MÉMOIRES
DU
MUSÉUM NATIONAL
D’HISTOIRE NATURELLE
NOUVELLE SÉRIE
Série B, Botanique
TOME XI
FASCICULE 2
R. SCHNELL
LE PROBLÈME DES HOMOLOGIES
PHYTOGÉOGRAPHIQUE8
ENTRE L'AFRIQUE ET L’AMÉRIQUE TROPICALES
PARI8
ÉDITIONS DU MUSÉUM
36. rue Geoffroy-Saint-Hilaire (V*)
1961
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Ï-L
6 0
JIÉI10IRES 1)11 HdSÉllI NATIONAL » HISTOIRE NATURELLE
Série B, Botanique. Tome XI, fascicule 2. — Pages 137 à 242
LE PROBLÈME DES HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
ENTRE L’AFRIQUE ET L’AMÉRIQUE TROPICALES
par
R. SCHNELL
SOMMAIRE
Avant-Propos..138
I. Historique .140
H. Affinités entre les flores tropicales de l’Afrique et de l’Amérique . 141
III. Homologie des paysages botaniques.151
IV. Les forêts denses humides.154
V. Les variations anciennes des forêts tropicales humides.162
VI. Les clairières de la forêt dense humide.169
VII. Les formations herbeuses et arborescentes (savanes, cerrados,
forêts claires).181
VIII. Les caulingas américaines et les formations épineuses d'Afrique
tropicale sèche.192
IX. Les forêts (l’Araucaria du Brésil méridional.196
X. Considérations générales comparatives sur le peuplement végétal
de l’Afrique et de l’Amérique tropicales :
A. Les éléments de la flore.201
B. Le problème des relations floristiques entre l’Amérique
et l’Afrique tropicales.205
C. Les hypothèses possibles concernant l’histoire des flores
tropicales africaines au cours du Tertiaire.217
D. Les hypothèses possibles concernant l’histoire des flores
tropicales américaines au cours du Tertiaire.219
E. Le problème des variations climatiques et phytogéogra-
phiques depuis le Tertiaire.224
XI. Conclusions générales.232
Résumé.233
Bibliographie.235
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. XI. 9
Source : MNHN, Paris
138
!. SCHNELI.
AVANT-PKOPOS
Le j)roblême des homologies entre la flore et la végétation de l’Afrique
et de l'Amérique tropicales est si vaste qu’il serait indiscutablement
prématuré de vouloir en tracer un tableau d’ensemble. Il ne saurait être
traité dans sa plénitude que sur la base d’une somme de connaissances
qui n’est encore que très partiellement acquise. La prodigieuse richesse
des flores, la rareté des faits paléobotaniques actuellement connus, l’in¬
certitude des connexions terrestres qui ont pu exister entre l’Ancien
Monde et le Nouveau, sont autant d’obstacles qui nous limitent dans nos
essais d’interprétation des structures botaniques actuelles, de reconsti¬
tution de leur histoire, de compréhension des troublantes similitudes
floristiques que présentent les deux rives de l’Atlantique.
Ayant, après un certain nombre d’années de travail sur la flore et la
végétation de l’Afrique, eu le privilège de parcourir pendant quelques
mois les principales formations végétales du Brésil, nous avons malgré
tout pensé qu’il pouvait être utile de formuler quelques remarques préli¬
minaires comparatives qu’a suggérées à l’Africain que nous sommes,
l’observation des paysages tropicaux de l’Amérique du Sud. C’est essen¬
tiellement sur le plan des comparaisons entre le Brésil et l’Ouest africain
que nous avons axé ces quelques remarques, pensant qu’elles pourraient,
malgré leur caractère très incomplet, intéresser les botanistes de l’un et
l’autre de ces territoires. Les documents — indiscutablement fragmen¬
taires — que nous rassemblons, sont avant tout, à considérer comme une
base préliminaire pour des travaux futurs.
Il importe, dans un travail de ce genre, de replacer les faits suggérés
par les répartitions floristiques actuelles dans leur contexte, et de les
confronter avec les faits fournis par l’aire d’autres groupes, animaux
en particulier. Le critique nous pardonnera d’avoir, dans cet esprit,
rappelé un certain nombre de notions classiques, et de grandes hypo¬
thèses suggérées par les faits zoogéographiques, paléontologiques et géo¬
logiques. Une telle confrontation nous a paru éminemment utile. Il ne
saurait cependant être perdu de vue que, comme l’a judicieusement
souligné Axelrod (1952), si les végétaux sont essentiellement régis,
dans leurs migrations, par les faits climatiques, les animaux (Mammi¬
fères essentiellement) sont en grande partie sous la dépendance des
connexions terrestres, et dépendent beaucoup moins du facteur cli¬
matique. Les conclusions que peuvent suggérer les divers groupes, quant
aux connexions anciennes, seront donc de signification très diverses.
Il m’est agréable de remercier ici tous ceux par qui a été rendu pos¬
sible ce travail. Je veux d’abord dire toute ma gratitude au Conseil
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
139
National Brésilien des Recherches Scientifiques, qui a organisé mon
yoyage à travers le Brésil ; que son Président, M. J. C. Cardoso, reçoive
1CI , l’expression de ma respectueuse reconnaissance. Je tiens à remercier
aussi bien vivement son éminent collaborateur, M. A. M. Couceiro,
Directeur Général de la Division Scientifique et Technique.
Je garde un souvenir inoubliable des randonnées effectuées à travers
a ÇQatinga, les cerrados, Vhylæa amazonienne, avec mes collègues et
amis brésiliens, ainsi que de l’accueil si profondément sympathique que
J ai trouvé auprès de tous, dans tous les Instituts et Laboratoires visités.
Je tiens à remercier particulièrement M. W. Egler, Directeur du Musée
Y' œ lui» à Belém ; M. Dardano de Andrade Lima, l’éminent spécialiste
du Nord-Est brésilien ; M. le Professeur M. G. Ferri et ses collaborateurs,
Principalement MM. Aylthon Jolly, L. C ontinho et M lle B. L. Mor-
RRtes. Je veux également dire ici ma reconnaissance à M. le Recteur
M- Rodrigues Filho, de l’Université Rurale de Recife; à M. Raul Amo-
riui Antony, Sous-Directeur de l’Institut de Recherches d’Amazonie;
a MM. Oswaldo Haudro, M. Kuhlmann, A. Castellanos, H. P. Ve-
loso, F.- Segadas-Vianna, Luiz G. Labouriau, Aragao, H. Ferreira,
ainsi qu’à MM. E. Dolianiti et Sommer. J'adresse mes remerciements
aussi, à M. Lauro P. Xavier, Directeur du Jardin Botanique de Joào
lyessoa, qui m’a accompagné lors d’une longue tournée à travers les
régions arides du Nord-Est brésilien. J’ai pu longuement parcourir plu¬
sieurs des beaux parcs forestiers du Sud du Brésil ; qu’il me soit permis
de remercier ici M. Azambuj, Directeur du Service Forestier Fédéral,
gui m’a réservé le meilleur accueil ; j’exprime également toute ma
reconnaissance à M. Iglesias, Directeur du Service Forestier du District
bédéral et à M. Harold E. Strang, qui ont aimablement, eux aussi,
facilité ma tâche.
Je remercie aussi le Service Météorologique du Brésil, et tiens à expri¬
mer en particulier, ma gratitude à M. C. Junqueira Schmidt, l’éminent
spécialiste de la climatologie de ce pays. Mes remerciements vont enfin
a M. A. Teixeira Guerra, qui m'a réservé le meilleur accueil, et dont
‘es importants travaux géographiques sont mentionnés dans ce mémoire.
Ma gratitude est grande envers le Muséum National d’Histoire
Naturelle de Paris, et son Directeur, M. le Professeur R. Heim, Membre
l’Institut, pour l’accueil qui a été offert à ce travail dans les Mémoires
du Muséum. Je remercie très vivement M. le Professeur E. Séguy,
Pour tout ce qu’il a fait pour assurer cette publication. Je veux dire aussi
ma reconnaissance à M. le Professeur H. Humbert, Membre de l’Ins¬
titut, à M. le Professeur A. Aubréville, et à leurs collaborateurs, pour
I accueil sympathique que, depuis des années, j’ai toujours trouvé au
Laboratoire de Phanérogamie du Muséum.
Je remercie M. le Professeur G. Mangenot, sur l’initiative de qui j’ai
Pu entreprendre mon voyage au Brésil ; c’est sur ses conseils que je suis
Parti, m’orientant ainsi vers de nouveaux horizons du monde tropical.
Je tiens enfin, bien entendu, à remercier ici, une fois de plus, l’Institut
Français d’Afrique Noire, et son éminent Directeur, M. le Professeur
Source : MNHN, Paris
140
R. SCHNELL
Th. Monod, dont l’amical et efficace appui ne m’a jamais fait défaut
tout au long de mon travail sur la végétation de l’Ouest africain. Je
suis heureux de l’occasion qui m’est offerte ici, de lui témoigner une fois
de plus ma très fidèle reconnaissance.
I. HISTORIQUE
Les multiples homologies de l’Amérique tropicale et de l’Afrique ont
été maintes fois soulignées. Homologies structurales, sc traduisant, au
Brésil comme en Afrique, par des boucliers précambriens parfois recou¬
verts de sédiments, et par une morphologie comparable (1). Homologies
dans la structure du manteau végétal, qui comporte, de part et d’autre
de l’Equateur, dans des régions de climat homologue, des forêts tropicales
humides, des formations herbacées et arborescentes plus ou moins xéro-
philes, des formations d’épineux. Homologies enfin sur le plan du peuple¬
ment, puisque, tant dans le domaine de la flore que dans celui de la faune,
de nombreux taxa (familles et souvent genres) sont communs aux deux
territoires.
Ces homologies du peuplement ont été soulignées par maints auteurs.
A. Chevalier (1931, 1933) a donné des listes d’espèces végétales com¬
munes à l’Amérique du Sud et à l’Afrique tropicale, et souligné que ces
espèces peuvent sc répartir en trois groupes principaux : espèces trans¬
portées par l’homme, volontairement ou non, — espèces transportées
par les oiseaux (particulièrement des plantes des lieux marécageux à
graines très fines), — espèces transportées par les courants marins (plantes
halophiles côtières). En dehors de ces trois grandes catégories, il n’existe
que très peu d'espèces communes ; certaines d’entre elles, comme Andira
inermis, pourraient être des espèces très anciennes, déjà différenciées
lors des connexions qui ont existé dans le passé entre l’Ancien Monde et
le Nouveau. Le même auteur a également souligné l’homologie des for¬
mations végétales des deux territoires, et en particulier celle des grou¬
pements végétaux secondaires qui se développent sur l’emplacement des
anciens défrichements ; bon nombre d’espèces sont communes aux for¬
mations secondaires de l’Afrique et de l’Amérique tropicales : elles sem¬
bleraient avoir été transportées par l’homme. Th. Monod (1950) a réca¬
pitulé toute une liste de genres, voire d’espèces — animales ou végétales
— se retrouvant sur les côtes américaines et africaines de l’Atlantique
tropical. Plus récemment, G. Mangenot (1957, 1958) a cité les specta¬
culaires homologies qui existent entre la flore et la végétation du Brésil
et de l’Afrique occidentale : espèces vicariantes, parfois genres ou espèces
affines jouant le même rôle dans le paysage botanique : certains Cecropia
(1) Du Toit (A.-L.). A geological comparison of South America with South Africa
(Carnegie Insl. Publ., 1927). — De Martonne (E.). Géographie zona le : la zone tropicale
(Ann. géogr., 1946, LV, n° 297). — Monod (Th.), Sur les deux bords de l’Atlantique Sud
(Bol. Insl. I’aulisla Oceanogr., I, 1950, pp. 29-58).
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGR APHIQUES
141
d’Amérique ont une silhouette, une écologie, une place dans la végéta¬
tion, identiques à celles de Musanga cecropioides d’Afrique ; en Amazonie,
le même auteur (1958, p. 88) a mentionné un groupement à Cephalocarpus
(Cypéracée) et Rapatea (Rapatéacée), rappelant, tant par son écologie
que par la physionomie de ses espèces caractéristiques, le groupement
homologue à Alapania (Cypéracée) et Maschalocephalus (Rapatéacée)
des forêts humides de l’Ouest africain.
Le problème des relations floristiques entre l’Amérique et l’Afrique
tropicales a, depuis Engler, été posé, à propos de maintes espèces et de
maints genres, par Chevalier et par Aubréville. Sur le plan de la
végétation, le magistral mémoire d’ Aubréville sur les forêts du Brésil
(1958) apporte de précieux éléments comparatifs qui sont de la plus
haute utilité, tant comme synthèse d’ensemble que sur le plan des
homologies entre l’Afrique et l’Amérique tropicales.
II. — AFFINITÉS FLORISTIQUES
ENTRE L'AFRIQUE TROPICALE
ET L’AMÉRIQUE TROPICALE
Affinités sur le plan générique
Dans l’ensemble, — si nous en exceptons les familles endémiques
(dont certaines, comme les Vochysiacées, jouent un rôle important dans
certains paysages Sud-américains) (1) — ce sont les mêmes familles qui
constituent le fonds de la flore dans les deux territoires. En Afrique
comme en Amérique tropicale, un rôle de premier plan est joué par les
Légumineuses, les Rubiacées, les Sapotacées, les Euphorbiacées, les
Sapindacées, etc. De très nombreux genres existent de part et d autre
de l’Atlantique tropical ; bornons-nous à citer, parmi les plus connus
de cette longue liste : Alchornea, Andropogon, Angræcum, Asclepias,
Aspilia , Bauhinia, Bégonia, Bulbophgllum, Carapa, Cassgtha, Ceiba,
Combrelum, Cordia, Dioscorea, Diospyros, Dolichos, Ergthrina, Erg-
throxglum, Eugenia, Ficus, Jpomoea, Alaba, Oplismenus, Ouratea, Phgl-
lanlhus. Piper, Pithecellobium, Randia, Smilax, Strgchnos, Terminaha,
Vernonia, etc. (2).
(1) Soulignons que les Vochysiacées, famille américaine, possèdent cependant un
genre (avec une espèce) en Afrique. Les Broméliacées, également américaines, ont une
espèce en Afrique, paraissant d’ailleurs très localisée. .... . ,
(2) De celte liste sont évidemment éliminés les genres polyphylétiques, issus, dans
chacun de ces territoires, d’une évolution parallèle indépendante. Iel est le cas du genre
Cephælis (Rubiacées). Par leurs stipules membraneuses bilobées, P» leursjetâtesi cornt-
culés, et par divers autres caractères, les Cephælis africains se djstjnguent dM espèces
américaines, et se rapprochent au contraire des Psychotna africains de la section liracteatœ,
dont ils paraissent issus. La condensation de l'inflorescence en un glomérule capituliforme
involucré est évidemment un processus qui a pu se produire de façon indépendante et
parallèle dans des phylum différents au sein de l’énorme genre Psyc/iofria
A propos des genres Maba et Diospyros, rappelons que White, dans sa récente révision
des espèces africaines, a été amené à réunir ces deux genres.
Source : MNHN, Paris
Affinités scr le plan spécifique
C’est essentiellement sur le plan de la famille et du genre que se situent
les affinités. De façon générale, l’homologie ne descend pas au niveau de
l’espèce. Il n’y a d’exceptions que dans quelques cas, qu’il parait possible
de ramener aux catégories suivantes :
1) Espèces rudcrales et anthropophilcs, qui doivent leur grande dis¬
persion, en général, ù l’homme : Euphorbia hirta, E. prostrata, Argemone
rnexicanu. Agératum congzoides, etc. A. Chevalier (1931) a donné une
longue liste d’espèces anthropophilcs communes à l’Afrique et à l’Amé¬
rique tropicales ;
2) Espèces des lieux humides: il est remarquable de constater que,
parmi les espèces existant de part et d’autre de l’Atlantique, figure un
nombre appréciable d’espèces des lieux humides et des marécages (1) :
Sauvagesia ereeta 1.., Lopholocarpus guganensis Dur. et Schinz, Xyris
anceps Lam., Eleocharis fistulosa Link, E. Caribæa Blake, Iihynchospora
corymbosa Britt., Fuirena umbellata Botbt., Fimbrislglis exilis Roem.
et Sch., Cgperus leucocephatus Retz., C. aristalus Rottb., Pycreus lanceo-
latus C. B. Cl., etc. (2).
Cette aire très vaste de tant d’espèces des lieux humides pourrait
s’expliquer par un transport (vraisemblablement épizoochore) par des
oiseaux migrateurs, qui, fréquentant les marécages, transporteraient
leurs diaspores de petite taille, fixées à leurs pattes ou à leur plumage,
d’un marécage à l’autre, assurant mieux qu’un transport anémochore,
la certitude d’atteindre le biotope voulu. C’est là une hypothèse déjà
exprimée par Chevalier, et que Perrier de la Bathie ( Biog. Pi
Madag., 1936, p. 68) a remarquablement formulée : «Les plantes de
grande lumière et à petites graines, dont les semences, par suite de leur
légèreté ou de l'habitat de la plante-mère, s’entassent dans les lieux
boueux, ont toujours une aire très vaste, non seulement parce que ces
graines mélangées à la boue peuvent s’attacher aux toisons, plumes ou
pattes des animaux (oiseaux migrateurs et aquatiques surtout) et être
ainsi transportées à de grandes distances, mais aussi parce que ce trans¬
port les amène presque toujours sur des stations analogues à leurs sta¬
tions d’origine, où elles peuvent aisément germer et se développer.»
(1) On rapprochera de ce fait les résultats donnés par l’analyse lloristique des grou¬
pements marécageux où la proportion des espèces à large répartition se révèle élevée.
C’est ainsi qu'au Congo, Lkbrun (1947, II, p. 498) dénombre sur un fragment de l’asso¬
ciation à Phragmites Mauritianus, 2 pantropicales, 2 paléotropicales, 3 plurirégionales
afro-tropicales et 1 espèce omni-soudano-zambézienne. Dans l’association à Cgperus
arliculatus et Asteracantha longi/olia, le même auteur note : 4 pantropicales, 5 paleotro-
picales, 2 plurirégionales africaines, 4 soudano-zambéziennes. Au Congo également,
B. Germain (1952, p. 123), dans la plaine de la Huzizi, reconnaît dans l’association
palustre à Cyperus lalifolius : 5 pantropicales, 5 paléolropicales, 3 plurirégionales afri¬
caines, 1 omni-soudano-zambézienne et 1 soudano-zambézienne.
(2) Dans le même ordre d’idées, on notera la très vaste répartition tropicale de cer¬
tains genres dont les représentants vivent généralement dans les lieux marécageux :
Drosera, Vtricularia, Burmannia, etc...
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
143
Peut-être convient-il de rappeler également ici, à ce propos, l’aire
très vaste que possèdent d’assez nombreuses plantes aquatiques, soit à
travers l’un des continents seulement, soit à la fois dans l’Ancien Monde
et le Nouveau. Ceratophyllum demersum, par exemple, est à peu près
cosmopolite ;
3) Espèces littorales: la grande répartition sur les côtes tropicales
de nombreuses espèces est bien connue; leur liste a été récapitulée par
divers auteurs ; citons, pour les plages sableuses : Sporobolus oirginicus,
Stenolaphrum secundatum, Paspalum vaginalum, Remirca maritima,
Sesuoium portulacaslrum, Philoxerus vermicutatus, Altcrnanlhera rnari-
tima, Canavatia obtusi/olia, lpomoea pes-capræ, Scævola plumieri, etc.
De même la composition de la mangrove est profondément semblable,
sur le plan spécifique, en Amérique tropicale et en Afrique occidentale :
Rhizophora mangle, R. raccmosa, R . harrisoni, Avicennia nilida, Lagun-
cularia raccmosa, Acrostichum aureum, etc. Th. Monod (1950, pp. 30-31)
a cité une série d’espèces animales qui se rencontrent, identiques, sur les
deux côtes. Les affinités floristiques des mangroves atlantiques de
l’Amérique et de l’Afrique, qui les opposent à la mangrove dite
«orientale# (Océan Indien et Pacifique), — plaident évidemment pour
l’hypothèse d’un transport marin des diaspores ;
4) Espèces à grand pouvoir de dispersion joint à une amplitude écolo-
gigue considérable : dans cette dernière catégorie, sont à mentionner des
Fougères, dont des cosmopolites comme Pleridium aquilinum (1) et
Osmunda regalis. Citons aussi la très vaste répartition tropicale de
Lycopodium cernuum. Rhipsalis bacci/era Stearn (R. cassutha Gaertn.),
Caclacée épiphyte en forêt tropicale humide, doit probablement sa répar¬
tition quasi-pantropicale au transport par les oiseaux, qui, consommant
ses fruits, sont sans aucun doute aussi responsables de sa mise en place
au sommet des arbres. La présence de Ceiba pentandra, sous des formes
sans doute identiques, ou du moins très voisines (2), en Amérique tro¬
picale et en Afrique, pourrait s’interpréter par un transport de ses
graines d’un continent à l’autre ; A. Chevalier (3) a soulevé 1 hypothèse
d’un transport par le vent d’Amérique en Afrique; la présence de plu¬
sieurs espèces de Ceiba en Amérique, — alors qu’il n’en existe qu une seule
en Afrique, — étaie l’idée d’une origine américaine de ce grand arbre.
Dans les forêts, le nombre des espèces communes à l’Afrique et â
l’Amérique tropicales est très faible, du moins parmi les Phanérogames.
Nous venons de citer Ceiba pentandra et Rhipsalis bacci/era. Olyra a i-
lolia, Graminée du sous-bois, existe dans les forêts humides d Afrique et
d’Amérique, — le Nouveau Monde, où ce genre comporte plusieurs especes
paraissant être son lieu d’origine. Symphonia globuhfera (Guttitere)
e présenter sous forme de variétés distinctes (var. lanugi-
"■“S' £££»&. contrefort, p.rntt un peu différente cher. “fSen”cfdî
Paraît difficile de tirer argument de ce caractère, éminemment sujet à 1 influence du
' (3)‘ Chevalier (A.). Arbres à kapok et Fromagers (Rev. Roi. Appl., 1937, 17).
Source : MNHN, Paris
144
R. SCHNELL
d’Amérique, est très proche du S. gabonensis d'Afrique, à tel point que
les deux espèces sont souvent mises en synonymie. La grande liane
ligneuse Enlada gigas (Mimosée), qui existe dans les forêts denses afri¬
caines, américaines et est-asiatiques, pourrait devoir cette répartition
à un transport relativement récent, -— peut-être à la suite de longs
parcours marins, que sa gousse ligneuse et légère rendrait possibles (1) ;
rappelons qu’une gousse de cette espèce (actuellement conservée au
British Muséum dans les collections de Sloane) avait un jour été décou¬
verte sur les côtes d’Angleterre. Le kobi d’Afrique, Carapa procera
D. C. (Méliacée), que certains ont identifié à C. guianensis du Nouveau
Monde, paraît, malgré la similitude des spécimens d’herbier, en différer
à la fois par son port moins élevé et par son écorce. La présence en
Afrique de Paullinia pinnata (Sapindacée), seule espèce de ce genre
américain atteignant l’Ancien Monde, paraît, comme le pense Che¬
valier (2), s’expliquer par un transport. Un certain nombre de Fougères
ont une répartition américano-africaine. Xiphopleris serrulala, très petite
Polypodiacée, abondante dans les Serras côtières du Brésil, a quelques
stations dans l’Ouest africain, paraissant témoigner d’un transport aérien
de ses spores, incidemment réalisé d’Amérique en Afrique (3).
Dans les savanes et les forêts sèches, on note également quelques
espèces communes à l’Afrique et à l’Amérique : Ximenia americana,
Spondias monbin, Andira incrmis, Gyrocarpus americanus, Wallheria
indica L. (W. americana L.). Certaines d’entre elles ont une large répar¬
tition tropicale : Gyrocarpus americanus existe jusqu’en Asie et en
Polynésie. Dans les régions arides de la caalinga brésilienne, on trouve
Caloiropis procera (d’introduction vraisemblablement récente), Acacia
farnesiana (espèce répandue en Afrique, mais peut-être, d’après Oliver,
d’origine américaine).
(1) Les grandes possibilités de dissémination <V Enlada gigas par les courants marins
sont bien connues. Voir à ce sujet Ridley, p. 284.
(2) Chevalier (A.). Le rôle de l’Homme dans la dispersion des plantes tropicales.
Echanges d’espèces entre l’Afrique tropicale et l’Amérique du Sud (liev. Bol. Appl., 1931,
11, pp. 633-651).
(3) La répartition des Ptéridophytes mérite diverses remarques. L'ancienneté de ce
groupe permet de s’attendre à une vaste dispersion de ces plantes. Effectivement, de
nombreux genres possèdent une aire très étendue, tropicale (Marallia, Dicranoptcris,
Lygodium, Micralepia, Humain, Isoloma, Ilistiopteris, Acrostichum, Cyclosorus, Arlhrop-
leris, Pleopettis, Phymalodes, etc.) ou plus ou moins cosmopolite (Osmunda, Hymenophyl-
lum, Cheilanlhes, Pleridium, Polypodium, Jiryopteris, Adiantum, Asplénium, etc.). De
nombreuses espèces ont aussi une aire très vaste, soit sur un seul continent soit sur plu¬
sieurs. De multiples faits démontrent le grand pouvoir de dispersion de ces plantes.
Comme l’a fait remarquer Peiirier de La Bathie, Acrostichum aureum, espèce de la man¬
grove, se retrouve dans l’intérieur de Madagascar sur des elllorescenccs salines. Le même
auteur a montré que l’analyse de la ilorc ptéridologiquc de Madagascar plaide pour une
intervention de transports aériens : parmi les espèces non endémiques, on compte 9%
d’orientales, 46% d’occidentales et 41% de pantropicales. Le transport anémochore des
Fougères est apparu aussi lors du repeuplement du Krakatau, où, au bout de trois ans,
on comptait 12 espèces de Fougères, alors qu’il n’y avait encore que 3 Composées anémo-
Chores. La réalité de tels transports n’implique cependant pas forcément toujours leur
caractère récent ; sans doute certains d’entre eux sont-ils plus ou moins anciens, comme
parait en témoigner la variabilité intraspéciflquc que revêtent certaines espèces à aire
très vaste (comme Pleridium aquilinum).
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
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Remarques sur les groupes communs
Si de nombreux groupes sont communs à l’Amérique tropicale et à
l’Ancien Monde, on note souvent qu’ils s’y comportent différemment,
tant par leur répartition que par leur écologie. Les Palmiers sont bien
plus nombreux en Amérique qu’en Afrique ; ils y présentent, dans les
forêts tropicales humides, de nombreuses formes érigées, vivant même
dans la sylve intacte ; en Afrique, par contre, les palmiers érigés, peu
nombreux, ne vivent pas en forêt dense intacte (sauf les Raphia des forêts
marécageuses), où l’on ne trouve que quelques palmiers lianescents
f Ancistrophyllum, Ercmospatha, Calamus, Oncocalamus) (1).
Divers groupes, représentés uniquement ou presque uniquement par
des arbres dans l’Ancien Monde, présentent en Amérique une très grande
abondance de formes lianescentes : Sapindacées, Bignoniacées. Inverse¬
ment, certains autres groupes (Annonacées, Rutacées, Myrsinacées,
Ficus) n’ont de formes lianescentes que dans l’Ancien Monde. Le fait
avait déjà été souligné par Velenovsky (IV, 1913, p. 108).
Au Brésil, la famille des Composées, très richement représentée dans
le Sud, où elle compte de nombreuses formes arborescentes, arbustives
et herbacées, est au contraire peu représentée dans la flore autochtone
de l’Amazonie, où ses formes ligneuses sont quasi-inexistantes en forêt
dense. Les causes écologiques (caractères du milieu forestier équatorial,
répartition des précipitations peu favorable à la dispersion des akènes
à aigrettes), ont peut-être joué un rôle dans ce faible développement des
Composées, conjointement avec les causes paléophytogéographiques.
L’étude statistique comparative, récemment faite par A. Aubré-
ville (1959), des Légumineuses de la forêt équatoriale africaine et de
la forêt amazonienne, est pleine d’intérêt. Ces deux grands massifs fores¬
tiers humides ont en commun une très grande richesse en Légumineuses
arborescentes et arbustives. « C’est un caractère commun essentiel de ces
deux régions équatoriales qui n’est pas partagé par les forêts denses asia-
tico-malaises et australo-papoues, et qui, par conséquent, peut servir
de critère à une distinction chorologique à l’échelle de ces grandes
régions ». Quelques genres pantropicaux sont communs à l'Afrique et à
l’Amérique : Copai/cra-Guibourtia, Cassia, Cynometra, Crudia, Parkia,
Albizia , Pithcccllobium (s. 1.), Dalbergia, Pterocarpus, Erythrina, Lon-
chocarpus-Dcrris. Ces groupes pourraient, comme Aubréville en envisage
l’éventualité, constituer «les éléments d’une vieille flore tropicale
humide» (Aubréville, p. 56). «Ces éléments communs pantropicaux,
la richesse commune dans certains groupements, peuvent être considérés
comme le signe d’une liaison des flores équatoriales américaines et afri¬
caines, mais dans des temps très anciens, car les faits de divergence dans
la répartition entre tribus et l’endémisme générique sont très accentués »
(Aubréville, p. 56).
(1) Le palmier à huile (Elœis guineensis) ne vit dans le domaine forestier que grâce
aux défrichements ; il disparaît quand la forêt se reconstitue.
Source : MNHN, Paris
Les familles endémiques
Parmi les familles endémiques du Nouveau Monde, les Broméliacées,
1res abondantes dans les forêts humides du Sud Brésilien (où elles s’élè¬
vent en montagne sous des climats subtropicaux, voire sublempérés,
notamment dans les forêts d'Araucaria de la Serra de Manliqueira),
existent également dans certaines régions très sèches : elles présentent
d’assez nombreuses formes (épiphytes : Tillandsia ; terrestres : Bromelia
laciniosa, Encholyrium) dans la caalinga des régions arides du Nord-Est.
Malgré la plasticité écologique dont témoigne ainsi cette famille, il y a
lieu de souligner qu’elle est très peu représentée dans les ccrrados du Sud
brésilien (Etat de Sào Paulo) et joue dans la forêt amazonienne un rôle
bien moindre que dans les forêts humides des Serras côtières du Sud.
L’unique Broméliacée africaine, Pitcairnia feliciana, connue jusqu’à
présent d’une seule localité (Kindia, en Guinée, sur des escarpements
gréseux), paraîtrait devoir s’expliquer par un transport à grande dis¬
tance (peut-être zoochore). Elle parait, en tout cas, très proche des
Pilcairnia antillais (1).
Les Cactacées, également endémiques du Nouveau Monde, y existent
à la fois en forêt dense humide (Phipsalis, Epiphyllum) et dans les régions
sèches (Cereus, Cephalocereus, etc.), où leurs formes épineuses jouent
dans le paysage un rôle homologue de celui des Euphorbes cacliformcs
de l’Ancien Monde (telles qu ’Euphorbia abyssinica). Il est d’ailleurs
remarquable de constater cette « bipolarité » écologique des Cactacées,
qui existent simultanément dans les types de végétation les plus xériques
(caalinga, bush des reslingas (2)) et dans les types les plus hygrophiles
(forêt tropicale humide) (3), mais ne paraissent jouer qu’un rôle réduit
dans la végétation sèche des ccrrados, qui, sur le plan de la xéricité,
représentent un terme intermédiaire entre ces deux extrêmes. On notera
le rôle important des Cactacées dans les flores sèches du Mexique et de
l’Argentine.
I NTEIt PI! ET ATI O N DES AFFINITÉS FLOHISTIQUES
Les affinités floristiques entre l’Amérique tropicale et l’Afrique se
situent — à part des cas particuliers au niveau du genre et de la
famille.
Les identités réalisées au niveau de l’espèce doivent toujours être
interprétées avec la plus grande prudence, en raison de l'éventualité de
transports à grande distance plus ou moins récents, que la multiplicité
des causes de dispersion (humaines notamment) permet d’imaginer dans
(1) Stehlb (II.). Analogies entre le Pilcairnia /eliciana et les Pilcairnia antillais
(/{««. Pot. Appt., 1938).
(2) Les reslingas sont des formations arborescentes basses et herbacées occupant les
sables littoraux.
(3) Le fait, déjà connu, que les lihipsnlis, épiphytes eu forêt dense humide, ont des
formes juvéniles érigées et épineuses, alors que la plante âgée est pendante et inerme, serait
un argument pour penser que l'origine de ce genre est dans les habitats terrestres xériques.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES 147
bien des cas (1). 11 en est ainsi pour Calolropis procera, espèce steppique
de l'Ancien Monde (Afrique, Asie), qui est abondante dans certaines
régions du Nord-Est aride du Brésil, où elle se localise surtout dans cer¬
taines contrées habitées, notamment dans l’Etat de Paraiba. Dans
d’autres cas, comme pour Andira inermis ou Gyrocarpus americanus
(Aubréville, 1919, p. 49), l’aire très vaste occupée par une espèce
commune plaide pour l’ancienneté de sa mise en place.
Par ailleurs, l’aire restreinte (parfois réduite à une station unique)
que présentent, dans l’un des deux territoires, certaines espèces apparte¬
nant à un groupe localisé de l’autre côte de l’Atlantique, est, de même que
le caractère unique de ces espèces, un argument pour les interpréter par
un transport à longue distance plus ou moins ancien, plutôt que comme
des reliques d’une extension ancienne du groupe dans ce territoire. Le
cas du Pitcairnia jeliciana, de Guinée, mentionne plus haut, en parait
un exemple. De même, dans la famille panlropicale des Mélastomacées,
le genre Miconia est propre au Nouveau Monde, où il est représenté
par de nombreuses espèces ; or, une plante rencontrée en Afrique en une
seule station, en Guinée espagnole, a été identifiée par H. Jacques-
Félix (1938), comme appartenant à ce genre américain (Miconia a/n-
cana J. Fél.). Lorsque l’aire de la plante est plus étendue, l’interprétation
esL plus difficile. Dans la même famille des Mélastomacées, la tribu des
Tibouchinées est américaine ; or, une petite plante des marécages des
plateaux ouest-africains, Nerophila gentianoides Naud., est à rattacher
à cette tribu, ce qui pose le problème de son origine et des migrations
floristiques entre l’Amérique et l’Afrique. « Nerophila gentianoides,
souligne Jacques-Félix, a bien sa souche dans les régions d’altitude de
la vieille plate-forme guyanaise, et sa présence au Fouta-Djallon ajoute
un argument au postulat d’une liaison floristique ancienne entre ces deux
territoires» (Jacques-Félix, Icônes Plant. Afric., III, 1955). Remar¬
quons que cette liaison, apparemment indiscutable, n implique pas for¬
cément un contact par connexion terrestre : comme bien d’autres plantes
de marécages, cette unique Tibouchinée africaine pourrait devoir son aire
réduite ouest-africaine à un transport par des oiseaux migrateurs, sans
doute à une époque relativement ancienne.
Si certains faits (présence d’espèces communes, présence d un ru-
cairnia en Afrique) suggèrent souvent l’idée de transports à grandes
distances réalisés de façon exceptionnelle, l’ensemble des affinités flo¬
ristiques africano-américaincs, par contre, semble requérir une toute
autre interprétation. Perrier de la Bâthie (2) a, à juste titre, souligne
combien l’hypothèse de transports lointains semble inapplicable a des
groupes tels que les Symphonia (Guttifères, existant en Afrique, a Mada-
(1) Soit par des agents naturels (cas du Pitcairnia de Guinée, et vraisemblabiement de
Phii>salis baccitera) soit oar Pliomme (espèces rudérales, esptees utiles).
(2) Pkkrier de La Bathie. Notes biogéographiques sur quelques plantes ayant
contribué au peuplement de Madagascar. (Mim. }ns/.Scien/..Madas«car, Série B, I,
fasc. 2, 1948 ; et : Contrib. il. peupl. Mad. (Mim. Soc. Hiogéogr., nouvelle Sér., I. 1953,
Source : MNHN, Paris
R. SCHNELL
148
gascar et en Amérique), dont les fruits lourds et fragiles, les graines grosses
et à pouvoir de germination peu durable, ne pourraient avoir été trans¬
portées sur de grandes distances. L’idée de migrations anciennes, grâce
à des connexions terrestres, s’impose comme l’hypothèse rendant le
mieux compte des faits actuellement connus.
