyde formique
se produit à la lumière solaire en présence ou en l’absence de gaz carbonique et,
dans le dernier cas, en très petite quantité seulement.
Il conclut que, à la lumière, il se fait vraisemblablement une synthèse con¬
tinuelle de l’aldéhyde et une condensation continue en sucres, sans que l’al¬
déhyde s’accumule en proportions toxiques.
D’autre part Baly 4 réussit à préparer de grandes quantités de sucres réduc¬
teurs et de pentoses en exposant des solutions aqueuses d’aldéhyde formique, en
présence de carbonate de calcium, aux radiations d’une lampe à mercure en
quartz. Ce qui prouve que la photolyse de l’aldéhyde formique fournit des pro¬
duits analogues à ceux qui prennent naissance dans les plantes. Baly pense que
la chlorophylle intervient comme sensibilisateur optique au même titre que le
carbonate de calcium dans les expériences in vitro.
Deuxième thèse : L’aldéhyde formique n’existe pas dans les feuilles.
En face des savants qui appuient de leurs observations l’hypothèse de Bous-
singault-Baeyer ou ses variantes, certains essaient de prouver que l’aldéhyde
formique n’existe pas dans les feuilles vertes, on assignent seulement à ce corps
une origine accidentelle.
Reinke puis Curtius, en 1897, reconnaissent avoir traité comme aldéhyde
1. Bokorny. Cité par Molliard (M. ). Nutrition de la plante. T. II. Formation des subs¬
tances ternaires, Paris, Doin, 1921, p. 215.
2. Bose (Jagadis Chunder). La physiologie de la photosynthèse, trad. J. et L. Dufrenoy,
Paris, Gauthier-Villars, 1927, p. 72.
3. Bose. Loc. cil., p. 79.
4. Baly (E.-C.). Nature, 1928, t. CXXII, p. 207. — Houden (J.), Frocher (W.). Chem.
Zentr., 1928, t. I, p. 2486.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
25
formique un autre aldéhyde très répandu dont Curtius et Franzen, en 1912,
éclaircissent la nature : le a-p hexylènealdéhyde.
CH 3 — CH 2 — CH 2 — CH = C.H — CHO
qu’ils retirent notamment des feuilles de châtaignier, de vigne, de fougère fe¬
melle, d’aune, d’érable, de chêne, de lupin, de trèfle, de framboisier, de noisetier
et de noyer et qui proviendrait de la réduction du glucose ou d’un autre hexose 1 .
Ce sont les résultats de Polacci qui, en 1904, se trouvent démentis par Plan¬
cher et Ravenna 2 .
Nicloux recherche l’aldéhyde formique dans les feuilles de fusain etd’aucuba
et ne le trouve point 3 .
Résultats qui viennent à l’appui des théories sur la formation des sucres, dans
lesquelles l’aldéhyde formique est un rouage inutile.
La théorie de Maquenne est la plus caractéristique 4 .
Cet auteur considère la chlorophylle colloïdale du chloroplaste composée,
comme tous les colloïdes, d’agrégats de molécules simples, unies les unes aux
autres par des affinités lâches assimilables à des valences supplémentaires. Il
suppose que ces valences sont fournies par le magnésium devenu tétravalent
comme l’ont admis Willstatter et Stoll.
Soit l’un de ces agrégats
R = Mg
I
R = Mg
R = Mg
Si l’on soumet cette trichlorophylle à l’action de l’anhydride carbonique et
de la lumière, on la voit prendre successivement la forme carbonatée
I
HR — Mg — O — Cf
x OH
HR — Mg — O — Cf
"OH
HR — Mg — O — Cf
| OH
et la forme oxvdrique
I 'O
HR = Mg — O - CH.
I X 0
I /O
IIR = Mg — O —CH( I
I O
,o
HR = Mg — O
1. Curtius (D.), Franzen (B.). Liebigs Ann. Chem., 1912, t. CCCXC, p. 89.
2. Cités par Maquenne (L. ). Bull. Soc. chim., 1924, t. XXXV, p. 659.
3. Nicloux (M.). 1913. Loc. cit., p. 937.
4. Maquenne (L.). Loc. cit., p. 660, 661, 662.
26
L. LEROUX
Le départ d’oxygène ayant pour conséquence de libérer deux valences par
atome de carbone, chacun d’eux en profite pour s’unir à ses voisins et il se forme
une chaîne carbonée parallèle à celle du magnésium qui renferme autant
d’atomes de carbone que la chlorophylle colloïdalecontenaitd’atomesde métal :
HR — lig — O — Cdl
I I
HR — Mg — O — CH
I I
HR — Mg — O — CH
Le composé nouveau, spontanément ou sous l’influence de l’acide carbo¬
nique environnant, régénère la chlorophylle colloïdale, libre ou carbonatée, et
laisse un résidu
HO
— CH
I
HO
1
— CH
i
HO
1
— CH
qui n’est autre chose qu’un sucre.
D’après Maquenne, si l’on représente la chlorophylle par le symbole Ch, le
processus de l’assimilation du carbone s’accomplirait donc conformément à
l’équation très simple :
Ch" + n (C0 3 LI 2 ) = (ChC0 3 H 2 )" = Ch" + C"H 3 "0" -f CO 3
dans laquelle n peut prendre toutes les valeurs possibles supérieures à 1 1 .
Cette théorie permettrait de comprendre comment la production des glucides
se produit d’emblée dans le chloroplaste.
Un peu semblable est l’hypothèse de Rouge qui considère l’aldéhyde glyco-
lique comme première étape de la synthèse des glucides par suite de l’accouple¬
ment de deux molécules de forme peroxydique delà chlorophylle carbonatée 1 .
R — Mg — O — C — LI R — Mg — O — C — H
/\ /
0 — 0 O
I
o — o -» O
\/ \
R — Mg — O—C — H R — Mg — O — C — H
1. D’après Wattiez et Sternon. Loc. cii., p. 248.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
27
La scission de ce complexe régénérerait la chlorophylle, libérant O s et for¬
mant l’aldéhyde glycolique qui, secondairement, s’aldoliserait en glucose (Po-
lonovski).
Enfin Emschwiller 1 montre que la synthèse des oses au sein de la plante
s’interprète aisément par l’hypothèse de la formation transitoire du groupe¬
ment oxyméthylène. — CHOH. qui se transformerait ensuite par condensa¬
tions successives. « Ce groupement pouvant être identique à la forme active
de l’aldéhyde formique et non pas nécessairement comme on l’a admis long¬
temps à l’aldéhyde formique même. »
Tel est l’état actuel de la question. Aucune des théories que nous venons de
citer ne donne une image complète du phénomène chlorophyllien que l’on a
d’ailleurs vainement cherché à reproduire in vitro.
Cette ignorance est due pour une bonne part aux difficultés qu’ont rencon¬
trées les physiologistes dans la recherche et le dosage de l’aldéhyde formique.
Difficultés de la recherche de l’aldéhyde formique dans les feuilles vertes.
Ces difficultés sont de plusieurs ordres :
1° Les quantités à rechercher et à doser sont très petites.
2° Peu de réactifs sont spécifiques.
3° La cellule végétale est extrêmement sensible aux réactifs employés.
4° L’aldéhyde formique peut se produire au cours du traitement utilisé pour
la recherche.
1. Les quantités à rechercher sont très petites.
L’aldéhyde formique, même à la dose de un cinquante millième, est un violent
poison pour les cellules. Il ne peut donc exister dans les plantes (feuilles)
qu’en très faibles quantités : le cent millième environ d’après Bokorny 2 .
La recherche et le dosage nécessitent soit l’emploi d’un réactif très sensible,
soit la mise en œuvre de grandes quantités de matière végétale. Au dernier
point de vue, la méthode utilisée par Curtius et Franzen pour rechercher et
doser le formol dans les feuilles de charme est un modèle du genre, inapplicable
d’ailleurs dans la plupart des cas.
2. Peu de réactifs sont spécifiques.
Ceci résulte de l’examen que nous avons fait des diverses méthodes de re¬
cherche (chapitre premier). Parmi les réactifs utilisés, qu’il s’agisse des réactions
de coloration ou des réactions d’oxydation, aucun n’est exempt de reproches.
1. Emschwiller (G.). Loc. cil.
2. Bokorny (Th.). C.iem. Zeit, 1909, t. XXXIII, p. 1141 et 1150.
28
L. LEROUX
Ces agents réagissent non seulement avec l’aldéhyde formique, mais avec
d’autres aldéhydes, voire des cétones.
Nous ne citerons qu’un cas : celui du réactif de Schryver considéré comme
spécifique du formol.
Ce réactif est influencé à la fois par l’aldéhyde éthylique 1 , le glucose, l’acide
glyoxylique.
L’aldéhyde éthylioue (acétaldéhyde) et le glucose sont abondamment répan¬
dus chez les végétaux.
Quant à l’acide glyoxylique CHO — COOH il existe normalement dans les
fruits verts (raisin, groseille à maquereaux, pomme, cornouille) 2 .
D’autre part.il peut aussi résulter du dédoublement à froid 3 ou sous l’action
de la vapeur d’eau de deux diuréides :
NH — HC — HN
l’acide allantoïque OC^ COOH CO
NH 2 H 2 N
,NH — CH — HN,
et l’allantoïne OC; i CO
N NH — CO — H 2 N '
qui existent dans les feuilles de plusieurs plantes (érable, haricot, noisetier),
comme l’ont notamment constaté Fosse, Hieulle, Brunei, Leroux 4 .
Quant aux méthodes de précipitation, par suite de leur exécution lente et
surtout de leur faible sensibilité, elles n’ont été jusqu’à présent que peu ou point
utilisées.
3. La cellule végétale est très sensible.
La cellule est très sensible à l’action des agents chimiques aussi bien qu’à
celle de la chaleur.
Dans le cas présent, tous les réactifs mettant en œuvre l’action d’un acide la
tuent radicalement. Il en est de même de quelques autres composés : bisulfite
de soude, méthyl p-amido-m-crésol, sels mercureux. D’autres, comme la dimé-
thylhydrorésorcine, provoquent seulement sa narcose 5 .
Quant à la chaleur, combinée avec l’action de l’eau dans la distillation, elle
fait éclater les parois de la cellule.
Cette sensibilité extrême explique pourquoi l’aldéhyde formique n’a jamais
pu être mis en évidence à l’intérieur de la cellule vivante 6 .
1. Simonnet (C.). Rec. Méd. vétér., 1920, t. XCVI, p. 69.
2. Euler (H.). Pflanzenchemie. Brunswick, 1908, t. I, p. 15. —• Wehmer (C.). Die
Pflanzensto/Je. Iena, Fischer, 1931, p. 903.
3. Simon (L.-J.). C. R. Ac. Sc., 1904, t. CXXXVIII, p. 426.
4. Fosse (R.), Hieulle (A.). C. R. Ac. Sc., 1924, t. CLXX1X, p. 637. — Fosse (R.).
L'urée, ]oe. cit., p. 185. — Fosse (R.). C. R. Ac. Sc., 1926, t. CLXXXI1, p. 175 et 869, et
t. CLXXXIII, p. 1114. — Fosse (R.), Brunel (A.). C. R. -4r. Sc., 1931, t. CXCIII, p. 7.
— Leroux (L.). C. R. Ac. Sc., 1937, t. CCV, p. 172.
5. Klein (G.), Werner (O.). Bioch. Zeils., 1926, t. CLXVIII, p. 361.
6. Wattiez-Sternon. Loc. cit., p, 256.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
29
4. L'aldéhyde formique peut-il se produire au cours du traitement
en vue de la recherche ?
La présence de l’aldéhyde formique serait-elle parfaitement établie, une
grave objection se présente : ce corps peut-il se produire au cours du traite¬
ment qu’on fait subir à l’organe végétal ?
Le procédé classique de recherche consiste à distiller les feuilles avec de l’eau
et à examiner le liquide distillé L
Or nous avons vu que, pendant cette opération, il se produit un éclatement
des cellules. Il y a en outre oxydation partielle et nul ne peut affirmer qu’il ne
se produit pas d’aldéhyde formique aux dépens de substances comme le glu¬
cose, le saccharose, la glycérine, la marmite, le glycocolle, l’acide acétique 1 2 .
Curtius et Franzen, eux-mêmes, ont signalé dans le liquide de distillation
des feuilles de charme, outre la présence de l’aldéhyde formique, celle d’al¬
déhydes acétique, butyrique, valérianique, hexylénique, nonylénique, ainsi
que d’acides volatils et d’alcools incomplets, sans démontrer que tous ces corps
préexistaient dans la plante vivante 3 .
D’autre part, Warner 4 puis Baur 5 ont établi que l’aldéhyde formique pou¬
vait être un produit d’oxydation des extraits chlorophylliens. Il n’est pas im¬
possible qu’au cours de la distillation pour séparer les substances réductrices
non volatiles, cet aldéhyde se produise par mort des grains de chlorophylle.
Jorgensen et Kidd ont observé des faits du même ordre 6 . Quant à Mazé, il
n’a jamais pu reconnaître la présence d’aldéhyde formique dans le distillât de
plantes vertes préparé à 60° sans pression réduite.
L’hydrolyse d’un certain nombre de substances végétales, notamment des
substances ligneuses, peut aussi donner de l’aldéhyde formique 7 .
Enfin, on ne saurait oublier que le formaldéhyde se forme également sous
l’action de certaines diastases présentes dans les feuilles, par fermentation des
glucides 8 ou par destruction d’acides aminés, type glycocolle 9 , la chlorophylle
pouvant accélérer cette action.
Si, après la récolte, les plantes continuent à vivre pendant un certain
temps encore, il n’est pas moins vrai que des réactions (oxydations, réductions,
hydrolyses, etc.) s’y poursuivent aux dépens des réserves. Il est donc abso
lument nécessaire d’effectuer la recherche de l’aldéhyde formique sur des
organes frais.
1. Bertrand (G.), Thomas (P.). Loc. cil., p. 440.
2. Fosse (R.). C. R. Ac. Sc., 1936, t. CCII, p. 445.
3. Curtius (Th.), Franzen (H.). Chem. Zeut., 1912, II, p. 722.
4. Warner (K.). Proc. Roy. Soc., Londres, 1914, B. LXXXVII, p. 378.
5. Baur (H.). Helv. chim. Add., 1935, t. XVIII, p. 1157.
6. Cités par Wattiez et Sternon. Loc. cil., p. 443.
7. Freudenberg (K.), Harder (M.). Ber. deuls. chem. Ges., 1927, t. LX, p. 581.
8. Duclaux. Microbiologie, Paris, Masson, 1898, t. I, p. 238. — Maurer (K.). Bloch.
Zeits., 1926, t. CLXXIII, p. 201.
9. Schweizer (R.). Bioch. Zeils., 1916, t. LXXVIII, p. 37.
30
L. LEROUX.
Le procédé de recherche et de dosage par le (3-naphtol permet-il de vaincre
quelques-unes des difficultés que nous venons de signaler ? C’est ce que nous
allons voir.
Recherches personnelles.
Le procédé de recherche et de dosage de l’aldéhyde formique au moyen du (S-
naphtol par sa grande sensibilité et par sa spécificité réduit les deux premières
difficultés.
Pour éviter le plus possible les deux autres : sensibilité très grande de la cel¬
lule végétale, production accidentelle d’aldéhyde formique, nous avons examiné
les plantes aussitôt, ou quelques heures seulement, après la récolte. Nous avons
en outre retranché du mode opératoire le chauffage, même à température peu
élevée, nécessaire pour la distillation sous pression réduite, afin de ne pas
provoquer l’hydrolyse de corps sensibles comme les diuréides et la mise en
liberté d’acide glyoxylique entraînable à la vapeur d’eau.
Nous avons travaillé sur des feuilles vertes récoltées dans la période mars-mal.
Dans le cas des petites quantités, la matière était broyée au mortier avec du
sable fin calciné et de l’eau distillée. Dans celui de quantités importantes (100
à 200 grammes) la matière était broyée dans un hache viande puis reprise par
l’eau distillée.
Le produit était alors passé rapidement à travers une toile. Le liquide ver¬
dâtre obtenu, centrifugé, était soumis :
1° à la réaction de Schryver à froid.
2° à la réaction du [3-naphtol.
Fincke 3 , ayant signalé que les plantes pouvaient contenir des substances
dissimulatrices de l’aldéhyde formique, nous avons d’abord cherché si ce corps
ajouté en quantité déterminée à une plante non susceptible d’en contenir pou¬
vait être retrouvé.
Ce qui nous a permis de définir en même temps la sensibilité du mode opéra¬
toire adopté.
Expérience I.
85 grammes de feuilles d’iris sont broyées et mises à macérer pendant 24 heu¬
res, à la glacière, dans dix fois leur poids d’eau distillée.
La macération est filtrée. Elle ne donne ni la réaction de Schryver, ni aucun
précipité avec le p-naphtol en milieu chlorhydrique, à l’ébullition dans les
conditions de concentration décrites au chapitre premier.
1. Fincke (H.). Biuch. Zeits., 1013, t. L1I, p. 214.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
31
A 50 cc. de la macération on ajoute 50 cc. d’une solution contenant 8,8 mil¬
ligr. d’aldéhyde formique. On abandonne pendant une heure à la température
du laboratoire (20° C.).
On dose le formol restant au moyen du [3-naphtol :
Poids de dinaphtolméthane trouvé : 89,0 milligr.
Poids d’aldéhyde formique correspondant : 8,9 milligr.
Expérience II.
A 50 cc. de la macération précédente on ajoute 50 cc. d’une solution conte¬
nant 8,5 milligr. d’aldéhyde formique. On abandonne pendant quaranle-huil
heures à la température du laboratoire.
On dose le formol restant.
Poids de dinaphtolméthane trouvé : 83,1 milligr.
Poids d’aldéhyde formique correspondant : 8,31 milligr.
La perte de 3 % accusée par ce dosage correspond aux erreurs d’expérience.
Expérience III.
20 grammes de feuilles de fusain sont broyées avec leur poids de sable fin
calciné et deux fois leur poids d’eau.
Le liquide verdâtre passé à travers un linge est centrifugé. Réactions de
Schryver et du [3-naphtol négatives.
A 10 centimètres cubes de ce liquide on ajoute 100 cc. d’une solution formi¬
que diluée. On abandonne pendant six heures à la température du laboratoire.
Après ce temps on ajoute 10 % d’acide chlorhydrique concentré. On agite.
Après quelques minutes on filtre et l’on dose l’aldéhyde formique dans la solution
limpide par addition de [3-naphtol et ébullition.
Le précipité de dinaphtolméthane obtenu est coloré par des impuretés. On
le dissout dans quelques centimètres cubes de lessive de soude, à 10 gr. par 1.,
puis on reprécipite en acidulant par l’acide chlorhydrique.
Résulials.
Dinaphtol-
Aldéhyde
méthane
formique
Témoin .
138,5 mg
13,85 mg
Après contact avec le produit du broyage des
feuilles de fusain..
140,2 mg
14,02 mg
Expérience IV.
La même expérience que précédemment est faite avec le produit du broyage
de 50 grammes de feuilles de houx. Réactions de Schryver et du [3-naphtol
32
L. LEROUX
négatives. Après centrifugation, le liquide trouble provenant du broyage est
additionné d’une solution de formol très diluée (0,25 mg. d’aldéhyde formique).
On laisse en contact pendant une heure.
On dose le formol restant au moyen du [B-naphtol.
Résultats.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Témoin. 2,4 mg 0,24 mg
Après contact avec le produit de broyage des feuilles
de houx. 2,0 mg 0,20 mg
Ces diverses expériences montrent que l’aldéhyde formique peut être recherché
et dosé au moyen du $-naphtol dans la macération ou le suc provenant du broyage
des feuilles.
Sensibilité du mode opératoire. — Avec les sucs foliaires, généralement
troubles et verdâtres, la réaction de Schryver, comme nous avons pu nous en
assurer par des expériences témoins faites sur plus de vingt plantes, est encore
parfaitement visible (coloration rose) avec une quantité d’aldéhyde formique
qui ne dépasse guère 0,01 milligramme dans une prise d’essai correspondant à
dix grammes de matière fraîche.
Autrement dit la réaction est nette avec 1 milligramme d’aldéhyde formique
par kilogramme de plante fraîche.
Toutefois, avec les liquides visqueux, il est bon d’intervertir l’ordre des réac¬
tifs de la manière suivante :
Acide chlorhydrique au lieu de Chlorhydrate de phénylhydrazine
Chlorhydrate de phénylhydrazine Ferricyanure de potassium
Ferricyanure de potassium Acide chlorhydrique
Quant à la réaction du fi-naphlol, l’expérience IV, décrite ci-dessus, démontre
parmi dix autres résultats du même ordre, le degré de sensibilité et d’exactitude
que l’on peut atteindre :
0,25 mmgr. d’aldéhyde formique pour 50 gr. de feuilles fraîches
soit 5,00 mmgr. — — pour 1.000 — —
Avec un poids d’eau correspondant exactement au poids de feuilles broyées
(au lieu d’un poids double) et en opérant sur 200 grammes de feuilles fraîches, on
peut doser avec précision un poids d’aldéhyde formique de 1,25 milligrammes.
Autrement dit, la sensibilité du procédé au fs-naphtol atteint le degré de celui
de Schryver et permet l’identification sûre du produit sans qu’il soit fait appel
à une distillation quelconque.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
33
Recherche de l’aldéhyde formique dans les feuilles vertes.
Pourvus de cette méthode, nous avons recherché systématiquement l’aldéhyde
formique dans les feuilles vertes de soixante-cinq plantes appartenant aux
espèces les plus variées.
Cet examen comportait deux phases : 1° une sélectionnes plantes au moyen
de la réaction de Schryver à froid ; 2° lorsque cette réaction était positive, nous
tentions la précipitation par le [3-naphtol.
1. Application de la réaction de Schryver aux sucs foliaires
chlorophylliens.
Mode opératoire. Dix à vingt grammes de feuilles fraîches sont finement
broyées au mortier de grès avec leur poids de sable lin calciné et deux fois leur
poids d’eau distillée. La bouillie est pressée dans un linge. Le liquide est centri¬
fugé. Dix centimètre cubes de celui-ci sont additionnés de :
2 ce. solution de chlorhydrate de phénylhydrazine à 1 %.
1 cc. solution de ferricyanure de potassium à 5 % 1 .
5 cc. acide chlorhydrique concentré.
La coloration rose ou orangé foncé est considérée comme une réaction posi¬
tive.
A titre documentaire, la même réaction est opérée sur 10 cc. de liquide préala¬
blement soumis à la température du bain-marie bouillant pendant deux mi¬
nutes.
Les résultats obtenus sont mentionnés dans le tableau suivant.
Feuilles
Réaction
de
Schryver
(à froid)
Réaction
de
Schryver
(à chaud)
Abricotier (Prunus ameniaca) .
. + 2
+
Aster (Aster sp.) .
. ( + )
(+)
Aucuba ( Aucuba japonica) .
. +
+
Cerisier (Cerasus vulgaris) .
. ( + )
( + )
Charme (Carpinus belulus) .
. —
—
Chêne (Quercus nigra ).
. —
—
1. Solutions fraîches datant au plus de quarante-huit heures.
2. Le signe -(- signifie réaction positive. Le signe (-(-) signifie réaction positive très lé¬
gère. Le signe + -J- signifie réaction positive très forte. Le signe — signifie réaction
négative.
mémoires du muséum, nouvelle série, tome x.
3
34
L. LEROUX
Réaction Réaction
de de
Schryver Schryver
Feuillles (à froid) (à chaud)
Chèvrefeuille (Lonicera caprifolium) . + +
Chiendent ( Trilicum repens ). ( + ) ( + )
Chou vert (Brassica vulgaris) . — —
Chou de Bruxelles ( Brassica oleracea gemmifera) . —
Cornouiller (Cornus mas ). — —
Cresson de fontaine (Nasturlium officinale) . ( + ) ( + )
Epinard (Spinacia oleracea) . — +
Erable [Acer pseudo plalanus) . (j-) ( + )
Estragon (Arlemisia dracunculus) . —
Fève (Faba vulgaris) jeunes plantules. — —-
Fougère mâle (Polystichum filix mas) .
Fraisier (Fragaria vesca) . — +
Fusain (Evonymus europaeus) . —
Géranium (Pélargonium pelsalum ). — —
Groseillier (Ribes rubrum) . — —
Haricot (Phaseolus vulgaris) jeunes plantules. —- —
Houx [Ilex aquifolium) . — —
If (Taxus commuais) . — —
Iris (Iris germanica) . — —
Jacinthe des bois (Scilla nulans) . —
Laitue (Lactuca vulgaris) . ( + ) ( + )
Lavande (Lavandula officinalis) . — —-
Laurier-cerise (Cerasus laurocerasus) . — —•
Laurier-sauce (.Laurus nobilis) . — ■—
Lentille comestible (Vicia lens) jeunes plantules.... — —
Lierre (Hedera hélix) . ( + ) ( + )
Lilas (Syringa vulgaris) . — —
Maïs (Zea mays) jeunes plantules. — —
Marronnier à fleurs blanches (Œsculus indica) . — —
Muguet (Convallaria marabis) . — —
Noisetier (Corylus avellana) . ( + ) ( + )
Noyer (■Juglans nigra) . + +
Orm e (ülmus campeslris) . — —
Ortie (Urlica dioica) . ( + ) ( + )
Ortie rouge (Lamium purpureum) . — +
Oseille (Rumex acelosa) . + +
Pâquerette (.Bellis perennis). . —
Pensée [Viola Iricolor) . ( + ) ( + )
Persil (Petroselinum saiivum) ... ( + ) ( + )
Pissenlit (Leontodon laraxacum). . . — —*
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
35
Feuilles
Pivoine (Paeonia officinalis) ..
Platane (Plalanus orienlalis) .
Pois (Pisum salivum) jeunes plantules. .
— feuilles.
Pommier (Pirus communis) .
Primevère (Primula officinalis) .
Prunellier (Prunus spinosa ).
Rhododendron (Rhododendron arboreum)
Rhubarbe (Radix Rhei )...
Romarin (Rosmarinus officinalis) .
Ronce sauvage (Rubus frulicosus) .
Rosier (Rosa polyanlha ).
Rose-trémière (Alihæa rosea ).....
Sainfoin (Hedysarum communia ).
Salsifis (Tragopogon porrifolium) .
Sureau (Sambucus nigra ).
Troène (Liyuslrum communis) .
Violette ( Viola odorala) .