C’est à une conclusion identique que conduit l’étude de la faune.
Certaines familles de Poissons d’eau douce existent à la fois en Afrique et
en Amérique tropicales : Ostéoglossidés, Cyprinodontidés, Siluri-
formes, etc., mais, comme le note Monod (1950, p. 29), «l’identité ne
descend jamais au niveau du genre et à plus forte raison de l’espèce ».
Comme la flore, la faune présente des répartitions hétérogènes.
Parmi les Poissons, citons, d’après Th. Monod (1957, p. 20), l’existence
de groupes africano-américains (Characidés) et de groupes africano-
asiatiques (Anabantidés, Mastacembélidés). Fait qui semblerait indiquer
que les liaisons africano-américaine et africano-asiatiquc pourraient fort
bien ne pas avoir été synchrones (Th. Monod, 1957, p. 20). Parmi les
Insectes, les Brentides (Coléoptères), étudiés par B. A. M. Soares, pré¬
sentent une répartition africano-américaine des plus intéressantes ;
certaines tribus (Trachelizini, Slereodermini, Arrhenodini) existent en
Amérique, Afrique, Indo-Malaisie et à Madagascar ; certains taxa existent
à Madagascar et en Amérique du Sud : Ncmalocephalini, Ulocerini;
les Ilhysicnini font défaut en Afrique, mais existent en Amérique du Sud,
à Madagascar, en Indo-Malaisie et en Australie (1). Si de telles réparti¬
tions inattendues devaient être confirmées par les recherches ultérieures,
elles amèneraient à se demander si les migrations anciennes de ce groupe
ne sont pas effectuées par une voie autre qu’une connexion terrestre
transatlantique classiquement admise par tant d'auteurs (2).
De cette répartition de certains groupes d’insectes pourrait être rap¬
prochée, sans pour cela admettre a priori que la cause en soit la même,
— celle de certains genres végétaux ou de certaines familles, dont Aubré-
vii.le a récemment (1955) fait la récapitulation, et qui font défaut en
Afrique, ou y sont très peu représentés : Magnoliacées (Amérique et
Asie, absentes en Afrique), Wintéracées (Amérique tropicale. Malaisie,
Nouvelle-Calédonie, Australie, absentes en Afrique), Lauracées (Amérique,
Indo-Malaisie, rares en Afrique), Ternstroemiacées (Amérique et Asie,
deux genres seulement en Afrique), Nyssa (Floride, Inde, Indonésie,
absent en Afrique), Symplocos (Amérique et Asie tropicales, Malaisie,
Australie tropicale, absent en Afrique) etc. L’absence, en Afrique, de
représentants de groupes tempérés, tels que les Magnoliacées (qui existent
en Amérique tropicale et en Asie du Sud-Est), s’expliquerait, comme le
souligne Aubréville, par les barrières géographiques qui y ont empêché
(1) D’après Ki.einer (R.), die geographische Verbreitung der Brenthidæ (Archiv fur
Naturgeschichle, 1931, 87, Abt. A. Heft 10, pp. 38-132).
(2) D’autres laits paraissent plaider pour des migrations * orientales » et non transa¬
tlantiques ; notamment la répartition du genre Orthopodomya (Diptère) qui existe à la
fois à Madagascar, en Indo-Malaisie, en Europe et en Amérique, mais fait défaut en
Afrique, ce qui laisse supposer qu’il n’y est pas arrivé lors de ses migrations anciennes.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES 149
les migrations Nord-Sud, isolant la flore tropicale africaine de l’ensemble
floristique tempéré (1). La présence d’un même groupe dans deux terri¬
toires tropicaux distincts (comme les Magnoliacces en Amérique tropicale
et en Asie du Sud-Est) peut fort bien être le résultat de tout autre chose
qu’une connexion directe (2).
Tous ces faits indiquent amplement que, si des migrations anciennes
entre les flores tropicales sont indiscutables, et paraissent, au moins dans
certains cas, impliquer l’existence de connexions terrestres, les voies
suivies par ces migrations ont sans aucun doute etc variées.
Répartition écologique des genres communs
Si nous envisageons les affinités floristiques entre l’Afrique et l’Amé¬
rique sur le plan des répartitions écologiques, nous constatons que les
genres communs peuvent se répartir en plusieurs catégories :
Genres de forêt dense humide, tels que Symphonia, Campa;
Genres représentés simultanément en forêt dense humide et dans les
formations sèches, tant en Afrique qu’en Amérique : Parkia, Bombax,
Eugenia, etc... ;
Genres uniquement localisés, tant en Amérique qu’en Afrique, dans
les formations végétales sèches (savanes, cerrados, steppes, caatingas) :
t remarquer Jaeger (P.j, dans son bel
ouvrage, La vie étrange des fleurs (1959, p. 155), l’ornithogamie, en Amérique, existe jusque
dans l'Alaska au Nord, et en Patagonie au Sud. Au contraire, dans 1 Ancien Monde, elle
existe en Afrique, mais fait défaut en Europe; elle «s’arrête au barrage désertique qui
s’étend depuis l’Afrique du Nord jusqu’en Asie entrale ». , . . . __,
(2) On peut aussi mentionner ici les Fagacées, qui existent, en plus des régions tempé¬
rées, dans le Sud-Est asiatique et dans certaines régions chaudes de l’Amérique (Mexique
Guatémala...).ll s’agit là, manifestement, d’une descente vers le Sud a partir d une aire
tempérée septentrionale, grâce à une conliguration géographique favorable. Leur absence
en Afrique tropicale — comparable à celle de nombreux autres groupes d origine tempérée
— en est la preuve, cl témoigne de l’appartenance initiale de ce groupe à 1 ensemble lloris-
tique tempéré. Conclusion qui rejoint celle obtenue par Resvoll (T.) (192a),qui a montré
que les Qucrcus de Java possèdent des bourgeons comparables à ceux des especes tem¬
pérées. La bipolarité remarquable que présentent les hêtres (Lagus dans 1 hémisphère
Nord, N otho/aqus dans l’hémisphère Sud) pourrait peut-être s expliquer'par une te le
migration Nord-Sud à une époque très ancienne (postérieurement a laquelle des variations
climatiques auraient pu faire disparaître le groupe dans les régions intermédiaires)
migration qui aurait pu se faire, soit par la voie .les Andes, soit l'iutot ten reprenant une
hypothèse de Du Hiktz) par une cordillièrc 1res ancienne qui aurait bordé à 1 Ouest, le
géosynclinal andin, antérieurement à la surrection des Andes. En tout ^‘'sst certain
que les Notho/agus sont anciens dans les régions australes, puisque des fossiles du Nummu-
•itique de l’Amérique du Sud ont été rapportés a ce genre. Leur migration Nord-Sud
(ou Sud-Nord ?) aurait pu se faire lors du Crétacé supérieur ou du 1 aléocène, époque où
paraît se situer une connexion entre l’Amérique du Nord et 1 Amérique du Sud et posté¬
rieurement à laquelle ces deux blocs continentaux auraient été à nouveau séparés pendant
une grande partie du Tertiaire (voir : Furon. Causes de Arniîmr^i i hffnfs
P- 153). La présence, au début du Tertiaire, de la I orc à Notholagus et Araucaria à la fois
en Patagonie et dans l’île Seymour, témoigne de 1 ancienneté des migrations floristiques
Par les voies australes.
Source : MNHN, Paris
150
CHNICLI.
Andropogon, Arislida, Cochlospermum, Lippia, Zizîphus (1), Jalropha,
Prosopis, etc.
L’existence de tels genres uniquement représentés clans les formations
sèches d’Afrique et d’Amérique plaide pour l’hypothèse de migrations
plus ou moins anciennes qui auraient eu lieu entre les flores sèches aux¬
quelles ils appartiennent dans chacun de ces territoires. A côté de contacts
entre les flores forestières humides se situeraient donc, assez vraisembla¬
blement, des contacts entre les flores sèches des deux continents, —
contacts qui pourraient avoir été synchrones des précédents ou non.
Le mécanisme de ces contacts, cependant, nous échappe : connexions
directes ou transports à plus ou moins grande distance ? (2).
La répartition du genre Annona parait constituer un argument com¬
parable. Ce genre, en Afrique, ne paraît exister que dans les savanes et
certaines formations boisées sèches ; en Amérique tropicale, il vit égale¬
ment dans de telles formations sèches (cerrados, cerradôes) mais compte
aussi des représentants forestiers.
La répartition des Protéacées mérite aussi d'être mentionnée ici.
Localisées en Afrique dans des formations xériques ou montagnardes,
elles se retrouvent en Amérique du Sud, dans des fourrés et des forêts
basses (notamment sur certains sommets des Serras méridionales du
Brésil ou dans les bush occupant certaines collines d’Amazonie), mais
elles peuvent vivre également dans des forêts humides (fait qui a déjà
été signalé, et que nous avons à notre tour pu constater dans les forêts
humides de Tijuca cl de la Serra dos Orgâos). Cette famille est représentée
en Afrique et en Amérique par des sous-familles distinctes, ce qui exclut
l’éventualité d'un transport direct entre ces deux territoires. Il en sera
question plus loin.
Enfin, sur le plan écologique, il peut être intéressant de noter que
des espèces d’un même genre, souvent très comparables par leur port
et leur aspect, peuvent jouer un rôle semblable dans des paysages bota¬
niques homologues. Ou encore, des espèces de deux genres affines se
relaient, au sein des mêmes formations, d’un territoire à l’autre. C’esl
ainsi que les espèces du genre Vismia (Hypéricacées) existent dans les
fourrés secondaires du domaine forestier, aussi bien en Amérique du Sud
qu’en Afrique et y ont un aspect comparable. Au Scleria barteri (Cypé-
racée lianescente) d’Afrique correspond en Amazonie un Scleria identique.
(1) Il est à noter que le genre Zizîphus, localisé, tant en Afrique qu’en Amérique tro¬
picale, dans des formations xériques, existe, en Asie du Sud-Est (où il compte de nombreuses
espèces), également dans des formations forestières plus hygrophiles. Ce genre, qui possède
une aire actuelle très vaste, a la majorité de ses espèces en Indo-Maiaisie et en Asie du Sud,
fait qui, conjointement avec la diversité écologique qu'il y présente, semblerait indiquer
qu'il possède là un de ses centres de dispersion principaux. Il ne paraît pas exister dans
Yhyhea amazonienne. Il est connu dès le Tertiaire (Europe et Amérique du Nord). La mise
en place de ce genre dans son aire actuelle pourrait donc être ancienne. Les voies ayant
permis la réalisation de cette mise en place nous échappent. Seuls une étude systématique
précise permettra peut-être de reconstituer hypothétiquement les rapports entre les
Ziziplius de l’Ancien et du Nouveau Monde.
(2) Sur les rapports des llorcs sèches d’Amérique el d'Afrique, voir : Aubukville
(Paléohistoire, 1949, pp. 48, 50), Monod (1957, p. 22).
Source : MNHN, Paris
PHYTC
GRAPHIQUES
151
HOMOLOGIES
également dans la végétation secondaire jeune. Les Psychotria et les
Cephælis jouent, en Amérique et en Afrique (1), le même rôle dans les
sous-bois de forêts denses. Au Musanga cecropioides (Moracée) d'Afrique
correspondent les Cecropia d’Amérique, souvent très semblables par leur
port, leur feuillage, leurs racines aériennes, leur écologie. On pourrait
multiplier ces exemples. Des homologies aussi spectaculaires se ren¬
contrent entre l’Amérique, l’Afrique et l’Asie du Sud : certains Dillenia,
dans des forêts claires asiatiques à aspect de savanes boisées, ont un
aspect, une place dans la végétation, tout à fait analogues à ceux de
Curatella americana dans les cerrados du Brésil ; dans les fourrés secon¬
daires d’Indochine vivent des Mussaenda très semblables, avec leur
grand sépale foliacé blanc, à certains Mussaenda des formations homo¬
logues d’Afrique (2). Si, dans le cas d’espèces très affines, l’explication
de ces remarquables similitudes peut, avec une certaine vraisemblance,
se trouver dans d’éventuels transports à grande distance effectués posté¬
rieurement à la différenciation morphologique et écologique du phylum,
le problème est plus obscur lorsqu’il s’agit d’espèces plus éloignées sur
le plan systématique, et l’on peut se demander si leur différenciation
s’est trouvée réalisée dès avant leur séparation géographique, ou s’il
s’agit, au contraire, d’une évolution parallèle poursuivie, à partir d’une
souche non encore différenciée dans ce sens, postérieurement à la ségré¬
gation des ensembles floristiques tropicaux. Ces vicariances très remar¬
quables avaient déjà été soulignées par Chevalier (19.33) et par Man-
genot (1957), en ce qui concerne les homologies entre l’Afrique et l’Amé¬
rique tropicales.
111. — HOMOLOGIE DES PAYSAGES BOTANIQUES
L’homologie des paysages botaniques de l’Afrique tropicale et de
l’Amérique du Sud est bien connue (3).
La grande forêt dense humide du Gabon, du Congo et de la Côte
d’ivoire a son homologue dans la sylve amazonienne.
(1) Comme d’ailleurs en Asie du Sud-Est. _
(2) Parmi ces vicariances souvent très spectaculaires est egalement a mentionner
je cas des Senecio arborescents des hautes montagnes d'Afrique, dont la physionomie et
• écologie rappellent étrangement les Espeletia (Composées) des hautes altitudes des Andes.
On pourrait aussi mentionner ici. le cas des Sélaginelles xéromornhesreviviscentes queil on
retrouve, avec une morphologie et une biologie semblables dans les régions arides de divers
territoires tropicaux : caatinga brésilienne (S. convolula) Mexique (S. lepidophylla).
Plaine côtière du Vietnam Sud, près du littoral (le la Mer de Chine (.S. lamariscina). Il
serait profondément utile qu'une étude systématique précise de ces especes permette de
reconnaître si elles sont afflues (comme ce paraît être le cas pour S. convolula et S. lepi-
dophulla), ou s'il s'agit d'une évolution parallèle ayant abouti, dans des nhvlum différents,
à une structure rosettéc et une phvsiologie semblables. Rappelons enfin ici, la présence
'le Poilocarpus à la fois aux hautes altitudes de l’Afrique tropicale, dans les montagne
<je l’Amérique tropicale (Andes, et s
du Sud-Est asiatique.
(:t) Voir en particulier les travaux de Ciievalier, Tiioli. ((..)
du Sud du Brésil) et aussi dans les montagnes
Source : MNHN, Paris
152
R. SCHNELL
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
153
La iorêt tropicale humide des Serras ratières du Brésil méridional.
en^oftran^de^caractères différentiels indiscu-
tables, physionomiques et floristiques. ,
Les cerrados d’Amérique tropicale, - formations herbeuses et arbo-
Les cerraaos a Amcnq f d’Afrique de profondes simili-
rescentes, — présentent avec les savanes u H F hni^pps sèches
tudes, dont nous reparlerons, pendant que des formations boisees sèches.
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. XI.
10
Source : MNHN, Paris
154
R. SCHNKI.L
qualifiées du nom de cerradào ( 1), rappellent indubitablement certaines
savanes forestières et forêts claires sèches d’Afrique.
Enfin, les formations arbustives ou arborescentes épineuses, plus ou
moins claires, de la caatinga du Nord-Est brésilien aride, sont homologues
des formations à épineux de l’Afrique sèche.
On notera, cependant, outre les différences physionomiqucs apportées
entre les types de végétation homologues par l’existence de groupes
endémiques (cf. le rôle des Cactacées et des Broméliacées dans la caatinga
brésilienne), une profonde différence dans la disposition géographique
de ces types de végétations fondamentaux. A la zonation latitudinale
africaine, — particulièrement caractérisée dans l’Ouest africain, —
s’oppose en Amérique du Sud, une disposition non zonale essentiellement
commandée par le régime des vents ; la caatinga s’étend sous des latitudes
presque équatoriales, pendanL que des forêts tropicales denses et hygro-
philes, très riches en épiphytes et en Fougères, se développent, bien plus
au Sud, sur les serras côtières exposées aux alizés humides.
Il y a lieu de mentionner ici, dès maintenant, une autre différence
qui sépare les paysages de la caatinga des formations sahéliennes de
l’Afrique ; c’est leur structure, dans l’ensemble, plus fermée, 11 e compor¬
tant pas, en général, de vastes étendues de steppes ouvertes ; différence
qui pourrait avoir son origine dans des modalités différentes de l’action
anthropique subie par ces deux territoires, — les régions sèches de l’Amé¬
rique du Sud n’ayant pas connu, comme celles de l’Afrique, une longue
période de vie pastorale nomade.
Enfin, rappelons que les homologies entre les paysages botaniques
comparables sont souvent encore accentuées par la présence des espèces
vicariantes mentionnées au chapitre précédent, qui ont fréquemment,
dans ces paysages similaires, des aspects très analogues.
IV. LES FORÊTS DENSES HUMIDES
Sous ce terme peuvent être englobés deux ensembles forestiers repré¬
sentés en Amérique du Sud : d’une part, le grand massif forestier équa¬
torial amazonien-guyanais, d’autre part, les forêts tropicales humides,
des régions côtières méridionales. I,e terme de tropical rain forcsl, au sens
large, peut, comme l’a fait Richards (1952, cf. carte de répartition,
fig. 2, p. 10) leur être appliqué. En fait, si ces deux ensembles forestiers
présentent de profondes analogies (voûte polystrate, sous-bois inférieur
peu développé, sans tapis herbacé, lianes nombreuses, etc.), des diffé¬
rences capitales les séparent : différences écologiques d’abord, puisque
les forêts côtières du Sud sont liées aux vents humides venant du large,
différences physionomiques et floristiques également (taille des arbres,
développement inégal de l’épiphytisme et de la llore pléridologique).
(1) Au pluriel : cerradOes.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
155
1- Les FORÊTS TROPICALES humides de la bordure atlantique
Les forêts tropicales humides du Sud, localisées sur une bande suivant
le littoral, sont sous l’influence constante des vents humides; les brouil¬
lards y sont fréquents. Le rôle des serras côtières dans les condensations
atmosphériques est fondamental ; l’air chargé d’humidité se détend et
se refroidit en s’élevant sur leurs pentes et l’eau se condense en pluie ou
en brouillard. Il s’agit d’un régime submontagnard typique. Cette humi¬
dité constante rend ces forêts particulièrement capables de se régénérer :
certaines montagnes comme celle de Tijuca (près de Rio de Janeiro),
( F U * furent presque totalement déboisées pour la culture, sont à nouveau
couvertes de forêt dense (1). Ces forêts tropicales humides des serras
côtières présentent un développement parfois extraordinaire des épi- •
phytes (Broméliacées, Cactacées, Gesnéracées, Fougères, etc.). Les
Fougères, les Bégonia, y abondent, en espèces et en individus. Les Fou¬
gères arborescentes sont nombreuses, même sur les pentes, en dehors des
vallées (alors que dans les forêts denses de l’Ouest africain elles se can¬
tonnent généralement dans les vallées humides). La forêt des pentes de
la Serra dos Orgâos compte 17 espèces de Peperomia et 10 espèces de
Piper, genres éminemment hygrophiles. Pour l’ensemble de la Serra dos
Orgâos (forêt hygrophile des pentes et crêtes non boisées), Rizzini (1953)
cite 1 863 espèces, dont 286 Ptéridophytes, ce qui représente, pour l’en¬
semble de la montagne, un indice ptéridologique de l’ordre de 15%.
Indépendamment de leurs indices épiphytique et ptéridologique par¬
ticuliérement élevés (caractère courant dans les forêts de montagne) (2),
ces forêts s’individualisent par leurs arbres moins hauts que ceux des
forêls équatoriales typiques et par le très faible développement des
contreforts ailés, caractères que l’on rencontre également dans les forêts
submontagnardes (1 000-1 600 m) de l’Afrique tropicale occidentale.
Par ces derniers caractères, ces forêts des Serras côtières se rappro¬
chent de lambeaux forestiers que l’on trouve çà et là dans l’intérieur
(tels que la forêt de Baguassu, sur les plateaux au Nord de Sâo Paulo,
dont nous parlerons plus loin à propos de l’origine des cerrados de ces
régions), mais qui, protégées de l’influence maritime par la barrière
montagneuse, sont beaucoup moins riches en épiphytes et en Fougères,
et paraissent beaucoup moins stables si l’on en juge par leur très faible
extension et le développement des cerrados qui semblent issus de leur
destruction.
(1) Il y a lieu de rendre ici hommage aux interventions, comme celle du major Archer
J Tijuca, qui ont permis la reconstitution de certaines de ces forêts, ainsi qu'à l’action
éclairée des Services forestiers brésiliens. Un certain nombre de ces forêts sont actuel¬
lement érigées en réserves.
(2) Dans les monts Nimba, inclus dans le domaine de la forêt dense, en Afrique occi¬
dentale, nous avons, en ce qui concerne également la llore vasculaire, constaté dans les
forêts de montagne (1 200-1 600 m), un indice ptéridologique de 18 à 26% et un indice
épiphytique de 31 à 33%. Aux basses altitudes, l’indice ptéridologique n’était que de
J0% dans les forêts mésophiles des pentes moyennes, mais s’élevait à 14% dans certaines
forêts plus hygrophiles (forêts ombrophilcs à Tarrietia) et à 18 % dans les forêts ombro-
Philes de vallées.
156
l. SCHNELL
2. La forêt équatoriale amazonienne
La forêt dense amazonienne possède les caractères classiques des
forêts équatoriales : grands arbres, fréquence des contreforts ailés,
abondance des lianes. Malgré la taille importante que peuvent y atteindre
ses plus grandes essences, nous n’avons rencontré, ni en basse Amazonie
ni dans la région de Manaus et de Santarem, de géants comparables à
certains grands arbres de la forêt humide de Côte d’ivoire ; le dévelop¬
pement des contreforts paraît aussi, dans les forêts (même intactes) que
nous avons visitées, nettement moindre que dans les forêts que nous
avons eu l’occasion de parcourir dans l’Ouest africain. Des remarques
comparatives identiques avaient été formulées déjà par d’autres bota¬
nistes (1).
La biologie de la sylve amazonienne est profondément dominée par
la structure géomorphologique du territoire et son régime hydrographique.
Plus que les faits climatiques interviennent, dans le bassin amazonien,
la hauteur du sol au-dessus du lleuve et le niveau des crues, pour dif¬
férencier les groupements floristiques de la forêt. Rappelons la classifi¬
cation communément admise par le langage courant, et reprise par les
botanistes :
Forêts d ’igapos: forêts marécageuses, à sol constamment imprégné
d’eau et plus ou moins boueux ; ces forêts sont remarquables par la pré¬
sence d’arbres à échasses (Symphonia globuli/era, Virola surinamensis,
Socratea exorhiza), l’abondance des épiphytes ( Carludovica , Marcgravia,
Fougères, Bryophytes) et des Fougères.
Forêts de varzéa : à sol submergé en période de crues seulement.
Forêts de terra firme : jamais inondées par les crues.
Cette classification est essentiellement justifiée par l’ampleur que
revêtent, en Amazonie, grâce au régime hydrographique, les deux pre¬
miers de ces types forestiers, homologues de forêts marécageuses et de
forêts ripicoles inondables qui, en Afrique tropicale, occidentale notam¬
ment, n’ont qu’une superficie souvent négligeable par rapport à celle
des forêts de terre ferme.
L’homologie est profondément saisissante entre les forêts d ’igapos
et certaines forêts marécageuses africaines : arbres à échasses, Fougères,
Marantacées à larges feuilles, abondance des épiphytes. Au Symphonia
(1) Duché et Black (1954, p. 15), écrivent : • Na maior parte da hiléia, a mata pluvial
exibe a exuberancia cléssiea das ilorestas equatoriais cm plénitude, porém as arvores
iicam longe das grandes dimensôes de certas cspécies da India e da Africa Ocidental
Tropical, e muito mais longe das gigantescas Coniferas e Eucalyptus de climas temperados.
A aitura média das grandes àrvores que compôem a abôbada da lloresta amazônica pode
ser avaliada cm 30 a 40 métros ; cm alguns iugarcs ela é maior... ; em muitos outros ela
é menor.En Guyane, Bena (Iiois et F. des Trop., 1949), tout en mentionnant que
certains arbres atteignent 50 m, signale que les diamètres de plus de 1 m sont rares. Il
est hors de doute que la taille des arbres est susceptible de varier avec les conditions écolo¬
giques locales, et une comparaison entre l’Afrique et l’Amérique ne peut être elïectuée
que pour des forêts vivant dans des conditions homologues.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
157
gabonensis d’Afrique correspond le Symphonia globulifera (1), qui a un
port très semblable. Les forêts d ’igapos de l’Amazonie sont, par leur
physionomie générale, et leur écologie, très proches de la grande forêt
marécageuse de l’Agnéby, en basse Côte d’ivoire.
Nous avons eu l’occasion de voir diverses portions intactes de la
forêt amazonienne, tant en basse Amazonie (où nous avons parcouru la
trouée qui venait d’être faite dans la sylve, vierge sur de grands espaces,
en vue de la construction de la route de Belém à Brasilia) que dans la
région de Manaus. L’abondance des lianes y est parfois considérable.
Les épiphytes par contre, en dehors des régions basses humides, y sont
peu nombreux : Philodendron, quelques Fougères, quelques Bromélia¬
cées, etc. Rien de comparable à la luxuriante végétation épiphytique des
forêts tropicales des Serras côtières méridionales. Les Fougères terrestres
sont peu nombreuses. Dans la région de Manaus, nous n’avons récolté
que trois ou quatre espèces de Fougères terrestres dans les forêts à sol
non humide que nous avons parcourues. La liste publiée par Caïn,
Oliveira Castro, Murça Pires et Da Silva (1956) pour une forêt de terre
ferme de la région de Belém, en basse Amazonie, fait apparaître, pour
un total de 215 espèces, un indice ptéridologique de 4,6% (11 espèces)
et un indice épiphytique de 8,8% (19 espèces), chiffres bien plus bas que
pour les forêts tropicales humides des serras côtières. Par leurs indices
ptéridologique et épiphytique bas, ces forêts se rapprochent des forêts
mésophiles (2) de l’Afrique tropicale (ou forêts denses humides semi-
caducifoliées, suivant la terminologie adoptée au Colloque de Yan-
gambi), qui représentent le terme le moins hygrophile de la sylve tro¬
picale humide (3).
(1) Les rapports taxinomiques de la forme africaine et de la forme américaine ont, été
conçus de façon diverse par les différents auteurs : identité, variétés distinctes, especes
différentes. Dans la deuxième édition de la Flora of West tropical Africa (1954), Keay
admet l’identité des deux plantes. . ._.
(2) Au sens donné à ce terme par Manoenot, Miège et Aubert (1948), et par Schnell
(3) ' Les Mousses également, sont peu nombreuses dans les forêts de c ^ ré 8jons d’Ama¬
zonie, sauf, bien entendu, dans les vallées humides et les I)as-fonds m arécageux (i9opos).
On peut ici rappeler les conclusions formulées par Herzog (Ih.) (Géographie der Moosc
Icna, 1905, p. 55) : .Man kann die Hochwalder der Amazonaniederunge . des Korgo
und der Malaya geradezu als moosarm bezeichnen und sie stehen trotz
chen Hegenhiihc von 2 m im Jahre auffallig zurück sowohl lunter der Artenza'il wie auch
Masse der Moose in unseren europàischcn Mittelgebirgen mit *eit geringeren Rej^
(60-150 cm), ja selbst hinter der viclen Auen- und Bruchvvalder der norddeutschen
Tiefebene. » Par ce caractère, les forêts sur sable de ces régions d Am^onie se différencient
profondément des forêts tropicales humides des serras côtières du Mid du Brésil ou les
Mousses - comme les Fougères et de nombreuses espèces hygroph les terrestres et épi
Phytes - abondent. On peut citer aussi à ce propos l'op.mo.i de SzYHKiE vicz (D.)
(Etudes climatologiques. XI. Les Mousses comme 1 indice de 1 fp Hirnat
Soc. ISot Polort 1927 IV n° 2) : « Le climat le plus humide pour 1 homme, c est le climat
taÆtafetîïÿX » » ot fortement chergé tl'humidM. MMp.
dans ces contrées relativement peu d eau, moins que partout ailleurs. Les végétaux, au
contraire, y perdent plus d’eau que dans les régions forestières de laizone ^“Pi^^nge
moins que dans les régions steppiques et désertiques. La cause «Son 2ÎT dénit de?a
réside dans la température élevée, qui fait monter 1 indice d évaporation en dépit de la
grande tension ^vapeur dans l’atmosphère Les Nlousses fourrnssent ici des indications
très précieuses sur le caractère du climat : elles sont rares, malgré 1 extrême abondance
des pluies On voit afnsi qu'il existe une corrélation très nette entre l’indice d évapo¬
ration et la végétation des Mousses. »
Source : MNHN, Paris
La pauvreté en épiphytes et en Fougères des forêts de terre ferme
que nous avons parcourues dans les régions de Belém et de Manaus
paraît liée à deux causes, l’une édaphique, l’autre climatique.
3J.4
TEMPÉRATURES
MAXIM A-
3 <t.l 3<*2 ,
341'''-
33.6
TEMPÉRATURES MOYENNES.
as,t
254 2Sf 257 257 25.* 25?
- - - - -" ''''
M1.9
Y" PLUVIOSITÉ
MOYENNE.
Va 1 - -tjÉ.7
V-<304 ,,^ ?
-1380 ~—/
86.J- *7ï
J FMAMJJASOND
Fig. 3. — Diagrammes climatiques de llelém (Etat de Para) en basse Amazonie (établis
d’après les chiffres publiés par le Service météorologique du lirésil). Le second dia¬
gramme indique les maximn thermiques absolus.
Les sols sont souvent à large prédominance sableuse, voire entière¬
ment sableux, — d’où un faible pouvoir de rétention pour l’eau et une
dessication facile. L’importance du facteur édaphique apparaît nettement
dans la sylve africaine, notamment en basse Côte d’ivoire, où, côte à
côte, sous un même climat, et au même niveau, vivent, sur des sols très
argileux issus de schistes, une forêt très hygrophile, à Tarrietia utilis et
Mapania, avec de nombreuses Fougères, et sur des sols à soubassement
sableux une forêt nettement moins hygrophile, à indices ptéridologique
et épiphytique plus bas (1). Des faits identiques se retrouvent dans les
(1) Le rôle du soubassement édaphique dans le déterminisme de ces types forestiers
a été mis en évidence par Mangknot, Miègk et Aubert (1948).
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
159
monts Nimba (Guinée), où la forêt hygrophile à Tarrietia et Mapania,
très riche en épiphytes, en Fougères, en Mousses, occupe des fonds de
vallée à soubassement schisteux (1).
io. 4. — Variation de l’hygrométrie, de la température de l’a: .
(en mm) et de l’évaporation horaire à Belém (basse Amazonie), en terrain découvert,
au cours de la journée du 26 septembre 1958. L’évaporation est celle d une rondelle
de papier filtre de 3 cm de diamètre (surface évaporante de 1 300 mm'),
(1) Schnell (R.), 1952, p. 160.
Source : MNHN, Paris
160
l. SCHNELL
Fig. 5. — Variations de l’hygrométrie, de la température, du déficit de saturation et de
l’évaporation horaire à Iielém (basse Amazonie), en terrain découvert, au cours de la
journée du 27 septembre 1958. Les déficits de saturation sont donnés en mm de mercure.
En bas sont figurés la nébulosité supérieure à 50% (pointillés) et la pluie (hachures).
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
161
Par ailleurs, on note, en Amazonie, dans les régions déboisées, des
phénomènes de flétrissement parfois intenses, liés à la fois à l’intensité
de l’évaporation et à la rapide dessication du sol à faible pouvoir de
rétention hydrique. Nous en avons observé de nombreux cas chez des
arbustes et de petits arbres de la végétation secondaire basse, dans la
région de Belém. A Santarem, dans les espaces déboisés, certains arbres
etrangers à la flore naturelle (tels qu ’Artocarpus incisa) manifestent
egalement, au milieu de la journée, une très sensible perte de turgescence
de leurs feuilles. Dans les bush et les forêts sèches basses des collines
rocailleuses de la région de Santarem, les feuilles des Miconia (Mélasto-
niacées arbustives) sont, au milieu de la journée, pendantes par manque
de turgescence.
L’opinion a été, à juste titre, émise par divers auteurs, et notam¬
ment par A. T. Guerra (Rev. Bras. Geogr., 1952, p. 419), que la forêt
amazonienne est étroitement conditionnée par l’humidité de son sol.
Dans la région de Belém, en terrain découvert, nous avons constaté,
par des journées ensoleillées de la saison sèche, des déficits de saturation
qui atteignaient 11 à 17 mm entre 12 heures et 15 h 30, pendant que l’éva¬
poration horaire pouvait s’élever au même moment à des valeurs de
l’ordre de 0,2 à 0,34 cm 3 .
A Santarem, des déficits de saturation assez importants peuvent
exister en terrain découvert au milieu de la journée ; il se pourrait que
ces conditions climatiques, s’ajoutant au faible pouvoir de rétention
hydrique des sols sableux lorsqu’ils sont dénudés et lessivés, jouent un
r ôle important dans le grand développement atteint dans cette région
par les clairières de cerrados. Nous citerons ici deux mesures qui illustrent
les variations de l’humidité climatique dans cette région. Les mesures
sont faites à Santarem, à quelques dizaines de mètres du Rio Tapajoz
(la température et l’humidité relative sont mesurées au psychromètre-
fronde) :
1 er octobre 1958, 14 h 30, par temps ensoleillé :
Température de l’air : 34°0.
Humidité relative : 51,5.
Déficit de saturation : 21.
Même jour, 23 h :
Température de l'air : 29°0.
Humidité relative : 71.
Déficit de saturation : 9,6.
Mentionnons aussi quelques mesures faites dans une forêt de terra
firme, sur les rives du Rio Negro, au Nord-Ouest de Manaus, par temps
très ensoleillé, le 10 octobre 1958 :
Source : MNHN, Paris
SCIINEI.I,
9 h 30 Forêt
intacte
Température
de l'air
à 1,50 m
Température Température
sous la du sol
litière à 1 cm de
de /euilles profondeur
sous l’herbe
11 il
83
Déficit de
saturation
11 h Terrain
déboisé 33,2 33,2 57 18,4
Le sol de cette forêt est à une vingtaine de mètres au-dessus du
lleuve. La litière de feuilles, assez développée, lui permet de conserver
une humidité appréciable. Les arbres atteignent une vingtaine de mètres,
et dépassent rarement 00 cm de diamètre. Dans la strate arborescente,
on note : Cargocar, Couratari, Inga spp., ? Tovomila, etc. ; dans le sous-
bois : Adiantum, Trichomancs, Sclaginclla, Schizæa elegans, Maieta
guianensis, etc. Lianes et épiphytes : Abuta concolor, Bauhinia, Marc-
gravia. Philodendron spp. (P. distantilobnm), Heteropsis, Trichomancs sp.
Un groupement inondable particulièrement remarquable est constitué
par les peuplements d ’Ettgcnia inundala (1). Cette Myrtacéc constitue,
sur les berges sableuses, des buissons parfois clairsemés et ne dépassant
pas quelques dizaines de centimètres de hauteur, et, plus loin de la rive,
des forêts basses, à voûte conLinue, haute de quelques mètres, où elle
peut être associée à quelques autres espèces ligneuses, telles que Dalbergia
inundala, et à une Lécythidacée de plus grande taille qui constitue une
strate supérieure discontinue. Ces forêts inondables basses, sont souvent
exploitées : les grands arbres sont abattus, et seule subsiste la strate
arborescente inférieure, de sorte que la forêt prend l’aspect d’un taillis âgé.
V. — LES VARIATIONS ANCIENNES
DES FORÊTS TROPICALES HUMIDES
Une idée couramment admise est celle de la grande ancienneté des
forêts tropicales humides, dont la longue évolution se serait poursuivie
sur de vieux boucliers précambriens particulièrement stables (2), aboutis¬
sant à la très riche diversification de leurs taxa et aux adaptations remar¬
quablement accentuées et convergentes des structures morphologiques.