Réaction
Réaction
de
de
Schryver
Schryver
(à fioid)
(à chaud)
( + )
+
( + )
( + )
+
+
f +
+ 4-
( + )
( + )
( + )
+
—
T-
+ +
+ +
2, Application de la réaction au fi-naphlot aux sucs végétaux fournissant à froid
la réaction de Schryver.
Mode opératoire. 100 à 200 grammes de feuilles sont broyées au hache-
viande.
La pulpe est reprise par 120 à 240 cc. d’eau distillée. On exprime à la presse
à travers une toile jusqu’à obtenir 100 ou 200 cc. selon que la prise d’essai était
de 100 ou de 200 grammes. On centrifuge.
Le liquide décanté est acidifié à 10 % avec de l’acide chlorhydrique concen¬
tré. On agite. Il se forme un précipité brun verdâtre. Après une demie-heure,
on filtre, et le liquide limpide est introduit dans un ballon à col rodé avec
0,003 de P-naphtol.
On fait bouillir au reflux pendant quinze minutes. On laisse refroidir à 60° C.
et on maintient à cette température pendant quarante-cinq minutes. Le précipité
est lavé à l’eau distillée chaude (60°C.). Il est toujours souillé. On le dissout dans
quelques centimètres cubes de soude à 10 gr. par 1. On filtre et on lave. Le filtrat
est alors additionné d’acide chlorhydrique (10 % environ). Le nouveau préci¬
pité est fdtré, lavé à l’eau froide, séché à 100° et pesé.
Le précipité est alors soumis aux opérations d’identification du dinaphtol-
méthane.
36
L. LEROUX
La transformation en acétate de dinaphtolméthane suivant le mode décrit
au chapitre premier est essayée dans la majorité des cas. La transformation en
dinaphtopyrane et sel de dinaphtopyryle (tribromure) est essayée avec les
précipités peu importants.
Le tableau suivant rend compte des résultats obtenus.
Feuilles.
Abricotier .
Acer pseudo Platanus
Aster .
Aucuba .
Cerisier .
Chèvrefeuille.
Chiendent.
Cresson de fontaine...
Laitue .
Lierre ..
Noisetier .
Noyer .
Ortie .
Oseille .
Pensée .
Persil .
Pivoine .
Pois (jeunes plantes).
— (feuilles) .
Rhododendron .
Romarin .
Ronce sauvage.
Troène .
Réaction de
Réaction avec
Schryver
le (3-naphtol
à froid.
sur 100 gr.
-+-
précipité : 5 mg.
•• ( + )
néant.
( + )
néant.
+
précipité : 5 mg.
• • ( + )
néant.
+
précipité : 4 mg.
( + )
néant.
( + )
néant.
■ ■ ( + )
néant.
• • ( + )
précipité : 2 mg.
•• ( + )
précipité : 15 mg.
+
néant.
( + )
néant.
+
précipité : 21 mg.
• • ( + )
néant.
• • ( + )
néant.
■ • ( + )
néant.
• • ( + )
néant.
+
néant.
. • + 4*
précipité : 30 mg.
.. (+)
néant.
.. (+)
précipité : 4 mg.
++
précipité : 10 mg.
Dans les cas de l’abricotier, de l’aucuba, du chèvrefeuille, du lierre, du noise¬
tier, de l’oseille, du rhododendron, du troène, le précipité obtenu, incristalli-
sable même après deux reprécipitations, et soumis d’une part à l’action de
l’anhydride acétique (formation d’acétate de dinaphtolméthane) et d’autre part
à celle de l’oxychlorure de phosphore (formation de dinaphtopyrane) n’a ja¬
mais pu être identifié comme dinaphtolméthane.
Dans ces conditions, il est permis d’affirmer que la réaction de Schryver, chez
les plantes examinées, ne correspond nullement à la présence d’aldéhyde formique.
CHAPITRE III
L’ALDÉHYDE
FORMIQUE DANS LES ALIMENTS CONSERVÉS
L’action des vapeurs de formol sur les tissus organiques a été signalée pour la
première fois en 1892 par Berlioz et Trillat 1 au moyen de l’expérience suivante :
Dans un tube allongé, on place des déchets de viande fraîche et on les fait
traverser par un courant d’air ayant barbotté dans une solution de formol à cinq
pour cent. Ce courant d’air passe, à l’autre extrémité du tube, dans un récipient
contenant soit une solution ammoniacale de nitrate d’argent, soit de l’eau d’ani¬
line. On fait passer le courant d’air pendant dix minutes dans le tube et l’on
constate que les réactifs ne donnent aucun trouble ni précipité caractérisant la
présence de l’aldéhyde formique.
Sous cette influence la surface de la viande durcit, la muqueuse étant en
quelque sorte tannée.
Que devient l’aldéhyde formique dans ces conditions ? La question est loin
d’être résolue.
L’aldéhyde formique coagule instantanément l’albumine et la gélatine en les
transformant (sans changement dans leur apparence extérieure) en des matières
infermentescibles insolubles dans l’eau et la plupart des réactifs.
Il s’agit vraisemblablement, comme le pense Lepierre 3 , d’un phénomène de
condensation et de déshydratation avec fixation de groupes CH 2 et formation
d’un dérivé méthylénique, comme sur la plupart des composés organiques azotés.
Une partie de l’aldéhyde formique peut aussi se combiner aux acides aminés
dont la fonction amine se trouve ainsi bloquée (Sorensen).
Une fraction peu importante est transformée en acide carbonique et eau par
les oxydases 4 .
Enfin une partie restée libre finit par disparaître ou se polymériser.
En raison de ces propriétés coagulantes, l’aldéhyde formique est un anti-
1. Berlioz (F.), Trillat (A,). Journ. Pharm. et Chimie, 1892, t. XXVII, p. 419.
2. Walter (K.), Berlioz (F.), Trillat (A.). C. B. Ac. Sc., 1892, t. CXV, p. 290.
3. Lepierre (Ch.). Journ. Pharm. et Chimie, 1899, t. IX, p. 449.
4. Cervello et Piltini, Batelli et Stern. Cités par Bidault (C.). Conservation de la
viande et du poisson, Paris, Baillière, 1927, p. 223.
38
L. LEROUX
septique puissant. Sous forme de solution à 8 % et, à l’état de vapeurs, il a
parfois été utilisé pour le traitement des aliments en vue de leur conservation
(lait, viandes, fruits, boissons) L
Le grand reproche que l’on fait au formol ainsi ajouté aux aliments est de
rendre ceux-ci inassimilables par suite de son action sur les albumines. Toute¬
fois il semble qu’il n’y ait pae lieu d’exagérer cette action. Simonet a montréque
laliaisonest assez lâche pour que le formol disparaisse en grande partie par ébul¬
lition dans l’eau et totalement par rôtissage. L’innocuité des viandes dont la
teneur en formol est inférieure à 1 /5000 paraît hors de doute 2 . A ce taux il
n’exerce aucun effet empêchant pour les sucs digestifs. Lepierre a d’autre part
étudié l’action du formol sur les produits d’hydrolyse des albuminoïdes parles
sucs digestifs, et notamment les albumoses etles peptones. lia pu établir que les
produits formés ne sont pas rebelles à toute assimilation car ils sont suscep¬
tibles de digestion pepsique normale quoique plus lente que les mêmes albu¬
minoïdes non soumis à l’action du formol.
Au-dessus de 1 /5000, si le mode de cuisson n’intervient pas pour en réduire les
effets, la nocivité de la viande traitée par les vapeurs de formol est incontestable.
Simonet signale qu’une tranche de viande de cent centimètres carrés et d’une
épaisseur de un centimètre renfermerait à l’état cru 20 millig. d’aldéhyde, ca¬
pables de provoquer des lésions cutanées et chez certains individus à reins fra¬
giles, des troubles urinaires. Mais cette nocivité n’a pu être démontrée avec des
viandes recouvertes d’une couche de graisse de plus de un centimètre d’épais¬
seur.
Quoi qu’il en soit, en France, la pratique de la formolisation des aliments est
interdite par la Circulaire ministérielle du 30 septembre 1897 et le Décret du
15 avril 1912.
Cependant, il y a des cas où l’aldéhyde formique peut se trouver normalement
dans les aliments par suite de certains traitements (fumaison, saurage) ou de
simples réactions chimiques (désamination) déclenchées par la conservation.
Fumaison. La présence de l’aldéhyde formique dans les fumées a été démon-
1. Le formol contenu dans la viande (bœuf de provenance argentine et traité par le
procédé Linley, c’est-à-dire par exposition aux vapeurs de formol à raison de 10 gr. par
m 3 , pendant une heure) permet de conserver celle-ci à l’état réfrigéré pendant trois mois,
alors que par la réfrigération simple la durée de la conservation ne dépasse guère trois se¬
maines (Simonet).
Quantités d'aldéhyde formique nécessaires pour obtenir une conservation efficace :
Vins, bières. 0,0005 à 0,001 gr. par litre.
Confitures, conserves de tomates. 0,01 %.
Viande. 0,20 %.
Bouillon. 0,040 gr. par litre.
D’après Jablin-Gonnet. Journ. Pharm. et Chimie , 1891, t. XXV, p. 453 ; 1892, t. XXVI,
p. 387 ; 1897, t. VI, p. 116. Trillat (A.). Journ. Pharm. et Chimie, 1892, t. XXVI,
p. 135.
2. Simonet (B.). Rec. Méd. vétér., 1920, t. XCVI, p. 62.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
39
trée par Trillat *, qui a déterminé pour Un certain nombre de combustibleslâ dose
dégagée au cours d’une combustion rigoureusement identique.
La fumaison est utilisée depuis l’Antiquité pour la conservation des viandes.
Elle consiste à exposer pendant un temps plus ou moins long des quartiers de
viande à l’action des fumées. A la suite de ce traitement, les parties superficielles
durcissent, se tannent, tandis que l’intérieur prend un goût et une odeur parti¬
culiers dus à des vapeurs créosotées et phénolées variant avec le mode de fu¬
maison. L’aldéhyde formique ne pénètre que très peu les viandes soumises aux
fumées. S’il est possible de le caractériser dans les viandes fraîchement traitées,
dans les autres il se trouve polymérisé et peut échapper à certains procédés
de recherche (rosaniline, par exemple). Les doses trouvées varient en général
de 0,3 à 2 milligr. d’aldéhyde pour 100 gr. de produit 2 . Elles sont d’autant
plus élevées que la fumaison a été plus poussée.
Désamination. Cette hypothèse sur l’origine du formol dans certains aliments,
le poisson en particulier, a été émise par Tankard, Bagnali, Lunde, Mathiesen
et Reay 3 * . Ces auteurs ont trouvé de l’aldéhyde formique dans le poisson frais
(hareng, morue, merluche, maquereau) et l’attribuent à la préexistence de
triméthylamine. Ce corps ainsi que la diméthylamine, existent normalement,
on le sait, dans la saumure de hareng.
Par oxydation, la triméthylamine se décomposerait delà manière suivante
2 (CH 3 ) 3 N + O 2 = 2 (CI-F) 3 NH + 2 IICHO
2 (CH 3 ) S NH -f O 2 = 2 CH 3 NII 2 + 2 HCHO
Les quantités d’aldéhyde formique trouvées dans les poissons frais sont plus
faibles que dans les poissons (hareng) et crustacés (crabe) conservés en boîtes
L’ordre de grandeur des quantités trouvées est de lmg. pour 100 gr. Cette pré-
1. Trillat (A.). Rev. d'hyg., 1905, t. XXVII, p. 147.
Doses d’aldéhyde formique provenant de la combustion de divers combustibles (Foyer
à parois en verre).
en mg. par kg. du poids
du combustible.
Bois de sapin.
Bois de chêne .
Bois de noyer .
Bois de châtaignier
Papier filtre.
Pétrole.
Benzène.
27
53
39
30
20
8
2. Perrier (G.). C. R. Ac.Sc., 1906, t.CXLIII, p.602. — Callow (E.-H.). Analyst, 1927
p. 391.
Ces auteurs ont trouvé dans le jambon fumé 0,03 à 1,2 mg. d’aldéhyde formique pour
100 gr. et dans la poitrine fumée 0,04 à 0,6 mgr. pour 100 gr.
3. Tankard (A.), Bagnali (J.-F.). Analyst, 1926, p. 565. — Lunde (G), Mathiesen (E.).
lnd.,Eng. Chem., 1934, t. XXVI, p. 974. — Reay (G.). Analyst, 1936, p. 78.
40
!.. LEROUX
sence de l’aldéhyde formique ne peut être imputée ni à une activité bactérienne
ni à une réaction entre la chair du poisson et le fer desrécipients, niàuneaddi-
tion frauduleuse. Le vieillissement des conserves n’a aucune influence.
La désamination peut également se faire aux dépens des acides aminés,
avec formation d’un aldéhyde et mise en liberté d’ammoniaque et de gaz car¬
bonique.
Les conserves de viande renferment toujours ces acides par suite de l’hydro¬
lyse prolongée que subissent les matières protéiques pendant la cuisson et la
stérilisation. Or l'un d’eux, le glycocolle 1 , sous l’action d’oxydants (perman¬
ganate calcique, électrolyse en milieu alcalin) 2 ou sous l’action de diastases
comme la tyrosinase 3 , donne de l’aldéhyde formique suivant la réaction :
CH* (NH a ) — COOH + O = HCHO + NH 3 + CO a
Malgré son intérêt biologique, l’étude de ces réactions est peu avancée par
suite de l’absence d’une méthode sûre de dosage du formol. Quelles sont en
effet les méthodes officiellement reconnues ?