Pourtant ces forêts ont subi, tant dans l’Ancien Monde que dans le
Nouveau, d’indiscutables vicissitudes, liées aux épisodes paléoclimatiques
et paléogéographiques. Les alternances de périodes pluviales et xérolher-
miques du Quaternaire africain ont certainement vu des oscillations
(1) Il peut être intéressant de mentionner ici qu’en Afrique, sur les rives du Congo,
existe une végétation ligneuse inondable comportant également un liugenia, associé à
diverses autres espèces (renseignement obligeamment communiqué par M. Koeciilin (J.).
(2) Mangenot (G.). Remarques sur Vllytœa dans le monde (Academia brasileira
de Ciencias, 1958, 30, pp. 83-90).
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PII YTOGÉOGRAI’HIQUES
1(53
latitudinalcs de la limite de ces forêts. Dans l’Ouest africain, les dépôts
quaternaires anciens de la Mauritanie (région actuellement sub-déser-
tique) ont livré des graines de Celtis , genre qui, actuellement, est localisé
en Afrique à des latitudes bien plus méridionales, sous des climats plus
humides (1). Inversement, les lambeaux de cuirasse ferrugineuse que l’on
rencontre dans le domaine de la forêt dense humide jusqu’en basse
Côte d’ivoire, ont été interprétés, àlasuitede Scaetta, par divers auteurs,
comme des témoins d’un climat ancien plus sec, lors d’une phase xéro-
thermique. Effectivement, il ne semble pas qu’il se forme actuellement
de telles cuirasses sous la forêt tropicale humide. Ces lambeaux constitue¬
raient des paléosols. Leur localisation fréquente sur de petits plateaux
paraît indiquer qu’il s’agit de vestiges d’un ancien niveau (ou parfois
de plusieurs), progressivement réduit par l’érosion régressive (2).
Si, comme on le suppose couramment, les cuirasses ne peuvent s’in¬
dividualiser que sous un climat xérothermique (3), l’existence de tels
climats lors de phases anciennes de l’histoire du domaine forestier actuel
permet de penser que la forêt tropicale humide a subi de profondes
régressions au profit de formations végétales plus sèches. Le problème
se pose des limites alors atteintes par la foret dense humide et des
« refuges » qui ont pu l’abriter jusqu’à la phase pluviale suivante, qui lui
permit une nouvelle extension.
Se basant sur le tracé actuel de la lisière Nord de la forêt dense
humide ouest-africaine, qui, commandée par les isohyètes pluviomé-
triques, s’incurve profondément en V vers le Sud au niveau du pays
baoulé, on peut supposer que, accentuant cette tendance, cette forêt a
pu, lors des phases xérothermiques, se fragmenter en deux massifs dis¬
tincts, de part et d’autre du V baoulé, qui serait venu alors atteindre
la côte du golfe de Guinée. Entre ces deux massifs forestiers se seraient
étendues des formations boisées plus ou moins xérophiles. L’idée d'une
telle fragmentation en deux massifs de la forêt dense ouest-africaine a
notamment été soutenue par R. Portères (4).
(1) Plaident dans le même sens pour une extension ancienne plus grande de la flore
forestière humide les stations actuelles de certaines espèces forestières hygrophiles au sein
d’une végétation moins hygrophile : espèces de forêt dense humide dans certains ravins
du Fouta-Diallon, présence de Tarrietia ulilis, essence éminemment hygrophile, dans une
forêt marécageuse relique près de Benty, parmi les savanes de Basse Guinée. De façon
comparable, Erulhropltleum guineense (Césalpiniée) arbre des forêts semi-humides du
domaine guinéen, possède en plein domaine soudanien, au Nord du massif de Kita, une
station paraissant elle aussi un témoin d’une extension septentrionale de cette espèce sous
un climat plus humide, et avant pu subsister malgré le dessèchement récent grâce à des
conditions locales favorables’. Ce peuplement a été découvert et étudié par Jaeger (P.).
(2) Schnell (R.). Comptes rendus Soc. Biogéogr.. 1948, n° 214, p. 36.
(3) Il importe de souligner qu’il ne s’agit là que d'une hypothèse, certes couramment
admise par de nombreux auteurs, mais que l’observation directe du phénomène, malgré
l'opinion émise par certains, n’a pas permis de préciser. Cette hypothèse revêt cependant
une probabilité appréciable, étant étayée par la répartition actuelle des cuirasses dans des
régions à saison sèche accentuée, par l’absence de cuirasses manifestement récentes sous
la forêt tropicale humide et par le caractère apparemment fossile des lambeaux de cuirasse
du domaine forestier humide. La carte du cuirassement dans 1 Ouest africain, récemment
publiée par Maignien (R.) (Le cuirassement des sols en Guinée, 1958), montre que ces
phénomènes d’induration se localisent dans des régions extérieures à la_forêt dense humide.
(4) Portères (R.). Annales Agricoles de l’Afr. occ. /r. et tir., 1937, I, 1, p. /3.
Source : MNHN, Paris
164
R. SCHNELL
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HOMOLOGIES PHYTOGÉOGR APHIQUES
165
Il est possible que cette régression de la forêt humide lors des périodes
xériques ait été très considérable. Peut-être cette sylve, lors de certains
épisodes particulièrement secs, s’est-elle cantonnée dans des refuges
édaphiques, tels que : vallées humides, régions à soubassement schis¬
teux (1), où le sol plus argileux possédait un plus important pouvoir de
rétention vis-à-vis de l’eau.
Ultérieurement, lors d’une nouvelle phase climatique humide, la
forêt aurait repris une nouvelle extension vers des latitudes plus hautes.
U est indiscutable que, lors d’une telle reconquête par la forêt humide,
la vitesse de dispersion des espèces, — fonction de la structure de leurs
diaspores, — n’a pas été la même. Si certaines, notamment celles pour¬
vues de diaspores anémochores, ont pu reconquérir rapidement leur aire
écologique possible, d’autres ont pu être en retard sur elles dans cette
progression. Peut-être esl-ce ainsi que pourraient s’expliquer certaines
anomalies de répartition, telles que l’absence (2) de Lophira alata Banks
(L. proc.era A. Chev.) dans les forêts de l’hinterland de Tabou (Côte
d’ivoire), qui sembleraient pourtant un milieu favorable à cette espèce,
~7 dont il y a lieu de souligner par ailleurs, qu’elle possède des diaspores
ailées, favorables à leur dissémination. Peut-être aussi est-ce par de
telles inégalités dans les migrations que doit s’expliquer le fait que cer¬
taines espèces de la forêt de Côte d’ivoire, comme l’a signalé Mangenot,
n’existent que d’un côté ou de l’autre du fleuve Sassandra. Chidlowia
sanguinea (Césalpiniée), Mussaenda crythrophylla (Rubiacée), etc, n’exis¬
tent qu’à l’Ouest du Sassandra.
L’existence de barrières chorologiques constituées par de grands
fleuves a été signalée en diverses régions. Le fleuve Congo marque la
limite de répartition de certaines espèces, qui n’existent que sur l’une
de ses rives.
L’énorme barrière que constitue, avec ses innombrables bras, le
fleuve Amazone, paraît avoir été un obstacle particulièrement actif à la
dispersion des espèces. Certains auteurs ont cité des espèces communes
au Brésil central, qui, dans l’état des connaissances acquises, ne sont
connues que sur la rive droite de l’Amazone et ne paraîtraient pas
exister sur la rive gauche (3) ; d’autres espèces ont été signalées comme
n’existant que sur la rive gauche : Ravenala guyanensis, Lonchocarpus
sericeus, Tephrosia leptostachya, Bégonia guyanensis, Draconlium poly-
(1) Comme certaines régions de la basse Côte d’ivoire. L’existence actuelle de quelques
spécimens de Tarrietia utilis (Sterculiacéc), essence éminemment hygrophile (et caracté¬
ristique des forêts les plus humides de la basse Côte d’ivoire), dans une forêt de bas-fonds
marécageux de la région de Benty (basse Guinée), illustre la réalité de ces refuges éda¬
phiques.
(2) Signalée par Aubréville (Fl. for. Côte /»., Il, p. 272). On pourrait aussi, en repre¬
nant les vues judicieusement exposées par Letouzey à propos du Cameroun, se demander
si l'absence de Lopliira dans ces régions, ne serait pas due à l’absence de défrichements
qui auraient pu permettre l’intrusion de cette espèce héliophile.
(3) Il est, de ce fait, d’autant plus remarquable de constater la présence dans les
clairières de cerrados Nord-amazoniennes, (telles que les cerrados de Monte Alcgre), d’es-
Pèces xéromorphes existant également dans les cerrados du Planalto Central et du Sud
du Brésil. Nous en reparlerons.
Source : MNHN, Paris
CUIRASSE.
HOMOLOGIES PHYTOGÉOHKAPHIQUES
107
phyllum, etc. Si de telles répartitions, que des prospections ultérieures
permettent de compléter ou confirmer progressivement, se vérifiaient
pour certaines espèces, elles constitueraient indiscutablement un argu¬
ment biogéographique fort important.
Des variations comparables à celles de la forêt humide ouest-africaine
paraissent bien avoir affecté également la forêt amazonienne. Les
géologues admettent que la plaine sableuse qu’elle occupe actuellement
dans la large vallée du grand fleuve, était occupée, au Tertiaire, par une
mer. Des dépôts marins miocènes ont été identifiés en basse Amazonie.
D'n banc sédimentaire blanc que les très basses eaux de l’année 1958
■mus ont permis d’observer dans le lit de l’igarapé Tarumanzino, affluent
du Rio Negro, au Nord-Ouest de Manaus, pourrait avoir la même signi¬
fication. On peut donc penser que la grande forêt est relativement récente
(fin du Tertiaire) sur son emplacement actuel dans la dépression ama¬
zonienne. Par contre, la grande sylve tropicale humide pourrait avoir
existé depuis des époques très anciennes sur les vieux boucliers tels que
le socle guyanais. Ce serait peut-être à partir de cette ancienne forêt
guyanaise que se serait, au moins en partie, effectué le peuplement de la
dépression amazonienne au fur et à mesure de son comblement par
les sables.
L’existence de lambeaux, vraisemblablement anciens, de cuirasses
ferrugineuses en certains points de la forêt tropicale humide de l’Ouest
africain nous avait amené à rechercher si des faits comparables — auto¬
risant peut-être des essais hypothétiques d’interprétation homologues —
se rencontraient dans la forêt amazonienne.
De telles cuirasses avaient déjà été signalées en quelques points.
Teixcira Guerra (1952) en avait fait une excellente étude, et avait alors
pensé pouvoir conclure à leur formation récente sous la forêt équatoriale.
La construction, en basse Amazonie, de la route Belém-Brasilia, nous a
donné le privilège de voir, dans les tranchées tout récemment creusées, des
profils de sols intacts. Au cours d’une randonnée effectuée le long de ce
nouveau tracé, au Sud du Rio Guama, en compagnie de M. W. Egi.er,
Directeur du Musée Gœldi, il nous a été possible d’étudier les sols sous la
forêt amazonienne, et notamment sous des portions intactes de celle-ci.
Aux abords même du Rio Guama, où l’altitude est très faible, les sols
sont sableux, soit blancs, soit beiges. Parfois on trouve à leur surface
des débris arrondis de roche ferrugineuse du type des cuirasses et très
manifestement allogènes, souvent mêlés à des galets. Dans les fonds
vivent des forêts d ’igapos, à sol constamment imprégné d’eau ; sur les
ondulations du sol, on trouve par contre des forêts de terra firme. Plus
au Sud, ce modelé ondulé se poursuit, mais l’altitude des ondulations
s élève ; celles qui atteignent environ 80 mètres, sont planes, constituant
apparemment les vestiges d’un ancien plateau entaillé par les igarapés
(affluents) ; sur ces petits plateaux, le sol meuble recouvre un niveau,
d’altitude à peu près constante, constitué par un banc subhorizontal de
cuirasse ferrugineuse. Cette cuirasse, très dure, est profondément fissurée,
couramment débitée en gros blocs restés en place. Elle paraît bien être
Source : MNHN, Paris
168
SCHNELL
ancienne, et en cours de dégradation par le jeu de l’érosion, sous le régime
pluviolhermique actuel.
Sa localisation sur les vestiges d’un plateau, sa dégradation, l’absence
de cuirasses en formation actuelle dans cette région, sont autant de rai¬
sons pour penser que cette cuirasse s’est individualisée sous un climat
ancien différent du climat actuel. Si nous reprenons les interprétations
envisagées par Scaëtta et par d’autres, pour les lambeaux de cuirasses
de la forêt humide ouest-africaine, nous pouvons, hypothétiquement,
supposer que celle cuirasse des plateaux amazoniens se serait formée
sous un climat ancien plus ou moins xérothermique, antérieur au régime
forestier actuel, et sous lequel aurait pu se réaliser une extension considé¬
rable d’une Ilore ancienne plus sèche, dont est peut-être issue la More
actuelle des cerrados brésiliens. Nous aurons l’occasion, à propos de
ceux-ci, d’envisager cette question sous l’angle phytogéographique.
D’autres vestiges de cuirasse, en place, existent en Amazonie :
— A Belém, la tranchée du canal d’adduction d’eau met en évidence,
à une altitude faible, inférieure à celle de la cuirasse précédente, et de
l'ordre de 15 mètres (1), un banc de cuirasse également très fissurée et
souvent débitée en blocs ;
— A Santarem, sur le terrain de la F. A. O-, occupant un petit plateau
dominant le Rio Tapajoz, une cuirasse se trouve à une altitude d’environ
20 mètres ;
— Au Sud de Santarem, le petit plateau sommital de la colline appelée
Serra da Cruz, à 100 mètres d’altitude environ, est recouvert d’une cui¬
rasse en place, dont le rebord en corniche se fissure et se débite en blocs
qui s’écroulent sur les pentes.
Il y aurait intérêt à ce que soit recherchée l’existence d’autres lam¬
beaux de cuirasse dans la région amazonienne, et que leur altitude, soit
précisée. Dès maintenant, il semblerait que deux niveaux à cuirasse
existent dans les régions étudiées : un niveau situé à quelques mètres
seulement au-dessus du fleuve et un autre à 70-100 mètres environ. Si
ce résultat devait être confirmé, on pourrait y voir les témoins de deux
niveaux anciens différents, correspondant à deux épisodes hydrogra¬
phiques et peut-être climatiques anciens. On aurait ainsi un homologue
de structures déjà décrites en d’autres pays tropicaux, tant aux Indes
(où existent des latérites de plateaux et des latérites de vallées) qu’en
Afrique occidentale (où la chaîne du Nimba a conservé trois niveaux
superposés, chacun pourvu d’une cuirasse ferrugineuse) (2).
Quoi qu’il en soit, ces lambeaux de cuirasse sous la forêt amazonienne
constituent, sinon des preuves, du moins des arguments permettant de
considérer comme vraisemblable au moins une phase ancienne à végé¬
tation moins hygrophile.
(1) Ces altitudes ne sont données qu’avec une approximation de quelques mètres, et
devront être précisées par des mesures plus exactes.
>2) Leclerc, Lamottf. et Richahd-Molard. Comptes rendus Ac. Sc., 9 mai 1949,
CCXXVIII, pp. 1510-1512.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTC
169
OGÉOGRAPHIQUES
VI. LES CLAIRIÈRES DE LA FORÊT AMAZONIENNE
ET DE LA FORÊT HUMIDE OUEST-AFRICAINE
De grandes clairières herbeuses, parsemées de petits arbres tortueux
en peuplement plus ou moins dense, interrompent localement la grande
svlve amazonienne. Elles sont nettement visibles par avion. Le caractère
insolite de ces clairières, en plein domaine forestier équatorial, où la
pluviosité est élevée (de l’ordre de 2 000 mm par an) et répartie sur une
longue période de l’année, a été maintes fois souligné.
En Afrique occidentale, la forêt dense humide présente elle aussi,
des clairières de savane, plus ou moins parsemées d’arbres. Nombreuses
dans sa partie septentrionale, au voisinage de sa lisière, elles se retrouvent
jusqu’en basse Côte d’ivoire. Des savanes côtières, de plus, bordent le
littoral du golfe de Guinée sur de grands espaces. Le problème de l’origine
de ces savanes ouest-africaines a été posé par divers auteurs. Il est judi¬
cieux de penser que l’origine de ces savanes n’est pas la même pour toutes,
et que les faits phylogéographiques, pédologiques, humains, qui ont abouti
à leur individualisation ont pu être différents d’un cas à l’autre. On peut
penser notamment que la genèse des savanes des plateaux à cuirasse n a
pas été la même que celle des savanes côtières sur sables dépourvus de
cuirasse.
Si, dans ces régions à pluviosité élevée et sans période sèche impor¬
tante, une cause climatique paraît difficile à invoquer, une origine éda¬
phique ou anthropique a pu être envisagée. Soulignons que, comme dans
bien d’autres cas, l’hypothèse anthropique et l’hypothèse édaphique ne
sont nullement exclusives l’une de l’autre ; à côté d’une possible inter¬
vention du sol comme cause naturelle, peut en effet être imaginé un
processus régressif qui, issu d’une action humaine, serait conditionne
par des causes édaphiques empêchant la régénération de la forêt ; on
pourrait, dans cette hypothèse, parler d’un déterminisme edapho-
anthropique. , . .
Par ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler que, d’une façon generale,
le problème de l’origine de groupements tel que des savanes peut s en¬
visager sous deux angles :
— problème de l’origine du paysage botanique,
— problème de l’origine de la flore.
Il est en effet possible, a priori, que, si le paysage actuel résulte
d’interventions récentes, la flore ait pu exister dans la région depuis des
temps anciens, localisée dans des refuges édaphiques.
Les savanes du domaine forestier ouest-africain
Le domaine de la forêt dense humide, dans l’Ouest africain, présente
des clairières de savane plus ou moins étendues. Elles sont particuliè-
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. XI. 11
Source : MNHN, Paris
170
l. SCHNKI
rement nombreuses dans les régions septentrionales, proches de la lisière ;
elles y constituent parfois un paysage en véritable mosaïque, les savanes,
entourées de forêt haute, formant comme les cases d'un vaste damier.
11 en est ainsi sur les plateaux inférieurs qui s’étendent au pied des monts
Nimba, en allant vers Lola et les savanes de Beyla. Un paysage identique
s’observe sur les plateaux bordant à l’Ouest, la chaîne de Fon-Simandou
(région de Beyla).
Par ailleurs, la présence de savanes côtières, en basse Côte d’ivoire,
sous un climat qui permet, à quelques kilomètres de là, l’existence d’une
forêt dense luxuriante, pose elle aussi un problème aux phytogéographes.
Une origine purement climatique ne saurait être envisagée, semble-t-il,
pour expliquer l’origine de ces savanes. Si nous envisageons par contre
leur sol, nous constatons qu’elles peuvent se répartir en deux groupes :
— savanes dont le sol ne comporte pas de cuirasse ferrugineuse ;
— savanes pourvues, en profondeur ou en surface, d’une cuirasse
ferrugineuse.
Il nous a été donné, dans la plaine du haut Cavally, au pied des
monts Nimba, d’observer des clairières de savane dépourvues de cuirasse.
FORET DENSE
FORET DENSE DEGRADEE
OU SECONDAIRE
ig. 8. — Profil schématisé des plateaux
En noir : la cuirasse. Les plateaux à c ..„
arborée, avec parfois, des lambeaux de la forêt
à l’origine.
pied des monts Nimba (Africpie occidentale;,
généralement occupés par la savane
îsophile qui parait les avoir occupés
Leur sol était assez comparable (à parL peut-être un degré d’érosion plus
considérable, par ablation d’une partie des éléments lins) à celui des
forêts voisines. Alors que le centre de ces clairières était une savane
typique, à lapis graminéen continu, leur périphérie comportait un peu¬
plement plus ou moins dense de petits arbres, les uns savanicoles ( Dirhros-
tachys ylomcrata, etc.), les autres typiques des bush secondaires caracté¬
ristiques des premiers stades de l’évolution progressive ( Macaranya
huræfolia, Alchornea cordi/olia, Albizia adianthifolia, A. zygia , etc.),
Source : MNHN, Paris
PHYTOGÉOGRAPHIQt'ES
171
HOMOLOGIES
recouvrant le Lapis graminéen. Manifestement, ces jeunes arbres, annon¬
ciateurs de la forêt secondaire, témoignaient d’une reforestation en
cours (1). , , .
fout autres sont les savanes à sol pourvu d une cuirasse, dans la meme
région : le faciès savanicole y parait stable (du moins dans les conditions
actuelles, parmi lesquelles sont à inclure les feux). Dans ces savanes
sur cuirasse du pied du Nimba, la dore est plus typiquement savani¬
cole (2) ; elle est cependant nettement plus pauvre que dans les savanes
du domaine guinéen situé à quelques dizaines de kilomètres de là : les
espèces arborescentes y sont peu nombreuses et principalement repré¬
sentées par des formes à grand pouvoir de dispersion ( Terminalia glau-
cescens, à fruits ailés, Ficus glumosa, vraisemblablement propagé par les
oiseaux, elc.) ; la plupart des espèces des savanes guinéennes font défaut
ici : on a bien l’impression de savanes secondaires, en cours de peu¬
plement.
Ces savanes à cuirasse occupent des plateaux, où la cuirasse s est
maintenue. Dans les vallées entaillant et séparant ces plateaux, comme
dans les régions basses voisines, la cuirasse fait défaut, et la forêt détruite
par les défrichements se reconstitue par une évolution progressive dont
les stades sont bien connus : fourrés à Macaranga huræfolia, lianingana
madagascariensis, Tréma guineensis, puis apparition de jeunes arbres
héliophiles (Albizia adianihifolia, A. zggia, Pgcnanthus angolensis, Ter¬
minalia) et constitution d'une forêt secondaire.
De tels plateaux à cuirasse se retrouvent plus au Sud, dans la foret
ouest-africaine, et bon nombre d’entre eux sont couverts de savane.
En Côte d’ivoire, le mont Orumbo-Boka (lat. 6°18' environ), bien que
situé en savane, a ses pentes couvertes de forêt dense humide ; son pla-
Fig 9 _ Prolil schématisé du mont Orumbo-Boka, en basse Côte d’ivoire. Le plateau
1G sommilal, r0 pourvu *d ïme L cuirasse ferrugineuse à faible^protondeu^pOTte^une savane
et des lambeaux d’une forêt b
qui le recouvrait probablement en entier à l’origine.
(1) Ces clairières rapi
(2) De telles savanes
>ellent profondément certaines campinas de l’Amazonie
sont tout à fait homologues des cerrados amazoniens.
Source : MNHN, Paris
172
R. SCHNELL
teau sommital, horizontal et pourvu d’une cuirasse, est couvert de
savane (1), mais présente aussi d’assez vastes lambeaux de forêt basse.
La présence d’une cuirasse paraît bien avoir favorisé l’individuali¬
sation de ces savanes ; la pauvreté de leur flore par rapport aux savanes
guinéennes, situées plus au Nord, plaide pour leur origine secondaire et
non relictuelle. Des lambeaux de forêt dense mésophile existent d’ailleurs
fréquemment sur ces plateaux, au milieu des savanes ou sur leur péri¬
phérie.
Quant aux savanes côtières, telles qu’on peut les observer en Côte
d’ivoire dans la région de Grand Bassam, leur origine a suscite de nom¬
breuses hypothèses, qui peuvent se ramener à deux principales :
— origine relictuelle, les conditions édaphiques (sable) n’ayant pas
permis l’installation de la forêt ; ou encore, suivant une hypothèse
récente et fort séduisante, ce serait sous l’action simultanée du sol défa¬
vorable et des feux allumés par l’homme depuis une époque lointaine que
l’installation de la forêt humide n’aurait pu se faire sur ces emplacements
primitivement occupés par une flore xérique sous un climat différent ;
— origine édapho-anthropique, le sol sableux n’ayant pas permis
l’instauration d’une évolution progressive aboutissant à la reconstitution
de la sylve détruite ; on pourrait, à l’appui de cette hypothèse, souligner
que cette région côtière a dû être occupée par l’homme depuis des temps
anciens : des amoncellements de coquilles (homologues des sambaki
du littoral atlantique de l’Amérique du Sud) témoignent de ces anciens
habitats ; H. Jacques-Félix (1949) a, à juste titre, souligné les carac¬
tères physiques des sols de ces savanes côtières, s’appauvrissant rapide¬
ment après la déforestation et devenant, de ce fait, impropres à la recons¬
titution d’une forêt.
Les clairières herbeuses de l’Amazonie
Les clairières herbeuses, parsemées de petits arbres, de l’Amazonie,
rappellent profondément les enclaves de savane de la forêt dense ouest-
africaine. Comme l’a fort bien souligné Bouille.nne (1930, p. 135),
elles offrent « l’aspect d’ilots de végétation xérophyle parmi les forêts
vierges de l'Hylæa ». Souvent de petite taille, parfois au contraire très
vastes, elles sont principalement localisées en basse Amazonie : régions
de Santarem, de Monte Alegre, d’Amapa. Plus au Nord, des savanes
existent dans le territoire de Rio Branco, sur les confins des Guyanes et
du Venezuela. D’autres savanes, au Sud, s’étendent vers le plateau
central du Brésil. Une carte de leur répartition avait été publiée par
Bouillenne (1930, pl. xxvm, p. 119).
Malgré leurs caractères physionomiques plus ou moins homologues,
ces formations herbeuses (campos) sont assez différentes les unes des
(1) Cette savane du sommet de l’Orumbo-Boka renferme : I.oudelia logoica, Eriosema
glomeratum, Holarrhena a/ricana, Crossoptenjx /ebri/uga, Eugenia, etc., soit une dore plus
ou moins sèche, très différente, dans son ensemble, de la dore forestière relique qui couvre
les pentes.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOHRAPHIQUES
173
autres, ce qui permet d'imaginer que leur origine n’est peut-être pas
identique. Certaines d’entre elles sont de terre ferme, et possèdent, à des
degrés divers, une écologie xérique. D'autres sont inondables. A Amapa,
A. Magnanini (1953, p. 289) a distingué, parmi les campos de varzea :
— campos lacustres ;
— campos de varzeas meandrias ;
— campos de varzeas ciliares, sur les rives.
Les clairières de terre ferme, parsemées de petits arbres, répondent
à la notion de cerrados, homologues américains des savanes arborées
africaines. Leur sol, typique de ces groupements xériques, est suivant les
cas sableux ou caillouteux. Certaines de ces clairières, de petite taille,
sont désignées sous le nom de campinas (1).
L’interprétation de ces formations xériques, — inattendues dans ces
régions pluvieuses, où la forêt équatoriale couvre d’immenses étendues,
même sur les sables, — a suscité des hypothèses variées. Bouillenne
(II, 1930, p. 136) a souligné le fait que, géographiquement, ces savanes
équatoriales, « clairsemées parmi la région forestière de la terre ferme,
raccordent..., pourrait-on dire, par-dessus le grand lleuve, les régions de
savanes des deux Tropiques », et que « la plupart des savanes connues
se trouvent sur des plateaux peu élevés, en général très bien aérés ou au
pied des collines, surtout derrière celles-ci par rapport à la direction
des vents d’Est ». Il envisage la cause de leur existence non dans le
climat général, mais dans « certaines conditions locales dues au relief du
sol », et entraînant des « taches de moindre précipitation atmosphé¬
rique », résultant de l’obstacle apporté par les collines aux vents humides
venant de l’Est. C’est ainsi que la région de Santarem, où existent de
vastes clairières xérophytiques, possède une saison sèche bien marquée.
Aubert de la Rue (1958) voit l’origine des savanes guyanaises
et amazoniennes dans une cause édaphique ; la limite de la forêt et de la
savane tant sur la côte de l’Amapa qu’en Guyane, coïncidant avec le
passage du socle cristallin aux dépôts argilo-sableux récents.
Pourtant des sables identiques (2), sur de vastes espaces de l’Ama¬
zonie, peuvent porter soit la grande forêt équatoriale, soit des clairières
de savane.
Enfin, l’hypothèse de Ducke et Black (1954, pp. 42 et 62), supposant
que les campos et les campinas de l’Amazonie pourraient occuper l’empla¬
cement d’anciens cours d’eau ou lacs, s’accorde avec le fait (facile à
constater d’avion), que certaines de ces formations herbeuses forment des
bandes assez régulières, séparées par des bandes de forêts et ayant un
tracé rappelant celui de bras ou de méandres successifs des fleuves. Il
est fort possible que certaines de ces formations ne soient qu’un stade
pionnier de la conquête par la végétation de sables exondés. Il est à noter,
(1) « O nome campo é de preferêneia dado a pastagens de Gramineas, de superficie
relativamente grande ; o de campina a âreas abertas menores, pobres de grammeas »
(Ducke et Black, 1954, p. 37). . . , . ...
(2) Identiques sur le plan minéralogique, mais différents en raison de la matière
organique existant sous la forêt.
Source : MNHN, Paris
171
à l’appui de celte interprétation, que, comme le signalent Ducke et
Black (1954), certaines campinas peuvent être recouvertes d’eau en
saison des pluies.
Fig. 10. Profil schématique (l’une campina (clairière herbeuse) (le la région de Manaus
(Amazonie). La clairière possède un sol de sable blanc ; sous la forêt, le sable est brun,
huinifère. Dans le tapis herbacé, vit un Schizæa. Autour de la clairière, forêt basse
(H : Raoenala guijanensis ; G : Cecropia sp.). A l’extrême droite du prolil : commence¬
ment de la forêt haute.
D’autres auteurs, envisageant les faits sous l’angle d’une biogéo-
graphie dynamique, ont tenté d’interpréter les cerrados amazoniens par
l’histoire du peuplement végétal. Veloso (1946, p. 585) pense que les
cerrados localisés dans les régions de climat pluvial, sont les témoins
d’un climat passé (post climax). Sampaio considère les savanes amazo¬
niennes comme « oeorèneias, disjunçôes ou transgressées da llora gérai
do Brasil na Amazonia, por isso que sua llora é constituida de especies
também peculares aos campos cerrados, ou savanas do Brasil Central,
sendo que algumas têm grande area de dispersâo, na América do Sul ».
(Cité par A. Magnanini, 1953, p. 283.)
Les faits floristiques sont en effet particulièrement spectaculaires.
On retrouve dans ces clairières de la forêt amazonienne une flore xérique
très individualisée, comportant des arbres tortueux à liège épais et
crevassé, et renfermant un nombre appréciable d’espèces existant éga¬
lement dans les cerrados et cerradôes du plateau central brésilien. Parmi
ces espèces communes, citons, d’après Bouillenne, Ducke et Black,
A. Magnanini et d’autres :
Dans les savanes de Monte Alegre (rive Nord de l’Amazone) : Qualea
grandi/lora, Salvertia convallariodora (Vochysiacées), Curatella ameri-
cana (Dilléniacée), Aeschynomene particulata, Bowdichia virgilioides
(Papilionacées), Byrsonima verbascijolia (Malpighiacée)...
Dans les savanes de Santarem (rive Sud) : Qualea grandi/lora, Sal¬
vertia convallariodora, Derris (Lonchocarpus) spruceana, Bowdichia
virgilioides, Aeschynomene paniculala, Byrsonima verbasci/olia, Kiel-
meyera coriacea (Ternslroemiacée)...
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÊOGRAPHIQUES
175
Dans les savanes d’Amapa : Salvertia convallariodora, Curalella
omericana, Byrsonima verbascifolia...
Dans d’autres cas, ce sont des espèces affines de celles des cerrados
du Brésil central.
Comme l’ont souligné Ducke et Black (1954, p. 38), cette flore
des campos amazoniens est très différente de celle de 1 ’hylea qui les
entoure et se rattache étroitement à celle des campos cerrados du Brésil
cenlral (1).
La présence de cette flore xérique commune peut suggérer diverses
interprétations. Ducke et Black, dans leur magistrale étude phytogéo-
graphique de l’Amazonie, concluent de ces affinités que la flore des
(1) « A llora dêstes campos é estreitamente ligada à dos • campos cerrados » do Brasil
Central, porém menos rica de espécies ; esta llora é alheia à hüéia » (Ducke et Black,
Notas sôbre a Phytogeografia da Amazônia brasileira, 1954, p. 38).
Source : MNHN, Paris
176
SCHNELL
campos amazoniens est une dore ancienne, antérieure à l'installation de la
forêt équatoriale dans ces régions. « Como os campos, as campinas sâo
formaçôes primarias, provàvelmente mais antigas que a atual mata da
hiléia ; isso se percebe pela presença de um grande numéro de plantas
e animais da mesma espécie em campos e campinas separados por cen-
tenas de quilometros de mata virgem onde estas espécies nâo podem
viver » (Ducke et Black, p. 39). Ce n’est que pour certaines campinas
à flore différente, comparable à celle des capociras (fourrés secondaires
du domaine forestier), qu’une origine secondaire, liée aux feux, peut
être envisagée.
A. Magnanini, par contre (1953, p. 285), à propos des savanes d’Amapa
(basse Amazonie), pense que, malgré ces affinités, ces savanes, en raison
de leur plus grande pauvreté floristique seraient plus récentes que les
cerrados du Brésil central (1).
Si la flore de ces cerrados , ou du moins de certains d’entre eux, se
révèle moins riche que celle des cerrados du Brésil Central, on peut en
imaginer la cause soit dans leur surface réduite, réduisant le nombre
des biotopes possibles, où pourrait survivre une flore xérique rclictuelle
anciennement en place, soit dans l’origine de cette flore à partir d’apports
récents issus des cerrados du Brésil Central. Certes, bon nombre d'espèces
communes aux cerrados d’Amazonie et à ceux du Brésil central ( Qualea ,
Kielmeyera, etc.) ont des diaspores ailés ou membraneuses, qui pourraient
expliquer un transport à grande distance (2), mais la présence d’espèces
à plus faible pouvoir de dispersion fournit par contre, un argument plus
décisif en faveur d’une mise en place de cette flore xérique sous un climat
différent qui aurait vu, peut-être, une continuité réalisée entre les
cerrados actuels, maintenant séparés par l’étendue de la forêt (3).
Mais, même en admettant une ancienneté plus ou moins grande de la
flore des cerrados en Amazonie, il reste à expliquer la genèse de ces clai¬
rières sous leur forme actuelle. Admettre l’ancienneté de cette flore
xérique dans ces régions n'implique nullement comme corollaire que
ces clairières de cerrados sont elles-mêmes anciennes, avec leur structure
physionomique actuelle. Ces formations à peuplement arborescent plus
ou moins ouvert sont-elles, comme certains l’avaient pensé, naturelles
(savanes-climax) ou résultent-elles d’une dégradation ? Dans cette
(1) « As savanas amapenses, embora iitonsionômicameiitc sejam idfinticas aos campos-
cerrados do Planalto Central do Brasil, distinguem - se déstes, pela maior pobrcza cm
espécies, permitindo a suposiçâo de que seriani, talvcz, mais récentes » (Magnanini (A.),
1953).
(2) On sait les possibilités de transport qu’oiïrcnt les courants aériens. Berland a
même pu recueillir dans l'atmosphère, à 1 000 mètres d’altitude, un chaume de Graminée.
(3) Les fruits de Qualea grandi/lora que nous avons pu observer (et récolter) dans les
cerrados amazoniens de la région de Santarem (et aussi les fruits, nombreux, de cette espèce,
recueillis en Amazonie par d’autres botanistes, et notamment par Ducke — dont d’abon¬
dants spécimens sont conservés au Musée Goeldi) sont nettement plus petits (5 à 7 cm)
que ceux que nous avons pu voir et récolter dans les cerrados méridionaux de la région
de Sào Paulo, qui atteignent environ 9 cm. 11 importerait que cette question soit précisée
par des mesures nombreuses. Si la différence en question se révélait constante, sans doute
aurait-on là un argument pour penser à une mise en place ancienne de l'espèce dans son
aire discontinue.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGI
ES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
177
seconde hypothèse, quelle aurait été la formation végétale naturelle où
les espèces savanicoles auraient subsisté jusqu’à l'ouverture de ces
clairières ? On peut, a priori, supposer que l’origine de toutes ces clairières
n’a pas été identique.
Il est très possible, comme la chose a été rappelée plus haut, que cer¬
taines de ces clairières soient une étape naturelle de la conquête par la
végétation de dépôts fluviatiles récemment exondés (cf. clairières dis¬
posées en bandes parallèles, souvent parallèlement au lleuvc). D’autres,
par contre, semblent bien résulter de la dégradation d’une végétation
préexistante.
Aubréville - tout en soulignant que toutes les formations herbeuses
de l’Amazonie n’ont certainement pas une origine identique (1) —
pense que ces clairières de savanes résultent, au moins dans de nombreux
cas, de l’action des feux sur des groupements arborescents bas et com¬
bustibles (2).
II existe, dans la forêt amazonienne, des enclaves de forêts basses
et de fourrés, qui, dans ces régions à haute pluviosité, paraîtraient devoir
s’expliquer par des causes édaphiques. Certains auteurs les ont désignées
sous le nom de caatingas, bien qu elles soient très différentes des véri¬
tables caatingas des régions arides. Aubréville (1958, p. 14) a montré
le rôle que ces formations arborescentes basses ont très vraisemblable¬
ment joué dans la genèse de certaines clairières (campinas) de la forêt
amazonienne : « La flore des fourrés se retrouve conservée sur les pour¬
tours de ces savanes au contact de la forêt, et d’évidents témoins d in¬
cendies sont visibles dans les campinas les plus récents. Les fourrés établis
sur ces sols perméables, pauvres et très secs, sont certainement très
vulnérables aux feux. Ainsi s'explique l’existence de formations fores¬
tières rachitiques sous des pluviosités de 2-3 m d’eau, et leur transfor¬
mation en savanes herbeuses qui sont parfois très étendues. » (Aubré¬
ville, Les /orêls du Brésil, 1958, p. 14.)
Les observations que nous avons pu faire dans les régions de San-
tarem et de Manaus sont en plein accord avec cette interprétation de
l’origine des clairières amazoniennes, au moins dans certains cas, à partir
de formations arborescentes basses et vulnérables aux feux.
Il nous a été donné de parcourir les vastes cerrados de la région de
Santarem, région où ce type de végétation occupe de larges espaces,
sur les deux rives de l’Amazone. ...
Les savanes de la plaine occupent un sol sableux aride, de couleur
claire, plus ou moins squelettique. Les arbres et arbustes y sont en
peuplement ouvert : Anacardium occidentale, Didgrnopanax, Salvertia
convallariodora, Miconia secundiflora, Miconia ? albicans, Lafœnsia,
Plumiera, Roupala, Myrtacées, Légumineuses, Dilléniacees, Dut) la¬
cées, etc. (3). Bon nombre d’arbres ont une écorce épaisse et crevassee.
(1) Comptes rendus Soc. Biogéogr., 19o8, n 30a-307,
(2) Ibid, et Bois et Forêts des Tropiques, 19o8, p. i*.
(3) Des listes d'espèces de ces savanes ont été publiées
115),
; par Bocillenne (1930, pp. 98-
Source : MNHN, Paris
Dans cette plaine se dressent quelques collines (morros), hautes de
quelques dizaines de mètres. Sur les pentes caillouteuses du Morro dos
Americanos, la même llorc se rencontre : Salverlia convallariodora (abon¬
dant), Qualea grandiflora, Yatairca macrocarpa, Clusia, Plumicra, etc.
Le sommet de celle colline, à 80 mèlres environ, est occupé par une dalle
gréseuse à peu près nue, localement recouverte de cailloutis ferrugineux
à structure de cuirasse (paraissant provenir de la destruction d’un ancien
banc de cuirasse) ; ce substrat aride ne porte que quelques petits arbres
tortueux : Clusia, Valairea, Plumicra...
Séparée de celte colline par une vallée humide, occupée par une forêt
haute très dégradée, la Serra da Cruz s’élève à une centaine de mètres
environ. Son sommet horizontal est formé par un épais banc de cuirasse
ferrugineuse, en partie, dissociée en blocs, incontestablement ancienne.
Sur les pentes abruptes, la végétation arborescente basse devient rapide¬
ment dense, constituant un véritable fourré qui paraît à rapprocher du
type de végétation appelé cerradüo : c’est une sorte de forêt basse, de
5 à 6 mètres, où l’on rencontre : Qualea grandi flora. Saluer! i a convalla¬
riodora, Clusia sp„ Miconia alala, lloupala sp., Anacardium occidentale,
Plumicra sp., etc. Une forêt basse identique existe sur le plateau sommital,
où j’ai noté : Salverlia convallariodora, Miconia sp., ? Xglopia sp.,
Vismia sp., Clusia sp., lloupala sp., etc. Les arbres y mesurent 5 à 6 mè¬
tres ; la plupart ont un diamètre de 5 à 6 centimètres ; quelques-uns
atteignent 10 ou même 15 centimètres d’épaisseur. Le sol est couvert
d’une épaisse litière, de feuilles. Il y a lieu de noter que, lors de nos obser¬
vations faites au milieu de la journée, en saison sèche, plusieurs arbustes
et petits arbres de cette forêt manifestaient nettement un déficit hydrique,
avec des feuilles pendantes par manque de turgescence (1).
On imaginerait difficilement une forêt équatoriale sur ce plateau
exigu, au sol mince ne conservant pas d’humidité notable. Il en est de
même pour les pentes supérieures de cette colline. La forêt sèche et basse
qui recouvre celles-ci et le sommet, paraît, logiquement, donner une idée
de la végétation naturelle de cette, colline. Sa composition Iloristique
est tout autre que celle des capoeiras (fourrés secondaires) qui envahissent
les trouées de la forêt dense. Sa structure, avec une voûte forestière
fermée, un sous-bois réduit, évoque l’idée d’une végétation en équilibre.
Il se pourrait fort bien que cette forêt fût la végétation naturelle du
sommet de celle colline.
Quelques mesures, effectuées le 2 octobre 1958, à 14 heures, illustrent
les conditions écologiques de cette végétation du sommet :
Terrain découvert :
Température de l’air : 34°4.
Hygrométrie : 46,7%.
(1) De telles forêts sèches ont, depuis longtemps, été signalées dans ces régions. Bouil-
lenne (1930, pl. xxxn, p. 139), a publié une photographie très démonstrative de l’une de
ces forêts sèches de la région de Santarem, sur une colline.
Source : MNHN, Paris
C.IES PII YTOGEOGRAPHIQUES
179
Déficit de saturation : 24,1.
Température du sol découvert, à 1 cm : 51°5.
Forêt du sommet :
Température de l’air : 30°5.
HygroméLrie : 59,7%.
Déficit de saturation : 14,7.
Température du sol.sous la litière : 30°6.
Malgré sa structure, la forêt basse exerce donc une protection très
appréciable du microclimat de son sous-bois et de son soL La défores¬
tation, outre ses conséquences sur le plan de l’érosion, entraîne un régime
du sol tout à fait différent, défavorable à un reboisement.
Cette forêt basse, de plus, est éminemment combustible : à partir
d’une petite clairière due à l’intervention humaine, sur le plateau, un
incendie, dont les Iraces étaient toutes récentes, avait brûlé la végétation
arborescente basse sur plusieurs dizaines de mètres.
On peut supposer que de telles collines ont pu être le refuge de la
llore xéromorphe des cerrados, qui serait ainsi en place depuis des temps
lointains, — peut-être depuis une époque climatique différente qui vit
une grande extension de cette llore sèche (en même temps peut-être
qu’une continuité entre les buttes-témoins que sont ces collines actuelles).
Mais, si la flore peut ainsi être supposée ancienne en ces emplacements,
le cerrado, c’est-à-dire la savane, serait d’origine secondaire, par destruc¬
tion de la forêt basse primitive sous l’action des feux.
On peut cependant penser que l’aire actuelle des cerrados amazoniens
ne coïncide pas forcément avec celle jadis occupée par ces forêts sèches
où se trouvait localisée leur flore. Il est fort vraisemblable que d autres
forêts basses, à composition floristique différente, voire des forêts de type
équatorial, ont pu faire place à des clairières qu’aurait envahies la flore
xérique des cerrados. Le fait serait comparable à celui qui a été constate
en Afrique, notamment dans le district préforesticr (défini par Aubre-
ville dans l’Ouest africain) où, au milieu de savanes à flore xerique
banale, des bosquets de forêt dense humide (forêt mésophile) attestent
que cette formation recouvrait à l’origine la région.
Dans ce remplacement des forêts équatoriales ou de forets plus basses
par le cerrado, seraient intervenus conjointement les défrichements, les
feux (qui sont fréquents dans les défrichements et la végétation arbores¬
cente sèche de l’Amazonie) et sans doute aussi des conditions écologiques
locales : sols sableux, à faible pouvoir rétenteur de l’eau et des substances
nutritives, intensité de la saison sèche (dont nos observations montrent
les effets thermiques sur les sols dénudés et les effets physiologiques sur
les plantes non protégées par le milieu forestier).
La structure et l’origine des clairières amazoniennes, cependant,
sont loin d’être uniformes. Nous en avons eu une illustration dans une
petite clairière — une campina comme on les appelle dans la région
à proximité du Rio Tarumanzino, affluent du Ru. Negro au ^ord-Ouest
de Manaus. Située sur un sol sableux blanc subhorizontal, cette clairière
Source : MNHN, Paris
180
comprenait un lapis herbacé où dominaient une Rubiacée et une Gra¬
minée ; elle renfermait quelques petits arbres et arbustes ( Plumiera ,
Davilla, etc.), mais, à part le Plumiera, cette flore n’avait rien de la flore
xéromorphe des cerrados. A noter la présence de Schizæa permuta dans
le tapis herbacé (fig. 10).
Cette campina était bordée par une forêt basse renfermant Didymo-
panax sp., Machærium sp., Byrsonima sp., Cecropia sp., Ravenala
guyanensis. En lisière : Vochysia obscura, Vismia sp., Davilla sp., Xtylo-
pia ? sp., Tococca cgensis, Scleria secans, etc. Le sol de cette forêt basse
était sableux, coloré en brun par l’humus. Il ne nous est pas possible de
déterminer avec certitude si cette forêt basse était une formation natu¬
relle, liée aux conditions édaphiques locales, ou un stade de la reforesta¬
tion. En tout cas, la présence de jeunes arbres et arbustes dans la clai¬
rière paraissait indiquer sa reconquête (ou sa conquête ?) par la végétation
ligneuse, grâce, probablement, à l’absence des feux - qui auraient pu
être à son origine.
Les faits humains, l’existence ancienne de peuples défrichant la forêt,
ne doivent jamais être négligés par le phytogéographe pour expliquer
les structures botaniques actuelles. En Afrique, les savanes côtières de
la basse Côte d’ivoire sont, comme nous le rappelions plus haut, peut-êlre
à mettre en relalion avec un peuplement humain ancien, dont les amas
de coquilles (homologues des kjôkenmoddings Scandinaves et des sam-
baki des côtes sud-américaines) attestent l’importance et peut-être la
longue durée ; l'abondance des reliques forestières dans la région de
Benty, en basse Guinée, ou aux abords de Mali, sur les hauts plateaux
culminants du Fouta-Djallon septentrional, sont peut-être liés au carac¬
tère récent de leur peuplement humain (que paraîtrait attester l’absence
de vestiges lithiques en ces points, alors qu’ils sont abondants dans des
régions très voisines). C’est dire combien il importe pour le phytogéo¬
graphe de tenir le plus grand compte des données archéologiques, voire
préhistoriques, lui permettant d’évaluer l’importance du facteur humain
dans la destruction ancienne de la végétation.
Il est indiscutable que de telles considérations sont applicables à
l'Amazonie.
La région de Santarem, où existent de très vastes clairières de cer¬
rados, a vu jadis une population indienne qui semble avoir été importante.
Sur l’emplacement même de Santarem, on trouve, en abondance, des
poteries d’un art très avancé, qui paraissent proches des poteries mexi¬
caines et semblent témoigner d’une civilisation ancienne très développée.
Sur des collines de la région, des terras prêtas (terres noires) — renfermant
des débris de poteries — paraissent indiquer l’existence d’anciens vil¬
lages — la terre noire étant, d’après les hypothèses de certains auteurs,
due aux déchets organiques laissés par ceux-ci.
Par ailleurs, l’explorateur portugais Pedro Teixeiha, qui remonta
en 1637 le fleuve Amazone, rencontra, sur son parcours, une population
indienne qui aurait été nombreuse.
Si une telle population a pu exister en certains points du bassin
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
181
amazonien, on peut à juste titre penser qu’elle a largement défriché la
forêt, et que, dans les régions où, pour des raisons climatiques (moindre
pluviosité) ou surtout édaphiques (sables, susceptibles de perdre rapide¬
ment, lors de leur dénudation par le défrichement, leur matière organique
et leurs sels minéraux), la forêt était peu stable et se régénérait diffici¬
lement, des formations claires, herbacées, à peuplement arborescent épars,
ont pu s’installer (1).
Si ces formations herbacées issues des défrichements culturaux se
développaient à proximité de collines rocailleuses, refuge de la llore
sèche ancienne, cette llore pouvait, dès lors, s’y répandre, constituant
ces cerrados si proches par leur composition des cerrados d autres régions
du Brésil.
Si au contraire, ces défrichements n’entraient pas en contacl avec
l’un de ces refuges édaphiques de la flore sèche, les clairières (campinas)
qui en résultaient, ont eu une composition toute différente, avec des
espèces forestières ou des espèces de capoeiras (brousses arbustives secon¬
daires du domaine forestier).
Enfin, suivant la superficie et la composition floristique de ces clai¬
rières, leur évolution a pu être différente. Si celles qui possédaient
(grâce aux «réservoirs» floristiques des collines pierreuses) une flore
typique de cerrado, et subissaient le régime des feux, ont pu se maintenir
à l’état de cerrados, accentuant progressivement la dégradation de leurs
sols jusqu’au sable blanc stérile, celles qui n’étaient peuplées que par des
éléments typiquement amazoniens, et n’étaient pas soumises aux feux
annuels, onl pu se reboiser peu à peu, comme on le constate pour cer¬
taines campinas.
Par ailleurs, l’origine naturelle de certaines de ces formations her¬
beuses d’Amazonie (comme groupements pionniers, stades de la conquête
par la végétation de sables exondés) est également des plus vraisemblables.
VII. _ LES FORMATIONS HERBEUSES ET ARBORESCENTES
(SAVANES, CERRADOS, FORÊTS CLAIRES)
Dans les régions tropicales moins humides que celles couvertes par
la forêt dense, s’étendent de vastes étendues à végétation plus ou moins
xérique, à la fois herbeuse et arborescente. Suivant les. cas,,1e ^evelop-
pement des arbres et arbustes y est plu:
j moins considérable, allant de
un r’f planch i McM f ddre) a nvo"uUon’progressive
<lc leur sol sableux lorsqu’il est dénudé par le déboisement.
Source : MNHN, Paris
181
« forêts claires » à sous-bois herbacé dense à des savanes herbeuses, à peu
près dépourvues d’arbres. De toute façon, le développement du tapis
graminéen héliophile est caractéristique de ces formes de végétation.
Duude (1) a défini les savanes comme des formations de graminées
«dont la période de repos correspond «à la saison sèche...; éléments
accessoires : arbres avec leurs épiphytes pourvus de moyens protecteurs
contre la sécheresse ». Par la suite, le terme de savane a été employé
avec des acceptions diverses. Si certains auteurs l’ont réservé aux
formations essentiellement herbeuses, d’autres l’ont appliqué également
à de véritables formations forestières, peu denses et à tapis herbacé
continu : la «savane forestière» rejoint le. paysage appelé par d’autres
« forêt claire ». On conçoit les divergences terminologiques qu’entraîne
cet état de choses, — une formation semblable pouvant, suivant les
auteurs, être qualifiée de savane ou de forêt claire. Le récent colloque de
Yangambi a proposé une terminologie des types de végétations d’Afrique
tropicale, dans laquelle sont distinguées d’une part la forêt claire, à sous-
bois graminéen plus ou moins développé, d’autre part les savanes her¬
beuses, arbustives, arborées, boisées.
En Afrique tropicale, les savanes couvrent de vastes étendues, auréo¬
lant au Nord et au Sud le domaine de la forêt dense humide. Elles forment
de plus, comme nous le rappelons par ailleurs, des enclaves locales,
plus ou moins réduites, dans le domaine forestier, à la faveur de condi¬
tions édaphiques particulières.
En Amérique tropicale, on trouve des formations homologues, dénom¬
mées cerrados au Brésil et llanos au Venezuela. Leur physionomie est
semblable à celle des savanes arborées africaines : tapis herbacé, arbres
petits et tortueux, et arbustes, en peuplement plus ou moins dense, ou
plus ou moins épars. Alors que les campos cerrados possèdent des arbres,
les campos lirnpos en sont dépourvus.
Aux cerrados se rattache étroitement une formation très caractéris¬
tique, désignée sous le nom de cerradâo. 11 s’agit d’une végétation ligneuse
plus dense, comportant des arbres petits ou moyens, ramifiés à faible
hauteur, et des arbustes. Le lapis herbacé est moins continu. Par la
composition de sa Ilore ligneuse, comme par le port de ses arbres, le
cerradâo se rattache au cerrado : les deux formations ne diffèrent que par
la densité de leur peuplement arborescent, — et l’existence ou l’absence
d’un tapis graminéen continu.
Enfin, dans le Nord-Est du Brésil, on désigne sous le nom de carrasco
une sorte de cerrado renfermant un mélange d'espèces de cerrado et d’es¬
pèces forestières ; le carrasco apparaît comme résultant de la destruction
d’une forêt qui n’a pu se reconstituer, permettant l’intrusion d’espèces
de cerrado.
Les cerrados et cerradôes occupent une aire très vaste sur le plateau
central brésilien. On retrouve des lambeaux de cerrado dans l’Etat de
(1) Dnuui:. Manuel de Géographie botanique, trad. Poibault, 1897, p. 268.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
185
Sao Paulo, dans le Nord-Est, en enclaves dans la caalinga et dans la
végétation côtière, et en certains points de la forêt équatoriale d’Amazonie.
La profonde homologie entre les savanes africaines et les cerrados
américains a amené de très nombreux auteurs à y voir des formations
a ranger dans un même groupe; les cerrados seraient des savanes. Des
différences tant floristiques (présence de genres et de famille qui leur sont
propres) que physionomiques séparent cependant les cerrados des savanes
africaines. Inversement, l’éventail de groupements, structuralement
assez divers, qu’englobe, pour de nombreux auteurs, le terme de savanes,
peut justifier d’inclure sous cette dénomination les cerrados américains.
On conçoit donc les divergences d’opinion qui ont pu se manifester au
s 11 jet des cerrados; si certains pensent pouvoir les qualifier de savanes,
d autres considèrent qu’ils doivent constituer dans la nomenclature
phylogéographique une catégorie distincte ; c’est notamment l’opinion
qui a récemment été soutenue par L. Waibel (1).
Les cerradôes peuvent, par leur structure, être qualifiés de fourrés
ou de forêts basses xérophiles, ou mieux méso-xérophiles (puisqu’il
existe des groupements plus xérophiles). Leur structure les rapproche
étroitement de forêts basses et de fourrés, constitués d’espèces savani-
coles, qui existent en Afrique dans les régions de savanes, et qui sont
vraisemblablement, au moins dans de nombreux cas, des formations
secondaires. J.-G. Adam a signalé, dans les savanes ouest-africaines, la
formation de telles forêts secondaires basses constituées d’arbres de
savane. Nous avons à maintes reprises observé de tels fourrés et forêts
basses dans les montagnes de la Moyenne Guinée, — où ils étaient parfois
contigus à des groupes de grands arbres (d’une vingtaine de mètres),
vestiges de la forêt primitive, — ce qui illustrait le caractère secondaire
de ces formations arborescentes basses.
Origine des savanes et des cerrados
Comme nous le soulignons plus haut, le problème de l’origine des
savanes ou des cerrados peut être envisagé sous deux points de vue :
— formation du paysage botanique ;
— mise en place de la flore.
(1 ) C’est ainsi que Waibel (I.eo) écrit (1958, p. 187) : « O campo cerrado nâo é portanto
absolutamcnte uma llorcsta e nunca é considerado eomo tai pclos habitantes do Pianalto
Central. Mas o cerrado nâo é tampouco uma savana, conforme foi elassifleado na litera-
tura. Uma savana é bàsicamente uma campina ; uma campina com ârvores esparsas.
Durante a estaçâo sêca, quando as gramineas altas e densas foram queimadas, podemos
viajar de carroça através de uma savana em quasc lôdas as direçôcs até que uma mata-
galeria nos detenha. Através de um campo cerrado sô se pode viajar a cavalo (ou a pé)
e mesmo isso às vêzes é dificil. Assim cheguci à conclusào de que o cerrado com sua altcr-
nància de arvores e arbustos e gramineas nâo é nem uma floresta nem um campo, mas um
tipo de vegetaçào sui-generis, de carater intermediario entre a mata e o campo ». Cette
conclusion de Waibel traduit l’indiscutable opposition entre les cerrados et les savanes
herbeuses ou arborées claires, mais ces dernières (du moins dans la conception de nombreux
phytogéographes et des conclusions du colloque de Yangambi) ne sont pas toutes les
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. XI.
12
Source : MNHN, Paris
FORÊT CLAIRE.
STEPPE ARBORÉE Et/ou ARBUSTIVE.
^ 3 ^
STEPPE SUCCULENTE
J
STEPPE BUIS SON N ANTE
SAVANE HERBEUSE. STEPPE HERBACÉE
- ET/OU GRAMINÉENNE.
Fig. 14. — Profil d’une forêt claire et de divers types île savanes et de steppes d’Afrique,
tels qu’ils ont été définis au Colloque de Yangatnbi (Congo). (D’après la publication
n° 22 du C.S.A. et d’après 'Prochain, Bull. Inst, /■'tudes Centrafricaines, 1957, nouv.
sér., n"' 13-14, pp. 55-93).
Ces deux aspects différents, parfois envisagés de façon unilatérale,
expliquent sans aucun doute certaines des divergences qui opposent les
interprétations des divers auteurs.
Les premiers botanistes qui ont étudié la végétation tropicale, — et
notamment Engler, Schimper, — considéraient les savanes comme la
végétation naturelle des régions trop sèches pour porter une forêt dense.
Par la suite, particulièrement en Afrique et à Madagascar, s’est imposée
l’idée que les savanes, ou du moins un grand nombre d’entre elles (à
l’exception de certaines savanes d’origine édaphique), étaient des for-
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
187
mations secondaires, installées grâce aux défrichements et aux feux sur
1 emplacement d’anciennes forêts climaciques plus ou moins hygrophiles
ou plus ou moins xérophiles suivant les régions. La part respective prise
par les feux et par les défrichements dans cette évolution régressive
scraiL elle-même plus ou moins grande suivant les climats et les types
forestiers initiaux.
Certains auteurs, cependant, admettent l’existence de savanes natu¬
relles. Pour Trochain, la végétation primitive des régions africaines
couvertes par les savanes les plus sèches (savanes de type soudanien)
était une savane naturelle, — mais il s’agit ici d’une savane forestière,
comparable, sinon identique, à ce que d’autres qualifient de forêt claire :
malgré la différence de terminologie, cette hypothèse est proche des pré¬
cédentes.
Par ailleurs, la notion de savanes naturelles édaphiques ne saurait
etre perdue de vue. Dans des régions de climax forestier, on rencontre
sur des dômes rocheux, des formations herbacées, essentiellement grami-
neennes, souvent parsemées d’arbustes ou de petits arbres, et paraissant
naturelles. On peut penser que, sur ces sommets rocheux, la série évolutive,
aboutissant normalement au climax n’a pu se poursuivre intégralement,
un sol épais, apte à porter la forêt, n’ayant pu s’établir. La série serait
interrompue à l'un de ses premiers stades. Ainsi semblent devoir s’expli¬
quer les groupements herbacés des dômes rocheux du Tonkoui et du
Ziama, en plein domaine de la forêt dense ouest-africaine. On peut
imaginer que, en d’autres lieux, d’autres habitats édaphiques aient,
eux aussi, été à l’origine de groupements herbacés naturels. Au Brésil,
certains cerrados ont été considérés comme naturels en raison des
carences en certains éléments que présenterait leur sol.
Enfin, nous ne savons pas, a priori, si certaines savanes existant dans
des régions de climax forestier ne seraient pas des vestiges de groupe¬
ments xériques anciens, sur lesquels la forêt en expansion n’a pas encore,
depuis son retour, pu s’implanter. Pour théorique que soit un tel point
île vue, il n’en montre pas moins combien il faut être prudent en énonçant
toute conclusion concernant l’origine des savanes.
Le problème de l’origine des savanes a été abordé sous l’angle expéri¬
mental. Des expériences, faites particulièrement par Mac Gregob en
Nigeria, et plus récemment par le Service des Eaux et Forêts de la Côte
d’ivoire, à Bouaké, ont consisté à comparer l’évolution de plusieurs
parcelles de savane, les unes restant soumises au régime habituel des
feux, d’autres étant soumises à des feux précoces (moins destructeurs
en raison de l’état de la végétation), d’autres enfin, étant totalement
soustraites aux incendies. Au bout d’un temps suffisant, — de l’ordre
d’une quinzaine d’années par exemple, — les premières de ces parcelles
avaient conservé leur physionomie primitive de savanes arborées, les
secondes avaient acquis un peuplement arborescent plus dense et les
troisièmes s’étaient transformées en une forêt basse. Les feux apparaissent
ainsi comme un facteur responsable du maintien de la savane, par limi¬
tation du développement de la végétation arborescente.
Source : MNHN, Paris
188
SCHNELL
En Amérique tropicale, une expérience semblable a été effectuée
dans les cerrados des plateaux situés au Nord de Sâo Paulo. Sous la direc¬
tion du Professeur Rawitscher, une parcelle de ces cerrados, à proximité
d’Emas (prés de Piraçununga, Etat de Sâo Paulo) a été, il y a une quinzaine
d’année, mise en protection intégrale et soigneusement clôturée. Ce
cerrado protégé, que nous avons eu l’occasion de visiter en août 1958,
en compagnie de M. Leopoldo Continho, a, malgré la suppression des
feux, conservé une physionomie très voisine de celle des cerrados voisins.
Les observations faites par les écologistes du département de Botanique
de l’Université de Sâo Paulo y ont cependant mis en évidence une légère
augmentation de la densité et de la taille des arbres (qui atteignent une
dizaine de mètres), une modification de la composition du tapis grami-
néen, où Melinis minuliflora est devenu très abondant, et un dévelop¬
pement considérable des lichens épiphytes (qui sont peu abondants dans
les cerrados voisins, non protégés).
Le résultat peu marqué de celte expérience de protection du cerrado
d’Emas semblerait montrer que ce type de végétation représente un
équilibre relativement stable dans les conditions actuelles, et pourrait,
de ce fait, constituer une formation naturelle, ou du moins durable. On
serait tenté de rechercher, dans le déterminisme de ces cerrados, une
cause édaphique, telle que peut-être une carence en certains oligo¬
éléments (1).
Pourtant l’existence à proximité de ce cerrado, au même niveau, sur
le même plateau, d’un lambeau important de forêt tropicale assez haute,
viendrait au contraire à l’appui de l’hypothèse d’une origine secondaire
de ce cerrado. Cette forêt, située sur un plateau identique à celui des
cerrados, sur un sol recouvrant le même soubassement de roche éruptive
basique, se trouve sur le terrain de la fazenda Baguassu. Les arbres,
aux cimes jointives, y atteignent une vingtaine de mètres ; les plus gros
mesurent 35 à 40 cm de diamètre. La voûte présentant des interruptions,
dues à la dégradation de la forêt, le sous-bois arbustif et lianescent y
est, par endroits, assez dense. Les épiphytes sont très peu nombreux,
contrairement aux forêts tropicales des serras côtières, avec lesquelles,
par ailleurs, celte forêt présente de nombreuses analogies structurales
(taille et port des arbres, accotements ailés très peu développés, etc.).
Cette pauvreté en épiphytes paraît liée à une humidité atmosphérique
bien plus faible que dans les serras côtières ; ce climat moins humide
laisse supposer que cette forêt est nettement moins stable que les forêts
(1) Une telle carence édaphique a été envisagée par certains auteurs, comme cause
possible de l’existence des cerrados. On peut cependant taire remarquer ici que, si une telle
carence existe, cela n’implique pas forcément qu’elle soit primitive, et que, par conséquent,
les cerrados soient naturels. Son origine secondaire, liée à la déforestation, peut, a priori,
être envisagée comme une hypothèse possible. Dans le Sud-Est asiatique, les * taches
stériles » des montagnes du Cambodge oriental et du Vietnam Sud, étendues herbeuses
dépourvues d’arbres, ont un sol carencé ; pourtant l’existence de lambeaux forestiers
parait indiquer leur origine secondaire, consécutive à la déforestation par les populations
montagnardes qui pratiquent le nomadisme agricole.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES I*H YTOGKOGRAPHIQUES
189
des serras côtières (dont les expériences de reboisement, à Tijuca notam¬
ment, ont montré la grande facilité de reconstitution).
Dans cette forêt sont à noter, parmi les arbres : Cedrela fissilis, Pla-
tyscyamus regnellii, Holocalyx brasiliensis, Carinaria ? sp., etc. ; parmi
les lianes : Serjania, Dioscorea; dans le sous-bois : Pteris sp., Aneimia sp.,
Adiantum sp., Olyra sp., Piper mollicomum, etc. ; parmi les épiphytes :
Polypodium sp., qui, avec quelques Bryophytes, représente la quasi¬
totalité du peuplement épiphytique, où, lors de notre brève prospection,
nous n'avons rencontré aucune Broméliacée.
Une portion de cette forêt se singularise par la très grande abondance
du palmier Orbignya martiana, qui constitue la quasi-totalité de la
strate supérieure, et se régénère dans le sous-bois. Quelques grands arbres
d’une vingtaine de mètres, à fût élancé, se mêlent parfois aux Orbignya.
Dans le sous-bois, nous avons noté : Hymenæa cour baril, diverses Rubia-
cées (Cephælis ?) et Mélastomacées (Leandra, etc.). L’abondance
inattendue de Y Orbignya, qui forme un peuplement presque pur, a suggéré
aux botanistes brésiliens l’hypothèse de son origine humaine, ce palmier
à fruits comestibles ayant pu être planté en cet endroit par les Indiens,
— dont les vestiges archéologiques trouvés à proximité attestent l’exis¬
tence d’anciens villages. Cette forêt aurait donc pu devoir sa conservation
à des causes humaines, de même que certains au moins des bosquets de
forêt haute du district préforestier ouest-africain paraissent eux aussi,
avoir survécu en raison de faits humains (abri des peuplements de
colatiers, forêts sacrées entourant les villages, — ces diverses causes
étant probablement liées, puisque le colatier, outre sa valeur pratique,
possède une signification rituelle).
Au contraire, les autres portions de la forêt primitive de la région
d’Emas-Baguassu auraient été défrichées pour établir des champs. La
disparition du microclimat, le lessivage du sol privé de sa protection
forestière, auraient, conjointement avec les faibles possibilités de régé¬
nération de la forêt et avec l'instauration du régime des feux, abouti à
l’installation de savanes plus ou moins stables.
La vocation forestière des cerrados de cette région est attestée par le
fait que, par endroits, des arbres assez grands, n'appartenant pas à la
flore xéromorphe, y vivent, les uns plantés (manguiers, plantations
d’ Eucalyptus), les autres plus ou moins spontanés (Arecastrum roman-
zofjianum). Enfin, des plantations de canne à sucre y prospèrent égale¬
ment par places.
Les conclusions hypothétiques que suggèrent, au moins à titre pro¬
visoire, les cerrados de l’Etat de Sào Paulo, ne sauraient évidemment
être inconsidérément appliquées à tous les cerrados sud-américains. Si
ceux de la région d’Emas nous paraissent avoir remplacé une forêt
tropicale instable, ceux de l’Amazonie semblent dériver de formations
forestières basses et sèches, et vraisemblablement aussi avoir empiété
sur des espaces primitivement couverts de forêt équatoriale.
Les formations arborescentes basses et sèches, plus ou moins denses,
décrites sous le nom de cerradâo, et répandues dans de nombreuses régions
Source : MNHN, Paris
190
du Brésil, pourraient, comme le pensent divers auteurs, et notamment
Aubrévili.e, avoir été à l’origine de nombreux cerrndos actuels. La
Ilore ligneuse du cerradâo et du cerrado est en effet très semblable ; elle
constitue toutefois, dans le premier, un peuplement plus dense, aux
arbres et arbustes rapprochés, alors que les arbres du second sont plus
ou moins espacés dans un tapis herbacé.
Dans un tel cerradâo que nous avons pu parcourir, en compagnie
de notre confrère et ami, Dardano de A. Lima, qui en a fait l’étude, sur
le plateau sommilal de la Serra de Araripe (altitude 950 m environ),
près de Crato (Nord-Est du Brésil), les arbres, liants d'une dizaine de
mètres, et tortueux, avec un fût libre de 1 à 3 mètres, sont espacés de
10 à 15 mètres, et recouvrent un bush dense, haut de 2 à 4 mètres. Sa
Ilore arborescente et arbuslive comporte : Annona spp., Dimorphandra
gardneriana, Andira humilis, Bowdichia virgilioides, Hymenæa courbaril,
Parkia plalycephala, Platymenia sp., Mnprounea sp., Casearia grandi-
ftora, Byrsonima murissi, Anacardium occidentale, Ximenia americana,
Vismia sp., La/œnsia sp., Caryocar coriaceum, Quatca sp., Plumiera
sp., etc. (1). Il est à noter que la plupart de ces espèces se retrouvent,
mais en peuplement plus clair, dans les cerrndos. Dans ce cerradâo, un
Parkia atteignait des dimensions énormes : diamètre du fût 1 m 30,
largeur de la cime : environ 20 mètres. Le sol de ce cerradâo est sableux,
brun clair, horizontal.
Il est très possible qu’un tel cerradâo représente un reste de la végé¬
tation naturelle de ces régions, ou du moins en soit relativement proche,
n’ayant subi de la part de l’homme qu’une dégradation limitée.
Des cerradôes comparables existent en abondance au Mato Grosso,
où ils ont fait l’objet de remarquables études de M. 11. P. Veloso.
Si ces formations arborescentes que sont les cerradôes sont à l’origine
des cerrndos sous l’action des défrichements et des feux, nous aurions là
une genèse tout à fait parallèle à celle qui est admise par de nombreux
auteurs pour les savanes africaines (du moins celles de type soudanien)
à partir des forêts sèches dont il ne subsiste plus que des reliques (2).
Les fokèts sèches de i.’Afhique tropicale
Des lambeaux, parfois très réduits, parfois assez vastes, de forêts
sèches, existent en Afrique dans l’aire des savanes.
Dans les montagnes gréseuses du Soudan occidental (région de
Bamako-Kita), P. Jaeger a décrit (195(5) de tels lambeaux de forêts,
(1) Je remercie très vivement M. Dardano de A. I.ima, l’éminent spécialiste de la
flore du Nord-Est brésilien, qui a eu l’obligeance de me faire visiter ce cerrailâo et de me
donner l’identification de scs principales espèces.
(2) Comme le souligne fort judicieusement Aubréville (1958, p. 10), on peut tenir
pour assez vraisemblable que la végétation primitive a été détruite de façon bien plus
intense et plus ancienne en Afrique qu’au Brésil central ; des civilisations agricoles, prati¬
quant la céréaliculture ont existé depuis des époques anciennes en Afrique, et ont entraîné
la disparition presque totale, sur d’immenses espaces, des forêts sèches primitives, parti¬
culièrement au Nord de la forêt équatoriale.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
191
manifestement reliques, conservés dans les ravins et à l’abri de seuils
rocheux. La strate supérieure peut y atteindre 15 à 20 mètres. La strate
herbacée y est réduite; elle n’a qu’un degré de couverture de 1 à 5%
dans certaines de ces forêts (forêts à Gilletiodendron glandulosum) ; le
sous-bois arbustif y est peu dense. La flore de ces forêts est nettement
différente de celle des savanes voisines. Pourtant certaines de leurs
espèces peuvent exister en savane.
D’autres formations forestières ont été décrites dans l’Ouest africain,
notamment des forêts basses à Uapaca Somon (Euphorbiacées). Souvent
elles ont un tapis graminéen continu et peuvent être qualifiées de forêts
claires. Parfois aussi, comme nous l’avons constaté pour des forêts à
Uapaca somon de la région de Kankan (Haute Guinée), la strate herbacée
est très réduite, voire dépourvue d’espèces savanicoles.
Au Sud de l'Equateur, de vastes forêts claires, à sous-bois graminéen,
existent au Katanga. Faut-il voir en elles des vestiges de la forêt sèche
climacique ? Il semblerait qu’elles n’en soient qu’une forme dégradée,
puisque la suppression des feux les modifie, par réduction du tapis
herbacé.