Méthodes officielles utilisées pour la recherche et le dosage de l’aldéhyde
formique dans les aliments.
Sauf pour les produits liquides susceptibles d’être décolorés et soumis direc¬
tement aux réactions de coloration, la recherche de l’aldéhyde formique se fait
toujours sur le liquide provenant de la distillation de l’aliment étudié avec de
l’eau additionnée d’un acide.
Le procédé Spinette applicable aux viandes, poissons et conserves 4 , consiste
à distiller la matière broyée avec de l’eau additionnée d’un peu d’acide sulfu¬
rique 5 et d’une quantité de sulfate de soude sec et pulvérisé suffisante pour sa¬
turer à froid la solution. On opère ensuite sur un volume de distillât représen¬
tant environ la moitié du volume mis en jeu.
1. Rappelons que le glycocolle,par exemple CH 2 (NH 2 ) — COOH, a été obtenu en 1820
par Braconnot, par hydrolyse delà gélatine.
2. Fosse (R.). C. B. Ac. Sc.., 1935, t. CC1I, p. 447.
3. Schweizer (K.). Bloch. Zeits., 1916, t. LXXVIII, p. 37.
4. Kling (A.), Robin (L.). Méthodes actuelles d’expertises employées au Laboratoire
municipal, Paris, Dunod, 1923, t. VI, p. 117 et 119.
5. Ferdinand (Jean). Journ. Pharm. et Chimie, 1899, t. IX, p. 404. — Le but de cette
addition d’acide est d’éviter la polymérisation du formol au cours de la distillation. Dans
le cas des viandes, avec une faible teneur en acide (3 à 5 gouttes d’acide pur dans 50 cc.
d’eau) et en ne poussant pas la distillation, il n’v a pas lieu de craindre l’action de l’acide
fort sur certains constituants normaux du muscle tels que l’acide lactique qui, dans ces
conditions, se transforme à peu près intégralement en éthanol (Simonet, toc. cil., p. 68).
Les chimistes anglais préfèrent utiliser l’acide phosphorique. Kohn-Abrest (/oc. cit., p. 56)
emploie l’acide tartrique dans le cas d’une recherche dans les viscères (0,60 gr. pour 100 gr.
d’échantillon).
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
41
Les réactions agréées 1 sont les suivantes :
Recherche par la phloroglucine. On fait usage d’une solution de phloroglucine
incolore à 1 gr. par litre et d’une solution de soude à 10 % de NaOH pure. On
verse dans un tube à essai 5 cc. environ du liquide étudié, 2 à 3cc.de la solution
de phloroglucine. On agite, puis on ajoute 1 à 2 cc. de la solution alcaline.
En présence de formol, il se développe une coloration rose.
Recherche par le phénol. On ajoute au distillât quelques gouttes d’une solution
aqueuse très diluée de phénol et on verse de l’acide sulfurique concentré de telle
façon que les deux liquides se mélangent aussi peu que possible. En présence de
formaldéhyde, il se produit un anneau rouge carmin au contact des deux liquides.
Ces réactions étant communes à divers aldéhydes, on caractérise l’aldéhyde
formique par le procédé de Trillat (formation d’hydrol) dont nous avons indi¬
qué le principe (chapitre premier).
Voici le mode opératoire imposé :
On distille 100 cc. de liquide contenant le formol, de manière à obtenir environ
25 cc. de liquide distillé. Celui-ci est additionné d’un demi-centimètre cube de
diméthylaniline et de 5 cc. d’acide sulfurique à 1 %, dans un petit flacon que
l’on bouche et que l’on place sur un bain-marie à une température d’environ
50 degrés. Après une heure de chauffage, la condensation est terminée : on
verse le contenu du flacon dans un ballon d’un demi-litre, on étend à environ
100 cc. et on alcalinise fortement avec 5 cc. de lessive de soude. On relie le ballon
d’une part avec un récipient contenant de l’eau et d’autre part avec un réfri¬
gérant incliné ; on chauffe le ballon et on fait passer en même temps un violent
courant de vapeur d’eau, de manière à chasser complètement la diméthylani¬
line, ce que l’on reconnaît lorsqu’il ne passe plus de gouttelettes huileuses (durée
du passage de la vapeur, environ 10 minutes).
La base résultant de la combinaison de la diméthylaniline et du formol reste
dans le résidu. Il suffit, pour une recherche qualitative, d’aciduler le liquide avec
de l’acide acétique, d’en prélever quelques centimètres cubes et d’ajouter une
trace de bioxyde de plomb en suspension dans l’eau (2 à 3 gr. en suspension
dans 100 cc. d’eau) pour voir apparaître à l’ébullition la coloration bleue, carac¬
téristique de l’hydrol qui disparaît à froid et reparaît à chaud.
Pour doser le formaldéhyde, on opère sur la totalité du liquide alcalin que
l’on traite par l’éther. Par évaporation de l’éther, on obtient les cristaux de
tétraméthyldiamidodiphénylméthane, du poids desquels on déduit celui de
l’aldéhyde formique.
Difficultés de la recherche et du dosage du formol dans les conserves.
Ces difficultés tiennent :
1° à l’insolubilité des combinaisons albuminoïdes-aldéhyde formique;
2° à la désamination.
1. Méthodes prescrites par l’Arrêté ministériel du 18 janvier 1907 (C. B, Cons. Hyg ,
Seine, 1907, p. 485).-
42
T,. I.EROUX
1. Insolubilité des combinaisons albuminoïdes formolées.
La distillation en présence d’acide sulfurique et de sulfate de soude à satu¬
ration ne permet pas de détacher tout l’aldéhyde fixé à ces composés. Une
partie est retenue énergiquement par les acides aminés, comme le prouvent
les expériences suivantes.
Expérience I.
40 ce. de bouillon baignant une conserve de viande (bœuf assaisonné) 1 et
contenant 184 milligr. d’azote aminé pour 100 cc. sont additionnés de 100 cc.
de solution formolée. On laisse en contact pendant quelques minutes. On dis¬
tille 50 cc. de liquide en présence de 2 cc. d’acide sulfurique au 1 /5 et de 20 gr.
de sulfate de soude. On recueille 35 cc. de distillât.
Le même essai est exécuté sur 40 cc. d’eau distillée + 100 cc. de dilution for¬
molée dans les mêmes conditions.
Le dosage est opéré au moyen de fl-naphtol sur le distillât dilué à 50 cc.
Résultats
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Dosage direct sur la solution formolée. 56,2 mg. 5,62 mg.
Dosage sur le distillât témoin.... 57,0 mg. 5,70 mg.
Dosage sur le distillât provenant du bouillon. 34,3 mg. 3,43 mg.
Il y a donc fixation par le bouillon de 2,27 mg. d’aldéhyde formique. Celle-ci
est indéplaçable par distillation, même sous l’action d’un violent courant de
vapeur d’eau, comme le prouvent les essais suivants exécutés sur le même
liquide que précédemment.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Distillât témoin en courant de vapeur d’eau.. 56,5 mg. 5,65 mg.
Distillât du bouillon formolé — -— . 34,6 mg. 3,46 mg.
Expérience IL
67 milligrammes de glycocolle sont dissous dans 50 cc. d’eau distillée, neu¬
tralisés exactement par quelques gouttes de soude décinormale, puis addition¬
nés de 50 cc. de solution formolée préalablement neutralisée. On distille en pré¬
sence de 4 cc. d’acide sulfurique au 1 /5 et de 40 gr. de sulfate de soude. Puis on
dose l’aldéhyde formique sur 60 cc- de distillât.
1. Ce bouillon présente une réaction acide.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
43
Résultats
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Distillât témoin sans acide aminé. 79,8 mg. 7,98 mg.
— du mélange glycocolle-formol. 54,5 mg. 5,45 mg. 1
On peut donc conclure que le procédé de la distillation habituellement
employé est inexact (erreur en moins) en présence d’acides aminés tels que le
glycocolle.
Nous verrons plus loin que le dosage direct au p-naphtol n’est pas influencé
par la présence de ces acides aminés.
2° Désamination.
La présence d’amines dans le produit à analyser constitue une autre cause
d’erreur dans le dosage de l’aldéhyde formique après distillation.
Ainsi que l’ont démontré Lunde et Mathiesen, puis Reay, de l’aldéhyde
formique peut en effet se former au cours de cette distillation par oxydation
des amines présentes (cas du poisson frais ou conservé).
Dans ces conditions, le dosage se trouve affecté d’une erreur en plus. Aussi
Reay conseille-t-il de rechercher qualitativement le formol dans le simple extrait
aqueux, plutôt que dans le distillât 2 .
En opérant, comme cet auteur, sur de la morue salée, riche en amines (mé-
thylamine, diméthylamine, triméthylamine), nous avons constaté que le
dosage du formol était parfaitement possible sur l’extrait aqueux.
Expérience III.
200 grammes de filets de morue salée, finement broyés dans un hache-viande,
sont mis à macérer pendant 6 heures à la glacière avec 500 cc. d’eau distillée. Le
liquide de macération très visqueux est filtré grossièrement à travers une toile.
Le liquide trouble obtenu constitue l’extrait aqueux. Soumis d’une part à la
réaction de Schryver, d’autre part à celle du (3-naphtol, il s’avère exempt
d’aldéhyde formique.
50 cc. d’extrait aqueux sont additionnés de 100 cc. de solution formolée
et laissés en contact pendant 4 heures à la température du laboratoire (20° C.
environ).
Un témoin est fait avec 50 cc. d’eau distillée et 100 cc. de la même solution
formolée.
1. La perte d’aldéhyde formique correspond au dixième environ de ce qui pourrait être
immobilisé par le poids de glycocolle employé suivant l’équation de Sôrensen (p. 45).
2. Reay. Loc. cil., p. 19.
44
L. LEROUX
Au bout de ce temps, l’extrait aqueux, absolument infiltrable, est additionné
de 10% d’acide chlorhydrique concentré. On agite vivement pendant trois
minutes, puis on filtre. Le dosage est exécuté sur une solution parfaitement
limpide.
Le précipité obtenu avec le jî-naphtol est apparemment souillé. On le dissout
dans quelques centimètres cubes de soude à 10grammes par litre et on le repré¬
cipite, à froid, par acidification au moyen d’acide chlorhydrique. Ce précipité
est ensuite lavé jusqu’à disparition de toute réaction avec le nitrate d’argent.
On sèche à 100° et on pèse.
Résullals.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Solution témoin
Extrait aqueux
94,5 mg. 9,45 mg.
93,0 mg. 9,30 mg.
Soit une erreur de 1,6 % de l’ordre des erreurs d’expérience.
Expérience IV.
200 grammes de filets de morue salée sont additionnés de 100 cc. de solution
formolée et laissés en contact pendant deux heures. Au bout de ce temps, on
ajoute 400 cc. d’eau acidulée à 10 % avec de l’acide chlorhydrique l . On laisse
en contact pendant quatre heures. On filtre. La filtration se fait bien.
On opère le dosage sur 100 cc. Le précipité de dinaphtolméthane est soumis
à la dissolution et à la reprécipitation comme il est dit plus haut.
Résullals.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Solution témoin. 152,8 mg. 15,28 mg.
Extrait chlorhydrique. 151,0 mg. 15,10 mg.
Soit une erreur de 1,2 % de l’ordre des erreurs d’expérience.
Dans ces conditions, les amines n'influencent pas le dosage de l'aldéhyde for¬
mique.
1. Nous avons vérifié que la morue utilisée, traitée pendant le même temps par l’acide
chlorhydrique a 10 %, ne fournissait pas la réaction de faldéhydeformiqueavec le réactif
de Schryver et avec le jî-naphtol.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
45
Influence des acides aminés sur le dosage de l’aldéhyde formique
au moyen de S-naphtol.
Les faits observés dans l’expérience II précédemment décrite, et l’action
bien connue de l’aldéhyde formique sur les acides aminés suivant la réaction
de Sôrensen appliquée au dosage de ceux-ci :
/COOH /COOH
R — CH( -f CH 2 0 - -- R — CH { + H 2 0 1
X NH ! ' N = CH 2
nous ont conduit à examiner dans quelle mesure la présence de ces acides pou¬
vait nuire au dosage de l’aldéhyde formique par le p-naphtol.
Le mode opératoire suivant a été utilisé :
Une quantité déterminée d’acide aminé est dissoute dans 20 cc. d’eau et
neutralisée par quelques gouttes de soude N /10 en présence de phtaléine. On
l’additionne de 100 cc. d’une solution formique contenant 25 à 200 milligrammes
d’aldéhyde par litre, préalablement neutralisée par quelques gouttes de soude
N /10. Le contact est prolongé pendant un temps variant de vingt minutes à
vingt-quatre heures à la température de laboratoire (20°). Après ce temps, on
opère le dosage du formol sur 100 cc. de solution. Un dosage témoin est fait dans
les mêmes conditions avec de l’eau distillée au lieu de la solution d’acide aminé.
Expérience V.
Glycocolle CH 2 (NH 2 )-COOH
Durée de contact avec la solution formique : 20 minutes.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Solution formique témoin. 156,5 mg. 15,65 mg.
Solution formique + 20,7 mg. de glycocolle. 155,8 mg. 15,58 mg.
Erreur pour cent. -— 0,4
Durée du contact de la solution formique : 6 heures.
1. Sôrensen (J.). Bioch. Zeits., 1907, t. VII, p. 45 et 407. — Bertrand (G.), Thomas
(P.). Loc. cil., p. 252. — Froidevaux (J.). Ann. Fais., 1925, p. 151. Dans cette réaction
le groupe NH a est transformé en N = CH 2 inapte à contrebalancer la fonction acide COOH
qui devient dosabie acidimétriquement. Cette réaction est réversible. Sôrensen remarqua
qu’un excès de formol favorise la marche de la réaction de gauche à droite, une augmenta¬
tion de la quantité d’eau tend à produire l’effet contraire, c’est-à-dire qu’elle provoque
la destruction de plus en plus accentuée de l’état d’équilibre.
46
L. LEROUX
Dinaphtol-
méthane
Solution témoin. 167,0 mg.
Solution formique + 20,0 mg. de glycocolle. 163,6 mg.
Erreur pour cent. — 1,4
Durée du contact de la solution formique : 24 heures.
Dinaphtol-
méthane
Solution témoin..,. 166,5 mg.
Solution formique + 61,2 mg. de glycocolle. 164,0 mg.
Erreur pour cent. —-1,5
Expérience VI.
NH 2
Alanine racémique GH 3 —- CH (
x COOH
Durée du contact avec la solution formique : 20 minutes.
Dinaphtol-
méthane
Solution témoin. 150,0 mg.
Solution formique + 18,5 mg. d’alanine. 148,0 mg.
Erreur pour cent. — 1;3
Même essai avec 36,4 mg. d’alanine. 151,0 mg.
Erreur pour cent. +1,1
Durée de contact avec la solution formique : 6 heures
Dinaphtol-
méthane
Solution témoin. 170,0 mg.
Solution formique + 19,2 mg. d’alanine. 168,0 mg.
Erreur pour cent. — 1,8
Durée du contact avec la solution formique : 24 heures
Dinaphtol-
méthane
Solution témoin. 170,0 mg.
Solution formique + 20.0 mg. d’alanine. 168,6 mg.
Erreur pour cent. — 0,8
Aldéhyde
formique
16,70 mg.
16,36 mg.
Aldéhyde
formique
16,65 mg.
16,40 mg.
Aldéhyde
formique
15,00 mg.
14,80 mg.
15,10 mg.
Aldéhyde
formique
17,00 mg.
16,80 mg.
Aldéhyde
formique
17,00 mg.
16,86 mg.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FOHMIQUE 47
Expérience VII.
CH\
Leucine gauche. )CH — CH 2 — CH (NH ! ) — COOH
CH a/
Durée du contact avec la solution formique : 20 minutes.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Solution témoin. 150,0 mg. 15,00 mg.
Solution formique + 25,7 mg. de leucine,. 150,0 mg. 15,00 mg.
Erreur pour cent,.. — 0,0
Même essai -f- 39,4 mg. de leucine. 148,5 mg. 14,85 mg.
Erreur pour cent. — 1,0
Durée de contact avec la solution formique : 6 heures.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Solution témoin. 166,8 mg. 16,68 mg.
Solution formique + 22,2 mg. leucine. 166,0 mg. 16,60 mg,
Erreur pour cent. — 0,3
Durée de contact avec la solution formique : 24 heures.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Solution témoin... 170,0 mg. 17,00 mg.
Solution formique + 20.0 mg. leucine. 168,0 mg. 16,80 mg.
Erreur pour cent. — 1,1
Expérience VIII.
Cas particulier dans lequel l’aldéhyde formique se trouve en faibles propor¬
tions relativement aux acides aminés.
Durée du contact avec la solution formique : 6 heures.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Solution formique témoin. 27,0 mg. 2,70 mg.
Solution formique + 80,0 mg. de glycocolle. 26,6 mg. 2,66 mg.
— — + 18,7 mg. d’alanine. 27,0 mg. 2,70 mg.
— -f- 22,7 mg. de leucine. 28,0 mg. 2,80 mg.
Erreur pour cent. — 1,4 à-3,7
48
L. LEROUX
Expérience IX.
Influence de l’acidilé chlorhydrique sur le dosage de Valdhéhyde formique en
présence d'acides aminés.
Le taux d’acide chlorhydrique a une influence importante sur l’exactitude du
dosage au p-naphtol, comme nous l’avons vu au début de ce travail. En pré¬
sence d’acides aminés, cette influence est particulièrement sensible.
Pour l’étudier, nous avons opéré des dosages comparatifs : d’une part avec une
solution titrée de formol sans acides aminés et d’autre part avec la même solu¬
tion additionnée de 20,0 milligr. de glycocolle, après un contact de 20 minutes.
Résultats.
100 cc. de solution formique (190 millig. CH 2 0 par litre) + 20 millig.de glycocolle
Acidité
Témoin
Sol. formique
+ glycocolle
Erreur par rapport
au témoin
% HCl
en volume
CH 2 0
mg. pour 100 cc.
CH 2 0
mg. pour 100
cc. %
—
—
—
—
1 %
6,57 mg
6,05 mg
7,97 %
5 %
13,55
12,20 mg
9,63 %
10 %
18,94 mg
18,74 mg
1.10 %
15 %
19,40 1
18,70 mg
3.68 %
Ces expériences montrent que la présence d’acides aminés ne gêne en rien le
dosage de faibles proportions d’aldéhyde formique au moyen de fi-naphtol et que,
d’autre part, le degré d’acidité chlorhydrique doit être scrupuleusement respecté.
On peut expliquer le succès du dosage en présence d’acides aminés, dans les
conditions indiquées, par une désamination plus ou moins directe de ceux-ci
donnant lieu à des composés volatils (amines ou azote libre) qui échappent à
l’action de l’aldéhyde formique 2 .
1. Il faut noter que ce degré d’acidité provoque une surcharge de précipité de dinaph-
tolméthane par suite de la formation d’un peu de dinaphlopyrane.
2. Zélény (L.), Gortner (A.). Journ. biol. Chem., 1931, t. XC, p. 427. Ces auteurs ont
montré que le traitement par le formaldéhyde en milieu acide (acide chlorhydrique à
20 %) fait passer 12 à 40 % de l’azote total (cas de l’alanine, de la tyrosine, de la caséine)
à l’état d'amines volatiles. La vitesse de désamination des amino-acides en solution acide
est franchement accélérée par l’addition d’aldéhyde formique. La production d’azote vo¬
latil ne résulte probablement pas d’une désamination directe de l’acide aminé, mais
implique la formation d’un composé instable non volatil.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
49
Méthode nouvelle pour le dosage
de l’aldéhyde formique libre contenu dans les conserves.
Les diverses considérations qui précèdent nous conduisent à proposer une
méthode nouvelle de recherche et de dosage du formol dans lesconserves alimen¬
taires et notamment les conserves de viande et de poisson. Méthode rapide et
spécifique dans laquelle les difficultés que nous avons signalées sont réduites
au minimum.
50 à 100 grammes de viande sont broyés finement dans le hache-viande. Ils
sont introduits dans un flacon de 1 litre et agités vivement pendant cinq mi¬
nutes avec 40 grammes de chlorure de sodium et 200 centimètres cubes d’acide
chlorhydrique à 10 % L On laisse reposer une heure, puis on filtre. La filtra¬
tion est rapide. A 100 cc. de filtrat limpide on ajoute 0,3 gr. de (3-naphtol purifié
par deux cristallisations et l’on porte à l’ébullition pendant quinze minutes,
dans un ballon à col rodé de 200 cc. réuni à un réfrigérant à reflux.
On laisse refroidir jusqu’au voisinage de 60°. On rince le réfrigérant à l’eau
tiède. On détache le ballon et on le transporte dans un bain d’eau maintenu
à la température de 60° C. On abandonne à cette température pendant une
heure.
Le précipité de dinaphtolméthane obtenu est filtré sur filtre taré (lavé aux
acides) et sur l’entonnoir de Fosse, lavé deux fois à l’eau chlorhydrique à 1 %,
puis deux fois à l’eau pure. Après essorage à la trompe, on sèche à 100° pendant
une heure environ et on pèse.
On dissout alors le précipité dans quelques centimètres cubes de solution de
soude à 10 gr. parlitreet onreprécipit.epar acidification à l’acide chlorhydrique.
Le nouveau précipité est lavé à l’eau pure froide, séché et pesé. Il n’accuse en
général qu’une infime différence de poids avec le précédent. Divisé par 5 ce
poids donne la quantité d’aldéhyde formique contenu dans la prise d’essai.
Le précipité est alors soumis à l 'identification :
A cet effet on le dissout dans l’anhydride acétique (0 cc. 5 pour 10 mg.) dans
un tube à essais en Pyrex muni d’un long tube refroidisseur puis on porte à l’é¬
bullition à reflux pendant 45 à 60 minutes. Par refroidissement, l’acétate de
dinaphtolméthane cristallise en fines aiguilles blanches fusibles à 214° au bloc
Maquenne (le rendement est de 50 %). Avant d’être soumis à l’épreuve du
point de fusion, les cristaux sont séparés du liquide, lavés à deux ou trois
reprises avec de l’acide acétique cristallisable et ensuite séchés à l’air sur un
papier filtre 2 .
1. L’addition de chlorure de sodium a pour but d’empêcher les albumines, globulines,
etc. d’entrer en pseudo-solution et de souiller le précipité naphtolique. Dans les condi¬
tions d’acidité où l’on opère cette concentration saline est suffisante.
2. Un procédé rapide consiste à laisser s’évaporer à l’air la solution anhydride acétique
mémoires du muséum, nouvelle série, tome x. 4
50
L. LEROUX
L’ensemble des opérations dure trois heures trente environ. Inutile de dire
qu’elles peuvent être faites en séries.
Voici quelques résultats obtenus par cette méthode :
Expérience X.
Conserve de bœuf assaisonné contenue en boîte de fer étamé et préparée
depuis un an.
Le mode opératoire précédent aussi bien que la distillation par le procédé
officiel ont démontré l’absence de formol. Le taux d’acides aminés, déterminé par
formol-titration du liquide provenant de l’agitation de la viande broyée avec
de l’eau distillée (contact de 24 heures à la glacière), correspondà 72,5 milligr.
d’azote pour 100 gr. de viande. Deux prises d’essai de 50 gr. de viande broyée
sont chacune mélangées intimement au mortier, avec 200 cc. d’une solution
contenant 18 mg. 5 d’aldéhyde formique pour 100 cc.
Après un contact de ]48 heures, à la glacière, l’un des essais soumis au do¬
sage décrit ci-dessus (100 cc.) permet de retrouver 12,5 millig. de formol, alors
que la méthode par distillation ne permet de retrouver que 5,77 milligrammes.
La seconde prise d’essai est alors additionnée de 100 cc. de la même solution de
formol (18 mg. 5 par 100 cc.). On laisse en contact une vingtaine de minutes.
On dose au fl-naphtol.
Résultats.
Quantité totale d’aldéhyde ajouté (18,5 x 2) + 18,5. 55,5 mg.
— d’aldéhyde fixé sur les 200 premiers centim. cubes
(18,5 — 12,5)2. 12,0 mg.
Il doit rester. 43,5 mg.
43 5
soit pour 100 cc. —j- =. 14,5 mg.
Poids de dinaphtolméthane trouvé : 148,0 mg., soit 14,8 mgr. de CH 2 0.
Expérience XI.
50 grammes de viande (bœuf assaisonné) sont agités vivement avec 250 cc.
d’eau distillée et maintenus pendant 4 heures à la glacière.
Le liquide de macération est filtré grossièrement à travers un linge et agité
avec 100 cc. de solution formolée. Après 6 heures de contact à la température
ordinaire, on ajoute 10 % d’acide chlorhydrique. On agite, on laisse reposer
quelques minutes, puis on filtre et on opère le dosage au p-naphtol sur 100 cc.
acétate de dinaphtolméthane sur un verre de montre. Les cristaux d’acétate de dinaphtol¬
méthane, quoique moins beaux, lavés à l’acide acétique et séchés à l’air peuvent servir
à la détermination du point de fusion.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
51
Résultats.
Dinaphtol- Aldéhyde
méthane formique
Solution témoin. 35,1 mg. 3,51 mg.
Après contact avec l’extrait aqueux de viande. 35,0 mg. 3,50 mg.
Expérience XII.
Appliquant ce procédé au dosage de l’aldéhyde formique dans quelques
produits fumés, nous avons obtenu les résultats suivants :
Aldéhyde formique
en millig. pour 100 gr.
Viandes de substance
Jambon fumé. 0,25
Bacon. 0,42
Lard fumé. 0,20
Saucisse de Morteau. 0,08
Saucisse dite « gendarme ». 0,20
Saucisse de Bretagne. 0,06
Poitrine de porc fumée. 0,82
Poissons :
Hareng saur.
Saumon fumé
0,38
0,07
CHAPITRE IV
L’ALDÉHYDE FORMIQUE DANS L’AIR
L aldéhyde formique dans 1 air normal.
L’aldéhyde formique a été trouvé dans l’air normal des villes. Il y existerait
sous forme d’aldéhyde libre et sous forme d’une combinaison capable de régé¬
nérer celle-ci par un acide : le méthylal (Henriet) 1 . La dose est fort variable.
Utilisant le passage de l’air, pendant vingt jours, à raison de six heures par jour,
avec une vitesse de 3 litres par minute, sur des bandes de papier teint à la
fuchsine, Trillat en 1905, à l’Institut Pasteur, trouva dans 100 mètres
cubes d’air 24 à 31 milligrammes d’aldéhyde formique 2 . En plein centre d’usi¬
nes, à Courbevoie, le même auteur obtint une moyenne de 55 milligrammes.