Le développement de ces forêts sèches, en Afrique, semblerait, autant
que les documents réunis permettent d’en juger, plus considérable a u
Sud du massif forestier équatorial qu’au Nord (1). Ce fait, s’il devait être
confirmé par une élude comparative des formations boisées méridionales
et septentrionales, pourrait être dû à une ancienneté différente de l’action
destructive de l’homme : les régions soudaniennes ont vu, depuis des
temps anciens, des civilisations agricoles céréalières, alors que la civili¬
sation pré-agricole du Laie Stone Age (2) a survécu longtemps au Sud
de la forêt équatoriale qui la protégeait de l’invasion des peuples agri¬
culteurs néolithiques.
La flore des savanes et des cerrados
Les éléments constitutifs de la flore des savanes africaines ont été
mis en lumière par Aubréville, Lebrun et d’autres :
— espèces vicariantes d’espèces forestières ( Khaya , Terminalia,
Parkia , Lophira, Bombax, etc.), manifestement issues d’un même lot
floristique, et probablement dérivées de la flore forestière,
— espèces xériques sans affinités directes avec la flore forestière
humide et appartenant, semble-t-il, à un lot floristique ancien,
— espèces xériques étrangères.
On peut penser que les espèces des savanes actuelles proviennent,
pour une part, de forêts sèches primitives, et pour une autre part (espèces
(1) Soulignons qu’une comparaison quantitative précise se révèle toujours, dans de
tels cas, difficile, les régions que l’on compare ont été étudiées par des auteurs différents,
qui ont parfois pu utiliser une nomenclature différente, l’un qualifiant de forêt claire ce
qu’un autre, en un autre territoire, aurait appelé savane forestière.
(2) Utilisant comme instrument de cueillette, le bâton à fouir alourdi d’une pierre
discoïde percée.
Source : MNHN, Paris
192
herbacées héliophiles principalement), deformations herbacées naturelles,
probablement édaphiques, telles que celles occupant des dômes rocheux
où la forêt scche ne put s’installer. C’est à la mise en contact, dans les
savanes des plaines, des formes différenciées sur ces sommets par une
évolution indépendante, que serait due, pour certains, la grande varia¬
bilité manifestée par les espèces des savanes.
Des faits tout à fait comparables s’observent dans les cerrados sud-
américains (et dans les cerradàes ), où, à côté d’espèces vicariantes d’es¬
pèces forestières humides ( Parkia , Machærium, Vochysia, Bombax,
Caryocar, Bauhinia, Miconia, Didymnpanax, Aneimia, etc.), prennent
place des formes typiquement xériques (Cochlospannum, Kiclmeyera,
Anacardium, Wallheria , Andropogon , Aristida, etc.), dont l’origine,
indépendante de la forêt humide, est vraisemblablement assez diverse,
mais parmi lesquelles peut être reconnue une flore sèche vraisemblable¬
ment ancienne.
Ainsi paraît se poursuivre, sur le plan de l'opposition entre la flore
forestière humide et une flore sèche ancienne, le parallélisme entre l'Afri¬
que et l’Amérique tropicales. Malgré la présence de genres communs
aux formations xériques d'Afrique et d’Amérique, témoignant d’indis¬
cutables migrations d’espèces, le problème des contacts éventuels entre
ces deux flores sèches reste entier.
VIII. LES GAATINGAS AMÉRICAINES
ET LES FORMATIONS ÉPINEUSES
D’AFRIQUE TROPICALE SÈCHE
Le terme de caatinga, formé de deux mots indiens signifiant forêt
blanche (claire), désigne une végétation sèche, épineuse, principalement
développée dans les régions arides du Nord-Est brésilien. Par un abus
de langage, ce terme a été appliqué par certains auteurs à d’autres for¬
mations xériques, très différentes (1).
La caatinga peut être définie, comme le souligne Dardano de A. Lima
(1954, p. 9), par sa végétation constituée d’arbres et d’arbustes défeuillés
en période sèche, souvent épineux, de plantes succulentes (Cactacées
et quelques Euphorbiacées), de Broméliacées caractéristiques et d’herbes
généralement annuelles.
D’autres caractères sont à noter dans la végétation de la caatinga:
absence quasi-totale de lianes, épiphytes rares (à part des Lichens et
quelques Tillandsia , qui peuvent être abondants en individus, dans cer¬
tains types de caatinga), arbres non tortueux et dépourvus de suber épais
(1) C’est ainsi que plusieurs auteurs ont désigné sous le nom de caalingas, des formations
forestières basses et xérophiies, existant en enclaves dans le domaine de la forêt équatoriale
amazonienne.
Source : MNHN, Paris
• RAPHIQUES
HOMOLOGIES PHYTOGÊ<
(contrairement aux arbres des cerrados où ces caractères sont très accen¬
tués). La strate herbacée est discontinue et n’a, pour la plupart de ses
espèces, qu’une existence temporaire.
Très nettement différentes des cerrados par le port de leurs arbres
et arbustes, dépourvus d’écorce épaisse, par l'abondance des formes
épineuses et par la structure de leur tapis herbacé, les caalingas s’en
séparent aussi par l'abondance fréquente des Cactacées et des Bromé¬
liacées.
Elles se rapprochent des formations épineuses des régions arides de -
l’Afrique tropicale (domaine sahélien, dans l’Ouest africain). Il n y a
cependant pas une identité totale, en raison du caractère très parti¬
culier que leur donnent les Cactacées et les Broméliacées. Certes les for¬
mations xériques africaines peuvent présenter des espèces crassulas-
centes (diverses Euphorbes : E. sudanica, E. abgssinica, E. balsamifera;
Adenium obesum, Senecio cliffordianus, etc.), mais celles-ci ne jouent en
général dans le paysage qu’un rôle modeste, sans comparaison avec 1 im¬
portance des Cactacées dans les caalingas. Quelques paysages xériques
de l’Afrique rappellent cependant certaines formes de caalingas, notam¬
ment les peuplements d'Euphorbia balsamifera du Sénégal ou certains
peuplements d’Euphorbia abyssinien d’Afrique orientale. Enfin, le rôle
important des Mimosées épineuses (Acacia) dans les formations sèches •
de l’Afrique n'a pas d’équivalent dans les caalingas américaines (1).
La différence séparant les formations épineuses d'Afrique et d Amérique
émoussés.
(1) Quelques espèces d ’Acacia, cependant, existent dans certaines formations xériques
épineuses de l'Amérique du Sud.
Source : MNHN, Paris
est avant tout le résultat de leurs flores différentes. Indiscutablement,
ces deux groupes de formations sont à ranger dans un même ensemble
physionomique, mais ils y constituent des unités nettement différenciées.
Une autre différence, d’ordre physionomique, a été soulignée, plus
haut : la caatinga est essentiellement arborescente ou arbustive, on n'y
trouve pas (ou guère) de steppes ouvertes, pauvres en arbres ou même
dépourvues d’arbres. Elle se différencie ainsi des régions sahéliennes de
l’Afrique occidentale. Compte tenu des faits actuellement connus, concer¬
nant la dégradation de la végétation arborescente dans le domaine sahé¬
lien, on peut penser que celui-ci possédait autrefois une végétation ligneuse
beaucoup plus développée, et même de véritables boisements. Le Nord-
Est aride du Brésil n’a pas eu, comme les régions sahéliennes, pendant
des siècles ou des millénaires, une population d’éleveurs et d’agriculteurs;
l’action destructrice de l’homme n’y a sans doute été que bien plus
tardive, et n’y a pas revêtu les mêmes formes.
Liées à une pluviosité faible (s’abaissant dans certaines régions à
100 mm par an) et souvent irrégulière (1), les caatingas sont essentielle¬
ment d’origine climatique. (2). L'air humide de l’Atlantique, ayant perdu
une grande partie de sa vapeur d’eau en escaladant les reliefs côtiers
du Nord-Est brésilien, subit en redescendant sur la caatinga une compres¬
sion et un échauffement, et ne peut fournir de condensations. Quant au
front humide tropical, venant du Sud-Ouest, il n’a qu’une action humi¬
difiante restreinte, et parfois n’atteint pas la caalinga. Des nuages
nombreux passent au-dessus des caatingas du Nord-Est brésilien, mais
ils ne fournissent aucune pluie en général.
Par contre, certaines montagnes dominant ces caatingas sont le siège
de condensations notables. Le cas de la Serra Negra est bien connu : ses
crêtes, à 1 000 mètres environ, portent une forêt haute. De même le
plateau sommital de la Serra de Araripe porte un cerradào typique,
c’est-à-dire une végétation notablement moins aride que la caalinga.
Dans ce cerradào du plateau, vers 050 mètres, la végétation esL assez
dense, au point de constituer une sorte, de forêt basse. Le sol subhori-
zontal y est sableux, d'un brun clair. La llore, donL une brève liste a été
donnée plus haut, est une llore typique de cerrado, avec de nombreuses
espèces se retrouvant dans les cerrados d’autres régions du Brésil.
La mise en place de cette llore des cerrados sur de. telles buttes-témoins
pose évidemment un problème, surtout lorsqu’il s’agit d’espèces qui,
comme Andira humilis, ne possèdent pas de possibilités de dispersion
à grande distance. L’hypothèse, envisagée par Dardano de A. Lima,
d’un caractère relictuel de la llore de ces sommets, qui se serait à l’origine,
étendue sur l’ensemble de la région, paraît assez plausible. Les conden-
(1) Certaines régions de l’aire des caalingas du Nord-Est brésilien possèdent des
années sans pluie.
(2) 11 est remarquable de constater que la caatinga, avec sa structure caractéristique,
arrive jusque sur les rives même du llcuve Sào Francisco, et sur celles des lacs de barrage
servant de réservoirs d'eau.
Source : MNHN, Paris
195
OGIES PHYTOGÊOGRAPHIQUES
sations aflectanl ces sommets permettraient à ces lambeaux de la llore
sèche des cerrados de survivre dans ces régions uniformément occupées,
à basse altitude, par la caatinga. L’extension ancienne de la llore des
cerrados dans ces régions, si elle a eu lieu, pourrait avoir été due soit à
une continuité ancienne des plateaux, soit à une phase climatique
moins aride.
Plusieurs types de caatingas, liés aux conditions locales, el se diffé¬
renciant par leur flore et par leur physionomie, ont été reconnus dans le
Nord-Esl brésilien. Dardano de A. Lima (1957, p. 32 et sq.) en a tracé
les caractères.
Sur le plan structural, les caatingas varient depuis des forêts sèches,
à arbres d’une dizaine de mètres, jusqu'à une végétation arbustive plus
ou moins basse, parfois éparse. Dans les régions les plus arides, les arbustes
bas et en peuplement peu dense, arrivent même à se localiser dans les
vallées, les crêtes restant dénudées.
Dans le Serlào de VAraripe, distingué par Dardano de A. Lima, la
végétation de la caatinga, grâce à un sol meilleur, est plus haute et
plus dense.
Dans certaines caatingas on observe une intrusion d’espèces de cer¬
rados. On en trouve notamment un exemple entre Cariri-Açu et Lavras,
vers 350-100 mètres d’altitude. A des espèces typiques de caatinga
(Aspidospcrma pijri/olinm, etc.) s’y ajoutent des espèces des cerrados:
Krameria tomentosa, Vochgsia sp., Curatella americana, Cochlosper-
mum, etc.
L'action de l'homme sur la caatinga est indiscutable dans certaines
régions. Nous en avons vu un exemple dans la région de Bodoco (Etat
de Pernambuco), où une caatinga haute d'une dizaine de mètres, compor¬
tant des arbres (tels que Ceiba pubi/lora) et des arbustes, était exploitée ;
bon nombre d’arbres étaient abattus. La caatinga arborescente se prolon¬
geait par une caatinga arbustive, — avec prédominance d’un Croton —
qui paraissait être une forme de dégradation issue de la caatinga haute.
Il est possible que bon nombre de caatingas arbustives soient ainsi une
végétation dégradée par l’homme, mais il ne faudrait cependant pas
généraliser; la faible densité du peuplement humain et la rigueur de
l’aridité permettent de penser que les caatingas basses, sur d immenses
espaces, sont très vraisemblablement une végétation naturelle.
La prédominance de la végétation arbustive ou arborescente souvent
en peuplement dense, permet de penser, comme nous le disions plus haut,
que l’action destructrice de l’homme a été, dans les caatingas, moins
importante que dans les régions homologues de l’Afrique aride, ou les
« steppes à épineux », plus ou moins ouverles, portent profondément
l’empreinte d’une vie pastorale nomadisant depuis des millénaires.
Des paysages botaniques rappelant les caatingas brésiliennes existent
en d’autres contrées d’Amérique. Dans des régions d’Argentine ou les
précipitations sont de l’ordre de 500 mm, Hueck a décrit des forêts
sèches à Prosopis alba et P. nigra, à Aspidosperma quebracho-blanco,
à Ziziphus mistol; les arbustes épineux y sont nombreux. Plusieurs
Source : MNHN, Paris
1%
r.HNr.Li.
espèces sont des vicariants d’espèces de la caalinga brésilienne. Des
Cactées céréiformes ( Trichocereus spp., etc.) existent dans les régions
arides du domaine du Chaco. On pourrait aussi citer les formations compa¬
rables du Mexique. Les rapports des flores sèches de ces diverses régions
posent évidemment, d’importants problèmes paléophytogéographiques.
L’écologie de la caatinga a été étudiée par Rawitscher, Hueck,
Morello et Paffen (1952), Ferri et Labouriau (1952), Ferri (1953,
1955). En avril, dans la région de Paulo Afonso, d’après les mesures de
Ferri et Labouriau, l’humidité relative, proche de 100 à 7-8 heures du
malin, s’abaisse à 40 ou 50 au milieu île la journée, en même temps que
l’évaporation s’y élève à 70-90 mg par minute pour 100 cm 2 . En janvier,
l’humidité relative s’y abaisse dans la journée, dans la même région, à
25%, et l’évaporation y atteint des valeurs allant jusqu’à 149 mg/min/
100 cm 2 au milieu de la journée.
Nos propres mesures, très fragmentaires, onl donné les chiffres
suivants (mesures faites au thermomètre-fronde et à l’évaporimètre de
Piche) :
Date Heure
Température
Humidité
relative
Déficit. Eoap. en cm 3
de salue. totale
(valeur par heure par min.f
absolue) (surface de 100cm 1
1300 mm*)
1958
17 oct. 14 h 30 Areoverde 32°7
18 oct. 5 h 30 Puiu 19»5
19 oct. 13 h 30 Bodoeo 36«5
19 oct. 14 h Près
d’Ouricuri 35<*5
20 oct. 10 h 15 Près de
Purnamirim. 35°5
27,4 25,9
76,6 4,3
32.3 32,9
30.4 31,6 0,7 0,09
30.5 31,5
IX. - LES FORÊTS D'ARAUCARIA
DU BRÉSIL MÉRIDIONAL
Des forêts d’ Araucaria existent dans le Sud du Brésil. Il s’agit < l'Arau¬
caria angusli/olia (Bertoloni) O. Ktze (.4. brasiliana Rich.) (1), bel arbre
qui peut atteindre 30 mètres de hauteur, avec une largeur de 1 mètre
à la base ; certains spécimens, d’après A. C. Brade (cité par Hueck,
1953, p. 19) atteindraient 1 m 60 de diamètre; ces grandes dimensions sont
cependant très rares.
Une autre espèce, A. araucana (Molina) K. Koch (A. imbricata
Pavon), vit dans les montagnes du Chili et en Patagonie.
La présence de ces Araucaria dans la flore sud-américaine différencie
profondément celle-ci de la flore africaine, et traduit une différence dans
l’histoire phytogéographique des deux continents. Elle apparente par
(1) Cet Araucaria est couramment désigné sous le nom de Pin de Parana.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
197
contre 1 Amérique du Sud au Sud du Pacifique, où ce genre austral est
représenté (Nouvelle-Calédonie, Ile Norfolk).
Le genre Araucaria est apparu dès le Jurassique moyen en Europe ;
u moins des échantillons ont-ils été identifiés comme tels ; le genre
isparaît d’Europe après l’Eocène. Les Araucariées ont joué un rôle
important dans les flores mésozoïques, où on les trouve depuis le Spitz-
berg et le Groenland jusqu’au Sud de l’Afrique et à la Patagonie (1).
Leur aire s’est ensuite réduite de plus en plus. L’aire australe des Arau¬
caria, dans le Sud du Pacifique et de l'Amérique, pose un problème
biogéographique. Elle rappelle la distribution actuelle d’autres groupes
austraux, tels que les Nothofagus ou les Grévilléoïdées (Protéacées).
est remarquable, de plus, de constater, dans le Brésil méridional, que
la strate supérieure de grands Araucaria angustijolia, hauts de 20-25 mè¬
res, recouvre une strate moyenne constituée par une forêt plus basse,
ou abondent couramment deux Podocarpus, P. selloivii et P. lamberlii ;
u serait tentant de se demander si cette forêt, dont les deux strates arbo¬
rescentes sont constituées par des Gymnospermes, ne serait pas un
vestige d’une très ancienne végétation, progressivement envahie par la
nore forestière angiospermique.
L aire des forets d 'Araucaria angustijolia du Sud du Brésil a été tracée
de façon fort différente suivant les auteurs. Hueck, dans une mise au
point plus récente (1953), attribue à ces forêts une aire principale, plus
ou moins continue, comprise, entre le Rio Parana et la mer, descendant
vers le Sud presque jusqu’à Porto Alegre et dépassant largement Curitiba
au Nord ; à cette aire principale, s’ajoutent des îlots septentrionaux
localisés principalement sur les Serras côtières et s’amenuisant vers le
Nord pour se terminer au 18 e degré de latitude près du Rio Doce, dans
i , “e Minas Gérais. Compte tenu des faibles possibilités de dispersion
de I espèce (les graines d’ Araucaria ne sont pas ailées), ces ilôts septentrio¬
naux de forêt à A. angustijolia suggéreraient l’idée de fragments relictuels
<1 une aire ancienne continue, en cours de régression vers le Sud, peut-être
sous l’effet d’une variation climatique récente, ou encore par suite de la
compétition exercée par la flore forestière tropicale en extension depuis
une époque plus ou moins reculée (2). On peut penser que, lors d’une
période ancienne plus froide (comme certains faits permettent d’en
imaginer au cours du Quaternaire), l 'Araucaria a pu posséder une aire
plus vaste, s’étendant vers le Nord, à basse altitude, au-delà de sa limite
septentrionale actuelle. Plus tard, un réchauffement climatique, entraî¬
nant un déplacement vers le Sud des limites phytogéographiques, l’aurait
fait reculer jusqu’à son aire actuelle, laissant cependant subsister plus au
(1) En raison de leur structure anatomique comparable, certains auteurs avaient
rapporté aux Araucaria (Araucarioxylon) des fossiles qui étaient en fait, des Podocarpus.
Peut-être l’aire ancienne des Araucaria devra-t-elle être revisée en conséquence.
(2) A l’appui d’une telle hypothèse pourrait être citée l’opinion de Hueck (1953,
PP. 20-21) concluant à une élimination de VAraucaria par la forêt dense humide subtro¬
picale.
Rappelons aussi les arguments paléontologiques cités par Paula Couto (C. de), en
faveur d’un climat ancien plus froid (voir plus loin, chapitre X, E, § 2).
Source : MNHN, Paris
!. SCHNEI.L
198
Nord, quelques lambeaux relictuels de forêt à Araucaria en quelques
stations favorables, particulièrement sur les montagnes. C’est une telle
hypothèse qu’avait déjà formulée Dansereau (1950, p. 80) : The
présence of these isolated colonies in lhe coaslal ranges can only be explai-
ned as a persistence from formerly more favorable conditions. Tliere
must hâve a time (during lhe Pleistocene or perhaps more recently)
wlien lhe présent cool wealher of Parana extended far norlh of ils modem
Fig. 16. — Prolils schématiques «le la forêt <V Araucaria anguslifolia dans les vallées «le
Campos de .lordào (Sud «lu lirésil). Kn hachures obliques : Uudocarpus. I.a hauteur des
plus grands arbres est de 20 à 30 mètres.
confines. Later, the climale having warmed, lhe pines wcrc able lo main-
tain themselves only in a few privileged, unusually favorable spots. »
Par ailleurs, il n’est pas impossible, a priori, que, dans quelques cas, ait
pu avoir lieu un transport île cetlc espèce spectaculaire par l’homme ;
on sait qu'il a été introduit à Espirilu Sanlo et y prospère.
Comme l'a souligné IIueck (1953, p. 17), ces forêts se rencontrent
dans des régions où la pluviosité est rarement inférieure à 1 250 mm par
an et peut même atteindre 2 000 mm (Serra do Mar). Ces pluies
sont généralement localisées d’octobre à mars, mais elles se répartissent,
au Sud, plus ou moins sur toute l’année. Déplus, dans les serras côtières,
Source : MNHN, Paris
PHYTOGÉOGRAPHIQUES
199
HOMOLOGIES
où ces forêts vivent en altitude, il y a lieu de noter la haute humidité
atmosphérique, se traduisant par la prodigieuse abondance des épiphytes,
el particulièrement des Lichens. Suivant Hueck, le climat des forêts
d’ Araucaria du Sud du Brésil appartient au type Cfa (-Cfb) de la classi¬
fication de Koppkx.
Les sols superficiels de ces forêts ont un pH de l'ordre de 4,2 à 5,5,
d’après Maack (1918), exceptionnellement de 7, d’après Rawitscher
(cilé par IIueck).
Hueck souligne le caractère steppique de certains sols de l’aire de
ces forêts, qui ne paraissent pas avoir pu se développer sous la végétation
actuelle. Lu particulier peuvent se rencontrer, non seulement dans les
campos voisins, mais aussi sous ces forêts, des latérites et croûtes Iimo-
niLiques.
Se basant sur le fait que les Araucaria peuvent coloniser les campos
voisins, que ces forêts paraissent en extension aux dépens de ceux-ci,
et enfin que ces campos existaient déjà lors de l’arrivée des premiers
Européens, Hueck (1953) pense (1) que les forêts d 'Araucaria, loin d'être
en régression comme la présence de vastes campos pourrait le suggérer,
seraient au contraire en train de s'étendre, grâce à une variation clima¬
tique récente, sur l’aire de ces campos, qui se seraient individualisés
sous un climat ancien. Enfin, d’après Hueck, se basant sur scs obser¬
vations dans l’Etat de Rio Grande do Sul et sur des faits cités dans l’Etat
de Parana, cette forêt d’ Araucaria serait à son tour, envahie et éliminée
par la forêt subtropicale humide (2). On aurait, d'après Hueck, la série
suivante :
Campos
(formations herbeuses sans arbres)
I
Y
Forêts (l’Araucaria
l-'orêt humide subtropicale à Cedrela /tssilis, Phwbe porosa, etc.
Ce schéma est tout à tait en accord avec le caractère éminemment
héliophile d'Araucaria im<jmli/olia, qui, comme le souligne Aubue-
vh.le (1958, 1). 5), ne se régénère pas clans la torét du Parana, 1res dense
el constituée de trois étages, le supérieur constitué par cette essence,
- fait qui pose le problème de la constitution des forêts actuelles d A,au¬
tan,, (2). Il est vrai, note Aobbéville, que dans des toréts plus méridio¬
nales, on peut trouver, mêlés aux feuillus, des
Araucaria de toutes tailles.
(t) Tout n s ul „n ii t (f tngr. Inlern. Uol., Paris, li
considérable de leur destruction actuelle par l nomme.
(2) On peut se demander si, au moins dans certains
caria dans ces forêts, paraissant témoigner
querait pas par l’inlluci
lâl, section 25, p. 102) l'intensité
cas, la présence de grands Arau-
régénération de cette espèce, ne s’expli-
•lai'rcîes (naturelles ou anthropiques) de la forêt, ayant
Source : MNHN, Paris
200
SCHNEÎ.I.
Si l'élimination des Araucaria, suivant ce schéma, par la forêt subtro¬
picale, constitue un fait possible, — qui expliquerait notamment la frag¬
mentation de l’aire des forêts d ’Araucaria vers le Nord, où elles ne cons¬
tituent que des îlots parmi les forêts denses subtropicales ou tropicales,
— il paraît difficile, par contre, en raison à la fois de l’indiscutable
vocation forestière de ces régions et du caractère habituellement secon¬
daire des formations herbeuses non lices à un substrat édaphique parti¬
culier, de considérer les campas comme une végétation primitive. Aussi
des opinions divergentes existent-elles au sujet des rapports mutuels de
ces formations herbeuses avec les forêts d'Araucaria. Dans des régions
comme Campos de Jordào, les forêts d 'Araucaria sc localisent dans
les vallées et sur leurs versants inférieurs, alors que les campos s’étendent
sur les crêtes cl les pentes supérieures ; on peut évidemment penser que
peut-être, ces campos pourraient être dus aux feux ayant, depuis une
époque reculée, détruit les forêts, plus basses et plus fragiles, qui exis¬
taient à l’origine sur les crêtes. Mais aucun fait ne nous permet actuelle¬
ment de conclure avec certitude. Si une telle destruction par les feux a
effectivement eu lieu, nous aurions là un processus tout à fait homologue
de celui admis par de nombreux auteurs pour expliquer la genèse de
paysages similaires d’Afrique, où les forêts se cantonnent dans les vallées,
alors que la savane occupe les pentes supérieures et les crêtes (1). En
Afrique occidentale, des lambeaux de forêt (plus basse et plus fragile
que celle des ravins) occupent certains points des pentes supérieures et
des crêtes du Nimba et du massif de Fon, permettant de supposer que
ces crêtes étaient à l’origine boisées ; le fond des vallées de ces massifs
est en général occupé par des forêts plus ou moins hautes.
favorisé le développement des semis. Ce rôle des éclaircies naturelles dans la régénération
des arbres héliophiles des forêts denses tropicales humides a été souligné par plusieurs
auteurs, et notamment par Lkbkun et Gilbert (Classification écol. des forêts du Congo,
1954, p. 4(S). Il explique par exemple, l'existence de grands Lophirn ulula dans certaines
forêts denses, alors que cette essence héliophile ne se régénère pas dans le sous-bois intact,
mais prospère bien dans les endroits éclaircis. Peut-être pourrait-on établir un parallèle
avec les forêts de Pinus merkusii et de Pinus khasi/a de l'Indochine, qui, au moins dans de
très nombreux cas, n’ont pu s’étendre que gril ce à la destruction de la forêt de feuillus;
il y aurait, ici aussi, un antagonisme entre la forêt de résineux et la forêt de feuillus, cette
dernière paraissant capable d’éliminer la première. Peut-être l'élimination de très nom¬
breuses Gymnospermes depuis le Secondaire, s’est-elle effectuée par un tel processus de
concurrence écologique.
Rappelons également ici le cas de Libocedrus mucrolepis, qui existe en de rares stations
du Sud-lïst asiatique. Au Vietnam, dans les montagnes de Dalat, on en trouve de grands
spécimens dans la forêt de feuillus, où aucun semis de cette essence ne se rencontre dans le
sous-bois ; au contraire, îles semis assez nombreux existent dans les régions éclaircies du
thalweg ; il est fort possible que la régénération de cette espèce dans la forêt de feuillus
s’est faite grâce à des éclaircies naturelles.
(1) On pourrait aussi rapprocher ces paysages de celui des « taches stériles « des mon¬
tagnes du Cambodge et du Vietnam méridional, vastes étendues herbeuses dépourvues
d’arbres, qui occupent les crêtes et les pentes supérieures, alors que la forêt tropicale
humide occupe les fonds de vallées et leurs basses pentes. Des lambeaux de cette forêt en
certains points des pentes attestent que celles-ci étaient boisées à l’origine, et permet de
penser que leur déforestation est le résultat des défrichements culturaux itinérants prati¬
qués par les populations montagnardes. Ces «taches stériles « herbeuses paraissent avoir,
au moins dans les conditions actuelles, une grande stabilité ; leur sol est d'ailleurs, comme
l’a montré Nguyen Cono vien (1953), nettement carencé.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
201
Toujours esl-il que les forêts d’ Araucaria du Sud brésilien ont subi,
à l’époque actuelle, une destruction considérable qui, d'après les chiffres
donnés par Maack, serait de l’ordre de 4 850 000 hectares.
Enfin, les faits, indiscutables, de régénération des Araucaria dans le
paysage ouvert des campas permettent de voir dans ces arbres les pion¬
niers d’une recolonisation de ces étendues par la forêt, suivant une série
au cours de laquelle ils seraient peu à peu éliminés par la forêt tropicale
ou subtropicale de feuillus (1).
X. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES COMPARATIVES
SUR LE PEUPLEMENT VÉGÉTAL
DE L’AFRIQUE ET DE L’AMÉRIQUE TROPICALES
A. — LES ÉLÉMENTS DE LA FLORE
1) Afrique
Depuis Christ (1892), mettant en évidence l’existence en Afrique
d’une llore sèche, probablement ancienne, les éléments de la flore afri¬
caine ont été analysés par plusieurs auteurs, et particulièrement J. Le¬
brun (1947), A. Aubrévjlle (1949), Th. Monod (1947, 1957) (2). Si les
rapports mutuels des divers éléments floristiques, et particulièrement
leur ancienneté relative, ne sont pas conçus par tous les auteurs de façon
identique, les grandes entités suivantes n’en sont pas moins généralement
admises :
— élément forestier humide, correspondant à la forêt équatoriale et
aux forêts tropicales des régions pluvieuses ;
— élément xèrique ancien, représenté dans les savanes et les forêts
sèches, sans affinités directes avec la flore humide, et constituant vrai¬
semblablement le reste d’une flore sèche tertiaire répandue en Afrique ;
à ces deux éléments s’ajouteraient (cf. Lebrun, 1947, p. 134) :
— un élément xérique (ou steppique) intrusif, comportant particu¬
lièrement des espèces asiatiques ;
le. grands traits de ce, hypothl.e,. Le lecteur
en trouvera un exposé plus compelt da'is^ les tra\
dans l’excellente synthèse de Monod (lh.) (îao/;.
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. XI.
Source : MNHN, Paris
— un élément plus ou moins xèrique affine de la flore foreslière humide
(espèces xériques vicariantes d'espèces forestières) et vraisemblablement
issu de celle-ci.
Si certains auteurs ont surtout insisté sur l’importance de la llore
xèrique ancienne, qui aurait eu, au Tertiaire, une vaste répartition en
Afrique, pour être ensuite réduite, lors de l’installation de la forêt humide,
à l’Afrique du Sud, et à des refuges plus ou moins restreints (montagnes),
d’autres, comme Lonnberg et comme Lebrun (1947), ont au contraire,
donné une importance fondamentale à l'existence ancienne, au Tertiaire,
d’une forêt africaine humide s’étendant de façon continue et se pro¬
longeant vraisemblablement en Asie du Sud.
Ainsi se trouve posé le problème de la llore tertiaire « primitive »
de l’Afrique : llore forestière humide, ou llore xèrique (ultérieurement
refoulée au Sud par la venue de la llore forestière) ?
L’hypothèse d’une llore forestière humide à grande extension au Ter¬
tiaire a le grand avantage de faire entrevoir une interprétation des pro¬
fondes analogies floristiques et faunistiques (1) entre la forêt africaine et
celle d’Jndo-Malaisie. La probabilité d'une pareille bande forestière
humide est grande. Pourtant, comme le fait remarquer Th. Monod (1957,
p. 28), les arguments paléobolaniques qui pourraient donner une base
objective à cette hypothèse, restent peu nombreux et souvent discutables.
La llore fossile tertiaire (Eocène ?) du Fayoum, étudiée par Engel-
hardt et considérée par lui comme typiquement tropicale humide, est
essentiellement constituée d'empreintes de feuilles, et l’on sait combien
l’identification de tels documents est souvent sujette à caution ; dans cette
llore toutefois figure un fruit indiscutable de Securidaca, genre typique¬
ment tropical (2).
Inversement, d’autres faits plaident pour le caractère primitif de la
flore sèche africaine. Faits géologiques d’abord : l’existence en Afrique
équatoriale, au Nummulitique, de grès, traduisant un climat xèrique,
implique l’absence de la forêt humide à cette époque. « La grande forêt
équatoriale n'a pas pu occuper ses emplacements actuels avant le Qua¬
ternaire, dont la base semble marquée par une carapace ferrugineuse.
Elle a dû se trouver réduite à des refuges favorisés, d’où elle a pu repartir
à la conquête de l’Afrique centrale. » (R. Furon, 1948, p. 45.)
Faits biogéographiques ensuite : la répartition africaine des groupes
xériques (Proléacées, Bruyères, etc.) est à ce point de vue très caracté¬
ristique : en dehors de leur aire sud-africaine, on les retrouve, plus au
Nord, sur les montagnes. Comme le souligne à juste titre Th. Monod
(1) Voir à cc sujet. Paui.ian (1947). Dkkryseii et Villiers (1954). Monod (1957).
(2) Rappelons ici, après Embkrger et Monod, combien il est hypothétique d'accorder
le caractère de tropical à un spécimen fossile appartenant à un groupe tropical ; il existe
des palmiers vivant sous des climats tempérés, ou même froids (Ceroxyton antlieola) ;
les Ériocaulacées et Annonacécs, familles typiquement tropicales, ont des irradiations
dans les pays tempérés ( liriocaulon septanijulare, Asimina tri loba), etc. Ce n’est qu’en
présence d'une llore fossile renfermant de nombreuses espèces appartenant à des groupes tro¬
picaux que le caractère tropical de la llore peut être envisagé avec une probabilité suffisante.
Source : MNHN, Paris
( 1957, p. 21), «les disjonctions des aires paléo-africaines si fréquentes
au niveau des hautes terres orientales, des Gràber à l’Océan Indien, ne
peuvent s’expliquer que si la souche est localement antérieure à un peu¬
plement hygrophile : n’ont pu subsister que les éléments capables de
s’adapter à l'orophilie ».
C’est vraisemblablement aussi au Tertiaire que se serait faite, suivant
les vues de Venkata Rao (1957), la mise en place des Protéacées en
Amérique du Sud et en Afrique, à partir d’un foyer australien. Or les Proté¬
acées africaines appartiennent indiscutablement à une llore sèche ancienne.
Si de nombreux faits (biogéographiques et géologiques) plaident pour
une extension considérable au début du Tertiaire d’un régime xérique et
d’une ancienne llore sèche en Afrique, d’autres faits indiquent, à la même
époque, l’existence d’une llore tropicale probablement forestière et à
affinités indo-malaises dans les régions actuellement tempérées de l'Ancien
Monde. Le très bel ensemble floristique du London Clay (Eocène) en Angle¬
terre, remarquablement étudié par Reid et Chandleh, constitue sans
aucun doute une flore tropicale forestière humide, apparentée à l’actuelle
flore indo-malaise et africaine. D’autres gisements d’une telle flore
tropicale forestière sont connus en Europe au début du Tertiaire.
Ainsi le Nummulilique paraît avoir vu, d’une part, en Afrique tro-
picale une flore sèche, d’autre part aux latitudes moyennes une flore
tropicale humide forestière.
Faut-il, comme certains l’ont pensé, voir dans ces faits la manifes¬
tation d’un déplacement de l’Equateur, qui se trouvait alors au niveau
des actuelles latitudes tempérées, et qui, par la suite, au cours du Ter¬
tiaire, est descendu vers les basses latitudes pour occuper son emplace¬
ment actuel ?
Nous pensons que rien n’oblige à une telle interprétation, par ailleurs
difficilement conciliable avec des faits géophysiques certains (1). 11 nous
paraît plus vraisemblable d’expliquer cette répartition des flores au
Nummulitique par un climat général plus chaud, permettant une large
remontée en latitude des flores tropicales. La carte des gisements' paléo-
botaniques tertiaires publiée par Furon (C. R. Soc. Biogéogr., 1948,
215, p. 62 et Causes de la répartition des êtres vivants, 1958, p. 120) est à
cet égard très démonstrative. La végétation tropicale formait alors une
bande beaucoup plus large qu’actuellement. C’est une opinion très sem¬
blable que soutient aussi Axelhod (1952, p. 177). Enfin, cette concep¬
tion d’un climat plus chaud, ayant permis une extension en latitude des
flores tropicales, est en accord avec la théorie de l’astrophysicien danois
Ernst Opik, supposant une variation cyclique de l’activité thermonu-
(1) Un argument tiré de la direction d'aimantation de roches éruptives anciennes,
différente de celle îles roches plus récentes, mérite cependant d’étre signalé. Mais même s’il
devait être prouvé de façon certaine qu’il y a eu une migration du pôle magnétique, nous
ne saurions rien en déduire quant à une variation ancienne du pôle géographique et des
zones climatiques. Comme l’a très judicieusement fait remarquer Furon (1959, p. 28) :
« Nous ne savons malheureusement pas quel rapport il y a entre pôles magnétiques et
géographiques. »
Source : MNHN, Paris
cléaire du soleil, qui aurait pu être à l’origine des variations climatiques
anciennes et des glaciations.