Albert-Lévy et Henriet, dosant les dérivés de l’aldéhyde formique en même
temps que celui-ci (combustion sur de l’oxyde rouge de mercure), trouvèrent des
doses plus importantes : de l’ordre de 2 à 6 grammes pour 100 mètres cubes 3 .
L’aldéhyde formique contenu dans les fumées paraît être une des causes princi¬
pales de la présence de ce corps dans l’atmosphère des villes. Trillat a montré
que dans toute combustion, même celle des hydrocarbures 4 , il peut se former
du formol, et, en réalité, les doses trouvées dans les fumées de villes industrielles
peuvent être beaucoup plus considérables par suite du contact des produits
de combustion avec des parois métalliques chaudes dont l’influence favorable
sur la formation catalytique de l’aldéhyde formique est certaine.
C’est ainsi que l’acroléine qui se forme dans les combustions, fournit du for¬
maldéhyde en quantités notables chaque fois que ses vapeurs sont en contact
avec une paroi métallique chaude en se décomposant de la façon suivante :
CH 2 = CH — CHO -f O 2 = CH'O + CHO — CHO
1. Henriet (H.). Ann. Observ. mun. Monlsouris, 1902, t. III, p. 295, etl904, t. V, p. 37
et 259.
2. Trillat (A.). C. R. Ac. Sc., 1904, t. CXXXVIII, p. 161. Revue d'hygiène, 1905,
t. XXVII, p. 140.
3. Henriet (H.). Ann. Observ. mun. Monlsouris, 1904, t. V, p. 262.
4. Voir chapitre ni, p. 39, note 1. — Les suies provenant des dépôts de fumées con¬
tiennent l’adhéhyde formique à l’état polymérisé (paraformaldéhyde et trioxyméthy-
lène).
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
53
Henriet a également trouvé l’aldéhyde formique dans Veau de brouillard en
utilisant la réaction de Cambier et Brochet à l’hydroxylamine (formation de
bleu de Prusse) h
L’existence du formol dans les couches inférieures de l’atmosphère s’explique
suivant Henriet par le phénomène de la condensation de la vapeur d’eau. Celle-
ci ne dissout pas des gaz comme l’anhydride carbonique et l’oxyde de carbone
qui se produisent dans les combustions en proportions infiniment plus grandes
que l’aldéhyde formique. Ces gaz n’ont aucune action sur la composition de l’air
d’une cité. Le taux moyen de CO 1 2 ne subit on le sait que des variations insen¬
sibles et l’oxyde de carbone n’est pas retrouvé. La condensation n’agit donc pas
sur ces gaz qui sont abandonnés à la masse atmosphérique, mais elle condense
toutes les vapeurs solubles pour les rejeter sur le sol. Les expériences de pollu¬
tion atmosphérique et l’observation tristement célèbre des brouillards de la
Meuse (1930) montrent en effet que tous les produits de la combustion suscep¬
tibles de se dissoudre dans l’eau font partie de l’atmosphère des cités 2 . Le for¬
mol est de ceux-là. Henriet a recherché l’aldéhyde formique dans l’air rejeté
par la respiration et n’en a pas trouvé.
Ce corps n’existe pas non plus dans les atmosphères non souillées comme l’air
du bord de la mer, au moins dans nos régions, ni dans les sols (Henriet).
Il constituerait, en somme, une impureté de l’atmosphère urbaine.
Cependant, des recherches récentes exécutées dans les régions tropicales et les
conceptions nouvelles concernant la photosynthèse de l’aldéhyde formique
donnent à cette question de l’aldéhyde formique atmosphérique un renouveau
d’actualité.
L’eau de pluie tropicale, en effet, a été trouvée constamment contenir du formol
à la dose de 0,15 à 1,0 mgr. par litre 3 . Cette quantité est d’autant plus élevée
que la période avant la précipitation a été plus fortement et plus longuement
insolée.
Dhar et Ram émettent l’hypothèse d’une formation atmosphérique du formol
à partir du gaz carbonique et de la vapeur d’eau. La réduction du gaz car¬
bonique serait due à l’action de l’hydrogène atomique provenant de la photo¬
lyse de l’eau, le stade intermédiaire étant l’oxyde de carbone suivant l’idée de
Berthelot 4 et les expériences réalisées par Daniel Berthelot et Gaudechon 5 .
Dhar et Ram pensent, en outre, qu’une partie de l’absorption ultraviolette so-
1. Henriet (H.). Contribution à l'étude de l’air atmosphérique. Thèse Doctorat Sc.
phys., Paris, Gauthier-Villars, 1906, p. 64 et suiv.
2. L’acide formique rencontré dans les grandscentres habités ne serait pas dû à l’oxyda¬
tion de l’aldéhyde, celle-ci paraissant séjourner trop peu de temps dans l’air pour s’oxyder
d'une façon appréciable.
3. Dhar (N. R.), Ram (A.). Journ. indian Chem. Soc., 1933, t. X, p. 161, et Journ. phys.
Chem., 1933, t. XXXVII, p. 525.
4. Berthelot (M.). Leçons sur les méthodes générales de synthèse en chimie organique,
p. 180.
5. Berthelot (D.), Gaudechon (H.). C. B. Ac. Sc., 1910, t. CL, p. 117, oct. 1690 ;
1912, t. CLIV, p. 1805.
54
L. LEROUX
lairg attribuée jusqu’à présent à l’ozone pourrait être due à l’aldéhyde formique 1 .
Ils observent que l’énergie nécessaire à la formation de l’aldéhyde formique à
partir de CO 2 et H 2 0 est la même que celle nécessaire à la rupture delà liaison
H-QH, premier stade de Ja photosynthèse. Or, on ne peut s’empêcher de remar¬
quer que la réduction photochimique de l’oxyde de carbone par l’hydrogène
activé pour donner CIRQ, on présence d’une vapeur (vapeur de mercure)
jouant le rôle de sensibilisateur optique, sous l’action de la radiation 2,536 angs-
trôms est un fait connu qui s’apprête à entrer dans la pratique industrielle 2 ,
Ces exemples soulignent suffisamment l’intérêt que présente la question et
l’importance qu’il peut y avoir à disposer d’une bonne méthode d’analyse pour
les contrôler.
MÉTHODES DE BECHERCHE ET DE DOSAGE DE L’ALDÉHYDE
FORMIQUE DANS L’AIR
Mode de captage. Le captage du formol contenu dans l’air est opéré soit par
barbotage dans de l’eau contenue dans une série de flacons ou de tubes à
boules (Trillat-Leymann), soit par le filtrage de l’air sur des substances qui
fixent le formol ou se réduisent à son contact (Henriet). Suivant les procédés, la
vitesse de l’air est plus ou moins grande. Elle est de 180 litres à l’heure pour
Trillat 3 et de 1 1. 5 par heure pour Henriet 4 .
Dosage. Trillat utilise la coloration bleue que prend une bande de papier teint
à la fuchsine au contact de l’eau provenant du barbotage de l’air aspiré.
Leymann 5 dose volumétriquement l’aldéhyde formique dans le contenu des
tubes barboteurs parla méthode de Ronjin-Iwanoff qui repose sur l’oxydation
du formol en acide formique par l’acide hypo-iodeux. A cetefïet, on additionne
l’ensemble d’une solution d’iode titrée. On ajoute goutte à goutte une solution
de soude jusqu’à ce qu’il se forme une légère coloration brun-jaune. En présence
de quelques gouttes d’acide sulfurique cette coloration se stabilise. Après quel¬
que temps, on décompose tout l’iodure de sodium au moyen d’un léger excès
d’acide sulfurique et, après un quart d’heure de repos, on titre en réaction acide
avec l’hyposulfite de soude. Chaque centimètre cube d’iode N /1Q disparu
équivaut à 1,5 mg. de formol.
Henriet, enfin, emploie le passage de l’air à travers une colonne de coton de
1. Le maximum d’absorption lumineuse de l’aldéhyde formique en vapeur se trouve
vers 2.935 A. Dhar et Ram attribuent plusieurs raies d’absorption du speptre solaire au
radipal QtJ et à HCHO.
2. Cario (G.), Franck (D.). Zeits. Physik, 1922, t. XI, p. 161. —« Frankenrurger (A.).
Zeits. Elektrqch., 193Q, t. XXXVI, p, 757. —> Kçbnq (A.). Chem. Zçnlralb., 1926, t. XCVII,
p. 2134. — Brevets français n 08 649, 295 et 684, 969, cités par Emschwilleh (G.). Lqç. ait.
3. Trçllat (A-). Bull. Soç-, chim., 1905, t. XXXIII, p, 3è6.
4. Henriet (H.). Thèse, l.oc. cil., p. 69.
5. Leymann (R.), Hygiène du Travail. Bureau interh- du travail. Genève, 1925, t. I,
p. 168.
ÉTUDE DE D'ALDÉHYDE FORMIQUE
55
verre imbibé d’oxyde rouge de mercure et maintenu à la température de 250°.
Il y a oxydation et transformation en anhydride carbonique que l’on dose par
absorption dans une solution alcaline. On fait en même temps un dosage de
l’anhydride carbonique dans l’air. On soustrait le résultat du chiffre global pour
avoir celui correspondant à l’aldéhyde formique et à d’autres gaz réducteurs.
Les considérations que nous avons eu l’occasion de faire à plusieurs reprises
au cours de cette étude, sont valables ici encore. Les procédés employés peuvent
être influencés par divers corps réducteurs autres que le formol et ils ne permet¬
tent pas d’identifier celui-ci d’une manière absolue.
Le dosage au moyen de [3-naphtol constitue une amélioration certaine.
Nous nous sommes posé deux questions :
Le formol contenu dans l’air est-il dosable par ce procédé ?
Quelles sont les quantités de formol libre réellement présentes dans l’air de
Paris ?
1. Peut-on doser le formol en faibles proportions dans l’air ?
Expérience I.
La source de formol utilisée dans nos expériences étant le trioxyméthylène,
nous nous sommes préoccupé tout d’abord de savoir dans quelles conditions
d’exactitude par rapport à la méthode habituelle au sulfite, le dosage de l’al¬
déhyde formique dans ce corps pouvait se faire au moyen du [3-naphtol,
La méthode au sulfite est basée, on le sait, sur la formation d’un sulfite de
formyl-sodium suivant l’équation :
2 SO’Na 2 + H.CHO f LI 2 0 = 2 NaOLI + (S0 3 Na) 2 CH 2 .
On dissout 0,5 à 0,7 gr.de trioxyméthylène dans 20 cc. d’une solution de sul¬
fite de sodium à 20 %. On ajoute quelques gouttes de phtaléine, puis on verse
dans cette solution de l’acide sulfurique ou de l’acide chlorhydrique normal jus¬
qu’à décoloration (t). On opère de même avec la solution de sulfite de soude
seule (t’).
Le nombre de cc. (t — t’) multiplié par 0,030 gr. donne le titre en aldéhyde
formique pour la prise d’essai.
Méthode au fi-naphiol. Un poids très faible de trioxyméthylène (20 milligr.
environ) est dissous dans 100 cc. d’eau distillée additionnée de 10 % d’acide
chlorhydrique concentré. On ajoute 0,3 gr. de p-naphtol pur puis on porte au
reflux pendant un quart d’heure et l’on opère le reste du dosage comme pour le
formol.
56
L. LEROUX
Le poids de dinaphtolméthane multiplié par 0,1 donne le poids de l’aldéhyde
formique.
Résullals.
Prise d’essai
Méthode au sulfite Méthode au (3-naphtol
526 milligr. 84,00 %
22 milligr. 84,45 %
Le procédé au [i-naphtol permet donc le dosage de l'aldéhyde formique contenu
dans le trioxyméthylène.
Expérience II.
On introduit 20 milligr. environ de trioxyméthylène dans un tube à essais en
verre Pyrex muni d’un bouchon en caoutchouc qui porte un tube deux fois
coudé. Ce tube adducteur débouche au fond d’un flacon de 3 litres en communi¬
cation avec l’air atmosphérique par l’intermédiaire de deux barboteurs à
boules contenant de l’eau distillée.
On chauffe légèrement le tube en Pyrex de manière à décomposer le trioxy¬
méthylène. Dès que celui-ci a disparu, on arrête le chauffage, on laisse refroidir,
puis on débranche rapidement le tube générateur.
On vérifie au moyen de fl-naphtol que le liquide des barboteurs n’a pas reçu
de formol par suite d’une surpression dans le flacon de 3 litres au moment du
chauffage. On regarnit ces barboteurs avec de l’eau distillée (20 cc. dans chaque
barboteur). Puis on fait passer dans le flaçon de 3 litres un courant d’air de
8 à 10 litres par heure pendant 1 /2 heure de façon à balayer l’atmosphère for-
molée vers les barboteurs à eau.
Ceci fait on dose l’aldéhyde formique :
1° dans les barboteurs,
2° dans le tube générateur et dans le tube adducteur où une grande partie du
trioxyméthylène employé s’est condensé par refroidissement.
Si T représente la masse totale de formol contenu dans la prise d’essai (trioxy¬
méthylène), T’ le formol correspondant au trioxyméthylène condensé dans le
tube générateur et le tube adducteur, et T” le formol retrouvé dans l’eau des
barboteurs, la différence T — T’ doit correspondre (à l’erreur expérimentale près)
à T” et la somme T’ + T ” doit être égale à T.