Par ailleurs, l’extension d’un régime xérique aux latitudes actuelle¬
ment occupées par des flores tropicales humides, ne signifie pas non plus
obligatoirement un déplacement de l’Equateur. Ne voyons-nous pas,
tant en Afrique orientale que dans la caatinga brésilienne, un climat
aride et une végétation xérique sous des latitudes proches de l’Equateur ?
Ce qui importe, dans le déterminisme d’un tel régime xérique, ce n’est
pas tant la latitude que le régime des vents, lui-même conditionné par le
climat général et par les masses continentales et leur morphologie. De
plus, les hautes températures qu’auraient, dans l’hypothèse en question,
subies les régions équatoriales de l’Afrique, expliqueraient peut-être
leur régime xérique (1).
2) Amérique
Les entités constitutives de la flore tropicale américaine présentent
un remarquable parallélisme avec celles de la flore d’Afrique tropicale :
— flore forestière humide, de type équatorial, occupant le bassin
amazonien et le plateau des Guyanes, et se prolongeant dans les forêts
tropicales humides des régions côtières méridionales ;
— flore sèche des cerradôes et cerrados , qui comporte, comme la flore
des forêts sèches et savanes d’Afrique, un élément typiquement xérique
et un élément apparenté à la flore forestière humide (dont il pourrait
dériver) ;
— flore aride des caalingas , homologue, malgré les profondes parti¬
cularités que lui confère la présence de familles endémiques (Cactacées,
Broméliacées) des flores arides à épineux de l’Afrique.
La flore forestière humide d’Amérique tropicale présente, sur le plan
générique, de nombreuses affinités avec la flore humide d’Afrique et
d’Indo-Malaisie ; rarement l’identité est sur le plan spécifique (Enlada
gigas) et s’explique peut-être par un transport récent. Enfin, les flores
humides américaines et africaines se distinguent l’une de l’autre par la
présence de familles endémiques (Broméliacées, Caryocaracées, Vochy-
siacées, etc.) (2).
La flore sèche des cerrados et des cerradôes renferme, d’une part des
espèces appartenant à des genres également représentés en forêt ( Cargo -
car, Didgmopanax, Parkia, Ifauhinia, Bombax, etc.), et d’autre part des
espèces appartenant à des genres uniquement localisés dans ces forma¬
tions xériques. Nous avons rappelé, au début de ce travail, l’existence de
genres représentés simultanément dans cette flore sèche américaine et
dans la flore sèche africaine : Cochlospermum, Andira, Annona, etc.
(1) C’est notamment l’idée soutenue par R. Fi tion (1958, p. 98).
(2) Comme nous le rappelons plus haut, la famille des Vochysiacées, typiquement
américaine, possède en Afrique, un genre, avec une espèce.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PH YTOGÉOGRAPHIQUES
205
De même que l’ancienne llore sèche africaine semblerait avoir eu au
Tertiaire une extension bien plus vaste, la flore des cerrados semble avoir
occupé jadis une aire considérable en Amérique tropicale, où elle s’est
trouvée par la suite morcelée en fragments ( cerrados du Brésil central,
cerrados de l’Amazonie, cerrados du Nord-Est, etc.). L’identité floristique
des cerrados actuellement séparés les uns des autres plaide dans ce sens.
L’idée de l’ancienneté de cette flore des cerrados avait déjà été soutenue
par Ducke et Black. Les cuirasses ferrugineuses fossiles des plateaux
amazoniens plaident elles aussi, pour un régime xérothermique ancien
— peut-être au Tertiaire — qui aurait pu voir une telle extension de cette
llore xérique. De petites enclaves de cette flore sèche localisées sur des
lambeaux de celte cuirasse, pourraient être des reliques édaphiques de
cette llore xérique ancienne (1).
Enfin, la flore aride des caalingas, très développée dans le Nord-Est
brésilien, se reLrouve au Mexique et en Argentine, avec des espèces et
«les genres affines, — ce qui laisse supposer que cette flore aride, caracté¬
risée par des arbustes et arbres épineux, par l’abondance des Cactacées,
par des genres tels que Ziziphus, Celtis, Prosopis, Acacia, Chuquiraga,
par la présence des Broméliacées terrestres, souvent saxicoles, a pu avoir
elle aussi, à une certaine époque, une extension plus grande, favorisant
les migrations d’espèces. Si une partie au moins de l’aire actuelle des
forêts hygrophiles a pu être occupée par la flore des cerrados, peut-être
l’emplacement des cerrados actuels a-t-il été alors, au moins partielle¬
ment, occupé par une invasion de la flore des caalingas.
Là encore, l’existence de genres communs aux caalingas et aux
steppes à épineux de l’Afrique (Ziziphus, Jalropha, Acacia, Prosopis)
pose, comme nous l’avons souligné plus haut, le problème de connexions
floristiques — ou d’échanges —- entre les régions arides d'Amérique
tropicale et d’Afrique.
B. — LE PROBLÈME DES RELATIONS FLORISTIQUES
ENTRE L’AMÉRIQUE ET L’AFRIQUE TROPICALES
Le problème des contacts floristiques entre l’Afrique et 1 Amérique
tropicales a, depuis Engler (1905, 1910), été envisagé par de nombreux
auteurs : Schonland (1907), A. Chevalier (1933, 1938), Aubréville
(1919), Th. Monod (1957).
Les considérations rappelées ci-dessus paraissent indiquer que, a
côté de migrations floristiques réalisées, sur un même continent, entre
la flore humide et la flore sèche, aboutissant à l’existence de vicariants
(par exemple : Parkia, Bauhinia de forêt et de savane) auraient pris
place des migrations ou des échanges africano-américains, réalisés les
uns au niveau des flores sèches, les autres au niveau des flores humides.
(1) Voir plus haut (Partie VI).
Source : MNHN, Paris
Le cas «les genres qui, comme Cochlospermum , se rencontrent à la fois
dans les savanes de l'Ancien Monde et dans celles du Nouveau (mais
font défaut en forêt) est particulièrement démonstratif.
Soulignons ici que les poils entourant les graines des Cochlospermum
ont vraisemblablement facilité sa dispersion, expliquant l’aire liés vaste
de ce genre dans les régions sèches de l’Afrique, de l'Asie cl de l'Amérique
tropicale.
De même, pour les flores forestières humides, citons le cas des Sym-
phonia, qui existent en Afrique, à Madagascar et en Amérique tropicale,
mais font défaut dans les flores sèches de ces régions.
Quel a été le mécanisme de ces migrations ? Le cas, cité au début
de ce travail, d’espèces communes, telles que Calolropis procera (régions
sèches d’Afrique et caaiinga brésilienne), évoque en général l’idée de
transports récents et ne nous apporte aucun élément intéressant sur le
plan phytogéographique.
D’autres exemples évoquent par contre l’idée, de liaisons anciennes
véritables. C’est le cas des Symplionia , qui a été remarquablement analysé
par Périmer de la Bâthik (1953, pp. 89-87) : ces arbres liygrophiles
n’ont aucun moyen de dispersion à grande distance, leurs fruits et leurs
graines sont lourds, leur pouvoir germinatif serait bref. On est amené
à supposer que leur répartition actuelle s’expliquerait par des contacts
floristiques anciens entre les flores forestières humides (1).
L’absence de diffusion des familles endémiques laisse supposer que
si de tels contacts floristiques ont eu lieu, ils seraient antérieurs à l’indi¬
vidualisation de ces familles (Broméliacées, Vochysiacées, Cactacées, etc.).
La présence, quasi-pantropicale, de la Cactacée épiphyte Rhipsalis
baccifera, ne signifie rien au point de vue phytogéographique, sa répar¬
tition paraissant, comme nous le disions plus haut, due à une dispersion
sans doute récente, probablement par les oiseaux (2).
Il semble que les transports anémochores, en dehors de cas particu¬
liers (diaspores très légères : Fougères) (3), n’aient pu jouer qu’un rôle
très restreint dans les migrations transcontinentales lointaines : malgré
ses diaspores de type planeur léger (1), la famille des Broméliacées, endé¬
mique du Nouveau Monde, n’a, depuis sa différenciation (qui paraît
remonter au Tertiaire), essaimé vers l’Afrique qu’une espèce (Pilcairnia
jeliciana de Guinée), dont la station unique parait indiquer qu’il n’y eut,
pendant cette longue période, sur l’énorme quantité de graines produites
(1) Cf. plus haut (Partie II).
(2) De môme, comme nous le disions plus haut, la présence d’une Broméliacée spon¬
tanée en un point de l’Ouest africain, paraît résulter d’un transport accidentel.
(3) Et encore faut-il tenir compte de l’ancienneté probable des groupes, chez les Pté-
ridophytes, dans l’interprétation de leur aire souvent vaste. Par ailleurs, il est à noter que,
si les l’téridophytes à répartition très vaste (paléotropicalc, africano-américaine ou môme
cosmopolite) sont en nombre appréciable, les Orchidées, bien qu’ayant des diaspores de
dimensions comparables, ont des aires bien moins vastes : faut-il y voir l'effet d'une moins
grande ancienneté, ou celui de la difliculté qu’apporte à leur dissémination la nécessité
d’un champignon symbiote ?
(4) Tout au moins dans la tribu des Tillandsieie, les Bramelietc ayant au contraire des
fruits charnus. Les Pilcairnia ont des graines sans aigrette.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
par ces plantes, qu'une seule de celles-ci qui put arriver à bon port de
l'autre côté de l’Atlantique. La probabilité de transport n'aurait donc
été que de 1 contre un nombre énorme de milliards.
Par contre, des transports zoochores par des oiseaux fréquentant
un milieu déterminé, tel que les marécages, et assurant, de ce fait, une
probabilité bien plus grande de réussite, ont pu avoir lieu dès une époque
ancienne. Dès l'Eocène supérieur, les principaux groupes actuels d’Oiseaux
paraissent en effet constitués. Ainsi s’expliquerait l’aire très vaste pré¬
sentée, non seulement par certaines espèces, mais aussi par certains
genres, pourvus de petites graines et plus ou moins liés aux habitats
humides (1).
Le problème des liaisons floristiques entre l’Afrique et l’Amérique
sèches, reste obscur, comme l’a fort bien souligné Aubréville (1949,
I». 50), qui cite quatre espèces communes à ces deux flores xériques :
Ximenia americana, Spondias mombin, Andira inermis et Gyrocarpus
americanus. Spondias mombin, plante utile par ses fruits, pourrait,
comme le signale à juste titre Aubréville (1949, p. 49), avoir été répandu
par l’homme. Son aire ouest-africaine plaide pour une telle dispersion
anthropique. Ximenia americana, répandu dans les busli littoraux, pour¬
rait avoir été répandu par les courants marins (Aubréville, p. 48),
au même titre que beaucoup d’espèces littorales. Andira inermis, seule
espèce africaine du genre, existe aussi en Amérique ; sa répartition très
vaste en Afrique et le fait qu’il n’a aucune utilité pratique qui explique¬
rait une dispersion par l’homme, permettent de penser, comme le suppo¬
sait Chevalier (1931) et comme le souligne Aubréville, qu’il serait
serait peut-être <• un descendant attarde d’anciennes lignées américano-
africaines d’ Andira » (2). Gyrocarpus americanus, enfin, possède une vaste
répartition africano-asiatique, qui est évidemment un argument pour
une mise en place ancienne dans son aire actuelle. Comme le dit fort bien
Aubréville, celte espèce « a bien les caractères d’une espèce relique,
d’un type immuable d'une flore excessivement ancienne» (A. Aubré-
villk, Palcohist. for. A/r. trop., 1949, p. 49).
De même que l’étendue de leur aire, le nombre des espèces représen¬
tant un genre dans un territoire est un argument pour une ancienneté
plus ou moins grande dans l’emplacement actuel. Le genre Ziziphus
est représenté en Amérique tropicale, par plusieurs espèces, de même qu’il
en compte plusieurs dans l'Ancien Monde ; on peut donc penser que sa
présence dans chacun de ces deux territoires est ancienne, soit qu’il
s’agisse de la fragmentation d’une aire ancienne continue, soit qu il y ait
eu, au contraire, un transport de graines à distance. Une hypothèses em-
blable peut être adoptée pour les Cochlospermum, qui comptent plusieurs
espèces dans l’Ancien Monde et plusieurs également dans le Nouveau (3).
(1) Par exemple, les genres Cyperus, Burmannia, Drosera, etc.
(2) Aubréville (A.). Paléohisloire des forcis de VAfrique tropicale (1949).
(3) Le genre Cochlospermum a été identifié dans l’Oligocène du Rio Picinlcufu (Pata¬
gonie) (Berry). Ce genre est représenté actuellement à la fois en Amérique du Sud, en
Afrique et en Asie tropicale.
Source : MNHN, Paris
208
K. s<:h\i:i.
Sur le plan générique, la présence, dans les savanes africaines, de
Cochlospermum (dont plusieurs espèces existenl dans les cerrados bré¬
siliens), d’Annona (eux aussi absents dans les forêts humides d’Afrique),
de Maytenus, etc., suggère l'idée de migrations d’espèces entre les deux
continents (ou d’une communauté d’origine), à une époque sans doute
reculée, remontant peut-être au Tertiaire.
Fig. 17. Schéma <les affinités et migrations possibles entre les llores tropicales sèches
et humides de l’Afrique et de l’Amérique. A côté des affinités • verticales • entre llores
sèches et llores humides d’un même terriloire prennent place des affinités • horizontales •
entre llores homologues d'Afrique cl d'Amérique. I.c terme de « migrations • ne préjuge
en rien du mécanisme par lequel ont pu être réalisées les affinités entre llores homo¬
logues (connexions ou transports). Ce schéma n'est nullement exhaustif, et n'a qu’une
valeur provisoire; il laisse notamment place aux autres souches et migrations qui ont pu
contribuer à la constitution des ensembles lloristiques.
Si de telles migrations enlre les llores sèches néo el paléotropicales
ont eu lieu (quel qu’eu ait été le mécanisme), il y a lieu de souligner que
certains groupes n'v ont pas participé. Les Caryocaracées, qui existent
dans les cerradôes d'Amérique, font défaut dans l’Ancien Monde. Parmi
les Ternstrœmiacées (famille qui, si on conserve sa conception actuelle,
existe en Amérique el en Asie), le genre Kirtmcyera, élément spectaculaire
et très xéromorphe des cerrados brésiliens, fait aussi défaut dans l’Ancien
Monde, malgré ses graines ailées. L’absence de tels groupes en Afrique
laisse supposer que, si un contact (ou un « sub-contact », avec de faibles
étendues marines à franchir) a eu lieu au Tertiaire entre les llores xériques
des deux continents, ce contact est antérieur à la différenciation de ces
groupes. Les documents paléobotaniques ne nous apportent cependant
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES 209
pas de faits décisifs dans ce domaine : les premières Ternstrœmiacées
(Kielmcycra) connues en Amérique datent du Pliocène.
Une remarque analogue peut être faite, en ce qui concerne les dores
arides de la caatinga brésilienne et des steppes à épineux d’Afrique : les
Cactacées, les Broméliacées (1) n’ont pas gagné l’Afrique, malgré les
graines munies de dispositifs sustentateurs de beaucoup de ces dernières.
Il est particulièrement remarquable de constater que le problème des
affinités entre les flores sèches de l’Amérique et de l’Afrique revêt une
amplitude dépassant largement le cadre géographique africano-améri-
cain. Un certain nombre de genres communs aux flores xériques d'Afrique
et d’Amérique existent aussi en Asie, où certains sont également localisés
dans des régions plus ou moins arides. Le genre Cochlospermiim, typique
des savanes africaines et américaines, se retrouve dans les régions sèches
de l’Inde, avec C. religiosum (L.) Alst. (C. gossypium D. C.), petit arbre
<I"i vit dans les régions xériques de l’Inde centrale, et jusqu’en Birmanie,
et atteint l’Indochine sous forme de sa variété cambodiana Gagnep.
Le genre Prosopis, représenté par plusieurs espèces (P. alba, P. chilcnsis,
P. limensis, P. palagonica...) dans les formations xériques de l’Amérique
tropicale, centrale et australe, se retrouve en Afrique (P. a/ricana) et
pu Asie (P. spicigera qui vit dans les régions arides de l’Inde : Punjab,
Madras). Les Ziziphus existent dans les formations xériques d’Amérique
Pt d’Afrique et se retrouvent en Asie (avec, toutefois, une amplitude
écologique plus grande). Les Acacia se rencontrent dans la végétation
aride de l’Amérique, de l’Afrique et de l'Asie (avec quelques espèces
s étendant de l’Afrique occidentale à l’Inde). Les Cellis, bien qu’ayant
des représentants dans certaines forêts denses, existent dans les flores
sèches d’Afrique, d’Amérique et d’Asie, et paraissent appartenir, dans
l’ensemble, à un lot floristique xérique. Leur localisation dans les savanes
et les régions australes de l’Afrique, leur présence dans le bassin méditer¬
ranéen, sembleraient indiquer qu’ils n’appartiennent pas à la flore fores¬
tière tropicale humide africaine ; ils n’ont pénétré que dans les régions
périphériques du domaine forestier (forêts semi-caducifoliées). Les
•falropha, qui vivent essentiellement dans des formations ouvertes, sou¬
vent xériques, se rencontrent à la fois en Amérique, en Afrique et en
Asie. J. pohliana Muell. Arg., J. phyllacantha Muell. Arg., J. urens L.,
J■ elliptica Muell. Arg., ... se rencontrent dans la caalinga brésilienne.
Ce genre ne paraît nullement lié à la forêt dense humide. « Wirkliche
Urwaldbàume sind die Jatropheæ wohl kaum » (F. Pax, in Pflanzen-
reich, Heft 42, p. 9). Certaines sections de ce genre xérique ( Glanduli-
feræ, Tuberosæ, Castigliona) existent simultanément en^Amérique, en
Afrique et en Asie. Pax ( P/lanzenreich , 42, 1910, p. 9) avait déjà souligné
les homologies que présentent les espèces de ce genre dans l’Ancien
Monde et dans le Nouveau : « Beachtenswert aber sind die nahen Ank-
lânge in der Jatropha-Flora zwischen Brasilien und Ostafrika durch
(1) Le cas de Hhipsalis bacci/era et de Pilcairnia feliciana paraît résulter d'un transport
exceptionnel à grande distance (voir plus haut).
Source : MNHN, Paris
lion gomoinsanion Besilz oinamlor naho verwandlcr Arlon <lor Glandu-
li/cræ ; noch enger werdcn sic zwisehen Paraguay and Südal'rika durch
die Section Tnberosw; und wenn Mexico in J. macrorhiza eine Art diescr
zulotzt genannlen Gruppc besitzl, so slelil das im Hinklange mil der
Thalsaehe, dass vikariicrendc Specios ans don Seclionen Castigliona und
Mozinna Ostafrika und Centrahunerika in Parallèle selzen. » On pourrait
aussi mentionner le genre Maylcnus (Célastracces) qui, bien que certaines
de ses espèces puissent vivre dans certains types forestiers, parait à consi¬
dérer comme foncièrement xérique ; il compte des espèces xérophiles en
Amérique (il/, rigida Mari, dans la caatinga) et en Afrique (XI. scneya-
lensis Exell) ; ce genre se retrouve en Asie. Quelques espèces (Wullheria
indien. Gyrocarpus orneriramis) existent dans les régions sèches d’Afrique,
d'Amérique et d'Asie, mais l’identité au niveau de l'espèce ne permet
pas d'éliminer, à coup sur, l'hypothèse de leur dispersion récente ou du
moins peu ancienne. Le cas des T ri Indus est également à citer ; si la distri¬
bution pantropicale (et même presque cosmopolite dans les régions
chaudes) de T. Icrreslris est avec vraisemblance explicable par des trans¬
ports plus ou moins récents, grâce à ses diasporas accrochantes, l'existence
d’espèces à aire moins vaste (telles que T. grandiflorus Benlh. et llook.,
T. californiens Wats., T. brasiliensis Spreng, en Amérique) paraît l’indice
de migrations relativement anciennes ; l’hypothèse de transport zoochores
à grande distance ne peut être écartée pour ce groupe. Fin fin, il convient
de rappeler, bien qu’il ne soit pas spécifiquement tropical, le genre
Ephedrn qui comporte des représentants à la fois dans les régions sèches
de l’Amérique, de l’Afrique et de l'Asie, — fait qui laisse supposer qu’il
fait peut-être partie d’un lot floristique xérique installé depuis des temps
anciens dans les régions arides de l’Ancien et du Nouveau Monde.
Tous ces faits amènent à l’idée d’un ensemble floristique xérique
commun à l’Afrique, à l'Amérique et à l’Asie depuis des temps proba¬
blement anciens. On admet généralement que l'élément asiatique xérique
de la llore africaine proviendrait de migrations relativement récentes,
postérieures sans doute à un recul de la foret dense venue occuper au
Tertiaire le territoire africain. Ce caractère récent est vraisemblablement
réel pour de très nombreux groupes ; l’existence d’Acr/cia arabica et A.
sencgal en Afrique et en Asie est sans doute le fait d’une telle migration
relativement récente ; il en est de même pour Calotropis procera et pour
bien d’autres espèces ou genres. Par contre, la présence simultanée en
Amérique, Afrique et Asie, avec des espèces nettement différenciées, de
genres tels que Prosopis, Jalropha, Acacia, Ziziphus, Cochlosperrnum,
Ephedra, Celtis, amène à penser que la mise en place de ces genres est
vraisemblablement ancienne ; il y aurait donc eu des migrations anciennes
entre les flores sèches de ces territoires, peut-être à la faveur de connexions
terrestres, au moins temporaires. La présence en Afrique, au Nord et
au Sud du massif forestier équatorial, du genre xérique Monoies, seul
représentant africain de la famille asiatique des Diptérocarpacées, paraît
indiquer une mise en place ancienne (peut-être antérieure à la venue de
la forêt dense humide) et témoigner elle aussi de migrations asiatico-
Source : MNHN, Paris
iaphiqles
211
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGR
africaines à une époque reculée, vraisemblablement sous un climat
xérothermique. La présence d'une espèce de Monotes à Madagascar est
un argument de plus pour la mise en place ancienne de ce genre en Afrique.
La migration africano-malgache des Monotes pourrait être contempo¬
raine de celle d’autres groupes, tels que les Adansonia.
La mise en place des groupes xériques africano-asiatiques est-elle
le fait de transports à grande distance ou de migrations de proche en
proche ? Il est évidemment difficile de répondre avec certitude à cette
question. Certes, comme le rapporte Ridley (p. 514), d’après Monteiro,
les graines de Cochlospermum peuvent être transportées par les oiseaux
(qui placent leur indumentum dans leurs nids), et celles de Prosopis
peuvent l’être par des herbivores (Ridley, p. 366) ; il ne semble cepen¬
dant pas que ces transports puissent se faire sur de très grandes distances,
par exemple, à travers un océan. L’idée de connexions (ou de sub-con-
nexions) entre les territoires actuellement occupés par ces genres reste
l’hypothèse la plus vraisemblable.
Le cas des Protéacées est lui aussi, du plus haut intérêt : celles
d’Amérique appartiennent à la sous-famille des Grévilléoïdées, et celles
d’Afrique à la sous-famille des Personioïdées. Il n’y a donc pas eu migra¬
tion des Protéacées d’un continent à l’autre. Venkata Rao (1957) suppose
qu’il y a eu, au contraire, peuplement de chacun d’eux à partir de l'Aus¬
tralie, où les deux sous-familles coexistent et présentent des types
archaïques : « The concentration of the majority of the généra and species
including the most primitive members of the family belonging to nearly
ail Iribcs in Australia shows that this continent is probably the place of
origin of the family. » Celle migration des Protéacées aurait pu se faire
par des voies australes : « Ils présent disjunct distribution in the tips
of the Southern continents may be due to continental drift or long-range
dispersai by way of a temperate Antarctic continent in the early Ter-
tiary times » (Venkata Rao, 1957, p. 268). A propos de cette hypothèse,
par ailleurs fort judicieuse, on pourrait remarquer que, si l’Australie est
effectivement le centre de dispersion dont seraient parties les Persoo-
nioïdées vers l’Afrique et les Grévilléoïdées vers l’Amérique et vers l’Asie
orientale, on ne comprend pas bien pourquoi chacune de ces deux sous-
familles aurait suivi une voie différente. Cette dyssymétrie des réparti¬
tions s’expliquerait peut-être mieux si l’on admettait l’hypothèse de deux
centres de différenciation distincts pour ces deux sous-familles. L Australie
aurait été un refuge où ces deux sous-familles auraient pu survivre,
avec le maintien de types primitifs, — de même qu’elle a été un refuge
pour d’autres groupes, animaux et végétaux.
Si des échanges ont eu lieu (quel qu’en soit le mécanisme : contact
direct ou transport) entre les flores sèches d’Amérique et d’Afrique
tropicales, on peut s'étonner que les Protéacées, représentants caracté¬
ristiques de l’ancienne flore sèche africaine du Tertiaire (au sens de
Chiust, 1892) n’aient pu passer de l’Afrique sèche à l’Amérique sèche,
et que les Personioïdées n’aient pu atteindre cette dernière. On peut,
à cette question, envisager deux réponses. Ou bien les contacts entre
Source : MNHN, Paris
212
B. SCHNELL
flores sèches néo et paléotropicales n’ont eu lieu qu’avant la mise en
place des Proléacées. Ceci amènerait à jilacer dans un passé fort lointain,
ces hypothétiques contacts entre les flores tropicales sèches d’Amérique
et d’Afrique. Ou bien au contraire, l’installation des Protéacées dans leur
aire australe actuelle serait très ancienne ; ces plantes auraient pris place
sur d’anciens boucliers séparés, sud-américain et africain, eux-mêmes
sans continuité à cette époque ancienne avec les régions plus septen¬
trionales où vivait alors la flore tropicale, qui descendit ultérieurement
vers le Sud, grâce à des connexions entre son aire primitive et les bou¬
cliers austraux (1) (2). Celle idée de territoires austraux primitivement
indépendants des Empires floraux septentrionaux s’accorderait avec
l'existence de groupes à répartition australe (extrême Sud de l’Amérique
et de l’Afrique, Australie), tels que les Itestionacées (qui auraient, de
l’Australie, atteint ensuite le Sud-Est asiatique). L’abondance des
Ericacées en Afrique du Sud et en Amérique du Sud (où elles sont repré¬
sentées par des genres différents) plaiderait aussi, semble-t-il, pour une
telle hypothèse (fl).
La localisation australe de groupes doit-elle être toujours considérée
comme une preuve de leur origine australe ? Des fossiles du Crétacé
d’Europe ont été rapportés aux Protéacées (Viniklak, 19fll). Cette
famille paraîtrait aussi avoir existé au Sahara au cours du Tertiaire.
Cependant, comme l’ont souligné divers auteurs, et notamment Goor>
(1953, p. 265), les identifications de restes fossiles sont souvent hypothé¬
tiques, sinon douteuses. Si la présence ancienne des Protéacées au
Nord de l’Equateur devait être confirmée, on aurait là un cas comparable
à celui des Araucaria, qui semblent avoir eu, à une époque ancienne, une
large répartition sur le globe, pour se réduire ensuite à une aire australe,
(1) A l'appui <lc cette idée de boucliers austraux séparés pendant une très longue
période des régions plus septentrionales, on pourrait aussi rappeler la théorie de l’ancienne
ilore africaine xérique de Christ, la présence de Marsupiaux en Amérique du Sud et en
Australie, et le long isolement de l'Amérique du Sud, depuis le Paléocène jusqu'au Plio¬
cène, où se rétablit la liaison avec l'Amérique du Nord.
Les répartitions actuelles amènent ainsi à une conclusion que suggèrent également
les arguments d’ordre géologique, à savoir l’isolement qui, pendant de longues périodes,
a régné entre les continents septentrionaux et les continents méridionaux. Cet isolement
a été rompu à certaines époques par la formation d’isthmes temporaires, dont témoignent
des échanges de faunes et de Mores ( I-Vron, Paléogéogr., p. 37). Au Miocène, de nombreux
groupes animaux sont communs il l’Europe et à l'Afrique, témoignant de telles migrations.
On est en droit de supposer que ces alternatives d’isolement des continents austraux
(permettant le maintien de groupes anciens, soustraits il la concurrence des formes septen¬
trionales) et de connexions Nord-Sud (permettant les migrations) ont joué un rôle capital
dans la constitution des répartitions floristiques actuelles.
(2) Même si un pont a existé à l’Oligocène (ce qui n’est pas prouvé) entre l'Afrique et
l’Amérique du Sud. l’absence de migration des Protéacées entre les deux continents pour¬
rait s’expliquer par le fait que cette connexion terrestre se serait établie entre des régions
occupées par les Mores forestières tropicales et non au niveau des régions plus australes
où celles-ci auraient refoulé l’ancienne More sèche africaine ù Protéacées.
(3) Les Ericacées paraissent anciennes ; des fossiles du Crétacé et du Tertiaire ont été
rapportés à cette famille ; leur mise en place en Afrique et en Amérique du Sud pourrait
être ancienne, comme en témoigne la présence de genres différents dans ces deux territoires ;
elle pourrait être le résultat de connexions australes anciennes, elle aussi. La présence de
genres communs fLeucothne, C.milllieria) en Amérique du Sud et en Asie orientale plai¬
derait pour de telles migrations australes (voire peut-être transpacifiqucs).
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
213
■— et cela amènerait à les considérer comme un groupe très ancien, autre¬
fois pourvu d’une aire très vaste, puis éliminé d’une grande partie de cette
aire, soit par des conditions défavorables, soit par la venue des flores
tropicales, pour ne subsister finalement que dans les régions australes.
Quoi qu’il en soit de ces hypothèses possibles, il importe de retenir que
le caractère « austral » d’un groupe n’a parfois qu’une valeur relative,
limitée aux périodes récentes. Dans cette interprétation, la répartition
et l’histoire de ces groupes austraux s’accorderait avec une hypothèse
déjà ancienne formulée par Thiselton-Dyer, pour qui l’Australie serait,
non un centre d’origine de groupes austraux, mais un centre de conser¬
vation, où se seraient maintenus des groupes très anciens, peut-être venus
du Nord, en tout cas autrefois largement répandus dans des régions
septentrionales : « Australia may be regarded, then, as a centre of pré¬
servation rather a centre of origin for a végétation of an extremely
ancient type (although now doubtless much modified), which in other
parts of thc world lias given way before more modem and more powerful
forms » (Thiselton-Dyer, Plant distr. as a ficld for geogr. research,
Proc. Roy. Geogr. Soc., 1878). « The extraordinary congestion in species
of the pcninsulas of the old world points to the long continued action
of the migration southwards » (Thiselton-Dyer, 1910).
Par ailleurs, la mise en place des Protéacées, dans l’Ancien Monde et
le Nouveau, n’a pu se faire, semble-t-il, qu’à la faveur de connexions
— ou de « sub-connexions » — terrestres, la probabilité d’un transport
à très grande distance, — même pour les Protéées à fruit couvert de soies,
ou pour les Grévilléoïdées à graine plus ou moins ailée, et a fortiori, poul¬
ies espèces à graines plus grosses, — paraissant assez faible, — et aussi
sans doute à la faveur d’un climat général plus chaud, ayant permis à
ces plantes de vivre dans les régions australes où auraient eu lieu ces
connexions. D'ailleurs, la présence de sous-familles distinctes en Afrique
et en Amérique du Sud plaide elle aussi pour une très faible probabilité
de transports à grande distance de ces plantes.
II est remarquable de constater que les Grévilléoïdées existent à la
fois en Amérique du Sud et en Asie orientale (et en Australie). Certains
genres (Oritea, Gevuiria, Oreocallis, Lomatia) sont connus simultanément
dans les régions australo-malaises et dans la partie occidentale de l’Amé¬
rique du Sud. Fait qui rappelle l’aire de certains autres groupes, tels que
les Lcucoihœ et les Gaultheria (Ericacées), qui existent également à la
fois en Amérique du Sud et en Asie orientale.
De telles répartitions apportent un élément important à l’hypolhese
de «connexions australes», pour lesquelles plaide également l’aire de
groupes tels que les Nothofagus (et de certains Insectes qui les accom¬
pagnent) (1) ou les Astelia. Ces connexions australes s’accordent
(1) On sait que divers faits concordants plaident pour expliquer la mise en place
discontinue, dans leur aire australe, des Nothofagus par des connexions terrestres. Indé¬
pendamment du faible pouvoir de dispersion de ces arbres, ilI yalleui de mentionner qu il
existe une llorc Hellénique très affine qui les accompagne (Skottsberg, Du Rietz) . les
Champignons <?u'genre Cytlaria, vivant uniquement sur les A otliofagus, existent des deux
Source : MNHN, Paris
21 I 1t. SC.lIXKI.l.
elles aussi avec l’idée d’un climal général plus chaud, telle qu’elle découle
de la carie des gisements des Unies tropicales fossiles, publiée par Im uon
(1918, p. (52 el 1958, p. 120), el de l'hypothèse de l’astrophysicien Orne.
Divers arguments, tirés de la répartition des llores et des faunes (Mar¬
supiaux) amènent à considérer comme très possible l’existence de telles
connexions australes qui pourraient se situer au Nummulitique, si ce
n'est même déjà au Crétacé.
Peut-être de nombreuses répartitions sont-elles à expliquer par de
telles migrations australes. Parmi les Insectes, la répartition de certains
Brentides (Coléoptères) existant seulement à Madagascar et en Amérique
tropicale, ou encore à Madagascar, en Indo-Malaisie et en Australie
mais font défaut en Afrique, suggérerait aussi une migration par le Sud
du Pacifique, sous un climat différent de l’actuel et à la faveur de con¬
nexions anciennes, dont les hauts-fonds marins actuels entre le continent
antarctique d'une part, l’Australie, l'Afrique et la Patagonie d'autre pari,
laissent entrevoir l’éventualité (1).
Si des migrations aux latitudes circumpolaires ont pu être envisagées
pour expliquer certaines répartitions (et notamment les affinités des
llores tempérées de l’Ancien et du Nouveau Monde à travers l'actuel
détroit de Behring, ou par la voie du continent nord-atlantique qui a
existé pendant une partie du Tertiaire) (2), elles ne paraissent pas, dans
l’étal actuel de nos connaissances, susceptibles d’expliquer les contacts
et la mise en place des grands ensembles floristiques tropicaux au cours
du Tertiaire.
Il importe cependant de souligner ici que l’idée, très souvent admise,
d’une continuité ou de connexions anciennes des dores tropicales au
niveau des Tropiques actuels, repose sur un postulat. Il n’est nullement
certain que ces contacts ou ces migrations se soient toujours effectués à
ces basses latitudes.
L’existence de llores tempérées et chaudes à des latitudes septentrio¬
nales au Crétacé et au Tertiaire inférieur (Arlocarpus au Groenland,
côtés de leur aire antarctique. II semblerait donc qu'il y ait eu, entre les diverses stations
actuelles des Nothofagus, dans les régions australes, des migrations anciennes de tout un
ensemble llorisliquc. La présence des Cijllaria, compte tenu de la très faible probabilité
de transport à grande disiance des spores de Champignons parasites, illustre le rôle capital
que peut jouer la phytopathologie dans l’interprétation des répartitions lloristiques
(1) Nous remercions vivement M. le Professeur U. A. M. Soarks, l’éminent spécialiste
des Brentides, qui a bien voulu nous fournir de précieux renseignements sur la répartition
de ce groupe, pour lequel il envisage l'éventualité de migrations par le Sud du Pacifique.
(2) Et aussi la présence de groupes tempérés en certains points du monde tropical
(Magnoliacécs en Asie du Sud-Est et en Amérique du Sud, Quereus dans le Sud-Est de l'Asie
et en Amérique centrale... etc.). Des migrations de Mammifères ont eu lieu au Tertiaire
(de l’Eocène au Pliocène) entre l'Amérique cl l’Asie, vraisemblablement par la région du
détroit de Behring (Simpson, llull. Ceo/. Sor. Amer., 1947, pp. 613-688) : cependant, comme
le remarque 1-T'hon (Paléogiographie, 1959, p. 81), l'existence de la mer ouralienne, séparant
l’Europe de l’Asie, ne permet pas d'expliquer toutes les migrations par la région de Beh¬
ring. La similitude profonde des faunes d’Europe et d'Amérique du Nord à l’Eocène,
indique que » les communications devaient être faciles au début de l’Eocène » (EunoN.
p. 84). Le continent Nord-atlantique a dit jouer un rôle important dans les migrations entre
i’Europc et l’Amérique du Nord a cette époque.
Source : MNHN, Paris
Palmiers...) permet de penser, comme le dit Morkt ( Paléonl. Vég., J9 13 ,
p. 183) qu'il » semble bien que les régions circumpolaires aient été au
Crétacé, le grand centre de développement pour les Angiospermes qui,
de là. auraient essaimé vers l’Amérique, l’Europe et l’Asie (Berry). »
On est en droit de penser que les affinités actuelles des llores tempérées
de l’Ancien et du Nouveau Monde résultent d’une continuité (ou de
migrations) qu’elles ont pu avoir, sous le climat plus chaud du Tertiaire
inférieur, aux latitudes boréales. Il est très vraisemblable que certains
groupes actuellement représentés en diverses régions du monde tropical,
mais ayant leur origine au niveau des llores tempérées, pourraient devoir
leur répartition actuelle à de semblables migrations circumboréales,
suivies d’une migration Nord-Sud ayant abouti à leurs aires tropicales
actuelles ; ce pourrait être le cas des Magnoliacées, qui existent, comme
nous le rappelions au début de ce travail, en Amérique tropicale et en
Asie tropicale, mais font défaut en Afrique. On peut se demander si de
telles migrations ne sont pas également à l’origine de la répartition de
certains groupes actuellement localisés de façon exclusive — ou quasi-
exclusive — dans les pays tropicaux ; c’est ainsi que le genre Arlocarpus
(actuellement indo-malais), le genre Dalbergia (actuellement répandu
dans les llores tropicales d’Asie, d’Afrique et d’Amérique), le genre
Ocotea, la famille pantropicale des Ménispermacées, sont représentés
dans la llore crétacée du Groenland. Certes, divers faits ont amené à
l’idée d’une descente vers le Sud des llores tropicales, jusqu’à leur aire
actuelle (1), mais nous ne sommes pas en droit de penser, dans l’état
actuel des faits connus, que les affinités souvent étroites que présentent
entre elles les diverses dores tropicales aient leur origine dans de telles
migrations parallèles vers le Sud à partir d’une aire arctique ; ces migra¬
tions vers le Sud sont réelles, mais nous ne pouvons conclure qu’elles
auraient eu, pour l’ensemble des llores tropicales, leur origine au niveau
des régions circumpolaires ; si ce mécanisme a pu intervenir pour cer¬
tains groupes anciens représentés dans les flores tropicales, il semblerait
par contre, que les contacts et migrations qui ont pu intervenir entre
celles-ci et expliquent leurs affinités actuelles, se situent, de façon générale,
à des latitudes plus basses que les connexions qui ont assuré les affinités
des flores tempérées. Si la présence des Magnoliacées, et peut-être d’assez
nombreux groupes (tels que les Dalbergia ), en divers points du monde
tropical peut s’expliquer par une telle origine commune circumboréale,
d’autres aflinités, bien plus nombreuses, seraient le résultat d'autres
connexions. Très probablement, des mécanismes divers ont pu intervenir,
suivant les groupes et les époques ; les voies de ces migrations et leurs
(1) Les llores tropicales éocènes des régions actuellement tempérées en témoignent.
Ht une telle migration vers le Sud s'accorde avec l’idée de llores australes refoulées (ou
maintenues) dans l'extrême Sud de l’Amérique et de l'Afrique (cf. ancienne llore xérique
de l’Afrique tertiaire, au sens de Christ). Oc même, les Araucaria du Sud de l’Amérique
pourraient s’expliquer comme des survivants d’un peuplement ancien plus étendu,
éliminés des régions septentrionales par la llore tropicale suivant un mécanisme qu'illustre
le dynamisme des forêts actuelles du Brésil méridional (voir plus haut, chapitre ix).
Source : MNHN, Paris
K. SC.HNELI.
216
modalités (connexions terrestres complètes, ou partielles, avec une série
de relais et de transports) ont vraisemblablement été assez variées. Si
la répartition des Mayacacées (Amérique du Sud et Afrique) et celle des
Symphoniei suggèrent une migration transatlantique, celle des Winté-
racées (Amérique, Asie orientale, Australie) et des Clelhra s’accorderaient
assez avec l’idée de migrations Nord-Sud à partir d'une aire ancienne
aux hautes latitudes. Malgré la présence «le groupes communs avec
l’Amérique tropicale et l’Afrique (comme les Protéacées), la profonde
individualité de la llore et de la faune australienne semble s’opposer à
l’idée de migrations d’ensemble des flores tropicales entre le Nouveau
Monde et l’Ancien à travers le Pacifique Sud (1).
Les affinités des flores tropicales d’Afrique et d’Indo-Malaisie pour¬
raient, dans le cadre de l’hypothèse d’un climat général plus chaud au
début du Tertiaire, s’imaginer par des migrations à travers des régions
d’Asie possédant alors un climat favorable sous des latitudes actuelle¬
ment tempérées. Pourtant l’existence d'une mer ouralienne séparant
l’Europe de l’Asie depuis le Crétacé supérieur jusqu’à l'Oligocène, paraî¬
trait exclure une telle migration des flores tropicales à l’époque (Eocène)
où elles se trouvaient aux latitudes septentrionales (flore du London
Clay, etc.). Des migrations de Mammifères sont connues entre l’Asie et
l’Afrique au Tertiaire supérieur ; il se pourrait <[ue des migrations végé¬
tales aient également eu lieu à la même époque ; il suffirait qu’il y ait eu,
dans les régions intermédiaires, un climat plus humide que l’actuel ;
l’individualisation tardive de la Mer Bouge aurait permis la continuité
terrestre nécessaire. La flore fossile du Kenya (Miocène ou Plio-Pléis-
Locène suivant les auteurs), étudiée par Banckoft (1932) a livré des restes
paraissant affines de groupes forestiers tropicaux actuels (Bombacées,
Symphonia, Urypeles, etc.) ; des bois fossiles du mont Elgon, rapportés
à la famille des Diptérocarpacées (Dipterocarpoxylon africanum), attes¬
tent des migrations asiatico-africaines. En Afrique nord-orientale, sont
connus, à l'Oligocène et au Miocène, les genres Gtilli/eroxylon, Legumi-
noxylon, Acacioxylon, Slerculioxylon, Ficoxylon, qui évoquent une flore
vraisemblablement tropicale. Rappelons aussi que c’est au Tertiaire
supérieur que J. F. Le ko y ( Journ. Agr. Trop., 1957, pp. 352-354) situe
la venue en Afrique orientale et australe d’une série de Celtis (Ulmacées)
(1) Bien que la présence «le Marsupiaux à la fois en Amérique «lu Sud et en Australie
puisse constituer, comme le souligne Furon (1958, p. 155), un argument pour l’hypothèse
«le connexions entre ces «leux territoires. Une telle liaison pourrait avoir été très ancienne,
elle n’implique pas forcément un contact direct, et «le telles aflinités peuvent n’étre qu’une
conséquence du refuge oll'crt par ces territoires austraux à des survivants de groupes très
anciens, autrefois largement répandus.
Par ailleurs, nous avons rappelé plus haut «piclqucs-uns des faits «|ui permettent d'en¬
visager l’idée de migrations de certains groupes par le Sud du Pacifique : genres «le Pro¬
téacées et d’Kricacées communs à l’Amérique du Sud et à l'Asie orientale. L’étuile des
Vanilla effectuée par B. Portkkks ( Hou. Int. Ilot. Appt., 1951, pp. 290-29-1) a montré que
les espèces américaines sont bien plus proches «les asiatiques <|uc des africaines, ce qui
suggérerait l’idée «le migrations transpacillques.'-'Bien des faits, dans la paléogéographie au
Pacifique, atlcnilcnt encore une explication.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGEOGRAPHIQUES 217
issue (lu Sud-Est asiatique, d'où elle aurait, par ailleurs, également
essaimé vers la Nouvelle-Guinée.
Le problème des relations anciennes des flores tropicales de l’Afrique
et de l’Amérique reste, lui aussi, dans le domaine des hypothèses. La
théorie de Wegener ne paraissant pas devoir être retenue (1), ce n’est
guere que. par un pont intercontinental (ou plusieurs), continu ou sub¬
continu, que de tels contacts floristiques pourraient hypothétiquement
être expliqués. Les faits actuellement connus ne permettent aucune
conclusion certaine. Les profondes similitudes des flores d’Afrique et
d Amérique du Sud plaident pour des connexions terrestres africano-
américaines, sans cependant permettre de les dater ni d’en préciser les
modalités. La présence en Amérique, à l’Oligocène, de Singes et de Ron¬
geurs hystrichomorphes rappelant les porc-épics africains avait fait
imaginer un pont africano-américain ; mais les singes américains sont sans
affinités avec ceux d’Afrique, et Wood (1950) a conclu à l’apparition des
Rongeurs hystrichomorphes d’Amérique par une évolution parallèle
a celle des porc-épics africains, sans qu’il y ait lieu d’invoquer une con¬
nexion terrestre ayant permis une migration transatlantique. Par
contre, comme l’a montré Jodot, les Pseudoceralodes (Mollusques d’eau
douce) du Nummulitique africain, affines des Ceratodes américains, dont
ils pourraient être les ancêtres, paraissent, témoigner d’une connexion
africano-américaine (ou tout au moins d’une subconnexion, par une
chaîne d’iles).
Enfin, des sables considérés comme continentaux ont été dragués
dans l’AtlanLique, sur le seuil de Walfish. «Toutes ces observations lais¬
sent à penser que l’histoire de l’Atlantique est encore plus compliquée
qu’on ne l’imaginait» (R. Furon, 1959, p. 242).
L. — LES HYPOTHÈSES POSSIBLES CONCERNANT
L’HISTOIRE DES FLORES TROPICALES AFRICAINES
AU COURS DU TERTIAIRE
Les faits rappelés plus haut amènent à considérer comme probables,
au Tertiaire, en Afrique :
— une extension considérable d’une flore xérique ancienne, dont l’aire
aurait été ensuite réduite à l’Afrique australe et aux montagnes ;
— une extension de la forêt tropicale humide, expliquant les liaisons
floristiques avec les flores humides de Madagascar et d’Asie méridionale.
Ces deux faits hypothétiques, qui, dans l’état de nos connaissances,
paraissent les plus aptes à rendre compte des structures actuelles, ont
(1) Bien que certains faits récemment établis aient paru lui redonner un regain
d'actualité.
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. XI. 14
Source : MNHN, Paris
218
!. SC.HNKI.!.
été à la base de schémas synthétiques de l'histoire des llores proposés
par divers auteurs.
Tli. Monod (1917, p. 27b eL 1957, p. 22) suppose, à titre de < base de
discussion », les phases suivantes :
1) Peuplement de l'Afrique «par la Rand/lora plus ou moins xéro-
phile, qui ne semble pas avoir atteint l’Amérique » ;
2) « Régression de celle flore, réfugiée sur des montagnes et dans les
déserts ou semi-déserts, remplacés ailleurs (et probablement sur une
bande équatoriale complète) par une llore hygrophile, forestière, de carac¬
tère à la fois américain et oriental (paléo-asiatique). On peut se demander
si ces influences ont été simultanées ou successives » ;
3) « Régression de la foret, limitée désormais à la face Ouest du
continent : l'Afrique orientale est ouverte à nouveau aux immigrations
de xérophytes, méditerranéens pour une faible part, surtout orientaux
(néo-asiatiques). »
Une évolution très semblable des flores africaines est envisagée par
Aubrévillic (1919, pp. ()7-(39), qui admet que l’Equateur, avec sa cein¬
ture de flore forestière équatoriale, se trouvait - en accord avec la
théorie de Wf.gknkk — « à hauteur de l’actuelle Mer Méditerranée ».
Le déplacement de l'Equateur vers le Sud, au cours du Tertiaire, lit
descendre vers l’Afrique la llore forestière équatoriale, refoulant en Afri¬
que du Sud la llore paléo-panafricaine xérique. Celte llore sèche « cepen¬
dant n’a pas totalement disparu : des stations refuges, surtout en
montagne, des secteurs moins pluvieux vers l’Est, des discontinuités
peut-être dans la barrière de la forêt humide, lui ont permis de survivre
partiellement. Après de nouvelles avances vers le Sud de la bande équa¬
toriale, le climat étant redevenu plus sec, les espèces rescapées ont pu se
propager dans leurs anciens territoires, en concurrence avec la flore
septentrionale sèche... »(1).
Ainsi s'impose la notion de « bastions » relictuels, où des enclaves
floristiques xériques ont pu localement se maintenir malgré l’envahis¬
sement du territoire par la llore forestière humide. De tels « bastions »
de llore xérique paraissent également avoir survécu dans les régions
forestières de l'Amérique du Sud.
Pour hypothétiques qu’elles soient, ces vues paraissent, dans l'état
actuel de nos connaissances, te mieux rendre compte des structures
floristiques actuelles. Elles s’accordent également avec la présence, en
Afrique équatoriale, au Nummulitique, de grès paraissant traduire un
climat aride, incompatible avec un régime forestier humide.
Parmi les représentants de cette flore sèche ancienne de l’Afrique
tertiaire paraissent devoir figurer les Bruyères, dont (’.hkvai.iek avait
déjà souligné l’intérêt biogéographique et reconstitué hypothétiquement
l’histoire. La répartition discontinue actuelle de ce groupe évoque bien
l’idée d’aires relictuelles : BUcrin en Afrique du Sud, et sur les montagnes
d’Afrique orientale et d’Afrique occidentale (monts Nimba), Eric a
(1) Aubkévii.u:. l , alêoliisloire des /orèls de l'Afrique Irnpieule, p. 70.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGUAS
graphique;
219
elc.), qui
i ces plantes
arb°ren sur les montagnes d’Afrique orientale, au Tibesti (Bruneau
de -VIihk, 19;>8) cl dans le bassin méditerranéen. Le port éminemment
xeromorphe de ces plantes ne s’accorde nullement avec le climal souvent
humide de certaines de leurs stations actuelles (monts Nimba, t
s interpréteraient plutôt comme des refuges édaphiques <
ont pu survivre sans en être éliminées par la forêt.
Mentionnons également le cas de Scnecio cli/fordianus, Composée
xeromorphe d’Afrique orientale, qui a été retrouvée récemment dans
les montagnes de Hombori (Soudan occidental), par P. Jaeger.
Comme nous l’avons souligné plus haut, l’existence d’une dore paléo-
panafricaine xérique au Tertiaire ne parait pas, cependant, impliquer la
nécessité d’un déplacement de l’Equateur. Le régime des venls pourrait,
dans le cadre de l’hypothèse d’un climat ancien plus chaud, expliquer
un tel régime xérolhermique. Ou encore, également dans cette hypothèse
<1 un climal général plus chaud, l’absence de forêt en Afrique pourrait
s expliquer par les hautes températures, défavorables à une llore fores¬
tière humide. Cette dernière hypothèse a particulièrement été formulée
par H. I’uhon (1958, p. 98) : « II paraît donc bien certain qu’il y eut des
moments du Tertiaire et du Quaternaire où la température des régions
intertropicales fut trop élevée pour favoriser l’extension de la forêt
équatoriale ».
Ces hautes températures peuvent avoir exercé leur action inhibitrice
sur la végétation foreslière soit par leur valeur absolue, dépassant l’op¬
timum thermique, soit plutôt par l’abaissement du rapport * uv _ j os '^’
Température
dont les indices climatiques, tels que celui de De Martonne, montrent
I importance. Une pluviosité de 700 mm par an, qui, sous les latitudes
tempérées, permet une végétation forestière, n’est compatible, sous les
I ropiques, qu’avec une végétation xérique, surtout si intervient une
saison sèche marquée.
D. LES HYPOTHÈSES POSSIBLES CONCERNANT
L’HISTOIRE DES FLORES TROPICALES D’AMÉRIQUE
TROPICALE AU COURS DU TERTIAIRE
1) Les flores sèches
L’idée d’une llore xérique ancienne, qui serait à l’origine de la flore
actuelle des cerrados (savanes arborées) et des cerradôes (formations
arborescentes basses) est, comme nous le rappelions plus haut, suggérée
par l'analogie profonde que présentent les dores des cerrados actuellement
séparés les uns des autres par de vasles étendues de forêt humide ou de
caalinga. Cette interprétation hypothétique est d’ailleurs adoptée par
plusieurs botanistes brésiliens.
Source : MNHN, Paris
En faveur de celle ancienneté de la dore des cerrados et cerradôes,
plaide aussi le fait que cette flore possède des structures xéromorphes
souvent très accentuées. Les arbres ont, dans une large proportion, une
couche subéreuse très épaisse, souvent crevassée. Citons, parmi les cas
les plus représentatifs : Erythroxylum suberosum , Connarus suberosus,
Sweetiu elegans, Qualea grandiflora, Aspidosperma sp., etc. Souvent
l’épaisseur de ce liège est si grande que les branches de ces arbres, malgré
leur grande épaisseur extérieure, présentent une fragilité inattendue.
Les feuilles sont coriaces, souvent épaisses. Comme l’ont montré les
beaux travaux de Rawitschek et de ses collaborateurs, beaucoup de
ces plantes des cerrados ont un appareil souterrain très développé, s’en¬
fonçant parfois à 18 mètres de profondeur, même chez des plantes peu
élevées (telles i\a'Andira humilis, qui n’atteint que 30 cm de hauteur).
Bon nombre de plantes de petite taille ont une souche ligneuse énorme et
très épaisse ; le mémoire de M lle Mercedes Rac.hid sur les cerrados
d’Emas (Etat de Sao Paulo) en cite des exemples particulièrement
typiques : Craniolaria inlegrifolia , Dorstenia opifera, Gomphrena pros-
Irala, Cochlospermum insigne, Palicourea rigida, etc. Le fait est particu¬
lièrement remarquable pour des plantes comme Dorstenia opifera, qui
appartient à un genre présentant également des espèces herbacées hygro-
philes vivant en forêt équatoriale (telles que D. preussii de la forêt dense
africaine). L’abondance et le degré d’individualisation de ces structures
adaptatives suggère qu’il s’agit d’une dore xéromorphe différenciée depuis
des temps anciens.
Sur un plan plus général, il est remarquable de constater que la flore
d’Amérique tropicale présente, dans son ensemble, une grande richesse
d’espèces à structure xéromorphe, non seulement dans les cerrados, mais
également dans d’autres types de végétation. Citons, par exemple, parmi
les Mélastomacées (1) : Chætostoma glaziovii Cogn., C. riedelianum Cogn.,
qui ont un port plus ou moins éricoïde, Microlicia viminalis Triana, qui
possède des feuilles étroites et raides, divers autres Microlicia. Parmi
les Composées, mentionnons Leucopholis phylicoides Gardn., Lychnophora
rosmarinifolia Mart., L. uniflora Sch. Bip., Agrianthus campestris Mari.,
A. empetrifolius Mart. (à feuilles subécailleuses), Brickellia pinifolia,
divers Heterothalamus, Baccharis genistelloides Pcrs., B. articulala Pers.,
B. aphylla D. C., Chionolæna lychnophorioides Sch. Bip., etc.
Certaines de ces plantes xéromorphes se retrouvent vers 2 000-
2 200 mètres sur les sommets rocheux des serras côtières, pourtant sou¬
mises à un climat général très humide ; c’est le cas de Leucopholis phy¬
licoides. Baccharis genistelloides, abondant sur ces sommets, vit aussi
bien dans les Andes que dans diverses formations herbacées des serras
côtières et de régions variées.
Mentionnons enfin, parmi les plantes à port xéromorphe, Thesium
aphyllum Mart., si semblable par sa morphologie à T. lenuissimiim Hook.
(1) Il est à souligner qu’en Afrique, la famille des Mélastomacées ne comporte pas de
types xéromorphes aussi accentués.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
221
f. d’Afrique tropicale (où il vit sur les sommets occidentaux), et Ephedra
bogotensis.
Des échanges floristiques entre les divers îlots de flore sèche de
l’Amérique tropicale ont incontestablement eu lieu. Cabrera (1953,
p. 11) souligne que «la flore des régions arides du Nord du Mexique est
étroitement apparentée à celle des régions arides du Nord-Ouest et du
Centre de l’Argentine. Il existe un grand nombre d’espèces qui leur sont
communes ou qui présentent entre elles des similitudes, comme le Larrea
tridenlala et le Larrea divaricala, par exemple, « qui prouvent des rela¬
tions anciennes entre les deux régions ».
De tels échanges floristiques, tant entre les flores sèches du Mexique
et de l'Argentine qu’entre celles des divers cerrados brésiliens peuvent,
évidemment, être, a priori, envisagés soit par la voie de transports à
plus ou moins grande distance entre les aires actuelles, soit par une
extension ancienne des ces flores sèches sous un climat différent, suivie
d’un morcellement lors du retour d’un régime plus humide. La répartition
d’espèces à faible pouvoir de dispersion, telles qu ’Andira humilis (1),
plaide évidemment plutôt pour la seconde interprétation. Inversement,
l’extension d’autres espèces xéromorphes à diaspores facilement trans¬
portables (Composées, par exemple) peut s’interpréter, au moins dans de
nombreux cas, par des transports à plus ou moins grande distance. Il
est probable, a priori, que les deux mécanismes ont pu, suivant les
espèces et les circonstances, intervenir conjointement.
Enfin, un argument d’ordre pédo-écologique vient à son tour plaider
en faveur de l’hypothèse d’un régime xérothermique ancien réalisé sur
l’emplacement actuel de la forêt équatoriale : les cuirasses ferrugineuses
fossiles des plateaux d’Amazonie pourraient être un témoin d’une telle
phase xérique antérieure à l’installation de la sylve équatoriale.
Par ailleurs, les différences floristiques (genres caractéristiques dif¬
férents, importance des Cactacées et des Broméliacées dans la caatinga)
qui séparent les cerrados des caatingas et des formations homologues,
— de même que les structures différentes de leurs arbres, suggèrent
l’existence de deux flores xériques distinctes, qui auraient sans doute
évolué séparément, — bien que certains genres (tels qu’ Aspidosperma)
puissent évidemment être représentés à la fois dans l’un et 1 autre de ces
ensembles floristiques.
2) La flore forestière humide
La richesse de la forêt amazonienne plaide pour son ancienneté. Un
argument identique est fourni par la haute différenciation adaptative
de sa flore, extrêmement riche, notamment, en lianes. «L’Amazonie
(1) And ira humilis existe à la fois dans les cerrados du Brésil méridional (jusqu'au
Parana)et < dans*ceux duNord-Est (région de Joào Pessoa). Ses graines relat.vement lourdes
ne paraissent pas capables d’une dispersion à grande distance.
Source : MNHN, Paris
dépasse toutes les autres régions tropicales du monde en ce qui concerne
le nombre d’espèces végétales grimpantes » (Duc.ki; et Black, 1954, p. 55).
La différenciation systématique de sa flore plaide dans le même sens.
Pourtant il esL admis que la forêt du bassin amazonien est récente
sur son emplacement actuel, où s’étendent des dépôts tertiaires (souvent
relevés à des altitudes de 75 à 200-300 mètres), quaternaires et récents.
Des sédiments attribués au Miocène ont été reconnus en basse Amazonie.
Par contre ce bassin amazonien est encadré au Nord et au Sud par
des massifs tabulaires anciens, qui ont pu, au cours de leur longue
histoire, jouer un rôle dans l’évolution des flores.
Si la forêt dense est relativement récente dans le bassin même de
l’Amazone, le problème se pose de l'emplacement où elle a pu subsister
auparavant, et également des « bastions » où elle a pu se réfugier si, lors
de phases xérothermiques, de vastes étendues de l’Amérique du Sud
ont pu être occupées par les flores sèches.
3) Les faits i*ai.éobotaniques
La composition des llores carbonifères (avec des genres tels que
Glossoptcris, dont des spécimens du Sud du Brésil ont été rapportés à
G. indien Schimper) indique des connexions avec l’Ancien Monde. Les
répartitions réalisées au Crétacé supérieur (présence de Titanosaures
communs à l’Amérique du Sud, à l’Inde et à Madagascar) impliquent,
comme le souligne Fuhon (1958, p. 153), «des relations continentales
antérieures ». La flore nummulilique de l’Amérique du Sud, affine de
celle de l’île Seymour et des Kerguelen (flore à Nolho/agus et Araucaria)
évoque des connexions antarctiques (Fuhon, 1954, p. 18 et 1958, p. 154).
La question des connexions terrestres entre l’Amérique du Sud et
l’Afrique au cours du Tertiaire a subi des vicissitudes variées. Le pont
intercontinental dit «pont des porcs-épics», admis jusqu’en 1950 pour
expliquer la présence en Amérique du Sud de Rongeurs hyslrichomorphcs
apparentés à ceux d’Afrique, n’est plus accepté depuis que. Wood a
montré leur origine par une évolution parallèle à partir d’ancêtres
communs. Les connexions africano-américaines à l'Oligocène « restent
possibles, non prouvées» (R. I’uron, 1954, p. 18).
Toutes les flores fossiles de l’Amérique du Sud n’ont pas encore été
étudiées. Il est cependant possible, dès maintenant, de meLtre en évidence
quelques points importants. E. Dolianiti a publié en 1948, une pré¬
cieuse synthèse des connaissances acquises dans le domaine de la paléo¬
botanique brésilienne. Depuis lors d’autres travaux ont été publiés,
notamment par Dolianiti, Lélia Duakte, K. Beurlen et F. W. Som¬
mer. C’est d’après ces mémoires, principalement, que nous rappellerons
ici les grands traits des faits connus.
Dès le Crétacé supérieur, quelques formes connues annoncent déjà
les groupes actuels : Coccolobiles (?) riograndensis Maury et Legumi-
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES 223
nosites virili Maury (tous deux récoltés clans l’Etat de Rio Grande do
Xortc), Lecythioxglon brasiliensis Milanez (Etat de Piaui).
Celtis sanlosi Magalhæs, du bassin calcaire de Itaborai (Etat de Rio
de Janeiro) est rapporté au Paléocène ; ses fruits ont fait l’objet d’une
étude minutieuse de Beurlen et Sommer (1954). L’ancienneté de ce
genre au Brésil est peut-être à rapprocher du nombre relativement
élevé d’espèces qu’il présente dans ce pays (16 espèces brésiliennes,
sur 18 espèces en Amérique tropicale, contre 7 dans l’Ouest africain. (1)(2).
Le genre Annona a été identifié dans l’Eocène du Pérou (A. peruviana)
et l'Oligocène d’Argentine (A. coronelensis). Une Mélastomacée (Mela-
slomiles mironioidcs) est connue de Panama (Oligocène-Miocène).
La llore pliocène est connue d'après les gisements des Etats de
Bahia, Minas Gérais et Acre, où de nombreux spécimens ont été identi¬
fiés. 11 s’agit d’une flore typiquement tropicale ; nous en citerons, d’après
les travaux mentionnés plus haut, un certain nombre d’espèces caracté¬
ristiques :
Musacées : lleliconia bahiana Berry ;
Moracées : Ficus sp. ;
Annonacées : Annona lamegoi Duarte, A. carnavalii Duartc, A. oli-
veirx Duarte, Oxandra emygdiana Duarte ;
Rosacées : Chrysobalanus preicaco Hollick et Berry, C. precuspidatus
Hollick et Berry ;
Légumineuses : Cæsalpinia echinata/ormis Berry, Cassia sp., Dal-
bergia ellingshauscni Hollick et Berry, Machærium acreanum Maury ;
Lécythidacées : Couroupita ouata Hollick et Berry ;
Combrélacées : Combrclum fonsecanensis Berry, Terminalia maxima
Berry ;
Myrtacées : Myrcia rosirata/ormis Hollick et Berry, Psidium cunea-
tifotium Hollick et Berry ;
Mélastomacées : Miconia etlingshauseni Hollick et Berry, M. præal-
bicans Hollick et Berry, Tibouchina dolianitii Duarte, T. santosi Duarte ;
(1) La présence de fruits de Nipa dans le Paléocène de Pernambuco a posé un pro¬
blème intéressant de paléophytogéographie. Le genre Nipa, actuellement localise dans la
région indo-malaise, est connu au Tertiaire en Europe, Egypte, Afrique occidentale,
Amérique du Nord et au Brésil. L’état des fruits de Nipa récoltés dans 1 Eocène du Brésil,
souvent dépourvus d’épicarpe, étaic l’idée, envisagée par Dolianiti, d une origine étran¬
gère de ces fruits, qui auraient été apportés au Brésil par des courants marins (E. Dolia-
niti, I-r ut os de Nipa no Paleoceno de Pernambuco, Brasil, Minist. Agnc. Div. Geol.
e Minerai., Boletim 158, 1955.). . , „ m
La dispersion des fruits de Nipa par les courants est un fait connu, et RiDLEY(pp 326-
327) a donné un aperçu d’ensemble de la question : * The fruits drift about ta the current
till they are thrown up in the mouth of a tidal river or on a muddy bank, where they
can grow... The distribution of the plant is, however, mainly due to sea : transport of the
fruits, and seems to dépend on the présence of large tidal rivers brmgmg down plenty
of mud. . Les fruits fossiles de Nipa de l'Amérique du Nord semblent avoir été apportés
d ^Kn'cequi roncenîe les Cellis, rappelons ici les intéressants résultats de J F. Leroy
(C. K. Ac. Sc., 1919, p. 1308 et Journ. Agr. Trop., 1957, pp. 3o2-354) montrant 1 existence
d’une série issue du Sud-Est asiatique d’où elle se serait étendue vers 1 Afrique orientale
et australe, et vers la Nouvelle-Guinée.
Source : MNHN, Paris
Bombacées : Bombax aramaryensis Hollick el Berry ;
Ternslrœmiacées : Kielmeyera lerliaria Hollick et Berry ;
Anacardiacées : Anacardites braziliensis Hollick el Berry, Spondias
mirifica Hollick et Berry ;
Aquifoliacées : Ilex bahiana Hollick et Berry ;
Célastracées : May tenus dasycladoides Hollick et Berry ;
Sapindacées : Dodonæa vcra Hollick et Berry, Sapindus præsaponaria
Hollick et Berry ;
Styracacées : Styrax præferrugineum Hollick et Berry ;
Malpighiacées : Banisteria oblongifolia Hollick et Berry;
Méliacées : Cedrela campbelli Berry ;
Rutacées : Fagara formosa Hollick el Berry ;
Vochysiacées : Vochysia acuminata/otia Hollick et Berry ;
Sapotacées : Bnmelia cuneatoides 1 lollick et Berry ;
Bignoniacées : Jacaranda lerliaria Berry ;
Apocynées : Plumiera rubraformis Hollick el Berry ; elc...
Dès le Pliocène, la flore est donc semblable à la flore actuelle ; de
nombreux genres actuels existent déjà ; plusieurs taxa endémiques sont
représentés (Vochysia, Kielmeyera). Les genres pliocènes se rattachent
à des lignées qui ont participé les unes à la constitution des flores fores¬
tières ( Cæsalpinia, Couroupita, Miconia, Cedrela, Fagara, Hetieonia, etc.),
les autres à la constitution de la flore sèche des eerrados (Kielmeyera ,
Plumiera, etc.).
Plus au Sud, en Argentine méridionale, le gisement du Rio Pichileufu,
étudié par Berry (1938) a révélé une flore moins chaude : Ginkgo, Libo-
cedrus, Podocarpus, Araucaria, Cassia, Ficus, etc.
E. — LE PROBLÈME DES VARIATIONS CLIMATIQUES
ET PHYTOGÉOGRAPHIQUES DEPUIS LE TERTIAIRE
1) Les variations climatiques en Afrique tropicale
De nombreux faits attestent la réalité de variations climatiques au
cours du Quaternaire : faune subfossile et vestiges préhistoriques du
Sahara, présence de graines de Cellis dans le Quaternaire ancien de la
Mauritanie, stations relictes d’espèces végétales en dehors de leur aire
climatique actuelle (Erythrophleum guineense au Nord du massif gréseux
de Kita, au Soudan (1) ; Tarrietia utilis dans une forêt marécageuse de
basse Guinée (2), etc., et inversement, présence de lambeaux de cuirasse
ferrugineuse fossile en certains points de la forêt dense humide ouest-
(1) D’après les observations de Jaeoer <!».).
(2) Soin eli. (R.). C. H. Soc. Uiogéogr., 1952, 248, p. 14 et Métn. Inst. Fr. A/r. Noire,
18, 1952, p. 104.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGHAPHIQUES
africaine. De telles cuirasses ne paraissent pas se former actuellement
sous la forêt tropicale humide ouest-africaine (1). Scaëtta considérait
ces lambeaux de cuirasse sous la forêt humide comme des témoins d'un
climat ancien plus sec.
A propos des cuirasses ferrugineuses, il y a lieu de souligner qu’il en
existe manifestement d’âge très différent : des cuirasses formant des
niveaux d’altitudes différentes, telles que celles qui ont été observées au
Nimba (où elles constituent des niveaux subhorizontaux aux altitudes 500,
850, 1 200, 1 600 m) (2), semblent bien correspondre à des niveaux d'éro¬
sion successifs, conservés, fossilisés en quelque sorte, grâce à des condi¬
tions climatiques et pédologiques ayant permis chaque fois le durcisse¬
ment de leur surface en cuirasse. Préciser l’âge de ces divers niveaux à
cuirasse (dont les plus élevés sont peut-être extrêmement anciens) reste
encore du domaine des hypothèses spéculatives. Le niveau le plus bas
(vallées majeures de la région du Niger, vallées majeures et plateaux
de piedmont du Nimba) a pu cependant être supposé, hypothétiquement,
correspondre à une période xérothermiquc du Quaternaire (3).
C’est en Afrique orientale qu’une reconstitution des phases clima¬
tiques du Quaternaire, en synchronisme avec les industries préhistoriques,
a été pour la première fois établie, à la suite des travaux poursuivis au
Kenya, à partir de 1926, par Leakey et ses collaborateurs. Depuis lors
des phases climatiques comparables ont été retrouvées en d’autres points
d’Afrique tropicale. En Afrique centrale et australe, la chronologie
paraît en être la suivante, d’après Mortelmans (1947) :
Période pluviale (Kiesegien) correspondant à des industries préhis¬
toriques très anciennes (Préchelléen) ;
Période aride ;
Période pluviale (Kamasien), correspondant à l’Acheuléen ;
Période semi-aride, avec mouvements tectoniques ;
Période pluviale ( Gamblien) ;
Période semi-aride ;
Période humide, correspondant au Néolithique ;
Période récente, qui paraîtrait témoigner, du moins dans certaines
régions (Katanga) d’une tendance au dessèchement.
Dans l’Ouest africain, Urvoy (1935, 1942) a tenté la reconstitution
suivante :
Première période humide : creusement des grandes vallées quater¬
naires ;
Première période sèche : durcissement des cuirasses ;
Deuxième période humide : creusement des vallées actuelles dans le
fond cuirassé des vallées majeures ;
(1) Voir la carte des zones de cuirassement actuel dans l’Ouest africain publiée par
(2) Leclerc/ I.amotte et Richard-Molard, C. H. Ac. Sc., 1949, pp. 1510-1512.
(3) Plus récemment un âge pliocène a été attribué à la surface qui, dans 1 ouest afri¬
cain. se localise A 200-500 mètres (cf. Rougerik, Le niveau des 200 m et les niveaux récents
Source : MNHN, Paris
Deuxième période sèche, avec invasion (lunaire ;
Troisième période humide, avec phase nouvelle de creusement des
vallées mineures ;
Epoque actuelle, plus sèche.
Divers auteurs, se basant notamment sur l’extension ancienne plus
grande des glaciers africains lors des époques pluviales (E. Nilsson,
1940), ont cru pouvoir synchroniser celles-ci avec les périodes glaciaires
d’Europe.