Résultats
Poids de trioxyméthylène employé : 24,7 mg., soit 20,85 mg. d’aldéhyde for¬
mique,. (T)
Aldéhyde formique du trioxyméthylène condensé dans le
tube adducteur, et le générateur. 20,18 (T’)
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
57
Aldéhyde formique trouvé dans le premier barboteur. 0,36 1
Aldéhyde formique trouvé dans le second barboteur. traces S ' ^ ^
Somme T’ + T” = 20,54 mg. au lieu de 20,85 mg., soit une erreur de 1,4 %
de l’ordre des erreurs d’expérience L
La méthode de dosage au (3-naphtol est donc utilisable. Remarquons aussi
que l’aldéhyde formique même très dilué se dissout presque intégralement dans
le premier barboteur à boules.
2. Recherche et dosage de l'aldéhyde formique dans l'air de Paris.
Mode opératoire. L’appareil est constitué par un tube aspirateur allant
prendre l’air à l’extérieur du laboratoire, réuni à une trompe à eau par l’inter¬
médiaire de deux tubes à boules contenant chacun 25 cc. d’eau distillée, un
laveur de Durand servant de flacon témoin, et un débitomètre.
Des expériences de contrôle ont montré que tout l’aldéhyde formique est
retenu dans les tubes à boules si le barbotage se fait au régime maximum de
40 litres par heure.
Les expériences marchent jour et nuit. Les volumes d’air analysés varient de
4.000 à 18.000 litres. Après ce passage, le liquide contenu dans les tubes laveurs,
de réaction neutre ou très faiblement acide, est filtré, pour séparer les particules
solides accidentellement entraînées, puis additionné de 10 % d’acide chlorhy¬
drique concentré et de 0,3 % de (3-naphlol. On porte pendant un quart d’heure
à l’ébullition à reflux. Après refroidissement à 60° G , on maintient à cette tem¬
pérature pendant 1 heure 30. Le précipité est filtré sur filtre taré, lavé à l’eau
légèrement chlorhydrique puis à l’eau pure à 60°. On sèche à 100° et on pèse sur
une balance sensible au 1 /50 de milligramme.
Expérience I.
Laboratoire d’Hygiène. Plein centre de Paris. Prélèvement de l’air à une
hauteur de 8 m. face à l’est. Période du 1 er au 12 février 1937. Température
moyenne : + 8° G. Etat hygrométrique: 80-92. Volume d’air utilisé: 8.450 litres.
Poids d’aldéhyde formique en milligr. pour 100 m 3 d’air : 4,2.
Expérience II.
Même emplacement. Période du 24 février au 1 er mars 1937. Tempéra¬
ture moyenne : + 10° C. Etat hygrométrique : 70-95. Volume d’air utilisé :
4.822 litres.
Poids d’aldéhyde formique en millig. pour 100 m 3 d’air : 7,3.
1. Parmi ces erreurs on peut signaler la fixation de formol par le caoutchouc. Celle-ci
quoique faible est notable. Après un contait de 24 heures elle est d’environ 0,1 mgr.
d’aldéhyde par raccord ou bouchon employé.
58
L. LEROUX
EXPERIENCE III.
Même emplacement. Période du 1 er an 8 mars 1937.
Température moyenne : + 7° G. Etat hygrométrique : 40-95. Volume d’air
utilisé : 6.745 litres.
Poids d’aldéhyde formique en milligr. pour 100 m 3 d’air : 2,9.
Expérience IV.
Même emplacement. Période du 9 au 19 mars 1937,
Température moyenne : + 12°. G- Etat hygrométrique : 50-95. Volume d’air
utilisé : 10.315 litres.
Poids d’aldéhyde formique en milligr. pour 100 m 3 d’air : 2,1.
Expérience V.
Muséum d’Histoire naturelle. Laboratoire de Chimie organique. Prélèvement
de l’air dans le jardin, face au nord, à une hauteur de 4 métrés. Période du 6
au 16 mars 1937.
Température moyenne : -f 9° G. Etat hygrométrique : 50-95. Volume d’air
utilisé : 10.350 litres.
Poids d’aldéhyde formique en millig. pour 100 m 3 d’air : 0,9.
Expérience VI.
Même emplacement que précédemment. Période du 6 au 24 mars 1937.
Température moyenne : + 13° G. Etat hygrométrique : 60-75. Volume d’air
utilisé : 18.784 litres.
Poids d’aldéhyde formique en millig. pour 100 m 3 d’air : 0 ,1.
Les précipités obtenus dans ces expériences ont été réunis par groupes de
deux et le dinaphtolméthane y a été caractérisé par transformation en chlo¬
rure de dinaphtopyrane au moyen de l’oxychlorure de phosphore. Le chlorure
de dinaphtopyrane était ensuite transformé en bromure de dinaphtopyryle
d’après les indications fournies dans le chapitre premier (p. 16).
Quoique 1res variables, et moins importantes dans lin jardin bien aéré qu’en
plein centre de la ville (au milieu d’ilols insalubres), les doses trouvées sont bien
inférieures à celles indiquées par d'autres auteurs, ce qui tient probablement au
procédé de dosaye employé.
Recherche et dosage de l’aldéhyde formique dans l’eau de pluie.
Cette recherche est rendue difficile par suite de la concentration qu’il faut
faire subir à la solution pour parvenir à y doser le formol.
Nous avons essayé plusieurs procédés :
ÉTUDE DE T.’ATDpHYDE FORMIQUE
59
Partant de l’observation (chapitre ni, p. 48) que le dosage par le (Lnaphtol
est parfaitement possible en présence d’acides aminés, nous avons essayé de
capter le formol en utilisant la réaction de Sôrensen et de concentrer ensuite le
formol ainsi retenu par distillation dans le vide à 45-50° C., le milieu demeurant
rigoureusement neutre pendant toute l’opération.
Nous avons fait un essai analogue en fixant le formol au moyen d’ammo¬
niaque en large excès sous forme d’hexaméthylène tétramine et concentrant
ensuite dans le vide.
Les résultats ne furent pas encourageants, comme le prouvent les chiffres sui¬
vants choisis entre plusieurs autres du même ordre :
Expérience I.
Procédé aux acides aminés (glycocolle).
Procédé à l’hexaméthylènetétramine...
Aldéhyde formique
Aldéhyde
introduit en milligr.
formique
par litre
trouvé
7,90 mg.
2,45 mg.
1,10 mg.
0,60 mg.
Ce qui correspond dans le premier cas à une perte de 68 % et dans le second à
une perte de 45 %.
Un autre essai, fait en vue de fixer directement l'aldéhyde formique sur le
p-naphtol au cours de la concentration, ne fut pas plus heureux : la perte
atteignit 95 %.
Nous avons alors essayé la concentration par distillations successives dans
un courant de vapeur d’eau, d’abord en milieu neutre puis en milieu acide (des¬
truction des polymères).
Expérience II.
Aldéhyde formique
introduit par litre
en mg.
Aldéhyde formique
trouvé en mg.
/ 100 premiers cc. de distillât
: 0,2
Concentration en
\ 250 cc. suivants.
0,3
milieu neutre..
1,36 mg.
j 200 cc. — .
( 200 cc. — .
0,2
0,1
Concentration en \ /
milieu acide (10 (
1
L 100 premiers cc.
0,5
cc. S0 2 H 2 au (
1 1,36 mg.
! 200 cc, suivants.
0,6
1 /5 par litre).. ,
)
f 100 cc. suivants.
0,2
0,8 mg.
1,3 mg.
60
L. LEROUX
Cette expérience confirme celles d’Auerbach, de Willkinson et Gibson 1 .
Elle montre les difficultés qu’il y a à entraîner tout le formaldéhyde dans les
premières portions d’un distillât.
Expérience III.
Analyse d’eau de pluie faite en utilisant la concentration en milieu acide et
dans un courant de vapeur d’eau.
Pluviomètre installé sur le toit du Laboratoire d’Hygiène.
Période du 15 mars au 30 avril 1937.
Volume total utilisé : 8.000 centimètres cubes.
Après filtration, on opère une l re concentration
: de
8.000 à 3.000 cc.
2 e —
de
3.000 à 1.000 cc.
3* —
de
1.000 à 500 cc.
4 e —
de
500 à 200 cc.
Le dosage au p-naphtol est, fait sur ces 200 cc.
Poids d’aldéhvde formique en milligr. : 0 mg.
Soit par litre.
18 2
0 mg.
02
11. Valdéhyde formique dans l’air des locaux désinfectés ou autres.
Dans la prophylaxie des maladies contagieuses, l’aldéhyde formique est em¬
ployé comme désinfectant depuis les travaux de Trillat (1888) 3 . Pour la désin¬
fection des locaux,on l’utilise en vapeurs à la concentration de 3 à 4 grammes
d’aldéhvde formique par mètre cube d’air. Ces vapeurs sont produites par des
procédés variés basés sur la vaporisation ou sur des réactions chimiques.
Même en local bien clos, il est difficile de conserver longtemps la quantité
d’aldéhyde ainsi introduite par suite du simple renouvellement d’air ou de la
transformation de la majeure partie de cet aldéhyde en paraformaldéhyde ou
trioxyméthylène 4 .
Aussi le contrôle de la désinfection s’impose-t-il.
Il peut être bactériologique ou chimique.
Contrôle bactériologique. Ce contrôle est simple. Au début de la désinfection
on dépose dans le local des tests microbiens constitués par de petits bandes de
papier chargées de cultures variées (staphylocoques, bacillescoli, spores de char¬
bon, bacilles de Loeffler) et, la désinfection terminée, on examine au laboratoire
les cultures qui ont été détruites.
Contrôle chimique. Il est utile de pouvoir mesurer, autrement que par l’éva-
1. Auerbach (D.). Chem. Cenlr., 1905, t. II, p. 1081. — Wilkinson (A.), Gibson (J.
A.). Journ. Amer. Chem. Soc., 1912, t. XLIII, p. 695.
2. Identification par l’oxychlorure de phosphore.
4. Tr llat (A.). Bull. Ac. Méd., 1936, t. CXV, p. 275.
3. Rubner (A.), Peerenboom (W.). Rev. Hyg., 1913, p. 1158. — Dujarric de la Ri¬
vière (H.),. l a désinfection, Paris,. Mouvement sanitaire, 1925, p. 12 et 37.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
61
luation de la puissance antiseptique, la puissance de pénétration des vapeurs de
formaldéhyde et de la rendre pour ainsi dire visible directement.
Les procédés utilisés peuvent se ramener à trois :
1. L’action sur les matières albuminoïdes.
2. L’action sur les matières colorantes.
3. Le dosage de l’aldéhyde formique après captation par moyens variables.
1. Action sur les matières albuminoïdes. Le procédé est basé sur l’insolubili¬
sation de la gélatine.
On fait une dissolution d’une partie de gélatine dans une partie d’eau et, au
moyen d’un pinceau, on badigeonne des petits carrés de verre de 3 à 4 cm. de
côté. Ces petits carrés sont disposés dans les diverses parties du local. On re¬
connaît que les vapeurs d’aldéhyde formique ont atteint la gélatine en ce que
celle-ci est devenue insoluble. Il suffit de plonger les petits carrés de verre dans
l’eau bouillante. La pellicule se détache en cas d’insolubilisation.
2. Action sur les matières colorantes l . Les matières colorantes employées ap¬
partiennent à des groupes amidés dans lesquels un ou plusieurs atomes d’hydro¬
gène sont libres : la fuchsine, la safranine. Il se forme une condensation avec éli¬
mination d’eau et le résidu méthylénique vient se substituer à la place des
hydrogènes.
La transformation a pour résultat de bleuter les matières colorantes rouges.
On teint, dans une dissolution de fuchsine, une petite bande d’étoffe de soie
et on la coupe en carrés de 1 cm. Ces échantillons sont placés en divers points
du local. La transformation de la teinte rouge en teinte bleu violet prouve que
les échantillons ont subi le contact des vapeurs aldéliydiques.
Les procédés ci-dessus peuvent être combinés. On fait une dissolution d’une
partie de gélatine dans deux parties d’eau. On l’additionne de quelques gouttes
de fuchsine. Pendant que le mélange est encore chaud on le coule dans un cy¬
lindre de verre de 5 à 6 cm. de diamètre et d’une hauteur égale à ce diamètre. Le
bloc de gélatine coloré en rouge est retiré du cylindre. Une fois refroidi, il peut
servir pour les expériences. Suivant que la coloration du bloc se fera plus pro¬
fondément on pourra déduire que la durée d’action des vapeurs a été plus longue
et plus intense.
Le procédé de Calmette et Rolants est une simple variante. On utilise du
sérum liquide de cheval additionné de quelques gouttes d’une solution de fuch¬
sine et l’on sèche à 40°. Ce sérum réduit en paillettes rouges brillantes se redis¬
sout facilement dans l’eau à laquelle il abandonne immédiatement sa matière
colorante. Mais, si on le soumet à l’action de l’aldéhyde formique, une fixation se
fait immédiatement. Le sérum devient insoluble dans l’eau et retient sa matière
colorante qui ne passe plus dans ce liquide.
1. Trillat (A.). C. B. Ac. Sc., 1892 et 1893. hoc. cil. — Roux (G.), Trillat (A.). Ann.
Institut Pasteur, 1896, p. 296.