Une synchronisation a été admise hypothétiquement par plusieurs
auteurs entre les phases climatiques du Quaternaire d’Afrique orientale
et celles reconstituées en d’autres régions. Certes, il existe de profondes
homologies entre les successions climatiques qui paraissent avoir affecté
le Quaternaire des diverses régions d’Afrique, mais il y a lieu de souligner
que de telles homologations entre périodes reconnues en ces différentes
régions, n'étant pas étayées par des similitudes de documents fossiles
(faunes, flores, industries préhistoriques) ou autres, revêtent forcément
un caractère hypothétique et reposent implicitement sur le postulat de
causes climatiques générales ayant agi sur l’ensemble de P Afrique. Le
principe de ces homologations a d’ailleurs été, à juste titre, attaqué par
certains auteurs ; il n’en reste pas moins vrai que l’idée d’une synchro¬
nisation des phases climatiques du Quaternaire africain peut, à titre
provisoire et en attendant une éventuelle confirmation ultérieure, sub¬
sister à litre d’hypothèse de travail ; elle ne doit par contre, nullement
être adoptée comme postulat.
Si de telles alternances de périodes pluviales et de périodes xérother-
miques ont affecté l’Afrique au cours du Quaternaire, on peut à juste litre,
supposer que la bande de forêt tropicale humide, installée sur son empla¬
cement au cours du Tertiaire, a subi alors une série de pulsations, s’élar¬
gissant et se contractant alternativement.
Lors de ses extensions au cours des phases humides a très vraisem¬
blablement eu lieu une continuité enlre ses deux massifs, ouest-africain
et gabonais-congolais, actuellement séparés par un hiatus de savanes
correspondant à la destruction de forêts moins humides (dont il subsiste
des vestiges, décrits par Aubuévillic (1), dans le Sud du Dahomey et du
Togo) : ainsi s’expliquent les profondes identités qui existent entre ces
ensembles forestiers, non seulement sur le plan générique, mais aussi
sur le plan spécifique ce qui traduit des contacts récents. Nombreuses
sont les espèces répandues à la fois dans les forets humides de l’Ouest
africain et de l’Afrique équatoriale. C’est sans doute à celte extension
en latitude des flores humides que sont dues bon nombre de stations
résiduelles d’espèces hygrophiles, subsistant, grâce à des conditions
locales (édaphiques ou autres), dans des régions dont le climat général
ne permettrait pas actuellement leur existence. Tel serait le cas, déjà
(1) Aubbéviu-k. Les forêts du Dahomey el du Togo (liull. Comité El. Ilist. et Sc.
île t'A.O.F., XX, 1937, u« 1-2).
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PH YTOtiÉOG lî A PH I QU ES 227
cité plus haut, des quelques exemplaires de Tarrietia utilis (Sterculia-
cée), espèce hydrophile ( 1 ), que nous avons rencontrés dans une forêt
marécageuse de basse Guinée, région où prédominent les savanes, ainsi
que de la station d'Erylhrophleum quineense découverte par .Jaeger
en pleine zone soudanienne, au Nord du massif de Kita. De même les
graines de Celtia du Quaternaire ancien de Mauritanie dateraient d’une
telle extension vers le Nord des flores forestières.
Inversement, lors des phases sèches, la forêt dense humide a dû
occuper une aire plus restreinte que son aire actuelle. Peut-être 1 inden¬
tation vers le Sud de la lisière forestière que constitue le V baoulé a-t-elle
pu atteindre la cèle du Golfe de Guinée ; le massif forestier ouest-africain
aurait alors été fragmente en deux massifs plus réduits. Peut-être, lors
de certaines phases particulièrement sèches, notamment entre le Kiese-
gien et le Kamasien, la forêt dense ouest-africaine s’est-elle trouvée
réduite à des refuges peu étendus, voire édaphiques.
L'aire actuelle réduite de certaines espèces forestières, — qui n’oc-
cupent pas la totalité de leur aire écologiquement possible dans le domaine
forestier, — s'explique peut-être par le fait qu'elles sont en extension,
depuis la dernière phase sèche, et n’ont pas encore pu se répandre à tra¬
vers le domaine forestier. Ainsi pourraient hypothétiquement s’expliquer,
comme nous le mentionnons plus haut, la présence de Chidlowia sanguinea
Hoyle (Césalpiniée) uniquement dans l’Ouest, c’est-à-dire sensiblement a
l’Ouest du Sassandra, ou encore l’absence de Lophira alala Banks (L.
procera Chev., Ochnacée) dans l’hinterland de Tabou (2).
2) Les variations climatiques en Amérique i
a) Historique.
C’est peut-être à la diversité des faits qu’entraînent à la fois l'im¬
mensité de l’Amérique du Sud et la longue durée des temps, qu est due
l’apparente contradiction des interprétations relatives aux phases cli¬
matiques anciennes. Comme l’a rappelé Denis (1927, p. ), “ eidel
a démontré de la façon la plus claire que le relief des Andes, loin de nous
révéler des modifications récentes du climat, démontre au contraire que
la distribution des provinces climatiques n’a pas subi depuis le Tertiaire
supérieur, de modifications sensibles. Dans les Andes du Nord-Ouest
argentin, le régime désertique paraît établi depuis le Crétacé et peut-etre
<leP J)'an!f l^Nord-Est du Brésil, Bhanneb (1911). se basant sur l'impor¬
tance des dépôts fluviatiles, - où, actuellement, seuls les plus grands
-, »ct l’une des caractéristiques essentielles des forêts ombro-
sâisteaa de bas» Ou
“ (SVo'Sp'tohtuP.rtl. V), U discussion ,1. ce». Question.
Source : MNHN, Paris
228
SCHKI'.L
fleuves (comme le Sâo Francisco) peuvent maintenir leur lit, imagine
l’éventualité d’une diminution de l’humidité dans ces régions.
On a également tiré argument de la présence de grands Mammifères
du groupe des Mégathérium dans le Nord-Est du Brésil, où le climat et
la végétation sont plus ou moins arides, pour supposer l’existence ancienne
d’un climat plus humide ayant permis une végétation abondante capable
de les nourrir.
Enfin, comme le souligne ('.. de Paui.a Court) ( Kritcrion , Belo Hori-
zonte, 1958, p. 116), des arguments paléontologiques plaident pour un
climat froid et humide à certaines époques du Pléistocène. En effet, dans
les cavernes des Etats de Minas Gérais et de Bahia, on trouve les restes
d’animaux (Lama, Arelolherium) affines d’espèces vivant actuellement
dans des climats plus froids (Andes, Patagonie).
D’autres séries de fait ont permis à Cajlleux et Tricart (1957)
de supposer « une certaine fixité des zones climatiques » dans le Nord-
Est du Brésil : limites biogéographiques bien tranchées entre forêt,
savane et brousse à épineux ; différences profondes des sols : argiles
épaisses sous les forêts, sols sableux minces sous les forêts claires, sols
très réduits sous les brousses épineuses. L’existence d’espèces endémiques
dans la caatinga leur suggère de plus l’idée d’une longue évolution sur
place. Enfin, les auteurs notent, à l’appui de leur opinion, l’absence de
sables éoliens, de galets éolisés et de traces de climat aride.
Par contre, plus au Sud, les mêmes auteurs pensent pouvoir conclure
à l’existence de «traces de périodes plus sèches que l’actuelle» : glacis
d’érosion, rides de sables paraissant édifiées par le vent.
Plus au Sud encore, dans la région de Rio de Janeiro et Sào Paulo,
il y aurait eu, d’après les mêmes auteurs, des oscillations paléoclimatiques
nettes, qui expliqueraient l’existence de niveaux superposés jusqu’alors
considérés comme des terrasses eustatiques (J. Dias de Silveira, 1952).
b) Les cuirasses ferrugineuses.
Bien que le mécanisme de leur formation soit encore, — malgré
diverses hypothèses, — pratiquement inconnu, les cuirasses ferrugineuses
sont généralement considérées comme nées sous un climat chaud, compor¬
tant l’alternance d’une phase sèche et d’une phase pluvieuse ; du moins
semble-t-il qu’il ne s’en forme pas actuellement sous la forêt dense
humide. Aussi certains auteurs ont-ils pensé, à la suite de Scaëtta, que
la présence de cuirasses ferrugineuses fossiles était un argument pour un
climat ancien xérothermique.
L’immensité du territoire sud-américain n’a pas permis que soit,
jusqu'à présent, établi un tableau d’ensemble de ses cuirasses et de leur
répartition. Nous ne disposons encore que de données fragmentaires.
Des cuirasses ou des « concrétions » ferrugineuses ont été à maintes
reprises signalées en des lieux variés du Brésil.
Dans l’Etat de Rio Branco, sur les conlins du Venezuela, A. Teixeira
Guerra (1957, pp. 27, 28, 34, 38, 69, etc.) signale de telles formations :
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGHAPHIQUES 229
croûte de concrétions latéritiques d’une épaisseur de 3 mètres, en
profondeur, à Bôa Visla. Cette roche latéritique (Canga) forme parfois
de très gros blocs (cf. photo fig. 18, p. 29).
Dans l’Etat de Rio Branco encore, le même auteur a pu observer des
brèches et conglomérats latéritiques (pp. 34, 38) ; les angles bien conservés
des fragments de granit inclus dans les brèches témoignent d’un trans¬
port réduit (p. 38).
Dans quelques cas, le niveau à concrétions latéritiques est superficiel
(profil p. 09 concernant la région de l’igarapé Agua Boa, à 20 kilomètres
de Boa Vista).
Dans le territoire d'Amapa, en basse Amazonie, A. T. Guerra (1954,
pp. 155-156) signale des concrétions ferrugineuses et même de véritables
croûtes ferrugineuses (« verdadeiras croslas formadas pela piçarra ») ;
la figure 114 (p. 157) de son travail montre un véritable niveau constitué
par les gros blocs contigus de cette roche ferrugineuse. Au kilomètre 8
de la route Macapâ-Clcvelandia, existe un niveau ferrugineux (« crosta
de concreçôes ferruginosas ») sous 0 ni 20 d’argile (fig. 120, p. 163), et
dans le même profil se rencontre plus bas (à 0 m 60 de profondeur) un
second niveau de roche ferrugineuse (« canga ») : « assim vemos duas
camadas de concreçôes ferruginosas : lima a 20 centimetros de profun-
didade e outra à 60 centimetros» (p. 163).
A Amapâ, A. T. Guerra (1951, p. 177) a pu observer, à Ponta dos
Indios, sur le bord de l’Oiapoque, une terrasse de 5 mètres au-dessus du
fleuve, comportant une falaise de conglomérat ferrugineux.
A Amapâ, également, A. Magnanini (1953, p. 276, ...) a étudié des
niveaux à concrétions ferrugineuses, petites et dures, qui peuvent être
superficielles, et pose le problème du processus de leur formation, soit
sous forêt soit sous une végétation non forestière.
W. Egler a pu observer, dans la région de Trombetas, un niveau de
roche ferrugineuse, sous forêt, sur des plateaux (renseignement inédit
qu’a bien voulu me communiquer M. W. Egler).
Près de Guajara-Mirim, à proximité de la frontière bolivienne,
A. T. Guerra (1952, p. 420) a rencontré des blocs de latérite sous la
forêt, où ils affleurent.
Des cuirasses ou blocs ferrugineux ont été signalés en bien d’autres
régions. Dans l’Etat de Minas Gérais, on trouve, à Itabira, une cuirasse
ferrugineuse très semblable à celle qui existe en Afrique occidentale,
dans les monts Nimba. Au Parana, dans le Sud du Brésil, R. Maack
(Bull, geogr., 84, p. 1425) signale des croûtes latéritiques qu’il considère
comme anciennes (Quaternaire ancien ?).
Ce bref et incomplet aperçu historique montre combien la question
des cuirasses ferrugineuses du Brésil a déjà été étudiée.
L’existence de cuirasses ou de niveaux à gravillons ferrugineux durs
en certains points de l’aire de la forêt amazonienne est indiscutable. La
localisation, mentionnée plus haut, du niveau à cuirasse sur des plateaux
de même altitude, en basse Amazonie (région du Rio Guama) est à noter.
Sans doute les conditions climatiques qui virent l’individualisation de
Source : MNHN, Paris
celle cuirasse ont-elles été synchrones d’une extension beaucoup plus
grande de ces plateaux, actuellement très réduits par l'érosion. La fissu¬
ration en blocs de ces cuirasses témoigne de leur ancienneté. Il est souhai¬
table qu’une élude géologique et morphologique détaillée vienne préciser
l’âge de ces cuirasses, qui est peut-être à rapporter au Tertiaire (?).
Les niveaux meubles riches en gravillons ferrugineux (ayant la même
structure que la cuirasse) que l’on rencontre dans la même région du Hio
Guama nous paraissent bien résulter du transport de débris provenant de
la cuirasse des plateaux détruite par l’érosion. A l’appui de cette inter¬
prétation, on peut citer le fait qu’en certains points, des galets de même
taille peuvent se rencontrer dans ces mêmes niveaux, mêlés aux gra¬
villons ferrugineux.
Le niveau à cuirasse observé à 80 mètres environ sur les plateaux de
la région du Rio Guama, près de Belém, pourrait être le même que celui
du lambeau de cuirasse horizontal du sommet de la Serra da Cruz (envi¬
ron 100 mètres d'altitude) près de Santarem.
D’autres lambeaux de cuirasses existent en Amazonie à un niveau
plus bas. Nous avons cité le niveau à cuirasse dissociée en blocs qui se
trouve à Belém (visible dans la tranchée du canal d’adduction d’eau)
à une altitude d’environ 15 mètres. La cuirasse de Santarem (terrain de
la F.A.O.), à une altitude qui paraît être d’approximativemenl 20 mètres,
parait correspondre à un même niveau. Il semblerait donc qu’il y ait là,
dans la région Belém-Santarem, deux niveaux horizontaux à cuirasse
ancienne, l’un à 15-20 mètres environ, l’autre à 70-100 mètres approxima¬
tivement, ce qui laisse supposer qu’il y a eu dans ces régions au moins
deux phases climatiques ayant permis l’individualisation de cuirasses.
Dans le Nord-Est du Brésil, il est remarquable de constater qu'il ne
semble pas exister de cuirasses sous la caatinga. Du moins nous n’en avons
jamais rencontré lors de nos randonnées à travers les Etals de Pernam-
buco et de Paraiba et le Sud du Céara. D’autres auteurs ont fait la même
constatation. Les sols de la caatinga sont partout squelettiques, sableux
ou gravillonneux. Si l'absence de cuirasses dans la caatinga devait se
confirmer, il appartiendrait à des travaux futurs de tenter de préciser
si ce fait est dû à une grande ancienneté du régime subdésertique actuel,
ou au contraire à l’ablation d'un ancien niveau à cuirasse par une érosion
favorisée par l’absence d'une couverture végétale assez dense pour pro¬
téger les sols.
Le Nord-Est du Brésil n’est cependant pas entièrement dépourvu
de vestiges de roches à structure de cuirasse.
Près du terrain d’aviation d’Ouricuri (Etat de Pernambuco), une
carrière de sable a mis en évidence, dans une plaine horizontale, un
niveau riche en gravillons ferrugineux à structure de cuirasse. Il est fort
possible que ce niveau soit allogène, et que les gravillons proviennent de
la destruction d’une ancienne cuirasse qui se serait trouvée à un niveau
plus élevé.
Sur la Serra de Araripe, aux alentours de 80Ü mètres, existe une roche
Source : MNHN, Paris
231
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQL'ES
profondément ferruginisée, qui possède plus ou moins, au moins par
endroits, l’aspect d'une cuirasse.
A proximité de la ville de Joào Pessoa (Etat de Paraiba), près de la
chapelle de Nossa Senhora da Penha, qui domine la côte, existe un
niveau de cuirasse, en place, riche en grains de quartz, dissociée en gros
blocs approximativement à 15 mètres au-dessus de la mer.
Il est trop tôt pour conclure, mais l’existence, au moins locale, d’une
cuirasse à l’altitude 15 mètres est à retenir. On peut se demander si elle
n’est pas homologue de la cuirasse inférieure de Belém et de Santarem.
Par ailleurs, il serait utile que des recherches précisent l’existence de
restes de cuirasse à un niveau plus élevé.
Il est remarquable de constater que les sols, dans la région de Rio
de Janeiro à Sâo Paulo, sont essentiellement des sols meubles rouges
(parfois aussi beiges), souvent très épais (plus de 10 mètres), renfermant
fréquemment des blocs arrondis de la roche éruptive originelle. Ce sont là
des sols forestiers typiques, vraisemblablement en relation avec le climat
humide et la présence de forets tropicales plus ou moins hygrophiles.
Nous n’avons pas eu l’occasion, au cours de nos randonnées dans la
région de Rio de Janciro-Sâo Paulo, d’y rencontrer des cuirasses ferru¬
gineuses. S’il en a existé, elles ont vraisemblablement disparu sous
l’effet de l’érosion considérable due à la haute pluviosité. Si cette dispa¬
rition est totale, cela semblerait témoigner d’une longue durée du régime
forestier actuel, en même temps que de l’intensité des processus de l'éro¬
sion dans ces régions à très haute pluviosité (1).
Il est encore trop tôt pour que le phytogéographe puisse, de ces faits
encore incomplètement connus, ébaucher des conclusions quant à l'his-
loire ancienne des flores. Quelques faits cependant sont à retenir. L’exis¬
tence de lambeaux de cuirasses fossiles sur certains plateaux d’Amazonie
paraît, comme nous le suggérions plus haut, indiquer l’existence d’un
régime ancien xérolhermique, sous lequel les flores sèches (peut-être la
flore des cerrudos) auraient pu avoir une grande extension en Amérique
du Sud — extension qui expliquerait les profondes affinités floristiques
des cerrados actuellement séparés les uns des autres. S’il devait se con¬
firmer qu’il existe deux niveaux à cuirasse dans ces régions, on aurait
un argument pour penser que les flores sèches ont peut-être eu deux
périodes (au moins) d’extension. Il resterait, de plus, à préciser, par les
méthodes géologiques et morphologiques, l’âge de ces cuirasses, ce qui
permettrait de tenter une chronologie des variations anciennes de la
végétation.
Dans le Nord-Est du Brésil, l’absence de cuirasses sous les caalingas
gagnerait à être étudiée dans le cadre des phénomènes d'érosion. Il est
par ailleurs intéressant de noter l’absence de formation actuelle de cui¬
rasses sous le climat de la caatinga, manifestement trop aride.
0) I!
«les vestig
appartiendra il «les trava
urs de rechercher
«te plus au Nord.
s'il subsiste dans ces regions,
Source : MNHN, Paris
SCHNELI.
XI. CONCLUSIONS GÉNÉRALES
C’est, à vrai dire, surtout par des questions et des problèmes ouverts
que peuvent se conclure les considérations précédentes. De l’histoire des
flores, clef des structures botaniques actuelles, nous échappent à la fois
les connexions anciennes afro-américaines et les balancements alternés
des flores sèches et des flores forestières humides, dont nous ne pouvons
qu’entrevoir de loin la réalité.
Pourtant, par-delà les profondes affinités floristiques qui unissent
l’Afrique et l’Amérique tropicales, et traduisent d’indiscutables mais
inconnues migrations anciennes, par-delà les saisissantes homologies des
paysages végétaux, qui traduisent les similitudes des conditions méso¬
logiques, s’entrevoient d’autres homologies : homologie des problèmes
écologiques et des successions, les cerrados américains pouvant, semble-
t-il, être issus de la destruction de cerradôes ou parfois de forêts tropi¬
cales plus ou moins humides, de la même façon que les savanes africaines
peuvent remplacer, suivant les cas, soit des forêts sèches, soit des forêts
denses ; les problèmes de la régénération «le la grande sylve humide, de
la savanisation, de la dégradation des sols, semblent bien revêtir des
aspects très semblables (1). Homologies aussi sur le plan de la différen¬
ciation et de l’histoire des flores ; en Amérique comme en Afrique, la
flore forestière humide s'oppose à la flore sèche des savanes et des cerrados
et à la flore xérique des formations épineuses. Si la présence d’espèces
vicariantes permet, en Amérique comme en Afrique, de tenir pour
vraisemblables des différenciations d’espèces savanicoles à partir d’es¬
pèces forestières, d’autres éléments paraissent propres aux flores sèches
(Cochlospermum, Ziziphus, etc.) (2) et semblent témoigner de leur pro¬
fonde différenciation et de leur probable ancienneté. Enfin, en Amérique
comme en Afrique, des variations climatiques anciennes ont dû voir
à certaines époques une extension des flores sèches sur le domaine des
actuelles flores humides, mais nous ne pouvons encore rien aflirmer
quant à un éventuel synchronisme de telles variations de part et d’autre
de l’Atlantique.
(1) Avec, bien entendu, «les modalités différentes, liées à la différence qu’a présentée,
dans ces territoires, l’action anthropique.
(2) Comme nous l’avons rappelé plus haut, le genre Ziziplius peut exister, dans le
Sud-Est asiatique, dans des formations non xérophiles. Ce n’est donc qu’en Afrique et en
Amérique que ce genre peut être considéré comme typique des régions plus ou moins arides.
Source : MNHN, Paris
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
233
RÉSUMÉ
Ce travail cherche à récapituler un certain nombre de faits actuelle¬
ment connus concernant les homologies du peuplement végétal entre
l’Afrique et l’Amérique tropicales.
Les affinités floristiques entre l’Afrique et l’Amérique tropicales ne
dépassent généralement pas le plan générique. Elles n’atteignent le plan
spécifique que dans certains cas, particulièrement pour certaines espèces
côtières, marécageuses, rudérales. Parallèlement aux affinités entre les
flores forestières humides des deux continents, on note des affinités entre
leurs flores sèches ( Annona, Cochlospermum, Ziziphus, Andira, etc.).
Aux homologies des types de végétation s’ajoutent de profondes
similitudes dans leur dynamisme et leurs formes de dégradation.
Les clairières de cerrados de la forêt amazonienne, comparables par
leur flore aux cerrados d’autres régions, dont la barrière forestière les
sépare, pourraient, au moins dans certains cas, avoir été peuplées à
partir de stations refuges (collines rocheuses) où auraient survécu des
espèces xériques dont on peut supposer qu’elles ont eu jadis, sous un
climat différent, une extension beaucoup plus grande, facilitant les
migrations d’espèces. La présence de lambeaux de cuirasses ferrugineuses,
sur des plateaux, dans l’aire de la forêt amazonienne, est un argument
pour penser qu’a pu exister jadis une période xérothermique ayant permis
une telle extension de la flore sèche. Il importerait de pouvoir dater ces
cuirasses avec précision.
De même que les savanes africaines peuvent avoir succédé, suivant
les cas, soit à des forêts sèches, soit à des forêts denses plus hygrophiles,
les cerrados brésiliens paraissent avoir, comme l’ont déjà souligné plu¬
sieurs auteurs, des origines diverses. Beaucoup sont probablement des
formes de dégradation d’une végétation arborescente basse appelée
cerradào, qui occupe de vastes espaces au Brésil, d’autres semblent au
contraire occuper des emplacements où s’étendait à l’origine une forêt
dense plus ou moins humide. Enfin, certaines des formations herbeuses
d’Amazonie paraissent bien être naturelles et constituer des stades
pionniers de la colonisation végétale.
SUMMARY
The aim of this work is to make a brief récapitulation of the facts
concerning the homologies between tropical Africa and America, chiefly
Brazil. The floristical affinities generally do not exceed the level of the
genus ; they reach the level of the species only in certain cases, parti-
cularly any species of the littoral végétation, of swamps, and ruderal
plants. Besidc the affinities between the rain-forest floras of the two
continents, there are affinities between their dry floras ( Cochlospermum ,
Annona, Ziziphus, Andira, etc.).
Parallelely lo the homologies of the végétation types, deep similari-
ties in their dynamism and dégradation forms take place.
Mémoires du Muséum. — Botanique, t. XI. 15
Source : MNHN, Paris
234
The clearings <>f eerrados in lhe rain-foresl of Amazonia, comparables
by Ihis dora Lo lhe eerrados of other counlries of the Brazil, froin which
they are separated by lhe rain-foresl barrier, would can be peopled by
plants issued from « shelter-stalions » (rocky hills), who xeric species
hâve survived, which hâve had perhaps, under a different climate, an
extension much greater, making casier lhe migrations of species. The
presence of strips of ferruginous stone (latérites) on lable-lands, in lhe
area of the amazonian rain-foresl, suggest the probability that a xero-
thermic period has formerly permitted a great extension of this xeric
flora. It were désirable lo state precisely the âge of thèse latérites.
As well as the african savannas seems to follow now dry forests now
denses forests more or less hygrophilous, lhe eerrados of the Brazil seems
to hâve diverses origins. Many of these eerrados are probably issued from
the dégradation of the arborescent végétation named cerradào, while
others eerrados seems, on the contrary, occupy sites wliere expaliated
originelly a forest more or minder hygrophilous.
RESUMO
Este trabalho procura recapitular algumos fatos atualmcnte conheci-
dos sobre as homologias da vegetaçào c da dora da Africa e da America
tropicais, especialmente do Brasil.
As afinidades doristicas entre a Africa e a America tropicais nào
excedem geralmentc o piano generico. Elas alingem o piano especifico
sômente em alguns casos, particularmentc algumas especies litorais,
pantanais e ruderais. Paralelamente às afinidades entre as doras dorestais
hümidas dos dois continentes, nolam-se afinidades entre as suas doras
sècas (Cochlospernium, Annonu , Ziziphus, Andira, etc.).
Alem das homologias dos tipos de vegetaçào Lomam lugar profilndas
semelhanças no seu dinamismo e suas formas de degradaçâo.
As clareiras de eerrados da floresta amazônica, comparaveis pela sua
dora aps eerrados doutras rcgiôes, das quais a barreira doreslal as sépara,
poderiam, ao menos em certes casos, 1er sido colonizadas a partir de
estaçôes de refugio (morros pedrosos), onde teriam sobrevivido especies
xêromorfas, das quais se pode supor que livessem Lido, sob um climato
diferente, uma extensâo muilo maior, facilitando as migraçôes de especies.
A presença de pedaços de canga ferruginosa, em planaltos na area da
doresta amazônica, é um argumento para pensar que tivesse podido
existir outrora uma época xerolcrmica tendo permitido uma tal extensâo
da dora sêca. Séria util poder-se datar estas cangas com precisào.
Da mesma maneira que as savanas da Africa tropical podem ter
subslituido quer dorestas sècas quer doresLas densas mais higrofilas,
os eerrados brasileiros pareçem ter lido origens diversas. Muitos deles
sâo provàvelmente formas de degradaçâo dos cerradôcs, oulros parecem
ao contrario ocupar lugares onde existia primitivamenle uma doresta
mais ou menos densa.
Source : MNHN, Paris
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I‘ilrairnia, p. 146.
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Ponts intercontinentaux, p. 21/.
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Hudérales, p. 142.
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Achevé d'imprimer le 15 .Mars 1961.
l’riiileil in Primer /.<' Directeur-Gérant : l’iof. JC. SÉot'v.
i: \s dioo. i.mc., 241 hoci.ivaioi Raspaii.. Pams 14.
Dépôt légal : 1 er tiiliiestre_19ül.
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
IIOMOLOGII
îS PHYTOGËOGRAPHIQUES
Planches
Source : MNHN, Paris
A. — Lisière de la forêt de terra firme intacte, le long de la nouvelle
route Belém-Brasilia, en cours de construction (1958), au Sud du Rio
Guaina (basse Amazonie).
B. — Autre aspect de la forêt intacte, entaillée par la nouvelle route,
dans la même région.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série U. Tome XI.
PI. I
!»
%
homologies phytogéogbaphiques
Planche II
Forêt marécageuse (forêt d'igapo) en liasse Amazonie, dans la région
de Belém. A gauche : Socralea exorrhiza Wendl. (Iriartca exorrhiza Mari.),
palmier à racines-échasses. Sur ce palmier et sur le tronc, de l’arbre du
fond : nombreux Carludooiea (Cyclanthacées) épiphytes. Sur le sol :
nombreuses Fougères.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série R. Tome XI.
PI. II
Source : MNHN, Paris
Planche III
Forêt basse inondable, en
sur les rives sableuses du Rio
partie éclaircie par les abatages d’arbres,
Negro, près de Manaus.
Source : MNHN, Paris
Ml':MOIHi:S Di: MUSltl M. Série B. T(
III
«me XI.
IIOMOI.nr.lKS PHYTÜCICOGnAPIIIOn-S
[.a fore
On remarc
rapoeirus (i
culturaux.
I dense d’Amazonie, vue d’avion, entre Santarem et Manaus
r?" c fon<1 ’ “ . <lr ® ite * < ll ‘ s enclaves de forêt secondaire et de
fourres secondaires) sur I emplacement d’anciens défrichements
Source : MNHN, Paris
J
I
MÉMOJ1ŒS 1)1' MUSÉUM. Série U. Tome XI.
Planche V
Forêt dense d’Amazonie, dans la région de Sanlarem. Vue prise à
basse altitude. On remarque d’assez nombreux arbres dépourvus de
feuillage.
Source : MNHN, Paris
Planche VI
Forêt amazonienne et défrichements, entre Santarem et Manaus.
A l’horizon : le fleuve. Dans les défrichements : incendies.
Source : MNHN, Paris
I
ï
MÉMOIRES OC MUSÉUM. Série B. Tome XI.
Planche VII
Mosaïque de forêt dense et de défrichements plus ou moins anciens,
entre Santarem et Manaus. La frange de sable clair bordant les bras du
fleuve témoigne du niveau très bas des eaux en cette saison (octobre 1958).
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PI. VII
HOMOLOGIES I'IIYTOGÉOGRAPHIQUES
(rTuBul
IMosmjm/
1
Planche VIII
Vue aérienne à haute altitude, entre Santarem et Manaus Forêts
et campos inondables.
Source : MNHN, Paris
I
1 '
1
MIÎMOUŒS nr MrSI-:i M. Série H. Tome XI.
IIOMOI.0(1 IIIS l'IIVTOGriOGHAFHIQUES
Planche IX
Clairière de cerrado sur sable blanc, en forêt amazonienne, près de
Santarem. Au premier plan, on voit un défrichement récent, envahi par
la végétation secondaire basse et touffue des capoeiras. Toutes ces for¬
mations se trouvent au même niveau, et séparées par des limites bien
tranchées. Vue prise d’avion.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PI. IX
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Planche X
Forêt et clairière de cerrado, près de Santarem. Vue prise du sommet
d’une colline pierreuse où vit une végétation arborescente basse et
xérique. Au premier plan, sur la pente : petits arbres xéromorphes
(Saluertia convallariodora, etc.). A l’horizon : le Rio Tapajoz.
Source : MNHN, Paris
MEMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PI. X
I
S
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Planche XI
Un campo cerrado aux abords de Santare
à très basse altitude. Au fond : le fleuve.
m (Amazonie). Vue prise
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PI. XI
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Planche XII
A. — Forêt basse sèche, près de Santarem. Vue prise d’un cerrado,
qui en paraît issu par dégradation. A gauche : une haute termitière, très
caractéristique de ces paysages xériques.
B. — Cerrado sur la pente d’une colline pierreuse, près de Santarem,
à proximité du site précédent. A gauche : un grand Salverlia convalla-
riodora (Vochysiacée), à l’écorce épaisse et crevassée. Au second plan :
forêt basse sèche.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PI. XII
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Planche XIII
Cerrados et colline couverte d’une foret sèche basse, près de Santarem.
La llore xéromorphe de ces forêts basses est très différente de celle de la
forêt dense voisine. Sur certaines de ces collines subsistent des lambeaux
ou des fragments de cuirasse ferrugineuse ancienne. A l’horizon : le fleuve.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI. PI. XIII
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Planche XIV
A. — Colline couverte de forêt basse sèche, près de Santarem (Ama¬
zonie, Etat de Para). Au premier plan : petits arbres xéroinorphes, à
écorce épaisse.
B. — Un cerrado de la région d’Emas, près de Pirassununga (Etat
de Sâo Paulo, dans le Sud du Brésil). Ce cerrado, qui rappelle profondé¬
ment certaines savanes arborées d’Afrique, subit chaque année le passage
des feux.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série R. Tome XI.
PI. XIV
B
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Source : MNHN, Paris
Planche XV
A. — Arbre à écorce très épaisse et fissurée (Sweelia dasgcarpa ,
Légumineuses), dans les cerrados de la région d’Emas (Etat de Sâo
Paulo). Sur le tronc : assez nombreux Lichens ( Parmelia ).
B. — Cerrado de la région d’Emas (Etat de Sâo Paulo). Photographie
prise dans la parcelle protégée des feux depuis une quinzaine d’années.
On remarque l’écorce épaisse et fissurée des arbres, et leur port tortueux.
Source : MNHN, Paris
A
B
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Source : MNHN, Paris
Planche XVI
A. — Forêt tropicale de la fazenda Baguassu, près des cerrados
d’Emas (figurés sur la planche précédente) (Etat de Sào Paulo).
B. — Autre aspect de la forêt de Baguassu, à proximité des cerrados
d’Emas. Les lianes (Sapindacées, Bignoniacées...) y sont nombreuses.
Les arbres ont un port typique d’arbres de forêt dense : fût haut et droit,
contreforts. Ce lambeau de forêt haute, proche des cerrados , pourrait
être un vestige de la végétation primitive. Cette forêt se distingue de
celles des serras côtières par ses épiphytes beaucoup moins nombreux,
et, semble-t-il, par une stabilité considérablement moindre. Elle vit sous
un climat moins humide que ccs dernières.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PI. XVI
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPIIIQUES
Planche XVII
A. — Ccrradào sur le plateau sommital de la Serra de Araripe (Nord-
Est du Brésil), vers 1 000 mètres d’altitude. Le peuplement arborescent
y est considérablement plus dense que dans les cerrados. On remarque
le port tortueux des arbres, qui sont de faible hauteur. Cette végétation
de la Serra de Araripe s’oppose aux caalingas qui vivent dans les plaines
voisines plus arides.
B. — Grand Parkia (Mimosée) dans ce même cerradào du sommet
de la Serra de Araripe. Il est possible qu’avant l’intervention de l’homme
des arbres de cette taille aient été nombreux dans ce cerradào.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série R. Tome XL
PI. XVII
R
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Source : MNHN, Paris
Planche XVIII
A. — Caalinga près de Caruaru (Nord-Est du Brésil). Dans cette forme
arborescente basse et arbustive de la caalinga, les Cactacées (Ccreus
s. 1.) sont abondantes.
B. — Caalinga à arbres espacés, et sans Cactacées, près de Salgueiro
(Nord-Est du Brésil). Ce paysage rappelle certaines formations à épineux
des régions arides de l’Afrique.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI. PI. XVIII
B
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGHAPHIQUES
Source : MNHN, Paris
Planche XIX
Source : MNHN, Paris
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PL XIX
HOMOLOGIES PHYTOGÊOGRAPHIQUES
Planche XX
Caatinga arbustive près de Lavras (Nord-Est du Brésil). Dans cette
région très aride, la végétation se cantonne presque exclusivement dans
les thalwegs et les dépressions, constituant des sortes de galeries fores¬
tières xériques.
Source : MNHN, Paris
MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série R. Tome XI.
PI. XX
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HOMOLOGIES PHYTOGËOGRAPHIQUES
Planche XXI
, La 11 rout ® dans le sertào. Des deux côtés s’étend une caalinga basse et
deteuillee. On remarquera que, malgré la grande aridité de la région, le
ciel est charge de nuages.
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PI. XXI
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPHIQUES
Forêt d 'Araucaria anguslifolia près de Campos de Jordâo (Sud du
Brésil), vers 1 700 mètres d’altitude. Les grands Araucaria dominent
une strate moyenne de Podocarpus. La forêt, presque partout, est localisée
dans les vallées et sur les pentes inférieures ; dans le fond, les campos
(formations graminéennes basses), qui occupent couramment, dans cette
région, les pentes supérieures et les crêtes. Cette disposition de la végéta¬
tion rappelle celle que l’on retrouve dans de nombreuses montagnes
tropicales. On voit, sur les branches supérieures, de nombreuses Usnées
épiphytes.
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MÉMOIRES DU MUSÉUM. Série B. Tome XI.
PI. XXII
HOMOLOGIES PHYTOGÉOGRAPIIIQUES
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris
Source : MNHN, Paris