62
!.. LEROUX
L’inconvénient de ces procédés est d’être trop sensibles et de réagir dans des
désinfections tout à fait insuffisantes 1 2 .
3. Dosage, du formol. Le seul procédé qui, à notre connaissance, ait été utilisé
est celui de J ôrgensen.
On utilise des morceaux de papier d’une surface de 175 centimètres carrés et
d’une épaisseur de 1 millimètre, dégraissés et hygroscopiques, qui ont été préala¬
blement tarés dans des capsules de verre fermées. Ces papiers sont disposés avec
des épingles en divers points du local. On les laisse capter la vapeur d’eau de
l’atmosphère, ce qui demande environ deux heures. On commence alors la vapo¬
risation du formol. Après la désinfection, ces papiers sont remis dans leurs réci¬
pients de verre, tarés de nouveau. I.a différence de poids représente la vapeur
d’eau plus les vapeurs de formol.
Les papiers sont alors lavés à l’eau et, dans la dissolution, on dose volumétri-
quement l’aldéhyde formique par le procédé à l’iode.
C’est à ce groupe qu’appartient la méthode au (3-naphtol que nous proposons
d’appliquer au contrôle de la désinfection d’après les expériences suivantes,
choisies parmi plusieurs autres.
Expérience I.
Désinfection d’une pièce close et obscurcie d’une capacité de 26 mètres cubes,
non meublée, par vaporisation totale ù l’intérieur de celle-ci de 260 cc. de for¬
mol du commerce contenant 98,8 gr. d’aldéhyde formique, soit 3,8 mgr. par m 3 .
Température : 18°. Etat hygrométrique : 75.
Après 6 heures de contact, on prélève une trentaine de litres d’air, au
moyen d’un tube métallique traversant la serrure d’une porte et pénétrant, à
cette hauteur, jusqu’au milieu de la pièce et d’une poire aspirante et foulante
reliée à un sac en caoutchouc.
Apporté aussi rapidement que possible au laboratoire, le sac est relié à un
aspirateur par écoulement, par l’intermédiaire de deux tubes à boules contenant
chacun 25 cc. d’eau distillée.
Après passage de 25 litres d’air (volume ramené à 0° et 760 mm.), le contenu
des tubes barboteurs est soumis au dosage par le (3-naphtol.
D’autre part, la qualité de la désinfection est vérifiée par une épreuve bacté¬
riologique : stérilisation d’une culture de Bacillus sublilis exposée dans le local.
Résultats.
Bonne désinfection au point de vue bactériologique.
Aldéhyde formique retrouvé dans le local, par litre d’air : 2 mg. 0.
1. Bonjean (E:). Rev. d'hyg., 1913, p. 1325.
2. J ôrgensen (A.). Zeits. f. Hyg., 1903, XC, p. 271.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
63
Expérience II.
Mêmes conditions que précédemment. Mais, par suite d’un accident survenu
au foyer employé pour la vaporisation du formol, une partie seulement de ce
corps est vaporisée. Le reste est polymérisé au fond du récipient de chauffage.
Après 6 heures de contact, on prélève comme ci-dessus une trentaine de litres
d’air. L’analyse porte sur 24 litres 500.
Résultats.
Mauvaise désinfection au point de vue bactériologique.
Aldéhyde formique retrouvé dans le local, par litre d’air : 0,03 mg.
Le dosage du formol au moyen du fi-naphlol sur un échantillon de 25 litres d’air
permet donc de contrôler chimiquement la désinfection d’un local.
Ce dosage, après un prélèvement opéré dans des conditions un peu différentes,
permet en outre d’étudier comment s’opère la diffusion, ce qui peut présenter
un certain intérêt tant dans le cas présent qu’en hygiène industrielle (air des
ateliers où l’on manipule le formol).
RECHERCHES SUR LE MODE DE DIFFUSION DE L’ALDÉHYDE
FORMIQUE
Nous nous sommes proposé d’examiner comment s’opère la diffusion de l’al¬
déhyde formique à la température moyenne des locaux d’habitation, en atmo¬
sphère calme et suivant les trois coordonnées de l’espace, à l’instar d’un travail
déjà effectué par Heim de Balsac et Dagand avec les vapeurs de tétrachlorure
de carbone, de sulfure de carbone, de nitrobenzine, d’aniline, de pentachloré-
thane, de tétraéthylplomb L
Les déterminations ont été effectuées en fonction du temps, de la distance et
de la position dans l’espace du point considéré par rapport à la source d’émission.
Mode opératoire. Deux barres en fer de 2 mètres de longueur sont disposées en
a croix au centre du local ci dessus dont les dimen¬
sions sont : 5 m. x 2 m. x 2 m. 65. Le point de
rencontre E des deux barres forme le lieu d’émis¬
sion de vapeurs.
—— .i l A, B, C, D sont les points de prélèvement dont
B E C
on fait varier la distance au point d’émission de
manière que AE = BE = CE = DE.
Le point d’émission est muni d’une capsule de
D 1000 cc. dans laquelle on provoque un dégage¬
ment de vapeurs d’aldéhyde formique suivant le procédé au permanga-
1. Heim de Balsac (F.), Dagand (S.). Hygiène et industrie. Paris, Centre de biologie
industrielle du Conservatoire National des Arts et Métiers, 1936, fascicule III, p. 135.
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L. LEROUX
nate *. La surface de dégagement est de 80 centimètres carrés. En A, B, C, D,
sont disposées des capsules contenant une égale quantité d’eau distillée et
offrant chacune une surface libre de 24 centimètres carrés aux vapeurs d’al¬
déhyde formique.
On opère pour des distances de 30, 60, 100 centimètres du point d’émission
et pour des temps de 30 minutes, 60 minutes, trois heures et six heures.
La pièce est maintenue obscure et on n’y pénètre que pour la mise en marche
et l’arrêt des expériences. La température moyenne est de -f- 16° C. et l’état
hygrométrique de 72. Le dégagement de vapeurs d’aldéhyde est produit de la
manière suivante. On dispose au fond de la capsule 20 gr. de permanganate
de potassium pulvérisé puis on verse 70 cc. d’un mélange en parties égales de
formol commercial à 40 % et d’eau 1 2 .
La porte est immédiatement fermée et jointoyée avec des bandes de papier.
Après dix à douze secondes, les vapeurs d’aldéhyde formique se dégagent en un
épais nuage. Le dégagement dure environ un quart d’heure.
Après le temps de contact imparti par les diverses expériences, l’opérateur,
muni d’un masque respiratoire, pénètre dans le local et enlève rapidement les
diverses capsules.
Le contenu de chacune des capsules de captation est immédiatement analysé
au moyen du (3-naphtol.
Entre chaque expérience, le local est aéré pendant douze heures par ouverture
de portes situées aux deux extrémités.
Expérience I.
Durée : 30 minutes
Distance en cm. de A, B, C, D, Diffusion en direction
au point d’émission. (mgr. d’aldéhyde formique)
30 cm.
60 cm.
100 cm.
Supérieure.
1,4
1,4
1,2
Latérale. Inférieure.
0,12 — 0,15 0,12
0,12 — 0,20 0,02
0,15 — 0,18 0,04
1. Darr (R.), Raubitschek (H.). Journ. Pharm. el Chimie, 1911, t. IV, p. 79. — Gaud
(F.). C. B. Ac. Sc., 1906, t. CLXII, p.361.
2. Les quantités employées représentent environ le 1/6 de ce qui serait nécessaire pour
une désinfection.
ÉTUDE DE L’ALDÉHYDE FORMIQUE
65
Expérience II.
Durée : 61) minutes
Distance en cm. de A, B, C, D
au point d’émission
Diffusion en direction
en mgr. d’aldéhyde formique
30 cm.
60 cm.
100 cm.
Supérieure
1,43
1,60
1,00
Latérale Inférieure
0,22 — 0,25 0,20
0,18 — 1,15 0,20
0,22 — 0,28 0,20
Expérience III.
Durée : 3 heures
Distance en cm. de A, B, C, D Diffusion en direction
au point d’émission en mgr. d’aldéhyde formique
Supérieure
Latérale
Inférieure
30 me.
1,96
0,55 — 0,82
0,60
60 cm.
1,42
0,35 — 0,20
0,30
100 cm.
1,60
0,71 — 0,52
0,32
Expérience IV.
Durée : 6 heures
Distance en cm. de A, B, C, D
au point d’émission
Diffusion en direction
en mg. d'aldéhyde formique
30 cm.
60 cm.
100 cm.
Supérieure
1,93
1,70
1,60
Latérale Inférieure
0,69 — 0,70 0,40
1,16 — 0,97 0,10
0,76 — 0,43 0,45
De ces quelques chiffres on peut tirer les conclusions suivantes : Pour un temps
fixé, il y a, en général, décroissance de la richesse en vapeur diffusée du point
d'émission à la distance maximum pour laquelle on a opéré.
La diffusion commence à se faire verticalement du point d’émission vers la
partie supérieure du local. Dans celte direction, elle est presque complète dès les
premières minutes. Suivant leur tension propre, laquelle dépend de leur température
el de leur densité, les vapeurs se répandent ensuite suivant la même voie et pendant
plusieurs heures des zones de forte tension vers les zones supérieures de tension
mémoires du muséum, nouvelle sérié, tome x. 5
66
!.. LEROUX
plus faible, par suite d'un degré hygrométrique moins élevé ou d’une température
plus basse.
C’est seulement après un temps compris entre trois et six heures que la diffusion
devient presque complète latéralement.
CONCLUSIONS
Les procédés de recherche et de dosage de l’aldéhyde formique connus actuel¬
lement mettent en œuvre des réactions de coloration, des réactions de précipi¬
tation avec ou sans élimination d’eau, des réactions d’oxydation. La plupart
manquent de spécificité et de sensibilité ou sont d’une exécution délicate dans
leur application au dosage de faibles quantités de formol.
Le procédé très sensible de Fosse, de Graeve et Thomas, basé sur la condensa¬
tion de l’aldéhyde formique avec le(3-naphtoIet l’obtention d’un composé faci¬
lement caractérisable, le dinaphtolméthane, nous a permis d’examiner la ques¬
tion de l’aldéhyde formique dans trois domaines où le dosage de ce corps en
faibles proportions revêt, une grande importance. Nos résultats peuvent être
résumés de la manière suivante.
Physiologie végétale.
1. I.’aldéhyde formique, s’il était présent dans les feuilles vertes, à la dose
de 1 milligramme par kilogramme, pourrait être identifié et dosé exactement
au moyen du (3-naphtol.
2. L’étude systématique des parties vertes de soixante-quatre plantes au
moyen de réactif de Schryver considéré comme spécifique du formol a permis
d’observer une réaction positive dans vingt-trois cas. Mais la recherche plus
sûre effectuée au moyen du fl-naphtol permet d’affirmer qu’en aucun de ces
cas, cette réaction ne peut être attribuée à la présence de l’aldéhyde formique.
Chimie alimentaire.
1. Outre lesrai sons signalées plus haut, les difficultés de larecherche et du dosage
de l’aldéhyde formique dans les conserves alimentaires tiennent à l’insolubilité
des combinaisons albuminoïdes avec l’aldéhyde formique, combinaisons que la
distillation ne parvient pas à dissocier, et aux phénomènes de désamination dont
peuvent être l’objet les conserves, soit pendant leur stockage, soit pendant
la distillation à laquelle on les soumet pour rechercher l’aldéhyde formique.
2. Nous établissons que les acides aminés n’ont aucune influence sur le
dosage de l’aldéhyde formique par le (Lnaphtol et nous proposons une nouvelle
méthode de dosage basée sur l’emploi d’un extrait chlorhydrique-chlorure de
sodium.
3. Appliquant cette dernière méthode, l’examen de quelques produits fumés
ÉTUDE DE L’AI.DÉHYDE FORMIQUE 67
montre que la quantité d’aldéhyde y varie entre 0,06 et 0,8 milligrammes pour
100 gr. de substance.
Hygiène.
1. La méthode au J3-naphtol permet de doser exactement l’aldéhyde for¬
mique contenu dans l’atmosphère.
Appliquée à l’étude de l’atmosphère parisienne, elle a permis d’y déceler
le formol à la dose de 0,1 à 7,3 milligrammes dans 100 mètres cubes d’air.
2. Dans l’eau de pluie, à Paris, la quantité d’aldéhyde formique est de l’ordre
de 0,02 milligramme par litre.
3. Cette méthode peut servir au contrôle chimique de la désinfection. Elle
permet d’étudier le mode de diffusion des vapeurs toxiques et peut à ce titre
rendre des services en hygiène industrielle.
Pierre André. Imp. Paris.
ERRATA
e 9, ligne 18, au lieu de : Wellingtion, lire : Wellington.
19, note 3, ligne 2, au lieu de : C 55 H™ O N 4 Mg, lire : C 55 H 70 O 6 N 4 Mg.
23, ligne 24, au lieu de : signification, lire : lignification.
25, — 28, — oxydrique, — oxydique.
26, — 18, — CO, — O 2 .
29, — 23, — sans pression, — sous pression.
52, — 9, après : teint à la fuchsine, lire : puis le dosage sous la
forme de tétraméthyldîamidodiphénylméthane.
54, ligne 21, après : l’air aspiré, lire : et la condensation en téfra-
méthyldiamidodiphénylméthane.
59, expérience II, au lieu de : SO 2 H 2 , lire : SO 4 H 2 .
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